(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "De la température du corps humain et de ses variations dans les diverses maladies"

Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



ms^J® 




U^tl ^l^^lMlËlMiil 




ediritt^. 



Œbe Socictï of tbc «cw )f ork Ibogpltal, 



ETUDES 



DB 



MÉDECINE CLINIQUE 

FAITES AVEC I/AIDB 
l»B LA HKTHODE GRAPHIQUE ET DES APPAREILS ENREGISTREURS 



PAR 



P. LORAIW 



A PARIS, 

CHEZ J. B. BAILLIÈRË ET FILS, 

RUE HiDTEFEUILLB , N** 1 9 ; 

A Londres, chez Bailliere, Tindall and Co\; 
A Madbid, chez C. BAiLLT-BAiLLiicKB , i6t ploza del Principe Alfuiizo. 



•'^ ^.. 



» • 



. / 



DE LA TEMPÉRATURE 

DU CORPS HUMAIN 

KT DE SES VAnUTI<>^S DANS LES DIVERSES MALADIES 

PAR 

P. LORAIN 

:« ricDLti n iiiii(;cirii m f»ib , Hiaiiiir i l'hOpitil bi ii mit 
PUBUCATION KAITE PAR LES SOINS 
■ ' ' ■ l'R ''■'•■'' ■ -' 

P. BROUARDEL 



TOME PREMIER 




PARIS 

IHPRIllé PAU AUTORISATION DE M. I.E r.ARDE DES SCBAUX 

À l/IMPRIMERIE NATIONALE 

.M DCCC LXXVII 



• • 






« > 



» « 



V. I 



PRÉFACE 



Par une clause de son testament, daté du 3i oc- 
tobre 1870, mon maître, M. P. Lorain, m'a désigné 
pour réunir ses notes et publier celles qui pourraient 
être utiles à la science. 

Parmi les nombreuses études auxquelles Lorain s'était 
appliqué, celle de la température du corps humain, de 
ses causes et de ses variations dans l'état physiologique 
et pathologique, avait, dans les dernières années de sa 
vie , plus spécialement excité son ardeur. Pendant près 
de dix ans, Lorain a réuni tous les matériaux que lui 
fournissaient les recherches de ses devanciers et les 
siennes propres. En 1870, il avait commencé, à l'hôpital 
Saint-Antoine , une série de leçons sur les modifications 
de la température dans les maladies; ces conférences 
cliniques furent interrompues par la malheureuse guerre 
de 1870-1871, quelques-unes seulement furent publiées 
dans la Revue des cours sctenlifiques. Nommé professeur 



Il PRÉFACE. 

d'histoire de la médecine à la Faculté , le 2 2 janvier 1873, 
Lorain choisit, la première année, pour sujet de ses le- 
çons, l'étude de la chaleur et de la fièvre dans les ma- 
ladies. 11 soumit les travaux des auteurs anciens à une 
critique que rendaient légitime et instructive ses re- 
cherches pei^sonnelles. Puis il consacra presque exclu- 
sivement les années suivantes au groupement et à l'ana- 
lyse des travaux modernes publiés sur la même question. 
Les documents s'accumulaient, et ceux à qui Lorain 
avait fait confidence de ses projets entrevoyaient avec 
joie le moment où un homme instruit, familier avec les 
doctrines des auteurs anciens, initié par ses études pre- 
mières aux difficultés de la méthode expérimentale, 
médecin pratiquant, jugerait les œuvres laborieusement 
entassées pendant des siècles avec cet esprit critique 
dont la vigueur et la bienveillance étaient également 
incontestées. Cette attente fut cruellement trompée. 
L'architecte qui avait si péniblement, avec tant de pa- 
tience, préparé les matériaux d'une telle œuvre, dispa- 
rut tout à coup. 

Choisi par lui pour le remplacer, j'ai accepté ce legs 
d'une touchante amitié, sans en méconnaître le péril. 
Préparés à diverses époques et pour un ouvrage dont 
les dimensions s'étaient successivement agrandies, les 
matériaux ne concordaient pas tous dans leurs propor- 
tions : quelques-uns étaient déjà terminés, finement 
ciselés; d'autres étaient à peine ébauchés. J'ai tenu à 
respecter scrupuleusement les projets de mon maître. 



PREFACE. m 

à ne me substituer à lui en aucun moment; j'ai préféré 
laisser un chapitre esquissé, plutôt que de le compléter 
avec mes idées ou mes critiques. Lorsque la conclusion 
était évidente, j'ai placé la phrase que le lecteur atten- 
tif aurait fatalement eue dans l'esprit; lorsque la con- 
clusion était douteuse, le chapitre est resté inachevé. 

Au moment où Lorain préparait la publication des 
conférences qu'il se proposait de faire à l'hôpital Saint- 
Antoine, en 1870-1871, il écrivait : 

(T Ce livre est incomplet, je le sais, et je le donne pour 
crce qu'il est, sans essayer d'en marquer les imperfec- 
(T tions ni d'en combler les vides à la hâte. Si imparfait 
(r qu'il soit, il servira, je l'espère, à montrer, par des 
(r exemples palpables, l'utilité de la méthode qui Ta 
«r inspiré, d 

Ces lignes, qui n'étaient alors qu'un témoignage de la 
modestie de l'auteur, sont devenues vraies aujourd'hui. 
H ne m'eût été possible de les effacer, que si, trompant 
la volonté de mon maître, j'avais, sans son aveu, rem- 
placé ses idées et ses recherches par les miennes. 

Cet ouvrage contient l'analyse critique des principaux 
travaux publiés sur la chaleur et la fièvre, depuis Hip- 
pocrate jusqu'à nos jours, et plus de i5o observations 
recueillies par Lorain avec 200 tracés de la tempéra- 
ture, de la fréquence du pouls, de ses formes (étudiées 
au sphygmographe). Il complète les études de médecine 
chnique publiées par lui sur Le choléra^ 1868, et sur 
Le pouhy 1870. 

L'esprit qui devait coordonner ces richesses, et les dis- 



IV PRÉFACE. 

poser dans un plan dont les reliefs fussent saisissants et 
définitivement arrêtés, a fait défaut. Si cette absence 
nest que trop évidente, et si le succès a trahi mes 
efforts, que, derrière le travail de l'élève, le lecteur 
juge avec indulgence l'œuvre du maître, à qui la der- 
nière heure a manqué. 

i5 janvier 1877. 



LE PROFESSEUR P. LORAIN 

NÉ LE 16 JANVIER iSsy 
MORT LE S 4 OCTOBRE 1876 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 



PAR 



M. LE D* P. BROUARDEL 



NOTICE BIOGRAPHIQUE' 



La brutalilë du coup qui a frappd le professeur Paul Lorain a 
profondëment ëmu tous ceux qui le connaissaieul et raimaieul. 
Sa mort a été un deuil public, ceux qui lui ont rendu hier les 
derniers honneurs savent que cette expression n a rien d'exagéré. 
Lorsqu'un homme comme Lorain, jeune encore, dans la pleine 
possession de ses forces et de son talent , entouré de lamitié de 
ses collègues, de la vénération de ses élèves, vient à disparaître 
subitement, il semble qu'il s est fait soudain un immense vide. 
La place inoccupée vous fait mieux apprécier le rang que tenait 
dans la science et dans votre amitié celui que Ton vient de perdre. 

Nous voudrions, malgré une douleur que Ton pardonnera au 
plus ancien des élèves de I^orain, essayer d'esquisser dès aujour^ 
d'hui les principaux traits du caractère de celui qui pour nous fut 
un maître, et qui pour tous était, il y a quelques jours encore, 
Tespoir et Thonueur du corps médical. 

Paul Lorain appartenait à rUnivérsité de France par sa nais- 
sance, par les alliances de sa famille, par ses amitiés. Son père, 
proviseur du lycée Saint-Louis, recteur de TAcadémie de Lyon, 
avait pris une large part à la préparation de la loi de M. Guizol 
sur renseignement primaire (i833). Ses beaux-frères étaient 
M. Camille Roussel, de TAcadémie française, M. Wilhelm Rinn, 
professeur au collège Roltiu; ses amis, ceux qui en petit nombre 
étaient reçus dans son intimité, étaient presque tous des universi- 

' Oltc iiolico a paru ilati» la Revue svienlifique, l. 1\, p. ^09, to 80 oc- 
tobre 1875. 



Tiii NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

laires. Ce commerce journalier, qu'il a entretenu, depuis sa nais- 
sance jusqu^au terme de sa carrière, avec les membres du corps 
enseignant, avait donnt^ à son esprit des habitudes de rectitude et 
d^honnéteté qui furent les traits dominants de son caractère. Il y 
puisa ce double amour du bien et de la science qui se partagèrent 
sa vie. 

Mais, si le milieu dans lequel il ëtait né avait développe cer- 
taines de ses qualités, Lorain a toujours eu une personnalité si 
nette, si accentuée, que dès le collège elle avait été remarquée. 
Ses camarades tenaient à son amitié et redoutaient d'exciter sa 
verve railleuse. Nous en avons connu plusieurs, tous avaient con- 
servé des jeunes années de leur condisciple le même souvenir : 
profonde amitié mêlée d'un peu de crainte. Cet ascendant qu'il 
prenait sur ses émules naissait de ses facultés supérieures , et c'est 
sans envie, sans fatigue qu'on le subissait. 

Sorti du collège, étudiant, docteur, concurrent pour les hôpitaux 
ou pour l'agrégation, nous le trouvons entouré des mêmes sym- 
pathies. Ses succès n'étonnèrent personne, on s'étonnait plutôt 
qu'ils n'eussent pas été plus rapides et plus saillants. 

Pendant toute cette période de luttes, de concours, Lorain sut 
triompher sans se faire d'ennemis, et, lorsqu'il prit sa place au 
milieu des professeurs de la Faculté, il y acquit, naturellement, 
sans efîort, l'autorité qui s'impose parle talent et In modestie. 

L'œuvre scientifique de Lorain est l'homme lui-même; elle est 
inspirée par son amour du bien et de la science. Interne à la Ma- 
ternité, il est indigné de l'immense mortalité qui frappe l'accou- 
chée et le nouveau-né. Il en fait le sujet de sa thèse inaugurale 
(i855) : il démontre que ce ne sont pas les mères qui seules vont 
prendre dans les salles d'accouchement le germe de la mort, mais 
que les enfants eux aussi sont atteints par l'infection. Doué d'une 
imagination vive, il résume son sujet dans une formule énergique, 
et il intitule son mémoire : La fièvre puerpérale chez la femme, le 
fcBtm et le nouveau-né. 

Cette thèse est une œuvre de puissante synthèse, et cette ma- 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. ix 

uière d'envisager Tétat puerpéral , d'en étendre les limites , et d'unir 
la mère et l'enfant jusque dans leurs activités morbides, est digne 
d'un disciple d'Hippocrate et restera une des idées modernes de 
pathologie générale les plus fécondes. Malgré le talent avec lequel 
elle est exposée, cette doctrine suscita de nombreuses contradic- 
tions; toutes les objections ne sont pas encore résolues, mais, si 
rinterprétation rest« douteuse, le fait de la mortalité n'a pu mal- 
heureusement être contesté, et Lorain a le mérite d'avoir de nou- 
veau appelé l'attention des médecins sur une des plaies les plus 
cruelles de l'histoire hospitalière. H n'scbandonna jamais ce sujet 
d'études, et il v a deux ans encore, dans le sein de la Société des 
hôpitaux, il appuya de l'autorité de sa parole ceux de ses collègues 
qui poursuivaient la destruction des grandes maternités. 

Attaché comme médecin légiste aux tribunaux de Paris, il 
exerça ces fonctions, de i856 à 1866, avec un talent et une 
loyauté que n'ont oubliés, ni les membres des tribunaux, ni les 
avocats, qui furent les juges et les témoins de l'expert. Il avait 
recueilli , dans ce contact avec les criminels, une foule de matériaux 
et de documents qui resteront fatalement inédits, car il manque 
maintenant celui qui seul eût pu les coordonner et les vivifier. 
Les élèves en ont eu quelques aperçus : Lorain se plaisait à leur 
montrer comment tous ces criminels appartiennent, malgré leur 
variété apparente, à certains types bien définis, comment, chez 
quelques-uns, les actes sont régis par des lois qui sont du domaine 
de la pathologie. 

Un exemple fera mieut saisir la philosophie de ces remarques. 
Lorain avait désigné sous le nom de féminisme ou infantilisme un 
arrêt de développement propre aux enfants des grandes villes. 
Vers douze ou quinze ans, leur évolution s'arrête, les organes 
génitaux sont atrophiés, le corps reste grêle, féminisé, leur intel- 
ligence si précoce, celle qui caractérise le gamin de Paris, ne donne 
plus aucun éclat, et ils restent incapables de pensées et d'actes 
virils. Leurs idées s'approprient pour une part à leurs aptitudes 
naturelles, et, incapables d'être hommes, il forment un noyau où 



R 



1 NOTICE ftlUGftAPHIQCE. 

se recrote ime risaie spécîde de crÎBÎBelsw Ce «jK a A^ eipooé 
en partie, dans sa thèse naagarale, par m de ses élèves, le doc- 
teur Faneao , mort fictime de mes d isco rd es cmles. 

En 1866, maître de dîr^er ses travaux dans le sens de ses 
aptitodes, Lorain renoora à la médecine l^pie et se consncra 
eidosÎTement à la diniqne. Noos avons souvent enlendn repro- 
cher à notre maître d'être sceptique en t h ér ap e u tique, D nous 
sera faciie, en montrant à quel courant obéissait son esprit, de 
répondre à ce reproche, que lui ont adressé ceux qui Font ji^ 
sur les apparences. Sans doute, en présence de ces travaux qui 
semblaient souvent détruire plus qu'ils n'édifiaient, quelques 
esprits inquiets pouvaient redouter qu'il ne restit plus bientôt de 
Tart médical qu^un squelette. Lorain s^efforcait de fiure sortir la 
médecine de Fempirisme, il n'acceptait pas volontiers les asser- 
tions traditionnelles 00 modernes : il était difficile en fait de 
preuves, il les voulait palpables, évidentes. Cette défiance n^était 
pas chez lui Teflet de Tédocation ou des déceptions, elle était 
innée; il avait le culte de la vérité, et savait mettre en lumière la 
différence de Ta peu près et du vrai. Aussi , à sa sortie de Tinter- 
nat, poussé par Tesprit de recherche, il va étudier partout où il 
espère acquérir quelque notion nouvelle. Il s'inscrit parmi les 
élèves du laboratoire de M. CI. Bernard et publie ses leçons dans 
le Moniteur des hôpitaux (1 85 5-56). Il apprend à se servir du mi> 
croscope, sous la direction de M. Robin (1857). ^ ^^ ^^^^ '' 
s'adresse à tous ceux qui interrogent la nature par des procédés 
nouveaux, et qui tâchent ainsi de reculer les bornes deTinconnu. 
On peut dire qu'avant d'élre maître, avant d'avoir à diriger un 
service hospitalier et k faire Téducation médicale des élèves, 
Lorain avait tenu à être muni lui-même d'une éducation aussi 
complète que le comportait l'état de la science à cette époque. 

Une fois en possession de tous ces moyens d'investigation, armé 
pour la lutte, Lorain donne h ses travaux la direction véritable- 
ment scientifique qu'il voulait leur imprimer. Il formule ses opi- 
nions dans une brochure sur la réforme des études médicales par 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. xi 

les laboratoires (1868), el dans un article sur Tëtalde la médecine 
en Angleterre (1868), dont les lecteurs de la Revue sdentifique 
n ont sans doute pas perdu le souvenir. Dans ces deux publica- 
tions, il montre combien la France s'est isolée dans ses études, 
et, sans témoigner pour les résultats obtenus en Allemagne un en- 
thousiasme exagéré, il constate que, parles recherches de labora- 
toire, par son outillage scientifique, (rrAlieniagne a pris le pas sur 
la France; c'est là, dit-il, une vérité incontestable. Les Allemands 
ne laissent point à d'autres le soin de le proclamer el en cela ils 
n'imitent pas notre exemple, en ce sens que nous sommes portés 

à admirer les autres et à nous dénigrer nous-mêmes Pour 

moi, plus j'admire l'Allemagne, plus je désire que la France se 
pique d'honneur et regagne le terrain qu'elle semble avoir perdu 
depuis quelques années^ (1868). 

Lorain n'a pas voulu laisser à d'autres le soin d'entrer dans 
cette voie. Il donne l'exemple, et la même année il publie ses 
Étudeê de médecine clinique et de physiologie pathologique sur le cAo- 
léra. Toutes les recherches ont été laites à l'aide des méthodes et 
des procédés d'exactitude dont la science s'est enrichie : le ther- 
momètre, le sphygmographe, la balance, le microscope, les ana- 
lyses chimiques. Toujours la préoccupation de Lorain est de ne 
laisser rien à l'interprétation de l'auteur, de transformer les sen- 
sations en tracés, qui, obtenus à l'aide d'instruments exacts, font 
à l'erreur une part aussi restreinte que possible. Nul plus que lui 
n'a réussi à faire prendre k la méthode graphique la place qu'elle 
mérite d'occuper dans les études médicales. Ces procédés, lents, 
minutieux, qui nécessitent des épreuves multiples, pénibles pour 
l'observateur, lui ont fourni des résultats dont nous devons rap- 
peler les principaux. Le poids du cholérique ne diminue pas sen- 
siblement pendant la période algide : malgré les vomissements et 
les déjections alvinessi répétées, l'amaigrissement du malade n'est 
qu'une apparence. Le poids décroit, au contraire, pendant la pé- 
riode de réparation, a ors que les évacuations ont cessé; mais, à 
ce moment, le malade urine abondamment, et l'urée est excrétée 



m NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

en grande quantité. — Lies cholériques, au début, ne sécrètent 
pas d'urine, ils sont anuriques, puis ils deviennent polyuriques 
et quelquefois diabétiques. — La température des cholériques 
s'abaisse à la périphérie du corps, et non dans les parties pro- 
fondes. Sur ce point Lorain propose une théorie nouvelle sur la 
répartition et la compensation de la chaleur animale. — La cir- 
culation est étudiée à Taide du sphygmographe de Marey; de 
nombreuses planches marquent ses variations, et l'explication 
rationnelle de ses diverses formes s'en déduit naturellement. — 
Enfin Lorain propose quelques moyens thérapeutiques fondés sur 
l'expérience physiologique, et rapporte un cas de guérison obtenu 
par l'injection d'eau dans les veines d'un cholérique pour qui 
tout espoir était perdu. 

Ces conclusions ne sont pas toutes absolument neuves, quel- 
ques-unes avaient déjà été entrevues ou indiquées par MM. Char- 
cot, Gubler, Marey. Mais ce qui constitue l'œuvre de Lorain, 
c'est qu'il a soumis les points dont il a abordé l'étude à une ana- 
lyse si minutieuse, si rigoureuse, qu'ils sont aujourd'hui à l'abri 
de toute critique. 

Deux ans après, Lorain donnait ses Etudes cliniques faites aoec 
V aide de la méthode graphique et des appareils enregistreurs {Le pouls ^ 
Paris, 1870). Lerhythme, la forme du pouls, y sont représentés 
et analysés avec non moins de rigueur dans les maladies du cœur, 
dans les fièvres graves, les inflammations. Le dernier chapitre est 
consacré à la thérapeutique , principalement à l'étude de la digi- 
tale, et nous ne possédons sur l'emploi de ce médicament rien 
de plus précis au point de vue de l'action thérapeutique et de la 
médecine légale. 

Faire que la médecine ne soit plus un art conjectural, tel est 
le but que Lorain a assigné à ses efibrts, et il a réussi à donner 
à certains chapitres de médecine une précision scientifique. Il a 
développé cette idée dans une leçon insérée dans la Reme €0 
i 870 , et nul doute que nous ne devions le suivre dans cette voie, 
si nous voulons enfin avoir une science positive. 11 y a loin , on le 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. xni 

voit, de ce doule philosophique au scepticisme reproche à notre 
maitre. 

Nous passons sur un grand nombre d articles insères dans les 
revues, les journaux, les dictionnaires, sur les communications 
faites aux Sociétés anatomique, de biologie, médicale des hôpi- 
taux , elc. Ce que nous voulions montrer, c est que la caractéris- 
tique des œuvres de Lorain est la recherche de la précision, c'est 
qu'il ne tenait pour acquis que ce qui était devenu évident, incon- 
testable. Ajoutons que la partie de ces recherches actuellement 
publiée représente une faible portion de Timmense travail dont il 
avait accumulé les matériaux. Désigné par fauteur pour coordon- 
ner ceux qui n'ont pas encore vu le jour, nous acceptons cette 
mission, et nous nous efforcerons d'arracher à l'oubli les travaux 
de notre maitre vénéré. 

Ceux qui ont connu Ijorain, qui suivaient ses visites à Thôpi- 
tal, qui allaient l'écouter et Tapplaudir à l'amphithéâtre de l'École, 
ont tous été frappés d'un contraste étonnant entre ses écrits et sa 
parole. Dans les premiers rien n'est laissé à l'imprévu, tout est ri- 
goureux, scientifique, et l'ouvrage doit à ses qualités mêmes un 
caractère un peu sévère. Lorsqu'il parlait, au contraire, son ima- 
gination semblait se donner pleine carrière, son langage s'animait, 
se revêtait des plus vives couleurs. Doué d'une facilité d'élocu- 
tion, d'une élégance de diction extrêmes, Lorain sayait souligner 
par les expressions les plus heureuses les idées qu'il voulait graver 
dans l'esprit de ses élèves. D'une haute stature, l'œil vif, péné- 
trant, la bouche fine et spirituelle, il dominait ses auditeurs et 
ne permettait pas à leur attention de se perdre, il les enchaînait 
par sa parole. A l'hôpital, il semait à pleines mains les aperçus 
les plus divers, il pensait tout haut, et trouvait dans ses travaux 
antérieurs, dans son érudition, les éléments de la plus attrayante 
conversation. Toujours varié, séduisant, il revêtait chaque re- 
marque de son originalité personnelle; il ne ressemblait à aucun 
de ses maitres, il était lui-même, et ses observations portaient sa 
marque propre. 



m NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

Appelé à quarante-cinq an«, en 1879, il y a trois ans seale- 
ment, à succéder à Daremberg dans la chaire d'histoire de la 
médecine, il avait su grouper autour de lui un auditoire charmé 
par cette parole à la fois familière et élevée. Daremberg, savant 
éminent, avait cherché à reconstituer dans son cours la tradition 
médicale, en s'appuyant sur une interprétation rigoureuse des 
textes, et cette méthode, parfois un peu aride, avait procuré plus 
de succès à Tbelléniste qu au professeur. Lorain suivit une antre 
voie, il 6t revivre les médecins dont il rapportait les opinions 
dans le milieu oh ils avaient vécu : c'étaient eux et leur temps, 
avec les qualités et les défauts qu'ils devaient à leur époque et à 
eux-mêmes. 11 entrait sans difficulté dans leur existence, dans 
leur pensée; familier avec l'histoire des sociétés qui les avaient 
vus nai'tre, il en reconstituait le tableau avec une vérité et une 
facilité de peinture qui étaient réellement saisissantes. C'était là 
qu'on sentait la supériorité de cette intelligence qui se déployait 
sans effort et qui faisait aimera la jeunesse cette histoire de notre 
art si pénible à posséder quand elle se présente avec la pesanteur 
et la solennité qui l'entourent d'ordinaire. - 

Après avoir conté, comme en causant, les travaux et les luttes 
de ses devanciers, Lorain passait sans transition à l'époque actuelle, 
montrait dans une esquisse rapide les progrès accomplis, et lais- 
sait entrevoir lavenir. 

Il procédait par tableaux et par anecdoctes, et dégageait en 
quelques mots l'enseignement que comportait la vie qu'il venait 
d'étudier. H insistait sur le côté moral de ces aperçus biographi- 
ques, et, s il aimait à s étendre sur les côtés brillants de l'histoire 
de la médecine, s'il aimait à évoquer le souvenir des hommes 
qui avaient honoré notre profession , il frappait aussi , et sans pitié , 
les faux savants qui ont de tout temps encombré les voies de la 
science. 

L'ambition de Lorain avait toujours été d'atteindre au profes- 
sorat; le succès de ce si court enseignement montre combien cette 
ambition otait légitime. Candidat ou professeur à la Faculté de 



NOTICE BIOGRAPHIQUE. xf 

mëdecine, il ne s aveuglait pas sur les iacuues de Tenseiguemeul 
officiel; nous avons déjà rappelé ses publications sur la médecine 
en Allemagne et en Angleterre. Il ne redoutait pas pour la Faculté 
la concurrence, il l'appelait, au contraire, et pensait que Técole 
se retremperait dans la lutte, et quelle marcherait d'un pas plus 
vif dans la voie du progrès. Il prit une part importante aux dis- 
cussions qui, dès la fin de Tempire, ont précédé la loi sur la 
liberté de renseignement supérieur. Il a publié, dans la Revue, 
plusieurs articles sur cette question , et il demandait surtout qu'on 
donnât aux villes le droit de fonder des universités. C'était là, 
selon lui, qu'était le véritable avenir de l'enseignement supérieur. 
Mais son désir de réforme ne l'égarait pas; il aimait trop cette 
Université qu'il avait appris à vénérer dans sa famille, pour ne pas 
espérer que ce serait elle qui serait à la tète du mouvement; son 
patriotisme ardent lui faisait croire que ce serait elle aussi qui 
nous permettrait de lutter avec succès contre la concurrence des 
pays étrangers et contre celle qui se dresse à l'intérieur. 

En médecine et dans les contacts de la vie journalière , Lorain 
était d'une extrême sensibilité. Tout ce qui était incorrect le bles- 
sait vivement. Doué d'une nature d'artiste, il avait les aspirations 
les plus nobles vers le beau, et ne pardonnait ni aux hommes ni 
aux partis les écarts inséparables de la lutte. D'un caractère gai 
et ouvert, il se repliait soudain sur lui-même dès qu'il découvrait 
une action basse ou une intention coupable; l'impression n'était 
pas passagère, elle durait, et le plongeait parfois pendant long- 
temps dans de profonds découragements. Nul en revanche n'avait 
de plus vifs, de plus brillants enthousiasmes; dès qu'il voyait un 
effort généreux , il n'épargnait à son auteur ni les encouragements 
ni l'appui de son influence. II aimait le progrès et s'attachait à 
ceux qui le cherchaient avec lui. Aussi les jeunes savants sentent 
la grande perte qu'ils ont faite : Lorain était pour eux un guide , 
un soutien; son esprit de justice l'emportait même sur ses affec- 
tions les plus chères; il était un de ceux dont on peut conquérir 
par le travail la bienveillance et l'appui. 



ivi NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

Les ëlèves, à qui il prodiguait à Thôpital les marques de sa 
bienveillance, ne s y sont pas trompés, et l'honmiage qu'ils ont 
rendu à sa mémoire ne sadressait pas seulement au professeur 
éloquent et savant, mais h Thomme dont ils avaient pu connaître 
rinépuisable bonté. 

Toute sa vie Lorain a poursuivi le même but : apprendre et 
enseigner; nous venons de rappeler avec quel succès il Favait 
atteint. Il nous reste à dire quel homme il était auprès des malades 
de la ville. 

La profession médicale ne fut pas pour lui lucrative. Il n aimait 
pas Targeiit, et il n'a jamais cbercbé à recueillir que celui qui lui 
était indispensable pour vivre et suffire aux soins de ses travaux. 
Il dérobait à la clientèle le plus de temps qu il pouvait pour le 
consacrer h ses études, et, dès que Texistence était assurée, il 
limitait ses devoirs professionnels , et priait les malades de s'adres- 
ser à de plus jeunes confrères. Il n'y a qu'une classe de clients 
qu'il n'a jamais rebutée, c'est celle qu'il traitait gratuitement: 
ceux-là ont toujours trouvé son cabinet ouvert et son dévouement 
à leur service. Sa mort en est un éclatant témoignage. Il était au 
milieu de ses livres, dimanche dernier, et avait recommandé 
qu'on ne le dérangeât pas. On vient le chercher pour l'enfant d'un 
pauvre ménage qui demeure aux environs de la Bastille : il craint 
qu'en son absence et à cause même de son défaut de fortune, le 
malade ne reçoive pas les soins nécessaires. Il n'hésite pas à se 
rendre à cet appel. Frappé d'éblouissements dès son arrivée, il 
demande à se coucher, prie qu'on envoie chercher madame Lo- 
rain, s'étend sur un lit, perd connaissance, et succombe, en une 
demi-heure, au mal qui l'étreint. Si une si triste mort avait 
besoin d'être entourée d'un nouvel éclat pour servir d'exemple 
à la jeunesse médicale, où celle-ci trouverait-elle un plus beau 
modèle? 

Dans cette foule énorme qui s'était empressée hier aux obsèques 
de Lorain, on voyait mêlés des savants, des artistes, des pauvres 
et presque tous les habitants du quartier de TOdéon; chacun 



NOTICE BIOGRAPHIQL'E. xfii 

racontait quelque trait de cette vie si bien remplie; cette cérëmo- 
nie montre quel était Thomme qui venait de disparaître, et cette 
union des savants et des pauvres symbolise à merveille toute cette 
existence. 

LfOrain portait dans ses amitiés et dans sa vie journalière le 
même dévouement et le même désintéressement. L'un de ses plus 
chers amis, M. H. Sainte-Claire Deville, tient à ce que quelques- 
uns de ses actes ne soient pas oubliés. Pendant la Commune, 
Lorain avait eu, à sa petite campagne d'Âzay-le-Rideau , des acci- 
dents d'étranglement intestinal. Rentré à Paris trop prématuré- 
ment, une péritonite partielle était survenue; Lorain ne sortait 
pas et n'avait pas encore osé s'exposer aux secousses d'une voiture. 
M. Sainte-Claire Deville reçoit une dépêche annonçant que son 
fils est, à Nantes, gravement malade; il n'a que le temps de courir 
au chemin de fer et prie un de ses amis de communiquer la 
dépêche à Lorain et de lui demander son avis. Le lendemain 
matin, oublieux de ses souffrances et du danger auquel il s'ex- 
posait, Lorain était à Nantes, auprès du lit du fils de son ami, 
et il était assez heureux pour que son conseil fût réellement le 
salut du malade. 

En 1868, Lorain, qui était connu de M. Duruy, apprend que 
le ministre l'a inscrit sur la liste des savants qui doivent recevoir 
la croix de la Légion d'honneur. Sur-le-champ il va trouver 
M. Sainte-Claire Deville et le force à employer son autorité pour 
que le nom d'un de ses collègues, plus ancien que lui de nomi- 
nation, soit substitué au sien. Il l'obtient, et ne reçoit lui-même 
cette croix, objet de tant de convoitises, qu'il y a trois mois, en 
août 1876. 

Ceux d'entre nous qui furent admis à ces réunions de huit ou 
dix amis, qui le mardi soir se groupaient autour de Lorain, 
savent quelle fut sa vie de famille, et quelle était l'union que sa 
mort a rompue. Lorsqu'elle fut en présence de son mari expirant, 
M"^ Lorain l'a retracée dans une seule exclamation : trHuit ans 
de bonheur .N 



xfiii NOTICE BIOGRAPHIQUE. 

Notre mallre laisse deux fils; ses élèves D'oabiiwont pas ce 
qu'ils doivent à celui qui a gravé dans leur esprit rameur du devoir 
et du travail; ils se souviendront que, quelques jours avant sa 
mort, Lorain résumait ainsi à un de ses amis ce qui est en réalité 
la philosophie de la vie : trNe cherchons pas à être des habiles, 
contentons-nous d'être honnêtes, et tâchons de ne pas disparaître 
sans avoir fait quelque bien.?» 

37 oclobre 1875. , 



PUBLICATIONS 



DE M. LE PROFESSEUR P. LORAIN. 



ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — TÉRATOLOGIE. 

PHYSIOLOGIE. 

1 85ii. Note sur uu cas de doigt surnuméraire chez un nouveau-né. Térato- 
logie. [Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de 
biologie, i" série, t. IV; compte rendu , p. 38.) 

1 853. Evolution de tumeurs multiples se manifestant petidant le cours d'une 
grossesse. Tumeurs énormes développées dans Tépiploon et dans 
le cul-de-sac recto-vaginal. Accouchement prématuré; présen- 
tation de Tépaule, évolution spontanée; péritonite chronique, 
mort au bout de trente jours. Autopsie : tumeurs du péritoine, 
du diaphragme, des poumons, des plèvres, des côtes et des 
mamelles. ( Comptes rendus des séances et métnoires de la Société 
de biologie, i** série, t. IV; compte rendu, p. ai.) 

i853. Rein unique latéral chez un fœtus humain. Anatomie anomale. 
( Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie, 
i"" série, t. V; compte rendu,, p. 117.) 

i853. Rupture de l'utérus chez une chatte dans les derniers moments de 
la gestation. ( Comptes rendus des séances et mémoires de la So- 
ciété de biologie, 1 '* série, t. V; compte rendu, p. 9^.) 

1853. Sur un enfant qui présentait, au moment de sa naissance, des 
kystes multiples du cou. Examen microscopique du contenu de 
ces kystes, par M. Ch. Robin. Anatomie pathologique. {Comptes 
rendus des séances et mémoires de la Société de biologie, 1" série, 
t. V; compte rendu, p. 6a.) 

i85A. Kyste du rein. Calculs rénaux ; adhérences péritonéales consécutives 
à des applications caustiques. Anatomie pathologique. ( Comptes 
rendus des séances et mémoires de la Société de biologie, â* série , 
t. I; compte rendu, p. a5.) 

i854. Deux observations pouvant servir h Thistoire anatomique des 
hypertrophies du sein et des granulations grises du poumon; 



XX PUBLICATIONS 

en collaboration avec M. Ch. Robin. (Con^pUs rendus des séance^' 
et mémoires de la Société de biologie, a* série , 1. 1 ; compte rendu, 

p. 58.) 

i85/i. Mémoire sur les kystes congénitaux du col; en coUaboration avec 
M. Ch. Robin. (Comptes rendus des séances et mémoires de la So- 
ciété de biologie, a* série, t. I; mémoire, p. i33.) 

1 85/i. Mémoire sur deux nouvelles observations de tumeurs hétéradéniques 
et sur la nature du tissu qui les compose; en coUaboration avec 
M. Ch. Robin. {Comptes rendus des séances et mémoires de la 
Société de biologie, a* série, t. I; mémoire, p. aog.) 

1 85^. Note sur Yépithélioma pulmonaire du fœtus, étudié soil au point de 
vue de In structure, soit comme cause de Taccouchement avant 
terme et de non-viabilité; en collaboration avec M. Ch. Robin. 
( Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie. 
a' série, t. 1; compte rendu, p. 169.) 

i85/i. Sur une forme non décrite du cancer du sein. Pathologie et anato- 
mie pathologique; en collaboration avec M. Ch. Rohin. {Comptes 
rendus des séances et mémoires de la Société de biologie, a' série, 
t. I; compte rendu, p. i55.) 

i855. Croup chez une poule. Examen microscopique par M. Laboulbène. 
( Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie. 
a* série, t. II; compte rendu, p. 88.) 

i855. Sucre dans la chair musculaire. (Correspondance, in Moniteur des 
hôpitaux, t" série, 3* année, n* 18, p. ihli.) 

i855. De la fonction glycogénique du foie et de Tinfluence du système ner- 
veux sur la sécrétion du sucre hépatique du diabète artificiel. 
Cours de physiologie, professé an Collège de France par M. Cl. 
Bernard. {Momteur des hôpitaux, 1'* série, 3* année, n** a8, 

P- »77-) 

i855. Cancer des ramoneurs. Ëpithéiioma papillaire du scrotum. Examen 
par M. Ch. Robin. Clinique de M. Nélaton. {Moniteur des hôpi- 
taux, i"* série, 3* année, n"" au, p. i85.) 

i855. Mémoire sur une altération spéciale de la glande mammaire, qui a 
reçu le nom de tumeur, bien qu'il y ait le plus souvent diminu- 
tion de volume de Torgane, et celui de cancer squirreiix, quoi- 
qu'elle ne soit pas cancéreuse. En collaboration avec M. Ch. Ro- 
bin. {Archives générales de médecine, avril et juin i855.) 



./fi M. LE PROFESSEUR P. LORAIN. ixi 

i858. Esmnen ekmifue i^tm Kqmie laiteux obtenu par la ponction pra- 
tkpée sur âne jeane fiUe de hait ans. Analyse de M. Bugnet. 
Chimie médicale. {Canotes rendus des séances et mémoires de la 
Société de biologie, a* série, t. V; compte rendu, p. i6â.) 

1861 . Présentation d'un enfant monstrueux y âgé de treize ans, à la Société 
de chirurgie. ( Gazette des hSpitaux, 6 juillet 1861 .) 

t865. Acéphahcystes du foie et du poumon droit. Double pleurésie, péri- 
cardite. MoK. Autopsie. Observation recueillie par M. Besnier, 
interne. (Gazette des hôpitaux, 10 octobre i865.) 

PATHOLOGIE. 
(PUERPÉRALITÉ, RHUMATISME.) 

j855. La Jiivre puerpérale chez la femme, le fœtus et le nouveau-né. Thèse 
inaugurale, in-/i% Paris, ]855. 

j865. Rhumatisme spinal. Observation recueillie par M. Tixier, interne. 
{Gazette des hôpitaux, 96 janvier i865.) 

a 866. Observation d'une grossesse extra-utérine, recueillie par M. Rousse , 
externe à l'hôpital Saint-Antoine. ( Gazette des hôpitaux, 1 1 jan- . 
vier 1866.) 

1866. Observation de grossesse extra-utérine. Suppuration du kyste. 
Expulsion du fœtus par le rectum , dix-huit mois après la con- 
ception. Guérison. Observation recueillie par M. Prévost, interne. 
{Gazette des hôpitaux , 10 novembre 1866.) 

1867. ^^ rhmnatisme blennorrhagique et les diathèses aiguës, ou séries 
morbides parallèles. {Société des hôpitaux, 1 1 janvier 1867.) 

1869. Observation au st^et de deux femmes en couches, renvoyées malades 
chez des sages-femmes, et discussion des affections puerpérales. 
{Société des hôpitaux, 3o novembre 1869.) 

1869. ^ fnortalité des femmes en couches. Cours fait à Thôpital Saint- 
Antoine. {Revue des cours scientifiques, lâ décembre 1869.) 

1869. R^hitisme. Rétrécissement du bassin. Impossibilité d'articuler les 
deux branches du forceps, emploi d'une seule branche comme 
levier. Métro-péritonite. Guérison de la mère et de Tenfant. 
{Gazette des hôpitaux, 19 juin 1869.) 

69. Épidémie de fièvre puerpérale. Affections puerpérales. Communica- 
tion et discussion. {Société médicale des hôpitaux y m no- 
vembre 1869.) 



ixii PUBLICATIONS 

1 873. Injection vaginale êuwie de mort. Observation recueillie f»r 
M. Quenu, interne. {Gazette des Mpiiaux, U décembre 1873.) 

187/1. Communication sur le service d^aecouehement de la Pitié, {Société 
médicak des hôpitaux, sa octobre 1874.) 

1876. Leçon sur le vaginisme, (Thèse de M. Lutaud.) ( Gazette des hépi- 
taux, a6 janvier 1876.) 

PATHOLOGIE. 
(SUJETS DIVERS.) 

1860. De Valhuminurie. Thèse d^agrëgalion , in-/i*, Paris, 1860. 

i863. A propos du Traité de pathologie générale de M. Chauffard. Études 
de philosophie médicale. ( Gazette des hâpitaux, 1 /i , 93 , a 8 juil- 
let, 6 aoAt i863.) 

1 866. Quelques considérations sur les principes qui doivent présider à 
rélude et à Texposition de la médecine pratique. (Gazette des 
hâpitaux, 6 février 1866.) 

1869. Des rechutes et des récidives de Jièvre typhoïde. Discussion. {Société 

médicale des hôpitaux, to décembre 1869.) 

1870. Sur l'épidémie actuelle de variole et sur ^isolement des varioleux, 

{Société médicale des hôpitaux, à et n février 1870.) 

1870. La méthode graphique appliquée à Tétude clinique des maladies. 
La médecine scientifique, {Revue des cours scientifiques, 8 , 1 5 jan- 
vier, a avril 1870.) 

1876. Phthisie, infantilisme, féminisme, (Thèse de M. Desmaroux.) — De 
la sécrétion urinaire et de Thydropisie, (Thèse de M. Torteil.) — 
Paradoxes médicaux. (Gazette des hôpitaux, 10 juillet 1875.) 

Articles de pathologie insérés dans le Nouveau Dictionnaire de mé- 
decine et de chirurgie pratiques. 

T. L Accouchement (Médecine légale), p. 3 10. 
Ages, p. /io6. 
Allaitement, p. 739. 

T. II. Anémie, p. 199. 

Antagonisme, p. 5h8, 

T. VI. Cardiographie, p. 35 1. 



DE M. LE PROFESSEUR P. LORAIN. uni 

T. Vil. CUorasey p. 397. 

Choléra infantile, p. /Î93. 

T. XL Diphthérie (en collaboration avec M. Lëpino), p. 587. 

T. XIIL Endémie, p. 300* 
Épidémie y p. 533. 



THERAPEUTKJUE. — MEDECINE LEGALE. 

1857. Dm r^me dans les maladies aiguës. Thèse d'agrégation, in-V, 
Paris, 1857. 

i865. Empoisonnement par la strychnine, l'arsenic et les sels de cuivre. 
En collaboration avec MM. Tardieu et Roussin. Annales d'hv- 
giène publique et de médecine légale, t. XXIV, et Brochure 
in-8% Paris, i865. 

1866. 5tfr un fait de thérapeutique expérimentale dans un cas de choléra. 
( Comptes rendus de r Académie des sciences , 1 9 novembre 1866.) 

1866. Jenner et la vaccine. Conférence historique, faite à TEcole de mé- 
decine, i865. Brochure in-8% Germer-Baillière. Paris, 1870. 

1869. Transfusion du sang faite h Thûpital SaintrAntoine. Observation 

recueillie par M. Thaon. {Société de biologie, 90 février 1869.) 

1870. La digitale et le pouls d'après les travaux modernes. {Journal de 

Vanatonnie et de la physiologie de Robin, n" â, mars et avril 

1870.) 

1870. Des effets physiologiques des hémoiragies spontanées ou artif délies 
(saignées). {Journal de l'anatomie et de la physiologie de Robin, 
n' k , juillet et août 1 870.) 

RÉFORMES DE L'ENSEIGNEMENT 

ET DES INSTITUTIONS M]£dICALE8. 

1 868. Association médicale britaimique. Congrès d'Oxford. — La mé- 
decine de nos jours, discours inaugural du docteur Aciand. — 
La médecine clinique de nos jours, discours du docteur Gull. — 
Traduit de l'anglais.* — La médecine anglaise en î868. Les 
musées scientifiques en Angleterre. Compte rendu. {Revue des 
cours scientifiques , t/i novembre et 19 décembre 1868.) 



xxiT PUBLICATIONS DE M. LE PROFESSEUR P. LORÀIN. 

1868. De la réforme des études médicales par les laboraUnres. Étude sur 
renseignement de la médecine en Allemagne. Brochure in-8*, 
Paris, 1868. 

1870. L'Assistance publique. {Revue des cours scienHfiques , 10 et 3o dé- 

cembre 1870.) 

1 87 1 . l, La liberté de l'enseignement supérieur, 
IL L'instruction secondaire en France, 

III. La Commission de iSjo, 

IV. Le parti catholique, 

1879. V. Du pouvoir de l'Etat sur l'enseignement. 

VI. Avenir des municipalités en matière d'enseignement. — Réorga- 
nisation de l'enseignement public. {Revue des cours scienti- 
fiques, 11 et 18 novembre, aS et 3o décembre 1871, 
âo janvier et 93 mars 1879.) 

1879. Discussion sur les réformes à introduire dans le service de la phar- 
macie dans les hôpitaux. {Société médicale des hépitaux, 9 fé- 
vrier 1879.) 

1879. Société des médecins et chirurgiens des hôpitaux de Paris. Com- 
mission du nouvel Hôtel-Dieu, Rapport. Discussion et résolution. 
{Revue des cours scientifiques, 93 mars 1879.) 

OUVRAGES DE PATHOLOGIE. 

i856. Annuaire des sciences médicales, revu par M. Ch. Robin, in-19, 
Paris, i856. 

1869 et 1866. Guide du médecin praticien. Résumé général de pathologie 
interne, de Valleix. Cinq volumes ûv^", avec Corrections nom- 
breuses. Notes et Additions. Deux éditions. 

La dernière édition, 5 vol. in-8*, Paris, J. B. Baillière, 1866. 

1868. Le Choléra observé à Thôpital Saint-Antoine. Études de médecine 
clinique et de physiologie pathologique, grand in-8% Paris, J. B. 
Baillière, 1868. 

1870. Le Pouls, ses variations et ses formes diverses dans les maladies. 

Études de médecine clinique, grand in-S**, Paris, J. B. Bail- 
lière, 1870. 



DE LA TEMPÉRATURE 



DU CORPS HUMAIN 



ET DE SES VARIATIONS 



DANS LES DIVERSES MALADIES. 



-*♦<»- 



INTRODUCTION 



LA MEDECINE SCIENTIFIQUE. 



La tradition et la science expérimentale. — La contra- 
diction existe le plus souvent entre ces deux termes. La 
tradition est chose vague et elle n'a chance de s'iinpo- 
ser que sous la garantie de quelque grande autorité mé- 
dicale. Ainsi Hippocrate et Galien ont été des puissances 
inattaquées pendant nombre de siècles ; et , sous le cou- 
vert de leurs noms, la médecine a pieusement conservé 
la vérité et l'erreur, sans qu'il y ait eu tentative de con- 
trôle. A côté de cette tradition dogmatique il faut placer 
la tradition populaire , qui , parmi de nombreuses erreurs , 
contient aussi des vérités très-importantes. Il est sage 
de n'accepter ce double héritage que sous bénéfice d'in- 
ventaire. Le rejeter complètement est imprudent, si l'on 
se place au point de vue de l'exercice pratique de la 
médecine. Cependant le seul moyen de progresser dans 
la connaissance de la vérité, telle que nous la promettent 



2 INTRODUCTION. 

Ie8 méthodes expérimentales, est de tenir pour suspect 
lout ce qui n'est pas prouvé, de supprimer la foi 
aveugle, et de lout recommencer patiemment. Brous- 
sais, dans son examen des doctrines médicales, crut 
faire injure à ses adversaires en disant que, pour l'atta- 
quer, ils avaient choisi un jeune homme dont la tète était 
vierge de toute idée médicale. C'était M. Louis qu'il dé- 
signait ainsi. M. Louis a eu cette patience de tout recom- 
mencer, et il a bienfait. Ce qu'il a vu, il l'a rendu évi- 
dent pour ses contemporains, parce que c'était la vérité 
même, celle qui est contrôlable, non contingente, et 
elle est restée la vérité. Nul ne doute aujourd'hui que 
Broussais n'eût mieux fait de regarder attentivement les 
taches rosées et l'altération des glandes intestinales dans 
la 6èvre typhoïde. 

Donc l'autorité, les grands noms, tendent à perdre 
de leur crédit; la science n^dmet que ce qui se dé- 
montre. Elle a trouvé sa foi nouvelle et ses nouvelles 
voies. C'est un scepticisme fécond que celui qui a con- 
duit les sciences naturelles à douter du passé pour mieux 
s'adonner à la recherche méthodique de la vérité. 

Ce n'est pas à dire pour cela qu'il faille, de parti pris, 
tout oublier et faire tout d'un coup d'immenses lacunes 
dans l'ensemble de la médecine. Ce qui se prouve est 
peu de chose comparé à ce qui est de simple tradition 
empirique. Aussi doit-on commencer par apprendre tout 
ce qui s'enseigne par tradition et ne désapprendre qu'au 
fur et à mesure. Commencer par dire qu'on ne sait rien 
et ne vouloir apprendre que le nouveau serait trop com- 
mode et trop dangereux pour les malades. La tradition 
vaut tant que la science expérimentale ne l'a pas rem- 



INTRODUCTION 3 

placée. Aussi est-il juste de placer parallèlement aux 
choses nouvelles les anciennes, et de les comparer entre 
elles impartialement. C'est ainsi que nous ferons. 

On demande en quoi les méthodes nouvelles sont su- 
périeures aux anciennes, et s'il y a réellement progrès 
en ce moment. On refuserait même, semble-t-il, de pro- 
noncer le nom de méthode, qui suppose un ensemble, 
une sorte de corps de doctrine pourvu de moyens appro- 
priés, tandis que le nom plus humble de procédés serait 
plus facilement accordé. Le nom importe peu , et le temps 
des querelles de mots est passé; la dialectique stérile et 
oiseuse est reléguée parmi les curiosités de l'histoire; 
c'est un impedimentum pour le progrès. En fait, une 
transformation s'opère en ce moment même dans l'étude 
de la médecine; entre les retardataires qui n'y veulent 
pas croire et les néophytes qui escomptent l'avenir, il 
y a place pour un examen calme et impartial. Nous 
allons essayer de dire où en est précisément la ques- 
tion. 

Presque toutes les époques, dans l'histoire connue 
de l'humanité, ont été plus ou moins marquées par le 
mépris du plus grand nombre pour les tentatives de ré- 
formes. Une fois son siège fait, l'homme assis et pourvu 
d'une doctrine se défend contre le nouveau. 

Les jeunes gens et les ignorants, ce qui est tout un, 
ont seuls une faculté d'enthousiasme et de confiance 
qui, n'étant point fixée, peut se porter sur des objets 
nouveaux et s'éprendre pour des promesses. Le monde 
sérieux et officiel subit les progrès à son corps défen- 
dant. La lutte durera toujours. Cependant on peut dire 
qu'à aucune époque l'opinion n'a été aussi mobile, aussi 



1 . 



A INTRODUCTION. 

instable , aussi facile à déplacer qu'aujourd'hui. La mé — 
decine,plus que toute autre branche des connaissances, 
offre ce spectacle. La foi dans le corps de doctrine est 
ébranlée; ce que Ton sait positivement paraît peu de 
chose auprès de ce que l'on avoue ignorer. Le passé 
n'est plus défendu ni défendable; l'art médical est 
remué, soulevé par la science qui pointe. Jamais les 
dogmes n'ont été si peu, si mal soutenus; le doute rend 
la défense faible, et la foi rend l'attaque violente et in- 
cessante. Quiconque a foi dans la médecine scientifique 
déserte la tradition classique , et cherche , par des moyens 
nouveaux et appropriés, à faire une nouvelle médecine 
qui ne soit plus un art conjectural. Les classiques ne 
croient pas à ce progrès subit et sans transition; ceux 
qui défendent les anciens errements sont sceptiques 
avant tout. 

La logique n'est pas de leur côté. En effet, des gens 
qui concèdent l'influence des moyens de transport ra- 
pide des objets matériels, de l'homme, de la pensée 
même, sur les progrès de la civilisation, qui ne nient 
pas l'influence des lunettes d'approche sur la science 
astronomique, marchanderont au microscope sa part 
dans les progrès de l'histoire naturelle, et se plaindront 
de l'intrusion de l'outil dans le domaine de l'art. Ils 
s'indigneront de la substitution d'un appareil mécam'que 
à l'appareil de l'ouïe , de la vue ou du tact. La médecine 
a été longtemps un métier inconnu et mystérieux, qui 
ne livrait ses secrets qu'à ses adeptes. S'il faut aujour- 
d'hui compter avec les naturalistes, les physiciens et les 
chimistes, le mystère n'existe plus, et il n'y a pas d'in- 
dividualité si habile à faire autour d'elle le prestige qui 



INTRODUCTION. 5 

ne puisse être justiciable du premier venu, qui sait de 
la physique, de l'histoire naturelle et de la chimie, assez 
pour exercer son contrôle sur la médecine. 

Nous devons dire maintenant en quoi les procédés 
cJes nouveaux explorateurs diffèrent de ceux des anciens 
et de ceux des modernes attardés. 

Il n'est pas nécessaire, sans doute, pour marquer la 

différence des procédés, de remonter bien haut dans 

l'histoire. Il est inutile, d'ailleurs, de répéter ce qui est 

si bien connu, à savoir qu'un médecin du xva^ siècle 

n'était guère plus avancé qu'un médecin du temps de 

Périclès. 

11 y a des périodes d'immobilité et de stagnation qui 
durent pendant des milliers d'années. Il y a des périodes 
de deux cent cinquante ans qui valent vingt siècles. Il a 
été moins fait pour la médecine d'Hippocrate à Fagon 
que de Harvey à Claude Bernard. 

Nous sommes certainement dans un de ces mou- 
vements tournants où s'opèrent de rapides et décisives 
réformes. 

Beaucoup d'hommes aujourd'hui vivants ont vu naître 
deux grands faits absolument nouveaux : 
L'histologie , 

L'auscultation et la percussion. 
Ces deux faits ont à coup sûr produit une immense 
révolution dans la médecine. Toute conjecture, toute 
hypothèse , disparaissent devant la certitude d'un signe 
fourni par l'auscultation et la percussion ; toute contes- 
tation cesse devant un produit morbide dessiné par 
l'histologiste. 

L*art de bien dire et de pronostiquer habilement, 



6 INTRODUCTION. 

sans contrôle , va s'effaçant. Les médecins sont tous égaux- 
devant les lois de Laennec. 

L'autorité et Tinfatuation plient devant cette juridic- 
tion nouvelle; l'élève qui ausculte en peut remontrer au 
maître. 

Ce n'est pas tout. Morgagni avait fait une œuvre im- 
mense et tracé un plan admirable de médecine exacte 
par l'anatomie pathologique mise en concordance avec les 
signes cliniques tels qu'il les connaissait. L'anatomie pa- 
thologique se perfectionne, le microscope vient rectifier 
les erreurs de nos sens et préciser la nature intime des 
lésions, voie nouvelle et à perte de vue. Dès lors, le con- 
trôle anatomique est la menace pour les mauvais obser- 
vateurs cliniciens, et la récompense des observateurs 
soumis aux procédés nouveaux. La chimie anatomique 
se fonde , Andral et Gavarret ont osé tenter d'accorder 
l'analyse des liquides avec les lésions des solides et avec 
les troubles dynamiques de l'organisme. Un instant 
arrêtée, cette science reparait aujourd'hui et nous pro- 
met des révélations précieuses. 

On comprend le légitime orgueil et la satisfaction sans 
mélange des hommes qui ont vu, qui ont réalisé eux- 
mêmes cet immense progrès accompli en l'espace de 
moins d'un demi-siècle. 

Eh bien, cela n'est pas assez encore. Déjà ces progrès 
ne nous suffisent plus; ils ne sont que les premiers de- 
grés d'un escalier dont les générations nouvelles veulent 
atteindre les degrés plus élevés. Monter, monter tou- 
jours, sans jamais s'arrêter, tel est le progj*ès. A qui a 
montré la voie et découvert le premier échelon revient 
l'honneur. Nous pensons qu'on n'y peut pas plus station- 



INTRODUCTION. 7 

ner qu on n en peul descendre. En cela notre époque 
est favorisée. Elle est sûre de ne point demeurer au point 
où Tont laissée ses anciens, elle sait que Ton peut mon- 
ter, et elle monle. 

Voilà pourquoi , sans ingratitude comme sans timidité, 
nous nous éloignons déjà de ce qui était hier encore le 
progrès, cherchant plus loin en avant. Et ainsi il se fait 
qu'un livre écrit aujourd'hui ne doit plus ressembler à 
un livre qui date de vingt-cinq ans. Notre livre peut 
être un médiocre spécimen de la méthode nouvelle, si 
nous sommes nous-mêmes d'un esprit inférieur à celui 
de nos aînés; mais, si mauvais qu il soit, il est conçu 
dans un sens nouveau et il appartient au mouvement de 
notre époque : c'est le progrès. 

Prenons des exemples pour éclairer le lecteur : 

La médecine écrite se compose de deux ordres de 
faits: 

Les descriptions dogmatiques, où l'écrivain substitue 
sa personnalité aux objets en question et donne libre 
carrière à son imagination. Ce n'est ni un peintre d'a- 
près nature ni un greffier, c'est un commentateur de la 
nature, lequel corrige celle-ci et la traduit à sa façon. 
Autant que possible, il lâche d'accorder son tableau avec 
un plan idéal et préconçu , forçant la main aux faits pour 
les faire rentrer bon gré mal gré dans le moule de sa 
doctrine. Les plus dangereux parmi ces doctrinaires sont 
ceux qui s'appuient sur les anciens et sur la tradition, 
comme on s'appuie sur les dogmes. 

Le second ordre de faits se rapporte aux descriptions 
des cas isolés ou d'une série de cas : ce sont les œuvres 
des épidémiologues , les seules œuvres utiles et qui ne 



8 INTRODUCTION. 

vieillissent pas. Ces descriptions, faites de bonne fo 
sans parti pris, naïvement, restent comme des monu-—' - 
ments historiques, où rien n'est déguisé. La sincérit^^ 
des détails permet au lecteur, dans la suite des temps «^ 
de corriger après coup les erreurs d'observation ou d'à 
préciation de l'auteur original. C'est cette sincérité qui 
sauve les œuvres d'Hippocrate et celles de quelques 
grands modernes comme Sydenham. On y peut puiser 
encore aujourd'hui avec toute sécurité, d'autant mieux 
que la méthode d'observation y est excellente, si les 
moyens sont faibles. 

Les mots méthode naturelle, positivisme, biologie, 
principe baconien, etc., montrent combien on attache, 
à notre époque, d'importance à certains axiomes que l'on 
croit à tort modernes. 11 y a une tendance actuelle à 
une sorte de formalisme étroit et un grand mépris de 
l'histoire; on se figure trop facilement que la science est 
chose moderne. 

Ce qui est moderne, c'est le perfectionnement des 
moyens matériels d'observation et la substitution de la 
certitude à la croyance. 

Il y a trente ans, un homme d'un esprit droit et d*un 
caractère élevé, M. Louis, essayait d'introduire, dans 
l'étude de la médecine, une méthode d'observation; il 
n'était préoccupé que de la méthode. Les grands médecins 
de ce temps étaient occupés à l'auscultation , à la percus- 
sion , à l'anatomie pathologique, et faisaient qui une clas- 
sification, qui une nomenclature d'après ces données. Il 
en résultait des mémoires excellents, des faits nouveaux 
bien décrits, et cette organo-pathologie qui a été une 
des grandes étapes de la médecine. Depuis, les idées de 



INTRODUCTION. 9 

spécificité, d'infection, d'épidémie, de constitution mé- 
dicale, un instant négligées, se sont relevées, questions 
posées seulement, non résolues. 

C'est au milieu de ce mouvement que M. Louis affirma 
une doctrine d'ensemble. Il fallait, disait-il, à l'aide de 
moyens nouveaux, de notions précises dont l'observation 
jmédicale venait d'être subitement pourvue, refaire la 
^[rande enquête et comme l'inventaire de la médecine. 
7our cela, on devait examiner minutieusement tous les 
Jaits particuliers et ne négliger aucun détail. Il fallait 
'ftout recommencer et n'accepter le passé que comme 
s*enseignement. Ce n'était pas renverser, c'était recom- 
mencer un nouvel édifice à côté de l'ancien. Voici quels 
étaient les moyens proposés : examen du malade fait 
clans le plus grand détail; tout devait être exploré, 
cpielle que f&t la maladie; les coïncidences mêmes de- 
vaient être observées avec soin. Les antécédents mor- 
bides , l'hérédité , la race , le lieu de naissance , la 
profession, la taille et la constitution du malade, sa 
conformation, étaient notés et inscrits. Puis un long in- 
terrogatoire dans lequel le malade , contrarié à dessein 
par le médecin, devait défendre et expliquer ses asser- 
tions en fournissant des moyens de contrôle, permettait 
d'obtenir des notions aussi exactes que possible sur les 
causes et le début de la maladie. Le malade était ensuite 
soumis à un examen physique complet, c'est-à-dire que 
tous les organes et toutes les fonctions étaient passés en 
evue. Le volume, les modifications de forme des organes, 
la sonorité et toutes les variations du son à la percussion 
étaient soigneusement inscrits sur un registre. Il en était 
de même des signes fournis par l'auscultation. La fré- 



10 INTRODUCTION. 

quence et quelques autres caractères du pouls étaient 
également notés. Ën6n Ton ne manquait pas d'inscrire 
la nature du médicament et son action. Cependant il 
convient de dire, à l'honneur de M. Louis, qu'il prati- 
quait fréquemment en cette matière l'expectation , c'est- 
à-dire que, se méfiant à juste titre des troubles que la 
médication pouvait apporter à la marche générale des 
maladies , et donnant l'exemple d'une réserve qui a eu 
depuis beaucoup d'imitateurs, il observait les maladies 
en naturaliste et préférait le rôle de savant observateur 
à celui de médecin empirique. 

Ce genre d'observations, en ce qui concerne du moins 
la maladie actuelle, étant continué pendant toute la du- 
rée de l'état aigu, il en résultait une suite non interrom- 
pue de faits qui constituaient un ensemble et formaient 
comme les archives de la médecine. On était sûr, par 
cette méthode, de ne laisser passer aucune circonstance 
importante; on recueillait tout, et l'on se réservait de 
trier ensuite les faits et d'en extraire ce qu'ils avaient 
de constant. 

L'examen des cadavres était fait avec la même rigueur 
inflexible; rien n'était négligé; tout était noté, même 
les lésions qui semblaient être tout à fait étrangères à 
la maladie principale. 

Cela fait et les cas particuliers se multipliant, on en- 
tassait ces matériaux, on les classait, et l'on essayait de 
construire une statistique. Etant donnée une maladie 
dont on possédait cent exemplaires différents, on cher- 
chait quels en étaient les éléments communs, causes, 
durée, périodes, signes physiques, troubles objectifs et 
subjectifs, terminaison, lésions anatomiques. C'était un 



INTRODUCTION. Il 

travail long, pénible, que quelques-uns trouvèrent fas- 
tidieux; c était en tout cas une œuvre de patience, qui 
fut récompensée par Févénement. Vécole d^observalwn a 
formé un grand nombre des hommes qui sont aujour- 
d'hui à la tète de la médecine , et M. Louis a eu la satis- 
ffiiction de voir sa méthode couronnée de succès , c'est-à- 
dire portant des fruits : plusieurs découvertes, plusieurs 
vérités déGnitives, sont sorties de l'école d'observation. 
La fièvre typhoïde, la phthisie pulmonaire notamment, 
ont été déchiffrées et ont été décrites avec une précision 
et une certitude remarquables. 

Cependant on a contesté à M. Louis le droit de se dire 
chef d'école, on a nié sa méthode. C'était, disait-on, 
l^école de tout le monde et de tous les temps : l'observa- 
tion en histoire naturelle ne consistait après tout que 
dans un examen minutieux de tous les détails, et la sta- 
tistique avait toujours été un moyen connu sinon de 
nom, du moins de fait, l'expérience n'étant que le ré- 
sultat de l'observation de faits particuliers. D'ailleurs, 
cette minutie , cette décomposition de la maladie en une 
foule de faits de détail faisait perdre de vue l'ensemble 
du malade. 

Si cette école, au lieu d'user de moyens anciens et 
connus, tels que la conversation du médecin avec le 
malade et l'usage des sens tout seuls, sans aucun moyen 
physique nouveau, sans instruments de précision, avait 
apporté une série de moyens nouveaux et plus exacts, 
elle aurait facilement réfuté ses contradicteurs. Malheu- 
reusement elle ne connut ni le microscope , ni les ana- 
lyses chimiques, ni les instruments de physique appli- 
qués à l'oculistique et à l'examen du larynx, ni les 



12 INTRODUCTION. 

appareils enregistreurs, ni l'usage du thermomètre, et 
elle accorda trop aux renseignements subjectifs. 

Après avoir donné ses résultats premiers, elle se 
trouvait arrêtée et ne pouvait aller plus loin. L*idée 
n'en reste pas moins juste et bonne, à savoir qu'il faut 
refaire chaque jour la médecine et examiner tous les 
cas particuliers avec un égal soin, comme si ces cas 
étaient nouveaux et inconnus. Mais une réforme dans 
les procédés ^observation était nécessaire. Il fallait aussi 
choisir un autre objectif pour l'étude , c'est>-à-dire sim- 
plifier l'observation, la réduire aux signes indubitables, 
et n'accepter que les éléments sérieusement contrôlables. 
Quant au reste, il n'y avait rien à réformer. 

Quel est donc cet objectif nouveau, quels sont ces 
nouveaux procédés d'observation ? 

D'abord nous posons en principe qu'il y a chez 
l'homme malade des éléments mobiles et variables, et 
que d'autres y sont fixes. Ce sont ces derniers auxquels 
nous devons nous attacher de pi'éférence. Parmi ceux- 
ci, par exemple, le pouls a toujours occupé le premier 
rang depuis la plus haute antiquité. Le pouls marque, 
par sa fréquence principalement, pour ne pas parler de 
ses autres caractères, la marche, les périodes diverses 
de la maladie, et donne une idée de l'état du malade, 
c'est-à-dire de ce qui importe le plus. Ce caractère ce- 
pendant ne suffit pas; l'abus qu'en ont fait les médecins 
anciens et même les modernes, les conclusions erronées 
et exagérées qu'ils en ont tirées, ont entrahié une réac- 
tion violente. Devant les moyens d'observation que ce 
siècle a vus naitre, moyens plus exacts et certains, 
l'examen du pouls s'est effacé et est tombé dans le dis- 



INTRODUCTION. 13 

crédit même, jusqu'au moment où uu outillage nou- 
veau a permis d'en tirer un pro6t inattendu. 

Le plus grand médecin moderne, Laennec, qui nous 
a donné l'auscultation et a contribué plus que personne 
à fonder l'anatomie pathologique, avait exprimé son 
mépris pour l'art de tâter le pouls. Il avait trop fait 
pour la médecine exacte, pour ne pas s'indigner de 
cette suffisance médicale qui, sans études sérieuses, 
sans fournir ses preuves, prétendait à uu tact spécial, à 
des perceptions intimes dont on n'avait pas à rendre 
compte. Aussi pouvait -il, sans craindre d'être accusé 
d'exagération, et en vertu de la mission réformatrice 
qu'il s'était donnée , dire : 

On aurait peut-être le droit de s'étonner que l'exploration du 
pouls ait été si généralement employée par les médecins de tous 
les âges et de tous les peuples, malgré son incertitude avouée 
par les plus instruits d'entre eux. La raison d'une pareille faveur 
est cependant facile à sentir; elle est dans la nature humaine; ce 
moyen est employé parce qu'il est d'un usage facile; il donne 
aussi peu de peine et d'embarras au médecin qu'au malade; le 
plus habile, après l'avoir employé avec toute l'attention dont il 
est capable, ose à peine en tirer quelques inductions, et hasarder 
des conjectures qui ne se vériGent pas toujours; et, par consé- 
quent, le plus ignorant s'expose fort peu en en tirant toutes les 
inductions possibles. 

Ce que le tact ne pouvait donner, ce que l'infatuation 
médicale supposait ou imaginait, les appareils enregis- 
treurs le donnent avec preuves à l'appui. On ne récuse 
pas un dessin fourni par les organes s'inscrivant eux* 
mêmes. Reste l'analyse des tracés. Les interprétations 
peuvent varier, mais on opère sur un terrain solide, on 



U INTRODUCTION. 

fournit une preuve sur laquelle la critique peut s'eiier- 
cer. Ce n'est plus un art que Ton invoque, art person- 
nel, intransmissible; cest une science qui se fonde. 
D'ailleurs la reproduction artificielle ou schématique 
des différentes figures du pouls, faite dans les labora- 
toires, permet de contrôler et d'expliquer les variations 
des figures graphiques fournies par l'appareil enregis- 
treur. Nous n'avons plus à défendre cette méthode ac- 
ceptée de tout le monde savant. 

Mais, avant d'entrer dans le détail de la méthode, 
exposons-en les principes d'ensemble : 

La doctrine nouvelle, la voici : supprimer ou amen- 
der tout ce qui est de simple tradition et de mauvaise 
physiologie, ne rien interpréter sans y être autorisé 
par des notions de physique exacte, renoncer à la mé- 
decine indépendante , qui prétend exister par elle-même 
et avoir ses lois propres. Ramener tout à des phéno- 
mènes physiques et non vitaux, et, si l'on veut conserver 
une illusion sur les propriétés spéciales du microcosme, 
convenir, du moins, que le seul moyen de contrôler 
les phénomènes morbides est de recourir aux méthodes 
physiques. On peut réserver, si l'on veut, les questions 
relatives à la spécificité de l'instrument humain, aux 
réactions de l'organisme contre le monde extérieur; 
toute latitude est accordée , sous ce rapport, aux opinions 
et au sentiment, mais on n'a plus le droit de se sous- 
traire au contrôle de la physique. Tout ce qui est sub- 
jectif doit ou être soumis au contrôle des instruments 
de précision, ou, du moins, n'être accepté qu'à titre de 
renseignement. 

Ainsi les sensations éprouvées par le malade occupent. 



INTRODUCTION. 15 

dans les descriptions anciennes, une place considérable, 
moindre, mais trop grande encore dans les modernes. 
Il n*en faut prendre que le nécessaire, l'indispensable, 
il faut les accorder autant que possible avec les signes 
physiques visibles et tangibles. Les mots signes ratûm- 
nels doivent être employés avec ménagement et n être 
appliqués qu'à bon escient. Il faut tout mettre en œuvre 
pour faire la preuve du fait ressenti par le malade et 
traduit par lui souvent d'une façon erronée. Il faut sur- 
prendre la fonction troublée et l'attaquer par le point 
où elle se découvre à nous. Par exemple, la diplopie 
ou vision double doit être ramenée à un contrôle op- 
tique soit par l'exercice auquel l'observateur soumet 
Tceil du malade, le faisant passer par des épreuves où 
le fait éclate et se prouve, soit par l'examen direct de 
l'œil fait avec l'instrument optique. La paralysie doit 
être explorée par les instruments appropriés , électricité, 
chaleur, froid, esthésiomèlre, dynamomètre. On voit 
comment ici le récit du malade, ses sensations, ont un 
contrôle direct et matériel saisissable, chiffrable. C'eist 
l'objectif substitué au subjectif. Les sensations de froid 
et de chaud, qui occupent une si grande place dans les 
signes subjectifs, doivent être contrôlées par le thermo- 
mètre. Et ce n'est pas seulement la sensation propre du 
malade qui est erronée et qu'il faut corriger, c'est aussi 
la sensation du médecin, qui , procédant de son tact, le 
conduit à des renseignements vagues et peu scientifiques. 
Que penser de ces mots: chaleur acre, mordicante, 
brûlante, halitueuse, qui pendant si longtemps ont été 
inscrits dans les livres de médecine? le thermomètre 
seul donne la vérité et permet d'apprécier exactement 



16 INTRODUCTION. 

le fait de la chaleur dans ses varialions. Le médecin 
qui se contente de sa sensation ressemble à l'astronome 
qui refuserait d'examiner les astres autrement qu'à l'œil 
nu. L'examen du pouls fait avec la main offre de pa- 
reilles imperfections et demandait une réforme. Nous 
avons montré ailleurs comment, ici encore, il faut avant 
tout chiffrer la fréquence, puis apprécier les autres ca- 
ractères à l'aide d'un appareil enregistreur. Les chan- 
gements survenant dans le volume et le poids du corps 
ne peuvent pas davantage être appréciés à la vue; le 
médecin peut commettre, à cet égard, des erreurs con- 
sidérables, et son appréciation peut être tout à fait ou 
partiellement erronée. La balance seule nous donne la 
vérité, et ce signe prend dès lors la valeur d'un fait im- 
portant. Le frisson , les crampes , les convulsions , n'offrent 
à la vue qu'une image confuse et mal définie; leurs 
variétés innombrables échappent à nos sens insuffisants. 
Là encore le thermomètre et les appareils enregistreurs 
nous donnent la faculté d'analyser, de dessiner, de dis- 
tinguer les formes, les variétés, avec une netteté in- 
connue jusqu'ici. Or aucun de ces renseignements n'est 
inutile. 

D'autre part, l'examen des excréta par la physique 
et la chimie nous ouvre un vaste champ d'exploration. 

L'histoire naturelle des maladies, grâce au micros- 
cope, a pris une place prédominante et qu'on ne sau- 
rait lui disputer. Les maladies parasitaires sont connues 
et classées, fait nouveau et d'une importance considé- 
rable. L'examen des urines donne les plus précieux ren- 
seignements en permettant d'apprécier par les cendres 
le travail morbide accompli par l'organisme, et de le 



INTRODUCTION. 



17 



• 

graduer presque. Les produits morbides de cet excré- 
tum sont isolés , et à eux seuls permettent souvent de 
donner à la maladie sa véritable signiQcation, son dia- 
gnostic et son pronostic. Ce genre d'examen a un avenir 
considérable. De Thistologie appliquée à lanatomie pa- 
thologique, on peut dire qu'elle a transformé presque la 
médecme et changé en notions positives quantité de 
notions confuses et préconçues. 

Mais nous voulons parler plus spécialement des 
moyens d'observation clinique qui tendent à prévaloir, 
et montrer la supériorité de ces procédés nouveaux sur 
les anciens. 

La multiplicité des catégories produites par les pro- 
grès des sciences a divisé les médecins en plusieurs 
classes. Les uns sont physiologistes, lesquels se subdi- 
visent en histologistes , en vivisecteurs ou médecins ex- 
périmentateurs, physiciens ou mécaniciens, chimistes; 
les autres sont anatomistes, naturalistes; d'autres sont 
adonnés plus particulièrement à l'anatomie patholo- 
gique et à l'histologie. Enfin la médecine, dans le sens 
usuel et traditionnel du mot, c'est la médecine clinique, 
c est-à-dire l'examen et le traitement de l'homme ma- 
lade '. 



^ 11 ne faat pas conclure que la mé- 
dedne dinîque soit eidue du cercle des 
idences positives; elle prend, au con- 
baire, part à Teipërimentation ; elle 
indique les d$$iderata , fournit au phy- 
ftofegisCe la matière de son travail , lui 
indicpie ou il doit chercher, et le phy- 
liologiste revient encore au diniden 
pour faire consacrer par lui ses dé- 
couvertes. Aussi M. CL Bernard inti- 



tnle-l-ii ses recherches ^ médedne expé- 
rimentale.» 

La dinîque ne suffit pas au progrès; 
il faut Talliance du médecin traitant et 
du physiologiste. 

A notre époque deui grands faits ont 
montré ce que pouvait la physiologie 
pour les progrès de la médedne. 

M. Cl. Bernard a attaqué dans son la- 
boratoire la question de l*infia$nmation. 



18 INTRODUCTION. 

C'est de la médecine clinique que nous parlons ici. 
Elle n est pas demeurée inactive, et les progrès réalisés 
autour de son domaine propre ne l'ont pas trouvée im- 
mobile. Elle prend à toutes les spécialités qui lenvi- 
ronnent ce qui lui est nécessaire et quilte volontiers la 
chambre du malade pour le laboratoire, soit qu'elle 
examine par elle-même, soit qu'elle demande les examens 
physiques, chimiques,* histologiques, aux savants spé- 
ciaux. Puis, sans quitter le lit du malade, elle dispose 
ses appareils et use de ses procédés personnels. 

Etant données les préoccupations d'exactitude que 
nous avons indiquées, ii fallait ajouter et corriger quel- 
que chose aux anciens procédés, non par désir de nou- 
veauté , mais par nécessité. 

C'est folie de vouloir mesurer la vie. La complexité 
de la vie est telle, que c'est, à proprement parler, cher- 
cher l'absolu que vouloir la réduire à un caractère unique, 
saisissable et mesurable. La vie est une abstraction et non 
une réalité soumise à l'analyse. Mais, sans rabaisser le 
sujet, ne peut-on pas dire que l'existence même des 
corps inorganiques échappe à l'analyse unique et qu'un 
seul caractère ne suffit pas pour décrire et mesurer un 
de ces corps. Aussi lAchc-t-on de réduire tous les carac- 
tères en un caractère unique, plus constant que les autres 
et applicable à tous les corps. La chaleur est un de ces 
caractères, le poids en est un autre. Aussi voit-on les 

et ses li*avaux sur les nerfs vaso-moteurs rœil , cré^^Tophllialmoscope , ctduméine 

ont renouvelé tout Tëdifice de l'irrila- coup Toculistiquo a été engendrée, 
tion, du molimen, de la fluxion, de la Ces deux faits suflisent à notre dé- 

phlegmasie. monstration. 
Helmholz a étudié ropfiquo, décrit 



INTRODUCTION. 19 

savants ramener tout à des questions de chaleur, de 
densité, de pression, de poids. Ainsi pour Thomine. 

Voyez ce que dit M. Henri Sainte-Claire Deville de 
la méthode ^ : 

cr Les sciences mathématiques sont le développement, 
suivant la logique humaine, de quelques hypothèses ou 
axiomes, qui sont la création de notre esprit et dont 
les relations avec la nature qui nous entoure n'ont rien de 
nécessaire, quoique ces relations et l'observation du 
monde extérieur aient dû inspirer les premiers inven- 
teurs de la géométrie. Dans les sciences physiques, au 
contraire, notre esprit ne peut rien créer de ce qui fait 
le sujet de nos études, et l'hypothèse y est i^mplacée 
par le fait matériel qui est en dehors de nous. De là 
une différence profonde dans les méthodes que nous 
devons appliquer à la recherche de la vérité dans ces 
deux grandes branches du savoir humain. 

crDans les sciences physiques, toute hypothèse doit 
être rigoureusement exclue. L'hypothèse a été d'abord 
une abstraction, c'est-à-dire une création de notre 
esprit, que, par habitude, nous avons transformée en 
réalité; elle a été une fiction à laquelle on a donné un 
corps : elle a toujours été inutile, elle a été souvent nui- 
sible. Ces hypothèses, ou les forces (car c'est tout un) 
qu'on appelle Taffinité, et son antagoniste obligé, la 
force répulsive de la chaleur, la cohésion et tous ces 
agents particuliers, la force catalytique, la force endos- 
motique, les fluides impondérables, etc., toutes ces hy- 
pothèses n'ont servi qu'à éloigner de notre attention les 

^ H. Sainte-GIaîre DefiOe, Communication à Hnslitut, le a 3 mai 1870. 

Q. 



20 INTRODUCTION. 

véritables problèmes de la science. On les croit réso- 
lus» parce quon a donné le nom d'une force à leur 
cause inconnue. La méthode dans les sciences physi- 
ques, méthode qui est toujours la même quand il s agit 
de la matière, qu elle soit inerte ou organisée, qu'il s'a- 
gisse du feu , des pierres ou des animaux, c'est la* déter- 
mination précise et numérique, autant que possible, des 
ressemblances et des dissemblances, c'est enfin l'établis- 
sement des analogies d'où naissent les classifications.*» 

Ces principes sont applicables aux sciences médi- 
cales. 

Les maladies sont constituées par un ensemble très- 
complexe de faits parmi lesquels il faut choisir les élé* 
ments mesurables, c'est-à-dire ceux qui se prêtent à une 
analyse exacte et que l'on peut chiffrer. On ne saurait en 
effet tout embrasser sans renoncer à la précision dans 
les descriptions. L'impression d'ensemble que ressent un 
observateur bien doué et expérimenté , ne peut pas se tra- 
duire nettement. Il faut se méfier, dans une analyse 
scientifique, des conceptions subjectives, et se borner à 
la détermination des phénomènes qui tombent sous les 
sens et peuvent être isolés de l'ensemble. Les méthodes 
d'analyse actuellement usitées dans k plupart des bran- 
ches des sciences naturelles sont applicables à l'étude de 
l'homme malade. Par ces moyens, on échappera aux des- 
criptions longues et obscures et à l'impropriété des 
termes, qui sont justement reprochées à la nosographie 
traditionnelle. 

Substituer autant que possible l'objectif au subjectif 
et réprimer la prolixité du langage, tel est le but que 
doivent poursuivre aujourd'hui les hommes adonnés à 



INTRODUCTION. 21 

Tétade des sciences d'observation. Cexposé d'un fait doit 
être court et démonstratif. 

Pins on parle longuement, plus on risque de se trom- 
per, et Terreur se multiplie, pour ainsi dire, par le 
nombre des mots. II faut, autant que possible, se bor- 
ner à la description d'un phénomène isolé, le suivre 
dans son évolution complète, en marquer les phases di- 
verses par des points de repère , et recourir aux chiffres 
et aux figures. Le texte écrit n'est plus que le commen- 
taire de la représentation graphique. 

Or, parmi les manifestations multiples et, confuses des 
états morbides, il est possible d*isoler des phénomènes 
qui soient moins trompeurs que les autres, qui puissent 
être soumis au mode d'investigation usité dans l'étude 
des sciences physiques, qui soient mesurables. Ces élé- 
ments, qui nous fournissent la base d'une plus grande 
certitude et que nous pouvons traduire en courbes ou 
en figures, sont : la chaleur, le poids, les mouvements or- 
ganiques. 

Nous avons, pour les contrôler, le thermomètre, les 
appareils enregistreurs et la balance. 

Le premier progrès, progrès immense, nous est 
arrivé par la thermométrie. Donnez-moi un thermomètre 
et je voos décrirai la marche d'une maladie sans autre 
aide. C'est qu'en effet la chaleur est la fonction la plus 
constante, la plus sûre, dans les maladies. Elle est plus 
sûre que le pouls, à plus forte raison l'emporte-t-elle 
en certitude sur tous les signes subjectifs, sur tous les 
modes d exploration , ayant pour but de nous éclairer 
sur l'état général du malade. Elle seule est constante et 
ne fait pas défaut; les signes physiques locaux sont va- 



\ 



22 INTRODUCTION. 

riables et peuvent nous tromper; ils peuvent échapp 
à notre attention. Nous pouvons nous méprendre sir 
leur intensité ; ils sont fondés après tout sur une per 
ception de nos sens. Le thermomètre ne nous trom 
pas. 

D'autres raisons nous ont décidé depuis plusieu 
années à prendre la chaleur du corps pour sujet de nos 
études; cest une actualité , cela est vrai , mais, s'il n'est 
pas absolument bon de suivre la mode, il est pire de la 
méconnaître. Le plus souvent ses engouements peuvent 
se justiGer par un progrès apparent ou réel. Nous pas- 
sons aujourd'hui par une période où le thermomètre est 
en honneur, nous pensons que cest à juste titre et qu il 
nous fait accomplir en ce moment de grands progrès 
qui resteront, dût plus tard le thermomètre aller re- 
joindre tous les vieux instruments de Sanctorius, de 
Borelli, de Harvey, de Galilée, etc. 

Ces témoins des travaux de nos ancêtres ont eu leur 
raison d'être, ce n'est qu'en épuisant ce qu'ils pouvaient 
donner qu'on a trouvé mieux. 

La chaleur est aujourd'hui la grande préoccupation 
des savants, c'est pour eux le phénomène qui les résume 
tous, mouvement, changement d'état, développement 
des corps, tout aboutit à prendre ou à céder de la cha- 
leur. 

Pour le prouver, rappelons seulement la transfor- 
mation des forces , entrevue par d'Holbach , au xvni* siècle, 
démontrée dans celui-ci. L'étude des mouvements dans 
les corps inorganiques ou organiques ne peut plus se 
faire sans connaître la puissance mécanique de la cha- 
leur: aussi, si vous pénétrez dans les laboratoires, vous 





INTRODUCTION. 23 

verrez que les chimistes, les physiciens, les mécaniciens, 
ont toujours un thermomètre à la main. 

Or, de la dynamique des corps, nous ne surprenons 
c]ue les changements de place, de forme, d'état, et la 
<^haleur est ce que nous saisissons le mieux de ces trans- 
formations rapides et passagères. Et cela parce que nous 
âivoDs Tofi/»/, et, il faut Tavouer, Toutil fait un peu la 
science. Il n\ a pas d'astronomie sans télescope, d'his- 
tologie sans microscope, d'étude possible des change- 
ments d'état des corps inertes ou vivants sans thermo- 
mètre. 

L'introduction du thermomètre dans les recherches 
cliniques ne se fait pas sans provoquer des critiques et 
des railleries. Broussais se moquait du tube de Laennec, 
chacun de nous n'a guère épargné les anciens. Depuis 
les études thermo métriques, le pouls est nwrt, nous dit- 
on. Nullement, mais, dans les maladies, c'est un signe 
variable, trop dépendant de mille causes pour qu'il ré- 
ponde à ce que nous cherchons : la plus grande certi- 
tude possible. La chaleur est l'expression même du mou- 
vement dans les maladies fébriles; elle est le principal 
signe, elle donne la mesure du danger, elle commande 
le pronostic. C'est vers elle que le médecin peut fixer 
les yeux comme sur une boussole. 

Je ne voudrais pas que l'amour de mon sujet pût me 
pousser à un' panégyrique excessif, mais il serait justifié 
par la tradition, où Ton trouve la trace plus ou moins 
consciente du rôle attribué à la chaleur dans les mala- 
dies. Ainsi le peuple, de toute antiquité, a nommé la 
fièvre pyrexie : tsvp^ feu. Hippocrate tenait le mot de la 



Ûh INTRODUCTION. 

tradition. Bien avant lui , comme de nos jours, lorsque les 
malades ont essayé de rendre en un langage imagé les sen- 
sations de la fièvre, ils ont dit : j'ai chaud, j'étouffe, je brûle. 

Les mères n ont-elles pas toutes perçu et exprimé 
que leur enfant a Thaleine chaude, qu'il a la tète ou les 
mains brûlantes. Elles n'ont pas besoin de tâter le pouls 
pour savoir que leur enfant a la fièvre. Les gens du 
peuple disent que les malades ont la peau fumante, la 
chaleur et la sueur sont pour eux les vrais signes des 
maladies aiguës; ils pensent que suer fait tomber la 
chaleur du corps, et ils s'efforcent de se faire suer quand 
ils se sentent malades. 

Nous sommes donc conduits à reconnaître, même 
avant toute science, que le signe le plus spécifique des 
maladies aiguës, c'est l'augmentation de la chaleur. 
Connue de toute antiquité, comment se fait-il que l'on 
ait attendu jusqu'à ce jour pour donner à ce signe toute 
sa valeur? C'est que l'outil manquait. Les physiciens 
n'avaient pas inventé le thermomètre. Dans les sciences 
d'application comme la médecine , la pratique est tribu- 
taire des naturalistes, des physiciens et des mécaniciens* 
Cela n'est point contestable. 

Or comment s'exprimaient les médecins de l'anti- 
quité et des temps modernes avant l'usage régulier du 
thermomètre? Ils faisaient pis encore que pour le pouls, 
où les appréciations étaient du moins vraies, quant au 
nombre des pulsations, surtout depuis l'invention des 
clepsydres, des pulsilogium et surtout de la montre 
à secondes, mais où les indications tirées des autres carac- 
tères du pouls étaient erronées le plus souvent. Ces 
expressions médicales des anciens temps, en ce qui con- 



INTRODUCTION. 2S 

cerne la chaleur, vous les entendez encore aujourd'hui, 
si vous y faites attention. 

Je ne fais appel qu à votre mémoire. N'avez-vous ja- 
mais entendu des médecins dire : 

.Ce malade a bien chaud; il a la peau brûlante; il a 
une chaleur sèche; une chaleur humide; halitueuse; 
acre. Avant nous on disait : chaleur mordicante, etc. 

Pourquoi d ailleurs faire Ténumération de ces termes 
vagues et peu scientifiques? Je ne suis pas sûr pourtant 
que quelques-uns ne préfèrent pas encore la paume de 
la main, comme faisaient nos pères. Les arguments de 
ces médecins nous sont connus : tr Je n ai pas besoin de 
vos instruments pour savoir si un malade a chaud ou n'a 
pas chaud, je le sais bien avec ma main. D'ailleurs j'ai 
la ressource du pouls. £t puis, quand un malade aurait 
plus ou moins chaud, qu'est-ce que cela prouve, dès 
Tinstant qu'il a la chaleur de la fièvre?)) A ces argu- 
ments, répondez de deux manières : 

1® En prouvant que le pouls ne suffît pas au dia- 
gnostic ; 

9® Que la chaleur de la fièvre est un vain mot, 
attendu qu'il n'y a pas de chaleur fébrile, mais des cha- 
leurs fébriles très-variables , et dont la variation importe 
beaucoup ; 

3® Enfin faites ce que j'ai fait tant de fois : proposez 
à tous les assistants de percevoir avec la main la tempé- 
rature d'uQ malade et notez le chiffre de chacun, vous 
verrez quelles grossières erreurs sont commises: l'un 
dira /lo degrés, l'autre 38, l'autre 37, un autre 39. 
Seul, le thermomètre aura raison. 

Ce n'eU pas que je veuille faire le procès à nos organes 



W ^ INTRODUCTION. 

des sens, à notre toucher. La main est un admirable 
organe de tact, et elle nous donne des notions sur Fétat 
différentiel des corps, mais elle ne nous permet pas de 
chiffrer. La main , dans la comparaison de deux tempé- 
ratures différentes, reconnaîtra un écart d'un vingtième 
de degré, puissance énorme d'analyse, seulement elle 
ne saura s'il s'agit d'un dixième, d'un quart, d'un quin- 
zième , ni même quel est le degré. 

II faut exercer la main en s'aidant du thermomètre; 
on fait l'éducation de ses sens en les corrigeant par les 
instruments de précision. C'est ainsi qu'un bon micro- 
graphe sait mieux voir les lésions même les plus fines 
des tissus avec son œil nu , et qu'un médecin exercé au 
maniement du sphygmographe sait mieux sentir et inter- 
préter les nuances du pouls tâté avec le doigt. De même 
un clinicien qui a souvent surpris en faute le tact de sa 
main, et l'a corrigé par le thermomètre, arrivera à une 
plus grande sécurité de tact lorsqu'il cherchera à appré- 
cier la température des malades avec la main. 

Mais c'est trop s'occuper de démontrer l'évidence. 

Cependant il reste un point à éclaircir, à savoir si le 
tact ne donne pas, mieux que le thermomètre, idée d'un 
ensemble de caractères de la peau où la chaleur n'entre 
que comme un des éléments. 

Les mots chaleur acre, aride, mordicante, ont-ils un 
sens? Pourmoi, jeneleurencrois qu'un, à savoir que la 
peau est sèche ou humide, et ce n'était pas la peine d'in- 
venter cette nomenclature pour si peu de chose. Il était 
plus simple de dire : sécheresse, humidité, ou sueur. 

S'il fallait encore nous justifier d'avoir fait de la cha- 



INTRODUCTION. 27 

leur le sujet de ce travail, nous n'aurions qu'à tracer en 
quelques lignes ce que les anciens eussent appelé VEloge 
de la chaleur. 

La principale fonction des êtres vivants est la chalew\ 
La vie, cest le feu. Cette image grecque reste vraie. Pour 
Liebermeister, «rLa vie est la faculté qu'ont les animaux 
d'entretenir leur température à un degré constant. Ils ne 
sont occupés qu'à faire et à défaire de la chaleur, -n 

Bien plus, la matière inanimée elle-même ne peut 
changer de place ni d'état sans livrer ou prendre de la 
chaleur, car la chaleur c'est le mouvement , la méca- 
nique de la chaleur, ou équivalent mécanique, est l'es- 
sence de tout changement d'état. La chaleur est le mo- 
teur universel. 

Donc l'homme est un^ôyer, un fourneau ^ et ainsi il 
se meut et s'entretient et accomplit ces mille actions 
d'ensemble et de détail qui sont la vie. Entendez l'usine : 
jour et nuit sa cheminée fume, et la machine à vapeur 
fait entendre son mouvement rhythmé et monotone. 
Ainsi est le tic-tac du cœur primum salienSy ukimum mch 
riens. . . Il foule, il fait marcher sa pompe. . . Le ré- 
servoir, qui estTestomac, reçoit le combustible,. • • et 
parfois, s'il se vide, la machine emprunte à sa réserve, 
et il lui faut donner à brûler les parois mêmes de son 
logement. Ainsi les steamers brûlent leurs planchers 
pour continuer à marcher quand le charbon manque et 
qu'il y a une avarie. 

Il faut dès lors que l'homme cherche du combus- 
tible, car il lui en faut non -seulement pour végéter, 
mais pour se mouvoir, pour se reproduire , pour parier, 
pour penser ... On peut trouver dans les déchets de 



28 INTRODUCTION. 

l'urine le coefficient de dénuirition de chacune de nos ac- 
tions. Tout nous coûte de la chaleur; on ne fait rien 
avec rien ; on fait des mouvements et de la pensée avec 
de la chaleur, le mouvement nous en restitue, et le 
monde extérieur est là, mine inépuisable qui nous ré- 
pare , mais non sans peine ... Il n'y a que deux choses 
qui ne coûtent rien ... et qui ne payent pas de droit. . . 
l'oxygène partout et... le soleil dans le midi... Mais, 
sitôt qu'on s'éloigne de l'éqnateur, le soleil coûte cher, 
et l'homme n'est plus occupé qu'à se procurer le feu 
au dehors et le combustible pour le dedans. . . Aussi est- 
il glouton. Voyez les peuples du Nord... mangeurs de 
graisse, d'huile, de jambon, de grosses viandes, tle pâtes 
épaisses qu'ils délayent dans du thé ou de la bière, et 
buveurs d'alcool, qui excite leur lourde circulation. Man- 
ger estlcur objectif. . . Les hommes du Nord sont grands, 
gras, lourds, massifs, épais. Les peuples près du soleil 
n'ont pas besoin de manger ou à peine. Mettez en parallèle 
l'Espagnol fer qui vit d'un oignon et d'une cigarette; 
l'Arabe qui vit de couscousse; l'Indien qui ne remue 
que les yeux et parait vivre sans manger; le Lazzarone 
paresseux . . . 

Pour le Nord, vivre, c'est manger; pour le Midi, 
vivre, c'est se chauffer au soleil. 

Donc, quand cette machine à feu a dérangé son foyer 
et altéré son régulateur, c'est la maladie aiguë. 

Etudier les lois de ces dérangements, leurs effete, 
leur durée, leur courbe, c'est faire de la bonne méde- 
cine scientifique. 

Or, de toutes les fonctions, la chaleur est la plus fa- 
cile à mesurer et celle qui les résume toutes (synthèse). 



INTRODUCTION. 29 

Voilà donc une fonction nouvelle, et la plus impor- 
tante de toutes, qui prend désormais sa valeur. Dès lors 
nous cherchons ce signe et nous en tenons compte sans 
négliger les autres signes que nous devons à nos de- 
vanciers. 

L'expérience, en nous dévoilant les oscillations di- 
verses de la chaleur, nous a. montré la nécessité d'exa- 
miner nos malades matin et soir, et nous a enseigné à ne 
nous méprendre ni sur Texacerbation vespérine, ni sur 
Ja rémission matutinale. 

Nous pointons donc exactement la chaleur,- matin et 
soir; puis, nous adressant à cet acte fonctionnel de tout 
temps exploré, le pouls, nous en pointons également les 
variations (fréquence), et nous apprenons comment le 
pouls se comporte par rapport à la température. En le 
contrôlant ainsi nous avons vu qu il suivait presque 
constamment la température, et nous lui avons dès lors 
restitué la valeur qu'on lui avait en partie contestée. 

Ce n est pas tout : l'expérience apprend que la répar- 
tition de la chaleur aux différents points du corps n'est 
pas toujours identique, et l'exploration de différents points 
spéciaux nous permet d'établir où et comment ont lieu 
ces actes de répartition, de concentration, de diffusion, 
et d'interpréter ces variations. 

Et ici nous devons nous expliquer sur les courbes et 
sur les figures graphiques des maladies. Nous parlerons 
ensuite des figures données directement par les appa- 
reils enregistreurs. 

Est-ce une méthode nouvelle que celle des courbes et 
figures graphiques des maladies? Non, si l'on entend 
par là que la médecine aurait imaginé d'emblée et pour 



SO ' INTRODUCTION. 

son propre compte cette méthode; oui, si Ton veut ad- 
mettre que la médecine s'approprie en ce moment cette 
méthode, qui était dansie domaine public et était appli- 
quée surtout par les mécaniciens et les statisticiens pour 
apprécier la marche de certaines fonctions, et les varia- 
tions suivant le temps de certains phénomènes. En fait, 
la reproduction des maladies sous cette forme est une 
chose nouvelle et importante. La fastidieuse description 
en un langage obscur et plein de vague de la marche 
d'une maladie idéale vue à travers les doctrines du mo- 
ment ne saurait entrer en parallèle avec la figure nette, 
précise, mesurable, formant ensemble, que donne une 
courbe. D'ailleurs les éléments de cette courbe ne prêtent 
à aucune contestation et ne sont point matière à dis- 
pute. C'est le fait lui-même, sans commentaire, qui se 
développe sous les yeux. Ce sont les variations d'une 
fonction dont un instrument de précision indique le de- 
gré. Et, loi^sque ces courbes diverses, obéissant à une 
même loi , marchent ensemble, parallèlement, montent, 
descendent, varient de façon à donner toutes une même 
figure, cette identité d'action ne fournit-elle pas une 
plus grande certitude, par le double, triple, quadruple 
contrôle qui y est contenu? 

Or rexpérience montre que les maladies, dans leur 
marche, affectent une figure à peu près constante, 
et que les espèces morbides s'accusent nettement par 
leur forme, si bien qu'en prenant au hasard un grand 
nombre de courbes et en les comparant, on voit da'bord 
qu'elles peuvent être classées en groupes naturels; ces 
groupes, ce sont précisément les collections d'observa- 
tions particulières se rapportant à la même maladie. Et 



INTRODUCTION. Si 

dans ces observations particulières domine une forme 
générale; puis il y a des variations individuelles, qui 
peuvent encore être classées. ËnGn le type se dégage. 
Quelle description peut entrer en parallèle avec ce pro- 
cès-verbal de la maladie contenu en une figure? Sans 
doute on ne saurait aujourd'hui réduire ces Ggures à 
lia type analogue aux figures géométriques. Mais déjà 
la différence des espèces s'accuse assez nettement pour 
qu'un homme, même pou exercé, puisse diredu premier 
coup : voici une fièvre typhoïde; cette autre figure montre 
une pneumonie; cette troisième, une variole, etc., et 
pour qu'il sache si la maladie est normale ou anomale, 
pour qu'il en distingue les périodes, la terminaison. Lie 
traitement s'y trouve inscrit aussi par les perturbations 
mêmes de la courbe. 

Ni la mémoire la plus fidèle ni les notes les plus 
détaillées ne pourraient permettre de reproduire les 
traits et la marche d'une maladie ou d'un symptôme 
avec la perfection que l'on trouve dans les tableaux gra- 
phiques. C'est, à proprement parler, une méthode d'a- 
nalyse. 

On peut surveiller les moindres déviations des fonc* 
tiotts les plus importantes, et voir si ces déviations 
arrivent^à l'époque voulue et dans la mesure ordinaire, 
durent un temps suffisant ou dépassent la limite habi- 
tuelle; on peut surveiller, par ces déviations accrues ou 
corrigées, l'action des remèdes. On peut même doser 
celte action. Ainsi il nous est arrivé souvent de faire 
descendre à volonté la température par l'action de la 
digitale, de reculer et de diminuer un accès de fièvre 
interroiltente par une faible dose de quinine, de le sup- 



» IKTRODUGTION. 

primer cn6n et de couper déGnitivement la fièvre pai 
uue dose plus forte. 

Ce n est pas seulement un moyen d'analyse que nous 
employons, c'est aussi un moyen défigurer toute la ma- 
ladie et de réduire cette figure à une courbe connue , 
toujours identique avec elle-même pour tous les exem- 
ples réguliers de la même maladie. Il faut cpie tous les 
cas normaux d'une même maladie donnent une figure 
toujours superposable à la figure type.' Et cela est en 
effet, sauf de légères variations. Encore pouvons-nous 
reconnaître plusieurs variétés dans Tespèce. Ces variétés 
sont en nombre limité; Texpérience apprend à les con- 
naître , et , quand nous posséderons des collections où 
seront classés tous les types, nous pourrons, étant donné 
un cas particulier, lui trouver son homologue dans Tun 
de nos types. On arrivera ainsi à déterminer les formes 
dos maladies, et à donner une base solide au fragile 
éilifice du pronostic et de la thérapeutique. 

Nous ne prétendons pas que Ton puisse se borner à 
Totude d'un seul de ces éléments mesurables, que le 
ihernioniètre, par exemple, puisse toujours remplacer 
Texamen du pouls. 

("etle erreur aurait des conséquences très-fâcheuses 
dans la pratique. La température donne des résultats 
punililk ot à peu près constamment exacts au point de 
\uo do la marche de la maladie et de son pronostic, 
luaiii d non est pas toujours ainsi. 

lii ^ ubjociious que Ton peut faire à la thermométrie 
» vVM'^il ilaxoir leur raison d'être, si l'on s'astreint en 
n\\\\\' louips à l'ecueillir les observations relatives au 
pyvul!* <• v^l do c^s deux éléments conjoints que dé- 



INTRODUCTION. 33 

pendent surtout le diagnostic et le pronostic. Si on les 
sépare, l'incertitude renaît. 

De nombreu]^ exemples quotidiens démontrent la 
vérité de notre assertion , et nos courbes en fournissent 
plus d'une preuve. Entre autres cas, nous citerons les 
suivants : 

Il arrive que, dans une maladie grave, comme, par 
exemple, la fièvre puerpérale, la température atteint 
ko degrés et s'y maintient à peu près invariable. Or, si 
le pouls, à un moment, prend une plus grande accéléra- 
tion, c'est-à-dire passe de 120 à 1 36 sans que la tem- 
pérature change, cela suflif à donner une indication 
très-grave pour le pronostic. C'est souvent signe de mort 
prochaine. Si l'on n'avait consulté que le thermomètre, 
on n'aurait pas été averti de cette menace. 

Ailleurs, le pouls lent avec une haute température 
marque l'ataxie propre aux méningites. 

La fréquence exagérée du pouls avec une basse tem- 
pérature marque certains états nerveux, l'anémie, etc. 

Enfin comment ne pas tenir compte non-seulement 
de la fréquence , mais encore du rhythme , de la régula- 
rité, de la largeur ou de la faiblesse, et de tous les 
autres caractères physiques du pouls ? 

11 serait donc erroné d'accréditer l'opinion que le 
thermomètre serait suffisant par lui-même et sans la 
palpation du pouls. 

• 

Maintenant il faut parler des appareils enregistreurs. 
Ils peuvent être multipliés extrêmement. Dans l'état 
actuel, voici quel est, à cet égard , notre actif , et quelles 
sont nos espérances. Le premier de tous ces appareils. 



34 INTRODDCTÏON. 

en date et en importance pratique actuelle, est le 9pkyg- 
mographey qui nous donne un tracé du pouls. Nous 
voyons ainsi apparaître sous nos yeux des dessins fournis 
par l'appareil circulatoire lui-même. Ce que valent ces 
dessins, ce qu'ils ajoutent à nos connaissances, on ne 
l'ignore plus dans les écoles; on peut varier d'opinion 
sur le degré de l'utilité, sur le degré de la certitude, 
sur l'erreur possible de l'interprétation de ces dessins 
autographes; mais, en principe, l'utilité est admise. J'ai 
consacré trop de temps à ce genre de recherches pour 
n'avoir pas une opinion à cet égard. Je pense que cet 
instrument, dès à présent, rend de sérieux services, et 
que l'avenir justifiera en partie les promesses que nous 
faisons en son nom. La méthode en tout cas est nou- 
velle, elle est scientifique, elle peut et doit s'étendre à 
d'autres objets. Le cardiographe^ quoique d'un usage 
plus difiicile et moins usuel, a déjà fourni des rensei- 
gnements utiles, et il ne dépend que des cliniciens de 
donner plus de développement à ce procédé d'explora- 
tion. J'en dirai autant des appareils propres à enregistrer 
les pulsations des grosses artères et à explorer les tu- 
meurs anévrismales. 

L'appareil enregistreur des mouvements musculaires, 
le myographe de Marey, a fourni à son auteur Tocrasion 
d'attirer l'attention sur un ordre de faits auxquels on 
n'avait pas songé jusqu'ici. Marey a montré, en effet, 
que l'empoisonnement par différentes substances don- 
nait lieu à des modifications nettes dans le mode de 
contraction des muscles, soit qu'ils se contractassent 
spontanément, soit qu'on les excitât par l'action d'une 
pile électrique. Ainsi l'on obtenait, sur le cylindre enre- 



INTRODUCTION. 35 

gistreur du myographe , des figures d'une netteté saisis- 
sante et sur lesquelles on pouvait reconnaître ici Faction 
du curare, là celle de la strychnine, des poisons stupé- 
fiants, etc. Cette vue nouvelle et inattendue a excité 
encore plus de surprise que d'émulation. Cependant un 
appareil semblable peut être utilisé en médecine et ser- 
vir au diagnostic. Déjà nous l'avons utilisé pour l'analyse 
àes mouvements convulsifs de la chorée, du tétanos, 
pour l'analyse des phénomènes connus sous les noms de 
crampes, tremblements, etc. La poursuite de cette sorte 
d'études ne peut manquer de donner plus de facilité 
au médecin pour l'analyse et l'interprétation d'une foule 
de phénomènes traduits par la forme de la contraction 
musculaire. 

n en sera de même pour les appareils encore impar- 
&its qui marquent et inscrivent le mouvement de la 
respiration. Enfin nous ne désespérons pas de parvenir 
à posséder des instruments enregistreurs à indications 
continues qui, placés à demeure, permettront d'appré- 
cier à un moment donné certains phénomènes qui se 
sont déroulés en l'absence de l'observateur. 

Peu à peu on arrivera ainsi à reconnaître que l'homme 
malade mérite d'être traité avec le même soin et le même 
scrupule que les appareils industriels ou scientifiques 
construits par nos mains, dont on surveille la marche 
à Faide de compteurs, et dans lesquels on mesure le 
travafl accompli. 

Ce qui précède montre à quel point la méthode gra- 
phique est utilisable en médecine. 

Le poids des malades a aussi une importance grande 
on petite. Déjà cette notion ne rencontre plus de contra- 

•3. 



36 INTRODUCTION. 

dicteurs en ce cpii concerne les enfants, dont Tétat de 
nutrition n'a pas de meilleur contrôle que la balance. 
C'est donc un chapitre nouveau à ajouter à la méde- 
cine. 

Dans le cours des maladies aiguës de Tadulte, la 
balance joue aussi un rôle important pour le pronostic. 
Nous pouvons juger par là de certains états connus sous 
le nom de crises y et pénétrer plus intimement dans le 
secret des modifications que certaines périodes des ma- 
ladies amènent, soit peu à peu, soit soudainement, dans 
le mouvement de dénutrition des malades. 

Si nous ajoutons à ces procédés la pesée des excréta , 
notamment du liquide urinaire (sans parler de i analyse 
physique ou chimique) , nous obtenons un certain nombre 
de pointages bi-quotidiens ou même plus souvent répé- 
tés, à Taide desquels nous aurons amassé les éléments 
de plusieurs courbes. 

Le présent volume traite de la température du -corps 

HUMAIN ET DE SES VARIATIONS DANS LES DIVERSES MALADIES. 

11 se divise en plusieurs parties distinctes : 

1 ^ L'analyse des opinions que les plus autorisés des 
médecins anciens nous ont transmises sur la chaleur et 
la fièvre; 

â® L'analyse des travaux contemporains ayant trait 
au même sujet : production , répartition et déperdition 
de la chaleur. Nous avons donné à cette étude toute l'ex- 
tension nécessaire pour permettre au lecteur de se rendre 
compte de Tensemble des efforts tentés en différents 
pays pour la solution de ces divers problèmes. Les ques- 



INTRODUCTION. 37 

tiens théoriques, physiologiques, mécaoiques, les expé- 
riences de laboratoire, sont exposées dans celle seconde 
partie; 

3° La troisième partie comprend les .recherches cli- 
niques, les observations et les tracés graphiques dans 
diverses maladies; 

. li^ Le dernier chapitre est consacré à la thérapeu- 
tique. 



CHAPITRE PREMIER 



LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 



OPINIOnS DES AUTEURS, DEPUIS HIPPOGRATE JUSQU'A NOS JOURS. 

Nous ferons, avant de donner le résultat de nos recherches, 
une revue historique des travaux importants consacrés à Té- 
tade de la chaleur et de ses variations dans les maladies. 
Cette analyse est indispensable. Il suffirait de reproduire cer- 
tains passages de nos écrits dits classiques pour montrer 
comment ils descendent des mémoires-types et comment ils 
ont dégénéré. Ce serait justice. Il n'est pas permis d'interpréter 
les maîtres, il faut les citer : la science est encore personnelle en 
médecine. 

Il n'y a pas d'auteur qui respecte absolument les textes. 
L'habitude de la pratique oblige à conclure et à appliquer 
quand mime. Si l'on prend ainsi divers spécimens de dis- 
cours médicaux , on montrera, par un procédé scientifique (la 
superposition), comment se déforme la science. Cette compa- 
raison sera sévère, elle sera, en tout cas, ulile, et rétablira la 
hiérarchie. 

«(Mais alors, dira-t-on, les livres destinés aux études ne 
seront plus qu'un assemblage de mémoires cousus ensemble; 
ce procédé sera commode pour l'auteur classique, si toute- 
fois le nom d'auteur convient même à l'ouvrier d'un semblable 
travail. 9) 

A cela je répondrai que nul n'est forcé d'être auteur clas- 
sique, que nul n'est bien venu à se faire une réputation avec 



AO CHAPITRE 1". — LA GHALEDR ET LA FIÈVRE. 

les iddes d'autrui plus ou moins déformées et méconnaissables, 
et qu'enfin un auteur modeste qui sait choisir les bons tra- 
vaux et ne citer que les vrais maîtres , n'eût-il que ce mérite, 
est déjà un homme de goût. 

Il faut que les jeunes gens apprennent à connaître les 
sources de la vraie science, qu'ils y puisent directement, et 
qu'ils n'attribuent plus tout le mérite des découvertes aux pro- 
lixes auteurs de compendium, qui parlent Je omni re scibili et 
font plus facilement un gros volume qu'un petit mémoire. 

On peut avec avantage donner séparément l'œuvre de cha- 
cun de nos auteurs originaux. N'est-ce pas justice de suivre le 
développement d'une idée fait par son inventeur lui-même, 
au lieu d'admettre comme copartageants tous les indiscrets, 
les contrefacteurs et toute cette engeance des coureurs de cé- 
lébrité qui s'acharnent à poursuivre une piste qu'ils n'ont pas 
levée ? Rien n'est plus contraire à l'équité que de citer tout le 
monde, bon ou mauvais, sans discernement : ponderandi non 
numerandi. 

Il y a des auteurs qui ont touché à tout et de seconde main; 
ils se sont ainsi créé des titres scientifiques nombreux, et con- 
testent quelquefois la priorité même aux vrais inventeurs. 

N'est-ce pas une honte qu'à notre époque un homme ne 
puisse commencer un travail sans redouter que les conclusions 
de ses recherches ne soient données par d'autres avant lui- 
même ? Et ce qui est pis , c'est que souvent les empressés faussent 
ridée et la sophistiquent. Aussi ne suis-je point tenté de dresser 
la liste de tous les travaux faits sur la température animale; 
co serait rendre au lecteur un mauvais service. En citant les 
muttros j'aurai déjà un chiffre respectable de notes bibliogra- 

phiqueii. 

Par contre, j'examinerai longuement l'œuvre de quelques- 
uiu, iiurtuut de ceux qui ont parlé les premiers. 



HIPPOGRATË. 41 

HIPPOCRATE. 

{h6o ans avant Tère chrétienne.) 

Hippocrate ou les auteurs des livres hippocratiques réunirent 
les notions éparses sur la médecine; ils les augmentèrent d'ob- 
servations prises à Cos, petite île voisine de l'Asie mineure, 
qui était alors un lieu de pèlerinage pieux et médical. On y gué- 
rissait les maladies et on y expliquait les oracles. Cette double 
origine se retrouve dans ces livres, elle a imprimé à la doctrine 
hippocratique un cachet propre. Il était dans les habitudes de 
tout ordre sacerdotal en Grèce d'essayer de percer le voile 
de l'avenir, et, dans les temples des Asclépiades, de prédire les 
événements pathologiques dont le corps de chaque malade 
allait être le théâtre. 

Aussi est-ce du côté du pronostic que se tournèrent les efforts 
d'Hippocrate, mais la prognose pour lui, ainsi que le fait re- 
marquer M. Littré (t. I, p. ABy), comprend non pas la divi- 
nation de l'avenir, elle exprime ce jugement médical qui a 
pour but d'apprécier l'état passé, présent et futur, du malade, 
elle commande la thérapeutique , et ne rend légitime l'inter- 
vention du médecin que pour favoriser les efforts de la na- 
ture. . 

Le recueil des passages dans lesquels Hippocrate parle de 
la chaleur montrera que les points sur lesquels il a insisté 
sont précisément ceux qui se rapportent au pronostic et au 
traitement. Quelques-uns d'entre eux sont encore appréciés 
aujourd'hui comme il y a vingt siècles. 

Voyons d'abord quelle idée Hippocrate avait de la chaleur 
du corps et de sa répartition suivant l'âge et les maladies. 

«Dans le corps, là oii est de la chaleur ou du froid, là est 
la maladie.» {Aph. 89, t. IV, p. 017 ^) 

* Toates les iodicationa bibliographiques des livres hippocratiques renvoient 
i la beUe édition de M. Littré. (J. B. Baillière, 1839-1861.) 



a3 CHAPITRE I*'. ~ LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

ce Des alternatives rapides de chaleur et de froid sont fâ- 
cheuses, ainsi que les alternatives dans la soif. " [Prorrhétit/ue, 
t. V,liv. I,p. 5a3,S/i3.) 

((Avoir la tête, les pieds et les mains très-froids, tandis 
que le ventre et la poitrine sont chauds, est mauvais ; ce qu'il 
y a de mieux c'est que le corps entier soit également chaud et 
souple." (^Prénoùons coaques, t. V, p. 698, S /iSs.) 

ce Chez l'homme, il faut bien le savoir, le maximum de 
la chaleur est au premier jour de l'existence, le minimum au 
dernier {Aph. 1 , i4). De toute nécessité le corps qui croît et 
se développe avec effort est chaud; mais, quand il entre sur la 
pente facile de la décadence , il se refroidit , et, en vertu de 
cette proposition, l'homme qui, au premier jour, croissant le 
plus est le plus chaud, au dernier jour décroissant le plus est 
le plus froid, n (De la nature de Thomme, t. VI, p. 65 , S 1 9.) 

ce Les vieillards supportent le plus aisément le jeûne, puis 
les hommes faits, ensuite les jeunes gens; les enfants le sup- 
portent le plus difTiciiement, et surtout ceux qui manifestent 
le plus de vivacité.» {Aph. i3, t. IV, p. 4 6 7.) 

ce Les êtres qui croissent ont le plus de chaleur innée, il 
leur faut donc le plus de nourriture; sinon le corps dépérit; 
chez les vieillards la chaleur est petite, elle n'a donc besoin, 
chez eux, que de peu de combustible, beaucoup Téteindrait. 
Pour la même raison, les fièvres ne sont pas aussi aiguës 
chez les vieillards, car le corps est froid. >î [Aph. il\,i, IV, 
p. 4G7.) 

Les opinions d'Hippocrate sur la chaleur aux différents 
Âges sont erronées, nous savons aujourd'hui que la tempéra- 
ture est la même chez le vieillard et chez l'enfant, sauf des 
nuances que nous indiquerons plus tard. 

Examinons maintenant quelles notions Hippocrate possé- 
dait sur les causes et le mécanisme de la fièvre : 

{Des maladies^ t. VI, p. 1 89, S 9 3.) «Voici comment natt la 



HIPPOCRATE. 43 

fièvre : la bile ou la pituite étant échauffées, tout le reste du 
corps s'échauffe par leur intermédiaire, cest ce quon nomme 
Jièvre. Or la bile et la pituite s'échauffent, du dedans par 
les aliments et les boissons, qui, en même temps, nourrissent 
et font croître ; du dehors par les fatigues, par les plaies, par 
un excès de chaud, par un excès de froid. » 

^Lefrmon, dans les maladies, vient, d'une part des vents 
du dehors, de l'eau, du serein et autres influences, d'autre 
part des aliments et des boissons. 11 prend particulièrement 
de l'intensité quand la bile et la pituite se mêlent dans le 
même point avec le sang, et encore plus si la pituite se mêle 
seule, car naturellement la pituite est la plus froide des hu- 
meurs. TU 

«... Le sang étant refroidi, tout le reste du corps est refroidi 
nécessairement. Quand il en est ainsi , c'est ce qu'on nomme 

frisson Après le frisson il survient nécessairement plus 

ou moins de fièvre, voici pourquoi : quand le sang se ré- 
chauffe, fait violence et revient à sa nature, la part de pituite 
et de bile qui est mêlée au sang se réchauffe aussi, et le sang 
devient bien des fois plus chaud qu'à l'ordinaire, r) (S ^ &.) 

De la sueur. «La sueur se produit ainsi : quand les maladies 
se jugent aux jours décisifs, et que la fièvre quitte le patient, 
la partie la plus ténue de la pituite et de la bile qui sont dans 
le corps s'atténue, se sépare et sort au dehors du corps; le reste 
demeure à l'intérieur; la partie atténuée par la chaleur devient 
vapeur et s'en va au dehors mêlée au souffle. . . yi [Aph. A, 
p. &9; Aph. 6, p. 85, S 9 5.) 

Production des fièvres. « Les fièvres ont cette cause-ci : le corps 
ayant un excès de phlegme (sucs), les chairs se gonflent, le 
phlegme et la bile enfermés deviennent immobiles, rien ne 
se rafraîchit ni par issue ni par mouvement , et il ne se fait au- 
cune évacuation . 



• • 



hh CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

«Quand il y a fatigue et pléthore, on lavera le corps avec 
de l'eau chaude et on l'oindra , pour que, le corps étant ou- 
vert, la chaleur s'en aiUepar la sueur.. . On ne rafraîchira pas 
la fièvre avant le quatrième jour. . . On donnera d'abord des 
boissons chaudes en grande abondance pour débarrasser le 
corps soit par l'urine, soit par la transpiration... y> [Des lieux 
dans l'homme, t. VI, p. 819, S 37.) 

Si les causes qu'Hippocrate attribue à la fièvre ne méritent 
plus d'être discutées , le rôle qu'il attribue à la sueur a con- 
servé sa valeur, et il est intéressant de retrouver dans le plus 
ancien livre médical la tradition populaire de l'importance de 
la sueur dans la guérison des maladies. 

Dans le chapitre suivant, consacré à la nature médicatrice, 
Hippocrate se montre grand observateur, et, s'il est doué d'une 
trop grande confiance dans les efforts que la nature fait spon* 
tanément vers la guérison, nous devons reconnaître que sou- 
vent les incidents, non provoqués, qui ont précédé la guérison 
d'un malade mettent le médecin sur la voie d'une thérapeu- 
tique raisonnable. 

ff La nature est le médecin des maladies. La nature trouve 
pour elle-même les voies et moyens, non par intelligence; tels 
sont le clignement, les offices que la langue accomplit, et les 
autres actions de ce genre; la nature, sans instruction et sans 
savoir, fait ce qui convient.. . ^ (T. V-Vl, Livre des Epidémies, 
5' section, p. 3i5.) 

Aujourd'hui, sans enthousiasme irréfléchi pour les efforts 
de la nature, nous reconnaissons que certains processus mor- 
bides aboutissent spontanément à la guérison, et que le 
médecin doit rester un observateur attentif, prêt à tout, 
résigné, au besoin, au rôle d'assistant. Il y faut parfois un 
rare courage. 

La lutte qui a lieu, les réactions violentes, les moments dif- 
ficiles attendus, les évolutions prévues, l'imprévu même, enfin 
ce combat d'où l'homme sort mort ou vivant, blessé ou intact. 



HIPPOGRÂTS. 45 

tout cela est rempli d'émotions. Gomment ne pas prendre part 
à raction? Gomment demeurer inerte quand la tradition nous 
fournit tant de prétendus moyens de diriger et de secourir le 
malade? Au risque d'encourir le blâme, le médecin instruit 
aura le courage de rester spectateur vigilant, lorsque Texpé- 
rience lui enseignera *que l'évolution des phénomènes auxquels 
il assiste mènera le malade à la guérison. La doctrine hippocra- 
tique reste vraie, en ajoutant que nous reconnaissons que la 
médecine a des devoirs à remplir, que parfois elle répond à 
des indications urgentes et qui veulent être satisfaites sur 
l'heure. Savoir attendre, gouverner avec les instruments pos- 
sibles, même surannés , ne pas se hftter de se lancer dans des 
voies dont elle ne connaît pas encore l'issue, telle doit être la 
règle de la médecine actuelle. 

Le chapitre suivant, que l'on pourrait appeler: «Du froid et 
du chaud en thérapeutique , Ji présente, sous le rapport physio- 
logique, des observations d'une justesse parfaite ; quelques-unes 
d'entre elles n'ont reconquis droit de domicile dans la science 
que depuis quelques années. 

Ufmid et le chaud (thérapeutique). (De l'ancienne [médecine, 
ï6, 1. 1, p. 607.) «Pour moi, je pense que, de toutes les qua- 
lités, le froid et la chaleur ont la moindre puissance sur l'é- 
cooomie humaine, par les raisons suivantes : Tant que les 
deux qualités restent mélangées l'une avec l'autre, nul mal 
n'est éprouvé, car le froid est tempéré et mitigé par le chaud, 
le chaud par le froid; c'est quand l'une des deux s'isole que 
le mai commence. Mais, dans le moment même où le froid sur- 
vient et cause de la souffirance, tout d'abord et par cela seul 
le chaud arrive, fourni par le corps, sans qu'il soit besoin 
d'aucune aide ni préparation. 

«Et cela s'opère aussi bien chez Thomme sain que chez 
l'homme malade. En effet, d'un côté, si, en santé, l'on veut, 
pendant l'hiver, se refroidir soit par un bain froid, soit de 



46 CHAPITRE r.— LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

toute autre manière, plus on essayera de le faire, sans toute- 
fois se geler complètement , plus , après s'être habillé et mis à 
couvert, on éprouvera un échauffement considérable. D'un 
autre côté , si l'on veut se procurer une forte chaleur, soit par 
bain chaud, soit par un grand feu, puis demeurer avec le 
même vêtement et dans le même lieu qu'après s'être refroidi, 
on éprouvera un froid bien plus vif et Ton frissonnera bien 
davantage. Celui qui s'évente à cause d'une chaleur étouf- 
fante , et se donne du frais de cette manière , se sentira , au 
moment où il cessera de se rafraichir, dix fois plus brûlant et 
plus étouffé que celui qui ne fait rien de tout cela. . . Autre 
exemple : après avoir marché dans la neige , on a chaud. . . 

« Quant aux malades, nest-<epas chez ceux qui wntpns dejriê- 
son que s'allume la fièvre la plus ardente, et elle est innocente le 
plus sout>ent; tant qu'elle dure, elle donne une chaleur géné- 
rale. « .Enfin y quand après la sueur la fièvre s*en va, le malade a 
plusjroid que s'il n avait pas eu de fièvre, 

ce Puis donc que les deux contraires se succèdent avec tant 
de rapidité et se neutralisent spontanément, qu'en attendre 
de grand et de puissant, et qu'est-il besoin de beaucoup de 
secours contre l'un ou l'autre?» 

L'auteur ajoute que, sans doute dans les fièvres ardentes, 
péripneumonies, et autres maladies graves, la chaleur ne dis- 
paraît paspromptement, et que là le chaud et le froid n'alter- 
nent plus mais il y a un chaud amer, un chaud acide, un 

chaud salé et mille autres , et un froid avec autant de qua- 
Utés 

[AphorismeSj 5*section, S â3, t. IV, p. 5âi.)(tll faut user 
du froid dans les cas suivants : dans les hémorragies actuelles 
ou imminentes, non sur la partie même, mais autour de la 
partie où le sang afi9ue; dans toutes les inflammations et phlo- 
goses qui doivent à un sang encore récent la teinte rouge, dans 
Térésipèle ntm ulcéré. i> 



HÎPPOCRATK. M 

[De l'uMage des liquides, t. VI, p. laS.) L'auteur passe en 
revue les parties du corps qui'aiment le chaud et redoutent le 
froid , et ne conclut pas. 

(Jbid. p. i3i.) «tLe froid est avantageux dans les éruptions 
rouges, telles qu'il en survient çà et là de larges, dans les 
éruptions arrondies qu'on nomme aetholiques, dans^ celles qui 
se développent sous l'action même du bain chaud, dans celles 
qui viennent chez les femmes par la rétrocession des mens- 
trues; dans celles qui viennent par le frottement des vêtements 

rodes, par la sueur Des affections sont soulagées aussi 

bien par le froid que par le chaud; les gonflements des arti- 
culations, la goutte, la plupart des ruptures, sont amendés 
par d'abondantes affusions d'eau froide, qui diminuent la tu- 
méfaction et engourdissent la douleur " Plus loin Hip- 

pocrate conseille les affusions froides dans le tétanos sans plaie. 
D les proscrit pour les plaies des os. 

[Boissons froides, t. VU, p. 161.) «A un fébricitant, ce que 
vous donnerez aura toujours été exposé au serein delà nuit, à 
moins que le ventre ne soit trop relâché. » 

{Du rig. dans Us mal. aig. t. II, p. âaB.) c^Dans les fièvres 
où le ventre est rel&ché, on tiendra les pieds chauds, et l'on 
prescrira des boissons en aussi petite quantité que possible, 
de l'eau froide ou de l'hydromel. » 



\, effusions. — {Du rig. dans les mal. aig 1^» 365 et suiv.) 
Les précautions les plus minutieuses sont décrites dans ce 
chapitre. Les Grecs, comme tous les Orientaux, avaient une ex- 
périence traditionnelle desbains, ce Si le malade avait, en santé, 
le goAt et l'habitude des bains, c'est h tenir en grande considé- 
ration : ces personnes les désirent davantage , elles se trouvent 
bien de se baigner et se trouvent mal de ne pas le faire. Le 
bain convient généralement plus dans les péripneumonies 
que dans les fièvres ardentes; en effet il adoucit la douleur 



48 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA PIEYRE. 

de cAtë, mûrit l'expectoration, la facilite, d^ge la respira- 
tion ; il ôte le sentiment de lassitude par la propriété qu'il a 
de relâcher les articulations et la surface de la peau, il est 
diurétique ... y> 

Les bains et les affusions tièdes sont recommandés en plu- 
sieurs chapitres contre les épistaxis. 

[De Fofficine du médecin, t. III, p. 817, S i3. ) «Le 
degré de chaleur de Teau, on l'apprécie en versant sur 
sa main un peu du liquide préparé : (dans les fractures) 
quant à la quantité, des affusions très-abondantes sont excel- 
lentes. 39 De même pour les luxations. (T. III, p. /Î53; t. IV, 
p. 139-279.) 

[Apharismes, section 7, S &9.) «Une fièvre qui ne provient 
pas de la bile se guérit par des affusions abondantes d'eau 
chaude sur la tête, v 

[Des Épidémies, liv. II, section 5, p. 129.) «Si le malade 
délire, faire des affusions sur la tête. » 

[Ibid. liv. V, S &Q.) Observation d'une femme qui, ayant 
pris un purgatif en bonne santé, eut des syncopes et fut rani- 
mée par des affusions froides, abondantes et prolongées. 

[Ibid. p. a lit.) «Pour les douleurs des lombes, des jambes, 
des hanches, qui résultent de fatigues, faire des affusions chau- 
des avec l'eau de mer et le vinaigre, et, mouillant des éponges, 
faire des fomentations, t) 

Au livre : De l'usage des liquides, sont contenus des préceptes 
pour bien faire les lotions et affusions tièdes. 

Des bains. — (Z^urèjjww, liv. II, S 67.) «Les bains se compor- 
tent ainsi : l'eau douce humecte et rafraîchit. Le baia salé 
échauffe et sèche. Les bains chauds, à jeun, atténuent et ra* 
fraîchissent, car ils ôtent au corps l'humide par la chaleur. 
Les bains froids ont une action contraire : au corps à jeun ils 



ARISTOTE. 49 

donnent, étant froids, quelque chose de chaud; au corps 
plein de nourriture, lequel est humide, ils font, etc. n 

Et plus loin (S 58) : ce Toutes les sueurs dessèchent et atté- 
nuent. Le coït atténue, humecte et échauffe, il échauffe par la 
fatigue et par l'excrétion du liquide. r> 

Le traitement des fièvres par la saignée et les purgatifs exis- 
tait dès cette époque, et Ton paraît s'y être peu préoccupé du 
phénomène chaleur. 

L'air n'est point signalé comme moyen thérapeutique, la 
respiration était, du reste, bien connue en ce temps (ch. Des 
vente, S &) : «Cet acte ne s'interrompt jamais chez les animaux 
mortels, tous occupés à inspirer Fair et à l'expirer, t? 

n est impossible de parcourir ces passages des livres hippo- 
cratiques sans être frappé d'un fait. Toutes les prescriptions 
sur l'emploi de l'eau , des bains dans les maladies aiguës, ont 
traversé les siècles, presque inconnues malgré le fétichisme que 
l'on professait pour les œuvres d'Hippocrate. Il a fallu que 
Tétudede la chaleur parvint à sa période scientifique pour que 
l'on essayât d'influer médicalement sur son intensité. Nous 
analyserons plus loin ces problèmes en détail. 

ARISTOTE. 

(38â ans avant Père chrëlieDnc.) 

Les anciens Grecs avaient-ils un moyen de mesurer la "cha- 
leur? Cette question est examinée dans un livre allemand con- 
temporain {AristoteUs Thierkunde, par Jûrgen Bona Meyer, 
I/phU. L V, in-8**, Beriin, i855). Déjà elle avait été traitée, en 
1 89 b, par Paul Ermann [Méin. de l'Ac. de Berlin) ^ et par Hum- 
boldt dans son Cosmos. Il semble que les Grecs n'aient pas eu 
(l'autre thermomètre que leur main. Ils admettaient, sans res- 
triction et sans contrôle, que tous les animaux qui n'ont point 
de sang sont plus froids que ceux qui ont du sang, et que 



50 CHAPITRE I'. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

les poissons sont faits pour une moindre chaleur que les 
mammifères et les oiseaux, mais il ne semble pas que leurs 
philosophes en aient cherché d'autre preuve que celle que leur 
fournissait l'acte de prendre un poisson dans la main et de 
sentir qu'il est froid. Parménide tenait les animaux pourvus de 
sang pour plus chauds, et Empédocle tenait, au contraire, pour 
les poissons, disant que l'élément (l'eau) froid où ils vivaient 
devait/efroidir l'excès de leur chaleur. «Si donc, dit Aristote, 
il y a un tel doute entre le froid et le chaud , que doit-on 
penser des autres phénomènes ? 99 

Lui-même, dit l'auteur allemand J. fi. Meyer, chercha h 
bien définir les mots de chaleur et de froid, et distingua d'a- 
bord la chaleur étrangère de la chaleur propre. Il arriva à 
cette notion que la chaleur propre se refroidit moins vite que 
la chaleur acquise par voisinage. Il admit qu'il n'y avait que 
le feu et le souffle chaud qui continssent une chaleur propre. 
Le sang, disait-il , n'est pas chaud en soi, mais il ife l'est qu'en 
tant que véhicule de la chaleur vitale dans le corps animal 
vivant. 11 n'avait [as non plus- l'idée de la chaleur spécifique, 
à peine savait- il que l'eau a un point d'ébuliition fixe. Il 
savait que les animaux ont une chaleur déterminée, mais il 
ignorait qu'elle fût toujours la même et indépendante du mi- 
lieu ambiant. Pour lui, la chaleur était liée à l'idée de feu, 
aussi comprenait-il le froid comme un élément spécial et non 
comme une simple privation de chaleur. 

Pour Aristote comme pour tous les anciens, le sang est 
chaud de par la chaleur innée du cœur, et le cœur est la 
source de la chaleur de tout le corps. [Départ, III- V, 667 b, 
d6.) Cette même chaleur du cœur était la cause du pouls et 
l'origine de tous les mouvements. 



GKLSE. 



51 



CELSE^ 

(Siècle d'Auguste.) 

Nous avons réuni tout ce qui est épars à travers le livre de 
Celse (De medicina lihrt octo) concernant la chaleur du corps 
humain. Il résulte de cette recherche que la médecine, au 
temps de Celse , méconnaissait les sources et la répartition de 
la chaleur ainsi que ses modifications essentielles dans les 
maladies, et que la thérapeutique ne tendait pas à modifier 
ce phénomène. Les mots échauffant, réfrigérant, appliqués aux 
remèdes ou aux aliments, ne se rapportent qu'à la sensation 
gustative et non à l'idée de température prise abstracti- 
vement. 

L'action nuisible de la chaleur ou du froid extérieur est 
souvent invoquée : évidentes vero eas causas appellent, in quitus 
quœrunt, initium morbi calor attulerit an frigus, (Liv. I, p. 5.) 
Les mots refroidissement et réchauffement ne se prennent que 
dans le sens restreint de chaleur ressentie par le malade ou 
de diffusion cutanée de la chaleur, et il n'en pouyait guère 
être autrement avant que l'on connût le thermomètre : cale^ 
factt autem uncUo, aqua salsa magisque si calida est; réfrigérât in 
jejuno et balneum et somnus, (Liv. I, p. Q9.) Les propriétés du 



> Gdse (Aurelius Cornélius Ceisus), 
THippocTate latin , est, après le vieil- 
lard de C08, Tauteur le plus ancien 
dont les écrits soient parvenus jusqu*à 
nous. Le nom, Tâge, la patrie et la pro- 
feanon de Celse ont été des sujets d*in- 
certitode et de contestation. Yoy. De- 
zeimeris (Dict. hisL de la médecine). 11 
vivait, croit-on {Leclerc, Schuhe, Mor- 
gagni) , au siècle d'Auguste. On ne sait 
raéme pas s'il était médecin. 

De re medica /t6rt octo. Ouvrage di- 
dactique, résumé succinct de toute la 
médecine. Celse ci le soixante et doute 



auteurs médicaux , perdus pour nous, et 
seul survivant, il nous fait connaître la 
suite de la médecine depuis Hippocrate. 
Ce livre eut, surtout au xv' siècle, un 
immense succès. Il a eu un grand nom- 
bre d'éditions. 

Nous renvoyons, pour les indications 
bibliographiques, à l'édition de Targas : 
A. Corn, Celsi De medicina libri octo, 
ex receniione et cwn, notiê Leonarâi 
Targœ. Argentorati, ex typographie so- 
cietatis Bipontinœ cioiacccvi, 9 vol. 
in-8". 



à. 



52 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

froid et du chaud sont appréciées, par Gelse comme par tous les 
anciens auteurs qui l'ont précédé , à un point de vue où il y 
a sans doute du bon sens , mais peu de science : calor adjuval 
omnia quœ frigus infestai; minime vero aut Jrigus aut cabr UUa 
sunt ubi subita insuetis sunt. (T. I, liv. I, p. Sy.) L'influence 
des saisons est indiquée, mais sans une grande précision 
(liv. II). Celse signale la sueur froide comme étant d'un fâ- 
cheux pronostic : Sudor quoqtie frigidus ta acuta febre pesù- 
ferus est (t. I, liv. II, p. 53); il reconnaît la coexistence de 
la chaleur et du frisson : cui calor et tremor est (t. I, p. 66); 
l'utilité de la fièvre dans quelques cas : deniqw ipsafebris, quod 
maxime mirum videri potest, sœpe prœsidio est. (T. I, liv. II, 
p. 66.) C'est un éloge de la fièvre; déjà l'école hippocratique 
obéissait à la même idée et redoutait c( une mauvaise coction. Ji 
Plus tard, et encore aujourd'hui, les médecins considèrent 
comme d'un fâcheux augure ce une maladie qui sort mal.» 

