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Full text of "De l'huile de foie de morue et de ses succédanés"

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IBfil 



DE L'HUILE 



FOIE DE MORUE 




SKS SUCCÉDANÉS 



Far FJDUBÔIS. 






I»ARIS 



TOURJUAr 



hlK mi^ArAHTR, I3&, V fllt AWX RATS. »l. 

H. CASTERMAN 

ÈinTEVU. 

4 HJlI 



DE 



L'HUILE DE FOIE DE MORUE 



DE SES SUCCÉDANÉS. 



DE L'HUILE 



FOIE DE MORUE 



DE SES SUCCEDANES 



Par F. DUBOIS, 

U 

Docteur en médecine, lauréat des Sociétés impériales de médecine de Marseille 
et de Toulouse, de la Société royale de médecine de Gand ; 
membre correspondant de la Société médicale d^émulation de Paris, 
des Sociétés impériales de médecine de Bordeaux, Lyon, Marseille, Toulouse ; 
de la Société des Sciences médicales et naturelles de Bruxelles, 
des Sociétés de médecine d*Anvers, Bruges, Gand, etc. 



PARIS \ TOURNAI 

LIBitAIRIE DE P. LET H lELLBU X , LIBRAIRIE DE H. GASTERMAN, 

nUE BONAPARTE, 66. ^ RVE AUX RATS, Il 

H. CASTERMAN 

ÂDITEUR. 
4861 






PROPRIÉTÉ. 



l3C 



PREFACE. 



L'ouvrage que je soumets au jugement du public, a été 
présenté, en 1854, à TAcadémie de médecine de Paris, en 
réponse à la question : « De l'huile de foie de morue consi- 
dérée comme agent thérapeutique » (1). 

L'illustre compagnie m'a fait l'honneur de lui décerner 
une mention honorable, et j'ai la conviction qu'il eût été 
couronné (2), 'si, par une anomalie qu'il serait peut-être 
bien difficile d'expliquer, l'on n'avait admis au concours un 
mémoire du docteur Taufflieb couronné, en 1852, par la 

(< ) Concours pour le prix de rAcadémie. 

'2) Voir le rapport sur les mémoires envoyés au concours, lu par M. Gibert, 
secrétaire annuel, au nom d*une commission composée de MM. Guénau de 
Mussy, Roche, Guibourt, Bouvier, et Gibeit rapporteur [Académie de méde- 
cine de Paris, séance publique annuelle du 12 décembre 4S54). 

78S427 



VI PRÉFACE. 

société médico-pratique, et publié à Paris, eu 1853, sous 
le titre : <c De Thuile de foie de morue et de son usage 
en médecine » (1). 

Quoiqu'il en soit, TAcadémie en citant mon travail avec 
éloge, m'a imposé, en quelque sorte, l'obligation de le re- 
voir avec soin, afin de le rendre plus digne encore de son 
suffrage. J'ai fait tous mes efforts pour m'acquitter de cette 
dette; et depuis six années je n'ai pas cessé de m'occuper^, 
très -activement, du perfectionnement de mon œuvre. 

Aussi cet ouvrage, bien que différant peu, quant à la 
forme et à l'ordre dans lequel il est disposé, au mémoire 
adressé, il y a six ans, à l'Académie de médecine de Paris, 
en diffère beaucoup par l'étendue, par le choix et par le 
nombre des matériaux qui s'y trouvent rassemblés. C'est, 
en quelque sorte, un ouvrage nouveau, comme on peut s'en 
assurer en le comparant au mémoire qui a pris pari au 
concours de l'Académie. 



(1) Le mémoire de Taufflieb, couronné par VAcadémie, a été remis au secré- 
tariat de la société avant le <•» mars 1854, peu après, comme on le voit, la pu- 
blication de son ouvrage sur le même sujet. Ne feu^il pas conclare de là quelle 
premier n'est qu'une copie du second, et que TauflElieb, en le soumettant au 
jugement de l'Académie, ne pouvait s*empêcher de faire connaître qu'il en était 
l'auteur? Cette conclusion est d'autant plus fondée que l'ouvrage du praticien 
de Barr, qui a reçu les honneurs de la publicité, est rempli d'observations qui 
lui sont personnelles. Or, le règlement de l'Académie, comme celui de tous les 
corps savants, etc., porte : « Tout concurrent qui se sera fait connaître direc- 
tement ou indirectement, sera, par ce seul fait, exclu du concours » {S^cisUm 
de r Académie f du 4" septefnbre 4838). 



PRÉFACE. VU 

Aa reste, bien que j'ai suivi, en le composant, le pré- 
cepte de Boileau : 

Hâtex-vous lentement ; et sans perdre courage, 
Vingt fois sur le métier remettez rotre ouvrage; 

je ne puis me dissimuler tout ce qu'il laisse encore d'im- 
parfait; aussi je sens vivement combien j'ai besoin de l'in- 
dulgence du public ; je le prie de vouloir bien se rappeler 
toute la difficulté de ma tâche, et de croire que si je ne suis 
pas parvenu au but, j'ai du moins la conscience de n'avoir 
rien négligé pour y parvenir. Heureux si mon travail, fruit 
de longues et de consciencieuses recherches, atteint le seul 
but que je me suis proposé, celui d'apporter mon grain de 
sable à l'édifice de la science, et d'être, pour si peu que ce 
soit, utile à l'humanité. 



DE 

L'HUILE DE FOIE DE MORUE 

ET DE SES SUCCÉDANÉS. 

LIVRE PREMIER. 



CHAPITRE I. 

COUP d'œil historique suh l'action thérapeutique 

DES CORPS GRAS. 

L'emploi thérapeutique des corps gras remonte à une 
époque très-reculée. Nous lisons dans la Bible, que Tobie 
ayant pris un poisson monstrueux sur les bords du Tigre, 
Fange Raphaël , qui raccompagnait, lui dit : « Exentera 
hune piscem^ et eoi* ejus, et fel, et jecur repone tibij sunt 
enim hœc neeessaria ad medicamenta utiliter. . . Fel ejus 
valet ad unguendos oculos, in quibm fuerit albugo, et 
sandbuniury> (L. Tobice^ c. vi). 

Hippocrate recommande Thuile d'amandes douces , ainsi 
que l'huile de sésame contre la phlhisie (Oper.j edit, 
Foesiiy p. 484, 407). S'il faut en croire Fedotoff (Z>e oleo 
jecoris aselli), le médecin de Cos aurait signalé l'huile de 
poisson comme un remède analeptique propre à combattre 
l'hyslérie.Celse préconise contrôla phthisie, l'usage externo 



i. 



LJVr.E 



' dé ia"^raisséde mouton et de chèvre, ainsi que les frictions 
huileuses. (L. I, e. vin, l. III, c. cxxii). 

Pline [HisL natur., L XXFIII, XXXII) parle de 
Thuile de foie de dauphin, du foie de raie [raya pastinaca 
L.) de la graisse de phoque (phoca vitulina L.) et d'autres 
corps gras dont Taction thérapeutique était déjà connue de 
son temps. 11 dit : « Lichenas et lepras tollit adeps vitu-- 

Uni marini Quidam delphini jecur in fictili torrent, 

donec pinguedô similis oleo fluat, ac perungunt. . . Pruri- 
tum scabiemque non hominum modo sed et qiuidrupedum 
elficadssime sedat jecur pastinacœ decoctum in oleo, 
Podagris articularisque morbis utile est oleum in quo 
decocta sint intestina ranarum. item vituli marini cujus 
et adeps p7'odesl... Omnium piscium fluviatilivm mari-- 
norumque adeps liquefactus sole admixto melle, oculo- 
rum claritati plurimum confert. » Le lait de femme est, 
d'après Pline, un remède avantageux contre les maladies 
du poumon. Il recommande contre la phthisie le lard 
d'une laie maigre, nourrie d'herbe, la graisse de porc , le 
beurre ainsi que la graisse de chèvre. Il rapporte que la 
mantèque, mélange de sang et de graisse d'autruche, était 
fort estimée, chez les romains, contre les douleurs rhuma- 
tismales et les tumeurs froides. 

Aret,|Be conseille, contre la phthisie, l'usage, tant interne 
qu'externe, de l'huile d'olives (Op., L I, c. viii). Marcel- 
lus, médecin romain qui vivait sous Marc-Aurèle, préco- 
nise la graisse de porc contre la même afifection (f^an den 
Bossche, hist. medec). Caelius Aurelianus loue Tefficacité 
de l'huile d'olives contre les vers [Oper., t. II, p. 340). On 
voit figurer les huiles et les noix parmi les vermifuges re- 
commandés par Alexandre De Tralles [Epist. de Lumbri- 
ds, etc.). 



» CHAPITRE I. 3 

Uo militaire, au service des Pays-Bas, le capitaine 
Geiger, qui a parcouru la Cafrérie et le pays des Hotlen- 
tots, assure que Thuiie de poisson est employée, de temps 
immémorial, coq[)me remède populaire, par les habitants 
de ces contrées. Cette huile est préparée avec le foie d une 
espèce de raie dont la queue est en forme de dard et qui 
est appelée vulgairement, par les Hotlentots, Roch Pyls- 
taart. * 

La décoction de graisse de mouton dans du lait est, de- 
pois bien des siècles, un remède populaire, en Angleterre, 
contre la phthisie (Sales-girons). 

Nous avons parlé du rôle des corps gras dans la théra- 
peutique des anciens, venons maintenant à leur usage, 
dans des temps beaucoup plus rapprochés de nous. 

P. Forestus signale l'utilité de Thuile de foie de morue, 
gadus lota^ L,^ contre les obscurcissements de la vue. « Ex 
jecore cnjusdam pisciculi, vulgan lingtm à nostris dicti 
aelpuyiJc liquor quidam defluit, experimento certo obscth 
ritati admodum commodus et utilis. Capitur autem hic 
piscis in aquis veelandiœ propè delphensem urbem y>{Obs. 
et curât, medic.^ l. Xll, p. 43). Le même praticien a vu 
un jeune homme, de 18 ans, évacuer un grand nombre 
de vers après avoir pris un mélange d'huile d olives et de 
suc de grenadier (oper. dt., L XAI^ obs. xxvii). 

Rondelet [De piscibus, t. 1, c. i — /. Alllj c. ix) 
parle de Thuile de humantin [squalus centrina L.) contre 
lesquirrhe du foie, Thydropisie et les douleurs articulaires. 
11 fait également mention de lemploi du foie de raie contre 
la démangeaison. « Le foie de raie, dit-il, avec le fiel, est 

■.\) Tout porte à croire que ce poisson est, soit la paslenaque, raya pasti- 
naca, L., soit l'aigle de mer, raya aquiîa, L 



LIVRE 1. 



bon contre la niangeson au lieu du foie de Isr pastenague 
(toc. cit., l. XII, c. xvii). 

Dodoens (Prax, medic.) recommande contre la toux les 
frictions sur la poitrine avec Thuile d'amandes douces, la 
graisse de poule ou celle de chapon. Au rapport d'Am- 
broise Paré, l'huile d olives, prise par la bouche, fait périr 
les vers [Oper., L XX , c. v). 

Schenckius cite le cas d'un espagnol qui fut guéri d'un 
cas de phthisie des plus graves en se tenant à l'usage du 
pain et de l'huile, pour toute nourriture [Obs. med., 
l. XI). 

Olivier de Serres, dans son théâtre d'agriculture (édit. 
de iSOS, t. II, p. 69 i] dit en parlant des remèdes à 
opposer à la phthisie : « Le malade se fera oindre, soir et 
matin, la poitrine, devant et derrière, avec l'huile d'aman- 
des douces et beurre frès. » 

L'huile de sésane est, au rapport de Prosper Alpin, un 
remède fréquemment employé, en Egypte, dans différentes 
maladies de la peau {Deplantis JEgypti, p. 99). 

Rivière regarde l'huile de pfieds de veau comme un re- 
mède excellent contre la goutte (Prax. medic, L Xf^I, 
c. /). H affirme que l'huile d'olives est un remède populaire 
contre les vers (Ibid. L X). 

La graisse de daim, associée au lait, est, d'après Scroe- 
der, un remède utile contre la phthisie; il recommande 
l'huile de lote, gadus Iota, L., ainsi que la graisse de caille 
contre les taches de la cornée (Pharm. medico-chim. 
l. V, p. 6821). 

Macasius, en 1654, recommande la graisse de serpent 
contre les scrophules (Prompt, mat. med.). 

En Ecosse, on donne, depuis deux cents ans, du lard frit 



GHAPITHE 1. S 

et salé aux rachitiques [Trousseau^ ann, de Bouchardat^ 
18S7). 

P. Borelli [Hist. et obs. mecUco-p/iys.^cent. iv, p. 269)^ 
Hartmann (/Voor. chym.^p. 9S), Lanzoni (Zoologiaparva, 
e. xiii) et Etlmuller [oper.^ t. I^ p. 81 S] ont signalé, après 
Forestus, l'utilité de Thuile de faiede lote, gaduslata^ L.^ 
contre les taches de la cornée. 

P. Borelli, en 1657, parle de Tusage quon faisait, 
à cette époque, du beurre de femme pour combattre la 
phthisie (/6c cit,, cent, m, obs, xxcii). 

Fr. Hoffmann a employé avec succès la graisse de chien 
cofttre la phthisie [Med. rat. System., t. IF., c. x). 11 vante 
les heureux effets des huiles en application locale dans plu- 
sieurs affections du cuir chevelu. « Nihilad reprimenda 
capitis ulcerQSdS efflorentias rqf^eritur Fcdentius quam 
pinguia^ oleosa » (ibid. t. II J, p. i89). 

Le beurre est , pour Lanzoni , uû remède fort efficace 
contre la phthisie et Fophthalmie [Oper.y t. I. p. 394). 

Michel de Heredia, médecin de Philippe, roi d'Espagne 
[oper., Lyon i66S] , et Fonseca, célèbre médecin portu- 
gais [Consult. med.), wit recommandé contre la phthisie 
les frictions avec la graisse de vipère, le long de lepine 
dorsale. 

Louis de Serres, 1669, dit que « Thuile d'amandes dou- 
ces est grandement profitable aux phthisiques » (La vM- 
table médec. opposée à terreur, etc. Lyon, 4669). 

Wedel affirme que l'usage interne de la même graisse 
lui a réussi dans deux cas de phthisie [Miscell. cur., a>n 
mi, p. 307). 

Jérôme Reusner préconise la graisse de hérisson contre 
la goutte (o6«. //5). 



a LIVRE I. 

D'après Lanzoni, le Salmone thymalle, ScUmo thymal- 
lus, L.j fournit une graisse d'une belle couleur rougeâtre, 
qui est employée contre les taies (/oe. cit., cap. xix). 

Morton conseille contre la phthisie l'usage fréquent des 
corps gras à l'intérieur^ mais surtout l'huile de lin récente 
(PhthisioL, l. II, c. viii). 

Baglivi vante le beurre associé au sucre contre les toux 
catarrhales les plus intenses (Prax. med., L 1, p. 4 1S). 

Rosinus Leptilius faisait recouvrir la* poitrine des phthi- 
siques d'une forte couche de graisse de chien [MiscelL 
medico'pract.]. ^ 

Lemery prétend que la chair de l'ange de mer, squalus 
squdtina, L., qui contient, selon lui, de l'huile, en abon- 
dance, c( est propre pour les maladies de consomption et 
pour ceux qui tombent en chartre. » Il dit que les Indiens 
font beaucoup de cas de la graisse de mangouste con- 
tre les scrophules, le rhumatisme et la goutte (Dict. des 



L'huile d'olives est, d'après Andry, un remède eÇScace 
contre les vers (De la génération des vers). 

Labat (Hist. nat. des Antilles) raconte que la graisse 
de serpent est fort estimée, dans cette contrée, contre le 
rhumatisme et la sciatique. 

P. Hermann fait mention de l'utilité de la graisse de hé- 
ron, unie à celle de caille, de la graisse du salmo thymallus 
contre les taches de la cornée; de la graisse de daim et de 
celle de cheval contre la phthisie ; de la graisse d'anguille 
et de chat contre les affections articulaires (Cynosura mat. 
medic, t. III). 

Passerat de la Chapelle (^nc. journ. de médec, t. FI, 
p. 303), Binet (id. op., t. XF, p. 244), Bsiumes (ibid.. 



CHAPITRE ï. 7 

t. LFIy p. 406), ont publié des faits eu faveur de Feffi- 
cacité de Thuile de noix contre le ténia. 

Nous lisons dans Morgagni un cas de g'uérison de phthi- 
sie, à Taide de Fhuile d'amandes douces (De sedibtis et 
causismorb., epist. 4 S, c. xxi). 

L'huile de foie de morue, mais surtout Fhuile de baleine, 
est un remède populaire connu depuis nombre d'années en 
Allemagne, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, etc. 
Katsenberger -dit que son père, vieillard de quatre-vingt 
dix-huit ans, lui a raconté que dès le commencement de 
sa carrière médicale, l'huile de foie de morue était déjà 
considérée comme un remède puissant contre la goutte 
(Hufeland journ., 4834). 

D'après Bardsley (Med. reports, London 4807, p. 30) 
dès 1766, l'huile de foie de morue était employée contre le 
rhumatisme à l'infirmerie de Manchester où elle avait été 
introduite par le D^ Kay.,Percival, en 1771, [Percivafs 
med. essays, p. 3 S 4), Darbey et Conspruch^ vers la même 
époque, signalent l'utilité de l'huile de foie de morue con- 
tre cette maladie. 

Gunther se rappelle que, dès son enfance, en 1778, ce 
remède était fort en vogue contre la goutte, à Hardenberg, 
sa ville natale (Bufelandjourn,, i824). 

Les paysans de la Basse-Saxe, s'il faut en croire Sandi- 
fort, font usage de l'huile de baleine contre les vers [Thé- 
saurus dissert., v. i, p. 267). 

Kopp assure que l'huile de baleine est employée, depuis 

, fort longtemps aux Indes occidentales et principalement à 

l'ile de la Trinité, pour combattre les scrophules, le scorbut, 

les maladies de la peau et du foie [Denktvurdigkeiten in 

deraerzliche,prax. Bd. i\). 



8 LIVRE U 

HeberdeQ administrait l'huile de lio en lavemenls contre 
les ascarides vermiculaires (Med. trcmsact., v. i, p. 49). 

Gouan se loue des effets avantageux qu'il a obtenus de 
Thuile de noyer contre le leucoma (Mémoires de lu soc. 
de médecine de Montpellier). 

Dehaen, en 1775, fait les plus grands éloges de Thuile 
de lote contre les taches de la cornée (Rat. med.y pars 
dec., c. VI, p. 437). 

Samuel Moore affirme, dans une thèse soutenue à Edim- 
bourg, vers 1781 , que l'huile de foie de raie est un remède 
vulgaire, en Ecosse, contre le rachitisme (fVebster, medi- 
dnœ prax. systema, etc. t. III y p. 8 S). 

Jeze, en 1783, (Ane. Journ. de méd.y t. LXI^y 
p. A3 9) et Meyer (Mercure génér. de l'Europe^ an. 4787) 
citent des faits qui déposent en faveur de l'huile de noyer 
contre les taches de la cornée. 

Beddoes, d'après Salles-Girons (Méth. fumigat de la 
phthisie^ etc.) administrait les corps gras, à l'intérieur et à 
l'extérieur, pour combattre la phthisie. 

iMarino, Malacarne, Masino, Camuzzoni,NMarcolini ont 
employé avec succès l'huile d'olives contre le rhuma- 
tisme (Giacomini.y Trait, de mat. médic. et dethérap.^ 
p. S06). 

Thumberg rapporte que le beurre salé passe, au Japon, 
pour un remède efficace contre la phthisie (Foy.^ t. III, 
p.S2]. 

Âinslie raconte que la graisse de dindon est employée à 
l'intérieur, chez les indiens, dans les affections paralytiques 
ainsi que dans la raideur des articulations (Mater, med. 
indic.y t. II. p. 200). II dit que les médecins indous attri- 
buent à la chair de requin, squalus carcharias, L., des 



CHAPITRE I. 9 

propriétés particulières dans plusieurs maladies, mais sur- 
tout dans le rhumatisme (loc. cit., 1. 11, p. 399). 

Labillardière a obtenu les résultats les plus avantageux 
de rhuile d'olives, à hautes doses, contre le lénia. [Mérat. 
et De Lensy oper. cit.) 

Hull, 1801, rapporte un cas d'ostéomalaxie avantageu- 
sement combattu par Thuilo de foie de morue. (Translation 
of Baudelocque's memoirs on the cesarian oper, Man- 
chester, i801,p. iS9]. 

Gouan a été plusieurs fois témoin de lefficacité de Thuile 
d'olives, contre certaines taies de la cornée (Journ. génér. 
de médec, t. XXFUl, p. 460). 

Les essais tentés par Oliviero, 1810, tendent à prouver 
l'eiScacité de l'huile de radis dans les affections rhumatis- 
mafes et pulmonaires [Kluyskens, ann. de littér. méd. 
étrang., t. X, p. 600). 

Caulet de Veaumorel dit que la graisse d'hippopotame 
est considérée, au cap de Bonne-Espérance, comme un 
remède excellent contre l'a phthisie. [Dict. encycl., t. IX, 
p. H 9). 

Dès 4817, MM. Van den Bosch, de Rotterdam (Genees- 
kundige fVaarnemingen, Utrecht 482S), et Bodel, de 
Dordrecht [ibid), constatent l'utilité de l'huile de foie de 
morue contre le rachitisme. 

Ritler, 1823, cite des faits à l'appui de l'efficacité de la 
graisse d'ours contre les taches de la cornée [Rev. médic. 
t. X, p. 449). 

La graisse de serpent est, au rapport de Denham et Clap- 
perton, une espèce de panacée, chez les Arabes. [Foyages 
dans le nord et le centre de V Afrique). 

Schenck,de Siegen, publia, en 1822, (/fw/îîZand Journ.) 



10 LITRE I. 

une série de recherches sur l'huile de foie de morue qui 
attirèrent parliculièremenl l'altention des praticiens, sur ce 
remède, et contribuèrent beaucoup à le faire entrer défini- 
tivement dans le domaine de la thérapeutique. Depuis cette 
époque, des recherches multipliées, sur ce peint, ont été 
publiées en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en 
France et dans d'autres pays. 

Avant de terminer ce coup d'oeil historique, je dois 
signaler les essais, tentés, dans ces derniers temps, par dif- 
férents praticiens, pour remplacer l'huile de foie de morue 
par d'autres corps gras, moins désagréables à prendre et 
plus à la portée de toutes les fortunes (1). 

L'un des premiers, j'ai cherché à appeler l'attention des 
praticiens sur ce point, en proclamant l'unité d'action thé- 
rapeutique des corps gras (2), et en signalant les résultats 
avantageux que j'avais obtenus de Thuile de pavot, dans le 
traitement du rachitisme et des scrophules. Mes recher- 
ches, sur ce point, ont été publiées, il y a bientôt vingt 
ans, dans les Annales et Bulletin de la société de médecine 
de Gand (Bull., 4844, p. 24S. — AnnaL, 4844, p. 
55). Trousseau les cite, avec éloge, dans son excellent traité 
de thérapeutique et de matière médicale (3® édit., t. i, p. 
2K3). 

(4) Nous extrayons de l'ouvrage de Hogg (Etude sur l'huile de foie de moruej 
le tableau suivant, indiquant le prix des diverses huiles de foie de morue : 
4 <* L*huile noire du commerce se vend, les 4000 gram. . . . fr. 4 

•2<» L'huile brune it 5,50 

3° L'huile blonde it , 6 

4» L*huile blanche it 7 

5« L'huile vert-doré, dite, dans le commerce, huile de foie de morue 

de Hogg, le flacon triangulaire 8 

{i} On trouvera, dans le cours de cet ouvrage, des preuves nombreuses à 
l'appui de cette vérité.^ui souffre bien peu d'exceptions. 



CHAPITRE I. H 

Depuis, des tentatives analogues ont été faites, en diffé- 
rents pays, et avec non moins de succès, par des médecins, 
dont l'autorité est d'un grand poids : en Allemagne, par 
Popken qui a tenté Fusage du lard rôti, chez les scropbu- 
leax [ff^ochenscrift fur die gesammle Heikunde, 4844); 
en Angleterre, par Duncann et Nunn, qui ont cherché 
dans Thuile d'amandes douces un remède pour combattre 
les scrophules (Bull, de thérap.^ 4850, p. 92), par 
Thompson, l'un des plus célèbres médecins de la Grande- 
Bretagne, qui a publié des recherches fort intéressantes sur 
lulilité de l'huile de coco et de pieds-de-bœuf dans la 
phlhisie (Bouchardat, ann, cit., iSSô — BulL de thé- 
rap., an, 48S4); en France, par le proJesseur Trous- 
seau, qui a constaté que le lait, la graisse d'oie Sîlpide, mais 
surtout le beurre, sont d'excellents moyens pour comballre 
le rachitisme [Bouchardat, loc. cit., 4847). 



12 



LIVRE I. 



CHAPITRE H. 

ACTION PHYSIOLOGIQUE DES CORPS GRAS. 

Les effets produits par les corps gras , sur l'économie, 
sont variables. Essayons de mettre de Tordre dans leur 
énumération, en rattachant les effets aux organes où ils se 
manifestent. 

§1- 

ACTION DES CORPS GRAS SUR LE TUBE OI&ESTIF. 

Tout porte à croire, qu une partie seulement des matiè- 
res grasses ingérées dans le canal digestif, pour peu qu elles 
soient en quantité notable, est absorbée par le chyliferès. 
Le reste est éliminé par différentSémonctoires. C'est pres-^ 
que toujours la partie inférieure du conduit alimentaire qui 
est chargée de cette fonction. Alors l'impression produite 
par le corps gras (s'il est en quantité notable) sur la mu- 
queuse digestive,y occasionne des évacuations alvines plus 
ou moins abondantes, plus ou moins nombreuses, peu 
séreuses, presque exclusivement formées de matières ster- 
corales, mélangées avec une quantité plus ou moins grande 
de graisse. 

L'observation semble prouver, que toute la partie grasse 
des aliments qui n'a pu être émulsionnée par le suc pan- 
créatique, est évacuée par celte voie ; car la sécrétion du 



CHAPITRE II. 13 

pancréas paraît exercer une grande influence sur la quan- 
lilé (le graisse contenue dans les fèces. Dans sept cas de 
mal-^die du pancréas, où cefle glande était plus ou moins 
détruite, lexamen des selles a montré une grande quan- 
tilé des matières grasses de Talimentalion (Eisenmann). 
Jeffrey et Lussana (Gaz. med. lombarda) citent des fails 
analogues. Si on détruit le pancréas, chez des chiens , 
raraaigrissement fait des progrès rapides, et les matières 
grasses de Talimenlation se retrouvent, en grande partie, 
dans les matières fécales [CL Bernard). 

On considère, assez généralement, les matières grasses 
comme indigestes, et lopération qui doit les convertir en 
chyle comme, étant souvent pénible et lente. Cela peut être 
vrai, pour ces substances prises en trop grande quantité, 
mais je ne puis croire qu'il en soit ainsi quand on les ingère 
en quantité modérée ; car nous en consommons, presqu'à 
Ions nos repas une assez grande quantité, sans en ressen- 
tir, presque jamais, la moindre gène, la moindre fmpres- 
sion pénible à Testomacllest un fait fréquemment observé, 
par les praticiens, et qui prouve, de la manière la plus évi- 
dente, combien Ton s'exagère les propriétés indigestes des 
corps gras. En effet, ne voit-on pas, chaque jour, des 
malades dont lestomac ne peut supporter, même ks ali- 
ments les plus légers, et qui, cependant, digèrent, à mer- 
veille, Thuile de foie de morue, même à une dose assez 
élevée? 

Comment une substance qui, on peut le dire, n'a pas 
besoin d'être digérée, peut-elle devenir d'une digestion 
difficile? Ne sait-on pas, surtout, depuis les belles recher- 
ches de L. Corvisart, que les matières grasses nourrissent 
(Vemblée et, sans devoir subir aucun changement de la part 



14 UVU£ 1. 

des organes digestiTs? C'est un fait acquis à la science, que 
la matière grasse est absorbée en nature dans le tube diges- 
tif. Le suc gastrique n'a aucune action sur elle. Magendie 
a fait voir, depuis longtemps, que plus les aliments sont 
gras, plus il y a de graisse dans le chyle. Les expériences 
de Tiedmann et Gmelin (Rech.sur la digestion), celles, plus 
récentes de Sandras et Bouchardat, Blondiot, Delafond et 
Gruby , ont établi que les matières grasses, de nos aliments, 
pénètrent dans les vaisseaux chylifères et constituent le prin- 
cipe qui donne au chyle sa. couleur blanche. Claude Ber- 
nard a constajjj^ que ces matières, pour être absorbées, n ont 
besoin que d être émulsionnées par le suc pancréatique ^ 

ACTION DKS CORPS tiRAS SUR LE FAHK, LkS POUHONS ET LES UEINS. 

D'après les recherches de Gluge et ThièrnessQ (Bull, de 
VAcad, roy. deméd. d£ Belgique, an, 4843-4844.^— 
n" 9), rhuile grasse, administrée soit en injections dans les 
veines, soit parla bouche, a une tendance naturelle à se 
déposer dans le foie, les poumons et les reins. A doses pro- 
gressivement croissantes, elle détermine des accidents gra- 
ves, tels que : Thépatisation totale ou partielle des poumons, 
l'accumulation d'un fluide graisseux dans le parenchyme 
de ces organes ainsi que dans le foie, les reins et le sang, 
lésions qui peuvent se traduire par ces mots : poumons 
gras, foie gras et reins gras. Administrée en pelile quantité 
et pendant peu de temps, ejle disparaît insensiblement du 

(1; Déjà Eberle, en 4814, Phys. der Verdauung, p. 327 , avait émis la 
même opinion. 



CHAPITRE II. 15 

sang et des organes où elle s elait fixée, et les animaux qui 
en usent continuent à se bien porter. 

D'après Gluge et Thiernesse, l'huile grasse, introduite 
dans récouomie, n'éprouve aucun changement avant son 
arrivée dans les poumons, le foie et les reins. C'est seule- 
ment dans ces trois organes que sa transformation s'opère, 
et qu'elle concourt à la formation de Turine et de la bile, et 
à. la respiration, par sa combustion. Au reste, ces deux ex- 
périmentateurs avouent que cette manière d'interpréter 
l'action des huiles n'est qu'une hypothèse infiniment pro- 
bable, et que tout est encore à prouver relativement à ce 
point de habite physiologie. 

Le foie est, d'après Bouchardat, chargé d'éliminer de 
l'économie, l'excédent des^fnatières grasses contenues dans 
le sang ainsi que la cholestérine , matière essentiellement 
destinée à être rejetée au dehors (Mat. méd., t. 2, p. //J). 
Bauër professe une opinion analogue, ei il pense que l'huile 
ingérée passe dans la circulation, et qu'elle est ensuite éli- 
minée, pour )a plus grande partie , avec la bile [Arch. de 
ta méd. belge, sept. 4844). Les observations de Klencke, 
qui a.trouvé la bile saturée de graisse chez les animaux qui 
avaieift pris de l'huile de foie de morue, semblent encore 
confirmer cette manière de voir (toc. cit. p. 408). 

C'est un fait certain, mais pe& connu, que les matières 
grasses, introduites dans l'économie, peuvent être éliminées 
par les voies urinaires. Des faits authentiques confirment 
•cette assertion : Clauderus a vu une femme, de 85 ans, qui, 
de temps en temps, rendait, par les urines, pendant plu- 
sieurs jours de suite, des morceaux de graisse d'une cer- 
taine grosseur {Misoell. eur., dec. S, ôbs. 483). 

Rommélius dit qu'il n'est pas rare de voir de la graisse 



<() 



LIVRE I. 



(I;ms les urines (trf. op , dec. III, obs. XIF). Tulpius cite 
le cas (l'une femnne, de 70 ans, dont .les urines et les fécès 
conlenaiont habituellement de la graisse (O65. med. , lïbJII, 
c. XIA], ïiedmann et Gmelin ont trouvé de la graisse 
dans lurine d'un chien, qui avait été nourri pendant quatre 
jours avec des corps gras (Die Ferdanung^ nach versu- 
dieu). Becquerelle a constaté que Turine, à 1 état normal, 
conlieîil une faible quantité de graisse. Dans quelques uri- 
nes, celte, quantité peut être beaucoup augmentée (Séméio- 
tique des urines, p. 120). Klencke dit qu'on rencontre, 
parfois, des globules de graisse dans les urines de ceux qui 
font usage d'huile de foie de morue [loc. cit., p. /5). 

D'après Lehmann, l'urine de tortue contientde la graisse, 
en grande quantité (ZreAr6wcA<ferpAy5fo/. chim). Frerichs 
affirme qu'on rencontre habituellement de la graisse dans 
l'urine de chat bien portant (Lang, de adipe in urina et 
renibus). Lang a constaté, tout récemment, la présence de 
la graisse, en. quantité notable, dans sa propre urine ainsi 
que dans l'urine de plusieurs chats et de plusieurs chiens. 
11 fait remarquer que sa quantité est moindre chez les ani- 
maux maigres, et plus forte chez ceux qui se nourrissent 
de chair que chez ceux dont l'alimentation est Végétale 
(loc. cit.). Dans certaines maladies, les urines contiennent 
de la graisse, nous nous abstiendrons d'en parler, ne pou- 
vant nous occuper ici que de l'urine a l'état normal. 

Ce que nous, venons de dire, sur la présence de la graisse 
dans les voies urinaires, peut expliquer, jusqu'à un certain 
point, les effets diurétiques qu'on voit, parfois, survenir à la 
suite de l'administration des corps gras, surtout de l'huile 
de foie de morue (i). En effet, Richter a fréquemment ob- 

(1j Tout porte à croire, ainsi que le pense Bouchardat, que la plupart des 



CHAPITRE II. 17 

serve qae cette huile activait la sécrétion arinaire (Mediz 
Zeitung, i83ë^ n 26). Sur 71 sujets, soumis à Fusage 
(le l'huile de foie de morue, Reister a observé huit fois une 
accélération de la sécrétion des urines avec sédiment bri- 
queté [Trousseau, loc. cit., t. i , p. 379). Caron du Vil- 
lards a expérimenté, sur lui-même, que l'usage de ce mé- 
dicament déterminait, plusieurs heures après son ingestion, 
un flux abondant d'urines exhalant une odeur fétide (BtUl. 
génér. de thérap., mai 1834). Pour ma part, j'ai quel- 
quefois observé des effets semblables, et, tout récemment 
encore, j'ai vu l'usage de cette substance déterminer, chez 
un enfant rachitique, un flux abondant d'urines exhalant 
une odeur de poisson. D'autres observateurs, tels que 
Asmusy Bradsley, Oberghaus, Percival, Sandelin et d'au- 
tres ont également vu l'huile de foie de morue produire des 
effets diurétiques. 

§ m. 

ACTION DES CORPS GRAS SUR LA PEAU ET LE STSTÈME PILEUX. 

Des 'faits, bien constatés, établissent que la peau peut, 
dans certaines circonstances rares, il est vrai, servir à Téli- 
mination des corps gras. Scroeder affirme qu'en Westphalie 
Ton est dans l'usage de faire boire aux blessés de l'huile 
d'olives avec de la bière chaude, en telle quantité que leur 
sueur exhale une odeur d'huile (Pharm. medico-chim. 
p. S44). Moellenbroc a observé une sueur huileuse, chez 

médicaments qui sont éliminés par les reins agissent comme diurétiques, et 
qae ceux qui sont éliminés par la peau agissent comme diaphorétiques, et ainsi 
de suite. Woelher dit que les sels qui sont éliminés par les urines agissent, 
pour la plupart, à la manière des diurétiques. 



18 LIVAE I. 

we jeune (ille. Cette sueur durait le jour et lanuit, et pa- 
raissait n'avoir d'autre inconvénient que de tacher son lîoge 
(MisoelL, cur., dec. /, an. 2, obsi XIX], Mœbius (Fund. 
physioL c. III) et Planque (BibL chois de méd., t. 29, 
p.. S 17) ont observé, chacun, un cas analogue. Simon 
Schulze, noédecin à Thora, a connu une fille, de 17 ans^ 
qui avait chaque nuit une sueur oléagineuse, d'une odeur 
fétide (MisçelL cur., déc. 1, an. 6-7, obs. 170). Pautiini 
rapporte qu'un moine qui avait l'huile en aversion et qui» 
par esprit de mortification, ne pWt, pour toute nourriture 
pendant dçux jours de suite, que du pain avec de Thuilié, 
fut pris d'une sueur abondante qui avait entièrem^tTodear 
et la saveur de l'huîle [ibid., dee. 2 y an. <?, app., p. 70). 
<K Tous les êtres, dit Virey, exposés à un .froid violent 
ont besoin de corps gras à l'extérieur, comme à l'intérieur. 
Aussi nous le voyons par les oiseaux et les phoques des 
régions glaciales, qui, dévorant des poissons huileux, sont 
gras, imprégnés d'une huilé abondante qui pénètre la pro- 
fondeur de tous leurs tissus jusqu'à la peau, d'où elle trans- 
pire parles pores. Il en est de même du Lapon, du Sa- 
mpïède^ du Labradorien, gorgés d'huile et de graisse ; leur 
peau la sue, et ils exhalent TaiTreuse odeur de ranœ et de 
lard de veau marin » (Z>tcf. des. se. méd., t.JjCIXyp. 304). 
Fourcault a dit,, tout récemment, dans un ouvrage cou- 
ronné par rinslitut, qpe la peau exhale de la graisse, sur- 
tout quand le corps est en exercice [Causes gén. des malade 
chron.y p. 17.7). Reisler a vu la transpiration contracter 
l'odeur d'huile, chez deux malades soumis à l'usage de 
l'huile de foie de morue (Trousseau Joe. cit., t. /, /?• 279). 
Moll, qui a expérimenté Fhuile de foie de morue, sur lui- 
même, a observé que, pendant son usage, sa transpiration 



CHAPITRE II. . 19 

eihalaît l'odeur de poisson {lï Mbll in Sùhmidt Jahrbû- 
cher. Bd. 8y p. 143). Magendie rapporte qu'un chien 
soofnis à l'usage dii beurre* frais, pendkni 68 jours, répan- 
dit, pendant toute la^lurée de rexpérienee, une forte odeur 
dîadde butyrique. Son poil était grals, au toucher, sa peau 
était onctueuse et couverte d'une coudhe de graisse (Rapp. 
faità VAc.des.sc.aunomdela comm.ditede lagélatine). 

