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Full text of "De la justice la révolution et dans l'église;"

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P^o\liV 



DE LA JUSTICE 



DANS LA RÉVOLUTION 

ET DANS L'ÉGLISE 

NOUVEAUX PRINCIPES 

DE PHILOSOPHIE PRATIQUE 



ADftBSSBS 



A Soi Èniieflce llotseigoeir liTUIEl, Cardiud-irrkféf le de lesuçu 



PAS 



P.-J. PR01IDH0N 



Misericcrdia et Veritat ohviatirunt tib*: 
Justitia et Pas osculalœ tunt. 
Psalro. LuiiT, 11 



4 

TOME TROISIEME 



PARIS 

LIBRAIRIE DE GARMËR FRÈRES, 

B, «Cl Bn SAiim-pnis rr pALAit-BOTAL, SIS. 

1858 1 



M LA JlîSTia 



k 



DANS L4 8É\ 0UT10N 



ET BAKS L-GAUSC 



o ^ ^^» l^ ^tm» ggB•wi W BBB M epeg»»< w ^^;♦e»♦»»»g^»^^^w»»^^*«»»w»^^ 



liETVflaHE ÉTllBE 



M MB SHHRf Içr SlIISItl, lii1MHn*il?Qlffn|9( 4( WWIPW, 



Lorsque, k 17 juin I7KI, (lonTunVw^fM) j|Mirs Hfir^s 
rouvHturp d» Étals {?énénniic^ U ncihh^j^ #>l V <4<»Ht^ 
refusant âe se nJlîeraiix connyinno^ U OiOnr ropovnciMilvl 
le \notc par lêle^ Fabbé Siej'ès ji^pwi <hk» te WKvrvKHfil <(^aiîl 
vena d'en finir, cnrane mi opiiaivi^ ^ni d<^v^M^ A ¥)r<» 
maldots le signal du départ^ il dil : Cmpf^t /f Al^/r ? 

 ce mol, les députés do Tî<«r$ ^^^^ <xv»>$ii!^K^I t^Y\ ii^» 
sonUée nationale, déclarant XonW^ r^\\x\i(^ dVl^lx tt^vi^h^ 
hors de lear sein illëgalo el $édilicii^ , ol )vAr iv^ ;j^\i^ dt^ 
vigueur, abandonnant les doux orvirrs^ ri^(^nioUùi^!i, U 
royauté malintentionnée cl toute la$<>oif^lt^ It'j^^liUonu^lK 
ils inaugurent solennelleuient le nou\vl oi\liv do clu>tmB% 

De ce moment la nation fut on tuntrlio* 



DE LA JUSTICE 

WSS L\ RÉVOIA - 

ET DANS L'ÉGLISE 



LàHTCtm» 



ET »AJkSI.1 



riiiiiiw Ae La» ] 

rrfHMtés ■ 

k «Ole MF %h^. ! ^d* 9 



•licv ŒB-tjWVi';*' *• <^ > 'Ln) *i (■ • i-'î '.11, I prf'f. 



t 



— 2 — 

Trois jours après, les députés confirment leur résolu- 
tion par serment; la France jure avec eux. Le 14 juillet 
la Bastille. est prise, le 4 août la féodalité signe son abdi- 
cation, le 6 octobre la royauté est traînée à Paris. La 
Révolution allait.... Elle va toujours.- 

II 

L'idée que je me propose de développer dans cette Étude 
est quelque chose comme ce que demandait Sieyès. 

J'ai prouvé dans mes deux premiers volumes que TÉglise 
ne connaît pas la Justice, que mêmement elle lui est 
hostile, que cette hostilité provient de son scepticisme, 
lequel a lui-même sa source dans la pensée religieuse ; 
qu'au surplus il en est ainsi de toutes les constitutions 
ecclésiastiques; en sorte que l'unique obstacle au dé- 
veloppement de la Justice est la théologie, de même 
qu'en 1789 la féodalité, sous toutes les fornies, était le 
seul obstacle à ce que le Tiers fût quelque chose. 

Que faire donc? Je réponds comme Sieyès : Coupez 
le cable. 

J'ai prouvé, contre la calomnie des mystiques, que 
l'homme est doué d'une faculté positive, la conscience, 
qui le porte incessamment à Justice et ne demande qu'à 
agir seule , sans excitation ni contrainte ; — Ck>upez 
le câble. 

J'ai démontré qu'en vertu de cette faculté et en dépit 
dos contradictions dont la loi humaine fourmille, la raison, 
interrogée sur le bien et le mal, n'hésite jamais; que c'est 
notre préoccupation religieuse qui, nous faisant chercher 
la raison du droit dans les choses au lieu de la chercher 
dans les personnes,, engendre les incertitudes du législa- 
teur : — Coupez le câble. 

J'ai expliqué, j'ose le croire, mieux qu'on n'ayait fait 
jusqu'à ce jour, la nature et la fonction de la liberté; 



• »■ » ». *. 



— 3 — 

et par la déduction qui en a été faite le lecteur a pu se 
convaincre qu'il n'y a véritablement qu'une chose qui, 
paralysant le libre arbitre, arrête Tessor de la Justice» 
c'est la crainte de Dieu et Tidolàtrie de l'univers : — 
Coupez le câble. 

Reste à savoir maintenant si, les liens qui retiennent 
son âme captive étant rompus, l'homme est en effet ca- 
pable par l'énergie de sa conscience de s'élever dans la 
vertu; si la balance du bien et du mal, depuis tant d« 
siècles et par la permission divine inclinée à gaifche, peut 
être définitivement et par un acte de la sagesse mortelle 
penchée à droite, en un mot si notre sens juridique pos- 
sède réellement l'efficacité nécessaire. Car ce n'est pas 
tout de briser la chaîne de l'esclave et d'ouvrir son caba- 
non ; il faut qu'il puisse marcher. 

Une première fois, au commencement de l'ère chré- 
tienne» la question fut posée. Et nous avons vu par quel 
concours de circonstances le sentiment général se pro- 
nonça pour la négative; comment, en conséquence, sur le 
néant présumé de la vertu humaine s'établit la théorie 
de la grâce et tout le système chrétien. 

Depuis un siècle la proposition est revenue à l'ordre 
du jour. On a contesté la vérité de la* solution chrétienne, 
on a relevé rinQueaoe malheureuse sous laquelle elle 
s'était produite ; et voici qu'une philosophie plus hu- 
maine, soutenue par une Révolution pleine d'audace, 
professe hautement l'idée contraire. On nie que la reli- 
gion, naturelle ou révélée, il nHmporte, soit utile à la 
morale; on soutient que la Justice n'a pas besoin de ce 
i^nfori, et j'ai montré par le détail qu'il n'y a de vraie 
vertu que celle qui est pure de toute théologie. Ainsi 
le jugement qui donna naissance au christianisme est 
c^; avec le Christ il est aisé de voir que tous les dieux, 
PSMés, prés^ts et futurs, sont frappés de dèeVvè^Tve.^^ ^\ 



/ 



- 4 — 

le sacrifice perpétuel aboli. Ni les jacobins ni les 
ques n'auraient les poumons assez forts pour noi 
fier de nouvelles idoles. L*humanité, Rousseau 
est vertueuse par nature; il lui suffit, pour prod 
actes de sa vertu, d'être libre. Ce qui le prouv( 
fait finmense, incompris des anciens, et que les 
en s^accumulant pouvaient seuls révéler, à savoi 
l'homme est essentiellement perfectible, la civ 
progressive, que de plus l'amélioration qui se 
incessamment dans le régime et la moralité de 
ne peut être attribuée à l'influence religieuse; 
spontanée, elle procède directement de la consci< 
nations, proportionnellement à la liberté et ci 
inverse de la foi. 

Voilà ce qu'enseigne la philosophie nouvelle. I 
est vrai, vous reconnaîtrez avec moi, Monseigm 
l'idée religieuse n'a plus rien à faire au monde; ' 
le christianisme toute tentative de culte serait ur 
à la raison, à la Justice, à la liberté, digne de 1 
balion des peuples et de la vindicte des tribuna 
je r6[)ète avec Sicyès : Coupez le câble. 



CHAPITRE PREMIER. 

Critique de l'idée de Progrès. 

m 

11 faut l'avouer, le progrès a été aussi r 
ceux qui s'en sont faits les apôtres officieux 
été auparavant la liberté et la Justice. On 
progrès de longues dissertations, desquellc 
que le doute. On a jeté au public, par g 
professions de foi progressistes si étranfr 



— 5 — 

que qui voudrait s*y tenir devrait sans hésiter conclure 
contre le progrès, comme a fait, avec un juste sentiment 
de la dignité humaine. M, de Lamartinç. 

D'abord, qu^entend-on par Progrès? Pour les uns ce 
mot est synonyme de mouvement, c Nous marchons, di- 
sent-ils; la figure de ce monde change : donc... » Ces 
sortes de gens ne savent pas le premier mot de la ques- 
tion. Progrès est plus que mouvement, et Ton n*a pas le 
moins du monde prouvé qu'une chose est en progrès 
quand on a montré qu'elle se meut. 

Pour les autres, le progrès est une évolution viulc, 
une série décrite dans le temps, quelque chose d'organi- 
que et de plein où l'on peut noter une certaine sponta- 
néité, mais où le mouvement ne se montre d'abord en 
progression que pour se ralentir ensuite d'autant. Gomme 
si des crises déterminées à priori^ et dans un certain 
ordre, par la nécessité de notre constitution, ou arrangées 
par la Providence pour des fins dont elle se garde le 
secret; comme si cette suite de transitions physico- 
sociales, qui ne dépendent pas de la volonté de l'homme, 
étaient du progrès humain, le progrès d'un être libre! 

L'idée étant aussi mal déterminée, il ne faut pas de- 
mander si du moins on a fourni quelque preuve de la 
réalité du fait : comment constater un fait dont on n'a 
pas même la notion? Aussi le fait du progrès n'est-il rien 
moins qu'établi par les adeptes; et comme à tous les 
exemples d'évolution en mieux qu'ils citent on peut 
opposer des exemples équivalents d'évolution en pis; 
comme à toutes les marches en avant de la société, 
depuis le commencement des temps historiques jusqu'à 
l'époque actuelle, correspondent des rétrogradations com- 
pensatoires, il est réellement impossible, dans l'état où se 
trouve aujourd'hui la discussion, de dire si, dans l'huoia- 
nilé, il y a avance, recul, ou statu qtw. 



f 



— 6 — 

Tout est à faire : je tâcherai pour ma part» si le prc^ré 
comme fait d'observation , est encore un desideraiu 
pour la philosophie, que Ton sache du moins à quoi s*< 
tenir sur le sens du mot et les conditions de la chose. 

Si le lecteur a retenu quelque chose de nos premier 
Études, il doit pressentir que le progrès est la mêii 
chose que la Justice et le libre arbitre considérés l** da 
leur mouvement à travers les siècles, 2° dans leur act» 
sur les facultés qui leur obéissent, et qu'ils modifie 
en raison de leur marche, un être synthétique ne po 
vant se développer dans une de ses puissances sa 
que toutes les autres s'en ressentent et participent 
mouvement. 

Une théorie du progrès, pour être complète et vra 
doit donc remplir les conditions suivantes : 

a) Prendre son point de départ dans le libre arbitre 
la Justice, et s'étendre de là à toutes les facultés 
l'homme collectif et de l'individu : faute de quoi» le pi 
grès dans une faculté étant compensé par la diminuU 
d'une autre, il n'y a pas progrès; 

b) Être affranchie de toute fatalité, comme le libre i 
bitre et la Justice; 

6') Présenter un mouvement direct et accéléré en ava: 
non un mouvement évolutif, parabolique ou concc 
trique : ce qui, impliquant une influence exlérieui 
ferait toujours du progrès un pur fatalisme; 

d) Enfin, donner l'explication du péché, et par su 
de toutes les décadences et rétrogradations sociales. 

Le progrès, d'après ces conditions, embrassant l'huix 
nité dans l'intégralité de ses manifestations, peu impoi 
par où nous commencerons notre examen. 

IV 

La statistique nous apprend que depuis la Révoluti 




l'iam; k M M k 



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H» Vir.AraM. koaavi» 



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OŒrt-O^ jr — r -w 



^<llCJ tu ^c ^itf <■ j 
fnonbkï 



-^ 8 — 

plusieurs points du territoire, une augmentation de la vie 
moyenne. On attribue cette augmentation tout à la fois à 
la somme plus grande de richesse et à sa meilleure ré- 
partition» ce qui fait reparaître la Justice. 

A cela on répond deux choses :' 

La première que, si la vie moyenne s*est accrue, le 
maximum est invariable : de sorte que par cette augmen- 
tation nous ne faisons que rentrer peu à peu dans les 
conditions normales assignées par la nature, et dont la 
misère nous avait fait déchoir. C^est une réparation, ce 
n*est pas un progrès. 

La seconde observation, c'est qu*à l'augmentation de 
la vie moyenne correspond une dkninution proportion- 
nelle du chiffre des naissances : en sorte que, la multi- 
plication s' arrêtant devant la longévité, nous reperdons 
d*un côté ce que nous avons gagné de Fautre. C'est ainsi, 
par exemple, que de 1850 à 1856, la population ne s'est 
pas augmentée d'une manière sensible. De pareils faits ne 
sont certes pas un argument du progrès, ils témoignent 
plutôt contre lui. 

Autre bascule : En même temps que la statistique si-^ 
gnale une augmentation de la vie moyenne, elle dénonce 
une diminution de la stature : verrons-nous dans ce nou- 
veau fuit un symptôme de décadence? Pas plus que nous 
n'avions le droit de voir un signe de progrès dans l'ac- 
croissement de la vie moyenne. 11 est permis d'espérer 
qu'avec un régime alimentaire convenable la taille de 
nos conscrits regagnerait, en une génération ou deux, 
ce que la guerre et la famine lui ont fait perdre : la 
réaction de la vie ramenant la santé publique au ni~ 
veau d'où elle est descendue, tout rentrerait dans ï& 
statu quo. 

Ne 'confondons pas les oscillations de la vie, tant coL^ 
Jective gu'individuQlle, avec le développement génératl 



/ 



— 9 — 

et soutenu qu'implique l'idée de progrès : ce serait nous 
faire de puériles illusions. 

Il y aurait progrès si, depuis qu'elle existe, la race 
humaine avait augmenté continuellement en nombre, en 
taille, en force, en santé, en longévité; comme il y au- 
rait décadence si le mouvement s'était produit en sens 
inverse, d'une manière continue, et abstraction faite des 
accidents de force majeure, dont il convient de faire la 
part. Or, en dépit des traditions et des fables, il ne parait 
pas qu'il y ait lieu d'affirmer l'un plus que l'autre : la 
raison des choses et l'équilibre général y répugnent. 



Changeons de terrain. Ce que la fatalité organique 
nous refuse, peut-être le trouverons-nous dans la sphère 
de l'esprit. 

Il est certain que dans la totalité de l'espèce il y a 
augmentation de la somme des connaissances : de ce côté, 
il n'est pas possible de nier le progrès. 

Mais à ce fait on oppose deux fins de non-recevoir : 
le premier est l'invariabilité , sinon la décroissance des 
facultés de l'esprit; le second, Tin variabilité encore, sinon 
h décroissance de Tart. 

Ainsi, pour ce qui est de l'esprit, il n*est nullement 
établi que la puissance de Tentcndement, l'imagination, 
la mémoire, soient proportionnelles à l'accumulation des 
faits observés et des lois déduites; que par exemple les 
Newiou, les Kant, les Cuvier, aient été de plus grands 
génies que les Aristote et les Archimède. Le magasin scien- 
tifique s'emplit, en même temps que la science étend 
sondoQiaine par la division. Mais c'esi tout : Tinteiligence 
^^ gagne pas , la fonction cérébrale reste la même. 

Souiiiies-nous même sûrs de garder à cet égard le 
statu quoP 



— 10 — 

Comme les facultés intellectuelles sont plus vives dans 
la jeunesse que dans Tâge mûr, il est permis de croire, 
par analogie, qu*il en est de même dans Tespèce; et bien 
des gens trouveront qu*il a fallu plus de spontanéité, 
plus de puissance, plus de génie, pour créer le langage» 
inventer récriture et les nombres, que pour découvrir» 
à ]*aide de ces premiers instruments du savoir, Timpri- 
merie et Talgèbre. 

Osiris, qui imagina la charrue, fit plus pour Tagricul- 
ture que tous nos machinistes; Dédale, qui tordit et 
trempa le vilebrequin, peut revendiquer la propriété 
de ces formidables tarières à percer Vécorce du globe ; 
Arachné la tisserandc remporte même sur Jacquard; 
Parmentier, qui nous fit présent de la pomme de terre, ne 
saurait entrer en comparaison avec l'inconnu qui trouva 
ou produisit le blé; et je donnerais toutes les découvertes 
de Lavoisier pour celle de Noé, qui le premier fit fermen- 
ter le raisin. 

Il n*y a pas une de nos inventions modernes qui ne 
suggère des réflexions analogues. Notre progrès indus- 
triel ressemble au progrès culinaire. On nous apprend à 
manger le cheval, Falpaca, Tigname, à fabriquer Tod- 
noïde ; ce qui n*empêchc pas la disette d*aller son train... 
Mais je ne veux faire tort à personne. De deux ou plu- 
sieurs idées réunies, nous en formons une nouvelle : 
voilà à quoi se réduit, pour Thomme, la faculté d'in- 
vention. Ainsi firent avant nous les anciens, et,* on vient 
de le voir, avec tout autant de bonheur. Depuis, nous 
avons tiré à perte de vue les conséquences des principes 
et singulièrement multiplié l'emploi de nos éléments: 
est-ce du progrès? Oui, relativement aux bêtes, qui n'ont 
qu'une manière de penser, Tinstinct, et sont incapables- 
d'en sortir; relativement à nous-mêmes, je le nie. L'idée 
d'un tel progrès a même quelque chose de contradictoire; 



• qi. i 1. 



I ^ -- 

Mi:- . - .. 

Aiùèi. > .- 



— 12 — 



* 



titude comme un progrès; Malgré ses efforts, la littérature 
se sent passer; elle-même le proclame. Depuis soixantedix 
ans, les lettres françaises sont en décadence; la littérature 
allemande n'a brillé qu'un instant; la littérature anglaise 
est flni^ depuis longtemps. Quand les facultés les plus 
hautes de l'esprit, celles qui rendent le mieux sa liberté, 
quand ce qu'il y a dç meilleur dans l'humanité s'affaisse, 
me vicndrez-vous entretenir de vos progrès? 

Vil 

Parlons de l'industrie et de ses capitaux. 

C'est ici le triomphe des progressistes. Ils font le dé- 
nombrement de leurs chevaux-vapeur ; ils jaugent leurs 
mines; ils comptent leurs locomotives, leurs wagons, 
leurs rails, leurs navires, leurs bobines, leurs paires de 
meules; ils calculent combien de fois leurs lignes de fer 
et leurs (ils télégraphiques feraient le tour du globe; 
combien de kilomètres carrés ils couvriraient de leurs 
calicots; combien leurs écus empilés représentent de 
mètres cubes. Us se pâment d'aise aux comptes rendus 
de la banque, aux recettes du fisc, aux milliards de la 
dette publique et de l'hypothèque. — « C'est à la Bourse» 
disent-ils, qu'il faut admirer le progrès, comme en son 
temple, voir les merveilles de l'association et du travail. 
Ah ! faites-nous grâce de votre idéologie, de vos libertés 
et de vos droits! La richesse, voilà une idée positive. 
Avec la richesse nous aurons le bien-'être ; avec le bien- 
être la sagesse, la science, la vertu; l'art lui-même et 
la poésie ne nous feront pas défaut. Sans doute il est 
encore bien des misères à guérir, bien des douleurs à 
adoucir, bien des ignorances à instruire; mais, vous le 
dites vous-même, Rieti ne s'accomplit en zéro de temps^ 
et quel plus puissant antidote pourrions-nous offrir à 
la misère, cause première et résumé de toutes les souf« 



— 13 -- 

Frances, de toutes les erreurs et de tous les crimes» que 
la Richesse?... » 

Nous en sommes là. La prospérité croissante^ autrefois 
reléguée dans les discours de la couronne, est devenue 
le lieu commun des quiétistes de la rente aussi bien que 
des escrocs de la spéculation. L'humanité marche quand 
ces messieurs émargent. Et il ne manque pas de gens 
d*csprit à qui ce tapage de capitaux engagés, de privi- 
lèges coalisés, de primes levées, d'écus sautés, fait com- 
plètement illusion. A propos de la féodalité industrielle, 
dont j'ai dénoncé les œuvres dans un Manuel de la 
Bourse, à Tapplaudissement du public et du Pouvoir 
même , n'a-t-on pas trouvé moyen de me dire que je 
méconnaissais le progrès, qu'on eh avait assez de la 
critique, et qu*on attendait de moi autre chose que des 
démolitions? Ceux que la rente nourrit trouvent qu'il y a 
progrès quand elle augmente; mais ceux qui la payent?... 
Toujours le même esprit : démaugeaison de parler, inca- 
pacité de penser; au tond, indillèrence pour les idées et 
absence de sens moral. 

11 y a, dit-on, augmentation de trafic, augmentation 
de receites, augmentation de richesse, partant augmen- 
talion de la soiiime moyenne de bien-être... 
Faux calcul et fausse conclusion. 
11 y a déplacement de trafic, déplacement de recettes, 
déplacement de richesse, le tout au détriment de la mul- 
tilude des petites industries qui composaient la démo- 
cratie industrielle, et au profit de la grande industrie 
^ I qui forme à.cette heure la nouveilp féodalité. En admet- 
tant que ce déplacement général soit accompagné d'une 
cerlaine augmentation dans le trafic, par suite de Téco- 
nonue de frais, cette augmentation est compensée par la 
^1 subalternisution des producteurs, qui jadis étaient indè- 
^^1 peadantset sont aujourd'hui salariés, tombés de petite 



— 14 — 

bourgeoisie en prolétariat. Un homme, travaillant dix 
heures par jour, gagnait 3 fr.; on trouve moyen de le 
faire travailler douze heures pour le même prix, ou bien, 
en ne changeant ni la durée du travail ni le chiffre du 
salaire, on augmente de 20 0/0 les objets de consomma- 
tion, ce qui revient au même : progrès pour l'entrepre- 
neur, le capitaliste, le commissionnaire, qui profitent de 
la différence; recul pour Touvrier, qui la perd. Le progrès 
est nul, que dis-je? le nombre des exploités étant plus 
grand qu'autrefois, il y a rétrogradation. 

Point de progrès pour la société dans Tordre écono- 
mique sans une balance exacte des forces, des incTustries, 
des capacités, des travaux, des produits, revenus, salaires, 
loyers, escomptes, bénéfices, primes d'assurance, im- 
pôts, etc. 

Or, nous vivons sous un régime de privilège, de coa- 
lition et d'accaparement, où tout est arrangé pour l'iné* 
galité, où par conséquent tout est faux : l'industrie est 
fausse, le commerce faux, la propriété fausse, les per- 
fectionnements faux, les balances fausses, par suite la 
comptabilité fausse, les comptes rendus faux, les services 
scandaleusement exagérés ou dépréciés, les produits fic- 
tifs, les revenus pris sur le capital et consommés vingt ans 
à l'avance. 

La statistique elle-même est fausse, et ses moyennes 
cachent les plus grossiers mensonges. Qu'importe, en 
effet, que la richesse totale augmente, si la répartition 
est telle que le grand nombre soit plus pauvre qu'aupa- 
vant? A plus forte raison, que sert de remuer cette ri- 
chesse, de faire rouler ces écus, si la circulation ne pro- 
file qu'à l'agiotage?... 

On assure que depuis cinq ans un milliard au moins a 
été gagné à la Bourse et partagé entre une quarantaine 
au plus d'individus» Ce milliard provient d'entreprises 



— 15 — 

qui sont encore à cette heure en cours d'établissement» 
et n'ont pas rapporté, tout compte fait, 10 p. 0/0 de leurs 
capitaux. C'est donc le produit d'un déplacement. Quel 
avantage ce déplacement de capitaux et d'industries a-t-il 
procuré à la multitude travailleuse au service des com- 
pagnies? Rien, qu'une dépendance plus absolue, un sur- 
croît de cherté et la perspective d'un salariat perpétuel. 
Vainement prétendez-vous que l'augmentation de ri- 
chesse finira par atteindre le prolétaire, que la masse est 
intéressée à ce qu'il existe une aristocratie riche, comme 
le gouvernement est intéressé à ce qu'il y ait des rentiers 
de l'État. Avec la féodalité industrielle, ce progrès est 
mathématiquement iippossible. Ce qu'elle fait aujour- 
d'hui, elle le fera demain, elle ne peut pas cesser de le 
faire. Fausse balance, faux poids, fausse mesure, fausses 
écritures, fausse statistique : voilà son principe, son idée, 
sa méthode, sa justice, sa fin. Otez-lui cette condition 
d'existence, vous la tuez. 

Quoi que vous fassiez donc, sous ce régime d'iniquité 
systématique, vous tournez dans ce cercle, qui résume 
tous vos prétendus progrès : 

U multiplication spontanée des hommes amène le dé- 
ficit des subsistances; 

Le déficit des subsistances pousse à l'aggravation du 
travail ; 

Le travail, ramenant l'abondance, provoque de nouveau 
la population ; et ainsi à l'infini. 
Mais ce n'est pas tout. 

Le travail, par sa répugnance même, surexcite l'in- 
dustrie, la science, l'art, en un mot l'esprit. 

L'excitation de l'esprit augmente la sensibilité, étend 
l'idéal, multiplie en proportion le besoin, rend plus in- 
supportable la pauvreté. 
Or, quand votu^ aurez tourné pendant cent générations 



— 14 — 

bourgeoisie en prolétariat. Un homme, travaillant i 
heures par jour, gagnait 3 fr. ; on trouve moyen de 
faire travailler douze heures pour le même prix, ou bi< 
en ne changeant ni la durée du travail ni le chiffre 
salaire, on augmente de 20 0/0 les objets de consomn 
lion, ce qui revient au même : progrès pour Tentrep 
neur, le capitaliste, le commissionnaire, qui profitent 
la différence; recul pour l'ouvrier, qui la perd. Le prog 
est nul, que dis-je? le nombre des exploités étant p 
^rand qu'autrefois, il y a rétrogradation. 

Point de progrès pour la société dans Tordre éco 
mique sans une balance exacte des forces, des incTustr 
des capacités, des travaux, des produits, revenus, salaii 
loyers, escomptes, bénéfices, primes d'assurance, 
pots, etc. 

Or, nous vivons sous un régime de privilège, de ( 
lition et d'accaparement, où tout est arrangé pour V: 
galité, où par conséquent tout est faux : l'industrie 
fausse, le commerce faux, la propriété fausse, les | 
fectionnements faux, les balances fausses, par suit 
comptabilité fausse, les comptes rendus faux, les serv 
scandaleusement exagérés ou dépréciés, les produits 
tifs, les revenus pris sur le capital et consommés vingt 
à l'avance. 

La statistique elle-même est fausse, et ses moyei 
cachent les plus grossiers mensonges. Qu'importe, 
effet, que la richesse totale augmente, si la répar' 
est telle que le grand nombre soit plus pauvre q' 
vantî? A plus forte raison, que sert de remuer ( 
chesse, de faire rouler ces écus, si la circulation 
file qu'à l'agiotage?... 

On assure que depuis cinq ans un milliard .' 
été gagné à la Bourse et partagé entre une c 
au plus d'individus» Ce milliard provient d 



-^ 17 — 

gligée depuis rétablissement du christianisme. L'opinion 
répandue que TÉvangile était le code suprême de la mo- 
rale, d*une morale divine, dispensait de cette étude. Ce 
n'est guère que depuis Descartes et Spinoza que la raison 
libre s'y est portée, et quels minces résultats elle a obte- 
nus ! Les philosophes, ne se doutant seulement pas qu'avec 
leur métaphysique ils ne faisaient autre chose que recom- 
mencer le christianisme, ont abouti an christianisme. 
Leurs théories du droit et des mœurs ne sont qu'un mai- 
gre corollaire de la théologie, un pastiche de l'Évangile, 
concluant toujours, par la force de la logique, et malgré 
la répugnance des auteurs, à Tinégalité des conditions, 
à l'absolutisme gouvernemental, à la dépravation des in- 
telligences, au relâchement de la famille et de toute vie 
privée. Sous aucun rapport nous n'avons suivi l'impul- 
sion des moralistes antiques. Où trouver chez nous le 
pendant de Confucius et de Socrate? Où est notre école 
du Portique? Je dirai même, en écartant de vaines hy- 
perboles, où est notre école cynique? où notre école 
d'Épicure? 

Que si, depuis dix-huit siècles, la spéculation est de- 
meurée nulle, avons-nous davantage à nous louer de la 
pratique? M. Vacherot, philosophe démissionnaire de 
l'Université et partisan du progrès, commentant dans la 
Bevae de Paris (Ib sept. 1856) les théories de MM. Pierre 
Leroux et Pelletan, et relevant avec ce dernier le décou- 
ragement de M. de Lamartine, convient avec franchise 
que le mélancolique poêle aurait trop beau jeu contre 
une semblable prétention. 

«Où trouver, s'écrie-t-il, une vertu plus héroïque, plus 
calnie, plus sûre d'elle-même que daus la cité et la philosophie 
antique, dans l'âme d'un Socrate et d'un Caton, d'un Épictète 
ctd'unMaro-Aurèle?... On ne saurait trop protester contre 
ces chimériques interprétations de la doctrine du progrès* >> 



~ 18 — 

Je remarque d'ailleurs que les plus grandes vertus ap- 
paraissent constamment aux époques de grande corrup*- 
tion : comme si, la rareté étant compensée par Théroîsme, 
rhumanité ne faisait ici, comme partout, qu'osciller au- 
tour d^une moyenne immuable. 

Au surplus, Monseigneur, en ce qui concerne la pra- 
tique, je vous laisse volontiers la parole. Vous qui tenez 
le verrou des consciences, que pensez-vous de notre état 
moral? Toute réponse que vous ferez à ma question me 
sera utile. Si vous jugez que nous valions mieux que nos 
pères, malgré l'affaiblissement de notre foi, je réponds : 
Tant mieux ! le progrès humain existe donc ; et m*em- 
parant de votre déclaration, je conclus contre vous. Si 
vous dites que nous avons dégénéré, je demande quelle 
est la cause de cette dégénérescence. Et puisque c'est 
l'Église qui depuis dix-huit siècles est chargée de nos 
mœurs, je conclus contre vous* Si, prenant un parti mi- 
toyen, vous pensez que la figure de ce monde varie , 
mais que le fonds reste le même , je vous adresse cette 
autre question ; A quoi le christianisme a-t-il servi? 
Et, pour la troisième fois, je conclus contre vous. De 
toute manière, par le progrès, par la décadence, par le 
statu quo^ vous voilà condamné, et votre scepticisme ne 
vous sert de rien. A moins que César ne vous sauve, il ne 
s'agit plus que de savoir si vous fmirez par la croix, par 
la ciguë ou par le glaive. 

IX 

Qu'est-ce donc que le progrès, si nous ne devons le 
chercher ni dans notre corps, ni* dans notre intelligence, 
ni dans nôtre industrie, ni dans notre richesse, ni dans 
notre vertu, ni dans notre idéal ? 

Jamais question plus intéressante ne fut posée à la phi- 
losophie, et jamais la nécessité d'une solution ne fut plus 



— 19 — 

instante. Toute créature tend à se définir : n'y a-t-îl que 
rbomme qui reste dans le vague, qui ne puisse, parle 
développement de son être, exprimer sa loi, manifester 
ses mœurs, ce qui revient justement à dire, qui ne ee 
même pas? Car le progrès, après tout, c'est la réalisation 
de la Justice : tout le monde le sent, et vous le procla* 
mes vous-même 9 puisque vous en faites honneur au 
àristianisme. Mais la question est de savoir si ce pro- 
grès n'est pas une illusion, puisqu'on avoue que la vertu 
ne grandit pas; puis, il faut dire comment le progrès se 
réalise, et c'est à quoi je ne trouve nulle part de ré- 



On me dit, je résume en trois lignes la théorie des pro- 
gressistes : C'est dans Tesprit général des sociétés, c'est 
daos l'organique de la civilisation, qu'il faut chercher 
le progrès, et c'est laque l'histoire universelle nous le 
montre. L'esprit social n'est pas le même en Orient, 
dans la Grèce, Tempire romain, le monde chrétien; il va 
s'améliorant, s'épurant de siècle en siècle, changeant ses 
formes : à cet égard, la civilisation ne fait que continuer 
l'échelle des êtres, que la Nature a conçus et organisés se* 
Ion une série ascendante, image première et paradigme 
du progrès. 

J'avoue que j'ai été autrefois dupe de ce bilboquet phy- 
siologico-politique, qui n*a pas tenu longtemps devant 
l'examen. 

L'idée d*un mouvement dans l'ordre social n'a pas été 
inconnue aux anciens : elle apparaît comme un co* 
rollaire de leurs hypothèses cosmogoniques, par les- 
quelles commençaient leurs histoires. Ainsi, dans la Ge- 
nèse, après les six jours de. la création viennent les dix 
générations de patriarches, représentant l'âge pastoral , 
l'établissement de l'agriculture, l'institution des sacrifi- 
as» l'origine des arts et métiers, etc. Puis arrive le dé- 



— 20 — 

luge, symbole révolutionnaire, point de départ d'une au'- 
tre période. 

A part quelques détails de zoologie comparée et de 
géologie, œuvre du siècle, qu'est-ce que les auteurs de 
V Encyclopédie nouvelle, qu'est-ce que M. Pelletan nous 
donnent de plus? J'ai montré, dans mes deux premiers vo-^ 
lûmes, qu'en tout ce qui concerne la Justice et la liberté, 
la philosophie ne fait que répéter la révélation : voici qu'à 
propos du progrès on nous ramène à Bérose, Sancho- 
niathon, Moïse; on refait pompeuseiùent, mais sans la 
moindre philosophie, les HAétamorphosesl... 

Certes, l'idée d'une transformation successive de la so-. 
ciété a quelque chose de si séduisant, de si plausible, elle 
se présente si naturellement à l'esprit, Texpérience de 
deux ou trois générations lui donne tant d'apparence, 

Su'elle a dû venir aux plus anciens philosophes. Sur cette 
onnée empirique et bien vieille, il ne fut pas difficile aux 
historiens de diviser le cours connu des siècles en époques 
plus ou moins caractéristiques, et qui, s'engendrant l'une 
l'autre, semblaient tendre à un but marqué. Tel est le 
tableau des quatre grandes monarchies, attribué à Da* 
niel, et qui servit dp canevas à Bossuet pour son Discours 
sur l'histoire universelle. Telle est aussi la* pensée de 
Florus dans le prologue de son histoire, où il compare 
le peuple romain à un homme qui traverse les quatre 
âges de la vie : enfance, jeunesse, âge mûr et vieillesse. 
Tout cela répond-il à l'idée de progrès, à cette idée.que 
le dix-neuvième siècle salue comme gage de liberté et 
dont la Révolution a fait un dogme? 

Quant à moi, je le déclare, si le progrès ne doit nous 
fournir rien de plus, ce n'est pas la peine de tant nous 
agiter et fouiller nos cervelles, le mieux est de nous lais- 
ser vivre comme il plaira à Dieu et de suivre le conseil du 
moine ; Chacun son métier, ne médire du gouvernement, 



^ 21 — 

laisser le inonde aller comme ii va : Officium recUare^ 
benediceredepriorey sinere niundum irequomodo vadit, 

X 

Réduisons à sa juste valeur cette idée à*évolution où 
se befee la faconde des littératuriers du progrès. 

Tout commence, se développe, puis décline et prend fin 
>[ dans l'univers : c'est une des grandes lois de la nature, 
qui parait d'autant plus belle qu'on l'approfondit davan- 
tage. Mais, chose étrange, c'est précisément le thème fa- 
vori du fatalisme, matérialiste ou mystique; et je m'é- 
tonne qu'on ait pu y trouver rien qui rappelle la liberté, 
la Justice, surtout la Révolution. 

« Les générations passent et les générations viennent, dit 
i'Ecelésiaste; 

« Le soleil se lève, tourne, franchit le méridien, puis s'io- 
clioe vers le couchant; 

«Les fleuves reviennent à l'océan d'où ils sont sortis; 

« La plante germe, monte, fleurit, produit sa graine et sèche ; 

« L'animal nait, prend sa croissance, engendre son sem- 
blable, et meurt. » 

Remarquez que l'écrivain juif conclut de ces évolutions 
tout juste le contraire de ce que nous attendons, nous 
autres modernes, du progrès ; Tout est vanité, dit-il, hors 
d'aimer Dieu et de le servir !... 

Qu on suppose donc, tant qu'on voudra, que la loi iVé-^ 
solution qui régit les trois règnes trouve également son 
application dans l'histoire; qu'il en est des nations et de 
nuimanité tout entière comme des individus, dont l'exis- 
tence est tracée dans .une courbe infranchissable : je dis 
que, dans celle hypothèse mAme, le mouvement de retour 
étant égal au mouvement d'ascension et lui corresï)on- 
dant point pour point, on ne pc^ul pas dire qu'il y ait pro- 
grès, sans compter que, l'évolution étant entièrement sous- 



— 20 — 

luge, symbole révolutionnaire, point de départ d' 
tre période. 

A part quelques détails de zoologie compan 
géologie, œuvre du siècle, qu'est-ce que les aul 
VEvcyclopédie nouvelle^ qu'est-ce que M. Pellet 
donnent de plus If J'ai montré, dans mes deux prer 
lûmes, qu'en tout ce qui concerne la Justice et la 
la philosophie ne fait que répéter la révélation : v< 
propos du progrès on nous ramène à Bérose, 
niathon, Moïse; on refait pompeuseiùent, mais 
moindre philosophie, les lUétamorphoses!... 

Certes, Tidée d'une transformation successive i 
ciélé a quelque chose de si séduisant, de si plausi 
se présente si naturellement à l'esprit, Texpér 
deux ou trois générations lui donne tant d*ap 

Su'elle a dû venir aux plus anciens philosophes. £ 
onnée empirique et bien vieille, il ne fut pas difi 
historiens de diviser le cours connu des siècles en 
plus ou moins caractéristiques, et qui, s'engendn 
Fautre, semblaient tendre à un but marqué. T< 
tableau des quatre grandes monarchies, attribu 
niel, et qui servit d^ canevas à Bossuet pour son I 
sur rhistoire universelle. Telle est aussi la pc 
Florus dans le prologue de son histoire, où il i 
le peuple romain à un homme qui traverse le! 
âges de la vie : enfance, jeunesse, âge mûr et vi 
Tout cela répond-il à l'idée de progrès, à cette 
le dix-neuvième siècle salue comme gage de li 
dont la Révolution a fait un dogme? 

Quant à moi, je le déclare, si le progrès ne A 
fournir rien de plus, ce n'est pas la peine de V 
agiter et fouiller nos cervelles, le mieux est de r 
ser vivre comme il plaira à Dieu et de suivre le c 
moine : Chacun son métier, ne médire du gouve 



V 



— 23 — 

organique, on s'est approché davantage, je le veux bien, 
de la vérité objective et physionomique de l'histoire; on 
n'a rien fait pour le progrès. 

L'histoire est-elle donnée tout entière dans la consti- 
tution de l'espèce, dans la configuration du globe et la 
mécanique de l'esprit : dans ce cas point de progrès ; 
l'histoire est une pure physiologie. Au contraire, la liberté 
ft-t-elle aussi sa place dans l'histoire : alors le progrès, du 
fait delà liberté, est possible; on demande seulement 
quel il est. Mais jusqu'à présent la question est restée 
sans réponse; il ne manque même pas d'historiens, et ce 
sont justement les partisans du progrès, pour dire que la 
liberté n'apparaît dans l'histoire que pour en troubler 
l'ordre, ce qui veut dire en arrêter le progrès! ! ! 

Le livre deHerder, Idées sur la philosophie de V histoire^ 
joait d'une réputation méritée, et je n'y trouve qu'un dé- 
filât, c'est que les idées n'y sont absolument pour rien. 
Tout le système repose sur le fatalisme géographique , 
chimique et organique, sol, climat, plaines et montagnes, 
rivières,' lacs et mers -, d'où se déduisent successivement, 
pour chaque latitude et méridien, la flore et la faune, 
puis l'honmie, finalement la société et son histoire. Rien 
à y reprendre ; seulement, on se demande ce que la li- 
berté et le progrès ont à faire là-dedans , on ne voit pas 
môme de quoi y sert l'intelligence. 

XI 

Voici Hegel : sans doute il va nous donner du nouveau, 
car il prend tout le contre-pied de Herder. Suivant lui, 
les idées forment le système nerveux , non-seulement de 
la phénoménalité sociale, mais de la nature même ; il y 
asealement cette difierence entre l'évolution de la nature 
^ te développement humain, que là il ne surgit rien de 
nouveau, tandis qu'ici tout est soumis à la loi de perfec* 



--. 24 -^ 

tibiiilé ci de progrès. Aussi, dit ce philosophe, l*h 
universelle est l'histoire de la liberté; lo inonde or 
le monde grec et romain, le monde chrétien, en s( 
phases successives : c*est ce qu'il s'efforce de dém 
par l'ensemble, en négligeant les détails et tout 
est purement accidentel. 

C'est déjà quelque chose de fâcheux qu'un s; 
historique où Ton ne s'occupe que de Tensemble, < 
écarte les détails et toute la partie réputée accidi 
Que ne peut-on pas faire de l'histoire, avec cette 
d'élimination? Il n'y a plus de réalité, plus de certit 

Passons cependant. Sans doute, avec les idées m 
Ions posséder enfin le progrès, le progrès libre, 
qui soit véritablement du progrès. Il n'en est rie 
idées de Hegel ne sont autre chose que la desc 
de Vorganisme intellectuel qui gouverne Thon: 
la nature, de même que sa liberté n'est autre 
force aveugle qui pousse cet organii^me, ainsi qi 
explique lui-même : 

« A la place de ces vaines discussions qui porte 
nature et les limites de la connaissance, dit Hegel, il / 
trer comment la conscience naturelle devient savoir 
et absolu : tel est le but de la phénoménologie. Elle f 
série des transformations que l'âme parcourt, com 
de stations que la nature lui a marquées pour dev< 
par l'expérience de ce qui est en soi. » (Willm, Hi 
philosophie allemande, t. III, p. 400.) 

Traduisons cela. Ce que la nature a fait pou 
et qui est l'objet do Tanatomie et de la physiol 
voir l'organisme , elle l'a fait également poir 
tés, passions, instincts : c'est l'objet de la psy 
dinaire; elle l'a fait encore pour nos idées : 
dire que l'entendement est un organisme 
comme l'âme et le corps. 



— 25 — 

Hégèl s'applique donc à décrire le mouvement organi- 
que de l'esprit, duquel il déduit ensuite l'organisme de la 
4 nalure et celui de la société : ce qui revient à dire qu'il 
^''' donne la théorie de la fatalité naturelle et sociale d'après 
q la théorie de la fatalité de l'idée. 11 le déclare : 

a L'histoire est la marche naturelle et nécessaire de l'esprit 
ooiversely dont la nature est toujours une et la même en soi^ 
mais se développant^ se déroulant, pour ainsi dire, dans l'exi- 
stence du monde. La sagesse éternelle a pour théâtre tout aussi 
bien l'esprit que la nature. {Ibid., p. 424.) 

Le mouvement de Tesprit se nomme procès^ mot em- 
prunté à la terminologie allemande de la chimie, et qui 
sert à désigner le travail chimique. Le procès signifie 
donc un travail interne, un mouvement gradué, produi- 
sant une série de formes transitoires, dans l'intérêt d'une 
forme définitive, qui est la Jin du procès. Ce développe- 
ment se fait en trois temps : thèse, antithèse^ synthèse. 

Tout cola peut être vrai : car, comme je l'ai dit dans 
ma dernière Étude, la nécessité et la liberté se partagent 
le monde, et le premier acte de celle-ci est de prendre 
la mesure de sa rivale. J'accepte donc, comme théorie 
de la nécessité historique, tout le système de Hegel : je 
demande quelle est la part de la liberté. Probablement 
qu'il la réserve pour le détail^ pour toute cette partie ac- 
cidentelle qu'il avait d'abord jugée indigne de ses re- 
gards? Non, il n'y a point de rôle pour la liberté dans le 
système de Hegel, partant point de progrès. Hegel se 
console de cette perte à la façon de Spinoza. Il appelle 
liberté le mouvement organique de l'esprit, donnant à 
celui de la nature le nom de nécessité. Au fond, dit-il, ces 
deux mouvements sont identiques : aussi, ajoute le phi- 
losophe, la plus haute liberté, la plus haute indépendance 
de l'homme, consiste à se savoir déterminé par l'idée 
absolue, science ou conscience que Spinoza a désignée 



— 26 — 

comme l'amour intellectuel de Dieu. (Willm, 

C/cst comme qui dirait que la plus haute libert< 
tique, la plus haute indépendance pour le citoyen, 
siste à se savoir gouverné par le pouvoir absolu : 
doit mettre à Taise les partisans de la dictature ] 
tuclle et du droit divin. 

Ce n*est pas ainsi, pour ma part, que je conçois la li 
La liberté, d'après la définition révolutionnaire, n'€ 
lien que la conscience delà nécessité; ce n'est 
nécessité de Tcsprit se développant de conserve a 
nécessité de la nature : c'est une force de eollectivi 
comprend à la fois la nature et l'esprit, et qui se pos 
• capable comme telle de nier l'esprit, de s'opposer à 
ture, de la soumettre, de la défaire et de se défain 
même ; qui récuse, pour soi, tout organisme; se cré 
l'idéal et la Justice, une existence divine; dont le 
vement est par conséquent supérieur à celui de la i 
et de l'esprit, et incommensurable avec l'un et Yt 
ce qui est tout autre chose que la liberté hégélien 

Tout est donc encore, chez l'Allemand, évolutic 
nique, fatalité, mort; et nous pouvons répéter le 
l'Ecclésiaste, le plus ancien de ces évolutionnist 
nitas vanitaiumy et omnia vanitas. 

Que nous font, après cela, les théories les plus 
si le mouvement est toujours réglé par une i 
flexible, s'il s'accomplit à notre insu, malgré 
au besoin, contre nous? 

a La aELiGioN se détermine d'abord^comme n 
nature, ensuite comme religion de ïindividuaUt' 

« La religion de la nature parcourt trois plu 
premièrement religion de magie (fétichisme^ 
lamaïsme^ bouddhisme); ensuite religion de 
(brahmanisme) ; enfin, religion de la lumière ( 
religion symbolique (celle des Égyptiens). 



— 27 — 

«La religion spirituelle devient sucoessiTement religion du 
«u52ffn6 (judaïsme)^ religion de la ^eoufi (celle des Grecs), 
et religion de l'entendement (celle des Romains). 

« Celle-ci forme le passage à la religion de V Absolu. » 

Nous savions, par le catéchisme, qu*après être tombés 
dans l'idolâtrie par le péché de notre premier père, 
nous étions ensuite devenus chrétiens par la grâce de 
la rédemption. Voici un homme qui nous apprend que 
tout cela est allégorie , que nous avons dû passer par 
toutes ces croyances en vertu du procès de Fesprit et du 
développement nécessaire de l'histoire. J'accepte, sous 
bénéfice d'inventaire, cette explication ; nuiis dites-moi 
donc enfin, ô philosophes et prêtres, quelle part vous 
faites à ma liberté, quelle idée je puis avoir du progrès, 
quand de toutes vos paroles il résulte que je ne suis 
qu'une marionnette? 

Aussi ne puis-je m'empècher do me joindre à l'historien 
Willm, quand il dit : 

i « Si tout est évolution d'un contenu donné, tout est virtuel- 
lement prédéterminé, et la liberté, bien qu'elle soit proclamée 
resfience même de Tesprit, devient nécessité pour les individus. 
Tout ce qu'ils croient être leur ouvrage, leur action propre, 
^ réellement une partie de l'œuvre universelle, un effet de 
l'action éternelle de Vidée, de l'esprit, qui remplit et constitue 
le monde. (Willm, t. IV, p. 328. ) 

Ce qu'il y a de plus grave dans toutes ces conceptions 
de l'organisme social, prédéterminé et nécessité de toute 
éternité dans la Raison ab«K)lue, c'est qu'après avoir nié 
la liberté, elles conduisent à la négation du bien et du mal, 
^ la tyrannie et au quiétisme. Hegel dit expressément que 
1& distinction du bien et du mal n'a rien d'absolu; dans 
800 système, les destinées et la conduite des individus, 
i^Koibés dans l'organisme collectif, sont peu de chose : 

« l'homme doit être indifférent pour ce qu'il y a d'indivi- 



— 28 - 

duel dans son existence, savoir se passer de la félic 
bien que s'en maintenir indépendant^ s'il la possède. 
tâcher de s'arranger h moins mal en ce monde ^ mais . 
s'en préoccuper, 

« S'accommoder de ce monde tel qu'il est, et | 
« lui être supérieur », telle était la maxime d< 
Peu lui importaient le paupérisme et le crime, le 
un mot; il ne s'en inquiétait point. Sa philosopl 
mettait pas qu'il y eût là un problème. 11 voyait U 
de trop haut pour apercevoir sous la pourpre de 
craties les lambeaux dont se voile à peine la mai 
tant de millions de malheureux. N'est-ce pas ce 
a appelé en France la grande morale,, facile et c 
par opposition à la petite morale, scrupuleuse et 
ce que l'Église a condamné sous le nom de quiéi 
que la Révolution a flétri dans le laissez faire 
passer, et que l'inertie monacale avait défini 
mundum ire quomodo vadii ? 

XII 

Moins réservés que le philosophe de Berlin, I 
pies de Saint-Simon ayant en 1830, sommé la s 
sortir de sa vie instinctive et d'entrer sans plus 
dans le régime prédéterminé de toute éternité ps 
infini, on sait ce qui arriva. La société leur i 
par la bouche du procureur du roi, qu'elle leur 
connaissante de lui avoir donné conscience de sa < 
que, se sachant désormais, grâce à eux, détorn 
l'absolu, elle jouissait par là même de toute ! 
désirable; qu'il n'y avait plus qu*à la laisser vivr^ 
vie et aller son bonhomme de chemin , et si % 
voulait forcer le pas, qu'il lui arriverait mal]^ 
saint-simoniens se le tinrent pour dit : revenu^ 
dispersion, ils ont déposé le casque de la Rcvol 




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an <fe b dénocntîcw i> «B ■ 
Que ceux qaîcnéiito^ 

prdoanent, H pwîwiM ii ■ 

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comme la phil'^x^'M bex^wa*. ^-^ à«*na^ l«r** 

Ihèoric forle K true ik La iri«Ti< f >> ^ IwAvf, «ms 

bjudir il n'eît rpn tniol'' • 1 6r^ fct «*« î*«r f tm^. 

Je trouve daii^ rAn'.'.'./^-j.- '.-»'-.'. t- :.-■■. i ■ *- 
scw>CE, unllas^ap« r. im; ju.. ;■ . . . ■. . -'.■ -■. M. C- -•-. 
Leroux, en rc-laiil loui rur= ;-:• 1- ■-■.:.:-.-• ' ■_4i.. ,j.-, 
reuisil entin, d loiJ.; Juii-:- t-.'iij; .n ji-ii, - :ivu; uir-; 
conte voir !<■ [•roj.'ri's. 



t^t-t-ces ((ui ['-AU )irct>-<lê diiii 



— 30-- 

rieur^ adulte et dans toute la puissance de son développement 
ne pouvait pas faire, le petit d'une espèce supérieure le fait 
peu d'instants après sa naissance. Un ruminant, à l'état le plus 
complet de sa vie, ne pouvait pas manger de la chair ; un 
tigre, peu après sa naissance, mange le ruminant. 

« Ainsi, dans la vie animale, il y a d'un genre à un autre 
ou d'une création à une autre concentration de vie et de puis- 
sance, une véritable incarnation successive de la vie. 

« Cette même incarnation a-t-elle lieu dans lliamanité?Oui : 
les espèces et les genres sont ici les siècles et les générations. 

c( La force qui constitue l'homme change de génération en 
génération. De même que les genres successifs de l'animalité 
apportent des instincts différents, nous apportons de siècle en 
siècle, en naissant, une innéité différente... 

« A priort cette proposition est certaine. Gomment, en effet, 
si nous n'apportions pas en naissant une innéité différente de 
celle de nos ancêtres, pourrions-nous nous nourrir de leurs 
produits? C'est comme si l'on disait qu'un lion peut naître 
brebis, et se nourrir pourtant de chair dès sa naissance. 

« A posteriori la chose n'est pas moins évidente. Cette trans- 
formation incessante de la force qui constitue l'homme est le 
résultat nécessaire de l'emploi même de cette forée et de son 
exercice:.. 

«... De même que l'animal^ selon des lois mystérieuses que 
nous ne connaissons pas encore, communique à ses petits son 
instinct et sa nature, non pas précisément telle qu'il l'avait 
reçue, mais telle qu'il l'a faite par l'exercice de sa vie, de 
même l'homme, de siècle en siècle, tend à communiquer sa 
nature par l'innéité à la fois spirituelle et corporelle dont il 
doue ses enfants... 

a ... Outre l'influence reçue par la génération, l'action de la 
société sur l'individu est immense. Il en résulte qiie ïhommt 
dans aucun de ses actes^ dans aucun de ses sentiments, daoi 
aucune de ses prédispositions et des virtualités de sa nature 
n'échappe complètement à cette action. L'innéité qu'il avai' 
apportée en naissant, prenant pour objet cette société qui l'en- 
toure, et qui lui transmet tous les produit^ antérieurs de la 



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— 32 — 

dition de la vie universelle, n'ayant rien qui nou^ 
propre, il n'y faudrait voir toujours qu'une manifesta ^y- 
de la puissance infinie, un pur fatalisme, qui, loin de 1^/%^ 
ver la verlu humaine, la détruirait. 

Ici encore, Monseigneur, la philosophie ne vous a gue 
préparé que des triomphes. 

M. Pierre Leroux, l'homme le plus capable de co 
prendre la grande pensée de la Révolution, à forœ d' 
lerroger l'organisme semble avoir perdu de vue la libe 
HoniHie de religion lui-même, il s'est plus occupa 
fonder une théologie que d'établir une morale. Il a 
vu que le christianisme était fini , sinon pour la m 
tude, qui ne pensant pas ne compte pas, du moins 
la portion de la société qui raisonne, et dont la rai; 
fait la Révolution. Mais il en a conclu qu'à cette / 
religieuse devait succéder une autre, et c'est à ! 
cherche de cette autre religion qu'il a voué son exis 
Or, ainsi que je l'ai dit tant de fois, en dépit de la 
site des symboles il n'existe, n'a jamais existé et 
n'existera sur la terre qu'une religion; il n'y a 
théologie, dont chaque église représente un fra 
théologie à laquelle on est sûr d'acculer toujours 
disant Novateurs, si mieux ils n'aiment se laiss' 
vaincre d'inconséquence et de mauvaise foi : ce 
gion, cette théologie, c'est la vôtre. 

C'est ainsi que la philosophie de Hegel , com: 
de Schelling, qui eut la franchise de revenir au 
cisme, comme celle de Rousseau, de Leibnitz, de 
de Descartes, comme toute philosophie qui o 
par une réalisation ultra-mondaine de Tabsc 
quune facette de la théologie chrétienne, < 
matérialisme de certains humanitaires adoran 
à la place de l'esprit, prenant la communauté 
suprè.jic, en est encore un simulacre. 



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XMlNin. quii»lKI»#<» I iil iiHibb^*^ 
d'^ fonnulé qwf le bdUlaM» 4r V f%>9^> l y w« . «I 
l'ttmittflKrmt df mnttt ne. mr ( 
ladblettD, je ïran-iu tfoi n^ iWi^ind ^ 
loDlé, el i)ui tw *f. hnmni vnlir qw^ tf xm );•-■ 
l'autre, n'apforltriit )i«t ^ 1 tudrrtdu. Oj"» « ' '*♦*«• 

Mil 

Que rede-l-il. û[ir*j«<'U. q* de f»?utr" dw» U m^- 
^on.deluquelknouïiMiu» wMIl■u•tc^u^ulJ lUbUii tdiraB- 
chispar Le proçrèt!Ce*t crqutlisi u-j» (.IjU'.^^^'w.bU 

La ualiire, dikenl-iU. qui n^ f»it nfM" 'f »»ui. n* (n-i- 

au4lps\-il.' l(nii<-»'toluhiJii i>r^aiii<|ii' lipil I"" t^ murt. 
iir. le pmp^r Hai.i lu )i.-;:ai|on d<' b riii'il. il > ii lieu 
'JcFn.un.' fjtie !•■ )4itti'--ii>.-|ie ilijiil Hi'Vi' If-' ^J|^*SU1I- ni- 



— 34 - 

bas qu'une partie se continue dans une sphère plus haute , 
et que, si en vertu de Torganisme nous sommes voués à 
la mort, en vertu du progrès celte mort est une rentréo 
à la vie, un renouvellement d'existence. 

C'est Topinion de M. Pelletan : « Il y a répugnance à 
« croire, dit-il, que l'homme progresse pour finir. » Et il 
termine son dithyrambe sur le progrès par un hymne à 
l'immortalité de l'âme. 

C'est l'opinion de M. Bûchez , qui , réclamant pour le 
christianisme la gloire de la découv^te et le bénéfice 
de ridée, conclut pareillement du progrès à la résur- 
rection. 

C'est l'opinion de M. Jean Reynaud, qui va jusqu'à 
supposer que dans certaines nébuleuses le renouvelle- 
ment de la vie s'accomplit sans solution de continuité, 
par un progrès que ne traverse pas la mort. 

C'est l'opinion de M; Pierre Leroux , qui toutefois ne 
pense pas que la renaissance des âmes se fasse ailleurs 
qu'au sein de l'humanité même, dont le progrès résulte 
précisément de cette métempsycose. 

Or, si l'humanité est obligée, pour l'accomplissemait 
de sa destinée, de se survivre, il faut conclure encore que 
son existence présente est incomplète ; qu'il y a en elle 
insuffisance, inachèven^ent , défaut, en autres termes, 
misère et dégradation. Nous voilà définitivement rentrés, 
par la porte du progrès, qui n'est autre que celle du péché 
originel, dans le catholicisme. 

a On peut reprocher à Condorcet, dit M. Jean Reynaud, de 
s'être occupé trop exclusivement du progrès des lumières, et 
de n'avoir tenu presqu'aucun compte de la sentimentalité reli- 
gieuse. Cet autre développement non moins certain, non moins 
admirable en lui-même, et non moins fécond dans ses der- 
niers résutats que le développement de la pure intelligence, 
méritera bon droit d'être placé au premier rang; et sans lui, 



— 35 -- 

qMl9M dbrt qœ Ton fuse, llustoire du geort humain perd 
lAmûnmmA k wnUeore piitie de im grandeur, jo dirnh^ 
piT«|ie de a dffnBté* » 

Etpiusbas: 

tLliuiiiamté y est dignement reprè»&Rth (àuisi Vmvrhç^c 
k Condorœt), mais k Àvin y manque : on touche fiartoiit In 
terre, et nulle part le ciel... C'est pourquoi, privé do sanction 
religieuse et réduit au seui appui de la jtcienoc, dondorcci 
éckoue complétenient sur le double prohl^me de la dentinco 
inle du genre homainet de la destinée finale do rindiridn. r^ 
[Eneydopèdiê momoeUe.) 

Voici donc qni est avéré : 

Le progrès, d*après toutes les définitions qni en ont ^ié 
données, non-seulement n*est pas du fait do noire lîberti^, 
bien nunns encore est-il le témoignage de notre vertu . 
Cest le signe de notre servitude, signe qui, si nous savons 
rinterprâter, nous conduit à Dieu et i Tautrc vie. Hors 
de là le phénomène reste sans but; la théorie est tron- 
quée, dépourvue de sens. Convaincu de ces hautes véri- 
tés, M. Jean Reynaud, dans Terre et Ciel , enchérit en- 
core sur ses coreligionnaires du progrès. Il ne lui sunil 
pas de la survivance des âmes , il loi faut encore In 
préexistence. Ce que nous nommons le progrès devient 
alors une circulation sans fin des ûmcs à travers rinllniii^ 
des mondes, une série de purifications |)our rétcrnili'*, 
puisque, dans ce progrès indéfini , la déchénoco 4|ui lui 
est corrélative est éternelle. C*est ce que rilluslro théo- 
tophe démontre par les plus sublimes considérations do In 
géographie, de Tastronomie, de Tcmbryogénic, et tontes 
les ressources du calcul différentiel et intégral. 

XIV 

Tel est maintenant le dilemme qui, grâce â ces inielli^ 
gents progressistes, nous éventre de ses deux coni 



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leiiffi/ de 'i'huinamit'! pur f. ^im«m >ii m« 
nous Terron* Unil à i l.furi», »• r-i.H.»u . 
le second casi. j'^ li» ni^mrr- ^ .r-n i/./..i /,. • ^«.t,.. 
rW/e-wfMf: c'est la I»f,i i**". ■».. 
îles deux cas, je du i^u*! . .'imiiiui^ i» ^'»«. 
ousecorrompl «///^«#^m«f. r,aî'.. mi» 'i • «.^ .. 
|)()einent de la Juâlirii. )•• at* iuk r«i. -. !>i^* « 
elopiH.'meiil ni' s««ii 'iii:.iii ;»• .* ...-■• 
l la consoieiico [.uur pu m ...•• ■•. ... 

à rêgoïsmo «îl à limli:". r; .::, /: _ 

ae; el, s'il s'ajril di*. la im.u;:.:.. - 
liminulion ne peijl prvmir .a . 
Tlé, à laijUi'llo rifin, .li '^u.. * ... 
mité, ne [iciit tenir W-'a. 
:elle manière le pr'.ç.":. »-...! > 

I Justice, 5a for«:«: rr.r.i f.. , . .-• . 

)nservcr rien de f^:-!. v.r- -•..-.-. -.r- . 
uelle, le [jrojiT';": >-. 
que, on di.spui*: ^r.-.-.-. : 
(» la «nri^li-. d^rrr^r*.-- «•• 



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— mo- 
ment. 11 est ad libiiumy entièrement facultatif, p 
au gré du libre arbitre, se précipiter, se ralentir, 
rompre, rétrograder, renaître ; en un hrot il n'a 
nécessité. Là où une nécessité se laisse apercevc 
le mouvement social, on peut dire à priori qu' 
étrangère au progrès. 

Celte conception générale de la marche de la 
nous permettra de rendre compte de la multiti 
accidents, tergiversations, retards et décadence 
Thistoire de l'humanité regorge, et sur lesquels 1 
riciens ordinaires du progrès ferment bravement h 
à l'exemple de Hegel, qui ne regardait que Tense 
négligeait le détail^ un détail qui affecte des mil 
générations, et des milliers de milliards d'hommi 

XVI 

Le problème ainsi précisé, la solution ne se f 
attendre. On prévoit, en effet, qu'il en est des ose 
de la liberté comme du gnomon d*Ézéchias : rier 
aisé à concevoir que son avance; la difTicuité r/ 
nique difficulté, porte sur le recvL 

Montrons d'abord en quoi consisle cette avar 
elle a lieu ; nous chercherons ensuite quelle eau 
puis, cette cause trouvée , il ne nous sera pas 
découvrir le remède. 

Qu'est-ce que la Justice? Téquationde la J 

Deux bommes se rencontrent, opposés 
débat s'engage ; puis ils transigent : équat' 
conquête du droil, premier établissement 
Un troisième arrive, puis un autre, et ainsf 
animent.: le pacte qui liait les deux prem 
ç'étcndre pour recevoir les nouveaux vr 
contractants» autant de sujets de la Jus 
progrès. 



— 41 — 

Ce n'est pas tout. A chaque objet qui intéresse la vie 
de CCS hommes surgit un nouveau litige ; de nouvelles 
transactions deviennent indispensables : autant d'articles 
qai s'ajoutent au pacte primitif, autant de conquêtes par 
conséquent pour la Justice. Ainsi la loi des Noachides 
se compose de sept préceptes , celle du Sinaî de dix ; 
le code du désert en contient une quarantaine» celui 
d'Esdras on-ilelcias en a plus de cinq cents. Je ne veux 
pas dire qu'il faille juger de la moralité et du pn^rès 
d'un peuple par le nombre des lois écrites : longtemps 
avant Jésus-Christ cette proposition était devenue une 
contre-vérité ; je dis que le progrès dans la Justice a pour 
mesare le nombre des lois qui s'observent^ ce qui est fort 
différent. 

On nomme progressio^c, en mathématique^ une série dont 
^<!ue terme est composé du précédent augmenté de la raison 
oufnuUiplié par la raison. 
Telles sont les deux séries suivantes : 
'. 0. 1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. iO. etc. 
HO. 1. 2. 4. 8. i6. 32. 64. 128. 256. 512. etc. 
Lues à rebours ces deux séries forment une régression. 
{Mhmétique de Bezout.) 

Telle est, dans une société régulièrement constituée , 
Vii, sans rien perdre de ses principes fondamentaux, y 
ajoute sans cesse de nouvelles définitions, adoptées et 
suivies par toutes les consciences, l'image du mouvement 
juridique : le bien s'ajoutant au bien en raison du nom- 
bre des personnes et de la multiplicité des intérêts, le fais- 
c^u de la Justice s*étendant sans cesse , il y a nécessai- 
rement progrès. 

Le contraire aura lieu si la Justice est en décroissance: 
A les lois n'ont de sanction que dans la force, si elles ne 
se comprranent plus, si, par Tinfluence de Tinégalitééco- 
i^iqne et de la raison d*État, elles tombent peu à peu en 



— 42 — 

désuétude; si le scepticisme, envahissant les conscienees 
sape les bases de la morale publique; si Thypocrisie et h 
mépris ramènent la guerre sociale. Alors il y aura régreê 
sion, comme dit Bezout, de la Justice, c'est-à-dire déprt 
vation de la société et décadence. 

Aucune difficulté pour rintelligonce dans ce doubli 
mouvement, dont on pourrait, pour chaque nation, et» 
blir le compte sur deux colonnes, exprimant par leu? 
diiîérence les acquisitions et les pertes de la Justice. 

Tout cela, en regard des* théories sublimes et savanifa 
simes dont j*ai donné Tanalyse, est d*une telle «impli 
cité, qu'il n'y a lieu de s'étonner que d'une chose, c'ei 
que les théoriciens du progrès ne Taient pas aperçu. S'il 
s'étaient souvenus de leur arithmétitjue, ils auraient coni 
pris que le mystère résidait tout entier, non pas dans 1 
mouvement en avant, mais, comme tous les peuples < 
toutes les théologies l'avaient deviné , dans la cause et I 
possibilité du recul. 

Qu'est-ce donc qui enraye la Justice, puisqu'il est cla; 
que sans cet enrayement le progrès, aussi essentiel à I 
Justice que le mouvement l'est à la liberté, n'aurait pj 
de cesse, et que nous serions tous des saints et des biei 
heureux? 

En langage théologique, quelle est l'origine du pécW 

XVII 

Arrôtons-nous un moment en face du problème. 

La Justice, avons-nous dit plusieurs fois, est le pac 
do la Liberté, son sacrement. C'est par la Liberté que 
senlimonl social s'idéalisant acquiert celle vertu pé 
trante qui en fait la plus vivace de nos inclinations e 
plus sublime de nos idées, la Justice. Aucune inflp 
d'ailleurs ne contraint la Liberté à cette équation 
n'est su propre dignité, sa gloire. A tous les titres 



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HllsIoOflWdt ie n tmt. ta •^v'w a^« '^-«■« « 



— 44 — 

toute philosophie saine est forcée de l'admettre 9 est vé 
ritablement en lui, si elle est de lui, si elle le possëd 
comme le premier de ses amours ? Car qu'importe qiK 
dans la décadence générale, quelques âmes pures prc 
testent et gémissent, si la masse est énervée, si la grft( 
du droit ne la sollicite plus, si, pour vaincre le mal, 
ne lui reste que le sentiment de son impuissance? 

Qui peut, dis-je, épuiser ainsi une société de toui 
vertu? Est-ce une cause extérieure et fatale ? Alors tort 
notre théorie de la liberté croule : l'homme est esclavi 
Ne parlons plus de Justice; subissons en toute humilil 
la raison d'État. 

Serait-ce que l'âme humaine ne possède qu'une somn 
de vertu, comme le corps une somme de vie; 'et que 
provision dépensée, l'immoralité succède, traînant à 
suite la mort? Dans ce cas, c'est la Justice qui est insu 
flsante et inefficace; elle appelle un reconfort, une grâ 
supérieure : ce qui nous ramène au système de la d 
chéance innée, originelle. 

Ainsi l'horrible cauchemar nous poursuit toujoui 
Vingt fois dans ces études nous avons terrassé l'hydre, < 
quand nous nous croyons délivrés, nous la retrouve 
plus menaçante, qui nous déGe à un dernier combi 
Quelle fascination nous obsède, et nous fait sans ces 
trouver, à l'analyse, le mal et la mort, là où l'instinct 
notre cœur nous promettait la vie et la vertu? Eh qui 
vous vous dites en progrès parce que vous n'êtes pas U 
à fait morts? Mais les Égyptiens, les Indiens, les Bi 
triens, les Assyriens, les Perses, sont morts; mais 
Grecs et les Romains sont morls à leur tour; et vo 
Français, Germains, Angles, Slaves, peuples d'Orient 
peuples d'Occident, vous êtes tous bien malades. Allqi 
secouez cette décrépitude, faites reverdir votre vieilles 
sinon, à genoux devant le Crucifié, dont le sang répfui 



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lîrriblp, coninif dun* i.. I 
C'est le jiriïii'-si d- i 
qu'elle insj'iiv m-U ui-iit» 
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^fliuis^ow 'ji.'''T. •-■1 u 
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. (iMiLi 1; 



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— 46 — 

ciété, quand encore cette énergie irait déclinant, il WBÊ 
Tirait à la longue de cette universalité de respect, de ofl^ 
constance de l'opinion pour faire prévaloir le droit. I^ 
progrès irait moins vite; il ne s'arrêterait pas. 

Ce n'est donc pas trop de dire, en m'appùyant sur IV 
périence des nations, que la Justice est plus forte à ë 
seule que toutes les causes qui la combattent, et que 
depuis quarante siècles , il n'y a pas de progrès dai 
Justice, le statu quo^ à plus forte raison le recul , a< 
une anomalie contre laquelle la raison psycbologii 
proleste. 

Le progrès, en un mot, d'après la notion de la lusl 
et d'après les faits, non-seulement est possible, il 
i'élat naturel de l'âme humaine, on effet de sa coi 
lulion. - 

D'où je conclus que si néanmoins le progrès n'a É 
lieu, s'il est suspendu, si même il se change en rétrogr 
dation, l'empêchement ne peut venir que d'une cai^ 
capable de faire violence ou illusion à la conscience > 
riiumanité. 

Quelle est celte cause ? 

La nature? Devant la conscience, la nature est passit 

bien plus, nous avons vu, en traitant de la Justice dis| 

•butive et des lois naturelles de l'économie, que la nati 

est d'accord avec la Justice, et que d'elle-même elle ne 

pousse à l'égalité. 

Les passions ? Nous venons de rappeler que, réuni 
toutes ensemble, elles pèsent moins en dernière anah 
dans la conscience universelle que la Justice. 

La seule puissance capable de faire échec à la Just 
est la Liberté. De quelle manière? C'est ce que nous 
rons tout à l'heure. 

Ainsi, après avoir montré la Liberté comme la fo 
motrice du droit, nous sommes conduits, par une ind 



- 4r- 

Ibb ripBVMW, i la lifiuler «miM l'iiricai 
metnmt pat, et mtm ivot» le mol d* Vin 

XIX 
Qm b LftvU piMM rMOer à U JoUice, ■nwi biri 

tMi !■ ÙÊiàman; il ii'jf â pu là dn «liffî^tilld, p 
■■ofailbasMnil pu libra, ee<}fn impliqaC' 
iUkÊU H CHaBW on ne wunit, A poino il« U hi 
«m ékfÊnàtn, lai (uppcncr d'uilret motif* 
■Ibh, U y ie rt ioii nniciil i demander coniroenl U I 
' ■ vi«nt à H préUror A la Juslic», qai m wd pMU 
UU i» préditectioa, um lennenl, à m pariarrr, (M 
H poial à» lainBf reprandre l« dcHui k U (Mtâïilé, et 
■BM«r aimi h propre dfclitenc». 

HyMn impteémblt. Uni que U ration pbilutopMqtt» 
Inwurail inclioéc devxnl la ntmn tniuc«iiiianlr . tûh 
fu devait se diviper, roaaao Uat d'aulna, «aNlIM 
fi'ime main liardie aurait dérhiri lo niilr. 

I. 'homme, par Mn libre arbtUp, Itriid h rfaliwr en lui 
et autour de lui, ilans li-s j ht si mur s ijui li- tourlit-iit rt 
lians les chnsc!i qui lui a|i(>nrlii-i)iicul, (l:iiis hi rili- igu'il 
haUlo et dans la uniurc <]iii rrriliiurr. «laris Imites te^ 
|>«ii»jes et dans luus si's actes. I<! t^itLlimo et le lieau, 
l'absolu. 

L'absolu à réaliser, M>ilà sa fui, sa loi, sa distinw, sa 
U'atitudo, en un nmt suri iii>:u.. 

De toutt-'s les réiilisaliou-. J<-- Ixltial, la )>liis <':U\rr, uM\ 
qui duniiiiu les aiiliv-, est li Jiistirp. 

LaJiistiee, «n olT.'t. ab-lia.lic.ii IViil.' il> s i.vl.- iL- .Imit 
qui coh^tiliicnt su rai->t>ii. cjiii loi uif til \-- iloir-iiri. Ju ju- 
risLonsiiUfi et J'Huii'iil ii,ii,--iiiiM' .i unf mip-im. |.ii-.iIhc, 
l'éllii.jiii'; lu iiislic- !■-! ii'lli.' hI.mIiIi- jitii^7.,iiil.-. -mi-. 1 111- 
lluenrc d>' lai|ii>'lli: I'Iioiiuik' tnnl .1 ii<'\<'tiii . <l ' < m .iliiri; 
simiilenicnl sociabk', un jusl«, un xiiiil, un luru-i, un Hi.n. 



— 48 — 

De ce point de vue, qui est celui du libre arbitre ou d 
ridcal, la Justice n'est plus seulement l'ordre impérieu 
de la sociabilité; c'est l'objet principal, pivotai, de l'esthi 
tique, auprès duquel les autres réalisations de l'idéal n*a| 
paraissent que comme des créations secondaires» suboi 
données à la Justice comme des moyens à leur fin. 

En autres termes, Fhomme, par son libre arbitre, e 
artiste, et le premier objet de son art est sa consciena 
toutes les manifestations de son idéal ont pour objet, ( 
dernière analyse, sa justification : c'est pourquoi noi 
sommes tous, au fond du cœur, puritains et rigoriste 
Mais autant l'indulgence pour soi-même inspire de mé 
estime autant l'hypocrisie de puritanisme révolte. 

Pour réaliser la Justice, la première condition est d\ 
connaître laloi : car, ainsi que nous l'avons expliqué, si 
libre arbitre dépasse la nécessité, il la suppose : poi 
dMdcal, point d'art, point de sainteté par conséquent, i 
dehors de la raison des personnes et de la raison des chose 

Or, il s'en fiiut de beaucoup que la science aille < 
même pas que l'imagination; que l'industrie, réconon 
sociale, le droit, soient aussi prompts dans leur dévelo 
pement que la poésie et l'art. Diverses causes, qui en 
compliquant, se multiplient à l'infini, retardent le pi 
grès de la législation et de la jurisprudence : là h 
baric primitive, la naïveté de l'entendement, l'inexf 
ricnce des rapports sociaux, les préjugés de religion, 
pouvoir, de caste, de propriété, etc. ; puis, la tradition, 
possession acquise ; puis le doute , la contradiction, 
guerre. 1 1 a fallu quatre mille ans pour découvrir le systài 
du monde : le système de l'âme humaine n'est pas eno 
connu, et Ton s'en est occupé cent fois davantage. 

Cependant la Liberté ne peut attendre : ce qn*c 
ignore, elle le devine ou le supplée. L'homme est im| 
tjent de se posséder et de jouir de sa gloire ; il a bea 



— 64 — 

si la cause qui fait grandir ou déchoir la Justice n'ini 
pas, par ce développement ou cette déchéance, bof^ 
corps et sur rame, de manière à modifier Tespèce, tani 
à son avantage, tantôt à son détriment, dans toutes I 
puissances et manifestations, et à rendre le Progrf 
que nous avons d'abord cherché exclusivement danf- 
Justicc, commun à toutes les facultés de Thomme. 

Je n'hésite point à me prononcer pour Taffirmath 

La marche de la Liberté ne peut s'arrêter devant aooi 
organisme, reconnaître rien de fatal et de supérieur» ^ 
Toblige à se détourner comme le pilote dwant un éoiN 
La Liberté, en faisant avancer le droit, agrandit tf 
dans notre être ; elle ajoute à la qualité de la raisooi 
riinagination, de la conscience, à la qualité même 
tempérament. 

Il y a pour Thomme deux manières de couler son 61 
tencc : suivant qu^il s'abandonne à la direction de 
sensibilité, n'ayant de vertu que ce qu'il en faut (K 
éviter les maladies et s'épargner de méchantes affitiri 
ou selon qu'il se place sous la haute et constante inflniâ 
de la Justice. 

La première n'est autre que l'évolution animale, i 
présentée par la courbe des âges : enfance, adolesoen 
jeunesse, virilité, maturité, déclin, vieillesse, séniH 
décrépitude. A chaque époque correspondent des quall 
particulières : à l'enfance la naïveté et la gentilliBMÉ 
la jeunesse, la générosité ; à la virilité, le oourag»; | 
maturité, l'ambition; à la vieillesse, l'avarice, ladQfi 
à la décrépitude, Timbécillité. 

Dans l'impossibilité d'échapper à la mort et 4o 4 
server une jeunesse éternelle, que ne donnerait-OD j 
du moins pour garder, sur l'arrière-saisoni les fkodj 
généreuses de la jeunesse, la raison de l'âge mÛTi 4| 
soustraire aux instincts ignobles, malfaisantSy du niil 



— 51 — 

^lu ; elle doit B^aSàiblir progressivement par la rectifi- 
calictn da droit» et son équation avec l'idéal. 

XX 

Voilà toute la théorie du Progrès : une théorie de Tori- 
gioe du mal moral, ou de la cause qui arrête et fait rétro- 
grader rbomme dans la Justice, cause qui s'explique par 
un défaut d'équilibre entre le droit et l'idéal. A propre- 
ment parler il n'y a pas de théorie du Progrès, puis(]ue 
le Progrès est donné par cela seul que l'homme possède 
la Justice et qu'il est libre; il n*y a qu'une thà^rie du 
péché ou de la rétrogradation. 

Heprenons-la, cette théorie, théologique dans les 
termes, au fond si peu chrétienne, et que la Révolution 
a le droit de revendiquer comme l'article fondamental 
de son éthique. 

L'homme ne veut pas le mal ; il rêve le sublime et le 
I)eau, cherche, de toute l'énergie de sa liberté, l'idéal. 
Cet idéal, il tend à le réahser, d'abord en lui-même par 
la Justice, puis par une sorte d'extension aux choses de 
l'idéal que fon âme a conçu pour elle*mème, dont elle 
seule e9t le principe, le sujet et la fm. De là les œuvres 
extérioures de la liberté, dans la métaphysique, la théo- 
logie, la poésie, l'art, la politique, Téconomio sociale, la 
science et l'industrie. Dans la liberté, l'univers et l'huma* 
niléne forment plus qu'un règne, le règne de l'idéal. 

Mais l'homme ne oonnalt d'abord qu'imparfaitement 
la loi de ses moeurs; l'expérience lui fait bientôt sentir 
combien ses rapports juridiques sont imparfaits et ré- 
pondent peu à la sublimité de ses idoles. C'est alors qu*il 
résiste : il s'attache à sa religion comme à la source même 
de toute Justice ; aux œuvres de son art, comme aux 

gages de sa vertu première; bref, de justicier qu'il veut 

^eilde\ie|it idol&tre, et par le fait pécheur. Ce n'est 



Le Progrès embnaao toates les puissances de H 
nilé; il ne peut pas ne la pan embrasser toutes^ 
qu'elles sont wdidaires : ou il est Linivcrset, ou il n'-^ 

XXII 

Derniire question. — Où tend In Libellé, parce 
inU^gral et sans limiloT 

Nous l'avons dit ailleurs, l'ceuwede la Hbcrlé est: 
lisation de l'fitre humain et de son domaine. Elle va 
fratemiUS universelle, à l'unité Iiumnnitairc, fk 1' 
monie générale des puissances ds l'homme et des k 
de la planète. 

L'âge rel^euz, dont la fin prochaine s'annoi 
tant de signes, a été l'Age de la tullD, pendant 
l'héroïsme du combat et l'enthousiasme du martj 
tenu Heu de félicité, 

L'Age de JosUce, dans lequel nous entrons, sera 
de contemplation et de calme. L'homme est 
un ancien, pour admirer les œuvres de Jupiter, 
devinait l'ère de Justice. 

Et après? 

Fourier a écrit que lorsque la terre sera 
nous entrerions en rapport avec les habitants des 
planètes qui composent notre système, et par cet 
les habitants de toutes les sphères qui cireul 
l'infini. Alors, dît-il, commencera l'humanité uni 
directrice des mondes, manirestalion de l'es] 
lequel, n'aura plus qu'A se mettre «n rapport avec! 
talent, dont il est le medtum, pour se rcconnal 
nrtivement comme organisateur souverain, ooiihJ 
omniscient, inSni, éternel, Absolu des absolut] 
mot, DiBD. 

Pour moi, dcnit l'intellect fléchit sous cm 
sublimes, je pois du moins, à ceux de WB 



ciiAi'in;». iii 



WIII 

les mou^*'m' rit> il*' I'imo' |«in«ui m r^rii* r< r 4 
aUp:"ri»:5, 1»; \rai, 1» ju*l» , rulil»-, • l 1 i i« il, i«»i- 
jnt aux qiijtr<; [«iriui > lic Wn lml«* liuiiuu.' . U 
Ic: J:uit. l'in'iu'lri*- et l'art. 
iii.?in , aulai.l fii»- y rLo i* rd|i|i*lli', t'*f jrlf il*' 11* 
iire i'uliic, el Jjwy: i**>il ».n J- iii tiriii«t, k- 
k >â!:.', '-'^ q 1 i.'.'r.*. '.•.lU m-tm: . k* jUèUr, i« 

Il pas L y.-.:., y. :rLy. ^\ '- ...>*r a*;! laeMMt4b 
qui c:i:i.:'T-':ii -j-^- » •! i: ;*»''r. v'/ut h nnÉfrwIii 



■ SB - 



1 



l'autre àapi^iiw &deiu ordreid'idéee positif «H 
piriqufiB la concept da l'abBoIu. ' 

Dieu, M afGat, ii'est<41 p^s l'idéal de l'être, ilo k pu 
sauce, de la sageuei de In Justice? Le ciel n'est-il | 
l'idéal de la terre; la béatitude, l'idcal de notre bim 
Satan, l'idéal du péché; l'enfer, l'idéal dureiuorda 
l'idéal de la miséricorde ; Marie, l'idéal de la pui 

De quelque cAté qu'on la pi-eunc, la théologie 
construction de l'idéal, non pas seulement conçu, 
réalisé dans un autre monde. 

XXIV 

Celle réduction opérée, reste à déterminer, vi9^ 
des autres termes de la série, l'importance de Viiiéa 

Le premier mouvement, on no peut en douter, < 
lui accorder la première pluce. 

L'idéal étant l'apogée de l'idée que nous nous fï 
de l'objet, une représentalion de cet objet, non pas A 
quate, mais élevée, en bien ou en mal, en iieau ou 
laid, jusqu'à l'absolu, on voit de suite comment t'iil 
a été pris pour type et modèle des choses, cummefi 
conséquence il est devenu une règle de conduits I 
critère du jugement. Rien de plus logique, au ji 
coup d'œil. Quand le géomètre trace une figuro, â 
le marchand pèse ou mesure sa marchandise, ù 
juge prononce sa sentence, bien que chacun aitH 
tude que ni la figure ezéculée ne peut être parfl 
exacte, ni la mesure ou balance parfaitement jnl 
le jugement parfaitement irréprochable dans s 
tous trois cependant se réfèrent à un certain ifll 
forme, d'axactitude et de Justice, qui leur sertd 
et dont ils approchent le pluâ près possible. 

11 y a encore une raison de cette prépoDdén 
dée jt l'idéal. - ' : 



•D dlistdc Vidéol. Dww bM» Im actw de « lâb f«V 
H, qu'il «dmiK . qti'il détirr, qo'tl Mpén. qa'H «■■»• 
le qu'il triompha, qu'il nfrrrlte, qu'il ji 
~il à ridèkL LÀ rttltjpga »'a 




■ MiUitaM OMIS adonliM at fidèaL 

il,rUM.dea^ 

Khi EOneepli i)« MfaOaoo*, csnw, luaq«, «fao^ Bilt 
■mh è h Mdle d» rapwc»pliM Miiyr». Sm m*- 

VUb, comme cdle de l'aUola, i»l lotilc im-UfhTnqiw. 
!lBc«{>tualtste, toujoun el Il•■<:l:»^Jl^c^)Wl rociMculi«« à 

L Qw lldéal donc ddus wrve do ni^lre iuldlivtncl pour 
{MliaMtiOD de U (tCU-UK lia rJtnua, il o»t din» MM 
jlk; qu'il Tieoae oMume taoye^ d'odlo' UHM&ilMé| 
bpuHoaDM te cœur, d'atner l'nithaaÛMH, i 1» 
raie heure : l'erT^ur *rH iIr le [«milra IommAhh pMV 
nlim, priitcipe ci tH&UflMe de* cliOHt, d*Mpnr à ■ 
fw wtâ on conune d'uu cfaone, et qui «l auiri d 
Ww de prendre, i IVtentpie de jiiucilina ri P 
mrupa (l«s boainK* atec des «UUnu, ttin i 
lu poule des iipiifs de «icre . |.I.ui1«t un \atém éa I 

Wiftcielles, ou scm':T Jjiu une (brét da gluadkd*^ 

n)at. 
Produil Ae U tlbctU-, 1 <at:jl, par 



— 60 — 

toute liqiique et lout empirisme : est-ce une rnisoii 
subordonner U logique et l'expârience? Loin de là, lit 
ne se soutient luMudme, ne mirclie et ne grandit, q 
par la «mnaissance de plus en plus parfaite de la rais 
des choses. 

L'idéal, transformant en nous l'instinct obscur dA 
ciabilitâ, nous élève & l'excellence de la Justice : <■ 
une raison de prendre nos idéalités politiques et so^ 
pour des formules de jugement I Tout au contraire, ce 
Justice idéale est elle-même le produit de la détermii 
tion de plus en plus exacte des rapports sociaux, ot» 
vés dans l'objectirilé économique. 

Ce n'est pas l'idéal qui produit les idées; il ne fai 
les embellir. Ce n'est pas lui qui crée la ricbet 
enseigne le tnvail, qui distribnc les services, qui 
dèro les forces et les pouvoirs, qui nous peut dirii 
dans la recherche de la vérité et nous montrer les Itùe 
la Justice; il en est radicalement incapable, il n'y 
que d'embarras, n'y produit que de l'erreur. Mais, Il 
vniloi^nisé, la richesse créée, l'Ëlat constitué, la sd 
faite, le droit défini, l'idénl apparaît au sein de I 
Ces créions comme leur efQorescence ; et c'est ali 
nous apprenons à donner & nos idées , à nos prodt 
notre otyle et jusqu'à notre verln, ce caraclère rs 
dissant, cette gloire qui nous ravit hors de nous-fl 
et nous fait rêver de l'infini. 

Or, ce que l'idéal est impuissant par sa nature i 
ner, je veux dire la solution des 'problèmes social 
règles de la raison pratique et les lois de la a 
l'homme, par l'effet de la séduction dont noua' 
rendu compte, s'obstine à le lui demander, et d 
recours & l'idéal, c'est cette idoUlrie, quicon''''" 
moi, la véritable cause des rétrogradaUoas ic 

La doctrine du Prt^rès se résume lîiiii c 



-- 59 — 

C'est lui qui détermine toutes les passions de Thomme, 
M8 afiainements et ses enthousiasmes. Toute jouissance 
estaccompagnée d'une délectation idéaliste ; toute satisrao- 
(iço des sens, recherchée, obtenue, en dehors du besoin, 
est on effet de l'idéal. Dans tous les actes de sa vie, qu'il 
aime, qu'il admire, qu'il désire, qu'il espère, qu*il com- 
batte, qu'il triomphe, qu'il regrette, qu'il jouisse, l'homme 
obéit à l'idéal. La religion s'emparant de cette catégoriet 
en personnifiant le principe» tantôt sous des noms divers, 
tantôt sous une dénomination unique, achève, par cette 
réalisation transcendante, de consacrer la prépondérance 
de l'idéal dans les actes de la raison pratique et du 
jugement. 

Un peu de réflexion cependant nous démontrera dans 
quel piège nous entraîne cette adoration de l'idéal. 

Logiquement et chronologiquement , l'idéal, de même 
que les concepts de substance, cause, temps, espace, naît 
en nous à la suite de l'aperception sensible. Son exis- 
tence, comme celle de Tabsolu, est toute métaphysique, 
i eonceptualiste, toujours et nécessairement consécutive à 
l'impression des phénomènes. 

Que l'idéal donc nous serve de mètre intellectuel pour 
Testimation de la qualité des choses , il est dans son 
lôle; qu'il vienne comme moyen d'exciler la sensibilité, 
de passionner le cœur , d'aviver l'enthousiasme , à la 
bonne heure : l'erreur est de le prendre lui-môme pour 
Taison^ principe et substance dos choses, d*aspirer à sa 
possession comme d'une chose, ce qui est aussi absurde 
que de prétendre, à Texeniple de Deucalion et Pyrrha, 
fabriquer des hommes avec des statues, faire couver à 
une poule des œufs de sucre, planter un jardin de Heurs 
artificielles, ou semer dans une forêt des glands de cho- 
colat. 

Produit de la liberté, Tidcal, par sa nature, déi>assc 



— 62 — 

nent avec leurs semblables, oomme les non-croyaali 
(l*après les enseignements de Texpérience, les eâM 
de l'algèbre, les déductions de la Ic^que et les appHn 
lions de la Justice. Croyez, leur dit-elle, espérez, priH 
c'est voire affaire. Quant aux déterminations du droil< 
de la morale, vous les demanderez, non à rAbsolv II 
ses anges, mais à votre raison pratique , formée à poli 
riori et exclusivement sur l'observation des acte!l spoi 
tanés de l'homme. 

La théologie fait juste le contraire de la science. H 
a la prétention de déduire d'une communication dirM 
avec ridéal, dont je n'ai pas à discuter ici la réalité i 
le prestige, les préceptes de la morale et du droit ; ce q 
est exactement comme si je prétendais moi-même tif 
de cet idéal, impuissant à me les donner, les lois de Vie 
nomie politique et tous les procédés de l'industrie* 

L'idéalisme, pris pour principe de la raison pratiqi 
devient ainsi la destruction de la raison pratique dl 
même : la Philosophie de ^absolu, soi-disant nouvel 
Ta prouvé de nos jours, comme elle l'avait prouvé M! 
d'autres noms dans le passé. Tant que la foi anime 
conscience, la Justice se fait respecter et la sodélé 
soutient ; mais bientôt, la foi éteinte, l'idole mépria 
le Dieu insulté, le droit ne tarde pas à être foulé I 
pieds; à l'idolâtrie religieuse succède celle des joo 
sauces. Alors c'est fait de la nation, devenue la proie 
son idéalisme. De l'idéal divin à l'idéal épicurien la d 
tance est franchie en un saut; parvenue à ce dem 
période, la maladie est incurable ; il faut un renouvd 
ment de générations, qui ne suffit même pas toujoo 
C'est la paralysie du travail, l'apoplexie de la Justiîse, 
léthargie de la liberlé, la démence du pouvoir, la gi 
grènc sociale, le suicide des Églises, formées pour l 
adoration et son enseignement. 



<tlr 




de ndéal 

es que de FaboadaMe ée «mi îAéiiaM; c'«l 
e que j'aeane BÊtUm/L ée franîser 1 waif^Ami de 
, et congéqqfmmfl d^èlie le gnmàt mèmommièn 
nyslificatioo universeUe, dool le denier bmI^ |eo- 
par eUe-mème, esl déchéuioe. 
t donc par TÉgUse <pie nous aUons eommtmtw 
eYue. 

XXV 

.1 existe , par delà le monde visible, un monde do 
u, dont les existences, vivantes et non vivaules« 
nt dans leur corps, leur âme, leur vie, leur intelli* 
, leur société, leur action, toutes les beautés et 
Qcences que nous concevons par Tidéal, o^est» 

une fois, une hypothèse que la science ne discute 
e qui sort de la sphère des réalités naturelles et no 

aucune prise à Tobservalion, la science ne le nie 
pas plus qu'elle ne nie l'absolu ; elle le regarde 
3 non avenu pour elle et le renvoie à la métaphy- 

icience va plus loin : elle soutient que les croyant*, 
lie n*a garde de combattre Tespérance, sont tenus, 
e de folie, et, s'il s'agit de Justice, à peine d'im* 
té, de se comporter dans la vie usuelle, dans les 
X qu'ils exécutent et les rappoils qu ils soiiliefi' 
m 4 



- 64 - 

qucmment quo la délcctalion rcligicuso, de même que! 
dclcctalion éroliqnc, le dilettantisme littéraire ou autr 
recherchée pour elle-même, comme Tact^ le plus élo 
de notre nature, est le principe suprême de la comiptk 
des consciences et de la décadence des sociétés? 

Ce n'est pourtant pas Tcxpérience qui vous a manqn 
A toutes les époques, vous avez eu vos communistei 
vos gnostiques, vos adamites, vos quiétistes, vos md 
nistes : toutes gens qui ne faisaient que tirer la coDfli 
qucnce du principe de Tamour pur, des gens, en un mo' 
qui suivaient Tidéal. Dans l'Église, la corruption est f 
permanence, pourquoi? Parce que dans rÉglise Tatln 
de la Justice ou Tidéal est pris pour raison de la Justio 
parce que la contemplation tient lieu de justificatioi 
parce que la foi est chez vous supérieure à l'œuvil 
et que, le chrétien trouvant tous ses motifs dans la fi) 
son activité est épuisée, sa destinée atteinte par un sa 
acte de foi. D où est venue la dissolution monastiqiM 
sinon de cotte morale retraitée en Dieu, dont le fanM 
livre de V Imitation nous offre le chef-d'œuvre?..,. 

Je n*ai pas hesoin de parcourir la série de vos abomill 
tions habyloniennes, comme disaient, au seizième sied 
les protestants : lliypocrisie du protestantisme n*écM 
pas moins aujourd'hui que le sensualisme incurable li 
l'orthodoxie. Tous tant que vous êtes de sectes et d*é^ 
SCS, qui vous calomniez d'une façon si atroce, vous prM 
dcz de la même séduction ; vous avez tous pour initiatfll 
en Belzébuth, Astaroth et Mammon, Tideal.... 

XXVI 

Qui s^étonnerait, après cela, de voir l'Église pert 
successivement toutes les nations à qui elle avait pro4| 
délivrance et sainteté? i 

Quand le christianisme parut, la société s'en allaiti d| 



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tice: «r: i'_3.-^ • -i . .-s^ ''-■^ 



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-^ -k 



— e6 — 

Elle pouvait se relever, apporlanl à la fédération 4 
genre humain six mille ans d'annales, et une sageii 
quatre fois plus vieille que celle du Sinaï. Elle avait Hl 
sisté, malgré ses actes, malgré ses prêtres, à toutes M 
invasions, à tous les pillages, aux Grecs et aux Pern 
comme aux Hycsos. Elle demandait la Justice. La pH 
mière elle accueillit le christianisme : qu^avez-vous fU 
de TÉgypte? 

Laissons la Judée : vous me diriez qu'elle a péri jurti 
ment, sous les coups de Tite et d'Adrien, pour avoir n 
poussé rÉyangile ; Sanguis eju» super wt et super fjUi 
nostros ! 

Que sont devenues la Syrie, l'Ionie, l'Asie Mineure ta 
entière, Babylone et la vieille Chaldée ? Tout cela fioif 
sait, autant que des races idol&lres pouvaient fleurir» l 
temps de Jésus-Christ; suivant vos traditions» plnsiea 
des apôtres y portèrent la parole. Longtemps les Géss 
défendirent par leurs armes ces antiques eités, bcawsl 
vénérable de la civilisation occidentale. Quel appui ftvf 
vous prêté à César 1 Qu'avez-vous fait de l'Asie ? 

La Grèce a retenti de votre prédication, de vosdispnl 
ot de vos scandales. Corinthe était rebâtie, Athènes riq 
et paisible , les Iles rayonnantes de beauté. La natio|i 
litc, vive encore, n'eût demandé qu'à renaître sous l'i) 
pression agrandie et épurée du droit. Avez-vous révej 
le patriotisme de l'Hellade? Pour vous Constantin a 
l'empire grec : qu'avez-vous fait de Byzance ? 

Qu'avez-vous fait de Tltalie, de la Gaule, de l'Espagn 
Pendant quatre siècles, vous eûtes )e temps de vous : 
staller dans ces riches» populeuses et vaillantes contré 
d'en renouveler l'esprit et les mœurs. Qu'aveihvops | 
de Rome, noyau de l'empire ? 

Vous accusez le flot barbare» déchaîné par la vengeai 
divine : Gotl^s» Visigotb^» Ostrogoths, Huns » \%d^ 



— 65 — 

rompue par Tidéalisaie et les TÎeilles religions; comnie 
an temps de Noé, le monde, engagé dans fai Toie idéaliste» 
était arrivé à la dissolution : Omnis quippe caro iûnupe * 
rot viam suam. 

Le christianisme arrive» saorenr attendu : il accuse 
IWâtrie; il sait donc où est le mal. Une école se forme 
dans son sein pour écarter le dogmatisme, la théologie, 
la gnose et ses subtilités, Tidéalisme et toutes ses con- 
templations; elle réduit la religion à la pratique des 
bonnes oeuvres. (Test Técole de Pierre, Jacques et Jean, 
qu'inquiète, qu'indigne la métaphysique de Paul, éi qui 
proteste de toute sa force contre les spéculations de ce 
transcendantaliste. 

Mais quoi! le christianisme n*est-il pas aussi une reli* 
gion? Le seigneur Jésus est-il venu seulement pour faire 
de la morale? La foi n'est-elle rien? la rédemption, rien? 
la résurrection, rien? Les prophètes,, les patriarches, la 
tradition messianique, le Saint-Esprit, tout cela n*est-il 
rien?... L'argumentation de Paul l'emporte sur la réti- 
cence des autres : il ne s*agit pas de rejeter tout l'idéal, 
dit-il; il ne peut être question que de changer l'ancien, 
qui s'est dépravé, contre un nouveau, que nous savons 
incorruptible. 

Sous le nom de Christ, l'idéal fait donc flotter de nou- 
veau sa bannière sur le monde... Faisons, s'il vous plaît, 
le tour de cette quatrième monarchie, qui devait, selon 
Daniel, restituer toutes choses, et conduire l'humanité 
par une transition merveilleuse à la félicité éternelle. 

Qu'est devenue l'Egypte, malade, depuis tant de siè- 
cles, de sa dégoûtante idolâtrie, mais aussi vivante encore 
sous les Césars qu^elIe l'avait été sous les Ptolémée et 
les Perses? La nation avait perdu son indépendance ; mais 
die existait, avec ses lois, son culte, ses institutions, ses 
traditions, sa philosophie^ ses livres, sa langue sacrée. 



— 68 — 

nie devient plus immonde, plus desorganisatrice qu'eU 
n'avait été même sous un Néron et un Tibère. 

L'épuisement, la dépopulation de Tempire, datent sur 
tout de cette affreuse époque. De Tan 312 à l'an 394, il i 
été livré pour le compte du christianisme, entre les com 
pctitcurs païens et chrétiens de l'empire, dix-huit grande 
batailles, sans compter les séditions, les révoltes» le 
réactions, persécutions, massacres, spoliations, etc.*. 

L'Église accapare Tor, l'argent, le numéraire; dépouill 
les temples des dieux, que lui livrent Constantin et se 
successeurs; s'adjuge les propriétés consacrées à Tanciei 
culte, capte les héritages, fonde des hôpitaux, des église 
et bientôt des couvents ; jette les fondements de la senri 
lude féodale. 

Tout occupée d'asseoir sa hiérarchie, de préparer i 
centralisation, elle ne fait rien pour le salut public. El 
laisse à César le soin de défendre l'empire, consolée d*\ 
vancG de l'invasion , et aussi prompte à s'attacher ai 
chefs barbares, Théodoric, Clovis, qu'elle l'avait été 
courtiser l'empereur. 

Le christianisme seul a tué l'empire, en Occident et i 
Orient, et ajourné pour quinze siècles la régénération! 
ciale.^Qu'avez-vous fait de l'ancien monde?... 

XXVIÏ 

Au reste, l'Église a déjà vécu assez longtemps pourvu 
naître et mourir dans son sein des dynasties et des s 
tions. Qu'elle en rende compte. 

Pendant huit cents ans, l'Espagne lutte contre 
Maures. Elle triomphe défmitivement de l'étranger 
quinzième siècle, et par la vertu de son esprit natioi 
s'élève au faîte de la grandeur. Alors il se passe en i 
un phénomène étrange : comme elle a combattu au n 
de la croix, elle attribue à la croix sa victoire; elle 



- 69 — 

lit de m rcfiçlcNt un idéal |>olitiqiie, d m: ti' 
râitii». Qa'afcn-Toiu bit de ITs^a^nt! 
An iMplirtèra de RHms uiw anlrc mociArdii* 
iHc dm Pnoa. Nais f«1le niiionrcliiv n'a qn'obc ■ 
ilian fktilwlMiMt. barlore : rico àe |i)its aâi quetî 
ifJiiier, d'ùrgaaiwt reUe TOfaoU^. CfiuleiuajnM! H 
B msUnt ; sprës lui, rcpuvTp esl abamtonniéc. Cn 
«a-wMs UHsÊÙ lombrr b dj-DH^Lii? de C1>itU T Coi 
tôt lard, iTex-TODs déserté celle de Charlemaj^c . 
Do ma de la barbarie |i>c «nrgit enfin , f«niiia 

wW^etalMn, lo «TftfiiM Jal. Mais la TMialité cat 
niable; l'iasiilalioo communale panU, ei l>i«DU<, atac 
wle dn (idoles commun«a. m* prfalnit, aitr In niiMS dt 
> noMease et du lier»<élj to monarchie absolue. Ia 
tiBgioo eeftendant est inv< jn^ par tout le monde. La 
Malilé, c'est t'Ésiise dai l'idM de u hi^rdiie ; la 
■npuDc, c'est la laroiaw aver it% uEnta et aca dm- 
fdbs; la royauté, c'est \e droit ilivjn. 

Comment avez-vous abandonna à sa (lourriliirc la no- 
fese! r.ommenl n'avpz-vons rcssé do ii;iliir la com- 
jlnne? Commonl avez-vous |iou«s(^ la ninnarrliio àu pré' 
iBpireîQu'avTez-vousfail de la Kranrc avant 89, el qu'en 
Ules-VDUS aujourd'hui T 

Tout ce que vous touchez est à l'instant frappé de 
>»rl... Eh ! se pourrait-il aiitrcmcnl ? L'É;,'li5e, à qui il a 
tlé promis qu'elle serait le sel de la Urrf, [lar qui toute 
iwiélé doit èlrc garantie tie la corrupliim, l'iv-ilipe est 
iopuisianle à cnnsrrver sa propre chair. 1:1 le scrail morte 
'inglfois si la socit-lé, qui sn rennuvrllr inri'ssaiiirnetit 
Frses crises, ne la pui[;i;iiil 'll.'-mi^mi', et npirs l'avoir 
f'jfHnic ne lui porlait encore, niniinc à son Sauvi;iir, si-s 

tmercimenls et ses offcaniirs. 
l Ilrt le troisième sièrle, nous la voyons an dissoudre 
I Oins l'orgie de ses idées. Le nom seul des gnostiques. 



— 68 -- 

nie devient plus immonde, plus désorganisairice qu'elle 
n'avait été même sous un Néron et un Tibère. 

L'épuisement, la dépopulation de l'empire, datent 8itf« 
tout de cette affreuse époque. De l'an 312 à l'an 394, iU 
été livré pour le compte du christianisme, entre les com- 
pétiteurs païens et chrétiens de l'empire, dix-huit grandes 
batailles, sans compter les séditions, les révoltes, lei 
réactions, persécutions, massacres, spoliations, etc... 

L'Église accapare l'or, l'argent, le numéraire; dépouille, 
l'es temples des dieux, que lui livrent Constantin et ses 
successeurs; s'adjuge les propriétés consacrées à Tandea 
culte, capte les héritages, fonde des hôpitaux, des églises 
et bientôt des couvents ; jette les fondements de la servi- 
tude féodale. 

Tout occupée d'asseoir sa hiérarchie, de préparer sa 
centralisation, elle ne fait rien pour le salut public. Elle 
laisse à César le soin de défendre l'empire, consolée d'à*. ^ 
vance de l'invasion , et aussi prompte à s'attacher aux 
chefs barbares , Théodoric, Clovis, qu'elle l'avait été i 
courtiser l'empereur. 

Le christianisme seul a tué l'empire, en Occident et en 
Orient, et ajourné pour quinze siècles la régénération so- 
ciale. Qu'avez-vous fait de l'ancien monde?... 

XXVIÏ 

Au reste, TÉglise a déjà vécu assez longtemps pour vmr 
naître et mourir dans son sein des dynasties et des na- 
tions. Qu'elle en rende compte. 

Pendant huit cents ans, l'Espagne lutte contre les 
Maures. Elle triomphe définitivement de l'étranger au J 
quinzième siècle, et par la vertu de son esprit national [ 
s'élève au faite de la grandeur. Alors il se passe en die '; 
un phénomène étrange : comme elle a combattu au nom '. 
de la croix, elle attribue à la croix sa victoire; elle 



— ?2 — 

qu'oQ Tiendra parler encore de trai et de faux 
vraie et de fausse religion! 

Dieu, ou l'idéal, el sa religion, sont les mAînav' 
toutes les professions de foi. C'est toujours Ti 
contre la nature humaine; et il n*y a qu'une rdigion 
terre, un seul dogme, une seule discipline, un seul 
lisme, lequd se résout toujours dans l'abandon de la 
tice et la confiscation de la liberté. 

Quand on nous referait un dogme cent fois plus 
fond que celui de Thomas d'Aquin et de Scot, à 
servirait4i, si, comme je Tai démontré à satiété, IV 
de la religion et sa tendance sont immuafiles, s'il s'i 
toujours, au nom de l'Absolu, d'humilier l'homme, dej 
vemer par la raison d'État, de rompre la balance 
mique, éL de maintenir, par autorité de m; 
l'inégalité! 

Le rôle des religions est fuii : elles sont eopi 
d'incapacité morale et juridique par essence ; n 
qu'il faut opposer sans cesse aux nouveaux re|i| 
naires. 

Et pourquoi, encore une fois, incapables! Parca- 
comme il a été observé plus haut, l'idéal est d< 
plutôt suggéré par le réel , non le réel par l'idéal 
n'est pas dans le del intelligible^ comme disait 
qu*il faut chercher la cause du mouvement et de la 
tion; c'est dans la création, au contraire, qu'il fiuil 
cher le ciel intelligible. De même pour Tordre 
que l'idéalisme s'appelle théologie, poésie, art on 
que, il est la glorification de la conscience; il nei 
être pris pour sa loi. 

Ne perdcms jamais de vue cet axiome de la logigoai 
nelle : Nihil est in intellectu quod prius mm 
sensu ; ce que nous pouvons traduire : L'idéal imM 
tient que porté par le réel, la raison esthétique neft 



1 



— 71 — 

Quelles mœiirs épouvantables que celles du clergé 
fmçm pendant le dix-huitième siècle ! Telle Ait la vertu 
de93, ijpe le prêtre y retrouva sa conscience d'homme 
€l de cikiyen. C'est à 93, Monseigneur, que vous devez de 
li^étre pas morts et de conspirer encore... Sans cette Ré- 
i&hitiôil , dont te chef militaire vous rendit Texistence, 
^ vcms demanderais : Qu*avez-vous fait de l'Eglise ? qu*a- 
fez-vous fait de vous-mêmes?... 

XXVUI 

De toiMl ces faits^ dégageons Tidée générale I 

Certains philosophes de notre temps, ayant observé 

fw l'idéal religieux se modifie à chaque révolution de 

k société 9 ont cru pouvoir en conclure> d'une part , 

qu'an système transcendantal est, en tout état de cause, 

Uispensable au mouvement de la civilisation; en se- 

'iQod lieu, que^ l'idéal chrétien étant plus que jamais 

«é et insuffisant, il y avait urgence de s'occuper de 

I b réforme théologique et de la fondation d'un nouveau 

'calte. 

Il y a dix-neuf siècles que la multitude circummé- 
dherranéenne, qui courait après les messies et les Cé- 
Urs, faisait le même raisonnement. C'est à ce raison- 
oânent que Paul, l'apôtre des gentils, dut ses succès ; 
telle fut la marotte des Gnostiques, de l'empereur Julien, 
des Manichéens, des Millénaires, des Albigeois, des 
«Vaodois, plus tard, de Jean Huss , de Luther, de Jean 
d^Leyde, de Catherine Théot, que copièrent de notre 
temps Saint-SiBKm, Fourier, et leurs innombrables imi- 
tateurs. 

Ne flemble4-il pas, en vérité, qu'en changeant sa théo- 
logie le m<mde change sa superstition?.... Est-ce à nous, 
qui avons appris dans nos cours de psychologie, CommetU 
le$ dogmes eommenceni^ et comment les dogmes unissent, 



— 74 — 

Le peuple romain a Tidée de la Juàticei un setHi 
extraordinaire du droit. 

Sa Justice est boiteuse, sans doute, telle que po 
être, au premier âge des sociétés, une Justice qui i 
distingue pas de la dignité individuelle garantie p 
religion. Mais il croit à cette Justice de toute son i 
il ne rêve qu'elle, dans ses assemblées, dans sa polit 
dans ses guerres, dans ses révoltes» jusque dans ses 
lances et ses perfldies. Le Romain vit du droit : là-de 
il ne plaisante pas. Ses historiens ont conservé le sou 
du scandale qui remplit la ville, quand les philosc 
venus à la suite de Pyrrhus offrirent de prouva 
n'existe aucune différence entre le juste et Tinjusl 
que le droit est un préjugé, un mot. 

Rome peut douter de ses augures # de ses pc 
sacrés, de ses vestales : à l'égard du droit, le sceptic 
ne prendra pas. 

L'idée du droit crée à Rome, au dedans une fon 
cohésion, vis-à-vis de l'étranger une puissance d'asi 
lation, et par là une puissance d'attaque, sans ë 
Chez les Grecs, la cité était organisée surtout contn 
tranger; à Rome, elle semble faite tout exprès pour 
troduire. Autant de victoires, autant d'incorporati 
cette idée passe à l'état de tradition dans la masa 
point d'alarmer le sénat pour la nationalité rom 
L'État romain, fondé, organisé, développé par les 
les consuls, les décemvirs, les tribuns, est le plus 
dont l'antiquité ait laissé le. souvenir : c'est que, ] 
à la notion du droit qui en fait la base, la coUec 
romaine est tout à la fois la mieux, groupée et la 
compréhensive qui existe. 

Le droit, incompatible partout ailleurs avec le n 
de soldat, est Tâme de l'armée romaine. Les ni 
avant de se battre, jouent aux dés ou se donnent 1 



— 7S - 

qn'à l'aide de It raison pratique, el Dieu ne grandit qoe 
de la Justice acquise de rhomme. 

Dieu est Tombre de la conscience projetée sur le champ 
de rimaginaticm. Dès lors que nous prenons cette ombre 
pour un soleil, il est fatal que nous nous égarions dans 
ksténèlNres. 



CHAPITRE IV. 

Home et les empereurs. 

XXIX 

Dans Torigine» le peuple romain ne se distingue 
par aucune qualité éminente : il n*a pour lui ni la 
beauté, ni la slature, ni la noblesse, ni le génie. Une 
lingue rude et hérissée, de grossières légendes, nulle 
poésie, point de science, point d'art, point de mythes : 
lacune nation ne parait plus dépourvue de gràce et 
didéal. 

Les traits de sa rustique ignorance éclatent à chacun 
de ses triomphes, dans la guerre contre Pyrrhus, dans les 
|oerrcs,puniques, au sac de Gorinthc. 

Ses institutions, ses lois, ses dieux, rien chez lui n*est 
imiigène. 11 lire tout du dehors : il est Sabin, Étrusque, 
Grec, Phrygien, Carthaginois; il est tout le monde, hors 
kii-mème. De son fonds laboureur, mangeu^ de légumes, 
reconnaissant de noblesse que celle de la fève, du hari- 
cot, du pois chiche et de la lentille. Sait-il la guerre 
mieux que les Grecs? Non, certes. Est-il plus brave que 
K8 voisins, les Volsques, les Samnites, les Gaulois? Non, 
ncore. Qu*a donc pour lui ce peuple qui, dès le jour où 
Komnlus pose la première pierre de sa ville, se croit pré- 
ftré de Jupiter? 



— 76 — 

Que signifiait le mythe de Pallaset Neptune se dispotafll 
riionneur de nommer la ville athénienne? La concarrefiec 
de deux facultés idéalisées, sur lesquelles reposait toal 
l'cdifice cittique, l'industrie et la marine. Que représentai 
le bœuf égyptien, le veau d'or de Samarie, le bélio 
de Jérusalem? Encore un idéal, ici l'idéal de la vie pasto 
raie, là l'idéal de la vie agricole. Qu'était le messianisQU 
juif? L'idéal du despotisme oriental, soumettant au proS 
d'une race toutes les nations de la terre. Jéhovah loi 
même n'est pas le droit; il est, Te christianisme et I 
mahométisme l'ont prouvé, il est la théocratie. Le 
peuples qui environnent Israël ne sont p^s dignes d 
baiser l'escabeau de Jéhovah, tant cet idéalisme est U 
roce, tant le Juif est éloigné de concevoir la JusUa 
Quand arrivent les Romains, Jéhovah s'incline (I Mac 
CAB., VIII); le successeur d'Àaron imploreja protection d 
préteur; la législation du Sinaî s'efTace devant celle d 
Capitole. 

Sera-ce la Gaule, par hasard, qui arrêtera l'essor d( 
conquérants italiques? 

Hélas ! depuis Brennus, la Gaule n'a pas plus appris 
droit que la guerre. Turbulent, vaniteux, admirateur < 
la force et du clinquant, fou de gloriole, ce que demam 
lo Gaulois n'est pas même de la Justice, c'est un cou 
mandant. Dès avant César, plusieurs révolutions avaîe 
labouré la Transalpine : sacerdoce, noblesse, démocrati 
tout était use; Tidéal même de la patrie gauloise éti 
éteint. Rome, par sa puissante notion du droit, avait opé 
la centralisation de Tïtalie ; la Gaule, cherchant son uni 
politique, n'aboutissait qu'à une stérile agitation : elle 
laissait ipsulter par les Germains. Lorsque César se pr 
senla, il n'eut que la peine d'opposer les uns aux auti 
ces intérêts antagoniques, en jetant dans le plateau i 
i;3vincible épce. La Gaule divisée fut vaincue par ell 



— 75 -- 

mjdie; le Romain met ordre à son droit : il fait son tes- 
tament. 

Avec cet esprit juridique^ les armes de Rome sont par- 
tout triomphantes : elles eussent vaincu, au moyen ftge, 
foasLx)uis XIV» nos baïonnettes chrétiennes^ comme elles 
vainquirent la cavalerie numide, la phalange macédo- 
nienne, la marine carthaginoise et les éléphants d*An- 
tiochus. Elles n'eussent plié que devant les armées de la 
République, combattant pour un droit supérieur. 

Au dehors, avec ses voisins, ses ennemis, ses alliés» 
fies sujets, Rome ne parle que le droit. Bfalgré tant de 
perGdies et nie spoliations, ce langage impose; il n*a pas 
jon pareil sur la terre. La parole de Rome fait taire toute 
(ande, comme son épée brise toute épée. 1^ révolte no 
tient nulle part, ni en Gaule, ni en Espagne, ni en Arri- 
fie, ni en Judée. Il semble aux peuples vaincus que le 
Kloor à Tautonomie serait pour eux une rétro^^dation 
Jans la Justice: ils n'en veulent pas. Le patriotisme s*in- 
dfaie devant rimage étrangère du droit. Tout imparfaite 
que la fît Rome, Téquation de la liberté, présentée par 
de, parait supérieure à la nationalité même, supérieure 
ila patrie, traitée partout d*ennemie du peuple, d*aristo- 
crale. Erreur fatale, qui devait aboutir à la ruine du monde 
tncien, mais qui témoigne singulièrement de l'attrait des 
Imes pour la Justice. Sans liberté, sans nationalité, la 
Inlioe n'est plus qu*un mot : nous le verrons tout à 
rhMire. 

Rome devînt souveraine par sa faculté de juridiction : 
eda devait être. Les races que rencontrèrent «^rs légions 
étaient gouvernées par l'idéalisme; là, rimagination te- 
nant lieu de conscience, la Justice restait sans force. I^ 
Ingiie nommait le droit; le cii^ur ne le c^>mpren;)ît fjds. 
Qn^étoicol les eoDstitntioEà d'un Minos, d'un Lycnrgne, 
ilna Pvllngofe, d'un PlaUn? tn idéal coammiaiiiVwe. 



— 78 — 

aussi recueil de sa puissance. Saura-l-elle comprendra 
la parole de son prophète : Souviens-toi, Romain, que 
ton métier est de gouverner les nations par le droit, 
et do leur imposer les mœurs de la paix? TÛ regm 
imperio populos. Romane^ memmio;,.. paeisque imp(h 
neremorem. 

Ici apparaît dans son éclat une vérité encore peu 
comprise. 

Au fond, et quelque étalage que Rome fit de son ni- 
veau plébéien, du droit de cité qu'elle offrait aux peuples, 
de la paix que promettait aux intérêts le colosse impérial, 
la conquête du monde était une épouvantable injustice. 
Il n*y a pas de nation sans nationalité : Tobservation la 
prouve tous les jours, et c^est une des lois les mieol 
démontrées de Téconomio sociale. De même que Tétit 
particulier se forme de l'agglomération de groupes in* 
dqstriels et de circonscriptions territoriales, unis par na 
contrai de mutualité et balancés les uns par les autres; 
de même la catholicité des peuples se compose d'ctati 
unis par un lien fcdératif, conformément à la loi de Justice 
commutativc qui fait la base de tous les états. 

Or, à présent que le pouvoir impérial, soutenu par U 
plèbe latine et les nations vaincues, s'était élevé sur les 
ruines de la puissance patricienne, qu'allait-il faire pour 
Tordre du monde? Comment entendrait-il le gouverne- 
ment de tant de peuples divers, qui l'avaient appuyé 
dans l'espoir d'un adoucissement à leur servitude in« 
digène? 

Le plan des empereurs, aujourd'hui parfaitement expli* 
que, était séduisant : 

Communication progressive du droit de cité aux nations 
vaincues ; 

I^ sénat composé de toutes les notabilités romaines et prc 
vinciales; 



-79- • 

âdminioD dt tout' les nijets de rempire aiii honneun^ jus» 
ptes et y compris la dignité de césar; 

Conserration des mœurs^ institutioDS, religions et magis- 
tntures locales, autant qu'il se pouvait sans gêner l'actioa 
eoitrale; 

Centralisation administrative; 

Émancipation progressive des esclaves; 

Recrutement de l'armée dans toutes les provinces; 

Égalité de touis les sujets de l'empire devant le fisc; 

Réforme des mœurs, restauration de l'agriculture^ recon- 
ilmction des villes détruites; 

Uée d'une législation universelle^ d'une Justice uniforme, 
propagée et développée par l'édit prétorien sous les noms 
SUit per^tuel, droit commun^ droit naturel, droit équitable, 
et finalement consacrée sous Justinien par l'abolition du droit 
ffiiritaire, déclaré par Tempereur inutile et dépourvu de sens. 

Voilà ce qui entraîna les esprits et qui fit tomber toutos 
h résistances; ce que, près d'un siècle avant César, 
tnûent prévu et préparé de longue main les Gracques; oq 
foe promirent tour à tour les Drusus, les Saturninus, les 
Harius, les Sertorius» les Catilina» et qui rendit inévitable 
b défaite du parti patricien. 

Eh bien I je dis que ce système d'unité, qui fait, aujour- 
fhui encore, illusion aux meilleurs esprits, était radica* 
boent faux et monitrueusemont inique; je dis que, la 
tone républicaine ayant commencé la destruction du 
sonde par la victoire, la Rome impériale, avec son orga- 
nisation artificielle, allait Tachevep par le despotisme. 

Qu'était-ce, en dernière analyse, que cette organisa- 
km, fardée de libéralisme, des empereurs ? La destruc- 
ion de toute force vive, de tout sentiment patriotique, de 
OQie initiative locale, de toute indépendance, de toute 
)riginalité, de toute vie propre, parmi les nations. A 
part les réformes et améliorations de détail, sur lesquelles 
De poi^ pas la caritique, RomOt si elle voulait la salut du 



— 80 — 

monde, n'avait réellement à faire qu'une chose :e*èl|i 
de réorganiser toutes ces nationalités subjuguées, lil 
créant une sorte de balance politique, et se posant «QÎf 
même comme le représentant armé de la confédérall|| 
universelle. ^ 

Tant que la république avait pu, comme les rois, traÉ| 
porter au sein de Rome les populations soumises; ufi 
que du moins Tagglomération n'allait pas au delà *^ 
rayon de vingt-cinq ou trente lieues, l'assimilation 
possible. C'est ainsi que tout Russe qui vient vivre à 
devient Parisien, et que tout Parisien qui va s'établii 
Pétersbourg devient Russe. 

Mais du moment que l'incorporation embrassait 
vastes territoires; qu'après avoir absorbé Fltalie, 
s'étendait aux pays d'outre-mer, d'au delà des 
et des Alpes, la communication du droit de cité se 
sait à un pur artifice de Tautocratie impériale : cV 
l'extinction systématique, au physique et au moral, 
tout état, de toute société, de toute nation, Rome 
prise ; c'était la désorganisation du genre humain. 

Il n'y eut pas jusqu*au^remplacement de ce vieux uni 
des Quirites par le droit prétorien, en tout ce qui touèU 
la propriété, les contrats, la puissance paternelle et n^ 
ritale, qui ne fût un véritable piège pour la liberté des ii| 
tiens. Comment a-t-on pu le méconnaître? L'absoluUs^i 
quiritaire était l'expression de la famille, de la gens^ del 
clientèle, tout un système de rapports sociaux, politique 
et économiques, consacrés par la religion. Maintenante 
n'y a plus d'ordres dans l'État, plus de patronage, pl^ 
de genSf plus de famille, plus même de mariage; ilv 
reste que l'absolutisme propriétaire, individuel, sous 1*4 
solutisme de l'empereur... 

On ne transige pas avec le droit; et le premier él 
droits, condition absolue de vie pour toute nation, çfé 



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— 82 — 

en un homme. Quel est cet homme? qu*estroe que V 

pereur?... . 

XXXI 

L'emperepri regardez-y de près, n'est autre chose qcM 
la réalisation du vieil idéal romain, politique, religieux 
militaire, jadis à peine entrevu à l'heure iK)lei)nelle dai 
grands triomphes, maintenant visible à toute hcurQ 
fonctionnant en permanence, dans la plénitude do stt 
attributs. 

C'est le dictateur, l'homme dont la parole fait le droil 
dictitans jus^ pour le noble comme pour le prolétaire, fl 
que ses soldats ont acclamé Imperator après la victoire 
Seulement, tandis qu'autrefois le dictateur, créé pour un 
mission exceptionnelle et temporaire, n'était que le mi 
nisire armé du droit, V Imperator va devenir, par la perpé 
tuité et l'universalité du pouvoir, auteur du droit, comqi 
Dieu même. Tel fut le changement apporté dans l'inat 
tulion. On avait combattu, pendant cinq siècles, par 1 
dictature; on voulait gouverner, vivre, jouir, par ladictl 
turc : voilà l'empire. 

C'est ainsi qu'à I'Idée qui jadis avait gouverné la répq 
bliquc fut substitué, par l'idoloplasUe populaire, Yldé$ 
impérial. 

L'empereur est le peuple, dans sa souveraineté, diun 
ses plaisirs, dans ses combats, dans ses triomphes. 

Le peuple romain sent sa liberté en la personne de soi 
empereur, comme le moujik sent la sienne en la personB 
du tsar. Ceux qui combattent à Pharsale sous le drapei 
de César le disent avec ivresse : C'est pour la liberté qa 
nous sommes avec toi, ut vindicemus nos in libertainÊ 
César siège sur son tribunal : c'est la raison, c'est 1 
droit , c'est la religion des ancêtres qui parle par. i 
bouche. Qui jamais affecta plus de respect pour les vie] 



— « — 

o^ le» foniias jinuiiniHS' niu Hùttin.* ^l^iur. jrumr^ 

\ |he : £ ot ie panpls .(in isiimnnif si I-sn*. l^isœ mi 

r«B&iiit da pauiÏB;. «nr uranon. «n iimrmun. nnt 

■ipmi, jfmpmtk. pjiln^^ ntiwiiH». iil Sustonif ina» .jii«» 

(EL. La pnamns (ie tldcsir sl susns. aaiiL nu. J aGcdw 

GBtaih. iamaifr iniarsuiuiiL m J'uusu. ummi» iiuiutr-A. 
■slit piMiij.9iiiitiBiiie. luwisiaiiniif! mis '>^ii!nuK<a^«auaii; 
^ eeUe (b L'emmamir. Ifl TiiiaiiiiuiL la h jgimrimM 
raHiK. Xû la oauma sraainuf m s tmv^nrm vm vm 
MiilrCt dis ÇK^aiinrâ. x-flooilc i. tf. iimat ol umiL 
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1-1- A-l 



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mte Lk EaiBcn. i^iuL i«ui-i=!'.5iiui. 

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ikièiî à iopcLtiis ji juâu::i n irtii 'i.fi*. fu: Jt ijii uc^ 

dire, bûn la Iiu. il J dniiiiri rvff: ji*. 

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Janù» OL le T£ ^air Ui juc li^ nuitôii. :i .i.in;«n- unn 
<k mûcifi ràûsBOfs xuruL i:s îi!nii'^. ?'tnn;.xir. 'jiXi: ai^ 
des» SGT f-ôa û nuart-'ourfi U'Hl ^. 'zjUi.^JT*. ^ iisit 
iOiKiicZJL, 1 éÊBiiàt » -' UL ta i'..x.. 1: te:: i;u i.fvi: '.'U* û 

esl — prirnam" i jbot usl ul u^y^u aar. i rrm ^r. nnni. 4 



- 84 — 

Après Jules César, qui reste le maître de tous c 
modèle* la liste des empereurs compte certes plus c 
héros. Quels hommes, abstraction faite de la diversité 
leurs Fortunes, qu*un Yespasien, un Trajan, un Adr 
un Antonin, un Harc-Aurèle, un Septime-Sévère, 
Dèce, un ,Yalérien, un Aurélien, un Probus, un Cai 
un Dioclétien, un Constantin, un Yalentinieu, un Tt 
dosel... Toujours à cheval, parcourant l'empire d' 
extrémité à l'autre, goûtant à peine une heure de c 
paix dont ils faisaient jouir les peuples : vrais cons 
vrais magistrats, vrais Romains !... Les républiques n 
pas d'hqmmes que Thistoiro élève au-dessus d'eux. 

Mai$, parce qu'ils sont la personnification d'un h 
suranné; parce que leur autocratie, inventée poui 
guerre, est inconciliable avec le droit, seul principe c 
subsistent' les États, ils succombent tous à la tâche, 
découragement les gagne : ils n'ont pas même foi 
leur rôle. Auguste, Yespasien, Antonin le Pieux, vi^ 
et meurent en sceptiques ; Trajan périt de fatigue ê 
désespoir; Marc-Aurèle se réfugie dans le stoïcisi 
Septime-Sévère s'écrie sur son lit de mort : J^ai été t 
et rien ne sert! Aurélien méprise la plèbe et fuit Roi 
Probus rêve la fin du prétorianisme, le désarmement 
néral et le retour à la république ; Constantin ab, 
Rome, ses lois, ses dieux, et se fait chrétien!... Or, qa 
le trouble saisit les forts, quelle pourrait être la pei 
des lâches et de la marmaille? 

L'empire, fondé par l'idéalisme, aux prises avec la 
lité, présentait un problème insoluble. Ce n'était pas' 
que de donner à la plèbe l'annone et les jeux; il fa 
faire justice aux provinces, accorder chaque jour aufl 
quelque nouveau privilège, étendre l'immunité c* 
réparer sans cesse, par les affranchissements, h 
de la population libre; il fallait, bon gré mal gvi 



— » — 

(Z en^BMes (Tone a4ixiicuantjr« mv^imen, sur* 
rcgalité dprant U lu. » U ^.-.f ^ ^if 'v»^ «t 
iloires : U>oU»» rh«--*** :ei:«-v-w1 •*-• !-*••••• ■ ^. 't^ 

m 

m était CatK"^. sMl.-nU?- z,\r !«••. d .vv--.* r n- 
lear adaiini?trali>v: i*T*rj*— .. ^ii.-— h-- ••!••%. 
tiasmk, dès k-rç *tj t'-V* i •. •■.*".»'* j * -!ifiiH!i* *-i 
Mqui tnTiilUkef!* i'#tr:ii*« \v;,-.'» •' f- vv.'- 
x»l roaint^ctr IVqj. t* v- l :*• :t«.-*ii. »• «r 
emps. C«x-li *i '•»-:••-* . j*-» i.--- •■• tir. vu; 
imer, à des d-jr^^ *'. •• «j» 'j- i->-v : ••—• 
é de leur n>î*. tat .à >•:••» ^4 • -r -•• i- • «vi 
ivalioo par W* /rtîr*^. •— i-." ■ t ••■■n •• •■• •• •-.•.- 
e, l'imitation :-•«• ri*- •^ r* .*' •' »- ■« •■"•*^ 
iste, nuljrt^ Ij •:=-: • .• iT-- •.— :.♦ - 1 «••- .»;• 
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' rotme la ^-* t»îir 'i: ' :.■ «h.- ..-î . . »• ' ■ • «i 
te, dtT:liriiV'-.'. ^^-;- -*•::• « :*• :" "•'" • ' ■ 
perd v*j^*;vTOr-i". ••:•■■•• > -i- >' 

15 «O'jf^r-. >T.- : :.: - . . - .. ! 



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- * • 



— 80 — 

là, multipliant les empereurs, multiplie sur le mondée 
despotisme; Constantin détruit les gardes prétorienbefi et 
change la religion. 

Et voilà ce qui fait le crime de Pompée, de Grassus, da 
César, d'Antoine, de Lépide, d'Octave, de tou9 ceux qiû 
concoururent à la formation du Tempire ; ce qui fait en 
revanche la gloire de Caton et la justification de Brutu8« 
Le vieux parti patricien aurait-il mieux répondu que celui 
des césars aux nécessités de la situation? Je l'ignore, Ct 
qui est sûr, du moins, c'est que ce parti a succombé en 
combattant Tempire : or, l'empire n'était pas seulemeni 
la fui de la république ; c'était la mort de la patrie ro- 
maine et de toute nationalité, par la négation générale 
du droit de patrie et de toute liberté latine et humaine. 

Pour éclairer cette question encore neuve, qu'on mi 
permette de reproduire, d'après mes lectures, quelques* 
uns de ces types impériaux, choisis parmi les moins cpiQ 
pris de l'histoire. 

XXXlIf 

Extraits de ^histoire des empereurs. 

ÉLAGABAL. 

L'an 218, l'empereur M^crin^ qui s'était élevé à la pourpn 
par le meurtre de Caracalla, venait d'être défait par Artabaiij 
roi des Parthes, et forcé d'acheter la paix. A un chef de préto* 
riens ^ soupçonné de velléités réformistes^ accusé d'assassiml 
et d'usurpation, la défaite était impardonnable. La porte epl 
ouverte aux intrigues : les soldats, séduits par Mœsa, soem 
de l'impératrice Julie , veuve de Septime-Sévère , proclamcul 
empereur le jeune Bassien, surnommé Élagabal (dieu de 11 
Montagne ou Dieu-donné), âgé de dix-sept ans, cru bâtard 
de Caracalla, et qui exerçait les fonctions de prêtre du Soleil. 
à Kmèse. Peu de temps après, 6 juin, les deux compétî* 
tcurs se rencontrent; Mncrin, abandonné par ^ une parA 
de ses troupes, est défait par le parti d'Ëlagabal, qui n'efl 



— w — 

■BifK k $ttVKimémMa dcnudat» ktinri 
4 N I» pn^ip» ^0 lui «Tûl aiirilMéa Cu.c 
WifmmttHnn 4e protiaccs rafinrat de recoauti 

JTi^fcil 1 k* nom fkmrui il'Aotuain H b. 
IB'liMta le JcuiN empereur tnotapbeiil de (oulea k. 
■nt»; tM K-*»lt& Ktti mis A Dori. 
i«|a'kl, fin fui Nrte ilc» dono^H ordinairf • do 
wrt EtacabaJ «va U t>ourpruf ijueWe inl 
T Uoel c»t MO carncb^ni deviDl la [w 
éliil petil-ocMu de Julie la SjTieniw, f 
^fil, adgante à Uxàirt !«■ i-unotiliè» rrliFteiuea «h 
VI Séftn antt ^(hhikc |iat unutir, eD dépil de Fi 
Hw cufiBin dei ItaouîM piwr toi èiniifèraK. aik Julie 
int 4e> Oég^tn, an Birit^^- «|nl de wpenii 
iwnM, moBU fur le iràiH, il la tempe d« la h 
tt|n du p wtli c i iHH e. Afoi pifUrtn de CwMaUi 
tÏK d'Etegabal, »U pnu , wil déioUoD, 
Iw la (empli! dXtuiet. C . -ioH i|u'su riujpl _^ , 
¥i U RévolulioR tnaçùtj, M m di-UmuMÎt Atta . 
hnlle et dee pr^teitdanlB k la cauronne en le* fainni «iirer 
f^ religion. 
(Juelle fui léducalion dWngabnl ? \>n jw-ut pn (um.t ynr lei 
lûlt et Besles de tun ri'une. San» <l>uW l'Ilu'oir.' UH^jiM/tne 
en aura eiagi'r^ les IraiU; nui» il faut 1(> (■'''■'"'•^ '^1' 'l"« 
Ituiire Im a Iraiisiuu : la ti-nti', |Kiiir 1 Iii>U>im' iMiiiiue {wur 
l( drame, eat bien suuvenl daim U cli.itge. 
Utgabal esl l'empereur d<>veiiu njiFtiijue, iluiu- intMii-ilà 
Clique. Il pari d'Anii; («jur utiir j Mm»' 'V ytiieHWr^i» (wu- 
pie. Son voyage fsl une |>roc.'ii»i"ii ivliiiU'UM-, (|ui iluii> <|u;itre 
Mil. Enfin if enlre dans U ville diTU.'lk-. i-'iu 'l'un'' i "l"' de 
«lie fraloante, levissHc fanli-, W* wiurciU |i.'uii<, -ctul.Udili' à 
luieiJulc, lerrunUurni'jdli'- il uiii^ ii.ii.' <iri'ril;ilr, lOLulnir'^iiit, 
ilMsuneatliluJeeilaiii|U(', If cliiiruii ri'|'u>i' -un iln'u t^ivuri. 
i-Vlaii une pii-rre noiru pri>|piil'li'iiii'ut un lu'inliilii' . Lnlii* 
'ûcùne ou phallus et i-ncliûsï-'e ili* iilfnrru'S !>'■ jt-un.-:^ Sv- 
[ienneaae llireul, iiulour Ju tlinr, ii >lrs d.iiiM;!i Iusiim-: W 
pirfums les pluft rarts, les >ins li-s iilus cxiiiis . luul i -l ITO- 



— 88 — 

digue pour ce jour de triomphe. Les vieux Romains crient m 
scandale ; le préfet du prétoire^ Julien, entreprend de chaMi 
rinfàme : il est tué par les soldats. Il avait le tort de ne pii 
prendre au sérieux une chose très-sérieuse^ la rénovation de 
l'idéalisme religieux, nécessaire au soutien de ridéalisoM 
impérial. Mais la nouvelle religion sera-t-elle au Droit ou i 
TAmour? Telle est la question que pose l'empereur ËlagabiL 
On sait quelle fut plus tard la réponse de l'Église : Ni à l'in 
ni à Taulre; la religion sera à la Pénitence. 

Êlagabal entreprend de subordonner tous les cultes à celn 
du dieu d'Emése. D'abord il le marie à la Lune, Astarté» h 
déesse de Carthage^ et tous les citoyens sont forcés de contri 
buer à la dot. À ceux qui seraient tentés de sourire, je fen 
observer que toutes les théogonies, celle même de nos Ëvm 
giles, sont pleines d'imaginations aussi étourdissantes. 

Dans le temple, nouveau Panthéon, qu'il élève à son diea 
il rassemble les divinités et les emblèmes de toutes les reli 
gions, y compris les cultes juif, samaritain et chrétien. Ëlagabi 
sait que le siècle est à la religion, que la révolution sociale ai 
toute religieuse , et il aspire, pontife universel, à gouvenw 
tous les cultes du fond de sa chapelle. Dicebat prœtereà Jiê 
dœorum et Samaritanorum religiones et christianam tfeuoM 
nom illùc transferendas ^ ut omnium culturarum McriM 
JJeliogabali sacerdotium teneret, (Lamprid.) 

Klngabal persécute les philosophes; cela devait être : à toi 
révélateur la philosophie est odieuse. Quel mal saint Pli 
n'a- t-il pas dit des philosophes? Il donne le spectacle de la ph 
frénétique lubricité; mais cette «luxure, qui étonna les B^ 
mains, même après celle de Néron et de Commode, était 4 
elTct des superstitions de l'Orient. La religion pouvait seul 
inspirer de tels prodiges. Sous l'emblème du feu, El 
adore la puissance génératrice , de tous les idéalisaiei,| 
plus ancien, le plus universel, le plus indompté. Il y a 
que chose de sacerdotal dans les infamies dévotes quIL 
on pratique, et dont le palais impérial devint le 
C'est de la gnose, une gnose aphrodisiaque. Mahomet, 
quatre cents ans plus tard, et qui se vantait, comme 



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Dnt UD«? cjurti^an- : ti'V.t arci-j. r:.- •• -S ;-r -: : .:. •! nir-- ..;:- 
rt (^minifie. a?ML-no un Jv.r.j:. «i- . a •- • . :: :...:-■ ^ni- 
richëlc aui frai* il»* 1 Jtal !• ? Nn!ni'> i..:-.i;.i-- •- ...•- u 
çlapart. et leur duim*' U liU-rt»- : h ii.ïiia.- • ...:-:.; •■riii 
w l'empereur à l'aniour libr»*. Il ^Kil'ili* t:. !• .•:.:.:• . p-riC 
le nom d*ini|H'ratrice, CMiif-n* 1— ili-nil» • .1 ! r /. à - ■ :• Ui- 
kreux mari*, n*i:njti's du Mniu»-. d»- lirm-r. •!• .-. ::l-.:k 
rtdelous 1»* lupnaps. iMuir l»'iir* f uuî! • j r.j;. : .■ • • . t- 
ci^!e. i...;r-;i-. iiiî I- - ?'''•••" •! » '»!■! ■■ ■ . ■ ' î' " » - 

rt. .ii:.--.:» [• I::.:|^:■■ :■-':'' .• ;■ .— * .'■ - •:■..' :■ 

•iM.iritji'ii «l.i «l'I. JiMiti- li \.*- i'iii|;i il- .\ |..|« Il \uvmt 
'.•;ni:ii»'. Il ?•■ I.t wii 'l'-^'-.r «l'' !:-ii'i i.-i iIîm- h pr^irvcion 
«!■-; ;ir»'ti— «i-- «.^l- :• . m:i:' ;:'. «! ■ «-■:; ni.-'jx !i » .|.r(.ilii»n Pl le 
'..:>iîiUi vil!' r ' .1 i;"M !. it 'tf- r ■!■ ! l'.n.' • i >.•■.. hm,)^ i^dj. 
rûri-i-; .il.li:.!*-.!. t."i\ y-'.', i".- •! ri-" ■ ■ d'\ itti l'.irrlie?- 
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— 90 — 

Barbares^ ne rêvaient que de volupté. Les livrea asoétiqaei de 
Tertullien^ le rigorisme de MontaPy la caatration d'Origine 
aussi bien que les impudicités monstrueuses des sectes gno»* 
tiques et les galanteries des agapes^ expliquent de reste ci 
caractère étrange d'ÉlagabaU à peine comprébensible pour 
notre époque^ et qui ne le sera plus du tout pour la postériféi 
Tandis que les uns cherchent l'idéal de la jouissonee^ les 
^ autres se jettent de désespoir dans la macération : l'ascètei 
comme le débauché^ est un témoin de la dépravatioa des ocBon 
et des esprits. 

Ëlagabal^ comme certains socialistes du xw siècle, afflnQill 
la pantqgamie, la confusion des genres^ des espèces et d6i 
sexes ; un érotisme omnisexuel , omnianimal, omnimode. Di- 
daignant la politique^ dont il confiait le soin i son couâ 
Alexandre^ il se réservait la direction exclusive des sSairOi 
de religion. Sa mère Soémis régnait avec lui, conduisant ta 
chœurs amoureux^ et signant pour son fils les décrets dfll 
consuls. Ce fut aux yeux des Romains son plus grand forfait 
Du reste, il i)lut aux soldats par ses gratifications, i la plèba 
par son luxe et ses largesses : c'est lui qui, au rapport deLÂDH 
pridius, inventa ces loteries dont Ja chrétienté charitable a 
conservé l'usage, et qui jouent un si grand rôle dans les coQh 
binaisons de la finance moderne. 

Ainsi Rome devait exprimer, en la personne de ses empe** 
rcurs, toutes les idéalités de la terre. En attendant que la théo* 
logie chrétienne monte sur le trône, nous aurons Texhibitioa 
du patriciat en Pompée, de la plèbe en César, de la philosophie 
en Murc-Aurèle, du machiavélisme en Auguste et en Tibère, 
de l'héroïsme en Trajan, du prétorien en Sévère, de la théo- 
Sophie vénérienne en Ëlagabal, du puritanisme en Alexandre.- 
Savoir les empereurs, c'est savoir Tantiquité dans son passage 
du passionnalismc à l'ascétisme ; c'est connaître la thèse, c'est- 
à-dire la cause immédiate, du christianisme. 