Les précautions que l'on doit prendre pour administrer lés 
bains, pour provoquer la sueur, sont bien décrites dans Celse, 
mais ce sont des préceptes vulgaires et usuels qu'ont connus 
les baigneurs de tous les temps (frictions, enveloppement dans 
des linges secs, liv. 11). L'usage des cataplasmes chauds parait 
avoir été fort répandu à cette époque : calefadt vero ex quoli- 
bet farina cataplasma, sive ex tritici, sive liordei.,. vel Uni, ubi 
ea deferbuit calidaque imposita est. (T. I , liv. II , S 3 3 , p. i o i .) Le 
cataplasme est resté un remède cher aux races latines. 

Au livre troisième du 1. 1, S 3 , p. 1 07, le début des fièvres 
par la chaleur et le frisson est bien observé , et décrit ainsi : 
Aliœ enim a colore incipiunt, aliœ a frigore, aliœ ab liorrore. 
Celse donne même la définition des mois frigus et harror: 
frigus voco, ubi extremœ partes membrorum inalgescunt: horro- 
rem, ubi totum corpus intremit. 

Le chapitre le plus remarquable est celui (liv. III, S 6) 
où sont discutés les signes de la fièvre; comment la recon- 
naître avec certitude? Celse trouve qu'on accorde trop de 



CELSE. 53 

créance au pouls soumis à tant de causes pertubatrices iudé- 
pendantes de la maladie; il signale ce (t pouls du médecin,» 
c'est-à-dire accéléré par l'émotion que cause au malade la 
vue du médecin; il fait une critique juste de la valeur que 
l'on accorde au pouls comme signe des maladies fébriles (Ga- 
lien et plus tard Bordeu ne devaient pas être si sages)*; puis, 
continuant sa profession de foi, on pourrait presque dire son 
acte de foi, il dit : altéra res cm credimus, cahr, œque fallax. 
(T. I, p. 1 3 0.) Ainsi la chaleur elle aussi est trompeuse , et Gelse 
l'accuse de varier par l'état de l'atmosphère , le travail , l'émo- 
tion, le sommeil, en quoi il méconnaît absolument la loi de 
la constance de la température animale. Aussi conseille-t-il de 
ne se point fier à un signe unique pour reconnaître la fièvre, 
et le conseil est bon. 

Cependant il est intéressant de remarquer qu'alors comme 
depuis, comme aujourd'hui, le médecin a deux moyens, deux 
procédés pour reconnaître la fièvre : i° le pouls : vetiis enim 
maxime credimus (t. I, p. 119); â^ la chaleur du corps : al- 
téra res est cui credimus, calor. Il est évident que telle était 
la pratique usuelle. Gelse ne parle pas autrement que ne font 
encore en ce moment la plupart des médecins qui n'admettent 
pas la précision dans le diagnostic, et c'est le plus grand 
nombre; il indique à quels signes on reconnaît la fièvre, et les 
groupe tous dans le tableau suivant: on doit savoir, dit-il, que 
celui-là n'a point la fièvre dont le pouls bat comme d'habi- 
tude et dont le corps est tiède comme il doit l'être à l'état 
sain {fepor)y et il ne suffit pas, pour affirmer la fièvre, qu'on 
trouve que le malade a une chaleur trop grande (t. I, p. 1 a o): 
non protinus, sub calore motuque febrem esse i^oncipere; sed ita, 
si summa quoque arida inœqualiter cutis est (peau sèche par 
places), si ealor et in Jronte est et ex imis prcecordiis oritur; si 
spiritus ex narUfus cum fervore prorumpit; si calor aut rubore 
aut pallore novo mutatus est, etc. Le tableau, comme on le 
voit, est assez complet: chaleur de la peau, sèche, mal dis- 



&4 CUlPITBE î*. — Ll CHILECB ET Ll FIÈTRB. 

tribaée^ air chaud sortant des narines: ma» n*est-€e pas 
la science primitive éiémentaire qoe tontes les mères ont pos- 
sMëe dès les pn^iniers âges de Minmanité. la notion populaire 
de la maladie? et est-il bien nécessaire d'être médecin pour 
savoir ces choses de la rie nso^e? 

A cette ëpo^pie. et déjà depuis longtemps « on enseignait dans 
les écoles les quatre signes de Tinflammation^ et Celse ne 
manque pas de les rapporter (t I, lir. lU, p. «199, S 10): 
HOtœ rpfo imllawÊmaiiomis tmmi fmaimor,, mkar H imrnwr, cum ca- 
hrt H iolort. 

En général Celse recommande les boissons chaudes et les 
bains chauds, les onctions « les cataplasmes tièdes. Pourtant 
il indique les ablutions froides dans certaines céphalalgies cau- 
sées par h) chaleur : amsiJfrandmm est qmm mmM dolorem exà- 
tarit : si rri/ltw*. aqna /rigiJa mklia perfitmiert ayui txpeêk, spom- 
fjiitm cewcfrtYiiM imponert. smtimJe ûi afumjngida ej^reuam. (T. I , 
liv. 1\\ p. 173.) Voilà la compresse froide permanente telle 
qu'on rapplii|ue aujourd'hui. Cebe |>arle encore de refirigerentia 
cataplasmata, mais il y a lieu de croire que le mot réfrigérant 
est pris dans un sens qui n'est pas Tanalogue de « (îroid, d car 
il est question , dans le même {paragraphe , d'onctions avec l'on- 
guent rosat et le vinaigre, et d'application de laine grasm im- 
prégnée de ces substances. 

An livre IV, $ 3, à propos du tétanos, Celse fait une décla- 
ration de principe qui nous permet de connaître son opinion 
sur le rôle du sang par rapport à la chaleur du corps. Asclé- 
piade a recommandé surtout la saignée, d'autres^ au contraire, 
ont dit qu'il ne fallait pas saigner, parce que le corps avait, 
dans ce cas, besoin de chaleur, était pau>Te en chaleur, et 
que précisément c'est dans le sang qu'est la chaleur eo quod 
maxime tum corpus calore egeret isque esset in sanguine. (T. I, 
P* ^79*) ^' y ^^^î^ ^^^^ ^^ médecins qui enseignaient alors 
que la chaleur résidait dans le sang; c'était une opinion 
qui avait cours. Malheureusement Celse la combat sans am- 



GÂLIEN. 



55 



biguîté : vehim hoc quidem falsum est. Neque entm natura 
sanguinis est, ut utiqfAe caleat, sed ex lis quœ in homine sunt hic 
celerrime vel calefadt vel refrigescit. (T,I,p. 179.) Ainsi Celse 
professe que la chaleur ne réside pas particulièrement dans 
le sang, mais que le sang est un des éléments de l'organisme 
qui s'échauffent ou se refroidissent le plus rapidement (?). Il 
est donc bien certain que Cebe na connu ni les sources ni le si^ 
principal de la chaleur du corps. 

Dans la partie qui traite des plaies , on trouve le précepte 
d'appliquer des éponges imbibées d'eau froide et entretenues 
à l'état d'humidité. (Liv. V, S 22.) 

La théorie de la chaleur retenue, d'origine hippocratique, 
se rencontre nécessairement dans Celse : cui, febre œque non 
quiescente, exierior parsfriget, interior sic calet ut etiam sitimfa-- 
ciat, létale. Ainsi ia chaleur est retenue au dedans; on a soif, 
on a l'extérieur du corps froid, etc. Voilà une théorie bien 
nette. 

Tous les médecins du xvf siècle ont accepté cette doctrine, 
nous verrons plus tard qu'elle reprend faveur aujourd'hui; 
elle se retrouve en effet dans les arguments par lesquels Sena- 
tor a combattu les opinions de Liebermeister. 



GALIEN». 



Qu'est-ce que la chaleur? Galien , citant Hippocrate et Platon 



* Giaudius GaJeouB, né sous Tempe- 
reor Adrien, Tan 198, à Pergaina 
(Asie Mineure), ou était no c^èbre 
teûiple d^Esedape. Son père était Niçon , 
sénateur de Pergame, homme riche et 
édairé, qui ie fit instruire da$u la dia- 
lectique, philosophie des stoïciens (Ze- 
non), de Platon, d'Aristote, d^Épicure. 

A 1 7 ans, il étudie la médecine, suit 
les ooors d^anatomie de Quintus, de Sa- 
tyn», de Pelops à Snufme, de Numesia- 
nns à Cormthê (secte do^atique). L$$ 



élutUantê étaient errants, ainsi au moyeu 
âge, et aujourd'hui en Allemagne. Puis 
il va à Alexandrie étudier sous Lueiue, 
voyage, visite l'Europe et TAsie, les îles 
de Chypre, Crète, Lemnos et Ti^ypte. 
A 98 ans, il obtient du pontife de Per- 
game la place de médecin des gladiateurê 
(soigner ces artistes n'était pas une si- 
nécure). 

A 33 ans, une émeute le fait fuir; il 
vient à Rome, où ieuk lee Grèce éxer^ 
çaient la médecine (Gnecuii, rhéteurs. 



56 



CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



( De« dogmes d'Hippocrate et de Platon ^ ) : (t Hippocrate dit 
toujours que la chaleur est la cause principale des œuvres 
de la nature; Platon emploie non le mot chaleur, mais le mot 
feu! Or comment comprend-il que cette chakur ou ce feu 
gouverne les corps animés-? Tout animal a sa chaleur dans son 
sang et ses veines, il a donc en lui un foyer. En effet ce n'est 
pas par l'atlrition des artères que la chaleur s'engendre dans 
les corps des animaux^, comme cela se voit pour les pierres 
ou le bois, mais, bien au contraire,.c'estpar unecA^r/eurûm^ 
que leurs mouvements ont lieu. Que leur corps cesse d'être 
chaud par la gelée, un médicament, ou autre cause, leurs 



médecins, comédiens, chanteurs, dan- 
seurs, — article d^imporlation ; lei Ua- 
lient, en France, jouèrent le même r61e 
sous le règne des Valois). 

Après cinq ans de pratique distinguée 
dans raristocratie , la pe$te vient, et i7 
i*en retourne à Pergame. Il est rappelé 
par Marc -Antoine Antonin et Lucitu 
Verue, qui mourut de la peste. 

Il fut le médecin des empereurs 
Marc-Aurèle, Commode, Perlinax, 
Septime-Sévère. 

Il mourut à 70 ans. 

n écrivit plus de cinq cents niémoiree 
sur la philosophie, la dialectique, la 
géométrie, la grammaire. 

Ses ouvrages médicaux forment une 
bibliothèque : t( iU régnèrent despotique- 
ment sur le monde pendant treize siè- 
cles, t» Les Arabes enseignaient, com- 
mentaient Galien. Ils ne fondèrent que 
des écoles galéniques {dogme, école dog- 
matique, empirieme, méthodieme! Verba 
et vocee!). 

Galien explique tout. Il étudie la phy- 
siologie et Tanatoniie sur les animaux 
( probablement sur les singes exclusive- 
ment). Il est médecin et chirurgien. 
Dans ses livres, les questions sont ser- 



rées, condensées. On a besoin de toute 
son attention pour le suivre; on croit 
souvent lire un auteur moderne. 

La question de la chaleur du corps 
occupe une large place, et sa solution y 
est réellement entrevue. Sa doctrine 
est restée maîtresse jusqu^à Lavoisicr 
(1776). Bien qu*on ne doive pas attri- 
buer à Galien seul les immenses progrès 
accomplis pendant les cinq siècles qui 
le séparent d'Hippocrate, nous trouve- 
rons la preuve que sa part personnelle 
est très-grande , et qu^ii a concouru au 
progrès par ses remarques et par ses 
expériences. 

Les indications bibliographiques se 
rapportent à la belle édition publiée par 
Carolus Gotdob Kûhn : Medieorum gree^ 
corum opéra qtue exitant. Claudii Gakm 
opéra omnia, 90 volumes in-8% Lipsic, 
18a 1-1 833. Texte grec et tradactibn 
latine. 

* Galeni De Hippocratii et Platome 
placitiê liber VIII, cap. vu, t. V, 
p. 708? 

^ Nous verrons les efforts faits par les 
mécaniciens des siècles derniers pour 
ressusciter cette théorie de la chaleur 
animale par le frottement. 



GALIEN. 



57 



artères cessent de battre et leurs muscles de se mouvoir. Ce 
n'est donc pas une fontaine de feu, mais plutôt de chaleur 
incluse, qui est en nous, comme le dit Hippocrate. 9) 

Dans le livre Du tremblement, des palpitations, des c&nnul- 
sions^^ Galien revient à cette définition: «ne croyons pas, dit 
il, que la chaleur résulte de la colUston de nos partictdes, d'une 
collision ni d'un autre mouvement, mais bien que notre cha- 
leur n'est point acquise ni postérieure à la génération de l'ani- 
mal , et qu'elle est primitive et innée, v Au livre Des dogmes 
tTHippocrate et de Maton ^, Galien dit : ce mais la chaleur innée 
est tempérée, c'est une substance consistant surtout dans le 
sang et la pituite, et formée d'un mélange de froid et de 
chaud. 7t 

«t Le siège de la chaleur est dans le sang' (livre Des humeurs). 
Il faut savoir user de la s<jiignée, car non-seulement le sang 
est le réservoir où puisent tous les tissus, mais le sang est aussi 
le siège même de la chaleur, et diminuer la quantité du sang 
c'est diminuer la chalevr. » 

Le c€Bur est le centre de la vie et de la chaleur: (c c'est dans 
le cœur qu'est le principe de la vie, c'est en lui qu'est l'origine 
et la source de la chaleur innée, sans laquelle nul animal ne 
peut vivre; donc le cœur tient un rôle important^; grftce à lui, 
la chaleur native est répartie dans toutes les parties du corps 
proches ou lointaines, et revient à son centre, sorte de va-et- 



' Gâtent De tremore, palpitatûme , 
eoHmUncne et rigare liber; t. VII, 
op. fi, p. 616, et t. V, p^709. Gft- 
Ken ajoute expressément: «innati calo- 
ns causa non eai spiritus tanids arteria- 
mm altritus.)) 

* Galeni De Hippoeratiê et Platomê 
fUeUU liber VUI, cap. tu, t V, 
p. 703. 

* « NatnrsKs enim caior in sanguine 
et in iisque ex hoc nutriuntur maxima 



ex parte consistit.') Hippoeratiê Epi" 
dem. VI, et GaUni in Ulum commenta- 
riuê V, sectio v, cap. xxx, t. XVIF, se- 
conda pars, p. 399. 

* Galeni in Hippocraiiê Ubrwn de 
aUmento commentariiu III, cap. ixt, 
t. XV, p. 36i et 369 : R Ac fortasse boc 
unam naturam nuncupat, ut quom bic 
calor adsit, bomo sit, quum ille absit, 
bomoesse desinatn 



58 



CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



vient nécessaire à la vie et au mouvementé» Galien ajoute : 
atVt^t pas de chaleur, pas d'homme. 

(^11 y a trois facultés (est-il dit dans le même livre ^) qui 
gouvernent les animaux : Tune est la nutrivité, elle réside au 
foie et a pour organes les veines qui vont par tout le corps; 
Tautre, qui est comme l'âme des êtres animés , et qui a son 
siège au cœur, c'est la chaleur innée; elle a pour organes les 
artères. La troisième est au cerveau, c'est la raison qui préside 
aux actions volontaires^.» 

Au chapitre ix du même livre, Galien admet qu'il y a de la 
chaleur ignée dans le foie, mais moins que dans le cœurS et 
c'est, dit-il , cette chaleur du foie qui fait engendrer le sang(?). 

Dans les commentaires sur le i U^ aphorisme d'Hippocrate, 
Galien s'exprime ainsi : la substance de la chaleur innée esi aérée 
cl aqueuse'^. En y réfléchissant, on, s'explique cet aphorisme, 
qui désigne les vapeurs venues d'un foyer. 

En plusieurs passages, Galien met le siège delà chaleur 
dans le cœur, c'était ropinion des philosophes platoniciens : 
' calons in corde fervorem esse (^Hippocrat, etPlaUmis d(^im.). «La 
chaleur du cœur n'est pas comme celle des autres parties, dé- 
nudez le cœur de son péricarde sur Tanimal vivant, celui-ci 
meurt ®; plongez votre doigt dans le ventricule gauche principale- 
ment et vous, y sentirez une grande chaleur, plus élevée que 
dans toute autre partie. » {Id.) 

Dans le livre De usu partium'' : «Toutes les artères corres- 
pondent à un centre unique, le ventricule gauche du cœur 



' C^est presque l'idée de la circula- 
lion; elle devait attendre seize siècles 
son dévdoppement. 

* Gakni m Hippocratû libfum de aU- 
tnento eomrnmtaritu III, cap. x, t. XV, 
p. 99a. 

^ Diraitron mieux aujourd'hui? 

* Voyex les expénencea de Cl. Ber- 
uani sur la chaleur dans les veines sus- 



hépatiques et dans les ventricules du 
cœur. 

* H^tpocratU aphoninà et Galenim 
eo$ commentarii, Apbor. 16, t. XVlt, 
a* partie, p. ^07. 

* Galeni De puleuum uiu liber, 
cap. Il , t. V, p. 1 58 et 1 99. 

' Galem De ueu partium corporiâ hu- 
mam liber IV, cap. xvii, t. III, p. A97. 



GALIEN. 59 

OÙ est le principe de la chaleur native ... La chaleur a pour 
matière le sang où elle s'allume et s'entretient ^» 

Certains passages montrent que l'on pratiquait, à cette 
époque, des expériences de physiologie, et qu'on usait fort de 
cette méthode; au \\\re Des pulsations^ on trouve cette phrase : 
n liez les artères d'un membre, vous ne le refroidirez pas en- 
tièrement, bien que le cours de ces vaisseaux soit interrompu; 
c'est que le corps est, comme a dit Hippocrate, partout en 
communication avec lui-même . . . . ^ 

Cette citation suffit à montrer combien les expériences de 
vivisection étaient usuelles au temps de Galien. Plus loin Galien, 
pour prouver que le sang est le réceptacle de la chaleur, nous 
cite les blessés qui se refroidissent quand ils perdent leur 
sang, si les chirurgiens n'ont pas le soin de leur lirr les 

VAISSBADX*. 

(i Ainsi des rois, des soldats blessés dans un combat singu- 
lier, des chasseurs, ont eu les veines et les artères blessées , de 
telle façon que les médecins durent leur appliquer des liens; 
or ces blessés, au bout de peu de temps, ont senti se refroidir 
les parties situées au-desspus de la ligature , assez tard quand 
c'étaient les artères seules qui avaient été liées, et pas du tout 
ou très-peu quand les veines seules étaient liées. D'où il ap- 
pert manifestement que les veines apportent aussi quelque 
chaleur, moindre à la vérité que celle qui vient par les artères. 
Si vous liez quelque partie du corps au-dessus d'une bles- 
sure , vous voyez que cette partie devient livide et froide , par- 
ce qu'elle cesse de recevoir la chaleur comme les autres par- 
ties. 7i Galien en conclut que le pouls est le moyen de conduire 
partout la chaleur. 

' De uêu respiratioms liber, cap. m, cap. m, t. V, p. 160, et m eodem Jt^> 

t IV, p. 690, et : Calor nativuê m êoth- cap. 11 , p. 1 67. 

^tne iedem iuam habet , t XVl , p. 1 3o. * La ligature poar arrêter les hëmor- 

Gea deox idées sont aéparéea dans Galien . régies a été pratiquée dès ta plus haute 

* Galeni De pukuum utu liber, antiquité. 



60 



CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 



La coDcordance des mouvements de la température du coq>s 
avec la fréquence du pouls el de la respiration était classique 
au temps de Galien. 

On professait que la chaleur native était refroidie par Voir 
inhalé et était purgée par l'expiration d'une certaine molî^aytc- 
ligineuse^ . . . (livre Du pouls et de la reipKraàoti). On savait 
fort bien que le resserrement des vaisseaui de la peau empê- 
che ia cbaleur de s'échapper, que leur relâchement, que la 
perspiration , la sueur, font évaporer la chaleur. {^Bippocrate 
et Polyhe, avec commenÉaires, par Galien.) 

(^ L'inspiration qui accompagne la diastole refroidit la cha- 
leur intérieure^, v C'était une opinion très-ancienne : Galien 
dit que «^ Platon, dans son discours sur l'usage de la respiration , 
semble imiter Hippocrate^, lequel veut que /'«nipiration ait 
pour objet de refroidir la chaleur native, et Tej^piration de 
chasser les matières fuligineuses, récrémentitielles . . .!?> On 
doit s'arrêter ici, car ce passage est admirable d'intuition! 

Il y a déjà^ à cette époque, un besoin de trouver un rigu- 
lateur de la chaleur animale. Au livre Des causes de la respiration^ ^ 
Galien a écrit cette phrase: «11 y a^ trois causes de la respira- 
tion: la volonté, les instruments à son service, et Tuti/tt^qui 
consiste dans le rôle qu'a la respiration de conserver la mo- 
dération de (ou de servir de modérateur à) la chaleur innée. i» 
(commoderationem cùnsenHii, en grec : TtipoSo-aiÂèv rrjv mjfjLfÂsrptav 

Il y a plus d'un passage où Galien met le pouls sous la dépen- 
dance delà chaleur. Il y a, dit-il [Hygiène, discours B), une 



* GaUni De puUuum uiu liber, 
cap. Tii, t. V, p. 173. 

' Galeni De difficultate rtiptraftonît 
liber I, cap. t, t. VH, p. 766. «Com- 
posita enim est ex contrariis motibus 
per qnietes diatinctiB, atque ejusdem 
U8U8 gratia fit; et ex partibus ejtu 
inspiratio qnidem consiniilis exislens 



pulsuam diastole insitum calorem ré- 
frigérât; exspiratio vero velut systole 
pulsuum, fumosum ad uslionis excrt" 
mêntum excemit.?) 

^ Galien, Dogmes d'Hippocratê H 
Platon, t. V, ch. ix. 

^ Galem De eauêis r«$jnratûmi$ liber, 
t. IV, p. A65 et k(}6. 



GALIEN. 



61 



rause de changement du pouls qui est l'augmentation ou la 
diminution de la chaleur naturelle, une autre qui dépend de 
la respiration, etc. 

Le pouls, disons-nous aujourd'hui, est fonction de la tem- 
pérature. 

Galien n'a que trop connu le pouls! tcLe pouls nous indique 
quelle est la chaleur. Il faut examiner ia respiration et le 
pouls, car ces deux signes nous indiquent quelle est la cha- 
leur^ » 

En plusieurs passages, Galien répète que l'usage du pouls 
est de répandre la chaleur par tout le corps et que l'usage de 
l'inspiration est de modérer la chaleur intérieure. Il prononce 
même le mot de venûlatton (^i^/^o;). 

Ailleurs (livre De la phlébotomie^ ^ ch. v) Galien se sert 
d'une comparaison familière pour montrer ce que c'est que la 
chaleur animale : rs non-seulement, dit-il, le sang sert d'ali- 
ment aux parties de l'animal, mais encore c'est dans le sang 
que s'entretient la chaleur naturelle, comme nous voyons les 
morceaux de bois propres à la combustion , étant mis au feu 
de notre foyer, chauffer toute la maison, v Galien examine en- 
suite toutes les causes extérieures et intérieures qui peuvent 
faire varier la température de notre corps^. 



* De locis affecUi, lib. IV, cap. vu, 
UVin.p. 35i. 

' De venœ iectione advenui Erati- 
ttratum, cap. t, t. XI, p. 969. 

' Malheureusement, à côté do ces pas- 
sages vraimenl remarquables , Galien en 
contient d^autres qui montrent où peut 
conduire le besoin de tout expliquer. 
Cest ainsi que nous trouvons cette sin- 
gulière démonstration de la supériorité 
de rhomme sur la femme* (il s^agit de 
la cbaleur) : «Gomme Tbomme est le 
plus parfait des animaux, ainsi Thomme 



est plus parfait que la femme; or la 
cause de cette peiîection est Texcédant 
de chaleur, car la chaleur est le premier 
instrument de la nature ; ceux qui en 
sont moins pourvus ont un travail pins 
imparfait. Il n*y a donc rien d^étonnant 
à ce que la femelle soit d^autant plus in- 
férieure ^ qu^elle est plus froide, par 
comparaison avec le mâle. Car, de même 
que la taupe a les yeux imparfaits , non 
pas tant cependant que d'autres ani- 
maux qui n'ont pas même apparence 
d'yenx , ainsi la femme est plus impar- 



' De ueu pmrtimn rorporie hummû, lib. XIV, cap. vi, t IV, p. i6i. 



62 CHAPITRE I". — LA CBALEDR ET LA FIEVRE. 

PathoU^e thermique de Galien. — c(Si la chaleur est en ex- 
cès {Des aUmentêy différences des maladies quant à l'alimen- 
tation, à la respiration, à la chaleur, au sang, etc. ^), il est 
nécessaire que l'animal ait une maladie répondant à la nature 
de la cause qui a élevé la chaleur. C'est pourquoi les inflam- 
mations, les érésipèles, les éruptions et les charbons et autres 
de ce genre, sont joints à la fièvre; tandis que les convulsions, 
iesjpalpitations , l'épilepsie , sont des maladies à température 
basse. » 

La chaleur morbide diffère de la chaleur saine par divers 
caractères; comment les apprécier îpar /e toucher, car «la cha- 
leur de l'homme sain est vaporeuse, douce, nullement désa- 
gréable au toucher, point âpre ni mordicante; au contraire, 
la chaleur des fiévreux , surtout dans les fièvres hectiques ou 
putrides, est acre, désagréable au toucher^. 'y (On croirait 



faite que rhomme par les organes gé- 
nitaux: car, chex elle, les parties ont étë 
formées dans Tintérieur, alors qu*elle 
était encore au ventre de sa mère; or, 
comme ces parties ne pouvaient se dé- 
velopper et émerger à cause du défaut 
de chaleur, elles ont été cause que Ta- 
uimal tout entier a été frappé dMnfério- 
rité , et pourtant ce défaut n'est pas à 
mépriser, car enfin il était utile qu'il y 
eiU une femme. Et Ton ne peut pas 
croire que Tartisan de toutes choses 
eût fait la moitié de l'espèce humaine 
infirme et imparfaite, sans une raison. 
Le fœtus lui-môme a besoin de beau- 
coup de matière non-seulement pour sa 
formation première, mais encore pour 
son accroissement. Dès lors deux choses 
doivent arriver nécessairement , ou que 
le fœtus se nourrisse aux dépens de la 
substance même de Tutérus, ou qu'il 
reçoive un supplément d'aliments; or il 
n'était pas bon que l'utérus fût appau- 
vri , et il ne pouvait pas prendre le su- 



perflu, si la femme avait été parfaite- 
ment chaude, car, si cela était, elle l'ab- 
sorberait elle-même pour son compte, 
n [allait donc que la femme fût ^us 
froide a&n qu'elle ne pût pas absorber à 
son béné&ce tout ce qu'elle ingère; en 
effet la femme ne peut pas cuire ce qui 
est trop froid ; et elle laisse ainsi un peo 
d'diment qui est superflu. Tel est le 

but de la froidure de la femme 

D'ailleurs , si elle avait eu des testicules 
au dehors, la matrice n'aurait pas été 
ce réservoir si nécessaire à la procréa- 
tion , etc n 

Il est impossible de pousser plus loin 
l'abus de l'argument des causes finales. 
Ce passage pourrait être cité pour mon- 
trer l'inanité de ce genre do raisonne- 
ment; c'est un modèle, et il mérite de 
devenir classique. 

^ Galeni m Hippocratiê Ubrum de 
aUmerUo commentarius 111, cap. xxfi, 
t. XV, p. 363 et p. 369. 

* T. XVII, pars seciinda, p. '108 



GALIËN. 03 

lire un auteur des xvr et xvif siècles). Bordeu n'a rien fait 
sur le pouls qui soit supérieur à l'œuvre de Galien. Nous 
étions encore galénistes hier, pour ainsi dire. 

Un passage analogue au précédent se trouve au cha- 
pitre xiix intitulé^ : Febriutn quœdam manui mordaces 9unt, 
quœdam vere mites. 

Au livre I des Différences entre les fièvres, cbap. ix, on 
lit^: «mais le plus grand indice des fièvres putrides est ia 
qualité de la chaleur; celle-ci n'a rien de suave, ni de mo- 
déré, ni qui rappelle les sensations journalières, mais, comme 
l'ont dit les meilleurs médecins avant nous, cette chaleur est 
mordante, elle blesse et mord le tact, comme la fumée attaque 
tes yeux et les narines. Il faut laisser pour cela la main en 
place pendant quelque temps. ... ri Quel tact! comme cette 
faculté était prédominante chez les anciens, l'examen du pouls 
était leur auscultation. 

11 y a à travers Galien quantité de passages sur les qua- 
lités de la chaleur^ (même livre: des fièvres hectiques) : «La 
chaleur est débile au premier abord, mais peu après elle ap- 
paraît acre et corrodante, d'autant plus qu'on prolonge plus 
l'exploration. » Au livre II ^ (fièvres bilieuses et pitûiteuses) : 
«Il faut distinguer la quantité et la qualité de la chaleur fé- 
brile; l'acrimonie de cette chaleur indique la nature de l'hu- 
meur qui accompagne cette fièvre, j'entends ia qualité de la 
chaleur. Celle en effet qui est plus vaporeuse et moins désa- 
gréable vient du sang; celle qui est désagréable, corrosive, 
mordante, vient de la bile. . . yi 

Nous retrouvons encore ici simplement la tradition hippo- 
cratique; au livre VI des Épidémies, Hippocrate disait que, 

Gtilem cvmm. I m Uéppoer^t. apluh- * T.\U,DêfelnimmdiJpsrêntii$,\A, 

ritm. th, c. ix, p. 307. 

» T. XVII, prima para, p. 87t. Go- » T. VU, Ik fibrium differmtui, 

Im commmU. I m Hippocratia lib. VI lib. I, cap. xi, p. 317. 

Eptii^ibrtiiii , cap. xtix. * T. VU , ibid. UbAl, caput xi , p. 3 77 . 



lU CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

parmi les fièvres, les unes sont mordantes à la main» les autres 
douces, d'autres vont crescendo, quelques-unes ardentes dès 
le début, les unes sèches, les autres salées. . . 

t(Les médecins, au dire de Galien, appellent une fièvre 
grande ou petite, suivant l'élévation de la chaleur du corps; 
et ardente celle qui s'accompagne d'une chaleur excessive et 
d'une grande soif» [soif ardente. . . mots bien significatifs qudnd 
on y réfléchit). Il ne semble pas bien certain que Galien ait su 
qu'il n'y a point d'exagération locale de la chaleur supé- 
rieure à celle du centre. Mais il définit souvent la fièvre «la 
diffusion par tout le corps d'une chaleur exagérée. » 

11 paraît même ressortir clairement du passage suivant que 
Galien ignorait absolument la loi de la répartition de la cha- 
leur dans l'organisme, et que le maximum en était toujours 
dans les viscères intérieurs; il ne faut pas, du reste, s'étonner 
de cette erreur qui a persisté jusqu'à notre époque. [Uep) Sut- 
(popâs 'crvpeTûjv, liv. IP.)(r L'inflammation locale (par blessure) 
allume aussitôt la fièvre, alors que, soit à cause de son éten- 
due tfès-grande, soit par voisinage, la chaleur partie de cet 
endroit parvient au cœur. 'y Ainsi Galien croit que la cha- 
leur (morbide) s'allume en un point et se transmet au cœur 
et de là à tout l'organisme (fièvre). 

La différence de la chaleur intérieure et de la répartition 
de la chaleur à la périphérie faisait également défaut à Galien, 
il disait qu'un homme a chaud quand cet homme accusait une 
sensation de chaleur ou que la rougeur lui montait au visage, 
ou qu'il se disait réchauffé par un breuvage^. «L'exercice aug- 
mente la chaleur propre du corps. Ainsi nos corps s'échauffent 
par les bains , les lavages è l'eau chaude , pendant l'été, quand 
nous nous exposons au soleil, quffnd nous nous chauffons 
près d'un foyer, et quand nous nous frottons avec des médi- 



* GaiêmIkfi4>numdifftTeNlÙBf\A\^ * Galem De MamtaU tuênda, 1. If, 
cap. kf, t. Vil, p. 3S7. cap. ix, U VI, p. 137. 



GALIEX. 65 

caments chauds. Il faut distinguer la chaleur extérieure et 
étrangère de l'excès que l'exercice développe dans la chaleur 
propre des animaux. j> 

La fièvre. — Si nous recherchons à travers les nombreux 
chapitres de Tœuvre de Galien ce qui est relatif à la fièvre, 
nous trouvons une foule de passages où son opinion sur ce 
sujet est émise avec quelques variantes. Voici l'un de ces pas- 
sages, qui nous parait plus particulièrement explicite^: rsLe 
début de la fièvre est la conversion en feu de ia chaleur na- 
tive, comme l'a dit Hippocrate, et ce mouvement, parti de la 
poitrine, envoie ia flamme vers la tête. La fièvre, c'est du feu, 
dit-il ailleurs {^Épidémie»). Si donc, ajoute Galien, les remèdes 
doivent être les contraires des maladies, il faut que le remède 
spécial des fièvres ait une faculté réfrigérante et humectante ; 
en effet la fièvre est chaude et sèche. » 

Malheureusement les anciens appelaient rafraîchissants 
certains remèdes qui n'ont en réalité rien de froid en eux, 
tels que la tisane d'orge, et il ne faut point leur attribuer une 
notion exacte du froid en soi. 

Il est certain que les signes de la fièvre étaient parfaite- 
ment connus de l'antiquité, et que la sensation de la chaleur 
Y tenait une place considérable : « après que vous aurez tout 
regardé, cherchez à lever les doutes par d'autres signes^. Or 
le premier de ces signes est obtenu de la façon suivante : ap- 
pliquez votre main (il ne faut pas qu'elle soit froide) sur la 
poitrine du malade, et appréciez-y la qualité de la chaleur; si 
elle est mordante, vous direz qu'il y a fièvre, avant même 
d'avoir tftté le pouls. S'il y a sensation de froid, ne vous hfttez 
pas de dire qu'il n'y a pas fièvre, vous n'en pouvez pas lever 
la main, il faut attendre quelque temps pour voir s'il ne 

* H^fpocrahê de acutorum-morborum * Galmi Sytwp$iê liifrorum ittontm de 
metu liber et Galeni commentariue ï, pu2fi6ii< , cap. xvi , L IX, p. /i 76. 
iib. I, cap. ivii, t. XV, p. /i56. 



66 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

vient pas une chaleur acre de la profondeur. Themîson ensei- 
gnait que ce signe suffisait pour affirmer qu'un homme a la 
fièvre, même quand la chaleur était lente à se manifester à la 
main, j) 

On sait que Galien se fiait davantage au pouls, dont il avait 
fait une étude spéciale: et Si Tartère se dilate dans ses deux 
dimensions, longueur et largeur, et que le pouls soit k la fois 
vite et fréquent, il y a fièvre, t* La fièvre n'en persistait pas 
moins à être appelée tsi/per^^, de mjp {feu); attendu, dit Ga- 
lien \ que la fièvre par nature n'est autre chose qu'une cha- 
leur ignée. — Galien croyait que le foyer primitif^ s'allumait 
dans une pai^tie malade et de là communiquait sa flamme h 
toutie reste de l'organisme; alors tout le corps était échauffé. 
Or les Grecs (livre Du traitement par la saignée)^ dit-il, ap- 
pellent cette affection ^Gwperév^ et les Latins ya^em. Ailleurs 
Galien expose deux opinions contradictoires : ^^ Les anciens 
regardaient la fièvre comme étant une maladie par elle-même. 
Ërasistrate et un grand nombre de modernes n'y voient «qu'un 
symptôme. 7) ((La fièvre^ est la conversion de la chaleur native 
en une chaleur plus ardente, provenant de ce que la chaleur 
retenue à l'intérieur est empêchée de perspirer [quod intro 
avenus persj^rare prohibeatur). » Ce passage mérite d'être noté, 
parce que la théorie de la rétention s'y trouve nettement expri- 
mée ; or nous verrons cette même théorie exposée comme une 
nouveauté à l'époque ou nous vivons. 

Dans Y Histoire de la philosophie'^, Galien nous fait conn**)!!») 
les opinions anciennes sur la lièvre : TF>asistrate définit la 
fièvre un mouvement d'afflux non spontané du sang dans les 

• Hippocratù de/racturii liber et Ga- dicu^ , cai^, xiii. De humorilm» , faculta- 
Imù in eum commenlariu» Ul, cap. tiii, (i&ti«, fnorbig enrum tUffer^ntiiê^ cauni 
I. XVIll, sec. pare, p. 568. ac euralionibuê, l. XIV, p. 739. 

* Galeni De hiêtoria phUoiophica /i- * Galetii De hiêtoria pkilotophiva liber 
her tpitriuê, ciïi^.ixwx: De Jebre,{.\{\, MpuritUf cap. xxxix; De febre^ I. XIX. 
p. 'U19. p. 3/i.'{. 

^ Gnleno Mcripin introdtirtio nen me- 



GALIEN. 67 

vaisseaux de la respiration , et il compare ce mouvement à 
l'agitation de la mer : quand aucun vent ne l'agite elle de- 
meure calme, si le vent sou£9e avec force les vagues se for- 
ment; ainsi dans le corp^, quand le sang est agité il tombe 
dans les vaisseaux du souffle, et, quand il est échauffé, tout le 
corps s'échauffe. 

ce Dioclès pense que la fièvre est une affection secondaire , 
car elle succède aux blessures et aux tumeurs des glandes. 
Hérodote affirme que quelquefois la fièvre survient sans cause 
prochaine, t) Et ailleurs ^ : ce La fièvre est la chaleur naturelle 
amenée à un état anomal outré avec un pouls fort et fré- 
quent. Ou bien : la fièvre est une chaleur outre-nature du 
cœur et des artères, qui lèse la force vitale, avec certains 
troubles du pouls. D'autres la définissent ainsi : la fièvre est 
l'exagération d'une chaleur morbide qui monte de la profon- 
deur, avec modification du pouls, qui devient plus fréquent 
*et plus fort. D'autres disent : la fièvre est le spiritus naturel 
dégénéré en un état plus chaud et plus sec. » 

On voit, d'après ces citations de divers auteurs anciens, que, 
dans toutes les définitions, apparaît comme signe principal de 
la fièvre : V accroissement de la chaleur. Dix-sept cents ans après 
Galien , un auteur classique n'en savait pas plus sur la fièvre 
considérée en elle-même. Quelques auteurs même évitaient de 
consacrer un chapitre ou une simple définition à la fièvre 
(voyez Ghomel). En somme, on peut résumer les opinions 
grecques sur la fièvre dans cette courte phrase de Galien : 
kïX 1} ftiy noB^ b\ov th ^6iov eXzove^la Tfjg Q-epfxaaiag tan^- 

Le mot de rétention {^stipatio) se rencontre souvent dans 
Galien pour exprimer l'état de rétention des humeurs qui en- 
tretient la fièvre. Cette théorie du relentum n'est pas aban- 
donnée même aujourd'hui par les humoristes, et elle s'est 

' GaUni ùe/hntioneÊ mêdictf, capul cuxxf, t. XIX, p. 398. 

5. 



68 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

transformée pour s'accommoder aax récentes découvertes 
sur la régulation de la chaleur. Dans ses Com$neiUaires sur 
U livre des humeurs, d'Hippocrate, Galien appelle les Jièwes 
des maladies du genre veineux ^ 11 semble qu'on puisse 
rapprocher cette expression de celle d'hémite ou fièvre in- 
flammatoire, dénomination toute moderne et promptement 
abandonnée. Dans les Commentaires sur le livre des Épidémies, 
d'Hippocrate, Galien différencie très-nettement les symptômes 
objectifs des subjectifs. Hippocrate, dit-il, ne s'en rappor- 
tait pas, pour les différences des fièvres, aux sensations des 
malades, mais seulement aux signes visibles et tangibles. 
Or la chaleur doit être mise ici en première ligne; car la 
fréquence du pouls n'indique pas l'essence même de la fièvre 
(sur ce point, Erasistrate et Ghrysippe se sont trompés). 
Donc la chaleur fébrile, pour ceux qui touchent le corps, a 
le caractère acre ou mordant, ou légèrement désagréable; 
mais jamais elle n*offre cette sensation douce et familière qui 
est propre à la chaleur naturelle. — Galien insiste beaucoup 
sur la nécessité de laisser longtemps la main appliquée sur 
le corps ^ pour attendre la sensation définitive, et il s'efforce 
d'expliquer, à sa façon, un passage où Hippocrate dit que la 
sensation varie suivant l'observateur, et que les fièvres pa- 
raissent mordantes à la main de celui-ci, douces à la main 
de celui-là. 

Quant à l'observation des différents temps de la fièvre, elle 
est irréprochable , et nous lavons gardée telle que les anciens 
nous l'ont donnée. «Il y a quatre temps: l'invasion, l'aug- 
ment, la période de vigueur et la déclinaison'; ces temps cor- 
respondent: le premier, à la crudité des humeurs; le deuxième, 
à la coction, qui s'achève par le troisième, et après vient la 

* Hippocraùê De kumoribut liber, et in Ulum commentariut /, caput nix, 

Galeni in eum commentarii tren, II, t. XVII, prima pars, p. 879. 
cap. VII, t. XVI, p. 337. ^ Galent Dêfinitiones medicœ, ca- 

« Hippocratiê Epidem. Vf, et Galeni put cxxiîi, l. XIX, p. 388. 



6ALIEN. 69 

déclinaison ^ t) 11 arrive sans doute à Galien de faire des dis- 
tinctions malheureuses; il explique tout, en quoi il est infé- 
rieur k Hippocrate. Ainsi il s'efforce de distinguer les diffé- 
rentes qualités de la fièvre par la sensation sèche ou humide 
de la chaleur, et il dit : ce La chaleur qui est humide et non 
désagréable vient du sang; celle qui est désagréable, éro- 
dante et mordante, vient de la bile ^.9) 

Les anciens savaient très-bien que la sueur faisait tomber 
la fièvre, mais ils ne savaient point par quel mécanisme. L'idée 
de la crise humorale les dominait entièrement. Ils provoquaient 
les sueurs fréquemment (c'est encore aujourd'hui la médecine 
du peuple). Ils savaient que les sueurs sont moins faciles par 
an temps sec que par un temps pluvieux, phénomène dont la 
science moderne a donné l'explication. 

Le frisson est expliqué par Galien d'une façon insuffisante , 
la faiblesse. . ., tandis que Praxagoras, qu'il met en cause et qutl 
combat, expliquait le frisson par un certain état des artères,. . 

Ce phénomène, avec toutes ses variétés, était, du reste, par- 
faitement connu des pra^ciens grecs. Tout ce qui est d'obser- 
vation est exquis chez eux; la théorie est quelquefois en dé- 
faut, et il n'en pouvait être autrement à cette époque. 

Traitement. — Galien distingue fort bien les fièvres simples 
des compliquées, et n'ignore pas qu'elles sont souvent spup- 
t6me et non essence. Il y a, dit-il, un simple trouble fonction-' 
nel ou rétention des excréta, ou lésion matérielle du corps; 
et dfi là des indications thérapeutiques variées. ( Tliérap. liv. XII. ) 
Au chap. VIII du même livre nous trouvons l'exposé de la doc- 
trine de Galien : c( La première indication est', si la maladie le 
permet, d'enlever toute la fièvre; la seconde, si la maladie ne 
le permet pas entièrement, d'en enlever ce que l'on peut. Or, 

* H^^pacroUi D$ humoribui Uber, et * Defeb. diff. l. II , c. xi , t. VII , p. 377. 
Golmt m «util catnmmUarU tru, I, ca- ' Galem Methodi mêdêndi iib. VIII, 
pat in, L IVI, p. 71. cap. 1, t. X , p. 533 et sq. 



70 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

comme les fébricitants sont malades par excès de chaleur, il 
faut, pour les guérir, chasser cette intempérance. Tout excès est 
guéri par l'excès contraire, comme on sait. Dans l'intempé- 
rance du fiévreux, il y a excès dans l'abondance de la cha- 
leur ^ 

ce Donc il faut chercher le remède à cette intempérie dans les 
choses qui refroidissent. Par conséquent, si la fièvre existe 
déjà et que la cause qui l'a produite ait cessé, le seul but à 
atteindre pour la guérison est la réfrigération^. 

R II nous faut donc trouver la matière de cette réfrigération. 
Si la cause subsiste encore , il faut l'attaquer et ensuite éteindre 
la fièvre qu'elle a allumée. Or nous avons dit que la fièvre 
amenait la constipation des méats chez ceux dont la transpira- 
tion cesse d'être halitueuse, pour devenir acre et fuligineuse. 
Pour ces corps-là , il est très-utile de faire des lavages avec 
l'eau douce à une température modérée , et une friction, et de 
leur donner des aliments qui rendent les humeurs plus douces, 
et leur faire prendre un léger exercice. Il ne vaut rien de les 
laisser secs, ni de les laver avec de l'eau froide, ni de les sou- 
mettre à un exercice violent. » 

Galien rapporte ensuite un cas oii il lui a bien réussi de 
laver le malade à l'eau tiède puis de le mettre au bain , et 
de le laver selon l'habitude avec de l'eau froide au sortir du 
bain, et de le couvrir d'un drap, ensuite de recommencer les 
frictions onctueuses et de le remettre dans un bain chaud, de 
l'en retirer pour le plonger dans l'eau froide, de l'en asperger, 
puis de le faire boire et manger. Cette pratique fut renouvelée 
plusieurs fois par jour et pendant plusieurs jours. Le malade 
suait ensuite abondamment. Il faut ajouter que Galien n'était 

* Le thermomètre a introduit l'idée temps que l'on s'occupe des calories ou 

abstraite de Télëvation sur Péchelle quantités de chaleur. Les anciens ne 

tbermomélrique et fait oublier Tidée de connaissaient que Tidée de quantité, 
la chaleur concrète ou de la masse de * Remarquez la réserve: «si la cause 

chaleur. Ce n'est que depuis quelque a cessé.» 



GALiËN. 71 

pas, sur ce point, d'accord avec les médecins de Rome, qu'il 
appelle ignorants et bourreaux. Plus loin, Galien recommande 
de ramener la transpiration : «il faut, dès le début, mener les 
malades au bain, les frictionner et les laver, les refroidir. On 
rendra l'eau des lotions froide en suspendant le vase qui les 
contient dans un puits au contact de l'eau; on peut même l'en* 
tourer de neige. On fera couler cette eau en pluie sur la nuque 
du malade , puis on le mettra au bain. Il faut réchauffer ceux qui 
ont le frisson et refroidir ceux qui sont brûlants. En général , 
dans la fièvre, laver les malades, mais en choisissant de préfé- 
rence le moment de rémission de l'accès. » 

Dans le livre 1 de la Thérapeutique on trouve encore le pas- 
sage suivant: «Parmi les éléments des maladies fébriles, il y en 
a un qui consiste dans l'intempérie par excès de chaleur, et 
quand il est répandu par tout le corps on dit qu'il y a fièvre, 
donc les remèdes de la fièvre sont l'humectation et la réfrigé-^ 
ration. Et, si la fièvre est seule et non compliquée, il ne faut 
songer qu'à la guérir, c'est-à-dire à humecter et à refroidir le 
malade. 

« U faudra voir si le milieu ambiant est favorable ou dé- 
favorable. S'il est favorable, on l'acceptera comme auxiliaire, 
sinon, on le combattra par les contraires, c'est-à-dire qu'on 
rendra les appartements plus humides et plus froids; si, au 
contraire , la maladie était humide et froide , il faudrait chauffer 
Tappartement; on peut, d'ailleurs, choisir les lieux propres à 
ce que Ton désire, par exemple, en été, un appartement sou- 
terrain et regardant le nord, dont on arrosera le pavage, où 
l'on maintiendra la ventilation; on y répandra des fleurs et des 
herbes qui entretiendront la fraîcheur et l'humidité ; en hiver 
on fera tout le contraire, si la maladie l'exige. » Galien ne nous 
dit pas si tel n'était pas l'usage établi, de temps immémorial 
chez les peuples de la Grèce, du sud de l'Italie, de la Syrie et 
de l'Egypte. Lorsqu'on recherche les usages et les mœurs des 
anciens dans les historiens grecs, on voit en effet quel usage 



72 



CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



fréquent ils faisaient des bains et combien de moyens ingénieux 
ils mettaient en œuvre pour se préserver de la chaleur. 

Dans un autre livre [De la meilleure secte) ^ Galien passe en 
revue les diverses opinions^ sur le régime dans la fièvre: «(Les 
médecins ne s'accordent pas entre eux ; les uns mettent les fébri- 
citants à la diète (abstinence) et ne leur donnent même pas de 
l'eau à boire ; les autres donnent, au début, de la tisane. Il y en 
a qui ne souffrent pas que le malade prenne de Teau d*orge. 
Pétronas, au contraire, donne de la viande de porc grillée et 
du vin rouge, ordonne des vomitifs, et laisse boire au malade 
de Teau froide à discrétion. Apollonius et Dexippe, disciples 
d'Hippocrate, ne donnaient pas de vin, ni même d*eau. Ils. 
préparaient lâ cyathes (un setier) d'une liqueur miellée, et 
en donnaient deux ou trois fois par jour aux malades. Que 
penser de ces diversités d'opinion? Il faut recourir à l'expé- 
rience, car l'histoire est d'un faible secours, et nous trompe 
plus souvent qu'elle ne nous instruit^, n 



* Galeni De optima secta ad Thratybu- 
lum liber, cap. xiv, 1. 1, p. 1/16. 

* Le mot échauffant joue un râle 
considérable dans ia médecine des an- 
ciens; il y a des médicaments échauf- 
fants, des aliments échauffants, des bois- 
sons échauffantes. Cette expression « d^une 
définition vague et souvent contradic- 
toire, est demeurée populaire encore de 
nos jours. Il est assex difficile de suivre 
Galien dans son exposé de la thébrie des 
échauffants. H cherche pourtant à in- 
troduire de Tordre dans la pharmaco- 
pée compliquée de son temps*, «il ne 
suffit pas, pour lui , de dire que tel mé- 
dicament est réchauffant ou rafraîchis- 
sant, mais il faut préciser jusqu^à quel 



point il est échauffant on rafiratchisaant 
En effet toutes les résines sont échauf- 
fantes, c^est une de leurs propriétés, 
mais à des degrés différents. Aussi j'ai 
établi quatre ordres d'échauffants, les 
modérés, les positifs, les forts, les ex- 
cessifs. 7) Galien nous apprend , du reste , 
au livre III De temperamentiê\ ce qu'il 
entend par chaud, froid, sec, humide. 
Il y a le chaud en acte et le chaud en 
puiêionce. On doit trouver tout nature! 
que nous disions que le castoreum, 
l'euphorbe, le pyrèthre,le nitre, sont 
chauds, et que la laitue, la cigné, la 
mandragore, la salamandre ou le pavot 
sont froids. Le bitume, la résine, l'huile 
et la poix ont une puissance chaude, car 



' Galeni De con^eitionê medicamêntorum per gênera liber I, cap. 11, t. XIII, p. 367 
et 868. 
^ Galeni De tm^ramênUe liber III, cap. nr, 1 1, p. 679. 



GALIEN. 



73 



Dans son commentaire A Sur le régime des maladien aiguës , 
d'Bippocrate, Galien examine la question des boissons froides. 
Hippocrale conseillait pour boisson Toxymel, chaud en hi- 
ver, froid en été. «Or, dit Galien S Hippocrate ne nous parle 
pas des boissons glacées , qui cependant étaient dans la logique 
de sa doctrine. En effet quelle idée se faisait-il de l'utilité des 
boissons froides? Gela ressort facilement de son raisonnement. 
11 est clair qu'il donnait non-seulement de l'oxymel froid, mai$ 
encore de l'eau froide. Car cela est d'accord avec ses dogmes, 
puisqu'il pensait que la fièvre était l'incandescence de la cha- 
leur native, et qu'il faut traiter parles contraires. Or, comme le 
feu est chaud et sec, et que telle est la raison de la fièvre, 
l'eau est ce qu'il y a de plus dissemblable de la fièvre, puis- 
qu'elle refroidit et humecte le corps. Et en effet l'eau donnée 



Ofl s^échaufient et s^enflamment très-faci- 
lement, et , si nous les introduisons dans 
notre corps , ils Téchaufieut manifeste- 
ment, et la moutarde, le nilre, lepy- 
rèthre, etc., sont aptes à nous échauffer 
plus oo moins, et pourtant ils ne sont 
pas saseeptibles de s'enflammer facile- 
ment. Id Galien répond à une objec- 
tion: comment, dira-t-on, pouvez-vous 
appeler chaudes ces substances, alors 
qa*en les toudiant nous ne les sentons 
pas chaudes? Elles sont chaudes en 
puissance. Est-ce que la flamme se mon- 
tre avant que le feu ait été au contact 
du bois? de même la chaleur des ani- 
maux ne s'accroît que lorsque le médi- 
aiment s'est modifié au contact des tis- 
sas, il leur faut du temps pour cela. Il 
n'est pas extraordinaire que la chaleur 
qui existe dans les animaux se serve de 
ces aliments comme d'une matière, tout 
comme le feu se sert du bois pour s'en- 
Iretenir et s'accrottre. Il suffit d'une 
étincrile poar ranimer un foyer, ainsi 
des médicaments qui raniment par tout 
le corps la chaleur natardie. 



Galien a de telles ressources de dia- 
lectique, qu'il n'est jamais embarrassé 
par une difficulté; il les résout toutes, et 
l'on comprend quel prestige il dut avoir 
aux yeux de tous les dialecticiens et mé- 
taphysiciens de son temps et des siècles 
qui ont précédé notre époque. Son livre 
a répondu à tout par raison démonstra- 
tive. Celte assurance ne laisse pas de 
décourager un lecteur éclairé et qui n'est 
point dominé par une foi aveugle. . 

Ailleurs, Galien définit (De temptr. 
lib. III) encore ce qui est chaud par soi 
et par accident. Cette distinction est 
d'Arislote. L'eau peut être échauflée ac- 
cidentellement, mais elle perd vite cette 
chaleur et reprend sa firoidure natu- 
relle. Or, comme l'eau même chauflée 
éteint la flamme, ainsi le suc de pavot, 
qui a la propriété froide, aura beau être 
pris après avoir été chaufle, il refroidira 
la chdeur animale et amènera le dan- 
ger de mort. 

^ In Uippocratiê Ubrum de actUorum 
mctu commentarius , lib. I, cap. xuii, 
t. XV, p. 699. 



74 CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

à propos parait éteindre aussitôt les fièvres. Donc, s'il y a fièvre 
et persistance des forces , non-seulement vous ne nuirez pas en 
donnant de Teau froide, mais, au contraire, vous ferez le plus 
grand bien, et donnez-en au malade tant qu'il en pourra aln 
sorber; si donc vous voulez éteindre la fièvre, donnez de l'eau, 
froide à satiété, n Ici la théorie est pure et nette. 

ErasistrateS dans un chapitre ajouté par lui aux œuvres 
h ippocra tiques , recommandait , dans le catin» (fièvre ardente), 
de donner à boire au malade des boissons émulsives à satiété. 
Mais il n'est pas là question de l'action de Teau froide. 

Dans le commentaire A Sur le livre des humeurs, (fHippa^ 
craie, Galien dit'^: c^Si quelqu'un vous demande pourquoi vous 
donnez è un homme fébricitant de l'eau froide à boire, vous 
pourrez lui faire deux réponses :1a première qui lui apprenne 
la nature de la fièvre et celle de l'eau froide, et lui montrer 
que l'eau froide est bien le remède qui convient, et ensuite 
invoquer l'expérience, qui vous a montré, dans des cas sem- 
blables, le bon effet de l'eau froide. . . n 

Sans doute nous sommes loin d'avoir épuisé toute la série 
des documents que contiennent les ouvrages de Galien, rela- 
tivement à l'idée de la chaleur fébrile et à celle du traitement 
logique de cette chaleur par la réfrigération. Cependant il 
nous semble que les citations que nous en avons faites suf- 
fisent à montrer que les idées de Galien sur ce point étaient 
précisément celles qui tendent à prévaloir à notre époque. 

Les contemporaitis et les successeurs de Galien ne méritent pas 
d'être analysés longuement. Il y eut une réaction gréco-romaine 
contre les doctrines de Galien, mais les discussions qui s'éle- 
vèrent alors ne fournissent aucun document nouveau sur la 
question de la chaleur. 

' Hippocraùa de acutomm morborum * Uippocratiâ de humoribui Uber et 
vietu liber et Galeni commêntarius III ^ Galeminmimcotutnenlarii très, l^Mh» I, 
cap. ?, t. XV, p. 7^3-7^ A. cap. vu, t. XVI, p. 8i. 



LES ARABES. 75 

La partie thérapeutique seule provoqua quelques remarques 
encore intéressantes aujourd'hui. 

Les méthodistes d'Alexandrie, au temps de Cléopâtre, trai- 
taient les fièvres par le froid , les boissons et les bains. Plus 
tard Alexandre de Tralles, au vi" siècle, blâme Galien d'avoir 
conseillé les boissons échauffantes dans la fièvre, et préconise 
les réfrigérants : 

Itaque Jundamento hoc in tradenda curatione febrium innitilur, 
ut omnia fiant per quœ humiditas augeatur; omnisque ejus medicina 
per acutos hos affectus in refrigerantibus ac diluentibus potissimum 
cmuisiit, qualia sunt ptisana, hydromel, etc, (Freind, Histoire de 
la médecine.) 

LES ARABES. 

Les Arabes méritent d'avoir une place dans l'histoire de la 
médecine, mais ils ne nous arrêteront pas longtemps. Ils furent 
des conservateurs et non des novateurs. Ils ont relié la chaîne 
des temps anciens à l'époque moderne, mais ils n'ont guère 
ajouté à l'histoire qu'ils se sont chargés de nous transmettre. 

Au début, l'essor fut arrêté parla doctrine elle-même. Maho- 
met avait décrété la peine de mort contre qiiiconque cultiverait 
les arts libéraux. Aussi la médecine tomba entre les mains des 
juifs et des étrangers; elle vécut sur la tradition, mais ne put 
se développer. Sous les Abbassides cette rigueur s'amollit: 
Abou Giaffar Aimanzor attacha è sa personne deux astrologues 
et un médecin chrétiens; Aroun-al-Raschid encouragea les arts 
et les sciences. 

Pendant le règne du calife Al-Mamoun, des querelles reli- 
gieuses chassèrent de Gonstantinople des Grecs, juifs et chré- 
tiens. Al-Mamoun les appela à Bagdad, où ils arrivèrent avec 
leurs livres. Conmie après la révocation de l'édit de Nantes, ils 
firent la fortune du pays oii ils furent rejelés, et de cette époque 
date la période la plus florissante de la Syrie, de l'Arabie, de 



76 CHAPITRÉ !•'. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

la Perse et de l'Egypte. C'est ainsi que ise forma ce foyer de 
lumière qui brilla tout à coup. Mais de toutes cps écoles celle 
qui jeta le plus vif éclat fut celle de Gordoue. Fondée par Al- 
kaken elle fut, pendant plusieurs siècles, l'université la plus 
célèbre en Europe, les chrétiens y affluaient de partout. La 
bibliothèque comptait plus de s 9^,000 volumes. A côté d'elle 
citons les écoles de Séville, Tolède, Murcie, etc. C'est dans ces 
diverses provinces que les Sarrasins nous révélèrent l'anti- 
quité. Nous ne citerons que les noms de leurs médecins les 
plus célèbres : Aaron, Ali-Abbas, Avicenne, Rhazès, Avenzohar, 
Averrhoés, Albucasis. 

Les opinions des Arabes sur la chaleur ne s'écartent pas de 
celtes des auteurs qu'ils commentent: ainsi Rhazès (an 6ââ, 
Alexandrie, trad. de Leclerc et Lenoir, J. B. Baillière, p. i3, 
1866) rappelle que ttla chaleur des enfants est plus intense 
que celle des adultes. . . Quant au sang des vieillards, on 
peut le comparer au vin qui a perdu sa force, qui est près de 
se refroidir et de tourner au vinaigre. » 

Ils ne sont originaux que dans leurs opinions sur la variole 
et la rougeole. Ces maladies, ignorées des médecins grecs, leur 
laissent toute leur spontanéité, et Rhazès conseille le froid, les 
bains, les boissons froides, pour se préserver et pour guérir la 
variole. 

Il dit (page a 5) : t^Un des moyens les plus efficaces 
pour éteindre Téruption de la variole, est de faire boire aux 
malades de l'eau refroidie autant que possible avec de la neige, 
de lalui faire boire coup sur coup dans un bref délai , de façon 
à ce qu'il en soit saisi et que sa fraîcheur pénètre ses en- 
trailles. Si la fièvre récidive et que la chaleur revienne, on lui 
on donnera une seconde fois deux à trois livres et plus, et cela 
dans l'espace d'une demi-heure. Si la chaleur apparaît encore 
el que l'estomac soit rempli d'eau, on lui administrera un 
vomitif et on lui donnera derechef à boire. Quand l'eau aura 
été ttbMurbéo et que les sueurs ou les urines auront reparu. 



LES ARABES. 77 

on peut être certain du prochain retour de la santé; que si l'eau 
ne se résorbe pas, que si la chaleur revient comme aupara- 
vant, et même plus intense, il faut renoncer à l'administration 
de l'eau en grande quantité et coup sur coup, et recourir aux 
autres antiphlogistiques dont j'ai parlé (opium, ciguë, sai- 
gnées) : si l'on voit qu'ils soulagent le malade, on continuera 
leur usage. Si l'on observe, au contraire, qu'ils ont pour effet 
de produire l'anxiété, on peut être sûr que l'éruption de la 
variole ou de la rougeole est inévitable. Il faut alors venir en 
aide à la nature pour expulser au dehors les humeurs par les 
moyens qui seront exposés dans le chapitre suivant (frictions, 
vêtements chauds, bains de vapeur), n 

Même alors Rhazès conseille encore les boissons froides, 
mais en petite quantité. {^Traité de la variole et de la rougeole, 
chap. v, trad. de R. Mead, 1747.) 

«Au début, il faut donner de l'eau refroidie par la neige, 
ou de l'eau de fontaine très-froide, et en asperger la chambre 
des malades {qua et consperganlur cubicula eorum). Il convient, 
dit Rhazès, de saigner les malades au-dessus de Tâge de 
ih ans, et au-dessous de cet âge il faut appliquer des ven- 
touses et tenir leur chambre fraîche [refrigeranda cubicida). 7) 

Au chapitre yii% Rhazès recommande, sitôt que les pustules 
ont paru à la face, d'asperger celle-ci d'eau froide très-fré- 
quemment et de laver les yeux. 

Pronostic, ce La variole est bénigne, dit Rhazès, quand les 
pustules sont blanches, larges, discrètes, rares, promptes à 
sortir, avec une fièvre modérée, et quand, dès que l'éruption 
tort, la chaleur tombe [œgroti calo¥ sedatur). n 

Nous bornons là nos indications sur les Arabes; ils ont sur- 
tout traduit les anciens, et n'avaient que certaines pratiques 
personnelles, qu'ils tenaient des traditions de leur pays d'ori- 
gine, de l'Orient. C'est ainsi que, lorsqu'on connut Xinocula- 
lion, on apprit que les Orientaux la pratiquaient depuis un 
temps très-éloigné. 



78 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Nous retrouvons lés Arabes cités et expliqués par quelques 
auteurs du xvr et du xvif siècle. 



FERNEL\ 

(XVI* siècle, 1^97-1558.) 

Fernel ^ . QuidfehrU, quœ ilUus essenUa, qttœ mgna {DefArihu»)^ 



^ Ferael, né en 1&97 à Clermont 
(Oise); à 19 ans il vient au collège 
Sainle-Barbe, à Paris, est reçu maître 
ès-aiis, 1519. Fort sur la dispute, bon 
dialecticien, étudie Platon, Aristote, 
Cicéron. Mathématicien, professeur de 
philosophie à Sainte-Barbe, docteur en 
médecine en i53o (33 ans). 

£n i565 (68 ans), appelé à soigner 
Dune de Poitiers, la maîtresse de plu- 
sieurs rois, nommé médecin de Henri II, 
1 5A7, refuse pour conserver la place an 
vieux Louis de Bourges. En 1 556 suit 
le roi à la guerre. Mort en i558 
(61 ans). 

Fernel estimait (Vie de Jean Fernel j 
par Planti, en latin) qu'il n'y a point de 
bon médecin sans Texerdce de Tart, 
que Texpérience surpasse la science des 
préceptes. II blâmait ces vieux savants 
forts sur les textes, les commentaires, 
la dispute, les traditions d'École, et qui 
n'avaient jamais vu un malade. Cette es- 
pèce était commune alors. Il y avait des 
gardiens des trésors classiques et scolas- 
tiques , sortes de théologiens de la mé- 
decine, moitié prêtres, clercs en tout 
cas, juges des cas de conscience dont ik 
puisaient le jugement dans les livres sa- 
crés d'Hippocrate , de Galien et de leurs 
tristes interprètes. Quelques-uns ensei- 
gnaient l'anatomie et la thérapeutique 
sans avoir pratiqué la médecine. La vie 
d'un homme ne suflisait pas à con- 



naître tous les auteurs qui avaient écrit 
sur l'anatomie et sur les remèdes, et 
l'on arrivait à la vieillesse avant d'avoir 
cessé d'être écolier. . . 

Les hommes de cette catégorie étaient 
des philosophes, le soin des malades 
était abandonné à des subalternes em- 
piriques. 

11 ne fiiut point oublier qu'à cette 
époque on employait presque tout son 
temps à l'étude des langues latine et 
grecque et à la philosophie, au Keu 
d'aller tout droit à la nature toujours 
présente. 

Fernel condamnait aussi la pratique 
de l'astrologie, tout en cultivant l'astro- 
nomie, qui était la météorologie et la 
climatologie de son temps. 11 attribuai! 
les crises et les jours décrétoircs à l'or- 
ganisme du malade et non à la conjonc- 
tion des astres. 

11 y avait encore en ce temps beau- 
coup d'urotcopUtêt , cela était dans les 
mœurs du populaire. On ne manquait 
pas de recourir d'abord à eux en leur 
envoyant de l'urine du malade, qu'ils ne 
visitaient pas du reste. 

Fernel était aussi uroscopiste, mais 
non spécialiste, et il cherchait dans les 
vieux auteurs les moyens de certitude 
pour la connaissance des maladies par 
les urines. 

' Les notes bibliographiques ren- 
voient à l'édition des œuvres Johannis 



FëRNEL. 79 

débute ainsi ifebris est calorprœter naturam e corde in omne cor- 
pus ejutus. Il refuse au frisson du début la qualité de fièvre, 
parce que, dit-il, la chaleur n'est pas encore allumée {quodnon- 
dum sit calor incensus). Cette erreur provient de l'ignorance de 
la répartition de la chaleur, et de la chaleur interne indépen- 
dante de l'externe, tantôt connue, tantôt oubliée, rapports que 
le thermomètre a permis de fixer définitivement. Fernel nie 
les fièvres froides : il n'y en a, dit-il, que de chaudes : neque 
uUa rede potest frigida febris appellari, sed omnis in coloris gmere 
subsisdt. 

Quant à la nature, à l'essence de la chaleur, suivant les 
idées métaphysiques des anciens, Fernel reconnaît une cha- 
leur innée d'origine céleste, celle-là ne varie point et ne s'ac- 
crott point, elle est salutaire, omnium functionum priinarius est 
opifex; elle ne peut contribuer à la fièvre. Mais il y a une 
autre chaleur, ceUe-là contre nature, et qui peut être de trois 
sortes : i"* simplement en excès [coloris exsuperontia) ; â * chaleur 
ie putridité [ex putrescente materio)^ opinion empruntée aux al- 
chimistes; 3" maligne et vénéneuse. Pour qu'il y ait fièvre, il 
faut que cette chaleur contre nature persiste et soit constante, 
et qu'elle occupe non une partie, mais tout le corps. Pour 
cela , il faut qu'elle provienne du cœur et soit répandue dans 
les artères (e corde in omne corpus effusus). Ce qui ne veut pas 
dire qu'elle soit née dans le cœur, le cœur n'en est que le 
propagateur (voir Avicenne) : allunde sublotus corferit. 

La division des fièvres suit nécessairement la division des 
trois espèces de chaleur contre nature, d'oii les fièvres simples, 
putrides, pestilentielles. 

Les médicaments chauds ' sont plus sûrs et plus doux que 
les froids, car les médicamenls froids, qui ont pour objet 

Fernelii de Otho Ueurn. 1, in-quarto, ' Tl^erapeuticn umWfa/if teu me- 

typ» Giaberti, a Zijll, et Theodori ab âêndi rahtm» liber 1 : De cura morbi, 

Aekcndijek, anno cbbcLfi. en p. m. SimpUci» affectu$, timplex eu- 

tïe/eùriffui, t. (1, cap. i, p. 3. ratio. T. I, p. 3)76. 



80 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

de combattre la chaleur en excès, peuvent abaisser en même 
temps la chaleur naturelle, mais les médicaments chauds, en 
chassant le froid, raniment et réchauffent la chaleur interne. 
La chaleur du corps, s'ajoutant alors à cette chaleur acquise, 
combat plus efficacement et plus facilement le froid extérieur. 
( La théorie de la chaleur nuisible n'apparait pas ici.) Dans 
un chapitre du De natura hominis^ intitulé : Utirmatum eaitium 
œtatum inclinatiane statua mutationem subeat (La chaleur innée 
subit des modifications avec Tâge), Fernel commente Galien 
simplement. Il y a, dit-il, plus de chaleur et d'humeur chez 
les enfants, l'une tempérant l'autre, et la chaleur sert à l'ac- 
croissement, comme a dit Hippocrate. Hippocrate dit que 
l'homme a son maximum de chaleur au premier jour de sa 
vie, et que la chaleur se perd avec les années. 

Fernel ne fait que raisonner et commenter sans rien affii- 
mer. . . D'après Galien, il dit que nous avons en hiver une 
plus grande masse de chaleur intérieure qu'en été, parce qu'en 
hiver le froid ambiant refoule en nous la chaleur^ . . . 

La peau se resserre et ne laisse arriver à la surface que le 
moins de chaleur possible [forisque cutis spiracula astringens, 
cahris suhstantxam cogit et ita coercet, ut nihil ejus aut minimum 
possit effluere,) L'inverse a lieu en été, où la peau relâchée per- 
met à la chaleur de se répandre au dehors {^amhieniis fervor 
corporum spiramenta Inxat et interiores humores foras elicit , necesse 
est suhstantiœ coloris plurlmum diffluere, etc.) 

Cette explication se rapproche singulièrement de nos théo- 
ries actuelles sur l'action des nerfs vaso-moteurs. 

L'idée de la conservation de la chaleur malgré le froid ex- 
térieur, c est-à-dire d'une température constante chez l'homme 
et les grands animaux est classique, du temps de Fernel: 
Hyeme ex frigoris sœvitia, substantia coloris nihilo fit frigidior. 

^ Liber IV, De spiritibm H calido innato ; cap, ix ^ Ui innatum caUdutn per 
itmato, cap. viii, l. I , p. 88. anni te^ipora et per regionei mutetur et 

* Liber IV, De npiritibus et caUdo multiplex itlnu appeUatio, t. I, p. 90. 



FERNEL. 81 

Et cette chaleur réside dans le sang : iisque niaxime corporibtis 
quœ pluritno $angmm et cabre prœdita sunt. 

Quant à la chaleur en elle-même, elle est innée, A cette 
époque on ne scrute point les causes prochaines des phéno- 
mènes de la vie : les causes initiales ou finales suffisent. 

Cependant Fernel étudie la chaleur en soi et se demande 
en quoi elle réside ^ ; elle peut, d'après Galien, être séparée 
du corps, «'est donc une sorte de fluide éthéré. Platon l'a ap- 
pelée souffle («ptrûtM), Aristote l'appelle souffle chaud, cha- 
leur naturelle . . • 

Le souffle ou l'âme (la vie), en latin spiritus, est lié intime- 
ment à la chaleur, source de# toute vie : est igitur êpiritus 
corpus œthereum, calorisfacultatumque sedes et vinculum, primum- 
que obeundœ functionis instrumentum, 

Fernel a des idées très-larges sur les matières calorifiantes 
ou susceptibles de donner de la chaleur, il prétend révéler 
une chose que n'ont point connue les anciens, en disant que 
nul corps n'est susceptible de brûler, s'il ne contient un principe qui 
est ThuHe (corps gras; nous dirions aujourd'hui les carbures 
d'hydrogène); il énumère tous les corps inflammables, et enfin 
il termine par cette déclaration , qui montre qu'il voulait ma- 
térialiser la chaleur et lui trouver un substratum , même dans 
les êtres vivants : ergo quœcumque vivunt alunturque corpora, 
pinguem et olei similem continent humorem ^. Ces idées n'étaient 
point nées dans le seul cerveau de Fernel, la physique de son 
temps permettait déjà d'aborder ce problème, ainsi que le dit 
Fernel lui-même : muUis hujus sœcuU experimentis confirmatumK 

La notion du degré de la chaleur dans le corps et de sa 
mesure (thermomitrie) n'existe pas encore; on suppose des 

^ lib. I?. De tjnritibuê §t eaUdo in- incmduntur exempta, materiam tum etn 

»ato, Gap. II. Sjmitum tf^êendam cunetU lorie tum tpirituê in nobis cognoeci, 1 1 . 

dûtmm m9«iUibu»f qui pitœ eakrem eon- p. 8a et sq. 
tmet. T. I, p. 80 etaq. ' De humido primigenio, lib. IV, 

* lib. IV, cap. m. Corpwvm pue cap. m. 

r. 



82 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

coctions, des digestions intimes faites par une grande chaleur : 
prima est chylosis (le chyle) quœ in ventriculo magna cabris vi 
perjicitur, . . Fernel n'accepte pas l'opinion d'Aristote sur la 
cause de l'état liquide du sang ex cahris tepare, il veut une 
autre cause bien obscure, occulta qtjuilitas. 

Fernel , dans un chapitre intitulé ^ : Calorem nostrum perpétua, 
rejrigeratione , pabulo, et expurgatione indigere, suit, selon son 
habitude, le texte de Galien, et le commente à la facondes pré- 
dicateurs qui font un sermon sur un verset de l'Evangile. Le 
texte galénique est : omnia quœ aluntur continent in se vim car- 
loris. Or cette chaleur a constamment besoin de l'air aeris 
appuhum continenter desiderat. Trois éléments concourent à 
maintenir cette chaleur : une réfrigération suffisante y nn aliment, 
et l'mr. On peut dire que la dialectique de Fernel vaut la 
science, elle ne le trompe pas. Il admet la nécessité de la ven- 
tilation pulmonaire (Galien) non comme moyen de réfrigéra- 
tion seulement, mais comme moyen de rejeter au dehors 
des matériaux d'excrétion : excrementa quœ sunt plena Juli- 
ginis. 

Il existe bien dans le livre Des tempéraments un chapitre vi 
intitulé : De singularum partium corporis humani temperatura '^, 
imité de Galien , où Fernel reconnaît que tout le sang est chaud 
et par lui également la chair est chaude, mais qu'il y a des 
parties plus froides, qui sont celles oh. il circule moins de sang 
(os, cartilages). Le cerveau et la moelle sont plus froids que 
le sang. . . (Aristote). 

Ce qui domine chez Fernel, c'est l'idée Aristotélicienne que 
la chaleur est un élément indépendant de nous, qui est notre 
âme même, la chaleur c'est la vie. L'organisme n'est point 
encore considéré comme une entité fabriquant et entretenant 
par des échanges intimes sa propre chaleur. — Voyez le 



* Liber VI, De funclionibut et hu- ^ lÀberlW^ De temperamentiê, CAp.^i 
tnoribui , cay. xfi, l. I,p. i6a. i. I, p. 7t. 



GUILLAUME RONDELET. 83 

chapitre où Fernel développe cette idée ^ : humant corporis ut 
omnium viventium tpiritu» esse dmnas, ingenitumque illts adorem 
dwinum*. 



GUILLAUME RONDELET (DE MONTPELLIER). 

(xTi* siède, 1 507-1 566*.) 

Dans le livre De curandis febribus^. Rondelet remarque Tu- 
tilité de la nomenclature des maladies, surtout de celle qui 
noQS vient du grec, parce qu'une bonne nomenclature nous 
donne une première idée du siège et de la nature des mala- 
dies. Cette idée a été fort développée par les modernes (Ghaus- 
sier, Piorry , etc.) Donc le mot fièvre, dit Rondelet, vient du 
laiinfelnis, forsan a fervendo, quod infehre omnia ferveant, de 
même que les Grecs avaient appelé la fièvre ^mperàç^ du radi- 
cal trt;p,feu. 

La fièvre c'est le feu , ou plutôt , suivant les idées de Galien , 

> Liber IV, De êpiritSmê et mnaic etmëdedn, ne en 1607 à Montpeilier; 

edUo. Cap 1 , Calonm quemUan m nobig élevé pour être prêtre ; précepteur; pro- 

cutÊCÛMque friventibui ine$êe, iumque divi- fesseuren i5â5; médecin du cardinal 

Mnn^ 1. 1, p. 79 et aq. de Toumon, voyage avec lui en Italie 

* Les médicamenta que conseille meurt en 1 566. Ouvrages : Sur Uê poit 
Fernel * sont divisés par lui en chauds 9otu, 1 bbS; Matière tnédicalê, 1 556. Ou 
et froids. vrages de médecine: Pathologie, ib'jU 

Le persil, Pbysope sont chauds. Paris; Sur la vérole, de morbo gallieo 

Le vinaigre est froid on tempéré; il Venise, i566. Traité de» urinei, 1610 

en est de même do verjus. Francfort. 

n y en a de tempérés comme Thuile, Les indications bibliographiques ren 

de modérément diauds comme la ca- voient à Tédition : Gulielmi RondeUfii 

momine. doct, m$d. etc., in aima MontpeUmn acor 

Le bol dWrménie est mixte. demia profeuoris , etc., opéra omnia mt- 

Lachaui, Torpiment, rarsenic,sont dica, Exeudebai Stephanus Gamonetus 

immodérément chauds (échauffants) wvcxix, 

(iostiqnes,septiqnes. . . ^ De curandis febribuê, liber una<<, 

^ Le Rondibiiis de Rabelais, naturaliste p. 788 et S4[. 

* TWrqwMlioM unkenaHt , «en medetuU ratiome liber V, De utitata mêdirmmêntonan 
»«iin«, L 1 . p. 37S. 



8^ CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

c'est une intempérie de la chaleur naturelle, un excès de 
chaleur. Avicenne dit de même que la fièvre est une chaleur 
contre nature (^prœter naturam) allumée dans le cœur et de 
là répandue dans tout le corps par les veines et les artères. 
Rondelet raisonne ainsi: le cœur est la source de la chaleur 
naturelle , mais la fièvre est une modification de la chaleur na- 
turelle qui se fait dans le cœur avant de gagner le reste du 
corps. 

Les fièvres tirent leurs variétés de la nature de la subêtatwe 
altérée et du mouvement de la chaleur. C'est presque l'idée mo- 
derne. Pour se faire une opinion sur la nature d'une fièvre, 
on cherche : l'^Torgane malade; a"" le mouvement delà cha- 
leur. La chaleur fébrile peut être répandue dans tout le corps, 
ou hien elle peut être en dedans alors que la surface du corps 
est froide; le cœur agit comme une ventouse, et d'ailleurs l'air 
extérieur peut refroidir la peau. 

Avec Galien, Rondefet reconnaît trois ordres de fièvres, 
comme il y a trois sortes de chaleurs féhriles^: 

1** Chaleur acre (fièvres putrides); 

q' Chaleur peu intense sans acrimonie (fièvres éphé- 
mères); 

3° Chaleur peu apparente et qui semble couver sous les 
cendres (fièvre hectique). 

Galien a comparé la chaleur dans le dernier cas, à celle 
d'un pot de terre chauffé; dans le premier (fièvre putride), à 
celle d'un bain chaud; dans la fièvre éphémère, à l'air chaud. 

Rondelet continue sa dissertation ainsi : t( Différences Jtaprès 
la marche de la chaleur : la chaleur fébrile des fièvres éphé- 
mères s'allume très-vite et s'éteint de même. La chaleur de la 
fièvre hectique est lente à se montrer et à s'éteindre; dans les 
fièvres hectiques, cela dépend de la nature de l'humeur...* »» 

Nous trouvons un passage qui s'applique bien aux théories 

' Même livre, p. 761. — * Diferentiaa motu calorie, p. 7 '19. 



GUILLAUME RONDELET. 85 

modernes sur ie rôle malsain de la chaleur. Rondelet s'exprime 
ainsi*: Calor enim ille major faclus, corrumpit altos humores , et 
jmtrefacit aliquam partem êonguinis, et sic non putris mutatur in 
puirem nisi ditigentia medici prohiheatur. On peut rapprocher ce 
passage des travaux de l'école allemande de nos jours. 

De même Rondelet^ explique bien la persistance delà fièvre 
par Tobstacle apporté à la ventilation du corps , par la réten- 
tion des fumées chaudes. . . Ces fumées sont retenues , le sang n'est 
pas ventilé à cause de la constipation de la peau. (C'est la théorie 
de la rétention de la chaleur de Sénator.) En pareil cas il faut 
ouvrir la veine. 

Galien reconnaît deux remèdes à la fièvre putride: la sai- 
gnée et les boissons froides; et il poussait la saignée même 
jusqu'à la syncope. Rondelet loue ce moyen : c'est, dit-il, un 
fait d'expérience incontestable qu'une saignée copieuse rafraîchit 
le corps, car enfin le sang est le réservoir de la chaleur'. Ron- 
delet conseille non une soudaine évacuation d'une grande 
masse de sang, mais des émissions successives et répétées 
d'heure en heure. 11 accepte ainsi une formule qui se rap- 
proche de celle des saignées coup sur coup de M. Bouillaud et 
du système allemand des bains froids répétés. 

Pour Rondelet les deux grands moyens de traiter les fièvres 
continentes sont : les émissions sanguines et les boissons froides 
[aquœ frigidœ potio). Ces boissons froides et même glacées peu- 
vent être données en abondance aux malades chez lesquels il 
y a des signes non équivoques d'une fièvre par obstruction de 
la peau et état putride du sang(?). Tel n'était pas l'avis de tous 
les médecins de cette époque, car Rondelet signale en ces 
tenues les adversaires de cette méthode : sunt enim, nostro 
tempore, medici quidam ^xfio^6&)t, id est frigidœ aquœ exhi- 
bendœ formidantes , quod putent omnes oquafrigida tœdi. Cependant 
il ne faut pas, dit-il, donner des boissons froides à ceux qui 

' In Aodem lîbro, p. 761. ' Do nirandiê Jebribu», De Sytèorho, 

* /6m/. p. 756. p. 763-768. 



80 



CHAPITRE V. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



sont affiiiblis et dépourvus de sang. C'est le principe gaiénique 
de donner de l'eau froide hardiment à ceux qui offrent des 
signes de coction , parce que cette eau sert à erUratner les ma- 
tériaux inutiles. Nous voyons, dit Rondelet, après que le ma- 
lade a bu à longs traits l'eau froide, la sueur couler abon- 
damment par tout le corps, et la fièvre s'éteindre. La soif s'a- 
paise, dit-il encore, par les boissons et par Finspiration £vn air 
froid. Ce passage n'est point développé , mais on en peut in- 
duire que l'auteur approuvait la pratique d'ouvrir les fenêtres 
et de ventiler les malades. On ne trouve point dans ses ou- 
vrages, au chapitre des bains, autre chose que le précepte de 
donner des bains tièdes et émollients dans ce qu'il nomme les 
fièvres hectiques. Il n'y est point fait mention des bains froids 
ni des lotions froides, conseillés par les Arabes. 

(i. BAILLOU (BALLONIUS). 

(xvr siècle, i538-i6i6>.) 

Baillou tire presque toutes ses notions sur la chaleur des 
aphorismes galéniques. Il admet volontiers une matière pitui- 
teuse froide, cause de la fièvre, et que ni la chaleur native ni 
celle de la fièvre ne peuvent échauffer^; cum ita sit materia 



^ L^m des mëdecins, dit un de ses 
biographes, qui contribua le plus à se- 
couer le joug des Arabes, né â Paris en 
i538, fils de géomètre-architecte. Étu- 
die le grec, le latin, la philologie; pro- 
fesseur de belles-lettres au collège de 
Monlaigu : Leçoru 8ur Arislote. Doc- 
teui^méd. en i568 (3o ans), enseigne 
la médecine pendant quarante-six ans. . . 
Fort en dispute, surnommé le fléau de» 
baeheliert, mort en 1616 (78 ans). 
Bon observateur de la nature, et tndé- 
petidant, 

* Chaleur du corpt: Bâillon, Epidé- 



mieê et éphémérideê, tnid. de Prosper 
Yvaren, p. aSg, annotation N: «GW 
une chose surprenante et digne dVxa- 
men que de savoir pourquoi les femmes 
pâles et cacochymes (dont la veine four- 
nit cependant un sang de bonne qua- 
lité) se trouvent si mal de la saignée, 
comme je l'observai chei M"* du Bei. 
La raison en est que les veines capillairea 
sont remplies d'un sang vicié et séreux. 
La maladie existe dans l'habitude du 
corps, de la même manière que s'y pro- 
duit l'éléphantiasis. C'est donc sur* l'ha- 
bitude du corps qu'il faut diriger toute 



6. BAILLOU. — JEAN SGHENCK. 



87 



Jrigida, ut neuter calor et nativus et fehrUis calefacere queat^. Il 
pense , d'après Galien , qu'il faut se garder d'abaisser la chaleur 
fébrile , yê6n7ts calor non est exètinguendus^. Cette chaleur est 
salutaire, car, comme le dit Galien : calor Jehrilis mitigat, tem- 
perat,Jrigiditalem tollit, imo et coquit, Baillou renchérit encore 
sur Galien, il l'augmente, et, par la logique, arrive à trouver 
que la fièvre est bonne et qu'il la faudrait accroître, si l'on pou- 
vait : Quod si verum est, non estfebri tpsi studendum sed soli ma- 
(eriei; imo adaugere febrem juvabit. Du reste Galien n'a-t-il pas 
dit que le fils de Numenius mourut parce que la fièvre, chez 
lui, fut molle {XeXvfxévos), médiocre [fiérpios). 



SCHENCK (JEAN). 

(xvi* siècle, 1530-1598.) 

Schenck (Jean)^, dans le livre VII Observationum medica-- 
rum, résume ainsi son opinion : v La fièvre est la constipation de 
la peau;» il considère l'excès de la chaleur comme la consé- 
quence de sa non-déperdition. Il recommande les lotions tièdes 
et non froides. Il rapporte l'exemple de quelques malades qui 

se sont guéris d'une fièvre en buvant de l'eau froide en grande 

quantité. 



notre attention. Car, alors qae la ma- 
lignité du mal se porte à Textérieur, 
wiistndredasang aui grands vaisseaux, 
c^têi diminuer d^autant la dialeur innée. 
Cest un point à soigneusement consi- 
dérer, si Ton ne veut commettre une 
bâte grave, n 

' Livre V, DefihrUnu, S 9 1, m Phor 
TU , de Tbéoph. Bonne! , Paris , in- 1 9 , 
1673. 

» Uvre V, S 67. 

' J. Scbenck dit de Grafenbcrg, né à 



Fribourg en 1 53o , réunit dans un ou- 
vrage en sept parties, publiées de 1 586 
è 1597, ^^^ ensemble de faits énorme 
sous le nom d*06f«rva(tofiiiin tnêdica- 
mm, rariorum, novarum, etc, 11 avait 
étudié la médecine à Fribourg, où il 
professa; mort en tSgS. Édition : Joon- 
mi Schenckii de Graffenberg obêtrvatio- 
num mêdicarum rariorum Ubri VU, 
opuê , etc. Lugduni , sumptibus Joannis 
Antonii Huguelan, m.dcxuii. Liber VI, 
Defebribui, p. 70/1-735. 



88 



CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 



ALPINU8 00 ALPINO (PROSPER). 

( Cu des plus célèbres Hippocratistefl du xfi* dède, 1 553- 1616 '.) 

Son livre De prœsagienda vita fut publié d'abord en 1601. 
Cest une œuvre purement dérivée des Grecs, c'est-à-dire ex- 
traite dllippocrate et de Galien. On y trouve cités quantité de 
|Hissages et d*aphorismes qu Aipinus a retrouvés à travers les 
ouvraj^es de ces deux grands médecins, et qu'il a condensés de 
fa(on a nous épargner la peine de les rechercher nous-mêmes. 
La chaleur et le froid, comme signes de vie ou de mort, y oc- 
cupent une place considérable, et par là on peut voir que ces 
notions étaient usuelles dans Tantiquité. Au chapitre : Deprce- 
dictione ex corporU caUditfite\ nous trouvons de nombreuses 
citations comme celles-ci: «la chaleur peut être douce et tiède, 
forte et aigué, répandue par tout le corps ou localisée. Douce 
el tranquille , elle est toujours bonne, surtout si elle est ainsi 
par tout le corps [Pronostic. 89, Hipp.). Une chaleur égale à 
celle de l'état de santé est chose bonne [bonum), u 

Aipinus développe ce thème en disant que ce qui se rap- 
proche de l'état de santé est toujours bon, et il prend l'exemple 
dtm urines et des fèces. Il est donc bon que les malades aient 
\{\ rlial<;ur [Ai^sioïogiqwe {vel par umallerala, aut mutata corpora , 
amnl nd calorem spectat). De même il est bon que la chaleur 
M»i( dour<> et humide, ce qui estTétat naturel (Galien, de nat. 
A«é«M.). MhÎ'^ il y ^ ^^^ maladies malignes où la chaleur exté- 
\WK\v^' ost (louc<^ et trompeuse et l'intérieure forte, aussi faut- 



> V« X \|aiH«li(Ni ( Vôni^tie) en 1 553, 

,14^44 ..44 lUiO Kl«»t (il» de më<locin et 

A\uk »*"^* Kki»»»i» iHliu'ttlion. Docteur en 

*.\A -» * '•»**« coiiiiwiiMaiil In holani- 

J^ w» U» vsUh»! du jiiiHliii lioUiiiiquc el 

\J: .iv* .vut.,«l-*» Kj4>|»U\ im^ecin du 



vita et morte œgrotantium , Venise 1 60 1 • 
De medicina /Effyptiorum, Venise 1 69 1 . 
De medicina methodica ,\^i\.De pUmtiê 
(pgyptiiê, i633. 

' Prospcri Alpini, De prœeagienda 
vita pt marte œgrotantium. Édition de 
Gaubius, VeaeUis, mdccli. Liber II , 
cap. XIII, p. 67. 



ALPINUS. 89 

il que cette chaleur soit partout douce et molle. (Hipp.) Alors 
on peut affirmer qu'il n'y a ni phlegmons viscéraux, ni obs- 
tructions, ni putridité. La fièvre hectique n'a point une cha- 
leur humide, mais une chaleur sèche. (Le thermomètre n'a 
point résolu ce problème que pose le toucher. ) D'ailleurs la cha- 
leur est sujette à des variations dans les fièvres hectiques, elle 
monte après les repas. (Galien, q Pf'og,) Il est bon, du reste, 
que la chaleur soit forte dans les fièvres dont la nature est telle. 
(Galien.) il n'est pas mauvais que les extrémités soient chaudes, 
au contraire, le froid des extrémités est mauvais dans les ma- 
ladies aiguës. La chaleur des extrémités a aussi été louée pnr 
Hippocrate (/)e rat. vict. p. 1 86) : m declinalionefebris, colore ad 
pedes descendente, e^otis cibum est offerendum. Ailleurs (JProgn. 3) 
Hippocrate dit encore : securisnmum vero est, si ruhor quam 
maxime foras vertatur, et dans le IV* liv., aphor. n* /i8 : tnfe- 
bribus non intermittentibus, si partes exterioresfrigidœ, interiores 
urantur, et sitim habeant, létale. Les alternatives de chaud et 
de froid sont un mauvais signe d'après l'école hippocratique. 

Pronostic tirédufroidK — La fraîcheur du corps, qui n'est, 
dit Alpino , qu'une chaleur modérée, est bonne quand elle sur- 
vient après une évacuation, c'est la fin de la fièvre, surtout si 
les urines sont chargées, si le pouls est plus lent, etc. Mais 
leTroid du corps, dans les maladies, est, du reste, rarement 
bon. Les hydropiques ont le corps froid ( ce fait est vrai et peut 
s'expliquer par Tinertie du liquide épanché et qui absorbe de 
la chaleur sans en produire), dit Alpino, et aussi les suppu- 
rants et les moribonds (Galien). Il n'est pas mauvais, dit Ga- 
lien, que certaines extrémités demeurent froides, telles que 
le nez, les oreilles, les pieds, les mains. Nous voyons appa- 
raître ici la théorie dite moderne de la rétention de la gualecr. 
Hippocrate (Prog. q) et Galien [ApL^j) ont étudié la nature 

' Kodem loro, cap. iiv : Ex Jrigidilaiê coi-parum quid pnetagiendum^ p. 6g, 



90 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

du refroidissement des extrémités. Galien admet que la chaleur 
se concentre au dedans et y attire le sang, conune une ven- 
touse, vers la partie affectée (per modumcucurbUulœ). La cha- 
leur naturelle est alors opprimée et étouffée dans les viscères, 
et les évacuations salutaires n'ont pas lieu ; Hippocrate disait 
que le refroidissement des extrémités était mauvais avec de 
grandes douleurs de ventre, avec la syncope, après des éva- 
cuations excessives, et qu'après l'ouverture des artères il était 
mortel. 

Alpinus (1610), dans son livre De medidna methodiea, cherche 
à comprendre pourquoi les méthodistes (Themison, école 
d'Alexandrie du temps de Gléopâtre), et tous ceux qui depuis 
ont suivi leurs préceptes, accommodent la doctrine du strictum 
et du laxum avec leur traitement des fièvres. Les fièvres, dit-il ^ 
sont des maladies serrées {^adstrictimorhi), elles exigent des bois- 
sons tièdes et relâchantes; or les méthodistes les traitent par 
le froid, du moins les synoques et les fièvres putrides. Us 
donnent, dit-il, aux malades des boissons glacées et des bains 
froids, et s'en applaudissent. Alpinus explique cette méthode 
en disant que cette réfrigération redonne du ton aux vaisseaux , 
qu'elle provoque des sueurs profuses, une réaction, de la 
diarrhée, un plus grand flux d'urine, concentre au dedans la 
chaleur dispersée et lui donne une plus grande force de travail, 
une plus grande action évacuatrice. (Cette thèse se rapprochede 
celle de l'école actuelle sur rémission des calories et la dénu- 
trition, augmentées par l'application extérieure du froid.) 

Cette antithèse du strictum et du laxum est éternelle. On 
dirait que l'on ne peut s'en passer. Brown disait sthénie et 
asthénie, et divisait toutes les maladies d'après ces deux prin- 
cipes. Aujourd'hui nous cherchons l'explication dans les vaso- 
moteurs, ceux-ci font tous les frais des théories médicales 

* Proêperi Alpmi De medteina metho' teiniana, 1719. Liber II, cap. xi, tDe 
dica libri tf*«<if>cim. Editio secunda , Lug- morbis adstrictb, atque an omoes ad- 
diini Katavoruin, ex officina Boutes- slricli morbi sint,'^ p. tâ6. 



ALP[NUS. 91 

(fièvres, inflammaiioDs , médicaments qui augmentent la pres- 
sion ou qui la diminuent: digitale, quinine, bromure de po- 
tassium). 

Plus loin, Alpinus cherche à expliquer les rapports du fris- 
son et de la chaleui*. Enfin, dit-il, il y a des fièvres froides, du 
moins appelées telles, non pas qu'en réalité il y ait une fièvre 
froide, mais parce que les nuilades, bien que brûlants àVinUriewr, 
ne présentent que peu de chaleur à l'extérieur, ou ménie ont les 
extrémités froides^ , On dit que la fièvre est chaude ou ardente 
quand le corps est très-chaud partout , dedans et dehors. 

Au chapitre Du traitement, Alpjnus, qui est un homme sage 
et modéré, ne peut admettre cette méthode réfrigérante pour 
les fièvres continues, et il nous apprend quelle était la pra- 
tique singulière de son temps. On ne doit pas, dit-il (conmtie 
font tant de gens),yâtre de continuelles aspersions d'eau froide 
dans la chambre du malade, ni répandre à terre des vrilles de vigne, 
ou des feuilles de framboisier, ou des rameaux de lentisque, ou 
d'autres herbes vertes, il ne faut même pas se servir de FéventaU. 

Dans son voyage en Egypte , Alpinus retrouve un écho de 
la médecine arabe, alors fort déchue; il explique, ainsi que 
son interlocuteur Guilandinus, pourquoi les Egyptiens aiment 
ia médication réfrigérante^ : c'est, dit-il, parce que la chaleur 
est l'ennemi contre lequel leur climat les force à lutter sans 
cesse. Inversement les peuples du nord de l'Europe cherchent 
ia chaleur et les substances excitantes. 

De même pour la nourriture, Alpinus', rappelant que les 
aliments augmentent la chaleur du corps , carnium opùmarum 
usum augere calorem naturalem, trouve dans cette propriété 
de la chair des animaux l'explication du contraste qui existe 
entre l'alimentation des peuples du Nord et de ceux du Midi. 

* De m^dtema mêthodira, liber V, Redelichvyscu^MDCiLv. Liber I, cap. fii: 
cap. i,p. 956. '«Quamobrem hoc tempore iEgyptiî ar- 

* P. Àlpini De mtdiema /Egyptarum , tem medicam habeant vitiosam,?) p. /i. 
Kbri quntvcr, Paririis, apud Nicolaom ^ Ihid. 1il»er I, caput x, p. ]5 vereo. 



92 CHAPITHË 1". ~ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

m 

Il s'appuie, en outre, sur l'opinion de Gaiien, pour qui le vin 
refroidit quand on en prend trop. 

La richesse des bains et leurs modes variés chez les Egyp- 
tiens du xvi' siècle étonnent Âlpinus ^ i^Ils usent de bams tiides, 
surtout pour se rafraîchir. Ils se font frotter et masser, envelop- 
per de couvertures après avoir bu de l'eau ou des tisanes froides en 
abondance, et tâchent de suer. Ils se plongent souvent, au sor- 
tir du bain chaud, dans l'eau froide. Les riches qui ont des 
bains dans leur maison se baignent dans le lait de chamelle 
ou d*ânesse, ou de chèvre. Cette pratique ne concerne pas 
seulement les gens eu bonne santé, mais en'core les fébrici- 
tants. 7) 

Alpinus reproche aux Egyptiens d'être méthodistes et non 
naturalistes, et d'appliquer sans critique le contraria contra-- 
riis. 

Ainsi, au Caire, non-seulement les médecms, mais les 
femmes mêmes, disent que la fièvre tierce, par exemple, étant 
un excès de chaleur, doit être traitée par les seuls remèdes rifri-- 
gérants. . . Alpinus blâme ce qu'il appelle leur erreur. Les méde- 
cins, dit-il, sans s'inquiéter des causes de la maladie, ont pour 
usage, dans presque toutes les fièvres indistinctement, de 
donner des médicaments réfrigérants. 

Il s'en rapporte encore à Gaiien pour trouver la règle de 
l'emploi des bains et ajoute^ : et ex quibus dignoscitur illorum 
balneorum usum febribus atque inflammationibus etiam esse 
utilissimum. Siquidem omnes febres in l^oc conveniunt quod 
in calore et siccitate consistunt, sive ipsarum essentia ignea 
existit quam corrigere et delere possunt tepida dulcia balnea 
quippe <[uœ réfrigérant atque humectant.?) 

' De luu dulciiim apud /Egyptioê * De balneorum apud /Egyptioê tau 
halnêorum, liber III, cap. xvi, p. io6 ad varias morboi persanandos, lib. HI, 
et »t\. cap. \ix, p. 1 16. 



AMBROISE PARÉ. 93 

AMBROISE PARÉ'. 

( XVI* siècle, i5io-i584.) 

Ambroise Pare montre, par le passage suivant ^ que les chi- 
rurgiens avaient conservé , à son époque , les traditions grecques 
et arabes pour% l'apaisement de la chaleur fébrile. Dans le 
chapitre xxvni de son XX* livre [Des fièvres)^ ^ «Le premier 
signe des fièvres, dit-il, est la chaleur. d Plus loin il traite 
de l'excessive chaleur en ces termes: vGe n'est pas la moindre 
incommodité des fébricitants que la grande chaleur et ar- 
deu de tout le corps; c'est un symptôme qui leur apporte de 
grandes impatiences. C'est pourquoi il faut donner au ma- 
lade quelque consolation. Ce qui se fera premièrement, ra- 
fraîchissant le plus qu'on pourra l'air de la chambre, chan- 
geant le fébricitant de lict en autre, lui donnant à boire frais, 
mettant sur ses mains et bras des feuilles de vigne rafraîchies 
en l'eau, luy donnant à tenir dans les mains des boules de 
marbre et de jaspe, des laictues poumées, des citrons trem- 
pés en l'eau, et autres telles choses. On luy mettra sous les 
reins une peau de marroquin, ou une pièce de camelot, ou 
de bougran, mettant en son lict des linceux neufs et un peu 
rudes. Quelques uns trempent des linges en oxycrat, dont on 
enveloppe les parties honteuses. Le reste gist à donner au 
malade des juleps et apozèmes... Ji 

Ce passage est à rapprocher de celui d'Alpinus concernant 
les pratiques populaires à Venise. 

> Chirurgien de Charles IX et Hen- tome III, p. iâ6; — ch. m, tome III, 

ri III, né en i5io, mort en i58A. p. 80. Seconde partie du Discours des 

* Œuvres complètes d* Ambroise fièvres , touchant leurs symptômes. Cha- 

Paré, édition de Malgaigne, Paris, J. B. pitre xxtiii : De Vexeesswe chaleur, 

Baiiiière, 1861, Des fièvres, ch. xxtui, tome III, p. ao6. 



«a CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

SANCTORIUS'. 

( Fio du xfi* siècle, i56i -i636. ) 

Sanctorius (Santorio) a établi un fait, c'est que l'homme 
perd constamment de son poids par la perspiration insen- 
sible (sueur, respiration). Cette découverte fut un événement 
dans l'histoire de la physiologie et de la médecine. Sanc^ 
tonus a étudié les variations du poids de l'homme dans 
toutes ses conditions, exercices du corps, genre d'edimenta- 
tion, sommeil, impressions morales, activité intellectuelle, 
passions, amour, colère, etc. Il pesa tout, l'entrée et la sortie, 
les aliments ingérés et les excrétions. Il fut le premier à con- 
cevoir l'avenir de la balance en médecine, il fut le devancier 
de nos contemporains, qui s'aidèrent de cet instrument dans 



^ Sanctorius appartient au temps de venta les lunettes. Ce fut une rëvolution 

la renaissance, il est contemporain de scientiâque que le moment où les hoin> 

Galilée, il est le plus curieux des phy- mes commencèrent à attaquer Tétude 

sidens italiens ; c^est un mécanicien des sciences naturelles avec des instru- 

physiologiste. Son titre de gloire, c*est ments perfectionnés. 

qu*il a voulu remplacer la frcuittion par Sanctorius {Notice tur SanetoriuM, 

l'expérimentation, par Dodart, Acad. des sciences, lec- 

Sanctorius est né à Capo d'btria au ture faite en 170:1 , et publiée en 1736 

milieu du ivi* siècle, en i56i. H étu- par Noguez à la suite des aphorismes 

dia à Padoue, pratiqua la médecine à commentés de Sanctorius) a fait 



Venise, devint professeur à Padoue; naître ses premières recherches rar la 

mourut en i636. perspiration en 1696, publié sa Medi- 

H publia sous le titre hardi de Medi- cina statica en 1 61 & ( 5 1 9 aphorismes). 
cina statica un ouvrage que Bocrhaave II fut attaqué par ^astrologue Hippoly- 
jugeait ainsi : Nulltu liber in re medica tus Obicius de Ferrare. Dodart a re- 
lu^ eam perfectionem scriptuê ent. Il em- commencé les expériences de Sanc- 
prunta à Tinstrumentation de son temps tonus sur lui-même et sur d^autres, â 
la balance et rappliqua à la physiolo- partir de Tannée 1 668 , et les a conti- 
gie; il n^eutpas la pensée d'en faire au- nuées trente -trois ans. Son mémoire 
tant pour le thermomètre. est intitulé De medicina etatica galUea; 

Il avait inventé un sphygmomètre il a ajouté des aphorismes à ceux de 

pour compter le pouls. C'est Tepoque où Sanctorius et en a donné le comnn«>n- 

(lalilée trouva le pendule, où Ton in- t-iire. 



SANCTORIUS. 



95 



leurs recherches sur les maladies aiguës fébriles, le choléra, 
le diabète, la phthisie, les urines, etc. ^ 

La légende a fait de Sanctorius un personnage presque ri- 
dicule, un original. Les médecins eux-mêmes ne lui ont point 
conservé la place qu'il mérite de tenir dans l'histoire. Boer- 
haave et le xviii* siècle l'ont admiré. C'était un physicien phy- 
fioli^te. 

Sanctorius a étudié l'action de la chaleur et de la sueur sur 
le poids du corps. 

Aph. 68^: Frigua extemum prohibet perspiraùonem in debili, 
quia ejui calor dissipatur, in robuste vero auget; calor enim ad 
imum reirahiiur, duplicatur, et deinde natura roboratur, (juœ 
deinde perspirabilis pondus e vestigio absumit, et corpus fit, et sen- 
iitur levius. (Le froid extérieur empêche la perspiration chez 
les faibles, parce que la chaleur leur est enlevée; chez les 
forts, au contraire, elle l'accroît, parce que leur chaleur se 
retire à l'intérieur, se double, d'où accroissement de force et 
rapide perte de poids par la perspiration insensible, et ainsi 
le corps devient plus léger.) 

C'est surtout sur ce passage , calor enim ad imum retraliitur, 
duplicatur, que l'attention doit se porter; c'est la théorie de la 
plus grande production de chaleur dans le bain froid, qui 
semble si nouvelle à nos contemporains : un homme se brûle 
davantage dans le bain froid, parce que, pour maintenir sa 
chaleur propre à un degré constant, il est obligé de produire 



' Pnéêê médicaleê. — La balance la 
plus flimple est un fauteuil équilibré 
pour un certain poids, de façon que 
80O poids opposant (plateau) ne varie 
pas, et qo*on obtienne Téquilibre en 
ôtant ou rajoutant des poids au fau- 
teoil iai-méme. Ces poids feront par- 
tie de la niasse même do fauteuil et se- 
ront à la portée de la main. G*est la 
méthode habituelle renversée. Il s'a- 
git de faire varier non le plateau mais 



la bascule, c'est-à-dire d'alléger ou d'a- 
lourdir celle-ci jusqu'à équilibre, quand 
le corps à peser y est installé. Autrement 
dit« c'est le système de la tare, bien 
'plus commode et pratique. 

* Sanctorii Sanctorii de statica medi- 
cma aphoriêmorum iectionibuM eeptem 
etc,, édition P. Noguex, Parisiis, apud 
Natalem Pissot, hdcc»?, 1. 1, p. isa. 
Voir la planche qui représente Sanc- 
torius dans sa balance. 



I 



96 CHAPITRE V. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

une plus grande quantité de calories, il se dépense, il se 
brûle. 

Sanctorius avait déjà remarqué que deux influences bien 
distinctes, en apparence, font varier le poids du corps, l'exer- 
cice des muscles et celui de la pensée. Byasson , dans une thèse 
récente et bien accueillie dans la science, a repris cette dé- 
monstration. Il a prouvé que c'est par les urines et non par 
la perspiration cutanée, ainsi que le pensait Sanctorius, que 
se fait cette déperdition. 

Sanctorius explique ainsi les influences qui font varier la 
dénutrition : 

Duo 8unt exercitta^^ alterum corporis, et alterutn animi: car^ 
ports évacuât sensibilia excrementa; animi, insensibiUa magU #< 
prœcipue cordis et cerebri- ubi sedet animus. 

Aph. 1 5 : Nimia animi quies magis prohibel perspiratùmem, 
quam corporia. 

Aph. i6 : Animi exercitia, quœ maxime fnciunt exhaîare qn- 
ritus, 8unt ira, pericharia, 

Aph. 6 , De animi affectibus : Nihil magis reddit liberam per- 
spirationem quam animi consolatio^. 

Action des bains sur la chaleur et le poids du corps, d'après 
Sanctorius (Sectio secunda, De aère et aquis^). 

Aph. 1 : L'air froid et l'eau froide en lotions^ réchauffent 
les corps robustes en leur enlevant le superflu, les rendent 
plus légers et rafraîchissent les faibles, et, en abaissant leur 
chaleur, les rendent plus lourds. (La conclusion pour Sanc- 
torius serait donc que l'hydrothérapie convient aux hommes 
faibles.) 

Aph. 2 : L'air chaud et les lotions chaudes favorisent aussi 

' In eodêtn loco. De exercitio et guiete, ^ In eodem loco. De aère et aquiê, see- 

sect. V, oph. i/i, t. H, p. 9^; apb. i3, tio H, 1. 1, p. 967. 
p. 96; aph. 16, p. 97. ^ SaDctoHus parle d^une action 

* In eodem loco. De animi affectibut, courte, et assigne une égale inOiieuee A 

sect. Tii, aph. 6, t. U, p. 169. Tair et à Teau. 



SANCTORIUS. 97 

la perspiration , refroidissent les viscères intérieurs, et rendent 
les corps plus légers. 

L'action de Tair chaud pendant l'été n'est pas moins bien 
expliquée par Sanctorius. Sect. ii, aph. 37 : et L'été noUs 
souffrons de la chaleur, non point principalement à cause de 
la chaleur de l'air, car notre corps est plus chaud que l'air, 
mais parce que, dans l'air chaud, il n'y a pas possibilité de 
nous débarrasser de notre chaleur. . . et cette rétention nous 
fatigue et nous fait éprouver une grande chaleur. 

Sanctorius a parfaitement raison. L'instinct fait rechercher 
le froid aux méridionaux c^frigus captabis opacum.» L'humi- 
dité de l'air a sur nous une influence comparable. L'air chaud 
provoque la soif, mais il en est de même des froids secs et du 
vent sec. C'est une question de déperdition d'eau. Les grandes 
pertes de liquide, les hémorragies, agissent de même. C'est le 
plus grand supplice des blessés sur le champ de bataille. 

On retrouve dans ces aphorismes la théorie du reterUum 
déjà exprimée par Sanctorius (sect. i), et qui reparaît dans les 
ouvrages de nos, contemporains. 

Plusieurs aphorismes de Sanctorius montrent avec queUe 
précision il faisait ses observations. Il avait remarqué que la 
céphalalgie s'accompagne d'augmentation du poids du corps 
par défaut de transpiration insensible : Natura dum in per^ 
tpirandi offido est impedita, incipit stattm in tnultis deficere. Dum 
caput dohre gravatur (aph. Ai ^) statim corpus incipit minus 
perspirare et ponderosius reddi, — Prima morborum semina 
(aph. Âa) tuùus cognoscuntur ex aUeralione insoUiœ perspira^ 
tionis, quam ex lœsis officiis. — Siexponderatione videris consuetum 
perspirabile retineri et sudorem vel lotium post aliquot dies non fa- 
eessere, inde cognosces retentum prœnuntiare futuram putredinem. 

Sanctorius appuie par les résultats de ses pesées la théorie 



' De fHMdtrûiicnê, secL f , 1. 1 , aph. 61 , p. 65 ; — aph. 69 , p. 66. — aph. 66 , 

p. 7^. 



98 UAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

de la sueur rentrée, si chère à nos paysans. G^est toujours le 
itrictum, le retentum et Faction des voiomoteun. 

m 

U cherche dans le défaut de perspiration le pronostic des 
maladies, et, en forçant un peu les termes, on pourrait dire 
qu'il mesure presque les calories à la balance. 

On voit ici le fait du retentum se manifester d'une façon ma- 
térielle; le poids augmente, voilà ce que l'on constate. 

On peut rapprocher ce mode de retentum de cet autre que 
les modernes croient être nouvellement inventé , h savoir que 
la fièvre est de la chaleur retenue, ce qui se pourrait traduire, 
dans le latin de Noguez ou de Sanctorius, de la façon sui- 
vante : febriê minus procedit ab aueto quam a retenio cahre. 

Aphorisme /i6. Si perspirabile neque a natura, neque a co- 
lore febrili resolveretur, corpus illico ad malignam fehrem prœpara- 
retur. 

Ce dernier aphorisme montre que la chaleur fébrile et l'é- 
vaporation cutanée sont choses connues et vulgaires à la fin du 
XVI* siècle. 

HARVEY (GUILLAUME'). 

(xf 11* siècle, 1578-1657.) 

Harvey s'est peu occupé de la chaleur, chose abstraite. U n'en 
parle qu'incidemment et en traitant des qualités du liquide 
sanguin et de son rôle par rapport à la respiration. 

Les vapeurs qui s'exhalent du sang par la respiration n'é- 
chauffent pas le sang, mais lui doivent, au contraire, leur 
chaleur. Il est probable, dit Haney, que le rôle de ï expiration 

' Né en 1578, à Folkton (Kent), ture, pur naluraliate et non géomètre, 

voyage, va à Pa<loue étudiei' sotu Fabrice d^aillenre modërément ëradit, profenc 

d* Aquapendente , revient exercer la mé- «a théorie de la circuUuion du êmmg dès 

decine à Londres, médecin du S^ Bar- 1619, Pappuie sar des vivisections, la 

tliolomy^s Hospilal, régent en i6i3, publie en 1698. 
médecin de Charles I''. — Physiologiste Dans sa vieillesse, il puMie son livre 

expérimentateur, observateur de la na- De generatirme antmaUum, 



GUILLAUME UARVEY. 99 

pulmonaire est de ventiler ces vapeurs et de dépurer le sang, 
et que l'inspiration a pour effet, que le sang, avant de passer 
d'un ventricule du cœur à l'autre, soit refroidi [contemperetur) 
par le froid du milieu ambiant; sans quoi ce sang s'échauflant 
et se tuméfiant, enflé par une sorte de fermentation (comme 
on le voit dans l'effervescence du miel et du lait), distendrait 
tellement le poumon, que l'animal serait suffoqué. 

Du reste Harvey en réfère constamment à Galien. Il combat 
surtout avec vivacité l'opinion des vapeurs et esprits circulant 
avec le sang. . . Il admet que le sang est le réservoir de la 
chaleur, et il défend le sang contre toute compétition . • . Quelques 
médecins* soutenaient encore de son temps que les artères 
charrient des gaz et non du sang, erreur d'Erasistrate réfutée 
par Galien. 

Il maintient aussi que le sang artériel ne diffère pas sensi- 
blement du veineux. 

Voici la démonstration de la chaleur ayant son unique 
source dans le sang : 

% Observare licet ^ . . On peut voir que, toutes les fois que les 
extrémités des mains, des pieds, des oreilles, sont engourdies 
par le froid et que la chaleur y afflue subitement, elles com- 
mencent à se colorer, à se réchauffer et à grossir dans le môme 
temps, et que les veines, qui étaient naguère petites et comme 
oblitérées , grossissent à vue d'œil; et, quand cette chaleur leur 
revient, ces parties éprouvent de la douleur, d*oii il appert 
(^apparet) que cela (cette chose) qui, par son afflux, charrie la 
chaleur, est la même chose qui remplit les tissus et les colore; 
or cela ne peut être que le sang, u 

' Exeiritatio anatomiea de motu cordiê, lanum , auctore Gulielmo Harveo. Lug^ 
etc., et exerciUttionet duœ anatomicœ de dani Batavorum, apud Johaonem Yaii 
drcuiatiome enngvùnU ad Joannem Rio- Kerckhem, 1737, p. iho. 



100 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

BORELLr. 

( \?ii* siècle, 1608-1679.) 

Dans le chapitre Sur la respiration, Borelli détruit la théorie 
qui faisait du cœur la source de la chaleur. 

Proposition 96 ^. Respirationem inslitutam non esse ad rejri- 
gerium et ventilationem Jlammœ et coloris cardis. On voit ici la 
théorie des causes finales : « la respiration a été instituée. 9 La 
respiration , disent quelques-uns, est comme la flamme qui s'é- 
teint dans un lieu étroit et non ventilé (exp. de Robert Boyle); 
elle est, ajoutent-ils, un ventilateur, quod ptdmo cordisflabd- 
lum (éventail) et ventilabrum appellari solet, 

c(// ny a pas de Jlamme, dit Borelli, et la nature n aurait 
guère été économe défaire si grand feu pour l'éteindre constamment. 
Or donc les philosophes modernes sont obligés de nier ce feu et 
cette flamme, qu'on ne voit pas dans le cœur, et d'admettre 
seulement une chaleur intense qui brûlerait les doigts. . . 
Mais cela aussi est faux évidemment, car, en trouant la poitrine 
d'un animal et en introduisant un doigt dans la plaie du 
cœur, nous ne trouvons pas du tout cette chaleur brûlante, 
mais bien modérée, et telle qu'elle est dans les autres viscères 
de l'animal. (// oublie de citer Galien!). 

« Pour savoir exactement le degré de chaleur du cœur, j'ai, 
dit-il, à Pisc , ouvert la poitrine d*un cerf vivant, et j'y ai aussitôt 
introduit un TUERMOMirRE jusque dans le ventricule gauche du 

* Nd à Naplofl en 1608, mort en De motu animaliumy opu$ poêtkunnum, 
1679, MATHéMATiciRR, ëtu'iie à Pise, pars prima, Roms 1680, pars altéra 
professeur de mathématiques à Messine 1681, dans lequel il étudie et cherche 
et à Pise (i656), un des fondateurs à expliquer le vol, le saut, la natation, 
de r Académie del Cimento de Florence la puissance musculaire, la respiration. 
(1667), fonde rÉcole iatro-malhéma- 'Job. Aiph. Borelli, De motu anima- 
tique, retourne à Messine, chassé par lium, Lugduni Batavorum, apud Pe- 
lés Espagnols.va vivre à Rome dans Tin- trum Vander, mdggx, t. II, prop. 96, 
timité de Christine, et publie son livre cap. viii, p. 118. 



BORELLI. 101 

cœur, et je vis que le degré le plus élevé de la chaleur du cœur 
ne dépassait pas Ao, c'est-à-dire le degré de chaleur du soleil 
en été. Et, après avoir mesuré, avec de semblables ihermo* 
mètres, le degré de chaleur du foie, des poumons et des tit- 
tesiins sur ce même cerf vivant, je vis que le cœur et les vis- 
cères avaient la même température. Ainsi le cœur n'est donc 
pas le principal foyer de la chaleur animale, et n'a pas besoin, 
pour sa prétendue ardeur, d'être refroidi et venjtilé. t) 

Borelli poursuit son raisonnement en ces termes : « D'ailleurs 
Tair froid ne pénètre pas dans le cœur, il se réchauffe en route, 
k moitié chemin de la trachée, et il arrive presque chaud au 
sang. Quant à la nécessité du froid de l'air pour entretenir un 
foyer de chaleur, on sait qu'il n'en est rien, puisqu'un air chaud 
entretient aussi bien la flamme qu'un air froid. » 

Quant à la théorie des vapeurs fuligineuses dont l'expira- 
tion purge le sang (opinion ancienne), Borelli en donne l'ex- 
plication suivante : «^Les anciens philosophes, en voyant sortir 
de la bouche des animaux des vapeurs chaudes, qui, dans l'hi- 
ver, font comme une fumée, ont pensé que le foyer du cœur 
émettait de vraies fumées et que des fuliginosités étaient ainsi 
excrétées, mais, dit-il, cette fable s'en va elle-même enfumée. » 

Borelli admet que la chaleur du sang résulte de son mou- 
vement , que le cœur n'engendre aucune œuvre de fermentation » 
attendu qu'il n'est qu'un muscle comme tous les autres ... 

Je ne nie pas, dit Borelli, qu'il ne s'en aille par la bouche 
quelques vapeurs aqueuses mêlées à l'air expiré, mais cela ne 
vient pas du cœur,^mais de la trachée , du gosier, du palais et 
des narines. Les raisons de Borelli pour nier cette excrétion 
pulmonaire sont que la nature a confié à la sueur, et aux 
reins surtout, la faculté de séparer l'eau du sang. 

La première application du thermomètre à la médecine et 
à la physiologie fut donc faite par Borelli , et cette unique ex- 
périence suffit pour ruiner une théorie vieille de vingt siècles. 



102 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

LA TRADITION AU XVr SIÈCLE. 

Nous venons, avec Sanctorius; Harvey, Borelli, d'assister h 
un effortnouveau et puissant de i'espKt humain vers la science, 
mais, même après ces grands esprits, la vieille médecine luttait 
encore pour la tradition, et cette résistance était légitime. Les 
quelques découvertes des physiologistes avaient ouvert des 
voies nouvelles, cela est vrai, mais qu'étaient ces quelques pro- 
grès comparés à l'énorme encyclopédie médicale? 

Avant d'être devenue classique, une découverte hardie et 
paradoxale doit faire son noviciat et subir l'épreuve du temps. 
D'ailleurs la physiologie expérimentale ne touche que peu de 
points; faut-il, à cause d'elle, renoncer è ce que l'expérience 
. des siècles a accumulé sur des milliers de sujets, et ne plus 
exercer les médecins aux choses de la pratique. Les physio- 
logistes ne sont pas toujours de bons médecins. 

A c6té des novateurs il y a les professeurs, qui doivent con- 
server la tradition et enseigner un art corrigé peu à peu. 

C'est le système du progrès dans les mœurs et dans les 
gouvernements par une série d'efforts successifs, et non par 
des réformes destructives de l'édifice en son entier. Tel est fort 
pour mettre à bas, qui ne saurait reconstruire. 

Parlons donc encore de quelques grands professeurs sou- 
tiens de la vieille tradition au xvf et au xv!!** siècle. Ces 
commentateurs tentaient d'expliquer et de justifier les textes 
sacrés d'Aristote, d'Hippocrate et de Galien, et de les accom- 
moder aux progrès du temps. C'est chez eux surtout qu'on 
trouve et qu'on comprend l'antiquité. On peut les appeler Uê 
évangélistes de la médecine. 

Au moment où les physiciens paryrent, qu'était encore la 
médecine officielle des écoles ? 

Les hippocratistes, galénistes, arabisants et aristotéliciens, 
commentateurs des anciens, comme. les théologiens ou comme 
les professeurs de droit, osent h peine discuter le fond, ils 



DANIRL SENNERT. 103 

raccommodent, ils le plient dans le sens du progrès, mais 
n*osent l'attaquer. 

Les aphorismes médicaux sont placés comme des versets en 
tête du chapitre, et Fauteur les explique, les développe, ex- 
pose les arguments pour et les arguments contre', cite ses 
autorités. 

Il faut voir le gros livre de Zacutus Lusttanus avec ses deux 
colonnes et ses arguments, i", a', 3", etc. 

Un tel livre était toute la science. Il n'y avait qu'un seul 
professeur et il pouvait tout enseigner. La vie se passait à 
lire, non à cherclier. . . Aujourd'hui c'est l'excès contraire. . ; 
les ignorants cherchent des découvertes, et des gens qui 
ignorent la chimie minérale osent tenter d'innover en chimie 
organique. 

L'éducation classique, méthodique, fait défaut, et ce û'cst 
pas uh bien. 

SENNERT (DANIEL)*. 

(xTii* siècle, 1573-1637.) 

Ses définitions sont empruntées à Aristote. Il admet les 
quatre éléments^: la chaleur est ce qui unit les homogènes; 
le froid, ce qui unit homogènes et hétérogènes; la chaleur est 
le plus puissant agent de la création et de la génération, on 
en voit les effets dans la chimie. 

La vie , c'est chaleur et humidité ^. 

La partie la plus chaude est le cœur; puis viennent le foie, 
la rate, les muscles, les reins, le poumon, les veines, les ar- 
tères, la graisse endernier lieu. 

' Nëà Bre8iau,enSilëfie,en 1679; ' Danielis Sennerti Opéra, k \ol. 

iiiort en 1 637 de la peste. Professeur à in-6^ Lugduni , moclti , sumptibus Joan- 

WiUemberg. Médecin de Georges I", nis AnL Huguetan, t. I, cap. ui : De 

roi de Saxe. Possédait une très-grande elementU, p. 97. 
érudition. Vivait du temps de Borelii, ' T. 1, p. 393, cap. v : De catido m- 

mais ne connut pas ses travaux. nato et humido radtcsiït. 



iOé CHAPITRE V\ — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

Les parties froides sont: les os, les cartilages , les tendons, 
les nerfs, la moelle et le cerveau. 

Sennert consacre un court passage aux spiritus qui animent 
le corps \ les uns, partie subtile du sang, produits par fair 
et le sang dans le ventricule gauche; c'est Tesprit vital qui 
aide le sang à se réchauffer, etc. 

Le respect force cet auteur à transiger et à introduire pru- 
demment le nouveau dans l'ancien. 

Pour Sennert la fièvre doit se définir : morbus caUdus, ou 
bien intemperieê calida (une intempérie chaude). Ce n'est pas 
la chaleur naturelle, mais une chaleur prœter natwram, vUioêUê 
et intemperatus. 11 n'y a rien d'original dans cette manière de 
voir... elle était classique^. 

LAZARE RIVIÈRE. 

( xTii*8iède, 1589-1655 ^) 

Son livre commence, suivant l'usage, par la description des 
quatre éléments ^ : terra, aqua, aer et ignis. 

Il distingue le froid du chaud, les compai*e, les met en 
parallèle, et réfute, avec Scaliger, Avicenne, pour qui le froid 
était simplement le défaut de chaleur. 

Calidum innatum est humidum primigenium per omnes carparU 
partes sparsum, spiritu insito et calore naiivo undique peffunun. 

Itivière admet ^ que la conservation de la chaleur est entre- 
tenue par un liquide alimentaire gras et oléique {pingui et oleoêa 
alimentorum humiditate). Ce sont les idées de Fernel et des chi- 
mistes de cette époque. 



' Tom. I, p. 3q3, cap. 11: De ipiri- * Lazari Riverii, Opéra medica 

îibui, veriQf Lugduni, mdglxiii, tumplibas 

* Tom. 1, p. 700, lib. I, De ffbrê Anlonii Cellier; lib. I,/%y«to/ogiiam cou- 
m génère et de febre ephemera; caput tinens, Proœmium; leciio prima. De 
primum, De natura febrie, elementiê. Dp numéro elêmenUnum, cap. 

* N« en 1589, ^^^^ ^^ iG55. Pro- m, p. 3. 

fesMur à Montpellier. Chimiste. ^ Cap. vu, De calido mnato, p. 17. 



LAZARE RIVIERE. 105 

En outre» la chaleur a besoin, pour s'entretenir, de l'air 
ambiant, comme tout corps qui brûle. . . 

Quemoàmodum etiam ignis noster non solum lignis indiget ut 
sustenietur, sed etiam aère ambiente, quo reficitur ac fovetur; in 
anguêto enim conelavi coercitus, licet sujtcientem habeat pabuU ma*- 
teriam, statim tuffocatur, ut in medicis cucurbitulis est manifestum; 
sic ealor noster natieus continuo indiget aeris appulsu, ut commode 
eventUetur. 

Ce passagedonne beaucoup à réfléchir; le mot de ventila- 
tion semble plutôt s'appliquer à l'idée de soufflerie qu'à celle 
de refroidissement; le fait de la flamme qui s'éteint dans un 
air confiné est connu à cette époque, et depuis longtemps 
lexpiication du fait, en ce qui concerne les êtres vivants, avait 
été donnée par Robert Boyle. 

Rivière admet deux sources de la chaleur : la chaleur innée 
et la chaleur introduite [calor influens). 

11 examine l'hypothèse du spiritus nativus sans la réfuter 
absolument; pourtant il admet que le pouls ne provient que 
du mouvement communiqué aux artères par le cœur. 

Les causes de la chaleur morbide^ sont signalées par Ri- 
vière ep un nombre défini: i"" d'abord le mouvement, non- 
seulement chez les êtres animés mais chez les inanimés, produit 
de la chaleur (Aristote); a" la putréfaction échauffe le corps 
(Aristote); 3* le contact d'un corps chaud extérieur; 4* la 
constipation (de la peau), propter impeditam transpirationem; 
5*... etc.. De même le froid a cinq causes, d'après Galien... 
11 n'y a point là d'opinion personnelle ni nouvelle: ce livre est 
un perpétuel commentaire des anciens... 

' Capot m, p. A6. 



106 CHAPITRE I". - LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

ZACUTUS LUSITANUS . 

(xTii* siècle, 1675- i6Aâ.) 

• Zacutus Lusitanus publie un chapitre d'histoire curieux à 
parcourir : 

Fièwre ardente guérie par une boisson froide (Galien, Rha- 
zès). — Un jeune homme, dilGaiien^ au fort de la canicule, 
ayant la fièvre, but un setier d'eau froide» il vomit de la bile, 
etc. . . Rhazès dit la même chose. Gela ne concerne pas l'action 
du froid sur les fièvres, mais le vomissement par l'action d'une 
boisson froide dans la fièvre. 

Doitr-on donner à satiété de l'eau froide à boire aux fié- 
vreux avant la coction? Galien le dit' (lib. IX, méth. cap. v... 
lib. II, méth.) : ergo si vires valentes Juerint, febris ardentissima , 
et coneoctionis notœ planœ évidentes, frigidam dore audacter debMê. 



' Né à Lisbonne, en 1675, y fut ses commentaires ou paraphrases don- 

do ans profeeieur. Chassé comme Juif, neill une haute idée de ses grandes fa- 
Son livre dédié à Louis Xni en 1669/ cultes. 

Zacut ou Zacout (de Portugal), Juif Son analyse des travaux des auteurs 

ayant la tradition des médecins arabes anciens fait revivre quelques médecins 

et grecs, versé dans la littérature médi- dont les ouvrages sont tombés dans ao 

cale ancienne, a fait un livre dont la oubli trop peu mérité. Elle nous montre 

première partie est consacrée à Pbistoire quels étaient les procédés de la critique 

des principaux médecins de Tantiquité. au milieu du xtii* siècle, et indique 

Ce n*est point une biographie , c*est une quelles étaient les questions qui préôc- 

série de chapitres traitant de toutes les cupaient le plus les médecins de cette 

maladies , où Tauteur cite les opinions et époque. 

les faits relatés dans les auteurs anciens En première ligne nous trouvons tes 

et en donne la paraphrase. On ne peut moyens de diminuer la chaleur fâbrUe. 
trouver un tableau plus complet de la ^ Zaculi Lusitani Opéra omma, Lug- 

médedne classique et traditionnelle duni, mdcxlix, sumptibus S. A. Ha- 

telle qu^elle était enseignée à la fin du guetan, Fil. De medieor, prweip. ht»- 

xvi'etauconmiencemenlduxTirsiècle. tor. lib. IV, bist. xi, Gai.; et Ras. De 

Ce livre suffirait à lui seul à faire re- febri arderui B ^ tome I, p. 66&. 
vivre, à nos yeux, toute la médecine ' T. I, p. 666, quœstio xvi, Uirum 

antique. L^auteur est, en outi-e, un des m bilioêi» febribu» y aquœ polui^ 

plus savants praticiens de son temps, et aut affaUin iii concedemdue. 



ZACUTDS LUSITANUS. 107 

Ce précepte est contraire aux dogmes d'Hippocrate , qui ne re- 
connaît à . l'eau froide en boisson aucune utilité prochaine 
(lib. lil, acut. Ao) : «celle n'apaise pas la toux, dit Hippocrate, 
elle ne fait pas cracher, elle n'apaise pas la soif, elle ne fait 
point aller à la selle, elle ne fait pas uriner, elle excite la 
bile, etc. . .y) 

Zacutus cite les auteurs qui approuvent la pratique de Ga- 
lien et qui trouvent à l'eau froide, prise en bonne quantité, 
la propriété d'apaiser la soif, d'aider à l'excrétion des ma- 
tières inutiles par les urines, les selles, la sueur. Ainsi pensent 
Paul (lib. II, cap. xviii); Aëtius ( rcfrai. IV, serm. I, cap. lxx); 
Amatus (lib. I, cenlur. schol. 3). 11 faut faire prendre cette 
boisson jusqu'à ce que le malade ^at virtdis, change de cou- 
leur et tremble, d'après Avicenne et Cornélius. Avicenne dit 
(I, &, tract II, cap. m): quand la fièvre est si véhémente, si 
aiguë, qu'on ne peut user du régime habituel, il est néces- 
saire d'avoir recours à une grande réfrigération. Averrhoés 
a combattu cette doctrine par cinq raisons. 11 faut consul- 
ter, sur cette question , Abraham Neemia [tract, defrigido potu) 
et Vindicianus, dans sa Prœfatio ad Valentintanum imperato- 
rtM. 

Trallianus rapporte l'exemple remarquable d'un vieillard en 
proie à une fièvre tierce franche et qui fut guéri par des ali- 
ments froids et humides (les anciens enseignaient que les 
vieillards manquent de chaleur et recommandaient de leur 
donner des aliments chauds et secs). 

Averrhoés (lib. VII, coUig. cap. ii) dit : et hœc est causa 
ob quam injuvene utimur aqua cucumeris, et cainphorœ, potu aquœ 
frigidœ ad satietatem usque, et balneo aquœ frxgidœ, et non in 
sene. 

Avicenne donne une explication de l'utilité du froid (lib. de 
removendis nocumentis quœ aeddutit in re^mine sanitatis) : k L'ins- 
piration modérée du froid cause une rétention ou rétraction 
vers l'intérieur, de la chaleur innée; alors la chaleur innée 



108 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

s'accumule, se fortifie, d'où il résulte que, chez ces personnes, 
la digestion des aliments, et la maturation des humeurs se fait 
plus et mieux. » On peut rapprocher cette explication de celle 
qui est donnée de nos jours de l'augmentation de la produc- 
tion intérieure de chaleur, et de la suractivité du stoffwech$el 
par l'action du froid (bains). 

Action des bains ^. — Oribase, De esoacerbatione febris , f^nis 
exaeerbatio balneis naturalibus curata (lib. X, coUect. cap. v): 
«Nous faisons usage des bains et des fomentations. J'ai vu des 
malades, après une journée entière consacrée à ce traitement, 
se trouver admirablement soulagés, car Texacerbation qui 
était d'habitude longue et difficile à se résoudre cessa. . . » Ce 
passage concerne l'usage des eaux minérales. Il est à croire 
que les bains prolongés pour apaiser la fièvre ont été connus 
de toute antiquité. 

Galien faisait grand usage des bains soit chauds, soit froids, 
soit tièdes, et des bains de vapeur ou des étuves. Les établis- 
sements de bains étaient extrêmement multipliés en Orient, 
en Egypte et dans le Midi de l'Europe, au temps de Galien; 
ils avaient quatre parties ou compartiments outre Vabdiierium, 
où l'on se déshabillait: i^ le calidarium ou sudatorium, que les 
Grecs appelaient hypocauste ou laconique, où l'air était chaud; 
â® le tepidarium où il y avait une piscine ou grand bassin rem- 
pli d'eau tiède; 3° le frigidarium où il y avait un bassin d'eau 
froide: /i° enfin Yunctiuirium, où se faisait le massage ou l'onc- 
tion. 

Du temps d'Hippocrate les bains n'avaient pas acquis cette 
perfection et étaient moins en usage. 

Galien conseille les bains surtout dans les fièvres quoti- 
diennes et hectiques, et seulement quand la chaleur du corps 
est très-élevée. 

* Tome-I, p. 699. 