J'ai connu un valet de ferme dont la transpiration exhala 
une forte odeur de poisson pourri, pendant tout le temps 
qu'il fît usage d'huile de poisson (htêilè dèi corroyeurs), qui 
lui avait été prescrite, pour un rhumatisme chronique. Son 
linge était imprégné d'huile, au point que les personnes 
chargées de le nettoyer, s'en ti-ouvaîènt incommodées. 

L'ingestion des corps^ gras augmente quelquefois la tran- 
spiration cutanée. « Il est d'observation, dit Giacomini, 
que les huiles provoquent' la sueur (Tra4t; p/nlos. ePexpér. 
demain médic.]p. S06). Sur 74 sujets^ soumis à l'usage 
de rhuîle de foie de morue, Reiôter a vu, danis 42 cas, la 
transpiration augmentée. (Trousseau, làc. eit.) Percival, 
Sandelin, Obei^haus et une fôuIe d-autres ont également 
constaté les propriétés diaphorétiqttes de l'huile de foie de 
morue. 

On voit quelquefois l'usage deâ corps gras, surtout 
lusage de Thuile de foie de morue, déterminer dés éruptions 
cutanées. Sur 74. sujets soumis à l'usage dfe l'huile de foie ^ 
de morue, Reister a vu deux fois de petites taches rouges 
avec prurit survenir à la peau [Trou^ssêau, op. dt., L i, 
p. J75)^. Klencke dit que sous l'influence de cette huile on 
voit fréquemment apparaître, à la surface cutanée, des 
éruptions pourprées, qui sont les crises de la maladie [op. 
ciL,p. iS). Duclos aiBrme que l'usage prolongé de Thuile 



20 LIVRE I. 

de foie de morue détermine presque constamment à la peau, 
des éruptions vésiculeuses miliairés ou eczémateuses. 
L eczéma produit par ce médicament, est simple; il occupe 
ordinairement toute Télendue de la surface cutanée, et 
apparaît du 5® au 6® jour du traitement, puis cesse, le plus 
souvent, pendant toute sa durée [Bouchardai^ an. cit., 
1847 , p. 92). D'autres praticiens prétendent également 
avoir vu survenir différentes affections cutanées à la suite 
de l'administration de cette huile. Pour mon compte, je 
crois avoir remarqué que c'est, presque toujours, à la suite 
de l^dministration d'une huile de foie de morue rance et de 
couleur foncée qu'on voit survenir les éruptions dont il 
s'agit. Rarement j'ai eu l'occasion d'observer de pareils 
éruptions après l'usage des huiles claires, dont l'emploi est 
aujourd'hui, presque généralement adopté. 

Je suis très-porté à croire que Tusage des corps gras 
n'est pas sans influence sur le système pileux : comparez le 
poil satiné des animaux doués d'un certain degrés d'embon- 
point avec le poil terne et sec des animaux maigres; voyez 
le pelage luisant et de belle apparence des animaux dont 
le tissu adipeux est ordinairement très-développé, comme 
chez la plupart des herbivores; comparez le poil du cheval 
de peine, presque toujours, maigre, décharné, avec celui 
du cheval de maître, dont l'embonpoint est souvent remar- 
quable. Remarquez la différence qui existe entre la cheve- 
lure d'un homme gras et bien nourri et celle d'un homme 
maigre, qui vit dans la misère et les privations, et vous 
serez amené à conclure que la graisse a sur le système 
pileux une influence qu'il serait difficile de contester. 

J'ai connu un homme, de 60 ans environ, dont les che- 
veux frisèrent d'une manière notable après avoir pris pen- 



CHAPITRE II. 21 

daDl longtemps de Thuile de foie de morue, à une dose 
assez élevée (300 grammes par jour). Ses cheveux repri- 
rent leur rectitude normale après qu'il eut cessé Tusage de 
Thniie, pendant un certain temps (1). 

Faisons remarquer, en terminant ce paragraphe, que 
lusage si répandu, de tout temps, des onctions graisseuses, 
de tout genre, pour activer la pousse des cheveux, pour re- 
médier à leur aridité, à leur rudesse, etc., semble venir à 
l'appui de ce que nous venons de dire sur l'influence des 
corps gras sur le système pileux. 

§ IV. 

ACTION DES CORPS GRAS SUU LE SYSTÈME OSSEUX. 

Un accoucheur belge, le D"" Hoebecke, prétend que 
l'huilé de poisson, prise à l'intérieur, peut déterminer le 
ramollissement des os, surtout des os spongieux et des os 
plats. Il affirme avoir constaté, chez dix femmes, des rétré- 
cissements du bassin survenus à la suite de l'administration 
de celte substance, contre des douleurs rhumatismales 
(Bull. méd. belge^ fév. 1838). MM. De Lavacherie [Ann. 
de la soc. de méd. de Gand, av. i838) et Simon [ibid.) 
professeur à l'université de Liége^ ont rapporté des faits 
analogues. 

(I) Ce fait pourrait paraître étrange, si l'on ne connaissait les singulières 
métamorphoses dont le système pileux est quelquefois le théâtre. Ne sait-on 
pas que les cheveux et la barbe peuvent changer presque subitement de cou- 
leur? Alibert (Descripe. des malad. de la peau) parle d'une femme dont les 
cheveux frisaient beaucoup avant son mariage, et qui, à la suite d'une gros- 
sesse, perdirent cette qualité au point qu'il était impossible de les mettre en 
boucle. 



22 LIVRE 1. 

Est-ce bien à l'huiley qui a été administrée, qu'il faut 
attribuer le ramollissement osseux dont il s'agit? Je ne le 
pense pas, et je crois qu'on peut interpréter ces faits d'une 
toute autre manière. Tout porte à croire, qu'ici l'ostéoma- 
laxie a été confondue avec le rhumatisme. Le ramollisse- 
ment des os, chez les adultes, est précédé ordinairement 
de douleurs vives^ profondes, analogues à celles que font 
éprouver la goutte et le rhumatisme. En effet, l'histoire de 
la science contient des faits qui prouvent qu'on a pu quel- 
quefois confondre ces deux affections. Abraham Bauda a 
vu un jeune homme qui, à l'âge de vingt ans, fut atteint 
d oslcomalaxie et traité pour une affection rhumatismale 
[Dehaën, Prœlect. acad.) On sait, d'ailleurs*, que le ra- 
mollissement des os survient surtout chez les individus pro- 
fondément débilités par la misère et les privations de toute 
espèce, qu'il débute fréquemment après l'accouchement, et 
très-souvent pendant la gestation ; qu'il commence ordinai- 
rement par des douleurs dans les lombes et la région pel- 
vienne, et qu'il donne lieu à un rétrécissement du bassin 
différent de celui du rachitisme et analogue à celui signalé 
par les praticiens dont il vient d'être question. 

On peut également soutenir que les déformations osseu- 
ses dont il s'agit ont été bien plutôt l'effet d'un rhumatisme 
chronique que de l'emploi de l'huile de poisson. D'après les 
observations de Môrgagni, Lieutaud et d'autres, le rhuma- 
tisme peut donner naissance à l'ostéomalaxic. Cheselden, 
Ruysch, Albinus, Haller, Wenzel ont recueilli différents 
exemples de lésions du tissu osseux coïncidant avec la 
goutte, dont elles étaient l'effet immédiat ou des complica- 

[i ) Ceci s'applique aux faits rapportés par lîoebecke, De Lavacherie et Sinaou. 



CHAPITRE 11. 23 

lions. Portai peose que l'humeur arthritique ou rhumatis- 
maie, quelle qu'en soit la cause, peut déterminer le ramol- 
lissement et la courbature des os. If cite le fait du fameux 
Couthon, complice de Robespierre, qui fut atteint d'ostéoma- 
laxie à la suite d'un rhumatisme qui avait été vainement 
combattu par une foule de remèdes (Obs. sur la nat, et le 
trait, du rachitisme), Pouteau a observé un fait analogue 
chez une religieuse, qui devint rachitique à la suite d'un rhu- 
matisme chronique [Dict. des. se. méd.^ t. 46, p. S77]. 
Tout récemment, le D^ Staquet, médecin de régiment 
dans rarmée4)elge, a rapporté quatre observations de dé- 
formations osseuses survenues dans les mêmes circonstan- 
ces. « Pour moi, dit-il, je crois, d'après ce que j'ai été à 
même d'observer, que les huiles de poisson ne sont absolu- 
ment pour rien dans le développement de ces déformations 
du systënme osseux, vu que dans les cas ou on les leur a 
attribuées, elles avaient été administrées pour des affections 
rhumatisaiales anciennes qui, comme tous les médecins 
doivent le savoir, peuvent altérer et déformer le tissu 
osseux » [Ann. de la soc. de méd. de Gand, 1842, p. 
133). 

§v. 

ACTION Dt:S COBPS GRAS SUR LA NUTRITION 

L'utilité des corps gras, dans l'alimental^ion, est loin d'être 
appréciée aujourd'hui à sa juste valeur. En effet, la plupart 
des auteurs d'hygiène ne leur accordent qu'une propriété 
nutritive Irès-restreinte, et semblent bien plutôt les consi- 
dérer comme des condiments que comme des aliments. 
Rostan [Cours élément, d'hyg., t. i) place les huiles, le 



24 LIVRE 1. 

beurre, les corps gras, en général, et le lait parmi les ali- 
ments relâchants et peu réparateurs. Levy aflSrme que les 
substances grasses affaiblissent le ressort des tissus et dimi- 
nuent la puissance musculaire (Trait, d'hyg., t. ii, p. 
123). 

Nous n'adoptons pas cette manière de voir^ et nous pen- 
sons, au contraire, que les matières grasses sont des ali- 
ments très-réparateurs et dont l'économie ne saurait se 
passer sans danger. H faut bien, en effet, que cette alimen- 
tation soit utile à Thomme, puisqu'elle fait la base du régime 
alimentaire de presque tous les peuples. On i surtout re- 
marqué que les peuples des régions boréales aiment passio- 
nément la graisse. C'est un fait vérifié par tous les voya- 
geurs: les Lapons, les Groenlandais,les Irlandais,les Iroquois 
et tous les sauvages de l'Amérique septentrionale font leurs 
délices de la graisse, des huiles et même du suif. On rap- 
porte que les sauvages du Canada, dans leurs longues et 
périlleuses chasses, trouvent le suif et la graisse plus nour- 
rissants et plus substantiels que toute autre espèce d'ali- 
ment. Les flibustiers, dans leurs courses au travers des 
solitudes de l'Amérique, ne trouvent rien de plus restau- 
rant, au rapport de Virey, que de sucer la moelle crue des 
os de bœuf qu'ils tuent. Le capitaine Roos dit qu'une nour- 
riture abondante d'huile et de graisse est le véritable secret 
de la vie, chez les Groenlandais, qu'ils dépérissent et meu- 
rent sous tout autre régime. (Relat. du second voy. fait à 
la rech. du passage au nord-ouest^ p. 476). 

L'utilité de cette espèce d'alimentation n'a point échappé 
à la sagacité d'Hippocrate. 11 dit : Cum vero carnemgene- 
rare voles^pingua et calida magis conferunt. » Celse, Avi- 
cenne et une foule d'auteurs anciens ont également pro- 



CHAPITRE II. 25 

clamé l'heureuse influence des corps gras sur la nutri- 
tion. 

Il résulte des recherches de Sandras et Bouchardat 
[Mém. sur. la digestion) que les huiles grasses ingérées par 
les animaux procurent, eu égard à leur masse, une quan- 
tité plus considérable de chyle que toute autre substance. 
(( Les corps gras, dit Bouchardat (Ànn. cit., i84S) 
jouent un rôle d'une très-grande importance dans la nutri- 
tion des animaux ; aucune substance alimentaire ne peut 
les remplacer exclusivement; ils interviennent dans la nu- 
trition, non-seulement de l'homme et des carnivores, mais 
encore dans celle de tous les mammifères, et peut-être de 
tous les animaux. » ) 

D'après Payen [Des subst. aliment., p. 297), on ne sau- 
rait contester l'utilité des matières grasses dans Talimenta- 
lion, et cette utilité ressort plus évidente encore, lorsque l'on 
considère la grande quantité de ces matières accumulées 
dans les œufs pour subvenir aux premiers développements 
du jeune animal. Pour lui, les faits les plus concluants éta- 
blissent leur indispensable nécessité dans toute ration ali- 
mentaire complète, et prouvent que l'engraissement rapide 
des animaux de boucherie et de plusieurs autres a lieu sous 
leur influence. 

« Plus de cent jeunes porcs de la race de Hampshire, dit 
le célèbre chimiste [loc. cit., p. 299), furent nourris (à 
Grenelle, dans un de mes établissements), pendant deux, 
trois, quatre et cinq mois, principalement avec la viande 
cuite de têtes de moutons, qui contenait de 42 à 15 centiè- 
mes de graisse et formait le tiers au moins de leur ration 
composée, .pour les deux tiers au plus, de divers résidus de 
-légumes. A plusieurs reprises, on a constaté l'augmentation 



26 LIVRE I. 

de poids de ces animaux, dont l'embonpoint était remar- 
quable. 

» Une autre expérience se faisait parallèlement à celle- 
ci : de petits animaux semblables, provenant des mêmes 
portées obtenues à Sannois, chez Magendie, étaient nourris 
avec les aliments végétaux ordinaires (pommes de terre 
et divers débris depluchage de légumes), contenant en 
somme, à l'état humide, moins de deux millièmes de leur 
poids de matière grasse. L'engraissement fut beaucoup 
plus lent dans ces conditions, et l'augmentation de poids 
resta constamment de moitié moindre. » 

Ces deux expériences comparatives, répétées plusieurs 
fois, ont toujours offert les mêmes résultats. 

« Nous croyons devoir citer encore ici un fait important, 
observé par M. Magendie : cet éminent physiologiste fit 
nourrir expérimentalement aussi un chien, en introduisant 
chaque jour une forte proportion de beurre dans sa ration 
alimentaire. L'augmentation de poids et l'engraissement 
eurent lieu rapidement sous l'influence de ce régime, à ce 
point qu'au bout de deux mois l'animal, en assez mauvais 
état de santé d'ailleurs, n'était pour ainsi dire qu'une boule 
de graisse. 

» Tous ces faits, ajoute Payen, et un grand nombre 
d'autres analogues que nous* pourrions citer, démontrent 
l'influence qu'exercent sur les animaux les substances grasses 
introduites dans leur nourriture. Mais doit-on en conclure 
que lés choses se passent ainsi dans l'alimentation des hom- 
mes? Il ^t permis de croire du moins que c'est en partie 
dans ce sens qu'agit l'alimentation habituelle des beaux en- 
fants de l'Ecosse et de différents comtés de l'Angleterre, 
qui prennent pour base principale de la partie féculente de 



CHAPITRE II. 27 

leur nourritare le gruau d'avoine, si abondamment pourvu 
de matière grasse (1). » 

Edwards et Balzac [Archiv. gêner, de méd.y 2^ sér.^ 
t. 1, jf>. 5/5) ont constaté que des chiens noulris avec une 
soupe de pain et de gélatine, ou avec du pain et de Teau 
seuls périssent au bout de quelques semaines; qu'au con- 
traire l'addition de bouillon prévient cet accident. 

C'est un fait certain que les viandes grasses nourrissent 
bien plus que les viandes maigres : témoin la chair de porc 
qui nourrit beaucoup sous un petit volume. « Depuis quel- 
ques années, disent Dumas, Boussingault et Payen, on 
applique en grand, dans des établissements spéciaux, la 
méthode d'alimentation des porcs avec la chair musculaire 
cuite, et Ton a reconnu que lorsqu'elle vieùt d'animaux 
amaigris, elle ne peut suffire qu'à l'entretien et à la crois- 
sance des cochons : là se borne l'effet de cette nourriture, 
à laquelle il faut faire succéder une des alimentations pro- 
pres à développer les sécrétions adipeuses » [Rech. sur 
rengr. des bestiaux, etc.). 

Simpson a établi que les ouvriers des fabriques de laine 
forment une classe saine, ce qu'il attribue aux émanations 
des corps gras au milieu desquelles ils vivent, et qui sont 
absorbées principalement par la peau et peut-être aussi par 
les voies aériennes. (Gaz. medic.) Thomson a eu de nom- 
breuses occasions d'observer la belle apparence et la par- 
faite santé dont jouissent habituellement les ouvriers qui 
travaillent dans les manufactures dont il s'agit. Il attribue 
cette manière d'être aux substances grasses avec lesquelles 
ils sont incessamment en rapport, et il fait voir que plus ils 

V 

(I ) 11 en contient 4 fois plus que la farine de blé. 



28 LIVRE I. 

sont en contact avec l'haile, meilleure et plus vigoureuse est 
leur santé. (De Vinfl. exerc.par les manufdct. de laine sur 
la santé). 

On a aussi constaté, en France, l'excellente santé dont 
jouissent habituellement les ouvriers qui travaillent la 
laine, surtout si on les compare à ceux qui travaillent le 
coton. Ces faits ont été confirmés par Willermé (Ânn. 
d'hyg. pubL, t. xxi) et Tbouvenin (ibid.^ t. xxxvi). 

Pour mon compte, j'ai quelquefois été frappé de la 
bonne santé dont jouissent habituellement les personnes 
qui travaillent dans nos fabriques d'huile. Au reste, on 
peut facilement vérifier le fait en observant ce qui se passe 
dans l'un des faubourgs de Lille, où les fabriques d'huile sont 
en très-grand nombre. Je crois aussi avoir remarqué que les 
ouvriers employés dans ces fabriques n'ont pas habituelle- 
ment l'appétit aussi développé que ceux qui sont adonnés à 
d'autres travaux, ce qu'il est permis d'attribuer aux émana- 
tions huileuses, très-restaurantes, au milieu desquelles ils 
vivent. Déjà Ramazzini avait fait une observation analogue 
à la mienne : il attribue aux propriétés nutritives des éma- 
nations du suif le dégoût et la perte d'appétit qu'éprouvent 
habituellement les ouvriers qui travaillent dans les fabri- 
ques de chandelles. (Essai sur les malad. des artisans). 

Nous avons considéré jusqu'ici les propriétés nutrilives 
des corps gras, d'une manière générale, occupons-nous 
maintenant de ces mêmes propriétés dans quelques sub- 
stances grasses en particulier. 

Lait. — Le lait n'est, à proprement parler, qu'une sorte 
d'éoMilsion constituée par une matière grasse (le beurre) 
tenue en suspension dans du sérum. On peut donc le ran- 
ger parmi les corps gras. C'est, bien évidemment, à la ma- 



GHAHTKB II. 29 

lière grasse qu'il renferme qu'il faut attribuer les propriétés 
éflîinemment nutritives du latt, car si vous lui enlevez cette 
substance, que vous reste-t-il de ces propriétés? 

Le lait est une substance tellement nutritive que plu- 
sieurs auteurs très-recommandables ne craignent pas de le 
comparer, les uns au chyle, les autres au sang. Lac est 
sanguis alimenti redvmdanUa^ dit Hippocrate. Cheyne 
Iç regarde comme du sang blanc. Donné et Levy affirment 
que le lait, à sa sortie du sein de la lïrère, est presque du 
sang. Fr. Hoffmann voit dans ce liquide une sorte de chyle : 
Ac deniqtie quilibet homo^ quou&que vita fruittit, chylo 
ex alimentis digestis et solutis extractOj qui non nisi lac 
est, nutrimentum acdpit et vigesmt. (Qper. om., t. vi, 
p. J). Van Swieten professe la même opinion qu'Hoff- 
mann ; Certum est, kte continere in se omnia, quœ ad 
nutritionem requinmtur; unde reeens natis, et debilibus 
hominihuSy utile et bonum nutrimenttmi dat. Est enim 
chyltis, efficada viscerum et vasorum ^ani animalis sic 
eïaboratus, ut jam proprius accedojt ad indolem nostro- 
mm humorum. . [Comment, in H. Boerhaave apltor., 
t, IV, p. 370). Le lait «st, selon Brachet, une nourriture 
presque digérée, et qui n'a, pour ainsi dire, besoin que 
(IVitre absorbée pour être du chyle. (Trait, de physiol., 
P« 84). 

Le lait est, au rapport de Prout, le type de l'aliment. 
C'est d'après Payen [loc. cit., p. Si) un aliment complet, 
puisque seul il peut servir de nourriture aux enfants et aux 
jeunes animaux pendant un an et au delà. II a soin d'ajoû- . 
1er que le lait le plus riche en beurre et en matières azotées 
est aussi le plus nutritif. « Le lait est, dit Bouchardat 
[Mat. méd.^ t. 2, p. 434), le plus admirable aliment que 



30 LIVRE I. 

la chimie la plus perfectionnée pourrait inventer; il con- 
tient en effet une substance animalisée, le caséum;'uDe 
matière grasse, le beurre; un principe non azoté d'une 
nature mobile, le sucre de lait; et du phosphate de chaux; 
tous principes qui sont utiles comme éléments réparateurs 
ou nourriciers de toute l'économie animale. » 

Le lait est l'unique aliment de l'homme et des autres 
mammifères, dans le premier âge de la vie, ce qui prouve 
sa propriété nutritive, à un haut' degré. Sous ce rapport, il 
présente une analogie frappante avec l'œuf qui, lui aussi, 
est une émulsion et suffit à la nourriture du poulet avant 
son éclosion. 

Winckelmann rapporte que, dans les premiers temps àe 
la Grèce, les jeunes athlètes étaient soumis à la diète lactée. 
Haller (Elem. physiol.) a rassemblé un grand nombre de 
faits relatifs à des personnes qui ont pu vivre de longues 
années en ne prenant d'autre nourriture que du lait. Bacon 
parle d'un homme qui vécut cent-vingt ans, sans avoir 
jamais prisd'autre no\iTrii\XTe.(Hufeland,L'art de prolong, 
la vie). Les Cafres, les Russes, les Tartares se nourrissent 
principalement de lait. On sait que le lait de renne, qui est 
très-gras, est la base de la nourriture des Lapons. Au rap- 
port de Denham et Clapperton [Foyage dans le nord et le 
centre de l'Afrique), les Tibbous vivent pendant six m'ois 
de l'année de lait de chameau, et les Shouas font leur prin- 
cipale nourriture de ce même lait, ainsi que de celui de va- 
che et de brebis qu'ils boivent pendant dix mois entiers,sans 
prendre aucun autre aliment. Campbell affirme que chez les 
Corannas, le fds d'un capitaine, quand il est jeune, est 
enfermé dans sa hutte, et on l'oblige à boire beaucoup de 
lait pour devenir robuste. [Foy. dans l'Afrique mérid,) 



CHAPITRE H. 31 

OEufs. — D'après Mialhe et Walmé (/. de pharm.y 
t. XVI, p. 128], chaque jaune d'œuf fournit 3 gram. 90 
cent, d'une huile jaune désignée sous le nom d'huile 
d œufs. Selon Payen [loc, cit.), on rencontre, dans la subs- 
tance supposée sèche de l'œuf, 33 parties de matière grasse 
pour 400 de son poids. 

Tout porte à croire que c'est à celte grande quantité 
d'huile qu'il renferme qu'il faut attribuer les propriétés 
éminemment nutritives des œufs. On ne saurait en faire 
honneur au blanc; car il est d'observation qu'il nourrît 
beaucoup moins que le jaune (1). 

Le jaune d'œuf a, selon moi, l'analogie la plus frappante 
avec le lait : comme ce dernier, il présente tous les caractè- 
res d'une émulsion(2). Comme le lait, il offre une substance 
éminemment nutritive qui sufBt, à elle seule, à la nutrition 
dans le premier âge de la vie, puisque le jeune poulet s'en 
nourrit exclusivement avant d'éclore, et qu'il lui tient lieu 
de lait, que réclame le jeune mammifère sortant de l'utérus. 
Pour moi, le jaune d'œuf n'est qu'une sorte de lait con- 
densé, et auquel il ne manque, pour être converti en lait 
véritable, qu'une certaine quantité d'eau. En effet, on 
obtient, en délayant le jaune d'œuf dans une certaine quan- 
tité d'eau, un liquide blanc, désigné sous le nom de lait de 
poule, et qui paraît avoir la plus grande analogie avec le 
lait des mammifères. 

Suif. — Jansen, pour prouver la propriété nutritive de 
la graisse, cite le cas d'un anglais qui vécut presque exclu- 
sivement de suif pendant six semaines, sans cesser de jouir 

(I J Le poalet, dans sa coque, se nourrit exclusivement de jaune. 

(2J II se compose de matières grasses tenues en suspension par la vitelline. 



32 LIVRE 1. 

de la meilleure santé {Dissert, de pinguedine animale, etc.) 
Parefit Diichatelet rapporte que sous Charles X ob voulut, 
par mesure d'économie, supprimer aux chiens de chasse les 
résidus de suif et ne leur donner que du pain, ce qui les Gt 
périr. (Dict. de tind. manuf.^ etc.). 

Beurre. — Le beurre participe des propriétés nutritives 
que nous avons reconnues aux corps gras, en général. Au 
reste, si le lait est le prototype des alinoents, tout ne porte- 
t-il pas à croire que le beurre, qui en provient et qui en est 
la partie principale^ doit partager ses propriétés alibiles? 

Viande de porc. — La viande de porc est sans contredit 
l'un des aliments qui renferme le plus de matières grasses. 
C'est aussi lun des plus nutritifs, qui existent, pour ceux 
qui savent le digérer. L'usage de la chair de porc est ré- 
pandu dans presque toutes les contrées du globe. C'est, par- 
tout, l'aliment favori des gens de la campagne et des 
hommes de peine. On le recherche surtouit, parce qu'il 
nourrit beaucoup sous un petit volume, ce qui rend son 
usage très-économique. Hippocrate regardait cette chair 
comme la meilleure de toutes les viandes : suHUb mUem 
carnes optimœ sunt omnium carnium. (De vict. rat. in 
acut.) Galien affirme que la chair de porc, pourvu qu'elle 
soit bien digérée, nourrit plus que tout autre aliment, il 
fait remarquer que les athlètes, les jeunes gens qui s'exer- 
cent à la lutte et ceux qui se livrent à des travaux rudes et 
pénibles ne sont jamais plus forts ni plus vigoureux que 
quand ils se nourrissent de cette chair. Omnium itaque 
ciborum suum caro potentissime nutrit : cujus rei a^hletœ 
certissimum tibi prœbent indicium. Si enim, paribus 
exercitationibvs, parem molem alterius cibi diem unam 
comederinty postera die statim sentient sese redditos imbe- 



CHAPITRE II. 33 

cilliores. Quod si pluribus ddnceps diebus id fecerint, 
non imbecilliores modo^ verum etiam alimenti penuria 
mdcilentiores palam conspiciuntur. Idem etiam de eo, 
quod dicimus^ potes in pueris^ qui in palœstra sese exer- 
cent^ experiri, et in aliis^ qui quamlibet actionem fortem 
ac vehementem^ cujusmodi est fodientium obeunt. (De 
alim, facult.). 

Huile de foie de morue. — L'influence favorable que 
riiuile de foip de morue exerce sur la nutrition a été consta- 
tée par un grand nombre de praticiens. 

Mareska a mis à Tusage de l'huile de foie de morue un 
grand nombre de prisonniers atteints de scrophules. Il les 
a fait peser au commencement du traitement, a mesuré 1^ 
dimensions de leurs membres et a répété cette opération de 
quinze en quinze jours. Dans le plus grand nombre des cas 
il a pu constater, au bout de quelques semaines, un accrois- 
sement d embonpoint et une augmentation en poids. 11 lui 
est arrivé, au commencement du traitement, de voir le 
poids de plusieurs malades s'élever de deux kilogrammes 
en moins d'un mois (Bull, de la soc. de méd. de Gand^ 
juilL i843). 

Ce que rapportent les médecins de l'hôpital des phthisi- 
qaes, de Brompton, touchant les effets de l'huile de foie de 
morue sur la nutrition tient presque du merveilleux. Plu- 
sieurs malades auxquels cette substance était administrée 
ont vu leur poids s'augmenter de deux livres chaque se- 
maine, pendant plusieurs semaines; un malade a gagné 19 
livres, un autre 29 livres en un mois, un troisième 41 
livres en six semaines. (Meyer, De oleo jecoris aselli). 

Klencke (oper. cit., p. //5) dit que des hommes etd|3S 
animaux ont pu vivre, et jouir d'une borme santé par la 



34 LIVRE I. 

seule ingestion de Thuile de foie de morue; que des ani- 
n)aux qui n'ont pris, pendant trois n)ois, que cette huile, 
pour toute nourriture, ont continué de se bien porter. 

Taufflieb (toc. cit.) regarde Thuile de morue comme un 
médicament analeptique qui a constamment pour effet de 
rétablir la nutrition languissante ou viciée. c< Cet effet do- 
mine tellement tous les autres, selon lui, que chez les 
malades soumis à son usage, une amélioration frappante de 
Tétat général précède presque toujours la guérison ou 
même la diminution de la maladie locale. Delcour partage 
enlièrement la manière de voir de Taufflieb. « Il suffit, 
dît-il, d'observer avec soin les effets produits par cette sub- 
stance, pour ne pas tarder à reconnaître que le premier 
résultat de son administration, chez la plupart des malades, 
c'est une amélioration notable des fonctions de nutrition 
(Ànn. de la soc. de méd. de Gand, 18H ;p. 1S9]. De- 
Jongh (toc. dt., p. 244) affirme que le seul effet constant 
qu'il ait toujours vu suivre l'usage de l'huile de foie de 
morue est une amélioration générale et prompte de la 
nulrition. 

D'après Bouchardat, les propriétés alimentaires de cette 
substance ne sauraient être révoquées en doute [oper. cit). 
Lebert assure que le résultat de sa propre expérience est 
que ce moyen s'adresse essentiellement a la nutrition en 
général. [Traité des malad. scroph..et tvhercuL, p. 99). 
Hughes Bennet et une foule d'autres praticiens partagent 
également ce sentiment. Pour ma part, j'ai eu l'occasion, 
depuis 18 ans environ, d'administrer Thuile de foie de 
morue à plusieurs centaines de malades. Dans un grand 
nombre de cas, j'ai été frappé de l'heureuse influence 
qu'elle exerce sur la nutrition. 



CHAPITRE IL 35 

Un éleveur anglais a cherché à tirer parti de la pro- 
priété éminemment nutritive de Thuile de foie de morue 
pour activer l'engraissement des bestiaux. Les expériences 
qu'il a tentées ont été faites sur vingt cochons, quatre-vingts 
moutons et dix veaux. Il ajoutait l'huile aux aliments, à la 
dose de deux onces par jour chez les cochons, à celle d'une 
once chez les moutons, et à celle de 1/4 à 3/4 de pinte 
chez les veaux. Les résultats ont été très-favorables, et il 
a obtenu un engraissement plus considérable avec une quan- 
tité d'aliments moindres (Bull, de thérap.). 

Huile d'amandes douces. — Duncann et Nunn ont vu 
l'embonpoint augmenter d'une manière notable chez des 
phthisiques auxquels l'huile d'amandes douces était admi- 
nistrée, à la dose de 15 grammes par jour. C'est ainsi 
qu'un malade a gagné deux livres, un autre quatre livres 
en une semaine [Med. gaz.]. 

Le chocolat est un aliment très-nutritif. Aussi est-il 
très-riche en matières grasses (beurre de cacao). L'amande 
du cacaoyer en contient plus de 50 pour 100 de son poids. 

Tout porte à croire que c'est, en grande partie , aux 
corps gras qu'elles renferment qu'il faut attribuer les pro- 
priétés alibiles d'une foule de substances végétales, habi- 
tuellement employées à la nourriture de l'homme et des 
animaux domestiques. Dumas, Boussingault et Payen 
[Rech. sur Vengraiss, des bestiaux^ e^c.jont constaté, d'une 
manière positive, la présence d'une quantité, quelquefois 
assez considérable, de matières grasses dans l'avoine, le 
blé, le maïs, le foin et une foule d'autres substances végé- 
tales. Ils font jouer un rôle très-important à ces matières 
dans l'engraissement des bestiaux, ainsi que dans la pro- 
duction du lait et du beurre. 



36 LIVRE I. 

Celte manière de voir parait assez en harmonie avec les 
faits. En effet, beaucoup de faits prouvent que bon nom- 
bre de substances végétales sont d'autant plus nutritives 
quVJles contiennent plus de matières grasses. 

C est ainsi que le maïs qui est de toutes les céréales celle 
qui contient le plus d'huile (9 pour 100) est aussi celle qui 
paraît nourrir le mieux. Certes, il existe très-peu de pro- 
ductions naturelles qui réunissent mieux que lui les prin- 
cipes nécessaires à la nutrition de l'homme ou des animaux. 
Cette céréale fournit une nourriture saine et abondante à 
une grande partie des peuples de l'Asie, de l'Afrique et de 
l'Amérique. On s'en nourrit également en Italie et dans les 
provinces méridionales de la France. On sait quel parti on 
peut en tirer dans l'engraissement des animaux domesti- 
ques. Les poulardes, de Bresse , ces belles poulardes qui 
faisaient pleurer de joie Brillât-Savarin, sont engraissées 
avec de la farine de maïs et de lait. Dumas, Boussingault 
et Payen ont acquis la conviction que c'est à la grande 
quantité d'huile qu'il contient que le maïs doit les proprié- 
tés dont il s'agit. 

L'avoine tient le second rang, parmi les céréales, pour 
la quantité de graisse qu'elle renferme (5,50 p. 100). C'est 
une substance fort nourrissante sous un petit volume. L'a- 
voine est recherchée par beaucoup d'animaux, mais sur- 
tout par les chevaux qui en font la plus grande consomma- 
tion. La plupart des oiseaux en sont très-friands, et Buffon 
rapporte que les ortolans s'engraissent tellement dans les 
champs d'avoine qu'ils deviennent pesants au point qu'on 
pourrait les tuer à coups de bâton. 

Le gruau d'avoine était, d'après Pline (Hist. mundi, 
lib, i8y cap. /7), la principale nourriture des anciens 



CHAPITRE H. 



37 



germains. On fait un grand usage de cette substance dans 
quelques contrées de la France, telles que la Normandie et 
la Bretagne, ainsi qu'en différenles localités de l'Angleterre 
et de la Suisse. On fabrique avec la farine d'avoine un^ain 
très-nourrissant, mais indigeste et peu agréable au goùt(l), 
eo usage dans différents pays. 

La nature a cherché, par tous les moyens, à pourvoir 
au besoin de la graisse: L'organisme ne se contente pas de 
la graisse toute formée que lui fournit les aliments; il en 
crée lui-même (qtLelle admirable précaution!) pour sub- 
^ venir à celle qui lui vient du dehors, et qui pourrait n'être 
pas en quantité suffisante. Les animaux créent de la graisse; 
cela est incontestable ; car les carnivores sont assez géné- 
ralement maigres, tandis que les herbivores sont presque 
toujours chargés de graisse ; les abeilles font de la cire, 
même alors qu'on les nourrit exclusivement de sucre ; 
Boussinghault a engraissé des oies avec du maïs, et il a 
vu que la graisse produite excède beaucoup l'huile conte- 
nue dans cette substance. Les buveurs de bière sont, en 
général, assez corpulents; cependant la bière ne contient 
pas beaucoup de matière grasse. Mareska a constaté, qu'une 
vache donne par jour (terme moyen) 270 grammes de ma- 
tières grasses et que le lait qu'elle donne contient 1,184 
grammes de graisse (Bull, de la soc. de méd. de Gand, 
Juillet 4849). 

Ce qui se passe, dans certains cas de résorption de la 
graisse, fournit une preuve éclatante de la propriété émi- 
nemment nutritive de ce fluide. Presque tous les physiolo- 
gistes s'accordent sur ce point, que la graisse est un aliment 

(1j L'absence de gluten dans la farine d'avoine ainsi que le principe amtr 
qu'elle renferme expliquent ces mauvaises qualités. 

4 



38 LIVRE I. 

mis en réserve, destiné à compenser ralimentation insuffi- 
sante. « In eo igitur omne» fere conspirant unanimiter, 
pinguedmem superfluam sucei nutritii esse copiam » 
(Fr. Hoffmann, Oper. omn.). 11 existe bien des circons- 
tances où le corps serait bientôt épuisé, s'il ne possédait que 
les matériaux strictement nécessaires à son entretien ; la 
nature a prévenu ces ôas,à l'aide du tissu adipeux. Comme 
on le dit vulgairement, on peut vivre de sa graisse ; c'est 
un fait dont il n'est pas permis de. douter. Les insectes se 
nourrissent de leur graisse avant d'être insectes parfaits, et 
présentent le même phénomène peu de temps avant leur 
mort (Béclard), Tout le monde sait que les animaux hy ber- 
nants vivent uniquement de leur graisse pendant leur long 
sommeil d'hiver. « Les loirs et les marmottes, dit Riche- 
rand, acquièrent un embonpoint prodigieux pendant la 
saison d'automne, puis s'enferment sans provision dans 
leurs terriers, pour y vivre durant six mois d'hiver aux dé- 
pens de h graisse qui surcharge tous leurs organes» 
(PhysioL, t. 1 , p. 464). Le capitaine de vaisseau, Weddel, 
rapporte un fait aussi intéressant que peu connu. C'est que 
les éléphants de mer {èes morses) peuvent vivre sur le 
rivage pendant deux mois et plus sans prendre aucune 
nourriture. « Il est évident, dit-il, qu'ils existent par ab- 
sorption et consomment la substance de leur propre corps, 
puisqu'ils arrivent sur ces côtes extrêmement gras et sont 
très-maigres quand ils retournent à la mer » [Alb. de Mon- 
temont, Hisé, des voy. mod. etc., t. FI, p. 263). Gluge 
raconte qu'un cochon enseveli sous un éboulement, put 
vivre longtemps sans aliment, et perdit 120 livres do son 
poids [Physiol.,p. 72). 