Ëlagabal est une des apparitions les plus curieuses de cette 
transition pagano-chrétienne. Il n'est, au fond, ni plus ni moin9 
perverti que tant d'autres; ce qu'il en fait, on ne saurait trop 
le redire, est le résultat de l'hallucination mystique autapt que 



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ifun- l'iuv»! im-iiniiu ijti*- r< 1m il I lu itnl. M • " • 
•ili^me! Ay-i tJ'alHiril iMiur iri.|MMi'if un -• i- i • ■'.» 
•nin. un :i»'\vif. !•• »!»'Min'r *U' *• * |" iii* !■ • » . • 
jr la |Ki|ujlac'* un«* iiluli*. N'uIi-iih ni. i\* r I • ■ ;■ ■ . r . 
TC du Mjj*'t rluriJ»; : a It )i!ii>- i]- lui' rr.i > •.- 
uroris en .\lf\;inilr»* un n'u**- L"r"»r», 'r.* .»..-/ ^ 
':io»le*te. pijili'l'»»-, oU i-»'ifit .. • I ri.« r«- #♦,..• ... •-. 
e tO'Jlr>5 les ^»Tlii iJ'jM K.-;:* i; r. I • . ■■ . ..... » 

i^les *ice*. ••jTi::.'- '• iii-' . ; ...-. . ■ •- « 

lé. 0"i dvui j-niTi-» ••r.« I- '.' »•! -.•-• • .- . ,. , 



I • M* 



— 92 — 

guste sa mère Marnée^ comme Tavait été Soémis; puis, i 
s'abandoiinant à son cosmopolitisme religieux et anti-césaria 
enlin^ en laissant trop ostensiblement la direction des afhir 
au parti des hommes d'État^ représenté alors par Ulpien^ Pai 
Sabin^ Modestin^ Africain^ Gallistrate, Hermogène, Marcîe 
parti d'honnêtes gens^ mais dont le moindre tort^ à cette époqa 
était peut-être encore d'être détesté du soldat. 

De 222 à 235 s'écoule^ presque sans événements^ le r^ 
pieux et honnête d'Alexandre. Bon jeune homme^ aux indio 
tiens studieuses et dévotes, mais d'une religion aussi réserfi 
que celle d'Élagabal avait été fougueuse et obscène. Tous I 
matins^ dit Lampridius, il passait dans son oratoire^ faisait i 
prière devant les images des héros, des bons princes et d 
âmes saintes^ parmi lesquelles on remarquait celles d'Orphë 
d'Apollonius de Tyane^ d'Abraham et de Jésus. Sous une aot 
forme, il continuait l'œuvre d'Ëiagabal. 11 protégea les math 
maticiens, c'est-à-dire les tireurs de sorts, les philosophesi 
les gens d'esprit, ce qui ne prouve pas précisément qu'il t 
rien de semblable. Outre qu'il savait chanter, faire des ifÉ 
sonner de la trompette, jouer de la flûte et de l'orgue, * 
possédait même un peu de géométrie, il était, au rapport i 
Lampridius, grand astrologue, grand aruspice, grand omi 
scope. Les prétoriens^ par allusion à sa naissance et à ses déi! 
tiens syriaques, le surnommèrent d'abord archi-synagogiê 
plus tard, quand il s'avisa .de les soumettre à la réformej J 
lui donnèrent non moins ironiquement le sobriquet de SéoM 
Ce fut son arrêt de mort. 

Ayant épousé, avec la permission de sa mère, une jeoi 
patricienne qu'il adorait, sa tendresse conjugale remplit |l 
jalousie le cœur de la vieille auguste. Par ses intrigues^ Tifl 
licieuse Mamée vint à bout de perdre la jeune impératril 
sans que le benoît empereur eut la force de protéger sa feia^ 
il se contenta de la pleurer. .i. 

En 228, une révolte des prétoriens détruit le parti I 
hommes d'État. Le préfet du prétoire, Ulpien, est mnoBM 
par les soldats sous les yeux d'Alexandre, qui ne trouve M 
son ministre que des pleurs, comme il n'avait trouvé quel 



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larit»', *oi'-nMi\ liu •'•'.. J.ii riiil-r' '-i-. ^i-r»* !•• • . 
n*» n«';:li-.'e«"iril ri*Ti i- jr • iV.r. r .' ••'••• '. f- • " ■ •• 



•- 94 — 

été celui d'Élagabal, par rhétéroclisme des idées» n&oRMf' 
tunité du système et le ridicule du souTerain. 

Sous Alexandre, le christianisme prit un déTeIopp(9BB|l 

formidable 9 qui bientôt proToqua de noUTelles et incesssnll^ 

persécutions. Les chrétiens bâtirent leur premier temple.: 

on ne sait si ce fut à Jéhovah ou à Jésus-Christ. OrigiDVj 

appelé à la cour par Mamée^ qui paraît avoir pris sa prao^ 

tante, Julia Domna^ pour modèle^ jouît d'une grande faiMfi 

L'influence des hommes d'État, qui accusaient le cbriritt-^ 

nisme de pervertir la société romaine et de refroidir le cott* 

mge du soldat , avait fait maintenir les édits portés contft 

les novateurs : la piété d'Alexandre en paralysa reffet« Cb 

n'était plus un empereur; ce n'était pas même un Romsta:! 

c'était un philanthrope, un cosmopolite, un illuminé^ un bigoL 

La vie d'Alexandre-Sévère, telle que la rapporte YHiêtùifî 

augustine, semble une mise en action de la Cyropédiê. La soènei 

racontée d'après les documents officiels, où cet enfant, acchuné 

par les sénateurs des surnoms d'Antonin et de Grande se d^ 

fend, dans un discours appris, d'un tel excès d'honneur, ttt 

d'un ridicule parfait ; elle fait tort au précepteur, autant qu*» 

' biographe. Le parti d'Ulpien, qui régna sous son nom, et Itt 

chrétiens qu'il protégea, ont voulu faire d'Alexandre un grand 

prince : il suffit de relater les faits de ce règne» de celui quifi 

précédé et de celui qui Ta suivi, pour en montrer l'ineptie. 

MAXIMIN. 

Le successeur d'Alexandre-Sévère fut Maximin. 

De même qu'entre Élagabal et Alexandre il y avait eu con- 
traste de vie et de mœurs, de même entre ces deux prince! 
et Maximin il y a contraste de tempérament. L'élection de tu 
césar est une représaille des prétoriens, qui, depuis dix-scp 
ans, trompés par des noms , n'étaient plus conduits par de 
hommes. Enfin ils se donnent un mâle : jamais pareil capitain 
ne fut vu à la tête d'une armée. Son élection fut électrique : u 
jour qu'il passait une revue, il fut salué, in-promptUy emperei 
par les soldats, qui rendirent bientôt, par le meurtre d'Alexandi 
et de Marnée» l'élection irrévocable. 



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— 96 - 

f âmes calomnies. Que de cruautés rachètent de pareiUfii in* 
suites ! Maximin pouvait arrêter un char lancé dans la carrièff) 
casser la tête à un cheval d'un coup de poing; il broyait la 
pierres dans ses mains^ arrachait de jeunes aitres : mail on 
ne lui reprocha jamais d'avoir un sérail et de prostituer KA 
corps aux goujats des légions. Par contre^ on vanté sa taone 
Pauline, pleine de douceur^ de sagesse^ de bienfaisanee, ott 
Pallas mariée à un titan. Preuve encore que ce barbare avut, 
plus que les Romains qui l'outrageaient^ le sens moral^ etRf* 
pectait les lois de la nature. 

Maximin devait sa fortune à Septime-Sévëre, qui se oonnaii- 
sait en hommes, et avait découvert en celui-d autre chose que 
sa masse. Après le meurtre de Caracalla, il n'avait pas vouki 
par reconaissance, servir sous Macrin; accueilli par robsoène 
Ëlagabal, comme Chéréa par Galigula, il aima mieux retourner 
à ses champs que de suivre, sous un tel monstre, sa fortaae ' 
militaire. Combien de Romains en firent autant?... 

Après l'élévation d'Alexandre, yaximin reparut à l'anD^ 
passa par tous les grades avec l'applaudissement des soldati^ 
qui l'appelaient leur Ajax et leur Hercule ; obtint le coo- 
mandement de la 4« légion , qui devint sous lui la plus ywt 
lante et la mieux disciplinée. De tels états de service rado- 
taient bien la sauvagerie de sa naissance. De plus en plussatiS' 
fait de ses services, Alexandre n'avait pas été éloigné de donner 
au fils du paysan goth sa sœur en mariage : qui donc ici aurait 
eu à se plaindre de la mésalliance ? 

Devenu empereur, il ne souffrit jamais qu'on lui baisit les 
pieds : « Aux dieux ne plaise, disait-il, qu'un homme libro 
colle ses lèvres sur ma chaussure ! » La barbarie, en I9 p6^ 
sonne de Maximin, faisait honte à la civilisation ; les rtles 
étaient intervertis : l'invasion des barbares est justifiée. 

Mais tout ce qui est fondé par l'idéalisme doit périr par 11' 
déalisme. 

Autant les princes syriens, par leurs qualités et leurs vices 
contraires, choquaient le caractère prétorien, autant MaximiOi 
par son individualité barbaresque, rendue plus effrayante par 
la renommée, faisait violence aux habitudes sociales. On le 







m w n uti ii f i pu fotr lu 
fmèt r» fiMJt. Ayrtt teiil. a faUati hk» rtwi U 
iMfeaBiit h hiiftn* p« il que k dii«» i^mim.. 
bippMiB h lOHM ipe iTnMHMnrMiMiaaCir 
i ttii t 4e r jn prrlarii le . H «MiéqaMat MMi 
cteràw. miinin tjni •atenr ém IMiflM !■ 
Arct d'irpnt dn din r |m eoamllr m m 
fnplt, fB qiHbian eDdr litm miian m Mm J 
PHT M* idola que de ■« iih liO* hupM', !!■ 
N^DU, M ré*olle dam la ..aul« : H tri W aém fMM ■ 
. ■iBflte(«,isppof^(mcaDvuneui,MaifonBt4rpfMli.^Hvr 
toi, dsM rOfntfaw. M bil prwilntT'MBiwfcwri h Ula ari 
tenlAl porl^ à Maiimin. Eullii um «wIiIwa d* (wlw*, tm 
BtM^Dl ks lates Turf^rt de IbitmMi, f ("f nv . lU MiMf4 
Inn otbvei. Icon clienCi. Imn p«Tun>, n ^•'ImmMIm 
im Gonlira. Diaoïu un mul dr 'n cbh'I i>l«ii 

Gordien pèr«, fH-ilUt<) 'it iv»in-*i$itu mm, OrwMidaM éâ 
Tnjao for » infr«,H par kjd pit« dn Ofvjiuei U )«w>ui M 
nDkrdclapluiiwUeuiaum . pfrSM-i lutdnàU »tti Uéu 
mu. Protecteur d» iHIm <i dn ■»•, li c-uj cM.^ «ikmc 

9:iral'klU peul'ie [OT l»*f)*<lArV* '(u il lut 4ui4.«<. i** •UUê 

jUdial*urî, jamai- moiue <!*■ 'Xil 'lU'ju.'iji'- '*i 'fj-u.'tit 

n-s '-'ladiaieur! p'.jur li f.|ij;.arl'l>'-t i.v-tjji.vfiu j» <:• Mv.i.iniu. 

fiordif-Q Ll? ^Liriia^wi:! w:i (»■;► ji'jjf I «n.--! '.■ ■l-f ••■■i j", 

cjùc-jtiiiiM, :<0L (ùf i'r.T -t in^jr^-" .<3.: : ! .;'-■. • -> ■"■"( 

de cbatui!» 4e ji yu îrijit m '.&•■{>. V i.,li,i /!.■■] :■■ ,■ > .1 >■'!( k 
SMuMb-oeui mule rwukmii. bt» [iiu'^iia! inu-i;.iifï u >-Ui>-W 



- 98 — 

tms plus à mépriâer^ atsure-t-on, que ceux de Km lértil: 
quelle satire des mœurs de Maxitnin, de MatimÎD le Ûotb, de 
Maximin l'illettré^ de Maximin le monogame ! 

Après trente-six jours de réfolte, les deux Gordien difl|il- 
raissent , écrasés par le gouverneur de Mauritanie^ CmHdGlr 
nus. Mais le sénat compromis persiste^ et nomme à leur place 
Balbin et Maxime^ puis^ sur la demande du peuple, un troi^ 
sième Gordien, ftgé de treize ans. 

Maximin apprend en Pannonie ces événements : il médHik 
une expédition contre les Sarmates, dont le résultat devait èM 
de soumettre tout le nord, entre le Danube et la Baltique^ I 
l'empire. Comme on pouvait s'y attendre, sa fureur édate â } 
menace jusqu'à sa famille. Il maudit cette Iftche civilisatioi f 
qui, après un Ëlagabal, un Alexandre, lui préfère encore dei 
raffinés, des épicuriens» des noms!... 11 sévit sur tout œ qô , 
l'entoure, notamment sur les chrétiens, excréments de fotttti • 
ces superstitions qu'il ignore. 

A la tête de son armée, composée des meilleures légioltf^ 
victorieuse dans trois campagnes, il se dirige, à la fin de IV- 
ver, sur l'Italie par les Alpes rhétiques, franchit le Timiffe 
débordé sur un pont de futailles, ne rencontre partout qne 
campagnes dt'solées, villes abandonnées, et vient mettre b 
siège devant Aquilée, après en avoir arraché les vignes et brûli 
les faubourgs. Les habitants se défendent en désespérés, comme 
on fait contre une bête féroce ; les femmes rivalisent de coo- 
rage avec les hommes : la peur, le mépris, la religion, surot- 
citent toutes les âmes contre le barbare. 

Cependant l'armée assiégeante commence à être travaillée 
par les émissaires du sénat; le silence qui l'environne, la di* 
solation du pays, le froid, la faim, portent le découragement 
au cœur du soldat. Le monde a condamné leur chef, et, malgré 
leur dévouement à sa personne, ils tiennent au monde. Enfin on 
parti de prétoriens, qui tremblaient pour leurs enfants et leurs 
femmes laissés à Rome, met fin à la crise en massacrant Maximin 
et son fils, déjà fait césar. Leurs têtes, portées sur deux piques, 
sont le signal de la paix. Balbin, à la i^eption de ce trophée, 
ordonne de grandes réjouissances : on érigea cent autels de 



pK .«s pntoneiw à« veoipîr leur .Vhl\ <w 

ic iA. msoie uukKîT Baibu ec Ma.iuxuf» )ua iVii^iM^ 

ifanés SSè^ m lut eue liii mnu «ne oM ^lu^t aha 

Biuiisft.-sc la» iQ 3IUC lie >7iu(Mibi« it'i iriè Jiit >iur 

«yjtts A Miisiir.tk: ju ifevHeBiw juste» el <|tte U Urri^ 



t «œaiiie . ie ÎKiçQiiie eai(NPrettr, D'e«l m c^lui Un 

, m «KiuL 4ift ia p«èfae. ai celui d» |wHfv^ m celui 

■fài!x^ IL ciûu. di iâut, ni nrine celui «W juriMun* 

mil&sat VI kjGJ à tour par Nêroo et iUmuiuimW» h^ 

pv .Akuadie, par Maumin. par le» Uinlieu, Uien 

ûcâ rrfgmir d'être à la fois ua htn^ un kiouiuie 

BB lri«Be de bien. La Justiee D'e$t plu« vo qu'uu 

lu: fl fuit qu'il satisfasse à tout le« iili''aliiiiiie« (|ui^ 

dit oûDttTOÎr; il Taut, en un moi, qu'il rêaluo vu m 

l'aleolu, fimpossible. 

PRORE. 

iG, Probus est élu par les soldaU H con(lrni«'<! |Ntr la 
ilgré sa répugnance sincère. Comnu! Tarili*. i*li«liiuila, 
oesseurs^ il voyait les nii8«>rea minit giniri! ilt* rniipiri!, 
sait ce calice d'amertume. Ainsi les lioiiurUja y^tm 
i foi à l'empire : il n'y a que les sc^l«*raU et lits iiulié- 
l'ambitionnent. 

, originaire d'IUyrie, compatriote d'Aur^lien, d« 
le Dèce, âgé de quarante -quatre ans, e»t le ■yiiil»<«k 
conciliation des deui pui^ifumn-s, t.imlf. fi unuUmn. 
ion annonce la (in prochaine du itft-UtnnuMêy, Itrpf /^ - 
'une idée qu'il sert avec z«;ie, il en a^ra W. Uà^iit . 
t cet homme? 

is les camps, d'un père qui m^jurut t/iUiO uuUîMUk, 
li-méme à vii^t-quatre aAx, thsuUi is/AMUM ^:t^/Ut 
mme Aurélien, proLe ujuat^. va umu ; d^AM«^ ym 
d'une multitude de ln€^.kiU, ^, *j^>térMt, é^ ^i$i^mtt 
l'honneur, de OMiroiuKt KiM0\^» . »«jM|wib<m 4*» Wr« 
iprÈi s'être ûça^^ datf* um *iiiM; dt \m^i»m^ ^ 



— 100 — 

Afrique, dans Je Pont, sur Je Rhin^ le Danube et fEupbnte, S 
avait mis le sceau à sa réputation par la conquête et la pad- 
fication de l'Egypte. Â Aurélien et à lui Tempire dut d'échapper 
à la dissolution de Gallien et des trente tyrans. Dès longtempi 
désigné par les empereurs eux-mêmes, Yalérien, Gallieo, 
Claude, Aurélien^ Tacite, comme l'espoir de l'empire et l'hon- 
neur de la pourpre, il fut enfm acclamé par l'armée, et soumit 
8on élection à la ratiûcatiôn du sénat, qui se montra vivement 
touché de cette déférence. Prenant pour lui la politique et h 
guerre, le nouvel empereur rend à l'auguste corps l'admi- 
nistration civile, et semble se regarder comme son général» 
Mais le temps n'est pas venu de tenter cette division périilease 
des pouvoirs; et quand Probe mérite Téloge des bons citoyens, 
il déplaît à l'armée, de moins en moins civique, et qui ne sait 
ce que c'est que la liberté. 

Sous Probe servent une foule de généraux, qui presque 
tous arriveront à l'empire : Carus, Dioclétien, Maximien, 
Constance, Asclépiodote, Galérius, Licinius, Annibalien. 

11 punit les meurtriers d'Aurélien, fait un traité de paix afee 
les Francs et leur permet de s'établir dans la Gaule. Toujours 
vainqueur, il emploie, en- temps de paix, le soldat à des tra- 
vaux d'utilité publique, fait planter la vigne sur les coteaux du 
Rhin et de la Moselle , et rend partout libre cette culture, 
qu'avait prohibée Domitien. 

Le règne de Probe fut court; mais quelle vie ! Probe, dans 
sa carrière militaire, fit quatre fois autant de chemin que Na- 
poléon : sa biographie, dans Yopiscus, ne tient pas vingt-cinq 
pages. 

En 277, il purge la Gaule des barbares qui l'infestent, ra- 
massis de Francs, de Lygiens, de Burgondes, d'Aries, de Van- 
dales. Quatre cent mille de ces barbares sont tués, seize mille 
incorporés ; la race entière des Lygiens est anéantie. Soixante 
et dix villes gauloises sont délivrées de la présence de l'ennemi 
par l'empereur. Puis il passe le Rhin, triomphe des Germains 
révoltés, exige la reddition de tous les prisonniers qu'ils avaient 
faits, et songe même à désarmer la nation. 

En 278, pacification de la Rhétie, de l'IUyrie et de la Thrace : 



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— 102 — 

mort : si parfois le prétorien était ivre, en fait de justiec i 
expédiait besogne. 

Guerre de Probe contre les Perses : la Perse est le passe- 
temps des empereurs, quand les autres parties de l'empire kl 
laissent en repos. Probe contraint l'ennemi & la paix. 

Mais que fait à la multitude la vertu de Tempereur? Le peuple 
n'a plus rien de romain ; le sentiment civique est mort dam 
son àme : c'est à ses sens qu'il faut parler. 

L'an 281, Probe, vainqueur de tous les eunemia de l'empiro 
au dedans et au debors, donne u la grande ville le spectacle du 
triomphe. Aux magnificences de cette solennité, on vit une 
forêt transportée dans le cirque à bras d'hommes, peuplée de 
mille daims, mille cerfs, mille sangliers, mille autruches» qû 
furent abandonnés à la multitude. Le lendemain parurent pour 
les combats cent lions, cent lionnes, deux cents léopards, troii 
cents oui*s et six cents gladiateurs. Quatre-vingts de ces mal- 
heureux se jettent à Timproviste sur les gardiens, les tuent, 
se répandent dans la ville, qu'ils remplissent de meurtre et 
d'épouvante, comme si les bêtes s'étaient toutes échappées de 
Tarène, et ne succombent que devant des troupes régulièresi 
en vendant chèrement leur vie. 

Ainsi, tandis que les classes supérieures, travaillées par lei 
idées, subissaient une transformation incessante, passaient da 
sensualisme désespéré de Sylla et de Lucullus ji la frugaliti 
d'un Probe, d'un Carus, d'un Dioclétien, la plèbe ne changeait 
pas. Comme les bêtes féroces dont elle repaissait sa curioûti 
stupide, elle gardait sa brutalité, forçant l'empereur de flatter 
ses vices et de se faire à son image. 

La prise de Ctésiphon , de l'autre côté de l'Euphrate, fut le 
dernier exploit de Probe. De retour en lllyrie, août 282, ileit 
assassiné à Sirmium, sa patrie, autant pour sa politique de ri- 
forme que pour la rigidité de sa discipline et les travaux qu'il 
imposait à l'armée. Dans son zèle de réformateur et d'écono- 
miste, Probe avait trop laissé voir aux soldats l'esprit qui l'a- 
uimait, esprit qui dépassait le christianisme même de sel» 
siècles. Il lui était échappé de dire qu'un temps viendrait ai 
V empire n^auvait plus besoin de soldai ni de tributs /... C'étai 




ftm MUt. ^^ * ^ *. MMM Mit* 
Ul WÊa^K^ la> « àbw |« mh m«i nrH* M- 



;, m. *i«ifiiMw, ttm m m 
■■■fiifi w b fcinr fSHhMw, m iMtMiwtiaH •)> 

".ni l'upinilrMr ulua«UM.- île l>Â|i*iin>', mu m<hi 
[oml daof l'ancMiiiM' Itumi . 

XXXIV 

lume impérial ne |iL-ril |m* hh» >i-mm i^ !•• 
Ts:il &c IrattstoriDï i-l |Ei^i"l't ">"•" "i-- >- 
Ë l'eoigiire, dank l'iiua;-ui.i!.<>i' <i' f ■,'. i ■ 

«istilua, tiui- œiil iiDtl-' 'j.'i -i.< -i • 

)ired'(ktiiliiil, l'iiiior-. fii.,..i ,■■.>■•' , 

lé. dt i.'n.J:. ,1 >-.,;... . ■ . • 



— 104 — 

topie papale ; mais dont la funeste équivoque, après av(ur 
fait pendant près de mille ans, de compte à demi avec 
la papauté, la désolation de l'Europe, est, avec la pa- 
pauté, le dernier obstacle à la liberté de Tltalie. 

L'empire français n'eut de commun avec celui dM 
Césars, renouvelé par Charlemagne, que le nom : par aoB 
origine, son idée, sa tendance, il ne fut point la continoa- 
tion de son prétendu type, il en fut la négation. L'idéal 
politique de la France, élaboré depuis des siècles, par 
l'établissement des communes, les parlements, l'pppos 
tion de la royauté à l'empire, la dissolution de la féoda- 
lité, la centralisation de Louis XIV, la philosophie dû 
18* siècle; cet idéal, que la Révolution, vint eûQn pro- 
clamer, est rÉGALiTÉ, c'est-à-dire la Justice même, dam ' 
sa réalisation objective et économique. L'empereur fut 
en France, non plus comme autrefoisà Rome, la person- 
nification de l'idéal national, la loi vivante et incarnée; 
mais le vengeur du droit, le général de l'égalité, l'épée 
de la Révolution. La popularité dont jouit Napoléon s*a- 
dressait à la personne, nullement au titre; et si, après 
Télection du 10 décembre 1848 et le coup de thèUre 
de 1851, on a pu dire que le peuple avait accueilli atee 
enthousiasme la restauration de Tempire, c'est qu'il y vit, 
comme en 1804, non pas \a réalisatidh de son idéal, mais 
l'espoir et le gage de cette réalisation. 

Du reste, l'empire français, combattu par la papaaté 
et les nationalités, n'obtint auprès des populations étran- 
gères, en dehors de l'idée qu'il défendait, aucun succès. 
Accueilli avec une équivoque sympathie sur les deux ver- 
sants des Alpes, de l'autre côlé du Rhin et des Pyrénées, 
il ne put jamais s*incorporcr la moindre partie du sol 
allemand ou ibérien ; bien moins encore réussit-il à forcer 
le respect des races slaves, anglo-saxonnes et Scandinaves. 
Si l'empire de Charlemagne fut, dans une certaine me» 






tme [ii»ii iéwtlHHg.à U cMMnhwo 
Ultétôtntioii. dont il »*élail an imtint A-art^, rttill 
mm par U charte : c*r*t U «jor nnui l'iiiendom 4b 
■it— . On M «mlraftrt pis l'biohHtc. 



parirr de U lilW>l»r» 'trm-i» tt 
lor. Mail je aMa Imcé €g*nmt mum wiia*>^»ii H 
Sm> #tfll MP». • <*«( *Mpri^«« 






liibiwttÂa r 
(trw de riiiwi 
La tUanr «* a ^wa^.* 

prioofMéFrL 
liqne, de r«»r 






— 106 — 

nous a permis ensuite de déterminer le rôle que jo< 
l'absolu dans les Idées, détermination qui nous a imox 
diatemcnt livré, avec les éléments de la métaphysiqa 
les garanties de la Raison et de la Foi publiques. 

Maîtres de ces données, nous avons pu aborder enfin 
théorie du Libre arbitre, qui seule pouvait à son tour oo 
mettre sur le chemin du Progrès, 

Maintenant la théorie du Progrès va se changer po 
nous en une théorie de l'art, autant du moins qu'il < 
permis d'appliquer ce mot, tout mathématique, de ihécr 
à des choses qui, comme l'art, la liberté, ^'absolu, aq 
par nature indéflnissables. 

Ainsi, par la déduction de son idée fondamentale, q 
est le droit, la Révolution se lève complètement ami 
en face de Tancien monde : aux révélations et aux mytl 
elle oppose, sur toutes les parties du domaine phila 
phique, sa certitude; elle possède ce dont les âges de 
et d autorité n*eurent jamais que l'ombre, une métipl 
siquc, une éthique, une économie, une politique, u 
pédagogie, une psychologie, une esthétique; elle scc( 
naît elle-même, elle a, selon l'heureuse expression 
M. Oudot, science et conscience. 

Maintenant, une esthétique, une théorie de l'art, ( 
elle possible? 

Si une pareille théorie est possible^ en quoi l'art dide; 
t-il de la science proprement dite, ou de Tindustrio? Di 
le cas contraire, c'est-à-dire si l'art ne se peut rédi 
en préceptes et formules, quelle peut être la légitio 
d'une notion, la réalité d'une chose, qui se refuse i 
définition? 

On voit que le problème de l'esthétique est le mê 
que celui du libre arbitre : Si le libre arbitre se défli 
c'est de la fatalité; s'il no se définit pas, c'est néaoU 



-- 107 — 

XXXVI 

Puis donc que rantinomie est la même, la ihéorie, sauf 
h changement des termes, sera aussi la même ; et les 
propositions suivantes, que je ne fais qu'extraire de nos 
(feux Études sur la Liberté et le Progrès, peuvent être re- 
gardées comme le résumé de toute l'esthétique : 

1. L'art est la liberté même, refaisant à sa guise, et en 
rue de sa propre gloire, la phénoménal ité des choses, 
uécutant (qu'on me passe le mot) des variations sur le 
ihème concret de la nature. 

2. L'art, ainsi que la liberté, a donc pour matière 
l'homme et les choses; pour objet, de les reproduire en 
Us dépassant ; pour fin la Justice. 

3. Pour juger de la beauté des choses, à plus forte 
nison pour les idéaliser, il faut connaître les rapports 
des choses : toutefois, si l'art ne peut se passer de cette 
connaissance ni la contredire, elle ne peut pas non plus 
ia suppléer, et ne l'explique pas tout entier. Il relève en- 
core d'une autre faculté, qni est le goût. 

4. Elu tout objet, produit de Tart ou de la nature, la 
beauté, d'accord avec la réalité, est proportionnelle à la 
iomme des rapports que contient l'objet ou qu'il est censé 
exprimer. 

5. L'art est solidaire de la science et de la Justice : il 
i^élève avec elles, et déchoit en même temps. 

' Observations^ 

Les deux premières de ces propositions sont fonda- 
mentales» Elles expriment le principe» le caractère et le 
^ but de l'art, la source de l'idéal : à cet égard, nous n'avons 
ptt à entrer dans d'autres développements que ceux qui 
<nt été donnés précédemment & propos de la Liberté et 
iu Progrès. 

Remarquons seulement que la notion de be^w '\ii(^t\ 



— 108 — 

implique et suppose dans Fart celle du laid idéal^ mak 
dans une moindre proportion que le beau : la réaiiA 
telle qu^elle s^oflTre à l'artiste, étant par elle-même asseï 
dérectueuse, et la fin de l'art étant de relever» plutôt qQB 
de déprimer, l'humanité et la nature. 

La 3« proposition contient tous les principes de la cri- 
tique en matière d'art. 

L'art ayant besoin pour se produire d'une réalité 
idée positive, qui lui serve de motifs il s^ensuit qu'il ; 
nécessairement de la raison dans l'art, comme il y en 
dans la réalité et l'idée. Mais cette raison artistique, 
visant point à Texactitude, ne se gouverne pas excl 
ment, comme la raison dialectique ou mathématique, 
d'immuables et inflexibles formules; elle ne se pi 
pas en définitions, syllogismes et théorèmes : autrei 
tout mathématicien serait artiste, tout artiste juii 
suite et philosophe. L'art, expression de la liberté, 
posant une certaine latitude laissée à la fantaisie et i 
ridéal, relève d'une autorité particulière, le goût, d 
tout ce qu'on peut dire est qu'il dépasse la réalité 
choses, sans que cependant il puisse en contredire 
raison. 

Do là cet arbitraire inséparable de toute critique 
matière d'art, source de tant de jugements contradi 
et de tant d'injustices. Dans la science, il est touj 
possible d'avoir raison du sophisme par la logique \ 
rexpérience , et la démonstration faite acquiert force 
chose jugée. Dans l'art, le talent ne s'apprécie pins 
raison démonstrative, mais par le sentiment que ]'< 
éveille dans Tâme du spectateur, sentiment dont 1* 
loi est de n^en reconnaître aucune : De gustibus non HtH 
puiandum. Le goût, en effet, est pour chacun la libeilfl 
L'artiste dont Fœuvre, en respectant la raison desdioMit 
pluii au j)his grand nombre, sera réputé le plus grand A< 



-- T 



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ie iHis. fxci«!Sf ùocB' T^^ -fom^.^jt' m- lu- 

e rôâcir* iucncz:— :- ^^ tHii : •> :i:iï> a zaK^ft- 

-«^ -ât lisais mif&. 1 -a: ^&: ^ms Oi "iôai.. àw; 
3imEK«3C es vnomniaxine. <. 'i-Hif it.i. n ^uu;;!^^^ 
ifiaoe ess îeli:.. i£ yrtmessé iZâTanUL»* Tv^urjmv^ 
que r€9£s:« àL j»eiixK i-^uzk ihunnit roii:i:\*i; T-hr*^ 

Dses aoi «ije ô^ 'enian: . Tiar.^ oliMi^ ^^j:: n'ixs 

* ... 

»pljée; parof que. k iipai: eiaiii iLfjkruiy*!.'*^ £ $, v-ai^ 
pleodissemeot est en msan àr u twaIiit nr^p'<;M)« 
ite. 

«orde que le plosbeâu des àcu\ sexes^ s<m\ là irnmw * 
ui Yienl cette su|iéhohtè. bien que sa )VTs^>niK' (\\i>« 
i assurément moins de choses que celle de Thommc? 
que chez l'homme» destiné surtout à là )H>ns<v %^ k 
m, la nature, tout occupée de la puissance, a lu^ 
l'idéal. L'essence YÎrile, plus riche d*ôlômonts, Ton* 
rait encore pour la beauté, si la natun\ «pii no luit 
i*inuiile et que n'émeut pas Tidéal, n'axiiil Kiiti'jO 
vantage au sexe le plus faible, cominn lo n\^tu\ niAmo 
. faiblesse, 
la beauté croit dan» Tôtrc avec 1« (W'vcli\\\\\*n\\\ \\\ 

;// 



— 110 — 

des organes et la multiplioaiion des rapports» sera-eô 
forcer l'induction que d'affirmer, en conséquenee de ce 
principe, que le sentiment du beau et le talent qui aert ; 
à l'exprimer croissent en même temps et par les mkom \ 
pauses, non-seulement dsms l'individu» ipais aussi dans î 
l'espèce? ! 

Je crois trouver une preuve de ce que j'avance dans la 
progrès contemporain de la musique. 

D'où vient que, tandis que la poésie, l'éloquence, il 
statuaire, atteignaient un si haut degré de perfection chfli 
les Grecs et les Romains, la musique resta daas unesorio 
d'enfance, et qu'elle n'a véritablement pris son essor quo 
de nos jours, comme évoquée du néant par la multitadi jj 
de la science? 

Je n'ai pas la moindre teinture de l'art musical» et n*ei 
puis parler que sur des impressions tout à. fait partieft* 
lières, que je livre ici pour ce qu'elles valent, La musiqui 
agit peu sur mes sens ; le plus souvent elle, m^ennoiei 
Mais il m'est arrivé d'en entendre de belle; l'émotioBi j 
très-vive alors, m'est venue tout entière par le centeaQ. Ol J 
que la statuaire est au corps, la musique, seloB mot»rsrt I 
à l'entendement. Platon donnait des ailes aux idéeai \ 
j'ai cru, en écoutant les chefs-d'œuvre de notre scène l^i : 
rique, que j^entendais chanter les miennes, tt me seo- -' 
blait assister à une conversation divine , que j'aoral^ 1 
presque pu traduire en ma prose grossière. Ddaqu'alIP^^ 
me devient inintelligible, la musique m'importune; à 
sens, elle ne vaut rien. Suis-je un barbare qui prend 
sautillements de ses nerfs pour une révélation de Yi 
Je n'en sais rien ; mais je crois fermement que c^ qui 
passe en moi est l'analogue de ce qu'a dû éprouver MA 
compositeur. Les idées,* même à son insu, le pressaioift^ 
mais, parce qu'il en saisissait moins la philosophie qiMB 
ridéa), il les a tran^^formées en mélodies. La mudicpje.e^'' 




1 par l'««ii>: c'mI pont'Ara pour méb 

(OB la mhm ir \'an. ftu Moina <Um loin portrKiu. 
Ml l'air éfmi : cr* hamoMB ae nfarAmt paa. ili An»< 
lest lui cbul ralmrar, ^ l« tavil at la> «nivr*. 

Si e» pmoptc aont tnia, «t ja ns eanco» p» <»■• 
■cal M h* funirait RicTt mu pouvot» (Jtn< eo (|uoi 
■MHl* h pnîpte de Vvi, ^mi\c m U raitw de n pro- 
pte, on. a 4)ai nwnl m idAiii*, quelle c« ia raum qui 
Ut lanlAt BMintiT. tJwlAl dérlioir l'uldal, iwuqtin c'nl|iar 
liiéal, biMifiliB qiMpari'balnlatédeMniaui.queMiv 
annan«le l'annlr. 

Je pnnd» pour my'l di- ma tltèse ce quejt cmoaii !• 
■oiM mal en fail d'arl, la lilUr«lui«. 
XXXVII 

R y ■ dans Imto aHnre liu&ntro 4 tuiuidinr Irait 
Énea l la Mrt*i l'id'c, lu pntnu uu ditcomn. 

^m «cfb« m la langue c*t iloniié Jana le Tncaltlliirv et 
bpaoïnuitv, luHJi.iuiaiil, jn.- !-■ nutiTirl ili-» moU, 
(■flexioas, la KjrnUie, les luura, loculiun», alliaricet de 
polt) idiotismes; l'ucLeiil, la iiirgure, la |iit>H»lii-, li-s 
rigleide venilicalion, la [i^riodidli'', la iiiarclic oruUiirc, 
hpuùbaaced'abstracliun, clr. 

Du reslf , comme loule cliuse sialic de la nature, la 
lingue a ses défauts, pruvi'riant de luiirdt'ur, DlisciiiiLé, 
sordité, vague, nionoluiiic, ruJcn^e, iiii)iiiishaiii'i'. 

La philvk^ic expliiiuf la Luiisliluiii'U du bu^j^'u : clic 
lÊmooire que, dans celle criation de la s]K)iil:iiiêité oil- 
bclive, rien n'est arlulrairc; que loiil csl gouvenu' par 
de» lois in(;éiiicuses «pii oui leur siiiiue dini> Ifs jimlan- 
deurs de la rai>un , i:t au.\i|iiillu3 l'ri i ivdjji l'si U'iiu plus 
que loul autre de su suijiiu'tlii', à pt'iiii' ilr uullili'. 

L'bonuiie de lulliis, i>i"'k- uu pioa.iU'Lii-, n'est [•■.i> lu 
tiiéauurdc la langui^ >' cti est, si l'on lue permet lellâ 



— 112 — 

expression socratique , raccoucheur : c*2st lui qui la ro- 
connaît, la dégage, la purge, puis la reproduit dans aon 
œuvre, avec un surcroît de netteté, de force et d'éclat. 

Il faut donc, avant tout, que Thomme de lettres soit 
grammairien, philologue, polyglotte même ; qu*il possède 
la philosophie et le génie de la parole. Sans cela il ne 
saura jamais frapper la pensée ; incapable de parler avec 
distinction la langue commune, il tombera dans tous les 
vices des langues pauvres, mal faites ou décrépites; pa^ 
lant un idiome ébauché ou corrompu, il épuisera son ta- 
lent dans une œuvre mort-née, aussi éloignée de l'art que 
de la nature. 

I^ langue faite, c'est-à-dire manifestée, viennent les 
idées. Celui qui écrit pour les autres, de même qu'il est 
tenu de leur parler leur propre langue et de la leur parler 
mieux qu'ils ne feraient eux-mêmes, doit aussi leur ré- 
véler leurs idées, leurs sentiments, leurs passions, lemi 
intérêts, leurs mœurs, tout ce qu'ils sentent dans la coih 
fusion de leur pensée, et qu'ils sont incapables d'exprimer 
et de définir. Alors même qu'un auteur semble parler 
de l'abondance de sa raison, il ne peut être toujours» 
à peine de forclusion immédiate, que l'interprète de II 
raison collective, de ce qu'il y a de plus intime dans II 
vie populaire, et dont le peuple n'a pas la conscience 
nette et formelle. 

De là, pour l'écrivain, une autre condition à remplir : 

11 doit savoir, au moins avec une généralité sufflsante, 
ce que savent ses contemporains, théologie, philosophiei 
droit, morale, politique, économie, histoire, beaux->art8, 
les sciences et l'industrie. Gomme il a trouvé la langue, 
il faut encore que, contemplant toutes choses en lui-» 
même, agitant toute pensée dans sa pensée, il dégage de 
cet amas de connaissances, de théories, d'intérêts, d'hy- 
pothèses, les rapports nouveaux, les faits en éclosion, lei 



riosâL*duns lo moe v\ i tare: h-mc a ics lonure 

iis^.OLBS ou mi mi:. 

ic IVcrivain, ;iiiqii'-l *iriil «!•■ n >'\^ rninlinrf la 

assiiinu «le la piri^I»' 't il-- li p-ii-t-f ^•. u. ran-s, 

à imil«T ol à p-|irti.!uiii' sur un»' fvh» II- rri»i>- 

ins rhaqii»' vt-isoii |ilirj«»«', iLiii'» rlia-jnt' struphc 

lie, dans c haqiip «liant nu li\if*, en un riir>l iIju» 

•s divisions (*tsutitli\i«>i( tris il«* 1 ti'ii\rf(M>i'tii|ui*ou 

le procédé csthrlMiUt' suivi par 1** pim* |«npii- 
is la coristructinn ii(*s \(irablrs, «pu k4tnt 1« ^ pail- 
I gf'mmules dont est ti^su le discuur.*», chanté, 

ou écrit. 

rnol d'une langue |ieut l' tre cun>idéré comme un 
oétiqiie. Analysez ce mot ilan*» Sfs lettres forma- 
ans son accent, sa [irosoclie, suivez-le dans 
, ses analogies, sa parenté, ses dérivés, lei 
TOUS resterez frappé d'étonneroent i la vue de 

richesse concentrée ilans un infiniment petit. 
pliie, sentiment, éloquence, mélodie, la (ifécisioo, 
indeur, la couleur, le caractère, Tidéal, tout t'f 



-114- 

j 

pression de plus en plus complexe et de mieux en mifiox . 
conjuguée, d*après la loi et les types fournis par la langue. 
C'est ainsi que le sanscrit a des mots de trente et qua- 
rante syllabes, équivalant à de longues phrases; c*esi 
ainsi que furent conçus le vers hexamètre, la strophe 
plus longue encore, le parallélisme des psaumes, la pé«. 
riodc oratoire, d'après les combinaisons primitives des ^ 
modes, des temps, des genres, des nombres et des cas. 
Le poème épique, la plus grande des compositions poé- 
tiques, n*cst lui-même encore qu'un moi^ comme Tiih' 
dique son nom grec, Ittôc.... 

Une œuvre de littérature à composer, discours, bis-, 
toire, drame ou chanson, c'est donc, en dernière ani*> 
lyse, un mot, Mç, à créer à Taide d'autres mots, poor. 
une idée qui n'en avait pas. En cela consiste louU> 
l'originaUté de l'écrivain. Car, ne vous y trompes 
pas, son originalité plaira d'autant plus qu'elle pft- 
raîtra sortir du fonds de la langue, et exprimer 11. 
pensée do tout le mondé. Elle ne serait pas regue, si 
elle aflectait l'indépendance « le mépris des lois de la^ 
parole et du sens commun. Rien de plus libre, en.appt*: 
rence, que l'art du poète; rien, au fond, de plus mathé*: 
matique, de moins négligé, de plus exact. Une pdns. 
terrible attend l'écrivain qui s'oublie : il ne sera pas. 
lu, ou, si quelque temps il parvient à surprendre lii 
suffrages, la réaction ne tardera pas à se déclarer contra, 
lui; il ne vivra pas. r 

Je ne m'étendrai pas davantage sur ces considérations' 
d'humaniste. Elles m'étaient nécessaires, d'abord pouf* 
expliquer aux personnes qui n'en font pas métier en quoi 
consiste l'art littéraire; puis, pour démontrer aux litké*- 
rateurs eux-mêmes, dont la plupart ne semblent pas s'oi 
douter, que, ifi mouvement étant inhérent à la littérature 
Lomnio à la société, si la société est en progrès Ifi litté* ^ 






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— 116 — 

Or, la civilisation ne s'immobilise pas dans un pre* 
niier moule, et la société ne peul pas non plus se passer 
(l'une ex])ression liltéraire. Soit donc qu'après un laps 
lie temps plus ou moins considérable la liberté, re* 
prenant ses vieilles formes, se borne à les approprier 
à un nouvel idéal; soit qu'elle donne plus de hauteur 
et d'extension aux genres secondaires ou qu'elle ea 
crée de nouveaux, je dis que les produits de l'époque 
subséquente, exprimant plus d'idées et plus de choses» 
seront nécessairement d'une qualité supérieure à ceux 
de la période écoulée; que telle est la loi du mou- 
vement littéraire, d'accord avec le mouvement so- 
cial; que le contraire est impossible: et cela, J'entre- 
prends de le prouver par la comparaison des deuX; 
plus grands poètes de l'antiquité classique, Virgile et 
Homère. 

Nous voilà loin de la Justice , de la déchéance cluéi!i^ 
tienne et de la régénération de 89 ! Patience, Monsei* 
gneur. Parler de littérature, surtout de poésie épique^j 
c'est parler de religion et de Justice; parler de Virgile] 



i 



c'est parler du christianisme. 



•i 



XXXIX 

Le sujet de l'Iliade est la lutte de l'Europe contre YSài^* 
lutte qui, déterminée originellement par l'opposition géofâ 
graphique des deux pays et la différence des races, cofliHi 
mence avec l'initiation même de la Grèce , et se montlii 
d'abord dans les aventures de Persée, de Bellérophon^ 
de Jason ; qui bientôt éclate dans la guerre de TroÎM 
se rallume plus terrible dans le§ guerres médiques, ^ 
qui dure encore. , \ 

L'objet ou le but du poème est la confédération hdl^ 
nique, la patrie grecque. C'est l'idée de la Grèce, depoâ| 
l'expédition des Argonautes jusqu'à la mort de PhilqNiif 



— 117 — 

nen, idée qui fait sa vie, hors de laquelle, pour les en- 
ants de Deucalion, point de salut. 

Toute la Grèce, ses origines, ses tribus, ses mythes, ses 
lieux, ses dynasties, sa géographie, ses dialectes, sa poli- 
tique, son économie, ses mœurs, ses passions, son indus- 
trie*, sa flore même et sa faune, est dans Tlliade. Ceci 
nous explique pourquoi le poème épique est unique de sa 
Bature, comme la religion, comme la nation et TÉtat. 
Cest la Bible donnée à chaque peuple, le pacte fait 
entre lui et le ciel, le dépôt de ses oracles, la somme de 
ses institutions, le gage de son avenir. 

Après l'Iliade, on fera encore des romans épiques, dont 
le plus considérable sera TOdyssée. L* Odyssée est la fa- 
tnUle grecque, ce qu'il y a de plus grand parmi les hommes 
ftprès la patrie. Qui l'emporte, de l'épouse exposfie sans 
défense à toutes les séductions de la viduité, mais Adèle 
U*absent jusqu'au martyre, ou de l'époux qui, pour re« 
roir l'élue de son cœur, dédaigne Timmorialité offerte 
par une déesse?... Tel est le mariage selon le génie grec, 
père, sous ce rapport, du génie celtique : Home -et le 
christianisme ne dépasseront pas cet idéal. Mais ni l'O- 
dyssée, ni aucun autre poème grec du même genre, n'at- 
teindra à la hauteur de l'Iliade : en sorte que, s'il eût 
été possible que l'Iliade n'existât pas , on douterait au- 
jourd'hui de la faculté épique de la Grèce. 

Le sujet du poème donné, ainsi que son objet, Homère 
est tout ce qu'il peut être : digne chantre d'une grande 
épocpie, d'une grande idée, d'une race héroïque fraiclie- 
inent entrée dans la vie, et qui, comme l'essaim à peine 
éclos, travaille à résoudre le problème de sa démocratie. 

Lep/an de l'Iliade est celui d'une chronique : on dirait 
presque le journal d'i^n siège. Le vers^ facile, rapide, ba- 
l>iUard, est souvent négligé, mais ravissant de jeunesse, 
^ sérénité et de gr&ce. Le privilège de l'enfance est de 

m 1. 



— 118 — 

ne pouvoir être ni parée ni enlaidie par aucune toilette : 
ainsi est Homère. C*est lui faire tort et le méconnaître 
que de parler de son art , je dirai même de son sublime. 
Son style peut se comparer à celui de nos vieux poèmes 
do chevalerie ou chansons de gestes. Un homme comme 
la France en compte peu, comme la Révolution jusqn*id 
n'en eut guère, aussi savant que lettré,' aussi philosophe 
que savant, à qui je ne trouve à reprocher que de s*ètre 
fait disciple quand il pouvait être maître, M. Littré, de 
rinstitut, a montré à ceux qui lisent le grec comme à 
ceux qui ne le lisent pas, ce que c'est qu*Homore. 11 a 
traduit, vers pour vers, dans la langue dei troubadours, 
le [)remier chant de Tlliade; et l'original n'y a guère 
perdu. Voilà bien la simplicité, la naïveté, la prolixité 
d'Homère, inimitable surtout en ce que, chez lui, l'art 
et la tension poétique ne se voient jamais. C'est beau 
parce que la nature prise pour modèle est jeune, belle, 
héroïque; mais c'est vrai comme une photographie. 
Homère, en un mot, est divin, parce que la beauté de 
rH(3llade est divine. 

Du reste, ce qui fit la gloire d'Homère et le succès de 
son œuvre, ce fut son idée. La Grèce est homérique, non- 
seulement dans sa religion et ses arts, elle l'est dans sa 
démocratie fédérale, dans son amphictyonie. Telle Favait 
conçue le poète dlonie, telle la trouva le grand roi» 
quand il vint lui demander ses armes. La collection des 
rapsodies par les Pisistratides fut le terme de cette pro* 
pagande fédéraliste, qui durait, dit-on, depuis quatre 
siècles. Homère, plus encore que Léonidas, Miltiadit 
Thémistocle, Cimon, Âgésilas, Alexandre» vainquit ki 
Perses. C'est l'Iliade qui combat et qui triomphe à Ma- 
rathon, aux Thcrmopyles, à Salamine, à Mycole, à 
Arbèles... 

Toute la littérature qui vient à la cuite d'Homkeei' 



— 119 -^ 

00 développement de riliade. Eschyle et les Tragiques, 
Hérodote, Thucydide, Xénophon, Phidias, sont fils d'Ho- 
mère. Le cycle se ferme à Platon et Démostliène. Dans 
Une nation, tou$ les écrivains forment une seule famille, 
animés du même souffle, rapsodes du même poème, dont 
le but et le plan est d*exprimer, sous toutes les formes, 
la pensée de leur âge et de leur race» 

XL 

Ces choses ont été dites, j*imagine, et je n*ai pas la 
prétention d'avancer ici rien de neuf. Pourquoi donc les 
mêmes principes soiit-ils mis de côté, quand il s*agit de 
Rome et de l'Enéide? Gomment la haute signiRcation do 
l'épopée latine est-elle si complètement méconnue, qu'à 
peine lui accorde-t-on plus d'inrportancc qu'au iélémaque? 

Au sein de la Grèce même, dès le quatrième siècle 
avant Jésus-Ghrist, la raison historique de TÉnéide se 
décèle. 

Quand la Grèce, fatiguée de ses divisions intestines et 
de l'imbécillité de ses démagogues, se jette, malgré la 
protestation de Démosthène, dans les bras du Macédo- 
nien, cherche dans la monarchie l'unité, la victoire et la 
paix, elle sort de la tradition homérique. 

Quahd Platon, oubliant le système fédératif et démo- 
<^tique, publie son idéal de république, il abandonne 
la pensée d'Homère. 

Quand Aristote écrit sa Poétique, sa Logique, sa Poli- 
tique, son Histoire naturelle, sa Métaphysique, il marque 
le terme du développement grec, l'avènement d'un état 
tumveau et oniversel. 

Quand Ëratostbënc prend les dimensions du globe, cal- 
cule I*obllqaité de l'écUptique, dresse la carte du monde 
connu, il efface d*uii trait de plume la terre, la mer et 
le ciel d'Homère. 



— 120 — 

. Quand Évhémère cherche le sens des mythes et réduit 
à des aventures mortelles la théologie nationale, il fait 
appel à un idéal plus grand que celui d'Homère. 

Quand enfin le monde vaincu se range sous la loi de 
Rome, que la Grèce est devenue une province du grand 
empire, le monde anéantit Homère, non-seulement dans 
son idée, mais jusque dans sa raison. 

Homère disparu, la Grèce littéraire et artistique s'éva- 
nouit. Que parle-t-on ici de décadence? Un cycle nouveau 
va commencer : gloire éternelle à celui qui le premier 
comprit cette immense révolution ! 

Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo. 

D*abord , une épopée nouvelle est indispensable : le 
monde, en entrant dans Tunité romaine, n*a pas cessé 
d'ôtre épique. Qui la donnera, cette épopée? I-a Grèce! 
Elle n*est plus à la hauteur; elle ne peut d'ailleurs se dé- 
mentir. La Grèce est fédéraliste; Tempire est unitaire. 
L'initiative est ôtée à la Grèce. Elle-même, aussi bien 
que TAsic, TÉgypte, la Gaule, TÂfrique, TEspagne, vient 
de recevoir la parole latine : à Rome seule appartient de 
chanter le chant nouveau, comme de dire le nouveau droit. 

Virgile n'était pas né que la sévère Clio, la plus puis- 
sante des Muscs, à peine connue d'Homère, avait dit i 
ce paysan de la Gaule cisalpine : Tu seras le chantre da 
Capitole. N'est-ce pas tout, pour un poêle épique, que 
d'être une nécessité de sa nation, une nécessité da 
monde? 

11 s'agit maintenant de voir comment Virgile a compris 
sa mission fatidique, avec quelles ressources il a saisi là 
tâche immense. Son poème est resté inachevé : comme sH 
eût perçu l'ineptie des commentateurs, il avait ordonna 
par son testament qu'on le brûlât. Il pouvait arriver pis '> 
Virgile pouvait mourir dix ans plus tôt y l'épopée latini 
tomber en partage à un Lucain, à un Slacc : quel argu- 



— m — 

1 contre le propfa 1 Grto ao cîd , l*haaiaa ■*■ pi* 
"ipoqwi; c'en 1% rmian, hélM* qm i déÙfli 
faas rbomiDff. INxir muire t Vincil« la )muiir» q«i Imî 
■t due, ce n'est pu uaet <le dm » qa*t«t l'E iit id » : H 
tel pMatrer ce qu'cnlm im nuini àk fdl <tr»mw # 
Mt pimlt" aovre, mlrefirite j«f an «1 1»™—»»! amil 
|a toe ad)Mée pv un tnil booiair. 

xri 

Le tm/H de l'Ên^ide t«t U rixKUlioii de b ôli Um« 
IV dite, en flulm leroicf. U* urifiBei et aaliquiléi de 
iMoeddr riUlw. 

Sn of9'*< 0*1 U rénonijon du noodaeoww. mm Ta»- 
ibrtii taideHame. 

Do [nriDier mol notu avooc qiMlqM dMi« qii. fMr 
tetwd et b funnr. dépave riliade. 9am ftmtméim 
me Propcrco : Saric quld wngn» m wwiJ mr tU w ât . 

TirgOe e fofnrf le ptiu fframle eolrapna» ^ i* Mit 
medaruIcmonJe de rtnlellir-ciicc. fji r«(cbrjtil Upm- 
^r ili; lliiriK- dans $es nrigifK's. il B «ouId ofiéfcr U rt- 
léDérition m^tne de Home, k\, |iar Itouic, d« X 
dini la rclifiion, les mutin, le* lois, U p 
Uilulions, les idî-vs, la |ihilMO|ihie, l'ert. 

QiK de clio<e.s direi-voiis, pour on p 
Oui, i]iie de chou» ' F.l noXet qii« pan») ( 
ncst une limle que les conlempurain* d*H 
éliiocapaliles d cicvcr juMju'i l'idràl, et d 
(Al nculé la muse grecqun. C'vUii tout cela p 
^(lil elianlvr Virgile, el ce ne pouvait èlre i 
ttla. Vue ceiii qui wnl à iiiCiiic de tonifiari'r ti 
^ grec, el dont l'iniavinuliun n'est )iaa i 
dWku des liériM de l'Iliade, di&eal m c'ut [i 
^ de son sujet qu'a railli II- (xx-te. 

Virgile, on le voit de:) ta 4* r^logue, oa 1« a 



— 122 — 

bout à l'autre des Géorgiques, avait une pleine conscience 
de la palingénésie sociale. En homme qui connaît son 
siècle, il la voulait, cette révolution, par le développe- 
ment des idées qui de tout temps avaient fait le patri- 
moine de la raison populaire, par le respect des traditioiii 
et dos légendes. 

Son Enéide, qui pourrait aujourd'hui le mécon- 
naître? devait servir d'évangile aux nations. Je dirai 
toute ma pensée : TÉnéide est le christianisme même. 
Comment, direz-vous, le messie de la ville éternelle 
s'csl-il laissé détrôner par celui de Capharnaûm ? Gonh 
nient le grand poëme a-t-il été supplanté par cette 
macédoine du JSouveau Testament?... Ah! c*est par là 
que la gloire de Virgile est restée au-dessous de celle 
d Homère. L'idéalisme impérial , d'épouvantables cé- 
sars, i'atrocilé prétorienne, l'égoïsme patricien, per- 
dirent tout. Le monde opprimé repoussa l'initiative dâ 
la force. Un Logos que n'avait pas même rêvé Platon 
prit la place du Verbe légitime. Ce qu'avait vu, pn>- 
phétisc, chanté sur tous les tons, le cygne de Mantoue, 
s'accomplit par la raison des esclaves^ et Home s'af- 
faissa dans le sang et l'orgie, et l'antiquité périt tout 
entière, et l'humanité, déclarée par une superstition 
abominable déchue dès sa naissance, s'ajourna pour 
dix-huit siècles, parce que empereurs, prétoriens, no- 
blesse et plèbe, tous avaient été infidèles à la révéla^ 
tion virgilienne. 

Le sujet-objet^ il faut réunir ces deux termes quand oa 
parle de Virgile, tant il a su profondément les fondre; la 
' svjet-objet de l'Enéide est quintuple dans sa majestuem 
et puissante unité : 

Chute d'ilion , c'est-à-dire déchéance irrévocable ds 
r\sie, à qui est ôté l'empire du monde; 

Migration d'Énée : la dignité messianique ne s'arrête 



— 123 — 

point à Ift Grèce i ftnarchique et frivole; elle passe à 
l'Italie^ grave et juriste ; 

Établissement des colons troyens dans le Lotium : ini- 
tiation dès peuplades ausoniennes, à demi barbares, et 
passage de celles-ci de Tétat saturnien (âge d*or, mœurs 
primitives) à une civilisation supérieure. 

A ce propos, nous remarquerons avec combien peu 
d'intelligence on a comparé les combats de TÉnéide à ceux 
de riliade. Les situations ne sont plus les mêmes; je ro» 
pette seulement que Virgile, par quelques corrections, 
n'ait pas plus fortement marqué la différence. Tumus sera 
d'autant plus intéressant qu'il posera moins en Achille; 
de même qu*Énée, Un guerrier revenu de Troie, paraîtra 
d'autant plus héroïque qu'il montrera, en face denses 
nouveaux adversaires, plus de calme ; 

Réconciliation des dieux sur le berceau de Home : 
position du principe de Tunité des cultes, exprimée plus 
dairement par Auguste dans le Panthéon; 

Développement historique, provideniM^ de la puis- 
nnce latine, et première révélation du progrès et do la 
catholicité du genre humain; idée développée cent ans 
iprès par Florus et imitée au dix-septième siècle par 
Bossuet, qui en fit un argument de la révélation chré- 
tienne. 

Le dénoûment de l'Enéide est d'un haut enseigne- 
nieot. Vaincue en la personne de Turnus, en réalité Junon 
Iriomphe. Le refuge est accordé aux Troyens en Italie; 
inaisils perdent leur nom et leur nationalité. L'Italie reste 
iavioléei avec ses mœurs, sa religion, son nom, ses lois, 
la langue; l'Asie est absorbée, et le gage do cette absorp- 
tion est la gloire de R«me, de toutos les villes du monde 
la plus dévouée au culte de Junon. La civilisation, semble 
<iire Virgile aux Romains, devenus à leur tour conquérants 
et colonisateurs, se communique^ elle n'ôte pas aux raoes 



— 124 — 

leur caractère. — Rôle immense de la malrone, ûguréi 
par la reine des dieux : Créûse est enlevée, Didoa | 
donne la mort, Camille est tuée sur le champ de bataill| 
Vénus n'obtient pour son fils qu'un asile ; toute l'actiqji 
roule sur le mariage de Lavinie, fiancée par rorafl|| 
domestique à un étranger, mais qui, fidèle à la patii| 
ne doit s*unir à Énée qu'en régime parapbernaL 

Si le choix du sujet doit èlre compté pour qudi 
chose en poésie, on m'accordera que TÉiiéide est sous 
rapport autant au-dessus de l'Iliade que Tempire roi 
était au-dessus de la Confédération hellénique, et celh 
au-dessus de la famille grecque. Mais qui jamais, de| 
le Iriomphe de l'Évangile, songea à reconnaître tou| 
ce^ choses dans PÉnéide ? 

A côté de ces idées mères, qui forment la charpente 
Toriginalité de TÉnéide, idées dont le christianisme sV 
paré plus tard comme s*il les eût trouvées de son foi 
il convient d'en rappeler quelques autres, d'une im| 
tance secondaire, mais qui n'en font pas moins du 
une œuvre unique en son espèce, sans modèle coi 
l'Iliade, et, comme i'iliadc, inimitable. 

Le problème de Tempire circum-méditerranéen 
posé, Timpuissance de la Crèce constatée, la viei 
Asie écartée. A qui écherra cet empire? La lutte n\ 
sérieuse qu'entre Rome et Carlhage : d*un côté la pui 
sance continentale, noblesse propriétaire et plèbe a| 
cole ; de l'autre la puissance maritime, le commerce 
Tindustrie. 

* 

Caithage succombe; cela devait èlre: la mer ne 
jamais que le chemin de grande communication qui 
les continents; le navire, qu'un instrument de trai 
au service du laboureur. Venise et la Hanse» aussi 
que Carthage, l'Angleterre elle-même, l'apprendront v 
leurs dépens. * 



— 125 — 

Ainsi, la guerre finie entre les deux grandes puissances 
de terre et de mer, Fempire, la monarcliie universelle» 
existe. Un nouveau soleil se lève sur le monde, ramenant 
avec lui, pour embellir la civilisation, Tinnocencedu pre- 
mier âge, le règne de la Vierge céleste. Comme signes, 
nous avons la réconcilialion des peuples antagoniques, 
marquée par les épisodes d*Évandre et de Diomède ; le 
croisement des races, indiqué par l'oracle rendu sur le ma- 
riage de Lavinie ; la condamnation de l'égof sme national 
en Turnus. Tumus, hélas! c*est Pompée, Brutus,Cassius; 
c'est l'âme vertueuse et patriotique de Caton ; c'est cet 
ordre patricien tout entier, qui se refusait à octroyer le 
droit de cité aux nations vaincues, qu'appuyaient de leur 
côlé César et sa plèbe. 

Une semblable régénération devait être avant tout 
religieuse : Énée le pieux est le patron d'Octavien Au- 
guste et d'Antonin Pie; quatorze siècles après, il servira 
encore de type à Godefroy de Bouillon. Dès lors, con- 
damnation de l'athéisme politique en Mézence;, annonce 
du nouveau dogme : providence, immortalité des âmes, 
expiation, toute la substance du christianisme; réforme 
des mœurs domestiques et proscription de la volupté : 
c'est le sens des amours de Didon , de la rencontre 
d'Énée et d'Hélène, de l'épisode de Nisus et Euryale. 
Je reviendrai sur ce sujet dans une autre Étude. Re- 
disons seulement qu'Énée, pour devenir fondateur de 
l'état romain, de la famille romaine, doit se séparer de 
son épouse asiatique et renoncer à Didon la Phéni- 
cienne : ainsi le veut la dignité de la matrone, repré- 
sentée par l'invisible Lavinie. C'est la réprobation des 
Cléopâtre, des Bérénice, des Julia Domna, des Marnée, 
des Zénobie, de toutes ces étrangères à diadème, dans 
lesquelles Torgueil romain ne put voir jamais que des 

courtisanes. 



— 126 — 

XLTl 

Virgile est l'expression du caractère romain, de la reli- 
gion romaine, le poète des traditions et des destinées du 
peuple romain. Gomme la littérature grecque gravite sur 
l'Iliade, de même la littérature latine, avant et après Vûr- 
gile, gravite sur TÉnéide. Virgile est la pensée condensée 
de Rome, de la Rome républicaine aussi bien .que de b 
Rome des empereurs. 

Quand le sénat, un siècle auparavant, envoyait Scipion 
Masica, déclaré le plus honnête homme de la république^ 
chercher en Phrygie, patrie d'Énéc, la statue de la Bonne 
Déesse, il posait le thème de rÉnéide. 

Lucrèce, au commencement de son poème de la iVo- 
ture, invoquant Vénus, mère des Romains, suit la même 
idée. 

. Horace, composant le chant séculaire, travaillaiit dans 
ses OdeSf ses Épitres et ses Satires^ à la réforme des. 
mœurs et à la célébration de l'empire, est l'auxiliaire de 
Virgile. 

Ovide, dans ses Métamorphoses^ que fait-il autre chose 
que de reprendre la grande pensée de Virgile , devenue 
plus tard la base du christianisme, que tout dans la my- 
thologie des nations et dans leur histoire a été préparé et 
préordonné pour la grandeur de Rome 1 

Autant Homère avait été compris des Grecs » autant 
Virgile le fut de ses contemporains. Je ne parle pas d'Au- 
guste, qui y avait un si grand intérêt; je ne dis rien de 
Mécène, de PoUion, de Varus, de Gallus, tous plus ou 
moins associés à la gloire impériale. Mais Lucain ne le 
comprit que trop, quand, plein d'une horreur généreuse 
pour la tyrannie de Néron, il essaya dans la PkarsaU, 
un poëme impossible, de détourner au profit du vieux 
républicanisme cette haute et pacifique dictature que 



— 127 — 

Virgile» dans TÉnéide) attribue à la famille des Jules, 
descendants de Vénus et de Troie. 

Plus sage que tueain, Tacite ne fait pas d*opposition à 
Tmipire, qu'il accepte, ainsi que son ami Pline, et qu'il 
loue dans les successeurs de Domitien. 11 ne sévit que 
contre les monstres qui déshonorent le nom de César et 
font douter de la sagesse des dieux. 

La multitude comprit Virgile, dont le poème lui tenait 
lieu d'oracle, sortes Virgilianœ. 

Les chrétiens enfin comprirent Virgile : témoin Lac- 
tance, qui, à l'exemple du poète, fait servir les prédic- 
tions des sibylles à l'annonce du rèf;ne mcssiaque ; té- 
moin le père Hardouin, qui, dans sa folie énidite, entrevit 
pourtant cette vérité écrasante pour un jésuite, que le 
christianisme existait dans l'Enéide cent cinquante ans 
avant que d^absurdes compilateurs s'avisassent de le 
mettre en évangiles. 

Rien de ce qui fait la valeur positive et sociale du poète 
épique, à savoir la tradition, la politique, la religion, la 
légende, la révolution, ne manque à l'épopée latine. Seu* 
liment la réalité épique s'est agrandie de toute la distança 
qui sépare le siècle de Priam de celui d'Auguste, la reli^- 
gîcm d'Homère de celle de Platon , le pacte fédéral des 
HellèneB de la suzeraineté de Rome et de la messianité 
des Césars. 

De même qu'Homère, enGn , Virgile sert de pivot à un 
cycle littéraire, dans lequel on peut remarquer quelques 
lacunes et dont la durée fut aussi plus courte, mais dont 
l'inspiratiou est certainement plus haute, l'originalité 
plus puissante. Si la tragédie manque aux Latins, si 
Trogue-Pompée, Tite-Live, Salluste, ne font que balan- 
c«r Hérodote , Thucydide , Xénophon, en revanche, la 
Grèce n'a rien qu'elle puisse opposer aux Géorgiques , 
aux formules du préteur et des jurisconsultes. Le sens 



— 128 — 

pratique do Cicéron vaut à lui seul tous les systèmes des 
Grecs, toutes les raffineries de leurs sophistes. Tacite 
surtout est hors ligne; c*est le défenseur du droit, c'est- 
à-dire de la mission romaine^ chantée par Virgile en vers 
magnifiques , contre l'infidélité des empereurs, vis-i>m 
desquels il remplit le même rôle que les prophètes de 
Jéhovah vis-à-vis des prévaricateurs de Juda et d'israâ. 
Du reste, le progrès se montre dans tous les genres : les 
bergers de Théocrite sont des bergers; ceux de Virgile, 
sans sortir de leurs bergeries, sont devenus des politiques, 
des théologiens, des philosophes. 

A partir du second siècle, Tempire devient pour ainâ 
dire bilingue. Néron s'était efforcé de soutenir, dans des 
vers ridicules, l'honneur des muscs romaines;-' Gallioi 
après lui, en môme temps qu^il laisse tomber l'empire, sa 
distingue encore par de jolis vers dans la langue de Ti* 
bulle et de Properce. Marc-Aurèle et Julien écrivent en 
grec, l^a parole officielle est double : cette dualité, accélé* 
rânt la dépravation de l'idéal impérial et le déchaînement 
des superstitions, affaiblit l'influence de l'épopée latine et 
en diminue la gloire. Le triomphe de l'^Église et des livres 
hébreux porte le dernier coup : après la défection de 
Constantin et la version de saint Jérôme, l'Énéide perd 
peu à peu sa raison d'être ; ce ne sera bientôt plus qu'une 
fantaisie d'amateur, un vain exercice d'école, un pastiche 
de l'Iliade !... 

XLIII 

Si la partie réelle de l'Énéide fut, après la chute de 
l'empire, si étrangement méconnue, ce devait être bien 
pis de la pailie surnaturelle, de ce que la critique moderne 
appelle le merveilleux. Quel logogryphe pour les littéra- 
teurs du dix-septième et du dix-huitième siècle, chrétiens 
et philosophes, qu'un génie tel que Virgile faisant parler 



; qu'il n'y avait pas trr|io(H'v s.ins intrn'cnlion du 
sans miracloc. ('/est h ( clti» l»rllt* thr^iric que nous 

les merveillnsitrs (!•• la 11**nriail»' : los purrilitrs 
aîrc |H*sent do tout Ifur f^niiis sur l* rliaiitre d'f Inée, 

ainsi coupable tic nntn* prnpr** inoptie. 
leneilleux, puisque mer^nllcui il y a, dans 1*1-% 
fsl de doux sortes, suivant t\u\m le considM* dans 
e ou dans le fond. 

la forme : la rrli-'inn Av Vir;:il'', ou, si Ton aime 
de son [«W'me, est une ^rnosi'. ni plus ni moins que 
3 Platon» d\\[iollnnius de Tliyanc, de Simon le 
de saint Paul et autres, lians cette {rnose, les an» 

divinités ne sont plus trlles sans doute qu'on les 
arer dans Homère, pas plus que le Jéliovah des 
ues du deuxième el du troisième siècle n'est le 
|uc celui du Pentatruipie : ce sont des frénies qui 
lent les forces de la nature et prôsident aux daiii- 
s nations. Ainsi conçue, la foi aux dieux, du temps 
île, foi déjà tonte ilirétionne, était, j*osc le dire, 
rkfnnle. nlus vivare Mue ianiais. Junon mue fiml 



— 130 — 

le hlàme, comme l'Éternel dans l'Apocalypse , et qui dè| 
lors commençiat à remplacer dans l'opinion Tmlif^t 
Destin. 

Lorsque Virgile , au 2* livre de l'Enéide, montre avi 
regards d'Énée tes dieux acharnés au sac de Troie, il ii| 
fait que raconter en vers sublimes la croyance la piusr4f 
pandue de son temps, à savoir que les nations et les TÎjM 
placées sous la protection de divinités indigènes» pe pom 
vaient être vaincues que par l'évocation de ce» divinités 
Tous les auteurs sont pleins de cette idée. Déjà, au Uvr^ t^ ^ 
des CréorgiqueSf Virgile avait dit qu'au moment.de la mort ' 
de César la Germanie entendit dans le ciel un binil 
d'armes : 

Armonim «opUiim toto Gerfoaqia e<slo 
Audiit... 

comme si les dieux des nations vaincues allaient revenir 
à la charge, Ovide, Tibulle< Lucain, parlent de mèoiic 
Tacite et Josèphe rapportent à leur tour que, lors da aiégs 
de Jérusalem par Titus , on entendit dans l'air des vofat 
surhumaines et comme le bruit d'une armée qui s'en 
allait. Et nous lisons dans le 4« livre des Bois que, peu* 
dant le siège de Samarie, le prophète Elisée fit voir à 
son serviteur Giezi toute une armée A'élohim Gombitn 
tant pour le roi d* Israël. 

Du temps de Virgile, la mythologie vulgaire avait perdu 
de son crédit, je' veux le croire; mais ce discrédit n'at« 
teignait que les noms , et, tandis qu'on se gaussait de 
Jupiter, Junon, Vénus, Bacchus et Flore, on ne plaisan- 
tait pas des génies et des dieux. Le monde surnaturel 
prenait dan& les esprits, et bientôt dans la langue, un ca^ 
ractère plus élevé ; les anciennes appellations tombaient 
en désuétude; la foi au divin et au merveilleux gran<* 
dissait toujours, tout le monde y croyait : les stoïciens, 
les platoniciens, les pythagoriciens y crurent; les pères 




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- 132 — 

les habitants de Lystra en Lycaonie, après une harangué 
de saint Paul, le prirent pour Mercure, qu'y avait-il d'é- 
tonnant à ce que les Romains, en écoutant Virgile, le 
prissent pour un saint, un interprète des dieux, sacer 
interpresque deorum? Gicéron, pour quelques vers des 
Bucoliques qu'il avait entendus, appela Virgile, dans 
son enthousiasme, le second espoir de Rome, magnœ spet 
altéra Romœ. Qu'eût-il dit à la lecture de l'Énéide? 

En fait, ce que la raison moderne repousse à bon droit 
comme surnaturel, et qu'elle prend pour une fantaisie, 
poétique dans les anciennes épopées, n'avait rien d'ez« 
traordinaire pour les Romains, même du siècle d'Auguste, 
tant ils y étaient habitués. Us vivaient au milieu des mi- 
racles; ils ne croyaient qu'aux miracles; le vrai seul lei 
trouvait incrédules. Si quelque chose dut les étonner 
dans l'Énéide, ce ne fut point la succession des prodiges, , 
des apparitions, des oracles, doft elle est remplie : quand - 
la moindre aiïaire exigeait une consultation de l'augurai' 
ils eussent été scandalisés que le fondateur de leur race 
n^cût pas été conduit, pas à pas, comme Romulus et Numt 
Pompilius, par le conseil des dieux, et couvert de lenr 
protection. Virgile, au surplus, comme Homère, ne bit 
dans son pocme que suivre les traditions : il n'y a peuU- 
être pas une de ses fictions qui lui appartienne. 

Ce qui dut paraître inouï, ce fut le fond même de C0" 
merveilleux, ce sont les théories philosophiques, poli^ 
tiques, religieuses et morales, que Virgile enveloppait 
dans ses récits et qui constituaient sa gnose* 

Tel est, par exemple, ce dogme d'une Providence^ 
souveraine, tôt après posé par l'Église en article de foi, 
et dont nos philosophes voudraient faire aujourd'hui 
un article de science; — tel est cet autre dogme de 
rimmorlalité des âmes, qui troublait Gaton, Thraséa^ 
Séncque, Tacite, article de foi aussi pour l'Église» eC^ 



— 133 — 

devenu à son tour, s'il faut en croire les nouveaux plato^ 
nicienSy article de science; — telle est encore cette expli- 
cation de Torigine du mal par l'union de Tâme et du 
corps, idée sur laquelle gravitent tous nos Taiseurs de 
théodicées. Ajoutez cet établissement prodigieux de l'em- 
pire, la plus grande des merveilles, avant que le chris- 
tianisme fût devenu le plus grand des miracles; — cette 
piété tendre d'Énée, chef militaire, chef d'État, et pour- 
tant fidèle à la religion et à la miséricorde, comme un 
saint Louis ; — ^ cette royauté pauvre et sans faste d'É- 
vandre, si éloignée du luxe patricien, et qui faisait pleu- 
rer d'attendrissement Fénelon; — cette fantaisie platoni« 
cienne de l'égalité des sexes, exprimée par Camille la 
vierge guerrière, prototype des Clorinde, des Bradamante, 
des Tfaéroigne de Méricourt, annonce d'un accroissement 
de dignité pour la femme ; — cette amitié sans tache de 
Misus et Euryale, dont notre érudition impure n'a pas 
même aperçu le fnotif. 

Voilà quel dut être, pour les contemporains de Virgile, 
le merveilleux de F Enéide, merveilleux inconnu à Homère, 
et dont l'effet fut de développer dans l'humanité un senti- 
ment jusque-là endormi, la mélancolie poétique, en don* 
nant à la poésie pour thème, non plus la nature vierge 
et les dieux nouveau-nés, mais Thomme et ses douleurs. 
L'épisode des Troyennes pleurant leur patrie, celui d'Hé- 
lénuset Andromaque en Épire, la mort de Didon, l'orai- 
son funèbre du jeune Marcellus, la réponse de Diomède 
anx députés du roi Latinus, toutes ces scènes dont la 
tristesse est si délicieuse, où les larmes se changent en 
une mélodie du cœur, me feront comprendre. 

XLIV 

MaiS) me dit-on, vous ne ienes pas votre promesse. 
Vous avez prouvé que TÉnéide est supérieure îi V\\\^A^ 



— 134 — 

par le sujet du poème » par le but que se propose le 
poète, par la philosophie, par la nature du merveilleux, 
ce qu'il paraît difficile de vous refuser. Or, il s*agit de 
poésie, d*idéal , d'art, et Ton nie que Thumanité chantée 
par Virgile, que ses personnages,^ ses épisodes, atteignent 
u ridéalité de ccu}[ d*Homère. On soutient de plu3 que 
r Enéide n*est belle que de la beauté de sa rivale, que Yir« 
gile doit tout ou presque. tout à Homère, qu*il l'imite, le 
copie sans cesse ; bref, que sans Homère Virgile n*eût pas 
existé. 

Je croyais avoir fait tomber Tobjection; puisqu*on in- 
siste, on me pardonnera si dans ma réplique U se ren* 
contre quelque redite. 

Commençons par les emprunts; nous parlerons ensuile 
du style, et nous terminerons par ce que la poésie a da 
plus intime, Tart de plus original. 

J'avoue, quand j'entends parler des plagiats de Virgile» 
que je suis tenté de me cacher le visage, tant la critiqua 
moderne me fait honte. Nos arislarques, ayant totalement 
perdu de vue l'objet de TËnéide , ne comprenant rien k 
sa raison historique, à sa nécessité sociale, à sa porléa 
politique et religieuse, à sa gnose, ne découvrant dana 
CCS dix mille vers qu'un exercice de versificateur, ont 
jugé en conséquence. Ils ont relevé la disposition dea 
quatre premiers livres, imitée de T Odyssée ; la descrip-t 
tion des jeux au cinquième; celle du bouclier d'Ënée; 
puis, force comparaisons, force hémistiches, imités, tra- 
duits de riliade. Ils ont pris pour la substance du poème 
ce que j'en appelle moi la technique; et comme ils n'a- 
percevaient rien au delà, ils ont prononcé doctement 
que Virgile n'avait fait qu'une œuvre d'imitation, qu'au 
chantre d'Achille seul appartenait la palme de l'inven- 
tion et de l'originalité. On ne saurait croire le tort que 
s'est fait Virgile par ce mot qu'on lui attribue, qu'il était 



'* 2TI* TUT** fîU"'** II* 'HjT»' ,«1» «■ IN ( »'ii |ii<t«ii, 



■ I lit 



i-X -^ ~ il ^« •i^-îH'j :• lî*. ; ■■ ' 'II* «Mil II ,l< -il 
•^mi^et #4 :r^ ii.« n* d^ liur^ «i- « jiii> i- ■ •. i mi {•••m 

, qilr f^.^^ .i l'^K^Kt', il li'i II llM-l il7 iW*iii«*'i .Imi« 

oinfM:'<4tH*iï>. 

l ain5i quo fiin-nt i*iiiii|Ni^'rik l'lti.iilii • I IiH)'./< 

ont le produit d'iim* rrr r|ili|i|i- i|iil rmliti K. .. f 

sièclt^» depuis lV&|HNliiiiiriilf« Ai;/iiti liii* j • ■ • • 

Qui pourrait din* h* iMirnftrf t\r. i h z 

irurvml! Qui, KurtfMJl, thfi^ **ut 'iwt- * 

x>ll«YtiTp, saurait fatr** U 1*1 m '1 i ^' f 

pénie nalionaL la p^irt rr.<'" 'i . >• • / • ' 

•rre de Troie : Mij't. ^hj :. .■.• 

ition, firaï»ri«^l*' ru'.'ifi* 

endeb, l»'S d%n:i-V'^. « ■ 

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ons», ditp u'/U-.^- ' t 

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• • 



■ ^ 



— 136 •- 

de ses dieux. Elle fournissait le texte : idées, sentimenls, 
fictions, la langue, le mètre et la musique , et elle exi- 
geait que ses artistes remplissent le cadre, quitte à re- 
commencer jusqu'à ce que Tœuvre parût digne de TidéaL 

Que ce soit donc le mérite de la Grèce, mérite qui ne 
doit être compté qu'à elle, d'avoir la première mis en 
œuvre, sinon inventé, avec le vers hexamètre, certaines 
fictions et combinaisons épiques, devenues depuis le type 
de l'épopée; d'avoir sous cette forme produit, célébré 
son idée politique et sociale, exprimé des sentiments qui 
dureront autant que le cœur humain. 

Je dis que les écrivains postérieurs, Virgile entre autres, 
devant continuer la chaîne des temps , rattacher Rome 
à la Grèce, l'Enéide à l'Iliade, ont eu le droit de disposer 
souverainement de ce matériel, publica materies; que 
c'était pour eux une nécessité, et que, comme on ne doit 
pas leur en faire un mérite, il n'est pas juste non plus de 
leur en faire un grief. Dans l'Iliade, 1 épisode du bouclier 
d*Âchille est une conception charmante; reproduit dans 
l'Enéide, le même épisode n'a plus de valeur que celle de 
l'idée* qu'il sert à rendre, et qui dépasse de cent coudées 
celle de l'Iliade. Pour juger les deux épisodes, il ne faut 
pas regarder l'armure, il faut voir ce que les "Cyclopes 
ont gravé dessus. 

D'avance le moule de l'Enéide, aussi bien que le vers, 
était jusqu'à certain point donné par les poèmes homé- 
riques, d^autant que la plupart des -fictions venaient de 
plus loin, passant d'une nation à l'autre, comme un hé- 
ritage. Filles toutes deux de Japhet, adorant les mêmes 
dieux, parlant presque le même -idiome, l'Italie et la 
Grèce étaient liées l'une à l'autre dans leur destinée épi- 
que , leur patrimoine intellectuel et moral était le même ; 
différentes par la physionomie et le tempérament, plus 
que par le fond de leurs natures. Tout ce qu'avait chanté, 



— 137 — 

rêvé la Grèce, devait se retrouver modifié, développé, 
agrandi, dans l'Énéide. Les Romains n'eussent pas sup* 
porté, par exemple, que leur Énée fût armé par un autre 
Yulcain, qu*il fût sous ce rapport moins glorieusement 
traité qu'Achille, et que l'avait été avant Achille le fils 
de l'Aurore, l'oriental Memnon. Ce n'est pas là ce qui a 
occupé le génie de Virgile, et, tout en faisant état de 
ridée première à ses devanciers, nous ne devons pas 
nous en occuper pour lui. Qu'il ait traduit en latin, avec 
plus ou moins de bonheur, je ne sais combien de vers, 
de figures et de situations du poète grec, c'était pour 
les Romains une manière d'exercer leur droit de con- 
quête, en même temps que d'établir leur communauté 
d'origine, de croyance et de destinée avec THellade. 11 
est absurde de faire travailler un grand poète pendant 
douze ans à une contrefaçon. Ce que je dis est si vrai que 
Virgile était le premier à se plaindre du fardeau que lui 
imposait cette loi de tradition : il savait, mieux que ses 
critiques, qu'eu fait de poésie les emprunts, imitations, 
transports, etc., réussissent rarement; que les choses sont 
toujours moins belles quand on les sort de leur milieu; 
et le fait est que ce qu'il y a de moins heureux dans 
TEnéide, je parle des détails poétiques, c*est précisé* 
ment ce que Virgile y a transporté de l'Iliade. La trans- 
fusion de l'or d'Homère lui coûte plus que la taille de 
ses propres diamants. Tous ces plagiats, on n'a pas rougi 
^e se servir de ce mot indigne, sont dans Virgile de pur 
machinisme, ni plus ni moins que les trilogies d'Eschyle 
et les trois unités de nos tragiques. Ce n'est pas par les 
matériaux qu'il a trouvés sous sa main, c'est par la mise 
en œuvre, que nous devons juger le poète. 

XLV 

le ne m'éteadrai pas longuement sur le style. Virgile^ 
m %. 



138 — 

disposant d*uti idiome sourd, traînant, ingrat itoi 
les rapports, si on le compare à celui d*Homère, e 
soin de beaucoup plus d*art que son rival. Ce n\ 
tout de considérer Tœuvi o, il faut ici tenir com| 
moyens. La langue, comme la ffgure, est un av 
de nature; Tart, comme la Justice, est le produit d 
berté. Pour Virgile, Tobligution d*une facture supé 
à peine d*éviction immédiate, résultait du milicH 
était placé. La Grèce faisait partie de l'empire; ' 
monde lisait les Grecs, les Juifs eux-mêmes helléni 
L*épopée latine ne passerait pas, si, sous tous les ra| 
elle n'était supérieure à celle du peuple vaincu. Li 
même de l'empire en dépendait. Quelle honte [ 
Rome impériale, si son idéal politique et religieux 
dieux, ses héros, ses mystères, ses traditions, si f 
stitution, sa famille, si sa langue enfin, étaient 1 
inférieurs à ce qu'on les voyait dans l'Iliade I La 
d'État devait faire supprimer cette œuvre mal 
treuse, absolument comme le tsar qui, rêvant { 
Russie la conquête du monde, devrait, de deux 
l'une, ou arrêter à la frontière de ses États les 
étrangers, ou créer une littérature moscovite, sup 
à toutes les littératures de l'univers. 

Sous la main de Virgile, les défauts de l'idiome ; 
deviennent des beautés* Le latin, s[X)ndaïque, conc 
veux, en baryton, apparaît comme la vraie lan( 
seule langue possible de Tempire, je veux dire de l'I 
Toute cheville a disparu : autant de mots, autant i 
Les licences sont rares, admises, non plu!» pour la o 
dite du vers, mais pour l'embellissement et Than 
réiision évitée, la césure toujours à pa, place; les n 
six pieds éliminés, surtout à la fin du vers, dont la 
par dactyle et spondée, arrive régulière. Si le gre< 
mère peut âe comparer pour la mélodie à la fUtt 






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— 140 — 

rudes épreuves, appellent Tindulgence et le pardon. Ul 
multiplicité et la complication des rapports rendent Te!» 
prit plus sérieux, la pensée plus prosaïque, l'Ame plut 
sombre. La nature même semble vieillie de tous Ifli 
désenchantemcnls de Thomme. Autant de difficultés H 
vaincre qui n*existaient pas pour le poète primitif, d 
qui s'imposent au poète moderne comme une. loi» IL 
faut qu'il suive le mouvement : ce qui revient à dira|^ 
en vertu de nos principes, qu'en présence de difficultiH^ 
plus grandes, il est condamné à déployer plus de talenti 
par conséquent à faire plus et mieux que ses devandeiV^ 
et SCS modèles. ij 

Ainsi fait Virgile dans ses églogues. Les bergers d\ 
Théocrite ne sortent guère du cercle de la bergerie ^[ 
en apprenant la langue de Virgile, ils deviennent, sanA. 
cesser d'être bergers, politiques, philosophes, révolution^ 
naires !... La première églogue célèbre la fin des guerrei^ 
civiles; la quatrième chante le siècle nouveau; la ciii*H 
qiiièmc est une lamentation sur la mort de César; lifi 
sixième contient une philosophie de la nature. Les idéoêi 
les plus profondes, les plus vastes, les plus tristes, sonli 
mêlées aux peintures attrayantes de la vie champêtre; < 
le tout si bien fondu, si parfaitement harmonique, qu*offi 
n'imagine pas que des bergers vivant au premier siècle • 
avant notre ère aient pu ni penser autre chose ni s'ex- 
primer autrement. Et ces petites pièces n'ont pas cent 
vers !... Si jamais le genre bucolique ressuscite dans Iw 
lillératures modernes, les bergers devront être citoyens, 
savants, ingénieurs, économistes : qualités dont l'idéa- 
lisation, de plus en plus difficile, suppose un art toujours 
plus puissant. 

Qu'est-ce qui fait des Géorgiques le chef-d'œuvre da 
l'antiquité, et peut-être de toute l'humanité poétique, un 
ix)ëmc qui à lui seul mériterait qu'on enseignât je latiA 



— 141 — 

dans nos lycées? C'est que les Géorgiques sont un poème 
essentiellement, exclusivement utilitaire. 

Il a fallu, pour ramener le goût de rugriciilture et des 
mœurs rustiques, idéaliser, jusque dans les moindres dé- 
tails, les travaux du labourage, de la vigne, de Télève 
dos bestiaux, de Tapiculture, cette industrie sucrière des 
anciens. Et c'est à quoi Virgile est parvenu par un art 
dont ceux-là seuls peuvent juger qui sont en état de 
lire son ouvrage. 

Virgile est si profondément pénétré de la nécessité 
pour le poète de s*appuyer sur ce que la vie présente de 
plus positif, de plus réel, qu*il n'imagine pas pour lui- 
même, le grand idéaliste, d'autre prix de son dévouement 
à l'art que la connaissance des secrets de la nature et 
des lois de l'humanité. Ce quHl demande aux Muses, 
c'est la science, et, si la science ne peut lui être donnée» 
la vie de paysan. < Que les douces Muses, s'écrie-t-il , 
dont je porte avec un fervent amour les insignes sacrés, 
me reçoivent et m'enseignent leurs secrets, la marche 
des corps célestes, la cause des éclipses» des tremble- 
ments de terre et du flux de l'Océan !... Et si la faiblesse 
de ma raison me rend indigne de participer à ces grands 
mystères, oh ! alors, que je retrouve mes champs, mes 
rivières, mes forêts avec leurs masses d'ombre!... » 

Le secret de Virgile ici lui échappe : pour lui, point 
de poésie sans un sentiment profond de la réalité; point 
d'idéal en dehors de la pratique raisonnée des choses. 
C'est diaprés cette poétique qu'il conçut son Enéide. 

Citons seulement quelques épisodes. 

XLVII 

Hien de plus beau dans l'Iliade, rien de plus touchant, 
d*une plus complète poésie, que les adieux d*Hector et 
d*Andromaque. Je voudrais pouvoir, par mon admiratm 



— 142 - 

éloquente, ajouter à l'admiration si justement mériléi 
de trente siècles. Qu*eût pu faire de mieux Virgile? Rien. 
Il ne Ta pas essayé, et je Ten loue : de pareilles choM» 
no peuvent ni se répéter, ni se copier, bien moins enoM 
se surpasser. 

Ce que la vie humaine offre de plus idéal, l'amour Mi 
gitimc, Homère s'en est emparé : il n'a rien laissé à fiÔN 
après lui. La séparation de Briséis est encore bien tan^ 
chante ; mais sa condition est inférieure, bien qu'admil; 
par les mœurs grecques : aussi cet épisode est-il hors jfc 
toute comparaison avec le premier. Le ton de riliaij 
s'élève ou s'abaisse selon la beauté naturelle des chosa^l 
c'est lu loi du poète grec. Ce qui tourne à l'ignoble» il 
laid, à rimpureté, il l'effleure, le raille ou s'en abstieil| 

Cependant la civilisation avait marché, il fallait malt 
cher avec elle. Que va faire Virgile? 

11 s'empare de cette situation inférieure de Briséis, dl 
cet amour de tolérance, non pour l'élever à la hauteCl 
du mariage solennel : un poète de nos jours n'y eût pli 
manqué; non pour glorifier, en rabaissant l'union 1^ 
time, le conoubinat, même légal ; mais pour montrer, pà 
ce que la passion et le remords ont de plus touchant! 
de plus tragique, de plus idéal, Tabime immense qui 
sépare la sérénité glorieuse de l'épouse des joies É 
Tamour clandestin. Virgile dérobe Lavinie, l'épouse trdi 
fois sainte; il met en scène l'amante d^un jour, que tal 
dieux n'ont pas jugée digne du mariage. Ce que Did^ 
pleure, en s' accusant, ce n'est pas, comme l'amante d'I 
bailard ou la perruquière du Lutrin, ses plaisirs perdus 
c'est le mariage, sur lequel sa folie a anticipé, per optaiû 
hymenœos... Et comme, dans Virgile, par la complicatiol 
des rapports sociaux qu'il avait à peindre, chaque épisod 
doit être à plusieurs fins, il a trouvé le secret de fairi 
de l'amour sitôt dédaigné de Didon la coadamnatioi 



— 143 - 

d'Antoine et la prophétie des luttes de Rome et de Car- 
thage. 

Suivant une découverte de rérudition moderne, Vir- 
gile aurait emprunté sa Didon à un poète grec aujour* 
d'hui perdu. Que nous fait cette prétendue imitation? Le 
Grec qui le premier chanta les amours de Didon et d*Énée 
n'avait pas entendu parler, apparemment, des guerres 
puniques, non plus que de la fameuse Cléopâtre ; il se 
souciait peu du mariage romain, de la dignité matronale, 
et de la défense faite par le peuple aux empereurs d'é- 
ponser des étrangères. Or, c'est dans la combinaison de 
ces idées et de ces sentiments que se trouve Tidée épique, 
et non pas dans les cent cinquante ou deux cents vers, 
plus ou moins imités du grec, qui servent à peindre la 
déconvenue de la malheureuse Élisa. 

Orphée, suivant la légende. Hercule ensuite, Thésée et 
Pyrithoûs, étaient allés aux enfers, qui pour réclamer sa 
fiancée, qui pour délivrer son ami. Homère connaissait 
ces fables ; il n'en a pas usé ; aucun de ses héros ne va 
aux enfers. Dans l'Odyssée, Ulysse évoque au bord d'une 
ibsse, après y avoir versé le sang d'une victime, les âmes 
des morts ; il ne s'aventure pas dans leur royaume. La 
poétique d'Homère répugnait à descendre dans le séjour 
d'horreur, elle s'arrête à l'entrée. 

Virgile, composant l'épopée latine, exploitant les my- 
thes de la Grèce comme ceux du Latium, ne pouvait 
iQoins faire que de mettre son héros en rapport avec l'autre 
inonde; c'était une des conditions obligées de son poème. 
Hais, d'abord, quelle supériorité de motifs! Si touchants, 
 sacrés, que soient l'amour conjugal et l'amitié, on peut 
dire que de telles considérations n'étaient pas à la hau« 
teur d'une si merveilleuse entreprise. Aussi pour Énée 
&*agit.il de bien autre chose. En premier lieu, les révolu- 
tions de Rome et la grandeur de l'empire, lanl Ae ^e\% 



- 144 — 

prédites; puis réiaboration anté-organique des destii 
humaines, le principe de Tâme, sa génération célest 
ses métempsycoses; la théorie des délits et des cli 
mentSy des vertus et des récompenses; la sanction ul 
mondaine de la Justice, tout le plan de la civilisatioi 
de la Providence : voilà, et la chose en valait la peine 
qu'Énée rapporte de sa visite aux sombres bords, 

L'Église, héritière de TÉnéide, a repris ce thè 
comme un article de sa foi que le poète païen lui an 
dérobé. Le Christ, pendant les trois jours qui séparëi 
sa passion de sa résurrection, serait aussi descendu i 
enfers, suivant les théologiens. Et quoi faire? mis 
des contrefacteurs! chercher les âmes des vieux patri 
ches qui languissaient dans les limbes, en attendant 
venue. N*est-il pas vrai que nous retombons dans la 
gende primitive, insipide, de Thésée et Pyrithoûs? Af 
Virgile, Thistoire des enfers est finie, le sujet est épui 
ridée ne peut plus que rétrograder. Dante et Milton t 
tout leur génie ne la soutiendront pas : des amplificatio 
des reprises avec changements de costumes et de pers 
nages, ne sont pas des poèmes. 

Je termine par l'épisode d*Évandre. 

Dans rhistoire de ce réfugié d*Arcadie qui se donn 
Énée on trouve, avec la fusion des races et la subor 
nation de la Grèce à Tltalie, indiquées dans d'ant 
parties du poème, le rapprochement de trois époqu 
la première est celle du brigandage primitif, personn 
dans Cacus; la seconde, celle de la civilisation naissai 
représentée par Évandre; la troisième, celle d'Augui 
indiquée par la langue même et les idées de TÉnéi 
Tant de choses condensées dans un épisode de 260 Vf 
sans confusion, sans embarras : voilà qui dépasse d 
tout Tari de Tlliade. Mais ce qu*Homèrc, dont les 1 
sont si glorieux, si vanlards, n'côt jamais osé faire, è^ 



— 145 — 

h description d'une royauté indigente; c'est le portrait 
de ce bon ÉYandre, rcn l)erger, chaussé de guêtres, qui 
8*éveille au diant du coq, habitant pour tout palais une 
eabane de branches au pied du Capilole, montagne alors 
sans nom et couverte de bois, mais déjà terrible aux 
mortels par les apparitions foudroyantes de Jupiter. Quel 
contraste entre cette pauvreté vertueuse et le luxe de 
Tère impériale! Que de sentiments avait dû faire naître, 
quelle mélancolie avait dû soulever, pour produire, pour 
rendre possible un semblable épisode, rex))ériencc de 
tant de combats eh de tant de ruines ! Et quelle force do 
poésie chez l'homme qui le premier osait idéaliser ce 
qu'il y a de plus triste sur la terre, la pauvreté, une 
pauvreté royale!... 

XLVIII 

J'ai dit la raison de FÉnéide. Sous quelque aspect qu'on 
Tenvisage, religieux et politique, psychologique, moral, 
bistorique et philologique, cette raison est supérieure à 
celle de riliade : d'après nos principes, elle suppose dans 
la poésie une supériorité égale. 

Cette supériorité, Virgile l'a-t-il obtenue? En autres 
termes, le chantre d'Énée s'est-il élevé, comme poète, au 
oiveau du sujet qu'il avait conçu comme penseur? 

Ici, la dialectique et l'érudition ne sont plus de mise. 
L'idéal se sent, il ne se démontre pas. Tout ce que peut 
le critique est de mettre ses lecteurs en présence de 
Tœavre qu'il examine, et après leur en avoir expliqué 
l'idée, de leur en faire sentir, par la communication de 
son propre enthousiasme, l'idéal. Mais il faut pour cela 
que le critique soit lui-même poète, qu'à la philosophie 
et à la science il joigne une puissance de sensibilité, 
^^'imagination et d'expression, qui me manque. C'est 

une tâche que je renvoie à M. Sainte-Beuve, dont la belle. 

m SS 




étude sur Virgile me semlilc réclamer ii 
après ce que j'ai dit moi-même, un posl-scriplw 

Qu'il me suffise, pour constater le progrès eslhéliij»^ 
de l'Iliade à l'Enéide, de rappeler que depuis plus de Jii- 
lioil siècles le monde suit la gnose de Virgile; que le 
chrislianiïuic n'en est que lu déducliou; que l'umpire, 
après avoir fasciné les peuples, est devenu la base du 
droit public moderne; que jusqu'à l'époque qui scnit 
de prcparaliou à la Révolution française, poètes, lilléFa- 
teurs, théologiens, .philosopbes, politiques, liistoriens, 
tous ont vécu de Virgile, et que l'Enéide, autant que la 
Bible, a été pour le monde otxidental le livre dt« desU- 
nées. Pareils effets n'appartiennent point à la philosophie 
des écoles, pas plus qu'à la raison pratique des peuples^ 
c'est l'effet de l'art, le privilège de l'idéal. 

Pourtant il est un nuage qui plane sur l'Enéide, et qui 
dès son apparition la tient comme plongée dans une 
pénombre. 

' Au lit de mort, Virgile condamna aux flammes soc 
jioëmc, la plus grande gloire du génie latin. Les critiquai 
ne savent que [wnser do ce suicide. Le poème est com- 
plet, l'action finit nalurellement à la mort de Turnus; 
nulle part d'ailleurs on n'aperçoit de lacunes. Ce n'est pas 
pour quelques hémistiches interrompus, pour quelques 
quarts de vers restés en arrière, que Virgile aurait crtf 
son œuvre déshonorée. De quel doute était-il saisi contre 
lui-même, â l'heure où il entrait dans son immortaliléî 
Ëtait-ce dégoût de la gloire, caprice d'agonisant, défail- 
lance du cerveau sous l'étreiatc de la mort? 

Nous pouvons révéler ce secret funèbre, comm«-l 
nous l'eussions recueilli de la bouehe même du p 

Virgile ne doutait pas de ses forces. Hais il 
pour assurer une épopée, il faut une société 
comme son acte consLilutif, et qui par c 



— 147 — 

cautionne ; or, plus Virgile avait médité son sujet, plus 
il sentait que cette condition allait manquer à TÉnéide. 
Seul auteur d'un si grand poème, avait-il eu d'abord le 
temps de tout apprendre, de tout prévoir, de tout for- 
muler? et n*était-il pas à craindre que, faute d'une intel- 
ligence sufûsante, au lieu d'une épopée fatidique, égale- 
ment acceptée des nations soumises et de Rome victo- 
rieuse, il n*eût élevé qu'un monument à l'égoîsme des 
enfants de Romulus et à l'orgueil de leurs Césars? Devant 
cet empire gigantesque, où s'était engloutie toute nation 
et toute tradition ; en présence de ce monde en fusion, 
où toutes choses, en se régénérant, allaient changer de 
face, religions, institutions, mœurs, lois, idées, sciences, 
beaux-arts, industrie, pouvait-il affirmer avec pleine au- 
torité le droit impérial, alors que la moitié des Romains 
protestaient contre l'empire, alors que les nations ne sui- 
vaient sa loi qu'en frémissant, alors surtout que l'œuvre 
épique, pour être vraie, doit obtenir la sanction des 
masses, de génération en- génération ? 

L'Iliade, pouvait-il se dire, est une œuvre achevée, 
d'abord parce qu'elle est adéquate à son idée, qui est la 
confédération hellénique, et que cette idée est sainte ; puis 
parce que, quelle qu'ait été la part du rapsode dans la 
composition du poème, ce poëme est Tœuvre de la Grèce 
entière. L'Enéide est à moi seul; son idée est dans 
l'avenir beaucoup plus que dans le présent et le passé; 
et elle embrasse l'humanité, le monde, l'infîni. L'avenir 
etl'inQni se reconnaitront-ils dans l'Enéide? Qui, parmi 
les nations aujourd'hui muettes, chantera dans mille ans 
à l'unisson de l'Enéide, comme les enfants de la Grèce 
chantèrent pendant six siècles à l'unisson de Tlliadc? 

Sans doute Virgile avait fait assez pour sa gloire, assez 
même pour la gloire de sa nation ; grâce à lui Rome pou- 
vait, devant la muse, balancer la Grèce et sow VVv^4l^. 




— 148 — 

Mais rindividualité de Rome allait bientôt se perdre dault 

riiniversalité des nations; l'épopée du peuple-roi devn 

donc devenir aussi la leur. Que répondraient les év&flîl 

gélistes virgiliens à ces races déshéritées, quand olk 

viendraient demander leur part dans ce règne de la 

vidcncc, leur place à ce nouveau soleil; quand, di 

cette apocalypse des destinées romaines, elles chei 

raient leurs traditions, leurs destinées et leurs dieux? 

diraient-ils à la Grèce, attestant ses héros, ses poètes, 

législateurs et ses sages, opposant avec orgueil aux céstti 

son Alexandre? à Jérusalem la sainte, appelant à graodi 

cris son Moïse, et ses prophètes, et son Messie? à MempU| 

la vénérable, montrant son âge et sa science mystérieuai 

écrits en caractères sacrés sur des monuments six tdà 

vieux comme le Capitole? à Babylone la superbe, d( 

les astronomes calculaient le mouvement des astres mi 

ans avant que Tétoile de Vénus conduisît Énée sur 

Tibre? Que diraient-ils à la Gaule, vaincue par ses dif^ 

sensions intestines plus. que par Tépée de César, et qi^ 

n'avait abdiqué sa personnalité qu'à la condition d'eiK 

trer au banquet impérial? à l'Espagne, semi-afri( 

amie de Carthage et d'Annibal? à l'Italie, enfin, à 

Étruric sacerdotale, à cet héroïque Samnium, à 

ces cités disparues, dont les âmes pleurantes avai< 

droit au souvenir de l'humanité? 

Telle qu'elle est sortie des mains de son auteur, l* 
néide consacrait une épouvantable iniquité; au lieu d*l 
noncer la Justice, elle glorifiait l'idéal prétorien. Ce n'i 
pas pour rien que la conscience des peuples se souleva,! 
contre l'égoïsme de la vieille Rome, contre Torgueil 
césars, contre l'œuvre du plus grand des poètes, refaii 
à sa manière l'épopée humanitaire, produisit le chrii 
nisiiie. Deux mille vers répartis entre les douze chantiîl 
rÉnéido eussent rendu peut-être Tespérance et la 



— 149 — 

nité aux âmes, apaisé tous les amours-propres. Rome 
affirmant elle-même, par la bouche de son poète, de son 
béraut, le Droit et TIdée, associant les nations à sa for- 
lune, la protestation nazaréenne devenait impossible. La 
mort ne Va pas voulu. Aussi bien la civilisation, trou- 
blée dans sa marche et déjà en décadence, ne pouvait 
plus se reconstituer par des voies régulières. J\endons 
du moins cette justice à Virgile, d*avoir au dernier mo- 
ment protesté contre le crime de lèse-humanité dont 
son œuvre allait le rendre solidaire. Son sacrifice, en nous 
révélant sa grande âme, achève de nous révéler son génie 
et ajoute à sa gloire. 



CHAPITRE VI. 

De là littérature dans ses rapports avec le progrès 
et la décadence des nations. — Suite. 

XLIX 

Maintenant, un nouveau progrès dans la littérature 
ttt-il possible? 

Cette question revient à demander si Tesprit qui anime 
les sociétés peut engendrer un nouveau cycle littéraire, 
supérieur au cycle de Virgile comme celui-ci l'avait été 
au cycle d'Homère. 

Car, nous le savons, l'esprit humain ne peut ni se ré- 
péter ni rétrograder; il avance, ou il s'éteint. 

Or, le droit ne s'arrête pas, le droit, motif supérieur de 
tout idéal. La notion de Justice, qui a monté d'Homère à 
Virgile, n'a certes pas rétrogradé depuis Virgile jusqu'à 
nous. Quant à la gnose, en dépit des religionnaires dont 
bfaconde, plus que la foi, nous obsède, elle s'est trans- 
fonnée; die a nom aujourd'hui la Science. 



— 150 — 

Je rafArme donc sans hésiter» comme l'Enéide 
évincé l'Iliade, il était nécessaire qu*ane autre é| 
chassât le cycle virgilien; qn'à Tordre hiérardiii, _ 
sacerdotal inauguré par les césars, consacré par TÉgl) 
repris par Gharlemagne, soutenu par Charles-Quint 
Louis XIV, succédât un ordre de liberté, d'égalité, 
travail, de science et de paix. 

Cette nouvelle épopée, nous en connaissons le siqet^ 
l'objet : c'est la Révolution. 

Qu'est-ce que la Révolution? 

La fin de l'âge religieux, aristocratique, monarcbiil 
et bourgeois ; l'équation de l'homme et de Thumanité, 

C'est le règne de la vertu sans la grâce, la justificafl 
sans sacrements, la prépondérance définitive du droit 
l'idéal, la souveraineté du travail comme condition' 
sujet de l'art. . 

Expliquons, du point de vue purement littéraire»' 
grand mouvement. 



L'Église ayant supplanté l'empire, l'Évangile dn 
usurpant sur les âmes Tautorité qui. devait appai 
à la théosophie de Virgile, la littérature créée par PÉn^ 
dut se reformer d'abord sur la Bible, et recevoir, 
toutes ses parties, le baptême chrétien. 

Cependant, comme les langues ne chantent pas, 
que les poètes et les corneilles, pour toutes les eam 
fallait attendre, pour opérer cette transformation, 
du latin fussent sortis de nouveaux idiomes, qui, n*à 
avec lui de commun que les racines, eussent perdu 
solidarité avec le polythéisme. Les proses riméeà de: 
glise ne compteront jamais c^mme littérature. 

Telle est la raison historique des poèmes de fléi 
formation que Ton voit se prçduire du treuiAme i 



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à nMM'iir»* !•• | ;ti"' «'t !•< rr-;- -i ' . ijin ' i ■ ■ ■ 
■\t-5 lui f'fi! <nli \«' liiiil |. !.fii|i.f.' .11. I •! 
• l iMrî-«rl* l'ît l'it' n! i'i-.pi'i l'j «fif .i 
r »*•«. uti riir [•!• l'/irn*- •!•■ ! i • .' . ' . i»- 

miri'l»-. *\ I'.* • •" [*- 'M ■ ' '^ i- • 

f-i'-' 'T';.- «■-": •■•.•.:■.» ' 

" '■- •r . t • . • ■- f 



_ 152 — 

Iji oke, Bayle, est en train de tirer des prémisses posé 
par les prolestants le déisme, auquel Roussçau doniM 
plus tard la popularité; nous ne sommes qu'à vingt ai 
de la naissance de Voltaire : et Milton, Milton hérétiqn 
Milton républicain, Milton régicide, se met à chaut 
le Paradis perdUy la déchéance de Thumanité. Paiif 
aveugle!... 

Camoëns prend pour sujet de sa Lusiade la découver 
du cap de Bonne-Espérance. A la bonne heure! celui- 
Haire l'avenir; il comprend que les découvertes d^ 
Christophe-Colomb, d'un Yasco de Gama, d'unGuta 
berg, sont d'une tout autre importance que la sort 
d'Éden, le voyage aux Enfers, et la mission de Pion 
l'Ermite. Camoëns travaille pour la Révolution, il ft 
* vraiment de la matière épique; mais je ne crois pas qi 
j'ôte rien à sa gloire en disant que le Portugal n'est (N 
le genre humain, ni la géographie une profession de k 

Que dire d'un Klopstock, 1723-1803, d'un compatriol 
de Kant, qui naît et meurt avec Kant, et qui s'avise i 
remettre sur le métier le thème messianique, quao 
YÉdîication de V Humanité de Lessing, quand la tok 
rancc de Voltaire, quand l'initiative encyclopédique i 
Diderot, quand la Critique de la Raison pure^ de Kai 
quand la Révolution tout entière, enfin, ne laissent ph 
rien subsister du messianisme?... On peut juger en pi 
sant combien ridicule et anachronique était cette éool 
slave, représentée naguère par MM. Wronski, Towianal 
Mickievicz, et dont le mystère était de reprendre au pnl 
du tsar, de la Pologne si Ton veut, la donnée épique i 
messie juif, pour ne pas dire de l'empereur romain. 

Le moindre défaut de ces prétendues épopées esl i 
manquer de réalité, d'actualité, d'objet, partant de géflt 
car il n'y a pas de génie là où Tœuvre poétique se rédi 
/) une fantaisie individuelle, bonne peut-être pour 



— 15S — 

te loisir des lettrés, mais étranglât au mouxï^nu^nt «lo 
I*histoire et à toates les aspirations des peuples. 

ÂQ reste, TEurope ^tière a protesté depuis trois si^los 
contre ces réminiscences des antiques ô)x>|>ôos; m^ vrais 
poèmes sociaux, nos rcTélations révotutiouuain^, st^nl 
fantagruel^ Roland Furieux^ Don Quichottfy iW Bias, 
Candide^ et, toute licence à part, la PuceUe. 

Ainsi, malgré les grandes qualités des |XH''tes que je 
viens de citer, une épopée chrétienne, après Virgile, no 
pouvant être qu'un travestissement, moins que cela, un 
anachronisme, une littérature chrétienne no |H>uvait ^tro 
aussi, par la nature des choses, qu'un rhabillage. Per- 
sonne, ni pendant tout le moyen Age, ni apr^s la Renais- 
sance, ni au 17' siècle, n*a cru à son originalité, et cVst ce 
qui fit la fortune de Châteaubriant. Ijo Génie du Chriatia" 
nisme eut tout Téclat d'un paradoxe, presque aussitôt ou- 
blié que mis au jour. Après la littérature des anciens, il n*y 
apas d'autre littérature que la littérature révolutionnaire. 

Ll 

Je ne sais qui a dit que le Français n'avait pas la tôte 
épique : c'est à propos de Dante, Tasse, Milton, KIophtock, 
ipe cela a été dit. M. de Lamartine, dont Ich jiigenienlH 
littéraires sont de la même force que les jugernentH (toli- 
tiqiies,a cru devoir répéter cette énormité dans son Coun 
fmmlier de lUtérature. 

Oh! certes, le bon sens gaulois n'aurait eu garde de m 
fainer une épopée comme la Divine Comédie^ la Jéru" 
tikm délivrée, le Paradis perdu ou la Meniade ; i-X (yn 
fie fcitîiiie surtout en Voltaire, c'ent Texc^hive mé'lio* 
éde sa Heoriade. Jedculeiaîsde lui fei, dani» oi (;<;iiie 
ÛD|valicable, il avait égalé s^^ulement l>ant/; ou 
TaiiKL Lt foême de Voltaire hH i^untti en un uM : 
fJmfime: 

M 9. 



— 154 — 

Mais je n'en soutiens pas moins, contre l'opinion acoéi 
allée, que le Français seul, parmi les peuples modemel 
a la iMc véritablement épique, et je le prouve : c'est qd 
lui seul, et par deux fois, depuis la chute du monde m 
main, a conçu et produit l'épopée. J 

11 y a, dans Thistoire de notre littérature, deux moi 
monts é|)iquos et qui tous deux ont été saisis avec paii 
sanco. Le premier embrasse toute la période des troubfr 
dours, dont le plus illustre, Tauteur du poème de Roland, 
soutient la comparaison avec Homère. Ici, du moins, nom 
trouvons une poésie franchement nationale, populaira^ 
réaliste, expression naïve et grandiose d'une époque, M 
SCS sentiments et de ses idées. Quand les ténèbres chrfci 
tiennes pesaient sur le monde, la France, par son granl 
cœur autant que par la spontanéité de son génie, qdi 
ne savait rien des Latins ni des Grecs, la France féodaH 
se mit à recommencer la civilisation en refaisant à d| 
manière, savcz-vous quoi? Tlliade. Adorable ignorance^ 
dont nous sommes glorieusement revenus. Une Iliadi 
a[)pelait une l'inéide, avec tous ses accessoires politiqueiî 
philosophiques, religieux et sociaux; c'était recommencfll 
la civilisation : Tlliade française était sans objet. L'espcil 
humain ne se répète pas : la poésie des nations n'avti| 
point à refaire Homère, pas plus qu'à contrefaire VirgilaJ 
elle devait, en les surpassant, les continuer. 'i 

Le second moment é[)ique de notre littérature est l(j 
Révohition, dont j'ai dit déjà que les premiers rapsode^ 
sont Rabelais, Cervantes, Arioste, Lesage et Voltaire, soi^' 
tout Voltaire. CVst la thèse que nous développerons toril 
à riieure. 

Concluons d'abord contre les calomniateurs du g&jl 
français, et que ce soit vérité acquise : 1^ que toute littlj 
rature sérieuse, nationale, expression d'une société» til 
hase épique dans cette société : c'est ce que démontre V 



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— 166 — 

Ainsi se trouve justifié le sentiment d'Aristote, que le 
drame est le premier des genres en littérature. Le poème 
épique est une forme de jeunesse, tout au plus de réno» 
vation politique et religieuse, mais qui ne convient plus 
à ràgc viril et juridique de Thumanité. Dirons-nous, avec 
d'iiioptes critiques, que Timagination a faibli, parce que 
riiistoire, le droit, la raison, la science, le travail, l'idée, 
en un mot, déborde? Eh! regardez-y de près, et vous 
verrez, chose merveilleuse! que ce qui rend le travail 
du poote impuissant et inutile, c'est que Tidéal existe 
tout formé dans les choses mêmes, et que, dans ce cycle 
fortuné, il n'est besoin pour les dire que de la vile prose. 

Ici la France a devancé toutes ses rivales. 

Avec un instinct merveilleux, elle juge la langue de 
ses vieux troubadours insuffisante; elle l'oublie. Cette 
langue, exhumée récemment par une philologie savantei 
d*une parfaite régularité de formes, mais plate et niaise 
en si>n allure, comme sont généralement les patois, était 
il roCoiidrc : monument de la naïveté gauloise, elle ne 
pouvait, telle quelle, lutter contre les langues classiqueSt 
('l porter dignement la pensée de la Révolution. 

Je ne sache point qu'aucune nation s'y soit prise à deux 
fois pour produire sa langue : nous, comme saisis d'une 
autre idée, après avoir, les premiers parmi les races chré- 
tiennes, créé la nôtre, nous avons mis trois siècles à la 
refaire. Et notez ceci : c'est surtout au moment où la 
réiormation religieuse entraîne l'Europe que nous nous 
livrons ù cette œuvre de grammaire et de bel esprit. De 
François V à Richelieu, 1515-1622, ou, si vous aimei 
mieux, de Rabelais à Malherbe, tout, en France, semble 
conduit par le diable: politique, guerre, religion, finances, 
commerce, agriculture, navigation ; il n'y a que la lillé- 
1 ature qui prospère. Lisez les trois volumes de Michelett 
la Picnaissauce, la Réforme, la Ligtie, suite de folies, de 



— 167 — 

trahisons, de lâchetés» de massacres, où l*on ne sait qui 
est descendu le plus bas, de la royauté ou de TÉglise, 
de la noblesse ou du tiers-état, et vous saurei ce que 
nous coûte la plus belle des proses. Nous sommes en 
plein Louis XIV, et la grande affaire est encore de parler 
Yaugelas! 

Le français est la forme la plus parfaite qu*ait revêtue 
le verbe humain. 

Une articulation nette, ferme, posée^ débarrassée des 
aspirations, des sons gutturaux, des sifflements, de tous 
ces jeux de larynx dont se compose le chœur de Tani- 
malité bêlante, mugissante, grognante, soufflante, hur- 
lante, miaulante et croassante; une prononciation, enfln, 
comme les anciens^ la rêvaient pour les dieux, qui par- 
laient sans grimace, ore roiundo : voilà ce qui distingue 
Botre langue parlée. 

Quant  la grammairo, une correction sévère, la lim« 
pidité du diamant; une phrase qui, sans exclure Vinver^' 
titm^ va de préférence du sujet à Tobjet, du moi au non* 
moi, image vivante de la souveraineté de Tesprit sur la 
nature, par suite, de l'indépendance de l'homme vis-à-vis 
de l'homme. On nous a reproché, comme une infirmité 
de langage, celte direction habituelle du discours, propre 
à notre nation; il suffit d'en rappeler la raison métaphy- 
sique et la tendance révolutionnaire pour mettre l'incul- 
pation à néant. Toute la philosophie allemande, sur ce 
point, nous justifie. 

Personne, j'imagine, ne contestera que nos prosateurs 
soient sans rivaux. Mais on n'accorde pas le même avan- 
tage à nos poôtes ; et comme il y a toujours en France, 
en toute chose, un parti de Tétranger qui souvent fait 
loi et r^ente l'opinion, plus d'un lecteur me saura gré 
peut-être de dire, avant de passer outre, pourquoi jo 
préfère le vers français au vers latin et au vers grec. 




un 

On ne peut juger de la hemté du ilotes, si l'on tie 
eonnatt la ratton dee ekOMet. Od-a vn ce que l'applica- 
tion de ce principe ajoute de fmmdenFet de beauté k 
rÉoéide ; on va voir quelle supériorité elle nssure an vers 
Trançais sur le yen latJn et levers grec. 

Le vers latin, je parle snrioat du grand vers, iijenliqae 
âu vers grec, est de sa nature, et nonolmant l'enjambe- 
ment, solitaire; le*TerB français, grftce à la rime, va par 
couple. Je n'ai pas besoin d'en aaroir davantaf^e pour 
affirma, à pMort, l'excellence de cette dernière combi- 
naison. 

En logique, tonte preposilion isol^ semble boiteuse, 
elle laisse l'esprit ai saspens', pour mieux dire, elle ne 
signifie rien. Il faut an commencement An série, deni 
termes au moinsi deux idées, couplées, balancées, une 
dualité, ane polarité. Là est la condition positive, r^lle, 
pratique, plastique, de toute création, la physique pour- 
rait dire, de toute force et de tout mouvement. La mo- 
nade, l'atome, n'est qu'un concept, un absolu , une non- 
phénoménalilé, rien. 

La poésie hébraïque avait entEeva cette loi, qu'elle 
suivait dans son parallélisme, souvent puéril oii enché- 
ville, mais qui parfois produit des effets puissants. 

Là est aussi le secret de la poésie française, ce qui fait 
sa magnificence et sa force : des couples redoublés , dein 
hémistiches ^aux pour le vers, deux vers couplés par la 
rime pour le distique, puis encore deux couples de seie 
différent, pour former le quatrain. 

Cette philosophie du vers français semble inconnue i 
nos poètes contemporains, qui lui reprocliont. sjl mon^ 
tonie et se donnent un mal énormepour appauvrir la rin 
rompre les hémistiches, faire enjamber les vers, 



— 150 — 

muler, en lisant, font ce qai fait l*essence de la TersiA- 
cation. A quoi bon rimer alors?... 11 faut avouer que, si 
les méchants vers sont en tout pays pires que la prose, 
la langue française, sous ce rapport, est incomparable. 
Mais j*y vois aussi la preuve de la supériorité de notre 
versification sur celle des anciens; bien entendu que je 
n'exclus pas du bénéfice de la comparaison les langues 
modernes qui suivent à peu près la même métrique que 
le français. 
Prenons le début d'Âthalie. 

Oui, je viens dans son temple adorer l'Étemel. 

La pensée finit avec le vers, dont le calme et la sono- 
rité sont en rapport parfait avec Tidée qu'ils expriment, 
Tadoration dans le temple. Cependant, quelque complet 
pour le sens, quelque irréprochable dans la forme que 
soit ce premier vers, si Taeteur devait s'arrêter là, le 
spectateur serait tenté de lui-dire : Eh bien ! adore, si tu 
n'as rien de plus à m'appr^ndre, et tais-toi!... Mais le 
poète continue : 

Je viens, selon Tusage antique et solennel, 
Célébrer avec vous la fameuse journée 
Où SOT le mont Sina la loi nous fut donnée. 

Tout le génie de la langue et de la littérature française 
est dans ces vers. 

Je sais que le beau ne se raisonne guore; je n'oublie 
p^s ce que j'ai dit moi-même, que, l'art étant la faculté 
?ne possède l'esprit d'exécuter des variations libres sur 
le thème fixe de la nature, il est impossible de trouver 
nne mesure de comparaison du beau dans les arts. Peut- 
Are aussi que pour sentir la beauté des vers de Racine 
^1 est indispensable d'avoir l'oreille française, ce qui re- 
tient à dire que, pour tout être doué»du sentiment poé- 
tique, la plus belle; poésie est celle de son pays et de sa 



laDgue.AasaiiHniflODné-jepointdecequi,(lanB les vers» 
ne peut être que senti, maii de ce qui est intelligible. 

Dans ceux que je viens de citer, le sujet est posé le 
premier, confonnéroent an génie français : ye uj'phs. Puis, 
le sujet, c'e8t-4-dire Tous-même, lecteur ou specla- 
• taur, posé mAme avant l'Éternel, le poète, en quutre 
vers, deux couples, voua tnuuporle, le jour de la Peale- 
cAte ou de la promu^ialion de la loi, du pa-vé du temple 
au sommet du Sinal. Les ven monlenl comme la pensée; 
il semble voir, sur la pente du mont sacré, dénier d'un 
pas mesuré la [roceaùon, nuîutcnanl défendue par une 
reine infidèle. 

Que lea 1«inp(iontdwng4iI Sliùtque dv ceiour 
La trompette uarria uuMDQHt le relour, 
Du temple, onti pvtMit de ttstons inagnldqtieE. 
Le peuple ulnt en foule inondait les porfiquee. 

Je ne dis rien de l*hannoDie des vers, de leur majesté, 
du cboix des expressions, des soiiveuirs tristes cl prodi- 
gieux que le poète réveilla : Sur loul cela la rhétorique 
n'a rien laissé & dire. 

Hais essayes de rendre en hexamètres latins ces huit 
vers de Racine, el vous voua apercevrez bientôt d'une 
chose; c'est que, plus votre traducUon sera fidèle à l'ori- 
ginal, plus la métrique paraîtra en discordance avec les 
idées. Le vers Ulin, déroulant ses dactyles et ses spon- 
dées comme le serpent ses anneaux, semble une caco- 
phonie; le vers français marclie comme l'homme. (' 
le propre de l'esprit humain, de quelque idiome qu^ 
serve, de donner, autant qu'il dépend de lui, sa [ 
comme la mesure de sa pensée. Or, le vers fri. 
par couples, le dualisme de la pensée . j « 
régulièrement qu'en aucun autre : Dan», tu 
Adorer; Antique — Solennel ( l'aDoiveniiitf. 
Sitta — La loi. Tous lu vers de GorqeiUè|. 



le cacih 

M 



— 161 — 

le Bo<l«au. sont cnntlrailt '('après M p 
■iteMi (lin* i|iM- le tiltif! i]'uii I 
t on pCM'lc, iciiil tl'aiiUnl )<l(ii à l'affiiblir qu'il 
dmrmaUge ilu Ijipe. 

■ duatoo cl U ptiéûe lé^ii«, la rima rtclo*- 
^U vers de «ii. srpt et litiil ijllâbM, prodoil • 
OU aïKiiae comliio^iwn (imtddiqiie a'apfvoeha. 
lOUjoun In qualité» fiintlaiiteiiUlM de I'Imi»- 
1^ avec an surcratt év pinviance te) qna faiea 
et c'f«t l'éctieil de* cctlc )>uéue, U m ii yw et 
jOBduiunt l'csprii, le pm'io oublia de rendra ea 
g oc U rend qu'A {«a |iri:s, ï«bi que l'aadîlav 
içoive. 

iaet uoe chansno Ae Bi'nngor dana la Bétriqw 
e, de Vîrgik, d'Ilonre. et ro rapfMrt de la «^ 
e U rime ft Viàtie, «iirtout daot le refrain, i'iva- 
oernii (ni%i« dii^ que c'»t à celle qnatiU de 
ipu,. .1 ,1,. ii,,ir.' wi-.ifi'-ntiim qoe no(» deroM 
peuple le plus chansonnier du monde, bien que 
soyons que de médiocres chanteurs. La chanwn 
lit exister qu'en français. 1^ phraie françaifc', 
que, carrée, adéquate à l'idée pure, toujoura 
dans l'esprit ; et le vers lalin mi (;rr>c, n^ùc hm 
de brèves et de lon|;ues, ks ct^uret de niotai 
nbemenL^, sa mélopée linaU-. sont deut c 
rréientes l'une de l'autre i|uo notre civi 
aticienne et savante diRére di 
anciens. Le même génie qui n Tuit ion 
s ralt.'(.'hre, In }:ik)métrie iinalytiqiie, | 
iel, la théorie de la lumiiTi'; qtii a 
luvre de Mozart, <lo Webi^r, 
e l'esprit juridique de l,i Iti'tiihil 
e de Racine et de <k)rneille. 




— 162 — 



LIV 



C'est ainsi que la France, d'abord par la spontanéité 
de son génie, puis par la grammaire, la dialectique, la 
philologie comparée, a deux fois créé sa langue et s'est 
préparée pour le grand poème. 

Voyez ses écrivains : ils le pressentent, ils en ont l'i- 
vresse. 

D'abord, ils ne sont plus chrétiens. Chose inouïe de- 
puis que rhomme a conquis l'usage de la parole, c'est le 
pocte qui aujourd'hui renie sa religion. Ils chantent les 
dieux de la fable, le vin, Tamour, la gloire et toute la 
nature : le christianisme ne va pas à leur muse. Ils s'en- 
nuient de Dante et de Tasse , ils s'ennuieront de Milton. 
Les psaumes de Marot, bons pour le prêche, ne seront pas 
lus dans les cercles. Corneille, vieux, traduit Y/mitatUm 
en mendiant son pain; Athalie^ Esther^ les deux belles 
Juives, suspectes de dévotion, sont un moment mécon- 
nues ; les poèmes de la Religion et de la Grâce ne sorti- 
ront pas de la poussière des petits séminaires. Fénelon 
n'écrit que de l'abondance d'Homère : son Télémaque, 
qu'on prendrait pour une traduction, est le plus beau 
monument de la prose française, et tout noble que soit 
l'auteur par sa naissance, tout prêtre que l'ait fait sa 
religion, il se soucie aussi peu de la féodalité que du 
gothique, lîossuct met la dernière main à l'édifice catho- 
lique et prononce l'oraison funèbre de l'Église; comme 
Pascal, il nous initie à la polémique et à l'histoire^ 
en exterminant les prétendus réformés. Béni sois-tu» 
évoque intrépide! Ta philosophie, prise à Descartes, un 
profane cependant, ne vaut rien : elle a fini en Spinoza. 
Ton système providentiel est coulé bas , ton exégèse fait 
sourire les linguistes; il est seulement dommage qu'au 
Jion de coucher en latin ta dissertation sur le pape, tu 



— IÔ3 - 

ne l'aî^* pas miw» on franrai^. Tn nous a* fail voir l'ah- 
çnHité des /'plicp^ sri?i*iionniir^s : M>i* tr.inqnint\ nnnii 
appltqiif^ron^ à ri-*;:li«r inrro |.i r.it.i|iiilU'. Tu m- [wHivais 
Fouflrir iriHTrliqnrs: n«»ii'i ni' «iiuffrimns pi»» mt'nir «l'or- 
ihridoxp^... Mais tnii pr.'Uiit ot\lr, tini^tnn iiiimiIi' inrnrn- 
paraMf', nous n-slf, rrimni»- 1»»» fMiiiîr-.n^rl li'siii:iirir«*stlr 
GutenUT?; mais ton ('liri«li:iiii*>iiir « ^t Ir r1ii'r-«r«ru\rr(le 
hsnnboliqno Inimaint*: tu sul»^i*>tf^.tM ^1*^. tandis qur|p!i 
Qiâteauliriant, los<)o Mni^^lrr. h'< A*" pHnnlil, n'unt ili* va- 
leurquc par la Révolution, ipril < «^iu^'t-nt i-n la rontn '«lisant. 
Un aiiln* Irait «In la pli>«inn«>niif' <!•■< rrri\;tiii«i fran- 
çais pst W-nr nnivrrfali*>nii'. naii<; l'iilinnit* savant rprifs 
ffpent, rommr «lan*: \r< suji't<i qu'iU ii tifi iit, iU ali-or- 
benl, s'assimilent, latine, fm-r^, orientaux, italii'n<i>n«iuilc 
et espagnols, tout ce qno I»'S laii::ui'S ri\ili«''i»s ofTront 
de plus br»au on fait ilr tnurs, «Ir li;;urr«i, «]«• |ion<ii'*i*«, i!r» 
rnn«tructi*»n«i. l/i'st la Irurralliojiril/* à iiix. Où xmit-iNT 
TK'lli^ p«'n*»«''* • *t la !• iitT «jii" II'' • *t 1 r\\f fii-jiin mi i t^xu* 
'* Tiïii^'u'U .\.. (.'' îi «-l l'a- II!. M ijn'iM II-" r \ii>l tiN. t iii- 

fî' t l*^- liM» ^ • M ifi-'M " à l!' !.*■ !■■!' 1 MT \ i!» "II . f »'jh ii|s- 

v'ifit II •;!•• 1 :• '■ '-î *' '!••' ! ■: :■ • \ ■ ! ■!■ ''i •'« li'-r -, i nmiiit* 
':■!•■ i. rîi'iri» '.lii • ' u iii; :-i' ' :■ -ri «î- 1 i hm'iIk iln l'I« »!»••, 
i i'*a\.iil !■!'-. I '"^îir «■•n •!.!■! -««n « .ij-if.i!i-Tiio, qu'A 
:l'"lir .ji:î..-.: .!■• lui \"'\\*- | • ri-«' « i t-'iit»- liiuni'. 

l.'i-i'.rt lî'- l'tii-'- <î'i 1*' -i."!.- put -«■ ili'-finir une 
■:•;:. 'î'î-i'.ri .!•?.- r"i:i •■ t' ir.« li-- •!»! L'-rii»- il<'s ancieill . 
[•':il'-. Ai'.-i I r'-r.t 1- - !■ tt'- ■ ilu I« rît|-^ «rAiii'ir'ilo; aini^ 
'î^ :i"i:t [ lit -l'ip i! i\ tn'. « ' ■!•■ "!' ' '•' «Il "^i'' 1'', l*"* Cru 

i''iii!.i à • 1: ijM. <! •'.ji; !■ "!! lii-t-'iit" pMur mali^ 

'* ^''l- :! • î:t -:•■ !«ii: i- [!>•■■ I« y.'- !ij»f- »l»< «''|hm|U0!| 1 

'î''i!'-: 1.' -I l'!'-f.* :'■-:: : ii ''îl i!-'^ tmipstou 

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■.■ji\.iit 'tr-- t'Hjj'iiii-i. :"i [■■ :r;i- .1.- imllili'-. lit» lonr ^ 
'^ 'î*f l»ur tf-mj-i.' loin «1»» IJ, *•]]*-< n*^ le pnim 



— 164 — 

qu*à cette condition. L'esprit s^alimente de lui-même» 
et de quoi grandirait-il, sinon de. ses propres pensées? 

Corneille nous donne les Romains et les Espagnols: 
ses pièces ne me paraissent plus représenlables, tant le 
mauvais goût de son siècle, les sentiments faux et outrés, 
le style baroque y abondent. Mais Corneille est Fauteur 
de quelques centaines de vers les plus prodigieux qu*ait 
entendus le monde poétique, et qui seul suffiraient à dé- 
montrer la réalité du progrès dans Texpression du beau 
par la littérature et l'art. Or, à quoi Corneille est-il rede- 
*vable de ces vers? Tout à la fois à la condensation dans sa 
pensée de Tesprit antérieur, et à la qualité particulière 
de sa langue. C'est à cette métrique, qu*on essaie en 
vain de déshonorer depuis qu'on en a perdu le secret, 
que Corneille a dû ces vers sublimes, taillés d'équerredans 
un granit qui durera plus que les marbres du Parthénon 
et les pyramides de Thèbes. 

Racine, avec moins de vigueur peut-être, mais avec 
plus de perfection que Corneille, fait passer dans notre 
littérature l'âme de Virgile, de Tacite, de Sophocle, d'Eu< 
ripide, de la Bible, tout ce qu'ont de meilleur les Latins, 
les Grecs, les Hébreux. Comme Virgile, il excelle à tirei 
l'idéal de situations horribles, devant lesquelles les an« 
ciens échouaient. Châteaubriant attribue au génie chré- 
tien la supériorité de la Phèdre de Racine sur^ celle 
d^Euripide. Faux jugement : Racine eût fait preuve 
d'un médiocre talent, s'il n'avait fait que reproduire un 
idéal plus parfait. Ce qui fait son triomphe, c'est que 
dans nos mœurs, telles quelles, la pensée de l'inceste 
entre une belle-mère délaissée, qui un moment se croit 
veuve, et son beau-fils, pensée qui plane sur toute la 
pièce, est odieuse, tandis qu'elle ne l'était pas dans les 
mœurs anciennes : témoin l'histoire d'Absalon, qui, d'«* 
près le conseil d'Achitophel, jouit des femmes de son 



— 165 — 

père aux applaudissements de tout Israël; témoin œtte 
autre histoire d'Adonias, frère aîné de Salomon, qui, 
aspirant à la couronne, demanda pour femme la jeune 
Sulamilc qu'était censé avoir possédée son père, et fut 
mis à mort, non pour sa [»eusée incestueuse, mais pour 
sa maladroite ambition. 

Molière, dont Toriginalité est si vantée, ne fait pas 
autre chose que Racine et G)rneiile. Nourri de la sub- 
stance des anciens, qu*on peut se dispenser de connaître 
qnand on l'a lu, il les recrée dans sa langue, et le même 
hexamètre qui avait servi à Corneille pour le sublime 
deyient entre ses mains un instrument qui , par le co- 
mique, semble reculer les bornes du sens commun. 

Celui que j'admire entre tous, non \x>ut sa puissance 
poétique, mais pour l'intégrité de sa raison, est Boileau. 
Quand je songe à l'état de platitude et d*aflectation 
où était tombé, par la prostration catliolique, le génie 
français au commencement du 17* siècle; quand je vois 
cette obstination de mauvais goût et de pédantisme qui 
distinguait un Scudéri, un Cotin, un Scarron, un Clia|)e- 
lain et tant d'autres qu'accueillaient avec délices e/ ia cour 
^ia ville ^ j'avoue que je suis tenté de donner la palme 
aa ferme esprit qui seul fit face au torrent, et à qui l'on 
ne peut reprocher la plus petite transaction. 

Boileau certes n'est pas lyrique, et je lui sais presque 
iQtant de gré de son ode sur la prise de Namur qu'à 
Voltaire de sa Henriade. Le lyrisme, grâce au ciel, n*est 
pis de notre littérature ; comme la poésie épique, il 
appartient aux époques religieuses; il tombe lom 
s'ouvre l'âge révolutionnaire. Je l'ai dit, nous son 
chansonniers, rien de plus. I.a Révolution a prodn 
Maneillaise^ et trente ou quarante chansons de B 
nlBraient, par les principes déjà invoque 
la préémiiieiice sur Horace, Pindare e 



— 166 — 

le Lutrin, ressuscite l'ironie gauloise, bien supérieure au 
sel attique, nécessaire pour contre-peser les bouffissures 
de Corneille et les tendresses de Racine, mais que désho- 
norait le burlesque. 

On a regretté sa satire sur les Femmes : j'en voudrais, 
pour noire temps, une seconde et meilleure édition. 
Est-ce donc le sexe qui est en cause, et non pas cet éro- 
tisnic dégoûtant qui perd la jeunesse et la famille, au- 
jourd'hui comme au siècle de Louis XIV? Boileau estril 
misanthrope, parce que dans une autre de ses satires il 
semble faire le procès à Thumanitélf 11 n'est pas plus 
haïsseur des femmes parce qu'il flagelle, sous une hyper- 
bole de convention , leur mauvaise éducation et leurs : 
mauvaises mœurs. ,< 

J'aime tout Boileau, même la satire sur YÉquitoqji»^ k 
dont je voudrais, pour l'instruction des contemporains^ \ 

donner un commentaire. 1^ 

'f 

Au reste, M. de Lamartine, après avoir instruit le 4 
procès et dit tout le mal possible de Boileau, a fini par -1 
conclure que c'était la conscience la plus probe, l'esprit \ 
le plus indépendant, l'âme la plus démocratique do j 
11^ siècle, et que, quand il s'en mêlait, il faisait lesven 
comme Racine et Corneille. Puisse la postérité se mon- 
trer envers l'auteur des Méditations^ des Harmonies^ de 
JocelyUy aussi favorable! 



LV 

Je ne puis me détacher de cette merveilleuse histoifs. 



? 



S9 

J'ai dit la physionomie générale des combattants, et j., 
décrit leur armure : quel()ues mots sur les opérationSi 
De Gargantua au Mariage de Figaro^ 1533-1785, h 
campagne est conduite avec un ensemble, une persM* 
rance, qui feraient croire à de la préméditation, si nM 
ne savions que rien ne ressemble plus à la préméditatiei 



M U kigiquc iks ttàU. La . 
pn%. A Ifttv As tUciffer U fa 
■al rkUoftadlr, <!« nqlkM Îb I 
BDÏenl fiitt, et des mjilînBnti 
■locl ils K ganknl <U 

du fuMC Ml r>tail 
lumtDvut d)t l'Iluniann 



V et dunt 03 dloctiu U pn 




int-il< l>^ Imt lie Imn Innu* VUé* 
m ImiikUc |M«obt leur ffmwxt Non, «1 c'aM fww flA 
■H um de criûi|ue> ool |irU U blUfmUm CraoçiJM 
kpr «ni tUténtm d'ainalviin. 

mIm HciMH, Bonèra, VlrcUe, atiienl Inir BulUrt 
jba£c daoi la lobélè «onletoïKinuiw «I U imliliMk 
IpiteinMC Imictii. an coainif*. oBl |<o«ir minèno 4* 

pSadde. daat aei mnai, M guerm. tea iiMilaiwtM «t 

tiUn de b Grèce de» Hindiàes, de la Hunu- {lalncfinne ; 
(1, je i'ai dii, la muse vf>ir]uf ae m ri-\-U: |at. >ili<> «In^ 
lelL^ûe, U rraoR; Ju moven jnn '-M (rfinr W l^ltrM 
n anti-chrût. (lurkibajite '-U <l«^<:nu riivltCft<>{(K)iM<, 
«n'en coasatt f» b^ok La Un^'i*.. \^ rr'>H*W Mftf 
nUices. ensei^in 4uk k r«MM)tim<>nt iW f^\nf** m 
' lies peopte; b ratfr» •> <«.*. i.-vt, l-^nr." ■'. »f • .^ Iw. 

iwat, tout Orit 44C 3U!Krï-w:. 'n 1^ ■ >;ji 1- .o.iUnvnt 

pu ks eathoiruet. vuiu n.i ■^.min'in^ v.or.ir-.'nc« 

lntirg«.«i« a ii itl>:;llir,* li-.OIli„jr' tl.«rj-'.^M lo'Vcr 

4»iis IbeH* Dx.^Jîii'.pu- n;„nt,n.-,ii( t,,,. , „*,(,«, 
i'enTieiiftS i'-.(£.'*aL iiiL-, i'iir,.r-r " >u^; . ■,-.,,i.,.,., . 

^'>>ee ia 3ui.j:i^ i« ■.'■iiii.r r . . < 

lî' S*«fc- mr.-Jtt 1^ . t,;,!,!*-', if, -ni ',..■.'.. 

tboquBtl '. f>uii£ f-mmvL vwnt > rf^^-i'o » .^^ «n 



I 



— 168 — 

en ont essayé est miracle. Ce qui les arrête, et qu'on ne 
veut pas voir, est la dépression des esprits, le retard du 
siècle ; c*est que la réalité nationale , le sujet épique 
duquel doit rayonner toute œuvre de poésie, n'existe 
pas. 

Nature, humanité, patrie. Justice, raison, tout s'était 
at^aissé sous Tétreinte du catholicisme. Avant de cher- 
cher leurs rimes, les poètes avaient à relever le monde. 

Pendant trois siècles, la Révolution fut leur rêve. 
D'abord, avec un sens parfait et une raison supérieure, 
ils détournent la France du protestantisme. 

La littérature moderne a fait ses preuves en matière 
de tolérance : il suffit de rappeler Voltaire et les auteurs 
de la Ménippée. Mais, après qu'on a gémi sur les persé- 
cutions et les massacres, il faut avouer que le. protestan- 
tisme avait au moins le tort de fausser la marche de Tes- : 
prit humain, et revenir, sur le compte de la Réforme, i ; 
l'opinion des lettrés, exprimée par Henri IV : Paris (Il 
Révolution) vavt mievx qu'une messe. 