ZACUTDS LDSITANUS. 109 

Lajièvre, d'après Zacutus citant les anciens ^ — Hippocrate, 
Aristote,Gaiien, Celse, ont défini la fièvre c^une chaleur p-ep- 
ter naturam. j> 

Avicenne en a donné une définition que nous retrouvons 
Hans les commentateurs modernes et que développe fortement 
Sylvius de le Boë. Avicenne s'exprime ainsi (I, 4, tract, i, 
cap. i) : Quod sit calor extraneus accensus in corde, ah eo pro- 
cedens, mediante sptritu, et stmguine per venas et arterias in totutn 
corpus. Il faut remarquer dans cette définition mediante spi- 
ritu. 

Peut-il y avoir fièvre' sans chaleur, comme Fernel le sou- 
tient contre Galien? telle est la question première que pose 
Zacutus, et il expose les arguments pour et contre. 

Arguments pour admettre la fièvre indépendante de la cha- 
leur : 

1* Il y a des fièvres froides avec frisson. 

â"" La maladie consiste en diverses affections et la chaleur 
n'y est pas tout; or la fièvre est une maladie , donc on ne peut 
pas dire que la chaleur soit toute la fièvre. 

3"* Il y a de la fièvre avec défaut ou pénurie de chaleur, et 
c'est dans ces cas qu'il faut donner du vin aux malades. 

6"* Les fiévreux agonisants se refroidissent, leur souffle est 
froid (Hippocrate). 

5* Si la chaleur était l'essence de la fièvre , elle ne s'en se 
parerait jamais; or, dans le début de l'accès des fièvres tierces, 
quartes, il y a grand refroidissement avec frisson. 

6** Galien dit qu'il y a des fièvres (l'épiale, la lipyrie), au 
chapitre yiu ^ De inœqual. intemp,, oik les parties sont chaudes et 
froides. 

7^ Les fièvres se guérissent par plusieurs remèdes chauds. 
Donc elles sont froides, puisque contraria contrants curantur 
(8 meth. cap. i, Galien). 

S"" La fièvre syncopale est bien une fièvre; or on n'y per- 
çoit de chaleur ni dehors ni dedans , et le pouls est lent. 



110 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Arguments contraires. — Mais tous les anciens saccordent 
à définir la fièvre par la chaleur (pyretos, pyrexie, feu). Aussi 
Galien s'abstient-il presque de définir la fièvre» s'occupant 
plutôt à la diviser en espèces : 

I ** Il est vrai qu'Avicenne parle de fièvres froides, mais il en- 
tend par là les humeurs de nature froide qui les causent. 

q"" Les médecins définissent la fièvre par un caractère sai- 
sissable [materie8{ de la maladie, qui est la chaleur; mais la 
cause de cette chaleur, à la vérité , peut varier. 

3"" Dans la consomption, ii y a encore de la chaleur, et il 
n'y a point de fièvre sans chaleur; mais il faut distinguer la 
quantité de l'intensité, et Ton ne mesure pas de la même fa- 
çon le degré de la chaleur et sa quantité. 11 peut y avoir ac- 
croissement de la qualité et diminution de la quantité en 
même temps et réciproquement; ainsi, dans l'exemple précité 
il y a à la fois augmentation de l'intensité et de la qualité de 
la chaleur, avec défaut de quantité, ce qui fait deux modes 
de maladie, puisqu'il y a augmentation de l'intensité et de la 
qualité de la chaleur, ce qui fait la fièvre, et défaut de quan- 
tité de celle-ci, ce qui fournit l'indication de donner du vin 
aux malades. 

Cet argument contient en germe toute la théorie de la ré- 
partition de la clialeur, et celle des calories qui ont occupé sur- 
tout nos contemporains (école allemande). On est étonné de 
voir sommeiller cette question , à laquelle les grands cliniciens 
therraologistes du xviii'' siècle n'ont point fait allusion, et qui 
n'a reparu que récemment. 

à"" Hippocrate dit, à la vérité, que les moribonds sont froids, 
mais c'est parce qu'ils ont eu précédemment une fièvre qui les 
a épuisés et a consommé toute la chaleur naturelle de leur 
cœur. 



^ T. I, p. 6oo, quœnfîoi, Utrum febrti possii dari abtqtie calore , vt emtra Ga- 
lenum aiifùratur FertuUvê. 



ZACUTUS LUSITANUS. 111 

h*" Fernel dit que le frisson est le commencement dé la 
fièvre, mais quil n'est pas encore la fièvre. Mais cette solution 
est contraire à celle de Galien (Ltb, de diff. feb. cap* ii ). « Or 
il faut dire, suivant Zacutus, que, bien quil y ait un froid ex- 
térieur, il suffit, pour quil y ait fièvre, quil y ait à l'intérieur 
une chaleur immodérée, m Zacutus s'appuie encore de l'opinion 
d'Argenterius (Lié. de feb. ad Glacum, ci), Melchior Sebizius 
[Tract, de febrib, disp. i), et Vidûs Vidius (lib. 1, De frbrib. 
cap. II). 

Galien, du reste, n'est point exclusif, et admet des com- 
mentaires à son aphorisme ce que l'essence de la fièvre esiprœter 
naturam caliditas, n car il dit [Lib. de maraemo, cap. v) : quod si 
œger in tactu, pulsu, respiratione , caloris exceltentiam (élévation) 
non demonslrat, non febrit. On voit bien manifestement par là 
que les anciens usaient exactement des mêmes moyens que nous, 
et des mêmes précautions, s'adressant à plusieurs fonctions, 
et, pour nous servir d'une expression moderne, ils savaient que 
le pouls et la respiration, dans la fièvre, sont fonctions de la 
chaleur. 

Galien tâtait la peau du thorax et jugeait de l'intensité et 
de la qualité de la chaleur suavis aut mordax. Ces sensations 
ne peuvent remplacer le thermomètre, mais le thermomètre 
ne peut non plus les remplacer. Il ne faut point les dédaigner 
absolument comme font quelques modernes» trop exclusive- 
ment thermologistes. 

Zacutus pose cette qucstion\ li savoir si la chaleur fébrile est 
la même que la chaleur naturelle, thèse soutenue contre Galien 
par Gentilis. Zacutus pense que ce sont là des recherches qui 
sont sans solution possible , au temps oii il écrit , et que , d'ail- 
leurs, elles sont moins du domaine du médecin que des sa- 
vants. Le médecin doit s'occuper de la chaleur fébrile, qui est 



* T. I, p. 6i 1 , qiisstio it. Vtrum'JebriU» calor iit idem cum natttrnli, ut con' 
Ira Galtnum GemUliê lUêeveral. 



112 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

« 

son objectif, plutôt que du problème de Tidentité : Medicus 
autem non abaolute veritatem perscrutatur iolum, sed in ardine ad eu- 
ratimis apus. 

L'opinion de Galien est formelle. Il y a deux espèces de cha- 
leur: Tune naturelle et bienfaisante, vitale, qui conserve, for- 
tifie, engendre, nourrit, préside aux fonctions naturelles; 
l'autre [prœtematuralis) ^ qui putréfie, détruit, débilite, cor- 
rompt, etc. Donc elles diffèrent dans leur nature [specie). 
Bien plus, les commentateurs de Galien (Gardanus, De subtil.) 
admettent que les chaleurs prœternaturaUs sont multiples 
comme les espèces fébriles elles-mêmes. 

Siège de la chaleur. — Le cœur est la source de la chaleur innée, 
d'après Galien qui se fonde sur l'expérimentation, car il nous 
apprend qu'ayant, dans des vivisections, introduit souvent son 
doigt dans le ventricule gauche d'un animal vivant, il y sentit 
une chaleur très-élevée. Telle est l'origine scientifique et ex- 
périmentale de cette erreur traditionnelle. 

Origine de la chaleur naturelle : est-elle élémentaire et ignée, 
ou bien éthérée, céleste et divine? elle n'est pas ignée d'après 
Aristote. . . Longue discussion de Zacutus sur ce sujet, sans 
solution. 

Quanta la chaleur de la fièvre , Zacutus admet avec Galien, 
et contre l'opinion du commun des médecins, qu'elle résulte 
non-seulement de la chaleur prœter naturam, mais encore de 
l'union de celle-ci avec la chaleur naturelle. 

La fièvre est un moyen de guérir les maladies et il la faut 
exciter à cet effet, telle est la thèse hippocra tique et galé- 
nique que soutient Zacutus contre Fuchs, Ambr. Nunius et 
autres médecins célèbres. Nous ne disons plus aujourd'hui, 
il faut exciter la fièvre , nous disons: il faut amener une bonne 
réaction. Nous savons que, lorsque au frisson succèdent les 
périodes normales de la chaleur •et de la sueur, la fièvre com- 
porte un pronostic favorable. Gette idée est, du reste, peu 



ZACUTDS LUSITANDS. 113 

développée par Zacutus, et Ton cherche en vain une indication 
sur les moyens de provoquer artificiellement la fièvre. Son 
opinion demeure donc à Tétat de thèse vague et sans appli- 
cation pratique. 

Zacutus a consacré plusieurs chapitres à Y examen des urines^ ^ 
et Ton peut dire qu'il a fait un traité historique d'uroscopie 
fort intéressant à consulter. Il résulte de la lecture de cette 
dissertation que les médecins grecs et arabes avaient tiré de 
Teiamen des urines tout le parti possible en leur temps; et 
ce n'est pas sans faire un retour sur l'instabilité des choses 
médicales que l'on songe que là thermoscopie et l'uroscopie, 
dédaignées ensemble pendant la première partie de ce siècle, 
reprennent ensemble faveur dans le moment présent, tandis 
que le tour est venu pour le pouls d'être dédaigné fort injus- 
tement. 

Dans le t. II, Praxis histortarum, Zacutus examine la ques- 
tion de savoir s'il faut faire respirer aux fiévreux de l'air frais 
pour les guérir, s'il ne faut pas asperger d'eau fraîche leur 
appartement. Il se décide naturellement pour l'opinion de Ga- 
lien , qui est d'avis que l'air frais rafraîchit la chaleur des fié- 
vreux, et qu'il doit être utile, mais non en excès, et pas trop 
froid. Atque ita quidem calidissiinum aerem refrigerare est ten-- 
Umdum. Si vero modice Jrigidus sit, hoc esse contentas oportet, 
nikil aut machinantes aut de temperie ejus altérantes. 

De même Zacutus admet que l'on donne des boissons froides 
aux fiévreux, mais avec modération, suivant Galien et Avi- 
cenne: et non prohibeas ei aquam frigidam. 

• 

■ T. I, p. 8^9-863. IndêJC qwBMtionum, lib. V. 



8 



\\à CHAPITRE l". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

VAN HELMONT^ 

(xvirsiède, i577-i64o.) 

Van Heltnoni [Ortus medicinœ^)^ au chapitre 6a/a^^ combat 
Topinion relative à la chaleur, cause de toute digestion. Il 
montre que la digestion stomacale se fait par un ferment^ ^ et 
s'opère mal dans la fièvre, preuve que la chaleur n'en est pas 
la cause, car, dans la fièvre, la chaleur*est augmentée, et il 
cite cet aphorisme : eorpora tmpura quo potentius nuiris, eo 
magis lœdis. Il est donc manifeste, dit-il, qu'il convient de 



* Helmont (Van), seigneur de Me- 
rode, de Royenborch, d'Oorscbot, de 
Pcllines et autres lieux, né à Bruxelles 
en 1577, mort en i64o, élève remar- 
qué à Louvain, pour la philosophie; 
il s^aperçut bientôt qu*il ne savait rien 
que la dispute de mots. 11 refuse un 
riche çanonicat,... veut se faire capu- 
cin. Lit avec avidité et indépendance tous 
les Grecs, philosophes et savants, six 
cents auteurs grecs, arabes ou moder- 
nes. Pieux, mystique, presque illuminé, 
reçu docteur à Louvain en 1 999. Voyage 
en Europe, Angleterre, Suisse, Alle- 
magne, Espagne, France, se fixe à Wil- 
vorde près Bruxelles, et fait de la chi- 
mie philosophtu per ignem, Laboratoi- 
rei énormes dans son château. 

Médecin bienfaisant et grand sei- 
gneur. Accable les médecins tradition- 
nalistes d^ sarcasmes en assez bon latin, 
fait de sérieuses découvertes en chimie. 

On le connaît par Yarchée. C'est pour 
lui la conception de Tunilé vivante, 
anima vitalisy Tunilé dans Télre, la soli- 
darité du polypierhumain, le régulateur 
central de la vie et de la maladie. C'est 
toute la doctrine de Técole dite spiritua- 
liste unitaire. 



Il publia de nombreux ouvrages sur 
la littérature, Tbistoire naturelle. Pour 
le médecin , son principal livre est son 
Ortus medicinœy id est initia phymeœ 
inaudita, Progrestus mediema no9Uê, 

Van Helmont a été très-calomnie par 
les médecins , naturellement, qui se sont 
moqu^ de Tarchée et des feiments. 
C'était un original plein de génie, nous 
aurions tort de le juger en nous plaçant 
sur le terrain des doctrines médicales 
actuelles. Ce serait trop facile et in- 
juste. 

C'est le chef des anti-galénistes, des 
animistes etchiraisles. Il vivait à la même 
époque que Galilée, Sanctorins, Bo- 
relli, mais, tandis que les italiens de la 
fin du xTi* siècle étaient des physiciens, 
lui , avec les hommes du nord quMl de- 
vança , fut un chimiste. 

* Voyez la belle édition : Ortus me- 
dicinœ, id est initia physicœ inaudita, 
progressus medicinœ nomis, etc, Edcnle 
auctoris filio Francisco Mercurio Van 
Helmont, Amsterodami apud Ludovi- 
cum Elzevirium ci3 i3GLii. 

^ Calor ejjicienternon digeril , sed tan- 
tu m excitative, p. 161. 

* Nous dirions par la pepsine. 



VAN HELMONT. 115 

donner aux fëbricitants des aliments très-légers et de facile 

digestion. 

Van Helmonta laissé un petit traité des fièvres, extrait d'un 

grand ouvrage qui n'a point été édité. Il commence par dé- 
clarer que les médecins n'ont rien appris sur ce sujet , ^depuis 
Tantiquité grecque, qu'ils' n'ont fait que tourner dans un cercle 
et que se copier les uns lès autres [alit ad unum omnes cantum 
cuctUi (chant du coucou) cecinerunt)^ et que leur ignorance fait 
honte. Il croit avoir découvert la vraie essence de la fièvre, 
en tout cas ses critiques sont vives. 

Tous les auteurs, dit-il, définissent la fièvre cahrprœter na- 
iuram accensus primum in corde, dein delatus per totum corpus^. 
Or l'essence de la fièvre, pour eux, n'est pas une chaleur quel- 
conque, mais une chaleur qui prœter naiuram fuerit , etgradu suo 
lœterit. Ainsi ils neconçoivent point de fièvre sans cette chaleur, 
compagnon nécessaire [eomes). Van Helmont leur oppose la 
fièvre des camps, qui est sans chaleur accrue du commencement 
à la fin, et le frisson avec claquement de dents, qui marque le 
début des fièvres. Et en effet cette objection, que Galien avait 
déjà réfutée, embarrassait les auteurs, et quelques-uns préten- 
daient, ainsi que le dit Van Helmont qui les critique, que ce 
frisson n'était pas un vrai refroidissement, sed mendax atque 
dolosum aensuum knoctnium, dumque exterius frigent, volunt 
quoi interne œsluent, crementurque vero colore quamvis aliter sen- 
tiant. (C'est pourtant la vérité.) Et ces auteurs ajoutaient que 
cette chaleur^ intérieure était bien prouvée par la grande 
soif dès malades, à quoi Van Helmont répond: cette soif est 
trompeuse (fallax)^ et elle vient non de la chaleur, mais des 
pertes subies par l'organisme [ah excremenio); d'ailleurs l'eau 
froide ne calme pas plus cette soif que les remèdes secs, puis, 
au milieu de la fièvre, au moment le plus chaud, pourquoi y 
a-t-il moins de soif qu'au début? Pourquoi dire aussi que cette 

* Defebrilnu^ cap. i, p. 789. 

8. 



116 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

fièvre s'allume dans le cœur, n'est-il pas plus vrai de dire qu'il 
y a une cause uiorbifique, une matière peccante qui est Vwrigine 
de lajtèvre et précède cette chaleur? Donc ceux qui entendent 
traiter la fièvre par les réfrigérants ne peuvent prétendre qu'ils 
s'attaquent à la cause, à la source, mais ils ne combattent que 
la chaleur qui est un effet, un produit secondaire de la ma- 
tière fébrile. Si c'est la matière morbifique qui brûle, pourquoi 
le cadavre ne continue-t-il pas à être chaud, et pourquoi toute 
chaleur s'éteint-elle avec la vie? Ce qui fait que la chaleur 
lutte contre un agent étranger (une épine), c'est, dit-il, Tar- 
chée, omnis alterationis opifex^. 

Ainsi la chaleur fébrile cesse quand on enlève l'épine, la 
matière morhifique, que Varchée cherche à expulser. Du reste Hip- 
pocrate l'a dit: calorem et frigus non esse morbos ut neque ho- 
rum causas, Galien a écrit de longs et prolixes ouvrages pour 
obscurcir cette vérité, et tout le monde ne jure que par Galien, 
mais qu'on guérisse par le tiède, le chaud ou le froid, peu 
importe, dit Van Helmont, pourvu que la matière morbi* 
fiquesoit éliminée. Il combat Galien, mais se retranche der- 
rière Hippocrate. 11 fallait être sinon avec les deux, du moins 
avec un des deux. Rester seul eût été trop de faiblesse ou trop 
d'outrecuidance. 

Autre argument : v. Les écoles ont déserté le terrain de la 
chaleur essentielle de la fièvre, il ne s'agit plus de son degré, 
mais de son origine, qui est une pourriture [putredo)^ dès lors 
on cherche à la guérir, non plus par le froid, mais par des 
remèdes chauds , par des purgations et par des spécifiques. Elles 
assimilent ce phénomène au fumier de cheval qui s'échauffe 
spontanément par putréfaction. Or ce n'est pas par putréfac- 

^ Et ({De dit-on d*aatre aojourd^hiii? rien ne nous en empêche, appelons-le 

n*idiDet-on pas on centre nerveux ré- principe vital, Ame de Stahl,qu^mporte7 

gnlatoiir de la dialeiirT nommons-le c^est Tidëe de Tunité et de Tordre dans 

vcUc^ ame Pnicaho alYan Hermont, Tétre vivant 



VAN HELMONT. 117 

tion, dit Van Helmont, cela tient à des opérations chimiques 
dont k fumier putréfié n est plus susceptible, 7> Sur ce terrain le 
grand chimiste a facilement raison de ses adversaires méde- 
cins; ce qui est mort, dit-il, ne s'échauffe plus, et la putréfaction, 
c'est la mort. Toutefois le moi fermentation n'est pas prononcé. 
Il n'y a point, dit-il, de putréfaction du sang, et ceux qui 
saignent font une pétition de principe. Suit une magnifique 
argumentation contre les prétendus signes de l'altération du 
sang, tirés de Texamen de la couenne ou de la couleur du sé- 
rum ou des globules, on n'a pas fait mieux depuis. 

Nos' grands hommes contemporains ont trop ignoré ce qu'a- 
vaient écrit nos ancêtres. Andral et Gavarret auraient pu copier 
tout ce passage si instructif, si scientifique. Ainsi, dit Van Hel- 
mont, croule cette pratique adorée de nos médecins : ruit totus 
erdo medendi ha^tenus adoratus a medentibus. Sed esto quonam 
^tignojudicant scholœ sanguinem putridum? Nonne ex colore albiore, 
tiigriore,flavo, subviridi, fuscove? Nonne ex materia viscosa, crassa, 
cquea, tenui? Et tandem an non ex consistentia, nonfibrosa, vix 
€ohœrente ? etc. . . Ast declaro, stJ> pcena convicti mendacii, si quis 
velit experiri, quod ducentorum petulantium rusticorum et sano- 
rum cruores unico die examinaverim : erantque multi iUorum 
nspeclu valde dissimilares , colore, materia et consistentia, quorum 
jfhures distillam, et reperi medendo ceque utiles. Soient namque 
nostrates rustici, altéra Pentecostes mittere sanguinem, quo largius 
potitarent. Etenim quanquam plures viderentur putridi, alii œru- 
ginosi vel atrabilarii : imprimis tamen rustici unde effluxerant erant 
admodum sani. Ergo per causam confirmabant se non obstantibus 
corruptioms mdiciis, cruores a balsami natura nequicquam aUe- 
nos. Quare obrisi tabulant judiciorum ex aspectu emissi cruoris, 
aieoque confirmavi mecum, a medicis cruorem servari jussum, ut 
udtem hoc ratione, unam tnsitationem cegroùs adnumerent ^ ! 

Toute cette critique de la valeur de la saignée est admi- 

^ ZV y^6rt6iw , cap. Il , p. 7 & 4 , 



118 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

rable, nous y retrouvons les arguments mis en avant dans le 
cours (le ce siècle par les médecins qui l'ont prônée et par ceux 
qui l'ont détrônée. Van Helmont ne ménage pas l'ironie ; «A 
quoi juge-t-on que le sang est putride ? Est-ce à la couleur 
plus blanche, plus noire, plus jaune, plus verdâlre, plus 
rouge, est-ce à la consistance visqueuse, épaisse, aqueuse, 
ténue?» 

Il ne manque rien à ce tableau que complète l'admirable 
scène comique des paysans saignés par le seigneur. Tous 
ces paysans étaient sains, et pourtant leur sang avait telle ou 
telle apparence pulride. Van Helmont ne ménage guère d'ail- 
leurs les médecins de son temps; allaient-ils jusqu'à faire 
conserver le sang de la saignée pour se faire payer une visite 
de plus? C'est en tout cas une indication que nous devons 
traiter de calomnieuse pour l'honneur de nos pères. 

Van Helmont prétend expliquer les phénomènes fébriles 
mécaniquement : Le frisson, dit-il, est l'eiïortde l'archée pour 
lutter contre la matière morbifique, c'est une constriction de8 
tissus (il cite comme exemple la rétraction du scrotum); quant 
au tremblement musculaire, il le compare au tremblement 
des ivrognes et à celui des vieillards, c'est un mouvement in- 
volontaire. Chaque tissu traduit à sa façon cette lutte contre 
la matière morbifique : la chaleur c'est encore la lutte de l'ar- 
chée (principe vital) contre la matière morbifique, l'archée brûle 
son ennemi et le rejette par les sueurs, aussi les diaphorétiques 
conviennent-ils parfaitement aux fiévreux. Le vin refusé par 
Galien aux fébricitants (et que ceux-ci prennent en cachette du 
médecin( est censé faire l'effet de l'huile sur le feu, mais c'est 
une erreur; l'usage du vin entretient les forces et prépare une 
plus prompte convalescence. 



SYLVIUS DE LE BOË. 



L19 



SYLVIUS DE LE BOE'. 

(xvii* siècle, 1616-1673.) 

Physiologie [De chyli mutatione in sanguinem, circulari san- 
guinis motu et cordis arteriarumque pulsu). — Voici comment 
Sylvius explique la chaleur^ : le chyle mêlé au sang arrive au 
cœur droit où il y a un foyer de chaleur, misturam hanc hete- 
r(^eneam accendit atque rarefacit intemus cordis ignis. 

Revenu des poumons au cœur gauche, le sang mêlé à Tair 
inspiré y relrouve de la chaleur, in cordis vetitriculo sinistro 
accenditur iterato et rarejit sanguis ah eodem igné cordis intemo, 
il considère le sang comme le véhicule de la chaleur inté- 
rieure et vitale du cœur, sustentatur et conservatur sanguine al- 
tematim in cordis ventriculos impulso, hinc et éxpuho, utpote pa- 
hulo sua ignis cordis intemus et vitalis. 

Il appelle aussi cette chaleur ignis innatus et vitœ fons, et 
animœ forsan corporisque vinculum primarium. Il croit que le 
sang artériel est plus chaud que le veineux. 

Du reste De le Boé explique admirablement la circulation 
du sang et le mécanisme du pouls. 

il ne pouvait manquer d'appliquer ses théories chimiques à 
la chaleur du sang; après avoir dit (De respiratione) que la vie 
dépend de la perpétuité du feu allumé dans le cœur, iladmet^ 
que la cause de cette chaleur dans le cœur est une efferves- 



* Proleslanl, d'origine française, né 
à Hanau co 161 4 . mort en 167a. Étu- 
die à Sedan, est reçu docteur à Bâle, 
voyage en Allemagne, en France, en 
Hollande. Exerce la médecine à Levde, 
011 il devient professeur de médecine 
pratique. 

Quoique né 87 ans aprèsVan Hclmonl, 
il est le prétendu chef de Técole cbimia- 
trique. Il élnit bon anatomistc, physio- 
logiste et chimiste. On Va trop blànu»^ 



il avait en chimie des idées fort en 
avance sur son temps et même sur le 
siècle suivant (xtih*). Il était expéri- 
mentateur, il a popularisé la découverte 
de Harvey sur la circulation du sang et 
Ta complétée. 

* Francisci De le Boe Sylvii ()])fra 
medicûf Genève, hdglxxxi, p. 5. 

^ Ce sont les idées de Galien, aux- 
quelles il ajoute seulement le mélange 
du sang, de la bile et de la lymphe. 



120 CHAPITRE 1". ~ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

cence (ou fermentation) produite par le mélange de la bile et 
de la lymphe (il compare cette effervescence à celle du sulfate 
de soude traité par un acide); or Tair a pour but d'intervenir 
comme tempérant dans cette effervescence pendant l'inspira- 
tion , tandis que l'expiration a pour effet de détruire les vapeurs 
formées par cette opération chimique ^ : huic efferveacentiœfer' 
vorique contemperando inspirationem aeris ; halitibus vero tune 
9imul excitatis exterminandis exspirationetn ejusdem opinamur dica- 
tam. Ainsi la respiration sert à amender le sang (^emendare 
sanguinem). La preuve, dit-il^, c'est que les animaux qui ont 
des poumons ont plus de chaleur que ceux qui n'en ont pas, 
que la respiration croit et décroît comme la chaleur du cœur. 
— Que de vérités entrevues par Sylvius ! 

Voilà donc une théorie chimique de la respiration et de la 
chaleur animale^ substituée aux notions vagues des anciens 
et au mécanisme insuffisant des contemporains de De le Boé. 
Pendant le xviii'' siècle, tous les médecins furent pour le dé- 
veloppement de la chaleur par le mouvement (frottements). 
Ces deux tendances rivales ont eu chacune leur utilité. Au- 
jourd'hui la tendance définitive, peut-être, des sciences natu- 
relles est de tout ramener à des axiomes de mécanique, car la 
mécanique doit finir par absorber la chimie et la physique 
(théorie mécanique de la chaleur, transformation des forces, 
conservation de la force). 

Ce qui est vraiment topique dans De le Boë, c'est l'opinion 
qu'il émet, à savoir que l'air ne tempère pas seulement l'effer- 
vescence du sang, mais qu'il cède au sang quelque chose de ma- 
tériel^ : necesse est ut aliquid ex aère communtcetur sanguini, quod 
contrariam illi, quam in corde accepit, producat in ipso mtitolto- 
nem. Cette matière. De le Boé suppose que c'est un sel très-pur. 

Il ne sert de rien de critiquer ces essais chimiques impar- 

' Dt rêipirationê uiuque pulmonum, ranatomie comparée, ionguim ex mtn 
p. 17-18, LVIL aliquid cominunicari. 

* Ai«ex jolie preuve, empruntée à ^ P. 19, LXXIV, 



SYLVIUS DE LE fiOË. 121 

faits. La méthode est bonne , la vie est ramenée à l'analyse par 
le moyen des forces physico- chimiques, la vérité se trouvera 
plus tard, et, si pendant deux siècles il faut attendre Lavoi- 
sier, la voie est toute tracée. 

Sylvius rapporte un grand nombre d'expériences de physio- 
logie (vivisections, respirations artificielles) qu'il a faites, 
soit seul, soit avec Swammerdam. 

Lafiitre. — On trouve dans Sylvius l'origine des opinions 
que ses compatriotes Boerhaave et Van Swieten professeront 
plus tard sur la valeur du pouls et Tinsuffisance des signet tirés 
de la chaleur. C'est le culte du pouls qui recommence au dé- 
triment de l'étude de la chaleur. 

Sylvius débute en déclarant qu'il ne consent point à s'hu- 
milier devant les décrets des médecins autoritaires qui veulent 
soumettre tout le monde à l'adoration de certaines idées tradi- 
tionnelles dont ils se font les commentateurs officiels; quil n'y 
a que l'expérience qu'on puisse invoquer. La méthode expérimentale 
est proclamée en ces termes ' : Per solam experientiam omnibtis 
patentem comparatum determinatumque omni œvo, quidquid hacte^ 
nus boni certique habemus in medidna, Sylvius De le Boé a rai- 
son, et il nous serait facile de montrer que tout ce que nous 
savons en médecine, nous le devons à l'observation indépen- 
dante. Or l'expérience démontre, dit Sylvius, que le seul 
signe pathognomonique et constant de la fièvre c'est \di fréquence 
surnaturelle du pouls, et par là il ne faut point entendre une 
fréquence plus grande mais naturelle et habituelle à un indi- 
vidu en état de santé, ni cette fréquence non naturelle qui 
résulte d'un violent exercice, de la colère, etc. Quant à cette 
chaleur accrue de tout le corps qui accompagne le plus souvent 
les fièvres, elle n'est ni constante ni spéciale à la fièvre; ainsi 
les maniaques et d'autres ont quelquefois cet accroissement de 



* DUfmU msdicffrym, IX, i, p. iS. 



122 CHAPIÏ HE l". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

chaleur sans fièvre, et nous avons nombre de fois constaté, 
montré aux assistants, et cela avec l'assentiment des malades 
eux-mêmes qui en convenaient, des maladies où il n'y avait 
aucun accroissement de chaleur nulle part pendant des se- 
maines, des mois même; bien au contraire, il y avait un re- 
froidissement persévérant, pénible pour les malades et per- 
ceptible pour les assistants ^ 

Ce n'est pas qu'il ne se soit trouvé des gens pour soutenir contre 
tout bon sens et contre révidence que, chez ces malades, chez ces 
fébricitants, malgré le froid apparent, il y avait augmentation 
de la chaleur intérieure dans le cœur. Mais l'expérience est là 
pour prouver d'ailleurs que les remèdes réfrigérants con- 
viennent moins bien aux malades que les réchauffants (spiri- 
tueux et huiles essentielles). 

Ne voit-on pas aussi que, dans les fièvres intermittentes^ 
au début, pendant des heures entières, le frisson est violent, 
et à tel point, que, pour le vulgaire, le frisson est toute la ma- 
ladie, qu'en Allemagne on appelle la fièvre intermittente fièvre 
à frisson (nous disons en France fièvre tremblante). C'est bien 
à tort que quelques personnes professent cette opinion erronée , 
que le stade de chaleur dure quatre fois plus que celui de 
froid; nous avons montré le contraire in nosocomio academico. 

S. De le Boé ne se contente pas de cette affirmation ; il va 
plus loin, et trop loin, puisqu'il affirme que la fièvre peut exis- 
ter sans que nos sens perçoivent une augmentation de chaleur 
dans les parties du corps soit extérieures, soit intérieures, et 
que , par conséquent , il faut s'en rapporter au pouls et à lui seul. 
Cette erreur est plus surprenante encore chez Boerhaave et 
surtout chez son élève Van Swietcn, qui connaissaient l'usage 
du thermomètre. De Haén devait corriger cette erreur défini- 
tivement. 

* Comme quelques observations tbcr- tant 60 ans que le thermomètre ëlnit 
momëtriques vaudraient mieux que ces trouvé 1 11 lui faudra encore doux siècles 
semblants de preuves! I^ y avait pour- pour rendre ces dissertations inutiles. 



SYLVIUS DE LE BOË. m 

En parlant des caractères extérieurs du sang tiré des veines 
dans les maladies ^ , De le Boë reproduit les erreurs tradi- 
tionnelles qui subsistèrent longtemps après lui et jusqu'à nos 
jours, malgré la réfutation qu en avait faite Van Helmont. Il 
conseille de ne pas pratiquer la phlébotomie dans le frisson, 
de peur qu'en diminuant la masse du sang on ne diminue 
encore la chaleur. 

Au chapitre des fièvres. Sylvius fait remarquer que, si la fièvre 
seule se reconnaît à la fréquence du pouls '^, il faut d'autres 
signes encore pour différencier les fièvres entre elles; la fré- 
quence du pouls est causée soit par quelque chose d'acre, d'a- 
cide, d'alcalin, mêlé au sang, et qui irrite le parenchyme du 
cœur, soit par quelques vapeurs portées au cœur par le sang et 
qui excitent la fermentation, etc. Sylvius ne peut se dégager, 
quoi qu'il en ait, de l'idée ancienne et classique de la chaleur 
localisée dans le cœur. Pourtant il admet que, dans \di fièvre 
continue, causée par le vice de la bile et par le suc pancréa- 
tique altéré, il se fait, dans l'intestin grêle, une effervescence 
qui donne naissance à des vapeurs acides, qui, répandues 
partout, causent un léger frisson. . . 

La localisation de la lésion primordiale de la fièvre typhoïde, 
dans rintestin grêle, n'en est pas moins une vérité dont il faut 
faire honneur à Sylvius; mais ce n'est qu'à titre de bizarre et 
inconsciente découverte. 

Dans le chapitre intitulé De sensus caloris lœsionibus^, Sylvius 
examine les différents modes d'altération de ce sens suivant 
qu'il est aboli, diminué, augmenté ou dépravé, soit par la sec- 
tion ou la gangrène des nerfs, soit par la lésion directe du 
cerveau , soit par la fièvre elle-même , soit par l'épilepsie et 

' D«f Mtthodo medêndi, lib. I, cap. ? i. * Praxeoi tnedica lib. I, cap. xxvii. 

Fh morhiê umgumii et «oruni indica- Ihfihrihu* in génère ,1^, 169. 
(ioni6tiietiratomf,$93,p.â&.Liaphthi- ' Prnxeoe medica lib. Il, cap. xii, 

ide, rempyème. p. 309. 



124 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

autres maladies nerveuses. Mais tout ce chapitre est vague, et 
il eût mieux valu examiner les variations d'un thermomètre. 



SYDENHAM*. 

( École anglaise , xrii* siècle, 1696-1689.) 

La fièvre. — ti Certainement \di fièvre n'est autre chose qu'un 
Instrument dont se sert la nature pour séparer les parties im- 
pures du sang d'avec les parties pures ; c'est ce qu'elle exécute 
(l'une manière entièrement imperceptible dès le commence- 
ment, et même dans la force de la maladie, mais plus sensi- 
blement et manifestement dans le déclin, comme on voit par 
les urines. En effet la coction de la matière fébrile n'est autre 
chose que la séparation des particules morbifiques d'avec les 
particules saines^.'' Sydenharo ajoute conséquemment qu'il 
faut laisser la fièvre dans toute sa force aussi longtemps qu'il n'y 
a point de danger, et qu'à la fin, quand la coction a amené la 
sécrétion de la matière morbifique, il faut employer les re- 
mèdes chauds pour la hâter. 

c^La nature, dit Sydeuham (t. 1, p. 3 3 9), prévient la fièvre 
par les moyens ordinaires dont elle se sert pour évacuer la 
matière morbifique. C'est ainsi que la nature se sert de l'enchi- 
frénement, de la toux, de la diarrhée , pour prévenir la fièvre, u 
Ailleurs (p. 3 3) : ((Les sueurs, qui sont une suite et un effet 
delà coction de la matière morbifique, remédieront à la mali- 
gnité des fièvres intermittentes d'automne et de la fièvre con- 
tinue • . . " Il y a même une fièvre que Sydenham appelle dé- 



^ i69A-i689. Empiriqae, véritable 
Anglais, plein de sève et d^indépen- 
dalkce, en retard sur les Italiens et les 
Hollandais quant à la physique et à la 
chimie, ne fut ni un savant ni un phi- 
losophe. Sydenham fut surtout un bon 
observateur; a réintroduit Tidée très- 



féconde et très-pratique des amêtUu^ 
iionê. Célèbre par sa description des 
varioles et de ia goutte. Il est loin tou- 
tefois de mériter le titre qu^on lui a dé- 
cerné de VHippocratê anglais. 

* Traduction de Jault, édition de 
Baumes, 1. 1, p. 38; Montpellier, 1816. 



SYDENHAM. 125 

puraUnre (p. 3o3), et qui serait la fièvre synoque, non putride, 
d*après Grant. 

m 

Thérapeutique par le chaud. — Bons effets de la chaleur des 
jeunes gens. — Sydenham s'exprime ainsi ' : 

«Voyant que les autres remèdes n'avaient aucun succès, 
j'ai souvent été obligé de changer de batterie, et j'ai essayé de 
ranimer la chaleur des malades en faisant coucher des jeunes 
gens auprès d'eux, ce qui m'a très-bien réussi. Il n'est pas 
surprenant qu'un malade se trouve fortifié par un moyen si 
extraordinaire, et que cela aide la nature. • . puisqu'on com- 
prend qu'un corps sain et vigoureux transmet une grande 
quantité de corpuscules spiritueux dans le corps épuisé du ma- 
lade. Aussi n'ai-je pas trouvé qu'en appliquant, à diverses re- 
prises, des linges chauds, j'aie jamais pu faire la même chose 
que par cette méthode, dans laquelle la chaleur est plus ana- 
logue au corps humain, et en même temps est douce, humide, 
égale et continuelle • . • D autres que moi mirent ce moyen en 
usage. . . " 

On pourrait raisonner sur ce chapitre, rappeler que les en- 
fants se tiennent accroupis au giron maternel, que les femmes 
délicates et douées de peu de chaleur cherchent le contact 
d'un corps plus vigoureux et pluscalorifiant, que les animaux 
se serrent au nid, au terrier, à l'étable, etc. 

Danger de trop échauffer le malade. — C'est presque la contre- 
partie du chapitre précédent. 

Sydenham (traduction de Jaull) : (cJe crois avoir montré 
qu'il est très-dangereux de beaucoup échauffer le malade lors- 
qu'il a de la fièvre .(variole) et que les pustules commencent 
à paraître, c'estrà-dire dans ie moment de la séparation , etc.; n 
Et ailleurs (p. ii5) : «Le sang étant trop échauffé et trop 

' Fiitr^ continué dêi annéei î66î, 6b, 63, 6ii,traductîoD de Jaait,Pam, 
1776, 1. 1, p. à^. 



I2G CHAPITRE l*'. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

violemment agité pour que la. séparation pût s'opérer, il m'a 
paru que les pustules ne se montraient pas, quelques cor- 
diaux qu'on employât, jusqu'à ce qu'enfin, ayant modéré la 
chaleur du sang, et l'ayant réduite à un juste degré (Syden- 
ham dit ailleurs que ce degré est celui de la chaleur normale) 
en faisant boire aux malades de h petite biire, et en leur ôtant 
une partie des couvertures qui les accablaient, j'aie facilité la 
sortie des pustules et j'aie retiré, par la grftce de Dieu , les ma- 
lades du danger où ils étaient, n Sydenham ne paratt pas avoir 
connu les préceptes des médecins arabes, qui traitaient la 
variole par les boissons glacées et les affusions froides 
(Rhazès). 

Ses opinions sur la nécessité du renouvellement de l'air 
firent scandale et le feraient encore aujourd'hui. 

MORTON'. 

( Ecole arijrlaise, x?ii' siècle, vers 16/10-1698.) 

Morlon [Defebribus) considère la fièvre^ comme une lutte 
des esprits animaux contre le poison morbide. Soit, dit-il, que 
la matière morbifique se soit développée au dedans, soit qu'elle 
vienne du dehors par Tair, ou qu'elle pénètre comme le venin de 
la vipère, quand elle agit, le malade devient froid, il périt en 
lypothymie, ou bien ses forces opprimées se relèvent, la na- 
ture vires recolligens ptignam mit, cujus prœludia sunt dolar leviier 
spasmodicus , horror, rigor, oscitatto, ceterique motus, quibus spi- 
ritus animalis oppressus sese iterum expandere nititur, usquedum 
tandem, vi spirituum elastica irrita, et supra gradum naturalem 



* Docteur en 1670, mort en 1698. plus célèbres sont la Fhthiiiologie ei la 

FiJ» d'un prédicateur de Suflblk, élu- Pyrétohgie, 

die la théologie à Oxford, précepteur, * Richardi Morton Opéra madica, 

chapelain, puis médecin, devient mé- a vol., Lugduni,apud Pctrum Bniyscl 

decin de la maison du prince d^Orange. etc., mdccxxx? 11. Tractatu» de morini nni- 

Anteur de plusieurs ouvrages dont les vcnalibitu acutis, L I, p. 18. 



MORTON. 127 

evecta, calar intensus et febrilis orgasmus exciietur. Ab hoc colore 
pari cutis, sicut ceterœ eorporis portœ, irritati et occlust ,Jlammam 
intesànam acrius intendifaciunt, donec veneni pars a sptritibus jam 
Victoria potitis expellatur, vel a propria antidoto subigatur, et tum 
demutn pari cutis, non amplius constricti, colluviem humorum a 
prœtematuraU cahre colliquatatn, copiose dimittunt, modo per 
alvum, aut aliomodo id non ante factum Juerit : vel denique natura, 
vi superata succumbit, œger spastnis, deliriis, suhsuUibus tendinum 
alusque diris naturœ triumphatœ et incassum coUuctantis sympto- 
matibus in gêner enervosofatigatus,fatis cedit. Hœc est ratio formalis 
morborum universalium acutorum, et symptomatum eos concomi- 
tantium. 

Morton a fait ce tableau avec conviction et naïveté. On par- 
lait ainsi à cette époque , qui ne connaissait pas encore les ré- 
ticences du pédantisme , et ne redoutait pas les critiques. Ce 
tableau si bien peint mérite d'être conservé. Beaucoup d'es- 
prits non métaphysiciens y trouveront une satisfaction com- 
plète. 

La description de la fièvre par Morton se ressent des ou- 
vrages de Van Helmont , c'est l'alliance de l'antiquité et de la 
science nouvelle. Du reste on n'en sait guère plus aujourd'hui : 
Febris ^ acuta in génère est calor prœtematuralis , in sanguine ac- 
census a spiritu animaU miasmate quodam deleterio contaminato, 
et ex accidente quodam irritato, atque insolito moreprœter naturam 
suam expanso. 

Personne, dit Morton, n'exigera que je décrive ce miasme 
WiA'og'^ (mot de Paracelse). On peut relire à cet égard, du 
reste, ce que Sydenham écrivait un peu avant Morton sur le 
même sujet, ta d-erov. 

Après une bonne description des stades de la fièvre, Mor- 
ton, comme ses contemporains, conseille les cordiaux dans 
la période algide, et considère les sueurs ou la diarrhée 

' Tome I, exercitotio prima, Ihje- Jéfre ephemera et intermittente, cap. i, 
Mme aciUiê in gênera, etprwiertim de p. ao. 



198 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

comme des phénomènes critiques qu'il faut espérer et provo- 
quer ; il conseille aussi la saignée et les boissons chaudes et 
sudorifiques; et il s'élève contre l'erreur des médecins spagi- 
ristes qui donnent aux fiévreux des remèdes échauffanU. Nor- 
ton est évidemment d'un esprit et d'une instruction très-infé- 
rieurs à Van Helmont. Il a franchement le langage et les 
préjugés de son temps ni plus ni moins qu'un bon écolier. Ce 
qui donne un caractère spécial à sa doctrine, qui ne lui est 
point propre du reste, c'est l'idée de la spécificité. Le mot n'est 
pas prononcé, mais la chose ressort évidemment de sa divi- 
sion des fièvres suivant la nature de leur poison ou de leur 
ferment propre (^venena in génère, seu fermenta febrilia); cepen- 
dant il admet la transformation d'une espèce bénigne en une 
grave: erreur naturelle à l'esprit humain. 

WILLIS'. 

(École anglaise, x?ir siècle, 1699-1675.) 

Les fermentations ont beaucoup occupé Willis, qui était chi- 
miste, physicien, anatomiste. Pour lui^ : videtur quodfebris sit 
tantum fermentatio , seu efferveMcntia immodica sanguini et humo^ 
ribus inducta. Il en trouve la preuve dans l'origine du moi fer- 
vere, efi'ervescence. Le sang, dans la fièvre, entre en ébulli- 
tion par suite de son altération (De cruore affecto). En outre 
il suppose un certain suc qui baigne le cerveau et les nerfs et 
qui est souvent vicié; d'où le spasme (^rigor)^ la douleur, les 



* (1699-1675.) Atiatomiste, cbi- paox ouvrages sont : Cgrtbri anatomê ^ 

miatre, diffère beaucoup des autres mé- etc., 1666 ; Pathologie c$réfri, 1667; 

decins anglais, ressemble plutôt à un HytUfrie et hypocliondrie , 1670 ; Ih 

ëlève de Van Helmont et de Sylvins De anima brutontm, 1679 ; PKarmaeeuîieÊ 

le Roê. rad'ona/ù, 1676. 

Né à Redwin (comté de Wilt)^ étudie * Willis Opéra, Lugduni, ndclixti, 

à Oxford chez un cbanoine, en 1660 1. 1, p. 63, Def€bribu$,cBp. i^Anatome 

professeur de philosophie naturelle, en êonguinit ; ejue rteolntio m ^iimi^im 

1666 praticien à Londres. Ses princi- jnineipia, eemparatio ciimmiis ei lêete. 



WILLIS. — STAHL. 129 

convulsions, le délire, le phrénitis et autres symptômes ner* 
veux des fièvres. Le' sang est un liquide fermeniescihle comme 
le vin, la bière et autres liquides. Alors Willis s'engage dans 
une dissertation sur l'analyse chimique du sang telle qu'on la 
pouvait comprendre à cette époque. 

Donc le mouvement et la chaleur du sang dépendent de 
deux causes principales : d'abord de sa propre crase et de sa 
constitution, oh l'esprit de sel et le soufre jouent un rôle 
prépondérant, ensuite d'un ferment inséré dans le cœur. Il 
est inutile de développer cette théorie qui régnait alors dans 
les écoles chimiatriques. 

Il nous suffit de dire que les phénomènes physico-chimiques 
de la fièvre sont ce qui préoccupe le plus l'auteur, et que la 
chaleur lui'paraît la manifestation la plus remanjuable de cette 
espèce de fermentation. 

Willis admet pour la fièvre intermittente l'existence d'un 
principe hétérogène introduit dans le sang. Il donne une bonne 
description des altérations de l'urine. Il possède, à l'état d'in* 
tuition, quelque idée du parasitisme, de l'intoxication et de la 
spécificité. 

STAHL\ 

(École allemande, 6n du xtii* siècle, 1660-1716.) 

Stahl, l'auteur de la théorie du phlogistique, ne pouvait 

* Né ea 1660 à Ans[>ach,en Fran- les fièvres, les afleciions périodiques, 

oooie; mort en 1716. Grand chimiste, les erreurs de la nature, la température 

Frédéric Hoffmann le fit nommer en du tang, Phérédité, la logique, la mé- 

1696 profeneor à Halle, et cette réu- decine sans médecin, et Vexpectation. II 

nioD de deux grands hommes mérite a posé les fondements de la chimie dog- 

d'être Dotée, elle n'a pas été sans in- matique. Il est Fauteur de la Théorie du 

fluenoc sur leurs idées personnelles, phlogùtique. Bien qu'il se soit beau- 

Stahl a pubb'é des ouvrages innombra- coup occupé de la chaleur, il n'est pas, 

bies sur la chimie , la physiologie , l'ana- pour nous médecins , d'une grande re»- 

tomie, les moairements des liquides, source; son esprit inquiet est occupé 

les passons , le pools , les jours critiques, ailleurs. 



130 CHAPITRE 1". — LA CHALEUH ET LA FIÈVRE. 

manquer de raisonner sur la chaleur animale. « La chaleur * 
débarrasse le corps de ses parties les plus subtiles , les plus 
propres à Tévaporation , et contribue par ce moyen à la durée 
vitale des autres parties.» Ailleurs (p. s 63) : (cl^es animaux, 
au dire des anciens, consomment d'autant plus d'aliments 
qu'ils possèdent plus de calorique. Cette énergie si remarquable 
chez ces animaux est le fait de la chaleur, n 

Au chapitre de la pathologie générale (t. IV, p. 63), par- 
lant des actes conservateurs de la nature, il dit que l'art doit 
les favoriser, et II ajoute : ftLes Bèvres nous fournissent, du 
reste, un exemple plus évident encoi'e de ces sortes de phé- 
nomènes. Qu'il nous suffise ici de dire que la négligence et 
l'ignorance de la question ont rendu très-difficile, pour les 
anciens, nulle, confuse et mensongère, pour les modernes, 
la connaissance de la vraie pathologie des Bèvres, c'est-à-dire 
l'exacte appréciation de l'utilité et de la nécessité même d'un 
mouvement vital acquérant une plus grande intensité, pour 
conserver saines les parties vivantes par l'élimination régulière 
et opportune des matières corruptrices et corrompues. 

«Néanmoins ces actes vitaux si salutaires ne peuvent s'ac- 
complir sans qu'il en résulte un double phénomène désa- 
gréable provenant de la chaleur, de la coloration, de la tension 
des parties . . . y^ 

Au chapitre de ï inflammation (t. IV, p. 3i5), Stahl décrit 
la stase sanguine, qui n'est, dit-il, que la première cause ma- 
térielle de l'inflammation, «attendu qu'il peut y avoir une 
grande chaleur, de l'ardeur même dans une partie, sans que 
cela constitue une stase ni un état inflammatoire. » 

Plus loin Stahl explique le malaise et le défaut de transpi- 
ration des fiévreux par un état de resserrement ou de tonicité 
de la peau, sorte de constriction (constipation, disent d'autres 
auteurs). Sa définition de la fièvre est large; le phénomène 

' Vraie théorie tnétiicale, I. IH, p. 64, traduction de Blondiu. 



STAHL. 131 

de la chaleur n'y occupe qu'une place étroite , voici cette dé- 
finition (t. IV, p. AAs): «La fièvre consiste dans une altéra- 
tion remarquable et assez uniforme du mouvement du sang, 
constamment accompagnée de sensations alternatives de cha- 
leur, de Jraid, et d'atonie ou impuissance d'exécuter librement 
les mouvements volontaires. A ces signes pathognomoniques 
viennent se joindre ordinairement des perturbations sensibles 
et manifestes dans l'appétit, la coction et la digestion paisible 
des aliments, dans l'excrétion des matières inutiles, dans la 
rétention des substances utiles au corps et leur assimilation 
enfin, c'est-à-dire dans le phénomène général de la nutrition. 
Ajoutez à cela de notables dérangements aussi manifestes que 
sensibles dans les excrétions de la seconde comme de la troi- 
sième digestion, c'est-à-dire dans la transpiration et l'éjection 
de l'urine. En même temps ii existe une véritable torpeur dans 
les fonctions animales, tandis que la sensibilité universelle a 
acquis plus d'activité, et même une intensité insolite, tant au 
point de vue général des sensations ordinaires, qu'au point de 
vue spécial d'un sommeil paisible, n 

La théorie de l'utilité de la fièvre est exposée très-correc- 
tement par Stahl en ces termes (t. IV^ p. AS i ) : ^11 faut sé- 
rieusement examiner quels sont les symptômes inutiles, fâ- 
cheux et passifs qui dépendent de la funeste efficacité de la 
maladie, et quels sont ceux qui, bien qu'inévitablement im- 
portuns, accompagnent d'une manière inséparable et néces- 
saire certaines actions vitales, utiles, indispensables, qui se 
traduisent avec plus d'intensité par des excrétions et des sé- 
crétions. . • De cette importante considération ressortira enfin 
la méthode même que le médecin doit suivre dans le traite- 
ment des fièvres. Il verra combien il serait disavantageux de corn- 
battre par des tentatives téméraires les salutaires efforts et les fhou- 
vements généreux de la natttre, dfi les affaiblir par des moyens 
inopportuns, ou même de les négliger sous un prétexte quel- 
conque; il comprendra combien il est utile, au contraire, et à 



132 CHAPITRE r. — LA CHALEDR ET LA FIÈVRE. 

tous égards, de suivre sans réserve, à Texciusion des autres 
modes de traitement, la méthode naturelle qui lui est indi- 
quée par cette observation souverainement importante, et 
qu'on ne devrait jamais oublier, savoir : que cest précisément à 
l'aide des assauts fébriles, ainsi que des effets l^fitimes et propor- 
tionnés de V attaque, que les hommes sont intégralement délivrés des 
fièvres, par la puissance spontanée de la nature, en dehors de toui 
concours de la médecine et sans l'intervention d'aucun moyen artifi- 
ciel, y) 

Et cela ne suffit pas à Stahl, il revient souvent sur le 
même sujet et termine ce chapitre ainsi : «Sans doute c'est 
bien parler que dire que , pour chasser et expulser au dehors 
les matières fébriles, leurs effets et leurs funestes propriétés, 
le meilleur et l'unique moyen consiste dans une habile pro- 
vocation , dans une administration régulière des sécrétions et 
excrétions naturelles. Mais (t. IV, p. 468) qui pourra obtenir 
une exécution normale et légitime de cesfimctions vitales? Les fièvres 
elles-mêmes, seules; les fièvres toujours constantes avec elles-mêmes, 
à condition que des causes accidentelles ne viendront pas pervertir, 
troubler et arrêter leur cours régulier, v Nous recommandons ce 
dernier point à l'appréciation de ceux qui sont à même de le 
comprendre. 

Ceux-là seront toujours rares en tout temps, ce seront les 
stoïques, les gens de sang-froid dojit le scepticisme repose sur 
des bases scientiHques. La tourbe médicale se ruera toujours 
vers les remèdes. L'auteur du traité satirique de l'expectation 
ne sera compris que du petit nombre, et sera plus loué pour 
ses défauts, pour ses écarts d'imagination, pour son ani- 
misme, que pour les arrêts sévères et peu consolants que lui 
a dictés la froide raison. 



FRÉDÉRIC HOFFMANN. 



133 



FRÉDÉRIC HOFFMANN^ 

(École allemande, fin du xrii* siècle, 1660-17/19.) 

Dans sa philoêophie du corps humain vivant et sain, sorte 
d'eiposé physiologique qui sert d'introduction aux ouvrages 
médicaux, Hoffmann, très-complet sur tous les points, ne con- 
sacre pas de chapitre au calorique. Cependant, à l'article De 
sanguiniê circulo per pulmones et respirationis usu^^ se trouve 
ce court paragraphe suivi de son commentaire: ((La chaleur 
du corps provient de celle du sang, et celle-ci résulte d'une 
agitation violente des parties intérieures, surtout des sulfu* 
reuses, par <{uoi l'on connaît que la respiration et le mouve- 
ment du sang dans les poumons ne refroidissent pas le sang, 
mais plutôt accroissent sa chaleur. Nous voyons que les animaux 
les plus chauds et qui ont beaucoup de sang chaud dans les 
veines sont pourvus de poumons; les plus froids, au contraire, 
comme les poissons, en sont dépourvus. . . d'ailleurs, plus la 
respirsrtion est accélérée, comme quand on élève la voix et 
qu'on parle longtemps, plus le corps s'échauffe. . . » 

Au chapitre de la nature du sang^^ Hoffmann dit que «^la 
chaleur n'est autre chose que le mouvement des parties sulfu- 
reuses du sang, d'où vient que, si le sang circule avec plus de 



^ Ne en 1660 à Halle, mort en 
174a. Appartenait à une famille de mé- 
decins célèbres et riches. Étudie à léna, 
à ErTurth , mais principalement la chi- 
mie. Le roi de Prusse lui fait fonder 
VOmvêrsité de HaUe, où Hoflmann ap- 
pelle Stahl. Comte du palais, conseiller 
aalique, premier médecin du roi, apro- 
fêué pendant 5a an$ toute la médecine, 
la chimie, la physiologie , la philosophie, 
la thérapeutique. Encyclopédiste comme 
Galien, Hoffmann, te grand homme du 
Brandeboui*g, fut chimiste, physicien, 



botaniste; ses ouvrages forment toute 
une bibliothèque (grande édition in-A" 
en 6 vol. et 3 vol. de supplément. Ge- 
nève, 1761). Gomme tous les grands 
médecins de ce temps, il fut très-versé 
dans les sciences naturelles. C^est un 
homme d*une érudition colossale, mais 
il n^est pas original. 

* Fnderici Hoffmanni Opéra onmia, 
Genève , mdgclxi , lib. I , sect. i , cap. vu , 
S 93, 1. 1, p. 46. 

' D» êanguine humàno ^Uêque natura, 
lib. I , sect. 1 , cap. ? , S 1 3, 1. 1 , p. 38. 



iU CHAPITRE r. — LA CHALEDR ET LA FIÈVRE. 

rapidité, comme dans la fièvre, ou après un violent exercice, 
ou après qu'on a absorbé des spiritueux, la chaleur alors de- 
vient plus grande. ^9 

L'effet est ici pris pour la cause; du moins nous enseignons 
que ia circulation est fonction de la température. Hoffmann 
ne s'élève pas au-dessus du mécanicisme de son époque. H 
ajoute : Omnia quw circulum sanguinis patenter augent,ea quoque 
calorem intendunt : et quœcunque ejus motum retardant, iUum 
minuunt^. — Calor temperatus ad vitam ac mnitatem tuendamvaUe 
e.st necessarius - . 

Il faut convenir que, si Hoffmann n'a point connu la valeur 
de la thermométrie (il est venu trop tôt), il a du moins en- 
seigné combien la classification du pouls en tant d'espèces 
différentes était chose ridicule et contraire aux principes de 
la mécanique. Ses critiques s'adressent à Galien et à ses imî- 
tateurs*. 

Il va sans dire que, dans ses principes de thérapeutique, Hoff- 
mann conseille la saignée dans les maladies aiguës et dans les 
fièvres éruptives. 

La sage, concise et excellente définition de la fièvre telle 
que les anciens la transmettaient aux générations nouvelles, 
à savoir que la fièvre est un malaise avec faiblesse, augmenta- 
tion de la chaleur et accélération du pouls, ne suffit pas à l'es- 
prit mécanicien d'Hoffmann: il déclare que de toutes les défi- 
nitions pas une ne Ta satisfait, et il en donne une de sa façon, 
en ces termes ^ : Spasmodica universi systematis nervosi et îmucu- 
losi affectio , jvmcta cum omnium in carpore functionum lœmne, 
orta a cama nerrosas partes ad intensiorem contractionem irritante, 



^ Liber 1, secl. i, cap. i\. S i/^. D« ' De ratùmaUjmlêuum9xplieatiêtiBH 

circuU tanguini» oil eoruervationem cor- judieio in morhU recte 9X mdmm /êt^ 

porit uiu, I. I, p. 5i. mando, secL i, cap. xii, 1. 1, p. 366. 

^ Liber l,secl. i, cap. w, $ 16. De * Dejebrium natura in g én ère, cap. 1 , 

eirenli nanguinie ad ctmaerfwtionem cor- S 3, I. Il, p. 9. 
port» utu, t. I, p. fil. 



FRÉDÉRIC HOFFMANN. 135 

ita quidem tU, accedente ipsa, fluida vitalia primum ail tnteriora, 
cor et majora vasa ab extemo amhitu agantur, et postea, aucta cor- 
dis et arteriarum systole, celeriter cum œstu per strictiora vasa tte- 
rum extrorsum pellantur, donec spasmo laxato excretiones succédant 
etfebris deslnat. 

Voilà une phrase longue, mais équivalant à une profession 
de foi; c'est tout un système, un Credo. Hoffmann appartient 
à la catégorie des hommes de foi , qui expliquent tout, se fient 
à un système mécanique, et dont la confiance en eux-mêmes 
est inébranlable. L'aurore du xthi* siècle était pleine d'espé- 
rances, et l'on y escomptait l'avenir. Le présent n'a pas tenu 
toutes ces promesses : nous sommes à une époque de mé- 
fiance. Voilà pourquoi la phrase d'Hoffmann nous parait trop 
longue et trop prétentieuse; elle ne produisait peut-être pas 
cet effet aux hommes de son temps. Du reste la théorie qui y 
est contenue était couramment enseignée dans les écoles et 
ne rencontrait guère de contradicteurs, (hi voit que la chaleur 
occupe dan» cette théorie une place tout à fait infime. 

Le fond de cette théorie de la fièvre, c'est le spasme {natura 
catenata)^ le frisson [liorror, rigor, frigus) , le pouls petit et 
serré, puis la délivrance par la dilatation des vaisseaux et la 
diffusion à la peau, etc. Le premier mouvement est centripète, 
le second est centrifuge. Hoffmann en prend occasion de dire 
que Xineffahilis^ divina providentia merito celebranda, quœ cor- 
ports nostri machinam mimalem iam sapienter potentiis et faculta- 
tilms instruxit motricibus, ut ipse morbus, qui, etc..., ad expugnati- 
dam ipsam suam causam suique curationem sœpissime vergat et 
vergere posnL Ce qui suit est absolument caractéristique de la 
doctrine : si la nature est si bienveillante, ne nous mêlons de 
rien, de peur de la déranger : Atque adeo quum ipsa natura sit 
optima morborum. etiam ipsius febris, medicatrix, pertiiciosum 
omnino est moUmen fébriles in salutem tendentes motus imprudenter 

' /VoifgofiMiNi , sed. it S 9, I. Il, p. 10. 



136 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

medicina mspendere, mpprimere, aut plane toUere t^Ue, ^ecundan- 
iutn poilus naiurœ saluberrimum opta, quodper auctiorem progrès- 
mum humorum moium, ad correcUanem et resolutùmem materiœ 
morhificœ tpsitisque tandem excretionem dirigitur. Les moyens 
conseillés par HofTmann sont, en conséquence, les diluants, 
les humectants. Us tempérants, les apéritifs, les fortifiants et les 
évacuants... C'est une médecine prudente, et c'est encore 
celle de la plupart des médecins de notre époque , où le scep- 
ticisme est grand. 

Hoffmann, à la vérité, reconnaît les vertus de Teau froide 
en boisson dans les maladies, mais c'est en érudit qu'il parle 
plus qu'en praticien. Dans son livre De rationalis therapiœ fun- 
damentis, de aqtue frigidœ potu salutari^^ il reconnatt, avec Hip- 
pocrate, que, dans les maladies qui naissent d'une qualité in- 
tempérée des humeurs, il faut rétablir l'équilibre, et qu'alors 
parfois il faut traiter par les contraires. Si le sang et les hu- 
meurs sont en excès, il faut corriger cet excès par les con- 
traires, la faim, les émissions sanguines et les évacuants. Si 
les sucs louables font défaut, il faut employer les aliments et 
les substances qui refont le sang et les humeurs. Une chaleur 
excessive demande des réfrigérants, et Hoffmann cite Hippo- 
crate : calidœ naturœ refrigeratio confert, aquœ potus et quies; 
Galien, qui, dans les fièvres trop chaudes, conseille de donner 
à satiété de l'eau très-froide; Celse et Primerose [De vulg. cr- 
ror.)\ Âlpinus, etc. 

Il parle enfin de sa propre expérience, et cite parmi les 
fièvres dans lesquelles il a éprouvé les effets salutaires des 
boissons froides, les fièvres bilieuses ardentes, la synoque bi- 
lieuse, la synoque catarrhale, la tierce continue et doublée, 
où les boissons froides favorisent la réaction sudorale. Il ad- 
met aussi l'utilité des boissons froides dans certaines fièvres 
éruptives, dans la dyssenterie (d'après Diemerbroeck), et 

' Secl. II, cap. XI, De atpiœ frigidœ potu êalutari,i. I, p. h6^. 



BOERHAAVE. 137 

dans diverses maladies apyrétiques. Hoffmann cite encore le 
livre de Smith : De virtutibus medicinalibus aquœ communis (édité 
en anglais et traduit en français). 

En résumé, l'immense encyclopédie médicale, chimique, 
physique, physiologique, philosophique, d'Hoffmann, ne con- 
tient que quelques rares passages relatifs à la chaleur, et, au 
milieu de tant d'aperçus scientifiques , la place dé ce phéno- 
mène est à peine indiquée. 

Pour étudier cette question, et apprécier l'importance des 
pesées dans les différents états physiologiques et pathologiques, 
il faut lire Jean de Gorter. 

BOERHAAVE». 

(Le plus illuslre membre de la belle école hollandaise, précurseur 
de Técole de Vienne. — xviii' siècle, 1668-1738.) 

Boerhaave a connu l'usage clinique du thermomètre. Un 
auteur moderne, Wunderlich^ ne lui accorde pourtant qu'une 
petite place dans l'histoire de la thermoscopie clinique. Nous 
verrons en effet que c'est surtout dans les modifications de la 
circulation qu'il cherche la connaissance de la fièvre, mais il 



* Né près de Leyde en Hollande, en botanique et de médecine. Il eut un 

s 668 , mort en 1 738 , était le ûls d^un grand succès et réunit un grand nombre 

miniaire protestant; il étudia le grec, d^élèves. Il publia les tntttliitûmf etlea 

le latin, la métaphysique, Thébreu , et aphon$me$. En 1718 il devient en plus 

était destiné à létat ecclésiastique. prore8seurdechimie.(Itavait trois chai- 

Également instruit dans les sciences res.) 11 fut le plus grand et le plus cul- 

mathématiqnes, il enseigne ces sden- tivé des professeurs de TEurope. Il re- 

ces et les leUres. Il réfute les erreurs çut les visites d'un grand nombre de 

d*Épicure,deHobbes,deSpinosa,etc.; souverains. Il mourut en 1738 laissant 

étudie la médecine à 99 ans, est reçu un grand nombre d'ouvrages, et surtout 

docteur à 95.0n Taccusc d'athéisme, il ayant été un maItbi vénéré de ses élèves, 
renonce à l'état ecclésiastique. En 1701, * Wunderlich, Hittoire et bibUogrik- 

À 33 ans, il est professeur adjoint à phiede$obiervatûmiUiermùmétriqueinyf- 

Leyde ; en 1 709 il devient professeur de dicalê$. 



138 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

ajoute dans son 673* aphorisme^ : Calor fehrUi» Aermasœpio 
extemus, senm cegn, et rubore urinœ intenius cogno9citwr. 

La définition que Boerhaave donne de la fièvre est excel- 
lente (aphor. 563) : tDans toute fièvre due à des causes 
internes, au début, il y a horripilation, pouls rapide et cha- 
leur, à divers moments et à divers degrés. » Ces trois symp- 
tômes forment en effet la triade fibrik (aphor. 56&): tu qua 
fehre Iubc tria decurrunt, etc. 

A la vérité Boerhaave se fie plus au pouls qu'à aucun autre 
signe, eC il ne fait en cela que suivre la tradition galénique re- 
nouvelée par Harvey , il admet donc la triade, mais le poub seul 
lui parait un guide sûr (570) : quœ quidem in omnifebre adswit, 
sed 8ola velocitas puUus adest ex his omnifebris tempore, ab initia 
ad Jinem, eaque sola medicus prœsentem febrim judicat.^ C'était 
alors l'opinion régnante, elle Test encore aujourd'hui; elle 
représente, dans les termes rapportés par Boerhaave, l'exacte 
vérité, et dans l'aphorisme suivant (67 1) : Adeoque quidquid de 
febre sic novit medicus, id vero omne velocitate pulsuum sola cognas^ 
citur. Cela n'enipéche pas que Boerhaave insiste sur la chaleur 
(579): in omni febre, his prœgressis, oritur calor, major, minor, 
brevis, diuturnus, intérims , crternus, vel loci, pro mrietatefebris. 



* Pour Boerhaave et Van Swieten les 
indications bibliographiques renvoient à 
Tédition : Gerardi Van Swielen, Com- 
mênUwii in Hermanni Boerhaave aphoriM" 
moi, en 5 volumes, Parisiis apiid GuiU 
lelmum Gavelier mdcclxi. 

' La tradition avait, du reste, con- 
serve précieusement le précepte formulé 
par Galien, les médecins tâtaient la peau 
des malades et en reconnaissaient la 
chaleur. Un siècle et demi avant Boer- 
haave, un médecin polonais, Struihi'sn 
(Art tphygmieaj livre II, chap.* x, 
i56o), après avoir énuméré tontes les 
qualités classiques du poub, ajoutait 
que le lact eandurit pluê ad ptnrtpwn- 



dam eorporù eaUdiUUem , tangen axUla i 
œgrotifdwium, thoraeem, hypochondria, 
voUu manui et plantoê pedwn. 

Et [dus tard Bordeu, vingt ans après 
la mort de Boerhaave, dans set re- 
cherches sur le pouls, 1756, n*en sait 
pas plus que Struthius, la tradition 
s^est affaiblie : « On découvrira bien des 
choses, dit-il, au sujet du rapport de la 
chaleur ou du froid de ces extrémités 
avec les différents états de la maladie; 
il y a des médecins qui croient, en cer- 
tain cas, devoir tAter les pieds de leurs 
malades; on en a vu qui jogaient les 
maladies des enfants presque par le 
smd tact des piedfl. -n 



BOERHAAVE. 139 

II constate que cette rhaleur accompagne toute fièvre, mais 
comme effM, non comme cause ou essence de ia fièvre, et, 
comme tous ses contemporains et devanciers, il voit la cura- 
tion dans Texcrëtion de la materies mali, par les sueurs, la diar- 
rhée, les urines, etc.; il tient pour les boissons cluiudea. 

Dans son CyS** aphorisme, Boerhaave donne le thermo- 
mètre et la rougeur des urines comme les moyens de juger de 
la chaleur fébrile. Il est à remarquer que Boerhaave a préci- 
sément dit ce qu'il y avait à dire sur la chaleur fébrile, et cela 
avec une telle rigueur, qu'aujourd'hui l'on ne dit pas autre- 
ment. Le thermomètre est cité d'abord , ot il n'est point ques- 
tion du tact, le tact est trompeur, le tlœrmomètre seul dit la 
vérité; puis la sensation du malade vient après; enfin l'urine, 
dit-il, fait connaître la chaleur intérieure. En effet, ne me- 
sure-t-on pas les calories émises par les produits de combus- 
tion que renferme Turine? Il est vrai que Boerhaave parle de 
la chaleur externe et de la chaleur interne comme s'il en exis- 
tait de deux ordres, et qu'il croit aux chaleurs locales : semper 
requirit majorem ignis copiam in illo loco quem plus calefacit{J^'jlx), 
Cette erreur devait plus tard être réfutée |)ar Hunter. Van 
Swieten développera l'aphorisme 673 et donnera la descrip- 
tion des thermoscopia ou thermomètres, en indiquant sa pré- 
dilection pour l'instrument de Fahrenheit*. Ainsi il est dé- 
montré que l'usage du thermomètre a été reconnu utile et 
préconisé dans les leçons publiques au commencement du iviu*" 
siècle, mais on était bien loin de connaître encore toute la va- 
leur et de l'instrument et du phénomène auquel il s'appli- 
quait. Boerhaave ne sait rien des causes de la chaleur, que ce 
que Ton savait de son temps : le mouvement, les frottements, 
les résistances, etc. Boerhaave explique la chaleur par le 
choc et le frottement des parties liquides entre elles et contre 

' Fahrenheit, oé à Dan(2ig(i685j, Ihermomètre ceDligrade et le jMa" au 
inventa an thermomètre à mercare dont 1 00* centigrade : quaUa hotUê jndcher^ 
le Sa* d^gré eorrespood an xéro da rtntA, dit Van Swieten. 



140 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

les parois des vaisseaux; il Tattribue à la résistance de ceux-ci, 
à la violence des mouvements du cœur, à la densité du liquide 
sanguin, d'où viennent la dureté du pouls, sa fréquence et 
son ampleur. Boerhaave professe simplement les idées méca- 
niques de son temps. Il croit aussi, malgré les travaux de Van 
Helmont, que Ton peut juger de la densité du sang tp^o con- 
speciu extravasati. L'étroitesse [angustia) des vaisseaux se recon- 
natt, dit-il, à la vue, au toucher, quand la chaleur est sèche, 
et que, la circulation ne paraissant pas très-active , la tempé- 
rature est très -accrue (683). Il ne reconnaît pas d'autres 
causes spécifiques de la chaleur, dont il décrit ainsi les effets 
(aph. 689) : Calor auctus Uquidissima dissipât ex noslro cruore , 
id est aquatn spiritus, sales, olea subtilissima; reliqiuim massam 
siccat, densat, concreseere cogit immeabilem, nresolubilem mate- 
riem; sales oleaque expedit, attenttal, acriara reddit, exhalât, 
movet; hinc minitna vasa atterit, rumpit;Jibras siccat, rigidas can- 
tractasque reddit; hinc subito multos, celeres, periculasos, lethales 
fnorbas producit, qui a priori facile deduci possunt. 

Boerhaave explique le mécanisme intérieur et, pour ainsi 
dire, moléculaire des échanges intimes, et, s'il est jpermis de 
critiquer un aussi grand savant , on peut dire qu'il s'est laissé 
entraînera un écart d'imagination. nOn peut, dit-il, d'après 
cela, comprendre combien de remèdes variés doivent être em- 
ployés pour mitiger la chaleur (690), 99 et il les indique dans 
les aphorismes suivants avec la sûreté de conscience d'un logi- 
cien qui croit à la puissance du raisonnement a priori dans 
les sciences d'observation. Aussi a-t-il facilement réponse & 
tout: ce Si la vitesse seule fait l'augmentation de la chaleur, il 
faut employer tout ce qui la ralentit: repos d'esprit et decorps, 
émission sanguine , légère et courte compression des veines des 
membres, application modérée des substances froides intusel 
extra; SX c'est la densité, boire de l'eau, de l'oxymel, ce qui re- 
lâche les vaisseaux; si c'est la pléthore, donnez les évacuants, 
les acides; s'il y a obstruction, etc., etc., les laxatifs. » Les expli- 



JEAN DE 60RTER. 



141 



cations et les préceptes de Boerhaave sont au-dessous de ses 
observations; on sent, en le lisant, que la physique n'est pas 
encore venue au secours de la médecine. L'idée de la chaleur, 
cause unique, ennemi unique, objectif principal, n'apparatt 
pas encore. 

JEAN DE GORTER». 

(Émale et imitateur de Sanctorius, xyiii* siècle, 1689-1763.) 

Jean de Gorter revient, à chaque ligne de ses ouvrages, sur 
les causes, la nature elles effets de la chaleur^. Dans son cha- 
pitre De aucta perspiratione , il reconnaît quatre causes à l'élé- 
vation de la chaleur', ut corpus humanum magis inealescat, una 
vel plures liarum requiruniur causœ: t' corporaactu calida corpori 
humano applicata vel ingesta; sà' ealefacientia sua naturà eodem 
modo adhibita; 5* calor naturalis per se, aut acliontbus corporis 
suscitatus; 4* quœ refrigerium corpori calescentiadmunt,cahrem'' 
que semel suscitalum quasi insuofovent sinu. 

Le mode par lequel se perd la chaleur le préoccupe plus en- 
core que les moyens par lesquels elle augmente. Pour lui, 
c'est la perspiration qui règle la chaleur en expulsant la ma- 
tière morbifique* : Si déficit natura ad expellendam materiam re- 
tentam insensibiliter, adjuvetur calidis extemis applicads, ut colore 
oeris, balneorum, fomentorum, stragulorum vestiumve cooper- 
tione, lavacris calidis, Quando et quomodo his utendum, descripsi- 



' Ne en 1 689 , en HoUande, à Enck- 
boTsen. Elève de l^univereité de Hariem , 
puis de Boerbaave (I.eyde); se pas- 
sionne pour Borelli et Sanctorius; fait 
construire un fauteuil balance et publie 
son Traité de la pertpiration inêen$ibk; 
professeur à Harderwick, puis à Saint- 
Pétersbourg, médecin de Catherine. 
Nombreux ouvrages: anatomie, phy- 
siokïgie, botanique, pathologie géné- 



rale , et chirurgie , eneyclopédUu de 1 90 
ans postérieur à Sanctorius. 

' Jobannes de Gorter, De periptra- 
tione inieniUnli, avec commentaires sur 
les aphorismes de Sanctorius. Editio 
altéra. Lngduni Batavorum apod Jans- 
sonios Vander Aa, 1736. 

' De aucta pertpiratwne , cap. xiii, 
S la, p. 169. 

^ Gap. III, S 53, p. i&o. 



142 CHAPITHE l". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

mus in salubri perspiratione, Jean de Gorter termine en décri- 
vant rinfluence de la perspiration sensible et des sueurs. 

C'est la perspiration qui rend les chaleurs de Tété tolé- 
râbles^ : Recte perspiranùbus calor œsUvus non est molesius. Quand 
la perspiration est insuffisante, minuta perspiratio , calor a^tùnu 
huic corpori valde molestus. 

Jean de Gorter critique : omnes, prœprimis indocti perpemm 
ratiocinantur^^ qui pensent que, pendant Tété, nous nous 
échauffons par le vêtement en empruntant la chaleur à l'exté- 
rieur. Le thermomètre démontre pourtant que notre corps est 
plus chaud que Tain Si nous brûlons, dit-il, c'est que ces vête- 
ments empêchent la perspiration. 

Les applications froides augmentent la chaleur ^ : uhinw omnes 
adducendœ sunt causœ, quœ insensibilis perspirationis impediwU 
exhalationem : ut autumnus, aerfrigidus, lavacra frigida, aer cras- 
sus, humidus, cœnoms, translalio corpùris ex calido infrigidum. 

Plus loin , il explique comment le froid augmente urinœ oh 
pinm^. 

Ces passages suffisent à montrer que Jean de Gorter se fai- 
sait des rapports qui relient la chaleur, la perspiration, ie 
poids et les urines, une idée parfaitement exacte. Il avait 
d'ailleurs un esprit précis, ses assertions reposent sur des 
preuves , et c'est à l'aide de la balance et du thermomètre qu'il 
critique et complète les recherches de Sanctorius. 

VAN SWIETE]N\ 

(Érole de VieDno, x? m* siècle, 1700-1774.) 

Van Swieten fait l'éloge de la chaleur, qui est le moteur 



» Cap. XI, S /j8,p. 107. ^ Cap. xfi,S 10, p. 1917. 

' Cap. fiu , De cahre et hiunore ca~ ^ Né â Leyde en 1700, mort à 

Udo,S 18, p. 71. Vienne en 177!!. Catholique né en pays 

^ Cap. XI T, S 19, De pondère carpo- protestant; noble, pauvre, penéôité. 

m, p. 169. Reçut une éducation première Irèi aoî- 



VAN SWIETEN. 



ns 



universel, t. 1, p. 791, Y. Cahre: «La vie parfaite chez 
rhomme, c'est-à-dire la santë, est accompagnée de chaleur, 
et ceUe-ci est égale, répandue dans toutes les parties du corps, 
jusqu'aux extrémités. . . Or, non-seulement la chaleur est le 
signe de la vie présente, mais encore la vie latente et assou- 
pie est réveillée par la chaleur et rendue à l'activité. Les gre- 
nouilles sont engourdies par le froid de l'hiver, et, plongées 
dans la glace, y demeurent immobiles; si on les place dans 
une étuve, elles reprennent leur agilité. Le poulet futur, dans 
l'œuf, demeure latent et ne croit point, tant qu'il n'est point, 
grâce à la chaleur de l'incubation, amené à la vie en acte, et 
comme l'ont montré les expériences immortelles de l'ingénieux 
RéADMUB, on peut à volonté exciter, déprimer, prolonger, rac- 
courcir la vie des insectes , suivant qu'on les expose à une cha- 
leur haute ou basse. Déjà les anciens semblent avoir connu 
cette admirable propriété du feu et de la chaleur, par qui tout 



gnée, en littérature et en philosophie; 
très-lahoneax,à 16 ans tombe malade 
probablement par excès de travail, re- 
çoit les conseils de Boerhaave, qui lui 
ordonne les armes, la musique, et de 
faire en se couchant quelque lecture 
plaisante (Théâtre italien de Gherardi). 
Reçu docteur en 1795, reste encore 
orne ans Télève de Boerhaave, qui fut 
pour lui an maître, un dieu; fait des 
leçons , défendues par la municipalité, 
parce qu*il est catholique. Limpéra- 
triée Marie-Thérèse d^ Autriche cherchait 
è ranimer dans ses États Tétude des 
sciences et des arts que les guerres et 
les malheurs puhlicsavaientplongésdans 
rindoience. Elle le plaça, en 1766, à 
Vienne , à la tête de toutes les études des 
trois royaumes, de la bibliothèque; il 
devint premier médecin de la cour, ba- 
ron de Tempire et suKoat professeur 
émineut, fit des leçons auiqueiles il at- 



tira les étrangers. H créa une école de 
sages-femmes oà Ton professa en langue 
vulgaire, fonda une chaire de clinique 
de démonitration au lit du malade, 11 n*y 
avait ni amphithéâtre d^analomie, ni 
laboratoire de chimie, ni jardin des 
plantes avec démonstration , ni musée. 
Il créa tout cela ( fut ainsi plus heureux 
que nous en 1876), força le préjugé 
populaire contraire aux dissections, 
abaissa les droila d'étude, il fit un palais 
de l'université où les professeurs de 
toute espèce sont logés et bien appoin- 
tés. 11 fonda une grande bibliothèque 
commode et hospitalière, ouverte m 
tout temps. Son exemple montre com- 
ment on fonde une grande école. Mo- 
deste, il fit un ouvrage énorme, véri- 
table encyclopédie médicale, intitulé 
simplement : Commentaria m Herinanni 
Boerhaave aphorinnoi de eognoêcendit et 
eurandie morbU, 



làk CHAPITRE I". — LA GHALKUR ET LA FIÈVRE. 

est animé dans la nature. Plutar^ nous apprend que le sage 
roi Numa voulait qu'on adorât le feu comme le principe de toûie 
chose. (Piutarque, Camille, t. I, p. 139.) Car, dit cet auteur: 
mobilissimus enim in natura ignis est Motus atUem est,aut cum 
motuejus generaùo. Aliœ vero materiœ partes colore destitutœ, tor^ 
pidœ jacenles et mortuis similes, demierant ignis vim, velut ont- 
mam : quœ simulac accessit, conférant se ad agendumaHquidautpa- 
tiendum. «On voit donc, ajoute Van Swieten, combien on peut 
attendre de la chaleur extérieure, pour mettre en mouvement 
les liquides stagnants, v 

Cette citation de l'antiquité, empruntée à Plutarque, fait 
que Ton pense malgré soi à la théorie mécanique de la chaleur 
et à la conservation de la force, choses qui nous semblent si 
absolument modernes. 

Causes de la cludeur du corps. — Au t. II, aph. 675,p. qGA et 
suiv., Van Swieten passe en revue les différentes théories an- 
ciennes et celles de son temps. Il y a, dit-ii, dans les corps vi- 
vants quelque chose qui n existe pas dans les inertes et qui engendre 
la clialeur. Il est certain que le mouvement des liquides (circu- 
lation) coïncide avec la chaleur, s'accroît comme elle, et dis- 
paraît avec elle. Il semble donc que ce mouvement soit la 
cause de la chaleur^ Van Swieten convient que les anciens ont 
considéré l'origine de la chaleur comme très-obscure et presque 
divine, ainsi Hippocrnte dit : Quod calidum vocamus, idmihiet 
immorUde esse videtur, et cuncta intelligere et videre et audire, et 
scire omnia, tum prœsentia, tum fulura^. Galien niait que la 
chaleur fût produite en nous par le frottement' : non enim ex 
attritu arteriarum spiritus calor in animantium corporibus gène- 
ratur, sicuti in Inpidibus et lignis, sed contra ah innato calore 
mo/u4 t/;«arum ^un(. Cependant , ailleurs (Lt^f//. adv. Lycum, 

* Nous savons aujourd'hui que c^est ' Lib. de eamibuê , cap. i. Gbarter. 

rinvcrse, et que, dans le corps des ani- T. V, p. 3o9. 

maux comme dans la machine à vapeur, ' De Hippocrate et Platon. plaeiL 

c'est la chaleur qui fail le mouvement, lib. VIII, cap. vu, Und. p. 9/19. 



VAN SWIETEN. 145 

cap. Il), il avoue que cette question est controversée parmi les 
médecins. On peut interpréter le passage suivant de Galien 
comme favorable à Thypothèse du frottement: Utrum autem ts 
(calor) ex cordis et arteriarum molu ortum haheat, 

La preuve de la chaleur développée par le frottement des 
corps solides, dit Van Swieten, est donnée expérimentale- 
ment, et il renvoie aux éléments de chimie de Boerhaave {^De 
igne)\ mais il n'en est pas de même pour les liquides, où Ton 
ne voit se développer par ce moyen qu'une bien faible chaleur. 
Aussi quelques célèbres médecins ont-ils essayé de démontrer 
que le frottement ne causait pas la chaleur du sang. Ainsi 
Schelhammer (De genuina febres curandi melhodo , sect. ii, S 33, 
p. 91 ) dit que tout, dans la nature, proteste contre cette doc- 
trine. Mouvez, dit-il, etchoquez tous les liquides quelconques, 
soulevez des flots nuit et jour dans un vase, que la mer se 
soulève en bouillonnant, que les fleuves les plus rapides se 
ruent pendant des siècles contre les rochers, ils ne s'échaufl'e- 
ront pas pour cela. Ne voit-on pas par là qu'il y a autre chose 
dans la chaleur du sang que le mouvement, en admettant 
même que le mouvement contribue un peu à cette chaleur? 
Van Swieten répond à cela que les liquides ne s'échaufi'ent 
pas par le frottement à moins d'être élastiques; et, tirant 
partie des découvertes de Leeuwenhoeck relatives aux glo- 
bules du sang qui sont des corps doués d'élasticité, il rappelle 
aussi, d'après Boerhaave, que les corps conservent d'autant 
mieux la chaleur qu'ils se rapprochent davantage de la forme 
spbérique (globules du sang). D'ailleurs, dit-il, quand k sang 
s'appauvrit de globules (chlorose, anémie), la chaleur diminue. 
En somme Van Swieten demeure fidèle à la théorie du frot- 
tement et l'applique à la fièvre sans hésitation. Son parti pris 
de tout expliquer, et d'approuver aveuglément ce qu'a dit 
Boerhaave , le conduit à paraphraser simplement les versets de 
son mattre; on apprécie, dit-il, la puissance du mouvement 
fébrile du cœur par la densité du liquide et la fréquence du 

10 



H6 CHAPITRK r. — LA CHALEUll ET LA FIÈVRE. 

pouls . . , et là se place cette erreur si tenace et qui régnait en- 
core en maîtresse dans les écoles au début de nos études, à 
savoir que le caillot, la couenne du sang, signifient densité de 
ce liquide, inflammation, etc., erreur que Van Helmont avait 
pourtant réfutée avec tant d'esprit. Il semblait qu'après les 
travaux chimiques et les démonstrations saisissantes de ce grand 
homme, il ne dût plus jamais être question de cette grossière 
aberration. Van Smeten avait lu et étudié les livres de Van 
Helmont, mais il en redoutait l'esprit caustique, et il semble 
quil n'ait point approuvé les sarcasmes contre les médecins, 
qui y sont distribués de main de mattre.. . . . 

Après avoir rapporté les expériences de Réaumur sur la pro- 
duction artificielle du froid. Van Swieten ajoute : tcCes proprié- 
tés du froid nous amènent à comprendre mieux ce qui se pro- 
duit quand le corps humain est exposé à un froid rigoureux. 
Notre chaleur, à Vétat de santé, même au fort de Véti le plu$ chaud, 
dépasse celle de Vair ambiant^ \ on comprend , dès lors, qu'il faut 
un froid excessif pour que les parties de notre corps soient roi- 
dies par le froid. Mais comme, toutes choses égales d'ailleurs, 
il y a moins de chaleur aux extrémités, parce que la vitesse 
du mouvement du sang diminue en raison de la distance du 
cœur, Teffet du froid extérieur se fait sentir surtout aux doigts 
des pieds et des mains, au bout du nez et aux oreilles.» 

Les limites de la chaleur physiologique. — r T. I, Z)e combustions^ 
p. 767 : ce 11 y a, pour le corps humain à l'étal sain, un degré 
de chaleur, mesuré au thermomètre, à partir duquel les liquides 
et les solides ne reçoivent aucun dommage. Rarement , même 
chez les hommes les plus vigoureux, cette chaleur excède le 
96" degré du thermomètre Fahrenheit (35%6. C.) Mais, dès 
que la chaleur, dans les maladies, monte au delà du ioo*de- 

' Erreur de Vnn Swieten qui croit, le. milieu ambiant, t. I, Gangntnaf 
nvcc les savants de son époque, que p. 735. (Voy. Réaumur, Mèm. Ac. des 
notre corps estjoujoun plua chaud que Se., 1 73^ , p. 2198.) 



VAN SWIETEiN. 147 

gré (37%8C.) le sang et son sérum commencent à être dis- 
posés à la coagulation ; si la chaleur monte à i âo"" F. (Bo"" C.) 
le sang se coagule. Ainsi la chaleur, arrivée à ce degré, change 
l'état de nos liquides. Mais, à la température de l'eau bouil- 
lante (9 1 9*" F.), liquides et solides sont détruits. . . 7> 

Van Swieten parle ici des applications extérieures de la 
chaleur. L'occasion était favorable pour donner le chiffre de 
la chaleur physiologique des tissus, et l'extrême limite de la 
chaleur du corps dans les maladies; mais ces notions pa- 
raissent lui avoir fait défaut. 

Cependant (t. I, p. 159), expliquant l'action de la chaleur 
fébrile sur le sang, Van Swieten donne une théorie qui se rap- 
proche de celles qui sont aujourd'hui confirmées, telle que la 
théorie des embolies de Virchow, ou seulement proposées, 
comme celle de Liebermeister sur l'action de la chaleur fé- 
brile comme destructive des actions vitales. , . 

Sérum sanguinis Jluidisstmum ah aqua ebvlUente coagulalur in 
$cmilem massam; et in morbiê, dum calor tnsurgit multum ultra 
gradum coloris hominis sani, siatim incipit disponi sanguis ad con-- 
crelionem; hinc respiratio tune incipit esse diJkiUs et anhelosa, et 
cerebri acticnes lœduntur, quia per subtilissitna illa vasa, sanguis 
jamfere concrescens, transire nequit; accedit simul, quod per calo^ 
rem auclum subtilissima diffentur de corpore. 

La question de la chaleur fébrile prend, dès ce moment, 
une importance qu'on ne lui reconnaissait pas jusqu'alors. 

c( Lorsque la chaleur, dans les maladies aiguës fébriles, ao- 
compagne une inflammation locale d'une partie du corps, c'est 
dans la partie affectée que l'on trouve la plus grande chaleur, 
quelle que soit la chaleur du reste du corps: ainsi, dans la 
vraie pkréniùde (frénésie), il y a une douleur et une chaleur 
U^-grande à la tête; dans l'angine inflammatoire, il y a une 
très-forte chaleur à la gorge, et ainsi de suite pour les autres 
maladies inflammatoires. C'est ainsi qu'Hippocrate, parlant de 
la possibilité de découvrir le lieu affecté par le fait même de 

10. 



148 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

sa plus grande chaleur^ dit [Coac. prœnoL n"" &3) : Quibus latus 
MuÙaium m tumorem, ac calidius est, et mclinatiê in alterum gra-- 
ftlof dliqua impenJere videtur, hic pue ex una parte est. Et ailleurs 
il recommande , pour savoir où il faut inciser ou brûler dans 
Tempyème, de recouvrir la poitrine du malade, d'un linge 
enduit d'une terre rouge, bien passée et imbibée d'eau tiède, 
disant que c'est là où la terre se séchera d'abord, qu'il faut 
faire l'ouverture. 

Ce chapitre renferme des vérités et des erreurs. On sait, en 
effet, que jamais une partie du corps quelconque, enflammée 
ou non, suppurante ou saine, en quelque état qu'elle soit, ne 
possède une température supérieure à la température rectale; 
rarement elle atteint la température axillaire. 

Il n'est pas moins vrai que les parties de la peau enflammées 
sont plus chaudes que les autres parties des téguments {pibor^ 
col^r), mais elles ne le sont pas plus que les centres; il n'y a 
donc pas , à proprement parler, de foyers de chaleur créés lo- 
c«leiuent ^ 

Quant à la nature de la fièvre, sous le rapport de la cha- 
leur fébrile. Vnn Swieten dit, avec Boerhaave (S 5 80), que la 
cKaleur e^l effet et non cause, qu'elle n'est donc pas l'essence 
Uft^me de la titVre, et il rend justice, en ce point, à la théorie 
viue Vau Hehuont a exprimée en ces termes ifebrisnon est nuda 
li^'iA lifmfhtMtêSi W ifdest occasianalis vitiata materia, ad cujus 
M^««*M^M*^«i tn^Ai'NJfi per accidens se accendit, velut indignaius, 

Ki-v^^Mi fHéiiiit y^/^ijiftw /i*nfo, t. II, p. 1 59). — «Le frisson 
^W s{<» uus' !iis'avAÙou que nous éprouvons par la diminution de 
,>Iuv1vm' vJv tK,»lix^ c\Mr|v<^ l*e frisson ne nous donne point à con- 
«m'Hv gk^ auvil^' v^u^utuê uotn' chaleur est diminuée, mais 

^sv ^«< .-^M^^KVft ^ IXmHKmr ol plu5 ^rand afflux du liquide chaud , 
S»N\^ <x -^^Jk^ -^^ Vi^Wi^i» V^fcwM^I Mir qui t"»! le sang; elles sont le point de 
^ >^<^i«ik :*!» iHtfctiftfr^'^ ^"^ ^«ÀMMUi départ des théories vasomotrices. 



VAN SWIETEN. 149 

seulement qu'elle l'esté Or les thermomètres nous apprennent 
que tous les corps ont la. chaleur du milieu ambiant, h moins 
qu'ils ne soient au contact du feu; mais la chaleur de notre 
corps est supérieure à celle de l'air où nous vivons, et, dès que 
la cause qui produit en nous de la chaleur vient à cesser ou 
à baisser, notre chaleur baisse et retourne à celle du milieu 
atmosphérique. Or c'est la sensation de cet abaissement que 
nous appelons frisson (frtgus). j) Van Swieten explique lon- 
guement la cause du frisson fébrile qui serait produit par la 
conslriction des petits vaisseaux et par une moindre action du 
cœur amenant une diminution des frottements: Omnes humO' 
resjam stagnare tnciptunt circa arteriarum extrema, quod cordis 
cohtractio debeat minui, quia remtenùas in arteriis superare, adeo- 
que et se intègre evacuare, nequit» . . illud enimfrigus fit a minuto 
attritu liquorum in se mutuo et ad vasa, etc. 

Opinion des anciens sur la fièvre, d'après Van Swieten. — Après 
avoir professé que le pouls était le signe le plus constant de la 
fièvre. Van Swieten s'exprime ainsi : «Cette simplicité a déplu, 
et l'on trouvait dur d'en être réduit à la seule accélération du 
pouls comme signe pathognomonique et toujours fidèle de la 
fièvre, d'autant plus que le pouls peut être troublé par une 
infinité de causes passagères. 

((Aussi Gelse recommandait-il de prendre de grandes pré- 
cautions pour s'assurer si le pouls n'était pas influencé par des 
causes accessoires. 

«Or la chaleur n'offre pas plus de garanties, et, bien que 
les anciens l'aient considérée comme l'essence même de la 
fièvre, ils hésitaient à la croire un signe infaillible. Gelse dit: 
AUera res cui credimus, calor, œquefaUax, 

« Pour Galien il y a fièvre quand la chaleur est augmentée 
d'une façon assez immodérée pour mettre l'homme mal & 

* Van Swieten contredit lui-même pins loin ceUe erreur. 



150 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

l'aise et Tempécher d'agir; que si ni l'un ni l'autre n'a Heu, 
quand même l'homme serait plus chaud qu'avant , il n'y a pas 
heu de dire qu'il ait la fièvre. — Et les médecins grecs et 
arabes qui ont suivi n'ont pas parlé autrement. Avicenne dis- 
tingue la chaleur fébrile, morbide, de celle qui provient de 
la colère ou du mouvement musculaire. 

c( Hippocrate , d'après Galien, tout en parlant du poub, 
semble ne l'avoir pas beaucoup étudié et en avoir méconnu 
l'importance et la vraie cause; pourtant Hippocrate décrit 
souvent des caractères particuliers du pouls, v (Coac. prœnoL de 
lethargiœrum pulsu , in Zoilo, in Polycrate, etc.) 

De la chaleur du corps dans les mcdadies et de la thermomitrie. — 
Au tome II, S 678, Van Swieten développe et complète l'apho- 
risme suivant de Boerhaave : Calor febrilis thermoscopio exter-- 
nus, sensu œgri et rubore urinœ intemus cognoscitur. Nous tra- 
duisons presque intégralement ce chapitre important: «La cha- 
leur est un sympt&me si constant dans les fièvres, que Galien 
et après lui les médecins les plus célèbres ont pensé que ia 
chaleur était la fièvre même. Chez l'homme sain il y a une chaleur 
d'un degré bien déterminé : la chaleur dite fébrile e;ccède ce 
degré, qui est celui de la santé, et c'est de cet excédant morbide 
qu'il s'agit quand on parle de la chaleur fébrile. Noiis trai- 
tons, dans ce paragraphe, de la manière de reconnaître la 
présence de cette chaleur fébrile. 

^On reconnaît la chaleur et à la surface du corps, et dans 
les cavités profondes pendant la vie, comme chacun sait, et, 
toutes choses égales d'ailleurs, elle est toujours plus élevée à 
l'intérieur, à cause des pertes que l'air extérieur fait subir à la 
surface du corps, parce qu'il est plus froid que nos tissus. On 
peut sans doute reconnaître, par le toucher, la chaleur exté- 
rieure chez les fébricitants, mais non en apprécier, avec une 
exactitude suffisante, l'intensité: attendu que le sens du ton- 



VAN SVYIETEN. 151 

cher» en ce qui concerne la chaleur [sensus calaris)^ peut varier 
chez nous par des causes nombreuses. 

«Par exemple : quand nos mains sont froides, nous trouve- 
rons que la main du malade est chaude, alors qu'elle nous 
paraîtrait à peine tiède, si nos mainâ étaient réchauffées par 
friction ou autrement. Aussi la mesure la plus exacte de la 
chaleur est-elle donnée par les thermomètres, aujourd'hui très- 
perfectionnés et portatifs, appelés, du nom de leur premier in- 
venteur, Fahrenheit; les meilleurs sont ceux qui contiennent 
du mercure, lequel est préférable à tout autre liquide. On 
commence, avec ce thermomètre, par mesurer la température 
d'un homme sain, que Ton marque avec un index fixé à l'ins- 
trument; puis, le point étant noté, si l'on fait tenir ce ther- 
momètre dans la main du malade fiévreux ou qu'on le lui 
introduise dans la bouche, ou qu'on le lui applique sur la 
poitrine nue, ou bien dans l'aisselle, pendant une durée de 
plusieurs minutes, on jugera, parla hauteur variable oiï mon- 
tera le vif-argent, de combien la chaleur fébrile dépasse la 
chaleur naturelle, c'est-à-dire celle de la santé. Donc on con- 
naît ainsi la chaleur de l'extérieur du corps et celle de la 
bouche qui a une libre communication avec l'air extérieur; 
ces températures sont toujours moins élevées que celles des 
parties intérieures du corps. Il arrive parfois que, dans cer- 
taines maladies, les parties extérieures du corps sont peu 
chaudes, tandis que l'intérieur est brûlant (Hippocrate, fièvre 
ardente), et alors le pronostic est très-mauvâls. Nous avons 
connaissance de cette chaleur d'après la sensation des ma- 
lades, qui, dans ces funestes maladies, se plaignent d'habitude 
d'une ardeur intolérable, surtout dans les viscères vitaux (m- 
Uûia viscera ). v Suit un chapitre sur les urines chargées chez 
les fiévreux , chapitre excellent. 

On croirait lire un ouvrage contemporain et un bon ou- 
vrage. 

Nous avons donc ici, résumée, toute la pratique thermo*cli- 



152 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

nique de Van Swieten. Nous voyons qu'il consultait la tempé- 
rature sur la peau du tronc, dans la main, dans l'aisselle et 
dans la bouche, et qu'il supposait des températures inté- 
rieures dont le degré inconnu lui paraissait ne pouvoir être 
indiqué exactement; il s'en rapportait, sur ce point, aux sensa- 
tions des malades. Il ne parait pas que l'on ait, à cette époque, 
introduit le thermomètre dans l'anus ou dans le vagin, ni qu'on 
ait su combien la température de l'aisselle s'approchait des 
températures centrales. 

Valeur diagnostique du signe chaleur. Van Swieten (^De morb. 
inL aph. 670). — Le pouls accéléré est le signe le plus cons- 
tant de la fièvre. 

Ici Van Swieten aborde une question qui, depuis, a été fort 
étudiée, et dont la solution vraie, trouvée par de Haén, a été 
oubliée, puis retrouvée de nos jour3 : celle du frisson avec 
fièvre (du froid avec chaleur). 

11 y a, dit-il, de la fièvre au plus fort du frisson de la fièvre 
quarte, et, quand un faible vieillard, au milieu de l'hiver, est 
suffoqué par une fièvre quarte avant d'avoir pu se réchauf- 
fer, tout le monde n'en dit pas moins qu'il est mort dans le 
paroxysme fébrile. Donc il y a de la fièvre, quoique l'on n'ob- 
serve pas de chaleur. C'est une sorte de paradoxe que de dire 
(nugari videntur) qu'il y a de la chaleur dans le moment du 
frisson fébrile, mais elle est latente et on ne peut la percevoir. 
C'esi-à-dire qiîe la chaleur succède au froid et que l'homme 
frissonne alors qu'il n'est plus froid. 

Ainsi l'accélération du pouls est le phénomène que l'on 
trouve toujours, non-seulement dans toute fièvre, mais à tous 
les moments de la fièvre. 

Pour mieux marquer le défaut du signe tiré de la chaleur. 
Van Swieten accentue son opinion (son erreur), en disant: 
?ç Certes, à ce moment de la fièvre, où au frisson fébrile suc- 
cède graduellement une augmentation de la chaleur qui arrive 



VAK SWIETEN. 153 

au degré de la chaleur naturelle [teporem)^ il n'y pas d'autre 
signe de la fièvre que l'accélération du pouls, n 

Il reste acquis à l'histoire que cette question de la concomi- 
tance du frisson et de la chaleur était débattue dans les écoles 
au temps où Van Swieten écrivait ce chapitre. 

Des rapports du pouls et de la chakur (j)roportwn). — « On ne 
peut pas dire dans quel rapport la vitesse de la circulation et 
ta résistance des vaisseaux sont avec la chaleur fébrile. 

<^Si la vitesse du sang était doublée, alors que chez un fé- 
bricitant les artères battent deux fois plus vite qu'à l'état saûi, 
la chaleur ne serait pas pour cela portée au double; il y a, 
outre la rapidité du mouvement, d'autres causes qui conspirent 
à produire la chaleur. . . Cette chaleur, portée au double, se- 
rait intolérable pour le corps et produirait bientôt la mort. Si 
la chaleur normale était doublée, portée à 180° F., le sang 
se coagulerait dans les vaisseaux et tout mouvement cesserait. 

« Il semble que le rapport du pouls à la chaleur soit tel que Vexeé-^ 
dont de clialeur qui se montre avec un pouls doublé de vitesse, soit 
à f excédant qui se montre avec un pouls triplé de vitesse, dans le 
rapport de i à ù,\\ faut tenir compte du reste, non pas seule- 
ment de la fréquence, mais de l'amplitude du pouls. . . t) 

Ce que Van Swieten dit est fort juste en principe. Depuis 
lui on a mieux étudié les rapports de la fréquence du pouls et 
de la température. 

Si nous appliquons son principe, nous trouvons que la 
chaleur étant de 87% 5 C. avec un pouls à 60, si le pouls 
est triplé, soit porté à 1 80, et la chaleur étant alors de /i t"* 5, 
la chaleur sera de 3 9** 5 avec un pouls de 120. L'expérience 
nous montre que si, dans les maladies à courbes régulières, 
la courbe du pouls se modèle sur celle de la chaleur, cepen- 
dant il n'y a point de rapport entre la fréquence absolue du 
pouls et la chaleur absolue; celle-ci a un maximum, le pouls 
n'en a pas; le rapport varie d'un individu à l'autre, d'une ma- 
ladie à l'autre. 



i54 CHAPITRE r. — LA CHVLElJR ET LA FIÈVRE. 

Les maladies fébriles, la Jièwre. — S 558 de Boerhaave : 
Febris frequeniissimus nwrbus, in/lammatiom individuuê (insépa- 
rable) cornes, plurium tnorborum, mortis et sœpe sanatioms aplima 
causa, nunc explicanda. La fièvre est la plus fréquente des 
maladies, elle accompagne toujours les maladies inflamma- 
toires, les autres. souvent. Aussi Thistoire de la fièvre mérite- 
t-elle la première place. 

Febris a fervore dicitur Latinis, ut voluerunt plurimi, a fe- 
bruofido (puri(ier), id est lusirando vel purgando deduxerunt alii. 

Hippocrate a dit aussi (et il n'était pas le premier sans 
doute) : (t Je commencerai par la fièvre, qui est la plus commune 
des maladies (lib. De fiatibus)^ et qui est la compagne de 
toutes les autres maladies, principalement de Finflammation. 9 

La triade fébrile, — Van Swieten dit, après Boerhaave et 
comme tous ses contemporains : Tria nempe tantum phœno-* 
mena omnibus febribus communia observantur: horripilaùo , pulsus 
velox, calor. 

Quant à la nature de la fièvre, il faut dire, avec Sydeur 
ham : le mode d'action de la nature, en cette matière, échap* 
pera toujours à l'esprit des mortels. Dans toute fièvre, dit Van 
Swieten, l'expérience montre qu'il y a accélération du pouls, et, 
par conséquent, contractions plus fréquentes du cœur; ce qui 
prouve que les causes qui font contracter le cœur sont accrues; 
mais comment agissent ces causes excitantes du cœur, pour- 
(|Uoi, dans la fièvre, sont-elles plus énergiques? nous Tigno- 
rons. 

Tout ce que nous savons de la nature de la fièvre, nous le 
connaissons seulement par ses effets et ses attributs insépara- 
bles: l'esprit humain semble ne pouvoir aller plus loin, neque 
hactenus bonœf rugis protulerunt omnes, qui hic plus sapere volue- 
runt. Cette phrase est à méditer ! 

Classi^cation des fièvres d'après la nature de la chaleur fébrile. 



, VAN SWIETEN. 155 

— Van Swielen (t. II, p. q3) commente le 679'' aphorisme de 
Boerhaave ainsi conçu : In omni fehre, his prœgressis, oritur 
calor, major, minor, brevis, diutumus, intemus, externus, univer- 
salis, vel loci, pro varietate febris. Cet aphorisme indique une 
vue d'ensemble, philosophique, et plutôt une intuition que le 
résultat direct de l'expérience. Van Swioten tente d'établir une 
classification des fièvres en partant du piîncipe des modalités 
variables de la chaleur, c^ Après, dit-il, que le frisson a cessé 
et que le sang circule librement et largement par les artères 
dilatées, les capillaires ayant cessé de résister, la chaleur fé- 
brile se développe et s'accrott. Or, suivant le caracUre (indolc) 
différent de la fièvre, cette chaleur diffère d'intensité, de du- 
rée, de siège [locoj. . . 

n Ainsi la fièvre éphémère, la synoque simple, ont qne cha- 
leur douce et humide, à peine plus élevée que la chaleur na- 
turelle: la synoque putride a une chaleur beaucoup plus in- 
tense et qui pique, pour ainsi dire, le doigt qui touche; dans la 
véritable fièvre ardente, la chaleur perçue au toucher est brû- 
lante, et l'air expiré semble en âtre surchauffé. Dans la peste, 
l'invasion de la maladie , détonant sur cerLiines parties, comme 
un feu vif, les réduit en escarre. Dans la fièvre tierce légitime 
et parfaite, qui ne dépasse jamais douze heures, la chaleur dure 
quelques heures seulement; dans les fièvres continues, elle 
s'étend h plusieurs jours, à des semaines; dans les fièvres hec- 
tiques, cette chaleur dessèche et épuise le corps pendant plu- 
sieurs mois. 

«Le meilleur signe est quand la chaleur est répartie éga- 
lement par tout le corps jusqu'aux extrémités. Dans les fièvres 
les plus mauvaises et le plus souvent mortelles, il arrive que 
Ton perçoit une grande chaleur dans les rentres vitaux, tandis 
que les extrémités du corps sont froides.;^ 

(I semble que, dans cette tentative de classification des 
fièvres. Van Swieten ait eu une sorte de divination des services 
que les courbes de température seraient appelées à rendre. 



156 GUAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

HALLER'. 

(1708-1777.) 

Haller range la chaleur parmi les elementa sanguinis. Il ad- 
met que le sang est plus chaud que le milieu ambiant habi- 
tuel, même chez les animaux à sang froid, à plus forte raison 
chez l'homme^. Cependant, passant en revue tous les cli- 
mats, il reconnaît que certains ont une chaleur supérieure à 
celle du sang de l'homme; celui-ci peut vivre dans une cha- 
leur extérieure de 5o à 60 degrés centigrades. La tempéra- 



^ On rappelle «le plus grand physio- 
logiste des temps modernes, n né à 
Rerne en ^708, mort en 1777. D'a- 
bord littératcuret poète. Élève à Tiibin- 
gen de Duvemois, anatomiste, va a 
Leyde, étudie sous Albi nus, Boerhaave, 
1796, Ruysch, apprend les mathéma- 
tiques avec Bcrnouilli à Berne. Va en 
Angleterre, voit Hans Sloane, Douglas, 
Gbeselden ; en France : Geoffroy , les 
Jussieu, LeDran, chirurgien, et VVins- 
low qu'il aima surtout. Haller quitte 
Paris parce que , disséquant avec un pro- 
secteur nommé Lagarde, il fut dénoncé 
par un voisin indiscret qui avait fait un 
trou au mur: hane diêcendi opportunitor 
(em maligna curiositoi operarii turbavit, 
qui effotio pariete quid agerem ipecula- 
tus , meum uomen ad viros publicœ se- 
atritati prœfectos detuUt ; ut graves pœ^ 
nos I forte trirèmes effugerem, latendwn 
mihifuit, et deserenda cadavera, {BibL 
anat. t. Il, p. 196.) En 1799 (91 ans) 
il exerce la médecine. Médecin d'hôpi- 
tal en 1736. L'État de Berne avait fait 
construire pour lui un amphithéâtre 
d'aiiatomieen l'jZh et il en est profes- 
seur (a 6 ansi), publie un recueil d'odes 
et d'épltres en allemand, est chef de la 



bibliothèque; en 1786 professeur en 
Hanovre à Gottingue. AnaUnme, 6ofA- 
nique, chirurgie. Commente Boerhaave 
en 6 volumes^ 1739. En 17^2, 9 vol. de 
botanique. Atlas d'anaUnnie, de 17&3 
à 1753. Livre sur les monstres, 1760. 
Eléments de physiologie , 17&7. Grande 
physiologie, 1767. On fait pour lui A 
Gottingue un jardin botanique. Publie 
tous les classiques anciens et modernes. 
Haller a trop écrit pour avoir beaucoup 
inventé. Les inventeurs écrivent peu et 
pensent beaucoup. Les encyclopédistes 
font plus d'ouvrages et moins de trou- 
vailles. On a plutôt fait un livre qu'une 
expérience. 

Haller est un encyclopédiste et un 
érudit, un de ces hommes qui repré- 
sentent la science classique de toute une 
époque. 11 donne une sdence de seconde 
main, il l'empronte à Boerhaave, Van 
Swieten , de Haen ; bien qu'il n'ait pas 
émis d'idées originales sur la chaleur, 
il nous donne l'état des connaissances 
à son époque. 

* Haller, Eléments de physiologie , tra- 
duits du latin par Taiin, Paris, yoccLii, 
chapitre x : De la respiration, ccciii, 
p. 66. 



HALLER. — HALES. 157 

ture normale de l'homme prise dans Taisselle avec le thermo- 
mètre peut s'élever à ào** C(t oà"* F). La température du sang 
varie d'un animal à l'autre. 

Quelle est la cause de la chaleur du sang? Sed gramor est 
quœstio, num a sanguinis molu cnlor tiascatur. Les anciens se 
contentaient d'invoquer une chaleur innée dans le cœur: Hip- 
pocrate, Arétée, admettaient cette hypothèse, et Galien n'y 
contredisait pas. Quel est le cœur le plus chaud, est-ce le droit 
comme le disait Aristote, le gauche comme le professait Ga- 
lien? Haller passe en revue tous les modernes, Conringius, 
Descartes, Van Helmont, Sylvius, Henshaw, les mécaniciens 
et les chimistes , Targirus , Chirac , Saviolus , Newton même , qui 
tenait pour la fermentation, et Willis, et Stahl, et Vieussens. 

Et d'abord, dit Haller, Back, Borelli et Guillaume Cok- 
burn (ces derniers, le thermomètre en main), ont montré que 
le sang n'était pas plus chaud dans le cœur que dans les autres 
viscères. Constatant que la chaleur est en raison directe de 
l'accélération de la circulation, Haller repousse la fermenta- 
tion, et admet que le mouvement est la cause de la chaleur. 

Quant aux sources intimes de la chaleur soit dans les 
échanges moléculaires, soit dans la respiration, Haller n'y in- 
siste pas. Cette partie de son livre est plus riche en anatomie 
qu'en physiologie. Suit un chapitre sur les températures de 
divers climats (géographie). 

HALES (ETIENNE). 

(1677- 1761.) 

Haies croyait que la chaleur^ provient surtout, dans les ani- 

' Docteur eo théologie, recteur de tion du ventilateur pour renouveler Taîr 

ZeddÎDgtoa et de Faringdon, chapelain des mines, des hôpitaux, etc., et une 

du prince de Galles , niMiibre de la So- Statique dêi ammau.r, traduites par 

jâM royale de Londres, né en 1 6 7 7, mort Sauvages , 1 7 H ; une Statique des végi- 

€n 1761 èS&ans, a publié.une dcscrip- taux et Analyip de Voir, traduites par 



158 CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA KlfeVRE. 

maux, du frotlemenl du sang et particulièreinent des globules 
rouges (la découverte de Leuwenhoeck était mise à profit). Il 
remarque que Tair et le sang ont Tuo sur l'autre dans les pou- 
mons une action réciproque, Tair sur le sang qu'il rafratchit, 
et le sang sur l'air qu'il .échauffe. Haies se servait du thermo- 
mètre^: «Si, dit-il, je tiens mon thermomètre à esprit-de-vin 
pendant longtemps dans la bouche, ayant le soin d'inspirer 
l'air frais par les narines et d'expirer sur la boule du thermo- 
mètre l'air chaud, l'esprit-de-vin s'élève du lo* degré, chaleur 
actuelle de l'air extérieur, jusqu'au li6' au-dessus du point de la 
congélation, de façon que dans -^ d'heure ou trois secondes, 
l'air inspiré se trouve acquérir 36 degrés de chaleur. L'état 
naturel de mon sang durant lequel je faisais cette expé- 
rience étant de 6/i degrés et celui de l'air extérieur de lo 
degrés, plus froid par conséquent de 5& degrés que le sang, 
il ne laissa pas de prendre dans si peu de temps 36 degrés de 
chaleur. . . r> Haies tente d'établir par une série de calculs, 
faits d'après de nombreuses expériences, la quantité de chaleur 
acquise en un temps donné par le sang. Il a fait aussi une théo- 
rie mécanique de l'inflammation. 

Sauvages a fait suivre sa traduction de l'hémostatique d'une 
dissertation sur la fièvre, qui n'est pas son meilleur ouvrage, 



Biiffon 1 735 ; I/arl de rptuire Veau de 
mer potable y etc. Un des physiciens an- 
glais tes pins remarquables duconimen- 
ceinenl du xviii' siècle. 
, MM. de RiilTon et Sauvages ont tra> 
duit en français les ouvrages de lia les. 
Haies était un grand physiologiste ex- 
périmentateur; il produisait artificielle- 
ment des maladies et procédait comme 
foui aujourd'hui les professeurs de pa- 
thologie expérimentale; la méthode n'est 
pas nouvelle. Sauvages s'exprime ainsi 
sur cet homme éminèut dans Pavortis- 
sèment de sa traduction: ^On aperçoit 
avec ravissement le jour qu'il répand 



sur la matière médicale, en nous faisant 
voir au clair les différents effets du froid, 
du chaud, des remèdes astringents, 
apéritifs, etc., sur les différents vais- 
seaux. Quelle honte pour les médecins 
qu'un théologien leur ait enlevé Thon- 
iicurde tant d'utiles découvertes In 

Le principal ouvrage de ce savant 
porte un titre suffisamment explicatif: 
Hœmoitatifjue ou h statique de» ani- 
maux ; expéiiêncet hydi'uuliquei faitet 
sur des animaux vivante, Genève, 
MnccxLir, traduction de Sauvages. 

^ Statique de» animaux, xiii* expé- 
rience, p. 8a. 



HALES. 



159 



bien qu'on y trouve une grande érudition et les preuves d'une 
éducation mathématique distinguée. Cette dissertation n'a 
pas avancé la question de la chaleur fébrile. Ce n'est point 
que la confiance en soi manquât à Sauvages, car dans son 
avertissement il s'exprime ainsi : ?« J'ai réitéré bien des expé- 
riences de notre auteur, j'y ai ajouté celles que j'ai crues né- 
cessaires pour Y embellissement de cet ouvrage ^ n 

Haies ^ en bon physicien, tient fort aux globules du sang. 



' Aterti»$€mênt , p. xif . 

' Quelque» citationi de Halen. — 
«Noiifl voyons, dit-il, par la diiième 
expérience, que le sang passe avec plus 
de rapidité à travers les poumons qu^à 
travers les autres vaisseaux capillaires 
da corps, d'où nous pouvons fort rai- 
sonnablement conclure qu'il acquiert 
principaleinent sa chaleur par la vive 
agitation qu'il y essuie. Mais nous ap- 
prenons de Pexpérience journalière que 
le mouvement du sang accéléré par le 
travail ou Texerdce, en augmente la 
chaleur; d*oiJ nous pouvons inférer que 
c'est surtout dans les poumons que le 
sang acquiert sa chaleur, puiscfuMl y 
roule avec plus de rapidité que dans les 
autres vaisseaux capillaires du corps, et 
que la chaleur du sang est principle- 
menl produite par ce frottement; c'est 
ce qu'on peut prouver, de ce que cette 
chaleur est bien plutôt augmentée, 
quand on fait des mouvements violents 
du corpe, qu^elle ne pourrait l'être par 
aucun mouvement de fermentation ou 
d'effervescence, et, au contraire, dès 
que le mouvement du sang vient à 
cesser, soit par la mort, soit lorsque 
quelque cause le fait extravaser, il se 
reOpoidit aussi promptement qu^aucun 
antre fluide de pareille densité, et qui 
serait exempt de toute effervescence. -n 

Tous les mécaniciens de cette époque 



étaient employés à faire des calculs sur 
la vitesse du sang, sur Tétendue des 
surfaces de l'arbre circulatoire, sur le 
frottement des globules, etc. . . . Voici 
un exemple des calculs de cette nature 
emprunté à la i o* expérience de Haies. 
« La somme des surfaces de toutes les 
vésicules pulmonaires d*un veau a été 
estimée ^le à 4 0,000 pouces carrés, 
d'où l'on peut conclure que la somme 
des surfaces des vésicules pulmonaires 
du chien en expérience (eu égard à son 
poids) doit être égale à is,iai pouces 
carrés; et, comme l'on a prouvé par la 
huitième expérience que /i,3/i livres ou 
1 1 3,684 pouces cubiques de sang pas- 
saient au travers du ventricule gauche 
de ce chien, ces pouces cubiques di- 
visés par ^ partie d*un pouce ou 
0.000679, le diamètre des petits vais- 
seaux capillaires, le produit est 16917a 
pouces carrés, ce qui est la quantité du 
sang qui y passerait. Ces pouces cu- 
biques divisés par laïai, le nombra 
des pouces carrés dans les vésicules des 
poumons, donnent i3,95 ce qui est la 
j^ partie du sang employé; et don- 
nant la moitié d^un de ces pouces pour 
l'espace qui se trouve entre les cavités 
des vaisseaux sanguins, alora la somme 
de toutes les cavités de ces vaisseaux 
sera la ~ partie de toute la masse 
écoulée, savoir k^ZU livres de sang, et. 



160 



CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



corps solides et capables de développer de la chaleur par le 
frottement, il convient que, si de l'eau pure circulait dans nos 
vaisseaux avec la même vélocité que le sang, elle n'en acquer- 
rait cependant pas la chaleur. . . «^ Leuwenhoeck a observé ^ 
dit-il, que le sang des poissons, lequel est plus froid que ce- 
lui des autres animaux , a proportionnellement plus de sérosité; 
le sang des animaux terrestres contient vingt-cinq fois plus 
de globules rouges qu'à volume égal n'en contient celui d'un 
cancre ou écrevisse. Si, conformément au calcul de M. Jurin, 
au rapport de M. Motte [Abrégé des transacL philos, part. II, 
p. 1&3), les globules rouges font la à' partie du sang, et si, 
selon son calcul aussi, le diamètre d'un globule est j^ de 
pouce, alors le quart du cube de Ss/io ou 8,5o3,o56,ooo 
sera à peu près le nombre des globules rouges contenus dans 
un pouce cube de sang, et la distance mutuelle des centres d'un 
globule à l'autre sera ^ de pouce. . . » Nous ferons observer 
que l'appréciation du volume de l'hématie à ^ de pouce ne 
s'éloigne pas beaucoup de l'évaluation actuelle. Le pouce étant 
de 3 centimètres^, si nous divisons Sqâo par 3, nous avons 
io8o, divisez par lo pour obtenir i millimètre, nous obtenons, 
pour diamètre de l'hématie j^g, or notre chiffre est ^. Quant 
à l'évaluation du chiffre total des globules dans un espace 
donné, on ose à peine faire le calcul aujourd'hui, même avec 
les instruments d'analyse dont on dispose. 



par conséquent, une quantité de ce 
fluide égale à 97,9 fois la capacité de 
ces vaisseaux doit y couler dans une 
minute. Nous voyons par ce calcul, et 
par la petite proportion de la masse des 
poumons à toute celle du corps, que la 
vélocité du sang doit y être considéra- 
blement accélérée, f) 

Il faut convenir que ces calculs sont 
fatigants à lire et que c^est se donner 
beaucoup de mal, quand il était si 
simple de faire comme Rorelli , de plon- 
ger un thermomètnt dans le ventri- 



cule gauche, puis de faire' la même 
expérience dans le ventricule droit 
L\)b8ervateur aurait vu que le sang 
n^était pas plus chaud k droite qa*î 
gauche : alors s'évanouissait TéchafaiH 

dage mathématique Les savants 

mathématiciens ont besoin d*un médp- 
cin technicien qui leur montre les con- 
ditions du problème , c'est là ce qui doit 
consoler Tamour'propre des médiedns. 

> P. 78. 

* Exactement 3 centimètres ^lent 
1,399 pouce. 



G. MARTINE. 161 

MARTINE (G.)'. 

(Écossais, xfiii* siècle.) 

L'ouvrage De calore anwialium*^ déhuie ainsi: «On ne saurait 
nier que la théorie de la chaleur des animaux ne soit d'un 
très-noble usage pour bien comprendre et appliquer juste- 
ment la médecine, n Cetle propriété des animaux, nous dit Mar- 
tine, n'a cessé de torturer Tespril des physiciens de tous les 
siècles, aussi quelques anciens qui ne doutaient de rien (^om- 
nia se scire proftetites) ont-ils émis à cet égard nombre d'absur- 
dités. Enfin Harvey démontra la circulation, qui est ipsius colo- 
ris vera causa. Tout ce qui a été écrit sur les tempéraments et la 
chaleur innée n'offre rien de sérieux. Nous suivrons l'auteur 
dans l'énumération historique et critique qu'il nous donne des 
auteurs qui l'ont précédé. « Harvey ne nous a rien laissé de po- 
sitif sur la chaleur animale, il croyait à la chaleur innée. 
René Descartes, ce grand instaurateur de la philosophie mé- 
canique, et ses élèves, ont fait du cœur le foyer de la chaleur. 
Le savant Conringe, dans son livre De calido innato sive igné ont- 
mali, n'a fait que reproduire les hallucinations des anciens. 
Ni les hypothèses de Sylvius sur la fermentation des humeurs 
par la chaleur du cœur, ni les effervescences produites par le 
mélange du sang avec le chyle ou la lymphe , théorie qui sou- 
riait au grand Newton lui-même, ne peuvent rendre compte 
du phénomène. En vain on s'attend à quelque chose de mieux 
de la part de l'ingénieux Willis. » 

L'hypothèse qui plait le plus à Martine est celle de Back 
(De corde), par laquelle le sang, échauffé par son propre mou- 

' Écossais y a étudié à Leyde et en Ita- 1 7 Ao , et des commentaires sur i^anato- 

lie. Mort, en 1 760, à Carlhagène, dans mie de B. Eusiache. Edinburgh, 1 765. 

un voyage qu^il faisait en E^gne à la * Georgii MaKinii, Detimilitnu an»- 

suite d^un lord. Il a publié un ouvrage malibuê et amtnaUum colore Ubri duo, 

important: De timiUbui ammalibtit et London, m dccxl, p. 129. De rajore an»- 

animalium catore libri duo, Londini malium , procemium. 



1 1 



162 CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

vemenl, répartit la chaleur par tout notre corps. Ascléplade et 
d*autres anciens paraissent avoir professé une doctrine ana- 
logue. L'auteur nous apprend qu'il a commencé son ouvrage 
à Leyde et l'a fini à Paris en 1739. Il décrit d'abord le ther- 
momètre et la température de Tair. 

Fahrenheit évalue la chaleur de la peau humaine à 96"* 
(35%6 C). Boerhaave, on ne sait pourquoi, estime que la 
chaleur vitale de l'homme est de 99"* (33%3 C.) à 9 i"* (3 4% 4 C), 
jamais de gG"" (35%6 C), à l'état sain. Martine indique Sancto- 
riu8 comme l'inventeur de la thermoscopie. Newton, Muschen- 
brock, Bacon, ont émis leur opinion sur la chaleur animale 
et avancé la science sur ce point. 

Au moment où Martine écrivait, la question des rapports 
de chaleur de l'animal avec le milieu ambiant occupait fort les 
esprits. Aussi voit-on dans Haller tout un cours de géographie 
thermique. Martine a les mêmes préoccupations , et se demande 
si la chaleur animale excède , égale , dépasse la chaleur de l'air. 
Boerhaave avait, après Sanctorius, avancé à tort que les ani- 
maux ne supportaient pas un air beaucoup plus chaud que 
leur sang; a cette époque encore l'air passait pour un rafraî- 
chissant des poumons. 

Martine s'inscrit respectueusement contre l'opinion de 
Boerhaave, et la démontre fausse; il cite surtout les expé- 
riences d'Amontons. 

La proposition 9 est ainsi conçue: motus vel circulatio san- 
guinis perennis est vera causa calons animalium. Un vieux livre 
attribué à Hippocrate dit : th cHyta ovk ehat rfi ^(tbi d-ep/utày 
àWà Q-epixaiveaOai. Or nous vivons dans un milieu habituel- 
lement plus froid que nous, il faut donc une cause intérieure 
de chaleur qui nous permette de lutter contre l'action de l'air 
ambiant. Hippocrate a bien vu (De diœtet. XLV, xv) le rap- 
port qui existe entre la chaleur et la fréquence du pouls. Mar- 
tine cite rhomme immobile opposé h l'homme en action , le 
lipolhymique opposé au fiévreux. La principale source de la 



G. MARTINE. IÔ3 

chaleur est la pression latérale du sang dans les artères : «ni- 
mantis calor prœcipue prodticitur ah attritu motot^m liquldorum tn 
vasorum continentium Idtera, L'intensité de la chaleur est en 
raison directe de. la rapidité du mouvement et de la section 
du conduit. La chaleur est presque égale partout chez les ani- 
maux placés dans un milieu non réfrigérant. Vient ensuite un 
chapitre sur la chaleur de divers animaux. 

Au chapitre iv, l'auteur émet les propositions suivantes : 
toutes choses étant égales d'ailleurs, la chaleur du sang varie 
comme l'amplitude des artères. La chaleur suit la fréquence 
du pouls. Le cœur bat lentement chez les animaux à sang froid. 

Prop. 17. A strictura et arteriarum angustia multum de- 
pendet corporis nostri cabr. Comme la chaleur d'un liquide se 
mouvant à travers un canal est engendrée par sa pression 
contre les parois de ce canal en raison du diamètre de celui-ci, 
si, la rapidité et d'autres conditions étant égales d'ailleurs , 
la capacité des artères est changée, alors la chaleur du sang 
qui les traverse subit un changement proportionnel , qui est 
en raison du changement du diamètre. Ainsi l'on voit com- 
bien la chaleur dépend de la variation dans l'amplitude ou 
dans la contraction des artères. 

La chaleur s'accroît par la compression extérieure exercée 
sur les vaisseaux sanguins par des bandes ou des vêtements, 
etc. (p. 39 1), et parce que tous les vaisseaux sont serrés, et 
parce que le sang est poussé avec une plus grande force dans 
les viscères intérieurs. . . On voit que la méthode était bonne, 
et elle ne diffère pas de celle qui est employée par les physio- 
logistes modernes. Martine n'est pas tellement mécanicien, 
qu'il n'admette que certaines substances mêlées au sang en aug- 
mentent la chaleur, et que celle-ci varie suivant les quantités 
des parties sulfureuses constitutives du sang. 

Martine procède par des calculs comme Haies. 



1 1 . 



\6à CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

ROBERT DOUGLAS'. 

( zf III* mède.) 

Robert Douglas, qu'il ne faut pas confondre avec Jacques 
et Jean, chirurgiens et anatomistes célèbres du xviif siècle, 
était médecin, et publia à Londres, en 17/17, un ^^^^ ^^ 1^ 
chaleur animale conçu d'après un plan géométrique; il y in- 
troduisit le calcul, et son livre est plutôt de Tordre de la mé- 
canique que de celui de l'histoire naturelle proprement dite. 

Le titre est attractif : De la génération de la chaleur chez le9 
animaux^. Le livre ne tient pas les promesses du titre. S 1^ : <( La 
chaleur innée d'un animal est seulement l'excès dont sa cha- 
leur absolue surpasse celle de son milieu extérieur. » S & : « Par 
la quantité de chaleur qu'un animal engendre, on entend ce 
surcroît de chaleur qui remplace continuellement les pertes 
que doit nécessairement souffrir le corps d'un animal chaud, 
par son contact immédiat avec un milieu plus froid, n Dans le 
chapitre très-court qui sert de commentaire h ce titre, l'auteur 
émet une proposition dont il n'indique point l'auteur (du 
moins en tant qu'elle s'applique aux animaux): «Les corps 
chauds perdent leur chaleur dans des temps proportionnels à 
leur diamètre, n (Cette proposition se lit dans les principes de 
mathématique de Newton.) «D'où l'on doit conclure que l'al- 
tération de la chaleur, de même que son surcroit par la même 
raison, ou les quantités de chaleur produites dans des ani- 
maux de différentes grandeurs, doivent être en raison directe 
de leur chaleur innée et en raison inverse de leur diamètre, v 
C'est là en effet un principe dont les expérimentateurs mo- 
dernes (Edwards, Chossat, etc.) ont tiré un grand parti. La 

' On ne sait rien de sa vie; on ne * Ettai êur la génAratton de la cA«- 

ronnatt que son ouvrage: Eaay coneer- Uur dam lei animaux, IradacUon. Pa- 

niftg- th$ génération ofheat in animali, ris, mdcclv. 
London, 17^17, in-S*. 



ROBERT DOUCiLAS. 165 

proposition 5 est ainsi conçue : « La chaleur extérieure relâche 
les vaisseaux des animaux; le froid extérieur, au contraire , les 
resserre. » En voici le corollaire: « Le froissement des globules 
cesse dans les extrémités capillaires lorsque la chaleur de 
l'animal coïncide avec celle de son milieu.» 

L auteur émet ensuite une proposition qui suppose de nom- 
breuses expériences et, pour ainsi dire, une science faite, mais 
il ne cite point ses sources: «Il y a un certain degré de cha- 
leur extérieure dans l'étendue duquel la chaleur innée d'un 
animal, quoique vivant et en bonne santé, s'éteint insensi- 
blement. Ce degré, dans les animaux d'un tempérament 
chaud, coïncide avec la tempéi^ature naturelle de leur sang. De 
cette limite, si Ton suppose qu'un animal chaud parcourt une 
suite indéfinie de degrés de froid, toujours en augmentant, 
l'augmentation de sa chaleur innée se fera en même raison 
que celle du froid, jusqu'à une certaine étendue; elle se fera 
ensuite, en raison de plus en plus faible, jusqu'à ce que la 
chaleur innée de l'animal soit dans son plus grand degré de 
vigueur, et, depuis cette période, elle diminuera par degrés, à 
mesure que le froid augmentera, jusqu'à ce que l'animal 
meure, et qu'enfin sa chaleur s'éteigne tout à fait.» 

Le livre que nous analysons contient des idées qui n'étaient 
pas toutes personnelles à l'auteur; on y trouve exprimés des 
aphorismes classiques en ce temps; on y voit quel usage on 
faisait alors du thermomètre et du microscope, combien lepu- 
bUc médical se complaisait dans la physiologie expérimentale, 
et quel milieu scientifique éclairé présentait alors l'Angleterre. 

Robert Douglas soutient la proposition que la chaleur ani- 
male est engendrée par le fromement des globules de notre sang 
contre les parois des extrémités ci^llaires^. ce Naturellement la 
chaleur innée d'un animal et la friction des globules dans ses 
extrémités capillaires (qui, toutes choses égales d'ailleurs, est 

' Tbéorème, p. 5i. 



166 CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

proportionnelle à la vitesse du mouvement de ces globules) ont 
non-seulement des périodes similaires et relatives les unes aux 
autres, depuis celle de froid extérieur dans laquelle elles 
cessent toutes deux, jusqu'à cette autre dans laquelle leur trop 
grande constriction produit le même effet, mais encore ces pé- 
riodes sont, de part et d'autre, réglées et déterminées par 
une seule et même cause , la vitesse du mouvement du sang, n 

On ne peut s'empêcher d^admirer la logique de ces raison- 
nements et d'estimer une époque où l'étude des sciences phy- 
siques appliquées à la médecine avait le pas sur l'empirisme 
hrutal et mercantile des médecins praticiens purs de toute 
préoccupation scientifique. 

Appliquant à faux un principe vrai , Douglas dit donc que 
la dilatation et la contraction des extrémités capillaires d'un 
animal influent sur la génération de la chaleur, mais il se 
trompe en n'y voyant que la question du frottement. On ne 
peut, dit-il, expliquer nos sensations de chaud et de froid que 
par les différents degrés de constriction ou de relâchement 
des extrémités capillaires. 

Dans la partie où l'auteur développe ses idées sur la géné- 
ration de la chaleur relativement à la grandeur différente des 
animaux, il rappelle (voyez plus haut) ce principe de Newton, 
que, comme les surfaces des corps ne décroissent pas si vite 
que leur volume (qui décroît en raison triple, au lieu que les 
surfaces décroissent en raison double de leur diamètre respec- 
tif) , c'est pour cette raison que les temps du refroidissement 
des corps sont, cœteris paribus, comme leurs diamètres respec- 
tifs. Les grands animaux doivent donc perdre beaucoup moins de 
leur chaleur que les petits de la même température; et cette perte 
se doit faire en raison juste de leurs diamètres. 

C'est là un grand fait de physiologie. C'est une très-belle 
application de la géométrie à la physiologie et à la médecine 
des petits enfants. Les modernes l'ont acceptée sans en citer 
ou sans en connaître la source. . 



FIZES DE MONTPELLIER. 167 

L'auteur rappelle que, d'après Leuwenhoeck, les globules 
du sang et les vaisseaux capillaires ont le même diamètre dans 
les petits animaux que dans les grands. 