CHAPITRE H. 89 

§ VI. 

ACTION DES CORPS GRAS SUR LA CALORIFICATION. 

Pour beaucoup de physiologistes de Tèpoque, les corps 
gras sont des aliments respiratoires ; c'est-à-dire qu'ils sont 
destinés à fournir à loxigène, qui est entré dans le sang, 
à Taide de la respiration, le carbone nécessaire pour former 
de Tacide carbonique et entretenir la chaleur du corps. 
Celte combustion a lieu dans le système capillaire général. 
« L'économie animale, dit le professeur Burggraeve, peut 
être considérée comme un vaste appareil de combustion d'où 
rayonne incessamment la chaleur nécessaire au dévelop- 
pement de l'activité organique. La graissre, c'est Fhuile de 
celle lampe vivante ; aussi la nature a-t-elle pris d'autant 
plus de soin à former cette précieuse substance qu'avec 
l'oxigène de l'air elle constitue véritablement un des élé- 
ments de la vie [BuH. de ÏAc. roy, de méd. de Belgique ^ 
nov. 1843). 

Tout porte à croire que la graisse ne se borne pas ù four- 
nir des éléments a la combustion ; mais qu'elle prend en- 
core une*part active à la formation du chyle, et concourt, 
avec les aliments plastiques, à fournir aux besoins de l'assi- 
milation (1). C'est là l'opinion d'un assez grand nombre de 
physiologistes, et, en particulier de Burggraeve, qui pro- 
fesse que la graisse, outre le rôle qu'elle joue dans la calo- 
rification, se transforme en cruor et contribue ainsi puis- 
samment à la crase du saiig. « La graisse, dit le professeur 



(I) Nous fournissons, plus haut, des faits nombreux à l'appui de cette ma- 
nière de voir. 



40 LIVRE I. 

Gluge, joue un rôle important dans la respiration et la pro- 
duction de la chaleur ; mais sa présence est aussi néces- 
saire quand les substances histogénétiques doivent se 
transformer en tissus, et sa présence en grande quantité 
dans le système nerveux y fait supposer une action dont la 
nature est encore inconnue» [PhysioL, t. I^p. 14). 

Mareska, tout en reconnaissant Tinfluence des matières 
grasses sur l'hématose, admet, en outre, qu elles sont les 
agents principaux de la production du chyle et qu'elles 
concourent avec les aliments plastiques à la formation des 
principes de nos organes. cvDans la première des fonctions 
qu elles ont à remplir, dit-il, elles peuvent être remplacées 
par d'autres substances hydro-carbonées, tandis qu elles 
ne peuvent pas l'être dans la seconde » [Bull, de la soc. 
de méd. de Gand, 1842, p. 10 S). 

Quant à moi, je ne puis admettre que les corps gras, 
dont les animaux font usage, soient uniquement destinés à 
la calorification ; car on trouve, assez fréquemment, delà 
graisse en abondance, chez des animaux dont la calorifica- 
tion est, pour ainsi dire, nulle, comme chez les animaux à 
sang froid, tels que les poissons et les reptiles. 



LIVRE IL 

DE L'HUILE DE FOIE DE MORUE. 



CHAPITRE I. 

ORItilNE DE l'huile DE FOIE DE MORUE. 

L'huile de foie de raorue, oleum jecoris aselli, est four- 
nie principalement par la morue proprement dite, Gadus 
morrhua L.^ Morrhua vulgaris, H. Cloqvst., poisson 
bien connu, appartenant à la tribu des Malacoptérygiens 
subrachiens et à la famille des Gadoïdes. 

Ce poisson habite toutes les parties de Tocéan septentrio- 
nal comprises entre le 4® et le 70® degré de latitude. Nulle 
part, il ne se trouve en aussi grande. quantité que sur une 
montagne sous marine nommée ban de Terre-Neuve. 

Les autres gadoïdes qui fournissent principalement Thuile 
•le foie de morue sont : le Dorsch [Gadus callarias Linn., 
Morrhua callaria çuv.); la Lingue ou Morue longue 
iMolva vulgaris cuv.^ Gadus molva Linn.); le Merlan 
[Merlangus vulgaris cuv., Gadus Merlangus Linn) ; le 
Merlan noir [Merlangus earhonarius cuv., Gadus carbo- 
narius Linn.) ; YEglefln [Gadus œglefinus Linn.^ Mor- 
rhua œglefinus cuv.)\ le Capelan [Gadus minutus Mull.^ 
Morrhua minuta cuv.); la Merluche [Merlucius vulgaris 



42 LIVRE II. 

CUV., [Gadus merlumu^ Litm.); le Brosme (Brosmius 
vulgaris cuv,, Gadus Brosme MulL]\ la Lote (Lota vtd- 
garis CUV., Gadus lota Linn., Mustela fluviatilis Rond.) 
t/huile de foie de morue nous vient de Dieppe, de Dun- 
kerque, d'Ostende (Moquin), d'Angleterre et de Hollande. 
On en fabrique en grande quantité dans la colonie anglaise* 
de Terre-Neuve (Hogg) ainsi qu'aux iles Loffodes (De 
Jongh). 

§". 

PRÉPARATION DE L*flOlLR DB FOIE DE MORl E. 

Les procédés de préparation de Fl^uile de foie de morue 
varient, et fournissent des huiles de qualités différentes. 
Ces procédés peuvent être ramenés à deux principaux : 
1^ la préparation à Taide de la putréfaction et de la chaleur, 
soit solaire, soit artificielle, 2^ la préparation à Taide de la 
chaleur artificielle exclusivement. 

D'après Reder, on obtient par le procédé suivant les 
trois variétés d'huile de foie de morue répandues dans le 
commerce. Les foies extraits des poissons sont exposés au 
soleil dans de grandes cuves. L'huile qu'on retire la pre- 
mière et avant que la putréfaction soit commencée, est 
l'huile pâle. Bientôt la fermentation putride arrive, et une 
nouvelle quantité d'huile se produit, c'est l'huile brune. 
Enfin, on obtient l'huile noire en soumettant à la cuisson la 
masse restante dans des chaudières en fer (Dissert, de oleo 
jecoris aselli, p. 8,9). 

Marder nous apprend qu'aussitôt la pèche finie, on jette 
les foies de morue dans de grands tonneaux qu'on expose 
au soleil. L'huile pale est celle qui se sépare la première et 



CHAPITRE I. 43 

par la seule action du soleil, tandis que Fhuile noire^ d un 
goût et d une odeur désagréables, ne s'obtient que huit à 
quinze jours plus tard apré;^ que la putréfaction s'est empsi- 
rée des foies (Brandis archiv.^ Bd. xxxn, p. 90-109). 

D'après Tiedcnann, le comfmer€e nous fournit quatre 
sortes d'huile de foie de morue que l'on prépare par le pro- 
cédé suivant : les foies sont exposés au soleil dans des ton- 
neaux très-élevés pourvus de trois robinets disposés à 
différentes hauteurs : le robinet supérieur fournit une huile 
paie; celui du milieu une huile légèrement brune ; le robi- 
net inférieur une huile noire, transparente. Enfin, la 
masse restée dans les tonneaux donne une huile extrê- 
mement noire et trouble. Ces quatre sortes d'huile sont 
employées en médecine, à l'exception de la quatrième qui 
sert exclusivement à l'usage des corroyeurs [Ann. der 
pharm., Bd. xxxi, p. 3 2 S). 

Au rapport de iRiohter, médecin à Wiesbaden, on ren- 
contre, dans le commerce, quatre sortes d'huile de foie 
de morue : 1^ l'huile blonde, 2** l'huile d'vUn jaune-pou- 
geàtre, 3^ l'huile brune, 4**. l'huile épurée. On obtient la 
première par l'action du soleil sur les foi^s, entassés dans 
de grands vases de verre cylindriques. On obtient la seconde 
quand l'écoulement, par l'action du soleil, a cessé, en expo- 
sant les foies à une température d'environ 40** R. dans des 
chaudières destinées ad hoc. Quand les foies ne fournissent 
plus d'huile à ce degré de chaleur, on les coupe en mor- 
ceaux et on les fait cuire, ce qui donne une troisième espèce 
d'huile qui est uniquement employée, en Suède, à la pré- 
paration des cuirs. La 4® espèce s'obtient par des procédés 
chimiques, et c'est, d'après Richter, celle qu'on rencontre 
le plus communément dans les pharmacies (Med. Zeitung 
V. rerein fur Heilkunde in Preussen, 1838, n. 33.) 



44 LIVRE II. 

Selon Konow, consul de Hollande à Bergen, Thnile de 
foie de morue se prépare, à Bergen, de la manière sui- 
vante : les foies extraits des poissons sont entassés dans des 
cuves où on les laisse jusqu'à la fin de la pèche. Quand elle 
est terminée, les pécheurs décantent et obtiennent, de celle 
manière, l'huile pâle du commerce. Ensuite la masse res- 
tante dans les cuves est soumise à la cuisson, et l'huile qui 
en résulte est la variété noire du commerce. Konow prétend 
que la variété brune n^esl autre que de l'huile pâle altérée, 
par un contact trop prolongé avec les foies qui l'ont fournie, 
ou par un trop long séjour dans les magasins (De Jongh). 

Fay, de Christiana, affirme qu'à Bergen Yhuile pâle, 
Vhuile brune et ïhuile noire s'obtiennent : la première par 
l'écoulement spontané, la seconde par l'expression, et la 
troisième par la cuisson (Pharm. Jahresbericht, 4841 , 
p. 62). 

Klencke dit que l'huile de foie de morue, pour conserver 
ses propriétés naturelles, doit être obtenue par la seule 
action de la chaleur solaire. Le meilleur procédé, selon lui, 
pour obtenir l'espèce d'un jaune pâle, qu'il regarde comme 
plus efficace que celle d'un vert brunâtre, consiste à expo- 
ser les foies à une température modérée, afin de coaguler 
l'albumine et de volatiliser les principes empyreumatiques 
qu'ils contiennent. Ensuite on ajoute un peu d'eau, pour 
empêcher l'adhérence de l'albumine et du tisSu cellulaire, 
puis on épure l'huile à l'aide du charbon animal. L'odeur 
rance est enlevée par les lessives caustiques ou le lait de 
chaux, et le gluten est précipité par le tannin [ouv. cité, 
p. 10). 

Voici l'un des procédés employés à l'île de Terre-Neuve, 
pour la préparation de l'huile de foie de morue: Les foies 



CHAPITRE I. 45 

extraits des poissons sont entassés dans de grandes cuves 
au fond desquelles se trouvent plusieurs ouvertures, les- 
quelles servent à laisser écouler Thuile qui se produit ainsi 
que le sarig et le sérum dans d'autres cuves placées immé- 
diatement au dessous. On recueille ensuite l'huile qui sur- 
nage dans de grands barils (De Jongh). 

Sœtenacy, armateur de Dunkerque, indique le procédé 
suivant pour obtenir l'huile de foie de morue : Aussitôt le 
poisson pris, on en extrait le foie qu'on jette dans un ton- 
neau. Bientôt les foies laissent suinter une huile qui est re- 
cueillie, au fur et à mesure qu'elle est séparée. Ce qui reste 
dans la tonne, quand l'huile cesse de surnager et qu'il n'est 
plus possible d'en recueillir, n'est qu'un mélange d'huile, 
de boyaux, d'eau, etc., qui sert à préparer l'huile des cor- 
royeurs. D'après Sœtenacy, la couleur de l'huile de foie de 
raorue varie, selon la couleur des foies d'où elle provient; 
et ce qui le prouve, c'est qu'on doit employer des foies choi- 
sis pour préparer les huiles blondes claires (1) (Bull, de 
thérap., 18S0,p.362). 

Les pécheurs Irlandais, après avoir rassemblé les foies 
de morue en assez grande quantité, les font cuire à une 
chaleur modérée dans de grandes chaudières en fer. Après 
avoir recueilli Yhuile brune, qui est le produit de ce degré 
de température, on augmente la chaleur, et l'on obtient 
une nouvelle quantité d'huile, beaucoup plus foncée en 
couleur. 

Les pécheurs de Schetland obtiennent l'huile de foie de 
morue en laissant macérer les foies, pendant un certain 

{\) Rogé soutient la môme opinion, et il prétend que l'huile doit se ressentir 
<lu plus ou du du moins de coloration des foies dont elle provient (Bouc^. Ann. 
dethérap., 4854,f}.2î2). 



46 LIVAE ». 

temps, dans l'eau froide, et en les soumetiant ensuite à qdo 
forte chaleur dans des chaudières en fer. L'huile obtenue, 
parce procédé, est d'un blanc vert, d'une saveur douceâtre, 
et d'une odeur très-faible. Il y a des pêcheurs qui, pour la 
purifier davantage , agitent cette huile dans une certaine 
quantité d'eau (De Jongh). 

Le procédé suivi, par Donovan, pour préparer l'huile de 
foie de morue, consiste à exposer dans des pots de fer les 
foies frais à une chaleur qui ne doit pas dépasser 80® R., à 
remuer jusqu'à ce qu'ils soient réduits en consistance de 
bouillie, à étaler cette bouillie sur du canevas placé au-des- 
sus d'un vase destiné à recueillir l'eau et l'huile qui décou- 
lent de la masse, à recueillir, au bout de 24 heures.,, l'buile 
qui surnage, et à filtrer. Cette huile, d'un jaune-pale, 
n'offre rien de désagréable au goût [Dublin Journ., 
n. SI). 

Le procédé indiqué par Williams consiste à recueillir les 
foies de morue, aussitôt que possible après la mort de ces 
poissons; à rejeler ceux qui sont flasques et noirs; à les ré- 
duire promplement en pulpe; à mêler cette pulpe avec de 
l'eau à 120 degrés de Fahrenheit; à filtrer, et après ;ivoir 
laissé reposer, à recueillir l'huile qui surnage, qui est en- 
suite portée à une température de 50 degrés de Fahren- 
heit, puis à filtrer de nouveau. On doit procéder avec le 
plus de célérité possible, dans des vases clos (LondoUj 
journ, ofmed.jjanv. 1849). 

Suivant Berthé, l'huile brune defoie de morue doit être 
préférée à toute autre, pour l'usage médical. Pour l'obtenir, 
il dépose les foies, (1) aussi frais que possible, dans une chau- 

(!) Ces folès sont expédiés de la mer du Nord dans des barib. 



CHAPITRE l. 47 

dîère à double fond qu'il soumet au bain-marie et à une 
faible température. Au bout d'une heure, on verse le tout 
sur des tamis fins et on en recueille l'huile qui en découle 
dans des vases allongés, puis on filtre au papier dans un 
appareil disposé, de manière à prévenir, autant que faire se 
peut, son contact avec Tair et à éviter par là son acidifica- 
iron(l). A l'aide de ce procédé, Berthé obtient une huile 
h^une, peu odorante et d'une saveur supportable (Bull, de 
VAcad. de méd. de Paris, 18SS). 

Fleury a proposé, pour les pêcheries françaises de 
Terre-Neuve, un nouveau procédé pour Textraclion de 
cette huile. Ce- procédé consiste à soumettre les foies frais 
au bain-marie à une; chaleur de 70** à 80^ centigr., dans 
des appareils de cuivre étamé. Au bout de trois quarts 
d'heure, on verse dans une chausse de flanelle ou de toile, 
serrée, placée au-dessus d'un vase destiné à recevoir l'huile 
qui s'en écoule. On peut presser légèrement cette chausse 
[Moquin" Tandon) . 

HomoUe a soumis ce procédé à de nouveaux essais, et il 
en a obtenu une huile vierge incolore, sans saveur ni odeur 
désagréables [Bouohardat], 

Rsspail indique un moyen fort simple pour préparer soi- 
naérae l'huile de foie de nwrue, qui a beaucoup d'analogie 
avec le précédent. « Déposez, dit-il, le foie de morue dans 
UBe tasse et cette tasse dans un bain-marie; l'huile ne tar- 
dera pas à suinter de toutes les vésicules du foie, en larmes 
qui, peu à peu, formeront une masse de liquide que vous 
n'aurez plus qu'à décanter » [Rev. compl, des se. app. à 
la médee., etc., t. ii, p. 170). 

(4) D'après lui, cette acidification est considérable, dans les procédés ordi- 
naires. 



48 LIVRE II. 

Le procédé de Hogg consiste à placer les foies frais dans 
une bassine à double fond qui est chauffée par de la vapeur 
d'eau fournie par une petite chaudière. On obtient, par ce 
procédé, une huile d'une odeur do poisson frais, dune cou- 
leur vert-doré [Hogg^ Etude sur l'huile de foie de mortœ). 

Bouchardat {Jnn. de thérap., 18S8) parle d'une va- 
riété d'huile de foie de raorue, préparée à froid et, avec 
des foies frais, par Pellas, de Londres. Cette huile, qui est 
d'une couleur légèrement citrine, d'une faible odeur de 
poisson, d'une saveur franche, douce et sans àcreté est, 
d'après Bouchardat, l'un des meilleurs produits qu'ion 
puisse rencontrer en ce genre. 

Nous devons à M. le D** Delattre, professeur de chimie 
à Dieppe, le meilleur dç tous les procédés employés jusqu'à 
ce jour pour la préparation de l'huile de morue (1). Ce 
médecin tient à mettre ce produit à l'abri du contact de 
l'air durant sa préparation. A cet effet, il dépose les foies 
frais dans un appareil hermétiquement fermé piacé dans un 
bain de sable chauffé à 50 degrés centigr., par un termo- 
siphon. Le bain de sable n'est chauffé qu'après l'expulsion 
complète, par un courant d'acide carbonique, de l'air con- 
tenu dans l'appareil. Par ce procédé, M. Delattre évite la 
formation des acides oléique, sulfurique et phosphorique, et 
il obtient une huile de première qualité, dé couleur brune, 
sans saveur désagréable et d'une odeur de morue fraîche. 
[Rech. chim. et médic. sur la prépar.j la compos. et les 
prop. thérap. des huiles de foie de morue, etc.). 

i\ ] Ce médecin vient de former une association pour établir, à Dieppe, une 
usine uniquement destinée à la préparation de l'huile brune de foie de morue, 
de l'huile de foie de squale et de celle de foie de raie. 



CHAPITRE 1. 49 

§111. 

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DE L*BCILB DE FOIE DE MORUE. 

On compte cinq variétés d'huile de foie de morue : 
i^ Vhuile blonde^^^Vhuile brune^SH' huile noire, A^V huile 
pâle, b^ Vhuile vert-doré. La première est d'un jaune d'or, 
d'une odeur très-faible, d une saveur d'abord douce, en- 
suite plus ou moins excitante. La seconde est de couleur de 
vin de Malaga ou d'une teinte- d'ocre brune , d'une forte 
odeur de poisson analogue , d'après Klencke, à celle du 
hareng salé, d'une saveur de poisson, qui imprime au palais 
un sentiment d'àpreté. Elle offre plus de consistance que la 
première. La troisième est d'un brun tirant sur le noir , 
d'une odeur nauséabonde et empyreumatique, d'une saveur 
an\ère et empyreumatique (1). Elle est encore plus épaisse 
que la seconde. La quatrième est d'une couleur jaunâtre 
comparable a celle du vin de Champagne ou à celle du vin 
blanc clair, d'une saveur et d'une odeur peu marquées. La 
cinquième est limpide, couleur vert-doré, douce au goût et 
à l'odorat (Huile de Hogg). 

§iv. 

PROPRIÉTÉS CHmiQUES DE l'hUILE DE FOIE DE MORUE. 

Plusieurs chimistes distingués, tels que Vurtzer, Spaar^ 
mann, Marder, Brandes, Hausmann, Gmelin, Donovan, 
Chevallier, Gobley, Girardin, Preisser, Personne, Delat- 



(1) Aujourd'hui, cette huile ne se rencontre guère plus dans le commerce. 

5 



50 



LIVRE IL 



74,03300 

41,75700 

4O,n70O 

0,07436 

0,04574 



tre, De Jongh, etc. y ont étudié la compositioD chimique de 
Thuile de foie de morue. 

De Jongh a soumis les trois variétés principales de cette 
huile à une analyse très-minutieuse dont voici le résultat 
général : 

100 parties d'huile de foie de morue contiennent : 

Acide oléique , avec la matière brune 
(gaduine et deux autres matières parti- 
culières 

Acide margarique 

Glycérine 

Acide butyrique 

Acide acétique 

' Acide fellinique et cholinique avec une 
petite quantité d'oléine, de margarine et 
de bélifulvine 

Billfulvine, acide bilifellénique et deux 
autres matières particulières. . . . 

Une matière particulière soluble dans 
l'alcool de 30° 

Une matière particulière insoluble 
dans l'élher, Talcool et l'eau. . . . 

Iode 

Chlore avec une petite quantité de 
Brome 

Acide phosphorique 

Acide sulfurique 

Phosphore 

Chaux 

Magnésie 

Soude 

Fer 

Perte 



HUILE NOIRE. 


HUILE BRUNE 


69.78500 


74,75700 


46,44500 


4 5,42100 


9,74400 


9,07300 


0,45875 


» 


0,4 %06 


» 


0,29900 


0,06200 


0,87600 


0,44500 


0,03800 


0,04300 


0,00500 


0,00200 


0,0^950 


0,04060 


0,08400 


0,45880 


0,05365 


0,07890 


0,01040 


0,08595 


0,00751 


0,01436 


0.08470 


0,46780 


0,00380 


0,04230 


0.04790 


0,06840 


trace. 


» 


2,56900 


2.60349 


400,00000 


400,00000 



O,0436i0 

0,26800 

0,00600 

0,00400 
0,03740 

0,44980 
0,09135 
0,07100 
0,02125 
0,45150 
0,00880 
0,05540 

» 
3,00943 



D'après Delattre (loc. cit.), Girardin 
normale (1) de foie de morue contient : 



400,00000 

et Riégel, Thuile 



(1) L'huile normale est, d'après Delattre, celle qui est préparée avec des 



CHAPITRE I. 51 

Oléine 988,700 

Margarine et Gaduine .... 8,760 

Chlore \,^fi 

Iode 0,327 

Brome 0,043 

Phosphore : . . 0,203 

Soufre 0,204 

Acide phosphorique 0,408 

Acide suif urique ... . . . 0,236 

Perte 0.300 

Total. . , . 4,000,000 

Le D' Delaltre a étendu ses recherches analytiques aux 
dififérenles variétés d'huile de foie de morue. Il résulte de 
ces recherches qu'à partir de Thuile la plus pure, l'huile 
normale, on observe, jusqu'à l'huile noire inclusivement, 
une progression décroissante dans la quantité des principes 
métalloïdes qu'elles contiennent; ainsi : 

Vhuile blonde du commerce contient en moins que 
Yhuile vierge^ sur 1 ,000 graoanies : 

98 miliigram. de chlore, 
i 2 idem d'iode, 

7 idem de brome, 
30 idem de soufre, 

4 idem de phosphoi*e. 

Vhuile brune contient en moins que l'huile vierge, sur 
1,000 grammes : 

104 miliigram. de chlore, 
47 idem d'iode, 
4 2 idem de brome, 
44 idem de soufre, 
7 idem de phosphore. . 

Vhuile noire contient en moins que l'huile normale, 
^ur 1,000 grammes : 

foies parfaitement frais, à une chaleur douce et sèche, à l'abri du contact de 
l'air, dans des vases de verre ou de porcelamje. 



52 LIVRE II. 

147 milligram. de chlore, 

426 idem d'iode, ' 
27 idem de brome, 
99 içlem de soufre, 

427 idem de phosphore. 

Girardin et Delattre affirment, contrairement à l'opinion 
commune, qu'il y a absence complète (ïiodures. et surtout 
d'iodure de potassium dans Thuile de foie de morue, et que 
les principes métalloïdes, chlore^ iode, brôjne, soufre s y 
trouvent à letat simple. 

L'iode étant, assez généralement, considéré comme le 
principe actif de l'huile de foie de morue, on s'est beaucoup 
attaché à fixer la quantité de ce métalloïde contenue dans 
ce corps. 

Un litre d'huile noire a donné à Girardin et Preisser 15 
centigrammes d'iodure de sodium. La même quantité 
d'huile a fourni à M. Marchand 105 milligrammes d'iodure 
de potassium. Sur un kilogr. d'huile de Hogg Lesueur a 
trouvé 23 centigr. d'iodure de potassium, et sur la même 
quantité d'huile hrune du commerce, 15 centigr. Cheval- 
lier et Gobley ont analysé quatre espèces d'huiles désignées 
sons les initiales H.,,L., Y., Al. Un litre de chacune de 
ces huiles contenait les quantités suivantes d'iodure de po- 
tassium : Vhuile de H. O''" 10; Yhuile de L. 0"" 04; 
Yhuile de Y. O'^- 04; Vhuile de Al. O'^' 03. Au rapport 
de De Jongh (oper. cit.)^ l'huile véritable de foie de morue 
contient toujours, en moyenne, 0,020 à 0,030 pour 100 
d'iode. Suivant Berthé, il existe 31 centigrammes d'iode 
pour un kilogramme d'huile. D'après Delattre (loc. cit.), 
on en trouverait 327 milligrammes dans l'huile vierge, 
322 dans l'huile blonde, 310 dans l'huile brune, et seule- 
ment 301 dans l'huile noire. 



CHAPITRE I. , 53 

Outre que la quantité d'iode, contenue dans celte huile, 
peut varier suivant les espèces et suivant Fépoque de Tan- 
née, on a de plus constaté que ce principe pouvait quelque- 
fois manquer complètement. 

Potempa {Dissert, de oleo jecoris aselli^ Lipsiœ i83i), 
Hubschmann [Centràblatt^ 4839^ p. 493) et Sarphati 
[Komt en Letterbode^ i837 , i, p. 470) ont cherché en 
vain ce principe dans l'huile dont ihs'agil. Herberger y a 
trouvé une fois seulement de l'iode, et deux autres fois il 
n'en a point rencontré [Jahrb. fur praktische^ pharm, 
1839, p.. il 8). MM. Donovan, Chevallier (Journ. de 
chim. médic, i846, p. 696 et 4847, p. 428) et 
Gmelin (Schmidt, Jahrb., 4844, p. 466) n'ont pu consta- 
ter la présence de l'iode dans plusieurs échantillons d'huile 
de foie de morue. Chevallier a obtenu ce résultat négatif en 
analysant de l'huile qu'il avait extraite, lui-même, du foie 
de la morue commune. Rayer a fait analysé, et il a analysé, 
lui-même, l'huile de foie de morue qu'on administre dans 
les hôpitaux de Paris, et il a reconnu qu'elle ne contenait 
pas un atome d'iode (Rognetta, Ann, de thérap. etc.^ t. iv, 
p. 438), 

§v. 

DES FALSIFICATIONS DE ^'hUILE DE FOIE DE MORUE ET DES MOYENS 
\ 
DE LES RECONNAITRE. 

L'huile de foie de morue est sujette à de nombreuses fal- 
sifications. Les huiles qu'on lui substitue le plus fréquem- 
ment sont l'huile de poisson épurée, seule ou' associée à 
Tiode ou à des iodures, l'huile de foie de morue elle-même, 
mélangée avec de l'huile ordinaire de poisson, avec de 



54 LIVRE U. 

Hiuile d'olive (m àe pavot, et même quelquefois, d'après 
Magendie, avec de Thuile de colza. 

Existe-t-il des moyens propres à faire connaître ces diffé- 
rents genres d'adultérations? Plusieurs chimistes préten- 
dent que lacide sulfurique est un réactif à l'aide duquel on 
peut facilement distinguer l'huile de foie de morue de tonte 
autre espèce d'huile. En effet, si l'on verse quelques gout- 
tes d'acide sulfurique concentré sur une petite quantité 
d'huile de foie de morue, déposée sur un morceau de verre 
placé sur du papier blanc, on remarque la formation d'on 
auréole violet, qui passe bientôt au cramoisi, puis, au bout 
de quelques minutes, au brun (i). 

Ce réactif suffit, sans doute, pour indiquer l'absence ou 
la présence de l'huile de foie de morue dans une huile quel- 
conque; mais il ne suffit pas pour distinguer l'huile de foie 
de morne pure et sans mélange de celle qui est mélangée 
avec d'autres huiles, car la présence de Yhuile de foie de 
morue, dans un mélange, à moins qu'elle n'y soit en très- 
petite quantité, suffit pour que le réactif produise son effie^t. 
Cette réaction n'est donc pas d'une bien grande utrJité. 

Quoiqu'il en soit, Berthé a cherché à tirer parti de cette 
réaction pour constater la pureté des huiles commerciales. 
A cet effets il a fait des mélanges A' huile de foie de morue 
et d'huile d'œillette jusqu'au point de voir cesser la réaction 
de l'acide sulfurique. Puis de la proportion du mélange que 
pouvait supporter une huile du commerce, il a conclu la 
proportion d'huile étrangère qu'on y avait introduite par 
fraude [Bull, de tAcad, de méd. de Paris). 

{\ ) Ke D"" Mîas prétend que Tacide sulfurique produit le môme effet sur 
rhuile de requin. 



GHAPÏTRE I. 8S 

D'après Dorveaux, le meilleur réactif de Thuile de foie 
de morue serait le soluté concentré de sulfure de po- 
tasse, lequel battu avec cette huile formerait un mélange 
épais (excepté avec Thuile pâle) qui se dissoudrait en partie 
dans Téther, tandis que le composé, produit insoluble dans 
te liquide, se précipiterait aia fond de Téprouvette, ce qui 
n'arriverait pas à d'autres espèces d'huiles [Répert. de 
Pharm., p. 703). 

De Jongh regarde le dosage de l'iode comme le meilleur 
moyen, à employer, pour distinguer l'huile pure de foie de 
morue d'avec celle qui est associée à d'autres substances 
oléagineuses. 

Selon ce médecin chimiste, l'huile de foie de morue véri- 
table contient toujours, en moyenne, 0,020 à 0,030p. 100 
d'iode, et il regarde comme mélangée avec des huiles non 
médicamenteuses toute huile qui n'en contient paâ une pa- 
reille quantité. Quant aux mélanges d'huile avec de l'iode 
ou difiërents iodures, ils ne sont pas, d'après De Jongh, 
difficiles à reconnaître. « L'huile véritable, traitée par l'eau 
ou par l'alcool^ n'abandonne jamais à ces liqueurs l'iode 
qu'elle renferme, tandis que l'iode et les iodures mélangés 
avec l'huile en sont toujours extraits par ce procédé. » 

« L'huile véritable, charbonnée sans avoir été préalable- 
ment saponifiée, et le charbon ensuite extrait par l'alcool, 
ne trahit pas la moindre trace d'iode, tandis qu'on retrouve 
facilement ce principe en traitant de cette manière toute 
huile mélangée avec la plupart des idiodures employés en 
médecine. Enfin, l'huile véritable n'abandonne jamais, 
quand elle est saponifiée, la moindre trace d'iode à l'eau 
mère, tandis que l'iode s'y retrouve toujours lorsqu'on sa- 
ponifie de l'huile mélangée avec ce principe soit à l'état 



56 LIVRE II. 

libre, soit dans ses différentes combinaisons » (ouv. cité, 
p. iSO). 

Le procédé conseillé par De Jongh, outre qu'il n'est pas 
d'une exécution toujours facile, n'est pas applicable à tous 
les cas indistinctement; car, comme nous l'avons fait voir 
plus haut, l'iode peut manquer complètemeni dans l'huile 
de foie de morue. 

§ VI. 

CHOIX DES HUILES DE FOIE DE MORUE. 

Les différentes variétés d'huiles de foie de morue, qui 
circulent dans le commerce, ont-elles des propriétés iden- 
tiques ? Cette question a beaucoup préoccupé les médecins, 
qui ont émis, sur ce point, les opinions les plus divergentes 
et les plus contradictoires. 

^ L'huile noire de foie de morue a été considérée, par beau- 
coup de médecins, comme étant la plus active et comme 
devant être préférée aux autres espèces. 

Falker lui donne la préférence, parce que les résines et 
la colle animale qu'elle contient et auxquelles l'on doit at- 
tribuer les propriétés thérapeutiques dont elle jouit, y sont 
en plus grande quantité que dans lés espèces moins foncées 
[Med. annal. y Bd. FI, Heft3). 

Rôsch, qui partage la même opinion sur le mode d'action 
de l'huile de foie de morue, a^ccorde également la préfé- 
rence aux espèces foncées {Haser's arch., Bd. II ^ 
Hefti,2). 

Le D"^ Huss, de Stockholm, soutient qu'il n'y a de vrai- 
ment efficace que l'huile noire ; que la blanche est inerte ; 
que la brune n'est point dénuée de propriétés, quoique bien 



CHAPITRE I. 57 

inférieure, sous ce rapport, à Thuile noire (Mérat et Delens, 
Dict. de mat. méd.^t. 7 , p. 3i6). 

Gouzée dit que ce n'est pas l'huile la plus claire, la plus 
limpide, oii l'huile blanche qui lui a donné des succès, 
mais bien celle d'un jaune-brunitre [Bull, de la soc. de 
méd. de Gand, i844 , p. /5/). 

Delcour partage entièrement l'opinion des médecins que 
nous venons de citer sur la préférence à accorder aux huiles 
foncées : il dit qu'il a vu fréquemment l'huile épaisse pro- 
duire, de suite, des changements favorables dans des cas 
où l'huile limpide avait complètement échoué. Il ajoute que 
plusieurs praticiens, de Verviers, ont fait la même remar- 
que [Ann. de la soc. de méd. de Gand^ i84i , p. iS2). 

LeD"" Schupmann, qui a obtenu les meilleurs effets des 
espèces foncées dans des cas de paralysie, qui avaient ré- 
sisté à l'emploi de l'huile pâle, se montre également parti- 
san des premières (Hufeland's Journ., avril 4830). 

Le D'" Dumont, médecin belge, regarde l'huile brune 
comme étant beaucoup plus efBcace que l'huile blanche. 
« Les propriétés plus actives de l'huile brune s'expliquent, 
dit-il, par la présence de l'iode, qui est bien plus abon- 
dante dans l'huile brune que dans l'huile blanche, mais 
encore par les différents principes immédiats de nature 
animale qu'une putréfaction plus avancée a développésdans 
ce liquide et qui lui communiquent cette odeur si forte et si 
caractéristique de poisson pourri. L'huile blanche est fon- 
due la première et contient presque toutes les parties pure- 
ment huileuses du poisson ; l'huile brune est le foie lui- 
même tombé en déliquescence par son exposition prolon- 
gée à l'action de l'air » (Ànn. de la soc. de méd. de Gand, 
i8H,p. 498). 



58 LIVRE U. 

D*après Trousseau, Thuile de foie de morue n'est pas la 
seule qui puisse convenir aux enfants rachitiques. On peot 
la remplacer par celle de phoque, de baleine, etc., et plus 
cette huile est foncée, en couleur, meilleure elle est. L'ex- 
périence a démontré, selon lui, que Thuile brune et rance 
des corroyeurs doit être préférée [Bouchardat, Ann. ciL, 
18S7). 

Selon Duclos, Thuile noire, épaisse, nauséabonde et 
d'une saveur désagréable serait d'un effet plus certain, plus 
puissant que Thuile claire, peu odorante et à peine sapide 
qu'on rencontre dans la plupart des pharmacies. C'est doDc 
à la première qu'il croit devoir accorder la préférence, 
jusqu'à démonstration expérimentale du contraire [Ann. 
de Bouchardat, iSSi, p, 220). 

Cbampouillon croit qu'il Yaut donner la préférence aux 
huiles noires et brunes, parce qu'elles ont une action plus 
constante, plus rapide que l'huile jaune [Ann. de Bon- 
chardat, i8S2, p. 276). 

Pour le D^ Foucart, l'huile blonde est complètement 
inerte, et la seule huile médicinale est incontestablement 
la brune (Gaz. des hôpitatix^ nov, iSSS). 

Enfin, d'autres praticiens, tels que Bennet, Bouchez, 
Chalk, Carey, Meessen, Reder, Schenck', Panck, Segnitz 
et la plupart des médecins allemands et hollandais accor- 
dent la préférence aux espèces foncées. 

Rîchter avait d'abord cru que l'huile brune, qui est à 
l'usage des corroyeurs, devait être préférée à toute autre, 
mais ayant soumis l'huile dépurée à de nouveaux essais, il 
acquit bientôt la certitude qu'elle ne le cédait en rien à 
celle non purifiée, et depuis lors il s'en tint à son usage 
comme étant beaucoup plus facile à supporter par les ma- 
lades (Afedtc. Zeitung, i83S, n^ 26). 



CHAPITRE I. 59 

D'après Delattre, les huiles blondes, n'étant que de« 
huiles brunes mélangées avec d'autres huiles, sont parfai* 
lement inertes. Les huiles incolores n'étant que des huiles 
brunes traitées par différents réactifs, n'ont aucune valeur; 
et Fhuile noire, à cause de son odeur infecte et de sa saveur 
désagréable, doit être repoussée. L'huile brune, s'il faut 
l'en croire, nxériteraft seule d'être conservée, pour les usages 
de la médecine; et l'huile vierge ne serait qu'un objet de 
luxe (oper. cit.) 