Sous Richelieu, Mazarin et Louis XIV, les lettrés se 
rangent du côté de la couronne contre la féodalité. Aux 
funérailles de celle-ci ils ont tenu les coins du poêle; 
grâce à eux surtout, la royauté française s'est reconnue. 
Quoi qu'ait écrit Saint-Simon, avocat d'un ordre de choaei 
évanoui; quoi que ressasse à sa suite une démocratie 
absurde, notre jugement sur Louis XIV doit être celui de 
Voltaire. Avant lui, il n*y avait pas eu véritablement de 
roi de France : c'était toujours un chef féodal. Il fallait 
un homme qui, faisant tout plier sous le niveau d'une loi 
commune, ralliât la nation et grandit la royauté en si 
personne de tout rabaissement de la noblesse. Pour es i 
rôle d'orgueil, qui enchanta nos pères et servit de tran* , 
sition à d'autres fins, Louis XIV fut sans pareil. lA 
religion, les traditions, les idées chevaleresques, eosseat 



— 169 — 

pu le faire mollir; L'applaudisscihent des lettres lui fit 
m cœur d*acier. Quand il prit M™' de Maintenon, rhomme 
ne pouvait plus s*amendcr : dans la voie où il avait fait 
entrer le despotisme, les ordres supérieurs anéantis, il 
n'y avait 4*issue que la Révolution. 

Mais, tout dévoués qu'ils se montrent à la monarchie 
et au prince, les lettrés forment une société indépen- 
dante et égalitaire; placés sous la protection des muses, 
ils se constituent en république, et ni Richelieu, ni 
Louis XIV, ni Napoléon, n'oseront le leur imputer à 
crime. République des lettres ou liberté de penser^ 
c*est tout un, qu'en dites-vous? Les lettrés aussi ont 
leur spirituel; mais,' plus forts que TÉglise, ils conver- 
tiront le monde à la démocratie, qui déborde dans leurs 
KYres, 

Il y eut un moment de péril. 

L'éclat qu'avaient fait rejaillir sur la religion les sciences 
et les lettres devait produire une recrudescence de piété, 
et faire lever un vent dlntolérance. 

Je regarde, quant à moi, la révocation de l'édit de 
Nantes comme un fait d'histoire aussi nécessaire, les cir- 
constances données, que l'avait été cent soixante-huit 
ans auparavant la protestation de Luther. C'est la France 
tout entière qui, après les brillants travaux de controverse 
et d'exégèse de son clergé, se laisse aller à l'idée de réta- 
blir l'unité dans la religion comme on l'avait établie dans 
l'État, idée tout à fait de notre pays, et que je m'étonne 
<Ie voir poursuivie de tant d'injures par la démocratie 
jacobinique. Le catholicisme était si grand, si beau, 
dans les écrits des nouveaux Pères!... Comme toujours 
la royauté fut l'organe de la nation : il est absurde de 
rapporter un pareil acte à des commérages de dévotes. 
La révocation de Tédit de Nantes n'est pas plus l'œuvre 
de M»* de Maintenon que l'expulsion des Jésuites ue ^eca 



— 170 — 

plus tard celle de M*** de PompedooTé Elle est le 
de notre génie centralisateur, un instant fourvoyé 
ferveur religieuse. 

En ce moment les lettrés dorrat garder le silènes: 
n'y aurait pas eu sécurité pour eux à laisser iébt 
un mot de bl&me ; la nation se £bt levée pour la 
tique royale. Heureusement» la mAme cause qui a^ 
allumé rincendie l'éteigniu 

On avait fait appel à Tunité : le seànon de Bossuet 
r Unité de VÉglm est de 1681. CMte unité, Louis 
comme chef de l'état gallican» faillit un-moment4a 
promettre i propos de la régale, en se brouillant avi 
pape, 1682» Hais le nuage se dissipe vite : Louis 4 
poursuit le plan d'unité, d'abord contre les protestsd 
par la révocation de l'édit de Nantes, 1685 ; puis ceil 
les quiétistes, par la condamnation de Féndcm, 16I| 
enfin contre les jansénistes, auxquels il impose labulle Uà 
genitus après s'être réconcilié avec le saint-siége, 1711 
On n'est pas plus unitaire, disons plus Français, qê 
Louis XIV: ^ 

Ce monseigneur do Uon-là 
Fut parent de Caligola. 

11 n'en fallait pas tant pour calmer la fièvre d' 
Bientôt la littérature , qui n'avait fait que sourire, 
parler : en 1721 parurent les Lettres persanes; en }! 
les Lettres philosophiques. Au cimetière de SaintrM^ 
flnit.sous les huées l'école rigoriste de Port-Royal; 
apprit au monde la suppression des Jésuites. Sous 
tien combinée de la philosophie et des lettres» les 
colonnes de la chrétienté gisaient i terre. 

À cette époque, un vent nouveau souffle sur la 
rature. 

Dominée jusqu'alors par le subjectitiane de 1* 
qui fait le fond de notre caractèi^ et de notre U 






— 171 — 

qui seul peot iaire tnomfter li nJdOD do fpvTriMilîme 
moral et spéealatif , et qvi «nstitae FesscDoe de h 

Révolatkm, la Miténtare inDçaise «^emLlAÎt f rirée de oe 

sentiment de la nature et de rbusiaiiité qoi tkast pins de 

rémotioo oigaDÎqoe que de la iaslio&. i.-i. RoDs^eau et 

Bernardin de Saint-Pierre 5^ duir^^rËOt de cfjmlAer cette 

prétendae lacone. Mais dé)à ron {<jt roir ooirlÂen ce 

sentiment affecté de la nature traînait de oorniption à sa 

snite, non-seolement p9or les lettres, mais pour Tintellî- 

gence de la nation et pour ses moEtiK. L'amoar de la 

natare, de même qoe la donceor enTers \ks animaux, 

doit naitre, chez Thomme cÎTÎlisé, de la considération de 

loi-même et dn sentiment élevé de la iostice. Car, pour 

peu que Tons donniez d*es5or à eette sensibilité où la bête 

a plus de part qne re«prit, elle ne sera bientôt, comme 

lâchante chrétienne, qnlnpocrisie de la conscience, 

nuDollissement du cenrean et défaillance dn ccenr. 

Qaoi qu'il en soit de Tinfluence de Rousseau et de son 
école, c'est à partir de la suppression des jésuites que la 
<lécomposition de la TÎeille société devient générale. A 
travers les lézardes de la monarchie, la Révolution appa- 
raît. En 1774, elle fait son entrée aux affaires, incamée 
dans Turgot; 1788, convocation des États-généraux ; 
1789, Faction commence. 

Depuis lors, nous sommes en pleine épopée. Tous tant 
que nous sonunes, lettrés et illettrés, ouvriers, paysans, 
soldats, bourgeoisie et plèbe, nous faisons de la matière 
épique. Tout gravite, tout roule sur la Révolution. Et 
cette Révolution est devenue européenne ; elle embrasse 
la terre dans son étendue, le genre humain dans ses 
races, la civilisation dans ses principes, la vie univer- 
selle dans son action, et toute idée se résout et s'efface 
dans son idée. 



-I7|- 

LVI 

A présent, diles-moï, comment, & peine Ta Rév(| 
tion éclose, la littérature qui avait tant contribué à 
produire, a-t-elle fait tout à coap volte-faceï Coinm 
a-t-elle renié son objet, naéeonna son principe, trâht] 
cause? Comment, depuis le cammencemenl du siiicle, ; 
cesse-L-elle de comlnttre lea deux grondes forces d 
manilé, la Liberté et le Droit? 

Tout ce que la littérature française, dans son élabo); 
tion révololionna&«, avait travaillé ave:: iimotir, i 
qu'elle avait admiré, glorifié, cooBBcré, on l'a i 
désavouer ensuite et le flétrir. Elle a démoli ses chdS 
d'œuvre, abjuré see idées, changé son ^lyle, désartici 
sa poésie, corrompn sa langue. Elle a quitté Ifi raisd 
pour la fantaisie , et la Fantaisie l'a conduite àl'infaioM 
autrefois, organe de la vertu de la niilion, mainlenq 
l'entremetteuse de ses débauches. 

Précisons notre pensée. 

La marche de la littérature française, après S 
tracée. D'après les prindpes posés plus haut, il y avaj| 
à faire deux choses : 1* élever la pensée publique à b 
hauteur des événements, en faisant de l'histoire utii 
selle l'épopée, du verbe aniversel le verbe de la Révc 
Uon : c'était la partie d'investigation archéologique, | 
tique, philolt^que, économique; 
réalité sociale, plus largement conçue, l'idéal correspc 
dant : c'était la partie plus spécialement littéraire. 

La première partie de la tÀche a étié dignement a 
mcncée : il suffit de nommer, pour la science de l'histoi^ 
Dupuis, Oaunou, Ch&teaubriant, Guizot, les dem Ttiip 
Hichelet, Thi«^, Uignet, Poirson, Désobry, H. Har 
de Bnrante, Ferrari, et une foule d'autres ; pour la {ij 
logie, Voluey, Abel Rémusat, Eugène Bumag^ laiM9 



te Jeux fJIiainDOiiion. '.avr'.oiîar'î . «...i: !.. .. a 

Bergmami. ?Quinier. -iitr»'. .ûiiinaii:?. :.mi- 
Acc-nions. naiirrc . i ii-rîtiu- e ■ :r . • -r.'-. :j- 

nention 'res-iionoraLÎi: . IM. ■>.•■::.. .;..- 

disciples, our e nonveniini .11 ' • ; :::.r :::> : 

la piiiiostiDUie. 
Ces hommes, -ans '.oiiii\ .".t- : .iȔ. : -, 

ik r»pres*-nieiit :es rniî.im -: ..■ r::- •-. • • •:! .« 

oppostîs, ri a ■eaction .cïîH'.jî • mi.* : ... ^: 1:: i.i-. 

d'un auxiliaire. ^11 imciirt.;. ' n-. :. — -;.: .. .v- .■ 

commaniiement. t ,imjii;i r-s^':'.*- :\-.: :.. 

papiii jeinthement. "1 ils ?■-. .1 m.. . .: ■ .- ;r 

lîecce nie a TCienri* r.ini-t»^ -• : . . 

LiPiacïf. Muii;^. iir .lîs*:.":. .. :. 

Sainl-fiiiair^i . 3icnat. 1 1: .«■ 

Pouiiliit; ,e lemai.tir ■.:ir:".:i • ..: 

cite lÏH memoiro. -î non r"ii:i» :i • . ■•v. . 

K^me Mic,'ni"i "iiinaitr'- -9. xiv,. ...1 

la îrconae lai'îiL- iti r:. .. ...:•. 

Œïe iiie;iiii:aiifjn lu'ivi-;!- r -. . ■:. ■ ■ «. 
tholiine. mn«rai. ê-Li:. . ::. : ?"... -- - 

nait •i'meanur i amuii. 
Sur rieis -ii-.mt^ni: ir-'v.ii :■ -'•.•* 
Les i^iiitas i'Mieni .ui .. --.... - : .• ...:.- 

Uurs ariifcitis ti p'xr: i*. -'»-.. : ..;-.- u . ■^.. .. - 

pand'fi^e'ji»* 1 j:»r*ti.-Tir i-r. ;. r:. ... .-- -8^.. -. r-^ 

déjà un .reai : a ••-iiit=-rj- -'.:.-...«.- . >.i- 
Teriineli. .1 'l.i.ir- ' s.nt. ;r ■ *.-.«. ......m.^, 

Virgile, I-r ic^mutr îni.^r.î . . * r.wt-M^ 

dans la re.L_".* :î.mr.iiî.i.: û-. .. - -. : .- ...«m»?^ ii? 

ïâme, a^â.". :st iiii.rif.r >.- -. .- .- • .-a-: .-;sh^ 

tantôt rc|.u«« hi.l::: iirr^ .n ^ • * . .:.-. . .: :i-. :r i*t i^n- 

sée à efiravc! -t iirif>- :■ .i: - 1 i. . ■-.• iiii-. >.i'^t 

d^incompaliiiijjit }»;•?- .jqih.. .' t*.».»-.!.^ ^.r •. :.'nniK., iti-i^ 
m 0. 



— 174 — 

nomie domestique agricole, la politique des césars, les 
théories de Platon et d'Épicure. Racine, dans Phèdre, 
avait suivi cette route, indiquée par Boileau, et dont 
les chefs-d'œuvre de Tironie moderne, en fermant le re- 
tour à Tancien idéal, faisaient pour la littérature une loi. 

Le tumulte révolutionnaire apaisé, la critique fournis- 
sant de précieux matériaux, la littérature devait donc 
chercher son idéal dans tout ce qu*avait, pour ainsi dire, 
abhorré la poétique des anciens : le positivisme de la 
science, à la place du mythe et de la légende; la Justice 
inflexible, qu'une tradition des Grecs donnait pour pre- 
mière femme à Jupiter, répudiée par celui-ci pour la riche, 
et orgueilleuse Junon ; la Vertu gratuite, que la conscience 
stoïcienne avait trouvée trop lourde; TÉgalité, dont la 
notion seule met à néant toutes les données antérieures 
de Tcsthétiquc , et rend impossible la continuation sur 
l'ancien pied du travail littéraire; TÉconomie sociale, 
qui sous le régime d'inégalité ne pouvait être connue que 
do noçi ; le Travail , rejeté par Virgile à la porte des 
enfers, parmi les sombres divinités de la souffrance et 
du mal; le Mariage, vainqueur de l'amour, sévère à la 
poésie, que Virgile ose à peine toucher, qui ne réussit 
dans Homère que par la naïveté de la religion qui le 
couvre et que le monde a perdue; les luttes de Tespril 
humairi, ses angoisses et ses triomphes, bien autrement 
terriblcs.que les orages de la passion, seule réputée dra- 
matique ; la Mort, enfin : tel était le thème imposé à la 
littérature par la nécessité de l'histoire et la loi môme 
de l'art. 

En deux mots, c'était la raison juridique, devenue par 
l'universalité de son application et de son influence prin- 
cipe du vrai, de l'utile et du beau, raison esthétique et 
raison des choses. 

J)ites-inoi maintenant qui, parmi tant de gens de lettres 



— 175 — 

nde loUr, t romprâ Ip ttroil, (' 
kMraO; <pi K vMiaUMiKnt voulu >■ lUvnlniip 
• le pmfAaire.... llV^Uf Irttr rirur r»l mlé < 

iiiAe* à'talndÂt ; lli n'nnl pm r.n l'inlrllism 
^âide, et ihmm stoésiot» à la {ihM jti»l« romim» * la 
ibooteoM de* ilfcadeocM. 
Mm rinfcn^ra <ta recule de BooMean, philamphm, 
hiM*. Itou de lelln*, k qni la Urhe ^Utt ^hti« de 
f^ de la rairw «Itr tn rrli^inn la caittc ilu ilniîl, H 
Imr l'MiHit^ (4 rp<;lh^lti|u<> «ur un |inf>ci[i>! pur de 
iBiyHidwDi', iM? IrnuTMml rii-n dt minii (pw il» 
ir de nouveau In nalion à ta M. Vfratt avait Md 
I^H^ par la fM^ lie rruc-SupHfm^; \v npport dn 
IÛk des cuttc« l>orlaltii lur le CnnMnlal nui- 
■M l'apoataaie. Haioe de Uiran, RoyffT^Collanl , n^o> 
tanhieM et DAo-chriU{«n«, nVn flrrnt 1rs ifilpr|trHeii. 
Nt Ion bMit fui dit. La Révolution avait annonce le 
|H de la Justictr, re qui impliffiiait qiip la Jnsliiv, 
ffirmaul L'Ilo-m^ED'-. loiti<l>MlrjK-i]>ln.';i l\i\('niril'aui-iin 
ial, devait senir cllc-in^nic de piinripr pt de sanclinn 
'idéal. On nous fil voir, au rontniir'', ipif l:i Justice 
Hait autre que la volonU- de Iticu l'iljrli'e |>.ir le prince, 
ié lui-même de Dieu. En vain l'empereur , élu du 
apte, décrète au nom du peuple et île la Uévolulion; 

vain il légifère, codifie, orf/nni'sc : devenu ^llls de 
iglise, il n'a plus qualité pour commander ri^,tal. Sou 
lorilé est une autorité nfur/iri'. Ix> droit qu'il procliimc 
!sl pas du droit, c'est de l'anarehie, une macliiiie in- 
"nsle dont la liourpenisie allirV de fiO s'est Ir^jitreuse- 
?nt senie pour délniirp nobles, prérres el monarque, 
lisdonl il lui est défendu, ;'i lui iransliiiie de h Itévo- 
lion, de tirer rine étincello. Il faut qu'il parte, qu'il 
<lola place au roi légitime.... 
Or, le droit est l'àme de l'épopée, la substance de toute 



— 176 — 

liltérature. Nier la Révolution dans son droit, c*est la 
nier dans son expression littéraire. £t comme, depuis la 
fm du moyen âge, la littérature française appartient tout 
entière à la Révolution, qu'elle n'a de sens et de portée 
que par la Révolution, désavouer celle-ci, c'est déclarer 
celle-là bâtarde, nulle. 

On n'y a pas manqué. 

De Maistre et Ghâteaubriant, les deux bardes de la 
réaction, donnent le signal. A leur suite, le romantisme 
commence la démolition. L'idéalité religieuse redevenant 
le principe et le gage de la société, l'aiïaire principale 
de la vie, autant élevée au-dessus des intérêts terrestres 
que le ciel est élevé au-dessus de la terre, l'idéalisme, 
dans la philosophie et dans l'art, redevient son objet à 
lui-même, son principe, sa fin, le principe et la fin de la 
Justice. Comme on a la prétention d'aimer Dieu pour 
Dieu, de même on philosophe pour philosopher, on fait 
de l'art pour l'art; bientôt, et ce sera le comble, on en- 
seignera l'amour pour Tamour. Chercher dans la réalité 
vivante de nouveaux motifs à l'idéal, ce serait l'asservir, 
placer au dernier rang ce qui doit elfe au premier, con- 
venir que les poètes et les artistes sont dans la procession 
humanitaire ce que sont dans une armée les fifres et les 
tambours! L'art pur, la philosophie pure, afiranchis, 
comme le voulait Schelling, de toute considération d'uti- 
lité et de réalité, priment la science et la morale : à leurs 
lauréats il appartient de régler les droits du travail el 
de conduire le troupeau des nations. 

La contre-révolution s'accomplit ainsi dans les intelli- 
gences, en attendant que l'heure soit venue de Taccomplir 
dans les choses. Par l'admiration du gothique, qu'ayail 
dédaigne le dix-septième siècle, on revient aux roœun 
féodales; par la religiosité, à la Bible. Le peuple est on- 
bJié, le travailleur mis en suspicion, l'économie violée i 



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d'é'.Tj^ tiiii- r.- -1 :..'r: '.. '. .. ».ii- .••.n' 

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nenl Chiih : !Miiiiiin :; iiair'i lu ».l.,r.io. U.u hh i.« *• 
aupiloî'i, lijii'jui imiit ii* i/jmrvr tsV 7iii//r%, I • l'» 

kpré/V^ làWiUHU . I.LIH!.! :f .t'ifl/ilWf ri/tlii/is* ' ■• 

prime, se pLi»ii*.. ^iuhr:- tc IS.ST, la ilrmoM.. • 
à souscrire. On 11". r:*Â:« à r.onirill<', n ' •• 
éclairs, jtiUT sciii vers ârehitoctiiral, »j«j '/• • » 
d'imiter, qu^* fiour sc'ii onlUinï rs|i;j;'fi''.i «• 
blance de ses plans. On épargne Mo'.' •< ( < . 
deviner pourquoi. L'horrour rjn ittji.,»,,* - 
qu'à la négation du vers franruj^, •.« '»%„,.- 
sure et sa rime, et tropau-d^»ïV » » 

LVJÎ 

Taurai occasion, danv '>*•■• •??. 
cadence des lettres Oar -k .»- 
lacaiisc, et d'appuy.f :-,Ȕ 'ii . .- 

Qu'il me suffiî^. >»r' .-- • • 
choses : l'une, î:T.o*r* -.- .i . -, 
rature est en iMeiii- r^f . .- 
mise hors de '.-:»!*i*:-:cii-.'. . . 
raine n'a rir^ '>:it:.;-: -. •.■ 
siècles; qu'iiiLii^ri. - .» .*'-^ ^• 
die s'est rr.r.tf::^- -•• 

là elle n'i - . :.. 

nosdébai.^-:-: . 



— 178 — 

Est-ce le talent qui manque aux littérateurs et aux ar- 
tistes? Non : ils ont du talent à revendre, du génie même, 
puisque le mot leur plaît. Seulement il leur manque deux 
qualités sans lesquelles la Révolution est incompréhen- 
sible et le génie moins que rien : Tamour du travail et 
le sens moral. 

Est-ce le goût qui fait défaut? Non encore : le goût est 
plus exercé, plus sûr qu'il ne fut jamais; la preuve est 
que, malgré les réclames des coteries, il n*y a pas une re- 
nommée qui fasse illusion. 

Les études outilles faibli? Jamais, au contraire, pa- 
reils trésors ne furent mis à la disposition de Thomme de 
lettres. Histoire, langues, mœurs, antiquités, littératures 
anciennes et modernes, du nord et du midi, de Torient 
et de l'occident; systèmes religieux, légendes, tout a été 
fouillé, recueilli, mis en lumière; l'humanité tout en- 
tière n'aura bientôt plus rien à nous fournir. La phi- 
lologie et l'érudition ont rempli leur devoir ; à aucune 
époque elles n'avaient mérité des palmes plus glo- 
rieuses. 

Le publie a-t-il disparu? Encore moins. Les cent 
hommes de goût pour lesquels Voltaire sevantait d'écrire 
seraient cent mille, si Voltaire écrivait encore. 

Quel est donc ce prodige, qu'avec des talents au moins 
égaux, un goût plus exercé, des études plus fortes, un 
public plus intelligent et plus nombreux, la littérature 
décline si rapidement? 

Comme l'arbre tombe du côté où il penche, "âlfisi en 
est-il de toute littérature. La raison des choses veut que 
dans la société l'idéal, au lieu de commander, sene: 
c'est le principe contraire que suivent nos gens de lettres. 
Depuis cinquante ans la Htlérature française, aspirant à 
vivre exclusivement par l'idéal et pour l'idéal, a déserté 
la Révolution et la Justice ; car celte apostasie, elle a trahi 






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— 180 — 

Quelques-uns, dites-vous, ont essayé, de notre leni|M 
d'interroger le peuple, et n*en ont rien tiré. La RévoIO' 
tiôn a eu ses historiens, le socialisme ses orateurs, l'ate- 
lier ses chantres : qu'y Irouve-t-on? Le livre aux sq)l 
fermoirs a été ouvert ; les pages sont blanches. Ce qiK 
l'état révolutionnaire des masses a inspiré de mieux, a 
prose et en vers , se réduit à quelques réflexions d'an 
"philanthropie sceptique, et rentre dans la littérature dé 
solée qui sortit des ruines accumulées par la Révolution 

A cette objection, je n'ai qu'une réponse : Es^-ce qQ< 
vraiment la Révolution est faite?... 

Oh ! n'attendez pas que le peuple idéalise vos chemin 
de fer, instruments de sa servitude; vos machines, qa^ 
en le supplantant, l'abêtissent; vos banques, où s'ee 
compte le produit de sa sueur; vos bâtisses, que fl 
misère n'habitera pas; votre grand livre, où il neser 
jamais inscrit; vos écoles, pépinières d'aristocrates; fo 
codes, renouvelés du droit quiritaire. Le peuple se son 
vient de la Bastille, du 10 août et de la réquisition; iii 
oublié le reste, car le reste ne lui a de rien servi. 11 n^ann 
pas même un écho pour \os expéditions, soigneusemen 
dégagées de tout intérêt révolutionnaire. Son cœur, é» 
séché par vous-même et que ne féconde plus l'idée, es 
mort à l'idéal, et voire dégradation sans remède. 



.1 



DIXIÈME ÉTUDE 



I 




: le sênpliiB fu pnntU Im .i-rtv» |ri rr»4<M.> 
î KHicber maai U^ mitmn^. itin lu» t»»« -• —, 
«jet, 3ur Imiiiri nus ''tiiflm 1^ n -nf «»-.)^<*"> 

mr, it ne m'-xhaftf)^ .im w t^ •l'-cir.nt „ 

eie reaanl .lu rneiimr». iwnnw > ^.*-^' . 



«iiiiilurt* lU'ï mon 'ii'itfDr 



— 182 — 

Après une histoire ridicule de pommes de lerre et de 
soupe aux choux, imaginée à seule fin de me représenter 
comme un goinfre dont la pauvreté fait toute la tempé- 
rance, M . de Mirecourt continue en ces termes le récit de 
mes sensualités : 

tt A cette sobriété remarquable, Proudhon joignait ou sem- 
blait joindre une continence cénobitique. Ni sollicitations ni 
moqueries ne le décidèrenUà faire un pas avec les railleurs du 
côté de la débauche. Cet homme étrange écrivait sur la chas- 
teté des ligues qu'on pourrait croire tombées de la plume 
d'un Père de TÉgUse. v [Suivent les citations,) 

« En voyant Pierre-Joseph professer une Tertu aussi pure^ 
on se demande si la vertu était sa conseillère. 

(I Les chefs de secte, les orgueilleux, les génies brouillons, 
qui de siècle en siècle s'attribuent le titre de réformateurs, 
cherchent toujours à passer pour chastes. Ils savent combien CD 
admire ceux qui paraissent au-dessus des passions et des M- 
blesses de notre pauvre humanité. Nous voyons là système et 
calcul., mais de vertu pas Tombre. 

« Qu'il suflise de rappeler à M. Proudhon dans quelles m- 
constances a eu lieu certain mariage à Sainte-Pélagie, pour le 
convaincre que l'ange des légitimes amours n'a pas toijûoon 
veillé au chevet des plus chaleureux apôtres de la oontinenoe. 
Croyez- vous, sectaires menteurs, que nous allons vous laiawr 
intacte autour du front cette auréole usurpée? » 

Comme dernier coup de pinceau, il igoute que j'ai fait 
bénir mon mariage par le prélre, et présenté les enfants 
qui en sont provenus aux fonts baptismaux. 

Tout est permis à qui combat pour une sainte cause. 
Je veux croire cependant que lorsque M. de Mirecourt a 
écrit ces lignes, emporté par son zèle pour rÉgliae, il a 
oublié que le soupçon dont il se faisait l'écho ne tombait 
pas sur moi seul, qu'il atteignait une personne qoi ne 
rocherchc pas la célébrité, et dont la philosophie n*alla 
('( rtos jamais jusqu'à mettre les sacrifices de ramaala 



— 1S3 — 

mot b difiifté de fépoose. Que ne remontail-il plui 
haut, dus Bft ne de garçon ? il y eOl trouvé son affaiiv. 
et il aondt échappé à llndîgnilé d'outrager une femme. 

Qu'il me suffise donc à mon tour de dire, pour (*ella 
qui oe devait jamais figurer dans ce honteux débat, que 
mon incarcération a eu lieu le 4 juin 1849, ma preuii^ro 
sortie le 25 décembre de la même année, |H)ur uno as- 
semblée du Peuple; ma seconde sortie huit jours apr^s, 
pour la célébration de mon mariage, et que mon premier 
enfant est venu au monde le 18 octobre 1850, comme on 
peut le vérifier sur les registres de la mairie du 12* ar- 
rondissement. 

Quant à ce qui est de la bénédiction ecclésiastique et 
du baptême, je n'y eusse point répugné, peut-être, avant 
1848, à une époque où l'esprit de tolérance qui animait 
tous les citoyens et s'imposait au clergé faisait de fiAîM 
cérémonie la chose la plus insignifiante pour un philoso- 
phe. Après la réactioD de 1M8, 1849, 18dO et 1851, j'ai 
cm qu'il m'était déCendo de tnattger avec qui me |>ro« 
scrivait, et j*ai nii aotaiit de rdifKio à m'aUt^nir que 
j'eusse mis de rnili>ar*'«<lmii'ii, dii aon^ au|iaravaot, k 
m*exécater. 

Hon namp^ Mwiaâesiour. luw qu*ii o'aK pas été 
contracté dsvacDft Tt^m^ ^ yThiinymussA parue qu*j1 n*a 
pas été oBBttratflé âevuti ^Qe. t éié i a'Jle dtf sa vie le 
plus Kire. Itr lihs TéDùefa.. k: y\vk ôésiutérebt^^ le plus 
désigé âe ImH mnt^ f^'umbitiuL. tk»- citprioe. de pasaioa 
ou it conbBnite. k ii^u^ inr , ofr quelque calé que >e 
recTBBK. el yvat din y^ir ^tit nuMn. it piu^ di^m et 
le jihs méhkni». -fiw: kt aatm detiwoe k» gaianVef i«e 
d*Diiiiâzvidii. t'^flitilfîè mK Mtetnlt ^ U: vk- p^tv^ que 
fin sgœuK: d^ifiJi'^UeiaiieiM «u msiriaç*^ «ikr f^Mit 
saouB^, « «Ue iMK* érait ^ ia |Miff 4wef)giqu^ r-pi^ 
àcA. €000» il filflpt d^BB^ anilt» «êMiU\Mi\ ^m^ ^-^ 



— 184 — 

mienne, et que^ malgré de grands exemples, il entre dans 
mes principes qu'un homme de sens n'anticipe pas sur le 
jour de ses noces, je me devais, je devais à la cause que 
je défends et au respect du peuple, de faire cette décla- 
ration. 

n 

A nous deux, maintenant. Monseigneur. 

Je connais votre thèse favorite, saisie avec tant d'à 
propos par mon biographe : Vide de la foi, abandonné de 
la grâce, le cœur de l'impie devient un abîme de corrup- 
tion , et cette corruption éclate surtout par l'impudicité. 
Ceux qui manquent à la religion sont livrés à Asmodée, 
le démon de la chair, qui étrangla les sept premiers maris 
de Sara. 

La chair et ses œuvres ! c'est un sujet que vos prêtres, 
voués quand même au célibat, aiment à fouiller, pour la 
diffamation des libres penseurs et leur propre gloire. 
Fouillons donc, et s'il se trouve que l'Église, avec ses airs 
de vierge, a fait sur ce point comme sur tous les autres 
rétrograder la morale, j'aurai le droit de lui dire : N'accu- 
sez pas, si vous ne voulez pas qu'on vous accuse. 

Oui, Monseigneur, je suis chaste; je le suis naturelle- 
ment, par inclination, par incompatibilité d'humeur, si 
je puis ainsi dire ; je le suis surtout par respect pour 
la femme. Comme je ne tiens pas le moins du monde à 
passer pour un héros de chasteté, je vous énumère toutes 
les raisons qui peuvent diminuer en moi le mérite de ma 
vertu. 

Ceci toutefois ne veut pas dire que j'aie été toujours 
d'une continence parfaite. Il existe, vous le savez, une 
grande différence entre ces deux choses, dont l'une ne 
suppose pas toujours l'autre, la chasteté et la continence. 
J oserai même dire que la continence est la vertu de ceux 



— 185 — 

4ui ne sont pas chastes, parce que, plus Thomine est 
chaste, moins la continence lui est pénible, moins son 
dinour a besoin de réalisation charnelle. Ëpicure, en sui- 
vant cette donnée, allait jusqu à prétendre que volupté 
et chasteté sont synonymes. 

Eh bien ! ne voilà-t-il pas un beau texte de déclama- 
tion, qu'en un siècle de libres amours, malgré mu chas- 
teté naturelle il me soit arrivé, sans^doute plus d*une 
fois, de pécher contre la vertu de continence? Où donc 
aurais-je appris à soutenir une pareiHe lutte? Où sont les 
principes qui régissent la matière ? Où les exemples 7 Et 
quand Tincertitude est dans toutes les âmes, quand Tili- 
continencerègne partout, depuis la caserne jusqu'à l'Église, 
est-il judicieux, est-il décent de venir remuer cette vi- 
lenie? Qu'est-ce que la virginité plus ou moins authen- 
tique d'un écrivain peut faire à la république sociale? 
Que font à TÉglise les fornications de ses moines et 
moinesses, de ses prêtres, de ses cardinaux et de ses 
papes? Vous me reprochez d'avoir connu ma femme avant 
la cérémonie : c'est la mode en Suisse et dans d'autres 
pays. Je répète que, quant à moi, Timputation est calom- 
nieuse ; mais quand cela serait, quand il serait vrai qu'a- 
vant de me marier au 5* arrondissement je l'ai été, comme 
tant d'autres, au treizième , que pouvez- vous en conclure, 
en ce temps de fornication universelle, je ne dis pas 
contre mes principes, mais contre mes mœurs? Je con- 
nais tels et tels qui se font un point d'honneur de se 
passer, pour leurs unions, et de l'acte civil et de la 
bénédiction ecclésiastique : tant le contrat matrimonial, 
déshonoré par l'intérêt, leur parait contraire à la dignité 
de l'amour et leur inspire d'horreur. Je ne partage pas, 
h moins pour ce qui regarde l'acte civil, cette manière 
de voir ; mais je n'en tire aucune conclusion contre l'ho- 
norabilité des personnes. Ces gens-là se trompent^ à mon 



— 186 — 

avis, par l'excès même de leur délicatesse : voilà tout. 
Pourquoi, aujourd'hui que vous avez tant besoin d'indul- 
gence, prêtres et évéques, n'agissez-vous pas de même? 
Vais-je m*enquérir si vous :ivez ou non des concubines et des 
hût^)^d^? Kntre honnètos gens, on se tait sur ces misères, 
qui ne touchent pas au fond des choses et n'accusent que 
I ignorancr^ où la socit^'té est encore, sur cette question 
des sex'-s, du droit el du devoir. Rappelez-vous ce que 
ré[X)nd,iil Marc-Antoine à Octave, son collègue, qui lui re- 
prochait ses Hirces avi i: iileopâlre : Quid temutavit? quod 
rrfjinum inro? l'xor meu «/. S une cœpi^ an ab hine an- 
nos nornn .* Tu deinde iolam Drusillam inis? lia valeas^ 
vti fit h'jnc epistoiam cnm Icges, non inieris TertuUam^ 
aut Tcrentillam, aut BuffiUam^ auiSalviamCitiMceniam, 
aut omnfsP Anne refert vbi et in guam arrigas?.*. Ycilà, 
Monseigneur, si j'étais tel qu'on a voulu le faire entendre» 
ce que j'aurais le droit de dire à bon nombre d'entre 
\(>u>, v\ que je ne me permettrai pas même de vous 
traduire. 

Attachons- nous donc à la question : je n*ai eu d*autre 
hut, en ni't^xécutant de bonne grâce, que d*y arriver plus 
vitt». 

Or, la question, puisque vous prétendez tirer une in- 
duction contre la pliiloso[ihie de l'incontinence dans la- 
quelle peuvent tomber les philosophes, bien qu'ils n'y 
tombent pas tous, bien que ceux qui tombent soient en 
général dans leurs chutes, les plus réservés des hommes; 
la question, dis-je, est de savoir si cette incontinence, 
telle quelle, qui leur est reprochée et qui leur est oommi}ne 
avec tant de prêtres, provient de l'esprit philosophique 
ou de l'esprit de religion; si par conséquent le chriatift^ 
nisnie , bien qu'il prêche le mariage» et en dehors dn 
mariage la continence, est à l'abri de tout reproche; û 
ses maximes officielles répondent à la dignité de 11 Avr 



— It7 — 

u ffinnnir qiu lui ktmI m««t 
cou rétncnié; ù m fnà y ftmèn 
e pour rrfie An rrlalini» ■Mniiii—i, 
B. dast Mlle partie île la nionW, il or itttt pai ^ud^aa 
progria à léalber. qiie le [ufnniimr iikliquaii, irais fm 
le chmIianîsiM a'a paa rorapm, qu'il aie m (-«ntraif», 
au liiqae de perdre, par la di^ilulion tlmii il ni rame. 
U fanilla al U aooéur 

L'Égliie a'eat toujours nnttt de pnwMrr «ur l'amONr 
et le mariage, comme lur rMuralion et tant tl'atHm 
dnaea, tue morale bors ligne. La uiulliiuda l'a crw, aant 
; ilkr voir, quitte i rencoutrer Jan« U pratique le* plva 
dnfibkt mécoiniitea, l'our nui, tnrprii Je Toir. tout 
■e loi KM-dûant parfaite, l'inputlidto en proj^rèi, j'ai 
nalo paaier à l'iUminc la loi cllc<nHÏnie ; cl j'afllma qut 
le cbriiliaDiaiiw , lonqu'il a eutn-prii de n'Iurmer In 
tMwn el de réglcncnter le mariage, n'ii riJuui qu'à dè- 
uturer rinstitution , dt'voler les «nin et enflammer la 
luiuri'. Im clii'iïliiiriÎMiK; ne sait i iL-n ilu s)' irim-iil < im- 
ju^al, rien du (irinri|-i' i-l du l'ubjit il<' l.i r.iniillt'; il u* 
\ai même rvtrnii ti qii<; lui vil 4t.(iL-iil li-^iui vs aii- 
Uiiis. Ah! cliriliciiA li]|iorritea, qui acoiM.*! les plulo- 
soph» Xincuiiliiiciin', LTum-viHi» que nwuaalliaaiaiiia 
eiaui- n u^iti lai^r julacle auluur du frufit crlta a 

Ttlk- ^ra duiu la iiuichu de ntlc coiilroiAi 
Km Kr <)>it • oiK^ri-c h T^iiilK d W reU 
tonanl étal le itii intianisme a-l-il iiuh^ 

•j<>:i:>: 'J-:Vi.I i\f Hi RlisBÎOn. cl a 

l-il (,•>.;•; i : ii-mU^e inoriil de I'Iiih 

ffir .i,±.~.-'. d i. r-ire j la Rôolutiwf^ 

il i.i.s i.jmti.';! l'uiidês à «Ipiir ai 
U-ii, n fi :>riie 'im nœ ce soil d'« 
^li i.iu :i! {ui rualera tout à l'k 




— 188 — 



tiùrc si peu connue du mariage, de la pureté du cbristm- 
nisinc cl des roses de TËglise. 



CHAPITRE PREMIER. 

Picblèine complexe du mariage : analyse préparatoire. 

III 

• La question du mariage est si vaste, si compliquée, si 
scabreuse; elle a donné matière à tant d*élucubrations, 
de traités, de romans, de poèmes, de coutumes et de lois, 
qu*après en avoir lu le plus que j*ai pu, j*ai trouvé que 
le seul moyen d'y voir clair était de fermer les livres, ei 
d*en résumer la substance en une suite d'interrogations 
sur lesquelles il sera aisé de concentrer le débat et de 
préparer un jugement. 

!• L*cspcce humaine, comme toutes les races vivantes, 
se conserve par la génération. 

La physiologie donne une première raison de cette loi. 
Dès qu^il a vu le jour, Tindividu commence à s*user et 
à vieillir; la nourriture et le repos ne le réparent pas 
entièrement; il se détériore par la vie même, et demande 
bientôt à être remplacé. Ce remplacement a lieu par la 
génération : voilà ce qu'un premier regard jeté sur le 
mouvement des existences croit découvrir. 

Mais cette raison, toute de physiologie, est-elle la seule? 
Je dis plus, est-elle la principale? En dehors de l'évolution 
vitale, il y a la société, but suprême de la création, le 
demande donc si le renouvellement des sujets par la gé- 
nération n'est autre chose qu'une condition imposée à 
rhumanité par les exigences fatales de Torganisme, ce 
qui subordonnerait le règne de l'esprit au règne de h 



— 18Î — 

matière el rapusm i. nor idée- o- iioen- c a*, rrcrre: . 
oa si ce iHr serai: i>a- mul- ■ auv l sofii-i- avan- di*^ 
même besoin . ikhit soi PTonr- iif.v*'iopïtenicii; a ^■ r*?- 
J6Qi]ir sans cess*.- a au- ?e- n'eTniTe^ comin- 1 anima, s-. 
neDonvelle parî'almjeniauoi.. lu mer es; amr: i»iu* nrinn 
nécKsilé de l'omazusnK eli*. es*, a*, consuiuiioi sfïwaie^ 

El comme, dan? i' loiiriiiliyi O' ce: unner; j- nriL— 
cifie, le moyer. et k fu. a*, loui- ciice son" iaenuqueb. 
la question revjenôrar. ei deniier* anai'rs*. ; demanae: 
si la mort, que nou? vriyMn- Mime' su' îom*. \ic i.'i. yuir 
sa raison dan*- la iéii'jit*. menK u* '"n nrrmM . a^ lour ier 
êtres le seul qui connaisse, h nior €: au. puiss*,. seioE 
les circonstance::. s*r iv.iour 'ji :- aîïiiser d* mourri' 

Si celle hypothèse s* trouvai: vran.. oi. enlrevoi: de 
salle la haute in];.*ortaiic4. ûi mariai*'., qi oi. iiouirait 
définir d'avance une huUtuiioi. t tt vtf c: t u mari. 

2. La nature a fait !*iiomnK i>— se:cue.. fTuurvrv». e/ 
fminam creavit *rof : t'est-p-dir'. au* imu: ïl ionciion 
géoéralrice il laul le coiicourh u*. ueui T»ersonner Of gcxi 
différent. Pourquoi la ualui'*. i b-i-elii ija: uiulô: fait 
Tbomme bermaplu'odile* Pourquo. 'jjU* dnisioi. d< !"aj*- 
pardl générateur entre dei!z indiviaur comui'jmcntuircs 
lundeTautre, le t/ude et Ihjrmelity L<\-rt encore une 
nécessité que la physiologie inipoy. l la société., ou une 
condition que la sociélv im]»<»b'. l la T'I'ysii'lorie? Plus 
simplement : la distincliou ù^h s'j\er^ a-i-';ii( sa raison 
lout à la fois dans la société H dans l'organisme ? Quelle est 
celle raison? Dans la série animale, le:- e^]M'C■e^ inférieures 
réunissent les d^'ux sexe^; à me?urt qu'on s'élève sur 
l'échelle, la division devient de plus en plus tranciièe. 
La théorie du mariage et du rOle de la femme dans la 
société |K)urra seule nous dire ce que nou> devons penser 
de celle finalité de la nature, ou de nue fatalité de la 
civilisation. 

/// 11. 



— 190 — 

3. Le concours des sexes en vue de la génération a 
lieu sous rinfluence d'un sentiment particulier, qui est 
V amour. C'est cet attrait puissant qui, dans toutes les 
espèces où les sexes sont séparés, pousse le mâle et la 
femelle à s'unir et à transmettre leur vie dans un or- 
gasme mortel. De là ce mot si connu, profond : Vamoiuf 
est plnsjort que la mort; ce qui signifie que l'être qui 
a goûté l'amour n'a plus rien à redouter de la mort, parce 
que l'amour est la mort même, la mort en joie, euthanasia. 

Ici commence à se révéler le secret de la mort ; du mtaie 
coup se fait pressentir la dignité du mariage, qui la rend 
si douce. Mais nous ne savons pas pour cela conunent, 
au point de vue de l'ordre moral, la mort est une condi* 
tion de progrès et de félicité : sous ce rapport, ce que 
nous en avons dit dans une autre Étude attend un com« 
plément. 

Les anciens firent de cette inclination irrésistible des 
deux sexes à reproduire leur vie en la sacrifiant à l'Amour 
le premier-né et le plus puissant de leurs dieux. C'est l'A- 
mour qui débrouille le cbaos et anime la nature.... Le 
Christ rédempteur , donnant sa vie pour le salut des 
hommes, est encore, à un autre point de vue, un symbole 
de la génération universelle; et ce n'est pas sans raison 
que Dupuis, Origine des cultes, a vu dans la légende du 
Christ une reproduction de celle d'Adonis. 

L'amour est donc Tapogée et la consommation de la 
vie, l'acte suprême de l'être organisé; à tous ces titres 
on peut le définir : la matière du mariage. Mais si le rôle 
de Tamour dans la génération est très-apparent, on ne 
voit pas à quelle fin il est donné dans la société, dont le 
principe propre est la Justice. Encore une question sur 
laquelle il faut que la théorie s'explique. 

Ici nous quittons les faits généraux de l'animalité pour 
entrer dans la catégorie des faits exclusivement humains^ 



191 — 



IV 



4. L'amour, dont nous vtroons de parler, a ira luise dans 
l'organisire. 

Daos les espèces inférieures, il ne iKimil pas, malgré 
toul£s les démonslralions amoureuses des eoiipics, ipie le 
ravissement génétique soit mêlé d*aucnn allrait su|»éi ieur 
à la sexualité même. L'amour est pur chex les bêles, li 
je puis ainsi m*exprimer; je veux dire ({u'il est purement 
physiologique, dégagé de tout sentiment moral ou iiiteU 
lectuel. 

Chez l'homme, intelligent et libre, les choses nu se 
passent^ pas de même. Nous savons, (>ar la théorie do la 
liberté, que l'homme tend à s allianchir de tout fatalisme, 
notamment du fatalisme organique, au(|ut'l sa dignité rC* 
pugne, et que cette tendante est propoi tionnelle au dé\e- 
loppement de sa raison. Celte répugnance d«: Tespiit |iuur 
la chair se manifeste ici d'une niaiiiènï non équi\oque et 
déjà fort sensible, d'abord dans \d pudeur^ r/e:tt-u-dire 
daos la honte que la servitude de la (liair l'ail épioiivirr â 
l'esprit; puis dans la cha^iclé un rabdtciiliuii vcdiHilanc, 
à laquelle se mêle une voluplé intime, lérulljt de la lit nie 
évitée et de la liberté satisfaile. 

Le progrès de la liberté et de la dignité huiiiaiiie ftaut 
donc en sens contraire des lins de la^ént;riitioii, il ) «luiiiit 
lieu de craindre que l'homme, par rcxcelliiite ii.f-iiie d*; 
sa nature, ne perdit tout à fait le soin de sa j^éiif rdion, 
s'il n'était rappelé à l'amour par une puissance tout cini- 
fflique, \n£eaulé^ c'est-à-dire Tldéal, dont la (rO!i«vessioii lui 
promet une félicité supérieure à celle de la i lia*»ti;té même. 

L'idéalisme se joint ainsi au prui it des sens, de plu» en 
plus exalté par la contemplation estliéti(|ue» pour •ollici* 
ter à la génération l'homme et la feumici et laire di» eu 
couple le plus amoureux de runivers. 



— 192 — 

Par i*idéal, l'iioanno conserve sa dignité en amour : il 
Iriomphc du fatalisme des sens et de la bestialité de la 
chair alors même qu'il en accomplit le vœu; il peut, saus 
déroger, vaquer à la génération et accepter le mariage. 

Par ridéal aussi se découvre une première raison de la 
distinction des sexes. La faculté que Thomme possède 
d'idéaliser les objets ne s'exerce pas sur lui-même ; il ne 
peut pas devenir pour soi une idole. Puisque Tinfluence 
de ridéal était nécessaire aux générations de l'humanité, 
il fallait une division sexuelle; en deux mots, à Vhommey 
viro, il Tallait la femme. 

5. Ici nous tombons dans une autre difficulté. 

En triomphant des répugnances de l'esprit par labeauté, 
nous sommes exposés aux séductions de l'idéalisme, plus 
terribles cent fois que, celles de la chair. La conservation 
de Tespèce et la félicité des sexes se trouveraient de nou- 
veau et plus tristement compromises, s'il n'intervenait 
un troisième élément, dont cette étude et la suivante au- 
ront surtout pour objet de déterminer le rôle : cet élément 
est la Justice. 

Déjà nous avons vu, par la théorie du progrès et de 
Torigine du péché, comment l'idéal tend à se corrompre, 
entraînant dans sa ruine la liberté et la société, s'il n'est 
incessamment soutenu, relevé, purifié, assaini, par le 
condiment du Droit.* 

11 faut à l'amour, même idéalisé, comme à la propriété 
et au pouvoir, comme aux idées et à la philosophie, une 
loi d'équilibre, sans laquelle il dégénère fatalement en 
débauche, et, au lieu de perpétuer la vie sociale^ conduit 
la civilisation à sa perte. 

Quelle sera cette nouvelle application de la Justice, qui 
rachète l'homme et la femme de la luxure ? 

Mais ceci n'est qu'une partie de la question. Puisque, 
à'aprbiy lout ce qui précède, la génération, la distinction 



— 193 — 

des soes el rmoar doivent avoir dans la soci/îl/s loiir flii 
sapréac, cft que société c'est Justice, il CHt évident i|Ud 
binslîoe B^ialemeni pas seulement dans le mnm^n 
comme rémOkm à l'idéal, elle doit apparaître cAHUtm 
nisoB dernière, comme le but pour lequel le murinifn 
a été préonlooné et prévu. La question devient iUt$u: 
oeUe-d : A qocM sert, pour la production , la garantie ei 
e progrès de la Justice, l'institution conjugale? Kn un 
Dot, qu'est-ce que le Mariage? 



6. Le sentiment , plus ou moins vague , AUitm $W0» 
iification à donner à Tamour en vue de U h%%UtM étim/u- 
)hei tous les hommes. Il n'y a pas flan» Yfu$m h*ê^ 
naine de faculté, d'instinct, d'aiïection, Mm *f%rAf4^i 
'amour, qui ait donné lieu à un plus gian/J wmAfiH 
le manifestations. Les moBun màlritntHiUÊUm ^fmUi^ 
sent toute la partie de la législation t*^nU^H k f^ijtê 
civil, au domicile, à la puissance imfefrHI^, «'i '}t's$ 
^es femmes, à la tutelle, à rémancififitiofi , «o ^n/zr^^, 
aux successions et testaments : c'e^t h i^rtM; b 0êH 
considérable du droit civil. Kn j t«'U^;ittUui ^ iAh* 
près, on n'est même pas loin de (lertv-r t\*$f, U, m9f$^/, 
supprimé, le respect de l'homme; et d'i f4V/jéf$$ i>«^^«m 
sensiblement de son intensité, le wjxUcut*: t/^^\ ^a^^ 
plus, et telle avait été la eoncluM^/o d^ Vi^^, »\H vm 
^ire de police et de discipline, m U Wàm^ «a fiA^4 
à peu près à zéro. 

À peine nommés, le mariage et hi farnUUf $9/m ^^ 
i^aissent donc comme le foyer d^; b Irp^A^ u t4A<^*étA 
de la société, et, s'il m'apparti/;fit fUt k ^rfé. ^ U ffi,-K 
religion du genre humain. 

La religion, cherchée avec Utd Ast^:0$f ^i \/u»\Hh^ 
une si longue suite de s'Mes^ i^ Uf0r$m%i ^m%% \h \\\^ 



— 194 — 

riagc à l*heure jusle où rbumanilé purlout ailleurs Ja 
répudie : quelle découverte ! 
Les motifs sur lesquels s'appuie cette conjecture soot: 

7. Les solennités du mariage, ou les mees^ instituées 
par toute la terre, dans un but apparent de réjouissance et 
comme une excitation au plaisir, mais dont Tobjet réel est 
de conférer aux époux je ne sais quelle dignité juridique et 
religieuse, juris humani et divini communication et dans 
lesquelles les familles des conjoints et la société tout en- 
tière interviennent ; 

8. Les prérogatives assurées à Vépouse^ et les devoirs, 
parfois d'une rigueur excessive, qui lui sont imposés: 
devoirs et prérogatives dont la signification constante, 
malgré toute la diversité et Tarbitraire des formules, est 
que la femme, nonobstant Tinfériorilé relative de sou 
sexe, est déclarée membre du corps social ; 

9. La distinction des personnes ^ des conditions et des 
races, dans le choix des époux et épouses et la fbruiatiofl 
des couples conjugaux; 

10. Enfin, le principe de monogamie indissoluble qui 
se dégage de plus en plus, à mesure que la civilisatiou 
se développe, et se pose comme condition sacramentelle 
du mariage. 

Or, à moins que nos axiomes ne soient faux et nos 
définitions erronées, il faut admettre à priori que toutes 
ces institutions, dont le rit varie à Tinfini, sont lesfortMS 
par lesquelles Thomme et la société tendent spontanément 
à constater le rapport secret de la génération et de Tamour 
avec la Justice. La tâche du philosophe se réduit donc à 
pénétrer le sens de ces manifestations, à en déduire les 
motifs cachés et en formuler lu théorie. 

Je passe sur les cérémonies nuptiales, ainsi que sur la 
condition civile et domestique que la législation des diffé* 
renis peuples a faite aux femmes. Cette recherche, de 



— 196 — 

pure éradiiion, n'ajouterait rien à ce que je vieni d'en 
<)ire, et qui en traduit l'idée générale. 

Quelques mots seulement sur les deux dernières ques- 
tions, les plus graves de toutes, de la distinction des per- 
sonnes relativement à Tunion des sexes, et de la mono- 
gamie indissoluble. 

VI 

De temps immémorial, antérieurement à tout souvenir 
historique, il s'est opéré spontanément» en vue de l'amour 
et du mariage, un premier triage : 

Du père à la fille, du fils à la mère, du frère & la sceur» 
l'union est interdite ; l'amour répugne : il est regardé 
comme monstrueux. Pourquoi cette exclusion? 

Dans les sociétés plus avancées la distinction est ailée 
beaucoup plus loin : elle embrasse di.'S classes entières, 
des nations et des races. Partout le mariage a été déleodu 
de noble à plébéien, d'homme iibn.' a «'sclave, et la méiH 
alliance notée d'infamie. La loi Ue MoLse interdit aux 
Israélites de prendre des épouses pairuti U^ racej^ réprou- 
vées de Gbanaan. Plus puissant que la Uii de Moine, l'or- 
gueii du'sang et de la couleur empêche de no& jours le 
croisement, par mariage, entre les blancs et les Doir»« 
A peine si les mulâtres, blanctiis par plusieurs générations, 
osent y prétendre. Sans doute ur*^ pareille répf ^^batiou est 
exorbitante; mais elle a hn cauM', elh; ff\d»t* bur un utoiif 
plus on moins compris, plus ou ntoifi^ judicieusement 
appliqué : quel est ce motif ? 

Oo a dit, en ce qui touche le^ tU^^^r*^ de pait^rité, que 
la consenratîon de ï&ptce et ia paix *i»: U société s étaient 
également ialéffei»sées; que le croissaient dei^ Umilles 
est un principe d*ofdlre aiilaot qti'uc»^ *â d*h}^j^ne. 

J'admels'ees oouâdéralkiiis d*utilité pubii'|ue et tam- 
Uiie. Mais je km ébÊCPftr qo'il y a dai»s k wiuùwisai 



— 196 — 

des sociétés primitives, dont la pudeur condamna tont 
d'abord l'inceste, quelque chose de plus, qui tient à la 
conscience : c'est cette raison que je cherche, me deman- 
dant si elle est fondée en morale, ou 8*il ne faut y Toii 
qu'un caprice de l'instinct. 

Autrefois les rois d'Egypte pouvaient, par privilège spé- 
cial, épouser leurs sœurs. La dérogation faite en faveur 
de la royauté, pour des raisons qui ne sont plus de notre 
siècle, prouve qu'en général l'union du frère et de la sœur 
était regardée comme contraire aux bonnes mœurs. Elle 
n'appartenait qu'aux bêtes et aux dieux, que la religion 
affranchit de tout temps des devoirs de l'humanité. A plus 
forte raison le commerce du père avec la fille, du fils 
avec la mère, passait pour abominable ; on n'était pas 
loin d'y voir une calamité publique. La raison, encore 
une fois, de cette abhorrenceT 

L'interdiction du mariage pour cause de parenté parait 
d'autant plus surprenante que dans l'opinion des anciens 
l'œuvre de chair, coHus, était regardée, à l'état de naturel 
comme chose indiflcrente, n'impliquant de soi ni crime 
ni délit. Ils considéraient comme vivant à l'état de nature, 
relativement à une société donnée, tout ce qui était en 
dehors de cette société, les barbares ou étrangers, les pri- 
sonniers de guerre et les esclaves. Pour ces catégories, 
rejetées hors la loi, hors la conscience publique, il n'y 
avait ni inceste, ni adultère, ni stupre, ni viol ; la pro- 
miscuité était pour ainsi dire leur droit. L'interdiction, 
c'est-à-dire le crime, n'existait que pour les personnes de 
condition libre, qui seules étaient tenues de respecter, les 
unes à Tégard des autres, les barrières légales. 

Comment donc, en passant de l'état dit de nature à 
l'état de civilisation, la raison pratique des peuples a-tpellc^ 
crée, au point de vue de Tamour, ces distinctions de par- 
sonnes, qu'on prendrait presque pour une variante de la 



— 197 — 

istinction des viandes? Comment ce que l*état de nature 
urait autorisé est-il devenu, par la défînition du légiste- 
eur, illicite, coupable? 

On a pris texte de cette défense, sans motif apparent, 
)Our traiter la morale civilisée de préjugé; on a revendi- 
pié les droits imprescriptibles de la nature, qui laisse 
xHite liberté à l'amour : tous les sophismes accumulés 
contre le mariage, la famille et la pudeur, partent de là. 
Mais il suffît de l'attention la plus médiocre pour se 
convaincre que, s'il y a préjugé quelque part, il est du 
côté des partisans de l'état prétendu de nature, non du 
côté de Itt civilisation. Il en est, en eflct, de l'amour 
comme du travail, de la propriété, de l'échange, de la 
société tout entière. C'est en sortant de l'état de nature 
que la multitude humaine passe à Tét^at juridique et de* 
vient la cité , ce qui prouve tout juste que l'état de nature 
est pour l'humanité un état contre nature : toutes les 
déclamations de Jean-Jacques à cet égard sont absurdes. 
De même, c'est en sortant de l'état de nature et en re- 
vêtant le caractère social que la propriété se distinguo 
du vol, que l'échange se régularise et s'affranchit de l'agio- 
tage, que le travail s'organise par la division et le groupe : 
ce sont là des faits parfaitement intelligibles, fondés en 
faison, en utilité, en morale, et contre lesquels aucune 
argutie ne saurait prévaloir. 

Raisonnant par analogie, je dis qu*il en doit être de 
même de l'amour, qu'il ne peut pas ôlre à l'état de civi- 
lisation le même qu'à l'état de nature : je demande en 
conséquence ce qui le distingue dans les deux états, et la 
raison de cette distinction. 

Car, bien loin que le mariage ait à perdre de sa con- 
sHiéralion parce qu'il est une correction de la nature, 
Ci'cst cette qualité de correctif qui, d'après toutes les ana- 
^ies civilisées, fait sa légitimité, par conséqv\eT\\.^w^« 



— 198 — 

blesse. Gomme la propriété et le travail, Tamour doitobéir 
à Justice : voilà sans doute ce que poursuivaient en idée 
les premiers qui essayèrent cette difficile réglementation. 
Avant de récuser une tendance aussi générale» il faudrait 
prouver que la conscience n*est rien, la Justice rien, la 
dignité personnelle rien ; que le droit, qui régit tout, n*a 
rien à voir à Tamour et à la génération : ce qui emporte 
la négation de la société dans son embryon, la famille. 

Que la Justice saisisse Thomme dans ses amours comme 
dans toutes les manifestations de son activité, loin de 
nous en étonner nous devons nous y attendre : il ne nous 
reste qu'à découvrir la loi et à nous y soumettre. 

Je reprends donc la question posée : Que signifie tout 
d'abord cette distinction de personnes? Pourquoi inter- 
dire le mariage entre sujets (|ue la consanguinité devait, 
ce semble, rendre d'autant plus chers l'un à l'autre 
qu'elle était déjà un commencement de justice? C'est ce 
que répondaient autrefois les sectateurs de Zoroastre, à 
qui les étrangers reprochaient d'épouser leurs sœurs, 
leurs filles et leurs mères. 

VU 

• 

Voici qui n'est pas moins digne d'attention. 

Que des hommes, réunis par un pacte de réciprocité 
protectrice, conviennent entre eux de placer les femmes, 
de même que les propriétés, hors du droit commun; 
qu^ils fassent ainsi de l'abstention mutuelle de leurs 
concubines une convention civique; que même ils as- 
surent à celles-ci et à leurs enfants, en cas de séparation, 
des aliments, une indemnité, en récompense de leur jeu- 
nesse déflorée et de leurs soins, je ne vois à tout cela 
rien qui sorte des limites des conventions ordinahes: 
affaire de convenance, de prévoyance, qui n'enchaîne la 
liberté des couples qu'aussi longtemps qu'il leur convient 



i$ neur mmoUs; w bW |m là fi'«M !■ 

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— 200 — 

concubinage, qui se multiplie partout, témoignent de 
l'incertitude qui règne sur toute cette matière dans les es- 
prits. J'ai rapporté ailleurs (Étude VIII, ch. ii) les doutes 
des théologiens sur l'essehSe du mariage ; la loi civile 
ne parait guère moins flottante. Après la Révolution le 
divorce s'introduit dans les lois; puis on l'en efface: 
est-ce un bien, est-ce un mal? Quant aux stipulations 
matrimoniales, le Gode reconnaît à la fois deux systèmes, 
le régime de commvnauté et le régime dotal : leqod 
répond le mieux à l'essence du mariage, si tant est que 
le mariage soit quelque chose? Réponse, s'il vous platt. 

Un mot nous donnerait la clef de toutes ces énigmes, 
qui dépendent visiblement l'une de l'autre. Mais ce mot, 
nous ne l'avons point; il faut le chercher au plus profond 
de la conscience, aucune bouche humaine n'ayant encore 
su le dire. 

Fuis avec moi sur la montagne, belle Sulamite! Et je 
te dirai ce que tu rêves en ton fiancé, ce que ton fiancé 
rêve en toi ; ce que ne surent jamais ni la vieille impore 
qui sollicite tes sens, ni l'efl'éminé qui flatte ton orgueil. 



CHAPITRE II. 

Premières maniiestations de la cTusiice matrimoniale. 

YllI 

De toutes les parties de l'éthique, celle qui a le plus 
fait divaguer les auteurs est sans contredit le mariage. 

La variété des usages, toujours si instructive, leurs 

oppositions même, si bien faites pour éveiller l'esprit, 

tout ce qui devait faciliter la solution du problème est 

justement ce qui a embrouillé les doctes; et VondewffO^ 









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— 200 — 

concubinage, qui se multiplie partout, témoignent 
l'incertitude qui règne sur toute cette matière dans le 
prits. J'ai rapporté ailleurs (Étude VIII, ch. ii) les do 
des théologiens sur Tessefifie du mariage ; la loi c 
ne parait guère moins flottante. Après la Révolntio 
divorce s'introduit dans les lois; puis on l'on eiïi 
est-ce un bien, est-ce un mal? Quant aux stipulai 
matrimoniales, le Gode reconnaît à la fois doux systèi 
le régime de commvnauié et le régime dotal : le 
répond le mieux à l'essence du mariage, si tant est 
le mariage soit quelque chose? Réponse, s'il vous p 

Un mot nous donnerait la clef de toutes ces énigi 
qui dépendent visiblement l'une de l'autre. Mais ce i 
nous ne l'avons point ;^ il faut le chercher au plus pro: 
de la conscience, aucune bouche humaine n'ayant en 
su le dire. 

Fuis avec moi sur la montagne, belle Sulamite ! 1 
te dirai ce que tu rêves en ton fiancé, ce que ton &\ 
rêve en toi ; ce que ne surent jamais ni la vieille im] 
qui sollicite tes sens, ni l'efféminé qui flatte ton orgi 



CHAPITRE II. 

premières manifestations de la Justice matrimoniale. 

VllI 

De toutes les parties de l'éthique, celle qui a le ] 
fait divaguer les auteurs est sans contredit le mariage. 

La variété des usages, toujours si instructive, l 
oppositions même, si bien faites pour éveiller l'esj 
tout ce qui devait faciliter la solution du problème 
justement ce qui a embrouillé les doctes; et TondeaM 



tfnptfail flB vofiak ta | 

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i. &MI Ufoné il CmI» dt «innm 

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/«■■Kl, à lM|vellt >l > dû c^pendanl ion eairte 1 
«•ten ta; ta Mcood. péte d'anf idvc >bt unta , d4| 
s ce tiln. iM Liberté rfaiu b JrorMft, m ft% 
4u «mfatU éetaat ta wurê, awc 400 p»(M dt pu 
[ it i flo li TW «a4iiiiBlte * c« qM rintiqwli «I ta iMMM 
1 ■odfTBC. ta miliMtkm e4 ta barbtrta, offrant <ta phH 
I dircrgent et de plus excentrique. 

CoBQOit-OD dits philowT>hei qui. aiinl k d*|ia||nr U W 
I le loot on ordre de phéfwlDteet, canuonnciol |)«r M* 
danr tas phénotnèna dépoomM dt mm, tat rifeMM 
I fta tnit de plume , et «ahUilpeM m MHtaM , é It 
nina des diotes, k* vuoet ûMfiHitaM de ta» fMI*' 
EfmeT Voai pooTtint ce qa'oal bM MM. Ugiwwl* 4m 
Ginrdin. i U gloire, ils en koot CMmmm*. h ^mw ■« 
plus grand atanlaçe du t^sm mu. f< >r«wl<aM i^ 
tfucan de meâ lecteun eât km* la }*«x '>h «iH** ^jm 
pilalioDf, dont Icot le nénSe al de pM*<w« «wvm 4* 
dtKsÛT i une tbùnc ém aii mii 




— 202 — 

posons à priori que ces «manifestations sont le prodai 
des lois mêmes que nous cherchons, lesquelles lois on 
ainsi pour expression la série des phénomènes. 

C'est ce que nous avons explicitement déclaré, dès I 
commencement de ces Études, en posant ces axiomes : 

Rien de nécessaire n*est rien; 

Rien ne peut être tiré de rien ni se réduire à rien; 

Rien ne se produit en vertu de rien; 

Rien ne tend à rien ; 

Rien ne peut être balancé ou stabilisé par rien^ etc. 

Opérant sur ces principes, nous avons constaté qi 
l'humanité marchait, par de longs et douloureux t&loi 
nements, à une constitution générale dont nous avoi 
essayé de déterminer les principales parties. 

Or, de même que nous avons supposé, puis démentis 
par celte méthode d'observation, qu'il existait dans 
société une constitution de la propriété, une constiti 
lion du travail, une constitution de l'État, une constitu 
tion de la raison publique, etc., nous supposons encoi 
et nous démontrerons qu'il existe une constitution d 
mariage et de Isf famille, constitution qui naturellemei 
ne s'est pas révélée du premier coup dans sa profonden 
mais qui d'abord se révèle dans la donnée première de 
sexualité, puis se dégage peu à peu dans les formes < 
l'amour et du mariage, pratiquées, consacrées ou toi 
rées chez tous les peuples. 

Que parlc-t-on ici de préjugé ? On s^étonne qu'aya 
nié, d'une façon assez énergique, propriété, gouveri) 
ment, religion, j'aie conservé toujours un certain respc 
pour le mariage, de tous les préjugés, pense-t-on, le moi 
respectable, j'ajoute, le moins défendu par la démocral 
moderne. 

Mais tout est préjugé dans les institutions humai» 
c'est-à-dire jugement provisoire, prœ-judicaUi^m; \xi 



— 205 — 

Ta qu'un but, la reproduction. C*est un drame qui, de 
a nature, ne se joue qu'une fois, et dont l'évolution se 
iivise en deux périodes opposées, Tune d'ascension ou 
le désir, l'autre de satisfaction ou de décroissance. 

Pendant la première période, l'âme, livrée à riialluci- 
lation d'une volupté ineffable, affamée de ce qu'elle 
lomme son souverain bien, haletante, s'absorbe, se 
»Dfond dans la personne de l'objet aimé ; elle est prèle 
i se sacriGer pour lui, elle s'en fait l'esclave, elle l'ap- 
pelle sa divinité. Tout amant est idolâtre et a perdu la 
possession de lui-même : c'est alors qu'il rêve d'une union 
intime, continue, inviolable, éternelle, abîmée dans la 
solitude, loin des hommes et des choses. C'est l'amour 
tel que l'éprouvent le jeune homme, la jeune fille, à moins 
qu'une expérience précoce ou de sordides calculs ne les 
ûent dépravés; tel que les poètes et les romanciers 
aiment à le peindre, pour l'enivrement, la déception et 
tôt ou tard la dépravation de cette jeunesse. 

Hais nous ne resterons pas longtemps dans ce septième 
ciel. Les amants se possèdent: le cœur a joui, la chair 
est satisfaite, Tidéal s'envole. Un mouvement inverse du 
premier, tout aussi fatal, se déclare; la période de dé- 
croissance a commencé. En vain l'imagination fait effort 
pour retenir l'âme dans l'extase : la raison s'éveille et 
rougit; la liberté^ au plus profond de la conscience, fait 
entendre son rire ironique ; le cœur se détache; la réalité 
et ses suites, grossesse , accouchement , lactation , fait 
pâlir ridéal : heureux alors celui que le besoin de se res- 
saisir ne pousse pas jusqu'à la haine et au dégoût ! 

Effet inévitable de la possession, qui désole la femme, 
plus lente à se dégriser, la fait crier à l'infidélité , à la 
trahison, et la livre corps et âme à son amant ; qui en 
înème temps commence pour l'homme une période de 
libertinage en le rendant, incrédule, et fait calomnier par 

III \^ 



— Î04 — 

l*opinion unanime des auteurs; elle résulte de tontes ks 
lois et de toutes les coutumes; et il ne parait point quie 
les premiers instituteurs du mariage aient eu dans l'es- 
prit une autre idée. Suivons ce fil. 

Vamour. — Je n'ai pas la prétention d'en apprend» 
grand* chose à mes lecteurs : il n*est adolescent sortan' 
du lycée qui ne se croie profès eu la matière, bachel^b 
qui ne se flatte d*en remontrer sur cet article à son grand 
papa. Contentons-nous donc, pour Tintelligence de h 
discussion, de le représenter d*abord tel qu*il est et qu 
nous Favons éprouvé tous; nous aviserons après ce qn'i 
peut devenir. 

L'amour est un mouvement des sens et do l'âme, qn 
a son principe dans le rut, fatalité organique et repu 
gnante, mais qui, transfiguré aussitôt par l'idéalisme à 
Tesprit , s'impose à l'imagination et au cœur comme 1 
plus grand, le seul bien de la vie, un bien sans lequel I 
vie n*apparait plus que comme une longue mort. 

Sous Tun et l'autre aspect, soit que nous le considé 
rions comme Tellet de la puissance génératrice, soit qi» 
nous le rapportions à Tidcal, Tamour est entièreraen 
soustrait à la volonté de celui qui l'éprouve ; il nait spoa 
tanément, indélibérément, fatalement. Il arrive à notn 
insu, malgré nous; tout lui sert de moyen, ou, comDM 
disaient les anciens poètes, de flèche : jeunesse, beauté, 
talent, la voix, la démarche, et je ne sais quelles cer 
taines affînités secrètes, qui d'ailleurs tiennent beaucoa] 
moins de place dans la réalité que dans le roman. i< 
mets de côté la vertu, dont l'admiration a pour effet A 
produire entre l'homme et la femme un sentiment d*un 
autre espèce, par suite, de transfîgurer l'amour une se 
conde fois. 

L'amour ainsi donné par la nature et l'idéal, et jusqu* 
ce que la Justice lui assigne une nouvelle destinatioii 



■Il qÉ-w b«, ta I 



: PI* 



ditoir. rwlrf de nlMbelK» wmw. 

■lia> d'âne Tolnpl^ indUbl^, Bif«nK« <ta m i 
lukUnU), l'tbntW- 
b penonne do l'ubjct aitiH^ ; «H* Ml | 
km ncriSa- pour lui, dl« t'en Uii I'oscIum, cita ■ 
pu» m ànwâti. Tout amant «t iJoUiro M l |mMI 
lONHMia de lai-mème : c'»i alors qu'il i ^t • d'oM ubim 
■tiw, oootinue, tn«iobbl«, •^iprntilp, tUaiéê dtlH It 
■lililde, loin dN homaM-* ri il<>> itimn*. C«t r«MW 
U fM l'^çrouvenl l« ieuiM homme, la feunc flllt. A IMIM 
ID'IUK aptritaet précoce ou d« •unlîilfs •talnta M lu 
■IM défnrét; td que t« poi-t» h !'■< rnwilMtlfl 
wol i k peiHdre, pour i' cw wwD w K, U éémfttm tt 
W m tird ta déprraliM dt cHto ^MMM. 
Kait oou» ne rtfterwM (M )amptmft daiM '« «#'|4t*fwf 

(K UtilCûlc, Tidiil t'tmrrée. Lm it i wnwxf.t ,(.•'««> rtw 
panitf, lo«l MM l«*l. M dwitr*. U i^rv/i. i. -m 
tfflwtaM a eoBBtaci. La «sm r«Mi0«ii«r^ '»« ^C-^f 
pour relMir Timm dM» Folan . U rM«<A ^t-.-..^ ■• 
nxigil: t> tts^. M fdai fr^AMrf «« a '.a-v «.w^ ^o* 

tt RS alla. PM^HBK. KftMWJlOMm . -I .» 




— 206 — 

les deux sexes Tamour, qui n*en peut mais. C'est Yl 
sujet des élégies, héroîdes et lamentations amoui 
auxquelles toutes les littératures accordent une si | 
place, et dont il serait temps d'abandonner le thèt 
trop battu : car vraiment , depuis l'Ariane abanc 
des mythologues 9 il ne s'est dit absolument r 
nouveau. 

II est vrai que, l'homme ayant le privilège de sur 
sa propre génération , l'amour chez lui est capable 
suite de reprises , comme si l'amant heureux , en 
nant à la vie, ressuscitait du même coup à l'amoui 
ces reprises n'égalent jamais en qualité et en pui 
la première explosion ; elles diminuent progressif 
d*énergie passionnelle et idéale. A l'enthousiasme p 
succède une expérience de volupté et un prurit d< 
qui d'abord font illusion, mais qui bientôt dégénèr 
une habitude tyranniqueet tournent à la dissolution 
. l'idéal tombant toujours, une vague inquiétude s 
cœur; il semble à l'âme qu'après avoir tant aimé 
retrouve vide; et tout à coup, sans préméditatioi 
songer à mal, le plus vertueux des amants se sni 
en flagrant délit d'infidélité : il a découvert, ch< 
autre créature, un nouvel idéal. 

L'inconstance en amour est dans l'ordre mon 
choses, et tout homme sans exception l'éprouve, 
ment cette inconstance est plus ou moins longu 
déclarer, soit que la qualité supérieure de l'objei 
ou la rareté des rapprochements maintienne l'i 
à son avantage; soit que la puissance d'idéalisal 
Tamant, son caractère, ses occupations, le rendei 
réfractaire à la tentation d'un nouveau sujet. M] 
première infidélité commise, la voltige devient po 
niour une ressource obligée; et plus l'idéal se reno 
plus la lubricité devient intense. 



(m (mit JDSef d'a|iri» tti» *k U «>trut 4* cp 
lÊf*^ vMl^ |Hf U liuénUin.' du )«ir cuniM In 
■ l'amuiir ni de l'idéal, diio Juu, par eunpb, Ml < 
ho^ Monle i port, de IcU film éhuI dn b^^rm < 
Ucillîlé. En fait d'unour et J'idùal U |>uiiHiic« ■'»• |vb 
àai la f (rili|e, elte eri dan» la pcnûUncc oi rttduawn i 
f n'ù pat baauin d'en répéti^ le» motiTa. 

Hoina apMuite m stuour qiw l'Iiotnna tt rar*t»4 
. |Ik qi'dle m dépcnat, la Trininr m monln aw»! fini 
j. Wn ita Ble . mus parW ik cMlf auU« anaidémUaM ^M 
I bqse l'Hre le plu* biUe ■'allariK au ^Iih (uri, U wÂr* 
' iruunir de u uaterMè. Aum ka cm dn inlyuHMt 
BM-ili intloinieiil iilot r m que ena ^ luIycMM», 4 
htUfntatiun «lui naU d. lIocaMtaoi* fWili-« W a ilM 
i^ide el plus pnioadc d ai la tem m t . 

Voilil'uMMir.ld qu'il « pradoil ta «mw »«r k 4é»^ 
llppaiatt de la facolié fimimnoe r* ToalMw» Mto^ 
linc,.lcç;v.- î.i ■..■i(..., -: . . : 'k aolMT 4m« ra»- 
aisosnenl les roinanciert ïl It- («oHrn t^/jr-> > ^ ^ .u 
s'il but ea CToire l'ufrirîU'x. 6*. um • f.j- •- > •>*,«. 
|nagÊ(loul«ji d'un («eti; &.*Lir- ;- ,• v>, ,. '.y.» 
sioousdc^oD& aïoir ê^^*: *..t^. 4 •:-^-. ■-•v _■ . n,-,. 
litude de ceux qui hom^: . ',i^ ,\/j: ^, ■.. . y.-^ 
puisante fatalité u n^/^-x ^ ...^ .• . . .■- , 
trouïé lesetret d'ijticafjr -1 --.j- . . r»> . ,■. . 
CMscieoce et d'*ii-i.i-jr- .- - ■ • 

ie parlenu kiiv^ur- ;,.: t. .^ , - . ;-*.-.- ■..- 
iMriage a ofb-.>ei<En*^si >-.- ^. '.■ 

sur/isede J.:--, 'Ju^.; . 

Weise lOUiti J-r r..:.^.,.. ... , . 

rifur,'-!, Ot uar:i;;>_ -,_- ., 

[lOre ou d' wjl n.a- .. c . ..... 



- 208 — 

par les légistes en faveur de rinstitutioDy il n*y a, si j*ose 
le dire, qu*un cri contre ces petits malheureux. C'est 
plus qu'une charge; c'est, avant, |)endantet après Ten- 
fantcment, une gêne à Tamour, gêne que leurs innocentes 
caresses sont loin, hélas! de racheter. Car à l'amour pro- 
prement dit la progéniture est odieuse : il n'est pas rare 
de voir les animaux et les hommes s'en défaire, lorsque 
leur lubricité ingénieuse n'a pas su l'empêcher. ' 



Devant cette complication d'embarras, provenant, soit 
de la défaillance inévitable de l'amour, soit de la faiblesse 
onéreuse de la femme et de la fragilité de ses attraits, soit 
cnfm de l'alimentation plus onéreuse encore des enfants; 
en présence de cette lassitude inévitable, de ce mécompte 
humiliant, de cette dépravation imminente, ie cette ty- 
rannie du plus fort qui attend la femme, de ce péril qui 
va frapper une malencontreuse progéniture, on devine 
(jnel a dû être, à toutes les époques, le vœu du cœur 
humain, et ce qui a donné naissance à l'institution mys- 
tique du mariage. 

L'amour : On le voudrait réciproque, fidèle, constant, 
toujours le môme, toujours dévoué, toujours dans l'idéal. 

La femme : Quelle belle créature, si elle ne coûtait 
rien, si du moins elle pouvait se suffire et par son travail 
couvrir ses frais! 

Les enfants : On s'en consolerait, s'ils ne gâtaient pas 
la mère, si l'amour et ses plaisirs n'y perdaient rien, si 
plus tard les enfants pouvaient rembourser les parents de 
leurs avances. 

Or, le mariage, dans la spontanéité de son institution, 
a précisément en vue de satisfaire à ce triple vœu : c'est 
un Sackement en vertu duquel l» l'amour , d'inconstant 
Que Ta fait la nature, serait rendu fixe, égal, durable, 



È/e, les ialmnitu-ticn. • 

; T U trmme, de » [.es da ranoaree, éw 

Mniluire utilr ; .1* la i^tenHé, ■■ csAImh, Mnit 

m àm ma, l'ortaét d« h vit H U rmilalii 

■DaMB. 

riafB. eafla, lal qM Ta etmçt raamnalitf 4m 



iganéponnrrM 

«UUa Bfa «• k diair «t d« n«M; la tew 

Jl une Talev éeoooiBiqae, «Ika Citelt Hraiaat 



auilijrieni? 

nntie qaa le Baria(a prtend oflrW eoal/t lia 

icea de l'tmom^ ai la a 

ifom àbfH ééutrm ilaftefra' 
"ïl aorail mean ne astre fia. aMl 4e vdn^ 
U au eoninifc 4e Moralité : 4e«i eh aw a yî, ce 
égalemeot lui n!-ffuçn«nt. 
L à la remoit-, le tal'u! luiid'. sur ti -iCa' m' («'j- 

esl l'Hit C qu'il ) t 'l': \ùu: \ixn , '/.tUM.-, >« 

il ne rapji'.'n^. '.l -i'-nt ,'i.-U-!.v. i.-; l'i-^f t^-jt. 

rioD- («=. Ot ^lii'.' . 'j-t llull- ■'.•■ ."aili'jLil . ij- (wt 



— 210 — 

compœiulrc et de la juslifier. Suivons-la donc, et sans 
nous (étonner de sa niaix^he énigmatique, recueillons ses 
dt^claralions à niesuixî qu'elles se produisent. 

XI 

Au nom de quelle puissance le mariage prétend-il 
dompter Taniour, Siuiver Thomme des ennuis de la pos- 
session, des tribulations de la chair et de Téclipse de 
ridt^al; puis, pri>tcger la femme déflorée, et assurer 
IVxislenoe des enranls? 

Au nom de la Justice. Si Tamour, ainsi que nous ravons 
expliqué ailleurs, est plus fort que la mort, la Justice i 
son tour si'ra plus forte que lamour : telle est la donnée 
du mariage. 

Oci résulte d*al>ord des conditions, formalités et céré- 
monies matrimoniales, telles qu*on les voit se produire 
ou qu'elles tendent à se produii-e chez tous les peuples, et 
dont la substance peut se résumer dans les articles ci- 
après : 

1. Le mariage n'est pas abandonné à TincliDation amoa- 
reuse. qui nVst point éearttH?^ mais que l'on considère comme 
étant seulement de second ordre; 

â. \sO consentement des familles est demandé en même 
temps que celui des époux; 

3. La société prise à témoin^ d'abord des promesses, fianr 
{^ailles, puis de l'engagement; 

4. l ne cérémonie solennelle, religieuse, réalise le mariage, 
et eu fait un sacrement ; 

5. Par cet acte sacramentel, incompatible de sa nature afec 
toute idée de polygamie et de divorce, les époux se jurent ré- 
ciproquement un amour inviolable et perpétuel ; 

C. Le mari promet protection et dévouement, la femme 
obéissance ; 

7. Ainsi conjoints sous les auspices de la famille et de la 
cité, les époui forment entre eux et avec leurs futurs enfants 



— su — 

tt iwit juridiqiw «1 wbdaira, tabnim, ihmib cl 
(nalr ih> b gnsde mcmV, 4ool la deatiaét cit 
«fit <!>• U EuUlk. 

oiinroiiaMi. La coluttitilioa wit le intritirf ; nw de ni 
1K faBWur qui U reiiii iléursye H l'wlidlil, re n'ed ^ ■■ 
MHin 4Mrt IM <foi» oM k *Ml #flHr OU de R'HV pi^ 



I ipi'ellM MMl II 
imeipe «kos l« muùgc «I qu'clks liii lonmil d'ci 
udcbon; btfn même que k niarUgc m' )>uum- ctitUr h 
■rccrUiflc OMOniuiuut^ de fuclune* ri d'oMigaUcin*, de duu* 
lltmet dt joies, cotuoriium: l)ien enlin i|(ie n> «lit il'a{irff la 
lipede b Cunille qa'aienr i-U- fonti^ ]vit U *ui(? Ic« «orj^tà 
flfik», Gonme de lelln loci^ff, rnlrr hiimmi-x ri (nnnm, 
fOmUvuMertuiiDarUge.HIe* ne font puplui le tuuitg* 
f^raMonr m b cohabitoiioa. 

U ■vmga, en nn mol, «st une coositltution tuf ;»• 
Hrf(, EonnM loat i ta fois au br cit^eur |nr la oontnt, 
H (or inf^rifur lar le Micri-incnt, et qui pirrit aunildt 
qoe IW ou l'autre de c« deux cU^enU disparaît. 

Ce qui Trapi-cdans celle institution mysléh-'U!*, c'eil 
sunoul, je ne saurais trop le redire, la pnl-lention hauio- 
iDCDt arouée de KHimellre l'amour, do le placer, Klon 
l'apres&ion de lu lot romaîiiL-, In manv, c't.«t-à-din 
ilus lu dépendance et sous l'aiituriti! dti coupla con- 
lugal, et cela par une sorte ilVïocatioD n-ligieusê. iia 
uorcisme qui purge l'amour de toute la«civclé et débil» 
laocff, relève au^c&sus de liii-nn'tne, «l en Tatt un «enti- 
ment sumaUirel. 

Je laisse de cùlé le détail di-s ritLts qui, en rhaque pnyt 
d cJiaque lucdlité, précèdent, .iimmp.iptfiit <j[ suivent 
la solf-imilé du m,iiiav<- '. il y «n a di- t.jui^lianls, de bi- 
garres, de ridicut-:s, d'obsct>nt!S- h: passe i-^ali-riu/iil -ous 
sileoce les diverses uiltrprélatioiii que l'un a dunnécs du 



— 212 — 

sacrement, soit quant à Tautorité maritale, soit quant 
aux prérogatives de la femme, à l'honneur dû à la mère de 
famille, etc. A travers la variété inflnie des usages, vm 
chose ressort constamment, savoir la pensée de maitriaer 
l'amour par la religion, et, par une conséquence néces- 
saire, de rendre le mari, malgré sa prépotence orgueil- 
leuse, que l'on a soin de reconnaître, toujours empressé 
pour sa femme, la femme, malgré les disgrâces qui l'at- 
tendent, toujours aimable pour son mari. 

Est-ce donc là une idée qu'il faille mettre sur le compte 
de la superstition, et qui ne mérite pas plus d'occuper k 
philosophe que les enchantements, les philtres amoureux» 
les talismans qui rendent invulnérable ou invisible? 

Ne nous hâtons pas, encore une fois, de porter une 
stMublablc condamnation. La religion est essentiellement 
divinatrice : c^est une mythologie du droit. Or, le mariage 
est avant tout un acte religieux, un sacrement; je dirai 
niêine, sauf interprétation, qu'il n'est pas autre chose 
(pie cola. Pourquoi donc ne pas supposer, ainsi que je 
Tai donné à entendre, que le mariage est de toutes les 
manifestations de la Justice la plus ancienne, la plus au- 
thentique, la plus intime, la plus sainte? Notre expérience 
de la vie est déjà longue ; mais nous avons si peu réfléchi 
que notre science de nous-mêmes est à peu près nulle. 
Que savions-nous, hier^ de Téconomie sociale, de la con- 
stitution de TÉlat, de l'organisation du travail, de l'édit 
cation de l'intelligence, de la liberté, du progrès? Que 
savions-nous de la Justice elle-même? Nos premières 
lueurs sur toutes ces choses datent de la Révolution 
française : par quel privilège eussions-nous été mieux et 
plus tôt éclairés sur le mariage ? 

Je dis donc, et. telle est mon affirmation fondamentale, 
que nous avons ici une création de la conscience d'un 
nouveau genre, création ayant pour but, non-seulement 



— 215 — 

pour ne pas dire exploité? Commenl ce maître superbe 
s'est-ii fait le législateur et le garant d'un tel marché? 
Çu'en espère-t-il? qu'y trouve-t-il? Voilà ce que les par- 
tisans de Tégalité des sexes devraient au moins nous ap- 
prendre, avant de déblatérer contre celui dont tout le 
3rime fut d'abdiquer sa force, en inventant, pour la 
lemme, le mariage. 

XIII 

Dans tous les actes, soit de sa vie privée, soit de sa vie 
publique, l'homme tend à sauvegarder sa dignité, consé- 
quemment à réaliser, en lui et hors de lui, la Justice. 

Dans les relations amoureuses il y aura donc toujours, 
à un degré si faible qu'on voudra, tendance au mariage, 
à la consécration de l'amour par l'honneur et le droit; et 
cette tendance, proportionnelle à Fidéal inspiré par l'objet 
aimé, acquerra son maximum d'intensité au moment qui 
précède la possession. 

Ici nous commençons à entrevoir le motif secret qui 
conduit l'homme au mariage, motif qui déjà va nous ex- 
pliquer deux choses : la première, pourquoi le mariage à 
son origine revêt un caractère aristocratique; l'autre, 
pourquoi chez les anciens le concubinat et l'amour vuU 
givague furent réputés moins indignes, moins honteux 
qu'aujourd'hui. 

Le mariage, par son institution, est aristocratique : on 
ne l'a pas trouvé chez les insulaires de TOcéanie, vivant, 
lors de la découverte, dans une égalité édénique; puis, 
chez les peuples où le mariage est déjà établi, mais où 
l'esclavage et la polygamie existent encore, il faut distin- 
guer entre l'épouse et la concubine, la première do imis- 
sance libre, c'est-à-dire noble, l'autre de condition ser- 
^'ile ou plébéienne. De là une différence radicale des 
prérogatives : pour l'épouse seule, il y a des (lati<;avUe!%^ 



— 214 — 

si toutefois il n'est condamné par le juge. L'amende, Teiil^la 
mort même, seront les peines de la débauche, p (Franz di 
Champagny, les Césars, t. Il, p. 301.) 

Nos lois, qui n'adniellenl raction en adultère que sur 
la plainte du mari, ne sont-elles pas sous ce rapport au- 
dessous de celles des Romains? 

Au reste, le lecteur comprend que je n'entends point 
faire un titre au libertinage de Thomme de l'espèce de 
prérogative ou de tolérance que lui ont généralement re- 
connue les lois, ou, à défaut des lois, les mœurs. Je con- 
state simplement ce fait, dont la portée est plus haute 
qu'il ne semble au premier abord, savoir, que dans l'opi- 
nion de tous les peuples le mariage est institué principa- 
lement en vue et dans l'intérêt de la femme; que, sous le 
double rapport de l'économie et de l'amour, l'homme 
perd à cet engagement plus qu'il ne gagne, à telle en- 
seigne que les restrictions dont la liberté de Tépouse est 
entourée, la retraite qui lui est imposée, les peines, paN 
fois atroces, dont son infidélité est punie, doivent être 
considérées bien moins comme un abus de la force que 
comme une compensation du sacrifice marital et une ven- 
geance de l'ingratitude de sa moitié. 

Sans doute une pratique mieux entendue de la vie 
conjugale rassérénera le ménage et y mettra l'équilibre; 
mais ne nions pas ce qui d'abord éclate à tous les yeux, 
le sacrifice énorme que fait un homme de sa liberté, de 
sa fortune, de ses plaisirs, de son travail, le risque de son 
honneur et de son repos, à la possession d'une créature 
dont, avant deux ans, avant six mois peut-être, je rai- 
sonne au point de vue de l'amour proprement dil, il aura 
assez. 

Comment donc riiomine est-il amené à ce pacte où sa 
prépotence devient serve de la faiblesse; où, tandis qu'il 
cioil [)osséder et jouir, c'est lui en rculité qui cbt |H)ssédé, 



— 217 — 

« Virginie, fille d'Âulus, avait été chassée par les matrones 
es sacrifices u la Pudeur patricienne, pour s'être mariée à un 
plébéien, le consul ^olumnius. Irritée, elle rassemble les plé- 
béiennes dans un lieu où elle Tient de placer un autel. Après 
i¥oir raconté son injure : Moi, ajoute-t-elle, je consacre cet 
lutel à la Pudeur plébéienne, afin que la même émulation qui 
existe dans la République entre les hommes pour la valeur 
existe aussi entre les matrones pour la pureté. Faites donc que 
Von dise à Tavenir que cet autel est plus révéré que l'autre, et 
par de plus chastes. » (Tite-Live, 1. x.) 

Ce n'était pas assez pour la dignité matronale d*ètre 
mariée et d'observer les devoirs du mariage, il fallait l'a- 
voir été selon le rit sacré, justificateur, supérieur à la 
convention civile per œs et libram, autant que la religion 
elle-même est élevée au-dessus de rintérèt/ L'idée était 
louable, car elle venait d'un sentiment exquis de Thonneur 
de la femme et de la dignité du mariage; les sévères pa« 
triciennes avaient raison au fond : elles ne se trompaient 
que sur la forme. Cette vertu de justification que Ton de- 
mandait à la cor^arreatiOj en l'accompagnant de suppli- 
calions et de sacrifices, cette légitimité du for intérieur» 
tenait-elle donc à une cérémonie matérielle, à quelques 
formules de prière? Le bon sens répugne à un semblable 
fétichisme, et le législateur latin, d'accord avec l'opinion, 
a donné raison sur ce point à la femme de Volumnius. 
La confarreatio, qu'aucune raison positive apparente ne 
protégeait, tomba peu à peu en désuétude : c'est le sort 
de tout symbolisme inexpliqué ; la coempiio disparut à son 
tour par une cause semblable ; et Vusucapio s'élevant d'un 
degré, le consentement public des parties suffit à la fin 
pour la validité du mariage. 

C'est en haine de cet esprit aristocratique que Platon, 
dans sa République, abolit le mariage et rendit les femmea 
communes. Dans son opinion il ne les avilissait pas ; seu- 
^^ment, comme il ne découvrait dans la diftUtvc.V,voti À^% 



— 216 — 

un conlrat, des noces Icgilimes, des privilèges, des droilSi 
par-dessus tout le respect de la cité. Quant à la concih 
bine, après avoir servi aux plaisirs de son propriélaiit, 
elle redevient sa servante, elle lui sert de chambrière, A 
boulangère, de parfumeuse, dit le Deutéronome à propof 
du statut royal dont .il menace les Israélites. Dans k 
Décalogue il est défendu, par un seul et même comnuui' 
dément, de convoiter ni la femme ni la servante (conçu* 
bine) du prochain. Mais les conséquences de l'infractioi 
sont bien diflcrentes, selon que la femme est libre oi 
serve, épouse ou favorite. Dans le premier cas, pein 
de mort; dans le second, peine du bâton. 

Mais nulle part cet esprit aristocratique ne se monln 
avec plus de force que dans les cérémonies du mariage ro 
main , selon la classe à laquelle appartenaient les époux 

Il y avait d^abord la confarreaiio^ ou banquet sacré 
seul connu dans les premiers temps et dont Tusage fu 
ensuite réser\'é aux patriciens; puis vint la coemptio, oi 
la vente, établie par Servius Tullius, pour la légitimatioi 
des unions plébéiennes; enfin, Vusticapio^ possession d*ai 
et jour, lorsque la femme était étrangère, sans pareal 
qui la pussent livrer. Au fond, ces trois formules de ma- 
riage produisaient les mômes effets, quant au for exté- 
rieur, pour la femme cl les enfants. Mais il s'en fallait 
de beaucoup qu'elles eussent dans Topinion la même 
valeur quant à ce qui touche la partie la plus délicate 
du sacrement, à savoir, la dignité de Taniour, Thonora- 
bilité de la femme, la sainteté du lit conjugal; en autres 
termes, le for intérieur. A peine si la fière matrone 
admettait qu'il y eût de Thonnèteté chez la plébéiemie, 
mariée par une vente fictive; à plus forte raison chei 
rétrangère, prise, pour ainsi dire, à Fessai, exposée au 
risque de voir la prescription annale, son unique espoir, 
interrompue par un caprice de son possesseur. 



— 219 — 

christianisme, l'antiquité avait eu le sentiment profond 
de ce fait, et, tout en élevant haut la dignité matrimo- 
niale, elle avait essayé, par sa tolérance, par ses coutumes 
et ses institutions, de racheter Tindignité de l'amour 
libre. 

En dehors du mariage aristocratique et solennel, les 
Grecs admettaient, pour les cas où le mariage était censé 
par une raison quelconque impraticable, un concubinat 
qui n*avait rien en soi de dégradant, bien que la femme 
n*eût aucuns droits légaux et que ses enfants ne pussent 
tenir lieu des légitimes. La femme de compagnie, hétatray 
n'était pas infâme; privée des honneurs de l'épouse, elle 
l'emportait souvent sur elle pour la fidélité, la chasteté 
et le sacrifice. 

La fameuse Briséïs, cause innocente de la querelle 
entre Achille et Agamemnon, était, comme Chryséïs, la 
fille du grand prêtre, de captive devenue A^^a^ra. Quoi de 
plus touchant, de plus décent, que les larmes de cette 
jeune fille, quand elle se voit enlevée à son Achille, le 
maître de son cœur et de sa personne? Comparez ses 
adieux avec ceux d'Andromaque, l'épouse légitime d'Hec- 
tor, et vous trouverez dans la différence des tons du 
poêle la différence de condition dés deux femmes, mais 
rien qui trahisse la moindre idée d'avilissement. — Alci- 
biade, réfugié en Asie, vivait avec une hétaïra quand il 
fut assassiné : on sait avec quel soin pieux elle recueillit 
le corps de son ami et lui rendit les derniers devoirs. — 
Les Dix mille, de la fameuse retraite, avaient chacun 
leur femme de compagnie. Ces femmes les suivaient dans 
les marches et sur le champ de bataille, préparant leurs 
repas, pansant leurs blessures et leur ridant tous les 
services d'épouses dévouées et fidèles. Religion à part, 
croyez-vous. Monseigneur^ que ces femmes ne valussent 
pas, pour rhérbfsinë, nt)s sœurs de ChanVfe, v\c»\\\. \vi 



— 220 — 

ministère, je le sais comme vous, cesse à la convales- 
cence du malade? Croyez-vous que le cœur du soldât 
ne se sentit pas plus fort, soutenu par cette pieuse et 

gratuite tendresse? — Âspasie, que nous qualifions 

injuricusement de courtisane, était la dame de compagnie 
de Périclès. Aristotc, Platon, les philosophes en général, 
étaient engagés dans des liens semblables : jamais il n'est 
venu à la pensée d'un Grec d'y trouver matière à critique 
et à calomnie. 

XV 

L*idée que la condition de Thétaire, illustrée par ta 
poésie, la philosophie et Thistoire, n'était pas incom- 
patible avec une certaine dignité, inspira l'empereur 
Auguste, lorsque, trouvant les Romains rebelles à l'anti- 
que conjugium^ il donna un titre légal au concubinat, 
et éleva à la hauteur d'une institution publique ces unions 
libres, que la gravité des vieux patriciens avait toujours 
refoulées, et que multipliait la décadence des moeurs 
républicaines. M. Troplong {De iHnfluence du christia- 
nisme sur le droit civil des Romains^ in-12), accusant 
cet empereur d'avoir précipité la dissolution des mœurs, 
a également méconnu l'histoire et le cœur humain. 

Le mariage, pour des causes qu'il est aisé de deviner, 
et malgré les facilités qu'offrait le divorce, si largement 
pratiqué dans les derniers temps de la république, était 
devenu onéreux à tous les points de vue; la plupart re- 
couraient à des unions où la liberté, l'amour et l'écono- 
mie trouvaient mieux leur compte. Auguste régularisa 
ces fnœurs nouvelles en créant, pour ainsi dire, l'état 
civil du concubinat, et selon moi il fit une chose morale. 
C'était le mariSge qui renaissait sous un autre nom : il n'y 
avait qu'à laisser faire au temps. 

u Ce qui différenciait le conoubinatus du mariage légitime^ 



— «I — 

p, e'm <iiir par ce nwrim n 
e inc Ivfui'tlr' 11 M mariait pM 
»iMe ipula tuwrl, miM il \a pnm 
T i litn dit femne H de amcubio*. Lr* ctiAÛtt ^ 
aient de ce nwmie n'anieol pu ki droiu de llkniU», m 
^teieol pMiMiMUhrrij ikn'MurnI pu iM^miiDoiDi hélirdt. 
Oe lei eiiîteleil b&«r< mIwWm. mt appcbii notai et ternit 
)m obaU qui JUÎPel vf» mt teurlo cl J'uDtulM dff— dmii 
^WÊxn, Cimttat lit tiutriagt.', 

■ Soiu rnoperrar Jutlimpo le conruliinafii n'élail poiM 
racorv tboti ; il était pennia d'iiaif nor ronruluM. * (Mnui', 
XkkmI ilf juriijT.) 

(V. auaei ih'^Mif, t XXV, tii. vti, Dw r»nritbi»ni Aix»- 
QKUilfaA* eUiftiM, Itr. IV, chap. iit.) 

LlMnae narié ne pooTiit avoir de coD cu b ii w : le 
tmmtnte leqndle il iTail elon commeroe Mait nun. 
Virgile, deaa n Kàoo, me panlt auwî avoir fait alht- 
■sa A h ooatmiM bomériqoe de YkétafnU ; et c'eit A 
iDon avis tramai entendre ce poT-le, que de comparer 
les amours de la reine de (^arlliagc avcr celles d'une 
pétheressc de notre temps. Plus s^ivcrc qu'Auguste, ce- 
pendant, Virgile se fiariic tii'n dVnnotilir If conciiliinat, 
et s'il a rendu Dtdoii si trmulianlc, i;'a i-U' pour relever 
d'autant la pudit-ilé nintronale, re|>résenlé<! |>nr l^vinic. 
L'ËDéidc était le chant du droit romain, roinmc l'iliadi^ et 
l'Odyssée avaient riR le cliant dn dmit ltoc, une (Piivre 
par conséquent de liante moralité [itihliquc. I.cs convc- 
ninces épiques ne permettaient à Virgile ni de laisser 
croire qu'il mil Icconcubinal au niveau du mariage, ni de 
Sf livrer à une description ('Trtlii|ue qui n't'ût pas trouvé 
son ûïcuse dans la conscicm i- publique olle-mi'me. 

Remarquezd'abord que Junon, la chaste et sfvcro déesse, 
[iréside à l'union clandestine de Didon, union qu'elle se 
[iropose de changer en un firme et légitime mariage : 
Connubio jun^am eUM'i pn .pria nique dirnbo, 



^.ii;:: Àiitn «^compiles sur la 
(lit! k)ll:■r^I^é, envoyé auprès 
'.■■ i'^: jSiTLçeaienl, déjà le 
■ ii:!in', ;-"Eii«e lui-mËme, 
;- ii'.!]iii !>'■: ~:oux que de se 
1 iiiiii-i IL :,--n;!nc de Troie à 
,:( :!ii-*. iif.; aÏDsi espéré i 
.;:ii!? :::-u r^ tfommalion si 
:.i,(i; i. ;;L^, c'.ïe le dit for- 



.'.".■ic^ ionire des 
.'l.^l.^~-:s4 promise; 
L-: -iTii;;. et qu'il 



. ^ituÀnar <t i ki] 



-.:7s saut un acte 



i une ' 
reluder m. 
i'bintei. 




Lille '■ 



— 223 — 

une passion dépitée, sonl'celles d'une compagne sacri- 
ée, non d'une femme trompée ; à cet égard, elle est si 
>in d'envisager sa faute comme nous le ferions aujour- 
'hui qu'elle regrette de n'avoir pas au moins un enfant. 
le son union passagère : . 

Çi quU mlhi parvulus aulà 

Lu^eret iCneas ; 

4ée qui certes ne viendra jamais à une libertine. ; 

Au surplus, j'ai fait connaître ailleurs la raison pé^ 
lllique et sociale de cet épisode de TÉtiéide. Virgile, 
en admettant, avec Homère, Platon, Âùgnste lui-roémr; 
une certaine honorabilité dans le cojiciihinat, a voulii> 
surtout glorifier le mariage romain, et réprouver .6n 
conséquence la dégradation de la majesté impériaie 
dont s'était rendu coupable Antoine , par son conçu- 
binât avec Cléopâtre. N'oublions pas que te triumvir, 
après avoir répudié Octavie pour prendre la reine 
d'Egypte, répond à Auguste : — « Quel mal fais-je? 
< Cléopâtre est ma femme. En peux -tu dire autaol; 
«de Tortulla, de Térentilla, et de tant d'autras que 
« tu courtises contre tout droit et toute pudeur?...^ 
Koviron cent ans après la lecture que Virgile Gt dà 
son poëmo en présence d'Auguste et d'Octavie, U 
femme délaissée d*Antoine, la tragédie de la fonda** 
Irice de Garthage et du héros troyen se jouait au 
naturel entre Titus et Bérénice, dont le conçubinat, 
non l'amour assurément , blessait si fort le soldat r(H 
main. A une époque où le mariage solennel tombait 
en désuétude , la qualité de concubine ou hétaire était 
un pas vers la dignité d'épouse : cette transition , que 
noire civilisation rejette , me parait avoir été , après la 
chute de la république romaine, le principal soutien 
de la moralité dans les relations des sexes. 



— 224 — 

XIX 

Mais, si lo mariage était redouté du grand nombre en : 
raison du décorum^ des charges domestiques, des prétcn« 
tiens de la matrone, etc., il n'était pas plus facile, et par 
des raisons analogues ,.i\ quiconque Teût voulu, de so 
donner une concubine ou hétaïre. Que faire alors?... Le 
paganisme avait osé se poser la question : il faut voir la 
réponst». 

1 /homme a besoin de s'honorer jusque dans le péché. 
Je n'aime point, je l'avoue, ces accommodements avec la 
conscience; mais je ne puis m'empôcher de reconnaître 
ici, une fois de plus, le sens moral de l'antiquité. Elle 
avait porté haut la dignité de l'épouse ; elle avait honore 
la concubine : laisserait-elle périr la femme vouée à l'a- 
mour inûversel, qui, no ix)uvant devenir la compagne 
d'aucun, t^st condamnée à servir de maîtresse à tous? 

Il y avait donc, en dehors des épouses et des concu- 
bines, pour le service de l'amour passager et au plus bas 
prix, des courtisanes, comme il y en a parmi nous mal- 
gré les prescriptions du christianisme; mais avec cette 
diiïérence , que chez les anciens la religion intervenait 
en ravcMH' do ces femmes, livrées par nos mœurs à la der- 
nière (les infamies. Kllcs étaient placées sous la protec- 
tion de Vénus, elles servaient dans son temple; leur 
dignité , si j*ose eniployer ce mot en parlant de femmes 
prostituées, était sauvée en quelque façon par le sacer- 
doce. On les appelait, dans le langage de TOrient, d'où 
elles passèrent en (îrècc, fd les consacrées, en hébreu 
qadischoth, littéralement des saintes. 

Il existe au Japon une coutume semblable et bien au- 
trement perfectionnée. 

« Ali Japon^ coinine en Grèce^ comme dans Tlnde antique 
n moderne^ les femmes galantes par profession paraissent 



— 225 — 

avoir une ^mission poétique et religieuse qui se lie aux an- 
ciennes bases de l'organisation sociale^ et qui leur permet de 
conserver leurs droits aux prérogatives de leur sexe et aux 
égards de la société... Leur éducation est l'objet des soins les 
plus assidus. On leur apprend tout ce qui peut contribuer à 
rehausser leurs avantages naturels^ développer leur intelli- 
gence... Une fois leur engagement expiré^ ces femmes rentrent 
dans leurs familles; un grand nombre réussissent à trouver 
des maris, et personne ne songe à leur rappeler leur vie 
passée... Le nombre des maisons à thé (habitations de ces 
femmes) dépasse toutes nos prévisions européennes. A Naga- 
saki, ville de 70,000 âmes, on en compte plus de 750. » (Uni- 
ms pittoresque, t. VIII, p. 45 et 46.) 

Ainsi fut conçu, de par la Justice immanente dans 
THumanité , le culte de la Vénus vulgaire ; car, ne Tou- 
blions pâs, toute religion , si pollue qu'elle paraisse, est 
une expression de la Justice. Certes la Révolution n'en- 
tend point, quoi qu'on ait dit, réhabiliter la fille de joie; 
mais, vraiment, la manière dont notre hypocrisie chré- 
tienne explique et juge les mœurs d'autrefois n'est-elle 
passtupide? Qui donc au Japon, dans l'Inde, laBabylonic, 
la Grèce, mit jamais la protégée d'Aphrodite au rang de 
l'épouse, ou seulement de Thétaire? Quel homme de sens» 
pouvant se donner l'une ou l'autre de celles-ci, leur pré- 
féra l'amante commune , la femme omnivore, celle que le 
latin brutal nommait une chienne, lupam ? 

Ce qu'il faut voir ici est ce sentiment, naïf et profond, 
de la dignité de la femme , qui changeait en acte de reli- 
gion ce que la morale la moins sévère ne peut s'empêcher 
deilétrir comme le comble de la dégradation. 

Eh quoi! lorsque Simonide , célébrant le patriotisme 
des courtisanes de Gorinthe, ose faire pour elles, au nom 
de tous les Grecs, cette épigraphe : Celles-ci ont prié Fe- 
»tt«, qui, pour l'amour d'elles , a sauvé la Grèce , nous 
ne verrions dans ces mots qu'une horrible çto^Tv^Wwvôkfc 



— 226 — 

la pairie et une insulte à Tamour conjugal! PourqwHne 
pas comprendre plutôt que ce témoignage de la recon- 
naissance publique, qui après tout avait son principe 
dans les institutions, avait pour but d'exalter le sens mo- 
ral chez ces femmes , en leur faisant entendre qu'elles 
aussi avaient une part dans les destinées de la patrie 
grecque 1 De nos jours , l'injure officielle les eût refoulées 
dans les immondices de leur temple : qui sait combien 
dVnlre elles passèrent alors de la condition de courtisa- 
nos à celle plus honorée de compagnonnesï Et certes, 
lorsque plus tard , vers le premier siècle de notre ère , 
tout se fut corrompu dans la société i)olythéiste ; quand 
la l'cinme, épouse aussi bien que courtisane, panit àtous 
les degrés avilie, s'il était un moyen de réformer les 
mœurs, ce n'était pas sur ces matrones orgueilleuses et 
dépravées qu'on pouvait en faire l'essai; c'était plutôt 
sur ces créatures du troisième rang dont le cœur, eu 
quelque sorte purifié par l'excès môme de la débauche, 
se rouvrait aux inspirations de l'amour chaste et de la 
vertu. L'I^glise n'a-t-olle pas eu ses Madeleine, ses Thaïs, 
ses AflVo, qui, d'un seul bond, s'élevèrent des boues delà 
prostitution aux sublimités de la pénitence et du martyre? 
prêtres , ipie la politique non la pudeur de vos papes 
eut tant do peine à arracher au concubinage, vous ne 
connaissez rien à la religion; car vous ne connaissez ni 
le cœur humain, ni la marche de la société, ni votre his- 
toire. 

XVI 

Uésumons ces faits, et faisons-en ressortir le dévelop- 
pement et la série. 

Le point de départ de l'institution du mariage et de la 
faniilie est la génération. 

Lxallé, irnnsformé par l'idéaUsme, cet instinct devient 



— 227 — 

Tamour, le plus puissant des niouvciiionts iic Tàiiie après 
la Justice, engendré par la combinaison île deux ralulilés, 
Tune organique, Tautie intellectuelle. 

Dans cet état, raïuourest lui-même le plus tyrahnique 
des fatalismes, remarquable surtout par son évolution 
tour à tour croissante et décroissante, irrésistible quand 
il vient , impossible à retenir quand il s'en va. 

Là cependant ne fmit pas pour l'humanité le rapport 
engagé entre les deux sexes pur la génération et T^mour. 
L'homme sent sa dignité en autrui : de là, en général, 
sa Justice. 

D'un sexe àTautre, cette dignité se sent d*une façon 
particulière, qui ajoute à l'an.our un caractère aupara^- 
v^t inconnu de sérénité et de tendresse, éteint la pas- 
sion, et crée un attachement (|ue tous ceux qui L'ont 
éprouvé jugent unanimement de nature à pouvoir durer,' 
malgré la dégradation extérieure de l'objet aimé , «autant 
l«e la vie. 

Ainsi l'homme aime tout à la fois par ses sens, par son 
esprit et par sa conscience : il ne peut pas ne pas aimer 
ainsi, parce qu'il est homme. 

Selon la puissance d'idéali^atiun et de Justice de ra- 
mant, et la qualité de Tubjet aimé , T union de Thomniç 
et de la femme inclinera plus ou moins versTunou Tau- 
trede ces termes : les sens, l'idéal, la conscience. De là 
trois degrés princi[)aux de manifestation de l'amour : la 
fornication, le concubinat, le mariage. 

Il se peut que par Fellet d^une méprise ou de circon- 
stances indépendantes de la volonté des personnes, il y ait 
erreur de fait dans les situations légales; que tels maries 
soient d'abominables fornicateurs , tels concubinaires de 
vrais époux , sinon pour le for extérieur au moins ppur 
la conscience. Ces contradictions, qui ne portent que sur 
les apparences, confirment la règle, c'est qu'un seotimeoll 



— 228 — 

de dignité plus ou moins profond est toujours présent 
dans les manifestations amoureuses de l'homme, senti** 
ment qui est le principe du mariage. 

Comment, ce principe se traduit-il en acte religieux? 

L'ensemble de nos études Texplique. La Justice a pour 
expression première la religion ; Tamour conjugal , fondé 
sur la dignité mutuelle, et, si je puis ainsi dire, sur la 
communauté de conscience, prend donc une teinte de 
piété. Tous les amants sont inclins à la dévotion ; la fa- 
mille devient, par l'amour, le foyer du culte : là est le 
secret de la durée des religions. 

Quant à la position particulière de la femme au foyer 
domestique, à sa part de liberté et d'influence, chose 
remarquable, elle est partout inverse de l'honorabilité 
du lien qui l'unit à l'homme. 

La femme galante jouit de toute son indépendance : 
trafiquant de ses charmes, hormis un instant très-court 
elle n'est rien pour l'homme, qui n'est rien non plus pour 
elle. Elle peut dire : Je ne connais point de maître; mais 
elle est avilie. 

L'égalité règne dans le concubinage , aussi longtemps 
du moins que la maternité ou d'autres disgrâces ne met- 
tent cpas la femme à la merci de son amant. Mais la con- 
cubine n'a aucuns droits, et tout ce qu'elle peut attendre 
de l'opinion , c'est qu'on fasse grâce à Tirrégularité de 
sa position en faveur des vertus qu'elle y déploie. 

L'honneur et la dépendance sont pour l'épouse. 

« Nulle part autant qu'à Rome la chose publique n'accepta 
et ne gloriria la vertu féminine; nulle part la femme ne fut 
plus citoyenne, plus associée aux dangers, aux triomphes, aux 
intérêts, à la gloire commune... Elle tient le second rang dans 
la cité. Tout père est prêtre, guerrier {quiris), patron, maître 
(dominus) ; au dessous du père, la femme, matrona; puis, les 
\\bve<f liber i; les ej^claves, servi; les clients, qui n'ont pai 



— 229 — 

droit de parier^ elingues, c'esf-à-dire qui n'ont pas de droit 
politique, d (Franz de Ghampagkt^ les Césars.) 

Mais, qu'on ne s'y trompe pas, si Thonnenr est grand, 
la subordination au père de famille est rigoureuse. La 
Romaine ne fut jamais qu'une ménagère : Domi mansitt 
lanam fecit; elle a gardé la maison et fllé la laine, disait- 
on d'elle, et les plus illustres tenaient à honneur de rem- 
plir ce modeste devoir. Lucrèce, délie, Valérie, Virginie, 
Yéturie, Cornélie, Aurélie, la mère de César; Atia, mère 
d'Auguste, Livie elle-même, Porcie, Arrie, Agrippine, 
femme de Gcrmanicus, toutes ces héroïnes, auxquelles 
nous n'avons rien à comparer, furent avant tout des tra- 
vailleuses , des prêtresses du sanctuaire domestique. Les 
vieux Romains ne souffraient pas l'immixtion du sexe 
dans les choses de l'État : on sait que le parricide Néron 
fut presque justifié aux yeux de la plèbe , comme si , à 
; l'exemple de Brutus bourreau de ses fils, il n'eût fait 
eu tuant sa mère qu'accomplir un acte nécessaire de 
l'autorité paternelle. 

Cette sévérité des mœurs latines nous paraît excessive : 
aucun roman intime des sept premiers siècles de Rome 
ne nous est parvenu, et nous nous demandons, en lisant 
dans les jurisconsultes le détail des cérémonies matri- 
moniales et des devoirs de l'épouse, si véritablement les 
Romains aimaient leurs femmes. 

Question de bas-bleus et de coquettes. Le mariage ro- 
main par confarreatio est le chef-d'œuvre de la con- 
science humaine : en faut-il davantage pour démontrer 
que les femmes romaines furent les plus aimées de toutes 
les femmes? Pendant près de six siècles , pas une sépara- 
lion, pas un divorce, ne vint scandaliser la cité ; encore le 
premier qui en donna l'exemple, Sp. Carvilius Ruga, 
cité par les historiens pour l'étrangeté du fait , ne fit-il , 
en se séparant d'une épouse adorée, mais stérile^ qu'obéir 



— 230 — 

à l'ordre des ccuseurs, qui lui avaient t'ait promettre de 
donner des enfants à la République. La constitution de 
l'État ne fut elle-même qu'une extension de celle de la 
famille : qui touchait à celle-ci, ébranlait aussitôt celle* 
là. Toutes fts révolutions romaines ont pour cause un 
attentat à l'honneur domestique : la mort de Lucrèce 
amène l'expulsion des rois et l'établissement de la Répu- 
blique ; celle de Virginie détermine la chute du décem- 
virât; le crime de Papirius produit la liberté civile; un 
peu plus tard, l'insulte faite à une autre Virginie amène 
la divulgation des formules : alors le mariage plébéien, 
coemptio, devient l'égal du mariage patricien , confar- 
reatio. Mais de cette époque date aussi l'altération de la 
charte domestique ; la constitution de la famille entraî- 
nant celle de l'État, le droit public est changé, mutatum 
autem jus, selon Tobscrvation de Tile-Live, et la Répu- 
blique que soutient de moins en moins le respect des 
pères, patres conscripti , incline à sa perte. (Voir une 
excellente monographie du Mariage romain, par M. Picot, 
in-8% 1849.) 

La question maintenant est de savoir si le principe de 
conscience qui dans l'union de l'homme et de la femme 
s'ajoute à l'amour pour le purifier, le rasséréner, le con- 
vertir, en faire un amour spirituel et à toute épreuve, ce 
qu'indiquait la fralernilé mythologique de l'Amour et de 
ni) menée; si, dis-je, ce principe a véritablement l'effî- 
cacilé requise; à quelles conditions il peut acquérir cette 
efficacité ; ce (jue vaut à cette fin l'acte ou sacrement de 
mariage; quelle destinée il fait à la femme , et de quelle 
importance il est pour la Justice et la société. 

Suivons l'histoire. 



- Ul — 



XVII 



l'ilyjlitffi^ 



' Oot vu au prco^tviil cbi[>ilrc coinim'nt r«xp(heaot 
liruniHir, tii] qw le dnnnent ri«iiu;:i nation rt Im NMf 
Ktrft 4a faire naître l'td^- dii tnarid^. 
Olle id^, il n'y a [ut* li «'y Iroinivr, iiVtl rim île note 

S le projet <li> duniptirr l'amour, de Ir rendra coottant, 
le, tttièti^X'iUc, supérieur h luî-m^me, rn l« |iteMrafl| 
ihaitle doM de c^ centiroenl de dj|inil^qui •ocompagOl 
Itoiqnie dao> toula te» nctioni. et en ii-âMunt llioniH 
llb femme dui* »np comniunanft' ilr innvrieoco. dort 
Il cotninutiBiité «le furtutw dcvk-ni lit t'oiti«t|iMince «t M 
Fç''. La 'MiiviVriiion malrimtHiinlr l'^ir 1" mtniït^rc du 
ITftre, avec sacrifice, uus|ii('cs. iiit>>i iiliiiii iIps dît'ux, 
tanquet t'iicliahsli(|iic, iiurolc^ sirn'lcv, iNiit-dJction, 
eiorrisme, n'a jias d'aiitrr sons, l'nur li' Milf-'iiire, c'était 
comme un pliillru oiYsicriciix <[i.i ili't.ni l'uiiriTcr à l'a* 
■Qour 11 qualili; divine, rinci<rni|>lil>ilili''. l'nur le (iliilo- 
»phe, c'est ruftimiHlirn d^ hi rou-r'wuii- ijiii répudie 
l'amour dans sa Datiui- iIcxHiIirm ni l.ii.il. , • i i.nd à s'en 
faire un inslruii>ui1 di; Ji^lJcu «ji le r..rii.rlis aiil à son 
■tnage. 

Ot, ftifn ne se produit i-n •■tIu i!r rfii. Itien ne (end 
rien. Rien ne peut fin' l'r.rprrf.!;ion '/•■ rfn : le mariage 
n'est donc pus une \aine ('Oiicejiliori i|i' 1;i conscience, 
c'tst une rcdlilé. 

Ce n'est pas rien, en cffcl, qne <-■ ltr> ^i.|im .>\\><i> sublime 
i qui la chair répugne, que la beaulé n.cmc ne sulisrait 



— 232 — 

pas, et qui sous cet idéal cherche un idéal supérieur, 
l'idéal de l'idéal. Il y a là un phénomène de psycho- 
logie qui étonne l'esprit par sa hauteur, qui s'empare 
de la volonté par son exquise délicatesse, qui commande 
la certitude par son universalité. Espérance d'en haut, i 
qui le succès n'a pas toujours manqué, témoin les six 
siècles de fidélité conjugale de l'ancienne Rome. 

Que si maintenant nous considérons le mariage dans 
SCS rapports avec la destinée des nations, nous devrons 
reconnaître qu'entre la société et la famille il existe une 
solidarité intime ; que comme la génération est une fonc- 
tion de l'organisme, le mariage est une fonction de l'hu- 
manité, hors de laquelle l'amour devient un fléau, la 
distinction des sexes n'a plus de sens, la perpétuation de 
l'espèce constitue pour les vivants un dommage réel, 
la Justice est contre nature, et le plan de la création 
absurde. 

Le mariage n'est donc pas seulement une idée ; ce n'est 
pas non plus seulement une réalité : le mariage est né- 
cessaire , de nécessité sociale. 

C'est ce que nous allons démontrer par l'examen de ce 
qu'il advient de l'amour, et par suite de la famille, de la 
société , de l'espèce , lorsque les relations entre l'homme 
et la femme ne sont plus régies par le principe conser- 
vateur du mariage. 

XVlll 

Tout se conserve et se développe dans l'Humanité par 
la Justice, avons-nous dit ; tout dégénère par l'idéal. 

11 en sera de la famille comme de l'État, comme de la 
philosophie, des lettres et des arts. Fondée sur le droit cl 
pour le droit, elle périra par l'idolâtrie de l'amour. Et 
comme tout s'enchaîne dans la société, la décadence dei 
mœurs domestiques par l'idéalisme erotique sera d'autant 



- MS - 

h* nfUt que U nrrTD|rfioa ila taam* (m 
PMèliiiiMi polUM|W , fUél>pb]rtk]M (W Mtl 
Ib gmid tnin, et vin r<enà. 

• on tnils Ta|ii(lci In HMoicnUi (le eeU* 



iftét avoir, pur un aciu Jr n »ponlan^iiA n^^mêa, 
mt k mariage, l'ctpril, uWisuiit i U lut du dt^ al oppa 
mt inl«lkctMl, ^udic ce »>in|iole cl t-n diflnbe h 

raisoD (tbîlomphtque. ProbU^mr dilTIrile, <)i(iit la m 
Bige d« nombreuses f onnaûuanrtf, «t ne |>«ul par o 
liqnent loi Mit »ilM rfoonAe. Gomme il ne (" 
M*«M cMoMMiie UmL exU'rieure. un rii<- >apenUliBiii. 
iw rWtU apparente, IVtprit nû le nuriage; «'«■!-&• 
en qu'il ne reconnaît du mariaKc que la partie pore- 
■eot civile, rclalivc à la position <)m parties Tt»ià-Tis 4m 
livjct a» droit des enfants : «^ qui auimila le mariaiè 
iun nurclié dans leqiKl l'amoiir n'n ri<D à Taire, la ooo- 
fomce des époiii rien à Miir. 

Cesl ainsi <)u'à Rome la forme rolitiieii>c du mariage, 
lacM/arreafio, par laiiiiol In l'cpoux s'engendrait s|iinluel- 
lement son é|H)iise avaiil d'engendrer de o'Ilr-ci dt-s cn< 
fants, tomba en désnéliide. i.a eoemptio, |iiii~ Vusucapw, 
produisant, quant au for exlêrienr, lis mûmes eiïels, on 
en conclut avec l'Ijiicii (|ue le contrat tJlail tout, la cé- 
rémonie insignitiaiite ; que fciiiii faiçail le mariage élail 
la volonté de s'unir, consentut facil auplias, plus, ivr- 
laines stipulations conci'rnaul les apports et an/urlt. 

U famille ainsi établie Mir une base duiiteuKe, {luis- 
<]ue le cAté religieii\ ii'Olail pas luiupris , et r}tie \\n\lii do 
le comprendre on le détiiissail, la lir-^'itimilé des eiifanls 
tlevenue équivoque, on loiiçoil tumiiierit il lie^iiil im- 
possible de distinguer li.' mariage «lu ((nicnliina^e, et 
comment rem[iereiir \ii^iisie, dans l'inlirêl do la po- 
pulation et des niirms, ftil conduit à iloiiticr au conçu- 



— 234 — 

binai un litre légal. Je m* étonne qu'un écrivain tel que - 
M. Amédée Thierry {Histoire de la Gaule ^ l. l") ait 
pu voir dans cet abandon de la confarreatio un progrès: 
les choses parlaient assez haut cependant. 

C'est ici le cas d'appliquer la règle : La forme emporte 
le fond. Le sacrement dédaigné , le sentiment religieux 
du mariage ne tarde pas à s'éteindre; l'institution dispa- 
raît du foyer, elle n'existe plus que pour la place pu- 
hli(]no. De ce moment l'incompatibilité des humeurs, des 
idées, des sentiments, prend l'essor-, la division, puis le 
scandale, entrent dans la famille; l'autorité paternelle, 
que ne tempère plus l'affection, prend un caractère de 
tyrannie auquel le législateur se croit obligé de mettre 
un frein; la femme, protégée par les siens, sentant sa 
force, sVxagérant ses droits, devient insolente, aspire à 
Tégalité; les enfants, à peine adultes, obtiennent l'éman- 
cipation ; la famille devient une pépinière de discorde, et 
le serment conjugal, sanctionné par le divorce, une pro- 
messe tacite de résiliation. 

Alors, malgré les phrases pompeuses des juristes, qui 
continuaient à définir le mariage une participation du 
droit divin et humain^ il devint clair pour tout le monde 
que celte prétendue participation se réduisait à une asso- 
ciation de biens et de gains, communauté de profils et 
perles, dont les enfants formaient le principal article. 
Dans un contrat de cette espèce, auquel suffisait le mi-* 
nislère du tabellion, les stipulations d'intérêt tenant toulc 
la place , Tamour laissé à ses propres risques, le mot de 
mariage retenu par habitude et pour les convenances, 
l'union des époux, quant à la couche, ne se distinguait 
en rien de celle des concubinaires, que dis-je? des simples 
fornicateurs; de sorte qu'entre le mariage, le ctmcnbi- 
nage et la prostitution légale, il n'y avait pas de diflercnce 
essentielle. 



— 23? — 

Rien n'est impitoyable comme la logique. Ui voile 
ïopûaly flammeuniy déchiré; Tamour céleste, promis aux 
ipouXy changé ipso fado en caresse lascive; la fidélité 
naritale jetée aux vents , la pudeur féminine tombée en 
^égiieuleriey le mariage dut être et il fut pris pour ce qu*il 
îtait, un marché *de dupes. 

XIX 

Que de raisons aux deux sexes de s*en abstenir ! 
La vieille Rome avait présenté ce miracle de cinq cent 
vingt années passées sans un divorce : nous pouvons har- 
diment en conclure que les adultères, soigneusement 
dissimulés , furent rares. Quel merveilleux amour, quel 
respect, quelle charité, quelle force de continence ce seul 
fait, raconté par tous les historiens comme étant de noto- 
riété publique, officielle, suppose chez les Quirites et leurs 
matrones!... Une telle race était faite pour conquérir le 
inonde. 

Mais voici qu'avec la religion nuptiale la pudicité s'est 
envolée; et les mêmes hommes, les mêmes femmes, qui 
ont étonné le monde par leur chasteté, l'étonneront par 
leur luxure. 

K une époque de dissolution générale, dans un milieu 
enflévré par le luxe et les jouissances, dénué de vie pu- 
blique, sans communion sociale, tout créait aux époux 
des antipathies sans fin, tout leur devenait motif de di- 
vorce, tout militait par conséquent contre le mariage. 

L'avarice, d'abord, côté faible de l'âme romaine : les 
frais de maison sont trop lourds; l'entretien des enfants 
et leur éducation sont autant de retranché pour le bien- 
(tre personnel. Au-dessus de la maxime Chacun chez soi^ 
ohmn pour soi, dont le triomphe a amené la désertion 
^^ forum et assuré la fortune de César, règne, sévit, le 
Ifeoce Primo mihi. Tout pour moi! Devant cet indomp- 



— 236 — 

table égoïsme, que devient l'amour? Un objet de consom- 
mation, comme le pain, le vin, la baignoire, le spectadei 
qu'il faut obtenir au plus juste prix. Donc, point de 
mariage. 

Le dégoût du travail : le noble et le chevalier s'en dé- 
chargent sur la plèbe, qui le renvoie aux esclaves. Sans 
travail, ne fût-ce que celui de la surveillance et de l'ad- 
ministration, point de fortune qui se puisse soutenir; 
d'ailleurs, point de Justice. Si le riche, indolent et dés- 
œuvré, se trouve pauvre, que sera-ce du citoyen sans 
patrimoine, à qui de vastes possessions ne produisent pas 
de rente? Se marier, c'est se condamner à travailler: 
donc, point de mariage. 

L'horreur de la progéniture : la femme n'en veut plus, 
dans l'intérêt de sa beauté ; l'homme, qui met sa vie à 
fonds perdus, pour qui la République se réduit à la per- 
sonne du prince, s'en soucie encore moins. Paternité, pa- 
trie, patriciat, autant de fables : donc, point de mariage. 

La surexcitation de l'idéalisme , qui sous toutes les 
formes, philosophie, lilléralure, arts, envahit la société; 
l'empire et ses pompes; la superstition et ses recherches. 
Une seule pensée gouverne le monde, apparaît au fond 
de toutes les doctrines, se fait jour dans toutes les œu- 
vres de l'esprit, sert de mobile à toutes les actions, la 
Volupté. Le concubinage déjà n'y siilfit plus : sans doute 
il est préférable au mariage, plus économique, plus com- 
mode, à l'homme il promet plus de licence, à la femme 
plus d'égalité ; mais lui aussi fatigue par la monotonie : il 
faut de la variété, de la mise en scène, une excitation 
orgiastique; pour rendre à l'amour ses ravissements, une 
ressource s'offre encore, la débauche. 

Arrivé là, toute dignité, toute Justice s'évanouit. Plus 
(le respect, ni pour Tàge, ni pour le sang, ni pour le lien. 
Toutes les barrières sont franchies : du concubinage lé- 



il de U luUraiwe <\a lupanar, ou, et 
w, de b TollÎB*^ unourauM qu'enlnlu 
MHM tBiinm conuM d« pîun-iMd 4 
I erioM : wlnllèn. itopre, iaccélc, viol. , 
!• téne éfroun d« fréquentes intemnio. 
I fliiuicriiM comme do la vai«or, qui auxéMat^wi 
■'ittoM^pM, dit l<^ poi-lc, U nombrr dt» aoMMt.'Je i 
■mue «ir U iQuy4-tu><! de la monhl^ |>ublM|iir ; d l'ot 
tMnît nia- que la nurcbe de U di|iniVBtM>n dios t 
majtMioe ne tuive le (mcrit inilii|ué i>lii> liant : 

I. RéducUon du maràigo religieux t uar couvcnliM 
IHireuiGnt ci^iln ; 

3. Awimilalion de l'amour conjugal k \'s,ttuwx COMV* 
lùtairei 
3, Désertion du itutrîajje [ukit le coocubinage ; 
A. Le concubinage abandonna à luii Uxir pour If^M^ 
littitioo; 
A 5. PnnuiKitil^ gÉu^rab:. délwuchc cl ct'OM. 
« Sonimcs-nuui à la lioT I*as iroconi : la logique est in* 
m cxorable, d il iit>us inauijue une conclusion. 
I Dans ce iititiitenii;iil rétrograde, 'lue signifi'- la {ftameX 
\ à quoi répond-elit-ï i|tn;lli: idée sert-elle? quelle est, de- 
raot la fociétc et Jevdiit Iji ojtufi', >a de^linalionl' 

La femme, épouse, concubine ou prostituée, moyen de 
fortune pour quelques-uns, ustensile Je mtinagc ou article 
de mode pour la masse, objet de couMmination jtour tous ; 
la femme, hors de la luxure universelle, n'a pas de desti- 
née, jias de raison d'eiistence, ni i>olilique ni économi- 
que, ni philosophique ou esthétique, ni familiale ; elle n'a 
plus même de raison puer]H!'ra1<', |iuisquc le motif princi- 
pal qui fait fuir le mariage, n-chercher le coneubinage et 
l'amour libre, est la crainte de la grossesse, l'horreur de 
1a[irogéniture. 
Allons donc jusqu'au bout. 



— fS8 — 

La génération déclarée incompatible avec la fiSlieité 
domestique; la femme d* antre part, en raison de son 
infirmité naturelle, devenue pins à charge qu'à profit, 
sans raison d'existence, la sexnalité est de trop. A quoi 
bon ce dualisme, si contrariant par sa fécondité intem- 
pestive? Lanature s'est trompée. Ne pouvait-elle autrement 
pourvoir à la conservation de l'espèce, séparer le travaO 
de la génération des jouissances de l'amour? Là femme, 
dans cette hypothèse, ne conservant de sa constitution 
actuelle que ce qu'il en faut pour la volupté, deveoani 
l'égale de i*homme, aurait pu, sans être à charge, con^ 
server son indépendance, remplir aussi les fonctions poli> 
tiques et économiques; ou plutôt, tonte distinction de 
famille, de propriété et de sexe étant supprimée, Tha- 
manité eût vécu dans une communauté de biens et d'a- 
mours oi!i la Justice, objet de tant de disputes , eût été 
aussi inconnue que Tinégaiité même. 

Vunisexualité^ tel est le dernier mot de cette dégrada- 
tion de l'amour. Or, comme il ne se peut rien concevoir 
par Tenlendement qui ne tende à se réaliser dans le fait, 
Tunisexualité a pour expression pratique, chez tous les 
peuples, la pédérastie. 

XX 

Je voudrais qu'il en fût de notre langue comme du 
latin, dont Boileau a dit : 

Le laUn dans les mots brave rhonnéteté. 

Il est des choses dont on n'inspire bien l'horreur qu'en en 
parlant comme le peuple, dans les termes les plus éner- 
giques , toute expression détournée pouvant paraître une 
atténuation du crime plutôt qu'un égard aux bienséances* 
Puisqu'il m'est défendu d'imiter Juvénal, je prie le lecteur 
d'avoir égard à la contrainte où me réduit l'usage, et dé 
suppléer de son mieux à la modestie de mes paroles. 



r _«„_ < 

l* HiTtstunbme s ranft t« [Wché « iK 
KOI qui rrifqil vriiiçoson: contre le ddi à ' 
fiMnor, 1^(/. II. 1.1. il l'ajggé aiyo«il 
■lier iucqa'i la mon, j«- ivgrciia qttx rctbi l 
ean u n cp t * ft w rm^ngif panai nooi, Miil liai 
tw( d'iodulgnirp. Ji^ loadrais qiiVIk fftt, daiM 
(ai, ■Btntléc au viol. et l'unie df «intit ani da 
■m le nicut ferait d'y tniutvr iin aiiti<ltri«>, si 
In pBl!» qu'on ta lirr, ol i]u<' faliiV^ crai \mplaL 
boniiroot aam triple xujet d'uiilM luuii^rm. 

Chez les inriras Romain*, d<< rn^Ri» (|ue àttâ 
hm da Nord, Gaulois, Ccrnidin^, Scandlnava 
ntUe «emblc otoir t-t)- h |>v«i |>rti Inconnue ije 
^bar prcave qne la rfroliillon nrritér k Roor 
mm Jésus-Clirisl, i la suite du crime de P: 
■I Grecs. Icun matlr«s (i arta p1 MIcs n 
la Itonulns ûa Ami n l«ni[i» do la rqtuj 
y uHlt renl eoU« variAU de l'art d'atmcr, coni . _ 

âhnfîon pmpn*, cl par pure émulallon dt^ rLji teau 
|}tHnl aux Biilgarrs ou Coulgr-.'s, dunt le nutu est devenu 
an moyen &gt swninymc de soilomilo ou jiod^rjslo, j'at* 
tribue leur infection A la iii/-mo origine : iv n'est pu 
il'aujourd'hui que les civili&éï inoculent aux nations dans 
l'enfance leur déliauchc et loiir vM>le, 

Hais les Crées cux-in>'meh!>') élaient-it.s iidunnésdeleur 
propre nature, ou n'tn atii aiml-ils pas pris d'ailleurs l'ha- 
lilludeT Je penche ]Kiur celle dciiiiiTe opinjoii. Les (irecs 
appartiennent au t;roii|«;ilcs i itces celljqu's ou ilruidiques, 
belliqueuses et clja>les. Leurs preiniiTS initiateurs, Olen, 
Linus, l'ancien Or[i|iée, dcscenrius île Tlii jcc, lessem- 
lilentbten plus aux barilf> il'Ossum ciu"ju\ iiivslagogues 
phrygiens, assyriens et aiili^s. 1^ i^énie eslfutiquc des 
Grecs, incomparable |>uui la piiiolé, la subiult.', la di- 
gnité, m'est encore un arpnnienl lie liur cliastt'lé natu- 



— 240 — 

relie. C*est par rionio, contiguê à rOricnt, qno la Grèce 
fut infectée de ce mal, en même temps que de ses innom- 
brables divinités et de ses mystères. C'est en lonie que 
Tamour unisoxuel, comme rappelle Fourier, fut d*abord 
chanté et divinisé; puis, le mythe formé, une philosophie 
s'ensuivit ; et ce que des poètes avaient célébré, il se 
trouva bientôt des penseurs pour le réduire en maximes. 
Or, c'est surtout cette poétique de pédérastes qu'il s'agit 
d'expliquer, autant pour l'intelligence de l'antique cor- 
.ruption que pour la cautérisation de la nôtre. 

11 y a trente ans, Tidce seule de cette frénésie me don« 
nait des nausées ; il m'eût été impossible d'y arrêter pen- 
dant une minute mon attention : combien moins me 
serais-je avisé d'en entreprendre, si j'ose ainsi dire, la 
ps^ychologie! Mais la pudeur de l'homme de cinquante 
ans ne peut être celle de l'adolescent de vingt; et nous 
avons trop d'intérêt, amis de la Révolution et pères de 
famille, a ce que tous les mystères du cœur humain soient 
enfin dévoilés, toutes les sources de Timmoralité recon- 
îiues, poïir reculer devant aucune investigation, si répu- 
gnante pour la nature, si navrante pour la raison qu'elle 
soit. 

XXI 

Jo trouve dans la pédérastie, comme dans toutes les 
afl'octions du corps vl de l'âme, divers degrés de mali- 
gnité, qu'il importe de reconnaître. 

D'abord, elle peut résulter de la privation prolongée 
jointe à l'incontinence des sens. Sous ce rapport, elle ne 
me parait pas différer beaucoup de la masturbation à 
deux, si commune dans les maisons d'éducation et que 
(hncuii s'explique. Un autre de ses analogues est la 
bestialité, dans laquelle il ne faut guère voir non plus 
qu'un supplément du coït. Dans ces conditions, peut-on 



— 241 — 

dire que la péiérastic existe? C'est une turpitude qu'il 
vaudrait mieux punir du bâton que de la prison, et qui» 
à moins de récidive, ne tire pas à conséquence. 

Plus souvent c'est rcffet d'une volupté furieuse que 
rien ne peut plus assouvir. Alors, que le magistrat sévisse : 
l'acte sodomitique est le signe d'une dépravation saHS 
remède. 

Que des misérables, manquant de femmes, se procu- 
rent entre eux de telles jouissances; que d'autres, plus 
scélérats, pour qui le crime a des charmes, s'en vantent , 
tout cela se conçoit. Mais jamais la philosophie ne s'em- 
para du vol, du parjure, de l'assassinat, pour en faire 
l'objet de ses théories ; jamais la poésie ne prit de tels 
monstres pour objet de ses chants : même en matière 
d'amour, l'adultère, le viol, l'inceste, répugnent au 
poète. Comment la sodomie, dernier terme de la dé- 
pravation erotique, fit-elle jadis exception? Comment de 
grands poètes en vinrent-ils à célébrer cette monstrueuse 
ardeur, privilège, à les entendre, des dieux et des héros? 
Y aurait-il dans cet accouplement contre nature, dans ce 
frictus de deux mâles, de deux femelles, une jouissance 
acre, qui réveille les sens blasés, comme la chair humaine 
qui, dit-on, rend fastidieuse au cannibale tout autre 
festin? La pédi^rastie serait-elle un succédanée de l'an- 
ihropophagie?;.. 

Sur ces horreurs il faudrait entendre ceux qui en font 
passe-temps ; mais ils se cachent, leur aspect dégoûte : 
imipossible d'obtenir, de soutenir une explication. A dé- 
faut de dépositions orales, j'ai consulté les témoignages 
écrits; j'ai interrogé ces anciens qui surent mettre de 
la poésie, de la* philosophie partout, et qui, parlant 
^ une société habituée aux mœurs socratiques , ne se 
g^ent guère. Voici à quelles conclusions je suis ar- 
nvé : elles oonBrment de tout point la théorie doTuvé^ 

i/7 \K 



— 242 — 

plus haut de raniour et du mariage, et de leur dégra- 
dation. 

Il ('st consolanl pour la moralité humaine de recon- 
naîlro que tous les vices, môme les plus infects, ont pov 
point de départ une erreur du jugement produite par 
une illusion de Tidéal, et que c'est en poursuivant le 
beau et le bien, mais par une fausse route, que le cœur 
se souille et que la conscience se déprave. Ce que je 
vais dire, sans rendre le moins du monde excusable 
une passion en tout état de cause hideuse, aura du 
moins l'avantage d'alléger singulièrement le crime de 
lenx (|ui les premiei^s s'en firent les chantres et les 
panégyristes, en même temps qu'elle nous avertira, 
nous civilisés du dix-neuvième siècle qui déjà penchons 
du coté où s'abîma l'amour antique, de nous tenir sur 
nos gardes. 

Je |>asse sur Texplication de saint Paul, qui croit avoir 
tout dit (juand il attribue le phénomène qui nous occupe 
au t'ulto des faux dieux : 

u r/est pour avoir remplacé, dit-il, la gloire du Dieu incor- 
ruptible par vies simulacres d'hommes et d'animaux, c'est pour 
avoir ser\i la créature au lieu du Créateur, qu'ils en sont venus 
à outrairer leurs propres corps, et qu'ils ont été livrés à des 
passions d'ignominie. [Rom., chap. i".> 

Il était tout simple que le christianisme, attaquant 
l'ancienne religion et la société fondée par elle, imputât 
au polythéisme les abominations dont il venait purger la 
terre. Mais sans compter que le christianisme n'a pas 
réussi dans son entreprise, et que les passions dUgno- 
minir se sont perpétuées dans l'Église du Christ comme 
dans la synagogue de Déliai, il est clair que l'explication 
de saint Paul n'explique rien. Quel rapport y a-t-il entre 
l'iJolàtrieetle péché de sodomie? c'est ci? quejevoudnis 
savoir, et que l'xVpôtre ne me dit pas. 