Se fondant sur les calculs de Haies, à savoir que la surface 
respirante des poumons est vingt fois aussi grande que celle de 
tout le corps; mais considérant que l'air qui y pénètre est 
déjà échauffé dans son passage à travers les voies nasales et 
se dilate, il admet que nous perdons au moins la moitié de 
notre chaleur par les poumons dans l'acte de la respiration. 

L'auteur est amené nécessairement h régler sa thérapeu- 
tique sur la contraction des capillaires : te Donc, dit-il, d'après 
ce que nous avons dit sur la chaleur contre nature des ani- 
maux, on comprend pourquoi les astringents, dont l'effet 
tend à diminuer le diamètre des extrémités capillaires, ra- 
niment et fortifient notre chaleur innée, et pourquoi, d'un 
autre côté, tout ce qui peut relâcher produit un effet con- 
traire. » 

• 

FIZES DE MONTPELLIER*. 

( Ecole française, xfiu* siède.) 

« La fièvre, dit Fizes^, tend directement h la destruction du 
principe vital et fait périr la plupart des hommes, qu'elle soit 
essentielle ou symptomatique. Son nom lui vient peut-être de 
l'ancien mot latin (sabin) ^eiruo^ qui signifie purifier. Les 
Grecs l'appelaient j^ur^to^, de pur, feu, à cause que la chaleur 
accompagne ordinairement la fièvre.» Fizes constate que les 
médecins diffèrent d'avis sur l'essence de la fièvre : il se range 

' Né à Montpellier en 1690, mort àesjièvrei, elc. Fouquet, au dire de 

en 1766. Homme trèsHrëlèbre dans la Desgenettes, se vantait d^avoir acheté 

pratique, médecin da roi, 61s d*un nombre d^exemplaires du TVoit^ dsijM- 

profeaseur de mathématiques. Profes- vrei pour les anéantir comme pemi- 

•pur de chimie è Puniversilé de Mont- cienz. 

peHier, a publié de nombreux ouvrages * Traité dêijièvreê, thiduit du latin 

d*anatomie, de physiologie, un Traité de M. Fizes, mdccliz, p. 1. 



168 CHiPlTBE I*. — Li CHILECB ET LA PIETRE. 

i Topinion des modernes qui combattent Fernel et tons les 
anciens, en ce sens qne la diaknr se trouve souvent sans la 
fièvre, et que ia fièvre n'est pas toujours accompagnée de 
chaleur: et il cite comme exemple k Jétui des aeci$ fébrile$ et 
certaines fièvres malignes qu'on appeiieyitiMfef. «On peut ajou- 
ter encore, dit Fixes, que, dans les fièvres malignes, la chaleur 
n'excède pas de beaucoup celle que nous avons naturellement; 
souvent même on n'y remarque aucune différence. » Voilà où 
est Tareur de Fixes, et tout naturellement il devait chercher 
ailleurs que daos la chaleur la mesure de la fièvre; il devait 
abandonner Hippocrate et faire prédominer le pouls. Vpici sa 
ftécLABiTio.^ ' : «11 s'agit de chercher un signe pathc^omonique 
de la fièvre, sur lequel il ne puisse plus y avoir de contes- 
tation. Or c'est une chose ucoxbcb de lot» le$ fradcien», qu'il 
y a fièvre toutes les fois qu'on trouve le pouls accéléré et les 
fonctions lésées considérablement. On peut donc définir la 
fièvre relativement à la pratique: une aceéUration surnaturelle 
du pouls, ou, ce qui revient au même, la fréquence du pouls 
jointe avec une lésion de fonctions constante et notable, r) Fixes ne 
manque pas de faire remarquer que, suivant cette définition, 
la fièvre pourra aussi bien exister avec /^p^û/ qu'avec le chaud, 
quoiqu'elle soit plus ordinairement accompagnée du chaud. Il 
indique comme cause prochaine de la fièvre une augmenta- 
tion dans la vitesse des contractions du cœur, jointe avec le 
ralentissement du sang dans les vaisseaux capillaires, et encore 
faut-il que ces deux causes soient réunies. Fixes admet, du 
reste, une matière fébrile qui épaissit le sang, ou le raréfie (?). 

Au chapitre des fièvres putrides, Fixes décrit le froid fébrile 
qui, dit-ii, ne se montre pas seulement au début des fièvres pu- 
trides, mais encore dans celui des autres fièvres; il distingue 
quatre degrés^ dans le froid fébrile : i"" refrigeratio (frisson); 
Q** horripilatio ou horror; 3** rigor; 4" algor. Et il signale avec 

* Pt'igo .?. — • Page 6o. 



FRANÇOIS DE SAUVAGES. 169 

raison , mais sans commentaire , ce fait que , lorsque les malades 
se plaignent y dans les fièvres, d'un froid incommode, il ar- 
rive quelquefois que les assistants les trouvent chauds et même 
plus chauds quâ l'état naturel. Le plus souvent, ajoute-t-il, les 
assistants trouvent le malade réellement froid, surtout aux 
extrémités. Malheureusement Fizes veut expliquer ce phéno- 
mène par la viscosité du sang, son ralentissement dans les 
capillaires, etc. Enfin il exprime par une formule scienti- 
fique, à allures sévères, tout son système relativement à la 
chaleur ^ : Toute chaleur dans le corps humain est toujours en rai-- 
son composée de l'agitation intestitie des particules , de la célérité de 
son cours, de sa quantité présente dans une partie, et de sa consis- 
(once. Comprenne qui pourra! Fizes était professeur de ma- 
thématiques et, dit-on, grand praticien, mais il était aussi 
professeur de chimie; il parait surtout avoir été médecin en- 
cyclopédiste : hardi à conclure et à tout expliquer, ce qui est 
un vice médical. 

FRANÇOIS DE SAUVAGES*. 

( École française, xfiii* siècle.) 

Préoccupé surtout de faire une classification méthodique 
des maladies. Sauvages a négligé de s'étendre sur la physio- 
logie et sur les perturbations des fonctions en général. Ce qui 
suit est extrait de son livre intitulé : Nosologie méthodique ou 
distribution des maladies en classes, en genres, et en espèces, 5ut- 
rnnt r esprit de Sydenham et la méthode des botanistes (traduit du 
latin parGouvion, 177a). 



* Page 70. Montpdlier. Premier médecin du |roi , 

* François de Sauvages de Lacroix, publie ses classes de maladies, Noêolo- 
1 706-1 767. Noeologiste , ami de Linné , gie méthodique. Se rattache , par ses opi- 
et classificateur. Né à Alais en 1 706 ; nions sur la fièvre, à la théorie de Haies, 
^e de Montpellier, savant botaniste; qu^il a traduit et commenté. Gontem- 
professeur de botanique en s 736 à porain de Van Swieten et de De Haën. 



170 CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Il ne faut point chercher dans ce livre un chapitre de pa- 
thologie générale. La chaleur du corps humain ny a point de 
chapitre à part. Les notices concernant cette question sont dis- 
persées à travers l'ouvrage. Nous les y recueillons , aa fur et à 
mesure, sans en former un article spécial par un groupement 
artificiel. 

«Les fièvres,, dit Sauvages, sont appelées par les Grecs py- 
reta eipyrectica nosémata; par les Latins ^febres; par les Anglais, 
fevers, agues; par les Espagnols ,^ieAre», calenturas; par les Alle- 
mands, ^eier«; par les Italiens, caldezze. (Tome II, p. 27a.) 

«tLes mots de febris eifebriculœ viennent du latiny^rrco, s'é- 
chauffer, devenir chaud, ou de fehruo, je purge; mais les 
noms grecs, espagnols et italiens, sont dérivés du feu et de la 
chaleur. » (T. Il , p. 278.) 

Après cette déclaration. Sauvages s'empresse de dire que le 
pouls est le principal indicateur de la fièvre, et, s'il reparle de la 
chaleur, c'est en analysant tous les symptômes et en relatant 
l'opinion de Galien (t. II, p. 978): «La fièvre est une alté- 
ration de la chaleur naturelle ou un changement contre na- 
ture accompagné de battements de pouls plus forts et plus fré- 
quents. 77 Il ne repousse pas l'aphorisme 563 de Boerhaave : 
«Les symptômes de la fièvre sont : le frisson, la chaleur et 
l'accélération du pouls, w 

Dans un long chapitre sur la théorie des fièvres. Sauvages 
fait un véritable cours sur la circulation du sang, sur la masse 
du sang, sur sa pression mmiomitrique , etc.; mais la chaleur 
n'est point relatée. (T. II, p. 979 et suiv.) 

Sauvages consacre un chapitre au frisson et ne paratt pas 
douter de la possibilité d'expliquer ce phénomène. (T. II, 
p. 369.) Ce chapitre commence ainsi : «Le froid est une sen- 
sation incommode occasionnée par le ralentissement des par- 
ticules ignées qui sont dans notre corps . , ,n Vient ensuite un 
chapitre inattendu sur la Chaleur fébrile , qu'il définit y tome II, 
p. 379 : «Une sensation incommode occasionnée partaquan- 



FRANÇOIS DE SAUVAGES. 171 

tilé et Tagitation trop forte des particules ignées, laquelle est 
proportionnelle à la vivacité de la faculté sensitive, et qui, de 
la part du corps, est comme le produit de la quantité des par- 
ticules ignées, dans un espace donné, par leur vitesse dou- 
blée.» Cette définition prétentieuse, et qui affecte un faux air 
de calcul mathématique, marque bien Tésprit de l'auteur et de 
ses contemporains (encyclopédie). Plus loin, Sauvages dit 
que la chaleur est produite par le frottement. (Traducteur de 
Haies.) 

Voici maintenant quels sont, d'après Sauvages, les prin- 
cipes delà chaleur (t. Il, p. 38i): (tLes aliments, les bois- 
sons ou les choses comestibles qui contiennent quantité de 
particules ignées, alcalines, volatiles, aromatiques, spiri- 
tueuses, telles que les viandes salées, poivrées, les esprits fer- 
mentes , les substances chaudes ; comme aussi les choses ex- 
ternes chaudes, comme lair d'été, l'insolation, les étuves^ 
les bains chauds, etc., à quoi l'on peut ajouter celles 
qui augmentent le frottement des solides et des fluides, telles 
que l'augmentation de la force du cœur, du mouvement mus- 
culaire par la course, la vocifération, la colère, etc., lors sur- 
tout que le corps est dense et pléthorique, y^ 

Sauvages parle doctement Ae tout et écrit sans hésitation 
(t. Il, p. 383) que : « 1" le cerveau, le cervelet et la moelle, 
étant moins denses que les autres viscères, doivent moins s'é- 
chauffer; les reins sont très-denses, et de là vient qu'ils 
s'échauffent beaucoup; et encore, qu'une chaleur fébrile de 
33" R. (âi^'G.) doit dissoudre le sang, qui se coagulerait à 
une plus haute température » et qu'alors les matières tenaces 
et visqueuses qui obstruaient les vaisseaux recouvrent la flui- 
dité, etc." 

Ailleurs Sauvages dit que la sueur emporte les humeurs 
salsugineuses , car la sueur est l'humeur lixivielle du sang. 
(T. II, p. 386.) 

A côté de cette science dangereuse d'un demi-savant saturé 



J72 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE, 

de théories et prodigue d'explications. Sauvages possède une 
expérience pratique fort raisonnable. 

(T. II, p. 383.) Quand la chaleur fébrile est trop forte, la 
nature, dit-il, nous indique les moyens qu'il faut employer, 
savoir: la saignée, la ventilation et les boissons froides. Mais rien 
n'indique que telle fût la pratique habituelle de l'auteur. 

Sauvages parle aussi de la matière phlogistique engagée 
dans les vaisseaux, et il consacre un chapitre à des expériences 
de chimie hématologique. Ailleurs, au chapitre intitulé Théorie 
des phkgmasies , Sauvages rapporte des observations thermo- 
métriques faites sur lui-même (t. III, p. 77): «J'ai remarqué, 
le ao août 17^0, que la chaleur de mon urine, de ma bou- 
che, de mes aisselles, etc., était de fàS"* R. (3 5*" G.); je me 
portais bien alors. Ayant eu la fièvre depuis, dans le temps 
même que je sentais une chaleur brûlante dans la plante des 
pieds, la chaleur n'a pas passé 3 1"" R. (38%7 C). 99 On voit par 
là combien la science pratique de la thermométrie était chose encore 
peu connue à cette époque [en France). 

A l'article Frisson, dans le chapitre Des spasmes cloniques 
universels (t. IV, p. 71), Sauvages s'exprime ainsi: «Le fris- 
son est de deux espèces, ou avec froid, ou sans froid. . • Quel- 
quefois il ne se fait sentir qu'au malade, et la chaleur naturelle 
subsiste dans la partie que le médecin touche. » 

Le frisson avait été fort étudié dans ses diverses formes et 
manifestations dans les accès de fièvres intermittentes. (Torti, 
De febribus.) Cependant ces notions empiriques n'éveillaient 
que médiocrement l'attention des observateurs. 

Ailleurs, au chapitre Des douleurs vagues avec chaleur ex-- 
cessîve (t. VI, p. iA4), Sauvages, en un court paragraphe et 
qui marque de sa part peu d'intérêt, nous donne un résumé 
de sa science thermométrique, il s exprime ainsi : «La chaleur 
d'un homme sain, en hiver, est de 97^ R.; en été, de 3o 
(de 33%7 à 37^,5 C); elle est d'autant plus grande qu'elle 
monte plus haut comme à SS"", à 38^ Lorsqu'elle va au 



SÉNAC. 173 

delà, les parties se brûlent, les organes se détruisent; il se 
forme ou une escarre ou un sphacèle sec, les fluides se des- 
sèchent, les fibres se rident, la partie reste privée de senti- 
ment et de mouvement. Une chaleur au-dessous de 35*^ raré- 
fie les fluides environ dune soo*' partie de leur volume, les 
vaisseaux se dilatent à proportion, la partie devient rouge, 
douloureuse, etc.» 

Si l'on relève les erreurs de fait contenues dans ce para- 
graphe, on trouve d'abord que l'auteur suppose la chaleur du 
corps beaucoup plus élevée en été qu'en hiver; ainsi il donne 
le chiflre 37^* R., soit 33%7 C. pour l'hiver, ce qui est trop 
bas; et 3o* R., soit 3 7°, 5 C. en été, chiffre normal en tout 
temps , quoique un peu trop élevé. 

Plus loin, Sauvages, exprimant une opinion qu'il ne dit 
point avoir vérifiée sur lui-même, ajoute : cdl paraît, par le 
thermomètre, que la chaleur du corps humain pendant la 
fièvre, qui est le temps où elle est la plus forte, n'est que de 
34" R. (à2",5 C). » C'est là une vérité qui n'a point été con- 
tredite par les expériences ultérieures. 

Sauvages n*a donc point ignoré l'usage du thermomètre 
appliqué à déterminer l'existence de la fièvre, sinon à en gra- 
duer l'intensité, mais il ne peut être compté parmi les auteurs 
qui ont fait progresser la médecine dans cette direction. A 
peine connaissait-il ce qui, en d'autres pays, était professé 
sur cette partie si importante de la pathologie générale. 

SÉNAC*. 

( Ecole française, xviii* aiècle.) 

Parlant du cœur, Sénac doit parler de la chaleur distri- 
bué par la circulation. 



* Grand médecin français qae Ton cogne,àLombez, 1698; mort en 1770. 
peut comparer à De Haên. Ne en Gas- D^abord protestant, élevé pour être mi- 



174 CHAPITRK r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Cbap. IX ^ : (tLa chaleur est produite par l'action des causes 
de la circulation et par Faction du sang, y) 

Sénac cherche le foyer de la chaleur. 

Ce n'est pas la fermentation , c'est le frottement qui entre- 
tient la chaleur. L'eau, dit-on, ne s'échauffe pas par le bat- 
tage, mais c'est une erreur, elle s'échauffe un peu comme on 
le voit au thermoscope, et le lait battu s'échauffe. 

Sénac n'adople pas toutes les idées de Martine. 

((C'est dans les vaisseaux capillaires que se fait sur- 
tout la chaleur. . . Ce qui prouve que c'est dans ces vaisseaux 
que sont les principales causes de la chaleur, c'est que Facùan 
des nerfs produit quelquefois du froid en certaines parties; la 
surface du corps se refroidit en diverses maladies, tandis que 
les viscères sont brûlants; le nez, le visage, une main, un 
pied se refroidissent subitement, tandis que le reste du corps 
conserve une chaleur égale : or les nerfs ne peuvent que bou4^lier 
les vaisseaux capillaires par leur contraction; c'est donc l'action 
de ces vaisseaux qui est la principale cause de la chaleur. » 

Ce n'est pas la cause de la chaleur du sang, c'est son mode 
de répartition, de régulation. Sénac l'explique parfaitement 
et nous ne dirions pas mieux aujourd'hui. 

ft C'est encore dans la nature du sang qu'il faut chercher 
les causes de la chaleur; sa pesanteur, sa masse, ses parties 
huileuses, sont des agents sans lesquels les artères n'excite- 
raient pas autant de chaleur . . . 

c( 11 y a aussi les molécules rouges du sang, . . les saignées doivent 

DÎslre , succède en 1 763 à Chicoyneau, Sur le choix des saignéet. 

premier médecin du roi. Sur la peste, 1 7/1/1. 

Ouvrages i Nouveau cours de chimie, De la structure du cœur,^dê «on 

1 737. action et de ses tnaladieê. Trailc, 1 7A9. 

VAnatomiede Heister,a\cc des Essais De la Jièvre intermittente, 

de physique. Membre de i* Académie des sdenoes. 

Sur Vusage des parties du corps hu- ^ Traité de la structure du cœur, de 

173/1, 1735. son action et de ses maladiêê, par M. 

Sur la taille. Sénac; Paris, mdccxliz, t. II, p. %ho. 



mam 



SÉNAC. 175 

nécessairement diminuer la chaleur, puisqu'elles affaiblissent la causse 
mouvante. . . 

c(La diète doit produire le même effet; un jeune homme, 
selon le témoignage de Martine, perdit, dans deux jours de 
jeûne, plus de quatre degrés de chaleur*. 

«Le sang s'échauffera davantage chez ceux qui ne boivent 
pas, qui useront d'aliments huileux, aromatiques, c'est ce qu'a 
remarqué M. Hoffmann. Les matières animales seront aussi une 
source de chaleur. 

((Chez les malades, qu'il y ait une irritation qui aiguillonne 
les nerfs et les vaisseaux, ces impressions porteront la chaleur 
à un grand excès. 

((Les degrés de chaleur sont les mêmes dans toutes les 
parties des corps animés . . . 

« Les sens avaient conduit plusieurs médecins à cette égalité. 
Selon Bacchius, Thomas Cornélius, Wepfer, la chaleur n'est 
pas plus vive dans une partie que dans une autre. Mais les sen- 
sations sont des marques infdèles de la chaleur; les impressions 
que les corps étrangers font sur la peau dépendent de la dis- 
position différente et des nerfs; quand même les dispositions 
ne nous tromperaient pas, nous ne pourrions pas apercevoir 
les différents degrés de chaleur, nous ne pourrions distinguer 
que les grandes variétés. 

« Borelli a cherché, dans le thermomètre, une mesure moins 
équivoque de la chaleur; il n'a pas trouvé plus de chaleur 
dans le cœur que dans les autres viscères. Malpighi, par de 
semblables expériences, a démontré la même égalité. De même 
Amontons, Martine." 

Sénac reconnaît que, si les parties profondes sont plus 
chaudes, c'est qu'elles ont plus de sang et sont mieux proté- 
gées contre le froid extérieur. 

Schwenke a affirmé que le sang tiré des veines est moins 

' Yoii< Ghossat, Ln peupki gkmtont du Nord. 



176 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

chaud que celui tiré des artères, mais ses expériences ne sont 
pas irréprochables. 

Ghap. IV : ((S'il y a un degré fixe de chaleur dans le corps 
humain, ce degré est toujours renfermé entre 90 et 100** F. 
(39,4% et 87,8° C), deg^é rare. Les corps des animaux sont 
plus chauds que le corps humain... Chez les moutons, 
bœufs, cochons, la chaleur est à 100, 101, 109, loS^'F. 
et plus haut chez les oiseaux. y> 

Sénac rapporte les observations de Cokburn et Derham sur 
ta diminution de la température avec des pulsations lentes. 

A cette époque on admettait encore que la chaleur du corps 
humain dépassait toujours celle de l'air. Singulière erreur, 
qui, outre les anciens, avait pour parrains des hommes comme 
Boerhaave, Cokburn, Amontons, Polenus, ces deux derniers, 
à la vérité, ayant haussé le degré de la chaleur connue de 
rair. 

Sénac ajoute : crSous la ligne équinoxiale même, l'air est 
moins chaud que nos corps. » 

«Pourtant la variété des températures selon les climats, 
dit Sénac, ne fait pas varier celle de notre corps.» (C'est un 
progrès.) 

(( La chaleur, dit-il , ne s'accumule pas. • . il en est des chairs 
comme d'autres matières ; qu'il y ait un vase plein d'eau au- 
près d'un feu d'un certain degré, quoique à chaque instant il 
parte de ce foyer une cause de chaleur, cette cause n'échauffe 
pas davantage les molécules de l'eau ^ 

« La chaleur est le principe de la vie chez les hommes et les 
animaux , elle peut aussi devenir l'instrument de leur perte; il 
fallait donc la mesurer, fixer le degré qui est nécessaire à la vie, et 
celui qui détruit les corps, 

((Quelques degrés de chaleur ajoutés à la chaleur ordinaire 
se font sentir vivement : on éprouve une ardeur brûlante; 

^ Il ignore la preition atmosphérique et Vétoaporaitiùn^ cauêe de réguUukm, 



SÉNAC. 177 

cependant ils n'élèvent que très-peu la liqueur du thermo^ 
mètre. 

crDans la fièvre tierce ou la quarte, les corps paraissent brû- 
lants, cependant elles n'ajoutent pas à la chaleur naturelle 
plus de 6 ou 7 degrés F. de chaleur. 

«Dans le commencement de ces fièvres, la chaleur est, se- 
lon Schwenke, de 87 ou 90 degrés F. )3a° 5 C); dans la 
violence de l'accès, elle monte à 1 o4° F. (io** C.) 

«Selon le même auteur, une pleurésie et une fièvre pro- 
duites par la goutte avaient élevé la liqueur du thermomètre 
jusqu'au 108' degré (42% 2 C.)^ 

«Il est difiicile de mesurer la chaleur des malades, ils 
n'appliquent pas bien , ni assez longtemps le thermomètre, ils 
laissent entrer Tair dans le lit. . . 

«Un excès de chaleur, quoique petit en apparence, boule- 
verse toute la machine animale, multiplie la force du cœur, 
hfttele cours du sang, agite toutes les parties; c'est un aiguil- 
lon appliqué à tout le tissu du corps. 9 

AppUcatims à la médecine. — Chap. v. « Ce nest pas par le 
sentiment qu'on peut apprécier la chaleur.. On sent beaucoup 
d'ardeur dans des parties qui ne sont pas plus échauffées que 
dans leur état naturel; les nerfs portent quelquefois, dans un 
membre, un sentiment d'ardeur dénentiipaT le thermomètre. 

« La farce du pouls est aussi, en divers cas^ une mesure équwoque 
de la chaleur. 

«Quelquefois les parties externes sont peu échauffées ou 
froides; cependant le pouls est tendu, vif, fréquent; il est 
vrai qu'alors la chaleur peut être violente dans les entrailles, 
parce que le sang s'y ramasse; c'est ce qui arrive, par exemple, 
dans le froid qui précède la fièvre. 

« Si de telles observations nous montrent les degrés de cha- 

^ Voir Schwenke. N^ à Utrecbt, 1696 ; étudie n Loyde, exerce à la Haye, pro- 
feseear d^obstétrique, mort en 1768. 

la 



178 CHAPITRE 1". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

leur et l'état des parties du corps, elles nous montrent, en 
même temps , les secours ; Tair ne doit donc pas être trop chaud, 
puisque, en conservant la chaleur des corps, il les échauffe. Les 
lits échauffés, les couvertures trop pesantes, des habits trop 
serrés, sont des sources d'une nouvelle ardeur; il faut donc 
tempérer Tair que les malades respirent, et ne les couvrir que 
suivant la nécessité, n 

A ce propos, nous dit Sénac, il faut lire les expériences de 
Boerhaave sur les animaux mourant dans une atmosphère à 
i/i6* F. 

Au chapitre vi. Des causes du froid :.c(La chaleur des corps 
animés s exhale, pour ainsi dire, continuellement; eUe se par- 
tage à Y air qui environne ces corps; or cette communication ou 
cette perte continuelle produit la température qui est néces- 
saire à la saoté, température qui serait sujette à de moindres 
changements, si le même air était toujours appliqué à la peau; 
mais l'atmosphère qui nous environne change continuellement; 
elle se renouvelle plus souvent quand le vent souffle; celles qui suc^ 
cèdent dérobent cluwune au corps un nouveau degré de chaleur; on 
peut donc sentir un plus grand froid, quoique l'air ne soit pas nu}ins 
chaud, ji 

Dans quelques-unes de ses parties et dans cette dernière 
plus spécialement, l'œuvre de Sénac est absolument dans le 
courant des idées actuelles, c'est un excellent chapitre de phy- 
siologie et nous sommes heureux de le lire dans un auteur 
français. 

DE HAÊN*. 

( École flamande en Autriche, xviu* siède.) 

L'historique de h chaleur, d'après de Haen. — De Haën [Ratio 

* Antoine de Haén, né en 170/1 à len l'appela à Vienne en 1756. Ilypro- 

la Haye, mort en 1776. Élève de Boer- fessa la clinique et fit partie de cette 

haave, exerça vingt ans à la Haye , sans pléiade de cliniciens céléJ>ret, Van Swie- 

aucune fonction enseignante. Van Swie- ten, Stoll, Fnnk. 



DE HAËN. 



179 



medendi)^ au chapitre intitulé : De sardine humano qusque ca- 
lore^^ fait un rapide historique des opinions émises par les 
anciens sur la chaleur animale. Ce court passage mérite d'être 
lu , et nous en donnons la traduction ici : « Quel est celui 
d*entre notu qui entreprendrait de donner l'explication de ces 
phénomènes, à l'aide des principes connus de la physique ou 
de la physiologie^? On rencontre là, en face de soi, des diffi- 
cultés insurmontables. Avant que 'l'on connût la circulation 
de Harvey, l'école médicale enseignait la chaleur innée, d'après 
la doctrine du grand Hippocrate (aph. i, i&, iB). Hippocrate 
parait n'avoir pas voulu, en parlant de tÇ iix(pvT(^ Q-épptqp^ 
dire autre chose, sinon que la chaleur, dans le corps humain, 
commençait avec la vie, variait dans les maladies du plus au 
moins, et disparaissait avec la mort. Jusque-là il agissait en 
vrai et sage philosophe, constatant et expliquant simplement 
les effets d'une chose dont il ignorait la nature. Pourquoi n'a- 
t-il pas toujours gardé cette réserve philosophique ? 

c( Qu'on voie aux livres De camibus et de morho saero entre 
autres ! il avait reconnu que le sang qui sort d'une blessure 
est chaud , et que , lorsqu'un homme perd en une grande quan- 
tité, il a froid et pâlit. Il conclut de là que la chaleur nait 
du sang, et que les parties sont d'autant plus chaudes quVU^ 
ont plus de vaisseaux* rouges, qu'elles sont -d'autant plus 
froides qu'elles en ont moins; et, par suite, il admet que le 
cerveau est la partie du corps la plus froide. 11 ne s'arrête pas 
là; c'est pourquoi, dit-il, la pituite s'y accumule, et elle est 
éliminée parles narines; et, lorsqu'elle s'y amasse en trop 



Son ouvrage le plus célèbre est ioti- 
lulé ; Ratio medendi m fiOMoanmo prae- 
tieo quod m groUam mediemœ itudioso- 
mm eondidit Maria-Theruia, Vienne, 
1 768. n publia, en outre, de nombreux 
mémoires originaux , pratiques. 

^ Anlonii de Haën. Ratio medendi in 
noeoeotmio prtOieo frindobonenêi , 5 vol., 



Neapoli, typis Donati Gampi, hdgclxvi, 
t. I, cap. XIV, p. 969. 

* De Haën est un médecin modeste, 
qui a conscience des difficultés. Il est 
assez savant pour ne pas oser de ces ex- 
plications chimiques avec lesqudles jon- 
glent les médecins bordis, mais pea 

ipulenx. 



19. 



180 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

grande abondance, elle est envoyée par le cerveau aux pou- 
mons, et, étant froide, elle refroidit le sang contenu dans le 
poumon et le coagule; elle est, en outre, envoyée dans d'autres 
parties du corps et y produit diverses maladies : apoplexie, 
épilepsie, asthme, et une foule d'autres maladies pituiteuses. 

<K C'est ainsi que se trompent les plus grands génies, lors- 
qu'ils franchissent inconsidérément les limites qu'ils s'étaient 
d'abord fixées prudemment à eux-mêmes. 

((Si nous consultons Aristote dans les livres De la génération. 
De la respiration, et au quatrième chapitre de la Météorologie, 
nous voyons cet esprit si subtil s'ingénier à nous démontrer 
que quandoquidem quatuor elementi», aère, aqua, igné, terra, 
nihil non constel, id calidius esse, quod in hoc commistione ignem 
haberet reliqua principia superantem. Il n'y a point de lumière 
dans ces ténèbres. 

«En lisant Aristote et Galien, on est stupéfait des étonnantes 
idées des anciens philosophes sur la chaleur du corps humain, 
et nous ne trouvons rien qui nous éclaire. 

«Au temps de Galien, les médecins, les philosophes oscil- 
laient entre ces deux hypothèses : 

« Si la chaleur a pour origine le mouvement du cœur et des 
artères, ou si, comme le mouvement même du cœur qui est 
inné, la chaleur était de même innée. (Gafen. advers. Lycum, 
cap. II et in commentariis.) Galien répond à cette question, 
comme Aristote, à la façon des péripatéticiens. 

ç^Aux dogmes des péripatéticiens ont succédé les dogmes 
cartésien et newtonien. 

«Mais leurs explications sont insuffisantes, hérissées de dif- 
ficultés et de desiderata, v 

Oialeur des corps vivants, — De Haën (1756), dans le chapitre 
De sanguine humano ejusque calore, expose les contradictions qui 
existent entre les faits et les théories; il oppose, avec con- 
fiance, l'observation clinique aux doctrines et à l'autorité de 



DE HAËN. 181 

renseignement magistral, il fait part de tous ses scrupules, et 
sait s'abstenir des explications inutiles. 

Il s'exprime ainsi : «Nous avons observé plusieurs fois, 
chez des malades traités de la façon ordinaire ou par Técorce 
du Pérou (quinquina), que souvent il ne restait nul indice de 
fièvre, ni dans le pouls, ni dans la respiration, ni dans Tu- 
rine, ni dans les sensations du malade, et que, pourtant, le 
thermomètre accusait chez eux, 3, k et jusqu'à 6 degrés de 
chaleur de plus qu'à l'état normal." (De Haên employait le 
thermomètre de Fahrenheit , dont les degrés sont plus rappro* 
chés que ceux du Celsius.) 

De Haén continue ainsi : cdi y a lieu de s'étonner de 
ce fait, d'autant plus qu'il y a des fièvres aiguës dans les- 
quelles le même thermomètre, appliqué au même endroit du 
corps, avec le même soin, et pendant le même temps, ne 
donne pas un degré de chaleur plus élevé, alors que les ma- 
lades accusent une sensation de chaleur incommode et que 
nous-mêmes, par le tact, nous sentons cette augmentation de 
chaleur. y> 

Le fait-principe énoncé ici par de Haén est de la plus 
grande importance pratique, il va tout droit à montrer que les 
sensations sont trompeuses, que le pouls et la respiration peuvent 
aussi nous induire en erreur, et que le thermomètre seul a rai'' 
son; telle est aussi la doctrine moderne. 

De Haên ajoute : ce Que dire du fait suivant? dans une fièvre 
suraigué, vraiment ardente, où l'on avait tiré au malade 
cinq livres de sang très-couenneux (^summe coriacei sanguinis)^ 
où il se plaignait lui-même d'une chaleur insupportable, et 
remerciait Dieu du bien-être que lui procuraient ses servants en lui 
promenant sur le visage des éponges imbibées d'eau fraîche; com- 
ment se fait-il que, dans ce cas, le malade n'avait que i oo de- 
grés F. (soit 37%8 C), 98 et 99 degrés F. (36%7-37%q C.)? 
Ce degré est inférieur à ceux que le thermomètre donne chez 
les malades qui sont presque guéris de la fièvre, et qui ne 



182 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

se sentent pas , et ne nous paraissent pas , à la main, plus chauds 
qu'à l'état normal. Dans les maladies malignes, la chaleur n'ex- 
cède pas de plus de 3 à A deg^rés la chaleur normale. » De Haén 
cite encore l'exemple d'un jeune garçon de i3 ans, pftie, ex- 
sangue, au pouls petit, cachectique, scrofuleux (il paratt s'a- 
gir d'une péritonite tuberculeuse), qui, pendant six mois, ne 
cessa d'avoir environ 1 00° F. de chaleur (37%8 C). « Gomment 
cette fièvre , avec cette pâleur et cette cachexie ? C'est un pro- 
blème qui étonne et est sans solution. 9 Suit un autre exempte : 
il s'agit d'une femme qui, en 1785, devint hémiplégique au 
quatrième jour après l'accouchement. Son bras paralysé était 
froid et ne pouvait être réchauffé, et pourtant les artères y 
battaient fortement, tant la radiale que les interosseuses. D'où 
vient ce froid avec l'intégrité des artères où coule le sang, 
source de la chaleur ? — De Haén a tenu cette femme en 
observation pendant longtemps, la paralysie s'est accentuée, 
il y a eu rétraction et atrophie du membre; la main marquait 
70 et l'aisselle 96, soit une différence de s 3% et cependant ^ 
les artères battaient dans la içain. — Gomment, dit-il, peut- 
on expliquer ce fait ^ ? 

Il faut avouer que l'objection de de Haën persiste en par- 
tie, et que, même de nos jours, tous les problèmes relatifs 
à la chaleur animale ne sont pas résolus. Seuls, les ignorants 
ont réponse à tout. 

De Haën expose la contre-partie de ce qui précède: c'est 
l'observation d'un homme qui n'avait pas de battements arté- 
riels dans un bras et pourtant y montrait la température nor- 
male. (C'était dans l'aisselle que le thermomètre était habi- 
tuellement appliqué par de Haén.) Un fait très-considérable, 
ou du moins très-remarqUé parmi ceux que de Haén a fait con- 

' En effet, la force, la fréquence du la différence de chaleur dans les mem- 

pouls, ne prouvent rien pour la cha- bres paralysés, n*a été trouvée que de 

leur, c'est une queêlton de capillaires et nos jours. Voyez dans le chapitre II: Ré- 

de nerfs vasomoteurs. — La cause de gulation de la chaleur. 



DE HA£N. 183 

naître, c'est la coexistence d'une grande chaleur avec le fris- 
son. Wunderlicha relevé ce fait et en a tiré des conséquences 
légitimes: il a montré que nos contemporains avaient ignoré 
les travaux de leurs devanciers, au point qu'en 1889 un sa- 
vant observateur, M. Gavarret » dans le service de M. Andrat à la 
Charité , avait retrouvé celte coïncidence de la chaleur avec le 
frisson et l'avait vraiment découverte , pej*sonne , à cette époque , 
ne songeant aux travaux de de Haën sur la chaleur. Or le 
mémoire de M. Gavarret a été heureusement le point de dé- 
part d'une série de recherches d'où est sortie la renaissance de 
la thermométrie clinique, et il marque une date historique. Voici 
le passage court, mais significatif, qui termine le chapitre De 
sanguine humano ejusque colore de de Haën: «J'ai institué, l'an 
dernier, des expériences qui montraient que l'homme, dans le 
frisson de la mort, conservait sa chaleur normale, et que quel- 
quefois, dans le frisson fébrile, la chaleur é\^\i au-dessus de la 
normale. » Cette série de contradictions engendraient le doute 
dans l'esprit de ce grand observateur, dépourvu, comme on 
l'était de son temps, des secours de la physiologie. Il renonce 
à ^explication du problème: «Il nous faut peut-être avouer, 
dit-il, que la chaleur a une autre origine que le sang lui- 
même. " ( Et cela est vrai en effet.) Et il ajoute : « En savons-nous 
beaucoup plus que ceux qui disaient simplement que la cha- 
leur était innée?» La phrase suivante est un acte d'humi- 
lité chrétienne : InteUexi quod omnium operum dei nullam 
possit homo invenire rationem eorum quœ sunt sub sole; et quanto 
plus laboraverit ad quœrendum, tanto minus inveniat. Etiamsidixit 
sapiens se nosse, non poterit reperire. Eccl. cap. xviii. 

Il y a encore d'autres observations faites par de Haën, par 
exemple l'élévation excessive de la température du corps pen- 
dant l'agonie et même après la mort, phénomène qui était 
inexpliqué en 1766 : Sed mirum die tu! omnium maximus calor 
inventus est hominis, quo tempore cum morte luctatur, exspirat, jamr 
que aliquantum vivere desinit. Ainsi chez un malade qui y peu- 



IM *:«jj?LTii :' — ^à .likj^ai âT l^ fuhe. 



fgp» F. . «Bt ^'. i iL I . îs «skionr ^TAfE». a* soacnt de 
b Bsct <£ d»Ei minwH^ apn». « t^'i' i it\ t Cv. Aotre 
m ifft oa kioHiii» avant, omt kssr» snoi si iirt, une 
teHBiéialaR de ^^ 34*. c C . L» A mjfci f ttM» aiait éii 
ayyfc|»f psftlaat ûnt ■hhùbi. Qem^ nàt par de Haên poor 
r>"i dg tffiin de^ tsk «àaiear. As bout 4» iS HÎBVte» «f^iplk»- 
tm. le A iiii fiir màÊifËàiit to^ de^^ii» ^ Sj*, S C), ce 
i|n âaît ta feespéntare kifcdi'p'Hi^ dai» la nabdie. Aa mo- 
de la Mort. mè^ tm^tkatar». «t «fie ponla pendant 
1 s: iHBBv&e» iètmAsnaà eaton H h tcmpéffa- 
a loi* t^ 3>\3 C . 1 partir de te nonent, on 
le AawKmàïï^nÊgi/m^. de S a S wnvtes, et ion 
nfl4a les chifire» ^j i S^*.:» Cil ^S |36\6 Ck, 97. 96. et, 
qnÎBie heure» aprê» b mort, b ikeraaoïMtie était descendu 
sedement a 8S. alois que Fair extérieur ne manpait que 
6of 16 Cï- 

Cette analyse patiente et obstinée doit assaier a de Haên 
une pbee consîdérabb dans flii^toîre de b tkennométrie mé- 
dieabf dont il est presque FinTenleur. 

En un autre chapîtr? portant presque le même titre^, de 
Haên reprend b question de Forigine et des causes prochaines 
de b chaleur animale. Il trouTe insuffisante b théorie de la 
chaleur par le frottement seul, et admet Feiistence d'autres 
causes de b chaleur dans le corps. Cependant il s*arréte b et 
se garde de tomber dans des explications malheureuses. 

^ous arons bit connaître lesfaUs faràemliert et importants 
que de Haên a le premier indiqués et qui lui servaient d'ar- 
guments pour combattre les théories régnantes jusqu'alors. 
Mais de Haén ne £e$i pas borné au rôle de criUyue, ni à celui 
iFoh$ermteur curieux: il a tenté de réaliser un travail d'ensemble 

' O mni U des expériences suiries. instrument qiii donne la tkermogrwpkiÊ 
Noms ri*ea taisons |>as de meilJeures an - cimlUme. — ^ T. II , p. 96 , caput ir : 
joffrd*lfif i. Il nou9 reste à décooirrir un De san^mne H 



DE UAËN. 185 

sur la thermométrie méthodique, et il en a tiré tout ce qu'un 
grand professeur comme lui en pouvait tirer pour l'enseigne- 
ment pubbc. Sans doute , il a dû commettre des erreurs de dé- 
tail 9 et les instruments dont il se servait n'avaient pas atteint 
à la perfection dont les nôtres se rapprochent davantage; mais 
ses préceptes étaient et demeurent bons, et, en le lisant, on 
croirait b're l'œuvre de quelque clinicien éclairé de nos jours; 
il faut avouer que l'immense majorité des médecins vivants en 
sait moins surla thermométrie que de Haén, et que quelques- 
uns, même parmi les maitres, seraient fort embarrassés de ré- 
pondre aux questions que de Haén faisait à ses élèves. Et il ne 
faudrait pas croire que le professeur de Vienne fût seul pos- 
sesseur de cette méthode en 1766; il se plaint de ce que les 
auteurs de son temps ne s'expliquent pas suffisamment sur la 
durée que 'doivent avoir les examens thermoscopiques tam in 
œgris quam in sanis. — Au reste, nous donnons ici une analyse 
étendue des chapitres xix du tome V' et iv du tome 11. 

Ch. XIX. De supputando calore carporis hutnani^. te Des hommes 
très-ingénieux, Fahrenheit et Prins, et surtout Réaumur, dont 
on ne saurait trop faire l'éloge, nous ont, après Torricelli, 
Galilée, Drebel, Pascal, dotés de thermomètres propres à dé- 
terminer le degré de la chaleur humaine. Nous avons ainsi 
appris que tout ce qui ne vit pas, tout ce qui n'est point placé 
dans la sphère d'activité du feu , n'a que la chaleur de l'at- 
mosphère: tels sont le bois, la pierre, les métaux, la soie, 
la laine, l'eau, le vin, l'alcool, lesquels ont la même tempé- 
rature, qui est celle de l'atmosphère. Mais nos sens ne nous 
permettent pas toujours d'en bien juger : c'est ainsi qu'en hiver 
le fer poli nous parait beaucoup plus froid qu'un vêtement de 
laine, le verre que le bois; ce qui s'explique parce que notre 
propre chaleur, qui est très-supérieure à celle de l'atmosphère, 
a très-vite amené h son degré l'atmosphère de la laine, mais 

' T onu» 1 , 1». 1 5(i. 



186 CHAPITRE 1*'. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

ne peut que lentement échauffer les particules de la surface 
du fer poli, ... et de même que ce métal poli s'échauffe plus 
lentement, de même il conserve aussi plus longtemps la cha- 
leur. Ti De Haén renvoie ensuite le lecteur au beau mémoire de 
Boerhaave sur le feu (De igne)^ et dit modestement, en par- 
lant de ses propres travaux : Invmùs addere facile. 

« Faits principaux. — i ** On a fixé à 96" F. ( 3 5" C. ) la chaleur 
de l'homme à l'état sain, à 87** jusqu'à 94° (3o%4 à 34%5 C.) 
celle de l'homme atteint du frisson fébrile, et à 96*" jusqu'à 
108*" (35,6 à lia'' C.) celle d'une fièvre ardente ; on a même 
dit que la chaleur pouvait monter un peu plus haut. Donc il 
y a bien moins d'écart entre le point normal et celui du refroidisse^ 
ment qu entre le point normal et celui de réchauffement excessif. 

« 3° On a dit que la chaleur de l'atmosphère était toujours 
inférieure à celle de l'homme jsain, même in ardente Sirio; qu'il 
était même impossible à un homme de vivre longtemps dans 
un air pareil , à plus forte raison dans un air qui aurait une 
température dépassant celle du corps humain. » Suit une ci- 
tation de Boerhaave qui est très-intéressante (cap. De igné, 
exp. 19, coroll. 16): Sanguis frigidior in arctos , elasticos, fortes 
canales arteriœ pubnonalis, vi cor dis dextri, atque molimine ingenti 
respirationis, pressus, actusque, necessario per unum pulmonem 
fertur copia œque magna, quam, eodem tempore, per universum cor- 
pus, omnesque ejus partes simtd. Hinc igitur idem sanguis nuUa 
in parte corporis usque adeo atteri, adeoque et calescere poterit, quam 
in pulmone solo. Foret ergo calor iUius homini intolerabiUs, imo 
letalis. Verum aer, respirando ductusin pulmonem, est semper fri- 
gidior longe, quam hic sanguis. Et per Malpighiana, sanguis hic 
in arteriolas minimasfusus, quœ vesiculispuhnonumtenuissimisad" 
pUcantur undique, per superficies ergo incredibiliter latas exponitur 
aeri, per omnia momenta temporis renovato, adeoque semperfrigido, 
unde sanguis ex se, in nulla iterum totius corporis plaga réfrigéra- 
tur plus, hoc respecta, quam pulmone nostro. 



DE HAËN. 



187 



« 3"* De grands maîtres en l'art de la médecine ont décidé [de- 
cretumfutt) que les décroissances de la chaleur dans le corps 
humain , à l'état morbide , devaient être imputées à un moindre 
frottement des humeurs dans les vaisseaux et des humeurs 
entre elles, et que les accroissements de chaleur tenaient à 
une augmentation du frottement. 

^Avec tout U respect qui est dû à de si grands noms, je me 
permettrai d'invoquer mes propres observations avec leurs 
conclusions nécessaires. 

«Boerhaave, Fahrenheit, Haies dans son Hémostatique, Der- 
bam dans sa Théologie physique (lib. I, cap. ii), Sauvages dans 
son livre De Vmjlammadon , nous disent quelle est la chaleur 
de rhomme et de tous les corps , mais ils ne nous disent pas 
pendant combien de temps ils laissaient leiltermomètre appliqué ^ 

« Or c'est ce qu'il faut chercher d'abord , avant <Je rien con- 
clure relativement à un phénomène de l'ordre physique, et c'est ce 
que montreront les observations suivantes, que j'ai faites sur 
moi à ïétat sain et sur plusieurs autres personnes dans le même 
état, et aussi chez plusieurs malades. Et cette expérience, je ne 
l'ai point faite une fois ni dix, mais très-souvent, et toujours 
j'en ai tiré le même enseignement. 

«(Lorsque le thermomètre est maintenu pendant un demi- 
quart d'heure dans l'aisselle d'un homme sain^, il marque de 
gB'à 96** F. (35** à 35%5 C); au bout d'un quart d'heure, 
97% 98% 99-* F. (36%3 C, 36%7 C, if^a C); au bout 
d'une demi-heure, too% 101° F. (37%8 C, 38%4 C). A 
partir de ce moment, quand même je maintenais le thermo- 



* Celle objecb'on sdentiflque sur le 
moduê faeimidi conserve aujourd'hui 
toute n videiir. Combien avons-nous de 
courbes tbermométriques sans valeur 
00 gâtées par des ignorants? 

* Ces 7 minutes t/û sont-elles le 
piint de départ des 7 minutes pendant 



lesquelles les Allemands modernes lais- 
sent le thermomètre appliqué dans Pais- 
selle? Nous verrons plus tard que, pour 
le creux axillaire, ce temps est insuffi- 
sant, que, lorsque Tapplication est faite 
dans le rectum , il est, au contraire , lar- 
gement calculé. 



188 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

mètre pendant deux heures et au delà, je ne l'ai jamais vu 
monter plus haut. 

c(Si maintenant nous regardons ce qui se passe chez les 
malades, nous avons la clef des notations des auteurs qui ne 
laissent le thermomètre en place qu'un demi-quart d'heure. 
Supposons un malade ayant une chaleur fébrile faible, le 
thermomètre laissé un demi-quart d'heure marque loo'' F. 
(37%8 G.); mais, au bout d'un quart d'heure, il marque de 
lor à 102^ F. (38^4 à 38%9 C), et, au bout d'une demi- 
heure, de 10 2° à 10 3° F. (3 8°, 9 à 3 9", 5 C). Quelquefois 
j'ai vu, dans la fièvre continue, le thermomètre, au bout d'une 
demi-heure, marquer 106** F. (/4i°,i G.), et, au bout d'une 
heure, 109° F. (4q%8 C.); d'autres fois, en une demi-heure, 
il montait à io3** F. (39°,5 C.), et en une heure à io5" F. 
(4o%i G.), 

• (^ On objectera à cela que la chaleur fébrile a pu s'accroître 
pendant ce temps; je l'accorde pour une fois, pour plusieurs 
cas si l'on veut; mais alors pourquoi donc, chez les gens bien 
portants, le thermomètre monte-t-il plus haut, quand on le 
laisse plus longtemps en place, et alors que notre chaleur na- 
turelle ne s'accroît pas le moins du monde? Et pourquoi en 
est-il de même chez les malades, alors que, de notre côté ni du 
leur, il n'y a aucun sentiment de l'accroissement de la chaleur? 
Et c'est une loi constante. Ainsi il ne s'agit point ici d*une 
réelle augmentation de la chaleur. 

«Et qu'on n'accuse pas l'exactitude de nos thermomètres! 
J'en possède beaucoup d'excellents, qu'a fabriqués pour moi 
un très-ingénieux physicien et mathématicien distingué, le 
révérend Marci, selon les modèles de Fahrenheit, Prins et 
Réaumur. J'ai moi-même vérifié^ l'exactitude des thermo- 

' De Haén prévoit toutes les objec- livrés par le commerce > ceB thermomè- 

tions. L'exactitude qu^il apporte à la vé- très sont souvent défectueux, et on est 

rification de ses instruments peut nous obligé de vérifier souvent leur valeur; 

servir de modèle. On ne vérifie pas as- on sait, en cfTet, qu^après un certain 

soz les thermomètres; précipitamment temps leur léro se déplace. 



DE HAÊN. 189 

mètres Fahrenheit dont je me sers pour mes malades, d'après 
le grand thermomètre universel, fabriqué avec un soin extrême par 
Prins lui-même. 

*^ Des susdites expériences j'ai dû conclure que Ton n'avait 
pas déterminé exactement le vrai degré de la chaleur, soit 
chez Thomme sain , soit chez les malades , faute de laisser le 
thermomètre appliqué assez longtemps. 

R Un grand nombre de faits contredisent la deuxième thèse 
des auteurs. Haies, Boerhaave et d'autres ont considéré comme 
impossible qu'un homme pût vivre longtemps dans un air dont 
la chaleur dépassait la sienne propre ou la surpassait. Cepen- 
dant, d'après les observations communiquées par le très-savant 
Derham {Theol. phys. lib. I, cap. n), Je thermomètre, sous 
Téquateur, monte à un degré qui n'est guère différent de ce- 
lui de la chaleur humaine, et même il dépasse souvent cette 
hauteur. J'ai moi-même souvent observé, ayant suspendu des 
thermomètres très-exacts, les uns dans l'air libre, hors de toute 
Inflexion de parois, et à l'ombre, les autres en plein soleil, que 
la différence de chaleur accusée de part et d'autre était de 
plus de 3o° F. (soit 16** à 17** C). Au 27 août, entre 3 et 
4 heures de l'après-midi, alors que, dans l'intérieur des mai- 
sons, le thermomètre marquait 71" F., il marquait dehors, 
à l'ombre, 7 5"; le thermomètre universel de Prins, exposé 
aux rayons directs du soleil, monta en un quart d'heure à 
io3' 1/9 F. (39*,75 C), et se maintint à cette hauteur avec 
quelques oscillations. Au bout d'une demi-heure, il monta à 
107" F. (4i"*7 C); huit autres thermomètres donnaient le 
même chiffre avec de très-petites différences. 

<t Or nous nous exposons à de semblables températures sur 
les places publiques, dans les rues, dans les champs pendant 
la moisson, dans les camps, etc., et cela sans devenir ma- 
lades. Et certainement nous tous, au cœur de l'été, res- 
pirons souvent un air plus chaud que nous-mêmes, et ce- 
[.endant nous vivons; et il ne survient point d'accidents à ceux 



190 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

qui vivent sagement et s'abstiennent de boire avec avidité de 
Teau trop froide. Sous i'ëquateur, l'homme vit dans un air 
aussi chaud que lui-même» et, dans une partie de l'Europe, en 
un air parfois plus chaud que notre corps. Ainsi l'usage de l'air, 
dans l'inspiration, paratt plutôt être de mouvoir le sang que de 
le refroidira Je m'éloigne ici du texte de Boerhaave, mais 
pourtant il donne [Physiol. S aos) une explication dont la 
mienne se rapproche. D'ailleurs, s'il suffît que l'air ait dix 
degrés de moins que le sang pour jouer ce rôle de réfrigéra- 
teur, ne deviendrait-il pas trop froid et nuisible, alors que, 
dans une brume glaciale, il est de 70 à 80^ F. au-dessous de 
la chaleur humaine? Et le thermomètre ne devrait-il pas alors 
montrer le sang de Thomme beaucoup plus chaud en été qum 
hiver? 

« La troisième thèse des érudits est que la chaleur provient 
du frottement. Il y a beaucoup de maladies qui ne permettent 
point d'admettre ce principe. Dans une fièvre hémitritée for- 
mée par le mélange d'une continue et d'une intermittente 
quotidienne, le malade, pendant le paroxysme de l'intermit- 
tente, éprouvait une telle sensation de froid, qu'il disait que 
le reste de sa maladie n'était rien auprès de cette atroce souf- 
france. Or le thermomètre marquait, à ce moment, io&° F. 
( /io^ C), et il ne dépassait pas ce point, même au plus fort du 
stade de chaleur. Ainsi cet homme éprouvait une vive sensa- 
tion de froid; les signes du refroidissement, frisson, tremble- 
ment, oijg'or^ tremor, le claquement de dents, étaient évidents, 
et pourtant la main sentait que ce corps était chaud, et le ther- 
momètre marquait une chaleur au-dessus de la normale. Vous 
demanderez ce qu'était alors le pouls? il était comme d'habi- 
tude, petit, rapide, contracté pendant le frisson; et ensuite, 
dans le stade de chaleur, il devenait plein, libre, grand, n 



* De Haên a le mérite de faire dis- couverte. Effacer une erreur, ^eêt 
paraître ane erreur, œia vaut une dé- cer. 



DE HAËN. . 191 

De Haên cherche ensuite à expliquer ce fait. 11 se demande 
à quel genre de fièvre appartenait cette maladie, si c'était à la 
fièvre appelée par Hippocrate ifittéXti où le malade avait à la 
fois la sensation du chaud et du froid, ou à la fièvre Xetitvpfa^ 
dont Hippocrate dit (aph. 4, 48, 7, 72): In febribus non 
nUermiUentibus, si extema Jr^eant et intemfi urantur, et sttiant, 
lethale. 

Il combat ensuite les explications des médecins mécaniciens, 
qui veulent que le cœur se contracte avec d'autant plus d'é- 
nergie et de vitesse, que les capillaires résistent davantage, et 
il renvoie au Traité de Vinjlnmmation de Sauvages, dont il 
admet les démonstrations. 11 n'admet pas non plus la chaleur 
réagissant, par X acrimonie des humeurs, sur les mouvements du 
cœur et sur les vaisseaux, et il combat ces diverses hypothèses 
par des arguments excellents. Pourquoi, dit-il, cet homme 
a-t-il le frisson, le tremblement, le claquement de dents, 
alors que le thermomètre dénonce chez lui S"" F. de plus qu'à 
l'état normal ? Il y a là quelque chose d'inexplicable. Si quel- 
qu'un , ajoute-il , veut bien m'expliquer ces phénomènes par les 
seules lois de la physique , erit mihi magnus ApoUo, Et de Haën 
revient sur le fait d'un homme à l'agonie, et qui, pendant 
a & heures, ayant un froid de marbre avec des artères qui bat- 
taient à peine, marquait au thermomètre 97° F. (36%q C): 
« où est ici le frottement artériel ? " 

De Haën rapporte ensuite une observation pour montrer 
que l'écorce du Pérou diminue la chaleur et éteint la fièvre* 

Il y a ^ dit-il , des cas où cette écorce augmente la chaleur, 
c'est quand celle-ci est au-dessous de la normale : iis augeri 
calarem, qui naturaU mmorem possideant, ut eundem minuit iis qui 
naturali majorem. Et de Haên rapporte l'histoire d'une fille qui , 
ayant pris du quinquina quelques jours avant, eut de nou- 
veau une chaleur fébrile (103'' F., 38%9 C.) avec un pouls 
lent : ergo calor non a solo attritu, non a solo motu aucto. 



192 



CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 



Nous avons à faire connaître maintenant les tableaux de la 
chaleur aux différents âges, dresses par de Haén, au chapitre 
De sanguine et calore humano ^. 

L'opinion répandue, parmi les observateurs de ce temps, 
était que la chaleur était plus grande chez les adultes, moindre 
chez les vieillards^ et les enfants, et l'on en donnait la raison 
mécanique. De Haën se contente de transcrire le résultat de 
nombreuses expériences qu'il a faites sur des enfants, des 
adultes, des vieillards; et il indique quelles précautions il a 
prises : les sujets mis en expérience étaient couchés et bien cou- 
verts par-dessus le thermomètre; et, de peur d'erreur, toutes 
ses observations étaient faites avec le même thermomètre. 

On ne saurait trop admirer le soin et la rigueur apportés 
à ces expériences, dans lesquelles sont notés : l'âge, la durée 
d'application du thermomètre, et le degré de la chaleur: 

NOUVKÀD-NÉS. 



3 joura, 7 min. i/a . . . 9/1 



3 
3 



h 



3. 
5. 

7- 

7- 

10 

ai 
93 

q8 



p. 


c. 


9û° ( 


;34%5) 


9^' 


(35-,o) 


97' 1 


(36m) 


97° 1 


[36%i) 


95° ( 


[35%o) 


9«° < 


[35%5) 


97° < 


;36M) 


97° ( 


36M) 


96° ( 


:35%5) 


95° ( 


35',o) 


97° ( 


;36M) 


96° ( 


;35°,5) 



i/U d*heure. . . 



F. 

96° 


c. 

(35',5), 


97° 


(36%i) 


99° 


(37%3). 


99° 


(37*,3) 


97° 


(36«,i) 


98° 


(36-,6) 


99' 


(37%3), 


99° 


(37-,3). 


99° 


(37-,3), 


97° 


(36-,i). 


100° 


(37-,8). 


98° 


(36*,6). 



» Édition de \aples, 1766. T. H, ' Voyez Charcot, Maladieê dei vieil- 
p. 108 el suiv. lard», a* édition, 1876, p. s5]. 



DE HAËN. 



193 



F. 

& 1/3 ans, 7 min. 1/9 . . 96** 

95- 

94- 

94- 

96' 

96- 

95- 

•.•••• 9û° 

95- 

95* 

96- 

95- 

97° 

96° 

95- 

96- 



ENFANTS. 

C. 
35',6 



6... 
5i/a 
5 1/3 
5 3/4 
5 3/4 
6... 
61/4 
61/9 

7- • 
71/9 

71/9 

71/9 

9-- 
9... 
10 . . 



35',o 
34*,5 
34',5 
35%6 
35%6 
35',o 
34%5 
35*,o 
35%o 
35%6 
35%o 
3C%i 
35%6 
35".o 
35*,6 



■ »/4 (l'heure. . . 



F. 

98' 
98- 
97* 
97* 
98- 
98- 
97* 
97* 
97* 
98' 

99° 

98- 

99° 

99° 

97° 
98- 



c. 
36°,6). 
36',6 
36% 1 
36% 1 
36%6 
36',6 
36',i 
36% 1 
36», 1 
36%6 
37-,3 
36%6 
37%3 
37-.3 
36*,i 
36%6 



Il n'est pas nécessaire de faire un tableau pour les adultes, 
dit de Haën , puisque de très-nombreuses observations (infi- 
nita) montrent que leur chaleur varie de 96° à 98° F. (35* à 
36%7 C). 



66 ans, 7 min. 1/9.. . 
64 

69 

70 

73 

76 

79 

80 

80 

81 

89 

83 

84 

90 

9» 



VIEILLARDS. 
F. C. 

97° (•'^6°'» 

gô" (35%6 
95" (35',o 
95° (35%o 
96* (35%6 
96" (35%6 
95* (35',o 
95" (35*,o 

97° (36M 
96* (35',o 
96* (35',o 
96* (35%6 
96° (35',6 
96* (35%6 
98* (36*,6 



1/4 d'heure. . . 



• • • » • 



F. 

99° 
99° 
97° 
98° 
98- 
98° 
97° 
98° 
99* 
97° 
98° 
98- 
99* 
99° 

100* 

i3 



c. 
37',3 
37',3 
36% 1 
36%6 
36%6 
36*,6 
36% 1 
36%e 
37%3 
36M 
36%6 
36%6 

37%3 
37%3 
37%8 



\9à CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

«Ainsi ta chaleur est la même à tous les âges, avec les 
écarts que nous avons signalés pour l'âge adulte. Ces nou- 
veau-nés, enfants, vieillards, étaient pris parmi les deux 
sexes. Les femmes ne sont point différentes des hommes far la cha- 
leur. Pourtant les plus anciens auteurs ont déclaré qu'il y avait 
des différences dans la chaleur, suivant les âges, et ils ont 
tâché de trouver l'explication de ce fait prétendu. Les mo- 
dernes qui avaient les moyens de contrôler ce fait cxpérimen- 
tsilement ont négligé de le faire, aveuglés qu'ils étaient par 
leur croyance, en la doctrine du frottement comme cause de 
la chaleur, et ils en ont appliqué les déductions à l'enfance, 
à la vieillesse, à l'âge adulte, sans prendre souci de la véri- 
fication directe; tant il est difficile d'être plein d'un ardent* 
amour pour une hypothèse, et de n'être pas, par cela même, 
détourné de la vérité. Plaise au ciel que, devenus sages enfin, 
après de tels exemples, nous cessions d^en imposer si honteuse- 
ment au genre humain et à nous-mêmes ! n 

Que manque-t-il à de Haën ? Les courbes. 

STOLL'. 

( École de Vienne, 1762-1788.) 

Dans ses Aphorismes s^ir les fièvres, Stoll passe en revue les 
symptômes divers de la fièvre. La chaleur n'y occupe pas le 
premier rang, elle est même reléguée à la suite d'autres symp- 
tômes tels que la nausée, la faiblesse, etc. 

Aph. 617^: Le froid fébrile. c^Le froid, au commencement 
des fièvres aiguës, suppose un moindre frottement des liquides 
entre eux et sur les vaisseaux, le mouvement circulatoire di- 

^ Né en Souabe en 17/13. Jésuite, milien Stoll lui succède et meurt è 

professeur de beUcs-lettres, quitta Tor- kh ans, en 1788. 
dre en 1767. Élève de de Haën, dont * Aphoritmet but la eotmaiMumee «t 

il oe semble pas avoir suffisammen t com- la ettratian dêt Jièvrêi , par Max. StoB; 

pris les procédés scienliâques, Maxi- Paris, 1809. Le froid fébrile, p. i68. 



STOLL. 195 

mioué, la stagnation du liquide aux extrémités; que le cœur 
se contracte moins, s'évacue moins; le spasme de la surface 
cutanée et des extrémités des vaisseaux. 79 

Les apborismes se rapportant à la chaleur fébrile, quoique 
écrits postérieurement à de Haën, sont bien inférieurs à la 
science de ce maître de Stoll. Il semble que le langage de 
Técole, que la routine classique, l'aient emporté à Vienne même 
sur l'enseignement si scientifique de de Haën. 

Aph. 681. «La chaleur fébrile se connaît au toucher, par 
le sentiment du malade, parle thermomètre, et elle varie se- 
lon la fièvre elle-même, selon la partie affectée et la manière 
dont elle l'est. » 

Aph. 682: «Ainsi il y a une chaleur douce, universelle, 
égale, répandue, humide, dans le temps de la coction, de la 
crise, de la rémission, de l'apyrexie, et celle-là est bonne: il 
y en a une, au contraire, mordicante, acre, brûlant la main 
qui touche, et sentie par le malade, accompagnant la fièvre 
ardente; il y en a une partielle, dans un endroit enflammé; 
il y a celle de la consomption sèche, après le repas, dans la 
paume ^es mains, à la plante des pieds, aux joues, qui sont 
très-chaudes et d'un rouge foncé. » 

Aph. 683 : c(La chaleur, quelque cause prochaine que les 
physiciens aient établie, en a beaucoup de plus ou moins éloi- 
gnées, qui diffèrent par leur nature et par ce qu'elles signi- 
fient, quant au diagnostic, au pronostic, au traitement. . . n 

Stoll indique alors le remède pour les différents modes de 
la chaleur; si elle dépend de la vélocité du pouls, il y faut 
remédier par le repos, la saignée, une application interne et 
externe, lente et douce, des substances froides (les émulsions). 
Le mot froid n'a pas ici son sens strict. Si c'est la pléthore, si 
c'est la cacochymie, si c'est une inflammation, autres re- 
mèdes. 

Il y a un passage d'où il semble résulter que Stoll cher- 
chait à refroidir les fiévreux. Pour les bilieux: «un air libre, 

i3. 



196 CHAPITRE V\ — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

un peu frais, froid, modéré (non au thermomètre, mais d'après 
la sensation du malade), agité» les couvertures légères, se 
placer sur le lit; une boisson acide, à froid, à la glace, des 
lotions et des épithèmes semblables. . . 

«On abat, dit-il, la chaleur dans la synoque putride par 
les mêmes moyens, et, en outre, par lesaci des minéraux éten- 
dus dans Teau froide. Ces moyens apaisent, comme par en- 
chantement, la chaleur varioleuse qui quelquefois, avant 
l'éruption des pustules, est énorme, dégénère en coma.. . v 

Ainsi Stoll a connu et pratiqué le traitement de la chaleur 
fébrile par le froid. 

FRANÇOIS HORNE^ 

( École anglaise, iviii* siècle.) 

Dans ses Principta medicinœ (1768), Home définit ainsi la 
fièvre : In unaquaque fehre semper et uhique adesse Jreqtientem 
puhum et calorem auctum, cum lœsione umum vel plurius Junc- 
tionum. Home attribue à Sylvius le fait d'avoir, le premier, 

* F. Hornc publia ses principaux ou- observations thermomëtriqiies exactes 

vragesdc 1760 à 1780. Professeur de sur la température de rbomrae et des 

matière médicale à Tuniversité d^Édin- animaux. De animaUum cakr». 
barg. Parmi les élèves de Haller qui ont 

On a de lui : Distertatio de fehre re- étudié la cbaleur, nous devons citer : 
mittente (1750). — Analyne et vertus du Haller Marcard , Diêiertatio de gent- 

Durue spaw (1751). — Experitnentê on ratione calorig et utu in corpore humano; 

hleaching {i^d6). — The principlet of 1761, Gotting. 

agriculture and végétation (1758). — Rôderer, Distertatio de animalium 

Principia medicinœ {i']')S). — Médical calore, Obn.; 1768, Gotting. 
/acte and expérience ( 1 7 îÎQ )• — Nature , Pickel t Expérimenta med. physiea de 

caute and cure of croup (1 765 ). — Cli- electricitate et calore animaUum; 1 778, 

nical expérimente, hintories and dixfec- Wurlzb. 

tions (1780 ). — Methodui materiœ me- ( Wundorlich ajoute, page 3o : «Dans 

dicof (1781). — Experimenis on fieh cette thèse, il serait fait mention d'ex- 

and fleshf etc. {Philoe. trans. 1753). périences relatives à l'influence des bains 

Consultez également: Gh. Martin, de rivière sur la température. «) 
17^10, qui, en Angleterre, publia des 



FRANÇOIS HORNE. 197 

compté le pouls parmi les symptômes pathognomoniques des 
fièvres; mais, dit-il, il en faut faire autant pour la chaleur: 
Sed calorie tnajus mtnusve atÂgmentum œque inter hœc locum me- 
retur, qma in omni febre et in unoqt^oque febris stadio, imo in 
rigoribtu detegitur. Cet imo in rigoribus nous montre bien qu'il 
était de notoriété publique, et que Ton enseignait dans les 
écoles, au xyiii' siècle, que la chaleur fébrile existait, comme 
dit Horne, à tous les stades de la fièvre, même dans le stade 
de frisson. Horne admet également une lésion organique ou 
fonctionnelle dans toute fièvre, doctrine prétendue nouvelle 
par les organopathologistes du commencement de ce siècle. 
«Quelles sont les causes prochaines de la fièvre? est-ce une 
excitation nerveuse, par la sensation d'un certain stimulus? 
Nous en connaissons quelques-unes : l'émotion, la colère, 
Texercice, la chaleur extérieure, certains venins, les miasmes, 
la contagion. Mais quelle est la modification chimique ? est-ce 
un acide, un alcali?. . . , r> Ces questions se posaient alors : 
on ne les a pas résolues aujourd'hui, on se les cache soi- 
même. 

Horne se demande quelle est l'origine de la chaleur fébrile. 
«Elle provient, dit-il, de deux sources: i"" le frottement du 
sang; a^ la tendance à la putridité des humeurs.)» La fièvre 
dilate les vaisseaux et expulse la matière morbifique : Ergo 
Jebris, id est pulsus citatior et calor auctior, respectu ad causam 
vwrbificam habiio, semper salutaris est; . . . hinc febris apte a cla- 
rissimo Sydenhamo dejtnitur : naturœ conamen materiœ morbifcœ, 
eorpori valde inimicœ, exterminationem in œgri salutem omni ope 
moUentis. 

Home est logique, ainsi était-on à cette époque de foi mé- 
dicale. Il va donc à l'application de son principe sans hésita- 
tion : si la fièvre est bonne, il la faut encourager. Febris ergo 
^uœ semper ad causas morbijicas quadrat, non, si Jieri potest, ex» 
tmguenda, sedpotius ad harum expulsionem alenda. « La chaleur, 
dit-il, amène la sueur et la résolution. J'ai souvent vu, ajoute-t- 



198 CHAPITKE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

il, la chaleur monter au 107* degré du thermomètre Fahren- 
heit (Ai%7 C.) sans qu'il en résultât aucun danger. 

«Pourtant il faut savoir tantôt exciter la chaleur, tantôt la 
tempérer suivant les cas,, et l'expérience seule nous apprendra 
cette science pratique. 

«Veut-on modérer une chaleur trop grande, voici les 
moyens à employer : i"* le repos de corps et d'âme; a** un air 
frais; 3** des vêtements légers; 4" des boissons fraîches; 5° des 
médicaments antiseptiques. 

«Pour rallumer la chaleur;f il faut employer: i° le mouve- 
ment et les frictions; a** l'air chauffé; î° la chaleur du lit; 
&*" des applications externes chaudes ; 5*" tout ce qui excite et 
relève le pouls. » 

Voilà ce que contenait un bon enseignement classique en 
Angleterre, en 1708. 

CULLEN*. 

( XVI II* siècle, 1719-1790.) 

CuUen admet que la température normale du corps humain 
est de 98° F. (36%7 G.). 11 pense que, dans certaines circons- 
tances, le froid a une puissance sédative, et quelquefois est 
un stimulant du système sanguin, et un astringent dans 
d'autres cas. 

Le frisson marque le début de la fièvre. On peut d'abord 
s'apercevoir d'un froid des extrémités ^. « Ce n'est qu'au bout 
d'un certain temps que le malade éprouve lui-même une sen- 

^ Gulien, Écossais, professeur, de tweê on the matêria medtea, Londres, 

chimie à Glascow, puis professeur de 1779, etc. 

médecioe dans la même universit(^ , Les indications bibliographiques reo- 

1761 ; professeur de chimie à Édin- voient à son livre intitulé : Elémentê d§ 

burg en 1766, puis professeur de m^ciectne /^rat»^. Traductioo de Bo»- 

matière médicale. quillon, 1787. 

On a de lui : SynopiU notologiœ me- * Liv. I : Det Jiivres, cbap. i : Det 

dicœ in wum êtudioêonim , 1 769 ; L*c- symptôme* dêi fiihreê, 1 o , p. 7. 



GULLEN. 199 

^tion de froid, qui commence communément dans le dos, et 
bientôt se communique à tout le corps ; alors la peau paraît 
chaude au toucher, v Ainsi GuUen sait que le frisson s'accom- 
pagne de chaleur. 

U pense qu'il y a deux manières d'utiliser le froid dans les 
fièvres, savoir : en introduisant des substances froides dans 
' estomac , ou en les appliquant sur la surface du corps. Les 
boissons froides peuvent être un tonique utile dans les fièvres. 
*-*^ seconde méthode .d'employer le froid comme tonique con- 
e à l'appliquer à la surface du corps. Gullen admet en gé- 
que, quand la faculté de produire de la chaleur est 
^mentée, comme dans les fièvres, il est nécessaire nonnseu- 
^^ '•aient d'éviter tous les moyens capables de la porter à un 
Xis haut degré, mais il convient même d'exposer le corps à 
e atmosphère d'une température plus froide, ou au moins 
le faire plus librement et plus fréquemment que dans l'état 
'^ santé. Et il ajoute M w Quelques-unes des dernières expé- 
ences faites dans la petite vérole et dans les fièvres centi- 
mes prouvent que la libre admission de l'air froid sur le 
^rps est un puissant moyen de modérer la violence de la 
faction. Mais que)^ est la manière d'agir? Dans quelles cir- 
onstances de la fièvre convient-il particulièrement? ou quelles 
nt les limites qu'il exige ? C'est ce que je ne tenterai pas 
^e déterminer, jusqu'à ce qu'une plus longue expérience m'ait 
^^nieux instruit. ^ 

A la vérité, James Gurrie et d'autres médecins de Liverpool 
avaient déjà fait paraître des mémoires sur l'utilité du froid 
dans les fièvres, mais Gullen avait le droit de ne point se dé- 
clarer encore pour cette méthode nouvelle. Cependant Gullen 
sait que les affusions froides sont quelquefois utiles, et à l'ar- 
ticle 309 il s'exprime ainsi ^: •:( Non-seulement l'air froid peut 



* Chap. yi : be la mélKode de guérir lêi Jièvreg, section première : De la cure 
et» fihrt9 ctmtmuM , k. I, p. ia6. — ' T. I, p. i56. 




200 CHAPITRE V\ — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

être appliqué sur la surface du corps comme rafraîchissant, 
et peut-être comme tonique, mais on peut aussi faire usage 
de ïeau froide. Les anciens l'appliquaient fréquemment avec 
avantage sur certaines parties comme tonique; mais c^est une 
découverte des modernes de laver tout le corps avec de Teau 
froide dans les cas de fièvres putrides accompagnées de beau- 
coup de faiblesse. Cette pratique fut tentée, pour la première 
fois, à Breslau, en Silésie, comme il paraît dans la disserta- 
tion qui porte le titre : De Epidemia v^na quœ Wratùlamam 
anno ijSj afflixit, et qui se trouve dans l'appendice joint aux 
Acta nat. curios., vol. X. D'autres auteurs nous apprennent 
que cette pratique a été adoptée dans quelques contrées voi- 
sines. Néanmoins je ne sache pas qu'on en ait jusqu'ici fait 
l'essai en Ecosse. » 

Le traducteur français de Gullen (1786) ajoute en note 
quelques renseignements sur le même sujet : ctGalien, dit-il, 
cite des cas où il pense que l'on doit faire usage du bain froid. 
Floyer rapporte que des malades échappés pendant le délire 
ont été guéris en se jetant dans les mares, ou en restant sur 
le pavé. Circelli, dans ses notes sur Etmuller, recommande 
d'appliquer sur le creux de l'estomac un drap trempé dans 
l'eau froide, lorsque le malade se plaint de ressentir des 
anxiétés vers les prœcordia, Houliier a introduit cette pratique 
en France; il conseille de baigner les extrémités dans l'eau 
froide et le vinaigre. Ce fut Godefroi Haén qui introduisit h 
Breslau, pendant une épidémie de fièvre putride, la pratique 
des ablutions froides. Son frère, Haën de Schwedits, a écrit 
sur l'usage du bain froid. Sthriber, de Pétersbourg, a remar- 
qué aussi que le bain froid était excellent dans les fièvres. Il 
convient particulièrement dans les fièvres lentes, nerveuses et 
putrides. V C'est un tableau de la médecine en Europe à la fin 
du siècle dernier. Bosquillon ne fait donc pas non plus men- 
tion des travaux encore récents de J. Gurrie. 

Dans les chapitres concernant certaines maladies en parti- 



CULLEN. 201 

culier, Gullen parle souvent de Tapplication du froid avec 
éloge, par exemple dans Tarticle concernant Vinoculation delà 
variole, où il pense qu'il y a un art de modérer l'état inflam- 
matoire de la peau, et En conséquence, dit-il \ il y a lieu de 
croire que les mesures que l'on prend pour modérer la fièvre 
éruptive et l'état inflammatoire de la peau sont un des plus 
grands avantages que l'on retire de la pratique de l'inocula- 
tion .... On a renoncé à la saignée et trouvé un moyen plus 
puissant et plus efficace dans l'application de l'air froid, et 
dans l'usage des boissons froides. ... On ne peut, ajoute 
CuUen, douter que ce remède ne soit sans danger et efficace, 
d'après la pratique usitée depuis longtemps dans l'Indostan 
et adoptée récemment dans notre pays. » 

Gullen, toutefois, fait quelques réserves quant à l'applica- 
tion de cette méthode au traitement de la variole spontanée, 
et son traducteur français se montre encore plus réservé sur 
ce point. Néanmoins CuUen dit formellement ceci^^: «Si, 
pendant une épidémie de variole, il survient de la fièvre et 
qu'on ne puisse guère douter que ce ne soit une attaque de va- 
riole, il faut, à tous égards, traiter le malade comme s'il avait 
été inoculé, l'exposer librement à l'air frais, le purger et lui 
donner abondamment des acfdes rafraîchissants. " 

A l'article concernant la rougeole (n"" 65o), Gullen discute 
l'utilité du froid ' : « D'après l'expérience que nous avons de- 
puis peu , sur les avantages de l'air froid dans la fièvre érup- 
tive de la petite vérole, quelques médecins ont pensé que cette 
pratique pourrait s'appliquer à la rougeole; mais nous n'avons 
pas encore d'expériences suffisantes. ^ 

Pour la scariatine, Gullen ne parie pas du tout du froid. 
Dans la fièvre miliaire il conseille formellement d'exposer le ma- 
lade à l'air froid comme sans danger et utile. 

La théorie des réfrigérants n'était encore qu'à son aurore. 

' T. I, p. 385. — * T. I, p. 388. — » T. I, p. /io6. 



202 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Le livre de Currie n'estait pas connu.. « . En France, les grandi 
cliniciens commencent à peine A parler de cet impartant sujet eniSjâ! 



LES CLASSIQUES 

DU COUUB?(CEIIBNT DU XVIII* SliCLB. 

Quelques médecins avaient, nous venons de le montrer, 
devancé, dans leurs conceptions sur la chaleur animale, les 
découvertes qui devaient illustrer la fin du xviii* siècle ; mais 
ils étaient restés à peu près isolés, et il nous suffit d'ouvrir les 
ouvrages classiques de cette époque pour montrer que Topi- 
nion régnante était restée celle des mécaniciens. L'école an- 
glaise et l'école française avaient soigneusement conservé les 
idées traditionnelles. 

La chaleur fébrile, d'après Freind (1790), n'est que le résultat 
de l'accélération du cours du sang avec de plus nombreux frot- 
tements [Emmenologia , cap. viii) : Calor a circulante sanguine 
itn pendet, ut nihil aliud sit, nisi partium sanguinis in se inmcem 
impetus et aitritio. Motu vero aucto, uti in pletharajit, sanguinis 
major est attritio, quia humorum tum quantitas, tum velocitas au- 
getur; ita utraque de causa increscet calor qui si nimius fuerii, fe- 
briculam qunm et fréquenter observant practici, etphlogosin pariet. 

Telle est l'opinion classique au xviii" siècle. Du reste, on y 
considère le sang comme le seul véhicule de la chaleur : Potest 
non a lentore modo, sed ex ipso sanguinis defectu derimri extrenuH 
rum frigtis; calor quippe partibus cujuscunque, est ut causa, quœ 
ipsum producit; ea vero causa nihil aliud est, msi ipse sanguis ca-- 
lidus ad partes perveniens. (Freind, Emmenologia.) 

Le Père Bersier, correspondant de l'Académie des sciences, 
auteur de la Physique des corps animés *, dit, au livre VIII sur 
la chaleur : (t La chaleur animale et plusieurs autres grands 
avantages sont l'effet de l'alternative continuelle de la conlrac- 

' In-iîi, l^aris, 175.'». 



LES CLASSIQUES. — MARTEAU. 203 

tion et de la dilatation du cœur.)) L'auteur, partant de ce 
principe que le frottement des solides y produit la chaleur, 
admet que «^ le cœur s'échauffe continuellement par le mou- 
vement de ses fibres, et qu'il est ainsi le principal agent qui 
rétablit à phaque instant la chaleur que notre corps perd 
continuellement, la communiquant aux corps qui l'environnent, 
comme font les autres corps chauds. » 

La deuxième proposition est ainsi conçue : « Il est probable 
que le mélange de l'air dans le sang est encore une des causes 
de la chaleur de ce liquide, car, dit l'auteur, nous voyons 
que toutes les fois que deux fluides, dont les parties de l'un 
sont plus légères que celles de l'autre, sont mêlés intimement 
et se frottent avec vitesse, les uns descendant par leur pesan- 
teur, les autres montant par leur légèreté, ils s'échauffent 
mutuellement, parce qu'ils prennent ainsi un mouvement 
en tout sens qui n'est autre chose que la chaleur. . . . Gela 
parait en général dans les liqueurs qui fermentent . , . v 

Troisième proposition : te Le frottement du sang contre les 
f>arois de ses vaisseaux peut bien encore contribuer à sa cha- 
leur. V 

L'auteur démontre ensuite, à l'exemple de Boerhaave et de 
liémeri, que le feu n'est pas une substance, mais un mouve- 
suent ou modification de toute matière combustible. 

MARTEAU\ 

(Ecole française, xtiii* siècle.) 

Dans un paragraphe intitulé : La chaleur et la froidure de 
l'eau : Marteau s'exprime ainsi : ce Nous sonmies de véritables 
thermomètres. Le froid et le chaud font sur nos solides et 

^ Marteau, docteur de Reims et de forme de lettre Sur la chaleur, in-8*, 

Caen, inspecteur des' eaux minérales 1768 ; d^une Relation d'une épidémie 

(Foiges), exerçait à Amiens. d^ angine, et d^un li?re Sur let baint et 

Il est Tanteur d*un mémoire sous la douche, ^ 



204 CHAPITRE I*'. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

sur nos fluides le même effet que sur la machine ingénieuse 
par laquelle on mesure les différents degrés des tempéra- 
tures. » 

Ses expériences sur l'action des bains froids sont intéres- 
santes; on y peut voir un essai de calorimétrie. 

«Un homme de trente-cinq ans, attaqué de la phthisie dor- 
sale, prenait le bain domestique froid; il m'assura qu'il ré- 
chauffait Teau de son bain par la chaleur de son corps. Je 
voulus m'en assurer. L'eau était à i&'' (sans doute R., soit 
i7%5 G.); la baignoire en pouvait contenir trois quarts de 
muid, c'est-à-dire de quatre cent cinquante à cinq cents livres, 
et le malade pesait cent dix-neuf livres. Ainsi le rapport de 
sa masse était à celle de l'eau conune i est à U. Il fit effective- 
ment remonter le thermomètre à 1 5^ dans l'espace de huit à 
dix minutes. Donc le corps se dépouille effectivement de sa 
chaleur par son séjour dans l'eau tiède ou froide, (s 5 o ca- 
lories,) 

«J'avais observé son pouls avant l'immersion. En quatre 
minutes, il me donnait trois cent dix-sept pulsations, c'est-à- 
dire environ soixante-dix-neuf par minute. Je trouvai d'abord 
le pouls petit et précipité. . . . Quahd la chaleur du corps eut 
échauffé le bain à i5% l'artère, en deux minutes, me donna 
cent vingt-neuf pulsations faibles. La différence de l'état na- 
turel était à peu près de quinze pulsations par minute, etc. 9» 

L'auteur montre que le pouls se ralentit dans l'eau froide. 

LAVOISIER. 

(i7/i;}.i793.) 

Expériences sur la respiration des animaux et sur les change- 
ments qui arrivent à l'air en passant par leur poumon, (Mémoire 
lu à l'Académie des sciences, le 3 mai 1777 ^) 

^ (Euvr$$ de Lavoitiêr, publiées par de rinslrucUon publique; Imprimerie 
les soins de Son Excellence^ le Ministre nationale, 1869, t II, p. 17a. 



LAVOISIER. 



205 



Le mémoire commence par relater les expériences de Haies 
et Cigna et celles de Priestley, publiées l'année précédente à 
Londres (1776) «dans un écrit, dit Lavoisier, où il a reculé 
plus loin les bornes de nos connaissances et cherché à prouver, 
par des expériences très-ingénieuses, très-délicates et d'un 
genre très-neuf, que la respiration des animaux avait la pro- 
priété de phlogistiquer Tair, comme la calcination des métaux 
et plusieurs autres procédés chimiques, et qu'il ne cessait 
d'être respirable qu'au moment où il était surchargé, et en 
quelque façon saturé de phlogistique. " 

Lavoisier déclare être arrivé, par la suite de ses expériences, 
k des conséquences tout opposées à celles de Priestley, et il 
relate ses observations sur la calcination des métaux, d'où il 
conclut que : i"" les cinq sixièmes de l'air que nous respirons 
sont, ainsi qu'il l'a annoncé déjà dans un précédent mémoire, 
dans l'état de mofeUe, c'est-à-dire incapables d'entretenir la 
respiration des animaux, l'inflammation et la combustion des 
corps; s" que le surplus, c'est-à-dire un cinquième seulement 
du volume de l'air de l'atmosphère, est respirable; 3"" que, dans 
la calcination du mercure, cette substance métallique absorbe 
la partie salubre de l'air, pour ne laisser que la mofette; 
li" qu'en rapprochant ces deux parties de l'air ainsi séparées, 
la partie respirable et la partie méphitique, on refait de l'air 
semblable à celui de l'atmosphère. f( Ces vérités préliminaires 



Dates des principaux travaux de La - 
voisier sur les sources de la chaleur ani- 
tnale : 

1 *' mémoire : Sur la nature duprmr- 
cipe qui se combine avec les métaux pen- 
dant la calcination et qui en augmentent 
le poids, Mém, de VAcad, des sciences, 
1775, p. 5ao. 

a* mémoire : Expériences sur la res- 
pirûhan des animaux, Mém, de VAcad. 
du sciences y i777« p< i83. 

3* mémoire : Sur la combustion en 



général Mém, de VAcad, des sciences, 
«777» P- 59a. 

Â* mémoire : Sur la chaleur, Mém, 
de VAcad. des se, 1 780 , p. 355. 

5* mémoire : Sur les altérations qui 
arrivent à Vair dans plusieurs circons- 
tances où se trouvent les hommes réunis 
en société. Histoire de la société royale de 
médecine, 1 78a , p. 669. 

6* mémoire : Sur la respiration des 
animaux, Mém, de VAcad, des sciences, 
1789, p. 566. 



206 CHAPITRE 1'. — LA CHALEUR ET LÀ FIÈVRE. 

sur la calcinatlon des métaux, ajoute Lavoisîer, nous con- 
duisent à des conséquences simples sur la respiration des ani- 
maux, et, comme l'air qui a servi quelque temps à l'entretien 
de cette fonction vitale a beaucoup de rapport avec celui dans 
lequel les métaux ont été calcinés, les connaissances relatives 
à l'un vont naturellement s'appliquer à l'autre. » 

Suit le récit de l'expérience du moineau sous la cloche, 
mourant au bout de 55 minutes, ce L'air ainsi respiré par l'ani- 
mal était devenu fort différent de l'air de l'atmosphère ; il pré- 
cipitatt l'eau de cliatuc, éteignait les lumières; un nouvel oiseau ny 
vécut que quelques instants .... Cet air différait en deux points 
de celui qui avait servi à la calcination du mercure : i"" la di- 
minution de volume avait été beaucoup moindre dans la der- 
nière expérience que dans la première; s'' Fair de la respira- 
tion prAnpitait l'eau de chaux, n 

Pour éclaircir ce résultat, Lavoisier fit pénétrer sous une 
cloche remplie de mercure i ù pouces d'air vicié par la respi- 
ration, et y introduisit une petite couche d'alcali fixe caus- 
tique. Cet air subit alors une diminution de volume de près 
d'un sixième; en même temps Talcali perdit en partie sa caus- 
ticité, il acquit la propriété de faire effervescence avec les 
acides, et se cristallisa sous la forme de rhomboïdes, copro- 
priétés que l'on sait ne pouvoir lui être communiquées qu'au- 
tant qu'on le combine avec l'espèce d'air ou de gaz connue 
sous le nom d'atr Jlxe, et que je nommerai dorénavant acide 
crayeux aériforme, r> * 

L'air ainsi traité était irrespirable aux animaux. «Ainsi, dit 
Lavoisier, l'air qui a servi à la respiration, lorsqu'il a été dé- 
pouillé de la portion d'acide crayeux aériforme qu'il contient, 
n'est également qu'un résidu d'air commun privé de sa partie 
respirable. n 

Suit la théorie de la respiration, telle que nous la connais- 
sons , à peu de changements près : « La respiration n'a d'ac- 
tion que sur la portion d'air pur, d air éminemment respirable 



LAVOISIER. t>07 

contenue dans Tair de l'atmosphère ; le surplus est purement 
passif, il entre dans le poumon et en sort sans change- 
ment. " 

Lavoisier, adoptant et complétant les idées de Priestley, 
admet que Tair éminemment respirable a la propriété de se 
combiner avec le sang, et que c'est cette combinaison qui 
constitue sa couleur rouge. On sait que Priestley avait im- 
proprement appelé la partie respirable de l'air : air déphli^S" 
tiqué. 

Viennent ensuite : le mémoire Sur la combustion des chan- 
delles (1777); le mémoire Sur la combinaison de la matière du 
Jeu avec les fluides évaporabks, et sur la formation desjluides Has-- 
tiques aériformes (1777), où il est dit : <^ L'intensité de la cha- 
leur se* mesure parla quantité de fluide igné libre et non com- 
biné contenue dans les corps ; la quantité de matière du feu 
se mesure par la dilatation des corps ... L'impression que le 
fluide igné fait sur nos organes n'est autre chose que l'efl'et 
de la tendance du fluide igné à la combinaison, n 

Le mémoire Sur la combustion en général (1777) contient 
cette proposition : «Que, dans toute combustion, il y a des- 
truction ou décomposition de l'air pur dans lequel se fait la 
combustion , et que le corps brûlé augmente de poids exac- 
tement dans la proportion de la quantité d'air détruit ou dé- 
composé. » C'est dans ce mémoire qu'apparaît pour la pre- 
mière fois la théorie de la chaleur par la respiration, ^ L'air pur, 
en passant par le poumon , éprouve une décomposition ana- 
logue à celle qui a lieu dans la combustion du charbon; or, 
dans la combustion du charbon, il y a dégagement de matière 
du feu; donc il doit y avoir également dégagement de ma- 
tière du feu dans le poumon, dans l'intervalle de l'inspira- 
tion à l'expiration, et c'est cette matière du feu, sans doute, 
qui, se distribuant avec le sang dans toute l'économie ani- 
male, y entretient une chaleur constante de 3s'' R. [ko'' G., 
évaluation exagérée.) Cette idée paraîtra peut-être hasardée 



. 208 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

au premier conp d'oeil, mais, avanfe-de la rejeter ou de la con- 
damner, je prie de considérer qu'elle est appuyée sur deux 
faits constants et incontestables, savoir : sur la décomposition 
de l'air dans le poumon et sur le dégagement de matière du 
feu qui accompagne toute décomposition d'air pur, c'est-à-dire 
tout passage de l'air pur à l'état d'air fixe. Mais ce qui con- 
firme encore que la chaleur des animaux tient à la décompo- 
sition de l'air dans le poumon, c'est qu'il n'y a d*ammaux 
chauds dans la nature que ceux qui respirent habittieUement, et 
que cette chaleur est d'autant plus grande que la respiration 
est plus fréquente, c'est-à-dire qu'il y a une relation constante 
entre la chaleur de l'animal et la quantité d'air entrée ou au 
moins convertie en air fixe dans ses poumons. 

((Au reste, je le répète, en attaquant ici la doctrine de 
Stahl, je n'ai pas pour objet d'y substituer une théorie rigou- 
reusement démontrée, mais seulement une hypothèse qui me 
semble plus probable, plus conforme aux lois de la nature, 
qui me parait renfermer des explications moins forcées et 
moins de contradictions. » 

Dans le mémoire de Lavoisier et La Place (i 780) Sur la cha-- 
fet/r (chaleur spécifique), est examinée (art. iy : De la combus^ 
lion et de la respiration) la question de la chaleur qui se dégage 
dans la combustion et dans la respiration. Tandis que l'air était 
considéré jusque-là comme n'ayant d'autre usage que de ra^ 
fraîchir le sang quand il traverse les poumons, et de retenir 
par sa pression la matière du feu à la surface des corps com- 
bustibles, les travaux des physiciens du xviii' siècle avaient 
établi qu'une seule espèce d'air, l'air déphlogistiqué, l'air pur 
ou air vital, est propre à la respiration et à la combustion. 
Lavoisier avait montré que l'air n'agit point, dans ses opéra- 
tions, comme une simple cause mécanique, mais comme prin- 
cipe de nouvelles combinaisons. M. Cra\viord, reprenant, en 
1779, les idées exprimées par Lavoisier en 1777» s'y était 
rallié. 



LAVOISIER. 209 

Les auteurs du mémoire que nous analysons recherchèrent 
le genre d'altération que la respiration des animaux faisait 
subir à Tair pur, la quantité d'air fixe (acide carbonique) dé- 
gagée par divers animaux mis en expérience. Déjà Priestley ^ 
et Scheele, et d'autres avant eux, Robert Boyie, avaient ins- 
titué de semblables expériences. Priestley avait calculé la 
quantité d'air vicié ou phl(^tiqué que produit la respiration , 
mais ses chiffres étaient inférieurs à ceux que trouvèrent La- 
voisier et Laplace. Ils montrèrent que l'on ne peut évaluer la 
chaleur gpédfique des animaux, parce que leurs fonctions vi- 
tales leur restituent sans cesse la chaleur qu'ils communiquent 
à tout ce qui les entoure. ^On peut, disent-ils, regarder la 
chaleur qui se dégage, dans le changement de l'air pur en air 
fixe par la respiration, comme la cause principale de la con- 
servation de la chaleur animale; et, si d'autres causes con- 
courent à l'entretenir, leur effet est peu considérable. La res- 
piration est donc une combustion, à la vérité fort lente; elle se fait 
dans l'intérieur des poumons, sans dégager de lumière sen- 
sible, parce que la matière du feu, devenue libre, est aussitôt 
absorbée par l'humidité de ces organes; la chaleur développée 
dans cette combustion se communique au sang qui traverse 
les poumons, et de là se répand dans tout le système animal. 
Ainsi l'air que nous respirons sert à deux objets également 
nécessaires à notre conservation ; il enlève au sang la base de 
tair fixe dont la surabondance serait très-nuisible, et la chaleur 
que cette combinaison dépose dans les poumons répare la 
perte continuelle de chaleur que nous éprouvons de la part 
de l'atmosphère et des corps environnants. 

R La chaleur animale est à peu près la mime dans les diffé^ 
rentes parties du corps; cet effet paraît dépendre des trois causes 
suivantes : la première est la rapidité de la circulation du 
sang, qui transmet promptement jusqu'aux extrémités du 
corps la chaleur qu'il reçoit dans les poumons; la seconde 
cause est l'évaporation que la chaleur produit dans ces or- 

t6 



210 CHAPITRE I*'. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

ganes, et qui diminue le degré de leur tempërature; enfin 
la troisième tient à l'augmentation observée dans la chalear 
spécifique du sang, lorsque, par le contact de Tair pur, ii se 
dépouille de la base de l'air Jtxe qu'il renferme ; une partie de 
la chaleur spécifique développée dans la formation de Pair 
fixe' est ainsi absorbée par le sang, sa température restant 
toujours la même; mais lorsque, dans la circulation, le sang 
vient à reprendre la base de l'air fixe, sa chaleur spécifique di- 
minue, et il développe de la chaleur; et, comme cette combi* 
naison se fait dans toutes les parties du corps, ta chaleur 
qu'elle produit contribue à entretenir la température des par* 
ties éloignées des poumons, à peu près au même degré que 
celle de ces organes. Au reste, quelle que soit la manière 
dont la chaleur animale se répare, celle que dégage ta for* 
mation de l'air fixe en est la cause première; ainsi nous pou- 
vons établir la proposition suivante : Lorsquun animal e&t dans 
un état permanent et tranquille, larequil peui vivre pendant un 
temps cansidérMe, sans souffrir, dans le milieu qui Fenmronne; en 
général, lorsque les circonstances dans lesquelles il se trompe nel^ 
térent point sensiblement son sang et ses humeurs, de sorte qt^après 
plusieurs heures le systèwu animal n éprouve pas de variation «m* 
sihle, la conservation de la chaleur animale est due, au moi$is en 
grande partie, à la d^aleur que produit la combinaison de Vairpur 
respiré par les animaux avec la hase de l'air fixe que le sang lui 

fimmit 

<t Pour ct>mplé(or cette Uiéorie de la chaleur animale <, il res- 
terait À expliquer pourquoi les animaux, quoique placés dans 
des milieux de température et de densités très -différentes, 
conservent toujours )k peu pr^ la même chaleur, sans cepen- 
dant convertir en air fixe des quantités d'air pur proportion- 
nelles è ces diffi^rence*; mais IVxplicafion de ces phénomènes 
tient jk révaporation plus ou moins grande des humeurs, à 
leur altération et aux lois suivant lesquelles la chaleur se 
ornimunique des pMm^MUS aux extrAmit^s du eorps. Ainsi nous 



LAVOISIER. 211 

attendrons, pour nous occuper de cet objet, que l'analyse, 
éclairée par un grand nombre d'expériences, nous ait fait 
connaître les lois du mouvement de la chaleur dans les corps 
homogènes, et dans ses passages d'un corps à un autre d'une 
nature différente. » 

Lavoisier ne tarda pas à débarrasser la question de la com- 
bustion de ses obscurités. «J'ai, dit-il, déduit toutes les expli- 
cations d'un principe simple , c'est que l'air pur, l'air vital , est 
composé d'un principe particulier qui lui est propre, qui en 
forme la base, et que j'ai nommé principe oxygène, combiné 
avec la matière du feu et de la chaleur.'' Il ajoutait : «Mais, 
si tout s'explique en chimie, d'une manière satisfaisante, sans 
le secours du phlogistiqne, il est, par cela seul, infiniment pro- 
bable que ce principe n'existe pas, que c'est un être hypothé- 
tique, une supposition gratuite; et, en effet, il est dans lés prin- 
cipes d'une bonne logique de ne point multiplier les êtres sans 
nécessité." [Réflexions sur le phl(^istique , 1788.) 

Application à l'hygiène K — «Les hommes, les femmes, les 
enfants, s'étiolent jusqu'à un certain point dans les travaux 
sédentaires des manufactures, dans les logements resserrés, 
dans les rues étroites des villes. Ils se développent, au con* 
traire, ils acquièrent plus de force et plus de vie dans la plu- 
part des occupations champêtres et dans les travaux qui se 
font en plein air. 

«L'organisation, le sentiment, le mouvement spontané, la 
vie, n existent qu'à la surface de la terre et dans les lieux ex- 
posés à la lumière. On dirait que la fable du flambeau de 
Prométhée était l'expression d'une vérité philosophique qui 
n'avait point échappé aux anciens. Sans la lumière, la nature 
éitii sans vie, elle était morte et inanimée; un Dieu bienfai- 
sant, en apportant la lumière, a répandu sur la surface de la 

* Lavoisier, Trmte éiémmUairê He chimie, 1 789- 1 79^ , i. T , p. so t . 



212 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

terre Torganisation, le sentiment et la pensée. Mais ce n^est 
point ici le lieu d'entrer dans aucun détail sur les corps 
organisés; c'est à dessein que j'ai évité de m'en occuper dans 
cet ouvrage, et c'est ce qui m'a empécbé de parler des phéno- 
mènes de la respiration, de la sanguification et de la chaleur 
animale. Je reviendrai un jour sur cet objet. » 

L^édition dans laquelle nous lisons cet admirable passage 
porte la date de 1793; ce rapprochement est douloureux et 
fait honte à l'espèce humaine. 

Presque en même temps que Lavoisier, Grawfort ^ en An- 
gleterre, avait cherché les sources de la chaleur animale dans 
les notes chimiques de la respiration; il supposa qu'il se dé* 
gage du calorique parce que la chaleur spéci6que de l'air est 
plus grande que celle de l'acide carbonique. Il étudia ensuite 
quelques écarts pathologiques de la chaleur propre, en par- 
ticulier la température des parties enflammées, et chercha à 
interpréter ses expériences en faveur de sa théorie. 

Les admirateurs de Grawfort et les adversaires de Lavoisier 
ont eu tort de vouloir faire de l'auteur anglais le précurseur 
de Lavoisier, et de chercher à attribuer à Grawfort l'idée pre- 
mière qui guida le créateur de la chimie moderne. Il suflit de 
comparer les deux mémoires pour reconnaître que, quel que 
soit le mérite de Grawfort, et il est grand, il n'enlève rien à 
la spontanéité, à la personnalité des travaux de notre grand 
chimiste. 

Parmi les adversaires de Lavoisier, nous citerons : Vacca 
Berlinghieri^ Buntzen, Goleman^ Saissy^, mais sans nous 
arrêter à leurs objections, qui ont perdu toute importance. Il 

^ Crawfort, De colore animali, 1 779. ^ Coleman, Diti. on sutpenêed rt*pi- 

—- Expérimenté and observations on ani- ration , 1 791 . 
mal heat, 1786. * Saissy, Recherches sur la phys. des 

* Vacca Berlinghieri , Esame délia anvnaux hibernants, 1808. 
Iroria di Craw/ort. 



i^Ota 



LÂVOISIER. 213 

n'en est pas de même de Brodie\ dont les arguments repo- 
saient du moins sur un fait exact. 

Brodie avait constaté que, chez lés animaux décapités 
après la ligature préalable des vaisseaux du cou, quand on 
entrefient artificiellement la respiration et la circulation pen- 
dant plusieurs heures, la température, malgré la transforma- 
tion incessante du sang veineux en sang artériel, s'abaisse 
plus vile que chez les animaux auxquels la respiration artifi- 
cielle n'a pas été faite après leur décollation. Il conclut de là 
que la transformation du sang veineux en sang artériel dans 
l'acte respiratoire ne produit pas de chaleur, et il cherche la 
source thermique dans le système nerveux. 

Cette conclusion provoqua les recherches de Dalton et sur- 
tout de John Davy ^, qui combattirent avec ardeur la théorie 
de B. Brodie, ainsi que Hale^ et Legallois*. 

Le traducteur allemand de l'ouvrage de Brodie, Nasse, se 
rangea résolument du côté de ce dernier ^. Earle crut pouvoir 
appuyer l'opinion de Brodie par des observations patholo- 
giques ^. 

Nous reviendrons sur ces observations, qui sont justes mais 
mal interprétées, quand nous parlerons de l'influence du sys- 
tème nerveux sur la régulation de la chaleur. 

^ Sir B. Brodie, Some philoaophical ^ Philoioph, traruact, 181^, p. 690. 

retearcheMyretpeciing the influence qfthe ' Archive» de Meckel, t. Ilf , p. /iag. 

hram on the action ofthe heat and on ge- ^ Ibid. t. III, p. A 36. 

neraUon of animal heat. {Philosophical * Archives de Reil et d*Autenrieih, 

traneactionê , p. 36, 1810.) — Further 181 5, vol. XII, p. hok'Uti6, 

expérimenta and observations on the in- * Medico-chirurg. trantact. lom. VII, 

Jluence of the brain in the génération of p. 1 73. 
aniwal heat, 181 a, p. 378. 



su CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



JOHN HLNTER'. 

(École anglaise, 1798-1793.) 

En 1770, J. Hunter communiqua à la Société royale de 
liondres, à la suite d'une lecture de Blagden et Fordyce Sur 



^ Hunter naquit A Glaacow, le 1 3 ou 
I \ fé?rier 1798. Il était le dernier et le 
diiiènie enfant cle sa famille. Il avait 
parmi aet alnëa un frère, William Hun- 
ter, qui fut un célèbre anatomiste et 
Taida dans ses débuts. H commença son 
éducation A dix-sept ans; jusque-li il 
avait été élevé i la campagne en liberté. 
A Londres, il se livra pendant dix ans à 
IVtude de Tanatomie avec son frère Wii- 
liam> fit plusieurs découvertes sur les 
lymphatiques et le placenta. En 1761, 
chirurgien militaire, il est au siège de 
Belle -Isle (guerre de Sept ans) ; eu 
176a, il fait la guerre d^Espagne. Pen- 
dant ce temps, il se livre à la chirurgie 
aclive et étudie les plaies par armes à 
feu. 

11 n*avait aucun talent comme orateur 
ou professeur; ses commencements fu- 
rent rendus encore plus difficiles par 
sou caractère entier, indépendant. 

Il faisait des cours particuliers dans 
lesquels il ne réunissait pas plus de 
vingt élèves. Mais c^était avec peme 
qu'il s'arrachait à ses travaux et à ses 
dissections. « Il faut bion que j'aille 
gagner cette damned fpiinea,'^ disait-il, 
et il serait à désirer que les chiriirgiens 
retinssent cette parole du grand J. Hun- 
ter, i aquelle je ne change rien : « Ma 
riientèle est un damné moyen de nourrir 
ma nténagerie et mon musée.» Il cul- 
tiva toute sa vie Tanatomie comparée; 
il faisait marché avec le gardien des 
«MÙuti^UN de la tour de L(»n«tres et ceux 



des ménageries particulières. Il se monta 
ainsi une collection importante. 11 pro- 
fessait qu'on ne pouvait faire de bonne 
chirurgie que si l'on savait bien Tana- 
tomie et la physiologie comparées, il 
acheta aux environs de Londres , â 
Bromplôn , un • terrain sur lequel il 
bitit une petite maison, et y travailla 
une partie de sa vie sur des animaux de 
toute sorte, même les plus féroces. En 
1768, à quarante ans, il fut nommé 
chirurgien d'hôpital ; il eut alors des 
élèves nombreux et sut se faire de son 
enseignement un revenu sérieux. Parmi 
ses élèves , nous trouvons : ÀMtky Cooper, 
Abtmêthyf Everard Home, /mnar. 

Connu comme naturaliste, il reçut 
des dons de tous pays et augmenta son 
musée. 

Ses travaux sont innombrables : Eith- 
det iiir la rupiurt du tmidom d*AckUk 
(il se l'était rompu lui-même). — Det 
perforation» de Peêtonutc , âprèê h mort, 
par le tue gaetrique, — Lêt orgemes 
électriquet de la torpillé. — Sur lit ea- 
vitéê aérienne» des oiwatur. — Mémoires : 
Sur les dent». — Sur la groê»e»»e extra- 
utérine. — Sur t organe de l'ouie chez 
le» poi»»on». — Son traité : Sur le» ma- 
ladie» vénérienne», 1786. 

Sa puissance de travail était extrême. 
11 était dès six heures du matin i l'am- 
pliilhéétre d'analomie, A neuf heures il 
donnait ses consultations, à midi voyait 
ses malades en ville, dînait i quatre 
heures. U' so'r, dans son cabinet de tra- 



JOHN HUNTER. 315 

la fixiU de la température animale, un mémoire Sur la chaleur 
des animaux et des végétaux^. Dans ce mémoire il soutenait 
l'opinion que les corps vivants possèdent ia faculté de main- 
tenir leur température contre Tinfluence du froid extérieur, et 
cela d'autant mieux qu'ils occupent un échelon plus élevé dans 
ia série animale. 

En 1777, J. Hunter écrivait à Jenner^, qui habitait la 
campagne, une lettre ainsi conçue : c^J'âi reçu les hérissons. 
Si vous avez le temps, voyez leur retraite d'hiver, et, par un 
temps très-froid, placez le thermomètre dans l'anus de l'un 
d'eux, et notez la température. Ensuite faites une petite 
ouverture à l'abdomen, introduisez le thermomètre dans le 
bassin, et notez la température; puis vers le foie ou le dia- 
phragme, et notez encore la température. Il faut que toute 
l'expérience soit faite en un petit nombre de minutes. Observez 
le degré de fluidité du sang, en comparant avec un auii*e 
hérisson qui aura été réchauffé pendant quelques jours. . . , n 

En 17799 cette correspondance durait encore, et Les expé- 
riences de toute nature se multipliaient. 

Le chapitre vui du grand ouvrage de Hunter ' est consacré 
a ia chaleur des animaux. Il examine d'abord la nature de 



vail, il écrivait ou dictait jusqirà une 
heure ou deux du matin. 

La question de la chaleur animale 
était uoe de celles qui le passionnaient 
le plus. En 1775, il fit avec Blagden et 
Fordyce des expériences sur la cons- 
tance de la chaleur chex les animaux , 
quelle que soit la température exté- 
rieure. £n 1776, il publia des Leçom 
«iir U mouvement mtuculaire. Dans la 
corrrapondance très - active échangée 
entre Jeoner et son maître, Télude de 
la température du corps revient cons- 
tamment. L^ardeur de Hunter pour se 
procurer des pièces curieuses était ex- 
Irémement vive; le géant O^Brien prit 



peur et demanda que Ton veillât sur son 
corps. J. Hunter séduisit les ensevelis- 
seurs, qni vendirent le corps du mai- 
heureux géant ia,5oo 5^, et Hunter 
remporta lui-même dans sa voiture. 
Aujourd'hui le squelette du géant est 
au musée de Londres. 

Ses (Buvres complètes ont été éditées 
par le D' Palmer. M. Bichelot en a 
donné une traduction française en 1 8^1 3. 

1 Édition de Bichelot, i8A3, t. I« 
p. 75, 8â. 

« T. I,p. 8/i. 

^ T. I, p. 899. Lêçoru titr Ui prin- 
cipeê de la chirurgie; cli. viii : De la cha- 
leur de» animaux. 



216 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

la chaleur en elle-même : est-ce une matière? est-ce une pro- 
priété de la matière ? et il dit fort justement : «L'idée de cha- 
leur comporte trois choses :. la matière, faction, et le corps 
qui met cette matière en action. 79 II distingue la chaleur sen- 
sible de la chaleur absolue d'un corps, et de la sensation de 
chaleur perçue par le malade. Tous les animaux produisent 
de la chaleur plus ou moins. 

Hunter explique fort clairement les théories qui existaient 
alors sur les causes de la chaleur animale. «On a supposé, 
dit-il ^ que le frottement en était la cause principale, et que 
le mouvement qui s'exécute dans le corps, et qui appartient 
principalement au sang, suffisait pour servir de base à cette 
théorie. On a calculé l'étendue des surfaces internes des ar- 
tères, étendue qui va toujours en augmentant à mesure qoe 
ces vaisseaux se divisent; on a calculé le volume et le nombre 
des globules rouges. Ces évaluations ont donné une surface 
de frottement d'une étendue surprenante. Cherchant alors à 
apprécier la vitesse du sang qui se meut sur cette vaste sur- 
face, en même temps que la rapidité des globules qui se 
meuvent les uns sur les autres, on a cru voir dans ces faits 
une cause suffisante pour la production de la chaleur du 
corps ; ce qui semblait confirmer cette opinion, c'est que, dans 
les cas où le mouvement en question est augmenté, comme 
dans les fièvres, la chaleur du corps paraît plus considérable. 
Mais les auteurs de cette théorie n'avaient pu entrevoir les 
nombreuses objections qu'on peut lui opposer. 79 

Hunter cite l'opinion du D' Stevenson, d'Edinburgh, pour 
qui la fermentation était une cause de la chaleur, et il la corn- 
bat, sans paraître tenir compte des travaux nombreux des chi- 
mistes qui l'ont précédé, et sans paraître les connaître. 

11 repousse la théorie du frottement comme insuffisante, et 
celle de la fermentation comme nulle ; il cite des cas où la 

' T. I,p. 3a6. 



JOHN HDNTER. 217 

chaleur était grande sur le corps et le pouls lent, ainsi que 
la respiration. 

Remarquant que le froid supprime la digestion et les 
échanges, que certains animaux sont comme morts en hiver 
et ressuscitent au printemps, J. Hunter raconte lui-même 
plaisamment qu'il avait eu l'idée de faire geler des honunes 
qu'on aurait dégelés quelques centaines d'années plus tard. 

Après avoir rapporté un très-grand nombre d'expériences 
faites sur la chaleur aux différents points du corps chez les 
animaux , Hunter relate celles qu'il a faites sur l'homme. 
<cPlus les organes, dit-il, sont éloignés de la masse centrale, 
comme les doigts, plus ils sont soumis à l'influence directe du 
froid, w 

Hunter a fait sur l'homme les observations suivantes : sous 
la langue, le thermomètre marquait 36% 1 1 G.; si l'on faisait 
fondre de la glace dans la bouche, il baissait à âS^'C, puis 
remontait graduellement à son niveau primitif. Il s'introduisit 
aussi un thermomètre dans Yurètre \ et vit que la chaleur y 
était d'autant plus élevée qu'on enfonçait plus profondément. 
«La température normale, dit-il, est de 37%Qa G. : cette 
température est assez uniforme, et est nécessaire à l'entretien 
des fonctions; elle présente des différences suivant qu'on l'ex- 
plore auprès du centre, dans la bouche, dans le bassin ou le 
rectum. Il y a une augmentation de chaleur intérieure pro- 
duite par l'action du froid sur la peau, v 

John Hunter voulut savoir comment les animaux main- 
tiennent leur température à un degré constant, malgré le 
froid ou la chaleur extérieurs. «On ne peut, dit-il, élever 
artificiellement leur température de plus de i à â degrés au- 
dessus de leur température naturelle Or, ajoute-t-il, 

la nature a placé dans la production même de la chaleur la 
cause de sa propre destruction, de même que dans le stimtdus 

' T. I,p. :<33. 



2tS CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

«lu froid elle a place une cause d'augmentatioii de la cha- 
leur. " 

Ce passage est remarquable. Nous voici en pleine phy- 
siologie moderne, au chapitre De la réfutation. Or Hunier 
parlait d'après des expériences positives. «Deux causes, dit 
Huuter, détruisent cette chaleur en excès : Tévaporation, et 
fine certaiNe faculté quant les aninuiux de détruire la chaleur. n 
Les expériences de Fordyce concluaient dans le même sens, 
et avant celles de Hunter. «Il est probable, ajoute noire au- 
teur ^ que, dans la juste équilibration de la température ani- 
male, les forces vitales exercent de plus grands efforts quand 
Tévaporation devient moins active , ei diminuent leur action 
quand Tévaporation augmente. Dans les cas pressants, l'éva- 
poration est insuffisante; quand une production de froid plus 
intense qu'à Tordinaire est requise, les forces vitales sont 
luises en jeu. Les animaux ne pouvant neutraliser qu'une cer- 
taine quantité de chaleur dans un temps donné, il en résulte 
que le temps pendant lequel ils peuvent exercer pleinement 
iH'tle fonction doit èive limité également. Mais il est probable 
que ce pouvoir de neutralisation, ainsi que le temps pendant 
UH)uel il peut tMre exercé, pourraient être accrus par un exer- 
viiv frtH)uent« U parait, ajoute Hunter, que les animaux en- 
^eudrtnit la chaleur plus facilement qu'ils ne la détruisent, 
cAf ils \ivent beaucoup plus à Taise dans une atmosphère 
In^^u^HMip plus basse que leur température normale, que dans 
une «lutiv, m^nie ù leur degré de température. On peut ad- 
uiottiv pout-t^tre que la température moyenne entre le degré 
%W chaleur le plus élevé dont les animaux soient susceptibles , 
el qui est de %H(i ,6, et le degré le plus bas auquel ils des- 
i éludent, esst celle qui est la plus saine et la mieux appropriée 
À U \ie; cette température moyenne est d'environ i7%aa C. n 
làdet^ exprimée par Hunter dans la dernière ligne du pré- 



JOHN HUx\T£R. 219 

cèdent paragraphe, mérite d'être méditée. Elle fournirait la 
matière de nouveaux travaux. 

Dans son traité De l'inflammation \ Hunter se demande si 
les animaux ont te pouvoir de produire de la chaleur également 
dans toutes les parties de leur corps, ou si la chaleur est puisée 
à une source conmiune et transportée par le sang. Cette der- 
nière hypothèse lui paraît plus probable. Il avance même que 
ce centre pourrait bien être Festomac. 

Quant aux températures locales, Hunter formule une loi 

qui doit porter son nom , car il en est l'inventeur : c( De toutes 

les observations, dit-il, que j'ai faites, il résulte qu'une in- 

flaounation locale ne peut pas élever la chaleur de la partie 

au-dessus de la température naturelle de l'animpl, et que, 

lorsqu'elle a son siège dans des parties dont la température 

naturelle est inférieure à celle qui existe à la source de la 

circulation, elle ne l'élève pas même jusqu'à cette dernière." 

Suit une longue série d'expériences sur les animaux. 

Hunter traite ensuite du refroidissement dans les maladies, 

qu'il attribue à la faiblesse, à la défaillance : ainsi le frisson 

des fièvres, l'action de l'émétique. . . . 

Hunter, dans sa Thérapeutique chirurgicale, redoute l'action 
prolongée du (roid, il parait n'emprunter au froid que l'action 
rëactionnelle. «Le froid, dit-il, produit dans les vaisseaux la 
contraction, qui est une action de débilité. (C'est le contraire 
qui est vrai.) Un certain degré de froid subitement appliqué, 
qui ne produit guère plus que la sensation de froid*, excite 
Taction après que l'effet immédiat a cessé, et cette action, qui 
est celle de dilatation , est le résultat du bain froid quand il 
agit favorablement; et, comme le froid produit la faiblesse, il 
tie faut pas que son action soit portée trop loin. ^^ 

Il conseiUe de traiter les inflammations locales par la cha- 
leur réunie à l'humide (fomentations). 

' De fif^mmaiion en général , ch. xii : Température de la partie enflammée, i.[, 

r- 437. 



320 



CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



JAMES GURRIE'. 

(Fin du XVII r siècle, 1766- i8o5.) 

En 1797 paraissait la première édition, en un volume, du 
traité de James Currie, M. D. F. R. S. d'Edinburgh, Fellow 
of the royal Collège of Physicians de cette ville. Déjà, dix- 
huit ans auparavant, Currie avait fait un mémoire Sur Fin- 
Jluence du froid par rapport aux corps vivants *. Le livre qui 
parut ensuite, et eut plusieurs éditions, eut pour titre : Me- 
dical reports of the effects ofvoater cola and warm as a remedy in 
fever and other diseases wether applied to the surface ofthe hody, or 
used intemally, including an inquiry into the circumstances that 
render cold drink, or the cold bath, dangerous in health; to vphich 
are added observations on the nature of fever, and on the effects of 
opium, alcohol, and inanition. 

Nous avons étudié cet ouvrage sur la cinquième édition en 
deux volumes, avec additions, publiée à Londres en 181/1. 

La préface de la première édition (1797), reproduite dans 
les éditions ultérieures, est utile à lire parce qu'elle marque 
bien quel était le but que poursuivait l'auteur, et quelle était 
l'intensité de sa conviction. 

Cette préface, datée de Liverpool, 3i octobre 1797, et 
adressée en forme de dédicace au Right hon. sir Joseph Banks, 
président de la Société royale, est ainsi conçue : 

« Monsieur, 
«En vous offrant ce volume, je vous prie de permettre que 



* Écossais. D'abord commerçant en 
Virginie. En 1 776 , à vingt ans, il étudie 
à Edinburgh , puis à Glascow, puis exerce 
à Liverpool , où il est nommé médecin 
d'hôpital. Nommé, en 179''!* membre 
de la Société royale de Londres. 

* Que d'étapes successives avant 



qu'une idée ait fait son chemin 1 Les 
physiologistes expérimentent, les phi> 
ïosophes formulent les lois, les méde- 
cins tâtonnent et essayent timidemeoL 
La thérapeutique ne peut être hardie 
et rationnelle qu'appuyée sur des fiedis : 
ager$, wm loquil 



JAMES GURRIE. 221 

je dise en quelques mots dans quel esprit il a été écrit, et dans 
quelles circonstances j'en ai entrepris la publication. 

«Il y a dix-huit ans, alors que j'étais à Edinburgh, j'eus à 
traiter comme sujet de mémoire : de l'influence du froid sur 
les corps vivants, pour une société d'étudiants dont j'étais 
membre. En défendant mes assertions contre des argumenta- 
teurs ingénieux, je me trouvai en contradiction constante avec 
des faits qui avaient pour eux l'autorité de la chose jugée; 
alors je découvris que les chiffres de la température du corps 
humain dans les maladies, même ceux qui ont été fournis par 
les auteurs les plus estimés, étaient, à peu d'exceptions près, 
fondés non sur une mesure exacte de la chaleur, mais sur les 
sensations du malade ou de ceux qui lui donnaient leurs 
soins. 

((Pénétré de la pensée que, tant que l'on n'aurait pas déter- 
miné plus exactement l'état de la température dans les di- 
verses conditions de la santé et de la maladie , on ne pourrait 
établir aucune théorie stable des mouvements vitaux, ni faire faire 
aucun progris au traitement des maladies où la température est 
diminuée ou accrue, je n'ai cessé, depuis cette époque, de re- 
cueillir et de coUationner les faits se rapportant à mon sujet, 
me réservant de rendre publiques mes recherches un jour ou 
l'autre, si elles étaient dignes de fixer l'attention. Pour mener 
à bien cette entreprise, il me sembla que je n'avais besoin que 
de bons thermomètres, de temps et d'attention, et j'embrassai 
en imagination tous les effets de la température sur la santé et la 
maladie, vaste plan irréalisable, ainsi que l'expérience me Ta 
appris depuis; y aspirer serait témérité ou folie. J'ai beaucoup 
profité des idées qui m'ont été communiquées sur l'ensemble 
de la question par mon respectable ami le D' Percival. 

«Malgré mon désir de retarder la publication de mes re- 
cherches jusqu'au moment où mon plan primitif serait exé- 
cuté, et bien que je fusse, d'autre part, sollicité de publier 
quand même ces essais, de peur de transformer une pnbli- 



222 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

cation faite de mon vivant en une publication posthume , je 
ne fus amené à donner prématurément la publicité à ces re- 
cherches, quelque imparfaites qu'elles fussent, que par suite 
d'une circonstance que je vais relater. 

«Des nouvelles reçues au commencement de la présente 
année annonçaient que la fièvre des Indes occidentales sem- 
blait devoir continuer ses désolants progrès et dévaster l'Amé- 
rique. 11 me semblait que la science n'avait trouvé jusqu'ici 
aucun remède efficace contre cette maladie pestilentielle, et 
que notre devoir était de tenter quelque traitement plus effi- 
cace à l'aide de nouvelles méthodes. Au même moment, vous 
aviez donné communication au public des succès obtenus 
grâce à l'acide nitrique, dans la vérole et l'hépatite, par la 
méthode de votre correspondant, M. Scott, dû Bengale. A la 
vérité, sa nouvelle théorie^ fondée sur la chimie nouvelle, ne 
paraissait pas irréprochable , mais il n'était ni sage ni géné- 
reux de rejeter d'emblée cette théorie. Les premiers essais 
que je fis de cette pratique me persuadèrent que, bien que les 
succès du traitement par l'acide nitrique eussent été exagérés 
par suite de la chaleur d'imagination d'un esprit généreux, il 
y avait lieu d'espérer que la médecine venait de s'enrichir 
d'un remède puissant et inoffensif. J'en écrivis à votre cor- 
respondant, en l'engageant à expérimenter ce remède dans 
la fièvre pestilentielle .... 

<c Cependant je m'avisai de songer à combattre le fléau par 
un autre moyen. Les ablutions d'eau froide dans la Jièvre ont été 
depuis si longtemps employées dans l'hôpital de cette ville et dans 
la pratique privée, par mes amis et collègues les D'* Bran- 
dreth et Gérard, non moins que par moi-même, qu'elles 
étaient devenues de pratique usuelle non-seulement k Liver- 
pool, mais encore dans le comté de Lancaster. Déjà , en 1791^ 
le D*^ Duncan avait publié, dans les Commentaires médicaux 
annuels, une note sur les avantages de ce traitement, tel qu'il 
était employé par le D' Brandreth. 11 avait été fait mention 



JAMES GURBIE. 223 

également de ma pratique dans les Phtlosoj)htcal transactions de 
179Q. J'ai souvent recommandé cette méthode à des chirur- 
giens de navires allant à la côte d'Afrique, et chargés de mis- 
sions sanitaires par la législature. En différentes occasions 
même, je donnai non pas seulement des conseils, mais des 
leçons de pratique (eau froide) à des médecins se rendant au 
loin. 

Cependant une méthode de traitement si hardie et si coH' 
àwre aux préjugés vulgaires fit, à ses débuts, peu de pro- 
grès. On comprenait mal le mode d'opération de notre re- 
mède; on ne s'entendait pas bien sur le moment exact où il 
en fallait faire usage ; de là des discussions vives^ Réfléchis- 
sant à ces circonstances, et exposé par situation à entendre 
constamment l'écho des épidémies du monde de l'ouest, ma 
décision fut prise. Je résolus de ne plus difl'érer à faire con- 
naître notre traitement de la fièvre, et à h défendre contre les 
préjugés; c'est ainsi qu'est né le livre que j'ai l'honneur de 
vous présenter aujourd'hui. 

«En traitant mon sujet, j'ai cherché avant tout à être clair 
plutAt que méthodique; les points les plus importants sont 
répétés à satiété, de peur d'erreur. Mes observations thermo- 
métriques m'ont permis de parvenir à une précision dans la 
direction à imprimer à l'usage des affusions d'eau froide, 
qu'aucun autre moyen ne m'aurait donnée, et, si je ne me 
flatte point, ont fourni à mes raisonnements une base que les 
spéculations sur la fièvre ont rarement possédée. 

«Je me suis gardé d'user sans nécessité d'expressions tech- 
niques ou vagues. // vaudrait peut-itre mieux que la médecine, 
comme les autres branches des sciences naturelles, sortit du mys- 
tère, et se montrât avec la simplicité d'une science et la clarté de la 
vérité. Si j'avais eu te choix, je n'aurais pas adopté le langage 
delà théorie, comme Boerhaave ou Sydenham; mais j'aurais 
produit un ouvrage médical écrit du style dont se serait servi 
Bacon, s'il eût vécu de nos jours. Malheureusement, dans l'état 



22A CHAPITRE r. ~ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

présent des connaissances médicales, il est tout à fait impos- 
sible de bannir entièrement le langage de la théorie. 

(iLes erreurs des fausses doctrines doivent rester plus ou 
moins dans notre phroiéologie, après que les doctrines elles- 
mêmes ont été abandonnées, puisque la coutume a fini par 
rendre intelligibles les expressions qui les désignent, et que 
la sagacité humaine n'a pas encore découvert ces principes 
premiers du mouvement vital, par lesquek les doctrines et le 
langage de la physiologie doivent être à tout jamais réformés. 
Ainsi le terme de ri-acUan est appliqué à certains mouvements 
de la vie, en un sens très-différent de celui dont on use dans 
la science ^u mouvement delà matière inanimée, à laquelle il 
a été emprunté ; d'autres mots, tels que le tan, se rencontre- 
ront encore dans les pages suivantes, bien que la théorie qui 
les a introduits dans la médecine soit universellement aban- 
donnée. L'usage de semblables expressions est un mal que 
peut seul excuser la nécessité, et je l'ai évité autant que j'ai pu. 

c(Il est possible que cette introduction me procure quelques 
lecteurs parmi les hommes de science en général, et je confesse 
ici que tel a été mon objectif quand je vous ai dédié cet ou- 
vrage. Il est naturel qu'un auteur désire voir son livre lu par 
ceux qui le peuvent apprécier et que leur situation rend aptes 
à mettre les préceptes en pratique. A un double point de vue, 
je fais appel à vous, à votre esprit scientifique et à votre cœur 
généreux. L'ouvrage que je vous adresse est en grande partie 
pratique. Un homme de génie, à \s^ tête d'une flotte ou d'une 
armée, éprouverait probablement peu de difficultés à le com- 
prendre; et peut-être, s'il l'avait compris, trouverait-il quel- 
ques occasions d'en appliquer les préceptes au bien de l'huma^ 
nité et au patriotisme. Quelle que soit sa destinée par rapport 
aux hommes appartenant à la profession militaire, j'espère 
qu'il ne demeurera pas ignoré des médecins praticiens de 
notre flotte et de nos armées, une des classes les plus méri- 
tantes de notre profession, une de celles auxquelles la m^e- 



JAMES GURRIE. 325 

cine pratique a dA, dans les temps modernes, les progrès les 
plus importants. 

«J'ai cru devoir joindre, dans ce volume, à l'histoire des 
affusions froides dans la fièvre, différentes vues sur le même 
remède et sur les autres moyens de traiter la fièvre, et j'ai 
abordé ces points divers sans trop me préoccuper d'être mé- 
thodique; j'ai été amené ainsi, et insensiblement, à parler de 
quelques-unes ^es modifications de la température du corps 
en santé, sujet que je réserve cependant. 

«Tel qu'il est, ce volume pourra rester comme le premier 
d'une série sur des sujets semblables, si tant est que j'en doive 
écrire d'autres ; et il peut servir seul , si je n'en écris pas 
davantage. 

R Excusez-moi d'avoir développé ce plan dans une dédicace 
et croyei-moi, etc. 

rJaubs Gdrrie. » 

Telle était la première inspiration de cet homme ardent 
et possédé de l'amour de l'humanité, généreuse manie des 
hommes qui vivaient à la (in du xvin* siècle, et dont notre 
pays n'était pas pourvu à l'exclusion des autres nations de 
l'Europe. 

Plus tard ont paru une deuxième puis une troisième édition 
de cet ouvrage, qui s'était étendu et comprenait deux volumes. 
Ces nouvelles éditions étaient dédiées au duc dTork, com- 
mandant en chef des armées de la Grande-Bretagne. L'auteur 
recommandait la méthode des affusions froides, déjà employée 
dans l'armée, au prince qui commandait toutes les troupes du 
royaume. 11 cherchait des protecteurs puissants, non pour lui 
mais pour sa méthode. 

Voici cette courte dédicace : 

«La permission que vous m'avez donnée, de dédier cette 
édition nouvelle et agrandie de mon ouvrage à Votre Altesse 

j5 



22(J CHAPITRE \". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Royale, me commande avec une sincère gratitude, un profond 
respect. Cet ouvrage contient les détails d'une méthode pour 
traiter les maladies fébriles, en grande partie nouvelle, et qui, 
en raison de ce qu'elle s'applique particulièrement à la pra- 
tique médicale de nos armées, a eu l'honneur de fixer l'atten- 
tion de Votre Altesse Royale. Sous la protection de votre nom 
et de votre autorité , cette publication ne peut manquer d'être 
remarquée de nos praticiens militaires, et les préceptes qu'elle 
contient seront ainsi appliqués sur une large échelle. 

c( A une époque oik la profession des armes prend une im- 
portance sans exemple, peut-être, dans les annales de l'hu- 
manité, tout ce qui peut contribuer à la vie et à la santé des 
défenseurs de ce pays acquiert d'autant plus d'importance. A 
ce point de vue, les volumes que je vous présente ne sont 
pas, je l'espère, tout à fait indignes du patronage du premier 
homme de guerre et du protecteur de l'armée d'Angleterre. 

c(J'ai l'honneur, etc. 

«Jahbs Gdrrie. 

«Balh, 7 jaillet i8o5.» 

Ainsi l'ardeur du prosélytisme de Gurrie n'avait pas été 
stérile. Sa méthode était enfin entrée dans la pratique de la 
médecine militaire anglaise, qui s'exerçait sur d'immenses 
contrées. 

L'ouvrage de Gurrie débute ex abrupto par une observation 
de malade. G'est là la méthode anglaise ^ Ainsi procèdent les 
observateurs sagaces et sincères de ce pays; Sydenham , Graves , 
ont dans leurs narrations une sincérité, une vérité de descrip- 
tion , qui est fort supérieure aux grandes prétentions dogma- 
tiques de quelques-uns de nos auteurs contemporains. On 
comprend toujours les Anglais, on ne comprend pas toujours 
les Allemands. 

1 Ciirrie dit, au chapitre riii, qu^il consulte mrtoat le Ufre de h netnre. 



JAMES GURRIE. 237 

Donc, au lieu d'une exposition de principes, J. Gurrie dé- 
bute simplement par l'observation du D' Wright, Ce médecin 
rapporte son cas; c'était lui qui était le malade, et il s'est 
soigné lui-même. Embarqué à la Jamaïque, le i" août 1777» 
pour retourner en Angleterre , il soigne sur le navire un ma- 
telot malade d'une fièvre. Le matelot meurt et le médecin 
prend la même maladie par contagion. Le 5 septembre, la 
maladie débute par de petits frissons espacés, une forte cha- 
leur à la peau, des douleurs aux avant-bras, le pouls petit et 
fréquent, de l'inappétence, les nuits sans sommeil. Mêmes 
symptômes les jours suivants : fièvre, lassitude, courbature, 
céphalalgie. Un vomitif, une prise de poudre de quinquina 
n'améliorent pas la situation. Cependant le médecin malade 
monte sur le pont, cherche l'air frais et s'en trouve bien. 

«(Alors, dit-il, éclairé par cette circonstance, je résolus 
d'employer une méthode qtie j'avais souvent désiré expérimenter 
sur les autres, dans les fièvres semblables à celle dont j'étais 
atteint. » S'étant rendu sur le pont tout nu et seulement en- 
veloppé d'une couverture, le D' Wright se fait jeter sur le 
corps trois seaux d'eau de mer. Le saisissement est grand, 
mais suivi d'un rapide bien-être, la chaleur de la peau devient 
douce et il survient de la sueur. Le soir, retour de la fièvre et 
nouvelle ablution suivie d'un bon sommeil pendant la nuit. 
Le lendemain, deux séances d'ablution; le surlendemain, 
même traitement. Les symptômes disparaissent le douzième 
jour. 

Un jeune passager, M. Thomas Kirk, prend la fièvre et se 
soumet au même traitement, qui réussit parfaitement. 

Quelle était cette fièvre? Il est permis de penser qu'il s'agit 
d'une fièvre intermittente ou rémittente des pays chauds. Le 
typhus ne guérit pas si vite. Les travaux modernes ont d'ail- 
leurs montré l'efficacité de l'hydrothérapie dans le traitement 
de certaines fièvres intermittentes. Le D' Wright rapporte 
dans son mémoire (Mem. oftheLondon médical Society, vol. IK* 

i5. 



228 CHAPITRE I*'. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

p. 1&7) l'opinion des médecins anciens favorables à ce genre 
de traitement. 

Ayant lu cette observation en 1786, au moment où elle 
parut, J. Currie essaya aussitôt le moyen indiqué, et apprit, 
du reste, que son collègue le D*^ Brandxetb en avait usé avec 
succès depuis peu de temps dans des cas de fièvre. 

Voilà le début simple et saisissant de cet important ouvrage. 

Le chapitre 11 nous montre Fauteur aux prises avec une 
épidémie de fièvre contagieuse (le typhus, sans doute) dans 
un hôpital de femmes à Liverpool, en 1787. Seize malades, 
deux décès; huit de ces malades étaient traitées par J. Currie. 
Sur sept d'entre elles, il applique bravement le traitement par 
les afi'usions froides; il hésite pour la huitième, parce qu'elle 
est atteinte de la vérole avec ptyalisme mercuriel, et elle 
meurt. Il se reproche cette hésitation, la mort étant survenue 
au seizième jour de la maladie. 

Depuis cette époque , Currie est à la recherche des cas de 
fièvre grave contagieuse [Ûie lotv contagions fever); il arrive à 
recueillir cent cinquante-trois observations dans lesquelles la guérison 
lui parait dewjir être attribuée à l'action de Veau froide, (t 797.) 