D'après un assez grand nombre de praticiens, au nom- 
bre desquels il faut compter Donovan (Dublin Journ. of 
medic. se, juil. 4840, sept. 484S), Williams (London 
journ. of medic, janv. 4849, Rogé (Bouchardat, Ann. 
de thérap., 48Si , p. 222], Walcker [Med. ann., vi), 
l'huile pâle de foie de morue serait au moins aussi efficace 
que les espèces foncées, et comme elle a, sur ces dernières, 
l'avantage d'être moins désagréable à prendre on doit lui 
accorder la préférence. Plusieurs de ces médecins basent 
celte préférence sur ce que l'espèce d'huile dont il s'agit 
contient plus de matières grasses, matières auxquelles il 
faut attribuer, suivant eux, son action salutaire. D'autres 
motivent celte préférence sur ce que l'iode, qui serait, 
d'après leur manière de voir, le principe actif de cette sub- 
stance, s'y trouve en plus grande quantité que dans les 
espèces foncées. Enfin, un assez grand nombre la préfè- 
rent, parce qu'elle contient en moindre proportion que les 
autres les acides volatils qu'ils regardent comme nuisibles, 
en ce qu'ils sont le produit de la putréfaction. 

Ghige et Thiernesse ont vu l'huile de morue d'un brun 
foncé, introduite dans la circulation chez les animaux, dé- 
ternainer l'asphyxie et une décomposition subite du sang; 



60 LIVRE II. 

ils veulent, par conséquent, qu'on la proscrive du traite- 
ment des maladies, « quand même (ce qui parait probable) 
les forces digestives pourraient détruire ou enlever, en par- 
tie, ses effets pernicieux. »(Àrch. de la méd. belge.) 

Williams (1) considère Thuile parfaitement claire, tran- 
sparente, sans goût, sans odeur, comme devant être préfé- 
rée. « Les résultats, dit-il, que j'ai obtenus avec de l'huile 
pure, sans goût et sans odeur, ont surpassé mon attente; 
les dilBcultés que j'ai rencontrées dans son administration 
ont été si petites que j'ai trouvé à peine quatre malades sur 
cent qui se soient refusés à continuer le médicament. L'en- 
lèvement du goût et de l'odeur désagréables n'enlève pas au 
remède ses qualités spéciales. Tout ce. qu'il importe, c'est 
de l'avoir pur et frais tel qu'il existe dans les cellules hépa- 
tiques du poisson sain et vivant, sans être altéré par aucun 
travail de putréfaction, de rôtissement, d'ébullition, ou 
d'autre traitement semblable. Au contraire, l'odeur et le 
goût désagréables et la couleur noire de l'huile impure pro- 
viennent de la putréfaction et de la chaleur auxquelles les 
foies sont soumis dans le but de leur faire rendre la plus 
grande quantité possible d'huile; il en résulte qu'elle ran- 
cit au plus haut degré et tient en solution ou en suspension 
des matières putrides et colorantes provenant de la corrup- 
tion des cellules et des autres tissus du foie » [London 
journ. ofmedic, janv. 4849). 

Bouchardat attache une grande importance au choix de 
l'huile de foie de morue. D'après lui, l'huile blonde, d'une 
origine bien connue, obtenue par simple filtration de l'huile 
brune récente; l'huile blanche purifiée convenablement, et 

{\ ) Professeur de médecine au collège de l'université de Londres. 



CHAPITRE I. 64 

non mélangée avec de l'huile d'œillette ou de noix sont de 
très-bons niédicaments. Il accorde, toutefois, la préférence 
à rhuile blonde ou brune dont il fait un emploi pour ainsi 
dire exclusif (^ww. de thérap., 18S2^ p. 303). 

Hogg pense que Thuile de foie de morue est d'autant 
plus propre à remplir les vues de la pratique et les besoins 
du malade qu'elle se rapproche, par sa couleur et sa limpi- 
dité, de l'huile blanche du commerce (/oc. dt., p. i9). 

Plusieurs praticiens ont recours à telle ou telle espèce 
d'huiles, selon les maladies qu'ils ont à combattre. « En ce 
qui concerne la différence pharmacodynamique des trois 
espèces, dit Osius [Med. annal. ^ Bd. vi, St. 4^ p. 339- 
S 90) y on peut admettre, en général, que l'huile noire agit 
principalement sur les organes du bas-ventre et sur le sys- 
tème ganglionnaire, et qu'elle est surtout indiquée en cas 
de torpeur de ces parties et du système nerveux en général, 
à cause des principes empyreumaliques et bilieux qu'elle 
renferme; que l'huile brune, qui paraît tenir le milieu 
entre les deux autres espèces, agit plus efficacement dans 
les cas d'inflammations spécifiques de la membrane mu- 
queuse des organes respiratoires et des intestins, comme 
aussi du système fibreux ; et que l'huile pale, qui paraît 
posséder le plus de propriétés émollientes, se recommande 
principalement contre les inflammations spécifiques des 
organes respiratoires et des tissus mentionnés, quand elles 
présentent le caractère d'éréthisme. » 

D'après Klencke, le choix à faire parmi les différentes 
espèces d'huiles varie, suivant les cas. S'agil-il de corriger 
le mauvais état de la nutrition, l'état d'atrophie de la vie 
de formation, d'activer la chylification, l'on doit recourir à 
l'huile d'un jaune-doré. Si des affections cachectiques ont 



62 



LIVRE II. 



amené des dépôts de matières, si Ton veut améliorer le 
liquide de formation et agir en même temps sur les nerfs 
et les vaisseaux des organes sécréteurs, il convient, dans ce 
cas, de recourir h lespèce empyreumatique (o/. fusco-em- 
pyreumaticutn). Dans les affections chroniques de la peau, 
c'est Tespèce d'un jaune-doré qui convient le mieux; chez 
les adultes on peut également recourir dans ce cas à ] es- 
pèce plus foncée (rubro-fuscum). Cette dernière espèce est 
toujours indiquée dans les irritations nerveuses de peu 
d'importance accompagnées de dyscrasie. D'après Klencke, 
l'huile d'un jaune-doré, à la quelle on peut substituer sans 
inconvénient les huiles végétales , est plus spécialement 
indiquée pour agir ^sur la chylitication et améliorer l'état 
des scrophuleux (otw. cité, p. 180), 

D'autres prétendent que toutes les espèces d'huiles indis- 
tinctement sont également efficaces, voire même l'huile de 
raie, l'huile ordinaire de poisson et en général la plupart 
des corps gras. 

Il résulte d'un rapport fait, en 1849, par les médecins 
de l'hôpital de Brompton, que les diverses espèces d'huiles 
de foie de morue répandues dans le commerce, ont été 
employées indistinctement et sans qu'il ait été possible d'ob- 
server aucune différence notable entre leur action théra- 
peulique. Seulement, on a observé que la saveur, très- 
désagréable, des espèces foncées rend leur emploi moins 
facile [Dfi Jongh, p. 326). 

Pour Thompson, toutes les huiles de poisson, indislincle- 
n>ent, possèdent des propriétés identiques, et la seule diffé- 
rence, existant entre elles, est qu'elles ne sont pas toutes 
d'une digestion aussi facile pour certains estomacs (Àihe- 
nœmn du i i déc. 48S4). 



CHAPITRG I. 63 

Osberghaus (Rust's magazin, Bd. XX, Heft 3, p. 
362) et Krebel [Med. zeit. Russi, 26, 4848) ont obtenu 
les résultats les plus avantageux de toutes les espèces d'hui- 
les de foie de morue; toutefois, ils accordent une action 
plus prooipte aux espèces foncées qu'à Thuile pâle. 

D'après De Jongh, les espèces claires, plus riches en 
principes inorganiques, sont beaucoup moins efficaces que 
les espèces foncées, renfermant les principes bilieux et les 
acides volatiles en plus grande quantité. Cependant, il 
admet que toute espèce d'huile de foie de morue véritable 
et non mélangée peut agir efficacement. Selon lui, c'est 
l'huile noire qui agit avec le plus de promptitude et l'huile 
pâle avec le plus de lenteur; l'huile brune tient le milieu 
entre ces deux espèces, relativement à la promptitude de 
SDH action. S'il faut en croire De Jongh, cette différence 
d'action tiendrait principalement aux différents modes de 
préparation de cette huile à l'aide desquels certains prin- 
cipes se développeraient en plus grande quantité dans une 
espèce que dans une autre (oper. cit., p. 464). 

Selon Taufflieb , le choix à faire parmi les différentes 
espèces d'huiles doit varier suivant les circonstances. Tou- 
tes les variétés d'huiles, indistinctement, lui ont réussi dans 
la scrophule des tissus osseux et fibreux. Il n'en a pas été 
de même dans certaines affections du tube digestif et des 
organes respiratoires. 11 a remarqué que l'huile brune, ou 
empyreumatique, présente les inconvénients graves d'un 
corps irritant dans les inflammations plus ou moins graves 
du pharynx ou du larynx qui surviennent chez les indivi- 
dus atteints d'affections chroniques du poumon. Dans ces 
cas il faut, de toute nécessité, d'après le praticien de Barr, 
remplacer l'huile brune par u&e huile moins foncée en 



64 LIVRE II. 

couleur. L'on«doit, au contraire, accorder la préférence à 
la première dans les broncorrhées, non compliquées de 
pbaryngo^laryngite, dans certains cas d'atonie des voies 
digestives, pour combattre les vers qui assiègent le tube 
digestif {oper. cit., p. 2i)* 

Chargé, depuis bientôt trente années, des fonctions de 
médecin des pauvres, dans une ville o\x la scrophule et le 
rachitisme sont des maladies très-répandues, j'ai eu de fré- 
quentes occasions d'administrer les diSërentes variétés 
d'huiles de foie de morue, qu'on rencontre dans le com- 
merce. Pendant les premières années où l'usage de cette 
huile fut introduite à Tournai, dans le service des indi- 
gents, je n'ai eu, à ma disposition, pour traiter ces der- 
niers, qu'une huile noire et épaisse, ressemblant assez à de 
la mélasse. Celte huile était alors fort répandue et pour 
ainsi dire la seule en usage. Pendant une période de 14 
ans environ, je n'ai pas eu d'autres huiles à ma disposition, 
pour le même service, que des huiles, beaucoup moins fon- 
cées en couleur. Eh bien ! j'ai obtenu des effets remarqua- 
bles avec toutes les espèces d'huiles, indistinctement; et il 
ne m'a pas été possible d'observer la moindre différence 
dans leur action thérapeutique. 

Beaucoup de praticiens voient dans la composition chi- 
mique de l'huile de foie de morue, mais surtout dans l'iode, 
le principe actif de cet agent thérapeutique, et presque 
toujours c'est la quantité plus ou moins grande de ce der- 
nier principe, contenu dans les différentes variétés du com- 
merce, qui leur fait préférer telle variété à telle autre. Pour 
peu qu'on y réfléchisse, on ne saurait approuver une telle 
manière de voir, car les différences dans les proportions 
des principes contenus dans ces huiles sont tellement mini- 



aK4PITRE I. 6S 

mes qu'elles ne peuvent justifier la préférence accordée à 
telle variété plutôt qu'à telle autre. Ajoulûns qu'on n'est 
pas bien d'accord sur la quantité d'iode contenue dans ces 
huiles. Pour certains chimistes, au nombre desquels il faut 
placer Hansmann, c'est Vimih noire qui en contient le 
plus; pour Delattre, au contraire, c'est la variété d'huiles 
qui en contient le moins. Personne prétend que l'huile de 
foie de morue brune des hôpitaux renferme plus d'iode que 
les huiles pâles du commerce anglais; d'après De Jongh, 
les huiles pâles sont les plus riches en principes inorgani- 
ques, surtout en iode, phosphore et acide phosphorique. 
Ce qui résulte, de plus clair, des considérations dans- 
lesquelles nous venons d'entrer, c'est que toutes les variétés 
d'huiles réussissent, également bien, dans le traitement des 
maladies auxquelles* on les oppose. Au point de vue de leur 
action thérapeutique, il n'y a donc pas de préférence à 
accorder à l'une plutôt qu'à l'autre de ces variétés. Le seul 
choix à faire, selon nous, c'est de n'employer, le plus pos- 
sible, que les huiles les moins désagréables à prendre et les 
plus faciles à digérer : Consulter les goûts et les idiosync- 
rasies ; voilà toute la règle. 



66 LIVRE n. 



CHAPITRE II. 



DE L EMPLOI DE L HUILE DE FOIE DE MORUE 
DANS LES MALADIES. 



ART. I. 

SCROPHULES. 

§1- 

TUMEURS VLANCHBS.^ 

On désigne sous le nom de tumeur blanche celte grave 
maladie des articulations caractérisée par un gonflement 
articulaire sans changement de couleur à la peau, d une 
consistance plus ou moins solide, et qui dépend de Talté- 
ration des parties molles ou des parties osseuses articu- 
laires. 

La maladie débute ordinafrement par une douleur va- 
riable en intensité et en étendue. £n même temps, ou peu 
après son début, on voit survenir dans la partie malade un 
gonflement plus ou moins considérable, élastique et mou, 
ou bien avec dureté, selon qu'il occupe les parties molles 
ou les parties dures, ou bien à la fois toutes les parties ar- 
ticulaires. Les mouvements sont gênés ou abolis, doulou- 
reux, et Tarticulation reste le^plus souvent dans un état 
permanent de demi-flexion, le membre s'atrophie, les 
glandes lymphatiques voisines s'engorgent. Si la maladie 



CHAPITRE II. 67 

est abandonnée à elle-même ou combattue par des moyens 
impuissants, il se fornrte autour de l'articulation malade un 
ou plusieurs abcès qui s'ouvrent et dégénèrent en fistules, 
presque toujours intarissables. Enfin, la continuité et Tin- 
tensité des douleurs, la suppuration, le dévoiement et les 
sueurs coUiquatives amènent le dépérissement des malades, 
qui finissent par succomber si on ne fait, à temps, l'ampu- 
tation du membre. 

Les tumeurs blanches sont, dans la généralité des cas, 
sous la dépendance d'une diathèse scrophuleuse. Quelque- 
fois on les voit survenir sous Tinfluence d'une affection rhu- 
matismale. L'huile de foie de morue jouit d'une efficacité 
éprouvée contre ces deux formes de la mafadie. On l'a vu, 
bien des fois, enrayer les arthrites scrophuleuses et rhuma- 
tismes les plus graves, même dans les cas où tous les moyens 
ayant échoué, il ne semblait rester d'autre ressource que 
l'amputation du membre. Elle n a pas la même efficacité 
dans les arthrites syphilitiques, qui réclament un traite- 
ment en rapport avec la nature de la maladie. 

Rust loue les bons effets de l'huile de foie de morue dans 
la coxalgie qui survient chez les individus d'une constitu- 
tion scrophuleuse (Leder, de oleo jecoris dselli, p, 96], 
Riester rapporte un cas désespéré de tumeur blanche 
du coude qui fut guéri à l'aide du même moyen (J. des 
prog. des se. et imt. médic, t. 2, 2^ série , p. 203, 
an. 1830). 

Knood Van Helmenstreit a obtenu des résultats avanta- 
geux de l'huile de foie de morue dans des cas de coxalgie 
où les sétons et les moxas n'avaient produit aucun bien 
(Hufeland's Joum., 4832). 

Bréfeld {loc. cit., p. 426) rapporte plusieurs faits qui 



68 LIVRB II. 

déposenl en faveur de Tefficaeité de l'haiie de foie de morae 
dans ie traitement des tumeurs blanches. Parmi ces faits, 
se trouve celui d'une petite fille, de six ans, qui se trouvait 
dans un état d'émaciation extrême ayec fièvre hectique, et 
chez laquelle la cavité cotyloïde du côté droit était détruite, 
la jambe raccourcie de plus de trois pouces, et la tète da 
fémur déplacée en dehors. L'enfant fut parfaitement guérie 
après avoir pris quelques bouteilles d'huile de foie de mo- 
rue, et il ne lui restait de sou affection que 1^ destruction 
de Tarticulalian et le raccourcissement de la jambe. 

Delavacherie a été témoin des heureux effets de l'haile 
de foie de morue dans deux cas d'affections du système 
osseux que je crois pouvoir rapporter aux tumeurs blan- 
ches. Dans l'un de ces cas, il s'agit d'une petfte fille, de 14 
ans, atteinte d'ostéite à la partie supérieure de l'humérus 
gauche. H y avait une ouverture fistuleuse à la hauteur du 
bord de Faisselle, par où s'échappait, en abondance, un li- 
quide séro-purulent. La maladie datait de plus d'un an et 
avait réduit la malade à un état de maigreur extrême. Elle 
fut guérie, après avoir pris, pendant trois mois environ , 
l'huile de morue, d'abord, à la dose d'une cuillerée, puis 
de deux cuillerées par jour. 

Dans l'autre cas, il est question d'une fille, de 8 ans 1/2, 
portant à la colonne vertébrale, au-dessus delà nuque, une 
tumeur avec saillie des apophyses épineuses des quatre ou 
cinq premières vertèbres. Il y a impossibilité de marcher, 
et le repos au lit est la seule position possible. Des cautères 
appliqués aux côtés de la tumeur ne font qu'aggraver le 
mal. La malade est complètement rétablie après un traite- 
ment huileux qui a duré pendant cinq mois {Ànnai. delà 
so€. de méd. de Hand, ^839 y p. ^Ji6). 



CHAPITRE II. îft9 

Taufflieb a constaté lefficacité de Thuile de foie de mo- 
rue chez dix-huit malades atteints de tumeurs blanches et 
d'inflammations chroniques des diverses articulations. D'a- 
près ce praticien, l'emploi de ce médicament peut, dans 
beaucoup de cas, enrayer les arthrites scrophuleuses les 
plus graves, même dans les cas où tous les moyens ayant 
échoué, il ne semble rester d'autre ressource que l'ampu- 
tation du membre. Il fait remarquer que cette médication 
réussit, surtout, dans la période chronique des arthrites 
scrophuleuses, après que les accidents inflammaloiras ont 
été calmés par l'emploi des antiphlogistiques. 11 dit qu'un 
mouvement fébrile modéré et les douleurs plus ou moins 
vives qu'éprouvent les malades, ne doivent pas faire re- 
noncer à l'usage de ce moyen qui parvient souventà amen- 
der ces symptômes, surtout, chez les sujets affaiblis ou 
éminemment scrophuleux. II ajoute, toutefois, que ce mé- 
dicament, quelque efficace qu'il soit pour arrêter la marche 
des arthrites scrophuleuses chroniques, n'a aucune action 
sur l'ankylose, le déplacement des os, la rétraction muscu- 
laire, etc., qui sont le résultat de ces phlegmasies articu- 
laires (Gaz, médic, de Paris), 

Le D^ Petsch, médecin allemand, a été témoin des bons 
effets de l'huile de foie de morue dans un cas de gibbosité 
très-prononcée des vertèbres cervicales. Il y avait impos- 
sibilité de mouvoir je cou, flexion très-forte de la tête en 
avant, faiblesse extrême des extrémités supérieures. Le 
malade ne pouvait se tenir debout, sans être soutenu, à 
eausede la faiblesse de ses jambes. On administra l'huile 
de foie de morue à l'intérieur, on fit, en même temps, des 
frictions sur la coldnne vertébrale avec cette huile chaude. 
Sous l'influence de ce traitement, qui fut continué pendant 



70 LIVRE II. 

plusieurs mois, le malade éprouva une telle airvélioration 
dans son état qu'il put marcher avec assez ^e facilité et 
reprendre ses travaux (Petsch, De usu jecoris aselli in 
morbisossium, p. 37). 

fiennett cite un cas de pédarthrocace au pied droit ac- 
compagné de carie, chez un enfant de six mois, qui fat 
avantageusement combattu à l'aide de ce médicament, ad- 
ministré pendant trois mois, à la dose de deux à trois petites 
cuillerées à café par jour (oper. etï.^p. //6|). 

Coxarthrocace, du côté droit, chez une jeune fille de six 
ans. Il existe autour de l'articulation plusieurs ouvertures 
fistuleuses d'où s'échappe une grande quantité de pus de 
mauvaise nature ; l'extrémité malade est raccourcie d'un 
pouce. Il y a fièvre hectique, et la malade est tellement 
épuisée qu'on s'attend à une mort prochaine. La maladie 
dure depuis plus d'un an et a résisté aux moyens les plus 
énergiques. Guérison complète après avoir pris 40 ooœs 
d'huile de foie de morue (Preussiehe mediz. Zeitung). 

Un fait analogue a été observé par Marker. Il s'agit d'un 
cas de coxarthrocace, arrivé à sa troisième période, qui fui 
avantageusement combattu à l'aide du même moyen [Me- 
dizinische Zeitung ^ oct. 183 S). 

Reineker fait connaître les bons effets qu'il a obtenus de 
l'huile de foie de morue chez uri enfant, de 6 ans, d'une 
constitution scrophuleuse, portant une proéminence angu- 
leuse à la hauteur des cinquième, sixième et septième ver- 
tèbres dorsales. La maladie était accompagnée de paraly- 
sie des membres inférieurs et d'un état cachectique au plus 
haut degré, etc. L'enfant, qui était malade depuis trois 
ans, fut complètement rétabli après avoir fait usage d'huile 
de morue pendant huit mois. A cette époque, il offrait tou- 



CHAPITRE II. 71 

tes les apparences de la meilleure santé et la proéminence du 
dos était à peine sensible [H. Bennet, oper. cit., p, 178). 

Un médecin belge, le D'' Van Overloop, a rapporté, dans 
les annales de la société de médecine de Gand (4842), un 
cas de tumeur blanche du genou, accompagné de huit ou- 
vertures fisluleuses autour de l'articulation, qui fut heu- 
reusement combattu par Thuile de foie de morue, dont 
Tusage fut continué pendant seize mois. On employa, en 
même temps, comme traitement local, un emplâtre résol- 
vant composé d'extrait de cigiie, de gomme ammoniaque, 
de savon médicinal et d esprit de vin. La maladie s est ter- 
minée par une ankylose du genou. 

Stoeber, dans un cas de tumeur blanche du genou où 
Tarticulation malade avait acquis quatre fois le volume de 
lautre genou, parvint, à Faide de cette substance, à ré- 
duire de moitié le volume de cette articulation, et à per- 
mettre au malade de marcher sur la pointe du pied; mais 
lusage du médicament ayant été abandonné, la maladie fit 
de nouveaux progrès, et on finit par devoir recourir à l'am- 
putation du membre [Compte-rendu de la clin, des enfants, 
de la Fa^culté de Strasbourg). 

LeD' Thémont, d'Alh, a publié, dans le Journal de 
médecine, de chirurgie, etc. de la société des sciences 
naturelles et médicales de Bruxelles [an. 1844), le fait 
suivant : 

Henri Jaspar, âgé de 24 ans, portait une tumeur blan- 
che de l'articulation métacarpo-phalangienne du gros orteil 
avec carie d«s extrémités osseuses. La maladie durait do- 
pais longtemps et s'était montrée rebelle à tous les traite- 
ments employés. Deux médecins avaient proposé l'amputa- 
ti(»i, comme l'unique remède à employer, dans ce cas. Le 



72 



LIVRE II. 



D^ Thémonl le mit à l'usage de Thuile de foie de morue : 
il en but huit pots, dans l'espace de six mois. Au bout de 
ce temps , les nombreux ulcères fistuleux , qui accompa- 
gnaient la carie, s'étaient fermés et l'articulation pouvait 
se mouvoir comme à l'état normal. Cette guérison ne s'est 
point démentie. 

Un praticien, qui n'est rien moins que prévenu en 
faveur de l'huile de morue, le D^ Staquet, rapporte deux 
cas de tumeur blanche de Tarliculation coxo-fémorale qui 
ont cédé à l'usage de ce médicament. 

Dans l'un de ces cas, il s'agit d'un enfant^ d une consti- 
tution scrophuleuse très-prononcée, chez lequel la tête du 
fémur était fortement tuméfiée et prête à sortir de sa cavité. 
Toute l'articulation était très-douloureuse, les tissus envi- 
ronnants fort gonflés. 11 y avait allongement du membre 
et impossibilité de marcher. On prescrivit l'huile de foie de 
morue, à la dose d'une et ensuite de deux onces par jour. 
Après un traitement de cinq mois, tout ce cortège de symp- 
tômes, de la plus fâcheuse augure, avait disparu. Le mem- 
bre avait presque repris sa longueur normale, etc. ; et le 
malade pouvait marcher et courir, comme auparavant. 
L'application de deux moxas autour de l'articulation a été le 
seul remède employé, concurremment, avec l'huile de foie 
de morue. 

Le même praticien obtint des résultats non moins avan- 
tageux, de ce traitement, chez un autre enfant qui portait 
une tumeur blanche de l'articulation huméro-cubitale gau- 
che avec carie du condyle externe de l'humérus. Cette af- 
fection avait résisté à différents traitements [Arch. delà 
méd. belge, mai 4844, p. 63), 

Castella, médecin de l'hôpital de Neuchàtel, a beaucoup 



G&APITKK II. 73 

insisté sur Tutilité de l'huile de foie de morue, dans les 
arthrites d'origine scrophuleuse. Nous lisons le passage 
suivant, dans un rapport lu, par M. Lombard, à la société 
helvétique des sciences naturelles , le 12 août 1845 : 

« Les engorgements des articulations sont l'autre forme 
des scrophules où les bons effets de l'huile de foie de mo- 
rne se font surtout sentir. Le mémoire de M. Castella, de 
Neochâtel, contient cinq observations remarquables de ce 
genre. La première a pour objet un enfant de douze ans, 
atteint de spina-ventosa ; la deuxième, un enfant de onze 
ans atteint de carie scrophuleuse de l'articulation tibio- 
tarsienne du côté gauche ; la troisième, une jeune fille, de 
treize ans, atteinte également de carie tibio-tarsienne ; la 
quatrième, un cas de carie vertébrale avec abcès chez un 
adulte ; enfin la cinquième, une nécrose du tibia gauche 
avec gonflement des condyles du fémur. Ces cinq cas ont 
été guéris- sous l'influence de l'emploi de l'huile brune de 
foie de morue à la dose de 2 à 3 onces par jour. Le traite- 
ment hygiénique est le seul qui ait été employé concur- 
remment » [Lebert, op. cit., p. 41 S). 

Le D"" Martin, de Bruxelles, a vu céder à l'emploi de 
l'huile de foie de morue deux cas de tumeurs blanches (!u 
genou, dues au vice scrophuleux. Dans Tun de ces cas, 
des douleurs intolérables se faisaient sentir dans la partie 
malade, qui était gonflée, mais sans fluctuation et sans fis- 
tules. Dans l'autre cas, pour lequel l'amputation avait été 
proposée, il existait autour de l'articulation malade de 
nombreuses fistules, qui faisaient ressembler le genou à un 
crible. La guérison s'est opérée en dix-huit mois environ. 
Chez l'un et l'autre malades, on a employé concurremment 
avec le traitement huileux, la décoction de feuilles de 

7 



74 LIVRE II. 

noyer, des applications de sangsues, des frictions avec le 
cérat opiacé et avec une pommade d'iodure de plomb [J, de 
la soc, des se, nat. et méd. de Brux., mars 1847). 

Lebert considère Thuile de foie de morue comme le 
moyen le plus actif et le plus salutaire que Ton puisse em- 
ployer contre les arthropathies scrophuleuses ; et les beaux 
résultats qu'il en a obtenus lui font considérer son emploi 
comme une des conquêtes les plus utiles de la médecine 
moderne. 11 distingue Tarllirite primitive osseuse de celle 
qui a son siège dans une membrane synoviale. C'est dans 
la première forme surtout que Thuile de foie de morue lui 
a paru produire de bons effets. Elle se montre plus effi- 
cace, selon lui, lorsqu'il existe des fistules ou des abcès 
dans le voisinage de l'articulation que lorsqu'il y a un en- 
gorgement notable des os, un développement fibro-plas- 
tique étendu, ou un épanchement notable dans la cavité 
articulaire. 11 a cru observer que ce médicament a moins 
d'action sur les articulations dont les maladies sont généra- 
lement plus graves, comme celles de la hanche, que sur 
. d'autres articulations. C'est dans l'arthrite tibio-tarsienne 
surtout qu'il en a obtenu les plus beaux résultats. 

Lebert administre l'huile de foie de morue à la dose de 
deux à trois cuillerées par jour. 11 insiste pour que son 
usage soit prolongé pendant des mois, une année et au 
delà, avec la» précaution de l'interrompre, de temps en 
temps (oui;, cité^p, 413), 

Escallier a recueilli, dans le service du D^ Monod, un cas 
de tumeur blanche occupant à la fois le coude et le genou, 
et qui fut avantageusement combattu par l'huile de foie de 
morue, administrée à la dose de 6 cuillerées par jour. A ce 
fait le D^ Escallier en joint plusieurs autres, puisés dans sa 
propre pratique [Union médicale, 18S0]. 



CHAPITRE n. 75 

Le Jy^ Burggraeve, professeur de clinique chirurgicale à 
la faculté de médecine de Gand, rend comple, dans les 
annales de la société de médecine de Gand (Mai 183 2] y 
d'un cas de tumeur blanche vénérienne du coude, chez un 
individu qui avait subi, à différentes reprises, un traîle- 
menl vénérien. Le coude était gonflé, fortement injecté etr 
douloureux. Différents pertuis fistuleux laissaient pénétrer 
le stylet dans les os. Le malade, affaibli par les traitements 
antérieurs, était miné par la fièvre de consomption. On lui 
prescrivit l'huile de foie de morue, combinée ensuite avec 
riodure de potassium. Sons l'influence de ce traitement, 
qui fut continué pendant environ trois mois, il obtint une 
guérison complète et ne conserve de son affection qu'un 
ankylose du coude, qui lui permet de faire usage de son 
bras. 

Tout porte à croire que Tiodure de potassium, qui a été 
administré concurremment avec Thuile de foie de morue, 
peut revendiquer une lar-ge part dans la guérison dont il 
vient d'être question. 

De Jongh affirme qu'il a pu se convaincre de l'utilité du 
conseil de Brefeld, qui consiste à associer, dans le traite- 
ment de cette affection, Tusage externe de l'huile de foie 
de morue tiède à son emploi à l'intérieur. Il dit, que dans 
la i^^ période de la maladie, alors que l'inflammation arti- 
culaire est accompagnée d'un mouvement fébrile à l'état 
aigii, l'on doit suspendre l'usage du remède jusqu'à ce que 
la fièvre ait été combattue par des moyens convenables 
[(mv,cité,p,2HY 

V. Duval [Traité théorique et pratique de la maladie 
scrophulettse^ p. ^94) regarde Thuile de foie de morue 
comme le meilleur de tous les 'médicaments connus, dans 



76 LIVRE II. 

le traitement des tumeurs blanches. II a particulièrement 
recours à ce moyen dans la sub-inflammation intra-artico- 
laire, alors que la maladie s'est étendue au système osseux, 
qu'il y a des abcès, des fistules et beaucoup de tissu (ibro- 
plastique. 11 n'administre jamais ce médicament seul, mais, 
de concert, avec des adjuvants tels que le bicarbonate de 
soude, les iodures et les bromures de potassium, etc. 
« Chaque année, dit ce praticien, nous avons l'occasion de 
prescrire l'huile de foie de morue à plus de cinq cents ma- 
lades, tant dans notre pratique particulière que dans les 
hôpitaux, et il est très-rare que nous n'ayons pas à nous en 
louer infmiment. » 

Seutin et Crocq ont rapporté plusieurs faits qui tendent 
à confirmer l'eflicacité de ce moyen, dans le traitement de 
la maladie qui nous occupe; mais il importe de faire remar- 
quer que l'huile n'a presque jamais été employée seule, par 
ces deux habiles praticiens, mais concurremment avec des 
moyens chirurgicaux et quelquefois avec d'autres médica- 
ments, tels que l'iodure de fer, etc. (Crocq, Traité des tu- 
meurs blanches). 

J'ai employé plusieurs fois l'huile de foie de morue avec 
succès dans le traitement des tumeurs blanches, mais je 
n'ai tenu noie que d'un seul cas : H. Parfait, âgé de 6 ans, 
d'une constitution éminemment scrophuleuse, porte une 
tumeur blanche à l'articulation de la première avec la se- 
conde phalange du doigt médius, de la main droite. L'ar- 
ticulation est considérablement gonflée, douloureuse; sa 
flexion est impossible; elle est entourée de trois ouvertures 
fistuleuses, qui fournissent une suppuration abondante. La 
maladie existe depuis un an, environ. Huile de morue, 
d'abord à la dose d'une cuillerée, puis de deux cuillerées à 



CHAPITRE II. 77 

bouche par jour; bains locaux avec une décoction concen- 
trée de feuilles de noyer, cataplasmes., loco dolenti, avec 
ces mêmes feuilles. Au bout de deux mois, l'amélioration 
est des plus notables et l'articulation a trois centimètres de 
moins de circonférence. Au bout de quatre mois, la gué- 
rison est complète : Târticulation a presque repris son vo- 
lume normal, les douleurs ont cessé et les trajets fistuleux 
sont cicatrisés ; mais il y a ankylose de Tarticulation. 

On pourrait encore citer à l'appui de l'efficacité de 
l'huile de foie de morue contre les tumeurs blanches, les 
observations de Bahn [De oleo jecoris aselli, prœsertim in 
coxarthrocace efficacia)y Behr, Busch (Kneschkis summa- 
rium, 4839), Galama (op. cit.], Heincken, Hirtz [De V em- 
ploi de V huile de foie de morue], Ridd [Med. Times, 48S0), 
Kitlel [Summarium, .4830], Luders, Panck, Miiazenthaler 
[Hufeland'sjourn., 1832] ,Schiilte [Hornsarch., 1824]. 



CARIE SGROPHULBDSB. 

La carie scrophuleuse est principalement caractérisée 
par la destruction lente du tissu osseux avec ramollisse- 
ment et formation d'une espèce de pus sanieux, qui s'écoule 
au dehors par une ou plusieurs ouvertures fistuleuses. On 
l'observe surtout aux os du pied et de la main, aux genoux, 
au coude, aux vertèbres. Elle attaque souvent les enfants, 
sans toutefois épargner les adultes. Cette maladie est, en 
général, fort grave, et rarement on la voit disparaître d'elle- 
même. Nous possédons dans l'huile de foie de morue un 
remède éprouvé pour la combattre. 



78 LIVRE II. 

Le D'' SchûUe, de Rùnderolh, nous apprend queThnile 
de foie de morue, administrée pendant plusieurs mois, loi 
a procuré des résultats avantageux dans cinq cas de carie 
scrophuleuse (Horns Arch.^juilL-août 1824). 

Le D"^ Busch, de Brème, a aussi employé ce moyen avec 
succès dans plusieurs cas analogues [Med. chir. Zeitung, 
4827, t.iv,p. 205). 

Alexandre, professeur à l'université d'Utrecht, cite on 
cas de carie scrophuleuse du fémur, qui fut avantageuse- 
ment combattu, par Thuile de foie de morue, employée, de 
concert, avec des moyens fortifiants et nutritifs (De Jongh). 

Dans un cas de carie scrophuleuse de l'os maxillaire , 
observé par Carry, l'huile de foie de morue amena une 
guérison complète, après un traitement de quelques mois 
{De Jongh). 

Brefeld a employé l'huile de foie de morue dans toutes 
les formes de la maladie scrophuleuse ; mais c'est princi- 
palement dans la carie qu'il en a obtenu les résultats les 
plus avantageux. Il rend compte de huit cas de guérison, 
parmi lesquels se trouvent deux cas de carie vertébrale. Il 
rapporte l'observation d'une femme, de 40 ans, d'une con- 
slihilion scrophuleuse, chez laquelle, l'amputation de l'in- 
dex de la main droite dans son articulation avec le méta- 
carpien correspondant, pour une carie de la 1"*® phalange 
du doigt, n'avait pas empêché la maladie de reparaître aux 
os du carpe et du métacarpe, et qui fut guérie par l'usage 
prolongé de l'huile de fpie de morue. 

Dans la plupart des cas dont il s'agit, la maladie durait 
depuis longtemps, et avait été combattue, en vain, par la 
plupart des remèdes anti-scrophuleux [Der Stockfisch k- 
herthran inmed.Ruchsicht, 4833). 



CHAPITRE II. 79 

Knolz a vu Thuile noire de foie de morue (c'est l'espèce 
à laquelle il donne la préférence) produire les résultais les 
pins avantageux dans trois cas de carie scropbulense, contre 
lesquels on avait employé, en vain, tous les remèdes géné- 
ralement usités en pareille circonstance. Dans le l^^ de ces 
cas, il s'agit d'une carie de l'olécrane, avec tumeur blanche 
du genou droit, chez une fille, de 24 ans. Dans le second, 
d'une carie du sternum avec tumeur blanche de l'articula- 
tion du coude et gonflement scrophuleux des deux premiè- 
res phalanges de l'index, chez un jeune homme, de 24 ans. 
Le 3™® a rapport à une carie de l'humérus, chez un jeune 
homme, de 18 ans. Chez tous ces malades, la guérison a 
été obtenue en deux mois, environ. Knolz administrait ce 
médicament à la dose de trente-deux grammes par jour 
iHufeland's journ.y i839]. 

Schenck rend compte de deux observations, que nous 
donnons très en raccourci et, qui témoignent de l'action de 
l'huile de foie de morue sur la carie scrophuleuse : 

Une femme, de 43 ans, éprouvait, depuis dix-huit mois, 
des douleurs dans les lombes ; elle portait au sacrum des 
ulcères et des fistules d'où s'écoulait, en abondance, une 
sanie fétide et séreuse ; les vertèbres étaient saillantes et 
les articulations des membres gonflées; il y avait marasme, 
lièvre hectique. Schenck prescrivit l'huile de foie de morue, 
à la dose de trois cuillerées par jour. Au bout de six mois, 
amélioration notable, moins de gonflement dans les articu- 
lations. Au neuvième mois, la malade peut marcher* avec 
(les béquilles ; cicatrisation des ulcères au bout d'un an, et 
enfin, guérison complète au bout de dix-huit mois. 

Une fille, de trente-cinq ans, née d'une mère scrophu- 
leuse, et ayant eu, ainsi que ses frères et sœurs, des glandes 



80 LIVRE II. 

engorgées dans son enfance, était atteinte, au pied gauche, 
d'un ulcère (istuleux d'où s'échappait une sanie fétide et 
parfois des fragments d'os cariés. Déjà, la fièvre hectique 
s'était déclarée, lorsqu'on la mit à l'usage de l'huile de foie 
de morue, qui amena une guérison complète, dans l'espace 
de six mois (Hufeland'sjourn., mars 4839). 