Ull 

Le dÉdain rèd|woqiio dos wiA, rt U ilépnntioa M 
rMNMir qui en fal U conWiqucaoe, tut u cauM, tl'tbonl 
duf resocsrii« facilité de rvlalioDi qu'i«att rrt^ )r p»- 
paiiM», el qu'il ^tuil <liu» taa K^nio àe ait-r, an puioi 
^ ne m^e de l'iiit^i^ rt de la dignité ilo la (cnunei 
■•ni», dans ridéalUinc univcncl, «lu'uiif Jutlîcc lrD(i hiblu 
■ereMnait |i«a. 

J'ai idrlé aîlltun do T' Vallunc puliliquc, de Tid^- 
fiimc artiiti>|ue et lillMire, de l'idéaliMiw in^lii[i|ijyfii« 
riHicieus- L*idf4l»tiM) éruiiquc rcrnic la »éfie; il no^ 
Uam le dernier mol de toute* l«f r^ro(radalioni i«^ 

iTaol loul, itenaaicnl 'n anoMit», l'immim! m peut 
litre Mua amour ; nna m '"ir, U vio cal uw anlkipatlm 
delaniort. l.'anliqiiilé e. |ilciuv de celle id^^clifl r 
dmlé elprécouiséraniour: elle a disputa h prrtedevoa 
de u Daliiri: cuttitnc tlk' a di&puU^ du SiiiiXTdiri RtKU, et 
plus d'une fois il lui est urri\û de les courouiire. Avec la 
iDènie puissance que m-s urlisU-s idéalisuicul lu Torme 
bumaÎDe, ses pliilosu[ilios el &)'!> |>ot.'lus idt;u liront l'A- 
mour, âme de la nalur<;, souverain dus dieux et des 
bommes; et uuiume ils s'iilTori,-aieiil, |)ar divertca mé- 
ihodes, d'arriver, les uns à la sat^e^se, les autres au b 
heur, ce fut encore, [larmi cui, à qui découvrirait el 
liienit le parfait amour. 

La recherche de l'absolu est le caractère du géi 
maÎD; c'est à cela qu'il dull ses aberrations et set 
d'œuvTC. 

Mais cette idtialitê de ramoui, <>ii la trouver? Cui 
eu jouir, cl dans quelle iiicsuju? 
ts(-ce le mariat'C, est-ce celte union entoun 

les honneurs de U religion, de toutes les fi 



- 244 — 

la cité, qui comblera notre imagination et notre cœur? 

Le mariage est le tombeau de l'amour, dit un proverbe; 
et cela était vrai pour les Grecs, il y a vingt-quatre siècles, 
incomparablement plus qu'il ne Test pour nous. Certes, 
la vertu, comme le vice, est contemporaine de rhuroanité, 
et l'amour conjugal a eu de tout temps ses héros et ses 
héroïnes; mais il faut raisonner sur des moyennes, non 
sur des types qui trop souvent ne sont que des exceptions. 
Or, la première barbarie, favorable à une rude conti« 
nence, ayant cédé bientôt devant les premiers triomphes 
de la civilisation, l'inégalité des conditions s'étant déve- 
loppée, la religion étant de moins en moins sentie, le 
mariage perdit bientôt son faible prestige, et le cœur, 
mal défendu par la conscience, se trouva livré à tous les 
emportements de l'amour. La dignité d'épouse, aristocra- 
tique dans son principe et dans sa forme, ne conférait 
guère à la femme antique que de hautaines prétentions, 
qui la rendaient peu aimable; quant à sa chasteté, on 
peut s'en faire une idée en relisant la scène burlesque 
entre Sosie et sa femme, dans YAmphitrijon de Molière. 

En fait, la chasteté fut médiocrement comprise des 
anciens. Tous leurs épithalames, depuis le Cantique des 
cantiques jusqu'aux vers fcscennins, en font foi. Qu'at- 
tendre dès lors, pour l'amour, d'un pareil commerce? 
Fénelon l'a dit quelque part, avec ce sentiment profond 
qui supplée à l'expérience : Celui qui dans le mariage 
cherche la satisfaction des sens y sera trompé, et s'en 
repentira. L'épouse, telle qu'au sortir de l'âge héroïque' 
la civilisation dut la faire, n'ayant pour elle que son 
orgueil, la trivialité de ses occupations et son importune 
lasciveté, que réprimaient à peine les cnnuis'de la gros- 
sesse et les rebuffades maritales, l'amour s*en volait an 
matin des noce?, et le cœnr restait désert. — « H n'y a 
« pas h moindre parcelle d'amour dans le gynécée », dit 



- i4& — 
it PlnUniue, et la emmUis Je 
firitlôpbiJM, en donne la raiton. Point «l'amoar 
kl «mcttle la chair : Toilà « qu«, hl^a <ln ùteUm 
latbfMùniame, Télhique, toute ipirilualitlc, <las aw 
Itn tTait appris; ce que Ptiitarque et UK-i<>o lonr i 
iBor etprimeal, aiac iino crnilit^ <ls latipa(t>; qu'il m'ail 
Mcndu il*ioiil«. 

Le tnaria^e, roama »*en itail bnnellonicDl npliqal 
émut le (leople rooHÛi la gmc oenacnr Mi-lrilut Ytind* 
An», OB aemil qu'à la cunsm-atinn ile b T»ee libir : 

«Si MM pmnioiH ootia enlrrlmir him U-aitar§, dloifna, 
iBMdMUMrioM loin de notu ml» iacommodii^ ; nuit pote» 
^ la Mlwe f voulu ijup mitu ne pumhiim nmu m iianpr, fl 
al it notre devoir de tachOer ■ la prrptHuit^ de la r<p«> 
Wqne, plut6t qu'au plaiair il*u& intunl. • 

CtA «a CM tcrmea que l'honnête maftitint mmiH 
agodkit ni peuple la pratique du marJapr. 

Si l'umoD con)oj;ale »t ainsi deftliluêc d'tdval, par* 
lut d'amour, le demanderons-nMis k l'Af'tofrs, & la 
concubine? Descendrons- nous plu» ha* t-ncora, à 1» antr- 
listneT 

Conlradicliona : l'umour morgaiiatiii'ie , rtH-hrn-lii- en 
dehors des cliarçes et obltg:i(ioi)!« du mariagr, anxMr 
esapntîellemeni égoïste, provisoirfî, MHiïn'srnr, dcmAme 
i|ae l'amour à gagM, est loiijoui-s l'ainnur à dintann!, 
rameur réduit i une satisfaction de b vanito ot des sens, 
une ^crêtion de Toi^anisniie, une scntiiic. — Boire, man- 
ger, dMmir. et le reste, olsor^o Plularfjuc, est-ce de 
l'amourî — Je possède LaH, dit Arislip|>o, mais cite ne me 
possède point. Je l'aime, diUs-voun; nui, lommo j'aime 
lerin, le poisson et tout ce rjui me <ionne ilii plai-ir. 
Quant à sa |nT?;'pniie, jt- ne sens ritn. 

Ainsi l'A^taira et la Coiirli<;nne n'offrint ti>ii<|p plni, 
i|aaiità la délectation amioin'nsi', <>irr;tiit ui'-nti' iuqm\^ 



— 2<6 - 

r|ue la feinine légitime, lainour tel que le veut Time 
liuiuainc, rainoiir idéalisé devient impossible entre kl 
deux sexes. Lien qu*il n*ait d*autre principe que leur 
diiïéronre, d*uutre but que leur union : il faut ou re- 
nonc(U' à l^amuur, ou sortir de la sexualité. 

Les anciens n'avaient que trop bien suivi cette ana- 
lyse; ils coni|)r(*naient nicrveilleusenient que la beauté, 
au physique connue au moral, est immatérielle, qae 
Tainour qu'elle inspire est tout entier dans 1 ame, que 
par conséquent la volupté (]ue procure la possession n a. 
rien non plus de la chair, et (pie tout le plaisir que nous 
ptTcevons de ce cùlé est passion et illusion. L*acte véné- 
rien est ridicule, dégoûtant, (tour celui qui en est témoin, 
pcnihle et tri.^ti*. pour l'acleur, qui y |)erd le sentiment 
et la lihcrté. l/ànie } sent quehpie chose de honteux. Je 
hais, dit llip|»oly(e dans Kuri[)ide, une déesse qui a besoin 
des ténèbres, \a\ ( hristianisnie en a fait un des signes de 
notre déchéance, et il est sûr que les cyniques n*ont pas 
réussi à le rrhahililer. La nature elle-même semble d ac- 
cord avec la liicologie : Posl coilumomne animal triste. 

Où donc, se d(^iiiaiidait Ihomme de Tantiquilé, où 
trouver Taniour sans lequel je ne puis vivre, et que je De 
puis saisir ni aNcc ma Icmnie, ni avec ma mûtresse, ni 
avec mon esclaveï Où est-il, cet amour, feu foUel qui 
ne se montre <pie pour tromper les hommes? JTai irwui 
la femme plus amère que la morty s*écrie Salomoa; il 
désigne évidemment, non pas la personne, nuis le setti 
Néant partout, amour nulle part : que reste-t-il, cpncW^ 
lo roi dévot, sinon de servir Dieu et de 8*f 
r»'?goïsme ? 

XXIII 

(/est ici qu*il faut suivre la marche 
idéali:.te, qui, faute d*uoe in 




- 147 — 

JimîM, a|iM avoir fiil repou«aer h mariage coamia 
élniifer |ipr la nature à Tamour, aboulil à rhalludia» 

lîoa la pina eiécrable. 

n } a, suivant Plutarque, ileux rspra»t d'aniour ; Ta- 
BMwr vulgaire» qui» conune on vient de voir, n f«t |iai 
le Famour» et Tamour célestei qui est uni\i*n«l et n*a 
point de sexe, tMcri^u yh^iéç. Il e»l aUurde de faim 
consister Famour uniquement dans Tinstiiict qui poiisap 
un iexe vers Fautre : toute |Hiissauce qui porte les HUm 
k s'unir est amour \ tout ce qui réunit à uu degré bupÂ- 
rieur les conditions de la force» de la beauté, de Fintelli- 
genoaei de la vertu, est |»ro|>re à l'iuspircr. 

Définition hyperbolique» Ûieu sait où elle nous oon- 



Cette idée de la non-sexualité de I amour est cxaeta- 
aoU la même qu*exprime Jé&u:rllliriM, quand il ap|urend 
Hx Saduoeena, ad^ei^res de la rôsurrectioii, que dans 
le ciel» séjour de Famour parfait, il n'y a plus d*union 
conjugale, aeque nuLent^ tu que y<u6' utur, iiiai.*» (|ij(' Um^ 
soDt comme des aiigeSy de» tHi'js iit*uUt>, (lr\.int U lan- 
de Dieu. 

Le véritable amour, continue riut.iii)iu-, n'a ilniir |ilu> 
rieodeâ défectuosités de la niatirn* et du (lr\i'i^«>ii<lago 
des sens» rien de mou» de lâche, d'tiïcmiiit''. AUuiné dauf 
une &me généreuse, il se résout, à ivrw dr >e |)urWitT 
par sa propre flamme» en vertu, ctc «fCT^v tcW'jt». Ki il 
die en exemple la célèbre courtisane Lais, qm, i)>'\ei)uc 
tmoureuse» quitta aussitAT «^nunerce et sacnlia tons 
Ms amants, sa fortune, ' lliomme quV-lle avait 

dioisi. Lucien rapport' autrement étranges : 

lesliommes qui» dégc nmerce charnel et 

I ii du véritable l leur vie dans les 



— 248 — 

voiles, leur parlant comme si elles eussent été en \ie; les 
baisant amoureusementi et s*estimant plus heureux de 
telles faveurs que de la possession des* plus belles 
femmes. 

C'est donc par un raffinement de délicatesse en même 
temps que par une recherche quintessenciée du beau et 
de rhonnête que les anciens en vinrent à mépriser Ta- 
mour conjugal, et avec lui tout rapport physique avec la 
femme. Pétrarque, Tamant idéaliste de Laure, fit-il toute 
sa vie autre chose ? Et les femmes de son siècle n^auraient- 
elles pas eu lieu de se plaindre de lui autant que les 
femmes de Thrace crurent avoir à se plaindre d*Orpliée?... 
Là était, en effet, recueil où devait périr la moralité 
grecque. L'union des sexes écartée par la logique de 
ridéal, l'amour n*a plus de base; nous sommes arrivés à 
la contradiction : la catastrophe ne se fera pas attendre. 

XXIV 

L'amour n'existe qu'à la condition d'une dualité, d'une 
polarité, diraient aujourd'hui les philosophes. Cette con- 
dition nécessaire, comment la remplir ? En composant le 
couple amoureux de deux personnes du môme sexe, bien 
entendu sans aucune idée d'union charnelle. La filia' 
tion des idées et des termes y conduisait. L'amour, dit 
Plutarque, c'est la vertu ; et la vertu, en grec comme en 
latin, porte un nom qui rappelle la masculinité, «pcnïi 
virttis. 

Telle est la série d'idées par laquelle les Grecs, à force 
de spéculer sur l'amour et de le dégager des indignités 
de la chair, arrivèrent aux derniers excès. Cela peut pa- 
raître prodigieux, mais cela est ; et l'histoire entière en 
témoigne. Ce qu'ils cherchaient dans l'amour universel, 
ce ne fut pas, dans le principe, qu^on le sache bien, une 
horrible jouissance : à cet égard les partisans du véri' 



— 249 — . 

table amour ^ que Plutarque et Lucien font parler dans 
leurs dialogues, protestent avec indignation contre Tin- 
famie qu'on leur prête ; ceux qui s*y livrent, assurent-ils, 
violent et déshonorent Tamour, qu'ils connoissent encore 
moins que les habitués des courtisanes. 

Anacréon, suivant Élien, étant à la cour do Polycrate, 
tyran de Samos, conçut une vive afTection pour un jeune 
homme^nommé Smerdias. II le chérissait, dit Thistorien, 
pour son âme, non pour son corps. De son côté, Tadoles- 
cent avait une affection respectueuse pour le poète. 

Et Plutarque a soin de noter à ce propos qu*il en est 
(le cet amour à faces semblables comme de celui que 
rhomme éprouve pour la femme : la jouissance est son 
tombeau ; il s'éteint aussitôt qu'il y a eu rapprochement 
et souillure des corps. Il regarde ce résultat comme fatal, 
et il cite des exemples de la haine atroce que l'objet mal- 
heureux d'un amour ainsi profané conçoit aussitôt pour le 
monstre qui a abusé de sa personne. 

Il faut bien croire que cette théorie extraordinaire 
était entrée jusqu'à certain point dans les mœurs, quand 
on voit les hommes les plus vertueux de l'antiquité et les 
moins suspects en faire profession. Socrate, qui donna 
son nom à l'amour parfait avant que Platon lui eût donné 
le sien, faisait, nu vu et su de toute la ville, l'amour à 
Âlcibiade. Il lui enseignait la philosophie, lui reprochait 
son orgueil, l'arrachait aux séductions des courtisanes, 
le formait à la continence, et, par son exemple et ses 
discours, apprenait aux Athéniens à aimer la jeunesse et 
à la respecter. Il y a une belle leçon de lui dans le dia- 
logue de Platon appelé le Théétèie. Théétète est un jeune 
homme sans grâce, au nez camus, aux petits yeux cn- 
Toncés, vrai portrait de Socrate, et qui est présenté et re- 
commandé au philosophe par un citoyen d'Athènes, que 
;e8 amis accusaient ironiquement, et à son ^v^tvà ^4^V^v 



siVy A^ lue k MMMK ik ce tSw gM^Mi. àùcnte ii 
TlM«iète, le force par a» mir<lMOi de moplfcr w 
ligtmce, f jul resMctir soa baima nalurel, et lui 
iiu (k^.wi (oQl lô rnoode : Va, lo es beau, Tbéél 
la fiosâèdes la beaoté de Vàtae^ mille Cois plus p 
que ceiie do corps. Paroie digne de TÉTaDgile, 
frapper visemeol le» Alhéniens, ci que Piaton d*c 
garde de perdre. 

(x>nïélias >qws, dans la vie d^EpanÛDondas, 
que, le roi de Peràe ayani eu desâein de Tacheter, 
don de CjÂi^ue, qui clail chargé de la commissic 
meuça p^tr mcllre dans ses inléi èu un toul jeune 
appelé Micjthus» quÉpaminoudas aimail de 1 
cœur» quem iùm plurimùm dUigebai. Que fil 
Ihébain ? Après avoir admonesté sévèrement Tei 
leur du grand roi, il dit à son jeune ami : Pour 
cythus, reods-lui vite son argent, ou je te déi 
magistrat !... Étrange occupation pour des pédér 
jirècher à leurs giions, de parole et d'exemple, 
dciilie, rétude, le désintéressement, la chasteté, 
genres de vertu, et de les menacer du châtiment 
écartent!... 

Dans une guerre que ceux de Chalcis sou 
contre leurs voisins, ils durent la victoire au co 
Cléomaque, un des leurs, qui se dévoua à la 
d*Arnold de Winkelried, à la seule condition de 
aupciravant un baiser de son ami^ et de mourir 
yeux. C'est Plutarque qui raconte le fait. Je vou 
voir si la chevalerie a produit rien de plus beau c 
chaste que ce Irait )f 

Toul le monde sait que le bataillon sacré de 
(|ni périt tout entier à (lhéronv?e, était Tormé 
cents jeunes gens, 150 paires, donl Taniour auta 
/mlriotisme formait la discii)linc. J*avouc qu*il 



— 251 — 

pagne souverainement de voir dans cette ii^roîqiie jeu- 
nesse, formée à l'école de Pélopidas et d'Épaminondas, 
d'affreux initiés au culte de Sodome. 

Une loi de Solon permettait aux esclaves le commerce 
des femmes ; elle leur interdisait Tamour des jeunes gens. 
Que signifie cette interdiction du législateur? L'esclave 
n'est pas sûr, parce qu'il n'est pas pur : je ne puis y voir 
autre chose. 

Au reste, nous avons un témoignage décisif. Virgile, 
chantant le messianisme romain et la régénération uni- 
verselle; Virgile, disciple de Platon, n'oublie pas cette 
é(mration de l'amour pédérastique. Son épisode de Nisus 
et Ëuryale est une imitation de Vamiiié grecque. Unis 
pir l'amour et par l'ardeur guerrière, 

His amor unus erat, pariterque in bella raebant, 

diUl des jeunes héros : Euryale, type de jeunesse splen- 
dide et de grâce vertueuse, que toute l'armée aime autant 
qu'elle l'admire, 

Earyalns forma insignis viridique juventft... 
Gratior et pulchro veniens in corpore virtus; 

Nisus, son pur et pieux amant, Nisus amore pio pueri. 
Usez aux 5* et 9« livres de l'Enéide l'histoire touchante 
de cet amour : on dirait un épisode du bataillon sacré de 
Thèbes. Et c'est après avoir raconté leur mort que le 
poëte s'écrie : Heureux couple ! si mes vers ont quelque 
puissance, votre mémoire durera autant que le Capitole, 
aussi longtemps que Rome tiendra l'empire du monde. 

XXV 

Pourquoi nous étonner si fort, après tout, d'un alta- 
ehement qui a des racines dans la nature même? Ne sa- 
vons-nous pas qu'il existe entre l'adolescent et l'homme 
ftit^une iadination réciproque, qui se comço^f^ di^ u\\Vi^ 



— 262 — 

seiiliincnts divers cl dont les effets vont bien au delà de 
ia simple amitié? Qu'était-ce que l'affection de Féoeloa 
pour le due do Bourgogne, cet enfant de son cœur al de 
son génie, qu'il avait créé, formé, la Bible dirait engen- 
dré, comn)c il avait créé son Télémaque? De Tamour, 
dans lo sens le plus pur et le plus élevé que lui donnaient 
les (^rocs. Fénelon instruisant le duc de Bourgogne» c^est 
Socratc révélant à ses auditeurs la beauté de Tliéétète, 
c'est Ëpaminondas réprimandant Micythuâ. Qu'il eût 
voulu mourir fom ce fruit de ses entrailles, le tendre 
Fénelon !... 

J'irai plus loin : qu'était cette prédilection tant remar- 
quée du Christ pour le plus jeune de ses apôtres (Jean, 
xiii, 23; XIX, 20, 27; xxi, 20)7 Je ne sais quel incrédule 
a pris occasion de ces passages pour jeter sur les mœurs 
de Jésus un odieux soupçon ; pour moi, j'y vois, comme 
dans répisod(.' de Nisus et Euryale, une imitation chré- 
tienne do l'amour grec. Et ce n'est pas la moindre preuve 
à mes yeux qucraulour du 4* Évangile ne fut pas un Hé- 
breu do Jérusalem, incapable de ces délicatesses , mais un 
hollrinste d* Alexandrie, qui connaissait son public, et ne 
trouvait rien de mieux pour vanter la sainteté du Christ 
que d'(;n faire un amant à la manière de Socrate. Nous 
calomnions les anciens, et nous ne voyons pas que leurs 
idées, ramenées à leur juste mesure , ont leur source dans 
le cœur humain, et qu'elles ont coulé jusque dans notre 
religion. 

La distinction des amours et la différence de leurs ca- 
ractères était si bien établie chez les Grecs, que nous les 
voyons habiter ensemble, sans se combattre ni se con- 
fondre : chose qui n'a pas lieu, assure-t-on, pour les so- 
domites. Achille a pour compagne de sa couche, kéiain^ 
Briscis, la belle captive; pour ami de cœur, Patrocle, 
son hétaïros» Aussi , quelle différence dans les regrets 



SleardoMiot Pimu Bri(éiii.i] |il«ire,il jartikMpéw 
MktUn d de rtimmier ea Th«Malie', pour PAtradt, 
Haie MU •muriil, lue lloclor, oiMUcrn ta raptili cl 
Cide b pnw de Truie. 

Isa» Itt |isMc« grec* qui ont ctunl^ Vimoat woi h 
téie h^pôrtaM ont ■nivi l'rtMnpk* d'IlfiiDin. tv 
■B qaa h BilliTiltt d'AucWim ml Hi«]H<rl ; l'iadit- 
iUm dn poôlc, dans Ut ptntrail qu'il a \nci d« ma ami. 
:lliMi tomber sur la pum^ de l'ariginal une ombre 
hetee; ma» combieD k feniimcni qiw Uaih)!!? lui 
■pin l'emporte tar loutea h» (aoUUici de mallnm«i ! 
)tà da pluf nT»uni que i-ettr cliatiKin dr la oolombr 
MHtgèrt! Kt quelle riTorie dam ci^dcut cuu|>l«u,qua 
■ tndMlciirs Bépareat oomma û c'éUicol deut odei : 
• «a»afchi»M, 6 fcamm, dt «■ dMU Bi lorga dPMfcbéi ; 
l*itellhni de rawa ■■■iJIll M Ma Mlute. Mam qai 
Hhidiin moa onir, iamndU par \m amoun* 
*• J- Kl .iiKiini B l'orobrc de B4Ui«ll*j le jtuot arbre ■ U 
<erdo]ii]ie cbevelure ; auprès de lui cuule H munnure la foo- 
Due de penuasioD. C'est li, voyageur ^puiM^, tjue je prendrai 
uHDouTeUe Torce... ■ 

Faut-il , pour donner un sent à ces vers si limpides et 
^leodres, que je m'ingénie à y Iruuver d'homblea m^ 
'iphores? La comparaison de Baltiylle à un arbre jeune 
el verdoyaol esl familière aux Urienlaux : ces vers d'.Vnt- 
cnon semblent traduits mol pour mol du [■wnimn I**, 
<' 3-4 : « Il ea sera de l'hcMiiiiie vertueiu , dit le I 
nifte, comme d'un arbre planté au bord d'one a 
nnle, et qui donne son fruit dans sa saisoa : ai 
^G ne sécbera pas, et toule> ses œuvres seront p 

Tout ce qui nous reste de Sapho se réduit à i 
deui odes. Dans la première, A tenuf, SapI 
déesse de combattre avec elle et de ramenei 
wn volage amant. Peut-Mre catle ode noar 



meplWÊ uUtà du Mtttiménl , d ^e halhtd mhnm§ Mlil 
conservé la miivafltey A ime Fêmmë .*^'. Je tfeMMj^hMidrai 
phÈ de la ttaduire; je croirais lioleTla BoAafe eUê-iÂMM. 
Mais je nie , pour Sapho comme pour Aitaorèoii ,* le seM 
que ropinioii commune donne à oos if#s. Ge qui m'é- 
tonne dans toute cette poésie socratique, plttoniqaê^ 
anacréontique ou saphique, comme on vottdra TappÂsT, 
c'est l'extraordinaire chasteté de la pens^ànasi bien que 
du langage , ^asteté qui n'a d*égàle que l^ardeur de II 
passion. M'explique qui pourra « dans i'it]i|Mliàaë d^m 
amonr impie» cet inconcevable tnélange dé tout oe qui la 
tendresse la plus exaltée, la pensée la plus sévère, la péé« 
f»e la plus divine » pounUenl offirir de traiUi pénétrants , 
d'images grairteuses et d'ineflkblè hafttonia^ É9m ee que 
la rage des sens aurait fait inventer de plus atrooe; quant 
à moi, une pareille alliance du eiel ^ de Tenfisr dÉiii mi 
même cœur me parait inadmissible» et jeTeate oonVaioea 
que, s'il y a là-dessoiw quelque horreur, «Ut «st toute 
nôtre. 

XXVI 

' J'avoue cependant, et en cela je ne fais que suivre ma 
propre pensée, j'avoue que cet érotisme hêm^amuien, 
quelque spiritualiste qu'en soit le principe, n'en demeure 
pas moins un délit contre le drcnt mutuel des sexes, et 
que ce mensonge à la destinée, après de si beaux com- 
mencements, méritait d'avoir une fin épouvantable* 

Un des interlocuteurs de Plutarque, celui qui défend là 
cause de T amour androgyne ou bi-sexueli fait à sOnadve^ 
saire, qui protestait au nom des sectateurs dii parfait 
amottr contre les accusations dont on les chargeait, l'ob- 
jection suivante : Vous prétendez que votre amour est 
pur de tout rapprochement des corps» et que Tunion 
Ti'existe qu'entre les âmes; mais commcsl pniVil y avoir 



làii*ilB*jftpM pcmewion ! C'atI eomanÉ m 
parlki itwatcaimr m fantiil mm libalion aoi éiin# 
<Ni i^i^nter i9/ti% ùàm à l'odeur des Tictimat. 

A ee riiioiiMnaot , pas de réponte. Quelque opittin 
queToB ee b«e de la diatinciion dea eorpa et dea âmaa , 
Û rerte toujoura que cellea-ci ne a*unîaaent que par le 
ra pp ro chemeol de oem-là : de oe momenl , Hionoélelé 
aal en péril. 

Toul amour, ai idéal qu'en aoii l'objel, lel qu'eal par 
eiemple l'amour dea religieuaea pour le Ghrisl ou eeM 
dea moinea pour la Vierge, 4 plua îbHe raison l'amour qui 
se rapporte à un être TÎvani et palpable, reienlii nécai 
sairemeal daaa Torganiame el ébranle la aeiualilé. B y 
a de la 4él6Ctatîon amoureuse chei la jeune vierge qui 
caieaae aa lourterelle, et quel délire, on le sait lrop« 
aliame dana leurs aena oonsnméa l'imaginaiion dea mjsli* 
queai... Panrenn au somme! de Teropyrée , Taeiour eé^ 
kste^ attiré par cette beauté matérielle dont la contem- 
[>lalion le poursuit , retombe vers l'abime : c'est fAou^ la 
belle archange , amoureuse de SaUiu , qu'il lui suflit de 
regarder pour se perdre. 

Telle est donc l'antinomie à laquelle l'amour, comme 
toute passion, est soumis ; de même qu'il ne peut se passer 
d'idéal, il ne |)eut pas non plus se passer de possession, ije 
premier le pousse invinciblement à la seconde; mais 
celle-ci obtenue, l'idéal est soiiillé et Tamuur expire, à 
moins qu'une grâce su|)éneure ne le ranime el lui rende 
l'équilibre. 

C'est ainsi que chez les anciens la fennne se trouva |)ou 
à peu exclue du pur amour, et le mariage, malgré ses 
honneurs d'institution , tacitement réputé igiiuble. (liée 
parles sens et l'imagination, l'atnour, <pje ne soutenait 
pas une conscience vigoureuse, s'éteignait, comme un 
météore tombé du ciel, dans la mer morte du mariage. 



Dès le lendemain des noces la femme «fiil panki mm 
prestige ; le lil ooiqngal twl englouti,, en une mdl, jon 
pucelage et sa virginité. Nalle poésie de VàmiBj nnUe ton- 
dresse du coMir , nulle surveillance des ams ^ne pouvait, 
aux regards d*un époux assouvi, réhabiliter eMe infinr- 
tunée formée à la luxure par sa propre mère. L'ilhisioii 
irréparablemoit détruite, le dégcÀt devenait invincible. 
11 existe de Sapho un distique dans lequel cette pensée 
est rendue avec une mélancolie profonde : c FIryMW, 
Virginité l ok f%ip4u que iu m'otenibiifies ?» Et la Vir- 
ginité répond : < Pins jamais je m nimiirai mn M, 
plus jamais je ne fHendrai. » 

France! tu étais vierge, quand tu posséda» la Jus- 
tice, la vii^inité des nations. Et maintenant tu as perdo 
ta fleur , tu ne relèves plus de ton droit, tu as cessé d*ètre 
chaste. Tes enfants t'appellent prostituée. Qui te la rendra, 
ô patrie, cette virginité bienheureuse, qui te la rendimT...» 

Puis, l*amour vit de sacriflces : sacrifice à la patrie par 
l'accomplissement des devoirs civiques; sacrifice. à la fa- 
mille, par le travail ; sacrifice à la femme , par la con- 
tinence. Ânacréon feint dans une ode que T Amour, voulant 
réprouver. Ta sommé de le suivre; qu'il Ta fiiit courir, à 
travers les forêts, les torrents, les montagnes , ^ que le 
dieu, le voyant épuisé et hors d'haleine, l'a finqipé de 
son aile en lui laissant pour adieu ce reproche : Tm ne 
peux pas aimer ! Qui ne sait endurer, ea effet, ne sait 
pas aimer : telle est la pensée qui ne bit que traverser le 
cerveau du poète. Gomment pourrait exister le sacrifice 
dans cette société basée sur l'esclavage, où toute liberté 
dégénère en tyrannie, où le travail est ea horreor, où la 
volupté se donne pour si peu de chose? 

Une autre idée, un éclair brille aux yeux d*AnaciéoD. 
11 volait à travers l'espace porté sur deux ailes , quand 
VAmour, avec des bottines de plomb , se met à sa pour- 



— 267 — 

suite et Tarrète en trois pas. Que veut dire ce songe? 
Les jeunes filles le fuient, les femmes se moquent de son 
front dénudé, les jeunes hommes lui reprochent qu'il ne 
sait plus boire : s*il terminait sa carrière amoureuse par 
un amour constant?... Mais ce n*est qu'un songe: com- 
ment serait-il constant, lui pour qui l'amour multiplie et 
pullule comme les têtes de l'hydre ? 

Sans chasteté, sans sacrifice, sans constance, point d'a- 
mour entre l'homme et la femme. L'Hyménée, ce gardien 
de la vie^ n'est plus qu'un dieu pénible , le frère chagrin 
et détesté de l'Amour. 

Alors le cœur, de plus en plus vide, demande à la fan- 
taisie ce que la nature lui refuse. De là, Y amour céleste 
des anciens philosophes. Mais, en amour comme en toute 
chose, l'idéalisme c'est l'absolu, et l'absolu n'a pas de 
limite. De l'idéalisme proprement dit l'imagination passe 
^ un panthéisme erotique, à ce que Fourier, dans son 
st;le métis, appelait omni-gamie. Tout le monde con- 
naît cette ode délirante, tant de fois imitée, où Ànacréon 
dit à sa maîtresse. 

« Que ne suis-je ton miroir! je te verrais chaque jour. Que 
ne suis-je ta tunique ! tu me porterais toujours. Que ne suis-je 
ta ceinture ! je te ceindrais tous les jours... » 

C'est bien mal comprendre Ànacréon de ne voir dans 
cette pièce qu'une fantaisie galante. Le panérotisme qui 
l'inspire éclate ici dans toute sa force. Cet amour suprême, 
qui débrouilla le chaos et qui anime tous les êtres, n'a 
pas besoin, pour jouir, de la forme humaine. Pour lui , 
les règnes, les genres, les espèces, les sexes, tout est con- 
fondu. C'est le cygne de Léda, le taureau d'Europe, le 
laurier de Daphné , le jonc de Syrinx , le tournesol de 
Clytie, la rose d'Adonis. C'est Cénis , changée de fille en 
garçon ; Hermaphrodite, à la fois mâle et femelle; Prê- 
tée, avec ses mille métamorphoses. Sut uiv \\^\. âl ^\%^wV 



— 268 — 

ciselé , Anacréon représenta Vénus voguant sur la mer , 
et autour les poissons amoureux qui viennent becqueter 
le corps de la déesse et la chatouillent pour la fiiire rire. 
Théôcrite va bien plus loin : dans une complainte snr 
la mort d'Adonis, il prétend que le sanglier qui le tua 
d'un coup de croc ne fut coupable que de maladresse; le 
pauvre animal voulait donner un baiser à ce beau jeune 
homme, dans le transport de sa passion il le déchira!... 
Quoi de plus! La sodomie, plus affreuse, dit Plutarque^ 
qu'un sépulcre ouvert, la hideuse sodomie, cas particulier 
de l'amour idéaliste et panthéistique, longtemps avant 
Socrate désolait la Grèce. La logique du crime, chez les 
Syriens, les Babyloniens et autres Orientaux, n'avait pas 
eu besoin de cette déduction philosophique pour arriver, 
d'un saut, de la vision de l'idéal à la perpétration du plus 
grand des forfaits. De bonne heure la religion, commen- 
çant par où la théorie devait Gnir, avait fait de la pédé- 
rastie un de ses mystères. Tant il est vrai que l'absolu, 
sous toutes ses faces, est, par l'idolâtrie qu'il inspire, 
la cause de toute hypocrisie, de toute dissolution, de 
toute décadence. Et de quels rangs de la société sortent 
donc les infâmes que chaque jour une police trop peu 
sévère défère aux tribunaux? Sont-ce des paysans, des 
ouvriers, des hommes de pratique et de travail? Non, ces 
gens-là ne sont pas assez, avancés dans le culte de l'idéal. 
Ce sont des raffinés, des artistes, des gens de lettres, 
des prêtres.... vous tous, jeunes hommes et jeunes 
filles, qui rêvez d'un amour parfait, sachezle-bien, votre 
platonisme est le droit chemin qui conduit à Sodome. 

XXVII 

J'ai dévoilé le sophisme qui perdit les Grecs. Viennent 
maintenant les Romains, avec leur débauche titanique, 
et là société va être engloutie. 



— 250 — 

Le Romain, esprit positif et sévère, impitoyable comme 
Eon épée, n*a pas Tair de. s'y connaître. V Alexis de Vir^ 
{lie, imitation de Théocrite, est un exercice de poète phiU 
iiellène, pour l'amusement de la. fashion de Rome. Tous 
les traits de cette églogue sont tirés du lieu commun : c'est 
lin nom de garçon mis à la place d'un nom de Jeune fille. 
Virgile se met à la mode, voilà tout. Cest bien pis du 
Ligurinus d'Horace; on dirait le singe de Rathylle. Cicè- 
Fon se permet quelque part, sur ce honteux sujet, .une 
plaisanterie qui prouve tout juste qu'il n'est point initié 
à la chose. Ne cherchons pas d*autres citatîonsr Je4ie pnis> 
dire si Trajan, qui fil faire ('apothéose de son Antiiipûs, 
avait poussé jusqu'au bout la délicatesse de Sooràte at 
d'Épaminondas : je le voudrais pour sa gloire;. ce qui est 
sûr, c'est que les Césars, à l'exception peiit-étre de Tim^ 
bécile Claude, furent tous, au rapport de Suétone, ^bb 
infâmes. 

A l'exemple des empereurs, sénateurs, chevaliers, plé^- 
béiens, tout le monde sodomitisa. Car, dans cette Rome 
impériale, il fallait que tous, riches et pauvres, jouissent 
comme César : l'ordre social était ^ ce prix. Déjà nous 
savons que la femme, comme la frumentalion, le bain,- 
le spectacle, chose de première nécessité, se délivrait jt 
peu près pour rien. Mais oa n'était plus assez que la 
femme. Un immense commerce dç mâles se faisait par 
tout l'empire pour les. joies du peuple-rpi, une vraie 
conscription, dont Sénèque se lameqte ni moins ni plus 
]ue s'il s'agissait des dîners à cent mille francs par. tête 
li du vomitoire^ Transeo puerorum infelicium gruges ^ 
igmina exoleiorum per nationes colore$que descriptay 
1U0S posi transaeta convivia^ alice ctcbicuti oentumeliœ 
'.xpectanl. C'est ce crime de lèse-humanité que dénonce 
l'Apocalypse, lorsqu'il montre la nouvelle Rabylone sous 
la figure d'une courtisane qui porte écrit spr Iç (roui ; 



— MO — 

c Mère de toutes les fornicatiom et abaminaiUmt de la 
terre. » Et c'est en même temps son supplice, earome 
l'atteste Juvénal : 

Sœvloranntt 

Luxuria incubuit , victumque uleiBdtor orbem. 

Ainsi l'induction est confirmée par l'expérience : la 
négation du mariage aboutit à la confusion des sexes , 
c'est Taflirmation de la sodomie. 

Et comme la désuétude du mariage a pour causes : 
1* l'inintelligence du sacrement, resté à l'état de sym- 
bole; 2* une surexcitation de l'idéalisme erotique, bvo- 
risée par le développement des lettres et des arts; 3« les 
gènes de l'existence dans une société livrée au luxe et à 
l'agiotage, dépourvue de balance dans son économie, 
d'équilibre dans ses pouvoirs, de sincérité dans sa raison; 
il s'ensuit que toute nation en qui la Justice, à ces points 
de vue divers, a défailli, est une nation que dévore la 
gangrène sodomitique, une congrégation de pédérastes. 

Le communisme, ce prétendu antidote de l'inégalité, 
que Platon oppose à la tyrannie et à la licence comme 
la véritable forme de la république; le communisme, 
je puis le dire maintenant sans passer pour calomnia- 
teur, contient dans son principe les mêmes infamies. Par 
sa négation de la personnalité, de la propriété, de la fa- 
mille, par son esprit d'église et son dédain de la Justice, 
il tend à la confusion des sexes ; comme ses contraires, 
il est, au point de vue des relations amoureuses, fatale- 
ment pédérastique. 

Les faits prouvent la vérité de ces assertions. La fin 
lamentable des Romains, des Grecs, des anciens Orien- 
taux, en dit assez; quant aux faiseurs d* utopies, la pro- 
miscuité platonique, Tomnigamie de Fourier, l'androgy- 
nie sacerdotale des saint-simoniens, les débauches secrètes 
Tdi de tout temps illustrèrent les communautés religieu- 



— 261 — 

seSy les casernes, les prisons el les bagnes, n*ont pas besoin 
le commentaire. 

Je fînis par une citation qui doit frapper toute âme 

(chrétienne. Le peuple de Dieu n*échappa pas à l'ana- 

tbème; tous ses prophètes, depuis Moïse, Taccusent. 

Sans compter qu'il n'eut jamais un sentiment fort élevé 

du mariage, on le voit, dès le temps de Salomon, livré 

aux vices qui le devaient conduire aux abominations de 

Sodome et Gomorrhe : initiation aux mystères de Tham- 

muz ou Adonis, exploitation de la plèbe par Tusure et le 

servage, la morale remplacée par Tidéalisme esthétique 

(idolâtrie); pour gouvernement, tantôt Taccord, tantôt 

la lutte de la royauté et du pontificat, double forme du 

droit divin, double manifestation de l'idéal. 

Tout ce qui, après avoir commencé par l'idéal, se pour- 
suit par l'idéal, périra par l'idéal. Là est pour les sociétés 
le principe de toute déchéance, laquelle se traduit fata- 
lement, pour la famille, le mariage et Tamour, par ce 
mot à jamais exécré, la pédérastie. Église du Christ, 
prends garde à toi ! tu as commencé comme la Synagogue, 
6t tu continues comme la Synagogue. 



CHAPITRE IV. 

Doctrine de l'Église sur le mariage. — Communauté d'amours, 
concubinat, divorce, confusion des sexes : négation de la 
femme. 

XXVIII 

Lorsque le christianisme fit son entrée dans le monde, 
l'amour et le mariage, l'un par l'autre détruits, sur toute 
la face de Tempire agonisaient. Pour des réformateurs 

ni Vb» 



qui auraient eu rinlelligenoi» des symplAimiy 1% piMirt» 

tion était indiquée. 

Il fallait » en premier lieu » rétablir le Yrai mu de 
l'amour, qui est le aacriflGe et la mort; définir Tetaeiiae 
du mariage, tant au for intérieur qu'au for estérienr; 
déterminer le rôle moral de la femme dans la faqûlil 
et la société; éteindre enfin, par la aupémrité do 
nouvel idéal, cette luxure dévorante qui, faisant de Vtt> 
nion des deux sexes un commeroe î]inpide« les poiis^ 
sait à des jouissances contre nature et k Unut fkégttkm 
mutuelle* 

Ces conditions, toutes de moralité penonnell^t sup- 
posaient en outre, exigeaient une réforme générale dii 
rapports économiques : division des grandes propriétéi 
foncières, latifundia; abolition de Tesdavage» rétablis- 
sement des libertés locales et politiques. Sans liberté al 
sans égalité, il n'y a mariage ni famille qui se soutieuie : 
cette vérité est de tous les siècles, et jamais son appU* 
cation ne fût venue plus à propos. L'homme alors rd> 
devenu travailleur et citoyen, la femme ménagère et 
première institutrice des enfants, l'amour rasséréné, le 
mariage remis en honneur, la prostitution tombait d'elle- 
même, le coucubinat s'anoblissait, Thorreur publique 
aurait fait justice du reste. 

Mais une révolution qui se produisait au nom du ciel 
ne pouvait procéder avec cette sagesse, et moins que de 
personne on devait l'attendre des prédicateurs de l'Ëvan- 
gile. Le christianisme réagit contre la dissolution des 
mœurs païennes de la môme manière qu'il réagit contre 
l'esclavage, l'exorbitance des propriétés et l'autocratie 
de Fenipereur : il changea, avec grand accompagnement 
d'anathèmes, les termes de la question; il ne la résolut 
point. Comparée à la théorie romaine, la théorie chrii 
tienne du mariage fut même un pas rétrt^rade. 



M cal le eoosidénni sovMirtaiAi dns k tnte in 
Actes, mais que le seas da déoet iiimiiMi, , Ce ipi ëboft 
la reUgîon do eoDfae a p nH i o li que, ni Bm Mmwi de tm 
moral, soit méoageiiieiit pour la eoolaBe, c'est, qqoî! 
la dégradation de b famne? non; les fieenees de la 
Ténos Tnlgaire? Qs n'y pensent pas; e*esl la paiticipi- 
tion à rîdolitrie, pour eux le pins capital des crimes. 
0*après le Décalogue et la tradition des prophètes, dont 
le Christ fermait la série, la défiense de Pidoiâtrie est 
absolue; elle emporte la rencmciatim anx filles de joie. 
Cest ce que déclare le concile par son décret : 

• Il aplu aoSaiot-Espritet i nous, Funaiesl ^ptrîtin SàMto 
et nobis, que tous tous absleoies des riandes immolées va 
idoles, des boudins, ciTets (la loi de Moïse défendait de manger 
le sang, la chair des animaux étooflKs on coite dans leur su^, 
et de la fornication : Ut abstineatis vos ob MMiolofti f i a ni l s 
crofum^ et sanguine, et suffoeaio, et famieaiicmê. Ce que di- 
sant TOUS serez sans reproche. Adieu. A qmhus emtodieàUi 
V09 hene agetis. Voleté. » 

Singulier effet du préjugé : ces hommes, qni osaienl 
rompre avec la foi d'Israël et reprendre leur prépuce, 
s'effrayent d'une vaine cérémonie polythéiste; dans leur 
cervelle étroite, c'est la condamnation du boudin bénit 
qui emporte celle de la fornication. Les idolâtres ne fai- 
saient pas l'amour à jeun ; le temple de Vénus servait 
aussi de restaurant : c'est par là qu'ils attaquent Pamour 
libre. Qu'est devenu le prophète de Nazareth? Qu'aurait 
pensé sa haute intelligence en voyant ses légats, Pierre, 
Paul, Jacques, Jean et toute l'Église, gravement occupés 
de tels scrupules? 

XXX 

Du moins, peusez-vous, en vertu de cette décision ca- 
nonique, la femme va monter d'un grade : plus de courti 
fiane^f plus de mercenaires, plus de ces femmes dont le( 



I «M à kfm el le eour à penonae; b 
mwBHk éfomBf on da moins oompigiioiiae* 
■MBi, êH ynmê plaR; ii*alloiis pas plus Tila qae 
s. LadélBMe de b formealion ne le^l pts» pour 
rKé des Sdèles, k dilHculté écooomiqve da ood* 
. Aon, admîrei b loar imprira que prit Talûrs. 
« som le nom de fornicaiioa, c*éuit traot tout b 
• dMa que b oooctb tTail foola alteindre, b 
peoMl-aB« c e sse rt il, si bs chréUens, es Ibo de 
r sn mimiês do peganisme, s'adressabnl à bon 
c'esl-è-^ire i des femiiies de bur secte, STee be- 

ib ne coarabol aucun risqoe de manger des 

défendnes. — < !^oiis sommes tous membras dn 
^iril, disabnt-ib dans bur jargon ; nous ne poiH 
lœ onir aux fiibs de Vénus, à des membies do 

Mais bs soran ont reçu comme nous b Sainte 
: comment perdrions^ious TEsprit en nous unis- 
6lbs?» 

! fut rorigine des amours libres entre fr^es et 
c'est-à-dire entre chrétiens et cliréticnnes, amourN 

coutume passa jiis({n*aii (jiialrièine siècle et mo- 
j accusations de proniiscuilt' (\\u' les égli.s«'S rivaleh 
nt les unes contre les autres, et qui retentirent 
I fois devant les tribunaux de reinpirc. L*é^lise de 
le, où dominait .Nicolaus; celle de Thyutirc, qui 

pas encore fondée en IK), sont dénoncées dans 
dypse comme outrepassant la limite |)os<}c f>ar 
cile, en permettant aux /rrres non-seulement la 
nce des sœurs, mais la fréquentation des hos({uets 
us et la partici[>aliun aux fc^tms des ci)urtisanes, 
tri et manducare d^ idolothytis. On les compare 
e fait à Balaam, qui, d'aprrs le livre ries ^'omàres, 
onseillé à Balar. rr»! de Moal», «l'envoyer des filles 
breux pour les mitier au culte de Fkïlpliégor, et par 



— i«î6 — 

là irriter contre eux leur dieu Jébovah. Il parait miK9» 
que les Micolaîtes trouvaient à cette latitvide ua wib 
mystique, aliiiudinest mysieHa. Ce fut la grande UO' 
tation du premier siècle. 

La fornication qui distingaait les diieiplea de NiooUûfl 
des autres sectes messianiques était an vérité trop mi- 
nime pour motiver une déclaration d*hérésie de la pul 
des puritains : aussi l'Apocalypse n*a4ril pas Tair d'ea 
faire une question de dissidence, habeo adv^sim 1» 
pauca^ bien que, dans son zèle biblique, il menace de 
mort les prévaricateurs. Ce ne fut que postérieuremeol 
que rinterdicUon qui frappait les fenmnes publiques fol 
étendue à cette promiscuité fraternitaire, devenue en 
peu de temps pire que la débauche païenne» Pierre, et 
les autres que l'Église romaine a rangés parmi les vrais 
apôtres; Pierre, qui avait frappé de mort Ananias et 
Sapbira pour une infraction légère au droit communiste, 
fut le premier, si les deux épiires qu'on lui attribue sont 
authentiques, à battre en retraite sur la question de l'a- 
mour libre : il décida que chacun aurait sa chacune, et 
donna lui-même l'exemple du concubinat. Mais les par- 
tisans de la communauté tinrent bon : Tépitre de Jude, 
quinzième évêque de Jérusalem, publiée entre 1 17 et 138, 
et que l'Église a placée dans le canon comme étant dâ 
Tapôlre, les dénonce avec fureur; elle les appelle cùf* 
rupteurs de la chair, contempteurs de la hiérarchie, 
blasphémateurs du pouvoir, et les menace du supplice de 
Sodome et Gomorrhc. Pauvres raisons, vraiment, poui 
des gens qui faisaient de la communauté des amours une 
loi de charité, et qui se regardaient tous comme égaux! 
Aussi la partie la plus fervente de la chrétienté persistî 
dans la pratique des libres amours jusqu'à ce que Tem- 
pereur, embrassant la foi du Christ, vint nettoyer soi 
bercail : on voit dans les lettres de Cyprien, évdque d< 



— SS7 — 

Carihage» décapité en 258. les mArtyrs receroir dans 
kum cachots la Tîsite des Msurj, et, tout couverts du sang 
de leurs tortures, les embrasser en Jésus^^hrist et Cupi- 
ion, au grand scandale du chaste évêque. 

Je sais bien que l'Église dite orthodoxe décline la res- 
ponsabilité de ces aberrations, qu'elle rejette sur V hérésie^ 
Vais vous avouerez. Monseigneur, que la pensée pre- 
mière de votre Église fut communiste, son idéal commu- 
niste, son administration communiste, ses repas même 
communistes; et quand j'ajoute que l'amour y fut aussi 
communiste, qu'il ne cessa de l'être que lorsque les re- 
pas et l'autorité furent sortis de l'indivision , je ne fiais 
que tirer la conséquence du principe qui pendant la pre- 
mière période régit la secte, et rappeler une pratique 
dont la longue durée accuse l'universalité originelle* 

Ainsi, ce n*est t>as comme honteux que le christianisme 
condarqne d'abord l'amour libre : le décret du premier 
concile, l'épître de Jude et l'Apocalypse le prouvent; c'est 
uniquement comme incompatible avec la propriété, l'ad- 
ministration ecclésiastique, le respect du gouvernement. 
Le concile apostolique avait défendu le commerce avec 
les filles de Vénus en raison des viandes offertes à la 
déesse; maintenant le chef de l'apostolat défend la com- 
munauté des amours par respect pour les mœurs de l'em- 
pire. A travers ces restiictions, on vt»it que le principe ne 
change pas : la vraie foi du chrétien est que l'amour, 
comme le travail et la propriété, d >it être commun. Si 
Pierre et ses successeurs y dérogent, c'est aiïaire de po- 
lice et de circonstance, qui ne change rien à l'esprit de 
l'Évangile et aux tendances de l'Église, n'affecte en rien 
l'essence du dogme. 

XXXI 

Avec Pier^re et sfis acolytes, noi)S voici donc arrivés au^ 



concubuiai. Gomment les apAlres du Christ , miltni dé 
morale, ne crurent-ils pas devoir compléter d*êmblét W 
pensée d'Auguste? Pourquoi, dès le début , au lieu de m 
tenir dans ce milieu concubinaire , qui n'avait pour loi 
ni la dignité patricienne ni la franchise de Famour Ubire, 
n'affirmèrent -ils pas exclusivement le mariage? D*ob. 
leur vint cette modération? Les justes noces étaient-elles 
réservées pour ce jour terrible, qui faisait le fonds de 
Tespérance messianique, où, sur les ruines de Rome et 
de l'univers, devaient se célébra: les noces de l'Agneau? 
C'est un fait que les modernes historiens de l'Ëglise 
dissimulent tant qu'ils peuvent, mais qui ressort avec 
évidence d'une lecture attentive des mginaux, que jus- 
qu'à une époque avancée le concubinage fut non sen» 
lement autorisé, mais d'usage vulgaire dans l'Église. 
De Potter, Histoire philosophique^ politique et critique 
du Christianisme , cite saint Augustin , disant : c Que 
« les concubines ne sont pas des épouses, non parce que 
< la bénédiction nuptiale leur manque , mais parce qu'il 
u n'y a point d'acte civil constitutif de la dot. » Le même 
auteur rapporte le concile de Tolède, qui autorise le 
concubinage , comme supplément du mariage. On cite 
encore , en faveur de cette opinion , le recueil de Gratien, 
célèbre canoniste du ^2^ siècle. De bonne heure, cepen- 
dant, le concubinat parait avoir été interdit aux évèqutf, 
dont les femmes devaient être épouses légitimes. Le ma- 
riage pour les hauts dignitaires, le concubinat pour le 
commun des fidèles : c'est justement ainsi qu'avait dé- 
buté la vieille Rome , avec sa distinction du mariage par 
confarréation, coemption et usucapion. . On sait quelles 
résistances éprouva le saint Siège, lors de Tinstitutioa 
du célibat ecclésiastique. Le peuple faisait cause com- 
mune avec les prêtres : le concubinat étanile mariage {KH 
pulaire, l'interdiction brutale dont on le frappait dtoi 




\ et kmfkt WÊfonàt. 

Ile «il doae, enfin, tnr le meii«ie, lu ymn^ Il 
penée de rÉgUtef Où en ea-elle «HtOMht'Imî > 
le nngnlière, qoe personne ne me iemliN HVIllf 
loée, mais qui reMort avee éeUl lie l'IiMrtlHfli »(m 
B ei de lonle te discipline , r^^ilise , iiNHiitf sieiii^ 
peginîsoie , n'e jamais distingiià le Mieiia#it rfM 
Hoat. Pour elle, r'mt tout uu, Kll<t li^iul !• a i^|»ou>. 
énit les concubinain « , roiiiuM «11*^ IkuU l»i»*U» 
i; elle bénisêait ^*|^li*'f«'^ l«* «Jiuj».- «tu Ui m^^haï 
s mariés porUi^jt ^>»' »5«iA i» i lyii-* « *'• 4>tj<ii 
ois ramour libr*: ; w Hl* I •y^al« < lU ii i^oiiiJi' 
*. Qa*OD se lu^rH?, uu qu* J oij t** 4/<>4éU 4»u ^U « ou 
•nsemiile, de ieli*?^^ (iibUi.«:lKHir . U/oUf u i>ui(J i»* 
de coL'veuaiict ou (î luu-i»?' «.« '«^ <«^^tdC<iâ' ^,'^jài 
lui ôemaiiû» bc uni»r<ii«:ii^yi >* j.i.ii*i-<i' <-■ '.vu > » 
k; 11119122.. l L^'ii^ •^ t'J »*''*' *r^ '^' ./>«. 



,»ti il «.Il j><> ._•».« 



.»u^ 



>.»'./< 



. .*« 



Monseigneur; letptrolet aonllei paroles, «frki 
sont les choses. Vousaves pour tout de beencmais, slîsât 
nie pas qu'on lise dans saintPaolcette phrase aMigiiM||iij 
à propos de l'union de rbomme et de la femiMy B^kim* 
tnentum hoc magnum e^. Ceci est un grand saeM|MBt«' 
ou mieux un grand mystère. Sous la presskm de la eoB* 
science universellet qui de tout temps fil do mary^ 
l'acte le plus religieux de la Tie, l'Églist, dislanoéa pnr 
le paganisme, dut comprendre qu'elle ne pouvait eatiè* 
rement abandonner aux définitions de la loi ôvila eeqn'il 
y a de plus véritablement sacramentel dans Humanité; 
Elle eut donc aussi son sacrement de mariage, lé dénier 
en rang comme en date, sacrement sur laquai , aa «ap- , 
port de Bergier , hésitaient saint Thomas, saint Boqavei^' 
ture et Scot, et que rejeta plus tard la prétendue Réfbraie; ' 
elle eut sa messe dé fiançailles, sa messe d*époQsailtas,^^ 
sa formule de bénédiction nuptiale, tout réquivaleàtdtti 
rituel de Romulus et de Numa. Mais, vous le savas mieiRP 
que moi, la lettre tue, l'esprit vivifie ; et je vousdamands9 
Quel est l'esprit de ce grand saerement? Il n'est pas da 
jeune fille chez laquelle ce mystérieux nom ne rivrillia 
un sentiment indéfinissable , bien différant de Tamous h 
que vous dit, à vous théologien, votre conscieneef Qu'eiU \ 
ce enfin que le mariage? Vous êtes embarrassé: «(tae, 
c dispute, dit Bergier , pour savoir quelle est la matièw-i 
c de ce sacrement, quelle en est la forme ; ai le prêtre «s. 
< est le ministre , ou s'il n'en est que le témoin. » 1#>1 
fond, \sL forme , le sujet, le ministre , vous ignores toalti 
Laissez-moi donc vous dire à vous*mAma oe que 
pensez ; je vous dirai après ce que pense la Révolotisa» 

XXXII ; !j 

Les premiers chrétieps, par leur comipuoaiitjl é^ 
meurs ; le premier çQncilç de Jérusalem, par sop- 



pV^'. 



iM fHHMi wvéii à Vteot; Itefi, k ckif ta 
fm m dédiratioii m iiTaar da 
FitglM, M m mMt pv li prtliqM al li Idî, 
à rthiiMHBeat do nitrtage. Il m mâM|Qtti à 
Mie iMdaMe fM d*élf« eoiif«lia ep doetrine : ce hn 
iÊÊi ùa Sm1« defon ri eMibre loiit le nom de Ptol, q«i 

FtMOM eoBBaiiMiice «Yae ee penoooigt. 
Stnis de le IrilNi de Betûemin el de la aeele des pbarU 
^ né i Tanos en Cilicie» disciple de Gaosaliel, iadi* 
«elfré aeo édoeatioii hébrsiqtie, Ters Thelléiiisne, 
Ifrts avoir aarri la peraécolion oonire les ehréliens, flnH 
[|sr eoapresdte, i Teseoiple des Simon, dos Ménaiidra el 
fnde d'aolies « que c*élail fail dn mosaisme« el qae 
«ède maichait à une léacnration religieuse el seeWe 
■ail leva les peuples, sans dislinelîen de e«ile 
iée laagM. Les Hérodiens SYaienl disparu ; les ladd»* 
[lieos, les Pharisiens, étaient impopulaires; le saeardoee 
kii; Tbeudas, Judas de Galilée et leurs )>areilt, |iar le 
ridicule de leurs entrophsef , avaient discrédité le messia* 
lûnne, tel dn moins qiio, jusqu'à Jésus de Nazareth, To- 
ifioion rayait généralement compris. Par contre une réae- 
'ioD s*opérait en faveur de ce dernier, exécuté d'un commun 
^ceord et malgré sa protestation par le proconsul romain 
^ le pontiûcat : la disgrâce i\c Ponce-Pilate, Texil d*Hé- 
Me etd*Hérodias, la On tragique do ('aligula, étaient cités 
Wuteroent par les chrétiens comme des marques de la ven- 
geance divine. La mort subite d'Agrippa, arrivée Tan 43, 
quelque tem)>s après le martyre de Jacques, premier évèque 
^ Jérusalem, et regardée par la secte comme une nou- 
'^elle marque de la colère d'en haut, acheva d'étonner 
l^t^pritset plongea la nation dans le découragement. 
C^éuit par la permission de ce prince, dont les Étala 
comprenaient avec la Judée, la Saroarie, et une partie 



.] 



— «7« — 

la Syrie» el qui désirait plaire aux Juifii, que le pootifittf 
de Jérusalem faisait poursuivre jusqn^à Damas kt Naa- 
réens, contre lesquels Saul lui-même arait obtemi IM 
commission. Agrippa mort, la Judée réduite en pcovinee 
romaine, le peuple, en Asie comme partout, abandomnint 
les idées nationales en haine de l'aristocratie, que res^' 
taitril, pour un génie remuant, dogmatique, aussi propre 
à jouer le rôle de martyr que celui de bourreau, tel eofia 
qu'était Saul ? Se faire chrétien : il se fftt fait christ si la 
place n*eût été prise. 

Tout à coup il disparaît ; il a des visions, fait une retoiite 
de trois ans en Arabie : celle de Jésus n'avait (AA que de 
40 jours ; puis les frères apprennent, à leur grande sur- 
prise, que celui qui jadis les persteutait avec tant de 
fureur maintenant évangélise la foi de Jésus-Christ. U 
moyen de refuser une mission surnaturelle à un homm 
transfiguré miraculeusement, qui a foulé aux pieds toiif 
les liens de la chair et du sang, non acquievi eami et saà* 
guini; qui est monté au troisième ciel, d'où il a rapporté 
des choses extraordinaires? Aussi Paul rappelle-t-U sans 
cesse qu'il a été instruit par Jésus-Christ en personne» 
bien qu'il ne l'ait jamais vu; quant aux apôtres, il ni 
leur doit rien. Il a conféré avec Pierre, il est vrai, peih 
dant un séjour de deux semaines qu'il a fait à Jérusalon; 
il a aperçu Jacques une fois : qu'est-ce que cela prouve! 
Si plus tard il a cru devoir se rendre au concile, en 
compagnie de Titus et Barnabas, il l'a fait en suite d'une 
révélation, secundûm revelcUionem^ et afin de confronter 
les évangiles, mais non pour obéir à une autorité qu'il ne 
reconnaît pas. Que chacun dirige comme il l'entend ni 
propre mission : il ne se mêle pas des églises des antreSi 
et il ne souffrira pas qu'on semèle des siennes. Sartoatl 
revendique l'apostolat des nations comme lui appartemuii 
en propre et ne permet pas que sur ce pcnnt on le oontre- 



— fTi — 

ffl M ynin que Pienret tu eonoîle diJénitakai, 
I eoÊân ml accapiraneol, rappdle tt miiiioo dt 
tyOi il eoBTerliile ccD i u ri op Cornélioi ; aoo fojifs 
, orffepr» alors que SftuI n'éUU pas mAaie iiapUié : 
gMJfin n'enleDd pas raisoo. « A moi, dii-U, révaa» 
n prépooe ; i Pierre, celui de la ctrooocisioa. » U 
^ e*élaîl tout Tempire, IfO millions d*âmes ; la cir- 
lo, c'était la Judée el laSamarie, plus las synago- 
pjindn** par le moode, trois millions d*âmes, peoi- 
i qa*U y arail de plus réliraclaire au moutemeoU 
n obîeele qu'il n'a pas reçu le ministère des mains 



réplique-l-il, parlant de Pierre, laeques et 

I chrétiens, car ib transigent atec la oreond- 

qui si renié kraêl tam rettrictioa, je mis le 

dn Glviit; je mis cloué lur mcroii;jene 

pins fifant, je ne mis pu moi, je mis le Cttfisl 

en moi ^ qni f ous parle par ma boucbe : f^ivo §§$ 
i eyo, vMt verà in mê Christui, ■ 

exposition sincère des épltres de ce maniaque se- 
listoire la plus curieuse des temps apostoliques, et 
xait par quel mirage du fanatisme religieux le plus 
^ des caractères, l'esprit le plus faux, devint la 
ie l'Égiise et Toracle de la théologie, 
remarqué déjà, en parlant de l'esclavage , quelles 

les préoccupations de l'Apôtre. Ce qu'il voulait 
pas une refonte des mœurs et des institutions : la 
à ses yeux n'en valait pas la (»eme: c'était de prè- 
les fidèles, Juifs et gentils , au retour prochain du 

qui devait mettre tiii a tout^^ choses. De là, sa 
ition à envisager les questions <le morale, d'ordre 
et domestique, à travers le prisme de son expecta- 
lessiaque. On a vu tAmU^ V^ comment il en$rageait 
1 laves à pr*»n<lr»» U-tir parti de la servitude : c'est 



— t74 — 

djns le W Ê Êmé fSfnl îfi'il s'oiMnpe dn mariage. B 
tîts fintfllimN^. fi wkg lîl . sont eeox qui s*eni 
aenl «1^ <v Mail . omiub^ sH s'agissait de statue 
d«5 sMri«$' ■ Lp Chnfl tiriiY . s'éme4-il ; jeûnez 
iMtifi»-i\xi>: iDefiSA, par vt4re pénitence, de pai 
aa Doornu r^si»^. » 

Paul est for «t<wll«Kie le dortcor de la chute 
frtee, de la sii|>êrlontê de la fn sur la Justice el 
dèe millènairp. Sor lois ms pMnts, il se sépan 
ôi^UèiCW». qui le trMTaîent #iÂfn/e é enloiilre, fi 
de leur mina, par leurs cMicviSsîons, pour co 
runile ivcx- k t/^s^Ufr frrrr Ptfv/, et, ne melt 
ieure |Y«T»îciDs fwliiMKiMskpKs à si comte éd 
AMictlûîenl de leur bôhul ks eiifences de lenn n 
avec 1^ denHTs: de lenr apci$to3at. 

On s'e^ parUtÀ!^ sar le {vîni de savoir si Paul a 
marié : d*après le? f assutr qoe je rapporterai de 
très . ei mîtio-î i'i^rè? si manière de penser 
teiiiii>f:>« li c'i}-*:>ùoc De me s^mt^ir pas douteuse; 
il fut U>ute 5a T:r lr1c!i^At&iT?, Dans Tafasorption 

lèie. il rie $i>u5rv iisrcvs de hiî ni sœwr ni concol 

* 

rîu> fvrli* riîjK'a îî? U>lèrerait-il pas une épouse 
ment >e chir^triis-ii ie iV joug, loi qui onUie m 

t >'*i:-;r pi5. 5t<r*e-:-u. > divài de rompre le ji 

dr.st ^!r traîiTT pir::»-: i^e^" mcô u» femme, jttor, 
fc«t ie? ù*:r^ d? ?-:siî^ r: Pierre * INwrqaaî doac nTe 
pa>? C>5i que »e S'j^::> ;>.i est»er i U prMîcfllion. Bl; 
pas do nu rtte : car ;e <4&r> ud bici-me de prrdifatioai,m 
pLiur m^'k une ^ec .^iKÎe uiurv. tt:ae nècesBlè : aMi 
iifw»:-»;. /e ^ui^ uMikik. sa j« ne pràciie :^fl 

Il se Tante, l'orsueilleux ap&lie« Dans v 




— 176 — 

1 fiût TaYeu de ses tribulations chamelles : // m'ft été 
tonné un démon de chair qui me eolaphizê^ dit-il en pro 
Hres termes. J*aiine mieux Anacréon demandant un rafrat- 
thissemoit à Tamour qui le consume : CouronneB de fleurs 
^alchesy à femmes y ma tête brûlante L.. Oui, malgré ses 
laufrages, ses voyages» ses bastonnades, ses jeûnes, ses 
veilles, malgré sa prédication incessante, Paul ne peut 
nentir à la lasciveté proverbiale de sa race. Sa continence 
)bstinée le rend malheureux, atrabilaire, cataleptique ( 
sUe lui donne des hallucinations, de la rage. Que ne met-il 
en pratique âa maxime : Mieux vaut épouser qv^ brûlera 
Que ne prend-il une sœur, une concubine, s*il ne veut 
one femme solennelle? Pourquoi ce martyre ridicule, in- 
décent, qui trouble sa raison, nuit à sa liberté et fausse 
tt Vertu? 

La théorie de Paul sur le mariage nous fera peut-être 
péAétrér ce secret. Elle nous intéresse d'autant plus 
^'elle fait loi dans l'Église. 

XXXI 11 

Ceux de Gorinthe , ville célèbre de temps immémorial 
pour la beauté et les talents de ses courtisanes; où la 
eontinenoe, dit nsdvement dom Calmet, était d'une pra- 
tique plus difficile que nulle part ailleurs, lui avaient 
écrit sur le sujet qui intéressait si vivement les néophytes, 
à savoir la fornication, ou, pour mieux dire, l'amour 
libre. Les choses allaient loin parmi les frères de Go- 
rinlhe, puisque, dans le pèle*mèle, le fils prenait la 
miitresse du père (I Cor.^ v). 

Que répond le terrible prêcheur, l'apôtre humoriste^ 
smnt dans les traditicms j^arisiennes, qui de plus avait 
éUidié les poêles et les philosophes grecs? 

Ceux de mes lecteurs qui n'ont jamais lu TApôtre ne 
^*I «tteadial eerttinement pas : la pensée de Paul «wt \^ 



1 

— re- 
mariage est eiaclemeni la même que celle des pakoi 
qu'il a la prétentioa de cmivertir; cesi la pensée ds 
Métellus Numidicus» déclarant la femme un mal néeeh 
saire; la pensée de Ménandre, qui dans ces deux ^fcrs dit 
la même chose : 

r«fury^ éàv tiç iùcnBtion mantff 

C'est le vœu exprimé dans ce vers d*Homàre, que tout 
le monde prenait pour devise : 

Yiyre sans femme et mourir sans enfants ! 

Voilà le thème que Paul délaie dans sa premi^ ans 
Corinthiens» chap. vu. 

(t En principe, dit-il, il est bien à lliomme de ne pas tou- 
cher femme. » 

C*est à merveille, très-excellent Paul! Mais le oommiiD 
des fidèles ne s'accommode pas de cette haute verto, 
qu'il consent à admirer chez les prêtres de Cybèle et les 
évangélistes de votre trempe; puis, ce n'est pas avec des 
boutades qu'on moralise les hommes. Â ces -conditions, 
le christianisme est impossible, il ne passe pas. Paul le 
sent bien : il propose donc, sans autre transition, la mo» 
nogamie, soit mariage solennel , soit concubinat l^alisé 
de par la loi Julia Poppœa; il n'y tient pas, il n'en fait 
aucune distinction. 

d Mais à cause des fornications, que chaque homme ait sa 
femme, et chaque femme son mari. » 

La Yulgate i\i propter fomUationem; le grec porte tk 
xoLç Troptteç, au pluriel. Par ces fomicationSf rApAtre en- 
tend, d'abord, la fréquentation des courtisanes païennes, 
conformément au décret apostolique; puis, la comnm- 
nauté d'amours entre chrétiens et chrétiennes, introduite 
par les premiers raessianistes, et contre laqudle réagis- 



aprtt CQ qve rapports Ptiil hii4ntaii^ (lhNii« 1^ 

I, seloo loi, b rmison éYtngéliqiNi t(ti m«riA|^> : 

Futûçe matmrwl^ tombé m détiiélud» elM^ Um 

et renoncemenl à toutat l6t protliluliotMi. Im lit» 

àil diit aTe# infininieni plut da dignité : Il nVW 

gne Fkamme mHI teul : rf4mfioiM-/irl «Mf MNNfMifiif 

ipé0f. La philoiophie de Paul att aatra : potir hHi 

âge D*efl qu'on remède à rinoontifiefiiw* iMfi 

qoi foH fami Chryioilôme, troofe Ui moltf êpih 

plot relevé qœ eeioi de la c;efièiie; pêiém* 

I digDe béaMirthi : H était, co a n ia taa mo à H m^ 



â'étewtr répooee et Hêrmom le m aH a y^ PêHI 
Ml oesCy la pveaHèfe eoaaoM feaa^ia^saiNe 4a la 
me. W» «eeiMki mmm^ topç»Um^iH r|^ h Unmfn- 

•ie no« joan par Ji.iiîhiw Pïui n#» ^'^n m^^vf <^t^ 
uent. Inin 1#» a, ^n tiriif ni l <'*n t»,r^lî»»Hiif 

^ U^riinb*' 1'; -»-* r»n >»uj ^ ,r. r»r'»»'«> tu »#•>. -r^«»..- 

ir ^?nr**rti«»r « r-M^vi.r -. .i. t.^ • ,- /, 



— «78 — 

neni ici, entre les conjoints, la personnalité, la dignité! 
L'épouse, assujettie au devoir^ est moins que la oonca- 
bine, qui, conservant sa liberté, peut du moins exiger de 
son amant quUl soit aimable, réservé, même respectueux. 
Le mari, à son tour, est moins que l'amant libr^, à qui 
son hétaira^ si elle est digne de son nom, ne reprochera 
jamais sa lassitude et son impuissance. 

Après un si beau précepte, il ne manquait plus que de 
régler les heures et le nombre. Sous la loi du Koran, les 
crieurs publics, du haut des minarets, rappellent à leur 
devoir les maris paresseux. Paul se borne à recommander 
la bonne foi dans l'échange ; il laisse le chiffre ad libitum. 

« Ne vous sevrez pas l'un l'autre, )m>IU9 fraudare inoi^m, 
ou, suivant dom Galmet : Ne vous faites pas banqueroute, 
comme des débiteurs de mauvaise foi, si ce n'est d'un commun 
accord, et pour vaquer au jeûne et à la prière. » 

La Yulgate supprime le mot au jeûne^ qui se trouve 
dans le grec, et qu'exige le sens. Par mesure d'hygiène, 
l'Apôtre dispense les époux de se rendre le devoir lors- 
qu'ils jeûnent, d'après l'aphorisme hippocratique : Sine 
Baccho et Cerere friget Venus, 

« Et quand vous avez iini de prier et de jeûner, revene^y 
encore, iierùm revertimini in idipsum, de peur que Satan ne 
vous tente par votre incontinence. » 

Il veut dire, de peur que l'ardeur de la chair, vous 
poussant à la fornication, ne vous fasse retomber dans 
ridolâtrie. 

L'apôtre Pierre, dans sa première épitre, ch. m, v. 7, 
recommande la même chose, et pour le même motif, aux 
maris, mais en donnant à entendre que c'est surtout par 
charrié pour les femmes, dont la nature est plus faible, et 
qui n'en sont pas moins, avec les hommes, cohéritières de 
la grâce : Quasi infirmiori vaseulo muliebri impertient9i 
Aonorem, tanquàm et cohœredibus gratiœ vestrœ. I^ mot 




r>feiii, ftff rr far ) r<i 4n <^ 4^ fn^ 
\ «tcaWéM ■■iid(fFirfiBwi , y mtm Im» jfm*^ «M^ Im « 

OUI (fl parie 4e nroatNrttcr!^, Je r^f^M^iNMl 
et an tcaf fi q«e, t 'ib ne ^ pruvtnl hmH t^ l^n^ 
MM je Cû, eli bieo ! qu*ils te mirteul t mfteiii HM M 
ne brûler.» 

lites-vouft* Monseigneur, qui VMnlM it tort li (Hh 
iDgilique, de ce roatériâliMiteT Cwki |ittiiHiiHl U 
Ire vertu: vertu bnitâle, dignn ilu MM# i|Ht U 
ttre. Comnient la (iélicalei«e Knw*4|Mi«, iuNtitMi^Ml U 

'omaine, comment la iMiilnir if#*riiiMtM«|M»». ♦♦»»♦ » II»*» 
» protestation, n'ri'\(Hf r<'li« «IoHmim »i»ih«'«»iM*» , 

par la la&ch<.'liMl<'s î.j/ <•». pli/iM'* uf.^l»»r «i *|.«*«. 

viennf*nl se donn' r I;j /ii-ji/i '1'«i/ »M'/»m. .»' •«»• 
es eilréiD'^ o\t\Mj^:^, <>' l.>.v>i.tM#» *< •)' !•« •»* 
aul et Ma}iOfx>^:l! 

les Rorrtiiri». il ^'-U ' « ;'* ' ' /' » '/* • - ^'**/ 
nais TiÈf^rkt, C'>*r ' svvî*<i> *.• * <«.' «^ ^/'v* ** 



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— Mo- 



lière de ne point admettre. Pour ce qui est du remtfiigs 
après décès, elle permet les secondes et même les qa»> 
trièmes noces, et déclare hérétiques ceux qui les blâment: 
Il vaut mieux se marier que brûler! saintes Gomfliei 
Porcie, Agrippine! trop heureuses d'Mrenées idolâtres, i 
Tabri des accommodements de la chasteté chrétienne! 

XXXIV 

Qu'après cela Paul dise : Ceci est un grand sacrement 
ou un grand mystère^ car le mot saeramenium se prend 
au sens de mysierium chez les anciens Pères, il n*y a vrai- 
ment pas là de quoi établir la religion de l'Église à l'en- 
droit du mariage, d'autant moins que l'Apôtre prend soin 
d'expliquer lui-même ce qu'il veut dire quand il qualifie 
le mariage de mystère : 

« Femmes, soyez soumises à vos maris comme au Seigneur: 
car le mari est le chef de la femme, comme le Christ est le chef 
de TËglise^ dont il a sauvé le corps; et comme l^Use est son- 
mise au Christ^ ainsi les femmes doivent en toutes choses être 
soumises à leurs maris. 

« Maris, à votre tour, aimez vos épouses : comme le Christ 
a aimé son Église et s'est livré pour elle^ afin de la sanctifler, 
laver et purifier par la parole de vie, et de se faire une Église 
glorieuse, sans tache, sans ride, pure et immaculée ; ainsi 
les maris doivent aimer leurs épouses comme leurs propres 
corps. 

ft Ceci est un grand mystère : je vous le dis en Christ et eo 
l'Ëglise. » — (ÀusD Éphésiens, v.) 

Tout le monde ne devine pas comment ces banalités 
sur la soumission des femmes et l'affection des maris 
couvrent un mystère en Jésus-Christ et en TË^lise. Il faut 
pour cela se reporter aux Écritures dont Paul est remplii 
se rappeler que sous l'ancienne loi le pacte de Jâiovab 
avec la Synagogue était représenté sous l'allégorie d'uo 
mariage; voir encore, aux chap. xvi et xxiil d'Éiéchiel 



— 281 — 

histoire des aniours malheureuses de ce Jéhovah, qui se 
rend de passion pour deux jeunes filles, Jérusalem et 
amarie, les tire de la boue et de l'ignominie, en fait ses 
pouses, puis est payé de son dévouement par la plus 
bominable infidélité. Ainsi a fait Jésus-Christ : il a aimé 
Église, pauvre et esclave; il s'est livré pour elle; il l'a 
turifiée par son sang*; il la glorifie, la nourrit, la réchauffe 
nutrit et fovet), et il attend de notre fidélité sa récom- 
)ense : tel est le mystère. 

Rien de plus clair, à l'aide du rapprochement des deux 
Mliances, que toute cette allégorie du mariage. La femme, 
selon l'Apôtre, est un être dégradé, impur, que l'homme 
qui s'en approche doit, par charité, relever en s'unissant 
à elle, nettoyer et embellir, comme Jéhovah et le Christ 
son fils ont fait l'un et l'autre, le premier pour la Syna- 
gogue, le second pour l'Église. 

A la suite de cette tirade Paul cite aux Éphésiens le 
passage de la Genèse : L'homme quittera son père et sa 
otéfé et s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans 
une seule chair. 

Pour comprendre ce texte et n'en pas exagérer la portée, 
il est indispensable de rappeler l'histoire de la création. 

A l'occasion des animaux, la Genèse avait dit que Dieu 
les créa chacun suivant un type particulier, marquant 
îinsi l'originalité et l'inconvertibilité des espèces. Quand 
ce vient à l'homme, elle parle d'une tout autre manière : 
Dieu ne le crée pas comme il eût fait un nouveau terme 
ie la série animale, suivant un type particulier, conçu 
selon le bon plaisir de l'entendement divin ; il le fait à son 
Image , de lui créateur, La Vulgate n'a pas rendu cette 
)pposition, que MM. Glaire et Frank, dans leur traduction 
littérale de la Genèse, ont encore moins entendue, et 
qu'aucun interprète, que je connaisse, n'a saisie. Mainte- 
nant il s'agit de la femme : à l'image de qui sera-t-ellç 



faite?-* < M n^ui pa$ Aon, se dit PËlênnl, fM rkmm- 
Suit ÈÊUt X faisons-lui mn aide sembltMe k un. h 

Telle est donc la marche de Yiàie génésiaqne : on pn- 
nier lieu les animaux, créés tous d*ai»te des eaneeptioni 
particulières de Teâpril ditin, quadrapèdes, otoeaoXi 
poissons, reptiles, insectes; rhomme Msuite, fait, par 
exception, à l'image de Dieu ei tiré de la terre; la femme, 
enfin, Taite à Timage de Thomme, et prise dSone de ses 
côtes. Dans tout cela qu*a voulu la Genèse? Uarquerh 
dépendance et Tinfériorité de la femme : die doit Mrs 
pour l'homme un auxiliaire ; c'est pour cela qaVlle est 
faite à son image et prise de sa sulMtance. L^ApAtre le 
rappelle ailleurs en termes singuliers : 

Que l'homme se tienne à l'église nu-tête, parce qu'il est 
riroage et la gloire de Dieu ; mais que la (femme soit Toilée, 
parce qu'elle est la gloire de son mari : sinon qu'on la rase. 

Car l'homme n'est pas de la femme, mais la femme de 
l'homme ; et l'homme n'a point été créé pour la femme, mù 
la femme pour l'homme. ( Première aux CarirUkêênsy ch. içu) 

Entre ces deux êtres semblables, mais inégaux, quel 
sera le rçipport? Telle est la question à laquelle va main- 
tenant répondre hi Genèse, et saint Paul à sa suite» la 
femme créée, Dieu ne procède point» à l'égard de cette 
création dernière, comme il avait fait au 8i;yet des ani- 
maux, des plantes et des astres, s'approuvant lui4iiémeet 
prononçant que c^était bien! 11 présente à Adam tous les 
animaux pour qu'il les nomme, et la femme en dernier 
lieu. La revue se passe d'abord avec tranquillité ; puis 
tout à coup, à la vue de la femme, Adam s'écrie hors de 
lui : La voilà ! Chair de ma chair ^ os de mos os, wmiié 
de ma vie!,.. Uhomme quittera son père ei sa Mens, etc. 

La Bible, en faisant ainsi parler le premier amant, rap- 
pelle l'androgyne de Platon,dont les deux moitiés séparées 
tendent avec ardeur k se rejoindre. La dérivaUoa t'i 



- «84 — 

amoureuse; pas plus que saint Paul il n*a eu ia vraie 
notion du mariage. 

C'est ainsi que Ta entendu l'Apôtre dans sa demiènie 
aux Corinthiens, chapitre vi, quand, pour détourner ses 
néophytes de la fréquentation des prostituées, il leur dit : 

« Ignorez-vous que celui qui s'accouple à une prostituée ftit 
un avec elle? Cor il est écrit : « Us seront deux dans une seuls 
chair. » 

Lors donc que TApôtre se prévaut du même passage de 
la Genèse» tantôt avec les Éphésiens, pour leur raïqpeler 
ce que le mari doit de charité à sa femme ; tantôt avec 
les Corinthiens, pour les détourner de leurs habitudes 
de mauvais lieux, il est clair que pour lui l'amour per- 
mis ne diffère pas intrinsèquement de l'amour illicite, 
le mariage ou concubinat de la fornication : à ses yeux 
ces différents états ne se distinguent que par des cboon- 
stances extérieures, comme la continuité des rapports, la 
communauté d'habitation, et, autant que possible, lapa^ 
ticipation à la même foi. Dans ces conditions, l'amour 
conjugal étant accordé seulement comme remède à la 
fornication, l'œuvre de chair assimilée à un service com- 
mutatif, nolite fraudare invicenij l'unité de conscience, 
d'esprit, de cœur, se trouve de fait exclue ; le mariage se 
réduit à une tolérance. Le nK)t est ignominieux, mais il 
est pris de saint Paul, et il n'y en a pas d'autre pour 
exprimer la pensée chrétienne. 

XXXV 

Tous les Pères se sont inspirés, à l'égard du mariage, 
des sentiments de l'Apôtre. Us ont dénoncé ce dualisme, 
si redoutable à la paix de l'âme et au salut, dévoilé cette 
souillure ineffaçable du lit nuptial, pour laquelle le mari 
doit demander sans cesse grâce au Christ, la femme grice 
ù son mari. De là leurs anathèmes, si peu compris, contra 





fli lie UbI àe crii 

U frmmm ! t >me niM 

ly «I Im « fÊii ferére U Pmrmdis, 

de nalédîdkMii celle miiklile all^^'orie du fnnl 
u a alliréet sar le sexe! 

■Mnty dil «art Anguilio, M pMl m* mMi^nar, mtèmoi* 



Jean de Dtoiat : LMfrmmm êU um» f ÊU ek a mit è ourr t fm, 

mx fiiiia, 9M « Mm jéi^* tfaiu (# cœur iê thûmmêf 

WÊe mi ûm ge , iêtUimeiU awmeée d$ tEnftr^ pu m tkésêi 

iu Pmmiiê ; imdcmpiabU BtUom^ enmemuê jmréê de le 

Jean Cbrysologue : EH$ e$i la caun du mal, Cauteuir 
i, la pierre du tombeau, la porte de ViCnfer, la falaliti 
fUsères . 

Antonin : Tête du crime ^ arme du diable. (Juand vaut 
ne femme, croyez qur rous avez dei ant vous, mm /mm 
humain^ non pas tn^inr tiue héte féroce, mais le diabU 
nne. Sa voix est le sifJWt 'lu ser^}ent. 
Cyprien aimerait mi^ux cnU^ricJn* h» si/flemefU du ba- 
i le chant d'une femme. 

Bonaventure la coïnpare au Mcorjnon, toujours pr/t .1 
il rappelle lance du dcmou. (/rst aunsi r.i>iH<rKuh«'lH' 
rée, ^jue la femme est la fliche du dmlde. 
Grégoire le Graixl : /.a femtn^ n'a jtan le xetts du bun. 
Jérôme : La femme, livrée a elU-iri^me, tu' tatdt ji<i\ /i 
dans l'imftureté. Kl «rirore f ne fmmr ntiru ir]tto>/ii' 
rare que If jdiénij . (. ''^/ la j>orir ilu df/tinn, Ir ( Itrinm 
luitéj le dard du s' i.ti.kiu . nu I ifnl^ un»- diini/rt ru't 

•erivaiiis ciaiii^i * U ;♦!!' • i< ni uiuj /i -ih«i<- (ol< M; a l.i 



lecture de cm imprécations; il ferait {dûs aimpled^ytmr 
un hommage détespéré rendu au pouniir de la Eamiiie. 

Au reste, la méditation du dogmd'évangéliqneel ht las* 
ture de la Bible étaient peu faites pour inspirer à des âmes 
ascétiques le respect de la femme et du mariage. Le pa- 
ganisme, venu au début de la civilisation, plein de jeis 
et d*espérance, avait idéalisé la femme dans ses nymphes, 
ses muses, ses déesses ; il avait sanctifié le mariage, él0vé 
la famille à la hauteur d'une royauté et d*un sacerdoœ. 

Le christianisme, provoqué p^ une corruption sans 
exemple, vit dans hà génération le principe, dans h 
femme l'instrument de toutes nos souillures. Sans douta, 
après comme avant la prédication de FÉvangile, Teapèee 
continua de se reproduire par la voie ordinaire : comme 
autrefois on fit l'amour et l'on s*épousa ; la femme ne ceasi 
pas d'être la bienvenue auprès de Thorome ; sa condi- 
tion, son caractère, gagnèrent même quelque chose. 
Théologiquement le mariage fut sans honneur, la femme 
sans estime. Le baptême, administré aussitôt après la 
naissance, n'eut plus d*autre objet que de laver Timpurelé 
génitale. L'influence de la Bible, inspirée, en ce qui 
touche la femme, des moeurs et traditions du harem, fut 
désastreuse. 

Quels types de femmes que les femmes de la Bible! 
Eve, la Pandore hébraïque, dont la curiosité ouvre le 
monde au péché et à la mort ; les antédiluviennes, qui sé^ 
duisent les anges et accouchent de géants ; Sara, femme 
d'Abraham, maussade, incrédule, jalouse et vindicative; 
Âgar, la favorite insolente; la femme de Loth, changée 
en statue de sel; ses filles, amoureuses de leur père ; R(^ 
becca, qui apprend à son Ûls Jacob, dont le nom signifia 
le Filou, *à tromper son père et son frère; Lia, glorieuse 
cl sotie ; Rachel, qui vole les marmousets de son pftre; 
Dina, Teifrontée; la Putiphar, dont le nom eet passé en 



— «87 — 

MTov^be; Marie, sœur de Moïse, qui conspire contre lui ; 
a femme de Job, qui Tinsulte sur son fumier. Que dire 
rAbigail, de Michel, de Bethsabée, de la reine de Saba, 
l'une Jahel» d'une Rabab, d'une Dalila, d'une Esther, 
l'une Judith 1 

A l'imitation des Pères, les casuistes ont traité la ma- 
tière conjugale en vrais Turcs ; ils ont si bien fait que 
leurs noms sont demeurés infâmes parmi les honnêtes 
gens. Les honnêtes gens ont tort : accuse-lron le médecin 
qui se voue à la guérison des maladies honteuses, alors 
même que ses remèdes ont pour effet de les aggraver ? 

Après tout, les dissertations d'un Sanchez et d'un saint 

Liguori ne font honte qu'à leur religion et à leur siècle; 

le traité De Matrimonio est contemporain de VAlofêia. 

De pareils livres sont autant de témoignages que, du fitit 

de TÉglise et jusqu'au seizième siècle, rhonnèteté n'exista 

nulle part dans le mariage des chrétiens. 

XXXVl 

Il est vrai pourtant que l'Église, après une longue et 
inutile attente, ayant pris le parti d'abandonner l'opinion 
millénaire, force lui fut de modifier sa théorie du mariage. 
Le monde ne finissant pas, là où Paul n'avait vu qu'un 
sédatif aux titillations de la chair, elle finit par découvrir 
la loi de conservation du genre humain, et, ce qui lui im- 
portait davantage, l'instrument de sa propre propagation. 
Elle condamna donc les hérétiques, qui, sur la foi des pre- 
mières traditions, comptant toujours sur la venue du 
Fils de rhommcj et jugeant inutile de faire des enfanta, 
réprouvaient à la fois la génération et le mariage, el elle 
i^lablii l'union conjugale dans son antique et païenne 
dignité de eacrement. 

Mais cette restauration n'eut lieu, au moins de la part 
des prêtres, que pour la forme. La religion du mariage, 



— S88 — 



1 



abrogée par la foi priaûtive, se reforma peu à peu dm 
la conscience des peuples; le clergé, voué au cfilibtl, à 
qui l'amour était d'autant plus suspect que sa omitinaiee 
mal entendue lui était plus pénible, continua de regarder 
le mariage comme un état de pollution habituelle; el 
tandis que le calendrier regorge de prétoidues vi^rgeB, 
canonisées, comme une Thérèse d'ÂYila et une Marie 
Âlacoque, pour avoir, pendant une vie de langueur, en- 
duré les soufflets d'Asmodée, c'est à peine si Ton y r^ 
contre une mère de famille. 

Au seizième siècle paraît la Réforme. Vous croja 
qu'elle va réhabiliter le mariage! Dieu l'en présenrel 
Sur ce point comme sur tous les autres, elle accuse 
TËglise romaine de superstition, et, revenant à la foi pri- 
mitive, elle commence par ôter au mariage le titre, que { 
-Rome avait fini par lui accorder, de sacrement. 

Eh bien! direz- vous, allez-vous faire un crime aux 
orthodoxes du sacrilège des protestants? 

Telle n'est pas ma pensée. La réforme accusait l'Église 
d'avoir, en ce qui touche le mariage, varié dans la foi, 
ajouté à la tradition apostolique et à l'Évangile : je pré- 
tends que l'Église n'a point varié du tout, si ce n'est 
peut-être dans les mots. Après comme avant le concile 
de Trente, l'Église de Rome, d'accord avec les cbrétiens 
primitifs comme avec les réformés, nie le mariage, qu'dk 
confond toujours avec le concubinat. 

La société conjugale^ disent nos modernes théologiens, peut 
exister sous trois formes, donner heu à trois sortes de contrats: 
le contrat naturel, le contrat civil, le contrat religieuo). 

Le contrat naturel est l'union spontanément formée par im 
homme et une femme, antérieurement à Texistence de l'ordR 
civil, ou en dehors de cet ordre. Cest à proprement parla k 
concubinat. 

Le contrat civil est le même que le précédent, mais aeconi- 



fifÊé pour k* rpoot de rcrUinr* oMiptkNN et p 
iiàpraque». f ipnm^ ou Mu»-«i>in>iitM, et fmmm ptr la 
maè\l^, kaqupUeft iiUiiiAliiHu el i>i> rogitiTC* fonl du oowa- 
lîMl aw tôd^lé ntrilc dr Urn» r( 'le pin , cbow que par 
tai-iBtmr Ir ooocubiiuil ne rvnt]Hirii- pu Dtoauîrf ment. 

it canlnl nli^ imi rhuMc daii> U bëaMiclioa dotu^ pw 
Ie prflreà4«itppnoDn»co«ji)iiii> • toit (eulenwnl de par la 
latan, toit en uulr* dviani la *(NVt> : l'EgliM ne *e frécteafe 
|M« |i)aii di> l'uii i{ue dt- l*ault<'. 

L*Egliae, die le proclame ello-méme, ne connaît pat 
elK toacie eocora moiiu du contrat civil. Elle prétôid 
posTOv maiier nonobslant ce contrat ; rendre époui, par 
la Tertn de n béntfiction, dca concubinairei qui re- 
poBnent le mariage civil et l'inlenention de la lociélé. 
Le mariage romain, par eoemptto ou VMveapio, valait da 
■oins, par *a publicité, pour le for extérieur; maille ma- 
riage cooKré par l'Église, en dehors de la garantie ao- 
râle el sans autre motif qiie de donner abbolutioo du 
péché, ne vaut en réalité ni |iour lo dcilnns ni |>nur le 
dehors : c'est la négation mémo ilu m;irini.'c if 

En (leirt mois : selon rcs[iril ilc If-^liM^, le niari.i);c, 
quel qu'il soil, n'cfl l'oitit cli'i?* sjjrnc; r'fsl iiii ;icl(r 
Nsenlielicment enl.iclié d'imiiurflé, iinu la briiédictinn 
liu prêtre a pour objet de l;ivcr, loiiiti»; iino sorte d<* 
baptême donné h l'amour. 

Jusqu'au concile de Tnnl'', rKi:lis<- lui li^ins riialiitmlc 
de donner à tons cciiii ipii l;i lin ilcmninliiiiiit la liéné<lir- 
llon nuptiale, snns trmuitis, sitis iiiirioiii'e ]<ri'ah]ili', çnii^ 
njl souci des fuiiiilles et ili's tiiT-^, il i'i>.l l'tii'Ui' iiiii^i 
qu'elle en use ilaiis les |i:i>s ilu fr.in.' ralhulirlMi;.'. Iii <)i- 
mes amis, établi à Valiiaraiso, -^e niarn'. Il t;ut ^eriir >j 
fiancée de l'aris d I'ciwium; :iii (iilianpir, .l.ins luu- ?n- 
cristie. sans [Hibliriilinn ni liiiioin-. l.r rai i> ti,i nt, ''n 
i-ffcl, étant iindun deTHni, ne reipiiiLt |ia> ias.-i^lanrr'de.- 
hoiiinies. I.cs iinilairi.-> ilAiiiéiiiine m n-cnl île iv.<:in< , li- 



dèlcs sur ce point à la tradition de Rome. De là ce flé^a 
des mariages clandestins, auquel le concile de Trente fat 
obligé, sur la réi{uisition formelle des souverains, de porter 
remède,-en décrétant qu*à l'avenir tout mariage devait,! 
peine de nullité, être célébré par le curé des parties ou 
par son délégué, accompagné de deux ou trois témoins. 

Ainsi la distinction, telle qu'on la fait aujourd'hui, 
entre le mariage et le concubinage, cette distinction, tout 
imparfaite qu'elle soit encore, ne vient pas de l'Eglise; 
elle appartient à l'autorité civile, qui au seizième siècle 
imposa à TÉglise la publication des bans, l'assistance des 
témoins, et le ministère ou la délégation de l'ordinaire. 

La Révolution a fait plus : ne jugeant pas la sécurité 
des familles et l'ordre public suffisamment protégés par 
l'Église, elle a séparé radicalement, pour le fond et pour 
la forme, le mariage civil et la cérémonie ecclésiastique. 
Mais TËglisc, qui ne renonce pas à ses idées, proteste 
contre cette séparation outrageuse ; elle revendique pour 
elle seule le i)ouvoir de marier, elle devrait dire, pour 
rester dans l'esprit et la lettre de ses auteurs, le privilège 
de bénir les concubinaires. A l'heure où j'écris, il est des 
prêtres qui, malgré le concile et le concordat, poussés 
par un zèle factieux, s'ingèrent de marier en secret les 
concubinaires; d'autres qui administrent le prétendu sa- 
crement sans attendre l'acte civil, et ne s'aperçoivent pas 
que ce sacrement, donné hors la société, est une consé- 
cration du concubinage, un sacrilège. 

XXXVII 

A ce propos, je ne puis m' empêcher de dire ici quelques 
mots d'une affaire qui a vivement occupé dans ces derniers 
temps Taltention publique, je veux parler du procès en- 
tre M"^*î Wéber .et les héritiers Pescatore. 

Voici le problème : 




«mléNI 




oivil : W 



i 



fa éÉ ■méqucvH'iii M. iHi^uiv^ an «#- 
un niârùif* mh^uI ri MiMmiml î 
b piMctIé. A c«l nWi, Il uMmiiiI U nHHini* 
d'aï cvéi)iie fniiK«ii «iiiir^ il'uu eurt) iii|Mi« 
d*cinblé« À U i^^I^ImaIioii, mm» MMlrn 
lilé CB Frmoe ni publicAlHiii. Ou (ltfiii«iiittf «i kt 
^e idigîettx ainsi fait à Tèlraiigar «ni|MHl« |HHir 
Bce ■Mriige civil , cripr^t Tari. 170 (IiHIinId; itt 
coDcobine, lavéo, fiunllé^, é|ii»nKé<i |Nir TRijIiMi, 
e dirp épouM et rofnmiiii«i i*ti iHi^nnF 
IconsulUnlB, MM. O. Marrot » liHliMiofil , MiiiJ0, 
?l , hernoloiiilx' , »r;i«r<»i.| ,i\<( 1. > ivri|(j«.> ili.* 
, de Bordeaux, dr |».»i i-, <li S m »(i • • n ( «xkI» ni 
- Le trdiiifial, d .t< < <<( <1 i »< ■ !• n.n ■ i» i < j uLli. i i 
liseur d«'H lu 1 1' n-i ^. M Imf 'if .5 1 ><yn 

est dans la \<'fil«-, n^- .- '.«- ii ' j .i/' i« <>(ji. Oi 

Eiarrot, B- lhfiM>f;t . Mm» I; i^n«i \)» iti>>ï'ii\>t , 

tribunal, <i l^ uni u.v r^u-i |..-j.()i d« lu B< >«>»hj- 






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J ' ' 



' •' .111 i .1' I. 



■^*T' 



porte point par elle-ii^me d'effets ciytts ; en un flM» ■ 
contrat de concubinage. 

Le mot déplaît, mais ce n*est pas ma faute. Je wi- 
drais , comme Tempereur Auguste , comme ÏBf Apôlnijc! 
comme toute l'Église, qu'il pût être rendu honnête; ifli 
titre, j'accepterais avec reconnaissance la bénédictioii n- 
ligieuse. Mais que vous vous mariiei devant le Qirâl> 
comme M. Pescatore, ou devant le Soleil, comme Minf^' 
qu'importe cette symbolique? Dès lors que vous éeirlei 
votre pays , ne demandez rien à votre pays : vous n 
pouvez pas réunir à la fois les franehise$ du contrat ni' 
turel, même sanctifié par le culte, avec les droitt do 
contrat civil que votre intention a été d*e^uiver. Peut^ 
être en croirait-on votre protestation , si TEspagne, en- 
core sous le joug des prêtres, eût été le seul pays où if 
vous fût possible de vous marier; mais vous étiez en; 
France, où la régularisation de votre communauté n'sAI' 
certes pas élé de mauvais exemple : qu'alliez-vous faire 
en Espagne? 

XXXVlll 

J'ai prononcé le mot de divorce. - 

L*Église, et je parle de toutes les églises, grecque, la- 
tine, réformée, sans exception, l'Église,, par la manièrs 
dont elle a traité le divorce, l'admettant tour à touret^ 
le rejetant, a montré une fois de plus sa pensée secrète* 
sur l'identité du mariage et du concubinage. 

D'après la tradition suivie par les rédacteurs des trois 
premiers Évangiles, le rabbi Jésus s'était exprimé sur le 
divorce en termes précis, qu'aucune interprétation ne 
saurait obscurcira 

« Vous savez qu'il a été dit aui andens : Quiconque voudra 
renvoyer sa femme lui signifiera l'acte dé répudiation. 
« Et moi je vous dis que celui qui divorce d'avec sa femme. 



— 293 — 

hors le cas d'adultère, la fait prostituée, et que celui qui 
épouse uûe femme divorcée est lui-même adultère. » 

Faut-il tant de pénétration pour comprendre la pensée 
du fondateur? Il prend en main la défense des femmes, 
livrées, par le privilège illimité de répudiation que la 
loi accordait à Thomme, à la brutalité des maris, et il 
pose une limite à un abus qui faisait dégénérer Tinstitu^ 
tion en promiscuité. Il restreignait, en un mot, le divorce 
au cas d'adultère : c*est ainsi que le comprirent les dis- 
ciples immédiats, qui avaient vu et entendu Jésus , et 
l'Église grecque est là tout entière pour affirmer la vérité 
de celte tradition. 

Mais Paul a aussi son évangile^ plein de chosesi qui 
ne se trouvent pas ds^ns Tévangile de Pierre, comme 
par exemple de rompre toute relation avec la société ci- 
vile et de s'abstenir de ses tribunaux, malgré le mot si 
connu du Maître : Mon royaume n'est pas de ce monde. 
Jésus avait fait profession d*obéissance à l'autorité éta- 
blie; Paul prêche la sécession, la sédition. Jésus s'était 
montré indulgent pour les pécheurs; Paul tranche du 
rigoriste. Sur tous les points il aspire à surpasser Jésus 
dans la morale et dans la gnose, il ne lui laisse que la 
niessianité. A ceux qui lui font des objections sur son en- 
seignement , dont certaines parties ne se trouvaient pas 
dans celui du Galiléen, il répond avec aigreur : 

« Dieu a suscité le Maître, j'en conviens ; mais moi aussi il 
me suscitera par sa vertu »; Deus verô et Dominum suscitavit; 
etnos suscitabU per virtutemsuam. — Tout m'est permis, mais 
tout ne me convient pas, et je ne relève d'aucune autorité. 

« Oui, vous avez été faits membres (enfants) du Christ; 
mais quoi ! est-ce qu'en vous reprenant au point où vous a 
laissés le Christ, je ferai de vous des bâtards?» Tollens ergo 
membra Christi faciam membra meretricis ? 

Passage qui prouve encore que Paul, à Coriathe a\xs.<&\ 



— «94 — 

bien qu'à Rome, avait été devancé par les autres apMres. 
Après cette verte apostrophe aux Corinthiens réfraclai- 
res, il poursuit son exposition ; et c'est alors que, enchéris- 
sant sur Jésus comme celui-ci avait enchéri sur Moïse, 
et singeant jusqu'à sa manière, il prononce cet oracle: 

« Vous savez que le Maître a défendu le divorce^ hors le cas 
d'adultère. 

« Mais moi je vous dis ceci : Si un frère fîdèle a une époase 
infidèle^ et que celle-ci consente à cohabiter avec lui, il doit la 
garder; et réciproquement, si une femme fidèle a un mari in- 
fidèle, elle ne le quittera pas. » 

Deux mois d'explication sur ce text«. D'après l'ancienne 
loi, à laquelle Jésus avait fait allusion, le mari seul avait 
la faculté de signifier le divorce; la femme maltraitée ne 
pouvait que s'enfuir et se retirer chez ses parents. 

D'autre part, par le mol infidélité il faut entendre 
tout à la fois : 1° l'idolâtrie, le plus grand des crimes 
d'après le Pentateuque, et qui constituait entre les Juifs 
et les races proscrites un empêchement absolu au ma- 
riage; 2° la fornication, et conséquemment l'infidélité 
conjugale, ainsi que je l'ai expliqué plus haut. 

Paul, embrassant dans sa défiiiiiion la retraite de la 
femme chez ses parents et la répudiation du mîiri, les pro- 
hibe toutes deux, môme dans le cas d'idolâtrie, à plus 
forte raison dans le cas d'adultère. « Le fidèle, dit- il, de- 
vra rester, quand même, avec l'infidèle. > Et la raison, 
divin Apôtre? 

a C'est que rhonorabilité de l'époux fidèle couvre la forni- 
cation de f infidèle, et que par là les enfants, qui sans cela se- 
raient bâtards, sont rendus légitimes. » Sanctificatus est vir 
in/idelis por mulierem fidelom, et sanctificata est mulier infi- 
(h'ii's per virum fi'lelem : alioquin fiUi vestri immundi essentt 
niinc autem sancli sunt, 

ly après le style des prophètes, dont Paul aflecte de se 



— 295 — 

arvir» il est évident que les mots fldèle et infidèle se 
apportent à deux ordres d'idées, le culte et le mariage : 
i parallèle qu'il établit entre la doctrine de Jésus et la 
ienne le prouve d'ailleurs. 

Ne voilà-l-il pas une belle raison en faveur du co- 
iuage? Gomment ! c'est pour annuler la bâtardise que vous 
'éprouvez le divorce et passez l'éponge sur l'adultère ? 
\^raiment, les adultérins vous auront obligation. Mais 
que devient la foi conjugale? que devient la sainteté du 
mariage? que deviennent Famour et le respect? 

Bagatelles! Est-ce que le mariage n'est pals institué , 
d'après Paul, simplement pour remédier à la fornication ? 
Est-ce qu'un homme sérieux, un esprit grave, un vrai 
chrétien, peut se soucier de l'amour de sa femme? Qu'im- 
porte, en vérité , de quel père sortent les enfants, pourvu 
qu'ils soient baptisés ! Passe encore si le mari qui de- 
mande le divorce, si la femme qui se sépare, alléguait le 
refus du dehitum : alors il y aurait lieu à rupture, le ser- 
rée pour lequel le mariage est octroyé n^étant pas rempli ; 
mais si le mari infidèle, si la femme infidèle, consent à la 
(cohabitation^ plus le moindre sujet de plainte : c'est à Té- 
poiix fidèle à ramener, par la raison et la douceur, l'infidèle. 

C'est d'après cette solution , logiquement déduite de 
l'épîlre aux Corinthiens, que l'Église latine, qui repousse 
le divorce, même pour cause d'adultère, autorise l'annu- 
lation du mariage pour cause d'impuissance : Si impos. 
Tout le monde ici se rappelle Tédifiante formalité du 
congrès, imaginé, sous 1 influence de cette casuistique 
orthodoxe, pour constater les cas d'impuissance, si un 
mari naiurait ou s'il ne naturait pas; formalité qui ne 
fut abrogée que sous le règne de Louis XIV. 

L'impuissance dans le mariage jugée moins excusable 
que l'idolâtrie, moins excusable que l'adultère!... Ne 

Irouvez-vous pas , Monseigneur , qu'après cel ewC^iA^- 



— 296 — 

ment Paul a le droit de s^écrier avec un légitime orgi 

Certes, je crois que moi aussi j'ai l'esprit de Dieu; Put 
tem qudd et ego Spiritum Dei habeam ? 

XXXIX 

Que la théologie chrétienne ait fait descendre le 
riage de la hauteur où l'inspiration polythéiste V 
placé, c'est un fait que l'histoire de TÉglise, que ses 
tures , ses définitions , sa pratique et toutes ses ai 
tés démontrent avec la dernière évidence. 

Mais on fondrait savoir encore quelle a été la r 
supérieure de ce mouvement rétrograde, que n'( 
querait pas suffisamment la grossièreté primitive 
secte, ni l'esprit oriental de ses missionnaires. Ind 
cette raison, ce sera compléter ma critique* 

Le polythéisme, avec ses dieux mâles et femelles, 
plés , mariés , l'un de Tautre engendrés, avait donc 
Usé la famille et le mariage; il avait fait de cet id 
sommet de Justice et d'honneur auquel il conviait 
les races humaines, toutes les conditions sociales, 
cule , après sa mort, reçu dans le ciel et devenant V 
d'Hébé, était l'emblème de la barbarie qui s'élè^ 
violences de l'amour à la sainteté du mariage. Oi 
ensuite par quelle dégradation du sentiment religii 
quel concours de circonstances la famille païenne c 
de cet idéal ; comment, enfin, par les raffineme 
son érotisme, la société grecque et latine s'abîma d 
volupté unisexuelle. 

Que va faire le christianisme ? 
C'est une loi de l'histoire, qui a son principe di 
mouvement évolutif des idées, que toute révoluti€ 
même temps qu'elle nie et abroge l'état antérieur, i 
pourtant que le continuer : nous en avons vu un 
pie, à propos du travail, dans la succession des h 



— «r — 

le réguteal tour à lour : Lot fégoitwttyLoi ^mmmr, IM 
éeJuMee. 

Aintî le cbrùtûnisine devait reprendre lee dhoÊta ■■ 
point où les avail laiMée* le polythéÎHDe, Taire pour U 
mviage ce qu'il raiuîl pour l'esclavage , ce qu'il avait 
bilpour Unie ta théologie. Ce Tut en eOrt ce qui arrtn. 

Tëoioio de la dégradalioa det m«eun donwaliquea , de 
rbjpocriaie du mariage, de l'iiuociabililé de la ramilk, 
dei misère* de la proalitulion , dea horreun de l'ainiMr 
pédéfaaiqiie ; frappé eu mtoio lempi de la logique , êm 
moim apparente, du concubinal, ai commode, ai popn- 
liire; convaiiica. du reste, par la ihùorie platoaictenaa 
utant que par ses mooalnieux résultais, que le «MlaUe 
iBwar n'est paa de ce monde , n'appartient point i im 
utores mortelles , le chriaianinne condamna la ebair . 
ma, du point de vue religieux, la aexualilé ; quant i la 
Tie terrestre , affirma en principe la eommunaulé im 
femmes, mais u contenta, dans l'appltcatioa al par 
Tonne de lolùrance, du coiiculiinal. 

l£ chrislianismc, fn un mol, |iril pour point de départ 
if terme où g'i'lait'iil arrOlés les {>liilii,ui|itio iltr l'eraln 
de SotTatc cl il'E|iamînutiiJu5, l'uni! 

Au TunJ, Utiilis que lu polylliLiMiK-, on insliUiaol la 
mariage, s'éluit borné à appeler la Justice au «enouri 4> ' 
l'amour, le clirislidiiisme, faisanl un pas de plus, pi*> i 
DODça la subordination de celui-ci : en cela il servit la " 
pruprès, el {iré|)arala formule supt-rii-un; it« l'instilHlîOBt J 
bans la forme et ira|>Tè& la tellre, l<! rbnUiai ' 
plus (jitc bulallerniser l'-iiiiour, il lit rt^putu à (i 
le conilimina : luuie sa discipbm- fut inspirée i! 
condamnation. 

i'ai cité déjà le mut du f.liri^t, à ijui l'on dei 
lequel , de sept uiaris aiixtiiiels ujie Itiiime avait t 
Uvemcnt a|i|>arlenu, lui resterai! après li 




— 298 — 

Dans le ciel^ répôndit-il, il n'y a plus ni époux niépouies; 
tons sont comme des anges devant la face de Dieu. Saint 
Paul, aux Calâtes, m , 28 , professe la même doctrine : 
En Christ il n'y a ni Juif m Grec, ni esclave ni libre^ 
ni mâle ni femelle. Il pouvait dire encore : 11 n*y a 
ni frère ni sœur, comme Chateaubriand l'a si bien fait 
voir dans son René. — Je vous ai fiancés au Christ , dit^il 
ailleurs, comme une vierge chaste.,. Toute la théorie du 
célibat religieux est fondée sur ce principe d'une noce 
spirituelle, où le sexe n'est plus de rien. 

Niée dans le ciel, la sexualité , ainsi le veut la logique 
transcendantale, est condamnée sur la terre; la femme, 
pour mieux dhre, aux yeux du chrétien, du vrai spirituel, 
n'existe pas. Erreur ou accident de la nature, tourment de 
rhomme, image fausse de l'amour, elle ne vaut, comme 
personne, qu'autant que, se dépouillant de son sexe, elle 
revêt l'individualité chrélienne, suivant la formule: ^i 
hommes ni femmes ; tous anges devant V Absolu, 

De là celle conséquence qui anéantit le mariage, que, 
l'union de l'homme elde la femme n'ayant de valeur que 
pour la procréation des enfants, tout au plus comme pré- 
serva! if de la fornication , les personnes conjointes de- 
meurent, quant à la conscience, indépendantes l'une 
de l'autre, ne relevant que de leur foi, c'est-à-dire de 
l'Église. 

Le concubinat, prenez -y garde, est, à défaut de la com- 
munauté des amours, la seule forme d'union que puisse 
accorder une autorité religieuse à ses membres des deuj 
sexes, et moins qu'une autre l'Église du Christ pouvait 
déroger à celte loi. H y a dans le mariage ce fait redou- 
table pour toute Église, qu'il se forme entre de just© 
époux une conscience commune, religion de famille 
justice domestique, incompatible avec la souveraineté 
dn ôehovf^. 



ooaaibiBal, qui rapprocbe le« peraoniies, mab no 
mîfiepM; qui unil les corps, eti laî»anl le libre 
sain oamrs ; le ooncubioal , «ans Ju)>lice propre et 
léal moral , éuil loul ce que pouvait supporter la 
Ile religion. 

là aussi Tintroduction dans le ménage chrétien 
tierce influence, qui témoigne énergiquement de sa 



i les anciens , nul ne pourait pénétrer dans la fli- 
: le gynécée était muré; ni prêtre ni magistrat 
, à y voir. 

s le christianisme, c*est tout autre chose : le prêtre 
se la femme; il est son époux spirituel ; à lui TAme, 
science, le cœur; au mari, géniteur^ le corps. Ils 
t plus cif AXiXES , c'est-à-dire ils ne font pas un es- 
ns deux corps séparés; Us soni demx^ au contraire, 
î dit la Genèse, dan* une seule chair. 
À l'Église, après avoir flétri Tamour et déshonoré, 
î comprondro, le nillo cIp Vénus, M'paro l\''j>oiise 
>0!ix , malgré roniro do Dion. Au lion (l'inilior la 
à la Juslico par lo mari, lo pôro ou lo frôro, rommo 
lait le mariapo romain ol rnrnmo lo vonl la na- 
lle f^rôtontl l'inslrniro olji-mômo, par lo dirocleur. 
e dans lo mônapo ronri<ri<lo, lo mari, amant cliar- 
mplira lo vonlro rio lafommo; jo pr<*iro, amant 
ol , omplira IV-prit. D*' ^^ortr qno lo mnriapo chri^ 
>nrrail so définir uîi rocn.i::*' niv<îti<juo : //^r ^</ 
m sacra w^rifi/tn ! 

ont (ù lo ratlK»liri>nîo a rnn«iorvr <;a pni<«nnro, jo 
o«;t maitro t]f- \n m ii-<>n. Ouo d'inro<it«<î <:[»iritiio|s 
ult»To> ! ()']o (](' n ;ir!- <i/ii<f « r»"^ j-nr c(^[r aliéna- 
' Ir-nr- !"••':( r[.<'- ' 

•ml»' r«l!;j:«»ii '.rt '1'- rn-'m'-. j*«n rittoctr- l'hton et Ir» 
nfanlin. îk^ l"r- qnr- ia -/^ruto, an lioii do re^ir^VT 



— 300 — 

directement sur la Justice , prend sa base sur une foi, un 
dogme, un respect transcendantal, il faut qu'elle rompe 
entre l'homme et la femme le serment matrimonial, (w 
tout est perdu. De même qu'en leur qualité de citoyens ib 
relèvent de Tautorité publique, ils doivent en relever en 
qualité d'époux. Ainsi en usaient avec leurs néophytes 
les jésuites du Paraguay. Ou la communauté des amours, 
comme la voulurent Platon et les premiers chréUens; 
ou la subordination du mariage au prêtre , c'est-à-dire 
le concubinage. Hors de là, point d'Église, point de re- 
ligion. 



CHAPITRE V. 

Corruption de l'amour et du mariage ohes les chrétiens : 
Oaractère de la lubricité moderne. 

XL 

A l'idéal u amour qu'avaient rêvé l'une après l'antre, 
de la diversité de leur point de vue, l'école spiritualistede 
Socrate et l'école sensualiste d'Êpicure, le christianisme 
ne (it donc que substituer, de son point de vue particu* 
lier, un autre idéal, l'amour mystique. Des réformateurs 
judicieux n'eussent eu à faire qu'une chose, c'était, en in- 
terprétant le symbole sacramentel , de rétablûr le sens 
juridique du mariage. Fidèles à leur haine de la natuQB 
et de l'humanité, les missionnaires du Christ enchérirent 
sur tous les raffinements de la philosophie païenne, ht 
même cause qui avait perdu la famille antique devait per- 
dre aussi la famille nouvelle : de quelque maniera que 
vous absorbiez le poison, eu poudre, en liquide ou èa 
vapeur, il vous tue. 

Qu'est-ce d'abord que cet amour mystique? 



- aoi — 

L*aaioiar inytlM|iie, vanété de Tainour platoniqw» oon* 

«te i rapporter à Dieu , beauté étemelle, amour créa* 

lear« le aentiiiieot que la ualuie a établi entre rhoause el 

h feiDine, el que les Grecs indiscrets avaient étendu à h 

salure enlière, sans distinction de règne, d'es|iéoe ni do 

leie. Du reste, de niAine que l'aniour platonique, el bien 

plus encore que Tamour platonique, Tamour myslique 

tend à une conlinence absolue, à la castration mentale : 

ce qui emporte loujours la négation de la sexualilé,el lina» 

letneol de Tamour même* 

L'origine de ce mysticisme se confond avec celle des 
religions. Sans parler des mystères afihrodisiaqucs, qui y 
cooduisaieol, on sait que chaque cilé se regardai! comme 
unie conjugalement à un dieu, qui la prenail sous sa pro» 
tection el à qui elle se dévouail par un culte spédal. 
Les prophètes sonl pleins de cette idée : Jéhovah a Irouvé 
U cité israélite nue el proscrite; il l'a recueillie, épousée, 
chargée de parures el d*or ; la Loi est son contrat de nm» 
liage, le fameux Cantique son qiillialame. 

« La poésie mystique de l'Inde a |K)ur leite habituel l'amour 
pa<«ionijé et eita(H|Ui' de I arne |M»ur son rnsiteur. (à*t araour, 
le plus élliéré el \v plus twiiiil que riioiniiH* puisse sentir, s*y 
«^iprime par les images s»*n>uell(*s du Cantique des caniiqmm^ 
mais a%ec ud<* candeur d'etpression (|ue l'hébreu lui-nîême 
n'atteint pas. On y sent la nudit*'* innurente de l'homme cl é$ 
la femme dans la pureté sans larhe el sans ombre d'un av 
Ëdeu. » ^Cours famiUer dv Utteraturr, par M. de Lajuii 
citation du barun d'Kksteiii.) 

Le christianisme, condamnant la chair ot tout ail 
ment à la créatun% devait |»<irtrr au plus haut degi 
mour mystique, le ilévfhipjMT. l'enscM^nrr sous tout 
formes, en faire un préce|ite el une < ondition de I 
— < /e rous ai Jidncrs /o?/.% n un seul rpoux^ dit Patt 
Corinthiens, au (Ihrist^ rmiimn vne vierge ckëii 



— 301 — 

Nouveau Testament, les P^nes, les mystfquçs, les lermo- 
naires, ne parlent que des noces du Christ avee son Ég^isi, 
du mariage de l'ftme avec son Créateur , de runioo dei 
vierges avec Jésus, leur divin époux. De môme qne h 
paganisme, on peut dire que le christianisme se résoat 
tout entier dans une idée, Tamour* 

On comprend que dans ce système le mariage smt r»> 
gardé comme une espèce d'infidélité, dont Fauteur de 
tout bien, de toute beauté et de tout amour, Dieu,e8t ja- 
loux, et qu'il ne permet que par un excès de miséricorde. 

Celui qui est sans femme, dit l'Apôtre, ne songe qu'à plaire 
à Dieu, tandis que l'homme marié doit contenter encore son 
épouse. Pareillement la vierge qui se garde pore de cœur et de 
corps, ne songe à plaire qu'au Seigneur ; au Keu que la femme 
mariée doit s'occuper encore du monde et plaire à son mari. 

De fait et de droit le mariage chrétien, accordé pu 
tolérance, réservant à Dieu, à l'Église, au prêtre, les pré- 
férences intimes du cœur, est un concubinage, pis que 
cela, un adultère. 

Suivons, dans ses conséquences logiques et pratiques, 
cette nouvelle théorie de Tamour. 

XLI 

La contradiction apparaît d'abord dans le langage des 
mystiques. Il leur est im[)ossible de parler de l'amour 
divin sans employer continuellement les images de Ta- 
mour charnel : 

« On peut dire, avec Denys le Chartreux, que le divin 
Époux ^ voyant Tâme tout éprise de son amour, se commu- 
nique à elle, se présente à elle, Tembrasse, l'attire au dedans 
de lui-même, la baise, la serre étroitement avec une complai- 
sance merveilleuse... 

« On peut dire, avec saint Bernard, que cet embrassemeot, 
ce baiser, cette touche, cette uttion, n'est point dans limagi- 
Dat'ion ni dans les sens, mais dans la partie la plus spirituelle 



— 303 — 

de notre ôtre, dans le plus intime de notre cœur, où l'âme, 
par une singulière prérogative, reçoit son bien-airaé, non par 
figure, mais par infusion, n(>n par image, mais par impres- 
sion... (BossuET, Sur Vunion de Jéstis-Ùhrist avec son épouse.) 

Peut-être ce matérialisme d'expression, dont les exem- 
ples rempliraient des volumes, fut-il nécessaire au com- 
mencement pour enlever les cœurs égarés au matérialisme 
de la débauche, et c'est pourquoi je ne saurais faire de 
semblables textes un motif d'accusation contre les mys- 
tiques. Quelle puissance de chasteté n'a-t-il pas fallu à 
ces hommes, un saint Bernard, un Fénelon, un Bossuet, 
pour faire passer un langage qui, appliqué à son objet 
légitime, serait presque obscène! Je ne le redouterais 
même pas, si les conséquences devaient s'arrêter là, pour 
des enfants. Ce n'est pas dans les paroles que gît le mal : 
il est dans l'idée, qui fait de Dieu l'objet d'un amour dont 
l'union conjugale est déclarée, par article de foi, indigne. 

€ Adam, notre premier père, s'étant élevé contre Dieu, per- 
dit aussitôt l'empire naturel qu'il avait sur ses appétits. Sa 
désobéissance fut vengée par une autre désobéissance. Il sentit 
une rébellion à laquelle il ne s'attendait pas, et la partie in- 
j lerieure s'étant inopinément soulevée contre la raison, il resta 
tout confus de ce qu'il ne pouvait la réduire. Mais ce qu'il y a 
de plus déplorable, c'est que ces convoitises brutales qui s'é- 
1 lèvent dans nos sens, à la confusion de l'esprit, aient si grande 
1 part à n(»tre naissance. De là vient qu'elle a je ne sais quoi de 
{ bonteux, à cause que nous venons tous de ces appétits déré- 
i glés qui firent rougir notre premier père. Comprenez, s'il vous 
i plait, ces vérités, et épargnez-moi la pudeur de repasser en- 
core une fois sur des choses si pleines d'ignominie, et toutefois 
^s lesquelles il est impossible que vous entendiez ce que c'est 
que le péché d*origine : car c*est par ces canaux que le venin 
(t la peste découlent dans notre nature. Qui nous engendre 
nous tue. Nous recevons en même temps, et de la même ra- 
cine, et la vie du corps et la mort de Tàme. La uv^%a& àqwX 



— .304 — 

nous sommes formés étant infectée dans sa source, elle empoî- 
sonne notre âme par sa funeste contagion... » (Bossun, Ser- 
mon sur la fête de la Conception de la sainte Vierge.) 

Quelle âme de boue pourrait se scandaliser d'un pareil 
langage? Bossuet est aussi chaste que sublime lorsqu'il 
parie de Tamour et de tout ce qui lui appartient : Hilton 
seul peut lui être comparé. N*est-ce pas une belle et noble 
chose d*avoir su, par la force du mysticisme, faire oublier 
le sens matériel des mots, pour ne faire penser qu'an 
sentiment? Nos romanciers font juste le contraire : sons 
des paroles honnêtes, leur talent et leur but est de faûre 
penser aux choses qui le sont le moins. Cherchez, dans 
toutes les littératures du monde, quelque chose qui 
approche de cet autre passage : 

a 11 est un endroit^ ô Seigneur, oà le diable se vante d'être 
invincible; il dit qu'on ne l'en peut chasser : c'est le moment 
de la conception^ dans lequel il brave votre pouvoir... 

« Quand je vois mou Libérateur dans cette étroite et volon- 
taire prison (du sein maternel) Je dis quelquefois à part moi: 
Se pourrait-il bien faire que Dieu eût voulu abandonner aa 
diable^ quand ce n'aurait été qu'un moment, ce temple sacré 
qu'il destinait à son iils^ ce saint tabernacle où il prendra un 
SI long et si admirable repos^ ce lit tout virginal où il célébrera 
des noces toutes spirituelles avec notre nature ? C'est ainsi que 
je me parle à moi-même. Puis, retournant au Sauveur: Béni 
enfant^ lui dis- je, ne le souffrez pas^ ne permettez pas que 
votre mère soit violée ! Ah ! que si Satan osait l'aborder pen- 
dant que^ demeurant en elle, vous y faites un paradis, que de 
foudres vous feriez éclater sur sa tête 1 Avec quelle jalousie 
vous défendriez l'honneur et l'innocence de votre mèreU.. 

Et il conclut, comme Pie IX et toute l'Église vienneot 
de conclure : 

« Si donc nous voyons en Marie un enfantement sans dou- 
leur^ une chair sans fragilité, des sens sans rébellion, une vie 
sans (ciclio, une mort sans peine ; si son époux n'est que MB 



— 305 — 

gardien, son mariage le voile sacré qui protège et qui couvre 
ia virginité , son fils bien-aimé une fleur que son intégrité a 
poussée; si, lorsqu'elle le conçut, la nature, étonnée et confuse, 
mrut que toutes ses lois allaient être à jamais abolies ; si le 
Saint-Esprit tint sa place, et les délices de la virginité celle qui 
est ordinairement occupée par la convoitise, qui pourra croire 
qu'il n'y ait rien eu de surnaturel dans la conception de cette 
princesse, et que ce soit le seul endroit de sa vie qui ne soit 
point marqué de quelque insigne miracle?» (Ibid,) 

Pour moi, je me prosterne devant ce style, j'adore cette 

pureté incomparable. Ce contraste de l'enfance innocente 

et sainte reposant sur un trône maculé; cette suite de 

prérogatives virginales dont se compose la vie de la femme 

modèle, et qui ne saurait priendre son commencement dans 

la souillure des conceptions vulgaires ; ces images de tem* 

pie, de tabernacle, de lit nuptial, de maternité, tout cela 

me ravit, et je dis, après Bossuet, mais en généralisant 

sa pensée : Non, il u*est pas possible que la conception 

bumaine soit souillée, que la véritable épouse cesse d'être 

vierge en devenant mère, et que cet amour, qui sert de 

fondement à la famille et à la société, soit livré aux trans- 

ports de la concupiscence. Tout cela, dis-je, est de la bête, 

non de l'homme. Si le christianisme s'est trompé, c'est 

e& faisant de la règle l'exception, c'est en restreignant au 

Christ et à la Vierge ce qui doit être le privilège de toute 

naissance légitime. 

Bossuet et les mystiques doivent donc être tenus pour 
innocents, et ma critique ne s'adresse point à leurs ex- 
pressions, pas plus qu'à leurs mœurs. C'est leur foi, c'est 
leur dogme que je considère. 

Le christianisme a beau élever son idéal, protester que 
soQ langage est pure métaphore : la parole implique l'idée, 
et par son idée le christianisme, malgré qu'il en ait, rend 
hommage à l'amour; il en reconnaît la condillou e,s%^w- 
%lle, qui esl )a distinction et Tunion des ^ii^\ eX ^^vv^ 



il 8*exalt6 dans m contemplation érotieo-théologiqiiet plv 
il rend chei le mystique Tunion amoureuse souhattaMe, 
irrésistible, instante. 

Je comprends, jusqu'à certain point, qu*on prenne pour 
une allégorie la noce mystique de Tâme avec Dieu; mais 
le Christ proposé pour époux à la religieuse, mais U 
Vierge immaculée qu*adorent à renvi carmes et frandi- 
cains, mais le mariage de Marie et Joseph, qui lepr wu\ 
de modèle, sont-ce là des métaphores? Et ne sommes- 
nous pas sur la peqte d*une corruption d'autant plus jptor 
fonde, qu'elle aura enfoncé plus avant §es racines dam 
l'idéal? 

Au reste, c'est par leurs fruits que s^ jugent lest doop 
trines, dit l'Évangile ; A fruetibui eorum cognoseetiê eot* 
Descendons de ce ciel de l'amour chrétien ^ et voyons ûf 
que sa semence a produit sur la terre. 

XLII 

Soit que le christianisme se bornât à abolir laprostits* 
tien, plus ou moins sacrée, en élevant les saintes de Yét] 
nus au rang dos concubines; soit, ce qui eût été ptat] 
démocratique et plus décisif, qu'il fit disparaître d'o^j 
seul coup les deux modes inférieurs de l'union des 
en déridant que tout amour serait élevé à la dignité 
mariage, il fallait, pour cette réforme, assurer préah 
ment à tout homme les moyens d'entretenir femme i 
enfants, ce qui impliquait, comme je l'ai dit, la 
tution économique de la société. Loin de rebuter les 
formateurs, une telle porspective était faite pour 
de plus en plus leur enthousiasme. Le soeialism^de 1) 
l'avait compris; il ne recula pas devant l'idée. Toast) 
que nous étions alors, nous affirmions avec une 4 
énergie le droit au travail et le droit au mariage, le p 
mier comme gage el condition du second : c'est im 



— 307 — 

combinaison de ce double droit de Thomme et du citoyen 
ïu'est toute Y émancipation de la femme. 

Le chrislianisme, avec son dogme de la chute, avec sa 
légende désespérée du travail, avec ses concessions à 
l'endroit du servage, avec ses préventions contre le com- 
merce et rinduslrie, avec son ignorance absolue des lois 
de la production et de la circulation de la richesse, avec 
son esprit d'autorilé, de hiérarchie et de patriciat, était 
au-dessous de l'entreprise. 

La famille et la société désorganisées, il se trouva donc 
impuissant à rien rétablir; il n'eut d'énergie que pour 
flétrir Thomme et la nature, détruire les monuments de 
l'ancien culte, persécuter ses ministres, s'emparer de ses 
biens et dotations, et se déchirer lui-même pour la défi- 
nition de ses dogmes. De même qu'il ne sut sauver l'em- 
pire de la dissolution et de l'invasion, il ne sut pas 
davantage préserver le mariage et la famille de la lèpre 
qui les rongeait. Le mal ne fut pas guéri ; il changea de 
caractère. Comme une éruption répercutée, il passa à 
l'éiat chronique, et la constitution tout entière fut 
ébranlée. 

El d'abord, l'idolâtrie interdite, les sectes communistes 
«terminées, la femme qui jadis, sous la protection du culte 
public, se vouait à l'amour libre, fut jetée sans forme de 
procès aux gémonies... Regretterons-nous la prostitution 
litigieuse? A Dieu ne plaise; mais il est permis de re- 
gretter que des créatures humaines qu'on n'a pas su 
pourvoir, dont on est forcé de tolérer, de protéger le 
commerée, n'aient gagné à la réforme évangélique qu'un 
degré déplus d'avilissement. La prostitution ne finit pas 
avec le polythéisme, comme nous savons tous : mariée à 
la misère, proscrite devant les dieux et devant les hom- 
mes, écrasée sous l'infamie, elle devint plus abominable^ 
plus hideuse. Plus de consécration qui àemawàçi ^^^^ 



pixir Li ^»<irtisaiii£. pfa» àtfoèâtm de chant, pis le 
fluxxuir? ^iaski -^ In relève. ^iHiii «b lenips, i Rome, 
à Vtaii:»». ruxiiUtii» de raBÛqae amUa la ressusciter: 
e>^ seafiiiàLe i disc^ira. La âUe de joie est telle à pea près 
partûut qœ Teiize s» biàpttee , %m être Toisin de la 
guenoa, poannt serfir de modde au péché d'origine. Si 
la poiice s'en oc^rupe, c'est pour arrêler à temp? ^iIl^e^ 
lîoo 'ioat la béte immoiide menace la popalalion hon- 
nête. Eacii're ia pudenr ehrétienne a4-elle protesté contre 
cet encoaragemeat donné à la débouché : M. Benjamin 
Delessert fut blimé par les dérots pour avoir créé le 
Dispensaire, et tenté d'étoolTer dans son antre la syphilis. 
Malédiction aux ^ciimes de la Venus Tuigaire! Que 
l'homme pourrisse, et que le chancre le ronge, avant 
qu*on appelle la science au secours de Tincontinence. 
Quant aux malheureuses, nous avons lu tous rhistoire de 
Manon Lescaut : le gouTemement, s'il n'écoutait que sa 
conscience chrétienne, en ferait de temps à autre des 
fournées pour la Guyane et Noukabiva. 

XLIII 

L'état moyen du conçu binât, expression exacte de Vidée 
chrétienne, semblait devoir obtenir grâce : il n*eD fut 
rien. Son nom était impur: il dut opter entre la béné* 
diction du prêtre et la déclaration d'infamie. On alla plus 
loin : les femmes des prêtres, au moyen âge, furent assi- 
milées aux concubines, et quand le célibat eut été déclaré 
obligatoire pour tout le clergé séculier, il fut question, 
dans un concile de Tolède, d'accorder à ces concubines, 
à litre d'indemnité, les galères. Point de théoci^tie sans 
célibat, et sans théocratie point d'Église, point de reli- 
gion, point d'obéissance. Si le mariage laïc est déjà une 
menace pour l'autorité, à combien plus forte raison le 
mariage du prêtre? 




^^^^^^^^^^^^^ ^h^ 

Tout poimaîl «u mnHimifk hHNh> 
éa premier mari , k» nvii ili» INiHm^l 
a ta«uie, les oofiTenanc^i do U MirHi^l<i^i i)Ml H^Ht^ 
(itaa, griee au chriMianitmo, I0 r«mmiliiH«lli II 
Il y a mieux : cfllit rottiHin f|M*iiM ai*i»Miife 
eo réalité monogames, H iiliitt |iiHir lu 
ocre, on insitlc sur le» rirroiiftlaiiiiM i|Ml l'iiHl 
linée à célébrer dea terondnt iMir4>«, |»li««i i*i» iM|i)l 
fiise et de la loi qui rimiti*. jn U piiM Imiim^ Imimi 
'l digne de Ti^\ti'i'A. 

^l-ce donc qui f.nl w»n # nnu ^ A l « 11» w« •« riniid 
enl avec dMJx mari* ' N«>ri ^hui»'J«/i<ii(« >\u \>tt tt,ht , 
*sl allarhée au M^r-ffl \ m «iu iii^u^«iio<< i'/)wl, 
légal. CVfl (ontf<r U j<>'j1i»4 i*</ii li/niM 1 uk'^ua 
lice, la raivofi . U pu'i» ',, . .^ « < w j,* « Iw «>« 
ce qu*' f fWt' !<■;.•. 1 » ' l • « ' u> » *".« i.i * < < / < .>i 1 - 
atioii \\.^*'U''^- l'iut ' • 1,1 ,411 ..< 
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lois repoussent et que je ne rédame pdnl, le ooacii- 
binat reconnu, entouré d'un caractère légal, tel à pmi 
près que l'avait fait Tempereur Auguste et que l'ÉgUse 
Tadmit si longtemps : que serait-il arrivé de cette femmef 
C*est qu'elle eût. trouvé avec un compagnon honnèle 
homme une famille d'adoption, des enfants, une part 
dans la considération publique, les égards du magistrat; 
la société, la morale, la raison, la Justice, étaient sa* 
tisfaites. Au lieu de cela, parce qu'elle a voulu trandier 
un nœud qui ne se pouvait défaire^ la même femme est 
déclarée, de par la religion et les lois, d'un côté, pour 
ses nouvelles amours, libertine, adultère, prostituée; de 
l'autre, pour sa tentative de remariage, bigame, faus- 
saire, sacrilège. Sur quoi, deux années de prison, rupture 
des secondes comme des premières noces^ abandon uni- 
versel , flétrissure. A sa sortie de prison il ne lui reste 
qu'à sejeteràl'eau. 

Au surplus, il est arrivé du concubinage comme de la 
prostitution : il n'a jamais cessé d'exister ; il grandit tous 
les jours parmi le peuple, qui ne comprenant du lien 
légitime que la dot, l'abandonne aux riches. On dirait 
que le cœur humain, trompé par sa religion ^ trompé 
par SCS légistes, cherche dans les joies économiques de 
l'union concubinaire la restauration du mariage. 

XLIV 

L'Église, pudibonde et sévère, n'a donc voulu constf^ 
ver que le sacrement : on a vu au chapitre précédent ce 
qu'entre ses mains le sacrement est devenu. 

De même, selon l'Évangile, que la Justice, la liberté» 
la richesse, la science et la paix ne peuvent s'obtenir 
ici-bas et doivent être regardées comme des prérogatim 
de l'autre vie; de même le pur et parfait amour est promis 
seulement pour le Ciel, là où l'on ne se marie plus» dit 



5P" 
- su — 

kUirt*l,p«iM(u*ilii'yapliHdeflaet, du» <A Fm ^iiat 
«Hft'aair. àt»B»«D>èfTdc*ai>fe«. Suri-(rlltMfT*,««ll 
dèw» plM «MOT* que U ruiuni nou* a TtiM nllM II 
hnwBii. l'iwiwi «t fliMntirlkinriK impar; «t ri It 
i b ooiurmii«n do r<«pèée, JonH A 
cmJBt d'il» diip—H d« i'Êgl>M<, Il 11 > inl TCÏr lo«- 
I dlM Tmii du iMpUWnr H nmh 4ê h 
^'ua lifH phjrMqw, uno llgdn cf««i, 
^ HoonlkMittk Taniour qne U? oiim ri n'ao doooeqM 

Sur ce poÎDl, l«s r«MiiUc« mdI d'arœrJ, et flt Mat 
kpqnei. Pl«* le ptttn, toué pir ét«t à rimour mjnffqM, 
màun de génc, |<lm il aime i ravala dis joiriaMW 
fNH raligioa lui ialrrdîL Ce que le vul|[air« pnad pOMT 
Thkiptntioa d'une pudmr cél«*te o'mI que l'oaUlgt 
Ul t la Bituni par le mjrtidsmr. Man» di>nt le* temmm 
iM fc omfesM. chM-une de vot canne* c«t eomplé» aa 
■M Tribunal. Le toile d'ifcaomiiiie t'rat étende av 
Wt; Isa loultifll* 1)116 l<> i)<^mon de U vluir donne an 
^ Irtlre. le pr'^tre le» rmd à m |ijriilpiil<-, <)iii les rend i 
unmari. — * Tout<> fcniitii; munéi-, <lil l'i-ii^iue de Milan, 
«AmliroiM. »atl qu'elle a il>! quoi r<>ii};ir. > — Cache-toi, 
ItDinie; j'aiierçuis tur Ion visa^jc la Irnce des baisert de 
Ion f|)oux. 

Tuul cela o'oftt été i|ii*iflri|H>r1incnci* ')o pédants et de 
'a.krài, !i les Uk-s avai'.-iit pris le >it^>^ |<nrii de se moqtier 
iIk clercs; maison n'i.'st ps n-litjiciu à niuilié. Ce qut 
lilltéutogic avait séparé, la (iratique sitt-iiliére le sépara 
iioa lour; cl s'il aX un trait qui diatiiipie les mœun 
clitéliefincs, cV-st cette id<-v «Hrange, (hism^ en aphorisme, 
que, t'amoiir «tant iin<? dioMr, le inuriiigi' une autre, il 
esl contre toute bieusèincc de li's rf'iiinr, 

Queiquef-uns TudI huniivur au clinslunisme do II 
lantcrie dievaleresque et du re»)M»;t dont tlle eatou 



— 312 — 

femme. D*autres 1* attribuent aux races du Nord, et ne 
manquent pas à ce propos de citer le fameux passage da 
livre de Tacite sur les mœurs des Germains. D*autres 
encore sont allés chercher les origines de la chevalerie 
chez les Maures ; quelques-uns enfin la trouvent chez les 
Celtes. 

« La femme^ dit un écrivain de la Revue des Deux-Mondes 
(février 1854)^ la femme, telle que Ta conçue la chevalerie, 
idéal de douceur et de beauté, posé comme but suprême de la 
vie, n'est une création ni classique, ni chrétienne, ni germa- 
nique, mais bien réellement celtique. » 

Pour moi, qui n*ai pas grande foi à la délicatesse bar- 
bare, 'surtout lorsque cette barbarie s^est mise de la veille 
en contact avec une civilisation raffinée, je crois que c*est 
faire tort à nos ancêtres goths, ostrogoths, visigoths, Ion- 
gobards, sarrasins, normands et celtes, et les calomnier, 
que de leur attribuer cette chevalerie qui n'exista jamais 
que dans des romans relativement modernes, que connu- 
rent peu ou point les troubadours, et dont on cite à peine 
quelques rares exemples, tels que ceux de Pétrarque et 
de Bayard. 

L'amour chevaleresque n'est autre chose que la trans- 
formation chrétienne de Tamour platonique, avec ce ca- 
ractère nouveau qui suffit à en déceler l'origine et qu'on 
oublie trop, c'est que, d'après la théorie des cours d'a- 
mour, l'ami de cœur d'une dame ne pouvait plus devenir 
son mari, et que, si par aventure ils s'épousaient, elle 
devait chercher un autre chevalier. N'est-ce pas ainsi 
qu'en usent encore les dames italiennes? 

Ainsi, selon l'idéal chrétien, idéal théologique, féodal, 
romanesque ou chevaleresque, comme il plaira de l'ap- 
peler, mais idéal le plus faux qui se puisse concevoir, le 
mariage n'a rien de commun avec l'amour : c'est une fonc- 
tion où tout est réglé en vue de la lignée, de la succès- 



— 313 — 

(ion, de Talliance, des intérêts, mais dans lequel la su- 
)rême bienséance pour les canjoints est de rester, quant 
i Tamour, et nonobstant la cohabitation et la génération, 
lussi étrangers l'un à Tautre que s'ils ne s'étaient vus 
amais. 

Sans doute, ici comme partout, la nature a fait fléchir 
la doctrine; le cœur humain, plus puissant, plus haut 
fue la théologie, a réparé de son mieux la brèche faite à 
la morale par une sotte idéalité. Mais puisque toute so- 
ciété se forme sur sa religion, j'ai le droit de juger la 
religion et son idéal d'après les mœurs que cet idéal en- 
gendre : or, je le demande maintenant à mes lecteurs, 
le christianisme, qui a balayé, mais dans ses catéchismes 
seulement, la fornication, et frappé sans succès le concu- 
binage; qui a popularisé et mis à la mode, sous le so- 
briquet de chevalerie, son amour mystique, chanté, 
célébré par tous ses orateurs et ses poêles; qui, enfin, par 
ce raffinement absurde, séparant Tamour de l'hyménée, 
a séparé autant qu*il était en lui l'époux de l'épouse , 
et rendu le divorce, qu'il condamnait, universel, le 
christianisme peut-il se vanter d'avoir purifié l'amour 
et relevé le marilage? 