Suit, au chapitre m, la description d'une épidémie de 
typhus ou fièvre des prisons, observée dans le 3o* régiment 
d'infanterie à Liverpool, en 1799. Les observations thermo- 
métriques y sont relatées; ainsi Ton voit que la température 
des malades était de loi** à loS** F. (38°,4 à 39%5 C). 
Currie y signale le mauvais effet des émissions sanguines. 
Deux sortes de malades n'étaient pas soumis aux affusions 
froides : ceux que l'on jugeait trop débilités et ceux dont la 
chaleur s éloignait peu du degré normal. Chez la plupart des ma- 
lades ainsi traités, la durée de la maladie sembla raccourcie. La 
température de l'eau employée était d'environ 1 5* C. 

Le chapitre iv est intitulé : Comment doivent se faire les cour- 
sions d'eau froide dam la fièvre. L'auteur prévient le lecteur que 
par fièvre, sans autre désignation, il entend la fièvre contan 



JAMES GURRIE. 229 

gieuse grave, ou typhus du D' Gullen, ou fièvre contagieuse du 
D' Lind, ou fièvre inirriuitive du D' Darwin, maladie appelée 
dans le langage populaire : fièvre nerveuse ou fièvre putride. 

Celte fièvre est ainsi décrite par CuUen : Marbus contagiosus; 
calor parum auctus; pulsus parvus, debilis, plerumque jrequens ; 
urina parum mutata; sensorii functimes plurimum turbatœ; vires, 
multum imminutœ. CuUen admettait que cette maladie avait, 
tous les jours, deux paroxysmes, Currie y reconnaît, en vingt- 
quatre heures, une exacerbation et une rémission bien nettes; 
Texacerbation ayant lieu dans laprès-midi ou la soirée, et la 
rémission le matin. Cette exacerbation est de o%6 à i^q dans 
les parties centrales (!) du corps. Le moment le plus favorable 
pour les ablutions froides est celui où la température atteint 
son apogée, ou bien quand elle commence à décliner ^ c'est-à- 
dire entre six heures et neuf heures du soir. Cependant on 
peut l'employer à toute heure , pourvu qu'il n'y ait pas la sensa- 
tion de frisson ni de sueur profuse, et que la peau soit constam- 
ment chaude. 

Si Ton fait Xaffusion pendant le frisson, on amène une fré- 
quence extrême avec petitesse du pouls, un état de malaise 
presque syncopal;^cela est dangereux, et il y faut renoncer 
quand bien même la chaleur du tronc pendant le frisson serait 
plus élevée qu'à l'état normal. On ne doif pas non plus baigner 
ni asperger les malades quand ils sont en sueur depuis quelque 
temps; cela aurait moins d'inconvénient au début de la sueur. 

Le chapitre v contient des observations particulières de 
malades. 

Le chapitre vi est consacré à des considérations générales ; 
l'auteur émet des propositions que nous analysons ici : 

i"" Les malades répugnent d'abord à l'emploi des affusions 
froides; mais, quand ils en ont éprouvé le bienfait, ils s'y 
prêtent volontiers. 

^ Ce précepte est donné comme nouveau et revendiqué par plusieurs auteurs 
contemporains. 



380 CHAPITRE r. — LA CBALEUR ET LA FIEVRE. 

a"" Currie commençait par les affusions froides, puis lavait 
le malade avec de leau vinaigrée et ensuite avec de l'eau de 
mer. Il préférait en général, pour les affusions, l'eau de mer 
à l'eau de rivière , parce que la présence du sel rend la pre- 
mière plus stimulante et donne lieu à une réaction plus 
franche. Il préfère aussi la saumure au vinaigre, en lotions, 
parce qu'on se la procure plus facilement. 

3"" Pour reconnaître la cbaleur de la peau, Currie se ser- 
vait habituellement d'un petit thermomètre à mercure d'une 
grande sensibilité, à échelle mobile, d'un modèle imaginé par 
Hunter, et dont celui-ci faisait usage pour ses expériences sur 
la chaleur animale. Currie introduisait ce thermomètre sous 
la langue en faisant fermer les lèvres, ou bien sous l'aisselle, 
indifféremment. Il se servait volontiers d'un thermomètre coudé 
plus commode , et qui n'exposait pas l'observateur à respirer 
l'air expiré par les malades ; et il usait aussi d'un thermomètre 
à index maximum (l'index était en fer). 

Le chapitre vu contient des observations particulières mon- 
trant le bon effet des affusions froides dans certaines fièvres, 
notamment dans les intermittentes tierces. 

L'auteur ajoute qu'il est mauvais de faire ces affusions à la 
période algide et de les continuer quand la convalescence 
est survenue. Currie reconnaît que la seule exposition du ma- 
lade à l'air froid suffit à abaisser beaucoup sa température. Il 
recommande aussi de se contenter, dans certains cas avancés, 
d'affusions tièdes, de lavages à l'éponge avec du vinaigre tiède, 
après le neuvième ou dixième jour. 

Chapitre viii : Retnarques générales sur la Jièvre, — Cette 
fièvre, c'est le typhus vrai, et non le synochus de CuUen. Currie 
employa les affusions froides chez un malade, alors que le ther- 
momètre marquait, sous la langue, 107® F. (&t%6 C), mais 
sans succès, le pouls ne fut ni relevé ni ralenti, et la tem- 
pérature ne fut point abaissée, ou du moins ne le demeura 
pas, et il n'y eut ni réaction sudorale ni sommeil. 



JAMES CURRIE. 231 

Chapitre i\ : De l'usage des af usions froides et lièdes dans la 
petite vérole, avec des observations particulières. — Encouragé par 
le succès de cette méthode dans le traitement du typhus, 
Currie n'hésita pas à l'employer dans diverses sortes de fièvre, 
et notamment dans les cas de variole. L'avantage de l'air 
frais, dans cette maladie (Sydenham, école anglaise du xvii* et 
du xvin* siècle), semblait inviter à essayer les aiTusions froides, 
qui sont d'une action plus puissante. L'auteur choisit les cas 
les plus graves de variole, et l'événement répondit à son at- 
tente ; il rapporte une observation de ce genre. Un jeune 
américain de vingt-quatre ans fut inoculé par lui, en 179^; 
le septième jour, la fièvre parut; la température monta, en 
quelques heures, à 107" F. (4i",6 C). Currie fit boire au 
malade beaucoup d'eau et de limonade froides, et le fit as- 
perger de trois gallons de saumure froide, c« qui le rafraîchit 
beaucoup. Le pouls se ralentit, la chaleur baissa, le sommeil 
fut tranquille. En vingt-quatre heures on recommença trois 
fois le3 ablutions, et le malade les demandait lui-même quand il 
sentait revenir la chaleur. L'éruption fut franche, la guérison 
rapide. 

Il ne faut pas compter sur des effets certains, quand la 
méthode est employée dans des cas de variole confluente déjà 
avancée. C'est au début de l'éruption qu'il faut agir surtout. 
L'auteur nous renvoie au traité publié, en 1761, par sir Wil- 
liam Watson sous ce titre : Account of experiments on the most 
successful methods of inoculating the smaU-pox, qvl sont relatés 
des cas de guérison de variole après immersion dans l'eau 
froide, et oii se trouve indiquée la pratique des indigènes au 
Bengale. c^Dans certaines provinces de ce pays, dit M. Ives, 
les indigènes se soumettent à l'inoculation. Après l'opération, 
on ordonne au sujet de se baigner dans l'eau froide deux fois 
par jour, et de se tenir le plus frais possible. Quand la fièvre 
vient, on ne se baigne pas, mais on reprend les bains au 
deuxième jour de l'éruption, et on les continue pendant trois 



232 CHAPITRE r. — LA GHALEDR ET LA FIÈVRE. 

jours. » [Ives's voyage to India, m the years îj55-56'5'jf, ch. iy, 
p. 54.) 

Le D' Gérard, à Liverpool, pratiquait les affusions d'eau 
froide dans la scarlatine, et Currie suivit cet exemple. A la fin 
de décembre 1796, cinq enfants d'une même famille furent 
successivement atteints de la fièvre scarlatine, quatre légère- 
ment, le cinquième fortement; le père de famille lui-même 
prit la maladie. Les symptômes étaient graves; le D' Gérard, 
appelé, ordonna sans succès un éméto-cathartique , puis se 
décida, vingt-huit heures après le début, à employer les affu- 
sions d'eau froide. L'expérience eut un succès inespéré; la 
fièvre tomba aussitôt, il y eut sueur et sommeil. Le lende- 
main, on répéta le remède. La maladie ne reparut plus. Même 
chose eut lieu pour une servante de cette famille. Currie se 
demande si l'on peut vraiment faire évanouir ainsi la Jièvre et 
empêcher l'éruption. 

Ici se place une discussion théorique si importante, si op- 
portune encore de nos jours, que nous traduisons b'ttéralement 
notre auteur. c( Que la maladie puisse s'éteindre sans que 
l'efflorescence spéci6que de la peau et l'angine se montrent, 
c'est là un fait singulièrement curieux. // semblerait montrer 
que cette matière efflorescente est le produit de la Jièvre éruptive, et 
que la Jièvre elle-même étant détruite tout d'abord, la matière efflo- 
rescente ne se produit pas. Ainsi nous n avons plus à nous préoC'^ 
cuper des appréhensions quune fatme théorie pourrait nous »t^- 
gérer, relativement au davger qu'il y aurait à arrêter un processus 
par lequel la nature chercherait à se débarrasser iune humeur dont 
l'économie serait imbibée. Nous pouvons donc soutenir cette proposi^ 
tion, à savoir : Que la fièvre éruptive de la petite vérole est ta cause 
et non, comme on le supposait, la conséquence du progrès de tassi^ 
milalion, et que la diminution de cette Jièvre par l'air frais, et 
encore mieux par les ajfusions d'eau froide, diminue aussitâi la 



JAMES GURRIE. 233 

quantité de matière assimilée^ et peut, dans certains cas, empêcher 
complètement l'assimilation ^ » 

J. Currie se préoccupe aussi de savoir si Péruption vario- 
lique, avortée par suite du traitement, préserve le patient 
d'une récidive. Question non résolue. Il raconte avoir souvent 
traité la scarlatine, après l'éruption parue, par l'immersion dans 
des bains tièdes (de 93° à 96** F., soit de 96° à 28** C), et 
cela avec un succès constant, t^ L'expérience , dit-il, montrera 
plus tard si les affusions d'eau froide conviennent aux autres 
exanthèmes. » 

La température de l'eau froide, telle qu'elle était employée 
par Currie pour ses affusions, était, en général, de 5® à io**C., 
quelquefois (en été) de 18** à ao* C, et les effets étaient les 
mêmes : La résolution de la fièvre dépend surtout de l'impression 
soudaine, généralisée et puissante, et, que l'eau ait 4" ou iS' C, 
elle n est pas si différente qu on pourrait se limaîginer de prime abord. 
Dans ces limites, l'efficacité du remède et son innocuité dépendent 
surtout de la soudaineté et de la brièveté de son application. 

Après ces citations textuelles et exemptes de tout commen- 
taire, il convient de nous arrêter un instant et de nous de- 
mander quelle en est la valeur. Deux points principaux attirent 
d'abord notre attention : 

i"" Currie se débarrasse hardiment de tout scrupule quant 
au respect dû à la maladie, au processus humoral, à l'effort ins- 
tinctif de la nature, à la natura medicatrix. Il prend pour ob- 
jectif la fièvre et dit : (^ Tu es cause et non effet, c'est toi que 
j'attaquerai : subhta causa tollitur effectus. » C'est ainsi que, pour 
l'école allemande de nos jours (Liebermeister), la fièvre, c^t 



* Le D' Culfen a avancé qu^à tous méabilité de la peau. GeUe doctrine, 

les degrés de la variole la quantité de que, dans ses leçons, il étend à tous les 

matière assimilée est proportionnelle à autres exanthèmes, est, suivant moi, 

ta masse du corps, et que les diflcrences Tune des parties les plus faibles de son 

dans la nature et la quantité de Térup- œuvre si remarquable, 
tion dépendent entièrement de la per- 



23& CHAPITRE I". — LA CBAJ-EUR ET LA FIEVRE. 

le mal. C'est le renversement de toute la doctrine traditionnelle 
de rbippocratisme, c'est l'esprit de révolte audacieux et pa- 
radoxal, c'est la science expérimentale substituée au doctri* 
narisme, au méthodisme. Notre époque se flatte de grandes 
audaces, elle se flatte à tort d'en avoir eu l'initiative. 

â® Currie est moins préoccupé du phénomène chaleur, 
moins soucieux d'abaisser directement la température que 
d'amener la réaction; ce n'est pas unfrigidiste, c'est un hydro- 
thérapeute, un Priessnitz. Aujourd'hui on ne cherche pas la 
réaction, mais la soustraction pure et simple de calories. 

Chapitre \ : Des affumns d'eau ùède à la surface du corps 
dans les désordres fébriles , et de l'épongement du corps avec l'eau 
ou le vinaigre. L'affusion (Peau tiède pratiquée par les anciens. — 
Currie appelle eau tiède celle qui va de 87* à 97^ F. (soit 
de 3o^ à Sô"" C), et il croit pouvoir aflirmer que les affusions 
tièdes amènent quelquefois tout autant d'abaissement de la 
température du corps que les affusions froides. Voici l'expli- 
cation qu'il donne à cet égard : cr L'évaporation à la surface 
du corps est plus copieuse dans l'affusion tiède, d'où dépend 
beaucoup le rafraîchissement du corps. En outre, l'affusion 
tiède est peu stimulante et n'amène point, comme l'affusion 
froide, ces évolutions de la peau qui permettent de résister aux 
effets du froid extérieur. Si l'on se propose de diminuer la 
chaleur, on y parviendra, avec certitude par l'usage répété des 
affusions tièdes, en ayant soin, dans les intervalles, d'exposer 
la surface du corps à l'air extérieur; alors, si le soleil est 
caché et qu'il y ait un courant d'air, s'il y a du vent, on peut 
abaisser la température du corps, là même 011 l'on ne peut 
se procurer de l'eau froide, comme par exemple dans les ré- 
gions les plus chaudes du monde, les plaines du Bengale ou 
les sables de l'Arabie ^ » 

Currie déclare avoir fait usage des affusions tièdes surtout 

^ Système des alcarazas. Voyez les travaux d'Edwards. 



JAMES GURRIE. 235 

dans les affections fébriles, où la maladie consistait plutôt 
dans le stimulus d'une chaleur exagérée que dans la conta- 
gion, les miasmes ou les inflammations locales, et surtout 
chez les enfants. ((Ces affusions, dit-il, produisent générale- 
ment une diminution considérable de la chaleur et de la fré- 
quence du pouls et de la respiration ; elles amènent le repos 
et le sommeil, li les faut employer préférablement aux affu- 
sions froides quand les malades sont oppressés el respirent 
mal et chez les malades très-affaiblis. Pourtant leur action 
n'est pas aussi permanente que celle de Taffusion froide; elle 
n'est pas suivie d'une cessation totale de la fièvre, comme cela 
a lieu souvent à la suite des affusions froides. On peut aussi, 
dans la fièvre hectique, faire des affusions tièdes partielles, 
sur la paume des mains et la plante des pieds. » 

Cette question du froid n'était pas interprétée de la même 
façon par tous les médecins anglais de cette époque. Brown, 
préoccupé de ses théories, en révolte contre l'observation, af- 
firmait que , dans la zone torride , le froid ne pouvait jamais être 
appliqué utilement au traitement des fièvres parce qu'elles y 
étaient orsthéniques (?), et qu'au contraire le froid était le grand 
remède dans les maladies sthéniques, qu'il agissait de même 
dans- la rougeole, le catarrhe et les autres maladies inflam- 
matoires, que dans la variole, et qu'il suflisait pour les guérir; 
mais l'expérience manquait. Darwin [Zoonomia) ne se préoc- 
cupait pas de l'action du froid sur la sensation tactile, 
en quoi Currie le trouvait répréhensible ; et il considérait 
l'application du froid comme abolissant tout stimulus à la 
peau. 

En tout cas, la question était agitée partout, et l'on était 
en pleine voie de physiologie pathologique. (Voyez les travaux 
de J. Hunter.) 

Currie était d'avis de régler les affusions sur la tempéra- 
ture du malade et de les faire tièdes , si cette température était 
peu élevée. Il comptait beaucoup sur l'action stimulante à la 



286 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

peau. Par le moi frais, il entendait une température de Teau 
de 87" à 75-F. (deSi^à 26° C.) 

Historique ancien, d'après Currie. — La pratique des bois- 
sons froides (eau) dans les fièvres, était fort usitée chez les 
anciens; ils employaient aussi quelquefois l'immersion dans 
l'eau froide, mais ils semblent avoir ignoré complètement les 
affusions froides sur le corps. (Currie se trompe : voy. les 
Arabes, voy. Alpinus, etc.) 

Les ablutions à la surface du cor{)s dans les maladies fé- 
briles, ont été notées sous diverses formes parmi les pratiques 
des nations barbares de l'Asie et de l'Afrique par des voya- 
geurs modernes, notamment par sir John Chardin et par 
M. Bruce; mais elles furent introduites pour la première fois 
en Europe pendant une fièvre épidémique qui sévit à Breslau, 
en Silésie, dans Tannée 1787, ainsi qu'on le voit dans la dis- 
sertation de J. G. de Hahn, dont le titre est : Epidemia vema 
quœ Wratislaviam anno tjSj afflixtt. (Voy. l'appendice des 
Acta Germanica, vol. X.) 

Cet auteur rapporte que l'épidémie de typhus ayant résisté 
à tous les moyens connus, il eut recours aux ablutions froides 
avec l'éponge et au drap mouillé. Sauvages donne un extrait 
de cette dissertation [Nosol. method.). Currie cite ensuite un 
passage de Celse : Quidam ex antiquiorihus medicis Cleophantus 
in lioc génère morborum (fièvre tierce) multo ante accessianem 
caput œgri multa calida aqua perfundebat , deinde vinum dabat. Les 
Grecs et les Romains usaient, dans leur régime habituel, de 
bains et d'affusions tièdes. 

Chapitre xi : De l'image interne de F eau froide dans h fièvre. 
— Les anciens faisaient usage de boissons froides dans les 
fièvres (Hippocrate, Galien, Celse, etc.). Parmi les modernes, 
Cardanus a écrit sur ce sujet une dissertation apologétique. 
Hoffmann les recommande aussi (vol. I, p. ^79). Dans notre 



JAMES GURRIE. 337 

pays, cette pratique a été recommandée par Smish comme 
une panacée, et Hamock a écrit sur ce sujet un traité intitulé : 
Fehrifugum magnum. En Espagne et en Italie, l'usage de l'eau 
froide a eu une plus grande vogue au commencement du 
xvni' siècle qu'en aucun autre pays d'Europe et paraît s'y être 
conservé. (Voy. le mémoire intitulé: Diœtaaquea, parle D'Grillus 
de Naples, dans le XXXVP volume des Plnloêophical transac- 
tions.) Cet auteur mentionne aussi l'application de glace pilée 
et de neige sur le corps des malades. Boêrhaave a disserté lon- 
guement sur les boissons froides, qu'il ne recommande pas 
plus que ne le font Van Swieten et Cullen. Du reste, l'opinion, 
à toutes les époques, a été contraire à cette pratique. 

Currie a étudié attentivement, et le thermomètre en main, les 
effets des boissons froides. Voici ses conclusions : 

i° Il ne faut pas boire froid, pas plus que faire des ablu- 
tions froides dans le stade de frisson. 

a"" On peut boire froid en toute sûreté dans la période de 
chaleur confirmée; alors on voit la température décroître de 
plusieurs degrés à la surface du corps et le pouls se ralentir, 
la sueur et le sommeil s'ensuivent. C'est la même action, 
quoique moins marquée, que celle des affusions froides à la 
peau. Currie avoue n'avoir pas employé habituellement cette 
méthode. 

S"" Après la transpiration, il ne faut pas boire froid, sous 
peine d'une grande oppression et d'un abaissement trop grand 
et trop rapide de la température à la surface du corps. (Hoff- 
mann attribue à cette imprudence plusieurs cas de mort su- 
bite.) Il ne faut pas troubler, par un refroidissement brusque, 
ce mouvement gradué de refroidissement qu'amène la trans- 
piration. 

Le chapitre xii, qui est un des plus longs, est consacré aux 
maladies qui proviennent de l'usage des boissons froides ou des bains 
froids après un molent exercice. — Ce fait est bien connu. La 
mort subite de gens qui, dans la grande chaleur, après une 



888 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

marche forcée ou un exercice violent <, ont absorbé une grande 
quantité de boisson froide, n'est point rare, mais elle demeure 
inexpliquée. Il en est de même de l'immersion prolongée dans 
l'eau froide. . . (Voy. la dissertation de CuUen : De frigore, 
Ëdinburgh, 1780.) Gurrie s'occupe des sensations subjectives 
du malade par rapport au froid , suivant le degré de chaleur 
de son corps . . . 

Le chapitre xui traite du bain froid dans les maladies con- 
vulsives, la fob'e, etc. On y trouve des cas de tétanos guéris 
par ce moyen, également des cas de danse de Saint-Guy et 
d'hystérie convulsive. 

Au chapitre xiv, Gurrie insère un mémoire qui avait été lu 
par lui devant la Société royale et inséré dans ses Transaction 
en l'année 1793 : Sur le froid à propos de matelots morts étant 
m mer sur une épave, A cette occasion , Gurrie institua des expé- 
riences pour examiner les effets de l'eau pure et de l'eau salée 
comparativement, en les prenant à la même température. Ges 
expériences sont intéressantes en raison même de l'époque où 
elles ont été entreprises , c'était le produit de la grande école 
de Hunter. Gombien notre époque se trompe en s'attribuant 
le mérite d'avoir inauguré la physiologie expérimentale ! 

• 

Première expérience, — Gurrie plaça un large vase conte- 
nant cent soixante gallons d'eau salée, au grand air. La tem- 
pérature de l'eau, comme celle de l'air, était de 7° à 8" G. Le 
sujet était un homme de vingt-huit ans, vigoureux et sain; 
l'heure : k heures après midi. La température du sujet était 
de 3 6% 5. On déshabilla l'homme, puis il fut mené nu dans 
une cour ouverte et exposé à l'air avec un vent de nord-est 
pendant une minute, puis plongé dans l'eau jusqu'aux épaules. 
Le thermomètre, d'abord échauffé dans de l'eau à 38° G., fut 
introduit dans sa bouche, sous la langue; la colonne mercu- 
rielle s'abaissa rapidement et s'arrêta, une minute après, à 
87"" F. (3o^6. G.). L'homme se tint immobile dans Teaa et 



JAMES GUBRIE. S39 

le tbermomètre remonta peu à peu; en douze minutes il était 
remonté à 93%5 F. (3i%2 C). Au sortir de l'eau et étant re- 
placé à l'air libre, exposé au vent, l'homme, que l'on envelop- 
pait de linges, se refroidit (le mercure baissait rapidement). 
On le plaça dans un lit chaud, sa température était alors de 
30"" C. dans la bouche et de 3i%6 C. dans l'aisselle. On le 
frictionna et il but de l'eau-de-vie, on lui appliqua une vessie 
d'eau chaude sur le creux de l'estomac. Trois heures après il 
n'avait pas encore recouvré complètement sa température 
normale. 

Deuxième expérience. — Le lendemain, à la même heure, 
la même personne fut immergée comme ci-dessus. Son pouls 
était, avant l'expérience, de 85 pulsations, et sa chaleur de 
37^,7 C, l'eau et l'air étaient à 7**,5 C. , le vent était nord-est 
et fort. 

Therm. C. 

â minutes après rimmersion .Ss'^^o 

3 3a\5 

Il 33%5 

5 3/i%7 

C 35%o 

7 35-,3 

8 35%35 

9 'Î5%3 

10 3/i%7 

1 1 35\o 

la 35%o 

i3 3B-,6 

i4 35%o 

Au bout de quinze minutes, le sujet sort de l'eau et reste 
exposé tout nu à l'air et au vent, et le thermomètre ne marque 
plus que 3 1^!3 G. Le sujet boit un coup de bière {(de) y on le 
met dans un lit chaud, et, trois minutes après, sa température 
remonte à 33%9 G.; une heure après elle était h 35'' G. 



240 CHAPITRE l". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Ces effets, produits par l'eiïposition successive à Taction de 
Teau et à celle de Tair, donnèrent à réfléchir à rcxpérimen- 
tateur. 

Troisième expérience. — Le sujet est déshabillé et demeure 
seize minutes dans l'eau salée froide à la même température 
que ci-devant. On obtient les mêmes effets à peu près, puis 
il est plongé dans un bain d'eau douce à 36%/i G., et^ chose 
inattendue, sa température baisse d'abord d'environ s*; au 
bout d'une minute, elle était à 3i%i C, puis, au bout de 
neuf minutes, elle était remontée à 35%6 G. Ainsi le bain 
chaud produisait d'abord les mêmes effets que le froid, pour- 
tant avec cette différence notée par Gurrie, que dans l'eau 
froide les extrémités étaient très-froides, tandis que dans le 
bain chaud la chaleur était universellement répandue. A la 
sortie du bain chaud le sujet put se rhabiller et se trouva 
très à son aise. 

Quatrième expérience. — Nouvelle immersion dans Teau 
froide. Le malade est interrogé sur ses sensations. Il dit qu'au 
moment de l'immersion il ressentait un froid très -vif, que 
cette sensation diminuait et devenait supportable, puis qu'elle 
revenait à sa première intensité, un peu moindre peut-être. 
Alors, quand l'eau était immobile, il ne sentait pas que son 
corps, des clavicules au pubis, était dans l'eau, il sentait un 
grand froid aux extrémités des membres, au pénis et au scro- 
tum. Il éprouvait comme un cercle au niveau du plan de la 
surface liquide, quand celle-ci était agitée. Le malade, replacé 
à l'air, puis plongé dans un bain à Ao^ G., éprouva du malaise, 
et l'on dut abaisser la température de l'eau à Ss"" G.; alors il 
se trouva mieux, se réchauffa peu à peu jusqu'à 37%7 C. et 
se refroidit ensuite jusqu'à 3â%â G., puis on le frictionna et 
réchauffa par les moyens ordinaires. 

D'autres expériences de même nature furent faites par Gurrie 



JAMES GURBIE. 2ài 

sur différentes personnes. Ces variations rapides de la tem- 
pérature du corps vivant ne semblaient pas s'accorder avec les 
théories professées alors sur la chaleur animale. Nous laissons 
ici la parole à l'auteur : 

« L'accroissement de la chaleur, dans la fièvre , a conduit 
quelques personnes à penser que la chaleur animale est pro- 
duite par l'action du cœur et des artères, ou du moins en con- 
nexion directe avec celle-ci; pourtant il faut remarquer que, 
ici , quoique la chaleur ait dû être engendrée dans le bain 
avec une rapidité quatre fois plus grande qu'à l'ordinaire, les 
vibrations du système artériel étaient excessivement faibles. 
Il y a une autre théorie fort belle de la chaleur animale, 
qui suppose que celle-ci dépend immédiatement de la res- 
piration; mais, dans le bain, après les premiers moments où 
le jeu du diaphragme est dérangé par le choc de l'immer- 
sion, la respiration devient régulière et extrêmement faible. 
Enfin il est un curieux phénomène, la chaleur monte et des- 
cend alternativement, puis remonte, dans le bain, le corps 
demeurant en repos , et la chaleur du milieu ambiant étant 
la même; c'est là, je pense, une observation fatale à ces 
théories qui considèrent le corps vivant comme une simple 
machine, mise en mouvement par les actions extérieures, mais* 
dépourvue d'initiative propre, et ne différant des autres ma- 
chines que par la nature particulière des forces qui concou- 
rent à la mettre en action. Je ne puis m'empêcher d'admirer 
la théorie qui rapporte l'introduction du calorique dans l'or- 
ganisme, surtout à la décomposition de l'air atmosphérique 
dans la respiration, mais, il faut bien le dire, l'état de la 
chaleur dans le corps ne peut être évalué sûrement (comme 
quelques-uns l'ont supposé) d'après la quantité d'air respiré. 
Le calorique est amené dans l'organisme encore par d'autres 
voies, particulièrement par les aliments et les boissons, et 
leur transformation en chaleur semble être modifiée par la 
puissance vitale; enfin, nous n'avons point d'explication chi- 

16 



2â2 CHAPITRE l". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

miquc ni mécanique suffisante pour faire connatlre les raisons 
de ce phënomènei » 

Currie établit ensuite que le refroidissement est plus grave 
dans Teau douce que dans l'eau salée. Il montre que, dans ses 
expériences thermométriques , il s'est mis à l'abri de l'erreur si- 
gnalée par Hunter pour l'estimation de la chaleur buccale, en 
plaçant la boule du thermomètre non sur la langue dans le 
courant de la respiration , mais sotu la langue. 11 explique par 
le raisonnement suivant que l'homme, passant du bain dans l'air, 
à température égale de l'air et de l'eau, se refroidit encore : 
« Pendant l'immersion , l'eau qui est en contact immédiat avec 
la peau s'étant échauffée un peu , le corps nu, sortant de l'eau 
pour s'exposer à l'air, est, en fait, exposé à un milieu plus 
froid, d'où nouvelle perte de chaleur. Du reste, ajoute Currie, 
les changements de température dans le corps vivant sont gouvernés 
par des lois qui sont particulières à celui-ci n (C'est le Wirme-regu- 
lirung moderne. ) 

Chapitre xvii : Aperçu général des doctrines concernant la 
fièvre, Hippocrate, Galien, etc. Théories diverses. — « Rien, d'après 
notre auteur, ne montre mieux la faiblesse et l'ignorance de 
l'espèce humaine , à la fois présomptueuse et impuissante à sup- 
porter le doute, que le chapitre de la fièvre. La fausse science est 
encore pire que la superstition. Les principes de la mécanique, 
de la chimie, du magnétisme, de l'électricité, ont été succes- 
sivement mis à contribution pour expliquer les mouvements 
de la vie, et n ont servi qu'à nous tromper et à nous décevoir. • . 
Hippocrate, qui vivait à une époque où les instruments de 
physique faisaient défaut, estimait la chaleur d'après ses sen- 
sations; il appliquait ses mains sur la poitrine des malades, 
jugeant les phénomènes morbides moins d'après le pouls que 
d'après la chaleur du corps. 

(^ 11 faisait appliquer des linges trempés dans l'eau froide sur 
les parties les plus chaudes, tirait du sang, soit avec des ven- 



JAMES GURRIE. 243 

touses scarifiées, soit avec la lancette, et administrait soit de 
l'eau froide, soit des boissons fraîches. 

((Au temps de Galien, la tradition de la chaleur cause de 
la fièvre s'était conservée, et la pratique était conforme au 
principe. Les Arabes reçurent cette doctrine, mais l'obscur- 
cirent. Au siècle dernier (xvii' siècle) vint Sydenham, qui 
était, lui aussi, un observateur original , et auquel la médecine 
doit beaucoup. Pourtant il dogmatisait a priori, et il s'est par- 
fois égaré. D'après lui, toute maladie n'est rien qu'un effort 
de la nature pour expulser d'une manière ou d'une autre la 
matière morbifique. Il faut donc l'aider et non la contrarier 
dans cet effort ^ Il s'agit de trouver des émonctoires. Alors on 
en arrive à comparer l'action désordonnée de la fièvre aux 
mouvements de fermentation par lesquels la nature sépare du 
sang les parties viciées avant leur expulsion. Ainsi la fièvre 
serait, à certains égards, la conséquence salutaire de Peffort tenté 
par la nature pour expulser la maladie. 

(cOn voit poindre dans Hoffmann l'aurore d'une plus juste 
pathologie de la fièvre. Il rejette le mécanisme et cherche la 
cause de la fièvre dabs la nature particulière des mouvements 
vitaux. Il suppose que la matière morbifique excite un spasme 
des vaisseaux périphériques, puis une réaction du centre à la 
périphérie avec expansion des vaisseaux, fièvre enfin et cha- 
leur. • • D'après la doctrine d'Hoffmann» le médecin doit con- 
trecarrer l'action morbide et favoriser l'effet naturel (?) » Currie 
trouve cette doctrine de l'action et de la réaction très-belle; 
en effet, Currie recherche la réaction par l'application de l'eau 
froide. 

(t Le système d'Hoffmann a produit celui de Gullen. D'après 
Hoffmann, le premier effet des causes cachées de la fièvre est 
k spasme suivi de la réaction. Cullen dit que le preniier effet 
des effluves nuisibles (cause éloignée), est une débilité gé- 

^ Jâ Garrie oublie qu^Hippocrale avait dit : Quo natura vergit eo dacêndum, 

t6. 



244 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE, 

nérale affectant le sensorium commune, d'où le spasme; aa 
spasme , succède la réaction qui résout la maladie. » Cette ma- 
nière d'expliquer la vis medicatrix ne satisfait pas Gurrie. 

«Brown vint, dit Gurrie, qui supposa rexcitabiliti, et expli- 
qua tous les phénomènes de la vie et de la maladie par ce 
principe prétendu ; il imagina le moyen de le mettre en acte 
par des stimuli. Il s'agissait de trouver juste le degré précis 
d'excitement qui correspond à la santé; il n*y eut plus que 
deux maladies , les sthéniques et les a-sthéniques. Il classa le ty- 
phus dans la deuxième catégorie, et rendit service en intro- 
duisant lusage du vin et de Topium dans cette maladie. (Les 
grands agitateurs servent à quelque chose.) 

ce Darwin (l'auteur de la Zoonamie) essaya ensuite de donner 
une théî)rie générale de la fièvre. » 

Gurrie ne pouvait manquer de donner aussi sa théorie de 
la fièvre, mais il le fait avec modestie et en toute humilité (il 
a en vue surtout le typhus) : ce Les premiers symptômes sont 
la langueur, le frisson, la fatigue physique et intellectuelle; 
c'est une sorte d'empoisonnement, les forces vitales en sont op- 
pressées ou vaincues. Pourtant il survient en général une 
réaction; il y a lutte entre la cause morbide et l'énergie vitale, 
entre le pouvoir central et la résistance des vaisseaux périphé- 
riques , d'où production d'une chaleur exagérée. Si les forces 
vitales l'emportent, la peau s'ouvre, la sueur coule, la chaleur 
tombe, les phénomènes morbides diminuent. Le phénomène 
inverse maintient la fièvre. » 

Ici nous devons nous arrêter pour adresser une critique à 
notre auteur : il a manié le thermomètre, il a lu de Haén, et 
voici ce qu'il dit : (( Examinons l'état de la chaleur aux diffé- 
rents stades de la fièvre intermittente : en général, et sauf 
erreur, dans le stade de froid la chaleur est diminuée, non- 
seulement à la surface, comme quelques-uns l'ont imaginé, 
mais probablement dans tout l'organisme. J'ai trouvé la tem- 
pérature sous la langue à ^ti"* et 93'' F. (3&%5 G. et 33*,9 G.), 



JAMES GURRIE. 245 

et même à 93" F. (33°,3 C). Dans ces cas, il y avait une sen- 
sation de froid à Testomac et du tremblement de tous les 
membres. A ce moment, les bains chauds et les boissons 
chaudes sont très-utiles. Le pouls devient fort et plus fréquent 
et la chaleur vient, allant du centre à la périphérie, mais ce 
phénomène se produit avec une extrême irrégularité dans sa 
marche.)) Tout cela est mal observé, et c'est un grand désen- 
chantement. Voilà un observateur sagace, original, indépen- 
dant, qui s'arme du thermomètre, et qui aboutit à de si grosses 
erreurs! Etait-ce bien la peine que de Haën et d'autres eussent 
si bien décrit la chaleur exagérée et comme paradoxale qui 
accompagne le frisson? Currie se perd par trop de condescen- 
dance pour les idées de son temps , il se refait écolier de maître 
qu'il était, et descend du piédestal que lui avait érigé le 
lecteur. 

Plus loin, il nous donne bien réellement les chiffres du 
stade de chaleur : 89% 39%5, tio% âo%5 C. Alors, dit-il, c'est 
le moment de pratiquer les affusions d'eau froide. 11 nous 
décrit la période de sueur et la chaleur qui tombe alors. 11 
revient aussi à une opinion déjà émise par lui, à savoir qu'il 
n'y a rien de bon à attendre pour les fonctions de l'organisme 
tant que dure une chaleur de plusieurs degrés au-dessus de 
la normale. 

Currie nous donne aussi une explication mécanique de la 
Moif, mais elle n'est point supérieure aux données de la phy- 
siologie de son temps; la sympathie y intervient, ce qui gâte 
tout. 

Arrivant au iraitemeni, Currie émet les préceptes suivants : 
^Que convient-il de faire dans la fièvrç? diminuer le froid 
dans le stade de froid, modérer la chaleur dans le stade de 
chaleur, et vaincre la contracture des vaisseaux périphériques 
par laquelle la chaleur morbide est retenue, et la réaction re- 
tardée, et en tout cas soutenir les forces. . . Il ne s'agit point 
d'interpréter les vues supposées de la nature. C'est, dit encore 



346 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

Gurrie, une grave erreur de supposer que le poison fébrile, 
si nous devons l'appeler ainsi, étant introduit dans Torga- 
nisme, soit la cause principale des symptômes, et que ceux-ci 
consistent dans un combat livré par la nature pour son expul- 
sion, sans lequel le retour à la santé n'est pas possible. Il est 
plus raisonnable de le considérer comme un agent qui excite 
l'organisme à la fièvre, laquelle fièvre est entretenue non par la 
présence et l'action continue de cet agent, mais par les principes 
mêmes qui règlent les actions de la vie. Nous ne sommes pas 
là pour attendre le bon vouloir de la nature et assister à ses prétendus 
eforts, mais bien pour nous opposer à la fièvre, à tous les stades de 
son parcours, avec toute notre habileté, et la faire abputir le plus 
promptement possible à sa terminaison , autant que cela est 
en notre pouvoir. Quand nous chassons la chaleur morbide , et 
que nous réduisons la réaction morbide à la période de cha- 
leur par le puissant moyen des affusions froides, la totalité 
des symptômes morbides s'évanouit, preuve quà ce stade de la 
maladie, ces symptômes proviennent de la chaleur désordonnée, et 
non iun poison circulant avec le sang, v Voilà bien le côté origi- 
nal, hardi, de l'œuvre de Currie; il s'attaque à Hippocrate, h 
Sydenham cet autre Hippocrate , à la tradition. C'est un grand 
fait, un fait historique! Il est donc utile et sage de lutter contre 
la maladie dès son début, avant que les forces soient déprimées 
et les habitudes morbides établies. Currie déclare que les fièvres 
intermittentes des pays chauds, attaquées dès le second accès 
par l'eau froide, guérissent mieux que par aucun autre re- 
mède. 

Il faut, dit-il, recourir aux moyens de rafraîchir artificielle^ 
ment Veau; en tout C£^, on peut sans danger laisser le malade 
se plonger dans le bain froid ou dans la mer, et user du 
moyen précité , qui consiste à sortir de l'eau et à y rentrer al- 
ternativement. Il cite plusieurs cas de délire maniaque ou 
autre, guéris par l'immersion dans l'eau froide, les malades 
s'étant d'eux-mêmes jetés à l'eau. 



JAMES CURRIE. -247 

Chapitre xmi : La chaleur animale ^ ses origines. Perspiration, 
son action réfrigérante. Mode d'action de quelques remèdes contre la 
fièvre : les antimoniaux, l'opium. — Currie définit la vie : «la fa- 
culté qu'a ranimai de conserver sa chaleur propre en dépit des 
variations du milieu ambiant, n Les animaux sont inférieurs 
ou supérieurs, suivant que cette faculté est moins ou plus dé- 
veloppée en eux. Les végétaux n en sont pas tout à fait privés. 
Les individus dans une même espèce peuvent être classés 
d'après le développement qu*a chez eux cette faculté, qui est 
un critérium de la force. «11 y a, dit Currie, des raisons de 
penser que, tant que la température du corps humain demeure 
sans changement, sa sant*é n'a rien à craindre de la tempéra- 
ture du milieu ambiant, que si, au contraire, il se produit un 
augment ou déclin de quelques degrés dans la température 
de l'économie, la maladie et la mort s'ensuivent. La connais^ 
êonce des lois qui régissent la chaleur vitale semble donc la hr anche 
la plus importante de la physiologie. 

«La chimie moderne, ajoute Currie, s'attribue la décou- 
verte de l'origine de la chaleur animale, qui est supposée dé- 
pendre des modifications que les ingesta subissent en raison 
des fonctions de la vie. Parmi les animaux respirants, la prin- 
cipale de ces modifications est occasionnée par les poumons 
agissant sur l'air atmosphérique inhalé, et la respiration est 
considérée comme la source^principale de la chaleur dans cette 
classe d'animaux. Que l'oxygène contenu dans l'atmosphère 
fournisse la plus grande partie du pabulum vitœ, cela n'est pas 
douteux, la respiration étant une opération dans laquelle le 
passage d'un gaz, à l'état concret, met en liberté une certaine 
quantité de chaleur, de la même façon que la vapeur se trans- 
formant en eau restitue une partie de sa chaleur. La chaleur 
alors mise en liberté étant renvoyée par la circulation dans 
toutes les parties du corps est le principal moyen par lequel 
tout l'organisme est échauffé et animé. " 

En note, dans la cinquième édition , l'auteur expose la théo- 



248 CHAPITRE V. — LÀ CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

rie la plus récente alors de la respiration, et, en bon Anglais 
patriote , il se garde bien de dire qu'elle vient de l'autre c6të 
du détroit, elle lui parait sans doute anonyme, carie nom de 
Lavoisier n'est point prononcé par lui. Voici cette note tra- 
duite littéralement : et La respiration est un exemple d'attrac- 
tion élective complexe, dans lequel le gaz oxygène est déplacé 
et entre en une nouvelle combinaison; une partie en semble 
être absorbée par la masse du sang qui circule dans les pou- 
mons; une autre partie s'unit à l'hydrogène du sang veineux 
pour former de l'eau; une autre, au carbone du sang pour 
former le gaz acide carbonique. Dans le dernier cas, la chaleur 
dégagée ne provient pas de ce que f oxygène , de gazeux , de- 
vient solide , mais de ce qu'il entre dans la composition d'un 
gaz qui a moins de capacité calorifique que lui-même. La cha- 
leur mise en liberté dans ces différents phénomènes est trans- 
mise au sang, qui, par la perte de son hydrogène et de son 
carbone, est converti de veineux en artériel, et dont la ca- 
pacité calorifique s'accrott ainsi. Par là l'inflammation des 
poumons est évitée. Mais le sang artériel, dans sa circulation , 
absorbe de nouveau peu à peu des hydro-carbonates, et perd 
de son calorique. De là l'uniformité de température dans le 
corps. Telle semble être la théorie moderne de la respiration, 
laquelle, il faut l'avouer, n'est pas sans offrir quelques diffi- 
cultés. 7) 

A cette époque, on agitait la question de savoir si la peau 
n'absorbait pas aussi une certaine quantité d'oxygène. Gurrie 
pense que cette question demande des expériences nouvelles. 
Il insiste sur le rôle d^ la peau dans les variations de la chaleur, 
et sur cette faculté qu'a l'organisme de mettre en liberté sa 
chaleur latente. Or la perspiration lui paraît jouer ici un r6le 
non douteux. La perspiration est le corollaire de la respiration; 
dans la respiration , il y a un gaz incessamment converti en 
un solide ou un fluide, et par là la chaleur s'accroît; dans la 
perspiration, inversement, un fluide est continuellement con- 



JAMES GURRIE. 249 

verti en vapeur, et ainsi de la chaleur est dépensée. Supposons 
que la proportion d'oxygène absorbé par l'organisme reste la 
même et que la température de l'atmosphère s'élève, nous 
nous expliquerons comment notre chaleur propre ne varie 
pas, grâce à un accroissement de notre perspiration. Que la 
température de l'atmosphère reste sans changement, tandis 
que l'oxygène est introduit dans les poumons en plus grande 
quantité, nous nous expliquerons encore la stabilité de notre 
température par l'augmentation de notre perspiration. La 
première de ces suppositions se réalise quand à un jour 
froid succède une journée chaude , la seconde quand nous res^ 
pirons plus énergiquement après un violent exercice; alors la 
perspiration parait avoir le râle principal dans la régtdation de 
la chaleur animale (in regulaûng the animal heat)^ et la chaîne 
de la vie semble reliée au monde physique par des anneaux 
que les récentes découvertes de la chimie nous permettent de 
découvrir. » 

Le voilà, ce mot régulation que nous attendions; tout le 
faisait pressentir ! Le raisonnement serré de l'auteur, la lo- 
gique de ses idées, sa perspicacité, qui ne laisse rien d'obscur 
et devine ce qui est caché, devaient le conduire à ce grand fait 
que les modernes n'ont point inventé. Que d'écrits contempo- 
rains sur la régulation ! 11 semble que la chose soit nouvelle 
et sans précédents : un peu de modestie ne gâterait rien. Mais 
Currie lui-même est-il l'inventeur de cette théorie, l'a-t-il re- 
çue de quelque autre observateur, avait-elle cours à son 
époque? Qui peut dire où est le commencement d'une décou- 
verte? 

Currie, continuant son exposé de la théorie de l'évaporation , 
s'exprime ainsi : «Un vase rempli d'eau et exposé à l'air ne 
peut pas être amené à une température de plus de 9 1 3^ (ébul- 
lition) quel que soit le combustible employé, parce que, à me- 
sure que la chaleur se développe au fond , l'évaporation l'en- 
lève h la surface. Ainsi en est-il pour le corps vivant, y^ 



950 CHAPITRE I*'. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Gurrie rapporte ensuite les expériences de Sanctorius sur la 
perspiration insensible mesurée à la balance, et qui était éva- 
luée à environ i,5oo grammes, chiffre qu'il croit inférieur à 
la réalité. Il se demande combien cette évaporation coûte de 
chaleur à rorganisme. D'autres expérimentateurs ont cherché à 
vérifier les calculs de Sanctorius. Cruikshanks a noté une 
perte en poids beaucoup plus considérable après l'exercice 
qu'après le repos. Dans le mémoire de Lavoisier et Seguin , 
publié dans les Mémoires de V Académie des sciences (1797)9 on 
trouve une évaluation plus exacte des pertes de poids ame- 
nées par la perspiration cutanée et pulmonaire. 

Cl II est étonnant, dit Gurrie, que l'importance de l'évapora- 
tion à la surface du corps pour la relation de la chaleur 
n ait pas davantageâttiré l'attention. En 1 755,ledocteurCullen 
publia sa découverte de l'évaporation des fluides comme cause 
de refroidissement {^Essays and observations phyeical and Utterary, 
vol. II), phénomène connu depuis longtemps des Asiatiques, 
et qui est devenu , en Europe , l'origine de tant de découvertes 
chimiques. Eh bien, Cullen n'a pas pensé à la perspiration des 
corps vivants. 

<(Peu de temps après, le docteur Franklin reconnut les effets 
de refroidissement produits par la perspiration cutanée. Dans 
une lettre datée de Philadelphie en juin 1768, Franklin 
s'exprime ainsi [Lettres et mémoires de Franklin, p. 365) : «Du- 
tarant la chaleur à Philadelphie, en juin 1760, un jour où le 
«thermomètre marquait 1 00" F.(37"8 G.) à l'ombre, j'étais as- 
((sis immobile jdans ma chambre, occupé seulement à lire et à 
((écrire, n'ayant d\iutre vêtement que ma chemise et un ea- 
(( leçon de toile; toutes les fenêtres étaient ouvertes, et un 
^ vent frais traversait l'appartement , la sueur coulait sur le 
c( dos de mes mains , et ma chemise était souvent assez mouillée 
't pour m'obliger d'en changer. Mon corps cependant qe devint 
ce jamais aussi chaud que l'air ambiant ou que les corps ina- 
ce niniés plongés dans cet air. y> Franklin en concluait qu'il était 



JAMES GURRIE. 251 

demeuré relativement froid, par suite de la sueur continuelle, 
et par Tévaporation de celle sueur. Le mémoire de Gullen 
n'était pas passé inaperçu de Franklin. 

«Lorsque les observations de Duhamel etTillet en France 
et les expériences de Fordyce et de sir Blagden en Angleterre 
vinrent montrer quel extraordinaire degré de chaleur pouvait 
supporter le corps vivant, l'attention des savants fut éveillée 
par ce phénomène. L'opinion générale fut que l'animal possé- 
dait le pouvoir d'engendrer le froid comme le chaud. Bell, 
dans les Mémoires de la Société de Manchester, fit la critique de 
cette opinion, et, en discutant avec lui, Currie conçut, dit-il, 
la pensée que le principal office de la perspiraiion insensible 
devait être de régler h chaleur animale; cette opinion, ajoute 
notre auteur, qui semblait si raisonnable, a été confirmée 
chez moi par la réflexion et l'observation. 

t( Pourtant quelle que puisse être l'influence dé la perspira- 
iion sur le refroidissement du corps , elle n'est peut-être pas le 
seul moyen par lequel cet effet est produit. En effet, de quel- 
ques expériences sur l'action des bains chauds, il semble ré- 
sulter que la température du corps s'accrott difficilement après 
que la sueur a coulé abondamment; or, comme il ne peut y 
avoir d'évaporation à la peau quand le corps est immergé dans 
l'eau, et qu'il y en a peu par les poumons quand l'air inspiré 
est saturé de vapeur d'eau, si l'expérience ultérieure confirme 
nos observations, on trouvera peut-être que la production delà 
sueur elle-même correspond à une certaine dépense de cha- 
leur : ainsi s'expliquera l'abaissement de la température qui 
succède à une perspiraiion profuse. Albinus, Haller, William 
Hunier, ont supposé que la sueur, comme la perspiratign in- 
sensible, était une exsudation de la partie aqueuse du sang à 
travers les téguments; mais cette opinion doit être rejetée. 
Cruikshanks et Fordyce ont montré que la sueur était un pro- 
duit secondaire et non direct, etc. . . . ^^ 

Ici se place une théorie tellement conforme aux idées con- 



252 CHAPITRE !•'. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

temporaines , qu'on serait tente d'en attribuer le mérite à 
quelque auteur actuellement vivant. Nous la retrouverons à 
l'état anonyme, ou, qui pis est, pourvue d*un nom qui n'y a 
point droit, parmi les travaux éclos dans ces dernières années. 
Nous ne nous lasserons point de citer Gurrie textuellement, 
et nous espérons que le lecteur n'y perdra rien : 

c( La dépense de chaleur [absorption) peut, du reste , avoir lieu 
dans d'autres processus [process), que la production et l'évapo- 
ration de la matière perspirable, et que la respiration; et» 
après tout, les changements soudains de température qui ont 
lieu dans certaines circonstances donnent lieu de penser que 
V animal possède un certain pouvoir sur sa chalsur, lequel nous est 
encore inconnu. Laissant ce point à éclaircir par des recher- 
ches futures, tenons l'importance de la perspiration par rap- 
port à l'économie animale pour certaine. Par ce processus, la' 
stimulation des extrémités des vaisseaux par la distension mor- 
bide est diminuée ou vaincue, et quelque autre moyen que 
possède l'organisme pour diminuer sa chaleur, cette détente 
semble de beaucoup le moyen le plus efficace, et, en certains 
cas, indispensable pour cet objet. Lorsque les organes de la 
perspiration éprouvent une constriction spasmodique, tandis 
que l'accroissement du mouvement de la circulation déve- 
loppe une chaleur anomale (comme cela a lieu au début de 
la fièvre), nous pouvons imaginer facilement quels désordres 
s'ensuivent. » 

Gurrie ne nous laisse faire après lui ni développement ni 
commentaire, il épuise le sujet. Un auteur moderne, William 
Edwards, dont les travaux sur la chaleur animale sont si jus- 
tement admirés, est diminué singulièrement après qu'on a lu 
Gurrie, son prédécesseur et son maître. 

«On a observé, dit Gurrie, que les personnes qui ont en- 
trepris un travail excessif n'y peuvent suffire, à moins qu'elles 
ne transpirent longuement et compensent leur perspiration en 
buvant quelque liquide modérément stimulant. Tel est le 



JAMES GURRIE. 263 

cas des moissonneurs en Pensylvanie, qui travaillent en plein 
soleil et peuvent, grâce à une abondante transpiration, sup- 
porter une chaleur extérieure supérieure à celle de leur sang 
(Franklin). Tel est aussi le cas de nos porteurs de charbon, 
qui perdent journellement par cette voie la cinquième ou 
sixième partie de leur poids , et qui réparent cette perte par 
de grands coups de porter [mot à mot : de grandes lam- 
pées , large draiights). Dans ces cas, un arrêt soudain de la 
perspiration par suite de la cessation de l'exercice , et l'im- 
pression du froid extérieur, amènent souvent un accident fatal. 
Les Européens qui vont dans les Indes orientales sont d'au- 
tant mieux portants qu'ils transpirent plus abondamment, 
surtout s'ils boivent des liquides légèrement stimulants et en 
quantité modérée, s'ils s'abstiennent de se griser, et se gardent 
des effets d'une transpiration trop excessive quand leur vigueur 
est altérée par la fatigue. Il faut se méfier des sueurs qui per- 
sistent après que la chaleur est abaissée, sorte de sueun colU- 
quaûves. . . Les nuits sont froides, la peau est désarmée... 
le danger prochain ... » 

Currie donne ensuite des renseignements sur la chaleur du 
corps sous différentes latitudes; il examine la constitution du 
nègre, sa transpiration diminuée par l'état visqueux de sa 
peau, l'utilité de certains onguents dont se frottent les In- 
diens, celle des bains tièdes dans les Indes orientales. Currie 
en réfère au grand Bacon [Lord Verulam) qui a écrit ceci : Inune^ 
tîo ex oleo, et hyeme confert ad sanitatem, per exclumnem frigorii , 
etœstate, addetinendos spiritus, et prohibendam exsolutionem eorum 
et arcendam vim aeris, quœ tune maxime est prœdatoria. Ante omitta 
igitur usum olei vel olivarum vel amygdali dulcis, ad cutem ah ex- 
tra unguendum, ad longamtatem ducere existimamus, 

Currie examine ensuite l'effet des bains chauds, c'est-à- 
dire de ceux dont la température s'approche de la chaleur du 
corps humain. Il les considère comme sédatifs surtout en ce 
qu'Us favorisent la perspiration sensible. Il insiste sur la né- 



26A CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

cessitë de toujours noter quelle était la température du bain 
mesurée par le thermomètre. 

Passant à l'action fébrifuge de certains médicaments et se 
plaçant à un point de vue que les modernes ont adopté sans 
en indiquer l'inventeur, Gurrie dit : c( Les idées que nous avons 
exprimées, quant à la nature de la fièvre et aux fonctions de la 
perspiration, semblent nous éclairer sur le mode d'action de 
ces émétiques antimoniatuc, et de ces sudorijiques, qui arrêtent 
souvent les fièvres au début. L'action directe de ces médica- 
ments sur Testomac résout la striction spasmodique des ca- 
pillaires de cet organe et de la surface qui s'oppose à l'expan- 
sion de la chaleur morbide. Néanmoins ces remèdes sont 
incertains dans leurs effets, et en tout cas hautement dibiU' 
tants. Ils ne peuvent entrer en comparaison avec Us affusions £wu 

froide Quant à l'opium, on a discuté pour savoif s'il 

était de nature chaude ou froide : dans ces derniers temps 
on s'est demandé s'il était stimulant ou sédatif. L'opium 
est certainement un remède contre la douleur et il fait dor- 
mir, deux effets concomitants. Cependant l'opium parfois ne 
procure pas le sommeil et ne diminue pas la fièvre , surtout 
si la chaleur est grande et la peau sèche. Si la peau a une 
tendance à s'ouvrir, l'opium souvent active la perspiration et 
par ce moyen diminue la chaleur. L'opium administré à la pé- 
riode de chaleur de la fièvre intermittente accélère souvent la 
période de sueur; il en faut aider l'action par des boissons 
tièdes ou froides. Les boissons alcooliques ont une ressemblance 
marquée avec Topium pour leurs effets. L'alcool est plus échauf- 
fant, moins diaphoré tique et moins soporifique. D'abord il 
excite la diffusion de la chaleur à la peau, accroît la stimula- 
tion du cœur et des artères, il y aune fièvre d'intoxication qui 
peut aller jusqu'à ûi** C. On a vu des ivrognes rechercher le 
froid, se baigner en rivière et diminuer ainsi les effets de l'i- 
vresse • • . » Currie ne conseille pas d'administrer l'alcool quand 
la chaleur est grande et la peau très-sèche, mais de le donner 



JAMES GURRIE. 255 

quand la chaleur est modérée et la peau souple et humide. Il 
conseille aussi de donner l'opium aux ivrognes pour les faire 
transpirer. 

Les applications locales du froid sont le sujet d'une courte 
note (p. 999) : «L'application locale du froid sur des parties 
enflammées ne doit pas être, dit Gurrie, soudaine et tempo- 
raire, mais progressive et graduelle, et permanente. C'est ainsi 
que se justifient les succès obtenus par la glace, la neige, ap- 
pliquées sur diverses parties du corps, pour prévenir ou ré- 
duire l'inflammation ... On sait très-bien que l'action locale du 
froid 9 étend a tout Vorganisme. On arrête une hémorragie pul- 
monaire en mettant les pieds dans l'eau froide , ou en conti- 
nuant l'application du froid sur le pénis et les bourses. » 

Le chapitre xix est consacré à cette question de savoir si la 
peau inhale (absorbe), et à l'examen d'un cas de mort par 
inanition. Sur la première question, Currie répond que le 
bain prolongé n'augmente pas le poids du corps (Gurrie, Gé- 
rard, RoUo). Dans l'inanition par obstacle intestinal, Gurrie 
a tenté de faire absorber des liquides dans le bain par la peau , 
mais, en pesant à la balance très-exactement son malade, malgré 
la durée prolongée des bains, il ne le trouva jamais augmenté 
de poids. 

La chaleur décroit-elle dans l'inanition? Haller dit oui. 
Currie n'a point observé cette décroissance. Il se demande 
alors si la digestion est la seule source de la chaleur. Pour- 
tant il ajoute : « La facilité avec laquelle le sujet en inanition 
perdait sa chaleur s'accorde avec une série de faits d'où il ré- 
sulterait que, dans les cas oii la génération de la chaleur est 
naturelle, le pouvoir de la retenir dans l'organisme est en pro- 
portion de la force du principe vital, n (Voir les travaux d'Ed- 
wards, de Chossat, etc., sur cette question.) Cependant il de- 
meure acquis que le bain apaise la soif. 

Seguin, à la même époque, soutenait aussi que le bain n'aug- 
mente pas le poids du corps. Fourcroy, son rapporteur à l'A- 



256 CHAPITRE I". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

cadémie des sciences, constatait ie fait et les diverses expé- 
riences de Seguin en ces termes : «Le premier résultat tiré 
de trente-trois expériences faites par Fauteur sur lui-même, 
c'est que le corps n'augmente pas de poids dans le bain , qu'il 
perd moins dans Teau que dans Tair, et que cette perte est 
surtout en raison de la température de l'eau du bain; que 
la perte de poids dans l'eau h to* ou la* (baromètre à 
38 pouces), est à celle dans l'air comme 6,5 est à 17; qu'à 
1 S*" ou 1 8% cette perte dans l'eau est h celle dans l'air comme 
7,5 est à a 1,7 ; que. dans l'eau chaude à 36* ou â8*, elle est à 
celle dans l'air comme i3 est à â3. M. Seguin attribue cette 
perte moindre k ce que la matière de la transpiration insen- 
sible n'est point exposée au contact de l'air qui doit la dis- 
soudre dans l'état ordinaire. 11 rend raison de la différence de 
ces pertes è diverses températures de l'air de la manière sui- 
vante : la perte de poids qu'on éprouve dans l'eau à 1 o"* ou 
1 a**, est beaucoup plus faible que celle qui a lieu dans l'air, 
parce qu'il n'y a point de transpiration cutanée; il n'existe 
alors que la transpiration pulmonaire ; celle qui se fait dans 
l'eau à 1 S"" est un peu plus faible que la seule transpiration 
pulmonaire « parce que, outre qu'il n'y a point de transpiration 
cutanée dans ce cas comme dans le précédent, l'air qui entre 
dans le poumon est chargé d'humidité et ne dissout pas toute 
celle qui se dégage de ce viscère : enfin la perte de poids qu'on 
fait dans un bain d'eau à 90*" est plus considérable que celle 
qui est produite par la seule transpiration pulmonaire , dans l'air 
à cotio température, parce qu'alors le corps perd et par cette 
dernière transpiration « et par la sueur qui sort des vaisseaux, 
en raison de laugmentation des mouvements du cœur et des 
Hrtèn\<, qui, comme M. Seguin l'a prouvé dans son mémoire 
sur la transpiration « est la seule cause de la transpiration sen- 
sible ou de la sueur. Mais, malgré la différence de ces trois 
rt^ultats^ ({ui dé|>endent de la température de l'eau du bain, 
il n'est pas moins certain qu'il n'y a point augmentation du 



JAMES GURRIE. 257 

poids du corps par le bain, et qu'il y a seulement une perte 
moins forte que dans Tair, dépendant de Tabsence de celui-ci 
et de la privation de sa qualité dissolvante par rapport à la 
matière de la transpiration. 79 Le reste du mémoire de Seguin 
est destiné à montrer le mode et le degré d'absorption par 
la peau, et à prouver que les miasmes infectieux s'absorbent 
par les poumons et non par la peau. [La médecine éclairée par 
les iciences physiques, vol. III, p. â3â.) 

Le deuxième volume contient au chapitre i" les expériences 
les plus récentes de divers auteurs sur l'usage des aiïusions 
froides et tièdes, et sur l'emploi de la digitak dans les fièvres 
inflammatoires. 

Il ne faut point s'étonner de voir Gurrie revenir, dans di- 
vers chapitres, sur les mêmes sujets et ne les avoir point tout 
d'abord épuisés. Il n'est point méthodique, il n'écrit point ex 
profeno, il relate les faits suivant que l'expérience les lui 
apporte avec les années. Cette manière est la plus sincère, la 
seule sincère dans les sciences médicales. L'auteur confirme 
ses précédentes assertions et les corroborç par de nouvelles 
observations. Le temps détruit ou consolide, il n'en faut ja- 
mais faire fi. Gurrie nous apprend qu'il emploie avec succès 
les affusions froides dans les fièvres contagieuses, même quand 
il existe des symptâmes pulmonaires. Il croit que l'on peut par ce 
moyen raccourcir la durée de la maladie. 

L'action bienfaisante du vent , de la fraîcheur de l'air, de 
la pluie et de la rosée sur les fiévreux , a été quelquefois obser- 
vée, nous dit Gurrie, et il cite deux observations de Des- 
genettes , contenues dans son Histoire médicale de l'armée d'Orient, 
p. a 69 : «Un sapeur, atteint de la peste pendant l'expédition 
de Syrie, s'échappa tout nu , pendant un violent délire , du fort 
de Gathieth et demeura perdu pendant trois semaines dans le 
désert. Deux bubons qu'il avait suppurèrent et guérirent d'eux- 
mêmes. Il s'était nourri d'une espèce d'oseille sauvage. Cet 
honmie guérit parfaitement. » Gurrie suppose que ce malade 

»7 



258 CHàPITRE r. — LA CHALEUB ET LA FlfcfBE. 

snrait subi Taciioii rafiratchûsante des rosées el des pluies qui 
étaient abondantes à ce moment. Deuxième i^werration de 
Desgenettes : -^ Un artilleor qoi aYait denx bobons et an an- 
thrax charbonneux s'échappa dn Lazaret de Bonlak, le joor 
même où il y arait été admis, et , dans on notait accès de dé* 
lire, se précipita dans le NiL D fnt ressaisi an bout d'une 
demi-heure, au[ms dIEmbabeth, par les gens de ce rUiage, 
et il guérit parfaitement.* On citait beaucoup de cas sem- 
blables. Currie regrette que les médecins firançais et anglais 
aient ignoré les bienfaits du traitement par le froid, et il se 
plaint de Fimpuissance des efforts faits pour propager les mé- 
thodes utiles à la santé de l'homme. Il ne se doutait pas de 
l'oubli où ses recherches tomberaient pendant un demi-siècle! 
Suivent des observations faites a Liverpool. 

La digitak [d^talis purpurea). — «Ce remède, dit Currie, 
est venu récemment à notre secours; il possède un charme 
pour produire une action extraordinaire sur le cœur et les 
artères, et, è ce titre, sur Thydropisie, particulièrement sur 
l'hydre thorax. La puissance extraordinaire de la digitale pour 
arrêter les hémorragies et particulièrement les hémoptysies, 
est généralement admise, mais son emploi dans les phlegma- 
sies est moins connu. Cette substance est destinée non à sup- 
primer, mais à diminuer l'usage de la lancette, v 

Prenant toutes les précautions prescrites par le docteur 
Withering pour l'emploi de cette substance, Currie a ordonné 
la digitale fréquemment dans les injlammationê du poumon, du 
cœur et du cerveau , et avec un succès inespéré. Il trouve que 
c'est un excellent remède contre le rhumatisme aigu, et il 
exprime le désir de communiquer plus tard au public le ré» 
sultat de ses observations. La digitale est, dit-il, un incontes- 
table sédatif. Il renvoie à l'ouvrage publié en 1799 par le doc* 
teur J. Ferriar, de Manchester, sous ce titre : An essay onAerne- 
dieal properties o/digitalis purpurea. 



JAMES GURRIE. 259 

Le chapitre ii traite des affunons froides et tiides dans la scar^ 
latine, la variole confluente, la rougeole, Vinjluenza (grippe), etc. 

Gurrie pense que les formes très-graves, gangreneuses, ne 
comportent pas le traitement par l'eau froide. Dans la scarlatine 
ordinaire, quand le thermomètre s'élève à i o5% i oG"" et même 
1 1 o**( 4o% 4 1% i a**C.), il faut agir avec vigueur, surtout à la pre- 
mière période , et verser sur le corps nu du malade plusieurs gal- 
lons d'eau très-froide. Si l'on n'abaisse pas d'abord la tempé- 
rature , il faut recommencer les ablutions plusieurs fois par 
jour, et, au besoin, jusqu'à douze fois en vingt-quatre heures. 
Après ce temps en général, le plus souvent même plus tôt, la 
force de la fièvre est abattue , et il suffit d'employer de temps 
è autre les affusions tièdes. Simultanément on doit faire boire 
au malade de l'eau froide et de la limonade froide. On voit 
survenir, après l'arrêt de la fièvre , une grande langueur avec 
tendance au sommeil. Si le malade ressent trop le froid, on 
lui enveloppera les extrémités de vêtements. Au bout de trois 
jours généralement le malade est convalescent. L'angine se 
trouve aussi fort bien de ce moyen. 

Il survient quelquefois de l'hydropisie des membres, mais 
la digitale en triomphe; ou même cela guérit spontanément. 

Si la timidité des parents ou les appréhensions des médecins 
ne permettent pas d'avoir recours à cette pratique décisive , 
on se contentera du traitement moins efficace par les ablutions 
tièdes ou les bains tièdes comme fait le docteur Clark, de 
Newcastle. Suit le récit de plusieurs épidémies. Gurrie conseille 
de traiter les enfants sains par l'eau froide (moyen préventif) 
en temps d'épidémie de scarlatine. Il a appliqué cette méthode 
à ses propres enfants, avant et pendant la scarlatine. 

Gurrie est absolument convaincu de l'excellence du traite- 
ment par le froid. «J'ai, dit-il, toujours suivi cette pratique 
dans des centaines de cas (cent cinquante en une seule épidé- 
mie), et cela avec un succès si invariable, que je ne pouvais 
m*empécher d'en éprouver une émotion de surprise et une sa- 

«7- 




)M vià?:TîJ r- — Lji CSALin CT Ll PitTBE. 

tiï^niira {TBiiàf. * ]}n ^«aî. » •récits «fHaygarth, da docteur 
.I&m. n iiL mcse^n' Ihuuniii. '.-niistatent ie succès de cette 
nrUni^r. no îir aMtév « "«tte époque par tout ce que la 

Cl. MM. les docteurs Rutter, Date, 

< &fiiiburgh), publièrent des cas 

par ks affusions froides dans b 

t des pleurésies, de Fanasarque 

rîntfiieoce de ce refroidissement, et 

IV les atfusions en fussent plutôt snîries 

ie oraîtement. 

ies progrès en Angleterre pour le typhus 
iiire de M. Blegborough, in MeJi^ mi 
u ïifL Vni- p- t58, et celui de M. Pearson. 
ii-* . H arrÎTait pour Currie ce qui avait eu lieu 
te monde médical corre^ndait avec lui et 
emeoC de sa pratique. Époque d*entlHHi- 
foi! Une partie du deuxième Tolnme cou- 
correspondance ^ 






Cest •trtm pmUmL Vient cuoile le ndl ém 
TobÊtr- InilffDcnl, qui eit temUe €««bk i 
éenii Tétre â crtte ip9fÊi : 
»^ à QjmctdmMir Le 1 7 août, ÔMtiqw. 
.Nh mt» Wmj— fm ^ii t Le 18, tel dl{Hom. 
^««t««M ir *Hiatuirt il k Le 19, trobhmKBlsci 
* :7>ô« « 5Mit Le 90. imdioB de 
^. i 
«> rTTitt^enîle de trot» jours de smleL 

Dn 91 j«aq«*M 96, iMi ki 
orfdTpwm 
Le 96, kiaa. 
1 dn. jtmmd Le 97. m MvHit h 
->?. Le 99. se 

akc 







DUMAS, DE MONTPELLIER. 



S6t 



DUMAS, DE MONTPELLIER. 

(1765-1813.) 

On peut ouvrir au hasard un livre de médecine du xviii* 
siècle, on y trouvera, à coup sûr, la fièvre représentée comme 
un mouvement salutaire de la nature qui se veut purger d'un 
mal intérieur. Le médecin y est représenté comme le modéra- 
teur qui doit diriger, exciter ou ralentir ce mouvement fébrile. 
Dumas, de Montpellier', dans un mémoire couronné par la 



vésicaloires aux jambes. Le 3 1 , nouveau 
vésicaloire à la nuque. Jusqn^au 3 sep- 
tembre, même potion. Malgré tous les 
secours, le mal empirait. Malgré est ici 
placé sans doute pour à cause. Hélas! 
Tenvie de manger était persévérante . . . 
Le malade ne trouvait pas les boissons 
asset froides. Un médecin appelé en 
consultation, M. Aublet, propose Pu- 
sage de Veau à la glace; on emploie ce 
moyen malgré les clameurs des femmes 
et de quelques hommes de Vart, . . Le 
malade but à la glace avec un plaisir 
sans ^1. On lui appliqua des com- 
presses glacées sur le ventre, et des la- 
vements à Teau glacée, et il ne se plai- 
gnit d^aucune sensation de froid. Même 
traitement pendant deux jours. On con- 
tinue le 5 et le 6 , non sans donner le 
mmaratif. Le 7, la chaleur du corps di- 
minue ; le 9 , Tapplication du froid fait 
tressaillir le malade, on cesse. Bref le 
malade guérit malgré Tapoxème anti- 
septique ... M. Lamarque en conclut 
que c*est le froid qui a opéré la guéri- 
son, et il cite Topinion de Vallès (Val- 
lesios, in Meth. med. p. 969) : uleum- 
quê ne ip$a caloris vehementia timere 
Meifns, omm ratûmê refrigerare nèeesse 
nt, et Van Swieten, S 691 : adtoque 



videtur et profuhtra frigidorum appltêa- 
tio, tam interna, quam extema, dum 
corpus nimio colore fehrili œstuat; il rap- 
pelle Tobservation de Schelhauser, d'un 
domestique qui , en Pétat de fièvre, but 
dix litres d^eau froide et guérit; celle de 
Meibomius, relative à des paysans qui se 
guérirent d^une fièvre par Peau froide; 
celle de Willis (D0 deUrio etphrenitide)^ 
d^une femme guérie par un bain de ri- ' 
vière; une observation analogue de Dei- 
dier de Montpellier; les observations du 
traité Du bain de MM. Ployer et Baynard , 
et beaucoup d'autres, sans parler des 
anciens. Aivière {Institut, med. liv. IV, 
ch. XXI v) dit que, dans le midi, la glace 
sert à guérir les maladies putrides. En 
Perse, c'est une pratique usuelle. (Voy. 
Glaudin, Voyage en Perse,) En Sicile, 
même usage. Hoffmann a écrit deux 
dissertations sur Peau froide. 

* ^ Mémoire couronné par la Société 
royale de médecine de Paris, dans lequel, 
après avoir exposé les idées générales 
que l'on doit se former sur la nature de 
la fièvre et sur celle des maladies diro- 
niques, on tâche de déterminer dans 
quelles espèces et dans quel temps des 
maladies chroniques la fièvre peut être 
utile ou dangereuse, et avec quelles 



262 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Société royale de médecine de Paris , sur la question suivante : 
c( Déterminer dans quelles espèces et dans quel temps des ma- 
ladies chroniques la fièvre peut être utile ou dangereuse, et 
avec quelles précautions on doit Teiciter ou la modérer dans 
leur traitement 9» a donné des solutions qui nous paraissent 
bien représenter les idées de son époque. Voici une courte 
analyse de ce travail inspiré des traditions hippocratiques : 
Natura est morbarum medicatrix, luctam init iUa cum maierUs 
morbificis, vias tpaas iibtfacit et motus producU. (Hipp. Ejpid. VI, 
sect. 5 ). La maladie est donc un acte salutaire de la nature 
qui tend à la conservation du corps. Or la fièvre est le princi- 
pal instrument de salut. Le médecin doit suivre la nature : 
naturœ minister, twn imperator (Hipp.). La fièvre est le plus im- 
portant des phénomènes qui puissent fixer l'attention du méde- 
cin; il doit saisir l'instant où son intervention est utile, soit 
pour réprimer l'excès de la fièvre et un excès de force dont 
l'art dirigerait le développement et l'emploi , soit pour laisser 
la nature agir seule. En général il faut, par exemple, tâcher 
de modérer la fièvre secondaire dans la petite vérole. 

Il faut être éloigné également des deux opinions extrêmes : 
celle qui prête toutes les vertus à la fièvre et celle qui prétend la 
combattre touj ours. Il y a d'ailleurs bien des maladies graves sans 
fièvre. L'auteur dit, avec Selle, que la classe desjièvres ne forme 
pas une classe tiaturelle de maladies. L'auteur se débat contre la 
définition de la fièvre par l'augmentation de la chaleur. «Ga- 
lien, dit-il, ne parle que de l'exagération de l'activité de la 
chaleur naturelle, et n'entend pas, comme le font à tort quel- 
ques modernes, cette chaleur physique qui fait impression sur 
nos organes; avec la définition moderne on ne peut faire en- 
trer le frisson fébrile dans la fièvre. » Evidemment Dumas n'a 
pas Fu de Haên; il ignore que le frisson s'accompagne d*un 

pr^otions on doit Texciter ou la mo- (Analyse dans le Journal de Vmuiêr^ 
dérer.n par M. Eûmes, docteur en mé- monde, t. LXXIH , année 1 787, p. 1 07.) 
dedne de T Université de Montpellier. 



DUMAS, DE MONTPELLIER. 263 

excès de chaleur Intérieure. Aussi ne comprend-il pas le sens 
des états de fièvres lypiriques dont parle Galien , dans lesquels 
«le malade, brûlé d'une ardente chaleur dans ses viscères 
intérieurs, éprouve un froid insupportable à l'habitude exté- 
rieure de son corps.» Sénac, au contraire, admettait (ce que 
nous ignorons aujourd'hui) des fièvres où les malades ont 
chaud dans les parties supérieures et froid dans les inférieures. 
Dumas parle d'une grande augmentation de chaleur sans 
fièvre, comme après les repas, confusion déplorable et qui 
marque peu de science; et il cite de Haên à tort, lui attribuant 
le fait d'avoir observé, après la terminaison d'une fièvre, la 
persistance de hautes températures pendant huit jours. Enfin 
Dumas cite des états essentiellement fébriles sans augmenta- 
tion de chaleur, expressions contradictoires et erronées. 11 cite 
encore la fièvre algide et traite d'absurde la théorie de la 
fièvre-chaleur. Il n'épargne non plus ni les fermentations des 
chimistes ni l'accélération du mouvement des mécaniciens. 

Enfin Dumas se plait à citer de nombreux auteurs, de Haën, 
Werloff et Sarcone , Martin, Zimmermann, Huxham, qui re- 
connaissent que la fièvre peut exister avec un pouls plus lent 
qu'à l'état normal (fièvre lente nerveuse, troisième stade de 
la fièvre des prisons de Pringle, etc.). Galien avait décrit une 
fièvre qui affectait les premières voies et s'accompagnait d'une 
lenteur extrême du pouls. 

Les travaux modernes ont fait disparaître cette confusion et 
réformé des faits mal observés, ces Jièvres pituiteuses qui laissent 
sur le tact une impression de mollesse et d'humidité qui ri a rien de 
semblable à l'âcreté vivement pénétrante de la citaleur produite par 
la surabondance de la bile, et dont Galien comparait Impression à 
celle que la fumée fait sur les yeux. 

Dumas reconnaît, contrairement à ses prémisses, que le 
frisson s'accompagne parfois de chaleur (de Haën, Haller, 
CuUen). 

te Le frisson, dit-il, est un spasme, une rétraction; le pouls 



Xi cïjLf'TT» r. -- Li cftAurm n la fiètu. 

MBCvfté. ^BB- iÂBf . fvr « ffiip. Pm^ iîcbI la dnrnèoie 
îi^ôf . M ^ ivTtf ityj i ÔLi' «1 oHÉre se tliii^inl f«n la 

<i a>i»« -âb» VK ikaif i i x'àBÊùtT : ai qmit 
r^figamâHL. Lf 7«iixàf ^sc Sifi^«»^pfiBft, «îie, la JSalatîoD Ti 
fici* sur î& fsocnirTiùa. Li a*iàsint pêm4e^ c*est la socar, 

t>L i^mr. iiirt sûetecptr çtTid l^saa» OMiaK ridée boo de 
Σ i»f <iT<; . 3Bi^ Zna Jinrs»^ Àf ieir*f ywnya; cimr qoH par-> 
a^ ii>fc ^ «BCKKw Uaacâcse èvâi H cfcaai. Ji iîÎ Llaai cf 

Pxm àsf raiB!«f <à* ^ Mrf . x y <s a «bp sar laquelle 
Dteuef rf«iif!i£ jucvsBC : -ÀAK^ «^aJin,. c«it la gastrite, 
^ ipfinj^ MB§ ^icrr k prâcei^aCMa «sdasie de Bmaiiiiif 
P^ir tTsmçhf : tC^sc k ^«afiB* :i« ia i iia( if ali liiia des forces 
v«x?^ iii n^m <p«çasirT»^ in» aaya gfc nê iâ de a t les nstèns 
ûiftfrjfur^. ^. cMnaiif necâe ^f^poa «afiretKat d» ^mpatlûes 
mtùii^àifi» ivf^: ^<ss^ » aoDEanf» «rjaoM» diai efle fenae, poor 
lîiitÀ iÉTf . >f rfOCT! ja âe puîac de rêaaàMi. fl aest pas éloo- 
Sp^c '^itf c^ ip.&aiiPf itf Kp^ jyrim y S tfB a ?nt «r presipe toates 
:*?< vurti**> iii :-jrpj'- iul^^ î?*î*^îk&s îl -ifciie d» pkênoiaèBes 
imt nf ^tpm/rfBni: i 7 tdfi^:vbm. Tranjoinr Àr T-nsamÊÊt. d>at la coa- 
:r*:ci*ia *:'»'f >^i3iiiia*nf iTnii^oc^ ^ t'fs djoMz^ kimies. . . - 

»;ril. iur ia ^urfann? ijigên«*urf ^ {«J^ju-» liscm», sont 

I}u£iLJ&> pid*^f W:^ maiiiaiieî' ii<fr«ifU2$e^ à cikê des ftènesw Qoe 
sîic Br'?<i:$bais> * ? -^ Ce^ i s^ct <{a« ïoa i df&ai la Imtv anî- 
•;u:*fai^a£ Tiii;C-iif:oSikii*:a ^i^im^jn bi vTurar <;C de la ckakar gi- 
arfnle. VLii;>i il ^ X i'^ii^ori <io>ii«fnd«ia ^ poak. la ckalear 
e>: piu:!^ lorte ; Orricaioa fjtftrimiitf se maJÛJ^e par hm doa- 
Wur et i«? îdL rhawtur i r-foi^asjijw* lu ptîcte de fappi^. Tal- 



. t^tiJ*». » î «t 



DUMAS, DE MONTPELLIER. 365 

lératîxm du mucus lingual et le désir des boissons froides. 
L*estomac, ainsi stimulé, réagit sur toute l'économie et pro- 
duit un sentiment de fatigue . . . Tous ces phénomènes s'ex- 
pliquent parfaitement par les lois physiologiques qui enchaî- 
nent l'estomac à tous les autres organes. Donc la fièvre n'est 
autre chose que la coïncidence de l'excitation du cœur avec 
l'irritation gastrique, tu 

Revenant à l'utilité de la fièvre , Dumas dit que , dans les 
maladies aiguës, la nature est en possession de toutes ses forces , 
et dirige contre leur cause tout l'appareil des moyens propres 
à les affaiblir et à les détruire complètement. 

La deuxième partie du mémoire de Dumas comprend 
l'étude du pouvoir qu'a la nature sur la guérison des maladies, 
et en particulier sur la fièvre. L'auteur s'appuie d'abord sur 
l'utilité de certaines maladies avantageuses et dont la suppres- 
sion facilite le développement de certaines causes destructives. 
Tels sont la plupart des éruptions cutanées, les écoulements 
habituels, les hémorroïdes... Ces maladies, ayant pour 
effet de détourner des lésions plus graves , demandent à être 
respectées, et se refusent dès lors à l'emploi des moyens ca- 
pables d'en arrêter le cours d'une manière brusque. Tous les 
efforts de l'art doivent se borner à les favoriser et è les main- 
tenir; il est donc clair que la fièvre est d'une indifférence ab- 
solue par rapport au traitement qu'elles indiquent. 

Ainsi s'exprime Dumas , qui représente les opinions clas- 
siques de son époque. On w)it que la fièvre n'est qu'un 
exemple, parmi beaucoup d'autres, des maladies que le mé- 
decin doit respecter; le cadre est large. Cette doctrine règne 
encore aujourd'hui dans l'opinion des gens du monde. 

La période de réaction fébrile entraîne la sueur, et la sueur 
était regardée par les anciens médecins comme la crise natu- 
relle de toutes les fièvres; ils cherchaient à la provoquer (Hip- 
pocrate : affusions d'eau chaude, vin. . .). La fièvre guérit le 
spasme »^6m ipaimum solmt. 



266 CHAPITRE I-. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

La pratique de décider la fièvre par des moyens artificiels 
remonte aux temps les plus reculés : Hippocrate versait de 
l'eau très-froide sur toute la surface du corps dans le tétanos. 
Cependant la sueur peut nuire dans les maladies atoniques. 

En outre, dans les maladies humorales, la fièvre favorise 
la coction. 

Troisième partie : Précautions qui se rapportent aux moyens 
que Von emploie pour exciter la fièvre. — L'auteur convient que 
l'art qui, depuis la découverte du quinquina, peut prédire 
l'instant où il arrêtera la fièvre, n'a qu'une puissance bien 
bornée pour la décider ou la rappeler. Frappé de ces diffi- 
cultés, Boerhaave disait qu'il n'y aurait jamais de médecin 
comparable à celui qui serait en possession d'un procédé par 
le secours duquel il pût mettre autant d'habileté à ramener la 
fièvre qu*à la supprimer. 

On s'attend à une énumération de moyens pour exciter la 
fièvre, mais cette attente est déçue. Voici tout ce que Dumas 
trouve à dire sur ce sujet : l'alimentation tonique, l'influence 
des passions douces, l'exercice, les fébrifuges à doses insuffi- 
santes pour couper la fièvre, les affusions froides hippocra- 
tiques, les purgatifs à haute dose d'après Sydenham, la mé- 
thode perturbatrice (médicaments qui se contrarient) de 
M. de Barthez , l'esprit de sel d'après Ettmuiler . . . 

Rien n'égale la pauvreté de ce chapitre, et Boerhaave avait 
bien^ raison , il n'existe pas de moyen d'exciter la fièvre. 

Remèdes capables de modérer la fièvre. — Dumas commence 
ce chapitre par une déclaration de principes qui est purement 
organicienne et ressemble à la doctrine que professait l'école 
de Paris dans la première moitié de ce siècle; il s'exprime 
ainsi : «t C'est une loi générale que, pour combattre les ma- 
ladies avec avantage , il faut attaquer la cause même dont elles 
dépendent ... Or la fièvre est presque toujours attachée à on 
état maladif qui en forme la portion la plus essentielle ... Il 



J. C. RE IL. 267 

faut donc, pour modérer la fièvre, en connattre et en atta- 
quer la cause 9 sans avoir égard au caractère des mouvements 
fébriles . . • " 

Cette doctrine est absolument contraire à celle que pro- 
fessent les observateurs contemporains, qui combattent la 
fièvre en soi, sous la forme de la chaleur qui en est l'expression 
la plus exacte. 

Dumas veut qu'on procède progressivement; seule, la fièvre 
pernicieuse exige l'absorption brusque du quinquina. 

Ce mémoire nous a donné la clef des idées qui régnent 
encore aujourd'hui parmi les malades et même parmi quel- 
ques médecins, et qui ne sont que l'effet de la tradition. 

J. C. REIL». 

(xviii* siècle, 1759-1813.) 

ReiP s'explique catégoriquement sur le rôle prétendu de la 
nature et se montre un vrai savant quand il dit : ^On attribue 
ordinairement l'origine de la fièvre à une cause irritante, à 
une matière fébrile subtile, à un effort par lequel la nature 
cherche à éloigner du corps une matière morbifique , etc. Ces 
assertions sont dénuées de fondement et n'expliquent rien. 
La nature n'agit point d'après un but qu'elle s'est proposé, 
elle est entraînée par une nécessité aveugle et déterminée par 
les ingrédients de ses forces physiques. Aussi ne peut-on , au 
sens propre, lui attribuer un but; l'observation ne nous montre 
dans les fièvres qu'un mouvement, une action particulière qui 
porte le nom d'irritation fébrile, et ses effets manifestés par 



' Fils d*on prédicateur protestant, * La eonnaiêtaneê et U traitement dee 

destiné d*abord à être ministre. Né è fèvree, par J. Ghr. Reil, professeur à 

Rhaude (Frise- Orieotale), en 1769, Haiie, 1. 1. Extraits tirés de la BibUo^ 

étudia Tanatomie avec Mosckei. Profes- thèque germanique de Brewer. Paris, 

senr i Halle en 1 788 , à Berlin en 1 8 1 0. an yiii. 
Mort du typhus, â Hdle, en 1 81 3. 



268 CHAPITRE I*'. — LA CHALEUR ET LA PIÈVRB. 

la lësioD des fonctions de l'économie animale.- Noos ignorons 
complètement conmient Tirritation fébrile prodait ces symp- 
tômes et quels sont les changements quelle opère dans h mAmge 
de la matière animale ...» nous ne remarquons que les accidents 
sensibles , ils deviennent pour nous la base de ta science. » 

Convaincu que ia cause prochaine de la fièvre gtt dans un 
mélange vicieux de la matière animale dont ia nature nous est 
entièrement inconnue, Reil engage les médecins à se contenter 
de la simple connaissance historique de ces maladies et â les 
étudier empiriquement d*après leurs signes, leurs accidents, 
leurs effets et leurs causes éloignées ... 

Ces sages préceptes n'empêchent point Reil de sacrifier au 
langage philosophique de son temps en disant qu'il y a trois 
causes principales ou trois classes d'accidents sensibles qui dé- 
pendent : 1^ d'une tension trop grande dans le système animal ; 
<)'* d'un dérangement dans l'équilibre des forces de tension; 
3 ' d'une absence de tension. On reconnaît là le même esprit 
que dans Brown. 

L'irritabilité est aussi invoquée, et Broussais reprendra plus 
tard cette idée ou plutôt ce mot qui, pour lui, deviendra tout 
un système. 

Reil, synthétisant en un paragraphe ce qui est conunun 
à toutes les fièvres, s'exprime ainsi : ce Les symptômes fébriles 
qui semblent appartenir à toutes les espèces de fièvres sont 
les changements de température du corps, le frisson et la chaleur, 
les variations du pouls, certaines affections nerveuses, la pros- 
tration des forces et les changements des urines. Ces symp- 
tômes sont les effets constants et immédiats des procédés 
chimico-animaux déterminés par l'excès d'action dans les or- 
ganes, r) On ne dit pas autre chose aujourd'hui. 

Mais ce que Reil dit de la chaleur est tout à fait insuflBsant 
et marque le peu d'autorité dont jouissait le livre de Currie ' : 

' [m connaittanc9 et le traitement det JUvm , L IL 



J. G. RE IL. 2^ 

« La chaleur est un symptôme de la plupart des inflammations; 
elle se fait remarquer surtout au commencement d'une ma- 
ladie qui porte le caractère de synoque , elle s'affaiblit dans 
les périodes plus avancées de la maladie ; elle est moins con- 
sidérable dans le typhus. Un degré modéré de chaleur amène 
la solution de la fièvre, mais une chaleur violente irrite 
trop ...» 

Les principes de la thérapeutique de ReU ne sont pas moins 
sages que sa théorie de la fièvre : <( L'effet des médicaments 
est de convertir le mélange vicieux de la matière aniipale en 
une matière saine , d'après les lois chimiques. Mais comment 
les médicaments peuvent-ils agir de cette manière? Leur action 
sur l'organe malade est-elle médiate ou immédiate? Agissent- 
ils sur la cause éloignée ou sur la cause prochaine de la ma- 
ladie? Toutes ces questions sont pour nous fort obscures. Il y 
a peut-être quelques remèdes qui agissent immédiatement 
sur la partie souffirante et qui corrigent ainsi le mélange vi- 
cieux. Mais , dans la plupart des cas , les médicaments n'agis- 
sent pas immédiatement sur les organes affectés. Le corps 
vivant a ses lois chimiques qui lui sont propres; il existe une 
certaine harmonie entre ses organes, par laquelle les change- 
ments opérés sur l'un se communiquent à l'autre. 9 

Passant en revue les diverses voies par lesquelles peuvent 
agir les remèdes, Reil dit qu'il est des médicaments dont l'ac- 
tion peut se porter sur l'origine des nerfs ou sur le système 
des vaisseaux et produire des changements dans les organes 
les plus reculés. (Cette idée a été fort exploitée de nos jours.) 
<c Nos connaissances sur les effets des médicaments sont, dit-il, 
en^ffiriquei; nous ignorons par quels procédés ils sont changés 
dans le corps, quelles modifications ils introduisent dans le 
mélange et la forme de la matière animale. Aussi notre ma- 
nière de guérir les fièvres est-elle tout à fait empirique. Nous 
n'avons point de principes assurés sur la nature de ces ma- 
ladies ni sur la vertu des médicaments , d'après lesquels nous 



270 CHAPITRE r. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

puissions établir les bases de la thérapeutique. C'est ce qui a 
donné lieu à cette foule d'absurdités, d'obscurités , d'hypo- 
thèses et de contradictions dont fourmillent les instructions 
qu'on a données sur le traitement des fièvres. » 

Reste à savoir si nos contemporains peuvent se vanter d'avoir 
fait disparaître toutes ces absurdités et obscurités. 

Du traitement de la Jiivre par les bams chauds ou froids et les 
ablutions, etc. ^ — c( Les bains modèrent visiblement le degré 
d'excitation de la force vitale ; ils diminuent la fréquence du 
pouls et celle de la respiration ; ils calment les douleurs , les 
spasmes, etc.» 

« L'eau froide change promptement et presque subitement 
la température du corps ; mais un degré déterminé de chaleur 
est indispensable pour toute action vitale, et, lorsque ce degré 
se trouve éprouver tout à coup une diminution considérable , 
la nature semble employer toutes ses forces pour le rétablir. 
Peut-être ces deux circonstances, la perte soudaine d'une 
grande quantité de calorique et la vive réaction des forces 
vitales, suffisent-elles pour rendre compte des différents états 
du bain froid? L'expérience a prouvé que le bain froid pou- 
vait être employé avec le plus grand succès dans les fièvres; 
cependant nous n'avons pas de règles qui fixent avec quelque 
certitude les cas où il convient de l'employer dans le traite- 
ment de ces maladies ... 99 

Le même auteur cite Jackson, qui, dans une épidémie de 
fièvres malignes accompagnées de prostration de forces (typhus 
sans doute), faisait envelopper les malades dans une couver- 
ture trempée d'eau de mer; bientôt après cette application, 
l'irritabilité diminuait, les forces paraissaient remonter un 
peu , le malade était plus traDquille , et il s'établissait une trans- 



* Extrait do tome I àa livre de Reil, de Halle, Sur la eomMti$ane$ et le (roi- 
têmnU dêêfikreê. 



J. G. RËIL. 271 

piration générale. Dans quelques cas des plus fâcheux, il 
faisait alternativement usage de bains chauds et de bains 
froids; puis il ordonnait des fomentations sur tout le corps 
avec du vin ou du rhum, et intérieurement il prescrivait des 
cordiaux. 

J. V. Hahn faisait laver les personnes atteintes de fièvre ma- 
ligne avec de Teau froide, il employait aussi la glace. 

Allion fit couvrir de glace, depuis la tête jusqu'aux pieds, 
un homme qui avait une éruption pourprée dans une fièvre 
maligne, et le malade guérit. 

Hollwel dit qu'à Calcutta on baigne les enfants dans l'eau 
froide, depuis le jour de l'inoculation des pustules vario- 
liques, et cela avec le plus grand succès. Floyer, Schell- 
hammer et Willis rapportent des faits semblables. R. Halls 
a vu un cas de typhus guéri par cette méthode. Reil a fait 
usage du même remède dans un cas de fièvre pourprée épi- 
démique. (Voir Currie. ) 

Reil a compris et exprimé en termes nets le desideratum de 
la médecine de son temps : (t La cause prochaine de la maladie 
est cet iUU interne du corps sur lequel Us symptômes d'une maladie 
se fondent immédiatement. Tant que nous ne pouvons pas ré- 
pondre d'une manière satisfaisante à cette question, nous 
n'avons une idée claire ni de la maladie ni de sa cause pro- 
chaine. Le problème est uni à celui-ci : Comment les organes 
agissent-ils dans fitat de santé? Or, dans l'état actuel de nos 
connaissances, il ne nous est pas plus possible de résoudre 
l'un que l'autre.;^ 

La médecine moderne s'appuie beaucoup sur la physio- 
logie normale et pathologique ; elle est donc entrée dans la 
voie signalée par Reil. Tout serait pour le mieux , si la diffusion 
de certaines connaissances techniques, ce qu'on pourrait ap- 
peler la démocratisation de la science, n'avait mis à même une 
foule de demi-savants, soustraits à toute discipline scientifique, 
de déraisonner impunément sur la physiologie médicale. 



273 CHAPITRE I". ~ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Caute prochaine des maladies, d'après Reil. — tx L'inspection 
des cadavres ne nous apprend rien sur la cause prochaine des 
maladies que nous rapportons à une altération de la force vi- 
tale. L'anatomie ne développe que Torganisation et ses di- 
verses affections morbides, elle n'arrive jamais au mélange de 
la matière. Lés irrégularités et les lésions visibles de l'organi- 
sation que peut nous offrir l'ouverture d'un cadavre sont ou 
les causes éloigpées de ces maladies , ou leurs effets. Dans 
l'bydropisie du cerveau , l'eau n'est pas la cause prochaine de 
la maladie, qu'il faut cherche)? plutôt dans l'état morbide des 
vaisseaux exhalants ou absorbants; elle n'en est que l'effet.» 

L'anatomie pathologique, jointe à la perfection des moyenft 
de diagnostic physique (auscultation, percussion, palpation, 
appareils d'optique, etc.), a permis de diminuer sans l'anéantir 
la valeur de cet argument. 

HDFELAND. 

( Fin du xviii* aède et commencement du zix*.) 

^ La fièvre ^ est une réaction. Ses caractères extérieurs sont : 
1° l'accélération du pouls; q"" un changement dans la tempé- 
rature du corps, accompagné d'un sentiment de frisson ou de 
chaleur. Le frisson annonce assez ordinairement l'invasion de 
la fièvre, mais souvent il git plutôt dans la sensation quilne tient 
à une diminution réelle de température. . . ,etc. » 

Hufeland, cherchant l'essence de la fièvre, l'appelle une ir- 
ritation spécifique et une réaction de la sensibilité, une force 
nerveuse propre, dont le siège principal est le centre de la 
sensibilité animale et gît dans le nerf intercostal (grand sym- 
pathique) qui conduit la sensation à la moelle, d'où frisson 
et spasme de toute la peau, altération de toutes les sécré- 

^ De la fièvre, par Hufeland. {ItUro- ou !déeê êur la pathogéme, la force 
ductûm à un coure de pathologie, 1 795, vitale, etc.) 



HUFELAND. 273 

lions. . . . Hufeland fait souvent dériver la fièvre des troubles 
gastriques. 

On peut voir là en germe le centre gastrique et Tirritation 
de Broussais. Quant à Tidëe de mettre en cause le centre ner- 
veux, elle reparaît, de nos jours, sous la forme du centre ré- 
gulateur de la chaleur fibrik. 

(tLa première impression de la cause morbifique, dit Hufe- 
land, et rirritation des nerfs dorsaux et cutanés, occasionnent 
le bâillement, la tension des membres, les tiraillements dans 
le dos, le frisson , un pouls petit et serré; tous ces symptômes 
annoncent la présence d*un spasme universel qui affecte sur- 
tout les extrémités des vaisseaux. Les effets de ce spasme sont de 
retenir une grande quantité de calorique, qui, dans Vétat de santé, 
devenait libre en sortant par la peau avec la matière de la transpi-- 
ration, et de supprimer Vautres excrétions qui se faisaient par la 
peau et par les urines, celle surtout du phosphore. En diminuant 
la capacité des petits vaisseaux, ce même spasme fait refluer 
le sang en trop grande abondance sur le cœur et sur les gros 
vaisseaux de l'intérieur; d'où il résulte que ces organes sont 
irrités plus fortement que dans l'état de santé par ce fluide 
qui, est leur stimulant naturel» et parle calorique surabondant 
qu'il contient; aussi leur réaction est-elle plus vive, et leurs 
pulsations plus fortes et plus fréquentes. Plus cette irritation 
extraordinaire se prolonge, plus la réaction doit augmenter en 
intensité ; enfin elle parvient è un degré qui la met en état 
de surmonter la résistance que lui opposait le spasme des 
petits vaisseaux, et de rétablir ainsi l'équilibre. Le pouls de- 
vient plein, la peau se relâche, le calorique est mis en liberté; il 
se manifeste, en excitant â la surface une chaleur d'autant plus 
grande, qu'il a été plus complètement retenu et concentré dans 
l'intérieur ^ » 

> BAUotkèquê gmrmamquÊ de Brewer, Tendémiaire, an viu, l. III, p S77 et 

18 



274 CHAPITRE l". — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Hufeland ' reconnaît, parmi les causes delà fièvre, la pré- 
sence de matières étrangères et stimulantes, la résorption de 
matières hétérogènes venant du dehors, telles que les conta- 
gions et les miasmes, ou de dedans, telles que le pus^. 

Hufeland, dans sa Thérapeutique^^ consacre un chapitre à 
LMNSTiNCT THERAPEUTIQUE DE LA RATURE*, uous en extrayons ce qui 
suit : 

i."" Dans la plupart des maladies fébriles, les malades ont 
une aversion marquée pour les aliments, et un désir non 
moins vif pour les boissons acidulés, qui sont un des moyens 
curatifs les plus essentiels dans ces sortes d'affections. 

â° Les personnes atteintes de maladies asthéniques on dont 
le principal caractère est une diminution de la force vitale, 
demandent souvent du vin ou d'autres cordiaux et les reçoivent 
avec avidité. 

3^ Dans les affections gastriques, où la bile abonde dans 
les premières voies, les malades n'ont de goût que pour les 
aliments et les boissons acides; ils ont une répugnance ex- 
trême pour la nourriture animale. 

4° 5^ 

6"* Dans les fièvres intermittentes rebelles, on voit quelque- 
fois les malades avoir la fantaisie de certains aliments parti- 
culiers, en manger avec excès et obtenir ainsi leur guérison. 

7^ Enjin il nest pas rare que des malades, dans des cas de 

fièvre inflammatoire, fatigués et excédés par la chaleur et le manque 

d*air dans des appartements firmes, s'exposent presque nus à Pair 



* Loc. cit. p. 379. 

* On ne croirait pas, en lisant ce qui 
précède, que c^est un auteur allemand 
de l^an 1798 qui a écrit ces lignes. 
Traube 8*y retrouve avec sa théorie 
do la rétention de la chaleur, et Ton y voit 
aussi la Gèvre par résorption de matières 
putrides (Billroth et autres). Il est dif- 



6cile de supposer que les savants aateon 
de ces théories modernes aient ignoré 
ces passages de Hufeland, et il est pro- 
bable qu'ils le citent sinon dans iears 
écrits, du moins dans leur enseignement 
oral. 

* Syitème de m édê cmê proti^, léoa 
et Leipzig, 1800. 



HUFKLAND. 275 

le plus froid, se jettent dans l'eau ou dans la neige, et se procurent 
ainsi, sans aucun raisonnement, une guérison que la science et la 
raison mal éclairée tâchaient vainement de leur procurer ^ 

Thérapeutique de Hufeland. — «Toute méthode curative 
doit opérer un changement dans les conditions internes ou 
externes de la vie, savoir : dans l'excitation, dans le mélange 
ou la forme de la matière animale, ou dans l'action des sti- 
mulants. 

f^U excitation peut pécher de trois manières : i® par excès 
ou hypersthénie ; a" par défaut d'énergie ou asthénie; 3** par 
anomalie ou changement dans la nature de l'action vitale, v 

On voit que, dans les écoles, à cette époque, les idées de 
Brown étaient dominantes; du moins on tenait le même lan- 
gage que cet écrivain, car ce serait lui faire trop d'honneur 
que d'assimiler ses élucubrations à la science d'un Reil et d'un 
Hufeland. 

Guidé par ces idées, Hufeland était, plus qu'un autre mé- 
decin , prêt à essayer l'usage de l'eau froide dans le traitement 
des maladies fébriles, et, en 1 82 1 , il mit au concours l'examen 
des expériences de Gurrie sur l'action de l'eau dans les mala- 
dies fébriles; la deuxième partie du progranmie renfermait 
les propositions suivantes : Faire une série d'expériences in- 
dividuelles, dans le but de modérer la chaleur fébrile par 
l'usage externe de l'eau , selon la méthode de Gurrie. L'emploi 
du thermomètre avant et après l'application de l'eau , et l'in- 
dication du chiffre des pulsations paraissent devoir être exi- 
gés à cet effet. Trois mémoires furent couronnés et imprimés 
dans le volume supplémentaire du Journal de Hufeland (i 8s s ) : 
ceux de Pitschaft, Antoine Frôlich et Reuss. Ges deux der- 
niers sont importants. 



Ml y aurait iieu de développer ce thème si intéressant, et trop négligé 
dans les traités modernes de ro^ednc. 

18. 



276 CHAPITRE V. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Hufeland \ dans ia variole, faisait usage des rafraîchis- 
sants, comme de l'air frais, des lotions froides, jusqu'à l'érup- 
tion. En renouvelant souvent l'air, il en évitait les courants, 
de même que le passage subit du chaud au froid. Il ne se 
servait qu'avec de grandes précautions des lotions froides pour 
les plaies .... L'éruption faite , il avait soin d'entretenir une 
douce chaleur à la peau, regardant le froid comme très-nui- 
sible à cette époque. . . . «J'ai souvent vu, dit Hufeland, tous 
«les boutons disparaître par un froid considérable, et ne re- 
« venir que lorsqu'on tenait le malade chaudement. » Il croyait 
à la répercussion des humeurs \ 

WILLIAM EDWARDS. 

(xix*8Îède.) 

Avec William Edwards, nous entrons dans une nouvelle 
ère scientifique. Doué d'un esprit observateur, il sut grouper 
autour de quelques faits bien précisés les matériaux que le 
xviu* siècle laissait mal coordonnés. Aujourd'hui nous nous 
servons de ses remarques presque inconsciemment; elles 

^ R€tHarquêi $ur la petite vérole natu- ploflieiin heures sur des parties oan- 

rellê9tinoculêe,têUequ*eUeaétéobtervé€ tuses, excoriées ou déchirées, est on 

à Weittutr depuU l'année t 'j88 , par Guil- des meilleurs moyens auxqueb on puisse 

laume Hufeland, professeur de méde- avoir retours pour prévenir, dans ces 

cinc à léna. Leipsig, Richter, t XIV, parties, la naissance d*une inflamma- 

extrait de la Bibliothèque germanique de tion qui pourrait devenir plus ou moins 

G. Rrewer, Paris, vendémiaire, an vu, fUcheuse; et cependant ce moyen, qui 

1. 1 , p. 1 . est sous la main de tout le monde, n'est 

* Utilité de Veau froide pour le trai- presque jamais employé. Pour en obtenir 

tement dee plaiee. — Brewer et Delà- tout Teffet, il faut, soit par des oom- 

rocho, dans lour Bibliotkèque germa- presses renouvdées de moment en mo- 

Mi^< (Paris, an x), rapportent un cas ment, ou de quelque antre manière, 

do |)laie de l'œil guérie à la suite du faire en sorte que la partie affectée soit 

traitement par les applications froides constamment exposée à rimpresiîoo du 

(NVidmann « dans le Journal de Loder^ (roid pendant trMS on quatre heures an 

t in , et ajoutent ce qui suit : t L'appli- moins. • 
cttioQ d'eau froide continuée pendant 



WILLIAM EDWARDS. 277 

n*ont pas été discutées, et peu d'entre elles ont mérité d'être 
révisées. 

Voici comment W. Edwards apprécie l'influence des divers 
agents physiques sur la vie ^ : 

Influence de F air sec, de Vair humide et de F eau, à une tempe- 
rature élevée, eur la transpiration. — La transpiration a lieu par 
évaporation ou par transsudalion. A un degré de chaleur 
excessif 9 la transsudation s'accroit tellement , qu'elle couvre 
toute la surface de la peau, et il n'y a plus d'évaporation , soit 
dans l'air sec^ soit dans l'air humide, et, toutes choses égales 
d'ailleurs, celui des deux airs qui aura un pouvoir échauffant 
plus grand déterminera une plus forte transsudation , et c'est 
ainsi que la vapeur des bains de vapeur, qui a un plus grand 
pouvoir échauffant que l'air sec, fera suer davantage. Reste 
l'évaporation pulmonaire, qui doit être nulle dans un air sa- 
turé de vapeur et d'une chaleur supérieure à celle du corps. 
La déperdition est forte surtout dans l'eau chaude. Lemon- 
nier, après un séjour de huit minutes dans un bain d'eau à 
iS"" G., perdit so onces (619 grammes), ce qui est au moins 
le double de ce que Delaroche et Berger ont perdu, à une 
chaleur semblable, dans un bain de vapeur, et à une tempé- 
rature de 90"* G. dans l'air sec. 

Influence de révaporation sur la température du corps exposé à 
une chaleur excessive. — G'est Francklin qui, après des expé- 
riences sur l'évaporation des liquides, jugea que les animaux 
devaient, par l'évaporation, maintenir leur corps au-dessous 
de la chaleur excessive de l'air. Fordyce admit cette cause, 
mais en accepta encore d'autres. Delaroche et Berger ont 

^ De fû^umcê det agênU phynquêê inaug., Paris, i8i5. — Difffrence$ de 

iwr la vie, Paris, Grochart, éd. 1896. la chaleur produitee par l'âge, le eexe et 

CoDsultei paiement : Uê différeniee hevre$ de la journée. 
Gentil, De la ekaUur mimak. Diss. 



SB CJUFmE r. — i^ CM&Un et la FltTlL 

par Lens «spisnes, h fFrtînn tres-daire. Ds 
tans "nts «îone ^ we peren dit Jcêtêzêu, 
lieux -span^ss nrwiwnftHg «c cv ^raaadk. La température de 
r<ftiiv« lasaic «aiir^ 3^'3 <l % t '.si C Les éponges et le fase 
sfanenc <fte prma&Jenait p^rte» à 38' et io\ Aa bout d'an 
•fnart tfksfir?. ^ «a», i» ^sm «jpoages et ranimai eurent 
TjM tanpénflore prcapne nfimae ftf déposant pas la lem- 
ptsabiR propre asx anmam à samg càasd, et sV maintinrent 
jtOÊibaÊt 'iesx himgjw L^ laae cl les éponges se refiroidirent 
'f «mim t . \m c^iomôre* la tfpfrifiir de la grenooille, 
•^ êtak •fabord Je tti'.sS C« s*âefa à Sj'.iS en qoinae 
^ftrnntiMi, ^ JMiKvrï !irirîiMMH , se maintenant, ainsi que 
raksafiK ec &s :ipiin|{es« de ti à 9i*,S — dpnw» de la 



mMC féraporalâMi saiSt fomt mainifnir la températore des 
aninmn et <lts ocps bcm^sam-d eaio e s de la dialeor extérieore 
de faîr. iprauf elle est e&œssm. 



jSrwmrf9 i ofibr im C9rv9^ — îhns fair «r, il y a moins de 
dLii<eitr eoievf^ n ctm^ori^ c^si-^-âm que le pouvoir refroi- 
dî^ïsaat de of u&ea est moûndre ; mais TéraporatioD est plus 
<riade« et ii v ^ign m phas grand reiroidissement qae dans 
fuLT ckir^ ie ripeur. L^inverse aora Ben, sons les deux rap- 
ports^. viaLiDË> U vap^or nftîkttlAÎre ainsi qne dans Feaa. 



r^ rfrnmisKw^gnû iiMS Tmr oilne ef dam» Fair agité. — 
[KjLOs fair ciime. à une température inférieure à celle du 
cvrt^. 0005 perdons de la dûJeur de trois manières diffé- 
nfciteï!^ : par f é%ap<Mratii\n : par le contact de Fair ; par le 
ru%o£UK«ient. l^a> Fair agité • c'est-a-dire renouvelé, il y a 
U\Jiuv.vup pltt> de ciw.eur enlevée au contact, et dans une 
prxHHV^Kn) qui pamit proportionnelle h la vitesse du courant. 
Nous At«4i$ $«r <« point une sensation juste. Ceb équivaut à 



WILLIAM EDWARDS. 379 

un abaissement réel de la température. Les indications du 
thermomètre ne s'accordent pas avec nos sensations. Ainsi on 
supporte facilement une température de 1 7^,77 C. au-dessous 
de la glace fondante, quand l'air est calme; il n'en est pas 
de même si l'air est agité ( Voyage au pdk nord, de Parry). 
Fisher constata que les navigateurs, à une température de 
46% 1 1 C. au-dessous de zéro, par un temps calme, n'étaient 
pas plus incommodés par le froid que lorsque l'air était h 
17% 7 7 au-dessous de zéro, pendant une forte brise. Le vent 
produisait une sensation de froid qui équivalait à l'effet d'un 
refroidissement de l'air de s q"" G. 

Du degré de chaleur que l'homme et les animaux peuvent sup- 
porter (p. 367). — Boerhaave pensait que l'air servait à ra- 
fraîchir les poumons, et que la vie devait s'éteindre, si l'air 
avait une température supérieure à celle des animaux. En 1 7/18 
Fahrenheit et Prévost, à son instigation, entreprirent sur 
ce sujet des expériences qui furent peu probantes; Adanson 
et Henry Ellis, en 1768, constatèrent que, dans des climats 
très-chauds (Sénégal, Géorgie), à une température supérieure 
à celle de l'homme, il y avait peu de malades. D*autre part, 
du Tillet et Duhamel rapportaient (1760) le fait d'une fille 
qui était entrée, sans dommage pour sa santé, dans un four 
à une température (approximative) de iis^ R. En 1776 
des expériences furent entreprises dans ce sens par Fordyce, 
Banks, Blagden et Solander {Philosophical transactions, 1775). 
Dobson, à Liverpool, dans la même année, et Delaroche et 
Berger, 1806, répétèrent et complétèrent ces recherches. 
Voici les résultats obtenus par ces deux derniers auteurs : 
Dans un air sec à -+- 45'' G., ils placèrent divers animaux 
(chat, lapin, pigeon, grenouille), qui ne présentèrent que de 
l'agitation et de l'anhélation. Ges animaux, sauf la grenouille, 
périrent dans une étuve à 65'' G. en moins de deux heures. Un 
jeune homme laissé par Dobson dans une étuve à + 98^8 G., 



280 CHAPITRE r. — LA GHALEUfl ET LA FIEVRE. 

pendant peu de temps (vingt minutes), eut seulement une 
grande accélération du pouls (i6& pulsations). M. Berger 
supporta , pendant sept minutes , une chaleur de l'air de 
109^4 G., et Biagden une température de iiS"* à lay'' G., 
pendant huit minutes. Quant à Tair chargé de vapeur d'eau, 
il ne peut être supporté à de si hautes températures; ainsi 
M. Delaroche ne put demeurer plus de dix minutes dans un 
bain de vapeur qui, d'abord à 3 7% 5, s'éleva, en Tespace de 
huit minutes, à 5i%s5 G. M. Berger ne put aller au delà de 
la température du bain de vapeur à 55"* G. Gependant les 
mêmes observateurs supportèrent assez facilement des tempe-, 
ratures égales et même supérieures dans l'air sec. Joseph 
Acerbi déclare avoir vu des Finlandais rester pendant une 
demi-heure dans un bain de vapeur à 70'' ou 7 5** G. — Il va 
sans dire que l'eau chaude n'est pas supportée à ce degré, et 
qu'il en résulte des brûlures. 

Influence d'une chaleur excessive sur la température du corps 
(p. 376). — Francklin paraît être le premier qui ait fait des 
expériences sur ce sujet. La température de l'air ambiant étant 
à 37%7 G., il remarqua que sa température propre était à 
35%5, c'est-à-dire au-dessous de la normale. Ge résultat n*a 
qu'une valeur historique. Au contraire, Fordyce et ses colla- 
borateurs ont observé que, dans un air très-chaud, leur tem- 
pérature propre pouvait s'élever de a* ou 3** F., soit i*,5 G. 
Delaroche et Berger ont observé sur eux-mêmes une éléva- 
tion considérable; ainsi Delaroche ayant une température de 
36%5 G., celle-ci augmenta de + ^'^ G. par un séjour de huit 
minutes dans une étuve dont l'air était à 80*"; Berger eut une 
élévation de &%s5 G., après seize minutes passées dansl'étuve 
à 87"* G.* (thermomètre dans la bouche). Ils recommencèrent 
l'expérience ayant la tête hors de l'étuve, et obtinrent encore . 
une grande élévation (3^is). . . Les animaux laissés jusqu'à 
la mort dans de hautes températures, l'air étant sec, avaient 



WILLIAM EDWARDS. 281 

ea une élévation propre de G"" à 7® G. Il semble que ce soit le 
maximum possible pour les animaux à sang chaud. 

Applications pratiques (p. Ayo). — La faculté de produire dp 
la chaleur est moindre pendant le sommeil, d'où il suit qu'un 
air humide et froid, ou un air sec et vif, que l'on supporte 
sans inconvénient pendant la veille , même sans le secours de 
l'exercice , pourra être plus nuisible pendant le sommeil. 

Edwards reconnaît l'utilité de rétablir la faculté d*émettre 
de la chaleur dans les cas d'algidité (bien qu'il ne connaisse 
pas le mécanisme de la régulation troublée, ni Télévation in- 
térieure en raison de l'abaissement extérieur). Il cite l'opinion 
de Torti sur la nécessité de faire cesser l'algidité trop pro- 
longée dans les accès de fièvre intermittente, et le bain de 
vapeur donné par Ghomel dans un cas semblable ^. 

Les cVmals. — Les naturels des pays chauds sont d'abord 
moins sensibles au froid que les personnes du pays ^ c'est qu'ils 
éprouvent un accroissement rapide de la faculté de développer 
de la chaleur, mais cet état diminue et ne dure guère au delà 
de deux hivers. 

D'autre part , les naturels des pays froids , s'ils continuaient 
à produire la quantité de chaleur appropriée à leur climat 
quand ils vont habiter les régions équinoxialès , auraient un 
surcroît de chaleur qui pourrait leur être nuisible. 

La tefnpirature de Vhomme et des animaux à sang chaud ne 
varie-t-^lle pas suivant les saisons ? — Les expériences d'Ed- 
wards montrent qu'on a eu tort d'admettre a priori une éga- 
lité constante. Chez les oiseaux, la différence est considérable 
(plus froids en hiver, plus chauds en été), elle est de plu- 
sieurs degrés centigrades. Chez l'homme, il y a aussi une dif- 

* Ghomel, Nouveau jcmmal de màUeinê, I. X, p. 970. 



289 CHAPITRE I-'. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

férence; J. Davy a constaté que la température était plus 
élevée de i"* F. chez les habitants de Ttle de Geylan, soit 
indigènes, soit étrangers. 

La médication réfrigérante, d'après Edwards. — crOn sait, 
dit Edwards , de quelle importance il doit être de modérer fex- 
ciêde la chaleur, U est des circonstances où la chaleur s'accrott 
par un effort salutaire de la nature; alors mime ces effets sont 
souvent désordonnés, et Fart doit intervenir pour les modérer, et ce 
qui vaut mieux , pour les prévenir. Souvent le travail extraor- 
dinaire qui augmente la chaleur n'a pas cette heureuse ten- 
dance, et la nécessité de la réprimer devient plus manifeste. 
Le moyen le plus énergique de ceux que fournissent les agents exté- 
rieurs consiste dans l'application de l'eau en masse, à tme tempéra- 
ture convenable, v 

Edwards estime que l'emploi n'en saurait être prolongé, 
mais que, si Ton n'oblient qu'une réduction passagère, ce répit 
est déjà fort avantageux, (t et, dit-il, la répétition de ce moyen 
multiplierait les intervalles. Le froid, s'il est assez vif, tend à 
amortir l'activité avec laquelle la chaleur se développe, et le 
froid humide est, de tous les moyens extérieurs de réfrigéra- 
tion, le plus propre à amener ce changement. C'est ce qui 
sert à expliquer l'avantage qu'on a souvent retiré de l'emploi de 
l'eau froide, sous' les formes variées de bains, de douches ou 
d'affusions, dans des cas où le développement de la chaleur 
était extraordinaire. L'humectation légère de diverses parties 
du corps, quoiqu'on les essuie immédiatement, et quelle que 
soit la température de l'eau, pourvu que la chaleur n'en soit 
pas excessive, produit à la surface qui est imbibée une évapo- 
ration plus abondante, d'où. résulte un rafraîchissement salu- 
taire, que l'on peut prolonger indéfiniment. 99 

11 faut aussi, d'après Edwards, entretenir dans l'apparte- 
ment une ventilation convenable, favorable à l'évaporation 
(âir agité). 



WILLIAM EDWARDS. 283 

Parlant de Tëvaporation cutanée, Edwards signale la grande 
différence qui existe entre Vévapùration et la iranssudation : la 
première n'excrète que de Teau pure, la transsudation, au 
contraire, entraine une proportion notable de matière animale. 
La sueur affaiblit davantage. De même une absorption d'eau 
équivalente en poids peut réparer, ou à peu près, la perte 
que détermine la transpiration par évaporation; mais il s'en 
faut de beaucoup qu'elle remplace celle qu'occasionne la 
sueur. 

De la température des jeunes animaux (p. i3â). — Edwards 
constate l'opinion répandue, que la chaleur des jeunes ani- 
maux à sang chaud est un peu plus élevée que celle des 
adultes, et que cela tient à une nutrition plus active. Il réfute 
cette opinion par des expériences, et montre que les petits 
chiens, chats, lapins nouveau-nés, au contact de leur mère, 
ont une température à peu près égale à la température de 
celle-ci, mais que, si on les éloigne de leur mère et qu'on les 
tienne isolés pendant une heure ou deux, leur température 
baisse considérablement, et s'arrête à un petit nombre de de- 
grés au-dessus de la température ambiante (celle-ci étant 
entre 10° et 90""). Edwards s'est assuré que ce n'était pas le 
défaut de nourriture qui produisait ce résultat. Le refroidisse- 
ment ne dépend pas non plus de la nature de l'enveloppe cu- 
tanée. 

Au bout d'un certain nombre de jours les jeunes animaux 
se refroidissent moins et plus lentement et enfin ils se main- 
tiennent à une température physiologique. Edwards apprécie 
ainsi ce changement : «Ce changement remarquable qui s'o- 
père chez les jeunes mammifères, sous le rapport de la tem- 
pérature, les fait passer de l'état d'animaux à sang froid à 
celui d'animaux à sang chaud. » 

Edwards reconnaît du reste que cette loi ne s'applique pas 
à tous, et il divise les jeunes mammifères en deux groupes. 



Saâ CHAPITRE I". ^ LA GHALEOB ET LA FIÈVRE. 

sous le rapport de la dialear aDimale, les uns naissant, pour 
ainsi dire, animaux à sang chand, les autres animaux à sang 
firoid. 



Mo£/teaiitm$ de la thaUwr chez Fkamme depuis sa naissance 
jusquâ fâge admlte. — Edwards (bc. cii. p. 299), reconnaît que 
la faculté de produire de la chaleur est à son maximum chez 
l'enfant nouveau-në et qu'elle s'accrott successivement jusqu'à 
l'âge adulte. L'enfant nouveau-né a la faculté de conserver 
une température élevée à peu près constante dans les saisons 
chaudes. Un enfant né à terme et séparé de sa mère, exposé 
à une chaleur douce, n'éprouve guère de variation dans sa 
température. «Il est vrai, dit Edwards, qu'on ne s'aviserait 
pas de le dépouiller de ses vêtements pour juger de sa faculté 
de conserver sa chaleur par une longue exposition à l'air, mais 
j*ai fait voir précédemment que cette épreuve n'est pas néces- 
saire : les mammifères nouveau-nés qui se refroidissent à 
l'air, à peu près comme des animaux à sang (iroid, ont beau 
être bien recouverts^ leur température ne laisse pas de baisser, 
quoique cet effet ait lieu alors plus lentement. 7) 

Edwards a examiné l'état de la température chez l'enfant 
et chez l'adulte et constaté ce qui suit : <k En prenant ainsi (ais- 
selle) la température de vingt adultes, il en est résulté qu'elle 
a varié entre 3 5"* 5 et 87* G., dont le terme moyen était 
36* 19, ce qui s'accorde avec les meilleures observations. 
On a négligé d'en faire sur les enfants nouveau-nés. Mon 
ami M. Breschet m'en a facilité les moyens. 11 a permis 
qu'on prit, dans les salles de son hôpital, la température de 
dix enfants bien portants, âgés de quelques heures à dix jours. 
Les limites des variations ont été de HC" k 35*5. Le terme 
moyen de toutes les températures individuelles fut de 3&* 78. 
Leur température est donc inférieure à celle des adultes, rap- 
port prévu par l'analogie et confirmé par l'observation . . . Tai 
désiré pouvoir vérifier une autre conclusion tirée de l'analo- 



WILLIAM EDWARDS. 285 

gie ; elle est relative à la température des enfants nés Umgtemps 
avant terme .'j'examinai un enfant né à sept mois, deux ou 
trois heures après sa naissance, je le trouvai bien portant » 
bien emmaillotté et près d'un bon feu. Je. pris sa température 
sous l'aisselle et je la trouvai de Sa** C. Cette différence de tem- 
pérature est remarquable et prouve évidemment que l'homme 
suit, pour la production de chaleur, le rapport de Tâge que 
nous avons constaté chez les animaux à sang chaud ...» 

Edwards [De l'influence des agents physiques, p. âSy) a con- 
sacré un chapitre à l'influence du froid sur la mortalité à diffé- 
rents âges. — Il déduit des précédents chapitres cet axiome 
que, lorsque la faculté de développer de la chaleur n'est pas 
la même, la vitalité est différente, et il reconnaît la nécessité 
d'étudier scientifiquement ces rapports de l'homme avec le 
milieu extérieur où, jusqu'ici, nous n'avons été guidés que par 
l'instinct ou par ce genre d'observations qui est à la portée de 
tout le monde : c( L'instinct porte les mères à tenir leurs en- 
fants chaudement. Des philosophes, par des raisonnements 
plus ou moins spécieux, les ont engagées , à différentes époques 
et dans divers pays, à s'écarter de ce principe, en leur per- 
suadant que le froid extérieur fortifierait la constitution des 
enfants comme il fortifie celle des adultes, t) 

Edwards commence par montrer que les jeunes mammi- 
fères qui naissent les yeux fermés et les oiseaux éclos sans 
plumes ne peuvent se passer de la chaleur de la mère et du nid, 
où ils se serrent les uns contre les autres. Exposés à l'air au 
printemps et en été, ils se refroidiraient presque au niveau de 
la température ambiante. Dans les conditions de chaleur du 
nid et de couvage maternel , ils ont une température à peu près 
aussi élevée que celle des adultes, quoiqu'elle soit presque 
entièrement artificielle. 

Suivent les expériences faites par Edwards sur des chats, 
des chiens nouveau-nés : il les montre se refroidissant à Tair 



386 CHAPITRE 1". — LA CHALEDR ET LA FIÈVRE. 

jusqu'à 1 3 et i &* C. , et supportant de basses températures , qui 
seraient mortelles pour l'adulte, pendant deux ou trois jours 
(so^C), après quoi on peut encore les ranimer. A mesure que 
le jeune animal s'éloigne du moment de la naissance, il subit 
moins bien cet abaissement : '^ Nous voyons que c'est à mesure 
que la faculté de développer de la chaleur s'accroît, que la 
faculté de supporter l'abaissement de la température du corps 
diminue, v 

La conclusion pratique de ce chapitre est exprimée par 
Edwards en ces termes : «D'une part, si les plus jeunes 
animaux souffrent moins d'un même abaissement de tem- 
pérature du corps « d'autre part ils se refroidissent plus 
facilement : aussi dans Téchelle des variations de la tanpé- 
rature extérieure, les plus jeunes animaux sont plus fré- 
quemment exposés à être refroidis par des degrés qui n'au- 
raient aucune influence nuisible sur les autres. De là une cause 
de plus grande mortalité : de là Clément la nécessité de les 
mettre d'autant plus à Tabri du Iroid qu'ils sont plus jeunes. « 

Edwards [De Tinfiaenee des i^ients physiques, p. a&y) a in- 
diqué, sans en déduire les applications thérapeutiques, les 
eflets de rappUcation wunnenUmée dujroid. — <k Quoique les ani- 
maux préalablement refroidis aient, dit-il « repris leur tempé- 
rature, il ne s'ensuit pas qu'ils aient la même faculté de pro- 
duire de la chaleur. . . J'ai observé en refroidissant et en ré- 
chauffant successivement les mêmes individus « que le temps 
qu'exige le rétablissement de la température initiale devient 
plus long par la répétition du refiroidissement. Leur faculté 
de produire de la chaleur a donc diminué . . . Ainsi , lorsqu'on 
a été exposé à un degré de froid au-dessous de celui qui con- 
vient à l'économie, quoique la température du corps ait repris 
son premier degré après l'application de la chaleur extérieure, 
il n'en subsiste pas moins, pour un temps, une diminution 
dans la faculté de produire de la chaleur, et plus on est ex- 



WILLIAM EDWARDS. 287 

pose à l'action répétée de cette cause, pourvu que les inter- 
valles ne soient pas trop longs , plus cet effet augmente. » 

• 

Application momentanée de la cludeur. [Loc. aV. p. q5o.) — 
Après un refroidissement capable de diminuer la production 
de chaleur, le séjour dans une température élevée favorise le 
rétablissement de cette faculté; car, en exposant les animaux à 
de nouveaux refroidissements, leur température baissera d'au- 
tant moins vite qu'ils auront été exposés plus longtemps à la 
chaleur . . . C'est la contre-partie de ce que l'auteur a exposé 
relativement à l'effet consécutif au refroidissement. Ainsi l'effet 
de l'application de la chaleur ne se borne pas à la sensation 
qui en résulte. c(On voit par là, dit Edwards, que, lorsqu'on 
est dans le cas d'être exposé souvent à un froid très- vif, on 
se dispose mieux à le supporter en se procurant, dans les in- 
tervalles, une forte chaleur, usage des peuples du Nord justifié 
par les faits précédents^ r> 

La régulation de la chaleur n'est pas un principe nouveau. 
C'était une question fort débattue déjà au moment où Edwards 
publiait ses observations sur la chaleur (1818). U ne faut 
point tout attribuer aux contemporains. Ce qui est nouveau , 
c'est la recherche d'un centre régulateur de la chaleur siégeant 
dans le système nerveux encéphalo-méduUaire. Edwards rend 
bien compte de l'opinion qui régnait au commencement de ce 
siècle sur cette question. «Il n'y eut, dit-il [De Imjluence des 
agents physiques, i8s&,p. s5/i), aucun phénomène de chaleur 
découvert par l'application du thermomètre qui excitât plus 
d^étonnement que la constance de la température de l'homme 
et des animaux supérieurs. L'explication en resta longtemps 
hypothétique, jusqu'à ce qu'on eût découvert un nouvel ordre 
de faits. Dès qu'on reconnut dans la formation des vapeurs une 
cause physique de refroidissement, on se servit de ce principe 
pour se rendre compte de cette uniformité de la chaleur ani- 
male. La transpiration devient plus grande à mesure que la 



288 CHAPITRE I**. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

chaieur de l'air s*accrof t ; la formation plus abondante des va- 
peurs enlève plus de chaleur au corps, et de la eompensahon 
entre cette source de refroidissement et l'élévation de la cha- 
leur extérieure pouvait résulter l'égalité de la température du 
corps. . . 

«En attribuant à la transpiration le pouvoir de r^^ler la tem- 
pérature, 'on suppose nécessairement que la production ou dé- 
veloppement de chaleur reste la même dans les diverses sai- 
sons, • . » 

Les rapports de notre température avec celle du milieu ambiatU. 
Influence des saisons. Idées d^Edwards à cet égard. {Loc. dt, 
p. sSq.) — «Nous distinguerons deux classes d'individus 
chez l'homme et les animaux à sang chaud : ceux dont la 
constitution est parfaitement en harmonie avec le climat , et 
ceux auxquels il ne convient pas. Les premiers subissent des 
changements en rapport avec la saison, qui leur permettent 
le libre usage de leurs facultés, et cette jouissance de la vie 
qui constitue la santé. A mesure que la température s'abaisse, 
leur source intérieure de chaleur augmente. Elle s'accroît suc- 
cessivement et atteint son maximum en hiver; elle décline en- 
suite avec l'élévation et la durée de la chaleur extérieure. Voici 
donc un élément nouveau qui doit entrer dans l'explication de 
l'égalité de température du corps. Gonsidérons-le à part, comme 
si cette cause seule suffisait pour produire cet effe}. La tempé- 
rature du corps dépendra de la chaleur produite et de la chaleur 
communiquée. Leur proportion respective pourra varier sans 
que la température du corps varie. Il y aura ainsi compensatitm 
entre la chaleur qui vient du dehors et celle qui se développe 
à l'intérieur; l'excès de Tune suppléera au défaut de l'autre. 
Mais l'économie n'acquiert cette faculté de s'accommoder à la 
température extérieure qu'avec la marche lente et progressive 
des saisons : du moins elle ne l'acquiert au plus haut degré 
que jpar ce moyen. 



WILLIAM EDWARDS. 289 

«Si, en été, il survenait un froid subit aussi vif que celui que 
nous pouvons supporter en hiver, le corps serait, pour ainsi 
dire, pris au dépourvu; la faculté de produire de la chaleur 
étant alors réduite à son moindre degré, celle qui est en- 
levée ne serait plus suffisamment réparée ... Il est des indi- 
vidus qui ne sont pas appropriés à cette grande étendue 
de variations dans la température extérieure. Le froid qu'ils 
peuvent supporter sans inconvénient est beaucoup moindre, 
parce qu'ils n'ont pas les mêmes ressources pour réparer les 
pertes de chaleur. Au-dessous de cette limite , le froid produit 
sur eux un effet inverse de celui que nous avons décrit plus 
haut : au lieu d'augmenter la production de chaleur, il la di- 
minue. Le type de ces constitutions se trouve chez les jeunes 
animaux à sang chaud et les mammifères hibernants. Ils en 
présentent les caractères d'une manière plus marquée; mais 
les nuances chez les autres individus, soit parmi les autres 
animaux à sang chaud, soit parmi les hommes, pour être plus 
faibles, n'en sont pas moins de même nature. 

«... Il y a une pareille distinction à établir entre les 
constitutions des hommes qui habitent le même climat : les 
uns, et c'est le plus grand nombre, éprouvent un effet salu- 
taire de l'abaissement graduel de la température; ils subissent 
des modifications correspondantes à celles des animaux à sang 
chaud adultes qui acquièrent successivement la faculté d'af- 
fronter les rigueurs de l'hiver, non parce qu'ils s'endurcissent 
an froid, en raison de leur sensibilité qui s'émousse, mais 
parce que leur foyer de chaleur devient plus actif. 

«D'autres individus parmi les hommes, n'ayant pas les 
mêmes ressources en eux-mêmes, sont obligés de recourir à des 
moyens auxiliaires pour se soustraire' à l'influence nuisible de 
la saison. Il y en a qui se réchauffent difficilement, lors même 
que le froid est tempéré; ils ont besoin d'élever davantage la 
chaleur des appartements. Cette classe est plus nombreuse 
qu'on ne croit; elle ne se borne pas aux personnes frileuses; 

*9 



390 CHAPITRE V. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

car l'influence nuisible du froid ne se fait pas toujours recon- 
naître par la sensation pénible à laquelle nous donnons le 
même nom : celle-ci peut être remplacée par des sensations 
bien différentes, par divers états de malaise, de douleur, de 
souffrance et d'incommodité , autres que la sensation particu- 
lière que nous éprouvons généralement par un temps froid et 
qui nous fait distinguer la cause qui la produit. L'absence de 
cette sensation spécifique nous fait prendre le change sur la 
cause, et, faute de la reconnajtre, nous manquons le remède. 7> 
Ce qu'Edwards dit de l'action des saisons sur l'homme est 
le produit d'une double expérience , celle de l'observation em- 
pirique des habitudes de l'homme d'une part, et d'autre part 
l'expérience des animaux sur lesquels il a observé. les effets du 
changement artificiel de milieu. Par analogie il transporte de 
ces animaux à' l'homme les mêmes raisonnements. Tout ce que 
l'on écrit aujourd'hui (187 3) sur la relation de la chaleur, 
sur la compensation, sur les rapports entre la production et la 
consommation, sur l'action du froid qui augmente la production 
de chaleur, se trouve exprimé brièvement dans les citations 
précédentes. On saurait gré sans doute aux auteurs nouveaux 
de citer les anciens , surtout lorsque ces anciens vivaient seu- 
lement quarante ans avant eux. 

Injluence de la température sur les mouvements respiratoires. 
Applications à la médecine. — « Lorsqu'un individu éprouve un 
changement de constitution qui diminue sa production de cha- 
leur ou la consommation d'air, il ne peut subir le degré de 
froid qui, auparavant, lui aurait été salutaire, sans que le 
rhythme de ses mouvements respiratoires n'en soit tôt ou tard 
altéré. De là la nécessité, lorsque ces deux fonctions ont 
éprouvé cette altération comme dans des cas d'affection orga- 
nique du cœur et des poumons , de mettre le malade en rap- 
port avec une température plus douce, soit artificiellement, 
soit en le faisant changer de climat, n 



CHOSSAT. 