Taufflieb regarde, avec Brefeld, l'huile de foie de morue 
comme le meilleur de tous les médicaments connus contre 
les altérations scrophuleuses des os. Toutefois, il a soin de 
faire remarquer que ce médicament ne réussit guère dans 
l'ostéite aigiie, et que son action est d'autant plus frap- 
pante que la maladie est plus ancienne. 11 affirme que les 
résultats sont moins sûrs et moins satisfaisants chez les 
personnes âgées que chez les jeunes gens, et surtout, chez 
les enfants. Il administre ce médicament à la dose de 2 à 6 
cuillerées à bouche par jour. Suivant les circonstances, il 
associe au traitement général un traitement local et chirur- 
gical. 

Taufflieb a traité^ à l'aide de cette médication, 21 ma- 
lades atteints de scrophules osseuses, à différents degrés. 
Sur treize malades atteints de carie bien confirmée et plus 
ou moins ancienne, 10 furent guéris (c'étaient, à l'exception 
d'un seul, des enfants ou des jeunes gens au-dessous de 
l'âge de trente ans), trois n'obtinrent qu'une amélioration 
passagère (c'étaient des sujets avancés en âge). 

Chez quelques malades le traitement général fut secondé 
par une compression modérée du membre et, par des fo- 
mentations pratiquées avec une dissolution de 4 grammes 
d'iodure de potassium dans 64 grammes d'eau et autant 
d'alcool. 

Les 8 autres malades, qui étaient atteints d'une simple 



CHAPITRE 11. 81 

tuméfaction osseuse, furent tous guéris (ouv, cité, p. 29). 
Un médecin allemand, le D"" Siens, a vu, à la clinique 
de Bonn, chez un homme, de 24 ans, un cas de carie scro- 
phuleuse accompagné de trois ouvertures fistuleuses d'où 
s'échappait, en abondance une sanie claire, fétide, jaunâ- 
tre qui fut avantageusement modifié et presque entièrement 
guéri (le malade sortit de Thôpital avant sa guérison) par 
l'huile de foie de morue, donnée à la dose de deux, puis de 
trois cuillerées à bouche par jour. Un emplâtre de savon 
fut employé comme traitement local (Diss. de oho jecoris 
asMi^p. 24). 

Mareska, professeur de l'université de Gand, rapporte 
plusieurs faits qui témoignent de Tefficacité de ce médica- 
ment dans le traitement de la maladie qui nous occupe. 

Chez un détenu, d'une cinquantaine d'années, des ulcè- 
res, des fistules existaient sous les aisselles, autour du cou, 
sous le menton, derrière les oreilles, au côté droit de la 
poitrine et sous la clavicule. La maladie était héréditaire, 
datait de trente ans et avait été vainement combattue par 
toutes sortes de médications. Il fut guéri, en huit mois, à 
Faide de ce médicament, secondé autant que possible par 
un changement dans le régime alimentaire et le genre 
de vie. 

Un autre détenu, âgé de 34 ans, portail une carie des 
cinquième et sixième vertèbres cervicales avec abcès, par 
congestion, au cou, du côté de la carie. Après un traite- 
ment huileux, qui a duré 48 mois, les abcès se sont fer- 
més, les vertèbres ont cessé d être douloureuses, etc. Tout 
annonçait, en un mot, une guérison durable. . 

Le professeur Mareska cite encore un cas grave de carie 
du sacrum, avec vaste abcès par congestion à la cuisse, qui 



82 uvRï II. 

fut avantageusement combattu, eo moins de sept mois, à 
l'aide de la même substance. Lorsque le traitement fut en- 
trepris, le malade était arrivé à un degré cTépuisement et 
de marasme qui faisaient craindre pour ses jours, et ce ne 
fut qu'en désespoir de cause , que le professeur, de Gand, 
eut recours à l'huile de foie de morue (Annal de la soe. de 
méd. de Gand, 4 841, p. 804). 

Delcour a vu l'emploi de ce médicament produire les 
plus heureux effets dans un cas d'ostéite avec écoulement 
fétide des oreilles, chez un jeufle garçon, d'une constitution 
éminemment scrophuleuse. Le malade se trouvait dans 
l'état le plus déplorable : il y avait impossibilité de mar- 
cher, fièvre hectique, sueurs nocturnes, amaigrissement 
très-marqué, gibbosité très-considérable, formée aux dé- 
pens des dix premières vertèbres dorsales, aplatissement 
latéral des côtes, etc. [Ànn. de la soc. de méd, de Gand, 
4841, p. 174). 

De Jongh est parvenu à guérir, en huit mois, à l'aide do 
même médicament, donné à la dose de deux, puis de trois 
cuillerées par jour, un enfant, de neuf a^s, portant une ca- 
rie du fémur accompagnée de deux ouvertures fistuleuses, 
d'où s'échappait, en abondance, un pus jaunâtre et fétide. 
Quand le malade a commencé l'usage du remède, il y avait 
fièvre hectique, débilité extrême, et son état parut telle- 
ment grave que le médecin traitant, proposa l'amputation, 
comme l'unique remède à employer pour sauver ses jours 
[loc.cit.,p.208). 

M. le D'' Dumont affirme qu'à Gand, à l'hôpital des en- 
fants, c( Thuile de foie de morue est le remède usuel dans 
tous les cas de carie scrophuleuse indistinctement et qu'au- 
cun des remèdes employés n'a procuré des résultats aussi 



CHAPITRE II. 83 

brillants dî aussi constants. » II est a remarquer, ajoute ce 
praticien que,, dans notre ville, la carie scrophuleuse est si 
fréquente chez les enfants du peuple, que cette maladie 
fournit habituellement à peu près un quart environ ou un 
cinquième de la population de notre hôpital ; en second 
lieu, que sauf peut-être quelques très-rares exceptions, le 
traitement par Tbuile de foie de morue est le seul que nous 
employions contre cette forme de la maladie ; enfin que 
nous rencontrons bien peu de cas qui ne cèdent à ce re- 
mède » [Bull, de la soc. de méd. de Gand^ 4843, p. 93). 

Le D^ Yerelst a communiqué , à la société de médecine 
de la promnce d'Anvers, un cas de carie, très-intéressant, 
avantageusement combattu à l'aide de la même substance. 

Une jeune fille, de la commune de Boom, était atteinte 
(lune carie des os du tarse, survenue à la suite d une entorse 
négligée. Plusieurs ouvertures fistuleuses existaient, et un 
stylet pouvait, dans différents endroits, traverser^ de part 
en part, l'articulation malade. Il y avait marasme, fièvre 
hectique, et on n'avait guère d'espoir de sauver les jours du 
malade que par l'amputation. Là maladie datait de deux 
ans, et avait été inutilement combattue par tous les moyens 
usités en pareil cas. Elle fut complètement rétablie en onze 
mois, et après avoir absorbé quatre kilogrammes, environ, 
d'huile de foie de morue. L'amélioration a commencé à se 
manifester dès les premiers jours de l'administration du 
reuiède [Arch.de lamédec. belge/sept, 1843], 

Guersanta vu cette huile produire de très-bons effets 
dans plusieurs cas de carie des os du carpe et du tarse, 
quand les malades ont eu le courage d'en prendre 60 à 90 
grammes par jour [Dict, de méd,, art, scrophules), 

Thémont a guéri, en neuf mois, à l'aide de celte subs- 



84 LIVRE II. 

tance, un individu, âgé de 49 ans, atteint d'une cariespon- 
tanée du calcaneum avec nécrose d'une partie de cet os 
(/. de la êoc. des se. nat. et méd. de Brux. , i844, p. 
S49). 

Au rapport du docteur Vingtrinier, médecin en chef des 
prisons de Rouen, un jeune homme, de 17 ans, portait 
au^ cou des engorgements scrophuleux considérables et, au 
pied unecarie profonde de calcaneum, d'où s'échappait une 
sanie abondante et infecte. La marche était pénible et ne 
pouvait se faire qu'à l'aide d'une béquille. Il avait employé 
sans succès les remèdes les plus actifs. On le mit à l'usage 
de l'huile de foie de morue, et au bout de trois mois les en- * 
gorgements du cou étaient dissipés, et la plaie du pied tel- 
lement améliorée que le malade pouvait marcher sans bâ- 
ton. Au bout de six mois la guérison était complète. [Bon- 
chardat, Ann.de théiap., 4 846, p. 228). 

Vaust, professeur à l'Université de Liège, rapporte trois 
observations en faveur de l'efficacité de l'huile de foie de 
morue dans le traitement de la carie scrophuleuse. En voici 
un résumé : 

4° Chez une fille, de 16 ans, d'un tempérament lympha- 
tique, carie à l'articulation coxo-fémorale, abcès et trajets 
fistuleux en dehors et en dedans de l'articulation. Huile de 
foie de morue, à la dose de 2 à 4 cuillerées par jour. Au 
bout d'un an, la guérison est parfaite et la malade peut 
marcher, sans éprouver la moindre gène de l'articulation. 

2*^ Carie d'un métacarpien, chez une fille^ de 16 ans, de 
constitution scrophuleuse. Introduction dans la plaie de 
mèches imbibées de teinture d'aloës ; huile dé foie de mo- 
rue, 2 à 4 cuillerées par jour. Au bout de 18 mois, cons- 
titution notablement améliorée et guérison de la carie. 



GHAPITRI II. 85 

3^ Abcès de la région ihoracique, carie costale, engor- 
gements gaûglionaires considérables au cou, chez un bouil- 
leur, âgé de 18 ans. Ouverture de Tabcès, au moyen d'un 
séton ; huile de foie de morue et sous-carbonate de fer. Au 
bout d'un an environ, constitution visiblement améliorée, 
guérison de Ja carie, diminution des engorgements sous- 
maxillaires (Ânn. de la soc. de médec. d'Anvers,, mars 
18A6). 

Lebert a beaucoup à se louer de l'emploi de l'huile de 
morue contre la carie. « Le changement qui s'opérait, dit- 
il, après quelques semaines de son emploi, a été souvent si 
manifeste qu'on ne pouvait pas y voir l'effet d'une simple 
coïncidence. » C'est dans la carie des extrémités articulai- 
res des os, plutôt que dans celle du milieu des os longs et 
des os plats qu'il en a obtenu les résultats les plus avan- 
tageux. Elle est, selon lui, peu efficace dans la carie ver- 
tébrale, et à peu près sans action sur la nécrose. Il admi- 
nistre ce médicament pendant plusieurs mois de suite, et 
ordinairement à k dose de 15 grammes matin et soir (op. 
^t,p. S46-649). 

Jules Létuvé, àgéde S ans, portait, lorsque je le vis pour 
la première fois, le 45 octobre 1855, une carie des os du 
tarse : la face d'orsale du pied droit était gonflée, rouge, 
doulonreuse, percée de trois ouvertures fistuleuses, d'où 
suintait un pus ichoreux |très>abondant. La maladie durait 
depuis un an et avait réduit le malade à un grand état de 
maigreur et de faiblesse. Je le mis à l'usage de l'huile de 
foie de morue, à la dose de deux cttillerées à café par jour. 
Dès le 28 octobre, il y avait déjà amélioration notable de 
letat général et de la maladie locale, et la guérison était 
complète après un traitement de deux mois et demi. 

8 



86 LIVRE n. 

Des faits analogues^àceux qae nous venons de rapporter, 
ont été publiés par Koop, Osius (Med.ann.^ t. vi), Habne- 
krodt, TortualjSourzac (Journ. des conn. médic, i84Si), 
Krehel(Schmidt Jahrb, 4 8 49), ?eisch (op. cîY.),Denobele 
[Bull, de la soc. de méd. de Gand, /54 J), Daumerie [Jour. 
de la soc. cfes se. médic. et nat. de Bruxelles, iSil], 
Boddaert [Ann. de la soc. de méd. de Gand, 4842), Van- 
Nuffel [Ann. de la soc. des se. médic. et nat. de Malirm, 
i842), Flaschoen [Journ. de méd. et de chir. prat., t. xix), 
et par une foule d'autres praticiens. 



§111. 

ENGOKGEUERTS GLANDULAIRES. 

Les effets curatifs de Thuile de foie de morue, dans les 
engorgements scrophuleux, sont loin d'être aussi avanta- 
geux que dans la plupart des autres formes de l'affection 
strumeuse. Cette différence tient, selon nous, à ce que ces 
prétendus engorgements glandulaires, au lieu d'être de 
simples adénites scrophuleuses, sont bien souvent de na- 
ture tuberculeuse. En effet, si l'on doit s'en rapporter au 
témoignage de Lebert, Guersant et d'autres observateurs 
distingués, ce que l'on décrit comme une affection scrophu- 
leuse des glandes lymphatiques n'est, le plus souvent, 
qu'une tuberculisation^'de ces glandes. 

Au reste, plusieurs praticiens prônent les bons effets de 
l'huile de morue dans le traitement de la maladie qui nous 
occupe. 

Quelle confiance peut-on accorder au témoignage de 
Ruef qui regarde l'huile de morue comme une espèce de 



CHAPITRE II. 



87 



spécifique des scrophuies? Il ne cite, à Tappui de son opi- 
nion, qu'âne observation, assez incomplète, dans laquelle il 
dit avoir guéri , dans l'espace d'un mois, à l'aide de ce mé- 
dicament , un enfant , de neuf ans , ayant le cou farci de 
glandes indurées, dont quelques-unes étaient déjà ulcérées 
(Arch. de méd. de Strasbourg, 1837). 

Panck, médecin de Fhôpital des orphelins de Moscou, a 
obtenu les meilleurs résultats de l'emploi de cette substance 
dans plusieurs cas d'engorgements des ganglions lympha- 
tiques du cou, des aines et de diverses autres régions du 
corps. Plusieurs de ces cas avaient résisté à l'emploi des 
préparations iodées (Zeilschrift gesammite medic.; juillet 
1842). 

Au rapport de Stapleton, une jeune fille, de onze ans, 
avait à la pactie latérale du cou un grand nombre de glan- 
des engorgées. Elle prit 60 onces d'huile, dans l'espace de 
deux mois environ. Au bout de ce temps, il y avait une 
grande diminution dans le volume des glandes engorgées. 
A cette époque, on suspendit le traitement, pour cause d'in- 
docilité de la malade, pour le reprendre un mois et demi 
après. Elle prit encore 20 onces d'huile, et fut parfaite- 
nient guérie [BulL de la soc. de médec, de Gand, 1842 y 
p. ISS). 

Vingtrinier, médecin en chef des prisons de Rouen, a 
été témoin des résultats avantageux produits par l'huile de 
foie de morue dans certains cas d'engorgements des glandes 
sous-maxillaires et du cou. Dans d'autres cas, il n en a 
obtenu aucun résultat avantageux [Jour, des cbnn. médic.j 
juin 4842). 

Graves a vu disparaître assez promplement, à l'aide du 
même traitement, un cas d'engorgement des ganglions cer- 
vicaux [Schmidt, Jahrb, 4846, p. 16). 



88 iIVRB II. 

Bennel a obtenu, de l'emploi de ce médicament, les résul- 
tats les plus satisfaisants dans le gonflement des amygda** 
les, chez les enfants scrophuleux. Il cite le cas d'une jeune 
fille qui fut guérie, en trois mois, à l'aide de ce moyen, 
d'un engorgement chronique "des amygdales qui avait ré- 
sisté, pendant deux ans, aux préparations iodées et à d'aa- 
très moyens employés. D'après Bennet, les tumeurs gan- 
glionaii-es du cou disparaissent également sous l'influence 
du même remède (Monthlyjour. ofmed. sc.^ 4847). 

il faut n'accepter qu'avec réserve le témoignage du D^ 
De Jongh (op. cit) qui prétend que l'huile de foie de mo- 
rue, bien que lente dans ses effets, est infailliblement salu- 
taire dans le traitement de la maladie qui nous occupe. 

Qui oserait compter sur l'emploi exclusif de l'huile de 
morue à l'extérieur dans une affection aussi rebelle que 
celle dont il est question? Cependant, plusieurs praticiens, 
au nombre desquels il faut compter Rosch (Casper's wa- 
chenschrift, i84 /), Kopp (Denkwiirdigheitenderàrtzliche 
Praxis^ Bd. IF, 4 83 9) y Veiel (Die neueren Arzndmittel, 
4 8 40, p. 6S4), ont recommandé ce mode d'administra- 
tion. Le premier fait frictionner la partie malade avec de 
l'huile tiède, le second avec un mélange d'huile et de fiel de 
bœuf, et le troisième y fait appliquer des cataplasmes pré- 
parés avec de la farine associée à uri jaune d'œuf et à une 
cuillerée d'huile de foie de morue. 

Pour ma part, j'ai peu à me louer de cette substance, 
dans le traitement de la maladie qui nous occupe, Touto^ 
fois, j'ai recfleilli quelques faits à l'appui de son efficacité, 
dans ce cas. 

Edouard Menu, âgé de 19 ans, d'une constitution émi- 
nemment serophuleuse, porte, depuis si^ semaines, à la pa?^ 



CHAPITRE 11. 89 

lie latérale du cou, une tumeur dure, bosselée, immobile, 
indolente, de la grosseur d'un œuf de poule, sans change- 
ment de couleur à la peau. Je conseille Thuile de foie de 
morue à Tintérieur, à la dose de 2 cuillerées par jour, et 
Tapplication externe de feuilles de noyer cuites, sur la tu- 
meur. Ce traitement est continué pendant quatre mois. 
Au bout de ce temps, la tumeur n'a plus guère que la 
grosseur d un gland. Depuis lors, l'engorgement glandu- 
laire est demeuré stationnaire, malgré la continuation du 
traitement. 

A. Vaucamps, âgé de 46 ans, d une constitution stru- 
meuse et ayant au cou des cicatrices de scrophules, por- 
tait, sous la mâchoire inférieure, une tumeur dure, indo- 
lente, sans changement de couleur à la peau, de la grosseur 
d une bonne noix. La maladie avait commencé à se déve- 
lopper un an auparavant. J'eus recours à l'huile de foie de 
morue, à la dose de deux cuillerées par jour. Au bout d'un 
mois, la tumeur était réduite presque de moitié, et au bout 
de deux mois elle égalait à peine le volume d'une noisette. 
Depuis lors, j'ai perdu le malade de vue. 

A. Clercain, âgé de 13 ans, d'une constitution éminem- 
ment scrophuleuse, portait, sous la mâchoire inférieure, 
un engorgement glandulaire du volume d'un œuf de pigeon, 
environ. Des croûtes épaisses d'impétigo recouvraient le 
nez, la lèvre supérieure et une partie du menton. L'huile 
de foie de morue fut administrée, à l'intérieur, d'abord à la 
dose d'une cuillerée, puis de deux cuillerées à bouche par 
jour. On fit, soir et matin, des onctions sur l'éruption cuta- 
née avec la même substance. Au bout de 45 jours, il y 
avait déjà une diminution notable de l'engorgement glan- 
dulaire, et l'impétigo avait complètement disparu. Après 



90 LIVRC II. 

un traitement de six semaines, il restait à peine quelques 
traces de la tumeur. 

Nous venons de citer quelques faits en faveur de Teffica- 
cite de Thuile de foie de morue dans le traitement des ea- 
gorgements glandulaires, faisons voir, maintenant, le revers 
de la médaille, en signalant les effets peu avantageux qu'il 
a produits, entre les mains de quelques praticiens. 

Brefeld (op. cit.) et Stoeber [Gaz. médic. de Strasbourg, 
484^1 , p. /) avouent que l'huile de foie de morue ne pro- 
duit pas, dans les engorgements glandulaires, dés effets 
aussi avantageux que les préparations iodées. Stoeber va 
même jusqu'à dire que son action est nulle, dans ce cas. 

Taufflieb a administré ce médicament à un grand nom- 
bre de malades atteints d'engorgements scrophuleux, de 
diverse nature, et avec peu de succès. Toutefois, il Ta vu 
produire de bons effets dans les ganglites très-chroniques, 
qui se sont terminées par suppuration et par l'ulcération de 
la peau [loc. cit.j p. 48). 

Lebert n'a jamais obtenu de résultat bien positif de rem- 
ploi de ce médicament contre les tubercules glandulaires. 
« Tout en améliorant quelquefois, dit-il, les compjications, 
et notamment celles du côté du système osseux, il n'influe 
ni sur la résorption des tubercules à l'état cru, ni sur leur 
élimination à l'état de ramollissement, ni sur la cicatrisa- 
tion des ulcères tuberculeux [ouv. cité, p. 4S4). 



CHAPITRE II. 91 

§iv. 

AECÈS SGHOPBULÈDX. 

Ces atbcès ont fréquemment lieu chez les individus dont 
la constitution est flasque, lymphatique, souvent scrophu- 
leuse et cacochyme. On les voit succéder tantôt à une 
inflammation manifeste, mais très-lente dans sa marche, 
tantôt à un engorgement qui n'offre aucun. des caractères 
de l'inflammation. Dans la généralité des cas, il convient 
d'ouvrir ces abcès, lorsqu'ils sont arrivés à leur maturité; 
mais cela ne suflît pas, et l'essentiel, ici, est d'obtenir le re- 
coUenîent des parois du Foyer, d'arrêter la suppuration, et 
de prévenir la formation de nouveaux abcès. On peut espé- 
rer d'arriver à ces résultats en administrant l'huile de foie 
de morue, substance éminemment réparatrice, capable de 
modifier la constitution et, par suite, de faire cesser toute 
manifestation locale qui n'en est qu'un symptôme. 

Taulïlieb loue l'efiicacité de cette huile dans le traitement 
de l'affection qui nous occupe : 

Un enfant, âgé de six semaines, un peu scrophuleux, 
porte, vers la partie supérieure de ravânl-bras,une tumeur 
assez considérable, molle, fluctuante, paraissant assez dou- 
loureuse au toucher. Cette tumeur est ouverte au moyen 
d'un bistouri. Peu de temps, après, formation de nouveaux 
abcès à la région cervicale, dont l'un se vide spontanément, 
el l'autre est ouvert par l'instrument tranchant. Quelques 
mois plus tard, apparition à la fesse de plusieurs ulcéra- 
lions scrophuleuses. Pansement avec cérat de Goulard, 
associé à une faible dosQ d'onguent gris mitigé avec de 



92 LIVRE II. 

i'axonge. Huile de foie de morue, à la dose de 2 à 3 cuille- 
rées à café par jour. Guérison parfaite au bout de plusieurs 
mois (op. cit., p. SO). 

Mareska s'est également bien trouvé de l'emploi de ce 
médicament dans le traitement de la maladie qui noas 
occupe (Ânn. de la soc. de méd. de Gand, 184 4 ,p. 205]. 

§v. 

t'LCÈRES SCROPBDLBUX. 

Ces ulcères proviennent, chez les individus d'une consti- 
tution strumeuse, soit d'une irritation physique ou chi- 
mique entièrement étrangère à la diatbèse scrophuleuse 
(Lepelletier), soit des abcès scrophuleux, des adénites de 
même nature, des arthrites, périostites ou ostéites qui se 
terminent par suppuration et par carie (Guersant). Enfin, 
on les voit quelquefois se développer sous la seule influence 
d'une constitution strumeuse. Ces ulcères sont, générale- 
ment, indolents, souvent arrondis, irréguliers, à bords dé- 
collés, amincis, à fond grisâtre, inégal, fongeux, à suppu- 
ration séreuse, séro-purulente, sanieuse. 

Cette afiTection cède difficilement à l'emploi des moyens 
extérieurs; c'est pourquoi, il convient de lui opposer des 
moyens internes capables de modifier la constitution vicieuse 
des malades ;el l'on conçoit, dès lors, combien l'huile de foie 
de morue peut être avantageuse, dans cette circonstance. 

Brefeld prétend avoir obtenu les meilleurs effets de l'em- 
ploi extérieur de l'huile de foie de morue, associée au sous- 
acétate de plomb, dans les ulcères scrophuleux, qui succè- 



GlUPITRii II. §3 

dent à h suppuration des ganglions lymphatiques. (Voir le 
formulaire). 

Stapleton cite le fait d'un enfant, de six ans, portant un 
ulcère scrophuleux au bras droit, qui fut guéri, en quatre 
semaines, par Thuile de foie de morue, à la dose d'une once 
par jour (Bull, de la soe, de méd. de Gand, 4842). 

De Jongh affirme que l'huile de foie de morue, à l'inté- 
rieur joint à son usage à l'extérieur, lui a toujours donné les 
meilleurs résultats dans le traitement des ulcères scrophu-- 
phuleux (foc. cit., p. 486). D'autres praticiens, tels que 
Klenckeet Furstenberg, se Jouent, également, de l'emploi de 
ce moyen dans le traitement de la maladie qui nous occupe. 

Lebert, au contraire, lui conteste toute action spéciale 
sur cette forme de scrophules. « Elle ne convient, dit4l, 
que lorsqu'il existe des complications avec des affections du 
système osseux ou des articulations ; quelquefois ce moyen 
est utile aussi pour améliorer le mauvais état de la santé 
générale; mais lorsque celui-ci dépend d'une suppuration 
copieuse et habituelle, nous donnons la préférence aux pré- 
parations de quinquina » [ouv. cité, p. 302). 

§ VI. 

OPHTHALMIE SCROPHCLEVSE. 

La conjonctivite, qui survient chez les individus scrophu- 
leux, présente un cachet particulier, qu'il serait difficile de 
méconnaître. L'existence de cette affection, chez les indivi- 
dus d'une constitution strumeuse, chez ceux, surtout,' qui 
présentent déjà d'autres symptômes de la maladie scrophu- 
leuse, son siège ordinaire, au bord des paupières ou sur 



94 LIVRE II. 

la coDJoDctive oculaire, son opiniâtreté, ses fréquentes in- 
termissions, la photopbobie qui l'accompagne, la présence 
de phlyctènes ou de pustules, au bord de la cornée, sont les 
principaux signes qui font reconnaître rophthalmie scro- 
pbuleuse. 

Avant tout, dans le traitement de cette affection, il faat 
s'attacher à combattre, par un traitement local approprié, 
les accidents qui se développent pendant sa période aiguë. 
Assurément, l'on commettrait une grande faute si l'on s'en 
tenait uniquement, dans ce cas, au traitement général, 
modificateur de la constitution (1). Secourez d'abord l'or- 
gane, vous modifierez ensuite la constitution par les moyens 
anti-scrophuleux les plus efficaces. L'huile de foie de mo- 
rue peut très-bien remplir cette dernière indication. !Nous 
en appelons, sur ce point, à l'expérience clinique. 

Schûtte, un des premiers, a expérimenté l'huile de foie 
de morue dans l'ophthalmie scrophuleuse. Il prétend avoir 
guéri en dix jours, à l'aide de ce médicament, un cas de 
blépharophthalraie avec violente photophobie (Jïorn'5 aHh, 
fur med. Erfahrung, i824, p. 79-92). 

Brefeld prétend avoir obtenu les résultats les plus satis- 
faisants de l'emploi externe de celle substance contre l'oph- 
thalmie scrophuleuse avec photophobie. S'il faut en croire 
le praticien allemand, ce médicament a plus d'efficacité 
dans l'ophthalmie chronique que dans l'ophthalmie aiguë. 
Sur douze individus soumis à l'usage de ce remède, dix ont 
été complètement guéris. Dans les deux autres cas, une 
inflammation érysipélateuse des paupières a fait inlerrom- 

(\) Ce traitement ne peut convenir alors, à calise de la lenteur avec laquelle 
il agit. 



CHAPITRE II. 9S 

pre le traitement. La méthole de Brefeld consiste à frotter, 
deux ou trois fois par jour, le bord des paupières avec un 
pinceau ou avec une plunoe trempés dans l'huile de foie de 
morue. Ce praticien prévient qu'il ne faut pas s'en laisser 
imposer par le mode d'action de cette médication dont le 
premier effet est de provoquer une congestion plus ou moins 
forte de la conjonctive {op, cit.). 

Ce remède s'est également montré efficace, entre les 
mains de Piffard , de BrignoUes, dans deux cas d'ophthal- 
mie scrophuleuse des plus graves (Bull, de thérap., mai 
1840). 

D'après Busch, l'huile de foie de morue, employée seu- 
lement à rintérieur , suffit pour combattre l'ophthalmie et 
améliorer la constitution entière. Il n'est pas nécessaire de 
remployer localement, ni même de recourir à aucun autre 
moyen externe [fFurtemb. med. correspondentz hlait, 
BdxX ^OjuilL 4840). 

L'huile de foie de morue a, selon Stoeber, une action 
trop lente pour être d'un grand secours dans le traitement 
immédiat de l'ophthalmie scrophuleuse ; mais son usage 
prolongé modifie la constitution et empêche les récidives 
du mal local. Toutefois, lorsqu'on peut arrêter la marche 
de la maladie ou seulement diminuer son intensité par des 
remèdes locaux, on fait bien^ selon lui, de recourir de 
prime abord à l'huile de foie de morue, quand son usage 
est indiqué, par l'état général du malade et par d'autres 
symptômes. Il en est de même dans les cas où la maladie 
a été vainement combattue par d'autres remèdes. C'est 
ainsi qu'il a guéri, à l'aide de ce moyen, un garçon, de huit 
ans, atteint d'une kératite scrophuleuse qui avait résisté à 
tous les moyens anti-scrophuleux , qu'on lui avait opposés 
(Annal, d'oculistiqtie, mai 484i). 



96 LIYM XI. 

Beonel est parvenu, à l'aide du même moyen /à amélio- 
rer sensibiement l'état d'un malade atteint de xérc^thal- 
mie avec cécité complète d'un œil et cécité partielle de 
l'autre. 11 cite un cas de kératite chronique/ avec pannus 
vasculaire et cécité d'un œil, qui a cédé à l'usage de ceUô 
substance, employée à l'extérieur pendant deux mois. 11 
signale les effets salutaires produits par ce médicament 
dans un cas d'ophthalmiescrophuleuse, accompagnée d'ul- 
oères et de taies de la cornée, qui avait résisté, pendant 4 
9ns, à tous les remèdes employés [oper. oU). 

Ammon affirme que ce médicament a produit, entre ses 
.iftains, les résultats les plus heureux dans un grand nom- 
bre de cas de conjonctivites de la cornée, qui menaçaient 
de dégénérer en pannus et avaient été traitées en vain par 
des praticiens du plus grand mérite (Zeitschrift fur oph- 
tfmlmotogie Bd^ Heft 3) . 

Panck, de Moscou, vante l'efficacité de l'huile de morne 
dans l'ophthalmie scrophuleuse. Il résulte de ses observa- 
tions, que ce médicament ne produit d'heureux effets que 
dans les opbthalmies de nature torpide (1) [Cunier, Reo, 
aphthalm.^t.S). 

Lombard, dans un rapport fait, en 1845^ à la société 
helvétique d'histoire naturelle, sur les résultats obtenus de 
l'huile de foie de morue par les praticiens suisses, affirme 
que l'ophthalmie est une des formes de la maladie scropfiu* 
leuse qui cède le plus promptement à l'emploi de ce remède 
{Lebert). 

(4) Il enteodpar là sans doute lés ophthalmies qui se développent chez des 
sujets très-lymphatiques, à constitution struniei:se indolente et dont les symp- 
tômes ont une marche et une allure tout §i fait lente, peu active, totalement en 
harmonie avec Tindolescence constitutionnelle des individus. {Cunier}. 



CHAMTM II. d7 

Taafflieb a expérimemlé rhdile de foie de morae sur en- 
viron 70 malades, atteints d'ophlhalmie scrophuleuse à tous 
les degrés, et dans la plupart des cas, il a obtenu les résul- 
tats les plus avantageux. Ce médecin préoccupé de cette 
idée que ce médicament n'agit qu'au bout de plusieurs se- 
maines, de plusieurs mois, et sachant qu'une ophthalmie 
de ce genre peut amener en peu de jours des accidents ir- 
réparables, il n'a pas cm pouvoir se dispenser d'employer, 
concurrennment avec le traitement huileux, les remèdes 
locaux, généralement employés dans d'autres ophthalmies. 
Au reste, voici comme Taufflieb explique dans quelle me- 
sure chacune de ces médications a pu contribuer à produire 
ces résultats avantageux : « Lorsque l'ophthalmie était ré- 
cente et aiguë, le^ traitement direct ou local a bien souvent 
suffi pour modérer et même pour arrêter le travail inflam- 
matoire. Dans ces cas, l'amélioration a eu lieu avant que 
Vaction de l'huile de foie de morue ait eu le temps de se 
produire. Mais ilti'en a pas été ainsi lorsque la maladie 
arait duré depuis quelque temps, lorsque la santé du ma- 
lade était notablement détériorée, soit par de longues souf- 
frances, soit parla privation de l'air et de la lumière, soit 
enfin parles progrès naturels de la maladie scrophuleuse. 
Dans ces cas, l'on n'obtenait qu'une amélioration passagère, 
ou bien Tophthalmie résistait avec une opiniâtreté déses- 
pérante à l'emploi des moyens les plus rationnels. Ce fut 
îilors que Taction bienfaisante d'un traitement gérféral par 
l'huile de foie de morue devenait très-manifeste. Cette ac- 
t;ion se faisait surtout sentir par une amélioration frappante 
de l'état général des malades. Cette amélioration fut ordi- 
nairement suivie de la disparition lente et graduelle des 
symptômes d'ophthalmie contre lesquels divers moyens 



••0 LIVRE H* 

Kopp cooiiitoeol I efficacité de œ moyen dans le traitefoeDt 
d» la maladie qui iious occape. 



§vm, 

Ltcc«««aéE. 

Si! (st œrtaÎD ^ la leucorrhée dqwode 
irnni' «u oait^cs dcbiiiUAtes, n'esl-il pas oatvrcl de croire 
ao« L s. rofihuir poisse loi dooner oaîssaBoe ? Ea e0et, 
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X 



CHAPITRE II, 99 

cas, produire une amélioration notable, mais d'une manière 
très-lente et graduelle. Dans aucun cas il n*a observéTac- 
tioii prompte de ce médicament sur la photophobie, qui a 
été signalée par plusieurs praticiens. Dans presque la moi- 
tié des cas, elle ne lui a paru produire aucun effet appré- 
ciable, quelconque, sur la marche et les symptômes de la 
maladie. 

Pour ce qui me concerne, je puis affirmer que Thuilede 
foie de morue m'a procuré des succès non douteux dans 
plusieurs cas d'ophthalmie scrophuleuse. J'ai été, surtout, 
frappé de la rapidité avec laquelle cette substance fait quel- 
quefois disparaître la photophobie, qui est le symptôme 
prédominant de cette affection. J'ai vu, bien des fois, des 
enfants auxquels il était impossible d'écarter les paupières 
sans leur faire jeter les hauts cris, ouvrir les yeux et pou- 
voir se livrer aux amusements de leur âge après un traite- 
ment huileux de 4, 6, 8 ou 10 jours. 

§Vll. 

OTUKKIiÉË. 

L otorrhée n'est pas une maladie très-rare chez les scro- 
phuleux. Ce n'est qu'un symptôme des inflammations 
chroniques des différentes parties de l'oreille interne. On 
Ta vu quelquefois céder à l'emploi de l'huile de foie de 
morue. 

Leberl affirme que cette huile, et les bains salés iodés 
sont les deux moyens dont il a obtenu les meilleurs résul- 
tats dans l'otorrhée des scrophuleux (op. cit.^p. 3 S 9). 

D'autres praticiens, tels que Bennett, Galama , Haas et 



100 LIVRE lU 

Kopp confirment I efficacité da œ moyen dsns le iraitefneai 
de la maladie qui nous occupe. 



§V1II. 

S'il est certain que la leucorrhée dépende fréquem- 
ment de causes débilitantes, n'esl-il pas naturel de croire 
que la scropbule puisse lui donner naissance ? £o eifet, 
plusieurs praticiens ont remarqué que celte maladie est 
fréquemment sous la dépendance de la diathèse scropbu* 
Içuse. Selle regarde les fleurs blanches comme-une maladie 
scrophuleuse. Lepelletier n'ose pas avancer que tous les 
fl^x leucorrbéiques ^soient de nature iilrumeuse, notais il b6 
craint pd3 d'avancer qu'iJs ne le soient, dans la généralité 
des cas (Traité de la maladie scrophuleme). 

Le professeur Majolin [Cours de pathologie chir.^p. 8) 
pense que la maladie scrophuleuse agit fréquemment sur 
les organes génitaux, surtout chez les jeunes filles, où elle 
détermine la leucorrhée. 

Pour ma part, j'ai fréquemment remarqué la liaison 
qui existe entre cette ailection et laconslilution strumeuse. 

Si celte liaison existe, comme on n'en peut douter, faut- 
il donc s'étonner si quelques praticiens ont cherché dans 
l'huile de foie de morue un remède pour combattre cette 
maladie ? 

Galama signale les bons effets qu'il a obtenus de ce mé- 
dicament chez une jeune fille, de 12 ans, atteinte delen^ 
corrhée [Ferhamdeling over levertraan, door />' Galama, 
Utrecht/4832]. 



cËÀPïtRE II, : , :\\ i:'îÎ!î/: 

De Jongh a vu Thuile de foie de morue produire les ré- 
sultats les plus avantageux chez des jeunes filles, de cons- 
titution scrophuleuse, atteintes de la maladie qui nous 
occupe. Cette huile lui a, surtout, réussi dans un cas de 
fleurs blanches, qui durait depuis nombre d'années et avait 
été vainement combattu par tous les remède^ employés. 

§IX. 

AHÉNORHHèe. 