XLV 

Hais peut-être qu'au total cette confiscation dogma- 
tique de l'amour parfait au profit des eunuques spirituels^ 
peut-être que cette pratique non moins étrange qui fait 
du mariage deux parts. Tune, celle du cœur, pour le che- 
valier, l'autre, celle des sens, pour le mari; peut-être 
Que cette honte versée à pleine coupe sur toutes les 
Variétés de l'amour sexuel, libre ou conjugué, auront 
rendu les mœurs meilleures, et, sinon extirpé, au moins 
diminué notablement les vices enfantés par l'idéalisme 
païen : la masturbation solitaire, l'odieux inceste, le stu- 

111 U 



— 314 — 

pre pire que l'infanticide, et le lâche adaltère, et Vammr 
unisexueL • 

Non, THercule chrétien n'a terrassé aucun de ces 
monstres; d'ailleurs, en supposant que depuis la propa- 
gation de l'Évangile il y ait eu dans la luxure générale une 
diminution d'intensité, ce léger avantage est plus que 
compensé par la bassesse et Thypocrisie que le christia- 
nisme, par son idéal, devait faire naître dans les nouvellei 
mœurs. 

Pour commencer par le mariage, je doute qu'il ait été 
déshonoré jamais, par l'incontinence des époux, autant 
que chez les chrétiens. Si les Romains de là République 
étaient envers leurs femmes d'une tendresse médiocre, œ 
que nul ne saurait dire, du moins ils étaient graves dans 
les témoignages qu'ils leur en donnaient, et, comme la 
fornication ne leur était pas imputée à péché mortel, ils 
réservaient à d'autres les fantaisies erotiques que repous- 
sait la dignité de leurs matrones. Le chrétien a pris an 
pied de la lettre le précepte de l'Apôtre : Afin de pré' 
venir les fornications , que chacun ait sa chacune; que 
tous deux se rendent le devoir et ne se fassent faute. Con- 
sultez tous les auteurs de théologie morale, tous les ma- 
nuels du confesseur, où se trouvent révélés, avec de si 
amples détails et une expérience consommée, les pri- 
vautés du lit nuptial : se peut-il rien de plus ignoble que 
l'amour marital entre chrétiens? Tallemant des Réaux 
raconte dans ses Histoires, à propos du fameux Arnaud 
d'Andilly, le chef de cette race bigote qui peupla Port- 
Royal et remplit le monde de son rigorisme : 

« Cet homme était un des plus grands abatteurs de bois 
qu'on pût trouver; mais il faisait cela de la façon la plus iûr 
commode du monde. 11 poussait la nuit sa femme : Cataut! 
Cataut ! la réveillait en lui disant : C'est pour l'acquit de ma 
conscience. Puis, avant que d'en venir plus avant, il faisait une 



•i'r^-'jK'* 'Trrv' 



^ SIS — 

prièroà DiM po«r «Bdiâir rflMVfV ée HuHT ; M c* 
nil qwIfwMfciKi 00 ih fob emme Mit » 

¥oir eoeore, mr cH édifiant sojct, les htotoirot do Wmi 

et de Brantôme* W Contes de Boceare, de la rrlno d# 

llaiarre el de La Fontaine, les dialogues UUns de VMù* 

rier, les boirfbBaeries eoniogalcs de Rabelais, et tonte !• 

Ktlératore amoarense, avant et depuis la Héforme, On |« 

Btt trompe tort, on Ton se convaincra que sous l'inflneMiO 

de la dévotion c fai é t îen n e les roceors du mariafe ne f nm^l 

«éritableneal entras qne celles dn concubinaft» evee li 

bégnenlerîe de pins. Ccsl an dit sgpiièms sèMe ifna la 

lisction ennoMnce, elqni en donne le sifnal f hUM' 

gretle pour Molière antani qne pnnr rCflMu <M4i« NiaiM 

11» a pour anian les frétimmê. 

Usprètres, fiffnrfi pm'IenraByiSirisani^ennniiMPill» 
ittfoir ce ^ne sait Inme hn — fii lmnna»'« ^mt tàAmmtf 
fût décidé de m snaner a dn adiee à lu jmtmmjé^ 
donnant foo^iieni il df-vitsnt eoeMKM . %mr U Uit «U in»' 44r 
solul ion, fiancé pU-m o*^»'v^^• c*» u-i*o* •-•««• •- <,. «.«.♦•#4 
({Qe le marûc^. i<»iii d «fit» ui»* ntM^n v^r^r» ,« i...,,.. iv 
ïiDe société <5*r ci#iitiî#*^i'> nnji»>'i>» *' •i.r •* •»■ ^^ 
d'une pénéralKHi baij> lii-ni- r^vr^u** ^-. ^ . /. ',. 

^rai mana^^ »^\*?ioi#i^ cr >-^ ^, • -- 

Voici IVirrro* (* m i*-n>»/< • •-' - , . . 

années à Marvîil»*. ur- /î *--^. - 
de femiiK-s : 

fl En ouTran! ctb* -x.W'-i*'- 
crois de^wr vtii>' t^^z.^ -i 
^conderdaiiv ihmt- >-. .. . 

au bercail, f*'*?- »-,'- ^^ . 
^ousavezde ni«.'.<i. • , 
de vos frère*- au^'j- **^ 
rai>nf row fîfT 'Tï*!^' ^ ' ••*- 



»<*' 



— 316 — 

vail de conversion ne se ralentisse. Travaillez à la vigne du 
Seigneur à tous les instants de votre vie; travaillez-y le jour, 
travaillez-y le soir, iravaillez-y la nuit, la nuit surtout, met 
très-chères sœurs : la nuit, c'est yotrb force !... » 

I^ malheureux! Il assimilait dans sa pensée la condi- 
tion du mari à celle du moine qui demande à son supé- 
rieur une permission de tolérance : Domine^ ut eam ai 
lupanar. Mais, plus sévère envers le mari que TabU 
envers ses moines, il exige des chères scsurs qu*au préa- 
lable elles s'assurent que les maris vont à confesse : pu 
de bill«t de confession, pas de tolérance. 

Tout manque de respect envers soi-même entraine U 
perte du respect des autres : comment le mariage serait-i] 
sacré , quand la profanation a pour premiers auteurs les 
époux eux-mêmes? 

C'est surtout depuis rétablissement du christianisme, 
et grâce au développement des mœurs chevaleresques, 
que Tadultère, un des plus grands crimes aux yeux des 
anciens, a perdu sa gravité et s*est multiplié d^une si dé- 
plorable manière. Je n'ai pas besoin d'en expliquer 11 
raison : elle est toute dans ce mot fatal, le devoir. Dès 
lors que l'amour, dans son idéalité, a été séparé du ma- 
riage, et que, d'autre part, l'un des conjoints, par impuis- 
sance ou autrement, néglige son devoir, l'infidélité de- 
vient pour l'autre excusable, Si impos. De là le ridicule 
qui s'attache au mari trompé, le blâme réservé au jaloux, 
la réprobation qui tombe sur le vindicatif. Le cocuage 
devient le corollaire du mariage; sous ce rapport, on 
peut dire qu'il est d'institution catholique et apostolique. 
Il fait partie du pacte conjugal , il entre avec les mariés 
à l'église, il en revient avec eux, il s'assied à la table, il 
veille au foyer; c'est le dieu Lare qu'apporte, parmi sei 
bardes, toute épousée. Toute la littérature erotique e 
badine le chante ; les sages en prennent leur parti : i 



— 3ir — 

est le patron d*iine confrérie qui embrasse tous ceux sur 
lesquels l'Église a prononcé le confungo^ la doublure de 
l'Hyménée, son bon génie, sa fortune. Si le mari peut sfi 
nnter de quelque avantage, ce sera, tout au plus, d*une 
vaine et douteuse priorité. 

J*ai connu un jeune marié qui, sur les exhortations de 
son confesseur et Vavis des commères, s*étant avisé de 
passer blanches les trois premières nuits de ses noces, 
Fat dans F intervalle coiffé par sa femme, dont un galant 
ftvait surpris le secret, et qui ne put soutenir le ridicule 
de sa position. N'eût-il pas mieux valu pour cet imbécile, 
pour sa femme^ pour l'avenir du jeune ménage, qu'il fit 
dès le premier jour une libation à la déesse Pertunda, au 
lien de méditer sur l'amour mystique et les gloires de 
l'Immaculée? 

XLVI - 

L'amour a son principe dans Torganisme et vit d'idéal : 
i ce double titre, il est soustrait au libre arbitre. Puis 
donc que la loyauté, riionnêieté, sont absentes du com^ 
merce permis, se trouveraient-elles par hasard dans la 
contrebande? Ces hommes à bonnes fortunes, ces femmes 
galantes, ces petites Qlles coquines, toute celte chevalerie 
errante, en pleine révolte contre la loi, comment est-elle 
dans ses amours clandestins? Sans doute nous retrouve- 
rons chez de libres amants cette vertu, cette honora- 
bilité si rare entre époux légitimes. Nous avons vu le 
mariage, considérons le libertinage. 

Le sentiment le plus ordinaire qu'éprouve le chrétien 
pour la femme qui, hors mariage, s'est donnée à lui, 
^ un mépris indéfinissable doublé d'aversion; et ce 
mépris, cette aversion, la chrétienne les rend à son com- 
plice, dont elle n'attend ni estime ni miséricorde. La 
promesse ou le regret du mariage étant le prétexte, 
in U. 



~ SIS — 

exprimé ou sous-entendu» de toute avAtiirep e'sit I 
qui des deux trompera Tautre par une plus adroite kj^ 
pocrisie. Jamais, chez les anciens, hommes et femmei, 
garçons et filles, ne se firent un tel jeu de la digmli 
personnelle et de Thonneur des familles. Le magistrat, i 
défaut du père, du fils, du père ou du mari, aurait séii 
d'office : faire descendre, par une amourette, là femme 
libre au-dessous de la courtisane, était presque un crime 
de lèse-majesté. Maintenant, grâce à notre galanterie 
prétendue chevaleresque, nous avons appris à nous trai^ 
ter les uns les autres en afiranchis. Encore si nous arioni 
la passion pour excuse, nous pourrions jètre coupables, 
nous ne serions pas dépravés; mais ce n'est que liberti- 
nage, passe-temps, mode. Vitiaridemusj ei eorrumper$ 
aut corrumpi sœculum voeatur! Plus de considératîoa ni 
de rang, ni d'âge, ni dlamitié, ni de morale publique, 
devant une débauche érigée en une sorte de mutualité, ^ 
et dont les risques sont acceptés par Topinion. Pas de ] 
famille qui ne paye, par quelqu'une de ses femelles, sa 
part contributive de chair à plaisir; mais pas de famille 
non plus qui, par ses mâles, ne perçoive sa part du re- 
venu. Gardez vos poules, disait devant moi une honnête 
bourgeoise, mère de trois garçons; mes coqs sont lâchés!.. 
A Tamour comme à la guerre : Chacun chez 50t, chacun 
pour soi ! Tant pis pour qui ne se tient pas sur ses gardes. 
J'ai joui de vous, madame, mademoiselle ; mais je voos 
ai fait jouir aussi : partant quittes, promesses nulles. 
Vous n'avez rien à me reprocher; votre mari, votre père, 
vos frères, pas davantage. Leurs amours, à eux, couvrent 
les miennes. 

Par malheur, l'éducaiion n'est nullement en rapport 
avec cette morale, qui demande une initiation parlico- 
lière. On prêche tant qu'on peut à la jeune fille la pu- 
donr ot la vertu, on la berce de chevalerie et d*amoars 



— 319 — 

iiéroîques, on fait si bien] que jusqu'à ce qu'elle ait reçu 
la première façon elle ne soupçonne rien de la réalité. Si 
plus tard elle devient perfide et scélérate, il faut avouer 
qu'elle a commencé par une excessive crédulité. Aussi, 
que de trahisons et de désespoirs! que de suicides!... Et 
nous sommes si avilis, nous avons si bien la conscience 
de notre solidarité dans ce carnaval d*infamie, que si, 
par extraordinaire, il se produit un fait de répression de 
la part d'un père bu d'un frère outragé, d'un mari désho- 
noré, et que mort s'ensuive, le magistrat s'empare de 
l'aflaire, la Justice accuse, la famille de l'insulteur puni 
demande vengeance, et le meurtrier sera heureux si, par 
la divulgation judiciaire de sa honte, il obtient enfin un 
acquittement. 

Ce qu'il y a de plus odieux est de voir l'irresponsabilité 
des suites assurée à l'homme et le risque incomber tout 
entier à la femme : c'eçt le bouquet de l'amour chrétien, 
la fleur de notre chevalerie. Malheur à la jeune fille 
surprise et devenue mère! Pour elle, toute maison se 
ferme; la pitié détourne la tête, l'aumône serre ses cor- 
dons. Honte à la pécheresse ! malédiction sur son fruit! 
^ Le lâche qui l'a rendue mère est indemne de par la loi : 
La recherche de la paternité est interdite. 

XLVII 

Si du moins le prêtre qui s'est donné la mission de nous 
initier à l'amour des séraphins pouvait en fournir de sa 
personne un exemple authentique et de bon aloi, le 
Hiiracle de cette vertu céleste accordée par grûce spéciale 
aux instituteurs des nations fermerait la bouche à Tin- 
créàulité. A la vue de cet élu, heureux dès cette vie de 
b privation du bien qu'il laisse aux autres, nous recon- 
f BaUrion» la présence de TEsprit de pureté dans un sa- 
cerdoce san» souillure. 



^^^^1 



Mais vous savei mieux que moi» IfaNMeigneur, eombm | 
vous êtes loin de cel idéal. Quelle iacoptinence aflKiB 
le clergé, à tous les siècles de son histoire ! Quelle paiW 
lardise sacrilège ! Prenez le siècle des agapes ou cdoi di 
la gnose; prenez celui des martyrs ou des solitaires; 
celui de Théodore, de Grégoire Vil ou des Turinpins; 
descendez au schisme d'Avignon, au concile de Constanee, 
à celui de Trente ; poussez, si vous voulez, jusqu'asi 
jésuites : c*est toujours le même fond de débauche secrèla» 
hypocrite et athée ; toujours la même félonie du prêtre n^ < 
à-vis de la femme, de Tenfant, de la famille, derhumanilé. 

En raison de son caractère et de l'autorité qui lui est' 
confiée, le crime du prêtre est un composé de Tinceste, 
de l'adultère et du viol ; tout ce que TimaginatiiMi peut 
enfanter de plus horrible se trouve réuni dans le piè- 
tre libidineux. Oh ! vous parlez de l'incontinence des 
philosophes, dont les plus osés ne dépassent guère h 
limite de ce concubinat que vous bénissiez autrefois! 
mais vous, n'avez-vous donc pas de scandales parmi vos 
lévites et jusque dans le chœur de vos cathédrales?... 

Soyez tranquille. Monseigneur; je connais vos dia- 
grins, et ce n'est pas moi qui ferai retomber sur le corps 
entier de l'Église le crime de quelques monstres. Je n'irai 
donc pas, remontant le cours des âges, rappeler çà et là 
les vieilles turpitudes des cloîtres, le commerce de castrats 
de la nouvelle Rome, ni la bougrerie de ses cardinaux 
et de ses papes. Je passe sous silence les gaillardises des 
révérends Pères du Paraguay, et le concubinage des 
prêtres dans toute l'Amérique espagnole; je ne vous ci- 
terai même pas, de ce côté de l'Atlantique, ni cet évéque, 
mort depuis peu, devenu père à lui tout seul d'une oûoh 
pagnie de gardes nationaux ; ni ce curé qui, au vu et aa 
su de ses paroissiens, possède de ses trois filles dix enCants 
vivants ; ni cet autre, dont vous pourriez dire l'histme, 



— 321 — 

qui fut forcé naguère de quitter le pays et mourut en 
prison après avoir gâté, m'a-t-on dit, plus de cent cin- 
quante enfants des deux sexes. Je laisse dans mon 
dossier ces histoires de curés, vicaires, aumôniers, 
religieuses et sœurs de charité, dont fourmille la chro- 
nique contemporaine : tirons le rideau sur ces frin- 
gales de sacristie, sur cette luxure d'hôpital. Tout cela 
est usé, et ce n*est plus le temps de rire. Les hontes du 
césarisme ont été égalées par celles de la théocratie; les 
deux puissances n'ont rien à se reprocher : la sainteté pro- 
fanée du mariage les condamne par un même jugement. 
Ce que je tiens à faire voir, c'est c]ue l'incontinence 
qui vous désole et qui vous rend si dignes de'pitié a sa 
source dans votre mysticisme, et que plus vous exaltes 
votre cœur par le rêve de l'amour divin, plus, par l'iné- 
vitable réaction du moral sur le physique, vous allumez 
en vous la concupiscence. 

XLVIII 

Écoutez d'abord ce témoignage d'une de vos victimes ; 
c'est le même dont j'ai cité les paroles dans ma 1 ¥• Étude, 
- à propos du gouvernement épiscopal : 

«Nos supérieurs, vieux séminaristes et rien de plus, placés 
en dehors du monde, sans expérience de la vie réelle, nous 
poussent dans le sanctuaire, semblables à des aveugles con- 
duisant d'autres aveugles; et parce que, dans les exercices du 
séminaire, ils, parviennent à triompher des premiers troubles 
de notre jeunesse, ils croient la victoire assurée pour le reste 
de nos jours. 

«La vie dure, régime sévère, travail pénible et assidu, sur- 
veillance continuelle, existence en commun, assujettissement 
à la discipline; esclavage de Tesprit, des yeux^ des oreilles, 
de l'imagination, du cœur; privation de boissons spiritueuses^ 
de café, de bonne chère; exaltation de l'âme, de la pensée, 
Pvla méditation, l'oraison, le jeûne, les conférences, etc. 



— 322 — 

<i I^ cor|>$ succombe : par compensation Tcsprit s'eniTte, 
l'imagination s'allume , le cerveau s'embrase; nous nous 
croyons dépouillés du vieil bomme, revêtus de la perfection 
angéli<|ue. Le moment des vœux arrive; il nous surprend ravis 
en extase au troisième ciel, et dominés par la persuasion que 

Lf rorps est «n esclave et ne doit qu'obéir. 

« Sortis de la, aisance comparative, liberté, loisir, bonne 
cbére, fréquentation des femmes!... » 

Voilà bien, n'esl-il pas vrai ? rhistoire des vertus du 
jciino prêtre, de ce sage de vingt-quatre ans, que. ses 
supérieurs et hii-niènie prennent pour un ange, et qui, 
rendu à Tair libre, respire Vénus tout entière. Voici 
maintenant Tbistoire de sa cbute, on dirait l'original du 
Jocelvn do Lamartine : 

« J'ai vécu au collège avec un jeune élève doué de toutei 
les tpialités imaginables. Sa ligure angélique, où se reflétaieni 
sa candeur, son amabilité, ses talents, lui gagnèrent Testinie 
et l'alToction de ses condisciples et de ses maîtres. Jamais can* 
didat ne réunit à un degré plus émincnt les conditions requises 
pour l'admission au sacerdoce. Aussi les supérieurs, selon 
l'usage, mirent-ils tout en ccuvre pour s'assurer un sujet si 
précieux. r.i)ninie tous les enfants soumis à une pression forte 
et liabilement dirigée, Charles B. céda sans résistance. Il con- 
nut l«s joies, b^s extases du noviciat et des ordinations; prètn 
avant vingt-tn»is ans, gràc<» à une dispense d'âge, il devin 
vicaire à F... 

« Dès son arrivée, une immense considération s'attacbe àsi 
personne et à son ministère. (V'était merveille de le voir celé 
briT la n)«^ss(\ merveille de Vouïr annoncer la parole de Dieu 
et lonner contre les vices et la corruption du siècle. Mais se 
plus glorieux triomphes, il les obtenait au tribunal de la péni 
tence. Autour de son confessionnal, toujours foule compacti 
et avide. A vingt-tnns ans, directeur de femmes, de Jeune 
filles, qui s'a<lressenl avec tant de charme aux jeunes confei 
seurs!... Quelle créature n'a senti ces courants électriques?.. 
La jeunesse attire invinciblement la jeunesse. 



— 3AS — 

imi wf philotbëcs le% plus aiwduet, brillth ta 
*« i. L***y iDcifnne ^lr%r df* S^iol-Droin, fille d'un ofB* 
rptrait«*. Le$ rap^iurU du ^1lni^tt'lc «mrneDt rnire eui 
lalioD5 fiorialn. û* i-iinir de M. k* Vicaire fort tout i 
e Ml It'iluriîfy ('u*ilit^ |iar une M>udaine c-tinimotioo. 
rs IVierni'Ile histoire d'Adam rt df.ie, d'Il^'-loine et 
ard ; toujours la r^all^atiun du r^vr de Pliton, les deui 
de l'être humain ««'(lantHt |iar un dieu jaloux, et teo* 
rinciblement à »'unir. 

s'aimèrent y eomnie on s'aime d'un premier amour... 
mort enleva suouemvement à M"« J. 1/** son père et n 
et elle se retira en (|ualili' di* pensionnaire dans une 
naulê de femme*». Itan^ sa «olitude. loin de son amant, 
lOrd* l'as^ailleut. bile ai-hrla la |iai% de la ronscience» 
il aniie pn^Miue toujours, |iar la confession de son 
:e au directeur de la maison. L'homme de liieu, m ru- 
ob«enraleur drs rî't;h*s canoniques, lui arracha le nom 
I séducteur et le li\ra a l'c^êque. Celui-ci mande le 
le, lui lance un interdit sans autre forme de proc^. 
e s'ébruita, et l'anpc* d/rhu s'en fut eacber son erime 
-apiie, où il tM|iia lonistcmps le crime d'avoir aimé. • 

ironlrtrun aiitrr prrtit^: 

*'lr|ue> mois rrh.'i|>|>r> ilr la lioiiche d'un de mes amis 
oDt uiif idtV (le nos tiirture5. Lui au!«i, victime dct 
c^s de famille et des n ertiteurs de la milice clëriClli^ 
•i))a à trente-<inr| ans dnii« son linceul, comme laVertf*^ 
enterrait vivante chez le^ honiains. Sa mère fletogi 
irmir se« regrets : Ah! lui répondit-il, saebes bien fli 
f tcut mon amour pour \ons. il ne se fiasse fm dt Jw 
ne yi)i< tenté de \ou< iiiiudiie ! » 
iliirnie hardinunt, mndiit mon narrateur, que peo 
:^ ri'>i.oti nt aux loi> «le la nature et de l'amour... ', 
i'approdie (le la ><>i\antain«*, et je ( (mimence à goùl 
e calme. S'il me la liait n-comineneer ma vie sacep^ 
>ei:ir à \in^t-< in<i ans. j'ainieraLs mieui £tre Am 
e! » 

iorlunO>! J*cii ai cciuiu un» cœur { 



— 324 — 

charité à toute épreuve, d*une sincérité d'enfant, qoi 
avait fini par tomber comme les autres, et qtie je pbt 
santais quelquefois. Qu'il me le pardonne! J*ai soutena, 
le mieux que j'ai pu, dans ma carrière d'ouvrier, llioii- 
neur de mon célibat; mais je le déclare'à la déchaîne de 
ces malheureux ecclésiastiques, les tentations de rhomme 
qui sent sa liberté, qui a devant lui l'avenir, avec, lui le 
travail, qui peut aimer au grand jour et regarder en face 
la jeune fille en attendant qu'il la possède, ne sont rien 
auprès de cette torture du prêtre que consume l'amour 
mystique, et qui se dit tout bas en regardant une femme 
à la dérobée : Jamais! 

Eh bien! n'est-ce pas là l'histoire de tous vos ascètes! 
d'un Antoine, qui jusqu'à plus de quatre-vingts ans 
voyait, dans ses hallucinations erotiques, sa Thébaîdc 
peuplée de courtisanes? d'un Jérôme, qui, dans sa tombe 
de Bethléem, épuisé d'ans, de jeûnes et de veilles, était 
sans cesse transporté en esprit dans les salons des dames 
de Home? de celui-ci, dont j'ai oublié le nom, qui pour 
dompter sa chair se roulait tout nu sur les épines? de 
cet autre, qui se jetait jusqu'au cou dans un étang glacé?... 
L'exténuation du corps, Tabolition du cœur, l'abêtisse* 
ment de l'esprit : voilà par quelles recettes les héros du 
christianisme s'élèvent à la sainte vertu de continence. 
Une décoction de nénuphar et une forte saignée sont 
pour vous, comme le foie du poisson de Tobie, d'un effet 
assuré contre le malin. 11 ne vous vient pas seulement 
à la pensée que ces prétendus remèdes d'amour, comme 
ceux recommandés par Ovide, au lieu de guérir le mal 
ne font que l'irriter. Et vous ap|)elez cela de la chasteté! 
La médecine, Monseigneur, le nommerait satyriasis; et 
si Votre Jurisprudence voulait y regarder encore de plus 
près, elle verrait que ce restreint moral auquel, sous 
Prétexte de chasteté, vous soumettez la jeunesse de yos 



1, lonibe ju»lc dam !■ r4tit;oi m Jttf 0«l'i 
' m |Vé*M pu la articles 334 ci 3U Ou <:oil« | 
I JblHlc, lOM M poUKiit puleMcrïSco k eai»_> 
WUl Duf on rilde de Kfptictune lit>min, où le publie 
M iMt csnpte ^taeaati OMiticticin, tl'aunin rffbrt, on a 
Hhttat prii MWi pvti ; nn ** dil iiD'nn a é'i^ irampA; oa 
Ji «isl pis lUnatage Mm ilupr.rt, [■mtnuqaeleibiaB- 
rilMas nienl Mnns. on ac rrgaide cnrata<> ta fTnammeot 
'M règle mrre !•' ymhlu: el aiec m conadence. — ÉvUn U 
teamdmit, di»it unv>eiuiiu(ulntàaMi«aaM0OlifirtnB, 
Il rt*i€ n'at rien, — Cela ne M dît pM «ui douta eqlM 
tcdétiafliqwif ; niM nia >e pwae. et, ai btea priaM qw 
-Mini la* priettiUoM, Uml le monde «ail qm cela m pn- 
^EqiH. ■ Hon vRu da piavreté. racoolail un prélat du 
vroter siècle, m'a valu 300,000 Krres de rralo ; non non 
d'obùUiUice m'a fait \tnocc itc l'Cglif». — Et voira WM 
de chasteté, Hoim-igncurT... ■ Il baùsait las Jtm etiO 
lûait, par rofcet pomr ta mocwê. 

XUX 

Puisque je suis en cause, iju'il s'agil ici l>eaucou|i 
moins de religion que do psycliolugic, cl qii'aprcs tout, 
en attaquant l'amour mysticiue, je |)lai(lc en faveur de 
malheureux prêtres les circonstances atlonuantes, qu'on 
me permette de rapporter iim- observation faite sur moi- 
mime, et dans laquelle plus d'un Icclcnr se reconnaitm. 

Comme il arrive à bcanconp d'antres, ma Jeunesse dé- 
buta par un amour plaloniqnc qui me rendit bien sot ut 
bien triste, mais au(|uel je dus, jiar compenutioii, J<; 
rester pendant dix ans a[iri'-s Jiia iiuljcrtû à lYlai ti'agnna 
ntulvs. Ce qui délcrmiiia en moi cette allectiun men- 
tale, sur laquelle les parents devraient veiller avec au- 
tant de soin que sur les plus houleuses liatiitmles, fut 
la lecture do l'aulel Virginie, puiitoralc jirélcjidi 
tu l'J 



— 326 — 

cente et qui devrait èlre à Yimlex de toutes les familles. 

Tout écart produit par l'amour» en quelque sens que 
ce soit, est mauvais, et selon moi immoral. 11 troable 
Tàme, amollit le caractère, fait perdre la liberté; c'est une 
oflense envers soi-même, envers le sexe et envers la so- 
ciété. Pour toutes ces raisons, je ne fais pas de différence 
entre les romans honnêtes et les ouvTages obscènes; je les 
réprouve tous également. Et Thomme qui, sous prétexte 
d*innocencc, inspire un amour de ce genre à une jeune 
personne, est aussi coupable à mes yeux que celui qai 
abuse de Tenivrement de ses sens : pour Tun comme 
pour l'autre, je voudrais que la loi déclarât qu'il y a rapt 
de séduction... 

Cette longue crise finie, je me crus libre ; mais c'est 
alors que je fus assailli par le diable qui taquinait saint 
Paul, et, je puis le dirc,à mon extrême déplaisir. Le dia- 
ble, qui si longtemps m'avait brûlé du côté du cœur, 
maintenant me rôtissait du côté du foie, sans que ni tra- 
vail, ni lectures, ni promenades, ni réfrigérants d'aucune 
sorte, pussent me rendre la tranquillité. J'étais victime 
de la réaction des sens contre Tcspril. Mes principes, je 
prenais mou platonisme pour des principes, ayant eu le 
temps de se lixer, une scission douloureuse s'opérait en 
moi entre la volonlc et la nature. La chair disait : Je 
veux ; la conscience : Je ne veux pas. Allais-jc me démen- 
tir, ou me consumer à nouveau dans cette mystification 
à laquelle je ne voyais pas de terme? Combattre l'amour 
physique par l'amour platonique, cela ne se fait pas à 
commandement; celui-ci épuisé, l'autre éclatait dans 
toute sa violence. J'ai lu depuis l'histoire d'Abailard : le 
pauvre hoinine en était arrive là quand il fit la connais- 
sance d'Iléloïsc. 

Chez le séminariste, la religieuse, le zèle de la religion 
et la ferveur du mysticisme produisent le même effet que 





, D'oà vwai Mtto 



Umtoudnil érigi-r m uilu. 
lî i^u'uM [Mution UlL-;kli' .1 tuix lie bunoo houn «t 
1 fort «TDnl itans la virilili' i'>i ilovenu, ptr WH 
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iqiic avec les jolifs perumiieR, itiliiii(iil>l>' k l'iii- 
les posjlions milnyeiitK-s, iju'il i|iijlili>^ ikhi «diti 
, d'immorales. Bref, il r<'(;iitil..', rn-ilfi"'; «'" «!>- 
t ses dents, contre raiiiuiir 'jiii I'' |ii-|iir , l'uni'', !•: 
gir coniiDC uu lion. Si \i4i("f, Ik" jïhju tl ji; 
aidant, il selai-seall'-t, il ii-- r-n-'^nUt <(.ii. .Ui/Miii, 
ance, remoriii; il s-.- -j ni •-jt(ji</afil, n'lji.il< , il 
.ail avec d^(4l la j'jrt •- •;■ ■« ((,-.t .-. /^Ij . h,iiàt 
imtS, jMr,-J'^",„' I . ft 'fv-i.- l'^ „..Jl.t„..,l>,iu-.t 
s, comme rAj-Xr». .. ■,•:■■.,'■.. v>-f.vi. h i «i.^/ .., 
lariag^. c-l lu .'■-■:; ::.■- »■ : :^.' -■/-■■.-- ■:• ■■ .^. 
télitatiiL-'. ; ;"-j- ,■ .■,.■,... ,.r- 



— 328 — 

Le phénomène que je viens de décrire peut se produire 
en sens inverse : il n'est pas rare qu'un voluptueux finisse 
par un exclusif et solide attachement , et ce qui arrive 
pour Tamour peut arriver aussi pour la religion ; l'abbé 
de Rancé, fondateur de la Trappe» en est un illustre 
exemple. , 



Terminons par un dernier trait cette critique de l'a- 
mour et du mariage chrétiens, et résumons toute celte 
Étude. 

Qu'est-ce que l'amour ? se demandèrent les anciens.— 
C'est Dieu, répondirent d'une voix unanime poètes et 
philosophes. Et nous avons vu la société antique, en 
vertu de celte définition sublime, tomber, comme le Ma- 
lade de Molière, du mariage dans le concubinage, du con- 
cubinage dans la promiscuité, de la promiscuité dans la 
pédérastie, de la pédérastie dans l'omnigamie et la 
mort. 

Qu'est-ce que l'amour? se demandèrent à leur tour 
les chrétiens. — C'est Dieu , répondirent d'une voix 
unanime les missionnaires de l'Évangile. Et depuis le 
premier jusqu'au dix-neuvième siècle , la chrétienté a 
vu tour à tour gnostiques, nicolaïtes, adamites, car- 
pocratiens, condormans, manichéens, etc., maudire la 
génération et le mariage; tenir la fornication, l'adul- 
tère, l'inceste, pour choses insignifiantes; se mellrc 
tout nus, femmes et hommes, dans leurs assemblées; 
s'accoupler au hasard des ténèbres et donner de leur 
mieux contentement à la chair, afln de vaquer ensuite, 
sans distraction du malin, à la contemplation de rameur 
pur. Elle a vu la chevalerie déshonorer systématique- 
ment la société conjugale ; le cocuage s'élever, par l'uni- 
versalité du libertinage, à la hauteur d'une mutuelle 



— 329 — 

olérance; le stupre et Tinceste' souiller la famille, et 
8 prêtre, après avoir répudié sa concubine, entrée 
lans son lit avec la bénédiction de l'Église, chercher 
lans des réalités sacrilèges un soulagement au mysli- 
îisme qui le dévore. 

Plût à Dieu que ce fût tout I Comme les anciens, nous 
>ommes arrivés aux dernières aberrations de l'idéalisme; 
3t si le crime de sodomie est poursuivi par nos lois, le 
commerce n'en est pas moins florissant, et comme chez 
les anciens il a trouvé des apologistes. De la naissance 
à la mort nous voguons sur le fleuve de Tendre entre les 
deux extrêmes de l'amour divin et de l'amour unisexuel, 
le premier enseigné aux petites filles à leur première 
communion, le second révélé aux adolescentes par les 
romans. 

Les extraits suivants sont pris dans un livre de prières 
approuvé par Mgr l'archevêque de Rouen et imposé aux 
enfants des deux sexes par les curés du diocèse; ce n'est 
pas le style de Bossuet , mais c'en est l'idée : 

« Acte de désir, — Oh ! venez, le bien-aimé de mon cœur, 
chair adorable^ ma joie, mes délices, mon amour, mon Dieu, 
moD tout! 

tt Mon âme impatiente languit vers vous, soupire après vous, 
vous souhaite avec ardeur, mon trésor, mon bonheur^ ma vie^ 
lûon tout. 

« Acte d^amour. — J'ai donc enfin le bonheur de vous pos- 
séder! Embrasez-moi, brûlez, consumez mon cœur de votre 
amour. Mon bien-aimé est à moi ! Jésus se donne à moi ! Je 
Vous aime de toute mon âme; je vous aime pour l'amour de 
Vous. 

Après les actes viennent les cantiques, composés la 
plupart isur des airs mondains, que l'eucologe a soin 
d'indiquer. 



— S80 - 

Air : Te bien aimeff 6 ma chère ZiUêî 

Cédons, mon âme, à Jésus qui mo presse : 
En ce moment, il Tient combler mes vœux. 
Il me reçoit, m'embrasse, me caresse ; . 
S* unit à moi par d'ineCTables nœuds. 
Douce union, mélange incomparable! 

Déjà mon cœur, plein d*un amour extrême. 
Boit à longs traits les célestes douceurs, 
Et^ reposant dans le sein de Dieu même, 
Y goûte en paix les plus rares faveurs. 

Air : Dans un verger y ColineUe. 

J*ai péché dès mon enfance, 
J'ai chassé Dieu de mon cœur ; 
J'ai perdu mon innocence : 
Quelle perte ! ah ! quel malheur ! 

Innocence inestimable, 
Que je te connaissais peu , 
Quand d'un bien si désirable 
La perte m'était un jeu ! 

Air : Un inconnu pour vos charmes soupire. 

Cœur adorable (de Jésus), 

Bonheur des cieux ! 
C'est lui, je sens, je reconnais ses feux! 
Cédons, mon cœur, à son empire aimable. 

Combien à ta présence 

Naissent en moi de mouvements secrets ! 

Il m'est offert ce baiser si divin ! 
Ne puis>je donc reposer sur ton sein. 
De mon amour y parler sans contrainte? 

Autre Cantique : 

Vous, épouses fidèles 
Du plus fidèle époux, 
Pour des ardeurs si belles 
Quels plaisirs goûtez-vous? 



MHraMemMetàdeifiifmolsq\ii w [ïMirmivfnl •*•• Am 
ngies lUflméM dan na magann 1 ix^ulrr. Ri ^wl 
riwnl punti tocv cm èru]ilH<ni furtriu**» •jiil, dUM M 
ingrat, m |.éoUd«, épounnlcni k Rion<lt\ mu Mal 
I prainkn k t é md g oat de totra adlkliMi et il« toln 



il finit 

H TOH cilicfaiMi tirenl de km leçons! Uim m Mira 
■D, que j'otniede UUm. 

ittotl^mttam...CeÊt dut tm hm hmeeMi/Ml WP 
[«i«KairirBiBd^poarliprc>Bi«n> MiMni m'trMMM 
■■mm de le vîe*'« ffe vove oui^mt fv enM j '^ewwp'fpHff 
iMprfjog^! 

■ Eh bien! i»aidofm>«îi fîU'.ï.t'rr-**.' >-.-' î' '»V nv.p'* H 
hsiKle: If* («!r^ -n^uliyî" >.^ •■^■■r: u u-i- • '<■ *.■>;'•* 
■tl'Tpftt du nwfi pi?=a.* "-'i i; ■• -' i '^ • •.-. •■ ,-•» »,-, 
JÛAff. lutq^'iin s^cj-Mn*.' " • - * , .-■ ■ ■ ■ • -■ •^^ 
lourikma'is 'tiulj' m ■■•"'■■ 

"Dation* braam*^ T >fl#-'nrt..: '. : . ,.■■- -. 
aiï:nni? iT^i'iir B^ini.f ' -TiiT. ■ '.. •-. - "■ 
futur? [!»:■€ arii.=«it *>ii* ■■-- ■ ■.■•■ v' ■ 
j«iii«=*" [«iatran jiu* -■'■■«--- •• . .> '^ ■■.. 
sijfliD' [^.cariai* ui nir .-•:-* - '-' ■ 

plus t-Tïiî-.V ■» l.i,* ^' ', . - -, ■ '. 

Wr iiit '^ff- :;j',i -... ;-- -. . . 

'f> -:r-^ .r ^ - ■--■ - 

f^^. ■:■ 11=.-.- - ■ ■ ■ 



— 332 — 

vous initier aux épreuves sacrées de la yie humaine. Moi, je 
rêvai tout simplkment d'un homme aux cheveux noirs qui se 
penchait vers moi pour effleurer mes lèvres de ses lèvres chau- 
des et vermeilles ; et je m'éveillai oppressée, palpitante, heu- 
reuse plus que je ne m'étais imaginé devoir l'être jamais. Je 
regardai autour de moi : le soleil semait ses reflets sur les pro- 
fondeurs du bois; l'air était bon et suave, et les cèdres éle- 
vaient avec splendeur leurs grands rameaux digités^ semblables 
à des bras immenses et à de longues mains tendues vers le 
ciel. Je vous regardai alors. ma sœur^ que vous étiez belle! 
Je ne vous avais jamais trouvée belle avant ce jour-là. Dans 
ma complaisante vanité de jeune fille, je me préférais à vous; 
il me semblait que mes joues brillantes, que mes épaules ar- 
rondies, que mes cheveux dorés, me faisaient plus belle que 
vous. Mais en cet instant le sensde la beauté se révélait à moi 
dans une autre créature. Je ne m'aimai plus seule : j'avais be- 
soin de trouver hors de moi un objet d'admiration et d'amour. 
Je me soulevai doucement, et je vous contemplai avec une 
singulière curiosité, avec un étrange plaisir. Vos épais che- 
veux noirs se collaient à voti*e front, et leurs boucles serrées 
se roulaient sur elles-mêmes comme si un sentiment de vie les 
eût crispées auprès de votre cou velouté d'ombre et de sueur. 
J'y passai mes doigts ; il me sembla que vos cheveux me les 
sériaient et m'attiraient vers vous. Votre chemise, blanche et 
fine, serrée sur votre sein, faisait paraître votre peau, hulée 
par le soleil, plus brune encore qu'à l'ordinaire; et vos longues 
paupières, appesanties par le sommeil, se dessinaient sur vos 
joues, alors animées d'un ton plus solide qu'aujourd'hui. Oh! 
vous étiez belle, Lélia ! mais belle autrement que moi, et cela 
me troublait étrangement. Vos bras, plus maigres que les 
miens, étaient couverts d'un imperceptible duvet noir que les 
soins du luxe ont fait depuis disparaître. Vos pieds, si parfai- 
tement beaux, baignaient dans le ruisseau, et de longues veines 
bleues s'y dessinaient, Votre respiration soulevait votre poitrine 
avec une régularité qui semblait aimoncer le calme et la force; 
et dans tous vos traits, dans votre attitude, dans vos formes 
plus arrêtées que les miennes, dans la teinte plus sombre de 




[, è cal >f»c*ftt pirlM*< I 

<BM>Ti, de fm ârur , recoaiwina-voua I» Hylv 4t> «M 
m«iqBMl ■■• Sum) a été d«*ot«, et Im JéuiIlM Mrt MMh 
■né Mn eitfow : die le noonla dkoi «n Mém»*r*t, Qm 
ttes-tons de Mlle oombinaiion érotiiju*, att la (bnilM* 
tioii, l'iDceate, le viol, la trihadic, i4> iroiivmil cnniKléM 
Uitt tiwiptement P 1) y a hi-niii'(>u|> dit i:r> *Iih|i||iIIi1i U 
dans les roiDHnR de Georgi; Sjtid. 

Deux femmes, deux iatur», Viw I'1"M'|i> •! \uyiitui 
courtisane, l'autre p\aUMici'titn: lU-^itinii^', 'u/nnl /* h» 
wtf çvAJ (/« matcvUH, m r^mt'rfil ronifiif^ il« U"it «if-, f « 
première sodli^nl la tiu'tmt^ 'lu l'iiim miuint. Un 'U 
reiislrac«; l'aobt, àt'-TA\i"- ■> \4 '\n<i. tu- 'l'nt \A'*t k 
rien, pas talm^ >'i \à4'*,! *.*.' 'i*».^ l- >"•••■■ -t* -*<(* 
coaTersaLkid q»î b v'.-'-'-^' (.//^.<> > ■, ^i - »-w- /*» 
die a p«du V.-;: -..■>■-,*;■.. .., ■.'..'"' :.■..' f. ^-*.,# 
des Fléaux, 'j*:: u— ■-'.•. î. ■ ■ .-■-■ •• ■■ .■ /-"^^ ... 
prèsat fct hjiir ■7-:. ■-.— .■■. j ' i "•■•■ 
mfan* ii'i» iiL (;t.ri.i.^ ;-•.-■■' »,■>.-■ •■• • ' ^,.' ^■' "i^^ 

T>- rLf.-iiw «>i UM. ■ •■!.. ■.- ^■. • , .. • ,,.. 



— 334 — 

dans la littérature et dans l'histoire, et vous ne pouvei 
pas plus répudier la Lélia de Geprge Sand que le Rem 
de Chateaubriand. 

La France très-chrétienne n'a plus rien à envier à la 
Rome et à la Grèce idolâtres. En toutes choses nous avons 
surpassé nos modèles : nous les avons surpassés par la 
philosophie et la science, surpassés par le droit et l'indus- 
trie, surpassés par la profondeur de notre idéal et l'hé- 
roïsme de notre Révolution ; nous les surpassons encore 
par la bassesse et l'hypocrisie de notre débauche. 

C'est l'impudicité qui a perdu la noblesse française et 
qui perd ^aujourd'hui bourgeoisie et plèbe. Les mœurs che- 
valières et galantes qui distinguèrent nos aïeux ont dis- 
paru ; le mariage devenu une affaire, le concubinage dé- 
daigné, nous sommes en pleine promiscuité, tant la pail- 
lardise est devenue universelle, tant elle est pour nous 
chose légère. Nous voilà parvenus à l'amour unisexuel : 
on' parle de parties fines où la fashion féminine se livre, 
comme les Romaines de Juvénal, à des combats tribadi- 
ques, 

Ipsa Medullinœ frictum crissantis adorât ; 

et l'on m'assure que l'usage commence à s'en répandre 
dans les pensionnats de demoiselles et parmi les ou- 
vrières. 

Dernier mot d'une société qui se meurt en appelant 
l'amour, et qui ne retrouvera Tamour, la vie, l'honneur, 
que le jour où s'échappera de sa conscience le cri de 
salut : Justice ! 



ONZIÈME ÉTUDE 



AMOUR ET MARIAGE. — SUITE. 



CHAPITRE PREMIER. 

La Femme. 

Monseigneur, 

Vous allez être bien surpris : après vous avoir si long- 
temps combattu, j'éprouve le besoin de recourir à votre 
assistance et de me placer sous votre autorité. Il s'agit 
d'une question bien autrement scabreuse que toutes celles 
que nous avons épuisées, et qui peut nous attirer à l'un 
et à l'autre beaucoup de désagrément : je veux parler de 
la qualité, valeur et dignité de la femme. 

Vous qui, tout en prêchant avec l'Âpôtre l'infériorité 
de la femme vis-à-vis de l'homme, déclaré par vous chef 
de la communauté, jouissez du privilège de vous faire 
écouter de ce sexe susceptible, vous seul pouvez trouver 
des paroles qui aillent à son cœur. Nous autres, maris et 
pères, par cela même que nous sommes les maîtres, on 
nous tient pour suspects, on ne nous écoute pas. 

Puis donc que mon incrédulité ne me permet pas d'in- 
voquer pour moi-même les lumières de l'Esprit saint, 
priez-le pour vous, Monseigneur, et que la Sainte Vierge 
vous soit en aide! Ave Maria. 



— 336 — 

I 

L'homme et la femme sont-ils égaux entre eux ou équi- 
valents? ou bien sont-ils simplement complémentaires 
Tun de Tautre, de telle façon qu*il n'y ait entre les deux 
sexes ni égalité ni équivalence? 

Dans tous les cas, quelle est la fonction sociale de la 
femme ? Partant, quelle est sa dignité ? quel est son droit! 
Quelle doit être sa considération dans la république? 

Je fais pour le moment abstraction du mariage, puisque 
c'est le mariage qui est en question; à plus forte raison 
dois-je faire abstraction de la maternité. La femme peut 
\i'être pas mère, et de fait elle ne l'est pas toujours. 
Avant de le devenir, elle a de longues années à vivre; 
après l'avoir été, elle en aura d'autres encore : elle a 
donc, dans la société, antérieurement et supérieurement 
aux charges maternelles, un emploi. Quel est-il? Pen- 
dant la maternité même, elle ne perd pas ses droits de 
membre de la société; ajoutons que la liquidation des 
charges maternelles, charges qui naturellement, et pour 
la part la plus forte, lui incombent, cette liquidation, 
dis-je, devra se faire, non pas seulement en raison du 
travail et de la dépense , mais en raison de la dignité 
sociale, morale, de la femme. Tout se réunit donc pour 
nous faire un devoir de rechercher la nature et l'étendue 
de cette dignité, qui a pour terme de comparaison la 
dignité de l'homme. 

J'ai longtemps hésité devant la question que je me dé- 
cide à traiter aujourd'hui. Quelques brusqueries échap- 
pées de ma plume, bien moins contre la femme, qui 
donc songe à attaquer la femme? que contre ses soi- 
disant émancipaleurs, m'ont attiré tant d'affaires, que je 
m'étais promis de n'y plus revenir et de laisser aller les 
choses, J*eusse voulu abolir, entre nous et nos moitiés, 




m h ^— Uoa Ml diîr. U ne sa nric. %fièt awfr 
HWMriytailfièeai riirtBMii«nraic(«:,nn«lM> ' 
IBU R MUU de b kniM; afirii noir naoM. par 
m cMMflM éctoiilB, qH ee ^'«a ap^ile na teii^ 
iptlioa «t la ntme dw» qoe &a proMitiiUoB, qa'i dAler- 
liner sur d'autres éiétaeals la oalure <Je sn prérogaltT«K, 
I i prendre en main sa défeiiM contre les divagations de 
iDdques impures que le pécbé a rendues folles. 
Il 



Imâiwtartté pkfaliiM 



Sor ce point la discussion ne sera pas longue : tout le 
nonde passe condamnation. J'avais pourtant espéré que 
fs dames, poussant jusqu'au bout la logique de leur 
inse, prendraient le [lartî extrême de nous dénier l'avaiv- 
age de la force : point du tout, ellfs déclarent s'en nip- 
orter au dynamomètre, et ne protestent que coiilre Vabut 
lODt, suivant elles, nous nous rendons coupabks. 

Je réprouve 6ncrgi<iiiemeiil toute esjièufi d'abus, sur- 
Ml celui de la force. Mais avec l'abus il ne luul pas con- 
»(lre l'iu : or, c'est à quoi tendent invinciblement les 



— 338 — 

théoriciennes de Tégalité sociale des sexes, au mépris de la 
nature et de la Justice. 

Que dit d'abord la nature ? 

C'est un fait d'expérience, commun à tons les mammi- 
fères, que jusqu'à la puberté la complexion du jeune 
homme et celle de la jeune fille ne diffèrent presque en 
rien , mais qu'à partir du moment où commence la mas- 
culinité, l'homme prend le dessus sous plusieurs rap- 
ports : carrure des épaules, épaisseur du cou, roideur des 
muscles, grosseur des biceps, force des reins, agilité de 
tout le corps, puissance de la voix. C'est un fait qu'on 
peut arrêter ce développement, et retenir, pour ainsi 
dire, à l'état neutre le jeune mftle en le mutilant; que 
l'adulte lui-même, soumis à la castration, redescend in- 
sensiblement et perd ses qualités viriles, comme si, par 
la faculté génératrice dont il est doué, l'homme, avant 
d'engendrer son semblable, s'engendrait lui-même et 
se portait à ce degré de puissance auquel n'atteint ja- 
mais la femme. 

C'est encore un fait d'expérience que l'abus des jouis- 
sances amoureuses et les pertes séminales font, comme la 
castration elle-même, déchoir l'homme de sa force et des 
qualités qu'elle engendre, l'agilité, l'ardeur, le courage; 
et que l'âge où il commence à vieillir est celui où ses or- 
ganes produisent moins de cette semence, dont la plus 
forte part est employée à la production de la force. 

Enfin, c'est un fait d'expérience qu'entre les individus 
de sexe masculin les difi^érences, quant à la force et à 
l'agilité physiques, ne sont pas, en général, proportion- 
nelles à la taille, au volume et au poids, mais à Ténergie 
virile et à la manière plus ou moins parfaite dont cette 
énergie sert et entretient le système. De là ces tempéra- 
ments adoucis, aux formes moins anguleuses, aux eorpfl 
moins membrus, que les paysans de Franche-Comté ap- 



— 339 — 

pellent femmelinsy d*antani plus portés à ramour que 
leur complexion parait plus faible, ou, en autres termes, 
que la résorption de la semence se fait en eux moins com- 
plètement. 

P'après ces observations, rinfériorité physique de la 
femme résulterait donc de sa non-masculinité. 

L*étre humain complet, adéquat à sa destinée, je parle 
du physique, c*est le mâle qui, par sa virilité, atteint le 
plus haut degré de tension musculaire et nerveuse que 
comportent sa nature et sa fin, et par là, le maximum 
d^action dans le travail et le combat. 

La femme est un diminutif d'homme, à qui il manque 
un organe pour devenir autre chose qu'un éphèbe. 

Pourquoi la nature n*a-t-elle donné qu'à l'homme cette 
vertu séminifère, tandis qu'elle a fait de la femme un 
être passif, un réceptacle pour les germes que seul 
l'homme produit, un lieu d'incubation, comme la terre 
pour le grain de blé : organe inerte par lui-même et sans 
but par rapport à la femme; qui n'entre en exercice que 
sous l'action fécondante du père , mais pour un autre 
objet que la mère, au rebours de ce qui se passe chez 
Tbomme, en qui la puissance génératrice a son utilité 
positive indépendamment de la génération elle-même? 

Une semblable organisation ne peut avoir sa raison 
que dans le couple et la famille; elle présuppose la sub- 
ordination du sujet, hors de laquelle il pourrait se dire 
-.l'affligé de la nature et le souflTre-douleurs de la Provi- 
dence. 

Partout éclate la passivité de la femme, sacrifiée, pour 
ainsi dire» à la fonction maternelle : délicatesse du corps, 
tendresse des chairs, ampleur des mamelles, des hanches, 
du bassin, jusqu'à la conformation du cerveau. En elle- 
même, je parle toujours du physique, la femme n'a pas 
de raison d'être : c'est un instrument de reçrodw^vSKkW 



--340 — 

qu*il a plu à la nature de choisir de préférence à tout 
autre moyen, mais qui serait de sa part une erreur, si la 
femme ne devait retrouver d'une autre manière sa pe^ 
sonnalité et sa fin. 

Or, quelle que soit cette fin, à quelque dignité que doive 
s'élever un jour la personne, la femme n'en reste pas 
moins, de ce premier chef de la constitution physique 
et jusqu'à.plus ample informé, inférieure devant l'homme, 
une sorte de moyen terme entre lui et le reste du règne 
animal. A cet égard, la nature n'est pas équivoque. Sui- 
vant les embryogénistes, le sexe mâle n'est pas primitif 
dans l'échelle animale; il est le produit final de l'élabo- 
ration embryonnaire pour une destination supérieure. 
(Développement de la série naturelle, par le docteur 
Favre; 2 vol. in-12.) 

III 

Nous avons recueilli le témoignage de la nature; que 
va conclure maintenant de ces premiers faits la Justice? 

Sans doute dans la société, comme dans la vie, la force 
physique n'est pas tout : il y a d'autres éléments, d'autres 
facultés, dont nous devrons tenir compte. Mais si la force 
n'est pas tout, elle compte pour quelque chose : or, pour 
si peu qu'on la compte dans l'établissement des droits de 
l'individu, dans la balance de son actif et de son passif, 
il est évident, sous ce premier rapport, que de quelque 
façon qu'on s'y prenne, et à moins que la femme ne se 
rachète par d'autres avantages, son infériorité sociale et 
sa subordination vis-à-vis de l'homme en sei*a la consé- 
quence. 

Quelle que soit l'inégalité de vigueur, de souplesse, 
d'agilité, de constance, que l'on observe, d'un côté entre 
les hommes, de l'autre entre les femmes, on peut, sans 
risque d'erreur, dire qu'en moyenne la force physique 



-S41 - 

lie llmme tsl * et)Ui de U kmm oonoM S « 

U npfxxt nymérifiue de S k S indiiitM donc, I 
mier point de ne, \ri npiiurl de itleur cnUc Ifti i 

Admettant qoe chacun, soit dini U fsmïllo, ftùl ■■■•■. 
TM^mt, fonrtînwnt et tnvaiXe »el«« la |Muuucedaot 
i 1 ÙDWt. flHrt prodoit ura iliim la iiVmi> |>ro|nrtloit, 
1 k 1; «MNi^MauMat, U r^Mrlilinn Ac* •Tpntag«a, i 
ann. j/t le répte, ifi'nne inllucncr d'imc autre Mtun 
n'en niodlfle la tcratet, Itwjoun dans celle |«o()or> 
l«n, 3:1. 
VoiU ce que dit la Jartk«, qui n'est aatre i|w la i» 

' nn ii wM i n ihn nfpîlr. -* y- ■'t * Inr, 

twmawialffiniw. dl biniMInii ohmm dom ««^ 

an» l|B*il MM m W«lM. ri BMH MOM * M fta*. 

1 l^'flB ae viMM dMc piM Hot pmtm é» *■« Ji 

i^to MBiirl|hnHiliMi iiulitiiil 

St)ppoeo«staiflap«^4eKt fioi Ai«BaiaMH. 
ilMit luoc loit ftjWÊ^âtmtat mfihemt i r—te», ceaMM 
l'bomme t'est A la temmu- 

AdnieUanl q«e b Jastu^ La yiK ir^kr: prr^V awf 
tlilioas de cvUe «csés^. c« ^m T'» '-tpriNM* ^ M« 
auu : éyuUU 4t érmi», b ne» &W . a u^mJU' ^^ *< 
loale baUace bile, «AKwmfn loaa :a ^vtwtMM '/v4Vo. 
lire Irois parti ser àtm_ : -Mâu vsnr :' v^Mwimu- yit^.'wv 
Mail ce a'eA fos ««ne ,«• on um vu* 4 uMto ■ .■•>/.» 
U volooté de b m» itrv )Mf4n umh •• ^ui»-- i>HM«it 
comme 3 eOÊtn t. t'-*-nir' m « inmii^» -^^i -iU 
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— Stt — 

dn sexe fort à Tégard du sexe faible; j*apprM?e, j*ap|Niie 
sur ce point, la protestation de ces dames. Je ne doDaii^ 
que justice, puisque c'est au nom de la Justice qu'on 
reyendique pour la femme l'égalité. Il restera toujours, 
en accordant à celle-ci toutes les conditions d'éducation, 
de développement et d'initiative possibles, qu'en somme 
la prépondérance est acquise au sexe fort dans la propo^ 
tion de 3 contre 2, ce qui veut dire que l'homme sera le 
maître et que la femme obéira. Dura lex^ sed tex. 

IV 

Ce que je viens de dire est de pure théorie : dans la pra- 
tique, la condition de la femme encourt, par la mater- 
nité, une subordination encore plus grande. 

En quelques secondes, Thomme devient père. L'acte 
de génération, modérément exercé et dans l'âge voula, 
loin de lui nuire, lui est, comme l'amour, salutaire. 

La maternité coûte autrement cher à la femme. 

Sans parler de ses ordinaires, qui prennent 8 jours par 
mois, 96 jours par an, il faut compter, pour la grossesse, 
9 mois; les rclevaillcs, 40 jours; Tallaitement, 12 à 15 
mois; soins à l'enfant, à partir du sevrage, cinq ans : en 
tout sept ans, pour un seul accouchement. Supposant 
quatre naissances, à deux années d'intervalle, c* est douze 
ans qu'emporte à la femme la maternité. 

Il ne faut point ici chicaner et marchander. Sans doute 
la femme enceinte, et la nourrice, et celle qui soigne les 
enfants plus grands, est capable de quelque service. 
J'estime, quant à moi, que pendant ces douze années le 
temps de la femme est absorbé par la gésine; que ce 
qu'elle peut faire en plus, sans se détériorer, est boni, en 
sorte qu'elle et ses enfants tombent entièrement à la 
charge de l'homme. 

Si donc pendant la plus belle partie de son existence, 



— 343 — 

la femme est condamnée par sa nature à ne subsister que 
de la subvention de Thomme; si celui-ci, père, frère, 
mari ou amant, reste en définitive seul producteur, pour- 
voyeur et suppéditeur, comment, je raisonne toujours 
selon le droit pur et en dehors de toute autre influence, 
comment, dis-je, subirait-il le contrôle et la direction 
de la femme? Comment celle qui ne travaille pas, qui 
subsiste du travail d'autrui, gouvernerait-elle, dans ses 
couches et ses grossesses continuelles, le travail? Réglez 
comme vous Tentendrez les rapports des sexes et l'édu- 
cation des enfants; faites-en Tobjet d*une communauté, 
à la façon de Platon, ou d'une assurance, comme le de- 
mande M. de Girardin; maintenez, si vous aimez mieux, 
le couple monogamique et la famille : toujours vous 
arrivez à ce résultat, que la femme, par sa faiblesse orga- 
nique et la position intéressante où elle ne manquera pas 
de tomber, pour peu que l'homme s'y prête, est fatale- 
ment et juridiquement exclue de toute direction poli- 
tique, administrative, doctrinale, industrielle. 



Infériorité Intellectuelle de la femme. 

Ce qui, plus que tout le reste, a fait imaginer l'utopie 
de l'égalité des sexes, est la doctrine platonico-chrétienne 
de la nature de l'âme, doctrine à laquelle la dernière main 
a été mise par Descartes. 

L'âme, se dit-on, est une substance immatérielle, es- 
sentiellement différente du corps. Cette âme est tout 
l'homme; le corps n'est que son enveloppe, son instru- 
ment. Considérées en elles-mêmes, les âmes sont égales ; 
le corps seul détermine entre les personnes les inégalités 
de puissance organique et intellectuelle qui s'y observent. 
Or, si la destinée de l'espèce est de s'affranchir, par la 
religion, la science, la Justice, l'industrie, des fatalités 



— 344 — 

de la chair aussi bien que de la nature, il s'ensuit que 
Tégalité des âmes doit apparaître peu à peu entre les 
personnes, et toute différence de prérogatives entre les 
sexes s'effacer. Ce n*est qu'une question d'éducation, 
analogue à celle du prolétariat. Le peuple non plus n'est 
pas au niveau de la bourgeoisie ; mais par l'éducation il 
peut y arriver, et c'est son droit d'en obtenir les moyens. 
Le problème de la destinée de la femme est le même. 
Qu'il lui soit possible de se racheter, selon le vœu et la 
loi de la nature, elle ne demande rien de plus ; le lui 
refuser serait une tyrannie et un crime. 

Ainsi on ne nie pas Tinfériorité physique de la femme 
et les conséquences qui s'en suivent; 

On ne nie pas davantage son infériorité intellectuelle, 
au moins dans l'état présent des choses; 

On se borne à dire que l'infériorité de puissance orga- 
nique doit être compensée par le progrès industriel, et 
l'infériorité intellectuelle neutralisée en tant qu'elle ré- 
sulte des influences de l'organisme, de l'insuffisance de 
réducation et de la constitution sociale; de sorte que les 
deux sexes demeurent en présence, ramenés à leur va- 
leur purement animique, ou, pour mieux dire, angélique, 
semblables à de purs esprits, que la mort et le ciel ont 
dégagés de la sexualité et de la matière. 

Telle est la thèse soutenue par M"«* de Staël, George 
Sand, Daniel Stern et autres. 

c( Dans ses plus brillantes manifestations^ le génie féminin 
n'a point atteint les hauts sommets de la pensée^ il est poui 
ainsi dire resté à mi-côte. L'humanité ne doit aux fenunes au- 
cune découverte signalée^ pas même une invention utile. Non- 
seulement dans les sciences et dans la philosophie elles ne 
paraissent qu'au second rang, mais encore dans les arts, poai 
luels elles sont si bien douées, elles n'ont produit aucune 
rre de maître. Je ne yeux parler ici ni d'Homère, ni de Pbi< 



— MA - 

«»,■■*! DurtB, ai rie iikak«i<fw*, w de HaWf»; m» la 
OKttm, an» DaoMdlo. nub beliltr ei UréK^, n'ool pvÏM élé 
iptéi far d» Cnmc*. • iTttniri Snn^, St^wur* «lafaJM.) 
« fiMl-il dose, pounnil rrlir ibiac, mnu incliorr deranl et 
Mm obmWMM ri 4e tf'k (■inu|>lr«* ■ 

El eUe ■ouliml. rn premier lieu, que l'iocgililé d'iii- 
telh^pocc n'ctl ipinciabic i|iir ilniu les r-ietptimët 
iam tea b«iil«» tphùrct <ii- l>nU<ml'>n)ri]t. DiilUunMl 
dua la pnUqoa do la lîr. el cnmiDr on ne fait pn do 
lai* poor ks fllM|ilioa», maia pour la matM, qu'on ii'ea 
peol liM cdochire eontr* h droit de la remmr k l'cgalité ; 
iTaoU* part, qde, tî l'on h Iratuporb^ dant l'ordra 
aoral, tes eboiM apparaiiseiil toos nn tout autre )our ; 
ipt It oounfA, U jiulioe, U lolérancr, k dévoucnKilt, 
R^ntpiBd«attu;qaa|>arla niatnrait^ et l'éducalkm da> 
IBbalihMopinliondeU feninwilans la tociUé vl la 
Ùlb Mt 4|lila à colle do l'Iioninio ; que lo progrà «ri I 
Ngriitf, «t qm réduentioti le rialiwra. 

Kous eKaDiDcrons lout h t'IiL-urv l.i moralîlé de la 
kmtop '. «ttacbonï^ou» [lour le nionimt à son inlelli- 
geacc. 

VI 

l.'arî'triT'nlalimi dont je ^i(■n* de rajiporter la sub- 
stance a ceci de remarquaMo, qu'elle [koiil sert ir d*écl)aii-' 
lillon de la manière ilont la femme, aLanilonnéc à ses 
propres inspirations, a de tout temps raisonné et raison- 
nera éternellement. La clarté grammaticale n'y manque 
pas : failcs-liiî gnice dr l'idée, la femme parle aws,'i bien, 
peut-être mieux, en tout cas plus volontiers qii<' l'Iiomme. 
F.t c'est le privilège de notre langue que sa clarté s'im- 
pose à tous, mémo au sophiste qui parle contre sa con- 
science et sa raison, même à la femme savante qui p» ' 
sans raison ni conscience. 



— 346 — 

Que trouvons-nous, à l'analyse, dans cette thèse? 
Comme principes, trois peut-être; 
Comme raisonnement, trois inconséquences ; 
Comme conclusion, rabaissement systématique de 
rhomme, c'est-à-dire, néant. 

Si, dit-on, par le progrès industriel, la dépense de 
force imposée au travailleur devenait insignifiante?...— 
C'est justement la considération que faisait valoir Cabet 
aux citoyens d*Icarie comme le principe de Tégalité fu* 
ture; mais c'est aussi ce dont l'économie politique dé- 
montre la fausseté matérielle, d'abord par le calcul, puis 
par l'expérience. Plus l'industrie se perfectionne, plus, sans 
doute, l'action de l'homme acquiert de puissance, mais 
plus en même temps il est appelé à travailler et à dépenser 
de force, de manière que le bénéfice du développement 
industriel ne se trouve pas dans le repos obtenu, mais 
dans la somme des produits. Aussi jamais, à aucune 
époque, on ne travailla autant que de nos jours; comme 
nous sommes plus travailleurs que nos pères, nos enfants 
seront plus travailleurs que nous, et pour eux comme 
pour nous-mêmes le chômage ira toujours en diminuant. 
Telle est, quant au progrès de l'industrie et des machines, 
la vérité. Sans doute elle n'a rien de décourageant pour 
l'homme; mais comme l'augmentation du travail suppose 
un accroissement proportionnel de population, que peut- 
elle promettre à la femme? Multiplicabo concepius tuos. 

Si, par le développement de l'instruction, l'inégalité 
des capacités s'effaçait?... — Malheureusement l'instruc- 
tion, en théorie et application, doit être, pour tout indi- 
vidu, encyclopédique; elle embrasse une suite d'études 
et de manœuvres dont la femme, par la faiblesse de son 
cerveau autant que par celle de ses muscles, est inca- 
pable. De ce côté encore, rien à espérer pour elle. 

Si, par la division du travail et l'équilibre des fonc- 



b ■édi a ci i lé davmatt li eondilion générale, «I h 
KMde géaie l'eicepliaD?...^ Ici encore It fdaneê 
léoMolir rhypolbèie. U division du traTiil el l'é- 
edeifMielîonssonlIesdeax premières lois de ror» 
lion iodaslrielle; de ces deux lois il en naît une 
ne, qm déboute irrévocablement la femme de ses 
lions, e*esl la loi d'ascension aux grades, par b- 
Uml indindu mâle a pour deroîr el pour fin de 
r, à son tour, une supériorité, 
k pour les principes i voyons le raisonnement, 
lit : Ce n*est pas le corps qui fait l*homme, c'est 
or les âmes sont égales : donc... 
; la <fistfaiction ontologique de Tàme et du corps est 
cipe même sur lequel nous avons vu que s'étaient 
lavement établis, d*abord Tesclavage, puis le ser* 
nqourd'bul le salariat. Comment peu^on Tinvo- 
1 faveur de la femme?.. • Admettons-la, cependant, 
istinction; accordons que le corps n'est rien pour 
ae, et que les âmes sont égales. En dernière ana- 
àme ne peut être jugée que sur ses actes ; cela est 
lairc en droit. Si donc les actes de l*Ame mascu- 
[)tenus par Tintcrmédiaire du cerveau et des mus- 
ilent plus que les actes de IWme féminine, IV^galité 
illes se réduit à une fiction de Tautre monde ; sur 
îrre, elle est impossible. 

lit : Le progrès pour Thumanité consiste à Iriom- 
ins cesse de la matière par Tesprit : donc... 
)ien! qui triomphe le mieux de la matière, de 
le ou de la fennne ? 

lit enfin : Le progrès est à Tégalilc : donc... 
le progrès est à régalité entre sujets de même 
t de constitution é(iuivalenlo, (pie l'ignorance et 
ité ont fails inégaux : ce qui veut dire (pie le pro- 
l à régalité de Thomme à Thomme, de la femme 



— 348 — 

à la femme. Mais il iresl pas vrai que le progrès soit à 
Tégalité de riiomme à la femme, puisqu*il faudrait pour 
cela que le premier cessât de progresser dans Tintégralité 
de son être, pendant que la seconde progresserait dans 
rintégralité du sien, ce qui est inadmissible. 

Que reste-t-il maintenant, comme conclusion, de tous 
CCS beaux raisonnements sur Tâme des femmes ? 

C'est que, pour les mettre au pair avec nous, il faudrait 
rendre en nous la force et Pintelligence inutiles, arrêter 
le progrès de la science, de Tindustrie, du travail, empê- 
cher rhumanité de développer virilement sa puissance, 
la mutiler dans son corps et dans son âme, mentir à la 
destinée, refouler la nature, le tout pour la plus grande 
gloire de cette pauvre petite âme de femme, qui ne peut 
ni rivaliser avec son compagnon ni le suivre. 

Des idées décousues, des raisonnements à contre-sens, 
des chimères prises pour des réalités, de vaines analogies 
érigées en principes , une direction d*esprit fatalement 
inclinée vers Tanéantissement : voilà Tintelligence de la 
femme, telle que la révèle la théorie imaginée par elle- 
même contre la suprématie de Thomme. 

VII 

Il serait peu courtois à un philosophe de s'en rapporter 
au jugement de la femme sur elle-même : elle ne se con- 
naît pas, elle est incapable de se connaître. C'est à nous, 
qui la voyons et qui Taimons, d'en faire Tautc^psie. 

Écartant d'abord, comme ultra-phénoménale, la ques- 
tion de savoir si l'âme et le corps, la matière et l'esprit, , 
sont des substances distinctes ; si l'homme mérite consi- 
dération seulement en tant qu'âme et abstraction faite 
de sa guenille y comme dit le bon Chrysale, ou s'il faut 
faire état aussi de cette guenille, un fait est au moins 
certain : c'est qu'en raison de l'influence réciproque, 



nwriMtot ûtine, <lu €iot\a, Mt i .inM et d« Vàata mt le 
<sr|M. la Umtc pbjnkiuo nV»l \>i- moiiu néwwire M 
kirail de li im»^ tpi'k ct^ui .ie* nuaclet, de eofto 
4lt,«Mr le OM de mab'lic. h |--nvie, ea toat ftire «ivul, 

olproponioniKlk • 1^ [utcc. 

tl'uù RUf première umuSitif n ci : It tn^OM eauia qui 
(iil qu'aoriuK (cduue, |>anii> li> (dus doclos, ne peut 
UleiiMln: à la liauUnir <rtiii U'it<riiu, d'un VolUire, A'om 
(ÀiiiT, fail ^gnkairiit i|U'^ il.iu- 14 maasc, U (enuneM 
pciit Kntcoir b lemioii céji'lir.ili' io rbomme. 

Hou fOid bioo aulru cbnse. 

Si la taiUeut; or)|>iniijui: >)(- b femme, & laquelle ae 
proporlioimc Miiirrlliitunt Ir luvail du cerveau, o'anit 
d'aglie nàuiJtal que tl'atiré^vr Juu u durée l'acUon 
lie rtnlendemcnt, la qualilv ilu produit iutellectoel nV 
lait pas altéra, la femtnc (-oiirrjiit parTaiteroenl, tooe 
« rapport, bp comparer à l'honiini;; ello ne reodrait pas 
■tant, dli- fi-nitt mifsi l)i''ri: iu différence, purtnient 
qatotitative, n'entralnanl qu'une dilTércncR àc salaire, 
HsuQiraitiMiut-élrc [>as pour motiver une diflcrciicG dans 
la condition sociale. 

Or, c'est précisément ce qui n'a pns lieu : rinfirmité 
intellectuelle de la Tcmmc |xirlc sur lu qualité du produit 
autant que sur l'intensité ^'l la diuve de l'action; et 
comme, dans cette faible nnlure. In défectuosité de l'idée 
résulte du peu d'énergie de la i>onscc, on peut dire que 
la femme a l'esprit essentiellement faux, d'une fausseté 
irrémédiable. 

• [| ne faut pas croire, dit quelque |iart Daniel Slorn, 
que la différence des sexes suit |iuretucn( du tluiiiainc di' 
la physiologie : l'iatelligonce et le la'ur uut aus^i un 
seie. B 

M"" Stern a pris cette idée do quelque autour : en cela, 
elle a fait preuve de promptituOc d'esprit, mais do peu 



— 360 - 

de jugement. Des intelligences mâles et femelles, c*est si 
joli ! Mais voyons les conséquences. 

Gomme Ta dit Kant, la qualité dans les choses est nn 
aspect particulier de la quantité; elle résulte de la com- 
paraison de deux quantités inégales. C'est ainsi que 
la même couleur, plus ou moins /o»(?^«, se dénature et 
tend à devenir une autre couleur : en réalité il n'y a pas 
de démarcations tranchées dans le spectre , il n'y a que 
des dégradations. 

Il en est ainsi pour tous les sens et facultés de l'homme. 

Regardez la lune à Tœil nu ou dans nn télescope, 
l'aspect de la planète n'est pas le même. Celui dont la 
vue serait assez forte pour résoudre les dernières nébu- 
leuses, non-seulement verrait des choses que nous ne 
voyons pas, le spectacle du ciel lui paraîtrait encore tout 
diflerent. 

La pensée se comporte absolument de même. Il y a des 
intelligences d'une portée, si j'ose ainsi dire, télcscopi- 
que, qui découvrent dans les choses des rapports restés 
jusque-là inaccessibles ; des intelligences concentriques, 
qui, dans une masse de faits jetés en apparence au hasard, 
aperçoivent une liaison, un ordre, une unité, qu'aupara- 
vant on n'y voyait pas. C'est par opposition à ces deux 
sortes d'intelligences qu'on dit vulgairement : esprit à 
courte vue, esprit brouillon^ pour désigner l'infirmité de 
ceux à qui la présence des faits et des choses ne montre 
rien. 

VIII 

En quoi donc consiste la différence qualitative de l'es- 
prit entre l'homme et la femme? 

La femme n'a pas d'âme intelligente, dit un concile. 

D'autres vont jusqu'à refuser toute espèce d'âme à la 
femme. 



— 3*1 — 

Hegel et Goethe remarquent qu*il y a des esprits végé- 
tatifs et des esprits animaux^ et ils ajoutent que la femme 
appartient à la première catégorie. Qu'est-ce que cela 
veut dire ? 

Si la femme, comme être pensant, a été maltraitée par 
les théologiens et les philosophes, elle Ta été encore plus 
par les écrivains de son sexe. 

La femme est imbécile par nature ^ dit durement George 
Sand; et sur ce principe elle établit la figure d'indiana. 

« Ce qui manque essentiellement à la femme est la mé- 
thode : de là le hasard introduit dans leurs raisonnements^ et 
trop souvent dans leurs vertus. 

a Ce qui égare la femme est l'esprit de chimère : elles le 
portent dans tout^ eu religion, en amour, en politique. 

« Les lemmes ne méditent guère : penser pour elles est un 
accident heureux plutôt qu'un état permanent. Elles se con- 
tentent d'entrevoir les idées sous leur forme la plus flottante 
et la plus indécise. Rien ne s'accuse, rien ne se flxe dans la 
brume dorée de leur fantaisie.^» (Daniel Stern, Esquisses mo^ 
raies.) 

C'est bien exprimé, et je pourrais observer en passant 
que Daniel Stern parle d'expérience. Son tort, dans ces 
lignes sentencieuses, est de parler de son sexe comme si 
elle s'en séparait, puis de ne pas voir qu'un pareil juge- 
ment est la condamnation de son système. 

M"* Necker de Saussure est encore plus amère; 

(( La force créatrice leur manque; malgré de brillants suc- 
cès, on ne peut leur attribuer aucune de ces grandes œuvres 
qui font la gloire d'un siècle et d'une nation. 

a Les femmes arrivent de plein saut, ou n'arrivent pas. Si 
admirable chez elles que soit la patience quand il s'agit de 
soulager les maux d'autrui, elle. est nulle dans le domaine in- 
tellectuel. 

a L'homme seul contemple toutes choses dans l'univers : la 
femme ne saisit que les détails. Les hommes l'emporteront 



— ssa — 

toujours sur nous : leur nature est supérieure à la nôtre 

Et co mot lâché, elle le regrette : 

« Supérieure en quoi?... Plus livrés aux passions sensuelles, 
ils ne sont ni plus religieux, ni plus dévoués, ni plus vertueux, 
ni peut-être plus spirituels que nous. Et cependant nous les 
sentons faits pour être nos maîti*es : leur moi est plus fort que 
le nôtre. )» 

Parlant de Yidiotie propre à la femme, elle ajoute : 

« Il est singulier qu'avec des intérêts assez semblables sur 
toute la terre, elles offrent des teintes de localité plus tranchées 
que les honmies... 11 faut sonder les profondeurs du cœur fé- 
minin pour trouver en quoi la Française, TAnl^laîse, l'Alle- 
mande, se ressemblent, m (Éducation progressive.) 

En deux mois, la femme, plus que Thomme, est de son 
pays. Daniel Stcrn reproduit la même observation; j'i- 
gnore qui est le premier qui Ta faite: 

« L'homme représente plus particulièrement Tidée de pa- 
trie : le sentiment de la femm^ s'élève rarement au-dessus de 
l'amour du sol. Elle chérit les lieux qui l'ont vue naître, les 
horizons qui ont souri à sa jeunesse : l'esprit de l'homme s'at- 
tache plus encore aux horizons intellectuels où s'est développée 
sa pensi^'e ; il aime, il sent vivre en lui cet ensemble d'invin- 
cibles éléments qui composent la race, la nation, la patrie 
idéale. » 

M'"'' Guizot, citcc par M"" Nccker de Saussure, dit, de 
son côté : 

a II est bien difficile que le succès d'une compote n'intéresse 
pas plus une jeune iillc que toutes ses leçons. » 

Après ces citations, on se demande si ces dames sont 
de leur parti ou du nôtre, car il est évident que leur 
sexe leur est insupportable. M"* Nccker de Saussure, qui 
a tant écrit sur Téducation des femmes, neles aime point: 
elle est pour elles pleine d*atrabile, de menace, d'ironie; 
elle les raille de leur beauté, de leur penchant à ramour, 



— 353 — 

de tout ce qui les fait femmes. M"*« de Staél est sans pitié 
pour les Anglaises, si fières de leur intérieur, si dédai- 
gneuses des triomphes du bel esprit; sa Corinne n'est 
qu'une satire de la ménagère, la seule femme cependant 
qui soit vraiment digne de l'attention de l'homme. 
M"*' Sand paraît n'aimer ni le sexe fort, ni le sexe faible : 
le premier, parce que, quoi qu'elle fasse, elle n'y arrive 
pas; le second, parce qu'elle en est sortie. Le héros, 
presque invariable, de ses romans, est une espèce dé 
Moloch à qui, sous les noms de Lélia, Quintilia, Sylvia^ 
elle sacrifie mâles et femelles, lois divines et humaines, 
raison, nature et sens commun. M™* Stern, après avoir 
dit son fait à la femme noble et bourgeoise, finit par une 
invective superbe : « Pleurez, lâches, pleurez, dit^lleà ces 
« pauvres créatures ; c'est bien fait , vous n'avez que ce 
< que vous méritez. » 

Que je plaindrais les femmes, si elles n'avaient pour 
les soutenir que les paroles de leurs avocats en jupons !... 
Les observations qu'on vient de lire sont vieilles comme 
le genre humain : le sexe mâle le premier les a faites; 
tous les humoristes et originaux qui se sont mis en tête 
de médire des femmes et de les agacer par une feinte 
aversion les ont rebattues ; répétées aujourd'hui, en style 
de Sénèque, par les plus illustres de la gent féminine, 
elles ne sauraient nous apprendre rien, tant qu'elles ne 
seront pas généralisées, ramenées à leur cause et à 
leur fin. 

Iteprenons donc la question au point où nous l'avons 
laissée en constatant l'infériorité physique de la femme, 
et suivons la chaîne de l'expérience. 

IX 

Qui produit, chez la femme, cette infériorité de vi- 
gueur musculaire? Cela même, avons-nous dit, qui fait 



— 864 — 

qu'elle est femme, Tabsence de virilité. La femme n*est 
pas seulement autre que l'homme, comme disait Para- 
celse; elle est autre parce qu'elle est moindre, parce que 
son sexe constitue pour elle une faculté de moins. Là oi 
la virilité manque le sujet est incomplet, là où elle est 
ôtée le sujet déchoit : Tart. 316 du Code pénal en est la 
preuve. 

Qui croira maintenant que cette corrélation physiolo- 
gique ne s'étende pas à l'entendement? De par la logique 
cela doit être , et de par l'expérience cela est. 

La femme a cinq sens, comme Thomme; elle est orga- 
nisée comme l'homme; elle voit, elle sent, elle se nourrit, 
elle marche, elle agit, comme l'homme : il ne lui manque, 
au point de vue de la force physique, pour égaler l'homme, 
qu'une chose, qui est de produire des germes. 

De même, au point de vue de l'intelligence, la femme 
a des perceptions, de la mémoire, de l'imagination; elle 
est capable d'attention, de réflexion, de jugement: que 
lui manque- t-il y De produire des germes, c'est-à-dire 
des idées; ce que lés Latins appelaient genius^ le génie, 
comme qui dirait la faculté génératrice de l'esprit. 

Qu'est-ce que le génie? 

De sots rhéteurs ont voulu en faire le privilège de quel- 
ques élus, espèce de demi-dieux offerts par la vanité 
poétique à l'adoration du vulgaire. Aussi se sont-ils égarés 
dans leurs définitions; le génie est resté comme un su- 
perlatif de l'entendement, et ne deviendra une réalité que 
lorsqu'il aura été reconnu à tous les mâles, à qui il appar- 
tient sans exception, comme la virilité de l'intelligence. 

C'est la faculté de saisir les rapports ou la raison des 
choses, déformer des séries, d'en dégager la formule ou 
la loi, de concevoir sous cette formule une entité, sujet, 
cause, matière, substance, etc.; en un mot, c'est la puis- 
sance de créer, en présence des phénomènes, des uni- 



— 356 — 

versaux et des catégories, ou plus simplement des idées. 

En principe, celte faculté ne parait diflérer de Tintui- 
tion sensible que par le degré de puissance visuelle de 
l'entendement. Ainsi il faut plus d*intensité intellectuelle 
pour acquérir l'idée de genre que pour recevoir Timage 
de l'individu : il en est ainsi de toutes les idées, de toutes 
les découvertes, dans la philosophie, l'industrie et la 
science, £n résultat, cette différence de degré dans la 
télescopie de l'esprit constitue une faculté distincte, dont 
la présence ou l'absence, la force ou la faiblesse, donnent 
au sujet, sous le rapport de l'hitelligence, un caractère 
spécial. 

Par exemple, il est de la nature de tout esprit faible, à 
qui les rapports des choses sont de difficile accès, de 
tourner à l'idéalisme et au mysticisme ; c'est ainsi qu'au 
début de la civilisation l'esprit humain, sans expérience 
acquise et sans méthode, aussi incapable d'observer avec 
exactitude que de formuler des lois, idéalise ses aperçus, 
crée des fables, et laisse prendre à sa religion, à sa poésie, 
le pas sur la science. 

Tel est encore l'esprit des enfants, des adolescents, de 
tous ceux que la faiblesse naturelle ou la maladie rappro- 
che, sous ce rapport, de la nature féminine, et que la sé- 
vérité de l'observation, la rigueur de la science, rebute. 

U n'est personne à qui il ne soit arrivé, à la suite d'une 
fatigue prolongée du cerveau , de ne pouvoir plus suivre 
le fil d'un discours ou saisir l'ensemble d'un raisonne- 
ment. L'esprit alors, frappé d'impuissance, semble avoir 
perdu sa faculté génératrice; on lit sans comprendre, on 
écoute sans percevoir le sens des paroles. Il n'est même 
pas rare de rencontrer des intelligences vigoureuses sur 
daines parties de la spéculation, qui semblent perdre 
leur puissance sur d'autres. Tel mathématicien est inca- 
pable de philosopher; tel jurisconsulte a une peine ex- 



— 366 — 

cessive à suivre les opérations d'une banque ou lespar» 
lies d*unc comptabilité. Dans toutes ces circonstances 
on peut dire que le génie est sans action et l'esprit reven 
h l'état neutre. 

Ce qui distingue la femme est donc que chez elle la fai 
blesse, ou, pour mieux dire, Tinertie de Tintellect, eu ( 
qui concerne Taperception des rapports, est constant 
Capable, jusqu'à certain point, d'appréhender une véri 
trouvée, elle n'est douée d'aucune initiative; elle i 
s'avise pas des choses; son intelligence ne se fait poi 
signe à elle-même, et sans l'homme, qui lui sert de rév 
lateur et de verbe, elle ne sortirait pas de l'état bestii 

Le génie est donc la virilité de l'esprit , sa puissan 
d'abstraction, de généralisation, d'invention , de conce 
tion, dont Tenfant, l'eunuque et la femme sont égal 
ment dépourvus. Et telle est la solidarité des deuif c 
ganes , que, comme l'athlète se sevrait de femme po 
conserver sa vigueur , le penseur s'en sèvre aussi po 
conserver son génie ; comme si la résorption de la s 
mence n'était pas moins nécessaire au cerveau de l'i 
qu'aux muscles de l'autre. 



J'ai eu la curiosité de vérifier, cette théorie par l'analy 
des ouvrages de quelques femmes célèbres, et voici 
que j'ai invariablement trouvé : 

La femme ne forme par elle-même ni universaux 
catégories : capable jusqu'à certain point de recev( 
l'idée et d'en suivre la déduction, elle l'attend d'ailleui 
elle ne généralise point, ne synthétise pas. Son esprits 
anti-métaphysique. Comme dit Daniel Stern, si une id 
lui vient, c'est un accident heureux, une rencontre, \ 
raccroc, dont elle-même ne peut pas donner la démo 
stration, la raison. Il en résuTte que la femme est inc 



- »s» - 

paUo Aê pro duir e une compmitioa rtgnli^, M tUo 
qu'un timple roman. De too tonit àlf m Miiit qn« âta 
•ulodiM; «Ile Tait de la marqueli-rio, i)« ltn|ironi|«lu: 
de rotnpcHe des macédoine* el de'i mooMres. Dana b 
oaonnalion, pII<! ne ttùit fm» d'enwniklc le du«wm 
d« «OR inicrlocul^ur ; c'M an dernier tatA qu'clln de- 
■unde la K-pItqtie. Par U nêote raison dk n'a pas do 
fuiannoc criliquc : HIe ten r^franme, lo trait d'ca- 
pil, la ultra , elle r^nnt dans la niimiftne; elle ne 
Mil ai nKAi>er. ni fonmiUir un ju^oidchI. Sa TÛmm eat 
low^ curame I» jeux de Vteiis. Iji Tmime a rontrBmé 
Urgenimt f>oar sa part au vocabulaire des langurs, )o 
le cfois; mail m nV^t pas elle qui a ctvé lii moU qui 
«ervent aux îdiks abstnitca, tubilanee, eaute, twmp», 
*'pon, quantité, rapport, etc.; co n'est joa elle par 
ulitÀpieiit qui a ctié les tonnes grammaticales H les 
l'articules, pas plus qu'elle o'a inventé l'arillimHîqua «l 
'■ilgi-brr. 

IJ.'ci nous eij>liqito un |>)i>''n<>iii>''ti<; ifui ii lon^tcoip* 
clonné la raison des ))Ciiplcs et prosterné l'Iiomtne de- 
vant les superstitions de sa compagne, je veux parler de 
''aptitude divinatoire de la funime. Li fommo, par snn 
irrationalité même, a quelque chose de fatidique, l'artiml 
od la trouve prophélcsse, dcviiuTesse, dniidi^s&e, siliyll<>, 
pTthonissc, cngaslrimytlic , sorcière, tireuse do cartes, 
Mmnamhule, instrument ou a^enl de nécromancie, e)ii- 
romancie, etc., une vraie table tournante. Inesse quin 
tliant feminis sancltim aliquid et providum pvlant, dit 
Tacite parlant des Germains ; ils pensent que les femmes 
ont en elles quelque chose de divin et de providentiel. 
On a cité ce passage en preuve des hautes |irérogatîves de 
la teiiime ; c'est juste le contraire qui on ri-sii!te. Plus il 
y a de puissance spéculative chez l'homme, moins il y a 
Je capacité de deviner. Qu'il arrive à une femme, comme 



— 358 — 

à un chapeau, à une clef, à une baguette de coudrier, de 
découvrir une chose cachée ou perdue , de traduire a?ec 
plus ou moins de bonheur ce que pense celui qui Tinter- 
roge, il y a plutôt de quoi la plaindre que la féliciter. 
C'est le miroir qui réfléchit le soleil, le prisme qui en dé- 
compose les rayons : demandez à ce miroir une théorie de 
la lumière, et vous verrez ce qu'il vous dira. 

La femme , malgré quelques prétentions assez haute- 
ment manifestées , ne philosophe pas. L'antiquité a eu 
son Ilypatie , le dix-huitième siècle ses esprits forts fe- 
melles, et nous en connaissons qui, au lieu de repasser 
leurs collerettes, écrivent des commentaires sur Spinoza. 
Tout cela peut faire illusion à la multitude, qui, sous le 
rapport de Tintelligence, se rapproche plus de la femme 
que de Thomme. Mais on peut toujours, dans le livre 
d'une femme , après avoir retranché ce qui vient d'em- 
prunt, imitation, lieu commun et grapillage, reconnaître 
ce qui lui est propre : or , à moins que la nature ne 
vienne à changer ses lois, je puis dire que ce résidu se 
réduit constamment, comme impression de lecture ou 
de conversation, à quelques gentillesses ; comme philo- 
sophie, à rien. 

J'ai une petite fille qui, à trois ans, cherchant des mots 
pour les choses qu'elle voit, appelle un tire-bouchon cte) 
de la bouteille; un abat-jour, chapeau de la lampe; 
l'éléphant du Jardin des Plantes, pied-de-nez ; un glaçon, 
pierre de glace; les dents de son peigne , doigts du pei- 
gne, etc. Cette enfant a toute la philosophie qu'elle aura 
jamais et qu'une femme, par sa propre force, peut acqué* 
rir: des à peu près, des analogies, de fausses ressem- 
blances, des drôleries, des variantes tout au plus ; mail 
rien de défini, ni analyse ni synthèse, pas une idée adé- 
quate, pas ombre d'une conception. À la commandite dei 
idées la femme n'apporte rien du sien, pas plus qu'à k 



— 369 — 

énération : être passif, énervant, dont la conversation 
ous épuise comme les embrassements. Celui qui veut 
onserver entière la force de son corps et de son esprit la 
uira : elle est meurtrière, Inveni amariorem morte mu- 
ierem. 

Au reste la nature , qui ne fait rien en vain , a rendu 
( cette vigueur et cette continuité de méditation qui seule 
i fait les hommes de génie (D. Stern) » incompatible 
avec les fonctions et les devoirs de la maternité, La femme 
manque de jugement pendant une partie de son existence ; 
Tamour lui ôte la raison ; pendant les règles et la gros- 
sesse elle perd l'empire de sa volonté. Chez la nourrice, 
la surexcitation du cerveau altère la qualité du lait et 
bientôt le fait perdre : cela se voit à Paris, où les femmes, 
par la multitude des relations sociales, des affaires et des 
soucis, ne peuvent soutenir longtemps, malgré la meil- 
leure volonté et les plus heureuses dispositions, les fati- 
gues de l'allaitement. On peut l'affirmer sans crainte de 
Calomnie, la femme qui s'ingère de philosopher et d'é- 
crire tue sa progéniture par le travail de son cerveau et le 
Souffle de ses baisers, qui sentent l'homme. Le plus sûr 
pour elle et le plus honorable est de renoncer à la fa- 
mille et à la maternité ; la destinée l'a marquée au front : 
faite seulement pour l'amour, le titre de concubine lui 
suffit, si elle ne veut courtisane. 

XI 

Non -seulement donc l'infériorité intellectuelle de la 
femme est avérée, avouée ; cette infériorité est organique 
et fatale. 

L'humanité ne doit aux femmes aucune idée morale, 
politique, philosophique; elle a marché dans la science 
sans leur coopération ; elle n'en a tiré que des oracles, la 
bonne aventute^ 6 gué!... L'homme a tratué sa c^wn- 



I 



— 3C0 — 

|M^no, marchant ]e [remier comme Orphée lorsqu'il 
ramène des enfers son Eurydice, elle suivant, pone se- 
quens. 11 observe, réftcchit, décide; elle allend son sort 
des résolutions de celui sur qui sont attachés ses r^rds, 
et ad eum conversio tua. 

L'humanité ne doit aux femmes aucune découvâie 
inJuslrielle, pas la moindre mécanique. J'ai demandé 
au ministère du commerce quelle était la part des femmes 
dans les inventions orticiellcmcnt déclarées, et voici ce 
qui m'a clé réfiondu : Depuis le f juillet 1791, époque 
où la loi sur les brevets dinvention fut mise en vigueur» 
jusqu*au 1" octobre 1856, il a été décerné par le gou- 
vernement 54,108 brevets tant d'invention que de per- 
fectionnement. Sur ce nombre, cinq ou six ont été pris 
par des femmes pour articles de modes et nouveautés!,,. 
L'homme invente, perfectionne, travaille, produit, nour- 
rit la femme : elle attend de lui, avec sa profession de foi, 
sa petite tâche, mollia pensa; elle n'a pas même inventé 
son fuseau et sa quenouille. 

Pas plus d*idces dans la tête de la femme que de germes 
dans son sang; parler de son génie, c'est imiter Élagabal 
jurant per testic2ilos Veneris. La femme auteur n'existe 
pas; c'est une contradiction. Le rôle de la femme dans 
les lettres est le même que dans la manufacture : elle 
sert là où le génie n'est plus de service, comme une broche, 
comme une bobine. 

Concluons maintenant. 

Puisque, d'après tout ce qui précède, l'intelligence est 
eu raison de la force, nous retrouvons ici le rapport pré- 
cédemment établi, savoir, que la puissance intellectuelle 
étant chez l'iiommc comme 3, elle sera chez la femme 
comme 2. 

Kt puisque dans l'action économique, politique et so- 
ciale , la force du corps et celle de l'esprit concourent 




mm tamflmn foat 9. oAm «• b kmm» tvmp- 
v4:Ma es «w daat d^a pwm èoeori 
iWqm « b «Hiiee. 



Dotu tramporunt dun l'ordr* moni, umurt Dutel 

ou* triToi» le* rJutM *oiu un «ulrr jour... Iri l'^a- 

ifeniRir o'tft plui «tnlcsLible... Ki U fiim, ni )rJu>> 

a Irmi- TftiHV. m Ir difiuDMiirm. n'uni .le m'Ii-. Il tatti 

re qui allaite sun lils el qui ieill« à ion chi'tpt aulaal 

ige et de vigilance qu'au soldat qui Tcillo A la lArrlA 

Ue.i 

Gaulbier-Coignct réjiètc la m&ne choao ; 

I, il n'y a pas de famille ; non, il n'y a pai At pnufilfl | 

D'y a pu de races ; dod, il n'y a pu de nui datant 

opos de M" Gauthier-Coigiiet , je remar()iin (pi'll 
>éré depuis quelques ann«-«ft chnt ni;s l'IiilMiriiril** 
jrësdont ilestjuiile dt: k-iir U^nir r^m\Ati, Apilrn- 
es pot-talent sim|ik-iiicnt l'-^ notti* lU- loir* itmij* : 
I a^àl^let, M— d'Kj.inj; , H" li'-. SUtA, M- (-hi/Vh, 
les ont commenr>: aj'fiixli'^ kora tf'»!* i ittit 'In 
onsorlâ : M— >tj kj:r .1<; i^ijunte. Kfiuot^ «ll*< 'M 
taé la rauoa uAiyt^*^. •:! p(M ifn (MAiwf.rfnyHf« ', 

m l^ 



— 362 — 

divorce ; clic se conlcnic de mettre son mari derriire sa 
crinoline : M"'*" Gaiithicr-Goignet. Tout cela sous prétexte 
que devant Dieu il ny a pas de sexes. 

Devant Dieu, c'est possible. Nous ignoronSy malgré les 
confidences de Mahomet, comment l'homme et la femme 
se comportent ensemble dans le paradis» et jusqu'à quel 
point, en présence du Saint des saints, la sexualité s'éva* 
nouit. Ce qui est sûr est qu'ici-bas, Thomme et la femme 
placés l'un devant l'autre, les sexes se retrouTent; et 
comme la Justice a pour objet les choses d*ici-bas, force 
nous est de faire, selon les règles du droit, le compte des 
parties. 

Devant Dieu, ou, pour parler plus humainement, dans 
Tordre moral, l'égalité des sexes, prétendez-vous, n'est 
plus contestable. 

Remarquons d'abord une chose. . 

La vertu n'entre pas dans le commerce : elle ne pent 
en conséquence faire l'objet d'une règle de Justice dis- 
tributive, elle n'est pas matière de droit. Et comme il ne 
servirait à rien à un individu , pour avoir accès dans une 
assemblée d'actionnaires, de dire : Je suis honnête homme, 
s'il n'était au préalable porteur du nombre voulu d'ac- 
tions, de même il ne sert à rien à la femme, pour entrer 
dans l'assemblée politique ou balancer dans la famille 
rautorité du mari, d'alléguer sa vertu : il faut qu'elle 
prouve encore sa capacité physique et intellectuelle. 
Sans cette condition, la requête de l'honnête femme ne 
peut être accueillie; si elle insistait, elle cesserait, ipso 
fado, d'être vertueuse. 

'Ainsi, quand les chevaliers de l'émancipation féminine 
invoquent à l'appui de leur cause les vertus et les préro- 
gatives de la femme, son amour, son dévouement, sa 
beauté, ils se mettent à côté de la question, ils font un 
paralogisme. Tomb$ aux pieds de ce sexe à. qui tn doii 



- ses - 

ta mère,- me crie Legouvé. Voilà trente ans qti*oti tourne 
et retourne ce sensible hexamètre. Je réponds tranquil- 
lement, sans manquer au respect de ma mère : Tant, que 
j'ai été enfant, j*ai obéi et dû obéir; parvenu à Tftge de 
majorité, mon père vieux et cassé, je me suis trouvé, )>ar 
mon travail et mon intelligence, le chef de la famille, et 
pour ma mère elle-même un mari et un père; j*ai pris 
et j'ai dû prendre le commandement. 

xm 

Hais est41 vrai que dans Tordre moral, au point de vue 
de la Justice, de la liberté, du courage, de la pudeur^ 
la femme soit Fégale de Thomme? Déjà nous avons vu, 
chez tous deux, Tintelligence se proportionner à la force; 
comment la vertu ne se proporlionnerait-elle pas à iH>n 
tour à l'une et à l'autre? 

N'oublions pas que nous comparons les sexes dans 
leurs natures respectives, abstraction faite de leur in- 
fluence réciproque, et indépendamment de toute com- 
munication familiale, conjugale et sociale. L'hypolhèse 
de l'égalité des sexes et de leur indépendance mutuelle, à 
part ce qui regarde la génération, le vout ainsi. Nous 
savons combien le physique de la femme est modifié par 
la maternité et le travail, combien son esprit l'est ensuite 
par l'initiative de l'autre sexe; nous sommes en droit de 
supposer qu'il en sera de même pour la conscience. Puis 
donc que nous avons à déterminer le droit de la femme 
dans ses relations avec Thomme et avec la société, nous 
devons auparavant reconnaître sa valeur propre et com- 
parative, distinguer en elle ce qui vient de la nature 
d'avec ce que lui confère le mariage. 

La question revient ainsi à demander si la femme pos- 
sède d'elle-même sa vertu, toute sa vertu, ou si^par ha- 
lard elle ne tirerait pas, en tout ou en partie, sa valeur 



— 368 — 

XIV 

Ces faits sont d'observation générale. 

J ai rapporté Topinion des docteurs qui refusent une 
âme à la femme : on voit ce qui avait fait nattre dans leur 
esprit cette opinion quelque peu injurieuse. Ils avaient 
observé la femme comme nous Tobservons en ce moment, 
abstraction faite des influences paternelles et conjugales, 
c'est-à-dire en dehors de sa véritable destinée» et, comme 
ils la trouvaient de tous points inférieure, ils exprimaient 
leur jugement en disant : Elle n'a pas d^âme. 

Mais écartons les témoignages virils, comme suspects. 

« Les femmes^ dit M°>« Necker de Saussure^ ont horrear 
du code : c'est pour elles un vrai grimoire. 

a Les jeunes filles^ trop persuadées de l'intérêt qu'elles se 
croient faites pour inspirer^ veulent être préférées en toutes 
choses : la Justice les occupe peu. Il leur semble plus flatteur 
et plus doux d'être une exception à la règle que de s'y sou- 
mettre. 

tt Si les femmes s'examinaient avec attention^ que de fois ne 
se trouveraient-elles pas une moralité relative dépendante de 
leurs affections! Combien souvent leur conscience la plus déli- 
cate, la plus sensible, n'est-elle pas l'idée d'un être vivement 
aimé et un peu cramt^ qui les voit, qui les suit, qui jouit ou 
souffre de tout ce qui vient d'elles ! Cette conscience est bien 
quelque chose; mais pourtant il en faudrait une autre que 
celle-là. 

a II faut aux femmes une sorte d'élan pour sentir la beauté 
du devoir; encore, ce devoir même, elles ne l'accepteraient 
pas, s'il n'était basé sur la religion. » {Éducation progressive.) 

Daniel Stem confirme ces observations : 

« La femme, dit-elle, arrive à l'idée par la passion. » 

Comment, après de pareils aveux, M"'* Necker de Saufr 

sure et Daniel Stem peuvent-elles soutenir l'égalité morale 

des sexes? 



Dl«hneqoepour«Titr(TiridABi)aocnt(Mrl (■ 

* FnAoite sponUn^tiMitl, U tetame a beaom d* ' 

icilalioa do tout wd èin, de mCne il lui Cun 
■Rinr 1 h JuMIm. le Bocoun dr l'amour vt de 
lUc M tfKD|Kvnd le drvuir que coioim imputé d'en i 
Mw>c am mligiin. Sa co oa ci— ce «t oomm oal» 
hlÉBl, pour qui U JnatiM ■'«! d'abord qn'nn fsi 
m àa dehori, rt qui m fmtOBaUh en criai q> 
IMiliiè en aulorilA sur l'cnrant. ce que j'ai tff 
htbb amtciaut. 

iaÊÛ le légttlsirur. qui aflté l'Age de U rcspoonMIiU 
Mnle, pour lea Amx Kin, à «ciie atis, aurait pa la 
Milerpour la Tomme JiHqu'i qiiaranle-ciDq. La frama 
H mit d^icidémenl, comme cniuciejirc, qu'à cd Igo: 
inne et dans sa Jleitr, plu» tord «hu le* inftuenna da 
l'unour et de la muUmil^, olie n'a qu'une deoû-^en- 
Kienre. comme ilil M»* Necker. 

Cost d'uiin-s r-c |irinri[w qur> ccrlaînes lé[;t«1ationB M 
BoDiTÀrent beaucoup plus douces poqr la Gemme qoe 
|Nnr l'bomme : 

■ Ne frappei pas une femme, eùt-elle rail ceot rautes,jiat 
■fne anec eue fleur. > (Loi indienoe, citée par Michilit, 
'iripmà dm éroit français.) 

• Eu AJIemagoe. le* TeouneB enceintes poufaienl, pour sali 
Uk leurs oiTies, prendre à volonté des fruits, des léguna 
kl lobilleSj etc. (Le même.) 

Là femme veut des cxceplions; clic a raison : elle M 
4me , et les ciceplions sont pour les infirmes. 

XV 

Ce que nous venons Je dire, en thèse générale, de la 
lustice, est également vrai do la vertu la plus précieuse 
le la femme, de ceik' dont la perte doit être regardée par 
■ik comme pire que la mort, puisque, cette vertu perdue, 
III 21. 



— S70 — 

la femme ne compte plus : je yeux parler de la pudev. 
De même que les idées et la Justice, c'est eneon par 
Thomme que la pudeur vient à la femme. 

Les enfants n'ont pas de pudeur; les adolescents, jus- 
qu'à la puberté, fort peu. Do toutes les vertus, c'est celle 
qui arrive le plus tard et qui exige le plus grand diva- 
loppement intellectuel et moral, la plus longue éduci* 
lion. Chez les nations primitives, la pudeur est nnlla 
aussi, ce dont témoigne la Genèse : Et nom embâseeèmU* 

Comment se manifc^ste ce sentiment? 

La pudeur est une forme de la dignité personnelle, de 
ce sentiment qui fait que l'homme, se respectant lui- 
même, se sépare de la brute, dédaigne ses mûeors et as- 
])ire à s'illustrer dans les siennes. Si quelque chose est 
fait pour révéler à l'homme sa dignité, c'est à coup sûr 
l'accouplement des bêtes, de tous les spectacles le plus 
répugnant : la vue d'un cadavre choque moins. Or, la 
honte qu^éprouve l'homme dans la solitude de sa dignité 
redouble sous le regard du prochain; do là |x>ur lui un 
devoir nouveau dont voici la formule : Dfefais pas en 
particulier ce qve tu n'oserais faire devant les autres; 
ne fais pas devant les autres ce que tu ne veux pas qu'iU 
fassent devant toi. 

Ainsi la chasteté est un corollaire de la Justice, le pro- 
duit de la dignité virile, dont le principe, ainsi qu'il a ét^ 
expliqué plus haut, existe, s'il existe, à un degré beau- 
coup plus faible dans la femme. 

Chez les animaux, c'est la femelle qui recherche 1( 
mâle et lui donne le signal; il n'en est pas autrement, i 
faut l'avouer, de la femme telle que la pose Ja natur 
et que la saisit la sociélé. Toute la différence qu'il y î 
entre elle et les autres femelles est que son rut est per 
manent, quelquefois dure toute la vie. Elle est coquette 
n'est-ce pas tout dire? Et le plus siYr moyen de lui plain 



— S71 — 

n'est-il pas de lui épai^ner la peine de se déclarer, tant 
die a coDsciencede sa lascivetéî 

Ceci toutefois ne veut pas dire que la femme soit plus 
ardepte que l'homme à l'amour : le contraire me semble 
plutôt Trai. Elle n'é(»*ouve pas cet emportement causé, 
tà j*ose ainsi dire, par la morsure de Tanimalcule sper- 
matiquei et qui rend Thomme furieux, comme le lion 
tourmenté par le moucheron. Mais l'obsession amoureuse 
dies la femme est constante , l'idée toujours présente, 
l'idéal beaucoup moins sujet à se briser par l'eflet de. la 
possession, hors de laquelle tout lui est indifférent et in- 
sipide; elle ne peut parler ni penser d'autre chose, as- 
sotée qu'elle est par sa rêverie, et bientôt, si le travail et 
l'éducation n'y mettent ordre, dépravée. Qui a vu des 
ateliers de femmes et entendu la conversation des ou- 
vrières peut en rendre témoignage. A vrai dire, et mal- 
gré tous les petits talents que nous aimons à lui recon- 
naître, la femme n'a pas d'autre inclination, pas d'autre 
aptitude que l'amour* 

Tous les voyageurs l'ont observé chez les sauvages; 
ceux qui allèrent en Orient chercher \2l femme libre n*oni 
pas osé dire ce qu'ils avaient découvert : c'est qu'aux 
.œuvres de l'amour l'initiative appartient réellement à la 
femme. Les exemples n'en sont pas rares non plus chez 
les civilisés : aux champs, h la ville, partout où se mêlent 
dans leurs jeux petits garçons et petites filles, c'est pres- 
que toujours la lubricité de celles-ci qui provoque la froi- 
deur de ceux-là. Parmi les hommes, quels sont les plus 
lascifs? Ceux dont le tempérament se /approche le plus 
de la femme. 

Pourquoi, indépendamment des causes économiques 
^ politiques qui s'y ajoutent, la prostitution est-elle in- 
comparablement plus grande chez les femmes que chez les 
t^nes; pourquoi, dans la vie générale des nations^ la ço- 



— 37» — 

lygynie est-elle si fréquente» la polyandrie si rare ; pourquoi 
la femme répugne-t-elle moins que l'homme à la promis- 
cuité, ainsi qu'en témoigne l'histoire des sectes gnos- 
tiques, si ce n'est que son moi est plus faible que le nôtre 
(M">« Necker de Saussure) ; qu'elle est toujours plus près 
de la nature» c'est-à-dire de l'état de nature (Daniel Stem); 
qu'elle a par conséquent un sentiment beaucoup moins 
énergique de sa dignité; qu'autant son esprit reste, par 
lui-même, borné à l'aperception sensible, autant sa con- 
science reste dans la sphère des affections ; que, dans ces 
conditions intellectuelles et morales, sa fonctioji naturelle 
étant surtout l'enfantement, elle tend, de toutes les puis- 
sances de son être , à un but unique» qui est de vaquer 
aux oBuvres de l'amour? 

D^cUe-même, la femme est impudique ; si elle rougit, 
c'est par crainte de l'homme. Aussi, que ce maître lui 
manifeste son dégoût, qu'elle s'entende comparefr par lui 
aux femelles les plus immondes : la pudeur alors s'éveille 
en elle, et bientôt deviendra son moyen le plus puissant 
de séduction. 

XVI 

Ceci jette sur la femme un jour nouveau. 

La femme est une réceptivité. De même qu'elle reçoit 
de rhomme l'embryon, elle en reçoit l'esprit et le devoir. 

Improductive par nature, inerte, sans industrie ni en- 
tendement, sans Justice et sans pudeur, elle a besoin 
qu'un père, un frère, un amant, un époux, un maître, ua 
homme, enfm, lui donne, si je puis ainsi dire, l'aimanta- 
tion qui la rend capable des vertus viriles, des facultés 
sociales et intellectuelles. 

De là, son dévouement à l'amour : ce n'est pas seule- 
ment l'instinct de la maternité qui la sollicite, c'est le 
vide de son âme, c'est le besoin de courage, de Justice et 



— 373 — 

l'honneur, qui l'entraine. 11 ne lui suffit pas d'Mre 
chaste» virgo; il faut qu'elle devienne héroïne, virago : 
ion cœur et son cerveau n'ont pas moins besoin de fécon- 
lalion que son sein. 

Tel est le secret de \2i femme forte^ de l'admiration dont 
elle a été de tout temps l'objet» et de sa merveilleuse 
influence. 

La femme a-t-elle été élevée dans une famille riche en 
caractères virils, où le père, les frères, les amis, auront 
rayonné sur sa jeune âme la force, la raison, la probité: 
elle aura reçu une première façon , qui réagira ensuite 
sur le mari, d'autant plus qu'il sera lui-même moins 
forl. Au contraire, la jeune fille a-t-elle grandi parmi des 
êtres lâches, stupides et grossiers, elle sera prête à se 
livrer, et sa passion lui révélant sa misère se doublera 
pour sa famille de haine et d'ingratitude. 

Que de femmes, molles et niaisesr, ont changé par le 
mariage du tout au tout! C'est pour cela que chez les 
Romains le père de famille était considéré comme engen- 
drant sa propre femme ; parce qu'elle était sa créature, 
elle devenait son épouse. 

Il y a plus : tout ce qui manque naturellement à la 
femme et qu'elle acquiert dans son union avec l'homme, 
c'est par l'amour qu'elle le reçoit. Tout ce qu'elle pense 
est rêve d'amour; toute sa philosophie, sa religion, sa 
politique, son économie, son industrie, se résolvent en un 
iQot, Amour. 

' Vénus Uranie, Vénus terrestre, Vénus marine, Vénus 
conjugale, Vénus pudique, Vénus vulgivague, Vénus chas- 
seresse, Vénus bergère, Vénus bellatrice; Vénus-Soleil, 
Vénus-Lune et Vénus-Étoile, Vénus bachique et Vénus 
Flore, quelle est la divinité chez les anciens qui ne soit 
^^ transformation de l'amour? Minerve elle-même est- 
elle antre chose qu'une Vénus industrieuse, et la vierge 



— S74 — 

Astrée, confondue avec la Pndeur» antre chose qn* 
Justieière? Tout est subordonné par la femme à l'anM 
elle y ramène tout» elle s'en fait un prétexte et unim 
ment pour tout : ôtez-lui Tamour, elle perd la raison 
pudeur. 

Irons-nous maintenant, de cet être tout entier i 
mour, faire un contre-maître, un ingénieur, un eapiU 
un négociant, un financier, un économiste, un adm 
trateur, un savant, un artiste, un professeur, un pi 
sophe, un législateur, un juge, un orateur, un géi 
d'armée, un chef d*État ï 

La question porte en elle^éme sa réponse. I 
qu'elle reçoit tout de Thomme, qu'elle n'est rien qui 
l'homme et par l'amour, la femme ne peut aller de 
avec l'homme : ce serait une dénaturation, une ocmfi 
des sexes, et nous avons lappris où cela mène. 

XVII 

Toutes ces constatations sur le physique et le i 
comparés de l'homme et de la femme devaient être f) 
non dans un vain esprit do dénigrement et pour le p 
stupide d^exalter un sexe aux dépens de l'autre, 
parce qu'elles sont l'expression de la vérité, que 1 
rite seule est morale, et ne peut élre prise par pers 
ni pour éloge ni pour offense. Si la nature a vouh 
les deux sexes fussent inégaux, par suite unis soui 
loi de subordination, non d'équivalence, elle a eu ses 
apparemment, plus profondes et plus concluantes 
les utopies des philosophes, plus avantageuses non 
lement à l'homme, mais à la femme, à l'enfant, à 
la famille. On Ta dit il y a longtemps, plus l'humani 
partie de bas, plus sa moralité l'élève en gloire. Ce q 
vrai de la collectivité conjugale l'est indîviduellemc 
chacun des époux : laissez à l'homme l'héroisnie, I 




•lis. 

rkc 

I h 

àJÊÊÊ | M t J'ibCiw » , «MnfMK^MMM m», 
nnicSxSxl«>làl3tSxl.mil7èt. 
M cowlilîooi. U (aiuw dp |wui prétHadf» ft 
U putu>iK« \inlf. ; tA lut^-fdii.alR-n ni infii» 

par h aature el dvtaot U Justice elle iw pùM 
n de rboam*; en «orte que rteMnciiulkm 
eadiqiie en ton nom scraii U roiis> cralKwi l^jnile 
ère, pour ne pas dire de m softitude. Iji M-uhi 

qui lui re»le Ml de trouver, uns violer la 
le coDtbioaiKin qui )i rachète : tous oiea Icclours 
lé le mariage. 

XVI II 
niftent maintcnanl ces déclainaUons : 
me a accumulé conlrc M compapne lout «• qii'il a 
iT de dureli'» et d*iiii'»i>!i''il<''s. H en n Tnil une i'<i|h 
cuuverte U'uii Miile el raclH-e à l'cndriul k' plus 
■a maison, cuiiime unl- ùimiiiU- inall'ui^iiiilc uu une 
.pecte; il lui u raccourci les pieib «Im retiliincu, «lin 
re iiKapable de maither et de porter h>u cœur où 



— 376 — 

elle voudrait; il Ta attachée aux travaux les plus pénibles 
comme uue servaDte; il lui a refusé l'instructioo et les plaisirs 
de l'esprit. On l'a prise en mariage sous la forme d'un achat 
ou d'une vente; on Ta déclarée incapable de succéder à son 
père et à sa mère^ incapable de tester, incapable d'exercer It 
tutelle sur ses propres enfants, et retournant elle-même en 
tutelle à la dissolution du mariage par la mort. La lecture des 
diverses législations païennes est une révélation perpétuelle 
de son ignominie, et plus d'une, poussant la défiance jusqu'à 
l'extrême barbarie, l'a contrainte de suivre le cadavre de son 
mari et de s'ensevelir dans son bûcher, afin, remarque le 
jurisconsulte, que la vie du mari soit en sûreté, » (Le P. Li- 
CORDAIRE, cité par Daniel Stern, Essai sur la Liberté.) 

De semblables paroles, si TÉglise avait la moindre in- 
telligence du fait et du droit, eussent mérité à leur auteoi 
une interdiction perpétuelle. Mais TÉglise, sur la foi de 
Platon et de rÉvangile,Sdmet, comme le P.' Lacordaîre, 
l'égalité des sexes ; à Taide de ce principe elle entretient 
sa théocratie par le célibat ecclésiastique ; elle gouv^ne 
les familles par le confessionnal, et capte les successions 
des filles et des femmes par des testaments et des fîdéi- 
commis, dont elle a soin de fournir les modèles. À ses 
yeux, la femme ne sera jamais assez émancipée, surtout 
s*il existe des collatéraux qui réclament. 

Qu*y a-t-il donc d'étonnant à ce que la femme' ait de 
tout temps subi sa part des misères que l'ignorance, 
l'oppression, la superstition, versent sur l'humanité; et 
quand le prêtre lui-même a méconnu le sens du mariage, 
que riiomme ait pris vis-à-vis de sa fantasque et lascive 
moitié les précautions que lui suggérait une expérience 
trop réelle? 

Ah! de grâce, vous qui prenez en main la défense d( 
la femme, ne parlez pas de cette réclusion ignominieus( 
qu^elle a si longtemps subie, 'de celte vente et de ce 
achat de sa personne, de toutes ces entraves mises à si 



— 3W — 

ùlftnté el j sei tDouvenKnU : ces fait» ■ 
ootn clki, fiHitfifn lulutt de l/inunpugv i 
îli de ta rÛMM ei de riiidt(;Dilé de foo on r. 
«jouni'hui lie revenir à ce» nmin déplonli e 
Unil cilnninicnit les deux texes : li> moralie e ni 
mM, e'nt de pénMn-r la miMin diii coiiliimn i 
HkulioBS. Eh biun ! cdUs niMn i-clalrr maintruanl 
toi yeiu : nUet vpir ks rcniiiiH di> l'Orirnl et d( 
jtjt k demi ciTîlbte ou Ijarbana; raiipele»-nhH« 
i)ui tbeivntrebrémîre, l««u>«niresdeSBn,defi4lM 
de Ruth, dn BcIhuMe, eb d<! toiilet rea iteiileB Gb* 
qai K cAuchent aiuailAl (juc riwmiDe les iv{|uxle ; M 
i|M le l>écaloguc, dans i s tixi<yme et nenvièuf 
DaDdemenls, [lerlaul d'^dallèm, ne s*adnsâe 
b (onunc; rolicet, ntSn, vos epAIr», tm p 
cutitsle», et \out oompre dre^ ht tnutiT ita cati 
UlioD qui a fli longtemps pe»6 sur le sexe. 

Oui, l'honune a été envers la feranie despote et * ■ 
il l'a Irailén comme iiix- bnile : (ireni'i punie, par vos 
détestables maximes, de l'y fairo revenir... Telle que vous 
la ïoyei aujourd'bui, c'eet Uii cjiii l'u laile, et si ullc me- 
nte quelque louaii^o, elle b lui doit. 



OasiKTATioas. — iDllaMca de l'élément fémlDia sur Ibb 
mesura e\ la liM^ratun frac^aiaea. 

XIX 

Je complèle les réflexions qu'on vient de lire par quel- 
qoes obienraliotu faites sur des sujets de l'un et de l'autre 
«easseï Connus pour que diacun puisse vérifier l'cxae- 
lîbide de l'obeervateur. 



— 378 — 

On a dit que l*esprit avait, comme Tanimal, sadualM ^ 
sexuelle, son élément masculin et son élément féminio. 

Sans discuter la vérité de ce jugement, il résulte de tout 
ce qu'on vient de lire que l'élément féminin, nonobstant 
la qualité spécifique qui résulte de son infériorité mtme 
et le fait reconnaître, est en dernière analyse un élément 
négatif, une diminution ou affaiblissement de Télénient 
masculin, qui à lui seul'roprésente l'intégralité de l'esprit 

D*oii il suit encore que, si dans une société, dans une 
littérature, Télément féminin vient à dominer ou seule- 
ment à balancer l'élément masculin, il y aura arrêt dans 
celte société et cette littérature, et bientôt décadence. 

Cette prévision de la logique est confirmée par Tcxpé- 
ricnce. 

Toute littérature en progrès , on si l'on aime mieux 
en développement, a pour caractère le mouvement de 
Vidée, élément masculin; toute littérature en décadence 
se reconnaît à l'obscurcissement de l'idée, remplacée par 
une loquacité excessive, qui fait d'autant mieux ressortir 
le faux de la pensée, la pauvreté du sons moral, et, malgré 
l'artifice de la diction, la nullité du style. 

l.a raison de ceci se découvre d'elle-même. 

Une suite de chefs-d'œuvre , en développant les apti- 
tudes de la langue, lui a donné l'abondance, la flexibi- 
lité, la force, créé ses locutions et ses formes. La philo- 
sophie , les sciences , l'industrie , toutes les branches de 
l'activité sociale lont enrichie. Son dictionnaire, compre- 
nant, avec les vocables, les tours, formules, acceptions de 
mots, est devenu un arsenal où fourmillent les idées, et 
dont aucun écrivain n'épuisera les trésors. A ces maté- 
riaux déjà si riches, la grammaire et la rhétorique ajoih 
tent leurs recettes : moules de phrases, périodes, ca- 
dences, etc. ; on en a pour tout. L'art de faire jouer te 
métaphore et la métonymie ^ de darder l'apostrophe. 



p; 



^ WbA, d*(nfonnT l« Inil, ait nnion'; la lac- 
JBgiffi n'a plut ils K>crvU. Potir farilitcr le 
lÉ dei rffirrtotmi d<i riitin, de ijiMinymp*, 
de pMiihiut», d'esiinpba rhuiù, qu'il 
noDorir, pour eo ttHr jnillir wu» ecua da 
(1m n|>i-mctM:tnt'iiU Uigèntcux, dM 
tlN coq»4-l'âtic. mdn dct iiUra MUm 
t dépMiilleinrtit <!<■• litUraïuna éinufitmtp- 
«nùar oonlineenl, t«M loquci or donoani WM 
wani plut fiiacée k eoUo «rigteolilé dm ouimtlt 
I ouinltmanL, fintiip bocnnie; {msiri M n^ 
mmc foui Im aimihii^inM, 5wmi rt hi/mv. Vnm 
ùa, vouft iwum, pcmluit uim gtoèniioB, 
ini] bommr. 

^t cnmbiro cotU m^odu rit fivorabl*! k' 
tlion pt au IjriKniff. L'inlu cllo-mi^iiM) o'eil 
MTJpUoD par ^uiinu'^niticin de \»t\ic%, unu li- 
tvx lir (iraJui 'lit rarnii**um, .m mot Juf.ilfr. 
Je : TOUS avez uae utle loule faite, dans le genre 
J'ose ilire qu'une partie de la litléralun: con- 
e, poésie ^ [irose, n'a pas d'autre raison d'être, 
li ce qui Tail «un mérite, et ce qui depuis le 
•ment du siècle a déterminé sa décadence, 
ure comprendre la cause des rétrogradations 
I j'ai cité , dans une autre étude , quelques 
3 mes lectures d'Iiîstuire; qu'on me permette, 
ëme but, de donner un croquis de ine& obser- 
T quelques-uns de nos gens de lettres. 

XX 

:ssE,»u. 

nit d'arrêt de la littérature française commence à 
U est le premier de ce» fnnmftins de l'intelligence, 
ib te troublant, la itasaion ou afTeclÎTité l'emporte 



— 380 — 

sur la raison^ et qui^ malgré des qualités émûieni 
même, font incliner la littérature et la société Yen li 

Le bon sens public et Texpérience ont prononcé 
ment sur Jean-Jacques : caractère faible, ftme mol! 
sionnée, jugement faux, dialectique contradictoire, ( 
doxal, puissant dans sa virtualité, mais faussé et aïïîE 
culte de Tidéal qu'un instinct secret lui faisait mau< 

Son discours siir les Lettres et les arts ne cont 
quart de vérité, et ce quart de vérité, il Ta rendu 
le paradoxe. Autant l'idéalisme littéraire et artistiqi 
rable au progrès de la Justice et des mœurs quau 
principe et pour but le droit, autant il leur est conti 
il devient lui-même prépondérant et qu'il est pris 
voilà tout ce qu'il y a de vrai dans la thèse de 
Mais ce n'est pas ainsi qu'il a vu la chose : son c 
jane déclamation que l'amour du beau style, qui c 
à faire perdre de vue l'idée, put faire couronner p 
démiciens de province, mais qui ne mérite pas ui 
la postérité. 

Le Discours sur Vlnégalité des conditions est ui 
tion du précédent : si Rousseau est logique, c'est d 
nation du paradoxe, qui finit par lui déranger la 
propriété, malgré la contradiction qui lui est inhéi 
abus qu'elle entraîne, n'est en fin de compte qu'ui 
de l'économie sociale. Et voyez la misère de l'écris 
que l'école physiocratique fonde la science préciséii 
de résoudre la problème, Rousseau nie la science 
à Vétat de nature. 

La politique de Rousseau est jugée : que pour 
de pis contre sa théorie de la souvera'meté du p 
pruntée aux protestants, que de raconter les act( 
souveraineté depuis soixante-dix ans? La Révolutio 
blique et le peuple n'eurent jamais de plus grand ( 
Jean-Jacques. 

Son déisme, suffisant pour le faire condamner pa 
liques et les réformés, est une pauvreté de théolo 
n'osèrent fustiger, comme elle méritait de l'être, 1 






. ■eeui't par ntpliM el pir I 



U« K reiné FaBsur d k iMriaf*, J'en iMiha < w 

Bû de en t aDHi fwifpBrt ta «bMÎiilHa 1 40 It piAlh 

de te nou àOt pour mU* p«j> fMaoUÎMCiMBt te 

NT fanoar, hmI^hmiiI ^h demi tuifn de prêt 

UedunfeniaMdkiiA. 

f ii^ii M Ml €n MiaUtn pvfiû* ubumM, nut 

lapWi. 

Nu 11)1», nMOnl pv fi n gawa, taq^oan concct, 

4fieM»t dt>taMMwé |»r rcolMK, ta dfduMtiMi. ta 

Vd M0«IEKUIiaade peneoMliié ianppaftobto. Roi» 

«ilMi i ta iMoirt de notre liWnlurcj BSia, atom» 

Il HMttage et l'uaiiat. il en ■ naœaeA ta dén- 

0iBBe,elceUe oUemlim i:itd''-nMfe coamlui.llou*- 
apM lé Tériubk HHiOle rétulultonnure ; tl ne roniprend 
NveiMBl ptiUowpbHiUe ni le niouteaii^iil l'-cuiJutiiiiiM { 
nÎM pu , nmine iNderot , l'iTcuir glorieiu du trtTail 
ikndpatiooilufiniManatfduul il portr u mftllmlitrfn; 
ICI, cuiiinn' Vuliain;, ri-[ r»|int ck- JusIki- H «le luU^- 
i)uideT>i(aineDcr,&i p«u tt utiuV» a|>r» m morl. Utl^ 
e t'ËgliK ri le iriomplio Av la fti-tolulioo. Il ri-ilv rrrmé 
1^, duDl tout [urlr autour de lui ; il ne «uii|>rtiiil, il 
wukatf^nl pa* «rtlf lilirrU dunt il {Mirle MD*cuM. Son 
A ta »uta{;i-ni,-, ifn, laquelle Iv retour étant tiii|>u«MUIe, 
oit plus, («"ir II' .<nlul ilii pt'Ui'li-, (|u'iiulunt<^, pMier* 
t, dif^jjihiK- l'''^'>l<', 'Ir^jiuiKiitiv (lopuliiru, itiluli-raiice 
E, Gooune un mal iKci'Sïaire. 
luence de Rousseau fui immcasc cepeuilaiil : pourquoi î 
ie Eeu aui poudres que depuis deui siècles avaitiit amas- 
8 lettrés fran^is. C'est quelque cliuse datuir ;i1Iiiiik' 
n imsi un tel c[iibraseiJii.-nl : eu cela cunsiïle la l'urce 
irilité de Rousseau ; pom tout le reste il est teintiie. 
nccGMCur immédiat de Kous&fau, dans cette s<5rie 
ine, ht Itamardiii de Siiint-Pii'rrc. Je nVn dirai 



— 882 — 

riou : rnpinÛHi sur le cai*aclùrc do cet écrivain csl forint 
depuis longtemps. 

Jo passe également sur toute la période réyolatkn 
nairc et impériale, pendant laquelle les intelligences d'é 
liUi furent entraînées dans d'autres directions, etfanÎT 
à la littérature contemporaine, qui commence à la Rei 
tauration. 

Ici, je Tavouc, je ne vois guère que les historiens et le 
pliilologucs dont la pensée féconde mérite les honneon 
de la virilité y et soutienne la Révolution et le progrès 
Tout le reste me parait, eu prédominance croissante, \m 
à Tesprit femelle, stérile et rétrograde. 

XXI 

I^KRANGER. 

Une réaction vient de se déclarer contre le célèbre chu 
soimier, à propos de sa publication posthume. Je crois eeU 
réaction mal fondée dans ses motifs^ mais en partie juste. 

Que iV'rangor ait passé les vingt dernières années de sa longi 
eiistence à rimer une centaine de chansons au-dessous é 
mé<Iiorre, il en avait parfaitement le droit, et c'est nous qi 
soniniesdes sots de les lin»; — que Tinsignifiance de sesM^ 
moires soit poussée jusfpraw commérage, est-ce sa faute sinoa 
attendions<le lui dos révélations? — que son chauvinisme soitd 
iH:u ce qu'il était en 1x2.*), cola prouve tout juste que le mondl 
a marché depuis trente-deux ans, et que Déranger est restéd 
qu'il était; — qu'il s'en vienne ressasser, quand l'histoire ei 
ouverte, la postérité saisie, l'opposition éteinte, destupidesci 
loînîiios contre les Hourl)ons , et se croie pour cela un gniK 
citoyen, c'est une infirmité d'esprit à porter au compte del 
vieillesse; — qu'il demande pardon au lecteur des grivoi^ 
de son jeune temps, je ne le trouve pas de mauvais exemplc;- 
qji'il implore le Dieu des bojinps fjrji'i, le Dieu de Joan-Jacqw! 
le Dieu de Maximilion, le Dieu d'Alphonse de f .amartine, apri 
l'avoir si drôlement chansonné, on n'en peut rien conclan 
sinon que Béranger^ tout révolutionnaire et esprit fort quHi 



— 383 — 

c^Yi^îty enteodait aussi peu la Révolulion que la philosophie; 
""Qu'au lieu de se lancer, comme tout l'y invitait, dans la car- 
Tière politique^ il ait arrangé sa petite vie loin du flux et re- 
fiux de la popularité, des orages du parlement et deis écueils 
du pouvoir , ménager de sa réputation , craignant sur toute 
chose de se compromettre, désireux de ne se brouiller avec 
personne et de s'assurer un superbe enterrement, il serait 
d'autant plus injuste^ à mon avis^de Teu blâmer, qu'il se fai* 
sait justice et qu'eu pareil cas tout individu doit être cru sur 
parole. 

fiéranger n'en reste pas moins -le premier poète français du 
dix-neuvième siècle: de quel calibre est cet homme? 

Béranger appartient à la Révolution, sans nul doute ; il vit 
de sa vie ; ses chansons, comme les fables de La Fontaine, les 
eomédies de Molière et les contes de Voltaire, ont conquis 
parmi le peuple et les hautes classes une égale célébrité. Et 
c'est ce qui élève Béranger au-dessus de tous les poètes con- 
temporains : en fait d'art et de poésie, une pareille univer- 
salité d'admiration est décisive et dispense de tout autre 
irgumeut. 

Béranger est-il initiateur^ comme furent les anciens lyri* 
qaes, comme Homère^ Virgile, Corneille, Boileau, Molière, La 
Fontaine, Voltaire? A-t-il en lui le concept, l'idée? 

A cette question je réponds sans hésiter : Non, Béranger n'a 
lien du poète initiateur; c'est un écho, une Irarpe éolienne. 
Lui-même le dit quelque part : Je suis un luth suspenduy qui 
i^nne dès qu'on y touche. Que la voix publique vienne ébranler 
ton âme, il chantera; lui-même ne la devance pas. Seul il se 
trompe constamment; il ne connaît ni sa route, ni son étoile. 
Pour le style et les mœurs, je parle ici des mœurs poé- 
tiques, c'est simplement un disciple de Voltaire et de Parny; 
aucune qualité propre ne le disting*ue, si ce n'est peut-être 
la fatigue et l'obscurité trop fréquente de ses vers. Sa plaisan- 
terie et ses gaudrioles sont en géuéml puisées à deux sources 
luspectes, l'impiété et l'obscénité. Ses chansons bachiquis 
n'ont pas non plus la joie franche des chansons gauloises : elii-s 
tout d'un poète qui se met à table; il y a de la recherche^ 



- 384 — 

de Id préméditation^ trop de philosophie. Béranger est sérieux, 
point naïf^ souvent tendu et forcé, jamais aviné. Il serait de- 
meuré un poète médiocre, si les circonstances où il vécut ne 
lui avaient fait trouver une autre veine. 

Pour le fond, il n'a pas plus d'invention et d'initiative. 

D'abord, il chante l'amour grivois, et rétrograde deRousseaa 
à Brantôme et à Boccace. Rarement il s'élève jusqu'au senti- 
ment et à l'idéal ; et toute cette partie de son œuvre serait à 
dédaigner, si, par la vivacité des tableaux et le mordant de la 
vérité, sa chanson, licencieuse de pensée et de fait, n'était de- 
venue une satire d'un genre supérieur à celui d'Horace et de 
Ju vénal. Ma Grand' Mère est une de ces pièces incomparables, 
dont je doute que le poète ait eu lui-même la conscience, et 
qui n'a de modèle en aucune langue. 

Pans ses chansons politiques, Béranger n'est que l'écho des 
passions de son temps : il grandit avec l'opposition libérale; 
il monte avec les souvenirs, avec les conspirations bonapar- 
tistes. 

Que fait-il en 1810 et 1811, quand le despotisme impérial, 
parvenu à son apogée, a fait taire la Révolution ? Chante-t-il . 
la Liberté et la République? Non : il est tout entier à Cornus, 
Bacchus, Vénus; il attendra les Bourbons et la Charte. 

Que fait-il encore, de 1812 à 1815, quand la France est écra- 
sée sous les désastres, et que les armées étrangères ont établi 
leur quartier général à Paris? 11 chante des gaudrioles, le Bai 
d' Yvetot^ le Sénateur , Roger Bontemps, les Guetix, la Gnmât 
Orgie, etc., etc. Ce ne sont pas les Gaulois et les Fram^ 
ni le Bon Français, ni la Requête des Chiens de qualité, ni l'O^- 
nion de ces demoiselles, qui peuvent racheter cet étrange oubli 
du poëte patriote. Certes, on n'était pas trop malheureux en 
France, on riait, on chantait, on dansait, on s'amusait^ durant 
ces affreuses invasions, s'il faut s'en rapporter au répertoire de 
Béranger. Ce n'est que plus tard, au retentissement de la tri- 
bune, à la voix des députés libéraux, de Manuel, de Benjamin 
Constant, de Foy, quand l'ennemi a évacué la France, que le 
rouge monte au visage du poëte et qu'il prend son élan, le 
Marquis de Carabas, Mon dme, sont de 181G; la rivandièft 



— 385 — 

'^ le Champ (TasHey deux chants épiques^ de 1817 et 1818. 

^ ce jour nous possédons Béranger : il ne s'arrêtera plus. 

^îès 1830^ retiré de la politique, mais toujours fidèle au 

n^ouvement des idées, il deviendra encore le prophète du 

socialisme. 

Dans cette longue suite de petits poëines, au nombre de plus 
de trois cents^ et qui^ placés bout à bout^ formeraient une es- 
pèce d'épopée^ Béranger montre-t-il une intelligence véritable 
du mouvement historique^ des passions de son époque, du 
droit et de l'avenir de la Révolution? 

Il n'en est rien. Béranger a si peu le secret des choses, que 
c'est précisément à son ignorance qu'il a dû son succès. Jamais 
' homme plein des hautes pensées que pouvait suggérer à un 
Royer-Gollard, par exemple, à un Saint-Simon, la marche des 
choses, ne se fût avisé de mettre ces pensées en chansons : il 
eo aurait fait un poëme épique, tout au moins des tragédies. 
Jusqu'à trente ans, Béranger avait été rimeur ^ussi malheu- 
reux qu'obstiné; peu à peu cependant il s'était rompu au cou* 
\ki; il avait acquis, dans le genre inférieur du refrain, un 
vrai talent, lorsque la Restauration arriva. 

En honime d'esprit et de pratique, Béranger songea donc à 
tirer parti de ses moyens. Son éducation était faite, et le con- 
traste des idées et des événements avec le cadre de la chanson, 
la seule forme poétique dont il disposât, ne pouvait manquer 
de produire, pour le sublime comme pour le ridicule, des effets 
Surprenants. Il mit en couplets, sur des airs connus, non pas 
Viàée qu'il n'eut jamais, mais le sentiment révolutionnaire, tel 
que le lui offraient les souvenirs de 93, la bataille impériale, 
le débat constitutionnel, et cette longue figure de l'Ancien 
bégime qui revenait, comme un spectre, en la personne des 
émigrés. La littérature française se trouva ainsi enrichie, par 
Texhaussement de la chanson, d'un genre nouveau, dans lequel 
Béranger n'avait pas trouvé de modèle et restera sans égal, 
l'histoire et la poésie ne se répétant jamais. 

Du reste, la Révolution est demeurée pour Béranger un 
mythe» remi>ereur une idole, les princes de Bourbon l'ennemi. 
SouB tous les rapports, sa pensée est courte, défectueuse, ar- 

111 ^I 



— 386 — ^ 

riérée^ contradictoire. La preufe, c'est qu'il a beaucoup perdu 
de sa réalité; dans trente an», les trois quarts de ses chansons 
n'auront plus de valeur. Ses vingt dernières années, il les t 
passées à remàcber ses plus heureux refrains et à regretter ses 
amours;'il est mort déiste. Comme Rousseau, il fut, parla 
prédominance de Télément féminin, un agitateur en qui la pas- 
sion débordait la conscience ; il a senri la Réyolution, mais il 
a fait baisser le sens moral et dérouté le sens politique; s'il 
montre quelque virilité d'entendement, c'est dans l'architec- 
ture de ses chansons, dont chacune forme un ereseendo contino, 
un tout logique et complet, parfois même comme la miniature 
d'un poëme épique. 

XXII 

M. DE LAMiaTIKE. 

Jamais peut-être un homme ne se rencontra doué d'incli- 
nations plus heureuses que M. de Lamartine: Il aime la vraie 
gloire et il s'y connuît; son esprit cherche naturellement la 
vérité^ son cœur la Justice ; les plus hautes conceptions, quand 
elles lui sont présentées, il les embrasse sans effort; personne 
plus que lui ne désire ser\ir et illustrer son pays ; il a la reli- 
gion du devoir, le courage dans le danger, et celui, plus rare 
encore, de la fidélité à sa conviction, alors même que celle 
conviction peut le rendre impopulaire. Ajoutez une chasteté 
de sentiments qui rappelle Bossuet, et une puissance de verbe 
qui tient du prodige. Tout d'abord on l'aime, on se sent attiré 
vers lui; on le prendrait volontiers pour directeur de coih 
science; il semble même, à la limpidité et à l'éloquence de sa 
parole, que l'on pourrait se reposer sur lui du soin de penser 
et de raisonner, tant dans ses écrits, comme dans ses discours 
et toute sa personne, l'expression du beau apparaît comme le 
gage souverain de la raison. Malheureusement, ces belles qua- 
lités sont déparées, souvent même neutralisées, par un irré- 
parable défaut : le travail intellectuel, chez M. de Lamartine, 
cet esprit d'analyse et de synthèse qui seul, en donnant la 
raison des choses, élève et entretient l'idéal, manque tout i 
Mt; il CONTEMPLE, il ne pénètre pas; et comme il arrive i 




•«Mwaito, il M mit JMMi* ifiwltF mM Aotât, tfmlti 
bK lair, ^«1 pHuyc alinarr. U* U n miiùi^t 



tlnd^luhqiHiatvalà rffùlMTv4*la» 
li»J(tS4S pirDuufISTt», l'onp dM plu* ttmttu 
nfrJECtde M. de Umartinc. 

M i HIcNO. a 1 7M1, d uii « Cimillc imUc, H. 4» Lut 
KwétadM •*« uM nrv liMtUKtkM m wlUfa da I 
fMnn iftidatMl* iMwin iniliiair* il» Ijmhi XMll, |» 
Mt Jfniitdltmi ea IKâU, H miiit Ju*<|uVji lh3U U nrtt^ir ui- 
fiaiiiilique. 

Pu M naiwaniT, »(in MucaLion, m^ «rnlimnilt tic fimilla, 
ha indtudtiou )>frM>tiurlk,)l. di- Lainiriitie M nijaliitleid* 
411* chKlicD. ijuvl Witirur puur lui l'il <'luil m- nu «lotli- de 
luMwl, aluni (jue lieu Qi'liil tenu t-bniiliT dim U aalliiu 
A kû maaarchitjue et rvligieun-: ,s« |>o^iie eiil ^'Ininl )« 
Doodr, et » gluirp, aiusi pure que m ]feo»iv, vùl iluri^ plu* 
Itffilc. 

Aprà U BécolutioQ de juillel, M. de UmaHine te tient k 
l'art; il cou temple tel te Révolutiou <)iii «'tait venue diiiiDcr le 
lioenti à sa muse et dtrauger sa Turtuiie puliliijue. i'uia, 
=n)yuit recounaltre le duitil ik- llieu daiia lu fait aixumpli, il 
^iiiUîe une Lrochure où il expfdjuc et légilime, aux yeux iJ« (a 
•iMi et dtla foi, l'avÙKiiieul di' la d)iuutii' d'UiU'aiM. Il W! 
e Tend ai ne m: duiiue ; »uu (Irsiotéresseiiii'iit ext uu «ûi iivnuit 
p la Kttaulé. Omuiie je le disais tout à l'iiuurc, il cberijlitj lu 



— 388 — 

courant providentiel^ et opère^ en tout bien et tout honi.eur, sa 
transition. 

Élu en 1833 député de Berghes (Nord)> pendant qu'il était à 
Jérusalem, il s'assied au banc des conservateurs^ appuie la loi 
contre Içs associations^ soutient la prérogative royale, puis vote 
contreia loi de dotation et les fortifications. 