Ghossat a étudié les effets de YmaniUaiion sur la chaleur 
animale ^ 

A. OêciUation diurne de la chaleur animale dans Vitat normal. 
— «Il existe dans Tétat normal une variation régulière fort 
importante, que j'appellerai Yoscillaiion diurne de la chaleur 
animale. » (L'auteur a lu sur ce sujet, en 1 83 1 , une note à la 
Société de physique et d'histoire naturelle de Genève.) 

Les observations ont été prises à midi et à minuit, au 
nombre de 600, dans l'anus de vingt pigeons, et prolongées 
pendant 116 jours. 

« Ainsi , conclut l'auteur, dans l'état normal la chaleur ani- 
male éprouve, toutes les vingt-quatre heures, une oscillation 
régulière, au moyen de laquelle elle s'élève pendant le jour 
et s'abaisse pendant la nuit. La différence entre ces deux états 
est en moyenne o%7/i; et cette différence ne se rattache ni à 
une variation dans la température de l'air ambiant entre le 
jour et la nuit, ni au refroidissement général de l'atmosphère 
qui résulte du changement des saisons. » 

Les mouvements respiratoires subissent une variation ana- 
logue à celle de la chdeur animale, et cette variation se fait 
simultanément et dans le même sens, puisque la respiration 



' Ghossat, RecKerehn expérimintaleê 
rinamtialion. Mémoire présenté 
è i* Académie des sciences en dé- 
cembre 1 838. (Auteurs antérieurs : Redi 
Fliieiice^i68/i , et Coilart de Martigny, 
in Journal de Magmdie , 1838.) 

Résultats. — Pour Tinanitiation com- 
plète : « Un animai périt lorsqu'il a perdu 
environ 0,6 de son poids normal. n 

Pour Talimentation insuffisante en 
quantité : 



«Le corps se détruit d*une quantité 
de matière animale proportionnée an 
déficit de Taliment, fournissant de sa 
propre substance pour ta dépense jour- 
nalière du corps tout ce que Taliment 
lui-môme ue donne pas. C'est là la loi 
des régimes. 

«Abstraction faite de la graisse, c'est 
le système musculaire qui supporte la 
presque totalité de la perte de poids du 
corps. Ti 

19- 



292 CHAPITRE V. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

se ralentît en même temps que la chaleur s'abaisse, et vice 
versa. 

B. De la chaleur animale pendant Vinanitiatim (abstinence 
complète). — L'abaissement progressif de la chaleur par 
l'abstinence est positif. A mesure que la vie se prolonge , le 
refroidissement inanitial diurne tend progressivement à aug- 
menter^. 

1® L'oscillation diurne et moyenne de la chaleur animale 
qui, dans l'état normal de l'alimentation, est o%7&, devient, 
dans rinanitiation , 3%s8. 

s® L'oscillation diurne inanitiale est d'autant plus étendue, 
que rinanitiation a déjà fait plus de progrès'; de telle façon, 
que l'oscillation de la fin de l'expérience est à peu près double 
de celle du début. 

Du dernier jour de la vie dans Finanitiation. — Le refroidisse- 
ment est de o'',3 par jour assez régulièrement, mais subitement, 
le dernier jour de la vie , il s'accroît. Le refroidissement du der- 
nier jour, comparé à celui des jours antécédents, a été comme 
i4^o : o",3 = 47,i, c'est-à-dire que, dans le dernier jour 
de la vie, la chaleur animale, en moyenne, a baissé kj fois 
plus rapidement que dans chacun des jours précédents. 

On trouve un refroidissement moyen de o%9& par heure 
pendant le dernier jour de la vie^. 

L'abaissement total qui a amené la mort a été, en moyenne, 
i6%3. La mort arrive généralement et indi£féremment entre 
18** et 3o**, très-rarement au-dessus de 3o'. 

' Voirp. ii6,oÙ8ontcîtéesIedexpé- veau dans la prodaction de la chaleur 

riences qui transfèrent à ta portion dor animale. 

sale de la moelle épinière la totalité de * Voir Mémoire iur Pinfluenee du lya- 

rinfluence excitatrice que possède le cer- ième nerveux $w la ekaitur animàU. 



DOUBLE. 398 



ACTEURS CLASSIQUES MODERNES. 



DOUBLE\ 

(i8ii.) 

Tome 1. — c^Les principdes altérations de la peau, au 
point de vue de la sémëiologie, sont : i*^ sa couleur; s^ sa 
température; 3® son humidité ou sa sécheresse. 

«La chaleur du corps doit être arrêtée entre Sy"* et 4a*C.; 
il existe cependant, pour chaque individu, une variation telle 
qu'on ne peut statuer rien de fixe à cet égard. Au surplus, les 
variations thermométriques de la peau importent peu au mé- 
decin; la sensation du malade et le tact du médecin et des 
assistants deviennent, h cet égard, le régulateur suprême, le 
plus sûr thermomètre. » 

Tome II. — c( La chaleur se présente sous les quatre points 
de vue qui suivent : i** l'état naturel de la chaleur; a"" l'aug- 
mentation de la chaleur; 3*" les altérations de la qualité de la 
chaleur ; k** la diminution de la chaleur. 

f^ La température ordinaire du corps humain a été fixée à 
3o* ou 34* R. (37^5 ou 4a%5 C); mais il n'y a rien de cer- 
tain à cet égard. La chaleur est plus considérable chez les 
enfants que chez les adultes. 

«n y a une foule d'inexactitudes inséparables des moyens 
habituels tels que : i** le rapport du msdade; a"" le toucher; 
3® les instruments de physique. Le tact est, de tous les moyens, 
le plus sûr ! n Suit un chapitre contre le thermomètre ! 

Viennent ensuite les chaleurs acre, mordicante, halitueuse, 
ardente, sep tique (p. 393-358, 35 pages). 

* Trois volâmes de Séméiologie. 



294 CHAPITRE I'. — LA CHALBUR ET LA FIÈVRE. 

LANDRÉ-BBAUVAIS. 

(1809.) 

Même science imparfaite et déchue . . . Cependant il dit : 
^ Quoique le thermomètre soit le moyen le plus sûr de recon- 
naître les différents degrés de la chaleur animale , on y a ra- 
rement recours dans la pratique, on s'en rapporte le plus sou- 
vent au tact ou bien au sentiment des malades. 

« L augmentation de la chaleur animale peut être générale 
du bornée à certaines parties. La chaleur est douce, hali- 
tueuse, sèche, etc., etc.» 

GHOMEL'. 

^ L'appréciation de la chaleur morbide, comme de beaucoup 
d'autres symptômes, exige de la part du médecin une grande 
habitude , qu'on ne peut acquérir qu'à l'aide d'études cliniques, 
etc. Le thermomètre peut faire connaître le degré exact de la 
température du corps; mais il est tout à fait impropre pour 
faire apprécier les autres modifications que la chaleur mor- 
bide présente; et le meilleur instrument que le médecin puisse 
employer est sa main. 

((Quelques expérimentateurs assurent avoir reconnu une 
élévation ou un abaissement de température de plusieurs 
degrés. L'élévation peut être générale ou partielle, v 

H. ROGER. 

M. H. Roger publia dès iSkli des travaux intéressants surles 
variations de la chaleur animale dans les maladies, il comprit 
l'importance de la question, et dès cette époque il affirma 

> Edition de 18 56. 



BOUILLAUD. ^ PIORRY. 395 

que les variations de la température méritaient de prendre 
rang parmi les signes les plus précieux de la séméiologie. 

11 a développé depuis ses recherches dans son livre sur les 
Maladies de renfonce (Paris, 1872). Nous utiliserons plus tard 
les résultats obtenus. 



BOUILLAUD». 

M. Bouillaud introduisit l'usage du thermomètre dans son 
service de clinique, malheureusement il se borna à établir 
quelques principes généraux. ((Plus de trois cents observations 
nous ont démontré, dit-il, que rien n'était plus facile que 
d'apprécier avec le thermomètre les différences de la tempéra- 
ture animale. L'état fébrile intense fait monter le thermomètre 
centigrade de 33° ou 3 h'' h ko^ et même au delà. » 

Dans un autre passage M. Bouillaud s'exprime ainsi h 
propos de la fièvre typhoïde : « La chaleur a varié de 33-3^'' à 
liO'lii"; ce résultat suffit pour démontrer que les divers 
degrés de la température morbide peuvent être exactement 
donnés par le thermomètre. » 

PIORRY*. 

M. Piorry fit des recherches thermométriques avec ses élèves 
Testeiin, Raynaud et Valette. Il trouva, pour la température 
de l'aisselle de l'homme sain, que la chaleur varie entre 98 et 
33*" R., soit 35 et /il"* G., et donna, pour les autres régions 
soumises à l'exploration, des chiffres qui ne sont pas plus exacts. 
De plus, au lieu de suivre les modifications de la chaleur chez 
un même malade, M. Piorry a noté une seule fois le résultat 
de l'exploration. Aussi ne put-il faire qu'un simple exposé des 



' Gmiqw nMcaUfL I*^ p. 99/1; * Traité du diagnoêtie , i8âo, t. Ill, 
t. m, p. Âa8. p. 3o etsuiv. 



21M CHAPITRE 1^ — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

résultafts constatés , sans arriver h en déduire aucune conclu* 
sion d'ensemble. 



BODCHUT. 

(t857.) 

«La fièvre est une réaction de l'organisme contre certaines 
impressions morbifiques. C'est un spasme du cœur et des vai»- 
seaui qui imprime à la masse du sang une course plus rapide 
et produit dans les tissus une décomposition moléculaire gé- 
nérale , d'où résultent une augmentation de la température du 
corps et des malaises. » 

BÉHIER ET HARDY'. 

MM. Béhier et Hardy apprécient plus exactement les services 
rendus par la thermométrie ; mais , en comparant la réserve de 
leur opinion avec le rôle qu'ils attribueraient au thermomètre, 
s'ils faisaient actuellement une nouvelle édition de leur ou- 
vrage, on peut mesurer le chemin accompli en quelques 
années. 

« La chaleur animale, qui, dans l'état de santé, varie de 3o 
à SA"" R., peut devenir plus basse ou plus élevée. Les varia- 
tions morbides de la température sont reconnues par la sen- 
sation du malade, par l'application de la main du médecin, 
ou à l'aide du thermomètre. » Après avoir dit que l'on doit se 
défier des deux premiers modes, ils ajoutent : c( Quant au ther- 
momètre comme moyen de mesurer la température animale, 
il a été rejeté par presque tous les médecins, qui se sont gé- 
néralement accordés à dire que les variations de la chaleur 
animale n'étaient souvent pas perçues par cet instrument. Il y 



' Trailé élémentaire de pathologie interne, t. 1*', Séméiologie, 
i858. 



6AVARRET. 397 

a Ik évidemment exagération : dans quelques affections, il 
est vrai, la sensation de chaleur ou de froid existe seule, et la 
température animale reste réellement au même degré, mais 
ainsi que l'ont montré les recherches de MM. Bouillaud, Ân- 
dral, Gavarret et Roger, dans quelques maladies, le thermo- 
mètre, placé sous Taisselle des malades, met à même de no- 
ter d*une manière exacte l'accroissement ou la diminution de 
la température. Mais il serait certainement utile, dans le cours 
d'une maladie, de pouvoir apprécier les changements survenus 
dans la température, comme on apprécie les battements du 
pouls à l'aide d'une montre à secondes, et dam un moment oà 
la médecine tend à devenir, autant que possible, une science exacte, 
Yapprédation de la température du corps, par le thermomètre, devient 
le complément utile d'une bonne obsenxUion. t) 

Plus loin, MM. Béhier et Hardy rapportent les observations 
d'Andrai et Gavarret dans le frisson, celles de Briquet et 
Ghossat dans le choléra (Paris, i85o, p. 980), celles de Ro- 
ger, etc. 

GAVARRET. 

Dans un ouvrage où se trouvent résumés tous les travaux 
de ses prédécesseurs sur la chaleur animale , M. Gavarret a re- 
produit avec une netteté parfaite l'état de la science sur cette 
question, il caractérise ainsi les principales phases du rôle que 
l'oxygène absorbé joue dans l'économie ^ : 

« Aux diverses surfaces respiratoires , poumon , peau , bran- 
chies, etc., le sang veineux saturé d'acide carbonique laisse, 
par un simple jeu de forces physiques, échapper ce gaz, qui. 
est expulsé au dehors. En même temps , sous l'empire de forces 
physiques et chimiques, une portion déterminée de l'oxygène 
ambiant pénètre dans le sang , se fixe sur les globules et les 

^ GaYarret, D$ la cAalmr prodinie par la étn9 vioaniê, în-19. Victor Mas- 
•00. Paria, i855, p. 976. 



298 CHAPITRE I**. — LA CHALKOR ET LA FIÈTRE. 

ariérialise. La fonction de ces surfaces est donc rélimination 
de Tacide carbonique , produit impropre à Tentretîen de la vie, 
et rintroduction dans Téconomie d'une certaine proportion 
d'oxygène, agent de toutes les transformations que doirent 
subir les matériaux extraits des aliments ingérés et versés 
incessaomient dans le torrent circulatoire par le travail de la 
digestion. 

ce Transporté avec les globules dans les capillaires généraux, 
l'oxygène absorbé agit, par des combustions lentes et succes- 
sives, sur les matières ternaires et quaternaires fournies par 
le travail digestif, et sur les matières oi^niques incessanunent 
séparées des tissus de l'économie. De ces réactions, accompa- 
gnées, dans certaines circonstances, de véritables dédouble- 
ments, résultent la génération, aux dépens de l'albumine, des 
éléments constitutifs de divers organes, la formation d'une 
certaine quantité de graisse et la production des substances 
qui sont les derniers termes de transformation des éléments 
organiques et organisés de l'économie avant d'être expulsés au 
dehors. De ces matières éliminées par les divers émonctoires 
du corps des animaux, les unes appartiennent encore an 
monde organique, comme l'acide hydrotique pour la peau, 
les acides cholique et choléique pour le foie, l'urée et les acides 
urique et hippurique pour les reins; les aptres sont complè- 
tement minéralisées, ce sont l'acide carbonique, l'azote et 
l'eau qui s'échappent par les surfaces respiratoires. Ces pro- 
duits de la combustion des matériaux du sang sont destinés, 
les uns à éliminer l'azote, les autres h chasser au dehors le 
carbone et l'hydrogène. ?» 

Toute la théorie de la chaleur animale est donc restée, 
d'après M. Gavarret, contenue dans les termes de ta formule 
si nette énoncée par Lavoisier dès 1789 : 

((La machine animale est principalement gouvernée par 
trois régulateurs principaux : la respiration, qui consomme de 
rhydrogène et du carbone et qui fournit du calorique; la 



GAVARRET. 299 

transpiration, qui augmente ou diroinue suivant qu'il est né- 
cessaire d'emporter plus ou moins de calorique; enfin la di- 
gestion, qui rend au sang ce qu'il perd par la respiration et la 
transpiration. » 

En iSlifà , MM. Andral et Gavarret ont publié des recher- 
ches sur la quantité d'acide carbonique exhalé par le poumon 
dans l'espèce humaine ^ Cette étude des produits gazeux de 
l'exhalation pulmonaire était, dans leur pensée, la base phy- 
siologique de recherches semblables , qui devaient être pour- 
suivies dans les diverses maladies. Ces auteurs déterminèrent 
les lois de la variation de la quantité d'acide carbonique 
exhalé par un individu sain« suivant le sexe, l'âge, la consti- 
tution. Malheureusement ils ne firent pas les études com- 
paratives projetées pour les diverses maladies , et l'absence de 
ce travail reste une lacune que nous aurons souvent à regretter 
dans la suite de cet ouvrage. 

Le traité de M. Gavarret a ïe grand mérite de donner l'état 
de la science sur la chaleur animale en i8d5. A ce moment 
s'ouvre une nouvelle période, le thermomètre entre dans la 
pratique médicale journadière. Il surgit dès lors une foule de 
problèmes imprévus. Un grand nombre d'entre eux attendent 
encore leur solution. C'est à exposer l'état actuel de ces. di- 
verses questions .que sera consacrée la seconde partie de ce 
livre. 



' Atm. àf chimie eî de phyt,, 3* se- M. Gavarret, ChaUur produite par Itt 
rie, L VIII , p. 1 99; et dans le livre de êtres vivante, p. 3/i 1 . 



CHAPITRE IL 

LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



iPOQUB MODERNE. 

L'ëtude des travaux que nos devanciers ont consacrés à la 
chaleur animale méritait, selon nous, de ne pas rester dans 
un trop complet oubli. Nous n'avons pas voulu gi*ouper leurs 
opinions en quelques phrases, c'eût été leur faire subir de 
trop dures violences. Nous avons préféré donner les analyses 
des œuvres principales, procédé plus long mais plus fidèle. 
Ce qui frappe dans cet exposé, c'est l'effort continu des cher- 
cheurs de toutes les époques pour déterminer les causes et la 
valeur de la chaleur animale, dans l'état de santé ou de ma- 
ladie. 

Les premiers, Hippocrate, Çalien, Gelse, etc., interprètent 
la chaleur, lui assignent un foyer, la surveillent pendant les 
maladies, la redoutent et font des efforts pour la modérer 
dans son intensité et ses effets. Les commentateurs, moins 
cliniciens que leurs mattres, s'attachent à reconnaître la na- 
ture intime du phénomène plutôt qu'à trouver dans ses varia- 
tions des indications véritablement médicales. 

Un moment le problème est précisé, la solution est entre- 
vue. Dégagée des langes de la tradition, la science médicale, 
sous l'impulsion de l'esprit d'examen de Sanctorius, de Bo- 
relli, de Harvey, se sert des instruments de précision, la ba- 
lance, le thermomètre, etc. Les plus grands médecins, de 
Haén surtout, montrent les résultats que peut donner, pour le 



ÉPOQUE MODERNE. 301 

diagnostic et le pronostic , une méthode dans laquelle les faits 
exacts supplantent les interprétations. Gurrie va plus loin, il 
tâche d'établir quelles sont les inductions que la connaissance 
de la chaleur du corps dans les maladies autorise pour le 
traitement des fièvres. Il semble que la voie est trouvée, que 
quelques pas mèneront au but; par un soubresaut imprévu, 
au moment même oh Lavoisier vient de déceler les causes 
réelles de la chaleur animale, les médecins abandonnent cette 
étude, et, préoccupés d'autres problèmes, cherchent leur so- 
lution dans les lésions du corps; les premiers travaux leur 
assurent une riche et, en apparence, une facile moisson. 

Pendant la première moitié de ce siècle, quelques esprits 
éminents, poussés par le souvenir de la tradition ou par leur 
propre intelligence, reprennent la question de la chadeur : 
Andral et Gavarret, Bouillaud, Roger, etc., publient sur ce 
sujet des travaux qui suffisent pour relier la tradition à la 
période moderne. Mais c'est un vain effort; on cite avec éloge 
ces tentatives, mais nul ne songe à les imiter. 

Il faut, pour que la thermométrie clinique entre dans la 
pratique journalière de la médecine, l'intervention d'un nou- 
veau procédé, de la méthode graphique, qui avait manqué à 
de Haën. Dès que le médecin a vu quel intérêt avait, pour le 
diagnostic et le pronostic, le tracé de la température, il a de 
nouveau adressé aux savants ces questions tombées dans l'ou- 
bli : Gomment natt cette chaleur normale ou morbide? Quelles 
sont les lois de sa répartition dans le corps? Quelles modifi- 
cations lui apportent les influences extérieures et les ingesta? 
Quelle est la part qu'il faut réserver à l'action du système ner- 
veux dans la régulation de cette chaleur? Quelle est la quan- 
tité de chaleur réelle incluse dans le corps? Quels sont ses 
modes de déperdition? Ces connaissances sont à peine obte- 
nues, que d'autres auteurs plus hardis cherchent à faire leur 
synthèse et à établir la théorie de la fièvre. 

La multiplicité de ces questions nous impose l'obligation de 



302 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

renoncer à les présenter en suivant l'ordre chronologique des 
travaux qui s'y rapportent. Autrefois chaque auteur résumait 
aisément les notions acquises de son temps; aujourd'hui 
chacun est obligé , par l'étendue et la diversité des problèmes 
à résoudre, de restreindre son champ d'études. Pour éviter 
la confusion, nous prendrons chaque question isolément; 
nous analyserons les principaux matériaux parvenus à notre 
connaissance, en les envisageant surtout en médecin. Nous 
aurons, certes, de larges emprunts à faire aux physiologistes, 
mais nous chercherons surtout à mettre en lumière les don- 
nées qui nous permettront d'entrer plus avant dans l'interpré- 
tation des actes morbides. 

C'est ainsi que nous étudierons successivement : 

S I*^. La production et la déperdition de la chaleur; 

S II. La température de l'homme sain , ses oscillations diur- 
nes; 

S III. Les conditions qui font varier la température du 
corps humain , et les limites de ces oscillations : 

a. l'influence de l'âge; 

h. l'influence du sexe, de la constitution, de la race; 
c, l'influence de l'alimentation ; 
(/.l'influence de l'activité musculaire; 
e. l'influence de la température extérieure; 
y. les limites de la résistance des animaux : i"" à la cha- 
leur, Q® au froid ; 
(T, la température ;?o«i mortem; 

S IV. La répartition de la chaleur; 
S V. La calorimétrie ; 
S VI. La régulation de la chaleur; 
S VII. La fièvre considérée dans sa pathogénie et dans 
quelques-uns de ses épisodes. 



ÉPOQUE MODERNE. 303 

PRODUCTION ET DEPERDITION DE LA CHALEUR. 

Nous avons donné l'exposé de la théorie de Lavoisier. Rap- 
pelons seulement les termes dans lesquels, dans son mémoire 
de 1789^, Lavoisier résume la théorie de la chaleur animale : 
«La machine animale est principalement gouvernée par trois 
régulateurs principaux : la respiration, qui consomme de l'hy- 
drogène et du carbone et qui fournit du calorique; la traMpi- 
ration, qui augmente ou diminue suivant qu'il est nécessaire 
d'emporter plus ou moins de calorique; enfin, la digestion, 
qui rend au sang ce qu'il perd par la respiration et la trans- 
piration. " 

Nous acceptons parfaitement les termes dans lesquels 
M. Gavarret a analysé les recherches des successeurs de Lavoi- 
sier; nous n'avons pas l'intention de discuter les travaux de 
Dulong, Despretz, Regnault, Boussingault , etc. Nous noterons 
seulement quelques points importants à connaître pour le mé- 
decin et qui ont reçu récemment leur interprétation. Bien 
d'autres l'attendent encore aujourd'hui, et M. Regnault disait 
avec raison, dans une des séances de l'Académie des sciences 
(9 décembre 1879): c( L'acide carbonique exhalé n'est pas 
seul à mesurer l'énergie des oxydations de l'organisme. On ne 
peut, par ce moyen, se rendre un compte exact de la chaleur 
produite. Le phénomène est beaucoup plus complexe. Tout 
mouvement se traduit par de la chaleur ; toute action chimique 
donne de la chaleur ou du froid; tout passage dans le sang des 
aliments qui se liquéfient change encore la température. Tout 
frottement des liquides sur les vaisseaux amène aussi une pro- 
duction de chaleur. En un mot, toutes les parties de l'orga- 
nisme sont, à chaque instant, productrices de chaleur ou de 

^ Mptn.dêVAcad, dêëtciêncêê, i78(^, p. 58o. 



304 CHAPITRE IL -^ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

froid , et la température animale n*est que le résultat de toutes 
ces causes. 

«Il ne faut donc pas chercher une mesure de la chaleur 
engendrée dans l'évaluation de Tacide carbonique formé. Ce 
qui se passe dans le corps humain n'est qu'un exemple de ce 
qui se passe en plus grand dans tout l'univers. C'est un 
échange continu de génération et de perte de calorique, en 
relation avec les difiérents mouvements de la matière. » 

C'est donc une vaine tentative que de vouloir établir, 
avec quelque chance d'approximation , la balance de la chaUur 
animale dans l'économie (recette et dépense). Helmholtz ^ et 
Barrai' en ont donné la preuve indirecte. Helmholtz évalue 
Ja recette de la chaleur, c'est-à-dire le chiffre des unités de 
chaleur produites, en vingt-quatre heures , par un homme 
pesant 8s kilogrammes, à 9,700,000, ce qui fait i,388 par 
kilogramme et par heure. 

Barrai est arrivé, par une autre voie, au chiffre de 
9,706,076 pour un homme adulte, en vingtr-quatre heures. 
Ce chiffre concorde presque exactement avec celui de Hefan- 
holtz, et avec celui que Kernig avait obtenu, de 1,890 par 
heure et par kilogramme. 

Cette recette de chaleur est compensée par la perte de 
chaleur répartie, d'après Helmholtz, de la façon suivante: 
i® réchauffement des aliments et boissons, en moyenne et k 
la température extérieure de 1 9% prend à la température du 
corps, chaque jour, 70,167 calories, soit 9,6 p. 0/0 de la 
recette; 9*^ réchauffement de l'air inspiré (i6,&oo grammes 
en vingt-quatre heures) consomme, étant donnée la tempéra- 
ture de l'air à 90% 70,089 calories, soit 9,6 p. 0/0 de la 
recette, et à zéro, 1^0,06 &, soit 5,9 p. 0/0; S"" l'évaporation 
journadière de 656 grammes d'eau par les poumons exige 



> HdmholU, art. Thiêriêch. Wàrm * B9im\,SuaiqMêehm.dêêi 
in Berlin, mêd, Eneyclopâdii, Paris, iS5o. 



PRODUCTION DE LA CHALEUR. 305 

397,536 calories, soit 1/1,7 p. 0/0 de Tactif. Il reste, pour 
subvenir aux frais de la perte de chaleur par la surface exté- 
rieure du corps, au moins 77,5 p. 0/0 de la chaleur produite. 
Barrai établit )a balance suivante : 

RiCBTTI 01 LA CBALICB 9,706,076 

VmU», Gentièmet. 

/ Par ëvaporatioD 699,801 9.5,85 p. 0/0. 

piiTi k Par échauffement de 

Dl CHALEUR I ^'^î"* C^P""^ « 00,8 1 1 8,79 

en umiéB 1 ^^^ échauffement des 

. / alimenU 59,6qo i,Q& 

et en 1 ^ y *7f 

y. I Par les excrétions so- 

I lides et liquides. . . 33,090 1,99 

de la recette. 1 ni « « 

I Par le rayonnement et 

\ la conductibilité. . . 1,819,959 67,99 

Total 9,706,076 

Dans cette balance, il n'y a point de place particulière ré- 
servée au travail mécanique ; elle suppose Thomme en un 
repos tel, que la perte de force soit exclusivement bornée 
â la chaleur. Si un travail extérieur s'accomplit, on ne peut 
plus, par les principes connus, évaluer ce travail en unités 
de chaleur : ces chiffres ne valent donc que pour Thomme im- 
mobile. 

L*énorme élévation de la quantité d'acide carbonique exhalé 
pendant le travail (p. ^89) montre que, dans le corps en tra- 
vail , l'échange chimique est extraordinairement plus élevé que 
dans l'état de repos, d'où élévation de la source des forces 
mises en liberté , ou de la recette de chaleur. Cet excédant de 
recette ne se retrouve pas en entier comme dépense à l'état de 
travail mécanique; en d'autres termes, quand une certaine 
quantité de travail extérieur doit s'accomplir, le développe* 
ment de forces vives est plus que suffisant pour ce travail, il 
y a beaucoup d'excédant. C'est quelque chose d'analogue à ce 
qui se passe dans la machine à vapeur, et même à un plus 

90 



306 CHAPITRE IL — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

haut degré que dans celle-ci. Tandis que, dans la machine à 
vapeur, il n'y a au plus qu'un huitième de la chaleur qui se 
change en travail, Helmholtz évalue» en appliquant la mé- 
thode précédemment indiquée, c'est-à-dire l'analyse de l'acide 
carbonique évacué comme moyen d'apprécier la chaleur déve- 
loppée par le corps en travail, la quantité de cette chaleur 
transformée en travail à un cinquième au maximum. Admet- 
tons que la chaleur produite pendant le travail soit seulement 
triplée, et que, sur cette somme, le maximum possible, ou la 
cinquième partie, soit employé au dehors sous forme de tra- 
vail mécanique, il y a encore, par rapport au budget de Tétai 
de repos, un excédant très-élevé de recette qui ne reste pas 
dans le corps , mais qui s'élimine à l'état de chaleur. 

Nous devions analyser ces travaux de Barrai et de Helmholtz, 
parce que tous les deux, et avec une certaine concordance, ont 
montré combien l'équivalence de la recette et de la dépense 
de chaleur, que l'on avait espéré pouvoir établir, est une ten- 
tative illusoire. M. Berthelot ^ s'est chargé, d'ailleurs, de la cri- 
tique de ces travaux. Les animaux, en effet, ne brûlent pas du 
carbone libre et de l'hydrogène libre, mais ils introduisent 
dans leur corps, sous forme d'aliments, des principes orga- 
niques complexes, dans lesquels l'état.de combinaison des élé- 
ments est déjà très-avancé. D'autre part, les animaux rejettent 
continuellement au dehors, non pas seulement de l'acide car- 
bonique, mais de l'eau, de l'urée et d'autres produits excré- 
mentitiels très-complexes. Il faudrait donc tenir compte, pour 
calculer la chaleur animale, de l'état réel des corps introduits 
et des corps rejetés ; c'est le rapport qui existe entre ces deux 
termes qui détermine la quantité de chaleur produite. 

Voici quelques-uns des résultats auxquels M. Berthelot est 
arrivé ^ : 



^ Berlhelot , in Revue de$ eoure êcien^ leur animale, io Journal de Robm , 1 865 » 
ùfiquee, i865. — Mémoire eur la eha- p. 659. 



PRODUCTION DE LA CHALEUR. 307 

La chaleur produite par l'oxygène déjà combiné est infé- 
rieure à la chaleur produite par Toxygène libre de toute la 
quantité de chaleur dégagée ou absorbée lors de la première 
combinaison. Quand l'oxygène se fixe sur les globules dans le 
poumon, il se dégage une quantité de chaleur notable (8,000 
ou 10,000 calories pour 3â grammes d'oiygène), qui est en- 
viron la neuvième partie de la quantité de chaleur produite 
par la combustion du carbone, par le même poids d'oxygène. 
Cette augmentation de chaleur se trouve annulée par le déga- 
gement d'acide carbonique en quantité à peu près égale. 

Puis, passant en revue la chaleur dégagée par les oxyda- 
tions directes et complètes, et les comparant aux oxydations 
successives d'un même composé et à l'oxydation d'une famille 
homologue sans perte de carbone, M. Berthelot montre qu'une 
même quantité d'oxygène , en se fixant sur des corps tels que 
les alcools, pour les transformer en acides correspondants, 
sans changer le nombre d'équivalents de carbone, dégage des 
quantités de chaleur qui varient dans des limites très-étendues, 
par exemple: 87,000 et 90,000. 

De même, dans la série des acides gras, l'oxydation, en 
donnant naissance à une même quantité d'acide carbonique, 
produit des quantités de chaleur tellement variables, que, pour 
l'acide stéarique, le chiffre est supérieur de moitié a -celui du 
carbone. 

D'autre part, la formation de l'acide carbonique par dédou- 
blement peut répondre à une absorption ou a un dégagement 
de chaleur. Ainsi l'acide oxalique, en se décomposant en 
acide carbonique et hydrogène, absorbe 7,600 calories pour 
un équivalent d'acide carbonique ; lorsque le même acide oxa- 
lique se dédouble en acide formique et acide carbonique, il y 
a absorption de /iâ,ooo calories. 

«Il n'est donc pas permis, dit justement M. Berthelot, de 
raisonner sur la chaleur qui répond à la formation d'acide 
carbonique, sans en connaître l'origine. " 

90. 



308 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Les phénomènes d'hydratation prêtent à des observa tiens 
analogues, et la conclusion qui ressort de ces recherches fort 
intéressantes , c'est que , si l'idée fondamentale émise par La- 
voisier reste exacte, cependant nous devons reconnaître que le 
problème se complique à mesure que l'on pénètre dans les 
conditions vraies du phénomène. Enfin il n'est pas possible 
actuellement de tenter de résoudre l'équation de la recette et 
de la dépense , ainsi qu'on l'a espéré un instant. 

Les travaux de M. Cl. Bernard, dont il nous reste h parler, 
prouveront de plus que ce ne sont pas toujours des oxydations 
qui produisent la chaleur. 

Quels sont les foyers dans lesquels se produisent ces actùms 
chimiques créatrices de chaleur? 

Bien que Lavoisier soit resté indécis sur ce point, nous 
avons vu qu'il avait paru croire que le poumon était le siège 
principal de ces combustions. Lagrange a combattu cette opi- 
nion en faisant remarquer que, si elle était vraie^ si toute la 
chaleur du corps se produisait dans le poumon, l'organe ne 
pourrait pas résister à une telle élévation de température. 
Tous les physiologistes «avaient accepté l'objection faite par 
Lagrange. Mais M. Berthelot, dans une note récente à l'Aca- 
démie des sciences, tout en admettant les conclusions de La- 
grange, réfute son raisonnement. «Toute la chaleur dégagée, 
dit M. Berthelot, par la transformation de l'oxygène inspiré en 
acide carbonique, fât-clle développée au sein des poumons* 
n'en élèverait la. température que d'une faible fraction de de- 
gré, incapable d'en produire la destruction. C'est ce qu'il est 
facile d'établir. D'après les recherches de MM. Andral et Ga- 
varret, la quantité moyenne de carbone exhalée par un 
homme, sous forme d'acide carbonique, est comprise entre 
1 et 1 D grammes environ par heure, soit 167 à âoo milli- 
grammes par minute. En admettant que les matières qui ont 
fourni cet acide carbonique aient dégagé à peu près la même 



PRODUCTION DE LA CHALEUR. 800 

quantité de chaleur que du carbone pur, ce qui n*est pas très- 
éloigné de la vérité, cette chaleur serait capable d'élever de 
1 degré par minute la température de i,3oo à 1,600 grammes 
d'eau. En admettant seize inspirations par minute, chacune 
d'elles produirait donc en moyenne une quantité de chaleur 
capable d'élever de 1 degré 100 grammes d'eau au moins. 
Cette quantité de chaleur répartie entre toute la masse des 
poumons, qu'on peut évaluer à â,ooo ou â,5oo grammes 
environ, ne saurait en élever la température que d'une très- 
petite fraction de degré (un vingtième à un vingt-cinquième 
de degré) par chaque inspiration. La circulation incessante du 
sang dans les vaisseaux pulmonaires, sang dont le poids ne 
parait pas éloigné deSooà/loo grammes, entre deux inspi- 
rations, jointe à l'influence du contact des parties voisines, 
absorberait d'ailleurs à mesure la chaleur produite de façon à 
empêcher ses effets de s'accumuler. 

f^l\ résulte de ce calcul, conclut M. Berthelot, que l'action 
de l'oxygène sur les principes combustibles de l'organisme, 
même si elle se produisait tout entière dans les poumons, ce 
qui n'est pas le cas, ne donnerait lieu qu'à des effets difficiles 
à constater, loin de détruire lorgane qui servirait de siège à 
cette combustion. Les conclusions de Lagrange n'en étaient 
pas moins conformes à la vérité, quoique fondées sur des pré- 
misses inexactes. Mais ce n'est pas la seule fois, dans l'histoire 
des sciences, qu'un argument sans valeur est devenu l'origine 
de découvertes importantes, n 

Le rôle du poumon est bien déterminé, si nous nous rap- 
pelons les travaux de M. Berthelot sur la chaleur absorbée et 
dégagée par la sortie de l'acide carbonique et la fixation de 
l'oxygène sur les globules rouges, et, si nous tenons compte 
des échanges nutritifs qui s'accomplissent dans l'intimité du 
poumon pour sa vie propre, nous reconnaîtrons qu'il y a bien 
peu de chaleur développée. Comme, en même temps, il est ex- 
posé h l'air et soumis à des échanges gazeux qui. entraînent 



810 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

une déperdition de calorique, il en résulte en déânitive un 
abaissement de la température K 

Puisque le poumon nW évidemment pas le siège ^ et sur- 
tout le siège exclusif des combustions, cherchons quels sont les 
points où s'effectuent principalement les oiydations. 

Le sang est-il une source de chaleur? Pour M. Ci. Bernard ^ 
les physiologistes qui ont considéré le liquide sanguin lui- 
même comme le lieu de toutes les productions calorifiques qui 
s'accomplissent dans le corps vivant, ont dépassé ce que per^ 
mettait d'affirmer l'expérience. Pour lui, c'est principalement 
un phénomène extrasanguin qui dégage du calorique. Ce phé- 
nomène est le contact et l'échange entre les tissus élémentaires 
et le sang, au moment où se produisent les actions chimiques 
de la nutrition. 

Dans des expériences précises et qui méritent d'être étu- 
diées par les médecins, M. Cl. Bernard détermine le rôle des 
muscles et des glandes dans la production de la chaleur. 

Râle des muscles dans la production de la chaleur. — Le tissu 
musculaire constitue à lui seul une très-grande partie de la 
masse totale du corps. Chez un chien modérément gras, on a 
trouvé : poids total, ii kilogr. 700 gr.; poids des muscles, 
5 kilogr. tioo gr.; poids des os, q kilogr. 700 gr. Le fonc- 
tionnement des muscles produit de la chaleur. On s'échauffe 
par le mouvement. Réaumur, Newport*, Dutrochet, Maurice 
Girard, l'ont constaté chez les insectes. Becquerel et Breschet, 
Matteucci, Helmholtz, l'ont démontré chez l'homme ou les 
autres animaux. 

Le système musculaire est donc une source de chaleur con- 
sidérable; il reste à en déterminer les causes directes. Ces 
causes se trouvent dans la suractivité des combustions qui 

^ Voyez Cl. Bernard, Leçon» iur la ' Newporl, Pkiloiophieal tran»ac- 
chaleur, p. 190. tioM, 1887, P^''^* ^'« P- ^^^* 

* Leçonêeur la chaleur animab,p.t3o. 



PRODUGTrON DE LA CHALEUR. — MUSCLES. 311 

s'accomplissent dans le muscle. Les éléments anatomiques, les- 
tissus organiques absorbent de l'oxygène et émettent de lacide 
carbonique. 

M. P. Bert a donné le tableau suivant, qui résume cette 
activité fonctionnelle pour chaque tissu. 

Des tissus enlevés au cadavre d'un chien, aussitôt après 
que l'animal a été sacrifié, ont été placés dans des éprouvettes 
pleines d'air, et disposées de la manière la plus favorable aux 
échanges gazeux. Après un même temps , l'analyse des gaz con- 
tenus dans ces éprouvettes montre que : 

1 00 gr. de miude ont absorbé. 5o**,8 i / 56*",8 

100 gr. de cerveau 45 ,8 j i, . \ ^^ fi > 

100 gr. de rein 87 ,o f ° ^p" 1 i5 ,6 f diacide 

100 gr. de rate 37 ,3 / j i5 ,ii [ carbonique. 

1 00 gr. de teaticaie 18 ,3 1 / 97 ,5 

1 00 gr. d*06 et moelle. . . . < . 1 7 ,a / \ 8,1 

Le muscle respire donc, même après la mort; il respire de 
même pendant la vie, quand il est au repos, mais surtout 
quand il est en fonction et qu'il se contracte. 

Le muscle peut se contracter, dégager de l'acide carbo- 
nique et produire de la chaleur, même sans être traversé par 
un courant sanguin. Exemple : une grenouille, préparée à la 
manière de Galvani, est suspendue dans un bocal au fond du- 
quel est de l'eau de baryte ; les secousses électriques font con- 
tracter les muscles, l'eau de baryte se trouble et décèle la pré- 
sence de l'acide carbonique. 

A l'état physiologique, il existe un rapport très-étroit entre 
la fonction du muscle et la composition du sang qui le 
baigne. En analysant le sang qui a traversé le muscle droit an- 
térieur de la cuisse, qui est pris pour exemple parce qu'il est 
suffisamment isolé au point de vue de ses vaisseaux et de ses 
nerfs, on trouve : 



SI2 CHAPITRE IL — LA CHALEOR ET LA FIÈVRE. 

Acn» 
omim cAiBORiQui 

PREMIÂBB BXPÏRIBNGB. ^n^. "d^ m^. 

Sang artériel du muscle ^**i^ t o**,8â 

( État de paralyme (nerf conik^). .. . 7 ,90 ,5o 

Sang veineux ) „. , jt i. ^^ - »;.* 

P 1 \ Etat de repos 5 ,00 9 ,00 

V État de contraction à ,98 a ,&o 

DEUXliMB BXP^RIBNGB. 

Sang artériel du mnsde 9 «3 1 o ,00 

Sang veineux ( État de repoe 8 ,91 9 ,01 

du muscle. ( État de contraction 3 ,3i 3 ,91 

D'où il suit que la respiration musculaire, à peu près nulle 
dans la paralysie, faible dans l'état de repos, est exagérée 
dans Tétat de contraction. 

Cette expérience montre que des états fonctionnels spéciaux 
des muscles coïncident avec des états chimiques particuliers 
du sang; nous allons voir que Tétat calorifique du muscle 
change dans les mêmes circonstances. 

Or on sait depuis longtemps que la contraction musculaire 
produit de la chaleur. Becquerel et Breschet ont constaté, par 
la méthode thermo-électrique, que le biceps au repos a une 
température de 3 6% 5, que la flexion répétée des bras élève 
la température de o°,5 à i% et que, même au repos, la tem- 
pérature d'un muscle est de i^,5 à q*" supérieure h celle du 
tissu cellulaire sous-jacent. MM. J. Béclard et Cl. Bernard ont 
fait des expériences qui donnent les mêmes résultats. 

En même temps que, par le travail musculaire, le sang 
devient plus veineux, parce que la combustion est plus com- 
plète, ce sang subit une élévation de température. 

En i858, M. Cl. Bernard découvre sur un cheval une 
branche de la veine jugulaire qui reçoit les rameaux des veines 
faciales et maxillaires, et il constate que, si Ton fait mastiquer 
le cheval, le sang coule avec plus de rapidité, devient plus 
chaud et plus noir. 



PRODUCTION DE LA CHALEUR. — MUSCLES. 818 

Cette augmentation de température du sang veineux n'est 
pas due à la veinosité du sang, mais à la combustion muscu- 
laire, car, en détruisant le ganglion du sympathique qui se 
rend au membre supérieur^ et à l'oreille correspondante, la 
température s'élève dans ce membre et dans l'oreille. Si l'on 
excite, par le galvanisme, les fibres partant du ganglion, la 
patte se refroidit de plusieurs degrés. Or il n'y avait pas de 
contraction musculaire, et cependant le sang des veines mus- 
culaires élait devenu plus noir. On peut donc avoir dans les 
veines musculaires un sang très-noir avec élévation ou avec 
abaissement de température. La chaleur n'est donc pas liée à 
la coloration du sang, il n'y a que coïncidence entre les deux 
phénomènes pendant la contraction musculaire. 

La respiration musculaire n'est pas la seule manifestation 
de l'activité nutritive de la fibre musculaire; il s'accomplit en 
même temps d'autres phénomènes chimiques capables d'en- 
gendrer de la chaleur. 

La réaction du muscle au repos est alcaline, elle devient 
acide dans le muscle qui a été soumis à des contractions ré- 
pétées. Cette acidité est due à la présence de l'acide lactique. 
En même temps, la créatinine, principe alcalin, diminue au 
profit de la créatine. 

Helmholtz, en opérant sur des animaux à sang froid, a vu 
que, dans les muscles fatigués, les matières solubles dans l'al- 
cool sont augmentées, tandis que les matières solubles dans 
l'eau sont diminuées. Matteucci a observé les mêmes modifi- 
cations sur un animal à sang chaud. 

Si l'exercice musculaire a une part importante dans la pro- 
duction du calorique, réciproquement l'immobilité entraine 
up abaissement de température. En curarisantun chien, c'est- 
à-dire on supprimant le jeu des muscles, M. Cl. Bernard a 
constaté que la température rectale tombait, en une heure, 

* Voy. Texpérience, p. i5A. 



su CHAPITRE IL — LA CHALEUR ET LA FIEYRB. 

de 39%9 k 37°. Legallois avait obtenu des résultats analogues 
en immobilisant les animaux. 

Comme les autres organes musculaires, Je cœur produit de 
la chaleur au moment de sa contraction. L'expérience a montré à 
M. Cl. Bernard ^ que le tissu du cœur, quand il se contracte, est 
plus chaud que le sang qu'il contient. Les contractions étant 
incessantes, c'est une source constante de calorique. Mais le 
cœur échauffe-t-il le sang qu'il contient? Cela est probable, 
et le sang artériel est à son maximum de température dans le 
cœur gauche; toutefois il faudrait faire de nouvelles re- 
cherches. 

On évalue approximativement le travail du cœur chez 
rhomme à &3,8oo kilogrammèlres en vingt-quatre heures: 
ce travail , d'après la loi de l'équivalent mécanique de la cha- 
leur, donne un nombre de calories égal à ^^ «= 10 3. On 
peut dire que le cœur produit, en vingt-quatre heures, à peu 
près 1 calories ^. 

Râle du système nerveux dans la production de la chaleur ^. 

Il faut distinguer le système nerveux périphérique et le sys- 
tème nerveux central. 

L'activité des organes nerveux périphériques donne un dé- 
gagement de chaleur si faible, que, pour le constater, il faut 
opérer soit sur un animal à sang froid, soit sur un animal à 
sang chaud refroidi. Helmholtz et Valentin ont expérimenté 
sur des animaux refroidis par le sommeil hibernal, des mar- 
mottes ou des loirs. Pour refroidir des animaux à sang chaud, 
on peut ou leur couper la moelle épinière, ou les exposer à 
l'action d'un milieu réfrigérant, ou immobiliser l'animal pen- 
dant un temps prolongé, ou l'enduire d'une couche de vernis 
imperméable, ou soumettre l'animal h des mouvements de 
balancement. Si, chez un lapin à qui Ton a coupé la moelle 

» P. 193. — * N. Grëhani, Physique médicale, 1869, p. 399. — » P. i58. 



PRODUCTION DE LA CHALEUR. ^ NERFS. 315 

ëpinière et qui est refroidi, on désarticule la cuisse, si Ton 
dénude le nerf sciatique en conservant les muscles de la 
jambe, on constate que le nerf n'a pas perdu son excitabilité. 
Puis, à l'aide d'aiguilles thermo-électriques, on voit que le nerf 
a, dans toute son étendue, la même température. Mais, si l'on 
excite la région du nerf qui correspond à une des soudures, 
la température s'élève. 

Cette production de chaleur est bien un phénomène physio- 
logique et non physique, car cette production de chaleur va 
en diminuant à mesure que l'animal se rapproche de la mort. 
(Schiff.) 

L'activité nerveuse est donc une source de chaleur. 

Le système nerveux central fournit des résultats identiques. 
On peut constater que le sang qui sort des sinus cérébraux par 
la veine jugulaire interne est plus chaud que le sang qui entre 
dans le cerveau par l'artère carotide, surtout quand on excite 
les fonctions du cerveau. 

Râle des glandes dans la production de la chaleur ^ — Pour 
les muscles et les nerfs, ainsi que pour les glandes, les ma- 
nifestations calorifiques les plus intenses correspondent à l'acti- 
vité fonctionnelle des organes, et celle-ci coïncide elle-même 
avec l'activité circulatoire. En sorte que ces trois modes : acti- 
vité circulatoire, activité fonctionnelle, activité chimico-calo- 
rifique, sont contemporains et corrélatifs. Mais ces actes n'ont 
pas pour corollaire obligé, comme pour les muscles, la vei- 
nosité du sang. Quand une glande fonctionne, le sang qui en 
sort est rouge, rutilant. Pour le sang rénal, cette couleur est 
presque constante, parce que le rein fonctionne d'une manière 
continue; pour d'autres glandes, pour la sous-maxillaire, la 
couleur rouge n'existe que pendant l'activité fonctionnelle. En 
sorte que le système veineux des muscles qui fonctionnent est 

• 

' Cl. Reroard, p. 166. 



316 CHAPITRE IL — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

noir, d'autant plus noir qu'ils travaillent davantage; dans les 
glandes il devient d'autant plus rouge. 

Pendant que la glande est en activité, la circulation est 
augmentée» la veine qui émerge de la glande ne laisse plus 
suinter quelques gouttes de sang comme pendant le repos » elle 
donne un jet rapide. En même temps, la température s'élève 
dans le sang qui sort et dans la glande elle-même. En ré- 
sumé, on rencontre dans les glandes la réunion des trois ca- 
ractères essentiels qu'avaient manifestés les muscles actifs, 
savoir : suractivité fonctionnelle, suractivité circulatoire, pro- 
duction de chaleur. 

Cette production de chaleur correspond h une combustion , 
mais différente de celle qui accompagne l'activité musculaire. 
Lie sang veineux rouge de la grande en fonction , quoique plus 
chaud , est moins brûlé , et contient moins d'acide carbonique 
et plus d'oxygène. Ce n'est plus une combustion, une oxyda- 
tion, et l'on peut dire que la combustion du sang n'est pas la 
mesure de la chaleur produite, puisqu'elle ne varie pas tou- 
jours dans le même sens. Le problème n'est donc pas aussi 
simple ; il n'y a pas seulement une combustion de carbone et 
d'hydrogène se faisant dans le sang, mais des réactions chi- 
miques plus complexes s'accomplissant dans la profondeur des 
tissus, au contact des éléments hislologiques, et variables pour 
chacun d'eux. 

Dans le muscle lui-même, tout ne se traduit pas par un gain 
d'oxygène et une perte de carbone; nous savons que les phé- 
nomènes sont beaucoup plus complexes, que la réaction aux 
liqueurs colorées a changé, que les parties solubles dans l'eau 
et l'alcool ont varié. 

Sous le rapport de la production de chaleur, nous devons 
dire que tout fonctionnement organique s'accompagne d'un 
échauffement du sang qui traverse l'organe, et que celui-ci 
passe en plus grande quantité. De sorte que les fonctions des 
organes créent de la chaleur. Le critérium de la fonction est 



PRODUCTION D£ LA CHALEUR. — GLANDES. 317 

lactivité circulatoire. Chez ranimai à jeun, le sang que la 
veine porte ramène de l'intestin est noir, il est rouge chez 
l'animal qui digère. 

Dans la glande sous-maxillaire, M. Cl. Bernard a trouvé les 
résultats suivants : 

Sang artériel 9,80 

Sang veineux de la glande au repos 3,9 a 

Sang veineux de la glande en activité 6,01 

En même temps la température augmente, ce que l'on cons- 
tate dans le sang qui s'écoule et dans l'intimité même de la 
glande, en enfonçant des aiguilles thermo-électriques. 

L'activité de la glande est sous la dépendance de la corde 
du tympan ; l'excitation de ce nerf, soit directe , soit par des 
impressions alimentaires, provoque la sécrétion, la dilatation 
des vaisseaux et la chaleur; l'excitation du grand sympathique 
a un résultat inverse. 

Dans le rein, les phénomènes s'accomplissent dans le même 
ordre. 

CHIEN VIGOUREUX. PBEMliRB EXPERIENCE. 

Oxygèn* p. o/u. 

Sang artériel du rein 17,^4 

Sang veineux rutilant pendant le fonctionne- 
ment de la glande 1 6,00 

DEUXIÈME EXPERIENCE. 

Sang artériel 1 9«46 

Sang veineux rutilant pendant le fonctionne- 
ment de la glande 1 7,36 

Sang veineux noir pendant que la fonction 

est supprimée 6,/îo 

Le sang des veines rénales ,' comme celui de toutes les 
glandes en fonction, devient plus chaud que celui de Tartère 
de 9 à 3 dixièmes de degré. Il échauffe donc le sang qui tra- 



318 CHAPITRE IL — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

verse la Veine cave inférieure et qui revient des membres abdo- 
minaux. 

Le sang qui se rend dans la veine porte, après avoir baigné 
les intestins, s'échauffe pendant la digestion, et M. Ci. Bernard 
a trouvé les nombres suivants, en comparant ]es températures 
de l'aorte abdominale et de la veine porte : 



Aorte. 

38',6 
Ao.3 
39.4 



Veio« porte. 

38',8 
4o,7 
39,5 



DiflMreoew. 

+ o',a 

+ 0,/l 
4-0 ,1 



De même pour la rate et le foie. La glande hépatique serait 
le véritable foyer calorifique, si Ton devait donner ce nom au 
centre organique le plus chaud. M. Cl. Bernard a trouvé : 

DifKreneet. 

+ o%/i 
+ 0,3 
+ ,a 

Transformation mécanique de la chaleur ^ — Les sources de 



Veioe porte. 


VeiM bépatiquo. 


4o%a 


4o%6 


/io,6 


4o,9 


ûo ,7 


4o ,9 



^ M. Gavarret, a rësumé, dans son 
livre sur Let phénomènes phynque$ de 
2a vttf (Paris, 1869, p. i^'] k 59 et 353 
A 370) , l'historique des travaux publiés 
sur la nature et Téqui valent mécanique 
de la chaleur. 

Il cite le 30* aphorisme du second 
livre du Novum organum de Bacon , des 
passages de Descartes, Huyghens, New- 
ton, dans lesquels ces génies puissants 
considèrent la chaleur comme un mou- 
vement de vibration communiqué aux 
corps. Voyez également Locke, Barthez 
(Nouveaux élémenti de la icienee de 
Vhomme, 9' éd., Paris, 1806, t. I, 
p. 904 et 967), Daniel Bernouilli 
( Hydrodynamique) t Lavoisier et La- 
place {Mém, de VAcad, dêê iciences, 
1780, p. 357). 



Mais celui qui réalisa la première dé- 
monstration de cette transformation de 
la chaleur en mouvement est Rumford , 
en 1798 (Reeherchei eur la êource de 
la chaleur engendrée par le JroUemeni), 
Il construisit un appareil dans lequel un 
pilon d^acier frottait fortement contre 
le fond d^un cylindre creux en fer. En^ 
traîné par deux chevaux, le cylindre 
tournait sur son axe; Tappareil était 
placé dans une caisse de sapin contenant 
assez d^eau pour recouvrir le pilon. En 
deux heures et demie, la température 
de Tcau passa de 1 5* à 1 00*. Û y avait 
eu 1,900 calories dégagées. 

Voyez dans Gavarret les résultats ob- 
tenus par H. Davy, L. Foucault, Young, 
Arago, Fresnei, An^père, Sadi Gamot, 
Séguin. 



TRANSFORMATION D£ U CHALEUR EN MOUVEMENT. 319 

m 

production de la chaleur animale sont donc extrêmement 
riches. Nous ne pouvons pas les mesurer absolument» mais les 
recherches dont nous venons de donner l'analyse suffisent à 
montrer qu'elles sont variables comme intensité et qu'elles 
sont capables, sous des influences variées, d'augmenter ou de 
se modérer. Ces modiCcations correspondent à d'autres actes 
physiologiques. La chaleur animale ne se produit pas unique- 
ment pour lutter contre les causes de refroidissement, elle est 
utilisée dans l'économie, elle est la source vive des forces 
mises en jeu dans nos actes conscients et inconscients. 

La découverte de cette transformation de ia chaleur en mou- 
vement est une des conquêtes les plus brillantes de notre 
temps. Nous la devons à Robert Mayer; chose curieuse, c'est 
en faisant une saignée qu'il a été conduit à fonder la loi de 
corrélation des forces. Il observa que le sang veineux des fié- 
vreux, sous les tropiques, est plus rouge que sous les latitudes 
plus septentrionales. C'est de ce fait qu'il est parti pour ad- 
mettre la transformation de la chaleur en mouvement. Après 
lui, et sans connaître ses travaux, Joule et bientôt Him, Mât- 
teucci, Heidenhain, Tyndall, ont établi,' avec la plus grande 
évidence, la théorie dynamique de la chaleur ^ 



^ Les différents mémoires de Robert p. 6^3, i8&3. Phil, mag. voL XXXU, 

Mayer y i partir de 1 8^9 , sur la chaleur, p. 35o. 

portent sur VÈtudê du monde inorga- Hirn. Ses mémoires sont résumés 

miquê et de» mouvementé organique», dans Coneéquencee philoeophiquee et mé- 

i8â5; Sur lee effete calorifiques eoemi- taphysiquee de la thermodynamique. Ana- 

quee dee eorpe en mouvement; Sur la lyee élémentaire de funivere fPèriè^ Gan- 

dynamique du eiel, 1 868. Il aborda en- thier-Villars, 1 868. Voyex Bulletin de la 

suite Tétude Dee étale pathologiquee au Société d*hietoire naturelle de Colmar, 

point de vue des mouvementé organiquee , 1 8A6 et 1 848. 
cefie De la fièvre. Son mémoire de con- Jules Bédard, in ArcK, méd, i86i, 

clusion est Sur ^équivalent mécanique de p. a/i- 1 57-367. 
U dmleur. — Voir ses mémoires réunis Verdet et Berthelot , Leçone de chimie 

en 1867, Die Mechamk der Wàrme in et de physique pro/eeeéee m î86m. Ha- 

geeemmeben Schrifien, Siuiigàrd. chette, i863. 

Joule, PhiL mag, S 3, vol. XXIli, Jokq Tyodali, La chaleur coneidérée 



320 CHAPITRE IL — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

• 

Sans entrer dans des détails qui nous écarteraient trop de 
notre sujet, rappelons l'expérience fondamentale de Joule. Il 
s'agissait de déterminer deux termes : mesurer la chaleur pro- 
duite et le travail dépensé. Voici comment il résolut le pro- 
blème. Un mécanisme très-simple, mis en mouvement par la 
chute d'un poids, faisait tourner, à l'intérieur d'une masse 
d'eau ou de mercure, une petite roue à palettes gênée dans son 
mouvement par des obstacles fixes. Le frottement du liquide , 
tant sur lui-même que contre les oBstacles fixes et les palettes 
mobiles, dégageait une quantité de chaleur qu'il était facile 
d'évaluer d'après l'élévation de température des diverses pièces 
de l'appareil. Le travail dépensé pour entretenir le mouve- 
ment était donné par la chute du poids moteur, et, en tenant 
compte des corrections rendues nécessaires par le frottement 
des parties mobiles de la machine, extérieures à l'appareil ca- 
lorimétrique, on obtenait immédiatement le rapport du travail 
mécanique dépensé à la chaleur dégagée. Les expériences sur 
l'eau ont montré qu'à chaque unité de chaleur dégagée cor- 
respondait une dépense de Ufàk unités de travaiL Les expé- 
riences sur le mercure ont donné le nombre 4a 5. 

Ce nombre exprime que développer la quantité de chaleur 
nécessaire pour élever de zéro à j® la température de i kilo- 
gramme d'eau, et soulever un poids de As 5 kilogrammes à 
t mètre de hauteur, c'est produire deux effets équivalents. Ce 
nombre doit donc être considéré comme l'équivalent mécanique 
de la chaleur. 

Appliquons cette notion au corps animal. c( Lorsqu'un ani- 
mal est au repos, le travail des forces chimiques, dans la res- 
piration, a pour équivalent la quantité de chaleur que l'ani- 
mal dégage incessamment pour compenser la perte de chaleur 

wmmfi un mode» dp mouvement, Tnà. par Gavarret, Ijet phénomM^êt phf9^mm 

Moif;no. Paris, Étieuoe Giraud, i86A. de la vie, \ . Mamon, 1869, eiDieliomk 

Onimus^ Théorie dynamique de la cha^ encyclopédique , arl. dudemr 

leur, 1866, Germer-Baillière. t. XV, 187Â. 



TRANSFORMATION DE LA CHALEUR EN MOUVEMENT. 321 

due au rayonnement, au contact de l'air et à Tévaporation. 
Lorsque lanimal est en mouvement, une portion du travail 
des affinités chimiques a pour équivalent le travail effectué 
par ce mouvement; le reste seul se convertit en chaleur, et, 
par conséquent , à une même somme d'actions chimiques pro- 
duites dans l'intérieur de l'organisme, doit répondre un dé- 
gagement de chaleur moindre dans l'état de mouvement que 
dans l'état de repos ^. v 

Deux séries distinctes d'expériences confirment ces idées. La 
première est due à M. Hirn. Cet expérimentateur renferme 
dans un espace clos un homme qui demeure d'abord au re- 
pos pendant un certain temps, et exécute ensuite un travail en 
élevant sans cesse son corps sur la circonférence d'une roue 
mobile. On observe dans les deux cas les effets calorifiques et 
chimiques de la respiration. On mesure à la fois la chaleur dé- 
gagée et l'acide carbonique expiré, et on constate que le rap- 
port de la première quantité à la seconde a été moindre dans 
l'état de mouvement que dans l'état de repos. Ainsi une quan- 
tité donnée d'aclion chimique respiratoire dégage moins de 
chaleur lorsque le sujet de l'expérience effectue un travail que 
lorsqu'il reste en repos. La différence est, même pour chaque 
individu, à peu près proportionnelle au travail. Mais les con- 
ditions des expériences sont trop complexes, les changements 
matériels qui peuvent survenir dans le corps sont trop difficiles 
à apprécier pour essayer, comme l'a fait M. Hirn, d'obtenir 
par cette voie une détermination de l'équivalent mécanique 
de la chaleur ^. 

M. J. Béclard a envisagé la question d'une autre manière; 
il a renouvelé par un procédé différent les expériences de Bec- 
querel et Breschet, et de Helmholtz. Il applique simplement, 
à Faide d'une bande doublée d'une plaque d'ouate, un bon 
thermomètre à mercure sur les muscles du bras, et les con- 

' Verdet, p. loi. — ' Vertiet, Leçons de chimie, i863, p. loa. 

11 



322 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FiÈYRE. 

tracte successivement sans soulever de poids, puis en soulevant 
un poids. Voici les conclusions de son travail ' : 

1° En se plaçant dans de bonnes conditions d expérience, 
et en tenant compte des précautions décrites » on peut cons- 
tater, sur les muscles de l'homme, que la quantité de chaleur 
développée par la contraction est plus grande quand le muscle 
exerce une contraction statique, c'est-à-dire non accompagnée 
de travail mécanique, que lorsque cette contraction produit 
un travail mécanique utile. 

9"^ La quantité de chaleur qui disparaît du muscle, quand 
il produit un travail mécanique extérieur, correspond à l'effet 
mécanique produit. 

3^ La contraction musculaire ne doit pas être envisagée 
comme on l'a fait jusqu'ici en physiologie. Il n'y a que celte 
partie de l'action musculaire, non utilisée sous forme de tra- 
vail mécanique extérieur, qui apparaisse sous forme de cha- 
leur; en d'autres termes, la chaleur musculaire est complé- 
mentaire du travail mécanique utile produit par la contraction. 

li"* Les produits de la contraction musculaire, c'est-à-dire 
la chaleur musculaire et le travail mécanique extérieur, sont 
ensemble les expressions de l'action chimique dont le muscle 
est le théâtre. 

5" Les faits que nous signalons doivent entrer en ligne de 
compte dans les divers calculs relatifs à la production de la 
chaleur animale. Le dosage exact des produits définitifs de la 
nutrition, c'est-à-dire des produits exhalés (acide carbonique^ 
vapeur d'eau) et sécrétés (urée, acide urique, principes bi- 
liaires des excréments, sécrétions cutanées), ne saurait suffire, 
tout en tenant compte des chiffres de combustion du carbone 
et de l'hydrogène, et même en supposant connues les quantités 
de chaleur développées dans la formation des autres produits, 

* J. Bëdard, De la amtractioti mut- pérature ammaU, (Archivée de méd. 
rulairê doua teê rapporté avec la tew- i86i, p. aâ-ioy-aSy.) 



TRANSFORMATION DE LA CHALEUR EN MOUVEMENT. 323 

pour établir sur des bases, même approximatives, le calcul 
relatif aux quantités de chaleur produites en un temps donné, 
le travail chimique d'oxydation dont les muscles sont le siège 
pouvant se traduire par des quantités de chaleur variables 
suivant le jeu de l'appareil musculaire. 

6° Il serait intéressant de rechercher, non dans un groupe 
de muscles isolés, mais dans l'ensemble général du corps, si, 
pour les divers modes de progression (marche sur un plan 
horizontal , marche en montée, marche en descente, saut, course) 
qui doivent exercer sur la température de l'appareil muscu- 
laire, pris dans son entier, une influence nécessairement diffé- 
rente , cette influence pourrait être appréciée. 

7"* Un grand nombre de phénomènes se rattachent très- 
vraisemblablement aux faits signalés dans ce mémoire. Le 
frisson de la fièvre, qui n'est qu'une succession de contractions 
musculaires s'exécutant simultanément dans les muscles an- 
tagonistes, et qui embrasse quelquefois le système musculaire 
tout entier, constitue une des formes les plus curieuses de ce 
que nous désignons sous le nom de contraction musculaire sta- 
tique. On constate déjà dans le frisson, et surtout après, une 
élévation de température qui peut être portée très-haut, à 3®. 
à 4° et même à 5° au-dessus de la température normale. Le 
trenAlemeni que détermine le froid est un phénomène du même 
genre; c'est évidemment un procédé instinctif de l'économie, 
qui cherche à résister è l'abaissement de la température par 
la contraction statique des muscles. Tous les efforts violents 
sont accompagnés d'une élévation de température qui se tra- 
duit souvent par une sueur abondante, etc. n 
. «Les résultais de ces deux séries d'expériences, dit Verdet, 
sont au nombre des plus précieux dont la physiologie expéri- 
mentale se soit enrichie dans ces derniers temps. Il est bien 
clair, d'ailleurs, qu'ils ne contredisent en aucune façon les 
données de l'expérience vulgaire sur réchauffement qui accom- 
pagne tout exercice corporel. La contraction musculaire aug- 

91 . 



324 CHAPITRE IL — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

mente incontestablement la chaleur dégagée par l'organisme 
en un temps donné, mais elle augmente aussi la combustion 
respiratoire, ainsi que le prouverait, à défaut d'expériences 
directes, le besoin d'aliments consécutifs à l'exercice. Les re- 
cherches de MM. Hirn et Béclard font voir simplement que, 
conformément à la théorie de Mayer, la combustion augmente 
dans un rapport plus grand que la chaleur produite.» 

Disons de suite que, dans le corps humain, les actes mé- 
caniques qui mettent les fluides en mouvement n'absorbent et 
ne dégagent aucune chaleur réelle. Les résistances, les frotte- 
ments dégagent, en effet, autant de chaleur qu'en consomme 
la puissance musculaire par laquelle le mouvement des fluides 
est entretenu, malgré ces résistances. On voit par là combien 
était vaine la question de l'influence des frottements du sang 
dans les vaisseaux sur la chaleur propre des animaux. Il y a 
de la chaleur déplacée, dépense de chaleur pour la contrac- 
tion du cœur, dégagement de chaleur par l'arrêt du mouve- 
ment circulatoire, mais la quantité totale reste la même. 

Origine de la chaleur transformée en mouvement. — Les expé- 
riences de M. Cl. Bernard nous ont fait connaître les actes chi- 
miques qui s'accomplissent dans un muscle pendant son état de 
repos ; celles de MM. Mayer, Hirn , Béclard , nous ont prouvé que 
la contraction musculaire transformait de la chaleur en mou- 
vement. Pour accomplir ces mouvements, ou pour produire 
cette chaleur transformable en mouvement, quels sont les ma- 
tériaux qu'emploie l'économie? Brûle-t-elle ses muscles» subs- 
tance azotée, ou brûle-t-elle les matériaux non azotés fournis 
par l'alimentation ? 

L'opinion des physiologistes a varié sur cette question. Pour 
Playfair ^ et J. Ranke^ l'action d'un muscle se lie à la des- 
truction de sa substance, dont la plus grande partie est de 

* Playfair, On the Food ofman m re- * Ranko, Étudu phyMogi^mê mr 
laUon to hit uêefid Work, i865. le lélanoi, Leipng, i865. 



TRANSFORMATION DE LA CHALEUR EN MOUVEMENT. 325 

nature albuminoîde ; par conséquent, la destruction des corps 
albuminoîdes par oxydation est la condition essentielle de 
Faction mécanique des muscles. 

MM. Fick et Wislicenus ^ ont cherché à démontrer Topînion 
inverse, et, pour ruiner la doctrine de leurs adversaires, ils 
appliquent leur raisonnement à une locomotive, et ils disent : 
«Cette machine est composée surtout de fer, d'acier, de 
cuivre, etc., et elle ne contient que fort peu de charbon; par 
conséquent, son action dépend de la combustion du fer, de 
Tacier, et non de la combustion du charbon. » 

Us ont, de plus, exécuté une expérience des plus curieuses. 
Voici quel était leur but : accomplir une quantité de travail 
extérieur mesurable et transformable en kilogramme très ; doser 
la quantité de produit de combustion albuminoîde rendue; 
estimer la chaleur que représente cette combustion. Si la 
quantité de travail produit correspond à une quantité de cha- 
leur supérieure à celle qui répond à la combustion albumi- 
noîde, ce ne sont pas les matières quaternaires qui sont uti- 
lisées pour faire ce travail. 

Ils ont fait tous deux Tascension du Faulhorn, ont mesuré 
l'urée rendue, et, la considérant comme l'expression de la com- 
bustion des albuminoîdes, ils ont constaté que cette combus- 
tion n'aurait pas suffi à représenter la moitié du travail méca- 
nique utile produit par eux pendant cette ascension, et, en 
tenant compte de la chaleur non utilisée , ils considèrent que 
la combustion des albuminoîdes n'a pas produit la dixième 
partie de la chaleur que les combustions internes ont dû 
dégager pendant leur ascension ^. 

^ Afm, de§ ideneei naturellei, 1869. recueil {Ann, dei te. naU)^ d*an mé- 

' Voyei les détails de cette expérience moire critique de ces expériences, par 

dans les AtmàU» det'êciencei natureUeê, M. Parkes : Recherchei iur Vélmùnation 

1869, P* ^^^* Traduction du London, de Vazote par leê rein$ et leê mteêtinê 

EOmbvrgh and Dublin , Phtloiophical pendant le repos et Vexercice musculaire. 

Magazine, n* ai 3. Son analyse nous entraînerait bien loin 

Ce mémoire est suivi , dans le même de noire sujet. 



326 CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Ce nW donc pas le muscle ni les matériaux azotés qui 
brûlent, ce sont les substances ternaires qui servent surtout h 
faire de la chaleur. Il serait facile de démontrer que les ma- 
tières azotées peuvent concourir à cette combustion, mais elles 
n'y prennent évidemment pas la plus grande part. 



811. 



TEMPERATURE DE L'HOMME SAIN. OSCILLATIONS DIURNES. 

La température de l'homme sain est plus difficile à établir 
qu'on ne le soupçonnerait d'abord. Les divers observateurs 
ont pris pour points de leurs recherches, les uns l'aisselle, les 
autres la bouche, d'autres le rectum. De plus, la température 
d'un même individu n'est pas la même le matin et le soir. Il 
est résulté de ces causes diverses des interprétations très-dis- 
cordantes. Si Boerhaave est resté bien au-dessous du chiffre 
vrai en indiquant 33%33 à 3&%â& C. , Prévost et Dumas ont 
fixé un chiffre trop élevé en adoptant 39'' G. 

Chossat, un des premiers, a bien nettement établi les oscil- 
lations journalières de la température. Dans ses expériences sur 
l'inaniliation, ce sans qu'aucune modification fût survenue, on 
voyait la température osciller régulièrement chaque jour, s'a- 
baissant le soir de quelques degrés et remontant le matin à 
l'état où elle était la veille, osciller avec une amplitude gra- 
duellement croissante. Ce fait est d'autant plus curieux, qu'il 
n'est que l'exagération d'un phénomène qui passe presque 
inaperçu à l'état normal. Il prouve évidemment que les com- 
binaisons d'où résuite le dégagement de la chaleur se font 
sous Tinfluence nerveuse. » 

Thierfeider avait cherché à déterminer ces oscillations 
diurnes qu'il résumait dans le tableau suivant : 



OSCILLATIONS DE LA TEMPÉRATURE. '327 

TABLEAU DES TEMPiRATURES MOYENNES DE L*HOMME, 
DE LA FEMME ET DE L'ENFANT ^ 

HOTBNIIB. 
Matin «7^9 heures. Aprèt-midi. Soir. 

Nouveau-Dës 37*,/it 37*,8o 37%6i 

Enfants ^7 ,87 38 ,07 87 ,1 a 

. , . \ Hommes. ... 87 ,0 87 ,a5 86 .60 

'( Fenmies.... 87,33 87,55 87,10 

VieiJiards 87 ,a5 87 ,58 87 ,81 

Femmes grosses 87 ,6a 87 ,75 87 ,18 

Billroth ^ a conclu de deux cents observations que la tempé- 
rature animale présente un minimum de 37'',3 vers le matin 
entre 8 et 9 heures, et un maximum de 37%9 entre 5 et 
6 heures du soir. La différence normale des variations diurnes 
serait donc de i%6 environ. Weber considère une tempéra- 
ture de 38^6 comme fébrile. D'autre part, lorsque la tempé- 
rature descend un peu au-dessous de 37^9 et y reste environ 
vingt-quatre heures, on peut considérer l'individu comme 
sans fièvre. 

D'après Otto Funcke', la température moyenne du corps 
de l'homme est, à l'état normal, de 87** à 38"* C. Il ajoute : 

«La température moyenne du corps éprouve, sous diffé- 
rentes influences, des oscillations tant périodiques régulières 
qu'accidentelles; ces oscillations se meuvent dans un champ 
très-restreint à l'état normal , et dans des limites très-étendues 
dans les cas pathologiques que nous n'avons pas à examiner 
ici. 

((Les notions générales suivantes permettent déjuger de la 
nature de ces oscillations. Un changement dans la température 

^ Thierfelder, in Sckmidt't Jahrb,, Sequard, Gharcot et Valpitn), t. 1, 

i85i,tLXXL 1868, p. 193. 

' Analyse dans Archioei de phyMiolo- ' Lehrbuch der Phytiologie, a* éd., 

giê narmaie et pathologique (Brown- 1870, 5* fascicule, p. 3o6 et suiv. 



328 CHAPITRE IL ~ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

du corps peut être produit par une double voie, d'abord par 
Taugmentation ou la diminution de la production de chaleur, 
ensuite par l'élévation ou l'abaissement de la perte de chaleur 
qui se fait par le dehors. J)os l'instant qu'il y a deux mou- 
vements qui peuvent changer à différents degrés en même 
temps dans le même sens ou en sens inverse, ou peut dire, 
d'une façon générale, qu'une élévation de la température du 
corps peut avoir lieu d'abord par suite de l'élévation de la pro- 
duction de chaleur, ensuite avec une production qui n'a point 
varié mais par suile d'un amoindrissement de la perte, enGn 
même avec un abaissement de la production de chaleur à la 
condition que la perte de chaleur soit inférieure au point où 
elle fait équilibre à ce minimum de production. Il y a aussi 
d'innombrables combinaisons qui peuvent amener un abais- 
sement de la température du corps; enfin il est clair que, 
malgré l'augmentation de la production de chaleur, la tem- 
pérature du corps peut demeurer sans changement, si la perte 
s'élève à un degré équivalent, et aussi lorsque la diminu- 
tion de chaleur est compensée par une perte moindre. Dans 
un cas donné, il n'est pas toujours facile d'établir l'état relatif 
des deux facteurs d'où dépend un changement de tempéra- 
ture : des sources différentes de la chaleur et de la valeur 
quantitative, aussi bien que des voies et moyens de régulation 
de la perte de chaleur. On peut supposer et montrer que la 
constance approximative avec laquelle la chaleur du corps se 
maintient résulte de ce que de notables oscillations de la 
production de chaleur sont compensées approximativement par 
la régulation de la déperdition de la chaleur, et inversement 
que les changements primaires initiaux de la perte de chaleur 
entraînent des changements compensateurs dans la produc- 
tion. 7) 

La température du corps oscille en haut et en bas dans le 
cours d'un jour dans d'étroites limites, de façon à donner une 
moyenne qui, à l'état normal, est très-constante (Lichtenfels, 



OSCILLATIONS DE LA TEMPÉRATURE. 329 

Frœhlich, Bœrensprung, Jûrgensen ^); elle tombe dans la nuit 
et y atteint son minimum, elle monte dans le jour et y 
atteint son maximum. La loi générale de cette courbe oscilla- 
toire journalière est la même à l'état de jeAne qu'après des 
repas modérés, seulement, dans le jeûne, les valeurs des or- 
données sont moyennement plus faibles. Chaque repas amène 
une élévation de température. L'élévation principale tombe 
au même moment que le diner du milieu du jour, il en résulte 
une légère augmentation de ce maximum quotidien , tandis que 
le repas du soir (souper) coïncidant avec le minimum arrête 
légèrement l'abaissement. Un repas excessif pris au moment 
du minimum entratne une élévation de température. Une 
longue abstinence fait baisser le niveau du maximum diurne. 
Bœrensprnng donne aussi un tableau montrant l'influence 
des différents moments de la journée sur sa température per- 
sonnelle (aisselle), de décembre 18^9 à mars i85o. Ce ta- 
bleau mérite d'être conservé à cause de sa valeur historique. 

Tempera- Nombw 
Heant. P^t. tara. d'obserralions. 

Au lit, avant le café. 5 à 7 5o 36*,68 a 

Après le café 7^9 67,8 87,18 3 

Matinée 9^11 6a,5 87 ,06 6 

Idem 11 à 1 60 86,87 1 

Avant dloer 1 à a 69,8 86 ,83 h 

Après dtner a à 6 66,5 87 ,18 5 

Idem 6à 6 7^,4 87,68 5 

Soirée 6à 8 76 87,48 4 

Après souper 8 à 10 67,8 87 ,oa 6 

Au travail, avant de 

se coucher 10 à la 61,8 86 ,85 8 

La nuit, réveilië.. . . la à a 59,6 86,65 5 

Idem aà 4 44 36 ,81 1 

Conclusions. — La courbe de la température a deux oscilla- 

N 

' Rflerenspninf]^, Arch, f. Anat, u. — Jûrgensen,- Deulehn Arch. f. fc/.. 
Phyi, i85i,p. 9, ia5; i859, p. 917. Mmi. b^lll, p. 166; b' IV, p. 110. 



330 CHAPITRE IL - LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

tions par jour, la plus petite montée a lieu vers 1 1 heures du 
matin , et elle opère sa descente vers s heures après midi ; le 
sommet de la plus grande est vers 6 heures du soir, et son 
minimum est vers Ix heures du matin. (L'auteur se sert des mots 
montagne et vallëepour désigner le maximum et le minimum.) 
La différence entre les maxima et les minima n'est pas de 
1 degré ; cette oscillation a lieu quotidiennement pendant toute 
la durée de la vie. La courbe du pouls est parallèle à celle 
de la température. La moyenne de température observée par 
l'auteur sur lui-même est 3 6°, g 7 C. 

Mantegazza \ frappé des difficultés et des erreurs qui accom- 
pagnent la thermométrie de l'aisselle , de la bouche , du vagin 
et du rectum, a fait une série d'observations sur la tempéra- 
ture de l'urine. Il prend la précaution d'opérer rapidement, et 
de chauffer d'abord son thermomètre jusqu'à Sô^'C. pour évi- 
ter que l'urine ne se refroidisse pendant que son thermomètre 
monte. Voici le résumé de ses observations : 

C'est dans la nuit que l'urine a le minimum de tempéra- 
ture, elle s'échauffe à partir de 5 heures du matin et atteint 
un premier maximum entre 10 et 11 heures, retombe len- 
tement et atteint un second maximum vers 5 heures du soir. 
Ces deux maxima sont à peu près identiques. La plus basse 
température (3 6% 4) a été observée en février et la plus haute 
(37%95) en juillet; or la différence de température de l'air 
entre ces deux dates était de 2 8%5 C. 

Pendant un voyage à Buenos-Ayres, Mantegazza a observé 
l'influence du climat sur la température de l'urine (s4i obser- 
vations faites sur lui-même). En dix-sept jours, il a subi une 
variation de température atmosphérique de 7°,5 à 39",5. La 
température de l'urine monte avec celle de l'air, mais faible- 
ment. Un rapide changement dans la température atmosphé- 
rique peut faire varier celle de l'urine de 3%q5. Quand le 

* Mantegazza, Dt la température des iotu différent» climat», (Preêêê mdJieaU 
urine» aux différente» heure» du jour et Belge, XV, ta, iS63.) 



OSCILLATIONS DE LA TEMPÉRATURE. 



331 



corps est exposé quelque temps au soleil, la température de 
l'urine monte de quelques dixièmes de degré jusqu'à i%5 G. 

Les boissonsalcooliques font inonterla température de l'urine. 

La sensation de défaillance s'accompagne toujours d'une 
élévation de température de l'urine. L'action musculaire pro- 
duit le même effet. Il va sans dire que cette température croit 
dans les états fébriles. 

Le docteur Gomplon ^ admet qu'une température supé- 
rieure à 37%a G. (99° F.) indique toujours un état fébrile. 

Pour Wunderlich^ la température du corps humain, dans 
ses parties internes ou sur des points de sa surface complète- 
ment recouverts et protégés, présente, à l'état normal, une 
moyenne qui varie de 87'' à 3 7°, 5, suivant l'endroit oii a été 
pratiquée la mensuration. Ainsi, dans le creux de l'aisselle 
bien fermé, elle est en général de 87°; dans le rectum et dans 
le vagin, elle atteint quelques dixièmes en sus. 

William Ogle^ a expérimenté sur un homme et une femme 
bien portants. Il a poursuivi ses observations pendant long- 
temps. Il plaçait le thermomètre sous la langue. Nous donnons 
les tableaux d'Ogle en degrés centigrades. 



/ BUi •: 

HoinaM.1 JniD 

( JaiUet 

i^ 

FcomM.| JaiD 

/ JiiUet. 


gnuBBS 
matio . 


DB 1 1 1. 

à midi. 


OB 8 a. 

k5H. 


ob6i. i/t 


DB 9 1. 

ï 10 1. 


MlBinT. 


36%5 

86,55 

36,5 

36,66 

86,66 

86,66 


3C%76 

86,76 

86,76 

86,93 

87,0 

37,0 


36%88 

36,88 

86,88 

37 ,1 

37.5 

87.7 


86«,93 
87 ,0 
37 ,t 
37 ,0 
87 ,0 
87 ,0 


36«,66 

• 

• 
36,88 
86,95 
86,76 


86*,66 
86,6t 
86,66 
86,66 
86,66 
86,66 



' Compfon, Température in aeute 
âieeMtêi, DnbiiD (Quorterly Journal, 
août 1866, p. 60). 

* Wandeiiich, De la température 
dmu le$ maladiet. Trad. Labadie- La- 
grave, Savy, 1879, p. 9-io5. 



' William Ogle, Des variation$ quù- 
tidiennet de la température chez V homme 
êoin. (Saint-Georgeë liotp. Rep,, yoL I, 
p. 3 ai -a ^ 7, 1 867, et Schmidt*i Jahrb. , 
1868, a* partie, p. 77.) 



333 CHAPITRE II. —LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Dans l'hiver, pendant la nuit, la températare présentait, 
chez l'homme, les oscillations suivantes : 

De minuit t/a à i heure 36%6i G. 

De 3 à 5 heures 36 ,37 

De 5 h. i/a à 6 h. 1/9 36 ,09 

De 8 à 9 heures du matin 36 , a 

Il résulte de ces observations que c'est de 5 à 6 heures 
du matin que la température est la plus basse, qu'elle remonte 
vers 8 heures de quelques dixièmes de degré, et qu'elle conti- 
nue, à partir de là, jusqu'à 7 heures du soir à monter (3 y"*), 
puis elle redescend : à minuit elle est à peu près à la même 
hauteur qu'à 9 heures du matin, et elle retombe de quelques 
dixièmes de degré vers le matin. 

La plus basse température que l'auteur ait observée sur 
lui-même a été le matin pendant l'hiver 35%â, et la plus 
haute, dans un bain turc 38%i. 

L'auteur ne trouve la raison de ces fluctuations ni dans la 
température de l'air, ni dans l'alimentation , ni dans le tra- 
vail; par exemple, la température de la chambre, de 6 à 
8 heures du matin, s'abaissant de près de t%a5, la tempéra- 
ture du corps s'élève , au contraire , dans le même moment de q à 
3 dixièmes de degré. La chaleur du corps dépend nécessaire- 
ment d'opérations chimiques; mais, de même que les plantes, 
pendant la nuit, sont dans un état d'inaction par suite du dé- 
faut de lumière, ainsi peut-être chez l'homme faut-il chercher 
dans la lumière l'excitation qui est cause que la température 
s'élève peu à peu dans le jour. Mais l'expérimentation directe 
ne confirme pas cette hypothèse, car le séjour dans une chambre 
close et sans lumière n'empêche pas la température du corps 
de monter de 6 à 8 heures, et, par contre, la température de- 
meurait constamment basse quand Tauteur restait au lit immo- 
bile et sans manger. 

L'élévation de la température extérieure contribue à lever 



OSCILLATIONS DE LA TEMPERATURE. 



333 



un peu la température du corps. Ainsi cette élévation , dans un 
bain turc (à une température de 5o° C), atteint promptement 
38"* G., et, dans un bain chaud, elle est de o%o8 à o",i. Dans 
Tété, alors que la température de Fappartement était de plus 
de 9 1° G., la chaleur du corps était un peu plus élevée que 
quand la température était au-dessous de ao^G. En hiver la 
température de la chambre, le matin, était de i o à 1 1 degrés 
plus basse qu en été , et la chaleur moyenne du corps était en 
hiver de 36%47, dans l'été de 36%5i G. 

L'activité corporelle, par exemple la course, élève la cha- 
leur du corps de o%37 à o°,5. 

Il résulte des mêmes recherches que la température s'élève 
après le premier déjeuner et après le repas de midi, et qu'elle 
tombe après le souper. Mais, en changeant la nature de ses 
aliments et les intervertissant du matin au soir, l'auteur a vu 
que le repas du matin était suivi d'un abaissement et celui du 
soir d'une élévation observée précédemment après le repas du 
matin. L'abaissement serait expliqué par ce fait que l'auteur 
prenait du vin à son repas du soir ainsi que le prouveraient 
les expériences suivantes : 



Souper arec vin 

Souper avec thë 

Souper avec eau 


7 ■• »/• 
aoir. 


9 IBDBn. 


10 aoB». 


11 iirau. 


HnOR. 


36*,83 
36,77 
37,0 


36*,53 
36,76 
36,83 


36',55 
36,70 
36,66 


36',56 
36,65 
36,55 


36*,58 
36,59 
36,55 



Ainsi, lorsque le soir l'expérimentateur ne buvait que de 
l'eau, la température tombait lentement jusqu'à minuit; au 
contraire, le vin amenait une chute rapide dès les deux pre- 
mières heures, suivie d'une très-légère élévation; enfin le thé 



334 CHAPITRE IL — LA GHALEDR ET LA riÈVRE. 

semblait retarder la chute de la température. Le thé et le vin 
sont ainsi en opposition directe dans leur action ^ 

Juergensen ^ a pu continuer ses observations quarante et un 
jours durant sur des personnes saines en multipliant ses exa- 
mens toutes les heures et quelquefois toutes les cinq minutes. 
Le thermomètre était appli(|ué dans l'anus. 

Bien que les oscillations varient un peu « il y a une singu- 
lière constance pour la moyenne de vingt-quatre heures. Le 
minimum du jour moyen a été 3 7", s 7 G., et le maximum 
38°,i & G. chez la même personne ; dans le premier cas, c'était 
après un bain froid prolongé; dans le second, après un co- 
pieux repas précédé d'un long jeûne. 

La moyenne des jours oii le sujet en expérience mangeait 
ordinairement et gardait le lit, était de 37%87 G. 

Les courbes montrent la différence du jour et de la nuit : 
la température de jour dure plus longtemps que celle de nuit, 
l'une ayant 166 et l'autre seulement 1 99 unités de temps de 
5 minutes. Le minimum de la température de jour a été 1 53 , 
et le maximum de celle de nuit i33 unités de temps. 

La moyenne de la température de nuit était de 37%6 G. 
avec des oscillations de 1/2 degré ; celle de la température du 
jour de 38" G. , avec des différences de o%i G. 

La température du jour commence de 7 à 9 heures du matin 
et finit entre 8 et 1 heures du soir. Le minimum de la tempéra- 
ture de nuit est de 37°,4 G. et tombe entre 4 et 7 heures du 
matin; le maximum de la température du jour est aussi bien 
de 1 à 3 heures de l'après-midi que de 7 à 9 heures du soir, 
il va de 38%a jusqu'à 38\4 G. 

Zimmerman ' s'est placé au point de vue de la physique 

^ Cette analyse est extraite de Tar- 1868, 3* partie, p. a/i6). Analyse par 

ticle de Geiasler, du Schmidt'i Jahrb, Geissler. 

^ Du type normal de la température ^ Le» cauêe» de rexacerboUon et de 

chez Vhomme »am, par le docteur Théo- la rémtêaion quotidienneê de la chalew 

dore Jàergensen , à Kiel {Arch. /. kUn, {Arch.f, KUn, Med. VI, 5 et 6 , p. 56 1, 

làêd.]^.iio,iS6b,eiSehmidetJaM. 1869). 



OSGILLATFONS DE LA TEMPÉRÂTUAË. 335 

pure. Etant donné un corps dont les parties sont de plus en 
plus chaudes à mesure qu'on pénètre dans sa profondeur, et 
dans lequel il se fait une production constante de chaleur, 
dire comment se comporte l'élimination de la chaleur. Tel 
était le problème. Si on laisse de côté les raisonnements pure- 
ment mathématiques de Fauteur, on extrait difficilement de 
son travail quelques données pratiques. Pourtant il confirme 
l'opinion commune, à savoir que la perte de la chaleur est 
proportionnelle à la production. Le fait que le bain froid donné 
à 7 heures du soir, au moment où la rémission commence, 
produit alors son plus grand effet, s'explique en ce que, à ce 
moment, le courant de chaleur vers la peau est à son maxi- 
mum d'intensité, tandis que la production centrale commence 
à baisser. L'ondulation saillante de la chaleur est aplanie par 
l'eau froide, et, comme l'intérieur du corps ne continue plus à 
envoyer autant de chaleur, la montagne se change en une 
vallée, et ainsi l'effet produit est plus grand qu'à tout autre 
moment du jour. (D'après l'analyse de Geissier, dans le 
Schmidù Jahrb . , 1870.) 

Billet ^ élève de l'Ecole de Strasbourg, donne les résultats 
suivants : 

7 heures du matin, réveil SG^^S 

1 1 heures du matin, avant diner 36 ,4 

1 1 h. 3//i da matin, après dtner 36 ,& 

1 heure de Taprès-midi , en fumant 37 

3 heures de raprès-midi, une heure après le café. . . 37 ,& 

6 heures de Faprès-midi, avant le dhier 37 ,9 

Après avoir fniné 37 

Au travail, à 8 heures 36 ,3 

3 h. 1/9 du matin 36 ,t 

La température a été prise dans l'aisselle. 

Pour M. Redard ^, la température aiillaire de l'homme 

* Billet, ThèH dé Stnubourg, 1869. — * Paul Redard, Étudê$ de thermomé- 
triê elmù[uê , 187&, p. so. 



336 



CHAPITRE 11. -^ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



adulte prise dans la cavité axillaire étant de 3 7 degrés, la 
température sera de 37%3 dans la cavité buccale, et de 37%5 
à 37^8 dans le rectum. 

sur. 

CONDITIONS QUI FONT VARIER LA TEMPERATUBB DU CORPS 
HUMAIN. LIMITES DES OSCILLATIONS. 



a. INFLUBIIGE DB L'AGB. 



Jusqu'à ces dernières années, et malgré les recherches si 
précises de de Haên, on admettait, sans contrôle suffisant, que 
la température des enfants est un peu plus haute que celle des 
adultes, et que celle des vieillards lui est un peu inférieure. 
Reprise par des observateurs plus rigoureux, la question est 
sortie de cette formule générale, et il nous faut étudier la 
température chez le nouveau-né au moment de la naissance, 
chez Tenfant et le vieillard. 



Température du nouveau-né au moment de la naissance. — Lie- 
big^ avait déjà noté, en i84i, que le nouveau-né a une tem- 
pérature très-élevée, au moment de sa naissance. Il donne 
comme chiffre normal celui de 89° C. 

En i85i, Bœrensprung^ étudia la température chez les 
mammifères (chiens et lapins) pendant la gestation et chez les 



^ Liebig, Chimie organique appli- 
quée à la physiologie et à la pathologie, 
Trad. de Gerhardt , p. 9 1 . Paris , 1861. 

* Rœrenspning, Recherches sur la 
température du fœtus et de V homme 
adulte en santé et en maladie ( Mûller*s 
Arch, a, i85i) — Bœrensprung étu- 
die d^abord la température de Tœuf de 
poule couvé, pendant les premiers dix 
jours, et arrive au résultai suivant : la 



températui^ de Tœuf couvé et vivant 
nW pas constante, et varie dans le 
même jour et d^un jour à Tautre; la 
température de Tœuf couvé dépend de 
la température du fourneau à couver; 
ainsi, la température du fourneau étant 
de 39^5, la température de Tœuf est 
de Zg^fh; la température du fourneau 
étant de 38^â5, celle de Pœuf est de 
38%6a. 



TEMPÉRATURE DES NOUVEAU-NÉS. 337 

fœtus. Chez les animaux , il introduisait un thermomètre par 
une ouverture faite à l'abdomen de la mère. Il pénétrait dans 
Tutérus et dans le ventre du fœtus lui-même. 

Temptfnitare. Dn tentre. Do btirin. De l^nléru. 

Chez une lapine pleine 39%07 39%39 39%&3 

Chez une lapine non pleine 38 ,68 38 «37 38 ,&3 



Différences o%39 i%o5 i%oo 

Chez les vieux animaux, non en gestation, Tutérus et la ca- 
vité du bassin sont un peu moins chauds que le ventre; chez 
les animaux en gestation, au contraire, l'utérus est plus chaud 
que le bassin et celui-ci plus chaud que le ventre. La tempé- 
rature du fœtus ne diffère pas de celle de l'utérus; le fœtus 
ajoute à sa chaleur propre celle qui lui est communiquée par 
sa mère. 

Uenfani dan» le ventre de la mère. — La température de la 
mère avant la délivrance (vagin) est en moyenne de 3o%3/i R. 
(3 7% 9 9 G.). Immédiatement après la délivrance le thermo- 
mètre enfoncé dans Tutérus donne en moyenne 3o%â7 R. 
(37%83 G.). La température du fœtus, soigneusement en- 
veloppé de linges chauds, est aussitôt après la naissance 
(rectum) de 3o%33 R. (37''9i G.). La température du fœtus 
fui trouvée, dans quatre cas, égale à celle de la mère, et dans 
six cas de o%o6 G. plus élevée. Gomme, aussitôt après la nais- 
sance, toutes les influences tendent à abaisser la chaleur du 
nouveau-né, ces derniers six cas prouvent que, contrairement 
aux suppositions, l'enfant dans le sein de la mère possède une 
chaleur plus élevée d'environ o%6 que celle de la mère. 

Enfants nauveau-nés, — Sur trente-sept enfants nouveau- 
nés on a trouvé la température moyenne de 37%8i. Le bain 
liède dans lequel on plaçait les enfants aussitôt après la nais- 



â*i 



338 . CHAPITRE IL— LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

sance amenait un refroidissement de o%37 à i'\6y eo moyenne 
o%98. Les mesures continuées chez les jeuoef enfants non- 
veau-nés jusqu'au dixième jour après la naissance» habituel- 
lement matin et soir, ont montré qu'après le premier bain 
la température est la plus basse, puis qu'en vingt-quatre ou 
trente-six heures elle se relève en moyenne à 37%5 C, et 
qu'elle se maintient presque constamment ensuite à cette tem- 
pérature ; vers le sixième ou huitième jour seulement on trouve 
une légère élévation de 37%7 C. à 38%i3, qui ne persiste pas 
et dont la cause est inconnue. L'auteur attribue au bain tiède 
le refroidissement qui suit la Naissance. On remarque, dès les 
premiers temps de la vie, l'oscillation diurne de la température 
de 37%â9 à 37%8o G. du matin au soir. 

Dans une thèse publiée en i863, Schiffer^ dit avoir trouvé 
également chez le nouveau-né, avant la section du cordon 
ombilical, une température rectale supérieure à la tempéra- 
ture vaginale de la mère. Il en fut ainsi dans seize cas sur 
vingt-trois, deux fois ce fui l'inverse. 

Après la naissance, la température basse descend parfois à 
36%75 pour remonter de i ou q dixièmes de degré. 

Nous pensons qu'il y aurait lieu de refaire ces diverses 
observations en tenant compte de la température de la mère 
avant, pendant et après l'accouchement. Il semble, en effet, 
que cette température influe sur la circulation du fœtus et pro- 
bablement même sur sa température ^. 

^ ScbaiTer, Greifswald, 1 863. il y a danger de mort pour le fœtus. En 

' Winckel (Obs, cliniques sur les moyenDe, il y a le rapport suivant entre 

accouchements, Klin. Beob. etc., p. 189 la température de la mère et la fré- 

à 9 1 6 , 1 869 ) a observé que rélévation quence du pouls du fœtus : 

de la température du corps de la femme 

en mal d*enfanl cause raccélération du 

pouls du fœlus, autrement dit que le 

fœtus lui-même a In lièvre (7). Si cette 

accélération du poub dure longtemps. 



Température 
de la mère. 


Poolf 
(lafortm. 


87* à 88' C. 
38* è Sg* 
39* à 4o* 


tso à tAà pulsatioos. 
ihh k 160 
iCo à 190 



TEMPÉRATURE DES NOUVEAU-NÉS. 339 

^ Les recherches de Georges Wursler ^ coafirment celles de 
BœreDsprung et de Schàffer. 

L'auteur examine la température dans le vagin de la mère 
et Tanus de l'enfant. Il trouve que celle des mères va de 36%3 
à 38\s, et que celle des enfants est un peu plus élevée (d'un 
dixième de degré). L'enfant se refroidit très-vite, de sorte que 
sa température tombe de 37°,4i (chiffre moyen) à 36%25. 
L'auteur a constaté quelquefois des températures élevées à la 
fois chez l'enfant et chez la mère (âo",3 chez la mère, âo%35 
chez l'enfant) dans des cas pathologiques. Ainsi lo fœtus 
aurait une température un peu plus haute que la mère, d'oi!^ 
la conclusion qu'il ne tient pas cette température de sa mère, 
mais de lui-même. 

Un an après, revenant sur le même sujet, Wurster ajoute 
à ses recherches l'observation suivante ^ : 

Dans une présentation du siège avec travail prolongé, il 
trouva dans le vagin de la mère 3 8% 9, 39\i, 38%8, et dans 
l'anus du fœtus 39%^, 39%65, 39%55 C. 

Il nous reste à noter les travaux de MM. Ândral, Roger et 
Lépine sur ce même sujet. 

M. AndraP a recueilli ces observations longtemps avant de 
les publier. Le tableau suivant pprte sur six cas (aisselle) : 

o minute f naisiance. 

t" cas.. . . 38%4 90 min. après. 87^,9 1 h. après. 37',5 

a* 38,3 i5 37,5 19 87,1 

3- 38 ,Q 3o 37,6 13 37,3 

4* 38 ,1 90 37 ,7 8 37 ,9 

5* 37 i8 3o 37,3 19 37,3 

6» 36,7 *5 36,5 8 36,3 

* Observations sur la chaUur propre trie). Dissertation inaugurale. Zurich, 
des nouveau-nés , ^r Georges Wursler 1870. 

de Zurich. {BerL kUn. Wochensckr, VI, ' Ândral, Note sur la température des 

37, 1 869. ) enfants nouveau-nés. ( Comptes rendus des 

* Wnrster, Température des nou- séances de T Académie des êeienceê,iS'jQ^ 
VMiHiM {Beiiràge zur Tocothermome- 1 8 avril, p. 8 1 5. ) 



340 CHAPITRE IL ^ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Dans ces six cas on voit la température, au moment de la 
naissance, dépasser la limite supérieure physiologique de 
l'adulte; entre la quinzième minute et la douzième heure la 
température a baissé mais non au-dessous de celle de Tadulte. 
Pourquoi cette température, à la naissance, est-elle plus 
élevée que quelques minutes plus tard? Dans aucun cas elle 
ne fut liée à celle de la mère , dont le chiffre le plus élevé fui 
36%9. M. Roger avait pensé, sans le prouver, que cette tempéra- 
ture plus élevée était empruntée par l'enfant au milieu utérin. 
M. Andral fournit, à l'appui de cette opinion , le tableau suivant 
de quatre cas où la température de l'utérus fut prise dans sa 
cavité en même temps que celle de l'enfant le fut dans Tais- 
selle : 

Temp^ntore Température de reofant 
de raUros. à n naiieanee. 

i-'cas 38*,7 38%3 

a* 38,5 38 ,& 

3* 38,3 38,1 

^' 37,9 36,7 

On peut voir, dans trois de ces cas, que la température de 
l'enfant, sensiblement plus élevée qu'elle ne le sera plus tard, 
suit une ascension proportionnelle à celle de la tempéra- 
ture utérine, lui étant d'ailleurs constamment un peu infé- 
rieure. 

M. Andral a observé aussi l'abaissement de la température chez 
les enfants deux heures après la naissance, et le rétablissement 
de la chaleur physiologique passé ce temps. Edwards et Des- 
pretz^ avaient admis qu'après la première demi-heure de la 
vie extra-utérine la température humaine est semblable à celle 
de l'adulte. 



' Température aux différents âges , A 18 uu ^6*«99 

d'après DesppeU : ^ *; Î7 »»* 

^ ^ A 78 87 ttS 

Après la nainanee 85%o6 



TEMPÉRATURE DES NOUVEAU-NES. 



341 



Dès 18&&, M. H. Roger ^ avait fourni sur ce sujet des ren- 
seignements précis et complets. Voici ses tableaux : 

I. TEMPERATURE DES ENFANTS NAISSANTS. 



ÂGE. 



1 minate. . . . 

Idem, 

3 k k minutes. 

5à3o 

Idem 

Idem 

Idem 

Idem 

Idem 



ROMBKB 

des 

KnriKATIOHf. 



5o 

su 

39 

68 
36 

60 

fi8 

99 



IfOMBBB 
des 

PDUATIOIIS. 



TBMP^BATDRB TBMP^BATUR 






« 

110 

io5 

190 
l39 

96 

a 

i3o 

65 



AULLAIBB 

de renfant. 



36,75 

36 ,00 

37 ,00 
36 ,00 
35 ,5o 
35 ,5o 
35 ,5o 
35,95 



AXILLAltt 

de la mère. 



36*,75 
36,95 
37 ,00 

a 



t 

37 ,00 

36,00 
37 ,00 



TEMPiRATURB NORUALB CHEZ LES ENFANTS Icés DE 1 A 3o MINUTES. 

Au moment de la naissance, Fenfant a une température au 
moins égale à celle qu'il aura quelques jours et même quel- 
ques années plus tard. Chez deux enfants, la température 
était supérieure à celle de leur mère d'un demi et même de 
1 degré (comme elle l'est chez le fœtus dans le sein maternel 
d'après Bœrensprung). 

Bientôt la température du nouveau-né diminue; à peine 
s'est-il passé trois ou quatre minutes, qu'elle tombe à SG"" puis 
à 3 5% 5 et même à 35%â5. Toutefois cet abaissement n'est pas 
durable, peut-être n'existe-t-il plus au bout de quelques 
heures, lorsque l'enfant, refroidi d'abord par l'évaporation du 
liquide amniotique à la surface de son corps nu , a été réchauffé 
et enveloppé dans ses langes. Ce qu'il y a de certain c'est que, 

' H. Roger, Arch, gén. méd. , h* se- niques eur les maladies de Venfanee. Pat- 
rie, l. V, p. 973 , et dans Recherchée c/»- . ris, 1 879 , p. 9 1 7 et saù. 



342 CHAPITRR M. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



dès le lendemain, la température a notablement remonte; car 
la moyenne donnée par cinq enfants âgés d'un jour révolu fut 
de 37%o5, et les jours suivants elle s'éleva à 3'7%o8. 

M. Lépine ^ a fait des recherches qui confirment les résul- 
tats précédents. Dans dix cas , il a vu que la température de 
l'enfant était au moins de deux dixièmes de degré supérieure à 
celle de sa mère. Cette différence disparait très-rapidement, 
et bientôt la température de l'enfant devient, au contraire, in- 
férieure à celle de la mère. Nous pouvons considérer ce fait 
comme^définitivement acquis. 

Température des enfants après la naissance. — Tous les au- 
teurs s'accordent à noter que la température, après les pre- 
miers instants, diffère peu de celle qu'elle accusera pendant 
toute la vie. 

Voici quelques tableaux empruntés à M. Roger, à qui nous 
devons, sur ce sujet, des recherches très-complètes. 



II. 



TEMPERATURE NORMALE DBS NOUVEAU-N^S. 



Age. 



1 jour 

Idem 

Idem 

Idem 

Idem 

9 jours 

Idem 

Idem f 

Idem 

Idem 

Idem 



SEXE. 



Garçon. 
Fille. 
G. 
G. 
G. 
G. 
G. 
F. 
F. 
G. 
G. 



TEMPERATURE 


PULSA- 


AUUaiM. 


TIONS. 


36%u5 


loli 


36,75 


120 


37 ,00 


80 


37 ,00 


100 


37,25 


80 


36,75 


Sa 


37 ,00 


190 


37 ,00 


HU 


37 ,25 


9a 


37 ,25 


76 


38 ,00 


1 19 



I 



RESPIRA- 
TIONS. 



OBSERVATIONS. 



6A 


Dormant. 


68 


• 


36 




dk 




ho 




86 




h6 


Dormant. 


kh 


awV^^^Pfl 


32 




ho 


Tr^forl. Dormant 


38 


Fort. 



' Lépine, in Gazelle médicale, 1 870. 



TEMPÉRATURE DES NOUVEAU-NÉS.. 



S43 



Age. 



3 jours. 
Idem, . . 
ld$m. . . 
Idem. . 
Idem, . , 
k jours. 
Idem.. . 
Idem,. . 
Idem. . . 
Idem. . . 
Idem,. . 

5 jours. 
Idem.. . 
Idem. . . 
Idem. . , 
Idem.. . 

6 jours. 
Idem. . . 



Idem, . . . 



7 jours. 
Idem. . , 
Idem,, . 



SRXE. 



G. 
F. 

/' 

G. 
F. 
F. 
F. 
F. 
F. 
F. 
G. 
F. 
F. 
G. 
F. 
F. 
F. 
F. 
G. 
G. 
F. 
F. 



TEMP^RATUBB 
AXILLAIIB. 

36 ,00 

36,ti5 

36 ,5o 

37 ,00 
37 ,00 
36,95 
37 ,00 
37 ,00 

37 ,00 
37, «5 

38 ,00 
37 ,00 
37 ,00 

37 ,00 
37,50 

38 ,00 
36,75 
37 ,00 
37,50 
37 ,00 
37 ,a5 

39 ,00 



PULSA- 


RESPIRA- 


TIONS. 


TIOWS. 


70 


36 


80 


96 


iliO 


ho 


1 lU 


39 


8/1 


69 


88 


98 


loâ 


u 


190 


Uo 


190 


36 


119 


39 


108 


39 


8/i 


39 


96 


36 


119 


69 


76 


9A 


Sh 


36 


190 


Uii 


190 


38 


1 19 


39 


198 


5o 


116 


36 


19^ 


hk 


• 





OBSERVATIONS. 



Très-chëUf. 



Donnant. 
GlitftiTe. Dormant. 



Dormant. 
Porte. Dormant. 
Asseï fort. 
Dormant. 
Fort*. 
Chëlive. 

Asseï fort. Donnant. 
Fort. 

A MM forte. Dormant. 



La respiration, la fréquence des battements du cœur, la 
force du sujet, l'âge, le sexe, qui n'existe pour ainsi dire pas 
k cette» époque de la vie, les tempéraments, le sommeil, sem- 
blent avoir une influence très-limitée sur la température du 
nouveau-né. 

Voici deux tableaux de chiffres comparés (les expériences 
ont été faites sur sept enfants convalescents ou atteints de ma- 
ladies non fébriles et sur trois autres ayant diverses affec- 
tions) : 



344 CHAPITRE U. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

AiMelle. Abdomen. 

Ex-Fièvre typhoïde 35%8 36%8 

Gingivite. 37 , A 38 ,6 

Paralysie deltoîdienne 37 ,6 37 ,6 

Ex-Angine couennease 37 ,8 38 ,0 

Ex-Pleurésie 37 ,8 37 , a 

Chorëe 37 ,8 38 ,8 

Ex-Pleurësie 38 , a 39 ,0 

Méningite 36 ,4 36 ,8 

Scarlatine ( a' jour) 3g ,8 39 ,8 

Péritonite 4o ,4 39 ,4 

QUINZE EXPéRIBNGES FAITES SUR DES ENFANTS AGES DE HUIT A THEIZE ANS. 



▲ISSBIiLE. 


fBRTRI. 


BOUCHB. 


PLI 


miR. 


PIBM. 


IIRB. 


BCBOTOM. 


37'.75 


37%5o 


36%75 


36*,5o 


33*,5o 


3i%5o 


# 




37,75 


« 


35,00 


36,5o 


3o,5o 




" 


* 


37,75 


f 




37,25 






M 




37,75 


II 




35,00 






M 


' 


37,50 


H 


37,75 


35 ,5o 


34,75 


99 ,00 


/» 


37",oo 


37,50 


u 




36,5o 






•« 




37,50 


# 




37 ,00 






// 


' 


37,a5 


u 




36,5o 


34,5o 




// 




37,a5 


II 




36 ,80 






II 




37, «5 


a 




^6,95 






H 


1 « 


37,a5 







35 ,00 




35,00 







37,a5 


II 




36,95 






U 


1 


37 ,00 


37 ,00 


37 .«5 


35 ,00 


3i ,5o 


3i ,5o 


se' 


1 35 ,75 


37 ,00 


b 


33 ,00 


$ 






a 


1 


37 ,00 


37,95 


35,75 


36,75 




3i ,00 


t 


1 



Mignot\ externe à Thôpital des Enfants-Trouvés, a choisi 
quatorze sujets doués de toutes les apparences de la santé; 

Mignot, Thèse de Paris, i85i, caloricité et la respiraU<m chez lê$ nom- 
p. 9. Recherches sur la drculaUon , la veau-nés. 



TEMPÉRATURE DES NOUVEAU-NÉS. 



345 



c'était pendant le mois de décembre 18&8, dans une salle 
habituellement maintenue à une température de i5 à 16 de- 
grés. «Nous avons, dit-iU successivement calculé le nombre 
de leurs inspirations en une minute, celui des battements du 
pouls et le degré de chaleur qu'indiquait un thermomètre cen- 
tigrade placé sous l'aisselle. Au moment de l'examen, les en- 
fants étaient couchés dans leurs berceaux, éveillés, mais par- 
faitement calmes. Le thermomètre avait déjà servi à de pareilles 
investigations faites sur des malades, et nous avions eu l'occa- 
sion d'en constater l'exactitude, y* 
Voici le tableau de ces recherches : 





les 
en 


8BXB. 


CONSTITOTION. 


BOMBBB 
des 


nspiBi- 


TBMP^BITDBB 
de 


1. 


JODU. 






rouAHon. 


T10R8. 


lUISMIXl. 


5 


M. 


Forte. 


l39 


68 


37*.7 


9. 


k 


F. 


Grêle. 


lia 


38 


37.3 


3. 


5 


M. 


Grêle. 


108 


9â 


37.5 


A. 


Ix 


M. 


Grêle. 


190 


68 


37.8 


5. 


5 


M. 


Forte. 


190 


98 


38,0 


6. 


Ix 


M. 


Grêle. 


l39 


3o 


36,8 


7- 


tx 


M. 


Vive. 


190 


36 


38,1 


8. 


7 


F. 


Forte. 


l39 


36 


37,4 


9- 


3 


F. 


Forte. 


190 


33 


37,5 


10. 


5 


F. 


Grêle. 


i3â 


38 


37.9 


11. 


5 


F. 


Forte. 


l39 


H 


38,0 


19. 


3 


M. 


Forte. 


l39 


f 


37.9 


i3. 


k 


F. 


Forte. 


f 


H 


37,6 


1/1. 


5 


M. 


Forte. 


l39 


k% 


37,5 


Moyenne. . 


195 


36 


37',6 • 















Le docteur Cassel avait signalé, en 1 867, la température peu 
élevée des petits enfants d'un an, et même il avait noté que 
cette température était plus basse encore le soir que le matin. * 



3/16 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Finlayson^ a étudié la tempéralure normale (rectum) chez des 
enfants sains de dix-huit mois à dix ans et demi, et remarqué 
que , chez eux , les oscillations diurnes étaient plus considérables 
que chez les adultes. Il signale quelques cas où la température 
du soir s'est trouvée très-inférieure [do o\5 à i^C.) à celle 
du matin, dans la rougeole. 

Ayant soumis à l'observation quatorze enfants sains, Fin- 
layson reconnut que : 

1° Les oscillations diurnes de la chaleur propre chez les en- 
fants sains sont plus grandes que chez l'adulte; elles sont de 
l'^à i%5 G. Davy, Gierse, Lichtenfels et Frôhlich donnent 
pour l'adulte le chiffre de o\5 G. 

9° La température tombe, le soir, constamment de i** & 
i%5 G. 

3° L'abaissement le plus marqué de la température a lieu le 
soir entre 7 et 9 heures, quelquefois même dès 5 heures. 
Damrosch a trouvé à peu près la même chose dès i853 pour 
Tadulte. Get abaissement dure jusqu'après minuit. 

/i° La plus basse température s'observe habituellement avant 
9 heures du matin. D'après Lichtenfels et Frôhlich elle aurait 
lieu entre 10 heures et 1 heure de la nuit. 

5° Au matin, entre 2 et 4 heures, la température recom- 
mence à monter sans cause connue, en plein sommeil et à 
jeun nécessairement. 

6"" Les oscillations de la température entre 9 heures du 
matin et 5 heures du soir sont insignifiantes. 

7° L'auteur ne peut rien dire des relations de la température 
avec le pouls et la respiration. 

Nous donnons ici le tableau des diverses observations d'où 
sont extraites les conclusions précédentes. Il s'agit d'enfants de 
trois à dix ans. Le theimomètre était placé dans le rectum. 

' Docteur James Finlayson, Glascow mnl. Joum. II, 1869-1870. 



TEMPÉRATURE DES NOUVEAU-NÉS. 



347 



MEDRES. 



1 heure matin. . . . 

1 h. 1/3 

9 heures 

3 heures 

h heures. 

5 heures 

6 heures 

7 heures 

7 h. i/a 

8 h. i/a 

9 heures 

Midi 

1 heure après midi. 
9 heures 

5 heures. 

6 heures. ...... 

7 heures 

8 heures 

9 heures 

9 ^- */a 

I o heures 

I I heures 

1 1 h. 1/9 

Minuit 



ROMBBI 


HOMBRI 


^e. 


des 


OnilTATIORS. 


nfkm*. 


3 


3 


3 


3 


19 


h 


91 


9 


11 


9 


.5 


.1 


90 


3 


93 


3 


u 


1 


5 


1 


19 


9 


11 


9 


9 


1 


6 


1 


3 


1 


7 


1 


97 


h 


6 


!• 


i5 


5 


10 


3 


i5 


9 


35 


7 


U 


û 


93 


5 



TBMPéRlTUBI 

IIOTMHI 

do rectam. 



36' 

36 

36 

36 

36 

36 

3 

3 

3 

3 

3 

3 

3 

3 

3 

3 

36 

36 

36 

36 

36 

36 

36 

36 



5i 

19 

i5 

59 

70 
90 

o5 
65 
65 
o5 
70 
80 

90 

68 

85 
68 

85 

^9 
55 

kS 

63 

60 

90 

37 



0BSBRVAT10.^& 



Apritlepranler 

déjeuner, 

la moyenne 

ert 87*,5 C. 



Temp^tore 
du «ûr, 

en moyenue: 
S6-,4 C. 



I 



Pilx ' a repris les observations de Finlayson sur les courbes 
diurnes de la température chez les enfants; il a mesuré, soit 
continuellement, soit d'heure en heure, dans cinquante cas, 
la température rectale. La fluctuation est plus grande chez les 
enfants que chez l'adulte. La montée de la chaleur dans les 



* Pilx, Température norHiatê de V enfant y in Jnhrb.f, Kind, ITr. 1871. (Analyse 
dans le Jahreghericht de 1879.) 



368 CHAPITRE IL — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

premières heures du matin est abrupte (r,â G.). Le maximum 
de la température du jour se montre sous deux formes : rare- 
ment il survient entre i o et 1 1 heures et dure plusieurs 
heures; la descente a lieu ensuite, puis il y a une nouvelle 
ascension de & à 7 heures, quelquefois il y en a deux, qui ne 
dépassent pas la première. Le plus souvent la courbe se com- 
porte de la façon suivante : à la fin de la matinée, de 1 heures 
à midi, il y a un maximum de 37\8, et de s à 3 heures un 
second maximum de 3 8% 9^ ou bien, de midi a 3 heures un 
premier maximum de 3 7% 9, et à 5 heures un second maxi- 
mum de 38 degrés; ou bien encore, de 10 heures à midi, un 
premier maximum de 3 8% 9, et de 3 à & heures un second 
maximum de 3 8% 6. Le soir commence une descente brusque 
entre 6 et 7 heures, elle est, en quelques heures, de o%8 à 
t%5 C. 

TEMPÉRATURE AUX DIFFjfRENTS AGES D'APBis BOBBENSPRUNG. 

A la naissance 37*,8i 

Peu après la naissance 36 ,96 

Pendant les dix premiers jours de la vie 87 ,55 

Jusqu'à la puberté 37 ,63 

De i5 à Qo ans Sy ,89 

De 9 1 à 3o 37 ,08 

De 3i à &o 37 ,11 

De ^1 à 5o 36 ,9& 

De 61 à 70 37 ,09 

A 80 ans 37 ,46 

Pour lui, la température reste à peu près constante quel que 
soit l'âge, une fois la première journée passée, et voici ses 
conclusions : 

Résumé des observations concernant Vinjluence de Page sur la 
température. — La température la plus élevée est celle de la 
naissance 37^,81 C; elle tombe, dans les premières heures, 
de o",93 pour remonter ensuite et se maintenir à 3 7°, 5 C; 



TEMPÉRATURE AUX DIFFÉRENTS ÂGES. Zà9 

elle ne change pas sensiblement jusqu'à la puberté,- et elle 
baisse faiblement ensuite pour s'élever de nouveau à l'âge de 
la décrépitude. En somme, la température est presque fixe 
pendant toute la vie. L'auteur, s'appuyant sur ce que la quantité 
d'acide carbonique expiré est beaucoup plus petite chez les vieil- 
lards par rapport au poids du corps, que chez les individus 
jeunes, pense que l'élévation de température qui reparaît chez 
les vieillards tient à ce que, chez eux, Xévaporatùm par la peau 
diminue. 

Température des meiUards. — Bœrensprung , Moleschott et 
beaucoup d'autres auteurs admettent que la température des 
vieillards est supérieure à celle des adultes, d'autres avaient 
admis la proposition inverse. Chacune de ces opinions est 
appuyée par des considérations physiologiques. Pour les uns , 
la faible quantité d'acide carbonique exhalée explique le 
refroidissement ; pour les autres , le peu de vitalité de la peau 
empêche Tévaporation et le refroidissement au contact de 
l'air, ce qui explique l'élévation de température. 

Toutes ces propositions sont purement spéculatives. 

M. Roger a pris la température de sept vieillards bien cons- 
titués, dont l'âge variait de 7 a à 96 ans. Il a trouvé : 

.... Température Température 

RespmtioDf. Palntioiis. .... . . . . 

'^ anllaire. de la boodie. 

Moyenne a3 68 36^,68 36%a3 

Minima 18 56 36 ,0 3S ,5o 

Maxime 96 76 37,10 37,0 

Liste \ interne à Bicétre, a conclu avec raison que» chez le 
vieillard, le pouls n'est pas plus lent, la température n'est pas 
plus basse que chez l'adulte. Il n'existait pas dans ses obser- 
vations de différence de o**,!» â o*',3 entre la température du 

' Cité par Redard , p. 19. 



350 CHAPITRE 11. ^ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

vieillard et celle de Tadulte, ainsi que certains autears Font 
avancé. 

Pour M. Gharcot^ bien que, chez les vieillards, la fonction 
respiratoire soit amoindrie « bien que le mouvement nutritif de 
composition et de décomposition paraisse également diminué, 
la température n'éprouve, parles progrès de l'âge, aucune mo- 
dification appréciable : «37%q, 37*.5, rarement 38' dans 
le rectum, et tantôt un peu moins, tantôt un peu plus de 
1 degré au-dessous de ce chiffre dans Taisselle ; telle est, d'après 
les recherches très-nombreuses que j'ai faites à ce sujet, la tem- 
pérature normale du vieillard jusqu'aux extrêmes limites de la 
vie. D M. Gharcot ajoute qu'il a présenté aux élèves de sa clinique 
une vieille femme plus que centenaire, et qui avait habituelle- 
ment S'j'^jli dans Taisselle et 38'' au rectum. Mais c'est là un 
chiffre exceptionnel. Il ajoute : «En résumé, la température 
centrale est la même chez les vieillards que chez l'adulte; 
j^ajouterai qu'elle présente dans les deux cas la même fixité, et 
qu'elle ne s'émeut d'une manière un peu sensible, mais* tem- 
porairement, que dans Tétat pathologique. 9) 

Nous avons donné en détail ces recherches, qui prouvent 
une fois de plus , que les inductions a priori ont plus souvent 
pour effet d'égarer que de guider le médecin. 11 a fallu accu- 
muler les preuves pour arriver è cette conclusion, que, sauf 
au moment de la naissance, la température reste à peu près 
constante; que, bien que les appareils se modifient et que la 
création et la déperdition de la chaleur se trouvent soumises 
à des lois variables, l'équilibre entre les deux se maintient 
fixe pendant toute la durée de la vie. 

b, INFLUENCE DU SEXE, DE LA CONSTITUTION, DE Là RAGE. 

Toutes ces influences sont si faibles, qu'elles sont contes- 

' (^harcol, lAÇon» cliniques tur les nmladiei de» vieiUarde , «j* édit., 1876, 

p. *J J9. 



INFLUENCE DU S£XE, DE L*AL1MENTATI0N. 851 

tables. Il ne semble pas y avoir de différence notable entre la 
température de l'homme et celle de la femme, et la vigueur 
du sujet ne se traduit pas par une élévation sensible de la 
température. 

Livingstone, dans ses Voyages en Afrique, dit avoir observé 
que, tandis que sa propre température était de 37^77, celle 
des indigènes était de 36^69. Il est probable que cette diffé- 
rence n implique pas un écart réel entre la température des 
différentes races, mais qu'elle est l'effet d'un défaut d'acclima- 
tement sur lequel nous reviendrons plus loin. 



C. IMPLUBIfCB DE L^ALIMBlITATIOll. 



D'après Longet * : «^ L'ingestion des aliments augmente à la 
fois l'absorption de l'oxygène et le dégagement de l'acide car- 
bonique; par conséquent, la chaleur animale doit s'accrottre 
par suite de cette ingestion, n 

Il suffit de consulter les tableaux des oscillations diurnes 
de la température que nous avons donnés plus haut pour être 
convaincu que cette conception a prion n'est pas exacte. Nous 
savons que les repas, et en particulier celui du soix, ne sont 
pas suivis d'une augmentation de la température. 

Mais l'abstinence, la diète, l'inanition, ont une influence 
considérable sur la température. Nous avons vu , dans la pre- 
mière partie, que Chossat a constaté que, chez les animaux pri- 
vés d'aliments, la température s'abaisse notablement, et qu'aux 
approches de la mort elle est quelquefois de t8 à so degrés 
au-dessous de la température normale. 

Bidder et Schmidt ont trouvé, chez un chat affamé, que la 
température, dans le premier jour de diète, était tombée d'une 
certaine quantité, puis qu'elle s'était ensuite maintenue pour 
tomber rapidement dans le jour qui précéda la mort. 

' LoDgel , Traité de pkyiiologie , 1. 1 , p. 1 1 09 , 1 86 1 . 



352 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA PIÈYRB. 

Contrairement à ce qui a été observé sur les animaux, Jûr- 
gensen a trouvé, à la suite de longues recherches sur l'inanition 
chez rhomme, que rabaissement de température qui se pro- 
duit le premier jour, fait place, le second jour, à une éléva- 
tion de température; il explique ce fait par la consommation 
des éléments propres du corps (autophagie), qui se fait après 
l'absorption des provisions alimentaires, et qui produit plus 
de chaleur. 

Sans aller jusqu'à l'inanition , la diète ou une alimentation 
insuffisante fait baisser le chiffre de la température K M. Mar- 
tins ^ a eu l'occasion d'observer, aui environs de Montpellier, 
deux troupeaux de canards qui vivaient dans des conditions 
identiques, mais l'un n'avait qu'une nourriture insuffisante, 
tandis que l'autre recevait journellement des rations abon- 
dantes et de bonne qualité. Chez les premiers, la température 
moyenne était &i%i77, tandis que chez les seconds elle s'é- 
levait à Ai%9'78. La différence en faveur des canards bien 
nourris était donc de o%8. 

Ainsi, même en négligeant les faits de mort par refroidis- 
sement dû à l'inanition, il semble que la nourriture insuffi- 
sante abaisse le chiffre de la température animale. La tradition 
a précédé ici l'expérience, et la diète a toujours été conseillée 
comme moyen de lutter contre la chaleur fébrile. 



* De la nutrivité dêi diven ndimênti, 
par William S. Savory. ( The Lancet, i- 
t&-i5,avrii i863.) Savory donne un 
tableau de la nature des aliments, du 
poids du corps, de la composition de 
Turine. .. Les rats nourris avec des 
substances azotées ont une température 
qui ne tombe pas au-dessous de 37%9. 
Les résultats généraux sont qu*un ani- 
mal peut vivre de viande exclusivement, 
aussi bien que d'aliments mixtes, sans 
perdre de sa chaleur, ce qui confirme les 
idées de Liebig. Les animaux nourris de 
matières dépourvues d*azote mouraient 



avec les mêmes symptômes et la même 
perte de poids que ceux qui étaient sou- 
mis à une abstinence complète. Leur 
température ne tombe pas quand on les 
maintient dans un air chaud, ils ne 
meurent donc pas par soustraction de 
chaleur, mais parce quHIs oonsoment 
leur propre corps. 

* Martins, .Mpm. iur la température /f es 
oieeaux palmipèdes du nord de VEu- 
rope, p. 16. (Extrait des Mémmreê de 
VAcad. des iciencee et lettres de Mont- 
pellier, i85ti, L IH.) 



INFLUENCE DE L*AGTIV1TÉ MUSCULAIRE. 353 

d. INFLUENCE DE L'ACTIVITÉ MUSCULAIRE. 

H est de notion vulgaire que le repos longtemps prolongé 
s'accompagne d'un sentiment de refroidissement qui s'accuse 
surtout aux extrémités. Mais ce refroidissement semble surtout 
périphérique, et l'activité musculaire qui suffit à rétablir la 
sensation de chaleur ne fait pas hausser la température cen- 
trale. Davy, Robert Latour, Becquerel, Thierfelder ^ ont cons- 
taté que les mouvements du corps font hausser la température 
des parties extérieures, tandis que la chaleur interne reste 
sans changement. 

M. Roger a fait des recherches confirmatives des précédentes. 
«Pour juger de X influence de l'exercice, dit-il^, nous avons fait 
courir pendant huit minutes deux garçons, l'un âgé de treize 
ans, l'autre de douze : chez l'un la chaleur augmenta par la 
course d'un demi-degré; chez l'autre elle resta exactement la 
même. Dans ces expériences, le nombre des respirations et 
des pulsations avait augmenté dans une proportion beaucoup 
plus notable; dans la première, les mouvements respiratoires 
s'étaient accrus de i d et dans la seconde de 6 ; dans la première, 
le pouls battait 56 fois de plus à la minute, et, dans la seconde, 
ââ fois de plus. Remarquons dans la première expérience la 
coïncidence de l'exaltation des trois fonctions respiratoire, 
calorifique et circulatoire, j» 

Ces résultats varient d'ailleurs selon la conformation des 
individus, et cette dernière influence a été bien mise en lu- 
mière par Botkin dans son Cours de clinique médicale^ : «Pen- 
dant le mouvement musculaire énergique , si la déperdition de 
la chaleur par les poumons et la peau est insuffisante par suite 
de quelques particularités de l'organisme, la température 



' Thierfelder, in Sckmidt'» Jakrb, leê maïadieê de Vm^ance. T. ]« p. 997. 
i85i, L LXXl. « Botkin, Ik la fièort. Trad. fran- 

' H. Roger, Recherchée cUmqwê eur çaise, 1879, p. 91. 

93 



354 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

augmente considérablemeot. Deux hommes avaient monté en 
trois minutes à 3o mètres de hauteur; chez l'un la température 
avait baissé de quelques dixièmes de degré ; chez l'autre elle 
avait monté de i%5, soit de 3 6% 7 à 38%q. Le premier était 
petit et fluet, le second grand et gras. Le premier, après l'as- 
cension, n'éprouvait pas la moindre gène de la respiration; le 
second était hors d'haleine. Le corps du premier, par sa petite 
taille et sa bonne capacité pulmonaire, se trouvait dans des 
conditions favorables au refroidissement. Le ventre ballonné 
chez l'autre gênait le diaphragme, et ses mouvements respira- 
toires étaient précipités et insuffisants. Sans doute cette imper- 
fection de la respiration fut cause que la déperdition de la 
chaleur ne se fit pas assez rapidement; la chaleur fut retenue 
dans le corps, d'où augmentation de r,5.» 

L'exercice musculaire poussé jusqu'à la fatigue n'a pas non 
plus une action considérable sur la température. Speck^ a 
étudié l'influence de la fatigue sur les excrétions (urine), sur la 
respiration, sur le poids du corps. . ., sur le pouls et la cha- 
leur. En ce qui concerne le pouls et la chaleur, la fatigue fait 
monter la température, et ce phénomène dure tant que dure 
la fatigue. Après le repos, la température descend quelquefois 
jusqu'à la normale, ou se maintient un peu au-dessus. Même 
avec une fatigue très-grande, accompagnée de sueurs pro- 
fuses, de battements dans les tempes et d'accélération de la 
respiration, la température ne s'élève guère de plus de 0^5 C. 
Le pouls reste accéléré au delà de la fatigue. — Une petite 
fatigue n'élève pas sensiblement la température. 

Pendant l'activité musculaire énergique, si les causes d'aug- 
mentation de la chaleur sont exagérées, les moyens de déper- 
dition sont également exaltés. Un des plus puissants est l'accé- 
lération des mouvements respiratoires. 



^ Speck, Infltêêncê (h la fatigué cor- d, tria, Héilk.f VI, 9, p. t6i-3iA, 
poTêlU iur Porgantiinê humain. (Àrch, 1869.) 



INFLUENCE DE ^ACTIVITÉ MUSCULAIRE. 355 

R Cette influence' se manifeste, moins en ce que l'activité 
de la respiration entraîne un plus grand apport d'oxygène 
qui favorise la combustion et par suite élève la chaleur, que 
par une augmentation de la perte de chaleur qui, dans les 
poumons, est liée à réchauffement de l'air inspiré et à l'évapo- 
ration de Teau. La température dans le rectum commence 
bientôt, après une forte accélération de la respiration, à tomber 
un peu, et elle se maintient encore pendant quelque temps 
abaissée après le retour de la respiration à sa fréquence nor- 
male. L'accroissement de la fréquence de la respiration , se pro* 
duisant suivant que la perte de la chaleur est enrayée ou aug- 
mentée, a donc l'importance d'un mode de régulation de la 
chaleur. Les changements de la respiration influent aussi sur 
la vitesse de la circulation, et agissent indirectement sur la 
température." 

Mais les procédés de déperdition de la chaleur peuvent 
être insuffisants. Ainsi Wunderlich ^ a constaté une élévation 
thermique très-considérable, consécutive à des efforts excessifs, 
chez un coureur qui s'était évanoui au milieu de sa course et 
avait été transporté sans connaissance à sa clinique. Sa tempé- 
rature était de &o%5, et son pouls battait 108 pulsations par 
minute. L'urine contenait un dixième de son volume d'albu- 
mine. Deux heures après, la température était déjà retombée 
à SgVi* Le lendemain, elle était redevenue normale et resta 
telle; l'albumine de l'urine diminua et disparut au bout de 
quelques jours. 

Nous n'avons du reste qu'à appliquer les principes que nous 
avons développés en étudiant les causes de la production de la 
chaleur dans les muscles, au double point de vue des actes 
chimiques qui s'exaltent sous l'influence de leur activité et de 
la transformation de la chaleur en mouvement. 



' AdienDano , in Ikutêch. Àrch. /. kUn. Mêd. h* 9, p. 159. — ' Wuodef- 
lich,p. i53. 

•j3. 



356 



CHAPITRE IL — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 



Lorsque l'activité musculaire se déploie sans peine et sans 
fatigue, il est difficile de se rendre un compte exact de ces di- 
verses actions ; mais, lorsque l'activité musculaire est employée 
par exemple à faire une ascension, on peut constater que 
l'absorption de la chaleur pour faire du mouvement est bien 
réelle. 

MM. Lortet et Marcet nous ont laissé la relation de deux 
ascensions qu'ils ont faites au Mont-Blanc , les 17 et 9 6 août 
1869 : ^^ verra que, pendant la marche, le thermomètre» 
placé sous la langue , indiquait un notable abaissement ^. 

LORTET : TEMP]£bATDBB prise socs LA LANGUE. 



LIEUX. 






Chamonû 

Cascade du Dard.. 

Gbalet de la Para. 

Pierre Pointue . . . 

Grands Mulets... . 

Grand Plateau.. . . 

Boase du Dronu- 
daire 

Sommet du Mout- 
Blanc 



ALTI- 
TODB. 

en 
MAnia. 



iOOO 

i5oo 
i6o5 
•0A9 
3o5o 
3981 



ASCENSION 
DO 17 aoOt. 



Immo- 
bile. 



86%5 
36 ,& 
36,6 
36,6 
36,5 
36,8 



Marche. 



86«,S 

85.7 
34,8 
38,3 
33,1 
3a ,8 



4556 , 36 ,4 3a ,a 



48to 



36,3 



3a ,0 



À8CIN8ION 
ov a6 aoOt. 



Immo- 
bile. 



86,8 
36,8 
36,4 
86,8 
36,7 

86,7 

86,6 



Maithft. 



85«.8 
84,8 
34, a 
83,4 

3a ,5 
8a ,3 
81 ,8 



timpIbatcbb 



HVAIl. 



i7aodt 



+ I0*,l 

+ 11 «a 
+ 11 ,8 
+ t8 ,a 

- o ,8 

- 8,a 

-10 ,8 

- «.I 



aftMdt. 



+ ia%4 
+ 18 ,4 
+ t8,6 
+ i4 ,1 

- t .5 
-6.4 

- A.t 

- 8,4 




6â 

70 

So 

108 

116 

laS 

186 

171 



M. Lortet en conclut que, pour monter, le corps use plus de 
chaleur qu'il n*en peut produire, à cause du peu de densité 
de l'air. La raréfaction de l'air fait qu'à chaque inspiration il 
entre dans les poumons moins d'oxygène à une grande hauteur 
que dans la plaine. En même temps, l'homme qui a monté 



^ Lortel, Deux atcennonê au Mont- Lyon médical. — Marcel, Journal de 
Blanc, Victor Masson , 1869. Extrait du physiologie, 1870, p. A Ai. 



INFLUENCE DES CLIMATS. 357 

a dépensé en travail utile une quantité de chaleur facile à 
calculer (353 unités de chaleur pour s,ooo mètres). 