C'est un fait certain que Tabsencè de la menstruation est 
quelquefois sous la dépendance de la diathèse scrophu- 
leuse. Il est également reconnu qu'une cause débilitante, 
quelconque, telle que Thabitation des lieux bas, humides, 
sombres, marécageux, une alimentation insuffisante, peu 
réparatrice, des évacuations excessives etc., peuvent don- 
ner lieu à l'aménorrhée. Pourquoi dans de telles circons- 
tances où, de l'aveu des praticiens les plus éclairés, le 
principal traitement consiste à fortifier, par une alimen- 
tation réparatrice et des médicaments toniques, pourquoi, 
dis-je, une substance aussi éminemment réparatrice que 
Thuile dé foie de morue ne serait-elle pas indiquée ?vll le 
faut donc pas être surpris si plusieurs praticiens ont cher- 
ché dans celte huile un remède pour combattre l'affection 
qui nous occupe. 

Schenck a vu, dans un cas, la menstruation reparaître 
sous l'influencé de ce médicament. De Jongh rapporte 
qu'une jeune fille, de 17 ans, portant des tumeurs scrophu- 
leuses au cou et dont les règles étaient en retard, vit ses 
menstrues reparaître après avoir fait usage de l'huile de foie 
de morue, pendant 23 jours. 



LIVRE II. 

Reisler a fréquemment observé que le flux menstruel 
augmentait sous riofluence de ce moyen (Trousseau). 

§x.. 

SURDITÉ. 



La surdité est quelquefois ie résultat d'une aSectioD 
scrophuleuse siégeant soit dans les parties molles, soit 
dans les parties dures de l'appareil auditif. Tout porte à ] 
croire que c'est dans des cas de surdité de cette nature qae 
l'huile de foie de morue a produit des résultats avantageux, 
entre les mains de Brefeld et de Galama (loc. citi). Le pre- 
mier prétend en avoir obtenu des -résultats avantageux 
dans un cas de surdité complète, des deux oreilles, qui 
durait depuis six mois ; le second dans un cas de surdité, 
d'une oreille, qui datait de sept mois. 



§XL 

AFFECTIONS CUTANËRS DITERSBS. 

Plusieurs affections de la peau, et notamment reczema 
chronique, Timpétigo et le lupus sont fréquemment sous la 
dépendance de la diathèse scrophuleuse. Il y a quelque 
chose de particulier, de spécial dans les éruptions cutanées 
qui surviennent chez les scrophuleux; comme il y a quel- 
que chose de spécial dans celles qui apparaissent sous rio' 
fluence du virus syphilitique. Alibert [Monograp. desder- 
mat.) range les affections de la peau qui surviennent chez 
les scrophuleux dans un groupe, à part, qu'il désigne sx)us le 



CHAPITRE I. 103 

nom de dermatoses strumeuses. Rayer a remarqué que 
noD-seuIement certaines diathèses modifient l'expression de 
quelques maladies de la peau, mais qu'elles prédisposent 
éminemment au développement de plusieurs d'entre elles, 
« J'ai quelquefois remarqué, dit ce dermalologiste célèbre, 
que les enfants scrophuleux aux lèvres épaisses, à la tète en 
forme de calbasse, étaient souvent atteints d'eczéma impé- 
ligineux de la face et du cuir chevelu, à l'époque de la pre- 
mière dentition : ils sont quelquefois affectés de lupus fort 
rebelles à l'âge de sept ans et à l'époque de la puberté » 
(Traité théorique et pratique des maladies de la peau, p. 
30). Gibert considère la scrophule et la syphilis comme une 
source fréquente de maladies de la peau (Manuel des mala- 
dies de la peau^ p. /7). 

Un dermatologiste très-distingué, Baumes^ chirurgien en 
chef de l'irospice de l'Antiquaille de Lyon, dit que c'est un 
fait connu et apprécié depuis très-longtemps, que les affec- 
tions de la peau ne sont bien souvent qu'une manifestation 
de l'influence exercée sur l'économie par l'une des diathèses 
syphilitique, scrophuleuse, cancéreuse ou scorbutique, et 
que, par conséquent, pour guérir ces affections, il faut, 
avant tout, détruire la diathèse d'où elles émanent (Nouv. 
dermatologie, t, i). 

Fuchs prétend que les affections de la peau, chez les 
scrophuleux, présentent des caractères spécifiques et doi-^ 
vent être rangées dans une famille à part, qu'il désigne sous 
le nom de scrophuloses. Lebert, dans un ouvrage cou^ 
ronné par VÀcadémie impériale de médecine de Paris, 
affirme que les dermatoses chez les scrophuleux quoique 
n'offrant rien dé tout à fait spécifique dans leur aspect 
local, sont cependant loin d'être, dans ce cas, des affections 



104 LIVRE tl. 

idiopathiqiies purement locales, et doivent être considé- 
rées, bien plutôt, comme l'expression d'une disposition gé- 
nérale et constitutionnelle. 

Concluons que si les affections de la pead sont fréquem- 
ment, et en réalité sous Tinfluence de la constilutioD siru- 
meuse, il est permis d'avancer que nous possédons dans 
Thuile de foie de morue un remède puissant pour les com- 
battre. 

Au reste, ici, comme ailleurs, nous faisons bon marché 
de la théorie, et nous en appelons à l'expérience clinique, 
juge en dernier ressort. 

Guérard signale l'utilité de l'huile de foie de morue 
contre les dermatoses scrophuleuses. Il affirme que l'appli^ 
cation extérieure de cette substance hii a parfaitement 
réussi dans un cas de teigne faveuse, qui avait résisté pen- 
dant longtemps à son usage intérieur (De Jongh). — Mar- 
shall-Hall a été témoin des bons effets de ce médicament 
dans l'eczéma, l'impétigo et les rhagades {London med. 
gaz., sept. 48S2). 

Richlér a expérirtienlé Thuile de foie de moriie, sur une 
grande échelle, dans le traitement des dermatoses chroni- 
ques, surtout dans les exanthèmes chroniques produits par 
un mauvais traitement de la gale, par l'abus du mercure et 
autres causes morbiques. Ce remède lui a procuré, dit-il, 
des résultats très-favorables "et parfois très*brillants, sinon 
toujours, du moins, dans un grand nombre de cas. Chez un 
certain nombre de malades ce médicament s'est borné à 
circonscrire le mal et à le rendre stationnaire. Chez d'au- 
tres, notamment chez ceux dont l'affection était entretenue 
par la pléthore abdominale, des hémorrhoïdes, des mala-^ 
dies du foie, il n'a produit aucun résultat avantageux. 



CBAPITRE I. 105 

Rîehter administrait i'huiie à rintériear, à la dose de 
6 à 8 onces par jour. Il n*a point expérimenté ce moyen à 
rextérieur; maïs il pense, toutefois, qu'il vaudrait bien la 
peine de tenter quelques expériences, afin de déterminer 
san degré d'utilité, employé de cette manière, surtout sous 
forme de savon [Mediein. Zeiiung, ^833, n. S€). 

L*usage externe de Thuile de foie de morne signalé, 
pour la première fois, par Guérard comme étant un re- 
mède eiBcace contre la teigne faveuse, a été fortement 
recommandé par Brefeld, dans le traitement des affections 
CQtences qui se développent sous Tinfluenee de la diathése 
scrophulease. S'il faut en croire ce praticien, l'huile em- 
ployée à rîDtérieur n'aurait aucune action sur ces affeo- 
lions. 

Brefeld a vu céder très-promptement à l'usage de ce mé- 
dicament, alors que son emploi intérieur était resté sans 
effet, des croûtes dites laiteuses qui, selon lui, forment la 
transition de l'exanthème véritablement scrophuleux; les 
exanthèmes que l'on observe sur le cuir chevelu des enfant» 
do premier âge, et qui envahissent souvent même toute la 
face, la teigne faveuse, et enfin l'exanthème scrophuleux 
qui survient dans toutes les parties du corps. Brefeld n 
observé, toutefois, que l'usage de l'huile, soit interne soit 
externe, était sans action contre la teigne dite maligne, hé- 
réditaire ou contagieuse, comme il l'est dans tout exan- 
thème psorique ou syphilitique (op. cit.). 

Brach (Dierbach Die neuesten Entdeckungen inder 
fMi. med., Bd. III) a vu disparaRre, comme par enchan- 
tement, des engelures et des éruptions cutanées scrophu- 
leuses par des frictions faites, trois à cinq fois par jour, 
avec un liniment préparé avec une partie de liqueur 



106 LIVRE II. 

ammontaqae caustiqae et deux parties d'haiie de foie de 
morue. 

HauflF cite le cas d'une dartre squammeuse humide qui, 
après avoir résisté avec opiniâtreté à tous les remèdes em- 
ployés, fut avantageusement combattue par des applica- 
jUons extérieures d'huile de foie de morue [fFuriemh, Cor- 
resp. BkM., 1857, Bd. 8). 

Schenck s'est bien trouvé de l'huile de foie de morue 
dans une affection rebelle de la peau^qui avait son siège au 
visage. Il s'agit d'un maître d'école qui portait à la face une 
éruption dartreuse qui la recouvrait, comme d'un masque, 
et la rendait extrêmement hideuse. La maladie remontait.à 
ane douzaine d'années et avait été vainement combattue par 
les mercuriaux, l'étiops antimonial , la douce-amère etc. 
Schenck le mit à l'usage de l'huile de foie de morue, à la 
dose de. trois cuillerées à bouche par jour. Â.u bout de sept 
semaines de traitement l'amélioration était notable, et sa 
guérison était complète au bout de quatre mois [Hufelanii 
journ., mars 4839). 

Koop, de Hanau, cite un cas de dartre d'une très-grande 
étendue, et accompagnée de démangeaisons et de douleurs 
insupportables, qui fut avantageusement combattu par 
Tusage, tant interne qu'externe, de l'huile de foie de morue 
(De Jongh). Leder a vu, à la clinique de Bresleau, plu- 
sieurs affections cutanées, et entre autres, un cas d'herpès 
exedens céder à l'usage de ce médicament (Diss. de oleo 
jecoris aselli). 

Veiel a fréquemment obtenu de bons résultats de l'emploi 
de l'huile de foie de morue dans le traitement des derma- 
toses chroniques. Toutefois, il avoue que cette substance ne 
lai a pas réussi dans deux cas de dartre [Die neuem Arz- 
neimittel, 1840, p. 6S4). 



CHAPITRE 11. i07 

Osias prétend que ce remède lui a réussi dans plusieurs 
affections cutanées qu'il désigne sous les noms de : tinea, 
capitis henigna, crusta lactea, herpès scrophulosus nasi, 
acné punetata^ porrigo favosa, scabies cachectica, elephan- 
tiasis tuberculosa (Schmidt Jahbr., 184 /). 

Bennet, professeur à l'Université d'Edimbourg, a obtenu 
les résultats les plus avantageux de l'emploi, tant interne 
qu'externe, de l'huile de foie de tporue dans le traitement 
des affections cutanées. Au rapport de ce praticien, l'ec- 
zéma chronique et l'eczéma impetiginodes, et surtout le 
favus céderaient très-promptement à lusage de ce moyen. 
c( Le favus, dit Bennet, est très-commun à Edimbourg. On 
le guérit très-facilement par la méthode suivante : \^ faire 
tomber les croûtes et nettoyer le cuir chevelu à l'aide d'ap- 
plications émollientes; 2^ couper les cheveux; 3® oindre la 
tête avec de l'huile et la tenir constamment couverle d'une 
calotte de taffetas ciré ou de gutta-percba, dans le but de ia 
mettre à l'abri de l'air atmosphérique et d'arrêter le déve- 
loppement des champignons parasites qui constituent la 
maladie; ¥ à l'intérieur, usage de l'huile de foie de morue 
et des autres î^ntî-scrophuleux, régime tonique. La guéri- 
son est ordinairement complète au bout de six semaines » 
(Edimburg med, journ.). 

Cless, de Stuttgard, a vu l'usage interne de l'huile de 
foie de morue joint à son usage externe, produire les résul- 
tats les plus avantageux chez deux individus, de constitution 
slrumeuse, atteints d'impétigo grave du visage et du cuir 
chevelu, qui avait résisté à un traitement local [Wurtem- 
herg, Corresp. Blatt., 1842). 

Oschner a guéri, par des onctions huileuses, un eczéma, 
qui avait son siège à la main {Klencke). Hartmann (Berli- 



t08 LIVRE 11. 

ner wed. Zeit., 4842^ p. 677) et Koll (SacM repert., 
Jahrb, 4847, p. 348) ont également éprouvé les boas 
effets de 1 usage exteroe de l'huile de morue dans plu- 
sieurs afléctions de la peau, surtout dans les diverses espè- 
ces de Ifeigne. 

Haas a obtenu les résultats les plus avantageux de l'huile 
de foie de morue dans le traitement des dermatoses scro- 
phuleuses. Il rejette comme nuisible Temploi exclusif de ce 
médicament à lexlérieur, et conseille de ne recourir à ce 
mode d'emploi que lorsque son usage interne à déjà amené 
des résultats avantageux (Algemeine med. Centralzeitungj 
p. 770). 

Bauer, de Tubingue, qui admet que la plupart des affec- 
tions cutanées sont- associées à une diathèse scrophuleiise, 
a guéri, à l'aide de ce méflicamcnt, deux cas de dartres qui 
avaient résisté pendant longtemps aux remèdes les plus 
énergiques (Ann. de la soc, deméd, de Gand, août 48S0). 

De Jongh a guéri à Taide de la même substance, em- 
ployée tant à rintérieur qu'à Textérieur, un garçon, de 14 
ans^ d une constitution éminemment scrophuleuse, atteint, 
depuis dix ans, d une dartre squammeuse humide (eczéma 
chronique) qui avait son siège dans ie creux des deux ge- 
noux et fournissait une matière séreuse et acre, souvent si 
abondante que les compresses en étaient traversées. 

De Jongh admet, contrairement à l'opinion de Brefeld, 
que l'usage externe de ce médicament, dans les dermatoses 
scrophuleuses^ est puissamment secondé par son usage » 
rintérieur. 11 pense, avec Klencke et Rôsch , qu'employé 
seulement à Textérieur contre les exanthèmes chroniques, 
il peut causer des répercussions dangereuses vers les orga- 
nes vitaux {ope7\ cit., p. 494). 



CHAPITRE II. 109 

Graves, de Dublin, s'est bien trouvé de l'huile de foie de 
morue dans plusieurs cas de sycosis menti, d'impétigo et 
de psoriasis qui étaient sous la dépendance d'une constitu- 
tion scrophuleuse. Il cite le cas d'un jeune prêtre atteint de 
psoriasis labialis, qui s'enflammait de temps en temps et 
se couvrait de croûtes épidermiques, qui fut parfaitement 
guéri en deux mois, à l'aide de ce moyen [Rognetta, Ann. 
de thérap. méd. et chir, etc.). 

Banks, médecin irlandais, a vu, chez une jeune fille de 
13 ans, tous les symptômes de Tichtyose céder à lusage, 
tant interne qu'externe, de Fhuile de foie de morue joint 
à une alimentation restaurante. La peau, chez cette lille, 
était extrêmement rugueuse et présentait l'apparence des 
écailles de poisson, et l'épiderme, épaissi, rappelait, sur- 
tout au niveau du genou, l'aspect des pattes de poulet 
(Dublin quart, journ. ofmed., axrût iSSO). 

Taufflieb a combattu, par l'usage interne de ce médica- 
ment, plusieurs cas d'impétigo et de favus contre lesquels 
une foule de remèdes divers avaient échoué. D'après le pra- 
ticien de Bar, l'huile réussit, surtout dans les dermatoses 
chroniques, chez les individus mal nourris, scrophuleux, 
d'une constitution détériorée; elle ne produit aucun bien, et 
peut même devenir nuisible dans des conditions opposées 
(toc. cit., p. SS). 

David [Canada joum., i8S5) fait les plus grands élo- 
ges de l'usage externe de l'huile de morue, dans le traite- 
ment des affections cutanées chroniques. Ce médecin au 
lieu d'entrer dans quelques détails sur les faits particuliers, 
qu'il a observés, se contente, presque toujours, d'en présen- 
ter le simple résultat. Toutefois, ces résultats sont formulés 
eu des termes tels qu'il serait bien difficile de ne pas les 

40 



ÏIO LIVRÉ II. 

prendre en très-sérieuse considération. II prétend avoir 
guéri, d'une manière rapide, quelquefois en 4 ou 5 jourj, 
par Tusage externe de ce médicament, plus de vitrgt cas de 
dartres du cuih cîievelu, dont la plupart avaient résisté à 
tous les moyens employés. Le même traiièmewt lui a égstle^ 
ment réussi dans un grand nombre de cas de teigne, et 
dans d'autres affections de la peau. 

Un homme était atteint d'un psoriasis invétéré, qui avait 
envahi la plus grande partie du co'rps. La maladie exislait 
depuis trois ans, et avait été vainement combattue par tous 
les moyens employés. David conseilla de tenir les parties 
malades continuellement imprégnées d'huîle. Au bout de 
trois semaines, Tamélioration était considérable, et la gué- 
rison fut opérée en sept semaines. 

Un ami de ce médecin, le D"" Arnoldi, rapporte que là 
même médication lui à mefVeîîlëùseYnenl réussi dàfes m 
cas de brûlure des plus graves, oôctrpanft'tifîe gï^àlfiMie partie 
du dos. Là cicatrisation feut liefa, fen très-peu de temps, 
sans suppuration ni retrait de la feicatrîce. BeS pr6fticie»â, 
qui ont été témoins de cette guéHsôh, ont cJéclaré Je résul- 
tat tout à fait sdrprenarit. Le praticien américain s'est éga- 
lement bien trouvé de ce thiyyen û^tt^'des c&s de ôongéla- 
lion et d*érysipèle léger. ' 

Plouvier cite le cas d'un homme, de âS ans, hé d'an 
père scrophùllsttx fet d'un« mère qui av&it miccombé à la 
phthisie, <|ui firt guéri, en quatï^é mois, à l'aide ^dèrhmle 
de morue, â'ùbe datrtrë isquantfîtrôïdequ'il portait à la face, 
depuis son cdfance, et qtii avait i^ésiSté mx pTépàratioûs 
iodées et à une. foule d'autres moyens. Ajprès sSiguérison, 
il revint au sein de sa famille, qui lè reconnut à peitie, tant 
sa figure était embellie (/. de ifhéd., de ehir. et dephar- 



GH4PITRIS II. 111 

mac., ptêbl. par la so/ç. des se. méd. et nat. de Brux., 
nov. i8S4yp. 4i0). 

Aucun médecin, qqe je sache, n'a poussé aussi loin 
remploi extérieur de Thuile de foie de rnorue que le profes- 
seur Malmstein ; et certes, les résultats qu*il a obtenus sont 
bieq de nature à fixer Tattention des praticiens. Ce prati- 
cien fait de Thuile Ijrqne de morue la base d« son traite- 
ment dans rin^pétigo, Feca^çma, le pityriasis, le psoriasis, 
le lupus, les ulcères rebelles, les chancres phagédéni- 
ques, etc. Voici comment il procède dans Teraploi de ce 
moyen : si la peau est envahie sur une grande surface, le 
malade doit rester au lit et pratiquer, deux fois le jour, des 
frictions huileuses sur toute l'étendue de la surface cuta- 
née, ou au moins sur la partie lésée. Autant que possible, 
le malade ne doit point changer de liqge, pendant toute la 
durée du traitement^ de manière à ce qtji'il soit, pea(}ant tout 
ce temps, comme plongé dans up bain d'huile. Si la maladie 
est locale, il suffit d'y ç^ppliquer une flanelle imbibée d'huile 
qu'on recouvre ensuite d une toile cirée. En général, il est 
recommandé au malade de prendre deux bains alcalins par 
semaine [Gaz. méd. etRev. thérap. du Midi). 

Behrend recommande contre les plaques nombreuses 
d'eczéma, qui couvrent souvent la faee,des enfants, lemploi 
du mélange suivant : Huile de foie de morue 15 gram- 
lûes; oarbonçite de soude. 2 grammes (Bull, de théap., 
30 sept. 48S7): 

Depuis une douzaine d'années, j'ai eu de fréquentes 
occasions d'observer les bons eiïets de l'huile de foie de 
Diorue dans le traitement des affections cutanées. Je me 
suis souvent borné à son application à l'extérieur. J'ai, sur- 
vol, beaucoup employé cette; mpthode chez les enfants d^s 



112 LIVRE II. 

écoles gardiennes, de Tournai ; et les religieuses de cet éta- 
blissement, auxquelles les onctions huileuses étaient cod- 
fiées,onl été, bien souvent, émerveillées de la promptitude 
de leur eiScacité. 

Ce traitement m'a surtout réussi dans Timpétigo chro- 
nique du cuir chevelu, connu vulgairement sous le nom de 
galons, et qui se montre; presque toujours, à la partie pos- 
térieure de la tète. J'ai également obtenu des résultats 
avantageux de cette substance dans l'impétigo figurata, 
dans Teczema et dans d'autres affections de la peau. 

Dans les affections de la peau qui durent depuis long- 
temps, comme dans celles qui dépendent, bien évidem- 
ment, d'une diathèse scrophuleuse, j'emploie Thuile de foie 
de morue à l'intérieur, de concert avec son emploi à l'exté- 
rieur; surtout, depuis que j'ai appris, par ma propre expé- 
rience, les inconvénients attachés, dans ces sortes de cas, 
à une médication exclusivement externe. En effet, faites 
disparaître par des topiques, seulement, si vous le pouvez, 
une affection de la peau qui est sous la dépendance de la 
diathèse strumeuse ou de toute autre diathèse; brûlez ou 
extirpez, pour être plus sûr du résultat, la partie contami- 
née; vous n'aurez rien gagné, et la même affection ou une 
affection analogue reparaîtra soit dans son siège primitif, 
soit ailleurs. Tout récemment encore, j'ai été témoin du 
fait suivant, que je rapporte d'autant plus volontiers qu'il 
dépose à la fois et de l'efficacité de l'huile de foie de morue, 
en application extérieure, dans le traitement des affections 
de la peau, et de l'extrême prudence avec laquelle il faut 
procéder dans le traitement des affections de cette nature. 
Une couturière, âgée de 16 ans, non réglée, d'une con- 
stitution scrophuleuse était atteinte, depuis un an environ, 



CHAPITRE II. 



H3 



d'une affection cutanée [impétigo sparsa) caractérisée par 
des croûtes rugueuses, épaisses, de couleur jaunâtre, du 
diamètre de deux lignes environ, irrégulièrement dissémi- 
nées à la partie inférieure des jambes. Je conseillai Tusage, 
tant interne qu'externe, de l'huile de morue; mais comme 
l'ingestion de cette substance inspirait beaucoup de répu- 
gnance au malade, on s^ borna à son administration à l'ex- 
térieur. Au bout de deux mois, l'éruption cutanée avait dis- 
paru; mais elle fut remplacée par une toux sèche, revenant 
surtout la nuit. Peu à peu, tous les symptômes de la phthi- 
sies se sont manifestés, et la malade a fini par succomber, 
à cette affection, environ huit mois après la disparition de 
l'impétigo. 

Faut-il chercher dans la guérison de l'affection cutanée, 
à l'aide d'un traitement huileux à l'extérieur, l'unique 
cause de cette fâcheuse catastrophe? On ne peut faire que 
des conjectures là-dessus. Toutefois, il est rationnel de 
penser que cette médication a beaucoup contribué au déve- 
loppement de la maladie. 

J'ai tenté l'usage externe de l'huile de foie de morue, 
d'après la méthode de Bennet, dans quelques cas de teigne 
faveuse ; mais je n'en ai obtenu aucun résultat avantageux. 
Je dois dire, pourtant, pour rendre hommage à la vérité, 
que l'indocilité des malades ne m'a presque jamais permis 
de poursuivre le traitement, aussi longtemps que je l'eusse 
désiré. 

Je dois à la vérité de dire que plusieurs praticiens n'ont 
pas eu beaucoup à se louer de l'huile de foie de morue, 
dans le traitement des affections qui nous occupent. Lebert, 
entre autres, affirme que ce médicament, si utile dans d'au- 
tres formes de scrophules, lui a été peu avantageux dans 
le traitement des dermatoses. 



114 LIVRE II. 



§XI1 



Presque tous les auteurs, qui ont écrit sur les affec- 
tions cutanées, s'accordent à regawler le lupus comme on 
symptôme, une manifestation de la diathèse slrumeuse. 
« C'est, dit Alibert, dans une existence déjà empoisonnée 
par quelque vice héréditaire que resthiomène(Lwpw5) prend 
naissance ; ainsi des éléments morbides se mêlent assez 
communément à la constitution de notre être; une sorte 
dïdiosyncrasie scrophuleuse se décèle presque toujours 
chez les individus atteints de cette funeste maladie» [Mo- 
nogr.des dermatoses^ t. 2^ p. 434), Il est hors de doute, 
d'après Lebert, que cette affection se rencontre de préfé- 
rence chez les scrophuleux(7VaîY^ praf. desmalad. scroph. 
ettuberc.yp. 212). Devergie va plus loin, et il prétend 
que tout lupus est lié à une constitution scrophuleuse plus 
ou moins prononcée [Journ. de méd. et de chir, prat, 
juillet 1848). Pour mon compte, je puis affirnier que, 
depuis trente ans que j exerce la médecine, je n'ai guère 
observé cette affection que sur des sujets scroph uleux. 

Au reste, cette maladie est, sans contredit, Tune des 
plus graves et des plus rebelles, parmi les affection? de la 
peau. Quelle que soit la forme sous laquelle elle se présente, 
elle constitue une maladie toujours fâcheuse, souvent ter- 
rible dans ses résultats. De tous les remèdes qu'on a pro- 
posés pour la combattre, il n'en est aucun dont lefficacité 
soit bien établie. Dans ces derniers temps, plusieurs prati- 
ciens, parlant de cette idée que le lupus est une manifesta- 



CHAPITRE II. 115 

tion de la diathèse strameuse, ont cherché à lui opposer 
rhuile de foie de morue. N^us allons voir jusqu'à quel 
point ils ont réussi dans cette tentative, et si Texpérience 
clinique a ratifié les prévisions de la théorie. 

Un médecin allemand, le D^ MûUer, a, le premier, signalé 
les bons effets de l'huile de foie de morue dans le traitement 
du lupus. Dans les deux cas où il fit usage de ce moyen, il 
en obtint les résultats les plus heureux. Dans le premier, il 
s'agit d'une dartre rongeante qui avait envahi toute la face, 
et contre laquelle les médications antiscrophuleuses les plus 
diverses avaient complètement échoué. Dans l'autre, le 
mal était non moins grave et avait envahi le nez et la face, 
où il avait fait de grands ravages. Dans les deux cas, la 
maladie avait son point de départ dans' la diathèse scro- 
fh\ileuse{Hanctt)uch iïberdie krankheiten der haut nach- 
tiàge, scite i4). 

Peut-on s'en rapporter au témoignage de Hauff qui affir- 
me que l'emploi extérieur de cette huile lui aurait parfaite- 
ment réussi dans un cas de dartre rongeante, rebelle à tous 
les moyens employés ? [Wurtemh, correspondenz blatt^ 
1837). 

Stens a vu disparaître, sous l'influence de ce médica- 
ment, administré d'abord à la dose de deux, puis de cinq 
cuillerées par jour, de concert avec sdn emploi à l'exté- 
rieur, un lupus qui avait envahi une grande partie de la 
face, chez un enfant, de 43 ans, d'une constitution scro- 
phuleuse. La maladie existait depuis huit années, et avait 
été vainement combattue par les remèdes les plus divers 
[op. cit. ^ p. 48). 

Gibert est parvenu a l'aide de l'huile de foie de rftorue, 
administrée à l'intérieur et à l'extérieur pendant une année 



116 IIVRE II. 

et au-delà, à guérir une jeune fille, de 20 ans, atteinte de 
lupus au visage, avec des abcès scrophuleux au cou, carie 
à la pommette et tumeur blanche de l'articulation radio- 
carpienne. La maladie avait résisté, pendant de longues an- 
nées, aux moyens les plus accrédités en pareil cas, tels que 
les préparations d'iode, la cautérisation avec le nitrateacide 
de mercure, etc. (Rev. méd.^ 4844,p.329). 

Kalt emploie, depuis onze ans, et avec les résultats les 
plus avantageux, l'huile de foie de morue contre toute es- 
pèce de lupus. Il débute par une cuillerée ordinaire par 
jour. Cette dose est augmentée d'une cuillerée par semaine, 
jusqu'à la neuvième semaine, époque à laquelle il en dimi- 
nue la dose d'une cuillerée par semaine, jusqu'à ce qu'il 
soit revenu à la dose primitive. Si alors le remède n'a point 
amené une guérison complète, ce qui est très-rare, suivant 
lui, il en fait continuer l'usage à la dose de deux ou trois 
cuillerées par jour, jusqu'à parfaite guérison (Rh. Monat. 
SchrdhenJI, 9,4848). 

Dévergie a beaucoup employé contre le lupus l'huile de 
foie de morue seule et indépendamment de tout moyen ex- 
terne, sauf les bains généraux. Il n'hésite pas à regarder 
ce médicament comme le plus efficace de tous les moyens 
employés pour combattre cette affection. Il a produit des 
résultats tellement avantageux, entre ses mains, qu'à partir 
du moment ou il a été mis en usage par quelques-uns de 
ses malades, de l'hôpital S*. -Louis, les autres l'ont succes- 
sivement prié de vouloir leur prescrire ce remède. L'huile 
brune de foie de morue est celle à laquelle il a eu constam- 
ment recours. Sa méthode consiste à l'administrer en assez 
fortes doses : commençant par une cuillerée à bouche ma- 
tin et soir, il augmente d'une cuillerée tous les deux ou 



CHAPITRE II. 117 

trois jours, de manière à arriver le plus tôt possible au 
maximum de la dose, qui est de douze à quatorze cuille- 
rées à bouche par jour. Ce n'est guère qua celte dose, s'il 
faut en croire le médecin de l'hôpital S^Louis, qu'on en 
obtient réellement des eflFets bien marqués. « On sera 
d'abord eflFrayé, dit Devergie, de la quantité d'huile que 
les malades doivent prendre pour obtenir une guéri- 
son, quand d'une part on songera à l'odeur repoussante de 
ce médicament, et lorsque j'ajouterai que pour obtenir une 
guérison, il faut faire usage du remède de trois à six mois 
et quelquefois plus : tout dépend de la date du lupus. Mais 
si l'on réfléchit que c'est le seul moyen qui ait guéri à lui 
seul; que depuis huit ans je suis pas à pas les effets des 
diverses médications préconisées pour combattre cette af- 
fection, et qu'aujourd'hui j'emploie l'huile de foie de morue 
d'une manière générale de préférence à tout autre moyen, 
le médecin insistera sur son usage, et saura donner à ses 
malades tout le courage qu'il leur faut pour avaler soit le 
matin, soit le soir un très-grand verre d'huile. » (J. de 
méd. et de chir. prat., Juillet 4848). 

Emery, médecin de l'hôpital S*.-Louis, cite de nom- 
breuses observations en faveur de l'efficacité de ce médi- 
cament, dans le traitement du lupus. Sur 74 individus 
atteints de ce mal, 28 seraient sortis de ses salles complè- 
tement guéris, et entre autres un homme, de trente-deux 
ans, chez lequel la maladie datait de 20 ans. Les autres, 
sans être guéris, auraient obtenu un amendement notable, 
dans leur état. Emery administre ce médicament à une 
dose énorme. (1 commence par une dose de 5 onces par 
jour, puis il arrive progressivement à celle de 15 à 20 on- 
ces et au-delà. Selon le plus ou le moins de gravité du mal, 



iiS LIVRE H. 

$00 traitement dure de deul mois à uo an (Rev. médko- 
chir., (wùi 4848). 

Joberl, chirargien de l'hôpital S^ -Louis, a aussi tenté 
Tusage de celte huile dans le traitement de la maladie qui 
nous occupe. Il a vu letat. des malades, s'améliorer soas 
son influence ; mais les résultats qu'il en a obtenus ne lui 
ont pas paru assez concluants pour persister dan$ sq^ 
usage, du moins comme remède unique [Fàbre, Bïbliot. 
du méd. prat., t. xiv). 

Cazenavedit que le lupu& n'est point une affection ex- 
clusivement locale qu'on doive traiter par des remède3 pu- 
rement locaux. A ses yeux, le traitement général doit 
constituer la base de la iBédication. U a vu des malade 
guérir par la seule influence de l'huile de foie de morue et 
l'iodure de potassium (/îw, din., i8S0, p. 2S6). 

Tierlinck» professeur à l'université de Gand, a publié, 
dans les Àtmales de la société de médecim de Gand [oQVt 
i8ëO, octobre et novembre /5^/), plusieurs cas degué- 
rison de lupus, obtenus à l'aide de l'huile de morue, à dose^ 
élevées. En voici la substance : 

Un homme, de 38 ans, d'une constitution éminemment 
scrophuleuse, portait un lupus qui avait envahi le nez. Les 
ailes, la moitié de la cloison, et la lèvre supérieure, à sa 
partie médiane, étaient détruites. La maladie remontait à 
plus de dix ans. Elle fut entièrement guérie au bout de trois 
mois et demi, à Taide de l'huile de foie de morue, donnée 
d'abord à la dose de quatre onces, puis, progressivement, 
à celle de six, huit, seize, vingt-quatre, trente-deux onces 
par jour. On joignit à ce traitement une alimentation sub- 
stantielle, et Ton fit loucher, tous les jours, l'ulcère avec la 
teinture d'iode. 



GftAPIfilE II. 119 

(In <mvt4efrde fabrique, âgé de 17 ans, d une constil»^ 
lion scrophàlectôe, alteint d'un lapas qui occupe l'aile gau- 
che dâ fiez et la joue du même côté, entre à l'hôpital civil 
de'Ga^, le S févi4or 1850, où il est placé dans le service 
du ))iN>f6ssefût Tierlinck. 11 en sort le 20 mai, complète- 
ment guéri par Thuile de morue, administrée comme il 
vient d être dit. 

Tierlinck a encore guéri, à Taide du même médicament, 
un homme, de 23 ans, atteint, depuis plusieurs années, 
d'iin lupus dès plus graves et des mieux caractérisés, qui 
avait envahi la partie supérieure du sternum, le bord delà 
mâchoire inférieure, la partie latérale et postérieure du cou 
et la joue gauche. Cet individu a ingéré 265 livres d'huile, 
depuis le 6 décembre 1850, époque de son entrée à Thôpi- 
tal, jusqu'au 13 juillet 1851, époque de sa sortie. 

Mareska, médecin de la maison de force, de Gand^ pro- 
fesseur à l'Ciniversité de la même ville, a guéri par Tbuile 
de foi^ de tnotue, à la dose ordinaire (2 à 3 cuillerées par 
jour), un forçaft atteint d'un lopus qui avait détruit les pau- 
pières, les joues, le nez et avait envahi les deux côtés da 
cou et une partie de la poitrine. Le malade, qui était un 
objet d'horreur pour ses compagnons, tant sa vue était re- 
pouâiiatlte, ^liit été traité dans plusieurs hôpitaux, où il 
avait es$a*yé, en vain, tous les remèdes généralement em- 
ployés en pareil cas, tels que la cautérisation, les prépara- 
lions iodurées, la teinture arsenicale de Fowler elc (Àroh. 
belges ^ wêêec. miHt.]. 

Le professeur Hebra a iraité, en 1853, à TMpital de 
Vienne, 43 individus atteints de lupus. Chez les uns la »mi- 
ladie paraissait bien évidemment liée à une syphilis congés 
îiitaie, 'Chez les autres à la diathèse scrophuleuse» Chez les 



120 LIVRE II. 

malades de la première catégorie, le traitement antivéné- 
rien produisit de bons effets. Chez les seconds Hebra obtint 
les résultats les plus avantageux de l'huile de foie de morue, 
à la dose de deux à huit cuillerées par jour, et de l'emploi de 
la cautérisation avec la pierre infernale [Zeitschrift d. k, 
GesdL d. Aerzte zuwien 1834^ X]. 

Sur les 43 cas traités par Hebra, 28 furent guéris, 13 
hommes et 15 femmes. Ce sont là, sans contredit, de fort 
beaux résultats, bien dignes, sans doute, de fixer l'atten- 
tion des praticiens ! 11 est fâcheux, toutefois, que le profes- 
seur, de Vienne, ne nous dise pas combien il a guéri de 
malades par les antisyphilitiques ei combien, par l'huile de 
foie de morue. J'ajouterai qu'ayant associé la cautérisation 
à l'emploi interne de l'huile de morue, il nous laisse dans 
l'incertitude sur la part exacte qui revient à cette dernière 
substance dans les résultats obtenus. 

Valérius, médecin à Arlon, cite trois cas de lupus avan- 
tageusement combattus par l'huile de foie de morue, ad- 
ministrée à la dose de quatre à trente cuillerées à bouche 
par jour, et associée à l'iodure de fer et à d'autres médi- 
caments. Valérius prétend, nous sommes loin de partager 
cette manière de voir, que l'huile de foie de morue ne 
sui&t à elle seule pour combattre le lupus que lorsque la 
maladie est dégagée de toute complication, c'est-à-dire, 
qu'il n'existe ni chloro-anémie ni état scrophuleux pro- 
noncé [Ann. de la soc. de méd. de Gand,janv. 48S6). 

Au reste, les observations de Valérius, assez intéressan- 
tes d'ailleurs, n'ont qy'une valeur restreinte si on les con- 
sidère par rapport aux conclusions qu'on en peut tirer- 
relativement à. l'action, thérapeutique de l'huile de foie de 
morue, attendu que cette dernière substance n'ayant, dans 



CHAPITRE II. 121 

ancnn des cas rapportés, par le médecin d'Arlon, été ad- 
ministrée seule, mais associée à d'autres médicaments, il 
serait difficile de lui assigner la part qui lui revient, dans 
les succès obtenus* 

Taufflieb a eu l'occasion d'administrer l'huile de foie de 
morue à trois individus atteints de lupus. Voici un résumé 
des observations qu'il a publiées : 

1® Lupus ayant détruit une partie de l'aile du nez d'un 
côté, chez un garçon, de 14 ans, éminemment scrophuleux. 
Hnile de foie de morue, onctions avec une pommade au 
précipité rouge ; amélioration assez rapide, guérison pres- 
que complète, lorsque Taufflieb vit le malade, pour la der- 
m'ère fois. 