Autant qu'il est en lui, BI. de Lamartine, rallié à la dynastie 
nouvelle, reste fidèle au principe monarchique; mais il n'en est 
pas le flatteur, sa conduite le prouve. Tout cela, cependant, 
est-il bien logique? Ëtait-il possible d*abstraire à ce point les 
|)ersonnes des principes, que M. de Lamartine pût se croire 
dans la sincérité de sa foi parce qu'il suivait, du côté où 
le vent la faisait tomber, la couronne? Qui empêche aa- 
jourd'hui que M. de Lamartine, après s'être rallié à la dy- 
nastie des Orléans, se rallie de nouveau à la dynastie des 
Bonaparte ? 

En 1812, le tempérament de M. de Lamartine se décèle tout 
à fait : il vote la régence de la princesse Hélène,. soutenaot, 
par toutes sortes de considérations, qu'en fait de régence la 
main d'une femme est préférable à celle d'un homme. Pour- 
quoi pas, aussi bien, en fait de royauté? Le 27 janvier i843 

il vote contre l'adresse et passe à l'opposition, convaincu, dit-il, 
que le gouvernement s'égare et s'éloigne de son principe. De 
quel principe parlait alors M. de Lamartine? De la Révolution, 
sans doute. Mais alors pourquoi n'avait-il pas des premiers 
applaudi à la chute des Bourbons? Pourquoi ensuite, devenu 
député , n'était-il pas entré de plain-pied dans les rangs de 
l'opposition, au lieu de ce stage de dix ans parmi les coDse^ 
valeurs? 

Ainsi, tandis que la Révolution de juillet s'écarte de son prin- 
cipe, M. de Lamartine s'écarte du sien, ce qui fait dire à M. de 
Humboldt : Lamartine est une comète dont on n''a pas enctn 
calculé Vorbite, 

Les mots, La France s'ennuie, Révolution du mépris. Il suffi 
d^une borne, etc., sont de ce temps. Lui qui dans son Ccnft 
familier de littérature nie dédaigneusement le progrès, ilslo- 
dignait en 1843 que les conservateurs dont il se séparait résis- 



U L«Mlll. l .l»|— ■ 




■a «Um^I km M taMfHlIMltf BMl^ tt «M 

■r «*; i ifiiiriit, *UI. k I— k JimwiwIiéi 
I. an poar k Fnm. 

■ank ■•^n: ■'ir..- h n., nu r,.,' . ' .r,. , Il , M i-iil^. ISii.r. 

14 (éTTicr, M. de Uro«niDr Dr te knimmiI-iI |>Iu« «h ta 
■e Hélèiie, dont il itait u riuqurmiiMiil ih^fpwlu ta 
ilMS, et qui)^uit là.Mtnfnfknl lUm m« bru, a|t|vlaiit 
leurdesyeuietducffur^ll y iietuaii, je le truirniin*, 
en que H. baniier-F'a):t-« ; riiaif le propli' riitNhil l'a^ ^ 
!, le courant *e proDonn' rtiiiln' la r^iirnr», rn |t|ar« 
lelle H. de LamartiiH? , iutiTix^le de la «uliniû du 
el des dcs^ieinx de Jrieu, |ini|Mwe un >iout*rntm$Hl 

ett pu UEOz, on demande la Kif-vt/liiiuê. — M . dr U- 
: bésile : il dit que rERsn>:iKi.i.niKiT il <■*( |Hiur pli», 
■ il réserve la droiU de U nntion. Lu niiilruiru riU (''ti\ 
li, surtout |)lus diKtic. l'emimu'llemvut M di< l^ninr- 
royaliste, et dariii U circutittaiit^e il ii<' iV'M'rvnit nni. Il 
luul. 

i, grand combiil ilc M dr l.iiinurlini' nintir Ir dr«|M'«u 
III. lit. 



— 390 — 

rouge : les rouges sont confondus; toutefois M. ée tu 

accorde à Louis Blanc la rosette rouffe. 

Le courant devenant toujours plusfuneux, M. de Lan 
crée la garde mobile, pour rassurer ks honnêtes gens : 
verra les œuvres quatre mois plus tard. Il repousse le d 
travail, puis il signe le décret qui le garantit. 

Dans son manifeste du 6 mars il nie* les traités de 181; 
au droit, mais les admet quarU au faity juste ce qu'a.s 
M. Guizot, et conclut par ce mot magique, la paix : ce 
Tempéche pas, quinze jours après, de demander 315,00 
mes pour observer le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. Cei 
qu'il proclame le grand principe politique : La b&nne fi 

Après la journée du 17 mars, Lamartine voit sa pop 
décliner, celle de Ledru-Rollin grandir. Aussitôt il chc 
se rapprocher de celui-ci; il taie le terrain, voit Blai 
15 avril, et le lendemain se jette dans les bras de Chang 
Le cri du 17 mars, cri du peuple, avait été : Vive Ledru-] 
Le cri du 16 avril, cri de la bourgeoisie, fut : Vive Lam 
^ bas les communistes! 

Je ne pousserai pas plus loin ces rapprochements, d 
harangués et écrits de M. de Lamartine fourniraient vingt 
J'en ai dit assez pour faire comprendre au lecteur qu'u 
blabie zigzag d'opinions, chez un homme que son caract< 
à l'abri de tout soupçon injurieux, procède d'autre cai 
de légèreté et de mauvaise foi : c'est l'entendement qui b 
tionue pas, qui^ ne produisant pas de germes, laisse l'I 
sans résolution, sans conseil, sans critère. C'est M. de 1 
tine qui, par sa guerre ridicule au drapeau rouge et au 
munistes, a déchaîné la terreur bourgeoise ; c'est lui q 
le trouble de son esprit et l'inconsistance de son carac 
commencé la dissolution de la République ; c'est lui ei 
a donné le signal de la réaction, et qui, tombé du pouv 
te mieux servie. Mieux eût valu une vraie femme. E^p 
lade sous une apparence de sérénité; enfant subfane, 
matfaisance égale l'innocence, M. de Lamartine est 
ces natures que les partis doivent se renvoyer .l'uièàJ 
comnte des mèehes ificesdiaires, si mieux ïh n'aiiiient 




■BaahoMiCMoyirM : u«, ii>ri 

ril te* iMMr. tnmivr m m ^ < 

tkrt|w». La>r*i fiMm m lli<'(>i>i> <i 

'cnîficatiM U>V, wvuir»!'', t«tM(> MuMir (>« ^>i'*iff 



w(... 



— 390 — 

rouge : les rouges sont confondus; toutefoîs M. de LamarthM 

accorde à Louis Blanc la rosette rouge. 

Le courant devenant toujours plus furieux, M. de Lamartine 
crée la garde mobile, pour rassurer les honnêtes gens : on en 
verra les œuvres quatre mois plus tard. 11 repousse le droit aa 
travail, puis il signe le décret qui le garantit. 

Dans son manifeste du 6 mars il nie les traités de ISlSçuonl 
au droit, mais les admet quant au fait^ juste ce qu'avait dit 
M. Guizot, et conclut par ce mot magique, la paix : ce qui ne 
Tempeche pas, quinze jours après, de demander 31 5,000 hum- 
ines pour observer le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. (Test alors 
qu'il proclame le grand principe politique : La bonne foi. 

Après la journée du 17 mars, Lamartine voit sa popularité 
décliner, celle de Ledru-KoUin grandir. Aussitôt il cherche à 
se ra{)proclicr de celui-ci; il tdte le terrain, voit Blanqui le 
lo avril, et le lendemain se jette dans les bras de Changamier. 
Le cri du 17 mars, cri du peuple, avait été : Vive Ledru-Roliio! 
Le cri du 1(5 avril, cri de la bourgeoisie, fut : Vive Lamartintf 
^ bas les communistes! 

Je ne pousserai pas plus loin ces rapprochements, doDt les 
harangues et écrits de M. de Lamartine fourniraient vmgt pages. 
J'en ai dit assez pour faire comprendre au lecteur qu'un seiu- 
blable zigzag d'opinions, chez un homme que son caractère met 
à l'abri de tout soupçon injurieux, procède d'autre cause que 
de légèreté et de mauvaise foi : c'est l'entendement qui ne fooc- 
tioniie pus, qui, ne produisant pas de germes, laisse l'hoiDiDe 
siins résolution, sans conseil, sans critère. C'est M. de LaoMtf- 
tine qui, par sa guerre ridicule au drapeau rouge et aux coid- 
munistes, a déchaîné la terreur bourgeoise ; c'est lui qui, par 
le trouble de son esprit et l'inconsistance de son caractère, a 
commencé la dissolution de la République; c'est lui enfin qui 
a donné le signal de la réaction, et qui, tombé du pouvoir, 1'» 
le mieux servie. Mieux eût valu une vraie femme. Esprit ma- 
lade sous une apparence de sérénité; enfant sublime, dont II 
malfaisance égale l'innocence, M. de Lamartine est une (te 
ces natures que les partis doivent se renvoyer .l'u» à l'aNtre^ 
comme des mèches incendiaires, si mieux ils n'aiment lesex^ 



— aw — 

lim dTon flDHHo Mcotil du tonun et lU U |i»UU|m. 

Je M m 'hn d n i p« loAituMbeBl tur récriTàio : J'fevaon 
■an r*fiiM jnyt. Si 1» Boral 4k U It^iwlutiOB rowiiHini i 
•îMer «■ RvMÉBui -, *'il nt pli» U* ciwon en oinattr, 11 
unbe tout i bil ai UwartMie. Ui, wHOd titeeil aïonl 
Vàtâii rioc de Ui«te Uu^nture, k poM, l'toWab, fMl4|«^il 
uil, eit canune ua bes^ier «ui ei|cat:iHi fapier oldi 
iiUorabw.etlMMMdrciiklkNi «hmlil 4 la fciiyeruKe. 

Lm JWii«fj'aM pMiiftMi. miTR opétalo di» M. de Lenei» 
bie, «ni une Imt^oUlMa «ur ti lia ite lififl relif mn el rm»- 
Mitli>(|iw, ne puPOM )Mrrfnm< ii^bf. Pir cv c^ funéraire, 
M|uèiM M nOetlM^i UHr«uluiut:e«w le«B«êe («tpiad 
améhlé. UkutlrH lun ^oaïul préiin ^u» le poCu, ■'>) fi^ 
lui BiUle à lui-»rim , n'init pei lutn : Tmnàmm liatfan <• 
l'uiurii uhmhIc rl>ul''r , M. de LasHliae m peinait Un 
<IUH Ir nouveau qu'uD |tin-U> de tcefiltcinne, c» i|ut t«tildh% 
uototaiD bor* ihi ilntil, Uor» <k U nimlc , une wMHvabtir 
lUU'raûe. l'ont iiu'il deilol aulrc dwfe. il eût fvllti qa'il dmlnt 
Wm^ior uu liumiiut rKHivrou : ui, uul iwële •l'un unlre Utri 
kwraii jln; tluulik, uwanur tn tu (wniiuiM^ (kui q<oqua, 
'but [iriiK'i|ie3. Lu trui |>ut'li- ctl l'iiumme it'tiue xU^, Ikun» 
•nu l<(:r.. 

Lm UmnHonitê suDt iina reprise malheureuM des ifàdit^ 
Ihm; teniUtalioa lâc-far, incurrrcte, ppuée nulle. En puéate 
Wm k ré|>èle pas, bit rt^iita non piottnt. 

Le fanage tn Orient, lassai de luiatiuDa sur le Ikène du 
XUinirure de Chateaubriand : uu écriiiia ne r«it pas de ces 
*ioiet, bien qu'il ait parfailcnieut le druit de les Taire. 

Duu Joeety», poème de «il mille ters, et qu'il cûl fallu 
lédnire à cinq txaU, H. de Lamarliuea tuulu re|>rt'sealer un 
Huur idéal couknu par la ri'li^on. C't^st le Yieaire uvoyard 
Orrigé et refait ; mais ttlle ml la fatblesie du ju^enttut fu 
K de Lamartine, qu'il ne s'ui>eri,uit pas que k>ji lu'rue, <{u'il 
■ (oulu faire vertueux et vliaïtc, Uil aulunl hunte à lacimur 
(u'àU relii^ioa l't à U vertu. l'uisque Juct^l^n ï'est fait pn'lru 
W un actu d'Ii -ruïiiiuL-, la fui, i\ iu&tice, lu pu>'-^f, U' c-uur 
iiunaÎD, le plus simple bun sens, n'adueUeut plus qu'après 



— 31» — 

ce sacrifice la perte de son amour lui pèse quelque chose, que 
sa Laurence ose l'accuser, et se jette par désespoir amoureux 
dans le désordre. Celui qui renonce à sa maîtresse pour sauver 
sa religion, sa patrie, moins que cela, pour donner l'extrême 
onction à son évêque, n*a plus de larmes à répandre; le de- 
voir accompli prend la place de l'amour, devient amour lui- 
ni(>me. Et celle qui a perdu de la sorte son amant doit se dire 
qu'elle a gagné un héros, elle est heureuse. Le Jocelyn, en un 
mot, n'a pas le sens moral : cette simple observation, qui certes 
est loin de la pensée de M. de Lamartine, fait de son poëme 
une œuvre scandaleuse et met à néant ses six mille vers. 

Je n'ai pas lu la Chute d'un Angey qu'on m'a dit être fort 
inférieure encore à Jocelyn, Serait-ce une variante du poème 
d*£/oa, de M. Alfred jde Vigny, comme le f^oyage en Orient est 
une réédition de Vltinérdire, comme le Jocelyn est une résur- 
rection du Vicaire savoyard ? 

Les Histoires de M. de Lamartine, fatigantes par la pompe 
continue du style, sont pour le reste au-dessous de la critique. 
Son Conseiller du peuple^ œuvre de réaction, mériterait de ma 
part de rudes représailles ; je me contente d'un mot. Après s'être 
laissé descendre, avec le courant providentiel, jusqu'à la Répu- 
blique sociale, il a remonté, sous la môme iniluence, vers la 
contre-révolution; que le vent tourne de nouveau, il reviendra 
des premiers : ce sera toujours le même homme. N'a-t-il pas 
déjà distingué entre le bon socialisme et le mauvais socialistne? 

Dans Raphaël, M. de Lamartine a voulu réagir contre rim- 
pudicité croissante des romans en vogue par la peinture d'uo 
uniour immaculé. Peut-être aussi, à l'exemple de Benjamin 
Constant, s'est-il proposé de consigner, dans une fiction plus 
ou moins personnelle, quelque souvenir de sa vie intime; ce 
que je regretterais, je l'avoue. Quoi qu'il en soit, l'idée de 
rétablir la moralité dans le roman par une puritication de 
l'amour était excellente, digne du cœur de M. de Lamartine. 
Mais ici encore il est retombé, par Tirréflexion de sa pensée, 
dans le défaut de Jocelyn^ à tel point que Raphaél, qui par la 
forme touche au mysticisme, est quant au fond ce que j'ai lu 
jamais de plus obscène. 



— 394 — 

Je suis sans sympathie pour Françoise de Rimini et son 
cousin, que Dante, amoureux mystique, a trop ménagés. Que 
me fait cet adultère produit par le désœuvrement du corps et 
de l'esprit, la lecture des romans et le chatouillement de la 
volupté? N'est-ce pas la pii*e espèce d'adultère, partant la 
moins int(>ressante i 

Lucie de Lammermoor me ravit : fiancée, fidèle, alors nK'nie 
qu'elle accepte uu autre époux, elle reste dans Li Justice. Le 
coupable est le frère qui la trompe^ et qui^ en la sacrifiant à 
son ambition, immole le devoir et le droit de la femme, tout 
ce qui fait la gloire et la félicité du genre humain.- 

Mais, tout en plaignant Roméo et Juliette, je les blâme et 
ne les pleure pas : eux aussi ont manqué au droit paterueL 
Comment ces deux jeunes gens s'ingèrent-ils de tranche^ les 
vieux ditl'érends de leurs familles par un mariage clandestin? 
Quoi ! c'est ainsi que va fiuir l'antagonisme héréditaire des 
Montaigu et des Capulet !... Je ne suis pas de ceux qui traitent 
l'amour de misère, je ne suis ni guelfe ni gibelin ; mais il me 
semble que les deux familles avaient le droit de punir les 
indiscrets amants, je ne dis pas en les tuant, mais en les met- 
tant en religion. 

J'ai horreur de Paul et Virginie : je regarde cet amour, pos- 
sible peut-être, mais non plausible, et où resjiire l'inceste, 
comme une profanation de l'enfance. Paul et Vii-ginie sont, 
par les douze premières années de leur vie, frère et sœur; 
ils ne doivent s'ainuer (lue tard, après une séparation pro- 
longée, et je trouverais Virginie plus pure, au dernier mo- 
ment, dans les bras du matelot nu qui ollre de la sauver» 
que morte avec le portrait de Paul sur le cœur. 

La fable de M. de Lamartine se déroule entre deux person- 
nages : Raphaël, une espèce de Sténio ; Julie, une Lélia recti- 
liée, créole^ esprit fort« qui s'est fait une religion à elle^ mail 
qui se convertira à la lin, par la grâce de l'amour et pourU 
plus grande gloire de Dieu. 

Or, de quelque style qu'ait su la couvrir l'auteur, la sitiir 
tion passe toute licence. 

ri.iplî.iri cl Juli(» î>e u'ucoiilrcnl aux oa'ix d'Aix, le pn*mifT 



— 393 — 

Comme on n'accuse pas à la légère un homme tel que M. de 

Umartine, posons quelques principes. 
Parmi tous les amoureux et amoureuses du roman et du 

théâtre, il en est fort peu dont j'approuve la passion, et qui par 

conséquent m'intéressent : pourquoi? c'est qu'il est rare que 

le devoir ne sgit sacrifié à l'amour, qui dès lors deTÎent ignoble, 
anti-poétique, et, s'il est malheureux, indigne d'être plaint. 

Dans le Cid de Corneille, Rodrigue et Chimène m'intéres- 
sent au plus haut degré : ils sont beaux tous deux; ils me pas- 
sionnent; leur amour; est légitime, et parce qu'il est légitime, 
son infortune excite ma pitié. Le sacrifice que le jeune homme 
et la jeune fille en font au devoir est tout ce qu'il y a de plus 
idéal et en même temps de plus tragique. 

D^ns Polyeucte, dans ZaïrCy les conditions sont les mêmes 
que dans le Cid; et telle est la puissance du beau moral sur 
l'imagination, que nous n'apercevons plus les taches qui dé- 
parent ces tragédies : elles nous émeuvent profondément, et 
malgré notre pitié, nous sommes satisfaits. 

C'est autre chose de la Camille des Jloraces, et de l'Hippo- 
Jvte de Phèdre, 

Meurtrier de sa sœur, Horace, coupable tout au plus devant 
le tribunal domestique, est innocent devant le peuple. Il pou- 
vait supporter les regrets de Camille; il doit punir ses impré- 
cations. Cette tille, en qui l'amour parle plus haut que le 
patriotisme, n'est plus Romaine; elle est indigne de son père 
et de ses frères; elle fait tache dans sa famille, il faut qu'elle 
meure. 

QuHippolyte aimât quelque part, en chevalier ou en prince, 
je ne l'en eusse pas plus blâmé que n'eût fait Thésée. Mais 
comment supporter ce jeune homme condamnant, par une 
amourette, la politique, le règne entier de son père? On me 
dit que funour ne se commande pas : soit; mais le devoir 
eonmande aussi, et plus haut que l'amour. Ce qu'il y a de 
pis est que cette désobéissance donne raisoii à Thésée : il a 
k droit de penser qu'un fils dont les sentiments sont la cen- 
lore de toute sa vie, qui le brave et tend la main à l'ennemi, 
> bien pu fonner encore des projets sur Phèdre. 



— 394 — 

le suis sans sympathie pour Françoise de Rimini et son 
cousin, que Dante^ amoureux mystique, a trop ménagâi. Qae 
me fait cet adultère produit par le désœuvrement du corps et 
de l'esprit, la lecture des romans et le chatouillement de la 
volupté? N'est-ce pas la pire espèce d'adultère, partant la 
moins intéressante ? 

Lucie de Lammermoor me r^vit : fiancée, fidèle, alors ro^me 
qu'elle accepte un autre époux, elle reste dans la Justice. Le 
coupable est le frère qui la trompe, et qui, en la sacrifiant à 
son ambition, immole le devoir et le droit de la femme, tout 
ce qui fait la gloire et la félicité du genre humain.- 

Mais, tout en plaignant Roméo et Juliette, je les blâme et 
ne les pleure pas : eux aussi ont manqué au droit paternel. 
Gomment ces deux jeunes g^ens s'ingèrent-ils de trancheic ^ 
vieux différends de leurs familles par un mariage elandestia? 
Quoi ! c'est ainsi que va finir l'antagonisme héréditaire des 
Montaigu et des Capulet!... Je ne suis pas de ceux qui traitent 
l'amour de misère, je ne suis ni guelfe ni gibelin ; mais il me 
semble que les deux familles avaient le droit de punir les 
indiscrets amants, je ne dis pas en les tuant, mais en les met- 
tant en religion. 

J'ai horreur de Paul et Virginie : je regarde cet amour, po» 
sible peut-être, mais non plausible, et où res[)ire l'inceste, 
comme une profanation de l'enfance. Paul et Virginie sont; 
par le& douze premières années de leur vie, frère et soeur; 
ils ne doivent s'aimjcr que tard, après une séparation pro* 
longée, et je trouverais Virginie plus pure, au dernier mo- 
ment, dans les bras du matelot nu qui ollre de la sauver, 
que morte avec le portrait de Paul sur le cœur. 

La fable de M. de Lamartine se déroule entre deux person- 
nages : Raphaël, une espèce de Sténio ; Julie, une Lélia recti- 
fiée, créole, esprit fort, qui s'est fait une religion à elle, mû 
qui se convertira à la fin, par la grâce de l'amour et pour la 
plus grande gloire de Dieu. 

Or, de quelque style qu'ait su la couvrir l'auteur, la situai 
tiou passe toute licence. 

Uapliarl l*1 Julie» »e iiiMionlrmt uiix oaiîx d'Aix, le prrmin 



oitrinanre, la seconde attaquée d'une maladie de cceurqui lui 
iterîiit tout rapport physique d*amour. Ils s'aiment^ n^an- 
Qoins, et comme bien on pense^ d'autant plus qu'ils n'ont rien 
. espérer. Le jeune homme suit la femme à Paris^ est agréé par 
e mari, vieillard octogénaire^ qui approuve cette liaison pla- 
onique. On se voit, on s'écrit, on s*adore pendant six mois, 
lu bout desquels, forcés de se séparer, on se donne rendez- 
rims à Aix, et la femme meurt. 

Tel est le fond sur lequel M. de Lamartine a broché 350 pages 
le ce style feuillu, melliflu, qui ne le quitte pas, et qui eût 
si fort impatienté Diderot 

Qu'est-ce, d'abord, que ce mariage? 

Jeune, 'belle, ardente à l'amour, mais sans bien, Julie a 
consenti à épouser un vieux savant, qui doit, dans quelques 
années, délai moral, lui laisser une jolie fortune, avec laquelle 
elle pourra se remarier, et qui en attendant ne la gène pas, 
satisfait qu'il est, dit-il, du plaisir des yeux et de la possession 
du cœur. En offrant sa main à la jeune fille, il avait déclaré, 
protesté, qu'il regrettait de n'avoir pas de fils à qui il pût la 
donner; que, ne pouvant l'obtenir pour un fils, il voudrait 
l'avoir pour fille; qu'en l'épousant lui-même, il n'aspirait à rien 
déplus qu'à des reMious. paternelles, etc. 

Sur quoi j'observe que, puisqu'il ne s'agissait que de pater- 
nité, il y avait un moyen bien simple, qui ne contrariait per- 
sonne et ne choquait point la nature: c'était d'adopter Julie, 
puis de la marier. 11 est vrai qu'alors le roman n'est plus pos- 
sible; maïs c'est justement ce que je reproche à M. de Lamar- 
tine et à ses pareils, et en quoi je lés accuse de manquer de 
virilité intellectuelle ou de conception : dès qu*on les oblige 
i respecter, dans leurs compositions, la lexique, la vérité et 
U morale^ en un mot k raison des choses, on les condamne au 
silence. 

Si vieux pourtant et décharné que soit un homme, il lui reste 
toujours une velléité de concupiscence, et c'est ce que M. de 
Lamartine avoue ingénument de celui-ci : — « Sa tendresse se 
« bornait à me presser contre son cœur, et à me baiser sur 
« le front; en écartant de la main mes cheveux. » Assez comme 



cela :'ce mari est un vieux drille, qui déguise soos de gni 
mots une fringale de soixaDte-douze ans, et se pennd, fli 
de mieux, les attouchements. Il suffit que le soupçon ei 
pour que l'honnêteté disparaisse, et que la prétendue pa 
uité deTieniw incestueuse. Et quoi de plus immoral qi 
peinture de ces amours contraints à ia réserre on réd' 
l'impuissance par un obstacle étranger à U volonté : la 
pitude chez le Tieillard, l'anévrisme chei la femme, 
sacerdotal chpi Jocelyn? 

Du mari passons à la femme. Si peu qu'on Toudra, 
épouse ; elle doit respecter en sa personne et dan la i 
de son époux, même non usager, la sainteté du maria' 
respect ne consiste pas seulement à s'abstenir de en ^ 
faelions des tens que lui interdit son anémame, ma 
fendre de tout amour, si épuré et désintéressa qn'il 
Laraarlioe, si raffîné dans son platonisme, n'ignore n 

mariageest chose toute morale, dons laquelle le COI .. ^ 
sens n'arrive que comme accessoire. Ce deraït et: _ ju. 
de Julie, sa gloire, comme c'était son deToir, de o '"■. 
violabililé de son mariage aussi bien de CQur qitr' 
encore, si l'écrivain est logique, s'il reste f 
cipe et à son but, le roman lomhe : 
loin. 

Mais Julie est eriol»; elle n'onlend p 
vénérable d'ailleursl'yaulorise. Illuiadit:. 
soyez heureuse à tout prix. Depuis six aas*^^ 
santé, elle vagabonde, cherchant un amant f> 
comme elle va vite quand il est trouvé! El / 
vous apparlienf; et ce soir iiiême nous cont 
saosce maudit anévrisme. Connaissez-vous r 
que ce tableau où M. de Lamartine peim 
logés porte â porte, et qui, aptvs, avoir Tt\- 
lion, se donnent tout ce qu'ils peuvent, 
savez, parce que la mort est au bout? I 
elle aurait dit : Mourons.!... J'aime m' 
Mcssaline. 

l'ecdantsiv scmnines, M. de Lan 




. I 

• • li 
ill- 
• «I. . 

* Il f'^t 

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J'' lu, lin-, 

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'JU*iiu<.. iiarla 
' lieu d(* U-oiK 
• niisoii, elfe 
*:^, un agent 
Klle scnililera 
»•-' »'cfli4niiiant, 
•roifenie subjii 
• Jaiis une cs|i 
"Ile rêve d'é 
l't aiijour» e 



un . 



— 398 — 

manqueront pas ée dire : L'étooinr esl trois Ms saint, Raphifil 
un grand cœur, et M. de Lamartine un grand génie. 

XXIÏI 

Je voudrais poufsuifVe éette retue, qui âl^inMVMfe ik 
plus haut point; mais l'espace me 'miitiilt)^) et tki6tt OijiSl 
m'appelle ailleurs. Posons seulement dies c<Alclo$i(yiR. 

Toutes les fois que dans une littérature le génie, dift^ 
trait pal* d'autres* travaux, Vient à ise retirer, et que Télé- 
n^tit féminin prend le dessus, alorâ pâillissënt les écri- 
vains de second ordt*e<, écrivains de vulgarisation et de 
propagande, dont la mission, s'ils savent y rester fidèles, 
est' de porter jusqu'aux dernières couches de la société 
la révélation du juste et du beau; mais qui, doués df 
plus de passion que d'inventioni affectant plus de sensî 
bilité que de profondeur, trouvant k la santé moihs d< 
charme qu'à la morbidesse^ préparent la dissolutiM litté 
faire par rhypertroJ>hie du stylé, et marquent le point tA 
commence la décadente des peuples. 

Deut traits principaux les distinguent : l'impuifôàDOi 
où ils sont d'appliquer leur talent à des œuvres originales 
le penchant aux sujets erotiques. 

Tout écrivain aspire naturellement à prendre une ini' 
tiative, tout poète veut être créateur; et comme la créa 
tion littéraire ne peut être la même à toutes lès époques 
qu'il y a des intermittences forcées^ il arrive que l'homttN 
de lettres^ dédaignant le rôle modeste de vulgariéateiff 
se trouve littéralèmeiit sans emploi. 

N'est-ce pas un littérateur saîis efllploî que M. de La- 
martine? Et Victor Hugo, qui, avec une puissance A 
style supérieure encore, s'en va du moyen âge catholiqiK 
à l'Orient mahométan quêtant des sujets ppurses vers, ol 
ne voit pas la Révolution couchée à ses pieds, n'est-^lNi 
aussi un poète déshérité? Et MM. Soumet, de Vigny, Ut- 



— 390 — 

prade* chanU^es de l'autre tnondei qui rèvenl la chiite dei 
anges» le réveil de Psyché, le radiai de Tenfer, quand 
nous leur crions : Aba9 le proiétnrtatl penseni*ils avoir 
Vm fnétivk de leur siècle et de la posiérilé par leurs rimes? 

Il y> plus dié vie littéraire, pltis de génie, dans de petites 
Ustoiresde la tlévotutiou, écrites sans Faste, mais lues du 
peuple, comme celle de Villiaumé, dans les récits plus ou 
moins légendaires de Marco Saint-Hilaire, dans les chan- 
sons de Pierre Dupont et tes moralités de Lachambeaudk» 
que dans toutes ces oeuvres qu'une société de convention 
admire en bâillant et qui s*enterrent à l'Académie. 

Dans cette déroute des chefs de la littérature , il «si 
bcile de prévoir ce qu'il peut advenir des femmes qui leïi 
suivent. 

La femme est éducatrice; elle a une missloki sociale 
et conséfjuemment une part dans l'action littéraire, 
puisque c^est. par la parole, par la poésie et Tart, que 
a^eo^igne et se propage la morale. Hais ici encore et 
plus que jamais la femme a besoin d'être soutenue par la 
sévérité du génie viril : elle est perdue si, au lieu de trou- 
va' chei l'homme un guide puissant par la raison, elle 
ne rencontre qu'un auxiliaire de ses faiblesses, un agent 
provocaïair de son penchant à l'amour. Elle semblera 
d'abord utte hérolhe , parce que, Thomme s'efléminant, 
elle deviendra son égale ; peu à peu , l'érotiisme subju- 
gaant tout à fait sa pensée, elle tombera dans une espèce 
de nymphomanie littéraire, et tandis qu'elle rêve d'éman- 
cipation, ,d'égalité des sexes, de parfait amour, elle ira 
se perdre dausles mystères de Coly tto. 

ixiv 

MiMm PhlipNi> Bée à Paris^ fille d'un graveur ; tête romt- 
iKisque, formée à l'école de Rousseau, chrétienne d'abord, 



— 400 — 

puis philosophe par sentiment, républicaine par engouement, 
mais toujours dominée par le sentiment et Tidéal : à dix-sept 
ans elle accepte, en la personne de Roland de là Platière, 
un Wolmar, en attendant que le ciel lui envoie un Saint-Prein; 
rédige, en collaboration avec son mari, des livres sur le com- 
merce et les manufactures ; puis tout à coup, devenue dubiste, 
femme d'Ëtat et cheiTesse de parti, agite la nation plus qu'elle 
ne la sert, et perd la Gironde, son mari et elle-même, par 
son immixtion aussi malheureuse que malhabile dans la poli- 
tique : voilà, en dix lignes, M<"« Roland. 

Ce dont je la loue est d'avoir contribué, par l'influence propre 
à son sexe, le sentiment et l'idéal, au développement delà 
Justice révolutionnaire ; elle gâta son rôle de» qu'elle eut la 
prétention d'employer d'autres armes, et d'agir aussi par la 
force de la raison. 

Les mémoires qu'on lui attribue étant apocryphes, je ne puis 
la juger que par son parti et par un seul acte ; mais cet acte 
est décisif et la peint tout entière, elle et ses amis. On lui a 
supposé un amour secret et profond pour un Girondin : per- 
sonne ne peut dire ce qui en fut. J'admets que sa vie occupée, 
son esprit remuant, le respect de son mari, le soin de sa répu' 
tation, la sauvèrent jusqu'à la fin des misères d'un entraÎDe* 
ment que fille et femme elle dut réprimer : que ne fît-elle 
pour la vanité ce qu'elle avait si bien su faire pour l'amour! 
La Gironde, en conservant le pouvoir quatre mois de plus, eût 
sauvé peut-être la République, tombée à sa naissance dans la 
mare de sang de septembre. 

M™« Roland et les Girondins, c'est tout un : dire ce que fut 
le parti, c'est faire le portrait de la femme. 
' Par ridée qu'elle représente autant que par ses talents, la 
Gironde a toujours eu ma sympathie; comme caractère, je la 
trouve déplorable. 

Mieux que les Jacobins elle avait conservé la pensée de 89, 
marquée par les fédérations; mais elle la comprend si peu, 
cette pensée, elle se montre si incertaine, si chancelante, qu'on 
l'accuse, sous le nom de fédéralisme, avec une apparence de 
raison, de vouloir le démembrement de la France. 






i et par KM aificUlHa dB M 



« b Andioa di f<aprilf«Uie.ai pMM-w drlniMut de 
■!• al di drai, Mn4ra wa Mit «1 tair un dni-fui. 
iirand* «■! i*f BfatimiMiw jnmia% h fiolcKc , c'nt elle 
tait la cfaait da Mue; et «II* m fait acaurr At wm- 

ir< la JMobn», fUe hit dMarrr U inmv i l'Autrich», 
rtail hi inie taaài|M : la tktoirp la jtutifie ; et elle ae 



raiipalta la pwtl da ki»i>n ^£i«t. tnv tant de la 
orM de leur poliU^Mf ; et en bummea d'Klat «ool laiii 
Mcup^ df qurrrllrt piriKuli^rrt et de perMiDotlIUs. 
[n)ent de klyal , Ua mJcoaaauacDl lUnloa, Ui jaioaaeDt 
piem. 

I Tient<}Ue le anrtin liri cr [uirli jure »i fort *trc WQ 
C«al <|uc fld^ ne lui lenail pu tle ftn fonds ; il la 
^ mate ne la portail iwi : ce ifui [«uait dire dn tiiniadiu 
i^ral (|iK!. s'il' MHi'-fM )Mirl<-r, il- ne sita^ul ihiiiil agir, 

(;iiODde, élili^ Iwurfieulie, ronnée de HijeU à la nature 
le et artiste, incllDanl, (>ar «un adiniratioD île l'aoti- 
par u litléralure cl mii t-lmiueme, ù l'ulupie, était le parti 
te de laRévolulioD, IVIfmeal féminin, par cooséqueDl. 
espierre et le< Jacobios, bien autremeut foavardi, étaienl- 
oe plus bommes d'acIioD, plus forts *ur les priocipea, 
Din du despotisme et des fornies de l'aocien r^me que 
mde? Tout au contraire : c'est le parti de la médiocrité 
lie, de la contrefaçon monarchique, de la roideur sans 
iDce, du dogmatisme sans portée. Si les Girondins sont 
nmelint de la Kéfolulion, Itobespierre et ses bommes en 
es castrats. La Itépij|ili(|ue de 1S48, qui reprit cette Ira- 
., devait en fournir une triale preuie. 
is lesJacotnns aneclaionl de *e tenir plus pr^du peuple ; 
itiliant avec U Montagne, afiichant des mœurs austères, 
ranl de* ligures recbignéei> et des barbes incultes, ils fu- 



— 402 — 

rent^ dans Tofùmon^ les justiciers de la Réyolutioii^ l'ilteent 
mftle. Leur triomphe momentané ét^it certain. 

Quelle merveille qu*avec leur tempérament les GirondiBi 
eussent leur Ëgérie^ une héro!ne> belle, éloquente^ passionnée^ 
Gela devait être^ et cela fut. Les montagnards de 93 n'eurait 
ils pas aussi leur Théroigne de Mérieourt, comme ceui de4i 
leur George Sand?... La gloire et l'infortune 4^ M">*Rolaoi 
étaient dans la logique des circonstances : c'était la reine pri 
destinée du parti qui d'une main renrersait la royauté, d 
l'autfe menaçait Marat et les septembriseurs. 

Le fait qui signala Tinfluence de M"'* Roland est la hUre a 
roi, du 10 juin 1792, qu'elle rédigea pour son mari. 

Tous les historiens ont remarqué le ton impérieux et blet 
saift, rénergie déplacée, malhabile^ de cette épître. Unefemn 
ne pouvait plus mal faire. Pour comprendi^e tout ce qu'il y ad 
puéril dans cette œuvre, il faut la rapprocher des fameifx ma 
sapes de la Constituante, inspirés, dictés ou rédigés par Mira 
beau et Sieyès. Ici, le respect le plus profond et le plus vrai 
joint à une fermeté qui évite de paraître dans le style, et qui 
n'existant que dans les choses, triomphe d'autant plus sûre 
ment; là une vivacité toute de forme, qui laisse voir que i 
Gironde n'est plus maîtresse de la situation et que les évéïie 
ments lui échappent. Aussi la royauté, comme un lier coursier 
obéit à la main de la Constituante ; elle fait sauter la Gironde 

Jamais l'intervention d'une femme ne fut plus funeste : li 
chute de la Gironde date de ce jour. Avec les rois, il fau 
parler le langage de la Constituante ou garder le silence A 
la Convention; et je me figure que, si la Législative avait ét^ 
appelée à discuter en séance publique la lettre de M»« Roland, 
elle l'eût sévèrement blâmée, tant pour le fond que pour il 
forme. 

A partir de ce moment, l'influence de M»« Roland scre»- 
ferme dans son salon. Elle mourut avec courage, maisnoi 
sans faste. Jusqu'à l'échafaud elle ne peut s'empêcher de dé» 
clamer : liberté! que de crimes commis en ion nom! Bien 
supérieure, à cet instant suprême, m'apparaît l'infortuné 
Marie-Antoinette, montant à Téchafaud sans prononcer uM 



- 403 — 

Ittrole^ saM vener une laraoe^ avec ses vêtements blancs 
de veuve, presque aussi belle que la Lucile de Camille Des- 
ffioulins. Marie-Antoinette n'a pas fait moins de mal à la 
rof auté que M"^« Roland à son parti ; elle eut du moins son 
Meuse dans la nullité de son époux. 11 est possible, Taccu* 
nUon eftt loin* d'être prouvée, que Marie^Antoinette, si mal 
dtttriéey ait été légère ; du moins elle reste femme, et cette 
luiine est plus sublime ep f^ce de la guillotine que le demi- 
komme appelé W^^ Roland. La pécheresse remporte ici sur 
h stoïcienne : pourquoi? parce qu'un mot, une heure lui ont 
9uffi pour reconquérir sa dignité de fempae, et que l'autre, 
par sa virilité affectée, a perdu la sienne. 

On peut dire quC'M*^* Roland eut son continuateur, son 
vengeur, en Charlotte CoapAY. L'une de ces fempies complète 
l'autre : c'est la même roideur de caractère, la même soif de 
f^ommée et de pouvoir» le même mépris du parti opposé; 
4u reste» 1a même bravoure devant la mort. Seulement, tandii 
gue Vétmncipi^tion da la première n'avait pas dépassé le for 
îltérieur, la seconde se donne liberté complète. 

Charlotte Corday d'Armans, comme elle se nommait, sorte 
de gentiliâtre, aventurière, repue de romans, fainéante, men- 
teuse, archi-catin, aspirant, comme M'»'' Roland et à son 
exemple, à jouer un rôle politique, et sachant à merveille, 
dans ce but, trafiquer de aon pucelage : telle fut Tabsassin de 
Varat. A Caen, où elle vit les Girondins, elle eut des relation^ 
intime9 avec Rarbaroux, on dit même avec le grave Pétbion. 
Tbibaudeaii et Roulcet de Poutécoulant, bien instruits de ces 
détails, l'aflirmèrent toujours. Son émancipation datait de 
loin; et elle en avait tiré hardiment, et de bonne' heure, les 
conséquences. Du reste pas d'amour en cette créature. Dupe 
dos illui^ions gir(mdines, elle se figurait, nouvelle Judith, que, 
Marat mort, une réaction de Paris contre la Montagne était 
iaévitable , et sur ce beau calcul elle avait fondé l'espoir de sa 
Mune. Ni lea Girondins, ni à plus forte raison une Charlotte 
Çûfday, ne pouvaient comprendre que, la Révolution étant em- 
portée par un courant irrésistible, la prudence commandait de 
Il suivre, jusqu'au moment où de lui-même il s'arrêterait. Ici 



— 404 — 

encore éclate la supériorité de conduite des hommes de la Plaiœ 
sur les emportés de la Gironde* 

La Plaine, personnifiée en Sieyès, vote la mort du roi mi» 
phrases; envoie» au gré des événements, au tribunal réfolu- 
tionnaire. Girondins, Hébertistes et Dantonistes^ se lavant les 
mains des condamnations qui peuvent s'ensuivre; vote en trois 
jours la Constitution de 93 > salue la déesse de la Liberté^ 
assiste à la fête de l'Être suprême; puis, éclatant de rire ao 
rapport de Barrère sur le messie de Catherine Théot, d'une 
chiquenaude met Robespierre et les Jacobins à bas. Tout cela 
n'est pas fort héroïque, sans doute ; mais le tapage girondin, 
mais les épurations jacobines, mais les processions maratistes, 
était-ce donc de l'héroïsme? Entre partis qui luttent pour le 
pouvoir, le plus fort n'est-il pas celui qui sait le mieux se 
contenir et faire servir à ses dessems l'meptie de ses compé- 
titeurs? 11 y avait aussi des hommes courageux dans la Plaine: 
Féraud et Boissy d'Anglas le prouvèrent liais ils savaient, ee 
que la Gironde et M*^* Roland, les Jacobins et leurs tricoteuses, 
ne comprirent jamais, qu'en Révolution il y a des frénésies 
populaires qu'il faut laisser se calmer quand on ne peut plus 
les retenir; qu'on n'en finit pas avec l'anarchie et le despo- 
tisme par l'assassinat; que ce ne sont pas. les hommes qui font 
les partis, mais les partis qui font les hommes; et qu'entre 
deux folies furieuses qui agitent une nation il n'y a d'autre 
initiative à prendre que celle de la réserve et du silence. 
Marat assassiné, Hébert devint le chef du mouvement sans- 
culotte : ce fut tout le fruit du crime de Charlotte Corday. 

XXV 

M"i« de Staël. 

En 1839, je demandai à M. Droz, de l'Académie française, 
son opinion sur M"** de Staël, lui avouant ingénument qu'ayant 
commencé, sur la foi de la renommée, la lecture des Conti' 
dérations sur la Révolutioti française^ et de ï Allemagne , il m'a- 
vait été impossible de vaincre mon ennui et d'achever moo 
eutreprise. 

M. Droz se mit à rire, et me dit : « Je suis, avec mon aoû 



— 405 - 

Andrieux^ Tun des littérateurs de l'époque qui ont le plus fiait 
pour la réputation de M"»* de Staël. Elle n'eut jamais de plus 
ardents, de plus sincères enthousiastes. Or^ voici ce qui nous 
arriva. Quinze ou vingt ans après la vogue de cette femme^ 
je m'avisai de relire les œuvres qui d'abord m'avaient causé 
tant de plaisir, et je fus^ comme vous, saisi d*un insurmon- 
table dégoût. Je fis part de mon impression à Andrieux^ qui 
m*en avoua tout autant. Nous rîmes fort de notre mésaven- 
ture^ mais nous ne nous en vanterons pas. Laissons eu paix 
W^^ de Staël. )> 

Cest ainsi, pour le dire, en passant, que se font les célé- 
brités féminines et qu'elles se soutiennent. Les premiers qui, 
jeunes, y mirent la main, parvenus à la maturité n'osent plus 
se déjuger; et il reste établi, parmi les adolescents et les 
femmes, qu'une Staël balance un Napoléon. 

Qu'une femme, entourée de tous les avantages de la fortune 
et du rang, ayant reçu une éducation hors ligne, vivant au 
milieu des hommes les plus considérables par la science et le 
génie, puisse, à une époque de décadence, ou, si Ton veut, de 
vulgarisation littéraire, publier, sous forme de considérations, 
de roman ou d'essai, le résumé de ses lectures, conversations^ 
correspondance;^ et impressions, cela peut. avoir son utilité et 
mériter à l'auteur de justes éloges. La nature, qui a fait l'es- 
prit de la femm*e d'une autre trempe que celui de l'homme, 
n'a pas entendu que cet esprit demeurât sans manifestation et 
sans influence. A qui le nierait, je ferais observer que la femme 
parle, et généralement, avec plus de grâce et de facilité que 
l'homme : elle doit donc avoir à dire quelque chose. Qu'elle 
parle donc, qu'elle écrive même, je Ty autorise et l'y invite; 
mais qu'elle le fasse selon la mesure et l'essence de son in- 
telligence féminine, puisque c'est à cette condition qu'elle peut 
nous servir et nous plaire, sinon je la rappelle à l'ordre et 
lui interdis la parole. 
'Le défaut de presque toutes les femmes auteurs est qu'elles 
veulent être hommes, et que, ne pouvant le devenir, pas plus 
pstr l'intelligence que par le sexe, elles retombent au-dessous 
^ la femme. A propos de la Révolution, M">e de Staël pouvait 

ni Ti- 



— 406 — 

faire une chose aussi utile qu'agréable^ c'était de muâUir 
des matériaux et des anecdotes : elle a voulu faire des Coiui- 
dérationsy comme un homme d'État^ iX elle ne nous a riea 
appris du tout. Quand les hommes^ étourdis par les événe- 
ments, passaient à l'ennemi^ comme de Maistre et Chateau- 
briand, ou battaient en retraite^ comme Laharpe et Roye^ 
Collard^ que pouvait avoir à dire la fille de Suzanne Curchod? 

Je pourrais m'en tenir à ce témoignage : j'ai voulu poiAlant, 
dans ces dernières années^ et pour l'acquit de ma conscieiwe, 
me faire une idée plus exacte de la dame; et comme c'est 
dans leurs œuvres iniime$ qu'il faut juger les femmes, j'ai 
lu Corinne^ le chef-d'œuvre de M»« de Staël. 

Corinne, bien entendu, est M»* de Staël elle-même, poëte, 
peint re, improvisatrice, cantatrice, danseuse, joueuse de harpe, 
comédienne et tragédienne, par-dessus tout précepteur et pé- 
dante, l'ancienne profession de la mère de M»* de Staël, 
Suzanne Curchod. 

La thèse, en forme de roman, développée par M»* de Staël, 
peut se réduire à cette question : Si un génie comme celui de 
Corinne (M"« de Staël) peut se contenter de Vexistence vulgaire 
qu* offre le ménage aux épouses et aux mères, et si par consé- 
quent la société n*^t pas injuste envers la ferâmef 

A quoi je réponds, le roman de Corinne à la main, que ce 
prétendu génie n'existe pas; que les pièces fournies à l'appui 
démontrent précisément son absence ; que même les talents 
d'acquisition exhibés par l'auteur font tort à sou esprit naturel 
autant qu'à sa dignité de femme ; en sorte que, si l'on devait 
conclure de Texemple de Corinne à l'universalité du sexe, il 
vaudrait mieux pour celui-ci rester dans l'ignorance que de 
compromettre, par un semblant de génie, avec le bon sens et 
la grâce qui le distinguent, le bonheur de sa vie et le repos de 
la nôtre. 

Le roman de Corinne se compose de deux parties, que Taii- 
teur mêle et alterne dans sa narration. 

La première partie consiste en une espèce de Guide ou Vo^^ 
mecum du voyageur en Italie, comme en fourniraient sur com- 
mande tous les faiseurs d'almanachs, avec des morceaux dithf- 



— 407 — 

euobiques sur les grandeurs et les misères de ce pays. Çà et 
i quelques pensées justes sur la littérature et les arts^ ext- 
raites des lectures et conversations de l'auteur, mais qui*ne 
orient pas du lieu commun. 

La seconde partie^ ou le roman proprement dit, est quelque 
hose d^absurde, écrit en un style inqualifiable. Si Corinne^ ou 
ord Mehil, son amoureux, avait un seul moment lucide, ce 
•erait fait du roman : comme le Hapha'él de M. de Lamartine^ 
1 tlniruit le premier jour, il Unirait le second, il finirait le 
Iroisième, il finirait à chaque instant. Ajoutez que, comme 
Sans Rapha'd, la moralité des personnages est détestable, un 
manquement perpétuel à la bienséance, à la délicatesse, à la 
probité, à la raison, déguisé soua le plus fat^ant verbiage et 
les sentimentalités les plus fades. 

Corinne, d'abord, n'attend pas qu'on l'aime; elle devine 
qu'en l'aimera et fait toutes les avances, assurant néanmoins 
qu'elle se tient sur la réserve : résultat de cette effémination 
littéraire, qui commence à Rousseau, et que nous avons vue se 
osotinuer par la Gironde. Une femme qui raisonne de tout, 
religion, morale, philosophie, politique, littérature, beaux- 
irU, a des privilèges que n'obtient pas une pécore. Son talent, 
w mot revient à chaque instai.t dans la bouche de Corinne, 
k dispense de toute retenue; elle est naturelle. Elle sait qu'en 
se faisant comiaitre sous scn véritable nom elle court risque de 
perdre lord Melvil, à qui un devoir pieux défendrait de l'é- 
pouser; mais elle se garde de tenter l'épreuve, et s'efforce 
d'engager sou pitoyable amant, en enflammant sa passion, 
l^uig, quand lord Melvil la quille, elle court après lui, assiste 
invisible à son mariage, et reviei^t se désoler en Italie. 

Quant à lord Melvil, le héros du roman, un homme selon le 
çpeur de H*^* de Staël, c'est un être saiiS caractère, sorte de 
P^tin qui, après avoir longtemps soupiré pour Corinne et lui 
&Mr promis mariage, Tabandonue en lâche, trahit sa parole 
et épouse "ailleurs. C'est un fait d'observation générale que 
te earactères d'hommes conçus par des romancières sont au 
i^fsm de la virilité. Mettez à la place de lord Melvil le pre- 
^ bôurgeûis venu de la cité de Londres, dès le premier jour 



- 408 — 

il en eùtûni a^ec la donzelle par cette propositioii simple : 
« Pouvez-Yous^ 6 Corinne! renoncer à vos triomphes et vivre 
comme une Anglaise, sauf à mêler de temps en temps aux ooca- 
pations domestiques votre culte des beaux-arts? Nos femmes, 
que vous dédaignez, ne sont pas tellement ménagères qu'elles 
ne s'amusent volontiers de musique, de danse et de littérature, 
comme de modes. Servez-leur en tout de modèle. Un vrai 
gentleman ne trouvera jamais, pour lui verser le,thé, Vénus 
trop belle. Minerve trop sage, les Muses trop savantes, Junoo 
même trop grande dame. Voulez-vous être la première ladie 
d'Angleterre?... p On s'expliquait, Corinne acceptait, tout 
finissait; mais M">* de Staël perdait sa cause. 

Ou m'a cité de M"'^^ de Staël un autre ouvrage fort peu connu, 
et qui, m'assure-t-on, mériterait de Têtre. Je ne le lirai pas: 
laissons en paix M"^' de Staël. 

De même que M'°<' Roland, M^e de Staël fut une espèce de 
chef de parti. L'idée qu'elle représente est la réaction au des- 
potisme militaire ; et comme la première avait eu, dit-on, son 
Barbaroui, la seconde eut son Benjamin Constant. La fenune 
n'a pas une idée dont elle ne fasse un petit amour : que ce soit 
sa gloire, si l'on veut; mais que ce soit aussi le signe de sa fai- 
blesse. Qu'il en eut peu coûté à Bonaparte pour faire* de celle 
rebelle une fanatique de son pouvoir!... Mais, par. la loi de 
contraste qui unit les sexes, le plus homme des bommes pré- 
férera toujours la plus femme des femmes; époux et empe- 
reur. Napoléon, qui dédaigna M"»« de Staël, couronna deux fois 
Joséphine. Parlez donc d'égalité ! 

XXM 

M*"* NllCkEU DE SaLîîSURE. 

Avec celle-ci nous aurons le spectacle dune sorte de réaclioD 
en famille : après la mondaine, la dévole; mais le diable n'y 
perdra rien. 

M'°« Necker de Saussure, fille du célèbre physicien de Saus- 
sure et parente par allian.ce de M^^ de Staël, est auteur d'an 
bvre fort répandu, qui a pour titre Éducation progressive^ on 
itwJe du cours de la vie, 3 vol. in-8". Il suffit d'ouvrir au ha* 



— 409 — 

sard cet ouvrage pour s'apercevoir qu'on a affaire à une per- 
sonne dont l'indépendance s'affiche beaucoup moins que celle 
de M>»« de Staël, et chez qui, pour cette raison, le caractère, les 
idées et le style semblent plus assurés. Défiez-Yous cependant 
de cet air de componction : M»"» Necker n'est pas tellement 
résignée à la loi de subordination qu'elle enseigne aux jeunes 
filles et que sa religion lui impose, que je voulusse recomman- 
der son livre aux institutions, et cela dans l'intérêt même du 
sexe. La pédagogie de cette prêcheuse, inspirée du temple, est 
dépourvue d'aménité; on dirait la Julie de Rousseau devenue 
ietérique, et qui, après avoir caressé l'amour et Thomme, est 
saisie tout à coup des deux sentiments les plus haïssables chez 
la femme, l'aversion de son sexe, et une envie démesurée du 
nôtre. Ah ! plutôt que ces piétistes à figures de parchemin, 
vivent les Madeleine et les Aglaé ! Celles-ci du moins nous font 
sentir la femme ; la vertu des autres n'est bonne qu'à figurer 
sur des croix sépulcrales. Tandis que M"« Necker disserte, 
étale sa discipline et sa savantise, elle oublie de montrer ce 
qui plaît .le plus dans la femme, la seule chose qu'elle puisse 
donner et que nous lui demandions, cette physionomie ravis- 
sante que prend dans son esprit la pensée de l'homme. Qu'on 
trouve dans son ouvrage quelques observations de détail qui 
ont leur prix, je l'accorde; au total, je préfère à ce métho- 
disme décharné la bonne Mj^^ Le Prince de Beaumont et sou 
Magasin des Enfants. 

h ne m'arrêterai point à examiner l'ordre d'idées dans le- 
quel se meut M""» Necker : sa pensée ne lui appartient pas. 
Chrétienne et réformée, elle part du dogme de la chute, rétro- 
gradant ainsi de Rousseau, qui du moins affirmait la Justice 
native et immanente, à saint Paul, le théologien de la grâce : 
<ï'est assez dire, M°»« Necker n'a pas de système, pas d'idée 
synthétique et mère; le titre de son livre, Éducation pro- 
drmive, sans portée philosophique, aussi ambitieux que mal 
justifié, n'a pas même de sens : cela pourrait s'appeler aussi 
^^ Ange conducteur dans les voies du salut, à la manière des 
^Hivrages de dévotion catholiques, si la foi calviniste ne répu- 
M à la modestie et à la simplicité, 



- 4io - 

PuU dono qua qoii« x)§ pputuph juger cet épriv^a que sur 
4e8 aperçus de détail, et qu'après tout la puissance de l'esprit» 
quand elle m^ie, se montre aussi bien dans les petites oheseB 
que dans les grandes, contentons-nou9 de quelques citatîensy 
qui serviront autant que n^iile. 

te ton)e troisième de i'SdueQticmfn^gremvaei^i exidusiva^ 
ment consacré aux femines ; c'est la partie de son sujet que 
l'auteur devait le mieux connaître, j'ai cité 1q9 pwages iva 
lesquels }li°^ Necker avoue, d'un air si (iontrai4tf Si pi(wif 
rinî'ériorité 4^ riotelligeqce ct^es la feipine , sam se doutw 
un montent que cette intériorité puisse avoir w raisoi^ im 
la destinée sogialp; je continue* 

i Une entière fFanchise est rare ehes la femme » , dit M^i* Necker. 

Le fait est vrai; mais d'où v^ent cette rareté? Voilà ce qu'il 
faut dire; sans qupi robservation est sans portée, et rinstitu- 
trice, qui veut corriger ce défaut dans sou élève, court risque 
de faire fausse route. Faut-il attribuer au serpent, ràntiquQ 
initiateur du sexe, cette perfidie naturelle que les philosophes 
et les satiriques attribuent si volontiers à la femme? Pour moi, 
sauf meilleur avis, il me semble que le défaut de franchise 
chez la femnje résulte de la qualité de sou entendement. Elle 
procède par intuition, non par enchaînement de propositions; 
et comme l'intuition ne mèqe pas loin, il s'ensuit que la femme 
est forcée de s'arrêter devant les conséciuences inconnues de 
ses paroles ; elle se raélie d'elle-même : son défaut de fran- 
chise ne prouve donc qu'une chose, sa timidité, disons même, 
sa prudence. M>"« Necker, qui, après avoir posé le principe, 
n'avait plus qu'à tirer la conséquence, le comprend si peu 
qu'elle attribue la duplicité de la femme à sa servitude; de 
sorte qu'au lieu d'un coupable nous en avons deux, la femme 
menteuse et l'homme tyran. Quelle psychologie! 

« Cependant» ajoute notre institutrice» ses sentiments sont 
plus vifs, plus indestructibles/ moins sujets à être refroidis par 
les sophisraes que ceux de l'homme. » 

Pourquoi cela encore? M""® Necker, qui a vu le fait, n'en dé- 
couvrc pas mieux la raison. C'est qu'un esprit qui n'enchaîne 



— 411 — 

IS M» idées est par là même plus , difficile à entraîner j^r 
^ léii^ diftl^otique; d'eu résulte que la femme.semble tôtue^ 
omme on r^ iï\ de tout temps, obstinée^ indocile, tandis que 
Mit son crime est de vouloir ramener cette certitude tbéoré^ 
ique, à laquelle son intelligence répugne, à TéVidenee de Vuk" 
ttitîQn, Pauvre femme! 

Suit cbes l'auteur une eniilada de lieuT communs sur le desr 
x^m^ de ces méchants sujets d'hommes, qui font» pa^ la 
ifflhnie de leur volonté^ perdre la franchise et la sincérité aui 
Temmes. Voilà toute la philosophie de M"^« Neck^ : mauvaise 
humeur^ dénigrement. L'homme est ceci, la femme est cela; 
pilsnge de vertus et de vjcasj les premières données par le 
^t-^prit, les seconds contractés par la suggestion du difible. 
Twdjs que M"''^ Neclter, sévère Aristarque, accuse la faiblesse 
de la raison chez les femmes^ elle ne s'aperçoit pas qu'elle 
iftisQnne constamment ea fen^e, et c'est ce qui m'indispose 
«outre elle. Pe quoi se mêle-t-elle, femme, de vouloir raisow- 
ijsr coiAme un honime? J'aimerais autant qu'elle jurât cpmpi^O 
un charretier. 

Ainsi, elle convient de l'inégalité intellectuelle des $ex^. 
« Mais, ajoute-t-elle > cette inégalité n'esl pas aussi grande 
« qu'on croit. » — Eh ! madame, si peu que rien c'est l'inlini, 
U en est ici de l'intelligence comme de la justiiication. Pour 
peu que l'homme ait par lui-même d'énergie justifiante, il a 
h sainteté ; pour peu qu'il ait de force de conception, il a 
la science; dans l'un et l'autre cas, il n'est pas déchu : c'est fait 
de votre religion. Or, la femme n'ayant de soi ni la justifica- 
lion^ni la conception ou le génie, serait positivement déchue, 
8i elle n'était rachetée par son compagnon. Qu'avez-vous à 
répondre à cela? 

«La femme est naturellement plus religieuse que Thomme. » 

Certes, oui; pensez-vous lui faire de cette religion un titre 
àrégalllé? 

< Les femmes aiment immensément ; elles aiment depuis Ten- 
^ûce jusqu'à la vieillesse, sans désirer d'autre bonheur que 
<^lai d'aimer. Le mouvement du cœur n'est jamais suspendu 
belles. » 



— 4li — 



Pour cela eneore, tous dites ttû : b femme est iMt 
Mais d'abord oe coofondons pas cet amour immeose^ td^ 
s'obserre chez la femme naturelle ou émancipée^ et qui M 
autre que lascireté pure » arec ce qu'il défient sona le regnd 
de l'homme par la transâguratiou ooujîigale. Pois^ mettCMi» 
d*accord avec vous-même, et reconuaisBez que, si b femme cK 
douée d'une si grande puissance d'aimer, c'est qu'elle est douée 
d'une médiocre capacité pour la Justice, ainsi que tous leeoa- 
statez ailleurs, ce que ne rachètent nullement ses diqNMÎtiiM 
religieuses. 

M"« Necker ajoute : 

• De cet amour immense résulte l'amitié que les hommes oit 
entre eux. Il est de fait que là oùles'femmescaptÎTes et peu dé- 
veloppées n'exercent aucune influence, les hommes Tivent soli- 
taires ; ils ne s'aiment pas. » ^ 

Le fait peut être vrai; mais ce n'est qu'une coïncidence^ si 
l'on n'en montre le pourquoi. M°>* Necker saurait-elle le dire? 
Non : ceci rentre dans la raison des choses, à laqueUe ne s'é- 
lève jamais de lui-même l'esprit de la femme. 

« Du moins les femmes ne sont pas toutes mariées , et cela 
constitue une large exception eu faveur de la liberté de la 
femme. » 

Nous y voilà : la Liberté. Ck)mme si^ mariée ou non^ la 
destinée de la femme dans la société n'était pas toujours la 
même! L'individu suit la loi du sexe, madame : demandez à 
Daniel Stern. 

« Un fait dont on ne tient pas assez compte est la parfaite 
égalité intellectuelle des jeunes garçons et des jeunes filles 
pendant tout le temps qu'on les élève ensemble. » 

Rapportez Teffet à la cause^ et vous verrez que l'inégalité 
qui se développe après le premier âge vient de la masculinité, 
qui auparavant sommeillait. Mais quelle fenune sait rapporter 
les effets à leurs causes? 

« L'engagement que prend l'épouse est spécial ; il a sa li- 
mite ; les droits de Dieu sont réservés, » 

Holà ! Après avoir reconnu la prépondérance de l'homme, 



— 411 — ^"' 
w Uf itmU 4§ Uum, tlM àmta ^M l'M prAna «i.»- 
vt M>|icnean t ccui de l'époui , col «affarer m i/m 

»tm$ a joM, et cluii^r It nuru^e ra coonibÎMgc. 

tt Bpprl i tVfaliir in;>tii]iie eu LbriM. Elli- t«t loin de 
■ter, U dfitAt ÎMtituin». du clteniio qu'on potimit 
ni pimHirft, at«c crllr tgaitii. Niiui n'eu uvad* ilrià 
Dfi (tit ; n'ra pariuiu plui. LoiuIbIum Kulenif^ot la fiU- 

h loi i|ui tnàne ImuIo rcR l'iaiDcipivi : Ixio gré au] gri 
MDbeol touta dim l'émtinM, éntUmM kumicI, a une 
Mct ooQi)iE>l elle* ^ot |>erilu Ia fui reliBieiut; iroliaiM 
|ue, ii clin KWt ikmeur^s tlilèb». Lu TIiMh, I« 
kl, loi CujDii, IM Cuniuau, \et firvàtatt, étiuaàpém 
{lue, tuol HKim de Mdoii Ul- LurJw, de tUl~* du Chi- 
il'^tnni, lie Tmciu, du Début, de Gontk, dr. t;KiirriD. 
rpm d« la pbikwophie. Touteiw tftinil, toutes «ont 
xnt i craiiulra [wur U Tunille et la «x-iiHé. 

Keckpr de Sflu«iirre c*t « peu imiv du *cie nuarulioi 
I voudrait puutoir iMit aui jfuunt fiile* Irunt |irici-« lu- 
* rt kiin- nilmid. Kllr m- pupixii Ir [iri* rc ciillo iiniter- 
idu i la beauté. 

s cnlte de U beauté ■ des autels indeslnicliblea daoi le 
les femmes. Bien pitu, dii hommes ^ti-r, des penseurs 
es de le juger (d i|u'il est, des moralistes qui dcTraient 
linner l'iiiflueute, l'augmcatcnt encore. Ds semblent bii- 
ila simple idée de bcauli^. Kt ceux qu'on croirait appeléi 
ter aux femmes des con»cils séTùres s'arrâlent retenu* 
crainte de nuire à leurs cbarraes. > 

I pourlani il lanl ^iresëTère • 

rdii-t-il pas un grand malheur que les femines soient 
, qu'elles ajoutent, par la parure, à leur beauté, q'M 

elles mêlent à tout cela un peu de coquetterie? Eb bien! 
ne, pubqu'il faut tous le dire, sachez-le donc : la beauté, 
iule la femme. Otez-luî la beauti^ , elle n'est plus rien 
l'homme; elle n'c^t rien mt'me devant Dieu; et votre 
tion soi-disant progretive, qui conduit la jeune Aile au 
i de l'homme et de la beauté, est une éducation à reçu- 



- 414 — 

k^ns. Il faut refaire fotre ouYragei et prier quelque henné 
homme^ amoureui de la beauté^ de vous aisistep de «ea eonseiJ 

« Les hommes, observe-t-elle avec humeur, ne s'occupent < 
Téducation des femmes qu*en Tue d'eux-mêmes. » 

Et en vue de qui, s'il vous plaît^ youlez-yous que nous noi 
en occupions, puisqu'il est avéré, mathématiquement démoi 
tré, reconnu par vous et par toute la chevalerie errante, qi 
la femme jetée parmi les hommes p*e^t rien par elle-mên» 
ne se soutient pas elle-même, et qu'elle n'^c()Diert de valeti 
et de signification que par le mariage? 

Je ne pousserai pas plus loin ces citations, qui nous (pontrei 
la nature prise sur le fait, je veux dire la fen^me, n)é(DeI 
mieux élevéCi la plus instruite, celle que la fréquentation de 
hommes a de longue main fortifiée et aguerrie, dont un 
dévotion raisonnée a mi^ le cœur à l'abri dés séductions d 
l'amour, en flagrant et perpétuel délit de contradiction , i'k 
conséquence, d'absence d'idée, de faux jugemept^ et, ce qui & 
pis, toujours à la recherche de compensations amoureuses e 
dehors de son intérieur et de ses serments. 



XXVII 



Mn™« George Sand. 



Jusqu'à ces dernières années, je n'avais lu de M™« Sand q« 
quelques fragments saisis h la volée dans des feuilletons eld( 
revues; et sur la toi de ces fragments J'avais conçu, je l'avou 
un vif sentiment de répulsion pour Fauteur. Des amis, doi 
l'opinion devait être pour moi d'un grand poids, m'assurère 
que -mes préventions étaient injustes et faisaient tort à m( 
jugement. M""^ Sand, me disaient-ils, est un écrivain de géni 
et, ce qui vaut mieux, c'est une bonne femme. Lisez-la : vo 
vous devez de la connaître. 

Je demandai quels étaient ses meilleurs romans? L'un m'i 
diqua Lélia; un autre, Indiana; un troisième donnait la prél 
rence à Jacques ou Mauprat; on vantait le style de Léo 
Leoniy etc. C'était un mauvais signe que cette divergence d 
pinions : j'en fus quitte pourvoir tout. J'ai donc lu de M"" Sa 
Jndiana, Valentine, Lélia, Mauprat, Jacques, Rose et Blawn 



l0 (hn^pag^um du Uiur dei Frmmy Sj^idim^, Leoàê Lêoni^ \^ 
§mr4U»ir9 intimé, Tévérino, et i'HiiMr^ de fna vie ; j'ai vu, à 
fOd^OQ, la Champy, Ckmdie, Maitn Favella: si cet ensemble 
oe suffit pas à motiyer mon opinion, je suis prêt à rétracter 
tout ce que je vais dire. 

Le premier effet de cette lecture fut de soulever en moi une 
réprobation terrible ; je n'avais pas asse» d'imprécations et 
4'iqjures contre cette femme, que j'appelais Aypocrtie, «c^- 
fole^y^le d^ la JiépubUque, filie du marquis de Sade, digne 
4e partir le u$te de ses jours à Saint-Lazare, et que je voyais 
^mirée, applaudie» Dieu me sauve 1 par les puritains de la 
Républiquet 

J'avais tort cependant, sinon vis4<>vi» des livres, au moins à 
l'igard do l'auteur. Une étude plus attentive m'a calmé, et je 
^oU pquvpir d'un mot justifier M»»* Sand, à qui je demande 
pardon de ma oplère : 

nien de ce que la raison et la morale peuvent blâmer chei 
fAlQ a'ést d'elle) ep revanche, tout ce qu'elles peuvent approu- 
ver lui appartient. Puissante par le talent et le caractère, 
amante de l'bonnête autant que du beau, M°'<* Sand, dans la 
modestie de son cœur, a cherché un homme ; elle ne l'a pas 
trouvé. Aucun de ceux qu'elle a hantés, aimés, n'a su la com- 
prendre et n'était digne d'elle) elle s^est égarée par leur faute. 
Elle ne demandait, ep suivant sa vocation, qu'à rester en tout 
«t pouF tout ce que les plus désintéressés de ses amis l'ont 
trouvée toujours, une bonne et simple femme : ses courtisans 
Wit fait d^elle une émanoipée ; que la responsabilité leur en 
revienne. 

Si jamais t'étiqcelle du génie dut briller en une femme, ce 
fut certes en M°^« Sand. Son éducation lui donna tout, et mal- 
pé certain petit accès de dévotion qu'elle accuse vers sa sei- 
Vème années et qui ne fut que le prélude de sa vie amoureuse, 
tt peut dire que dès le ventre de sa mère elle fut sans préjugés, 
I^Tée par une grand'môre voltairienne et un précepteur athée, 
i vingt ans elle possédait les langues, les sciences, les arts, la 
fhiloiopbie; elle's'est mariée elle-même; elle a fréquenté les 
limilai, lei religieuses, Tancienne et la nouvelle sooiété , les 



— 416 — 

paysaos el les anstocrates; depuis 1830, elle t |Mné a n» aa 
sein du monde politique et littéraire. Aucun écrivain, de noin 
tempe, n amassa pareille provision de faits et d'idées, ne Ait a 
même de voir d aussi près tant d'hommes et de choses. Ajou- 
tez une faculté d'eipression extraordinaire, qui imite i sTf 
méprendre la manière des plus éloquents. C'est avec ces avan- 
tages que M"*' Sand, a 28 ans, mère de famille et revenue des 
iilusions de la jeunesse, renonce à la vie de campagne et entre 
dans la carrière. Que va-t-elle donner au public? Qu'est-ee 
qu'il y a , dans les cent ou cent cinquante volumes qu'elle a 
écrits, qui révèle une idée forte? Voilà ce que nous avons i 
démêler, et qu'elle serait sûrement incapable de dire. 

Dans VHii^toire de sa ci>, allant au-devant de certains tt- 
proches que je ne relèverai point. M*"* Sand accuse les^la- 
lités de sa naissance. Elle se trompe. !!■*• Sand tient de a 
grand nière Marie Dupin, beaucoup plus que de sa mère Vic- 
toire Delaborde , et de sa trisaïeule Aurore de Komigsmariu 
l.es ébullitions de sa jeunesse, de même que la mélancolie 
^ceptique de M. de Lamartine, furent l'effet des impressions 
du dehors : elle est née caluie, de sens rassis, point sophiste 
et médiocrement tendre; docile jusqu'à la crédulité, d'une 
conception nette, et, pour le train ordinaire de la vie, d'un th*s- 
bon jugement. Tout eu elle, tempérament, caractère, éducation, 
la lucidité, eU si j*ose ainsi dire le sang-froid de resprit,U 
prédestinait à être le contraire de ce que la firent d'impures 
relations : qu'elle eut dès le premier jour rencontré, comme 
Manou Phlipon, l'homme grave etfortdontson imagination avait 
besoin, et George Sand, de bacchante révoltée que nous Ta- 
vons vue, eut été la réformatrice de l'amour, Tapotre du ma- 
riage, une puissance de la Révolution. 

On peut suivre dans les romans de M»« Sand le dérangement 
de cette âme mal équilibrée : elle est d*abord Valentine, um 
jeune femme placide, facilement résignée à un mariage sam 
idéal; puis c'est Indiana, que l'ennui, plutôt que des grief 
sérieux, pousse à un amour de tête où elle ne trouve que dé 
ceptiou: plus tard elle devient Lélia. la femme irritée conlr 
l'amour |)ar Timpuissance de la volupté. Quand et 



— 417 — 

cette fière Lélia est tombée sous la tyrannie des sens qui d'à* 
bord rayaient dégoûtée, jusqu'où elle est descendue dans cet 
abîme, elle seule pourrait le dire. Quel qu'ait été pour elle 
Fauteur de cette triste initiation^ elle a le droit de le détester; 
mais qu'elle n'accuse pas son sang : M°>« Sand n'est point une 
Phèdre ni sa mère une Pasiphaé. 

La fatalité qui a fait le malheur de M™' Sand est tout autre. 
Elle a dit je ne sais où : Je crois qu'il n'y a que nous autres 
artistes d honnêtes gens. Là fut le piège. Artiste, M"^ Sand a 
pris l'art pour la révélation de l'honnête et du juste, tandis 
qu'il n'en est que l'excitateur; elle n'a pas vu que cette liberté 
artistique, qui la séduisait, n'est par elle-même qu'un pur li- 
bertinage, tout ce qu'il y a non-seulement de moins moral, 
mais de moins idéal ; et elle s'est égarée, en prenant pour con- 
seillers intimes des artistes, des poètes, les moins sûrs de tous 
les guides, les moins moralistes de tous les honmies. 

Nous pouvons maintenant faire le thème de M°^ Sand, comme 
disent les astrologues : 
Elle est femme, aussi femme que pas une fille d'Eve; 
Elle a en prédominance le goût de l'art et de la littérature; 
La voilà qui, emportée par son talent, quitte son ménage et 
ae jette à corps perdu dans le galop des artistes et des gens de 
lettres, vivant dans la plénitude de la liberté artistique^ c'est- 
i-dire dans un complet arbitraire de pensée et de conscience. 
Bref elle devient, selon l'expression du jour, tout à fait ar liste ^ 
an dernier siècle on aurait dit philosophe ou esprit fort; elle 
n'est même plus de son sexe; elle prend des habits d'homme 
et ne garde de la femme que ce qui sert à l'amour : nous savons 
ce qu'elle va produire. L'étude de la vie de IdM'»*'* Roland^ de 
^1, Necker de Saussure et de leurs pareilles nous en a in- 
struit d'avance; la r^le est sans exception. 

Par cela même qu'une femme, sous prétexte de religion, de 
philosophie, d'art ou d'amour, s^émancipe dans son cœur, sort 
^soa 0exe,>eut s'égaler à l'homme et jouir de ses préroga- 
tives, il arrive qu'au lieu de produire une œuvre philosophique, 
^ poème, uii chef-d'œuvre d'art, seule manière de justifier 
Km ambition, elle est dominée par une pensée fixe qui de ce 



— 418 — 

moment ne la quitte plys, lui tient lieu de géttie et dlMe i 
c'est qu'en toute chose» mlMin, Tertu, talent, la femme mit 
l'homme, et que, si elle ne tient pas la même place dans la so- 
ciété, il y a violence et iniquité à son égard» 

L'égalitf' des sexes avec ses conséquences înévitabtes, liberté 
d'amours, condamnation du mariage, contemption de h femme^ 
jalousie et haine secrète de l'homme, pour couromier le sys- 
tème une luxure inextinguible : telle est inmriabhtaient II 
philosophie de la femme émancipée, philosophie qui se dé« 
roule avec autant de franchise que d'éloquence dans las œuvra 
de M">' Sand. 

Dès son premier roman sa protestation éclate : 

€ Je ne sers pas le même Dieu que vous» écrit Indiàiià t V\A 
de ses amants. Le vOtre, c'est le Dien dek kimmei^ c'est Ib hri, 
le fondatenr et l'appui de totre race ; le mien> c*est le Dieu dé 
Yunivers, le créateur, le soutien et Tespotr de fobfei tet cf^ 
tures» Le vôtre a tout fisiit pour tous seuls; le mien a htit toutes 
les espèces les unes pour les autres. Vous vous crojBï les Uud- 

tres du monde ; je crois que tons n'en êtes que les f jffrtiil 

La religion que vous avez kiventëe, je la repousse : toute cette 
morale, tous vos principes, ce sont les intérêts de Votre société 
que vous prétendez faire émaner de Dieu même. » 

Ce passage, dtfclamatoire et sans portée, est cependant re- 
marquable à plus d'un titre. On y découvre d'abord ce fond 
noir d'androphûbie qui forme le ciel des romans de M°>« Sand; 
puis, sur ce fond noir, on voit poindre le panthéisme, l'oin- 
nigamie et la confusion auxquelles l'auteur devait aboutUf 
dans Lélia. Certes, M"»" Sand n'a pas saisi ces rapports, bien 
qu'il soit aisé d'en suivre ciiez elle la trace; mais si la femme 
ne pc^nse guère, la raison dies choses pense pour elle, et coo- 
xluit son iitiagiuation et sa plume. 

Donc M"*' Sand, (émancipée, célébrera l'amour, toujours 
l'amour, puisqu'on déllnilive, sainte ou pécheresse, la femme 
ômancipiie ne rêve plus d'autre chose. La collection dfes romani 
de M"»« Sand est irtie guirlande offerte à l'amour. 

« Ce qui fait rimmcnsc supc^riorité de Tamour sur tous les 
antres sentiments, co (jui prouve son essence' divine, c*est qu'il 



<f — 419 — ^^™ 

llfÊÊméol'kBtmf mtwm-.t'mifmY^Bmm 
IH Ktat tft'U M l'Hvanla |«c |iIm fmll M )'«» |« ' 
I k vabM^ : c'cai qM tt cm Imbûb U n^ ««r 
MM^MtofMr k tvp«itwr ivk ctfcttw «fc a U ii wW 

B, c'hI a» nà» fw lM*n Im wn atéf o lh— IrasdtMt 
livl I» VM> |«iir l« déiniitv : il «uImmb wad M parn 
l|akMa«. • (CaJniiriw. di. *fii.| 
1 b hdlF, tim «Nnni« b- rnowl^, MtarttMr enmn» 
Éitl, qrit ncmpp k Ui» p( nwiMHw m |>hil(MDfilitp t ïMi 
Htfr ér la fMiMW, i|itr ii^mr^ tMi6 dHan ea ptprÊ 
dnUe*, MMH pmtTolr Jam»!* caiafinmlrv ^m* t«l aaiMir) 
rfa Ans, ■'m rira dv plu qm im hUtarr, ifuHqiM 
' m MM b) «ofi <• U libfftf M da drert ; qui ptr . 



t. ft pMixln ranoM-, eoMBr Oim, pour |irianp» 4« 
in et de loule vefla, il b*; ■ iia'ufl pu : 
îpDii tpiej'MiiisVilntine, ilit BénHict. j(^ «uii un mire 
c; je me ««Il riijirr. [Stii»ei Ir nmiuet tum \crteteé 
«rt-ui •»■ fK'tliiÎMr Jï pluf mi |>ltu.) I<e «oilc mudIt; qm 
àl ma deetiDée bc i6A\re de toutei ptrU [il roil del la» 
); je ne sait plus teul sur la terre (eo eÎTcl, it est prit], 
m'cnnaie plus de ma oullilé; je me sens grandir d'heure 
ire arec cet amour. (Un hooime qui lombe h lële U pn- 
croit monter.] 

i sais que l'amour seul esl quelque chose, je sais qu'il n'y 
autre sur la terre. Je sai<> qnc c« serait une Mcbet(> de le 
IT ciainlc des UouleuTs qui l'expieol, etc. • (Jacquet.) 
Due i\at Tx baiardar^ me rause un prodi^eux ennui; 
Kaucoup dp pens aimwt cette eicitation erotique, plus 
«os parée et Tardée, sans laquelle l'amour se présentaot 
uralibtu, le dégoûf seiait par trop grand. Peut-être ne 
ce que demi-mal, si l'auteur s'en tenait là : nous avoDS 
té nous-mPme que l'idéal avait -été donné à t'hpmtne 
l'eug^er h l'^monr. et que l'amour el l'idéal font lel 



— 420 — 

daux éléments au moyen desquels la femme exerce 
d'influence dans Téducation de l'humanité et le progi 
Justice.' Mais M"*® Sand ne l'entend pas ainsi : point d 
pour elle, point de société, tant que la femme ne 
libre, libre dans son amour, libre en tout. L'amour, 
étant souverain, absolu, dieu, ne connaît pas de loi; J 
quençe sera donc, en premier lieu, la réprobation du i 

c Je ne suis pas réconcilié avec la société, et le ma 
toujours, selon moi, une des plus barbares institution 
ait ébauchées. Je ne doute pas qu*il né soit aboli , si 
humaine fait quelque progrès yer^ la justice et la ra 
lien plus humain et no9 moins sacré (quel lien?) rei 
celui-là, et saura assurer Texistence des enfants qui 
d*un homme et d'une femme, sans enchaîner à jamais 1 
de l'un et de l'autre. Mais les hommes sont trop gro 
les femmes trop lâches pour demander une loi plus u 
celle qui les régit ; à des êtres sans conscience et sai 
il faut de lourdes chaînes. > (Jacques.) 

Plus loin le même personnage écrit à sa fiancée : 

€ La société va vous dicter une formule de serme 
allez jurer de m'être fidèle et de ni'être soumise, c'est- 
n'aimer jamais que moi et de m'obéir en tout. L'un de 
ments est une absurdité, l'autre une bassesse. Vous n 
pas répondre de votre cœur, même quand je serais le pi 
et le plus parfait des hommes ; vous ne devez pas proi 
m' obéir, parce que ce serait nous avilir l'un et l'autn 

Et la jeune fille de répondre : 

€ Ah ! tenez, ne parlons pas de notre mariage; parloi 
si nous étious destinés seulement à être amants. » 

Pourquoi, alors, se marier? 

« Parce que la tyrannie sociale ne nous permet pas 
posséder autrement, » dit Jacques. 

Jacques et Fernande mariés, le roucoulemeut contii 
le moindre respect de la dignité conjugale : 



— 421 — 

c II n*est qu'un bonheur au monde, c'est Tamour : tout le 
reste n'est rien et il faut l'accepter par vertu. » 

Puis arrive Tamant qui dit : 

« Si je ne suis pas né pour l'amour, pourquoi suis-je né, et à 
quoi Dieu me destine-t-il en ce monde? Je ne vois pas vers^quoi 
ma vocation m'attire... Je ne suis ni joueur, ni libertin, ni poëte; 
j'aime les arts, mais je ne saurais en faire une occupation pré- 
dominante. Le monde m'ennuie ^n peu de temps ; je sens le be- 
soin d'y avoir un but, et nul autre but ne m'y semble désirable 
que d'aimer et d'être iimé. Peut-être serais-je plus heureux et 
plus sage si j'avais une profession ; mais ma modeste fortune, 
qu'aucun désordre n'a entamée, me laisse la liberté de m'àban- 
donner à cette vie oisive et facile ». 

Que dites-vous de cette délibération d*un jeune homme 
qui, cherchant sa vocation, hésite entre le jeu, la poésiey les 
paires et V amour! Quel gâchis! et comme se trahit ici la 
femme émancipée qui, rendue à la lasciveté de sa nature^ 
•3e peut plus s'affranchir de ses pensers obscènes !... 
hï^i elle n'en sortira plus^ elle en a pour la vie. Dans ses 
Mémoires y publiés en 1857, vingt-cinq ans 'après Indiana, 
^^ Sand, qui a eu le temps de réfléchir et qui n'est plus 
jeune, conclut sur le mariage par cette formule dont tout It 
iQérite est d'être calquée sur une phrase de Rousseau : 

• L'indissolubilité du mariage n'est possible qu'à la condition 
d'être volontaire; et pour la rendre volontaire, il faut la rendre 
possible. » 

On le voit, quand M*»* Sand parle du mariage, c'est toujours 

l'amour qu'il faut eutendre. Par lui-même, en effet, l'amour 

n'est que passager, et les deux lignes qu'on vient de lire lui 

sont directement applicables. Adressée au mariage la critique 

porte à faux, et pourquoi? parce que le mariage n'est pas rien 

que l'amour; c'est la subordination de l'amour à la Justice, 

subordination qui peut aller jusqu'à la négation même de 

l'amour, ce que ne comptend plus, ce que repousse de toute 

réoergie de son sens dépravé, la femme libre. 

Saos doute cette réprobation du mariage, si lestement ex- 

III 1K 



- 4M — 

primée, crée des impossibilités sans nombre, et pour l'ordre 
social établi sur la famille, et pour la conservation de l'es- 
pèce, et pour la bonne intelligence des deux sexes> etpourla 
femme, et pour Tamour même ; impossibilités qui, réagissant 
sur l'esprit de l'auteur, tendent à chaque instant sa narration 
absurde. Ces considérations ne regardent point M"'* Sand : elle 
est artiste, et l'artiste, suivant l'esthétique de la femme libre, 
suit son idée, sans s'occuper de la réalité «t de la raison des 
choses. Artiste et émancipée, M™<^ Sand suit donc son idée, qui 
la conduit à l'impudicité la plus eiïréné^ 

Les romans de M'""" Sand abondent en combinaisons et en 
peintures dignes du célèbre M. de Sade, sauf les mots> qui, 
chez la première, sont à peu près toiyours honoètes. cëtos 
Valentine, l'action se passe entre les gens que voici : une mère 
qui, selon l'eipression vulgaire, a rôti le balai; sa fille Valen- 
tine, faisant en l'absence de son mari l'amour avec Bénédict; 
le mari de Valentine, qui, aimant ailleuvs, ne demande pas 
mieux que d'être cocu atin de faire chanter sa femme; la sœur 
de Valentine, chassée de la maison paternelle pour avoir bit 
un bâtard, et qui, amoureuse de l'amant de sa sœur, sert» faute 
de mieux, l'amour des deux jeunes gens; une confidente, de- 
rpoisclle de village, promise d'abord à Bénédict, et qui, après 
avoir de dépit épousé un rustre, suit l'exemple de Valentine et 
de Bénédict. Il est entendu que les choses sont arrangées, le 
bon sens, la folie, le vice et la vertu distribués enlre les per- 
sonnages, de telle sorte que les amants aient toujours raison, 
les maris et les papas semblent ridicules. Pour ajouter k l'é- 
motion, du sang et des morts. 

Dans Jacquesy autre priapée : une mère veuve, ayant prati- 
qué pendant son mariage l'amour libre, et pour la sécurité 
de cet amour l'infanticide ; sa première fille, adultérine, vouée 
aussi à l'amour libre ; sa seconde fille, légitime, mariée et 
faisant, comme sa mère et sa sœur, l'amour libre; ces deui 
créatures possédées tour à tour par le même amant, ce qui 
ne les empêche pas de vivre ensemble; le mari de la jeune, 
fils d'un des amants de la mère et fVère putatif de l'aînée, 
qui le prend pour confident de ses amours : scandale, duels, 



— 423 — 

suicide; triomphe de l'amour. A travers ce cataclysme on saisit 
à grand'peine l'idée de Tauteur, savoir, qu'amour^ comme 
nécessité^ n'a pas de loi. 

J'ai cité tout au long la scène entre Pulchérie et Lélia : ce 
serait bien pis si je rapportais le viol de Rose et de Blanche; 
si je disais pourquoi M"*' Edmée est amoureuse de son petit 
ours et cousin Bernard de Mauprat; si je passais en revue le 
musée de M"* la princesse Quintilie, morgauatiquement mariée 
i un étudiant allemand, et qui entretient chez elle, pour le 
plaisir de ses yeux et par fantaisie d'artiste^ de jolis garçons 
et de jolies filles dont toute Toccupation est de faire l'amour : 
imitation des scènes de Caprée, esquissées par Tacite dans, 
la vie de Tibère. L'amour a beau être profond^ sublime, hé- 
roïque, divin ; il paraît bientôt insipide si une lubricité inven- 
tive ne l'assaisonne. Changeons de posture : ce fut jadis toute 
la science de la fameuse Ëléphantine; c'est enôore, hélas! oe 
qui fait la meilleure part des histoires de M"« Sand. 

Mais, l'égalité des sexes déclarée, le mariage banni, l'amour 
rendu libre, la volupté avec toutes ses joies prise pour règle 
et pour fin, quel sera le rôle de chaque sexe? On ne peut pas 
toujours vaquer à l'amour : il faut travailler, produire, admi- 
nistrer, soigner le ménage, élever les enfants. En quoi con- 
sistera la fonction de l'homme? En quoi le ministère de la 
femme? 

Nous connaissons la réponse de M** Sand : On trouvera. 
Elle croit que cela se fait comme elle le dit. Par provision, et 
pour préparer les esprits à cette grande découverte, qui doit 
remplacer par un lien plus sacré le mariage, elle travaille de 
Km mieux, bien qu'à son insu, à niveler les facultés entre les 
sexes, et tout d'abord à rabaisser le caractère de l'homme. 

La femme auteur, surtout la femme émancipée, réussit dif- 
fieilement à créer des caractères virils. Outre que la faiblesse 
ne peut pas naturellement exprimer la force, il y a ici une 
nitre raison, qui est que la femme libre ne se grandit réelle- 
ment que de ce qu*elle retranche à la taille de Thomme. 

Dins les romans de George Sand, comme dans.toua les romans 
•(te femm^ libres^ les hommes sont en général de deux sortes : 



— 424 — 

ceux que l'auteur aime et qu'il présente comme modèles, et 
ceux qu'il n'aime pas. Il ne faut pas demander 'si les premien 
sont peints à leur avantage y les autres chargés. Eh bien ! de 
ces deux catégories de mâles celle qui a le moins de valeur est 
en général celle des amis de^cœur de l'écrivain^ et la raison en 
est simple : conrus fatalement d'après le type fèmmdin^ ik 
ont perdu, au moral comme au physique, leur masculinité, 
tandis que les autres, précisément parce que l'auteur ne les a 
point flattés, la retiennent. Je prie ceux de mes lecteurs qui 
auraient la curiosité de vérifier le fait, de revoir les person- 
nages de Bénédict, sir Ralph, Sténio, Téverûfio, LÀ)ne Leoni, 
Bustamente, Jacques, Bernard de Mauprat après sa conversion, 
Tamant de Quintilie, etc. Vertueux ou coupables, tous ces 
êtres sont de même nerf, artistes, bohèmes, braves et dévoués, 
cela va sans dire, et beaux diseurs ; mais, en fait, dépourm 
de caractère, de sens moral et de sens commun. 

A cette dépression systématique du sexe mâle, les femmes 
gagnent d'autant sans doute? Il n'en est rien. Les femmes de 
M"* Sand sont, comme ses hommes, de deux catégories : éman- 
cipées, c'est-à-dire esprits forts, cœurs secs, natures bilieuses, 
hautaines, rudes à l'abordage, au demeurant peu chastes, bien 
que le mot revienne à cha({ue ligne; non émancipées, c'est- 
à-dire lymphatiques ou sanguines, molles, lâches, bétes et 
periides. Comparez sous ce rapport Lélia, Quintilia, Edmée, 
Sylviu, avec Pulchérie, Fernande, Athénaïs, Joséphine de 
Frénays, Juliette, la comtesse dans TéuérinOy etc. Valentinc 
et Indiana, types indécis, tiennent des unes et des autres. 
M"* Sand, j en ai fait ailleurs l'observation, a la plus triste 
idée de son sexe ; hors les élues qu'elle crée à son image, elle 
le traite ou ne peut plus mal. Elle fait dire à Syivia, la stol- 
cienne, à propos de la fiancée de son frère : 

a Elle a beau ùtrc aimable, elle aura beau être sincère et bonne: 
elle est femme, elle a été élevée par une femme; elle sera lâche 
et menteuse, un peu seulement peut-être ; cela suffira pour te 

dégoûter. » 

A force de chercher la liberté et l'amour, M"* Sand finit par 
perdre juscju a l'intelligence des choses morales : ainsi, dans 



— i'ij — 

Jacques, elle fait du frère le coofidenl des aiuoiin de la sœur; 
dans le Champy, aprè« a¥oir représenté feofant naturel comme 
un modèle de défouement filial, elle lui fait épouser sa mère 
nourrice, malgré le cri de la conscience qui proteste conti-e cet 
inceste spirituel ; dans Lélia elle pousse le privilège de Tartiste 
jusqu'aux jouissances unisexuelles : 

< La continence où tous Tivez, dit Polcbérie à sa sœur, pro- 
voque dans Tesprit des liommes dé plus graves accusations que 
toutes mes galanteries. Mais peut-être ne trouiez-Tons pas au- 
dessus de TOtre destinée d*étre soupçonnée de mystérieuses et 
terribles passions, tandis que tous méprisez le Tulgairc renom 
d*nne bacchante. » 

Ailleurs elle calomnie le mariage dans sa solennité néces- 
saire : 

J'ai enleTé ma compagne le jour de mon mariage ; par là, je 
me suis soustrait à tout ce que la publicité imbécil^d'une noce 
a d'insolent et d'odienx. Je suis Tenu ici jouir mystérieusement 

de mon bonheur Nous n'aTons eu que Dieu pour témoin et 

pour juge de ce que Tamour a de plus saint, de ce que la société 
a sa rendre hidenx et ridicule. » 

L'idée n'est pas plus neuve que cent autres ramassées dans 
les inunondices du siècle par M"« Sand. 11 ne manque pas de 
geas qui se dérobent par la fuite à la publicité de leur mariage : 
ils ont raison puisqu'ils en rougissent; mais il faut apprendre 
à ces gens-là ce qu'il appartenait à M»* Sand de faire, que, s'il 
ï a lieu de rougir ici de quelque chose, c'est de cet amour pré- 
t^eodu saint et de ses jouiisances, non du mariage, qui l'épure 
et l'affranchit. Que k concubine se voile , puisqu'elle suit la 
Passion et se voue à l'amour; mais que l'épouse se montre : 
elle a vaincu la chair, non plus seulement par l'amour, mais 
1^ la Justice et la charité. 

D'après la théorie de l'amour libre, que suit fatalement 
^rge Sand, le mariage est réputé un marché infâme, et la 
jeune fille qui se marie sans inclination appelée prostituée. 
^est toujours la logique du dévergondage, mise à la place de 
la raison du genre humain. 



- 4K — 

te Uxit t«m|M U rjïAMkn» des peuples a considéré comme 
loiore, fonsK^tKA. prostitution, c'est tout an^ Tusaiceque 
Hmuddi^ VI ik fHr;m^ f%jt de «on forps dans un bot de utis- 
fa^rtion pt^iocneike, fiaiesse. oreueil^ gODnnandise, vanité, 
jusque* et y comprû U délectation amoureuse. Au fond, h 
prostitution ^t toute subjectiie ; on ne ae prostitue réellement 
qu'à sùt-néme , non à autrui. Le mariage seul^ subordounant 
le plaisir à une rin âupcrieure, qui est la Justice, fait ceuerU 
prostitution. Comment le cœur de M"* Sand, commept sa raisoD 
ne l'ont- ilâ pas compris? 

La cooâcience des peuples dit encore que diei la femme 
formée par la fatriiile à la Justice la pudeur est une certaise 
abhorrence du cœur et des senâ pour tout ce qui a trait aux 
plaisir» de l'amour; la chasteté, une pratique inviolable de 
la pudeur. C'est pour cela que la pudeur, soit avant, soit 
apiés le maria;ie, n'eiiste véritablement que par le mariage; 
elle est l'effet de cette dignité matrimoniale, qui, en sauvant 
les époux du fatalisme passionnel, leur inspire uif amour^calme 
et inaltérable. 

M" Siind n'a pu ignorer ces choses. Elle était mère Ion- 
qu'elle écrivit son premier roman, et, la maternité n'cûl-elle 
pas suffi (lour les lui ap[)rendre, Teipérience de Liélia les lui 
eût révélées. Coirimeiit sont-elles sorties de sa conscience et de 
sa mémoire? Ce qu'elle appelle chasteté est une certaine fraî- 
cheur de l'imagination et des sens chez la femme qui n'a pas joui, 
ou qui, ayant passé par l'étamine, sait à force d'art conserver 
les apparences de la nouveauté. Je ne nie pas que pour unanw- 
teur c<îtte cjualité n'ait son prix; mais ne soyons pas dupes de 
l'équivoque. Cette chasteté-là peut se concilier avec tous les 
rnfllnoriients de la volupté; elle n'a rien d'innocent et de ti- 
mide; elle peut s(î trouver jusque dans les maisons que sur- 
veille la [»olic(î, el l'aisance avec laquelle les héroïnes de 
M""" San<l, une l'ois sûres de leur homme , passent du nen*»» 
(i Vainsi, prouve (pi'il n'y en a pas une parmi elles de 

chaste. * 

Dans /{ose et /ilanchn^ elle ni)U8 uionlrc une petite comé- 
dienne (pu, vendue et livn'e par sa mère, intacte encore, m\^ 



— 427 — 

pariaitement iàstruite^ dit à son acquéreur : Faites, je vous 
laùsê mon corps, je garde mon dme! Conçoit-on une vierge de 
dii*huit ans pariant de ce style? Lucrèce, violée par Sextus 
Tarquin, se. rend le même témoignage: Corpus tantûm vio^ 
kstum, dit-elle, animus insons; et elle se tue. Lucrèce était 
une sotte, en vérité. Quel malheur pour cette Romaine, dont 
le suicide enfanta la République, que M*« Sand ne se soit pas 
trouvée près d'elle 1 La femme libre eût appris à la matrone 
ce que l'Évangile dit quelque part, que ce n'est pas ce qui 
entre dans le corps qui souille l'âme, mais ce qui sort du cœur. 
Gollatin eût conservé sa femme, et tout le monde aurait fini 
par être content, Brutus excepté. 

Après ce que je viens de dire, il n'y a^lus rien, comme 
idée, à attendre de M»"* Sand : nous la possédons tout entière. 
CSependant elle s'est noêlée un peu de tout; en déroulant, jM)U8 
forme de roman, sa théorie sur le mariage et l'amour, elle 
a voulu dire son mot sur tout ; mais partout elle n'a fait preuve 
que d'une orgueilleuse impuissance. 

Philosophe, elle fait de l'éclectisme à sa manière, disciple 
tour à tour de Lamennais, de Pierre Leroux, de Jean Reynaud, 
tX tutti quanti. Elle n'a pas de goût, dit-elle, pour la métaphy- 
lique : je le crois bien , il n'y a rien de moins métaphysique 
que la promiscuité. Elle se défend d'être athée : qu'en sait- 
elle? J'ai eu la patience de lire jusqu'au haut Spmdi'on, atten- 
dant toujours le manuscrit révélateur : les pages toutes blan- 
ches m'auraient plus satisfait que les phrases creuses de ce sot 
éfaagile. 

Sa politique est comme sa philosophie, empruntée aux sectes 
Al siècle, depuis le babouvisme jusqu'au Sâint-Simonisme. On 
peut en juger par ces maximes, prises de Louis Blanc> et que 
IH Sand trouve fort AYAif cées : Tous les hommes ont un droit 
^alau bonheur; A chacun suivant ses besoins, etc. 

De la critique, ne lui en demandez pas : elle décide de tout 
ivrpromptu, selon son intuition^ compie quand elle dit : 

« J'aimais passionnément Virgile en français. Tacite en latiu. » 

En 1855^ M"« Sand, imitant Rousseau, publie en feuilletons 
^fUsîoire de sa vie, 20 vol. in-S». Je comprends, toute hontA 



— 428 — 

bannie^ la spéculatiou ; mais comment n'a-t-elle pas réfléchi 
qu'en se troussant de la sorte devant le public, elle autorisait 
le premier venu à la flageller, sans qu'elle eût le droit de ae 
plaindre ? Donnez-moi trois lignes d'un homme^ disait un cri- 
minaliste, et je le ferai pendre. Je ne connais de la vie de 
M»* Sand ({ue ce qu'il lui a plu d'en révéler dans ses confes- 
sions : eh bien! il n'est pas d'indignité dont je ne me tisse fort, 
par soi) propre récit, de la convaincre, s'il n'était encore plus 
évident pour moi que ce récit est fantastique, venant d'une 
émancipée, d'une folle ! Ah ! madame, vous fûtes autrefois une 
bonne lille; cessez d'écrire, et vous serez encore une bonne 
femme. 

Par le style, M°^* Sand appartient à cette école descriptive qui 
dans toute littérature signale les époques de décadence. Gomme 
faiseuse de paysages, elle est la reine des artistes, sinon le roi 
des écrivains. Elle a donné, dans le genre bucolique,'de jolies 
choses, qui lui ont valu une réputation méritée, et dont le 
succès a (lu lui faire sentir en quelle médiocre estime le publie 
tient ses grandes compositions. Dans celles-ci même, il existe 
une foule de sentiments et d'idées marqués au signe de l'é- 
poque, et qu'il faut savoir gré à M"* Sand d'avoir contribué! 
répandre. L'alliage n'est pas bon ; mais il y a du bon. Ses des- 
criptions ont aussi quelque chose de lyrique qui contraste avec 
les dissections de Balzac. Mais, ainsi que le savent tous ceux qui 
se sont occupés de l *irt d'écrire, ce stjle ballonné, qu'imitent 
à l'envi nos dames de lettres, cette faconde à pleine peau qui 
rappelle la rotondité de la Vénus hottentote, n'est pas du style: 
c est article de modes ; et je ne suis que vrai eu disant qu'il 
y a plus de style dans un aphorisme d'Hippocrate, dans une 
fonnulc du droit romain, dans tel vers de Corneille, de Racine, 
de Molière, dans un proverbe de Sancho Pança, que dans tous 
les romans de M™^ sand. 

XXVI II 

Je crois inutile de multiplier davantage les exemples. 
Ce serait à redire sans cesse les mêmes choses: il me 
faudrait montrer toujours la femme, quand une ibil 



- 4t»- 

'd'«g«liU( rt il*teiini-ip4li(in a'e»! enpwte é» 
; poorchtttéc par r^lte manie eoiBine ptr un 
■vicuMt de notre i*tf, t€mUm\*nce du lion, 
t pour cUf^mtott qu'une loi d*rxaptk>n qui 
•, enln *c* |«reîllei, k» prinlé^e» poUliquai 
I da b TiriUM; ai dit «M dévtM, m ntÎFut 
I daM Ma 4(ateM ; li ail* al monib^aa;, niiii 
ivatanlfàiMU hanlnMCDoil toolMlHfîui- 
ngana; al alla fait. moDUnirardeftfehatMst, 

mil A aa lUaol un »l)lf do rabn<]a(<, iru DC 

ni U pMHifo originale de l'IioiuniL', ni l'ioitga 
•ns^ gncîcuscmrnl Kfli'cliic |ur b f«tnmo; là 
m romOD, raroaUnl srs [tni|>n.-s fiiblpsMS; d 
In d« philosopher, inrapalilc d'ctnlrauer foo- 
n nijcl, de lo creuser, de le dÀJuire, d'«n foin 
lèn; meitaot, dons iwn impuisuDM roiSlnphy- 
. aperçus en Im>uU de [ihnotf ;'$i elle m roèle da 

excitant par ks comméragei loa colirei et en- 

les haines. 

s les époques, les femmes se sont fait une place 
Llérature : c'est leur droit et c'est notre bien, je 
le le mécoD naître. Leur mission peut se' définir: 
lion de la science et de l'an par le sentiment, 
le la Justice par le juste amour , qui est la 

Qu'elles restent fidèles à ce programme : de 
succès les attendent, et la reconnaissance dat 
ne leur manquera pas. 

I Temme lilire, la femme mes»e, exprimant la 
ilion de l'idée à l'idéal, de la Justice i l'amoar, 
tnre-là n'existe pas : c'est un mythe, qui, comme 
1res fictions de la prescience humaine, doit être 
pour être vrai ; pris au sens littérnl, ce n'eat 
ime la prostituée de Babylonc, qu'un emblème 
iité et de défiradatioii . 



-430 — 



CHAPITRE III. t 

Théorie du mariage. 
XXIX 

Réduction de ramour à Tabsurde par son mouveouil 
môme et sa réalisation ; 

Réduction de la femme au néant par la démonstratiaj 
do sa triple et incurable infériorité : 

Voilà où nous a conduits jusqu'à présent Tapai] 

L'amour et la femme, deux éléments. indisipensables 

la vie, se réuniraient pour *son malheur : le premier 

serait le poison, la seconde apparaîtrait comme Vi 

de séduction qui nous verse cette coupe fatale. Dansl 

femme, nous crient les pères de TÉglise, et dans l'ai 

qu'elle inspire, se trouve le principe de toute corrupl 

et de toute discorde : elle est la croix, la contradiction el 11 

honte du genre humain. Impossible de vivre avec elle* 

de se passer d'elle : se passer d'elle! c'est pour la dignili 

virile le dernier des outrages, un crime digne de morU 

Raisonnons cependant. La cause qui nous a fait aboli' 

tir à cette conclusion désespérante ne serait-elle pas prfr 

cisémont que nous avons considéré les choses d'unt 

manière analytique et séparatiste, tandis qu'il fautif 

voir dans leur synthèse, là où seulement l'harmonie pefli 

leur conférer la rationalité? 

Ainsi, nous plaçant dans l'hypothèse chrétienne d 
platoiiiqiio de régalilo d(»s sexes, et consivléranl la fcmiW 
dans rindéi)cndaiicc de son individualité, abslradiiX 
faite des rapports d'amour, de maternité, de domesticiti 
qu'elle soutient avec l'homme, nous l'avons trouvée irra 



le, cMipn«at*c dtni ton *»iHeoct par l'inHriar 
atUK. Qm conclure île Wl San» ilunt<! qu» l'utn 
■liw, tpintuslMt«, ai]rfli<)u« ei MotiqiH! tk Vi-g 
de* leui cM tRMlatMiUc, ma» tuMi •)■(! » ngn 

a ixtint lia vuo «lu'il faul «n^iaagu la ïutnin». 
i U miiiii-ni tl« Hilon l'AodngpM cM un u»ou- 
ait la Uulc lie l'iaiua. 

li cBi-iin;, miu pl«f«al ém Mtte «otm hypolb^ 
1 io Vttmiar le tonvtnia birn, !■ droit lu pli» 
le |)riiici[H9 tntam itu luul •liiiil, maaitetalioii la 
autu ile \â Divinilt^ ; )iuù, niivaDt crile tiolion de 
ir ilau MS ooiué>pien<!«*, noui ca avoni hiralâl 
n II iM lMmif e, d ooas l'avons siinall^ comnM 
le» came* k> ptas (KiiMaBlaH do ia nimi|>lion lo- 
OoBCon riur edïiliCPPoreT que rtninur »t mauvalt 
I, me iBnUlion du d^mon, un rlTri de notre dé- 
c« wïgiiM'Ilc! Kuii: ee ktaU manquer atu r^les 

(aine Indique. Nous nmrlumns seulmicnl ijue 
tr, comme lc"it« h-* [i>!*iofi». comme toiiln Ifli 
4e l'ime, comme )■ propriété, le tretajl, etc., eit 
mi^iiede u nature ; qu'en conséquence il fait partie 
^téne plut grand que lui, dont la loi doit le >oii- 
B ei loi doaner l'équilibre. L'aincur ayant son ptïfnt 
put dam l'animalité, aon moteur dans l'Imagina- 
oeeiUe entre deux extrêmes inséparables et irréduc* 
, qui aonl les sens M l'esprit, la chair crue, si j'ose 
dire, et l'idéal. Par la contradiclion de son essence, 
ar suppose donc quelque chose qui le dépasse, une 
m haute, une puissance supérieure. 
«Hnmclui-minic, malgré toiitcsa puissance, l'homme, 
déré dans sou imlividualité, parallrait irrationnel, 
iplet, incapable de toute dignité et élévation : irions- 
pour cela nier l'homme? Autant vaudrait nier l'un!- 
Diiom seulement que l'homme fait partie essenltalte 



— 432 — 

d'une collectivité hors de laquelle il n*a plus sa raison 
d'être, chose qui n'a rien que de parfaitement conce- 
vable, et que toute philosophie s'empressera d'admettlre. 
Or, ainsi que nous le verrons bientôt, l'homme tient à h 
société par la femme, ni plus ni moins que Tenfant tient 
à sa mère par le cordon ombilical : reprenons donc, de ce 
point de vue de l'ensemble, notre examen de la femme; 
considérons de ce sommet élevé de la collectivité humaine 
les faits que nous avons recueillis, et Tordre ne tardera 
pas y apparaître. 

XXX 

•• HéeeMlté pour Im jriutlee die 0e cMuiiltacr im ■rgifi 

Au-dessus des trois règnes, de la nature, minéral, vé- 
gétal, animal, s'élève un quatrième règne, le règne de 
l'esprit libre, règne de l'idéal et du droit, en antrev 
termes, le règne de l'humanité. 

Pour que ce règne subsiste, il faut que la loi qui le 
constitue, à savoir la Justice, pénètre les âmes autrement 
que comme une simple notion, un rapport, une idée 
pure; il faut qu'elle existe dans le sujet humain à titre 
de sentiment, d'affection, de faculté, de fonction, la plus 
positive de toutes les fonctions et la plus impérieuse. 

Sans celte réalisation animique, la Justice se réduisant 
à une vue de Tcsprit ne commanderait pas à la volonté; 
ce serait une manière hypothétique de concilier les inté- 
rêts dont Tcgoïsme pourrait à l'occasion reconnaître 
Tavantagc, mais qui par elle-même ne l'obligerait point, 
et semblerait même ridicule, dès qu'elle entraînerait pour 
lui un sacrifice. 

C'est ce que nous avons affirmé dès le commencement 
de ces Études, d'accord avec les partisans de la transcen- 
dance, qui tous ont parfaitement compris que la notion 
du juste et de l'injuste ne suffit pas par elle-même pour 



— 433 — 

inculquer à Hionimc le respect de la loi, mais nous 
séparant d'eux alors qu'ils prétendent établir ce respect 
sur la considération d*une autorité extérieure et supé- 
rieure. Église ou Dieu. Tout système juridique établi sur 
uue religion, avons-nous dit, est essentiellement ruineux : 
ce n'est plus de la Justice, c'est de l'arbitraire, partant de 
l'iniquité. La Justice a son foyer dans Tâme humaine, ou elle 
n'existe nulle part; elle est de l'homme ou elle n'est rieu* 
Et concluant à la fois contre les transcendantalistes, 
contre les utilitaires et contre les immoraux, nous avons 
prouvé , tant par le raisonnement que par la pratique 
Universelle et par l'histoire, que Thomme, individuel et 
collectif, obéit à une puissance de juridiction qui est 
en lui ; que cette puissance possède une énergie et une 
efBcacité suffisante pour triompher, d'emblée ou à la 
longue, de toutes les attractions de Tégoïsme; que le pro- 
grès de la civilisation vient tout entier de là, et que Tiu- 
fhience attribuée aux cultes consiste uniquement en ce 
f|iie la religion, que nous avons vue se résoudre toujours 
€0 une symbolique de la conscience, n'est autre chose 
qu'une forme de la conscience. La religion, eu un mot. 
M le respect de l'humanité idéalisée et adorée par clle- 
iDéme sous le nom de Dieu : là est tout le mystère. 
Un doute cependant nous est resté. 
Oni» la Justice est quelque chose, puisqu'à travers tant 
de crimes et de déchéances nous en reconnaissons les 
•lets; puisque par son impulsion soutenue elle fait mar- 
cher la civilisation; puisque nous l'affirmons tous du 
fitod du cœur, que qous n'avons pas d'ironie contre elle, 
ttque le scepticisme théorique dans lequel nous restons 
A son égard nous semble si pénible, si dangereux, que 
^ous n'hésitons pas à y suppléer par un pacte d'hypo- 
Mne. Mais cette Justice, prétendue réelle, immanente, 
9iri opère en nous à la manière d'une faculté positive, . 

III 1^ 



— 434 — 

< 

quelle est-elle, et comment agit-elle? Toute fonction, 
avons-nous observé à propos du libre arbitre, suppose un 
organe : où est Torgane de la Justice ? On parle de la cod- 
seicnce; mais la conscience est un mot, le nom d*UDe 
faculté dont nous aftirmons que la Justice est le contenu, 
et qifil s*agit de montrer à cette heure dans son organe 
môme. Pourquoi la conscience ne serait-elle pas à son 
tour, comme le Dieu que nous avons récusé, une fiction, 
un symbole? Que dis-je? Pourquoi ne la prendrions-nous 
pas, avec les théologiens et tous les premiers peuples, avec 
quelques-uns de nos philosophes modernes, pour Tim- 
pression secrète de la Divinité, qui par sa grâce agit en 
nous comme si elle était nous, mais qui cependant n'est 
pas nous? Les apôtres l*ont enseigné, TËglisc le redit 
après eux, et les nouveaux éclectiques le répètent avec 
rÉglise : Dieu est immanent à nos âmes, et cette réalité de 
la Justice, cette efiicacité de la conscience que nous invo- 
quons à si juste titre, ne prouve qu'une chose, la présence 
de Dieu dans notre cœur et Tinnuédiateté de son action. 

Telle est donc Tobjection: De mémo que Hien ne se 
produit de rien. Rien ne fonctionne à Caide de rien: 
col axiome peut être ajouté aux autres, et s'appeler phiv 
ciPK irixsTUiMKXTALiTK. La vuo, l'ouïc, l'odorat, le goût, 
le loucher, ont cliacun leur organe; Tamour a le sien; 
la pensée a aussi le sien, qui est le cerveau; et dansi'c 
cerveau cliacune dos racultês de la ixMisée a son polit 
api)aivil. (louunent la Justice, faculté souveraine, n'au- 
rait-clle pas son organisme, proi>ortionné à rimportancc 
de sa fonction? 

Je Tavoue pour ma part, quelque étrange que te 
habilndcs de notre esprit nous fassent paraître cette idt'C 
d'un organisme correspondant à la Justice, comme Iccer- 
veau correspond à rintelligencc, j'aurais peine à croire a 
Ja réalité d'une loi morale et a l'obligation qu'elle im|K)Si'i 



— 43$ — 

i cette réalité ne devait avoir d'autre gage que ce mot 
rague de conscience^ par lequel nous en avons désigné la 
bnction dans une précédente Étude. C'est donc très-sé- 
ieusement, selon moi, qu'après avoir déterminé spécula- 
ivement, dans ses termes principaux, la Justice comme 
loi ou rapport, et en avoir constaté le néant dans les 
systèmes religieux, nous devons en chercher encore la 
condition physiologique ou fonctionnelle , puisque sans 
cela elle reste pour nous comme un mythe, une hypothèse 
de notre sociabilité, un commandement étranger à notre 
âme, au fond, un principe d'immoralité. N'est-ce pas, d'ail- 
leurs, sous l'impression de ce sentiment que les premiers 
civilisés d'entre les humains, en qui la Justice parlait si 
haut, parce qu'elle était toute jeune, mais aux regards des- 
quels elle ne se manifestait par aucun signe, la personni- 
fièrent en un sujet invisible qu'ils nommèrent Dieu ? Sans 
plus d'hésitation, mettons-nous donc à l'œuvre, et cher- 
chons ce que peut être en noO^ cet organe de la Justice. 

XXXI 

s. Que l'ovgAlle de la Jiuitlee efit randro^yne^ 
•a le jeonple eonjosal. 

Lorsqu'à l'occasion du libre arbitre, après avoir con- 
staté que toute fonction ou faculté suppose, à peine de 
néant, un organe, nous nous sommes demandé : Quel est 
Torgane de la liberté? nous avons répondu que c'était 
tout l'homme, et nous avons motivé notre réponse sur 
celte considération, que, la liberté embrassant dans son 
domaine la totalité des facultés, elle ne pouvait avoir 
poar organe que la totalité môme de l'organisme. D'où 
« définition que nous avons donnée de l'homme. Une 
J^té organisée. Continuons sur cet erremcnt. 

8i la liberté embrasse, dans son exercice, la totalité du 
^et humain, la Justice à son tour exige plus c\v\^ ç,^\.Vsi. 

i 
I 



— 436 — 

totalité. Elle dépasse la mesure de Vindividu (Étude U); 
elle reste boiteuse chez le solitaire et tend à s*atrophier; 
c'est le pacte de la liberté (Élude VIII), ce qui ^ppoee 
au inpins deux termes; sa notion seule, synoiiyme dVj»- 
lité ou de balance (Étude III), implique un dualisme. 

L'organe juridique se composera donc de deux pe^ 
sonnes : voilà un premier point. 

Quelles seront, l'une par rapport à l'autre, ces deul 
personnes? 

Si nous les faisons semblables et égales, ou bien, eau 
variant les aptitudes, équivalentes, ces deux personnes 
seront entre elles comme l'homme est à l'homme ou h 
femme à la femme, comme 3 est à 3, 2 à 2, comme A est 
à A. Ce seront deux essences respectivement complètes, 
par suite réciproquement indépendantes : il n'y aura pas 
d'organisme. Une association, plus ou moins précaire, 
pourra en sortir; nous n'aurons pas la dualité cherchée. 
Point d'organe juridique, partant point de Justice. 
L'homme restera sauvage, ou ne formera que des sociétés 
imparfaites, des meutes comme les chiens, des commu- 
nautés à la façon des abeilles et des fourmis. 

L'expérience confirme celte prévision. Entre individus 
de valeur égale et de prétentions pareilles, il y a natu- 
rellement antagonisme, joule, loterie, agiotage, disdorde, 
guerre ; peu de respect, peu d'aiïection, point de dévoue- 
ment. Dans ces conditions la Justice ne peut vivre, se 
développer, devenir pour l'homme une religion et une 
gloire. Réunissez au contraire un homme fait et un ado- 
lescent, un enfant et un vieillard, il y aura entre eux, 
par le contraste de l'âge et de la pensée, un commence- 
ment de respect, partant un sentiment déjà prononcé de 
justice. C'est par là que s'expliquent les amitiés platoni- 
ques, si religieusement cultivées chez les anciens, et dont 
nous avons suivi la trace jusque dans les origines du 



— 437 - 

cbrislianisme. Il faut, pour la Justice, une dualité formée 
de deux individus de qualités dissemblables et inégales, 
d'inclinations différentes, de caractères opposés, tels 
enfin que les pose la nature dans le père et Tenfant, 
mieux encore dans le couple conjugal, sous la double 
figure de l'homme et de la femme. 

La nature, en un mot, a donné pour organe à la Justice 
la dualité sexuelle, et comme nous avons pu définir l'in- 
dividu humain une Liberté organisée, de même nous pou- 
vons définir le couple conjugal une Justice organisée. 
Produire de la Justice, tel est le but supérieur de la divi- 
sion androgyne : la génération et ce qui s'ensuit ne figure 
plus ici que comme accessoire. 

Ce n'est pas tout. £omme les autres puissances, la 
Justice, selon le degré d'excitation qu'elle aura reçu, est 
susceptible de plus ou de moins; elle peut se développer 
par la culture, s'atrophier par la barbarie. Dans un sujet 
donné, elle acquerra donc d'autant plus d'intensité qtie 
son partenaire lui offrira moins de déplaisir, de laideur, 
d'incompatibilité de caractère, de prétentions rivales, de 
contradiction, et plus de sympathie, d'intérêt, d'idéal. La 
Justice (Étude 11), considérée seulement dans son exer- 
cice, et abstraction faite des conditions psychologiques de 
son développement, est la faculté que nous avons de sen- 
tir notre dignité en autrui, et réciproquement la -dignité 
d'aulrui en nous : or, cette dignité se sent d'autant mieux 
(pie l'objet qui la représente est lui-même plus agréable, 
plus plaisant. 11 ne sufBt donc pas, pour la formation de 
l'organe juridique, que les conjoints soient de tempéra- 
iQent, de force et de qualité différents, il faut eifcore qu'il 
ttiate entre eux une appétence réciproque qui les rende 
|*wi à Tautre désirables ; qu'en raison de cette appétence 
^l» soient et se trouvent beaux, superbes; il faut, en un 
: ^ pour la production de la Justice, une prémotion^ 

f . 



— 438 - 

une grâce, comme disent les théologiens ; il faut Tamoub. 
Ici la femme, dont la destinée nous a paru tout i 
riiciire si compromise, reprend l'avantage; comme Marie 
la nouvelle Èvo, elle passe du rôle douloureux au rôle 
glorieux, et devient, par sa seule apparition au milieu 
des hommes, libératrice et justicière. 

XXXII 

4. Beauté de la femme. 

• 

La femme est belle. J'ai regretté, je le confesse, de n'a- 
voir pas pour la peindre le style d'un Lamartine : r^ret 
indiscret. Assez d'autres célébreront celle que Tunivers 
adore, que renfance ne peut regarder sans extase, la 
vieillesse sans soupirer. Après ce que j'ai dit de ses 
misères, la seule chose qui me soit permise en parlait 
de SCS allégresses, c'est la simplicité, surtout le calme. 

Quand T Église nous représente la Vierge dans son 
immortalité radieuse, entourée des anges, et foulant aux 
pioils le serpent, elle fait le portrait de la femme telle 
(|uo la pose la nature dans Tinstitution du mariage. 

Elle est belle, dis-jc, belle dans toutes ses puissan- 
ces : or, la boaulé devant être chez elle tout à la fois 
l'expression de la Justice et l'attrait qui nous y porte, elle 
sera meilleure que Thomme : l'être faible et nu, que nous 
n'avons trouvé propre ni au travail du corps, ni aux 
spéculations du génie, ni aux fonctions sévères du gou- 
vernement et de la judicature, va devenir, par sa beauté, 
le moteur de toute Justice, de toute science, de toute 
industrie, de toute vertu. 

D'où vient, d'abord, la beauté à la femme? Notons 
ceci : de l'infériorité môme de sa nature. 

On peut dire que chez l'homme la beauté est passagère; 
elle n'a rien pour lui d'essentiel ; elle n'est pas dans sa 
destinée; il la traverse vite, \yom arriver au plus tôt à la 



force. L'homme à seize ans n'est pas encore homme; )a 
jeune fille, au contraire, est déjà femme, el les ann^Vs ne 
lui apporteront rien, si ce n'est ^vul-tHre de Texpérienee. 
La beauté est la vraie destination dn sexe : eVst. sa 
condition naturelle, son étal. En principe, il n'y a pas 
de femme laide; toutes jouissent, pinson moins, deeetto 
beauté indicible que le vulgaire ap|>elle branid du diable^ 
et il dépend de nous que les moins favorisiVs se rnohéteni 
toujours par quelque charme. Qm ne sent, d'nillonrB, 
que dans une société civilisée la beauté de ehniMUU^ pm- 
fite à toutes, comme si elles n'étaient toutes, i\ des poinlR 
de vue divers, que des représentantes de ee qu'il y a de 
plus divin parmi les hommes, la Ix^antéï Ce sont nos 
misères sociales, nos iniquités et nos vices qui enlnidin- 
sent, qui meurtrissent la femme. 

La nature pousse donc rapidemc^nt le sexe h la beauté; 
ce but atteint, elle l'y arrête. Tandis (\iu\ Tliomme passo 
outre, elle semble dire à la femme : Tu n'iras pas [ilns 
loin, car tu ne serais plus k;Ile. 

La vie de la femme, sf;lon le vren de la nature, est 
donc une jeunesse perpétuelle; rftfflores<:^!ne/', sitAt pas- 
sée chez l'homme, qui court à grands pas k la virilité, 
dure chez la femme autant que la fé(y>ndité, sr>uvent au 
delà. L'exemple de Diane de Poitiers, de Marie Stiinrt, 
de Ninon de Lenclos, de M"*' de Maintenon et (U\ |»ien 
d'autres, en qui l'âge semble impuissant contre la heaulé, 
nous est un signe de la mission de la t'iîmme et nn aver- 
lissonent de notre devoir. 

Les femmes veulent être toujours jeunes, t^vijouiN lietles: 
diesont le sentiment de leur destinée. 1^ Uide, iIhus jfs 
<^ndit[ons de la vie civilisée, n'e\ist.i> pas plus t\\w. la 
^e : c'est an être hors natur<\ qui appelle oo^ 
<Ni châtiment. 
U femme, transparente, lumineiiM, éâ 



— 440 — 

dans lequel rhommo s*adinire; elle lui sert de miroir, 
comme lui servent à elle-même Teau du rocher, la rosée, 
le cristal, le diamant, la perle; comme la lumière, la 
neige, les fleurs, le soleil, la lune et les étoiles. 

On la compare à tout ce qui est jeune, beau, gracieux, 
luisant, fin, délicat, doux, timide et pur : à la gazelle, à 
la colombe, au lys, à la rose, au jeune palmier, à la vigne, 
au lait, à la neige, à Talbâtre. Tout parait plus beau par 
sa présence; sans elle toute beauté s^évanouit : la nature 
est triste, les pierres précieuses sans éclat, tous nos arts, 
enfants de Tamour et de la beauté, insipides, la moitié de 
notre travail sans valeur. 

En deux mots, ce que Thomme a reçu de la nature 
en puissance, la femme Ta obtenu en beauté. Mais pre- 
nez-y garde, la puissance et la beauté sont des qualités 
incommensurables : établir entre elles une comparaison, 
en faire l'objet d'un échange, payer des produits de la 
force la possession de la beauté, c'est avilir cette der- 
nière, c'est rejeter la femme dans la servitude et rhomme 
dans riniquitc. Le beau et le juste se touchent par d'in- 
times rapports, sans doute ; mais ce sont deux catégo- 
ries à part, qui ne sauraient donner lieu, dans la société, 
à une similitude de droits, à une égalité de prérogatives. 

Constatons seulement que si, sous le rapport de la vi' 
gueur, l'homme est à la femme comme 3 est à 2, la 
femme, sous le rapport de la beauté, est aussi à rhomme 
comme 3 est à 2 ; que cet avantage ne lui est pas donné 
sans doute pour la laisser dans l'abjection , et qu'en 
attendant la loi qui doit régler les rapports des époux, la 
beauté de la femme est le premier de ses droits comme 
elle est la première de ses pensées. 

Que la jeune fille soit modeste autant que belle, je le 
veux, la modestie ajoutera à sa beauté ; mais il n'est pas 
bon qu'elle s'ignore. Aussi je blâme les pédagogues qui, 



— 441 — 

i l'exemple de M*"* Necker de Saussure, combattent et 
'épriment chez les jeunes filles la joie qu'elles éprouvent 
le leur beauté ; j'aimerais autant qu'on fit un reproche au 
ùtoyen de Torgueil que lui inspire la liberté, un crime au 
loldat de la fierté que lui donne son courage. La beauté 
le la femme n'appartient-elle pas d'ailleurs à tous ceux 
]ui lui sont unis par le sang, l'amitié ou la cité? Elle 
réjouit la famille, la vieillesse et l'enfance, et relève 
jusqu'à la disgrâce de ses compagnes que la nature in- 
^iémente a moins favorisées. 

XXXllI 

Si du corps nous passons à Tesprit et à la conscience, 
la femme, par la beauté, va se révéler avec de nouveaux 
ivantages. 

De la faiblesse relative de son entendement résulte 
chez elle une grâce juvénile, analogue à celle des enfants, 
dont nous ne pouvons nous empêcher d'adorer les jolis 
mots et les idées pleines de gentillesse. Une minaudière 
de trente ans déplaît à coup sûr; la pédante choque en- 
core plus, parce qu'elle est infidèle à sa nature, et qu'en 
affectant une gravité d'emprunt elle ment. Que la femme 
aoit aussi raisonnable que le comporte sa nature, aussi 
sérieuse que l'exige la dignité matronale, elle sera tou- 
jours assez femme; mais qu'elle n'aspire point à l'origi- 
nalité et au génie, parce qu'elle paraîtra impertinente 
6t sotte : dans cette juste mesure elle sera tout aimable, 
et, pour rhomme, d*un précieux conseil. 

La qualité de l'esprit féminin a pour effet : V de servir 
au génie de l'homme de contre-épreuve, en reflétant ses 
pensées sous un angle qui les lui fait paraître plus belles 
belles sont justes, plus absurdes si elles sont fausses; 
^ en conséquence, de nous obliger à simplifier notre 
savdr, à le condenser en des propositions simples ^ 
m th. 



'— 442 — 

faciles à saisir comme de simples faits, et dont la com- 
préhension intuitive, aplioristique, imagée, tout en met- 
tant la femme en partage de la philosophie et des spécu- 
lations de riiommc, lui en rend à lui-même la mémoire 
plus nette, la digestion plus légère. Gomme le visage de 
la femme est le miroir où Thomme puise le respect de son 
propre corps, de même rintelligence de la femme est 
aussi le miroir où il contemple son génie. Il n'est pas un 
homme, parmi les plus savants, les plus inventifs, les 
plus profonds, qui n*cprouve de ses communications 
avec les femmes une sorte de rafraîchissement : c'est par 
là, du reste, que s'accomplit la diffusion des connais- 
sances et que Tart ravit les multitudes. Les vulgarisateurs 
sont en général tles esprits féminisés ; mais rhomme 
n*aimc point à servir la gloire de l'homme, et la nature 
prévoyante a chargé la femme de ce rôle. 

Ainsi rimpression produite par la beauté de la femme 
s'accroît de celle que produit le tour de son esprit; parce 
que cet esprit a moins d'audace, de puissance analytique, 
déductive et synthétique, qu'il est plus intuitif, plus con- 
cret, plus beau, il semble à l'homme, et il l'est en effet, 
plus circonspect, plus prudent, plus réservé, plus sage, 
plus égal: c'est la Minerve protectrice d'Achille et d'U- 
lysse, qui apaise la fougue de l'un et fait honte à l'autre 
de ses paradoxes et de ses roueries ; c'est la Vierge que 
la litanie chrétienne appelle Siège de sapience, Sedes «fl- 
pientiœ. 

Or, remarquez encore que cet avantage de la femme 
ne peut pas être porté en balance du génie de l'homme, 
faire la base d'une mutualité de services , devenir la 
matière et la cause d'un droit positif, en un mot créer à 
la femme un titre à l'égalité. Qui peut le plus peut U 
moins, dirait l'homme; et pas plus pour l'intelligence que 
pour lo travail, la force ne consentirait à une participation 



— 445 - 

par la pudeur que la femme est souveraine : parlez donc 
de porter cette vertu-là à son actif!... J'ai dit qu'en 
principe il n'y avait pas de femme laide; j'ajoute qu'il 
n'y a pas non plus de femme impure. L'impure est hors 
de son sexe , hors de l'humanité : c*est une femelle 
de singe, de chien ou de porc, métamorphosée en 
femme. Mais essayez de prendre la pudeur de la femme 
pour base d'un droit réel; de lui faire de cette chas- 
teté qui l'élève si haut, de cet esprit de tolérance, 
de patience et de résignation qu'elle a reçu en par- 
tage, une sorte de spécialité économique et de fonction 
sociale : au lieu d'honorer la femme, vous l'avilissez; 
vous pensez l'affranchir, et vous la rejetez dans Top- 
probre. 

Ainsi l'on peut bien dire qu'entre l'homme et la 
femme il existe une certaine équivalence provenant de 
la comparaison de leurs natures respectives, au double 
point de vue de la force et de la beauté : si par le 
travail, le génie et la Justice, l'homme est à la femme 
comme 27 est à 8, la femme, à son tour, par 4es grâces 
de la figure et de l'esprit, par l'aménité du caractère 
et la tendresse du cœur, est à l'homme comme 27 à 8. 
Mais, quoi qu'en aient dit les économistes, aucun con- 
trat de vente, d'échange ou de prêt, n'est ici pos- 
sible : les qualités de l'homme et de la femme sont 
des valeurs incommutables; les apprécier les unes par 
ks autres, c'est les réduire également à rien. Or, 
comme toute question de prépondérance dans le gou- 
vernement de la vie humaine ressortit soit de Tordre 
^nomique, soit de Tordre philosophique ou juridique, 
il est évident que la suprématie de la beauté, même 
fit intellectuelle et morale, ne peut créer une compensa- 
^1 Non î la femme, dont la condition reste ainsi fatale- 
ment subordonnée. 



— 444 — 

à rarithmétique : certaines opérations divisionneUes ne 
peuvent donner un résultat exact; de même dans la Jus- 
tice, soit dtstributive, soit commutaiive, soii pénale oa 
satisfactoire, il est presque impossible que Tapplicatioa 
du droit ne laisse à redire; il y a toujours de quelque cAté 
une inégalité, partant une perte : d'où ce grand principe 
de philosophie pratique, point de Justice sans tolérance. 
Or, c'est à l'exercice de la tolérance que la femme ei- 
celle. Par la sensibilité de son cœur, par la délicatesse 
de ses impressions, par la tendresse de son âme, par son 
amour, enOn, elle arrondit les angles tranchants de h 
Justice, détruit ses aspérités, et d'une divinité de te^ 
reur fait une divinité de miséricorde. La Justice, mère 
de Paix, ne serait pour l'humanité qu'une cause de dés- 
union , sans ce tempérament qu'elle reçoit surtout de 
la femme. 

Pureté de la vie : — Nous avons dit ce qu'est la femme 
à l'état de nature; et les récits des voyageurs, les immofl- \ 
dices de la civilisation, les aventures de nos émancipées, 
ne montrent que trop jusqu'à quel degré d'impudicité 
elle peut descendre. C'est dans l'homme qu'est le prin- 
cipe de la pudeur. Mais, vraiment, est-ce pour lui que 
cette vertu lui a élé donnée comme en dépôt? Est-ce 
qu'elle peut lui compter ? est-ce qu'elle lui sied seule- 
ment?... L'homme est ainsi fait qu'il rougit de rougir, et 
que sa plus grande honte, même au sein du crime, est 
encore d'avoir honte. Un vrai visage viril ne rougit pas 
plus qu'il ne pleure : je puis reconnaître un tort, le re- 
gretter, le réparer; mais je me refuse à la honte, et qui- 
conque m'y expose allume en mon cœur une soif inextin- 
guible de vengeance. La femme seule sait être pudique, 
parce qu'elle est faible; mais, par cette pudeur qui est 
sa prérogative la plus précieuse, elle triomphe des em- 
portements de l'homme et ravit son cœur. C'est surtout 



— 445 — 

par la pudeur que la femme est souveraine : parlez donc 
de porter cette vertu-là à son actif !.^. J'ai dit qu'en 
principe il n*y avait pas de femme laide; j'ajoute qu'il 
n'y a pas non plus de femme impure. L'impure est hors 
de son sexe , hors de l'humanité : c'est une femelle 
de singe, de chien ou de porc, métamorphosée en 
femme. Mais essayez de prendre la pudeur de la femme 
pour base d'un droit réel; de lui faire de cette chas- 
teté qui l'élève si haut, de cet esprit de tolérance, 
de patience et de résignation qu'elle a reçu en par- 
tage, une sorte de spécialité économique et de fonction 
sociale : au lieu d'honorer la femme, vous l'avilissez; 
vous pensez l'adranchir, et vous la rejetez dans Fop- 
probre. 

Ainsi Ton peut bien dire qu'entre l'homme et la 
femme il existe une certaine équivalence provenant de 
la comparaison de leurs natures respectives, au double 
point de vue de la force et de la beauté : si par le 
travail, le génie et la Justice, l'homme est à la femme 
comme 27 est à 8, la femme, à son tour, par 4es grâces 
de la figure et de l'esprit, par l'aménité du caractère 
et la tendresse du cœur, est à l'homme comme 27 à 8. 
Mais, quoi qu'en aient dit les économistes, aucun con- 
trat de vente, d'échange ou de prêt, n'est ici pos- 
sible : les qualités de l'homme et de la femme sont 
des valeurs incommutables; les apprécier les unes par 
les autres, c'est les réduire également à rien. Or, 
comme toute question de prépondérance dans le gou- 
vernement de la vie humaine ressortit soit de l'ordre 
économique, soit de l'ordre philosophique ou juridique, 
il est évident que la suprématie de la beauté, même 
intellectuelle et morale, ne peut créer une compensa- 
tion £ la femme, dont la condition reste ainsi fatale- 
ment subordonnée. 



— 446 — 
XXXV 

tt. BMitliiatloii de la feaiBie, 

Le problème parait donc insoluble : Qui rachèterai! 
femme, si elle ne se peut racheter par l'idéal? Et si la 
femme n*est rachetée, si elle doit rester serve, que de* 
vient l'homme et la société? Le pacte conjugal déclaré 
impossible, la Justice reste sans organe ; elle retombe à 
rétat de simple notion; toute moralité, toute liberté 
expire : la création est absurde. Femme, tu ne peux être 
ni mon associée ni mon épouse, et je ne te veux pas pour 
courtisane. Eh bien ! malédiction sur la nature, et que 
le monde finisse : je t'écrase... 

Encore un effort, et la vérité nous apparaîtra peut- 
être. Ce problème désespéré ne serait-il pas résolu préci- 
sément par ce que nous venons de dire, et dont le lan- 
gage humaih, forcément analytique, nous déguise le 
sens? Condensons nos idées, et tâchons d'en dégager la 
formule. 

La poésie primitive eut pour caractère particulier de 
personnifier les facultés humaines ; ce fut l'origine de la 
mythologie : 

Minerve est la sagesse, et Vénus la beauté. 
Ce n'est plus la vapeur qui forme le tonnerre ; 
C'est Jupiter armé pour effrayer la terre... 

Or, ce que la poésie rêve, la nature le réalise : qu'est-ce 
que la femme? 

La femme est la conscience de l'homme personnifiée. 
C'est rincarnation de sa jeunesse, de sa raison et de sa 
Justice, de ce qu'il y a en lui de plus pur, de plus intime, 
de plus sublime, et dont l'image vivante, parlante et 
agissante lui est offerte, pour le reconforter, le conseil- 
ler, l'aimer sans fin et sans mesure. Elle naquit de ce 
triple rayon qui, partant du visage, du cerveau et du 



— 447 — 

îœur de l'homme, et devenant corps, esprit et conscience, 
produisit, comme idéal de Thumanité, la derrière et la 
)lus parfaite des créatures. 

Et pourquoi, encore une fois, cette création poétique, 
lans laquelle la nature semble avoir agi plutôt en artiste 
ju'en économe? Pourquoi fallait-il que Thomme eût sans 
^sse devant ses yeux, tout auprès de son cœur, cette 
idole de lui-même, et comme son âme en personne? 

Je Tai dit tout à l'heure, en faisant l'analyse des qua- 
lités de la femme; mais il est bon que je le redise. 

La femme a été donnée à l'homme pour lui servir 
d'auxiliaire : Faciamus et adjutorium simile sibiy dit la 
Genèse. Non que la femme doive aider l'homme à gagner 
son pain : c^est le contraire qui aura lieu. La capacité 
productrice de la- femme n^est pas le tiers de celle de 
l'homme (8 à 27); le revenu de la communauté étant re- 
présenté par 35, la dépense de la femme sera au moins 
17.5, et dès qu'il y aura des enfants, 20, 25, 30. Plus la 
société se civilise, plus la dépense relative de la femme 
augmente: au fond, l'homme, content de réparer et en- 
tretenir sa machine, ne travaille que pour sa femme et 
ses enfants. 

La femme est un auxiliaire pour l'homme, parce qu'en 
^ui montrant l'idéalité de son être elle devient pour lui 
^D principe d'animation, une grâce de force, de pru- 
dence, de justice, de patience, de courage, de sainteté, 
<l'espérance, de consolation, sans laquelle il serait inca- 
pable de soutenir le fardeau de la vie, de garder sa di- 
gnité, de remplir sa destinée, de se supporter lui-même. 

La première femme, mère d'amour, fut nommée Héva, 
!oé. Vie, selon la Genèse, parce que la femme est la vie 
le l'humanité, plus vivante que l'homme en toutes ses 
lanifestatipns. ka seconde femme a été dite Eucharis, 
leine de grâces, graiiâ plena^ fille d'Anna (la gracieuse) ; 



— 448 — 

celle-ci est l'auxiliaire, l'épouse.... Les descriptions poé- 
tiques, passionnées et amoureuses, ne vont point à ma 
plume : qu'on me permette de m'en tenir à la symbolique 
chrétienne, qui est après tout ce que je connais de mieux 
sur cette question délicate. 

La femme est l'auxiliaire de l'homme, d'abord dans 
le travail, par ses soins, sa douce société, sa charité vigi- 
lante. C'est elle qui essuie son front inondé de sueur, 
qui repose sur ses genoux sa tête fatiguée, qui apaise la 
fièvre de son sang et verse le baume sur ses blessures. 
Auxilium christianorum^ Salus infirmorum. Elle est sa 
sœur de charité. Oh ! qu'elle le regarde seulement, qu'elle 
assaisonne de sa tendresse le pain qu'elle lui apporte : il 
sera fort comme deux, il travaillera pour quatre. Il ne 
souffrira pas qu'elle se déchire à ces ronces, qu'elle se 
souille dans cette boue, qu'elle s'essouffle, qu'elle sue. 
Honte et malheur à lui, s^il faisait labourer sa femme! 
Plus savante que les philosophes, la nature n'a pas formé 
le couple travailleur de deux êtres égaux; elle a prévu 
qu'une paire de compagnons ne feraient rien, ils s'amuse- 
raient. Si peu que sa femme l'appuie, le travailleur vaut 
comme deux : c'est un fait dont chacun peut se con- 
vaincre, que, de toutes les combinaisons d'atelier, celle 
qui donne la plus grande somme de travail proportion- 
nellement aux frais est le ménage. 

Auxiliaire du côté de l'esprit, par sa réserve, sa sim- 
plicité, sa prudence, par la vivacité et le charme de ses 
intuitions. La femme n'a que faire de penser elle-même: 
se ligure-t-on une savante cherchant dans le ciel les pla- 
nètes perdues, calculant l'âge des montagnes, discutant 
des points de droit et de procédure? La nature, qui ne 
crée pas de doubles emplois, a donné un autre rôle à la 
femme : c'est par elle, c'est par la grâce de sa divine pa- 
role, que l'homme donne la vie et la réalité à ses idées 



— 4» — 

t les nmwnnl Mot oetM de l'abilrtil au mncral ; c'eut 
mt le OflBor de la fommo qu'il dépoM le lecrei de set 
lansetdeMt déoouYertet, jusqu'au jour oii il pourra les 
roduire dans leur puÎMance et leur éclat. Elle est le 
ésor de sa ngesse, le sceau de son génie : Mater divinm 
nafte, Sidei mpieniiœ^ Va$spiritmaie^ Virgo pntden'^ 

Amiliaire du côté de la Justice» elle est l'ange de pa- 
Boee, de résignation, de tolérance» Virgoelemmê^ Yirgo 
tetiê; la gardienne de sa foi» le miroir de sa conscience» 

■ourca de ses dévouements : Faderis arta^ Speemium 
MiUùft VmM insigne ietdUmi». L'homme de la part de 
iKMnme ne supporte ni critique ni censure; l'amitié 
éaift est impuissante à vaincre son obstination. Bien 
loîna encore souffrira-t-il dommage et injure : seule la 
mme sait le faire revenir et le dispose au pardon* 

Contre l'amour même et ses entraînements la femme» 
liose merveilleuse» est pour Thommc l'unique remette» 
Mt par la honte qu'ellf lui inspire lorsqu\*lli* se refuse, 
lit qu'elle le fasse ropcntir <l«* son in<lis<*n*tion en se 
vrant et s'enlaidissant. la litanie ro«lniil>le ici d*insis- 
uiœ : Maier puhssima^ Mat^r rastissima. Mater invio- 
i/a» Mater intemerata^ Yirgo prœdiranda. 