Pendant la descente, au contraire, il n'y a plus de diffé- 
rence entre la température au repos et en marche, et alors 
cesse le malaise des montagnes, que MM. Lortet et Marcet at- 
tribuent à ce refroidissement. 

e. IlfPLUBlIGB DE Là TEMP^RATORE EITéfilEURB SUR CELLE DU CORPS. 

Les anciens, comme nous l'avons dit en analysant les ou- 
vrages de Boerhaave, professaient que l'homme ne peut vivre 
dans un milieu plus chaud que sa température propre. Lors- 
que les idées se furent réformées sur ce point, on admit que, 
pendant l'été, la température du corps était plus élevée qu'en 
hiver (Martine). Hallmann trouva sa température plus basse 
que celle de Gierse, parce que le premier observait en hiver 
et le second en été. Les recherches modernes ne confirment 
pas ces assertions. J^ous savons seulement que, lorsqu'un in- 
dividu passe brusquement d'un milieu dont la température est 
basse dans un milieu très-chaud, sa chaleur propre s'en trouve 
légèrement influencée. Mais il s'agit là d'un fait transitoire 
dû à la lenteur de l'accommodation, et non d'un fait permanent, 
et il n'y a pas d'écart réel dans la température des peuples qui 
vivent sous des climats différents. 

Dans un voyage d'Angleterre à Ceylan, Davy^ a noté une 
élévation progressive de la température du corps chez les 
hommes de l'équipage, à mesure que l'on atteignait les lati- 
tudes chaudes. La différence était, entre leur température à 
Londres et leur température à Ceylan, de i%7 à q%i 5 G. Le 
même auteur a noté que la température du mouton s'élevait, 

' PhUoiophic. Tratuact, oj thê royal iyitênu, their vital importa and their 

Society of London, i8iâ, t CIV. — bearing on health and dUeate; by Ro- 

Voyei ëgalement : On the tpecialfune- bert Willis M. D., London, 1867. 
tioni of the tudor^HÊroui and hfn^katie 



358 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

dansl'étéyà o%55 et même i%6G. plus haut qaedans Thiver. 
On sait qu'il en est de même pour les oiseaux. 

Reynaud» chirurgien de la marine, a établi, dans un voyage 
en Asie , qu'un changement de 1 8 degrés dans la température 
de l'air entraînait, chez l'homme, une différence de o%&7. 
Eydoux et Souleyet^ dans un voyage à Rio-Janeiro, firent 
quatre mille observations sur dix personnes qui étaient à bord, 
et virent que la température de l'homme monte ou descend 
avec celle de l'air et que le changement est plus lent quand 
on passe d'un pays chaud dans un froid , qu'inversement. Les 
expériences de Letellier sur des oiseaux et des petits animaux 
ont donné le même résultat. Les expériences faites en mer 
par M. Brown-Séquard^ concordent avec celles d'Eydoux et 
Souleyet. 

Le tableau suivant résume les faits observés par MM. Eydoux 
et Souleyet, J. Davy et Brown-Séquard. 

OIPPéBBNGB DIPPéaiKCB 

dans la températare dans le degré 

Rtmoaphériqae. de ebaleor aaiiDale. 

Kydoiix et Souleyet. . /io^o G. Dans le rectum i%o C. 

John Davy 1 1 ,t i Sous la langue , de climat chaud 

à climat tempéré o ,88 

Brown-Séqiiard ai ,5 De climat froid à climat chaud. . . i ,i65 

Rmwn-S«'qnard i3 ,5 De climat chaud àdimat tempéré, o ,67 

• 

Les observations de M. Brown-Séquard, comme celles d'Ey- 
doux et Souleyet, montrent que l'élévation de la température 
de l'homme a lieu plus vite quand il passe -d'un climat froid 
dans un climat chaud, que l'abaissement de la température 
quand il passe d'un climat chaud dans un climat froid. 

Le milieu ambiant a donc sur la température de l'homme 
une légère influence, mais celle-ci est bien vite atténuée, et 

' Eydoux et Souleyet, Comptée ren- * Brown-Séquard, Joiini«/<if fî^fio- 
duê de l* Académie de» ictencf» de Parié, logif, t. Il, p. 559, 1859. 
t. VI,p. 'i56. 



INFLUENCE DE LA TEMPÉRATURE EXTÉRIEURE. 359 

Parry et Back ont vu que , même pendant les froids les plus ri- 
goureux, la chaleur du corps humain restait sensiblement cons- 
tante. 

A côte de ces expériences, dans lesquelles on soumet tout le 
corps à l'influence du milieu extérieur, chaud ou froid , il est 
intéressant de savoir quelle est la rapidité de réchauffement et 
de refroidissement d'une partie du corps, soumise seule à l'ac- 
tion extérieure d'une température froide ou chaude, et quelle 
est l'influence de ces modifications sur la chaleur générale du 
corps. 

Ce sont là les questions que MM. Tholozan et Brown-Sé- 
quard ^ ont cherché à résoudre dans leurs recherches expéri- 
mentales sur rinfluence du froid sur l'homme et sur les ani- 
maux vertébrés. 

PREMiiRE PARTIS. — De la rapidité de rabaissement de la tem- 
pérature d'une portion peu étendue du corps de l'homme lorsqu'on la 
soumet à l'action du froid, — Hunter a constaté que , si l'on place 
des fragments de glace sous la langue, et qu'on les y laisse 
fondre pendant dix minutes, le thermomètre, qui marquait 36** 
avant l'expérience , tombe ensuite à q 5 degrés. 

W. Edwards et Gentil ont obtenu des résultats analogues. 
L'un d'eux, ayant tenu pendant dix minutes une de ses mains 
dans de l'eau à 36 degrés un quart, trouva qu'elle était à i ù 
degrés et demi, cinq minutes après l'avoir tirée de l'eau. Cette 
expérience, dit Edwards, montre combien est rapide et grand, 
et supérieur à ce que Ton aurait pu supposer, l'effet réfrigé- 
rant de l'eau froide appliquée à une de nos extrémités. 

MM. Tholozan et Brown-Séquard ont fait sur le même sujet 
les expériences suivantes : 

1 " Main à s 9 degrés un quart , plongée dans l'eau à 9 de- 



' Tholoian et Brown-Séquard , Journal de la phyiioU^e de Phomme $t d€i ont- 
maux, i858, L I, p. A97. 



360 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

grés. Darée de l'immersion trois minutes et demie. Retirée de 
Teaa et essuyée, la main n'avait plus que 19 degrés. En trois 
minutes la température de la main avait baissé de plus de 
i degrés. 

à** Main à 36 degrés un tiers , plongée dans de Teau à 8 de- 
grés. Durée de l'immersion, dix-sept minutes. Retirée de l'eau 
et essuyée, elle n'avait plus que 18 degrés et demi. En dix- 
sept minutes elle avait perdu 1 8 degrés. 

S"" Main à 33 degrés, plongée avec le tiers inférieur de 
l'avant-bras dans de l'eau à zéro. Durée de l'inunersion, dix 
minutes. Elle n'avait plus que â3%&. En dix minutes, elle avait 
perdu 1 degrés. ^ 

Une quatrième et une cinquième expérience donnèrent, 
dans des conditions analogues, les mêmes résultats que la pré- 
cédente. 

11 est donc certain que l'exposition d'une main , seule ou avec 
une partie de l'avant-bras, è l'action d'une eau à basse tempé- 
rature, peut faire perdre à la main de 10 à 18 degrés dans 
un temps très-court. 

Deuxième partie. — De la lenteur du retour de la température 
normale dans une extrémité notablement refroidie. — W. Edwards 
avait déjà noté la lenteur du réchauffement d'une main sou- 
mise h une basse température. 

Voici le résumé des expériences de MM. Brown-Séquard et 
Tholozan : 

1° Dans un cas où l'immersion d'une main dans de l'eau à 
9 degrés n'avait duré que trois minutes et demie, il fallut 
trente-huit minutes de séjour de cette main dans l'atmosphère 
è 1 9*" pour qu'elle revint à sa chaleur initiale. 

â" Dans un cas où l'immersion d'une main dans de l'eau à 
8 degrés avait duré dix-sept minutes, cette main, exposée à 
l'air dans une atmosphère à i5 degrés et demi, ne revint è 



INFLUENCE DE L\ TEMPÉRATURE EXTÉRIEURE. 361 

36 degrés et demi, sa température initiale, que cinquante- 
cinq minutes après sa sortie de l'eau. 

3° Dans trois cas, où la température d'une main avait été 
abaissée de lo, ii, i3 degrés, pour avoir séjourné dix mi- 
nutes dans de Teau à zéro, il a fallu plus d'une heure pour 
que cette main revint à sa chaleur première , dans une atmos- 
phère de 1 5 à 1 6 degrés. 

Il est donc bien certain que nos extrémités refroidies ne 
reprennent leur température qu'au bout d'un temps assez long. 
C'est là un résultat capital, car il concourt à démontrer un 
fait sur lequel nous insisterons plus tard, à savoir que le froid 
fait contracter d'une manière durable les vaisseaux sanguins. 

Troisièmp. partie. — De Cmjluence du refroidissement d!une 
petite partie du corps sur la température des parties éloignées et sur 
la température générale. — VV. Edwards avait constaté qu'en 
plongeant une main dans de Teau à zéro, l'autre main perdait 
jusqu'à &" C. Il avait cru légitime de conclure que la tempé- 
rature générale du corps s'était abaissée. 

MM. Brown-Séquard et Tholozan ont vérifié l'exactitude du 
refroidissement pour la main non immergée^ mais ils ont vu^ 
en outre, que la température buccale ne variait pas, que même 
parfois elle s'élevait un peu. On conçoit, disent-ils, que, par 
suite de l'excitation si vive des nerfs sensitifs ou centripètes de 
la main, la moelle épinière réagisse et produise la contraction 
des vaisseaux des deux mains. 

Mais le plus puissant élément d'échauffement ou de refroi- 
dissement ne se trouve pas indiqué dans les recherches de 
MM. Tholozan et Brown-Séquard : cet élément , c'est le mouve- 
ment du milieu qui enveloppe notre corps. Nous devons ren- 
voyer, sur ce sujet, aux belles études de William Edwards que 
nous avons analysées dans la première partie. 

M. Jonathan Osborne a essayé de préciser ces influences 



363 CHAPITRE II. ~ LA CHALEUB ET LA FIÈYRS. 

diverses, en se plaçant dans les conditions ob se trouve un 
malade dans une chambrQ et en déterminant la puissance dif- 
férente de refroidissement de Teau et de l'air, différence que 
nous utiliserons plus tard , quand nous étudierons 1 action an- 
tipyrétique de Teau froide. 

M. Osbome ^ a établi la différence du refroidinemmi dans 
Pair et dans Veau, à une égale température : dans une chambre 
à la température de 5 6^ F. (t 3% s s G.), le thermomètre tombe 
de So"" à go"" F. (de 3â^^ à q6%7 G.) en 9/1 secondes, et dans 
l'eau à la même température, en 8 secondes. Ainsi l'eau à 
iQ%QQ G. est iQ fois plus refroidissante que l'air à la même 
température, fait qui concorde parfaitement avec notre sensa- 
tion lorsque nous prenons un bain à la température de l'air. 

Dans une chambre close à &o* F. (/i%&& G.), le thermo- 
mètre opère son refroidissement en 7^ secondes; et dans la 
même chambre, è la même température, le thermomètre en- 
veloppé d'un linge humide se refroicCt en 36 secondes. 

Le refroidissement dans Pair ou Veau en mouvement, — Dans 
l'eau tranquille à 7 0" F. ( q 1 ^ 1 G. ) le thermomètre se refroidit 
en ùti secondes;. mais, si l'on remue l'eau, il se refroidit en 
1 5 secondes. L'auteur explique ainsi comment aucun homme 
ne peut dépasser une certaine limite de temps en nageant, 
quelque grande que soit sa puissance musculaire, parce que 
le contact permanent du corps avec des masses d'eau tou- 
jours renouvelées le refroidit à lel point, qu'il en résulte une 
limite à l'action de ses muscles. 

Le rapport du refroidissement dans l'eau tranquille au re- 
froidissement dans l'eau mise en mouvement est de 100 à 60. 
A des températures plus basses la différence doit être encore 
plus grande. 

^ Jooalhan Osborae, Thermomètre à nal, XXXIII, 66, p. 973, 981, may 
refroidUsement : metntre du rê/roidiêtê- 1863.) {Schmidt'ê Jahrh, i. GXV« 
Inent du corps par Voir. (Dublin Jour- p. 1/16, i863.) 



INFLDENCE DU VENT. 368 

Dans l'atmosphère d'une chambre à Sy^ F. (i3%9 G.) le 
thermomètre se refroidit en i lo secondes; et il se refroidit 
en 16 secondes, si Ton fait agir un soufflet. Rapport : 100 à 
1/1. — Ainsi s'explique l'action rafraîchissante des Punkah de 
rinde et de nos éventails. 

Alors même que, dans une chambre, toutes les fenêtres et 
les portes sont closes, il y a des courants d'air rafraîchissants 
qui peuvent être appréciés au thermomètre. Ainsi un thermo- 
mètre suspendu librement dans une chambre close à 60^ F. 
(t5%6 G.) se refroidit en i3i secondes, tandis que placé 
dans un cylindre de verre fermé dans cette même chambre, il se 
refroidit seulement en 167 secondes. Rapport : 83 à 100. 

Influence du vent, le plus puissant élément cUmatérique, — A 
l'air libre et à une température de 61** F. (i6%i G.), le ther- 
momètre se refroidit en 45 secondes; dans le même air, le 
thermomètre enfermé dans le cylindre se refroidit ^n 1A9 se- 
condes. Rapport: 3 à loo; c'est là une différence dont le 
thermomètre ordinaire ne donne aucune idée. A Saint-Péters- 
bourg, les cochers de drowski se tiennent à l'air libre même 
par les plus grands froids quand l'air est tranquille; mais 
souffle-t-il du vent, ils doivent» sous peine d'être gelés, se ré- 
fugier sous des abfis. Des observations semblables sont faites 
par les voyageurs au pôle nord. 

Influence réfrigérante du courant d'air dans une chambre. — Le 
thermomètre, dans une chambre à la température de liU^ F. 
(6^7 G.), se refroidit en 7s secondes, et, dans la même 
chambre, par une nuit tranquille, avec une température de 
5 i°F. (1 o%6 G.), la fenêtre étant enlr'ouverte, le thermomètre 
placé à un pied de la fenêtre se refroidit en 3 s secondes. 
Pendant une autre nuit, à Si'' F. (io%6 G.) dans la chambre 
et âS"" F. (7%Q G.) au dehors, le thermomètre, au voisinage 
de ia fenêtre fermée, se refroidit en 1 00 secondes, et, quand 



s ifiiiBm- ne mur hbviuii iC 



f air isnr À TmàoniuiL âf* nonôn» 




mm» . — 5«r it tiût ^ssfmt wê im JTwm peu écran* la 
ygmmnsujpt éaâ: -àp ii^.s C. «C le ^kssiMtre sV refiroi- 
■Stssà: «IL - 2-S AKfloièK. Itassm fêma. b Imperataue était 
ûf :«'«î C 2 # TdrfDéunit fsn *** netnafei: dans une 
âuiàrf k îa ibSb» uopénAn, If dMnBawIre plaeé loin 
àz 5r^<£r «f rsriôâisaà: «n i»« naoaaJpT^ Lors donc qn*oD 
j» rnc H!Ô^ fx i&np f su ii^w. «n a ktaa chanl ci le de?ant 
et snr 9fvpf . fa i fr^ôc n de», plv inaid nlae qn'en dehors 
n mas'jofi jtfvôrailmr dn Ipvvt. 

M. OA / g ^f r^fln^ «MÔle à drhmniner la poiasanee de 
TC&*»&waK!Di de» cfrnnft?. eC i propose, ponr délenniner 
^fâf îxih»f»nf . ax prxvfd^ t hainw n fui ^pe fort ii^gàiienx. 

Le» 1De3mlll^ fct: 1^»::^ df oaïuitre les propriétés phy- 
ÀcDf» di» bftci c« i}« f9r.:4«flit leni^ malades. Ds se serrent 
if» ta^if» :<î<f!iittf» à faid^ dn b a r om è t re, de lliygromètre, 
de fftz^nEB^mfCTf . do piorîcmètre: il man<|Qe un instmment 
^ïi rfs>i; >f» <)fa>i:>ons immédiates de chaod et de froid pro- 
da::<» jvtr Vlr, N:4re cx-^ips s'adapte à une température eité- 
rieoiT^f oNKtaate , mak la brasserie des variations Fatteint et 
le tnxibte. H >*a*;ît donc moins de fiier le d^ré dn thermo- 
mètre ^ue U soudaineté de 5«n abaissement, qoi est aussi 
celle de notre refroîdifssiement Par exemple, dans un milieu 
dont la température est au-dessous de 96\5 C, nous pouvons 
éprxMiver une sensation de fraîcheur: à t3\3 C. nous ne nous 
trvMivons point mal étant bien habillés et daa^ une chambre 
bien femHV« mab« dans un courant d^air de même tempéra- 
ture « nous ^prourerons une sensation de froid qui est propor- 



RÉSISTANCE À LA CHALEUR. 365 

iionnelle h la conductibilité , laquelle est en raison de Thumi- 
dite. 

Or le thermomètre ne nous apprend rien sur ces deux 
états; il nous donne la température du milieu ambiant, mais 
non son pouvoir réfrigérant; on ne peut obtenir ce renseigne- 
ment qu'en portant dans le milieu refroidi et dans le milieu 
mobile, un thermomètre qui marque le degré le plus élevé de 
température du même milieu tranquille; si le thermomètre 
soumis h cette épreuve est artificiellement maintenu toujours 
au même degré, la rapidité avec laquelle il tombe montre 
quelle est la quantité du pouvoir réfrigérant, et la somme de 
toutes les influences de milieu qui soustraient de la chaleur. 

L'auteur échauffe son thermomètre à go"" F. (33%â G.) et 
le laisse tomber à 80** F. (26%7 C). H se sert, pour réchauffe- 
ment, d'eau ou d'une lampe à alcool. U préfère le thermomètre 
h alcool parce qu'il est plus facile à lire. 

/. LIMITES DB^RésiSTANGB DBS ANIMAUX A LA GHALBCR BT AU PBOID. 

Les diverses influences que nous venons de passer en revue 
n'impriment à la température du corps que des modifications 
passagères et peu importantes. Il n'en est pas de même de la 
chaleur et du froid excessifs. A quel moment et par quel mé- 
canisme le chaud et le froid frappent-ils les animaux? Ce sont 
là deux questions qui méritent de nous arrêter. Prises en 
elles-mêmes, elles nous feront connaître la mort par l'insolation 
et par le froid. Appliquées à la théorie de la fièvre, elles nous 
donneront quelques notions sur le mode d'action des tempé- 
ratures élevées survenues par le fait même des maladies fé- 
briles. 

1® La chaleur excessive peut tuer les animaux et l'homme. 
Sans remonter aux auteurs anciens, pour qui ce résultat brutal 
était de notion aussi vulgaire que pour nous, nous cher- 
cherons les premières indications sur le mécanisme de la 



866 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

mort par la chaleur dans les auteurs qui ont tenu à préciser 
son mode d'action. 

Boerhaave avait conclu , d'expériences mal interprétées , que , 
lorsque l'air ne vient plus rafraîchir le sang dans le poumon, 
la vie devient impossible. Il avait vu qu'un chien , un ehat et 
un moineau , placés dans une étuve à 166° F. (75* C), péris- 
saient, le moineau en sept minutes, et les mammifères en 
vingt-huit minutes environ. Mais, dès 17&8, John Lining pu- 
blia des observations faites à GbarIestov«rn , et il montra que 
l'homme vivait dans cette localité à la température de 3 9^ G. 
à l'ombre, et de 5i^ C. au soleil. Adanson, dans son Voyage 
au Sénégal, raconte que, pendant son séjour sur le Niger, la 
température de sa chambre montait, dans le jour, à Uo"" ou 
45» R. 

En 1806 Delaroche admit que deux caractères distinguent 
les animaux des autres corps de la nature : 1* résister au 
froid, c'est-à-dire, posséder une température plus élevée que 
le milieu ambiant; a® résister à la chaleur, c'est-à-dire, rester 
à une température inférieure à celle du milieu ambiant. 

Delaroche ^ institua plusieurs séries d'expériences dans le 
but de vérifier le degré de chaleur que peuvent supporter les 
animaux. Pour cela les animaux furent placés dans une étuve 
sèche. 

PRBHiiRE EXPÉRiENGB. ( Cholcur supportée sans mourir. ) 

Un chat, un lapin, un pigeon, un bruant et une grosse 
grenouille furent introduits dans une étuve dont la tempéra- 
ture était de 34 à 36 degrés. A 1 heure 10 minutes, tous les 
animaux furent placés dans Tétuve. 



' Influence iur I* animal de V exagération de la tetnpérature exUrieure, (Cl. Ber- 
nard, Chaleur ammale, p. 336.) 



RÉSISTANCE À LA CHALEUR. 367 

Chai 9 heures. L'animal, couche au fond de sa cage, devient 

agite; respiration fréquente. 

Idem a^ aS*" . . Agitation plus grande, cris plaintifs, yeux vifs 

et brillants. 

Idem 9^ 35" . . Retire de l*ëtuve, rentre bientôt dans son ëtat 

naturel. 

Lapin .... i^ 5o". . Respiration saccëlëranl de plus en plus. 

Idem 9^ i5" . . Respiration génëe. 

Idem. .... 9^ /i5" . . Retiré de Tëtuve, rentre bientôt dans son étal 

naturel. 

Pigeon. ... 1^ AS" . . Devient haletant, bec entr ouvert. 

Idem i*'55'".. Très-faible. Tremblement général. 

Idem .... 9^ 95" . . Cet état diminue peu à peu. 

Bruant.. . . i^ 95" . . Agité, haletant. Cet état continue encore et 

l'animal n'est remis qu'une heure après la 
sortie de Tétuve. 

Grenouille . i^ 95" . . Respiration d'abord plus fréquente, reprend 

ensuite son type normal. A la sortie de l'ë- 
tuve, la température de la grenouille est à 
19 degrés. Mise dans l'eau froide, elle re- 
vient bientôt à son état naturel. 

DKUXiiiiB EXpiRiENCB. {Chakw devcHue mortelk.) 

Les animaux de rexpérience précédente sont réunis le len- 
demain dans la même étuve qui monte cette fois de kb h 
5â degrés. A k heures 5 minutes les animaux sont introduits 
dans Tétuve : 



Chat 

Lapin .... 
Pigeon. . . . 

Bruant. . . . 
Grenouille . 



6 heures. 
6 heures. 
5' 95- . . 

4' 99- . . 
6 heures. 



Mort avec convulsions et troubles respiratoires. 
Mort avec agitation , puis coma. 
Mort avec agitation, tremblements, convul- 
sions. 
Mort avec respiimtion accélérée et agitation. 
Parfaitement vivante, retirée de l'étuve. 



TRoisiàMB BXPéaiBivcB. {Résistance des invertébrés à la chaleur.) 

Deux bulimes, deux sangsues, deux scarabées nasicornes 
mâle et femelle, deux larves du même insecte, deux courti* 



368 CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Hères, trois punaises des bois, furent introduits dans i*étuve, 
dont ia température était de 35 à 3 7 degrés. 

Les bulimes rentrent dans leur coquille , et se détachent des 
parois de l'étuve; puis remises dans Teau, elles reviennent i 
leur état normal. Les sangsues se ramassent sur elles-mêmes 
et restent dans cet état pendant tout leur séjour dans Tétuve. 
Les scarabées, d'abord très-^agités, deviennent, sur la fin de 
l'expérience, plus tranquilles. 

De ces expériences, Delaroche tire les conclusions sui- 
vantes : 

Les animaux ont la facilité de résister à la chaleur pen- 
dant un certain temps, mais cette résistance n'est pas la même 
chez tous, ce qui fait qu'ils ne sont pas tous affectés également 
par la chaleur. Les animaux de petite masse succombent » après 
un espace de temps assez court, à une chaleur de Ub à 5o de- 
grés. La gravité des symptômes est d'autant plus grande et la 
mort d'autant plus rapide, que la chaleur est plus considé- 
rable. 

L'organisation de la classe à laquelle ils appartiennent 
établit des différences entre ces animaux. Les animaux à sang 
froid et les larves d'insectes supportent plus longtemps la cha- 
leur que les animaux à sang chaud, (l'est l'inverse pour les 
insectes è l'état parfait. 

Delaroche et Berger entreprirent sur eux-mêmes de nom- 
breuses expériences pour déterminer le degré de température 
que l'homme peut supporter. De 4 9 à 58 degrés, l'étuve 
devint insupportable pour Delaroche, qui en fut malade; Ber- 
ger n'en fut que légèrement fatigué. D'un autre côté. Berger 
n'a pu rester que sept minutes dans une température à 87 de- 
grés, tandis que Blagden a supporté pendant onze minutes 
une température de 83 degrés un tiers. Tous les hommes ne 
supportent donc pas également la même température. 

On sait d'ailleurs que la chaleur peut devenir nuisible, à 
des degrés moins élevés, quand elle dure longtemps. 



RÉSISTANCE X LA CHALEUR. 369 

Dans un deuxième mémoire (t8i o), Delaroche explique le 
mécanisme de la résistance à la chaleur et attribue une influence 
prépondérante à un fait purement physique, Tévaporation qui 
se produirait sur la surface cutanée et pulmonaire. Fordyce et 
Blagden avaient admis dans le corps vivant une cause vitale 
capable de produire du froid : c'est contre cette opinion que 
s'élevèrent Delaroche et Berger. Ils s'appuyaient sur ce fait que 
les animaux exposés à une température de 35 à &o^ G. s'é- 
chauffaient quelquefois de 6 ou 7 degrés, et que cette aug- 
mentation n'avait de limite que la mort. Ainsi : dans une étuve 
sèche à ^5 degrés, un lapin séjourne une heure quarante mi- 
nutes: 

Avanl. Aprit. 

Température prise dans le rectuiu sur le lapin. . . 39%7 lid'^fi 

Une grenouille placée dans la même étuve acquiert en une 
heure une température propre de 36%7, qu'elle conserve pen- 
dant toute la durée du séjour, qui a été d'une heure et demie. 
La température d'une autre grenouille exposée à une chaleur 
de ti6'',fi s'est élevée à 98 degrés et y est restée stationnaire. 

Pour prouver que la résistance à la chaleur était due, pour 
les animaux, à l'évaporation par la peau et les poumons, Dela- 
roche examina comparativement l'influence de la chaleur sur 
la température des animaux et sur celle des corps bruts dont 
la surface entière fut humectée. Il plaça dans une étuve di- 
vers animaux, des alcarazas pleins d'eau, et des éponges 
humides. 

Dans une étuve h lib degrés, la température d'un lapin s'é- 
leva de 39%7 à â3%8, celle d'un alcarazas baissa de 35" à 
3t°,/i, où elle resta stationnaire. 

Dans une étuve à 3 6% 5 une grenouille acquit une tempé- 
rature stationnaire de 98 degrés, et l'une des éponges attei- 
gnit 3 7*, 9, l'autre 9 7%6. 

Delaroche en conclut que l'évaporation, produisant sur les 



370 



CHAPITRE U. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



alcarazas et les éponges un refroidissement plus marqué que 
celui que Ton observe sur les animaux , est la cause de la ré- 
sistance à la chaleur. 

Delaroche, pour le prouver, supprime cette cause de refroi- 
dissement pulmonaire et cutané, en plaçant les animaux dans 
une éluve humide, et il constate que la température de ces 
animaux s'est élevée au-dessus de celle de Tair humide dans 
lequel ils étaient plongés, excepté .pour les grenouilles. 







Dinii 


TIMpéRATUm 


TKMPéBATURE 


TBMPiBATOM 




AMMAUX 


00 tiioot 


<i« 


M L'inmàt, 


N L*â>nAL 


1 




tlaat l*élavp. 

1 


L'éroTi. 


apr^ s^joar. 


avant téjomr. 




iiiiiiutps. 








i t. 


Lupîu > . 


^y 


38%7 


'ia"/i 


îlO*,o 


». 


/«im . . 




38 ,7 


'i3,o 


39,6 


a. 


/«W 


r>s 


Ao,7 


/i3,6 


ho ,0 


V 


fÀ^ 


55 


38,7 


^9,9 


39 ,6 


5. 


i<Ui 


7^ 


38,7 


ûa »7 


60 ,(i 


(>, 


fitUm 


â:> 


'io,7 


'i3,i 


39^7 


1 7- 


('alitut . ■ 


5r» 


3; ,7 


'la ,7 


39,0 


1 S, 


/im 


55 


38,7 


4a ,9 


39,0 


9- 


liUm . 


\)< 


ho ,7 


'i3 ,5 


39,0 


lo. 


/i/<tii . . 


55 


^0 ,7 


'i6,a 


38 ,& 


1 
II. 


Pi^tnni 


55 


37 ,7 


'j3,K 


6a ,5 


! l'i- 


/i/^M. . . • 


.lO 


4o ,7 


A 5 ,0 


'n ,9 , 


1 1^. 


/uVm 


U 


^1 ,1) 


Mi ,9 


61 ,K 1 


1 1. 


iiiviioiiilUv 


73 




«6 ,0 


a 


I«>, 


Kitm 


5t> 


îi7,j 


«7.8 


f 1 



Pour |)elar(Khe« le développement du froid chez les ani- 
maux expost^ à une forte chaleur est le résultat de Tévapora- 
lion, mais il iijoute qu*il ne faut pas comparer d'une manière 
absolue les corps \ivants avec les corps bruts, et que ce phé- 
nomone est également le résultat de> causes vitales qui règlent 
r^ction du %\slème exhalant. 



ACTION SUR LE SYSTEME MUSCULAIRE. 



371 



Depuis ces expériences, que M. Cl. Bernard analyse, et aux- 
quelles il rend une justice très-méritée , les auteurs qui se sont 
occupés de la question ont porté leur attention sur trois appa- 
reils, et ont cherché à déterminer le mode d*action de la cha- 
leur : 1° sur le système musculaire; a° sur le système nerveux; 
3** sur le sang. 

Les premières expériences de M. Cl. Bernard datent de 
iSliQy mais elles n'ont été publiées complètement que dans 
ces derniers mois; nous les placerons à la lin, parce que des 
recherches récentes complètent et expliquent les premières ^ 

1 " AcûoH de la chaleur sur le système musculaire, — En 1 8/iâ , 
E. Brùcke ^ avait cherché à expliquer la rigidité cadavérique. 
Il avait émis Tidée qu'il se fait dans la fibre musculaire une 
coagulation analogue à celle qui donne naissance au caillot 
de la saignée, mais il ne connaissait ni la nature précise de 
la matière coagulable, ni l'agent de cette coagulation. Du- 
bois- Reymond' prouva que les muscles sont alcalins tant 
qu'ils sont irritables; que, dès qu'ils deviennent acides, ils 
perdent leur irritabilité. Cette acidité est due à l'acide lac- 
tique. W. Kuhne ^ reprit la question alors qu'il était prépara- 
teur de M. Cl. Bernard au Collège de France. En broyant des 
muscles frais, W. Kûhne obtint un liquide neutre, rougeâtre, 
contenu des fibres musculaires. Ce liquide se coagule spontané- 
ment, mais avec une rapidité qui varie avec la température: 
à 1 degrés la coagulation n'a lieu qu'après plus de six heures; 



I Nous empruntons quelques-unes de 
ces analyses à Texcelient mémoire publié 
par M. Vallin {Arch. gén, de médecine, 
6* série, 1871, t. XVllI, p. 799, et 
1873, t. XIX, p. 70): Du mécanùme 
éê lu mort par la chaleur extériettre. 

' RrucLe, Veber die Uraaehe der Tu- 
^sêUtrre; in MûHer'ê Arek., 18/19, 
p. 178. 



' Duboi»-Reymond , Defihrœ muêcu- 
lariê reactione , ut chimiciê vtta eit , acida ; 
in MoHOtêberichUf der BerUner Akademie , 
18.59, p. 998. 

* W. Kùbne, Untereuchungen ûber 
Bewegungen und Verâ$iderungen der con- 
traetilen Subetamen, etc. ; in Àrchit. i>on 
Reichert, 1869, p. 7'iH. 

9^ • 



372 CHAPITRE H. ^ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

selon l'espèce animale qui a fourni le liquide, à 36, &o ou 
àb degrés, la coagulation est instantanée. Le tissu musculaire 
intact devient acide et inexcitable quand il est plongé dans un 
liquide (à réaction neutre : mercure ou huile d'olive neutre) 
qui, pour les grenouilles, dépasse 87 degrés, et, pour les ani- 
maux à sang chaud , est de 7 ou 8 degrés plus élevé que la 
température normale du corps. Pour Kûhne, la rigidité par 
la chaleur ne diffère pas de la rigidité cadavérique. L'examen 
microscopique des muscles de l'hydrophile, soumis à ces deux 
influences, donne des résultats identiques. 

De plus, il ressort des recherches de Kûhne ce fait capital, 
que le degré de chaleur auquel est portée la fibre musculaire 
donne, s'il ne dépasse pas 87 degrés chez la grenouille» une 
rigidité et une inexcitabilité temporaires; mais que, si le degré 
de chaleur est porté à âo degrés, la coagulakon est définitive, 
irrémédiable. 

Ce résultat est des plus importants à retenir au point de 
vue des applications à la pathologie; il explique les diver- 
gences qui régnaient entre les différents observateurs, Pick- 
ford, Schiff, Wundt. M. Vallin pense toutefois que les limites 
assignées par Kuhne sont un peu étroites. Il a vu, dans une 
de ses expériences, que les deux cuisses d'une grenouille vivante 
étaient insensibles, paralysées, rigides, par une immersion de 
trois ou quatre minutes dans de l'eau h lio degrés: le len- 
demain, les muscles étaient redevenus souples et excitables. 
Hermann^ a constaté également qu'en plongeant la patte d'un 
chien dans de l'eau à 5o degrés, de manière à rendre l'inertie 
complète , les muscles redevenaient assez promptement souples 
et excitables. 

Ce qui est vrai pour les muscles de la grenouille l'est éga- 

* Sur la nature du processus chi- culier le résumé donné par ce dernier 

miquequi caractérise la rigidité muscu- dans sa Phynologie, p. 95o-956. Tra- 

laire, on lira avec fruit les travaux de duction française annotée par le docteur 

Ranke, Preyer, Hermann, et en parti- Onimus. 



ACTION SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE. 373 

ieinent pour ceux des autres espèces animales, mais le degré 
varie avec la température propre de ces animaux. La tempé- 
rature de 38 à Âo degrés détruit le muscle de la grenouille; 
celle de /i5 degrés, celui du lapin, du chat, du chien; celle 
de Â8 à 5o degrés, celui des oiseaux. 

Ce fait de la rigidité instantanée et de la mort du muscle 
par une température bien inférieure à celle qui coagule 
Talbumine est absolu, il ne manque jamais. Il a été cons- 
taté par tous' les observateurs et particulièrement par M. Cl. 
Bernard, qui en décrit toutes les conditions dans ses Leçons 
sur les propriétés des tissus vivants ^ Il a été vérifié également 
par M. Vallin ^. Mais ce dernier expérimentateur, au lieu de 
placer les animaux dans une étuve, les exposait (chiens et la- 
pins) immobiles au soleil, et la mort arrivait d'ordinaire au 
bout d*une heure. L'identité des résultats obtenus par M. Cl. 
Bernard et par M. Vallin est de nature à faire accepter leurs 
conclusions comme définitives, surtout parce qu'ils ne se sont 
pas placés dans les mêmes conditions. 

Voici le résumé des expériences publiées par M. Cl. Ber- 
nard ' : 

Dans une série d'expériences qui datent de iS&a, M. Cl. 
Bernard avait obtenu des résultats tout à fait comparables à 
ceux de Delaroche. 11 a repris ces études à l'aide d'un appareil 
plus perfectionné^. Un oiseau, plongé dans une -étuve sèche 
à une température moyenne de 65 degrés, est mort en moins 
de quatre minutes, et un lapin de taille moyenne, placé dans 
les mêmes conditions, est mort en vingt minutes. Les animaux 
ont eu d'abord une accélération de la respiration et de la cir- 

* Leçon» tur le$ propriétéi det tititu thésiques ( Revuê de» coun »eientjfiqnê$ , 
vivant», i866, p. aSo et sSi. 1867, p. 997 et 3^). — Influence de 

* Vallin, Recherche» expérimentale» la chaleur tur le» anintaux (Revue de» 
»ur Vintolatûm et le» accident» produit» antr» teieni^ique» , 1 87 1 , p. 1 33 et 1 89). 
par la chaleur (Arch. gén. de méd., fé- — Chaleur animale, p. 346. 

vrier 1870). * Cl. Bernard, La chaleur animale, 

^ Cl. Bernard, Leçim» »ur le» ane»- p. 363. 



374 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

culation , puis ils 8ont morts rapidement avec de Tagitation ou 
dans les convulsions; k lautopsie, les phénomènes ont pré- 
senté le même aspect : augmentation de la température dans 
le rectum de 5 à 6 degrés au-dessus de la température nor- 
male, puis arrêt du cœur, rigrdité cadavérique très-rapide et 
sang noir dans les artères comme dans les veines. 

M. Cl. Bernard analyse ensuite l'influence do la chaleur sur 
les divers systèmes et éléments organiques, muscles, sang, sys- 
tème nerveux , etc. 

Pour le système musculaire de la vie organique, la chaleur 
est un excitant Lorsque la température d'un animal s'abaisse, 
les battements du cœur diminuent d'énergie et de nombre. 
(Exemple : les animaux hibernants, la grenouille engourdie 
par le froid.) Chez les mammifères soumis à l'influence de la 
chaleur, à mesure que la température s'élève, le cœur bat 
plus vite, et la circulation s'accélère jusqu'au moment où elle 
cesse brusquement et oà les animamc meurent dans les con- 
vulsions. Les fibres musculaires de l'intestin, de l'estomac, des 
cornes de l'utérus, des uretères, réagissent de même« 

La chaleur agit donc comme un excitant sur les fibres mus- 
culaires de la vie organique; de plus cette action est directe, 
elle ne s'exerce pas par l'intermédiaire du système nerveux, 
elle peut se produire immédiatement par le sang. En réchauf- 
fant la patte d'une greiK)uille refroidie dont les nerfs sont 
coupés, les battements du cœur reprennent de la fréquence. 
La chaleur est donc un excitant direct du système musculaire 
de la vie organique. Il n'en est pas de même pour le système 
musculaire de la vie animale, celui-ci n'est pas excité par la 
chaleur. 

Cette action excitante a une limite, et, portée trop haut, 
elle fait cesser brusquement les battements du cœur. Quelle 
est la cause de ce phénomène? MM. Kûhne et Ranvier, pré- 
parateurs de M. Cl. Bernard, ont constaté que la myéline était 
coagulée. 



ACTION SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE. 



875 



La mort a donc lieu par Tarrét brusque du cœur. M. Valiin 
ajoute que, dans plus de la moitié de ses expériences, il y 
avait inertie du diaphragme en même temps qu'inertie du 
cœur. Cette inexcitabilité du diaphragme est confirmée par les 
recherches d'Obernier^ (animaux sacrifiés dans Tétuve) et par 
celles de Walther de Kiew^ (animaux exposés au grand soleil). 

Les observations médicales concordent avec ces expériences. 
Bien qu'en général elles soient très-incomplètes sous le rap- 
port thermométrique , dans toutes on signale qu'au moment 
de la mort par coup de soleil l'homme présente de hautes 
températures. Le docteur Roch observa, h bord du Golden 
Fleece, dans la baie d'Annesley, en mai 1 868 , un grand'nombre 
de cas d'insolation , dans la même journée; chez un homme 
qui venait de tomber foudroyé et qu'on lui apporta immédia- 
tement, la température axillaire marquait kb'' C,^; le docteur 
Bennett Dowbs^, à la Nouvelle-Orléans, trouva dans cinq cas 
43%9, 4a%8, 37%9, 4o°,5 et 4i\9. Le docteur Wood donne 
les chiffres suivants : 



* Obernier, Der Hitzschlag {Insola- 
tûm , coup de chaleur, etc. ) ; Bonn , 1 867, 
in-8';VIU,iai'». 

' A.yf9ÏiheràeKkw,U9bertâdtlieh€ 
Wàrmeproduction in thieriichen K^- 
pfm (Butt. de VAcad. de Samt-Péter»- 
bourg, XI. 17-99). Analyse in Med. 
CmtraWlatt , 1867, p. 891. — Von der 
Wirkung itrahlender Wàrme auf den 
thiêriêchen Organitmui ( Vorlàufige Mitr 
tlmlung in Mediemùehe» Cmtrtdblatt, 
1867, p. 770-779). 

^ Docteur Roch, On h^at apoplexy. 
{Mêd, Tim$$andGaz., 7 juillet 1868.) 

^ In Mémoire eur l'ineolation , par 
Meissner de Leipiig {Schmidft Jahrb. , 
1869, 1*^* partie, p. 89 et suiv.). 

Consiiltei également les auteurs sui- 
vante : 



En 1 867, Obernier à Bonn , Pasâauer 
à Vienne, Michaëlis, avaient rapporté 
des cas de mort par asphyxie dans les 
armées en marche. En France , Moutard- 
Marlin((raz. dei hôp., i5, 1868); en 
Angleterre et en Amérique , Jones ( Lan- 
cet, 6 juillet 1868), W. Madean (ibid. , 
5 août), Johnson (BriL med, Joum., 
1" août 1 868 ) , Baûmler {Med. Timei, 
i*' août 1868), Bennet (t'M., i5août), 
James J.Lewick(P(mfi«3ffo. Ho$p. Rep., 
1868, I, p. 369), Bullar (Brit, med. 
Joum., 99 août), W. Strange {ibid., 
99 août), LoUiot {Got, de» hàj»,, 1 5 fé- 
vrier 1868), ont fourni de nombreuses 
observations de c« genre. Le docteur 
Helbig a tenté {Mémoire de Meiêiner) de 
donner la théorie de cette affection dès 
i858. 



376 CHAPITRE II. ~ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Après It mort. 

i'* observation. . . q heures. Température dans le thorax. . . â9%9C. 
9* observation ... i heure.. Température dans Tabdomen . . âa ,9 
3* observation ... 9 heures . Idem 63 ,6 

Le coup de chaleur agit comme le coup de soleil ; le doc- 
teur Gasey ^ vit un ouvrier fondeur en cuivre qui était dans le 
coma depuis quelque temps à la suite d'un coup de chaleur 
dont il mourut. Il trouva dans l'aisselle â3 degrés. Chez un 
raffineur frappé brusquement et immédiatement éloigné de 
Tétuve, le docteur Baûmler^ fît, deux heures après l'accident, 
les observations suivantes : 

AiMtllt. Rcctom. 

A6M5" 49%6 -r 

A 6*95" 49 ,1 49%3 

A 6' 3o" ^49 ,0 ♦ 

Il est probable qu'observé plus tôt, le malade aurait oflfert 
une température beaucoup plus élevée. 

Meissner, dans son mémoire, cherche à expliquer le pro- 
cessus de la mort, et il fait remarquer les phénomènes sui- 
vants : i"" l'accélération et TafTaiblissemenl des battements du 
cœur, d'où résulte une circulation imparfaite à la périphérie 
et une accumulation du sang dans les organes profonds: q"" l'ac- 
célération et l'insuffisance de la respiration. Le mol de Wood, 
't fièvre de chaleur, v n'est pas sans valeur. 

Lewick^ a cherché, en comparant les symptômes et les lé- 
sions anatomiques du typhus et de l'insolation , à établir que 
celle-ci était bien réellement une maladie fébrile. Il remarque 



* Docteur Casey, CoMê of hêatfever, XXXVII* vol., p. 60, 18.^9. Les jour- 
{Med. Timêi and Gaz.^ 1866, p. 96.) naux] américains renferment nn grand 

' D' Baûmler, On a coh ofheat ttroke nombre d*observation8 d*insolalion. Mal- 

(M«</. rtWs amf Gaz. 1868, p. 118). henreasement la température n*a été 

* Lewick, Rêmarkê on mnêtroke, in recherchée que dans un* petit nombre 
The ameriean Journal of médical êcience» , de cas. 



ACTION SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE. 377 

dans les deux maladies des symptômes communs : le pouls faible , 
la peau chaude, le visage et les conjonctives rouges, la livi- 
dité, les soubresauts des tendons, et, h Tautopsie, la putré- 
faction rapide, les pétéchies et les larges ecchymoses, le sang 
fluide dans les veines, la congestion veineuse du cer>'eau, des 
épanchements dans les ventricules et sous l'arachnoïde; la 
substance du cerveau saine ou un peu moins transparente 
qu'à l'état normal, les poumons présentant une infiltration 
hypostatique dans leurs parties postérieures et inférieures, le 
cœur rempli de sang liquide, etc. 

Dans cinq cas, Lewick a observé 43", /i9°,8, 4r, i, 4o",8, 
4 5% 5 après la mort. 

Cette élévation de la température après la mort a été signa- 
lée aussi par Walther. Il aurait trouvé sur un lapin 46 degrés 
(rectum) au moment de la mort, et 5o** C. une demi-heure 
après. Walther cherche à expliquer cette élévation de tempé- 
rature par la transformation du mouvement en chaleur, par 
suite de la rigidité due à la coagulation musculaire. M. Vallin 
n'a pas observé cette élévation post mortefn. 

Il semble que la rigidité du cœur ait été constatée par les 
expérimentateurs et par les observateurs, notamment par 
Wood^; enfin quelques médecins, Meissner entre autres, ont 
noté la faiblesse extrême des bruits du cœur. Si l'on se rap- 
pelle la théorie de Kuhne, on voit également que le retour 
de la vie après un arrêt d'une durée notable répond à cette 
contracture passagère qui survient dans le muscle soumis à une 
température relativement peu élevée. 

Quelque séduisante que soit cette théorie, est-elle cons- 
tamment justifiée? M. Marey^, dans ses recherches sur la 
contractililé musculaire, a figuré la courbe plate et unie que 
trace le myographe, qui inscrit la contraction d'un muscle 

^ H. C. Wood , On itirutrokê ( The * Marey, Du mouvement dant Uêfont' 
amtriean Journal ofmeH.»ci€ncet,iH63, (t'ont de la vie; Paris, i868, p. 3&A- 
p. 377). 358. 



378 CHAPITRE IL * LA CHALKDII ET LA PIÈVBE. 

M>ainisà une chaleur trop élevée. Eckhard\ Schdske*, E. Cyon^ 
ont examiné directement le cœur, plongé dans un liquide élevé 
h des températures variées, mais préalablement ils l'avaient 
détach/? du corps de l'animal. Le résultat, fait remarquer 
M. Vallin, est plus complexe qu'il ne parait au premier abord, 
et il est difficile de foire la part de l'action de la chaleur sur 
les éléments nerveux cardiaques et sur la fibre musculaire. 
Toutefois ils ont trouvé que, chez la grenouille, la chaleur 
portée jusqu'à tio degrés accélère les battements du cœur: â 
ce degré le cœur reste immobile; l'effet utile correspond à 
une température de 1 8 à ^26 degrés. De plus , le cœur, devenu 
immobile à âo degrés, recommence à battre au bout de très- 
peu de temps par le refroidissement. 

9" Action de la chaleur sur le système nerveux. — Depuis 
longtemps les médecins ont invoqué l'action de la chaleur sur 
le système nerveux, et ils ont vaguement parlé de sidération 
des forces, etc., mais les premières expériences dignes d'être 
rappelées sont récentes. Afanasieff ^ a montré que la chaleur 
augmente rirritabilité d.es nerfs moteurs, mais Tépuise rapi- 
dement. Ainsi un nerf sciatique échauffé progressivement à 
4o degrés provoque, par l'excitation électrique, des contrac- 
tions beaucoup plus fortes, mais de plus courte durée, que le 
nerf chauffé à 3o degrés. Il faut attendre, pour obtenir une 
nouvelle secousse, un temps d'autant plus long que la tempe- 
rature avait été plus élevée; c'est ce que l'auteur appelle la 
mort apparente du nerf. A partir de 5o"C., l'excitabilité di- 
minue, elle est complètement anéantie à 65° C. L'élévation 



' Rckhard, Einjluti der Temperatnr- ^ E. Gyon, U^ber den Einfluu, etc., 

Erhohung awf dit HerzbHDêffung , in in iSc^miWf't /iiAr6. 1867, BTXXXVl, 

ScKwidrtJahrb. iSe^.n^CWWUp.-]. p. 5. 

' Schelfike , Die Wirkung dêr Wàrme * Afanasieiï , Untenuehmngên ûber den 

aufdat Hei'Zj in Schmûit'i Jahrb. 1 860 , Eif^tui der Wàrme, etc., in Arck. von 

b* (iVll, p. 160. Hnchert, i865, p. 691-709. 



ACTION SUR LE SYSTÈME NERVEUX. 379 

lente et graduelle ne produit jamais de convulsions sponta- 
nées, c'est-à-dire indépendantes de Texcitation électrique; 
mais l'application brusque de la chaleur détermine, à 35-âo'\ 
des contractions cloniques, et, à Ao-AS'' C, des spasmes téta- 
niques qui durent quelquefois une minute. 

M. Cl. Bernard a soumis les animaux aux expériences sui- 
vantes : 

Il reconnaît que les modifications sont difficiles à constater, 
puisque le système musculaire se trouve atteint par la cha- 
leur. Mais, en réservant une partie d'une grenouille, une patte 
postérieure par exemple, en plongeant l'animal tout entier, 
excepté cette patte, dans un bain d'eau chaude, on voit que 
les fonctions de tout le système musculaire sont abolies, sauf 
celles des muscles de la patte, or le nerf sciatique provoque 
des contractions dans cette partie. Le nerf moteur résiste donc 
plus à la chaleur que le muscle. 

Que devient le nerf sensitif? Sur une grenouille M. CI. Ber- 
nard coupe la moelle épinière entre les deux bras, afin d'em- 
pêcher les mouvements volontaires. 11 plonge une jambe dans 
l'eau chaude à 36*" C. L'immersion dure cinq minutes. La patte 
retirée de l'eau ne donne plus aucun signe de sensibilité, 
bien que la chaleur n'ait pas été portée assez loin pour abolir 
les propriétés des muscles ou des nerfs moteurs, car, en pin- 
çant la patte non immergée, les deux pattes réagissent. 

La chaleur éteint donc, suspend ou épuise assez facilement 
les propriétés des nerfs sensitifs; ce phénomène se lie étroite- 
ment à la curieuse découverte faite par M. Cl. Bernard ^ de 
l'anesthésie par la chaleur. Une grenouille vivante, plongée, 
pendant deux ou trois minutes, dans de l'eau à SG^'-Sy", tombe 
en état de mort apparente , elle est insensible, on peut pratiquer 
sur elle les opérations les plus douloureuses sans provoquer de 
réaction; mais le cœur bat, la grenouille est anesthésiée, 

* Cl. Bernard . Lêçtms »ur ht anê»thé»iquei ( Bfvue deê court tciênUfiqun « 1 869 , 
p. agy). 



380 CHAPITRE II. ~ LA CHALEUR ET LA FIÈTRE. 

elle n'est pas morte ; dès qu'on la met dans Teau froide , elle 
revient à elle et se met à nager. L'insensibilité ne provient pas 
de l'action de la chaleur sur les muscles, car l'expérience 
réussit aussi bien quand la tête seule est plongée dans l'eau 
chaude. M. Vallin ' va plus loin que M. Cl. Bernard dans ses 
conclusions, et il croit avoir démontré que ce qui est vrai pour 
les grenouilles l'est également pour les animaux supérieurs. 
M. Cl. Bernard n'aurait pas obtenu les mêmes résultats sur les 
chiens et les lapins, sans doute, d'après M. Vallin, parce que 
cet éminent physiologiste aurait introduit la tête de ses ani- 
maux dans l'étuve , et que , par conséquent , ceux-ci auraient res- 
pir/ï en même temps l'air surchauffé de l'étuve. De sorte que 
ces animaux seraient morts par échauffement général et rigi- 
dité du cœur par l'introduction dans leurs poumons de cet 
air brûlant. En modifiant l'appareil et en laissant les lapins 
respirer l'air de l'extérieur, M. Vallin a appliqué sur la tête 
de ces animaux des températures de AS à 58*, il a obtenu 
doux fois, par ce procédé, le coma, l'insensibilité et la mort 
Hprès imo perte assez prolongée du sentiment et du mou- 
v<*ni(^iit. Dans ce dernier cas, le cœur était flasque, les Bbres 
nuisciilaires inexcitables. La haute température qui doit exister 
dans rint<^rieur des casques métalliques, et, en général, des 
coiffiir^s militaires des soldats exposés au grand soleil, donne 
h vi^H rncherches de M. V^allin un grand intérêt. 

On doit donc se deniander si, dans les cas d'insolation, il 
lit*, peut pas Y avoir deux mécanismes, l'un caractérisé par l'ac- 
tion d'arrêt sur les muscles et le cœur, l'autre par l'action 
iinesthésiqur de la chaleur sur le système nerveux. 

Si nous en croyons Harless*, les caractères morphologiques 
des nerfs subiraient , par la chaleur, des modifications notables. 

' Vil II i II , Avril, ff PII. ih méâ., 1871, au/ die motorischen A'frrfn, in Henle'i 

I. XMII , p. 7 '10. und Pfniffer's Znttchrifij VIII , p. m- 

' llarl(*Hii, Vfber dm Einfu»» der i85. 
Tfiinptrnturen und ihrer Schwankungen 



ACTION SUR LE LIQUIDE SANGUIN. 381 

Il aurait déterminé le point de fusion de la moelle des tubes 
nerveux, et aurait constaté que cette fusion a lieu chez les 
grenouilles à 37%5 G., chez Thomme à ba^'C, chez le pigeon 
à 57** G. , c'est-à-dire à la température oii le nerf devient inex- 
citable dans chaque espèce animale. 

S*" Action de la chaleur sur U liquide sanguin. — Magendie ^ 
eni85o,M.Gl. Bernard en 1 8 /ia,Obernier,Wood, ont signalé' 
d'un commun accord la fluidité du sang, sanon-coagulabilité, 
son épanchement sous la peau et son écoulement par les mu- 
queuses chez les animaux surchauffés. Herm. Weikard^ s'est, 
au contraire , attaché à démontrer que le danger des hautes tem- 
pératures était dâ à l'augmentation de la coagulabilité du sang, 
et à la formation de caillots. Il contredit les recherches de 
A. Schmidt^, et avance que la coagulation du sang est un peu 
retardée de 36 à Ao degrés, au-dessus comme au-dessous elle 
serait accélérée. Il suffit de consulter les résultats des expé- 
riences de tous les physiologistes, et ceux des autopsies des pa- 
thologistes, pour constater que Weikard reste seul de son opi- 
nion , et que tous, au contraire , s'accordent à signaler la fluidité 
du sang. 

M. Ghossat fils^ a voulu expliquer la mort par la chaleur, 
par la déshydratation de tous les tissus. Gette opinion se trou- 
vait contredite par avance par les expériences de Magendie et 
de M. Gl. Bernard. Ges physiologistes ont constaté que, sur deux 
lapins de même poids et de même taille , si Ton injecte 3o gram- 
mes d'eau dans les veines de l'un d'eux, tous deux meurent 
en même temps. D'ailleurs les animaux meurent plus vite 
dans l'étuve humide que dans l'étuve sèche. 



' Magendie, Leçon» »ur la chaleur ^ A. Schmidt , ioAr^. , CW, 1 1 . 
animale ( Union médicale , 1 85 o, p. 1 83 ). * Gbossat fils , Recherchée expérimên- 

' Herm. Weikard , Ver$uche ûber dœ talée $ur la déehydratation , etc. ( Archiv. 

Maximum der Wàrme in Krankh&iten de phyeiologie de EroyfnSéquBrd y Char- 

(Arch. der Hffilkundp^ 1 863 , p. 1 98 ). col el Vulpiaii , mai-aoAt 1 868). 



382 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

La mort des animaux par la chaleur ne trouve pas son 
explication dans les modifications anatomiques du sang. Ober- 
niera noté, dans deux autopsies, une augmentation proportion- 
nelle des globules blancs (i pour loo rouges). Max Schultze' 
a étudié Taction de la chaleur sur les globules rouges, placés 
sur la platine h température graduée qu'il a imaginée, dans 
la chambre humide. Pour les globules rouges, de Sy h US de- 
grés, il n'a trouvé aucune des altérations décrites par Klebs, 
qui n'avait pas soustrait ses globules à l'action de l'évapora- 
tion; à partir de 5a degrés, le corpuscule devient crénelé, il 
se fragmente et disparaît en laissant des débris de stroma et 
de petites masses de matière colorante Ce n'est donc que vers 
55 degrés que le sang se trouve définitivement altéré; jus- 
que-là, la chaleur exalte simplement les propriétés physiolo- 
giques du globule. Ce fait semble mis hors de doute par les 
expériences de M. Cl. Bernard. Pour lui le calorique exerce 
mr les éléments du sang une action aussi nette que sur les 
muscles. 

Chez les animaux tués par excès de température, le sang 
présente une coloration noirâtre particulière, comme si l'ani- 
mal avait été asphyxié. Toutefois, pendant la vie. les mu- 
queuses de l'animal ne sont pas cyanosées comme dans l'as- 
phyxie, et même parfois, après la mort, le sang reste rouge. 
A quoi tiennent ces différences? 

Le sang pris dans la veine cave inférieure d'un lapin, qui 
vient de succomber avec un excès de température de 5 degrés, 
donne à l'analyse des gaz : 

( CO* 37",a 

Pour 1 oo" saug. l i ,o 

I Az 3 ,4 

Or l'influence de la température fait varier la dépense que 

^ Max SchulUe, Objectif %i pi alinéa température graduée , dans son Archk, I, 
i-4a. 



ACTION SUR LE LIQUIDE SANGUIN. 383 

le sang fait en oxygène. Le froid ralentit la propriété physio- 
logique du globule sanguin (animaux hibernants); quand 
la chaleur revient, le sang consomme une plus grande quan- 
tité d'oxygène, et le sang veineux reprend sa couleur. Il en 
est de même pour les animaux à sang froid , pour les grenouilles 
par exemple. M. Cl. Bernard pense que c'est cette propriété de 
transformer rapidement, sous Tinfluence delà chaleur, l'oxy- 
gène en acide carbonique, qui explique la veinosité du sang 
après la mort, mais, pour lui, c'est un phénomène post martem, 
car, si l'on ouvre l'animal au moment de la mort, son sang est 
encore rouge. 

Il n'y a pas, du reste, véritable altération du sang, celui- 
ci n'a pas perdu ses propriétés; agité à l'air, il absorbe de 
l'oxygène, et reprend, au spectroscope , les deux caies d'absorp- 
tion caractéristiques de l'hémoglobine oxygénée. 

Il y a cependant une limite de température à laquelle le 
sang perd définitivement ses propriétés. Extrait par une se- 
ringue et mis dans l'eau à 60 ou ^o degrés, le sang devient 
noir, bien qu'il ne contienne pas un excès d'acide carbonique, 
et il n'est plus oxydable. 

Il semble d'ailleurs que, même vers ^5 degrés, le sang 
subit, dans sou albumine et sa fibrine, des modifications 
profondes qui facilitent les sutfusions sanguines, le pur- 
pura, etc. 

Ces expériences ont été confirmées par celles de MM. Ur- 
bain et Vallin', Setschenow, Hermann^;' elles sont contredites 
par MM. Eulenberg et Vohl**. Pour eux, les accidents et la 
mort, dans le coup de chaleur, seraient causés par la dilatation 
des gaz du sang et par la paralysie du cœur sous l'effort des 
gaz devenus libres dans les cavités cardiaques. Sans emprun- 

< VaUiD,i4rcA.<i^W</. i873,t.XIX, ' Eulonberg et Vohl, Die BUtgase 

p. 80. m ikrer phifêikaliêchên und phynoiogi- 

' Heruiann, Virchow'MÀrchiVy 1. LXII, êchên RedêuUtng, etc. , \n Virchow** Ar- 

p. 577. chiVf 1868, p. 161. 



38A 



CHAPITRE IL — LA CHALEOR ET LA FIÈVRE. 



ter à Hermann^ la violence de sa critique, faite ab irato, 
M. Vallin montre que rien ne justifie, dans les expériences de 
ces auteurs, de pareilles conclusions. 

L'analyse de ces nombreux travaux nous montre que le 
sang, les éléments musculaires et nerveux, sont altérés 
lorsque la température s'élève : nous ne serions peut-être pas 
aussi exclusifs que M. Cl. Bernard, mais nous acceptons que 
l'élément musculaire est d'ordinaire le plus vite atteint. M. Cl. 
Bernard résume ainsi l'action de la chaleur sur les phéno- 
mènes de la vie : la chaleur est un agent indispensable k l'ac- 
tivité de la vie , mais il arrive un moment où l'excès de la cha- 
leur agit sur l'organisme comme un agent toxique. Nous 
avons vu que la chaleur, comme tous les agents toxiques, attaque 
un seul des éléments essentiels de cet organisme, l'élément 
musculaire. C'est donc la perte des propriétés vitales de cet 
élément, qui, en produisant la rigidité, l'arrêt de la circula- 
tion et de la respiration, amène fatalement la mort. Cette 
destruction de l'élément contractile se fait vers 87 è 89 de- 
grés chez les animaux à sang froid, vers liS k IxU degrés chez 
les mammifères, vers 48 à 5o degrés chez les oiseaux, c'est-à- 
dire, en général, à une température de quelques degrés plus 
élevée que la température normale de l'animal. 

La chaleur extérieure a donc, dans ses effets, un mode d'ac- 
tion aujourd'hui bien déterminé sur les muscles, les nerfs, le 
sang. A côté de ces faits bien établis nous devons en signaler 
quelques autres dont les uns sont encore hypothétiques, dont 



^ Voici un écbanlillon de la critique 
de L.Hermann (FircAotD** Archit\ t.LXH, 
p. 577) : ff Personne ne me contredira, 
dit-il , si je prétends qu'on trouve rare- 
ment un pareil mélange d'ignorance des 
lois de la physique, d'incurie grossière 
dans les expériences, d'erreurs dans les 
déductions , de confusion dans l'exposi- 
tion du sujet, et le lecteur verra que 



ces expressions , en apparence très-dures « 
sont encore trop douces et insuffisantes; 
le style et la logique de ces messieurs 
arrivent réellement au plus haut degré 
du comique. . . Les temps heureusement 
sont loin où les praticiens s'arrêtaient à 
écouler des hypothèses aussi grotesques 
et aussi œnfuses.^ 



RÉSISTANCE X LA CHALEUR. 385 

les autres ont été notés par des observateurs dignes de foi, 
mais sans que la fréquence de ces troubles soit établie. 

Puisque la chaleur a pour premier effet d'exalter les pro- 
priétés nutritives du globule sanguin, nous devons nous 
attendre à trouver dans le sang une grande quantité de maté- 
riaux de déchet, due à la transformation excessive de Toxygène. 
Cette hypothèse a été émise par un grand nombre d'observa- 
teurs. Wood et Obernier ont cherché quelques preuves en sa 
faveur. Wood ^ aurait constaté un état acide du sang dû à la 
rétention des matériaux de déchet. M. Vallin fait remarquer 
que c'est là une sorte d'hérésie physiologique, et il est possible 
que Wood ignorât que les muscles rigides deviennent acides, 
et qu'il ait cherché la réaction du sang sur une coupe de ces 
muscles. 

Obernier^ aurait trouvé dans le sang des sinus cérébraux 
de quatre jeunes soldats morts d'insolation, (c une quantité non 
insignifiante d'urée, y* Ceux qui savent quelle est la difficulté qui 
entoure les recherches de l'urée dans le sang, attendront, 
pour accepter les opinions d'Obernier, de nouvelles preuves, 
et un dosage plus précis. Il ne serait pas impossible, d'ailleurs, 
que le sang contint un peu plus d'urée qu'à l'état normal. Les 
fonctions de la peau sont supprimées, dès le début des acci- 
dents apoplectiques; la sécrétion urinaire est troublée, il y a 
des hématuries, de l'albuminurie, et même parfois une anurie 
complète pendant deux ou trois jours ^. • 

D'ailleurs, dans le cas même où cet excès d'urée dans le 
sang serait établi, il resterait encore à déterminer la part qui 
lui revient dans les accidents d'insolation. 

M. Gubler a noté aussi les troubles de la sécrétion urinaire 
dans une courte note insérée dans le Bulletin de la Société mé- 

1 Wood , On tumtroke ( The atnerican ' Docteur Todd , Renuwkê op tolar 

Jowrn. o/med. aeiêncêê, i863, p. 377). apifptèxjf(Army*i médical Rtpwt , 1869. 

* Obernier, Medieiniêche* Central- p. 971). 
blaUf i865, p. Q'i'). 

05 



386 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

dicale des hôpitaux '. c(M. Gubler signale deux cas d'insolation. 
Dans le premier, observé par lui dans son service , il s'agit d'un 
malade, âgé de ving-cinq ans, qui, après avoir travaillé quatre 
heures durant, dans une cour où la réverbération solaire était 
très-intense, fut pris, dans la nuit même, d'attaques éclamp- 
tiques, lesquelles furent suivies d'un état comateux très-pro- 
fond avec déviation conjuguée des yeux, état cataleptique des 
extrémités supérieures, paralysie des sphincters. Trois jours 
après on constate dans les urines une énorme proportion de 
sucre et d'albumine, matières qui se retrouvent encore deux 
jours après le début, alors qu'il ne reste plus qu'une obtusion 
très-marquée de l'intelligence (lésion probable du bulbe). 
M. Gubler a eu l'occasion d'en voir en ville, avec le docteur 
Gneit-Dessus, un second cas présentant la forme comateuse, 
sans doute avec congestion des hémisphères, et où les urines, 
simplement albumineuses, n'offrirent aucune trace de sucre, t» 

Ces faits devront être recherchés à l'avenir, et, si les résul- 
tats concordent avec ceux de M. Gubler, ils serviront è éluci- 
der les relations qui existent entre l'encéphale et les fonctions 
des glandes viscérales, foie et rein. M. Vallin ajoute, en com- 
mentant les faits de M. Gubler, que ni lui ni Obernier n'ont 
jamais pu constater d'albuminurie dans leurs expériences sur 
l'insolation. 

Le docteur Cresson Stiletl^ a voulu déterminer si la moda- 
lité de Tactivité anomale de la nutrition ne pouvait pas faire 
naitre dans le sang des animaux une substance véritablement 
toxique. Bien que ses expériences soient contraires à cette hy- 
pothèse, elles sont si mal organisées, qu'il serait téméraire 
d'en rien conclure. 

Le docteur Kobinson^ a cherché à prouver que Faction des 

^ Gubler, Rapport^ sur leê maladies ' Cresson Stileil, Boston med, Joum» 

régnantes. (Bulletin de la Soeiêté médi- 18 juin 1866. — ^ Robinson, Effect* 

cale des hôpitaux. Séance Hu 8 octobre oj solar ray$ upon animal tiêsutSt m 

i865.) Med, Timfs and Gazette, 1867, p. 3s7. 



RÉSISTANCE X LA CHALEUR. 387 

rayons du soleil est physiologique et non physique; il lui 
semble que la structure des animaux vivants est particulière- 
ment sensible à Tagent qui réside dans les rayons solaires, in- 
dépendamment de la chaleur de ceux-ci; il lui paratt probable 
que ce n'est pas l'élément calorifique de ces rayons qui pro- 
duit les effets nuisibles. Pour lui, des recherches ultérieures 
devront résoudre la question de savoir si c'est leur action chi- 
mique ou actinique qui agit principalement dans ce cas, ou 
bien si ce n'est pas une autre force active, encore plus étroite- 
ment liée à l'électricité ou à la force nerveuse elle-même. Ses 
expériences et celles que M. Vallin a instituées pour vérifier 
cette hypothèse ne semblent pas plaider en sa faveur. 

Toutefois on peut rapprocher cette opinion d'un fait très- 
curieux de coup de soleil électrique dont M. Gharcot a publié la 
relation ^ Deux physiciens, maniant une pile de lao élé- 
ments de Bunsen, et parfaitement garantis contre l'action de la 
température, furent atteints d'un érythème très-marqué, avec 
rougeur, douleur, desquamation des parties exposées : les deux 
savants avaient garanti les yeux et le haut du visage avec des 
verres d'urane, qui retiennent une grande partie des rayons 
chimiques, mais laissent passer les rayons lumineux; or 
l'érythèrae n'occupa que les points découverts, ceux où les 
rayons chimiques avaient conservé toute leur action ^« 

En résumé l'augmentation brusque de la chaleur entraîne : 
la rigidité musculaire, l'abolition des fonctions du cœur 
arrêté en contraction , l'anesthésie du système nerveux, la flui- 
dité du sang avec absorption de l'oxygène des globules. Voilà 
des faits qui semblent démontrés. En même temps il survient 
des troubles dus h la perturbation des fonctions sécrétoires, 

Cbarcoi, Coup de êoiêtl électrique. (Médical Tvneêond Gaz. 1869, p. A83). 

Gazêîtê hebdomadaire , i858, p. 168.) Le phénomène le plus saillant de ces 

* Voyet également Richardson, Lee- recherches est que le cerveau sérail ané- 

ttareê om expérimental and practical me- mié et refroidi jusqu^à 9 degrés. Ce ré* 

dieinê : on i$tcrêmmU animal hêat sultat est nie par Vallin. 

95 



388 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

sur la nature et la valeur desquels nous sommes moins bien 
fixes. 

a" Les limites du refroidissement qu'un animal peut suppor- 
ter sont difficiles à préciser; nous savons cependant que plus 
on s'élève dans Tordre zoologique, moins Tanimal résiste au 
refroidissement. Nous dirons quelques mots de rhibernation , 
qui est pour certains animaux un état physiologique, qu'il 
faut bien distinguer avec Mangili de la léthargie par le froid. 

Boerhaave a remarqué que, pendant l'hiver de 1709, des 
œufs d'insectes déposés sur les branches d'arbres, et dans des 
lieux découverts, restèrent féconds, bien que la température 
fût descendue à — 17^5. M. Gavarret* a été témoin d'un fait 
semblable pendant l'hiver de 1839-1 8 3o. Réaumur^ a vu 
certaines espèces d'insectes périr sous l'influence d'une tem- 
pérature encore supérieure à celle de la congélation de l'eau, 
tandis que d'autres ne mouraient qu'à — 1 3%7 et que d'autres 
supportaient impunément l'impression de l'air à — ^3^75. 

Spallanzani ^ a vu des œufs d'insectes rester féconds après 
avoir été exposés à une température de — 3o degrés, tandis que 
les animaux qu'ils produisaient périssafent à — 1 degrés et 
même à — 9 degrés; il a constaté ce fait sur des vers à soie et 
sur le papillon de l'orme. Bo'nafous ^ a rapporté des faits sem- 
blables. Ross^ a vu également que des chenilles pouvaient 
être congelées et supporter une température de — Aa degrés. 

M. Gavarret^ rapporte qu'en Russie et dans la partie sep- 
tentrionale des Etats-Unis d'Amérique, on transporte au loin 
des poissons roides comme des bâtons et dans un véritable 
état de congélation; cependant il suffit de les plonger dans 

« 

^ Gavarret, CAn/eur animai, p. 5oi. ^ Bonafous, Biblioth. univ. de Ge- 

* Réaumur, Mém. ëur Uê inêecle», n^vfi, i838, t. XVH, p. soo. 

t. H et V; ciiépar Gavarret, p. 5oi. ^ Ross, Bihlioth. urniv, de Gmèvê, 

^ Spaiianzani, Opuic. dephyi. amm,, i836, t. III, p. k^'S. 

1. 1, p. 82 et 8.*». * Gavarret, Chtdêur ammûle y p. 5os. 



RÉSISTANCE AU FROID. 389 

l'eau au-dessus de zéro pour leur rendre leurs mouvements. 
M. Gavarrei emprunte à M. Gaymard ^ un fait fort intéressant, 
qui prouve qu'un animal vertébré peut résister à une congé- 
lation complète. M. Gaymard plaça des crapauds dans une 
botte remplie de terre et les exposa en plein air à l'influence de 
la température extérieure. Au bout de quelque temps on ou- 
vrit la bofte. Ils étaient durs et roides comme des cadavres 
gelés. Toutes les parties de leurs corps étaient inflexibles et 
cassantes. Quand on les brisait, il ne s'en échappait pas une 
seule goutte de sang. Ces animaux avaient creusé des trous 
dans la terre de la botte, ib s'étaient ainsi refroidis lentement, 
et étaient parvenus graduellement à l'état de congélation. Pla- 
cés dans de l'eau légèrement chauffée, ils recouvrèrent la 
flexibilité de leurs membres, à mesure que les glaçons fon- 
dirent, et, en dix minutes, ils revinrent complètement à la vie. 
M. Gaymard fait observer qu'une congélation rapide tue tou- 
jours ces animaux; pour qu'ils résistent, il faut que l'influence 
du froid soit graduée. Les mêmes expériences furent tentées 
sur des grenouilles et ne réussirent pas. 

Dans ces dernières années, plusieurs auteurs ont cherché 
à préciser la limite des animaux supérieurs au refroidissement. 

Walther^ a étudié l'influence du refroidissement artificiel 
sur les animaux supérieurs. Si l'on place, dit-il, un lapin 
dans un milieu refroidi, en l'empêchant de se mouvoir, et si 
l'on fait tomber la température de l'animal à 18 ou ao° C, 
puis si on le replace dans un milieu qui ne soit pas plus 
chaud que la température normale de l'animal, il perd la fa- 
culté de regagner sa température normale (39" G.). M. Cl. Ber- 
nard ^ avait déjà observé le même fait sur des cochons d'Inde. 

' Gaymard, Biblioth. univ. de Ce- Herm.WeikBri in Arch. der Heilk,, ïll^ 

nèw, i8ào, t. XXVI, p. 207. p. 193-990, i863). Compté rendu par 

' Etttdp tvr la chahur hnimale {Bei- H. Hiipperl dans Schmidl's Jakrb., 

tràge zu der Lehre von der thieriichen i863, t. CXIX, p. i5'i. 

Wàrme; von A. Wallher in Virchow's ^ Cl. Bernard, Leçon», 1856. 
Àrch. XXV, p. hih'hi'jy 186a, 11. 



390 CHAPITRE 11. — LA GHALEOR ET LA FIEVRE. 

Après la mort, la chaleur propre de ranimai tombe encore 
de 1 à 3 degrés au-dessous de celle du milieu» sansdoufp par 
suite de Tévaporation des liquides de l'organisme. 

Quand on retire les animaux de l'appareil réfrigérant, ils 
sont incapables de se tenir sur leurs jambes, et de faire aucun 
mouvement locomoteur: pourtant ils ont encore des mouve- 
ments volontaires réflexes et de la sensibilité : les battements 
du cœur ne sont plus qu'au nombre de i6 ou ao par minute 
(un lapin en a s&o d'habitude); la respiration devient si 
faible, qu'on voit à peine le mouvement thoracique; le plus sou- 
vent la respiration est extraordinairement accélérée, mais très- 
. superficielle. Toutes les excrétions cessent, notamment celle 
de l'urine. Les yeux de l'animal sont largement ouverts, et on 
ne voit jamais rien qui ressemble au sommeil hivernal. Les 
animaux commencent k dormir quand on les a réchauffés for- 
tement. On ne saurait fixer la limite exacte, pour la chaleur 
animale, où les fonctions des nerfs et des muscles cessent; la 
mori , c'est-à-dire la cessation de l'action du cœur et des pou- 
mons, a lieu dans des circonstances différentes et avec des 
températures différentes. Le minimum de la température propre 
où Wîilther ait encore observé des mouvements et de la sen- 
sibilité a été + 9** (], Les animaux restent dans l'état de demi- 
paralysie quelquefois pendant dix ou douze heures; si l'on 
cesse le refroidissement et qu'on les réchauffe, on n'empêche 
pas pour cela leur mort, quand bien même on les ramène de 
i8 degrés à 89 degrés en les abandonnant à eux-mêmes. 

Dans l'état de refroidissement, les animaux sont tout à fait 
aptes à supporter les expériences de physiologie sur les nerfs, 
parce qu'on n'a pas alors à craindre les mouvements muscu- 
laires et l'écoulement du sang. Chez les animaux refroidis, l'in- • 
fluence réchauffante des contractions musculaires, qui, même 
à 20 degrés, présente encore une certaine force, augmente la 
chaleur propre de l'animai, et fait monter par exemple la tem- 
pérature de »j H '1 degrés ; mais. (|uand le refroidissement est 



RÉSISTA'nGE au froid. 391 

poussé encore plus loin, il n'y a plus de réchauffement. A l'au- 
topsie on trouve les poumons remplis de sang avec un exsudât 
séreux dans le parenchyme et dans les bronches. Il en est de 
même chez les animaux qUi, après avoir été refroidis, ont été 
ramenés à la température normale, et, de plus, on trouve 
chez eux un exsudât dans les plèvres. 

Les animaux refroidis peuvent être ramenés à la tempéra- 
ture normale par un réchauffement artificiel qui les reporte à 
39*" G. D'abord la température propre monte lentement, mais, à 
partir de 3o degrés, elle s'élève rapidement , et alors les animaux 
s'endorment. Dans un milieu à ^0° C, la température de l'ani- 
mal monte de 1 8 degrés à 3^ degrés en deux ou trois heures. Il 
y a des animaux réchauffés qui ont, dans la journée, une 
sorte d'état fébrile (/iâ'^C.), avec catarrhe nasal, bronchique, 
conjonctival. On peut aussi réchauffer les animaux avec la res- 
piration artificielle, k la condition que l'air de la chambre ait 
au moins 1 ou 1 a"* G. Le retour de la chaleur ramène l'acti- 
vité musculaire, la bête se tient debout, se meut et urine. 
Mais la température ne monte de 18 à 39 degrés qu'en vingt- 
jquatre heures. Un animal refroidi jusqu'à la température de 
9 5" G., puis maintenu dans une atmosphère froide, regagne sa 
température normale, mais aussi lentement : dans un cas de 
ce genre il fallut huit heures, et la température montait en 
cinq minutes de o%i seulement. 

Il semble résulter de ces expériences que l'on ne doit point 
tenter de ramener lentement à leur chaleur les hoinmes qui 
semblent morts de froid, mais qu'il faut les réchauffer promp- 
tement. Même après que l'on a réchauffé fortement le corps, 
il est très-dangereux de le laisser dans un milieu froid. La 
respiration artificielle corrige l'état morbide des poumons que 
nous avons décrit, et doit être employée avec avantage chez les 
hommes refroidis. Ges faits aident à comprendre ces cas 
d'hommes qui, en Russie, étant restés plusieurs jours engour- 
dis dans la neige, auraient été ramenés à la vie. 



392 CHAPITRE II. -^ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

En 1870, le docteur Horwatb' a répété les expériences 
précédentes et confirmé les résultats annoncés par le professeur 
Walther de Kiew; il a vu que les lapins que Ton a refroidis 
dans la neige, jusqu'à ce que la température du rectum mar- 
quât tio^ C. , peuvent être rappelés à la vie. Au-dessous de 
9 0'' C. cela devient impossible : la mort est certaine. Dans cette 
expérience , le refroidissement a lieu progressivement et de la 
même quantité dans le même espace de temps. 

Dans un travail publié en iSyS, Horwath^ a cherché à 
déterminer la part des divers systèmes dans les accidents qui 
succèdent à la congélation , et pour cela il a expérimenté sur 
des grenouilles. Voici ses conclusions : 

i"* Un froid de — S"" G. détruit la faculté contractile des 
muscles striés chez la grenouille, mais, après qu'elle est dé- 
gelée, ses muscles sont de nouveau sensibles aux excitations 
électriques et mécaniques. Humboldt a vu des muscles de gre- 
nouille refroidis à — 1 5*" C. se contracter après avoir été dé- 
gelés, et Kûhne a vu le même fait après un refroidissement 
de 7 à 10 degrés; mais ces faits ne peuvent s'expliquer que si 
Ton admet que le muscle n'avait pas été refroidi au degré oik 
était le milieu ambiant , c'est ce que l'auteur pense établir. 

s"" Si Ton arrache le cœur d'une grenouille, qu'on le congèle 
assez pour que, jeté dans un bocal de verre, il sonne comme 
une pierre, et qu'on le dégèle, il se contracte encore quelque 
temps d'une façon rhythmée. 

L'auteur a examiné divers appareils : Tiris, les vaisseaux 
sanguins, les sacs lymphatiques, les muscles des grenouilles 
gelées, et il a trouvé que le degré de congélation réelle des 
muscles au delà duquel il n'y a plus de retour possible à la 
vie est — 5** C. , tout au plus. 

' Docteur Horwalli, Expériences in- ^ Horwatli, Expériences sur la com^ 

aérées dans lin travail snr L'tViantfion e( gélation [Centralblatt , n** 3 . janvier 

ses températures {Wien. med. Wochen- 1878). 
êckriji, XX, p. .i'j, 1870). 



RÉSFSTANCE Ali FROID. 393 

M. Cl. Bernard a répëtë ces expériences, et il en a déduit 
des résultats plus applicables à Thomme K 

M. Cl. Bernard, après avoir refroidi un lapin par section 
de la moelle, constate, cinq heures après l'opération, que la 
température rectale s'est abaissée de lio degrés à s/i degrés. 
Elle n'est que de 6 degrés supérieure à celle du milieu am- 
biant. 

A ce moment les respirations sont rares et les mouvements 
du thorax presque abolis: les battements du cœur sont à 
|>eine perceptibles; les propriétés nerveuses sont émoussées. 
L'animal a les apparences de la mort, mais la vie persiste, 
elle n'est qu'engourdie. Chez les animaux à sang froid , la vie 
peut se réveiller vingt-quatre heures après la cessation des 
battements du cœur. Chez les animaux à sang chaud, la mort 
est la conséquence immédiate de la cessation de la circulation. 

Mais, si le mammifère et l'homme même sont amenés à cet 
état de refroidissement oii ils ne diffèrent plus physiologique- 
ment d'un animal à sang froid, alors la cessation de la circu- 
lation ne sera plus immédiatement mortelle. Ainsi, dans le 
refroidissement cholérique, en iSSs, Magendie a constaté 
qu'un individu sans poule, à qui il avait pu ouvrir l'artère 
radiale sans qu'il s'écoulât une goutte de sang, avait encore 
assez de force pour se tenir assis sur son lit. réfléchissant et 
parlant. 

L'homme refroidi successivement avait été amené par la 
maladie à l'état oii se trouve la grenouille h laquelle nous 
avons enlevé le cœur. 

Nous verrons, dans la partie clinique de ce travail, que, 
dans certaines intoxications, la température peut subir un 
abaissement considérable, et quelles sont les limites qu'elle 
ne peut pas franchir. 

Nous n'avons pas à parler de l'hibernation : c'est une étude 

* Cl. Blrnarii, Chaleur animale, p. 161. 



394 CHAPITRE H. * LA GHALEDR ET LA FIÈVRE. 

qui s'éloigne trop de notre but spécial , et nous renvoyons au 
livre de M. Gavarret ^ ceux qui seraient tentés de connaître les 
détails si curieux de ce phénomène. Nous croyons cependant 
devoir réserver une place à l'analyse d'un mémoire de Hor- 
wath ^, qui a cherché à déterminer quels étaient les enseigne- 
ments applicables' à l'homme malade que l'on pouvait tirer du 
mode de ré(*haufFement des animaux hibernants. Nous utilise- 
rons plus tard ces expériences en développant la théorie de la 
régulation de la chaleur. 

L'auteur a étudié le sommeil hivernal. Il s'est proposé de 
rechercher en quoi et par quoi un animal à sommeil hivernal 
diffère d'un animal d'autre espèce et non sujet h cet engour- 
dissement. Les animaux mis en observation étaient des mar- 
mottes; le temps de l'observation, l'hiver de 187 1-187Q. Les 
animaux, pris dans leur lieu de naissance en octobre , avaient 
été séquestrés et nourris de blé, de carottes, pain, viande 
et pommes de terre. 

Ces marmottes pesées dans l'hiver avaient le poids de 1 5o 
à 906 grammes. Toutes les mesures de température furent 
prises avec un même thermomètre placé aussi profondément 
que possible dans le rectum. La iebfipérature intérieure de la 
marmotte à l'état de veille ne s éloigne pas de celle des autres 
animaux à sang chaud (3«^ h 3 7" G.), tandis que, pendant le 
sommeil hivernal, elle se rapproche de la température du mi- 
lieu ambiant. L'auteur a vu une marmotte qui, quelques 
heures avant, était dans le sommeil hivernal à une température 
extérieure de -h *>° C, et dont le rectum n'avait que cette même 
température de q° C, s'éveiller et presque aussitôt se mettre 
à courir avec vivacité. On ne voit point les autres animaux à 
sang chaud survivre à un refroidissement si voisin de la con- 
gélation. Expériences : Le 6 décembre à une température de la 

* (javurrel. Chaleur animale. De rhi- animale {CetitralMatt , n** 45-^7-55, 
bernation, p. 666 el 8iiiv. ^^1^)- 

* Horwalh . Physiologie de la chaleur 



RÉSISTANCE AU FROID. 395 

chambre de 4- 9' C, on observa une marmotte endormie. 
Elle ne respirait que trois fois à la minute. 

Le 9 décembre» à la température de 9** C, Tanimal, sans 
mouvement et les yeux fermés , repose sur le côté. Sa tempéra- 
ture rectale, de 8 à 9 heures, demeure h 8",6 ou 8%6 C; de 
9310 heures, elle monte à iS*" G. , et de 10 à 11 heures, 
à Sq"" c. a partir du moment où l'animal a atteint 1 1%5, il 
s'est soulevé et s'est mis à manger. 

Chez toutes les marmottes observées, le réveil a été mar- 
qué par une ascension de la température qui s'est faite ainsi : 
Pendant la première heure qui suit, la température a monté 
de s^'O.: dans la deuxième heure, de 5 degrés, et dans la 
demi-heure suivante, de 1 5* C. La température s'élève parfois, 
en quarante minutes, de 1 7'' à 3 q^ C. Gela ne ressemble point 
h ce que l'on voit chez les autres animaux, soit refroidis arti- 
ficiellement, soit en état de fièvre ascendante, chez lesquels 
réchauffement se fait relativement avec une grande lenteur. 
(L'auteur cependant aurait pu citer l'accès de fièvre intermit- 
tente qui montre une ascension parfois très-rapide de la tem- 
pérature.) Ce qui est vrai, c'est qu'on ne peut rappeler à la 
vie des animaux dont le refroidissement est descendu à 90^ G. 

Ce réchauffement si rapide des marmottes est d'autant plus 
étonnant que les deux principaux facteurs de la chaleur, la 
contraction musculaire et l'énergie respiratoire, font ici presque 
défaut. On ne peut supposer que l'animal ait une réserve 
d'oxygène grâce à laquelle il se réchauffe. En somme on ne 
peut ici appliquer les théories admises pour la chaleur des 
animaux. 

L'auteur a voulu se rendre compte exactement de la quan- 
tité d'eau et d'acide carbonique éliminée par l'animal à l'état 
de sommeil hivernal, au moment du réveil, et à l'état de veille 
définitive, et il ne s'est pas fié au nombre des respirations 
pour en déduire la quantité des produits expirés. 

Lne marpnotte de i53 grammes un quart, la température 



396 CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

de la chambre étant de + 9° G. , a, pendant le sommeil hiver- 
nal, excrété, en une heure : 

CO* = 0,0 1 5 grammes. 
HO =o.oift 

La même marmotte, deux jours après, à l'état éveillé et à 
une température de la chambre de + 1 3%5 , a excrété, en une 
heure : 

CO* ^ o,5iîi grammes. 
HO — o,og3 

Quelquefois l'excrétion d'acide carbonique, dans la veille» 
diflfère encore plus de celle du sommeil. 

L'auteur a observé un phénomène particulier chez les ani- 
maux qui avaient été soumis déjà à l'action des hautes tempé- 
ratures dans une éluve : c'est une sorte d'accoutumance qui 
faisait que» si on les replaçait quelques jours après dans la 
même atmosphère échauffée, ils présentaient moins de ma- 
laise, leurs muscles ne s'engourdissaient pas tant, et leur tem- 
pérature ne montait plus si haut que lors de la première ex- 
périence. Horwath, ainsi que Rosenthal, se range à l'avis de 
Senator contre celui de Liebermeisler, et repousse la théorie 
de l'accroissement de la production de chaleur dans le refroi- 
dissement. Examinant ensuite le traitement des fiévreux par le 
refroidissement, il pense que la meilleure méthode est de les 
refroidira un faible degré, mais d'une façon continue, à l'aide 
d'une forte ventilation, ou, si cela ne suffit pas, en les plaçant 
sur des matelas d'eau , dont on peut faire varier la température. 

Quant à l'influence élévatrice de la température qu'exerce- 
rait la section de la moelle d'après Naunyn et Quincke, l'au- 
teur, pas plus que Riegel, n'a pu la constater dans ses*expé- 
riences. Au contraire, la section de la moelle en un point élevé, 
en raison de la section concomitante des nerfs vasomoteurs, 
lui a constamment montré une augmentation de la perte de 



RÉSISTANCE AU FROID. 397 

chaleur, jamais une augmentation de sa production. Si Ton 
plaçait ces animaux dans Tétuve , on voyait leur température 
tomber à 3q** C. , température du milieu ambiant. A de plus 
hautes températures, leur chaleur propre montait, mais non 
pas plus vite que chez les animaux à l'état normal. Quelque 
temps après l'opération , la production de la chaleur s'accrois- 
sait certainement, mais l'auteur voit là un effet de la fièvre 
traumatique. 

Ce sont des arguments puissants à opposer à la théorie de 
Liebermeister, Naunyn et Quincke. 

L'auteur a fait en octobre 1879 trente expériences sur le 
refroidissement chez des marmottes et des hérissons endormis, 
et conclut ainsi : 

i"" Les animaux hibernants supportent facilement un fort re- 
froidissement de leur corps : en effet leur température propre, 
abaissée, à plusieurs reprises, jusqu'à 6, 5, A et 3 degrés, et 
même jusqu'à i°,8 C, a pu être ramenée à l'état normal sans 
l'aide du réchauffement ou de la respiration artificiels; 

q"* Les nerfs et les muscles chez des animaux amenés à un 
pareil refroidissement étaient encore excitables, car leurs 
muscles se contractaient énergiquement par de faibles courants 
d'induction, les électrodes étant placées soit directement sur 
les muscles refroidis , soit sur leurs nerfs ; 

S"" Le cœur des hibernants se contractait encore d'une façon 
rhythmique alors que la température du sang qui y était con- 
tenu n'était que de + 4°C. ; 

li'* Les hibernants refroidis n'ont pas, comme les lapins, 
le tétanos. 

Si l'on rapproche ces expériences de celles que l'auteur a 
faites en 1871 sur les lapins, on voit que ceux-ci se compor- 
tent tout différemment. L'auteur promet de poursuivre ses 
recherches. 

A côté de ces expériences d'Horwath, qui forcent à réfléchir 
sur le mode du refroidissement, sur le rôle que celui-ci joue 



398 CHAPITRE IL ^ LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

dans les actes fébriles, nous plaçons également une analyse 
des recherches faites sur le refroidissement par suppression 
des fonctions de la peau. Il semble paradoxal, tout d*abord, 
de soutenir que, lorsqu'une des sources de refroidissement, la 
perspiralion cutanée', cesse de s'accomplir, la chaleur diminue; 
il en est pourtant ainsi, et ce sera un fait dont nous aurons à 
tenir compte en exposant les diverses théories de la fièvre. 

Breschet et Becquerel ' furent les premiers qui signalèrent 
l'abaissement de la température chez les animaux recouverts 
d'un enduit imperméable. Des lapins rasés et recouverts d'une 
couche de colle de pâte, de suif, etc., perdirent en une heure 
et une heure et demie « i/i à iS^'G. et succombèrent peu 
après. 

Le fait expérimental a été confirmé par Gerlach ^. Valentin ', 
Edenhuizen^, Laschkewitsch , etc. Valentin fit remarquer qu'en 
même temps qu'ils se refroidissaient, les animaux subis- 
saient un ralentissement très-marqué dans leurs mouvements 
respiratoires, que les quantités d'oxygène absorbé et d'acide 
carbonique exhalé diminuaient dans une proportion considé- 
rable. Pour lui la mort survient parle fait même du refroidis- 
sement subi par l'animal , et il le prouve en empêchant celui-ci 
de mourir en le plaçant dans une étuve chauffée à SS"" ou 
38** G. 

Edenhuizen a trouvé que les lapins succombaient même 
quand leur peau n'était que partiellement recouverte ( 1/6' ou 
1/8'). Le refroidissement subissait dans sa marche une pro- 
gression proportionnelle à Tétendue de la surface cutanée en- 
duite. . . Mais les phénomènes chaleur, pouls ^ respiration^ 

* Breschet et Becquerel, Co^npte» ^ \ aXea^n^ in Arck.Jùr pkifi. HmUcy 
rendus deê èéance» de V Académie de» i858« p. â33. 

«ciencM. ( Séance du 18 octobre 1861.) ^ Edenhuizen, in ZeUschr fur rai. 

• Gerlach , in Mûlier's Àrckw , 1 85 1 , Med. , 1 863 , p. a 5. 
p. '13. 



RESISTANCE AU FROID. 399 

ne sont pas également influencés. (Voyez les détails dans le 
mémoire d'Ëdenhuizen.) 

Laschkewitsch ^ attribue la mort a l'augmentation de la 
perte de chaleur. Il fait ses expériences sur des animaux dont 
il enduit la peau de vernis ou de colle. Il rappelle que la 
mort survient quand un sixième de la peau est vernissé, mais 
que la cause de la mort nous échappe. Valentin pourtant avait 
observé que les phénomènes morbides étaient enrayés quand 
on maintenait l'animal à une haute température. Laschkewitsch 
a remarqué que les extrémités vernissées étaient beaucoup 
plus chaudes que les autres. Sur un lapin, cette différence 
était de l'^.b C. L'animal ayant été placé dans une chambre 
froide, le refroidissement porta plus sur la partie vernissée 
(i* C.) que sur les parties non vernissées (o%5 (î.). L'animal 
mourut au bout de cinq jours, présentant tous les phéno- 
mènes morbides qui accompagnent le refroidissement. Les 
vaisseaux de la partie vernissée étaient très-dilatés et remplis 
de sang, les muscles y étaient rouges; pourtant cette partie était 
très-amaigrie par rapport à la correspondante. On mit dans 
un appareil calorimétrique un lapin vernissé et un lapin à 
l'état normal : le premier perdit i3%o, le deuxième ne per- 
dit dans le même temps que 1 1 degrés de sa chaleur. Le lapin 
sain fut placé encore le lendemain dans l'appareil et perdit 
en cinq minutes 3 degrés , tandis que le lapin vernissé perdit 
dans le même temps 5 d.egrés. Ensuite Texpérimentateur en- 
veloppa le lapin vernissé d'ouate, et l'animal vécut tant qu'on 
le laissa ainsi enveloppé. 

Laschkewitsch conclut que la mort par suppression artifi- 
cielle de la perspiration cutanée a pour cause prochaine l'auge 
menlation de la perte de chaleur. 11 faut chercher les condi- 

' Des cauêeê de Vabaiê§etnent de la Anat. , PhijêwL and wûu. Med» , 1 868 , 

température par la êupprenion de la p. 6 1 ; el Schinidrs Jahrhuch , 1 868 , 

perspiration cutanée, par le docteur W. 3* partie, p. 9/1.) 
Laitchkewitftch à Pétersbonrg. (Arch, fur 



400 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

tiens de ce refroidissement dans rhypërëmie de la peau et du 
tissu cellulaire sous-cutané, analogue au phénomène qui se 
produit après la section des nerfs sympathiques , après laquelle 
on voit la température de la tête et du cou s'élever, tandis que 
celle du sang s'abaisse. 



g, TBIIPERATURE P08T MORTEM, 

La mort supprime les causes connues de la production de 
la chaleur, laisse subsister le refroidissement par rayonnement, 
et bientôt l'équilibre s'établit entre le cadavre et la température 
extérieure. Mais il n'en est pas toujours ainsi : dans quelques 
maladies la température s'élève au lieu de baisser après la mort. 
Il faut donc ne pas se contenter de l'observation banale du 
refroidissement, mais tâcher d'en suivre les lois en tenant 
compte de la maladie qui a amené la mort. 

C'est ce que le docteur Alf. S. Taylor et le docteur Wilks^ 
ont essayé de faire, et ils ont, dans cent observations, mesuré 
la température trois et quatre fois sur chaque sujets après la 
mort. On a tenu compte du genre de maladie qui avait précédé, 
de la température du lieu, etc. Le thermomètre a été le plus 
souvent appliqué sur la peau de l'abdomen, quelquefois dans 
l'intérieur du corps. Trois heures après la mort , sur soixante» 
seize cas, la température a été de ^âS"" C. Dans les autres cas 
elle a été, au maximum, de 3^",5 C. et, au minimum, de 
i5%5C. 

Quatre ou six heures après la mort, la température 
moyenne, dans quarante-neuf observations, a été de 9 3%3 
(maximum 3o degrés, minimum t6%6). 

Six ou huit heures après la mort , sur vingt-neuf cas, la tem- 
pérature moyenne a été de ââ%Q (maximum qG^G, minimum 

• Docteur Alf. S. Taylor et docteur la mort ( dH^f» Hoitp. B^. , V 9^. 
Wiiks, RefrmdiMMemênt du corp* nprè» IX, p. 180, 186H). 



TEMPÉRATURE POST MORTEM. 401 

Enfin douze heures après la mort, trente-cinq observations 
ont donné, en moyenne, 9i%7 (maximum 36 degrés, mini- 
mum i3%3). 

Lia température du milieu a varié pendant le cours de ces 
observations, de + 3%5 à + ai** C. Voici quelques-unes des 
conclusions de ce travail : 

Les morts qui ont succombé à une maladie longue et épui- 
sante perdent leur température propre plus lentement que 
ceux qui ont succombé à une maladie aiguë. 

Les gens morts par accident ou à la suite d'une opération 
subissent souvent une décomposition rapide. 

Les cadavres gros conservent leur chaleur plus longtemps 
que les maigres. 

Un temps humide, même en hiver, active plus la décompo- 
sition que la chaleur de Tété. 

Le refroidissement des cadavres est un phénomène phy- 
sique qui dépend du rayonnement et de la conductibilité; il 
est donc sous l'influence directe du milieu. Un noyé se re- 
froidit beaucoup plus vite qu'un cadavre exposé à l'air. Le 
corps est-il posé sur un support bon conducteur du calorique , 
nu ou à peine vêtu, ou est-il exposé à un courant d'air, la 
chambre est-elle grande, alors le refroidissement va infiniment 
plus vite que s'il se trouve tout à fait vêtu, dans un lit et 
dans une chambre close. La peau est un bon conducteur du 
calorique : aussi le simple toucher du cadavre où une apprécia- 
tion rapide de la température, ne suffisent-ils pas pour émettre 
une opinion fondée , d'autant que l'une des mains de l'obser- 
vateur peut trouver un endroit du corps chaud et l'autre main 
le trouver froid. Lorsque la température du mort était tombée 
a 1 5"* C, et quon élevait la température du milieu de 10 de- 
grés, on pouvait maintenir le corps longtemps à cette tempéra- 
ture de 1 5 degrés. Les corps des adultes se refroidissent plus 
lentement que ceux des enfants et des vieillards (question 
de masse). 

96 



402 



CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 



Les organes internes conservent leur chaleur beaucoup plus 
longtemps que la surface du corps. On y a trouvé souvent de 
Q& à 39 degrés, quinze ou vingt heures après la mort, alors 
que la surface avait pris la température du milieu ambiant. 
D'autres observateurs ont noté des températures intérieures 
encore plus élevées (Sy à 39°C.) avant la putréfaction. 

Souvent il y a une élévation de température après la mort, 
par exemple dans les cas de tétanos. Chez un malade mort 
de la maladie de Bright, les auteurs ont trouvé une fois la 
température plus haute de i%5 quatre heures après, que deux 
heures après la mort, la température de Tair étant de ty"" C. 
Ce serait un cas fréquent chez les gens morts de la fièvre 
jaune (docteur Dowler), et le maximum irait jusqu'à ho et 
même kb degrés. On a observé le même phénomène chez 
les cholériques. On n'a point constaté un refroidissement plus 
rapide chez les gens morts d'hémorragie. 

M. Alvarenga ^ a fait des recherches analogues sur un homme 
mort d'hémorragie cérébrale. Une heure avant la mort, le ther- 
momètre marquait 36%5; le thermomètre resta appliqué dans 
l'aisselle et fournit les indications suivantes : 



Heures. Tem|)^ralure. 

8 heures Mort. 

8 h. 1//1. 35%6 

8h. i/q 35,/i 

8 h. 3//i 35 ,0 

9 heures 34 ,6 

9 11. 1/4 34 ,0 

9 b. i/q 33 ,4 

9 h. 3/6 3q ,8 

10 heures 3a ,3 

10 h. \/h 3i ,6 

10 h. i/a 3i ,0 

10 h. 3/6 3o ,6 



Heures. Température. 

1 1 heures 3o*,o 

1 1 h. 1/4 99 <6 

1 1 L. i/â 99 <o 

it h. 3//1 a8,6 

Midi.'. 37 ,0 

iQ b. 1/6 a5 ,6 

la h. i/a a3 ,8 

13 h. 3/4 ..... Qo ,6 

1 heure 18 ,0 

1 h. 1/4 1 5 ,8 

1 h. 1/9 1 5 ,0 



* Alvarenga, Précis (h thermoméU'ie clinique généralfi. Trad. de Papillaud, 
1871, p. 199. 



TEMPÉRATURE POST MORTEM. 403 

La température de la salle était de 1 5 degrés. H est à re- 
marquer que rabaissement de la température a été d'autant 
plus rapide que l'on s'est éloigné davantage du moment de la 
mort. Il semblerait que» dans les instants qui suivent la mort, 
l'abaissement dût être , au contraire , plus rapide , puisque l'écart 
entre la température du cadavre et celle du milieu ambiant est 
plus marqué. Puisque c'est le phénomène inverse que l'on 
observe , on peut soupçonner que quelque cause crée encore 
de la chaleur après la mort. Cette hypothèse se trouve appuyée 
par ce fait surprenant que souvent, Otto Funke dit même 
presque constamment, la température s'élève après la mort. 

Th. Simon ^ a cherché à démontrer, par plusieurs observa- 
tions d'élévation soudaine de la température au moment même 
de la mort, qu'il s'agit non d'une contraction musculaire 
comme on le pensait d'après quelques cas de réchauffement 
après la mort des tétaniques, mais d'une paralysie soudaine du 
système nervetuc , laquelle serait la véritable cause de cet accrois- 
sement de température. L'auteur cite les maladies suivantes, 
où cette élévation au moment de la mort a été observée : deli- 
rium iremens, rhumatisme aigu, variole canjluente et hémorra- 
gique, blessures, etc. 

Le docteur Erb^^ s'exprime ainsi sur le même sujet, à pro- 
pos de l'élévation de la température dans l'agonie, chez les gens 
atteints de maladies du système nerveux : 

«Dans la plupart des maladies du centre nerveux, sinon 
dans toutes, avec ou sans lésion anatomo-pathologique, 
qu'elles soient ou non accompagnées de convulsions tétaniques, 
aux approches de la mort, il se produit, en même temps que 
les fonctions cérébrales manifestent un trouble et une pros- 
tration considérables, une élévation de température plus ou 

^ Th. Simon, de Hambourg, LeU- * Docteur W. Erb, à Heidnllierg, 

patioti tlfi la températwe diiM l'agonie et in Arch, Jiir kUn. Med,, i-a, i865. 

aprèê la mort. (Ann. as la Charité de Analyse in Sekmidt*ê Jakrb., 1866. 

lierlin , VIll ,9,1 865. ) t. CXI , p. 9 1 , par Geiaaier. 



hOh 



CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 



moins rapide, habituellement très-notable, laquelle très-sou- 
vent persiste pendant quelque temps après la cessation de la 
respiration et des battements du cœur. 79 L'auteur remarque 
que ces températures excessives se montrent quand la mort a 
lieu par le cerveau , mais que , si les poumons ou le cœur soiit 
la cause prochaine de la mort, il n'en est plus ainsi parce 
qu'alors les conditions nécessaires à la formation de la chaleur 
sont abolies. Mais, si la respiration intacte charrie encore assez 
d'oxygène, alors la température peut s'élever. Toutes les mala- 
dies du cerveau, même les troubles fonctionnels sans lésion, 
peuvent amener cette élévation de chaleur ultime. L'auteur cite 
la tuberculisation pulmonaire avec méningite de la base, la 
méningite purulente, la sclérose du cerveau, les accidents 
puerpéraux, le typhus, la méningite spinale, l'hémorragie 
cérébrale, etc. Pour Wunderlfch, cette élévation s'observe 
surtout quand la maladie se termine par des températures 
hyperpyrétiques. 

On s'aperçut bientôt ' que les affections des centres nerveux 
et celles qui sont accompagnées de fortes convulsions téta- 
niques ne donnent pas seules naissance à un accroissement 
de chaleur après la mort, et les auteurs cherchèrent à expli- 
quer cette élévation par le passage des muscles h Tétat de rigi- 
dité cadavérique. C'est la cause qu'invoque Huppert^, en te- 
nant compte également de la coagulation sanguine. 



' Quelques auteurs n'abanflonnèrent 
pas facilement la théorie de Tinfluence 
cérébrale. Ainsi Eulenburg' rapporte 
deux cas de mort par érésipèle avec ob- 
servations de la température avant et 
après la mort : 



rait. 



9 c«». 



k^'^B Avant la mort. (Ai.HifdIf.) 

&3 ,« i/h d'heure après. 

4o ,& Au momeot de la mort. 

S ao minutes apràa. 



( 4o, 
f Â>. 



D'où Eulenhurg conclut que Téléva- 
tion est duc à une paralysie subite des 
centres nerveux, et ajoute que V 
pèle est une affeclion nerveuse, 
trouble fonctionnel des nerfs vasomo- 
leurs. 

* Huppert H., Ueber die Unadu 
der postmortalem Temperalurêteigemng. 
(Àrch. ilerHeilk. 1867, t. VIII, S3ai- 
33o.) 



' Eulenburg, CcntralbUn, a" 5, 18OC. — Mouvement médical, n" 4i, 1869. 



TEMPÉRATURE POST MORTEM. 405 

D*accord avec les conclusions de Walther* (^Recherches sur 
l'insolation)^ Huppert pense démontrer que la venue de la rigi- 
dité musculaire retarde notablement le refroidissement du ca- 
davre. Un lapin fut tué par injection de glycérine dans la 
jugulaire, la chute de la température fut mesurée depuis le 
moment de la rigidité complète jusqu'au second jour, où elle 
persistait encore; le cadavre fut porté à la température de 
lio degrés, et la rapidité du refroidissement fut de nouveau 
mesurée le troisième jour après la résolution complète de la 
rigidité. Le premier jour, la température tomba de /i%3 5 C. en 
cent trente-neuf minutes; le second jour de &",5 G. en soixante 
et onze minutes cinq secondes; le troisième en soixante-quatre 
minutes et quinze secondes. 

On a obtenu un refroidissement rapide avec des substances 
toxiques qui suppriment la rigidité cadavérique. 

Cette hypothèse de Walther et Huppert a été acceptée par 
Wunderlich ^, et la preuve a été fournie par Fick et Dybkowsky ^ 
ainsi que par Schiffer^. Ils démontrèrent directement que les 
muscles, dans la rigidité cadavérique comme dans leur con- 
traction pendant la vie, ont des manifestations chimiques iden- 
tiques, et que, dans les deux cas, ils produisent de la chaleur. 
Ackermann invoque également, pour expliquer cette élévation 
"^ de température, ce fait qu'après la mort les actes chimiques 
peuvent durer encore un certain temps, tandis que la perte 
de chaleur est arrêtée par la cessation de la respiration et de 
la circulation du sang à la peau. 

M. Bourneville a communiqué à la Société de biologie, en 
1871 *, un fait bien curieux d'élévation de température post 

' Walther, BulL de VAcad. de» »c. de jahrêchr. d, Zurich, naturf. Gêt. « 1 867 , 

Saint-Pêtenbourg , I. XL, p. 17. Cen- et CentralblaU, t868,p. 197. 

traWlaUf. d. med. W. , 1 867, p. 89 1 . * Scliiffer, CentrnUfi f, d. med. W, , 

' Wunderlich, Btftnerilnffigfn^n'etfiaii 1867, p. 869. Arch,/. Aftat, u. Phffs, 

FaU von tpontanem TVtantit, Arch, der 1868, p. hh^. 

HmUc.,i. il, p. b^^. • Rourneville, Gaz. dn hâp., 1879, 

^ Fick unil I)ybkowsky, Vim'iel' p. Sa. 



406 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

mortem. Un homme de quaranle-cinq ans fut trouvé nu sur le 
parquet de sa chambre dont la fenêtre était ouverte. C/était 
pendant une des journées les plus froides du mois de janvier 
1 87 1 . Au moment de son admission dans le service de M. Mar- 
rotte, à la Pitié ( 1 1 heures du soir), on constate un refroidis- 
sement général; le pouls est imperceptible. Le cœur ne fait 
entendre qu'un bruit sourd, irrégulier dans son rhythme. On 
compte q/i respirations par minute. La température rectale 
est à 97%/i (1. (Toutes les précautions ont été prises pour évi- 
ter Terreur.) On entoure le malade d'alèzes et de boules d'eau 
chaude, on lui fait boire du vin chaud. A une heure du matin, 
la température rectale était à aS^d. Le malade succombe k 
8 heures du matin. Cinq minutes après la mort, la tempéra- 
ture rectale élait à 36%9. 

L'autopsie ne révéla aucune lésion, et les renseignements 
permettent d'affirmer que le malade n'était pas alcoolique. 

A. Valentin ' a analysé et soumis h la critique les faits con- 
nus à ce sujet , et a institué une série d'expériences nouvelles. 
Les animaux employés furent des grenouilles, des porcs, des 
cochons d'Inde, des lapins, <les pigeons, des chiens, des mar- 
mottes. On les tuait de différentes façons, et l'on explorait la 
température dans les viscères. Voici les conclusions de ce tra- 
vail : 

La production de chaleur après la mort est un fait gé- 
néral. 

Cette chaleur est d'autant plus grande que la production 
en est supérieure à la dépense. 

Avant tout, la production de chaleur après la cessation des 
battements du cœur provient de la persistance des actions vi- 
tales caloriformatives. L'élévation de celles-ci , particulièrement 
de celles qui se produisent sous une influence nerveuse, con- 
tribue H engendrer une plus forte production de chaleur après 

•^ Adolf. Valentin, De VéUmiion dp. la température ap'h la mort. DisaerUitioii 
inuiigiirale, Borne, iHCig. 



TEMPÉRATURE POST MORTEM 407 

la mort. La rigidité cadavérique, bien qu'elle mette en liberté 
de ta chaleur, n'influe que très-peu sur Télévation de la tem- 
pérature post mortem. 

Les décompositions qui se font après ta mort ont une bien 
plus grande importance comme source de dégagement de cha- 
leur. 

La perte de chaleur est bien plus faible après la mort que 
pendant la vie. Il peut se rencontrer aussi une élévation de la 
température post mortem sans augmentation de la production 
de chaleur. 

A. Valentin a observé sur les lapins, que, lorsque l'abais- 
sement de la température après la mort survenait, on le voyait 
faire place à une élévation aussitôt que le milieu ambiant 
était chauffé, et que cette température de l'animal surpassait 
alors de beaucoup celle du milieu, fait qui ne peut s'expli- 
quer que par la persistance de la production de chaleur. 

Si l'explication unique n'est pas donnée, les auteurs sont 
d'accord pour admettre que c'est surtout dans les affections du 
système nerveux et dans les maladies infectieuses» que l'éléva- 
tion de température posi mortem atteint ses plus grandes pro- 
portions. Peut-être, d'ailleurs, ne doit-on pas invoquer une 
cause unique, le processus peut être différent. Nous avons si- 
gnalé ailleurs', après d'autres, après Doyère en particulier, 
que, dans le choléra, la température rectale posi mortem s'élève 
fréquemment. Ainsi, sur treize malades, huit ont eu une 
élévation de la température après la mort» elle a été, au 
maximum, de 3 degrés; deux n'ont donné aucune variation, 
trois ont eu un abaissement immédiat de la température. Nous 
avons fait remarquer également que l'élévation de la tempé- 
rature après la mort semble plus prononcée chez les cholé- 
riques qui succombent dans la période algide, que chez ceux 
qui succombent dans la période typhique. 

• 

^ V. Lorain, Le ch-tléra à rhàpiUil Saint- Antoine , 1868 , p. 1 17-1 9 H. 



408 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

S IV. 
RIÎPARTITIOTI DE LA CHALEUR. 

Depuis la fin du siècle dernier, les médecins savent que la 
chaleur est inégalement répartie dans les diverses régions du 
corps. Martin, J.Hunter, Garlisle, ont fait des déterminations 
assez précises pour établir le sens dans lequel varie le phéno- 
mène. J. Davy a publié des travaux qui peuvent encore être 
consultés aujourd'hui avec fruit. En nous plaçant au point de 
vue exclusif de la thermométrie médicale, il nous faut étudier 
les variations de la répartition de la chaleur sous deux rap- 
ports : r la répartition réelle dans toute l'économie; u" la ré- 
partition et les causes des variations dans les différents points 
accessibles à la thermométrie. 

i" Répartition réelle de la cluileur dans V économie. — J. Davy 
a publié le tableau suivant de la distribution de la tempéra- 
ture dans les diverses parties du corps d'un agneau qu'on venait 
de tuer. Les températures ont été prises, même celles des 
parties superficielles, en introduisant le thermomètre sous la 
peau '. 

Sur Tes du tarse 3Q*,Qa C. 

Sur Tes du raëtalarse 36 , 1 1 

Sur Tarticulalion du genou 38 .89 

Vers le haut de la cuisse 39 ,â& 

Sous la hanche . . &o ,00 

Au milieu de la matière cérébrale ko ,00 

Rectum &o ,56 

Sang de la veine jugulaire ho ,8& 

Vers la base du foie 4 1 , 1 1 

Dans le ventricule droit du cœur 61,11 

' J. Davy, Bibliothèque britannique^ 181 5,1. LX,p. 11 5. 



RÉPARTITION DE LA CHALEUR. 409 

DanB le paranchyiue du foie A i^^Sg C. 

Dans le parenehymç pulmonaire kt ,89 

Sang de la carotide hi ,67 

Dans le ventricule gauche du cœur . ^ 1 ,67 

Cette question de la répartition fut reprise par MM. Becque- 
rel et Breschel en i835. Pour eux : 

^ [1 existe une différence bien marquée entre la température 
des muscles et celle du tissu cellulaire dans l'homme et les 
animaux, laquelle paraît dépendre de la température exté- 
rieure, de la manière dont l'individu est vêtu et de plusieurs 
autres causes. Cette différence dans l'homme, et probablement 
dans les animaux , est en faveur des muscles. Les corps vivants 
se trouvent donc dans le cas d'un corps inerte dont on a élevé 
la température, et qui est soumis à un refroidissement conti- 
nuel de la part du milieu dans lequel il se trouve; ce refroi- 
dissement se fait sentir d'abord à la surface, puis gagne suc- 
cessivement les couches intérieures jusqu'au centre; mais, dans 
les animaux , la loi de déperdition ne peut être la même que 
dans les corps inorganiques, puisqu'il y a dans les premiers 
une cause réparatrice qui agit constamment, f) 

M. BecquereP eut , de plus, le mérite d'utiliser les aiguilles 
thermo-électriques pour explorer la température des régions 
dont le thermomètre à mercure ne pouvait apprécier les 
variations. Voici les conclusions auxquelles M. Becquerel est 
arrivé : 

1° Le sang, soit artériel, soit veineux, est d'autant plus 
chaud qu'on l'examine plus près du cœur. Ainsi, dans la caro- 
tide, la température du sang est de o",t5 au-dessus de celle 
du sang de l'artère crurale; la température du sang de la veine 
jugulaire l'emporte de o",«3 sur celle du sang de la veine cru- 
rale. 

s" La température du sang artériel est toujours notable- 

* Becquerel, Trailp Hê phyniftip , t. II, p. 5i. 



4!0 CHAPITRE II. - LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

nient supérieure à celle du sang veineux quand Texpérience 
porte sur des points correspondants des vaisseaux collatéraux. 
Ainsi, à Torigine de Taorle, la température du sang l'emporte 
de o",8/i sur celle du sang de la veine cave supérieure, au 
point où ce dernier vaisseau s'ouvre dans l'oreillette droite; la 
température du sang de l'artère crurale est moyennement su- 
périeure de 0^,98 à celle du sang de la veine crurale. 

3 ' La température des muscles l'emporte sur celle du tissu 
cellulaire qui leur sert d'enveloppe. M. Becquerel a trouvé que 
le biceps au repos a une température de i%57 supérieure à 
celle du tissu cellulaire adjacent. 

Mais c'est à M. Cl. Bernard surtout que nous devons les no- 
tions les plus précises sur cette répartition. Nous lui emprun- 
tons deux tableaux dans lesquels il a réuni les opinions de 
ses devanciers, et nous analysons ensuite ses dernièra<; re- 
cherches ^ (Voir les tableaux, p. 4 19-/11 5.) 

Les recherches de M. Cl. Bernard, publiées en 1867. sur 
la température comparée du sang artériel et du sang veineux, 
ne furent pas acceptées sans contestation. M. Colin d'Alfort, 
en particulier, résuma , dans une Note à l'Institut, des recher- 
ches très-minutieuses, dont il crut pouvoir déduire des con- 
clusions contraires h celles de M. Cl. Bernard. Voici le résumé 
de ce travail^ : 

"^ Le corps animal n'a pas, à beaucoup près, comme Davy Ta 
déjà noté, une température uniforme, car il n'y a pas en lui 
une égale production, une égale répartition, ni une égale dé- 
perdition de calorique. (Considérée en masse, sa température 
décroît du centre à la périphérie, surtout vers les extrémités 
où les surfaces rayonnantes deviennent très-étendues relative- 



' Cl. Rernarci , Temjnh'atvre du nang : lobre i 865 , Sur la tetnpératttr^ dv iong 
êang ariérifl , taug veifieux. ( l^eçont tur veineux , comparée à celle du tang ar- 
ia chaleur animale, Paris, p. 33.) tériel dam le cœur et le» autre$ partie* 

' Cnlin, professeur à TEcole vétëri- centrale» du syttème va»culaire.) 
oaire d'Alfort. (Acad. de» »cience»y s 3 oc- 



RiiPARTITION DE LA CHALEUR. 411 

ment au volume des parties. Les parties centrales voisines du 
foie et do Testomac arrivent au degré maximum, ainsi que 
M. Bernard Ta démontré. Cependant la base des poumons, la 
partie antérieure du diaphragme, aussi rapprochées du centre 
que les premières, ont une température très-sensiblement 
inférieure à celle des parties sous-diaphragmatiques. De ces 
parties, les unes sont à une température constante ou subordon- 
née à celle du sang; les autres, telles que le poumon, la peau, 
le système musculaire, l'estomac, l'intestin, en ont une essen- 
tiellement variable, modifiée sans cesse par celle de l'atmos- 
phère ou parles actions chimiques intermittentes qui se passent 
en elles. 

<^Les deux sangs n'ont point le même degré de chaleur ni 
dans les régions où les «irtères et les veines se juxtaposent, ni 
dans les deux cœurs. Mais il est très-difficile de les comparer 
très- rigoureusement. Presque partout, si ce n'est dans les 
organes profonds, le sang de l'artère est plus chaud que celui 
delà veine satellite. Le sang de la carotide, par exemple, est 
de 1/9, 1, 9 degrés plus chaud que celui de la veine jugu- 
laire, et ainsi, à peu près, de l'artère fémorale comparée à la 
saphène, de l'artère radiale comparée à la sous-cutanée de 
l'avant-bras. D'ailleurs l'uniformité n'existe même pas dans 
l'ensemble de chaque système vasculaire pris à part. Dans l'ar- 
tériel, la températu/e va en décroissant très-faiblement du 
tronc aortique vers les divisions terminales; dans le veineux, 
au contraire, elle s'élève très-rapidement des radicules vers 
les parties centrales. Toutefois chaque grande veine a la 
sienne propre : la veine cave supérieure offre le minimum, la 
veine porte le maximum, et la veine cave inférieure conserve 
le degré intermédiaire. » 

L*auteur rappelle que, dans le cœur, les deux sangs n'ont 
point des températures d'un rapport constant et invariable. Le 
plus souvent, c'est le sang artériel qui est le plus chaud. 

L'auteur a expérimenté sur plus de quatre-vingts animaux qui 



412 CHAPITRE H. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 



Tableau A. — aiteurs qui ont trouvé le 



J. Dayt, i8i5 



NOMS DBS AUTEURS. 



HiLLBt , 1 760. . . 

CiiwroBT, 177S. 



Runiiii, 189S. 



SouDAMoni. 1896 



Saisit, 1808. 



j" série d*êxpiriencen . 



Nasse , 



I 



m' êérie d* expérience». 



BirQrBtiiet BRRHfHKT, 1837. 



SANG 

ARTéRIBI.. 



37*,90 

38 ,80 
38.18 

37 ,60 
87,90 

37^70 
36 ,10 

38 ,5o 

36,5o 
38 ,00 
3i M 
ho ,00 

Ao ,5o 
ho ,5o 
ho ,5o 
ho ,5o 
ho ,90 
ho ,00 
'10 ,00 
38 .60 
38 ,3o 

4i ,fo 
h\ ,10 
h\ ,10 



h'k ,80 
Al .80 
A9 ,5o 

n 

II 
II 
II 
II 
II 
II 



SANG 

fRlIBDX. 



36', 10 
37 ,60 

37 ,90 
36 ,60 
36 ,90 

36 ,60 
36 ,5o 

38 ,00 

36 ,00 

37 ,Bo 
3i ,00 

39 ,10 

ho ,00 
ho ,00 
39,70 
ho ,00 

39,70 
39 ,10 

39 M 

37,70 

38 ,3o 

ho ,80 
60 ,5o 
'10 ,80 



h\ ,95 
ho ,60 
h\ ,95 

II 

II 
II 
II 
II 
II 
II 



DIFFÉRENCE 

M PATIOB 

daMiigartÀrid. 



l*,IO 

1 ,3o 
0,98 
0,90 

,90 

1 ,10 
o ,60 
o ,5o 

o ,5o 
o ,5o 
o ,&o 
0.90 

o ,5o 
o ,5o 
o ,80 
o ,50 
o ,00 
o ,90 
o ,60 
0.90 
o .00 

o ,So 
o ,60 
o ,3o 



1 ,55 

1 ,90 
1 ,90 

o,8& 

1 ,19 

0,86 
oM 
o ,90 

8,i5 
il 



ANmAG 



MoutOD. 
Homme. 
Femme. 
Homme. 

Moulon. 
Homme. 
Marmotte. 

Hëriiioo. 
éeareuL 
CbaoTe-M 
Agneea. 

Brebit. 

Idem. 

Idem. 

Bœof. 

Idem. 

Agoeeii. 
Idem. 

Poulet. 



9 

Chien. 
Idem. 

iwum. 
Idem. 



jWi^^m» 



RÉPARTITION DE LA CHALEUR. 



413 



IL PLUS CHAUD QUE LE SANG VEINEUX. 




irotide. Veine jugulaire, 
■nporale. Veine jugulaire. 

t veine brachiales. Ampulalioii 

ta. 

irotide. Veiue jugulaire. 

nporaie. Veine du bras. 

aciie. Cœur droit. 



rolide. Veiue jugulaire. 



lebe. Gros intestin. 

Ht I 4o',o 

I 4o ,5 

I ^o «o 

iaoo da osiir gauche avec le 
e, ee dernier plus chaud, 
iciie. Cceur droit. 



■tant du cceur. Veine cate inie- 
entrant dans le cœur, 
«raie. Veine crurale. 

et veine crurale, 
onde. Veine jugulaire. 
Arlère crurale. 
;vlaire,o*,3o plus chaude que la 



? Citation : Schwenke. 
Thermomètre dans le sang recueilli. 
Thermomètre dans le jet du sang. 
Idem. 
Idem. 

Idem. 

Idem. 

Incision des cavités du cœur. Deux thermomètres 
comparés simultanément. 

Idem. 

Eipérienees sur deux animaux comparés. 

Idem. 

Thermomètre Pahr. plongé dans la veine. Thermo- 
mètre Fahr. dans le jet du sang artériel. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 
Idem. 

Animaux récemment morts. Poitrine ouverte. Ven- 
tricules incisés. 

Idem. 
Idem. 

Poitrine ouverte, cceur incisé ; conduaion indirecte que 
le sang artériel est plus chaud que le sang veineux. 
Animal récemment mort. 
Poitrine ouverte. Cceur incisé. Procédé de Davy. 

Aiguilles thermo-électriques: poitrine ouvert;, ani- 
mal récemment mort 



à\à CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Tableau B. — auteurs qui ont trolve le 



NOMS DBS AUTEURS. 



BBBttia, i»33 

COLLAKD DE MaATIMT et MaL- 

OAIORB, iSSa 

MaGRHOIB el (>L. BlBRARU, lKi!|&. . 

Cl. Bunaro , 1 8&9 

Utfmfie, i86u 

6. Liui« , 1 85i^ 



ï" série d'expérienceê . 



Cl 

BUKABD , , 

1867. 



a' série d*ej-pei-ienceê . 



SANG 

ARTÉRIBL. 



4o*,90 



li 



II 



38,77 

38 ,00 
39,30 
3y ,io 
38 ,()o 
38 ,5o 

38 ,60 

39 ,10 
38 ,70 

38 ,80 

39 ,J0 

ko ,19 

39 ,9a 
39,68 
ho ,a& 
39 ,58 
ko ,09 



SANG 

fBI>Btl. 



4i%4o 



// 



39,30 

36 ,35 

38,ao 
39 ,5o 

39 ,'iO 

38 ,80 
38,70 

38 .80 

39 ,ao 
38 ,90 

38 ,90 

39 ,4o 
40,37 
ko ,3a 

39 ,60 

40 ,39 
39.87 
'10 ,48 



DIPPÉRKNCB 

a fàfmm 

do 



o',5o 



II 



II 



II 



o ,63 

o ,u3 

o ,ao 
o ,ao 

o ,fO 
o ,ao 
o ,ao 
o ,ao 
0.10 
o ,ao 
o ,10 

o ,JO 

o ,a5 
o .lotf) 
o ,01 (t) 

o,a8(?) 

o,o8(r) 

" (t) 



ANIIIAO 



IfootOD. 

Chîeo. 

Chi«o. 

Veau atlôat 1 
lopM im e 

Chien. 

iûeitt, 

lûeitt. 

Idem. 

lûeitt, 

Idtm. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Moatou. 

Idem. 

Idem. 
Idem. 

lûem» 



REPARTITION DE LA CHALEUR. 



415 



PLLS CIIAID QUE LE SANG \KTERIËL. 



>BAUX EXPKHlMKfiTKS. 


PROCÉDÉS D'EXPÉRIMENTATION. 


>it plus chaud que le i;«iiche. 


Procédé iiou indiqué. 




Aoimal récemment mort; poitrine en }iartie ouverte. 




Animal vivant et debout, circulation non inter- 




rompue. 


U veioe cave au niveau du foie 


Animal vivant Thermomètre introduit par le ventre. 


iiaud que le sang de l'aorte. 




Nt plus chaud que le gauche. 


Incision deH ventricules du cœur. 




Animaux vivauti», circulation non interrompue; ther- 




momètre introduit par les vaisseaux du cou. 




Idem, 




Idem. 




Idetn. 




Idem. 




Idem. 




Idem. 




Idem. 




Idem. 




Idem. 




Idem. 


• 


Idem. 




Idem. 




Idem. 




Idem. 




jflolll. 




Idem. 



416 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

ont servi à cent deux observations thermomëtriques (chevaux, 
taureaux, béliers, chiens). Il y a eu vingt et une fois égalité 
de température entre les deux cœurs ou entre les deux sangs 
pris à l'entrée des ventricules; trente et une fois excès de tem- 
pérature dans les cavités droites, et cinquante fois excès dans 
les cavités gauches ou aortiques. Les différences entre le sang 
artériel et le veineux dans le cœur ont oscillé de i à 3 dixièmes 
de degré, en moyenne; néanmoins elles se sont élevées jus- 
qu'à 6 et 7 dixièmes. 

te Ces différences de température semblent dépendre de di- 
verses causes (état de la peau, action ou inaction des muscles, 
travail digestif, diète, etc.). Chez les animaux à peau peu cou- 
verte et à système abdominal peu développé, le sang veineux 
des parties superficielles plus refroidi et celui de la veine porte 
moins abondant impriment à la masse du sang un abaisse- 
ment marqué. C'est aussi chez le chien que l'excès de tempé- 
rature du sang artériel est le plus commun et le plus prononcé, 
car il s'y montre huit ou neuf fois sur dix et y atteint jusqu'à 
7 dixièmes de degré. » 

((D'autre part, dans les circonstances si communes où la 
totalité du système musculaire entre en action, la masse du 
sang noir ramené au cœur tend à prendre une température 
prédominante, ce qui est en rapport avec les résultats des 
expériences de M. Becquerel sur le développement de la cha- 
leur dans les muscles en contraction. 

((C'est très-probablement à cause de ces variations dans le 
degré de chaleur du sang charrié par les veines que la relation 
entre la température de ce sang et celle du sang artériel de- 
vient si changeante. Et elle devient telle afin que s'établissent 
les compensations nécessaires au maintien de la chaleur ani- 
male à un degré à peu près constant. 

«De ce fait remarquable entre tous, que, dans le cœur, la 
température du sang artériel l'emporte sur celle du sang 
veineux, il faut tirer la conclusion que le sang s'échauffe en 



RÉPARTITION DE LA CHALEUR. 417 

traversani le tissu pulmonaire. En effet, si, après avoir cédé du 
calorique tant pour échauffer Tair des bronches que pour va- 
poriser le produit de la transpiration, le sang est encore, mal- 
gré ces deux causes de refroidissement, plus cbaud à sa sortie 
du poumon qu'il ne Tétait à son entrée dans cet organe, c'est 
que son conflit avec l'air a produit de la chaleur» Conséquent 
ment l'hématose, telle qu'elle s'effectue dans le poumon, doit 
(^tre, ce me semble, considérée comme une source locale et 
inmiédiate de la chaleur animale, t) 

Tel était l'état de la question quand, en 1 869 , M. Lombard 
chercha à prouver que le sang ne se refroidit pas en traversant 
les poumons ^ Pour le démontrer, M. Lombard fait respirer 
de l'air chaud et humide, prend, à l'aide d'un appareil thermo- 
électrique très-délicat , la température de la peau au-dessus de 
l'artère radiale, quand on respire de l'air froid, puis quand 
on respire de l'air chaud et humide, et, comme il n'observe pas 
de changement de température, il en conclut que le sang ne 
se réchauffe pas en traversant le poumon. — Conclusion bien 
indirecte et bien peu certaine. 

En 1871, Heidenhain et kôriier ont repris la question. 
Sur quatre-vingt-quinze expériences ils ont toujours trouvé le 
cœur droit plus chaud que le cœur gauche, sauf un cas d'éga- 
lité. Les expériences ont été faites sur des chiens vivants, la 
circulation étant libre et la cavité thoracique intacte. Les ani- 
maux ont été opérés directement ou préalablement soumis à 
l'influence du curare. Les mesures de chaleur ont été prises 
tantôt avec le thermomètre, tantôt avec des appareils thermo- 
électriques. Les instruments, thermomètres ou aiguilles ther- 
mo-électriques étaient introduits dans le cœur par la veine 
jugulaire et par l'artère carotide. 

Les résultats obtenus peuvent se résumer ainsi : Dans un 
cas la différence a atteint 6 dixièmes de degré; dans trois cas 

* Lombard , Arek. de phytioL 1 87 1 . 



418 CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

elle a été de 5 dixièmes; dans cinq cas, de 3 à U dixièmes; 
dans vingl-sept cas, de n à 3 dixièmes; dans trente-six» de i 
à 9 dixièmes; dans vingt et un, de i dixième et moins. Une 
seule fois il y a eu égalité. 

M. Cl. Bernard a tenu à vérifier ces diverses recherches, et 
il s'est mis à Tabri de toutes les causes d'erreur connues. Il 
indique minutieusement les précautions à prendre pour expé- 
rimenter sur les animaux curarisés et à l'aide d'appareils ther- 
mo-électriques ^ et il conclut de toutes ces épreuves variées et 
répétées, que, quand l'expérience est bien faite, que rien ne 
pèche dans le manuel opératoire, et que les animaux sont dans 
l'état normal, il y a toujours une inégalité dans la tempéra- 
ture du sang dans les ventricules du cœur, et que l'excès de 
température, qui est de quelques dixièmes ou centièmes de 
degré, est toujours à l'avantage du cœur droit. 

D'après les recherches physiologiques récentes , la connexion 
entre la température du cœur et le rôle du poumon n'appa- 
ratt plus comme immédiate et forcée. Non-seulement le pou- 
mon ne réchaufferait plus le sang comme l'avançait Lavoi- 
sier, mais il ne le rafraîchirait pas non plus comme le croyait 
Aristote. 

Heidenhain et Kôrner ont vu en effet qu'en faisant varier la 
température de l'air inspiré la différence de température 
entre le sang des deux cœurs ne varie pas. Ces auteurs attri.* 
huent l'élévation de la température du sang, dans le cœur droit, 
au contact de ce dernier avec le diaphragme, plus chaud au 
voisinage du foie que le reste de la poitrine. Cette explication 
semble inacceptable à M. Cl. Bernard, qui rappelle que, 
chez le chien, le cœur flotte dans le médiastin, qu'il n'est pas 
relié au diaphragme par un péricarde adhérent, et qui noie en 
outre que Hering a trouvé la même différence dans les deux 
cavités du cœur d'un veau atteint d'ectopie. M. Cl. Bernard se- 

* Cl. Bernard , Leçon» »ur la chaleur onifiiali, p. 56 à 96. 



RÉPARTITION DE LA GHALKOR. âl9 

rait plus porté à croire que cette différence dans la tempéra- 
ture des deux sangs peut trouver son explication dans tes phé- 
nomènes calorifiques qui accompagnent les échanges de gas 
dans M poumon. 

Le sang oxygéné qui se rend du poumon dans Taorte est 
donc un peu moins chaud que le sang qui, du ventricule 
droit, pénètre dans le poumon par Tartère pulmonaire. Il faut 
maintenant faire le parallèle entre la température du sang 
artériel et vineux dans les divers points du système circula- 
toire. 

La température du sang artériel varie dans les différentes 
parties de son trajet. Becquerel et Breschet avaient trouvé lé 
sang de la carotide plus chaud que celui de la crurale. G. 
Liebig a constaté que, dans les artères» le sang se refroidit un 
peu à mesure qu'il s'éloigne du cœur. A Taide des sondes ther- 
mo-électriques M. Cl. Bernard est arrivé aux mêmes conclu- 
sions. 

La température du sang veineux est soumise à des in- 
fluences plus variables. Dans les veines superficielles la tem- 
pérature s'abaisse. Becquerel et Breschet ont trouvé i degré 
de différence entre l'artère carotide et la veine jugulaire, et 
cette différence s'exagère par un froid vif ou s'atténue quand 
la chaleur extérieure augmente. A la périphérie du corps et 
aux extrémités, le sang veineux est constamment plus froid que 
le sang artériel. 