2® Lupus tuberculeux du visage, qui dure depuis plu- 
sieurs années, chez une femme, de 68 ans. Huile de foie de 
morue, à la dose de 8 à 10 cuillerées par jour, onctions 
avec l'huile de cade. Amélioration très-marquée au bout 
de trois mois, et qui fait espérer que la malade guérira com- 
plètement (1). 

3^ Lupus avec hypertrophie, ayant détruit une partie du 
nez, envahi les deux lèvres et une partie de la joue, chez 
une fille, de'12 ans. L'huile administrée, pendant deux 
ans, à la dose de 8 cuillerées par jour, n'a produit qu'une 
légère amélioration. Le traitement a été irrégulièrement 
suivi (ouv, cité, p. S7]. 

Nous venons de soumettre à une analyse consciencieuse 
les principaux faits, que la science possède, sur l'action 
thérapeutique de l'huile de foie de morue, dans le traite- 
ment du lupus; il nous reste, maintenant, à faire connaître 



(-f) Elle étail encore en traitement, quand Taufilieb a publié ses observations. 

44 



122 LIVRE II. 

le résultat de nos propres observations, sur l'emploi de ce 
moyen dans le traitement de cette affection. 

La nommée Florine Verskel, âgée de 24 ans, d'une con- 
stitution scrophuleuse, portait à la face un lupus, qui avait dé- 
truit une grande partie du nez et s'étendait à la joue gauche. 
La maladie durait depuis neuf ans, et avait été combattue, 
en yain, par les remèdes les plus variés. Je la mis à l'usage 
de riiuile de foie de morue, d'abord à la dose de deux, puis 
de quïjtre cuillerées à bouche par jour; je fis pratiquer, en 
même temps, des onctions sur la partie malade, avec la 
même substance. Au bout de deux mois, il y avait déjà un 
amendement notable dans l'état du malade, et après un 
traitement de six mois, la guérison était achevée. J'ai pu 
m'assurer, plus tard, que la guérison avait été solide. 

J'ai connu un campagnard, d'une trentaine d'années; 
d'une constitution éminemment scrophuleuse, portant à la 
face un lupus, qui s'étendait aux joues et avait détruit une 
grande partie du nez. La maladie existait depuis de longues 
années, et avait résisté à tous les remèdes employés. Un 
médecin, de l'armée, le soumit à l'usage de Thuile de foie 
de morue. Après un traitement de six mois, son état s'était 
beaucoup amélioré; mais il lui survint alors un tel dégoût, 
pour cette substance, qu'il lui fut impossible d'en con- 
tinuer l'usage. Depuis lors, la maladie a continué ses 
ravages. 

Une fille, de 29 ans, d'une constitution scrophuleuse, 
portait un lupus serpigineux, qui avait envahi le nez, la 
joue gauche et une partie du cou. La maladie avait débuté 
vers l'âge de 17 à 18 ans, et avait été longtemps et inutile- 
ment combattue par les médications les plus variées. Ce fat 
alors, qu'en désespoir de cause, la malade se décida, 



CHAPITRE II. 123 

d'après le conseil d une dame, à prendre de l'huile de foie 
morue, à la dose de trois petits verres à liqueur par jour. 
Sous rinfluence de ce traitement, la maladie diminua gra- 
duellement, et au bout de quatre mois, elle était entière- 
ment disparue. Toutefois, afin de prévenir le retour du 
mal, l'usage du remède fut encore continué pendant trois 
ou quatre mois. Depuis douze ans, cette guérison ne s'est 
point démentie. 

Louise Menu, âgée de 40 ans, d'une constitution émi- 
nemment scropbuleuse, était affectée d'un lupus serpi- 
gineux, qui avait envahi une grande partie de la joue 
gauche. La maladie existait depuis dix ans, et avait résisté 
à tous les moyens employés. Je lui prescrivis l'huile de foie 
de morue, à la dose de 2 cuillerées par jour.. Sous l'in- 
fluence de ce traitement, la maladie diminua graduelle- 
ment, et la guérison fut complète au bout de sept mois. 

Une femme, de 55 ans, d'une constitution scropbuleuse, 
portait à la joue droite un lupus serpigineux (Rayer), qui 
pouvait avoir, en étendue, la grandeur de la paume de la 
main. Depuis douze ans, que la maladie existait, les remè- 
des les plus divers lui avaient été prodigués, sans succès. 
Je lui prescrivis l'huile de foie de morue, d'abord à la dose 
de deux, puis de trois cuillerées à bouche par jour. Au 
bout d'un an, la guérison était parfaite. Trois ans se sont 
écoulés, depuis l'époque où la guérison s'est opérée, sans 
que la maladie ait encore reparu . 

L'huile de foie de morue ne produit pas toujours des ré- 
sultats aussi satisfaisants, que ceux que nous venons de rap- 
porter. J'ai connu une personne, de la classe aisée, chez 
laquelle un lupus exedend, occupant le nez et les joues, n'a 
cessé de faire des progrès, rionobstant Tusage, assez pro-, 
longé, de cette huile. 



124 LIVRE II. 

J'ai employé Thuile de foie de morue, pendant long- 
temps, et sans le moindre succès, à la dose de 2 à 3 cuille- 
rées par jour, chez une femme, d'une trentaine d'années, 
d'une constitution scrophuleuse, qui était atteinte d'un 
lupus exedens, occupant le nez et une partie des joues. 
Plus tard, la malade fut admise dans un hôpital, où elle 
obtint sa guérihoh, à l'aide d'autres moyens. 



ART. II. 

RAMOLLISSEMENT DES OS. 

. §1. 

RACHITISME. 

La nature du rachitisme ne nous fournit aucune indi- 
cation relative à son traitement , puisqu'elle nous est com- 
plètement inconnue ; mais nous savons que cette maladie 
a presque toujours son origine dans des causes débilitan- 
tes, telles qu'une alimentation peu réparatrice, l'affaiblisse- 
ment produit par des maladies aiguës ou chroniques, l'ha- 
bitation dans les pays humides et froids, etc. Jules Guérip 
est parvenu à développer la- maladie chez des chiens, en les 
privant d'exercice et en les soumettant à un régime peu 
substantiel. Que faut-il conclure de là ? C'est que la pre- 
mière indication à remplir, dans le traitement du rachitisme, 
c'est de fortifier l'organisme, de ranimer les fonctions vita- 
les affaiblies. L'huile de foie de morue rempHt parfaite- 
ment cette indication. 

Van den Bosch, de Rotterdam, a été témoin des effets 
avantageux de cette huile dans plusieurs cas de rachilismei 



CHAPITRE II. 12S 

OÙ une foule d'autres remèdes avaient échoué. Il affirme 
que depuis 1817, époque à laquelle Bodet, de Dordrecht, 
IqI fit connaître les résultats avantageux qu'il en avaitoble- 
nus, il n'a pas employé d'autres remèdes, pour combattre 
celte affection (Geneeskundige tvaarnemingen^ Utrecht, 

Schenck rapporte quatre faits, des plus intéressants, en 
faveur de l'efficacité de l'huile de foie de morue contre le 
rachitisme. Un enfant, de deux ans, rachilique à un haut 
degré, fut guéri après avoir consumé 8 onces d'huile de 
foie de morue. Un autre enfani, du même âge, prit chaque 
jour trois euilterées à café de cette huile, et fut guéri après 
en avoir pris 300 grammes. Cet enfant avait pu marcher, 
dès l'âge de douze mois; mais peu après, il était devenu 
rachitique et avait perdu l'usage de ses jambes. Un troi- 
sième enfant qui avait joui d'une excellente santé la pre- 
mière aenéè de sa vie, et qui avait présenté tous les symp- 
tômes d« rachitisme dans le cours de la seconde, fut 
complètement rétabli, après avoir pris 300 grammes d'huile. 
Un garçon, de trois ans, avait pu marcher seul à la fin de 
sa première année, maiapeu après le rachis se dévia, les 
genoux se gonflèrent et il perdit L'usage de ses membres. 
Une foule de remèdes avaient été employés sans succès, 
lorsque Schenck le mit à l'usage del'huilede foie de morue, 
à la dose d'une demi cuillerée à bouche matin et soir. Sous 
Tinfluence de cette médication , l'enfant fut guéri, à cela 
près d'une légère déviation de la colonne vertébrale, après 
avoir consumé 620 grammes d'huile (Hufeland's Journ., 

Le D^ Schutte, de Riiiideroth , a également obtenu les 
résultats les plus avantageux, de l'emploi de cette huile 
contre le rachitisme [HornSyArch., 1824). 



136 LIVRE 11. 

Le D^Schraidt, de Steltin, a beaucoup insislé sur les 
avantages de l'huile de Toie de morue, dans le traitement 
de la maladie qui nous occupe. Sur 21 sujets rachitiques 
auxquels il avait administré ce médicament, à l'époque où 
il fit connaître les résultats qu'il en avait obtenus, It-) étaient 
guéris, 4 étaient en voie de guérison. Quant aux autres, 
vu letat d'amélioration où ils se trouvaient, pour le peu de 
temps qu'ils étaient à l'usage du remède, on pouvait facile- 
ment prévoir que leur guérison ne se ferait pas attendre 
(Rust Magaz., t. 3S). 

Le D"^ Fehr fait les plus grands éloges de ce médicament 
dans le traitement du rachitisme. «Ce n'est pas seulement, 
dit-il, après un changement de régime, ou à l'entrée de la 
belle saison, ou au commencement d'une période décrois- 
sance, mais bien souvent au bout d'une ou deux semaines 
que se manifeste l'efficacité frappante de ce médicament ; 
les dents souvent noires et branlantes de ces enfants, se 
nettoient et deviennent solides ; des enfants qui ne pou- 
vaient étendre les membres inférieurs et qui jetaient les 
hauts cris quand on essayait de les mettre debout, com- 
mencent à se tenir sur leurs jambes et même à marcher 
lorsqu'ils sont en âge de le faire, ou qu'ils avaient déjà 
marché auparavant ; leur digestion s'améliore, le ventre 
redevient plus souple, surtout dans la région. hépatique, la 
faim canine ou l'inappétence cessent en même temps que 
les aigreurs d'estomac ; les côtes, en quelque sorte dislor- 
dues, reprennent leur forme naturelle; la respiration de- 
vient libre et facile ; la rectitude des jambes se rétablit, 
et souvent les dents poussent promptement. » [Ferhandi 
d. Ferein. aerzlt. Gesellsch. d. Sehweitz, Zuric^ 1828, 
p. U). 



CHAPITRE II. 127 

Brefeld a traité plus de cent cas de rachitisme, h l'aide 
de l'huile de foie de morue. Il affirme que son efficacité, 
dans ce cas, est incroyable, et que presque toujours il en a 
oblenu les résultats les plus avantageux dans une foule de 
cas, où le malade était voué à une mort certaine. 11 ne con- 
naît point de contre-indication à lemploi de ce remède, si 
ce n'est une inflammation aiguë et l'agonie. Il a vu la fièvre 
hectique, la diarrhée, l'enflure du bas-ventre, la tuméfac- 
tion et le ramollissement des os, l'ébranlement des dents, 
en un mot, tou« les symptômes du rachitisme portés à un 
haut degré céder, en trois ou quatre mois, à l'usage de ce 
médicament. « Quoique, dit-il, la propreté, une sage diète 
et une bonne hygiène, et surtout des bains chauds avan- 
cent considérablement la guérison, l'action de l'huile de 
foie de poisson contre le rachitis est si puissante que, dans 
les circonstances même les plus défavorables, ce remède 
opère encore la guérison [oper. eit).- 

Bretonneau a obtenu les effets les plus remarquables de 
l'emploi de celte huile, dans le traitement de la maladie qui 
nous occupe. Ce praticien, qui ignorait entièrement tout 
ce qu'on avait publié, en Allemagne, sur reflîcacité de ce 
médicament, fut conduit, par une circonstance tout à fait 
fortuite, à tenter son emploi contre le rachitisme. Il avait 
employé sans succès une foule de remèdes chez un enfant 
rachih'que à un haut degré, lorsque le père, de cet enfant, 
qui était un négociant hollandais établi à Tours, lui raconta 
qo un autre de ses enfants, atteint de la même maladie, avait 
été guéri, en Hollande, à l'aide de l'huile de poisson, qui 
était un remède populaire dans ce pays. Bretonneau eut 
recours au même moyen, et le succès fut si incroyablement 
rapide, qu'il en fut frappé. Dès lors, il essaya le môme re- 



128 LIVRE 11. 

mède sur d'autres malades, et en obtint des succès ana- 
logues. Le praticien, de Tours, a fréquemment substitué 
Thuile de baleine à Thuile de foie de morue, et les résultats 
qu'il a obtenus ont également été avantageux (Trousseau et 
PidouXy op. cit.). 

Pruys Van der Hoeven, professeur en médecine de l'u- 
ni versi lé de Leyde, fait les plus grands éloges de l'huile de 
foie de morue contre le rachitisme. Il dil, : <c Fateor me 
nullum cognoscere medicamentum antirachiticum , quod 
cum hujus possim salubritate comparare. y>[Deartem€d., 
p. 5/7). 

Taufflieb a fréquemment observé les bons effets de cette- 
huile dans le traitement du rachitisme. « L'action curative 
de l'huile de foie de morue, dans cette maladie, dit-il, est 
réellement prodigieuse ; on voit cette huile analeptique opé- 
rer chez la plupart des malades, même chez les plus misé- 
rables, une transformation complète, une véritable résur- 
rection. «D'après ce médecin, une réaction fébrile modérée 
et une légère diarrhée n'excluent pas toujours l'usage de 
ce médicament, et on voit souvent ces symptômes disparaî- 
tre sous son influence (ouv. cit,,p. 4-2)* 

D'après Bennet [loc. cit.], les bienfaits de l'huile de foie 
de morue, dans le rachitisme, sont frappants. Suivant le 
praticien anglais, le rachitisme est compliqué de scrophu- 
les ; mais il croit, d'accord en cela avec M. J. Guérin,que 
ces deux maladies sont distinctes. 

D'après Delcour, l'huile de morue peut étr^ administjrée 
avec avantage dans toutes les périodes du rachitisnae ; mais 
elle convfent, surtout, dans celle qui est désignée, par 
J. Guérin, sous le nom de période d'incubation, et qui est. 
caractérisée par des dérangements gastro-intestinaux, le. 



CHAPITRE 11. 129 

ballonnement du ventre, des sueurs nocturnes, de la fièvre, 
delà faiblesse, de la sensibilité du système osseux, de la 
tristesse, l'altération des traits, Tafifaiblissement du système 
musculaire, etc. (Ann. de la soc. de méd.de Gand, iSâi , 
p. 169). 

Le professeur Trousseau est un de ceux qui ont le plus 
expérimenté l'huile de foie de morue contrôle rachitisme. 
«Placés depuis longtemps, dit-il, à la tête d'un hôpital 
d'enfants, nous avons bien des fois donné à des rachitiques 
l'huile de foie de morue, et souvent nous avons obtenu des 
succès dont la rapidité dépassait notre attente « [oper. cit., 

Guersant regarde cette huile comme un moyen puissant 
pour combattre le rachitisme. « J'ai vu, dit-il , les plus 
heureux effets de l'emploi de ce moyen, qui seul a amené 
des guérisons complètes avec l'association, toutefois d'un 
régime convenable » [Dict. de méd.). 

Le professeur Hauner, médecin en chef de l'hôpital des 
enfants de Munich, assure avoir administré l'huile de foie 
de morue à deux cents rachitiques, au moins, et les avoir 
tous guéris. Faisons remarquer que les moyens hygiéni- 
ques et médicamenteux qu'il employait, en même temps^ 
tels que les bains aromatiques et ferrugineux, les frictions 
sur le rachis avec le genièvre ordinaire, les lotions avec 
fe spiritus formicarum, l'administration, à rintérieur, de 
lextrait de quinquina et d'autres prépai-alions toniques 
n'ont pas été les agents principaux du traitement; car, em- 
ployés sans l'usage de l'huile, ils ne guérissaient point. 
Hauner proscrit, avec Trousseau, la viande et les légumes 
du régime des rachitiques, pour les soumettre à la diète 
lactée, asssociée à quelques substances farineuses de facile 



130 LIVRE II. 

digestioD. 11 prescritM'usage modéré de la bière ei même do 
vin aux enfants, de trois ans et au delà. 11 administre cette 
substance, à la dose de 3 à 4 cuillerées à café par jour, 
jamais davantage, aux enfants au dessous de deux ans. Il 
fait une remarque curieuse, c'est qu'elle est mieux suppor- 
tée en hiver et par un temps frais, que pendant les chaleurs 
de I été. Avant de la prescrire, il a soin de combattre, au 
préalable, les affections du tube digestif, qui pourraient 
exister [Frorieps Tagesber). 

Médecin des pauvres, depuis trente ans, dans une ville 
populeuse où le rachitisme est très-répandu, parmi les en- 
fants de classe ouvrière, j'ai pu expérimenter l'huile de foie 
de morue, sur une grande échelle, dans le traitement de lâ 
maladie qui nous occupe. Je ne finirais pas, si je devais rap- 
porter, ici, tous les cas de succès que j'en ai obtenus, dans 
les formes les plus variées du rachitisme. Pour mon compte, 
je regarde Thuile de foie de morue comme un remède puis- 
sant, héroïque contre cette affection ; et si je ne craignais 
d'être taxé d'exagération, je dirais que ce remède guérit 
aussi sûrement le rachitisme que le quinquina, la fièvre 
intermittente et le mercure, la syphilis ! 

Ce n'est point, comme on pourrait se l'imaginer, l'en- 
thousiasme qui me fait tenir un pareil langage. Je hais, 
autant que qui que ce soit, l'exagération ; mais ma convic- 
tion, sur ce point, repose sur tant de faits observes, que je 
ne puis me défendre de l'exprimer avec une certaine force. 
On ne saurait m'objecter que j'ai pu confondre d'autres 
affections avec le rachitisme*; car il faut être bien distrait, 
pour commettre une pareil erreur. En effet, y a-t-il dans 
le cadre nosologique, une affection qui soit aussi bien carac- 
lérisée que le rachitisme, surtout quand il est arrivé à sa 
période de déformation ? 



CHAPITRE II. 131 

Au nombre des praticiens, qui ont obtenu des résultats 
avantageux de Thuile de morue dans le rachitisme, on peut 
encore citer : Burry, Boucher, de Verviers. Daumerie, De 
Jongh, Galama, De Paepe, Grisolle, Hahnekrodt, Escal- 
lier, Jangken, Kopp^ Kuetner, Most, Osberghaus, Rosch^ 
Roy, Rutten^ Rheades, Stens, Steinhauser, Stapleton^ 
Petrequin et un grand nombre d'autres. 



§11. 

OSTÉOMALACIE. 

Outre le ramollissement des os, qui attaque surtout les 
enfants en bas*âge, il existe une autre espèce de ramollis- 
sement, qui survient chez les adultes, et auquel on a donné 
le nom d ostéomalacie. Cette affection paraît différer beau- 
coup du rachitisme. Toutefois, plusieurs praticiens, frap- 
pés sans doute de l'analogie qui existe entre elle et le rachi- 
tisme, ont cherché dans l'huile de foie de morue un remède 
pour la combattre; mais les auteurs sont loin d'être d'ac- 
cord sur son efficacité dans ce cas. Hahnekrodt, Puclielt et 
d'autres la regardent comme un remède avantageux, tandis 
que Knood van Helmenstreit et d'autres lui refusent toute 
espèce d'efficacité, dans ce cas. 

De Paepe, médecin belge, affirme que l'huile de foie de 
morue lui a rendu les services les plus signalés, dans plu- 
sieurs cas d'ostéomalacie, survenus chez des femmes, de la 
classe indigente, par suite de causes affaiblissantes, de toute 
nature. Chez la plupart de ces malades, le mal était arrivé à 
un tel degré, qu'il avait rendu tout mouvement impossible, 
et donné lieu à des convulsions, à des paralysies, par suite 



132 LIVRE II. 

de la compression exercée sur le bulbe rachidien (Bull, de 
la soc. de méd. de Gand, 1847 , p. 3S). 

Le professeur Trousseau a guéri, en deux mois, à l'aide 
du même médicament, une femme atteinte d'ostéomalacie, 
au plus haut degré, et qui était entièrement privée de 
lusage de ses membres. Cette femme, que le professeur, de 
Paris, a eu occasion de revoir fréquemment, a joui, dans 
la suite, d'une excellente santé [ouv. cité^ t. i, p. 284). 

Peut-on rapporter à l'ostéomalacie le cas communiqué 
par le professeur Nœgele au D^ Bennet, et dans lequel il 
s'agit d'unç femme dont la taille avait diminué, et qui éprou- 
vait, depuis quelques années, des douleurs violentes dans 
la région sacrée et à la partie inférieure du dos, et qui fut 
guérie par l'huile de foie de morue, après avoir épuisé, 
sans succès, toutes les ressources de la thérapeutique? 
[Bennett, op. dt.yp.ii). 



ARX. m. 

HUILE DE FOIE DE MOBUE DANS LES AFFECTIONS TDBERCULEUSES. 

§1 

PHTBISIE PDLUONAIRB. 

Quand on propose un remède pour combattre une mala- 
die généralement considérée comme au dessus des ressour- 
ces de l'art, il importe, avant tout, de détruire, s'il se peut, 
cette idée d'incurabilité, dont les esprits sont préoccupés. 
Sans celte précaution, on risque de ne pas être écouté, et 
de prêcher dtins le désert. Si vous ne croyez pas que la 
phthisie soit curable, comment croirez-vous à l'efficacité du 



CHAPITRE II. ,133 

remède qu'on vous propose pour la combattre? Le premier 
pas vers la guérison, c'est la foi au remède. En effet, les- 
poîr du succès peut, seul, donner au praticien la confiance 
et autoriser la persistance nécessaires dans I emploi d'une 
médication quelconque. 

C est pour ranimer cet espoir, presque éteint chez le pra- 
ticien, à l'endroit de la phthisie, que nous croyons devoir 
dire un mot de la curabilité de cette maladie. 

On peut le dire, en toute assurance, la phthisie n'est pas 
une maladie nécessairement fatale, comme malheureuse- 
ment on ne le répèle que trop souvent, surtout dans le 
monde. Cette maladie guérit, je ne dirai pas souvent, mais 
plus souvent qu'on ne pense. Tout semble venir à Tappui 
de cette vérité consolante : la théorie, l'anatomie patholo- 
gique et l'observation des malades. 

La théorie nous enseigne qu'il y a identité, ou, tout au 
moins, analogie entre les scrophules et la phthisie. S'il en 
est ainsi, et que cette dernière maladie ne soit, comme l'a 
dit Sydenham, que la scrophule du poumon, pourquoi si 
les tubercules, qui naissent au cou, aux aisselles, etc. des 
scrophuleux, sont susceptibles de guérison, il en pourrait 
être autrement des tubercules pulmonaires, qui présentent 
une organisation en tout, semblable à la leur, sont d'un 
volume moindre, et naissent au milieu de parties d'une 
activité fonctionnelle très-énergique? 

Carswell, Jennel* et Baron, après avoir fait naître des 
tubercules dans le foie d'un lapin, les ont vu disparaître, 
,par voie d'absorption et d'excrétion; mais hàtons-nous 
d'abandonner la théorie, ce guide souvent dangereux, qui, 
lors même qu'il suit la bonne voie, dépasse souvent les limi- 
tes du vrai, et cherchons, si la simple observation des faits 



184 • LIVRE 11. 

ne nous fournit pas des preuves irrécusables de la curabi- 
lité de la phlhisie ; Touverture des cadavres et l'observation 
des malades vont nous servir de guide. 

Laennec, Andral, Guersanl, Cottereau, Bricheteau, 
Albers, Gluge, Roche et Sanson et une foule d'autres 
observateurs distingués ont rencontré, sur le cadavre, des 
preuves, non équivoques, de la curabilité de.la phthisie. 

Sur septante-trois phthisiques ouverts, par Hugues Ben- 
net, à l'infirmerie d'Edimbourg, vingt-huit offraient, dans 
les poumons, beaucoup de cicatrices, smie de la fonte et 
de la disparition complète das iuhercnhs (The LoncUm and 
Edimburg journ. ofmed: se, avril iS'4S), 

Garswel, professeur d'anatomie pathologkpae à l'univer- 
sité de Londres, a souvent rencontré, sur le cadavre, des 
preuves anatomiques de l'heureuse terminaison de la mala- 
die qui nous occupe (Encyc. de méd. prat.), 

Cruveilhier et Prus ont fait, à la salpétrière,'^ de nom- 
breuses autopsies qui confirment la réalité de ce fait. Prus 
croit môme, que les cas de guérison sont infiniment plus 
frequents qu'on ne se l'imagine (B»o. mal., déc. 4837). 

« lia guérison des tubercules ou de quelques cavernes 
pulmonaires n'est certainement pas, dit Rogée [Aroh. gê- 
ner, de méd., août 1839), une chose très-rare. « Sur cent 
vieilles femmes, j'ai trouvé cinquante-une fois des concré- 
tions crétacées ou calcaire3. Or je crois avoir prouvé que 
ces concrétions étaient toujours des traces de tubercules. 
Sur ce même nombre j'ai trouvé cinq fois des cicatrices 
d'excavations tuberculeuses : en moins d'une année j'ai pu 
recueillir moi-même, en somme, dix ou douze exemples 
incontestables de ces cicatrices. » 

D'après Boudet, on trouve, sur le cadavre, des traces de 



CHAPITRE 11. 135 

r^eareuse terminaison de la pbtfiisie chez, les 9/11 de ceux 
qui meurent de quinze à septante-six ans (Rev. médic, 
sept. 4943). 

Guillot, nous apprend qu'à Bicètre, il a rencontré des 
traces incontestables d'une tuberculisation ancienne, chez 
les 4/5, au moins, des vieillards, dont il a exploré les 
poumons, après la mort. 

Sur 160 femmes ouvertes, par Beau, à la salpétrière, 
157 offraient des cicatrices caractéristiques, au sommet de 
Fun ou l'autre poumon (J. de méd. de Beau, ocl. i843]. 

Bureau-Rioffrey rapporte que, dans ses excursions, en 
différents pays, il a interrogé beaucoup de médecins, pour 
savoir d'eux, s'ils avaient quelquefois rencontré, sur le ca- 
davre, des traces de guérison de phthisie, et que presque 
tous ceux qui avaient pratiqué des dissections et des autop- 
sies, lui ont répondu par l'affirmative {Curabilité de la 
phthisie et des scraphules, P- S). 

Nous venons de constater la curabilité de la phthisie sur 
des morts, il s'agit maintenant de la constater sur des vi- 
vants. Les limites dans lesquelles nous devons nous tenir, 
ne nous permettent pas de relater, ici, même d'une manière 
abrégée, les nombreux cas de guérison authentique de cette 
maladie, recueillis, seulement, depuis l'époque où les décou- 
vertes de Laennec sont venues donner au diagnostic de la 
maladie, qui nous occupe, un degré de précision presque 
mathématique. Nous nous contenterons d'en rappeler quel- 
ques-uns, des plus remarquables. 

Laennec cite le cas d'un individu,, qui , après avoir 
éprouvé tous les symptômes d'une phthisie pulmonaire, 
parvenue au dernier degré, a parfaitement guéri, par le 
changement'd'air, et l'habitation des bords de la mer. Laeii- 



136 LIVRE II. 

nec rapporte trois autres faits analogues [De tauseuU. mé- 
diate^ etc.). 

Chomel a vu guérir, par un changement de climat, un 
phthisique qui portait une vaste caverne tuberculeuse, 
accompagnée de fièvre hectique (Lanc. franc. ^ déc, 
4836). 

Ros(an fait Thistoire de cinq phthisiques, dont quatre 
avaient des cavernes, chez lesquels l'application d'un séton, 
sur la poitrine, produisit une amélioration marquée chez 
deux d'entre eux, et une guérison complète chez les trois 
autres (/. des conn. médico-chir.^ septembre i837). 

Caizergues, doyen de la facuUé de médecine de Mont- 
pellier, rapporte qu'il s'est guéri d'une phthisie dont il était 
atteint, et il ne doute pas qu'après sa mort, on ne trouve 
dans ses poumons des traces de cicatrisation [Bureau- 
Rioffrey^ toc. cit.). 

Lallemand a vu céder, à l'usage des eaux sulfureuses, 
des phthisies parfaitement constatées, à l'aide de l'auscul- 
tation, et qui étaient accompagnées de diarrhée colliqua- 
live et de sueurs nocturnes (Lettre adressée à F Académie 
des Sciences). 

Rayer connaît, à Paris, un certain nombre de personnes 
qu'il regarde comme guéries de la phthisie [Arch. de méd., 
août i839). 

Bouillaud raconte qu'en l'espace de dix ans, il est sorti 
de son service trois ou quatre individus, chez lesquels une 
excavation tuberculeuse, bien constatée, s'est terminée par 
cicatrisation [Trait, de nosog. médic.^ t. u,p. 604). 

Debreyne a observé deux cas de guérison de la maladie, 
arrivée à sa dernière période. Au rapport du praticien dé 
la Grande-Trappe, l'un de ces malades offrait tous les 



CHAPITRE II. 137 

symptômes dont Arétée nous a tracé le tableau, tristement 
pittoresque et effrayant de vérité (ThérOfp. appL). 

Requin rapporte « qu'il a vu un cas, mais un seul cas, 
dans lequel une caverne de grande dimension, une caverne 
incontestable, impossible à méconnaître sur le vivant même, 
a été suivie d'un parfait rétablissement de la santé. ))(Elem, 
de pathoL méd.^ t. Uyp. 330). 

Amédée La tour, rédacteur en chef de Y Union médicale, 
exprime en ces termes^ son opinion sur la curabililé delà 
phthisie : « La phthisie pulmonaire n'est pas fatalement 
incurable. On ne meurt presque jamais d'une première at- 
teinte de tuberculisation ; il y a des repos, des intervalles 
pendant lesquels cette terrible exsudation tuberculeuse s'ar- 
rête; quelquefois, plus souvent qu'on ne pense, laiphthisie 
guérit toute seule ou par des circonstances qui nous échap- 
pent. Il n'est pas de praticien qui n'ait vu de ces cures 
spontanées et inattendues. Eh bien ! c'est ma conviction 
profonde, et le nombre des faits que j'ai vus maintenant est 
si considérable, qu'il m'est impossible de les regarder comme 
de pures coïncidences. » 

Il nous serait bien facile de rapporter, ici, beaucoup 
d'autres faits analogues à ceux que nous venons d'analyser ; 
mais le temps ni le lieu ne nous permettent pas, de faire de 
plus longues excursions hors de notre sujet. Nous n'avons « 
voulu, ni pu donner, ici, qu'un simple spécimen de ce que 
peut la nature et l'art, dans la guérison de la phthisie. 

Revenons, maintenant, à l'huile de foie de morue. Ce 
médicament mérite-t-il la réputation qui lui est faite par 
quelques praticiens, qui le regardent comme le meilleur 
moyen à opposer à la phthisie ? Nous laissons à l'expé- 
rience clinique le soin de répondre à cette importante ques- 



138 LIVRE II. 

lion. Disons, avant de lui accorder la parole, que cette huile 
se trouve au premier rang des substances analeptiques, 
substances qui ont été considérées, par des praticiens d un 
grand niérite, comme les meilleurs préservatifs de la phthi- 
sîe et les moyens les plus sûrs de l'étouffer, dès sa nais- 
sance : 

Salvador conseillait de combattre cette affection par une 
alimentation restaurante ; il corrigeait les sueurs nocturnes, 
en faisant manger des viandes salées, et en désaltérant les 
malades avec du vin. 

Gapper opposait à cette maladie le régime le plus res- 
taurant possible ; mais Cœlius Âurelianus, bien avant lui, 
prétendait qu il fallait incessamment fortifier les phthisi- 
ques, en leur accordant les aliments les plus restaurants. 

Roche prescrit avec avantage, aux sujets atteints de cette 
affection, les viandes rôties ou grillées, le bouillon gras et 
le vin étendu deau. Aussi, propose-t-il d'abandonner, dans 
beaucoup de cas, la méthode actuelle de traiter la phthisie 
et de recourir, comme les anciens et comme plusieurs 
grands praticiens des deux derniers siècles, à l'administra- 
tion des antiscorbutiques, du quinquina et d un régime 
restaurant (Dict. de méd, prat.]. 

Requin insiste sur la nécessité de l'alimentation analep- 
tique, et sur l'utilité des médicaments corroborants, dans 
le traitement de la phthisie (PathoL médic, t. ii,p. 539\ 

Kolkmann, un des premiers, a fait usage de l'huile de 
foie de morue contre la phthisie pulmonaire; mais d'après 
la description qu'il donne, d'un cas où ce médicament lui 
aurait réussi, on est porté à croire qu'il s'est trompé, et 
qu'il a pris pour un cas de phthisie, un cas d'asthme, ac- 
compagné de douleurs rhumatismales de la poitrine et du 
dos [Hufeland's journ., 1824, p. 424). 



CHAPITRE II. 139 

Galama a signalé Tefficacité de cette substance dans un 
cas de phlhisie pulmonaire, dont Texistence semblait tenir 
à une diathèse scrophuleuse (oper. cit). 

Richter affirme que Thuile de foie de morue lui a pro- 
curé des succès, dans des cas où la présence des tubercules, 
dans les poumons, lui a paru bien constatée [Ferein-Zd" 
tmg, i83S, nr 26). 

Brefeld conseille, fortement, Tusage de ce médicament 
dans tous les cas de phthisie pulmonaire, liés à une diathèse 
scrophiileuse. Il affirme que, dans de pareilles circonstan- 
ces, il en a obtenu, plus d'une fois, tes résultats les plus 
avantageux ; mais il faut se garder d'accorder trop d'im- 
portance aux observations de Brefeld, attendu que, chez 
plusieurs malades qui en sont le sujet, il n'a pu constater 
l'existence de la phthisie, d'une manière bien évidente^ et 
que, d'ailleurs, l'huile n'a point été administrée seule, mais, 
concurremment, avec d'autres médicaments [oper. cit. ^ p. 
136). 

Kopp a éprouvé les bons effets de ce médicament dans 
des cas de tuberculisation pulmonaire, qui étaient sous la 
dépendance de la diathèse scrophuleuse [Potempa, De oleo 
jecoris dselli). 

Le professeur Alexander, d'Utrecht, rend compte, dans 
le journal de Hufeland [Bd. lxxxvi, st. 6), d'une affection 
grave des poumons avec vomique, rebelle à tous les traite- 
ments employés, et qui fut avantageusement combattue 
par l'huile de foie de morue. Mais, malheureusement, le 
professeur hollandais s'est contenté de diagnostiquer la 
phthisie, d'après h constitution et l'état général du malade, 
sans recourir à l'auscultation, en sorte qu'on peut douter si 
le cas dont il parle soit, bien réellement, un cas de phthisie 
pulmonaire. 



440 LIVRE «• 

Nous devons n'accueillir qu'avec uhe grande réserve les 
observations du D"" Pereyra, de Bordeaux, qui prétend que 
sur 368 sujets atteints de pbthisie, il en aurait guéri 343, 
à Taide de Thuile de foie de morue(Du trait, de la phthisie 
piUm.), 

Haeser, professeur à l'université d'Iéna, considère Thuile 
de foie de morue comme le meilleur de tous les moyens 
connus pour combattre les tubercules pulmonaires, à Tétat 
de crudité, qui n'ont pas encore passé, ou qui sont en voie 
de passer à l'état de ramollissement. Il affirme avoir expé- 
rimente ce moyen, chez trente-quatre individus, chez les- 
quels l'existence de la phthisie pulmonaire a été bien cons- 
tatée, à l'aide de l'auscultation. 

Le premier emploi qu'il fit de cette substance fut chez 
un étudiant, âgé de 22 ans, qui présentait tous les symp- 
tômes de la phthisie, et chez lequel il constata, à l'aide du 
stéthoscope, la présence de tubercules, moitié crus, moitié 
ramollis, au sommet du poumon gauche. Ce jeune homme 
fit usage de l'huile de morue, pendant huit mois. Au bout 
de ce temps, il était parfaitement guéri, et l'auscultation, 
delà parties ffectée, donnait un bruit normal, analogue à 
celui qu'on observe dans la respiration des enfants. 

Un jeune prédicateur était tourmenté, depuis un an et 
demi, par une toux légère et brève, accompagnée de dysp- 
née et d'un peu d'expectoration. Il avait beaucoup maigri 
et ne pouvait articuler un mot sans éprouver un accès de 
toux. LeD^ Haeser lui conseilla l'huile de foie de morue. 
Au bout d'un mois de traitement, son état s'est tellement 
amendé , qu'il a pu reprendre ses fonctions habituelles, et 
entreprendre un voyagea pied, au mois de décembre, et 
par un temps rude. 



CHAPITRE II. 141 

Le praticien allemand obtint le même succès chez un 
étudiant, dont les parents et un frère avaient succombé à 
la phthisie, et chez lequel il avait constaté, à Taide du sté- 
thoscope, la présence d'un grand nombre de tubercules, au 
sommet des deux poumons [Hufeland'sjourn., Bd. lxxxvi, 

Schenck assure que Thuile de foie de morue lui a com- 
plètement réussi chez une jeune fille scrophuleuse, âgée de 
huit ans, chez laquelle une toux facile à exciter et persistante, 
des douleurs vagues dans la poitrine, et d'autres symptô- 
mes annonçaient la présence des tubercules dans les pou- 
mons. Le praticien, de Siegeii, a pu constater, trois ans 
plus tard, que la guérison avait été solide [Hufeland's 
Journ.j Bd, LXxxviiiySt,2). 