De quelque côté qu'il la regarde, ellt* est la fortcnssp 
e sa conscience, la splendeur do s^iii âme» le |)nnci|M* de 
I félicité» rétoile de sa vie, la fleur do son <>trc : Turn's 
himea, Domu* aurea, Janua cœli^ Steiia matutina^ 
tom mysiica. Quelh* puissance dans s<*s re;::ir<ls! Virgo 
oiens. Qu'elle cs\ délicieuse, appuyt^e sur le bras i\r son 
ancé! Quœ est ista quœ ascendit de de&rrto^ d^iiciis 
ffluenâ^ innixa super dîlectum suumï i^uAlo (*sl impo- 
inte dans sa dcmarciie, et radieuse! Kt coninx; il (*st ému 
uprès d'elle ! Quasi aurora consurg^ns, puichra ut luria, 
^teta «1 so/» terribilis ut castrorum acies ordinatal Que 



_ 450 — 

lui fait réloge de ses pareils? La femme seule peut lin 
norcr et le réjouir : Vas honorabile^ Causa nostrœ lœtUk 
Seule elle peut lui dire : Je te récompenserai au delà ( 
tes mérites ; Ego ero tnerces tua magna nimis. Yainci 
coupable, c'est encore dans le sein de la femme qu'il troir 
la consolation et le pardon ; elle seule peut lui tenir comp 
de rintention et du bon vouloir , découvrir dans ses pa 
sions des motifs d'excuse , chose que néglige la Justii 
des hommes: Refugium peccaiorum^ ConsolçLirix affiid 
rum. Elle seule enfin, dans la persécution, la vengeani 
et la haine, sollicitera pour lui sans abaisser sa fiert 
fera valoir son repentir, et ses douleurs, et sa constance 
Regina mariyrum, Regina confessorum... Jamais je n'i 
pu entendre chanter ces litanies sans un frisson de v( 
lupté, et je regarde comme un bonheur que la jeunesa 
qui d'ailleurs ne s'en soucie guère, n'y comprenne rien 
à pia! O benigna ! O regina ! C'est à devenir fou d'amour 
et l'amour, même inspiré par la religion , même sanc 
tionné par la Justice, je ne l'aime pas. 

Vous le voyez. Monseigneur, c'est le christianisme, c'eî 
rÉglise, c'est vous-mcnie, qui, sans le savoir, m'allezfoui 
nir la théorie du mariage : acceptez-en l'hommage, et puiss 
la femme devenir la médiatrice de notre réconciliation ! 

XXXVl 

0. Vormalion do pacte eonjogal t premier degré 

de Juridiction, 

L'homme et la femme se sont vus : ils s'aiment. L'idé: 
les exalte et les enivre, leurs cœurs battent à l'unissoi 
la Justice vient de naître dans leur commune conscienc 
Toute la création, qui de la mousse au mammifère a pr 
paré, par la distinction des sexes, l'inefTable mystèr 
applaudit au mariage. 

Rendons-nous compte de ce pacte, le premier de cei 



— 451 — 

ue rhomme aura à former, sans lequel les autres se- 
aient comme de plein droit résiliés, et qui n'aura jamais 
(m pareil. 

Quel est ici l'apport des parties? en autres termes, 
pi'est-ce qui fait la matière du contrat? Ce ne sont pas 
es services ; de l'homme à la femme l'échange de ser- 
rices se conçoit sans doute et peut exister; de là le con- 
trat de domesticité. Mais la servante n*est pas l'épouse, 
ceci n'a pas besoin de discussion. Le concubinat même 
et la maternité, joints au service du ménage, ne suffi- 
raient pas à faire passer la femme du rang de domes- 
tique à celui de matrone : tout cela peut se liquider en 
argent, tandis que les honoraires de l'épouse ne peuvent 
s'estimer ni en marchandise ni en espèces. Ce n'est pas, 
eofin, le plaisir non plus, qui faift l'objet du mariage : 
&OUS l'avons prouvé à satiété par l'analyse de l'amour et 
de ses œuvres. 

Le mariage est l'union de deux éléments hétérogènes, 
la puissance et la grâce : le premier, représenté par 
l*horame, producteur, inventeur, savant, guerrier, ad- 
'iiinistrateur, magistrat; le second, représenté par la 
femme, dont la seule chose qu'on puisse dire est qu'elle 
^t, par nature et destination, l'idéalité réalisée, vivante, 
iç tout ce dont l'homme possède en lui, à un degré su- 
périeur, la faculté, dans les trois ordres du travail, du 
Savoir et du droit, Voilà pourquoi la femme veut Thomme 
Tort, vaillant, ingénieux : elle le méconnaît, s'il n'est que 
gentil et mignon ; pourquoi lui, de son côté, la veut belle, 
gracieuse, bien disante, discrète et chaste. 

Quelle étinpelle va jaillir de ce couple? 

C'est un principe fondamental en théologie, principe 
{ue nous avons fait nôtre par la manière dont nous avons 
•endu compte du progrès, ou pour mieux dire de l'origine 
lu péché, que l'homme ne fait rien sans le secours de la 



_ 450 — 

lui fait réloge de ses pareils? La femme seule peatl^ho- 
norcr et le réjouir : Vas honorabile^ Causa nostrœ lœtUûB, 
Seule elle peut lui dire : Je te récompenserai au delà d( 
tes mérites ; Ego ero merces tua magna nimis. Vaincu 
coupable, c^est encore dans le sein de la femme qu'il trouv 
la consolation et le pardon ; elle seule peut lui tenir compt 
de rintention et du bon vouloir , découvrir dans ses pas 
sions des motifs d'excuse , chose que néglige la Juslic 
des hommes: Refugium peccatorum, Consolftirix affiici 
rum. Elle seule enfin, dans la persécution, la vengeanc 
et la haine, sollicitera pour lui sans abaisser sa fieirt 
fera valoir son repentir, et ses douleurs, et sa constance 
Regina mariyrum^ Regina confessorum... Jamais je n' 
pu entendre chanter ces litanies sans un frisson de v« 
lupté, et je regarde comme un bonheur que la jeuness 
qui d'ailleurs ne s'en soucie guère, n'y comprenne riei 
Opia! benigna! regina ! C'est à devenir fou d'amoui 
et l'amour, même inspiré par la religion , même sani 
tienne par la Justice, je ne l'aime pas. 

Vous le voyez, Monseigneur, c'est le christianisme, c'e 
rÉglise, c'est vous-même, qui, sans le savoir, m'allez fou 
nir la théorie du mariage : acceptez-en rhommage,et puisi 
la femme devenir la médiatrice de notre réconciliation ! 

XXXVI 

0. Vormatlon do p«eto eonjogal t premier degré 

de Juridiction, 

L'homme et la femme se sont vus : ils s'aiment. L'idé 
les exalte et les enivre, leurs cœurs battent à Tunissoi 
la Justice vient de naître dans leur commune conscienc 
Toute la création, qui de la mousse au mammifère a pr 
paré, par la distinction des sexes, l'ineffable mystèr 
applaudit au mariage. 

Rendons-nous compte de ce pacte, le premier de cei 



— 453 — 

nerveilles. Coniment s'accomplit cette justification ]f Par 
'impulsion de l'idéal , ce que les théologiens nomment 
3[râce, les poètes amour. Voilà toute la théorie. L'âge des 
amours est Tépoqiie de l'explosion du sentiment juridi- 
que. Sans doute, la beauté de la femme s'efface avec l'âge; 
l*homme lui-même peu à peu obéit à d'autres influences ; 
mais une fois trempé pour la Justice il ne rétrograde 
plus; et c'est un fait que la corruption des sociétés ne 
commence pas par les générations qui ont aimé , elle 
commence par celles qui n'ont pas aimé encore, ou qui 
ont remplacé Tamour par la volupté. Otez à la jeunesse 
la pudeur et .l'amour, donnez-lui en échangera iuxqre; 
elle perdra bientôt jusqu'au sens moral : ce sera une race 
Touée à la servitude et à l'infamie. 

Cependant, rapprochés par la grâce, la poésie et l'a- 
mour, l'homme et la femme n'en restent pas moins 
soumis aux conditions économiques de l'existence : il 
but travailler, pourvoir, se diriger à travers les diffi- 
cnltés de la vie. Comment vont se régler les conditions de 
leur alliance, puisqu'en définitive il n'y a pas seulement 
entre eux pacte d'amour, mais constitution de droit ? 

L'homme et la femme s'épousent sous la promesse et 
la loi d'un dévouement réciproque absolu. L'époux se 
doit tout entier à son^épouse ^ l'épouse se doit tout entière 
à son époux. Et telle est la nature de cette réciprocité 
qu'elle n'a pas pour objet un avantage positif, matériel, 
comme l'exige la loi de toute société civile ou commer- 
ciale : dans le mariage, les avantages matériels ne sont 
qu'un accessoire, je dirais^ presque un accident, dont le 
partage est loin de pouvoir être regardé par les époux 
comme une compensation de ce qu'ils se donnent. Pour 
prix des travaux, des combats, des meurtrissures, que 
l'honneur de la communauté et la gloire de sa femme lui 
oommandent, l'homme recueillera, quoi? un sourire; la 



— 452 — 

grâce, en langue philosophique, sans idéal ; que sans ce 
excitation puissante, il ne devient ni laborieux, ni inl 
ligent, ni digne; il croupit dans la fainéantise, Timl 
cillité et l'abjection. La grâce, ou l'idéal, est Valim 
dont se nourrit le courage de l'homme , qui déveloj 
son génie , fortiûe sa conscience. Par cette grâce di^ 
il connaît la honte et le remords ; il se rend industriel 
philosophe, poète; il devient un héros et un juste ju 
il sort de l'animalité et s'élève au sublime. 

Telle est donc la série d'idées qui a décidé la ci 
tion de la femme et fixé son rôle : 

Sans une faculté positive et prédominante de Just 
point de société ; sans un sentitnent profond de la dig 
personnelle, point de Justice; sans idéal, point de 
gnité; sans la femme et l'amour qu'elle inspire, p 
d'idéal : pour mieux dire, l'idéal reste impuissant 
grâce est inefficace , elle avorte. Nous avons vu ce 
serait la femme sans ce trésor de sentiments et d'i 
que la puissance virile verse en son cœur, et qu( 
seule peine est d'idéaliser; l'homme à son tour, sar 
grâce féminine, ne serait pas sorti de la brutalité 
premier âge : il violerait sa femelle, étoufferait ses pe 
ferait la chasse à ses pareils pour les dévorer. 

Il suit de là que l'union de l'hoipme et de la feu 
ne constitue pas un pacte synallagmatique , un 
pacte supposant les contractants ou échangistes res| 
tivement complets dans leur être et relativement é 
valents ou égaux : ils forment, au moral comme 
physique, un tout organique , dont les parties sont c 
plémentaires l'une de l'autre ; c'est une personne c 
posée de deux personnes, une âme douée de deux io 
ligences et de deux volontés. Et cet organisme a [ 
but de rendre possible la justification de l'huma 
l>ar elle-même, c'est-à-dire la civilisation et toutes 



— 455 — 

individuels, mais dont on ne manquera pas de dire qu'il 
est encore, pour l'immense majorité des sujets de l'un et 
de l'autre sexe, une utopie. Ceci nous conduit à une nou- 
velle face de la question. 

XXXVII 

V. lA famille s denxlènie degré de JvHdletloii* 

Si, dit-on, l'hyménée, de même que l'amour, est un pur 
idéal ; si la théorie, par sa sublimité même, reste inappli- 
cable, ou du moins inappliquée dans la pratique quoti- 
dienne, ne serait-il pas plus simple, plus sûr, plus moral 
même, de laisser le vulgaire grossier à la liberté des 
unicms naturelles ? Qu'il est rare que l'amour, tel que le 
rêvent le jeune homme et la jeune fille, préside au ma- 
riage! Et que de vices, que de déceptions déshonorent 
cette union réputée sainte ! Du côté masculin, quelle bru- 
talité, quelle paresse égoïste, quelle lâche tyrannie, que 
de crapule! Dans la femme, que de légèreté, de folie, et 
parfois que d'insolence! que d'ineptie et de bavardage! 
quelle molle3se, quelle ordure sous sa vaine coquetterie ! 
Qu'attendre donc, pour le mariage, de pareils sujets? 
Qu'espérer, pour le progrès de la Justice et des mœurs, 
de couples si misérables? 

L'objection est vieille; c'est la même qui jadis suggéra 
îidée de réserver à l'aristocratie le privilège du sacre- 
ment, pendant que la vile multitude était reléguée, avec 
les esclaves, dans la prostitution et le concubinat. 

Ceux qui, n'osant dénigrer l'institution, en allèguent 
les risques et accusent d'indignité matrimoniale la multi- 
tude des époux, oublient que le mariage, nécessaire d'ail- 
leurs à la société, indispensable aux enfants, est fait sur- 
tout pour ces âmes brutes que l'on en voudrait écarter. 
C'est ainsi que s'est faite la première civilisation : elle a 
débuté pai* Tabolifion de la promiscuité et de Tamour 



— 456 — 

passager ; et ce laible idéal, que présentent chez des na- 
tures sauvages Tamour et la (cmme, s'est trouvé subite- 
ment consolidé cl accru par le mariage. 

Si quol(]uc chose peut, en eflet, ranimer l'amour as- 
souvi, rclt^vor la femme qui s* est donnée, recréer celte 
idéalité toujours prctc à périr dans la possession, c'est la 
l>ensée, inhérente au sacrement, et qui s'empare de la con- 
science des époux, qu'entre eux il existe autre chose qœ 
de l'amour, quelque chose qui dépasse autant l'amoar 
que celui-ci dépasse le rut des animaux. Ce quelque 
chose nous le connaissons : c'est le culte que l'homme 
et la femme se rendent l'un à l'autre, culte qui, chei le 
premier, s'adresse à la grâce, à la pudeur et à la beauté» 
chez la seconde, à la puissance. 

En deux mots, la même personne, homme ou femme, 
paraîtra toujours meilleure et plus belle à celle qui l'aime 
dans le mariage que hors le mariage : je plaindrais celui 
qui, après avoir lu tout ce qui précède, en demanderait 
encore la raison. 

Xc mariage est si bien la loi de Thumanité, à tous les 
degrés de civilisation et dans toutes les conditions so- 
ciales, qu'à peine unis dans la Justice, les époux, si ba^ 
bares fussent- ils du reste, se trouvent capables de donner 
rinitiation juridique à d'autres êtres et de s'élever encore 
par celte initiation : c'est ce qu'a prévu la nature, et l'ex- 
périence prouve tous les jours qu'elle ne s'est pas trompée. 

L'humanité est soumise à la loi du renouvellement. A 
cette œuvre d(î reproduction les deux sexes concourent, 
l'homme en fournissant le germe, la femme en donnant 
à Tembryon le premier accroissement. Pourquoi ce par- 
tage? pourquoi la femme a-t-ellc été chargée plutôt que 
l'homme des fonctions de la maternité? 

La physiologie en indique une première cause : le soin 
de la tendre enfance convient mieux au plus tendre, au 



— 457 — 

plus sensible et au plus compatissant des conjoints. L*é- 
cononiie domestique fournit un nouveau motif: Thomme 
devant produire pour toute la famille, il importait de lui 
laisser Tentière liberté de ses mouvements. Mais la théorie 
du mariage nous donne la raison supérieure, savoir : Tédu- 
cation des enfants. 

Le nouvel individu ne peut pas rester dans une immo- 
ralité animique jusqu'à Tépoque où il recevra par Tamour 
la révélation de la Justice : Tordre de la famille, la dignité 
de l'enfance, exigent que cette jeune conscience sorte de 
l'inertie par une initiation préparatoire. Or, cette pre- 
mière initiation du droit et du devoir, c'est la mère qui, 
sous la sanction paternelle, la donne. 

Ce que la femme, le sexe gracieux, reçoit par le 
mariage du sexe fort et qu'elle idéalise, à mesure, 
elle l'enseigne à son enfant; elle devient à son tour, 
par l'amour maternel, éducatrice du nouvel homme; 
le père, par son autorité, apparaît comme garant et 
gardien. 

Otez le mariage, la mère reste avec sa tendresse, mais 
aans autorité, sans droit. D'elle à son fils, il n'y a plus do 
Justice; il y a bâtardise^ un premier pas en arrière, un 
t*^tour à l'immoralité. 

Tel est donc, selon l'ordre de la nature, le développe- 
tuent organique de la Justice. L'appareil juridique existe^ 
il fonctionne, mais son action ne dépasse pas la limite 
des époux, qui est celle de l'idéal. Par la génération, l'idée 
du droit prend un premier accroissement : d'abord, dans 
le cœur du père. La paternité est le moment décisif de la 
Tie morale. C'est alors que l'homme s'assure dans sa 
dignité, conçoit la Justice comme son vrai bien, comme 
sa gloire, le monument de son existence, l'iioritage le 
plus précieux qu'il puisse laisser à ses enfants. Son nom, 
UD nom sans tache, à faire passer comme un titre de no- 
III AS 



— 456 — 

passager; et ce l'aible idéal, que présentent chez desoi- 
turcs sauvages l'amour et la femme, s'est trouvé subite- 
ment consolidé el accru par le mariage. 

Si quelque chose peut, en efTet, ranimer rameur as- 
souvi, reUîver la femme qui s'est donnée, recréer cette 
idéalité toujours prête à périr dans la possession, c'est la 
pensée, inhérente au sacrement, et qui s'empare de la cod< 
science des époux, qu'entre eux il existe autre chose que 
de l'amour, quelque chose qui dépasse autant l'amour 
que celui-ci dépasse le rut des animaux. Ce quelque 
chose nous le connaissons : c'est le culte que l'homine 
et la femme se rendent l'un à l'autre, culte qui, chez le 
premier, s'adresse à la grâce, à la pudeur et à la beauté, 
chez la seconde, à la puissance. 

En deux mots, la même personne, homme ou femme, 
paraîtra toujours meilleure et plus belle à celle qui l'aime 
dans le mariage que hors le mariage : je plaindrais celui 
qui, après avoir lu tout ce qui précède, en demanderait 
encore la raison. 

Xe mariage est si bien la loi de l'humanité, à tous les 
degrés de civilisation et dans toutes les conditions so- 
ciales, qu'à peine unis dans la Justice, .les époux, si bar- 
bares fussent- ils du reste, se trouvent capables de donner 
rinitiation juridique à d'autres êtres et de s'élever encore 
par cette initiation : c'est ce qu'a prévu la nature, et l'ex- 
périence prouve tous les jours qu'elle ne s'est pas trompée. 

L'humanité est soumise à la loi du renouvellement. A 
cette œuvre dci reproduction les deux sexes concourent, 
l'homme en fournissant le germe, la femme en donnant 
à l'embryon le premier accroissement. Pourquoi ce par- 
tage? pourquoi la femme a-t-elle été chargée plutôt que 
rhomme des fonctions de la maternité? 

La physiologie en indique une première cause : le soin 
de la tendre enfance convient mieux au plus tendre, au 



M Moiible ei au plus oompaUwaiii des conjoinU. L'é- 
oomîe domestique fournil un nouvetu motif: rhomme 
itant produire pour toute la famille, il importait do lui 
■aer Tenlière liberté de ses mouvements. Hais la théorie 
iBiariage nous donne la raison supérieure, savoir: Tédu- 
lion des enfants. 

Le nouvel individu ne peut pas rester dans une immo- 
lilé animique jusqu'à Tépoque où il recevra par l'amour 
lévélatîon de la Justice : l'ordre de la famille, la dignilé 
t Feolance, exigent que cetle jeune conscience sorte de 
Mrtâe par une initiation préparatoire. Or, celle |ir^ 
lira initiation du droit et du devoir, c'est la mère qui, 
■s la sanction paternelle, la donne. 
Ce que la fomme, le sexe gracieux, reçoit par le 
lariage du sexe fort et qu'elle idéalise à mesure, 
la l'enseigne à son enfant; elle devient à son lour, 
V Famour maternel, éducatricc du nouvel homme; 
i père, par son autorité, apparaît comme garant et 
irdien. 

Otex le mariage, la mère reste avc*c sa tenJn*sse, maii> 
us autorité, sans droit. I)*elle à son fils, il n*y a plus do 
lilice; il y a bàtardUe^ un premier |>as en arrière, un 
elour à rinimoralité. 

Tel est donc, selon Tordre du la nature, le dévclop|>c- 
lent organique de la Justice. L'appareil juridique existe, 
I timctionne, mais son action ne dépasse |ias la limite 
ittépoux, qui est celle de Tidéal. Par la génération, ridtw 
In droit prend un premier accroissement : d*akNM*d, dans 
eeœur du père. La paternité est le moment décisif de la 
ie morale. Cest alors qne riionnne s*a<sun' ijans sa 
lignite, con<;oit la Justice comme son vrai hieu, connue 
a gloire, le monument de son existence, l'Iniita^e le 
^us précieux qu*il puisse laisser à ses enl.int.^. S4>n nom, 
uo nom sans tache, à faire |>aâscr connue un titre de no- 
III '.vi 



— 458 — 

blesse à la postérité, tel est désormais la pensée qui rem- 
plit rame du père de famille. 

11 y a dans Tamour un moment d'enthousiasme que ne 
connaissent ni le sensualiste voluptueux, ni l'amant pla- 
tonique, c'est quand, après les premiers jours de bonheur, 
rhonnne est saisi tout à coup, au sein des joies conja- 
gales, de l'idée de paternité. Relisez dans Milton la prière 
d'Adam appelant la bénédiction du ciel sur son premier 
engendré : les sens, l'idéal, l'amour, tout a disparu; il 
n'est resté que la Charité et la Conscience, déesses des 
unions saintes et des conceptions immaculées. Toutes les 
nations ont consacré cette fête sublime de la paternité 
par une institution qu'une Justice plus rigoureuse a dû 
plus tard abroger, la primogéniiure. 

L'enfant est donné, Parvulus natus est nobis; c'est 
un présent des dieux, A-dËo-dains^ une incarnation de h 
divinité présente, Emmanuel. On le nourrit de lait et de 
miel, jusqu'à ce qu'il apprenne à discerner le bien du 
mal : Buiyrum et mcl comedet, donec sciât eligere bonu» 
et rcprobare malum ; c'est la religion de la Justice qui 
poursuit son développement. Comment, dans l'accomplis- 
sèment de ce devoir sacré, l'homme ne sentirait-il passia 
noblesse? Comment la femme ne deviendrait-elle pas 
splcndlde? 

Do l'époux à l'épouse j la Justice a établi déjà, sans prc» 
judice pour l'amour, une certaine subordination ; du père 
et de la mère aux enfants, celte subordination augmenle 
encore et fonde la hiérarchie familiale, mais pour saf* 
faiblir plus tard et se résoudre, après la mort des parents, 
dans y Q^dX\\.Q fraternelle. Cela veut dire que pendant le 
premier âge la Justice est une foi et une religion, noa 
une philosophie ou une comptabilité: aussi le respect de 
l'homme pour l'homme, dégagé maintenant des excita- 
tions de l'amour et de l'idéal, atteint son apogée dans le 



— 4Ae - 

oonr des mifanU sous le nom U jamais consacré do fiéié 
flimk. Nre de familK ta dois être un jour le premier el 
le meillear ami do Um Ma ; ne la hftte pas trop cependant» 
à to ne Teus eourir la risque de son ingratitude. La plus 
itoa garantie qua. tu puisses te donner de Tamitié de oa 
fibft lorsqu il sera devenu homme, c*est la prolongation 

Ainsi le mariage, par le rapport mystérieux de la birotf 
el de la beauté, forme une première juridiction; la la* 
mille, par la communauté de conscience qui régit ses 
menibret, par la similitude d*esprit et de caractère, par 
ridentité du sang, par Tunilé d'action et d'intérêt, en 
forme une seconde : c'est un embryon de république, où 
régalilé commence à poindre sous Taulorité liiérarchique, 
mais fiagère, de la mère et du père. Dans ce petit état, 
ha droits et devoirs pour diacun se déduiront de la 
théorie du pacte conjugal : pu n*est besoin d'en rap* 
porter les formules. 

Le dernier mot de cette ron^titution, moitié pliysiolm 
gique, moitié morale, csX'VhMdité : nVst-ce pas une 
honte pour notre dix-neuvième sirclc qiril faille rncora 
fai défendre? L*hiimanilé, qui se renoiivello continuelle- 
ment dans ses individus, est immuable dans sa collectivité, 
dont chaque famille ost unr image. Qifimporte alorsque 
le gérant responsable change, si ht vrai propriétaire et 
usufruitier, si la famillo est pcr|MHuc]le? Hicn loin de 
restreindre la successibilité, je voudrais, en faveur des 
amis, des associés, des compagnons, des confrères et des 
collègues, des domestiques eux-mêmes, rétendre en- 
core. Il est l)on que Tliomme sache que sa pensiM.* et son 
souvenir ne mourront pas : aussi bien n'est-ce pas Thé- 
rédité qui rend les fortunes inégales, elle ne fait que les 
transmettre. Faites la balance* des pro<luits et des ser- 
vices, vous n'aurez rien contre rhénniité. 



— 460 — 
XXXVIII 

•• ïïM elle I trttMèine de^ré 4e JwrMIettoii. 

L'idée de considérer la Justice, non plus seulement 
comme une notion dd Tentendement ou une hypothèse 
de notre économie, mais comme àne faculté positive de 
Tâmc, et conséquemment de chercher à cette faculté un 
organe dans la constitution de Têtre humain, cette idée, 
dis-je, est tellement extraordinaire, qu'elle aura de la 
peine à s'introduire : tout en souhaitant de voir les prin- 
cipes de la morale acquérir plus de certitude et s'emparer 
des esprits avec plus de force, on eût aimé à leur conser- 
ver ce clair-obscur qui semble ajouter au respect par le 
mystère. 

Un peu de réflexion cependant ferait comprendre 
qu'il n'y a rien en tout ce que nous venons de dire 
de la Justice qui ne soit fondé sur la nature même 
des choses; quant au mysticisme, il faudrait être bien 
pauvre de jugement pour ne pas comprendre qu'il ne 
fera jamais défaut à notre savoir. L'homme a beau étendre 
le cercle de ses idées, sa lumière n'est toujours qu'une 
étincelle promenée dans la nuit immense qui l'enve- 
loppe. Le mariage, enfin expliqué, n'cst-il pas tou- 
jours un mystère? Accueillons donc avec bonheur et 
reconnaissance la vérité qui s'offre à nous, et que toute 
idée nouvelle qui porte avec soi sa preuve soit la bien- 
venue. 

Toute puissance, toute loi de la nature a pour organe 
le corps ou le phénomène dans lequel elle se manifeste. 

Ainsi, pour ne pas perdre le temps en exemples, il est 
une force qui anime tous les êtres et leur donne la pre- 
mière réalisation : cette force est l'attraction. L'attraction 
a donc pour organes toutes les existences en qui elle se 
manifeste, soit, par exemple, notre système planétaire. 








i TéfÊÔtt à pcicr s» ifav^pie*. 
rilre «mai. b loi Cul plus 4|y» !« umIùvc» ^ril» 
hÉ ; il «• a b coomracv» HnMliipNftMk 
de b loi, U « blKi OAMi» IMiv 
partindier, TeaD^phâk^ 
Ob ■*«! pas UMit caooTO : b loi ««l plus «|ii'«MMk UiK 
potae par leeerreau ; elle «bvÎMil» «^•\ippll- 
i KbtkNit de b vie morale, uae «1^0 de |Mii- 
Télre, on eolralnement» un «hkhii , ISmr Mi«» 
BOirreife transformation do la lt>i, jo A\% «|ii'il a Ullii mi 
aoorel organe, et cet orpam* je cnu<i Tm^oii «li^<«m\«i«| 
dans le couple conjugal. 

Ainsi se déroule» il'a|Mri*s la |)liiloHii|iliiit «lu iiiHitaiitt, 
la genèse univers(*llo : 
Une seule force dans I.1 nalun* ' rtitlitirhiMi i 
Une seule loi : Téquilibre ; 

Une seule idée : la notion iri''i|iiililiii*, mi hiiIm<4 Immih» 
la connaissance di*s rapiKirt^ ou i)i< hi niuitM «(«t* 1 Imi»* », 
à laquelle se ramène toiiti: |itiil>A«ipliM , 

Un seul sentiment : l'uriioni , «111.11111 piif I mI< »\t **Utih 
des rapports et k'ur di%uMjn i^uëUiaU^t <«/|f4Mii</#f tU- 
seies); 

Une seule l'rli/iorj ; ^r r<-t|^/t «^ u wm*^ «^« '*' I m*u 
grité des ni|/p'^% l^^f^jtàft^i» <t f<<i'. Iv ê'iH'* 
Partout «t Uw^M i^; //«'im \^^$^*\'^ *^ '^'m i o^im 

11 I >^^ 



— 462 — 

libre est à rattraction et à la matière» réquation à Tes- 
prit, l'amour à l'âme, l'idéal à la liberté, la Justice l'est 
à la société humaine. Et comme toute loi se fait un organe 
de chaque existence qu'elle est appelée à régir, nous 
avons vu la Justice, après s^être réalisée à l'appel de l'a- 
mour dans le couple conjugal, se réaliser avec plus d'am- 
pleur dans le groupe familial. 

Un pas de plus, et notre théorie du mariage, ou de 
l'organisme juridique, est complète. 

XXXIX 

Au point où nous sommes parvenus, un phénomène 
curieux va se passer : c'est la dégradation de l'idéal, qui, 
rendant les sexes l'un à l'autre indiSérents, menace 
d'abolir la Justice. 

L'initiation familiale est une demi-initiation , que sou- 
tiennent fort bien pendant un temps l'autorité paternelle, 
la confiance des enfants, la religion domestique ; mais 
qui de frère à sœur n'a plus la même activité, et, réduite 
peu à peu à une simple habitude, à un souvenir, à une 
sympathie, est en danger de se perdre. 

Il faut que l'amour vienne de nouveau chez les jeunes 
sujets reconforter la conscience : or, cet amour ne peut 
plus exister entre eux, il s'est épuisé dans l'union qui 
leur a donné l'être. Du frère à la soeyr, comme du père à 
la fille et du fils à la mère, la consanguinité et la famille 
ont créé une incompatibilité d'amour que toutes les lé- 
gislations ont consacrée, et dont la raison est facile à 
saisir. 

Du côté des parents, il y a d'abord l'amour paternel et 
maternel, positivement distinct de l'amouf conjugal, et 
qui, loin de faiblir, augmentant avec les années, exclut 
radicalement la succession des deux sortes d'amour dans 
le même individu. Du côté des enfants, la répugnance 



— 46S - 

hM Moîiidf^ : IVxluntioii qu'il» ont reçue a ékrè 
na et leurs auteurs une liamèn* infranchissalile 
sielê. Car, dia-^tru* c'est re^iH^t et justice : |4us, 
DSéquent, en rainai m** me Jo leur alTection mu* 
les époux auront (It-^clupix* enlrr oui et autour 
de pudeur, de bi^'UM'ancr, d'huniirlftô, de pu-té 
plus par cela mf'-iiic ils >'> troii\rri>iit awir rendu 
s enfants, ^is-â-^isdVui, l'idir d'un autre amour 
torUble. La famille est le sii'-^*c do la iliastetc; 
me que chez les |»arents la tendresse paternelle, 
mi avec Pige, éloi;:ne de plus en plus toute |)enséo 
le, tout amoureux d<rsir, de même chez les enfants 
^rence, prenant une teinte de plus en plus pro* 
î de vénération, éloufle jusque dans S4>n principe 
lation sexuelle. 

re frères et sœurs rincompalibilité est moins forte ; 
tant elle existe, et les choses se passent à peu près 
me. 

causes de cette incompatibilité sont : Thabitudc et 

liliaritê domestique, |K'U fuxoraMes à l'idéal, sans 

f>as d*amour ; Tusa^'o conuuuii tles elio^ios, qui les 

'ivialeset ajoute à la (liflicultédr ridéali<atinn amou- 

Taniitié frat^i nelie, contractée de tninne heure sous 

*nce de la pudeur domestique et du res|)ect familial, 

pousse les jeunt^s ^eiis à régalilé, non à Tamour; 

lemblancc de caractère, d'esprit, de style, de tem- 

ent, qui laisse les ctniiN froiils et les |K.*rsonnos 

tirait; la répu^'iiancc du >an^', (jui réclame avec 

jn croisement. 

nour a iK'soin |x)ur se produire de surjirises, de 
stes, d'une certain(» étraii^'cté ({u'^xcliil la viiî de 
^, et la pudeur dont il s'arcoinpaîzni; est aussi 
tout autnî onlre. Knlre personnes qui s(î con- 
nl trop, raniour se ti'i\ialise et devient obs<M*ne; 



— 464 — 

même entre époux, la familiarité a ses limites. Plus, 
dans la famille, les mœurs seront chastes, l'affection 
sincère, Thabitude des personnes prolongée , plus Tidée 
d'amour entre le frère et la sœur y paraîtra horrible; et 
Ton peut poser en aphorisme que les races incestueuses 
sont des races d*iniquité. 

I/Église a étendu Tempêchement de consanguinité jus- 
qu'aux oncles et nièces, neveux et tantes, cousins et cou- 
sines : je crois qu'on peut s'en tenir à la limite poçée parle 
Code, pourvu qu'on n'oublie pas cependant que la nature 
a sanctionné la loi qui défend de pareilles unions, en frap- 
pant souvent de plaies incurables ceux qui la violent. Tout 
le monde sait que l'extinction des familles nobles et prin- 
cières a eu pour première cause l'orgueil de race, qui 
rendait les croisements difOciles; et je tiens du savant 
professeur de l'Institution des sourds-nauets de Paris, 
M. Rémy Valade, que la principale cause de surdité chei 
les enfants est due à la consanguinité de leurs auteurs. 

Le croisement des familles et des races, telle est donc, 
selon les prévisions de la nature et la genèse de la Jus- 
tice, l'origine première de la Cité, la véritable base du 
contrat social. Par la cité, l'organisme juridique acquiert 
son dernier développement, ce qu'indique le troisième 
terme de la devise républicaine, Fraternité. Le couple 
conjugal, la famille , la cité , forment ainsi trois degrés 
de juridiction : le premier servant de principe et de sou- 
tien aux deux autres ; le troisième , par sa raison géné- 
rale affranchie de tout individualisme, et par sa force 
de collectivité supérieure à la totalité des actions indivi- 
duelles, donnant au mariage et à la famille la garantie 
de respect, de travail et de subsistance qu*ils exigent. 

Considéré dans sa matérialité, le système social reposi 
tout entier sur la distinction des sexes : par là Y Ethique 
fait suite à V Histoire naturelle; le règne social continu( 



— 4^5 — 

es trois règnes antérieurs, minéral , végétal et animal ; 
ît le mariage, constitution à la fois physiologique, es- 
hétique et juridique, se révèle comme le sacrement de 
'Univers. 

XL 

•• Dlflclplliie de ramoiir. 

Nous pouvons maintenant satisfaire à la difRculté qui 
lomine toute cette matière : il s'agit de la discipline de 
Tamour. 

L'amour, dans cette organisation de la Justice, se 
présente comme force motrice : il en est Texcitateur, 
le promoteur, le coefficient.' Sans lui la conscience s'af- 
fidsse, la femme redevient impure , l'homme retourne à 
ta fainéantise et à sa férocité. Or , comment s'exercera 
Tamour, si difficile à contenter, qu'il est défendu d'ail- 
leurs de rechercher pour lui-même, attendu que, recher- 
ché pour lui-même, l'amour n'est plus le producteur de 
ia Justice, il en est l'abolition? Nous avons vu de quelle 
manière, fléau* des sociétés, il les corrompt dans leur 
vitalité et dans leur conscience : par quel correctif en 
feslera-t-il incorruptible ferment? Quelle sera la pra- 
tique légitime de l'amour? Il faut, avons-nous dit, que 
l*ainour obéisse; c'est l'objet, dfest la promesse du ma- 
riage : comment soumettre à une règle ce dont l'essence 
consiste à ne reconnaître pas de règle , et que le senti- 
xiient universel déclare indomptable ? 

On a vu, dans une autre Étude , comment s'opère la 
VQigation des idées et l'élimination de l'absolu : c'est 
VBtnn procédé analogue que nous arriverons à la disci- 
fline de rameur et à l'hygiène du mariage. 

L'amour, dont la virtualité est dans la génération, a sa 
^tiise plastique et motrice dans l'idéal. Par l'idéal, il 

^4ève'au-dessii8 de l'instinct organique et s'empare de 



— 466 — 

]^\mc, que tantôt il ra^it, sur les ailes du désir,' au troi- 
sième ciel y tantôt il précipite, par l'inipatiencc de la pos- 
session , dans une frénétique impudicité. Voilà en six 
lignes la physiologie de l'amour. 

Espérer le retenir et le fixer à cet apogée où le porte 
l'idéal est une illusion que dément toute expérience, et 
que la nature des choses explique. Toute réalisation de 
l'idéal est nécessairement incomplète, partant fausse; 
et cela, parce que le réel ne peut jamais reproduire qu'un 
rayon fugitif de l'idéal ; parce que l'absolu et le réel sont 
contradictoires, et ^ue, si celui-ci nous donne la notion 
de celui-là, tout effort que nous faisons pour saisir l'idéal 
ou l'absolu dans un objet qui le réalise en entier n'a- 
boutit qu'à l'épuisement de l'esprit, souvent à une déee^ 
tion douloureuse. 

Jouir de l'amour dans l'infini de son aspiration, possé- 
der l'idéal, est donc, comme la.pénétration de l'absolu par 
la pensée, chose impossible. D'un autre côté , combattre 
l'amour, de même que se dérober à la conception de l'ab- 
solu, n'est pas moins impossible, puisque nous ne pou- 
vons pas nous empêcher de trouver beau ce qui est beau 
et de l'aimer; je dirai même que c'est chose immorale: 
sur ce point, la religion est d'accord avec la raison, la 
théologie ascétique avec la philosophie épicurienne. Le 
christianisme n'a fait que déplacer l'amour en le rap- 
portant à Dieu : il s'est bien gardé de le vouloir détruire. 

Mais , si nous ne pouvons ni nous rendre maîtres de 
l'amour ni nous soustraire à son influence , il est une 
chose qui dépend de notre libre arbitre et à laquelle la 
religion et la poésie erotique n'ont pas songé : c'est de ba- 
lancer l'amour par l'amour , de sorte que nous usions de 
sa vertu en restant maîtres de notre cœur. 

Je sais tout ce qu'il y a de paradoxal dans ce que je 
vais dire; mais il faut que je le dise, parce que telle est 



— 467 — 

é |iliilGSU|ilii(|iio et la laiMMi tïvb i'lius«*s, [mi ci 
ï a pas d*autro iirrsmalil nintn* 1rs (Vlats et les 
ions de raiiioui', et que tellf i*>t ni dêliniliw la 
z de rimmeiiv; iii;ij(*rité des liomiiies : le Mrret, 
[ia|)|H:r aux tribidatioiisdc raiiiour et en ron«(T\cr 
, con!»iÂte, |H)ur ehai un de nous, à aimer dVs- 
Ic cwur toutes li*s iHTSiiniii'S du sexe o|i|misc, et à 
ssciler eonju^'aleuieut «|U*uiie si'ule. 
împi>SMl)le, sVvric-t-on ciirorc.... Je n*|Minds que 
:ile, excepté |)(*ut-«Mre au\ no\ires dont ]*iuia^;i- 
est |iour la première Uns n'^tluitt*, et aux é^'oi>t«*s 
nnent |M)nr amour la f«'TiM'it«* d** Ifur passion, 
lorul comme au physique, l'amour d«''lnitc par 
ie dont la tin r>t tout autre que ne 1«* dis4>nt le eirur 
L*ns, et qu'd est stupid*' de prr^-nler à la jeunesse 
le dernier mot de la fi lirité. INiui(|Uoi ni' pas plutôt 
;Ue ui'i'asion du lui iui ul pur axée forée, d«' par la 
et le M-ns runnnun, que, la lin de Tamour, chez 
iiis4iimalih', étant auln* que la p<»>M-<<^'iiiii. i-t rrtii* 
réalis^iiil h* )liis miu\« iil «^m^ atlciiilir l.i piiSM>-. 
unoiir n«' li> iit pa<« ii' i f «^^tiii-Mii Pl ,i l.i \* •>-i-^<«iiin ; 
Diitiiiin' il t «^l |iiinl«': l il«« »«# ;: iitl* i <ii -• »» pii mirjis 

IS, attilldll qui' [n\i\f M}* illl.ltini) l'Klltli ni l'IllH iiii 

l'illii>i<>n, ImiiI«' |i!i'r'!''ni'; «hi « ■■ :u j l-i- i»u nlliift^ 
jce, tout ûninureiix H'lmI |1<>< <>ii h '.\i\> d>' }iont< ; 
I suitiiUl qUff If Im ,iu n:*>l.il,rii tai.l .lu'il li* |i< ini 
e \oloiilé, d'Vanl «*'if piiir iifu^ ]• l'iu-» jin ni i:\ 
ii dans un nnii.i;:'' l'»îj|«> j. - 1 1...\- n.»i:« «^ .-«.hi 
êes, >i 1«' dt\oir ri l.i \rilii y li;.iu«'iil c -ninii rl«- 
nnci[ial, alors ni*' lii'.r q'.i«- le p iii ii.inl .nin'iiit ii\ 
[iiexpie nul, rim:<»ii «-l ac" ««nqtli'j <l.u»s li - iinil- 
Londi lions ih»»iI »!»•>.• 

ancit-ns éla.cnl «iilir's «l.uis irlli \nir, IniMpi il> 
ildcTaniour rânio imi\L'i.-Lll' ; !•: thii^liani.-n.*' y 



— 4tt8 — 

est entré à son tour, lorsqu'il a ideniiiié Dieu et rauiour 
pur, et proposé à ses vierges le Christ pour époux. Le 
Christ, c'est la personnification du sexe masculin, de 
même que la Vierge est la personniGcation du sexe fé- 
minin : que toute jeune fille , avant de se marier , ap- 
prenne donc à aimer le Christ; que tout jeune honmic 
soit fait chevalier de la Vierge. 

Voilà ce que nos romanciers et dramaturges , s*ils 
avaient étudié le cœur humain, s'ils se souciaient le moins 
du monde de la félicité publique et de la morale, ensei- 
gneraient à la jeunesse. Au lieu que, dans leurs absurdes 
et immorales peintures, c'est toujours l'amour d'inclina- 
tion qui triomphe , ils feraient voir qu'un pareil senti- 
menl, s'il n'est racheté par une forte dose de vertu, est 
presque une garantie d'infortune. Pour le poète comique, 
comme pour le chansonnier, l'amour offire une source 
inépuisable de ridicule : il y a toute une révolution lit- 
téraire dans ce re virement.. • 

Si accomplie que paraisse une fiancée, il n'est pas de 
mari, à moins que ce ne soit un imbécile, à qui une pos- 
session de trois mois n'ouvre l'œil sur d'autres charmes 
que ceux de son épouse; j'en dis autant de celle-ci à l'é- 
gard de son mari. Et si, malgré l'imprévu de la découverte, 
ce mari et cette femme restent fidèles l'un à l'autre, leur 
fidélité, que la jeunesse le sache, vient de leur conscience, 
nullement de leur prédilection. 

Puis donc que par la possession l'idéalisme erotique 
se détruit aussi rapidement qu'il s'est allumé, et que dans 
la nuit conjugale toutes femmes sont grises, comme dit le 
proverbe, que reste-t-il à faire, sinon de traiter l'amour 
comme la raison prescrit de traiter tout idéal, c'est-à-dire 
de le cultiver dans l'universalité de son objet, en s'abste- 
nant de tout ce qu'il peut ofirir d'individuel, au moiiu 
jusqu'au jour du mariage ? 



— 409 — 

L*Âpôlre cl dit: Que chacun parmi vùu$ ait sa cha- 

eune. J'ajouterais, si je pouvais m'àrroger l'autorité d'un 

apôtre : Que chaque homme aime toutes les femmes dans 

8on épouse, et que chaque femme aime tous les hommes 

dans son époux. C'est ainsi qu'ils connaîtront le véritable 

amour, et que la fidélité leur sera douce. Car l'amour, uni* 

versel par essence, tend à se réaliser dans l'universalité ; 

gi l'homme et la femme qui s'épousent paraissent sortir de 

l'indivision, c'est seulement quant à la cohabitation et aux 

devoirs qu'elle impose; pour le surplus, c'est-à-dire pour 

l'idéal, ils restent dans la communauté. Le mariage qui les 

unit n'est point une appropriation mutuelle de leurs corps 

^ de leurs àmés, comme le dit ailleurs le même saint Paul ; 

c'est la représentation de l'amour infini, qui vit au fond de 

Imirs cœurs. C'est pourquoi l'homme qui manque à sa 

femme manque à toutes les femmes, et la femme qui 

manque à son mari est à juste titre méprisée de tous les 

hommes. 

XL! 

Le Code civil, interprète de la Révolution , est admi- 
rable suf cette matière. 11 dit : 

Art. 212. — Les époux se doivent mutuellement fidélité, 
seeours, assistance. 

ÂrL 213. — Le mari doit protection à la femme, la femme 
obéissance à son uiuri. 

Art. 214. — La femme est obligée d'habiter avec le mari, et 
<te le suivre partout où il juge à propos de résider. Le mari 
^obligé de la recevoir et de lui fournir tout ce qui est néces- 
B^re pour les besoins de la vie, selon ses facultés et son état. 

Art. 203. — Les époux contractent ensemble, par le fait seul 
<ta mariage, l'obligation de nourrir, entretenir et élever leurs 
'4 «nfants. 

Art. 14Ç et 165. — Il n'y a pas de mariage lorsqu'il n'y a 
point de consentement, publiquement exprimé. 



C 

^ 



— 470 — 

Le moi à" amour n'est pas prononcé , il ne devait psu 
rètre : c*est en cela que le législateur me parait admira- 
ble. L*anionr est le secret des époux; rien ^'en doit pa- 
raître an dehors, dompté quMl est et transfiguré par h 
mariage. Un dernier regard jeté sur eux achèyera denooi 
le prouver : Ils s*aiment, et ils ont vaincu Tamour. 

Le premier sentiment que l'homme éprouve à la vue 
de la femme est tout d'amour ; il ne s'y arrêtera pas 
longtemps : de l'ivresse des sens il passe rapidement i 
l'adoration de l'âme, et quand il s'imagine être encore 
amant, il est devenu lui-même un juste et un saint. 

Tout ce que l'homme voit en la femme, comme en un 
miroir où sa conscience se regarde, la femme tend t le 
devenir, et malheur à elle, malheur à tous deux, si elle 
trompe la révélation de l'amour, si elle manque à l'at- 
tente secrète de l'homme. 

Dédain de l'amour sensuel et de la volupté : Qae 
l'homme tourmenté de pensées lascives regarde sa femme, 
il rougit et il est heureux de rougir, parce qu'il la croit 
à l'abri de son tourment. Sans doute c'est de lui qu'elle 
a reçu la pudeur, comme elle en a reçu, dans la céré- 
monie nupliale, l'anneau et la couronne ; mais cette pu- 
deur s'est incarnée en sa personne, elle seule sait être 
chaste et fidèle. Et quelles preuves elle en donnera! Est-il 
absent, accablé , malade , elle chasse loin le plaisir, la 
continence ne lui pèse rien; à ses yeux le sacrifice n'exisle 
pas : sa charité lui tient lieu de dehitum. Jeune fille, elle 
attendra de longues années son promis, sans s'impatienter 
du célibat; femme, elle le possède absent comme présent; 
le nom de son époux mêlé au sien lui suffit. Et la con- 
science générale des femmes témoigne de cette immense 
générosité de leur cœur : plus que nous elles méprisent, 
elles abhorrent les lascives, les volages et les infidèles. 

Conception supérieure de la liberté et de la force : Ia 




I hrinril i f l m ; dk m II M^* f« 

ElibiiMMa4|>l. L«Mrilil<i^Ma<val 
d>;«ryn««l.liMl»f II I imfmmm. 
Ë die K pbll à lui (k I '. r hMl, toli 







4» b fan». <fi^ wm êm. 



I w MgBÉI «'il I 

! de rsTsrW no i 
mête u fUtme boBli«arnt eaqiire : 4e pv etlM 
Itmnàm qoi net l'amoar A U ehalDa, il ■• vaut 
Èm» tfid Tm, ri c« D'est •■ dame; il l'aU Muible 



lifH dn InTail et de là Justice : U teauM, quoi 
I ipfnoBe «a entreprenne, n'etl point, pu la 
Misa de Km leie, industrieaK, egneultriee, ii4> 
As, WTtnte, pM plui qne juge, homme de fuwrt 
nnne d'État. Elle peut bien mm prêter dani noi 
IX fwtqoe aide , nom assister, dans no* tnnsac- 
de quelque conseil ; de tout temps elle s pris pour 
porîioB la plus douce du travail : elle a M bergtr* 
luïère, flleose, lingére et ménagère ; certain! trta 
■Bt faits pour U mettre en lumière, la danse, U 
Htion, b mimiqae. Quant i ta ju«tice, Il en er' 



— 472 — 

comme de sa philosophie : c'est une religion. La femme 
qui prie est sublime : l'homme, à genoux est presque auni 
ridicule que celui qui bat un entrechat. 

Rien de tout cela cependant ne constitue la mission de 
In femme : son véritable lot est d'être préposée à la garde 
de nos mœurs et de nos caractères, chargée de nous re- 
présenter incessamment dans sa personne notre ood- 
science idéale. Quel rapport, dites-moi» entre une seffi" 
blable destinée et le plaisir?... Plus d'un hçmme a dA 
à la présence de sa femme de ne pas faillir; plus d'une 
femme, après avoir rêvé en son époux l'assemblage des 
vertus viriles, s'est consumée en se voyant attachée à un 
lâche, à un cadavre. 

Et la gloire de l'homme est de régner sur cette me^ 
veilleuse créature, de pouvoir se dire : « C'est moi-même 
idéalisé, c'est plus que moi, et pourtant ce ne serait ries 
sans moi. A elle mon sang, ma vie, tout nion être; je lui 
appartiens corps et âme, comme le soldat à son général, 
comme le fils à son père, comme autrefois l'esclave et le 
client à son patron. Malgré cela, ou à cause de cela, je 
suis et je dois rester le chef de la communauté : que je lui 
cède le commandement, elle s'avilit et nous périssons. » 

J'ai eu le bonheur d'avoir une mère chaste entre toutes, 
et, malgré la pauvreté de son éducation de paysanne, d'un 
sens hors ligne. Comme elle me voyait grandir, et déjà 
troublé par les rêves de la jeunesse, elle me dit : NeparU 
jamais d'amour à une jeune fille, même quand tu te pro- 
poserais de Vépouser, 

Je fus longtemps à comprendre ce précepte, absola 
dans son énoncé, et qui proscrivait jusqu'à l'excuse du 
bon motif. Comment l'amour, cette chose si douce, pw- 
vait-il être réprouvé par la bouche d'une femme? V^ 
tenait-elle cette morale austère? Jamais, je le déclare, 
j<' n'ai In ni entendu rien de cette force. Prétendait-elle 



— 473 — 

{ue des époux ne fussent pas &'dimer?... Eh ! non : elle 
iVait deviné, par un sentiment élevé du mariage, ce que 
l'analyse philosophique nous a démontré : que l'amour 
doit être noyé dans la Justice ; que caresser cette passion, 
c^est s'amoindrir soi-même et déjà se corrompre ; que par 
hii-même Tamour n'est pas pur; qu'une fois son office 
rempli par la révélation de Tidéal et l'impulsion donnée à 
la conscience, nous devons l'écarter, comme le berger, 
qirès avoir fait cailler le lait, en retire la présure ; et que 
toute conversation amoureuse, même entre fiancés, même 
ÎBDtre époux, estmesséante, destructive du respect domes- 
tique, de l'amour du travail et de la pratique du devoir 
^ial. 

Je résume tout ce que j'ai dit et ce qui inc reste à dire 
dans le questionnaire suivant. 



CATÉCHISME DU HARIAGE. 

Demande. — Qu'est-ce que le couple conjugal ? 

RÉPONSE. — Toute puissance de la nature, toute faculté do 

•a vie, toute affection de Tâme, toute catégorie de rintelli- 

Kence, a besoin, pour se manifester et agir, d'un organe. Le 

sentiment de la Justice ne pouvait faire exception à cette loi. 

Hais la Justice, qui régit toutes les autres facultés et dépussr 

la liberté elle-même, ne pouvant pas avoir son organe dans 

llodividu, resterait pour l'homme une notion sans efficacité 

«or la volonté, et la société serait impossible, si la nature 

n'avait pourvu à l'organisme juridique en faisant de chaque 

individu comme la moitié d'un être supérieur, dont la dualité 

androgyne devient pour la Justice un organe. 

D. — Pourquoi rindividu est-il incapable de servir d* organe 
à la Justice? 

' R. — Parce qu'il ne possède de son fonds que le sentiment 
tie sa propre dignité, lequel est adéquat au libre, arbitre, tandis 



— 474 — 

que la Justice eet nécesaairement dMelle, qu'elle suppa 
conséquent deux consciences au moins à rMoisson : ea 
que la dignité du sujet apparaît seulement comme pr 
terme de la Justice et ne devient même respectable poi 
qu'autaot qu'elle intéresse la dignité des autres. 

D. — Pourquoi dans Vorganisme juridique les deuù 
sonnes sont-elles dissemblables et inégales? 

R. — Parce que^ si elles étaient pareilles^ elles ne se 
pléteraient pas Tune l'autre; ce seraient deux touts iw 
dants^ sans action réciproque, incapables pour cette raû 
produire de la justice. 

D. «~ En quoi l'homme et la femme éUffèrent-Hs.l^ 
l* autre? 

R. — En principe, il n'y a de différence entre l'hom 
la femme qu'une simple diminution d'énergie dans les la 
L'homme est plus fort, la femme plus faible : voilà to 
fait, cette diminution d'énergie crée pour la femme, au 
et au physique, une distinction qualitative qui fait qi 
petit donner de l'un et de l'autre cette déQnition : L'b 
est la puissance de ce dont la femme est l'idéal, et récip 
ment la femme est l'idéal de ce dont l'homme est la puis 

D. — Qu'est-ce que l' amour? 

R. — L'amour est l'attrait qu'éprouvent invinciblemen 
pour l'autre la Force £i Ja Beauté. Sa nature, dans l'h 
et dans la femme, n'est par conséquent pasie même. Du 
c'est par lui que leur conscience à tous deux s ouvre à ! 
tice, cliacun devenant pour l'autre tout à la fois un témo 
juge et un second lui-même. 

D. — Comment définissez^ous le mariage? 

R. — Le mariage est le sacrement de la Justice, le m 
vivant de l'harmonie universelle, la forme donnée par 
ture même à la religion du genre humain. Dans une i 
moins haute, le mariage est l'acte par lequel l'homme 
femme, s'élevant au-dessus de l'amour et des sens, déc 
leur volonté de s'unir selon le droit, et de poursuivre, i 
qu'il est en eux, la destinée sociale, en tmvaillant au pj 
de la Justice. A cette définition se rapporte celle de VûA 



— 475 — 

Juris huÊnam et divifU cammtmioatiOy que M. Eniesl Legouvé 
traduit, avec moins de pompe, Éccdê de pêrfBcUofmêmenU 
mutuel. 

Dans cette religk» de la famille on peut dire que Ti^poux ou 
le père est le prêtre ; la femme, Tidole ; \ti eofaote, le peuplé. 
U y a sept ioitiatioiis : les noces, le foyer ou la iMe^ la naiS" 
sancê, la puberté, le conseil de famille, le testament et les 
fiméraUleâ. Tous sont dans la main du père, nourris de son 
travail, protégés par son épée, soumis à son gouvernement, 
ressortissants de son tribunal, héritiers et continuateurs de sa 
pensée. La Justice est là tout entière, organisée et armée : avec 
le père, la feoune et les enfants, elle a trouvé son appareil, 
qui ne fera plus que s'étendre par le croisement des familles 
et le développement de la cité. L'autorité est ïk aussi, mais 
temporaire : à la majorité de l'enfant, le père ne conserve plus 
vîg-à-vis de lui qu'un titre honodtique. La religion» enlin, se 
conserve là : tandisque partout ailleurs l'interprétation des sym- 
boles, l'habitude de la science et l'exercice du raisonnement 
l'afTaiblissent sans cesse, elle subsiste dans la famille, s'y con- 
dense, et ne redoute aucune attaque : la révélation, tout idénUs 
de la femme» ne pouvant ni s'analyser, ni se nier, ni s'r teindre. 

D. — Comment, rachetée par cette religion dans laquelle 
il est facile de reconnaître l'embryon de toutes celles qui ont 
suivi, la femme reste-t-elle néanmoins subordonnée à l'homme? 

R. — C'est précisément que la femme est un objet de culte, 
et qu'il n'y a pas de commune mesure entre la force et l'idéal. 
Sous aucun rapport la femme n'entre en comparaison avec 
l'hoaune : industrieuse, philosophe ou fonctionnaire publique» 
elle ne peut; déesse, elle ne doit; elle est toujours trop haut 
ou trop bas. L'homme mourra pour elle, comme il meurt pour 
sa foi et ses dieui; mais il gardera le commandement et la 
responsabilité. 

D. ^— Pourquoi U mariage est-il des deux parts monogame? 

R. — Parce que h conscience est commune entre les époux, 
et qu'elle ne peut, sans se dissoudre, admettre un tiers parti- 
cipant. GoDscience pour conscience, comme amour pour amour, 
vie pour w, ime pour ame, liberté pour liberté; : telle est la 



— 476 — 

loi du mariage. Introduisez une personne de plus : Tidéal meurt, 
iareligion se perd^ l'unanimité expire et la Justice s'évanoail 

D. -f Pourquoi le mariage est-il indissoluble ? 

H. — Parce que la conscience est immuable. La femme, 
expression de Tidéal^ peut bien^ quant à l'amour, avoir dan 
une autre femme une doublure, et de son vivant être rem* 
placée; l'homme, expression de la puissance, pareillement 
Mais quant à la justification dont l'homme et la femme sont 
agents l'un pour l'autre, ils ne peuvent pas, hors le cas de 
mort, se quitter et se donner mutuellement un rechange, 
puisque ce serait avouer leur commune indignité, se déju»- 
tifieTy si l'on peut ainsi dire, en autres termes devenir sacri- 
lèges. L'homme qui change de femme fait conscience neuve : 
il ne s'amende pas, il se déprave. 

D. — Ainsi vous repoussez le divorce ? 

H. — Ài)solument. La loi civile et religieuse a posé des cas 
de nullité et de dissolution de mariage, tels que l'erreur delà 
personne, la clandestinité, le crime, la castration, la mort : 
ces réserves suffisent. Quant à ceux que tourmente la lassitude, 
la soif du plaisir, Vincompatibilité 'd^humeur , le défaut d<; 
charité, qu'ils fassent, comme Ton dit, séparation. L'époux 
digne n'a besoin que de guérir les plaies faites à sa conscience 
et à son cœur ; l'autre n'a plus le droit d'aspirer au mariage : 
ce qu'il lui faut, c'est le concubinage. 

D, — Défendre aux séparés de se remarier ^ les rejeter dam 
l* union concubinatre^ est-ce moral? 

R. — Le concubinage, ou concubinat, est une conjonction 
naturelle, contractée librement par deux individus, sans inter- 
vention de la société, en vue seulement de la jouissance amou- 
reuse et sous réserve de séparation ad libitum, A part quel- 
«lues exceptions, que produisent les hasards de la société et 
les difficultés de l'existence, le concubinat est la marque d'une 
conscience faible, et c'est avec raison que le législateur lui 
refuse les droits et les prérogatives du mariage. 

Mais la société n'est pas l'œuvre d'un jour; la vertu est d'une 
prati(jue difficile, sans parler de ceux à qui le mariage est inac- 
cessible. Or, la mission du législateur, quand il ne peut obte- 



— 477 — 

nir le mieux, est <féfiter le pire : en même tempe «pie ïoa 
écarte le diforce, dont la tendance serait de faire déchoir le 
inariage en le npprocbant du concubinage, il confient, daos 
rintérêl des femoies, des enfants naturels et des mœurs pu- 
bliques, dlmposer an concubinat certaines obligations qui It* 
ràè?ent et le poussent à l'union légitime. L'antiquité tout 
entière admit ces principes: l'empereur Auguste créa au con- 
culnnat un état légal; le christianisme le toléra loogtemps, et 
n'a même jamais sn le distinguer du mariage. Défraient en 
oonséquHice être par la loi déclarés concubiuaires tous ceui 
et celles qui, hors les cas d'adultère, inceste, fornication et 
prostitution, entretiennent un commerce d'amour, qu'il y eût 
d'ailleurs ou qull n'y eût pas entre eui domicile commun. 
Tout enfant né en concubinage porterait de droit le nom de 
son père, snifant la maxime PaUr est quem coneubénaius 
denumstrat. Le père concubin, de même que le père marié, 
serait en outre tenu de poorf oir à la sul«istance et i l'éduca- 
lion de sa progéniture. La concubine délaissée aurait droit 
aussi à une indemnité, à moins qu'elle n'eût la première con* 
volé en un autre concubinage. 

D. — QueUa tcmt Ut formes du mariage? 

R. — Elles se réduisent à deux : les annonces ou publications; 
la célébration. Dans celle-ci interr ieonent, au premier rang 
la société, en la personne du magistrat et des témoins ; en 
seconde ligne, les familles des époux, en la personne des pa- 
rents. 

D. — Que signi/ietêi ce.t formaUUs t 

R. — Le mariage, afons-nous dit, est institué pour la saiic- 
Ulicatiou de l'amour : c'est un pacte de chasteté» de charité et 
de justice, par lequel les époux se déclarent publiquement 
aflnncbis, l'un et l'autre et l'un par l'autre, des tribulations 
de la chair et des soins de la galanterie, en consé^iuence sacrés 
à tous et infiolables. Voilà pourquoi, en dehoi^ des stipula- 
tions d'intérêt qui requièrent également publicité, la famille 
et la cité paraissent dans la cérémonie : rengagement des 
époux, fait en f ne de la Justice, porte plus loin que leurs per- 
sonnes; leur oouscieuce conjugale devient |mrtie de la ooo- 

lu 27. 



— 478 — 

science sociale^ et, comme le mariage aasure leur dignitéi il (^ 
pour la société qui le proclame uue gloire et un progrès* Mofi 
mauvaises mfBurs ot notre ignorance nous font méoûnnaitie 
ces choses : tandis que la concubine, qui se lÎTre sans contrat} 
sans garantie, sur une parole secrètement donnée, pour lUie 
subvention alimentaire ou un présent en espèces, comme un 
bijou prêté à loyer, dérobe au& regards le secret de ses ajpoars 
et n'en est pas plus mode^, l'épouse ptratt, calme, digoe, 
sans rougir : si elle rougis^it, elle aurait perdu son inno- 
cence. 

D. — Cette théorie du mariage eU fort spécieuse f nuùf pour- 
quoi demander à la métaphysique une expUvMan que ia nature 
nous met sous la main? C'est dans Vintérét des efifants st dti 
successions qu'a été institué le mariage : U n'y faut tmr rien 
de plus, 

R. — Sans doute, les enfants y entrent pour qvelquft (^bose; 
mais si la génération elle-même n'a été établie qu'^ yue de U 
Justice, si la multiplication des humains, si leur renouvelle- 
ment et leur mort ne s'eipliquent aussi que ^r des fiBS juri- 
diques, il faut bien admettre que la distinction des sexes, que 
rameur et le mariage, qui entrent dans celle économie, se 
rapportent aux mêmes fms. La même loi qui a fait du couple 
conjugal un organe de génération en avait fait auparavant uu 
appareil de Justice : telle est la vérité. 

D. — Expliquez- vous davantage, 

R. — Tout être est déterminé dans son existence d'après le 
milieu où il doit vivre et la mission qu'il a à reniplir. Cest 
ainsi, par exemple, qu'a été réglée d'après-les dimensions de la 
terre la taille du souverain qui l'exploite. L'Humanité; de- 
vant opérer à la fpis sur tous les points du globe, ne pouvait 
être réduite à un seul et gigantesque individu : il fallait qu'elle 
fût multiple, proportionnée par conséquent dans son corps et 
dans ses facultés avec l'étendue de son domame et les Ira- 
vaux qu'elle aurait à y faire. 

L'Humanité donc étant donnée comme collectivité, deux 
conséquences s'ensuivaient : la première, que pour faire oia- 
Bceuvrer d'ensemble cette multitude de sujets intelligents et 



— 479 — 

libres, une loi de Justice, écrite daos les àiues» organisée dans 
les personnes^ était nécessaire : c'est Tobjet du ulariage; la 
secopde^ que les individus dont se «compose le grand corps 
bumanitaire se renouvelassent à tour de rôle» après avoir 
fourni une carrière proportionnée à leur énergie vitale et à la 
puissance de leurs facultés : c'est à quoi la nature a pourvu 
par la génération, et ce dont il nous est maintenant aisé do 
pénétrer les motifs. 

L'être vivant, quelle que soit sa liberté, par cela même qu'il 
est limité, défini dans sa constitution et dans sa forme, n'a et 
ne peut avoir qu'une manière de sentir, de penser ^t d'agir, 
une idée, un but, un objet, un plan, une Ou, utie fonction, par 
conséquent une formule» un style, un ton, une noie, expression 
de son individualité absolue , à laquelle il s'efforce de rame- 
ner l'universalité des lois naturelles et sociales. Supposez le 
genre humaiq composé d'individus immortels : à un moment 
donné, la civilisation ne marchera plus; toutes ces individua- 
lités , après s'être pendant quelque temps poussées par la 
contradiction, finiront par s'équilibrer dans un pacte d'absolu- 
tisme, et le mouvement s'arrêtera. La mort, en renouvelant 
les types, produit donc ici le même effet que la guerre des 
idées, organisée par la Révolution comme la condition néces- 
saire de la liaison et de la Foi publique (Étude VU), 

Mais ce n'est pas seulement au progrès social que la mort 
est nécessaire : elle Test à la félicité de l'individu* 
- Non-seulement, à mesure qu'il avance , l'homme s'enferme 
dans son individualisme et devient pour les auties un empê- 
chement; il finirait, dans cette intraitable solitude, par deve- 
nir mi obstacle à lui-même, à sa vitalité, à l'exercice de son 
intelligence, aux conquêtes de son génie, aux ailections de soi> 
eoeur. Même sans vieillir, par la seule influence de la routine A 
laquelle son moi l'aurait à la longiie condamné, il tomberait 
dans ridiotie : son bonheur, sa gloire, autant que le progrès de la 
société, exigent qu'il s'en aille. La mort à cette lieure luiest Ufi 
gain ; qu'il l'accepte avec joie, et faëse de sa deniière heure ioo 
donier sacrilice rendu à la patrie. Tous tant que nous somoies, 
après nous tee dévoués à la science, àla iutlke, i familié, lu 



— 480 — 

travail^ nous devons limr comme Léonidas^ Cynécire, Cartiitf. 
les Fabius, Arnold de VÎDkelried, d'Âasas. Nous pbisfkîoB»- 
nous qu'elle Tieot trop tôt? Uuel orgueil! Nous n'attnèroai 
pas nîêmey à l'occasioD, que la vierllesee nous faoe sgne: 
nous partirons jeunes, comme Barra et Viala. 

Au reste, en conduisant Thomme à la mort, c'est-à-dire i 
la dépersonnalisation, la Justice ne le détruit pis tout entier. 
1^ Justice équilibre et renouvelle les individualités ; elle wt 
les abolit pas. Elle recueillera les idées de Thomme et ses 
ceuvres ; elle conservera, en les modifiant, jusqu'à son caractère 
et à sa physionomie ; et c'est l'intéressé lui-même qu'elle lila^ 
géra de sa propre transmission , c'est à lui qu'elle confiera k 
soin de son immortalité, en instituant la génération et le tn- 
tament. 

Ainsi l'homme se reproduit dans son corps et dans sot 
Ame, dans sa pensée, dans ses affections, dans son actioD,. 
par un démembrement de son être; et comme la femme fait 
avec lui conscience commune, elle fera encore génération 
commune. La famille, extension du couple conjugal, ne fait 
que développer l'orpane de juridiction; la cité, formée par le 
croisement des familles, le reproduit à son tour avec une puis- 
sance supérieure. Mariage, famille, cité, sont un seul et même 
organe ; la destinée sociale .est solidaire de la destinée matri- 
moniale, et chacun de nous, par cette communion universelle, 
vit autant que le genre humain. 

D. — Au fondy V hypothèse d'une conscience formée à deux 
découle de la même métaphysique qui a fait supposer déjà une 
liaison collective et un Être collectif. Mais cette métaphysique a 
un défaut grave : c'est déhranler la foi à tout un ordre d'exis- 
tences, en rendant de plus en plus problématique la simplicité 
de l'âme, V indivisibilité de la pensée, l* identité et V immutabilité 
du moi y conséquemment en infirmant leur réalité, 

R. — Pourquoi ne dirait-on pas aussi bien que cette méta- 
physi^jue, par ses séries et par «es antinomies, par la puis- 
sance de son analyse el la fécondité de sa synthèse, tend à 
établir la réalité de choses qui jusque-là étaient demeurées 
de pures fictions? C'est le principe de composition qui cou- 



— 431 — 

b ponâbffiié de savoir ; c'est à ee prndpe 

■e Bolreoerlîtwle : tootceqse DoospoflBédoBsdescîeiKr 

Doos Tîeiil de hd, et rien de ce qui a été ime fois asnr 

K peut être reaTersé. Poerquoi le même princ^ ne 

pas aiBB bposBiiililé de rètre?I^a kn-Bême. Diea, 

MiHBe peBM fiopéneore et îniiBaiiente des moiides, ei* 

I de Wr iBraMNiie. Dieu redericat sobjeclifeiiiett 

arec cette fliétaphi»qee:traiiMei que œ ne soiAsom 

ri^De... 

: ToMS la mumUifres d'urne wdélê sani-iU afpdèt mu 
if 

Non ; mais tous y participent et en reçoÎTeutnnflaenoe, 
filiation, la consanguinilé , l'adoption, Tarnoor, qu, 
tî par essence, n'a pas besoin, pour agir, de oohabi- 

1faprè$ cda^ vous ne jugez 'pas le mmiage imdû^ 
'OU bonheur? 

n fant distii^oer : Au point de Tue anîmique ou spi- 
; maria§»^est pour chacun de noos une conditioa de fé- 
s noces mystiques que célèbre la religieuse en sont 
iple. Tout adulte, sain de corps et d'esprit, que la so- 
1 l'abstraction n'a pas séquestré du reste des citants, 
, en vertu de cet amour, se fait un mariage dans son 
bysiquement, cette nécessité n'est plus Traie : la Jus- 
est la fin du mariage et que l'on peut obtenir, soit 
dation domestique, soit par la communion drique, soit 
r Tarnour mystique, suffisant au bonheur dans toutes 
itioDS d'âge et de fortune. 

Quel est, dans f économie domestique eê sociale, le rôle 
me? 

le soin du ménage, l'éducation de l'enfance, rinstnic- 
jeunes filles sous la sunreillance des magistrats, le 
e la charité publique ; dou? u'oserions ajouter aujour- 
i fêtes nationales et les spectacles, qu'on pourrait 
^s semailles de l'amour. L'immoralité aristocratique 
jugé religieui ont de tout temps fait de la femme qui 
un ministère dans les réjouissanees et les solennités 



— 482 — 

publiques^ comme de la femme eu domesticité, une victime 
de la luKure : cela peut changer, et il est nécessaire que cela 
change. 

D. — Aucune industrie, aucun art, ne voue semble-t-il pim 
spécialement dévolu à la femme ? 

R. — C'est toujours, en termes voilés, reproduire la question 
de régalité politique et sociale des sexes^ et protester contre 
le titre de ménagère qui, mieux que celui de matrone , ex- 
prime la vocation de la femme. 

La femme peut se rendre utile en une foule de choses, et 
elle le doit; mais, de même que sa production littéraire se 
réduit toujours à un roman intime, dont toute la valeur est 
de servir, par l'amour et le sentiment, à la vulgarisation d£ 
la Justice ; de même sa production industrielle se ramène en 
dernière analyse à des travaux de ménage : elle ne sortira ja- 
mais de ce cercle. 

L'homme est travailleur, la femme ménagère: de quoi se 
plaindrait-elle? Plus la Justice en se développant nivellera ks 
conditions et les fortunes , plus ils se verront élevés tousdeui, 
celui-là par le travail, celle-ci par le ménage. Quand ThomoK 
repousse toute exploitation et patronat, la femme réclamerait- 
elle pour son service une valetaille? Où la prendre? Les deux 
sexes naissent en nombre égal : est-ce clair? 

Le ménage est la pleine manifestation de la femme. L'homine. 
hors mariage, peut se passer de domicile : au collège, à la ca- 
serne, à la table d'hôte, à l'hôtel garni, il se retrouve tou- 
jours et se montre tout entier; la promiscuité ne l'atteint pas- 
Pour la femme, le ménage est une nécessité d'honneur, di- 
sons même de toilette. C'est chez elle que la femme est jugée; 
ailleurs elle passe, on ne la voit pas. Fille, mère de ùr 
mille, le ménage est son triomphe ou sa condamnation. Qui 
donc lui rangera son nid, si ce n'est elle-même? Faudra-l-il 
à cette odalisque intendant, livrée, femmes» grooms, des 
nains et des singes?... Nous ne sommes plus en démocratie, 
nous ne sommes plus en mariage; nous retombons en féoda- 
lité et concubinage. 

D. — En 'quoi consiste la liberté pour la femme ? 



iL -* Lfc ieiuiiit vntiffieD: liore es; u. lemnie ditste. Rff( 
chasie œlk qu. licprùiiv^ cifiDiouoi. amoureime pmir per- 
««IK, }itt memt wur fcoi mar.. Pourquo. Ui jeune viener 
ptnB-^ïii: 5. i»elK & ust&iraiiit s. duinc "^ Cesi qu'elle «M 

D- — &i*f /« varr- nurt l ■ amnur m» contraetofti marfogf ? 
VL — Lfe plut Malte iiuHâiiiH Loi%aitf deux personnes «e pré- 
sentent aii muTiHSt. .' aniou* ^?: -^iiiv- du» elK« avoir Accom- 
pli son cpuTrt : il cri=^ e?: niisat?* . ! (rapt *^><a ïtessipé. la pas- 
non a £uL Jci/eirtf l'^eoiJiiii. tmur auù: . comme dit le r^ntiquc 
des cai2tique&. C est tkiu' '.-eiL au*, a mariaçe de pure inclina- 
tioo est si prtt et ih immt . ei oue tt f«re qui y donne fon 
oonsenieiDeiit Siériie k iiiaiitt:. Le devoir du pc'rr de famille osl 
d'établir ^tt exilante dan» J'ium&ïiabiiité et la iuMice : c'etd la 
léoompeBfie de s«^ travaui H la jâie de ses^ rieux ans de don- 
ner sa fille, de tboîsa a sob fiis> uae femroe de aa propre main. 
Que les jeuiies gta^ sV^oucieiu 9«d» rêpufîoanoe. à la bonne 
heure ; mais que le» (lèrEs ot laissent pa^ violer en leur per< 
flonne b dignilé Cuniliaie. etqu'i « se ikHiiieniient que la g^é- 
ration cbamelle n'est que la moiwê de la pateniité. Quand un 
fila, une fille, pour satisfaire son inclination, foule aui pieds le 
?œu de son père, l'eihérédation est pour celui-ci le premier 
des droits et le plus saint des devoirs. 
D. — A qu/tl âge au plus tôt cofwiefU-il de se tnarierf 
R. "- Quand l'homme est fait, le travailleur formé; quand 
les idées commencent à Tenir et la Justice à subultnrniser 
ridéal : ce que l'on peut exprimer , à l'exemple du code, par 
OQ miaiinum arithmétique : 

« L'homme avant viugt-six ans révoluH, lu frinme avnnt TÎDKt- 
un ans révolus, ne peuvent cuntractcr inariuKc. » 

D. — Quelle peut-être m moyenne^ entre dtmx époux, la 
fériode d'intimité? 

R. — Tant que les enfants sont en ba» âge, l'iiomnif. doif >i 
h femme un tribut de earesses : la nature IVainsi vonlu, ôshii 
I^Bitérét même de la progéniture, l/enfant profite de Umt 
l'ttiour que le père témoigne à la m^re : n'en tiemhniktm 
P^ davantage. Quand les aînés atteignent la pul»eri^ . ;*Uyr!4, 



— 484 — 

■ 

i'poux prudents^ la pudeur domestique et la garde de votre 
cœur TOUS commandent de vous abstenir. N'attendei pas que 
le retour d'âge , l'apoplexie et les infirmités de la vieillesse 
vous y contraignent. Vous ne gagneriez à cette continence 
forcée que d'être poursuivis jusqu'au tombeau de rêves impu- 
diques et de tribulations contre nature. 

D. — Quel est, en général, l^ homme qu'une jeune personne 
doit préférer pour mari? 

R. — Le plus juste. 

1). — Quelle est, en général la femme qu'un homme doit 
préférer pour épouse? 

R. — La plus diligente. — Chez l'homme , les quafités qui 
importent le plus à la femme sont le travail et la tendresse: 
ces qualités sont garanties par la Justice. Chez la femme, le8 
qualités qui importent le plus à l'homme sont la chasteté et le 
dévouement : elles sont garanties par la diligence. 

D. — Quelle consolation offrir aux amants malheureux? 

R. — De pratiquer avec zèle la Justice, à cette fin de se marier, 
après avoir payé à l'amour perdu^ un juste tribut de deuil. 
La Justice est le ciel où les cœurs endoloris se retrouvent, et, 
de toutes les manières de pratiquer la Justice^ la plus parfaite 
et la plus pleine est le mariage. Tel est môme, abstracftion faite 
des autres considérations domesticjues, le seul motif qui légi- 
time les secondes noces. Il est bien que de deux époux, de deux 
fiancés, qu'une mort prématurée sépare à jamais, le sunivant 
garde la religion du défunt, et celte religion sied surtout à 
la l'eranie ; mais une douleur excessive chez un sujet jeuDC 
trahit plus d'illusion et d'égoïsme que de Justice; elle dégé- 
nérerait en délit contre l'amour même, si l'amant affligé se 
refusait au remède. 

— D. Quels sont, par ordre de gravité, les principaux faUf 
que vous qualifiez crimes et délits contre le mariage f 

R. — L'adultère, l'inceste, le stupre, la séduction, le viol, 
l'onanisme, la fornication et la prostitution. 

D. — Qu est-ce qui, en dehors des considérations généréf^ 
de dignité personnelle, de respect du prochain, et de foijvlfé^^ 
constitue la culpabilité de ces actes ? ' • 



R. — Iji' iuraiiên' c-nniniun qui les ilL«liiiKiir i*<t dt* liaiiiifr 
U faiDÎIIe «Uns ci* «|uVll«' a do |ilu< Mrn\ saioir, la n*li^iuii 
domestique, con^équemment iraiH-iiiitir rh«v Ir roii|)abl«* t*t 
tes complices la JuMirr dans s^i sniMi*. 

K\t»ï Vadultere rrt, M*lfin rt*\|iri*Miion t\e* aiH-it'n«, la miAu- 
tioD de toute loi di%ino fl Iiuiimiik', un rrimi' <|iii ctiiitk'iit fii 
soi tnuss W* auln*«, calfimim*. InhiKoii. h|Kilia(iiin. |Kirricidt*. 
sicnlê;:f*. 1^ tFriprdi** antif|iii', dt* niriiip iiur ri*fin|N'*«'. phiU* 
presque luut oiitièn* Hir n* inntif. niiiinir li* iiiiiiitit>ni Ifs 
légende? dUrlrne, Chhiiinolre. IV'ni'lo|N'. rli- 

L'inceste, moinft alruce. e^t plus \il : d«TiMoii di> i.i pudiMii 
bmiliale vi de l'initiation maternelle ; il a |mur |Niiii.iiit 1 1 
fodomie. 

Le stupre, plus romiiiun de jour en jour et iraitr u^n* 1.111I 
(TiDdiflerence, est l'abus d'une |»er«unni* iinnciire. une ileslnir- 
tioo de la Justice, si l'on |n'uI ainsi due, en iMHir^-pnn, et 
pour laquelle des juri'S'ne dcvnient admelln* jamais de cii- 
eonstaoces attéouanirs. 

Ptfquel inrunci'Tahle malfTialiMne le lt'::islateura-l-il traili* 
siséTèrement le no/, tamlis qu'il n'a pas dit un «eu! mut njiitrr 
là séduction f l\ semble repeiidant que le premi«'r | uurrait snu- 
^eot être rangé dans la c:itr&.'nrie de< roiip>> i-l b!e>>ure« qui 
tfafTectent que le coi'|>s. tandis qu** la ^eiuiide tin' làni'*. 

A ci?s deui eîi|MiesderrinM*<. imiis as^ilnHliToii* Vr.rnttitmn 
à Iq débauche \\AT livres, rliaiiMin^. LTa\up*s.>latues. ele. 

L'onanisme^ pour ron»llaire Li hestialitr, r.lnKe rur.ru>e* 
l'onanisme conjugal a l'ii' pnquM' p.ir l»-» di-ffiiM-urs df re>- 
ploitation humaine pour >i'rvir d'i-iiHinrinii*' ii la pnpuhitii.ii : 
comme si la bestial itr* «'ronniniqiif axait >:i <iiirtii>ii d.iii> la 
hestialilt'' de l'amour! 

Li fornication e>t lajoui-sinr»' pa^af^rn' di* tieux |MM>«»unes 
libn's. mais non ronrubinain-^. Kilt* t>sl >aii*i roiii|taiai.Miii plus 
^pri'lit'D>ible que la fnustîtutnm. La pni>titiititiii. rt*<W de 
1 aDcien état d»* j:uent' »*l •!•' l-'utialité. a ili* plii-» pniir e\ru?«' 
1* misère, et la prostituée*. ritrainln*i' «ninin'' nu iiieinlire 
P^ni de la famille, ne traliit pci-soniie. Le tnihiiateui- et la 
'•^Rîicatriw trompent tout le inonde et n'imt pa«» d'excuse: ils 



— 486 — 

devraient être blâmés, sinon punis. L'hypocrisie de nos wm 
en a décidé autrement : la fornication secrète est appUudi 
rhonuoe surpris dans une maison de tolérance est répi 
infâme. 

Si l'on considère l'adultère, la séduction, le ?iol, la fonû 
tion, la prostitution, le divorce, la polygamie et le concubiiu 
comme formant la pathologie de l'amour et du mariage, Y 
ceste, le stupre, la pédérastie, l'onanisme et la bestialité 
seront la tératologie. 

Le débordement de tous ces crimes et délits contre le i 
riage est la cause la plus active de la décadence des soci^ 
modernes : c'est à cette cause qu'il tw$> rapporter, en d 
nière analyse, et la lâcheté bourgeoise, et l'imbécillité po] 
laire,'et l'ineptie républicaine, et la dé(H7ivation de la litté 
ture, et le despotisme dans le gouvernement. 

Tout attentat au mariage et à la famille est une profai 
tion de la Justice, une trahison envers le peuple et b tib& 
une insulte à la Révolution. 

D. — Comment la philosophie du droit o-tMe été Hhi 
temps sans comprendre le mariage? 

R. — Cest que les philosophes ont toujours cherché le dri 
dans la religion, et que toute reUgion étant essentielJene 
idéaliste et erotique, Tamour dans Tâme religieuse est pi» 
au-dessus de la Justice, et le mariage rabaissé au concubinig* 



MMMMMMMIIMMItMMIIMM 



( IM t > 



ÉTune 



•c Là •Mwrioa «eftâLC 



FRAGMENTS 



à h •■ dp M loag liMMl, . 
q«*clle eii depuis «ohnle M dte *** 
Ifllin detÎMt catn, pir m boMlM et <Imi0«M 
^ accusatrice : elle tous prtHi%-e aujoiirdMiiti* ^ ^'^^ 
prêtres, mystiques, fondateurs et <>^om^atM«^^ 
s, catholiques et réforme, phil«)sophf*n <ti» ***^*î]iu 
iteurs de ridéal, a|)ôtrea de la roligton fintiir^^^ 
enratairs et restauratairs du principii il'auturtt^ ^ 
légiés du capital et de l'industrie. parUMti» <*•• '*^^ 
I dans la propriété et dans VÉUt, rrpr^atfftl«n^ «^ 
s les fictions de Tftgc éroul^, que vmia iin nnr^^m C« 
c'est que la Juslici* «t Tonlre; que Ion pri»**'!***» A« 
morale dont vous aimez tant 4 vous pr^; valoir i% 
point en vous, que vous n« v<nis roiiimi»*^* %n 
-mêmes, et que cette certitude du liî<*n <?t '''' •b%i 
I laquelle le monde jiar vous d/'iiiorMliJ^ô a'^-» ft»\t 
seule, la Révolution, [i<!ut U donriiT. 
ne dernière question uie ri'ftU? & traïU^rt 1* K '!L-^Kl^ 
«les et la plus sublim^ '» nM^^^rniamn^^^* ** ""^^ ^ 



— 488 — 

lui donner qu*uu petit nombre de pages : je veux parler 
do la sanction morale. 

Mais j'ai besoin auparavant de vous dire un dernier mot 
de vous , Monseigneur, et de ma biographie : sans cela vous 
pourriez croire que je vous garde rancune. Les bons 
comptes, dit le proverbe, font les bons amis. 

Qu'est-ce, en définitive, qui vous rend la Révolution 
si odieuse? Ah! je vous en accorde volontiers le témoi- 
gnage, et c'est pourquoi, malgré l'abîme qui nous sépare, 
je me sens prêt à vous tendre les bras : ce qui vous anime 
contre nous est l'intérêt sacré de cette loi morale dont vous 
nous accusez de méconnaître les conditions et les princi- 
pes, tandis que je vous reproche de mon côté de l*ignorer, 
depuis alpha jusqu'à oméga. Vous dites, et vous avez su 
le faire répéter aux philosophes aussi bien qu'aux enfants 
et aux femmes, que là où manque la foi religieuse la 
morale est sans garantie comme sans base, et que, si 
l'incrédule est logique, ce doit être fatalement un scé- 
lérat. 

Telle était, j'en suis sûr, la pensée qui vous animait, 
lorsque vous écriviez à ce correspondant dont le nom, 
par respect pour le vôtre, ne tombera plus de ma plume : 

« Le fond de son caractère est l'irritation et Taigreur contiv 
la société, de laquelle il s'est cru banni par la détresse de si 
famille. Ayant pu, par la force de son esprit, faire des étude^^ 
tronquées d'un côté, profondes de l'autre, il s'est dressé à lui- 
même un piédestal, sur lequel il voudrait recevoir l'hommage 
de l'univers, au préjudice de Dieu, qui est pour lui un rival. 
!*roudhon n'est pas un athée ; c'est un ennemi de Dieu. » 

Ennemi de Dieu, ennemi de la société, ennemi de tout 
ordre, de toute loi, de toute morale, dans votre pensée 
c'est même chose. Et pourquoi? Je viens de vous le dire ' 
parce que, selon vous, dans le système de la Révolution, 
irréligieuse par essence, comme il n'existe et ne pcul 



exister de sancdoo morale, il n*exisle pas non plus, il ne 
peat pas exister de mwale. 

C'est ce qui Eûsait dire également, il y a six semaines, à 
l'honorable président du Corps législatif, M. de Morny, 
à propos de la loi contre les ex-oondamnés politiques : 

« Ceux que la loi a pour bot dlntimider et de disperser, ce 
sont les ennemis implacables de la société, qui détestent tous 
Jes régimes, tout ce qui resemble à une autorité quelconque. 
Car, même à Tépoque où débordaient en France des torrents 
de liberté publique, où 1 on créait l'égalité par l'abaissement 
de tout ce qui était élevé, où les intérêts populaires étaient, 
non pas le mieux défendus, mais le plus servilement flattés, 
qui se dressait encore contre cette ^été éplorée, contre ce 
semblant d'organisation? Eux, toujours les mêmes, les socia- 
listes. 

a Je ne leur ferai point Thonneur de discuter leurs théo- 
ries; je dis seulement qu'aucun excès de liberté ne peut les 
satisfaire, qu'aucun pardon ne les apaise, qu'ils ont enlacé la 
France dans un réseau secret dont le but ne peut être que cri- 
minel, et que les laisser conspirer dans l'ombre serait une fai- 
blesse pleine de périls; — lAs ouvriers laborieux et honnêtes 
les exècrent plus que personne. Us savent bien que les théo- 
ries socialistes, ek dehors du DRorr et de la morale, sont 
stupides et impraticables ; qu'en prenant aux uns le superflu, 
on n'arriverait jamais à fournir aux autres même le néces- 
saire; que ce serait la perte du crédit, l'anéantissement du 
capital social, et en délinitive l'abjection et la misère pour 
. tous. Us savent bien qu'il n'y a que le travail libre, protégé 
par un gouvernement fort et juhe, qui puisse développer la 
propriété et répandre le bien-être sur une plus grande masse 
<l'individus. — Le gouvernement doit mettre fin à ce travail 
de corruption ; il faut, quoi qu*il arrive^ que le parti rouge 
^h^ bien qu'il nous trouvera sur son passage avant qu'il 
puisse frapper au coeur la société française. » 

Bors du droit et de la morale j ce qui se définit théo- 
'^giquement, selon Mgr Matthieu, secundiftn Mathœum, 



— 4W — 

RNNim Al DiBo : tal est à notre égftrd le refrain des eflrftyii 
de la contre-révolution. Hors la loij par eonséqnent: 
voilà, conclut le chef du troisième pouvoir de l'empire, 
et qvM qu'il artivCi c'est-à-dire cpielle que soit la dji 
nastie appelée à gouverner la France, voilà comme 
faut en user avec le parti rouge, avec le socialisme. 

Il existe dans notre langue révolutionnaire un nom 
qui résume toutes ces horreurs, et je m'étonne qu'il 
ne vous soit pas venu à l'esprit, c'est le nom de sauf 
culotte. 

Le sans-culotte, cette création étrange de la Révolu- 
tion, qu'on n'a pas revu depuis que Robespierre l'a guil- 
lottiné, était, comme votre serviteur, pauvre^ mécontent 
de l'état social, jamais rassasié de liberté ; il adorait de 
tout son cœur et de toute son âme la Raison, affirmait la 
moralité propre de l'homme, Timmauence de la Justice, 
et, pour prouver son dire, se permettait, ainsi que vous 
avez bien voulu. Monseigneur, m'en donner le certificat, 
de rester probe. 

Je suis donc sans-culotte : il y a longtemps que, cher- 
cnant ma tradition dans l'histoire, je m'en suis aperça; 
mais, devant notre démocratie jacobine, je ^'osais pas 
m'en vanter. Pendant quelques semaines, en 1848, les 
circonstances firent de moi, héritier de Clootz, de Chau* 
mette , de Marat , de Momoro (un bisontin , pour le 
dire en passant) , de Jacques Roux, de Varlet, d'Hébert 
lui-même, car il faut les nommer tous, je n'ai pas le 
droit de trier mes aïeux, les circonstances, dis-je, firent 
de moi l^Épiménide du sans-culottisme; peut-être, à une 
autre époque, en eussé-je été le Spartacus. Mais à chaque 
jour son œuvre, à chaque individu sa mission. La mienne, 
toute d'idée, n'est pas encore remplie; et tant qu*elle ne 
le sera pas, je puis dire, à l'exemple de Napoléon III, que 
les complots, de quelque part qu'ils viennent, ne me 



I Am. Wwmtm i Mii ii u l « qm f mH MM 

tolHMHiBMr, m le n»cÉMte teHlsl 
■tafwninaBiéeivowcatrieet rinag»; ri je 
■oiHBBBe« ■ eoUc hew m détfw pontî^w ei 
■I foà^ M loif n estmlkif Mvci^MMi of qvê mm 
ilfti«K0Mweel ee qne je faraif ? 
I flbeUflHTtti d^écnie t je nie gvocfui fSfIosC 
I m Hvn oe |raci|iei « pvoe <|iie Ni ivuMips 
-■taee le Mhrt des eocifiai et ém 

MvefSHf Mi prâKipee hmhms w 8^ 
MS| eus cnûMe des eepioM, ÛÊm ■» iMifce 



!«, fl je M powa» féMicr à la tealaiîoa ée 
Ddier en lettre moulée, je renCmnenis ma 
iimile d*une oppoahion implacable ; an Ken d*nne 
ne p hi loeopinei je isfais nne eMtfn de parti* 
fouif lluiiiei||UfHrf i|ne même avec la loi i|ni 

preme cela m*eAt été impouîMeT Non, non : il y 
■ra moyen, pour une plume eierrée, d'afriler la 
e; toujours roojen, pour un génie sophistique et 
it, de désespérer les oonscienci^, d'enrenimer les 

d*eiciter le peuple contre le bourgeois , d*ap* 

même au régicide et d'obtenir \es sourires du 
;. Et tencs, sans sortir de ces llltudcs, je n'avais 
pour satisfaire ma rage, que de suivre à peu près 
(ramme : Supprimer Texposition des principes; 

surtout les considérations sanctiomirlles dans 
les j'entrerai tout à Theurc ; me renfermer dans 
Nde et savante critique ; faire pour l'éthique en 

ce que le docteur Strauss a fait |»our la vie de 
montrer, ce qui n'était pas difficile, que, la Jus- 
lyant de fondement ni dans la religion qui en 



— 492 — 

place le sujet hors de rhumanitéy ni dans la philosophie 
qui la réduit à une notion ; la conscience n'étant attelée 
par aucun organisme, le droit et le devoir se rédui- 
sent à une pure convention , le crime à un risque de 
guerre, Tordre social à une prime d'assurance» comme 
dit M. de Girardin ; cela fait, terminer par une dé- 
daigneuse ironie sur la liberté, l'égalité, l'autorité et 
la vertu. L'Église, avec elle toutes les sectes reli- 
gieuses, depuis l'éclectisme jusqu'au positivisme, res- 
taient écrasées, convaincues de contradiction et d'hy- 
pocrisie; et ce qui eût mis le comble à ma joie de 
misanthrope, la Révolution, qui depuis 89, tout en se 
séparant définitivement de vous quant au temporel, 
vous a retenus pour l'assister au spirituel, la Révolution, 
frappée à la carotide, perdait son sang et râlait dans 
la mort. 

Voilà, Monseigneur, et mes lecteurs diront si je me 
vante, ce que j'eusse pu faire et ce que je n'ai pas voulu. 
J'ai préféré, dans mon affreux sans-culotlisme, parler au 
public comme il avait droit que je le fisse, selon Tindé- 
pcndance de ma raison et Ténergie de mon sens moral; 
je me suis dit que le moment était venu pour la Révolu- 
tion ou de s'effacer à jamais, ou bien, en recréant la Jus- 
tice, de tendre à une société défaillante cette branche de 
salut à laquelle il ne tient qu'à vous, clergé catholique, 
de vous raccrocher encore; et certain de la doctrine que 
je défends, attendu que je ne la tiens pas de mon génie, 
j'ai obéi à mes convictions de philosophe et d'honnête 
homme, au risque de compromettre encore une fo 
ma liberté : car vous êtes capable, ou je vous conna» 
peu, de me dénoncer, dans la naïveté de votre zèle, pour 
(lutragc à 1$ morale. 

Au reste, je suis prêt; j'ai longuement médité et 
<praujourd'hui j'exécute, et, à part les peccadilles insé- 



— 493 - 

parables de toute (Buvre de discussion , j'ose dire, à la 
face do ciel ^ de la terre, que j*ai fait mon devoir. 



%. CVitt^iM %éméwmU 4e ridée «e SAlfCTieH > caractère 
dtolt «veir vae mmmriàmm de la #af«ttee. 



Coramençons par nous entendre sur les mots, et si ce 
n*e8t pas le moyen de nous convertir Tun l'autre, — jamais 
philosophe a-t-ii converti théologien? et jamais théolo- 
gien a-t-il eu raison d'un philosophe? — à coup sûr nous 
ne nous en détesterons pas davantage. 

Le mot sanction dérive du latin sandre^ qui veut dire 
proprement sceller, mettre à l'abri de toute atteinte, et 
par extension consolider, confirmer, ratifier, cimenter : 
Sandre jura, sceller ou consacrer des droits; sandre 
disciplinam^ affermir la discipline; Hœc mundo^pacem 
Victoria sandt (Clauoien), cette victoire scelle la paix du 
monde. De 1^ la définition de Marcien : Sandum est quod 
ab injuria kominûm defensum atque munitum est; est 
saint, ou revêtu d'une sanction, ce qui est à l'abri do 
l'injure des hommes. 

Ainsi l'expression sandre legem, synonyme déferre 
legem^ porter une loi, vient de ce que, chez tous les 
peuples et dans tous les temps, la loi, pour être exécu- 
toire, a dû se constater par un acte solennel, être publiée 
à son de trompe, écrite, revêtue d'un signe ou sceau; do 
même que Tobligation du citoyen, sa promesse, son tes- 
tonent, doit, à peine d'invalidité, être revêtue de sa 
\ signature. La sanction de la loi est donc littéralement 
[: le seing, le sceau ou la signature de la puissance légis- 
latrice : x'est d'après cette étymologie que nous disons 
^core le garde des sceaux, personnage chargé des si- 
^atures ou ratifications de ranlorilé publique, ministre 
'^^î la Justice. . 

III 28 



- 494 — 

Dans les commencements, alors qoe les detix pmnolrtt 
religieux et politique, ne faisaient qu'un, l'ftcte ftoietida^ 
nel fut une cérémonie sacrée, par laquelle les membrei 
de la cité s'engageaient unanimement à entourer certaines 
personnes et certaines choses d'un respect inviolable. 
Citons pour exemple le sacre des rois, d'où naquit le 
crime de lèse-majesté ; le secret des mystères, dont la 
divulgation était réputée sacrilège, et, conmie le crime 
de lèse-majesté, punie de mort; les terres consaerées mxt 
dieux, qu'on s'abstenait pour ce motif d'ensemencer, etc. 
V apposition de scellés^ dont les formalités sont décrites 
au Code de procédure, est un reste de cet antique céré- 
monial. 

Yioler la loi, c'était donc passer outre à l'interdiction 
du législateur , forcer la barrière , briser la clôture qu'il 
avait élevée, rompre son scel. Encore aujourd'hui, leMf 
de clôture ou bris de scellés est considéré comme cir- 
constance aggravante du crime ou délit. Ceci va nous 
conduire à une signification nouvelle du mot sanction. 

Toute violation de la loi appelant sur elle la vindicte 
publique, on s'accoutuma à appeler sanction pénale, 
sandre pœnây sandre capite^ ou simplement sanction, 
par synecdoque, la peine portée contre les infracteorsde 
la sanction , c'est-à-dire de la loi même , authentiquée 
par la sanction ou le sceau qui la couvrait. C'est en ce 
nouveau sens que le mot sanction sert à désigner une des 
grandes divisions du droit, le Droit sanctionnatevr 
(Oudot). Les moralistes à leur tour s'en sont emparés pour 
désigner, non certes le sceau ou la signature de l'invisi- 
ble auteur de la loi morale , mais les conséquences heu- 
reuses ou malheureuses qui, dans ce monde ou dans un 
autre , sont censées devoir récompenser l'observation de 
la loi ou en venger les outrages, et apparaissent ainsi 
comme sa sanction nécessaire. Point do sanction pénale 



— 495 — 

k la luustice , point de Justice ; il en est de la morale con? 
Bidérée en elle-même comme des contrats que font entre 
«EL les citoyens : point de pénalité attachée à Tobliga- 
tion , point d'obligation (art. 1142 du Code civil). PhilO" 
u>phâ, dit Jean-Jacques Rousseau , tes lois morales sont 
fort belles; mais montre-m'en^ de grâce^ la sanction. 

Tel est donCi d'après la double acception du mot, le 
problème que soulève Tidée d'une sanction morale : 

Il est certain que la Justice ne serait pas pour l'homme 
une kûy si, d'un côté, ses préceptes n'étaient revêtus 
d*un signe qui en garantisse Tabsolue authenticité, et 
si, d*autre part, la pratique pouvait en être regardée 
comme indifférente. Malheureusement, il est tout aussi 
certain que jusqu'à ce jour la loi morale a paru complé- 
temeut dépourvue de sanction, soit que dans son énoncé 
fille n'offre pas ce caractère d'authenticité et de certitude 
que requiert la conscience, et qu'on ait pu pour ce motif 
raltribuer à l'arbitraire des hommes; soit que les peines 
et récompenses qui s'y attachent aient été trouvées in- 
suffisantes ou douteuses. £n deux mots, de même que le 
droit et le devoir ont manqué jusqu'ici de détermination, 
ils ont manqué de sanction : il n'y a pas, pour la société 
moderoe, de plus grand sujet de tristesse. 

J'ai essaya dans le cours de ces Études, de déterminer 
ks conditions et catégories de la Justice dans la personne, 
la famille, la cité, l'économie publique, l'État, etc. Il ne 
m'appartient pas de dire jusqu'à quel point j'ai réussi. 
Mais, admettant ces déterminations comme exactes, vous 
me diriez encore, avec le citoyen de Genève : Philù- 
sopie , tes lois morales sont fort belles; mais montre- 
wCen la sanction! Où trouves-tu, d'abord, la signature 
dn souveraip Législateur? Où est ce sceau éternel, sacro- 
saint, qu'a dû y apposer la Sagesse souveraine, et que 
noui croyons posséder, nous antres chrétiens, dans nos 



— 4W — 

Écritures et dans la perpétuité de notre institution? 
Qu'est-ce qui nous garantit l'exactitude de ton interpré- 
tation révolutionnaire? Et puis, où sont les récompenses? 
où les peines?... 

Si je ne me trompe, c'est bien là. Monseigneur , votre 
dernier argument, argument qui doit vous paraître d'au- 
tant plus fort que je n'irai pas sans doute, «après avoir 
rejeté votre révélation , me prévaloir de lettres patentes 
entérinées aux assises du Sanctionnateur suprême. C'est 
pourtant à cette difficulté, en apparence invincible, que 
je me propose de répondre, et cela à la satisfaction com- 
plète de mes lecteurs. 

Il 

Dans le système de nos vieilles législations gouverne- 
mentales , fondées à la fois sur la raison d'Église et la 
raison d'État, procédant par décrets impériaux, sénatus- 
consultes, adoptions parlementaires, bulles, mandats, 
plébiscites, une chose à remarquer est la distinction qui 
a été faite des différentes facultés qui concourent à la 
formation delà Loi. L'autorité législatrice est A ; le texte 
de la loi, B; la ratification ou le sceau, C; la garantie ou 
sanction pénale, D. Si, à côté de la sanction pénale, il J 
a une sanction rémunératoire , c'est encore aytre chose, £• 
Là, tout est séparé, tout prend corps, figure, volonté; 
tout se personnifie : de même que la loi est voulue par 
un personnage, qui est le souverain ou le prince, elle est 
rédigée par un autre, qui est le parlement; signée et ex- 
pédiée par un troisième, qui est le ministre; vengée par 
un quatrième, qui est le juge ; enfin, s'il y a lieu, encoura- 
gée par un cinquième , qui sera le trésorier public. Ces 
fonctions de la loi se subdivisent encore : le prince a der- 
rière lui la nation ; le parlement se partage en deux 
chambres; le juge est accompagné du bourreau. Telle fut, 



iM. htrmiiiiiii. bSHv 

iMK.rCirfv«krm4è. 

U piadp* 4> mie rtiliMlna. m, é alMi «■■> 
MHi. 4» srtto péM ll|rilir<i^ «I iW à Mwwfr. 
Itaw ro^MM d« miMt. h ki ■*«( Mtt« dMM WB 



dÎMi pcdiëltT de b dié; «i oh 



•iNNtfr. 



teio6 <>QpurTfaitrB,iHitrtJt<il w iililiifii 

lai confère U (hiummb «■ b mfMt è$ «■ Mbiv. 
ÛC1C jutqa-i lidc^liU lhMl«lfM. Ml MfMMt UiH 
Mdsnna b ijMkaa Mlbr dt h nli|ba : fl nffai 
que b Ininmlafll iilliliwi il iiilrinn * **" 

■aaM; bniM^blMiiei bmda «m« bMMte, * 
qai iMliftraUaa «t Mb ie ta M pv rMhlkm «ifnM ; 
eonwqDnnincnt i]ue b nncUiv du droit d'mI pat du 
M rnoodi!, on à» raoïni qn'cU* De t'y inanifeM* qs'cii 



J'ai r^riit^ lofi^wmwnt n> t)'slï'nie ; à cet r)pinl. b iliir 
l'JiSBJon e«t épniiée. 1,'honimc no rMonnalt en dcmièn' 
anal^M il'autra loi qiio ccllu avou<!« par tji raÎMn al ni 
conscience; toute obcisuDcet de m {lart, (ondée aur 
■tautm eonnidératioiis, est un cotnmenrnnent dlintiw- 
ralil^. H en r^llo, k t'inverse tlo ce qu'a cru ou {wru 
croire juMin'id !■ multitude humaine, que la ndigion, pré- 
cisément pan'« qu'elle place le princigte de In JuiUo^ 
hors de rhotiime , n'a |tas . ne peut pas a^'oir du morale, 
.î plus forli^ rai*, m \t.i< dp sanrtinn mnrnlf, 

Ia i^iilosophie moderne nous Tait concevoir la loi 
n«i im tout autre point de vue. La loi est la raiavu 
•■ b rapport des choses, aussi bien dans la société (\W' 
dus b nature; raison essentiellement oiijeclive, pur 
cenéqiMOt impersonnelle, affranchie de tout arbilrain-, 
el ijm iDbsiste par elle-ni£me, indépendammenl du ca- 



— 498 *- 

price ei des aberrations des prétendus législateurs. Icii 
la loi et son sujet apparaissent identiques; bien plus., 
le sceau de la loi, ou le signe qui en garantit la vérité, 
est également identique à la loi; la sanction pénale oo 
rémunératoire encore identique. Et cette triple identité 
résulte de Tobjectivité et de Timpersonnalité de la loi. 

Je dis que la loi et le législateur sont un : cela signifie 
que la loi est considérée domme étant elle-même le sojet 
des choses, intelligent de sa propre raison, c'est-à-dire 
des rapports que la loi exprime. J'ajoute que la loi porte 
avec elle le sceau de S4 certitude, c'est-à-dire qu'elle 
donne l'explication de tous les faits qui relèvent de sa 
catégorie , et que sans elle aucun ne s'explique. J'af- 
iirme enfin qu'elle possède en soi sa sanction pénale, oe 
qui veut dire encore que tout ce qui se fait sous son 
inspiration est. bien, que rien de ce qui se fait ccmtre 
elle ne peut durer, en sorte qu'elle est à elle-même, 
considérée comme sujet intelligent, sa joie ou son sup- 
plice. 

Une comparaison me fera comprendre. En vertu de 
Tattraclion, les corps s'attirent réciproquement eu ligoc 
droite. Pour qu'un éditice se tienne debout, il faut donc, 
conformément au principe sur lequel repose toute la sta- 
tique, qu'il ait été élevé dans la perpendiculaire à son 
horizon; pour peu qu'il dévie, il tombera. Sa chute sera 
la sanction de la loi. Ainsi en est-il de la Justice: elle 
porte sa sauction en elle-même; ni l'homme ni la société 
ne subsisteront contrairement à ses règles. Le Psalmiste 
semble Tavoir compris lorsqu'il dit que les décrets de 
Jéhovah i)ortent leur sanction en eux-mêmes , Judieia 
Domini recta j justificata in semeiipsa. Mais tandis que 
l'attraction est une loi de fatalité dont le sujet, aveugle, 
muet, sourd, insensible, ne peut ni jouir ni souilrirdes 
violations qu'elle éprouve, il en est autrement de jia Jus- 




'• doal fat «iK «il vivant. ira«>lli»f«riii •■! Iibii*, i«i|Ml>li 

dimiiU; «"l de Mf ik'ViMHM |iuui i.t tleleiulii'. 
auCM» iMiuvi'llf. If Ifk'uliU'iir , U loi, l.i 
daos if ikiuliir arii* qui* iMUn otni?» rv- 
mot Miirfioii, étjiii uiM' M-ul«- i-i iim^iim; iIium- 
à diven poiril» Jr «iit* . I i'|Iiu|im*, imi U mmsuia: 
dan» l'huoidiniU*. |h-iiI ^- i hkiim-i a un fn'Ui 
dechei» : 
1. Quel e>l le fuitfi44i)i-t ilt* lii kn iiiiii«l<-, nu. |ii»iii |iAr- 

hreOHMM! les léttistCh, qui-l rU !•■ Ifi.'l»l*itiill ! l-a 14III- 

■Knce Mmaipy, l'ImmiiH* : iimi^ I .i«i>ii^ iIi'iihiiiIh* , rii 
*oil€lca lui, d'abctni |Mir riiii|4in<«iliiiiii* ili: id|i|Hiiiri 
hJuitice à un sujet eiU-rii-iir, m f^nnl ri ^nii'ialilr i|ii il 
w; puû par les niaiiife»liliniiii ili* 1j hhim ii-iii«' mUis»- 
tel eUe-néme mmi «uUiiiir ti'wi^l>iin«^ iii.iiiiti-»irfUuiu» 
deol U théologie n'tfit «jui: rrflitv'i'iMi asi !•? lulti*. luir 
tpnbolique. 

S. Que veut la l'ii f — Nihi» 1 •juhib i-i|flii|iir nu oit: : U: 
re&pi'Cl de rhiiiiiruf* ll.Jll^ lu !'• « -> - l.i iiii< I ii|iiililiit' 
des forrc» sotiiiir^, li: ili m ;. | |.« n.i i.t ili l • -{ til IiIih , 
coeftiiieiit iriiJi«|Hii«.iMi- i\» I h iiii.'.h.i •)• i um^'i:? 

3. A <|uui >«'M-' on ii.il t l'.i- -i.i iiiii il* •!• 1 1 l'ij MHii jl< ' 
— A ce M;{ne iiifditlil»l<' <{ii<* l''iit, iLm- ii «oij^i i« ih *- ili- 
llMHnme et dan^ ^u |i«'ii^<'«-, |mi «ijiii «1 tfi'^ l<'r'lii v«<-jal, 
diDsIa marih': iJ«-« ;:^ntrjti'»ri^ <-i iij-^jiii- il ii.« la n.itiir*', 
i'exf»lî«:uf: |<dr iï J j-li"-. Ur:'!.- ';rj> ^.if.- • :ii- tfjt ili - 
îieiit obs/.iif «-t jfiif.N-i ;'ii !•■ 1^ ' • |-'i .-•:.• fi:'-f.jl a 
poor 'Ofo:!'f:r*' 1'- Vi ;.| :»••?!:•■-;-•,. .1." :• I • : ...'l'-ri 

Tou: .-^ :•■• »•- : .av ^ :'•/ -Tr." ■ . ' :■ • . •■ ■ ■■■•'':.:'* la 
nalu't. o'jdîi. :it J i-; ■ •-• ii-^-v.. • •• - ■ •*•• •■? 



— 600 — 

récouipeuse de la vertu, à l'expiation du crime ci au 
redressement de l'erreur? — Oui. 

Ces trois dernières propositions, dont je Qe ferai qu*uDe, 
, ont reçu déjà en grande partie leur preuve, puisqu'il esl 
impossible de raisonner sur l'objet d'une loi et snr sei 
applications sans en faire connaître en même temps les 
conséquences : je me bornerai donc à remettre en sailliet 
sous forme de conclusions générales, ce que la discussioB 
antérieure n'a fait qu'indiquer en passant. 

La sanction morale, dans toutes les sphères où s'éteod 
l'action de la Justice, se pose donc, en général, sous la 
forme d'un dilemme : certitude ou doute, savoir ou igno- 
rance, liberté ou servitude, civilisation ou barbarie, ri- 
chesse ou misère, ordre ou anarchie, vertu ou crime, 
progrès ou décadence, vie ou mort; la rémunération et 
le châtiment toujours adéquats à l'œuvre produite, eo 
sorte que, la sanction de la loi étant elle-même la loi, il 
implique contradiction qu'elle puisse être jugée insuffi- 
sante. 

9. Que la «anctloii de la ^ii«llce a («on foyer dans 

la conscience. 

D'après la notion que nous venons de nous faire, la loi 
et le législateur sont un ; or, cette loi et ce législateur ne 
sont autres que Thomme : donc Thomme est la loi vivante, 
consciente, personnifiée. La Justice, en deux mots, est 
rhumanité : voilà un premier point. Mais la sanction 
pénale inhérente à la loi ne fait également qu'un avec 
la loi. Si donc la loi est violée, qui souffrira de la viola- 
tion? qui élèvera la voix? qui portera plainte? La loi elle^ 
même, c'est-à-dire encore, l'homme. 

Ceci va nous expliquer un phénonvtjne d'un merveil- 
leux intérêt, sur lequel la phijosophie a discouru jusqu'à 
présent sans rien dire, je veux parler de la délectation qui 



accompagne dan» le t)9*u! (h l'hunmu ! ;i.\Mip:iiNs:^inM![ 
de la Justice, et «Ju rem:*râf ?u « s: ;; i;. M.Vîûtu'^r. 
. Tous les peuples cn:t tru. cur. >:Tii.r.i:ri sni^ntnin-. 
qu'en ce qui concerne pa?liculièrtn»tT.t 1.^. Um ^^\Wî\\^\ 
lorsqu'elle est fidèlement fil»sené?. il y a iinoïqn'nn .\\\\ 
s'en réjouit; lorsqu'elle est foulée anx vii\iN« qiu^lqu'nii 
qui s'en offense. Et ce quelqu'uu, iniiformomonl i^ lours 
habitudes mentales ils l'ont placé dans lo i iol. 1 ;VI)anl, 
dit Job, est celui qui me regarde et qui nott' ro ipir 
je fais : Ecce enim in ctelo testis meus^ rt vtuhwms 
meus in exceUis. Pensée sublime, devant laquelle rupi 
uion des déistes, qui font Dieu indilTén>ni aux alVain»: 
humaines, paraît du dernier al)surde. (Icrlrs, h'jI l'Mt un 
esprit infini, une âme universelle, qui piTHiinfiiflc fii mu 
la loi des mondes, cet esprit s'atlV^rte (l«i lont rc rpii ai 
rive dans la. création; Dieu, le bioriheureiix d^n Uwu 
heureux, est en même temps le plus maWxoMWMi d/s t-Uh^. 
Hais que signifie, pour noui» qui cornuU'ftm^ miiUmi 
iJuDieu la conscience de l']iui(i'^n.K<r, tji rfèHyr.iU^^'if- </ft 
bole? C'est que Thomm-, c'Jir.d 1% *«:;'. .■' -î/./ / f 
«|ue le péché le \ounnen\i:, «rr :>.. ■. * "\ • " - :/♦ f 
qualité de serf ô^ h '.A. r.:^r:..i-* ;..- .•.- '.-, #/.//. 
pense de son soot^tLz. 'y.rr.rrjh .*. '.'• -•■ • 
les moralistes : ii b'Ji^Tr - v* - »n ',.,.•.. *.. ./y;*/', 
feirr. C'est p&rtfc ri»* -Vr^ r.» *f-i .» i. •: «. , ,. '.. 
CDqui elle exfis^. ir.cMi*: ' tt: '.é.r.r ', , v.... /.. 
que le crime oicciCi.^ :;kr -.•.»•;!-•.. ,r ■,.«..., 
ne le trouve jsjisis /:.i.'f>-r <: ^•- f. 
lui-même; î'*sr •« :.-. v >\ :;-: 
c'est sa per&rcT^. i:T <... xr.-.-- ,-. ^. 
nées (£t&ire< S,^ " • > i -' ^ 
. se joindre iLunz^j^g:! .< - . . 
philosophiott» > ^ . ^ 
nmmanentt i i^.-. > x-. - 



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— 502 — 

Joie de la vcilu, remords du péché» c'est si peu de 
chose dans les livres de morale, si peu de chose dans 
noire misérable vie, que les enfants eux-mêmes n*y voient 
que des fables, et que les philosophes n*en parlent plu 
que pour Tacquit de leur conscience. Je me suis demandé 
si ce tressaillement plus ou moins sensible de rftmeqai 
suit la perpétration du bien et du mal n^avait pas ea 
quelque grande manifestation dans l'histoire des sociétés: 
le résultat de mes recherches sur cet intéressant sujet 
se trouve résumé dans le fragment ci-joint d'un commen- 
taire que j'ai commencé sur les Psaumes. 

COMMENTAIRE SUR LE PSAUME XVUK 

D'après les aocieunes traditions, les premiers qui, à la voii 
d'initiateurs veuus de plus* loin ou que l'enthousiasme de li 
Justice avait saisis spontanément, passèrent de la vie sauYif 
à l'existence civilisée, éprouvèrent de leur conversion une allé- 
gresse extraordinaire, et leur admiration de la loi morale le 
traduisit par des chants, des légendes, des monuments, qœ 
nous avons peine à comprendre aujourd'Imi. Non que ces âmes, 
dans leur barbarie naïve, manquassent de sentiments moraui: 
elles n'en avaient pus conscience; elleç n'avaient pas appris à 
les exprimer par des maximes; elles ne s'en étaient pas fait 
une loi, un honneur, une religion. 

Ce moment de la psychologie des nations, analogue à celui 
4e la formation des langues, de Kinvenlion de l'écriture et des 
prenûers arts, est une des grandes époques de rhumanité. 
Plus tard le phénomène se reproduit, mais à de longs inte^ 
valies et avec une intensité décroissante : aussi est-ce par là 
(|ue l'histoire des mœurs doit comnïencer, ce qui en forme 
le point de départ et en montre de loin, comme un ph^re 
élevé dans la nuit des consciences, la sanction. Des poéàeSi 
des hymnes, des mythes, jailhrent, en même temps que te 
l)remières cités , de cette commotion puissante , dont te 
chantres devinrent avec le temps si vénérables et si célètM 
Nous n'avons rien de Linus, de Musée, d'Âmphion, dff 



iBi ci gtir* é^ f^tr.^t^ .j hiîif r -.-^h^'K m.w««- 
l'use uiituliO* piu* -'-r^-ri: : •'«•:« iim. »me mv^ 
nlioa. 

|u'au lnn|i« ch'i parut Hv\^ 1^ Nrjirliir* «Mnrni t.«iiil»i*i 
i^tat voifkffi &e la nuiac^rh . fvir «iiii«* ilu «i'iiiih .|ti lU 
fait PO R^ypt«*. «oit fii qualid' ilr |v1im. ■nii tiiiMiMi« 
!i. I^ fahk di* V'nh|ih*mo iiiniiin* w f|iiVliM U nr |h* 
icett^ ^fMiqup rM*iil«V: Alinli4iii, nul. n^ ■un iMimIm 
ce fl la tli;:iiiti- il»* <>nii rar.irlrn*, ru* fui 4|ii/« imii 
rhef de iMrde. 

r^ dam k f^naan. nfirp* nrie fniii i|r i «iii|M'fif##iU m 
ihati dunt le IVriUl^uffiie « ■ii|*|ifirri/ In r|,t Muf tiiif 
. les Hêtirpui tinirent ptr ttf4i.lir f|«rij i« |.«hi«. h.'tu 
le de la r*9de«tfD<;. p^>-fri^U «%»' lr# i • t'4 1 «f# f^ •«(.u#t» 
«auTacpf. 
lasMDt d^ !« *i< '9^' L^'i 'V v*,t*. '.•/«•^ .. , . I. 

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— Ô04 — 

Inconscience à la loi morale ditaitvive^ Tintelligence était fai- 
ble : dans la condition psychologique du premier fige l'idée de 
loi impliquait celle de Législateur, la Justice par conséquot 
conduisait à Dieu. Et ce Dieu, l'Israélite n*y croyait pas 8or 
la foi de raisonnements philosophiques^ inaccessibles à son ei- 
tendement ; il demandait à voir : jusqu'à la naissance du chris- 
tianisme les classes inférieures parmi les païens pensèrent de 
même^ n'admettant pas que les dieux fussent in?isible8. Cet 
état des esprits chez les Hébreux est attesté^ entre autres, par 
le psaume xyiit^ dont je reporte la date a?ant l'entrée des 
Hébreux dans la terre promise^ à la formation de leur natio- 
nalité^ au moment où^ d'après la Bible elle-même (II Ro», 
xxi et ailleurs), le Soleil, ou, si Ton aime mieux, le génie du so- 
leil, est le même que Jéhovah. 

Ainsi l'exigeait donc la raison concrète du premier âge :dèi 
lors que la Justice prenait dans sa bouche une forme légét 
impérative, l'instituteur devait la rapporter à une autorité; 
en même temps qu'il exprimait le commandement, il était 
tenu de nommer le commandant. Qu'y a-t-il là dont la trans- 
cendance puisse aujourd'hui se prévaloir? Que nous importe 
à nous, hommes du 19« siècle, que des intelligences d'en 
fants, incapables de concevoir par voie d'abstraction le rap- 
port des choses, et trompées par le matérialisme de leui 
langue, confondissent l'idée avec le mot, et, quand on leui 
présentait une vérité ou un précepte, demandassent aussitôt 
non pas. Qu'est-ce qui le prouve? mais Qui a parlé? L'essen 
liel, ici, n'est pas de savoir comment la notion de là loi es 
ontrée dans la tête de l'Hébreu, mais comment sa conscienc» 
en a été affectée : le reste est poésie pure et ne sert que pom 
la montre. 

Suivons maintenant la pensée du psalmiste : La loi réciann 
un auteur; cet auteur est dieu. Quel est ce dieu? Le Soleil., 
dont le génie s'appelle Jéhovah : tel est le législateur des B^ 
breux. Et n'allez pas encore une fois vous méprendre sur l« 
pensée du prophète: quand il atteste le Soleil ou Jého^ali. 
c'est qu'il entend parler d'un dieu visible, vivant et agissant, 
non d'un dieu caché derrière le rideau, parlant par une lu- 



WM et iai|iftlpAbàc. L iï'ntiiit-. « U ifir durt. u»i c\ru: inor- 
coBciSy n'Aunit ncn ciiiii(iri« i cr ilifu la. il lâuml rru qu\iB 
K moquait d^ lui , f i lî «^ vra i h.fntî't m.*qui i ji-mt'-mo dr 

kloi. 

CestdoDc d'une rihiUlion p.isilitf. n'^IW. m4tiiu)lr. dr 
hdîvinité qu'il f'içit. iiuli*-m'-Dt d ^ne d* nutn^irâluui duliv- 
lifK. Voitf parkx df Di'-u a.i Juif . il li' maxiilt- a if \iiir Trllr 
ctt la pensée qui remplit Li {in-inH-P |kiriir d.i p«:ii:mi- i^iii, 
é étraDgement drfiçurvr imr !•*» iiit*Tpn-ti^« 

k tnduis mot a roui, sur l'nruinal . 

I. Lpf cieux dèrouUnt U L'iti^rc liii ihru . 
Kt le firmament ri^li IViu^P' i!<- m^s mniu^. 

z. Ia* jour bouillonne au jour »ii:i vctIh- . 
La nuit muRIc a la nuit >K*n u\' i*. 

3. Ce ne fODt phra.«« s ni iiaroU-s 

Leur voi\ m* «'rnlnid pas pjr lo> ori-ill<-:> . 

4r, CVî»t une ron!** qui r •-«•:! in- p.ir inuif l.i Iith*. 
l'n rhant qui atteint n\i\ Imitius ilu m-iiuli'. 

û. Au fond i!u rit'l i-<t liri *><>•■•■ l.i 1« !itr Aw «oiin , 
Li* \oil.i. ninillH' l ■■ •■■■:\ i;ij; * » '■• ■! -. «i-MÎ. 
i*f)iiii!if' !•■ li'r.ii!l il' iTii.- ' •; :. i : : i' '^i ■■:» ' ■ ■' '■• 

«:. iMiiic «'vtr- nnl'- «l'i ' ! i! - ■ 
Kt il murt u r.i'iîn- • \\i- .!./ . 
Kt nul n«: pont s»- «!• li-. .■ .1 . ;* :. ■ . 

On a vu dans t*rs si\ i)i<li(pi<< unr xiih* ir.ii^ntiii ni ilr 
Teiistenre de Dieu d'apn-- 1* piirn iih* iji* i .n.-.iliti-, minini* «•i 
le psalmistc avait dit : Tnut onli*' ^uiipo"!' un aKliilrdi- : m, 
>ly a de l'ordre dans ruiiivtT>: (lunr... iiurllc pitié' Il ^'.i^ii 
Uende raisoiimTa\e<- 1<* Juil. i{ui \i-ij( voit ! Kl l.t !•< lit- i.ii^nn 
î lui donner do l'invinibilitr d** hn'u. ijui* > jn inini iN 1 iilii> ' 

ki, le poi'tf* pnitèdtj ju>t>: a l'iium.- t\r < •• qui- Im ji^nl dur 
le» conimfrntateurs : 

Vous deniand* zù Voir J/:liij\ii!i : j<: im im.h- \>>.j !•- monlirr. 

Repardf'Z !•• I j.-î : \uiii - 1 jl :r«-. ~ I ■ ■. i'.r . « * ' » dm- 
l'ampiitudf^ d'uj 1 épitiièt»' a.' .; :i ntm . -vît'fj'.n.' d' 'jl'ttiu 
Mimus, donnée ^'x iirand» f»fr-"nfi;«L:<- h-ifi- ii -ipiuli* »! "H 

lit rt 



— 606 — 

orientale et primitive^ la gloire est le mantean broché d'or et 
Berné de pierreries^ insigne opulent de toute migesté^ dif ine et 
humainç. Ce mot est doTonu pour nous YÎde de sens. Qu'en- 
tendait Napoléon lorsque^ parlant du bruit de ses batailles, il 
disait : De la gloire, j'en ai fait litière ? fl ne Teût su dire. Saint 
Jérôme ne se comprend pas mieux lui-même, lorsqu'il traduit 
les deux premiers mots de ce psaume par CceU enarrant, les 
cieux racontent. La gloire, en hébreu, ne se raconte pas; elle 
. se déploie comme un manteau; elle se déroule comme un par- 
chemin (un livre), ainsi que l'a parfaitement compris l'auteur 
de l'Apocalypse, lorsque, pour peindre la disparition du ciel^ 
11 dit qu'il fut roulé comme un livre. C'est le mot même du 
psalmiste, me-saphrim, dont le radical est êepher, volume^ 
(sphère?) qui a fourni à l'écrivain chrétien cette comparaison. 

Le ciel bleu, donc, voilà le manteau impérial de Jéhovah, voilà 
sa gloire ; ces astres, ces étoiles, voilà ses trophées. Vous deman- 
dez s'il pense, s'il parie : certes il a aussi une voix, voix qui se 
répète du jour au jour, de la nuit à la nuit, et qui rem'jplit le 
monde. Où est sa tente? dites-vous. Làrbas,à l'orient, au-dessous 
de l'horizon. — La Vulgate pmte : In sole posuit ttÂemaculum 
suumy il a dressé sa tente dans le soleil ; c'est-à-dire que pour 
masquer ce fétichisme splendide, qui eût scandalisé la spiri- 
tualité chrétienne, le traducteur a commis de propos délibéré 
un non-sens. La tente de Jéhovah dans le soleil! absurde. 

EnHn, le dieu parait, le voici en personne; il sort de sa 
tente comme un époux au matin de ses noces. — Dans un épi- 
thalame attribué à Sapho, l'époux est comparé au dieu Mars, 
au soleil : c'est la même pensée retournée. — Sans doute, 
il est loin de vous, ce Soleil ; mais ses flèches vous atteignent, 
elles vous brûlent, et vous ne pouvez y échapper. Yoilà votre 
législateur, enfants d'Israël; cela vous suffit-il? Et qui donc, si 
ce n'est lui, pourrait vous dire de pareilles choses, des choses 
si douces, si belles? Qui saurait, comme lui, briller à vos 
yeux et parler à vos cœurs ? — J'en ai regret pour nos biblistes : 
le dieu des anciens Hébreux n'est pas un rêve, une abstraction, 
un pur esprit. qui n'a point de corps, comme dit le catéchisme. 
Faites donc de semblables définitions dans une langue où le 



— «r - 



mfwe mol 7.: tmmmt ^ m» \m% Am wnm g^i^^^ s 

foprit bufiuifl. pf^^s*:RM^ psrrt ni nr ^1; |m, %S«4 ^. ^ 
Amne à tout c« qu: *rtsi.arv «k iri^liMiniKv m v,\i,m r 

Aprà l'o^tnifM dt di^L. a*rir naïun it^nv^i ( , Khn .»« 
h loi : Hinnne n'crt à ajtrr Kib U f UmiKalKui .lu I .^.«u 
hir en ert le prologue. 

7. La loi de J^bnTah fvarfa.lr 

HafralchiMorot'iit à 1 i'«|inl. 
t. Le pacte de Jêhnvah i^Ar 

Sa^pftM pour ri^oranri* 

9. Les dîffprjfilioiu di: Jc^liuTali droilM 
Joie da cœur. 

10. Les d^rrlK de J^hovah rUin 
Lami^re de? v^ui. 

11. La relifioD de Jz-hoTth \ntr 
Établje p'/or \'^\»rti •^. 

lî. Lttt ai-.w-« 'i. J.* »*', %.f •/ /'«fi f* ' /•*.,>;. 
Pb? d-' ri.1 ■ •: ■ .-..,' 



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Se p*-ut-il r#--! o* ; . ■.. 

inteUifc*-y** «. uj ■ > «- . -^ ■ ■ •. -» «^ * y, • * ■ , 

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- 608 — 

14. Mais qui peut se garantir de l'erreur? 
Purge-moi de mes fautes secrètes ; 

15. Et sauve ton serviteur des impies : 
Qu'ils ne dominent pas sur moi ; 

Qu'ils me laissent, et je serai sans tache. 

10. Puisse la parole de ma bouche t'ètre agréable^ 
Et la pensée de mon cœur s'élever devant ta face, 
Jéhovah, mon soutieu, mon vengeur ! 

Comparez cette manière d'apprivoiser des barbares aiee 
celle de nos missionnaires, qui^ au lieu d'entrer dans leon 
idées et de se mettre à l'unisson de «leur âme, leur racontent 
la passion de Jésus-Christ et leur disent la messe... On nous 
parle de révélation : la vraie révélation^ la voilà^ facile à dé- 
gager de la mythologie qui l'enchâsse^ comme la monture d'or 
enchâsse la pierre précieuse sans s'y mêler et sans la ternir: 
c'est l'exaltation qui saisit la conscience lorsque pour la pre- 
mière fois elle se trouve en contact avec la notion de Justice, 
rendue plus attrayante par la forme poétique du précepte. 

L'illumination mentale que produisit aux premiers jours de 
la civilisation renseignement de la Justice est indiquée par 
Horace dans ces vers : 

Sylvestres homincs sacer interpresque Deonim 
Gœdibus et victu fœdo delerruit Orpheus. 
Dictus ob hoc lenire tigres rabidosque leones; 
Dictus et Amphion, Thebanae condilor arcis, 
Saxa movere sono testudinis et prece blandâ 
Ducere quo vellet... 

Ce n'était pas sans doute le charme de la musique qui atti- 
rait les Péiasges farouches auprès d'Orphée et d'Amphion : ils 
fussent restés sauvages toute leur vie; c'était le charme de? 
préceptes, qui, tombant dans des âmes vierges mais prêtes à 
recevoir la semence, devait opérer un entraînement général. 

Cicéron est inspiré du même sentiment, quand jl dit que U 
Loi des douze tables, qu'on faisait apprendre par cœur aux en- 
fants, lui paraît plus belle que tous les poètes et les philosophes* 

La moitié des psaumes a été composée dans cet esprit. Cest 



toajuuR, comme é^m le xviir, d'aliurd 1 aftinuatiou de Je- 
horah par rostension matérielle de son être ^Ps. xxtiiu xut. 
miij Lmi, ciLTij cxLVii',. VieDt ensuite radmiration de la 
loi (avili et autres) ; puis, de l'admiration de cette loi le 
palmiste passe à son amour, amour qu'il e\prime en traits 
brûlants, comme s'il s'agissait dune personne : Taime ta 
l^yJékocah; fai pour elle une violente amour expression 
d'Henri IV); Elle m est plus douce q^iv le miel. j>lus j.rccmisr 
fK tous /es trésors; Je la cherche de tout cuur ; Hien ne réjouit 
tmlmonàme.etjenecessed'y appliquer ma pensée. (Vs. rvvm, 
'.10,14. 13, 20, ai, 40, 72, 97, 16:», 1(ks 166, 167.) Se lipuro- 
(«n Lamartine ou Victor Hugo, saisi d'enthousiasme à la 1er- 
tue du Bulletin des lois, chantant les beautés du Code et les 
dooeeure de la Constitution, disant qu'il aime d'amour Tor- 
guisation communale, la loi sur la presse, celle sur l(*s 
eondamnés politiques; qu'il y trouve un sujet perpétuel d«* 
9iditati(m pieuse et d'exercice de vertu? Telle est ponrtiiiit 
cette poésie primitive, aux sources de laquelle nous aurion*^ 
tant besoin de retremper la nôtre. 
De l'amour de la loi à l'amour du dieu la transition e^t d'an- 
tant plus facile qu'au fond le dieu et la loi ne r(»nt cpi'im : Jr 
l'âme, Jéhovah (Ps. xvii). Cet amour eniliras^^f jiiMjir;!!! 
temple : faime ton sanctuaire rnayniflque ; rnimn Ir tti-n di 
twiéjour, et ce m'est une volupté d*y aller, ' Ps. \ x v , m 1 1 , ii* . 
Heureux donc, heureux ceux qui connaissent «clic loi, t\\n |.i 
^tent, et qui aiment Jéhovah! Ils seront rirhc». ht>u*.iis ii 
unes; ils mourront comblés de jours, au rniliMi d'irtri^rr.hr... 
Ifc» héritiers. (Ps. I, xxxi, cai, rwvii. tu. A'j »/.f.»r:,.". 
^, malédiction et niice à l'impie qui m- '//r<r.:;ï* i,.,^ ;i. 
lQi,qm la méprise, et qui foule aux ptr-^i» U sr..i^t zW t\ , \,i, , 
tfFa donnée! Cest une brut/:, uu « 'r*; '//rr'.rr.:,, «* . :•.- 
*Be, la rouille de l'humanité pa. n ;, ; ::, ' r ', r* : .• 
l'Bitaie raison, le psaimiste w: UïX rivr«' >? %; .y,-.-; t'.f ,» 
tliloi; Il accuse sa nature d^pr4%<^^, %:.>. .' A/'^iy^.,** -» 
... , iKriiee d'expiation qui calii^r<i .-//f* r*-:,',:-:. • .: y.^v*^ *\' 
«Me lèpre du péché y%, l . Et r^. r>. »','/ y^. / . ., . ,.i .. . 
MQhireg de rftme que eetUt Vi\ r^isr.^-i^f,-/ .. ■■,#,*» 



— 610 — 

facer^ elle est un baume pour les blessures du oceur^uabtih 
dage qui guérit de toute affliction (Ps* cxlyi). 

Aussi quel orgueil chez Tlsraélite quand il se compare aux 
nations voisines, vivant sans loi^ destituées de sens morale dam 
une superstition obscène I C'est alors qu'il se dit le privilégié 
de Jéhovah^ qui l'a nommé son héritier et n'a communiqué 
qu'à lui ses commandements (Ps. cxlvu). 

On a remarqué, non sans étonnement, les imprécations peu 
charitables que le psalmiste se permet contre les pécheurs, 
hommes de sang et de péché. On n'a pas fait attention qu'il 
entend par là les races demeurées dans la barbarie origindle, 
vivant en dehors de la Justice et de ses lois. Cest de cette espèce 
qu'il parle lorsqu'il dit : Du ciel Jéhovah a baissé ses regards 
sur les fils des hommes {anthrâpoïy faces humaines, c'esi4-din 
les incivilisés), voir s'il en était un parmi eux qui fU le bim 
et qui cherchât Dieu. Et ailleurs, quand il s'écrie : Ne la 
tueraS'tu pas^ 6 Dieu, ces impies; ne les tuerc^-tu pas ces or- 
thropophages (viri sanguinum), qui osent prétendre que tu §t 
en vain fondé nos villes? Je les hais d'une haine cofdiéê 
(Ps. cxxxviii et cviu, cxxxvi). 

L'horreur de la sauvagerie est commune à toute l'antiquité. 
On en retrouve les vestiges sur les peintures murales de l'aih 
tique Egypte ; c'est elle qui amena l'extermination des indi- 
gènes du Canaan , d'abord par - les Philistins, puis par les 
Israélites. L'épitliète de barbare, qui chez les Grecs et les Ro- 
mains exprimait la même pensée, était plus qu'une insulte, 
c'était un arrêt de servitude, et bien souvent de mort. 

Je trouve dans le recueil d'Anacréon une prière, litama^ 
adressée à Diane par les habitants d'une Tille qu'assiégeaient 
des barbares; je ne sais si on Ta bien comprise : 

Je m'agenouille devant toi, chasseresse, 

Blonde fille de Jupiter, souveraine 

Des bêtes fauves, ô Artémise ! 

Viens aujourd'hui sur cet abîme de mort; 

Regarde, d'un œil favorable une ville aux gi^errieiB 

généreux : 
Tu ne protèges pas une horde de sauvages. 




r 

m- cBmuuusmt : 
£ qiL' Ë flHui i£ miniïirT- l'iHniMifr ommiik' |ifu 
i^ufr I0F- B-^ L. cauaL*?i- a- : Azesnout . £ qUi eii- 

tiBiwmifiif-qufc jiTHEn^jLb raiJiione: nf praiv&iupar 
OB jasDÊt^ m pruiJiiiFt ^l cuaquf nalicai quimr 
1 fflcnis arix ul k. éuL l fflitiiniKÎagnH- : à partÎT 
stfimBiit itfBiaçrvL. trsssÀanaaasA k pratique df iâ 
laiôtnâfi, iaiaaii ot îl JusUcê une secoiuk iuduiY% 
fi^acDanqiiii awt pîiK ck caime. Cq^codant les 
de âifimlBliaii i£ muliiuliaiu en raisûii in^uio du 
, la aocâé^ dm -nmiifiii»!; fois rétragraâox <^i k 
sme s^enqiiarBr peu à peu des conscioiioûs : alors 
ÉtaU el pamtifiEs sangèrant, en lappdâiil TenUiotH 
îles andeos jours, à réveOler dans les àmcs lo sûim 
kflaiUL (Test dans oe bot que furent insUiuik'ii 
des sdeanilés oommémoratives, fêles» niysi^roHi 
ns, oérémonies de toute sorte» sacriDouSi pricNitM 
es, assemblées de Vagùra^ exécutions juilitiitiircifiy 
unéraiUes, spectacles et triomplios. 
irexcitatkm officielle fut doTcmuo itnpuUMttuUii 
ifence des nations se satisfit ollu-niAtifto , l(iMU>i « 
odigieuse, par des changomonti» «ici i\\M\% ni tliM l4 
18 de cultes, tels que furent lo clirinlMiiiMiM ill rt** 



— 612 — 

lamisme; tantôt par des associations mystiques, comme 
celles des Telchines, des initiés d*Ëleusis, des compa- 
gnons du tour de France, des charbonniers, bons-cousins, 
francs-maçons, etc. ; ou bien par des épurations religieu- 
ses, comme en essayèrent les Gnostiques, les Albigeois, 
les Hussites, la Réforme; tantôt enfin par des révolutions 
ou restaurations politiques^ comme celles de Lycurgue, de 
Zorobabel, de Solon, de Brutus, et, en dernier lieu, comme 
la Révolution française. Chacun de ces grands mouve- 
ments est une réaction de la conscience universelle contre 
la corruption qui la gagne, une véritable manifestation de 
la sanction morale : c'est îiinsi que se produit dans Tâme 
des peuples le remords. 

Or, si nous dégageons l'idée du fait extérieur et delà 
poésie qui la couvrent, que trouvons-nous? 

Que la sanction de la Justice, identique à la Justice 
même, est, comme celle-ci, immanente si la conscience; 
que c'est dans la conscience , el nulle part ailleurs , que 
s'exerce cette sanction ; conséquemment, qu'il est contre 
toute philosophie , après avoir reconnu la sanction inté- 
rieure, de parler encore d'une sanction extérieure, 
dont le ministre serait Dieu, l'Église ou la société; que 
ce n'est pas ainsi que l'on doit entendre l'intervention de 
l'autorité publique dans le règlement de la Justice et la 
réparation du crime ; mais que , comme la juridiction 
familiale est le déploiement de la justice individuelle, el 
la juridiction civique le développement de la juridiction 
domestique, de même les actes de l'autorité publique, 
en ce qui touche la répression des crimes et délits, doi- 
vent être regardés aussi comme le développement de la 
sanction interne et la manifestation à sa plus haute puifr 
sance de la vindicte que la conscience coupable exerce 
contre elle-même; que ce contre-coup de la conscienct 
individuelle dans la conscience collective, et jusque dtftf 



— 613 — 

économie de la nature, vient de la solidarité qui existe, 
'une part, entre tous les membres du corps social , de 
autre entre la société et le système des choses ; qu'ainsi 
e constitue l'harmonie universelle, dont le dernier mot 
ist que le juste n'a rien à redouter ni de ses semblables 
li des forces de la nature, tandis que le coupable a tout 
Il en craindre; que telle est la loi du progrès, rinfaillibi- 
Uté de la Justice et la destinée finale de l'univers. 

Je reviendrai tout à l'heure sur ces idées ; commen- 
çons par assurer notre premier jalon. 

Les célébrations de la conscience universelle, voilà 
donc le seing et le Bceau auquel se reconnaît Tauthen- 
ticité de la loi morale ; la joie de l'âme et ses remords, 
voilà sa sanction pénale. Tout ici se passe au dedans. 
Cela suffira-t-il pour assurer Tordre au dehors? Le chris- 
tianisme ne l'a pas cru; quant à nous, génération de 89 
et de 93, disons-le bien haut, c*est toute notre garantie, 
toote notre espérance, et nous li'en voulons pas da- 
vantage. Félicité de la Justice, malheur du crime, tel 
est, en dernière analyse, le pins clair et le plus net d(>s 
biens que la République sociale promet ù ses élus, Tu- 
nique prix qu'elle propose à Thonnnc de bien, la seule 
barrière qu'elle oppose au coupable : c'est toute lu 
substance de la Révolution. Oui, il faut, quand mr/nn, 
être honnête homme pour devenir citoyen de lu Ité- 
pablique : y a-t-il là. Monseigneur, de quoi tant crier 
au matérialisme, au sensualisme, et pensez-vous que les 
^pectables intérêts que notre pro))agande ciïraie, et (}ue 
voire religion protège, se contentassent pour si peu?... 

^ Mvetoppenteiit de la HancUon murale danN la famille 
et la elté t Théorie du droM pénal. 