Mais, en pénétrant dans les cavités splanch niques, la pro- 
position est renversée, ainsi que l'ont démontré MM. Cl. Ber- 
nard et G. Liebig. En faisant remonter deux sondes thermo- 
électriques l'une par la veine cave inférieure, l'autre par 
l'aorte, on voit que la différence entre le sang artériel et vei- 
neux s'atténue et qu'au niveau des veines rénales les deux 
températures sont égales. «C'est là, dit M. Cl. Bernard, ce 
que l'on pourrait appeler le point nul de la température ani- 
male. 7i 

a?- 



A20 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

En remontant encore, on trouve que la température vei- 
neuse l'emporte sur celle* de l'aorte. Au niveau où les veines 
hépatiques débouchent dans la veine cave inférieure, le sang 
veineux a un excès de o°,i/i (i degré dans une ancienne ex- 
périence). Au moment où la veine cave inférieure entre dans 
l'oreillette droite, l'excès est de o",9. 

Si l'on pousse davantage la sonde, et que de la veine cave 
inférieure on la fasse passer dans la veine cave supérieure 
(opération facile chez le chien), les phénomènes se renversent : 
la veine devient plus froide que l'artère. 

L'oreillette droite reçoit donc du sang plus froid prove- 
nant de la partie supérieure, et du sang plus chaud pro- 
venant de la partie inférieure du tronc. Le sang veineux 
s'échauffe dans les intestins, au lieu de se refroidir comme 
dans les membres. Le foie, en particulier, apporte un con- 
tingent de chaleur considérable en raison de son volume et 
de sa situation, qui le protègent contre la déperdition de 
tout calorique. 

Les opinions de M. Cl. Bernard semblent aujourd'hui pres- 
que universellement acceptées. Voyons quelles sont les consé- 
quences que la pathologie peut en tirer. J. Rosenthal a cher- 
ché à en déduire la théorie du refroidissement oti de ce que 
l'on appelle dans le peuple le chaud-froid. Voici Tenchalne- 
ment de ses raisonnements * : 

«Si l'on fait abstraction des différences très-faibles de tem- 
pérature qu'on trouve à l'intérieur du corps (par exemple 
entre le sang des veines hépatiques et celui de la veine porte, 
entre celui du ventricule droit et du ventricule gauche du 
cœur ) , on peut admettre dans l'animal à sang chaud trois zones 
où existent des températures différentes. La zone la plus basse 
est à la surface du corps où les refroidissements les plus forts 

^ J. Rosenthal, Etudei sur la régur- Analyse dans le CentralblaU, p. 8/10, 
lation de la chaleur chez le» ammaujc à 187ÎÎ. 
»ang chaud, m-H% Ëiiangen, 187a. 



RÉPARTITION DE LA CHALEUR. il21 

ont lieu ; la plus haute , surtout chez les grands animaux , règne 
dans un noyau central assez fort, et la zone intermédiaire est 
située entre la surface et ce centre. L'épaisseur de cette zone, 
qui est sous la dépendance du refroidissement par le milieu 
ambiant et de Tétat de la circulation à la peau (dilatation ou 
constriction des vaisseaux), peut augmenter ou diminuer, va- 
rier en un mot, tandis que la température du noyau central 
reste la même. Un thermomètre placé dans cette région in- 
termédiaire peut accuser des oscillations assez importantes sans 
que, pour cela , la température générale de Tanimal ait changé 
sensiblement. Donc les mesures prises dans la zone intermé- 
diaire (et l'aisselle en fait partie) sont suspectes d'infidélité. 
Pour être sûr du résultat, il faut aller chercher la tempé- 
rature dans le noyau central et attendre qu'elle soit cons- 
tante sur la graduation thermométrique. Seul le rectum 
convient à cette exploration. » 

Les expériences de l'auteur portent exclusivement sur l'état 
de l'animal mis dans un milieu surchauffé (on place un lapin 
dans une boite en tôle à doubles parois dont l'intervalle est 
rempli d'eau chaude). Chez les animaux liés, la régulation de 
la chaleur est fort entravée, parce qu'ils ne sont plus à même 
de changer l'état de leur surface (les animaux en liberté se 
rassemblent et se pressent les uns contre les autres dans le 
froid, et s'espacent dans la chaleur). Des lapins à l'état de 
liberté conservent leur température normale dans un air va- 
riant de -h 1 1" à + 33^ C. Quand l'air a de 3a" à 36 G., ils 
s'échauffent et remontent à Iti"* et àù'' C^; à ce degré il s'éta- 
blit chez eux un nouvel équilibre, et ils n'éprouvent aucun 
dommage. Dans l'air de 36 à /io degrés, leur température 
monte rapidement à liliei hh degrés; tous les vaisseaux exté- 
rieurs se dilatent ainsi que les pupilles, les muscles se para- 
lysent, et, si l'on continue l'expérience, la mort arrive. Si 
l'on enlève promptement l'animal de ce milieu chaud pour le 
replacer dans l'atmosphère de la chambre, il se refroidit et 



&22 CHAPITRE H. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

recouvre son activité musculaire; mais sa température s'abaisse 
jusqu*à 3o degrés et peut deioeurer ainsi un jour entier, ce 
qui tient sans doute à la paralysie des vaisseaux de la peau, 
(il y coule plus de sang, d'où refroidissement). Peu a peu les 
vaisseaux reprennent leur contractilité , et l'état normal repa- 
raît. Tel est le mécanisme probable de ce que l'on appelle le 
refroidissement (nroir tiit refroidi$9ement est une expression fort 
usitée en médecine). Or ces r^roidis9tment$ ont lieu» comme 
on sait, le plus souvent quand on passe subitement d'un air 
très-chaud à l'air froid, par exemple à la sortie d'un bal. La 
grande quantité de sang qui coule dans les vaisseaux dilatés 
de la peau est soudainement refroidie et elle va se distribuer 
en cet état aux organes profonds; ceux-ci sont, à leur tour, ra- 
pidement refroidis, et, par suite , peuvent devenir malades. 
Souvent cette maladie porte justement sur les parties de la peau 
directement soumises au refroidissement. On peut déduire 
de ces observations l'utilité des ablutions froides habituelles 
pour résister aux refroidissements. Grftce à ce traitement 
hygiénique, le ton des vaisseaux de la peau est augmenté, 
de sorte qu'ils ne sont point facilement engourdis par les 
hautes températures. C'est une protection donnée au corps 
et à ses organes contre les variations brusques de la tempé- 
rature. 

L'état apparent de l'animal ne change pas sensiblement 
quand l'air de l'étuve est saturé de vapeur d'eau, il est pro- 
bable que, chez les animaux pourvus de poils, l'évapora- 
tion cutanée ne joue qu'un rôle insignifiant par rapport à 
la régulation de la chaleur, contrairement à ce qui a lieu 
chez l'homme où la peau est glabre et riche en glandes sudo- 
ripares. 

La température d'un organe dépend donc d'une série de 
circonstances bien connues actuellement, et nous pouvons dire 
avec iM. (il. Bernard, à qui nous devons les faits les mieux dé- 
terminés : 



RÉPARTITION DR LA CHALEUR. A93 

*^ Les anciens * cherchaient à localiser le point le plus chaud 
de réconomie, ils l'appelaient ^{lyer et le considéraient comme 
le centre de la calorification.. Aujourd'hui nous considérons la 
calorification comme une propriété universelle : elle appar- 
tient, h des degrés divers U est vrai, à tous les éléments, à 
tous les tissus, et il faut la rechercher dans tous. 

« La chaleur qui se produit en tous lieux dans le corps vi- 
vant, se perd aussi en tous lieux. Elle se dissipe, comme dans 
les corps inertes, de la surface à la profondeur, par les lïiémes 
causes, par le rayonnement, par la conductibilité, par Téva- 
poration. Or la température d'un organe dépend non-seule- 
ment de la chaleur qui s*y crée, mais aussi de la chaleur qui 
s'y perd. Ces acquisitions et ces pertes sont dans une relation 
intime avec l'état de la circulation. On le démontre par l'ex- 
périence suivante : si l'on place dans une étuve sèche à 60 
ou 80 degrés deux lapins, l'un vivant, l'autre mort mais 
encore chaud, on voit que l'animal vivant s'échaufTe beau- 
coup plus rapidement que l'animal mort. Cela tient h la cir- 
culation, qui, chez le lapin vivant, amène sans cesse à la 
périphérie un liquide sanguin qui vient s'y échauffer et qui 
remporte dans la profondeur la chaleur empruntée au mi- 
lieu. Chez l'animal sacrifié, réchauffement ne se fait que 
comme dans un corps inerte, couche par couche, il est donc 
plus lent. 

« Les mêmes circonstances président pendant la vie au re- 
froidissement. Le sang vient sans cesse se refroidir à la pé- 
riphérie» et la température générale est influencée par les re- 
froidissements locaux. Nous verrons plus tard quelle part il 
faut {Are au système nerveux qui règle ces refroidissements 
périphériques. Mais disons de suite qu'après la section du 
filet cervical du grand sympathique, l'oreille du côté où le 
nerf a été sectionné ayant 3s degrés, celle du côté sain s5 de- 

^ CL Rernard, Ltçotu twr la chaleur animale, p. 193. 



424 CHAPITRE IL — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

grés, si Ton expose Tanimal à une tempëralure citerne de zéro, 
on trouve, au bout d'un certain temps, que Toreille du côté 
sain n'a plus que la degrés, celle du côté où le sympathique 
a été coupé marque encore 3o degrés. 

^ Il en est ainsi parce que , du côté sain, le nerf sympathique 
a fait resserrer les vaisseaux et que du sang chaud n'y a plus 
circulé, tandis que, dans l'oreille dont le nerf a été sectionné, 
la circulation est restée inerte et que Toreille a été constam- 
ment baignée par du sang chaud. 

(t En somme le refroidissement ou le réchauffement d'une 
partie obéit à deux influences. Il y a d'abord un phénomène 
physique, puis un phénomène physiologique : le système ner- 
veux règle la circulation. Ji 

Nous reviendrons plus loin sur le mode de la régulation, 
nous y retrouverons les recherches de M. Cl. Bernard. 

Toiles sont les conclusions auxquelles on est arrivé sur la 
répartition de la chaleur chez l'animal sain. L'accomplissement 
de certains actes physiologiques, les maladies, troublent-ils 
cette répartition ? Des lieux ordinairement plus chauds devien- 
nent-ils relativement plus froids? (le sont là des questions que 
l'étude de la pathologie élucidera plus loin, mais sur lesquelles 
nous devons dès maintenant dire quelques mots. 

Braume ^ a fait des observations sur la température de l'in- 
testin pendant la digestion. Sur une femme qui avait un anus 
artificiel (intestin grêle), il observa trois fois l'influence des re- 
pas sur la température intestinale. Cinq minutes après Tinges- 
tion des aliments, la température s'élevait et continuait à 
monter quelque temps. La plus grande élévation observée a 
été de k dixièmes et la plus faible de t dixième de dé^é. La 
température de l'aisselle, quoiqu'un peu inférieure à celle 
de l'intestin, s'élevait légèrement: 

Les deux côtés du corps ne semblent pas toujours avoir la 

* Brniime^ î'Vir/i/»ir'« Arcliiv,, XIX, p. ^70, '191 ; t86o. 



RÉPARTITION DE LA CHALEUR. 425 

même température. Dans le mémoire de Du Pui : De homine 
(hxlro et sinisiro \ on trouve un court chapitre Sur le chaud et 
le Jrotd d'un seul calé [calor frigusqiie alterutrius lateriny Pe- 
cblin avait déjà dit (lib. I) : VIdimus profecto, ubi unius latens 
extrenium eratjrigus, alternm caluisse. Le même auteur a vu une 
femme qui, au moment où survenaient ses accès d'épilepsie, 
était, d'un côté du corps, de la tête au pied, froide et insen- 
sible, l'œil de ce côté ne voyait point, tandis que rien d'ano- 
mal ne se constatait de l'autre côté. 

J. F. Clossius'^ a observé des cas d'augmentation de chaleur 
fivec sueur d'un seul côté du corps : il a vu à Tubingen un 
enfant qui, lorsqu'il s'échauffait, devenait rouge et chaud du 
seul côté droit de tout le corps, jusqu'à la sueur, tandis que 
son côté gauche ne présentait aucun changement de couleur, 
ni de chaleur, ni d'humidité. — Schenk^ dit : «Dans un cou- 
vent de la Forét-Noire une nonne me demanda conseil pour le 
cas suivant : chaque fois qu'elle entrait au bain ou qu'elle se 
livrait à quelque exercice, elle devenait rouge de la tête au 
pied, seulement du cô(é droit: rien de semblable n'avait lieu 
à gauche, (^ette révélation me remplit d'étonncment , et je de- 
meurai convaincu que la maladie venait du foie. J'ordonnai 
une saignée et de la rhubarbe, le camphre, etc. tj 

Du Pui consacre un chapitre^ à la coloration unilatérale 
des joues dans les affections de poitrine, fait qui a été fort dé- 
veloppé depuis par Pourfour Dupetit, MM. Gubler, G. Ber- 
nard (^Action de^ nerfs vasomoteurs). Il cife de même de nom- 
breux exem[)les de sueur unilatérale. 

Blake ^ rapporte des faits analogues : de dix-huit observa- 
tions prises, soit sur lui-même, soit sur différentes personnes, 



• Leydp, 1780, in-S". * Edward Bl.ike, Deg dijerencea de 
^ Spec. obn, miêcell. novœ vnriùtU nwl. la température du côté droit et du nilé 

meth. adjectum, Obs. xiiii, p. loâ. ganrKe (Med. Time» and Gaz., 8 oct. 

^ Obg. rar. de ciite, lib. V, obs. v. 1870). 

* Lib. I. p. .3. 



436 CHAPITRE II. >- LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Tauteur conclut que la température est plus élevée dans Tais- 
selle gauche que dans la droite, dans certains cas. Par exemple, 
si les deux aisselles ont la même température et qu'on se livre 
à un effort musculaire , il se produit une élévation de ia tem- 
pérature dans Taisselle gauche. Dans un cas, cette différence est 
de 0V978 G., dans l'autre de o%556 G. Les expériences furent 
faites avec des thermomètres enregistreurs. Geisler, l'auteur 
de l'analyse de ce travail dans le Sekmid^s Jahrh. de 1871, 
critique la méthode, met en doute l'exactitude des indica- 
tions de ces thermomètres, et fait ses réserves quant au résul- 
tat cité. 



fi*" Vartahons ne la température dans Uê iijfirenU pomiê aeceê- 
sibles à la thermométrie, — Nous avons déjè donné quelques- 
uns des résultats obtenus par la comparaison de la température 
prise en différents points (voyez les redierches de Roger). 
M. Gavarret ^ a donné également un tableau que l'on peut con- 
sulter : 

Sous la plante du pied 3â%99 C. 

Entre la mall^Ie interne et l'insertion du tendon d'Achille, 

sur l'artère 33 ,89 

Sur le milieu du tibia 33 ,06 

Sur le milieu du mollet 33 ,89 

Sur Tartère popiitée au pli du genou 35 ,00 

Sur la fémorale au milieu de la cuisse 3& ,46 

Sur le milieu du muscle droit 3â ,78 

Sur les gros vaisseaux de la hanche 35 ,86 

Un quart de pouce au-dessous du nombril 35 ,00 

Sur la 6' c6te gauche, sur le cœur. 36 ,/^ 6 

Sur la 6' c6ie droite 33 ,89 

Sous Tnisselle, où Ion applique la surface entière du rè- 

servoîr du thermomètre 36 .67 

Excepté pour l'aisselle, ces températures sont si variables, 

' Gavarret , Chalemr animaU , p. i o^J . 



RÉPARTITION DE LA CHALEUR. 427 

quand on les recherche dans les différents points indiqués par 
M. Gavarret, que véritablement on n en saurait déduire quel- 
que conclusion. 

Dans des recherches publiées en i865 et inspirées par la 
même préoccupation , Errico de Renzi ' est arrivé à cette con* 
cJusion que la température est d'autant plus basse que Ton 
s'éloigne davantage du tronc, excepté pour la paume de la 
main et la plante du pied, dont la température est plus élevée 
que celle du reste du membre. Il ajoute que les extrémités su- 
périeures sont plus chaudes que les inférieures, etc. 

Nous ne ferons qu'indiquer ces résultats pris parmi ceux 
auxquels il est arrivé, les autres sont manifestement erro- 
nés. 

Le docteur Alvarenga a fait récemment de nouveaux efforts 
pour résoudre la question des températures relatives des dif- 
férents points du corps accessibles h la thermométrie^. c^Nous 
noterons, dit-il, dans le tableau suivant, le résumé de nos in- 
vestigations sur la température locale. Gomme certains obser- 
vateurs recommandent de couvrir avec du coton la surface 
libre du réservoir des thermomètres, nous avons appliqué ce 
procédé dans environ la moitié de nos constatations ther- 
miques, et, pour l'autre moitié, nous avons laissé le réservoir 
à découvert. Dans le même tableau se trouvent séparés les 
résultats obtenus par les deux procédés, afin que l'on puisse 
apprécier leur influence sur les constatations de la tempéra- 
ture. 

«Les lignes supérieures des chiffres relatifs h chaque partie 
du corps soumise à l'exploration, représentent les tempéra- 
tures constatées au moyen du thermomètre dont le réservoir 
était extérieurement couvert avec du coton. 9? 



' Docteur Errico de Renri ( Gai, * Alvarenga , Ptéa'ê de êkermeméinê 

HM,, «* série , I. XII , p. 97, 1 865) , Sur cUniquê générak, Trad. par Lucien Pa- 

Im ckaietir ammaie «n différente pointe du piltaiid , 1 87 1 , p. 65 . 
earp0 H à différmitê mommU du jour. 



428 



CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



PARTIES EXPLORÉES. 



TEMPERATORR 



MAXIMA. 



1 



Téle ) ''"•» 

J 36.4 

Thoraï } ll'^ 

I Sri ,0 

*P'B"'^'^ j lit 

"yp"^^'''^ i 36,8 

Pli du bras l^'^' 

I 37 ,0 

^"''«« i tii 

Creux poplilé J « ' ' ' 

^ ^ I 37 ,6 

PlanlP du piod J _ ,', 

^ ( 3q /l 

I 



MIRIHA. 



35-,i 
3/i,6 

39 ,0 
3« ,0 

34,0 
33,5 

34,5 

34 ,0 

35 ,5 
3'i ,0 

35 ,0 
34,6 

34,5 
34,5 

3i ,0 
3i ,0 



MOTBRiVI. 



MOYENNE 



36*,o5 j 

35,74 s 
35,60 

34 ,55 

36,01 

35 ,ai 

36 ,43 
35 ,3o 

36,33 
36, 16 

35 ,86 
35 ,75 

35 ,98 
35,9a 

33,5a I 

3a ,70 ) 



35*,9a 



35 ,90 



35 ,66 



35 ,94 



36,96 



35,81 



35 ,95 



33 ,90 



Ces différents tableaux prouvent une seule chose, c'est que la 
réparlilion de la chaleur h la peau présente de grandes diffé- 
rencessuivant les régions et le moment de l'exploration; qu'en 
somme la température que l'on y perçoit est inBdèle, car on 
ne peut, pour chaque notation, faire l'analyse des erreurs qui 
ont pu l'influencer. On ne saurait même dire, non pas seule- 
mont de quelle quantité, mais dans quel sens ces influences 
ont pu prédominer. 

Clioix du lien oii l*nn explore la température. — 11 est nécessaire 
de rechercher la température en différents points du corps. 
La plupart des expérimentateurs ont exploré l'aisselle seule. 
Aujourd'hui, par une sorte de convention, on s'est accordé à 



REPARTITfON DE LA CHALEUR. h29 

recueillir la température dans cette unique région : k peine la 
nomme-tH)n, tant il est usuel de ne faire les observations 
thermométriques qu'en un seul point. En sorte que les méde- 
cins qui écrivent ^la température était de 89 degrés, 99 par 
exemple, sous-entendent qu'il s'agit de l'aisselle. Il fallait, en 
effet, choisir une région et s'y tenir, pour que les observa- 
tions fussent uniformes, dès l'instant qu'on cherchait non pas 
les variations de la température aux différentes parties du 
corps, ni sa répartition, ni les compensations, mais, pour ainsi 
dire, la chaleur du corps localisée en un poinl. Cette erreur 
grave enlève à la plupart des travaux contemporains une par- 
tie de leur valeur. Tel observateur, qui a fait école par la per- 
sistance de ses recherches thermométriques poursuivies pen- 
dant dix ans sur toutes les maladies prises au hasard, se 
prévaudra de ses cent mille observations. Mais il ne nous a 
donné que la température de l'aisselU, rarement il a exploré 
la bouche ou la main; jamais il n'a comparé la chaleur aux 
différents points du corps. Or cette répartition de la chaleur, 
ces variations, cet antagonisme, ce rôle de régulateur "joué 
par certaines parties de l'organisme, lui ont échappé. Il fallait 
voir l'ensemble de cette fonction de chaleur et ses rapports 
avec les autres fontions du corps, aux différentes périodes et 
pendant tout le cours d'une maladie. C'est là, croyons-nous, 
la seule méthode féconde. 

Uaisftelle. — Dans ses recherches sur la température du 
corps humain dans les fièvres intermittentes ^ M. Gavarret dit: 
«Pour ma part, c'est toujours à l'aisselle que j'ai eu recours 
quand j'ai voulu constater la température générale d'un ma- 
lade; c'est l'aisselle qui m'a toujours présenté la réalisation la 
plus complète de toutes les conditions exigibles d'exactitude 
dans les résultats et de facilité dans l'observation. » 

* Gavarret, L'expériettce , 1839. 



430 CHAPITRE II. - LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

L'aisselle est un lieu bien choisi pour Texpioration , en ce 
sens que la boule du ihermomèlre y est cachée, entourée, 
pressée légèrement et partout au contact des tissus. On n'ob- 
tient pas, en ce point, la température centrale, comùae Tout 
dît à tort quelques expérimentateurs; en effet, la température 
y est toujours inférieure à celles du rectum et du Vagin; mais 
on y a une température qui suit à peu près les variations de 
la température rectale et qui n*est point sujette à de grandes 
et subites oscillations. Cette température se tient toujours è 
un niveau élevé, et, si Ton n'y a pas les minima, on est bien 
près d'y observer les maxiina de la chaleur du corps ; voilà en 
quoi l'aisselle est un lieu bien choisi pour les observations 
thermométriques. 

Les difficultés pratiques ici sont cependant nombreuses. Il 
faut avoir soin de laisser le thermomètre en place pendant un 
temps suffisant. Quelques observateurs ont prétendu que la 
durée de l'observation devait être d'environ un quart d'heure, 
de vingt minutes même, et ont cru ainsi, à tort, se mettre à 
l'abri' de l'erreur. D'autres ont donné le chiffre de sept mi- 
nutes. Ce sont le des limites arbitraires, qui n'ont rien de 
scientifique, et qui n'ont pas de raison d'être. Le modus faeiendi 
est tout. On ne doit jamais laisser l'instrument en place, ni 
se fier è la patience du sujet en expérience. Il faut se mettre 
dans les conditions suivantes : 

A. Appliquer l'instrument au fond de l'aisselle essuyée 
préalablement, et faire attention que les linges ne viennent 
pas au contact de la boule du thermomètre; 

B. Appliquer le bras du sujet sur la poitrine en le portant 
en avant; 

C. Tenir l'instrument sur la partie supérieure et l'appuyer 
assez pour que la boule soit bien au contact des tissus; 

D. Certaines dispositions des organes rendent cette explo- 
ration difficile ; il peut se faire que la maigreur du sujet soit 



RÉPARTITION DE LA CUALBUR. 431 

telle, que sou aisselle, creuse» ne permette pas le contact com- 
plet de instrument; 

E. Il faut que l'observateur regarde attentivement Topéra- 
tion, et sache saisir sur place les indications; il faut qu'il 
note la posture qui donne les résultats les plus sûrs, qu'il 
sache si la colonne mercurielle monte ou descend, suivant 
telle ou telle disposition donnée à l'intrument, etc. 

Il est quelquefois nécessaire d'opérer rapidement, lorsqu'on 
est en présence d'un sujet atteint d'une maladie grave, con- 
vulsive, avec délire, soubresauts. Les malades qui s'agitent, 
les cholériques par exemple, ceux qui vomissent, qui chan- 
gent de posture, qui ont des douleurs vives, supportent im- 
patiemment de semblables observations. 

Bouche. — La bouche donne des indications utiles, mais 
surtout au point de vue des grandes oscillations compensa- 
trices. Nos tracés montrent à quel point peut parvenir ce phé- 
nomène. L'exploration de cette région ne pourrait donc con- 
venir â ceux qui recherchent seulement l'élévation de la tem- 
pérature et son chiffre moyen. 

Il est utile que le thermomètre soit placé sous la langue et 
coiffé par celle-ci, que la bouche soit close, et que le malade 
n'inspire et n'expire que par le nez. Telles sont les condi- 
tions idéales prescrites par les auteurs les [/lus autorisés. En 
temps ordinaire, c'est-à-dire pour l'expérimentation physiolo- 
gique, ces conditions peuvent être atteintes assez facilement; 
elles sont possibles aussi quand il s'agit d'une maladie qui n'est 
pas convulsive, qui ne donne pas de délire, qui n'altère pas 
les conditions normales de la langue. Mais en présence de 
quelles difficultés ne se trouve pas le médecin qui observe 
un cholérique, un éclamptique, un tétanique, un malade at- 
teint de fièvre typhoïde ataxique avec sécheresse de la langue ; 
même difficulté chez les malades atteints de pneumonie grave , 
et dont la langue est parcheminée et ne peut se mouvoir. 



A32 GHAPITBE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Donc il existe là des difficultés d'exécution dont il faut tenir 
compte. Une extrême patience, un tour de main heureux, que 
donne seule Texpérience clinique, en viennent quelquefois à 
bout. En tout cas, les physiciens et les physiologistes purs 
doivent être pleins d'indulgence pour le médecin qui s*est 
trouvé aux prises avec de pareilles difficultés pratiques et qui 
n'est arrivé qu'à des résultats approximatifs. 

Quelquefois j'ai observé que l'impossibilité où était le ma- 
lade de clore la bouche, de respirer par le nez, de mouvoir 
la langue, était un obstacle insurmontable. En pareil cas, j'ai 
eu recours à un autre procédé, qui consiste à enfoncer le ther- 
momètre entre la joue et l'arcade dentaire, profondément. La 
température recueillie en ce point ne diffère pas considéra- 
blement de celle que fournit le plancher de la bouche. 

Main. — La main présente des oscillations de température 
excessives. En quelques minutes la température y peut varier 
de plusieurs degi*és centigrades. Il n'en est pas ainsi dans 
toutes les maladies. Dans les pyrexies et phlegmasies , on peut 
se servir de la main pour déterminer la température moyenne; 
mais c'est une région trompeuse dans la plupart des cas. L'am- 
plitude extraordinaire des oscillations de la température de la 
main peut être utilisée pour des recherches spéciales, ainsi que 
j'espère le démontrer. 

Lès difficultés de l'opération sont très-grandes, souvent in- 
surmontables, quand on veut appliquer exactement le thermo- 
mètre dans le creux de la main. Chez les femmes, chez les 
vieilles femmes oisives surtout, cette application peut se faire 
sans trop de diilicuité, mais il faut y renoncer chez les ter- 
rassiers et autres ouvriers aux mains calleuses et incapables de 
se fermer. Il y a. donc des cas très-nombreux où il est impos- 
sible d'explorer la main d'un malade avec le thermomètre. 

Rectum et vagin, — L'exploration de l'aisselle , de la bouche, 



RÉPARTITION DE LA CHALEUR. A33 

de la main ou du jarret, ne donne qu'une idée imparfaite de 
la chaleur humaine. H faut explorer le rectum ou le vagin: 
le seulement on obtient une température qui représente à peu 
près exactement celle des parties profondes. Toujours et sans 
exception, le thermomètre marque, dans ces organes, une élé- 
vation notable par rapport aux autres régions. En outre, la 
température y est è peu près constante, et n*y est point sujette 
è de grands et rapides écarts. Quelquefois la température varie 
partout, tandis qu'elle est constante, à un dixième de degré 
près, pendant plusieurs jours, dans le rectum. Cette tendance 
de la température centrale à être constante est précisément 
expliquée par la variation des autres parties, qui jouent par 
rapport à elle le rôle de régulateur. C'est là un fait important, 
dont j*ai poursuivi l'étude dans un certain nombre d'états mor- 
bides. Il y a des cas où la température, dans le rectum, monte 
alors que partout ailleurs elle baisse, et è cause de cela même. 

Les raisons de convenance, ou de facilité plus ou moins 
grande d'exploration, ne doivent pas être prises en considé- 
ration quand il s'agit d'études aussi utiles et aussi instruc- 
tives. Nul doute que l'exploration du rectum ne devienne 
usuelle, au moins dans certaines conditions, s'il est évident, 
comme je le pense, que les températures comparées donnent 
des résultats importants. Quant à la difficulté provenant des 
scrupules des malades, c'est un fait niable. Ayant répété ces 
expériences plusieurs centaines de fois sur les cholériques pen- 
dant la période la plus répugnante de leur maladie, je me 
permets de dire cpie la seule difficulté est dans l'observateur et 
non dans le malade; or il est des répugnances qu'un homme 
de science doit surmonter dans l'intérêt du but louable qu'il 
poursuit. 

Mon collègue, M. Charcot ^ apprécie de même l'importance 
des explorations thermométriques rectales. Dans ses recher^ 

* Ghareot, MaUdm d» vieUUtrdi, %* ëditioo, 187&, p. 953. 



43/i CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

ches faites à la Salpétrière, il a souvent eu l'occasion de cons- 
tater que la température de l'aisselle et celle du rectum étaient 
en discordance , et il pense que c'est la comparaison de ces 
deux indications r|ui peut seule permettre de donner aux phé- 
nomènes de collapsus, à l'algidité périphérique ou centrale, 
leur véritable signification pronosticpie. 

De nos nombreuses observations nous concluons que la tem- 
pérature rectale, chez l'adulte sain, est de 37%5 G.; que la tem- 
pérature de l'aisselle est, en général, de quelques dixièmes 
(6 à 8) inférieure à celle du rectum; que, dans le cours de la 
journée, la température s'abaisse le matin et s'élèvje le soir de 
8 à A dixièmes au-dessous ou au-dessus de ce chiffre moyen. 



S V. 

CALORIMETRIE. 

Une mensuration exacte de la quantité de chaleur produite 
et dépensée par un homme sain, en un temps donné, serait 
pour nous d'une importance capitale. Avant de déterminer les 
conditions de la fièvre et les moyens d'en modérer les effets, 
on conçoit facilement que nous recherchions non plus quels 
sont les actes qui produisent pu qui consomment de la cha- 
leur, mais quelle est la quantité de calorique produite ou con- 
sommée. 

De nombreuses tentatives ont été faites pour déterminer la 
quantité de chaleur produite. D'un côté on a mesuré la quan- 
tité de chaleur perdue par un animal en un temps donné; 
d'un autre côté, on a apprécié la chaleur produite en dédui- 
sant, de la quantité d'oxygène absorbé et de l'analyse des gaz 
expirés, la proportion de carbone et d'hydrogène transformés en 
acide carbonique et en eau, puis en multipliant le poids de cha- 
cun de ces deux corps brûlés par sa chaleur de combustion. Cette 
méthode nous a valu les belles expériences de Lavoisier, de Du- 



i 



CALORIMETRIE. 4d5 

long\ de Deépretz^ de Regnault et Reiset^; M. Gavarret la 
désigne sous le nom de méthode directe. 

Suivant une seconde méthode, indirecte, employée par 
MM. Boussingault \ Liebig et Barrai ^, on tient compte de 
tout ce que Tanimal introduit sous forme solide et liquide 
dans le tube digestif, de tout ce qu'il expulse au dehors en 
excréments solides et liquides, on retranche la seconde quan- 
tité de la première, et le reste, la différence, représente néces- 
sairement en nature et en poids ce que Tanimal a perdu par 
les organes respiratoires et par Texhalation cutanée^. 

Nous ne nous occuperons pas de discuter la valeur relative 
de ces deux méthodes, qui expérimentalement sont vérifica- 
trices l'une de l'autre. Nous dirons seulement que la seconde 
est ina|)plicable à l'homme malade. Quelques auteurs ont 
voulu se servir de la première pour l'homme sain et malade. 
Ils ont voulu déterminer la quantité de chaleur produite et 
perdue en un temps donné dans ces deux conditions diffé- 
rentes. 

Mais , avant de présenter l'analyse de ces divers travaux , dont 
quelques-uns ont été faits avec un soin et une précision indis- 
cutables, nous dirons d'une façon générale que l'application, 
sur la surface cutanée, d'un liquide à une température quel- 
conque, a une influence sur les quantités de chaleur produite 
et perdue, que l'application du froid sous une forme quel- 
conque a une influence plus ou moins analogue. Il y a donc 
une réunion de facteurs agissant en des sens parfois différents, 
et dont il nous est impossible de préciser l'importance : nous 

* Dolong, Atm, de chimie et de phy~ physique, a* série, t. LX XI, p. 16 3, et 
1,3* série, t. I,p. â6o, i863. 3* séné, t. XI, p. 633 
Despreli . AnH.de chimie etdephy- ^ Barrai, Aum, de chtmie et de pky- 
I, a* série, t. XXVI, p. 337, i8a6. âique, 3* série, t. XXV, p. i)i9;el5to- 

Regnault et Reiset . ilfin. d? cAimie tique chimique deê animaux, Paris, 

Hdtpkyâique^ 3' série, t. XXVI, p. i85o. 

399. * Voyei Gavarret, Chaleur anmaU, 

* Bousdiigaull, Ahh. dâ chimie et de p. ûhS et suiv. 



436 CHAPITRE IL — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

resterons donc dans un doute légitime en disant que les ex- 
périences que nous allons résumer valent pour les conditions 
où elles ont été faites, mais que nous ne voudrions en conclure 
aucune loi, surs que nous ne généraliserions que des données 
dont les différents éléments ne sont pas actuellement analy- 
sables. 

Le problème est en effet double : il faudrait pouvoir déter- 
miner en même temps la quantité de cbaleur produite et ses 
variations sous l'influence des actions extérieures, et, d'un 
autre côté, la façon dont l'économie résiste à ces applications, 
et le résultat des actes qu'elle accomplit pour régler sa produc- 
tion de chaleur. 

Bien que nous ne tenions pas ces problèmes si complexes 
pour résolus, nous devons exposer les travaux qui ont été faits 
dans le but de préciser la question et d'en résoudre quelques 
fragments. 

Les premières recherches sur la production quantitative de 
la chaleur et sa régulation chez l'homme sont dues à Lieber- 
meisler'. Dans son premier article, Liebermcister établit : 
1° que Taction de l'eau froide sur la peau d'un homme sain 
pendant un temps peu prolongé ne donne lieu à aucun abais- 
sement de la température axillaire ^, et a* que le contact direct 
de la surface du corps nu avec l'air à la température de i9*,5 
à âS)° G. amène une élévation de la température dans l'ais- 
selle ^ 

Le second mémoire montre que ces faits s'expliquent par 
une élévation de la production de chaleur proportionnelle à 
la perte de chaleur, et que la diminution de la perte de cha- 

^ Liebermeisler, Diê ReguUrung der e(c.. von Reichert und Dubois -Rey- 

WàrmebUdung bei den Thieren v<m com- mond , i *'' art. , p. 5ao , 1 860 ; a* art., 

tanter Temperatur {Deutiche Klmik, p. 689, i86f; 3* art., p. 98, 1869; 

1869, n*ào). à* art. , p. 66 1 ). 

Phynolofrtiche (Jnter»uckungên ûber ' Liebermeisler , Deutêchê KUmk, 

die quantitativen Verànderungen der 1859, p. 53 f. 
Wàrmeproductùm (Arch, f. An. Phyt., ' Liebermeisier, ineodembco,^,SZh. 



CALORIMKTRIE. 437 

leur sous rinfluence du froid à la peau» invoquée par Berg- 
mann, ne suffit pas pour l'explication de cet ordre de faits K 

H. Nasse, dans le Dictionnaire de physiologie de R. Wagner 
[Chaleur animale) fait mention d'un écrit de Donders^, dans 
lequel l'état de la peau, sous l'impression du froid et de la 
chaleur, est considéré comme influant sur la régulation de la 
chaleur du corps. L'explication de Liebermeister repose sur 
la mesure faite, dans un bain où est plongé un homme, à 
une température de so"" G. à 3o% de la quantité de chaleur 
émise, en même temps que l'on observe la température de 
Taisselle. Or, en ce qui concerne l'augmentation de la produc- 
tion de chaleur dans le bain froid, les expériences montrent 
que, dans un bain de so à sS^C, la production de la chaleur 
est. triplée ou quadruplée, dans un bain à So^'G. doublée, 
par rapport à la production moyenne de l'état habituel. 

Dans le troisième article, Liebermeister se demande quel 
est l'état de la production de la chaleur lorsque diminue ou 
s'élève considérablement la perte de chaleur. La méthode qu'il 
met en œuvre pour atteindre le résultat cherché est tout autre 
que celle des bains froids, et consiste en ce que, d'après l'é- 
lévation de température que le corps humain acquiert dans 
un bain dont la température est maintenue pendant ce temps 
^ale à celle de la température (ascendante) de l'aisselle, on 
calcule la quantité de chaleur produite pendant la durée de 
ce bain. Ses recherches ont montré également que , dans un 
bain à 37%/ii jusqu'à 38*^,8, la production de chaleur dépasse 
un peu celle qui a lieu en temps ordinaire et dans les condi- 
tions de vie habituelles ^. 

Après les expériences sur les bains froids, ce résultat a 
quelque peu droit de surprendre; cependant Liebermeister 

* Bergiiiann, Nicktchemiêcher Bei- source de la ekaleur propre de» plantée 
treig zw Kritik der Lehre von Calor an^ et det animaux ( 1 8A7 ). 

r. (Iiûller*8 Àrekh, t8/ii5, p. 3oo.) ' Liebermeister, Arek,J, An, P^ye,, 

* Sur lee êekangêê de matiàv comme etc., 3' art. p. 89, 1869. 



4S8 CHAPITRE FF. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

montre, d'une façon saisissante, que., puisque la production de 
chaleur en temps ordinaire varie suivant les moments de la 
journée, ce résultat ne montre nullement que la production 
de chaleur dans le bain chaud ait été plus grande qu'elle ne 
l'aurait été dans l'état habituel au même moment du jour 
et dans un état d'occupation à peu près identique de l'esprit 
et du corps. Plus tard il ne repoussa pas, en ce qui concerne 
l'élévation notable de la température du corps et le trouble 
de l'état général qui se produisait dans ses bains chauds, la 
supposition qu' «^ une gène modérée de la perte de chaleur in> 
capable de produire une notable élévation de la chaleur du 
corps, pouvait entraîner une diminution dans la production de 
la chaleur, » et il devint probable que cette question pouvait 
être résolue par une méthode semblable à celle qu'il avait 
employée dans ses expériences sur les bains froids. 

Un élève de Liebermeister, Kernig, a repris toutes ces ex- 
périences, et, dans sa thèse inaugurale, a donné le résumé com- 
plet de Tétat de la science sur cette question en 186/1 ^ Ses 
expériences sont fondées sur la possibilité de connaître Tétat 
de la production de la chaleur chez l'homme en augmentant 
ou diminuant la perte. L'expérience montra en effet qu'on 
pouvait, avec la plus grande vraisemblance, attribuer la dimi- 
nution de la production de chaleur à l'empêchement de la 
dépense ou perte de chaleur. 

L'auteur s'est pris lui-même pour sujet d'expériences, et il 
lui a été ainsi plus facile de trancher cette question : La produc- 
tion de chaleur, dans certains bains, est-elle inférieure ou supé- 
rieure à celle de l'état normal dans les conditions ordinaires de la 
vie? Pour cela l'auteur s'est astreint à suivre un régime uniforme 
et à vivre dans une chambre d'une température moyenne de 
i5 à 9 0° C. Pour les éléments dont se compose la production 



* Kemïir, Expert menteU^Beilrâfreznr Mêiuchen. Thèse inaugurale. Dorpiil, 
Kenntnin» âtr [Vànner^fptlirung beim i864. 



* 



CALORIMÉTRIE. /I39 

de la chaleur de rhomme, kernig, connue Liebermeister, s*en 
réfère à un travail de Helmholtz*. Helmboltz, aidé des re- 
cherches de Scharling et de Valentin, et tenant compte des 
chiffres de I^voisier pour la chaleur de combustion du car- 
bone et de rhydrogène (7936 pour le premier, 1)3 /ioo pour 
le second), évalue à 85,89 <^dl<»*Î6s ^^ quantité de chaleur 
qu'émet en une heure, d'après les produits de la respiration, 
un homme du poids de 8â kilogrammes. Il considère cette 
quantité de chaleur, d'après les données du travail de Dulong, 
comme n'étant que les trois qaarts de la totalité de la chaleur 
produite pendant ce même temps, et trouve ainsi que 1 gramme 
de la substance du corps de l'homme, en une heure, produit 
0,00 1 388 calorie; soit, pour 1 kilogramme, i,388 calorie. 

fianke, avec l'appareil de Pettenkofer a Munich, est arrivé 
a évaluer le carbone excrété par les poumons et par la peau^. 

Il donne', comme chiffre moyen d'élimination par la peau 
et les poumons, chez un homme sain et au repos, en un jour, 
d 1 1 grammes de carbone. 

D'après Ludwig, les quantités de chaleur produites par 
1 kilogramme d'homme en une heure, pouvaient être rame- 
nées aux chiffres contenus dans le tableau suivant : 

Caloriet. 

Chez un homme de kj kilogr. 5oo gr.. âgé de vingt- 
neuf ans, dans Thiver 3,995o 

Chez le même, dans Télé 9,7&58 

Un enfant de i5 kilogrammes (six ans) 6,o583 

Un homme de 58 kilogr. 700 gr. (cinquante-nenf ans). 9,9o&i 

Une femme de 61 kilogr. goo gr. (trente-deux ans). . . 1.9958 

H. Nasse évalue, d'après les observations de Valentin sur la 

' Helmhoili, aiHicle Chalew' dans le Auuehêidung dêâ ruhendeu Menschm, 

Dictionnaire encyclopedit/ue de» neieneen ( Archir.f, Anat, und Phyt. von Reichert 

médieakê, des professeurs de la Facullé und Dubois-Reymond , 1 869 , p. 3i 1 . ) 
de médecine de Berlin , 1 846 , t. XWV. ^ Ranke , AnMiv. f. AnaU W Vhjf. 

* Rahke, Kohlmatoff- und SUckttoff- 1869, p. 366. 



àhO CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE, 

respiration ' et celles de Scharling sur l'acide carbonique éli- 
mine par la peau , la production de chaleur à kè^^b'j calories 
pour 1 kilogramme d'homme en ùli heures, soit i,9565 ca- 
lorie par kilogramme en une heure. 11 évalue la quantité to- 
tale de chaleur produite en vingt-quatre heures par le corps 
de rhomme à âooo ou 3ooo calories. 

Ces chiffres n'ont qu'une valeur très-relative» l'approxima- 
tion y est large. Laissons de côté les travaux, quelque intéres- 
sants qu'ils soient, de Favre et Silbermann , Traube, etc. 

L'évaluation de Kernig est la suivante : 1)39 calorie par 
kilogramme d'homme en une heure. L'auteur, dans une 
série de recherches prolongées sur lui-même pendant plusieurs 
mois (de novembre à janvier), étant donné son poids, qui 
était de 57 kilogrammes, émettait i,3s calorie en une mi- 
nute. Dans une seconde série, de janvier à février, le poids 
étant descendu à 55 kilogr. 700 gr., la production était de 
1,99 calorie par minute. Liebermeister avait donné, pour un 
homme de poids moyen, le chiffre de 1,8 calorie par minute. 

Quanta la capacité calorifique du corps, le chiffre donné 
par Liebermeister est 0,8 3 ^ 

Kernig a employé les deux méthodes mises en usage par 
Liebermeister. 

• La première est celle des bains froids, fondée sur le principe 
suivant : Quand un corps demeure pendant un temps à la même 
température et qu'en même temps il se trouve dans les mêmes 
conditions de soustraction de chaleur, il doit reproduire autant 
de chaleur qu'il en perd. Si nous déterminons la chaleur per- 
due, nous saurons la chaleur produite. Gela appliqué au corps 
humain revient à dire : avons-nous mesuré la quantité de cha- 
leur émise par le corps dans les conditions déterminées (le 
bain), et, pendant ce temps, le corps n'a-t-il point changé sa 

* H. Nasse, Dictionnaire dephynoh- wan, Daiton et J. Davy, sur la dialeur 
gte de R. Wagner. spéciûque de certaines sabstanees ani- 

^ Voiries travaux de Grawfort, Kir- nulles. 



GALORIMETRIE. ààï 

température? alors nous pouvons dire qu'il s'y est, pendant ce 
temps, produit autant de chaleur qu il s'en est perdu. 

Liebermeister procédait ainsi : la personne soumise h l'ex- 
périence mesurait avant le bain la température de son aisselle, 
et, sans enlever le thermomètre, elle entrait au bain ayant 
soin de tenir l'instrument fortement serré dans l'aisselle; elle 
demeurait assise et immobile dans le bain n'ayant hors de l'eau 
qu'une partie du visage et de la tête. La quantité d'eau con- 
tenue dans la baignoire était connue. On a constaté la tempé- 
rature de l'eau avant et pendant le bain à de courts intervalles 
ainsi que celle de l'aisselle. La température de l'eau, étant plus 
élevée que celle de l'air ambiant (celle-ci restant pendant le 
bain ce qu'elle est avant et après), cède de la chaleur à l'air, 
il s'ensuit que l'élévation de température de l'eau, pendant 
toute la durée ou partie de la durée du bain, n'indique pas 
toute l'élévation de température que l'eau a acquise pendant 
ce temps par l'action du corps de la personne mise en expé- 
rience; pour avoir le chiffre total de cette élévation de tempé- 
rature, il faut ajouter la quantité dont la température du bain 
se refroidit pendant le même temps dans les conditions don- 
nées. Pour cela, Liebermeister observait la marche du refroi- 
dissement de l'eau avant et après le bain. Le chiffre du refroi- 
dissement pendant le bain lui parut facile à déduire de là. Du 
reste il s'agit d'une quantité très-petite. 

Voici ce que montre l'expérience : La température de fais- 
selle reste constante, et même monte un peu au-dessus du ni- 
veau qu'elle avait avant le bain; les quantités de chaleur émises 
pendant les derniers moments du bain sont égales entre elles 
pour le même espace de temps. Dans les premières minutes du 
bain, ainsi que Liebermeister le supposait, il y a une quantité 
de 4;haleur émise notablement supérieure à celle qui se perd 
aans les derniers moments. Les couches périphériques du corps 
devaient (cela était prévu) éprouver un refroidissement; mais, 
ainsi qu'on s'en assurait en mesurant la température de l'ais- 



hA2 CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

selle, les parties profondes^ la masse du coq)s, se maintenaient 
à leur niveau antérieur grâce à l'augmentation de la produc- 
tion de chaleur. Liebermeister ne compte comme quantité du 
rejroidiêsemeni que la quantité de chaleur qui sW dégagée 
pendant le bain, et par suite de laquelle les parties périphé- 
riques de Teau ont été refroidies, avant que l'équilibre stable se 
soit établi entre la température des différentes parties du 
corps, bien que, dans Tunité de temps, il passe dans Teau 
autant de chaleur que le corps en produit. L'excédant de cha- 
leur qui a été cédé pendant les premiers moments du bain froid 
comparés au même temps des derniers moments du bain, re- 
présente la quantité du refroidissement. 

On comprend que le chiffre de la production de chaleur 
trouvé par Liebermeister était d'autani plus faible, que, dans 
le premier moment, il se perd de la chaleur dans l'air par la 
respiration et par la partie de la tête qui n'est pas couverte. Il 
a cherché à évaluer cette perte. 

La seconde méthode qu'on devait employer (Kemig) était 
celle des bains chauds, que Liebermeister avait instituée en se 
fondant sur les principes suivants : 

Lorsqu'un corps susceptible de produire de la chaleur est 
placé dans des conditions extérieures telles qu'il ne reçoit ni 
ne perd de la chaleur pendant un certain temps, la quantité 
de chaleur qu'il crée dans cet espace de temps est égale au 
produit des trois facteurs suivants : Télévation de la tempéra- 
ture que le corps a éprouvée pendant ce temps, le poids de 
celui-ci, et le chiffre que représente la capacité calorifique de 
ce cor|)s. Le produit de ces trois facteurs représente la quantité 
de chaleur qui est nécessaire pour amener l'élévation de tem- 
pérature observée dans ce corps; or, comme pendant ce temps 
il n'a été ni soustrait ni fourni de chaleur, cette quantité de 
chaleur est bien celle qui a été produite. Il va sans dire qu'on 
suppose que chaque point du corps a acquis, dans l'unité de 



CALORIMÉTRIE. 413 

temps, la même température que celui dont la température a 
été réellement mesurée. 

Liebemieister a procédé de la manière suivante : Le sujet en 
expérience, après que le thermomètre placé dans l'aisselle eut 
atteint son niveau définitif, et sans le déplacer, se mit au bain, 
dont la température était égale à celle de l'aisselle. Le corps 
était plongé dans l'eau, sauf une petite partie de la tête. La 
température du bain était, grâce à un courant constant d'eau 
chaude, maintenue à la température (ascendante) de l'aisselle, 
et par conséquent graduellement accrue. Comme la |>eau, 
avant le bain, avait en différents points une température plus 
basse que celle de l'aisselle, on pouvait remplir complètement 
la condition essentielle de cette méthode, à savoir que la perte 
comme l'apport de chaleur fussent en parfait équilibre, après 
que le bain avait duré un certain temps, par exemple alors 
que la peau avait pris partout la température de l'aisselle, ou, 
ce qui revient au même, celle de l'eau. 

Liebermeister a constaté de deux façons différentes le mo- 
ment où cette condition de la méthode était réalisée. Une fois 
il plaça dans le bain de temps en temps sur différentes parties 
du corps un thermomètre flottant dans l'eau, il voyait si la 
peau était ou non plus froide que l'eau, et il résolut ainsi le 
problème de savoir à partir de quel moment les quantités de 
chaleur employées à réchauffement du corps étaient approxi- 
mativement égale3 entre elles. A partir de ce moment, la con- 
dition essentielle de la méthode se réalisait, à savoir que 
chaque point du corps avait, en un temps donné, la même 
température que l'aisselle. 

Il va sans dire qu'on tenait compte de la perte de cha- 
leur par la respiration et la partie du visage tenue, hors de 
l'eau. 

Recherches par la fremihe méûiode. — Cette première mé- 
thode repose sur deux points essentiels : T la mesure de la 



ààà GHAPriRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

chaleur cëdëe à Teau ; â"" l'état de la température de Taisselle 
pendant le bain. 

1*" Mesure de la chakur cédée à l'eau. — Ici se présente d'a- 
bord une objection en ce qui concerne la méthode par le bain 
chaud; Liebermeister l'avait déjà indiquée. En raison de la 
température élevée de l'eau, il pouvait se faire que le refroi- 
dissement de celle-ci eût lieu tellement vite, et que, d'autre 
part, la quantité de chaleur cédée à l'eau fût si faible, que la 
moindre imperfection dans l'observation celât complètement 
le résultat. Kernig para à cet inconvénient en maintenant la 
chambre d'observation à une température assez haute pour 
n'avoir point à craindre ce rapide refroidissement, et la suite 
montra que cette méthode de mesurer la chaleur était très- 
applicable dans le bain chaud. 

La chaleur émise dans l'eau en un temps déterminé fut 
multipliée par la masse de l'eau évaluée en litres. Le produit 
de ces deux facteurs donna la quantité de chaleur, autrement 
dit le nombre de calories émises. (L'auteur a toujours expé- 
rimenté sur lui-même.) 

L'élévation totale de température produite par l'immersion 
de son corps dans l'eau ne peut pas être observée directement, 
attendu que l'eau du bain cède de la chaleur à l'air ambiant. 
Mais elle peut être déduite de l'état de la température de l'eau 
pendant le bain, si l'on connaît de combien l'eau se refroidit 
pendant ce temps, ou mieux, quel a été le chiffre de la quan- 
tité de chaleur qu'elle a cédée pendant le bain. Pour trouver 
cette quantité [correction du refroidissement)^ Kernig a utilisé un 
moyen déjà employé pour cet objet par Liebermeister, et qui 
lui a réussi. Le refroidissement de l'eau servant au bain fut 
observé pendant un temps très-long, tant avant qu'après le 
bain (environ soixante-dix minutes avant et autant après, sauf 
de rares exceptions); le bain lui-même durait environ trente- 
cinq minutes. L'observation du refroidissement de l'eau avant 



GALORIMÉTRIE. 4ft5 

et après le bain fui faite de cinq en cinq minutes. On déduisit 
de ces observations ie chiffre moyen entre le refroidissement 
avant et après le bain, et on le prit conune exprimant ie refroi- 
dissement de Peau pendant le bain. 

Cela étant admis, il s*ensuit le calcul suivant : 

Si, par exemple, la température de l'eau s'élève durant cinq 
minutes pendant le bain, on sait que l'élévation de tempéra- 
ture que le corps humain produit dans l'eau est égale è la 
somme du chiffre de correction du refroidissement extérieur et 
de l'élévation observée dans la température de l'eau. Le corps 
a cédé, dans ce cas, à l'eau plus de chaleur que l'eau n'en a 
cédé à l'air. . 

Si la température de l'eau reste la même pendant une du- 
rée de cinq minutes, cela veut dire que l'élévation de tempé- 
rature de l'eau produite par le corps est égale au chiffre de la 
correction du refroidissement. Le corps a compensé exactement 
la perte de chaleur subie par l'eau. 

Si, malgré la présence du corps, la température de l'eau 
s'abaisse , il faut soustraire du chiffre de correction du refroi- 
dissement celui de l'abaissement de la température de l'eau, 
pour trouver l'élévation de température produite par l'expéri- 
mentateur dans l'eau. Son corps a communiqué à l'eau moins 
de chaleur que l'eau n'en a cédé au dehors. 

Dans des cas exceptionnels enfin, dans les premiers mo- 
ments de l'immersion dans le bain chaud, la température de 
l'eau au contact du corps est descendue au-dessous de son 
chiffre de correction normale pour le refroidissement. Là évi- 
demment le corps, dont la surface périphérique, au moment 
de l'immersion dans le bain , était plus froide que l'eau , a sous- 
trait è l'eau de la chaleur, et l'abaissement de température 
ainsi produit dans l'eau, c'est-à-dire la quantité de chaleur 
soustraite à l'eau, peut être trouvé en retranchant de l'abais- 
sement observé de la température de l'eau le chiffre de la cor- 
rection normale pour le refroidissement. 



446 CHAPITRE U. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 

L'auteur a vérifié l'exactitude de ses thermomètres; il a eu 
soin de toujours noter la température de la nappe supérieure 
et celle des couches profondes de l'eau, à distance égaie 
des parois, et a pris le chiffre moyen entre ces deux mesures, 
comme exprimant le véritable chifl*re de la chaleur cédée au 
bain par le corps. 

Généralement le refroidissement, avant et après le bain, a 
lieu avec une grande uniformité. Dans quelques cas rares, il 
y a quelque difi'érence entre les chiff'res de cinq en cinq mi- 
nutes, mais cela ne dure pas. Le refroidissement entre les 
parties supérieures et les couches profondes de l'eau est en 
concordance très-grande dans la plupart des cas, et ne diffère 
que de quelques centièmes de degré. 

il ne faut pas attacher trop d'importance à une mesure de 
cinq minutes. Mais le chiffre total de la quantité de chaleur 
émise pendant toute la durée du bain mérite confiance et 
s'approche très-près de la vérité. 

9** Génà'alités mr l'état de la température de Vaisselle dans les 
reclurches far cette première méthode. — La température de Tais- 
selle a donné, dans les diverses recherches, un résultat si diffé- 
rent, et en même temps, Kernig, à cette occasion, a fait des 
observations si particulières sur diverses circonstances qui 
influent sur ces variations, que, pour éviter des répétitions 
ultérieures, il faut tout d'abord exposer le tableau de ces di- 
verses circonstances et en discuter la nature. 
Voici le procédé opératoire suivi par Kernig : 
Pour maintenir son aisselle immobile et fermée sans inter- 
ruption pendant un temps très-long (une heure et demie à 
deux heures), il étreignait son bras gauche à l'aide d'une 
bande en caoutchouc qui le maintenait attaché au tronc, tan- 
dis que le bras droit demeurait libre. L'occlusion de l'aisselle 
était si complète, qu'il n'est pas arrivé, dans les expériences, 
que l'eau y pf^nétràt. Le thermomètre demeurait ainsi appli- 



CALORIMÉTRIE. ààl 

que exactement contre les parois de Taisselle. La sueur n'y 
produisait qu*une faible humidité et qui n'était pas de nature 
à entacher Texpérience. 

Il est arrivé quelquefois, malgré ces précautions minutieuses , 
des variations soudaines de o",i à o%9 dans la hauteur delà 
colonne thermométrique ; elles ne pouvaient s'expliquer que 
par un défaut d'occlusion de l'aisselle. Le moindi^ mouvement 
de rotation du bras peut produire cet effet. 

Il va sans dire que, le thermomètre étant placé dans l'ais- 
selle, on ne tenait pour vraie que la température demeurée 
fixe pendant au moins cinq minutes, et cela le plus souvent 
vingt minutes après que le thermomètre était en place. 

Les bains étaient portés à une température de 3o% 3ti% 
34% 36° C, une fois à 97% une autre fois à a5%5 C. La du- 
rée des bains, sauf deux cas (n* 11 et n' \v), a été de trente- 
cinq minutes. 

Il y a une partie des observations dans lesquelles on n'a pas 
trouvé de différence dans la température de l'aisselle du com- 
mencement à la fin du bain. (obs. m, bain h 3o°x obs. xi et xiii, 
bain à 3ii"; obs. xviii, bain à 3&°; obs. xix, xx et xxi, bain 
à 36''). Il n'y a pas lieu de douter, dans ces cas, qu'une cer- 
taine quantité de chaleur n'ait été produite pendant la durée 
du bain. 

Dans quelques-unes des observations, la température de 
l'aisselle était plus haute à la fin qu'au commencement. (Obs. 
xvH, bain à 34"; et obs. xxii, xxiii et xxiv, bain à 36"*). La 
réponse à cette question, à savoir si, pendant ce temps, il a 
été produit de la chaleur, est facile à faire. 

Dans les autres observations, la température de l'aisselle 
était plus basse à la fin qu'au commencement du bain. Or il 
faut se demander quelles sont les causes qui peuvent produire 
cet abaissement. 

Premièrement, cet abaissement de la température axillaire 
peut dépendre d'une dépression de la température (refroidis- 



àhH CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

sèment) de tout le corps . provenant d'un excès de la perte de 
chaleur par rapport à la production de chaleur, et alors, ou 
bien la perte de chaleur dépassant le chiffre normal est trop 
forte par rapport à la production demeurée à Fétat normal ou 
même accrue , ou la perte n*est point plus grande et est peut- 
être même plus petite qu'à Tétat ordinaire, mais la production 
de chaleur s'abaisse au-dessous de son niveau habituel et 
ainsi ne parvient pas à couvrir la dépense de chaleur. 

Deuxièmement, l'abaissement de la température de l'ais- 
selle peut tenir à des causes locales, de sorte, par exemple, 
que la température de la masse du corps (parties profondes) 
ne change pas , mais que celle de l'aisselle change comme celle 
des autres parties périphériques. 

Étant donné que l'abaissement delà température axillairepeut 
dépendre de ces deux conditions, il en résulte évidemment que 
l'on doit répondre différemment à cette question : une certaine 
quantité de chaleur est-elle produite ou non dans le bain? Si 
nous arrivons à démontrer que l'abaissement de la température 
de l'aisselle a pu ne pas tenir à un abaissement de la tempéra- 
ture de tout le corps, qu'ainsi le corps entier n'a pas pu se re- 
froidir, et si, d'autre part, nous arrivons à peu près à déter- 
miner les causes locales qui ont pu amener un abaissement de 
la température nxillaire, nous pouvons, malgré la chute de la 
température axiilaire dans ces cas, conclure qu'en balançant 
la quantité du refroidissement avec celle de réchauffement, la 
quantité de chaleur émise pendant le bain a été réellement 
produite pendant celui-ci. 

Maintenant il est possible, en fait, pour toutes les recher- 
ches susdites, de fournir la démonstration que l'abaissement 
de température de l'aisselle ne peut pas avoir dépendu d'un 
abaissement de température, d'un refroidissement de tout le 
corps. Dans ce but, Kernig prend : la température approxima- 
tive d'un bain , la quantité de chaleur totale qui a été émise 
pendant la durée du bain , et le chiffre de la température de Tais- 



CALORIMÉTRIE. 449 

selle. Tous ces bains ont duré trente-cinq minutes. Suit un 
tableau de toutes les observations, que nous ne reproduisons 
pas. 

On voit dans ce tableau, que, dans les bains à 36 degrés et 
au-dessus, jamais l'abaissement de la température axillaire 
n'a eu lieu. Mais, pour tous les bains à 36 degrés, il y a une 
circonstance qu'il faut signaler et qui évidemment empêche 
l'abaissement de la température axillaire dans les bains chauds, 
c'est le fait de demeurer couché avant le bain. 

Le tableau des expériences montre avec évidence que Rabais- 
sement de la température de raisselle na été, dans aucune des obser^ 
vatians, proportionnel à la quantité de chaleur émise. On peut 
prouver de deux façons cette disproportionnalité entre l'abais- 
sement de la température axillaire et la quantité de chaleur 
émise. 

D'abord, dans des bains de températures différentes, et singu^ 
Uirement différents aussi par la quantité de chaleur émise, la tem- 
pérature axillaire n'a pas varié en moins et ne s'est pas réglée 
sur la proportion de la chaleur émise. 

Cette disproportionnalité entre l'abaissement de la tem- 
pérature de l'aisselle et la quantité de chaleur émise montre 
déjà suffisamment (même quand on voudrait admettre que la 
température de toutes les parties du corps est, dans tous les 
cas possibles, aussi basse que celle de l'aisselle), que le corps 
humain ne se refroidit pas, autrement dit, ne diminue pas 
de température, en raison de la quantité de chaleur qu'il 
perd. 

Deuxièmement, cette disproportionnalité se démontre en- 
core en ce que les températures de feau étant égales, et les quan^ 
tilés de chaleur émises étant égales aussi, la température de 
l'aisselle montre, dans son abaissement, des différences extra- 
ordinaires : ces différences vont k plusieurs dixièmes de d^ré, 
ainsi qu'on le voit par les chiflGres suivants : 



•9 



Nombre 

de 

calories émiMt. 


AbeiMwmcnt 

de la lempératore 

■lillâin. 


9o%375 
99 '875 


0*,10 
0,38 


101 ,100 


,o5 


6a ,960 
66 ,3oo 


,47 
o,3i 



450 CUAPITRË 11. — LA GUALEUB ET LA FIÈVRE. 



Température 
du bain. 

Observation 1 3o' 

Observatiou 11 3o 

ObservatioD ui 3o 

Observation xiv 3A 

Observation xv 3& 



On peut, de ce qui précède, conclure que rabaissement 
de la température axillaire n'annonce pas un changement 
identique dans l'état des autres parties du corps, en d'au- 
tres termes, que, malgré l'abaissement de la température de 
l'aisselle, les parties profondes, la masse du corps, ont pu 
n'éprouver aucun abaissement de température. Si la tem- 
pérature de toutes les parties du corps, dans toutes ces 
observations, était tombée comme celle de l'aisselle, il n'au- 
rait pas pu se faire qu'à la même température de l'eau, les 
sommes des quantités de chaleur émise fussent égales entre 
elles, mais elles auraient dû bien plutôt être prapartùmnelkê à 
l'abaissement de la température de l'aisseUe. Si l'on voulait ad- 
mettre que, dans ces cas, le corps tout entier a été autant 
abaissé dans sa température que l'a été l'aisselle, il faudrait 
supposer non-seulement que, dans les observations où la tem- 
pérature de Teau était la même et où tout concordait du reste, 
la production a pu être différente , mais encore que ces pro- 
ductions différentes dans des bains d'égale chaleur, se sont 
compensées avec les quantités de chaleur perdue, lesquelles 
n'étaient pas couvertes par la production, de façon que les 
quantités totales de chaleur émise aient pu être égales. Or 
cette supposition est absolument inadmissible. Kernig suppose 
en même temps, dans les observations où l'on a noté un abais- 
sement de la température axillaire, avoir rempli cette condi- 
tion essentielle de sa méthode , l'immutabilité de la température 
des parties profondes, et il espère que les résultats concluants. 



GALORIMÉTRIË. àb\ 

relativement aui quantités de chaleur produite dans Tunité 
de temps, montreront que, si l'on néglige l'abaissement de la 
température axillaire, il n'en peut résulter aucun vice essen- 
tiel dans l'expérience. La mesure de la température axiilaire 
entreprise pour mettre en évidence cette assertion (dans ces 
cas où des influences locales avaient agi sur l'aisselle), n'a pas 
pu donner directement cette notion , mais l'a donnée indirec- 
tement. 

11 faut faire connaître ici les circonstances qu'on doit consi- 
dérer comme pouvant abaisser localement la température dans 
les parties périphériques et dans l'aisselle. Remarquons d'a- 
bord que souvent la rapidité avec laquelle l'aisselle maintenue 
fermée change de température est une preuve de la possibilité 
de ces actions locales. Un abaissement de o%i à o",3 en cinq 
minutes montre, du moins dans certains cas bien observés, 
qu'un semblable changement de température ne peut pas s'être 
produit dans tout le corps. Un calcul très-simple prouve que, 
si tout le corps humain (d'environ 67 kilogrammes) s'était en 
cinq minutes refroidi de o%t ou o%a, sa perte de chaleur au- 
rait dû s'élever à 9,^ calories, ou bien sa production de cha- 
leur aurait été diminuée d[autant. Dans l'état ordinaire la 
perte totale de chaleur est d'environ 7,5 calories en cinq mi- 
nutes (en supposant une production de i,5 calorie à la mi- 
nute). 

Ce n'est que dans des cas oii l'on n'a pas pu constater 
l'exacte occlusion de l'aisselle, que l'on a vu des abaisse- 
ments de 0^,1 à o%3 en une ou deux minutes (introduction 
de l'eau). 

L'action des bains froids, dans lesquels se produit la chair de 
poule et le frisson , avait conduit Kernig à penser que souvent la 
chute brusque de la température axiilaire, observée alors, dépend de 
la soudaine diminution dans la conductibilité calorique de la peau. 
Dans un cas, par exemple, avec une chute de o%i h o%3 en 
cinq minutes, coïncidèrent de forts frissons avec horripilation ; 



A52 CHAPITRE V. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

du reste, la quantité de chaleur émise pendant ce temps dans 
l'eau fut plus faible que dans les sections de temps qui pré- 
cédèrent et qui suivirent. (Les bains étaient à 3o ou 3 si de- 
grés.) 

Une autre circonstance dont il faut tenir compte, au point 
de vue de la température de l'aisselle dans le bain , c'est que 
de rester étendu et immobile < au lieu d'être debout ou assis , 
amène un abaissement de quelques dixièmes de degré dans 
l'aisselle. 

C'est» du reste, un fait connu que le mouvement élève la 
température du corps. Helmholtz, Funke, Ludwig, J. Davy, 
ont trouvé une élévation de o%3 jusqu'à o%7 après un effort 
musculaire prolongé, après une forte séance d'équitation, une 
longue course, etc. 

Des mouvements d'inclinaison du corps soit en avant soit 
en arrière peuvent faire varier le thermomètre de o%o5. 

L'abaissement de la température axillaire dans l'état de 
repos horizontal n'est pas facile à interpréter. Il ne peut être 
question ici d'une augmentation locale ni générale de la perte 
de chaleur pendant que le corps conserve cette position; il 
y a plutôt lieu de croire que la perte de chaleur est moindre 
alors. On ne peut chercher la cause du phénomène que dans 
un amoindrissement des sources de chaleur locales ou géné- 
rales. 

Kernig admet tout d'abord que l'abaissement de la tempé- 
rature axillaire pendant le repos horizontal n'est point étendu 
à tout le corps. Gomme la perte de chaleur en pareil cas n'est 
pas augmentée, il faudrait, pour produire un abaissement de 
température de tout le corps semblable à celui que l'on ob- 
serve dans l'aisselle, qu'il y ait eu une diminution notable de 
la production de chaleur générale. Indubitablement le passage 
de la position verticale à l'horizontale supprime une source de 
chaleur, celle qui réside dans l'action musculaire; il reste à 
savoir si cela suffit pour amener, sans que la perte de ia cha- 



CALORIMÉTRIE àbfi 

leur soit augmentée, un refroidissenient de tout le corps de 
fA3 en vingt minutes. 

Un calcul approximatif porterait la production de la cha- 
leur à un abaissement de moitié dans ce cas. (Etant donné que 
Ton suppose, à l'état ordinaire, la perte de chaleur à peu près 
€gale h la production, cela ferait en vingt minutes i,5 x âo 
= 3o calories. Un abaissement de la température du corps 
tout entier de o%3 suppose que 67 x o,83 x o%3=i 4,3 calo- 
ries n'auraient pas été produites pendant ce temps; par con- 
séquent, en vingt minutes, la perte de chaleur n'étant pas aug- 
mentée, la production ne devrait atteindre qu'environ la moi- 
tié de son chiifre normal.) 

Pour Kernig, il est plus facile d'attribuer l'abaissement de 
température de l'aisselle à la suite du repos horizontal, à un 
état local, et il en faut chercher la cause dans les sources lo- 
cales de la chaleur. 

Le pouls se ralentit aussi dans le repos horizontal. Si Ton 
doit admettre un ralentissement de la circulation correspon- 
dant à un ralentissement du pouls, on s'explique l'abaissement 
de la température de l'aisselle bien close, d'autant que, dans 
tous les cas, la température de l'aisselle close dépend de l'activité 
circulatoire des gros vaisseaux contenus dans ses parois. Si la 
température d'un point quelconque dépend du sang qui y es 
amené ou qui le traverse, si la chaleur du sang reste la même, 
cette température sera réglée par la rapidité de la circulation 
(toutes choses étant égales d'ailleurs). L'aisselle rentrerait 
alors dans la catégorie des parties du corps dites périphé- 
riques, et dans lesquelles la circulation influe si manifestement 
sur la température. 

L'auteur s'est servi toujours des deux mêmes thermomètres 
parfaitement semblables entre eux et par leur sensibilité et 
parles chiffres qu'ils donnaient. Us étaient divisés en dixièmes 
de degré, et ces divisions étaient faciles à lire et très-espacées, 
de façon qu'on pouvait aisément reconnaître un centième de 



454 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

degré. Tels ëiaient les instruments employés à mesurer la 
température de l'eau. Pour l'aisselle, l'auteur se servait d'un 
thermomètre divisé en cinquantièmes de degré, dont le cylindre 
était épais, la cuvette cylindrique, longue de o",o33 sur 
o"*,oi3 de largeur. Les divisions allaient de 35** à âo%5 et 
chaquedegré avait o'",o5de long. Plusieurs instruQients furent 
employés successivement, et tous les thermomètres forent 
comparés entre eux chaque jour. 

Les expériences furent faites d'abord dans une baignoire en 
bois peinte à l'huile; la quantité d'eau était de t5o litres, et 
le niveau en était marqué sur la paroi interne de façon que 
toutes les expériences fussent semblables. L'eau était remuée 
et mêlée, au début de l'expérience, puis ensuite abandonnée à 
elle-même. 

L'auteur, qui a fait sur lui-même toutes les observations, 
procédait de la façon suivante : il se déshabillait et demeu- 
rait environ dix à quinze minutes occupé à surveiller l'intro- 
duction de l'eau dans la baignoire; il résultait de ce léger 
effort corporel un peu de sueur et une certaine accélération 
du pouls; puis il se tenait en repos, assis, ne se donnant 
d'autre mouvement que celui qui était nécessaire pour véri- 
fier la température de l'eau; la sueur cessait. La plupart du 
temps l'auteur restait pendant vingt ou trente minutes cou- 
ché sur un sopha, puis il entrait au bain, où il se tenait 
plongé jusqu'aux oreilles, ne laissant hors de l'eau que le vi- 
sage. Il avait soin de remuer le moins possible les membres. 
Le sommet de la colonne mercurielle du thermomètre placé 
dans l'aisselle dépassait le niveau de l'eau, mais pouvait y 
être replongé par un léger mouvement de rotation de i'é- 
paule. Le corps reposait sur les saillies osseuses de façon 
qu'il y eût le moins de contact possible et par conséquent 
le moins de perte de chaleur possible par les parois de la 
baignoire. . 

La nature du vêtement que l'auteur portait, avant le bain. 



' GALOBTMÉTRIE. 455 

indépendamment de la température de la chambre et de celle 
de leau , a influé sur la quantité dû refroidissement. Ainsi : i "^ la 
quantité de chaleur que les .parties périphériques cèdent à un 
bain froid ou tiède (avant que ne soit établi cet équilibre sta- 
tionnaire entre la température des différentes parties du corps, 
par suite duquel il y a juste autant de chaleur cédée à Peau 
qu'il s'en produit), a été, eœteris parilmsy d'autant plus grande 
que les vêtements portés avant le bain étaient plus épais; 
9'' la quantité de chaleur que les parties périphériques prennent 
dans un bain chaud, avant que cet état stationnaire se soit 
établi, a été d'autant plus petite que les vêtements portés 
avant le bain étaient plus épais. 

II va sans dire que l'auteur, qui est en même temps le 
sujet des expériences, était* en parfait état de santé. Son 
scrupule va si loin, qu'il note les moindres malaises : mal 
de tête, inappétence, deux selles en un jour et des éructa- 
tions après le repas. Il s'abstient aussi de toute médicamen- 
tation. 

Recherches faiteê ^après la première métlioâe. — Kernig divise 
ses observations d'après la première méthode en quatre séries : 
bains à 3o% bains à 3â% bains à 3/i% bains à i&* C 

Nous donnons ici plusieurs tableaux empruntés à ces di- 
verses séries, afin de montrer avec quel soin minutieux les 
obseiVations ont été faites, et quelle créance elles méritent. 
L^ tableaux sont suivis d'observations critiques et de calculs 
faits par l'auteur. 



«56 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIEVRE. 
Obsbuvation ii. — B*is à 3o°,o5 — 3o°38. 





n^^B- 


THrfliTDRl 


ttiriur 










■UB 






HSDBBS. 


i. 


i«r 


k 




OBSraVATlOBS. 




"""»"■ 


k ■■!(•«. 






i.»3o-.... 


«6*, 10 


3o',i5 


3o',6i 


^ 




i.»35-.... 


. 


30..39 


30.37 







iiMo-.... 


«6.1 5 




3o,3o 


t 




ii*Si" 


f 


3o,3. 


« 


• 




.i'i6-.... 


, 


3o,.9 


3o,i& 


1 




ii'So-.... 


a6.6o 


3o,3â 


30,19 


1 




ii''55".... 


96,65 


30..0 


3o.i5 


37",36 




tihenrai... 


.6,50 


3o,,.5 


3o,ii 


■37.Ù. 




it'5- 


.6,50 


3o.oB 


So-.o. 


37 ,64 




.B*6- 




' 


' 


' 


birfg Jui le hais. 


.«'10-.... 


.6,45 


3o.i5 


3o.M 


37,49 


PtiMHJiqwu. 


19' j5-.... 


.6,A5 


30..3 


3o,a. 


37.4* 




is^io". 


96,3o 


3o..& 


3o,.5 


37,30 


Ps^lU. 


isSS-.... 


' 


' 


' 




iwl.. 


la'aS-.... 


>6.3d 


3û.3. 


3o.3o 


37 ..3 




n'ao-.... 


.6,30 


30.3^ 


3o,35 


37.-7 




uMS".... 


' 


' 


' 


, 


P«rt.. 


m''3S~.... 


' 


' 


' 


' 


pmfc. 


n»35-.... 


n6,.o 


3o,36 


30.36 


37,.. 


PrùniiiolnU. 


la'lo- 


s6,i5 


■lo.io 


3i> ,36 


37,06 


Soifc dg Ma. Prii- 
•i>iit,lr«l.lciHf>i. 
diurJtp«l.>. 


.a'ÙS-.... 


.6,.o 


30.37 


3o,36 


37,03 


PortrrlMM. 


.«"■So".... 


b6,3o 


3o.33 


3o,3o 


37,05 




ia'55" 


1,6,30 


30,19 


'3o.»7 


37 ,07 


''«I;»*'"'"^ 


, heure 


.6,Ùo 


3o..5 


3o,(« 


37,o3 


U corpi td HC. 


i'5- 


a6,3o 


30.10 


30..9 


■16 .9!. 




•'"•■ 


.6 .s5 


.1o,i5 


3o,i3 


36 ,94 


cl>.l«r. 


■ •"iS-" 


a6.ï5 


30.IO 


3o,io 


-se ,88 


Pool. 17.. 



GALOBIMÉTRIE. 457 

Le refroidissement de Teau pour cinq minutes a été', 
pendant les trente-cinq minutes qui ont précédé le bain, 
de o%o55; après le bain, de o^o^o. Conséquemment la cor- 
rection pour le refroidissement pendant le bain en cinq 
minutes est de o%o&75. 

QUANTITES DE LA CHALEUR ^MISE PAR LE CORPS. 

Catoiiet. GalorM. 

]"section : h minutes. . . 19%195 Soit par minate A%78i 

«i* section : 5 minutes. . . sa «SyS Soit par minute U ,976 

3' section : 5 minutes. . . 10 ,878 Soit par minute a «t 78 

/j* section : 5 minâtes. . . i5 ,376 Soit par minute 3 ,078 

S* section : 5 minutes. . . i3 ,1 q5 Soit par minute q ,696 

G* section : 5 minutes. . . g ,376 Soit par minute 1 ,878 

7* section.: 5 minutes. . . 10 ,i95 Soit par minute 9 ,0â5 

Total 99'»375 

^^^^^^^^^ 

On a donc, pour le nombre de calories émises : 

99%375 = o%66a5 x i5o (litres) 
et (o%o475 X 7) + o%33o = o%6695. 

L'auteur divise chacune des séries d'observations en trois 
groupes : Tun comprend décembre et le commencement de 
janvier, le second la (in de janvier et jusqu'au 7 février, et le 
troisième la fin de février. Le groupe intermédiaire est marqué 
par quelques troubles dans la santé, qui coïncident avec une 
diminution légère dans la production de chaleur mais ne l'ex- 
pliquent pas suffisamment. 

Premihe série. — Bains à 3o degrés C. et au-dessous. 

On voit tout d'abord, d'après les tableaux comparatifs des 
expériences, qu'eu égard aux diverses erreurs possibles et à 
cette circonstance qu'à égalité de température de l'eau, la 
température de la chambre n'était pas le seul facteur du re- 



458 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

froid Issement, les corrections pour le refroidissement se cor- 
respondent en fait très-suffisamment, quand on les compare 
aux températures de la chambre d'expériences. 

II y a une grande concordance dans les sommes des quan- 
tités de chaleur dégagées dans les observations de même ordre. 
Ainsi, si Ton fait attention que, dans l'observation i, la tempé- 
rature de Teau est plus élevée d'un demi-degré que dans les 
observations ii et m , et que cette observation , faite dans une 
baignoire en bois, a pu donner lieu à un plus grand nombre 
d'erreurs que les autres, on trouve que i s'accorde bien avec 
II et m. La grande différence dans les quantités totales de 
chaleur dégagées qui existe entre i, ii, m d'une part, iv, v, 
VI d'autre part, tient beaucoup plus à la différence dans la 
quantité du refroidissement qu'à la différence dans la pro- 
duction. 

Les quantités du refroidissement doivent se régler, à éga- 
lité de température de l'eau , sur la nature des vêtements portés 
avant le bain , et sur la température de la chambre où se tenait 
l'observateur-acteur. Dans i, ii, m, l'auteur était , jusqu'à son 
immersion, dans la chambre du bain et très-légèrement vêtu: 
dans TV, v, vi, il était, avant l'immersion, dans une autre 
chambre dont la température était très-inférieure à celle de 
la chambre de bain et entièrement dévêtu; aussi les quan- 
tités du refroidissement sonir-elles beaucoup plus faibles dans 
IV, V, VI que dans i, ii et nr. 

Les résultats qu'on peut légitimement tirer de cette série 
sont les suivants : 

Dans un bain à 3o degrés, sans tenir compte de ce qui 
se perd par la respiration, on trouve, dans les expériences, 
une production de 2,/i calories par minute (observations ii 
et m), et dans les dernières, 9,1 calories; différence, o,3 ca- 
lorie. 

Liebermeister avait trouvé le chiffre 9,3 calories par mi- 
nute. 



GALORTMÉTRIE. 459 

Kernig répète, en ce qui concerne la température de Tais- 
selle dans les bains t^ 3o degrés, que rabaissement de la tem- 
pérature de l'aisselle ne suppose pas celui de la température 
du reste du corps. Il tient pour certain que là où la tempé- 
rature de Teau était égale, avec une égale quantité de cbalenr 
dégagée et dans des expériences de tout point identiques, cet 
abaissement était extrêmement différent. Il y a un autre mode 
de désaccord, c'est celui-ci : à une température plus basse de 
l'eau, et avec des quantités de chaleur dégagées plus grandes, 
l'abaissement de la température axillaire n'est pas plus 
grand que dans des bains d'une température plus élevée et 
avec des quantités de chaleur dégagées plus petites. Par 
exemple, dans les obsei*vations iv, v et vi, la quantité de cha- 
leur dégagée est de moitié supérieure à celle de vu, et pour- 
tant en vil la température n'est pas plus tombée qu'en iv, v 
et VI ; or nous pouvons supposer que le corps a eu la possi- 
bilité de livrer une quantité de chaleur plus grosse de moitié 
sans ce refroidissement, 99 même alors que dans vii l'abaisse- 
ment de la température de l'aisselle a été l'expression du re- 
froidissement de tout le corps. 

Du reste, il est permis de penser que, dans un bain moins 
froid ^ le corps peut être moins en état de compenser la perte 
de chaleur que dans un bain beaucoup plus froid; cette ob- 
servation est plus facile à faire , si l'on compare un bain froid 
à un bain chaud; ici il ne s'agit que de comparer entre eux 
des bains relativement froids, dans lesquels la production de 
chaleur était indubitablement accrue. 

En fait, il résulte de ces observations que le corps, lors- 
qu'on force sa dépense de chaleur, accrott d'autant sa pro- 
duction. 

De ce qui précède, Kernig conclut que, dans aucun de ces 
bains à 3o degrés, il ne s'est produit un abaissement de la tempéra- 
ture de tout le corps. 



460 CHAPITRE IT. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Deuxième série. — Bains à' 3q degrés C. 

Les résultats sont un peu différents de ceux de la précé- 
dente série. L'auteur les formule ainsi : 

Dans un bain à 3â^G. (sans tenir compte des pertes par la 
respiration) les premières expériences donnent 1,98 calorie 
par minute et les dernières 1,69 calorie. 

Ici encore on constate que le refroidissement de la tempé- 
rature de l'aisselle n'indique nullement un refroidissement 
semblable de tout le corps, autrement les quantités de cha- 
leur dégagées seraient proportionnelles à l'état de refroidis- 
sement de l'aisselle, ce qui n'est pas. 

On voit aussi que la température de l'aisselle variait suivant 
que l'auteur s'était tenu couché ou non avant le bain. 

La température périphérique du corps s'abaisse et tend i 
s'équilibrer avec celle de l'eau. Kernig fait» sur ce point, le 
raisonnement suivant : à supposer qu'environ 1 kilogrammes 
de mon corps, c'est-à-dire la cinquième ou sixième partie de la 
totalité, aient subi ce mode de refroidissement périphérique, 
et qu'il ait été de o%3, cela donnerait 3 calories à soustraire 
de la quantité totale de chaleur dégagée. 

Troisième série, — Bains à 34 degrés C. 

Résultats : Dans un bain à 34 degrés, sans tenir compte de 
la perte par la respiration, l'émission est de 1,7 calorie par 
minute dans les premières expériences, et de i,4 calorie dans 
les dernières. 

Ici, comme dans les précédentes séries-, il y a dans la se- 
conde moitié une différence de o,3 calorie en moins. 

Mêmes observations quant à la température de l'aisselfe, 
qui est très-souvent en désaccord, et en état inverse, avec la 
somme de la chaleur dégagée, et qui, par conséquent, n'est 
|)as Texpression juste de la température du corps, laquelle ne 
s'abaisse pas au même niveau. 



CALORIMETRIE. à6\ 

Quatrième série. — Bains à 36 degrés C. 

Résultats : Dans les premières expériences le dégagement 
est de 1,1 5 calorie par minute; dans celles du milieu, de 
1,0 3 calorie; dans les dernières, de i,i i5 calorie. Ainsi la 
production est plus élevée au commencement et à la fin qu'au 
milieu. 

La température de l'aisselle ne laisse aucun doute sur la 
sûreté de la méthode; dans ces observations de la quatrième 
série elle s'élève tout d'abord dès l'entrée au bain, et se main- 
tient ensuite sans augmentation ; elle monte encore après la 
sortie du bain de o°, i , o% 1 5 , o%2. 

En somme celte méthode des bains tièdes et chauds donne 
les résultats suivants : 

La température du corps (du tronc, des parties intérieures, 
de la masse du corps en général) n'a changé dans aucune de 
ces expériences. Elle ne s'est ni abaissée dans les bains plus 
froids ni élevée dans les plus chauds. 

L'abaissement de la température de l'aisselle, dans les bains 
à 3o° G. et au-dessous, dépend du refroidissement périphé- 
rique résultant de l'augmentation de la perte de la chaleur. 

L'abaissement de la température de l'aisselle dépend, dans 
les bains à 3 a"* et 3 A"" G (surtout), du refroidissement péri- 
phérique produit par la diminution des sources locales de cha- 
leur. 

Recherches faites d'après la deuxième méthode. — Nous avons 
précédemment indiqué les principes de cette mélhode. II s'agit 
de maintenir, pendant le bain , la température de l'eau aussi 
rapprochée que possible de la température croissante de l'ais- 
selle; et de ne pas laisser celle-là devenir ni plus basse ni plus 
haute que celle-ci. Alors la peau prend bientôt partout la tem- 
pérature de l'aisselle, qui est en même temps celle de l'eau , et, 
par conséquent, le corps donne et reçoit dans son ensemble 



462 CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA KIÈVRE. 

une plus grande quantité de chaleur. Toute élévation de tem- 
pérature qu'il acquiert ne peut être mise que sur le compte 
de la chaleur produite en lui-même, et celle-ci est, pour un 
temps donné, égale au produit de plusieurs facteurs, savoir : 
le poids du corps (en kilogrammes), l'élévation de la tempé- 
rature pendant ce temps, et le chiffre de la capacité calori- 
fique (chaleur spécifique) du corps humain. Ce calcul, à la 
vérité, suppose que, lorsque la température de la peau égale 
partout celle de Teau , chaque point du corps acquiert une 
élévation de teimpérature égale à celle de l'aisselle. G^est ce 
que Liebermeister a démontré, indépendamment des mesures 
directes ou indirectes de la température de la peau, en cons- 
tatant que les conditions observées assuraient une produc- 
tion de chaleur répartie uniformément. 

D'après les expériences de Liebermeister, c'est après quinze 
minutes d'immersion dans le bain que les conditions de pro- 
duction de chaleur dans l'unité de temps deviennent iden- 
tiques partout. Dans les expériences de Kemig, c'est après 
quelques minutes seulement que cet équilibre est obtenu, 
c'est-à-dire que Ton a la complète égalité de la température de 
toute la surface du corps et de celle de l'eau. 

Cinquième série de rechercties. — Bains dont la tempéra- 
ture est maintenue égale à la température ascendante de l'ais- 
selle. 

Observation x\\. — ii janvier i86/i. Bain dont la tem- 
pérature a été maintenue au niveau de la température ascen- 
dante de l'aisselle. 



CALOIIIUÉTRIP:. 





Tiapiii- 


TEIFitiTIRI 


HHPtu- 




UEUKBS. 


dt 


im 


p 


i. 


OBSBHVlTIUflS. 




"'"""•• 


protoulnr. 


linufi». 


"™^ 




lo'ÙS-.... 




, 




37".45 


TWnsBtlR „].ci 


lons-i/a. 




M 




37,60 


<)>I.ll'oi»^lk.Pur. 


10*56" 


3o-,6 






37.65 


îxSi 


io''59-.... 




• 




37,55 




Il heure*.. . 


3oA 


" 




37,55 


1.- >UJC< M r.ucl,f. 


..'3-i/a. 




' 




37.50 




"•*7" 








37.40 


tt |Hg>i«rHrl» 




30.7 


, 




37,35 


«p..!.. 


ii''i5-... 




■ 




37,35 




iiS8-... 








37.30 




n'ai"... 




' 




37.30 


P«.t.àia. 


..».6-i/a. 


3u,7 


Ê 




37,»5 




ii*3i-... 




• 




37,'.o 




»i»35-./.. 




37%«4 


37'. '7 


37 .^0 


CorpinliimoKloD. 


Il'' 36-.... 








37.^5 


Poul.tgt. 


..'37-.... 


30.5 


37. «7 


37-1» 


37.30 


KDll^dlul'MU.k 


m' 38-,/,. 




37.0a 


36.99 






..'39-.... 




37 .«5 




37,35 




..^ùo-i/.. 




• 


37.17 


37,60 




i.'ùa-,/,. 




37,4. 


37,40 


37.65 


P»!.»,.. 


..'44-./.. 








37.55 




Il'' 45".... 




37,37 


37.43 






11*66".... 




37,59 




■ 




i.'S,-... 




» 




37.55 




ii'Ù7-3/S. 




37,47 


37.5. 


, 




ii''a8"3/ù. 




37,67 


37.77 


37.70 




• ■■■Oo-.... 




37-77 


37.65 






..» 50-3/4. 








37,75 


PôuU à ^. L^n, 


..'5,-i/s 




37.6» 


37,55 




biUnnU du» U 


i.'53-i/;. 




37.87 


37,70 


37.85 




M*5â-»/.. 


*■ ,-" 


37.77 


37,8u 


• 




11*56-.... 




37.87 


37,90 


37.90 


B<U«Hlt<|>lwfMt>. 


..*57-.... 




37.87 


37.90 


' 





46A CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 



BBDRB8. 


TEHVfXi- 




ITDM 


TVH 
d> 


0BS8BViTIONS. 




"'""" 


kHrf». 


l'umu*. 




m' 57- ./s. 
ii'58-.... 
,i'58-./.. 




37'.97 


37*.99 


37*-95 
38,00 




ii'58-3/Ù. 

,,k,- 




37.97 
38 .o5 

38,o3 
38, <s 
38.17 
38 ,.7 
38,i5 


37.9» 
38,03 

38 .00 
38, .7 
38 ,08 


38,10 

38, i5 
38.16 
38,10 


P>iil.l.<>t.D«rieiir 

Ponbliigi. 




..'à- 


, ,' 5- 




38,11 


38 ,«0 




n'e-i/».. 


3o",8 


38, .0 


38,i5 
38.15 


|Nl>u«u don !• 
Pnikàttl. 


..'8->/>.. 


i.'9-3/Û.. 






' 


38,1 5 
38, 10 . 


■iDU. 
PoBlll ■». 




/ft- 






' 


38,00 
37,90 
37,85 


Foula 1 se. 


.aSa-. 








> 


37.80 




.«S3-. 








' 


37.80 


lûrrz;.'- 


.«Se-. 

..^9-. 
..'37". 
.a'io-. 

n'i8- 








' 


37.80 
37,80 
37,80 
37,75 
37.65 
37,60 
37,55 


•■ii.CI»irik|nl<. 
Lo bu du «rp «( 
Pont. 1 7*. 


is''5.". 

ia'ûS- 




' 


„ 




37,5o 
37,50 


Pmiti 1 76. D«i1«n 
d.lA.p«.,«d». 

P«l.l7fi. 



CALORIMETRIE. 465 

Il n'est pas, dans cette observation , difficile de calculer mi- 
nute par minute la quantité de chaleur employée pour échauffer 
le corps et en même temps la quantité de chaleur produite. 

A 11 heures A/i minutes i/g, la température de Paisselle 
était de 3 7% 5 5, et à iQ heures 6 minutes 1/3, de 38%q5. 
Ainsi la température de Taisselle a monté, en qq minutes, de 
o^7, et, en supposant que tous les points du corps aient ac- 
quis la même température, le calcul donne, pour ces ùù mi- 
nutes, la quantité suivante pour la totalité de la chaleur pro- 
duite : 

56,84 X 0,7 X 0,83 = 33, oQ. 

La production est alors, par minute, de i,5 calorie^ Le 
chiffre de Liebermeister est, pour une série semblable, de 
1,4 à 1,5 calorie. 

Nous laissons de cAté les autres expériences de cette série 
pour arriver au résultat. 

La production est ici plus grande que dans les bains à 
36 degrés, toutes choses étant égales d'ailleurs (température 
de la chambre, perte par la respiration, etc.). f /auteur 
pense que les chiffres pour la production apparente de cha- 
leur sont trop élevés. On sait que la température d'un grand 
nombre de parties internes (rectum, foie, veine cave infé- 
rieure, cœur droit), à l'état normal, est plus élevée que celle 
de l'aisselle. Si donc le corps est immergé dans un bain dont 
la température est la même que celle de l'aisselle, et si, après 
un certain temps, la surface du corps tout entière est en équi- 
libre parfait de température avec l'eau, il est alors très-pro- 
bable que l'élévation de température amenée dans l'aisselle par 
la chaleur nouvellement produite est plus grande que celle 
que présentent, dans ces conditions, les parties profondes. La 
température de l'aisselle close ne peut demeurer inférieure à 
celle des parties profondes qu'autant que persiste l'équilibre 
normal entre la production et la perte de la chaleur. Mais , si 

3o 



466 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

la perle de chaleur vient à être à peu près complètement sup- 
primée, à côté de Télévation de température que l'aisselle 
comme les parties profondes a acquise parla production, il de- 
vra se faire encore une égalisation entre la température des 
parties profondes et celle de l'aisselle , et, par conséquent, l'élé- 
vation de la température de l'aisselle devra, dans ce même 
temps, être plus grande que celle des parties profondes. Il 
s'ensuit nécessairement que le chiffre de la production établi 
d'après l'élévation de température de l'aisselle est trop élevé. 

R Liebermeister a supposé que , lorsque les quantités de cha- 
leur employées à échauffer le corps sont égales entre elles 
dans l'unité de temps, ou, ce qui revient au même, lorsque 
les élévations de température de l'aisselle sont devenues sem- 
blables dans l'unité de temps , on peut admettre que tous les 
points du corps ont dû subir la même élévation de tempéra- 
ture que l'aisselle. 

^On peut se demander pourtant, étant donné le fait que 
l'aisselle a monté de quantités égales dans le même temps , 
s'il en résulte nécessairement que les autres parties du corps 
aient dû subir une élévation de température identique. Ou , en 
d'autres termes, est-il possible que la température de l'aisselle 
monte d'une certaine quantité, si la température des parties 
profondes ne monte pas également de la même quantité dans 
le même temps? Cela me parait probable d'après mes expé- 
riences. 

?^Du reste, théoriquement, l'élévation de température de 
l'aisselle, si pareille élévation de la température des parties 
profondes n'y avait point correspondu, aurait dû, à des inter- 
valles de plus en plus reCardés, devenir plus faible, dans la pro- 
portion oii décroissait la différence entre la température des 
parties profondes et celle de l'aisselle. Mais , chaque fois que la 
température des parties profondes s'élève, la chaleur qui, dans 
le cas d'élévation delà température de l'aisselle, indique l'éga- 
lisation de température entre l'aisselle et les parties profondes, 



CALOniMÉTRIE. 467 

est une quantité très-petite répartie sur la totalité du bain. 
Acceptons, par exemple, que, dans ces recherches, de toute 
l'élévation de température que Taisselle (dans les temps indi- 
qués dans les tableaux), a acquise, ii y ait seulement environ 
o^l employé à légalisation entre les parties profondes et 
l'aisselle , et que le reste de l'élévation de température de Tais- 
selle représente en fait l'élévation de température qu'a acquise 
tout le corps, alors les conditions de production ne vont guère 
plus haut (0,1 calorie) que dans les bains à 36 degrés. 

((Après ces explications, je pense qu'il faut dire que, malgré 
l'uniformité dans l'élévation de température de l'aisselle, la 
production de chaleur doit être évaluée trop haut dans les 
bains pris d'après cette seconde méthode. » 

GOnCLDSIONS FINALES. 

Tableau de la production de chaleur par minute dans ces diverses expériences, 

KOMBRI DK CALORIES 
Températur<> p., „i„„i^ 

des btins. ^^ ^^ 

— 1" groupe. «* groupe. .1* ({;roup«>. 

I ' série ) ^'"* ^ ^^''7 " ' '^'•♦>8« 

/Bains à 3o' a,/i a\i u 

9' série. Bains k Sa'' a ,o i .7 

3* série. Bains à 34" 1 ,7 i M 

h* série. Bains à 36' 1 m5 1 ,o3 1 ,1 15 

.V série. Bains dont la température est 

maintenue ^le è celle ae Toisselle . 1 ,B 1,^7 1 /41Q 

Ce qui apparaît d'abord dans ce tableau , c'est que, dans les 
bains les plus chauds (dernière série), la production a été plus 
grande que dans les bains chauffés seulement à 3<> degrés. 
Cela sera expliqué plus loin. 

Ensuite on doit admettre que la perte de chaleur qui a eu 
lieu, dans tous ces bains, par les poumons et la surface du vi- 
sage, a été plus grande dans les bains plus froids, plus petite 






468 CHAPITRE H. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

dans les bains plus chauds, ainsi que le montre l'égalisation 
de température de la chambre de bain dans les différentes sé- 
ries d'observations. Pour trouver la production tout entière, 
il y avait à ajouter au chiffre trouvé pour les bains plus froids 
plus qu'à celui qui est donné parles bains plus chauds. 

• Ce tableau prouve avec évidence que, dans Corganifme humain, 
la régulation de la production de chaleur a lieu en raison de la 
perte de chaleur : à une plus grande perte de chaleur correspond une 
plus grande production, à une moindre perte une moindre produc- 
tion. Kernig confirme complètement ce qu'a établi Liebermeis- 
ter. Il a trouvé la perte s'élevant jusqu'à 3, 681 calories par 
minute dans le bain à â5°,7, et Liebermeister a donné un 
chiffre beaucoup plus élevé encore. 

On voit quelle décroissance régulière a lieu dans la pro- 
duction de la chaleur è mesure que les bains sont plus 
chauds. Dans le premier comme dans le deuxième groupe 
des bains à Sa degrés, la production est de o,& calorie par 
minute plus faible que dans les bains à 3o degrés; et de même, 
dans les bains à 34 degrés, la production est plus faible de 
0,3 calorie que dans les bains à 3â degrés; quant à celle des 
bains à 36 degrés, elle est, dans le premier groupe, plus faible 
de 0,55 calorie et, dans lesecond, de o,/i calorie que dans les 
bains à 34 degrés. 

Ce tableau montre ensuite que, dans le deuxième groupe 
d'expériences, tous les chiffres sont plus faibles que dans le 
premier et le troisième; en effet, pour les bains à 3o', 33^ 
3 V, le chiffre du deuxième groupe est constamment de o,3 ca- 
lorie inférieur à celui du premier groupe ; dans les bains 
à 36 degrés la différence est seulement de 0,1 calorie entre 
le deuxième groupe et les deux autres. Dans les bains de U 
dernière série cette différence se fait également sentir. Les ob- 
servations du second groupe ont été faites entre le \ 5 jan- 
vier et le 7 février. Or, pendant ce temps, la production de 
chaleur de l'expérimentateur a été constamment inférieure à ce 



CALORIMÉTRIE. 469 

qu'elle a ëté dans les observations des deux autres groupes; 
l'auteur attribue cette différence à ce que, pendant cette pé- 
riode, il ressentait des troubles digestifs et intestinaux qui 
furent suivis d'un certain amaigrissement. 

L'auteur, se servant des tables de Helmhoitz pour la respira- 
tion (vapeur d'eau), évalue la perte de chaleur opérée par la 
respiration dans les bains de la dernière série, à 0,01 si i ca- 
lorie xao = o,Q4Q calorie par minute. 

Les expériences de Kernig montrent de nouveau que, dans 
le corps de l'homme, il se produit rapidement une régulation de la 
production de chaleur d'après la perte de chaleur : et que la limite 
inférieure de celle-ci se trouve dans les bains à 36 degrés. La perte 
de chaleur aussi bien que la production dans ces bains à 
36 degrés sont évidemment au-dessous du chiffre de la perte 
et de la production normales dans les conditions habituelles : 
il est donc vraisemblable que, si l'on restreint la perte de cha- 
leur, la production se restreint aussi. 

On doit conclure de ces recherches, comme de celles de Lie- 
bermeister, que, chez les fiévreux aussi, l'application du froid 
doit augmenter la production de chaleur et par là même la 
combustion intérieure. Il ne faut point appliquer ce principe 
à tous les cas a priori. Chez les fiévreux il se produit uu trouble 
dans l'appareil régulateur qui fonctionne si bien à l'état de 
santé pour la production et la perte de chaleur. Mais, si les 
températures de l'aisselle, telles qu'on les a trouvées jusqu'ici 
chez les fiévreux après les bains froids, indiquent un abais- 
sement de la température des parties profondes, l'abaissement 
de la température de l'aisselle, d'après les expériences de 
Kernig, ne doit être accepté qu'à correction. Après un bain 
froid pendant lequel l'aisselle n'a point été tenue fermée, de 
sorte que l'eau y a eu librement accès, l'on peut, si l'on 
prend certaines précautions et notamment celle d'attendre 
quelque temps jusqu'à ce que la température de l'aisselle 
ait pu se relever, admettre qu'elle exprime à peu près celle 



470 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

de rintérieur du corps. Toujours est-il qu'on peut se deman- 
der si le corps , à l'état fiévreux, peut , comme le corps sain , éle- 
ver la production de sa chaleur en raison de l'augmentation 
de la perte qu'on lui fait subir. 

Un médecin de la même école a répété et vérifié les expé- 
riences de Liebermeister et de kernig : seulement, au lieu 
d'opérer sur l'homme sain . Hattwicb ' a expérimenté sur des 
fiévreux. 

Cet auteur procède de Naunyn; il entreprend des recher- 
ches sur la perte de chaleur dans l'état fébrile et aux diffé- 
rentes phases de la fièvre , en partant de cette opinion de Sé- 
nator, que la fièvre dépend de deux facteurs : une augmen- 
tation persistante de la production de chaleur, et une interrup- 
tion intermittente de l'émission de la chaleur au dehors. La 
méthode employée est celle de Liebermeister. Un malade à 
3 9°, 3 C. étant donné, on lui prépare un bain de 8 degrés jdus 
froid que son propre corps, on note le refroidissement du bain 
pendant dix minutes avant d'y placer le malade, pendant les 
dix minutes de Timmersion, et pendant les dix minutes qui 
suivent celle-ci, et enfin la température du malade avant, pen- 
dant et après. Voici le tableau de ce cas : 

TEMPÉRATtRe 

Moments «le« nb»errah'on«, .^^ ^ 

dn milado. dn bain. 

I 1 heures du matin •')9^•^ 3l^/i8 j Diffërcocc. 

Il'' 10" '' 3i ,34 S o'i«^ 

1 1** la"'. (Le malade se met au bain.). .... 3i ,3a j Difi<ér«nce. 

1 1*" aa"'. (Il sort du bain) 3i ,a6 j o%oG 

i i*" tfa"' 3l ,26 i DiflWreoc». 

Il'' Sa"* 39,1 3t,o6 \ o*,ao 

laSS'" 39,3 

3 heures 39 ,5 ' 

6 heures /io ,/i # 

* Hallwirh , Causes de VMèvalion de la tempé-nture dans la fièvre. Thèse inau- 
gurale, Berlin, 1869. 



CALOIUMÉTRIE. 471 

Ainsi le malade avait été baigné au moment où sa tempéra- 
ture commençait à monter. Avant son immersion , le refroidisse- 
ment de Teau du bain était, en dix minutes, de o', i ^i , et, après 
rimmersion, il était de o°,2; moyenne, o°, 17. On peut ad- 
mettre que le refroidissement de Teau eût marqué ce chiffre 
pendant les dix minutes que le malade s'est baigné : or il n*a 
été en réalité que de o^oG. Donc le malade a émis dans le 
bain assez de chaleur pour diminuer de o%i i le refroidisse- 
ment de l'eau , ou bien, ce qui revient au même, pour échauf- 
fer de 0,1 1 C. la masse de l'eau qui était de 3oo litres. Ce 
qui donne : 0,1 1 x3oo=33 calories (kilocalories) ^ si Ton 
entend par kilocnhrie la quantité de chaleur nécessaire pour 
élever de 1" C. la température de 1 litre ou 1 kilogramme 
d'eau. 

L'auteur a poursuivi ce genre d'expériences sur douze ma- 
lades atteints de fièvre récurrente et quatre atteints de fièvre 
intermittente. Il a conclu avec Leyden] qu'à tous les moments 
de la fièvre la perte de chaleur est augmentée par rapport à 
l'état normal: qu'il n'y a point lieu d'admettre que la cause 
de l'élévation de la température dans les états fébriles soit une 
diminution de la perte de chaleur. Il admet pourtant qu'il y 
a augmentation de la perte dans le stade de sueur, et que le 
contraire a lieu dans le stade de frisson. Du reste, la perte de 
chaleur n'est pas la même dans les différents stades fébriles: 
le chiffre moyen pour Tacmé fébrile est 56, & calories; pour 
le stade de déclin. 37,0; pour celui d'augment 36,95. Les 
malades à fièvre intermittente font seuls exception , en ce sens 
que c'est dans la période d'augment qu'ils perdent le plus de 
chaleur. 

Telles sont les conclusions auxquelles sont arrivés Lieber- 
meister et les élèves qui ont suivi ses inspirations. Il est juste 
de reconnaître le mérite de travaux minutieux, laborieuse- 
ments faits et nés du désir d'élucider un des points les plus 



472 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

obscurs de la pathogénie des fièvres. Mais il serait téméraire 
d'accepter pour acquis des faits qui résultent d'expériences où 
les causes d'erreur sont aussi variées. 

Un auteur allemand s'est chargé de faire cette critique, et 
un grand nombre de ses observations méritent d'être prises en 
sérieuse considération. Voici le résumé du travail de Winter- 
nitz ^ : 

L'auteur a eu pour objet l'examen de ce principe de Lieber- 
meister : Quand un corps se maintient à la même température pen- 
dant le temps où il est soumis à des causes de déperdition de cha- 
leur, il faut que, pendant ce temps, il ait acquis autant de cludetir 
quil en a perdu. Donc, étant connue la quantité de chaleur perdue, 
nous connaissons aussi la quantité gagnée. 

L'auteur montre d'abord que les résultats des bains d'après 
la méthode de Liebermeister sont assez différents, suivant 
qu'on tient compte de la température de l'aisselle ou de celle 
du rectum, soit pendant, soit après les bains. 

Il prouve , par des expériences, qu'il n'est pas possible d'éva- 
luer exactement avec un thermomètre la température d'une 
grande masse d'eau qui s'échauffe lentement, attendu que 
celle-ci offre , sur divers points , des différences qui ne s'éga- 
lisent pas complètement, même si l'on remue avec soin le li- 
quide, ou qui se reproduisent très-rapidement, surtout quand 
il y a dans l'eau un corps qui dégage de la chaleur. 

Le deuxième facteur, la température de l'aisselle , admis par 
Liebermeister pour l'évaluation de la production de la chaleur 
dans l'organisme, ne convient pas pour cet usage, parce que 
l'on n'y trouve pas la mesure réelle de la chaleur générale. Les 
refroidissements périphériques peuvent amener une élévation 
purement locale de la température de l'une des aisselles ou de 
toutes deux. On reconnaît combien les données de la mesure 



' Winlernilz , Ktud^t iur Vaction des lion de chaleur ( Wiener meâ. WocJiensch.^ 
ioufiraclions de chaleur »W' la jn^nluc- i^7« )• 



GALORIMÉTRIE. Â73 

thermométrique de Taisselle sont incertaines en pareil cas, par 
l'expérience suivante : quand on applique le froid au niveau 
de la région dorsale (thoracique), on peut voir la température 
baisser dans le rectum plus vite que dans Taisselle, et même 
l'abaissement dans celle-ci peut être précédé d'une légère élé- 
vation, tandis que, dans le rectum, la température commence 
à baisser dès Inapplication du froid. Autre argument : les 
températures des deux aisselles ne sont même pas semblables 
dans les circonstances ordinaires; cette différence peut aller 
jusqu'à o",i et o",9 C. Que l'on place maintenant un des bras 
jusqu'au coude dans une eau à la température de i o^ à 1 9",6 , 
on voit survenir de grandes différences dans la température 
des deux aisselles : il se peut faire que, dans l'une, la tempé- 
rature monte plus vite et plus haut que dans l'autre, ou qu'elle 
y descende tandis qu'elle monte encore dans l'autre; ou bien 
il peut arriver que la température de l'aisselle du côté du bras 
placé dans l'eau baisse considérablement après une courte et 
légère élévation, tandis que, de l'autre côté, on observera 
une ascension continue. La même chose a lieu ^i c'est dans 
l'eau tiède (à 3i%5) que l'on trempe le bras. Dans ce cas, 
Winternitz a observé que l'aisselle du côté immergé conservait 
sa température, tandis que, dans l'autre aisselle, la tempéra- 
ture s'élevait continuellement. On ne peut donc pas se fier 
complètement à la mesure de la température de l'aisselle, du 
moins dans ces expériences. 

L'auteur a étudié aussi, après Gildemeister (élève de Lie- 
bermeister, 1869), l'augmentation de l'excrétion d'acide car- 
bonique dans les bains frais. Or il a trouvé aussi que cette 
augmentation va toujours en croissant. Dans un bain à 1 8", & G. , 
un homme de quarante-sept ans a rendu, dans les premières 
dix minutes, 8,3 grammes d'acide carbonique, dans les dix mi- 
nutes suivantes 1 q,8 grammes, dans les dix dernières minutes 
1 8 grammes. 11 y avait lieu de penser qu'une partie de l'acide 
carbonique produit pendant le bain serait éliminée après la 



A74 CHAPITRE 11. — LA CHALEUR ET LA FlflVRE. 

sortie du bain, et en effet on reconnut que cette augmenta- 
tion (le l'excrétion d'acide carbonique persistait encore pen- 
dant quinze à vingt minutes après le bain. 

Virchow, toutefois, appuie l'opinion de Liebermeister, et 
rappelle que lui-même a reconnu anciennement que les bains 
étaient suivis d'un refroidissement du corps. Virchow ajoute 
qu'après le bain, alors que la circulation se rétablit à la péri- 
phérie, l'occasion est plus propice pour le refroidissement des 
parties profondes du corps que pendant le bain même. 

Cette longue discussion méritait d'être soumise au lecteur 
français, alors que la question du traitement des fiévreux par 
les bains chauds ou froids tend à reprendre , dans la thérapeu- 
tique des pyrexieset des phlegmasies. une place qu'il est juste 
de lui accorder. Mais on ne se mettra à l'abri des réactions 
qu'en étudiant tous les termes du problème et en ne cédant pas 
à un engouement compromettant pour la méthode. 



S M. 



re(;llatio!v de la chaleur. 

Nous avons rapidement indiqué dans les chapitres précé- 
dents quelles étaient les sources de la chaleur animale, et nous 
avons montré par de nombreux exemples que, bien que Tâge, 
l'alimentation, l'activité musculaire, Tair extérieur, aient une 
certaine influence sur la température du corps, on pouvait 
cependant dire que le corps humain a une température cons- 
tante. Nous avons expliqué ce dernier mot, noté les limites 
des oscillations journalières et la répartition de la chaleur dans 
les divers départements de l'économie. 

Or nous savons que cette constance de la température est 
imposée à l'homme sous peine de mort; les limites de réchauf- 
fement et du refroidissement sont étroites, aussi ferions-nous 



RKGULATION DE LA CHALEUR. A75 

volontiers nôtre la pensée développée par Liebermeister , et 
que nous formulerions ainsi : c( la vie est la faculté de conserver 
et de régler sa chaleur, yi 

Il reste à déterminer les procédés à l'aide desquels Técono- 
uiie parvient à régler sa chaleur. C'est une recherche dont nous 
avons trouvé quelques éléments dans les anciens auteurs, depuis 
Galien jusqu'à Sanclorius. Nous reproduisons ici un passage 
bien intéressant de Barthez^ Il suffit à montrer le chemin 
parcouru depuis trois quarts de siècle : c(Les mouvements qui 
produisent la chaleur vitale ne se continuent point un certain 
temps avec la même force dans les solides et les fluides, sans 
faire monter leur échauiTement au delà du terme qui est mar- 
qué à la chaleur naturelle de chaque animal. C'est pourquoi, 
lorsque le progrès de cet échauffement va dépasser considéra- 
blement ce terme, il est arrêté par le refroidissement qu'opère 
la respiration renouvelée. 

«On peut donc regarder l'air respiré comme étant en quel- 
que sorte le régulateur de la chaleur trop forte qui serait pro- 
duite d'ailleurs par le principe vital. 'i 

Dans un autre passage ^ Barthez considère le principe vital 
comme le frein qui s'oppose à ce que, dans un milieu extérieur 
plus chaud, le corps soit soumis à une élévation de tempé- 
rature trop considérable. iMais, dans l'esprit des médecins de 
l'époque, la création de la chaleur et sa régulation ne sont 
pas encore séparées. C'est pour n'avoir pas su faire cette dis- 
tinction, que les médecins se sont laissé entraîner à mécon- 
naître la valeur de la théorie de Lavoisier, et à suivre les théo* 
ries de production de la chaleur par le système nerveux. 



* BarChei, Nouveaux élémenU de la '*lo théorie fort répandue aujourd'hui 
ëdênce de l*kotfime , a* édit., 1. 1 , p. 3o3 , chei les nouveaux chimistes , sur la pro- 
Paris, 1806. duction de la chaleur, n C'est en ces 

* Barthei, t. I, p. Q90. Voyez éga- termes que Barthei parle de la théorie 
lement la note 39, p. 935, dans l;i- de Lavoisier. 

(|neile Barthez rejette dédaigneusement 



476 CHAPITRE II. — LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

Sans nous arrêter aux travaux intermédiaires, nous pouvons 
dire avec Liebermeister ^ : 

(^ Le corps produit constamment de la chaleur, et ses éléments, 
sous Tinfluence de l'oxygène qui est introduit, subissent une 
lente combustion, La quantité de chaleur que fait un homme 
adulte dans l'espace d'une demi-heure suffirait pour élever de 
1 degré C. la température du corps lui-même, ou bien celle 
d'une masse d'eau équivalente aux cinq sixièmes de son poids. 
Si donc aucune quantité de chaleur n'était perdue, la tempéra- 
ture du corps s'élèverait constamment de a degrés par heure et de 
4 8 degrés en vingt-quatre heures. La température du corps ne 
peut se maintenir à un degré constant qu'à la condition qu'il 
perde juste autant de chaleur qu'il en produit, dans le même 
temps. Dès lors peu importe que cette production et cette 
perte équivalentes soient grandes ou petites : tant qu'elles de- 
meurent en équilibre, la provision de chaleur dans le corps reste 
la même, et la température ne change pas. Mais, si la recette 
venait à excéder la dépense, la température monterait; si la 
production était inférieure à la dépense, ta température bais- 
serait. » 

Or la chaleur est le régulateur de la circulation , ou plutôt 
elle se règle elle-même par le moyen de la circulation. C'est 
un fait absolument identique à celui, bien connu de tous les 
physiciens, qui consiste dans l'emploi de ce que l'on appelle 
les régulateurs mécaniques pour les machines à vapeur. 

Nous ne nous arrêterons pas aux moyens accessoires à l'aide 
desquels l'homme ou tes animaux règlent la dépense de leur 
chaleur. Nous pourrions citer la mue annuelle chez quelques 
animaux, qui ont ainsi une sorte de vêtement de saison. C'est 
au même ordre de faits qu'il faut rapporter le choix du gtte , 
de la posture du corps des animaux; actes commandés par 
l'instinct ou la réflexion. Toutes ces circonstances ont pour effet 

^ Richard Volkmann, Sammhng klitmrher Vor^'àge, n* it>, 1871. 



REGULATION DE LA CHALEUR. 477 

de rendre les variations de la perte de chaleur bien plus faibles 
que ne le feraient supposer celles de la température de Tair 
ambiante 

Plusieurs auteurs, notamment Bergmann. qui, dès Tannée 
]8/j5, avait mis ce fait en lumière, ont cru que la constance 
de la température du corps, c'est-à-dire le mystère de la ré-, 
gulation de la chaleur, n'avait pas d'autre explication. La pro- 
duction de la chaleur doit, d'après cette manière de voir, 
rester toujours la même, ou, du moins, être tout à fait indépen- 
dante de la perte de chaleur; mais alors la perte de chaleur 
devrait être, grâce aux circouvstances énumérées plus haut, 
réglée de façon à être toujours équivalente à la production de 
chaleur. 

L'hypothèse d'une semblable régulation complète de la perte 
de chaleur est a priori peu vraisemblable. Les conditions qui 
entrent ici en jeu sont, au contraire, d'espèce très-différente : 
ta régulation, d'une part, repose sur de simples phénomènes 
physiques, d'autre part sur la structure complexe de la peau 
et notamment sur la circulation qui y a lieu; la sécrétion de 
la sueur et l'évaporation de l'eau, influencées par les diffé- 
rences de température, y participent; enfin il faut tenir 
compte de l'instinct et des actions volontaires de l'individu. Il 
serait difficile d'admettre que ces conditions si multiples et si 
diverses, indépendantes les unes des autres, pussent, en toutes 
circonstances, concorder si exactement que la somme de leurs 
effets amenât toujours l'équilibre entre la perte et la produc- 
tion de chaleur. En admettant que l'on pût encore comprendre 
qu'il en fût. ainsi dans l'état ordinaire, on ne pourrait plus 
admettre la possibilité du fait dans des cas où ont lieu de via-- 
lents changements de milieu. 

Quand un homme bien portant prend un bain modé- 
rément froid, sa température intérieure interrogée dans le 

* Volkoiann, loco citato. 



A78 CHAPITHE 11 —LA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

recluin ou dans Taisselle n*est pas abaissée; elle reste sans 
changement, ou bien elle s'élève un peu. Mais, si le bain 
se prolonge, chez les individus peu résistants, après vingt 
ou trente minutes, chez d'autres un peu plus tard, il sur- 
vient une remarquable chute de la température à Tintérieur 
du corps, et cela presque indubitablement. C'est donc un fait 
d'expérience que l'homme sain dans un bain froid, pourvu quil 
ny reste pas trop longtemps, conserve sa température intérieure 
à peu près au même chiffre. Dans les circonstances oii le corps 
supporte une très-forte soustraction de chaleur, sa tempéra- 
ture reste à la même hauteur, c'est-à-dire que sa provision de 
chaleur intérieure n'est pas du tout diminuée. L'homme pos- 
sède la lampe intarissable, il déborde tant qu'il veut, il reste 
toujours aussi plein. 

Serait-ce donc une illusion de croire que nous perdions plus 
de chaleur dans l'eau froide que lorsque nous sommes dans un 
air modérément chaud et habillés suivant le milieu ? Il s'est trouvé 
des auteurs qui, sans se laisser arrêter par un pareil paradoxe, 
ont pensé que les parties intérieures du corps de l'homme se 
refroidissaient moins dans Teau froide que dans l'air froid. 
Alors il en résulterait que l'influence d'un bain froid pour 
l'intérieur du corps équivaudrait à celle d'une bonne fourrure. 

Nous avons montré , en étudiant les effets des bains, que les 
actes qui accompagnent les applications du froid ou du chaud 
sur la peau sont beaucoup plus complexes. Les expériences 
onfprouvé que, chez l'homme sain, dans un bain chaud de 3^ 
à 35 degrés C, la production de la chaleur est à peu près 
égaie à celle de l'état normal (Kernig). Dans un bain de a8 à 
3 G degrés, elle est à peu près du double; dans un bain à 
*j/i degrés, du triple; dans un bain à ao degrés, du quadruple 
de la production normale. 

Dans son élude sur les nerfs vasomoteurs, M. Vulpian * a 

^ Vitlpian. Laçoh» sur l'appareil voêomoleur, 1. Il, p. 179 et suiv. 



REGULATION DE LA CHALEUR. A79 

parfaitement établi le rôle de ce système chargé de la régula- 
tion de la chaleur. 11 démontre tout d'abord que Tappareil 
vasomoteur peut agir sur la chaleur animale de deux façons 
différentes : en modifiant ou la production thermique, ^ou la 
déperdition. 

Nous savons, par les expériences de M. Cl. Bernard en par- 
ticulier, que l'activité de la circulation et celle des appareils 
sécrétoires sont associées, qu'il en est de même pour les actes 
fonctionnels des muscles et des divers organes. L'afflux san- 
guin règle donc l'intensité des actes nutritifs, et, s'il est aug- 
menté, la production de chaleur sera accrue; s'il est diminué, 
cette production baissera. Le degré de cet afflux se trouve 
réglé par l'état de dilatation ou de resserrement des vaisseaux 
les plus fins. 

La déperdition obéit aux mêmes influences. La peau est le 
siège d'une évaporation aqueuse incessante; celte évaporation 
ne peut se faire que par l'emprunt d'une certaine quantité de 
chaleur aux téguments. Ceux-ci subissent donc un refroidis- 
sement, qui, à son tour, retentit sur la chaleur de toute l'éco- 
nomie. La vapeur d'eau qui s'échappe ainsi de la peau est 
fournie par la transpiration insensible et par la transpiration 
sensible (sueur). L'évaporation aqueuse est toujours accom- 
pagnée, qu'elle en soit cause ou effet, d'une dilatation de l'ap- 
pareil vasomoteur cutané. Par enchaînement physiologique, 
la paralysie directe ou réflexe de ces vaisseaux sera accompa- 
gnée d'une évaporation plus active à la surface de la peau , et 
le corps vivant perdra donc une quantité de chaleur plus con- 
sidérable qu'à l'état normal par le fait de l'évaporation. De 
plus, il perdra également plus de chaleur par le rayonnement, 
car la température de la surface du corps sera plus élevée , et le 
ravonnemenl est en raison directe de la différence de chaleur 
qui existe entre un corps et le milieu qui l'environne. Enfin 
la perte de chaleur que subit la peau par son contact avec l'air 
augmentera parallèlement. 



480 CHAPITRE II. ~XA CHALEUR ET LA FIÈVRE. 

(]es diverses influences abaissent donc la température de la 
peau et, ce qui est plus important, celle du sang qui la baigne; 
or la quantité de sang contenue dans les vaisseaux dilatés est 
plus considérable qu'à Tétat normal, la quantité de sang 
refroidi augmente et peut être assez importante pour faire 
baisser la température des parties centrales après son retour 
dans les veines caves. 

Si , au lieu d*étre dilatés, les vaisseaux cutanés sont resserrés, 
l'effet inverse se produira : la peau n'offrira plus au refroidis- 
sement qu'une quantité de sang moindre, et le retour de ce 
liquide dans les veines caves n'aura plus qu'une influence peu 
sensible sur la température générale. 

Dans cette discussion dont on pourra lire les détails dans 
le livre que M. Vulpian ^ a consacré à la physiologie du sys- 
tème vasomoteur, notre collègue conclut : «Que le resser- 
rement des vaisseaux cutanés et sous-cutanés, qui produit un 
abaissement de la température de la peau et des tissus super- 
ficiels sous-jacents , peut déterminer une élévation du degré 
normal moyen de la température centrale, et que, d'autre part, 
la dilatation des vaisseaux cutanés et sous-cutanés, qui donne 
lieu à une élévation de la température de la peau et des tissus 
superficiels sous-jacents , peut avoir pour conséquence un 
abaissement de cette température centrale, y^ ' 

M. Marey avait déjà exprimé cette pensée en disant : ^ Lors- 
que vous prenez la main d'un individu, si cette main est froide, 
c'est que cet individu se réchauffe; si elle est chaude, c'est 
qu'il se refroidit. ^ 

M. Vulpian a, de plus, très-nettement formulé le rôle des 
vasomoleurs dans le poumon : «Les vaisseaux des pou- 
mons^ peuvent sans doute se resserrer ou se dilater sous l'in- 
fluence des modifications des fibres vasomotrices qui les 



^ Vulpian f Leçims êur V appareil va»omotPur. Phftiologifi et paÛMlogîe. 1870, 
T. H , I». 1 7<j »*t sniv. — - /^o^. cit. , p. 189. 



REGULATION DE LA CHALEUR. 



A81 



innervent. La quantité d'oxygène absorbé doit varier, suivant 
que le calibre de ces vaisseaux est plus ou moins large, puis- 
que la quantité de sang qui traverse les poumons est alors 
plus ou moins considérable. L'intensité des actes physico- 
chimiques qui s'effectuent dans la substance organisée vivante 
est vraisemblablement proportionnelle à l'abondance de l'irri- 
gation qu'y opère le sang oxygéné. On voit, par conséquent, 
que l'appareil vasomoteur, par son action sur les vaisseaux 
des poumons, pourra influencer aussi les phénomènes de 
la thermogénèse animale. 

ç^Le rôle de l'appareil vasomoteur est donc celui d'un régu- 
lateur thermique. " 

M. Vulpian fait remarquer que l'évaporation d'eau à la 
surface pulmonaire sera d'autant plus grande que les mou- 
vements respiratoires seront plus fréquents, et qu'il y a là un 
nouveau mode de régulation de la chaleur. De plus, l'air fré- 
quemment renouvelé refroidira plus la surface des bronches 
et aussi celle des alvéoles. M. Vulpian cite à l'appui les expé- 
riences de M. Ackermann^ Celui-ci a constaté que, chez un 
chien placé dans une atmosphère d'une température égale à la 
sienne ou la dépassant un peu, le nombre des respirations 
augmente progressivement à mesure que sa chaleur intérieure 
s'accrott; ce nombre peut s'élever à 1 5o par minute et même 
au delà. C'est là une dyspnée thermique, modératrice de la tem- 
pérature centrale'-^. 



* Ackermann , Die Wàrmeregula- 
tion un héheren thieriêchen Organismu» 
(DeuUch, Arck, /. Um. Med., h* U, 
p. 36 1). 

* CommuDication faite au kW con- 
grès des oaturalistes allemands, tenu à 
Rostock , en seplembre 1 87 1 ( Schmidt*i 
Jakrb., 187a, 6* partie, p. i3/i). 

Le docteur Ackermann trouve peu 
certaine la théorie de Uebermeister sur 



Taccroissement de production de la cha- 
leur en raison de sa plus grande dé- 
pense, et critique la méthode de dé- 
monstration de Tauteur. Diaprés ses 
propres obeerfations « Ackermann se croit 
fondé à ne pas admettre la persistance 
de la température centrale au même 
degré quand ou refroidit la surface du 
corps , et il ne tient pas Taugmentation 
de Texcrétion d'acide carbonique pour 

,^1 



h%2 



CHAPITRE ÎI. — LA CHALEUR ET LA FJÈVRE. 



M. Goldstein^ a cherché à prouver que cette dyspnée ther- 
mique avait son point de départ dans l'irritation produite sur 
le centre respiratoire par Télévation de la température du 
corps. 

M. Riegei'' a été conduit par ses expériences à des résultats 
qui confirment ceux des recherches de ces auteurs. Il a vu que 
le nombre des mouvements respiratoires, qui peut s'élever à 
s 00 par minute chez un chien intact mis dans une botte 
dont Tair a une température à peu près égale à celle de l'ani- 
mal , ne s'accélère pas chez un chien placé dans les mêmes 
conditions de milieu extérieur après avoir subi une section 
transversale de la partie inférieure de la région cervicale de la 
moelle épinière. Il a, du reste, observé directement cette in- 
fluence du nombre des mouvements respiratoires sur la tempé- 
rature intérieure des animaux, en plaçant des chiens curarisés 
dans une boite dont l'air avait une température déterminée, 
et en faisant varier le nombre des insufflations pratiquées par 
minute à l'aide de l'appareil à respiration artificielle. La tem- 
pérature était prise dans le rectum et dans la veine cave infé- 
rieure, un peu au-dessus de l'abouchement des veines rénales. 
L'abaissement de la température constaté, lorsque l'on aug- 
mentait beaucoup le nombre des respirations artificielles, 
n'était pas considérable : il a dépassé rarement o% i C. ; mais 
sa signification n'en était pas moins nette '. 



une preuve directe de rélévatiou de la 
production de chaleur, attendu qu'il n'y 
a pas de rapport nécessaire entre rémis- 
sion diacide carbonique et la production 
de chaleur. Les agents de la régulation 
calorique sont, d'après Ackermann, les 
modifications de la circulation et de la 
respiration, l'accumulation de l'acide 
carbonique dans le sang, qui entraine 
une diminution de la pression artérielle 
et , par suite , un abaissement de la cha- 
leur du corps. 



Les docteurs Sénator et Zunlx admets 
tenl aussi que la plus grande émission 
d'acide carbonique dans le refroidis^ 
sèment périphérique n^indique pas une 
plus grande production de chaleur. 

' Goldstein, Ueber WàrtnedtfMpnœ. 
(Inaug, Abhandlung, Wttrzhurger Vêt-- 
hanld.y 1871, p. 1 56). 

* Fr. Riegel, Zitr Wàrmeregulation. 
(Virchow'ê Arehiv, 187A, I. LXI, 
p. 396). 

^ Rôlirig et Zuntx ( Arck, f. d, g9M. 



RÉGULATION DE LA CHALEUR. 483 

En 1860, M. Marey' a, dans un mémoire inédit, cherché 
à ramener toutes les variations locales de température à une 
cause unique : la contractilité des vaisseaux de petit calibre. 
Cette contractilité vasculaire giout^eme la température de chaque 
organe et celle du corps tout entier; le régulateur de la tem* 
pérature n*est autre que l'accélération ou le ralentissement du 
mouvement du sang. Le rayonnement, Tévaporation et le froid 
extérieur du milieu ambiant expliquent pourquoi la tempéra- 
ture est plus basse à la surface que dans la profondeur du 
corps. Les ingesta (boissons froides) enlèvent au corps une 
certaine quantité de chaleur (89 calories pour un litre d'eau 



Pkjfêiol,, h* IV, s. a3r) , 187 1 ) se sont lants de la peau, tels que les bains de 

placés à un autre point de vue pour dé- mer et antres. 

terminer les conditions de régulation de 6** L'action de ces bains repose sur 

la cbaleur. Nous reproduisons leurs con- Taugmentalion des échanges intimes 

duflîons, dont quelques-unes ne sont produits sous Tinfluence de ces exata- 

pas nouvelles, mais dont d^autres sont tions réflexes. 

tout à fait intéressantes. 5** Les muscles sont les oignes où 

Ijes auteurs se sont proposé d^étudier s^accomplit la plus grande partie de ces 

non-aenlement de combien s^accrott la échanges ; et ils sont aussi ceux qui sont le 

quantité diacide carbonique excrété plus frappés par ces nK>difications résal- 

quand ou augmente la perte de cha- tant des changements de température, 

lenr (sujet déjà traité par Liebernieis- 6* La plus grande partie des actions 

ter), mais encore la quantité en volume d^oxydation dans les musdes ne résulte 

d'oxygène absorbé parles animaux. Leurs que de leur innervation, aussi les fait- 

eipériences ont été faites sur des lapins on cesser par Tempoisonnement avec le 

auxquels on introduisait une canule curare. 

dans la trachée et*qu*on plaçait dans un 7** La relation de la chaleur est 

appareil spécial pour recueillir les gaz. aussi réduite à son minimum par rem- 

Leurs conclusions sont : poisonnement avec le curare. 

i*" Si Ton refroidit la surface cutanée, 8* On doit donc considérer la régu- 

on augmente et la production d'adde lation de la chaleur comme produite en 

carbonique, et la consommation d'oxy- première ligne par une exdtation réflexe 

gène. des nerfs moteurs, laquelle change avec 

9* Cet accroissement est prodoit par les différences de température existant 

Taction réflexe de certains nerfs centri- entre le milieu ambiant et le eorpe de 

pètes de la peau mis en vibration par Tanimal. 

les changements de température. ^ Marey, Mémoire iur la tett^éralurt , 

3" Ces mêmes nerfs peuvent être adressé pour un prix , à rAcadémie des 

exdtés également par d*autres stimu- sdenees et belles-lettres de Caen , 1860. 

81 . 



484 CHAPITRE IL — LA CHALKUR ET LA FIÈVRE. 

glacée). La chaleur intérieure, portée sans cesse par le sang 
à la périphérie, contre-balance le refroidissement superficiel. 

L'auteur établit par des expériences personnelles les varia- 
tions de la température en différents points du corps. 

Si on lie l'aorte abdominale, la température du sang s'é- 
lève dans les parties supérieures; si Ton empêche un animal 
de respirer, la même action a lieu. En relatant ces deux expé- 
riences de M. Cl. Bernard, M. Marey pense qu'il faut leur 
donner la même interprétation : diminution dans les pertes 
de chaleur par contact et dans le rayonnement à l'air extérieur 
plus froid que le sang, d'où augmentation de la température 
de ce liquide. 

Hunter, au xviii*' siècle, et plus récemment Valenlin, ont 
établi la contractilité musculaire des vaisseaux , et ce dernier 
auteur a dit qu'on pourrait considérer les nerfs des vaisseaux 
comme les régulateurs du cours du sang. En 1 85 1 M. Cl. Ber- 
nard constata un phénomène entrevu jadis par Pourfour Du- 
petit, à savoir l'augmentation de la chaleur de l'oreille après la 
section du grand sympathique au cou. D'activé, l'inflammation 
devenait passive. D'abord M. Cl. Bernard crut que le grand 
sympathique était nerf de caloriJicaUon. Budge, Waller, Brown- 
Séquard surtout, rectifièrent cette explication et donnèrent 
du fait une interprétation toute mécanique, à savoir que la 
seule paralysie des vaisseaux était cause de leur dilatation, et 
que, recevant plus de sang, ils étaient plus chauds. 

L'auteur établit que la contraction des vaisseaux ralentit la 
circulation du sang, et que la dilatation l'accélère. Il s'ensuit 
que la contractilité des artères constitue la force qui règle la cir- 
culation du sang , et a pour efl'et, quand elle s'exerce , de ralen- 
tir le cours du sang, et, quand elle cesse d'agir, de le laisser 
circuler d'un mouvement plus rapide. Il n'y a point de tempé- 
rature locale plus élevée que la centrale; John Hunter a dé- 
montré le fait. 

M. Marey expose toutes les conséquences de l'expérience 



RÉGULATION DE LA CHALEUR. àSb 

de M. Cl. Bernard sur la circulation locale : l'augmentation de 
chaleur, la sensibilité accrue, les sécrétions augmentées (SchilT 
et Cl. Bernard), les veines dilatées et leur sang plus rutilant, 
la chaleur de la partie résistant à l'influence d'une atmosphère 
froide. Un grand nombre d'agents physiques modifient la con- 
tractilité des vaisseaux, le simple frottement à la peau en est 
un exemple (réaction paralytique). 

La contractitité vasculaire considérée comme régulateur de la tem- 
pérature centi'ale des animaux, — On peut émettre cette for- 
mule en apparence paradoxale, qu'un individu qui a la peau tris- 
chaude, se refroidit beaucoup. . . Donders a développé cette idée, 
qui a fait le sujet de la thèse d'un de ses élèves, Callenfels 
( Utrecht , 1 8 5 5 ) , et qui a été développée aussi en Hollande par 
Snellen, dans un mémoire intitul