Vous qui, chaque jour de votre vie , donnez une heure 
Ma lecture de la Bible, avouez, Monseigneur, que vous 
it*CQ88iez su y découvrir ces merveilles. Dans \ol\^ ^v 



— 514 — 

tème, la sanction morale part, comme la foudre, du trtee 
de Dieu ; c'est lui qui, selon son bon plaisir, nous éproure, 
nous afflige ou nous récompense, en attendant, le.redres- 
sement définitif; et c'est par le retrait de sa grftce que, 
si quelquefois nous sommes épargnés dans le matérid de 
notre existence, nous manquons rarement d'être atteints 
dans notre conscience, où le remords nous torture comme 
. des damnés. Voilà ce que vous enseigne à vous l'Écriture, 
dont vous prenez chaque mot et chaque phrase ;iu pied 
de la lettre. Pour moi, au contraire, qui, écartant cette 
poétique de la Justice, considère celle-ci tout à la fois 
comme une notion et une faculté, la sanction morale 
n'est rien de plus que le mouvement de la conscience, 
joyeuse qua^id nous faisons le bien, triste et malade quand 
nous nous rendons coupables.- C'est tout ce que me ré- 
vèle votre Bible; et s'il arrive qu'à la suite du remords 
une sorte de contre-coup, venant de la société, nous frappe 
encore, je dis que ce contre-coup résulte de la solida- 
rité qui unit tous les hommes dans une conscience com* 

munc. 

I 

Ainsi , les mêmes textes dont vous pensez vous servir 

pour élablir votre divine sanction , je les retourne contre 

vous, comme un général retourne contre l'ennemi Farlil- 

lerie qu'il lui a prise : tel est encore ce verset du psaume ex, 

. que vous chantez à vêpres tous les dimanches : 

Confitebor ttbi, DominSy in toto corde meo, 
In concilio justorum et congregatione ; 
Je te louerai, Seigneur, de tout mon cœur, 
Dans la réunion des justes, et dans rassemblée. 

11 faut, direz-vous, être possédé du démon de la dis- 
pute pour chercher chicane à l'Église sur cet inoffensif 
verset. Que peut-il y avoir là d'inquiétant pour la théo- 
logie, soit dogmatique, soit morale? 



- Si6 — 

roiià, i<|ioiidrii^, ce quo c'eU que de ?oir Uni* 
et choses ptr lei lunelles de la foi» quand il serait 
s de les considérer à l'œil nu du sens commun, 
larquez» Monseigneur» que le moi de l'original» 
1 Vulgale traduit |Mir eaneiliOf signifie proprement 
: il s'agit d'une confrérie de puritains; le moi 
par eamgregaiione indique la multitude, Tassem- 
u peuple. 

ore une idée dont les psaumes sont pleins. Oies les 
•ns particulières, ôtez l'assemblée générale, et la 
xnme une statue dont le piédestal se dérobe, tombe 
rceaux ; la société jéhovique s'évanouit. Abolissez 
nfessions solenncllt*s et |»ériodiques ; ces clumts à 
on, ces synagogues, tous ces moyens d'excitation 
nte, et le prépuce repousse aux circoncis; cette loi 
:e, si pure, si attrayante, disparait comme un rêve : 
la sent plus, on ne la reconnaît pas; elle a perdu 
ction. £n deux mots, |ioint de conscience sociale, 
de consciena^ individu(*lle : telle est la pensée du 
ste. 

z nous , la discipline est auln* : les réunions de 
e vingt iiorsonuf^H sont interdites; les sociétés se- 
punies de la lians|x>rta(ion; au temple, à l'église, 
re paile seul devant un public silencieux, citant . 
ble qu'il ne comprend |>as, ou récitant, soit en latin, 
I langue viilgaiiv, des pricTes qu'il comprend en- 
Qoins. D'ailleurs, la Siparation du teni|)orcl et du 
ici ùtant aux clios4's du culte la réalité et la vie, le 
) ne trouve à l'église que le sommeil et l'ennui, 
avons bien encore des séances académiques, des 
es agricoles, des assiinblées d'actionnaires, des 
s musicales, des spectacles; mais on a soin d'en 
cher tout ce qui en ferait la moralité et le cliamie, 
, le rap|>orl qui existe entre la littérature, les 



— 616 — 

intérêts» les sciences, Ie3 arts, et la chose publique, ré- 
servée tout entière au gouvernement. Aussi la tris 
tesse règne partout : dans un pays qui compte 1,000 i 
1,200 hïibitants par lieue carrée, et dand une capital 
de 1,300,000 âmes, nous vivons comme des moines qo 
assistent à Toffice chacun dans sa stalle ; Paris cetb 
fourmilière humaine, est une prison cellulaire. 

Qui sert le mieux la morale, de ce vieux jéhovisme in 
compris, x)u du régime policier qu'y a substitué le chris- 
tianisme? 

Mais la poésie des psaumes ne nous a livré qu'un fait 
brut : à nous d'en dégager la raison; nous en tirerons 
ensuite les conséquences. 

La Justice est plus grande que le moi ; elle ne vit 
pas solitaire; elle suppose une réciprocité, conséquem- 
ment elle appelle dans son organisme une dualité, qn 
bientôt se multipliant à l'infini engendre la famille, la 
tribu, la cité, finalement enveloppe tout le genre hu- 
main. 

Le mariage, la famille, la cité, l'humanité ont donc 
pour effet de créer entre les individus qui en font partie 
une conscience commune : d'où il résulte que la vertu et 
le vice dont souffre chaque sujet humain ayant en même 
temps des racines dans la collectivité, les membres de 
cette collectivité sont tous, du plus au moins, solidaires. 
Là est, comme on verra tout à Theure, le principe de la 
juridiction paternelle, et postérieurement de toute insti- 
tution pénale. 

Arrêtons-nous d'abord à la famille. 

Tout acte de vertu accompli par un des nôtres nons 
enorgueillit comme si nous avions eu part à l'accomplis- 
sement; tout crime ou délit commis par celui qui nous 
est proche, nous pénètre de honte et de chagrin. Eo vain 
Von essaierait de mer cette solidarité : elle subsiste, et 



— 5ir — 

e fût en phis paissant que tous les aaf4ii9nies. Cesl 
Taprâ oe principe que sVuit tHaLlie jadis la confltca- 
Mo« ^i eoTeloppait dans le châtiment toute la famille 
hi eoapable« et que s'esen aienl ces imisrriptions af- 
heofet qui s'élendaient à toute une parenté, asi-endantc, 
lewendanlc et collat«^ral«>. Ort'is. jo li>u«* la Hvvohition 
faroir fait de la personnalité de la piMfii* un axiome do 
droit: il y a bien as^^ei |KNir un liU, un ih'to, un friTo, de 
la désolation de son oiMir ri du dêshcmntun dt> son nom, 
ans qu'il doive n-|X)ndre rncore, |var rorps vi par liions, 
d'an crime dont sa main est innocente. Mais n'ost-re 
pu désor{!aniser la Justio* i*t tuer la momie, que de 
nier cette solidarité de famille, sans laquelle la Justice 
le dessécherait hientùt dan*» rindiviilualiNHu*, ot qui 
ea dernière analysi* f.iit touto la Irptiniité de la ré- 
pression? 

Ce que nous venon> «robser\tr il.uis la l.imillf exi<te, 
quoique à un moindre d*'gré, dans la tribu, tians la cité, 
dans la cor)K)ratinn , dans h* |>;uti, ()an>i la i..ilif»ii : ji 
D'en citerai {Kiur K* nnimoiil d'autri* pinnc qm* la ^«lll- 
dirité d'intérêts qui ^ln^tilui• tfiuU*^ ces culli-f ti\iié<, et 
hs passions, préju^'é^^, entrain' liiciit*^, qu cil** <'n^f*n>ln?. 
Qui ditsolidarit«'(rinti'Ti''t<^ ilit riéc*>^Mir«'ni«'rit ronwi* un- 
commune, et dans um'Uie^iiP* \arialilf ^oliilaritf'- d«: Im« n 
ctdenial. Il n'y a ii'i*, aiiiinml'lnii, il«r \érilé ps\rh'jhi. 
gique plus m«!'Connuc, j«f li.> i<f unnai^; il n') *:u a (a- •!■ 
plus certain^-. 

fh", le f /elle, |'rn\»rju»'- pai ii naUiro lorffjpj-' iffl- «t. 
iiléalistc de l'hommo. a--!»-::'* rirn':; un*; f«ii: rofli«;l^ 
ilt/.*nd à s'établir *:u ImIuIu'I'-: p.jr riiïi.itU'l'-» «i ':f.''i!i *. 
lune aprtTï V^'A:- lo-j*'-* ''-s p^ji vinr^:-. •:• l ♦rir':, ^*: U.\j. 
sorte qu'un pr-rM* r •. : •.•"*: i: • *i •. ;". jt'- j-^f.'>f.'. u**:,» 
Wtuet exf>ur;:^. '!•:•. '.•. .•".. ..:..■ rr.-::/. :■ :• ": '"-''. :• i- 
(ieurs autr^ :<•:•' n ! ' 4 r:^ y'.tsKi\%r. • i •: , * *V. < :. » u^x. m . 



— 518 — 

à elle-mèmciy devient à son tour un foyer d*înfection pôui 
celles qui rapprochent. 

Pour conjurer ce péril, la société possède deux moyens: 
to développer le sens moral dans chacun de ses membre: 
parles excitations puissantes de la conscience coUectÎTe: 
je n'insisterai pas davantage sur ce sujet; S** exiger la ré* 
paration des crimes et délits. En quoi consiste cette répa- 
ration, à quelle condition et à quel titre la société peut- 
elle la demander : c'est ce que nous avons à voir. 

Il 

La société a-t-elle le droit de punir? 

Les philosophes bataillent, et le problème est encore 
à résoudre. 

Tandis que TÉglise invoque le droit divin, c'est-à-dire 
le mandat reçu par elle de guérir les âmes, et, s'il y a 
lieu, d'exécuter les corps des contempteurs de la loi, les 
soi-disant rationalistes allèguent, les uns la légitime dé- 
fense, les autres le talion ou la vengeance, ceux-ci la 
nécessité de l'exemple, ceux-là, qu'on pourrait appeler 
semi-théologiens, la salubrité mentale et le bien des cou- 
pables. M. Oudot, le dernier venu de ces semi-théo- 
logiens, adoptant les idées de Platon, Grotius, LeibniU, 
Bossuet, auxquels se joignent MM. Cousin, Jules Simon 
et Jean Reynaud, s'exprime en ces termes : 

« Toute créature qui dévie se blesse elle-même. L'auteur 
d'une infraction à l'ordre a reculé dans la voie de son perfec- 
tionnement; il a diminué en lui la possibilité de collaborer au 
bien commun. 11 faut qu'il regagne le temps perdu. Il faut uo 
contrepoids aux premières influences de l'habitude fâcheuse 
qu'il tend à contracter. Ce contrepoids, c'est la punition... ï 

Voilà ce que l'auteur de Conscience et Science a trouvé de 
plus probable sur le Droit de punir; cela dit, il passe à l'ap 
plication, comme s'il ne s'agissait que de dresser la potence 



K*imMinBr bk qat fms ■- k^uùa <n st» iiiAtar» va 



icnhé et doit fe s^ ea I%£i£; ^'jÉLnsk i» j^su^siii 
o Migrt îo M ^ moas cszveiiiççie KaLaen» fcoi: <:àjcuifc 
enoospar le Detus, ^c^î o^ ôev^cr ik vÀf^tuntQ irv«i 
l'égard de ■» sfitÉiiTiin qs'eQ <« icss^ 4v:^hi$ ^cuc 
VHiDiis de lev câié aa HSK ôeroti envers u IKvuuwl'. 
D'où il fldt : 1» qat le drc4t de {«lùr ^mf $ jurro^e U 
^^ciélé, droil qm se ccoTirtit pnor le ccupib^e m iwl 
boir et même en on drost mtlif. stkm Texpressàcu 4u 
dTani proCeaseor, ne penl s aeroer lêsitimemeRl qu Jiu- 
^t qœ le dâinqnant est en communauté de toiî rein 
^se aTcc la sociélé qui punit, ce qui reTtent à dir^, 
|ttaatqu*fl adhère à la thème de M. Oudot; ^ qu a\aut 
^Jifliger la punition, on a êubli dèmonstraUvemeal » 
^ en s'appuyant sur une révélalion ^xxsitivo. qu die luit 
ftrtie du droit di^in, et cooséquemment du devoir hu« 
^ : ce que n'a pas fait M. Oudot, ce que même, malgré 
t bonue volonté, il n'oserait entreprendre. 
Dans l'état où se trouTe aujourd'hui la question, il n y 
pas un assassin qui ne puisse dire à ses juges : « Jo no 
rois ni à votre Dieu ni à votre société, dans laquelle jo * 
'ai pas reçu ma part. Je rejette votre code, et je vous 
scuse, vous, votre police et vos bourreaux. Il n*y a rien 
e commun entre vous et moi ; et quand môme j'aduiot- 
!^is avec vous l'existence d'un lien juridique entre les 
ommes, vous n^auriez pas de quoi établir l'autorité quo 
ous vous attribuez sur ma personne. Vous n'avez pas lo 
'roit de me frapper, pas le droit de me blâmer, pas lo 
'roit de m'accuser, pas même le droit de m' interroger; 
'Ima conscience, puisque vous parlez de conscicncpi ao 
Ifrobe à toutes vos atteintes. J'ai tué un homme, c*OHi 
^ible; j'étais en guerre avec lui, comme je lo suis à 
^te heure avec vous» comme vous l'ùtcs tous les tUM 



— 520 — 

avec les aulres. Vous voilà réunis contre moi » et vou 
avez la force : usez-en, si cela vous plaît, comme j'en a 
usé moi-même. Mais pas d^hypocrisie, surtout pas d'm 
trage : je méprise, autant que vos châtiments, votn 
Justice et votre blâme. » 

N'est-il pas triste de voir des professeurs de droit et A 
morale, des philosophes qui parlent au nom de la LiberU 
et de la Révolution, en revenir, sur cette question du 
droit pénal, à quoi, grand Dieu ! à la théorie du purga- 
toire et des indulgences? et cela, parce qu*ils ne veulent 
pas admettre Timmanence de la Justice, parce que celte 
Justice est toujours pour eux un commandement du 
dehors, l'ordre d'un Souverain invisible, qui nous ré- 
compense, nous expie, nous damne, selon son plaisir, el 
au nom duquel l'Église ou la société, comme le fameoi 
M. Purgon, prétend nous expier à son tour, pour sofl 
bien et pour le nôlr^. Clysterium donare^ ensuita purgarit 
postea seignare, et repurgare, reseignare^ reclysterizarel 
voilà la théorie de nos moralistes. Il faut que la con- 
science du genre humain soit robuste pour résister à tant 
d'ineptie. Et comme les malheureux que nous faisons 
expurger, pour leur bien, par des geôliers et gardes- 
chioiirmo, doiventnous siffler! 

m 

Los théories proposées pour rexplicalioii des lois pé- 
nales contiennent toutes cependant un peu de vrai : par* 
tout on a admis la légitimité de la défense, même contre 
le malfaiteur enchaîné; partout on a voulu que la peine 
lïit proportionnée au crime, ce qui a fait imaginer le ta- 
lion; partout, enfin, on a désiré que le châtiment servtt 
comme de remède à Tàme du coupable, et l'on en a attendu 
de salutaires effets pour ceux que le mauvais exemple skth 
rait pu écarter du 'droit chemin. La défense de la société 



1^ Il MMMlnHHliié éê là répanlloa. le rnlwir 
ptikà k iwrt«> la |> ffét tf f U io» àm B OBi elMiM 
tait CM 6il fiiiOMMUep UmI ctift 6il léfitiiiie« 
fN le «liltafBl, k fmiihm. k yitet, précké 
qee k cri»ieelirte etneie evee k plot d'aoMMr, 
îDe éeifUr eoHoe iajarien à k penooM, et 
i mémûmUmMtéê k taitice. 
I éome m diflldk de cw Dpre n drg que k ir^ii de 
MBprnlé à k tjnMiqoe do monde pnniitir« eM 
itndklkB diM les termet, ei n*a pet piin de rée- 
k inU iê mal fètrêf Le unctioii morek, qo*oo 
lée elMifemeat per k moi peine ^ ctl vn fail de 
•ee«rkadepliit,riendêmonif; faK dont k pro* 
ert tonte ipontenée^ ci qui cooiifte notemflMnti 
conpebk icpentant, en nne donleur réclk, lénllei 
Nds; mek bii qne k toôété eii kapuiiiente à 
fere dane k comcMnee qoi %*j refnte , ci qu'elle 
snpebk de rappléer par de» injnrei ei de» eonpt. 
?ioe exercé sur k pervonne du rriroind ne peut 
e en lui que de rindijrnation ei par contre-coup 
lorcissemcoi : ce n*rftt pat en rendant k mal pour 
qu'on se réconcilie avec un ennemi , i plut forte 
pi'on ramène un 8Ci*lérat à la Yertu. 
5 réparation d'un crime ou délit* pour être ratioii- 
nste, cfDcace, doit avoir <*n soi une valeur miirak- 
i; il faut qu'elle profite à la conscience sociale au- 
plus que le crime ou délit lui a causé de scandale ; 
plus le pénitent obtienne lui-même , par ses œu- 
tisfactoiret » autant de contidération que ta faute 
I fait perdre» en autres termes, que sa réparation 
même temps pour lui une réhabilitation. Hors de 
ëparation est illusoire ; elle ne fera qu'aggraver le 
hever la démoralisation d'une conscience malsaine, 
ui est pit, inoculer la maladie au corps social. 



— 622 — 

Or, est-ce là ce qu'on a entendu jusqu'ici par réparalîon? 
S'est-on occupé de faire rendre au criminel, en actes de 
justice et de dévouement, la somme de mérites dont il i 
privé la communauté par son forfait? Non : on a procédé 
à son égard par la conGscation, la prison, les coups, U 
torture, la mort, l'infamie; on l'a fustigé, mis au se- 
cret, gêné, affamé, mutilé, fleurdelisé, brûlé, roué, penda, 
guillotiné. On s'est vengée enfin; on a massacré le pri- 
sonnier, et l'on a pris cette vendetta ^ un fait de guerre, 
pour une satisfaction. C'est ce qu'on a appelé payement 
et recouvrement du crime, exèolvere^ repeiere pomatf 
payement qui laisse naturellement subsister la coulpe, 
et, au lieu de réhabiliter le patient, ajoute à son indi- 
gnité. Dans notre système pénal, admirez ceci, on ne 
réhabilite que les innocents! Ou bien, la superstition 
prenant la place de la vengeance, on a employé les lot- 
trations ; on a confessé le pécheur , on l'a baptisé, puri- 
fié, absous, comme Hercule demandant aux purificateurs 
d'Ëlcusis l'acquittement de ses brigandages ; on lui a fai( 
réciter des prières, porter des reliques, gagner des indul- 
gences : la moitié des offrandes et des sacrifices qui se 
faisaient dans le temple de Jérusalem n'avaient pas 
d^aulrc but que de racheter du péché, pro peeeato; et 
chez les anciens Romains le mois de février, febntariusj 
dcfebruare^ expier, était consacré tout entier à ces ex- 
piations. C'est de là que nous est venue la Chandeleur. 
Bref, on a sévi, au physique et au moral, contre la per- 
sonne du coupable; on a châtié l'homme comme on 
animal vicieux et indocile; on Ta humilié et honni : c'eit 
ce que l'on appelle aujourd'hui Droit sanctionnateur, et 
à quoi de graves professeurs, les plus gens de bien dei 
mortels, suent sang et eau à trouver des raisons philo- 
sophiques. 

Autre méprise, encore plus grave. La satisfaction t 



fiUe qu l-Im »'•;; •. i^^c .i* ^uiru: i m. cniw rni 
il, ne sjiU?»{-t;. i»it^ •' • «• '. ' >:.> «u:- lu» iiiiiMi«> , 
la tocick. qiL M ii«am: '■*> ^ . «i^ i \ i un; aiiss iu 
une: C4iiiuiii'*L uiJi->''-t.*<i:>f . <-ii;'i*Mii alllr^1iu^ i«iii 
mrtfaûkiCM )«tA«&te.. m^L- taiiicri-jutd): niiv^iMiui \tM: u*^ 

En \txXu ùt ik » •.! LU'ii' m >*~^i' ou; uius h'^ IminiJif* . 
Bil nre qu un jiri« j* i>riAa"KaU<*: <«4iik Km; • Lui i** im . 
que \t |irc-%airiail' :i.' l ai; ]»d-^ z*>>ut i iii. ;•!!.'« . ilin-ci «m 
direct, U SKiru f'i .«--- iii«»;i:Li :■•!>. >.n**^iïijiii'>i.' s*, 
1 |»lus au iiu>ixi>. îaulii- it ::••:»•:* '"^ .i..lr.>. ri i. 
ledit JuL li'irsl |iii«> \:^. : J't.hru*- i*m\.ii.' />irw. k >hi> 
moeeni dctOAt i^s kunzsHtJ^, Iia:>> «i-tli i-4<:i:iiiuiiaiiti tic 
ttscienoe, UJu>Ik.1' c-UiXii rtv«j>r.»:ut , la s^in^luoi i*^^4 
JS&i; la n''|aralf»n dt'ii ali'i J*. iiiriur. ^»urlU>> stini 
s causes, U-s |iri-t'ili>, si l'iiu \cul, ^iti «mt ciitraiiir 
iccuté? UufUt: ii>jij>li(-« , i]ut-I {■asM'^ntil, qiirllo U- 
Sur, l'a |iru\iKjut:r ^ucl mauvais f'\rin|ile lui a l'ir 
>OiW*? Quelle iiiiii>aii«ii, qiitlli- coiitLilh tinii tld li'^i^ 
leur a troublé âcn âme!' iK: qntl prit f, m»! di* la ytiii 
t la société, s<.>it di* la }iail dt > |iartu'uliri> , a-l-il à 
• plaindre? lit- quel a^anta^*, dé|N-iid.iiit dt* la \nloiilr 
ubliqui', joui:»24.'iit-ils «Itiiit il ne jouit |).is liii-iiirmcl^... 
uilà ce qu<ï le jup* d*iii>tiuctuiii doit r«-t'li<'irlii'r a\<*i 
utant de soin que Ifs iirroii>taiU'c> iiirini'H du i riiiii* 
u délit; car il faut que riiirul|ié st» rfiili-n<lr du» : 
ii la' société lui dmiaiulr sati>ra(-t)on, cl le <*>t \Mt'iv à 
ui faire druit à lui-mriiH*, dans la niesurt* qui M'ia 
vouvée juste par le trilmnal di's arbitres, par b* jury, 
^oute (loursuite criminelle prut donmT lieu à nn<! ar- 
ion récriminatuire, et, si la Sociétr m* >a «rrlb-nH'nie 
^e>anl, Taccusé ])ent din: à ses arriisat«-uis : « Voun 
3us qui êtes ici a»emblés pour me ju^er, v<inH ut*U:% 
as meilleurs que moi. (k>nle&M.>z-\uu6 Unk preiuKïr^, 



— 624 — 

et je me confessei'ai àmon tour; amendez-vons, et je suis 
prêt h satisfaire. > 

La théorie du droit sanctionnel peut donc se ramener 
aux propositions suivantes : 

1 . La Justice est immanente à Thumanité > c*est-à-dire 
une faculté de Tâme humaine ; 

2. Elle est réciproque ; 

3. Par la pluralité des personnes qui en forment l'or- 
ganisme, la conscience, commune entre les époux, le 
devient dans la famille, dans la tribu , la corporation , 
la cité ; 

4. En vertu de cette communauté de conscience, les 
communiers ou participants deviennent, quant à la délec- 
tation que procure la Justice et à la peine qui résulta du 
mal commis, solidaires. * 

5. De même donc que le préjudice matériel causé parun 
délinquant doit être réparé, l'objet enlevé restitué, de 
même réparation et restitution doit être faite par lui, non 
en sévices , mais en actes de vertu et de dévouement, du 
mal qu'il a fait à la conscience commune. Rien en cela de 
mystique, d'irrationnel, d'arbitraire, et que puisse récu- 
ser le plus effronté malfaiteur : abolition complète du 
prétendu droit de punir , qui n'est autre que la viola- 
tion solennelle de la dignité d'un individu, en représailles 
d'une violation de la dignité sociale. 

6. Mais, comme le crime ou délit n'est jamais isolé, 
comme il a été plus ou moins causé, provoqué, encou- 
ragé , toléré, permis, par le système des rapports, plus 
ou moins exacts et équitables, qui forment la société, il 
y a lieu pour celle-ci de rechercher en quoi elle a pu être 
elle-même coupable envers le délinquant, la sanction, 
de même que la Justice, n'étant complète qu'autant 
qu'elle est réciproque. 

Ces principes posés, venons à l'application. 



diaitc ^ Ma -nftluii i ••• U* «.i t.«-tiiitf ^iti^i*- t 4|» 
à le iHevcr. Qui? vi-<-i. m hr- ' v^ti- mm M»4«ài« 
ttilisles consul L'fi* '» ur : < • 4 i •- ■ mr .«■•*• 1 • • fn %!> 
j^erur.t ; 

MiM tïL^, aiH2> t'ifi«L« iiii« â-i iiifii>l>* i> > I 

damUsaiBtcië<ieni>Cr«*âuk>«ir . !i u . 1 «.i ^n i.u». •• 
Kjà nous pensioo^ a Iam riMUin*- m Im-i 1 i--«Ktt- .u 
! co mmun e cooscimi •* , au i*i»i»tiiiu4ii-iii 1 1 4 i luru 
le nuire jiistii •*. P- ur n* fnri- un hi .!■: «itiu. un 
ige d'honneur, j'.u lra%iilir, | «1 ih-hh «aii» uuattiv . 
^ suis sevré lie |iUi>ir, .it»nt*iiii il. tiilu|iii*, |4i9ii|i* 
, sans nuirp ans »iiiri*<i. iiini iln iii)ii9hi i-s | ai .4itli 
imeMinci tn%»r4 Ifn l»lii^ i-iliM«.ilili 9 m .in.t.iii», 
ïsuis appliqué, «*nliii, a pin.iiiii liitiimii • •!• «aul itii 
le je voulais i|nif tu fu.<«^<t i.»<i' 1 n ji itii. .|.ii au 
uitorisf^r à riiiunii Ui«- 1 1 11' VilniH .*• Uimi 'i'ii t.. 
i au rii*ui' ri riii.* minri •!• htiiiii ' i.ini 1 in.ttii n.- 
pic l'ai*ji: «Il fil II/. .' l'.ifh-, .iMt •jMi ji 1 1 • 1.1,11.11^ 
tort, et (}u'a\aiil il'- t<- il< iiLiii 11 1 «aii^l .> iii'ii. 1 In. 
dcvjiit lu j«'iiiii--^« iiii'» f !•• VI tj\ lii.t.i. >. >.ii< l>i 
dans la voif* ou lu «niit^, il n v .i •! \-:^.n i|i»i i> 

*i'lu? (>'lui qui «ic><>lf la loliMli-llii- lie :ii|l |Mii 

-liiiiluit tôt on tiiil a lui 1 t«-i Ij m*-, uliii lii- m- *1i li 
le se^ r''{iri*<'li< ^. J«: ii'i fit< U'i*» pa> liiiiiiiln-j l.i lii-i U\ 

veux ni t'ilijUIlM lil t« !':• tni : inai:^. «iiihl/' l'll\l■l^ 

conM^'i<:iji I- iJii:i.i^M>iii: . tu in- |mu\ li- n « oin iln-i 
elle qu^' par uii«' it-i'..*. .\\*}:: : « i^t 1 • lli- njaralioii 

; le d'TliainJi'jCOIIlUi». Ji* ^lil^ pn"t a 1» |iiUl iin-a loil , 

mériV»- iJ«.' la pail «jin liiu»- i.î^irm-. J'..i M'U'o» i 11 !*■ 

aLt 1 »M^l••làc♦•, pi».»Jiiin- un huiiiun : n'ipir lu uj» 

M un hi-Xp li^slial. A li»l dr xoir :i qiirl |»ll\ (11 |mMIm*s 



— 526 — 

reconquérir ma tendresse, ou si » dès à présent , je dois 
procéder à ton égard comme avec un étranger, un en- 
nemi. » 

De deux choses l'une : ou le fils, saisi de remords, re- 
connaîtra cette communauté de conscience invoquée par 
son père, il avouera sa faute et se mettra à la discrétion 
de son juge; ou bien il niera le droit paternel, décla- 
rera la communauté rompue, auquel cas le père n*a plus 
qu*à prononcer la formule d'exhérédation , au besoin et 
selon la gravité du délit, à frapper le monstre. 

Le droit de justice^ comme on disait avant la Révoln- 
tion, c'est-à-dire, non pas le droit de punir ou châtier , 
puisque, à quelque degré que ce soit, un pareil droit im- 
plique contradiction, n'existe pas; mais le droit d'instruire 
contre l'individu qui s'est écarté de la Justice, d*en exiger 
réparation, sauf à lui donner à lui-même satisfaction, 
s'il y a lieu, ce droit-là, dis- je, est inhérent à la dignité da 
père de famille; c'est de lui que la société le tient: 
il est étrange que dans un siècle aussi raisonneur, aussi 
positif que le nôtre , cela ait besoin d'être démontré. 
Et ce droit n'a rien de mystérieux, d'exorbitant, ni d'ar- 
bitraire : ce n'est plus cette prétention aussi impertinente 
que ridicule que s'arroge une soi-disant autorité divine 
ou humaine d'amender un coupable en le soumettant à 
une discipline injurieuse ; c'est le droit que possède in- 
contestablement tout être moral de se préserver de la 
contagion du crime, en exigeant du criminel, avec la 
juste réparation du dommage matériel qu'il a causé, des 
œuvres satisfactoires qui effacent sa coulpe. Ici, encore 
une fois, plus rien qui offense la personne : le législateur, 
hypocritement charitable, ne prétend point exercer snr 
la volonté du pécheur une action; c'est à sa liberté qu'il 
fait appel. La mort même, j'admets, par hypothèse, qu'il 
s'agisse d'un scélérat endurci et désespéré ; la mort n'a 



8 le caneUfe m twmt fémt . m iuart. 
Deexpiatkio ; fl est mé çv'-î£afr %»A ytst ûà^ft:su«& 
I réparation : e est os fait %t tvxtk, ia^^acr^ iz^tf^n^ 
par la révolte do ModasBBé. Lu» tfocme <#c iK«rir, 
bnerdamlarniHiwyiMi âa ««Kr^L-s&ai^ jor on sor- 
It de justice oa eo fortxr par ai Bnzç-iMfz : to^iî, sans 
I de discours, ee qa'est la £Ub!Xjo& p^xuie. ee qoe »- 
le l'e^B^dilMMi â ihotI, aele sapr^tne d«; la juiidieticn 
lestique^ de laquelle dérire toole aotr« jaridjctioo. 
>n Toit par 11 ce que peut être le ^ard^m oa droit <fe 
p0y ainsi que Yûmmiiâie^ le plus bd apanage de la 
raraineté. 

e pardon, si doux an oœar des pères, n*est autre que 
bli de la fanie commise, en considération du repentir 
a suivi; oubli qui, à cette condition, est de toute jus- 
, puisque ne pas pardonner au repentir serait exiger 
\ que la dette et se faire pire que le débiteur; mais 
li qui ne peut pas aller jusqu'à la dispense du repentir 
ne, puisque ce serait un permis d'immoralité. Grâce 
coups et sévices, toujours; grâce de l'amende et des 
unages-intéréts, tant que vous voudrez; grâce de la 
sfaction morale, jamais. 

!uant à l'amnistie, comme elle n'est relative qu'aux 
ensions de la politique, elle est essentiellement réci- 
]ue. Le vainqueur, dépositaire actuel du pouvoir , en 
int à ses adversaires prisonniers ou bannis l'anmis- 
la demande pour lui-mftme : hors de là, elle est in- 
euse et inacceptable. 

e Droit de la guerre est une Justice négative, con- 
sint en une sorte de convention tacite de s'en rap- 
ter à la force. .. 



ous les peuples ont eu leur symbolique expiatoire. 



ce qu'en savent nos moralistes théologiens < 
liiteurs. Dans cette pénitencerie, dont le prir 
riiomme n^a de pardon à demander qu'à Di( 
facliou à donner qu'à Dieu , il y a sans doul 
idée de la dignité humaine; mais il y a en i 
une grande cause de démoralisation. En fait 
envers la famille et la société que le pécheu 
l)le ; c'est à elles qu'il fait tort : l'envoyer s; 
dieux» c*est prêcher le mépris de toutes deux 
Actuellement la symbolique est usée ; tou 
cérations» dont les frères déchaussés et men 
olTront en plein Paris le spectacle, est su| 
indignité. Le vrai pénitent, comme dit Jési 
lave le visage, s'habille avec décence, cache 
U peau ot le poil de ses jambes , se discipline 
vail , l'étude » la moilestie, le renoncement I 
son stMis privé , rcmpressement à servir , l'j 
ment do$ labeui^ répugnants et pénibles , la 
siduo du dévouement. Le vrai pénitent es 
chaque instant de sa pénitence fait dire de lu 
\\x\xW\ Il irait jusqu'à préférer, sa réparation 
1er toute sa vio pénitent, si le grand combat 



Im BMilre dit i too Y«let qui la folc : Vm If /«Irv 
tUtêwn : pub il le chasie» crojant avoir bit preuve 
(raode dignité. El telles aool les coméquencea 
MMtamnatioo judiciaire» qu'au total il faut anoure 
» maître. Bref* tout la monde k Tenvi sa déclara 
ire ; et le malheureiii que menace la Yindicla da 
il en conséquence. îjt rondaronalion, au point da 
a dignité, étant toujours capitale, la coupaUa sa 
somme de raison, conlrp la peine; la guerre qu'il 
encée contre la société par la toI et la débauche, 
Blinue derant U cour d'assises par la maosonga 
ocrisia, pour U reprendre ensuite par la brigan* 
l'assassinai. 

reviendrai pas sur ca que j'ai dit da la solide* 
raie : elle se fait sentir, au moins dans la fa- 
ar la respect que nous inspirent nalorellament 
li nous touchent, par l'orgueil que nous res* 
da leurs belles actions ai le chagrin que leurs 
ous causent. Quant à la contagion qu'entraîne 
»lidarit€, elle devient manifeste par la dissolu- 
\ mœurs, publiques, consistant rn uiie sorte ilo 
icite que nous nous donnons mutuellement de 
il. 

int sur lequel on hésite, moins par l'effet d'une 
on établie que par paresse de raison et da eoBor, 
roplicité morale de la société. On trouva eieesaif 
re la conscience publique* responsable, |iour si 
ce soit, d'un acU.* auquel chacun se rend le lô» 
;e d'élrc étranger; ci c'est en vertu de cette pré- 
D d'innocence '<le la roUectivité qu'on trouve 
le de réduire la pénitencerie à une chasse vigou- 
ivers les individus que 1«^ déflnitions légales ré- 
^Is délinquants et malfaiteurs, 
ccln, je le ré|K'l^, c^\ \ luli'it d" l'habitude que de la . 



— 628 — 

Les actes en sonl coonus : se baigner dans Tonde lustrale, 
passer par les flammes, se flageller, se couvrir de cendre, 
porter le ciliée , aller nu-pieds , jeûner, Teiller, garder la 
retraite, réciter des psaumes, etc. N*en rions pas : ce fut 
la première manifestation de -la Justice au point de vue de 
la réparation du péché; et c'est encore aujourd'hui tout 
ce qu^en savent nos moralistes théologiens et nos légis- 
lateurs. Dans cette pénitencerie, dont le principe est que 
l'homme n'a de pardon à demander qu*à Dieu, de satis- 
faction à donner qu*à Dieu , il y a sans doute une hante 
idée de la dignité humaine; mais il y a en même. temps 
une grande cause de démoralisation. En fait , c*est bien 
envers la famille et la société que le pécheur est coupa- 
ble ; c'est à elles qu'il fait tort : renvoyer satisfaire am 
dieux, c*est prêcher le mépris de toutes deux. 

Actuellement la symbolique est usée ; toutes ces ma- 
cérations, dont les frères déchaussés et mendiants nous, 
oflrent en plein Paris le spectacle, est superstition et 
indignité. Le vrai pénitent, comme dit Jésus-Christ, se 
lave le visage, s'habille avec décence, cache aux regards 
la peau et le poil de ses jambes , se discipline par le tra- 
vail , rétude , la modestie, le renoncement temporaire à 
son sens privé, Tempressement à servir, l'accomplisse- 
ment des labeurs répugnants et pénibles , la pratique as- 
sidue du dévouement. Le vrai pénitent est un héros; 
chaque instant de sa pénitence fait dire de lui : Heureuse 
faute! Il irait jusqu'à préférer, sa réparation finie, de res- 
ter toute sa vie pénitent, si le grand combat de la société 
n'exigeait qu'il reprenne son rang parmi ses frères. C'est 
pourquoi, dit encore Jésus-Christ, il y a plus de joie dans 
le ciel pour un pécheur pénitent que pour quatre-vingt- 
dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. 

Que si, par supposition, le coupable se montre obstiné 
dans le crime, contempteur des hommes et décidément 



ckain* Le maibi: tlil ■ son valcl qui le vole : I a iê faire 
feaire aillemn ; \mi% il le cliafuic, rro} ant avoir fait preuve 
tToBe gramle di;;nité. tt UA\n sont les ronsi'-qucnces 
fane condamnai ion judiriïiiro, qu'au total il faut oncore 
biier ce maître. Bref, tinit le niondi? à l'en^i ms déclare 
ÎBiolidaire ; Pt le malheureux qui* m«*nace la vmdirtc de 
la loi agit en mnséquenn>. i^i f-ondnmnation, au |ionit(le 
voede la dignité* étant toujours capitale, lu coupable se 
Ubnl, comme de raison, contn* la peint*; la puerrc qu'il 
1 eonunencée contre la lïucièlé {lar le vol et la débauche» 
i In continue devant la cour d'assises par le mensongo 
cl lliTpocrisie, pour la reprendre ensuite par le brigan- 
d^e et l'assassinat. 

Je ne reviendrai |ias sur «-e que j*ai dit di* la solida- 
rité morale : elle se fait S4*ntir« au moins dans la fa- 
aille, par le respect que nous inspirent naturellement 
cen qui nous touchent, par Torgucil que nous rcs- 
mtons de leurs belles actions et h* chagrin que leurs 
butes nous causent. Quant à la ronta^'ion qu entraîne 
cette solidarité, elli; di*\ii*nt manifeste p:ir la dissolu* 
tfon des mo*urs. publiques, mnsi^^tant <n une sorte di* 
congé tacite que nous nous donnons nuitucllenient de 
Cure mal. 

Le point sur lequel on hésite, moins par l'effet d*une 
conviction établie que |i.ir paresse de raison et de cœtu*, 
est la complicité morale de la Mx?iété. On trouve i.'xcessif 
de rendre la conscience publiqui* rt'S|X)nsabie , |iour si 
peu que ce soit, d*un acto .nhiufl chacun se rend le té* 
moignage d'être élraiij:er; et r*est vu vertu de cette pré- 
somption dlnnoccncc-di' la cnllertivité quon trouve 
commode de réduire la pénitenceric à une chasse vigou- 
reuse envers les individus que 1rs délinitions légales ré- 
putent seuls délinquants et malfaiteurs. 

Tout cola, je le réinMo, est ( lutôl dr> j'habiludc quo Je la . 



— 534 — 

doctrine , mais ii*cii ost que plus difficile à déracinerJedtt 
donc ci j'affirme que la société a sa part dans tous les en- 
mes, délits et contraventions que la loi réprime; qa*e& 
conséquence la réparation, pour être efficace, doit être ti- 
ciproque , c'est-à-dire que, si le coupable doit satisfaire ï 
la Justice par une somme de mérites, la société à son toor 
doit travailler à son propre amendement par une réfi- 
sion incessante de ses institutions. Je dis que le système 
de représailles auquel le législateur se laisse entraîner 
n'a d'autre effet que d'aggraver le mal, d'abord chez le* 
coupable par l'indignation et l'endurcissement, puis 
dans la multitude par l'impunité du vice collectif et la 
contagion; et j'ajoute, appuyé sur l'expérience, que, a 
la réparation n'est pas faite, pleine et entière, par toutes 
])arties', elle sera prise par la nécessité des choses ; qu'alors 
elle deviendra pour tous , aussi bien pour la masse 
restée indemne que pour les condamnés, un supplice 
véritable. Car la nécessité est aveuglé et sourde, elle 
frappe rtiomme comme la brute; et ce mal, purement 
moral en apparence, qu'il a laissé passer, elle le convertit 
en désastre. Alors, on accuse l'iniquité du sort, on se 
demande comment la Providence peut ainsi confondre 
les innocents et les coupables ; on fait appel au jugement 
de Dieu ; on se repose dans la foi à une Justice ultérieure, 
ou bien Ton tombe dans le scepticisme , avec lequel la 
démoralisation devient sans remède. Conduite double- 
ment absurde, attendu, d'un côté, qu'il n'y a pas d'in- 
nocents, de Tautre, que les meilleurs, n'eussent-ils d'autre 
tort que celui de leur incurie, mériteraient leur part de 
la vengeance céleste. 

J*ai montré, par des monuments authentiques, com- 
ment la sanction morale s'exerce dans les masses au for 
intérieur ; je vais faire voir , par des faits d'un autre 
ordre, comment s'exerce la solidarité. 



— 5» — 



léchant, il ih> rnli* a\cc celU* Ame féroce, placée par 
lleHDéme hors la loi, qu'un inti>en, re&commuDicalion 
ileonelle, la mort. Lue senlence de mort est un»,* déclara- 
on portant que chez ifl individu !■ consTï^nce est morte, 
a'il est tombé à l'état de tW'tc féroce à visage d'homme, 
D*U n'y a plus par conséqui-nt qu*à le lurr , comm^ un 
bjet d'horreur et un fiênl ^irnnanent pour tnud. Reste à 
ivoir si une semblable d«*?radalion dt* la di;;nilé hu- 
maine est possible, ou, pour riiii-u\ dirt*, dans quels ras 
; à quelles conditions eli*' <st miM^e eiistf-r. Reste à 
iToir aussi jus<|u'à quel |i(»int la rârlusitin et lo bagm.* 
eurent 9 par un reste de piti«\ cire maintenus fiour b*s 
aturcs dcgradiV-s et incurables , comme un é<|uivalent 
e la guilloline. 

Ce serait le lieu de faire la critique de notre Code pénal, 
e its catégories de déliU «-l de crimes, de sa division 
es peines en a/jHetires et ttifnmatUeSj ditÏMon qui fait 
lier le législateur et le ju^c d«* pair avec les scélérats qu'ils 
eursuivent; enfin de r«-|iou\.intabl*: arbitrain- aicr !«'- 
jiiel on distribue ie« |ii*in»^ et un hs applique. T'I qiif 
i loi frappe d'une \'i-iw- nrtj'-rUnuwih: l>u'*'rc devrait 
tre fxroMmirfiie du '.'••nri* hiinuiii; t*-l roi.ibninrà inoit 

fait preuve, dan« la {•• rf-^-tiiiti'iii ii<* win r riin#*, de plu% 
e sens moral que b^.*-» juu''*^ u'»-n oiil niuuirt) dans la cm- 
smnation. .Nmus retr<i'i\('r;s ii.i a chaque pas la trace de 
esprit Ihcologiquo «-t ii..il*'ri:iii->lo qui {ir^'hida a la ré> 
action de ci; codu : \\i*-'t\ït: *U- U Iran^'^ridancc de la 
)i morale v{ li** |.i ili\iriit*- •!•• «-a «aiulion; tlifVjrie de 
indignité onginf-li*: li»? 1 h''rjirn'- f:t df: la néc«.'ssilé de 
cxpur^'er, |iard>-« «• \io'- r\»ii>r% ^ur ïon corfis, suraiNl 
me et toute sa pfr.yi'.H' . %i.\" idfW.* de la communauté 
uridique, de la réciprot :t'- .• i-i ^^iti- fiction, delà natoiie 
lir payement qu'.ip^i'-ii- ia ot-tti: du. crime.... Qu'il nm 
*iirti^ d'avoir \y ^' U-s prir^-ifie^. et m^mtré, par la pU- 

lu 30 



— 630 — 

lofiophie de la Révolution, ce qu*il faut entendre par ce 
mot, si longtemps inexpliqué, de sanction pénale. 

Qui no Yoit à présent que le principe des institutiou 
pénitentiaires est le même que celui des réunions et as- 
semblées de toute sorte, les premières créées pour Tm- 
quittement des dettes envers la Justice, débita noiera ; 
les secondes établies pour l'exaltation de la conscienoe 
publique? Depuis 80, l'instinct populaire n'a cessé de ré- 
clamer, pour ce double objet, organisation et réfomie; 
c'a été, sous le nom de suffrage universel, le but constant 
de la démocratie. Mais les choses ont été si bien menéa 
depuis soixante ans que, sur les deux lignes, la rétrogra- 
dation a été égale : en même temps que les philanthrope' 
des prisons inventaient le régime cellulaire, les réuDJon 
et assemblées libres étaient interdites comme menaçantei 
pour l'ordre, et le suffrage universel transformé en nMl^ 
tier monstre pour le service du gouvernement. 

 qui la faute ? dites-vous. — Oh I je sais de quoi 
vous voulez parler. Mais, dites-moi , Monseigneur, pen- 
dant combien d'années, sur soixante, les défenseurSj 
de l'ordre ont-ils possédé le pouvoir? A part les trois jou^j 
nées de juillet 1830 et les trois de février 1848, ils Tool 
possédé soixante ans. Qu'ont-ils fait , pendant tout ce 
temps-là, pour dégager la pensée de la Révolution , fa^ 
muler sa doctrine, organiser ses justices, c'est-à-dire 
forces de collectivité et ses assemblées, rendre la répan- 
tion des crimes et délits utile et honorable? Rien : ilsopt 
entretenu l'état de guerre; ils ont inoculé aux masses b 
scepticisme .moral, dont ils étaient infectés; ils ont faitdo 
droit une hypocrisie et de la satisfaction une honte, ftl^ 
vous vous étonnez que, sous ce régime de guerre, lesria- 1- 
nions publiques deviennent des foyers de sédition, et f^K 
votre pénitencerie, au lieu de guérir les coupableSia^j 
produise chez eux qu'endurcissement L.. 



I -If .i'VllUlllU . .1 'i'Il. l*4*kiUM tu 

•XWVM. J 41 BMilU iV II U»>4Vi4tft «4. '.i*««U; 

I 

i JoBUscraiHin , ^ou» :i i«t« ^.a^ «ié a it. « 

lA ^% ll'li!* ;*•!> -II*!! .lillA. V u» >k>-k4M 
vJjilM.'» -.'l ••llillll> C» .!•( lut > a»«««« 

I puti jll i'<imn? is»! Mjilkiaii' jl a M\jiLitu. m .luI- 
L A dOB Ullir ittl M»llUaiIt.' Iv .a :*-|»i*-x%ii «i. \> u.i «k'M.^ 

lyHT 4 UlUr jlf i^i Hc'^t^iUl.ull •:i il. ..I l'àiki* .t ^^'«u 
i OHBllie li un XUii\«ii ^m iiitiN cii.l ■'•Icai îc :<%'U.^ 

i(er «Ée mis «iiiii*iiii» . iu\ iii.ivsi«.i«.K j« ;•.!>«.•«<. ««i.t.i 
; Bèpnmiu iiss t'uMitakio i :ii«.. ^^:« i.«\ LiLué«a.j.\ 

mCalvS. )Lir:it «Liiiaiiii vinl i ^ k*.'i'./>, M Ji 

bourdlMAA^C ^rOf^iM- m» tuli-^OIlva. ï.ii Ui\*ii MkiK. cl 

■cicnce, «k^aul Uuni cl iU-«jiii lc!« tu»aiiitva, \\ juii 
s nous o'a^ua» rteii a iiou» it'|ii\H lu i uuiiiiaïu'Ua u^*a» 
uift lo aulres. 



irtiMi 4mm I rr«ii«Milr 

I 

>D me dil : 

i Voire Uiéuriiï de la (Miiiiiiiiiif juaiàn:, ilu l.i Miliiiu 
! qu*elle enj^eiiditf , ul ili: la i<i|iuiiilUiii iiidlurlli i|iii 
est la consiéqucncv, lout ii-lu i->i mi m. |ii ui |iiii.^ i.li 
it. Vous n'affligez IiIun, (:'<*^1 a nu Mi llli , um» u inl.i 
2 pas, c'est en 01 u'u mii'iix. I.Aij^ti il nu .u i um ijh il 
tare son méfait [lai une Mmnin: il ai d .^ iiitiiiiiin > , iu 
lie manière |ifjst>ilile d'i'lluMi 1« pi i li« , uliii ju-'^i a 
itrer les tfjrU <]Ufj p«.'ut a\oii lu*) la bm nu i nvu.** lui, 
st d*une cliaiili': tuut u !<iii «'Xcnipiaiii . J.a >.ijii iiii 

UOD reb|ier.'liVtj et l«jri)iiii<JUi , un 1* mijIhiiiIHiii .ilinn 

D de plub lugi'iut: assuMjiui-nt. Mai.*' i« (uiiiiiniiii.Miii- 
*idique, celle boliduiiU; de cunbciuiu;, ixii* uiulualàU: 



— 632 — 

satisfactoire , tout cela estril bien séiieux, et ii*y a-t-il (ms 
plus d*éloquence que de réalité? Comment pouvez-vons 
vous dire affecté dans votre for intérieur par Tincon- 
duite d*un mauvais sujet ? Que vous fait à vous, honnête 
homme, sa dépravation? Et de quoi vous avisez-vous de le 
vouloir convertir? Laissez à elle-même cette nature per- 
verse ; vous avez bien assez de garder votre propre vertu. 
Des coquins se mettent en guerre avec la société : acceptez 
la guerre, et faites-la bonne. Au demeurant, c'est tout ce 
qu*a prétendu la sagesse des nations et que prescrit le 
Gode pénal. Nous aurions fort à faire si, après avoir subi 
les incursions des malfaiteurs, il nous fallait, quand nous 
les tenons, compter avec eux, les mettre à même de de- 
venir des saints et des héros!,.. » 

Cette objection séduit au premier abord par une appa- 
l'ence de justice expéditive; et s'il est vrai que la manie 
de mettre les gens en pénitence tient une grande place dans 
réthique des modernes , il faut avouer que, dans la pra- 
tique pénale, la maxime du Chacun chez soi chacun pour 
soi règne sans conteste. Le christianisme le premier , 
tout en organisant sa pénitencerie sur les plus larges 
bases, nous a enseigné à nous occuper spécialement de 
notre salut personnel, et, ce faisant, à nous laver les mains 
de la damnation des autres. Puis est venue la discipline 
des couvents, qui a fait de ce précepte d'égoïsme spirituel 
une règle de conduite pour le temporel , en recomman- 
dant à l'âme retirée en Dieu de laisser aller le monde; tel 
bourgeois qui se croit sage parce que, sur la recom- 
mandation de. son commissaire de police, il ne se mêle 
pas de politique^ ne se doute pas qu'il a tout juste autant 
d'esprit qu'un moine moinant de moineriey comme 
dit Panurge. Qui se soucie véritablement, dans notre 
monde conservateur, de la chose publique? A plus forte 
raison, qui s'embarrasse du perfectionnement du pro- 



— M7 — 

, «giffanl ptrUNit en mode iiibvenif et se liimuil aiu 
I effroyabf^ éetrls ; 
a Irmil cooverli en servage ; 
Ji propriété de plus en plus abusive; 
Ji concurrence changée en une guerre déloyale; 
Ji division du travail sévissanl de plus en plus par la 
Ddiarilé; 

m nachines se Iransformanl en une artillerie dirigée 
Ire les masses ouvrières; 
e change se faisant agiotage, 
a crédit, usure ; 
a talent, charialanisme ; 

as lettres et les arts servant d*excitation à la dé* 
che; 

a sdeoce menteuse et caTarde ; 
a rente et rimptVt pressurant le travail au delà de 
a borne; 

a circulation devenue le grand moyen do mystifica- 
et d'escroquerie, en donnant à rappauvrissemeiil 
firal les apparences de la prospérité; 
n résultat, surproduction d'un ccMé, disette de l'autre ; 
produits avilis et invendus, à côté de consommateurs 
nés qui ne peuvent les payer; suspension de payo- 
its et alTIuence de numéraire, manque de bras et 
DDage; partout Téquilibre rompu, la contradiction, 
pour finir, la misère et le d^pcuploment. 
espublicationsofficiclles constatent, |)ar leurs chiffres, 
délité de ce tableau : donnons-en un extrait. 

III 

^*après les documents recueillis par le bureau de sta- 
iqae, la production agricole, pour 1846, évaluée eu 
eut, a été de sept milliards. 
a nombre des travailleurs ruraux, d'après M. Achille 



— 638 — 

Guillard, étant en nombre rond de 14 millionsi la valeur 
moyenne produite par chacun d'eux, en 1846, aurait été 
ainsi de 600 fr. 

Admettons pour la production industrielle une moy^uie 
analogue : le nombre des producteurs de cette catégorie 
étant de 6 millions, leur produit total doit être porté 
à trois milliards. 

Soit, pour la totalité du revenu national, dix milliards. 

C'est avec ces dix milliards que trente millions de 
Français ont subsisté : ce qui veut dire que la moyenne 
de revenu, par tête et pour l'année, a été de 277 fr. 77 c, 
et par jour de fr. 76 c. 1. 11 est vrai que la récolte de 
1846 fut médiocre; admettons donc, pour expression du 
produit moyen annuel de la population fra;içaise, au lieo 
du chiffre de 10 milliards, celui de 11 milliards : la dif- 
férence d'une année d'abondance à une année de disette, 
sur une étendue de 27,000 lieues carrées, ne dépasse 
certainement pas 10 p. 0/0. 11 suit de là que» dans une 
année normale, le revenu moyen par tête et par jour est 
de 83 c. 71 ; environ 7 cent. 1/2 de plus qu'en 1846. On 
s'étonne qu'une nation comme la nôtre subsiste de si peu 
de chose. J'avoue que ce peu me paraîtrait déjà consi- 
dérable s'il était équitablement réparti : ce qui n'a pas 
lieu, comme on verra tout à l'heure. 

Quoi qu'il en soit, la production telle quelle du pays 
iiû suffisant pas aux besoins, on demande comment il se- 
rait possible de l'augmenter. 

Deux moyens se présentent, indiqués tout à la fois parla 
raison économique et par Texpérience : Augmentation du 
travail ; Distribution de plus en plus égale des produits. 

Quant au travail, on vient de voir que sur 36 millions 
d'âmes, 20 millions sont occupés par l'agriculture et l'in- 
dustrie, 16 millions restent à peu près improductifs. De 
ces 16 millions, il faut déduire 12 millions d*enfants, de 




^ <'a /if». 

IL r»TUi. 



an à te jBiijUMa it- «ar -nriciTmiMt ait ikHi^iu^;>^ 

dnelkn on. *s. ??s'iir*eriii >iir .' ^if^amitt; iin tu^?^ ^r 
sorte qot «e tsvisbl lism hul . auirurL'nn. 4 moir a.^ 
11 ■iiliartt. wicnu: < ^âfR?z l :f mili^âr» tW Wïr- 

1 fr. 16 eeaC Cfs mk. eolu o.-iqh. s: r^**: à\i^ <^/ 
daoi b Mfiiârff Kswdjfi: ât se. iitUiir; ock ^::1 à I^a;^ 
avec trois tnmc^ k BieBi:r* js: «chsus^ jlxw >:\^ ^mu 
dans b glae: naàs, d&s» ^f« A:4>ài:x>» à\v)(iUihix^ 
qn'noe cembbUe iiicrjefliiiNti de rev^nin :!4)p(vv^, U 
popabtion et le sol expkKtê it^tant U>$ n)^iH>«« l^ 
nojreniie de 1 fr. 26 c. par tète et pur jtMir n^i^nviiiior^il 
vn bieii-ètre inooî, auquel nous n*UTtvor\>n« do sùuNL 

Qui donc nous empêche de réaliser iv bioiHMi>\ \s\\\t 
que d'un côté nous avons les bras, oi \\\\\\ la \<^\\\\ M 
mer, les capitaux, ne manquent pas; puisipio, do Tatilh^ 
iln*y a qu'à rétablir des proportions et t\ nuùiiliMilr oniro 
les forces, les services, les besoins» les pnxiuiu, Iom iki 
laires, la balance égale? 

Ce qui nous empêche est Tesprit d'ini(piit(\ (|iil hutiililn 
les consciences et les rend ellos-mâinoM ill<^Kllll1M ; ifn|iiil 
pi fait que les uns ne veulent puM truvnilldr ou im l,hi 
vaillent qu*à ce qui leur plait et & dnn mtïi\\iUm% imoi lii 



—'640 — 

tanles ; que le irès^grand nombre ne sait pas même tra- 
vailler, et pour cela est traité en esclave; et que les plus 
hardis cherchenf la fortune dans le désordre même. 

Je ne veux pas trop approfondir, et pour bonnes rai- 
sons : contentons-nous de regarder à la superficie des 
choses. 

On compte, d'après la statistique de M. Àch. Guillard, 
1,170,000 rentiers et pensionnés, complètement affran- 
chis de travail. Or, s*il est juste, ainsi que je Tai étaUi 
moi-même, que la rente du sol et des capitaux ne soit pas 
laissée tout entière au travailleur, attendu qu'elle ne dé- 
pend pas exclusivement du travail; s'il parait même con- 
venable que cette rente, au lieu de tomber dans la caisse 
de TÉtat, se répartisse entre un certain nombre de titu- 
laires, elle ne doit dans aucun cas devenir, pour le 
rentier, une raison de repousser le travail : tous les éco- 
nomistes sont d'accord sur ce point. La rente a pour des- 
tination normale de niveler entre les diverses exploita- 
tions, tant agricoles qu'industrielles, les inégalités de 
rendement et les risques de toute nature qui pèsent sur 
le travail : dans ces conditions, elle peut et elle doit de- 
venir un moyen d*équilibre. Consommée en entier par 
une classe d'oisifs purs, elle constitue un déficit réel, et, 
ce qui devient odieux, une prélibation sur le nécessaire 
du travailleur. Or, à quelle cause rapporter originaire- 
ment ce déficit? A la paresse, à l'orgueil, à la sensua- 
lité, à tous ces vices qui nous rongent et que la renio 
semble avoir pour objet de satisfaire. 

A côté de ces 1,170,000 rentiers, figurent 607,000 fonc- 
tionnaires, gens d'Église, de lettres, d'art, d'afi'aires, que 
M. Guillard réunit tous dans la même catégorie, sous le 
titre de Professions libérales. Bon nombre de ces libé- 
raux participent à la rente, mais la rachètent dans une 
certaine mesure par une prestation de travail, lequel est 



II 

, Féqailîfcre if% i^ralu-*. ^H.ant ain iSerl»i^« H 
cAéi c o an déf'o m «!W^^fxv-nM». ce fi.«t d^ 

ft Tordre d t U «^lU-. T#-U ««■nt, {v&r nmifile. 
r parmi l«9 afli>ct)< «f if . H pirmi !•-« fjculu^ intel- 
le» , la iD^fDoir^. 

I YHr^ crill^ctif, •♦•i U-* tIk^v? w ^OM^nt *ur «ne 
rande écM\f «-l a«»^ le* rr'»>1ilir3tiofi< i^n'} .i|»- 
a oollcclîviu} , IViriln- {i^'iit aii^M «^ «lôttnir TtH^iiH 
PS forcrs. El do nj»'-rTi^ «lu»' l«s farullt's fi aiWliiMi^ 
ih'ido, lesforc«« wfriale* s»nl a%eii^l<-«, à trmlanci' 
et alisfirbante, rafiaMf's par con«fi|ut*iil, <i*loii la 
e dont ello» s#»n! iliripAr^, il«» [»ro«-urfr !•* iiulluMir 
'^licite des hrinimoç. Tell«' «>l, onlp* aiilirs, la |>n^ 

e touti-s (rs affriiinii^, fai iilii''s, forces, raiit«irilô 
inlîpnt IVquililiri' est la Jii^tuv. 
într^ \os rartilli''> H ttlhu'ùtiw^ i|«> riiiilivhlii, il'iino 
t les forros «le la o)llrrli\it«'' d«' l'aiitro, il «'\isti' 
ilé inlime, c<iMP«|Minclanrp, infliiriut» nnitiifllr, 
ité plus nu m<ùnsL'tn»iti* par cnns«''({ii«*nt, |ni(ii m* 
e idenlitc. Il en rÔMiItu ipie tout in<Mi\i*infiit, suit 
I, soit en mal, qui s*arniiii|ilit dans rordii; iin>i al, 
c, à moins d*un«* n'actitm éni*i'|:ique, un nioinr- 
malogue dans Ton Ire *'-conoinic|Uï', et virr nrstt ; 
i Ton peut ftn^ndre t hacun de ces mouvmM*nt^ 
cnonciation et mrsinc de Tautre, oliservrr, par 
e, dans une slatistii|ue de la |»o|iulation et df la 
", comniir en un miroir, IVtat de la consciencr 
le et les ell'ets de la Milidarité morah*. 



— 536 — 

Ainsi, que par l'effet de cet entraînement à la volupté 
dont nous avons, dans nos dernières Études» expliqué la 
marche, la population commence à se détourner du ma- 
riage et de la famille; que la fièvre du luxe et des jouis- 
sances, compagne ordinaire de la volupté, s*empare des 
hautes classes, et descende ensuite jusqu^aux derniers 
rangs; que les moyens ordinaires de la production ne 
répondent plus aux besoins; que la Justice, sans appui 
dans la religion, faussée par le scepticisme et les per- 
turbations do la politique, ne suffise plus à contenir 
Tcgoïsme, l'équilibre détruit dans l'ordre moral ne tar- 
dera pas à l'être dans l'économie, et l'on peut prévoir 
ce qui arrivera : 

Dans les personnes, 

Désir elïréné de s'enrichir, en dépit de la loi de pro- 
portionnalité, qui règle la production sur le travail, la 
terre, les capitaux, les besoins, et n'accorde en moyenne 
à chaque famille qu'un bien-être modeste; 

Dégoût du travail, qui par lui-même ne peut pas con- 
duire à Topulence ; 

llechcrche de moyens factices, violateurs de la Justice 
et de la proportionnalité économique, de faire fortune; 

Déclassement de la population : la multitude rustique 
désertant la culture pour rinduslric et s'engouflranldans 
les villes; l'ouvrier quittant sa profession pour les em- 
plois; le propriétaire et Tindustriel se faisant spécula- 
teurs, agioteurs, usuriers, solliciteurs de subventions el 
de privilèges; les fonctions publiques se multipliant 
outre mesure, les traitements s'augmentant, la concus- 
sion s'exerçant sans scrupule, et le pot-del-vin, du haut en 
bas de la hiérarchie, devenant comme un supplément de 
solde pour les gens du pouvoir ; 

Dans les choses. 

Les forces économiques, que ne contient plus la Jus» 



— Ml — 

léfé, bÎM aaeinlu. Uê quelle lulure eti oe Iriftil? 
kne oalure que oe que lool industriel, commerçtul 
Joilaol, appelle fes/roii gémérûmx. Ce fonl les irait 
aux de la lociélé* 

eflei, que œa dépenses aient pour objet de récréer 
il, oooune les spectacles; d embellir l*habitation« 
le les arts; de raflennir la conscience, comme la r»- 
; de fadliler les transactions ou de maintenir 
e et la sécurité, c'est toujours la même chose. Ce 
point là une production réelle qui, en s'accroissant 
les lois de la proportioniuilité, augmente la ricbeaaa; 
un accetsoife, indispensable sans doute, mais que 
lure commande de réduire toujours, en le (aisaot 
er autant que possible dans la production efléctht» 
iu que, dès lors qu'il se spécialise, il y en a ton- 
trop. Par exemple, le livret de TExposition des 
L-arts contient 1 ,000 noms d*artislcs, qui tous res- 
étrangers à la production réelle : c'est 950 que je 
rais voir y revenir. Cinquante artistes, en mille ans, 
ent à rillustralion d*un |)cu|)le; accordons-les comme 
nue permanente, le reste doit relounicr à l'établi 
1^ charme. J'en dis autant des gens de lettres, des 
d'Église et des gens d'affaires, dont le personnel doit 
duire progressivement et se rallier au sen'ice actif 
nslruction publique et de Tindustrie. Or, d'où nous 
encore c^ttc cxorbilancc de 607,000 individus tra» 
int ad libitum^ faisant un service privilégie, hono- 
le, chèrement payé, et de moins en moins productif f 
i même cause toujours, de Torgucil, de la répugnance 
avail et de la prédominance de l'idéal, 
livent dans la statistique 102,000 sujets consacrés au 
ce du luxe : comme si, p<nir faire du luxe, il était 
in d*autre chose que de produire de la richesse! 
non : dès lors que l'idés^lismc prend le pas sur la 

ni ^V 



— 542 — 

Justice, et que la volupté devient la véritable rdigioD 
d'un pays, il faut, pour le service de ses jouissances, on 
spécialité d*agents, agents de corruption par oonséqaeot, 
et de misère. 

D'où vient que le travail sérieux offre généralement a 
peu d*attrait ? De ce que, par les combinaisons du capli- 
lisme entrepreneur, il est de plus en plus particulariaé, 
mécanisé, abrutissant; de ce que toute philosophie, tcNrt 
art, en sont soigneusement ôtés, toute liberté écartée, 
toute garantie retranchée. En un mot, le travail est tu- 
tant que jamais servilb : d'où la distinction quelque peu 
insolente des professions libérales. Production, aujour- 
d'hui, c'est servitude; non-production, liberté. Étonnef- 
vous après cela que la [Mt)duction et la consommation ne 
soient pas en équilibre. 
Encore un ou deux faits, et je conclus. 
En 1838 a commencé pour la France ce qu'on peot 
appeler l'ère des chemins de fer, ère de déception et de 
servitude, s'il en fut jamais, ère de perturbation écono- 
mique, de dissolution politique et sociale. En vingt ans 
U a été dépensé pour rétablissement de ces lignes quel- 
que chose comme trois milliards : or, que représente 
cette dépense? une suite de déplacements brusques, tous 
plus désastreux les uns que les autres. Déplacement de 
main-d'œuvre, d'abord : c'est depuis l'établissement des 
chemins de fer que le travail agricole a commencé à 
souffrir ; déplacement de capitaux, de matières première» 
et ouvrées, de substances alimentaires, qui n'a pas tardé 
à se faire sentir par un enchérissement progressif de toos 
les autres services et produits; déplacement en outre de 
toute une classe d'industrieux, d'où est résultée la ruine 
de villes entières. Les derniers troubles de Chalon-sur- 
Saône se rattachent par plus d'un ûl à cette cause. 
Passons sur l'épidémie de spéculation qui s'est égale- 



— 643 — 

Mfil difeloppée i la taite des conttractions de Toies 
irréies: on m'accordera que cette accumulation d'entre- 
risea, qui, pour enrichir quelques élus» a fait tant de 
upes, produit tant de souiïrances et de crimes, n*cst 
M de l'intention des émeutii'rs de Buzançai^, des in- 
nrgés de Juin ou des afliliés de la Marianne. De si 
«titas gens n'ont pas ce qu'il faut pour faire danser la 
ttlanee économique. Tout cela est Tonivrc de la caste 
A naissent et s'agitent les Carpentiev, les Cusin-I^e- 
;eodre, les Thurnej-sscn et tant d'autres, que le parquet 
le sait comment saisir, sans doute faute de preuves. 

Aus déplacements anormaux causés dans le travail et 
a consommation par le débordement subit ài* la haute 
ndustrie et des travaux publics, il faut joindre le déplace- 
ment de circulation qui en devait être la conséquence. Il 
f a trois nK>is, nous étions en pleine crise financière, et 
dMcon d'en donner des explications : jamais on ne débita 
laot de sottises. 1^ masse d\\ numéraire avait-elle sérieu- 
Kment diminué ce|ien(lantT A-t-elle augmenté dans une 
proportion équivalente, aujourd'hui qut» la crise, assure- 
t-on, est passée?... 1^ vérité n*(*st dans aucune de ces 
hypothèses. Mai5 qu'on réfléchisse qu<N depuis 1838, au 
lernce ordinaire de circulation qu'avait fait jusqu'alors 
^argent s'est ajoutée une suite d<» services exlraordi- 
Uire^ auxquels il a dû subvenir : souscriptions d'actions 
il obligations de chemins de for, budget croissant, dé- 
tassant à cette hcuff' 1,700 nnllions; travaux immenses 
le bâtisse, redrcsscnit^nts (!«' rues, palais, boulevards, 
)onts, églises, aligneuienls, etc.; emprunts de FËtat, 
(^élevant en deux années seulement à 1,500 millions; 
spéculations de Bourse et reports; que Ton considère 
{ue cette circulation, hors de |)ro|K)rlion avec un revenu 
Doyen de 11 milliards, doit ùlrc servie la première, et 
'on reconnaîtra, je crois, que telle est la véritable cause 



— 544 — 

de la crise. On comprendra qu'il ait pu suffire, à u& 
instant donné, d'une sortie de 200 millions sur tm 
milliards formant rencaisse national , pour produire II 
cherté de l'argent, comme il suffit, après une série de 
récoltes médiocres, d*un déficit subit de 5 millions d'hec- 
tolitres, sur les 100 millions que la consommation exigei 
pour amener la disette; on s'expliquera enfin cette ap-. 
parence de prospérité dont le pouvoir est la dupe, A. 
qui n'a de réa^té que dans un va-et-vient accéléré da 
numéraire* 

IV 

I 

Voici donc qui est démontré autant que chose peut ' 
l'être : le défaut d^équilibre dans l'économie générale, et 
sa corrélation avec le défaut d^équilibre dans la raisott 
publique et dans les mœurs. Tirons la conséquence, el 
nous allons voir la solidarité de l'injustice se révéler jtt 
la solidarité du châtiment. 

Au lieu de 1 fr. 26 cent, par tête et par jour que poitf- 
rait rendre le travail national, s'il était organisé, distri- 
bué et rémunéré selon les règles de l'économie, qui sont 
celles de la Justice, nous n'avons et nous ne pouvons 
avoir, par suite du renoncement au travail de tant de 
millions de bras, et de la subversion des rapports, daoi 
laquelle seulement les habiles trouvent l'occasion de 
s'enrichir, que fr. 83 c. 7, soit, pour 'la totalité du pays 
et pour Tannée, onze milliards. 

Le mal serait médiocre si ces onze milliards étaient 
répartis approximativement d'après la moyenne de 83 c.7 
par tête et par jour, ce qui pour une famille de paysam 
composée de quatre personnes ferait 3 fr. 35 c. Mais il 
n'en est rien, et si la vérité théorique, si la Justice, sik 
bien-être général et particulier sont dans l'observation 
des moyennes, nous allons voir le mal-être se pro- 



— j45 — 

d^ arec d'aniaot plus d'inlensité qu'on a* en écarte. 
Ainsi, pour entretenir les 1,170,000 rentiers et pen- 
aJQDiiés, iTec leurs femmes , enfants et domestiques , 
CB n*est plus 83 c. T par t^te et par jour qui «uffi^ïnt, 
c'est 2 lir. 50 au moins qu'il faut; ce qui ^out dire qu': 
dms la classe où l'on produit comme on c/:«n^imm'; 

comme 3. 

Iléme ohscnration pour 1« g*:Ds de proî^^.sion ^îb^ra/^ : 
la reTena de fr. S3 c. T n^- «jf'.t j.**. non {/:'j»; to»i- 
tefoiSy comme iîsrendect i-r- \rr^^,: ^rni':^. ;i *2» f^Hiitj/] 
de penser qu'ils consomaiecïî i<''.<^.^:f^:Ts^\'.':zr.^:rti rry/vn^ 
qpe les purs improdu-cMfâ : A.>xr: vr-^-irr;: j/*: •/■'.' f ? }4r 
jour, au lieu de î fr. 30 -i^ r^^^r.i. à .':. 

Sommes-Doos a3 hrA* Li -14:^*.. r>* r M. », * .4*i 
compte : 

hinnesésiMgpbKi 'TT. '4*^11 .«.*. ^^ •» •r.i»7*:r: . 'î^y/n 

Vagabonds, menduuiu. «i* r.i-.7-*ns r ^t.sî^r.f * ; ' i*/» 

Soldats (pour ie mawLA^ fe . .? :.*> vv :.»•*; 

Pilles soumJ3«Sw .... ;-. ./r» 

Aftenus v //ii 

Encore un mQiiijc. -^ çuu :":i".n".:vi'' •'■^ . v. ^•'■ 
i^De de rentiers et i* :»*nsii*rir4i»s ■: . -ir.-. •■• 
^ent pas de risL, «t m:iru*ia •» '.-vit v.'- v-." 
(obTention aUmeatiir'i : :r.r»^n^;-;ï * V> «pn* 

En résomé, l*»» râ 3iul;i;ns t' nv:rV.ui''î ':. ■^■.^ ■..•.;•,. 
Iiensionnés, ^enâ «■»r-^anr. .i^s or'»i(p<i.<ir.n<s f-i^^^ o^ ^ .^/^ 
leurs femmes, e&£int3. ir\me^î.iiiip:i!. -jiiw p:: ^rLi-i^-:. .i\- 
firmes, mendianta, ^r^iiuv^f^ -i Vf^^niic -^r ^\^.- -^tst 3,^^ 
le rerenn do pa^^i ine ^mmi^ t' >n*- r * n ^r 1 > <» m" > * « 1» a'^ 

demi-milliard dé lerviivî, v mi »st Vr- v^-^^j»^: i^ /,^/, 
dnction toiak ^'•ili^v.'uit « :: Tuiiis^ric v/v rv^^iiym' k> 
bienrèlre générai i'«i smeiînr^ 1' ■fnf;4Tif >* .-•'^'r'^fïM rA/^///» 



j— ■ .'. -^ ' 



• ■ *., 



— 546 — 

par tête et par jour s*élève à fr. 87.5 , — celui de 
l'oisif à 2 fr. 62 c; 5, — celui du fonctionnaire, de Tar- 
tiste, de Thomme de lettres, etc., à 2 fr. 09 c. , — « celui du 
soldat, du détenu, etc., à 52 c. 04« 

Mais le revenu du producteur n^en vaut pas mieux, au 
contraire : le producteur, qui sur un produit total de 
11 milliards 500 millions fournit pour sa part 11 mil^ 
liards, soit en moyenne 1 fr. par tête et par jour, ne re- 
çoit pas 1 fr. , il ne reçoit pas même la moyenne de 
fr. 87 c. 5; il reçoit fr. 68 c. 43. 

En sorte que, par la manière dont les forces sont équi- 
librées, les services distribués, les produits balancés, la 
rente consommée, les frais généraux rémunérés, le yice 
et le crime réprimés et punis, le travailleur se trouve en 
déficit, sur sa consommation, de 41 c. 57; en autrei 
termes, il perd près de moitié de son produit. 

Qu'on refasse ce compte comme Ton voudra, qu'on 
ajoute à la production ou qu'on en retranche, qu'on aug- 
mente ou qu'on diminue de quelque peu les femmes et 
enfants appartenant à la catégorie des improductifs, fonc- 
tionnaires, gens voués aux professions libérales, etc., les 
deux seuls éléments qui offrent quelque incertitude : on 
arrivera toujours à ce résultat significatif, que, dans l'état 
actuel des choses, le défaut d'équilibre , c'est-à-dire, en 
dernière analyse, Tiniquité sociale, coûte au travailleur 
une fraction de son produit qui varie de 40 à 45 p. 0/0. 
Or, c'est cet écart énorme entre le doit et Tavoir des pro- 
ducteurs, bien plus que l'insuffisance de la production, 
qui fait le mal-être général et engendre la misère. 

La misère ! tel est donc le châtiment, appliqué en 
masse, des iniquités du peuple. 

Une dernière observation : sur ce budget effrayant de 
la désharmonie collective, pour combien pensez-vooa 
que figurent les auteurs de crimes et délits que la loi 



— 547 — 

réprime et que la vindicte publique parvient à atteindre? 
k peine pour 10 millions. En sorte que» Timmoralité punie 
étant à rimmoralilé conventionnelle ou tolérée comme 
10 millions à quatre milliards, on peut dire que les in- 
dividus, au nombre de 40,000 environ, que les cours 
d'assises et les tribunaux correctionnels envoijent en pé- 
nitence, ne sont que des échantillons plus ou moins heu- 
reusement choisis de Tiniquité générale. A Dieu ne plaise 
que je compare tant d*hônnêtes gens qui mangent de 
bonne foi leurs rentes et pensions, et n'ont jamais appris 
.i distinguer, comme dit le prophète Jonas, leur droite de 
leur gauche, à des scélérats profès dans le crime et qui 
Ae peuvent prétexter d'ignorance. Devant la conscience 
publique, les gens dont je parle sont irréprochables, aussi 
ÙTéprochable^ que les plus spoliés des producteurs, qui 
Ile demanderaient pas mieux que de vivre, sans rien faire, 
Sux dépens de la communauté. Mais convenons aussi que 
U Justice, manifestée ici par la nécessité des choses, ne 
saurait distinguer entre délit et délit : elle nous traite 
Ums selon nos mérites ; et quand sur le dos de 40,000 dé- 
tenus nous faisons amende honorable de dix millions, elle 
nous châtie les uns par les autres pour quatre milliards. 

Voilà, Monseigneur, de ces vérités qu'il serait digne 
de V0U3 et de messeigneurs vos collègues de faire annon- 
cer par mandement dans toutes les églises; vérités qui ne 
pouvaient descendre des sommets du Sinaï ni des rochers 
do Golgotha, attendu qu'aux siècles de Moïse et de Jésus- 
Christ la statistique n'existait pas; mais vérités qui n'en 
font pas moins le commentaire le plus éloquent que vous 
paissiez faire de l'Évangile, et qui, publiées par vous, 
devenant articles de foi en même temps que théorèmes 
d'économie, assureraient le triomphe pacifique de la 
Révolution, en faisant de vous ses chefs naturels. 

En même temps que vous adresseriez aux classes riches 



— 548 — 

■ 

et aisées des représentations amicales» nous, les tribuns 
du socialisme, nous dirions au peuple : Que la cause de 
ses souffrances est le défaut d'équilibre qui existe par- 
tout entre les forces, services et produits ; que ce défaut 
d'équilibre promeut à son tour de Timmoralité univer- 
selle, et que la première chose à faire pour détruire le 
paupérisme et assurer le travail est de revenir à la sa- 
gesse. Nous démontrerions à ce peuple, par A plus B, que 
dans les conditions les plus favorables, en supposant 
réunies toutes les influences heureuses du ciel, de la terre, 
de Tordre public et de la liberté, il ne peut pas espérer 
de réaliser une somme de richesse matérielle égale à la 
moyenne de 1 fr. 50 c. par tète et par jour, pour une 
population de 36 millions d'âmes , répandue sur une 
superficie de 27,000 lieues carrées; qu'ainsi la plus 
grande partie de sa félicité doit être cherchée au for inté- 
rieur, dans les joies de la conscience et de Tesprit. £t 
après l'avoir ainsi disposé à la modération, nous lui fe- 
rions comprendre qu'aucun homme, aucune classe delà 
société, ne pouvant être accusée du mal collectif, toute , 
pensée de représailles doit être abandonnée, et qu'après 
nous être si longtemps écartés de la Justice, notre devoir 
est de revenir à l'équilibre par une marche graduelle, 
qui ne soulève pas de colères et ne fasse ni coupables m 
victimes. 

Vous chargez-vous, Monseigneur, tandis que nous prê- 
cherons le prolétaire, de prêcher de votre côté le bour- 
geoisï Ce serait d'une grande édification pour le monde, 
et la paix serait bientôt faite. J'ai dit en 1849, devanlla 
Cour d'assises de la Seine , que le socialisme était la 
réconciliation de tous les antagonismes. Cette réconcil»*' 

V II *a 

tion, je vous en donne aujourd'hui la formule; elle n a 
rien qui puisse justifier l'opposition d'âme qui vive : cw 
le retour à la Justice, à l'équilibre. 



t. 1. 1 & lii: : ::t t .. •« n- r».'*^ * a*:; ^-.'^ixt 

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dlé morak^ «ia&f oc *•:• r.ut à .i *v ^•■.- i tr.v.* w.^ 

Car à qiMM bon i:i fiiry li s»^irU* o'^mI'u ' i '«-x; j^ im^x 
pareils, et for oYiS''quecl a nivM. qii - ^*ji,!ivxm' I Ikmi%« 
Fable rap^itMteur Ju r.orp* U^^risUlif. K^^ju'il ^i^u.ilo %vh 
hommes hors du droit et df Ia mcir^ùr, ^u\ ..* :.%t.-%i 
ions iês r^tjimef^ Ouf ce yHi rrMriw*'.-' .i unf . s.'.*»i/#- 
queiconquf; ^nn^-mis imiLicii^Hf^ tir /.j »»vi . .;si, 
Wk^me ^n 184S, .«'• f/rz-^.c wnt v.tuti-- r *tr »i'i i / • i .. •. . 
^i ne connaissent ptis /<<* /mn/cN, tii . Ni* sni • |>.i lo 
théorici(*n dt? runaioliii*, ri'iiiit'iin ili* Inii-* li <« r-***<^<i 
Déments, le Satan tl«' tiuit ce «pii ir^M'inlili* .i \\\u* min 
rite? N*ai-jc |i:is v\\ li» mallionr «IVinn», ji» m* -«.iii nu. i n 
apostrophant la nMclion : lussiez-mu» ttenti «ii tnti 
/lOflJ, fioi/5 ft/* vous jmrtinnnennnu /m«i* l'.iinli i .n « >i 
blantes, qu*avait ritri^s «li'j.'i M. «le Mmil ilciiil" it il.uM 
one de«ses catilin;iin*s. l)';iiMirs n'mit nuilii- im ijun 
leurs rolrns dV .\ilf'*s; j'ai, |i(iiii tiH- fiun' .u i inn *{» ti^i 
cide, des tli('orif*s, tout un syiii-iui*. 

Ceux qui d«f non rrïiit ii\f( tarit «le lut' m <(• * l'I.n .vMf • 
abattus sav<fiit-ils t:ti\ii'w\. mi iv «jU'* < ( ^l '|U( t< m yd i'l« ' 
Sedouteraieut-îN, par ha^iird. qm- tilu'. '|<i< (•''" t^^ Mi 
caressent U |i«;n^r'' dan-. )f.'<ir "i «jf ^ 

III ''1 



— 550 — 

Pour comble de malheur, à côté des tartufes qui dé- 
clament contre le par W des assassins, il y a les révoltés 
qui semblent applaudir, et ne se doutent pas davantage 
qu'en admirant le régicide, ils se rendent eux-mêmes 
complices de la tyrannie. De sorte que la défense, dans 
Tétat actuel des esprits, en présence des révélations de 
la police et des manifestations du dehors, semble devenue 
impossible, toute protestation d'innocence odieuse. Corn* 
ment échapper, si j'essaye une apologie de l'attentat, à 
l'animad version du pouvoir; si je prends parti contre les 
condamnés, à la réprobation de l'opinion? La mort si 
courageuse, si dramatique, d*Orsini et de Piéri, a presque 
fait de ces deux régicides diss martyrs. Que je touche à 
leur mémoire, et sans égard pour les milliers d'inno- 
cents qu'il s*agit de sauvegarder, la démocratie me met à 
l'index, m'appelle traître et lâche. C'est aux cris, mille 
fois répétés dans la foule, dé Chapeaux bas ! que sont 
tombées les deux tètes; des sergents de ville, des gardes 
municipaux, se sont évanouis ; Fun d'eux est mort de 
saisissement; le soldat stupéfié laissait le peuple grimper 
sur ses épaules; pas une goutte du sang versé n'a été 
perdue, des centaines de mouchoirs Font recueilli pieu- 
sement. On se disait que de grandes dames, de très- 
grandes dames, s'étaient intéressées au salut des con- 
damnés, avaient sollicité leur grâce; que cette grâce, 
appuyée dans le conseil privé de Tempereur, n'avait été 
écartée que par Tinflexible raison d'état. Essayez défaire 
descendre de leur piédestal ces deux assassins!... 

Peuple tragédien que nous sommes! Nous pleurons 
sur Orsini et Piéri : quant à ceux qui partent pour l'Al- 
gérie, personne n'y songe. Oç hésite, aux Tuileries, de- 
vant l'exécution de deux hommes justement condamnés 
après tout ; on vote d'entrain au Palais législatif une loi 
qui peut amener la transportation de cent mille suspects. 




la"*» is-"^»*- ML. ■^u.éfcéïiSf n . T^*r 

MM- ^»i::«k« u ^. : .■■,i ^ . ui. --««-'m^n 

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premier Ijraii «'l iiu'ini m* ivMHhli.i nii.nn Ir ili ntn 1 

>'UUS no |iOI|\iillS |«.l> MIlllMlt, \ «Mlli' i|il«- • •■»»!. I n ■ i i 

péuêticr iluns lV-tlu()iie (!«' la IUxoIuIhmi •!•' iiii«(in> - 
reuou velues du li\re du iVi/nr. Il IhiI |<iii1ii. nlf^fi 
les coDScienceSy sorlîr du l'li>|>o( iumi dvA Ii^^h^ i miiiiiiimh 



I 



— 552 — 

dire enfin, sur cette question terrible, la pensée, la 
vraie pensée de la Révolution. 

Ck)nseiHez-nioi, Monseigneur, vous à qvi l'Évangile a 
enseigné, pour toutes les circonstances, des paroles de 
persuasion... Mais à qui parlé-je? Je crois entoidre, du 
fond de ma pensée, votre réponse : c Sortez, malheureux, 
de votre aveuglement; et puisque, devant tant de té- 
moignages, vous ne pouvez nier, ni pour votre parti ni 
pour vous^ la complicité morale, renoncez à ce parti, i 
ces doctrines, dont le dernier mot est l'assassinat!... i 

Et quand je ferais cette édifiante conversion, la raison 
publfque en serait-elle plus éclairée, Vùc&re social plus 
affermi, l'empereur plus à l'abri des bombes et des balles? 
11 y aurait en France un apostat, pour ne pas dire un 
imbécile de plus, et les choses iraient leur train comme 
devant. Or, il faut que cette situation tragique, cent fois 
pire que Tétat de siège, ait un terme : le Pays et la Ré- 
volution, plus que Tempereur, y ont intérêt. 

Eh bien ! je préfère à tout mon devoir et la vérité. Je 
n*ai coopéré ni directement ni indirectement à l'attentat 
du 14 janvier; mais, non moins sincère que Félix P}at, 
j'avoue la complicité morale. Vous pouvez vous emparer 
de ma confession, pour en faire ce que de droit. 

Maintenant, daignez m'entendre : ce que j*ai à dire 
servira plus que toutes les lois de répression. On n*en 
finit pas avec les maladies sociales par des protestations 
et des exécutions; il faut avoir le secret des choses: 
c'est toujours Thistoire du sphinx qui dévore les gens 
jusqu'à ce qu'on le devine. 



Depuis plus de dix-neuf siècles, le meurtre des chefs 
d'État est à l'ordre du jour dans le monde civilisé. Pres- 
que tous les empereurs, en] Occident et en Orient, pc* 



— Ul — 



ÎÊÊimi de nofft nol m/ ; W an^ce ise <^ iia kMif cir- 
nage de roû H de r^iot-^. l 'f^lve fUe-mtae, FE^ise, 
meieda droit «Inm. c^ p«?Qf ^ Mi^ttdrr «le cHte irrippe 
râgieîde. PIm qu'aurm» aatr» p4it«sance, HIe a foiinii 
H» ooalînfrnt de Yirtiine« : et eocnine elle êtJit frappa, 
die frappait aotfi. C^^ ei> pi donne \e sipial îles 
attentats en déposant Vn f nnrt^ et d«lunt \^ sujet« du 
Knnent de fidélîip : c'<^ct cbft e\\e . t dan^ la rom|vi^ir 
de Jéfos que naît cette pr^init)u«* tluVirie d^ {'^«savMnat 
politiqoe» à laquelle Tluli^ a dA li |i«-nt* Ap n lilierir. 
et qui finirait, si nous nou« lai«>H>n< ««'^Inire. pir om- 
poiter la nôtre. 

Cm dont la philosophie atlhluM* tout au ha^nl, ou, 
ceqni rerienl au roAm*-. à la per*orsiu'' mnét? do Thomme, 
aelnNivent ici rien qui le» fniharr.i«sr : ils y voient une 
preuve de plus du p&chis qui n'vne dans los aflairi^ hu- 
aulnes, dès que la fon-i*, la su|ki'rsiliittn rt h nise, systt^- 
matiquement unies, ont r«*!^<4'' di* dominer lo< massifs. 
Ceiu-lâ sont les vrais a>i^ssins de> s«k irlt'** ri drs n»i^ : 
en niant la raison df*s promirrr^, iU ilrlriiisiMil U* risfMi't 
des autres. Athéi*s |>olitii]iifs, ils dt tiiiiront \v rr;:iriilt* un 
riique de gouvernement, roinim* ils drtîni^M'iil \r vol un 
risque de propriéli' : il est \r.ii «pie contre vv iloiihji* 
risque ils ne sauraient trouver irnssiiranre. iSiiir moi» i|iii 
lue suis fait une habitmli* de tout ra|i|Nii trr à îles luis v\ 
à des causes, je ne puis, je l'avoue, nri-mpèchn di- \iiu- 
dans le régicide un |ihénomène de pa(ltolo;:ie soc mIi-, 
911e ni les passions mduraisrs el 1rs /«i/.v»'* //w/m/i'*, 
dénonréesde tout temps par les |iouv<»irs élaliliN. m l«s 
abus du despotisme et les colrn's de lu lilieilé, alliv*»'*"* 
de tout temps aussi par 1rs roitspirateuis, m* miIIi^' iil .1 
expliquer; un mal invéléré, dnut mi n*;iiu.i pas plus i.iivin 
Hï guillotinant des fanattipics qu'en ^/•\i^^iml miiln- di -^ 
aspects ou eu fulminant mntir des iili'fili»^'in . I^ i« - 



— 554 — 

pect du magistrat, de même que le respect du père de 
famille, est, selon moi, un sentiment trop naturel i 
l'homme civilisé, trop intime à sa conscience, pour qu'il 
cède si aisément à la fougue de la passion et du libre 
arbitre. Il faut qu'une cause plus profonde oblitère ou 
du moins neutralise ce respect inné : sans quoi la faculté 
juridique, dont nous avons reconnu la réalité, les règles 
etjusqu^à l'organisme, se réduirait toujours à rien, puis- 
qu'il n'y a pas de circonstance dans laquelle le simple 
citoyen ne pût dire au magistrat, à celui qui, revêtu des 
insignes de la Justice publique, en accomplit les actes 
au nom de tous : « Je respecte la Justice; mais vous, je 
ne vous connais pas. » INiez le fonctionnaire, en effet, 
vous niez la fonction ; niez l'organe public du droit, vous 
niez le droit : c'est à cela, ne vous y trompez pas, que se 
ramène l'attentat à la personne du souverain. 

Comment donc, en une société, se perd le respect du 
prince : là est toute la question, )à est le secret du régicide. 

De tout temps on a distingué dans la société deux 
grandes catégories d'intérêts, donnant lieu à deux na- 
tures de pouvoirs : ce sont, je me sers du langage reçu, 
les intérêts temporels^ et les intérêts spirituels. 

Il n'est pas possible de donner des uns ni des autres 
une définition exacte : il en est du temporel et du spiri- 
tuel des nations comme de tout ce qui tient à la vie'. 
ces choses-là s'exposent, elles ne se définissent pas. Tout 
ce que peut la logique est de classer les faits d'après les 
cas réputés non douteux : ainsi, tandis que le travail, le 
commerce, le commandement des armées , l'adminis- 
tration du domaine public, sont du temporel, le culte, 
la direction des consciences, les choses de la foi, sont 
du spirituel. Mais à quelle catégorie rapporter la philo- 
sophie et le droit, l'instruction publique, les institutions 
pénitentiaires? Ici l'on hésite : les uns les attribuant au 






temporel, avt^ pari de Mineillance p^mr TP.nliso; lis 
aolrei au »pirituel, »oii9 n*senf (l'iiiUT\i'iitiuii di* l'Ktal. 
Une analyse su)i€ricun* inuntniait qu«' U»uU* tlmiiiirtioii 
Ml impoMiLle; elli* i*i|i1ii|iiit.iiI ve f|iii* la |iratit|iif a 
partout rt*v«*l«'*, rim|Milft«iaiiri*(l'arri\iT à iiih* (li-liiiiiUIntii 
aiacte : jVTartc o*ll<' ilis4-iiï>>ion, imur Ir nioiin-ril imilili*. 

Quel e>\ malnlrriaiit, raiii«-iii; à miii rxinoMiui la plus 
iutiionti(]u«*, ce iipiriliii'l iii\^1«'tii*iix, <]iii tail li* fiiiiil «Ir 
OOlre r\iMi'nt'P, qui i*n (••'■luUr la iiiati'iialili', «*l, ({iiaiiil 
ilesl ruiiu* mhis uiitr fnriii«;, lenail aii>ftil4'>l ^ou^ uni; aiitii*? 
Qu'estH'c qui* la nli^'iftn? 

La reli^'tnri, iril(T|iri*li*e |ilnliiMi|iliii|iiriiii*nl, M la syni- 
bolique de la cnriM ifiir#«, di* m*s iiiainlr>laliiiri^ cl di* «m*» 
lois. C'est la inn^Ii* d*' la Jnslicf, qih- n<>U!» a\llll^ d«-hiiif* 
la vénératînii de riiniiirin* |iai rii<iiiiiii«-. 

Tonte (KMiM'fî df iii\!»li< l'^iiH.' »•• .irt' «', mi |N-iit ilir*- qui: 
le spirituel, dans uni* MHiiti*, i -l !•■ nv'uni' ili- la mii- 
science, li* >\stèuii' ili-^ droits il A* ^ iji'ioii^. 

Or, auiM qii<- h<iiM r i\iiii<i il> rii'iitUi , l.i Ju^tur < -.( 
inerte 1 1.1 ns iim* <-\i-l'-ii< i- -««liit hp:. * .!'■ .1 l* "lu, j^iiir 
apir, ili* *>"' i]*!'\' l"|<|M r • n mu- i -fri«' i« i.< • < 'i(iifiMiri<', 

dnt'lji'nij plurii-llf ; « 't*t * «M»- t o urnuri ml»- 'l-- » ''U'* \*'tif': 

qui, endi'rni*!*- aii.Jw . tut (• lit* îi inf *■*',>•. li Ju iiu*. 
Siqqiose/ la ri'rnnuiti-i'il*- T":ti\''i* , li n v :i p u'. <;•• frji 
réciproi)ue, filii* •'• il.i:i!»'. \ . t- -W -••,. .ini»- fi.«,f ilr-, 
plus d'institiiti' II-. 1> nii'.'i^- :• :*\\*ti^ \.i.u •;• iiii'ir, 
la famille une «hir.*^ :<r r. i* ;r-. <iri i.--. <• . 1- ..j 

cité, une asji'«m' rîiîi ■: . «'■ :-r. «if.»'* . i 1 '■ , • • ■ 
prime luul r-!a 3 s-i rf: jr .-■■.;:'. I '. • ..' , . . 
a perdu sa piy'/fi. :.• . : ;. . :• - 

Je dirai simfi ■■■;.• r* '.,••.' .' :• ■. ■ •.' 

lu les deux r r*:».»!:-:.*' • -*. .: •• . ' • > 



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celle-ci riirr.prr::. ::.:.'. - ...',.. 
iaiteaperdusrxir-rJt.T.-. • > 4 - *.. . . •..-/:. 



— 666 - 

A priori nous savons donc une chose : de quelque 
manière qu'on entende le spirituel, qu*on le prenne pour 
le système d'idées religieuses qui, selon l'Église, sert de 
base à la Justice, ou bien pour l'organisme juridique 
dont nous avons fait la physiologie ; quelle que soit en 
outre la démarcation qu'il plaise de mettre entre ces deux 
grandes catégories d'intérêts, le spirituel et le temporel 
ne peuvent subsister l'un sans l'autre ; ils doivent marcher 
à l'unisson; ils sont connexes, solidaires, pour ne pas 
dire identiques, et se déroulent, chacun de leur côté, en 
deux séries homologues. D'où il suit que, si le soin du 
temporel et du spirituel peut donner lieu à deux sortes 
de devoirs, par suite à deux espèces de fonctions, ceux 
qui exercent ces fonctions doivent être animés toujours 
du même esprit, obéir â la même foi, relever de la même 
conscience et de la même autorité. C'est ainsi que dans 
la constitution de l'État le pouvoir judiciaire a été séparé 
du pouvoir législatif, ce qui ne l'empêche pas de faire 
corps avec lui ; entre ces deux pouvoirs il y a différence, 
et pourtant unité. La même chose doit exister entre le 
temporel et le spirituel. , 

Dans les sociétés primitives, qui ne furent que le 
développement spontané de la juridiction familiale, la 
communauté de conscience, exprimée par la religion, 
se soutint longtemps : le spirituel et le temporel étaient 
intimement unis, pour ne* pas dire confondus. 11 en fut 
ainsi à Rome jusqu'à la dictature de César. L'église 
païenne ne se distinguait de l'état qui lui était corrélatif 
que d'une manière purement fonctionnelle, comme les 
branches du travail dans la production ; le même homme 
pouvait passer d'un ordre de fonctions à l'autre, souvent 
les cumuler : on sait que ce fut en qualité de souverain 
pontife que César réforma le calendrier. Entre le sace^ 
doce et la magistrature les conflits d'attributions ne 



— 557 — 

m 

pouvaient avoir plus de gravité que chez nous le contlit 
entre un préfet et une cour impériale : une sentcnco 
émanée de plus haut y mettait fîn. 

Tant que le spirituel, la foi à une conscience commune, 
fut vivante parmi les Romains, la Kcpublique, c'est-à- 
dire le respect de cette conscience, malgré Je |»orpé- 
tuelles dissensions, fut comme la famille, inéhranlablf 
et inviolée : tel était à Rome le respect du prrc de famille 
et de la foi conjugale, tel fut aussi le respect du magis- 
trat. On peut s'en faire une idée par doux traits : le 
consul mécontent de ses soldats ordonnait une décima- 
Uon, et l'armée obéissait; d'autres fois les légions, ir- 
ritées contre leur général, se laissaient tailler en pièces 
afin de lui ôter Thonneur du triomphe : personne n'ci'il 
Osé mettre la main sur le premier magistrat, sur le pt^rc 
de la patrie. 

Après la bataille de Pharsale, on [leut dire que le spi- 
rituel tout entier, dans Tétat romain, a disparu. I/eni|ic- 
reur n'est plus le père ; c'est un chef de prétoi iens, if 
dictateur de la plèbe contre le patriciyt, rex|irf's**ioij 
vivante de la scission dans la république. Il a b^rju re- 
vêtir les insignes du pontificat : il ne rej^résente plus la 
foi ni l'idée, il n*est que le ministre de la force. Mus de 
conscience commune : le divorrr* est partout ; la [i-itM nité 
n'a plus d'honneurs; les nouveaux U';:i.stes, avrr U-irs 
busses généralisations, la battent en brèche; le droit e^t 
diangé de fond en comble, selon la remarque de Tire- 
Live; les vieilles institutions méconnuifs, inc/>mfirin^, 
tombent en désuétude; le concubinage devient Tunion 
ordinaire, la famille se dissout; le pairic.at ou patronat 
n'est plus qu'un titre honorifique offert à U vanité pr^ 
^ciale, mais qui n'a rien de sérieux ni de réel ; les co- 
inices sont abrogés sans que le peuple les regrette ; h 
^une aux harangues est sans voix, k sénad MTtit 



— 568 — 

■ 

chambre d'enregistrement; seuls » les avocats se font 
entendre dans les causes civiles et criminelles ; la no- 
blesse, comme les femmes, est objet de luxe ; toute la 
religion se renferme dans les temples : bref, la famille 
romaine dissoute, la République est devenue un monstre, 
où le spirituel est un mot, le temporel une machine. 

Le premier effet de cette exanimation de la République 
fut une réaction violente du parti des sénateurs. César, 
dictateur et souverain pontife, n'était plus le 'père de la 
patrie : c'était Saturne dévorant ses enfants. Il tombe 
frappé de vingt-deux coups de poignards. Et qui com- 
mande les conjurés? Brutus, son fils d'adoption. A César 
commence la série des régicides, ou pour mieux dire des 
parricides politiques. Mais la plèbe est la plus forte*, 
elle repousse l'ancien spirituel ; tout en adorant les 
anciens dieux, more majorum^ elle ne veut plus ni aristo- 
cratie, ni patronat; elle abjure, quoi qu'elle dise, les 
mœurs des ancêtres, aspire à la liberté, à Tégalité, af&^ 
mant par conséquent un autre spirituel, une reconstitu- 
tion de la grande famille, tout un nouvel ordre de choses. 
Mais quel ordre ? La plèbe est incapable de le dire, l'em- 
pereur incapable de le deviner. Aussi l'empire, malgré 
son immense travail de codification, n'est plus dans le 
droit; il est, comme je l'ai dit ailleurs, dans l'idéal, sujet 
de la révolte par conséquent, justiciable de l'assassinat. 

II 

Il ne se peut pas cependant qu'une société se matéria- 
lise tout entière, que le spirituel s'absorbe dans le tem- 
porel, que, l'idéalisme suppléant la Justice, la vie de 
l'âme se réfugie dans les pompes du triomphe et les 
spectacles du cirque. Il faut que cette vie , épuiSée par 
les guerres civiles, se renouvelle, ou que Rome, la reine 
des nations, disparaisse. Ainsi le sentaient Virgile et les 




^'à U puwBjtr-t ^T ::..-..• ^ • : -«« .. \. I. 
iTutte UKmiMt* ut api.at'i:'- z: ^ u:i* *- »i 

tofih» : c'«sl lUi* — -a.i «i -:• «t .*iii— . *-. *•••: •! n- 
iftii d'uiL, »* ;rm* •: U' «m., .m ::<• :.. <*: ..'- -. i * * «•.;> 

^ oo la ^L»H.. •■: ur i' ■•► u* i ■• e ••• .- *.. • . 

dehors dir I k'*:i.ii. m:>"*4.i-. ^*n*At\ u£ ;«c*-û .)' rMi'iti;it. 
dydequeiq'Jt î»»ri et * tT **. ?< créais*!/. roMrv i.--^aT 
renpire «kt corijitniiji s^u? rt-rz.i^i.«i. I.'rrr:>.re nt^ ««ub- 
Bilera qiK-lqii^fr s»*.-:**-4> :;»*■ ;-.iur fr.;cm-r jt ;aranisin^. 
cl feooDJer, d'âi»'!. ;...: là >-"aL*cjii «n. i>^.> (ar la u- 
▼aur» la D<*u\'iit 1^-..;». l'a:;.-:!. h.>::i.;> ^àn> iVl.4t. la 
S|iihtualiU' st iii iDir- . i--* r:..i:ui.> .».. p.irii.i:n* ^"O*- 
tiquei) fiulluu-nt, \:*i vi-ijj-.- lii* fiit^-i:>:inairt'> : >ioî- 
dens, |ilatuiiKit-rtS. ^ \lLa.*<'!M«-ii<, i\iiii]nt>, ma(r«'>'. 
juifs, égyptien», i.Hki.Tii.\s. t-ntin. Kl ciuimit', ri-ttc to%s 
en raison de la iii\rrsiU' lie Uur on^iiu*, le s|»iriiiu*l i^ 
peut MMJmeltre entureiiu'iil li" toin|Nin 1, ni \v t«'inp*«r< 
s'a^isiiiiiler le s|iifiiutl, i-uiiinii' ils ivsU'iit r.ital«*ii^«*^ 
distincts, et n*nil(fnt {ur leur Mission la r.iinillo Itài^&v-^l 
le parricide ï-évit de |iliis pu plus, i*t la lutte s'cmK'^V^^^ 
perpétuité, entre le (!liri>t « l rnniHTiMir... 

Ainsi ce qui caractérise rextinilion du spiril»***^ • 
son divorce d'avec h» temiMirel. dans nin' soiii**«'* * * 
régicide. Non que j*arruso les |iersé«!ili''s, rlir^'t *•"•*'* 
autres, d*avoir attenté à la vie d*» césai^ : iU i^ *^^ *' 



— 560 — 

garde. Jusqu'à ce qu'ils fussent devenus les maîtres, les 
chrétiens ne tirèrent pas l'épée; il n'y eut parmi eux ni 
révoltes ni complots. Le régicide est l'acte d'une société 
divisée, en révolte contre elle-même, et qui se nie eo la 
personne de son représentant. Le christianisme, tant qu'il 
fut hors la loi, ne fournit pas de régicides. Les empe- 
reurs sont frappés par ceux qui leur appartiennent : César 
est poignardé par firutus, son fils d'adoption; Auguste 
empoisonné, dit-on , par Livie sa femme; Tibère étouffé 
par son neveu Caligula ; celui-ci massacré par son tribun 
Chéréa; Claude empoisonné par Agrippine, après avoir été 
répudié par Messaline; Néron, Galba, Othon, Yitellius, 
tués par les prétoriens. Ainsi des autres. La conscience 
commune est morte dans Tempire : l'empereur est comme 
un père de famille qui prostitue sa femme, viole ses fils 
et ses filles, trahit sa maison, et que sa femme, ses enfants, 
ses domestiques, poursuivent comme un monstre. Lac- 
tance l'a vu, et c'est tout ce que contient de vrai son livre 
De Mortihus persecutorum ; les empereurs finissent mi- 
sérablement parce qu'ils sont ennemis de la vraie reli- 
gion, c'est-à-dire parce qu'il n'y a plus de foi sociale, 
plus d'esprit de famille, plus de vie spirituelle. 

Enfin, ils se confessent vaincus. Constantin, voyant 
que le moral de la société lui échappe, prend une réso- 
lution désespérée : il se convertit au christianisme, dé- 
place le siège de l'empire, abolit les prétoriens, deman- 
dant pour toute grâce de {)artager l'empire avec le Christ, 
Divisum imperium cum Christo Cœsar habeat ; trois 
grandes choses, mais trois choses inutiles, voire mal- 
heureuses. 

Constantin a beau se faire président du concile, il n'y 
obtient pas même voix consultative; il est le sujet do 
Christ, l'ouaille de l'Église, l'évêque du dehors; il a perdu 
sans retour la paternité de la république, le pontifical 



— -661 — 

Le spirituel et le temporel demeurent séparés, et jusque 
dans la famille de Constantin le régicide exerce ses 
fureurs. 

Constantin s'imagine qu'en transférant le siège de 
rempire> il se rendra plus facilement ifaaltre de l'esprit 
nouveau : erreur. Le christianisme est la transformation 
du paganisme; c^est au Panthéon, dans la métropole de 
ridolâtrie, que le Christ, crucifié à Jérusalem, établit le 
siège de son gouvernement. Que César porte ses pénates 
où il voudra, à Nicomé^ie, à Paris, à Milan, à Ravenne : 
le' pape garde Rome, il règne, et plus que l'empereur 
il commande. 

Constantin dissout les gardes prétoriennes, c'est-à-dire 
qu'il détruit le dernier obstacle que rencontrât le despo- 
tisme, et rend ainsi plus irrévocable la scission sociale, 
par suite, l'antagonisme entre le Christ et César, entre 
l'Église et l'état. Aussi la vie des empereurs ne compte plus 
pour rien; la majesté impériale devient le jouet des bar- 
bares, et l'utopie du césarisme s'évanouit, en Occident 
devant les nations germaniques qu'absorbe TÉglise, en 
Orient devant les Sarrasins et les turcs, que porte l'Islam. 

L'empire détruit, il semble que rien n'empêche plus le 
monde de retrouver cet esprit de famille qu'exprimait 
jadis la fusion des deux pouvoirs. La logique le veut : 
c'est ce que fait l'Orient par Tinstitution du califat. Un 
instant l'Islam menace d'envahir l'Europe, et de sup- 
planter, par la vertu de son unité, la religion du Christ. 
Hais le spirituel de Mahomet n'est pas à la hauteur de 
la civilisation occidentale; antipathique au progrès, il ne 
tardera pas à déchoir, ou plutôt à faire déchoir les peu- 
ples qui lui confient la direction de leur conscience. Le 
Coran est donc écarté, mais seulement au profit de l'an- 
tagonisme, rétat résistante de toute sa force à l'absorp- 
tion de l'Église, l'Église de son côté protestant sans cesse 



- 682 — 

contre les empiétements de l'État. Tel est le sens de 
l'agitation qui commence en Italie aussitôt après la fin 
de Fempire d'Occident, et qu'on voit se propager dans le 
monde chrétien, jusqu'au moment où la papauté est 
souffletée par Philippe le Bel, sa milice brûlée comme 
hérétique et immorale, et le siège de saint Pierre transféré 
à Avignon. En Tan 800, un compromis verbal avait ea 
lieu entre le pape Léon 111 et Charlemagne; mais on évite 
de rien définir; la question reste en suspens, ni TÉglise 
ni TÉtat n*ayant assez de puissance pour la trancher. 
Dans la donnée évangélique, une solution du problème 
était même impossible. Mon royaume n*est pas de ce 
monde^ avait dit le Christ devant Pilate, se plaçant ainsi 
lui-même, par cette parole malheureuse, hors du monde 
réel, sacrifiant son Église avant qu'elle existât, et con- 
damnant sa propre religion. Jules César avait ouvert Tère 
du régicide; Jésus en fit, pour ainsi dire, un dogme : à eux 
commence la responsabilité morale des assassinats. Entre 
temps le régicide se déchaîne avec un redoublement de 
violence sur les rois et sur les papes. Jamais ne se vit 
pareille foi à l'autorité, et jamais pareil mépris de la 
personne royale, impériale, pontificale. •• Enfin théolo- 
giens et jurisconsultes en viennent, par une apostasie 
réciproque, à poser en principe la séparation du spirituel 
et du temporel, comme s'ils avaient eu, les uns et les au- 
tres, le secret de gouverner des âmes sans corps ou des 
corps sans âmes. Mais la raison des sociétés ne se plie 
point à ces accommodements : telle est la nécessité de 
l'unité que, malgré la séparation, le droit divin péné- 
trant la société lui impose sa constitution féodale et mo- . 
narchique, pendant que le pape, souverain temporel 
d'une portion de l'Italie, lève, par son administration 
ecclésiastique, des contributioYis sur le monde. 
Au 16® siècVe, \a U&Çovme combat, dans ses prêches, U 



lOUtlIr. Ia i^HiUlf ^ .i \. . 

^ diCttIflffV lie 4^1%iij. lut! M* «ti. • • .«••. I 

9 Basil le proUMAiiiiMiH •. ••n' i •■ • *• •• ■ i ••• ••• 

■e la catholique». rfU'•^l i* i« ^* •> i • i • 

ide : £f avar^ rcye « . nU^^ii^Ui •'.•« f. 

fiiierrmau 

RcT€4alion trrn*' citliii «lui •>•! »' • • i>'-i 

I dOgm**? Ou* II* M^tf ^•l »fiiii(.«'i •• i •■< i •• I •• 

disHieuf (iêtf 1«^ • iitiv^« l^ i iviitr.ii.in t.i mMhii. 
KieBce des i^-upU^ r 

Rê%olution, ^liir m"Ii taia«Uii |tiii^i t.|iti..|«ii | .m 
ilioo du diuit Ui%ii. l'tii v*! .ii,-.iii.>.i. t;.i iip.iiii 
I psr M défiai iiii«*i* *•■ - 'îi'ni itt i (.••n.ii.- ti itn 
it par sa hauu* \u '.illi-f* i»«< •* i <y.ii(i •!• «.innfii.. 
jses, |iar su d«*)piHv>hi«»i «îu < àt t^« | ..i .«.■•'••.- n 

if M^ f'Od*.*f, y 'Il i-hrH 1, i.i li.< II' )»ti •< !•• I • •• I 

la !••'%' il u II' 'Il b< (ttf . iM.f « .Il -il 'lit! .il I lui II 
rituel qu'iiu i*'iit(i'»ft-. * »* t. ..'iii*i-i iii^-i < ï»nt. 

ait ralti*' i>'^ «ifij*"- cl .-. !■• *U* H'hi- ■iiiiiinii • 
tin iJu b«*hiMii* . lu •> > .i't'*i. ••>• ii/k(t*i« 

lit 

mot. il Ui> b«*lliliii i'tiîi-ii'i*( ««.tiiiiii* < 'I Ir4^. li •- 
plllvfib |j<irLif Cil .^ U'-L*: * 'j.^ t t\» \ ^ ,\t iiiij.* <- 

JKIUÎ C»iii. Ul* '.ri'-L-'iî .♦ irt U!'HU. <|U •!. ^JUliiA", 

irjiliqut li* ;:aif lu . • ••-•. iki»»» qii» iMUfc i»*fc |/ou- 
t^pujb JT^lf inil vit lllll.i•'l•.-^ a la ÏW\uiu\Àtjii qu'il» 
; «xtouulb iouh }iar îa h<r\uiuUuu, cl il eu keia 



— 564 — 

de même tant que la Rérolatîoo ne sera pas définitive. 

Toix de droite : Prédîcateor d'assassins ! 

Voix de la montagne : Mort anx tyrans!... 

Et me Toila oonTainca, par mes paroles et par mon 
parti, d*aToir entrepris Tapologie du pins grand des for- 
faite. 

— Gloyens, répondrai-je à mes intermpteurs, j*ai re- 
connu, et pnissé-je Fassumer tonte sur ma tête, la com- 
plicité morale ; mais, loin que je m*en vante , j*aorais 
plutôt en?ie d*en pleurer. Accordez-moi dix minutes, 
et TOUS jugerez en connaissance de cause. 

Nous savons ce qui produit le régicide : nous pouvoos 
en apprécier la moralité. Quelle moralité étrange! Ici le 
pour et le contre se trouvent tellement connexes, qu'ooe 
solution franche devient impossible. «Ëcoutez cette pro- 
position : 

On peut toujours poser un cas de régicide tel que k 
conscience publique prenne parti pour Passassin contre 
le prince; mais dans ce cas-là même il existe toujours 
des raisons qui font du régicide^ au point de vue du 
droit et de la morale, un acte exorbitant^ un crime, 
dont le fanatisme du coupable peut seul atténuer Vhor- 
reur. 

N'insistons pas sur la première partie de la proposi- 
tion : c'est une de ces thèses qu'il n*est pas bon de dé- 
velopper devant les imaginations faibles, que le vertige 
du meurtre entraîne plus aisément que l'attrait de la 
charité. Qu'il me suffise ici du témoignage de Platon. Le 
nom de tyran^ dit ce prince des moralistes, implique 
dans sa définition quelque chose de si noir, que la con- 
science se refuse à condamner le citoyen qui se dévoue 
pour en purger la patrie. Et force nous est d'avouer qu'il 
y a du vrai dans ce jugement, quand nous voyons quelle 
pitié a excitée, en faveur d'un Orsini, la simple allégatiofl 



ïUij- e ^naBU!::u; est j^ihipr. ^ .r-mi:-.»-. <îi:- 

ttÂl 3 ^ Ai^*i9r'x _- _ — 

^*** -*" - .■■- . «aie- ^— .»- S'. 11 ..it .ii J. 1.1 1.' . ; 



M ?3*r tt- -t-àE vtir -*•- .. .- -- r . _ ..^ . 



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aide i^Crilir-L & it:..- ^^Ljc^II^^ 1>: lf*':i zV, .-.û^ «il. 
^ n^aXit lA'JUi Zi'yjLl z^.'Z..-^^ .L,:". •: .^" ^-^> .^ ^ 

favcii CIH2 ii'jji :j-j- j-: :.^i... v.'.:•;::ï:■i;^:■.. j,v„. jVv»-,^»»^ 

pis iKMi&-]ii(aijes ct qaesi coi:c Ov>u>*"irvi»v' r,*;* .*- >a, 
pas de criiùe : t'est K- preniier axumir »';»: •^i^^»» ^^'^♦ml 
En DBon, la conslilution spintuc^Ur. K\i\\ s.^\ù.^ jv,%«imH 
'égitimer une accusation do lyranmr. uo\»«.i*o»i p<*» 
''accusation elle-même ne peut w* foiwnloi . olU* iui*^«q«.' 

]ii '''' 



— 666 — 

d'éléments; bien plus, elle devient contradictoire, et i 
nous achoppons à une antinomie analogue à celle 
soulève la question de la peine de mort. 

La théorie n*a nulle peine à établir que le s^ijet m 
la conscience est éteinte peut et doit être occis ; mais < 
ment constater une pareille extinction de la consde 
L'homme a beau s'enfoncer dans le crime, il est tonjc 
homme ; la conscience ne meurt jamais en lui tout il 
C'est pour cela que, chez les nations chrétiennes où 
peine de mort est en usage, on a soin de réconcilier l^i 
damné : comme si la société le priait de consentir i 
propre supplice, de faire de sa mort un sacrifice 
taire à la s^urité publique, en un mot, de moraliser i 
trépas par son dévouement. 

U en est ainsi du tyrannicide. Sans loi positive qoi 
détermine, il est contradictoire dans les termes, dte 
impuissant, nuisible même à la cause qu'il prétend 
partant injuste. 

Le tyrannicide est contradictoire, je veux dire par 
qu'au moment même où la conspiration frappe le 
tendu despote, il aflirme lui-même le despotisme: 
venons d'en avoir un exemple dans Orsini. 

Je n'ai nulle envie de dégrader ce supplicié : jesaisqirti 
faut ménager les religions populaires, quelles qu'en soieil 
les idoles; et Orsini, par la dignité de ses derniers DW 
ments, est devenu, comme Jacques Clément, pour bea»- 
coup de monde un saint. Mais Orsini s'est trompé :tf 
pareil cas, Terreur est criminelle. Il voulait que Napo- 
léon III, aujourd'hui maître des affaires, proclamât l'ini'' 
pendance de l'Italie, déclarât, pour soutenir cette isli' 
pendance, la guerre à rAutriche, à la Prusse, i tofliï 
TAllemagne, à TAngleterre, déchaînât sur l'Europe la' 
Révolution, en deux mots décrétât, en vertu de sonautO' 
cratie, la liberté des peuples et l'égalité de tous les hoiB' 



— w — 

omiiie pas si les préleniioiis d^Orsini éUieBt justes, 
anâeauBGODdequeiie religion agissait cel booune. 
ooiiBcience k dirigeail ? Que saTail-il de la Révohh 
nr en parlei ? De quel droit, caporal bomh^^>denr, 
ftît41 de trente-six miliions d'existeDoes? Et qui ae 
i qu'en s'adrefisant à l'anmipotenoe impériale, H 
fi de la 'volouté de la nation! Même quand il 
de la liberté et de J'égaiité, un chef d'étal ne doit 
er qœ ce qui a été résolu dans les oonsdls du 
toute initiatire personnelle de sa pari est usnr- 
; quels que soient son titre et ses piérogalives 
K, en réalité il règne et ne gouverne pas. 
ait à Oiïini de conjecturer que, rEmpereor enlevé la 
xatie lui succède, et qu'elle exécute ce qu'il n*a pas 
au an chef actuel de l'état d'entrqirendre. Qndie 
lie, d'abord, pon^'ait aroir Orsini de cette succès» 
••• Puis, quand même les démocrales, passant sur 
ps de l'Empereur, seraient remontés au pouvoir, 
-ce qui prouve qu'ils eussent dû faire et qu'ils 
it fait en 1858 autre chose que ce qu'ils ont fait 
18? Jusqu'à ce que la foi révolutionnaire soit expo- 
L démocratie n'est en France, comme la bourgeoisie 
rléanisme, qu'un parti, un intérêt; ce n'est rien 
ersel, rien de légitime. La démocratie, pas plm 
>rléanisme ou l'empire, ne représente la consdenea 
ys, n*en exprime le spirituel. Eût-elle contoqni 
iple dans ses comices, comme en 1848? St oui» Uê 
inces fondées sur le régicide risquent d'être (M- 
isement trompées; si non, c'est le despotisme» lot 
duit la pensée de dictature qui circule, en mèOMl 
\ que celle de régicide, parmi les masses : o^ait 
[uoi nul républicain aimant la liberté, régalliéi la 
!6, ayant le respect des formea légales ei dei fO« 



— 568 — 

lontés de son pays, ne peut applaudir à la pensée qui a 
conduit le bras d'Orsini. • '. 

Le régicide est contradictoire encore à un autre point 
de vue, qui le rend injuste : c*est que le despote, tyran on 
autocrate, qu*il s*agit de détruire, n*est pas seul, n'existe 
pas par lui-même ; il est le produit, le gérant d'une sita»» 
tionj il a derrière lui tout un monde; le seul fait de son ! 
existence suppose une masse d'intérêts groupés sous son 
nom et représentés en sa personne. Je n'applaudis pas 
plus au coup d'état de décembre qu'à celui de brumaire; 
mais il m'est impossible de méconnaître la signification 
de pareils actes, provoqués par la violence des situations, 
et qui par eux-mêmes n'entachent pas plus le gouve^ 
nement dans un pays où la commune conscience s'ignore, 
ne rendent par conséquent pas plus le prince usurpateur, 
que les acclamations de la multitude, et ses suffrages, et 
ses lampions, ne le rendent légitime. 

Vous voulez tuer le tyran, c'est bien; mais il faut au- 
paravant savoir si, à l'exception dé ceux contre qui la 
tyrannie s'est faite, il y a quelqu'un qui prolesle : sans 
cela vous sortez du droit et du sens commun. Le parti 
socialiste, le parti rouge, accuse de tyrannie l'empereur 
parce qu'il n'est ni rouge, ni socialiste, ni révolution- 
naire : ne voilà-t-il pas une belle définition !. .. 

Ditçs-moi, le corps électoral, en 1851, a-t-il protesté? 
11 n'avait pour cela qu'à se taire ; eh bien non ! il a volé : 
à Paris seulement il y a eu 196,000 oui contre 96,000 no», 
en tout 292,000 contre le régicide. L'année dernière, les 
mêmes électeurs ont-ils protesté? Non, encore: ils. ont 
accepté le combat... sur le terrain de l'opposition consti- 
tutionnelle! L'Église, les tribunaux, la Cour de cassation, 
ont-ils protesté? Les académies, les écoles, ont-elles pro- 
testé? La Bourse a-t-elle baissé? Les chambres de com- 
merce, les conseils de prud'hommes, l'ordre des avocats, 





K .m. 3011011?^ AIIIL sJilk i--^\ mi^ 

s Jààsnasrs « filIIh•Î!^ èr^mrs." I j^ 

yaOËt^ 2» ]iiiaiiEa!iiii^ oxl mnieitt ' ^^^ 

if fl lMimiH Jg J'jiiDiit ic i!s rjinscrifr cr ^nifs 

iiiiir-«lff -miiais mnim .'!iiraiM ' C^nn' <r 

ilaft râbAoR. lit sin» jïîcâucr !iL iûh.'uiv n. il -^ms^ 
Il ■MiiiimiM 1» 1P»ÎH2» iC 1!^ zrbuiniict 'f|i^ 
3ft & mit. isicnjoc nt iit juiimifC^ ^ 
•est laasmhs îTiiL ïmiiiavr^. «l Mtimfv. 
;cBiHlii«M;Âiaçii!sitv^iBr«caiiîrf :-iCv;uff TttrV^ i«f 

die pnAertJlMi ô* î-fcrr? te xv^fC^ «crv^rs^ ,ft^ 
es profWfKeî Cért«, «i f«i Mts?^ r^rcv ri«eift ,>i 
mble; lus soean s'en TC4it: docç ii'.'vr:^ rvrix sict v 
Dte; Doos fooniKs k <iKt« beicv 2u?$. ^xx >àtf ^ui lfî^* 
lolkm que àt racôeo résiic^. Hi^ .j^cau^ 3tu£xM^ 
1 pareil Iraraîl d'aircvir, d^ fui res>/:< t>nL3*Ki>> v(w 

nôtre; ce qoi dots pè-e esl plutôl îi ùUÎî^f v^w '•/ 
spotiame : pour rhonneur de la Frin.v» ff |»i\>^eTS',' 
•Dire le régicide. Le régicide, gniîd Dw« ! v:'e>l U vVtt- 
unnatioD dn socialisme. Oiez du dli-iKxi\ièiii^ ^ûi^^W h, 
lestioii sociale, le ooap d eUt da i déiVtuNrv^ el U rv«>^- 
nration de l'empire sont impossibles* Ole^ U ^u^lkstit 
Knale, et Napoléon 111 dépose son aele »ddilkuiu^ ^m il 
nnbe« Ëtes-Tous résolus, démocrates» dVn tuùr à U^l 
rix avec TEmpereur? Pas besoin de U>niU^ : vM^^- 
OQs au comte de Paris. 

k vrai dire, il n'existe ni tyran, ni dtsyotff^ : i >*l wu 
*ve de l'imagination , un mytlio. Il y a» ^t^U^i Iv* cir- 
instances, des chefs de parli, comme il y » tk^s \\\vii 



/* 



— 570 — 

« 

de barricades; des ambitieux qui s'élèvent au pouvoir 
par le conflit des passions et des intérêts^ voilà tout. Il 
se peut aussi que l'individu revêtu des insignes de la 
souveraineté ajoute par ses mœurs personnelles à la 
félonie de son usurpation : on peut dire qu'alors il réa- 
lise en sa personne le suicide social, résultant de la scis- 
sion du temporel et du spirituel* C'est le spectacle que 
présente l'histoire si curieuse des empereurs romains. Fils 
du divorce, l'empereur sent qu'il n'a plus le souffle de 
vie; il a conscience de son matérialisme ; il hait par coq* 
séquent, comme son antagoniste et son juge, cet esprit 
nouveau qui s'agite autour de lui ; il le défie et l'insalte 
par sa propre dépravation. Scélérat par désespoir, César 
ne tarde pas à tomber victime des siens : pourquoi les sec- 
tateurs de la foi nouvelle s'occuperaient-ils de sa chute! 
Ils seraient insensés, criminels. Eux, les spirituels, rendre 
cet infortuné responsable de la corruption dont il est le 
représentant! ce serait se faire ses complices, confesser 
leur indignité et leur impuissance. 

Le régicide, en effet , n'aboutit pas , il ne peut pas 
aboutir; pourquoi? parce qu'il n'est pas un acte de il 
communauté juridique, qui seule peut régénérer la so- 
ciété; il est le produit d'une communauté de péché. 
Quel homme, plus que César, mérita jamais, malgré n 
clémence et toutes ses qualités aimables, l'épithètede 
tyran? César, selon moi, fut justement puni, ce qui ne 
prouve pas du tout que ses meurtriers fussent innocents; 
ce que je trouve même de beau dans l'acte de Brutusesl 
rinsulte faite, en la personne du dictateur, à la plèta 
féroce et imbécile. Mais quoi! si vous frappez César, 
nobles conjurés, si vous brisez l'idole populaire, c'erf 
que vous êtes meilleurs que César et son parti, apparein- 
ment; c'est que vous avez ce qui lui manque, la religi* 
de l'avenir. D'où vient donc cette antipathie que to* 



n m mnatm .. ?« •'u^ rviwv \ 

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l PHcàftjta à imriH ■••11* Il "U'ir* ii.i.if li t«\"^ 
pOoB et "rrwr •■:•.. * i* ri L "■' :': '~i. ? r ► '.v 

lOD d'an cif«srt. \"r»^ .■•* ^.'•"^i •'-• :•? i^'-vj*. jva- 
U« le pc«:^ kf-s^fC« •.-*:: '^.j--. .^-i #f «fr fr'i s ;!tt 
litre, U f l*tit M .-^ j--» •??♦ rev-rrrl ;%%:: ^Ni^i un 
1 jeune bccDBe. 1:e. >. ;>!. -.••^r! r:rrrvT. cviik» 
kiocre. enocire aux it^ r.- 6 s.< : ->\*' i»i^ir. k» i\*n- 
reen tout du i^( ini. •< «e :>' j^tà-i ^'r.u.viil imi ^ 
licipation ai^ Marc-Arito*n« . ôm*.nun I0 1 Av.n ixtk* 
ans. Uusind Aurnfte mi>un:t. Tan 14 ilo noirv èrv, 
Dn Romain âcé d^ m^ins dt* M'^ixanl*' an*> n<* |mu- 
. se vanUT d'avoir \u la KopuMiquo. >V:^t-i> pa» à 
nûterdu répicidrT 

près Aiipisto, TiUto, un num^itro |»armi li-s iiuMi^lrr^, 
ne vinpt-tn»is an> : do tmiti*^ |i;irN mii lui rli''\i* dm 
ipleset di*s aiitrls; :ni\ \ilU*s <^iii lui tli'in.iiiilfiii l:i |nt- 
sion dfî lo fairu dii-n, il ri''|»oii«l m iHiaiil iiu'oii li* 
\$e tranquille. (*.ali;:iihi, riviirlitinc, ir^iir i|ii.iIM' aim; 
ude, idiot, qiiatnrzi' ans; Nrnm, (|ii;itoi7i* uir%; homi- 
I, seize ans; (lomiiKNli*, troi/o \\\\^\ v\ Ihiih |M»|iiilaiii'P 
ime jamais ne riireiit Trajun, ni M in-Auii-hî. %*i*hlw:i! 
t encore unv fois, à d<V(*t*>^''r <lii \%"^\v\\\v''. 
ronie de la Justic» sanrti()iin<*ll<* ' Ino ii.ili«»n a (wrilii 
sens moral: de ro iiiomciit t'ili: n'a dr fm i|ijVn to 
5e. Là comriipnriî r/hi fx pi al ion M;ii% li foiri* ré^ 
me à 17*1 re qu«r la conw ii-n» <? m-uW* *I«mI ^ou^i-rfMf ' 
einc établi, le d<-sj>/»l<' d<'\i«.'nt un 'AiyA d«' li.nf*'', ** 
loint de mire 'W *oniriii»iH Iti-ndt-n'^t la \At^^^\ 
arî... Son, réporid la ïm^Kum, \w% ims •*»•« ym \At$^^ 



. — 67Î — 

car vous êtes devenus méchants; vous adorerez un 
maître, et vous le haïrez tout en Tadorant, et vous le 
tuerez. Mais vous le tuerez en vain, parce que ce maître 
c*est vous; et quoi qu'il ait fait vous ne le tuerez pas sans 
crime, parce que le vrai coupable c'est encore vous. 

Le régicide, enfin, ne résout rien, il empêche même 
les solutions de se produire; par là il se retourne contre 
le parti qui remploie, et dont il devient la condamnation. 

Pendant douze siècles, depuis la fin de Tempire d'Occi- 
dent jusqu'à la Révolution française, l'Italie fait un 
usage continuel de Tassassinat politique et de la pro- 
scription. C'est en Italie qu'est née cette idée stupide, 
importée en France par Pianori, Tibaldi, Orsini, de cou- 
per court aux difficultés sans combat, sans émeute, sans 
bruit, par la suppression pure et simple de Thomme qu'on 
juge être un embarras. A quoi l'Italie a-t-elle abouli! 
Sait-elle seulement ce qu'elle veut etxse qu'elle est? Ici 
on rêve l'unité ; là, la fédération ; Gioberti prêche la pa- 
pauté constitutionnelle et libérale, et quand Rossi vient 
en faire l'essai, il tombe sous le couteau des démocrates. 
La mort de Rossi est le crime inexpiable de la démocratie 
romaine; elle a fait plus de mal à Tltalie que l'occupation 
française. Orsini et consorts protestent contre l'occupa- 
tion étrangère : pour faire cesser cette occupation ils ap- 
pellent à grands cris l'étranger, et parce que l'étranger 
que l'Italie appelle ne se presse pas de chasser l'étranger 
qui Toccupe, on assassine cet étranger. Quel patriotisme! 

Ravaillac fut de sa personne un régicide aussi respec- 
table qu'on en vit oncques, pieux, désintéressé, simple de 
cœur, intrépide. En fut-il jamais de plus mal inspiré? Si 
Henri IV vit encore dix ans, il épargne à la France la ré- 
gence funeste de Marie de Médicis, abat l'influence espa- 
gnole, donne la main à Richelieu, qui, rendu plus fort par 
J'autoritc du roi, plus assuré dans sa politique, aurait 



— :i:3 — 

tt iMNii épugner le Maarin et f;ui In 1j jciiiii*»m cla 
aaiê Xf V. Incapable d'otiservrr son ftiùrle et «reii «uit ra 
I Barehet le régicide i*nn|karc de l'avenir comme ti 
'aienir élail la propriété; il préju(r<f riiUtnin*, comme 
•^ en élail la Providence ; il nu't !M>n tons |irivc à la place 
le la raifon des choses, rrigo son ranatiitiiu* au-d<itMi« 
le la volonté générale. Monlr(*/-moi, jp \oiii prir, quel- 
|ia chose de plus despoti«|Uc «|ur \v. ré;:intir. 

J*entcnds que l'on me dit : Vous pri**ch<'X rinipunilé de 
I Ijranniev ton innocence niêiiif*. l/inipiiiiiti\ rri({rn en 
logme, équivaut a une dirlaration li'innfM'rncr. 

Je ne prêche Timpunité ni n'alliriiir riniKM-niro d» la 
yrannîe« puisque je condamn<* la \ii* d la iNTM^nne des 
yrans; puisque je r«*connais au t\raimîridf* «li*s miitifi 
PatténiMlion* et que ji* signale tyrans et t>rannicides 
Mnme la demièn* ei pression d'un «Hat dp cImim«h df*fttiln«'t 
le spirituel, commç le »rcau du rirnmoralilt* mn-iuIi:. 

Je fais simplement rhisturiquo du pliPiioiiif •im* ; j'pii 
nootre Torigine, les symplAiiips, U;s am'-s rt \v^ îii- 
■eoès; je prouve que, la t>ranAie nVrtant suM-rptihle nî 
pQDe définition lêgislatî\p, ni par coii!i«'i|ii''nt d'un«* 
Hnction pénale, le tyrannicid«' «-st, ronimo la |m'iih; do 
aori, tue idée qui implique rontradirtioii, uiu* antî- 
lomie. Or, comme C4*tti' aiitiruHiiie n'if^t p:is «le celles 
ina la raison pratiqui* df l'huriianité roiiMruil et utilise 
ir le balancement dp leurs termit», qu'elle doit au roii- 
taire disparaître entièrement axtn: la cause qui l'a amc- 
ée ei ne peut donner lieu à une maxime, j'ai i-u raihoii 
edire d'elle : Qiestiox insoluble par la lofjîtfue, et iur 
9pielle'1cmte philosophie doit déclarer son incompétence. 
ieia sîgniBe que l'attentat à la |iersf>nne d'un enj|>ereur 
H uniquement livré à l'apprériation du jur\, sans qu'il 
oit permis de poser à cf-t égard aucune rV*«:le f^énérale* 

Il n'y a rien, absolument rien à tirer, |K>ur la conduite 



— 674 - 

des partis et des nations, de cette hypothèse : S'il est 

PERMIS DE METTRE A MORT UN TYRAN? Ce tyran fûtril NétOD 

ou Tibère» pas plus que de ces autres : SHl est permis 
de se parjurer avec un parjure; S'il est permis à unJiU, 
dans certains cas^ de tuer son père; Si le mari qui iur^ 
prend sa femme en adultère a le droit et le devoir de la 
poignarder. Le jury, je le répète, peut, selon les circon- 
stances, trouver des atténuations : je crois qu*il eût été 
plus moral, par exemple, de jeter Ravaillac dans un cou- 
vent,. en considération de son fanatisme, que de l'écar- 
teler. Ce sont là sujets de tragédie, non questions de 
droit : la Justice, qui ne veut jamais la mort du pécheur, 
ne peut pas non plus glorifier celui qui, sous prétexte de 
la sauver, lui fait outrage; et toujours la conscience 
publique, revenue de son emportement, se séparera de 
qui fut parjure, môme pour le service d'une sainte 
cause, ou assassin. 

Citoyens, pour faire le procès au chef de l'état, il fau- 
drait que nous fussions en état de grâce, et nous avons 
perdu jusqu*à la notion du droit. Nous ressemblons à une 
nation de contrebandiers : nous traitons la Justice comme 
la douane ; chacun demande protection pour la marchan- 
dise qu'il vend, liberté pour celle qu'il achète, et comme 
les deux ne peuvent aller ensemble, tout le monde se 
livre à la fraude. Pas vu, pas pris; celui qui se laisse 
saisir paye Tamende, mais n'est point déshonoré. Sur ce 
les plus harcelés posent la question : Si, la liberté du 
commerce étant de droit naturel, il est permis de résister 
à la douane, même par les armes ? A quoi je réponds ; 
Faites la balance des forces et des services, et vous 
n'aurez plus alTaire du douanier. Hors de là, vous êtes 
des fripons et des brigands. 

Comment alors, me demandez-vous, sortir de celle 
situation atroce qui nous tient, comme un dilemme aux 



— 575 — 

cornes sanglantes, entre le parricide et le viol de la 
liberté? Comment en finif avec la tyrannie? 

Je vous le dirai tout à l'heure; mais il faut auparavant 
que je relève l'interpellation qui m'a été adressée de la 
droite. Les plus régicides parmi nous ne sont pas ceux 
qu'on accuse : je supplie mes coreligionnaires politiques 
et socialistes de ne pas tant faire, sur ce chapitre, les 
fanfarons. 

IV 

Toute maladie de l'être vivant, physique ou morale, 
s'épuise à la longue : la lèpre a disparu de l'Europe, le 
despotisme et le régicide en disparaîtront à leur tour. 
Vient un jour où la société, ayant acquis la conscience de 
son immoralité séculaire, veut en sortir, restaurer en soi 
le spirituel, par là s'assurer tout à la fois contre l'abus 
du pouvoir et contre la révolte. 
La Révolution française n'a pas d'autre objet. 
Jusqu'à ce moment, il est vrai, la Révolution a procédé 
avec plus de spontanéité que de réflexion ; elle s'est établie 
d'abotd dans le fait; puis, comme il arrive toujours, de- 
vant le fait vainqueur Tidée a été négligée, et depuis 89 
l'attentat politique, ou le régicide^, qui en est la forme la 
plus violente, remplit notre histoire. Quand il ne s'adresse 
pas au prince, il se fait conspiration, insurrection, société 
secrète : le criminaliste peut, quant à la gravité, graduer 
ces faits; devant la philosophie, qui considère la géné- 
ralité et la raison des choses, tout cela est de même caté- 
gorie, produit de la même illusion, symptôme du même 
mal. Que l'attentat s'appelle liberticide^ populicide^ arts- 
^aiicidej républicanicide ou régicide^ il n'y a pas, quant 
i la qualité, de différence. 

En 1789 la convocation des états généraux est faite 
P^la couronne : la nation, régulièrement appelée, envoie 



— 676 — 

ses représentants pour coopérer avec le prince au nomrd 
établissement social et politique. Tout se passe d'abord 
avec calme : c'est le moment de la popularité de Louis XVI; 
il est le père de la pairie; la France est sa famille : h 
devise fameuse, la Nation^ la Loi, le Roi^ imprimée sur 
toutes les monnaies, en exprime du moins le voeu. Toos 
sont animés du même esprit ; mais quel est cet esprit? 
Personne ne le peut définir ; il reste enveloppé dans d'ob- 
scurs oracles, ou se^ manifeste par des coups de tonnerre 
qui fanatisent la multitude, terrifient les aristocrates. De 
nouveau la scission éclate entre le spiritiiel et le tem- 
porel, bien moins par la protestation de rÉglise, que wn 
dogme plaçait naturellement hors de la Révolution, que 
par Tapostasie involontaire des représentants qui, a|Nfis 
avoir dépouillé le clergé, nié son droit divin, élevé 11 
tolérance au-dessus de la religion, continuent cependant 
à confier à l'ancien sacerdoce la direction du spirituel. 

De ce moment la Révolution paraissant, comme on Ta 
tant répété de fois, hors le droit et hors la morale, le 
régicide entre dans sa pratique; il fait, pour ainsi dire, 
partie de sa profession de foi. Le premier acte pai' lequel 
Tcsprit de révolte se manifeste est le serment du Jeu de 
paume : pas un Français qui n'y applaudisse. Quels sont 
les auteurs de ce fameux serment? Remarquez ceci : des 
bourgeois, des hommes d'ordre avant tout, auxquels se 
rallie une partie des députés de la noblesse et du clergé. 

Le serment du Jeu de paume aboutit à l'exécution 
du 21 janvier. Qui la vota? Des bourgeois encore, des 
hommes d'ordre, et notez que s'ils se divisèrent sur 
la peine, ils furent unanimes pour la condamnation. 
Par cette unanimité la Convention affirmait l'existence 
d'un nouvel ordre spirituel, auquel Louis XVI, fidèle à sa 
tradition, avait failli. 

Louis XVI mort, l'attentat politique est en perma- 



— 577 — 

leoce : c'est la ccniscience de la Révolulion ifai se 
dierche. 

Lepelletier de Saint-Fai^eau est tué par le garde dv 
»rps Pâlis; 
La Gironde renversée, le 2 juin, par les Monlagnards; 
Marat assassiné par Charlotte Corday; 
Hébert et Danton envoyés à Féchafaud par Robespierm, 
qpii, délaissé le lendemain par les patriotes, tombe sous 
(a réaction de thermidor. Robespierre, cependant, croyait 
avoir Tesprit de la Révolulion : le pauvre homme s*élaii 
trop imbu de celui de Jean-Jacques; il ne fut, en 94, que 
le contrefacteur de TÉglise alors proscrite. 

Le directeur La Rcveiilère-Lépeaux, homme probe el 
ferme, se crut aussi en possession du spirituel républi- 
cain : un calembour eut raison de sa théo-phikmihmpie^ 
Repoussée en fructidor, Tinsurrection du parti de Tordre 
triomphe en brumaire ; et le Direcloire passe, plus bal 
que la Terreur même. 

Comme Robespierre et La Réveiilère-Lépeaux, Bona^^ 
parte a le sentiment profond de ce qui manque à la Franco : 
jl cherche autour de lui, ne trouve que des idéoiogues^ et, 
reveuant à la religion des aïeux, il signe le Concordat. 
Que pouvait-il faire? Ceux qui lui ont reproché d'avoir 
rétabli TÉglise eussent-ils mieux aimé qu'il laissi\t la na- 
tion dans le matérialisme où Tavait jetée le Directoire?».. 
Vais aussitôt se lèvent contre lui républicains et mona^ 
(listes : Puisqu'il rappelle les prêtres, disent les premiers, 
il ne représente pas la Révolution ; puisqu'il abandonne la 
Révolution, disent les autres, pourquoi no rappelle-t-il 
< pas les princes légitimes et se fait*il empereur?... 

Ainsi Tattentat politique n'a plus même pour prétexte la 
tyrannie: ni Louis XVI, ni Mirabeau ou Barnave, ni la Gl- 
ande, ni Marat, ni Robespierre, ni les Directeurs, ni le 
P^mier Consul, ne furent des tyrans : c'est pour une cause 



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