Osius et Wolff ont également employé Thuile de foie de 
morue, dans le traitement de la phthisie pulmonaire. Le 
premier prétend, que ce remède lui aurait réussi, même 
dans là dernière période de la maladie. Le second affirme 
qu'il en a obtenu des résultats avantageux, dans plusieurs 
cas où l'expectoration de la matière tuberculeuse avait déjà 
commencé, quoique la fièvre hectique ne se fût pas encore 
déclarée. Toutefois, il a soin de faire remarquer que ni lui 
ni M. Schoelyn n'ont jamais vu la phthisie, arrivée à sa 
dernière période, céder à l'emploi de l'huile de foie de mo- 
rue (Bennet, ouv. cit.^p. ^34). 

LeD^'Smeels, qui admet deux espèces de phthisie tu- 
berculeuse, l'une acquise, dans laquelle les tubercules pro- 
viennent d'autres maladies ; l'autre héréditaire, dans laquelle 
le tubercule est une véritable forme de la scrophule, cite 
trois cas de guérison, appartenant à cette dernière forme 
de la maladie, obtenus à l'aide de l'huile de foie de morue 



ïf43 L1VR£ 11. 

associée à Thydriodale de potasse. D'après ce praticien, 
cette huile, administrée concurremment avec le médicament 
dont il s'agit, serait le meilleur de tous les remèdes connus 
ipour combattre cette forme de la phthisie (Moll en Fan 
Eldikpract, Tudschriftyeic.). 

D'après Stens (De oleojecoris aselli^p. 22), un homme, 
âgé de trente-cinq ans, a une toux très-intense, accompa- 
gnée d'expectoration abondante, des sueurs nocturnes, le 
pouls fébrile,, surtout le soir ; il y a raie muqueux et bron- 
chophonie, du côté droit, et on constate la présence de ca- 
vernes dans le lobe supérieur du poumon gauche. On le 
met à lusage de l'huile de morue^ d'abord à la dose de 
deux cuillerées par jour, puis à celle de trois cuillerées; 
on fait des frictions sur la poitrine.aveo la même substance. 
Sous l'influence de ôe traitement, il se trouve tellement 
bien, au bout de trois mois, qu'il peut reprendre ses occu- 
pations, et il est parfaitement guéri au bout de quatre 
mois. 

Asmus a employé cette huile avec .succès, dans un cas 
de phthisie pulmonaire, avec expectoration de matières 
purulentes striées de sang, fièvre hectique, amaigrissement 
considérable, chez un homme, de cinquante-huit ans, cliez 
lequel l'auscultation avait décelé la présence d'une caverne 
dans le, poumon Avo\i[Med .,vei'einzeiiung, 4840,n°22)' 

Delcour prétend que l'huile de foie'de morue peut ren- 
dre de grands services, dans la phthisie, lorsque les tuber- 
cules sont en petit nombre. «Ce qu'il ,y a de certain, dit-il, 
•c'est que par son emploi nous avons pu prolonger l'exis- 
tence de plusieurs phthisiques, déjà parvenus au dernier 
degré de marasme, et que plusieurs médecins, de Verviers, 
nous ont dit en avoir observé les mêmes effets sous son in- 



CHAPlTIfË II. 143 

fluence. Nous avons vu la diarrhée çolliquative et les sueurs 
s'arrêter, les fonctions digestives» se- rétaWrr, la toux? et 
rexpecloratîon diminuer jusqu'à ce que de nouveaux ramol- 
lissements vinssent * emporter le malade. » (Ànn. de la 
soc.de méd. de Gand^ i84i^p. 19 i). 

Ch. Haller pense que Tbuile de foie de morue peut être» 
utile contre la phthisie, tant qu'il ne s'est pas formé de ca- 
vernes dans les poumons^ et qaeJa digestion n'a point encore 
été troublée pailla présence des tubercules dans les voies; 
digestives. Sur sept individus atteints de phthisie auxquels 
il administra ce médicament, deux furent guéris, trois en 
éprouvèrent une amélioration passagère; les deux autres 
ne purent supporter lé médicament, et succombèrent. 
[Oesterr. Medi Jalwh., 4S40, t. 2S). 

fiâuer nous apprend que cette huile lui a réussi dans 
deux cas de phthisie pulmonaire bien confirmée. 11 l'admi- 
nistre, tantôt en frictions, tantôt sous forme de bains, et 
même quelquefois, ce qui doit étonner, en inspirations^ qui 
se pratiquent en suspendant Thuiie dans l'air ambiant, au 
moyen de l'évaporalion [Bull, de la soc. de méd. deGand). 

Au rapport de Thierfelder, l'huile de foie de morue n© 
produit de bons effets que dans la première période de la 
phthisie. Dans une période plus avancée de la maladie, eHe 
procure à peine un soulagement (Schmictt JaÂrby i839^ 
p. 4S3). 

L'hjiile defoie den^orue a réussi, entre les mains du I> 
Van Nuffel, dans plusieurs cas d'à ffeetions. chroniques de 
la poitrine, dont la plupart étaient, bien évidemment^ des 
cas de phthisie pulmonaire; au moins, si l'on peut s'en rap- 
porter a la description qu'il en donne*" (y^nw. delasœ. des 
«c. Tnéd, etnat. deMalines, 484M, p^ 48). 



144 LIVRE II. 

Fedoloffa VU, à l'hôpital S^-Georges de Leipzig, plu- 
sieurs cas de tuberculisation pulmonaire^ bien constatés, cé- 
der à Tusage de cette huile (De oko jecoris dselli, p. ^7)., 

Vingtrinier, oiédecin en chef, des prisons de Rouen, a 
administré l'huile de foie de morue à un assez grand nom- 
bre de phthisiques. Chez plusieurs le remède, quoique assi- 
dûment pris, n'a produit aucun résultat avantageux; chez 
d'autres le dégoût qu'il inspirait n'a point permis d'en con- 
tinuer l'usage; chez trois malades il a produit une guérison 
inespérée. Le premier de ces cas a rapport à un jeune 
homme, de vingt ans, qui était arrivé à un état de mai- 
greur extrême, avec toux sèche très-fatigante, fièvre con- 
tinue etc., et chez lequel l'auscultation avait révélé la 
présence de tubercules crus, dans les poumons. 11 fut par- 
faitement guéri et avait repris de l'embonpoint, après avoir 
pris de l'huile de foie de morue pendant deux mois. Ving- 
trinier a obtenu le même succès chez deux demoiselles, qui 
se trouvaient dans le même cas (/. des conn. médic.^juin 

E. Boudet place l'huile de foie de morue au l®"" rang des 
substances propres à modifier la constitution, et à diminuer 
sa tendance à la sécrétion tuberculeuse. 11 attribue le peu 
de-suécès qu'on en obtient quelquefois, à ce qu'on l'admi- 
nistre dans une période trop avancée de la maladie, ou 
lorsquela maladie est galopante et inflammatoire, au point 
qu'elle n'a pas le temps de modifier la constitution ;^ à ce 
qu'il existe une inflammation gastro-intestinale, qui empê- 
che que l'huile ne soit digérée, ou qu'on la donne à une 
dose trop peu élevée. Cette dernière circonstance mérite, 
selon lui, de fixer l'attention ; car il lui est arrivé, bien des 
fois, de réussir en augmentant la dose du médicament. 



CHAPITRE II. 145 

Gôiût&è on M possède, au rapport de Boodet, aucune 
déûnée qui ptiis^ rassurer su^ l'étM oénsttttitionnel des 
^ihisiques qu'on a traités, il est fdtt important de conti- 
[îflèirrusdgede l'Imite, alors oifème que la toux et les symp- 
Mmes l6cauii de là malddie ont disparu. Ce. remède ne pou- 
tlint nuire, on doit^ suivant lui, tenter son usage, même 
(fens les périodes les' plus avancées de h phthisie. Il est de 
Tâvis de ceux qui pensent qu'il faut, dans tous les cas, trai- 
ter IcisJ malades célâorne s'îls pouvaient être guéris. Car, 
dit-il, le médecin qui, en désespérant de son malade, se 
condamne à l'inaction est un homme qui, comme le dit 
Hufelîlnd, cessd dé penser parce qu'il cesse tf espérer, et le 
lÈl^de périt, parce que celui qui était appelé à le secourir 
esl déj* tïiùtt (Rev. mêdie., sept. 484S). 

Démôbele tt vu l'état d'un phthisique s'améliorer considéra- 
blement sous l'influence de l'huile de morue, administrée à 
l'intérieur, en même temps qu'on faisait des frictions, sur tout 
lecorp^, avec de l'huile d'œillett^. Voici ses propres paroles: 

« Je cite avec plaisir le cas d'un sujet scrophuleux 
£(tleint d€i pbthisie, et ehez lequel il était survenu une hé-^ 
lûoptysie très-violerité au milieu du mors de juillet 4841. 
Dans les premiers jours du mois d'août, le crachement 
ayatit cessé, la fièvre ayant disparu, je cotistatai- avec le 
médecin consultant, M. De Mtrynck^ uo' état de marasme 
très-avancé, une e^i^pectoration abondante contenant évi- 
detnmeÉltdu pus, l'esfiiSItence manifeste d'un élat de tubercar^ 
lisâtion à la partie supérieure an poumon droit, des sueurs 
nocturnes, et malgré tout cela un élart fort satisfaisant des 
voies digestiveir. Nous prescrivîmes l'huile de foie de morue 
à Imtérietff, h h dose de 8 à' 10 onces par jour, et des fric- 
tions quotidieflnes sur tèiite la Mtkdé du corps avec de 

13 



146 LIVRE II. 

l'huile d'œilielte. Dés les premières frictions, les sueurs 
nocturnes cessèrent et nont plus reparu depuis; et sous 
rinfluence du régime huileux et tonique qui fut .prescrit, la 
toux s'amenda, l'expectoration devint plus facile, et il sur- 
vint un embonpoint tellement prononcé, que plus d'une fois 
nous fûmes tenté de considérer notre malade comme en 
voie de guéfison. Au bout de dix-huit mois, il se fatigua de 
l'huile; pendant cinq mois encore il se soutint bien; mais 
depuis une dizaine de jours il est survenu une nouvelle hé- 
moptysie qui nous laisse peu d'espoir de prolonger encore 
son existence. » 

c( J'ai l'intime conviction, et M. De Muvnck est aussi de 
mon avis, que l'huile de poisson et l'huile d'œillette ont 
rendu à notre malade des services qu'aucun autre médica- 
ment n'aurait pu lui procurer » (Bull, de la soc. de méd, 
de Gand, 1843). 

D'après Mareska, l'huile de foie de morue, pas plus que 
tout autre médicament, ne saurait guérir une phthisie dé- 
clarée; mais il n'admet pas comme impossible qu'elle ne 
puisse arrêter la diathèse tuberculeuse, au moment où elle 
commence à se prononcer [Bull, de la soc. de méd. de 
Gand,i842). 

Loncq, professeur à l'université d'Utrecht, a fréquem- 
ment employé ce médicament dans la première période de 
la phthisie pulmonaire. Tous les individus qu'il a traités 
ont été, tôt ou tard, victimes de cette affreuse maladie, 
mais il est parvenu, dans bien des cas, à améliorer leur état 
et à suspendre le développement de la maladie, pendant 
quelques mois, une année et davantage [De Jongh). 

Le médecin en chef de l'hôpital de Stockholm, au rap- 
port de Mareska, met l'huile de foie de morue en première 



CHAPITRE 11. 147 

ligne parmi les médicaments qu'il emploie contre la phthi- 
sie (Bull, de la soc. de méd. de Gand, 4843, p. 94). 

Panck signale l'ulilité de cette huile au début de la 
phlhisie tuberculeuse, chez les enfants. « J'ai réussi, dit-il, 
dans bon nombre de cas, lorsque j'ai été appelé à temps à 
enrayer la marche de cette affection. A peine avais-je fait 
prendre l'huile de foie de morue depuis quelques semaines, 
que la toux disparaissait, la douleur de poitrine se calmait, 
les accidents fébriles cédaient, le malade reprenait un meil- 
leur aspect. Mais, par contre, lorsque la phthisie est tout à 
fait déclarée el parvenue à une période avan'.*ée, ce traite- 
ment reste le plus ordinairement impuissant, comme tous 
les autres moyens vantés jusqu'alors » [Oppenheim's zeitz- 
chrift, 4843). 

Pruys van der Hoeven , professeur de l'université de 
Leyde, a expérimenté l'huile de foie de morue dans diffé- 
rentes périodes de la phthisie pulmonaire, et dans des cir- 
constances très-différentes. 11 affirme que, dans bien des 
cas, il est parvenu à en retarder les progrès. Des individus 
atteints de phthisie avec ramollissement des tubercules, 
sueurs nocturnes, fièvre hectique, et qui ne pouvaient plus 
quitter le lit ont pu, à l'aide de ce médicament, prolonger 
leur existenoe de quelques mois. Il a vu, chez de jeunes 
personnes, l'usage prolongé de ce remède ramener l'em- 
bonpoint et les forces et faire disparaître tdus les symptô- 
mes de la phthisie à un haut degré; mais malheureusement 
le mal reparaissait, au moindre changement de tempéra- 
ture, ou par l'interruption de l'usage du remède. 

Au reste , Pruys van der Hoeven n'ose pas décider si 
l'huile de foie de morue guérit ou non la phthisie, parce 
que n'ayant pas revu les malades qu'il a traités, il n'a pu 



148 UYR^ 11. 

s'a$siirer sî la gaérJâon a été spli4ie; toui^foi^y â1 a^ pe# 
s'empêcher ée rega/der m médicament eom^ne un refné4ç 
irèS'puîssaDt coBtn» cette redoutable affeiction : sr Utram 
oleumjeeoris aselli phthisim sanare, possit neo w, certf 
afjirmare non avdeo, quia œgros^bono sucem¥ trmWm, 
postea nitnquam vidi; medicamenium tamen esse validiêr 
Mmum, plura mihi extra omm dubium pomerunf » (I)f 
Jongh). 

Scbfoeder van der Kx>lk, professeur de la faculté d'Ur 
(reebt, déelare que TexpérieDce lui aurait appris q^e l'h^jif 
de foie de morue, employée à temps et avec persévérance, 
en ayant soin d ecarler toute influence nuisible, peut nour 
a^ulement amortir la disposipon à la phthisie, mais encore 
retarder la marche de la tuberculisation. Dans la derpièr^ 
période de la maladie, lorsqu'on ne peut plus en attendre 
une guérison parfaite, c'est encore, d'après le professeur 
hollandais, le meilleur reinède à employer, pour pitiger ^ 
pallier le mal (D^ Jongh). 

Au rapport de Sébastian, professeur de médecin^ à 
l'université de Groningi* , Thuile de foie de moruç ^er^iil 
un remède utile contre la phthisie lorsqu'il n'y a encore oi 
fièvre hectique ni diarrhée. Elle serait avantageuse dans M 
première ei la seconde période de la maladie; mais serait 
sans action contre la dernière. Elle ne conviendrait pas 
dans la phthisiie floride, et, en général, elle ne serait d'au^ 
cuQ secours dans la phthisje accon^pagnée d'hémoplyçi^ 
{De Jongh). 

Suringar , prpfpsiiseur de médecine à l'athénée d'Amstef» 
dam, n'a fait usaga de Tbaile de foie de morue qiji^ dai^s des 
cas de phlhisijEi bieq cpngtat^Q. Aussi a-t-il perdu beauqçup 
d^ malades, qiai m sjvaient.u^é pendant uq an e( au d^là, l\ 



CftAPÏTRË II. 14!) 

croît (Jue l'utîlité de ce médicament, dans la phlhisie, con- 
siste surtout à faciliter l*expectoralîon et à ralentir les pro- 
grès de I emaciatîon et de là maladie, et il lui paraît qu'il 
Itii a servi, plus d*une fois, pour prolonger la vie des mala- 
flèS. Pour ce qui est des guérisons qu'il aurait obtenues, il 
leâ attribue aussi bien au séton qu'il faisait appliquer sur la 
poitrine qu'à f'usage de cette huile; car, d'après le profes- 
seur hollandais, le séton serait un fèmêde très-utile contre 
la phlhisie (De Jongh). 

L'huile de foie de morue s'est montrée, entre les mains 
de Suerman, professeur à l'université d'tftrecht, un re- 
mède utile contre la phthisié tuberculeuse, surtout quand 
elle était accompagnée d'une Constitution scrophulcuse hé- 
réditaire. Dâtis certaifts cas de la maladie, à sa première 
période, il a va clairement l'emploi de ce médicament pré- 
venir le développement de nouveaux tubercules : c'est 
pourquoi, il \é coûsidère côiiàme le tneitlleur moyen à em- 
ployer pour faire passer aux phthisiques certaine période 
de la vie, très- périlleuse pour eut. Cette substance lui a 
eticot'ê été très-utile dans des cas où la maladie avait déjà 
fait de grands progrès. Souvétit il en a conseillé l'usage à des 
individus qui sont vetius le consulter, dans un état tel qu'il 
lui paraissait presque impossible de pouvoir conserver 
leurs jours; Cependant, il lui est arrivé plus d'une fols, tant 
leur étal iS'êtàît àrtréltofé, de ne pouvoir les reconnaître 
lorsqu'ils se présentaient de nouveau à sa consultation; 
mais, malhéiireusement, cette amélioration n'était que pas- 
sagère (De Jongh). 

PlouVier, docteur en médecine à LiBe, a été témoin des 
bons effets de l'huile de morue dans deux cas de phthisié 
confit^mée, au troisième degré. 



iSO LIVRE II. 

Chez un enfant, de 3 ans, maigreur extrême, impossibi- 
lité de se lever, toux violente, expectoration abondante de 
crachats verdàtres, opaques, sueurs nocturnes; son mal, 
obscur, sous les clavicules, râle crépitant très-gros et très- 
étendu, pouls petit, accéléré, etc. La maladie dure depuis 
un an et a été toujours en s'aggravant, malgré tous les 
moyens employés. Régime fortifiant, associé à lusage de 
rhuile de foie de morue. Au bout de 8 mois environ, gué- 
rîson radicale, confirmée par Tauscultalion et la percussion 
de la poitrine. 

Chez une jeune fille, de 7 ans, amaigrissement crois- 
sant, expectoration jaune, abondante, matité au dessous de 
]a clavicule droite, gargouillement sous la clavicule gau- 
che. La maladie dure depuis un an, au moins. Huile de 
morue associée à une alimentation restaurante. Guérison 
parfaite au bout de deux ans environ, (J. de méd*, de 
ehir., etc. de la soc. des se. natur. et méd. de Bruxelles, 
nov. 48S4). 

Delstanche, de Bruxelles, a soumis un assez grand nom- 
bre de phthisiques à lusage de Thuile de foie de morue. 
Chez presque tous, il a obtenu une amélioration marquée 
dans leur état; mais cette amélioration n'a été le plus sou- 
vent que passagère, et les malades ont fini par succomber. 
Chez quelques-uns, au contraire, l'amélioration ne s'est 
point démentie, et, après un traitement de cinq ou six 
mois, des malades, qui paraissaient voués à une mort cer- 
taine, ont été rendus à un état de santé qui ne leur laissait 
plus la moindi'e inquiétude. 

Delstanche associe à l'usage de l'huile, un régime répa- 
rateur et animalisé, et l'exercice au grand air, etc. 11 pré- 
tend que si les médecins, qui ont tenté l'usage de ce médi- 



CHAPITRE If. IM 

cameDl dans la phthisie, De sont pas d'accord sur son utilité 
dans ce cas, cela tient, uniquemenl,au genre de traitement 
qui a été employé, concurremment, avec lui. 

D'après le praticien, de Bruxelles, la tuberculisation 
pulmonaire n'est qu'une forme de la scrophule. II prétend, 
CD outre, que la diathèse tubercule consiste dans un défaut 
d'animalisation du sang, qui a lui-même sa source dans 
l'abaissement du chiffre de ses globules. €e sont ces consi- 
dérations, surtout, qui ont engagé le D^ Delstanche à re- 
courir, pour combattre la phthisie, à l'huile de niorue asso- 
ciée aux autres moyens dont il vient d'être question [Arch. 
de la méd. belge , sept. 4849). 

Thompson regarde cette huile comme le meilleur de 
tous les remèdes connus, pour combattre la maladie qui 
nous occupe. Sur trente-sept phthisiques auxquels il admi- 
nistra ce médicament, dix furent guéris, trois ne purent 
supporter son usage, à cause de la répugnance qu'il leur 
inspirait ; chez douze la maladie cessa de faire des progrès ; 
les autres n'en éprouvèrent aucun effet appréciable [Lan- 
tel, 27 juin i 8 46). 

D'après Bureau-Rioffrey, l'expérience des meilleurs ob- 
servateurs a prouvé que le tubercule scrophuleux se guérit 
plus aisément que le tubercule pur. c< Il est donc aisé de 
comprendre, dit-il, comment les auteurs ont admis des 
cures de phthisie scrophuleuse par l'huile de foie de mo- 
" rue, quand, en réalité, il n'y avait de cure que pour la dia- 
thèse scrophuleuse, La phthisie s'étant guérie dès qu'elle 
avait été délivrée de sa complication, comme des phthisies 
à diathèse syphilitique ont paru guérir par le mercure, 
quand en réalité, la maladie accessoire seule avait été gué- 
rie parce médicament. »Selon notre auteur, l'engraissement 



i5i LIVRÉ tt, 

est le moyen de guérir la phthisie, et il regarde Thmle de 
tôle de morne comme un des premiers aliments pour com- 
mencer cet engraissement [De la eurabilité ék là phthisie 
et des seroph.^ p. 46S). 

Bennêt, médecin à rînlîrmerie d'Edimbourg, a vu deà 
eavernes se cicatriser sous l'influence de ce mcdiCamétlt, et 
des jpalades guérir complètement. Voici comment i! s'ex- 
prime : « Les effets de Thuite dans beaucoup dé cas de 
phthisie, sont très-frappants, ainsi qu'il est facile de s'en 
assurer à l'hôpital et au dispensaire. Des individus présen- 
tant comme symptômes principaux, dé fémaeiatioili, des 
sueurs abondantes, une toux continuelle et de l'expec^ 
toration, et un tel degré de faiblesse qu'ils ne pouvaient se 
tenir debout; après quelques semaines de l'usage du médi'^ 
cument, ils pouvaient se lever et marcher aisément, avec 
m mieux manifeste de la santé générale et l'embonpoint. 
Les signes physiques de la maladie oontinueût les mêmes 
pendant quelque temps; mais si l'on persisté dans le trai- 
tement, l'on trouvera bientôt les râles où les gargouille- 
ments humides disparaître et être remplacés par des souf- 
fles secs qui deviennent de plus en plus permanents; la 
pectoriloquie alterne aveè la bronchophonie ; la respiration 
est phis facile, et évidemment le travail ulcératif et la sé- 
crétion purulente des crachats réprimés. Arrivés à ce 
point, les malades se sentent si bien qu'ils insistent pour 
quitter l'hôpital se croyant guéris, et ils ne veulent plus 
revenir à la visite du dispensaire. Il a souvent été dstns 
rimpossibilité de faire continuer le traitement à des mala- 
des arrivés à ce point d'amélioration. Retournant à leurs 
habitudes, à leurs excès, à leur manque de régime, ils re- 
venaient quelque temps après avec la réapparition des 



GHAPITRï II. 158 

mm^ syi^ptôfnes précédents. Un noavdait traitement 
amenait les aràmes bienfaits, {mis la mènoe négligence m* 
pn^dwisatt k^ mêmes malheurs, ei ainsi de suite plusieurs 
fois. Q^f qes individus sont rentrés et ressortis ainsi jus-r 
qijk'à s^ ou huit im^ leurs caTernes pulmonaires disp% 
laissant chaque fois pour reparaître ensutee tlans l'espaee 
^e sue a^, et toujours ils se croyaient guéris quand ils à^ 
paiodaient leur sortie. Malgré ees difScuItés à mainlenb 
sssed longtempe les malades à rhôpUal pour eonsolickv 
b rn^rn, il A été assez heureux dans plusieurs cas pour 
obtenir des guérisons complètes et durables, s'étant assuré 
que les cavernes s^étaient complètement cicatrisées sans re-» 
tour, tous les autres symptômes physiques et physiologie^ 
ques de la phthisie ayant disparu. On sentait seulement 
une légère malité à la percussion et de la résonnance de la 
voix, d«es sans doute à 1^ crispation et à Tindùration 
du parenchyino pulmonaire aux endroits des cicatrices ^ 
(oper. cit.). 

D'après le professeur Forget, de Strasbourg, « il n y a 
que les tuberculisations légères, rares,dissémiDées,occultes 
ou douteuses pendant la vie, qui soient susceptibles d'une 
solide guérison . -r- « Les phthisies avérées, avec farcisse^, 
ment tuberculeux à tous les degrés, peuvent aussi donner 
lieu'à des gqérîsons apparentes, mais temporaires, suivies, 
lût ou lard, de recrudescence et de mort. » 

Au reste, quoique la phthisie soit, aux yeux du savant 
professeur de Strasbourg, une maladie presque constam*- 
nient fatale, ce n'est pas k dire qu'il faille, à son avis, 
abandonner, à leur propre sort,, les malheureux qui en sont 
atteints. « La médecine, dit^îl, qui soulage, qui calme le& 
dotilemrei et qm mtarde h mort, est peiit-èu>e aussi fré- 



154 LIVRE II. 

quemment utile que celle qui guérit; elle suffit à la gloire 
de Fart et doit suffire à Tambition de l'artiste. » 

Parmi les remèdes employés, par Forget, pour amélio- 
rer 1 état des phthisiques, l'huile de foie de morue est celui 
qui lui a procuré les résultats les plus avantageux. Voici 
ses propres paroles : ce L'huile de morue me parait être 
d'une efficacité réelle, lorsqu'elle est agrée et supportée, ce 
qui est moins général que ne le prétendent ses prôneurs; 
elle mitigé les accidents, entretient doucement la liberté du 
ventre, favorise le retour de l'embonpoint; bref, elle place 
les malades dans des conditions favorables, sinon à la gué- 
rison, du moins h la prolongation de l'existence » (BulL 
gêner- de thérap,,mars 'f848), 

Scudamore et Behrend [London medic. gaz.^ 1848, 
n. 28] déclarent (ce qui est bien difficile à croire) avoir 
guéri des centaines de phthisiques à l'aide de leur méthode, 
qui consiste, en ce qui concerne la prophylaxie de la mala- 
die qui nous occupe, dans une nourriture abondante et 
substantielle, dans l'usage de la bière forte, de l'huile de 
foie de morue et d'un exercice convenable. Quant au trai- 
tement curalif, il a aussi principalement pour base l'huile 
de foie de morue, administrée pendant des mois entiers, à 
la dose de deux ou trois cuillerées par jour. 

Ce qui a dû nécessairement conduire ces praticiens a 
exagérer, outre mesure, la portée de leur méthode, c'est 
que, par une excentricité dont il serait difficile de se rendre 
compta, ils excluent du diagnostic de la phthisie l'ausculta- 
tion et la percussion, et regardent l'amaigrissement associé 
à une respiration brève ou petite comme le symptôme ca- 
ractéristique de cette affection I 

Heiff prétend que l'huile de foie de morue peut quelque- 



CHAPITRE II. . 155 

fois être employée utilement dans la dernière période de la 
phthisie. Il rapporte, entre autres, le cas d'un jeune homme, 
de 25 ans, atteint de phthisie à sa troisième période, chez 
lequel la présence des tubercules dans les poumons avait été 
eonstatée à l'aide de la percussion et de l'auscultation, et 
dont l'état s'améliora tellement sous l'influence de ce médi- 
cament, qu'il put reprendre ses occupations habituelles, 
quoique restant un peu sujet à la toux (Gaz. médic. de 
Prusse, 1849, n. 18). 

Lebert est peu partisan de l'huile de foie de morue dans 
le traitement de la phthisie pulmonaire. Toutefois, il avoue 
que, tout en l'ayant vu échouer un grand nombre de fois, 
il en a obtenu les résultats les plus avantageux dans plu- 
sieurs cas de tuberculisation pulmonaire, bien constatés 
[mv. cite). 

D'après un rapport fait, en 1849, par les médecins de 
l'hôpital de Brompton, affecté au traitement de la phthisie, 
il y avait dans cet établissement, lorsque l'emploi de l'huile 
de foie de morue y fut introduit 542 phlhisiques dont 293 
(190 hommes et 103 femmes), dans la première période de 
la maladie, et 249 (139 hommes et 110 femmes) dans la 
deuxième et la troisième période. 

Les résultats obtenus par l'huile de foie de morue dans la 
première période de la maladie furent : guérison. 18 pour 
100 chez les hommes, et 28 pour 100' chez les femmes. 
Amélioration sensible : 72 pour 100 chez les hommes, et 
62 pour 100 chez les femmes. Progrès ordinaires de la 
maladie : 10 pour 100 chez les hommes et environ 10 
pour 100 chez les femmes. 

Les résultats obtenus dans la deuxième et la troisième 
période, furent : guérison. 14 pour 100 chez les hommes, 



i56 LIVRE lU 

et envûron 14 pour 100 chez les femmes. AmMùltatim 
senâible : 53^ pour 100 ehez les hommes, et 61 p&ttr 100 
obez les femmes. Progrès ordinaiteê de Id maladie : 32 
pour 100 chez les hommes, et 23 po^ 100 chez les 
femmes. 

Si mainteûant 1 on fah àttentîoû que dâtts le âotnbre des 
phrthisiques traités auparavant dans le ftièMe éliËblissément, 
p6^T d'aueres remèdes que l'huile dé foie de morue, h gtté- 
rison a été constamment dans 1^ proportion de 5' [yôtii' 
100, 00 ser» forcé d'admettre l'action éminemmenit salu- 
taire de ce médicament, dans le tfâilemeilt de lai pbthisie 
(Tlie first merf* rapport of the haspitûl for cofisûmp-^ 
tim^^ ete.). 

Payan, chirurgien en chef de l'hôpital civil et militaire 
d'Aix, affirme que depuis qu'il a renoncé aux anciens erre- 
ments, et cherché à combattre la phthisië à l'aide de l'huile 
de? foie de morue, associée à une alimentation tonique for- 
tement animalisée et des soins hygiéniques convenables, il 
est parvenu à des résultats bien autrement satisfaisants que 
par le passé, résultats précieux bien que souvent passa* 
gers, et qui consistent à ralentir les progrès du mal, à pro- 
longer la vie des malades, et parfois aussi k amener toùlisS 
les apparences d'une guérison durable et définitif, comme 
ii pourrait en citer plusieurs exemples. Il est eonvàii^ctt 
q«ie l'huile de foie de morue, par son action génértife sur 
l'organisme, comme corps gras, et par son actidtî spéciale 
comme produit iodé, l'enïporte snr tous les riïédicâWents 
employés jusqu'à ce jour dans le tf aileraeïit de la phthiste 
(Essai thérap. sur Viode). 

WiUiams, professeur de pathologie interne, au collège 
de l'Université de Londres, a publié des faits si merveilfeux 



CHAPITRE II. 151 

et si multipliés en faveur de Thuile de foie de morue dans 
la phthisie, qu'on serait presque tenté de. les accueillir avec 
défiance, si le talent et la bonne foi du praticien anglais ne 
garantissaient leur authenticité. Chez 234 sujets, atteints 
presque tous de phthisie au 2® degré, auxquels il a admi- 
nistré ce médicament, il a obtenu 206 fois les effets les plus 
avantageux et les plus tranchés. Chez les uns, la marche 
de la maladie a été suspendue momentanément; chez les 
autres (au nombre de 100), les symptômes les plus alar- 
mants ont fait place à un état voisin dé la santé. 

C'est surtout lorsque la maladie, arrivée à sa troisième 
période^ présente les symptômes les plus alarmants, tels 
que : fièvre hectique, sueurs nocturnes, expectoration pu- 
rulente, diarrhée colliqujtive, marasme, etc., c'est alors, 
dis-je, que Williams a observé les effets les plus merveil- 
leux de Thuile de foie de morue. Chez 62 malades apparte- 
nant à cette dernière catégorie, il a obtenu 34 fois une 
anaélioration qui n'avait point encore été démentie au mo- 
ment où il a publié ses observations. Chez onze autres, il y 
a eu, d'abord amélioration momentanée, puis la maladie a 
repris sa marche, et s'est terminée par la mort. Il ne peut 
donner des renseignements précis sur les 17 autres, et il 
ignore si l'amélioration a persisté. 

Williams administre l'huile de morue, de préférence, 
une ou deux heures après le repas, d'abord à la dose de une 
à trois cuillerées à café par jour, puis à celle d'une cuillerée 
à soupe (Arch. de la méd. belge, juin 4849). 

Dans le traitement de la phthisie par l'huile dé foie de 
morue, ce qui doit surtout fixer l'attention des prati- 
ciens, d'après Duclos, c'est Texistence de la fièvre; car on 
a beaucoup moins de chance de réussir quand ce symptôme 



158 LIVRE II. 

existe que dans le cas coulraire. S'il faut en croire ce pra- 
ticien, rhuile de /oie de morue enraye fréquemment la 
marche de la phthisie au l^^ degré; en général, elle ne fait 
que ralentir celle de la maladie au second degré; rarement 
elle Tarréte; enfin, elle n'exerce aucune influence favorable 
sur la maladie à sa troisième période (Bull, de thérap., 
t. xxxviii,/?. 29S). 

James J. Levick a recueilli, à l'hôpital de Pensylvanie, 
plusieurs faits qui témoignent en faveur de l'utilité de 
l'huile de foie de morue d;ms le traitement de la tuber- 
culisation pulmonaire; mais, contrairement à certains 
praticiens, au lieu de s'exagérer l'importance du remède, il 
s'applique à le réduire à sa juste valeur, valeur qui est à 
peu près celle qui lui est attribuée par une foule d'obser- 
vateurs, aussi consciencieux qu'éclairés, et qu'on peut ré- 
sumer comme suit: amélioration générale; retour momen- 
tané de l'embonpoint; diminution de certains symptômes, 
tels que l'expectoration ; mais pas de guérison bien posi- 
tive, ce Nous n'avons eu, dit-il, aucun cas de phthisie avérée 
dans lequel tous les signes rationnels de la maladie, aussi 
bien que les signes physiques, aient réellement disparu » 
(The americ. journ. ofthe med. se). 

Ely, médecin du dispensaire de la Providence (Etats- 
Unis), a tenté Tusage de l'huile de morue chez vingt-quatre 
phthisiques. Sur ce nombre, quatre ont obtenu, sinon une 
guérison parfaite, au moins une amélioration telle, dans 
leur état, que le médecin américain a cru, mais peut-être 
ua peu trop à la hâte, les considérer comme guéris. Chez 
quatre autres malades, le remède a produit une améliora- 
tion notable, mais momentanée. Chez douze autres, l'amé- 
lioration a été nulle ou presque nulle; mais il faut remar- 



CHAPITRE II. 159 

quer que chez quatre d entre eux, Thuile n'a été donnée que 
peu de jours avant la mort. Dans deux autres cas les mala- 
des ont quitté le dispensaire en voie de guérison, et Ton ne 
sait pas ce qu'ils sont devenus. Enfin, dans deux autres 
cas, l'huile n'a pu être supportée [mêmejourn.), 

Walshe, médecin anglais, regarde l'huile de morue 
comme un remède excellent contre la phthisie pulmonaire. 
Il dit que, sous son influence, le poids du corps s'accroît 
dans une proportion qui n'est pas en rapport avec la quan- 
tité d'huile ingérée, ce qu'il attribue à ce que l'assimilation 
des aliments devient plus facile. D'après lui, le poids dii 
corps augmente quand la maladie diminue; il diminue, au 
contraire, si elle continue à faire des progrès [Disease of 
the longs). 

Un médecin distingué, du Val-de-Gràce, le D^ Cham- 
pouillon, a publié plusieurs observations importantes sur 
l'emploi de l'huile de morue contre la phthisie. Ce praticien 
ne partage point l'enthousiasme de ceux qui lui reconnais- 
sent une propriété spécifique contre cette maladie, mais il 
la regarde comme un moyen capable d'arrêter ou de modé- 
rer les progrès de la phthisie à son premier degré, de gué- 
rir la bronchite catarrhale, et^ dans de rares exceptions, de 
guérir, au moins momentanément, la phthisie dans sa pé- 
riode la plus avancée. Ce qui justifie surtout, à ses yeux, la 
confiance qu'il accorde à ce' médicament, c'est que, depuis 
onze ans, il a eu occasion de traiter plus de huit cents phthi- 
siques, et que, dans tous les cas, il a vu la phthisie au troi- 
sième degré résister à tous les moyens employés. Au reste, 
voici le tableau statistique des résultats obtenus par Cham- 
pouillon : 

Sur 51 malades à la première période, 24 guérisons, 



160 LIVRE II. 

pas de décès. — Sur 37 malades à la deuxième période^ 
9 guérisoDS, 3 décès. — Sur 14 malades à la troisième, 6 
guérisoDs, 4 décès. 

75 autres phlhisiques traités par Tiodure de fer, Tiodure 
de soufre, l'iodure de potassium et la teinture d*iode, n ont 
éprouvé aucune amélioration (iîct;. clin.^ iSSi , p, 317], 

Tauinieb a constaté, par des observations souvent répé- 
tées, que lutilité de Thuile de foie de morue dans la phthi- 
sie pulmonaire dépend moins du degré de l'affection tuber- 
culeuse que de Tétat général des malades. 11 prétend qaela 
phthisie qui se développe chez des sujets lymphatiques, 
scrophuleux, chez lesquels les fonctions nutritives et circu- 
latoires sont en général faibles et languissantes, est celle 
qui cède le plus facilement à l'usage de l'huile de foie de 
morue, surtout lorsqu'elle est peu avancée. Il pense, au 
contraire, que l'emploi de ce remède est plus nuisible qu'u- 
tile lorsque la phthisie s'est développée chez un sujet ro- 
buste et pléthorique, et qu'elle présente cet ensemble de 
symptômes qui dénotent plutôt un état de surexcitation que 
la torpeur et la langueur des fonctions de la vie organique. 
Ce remède peut encore être utile, selon lui, et contribuer 
à la guérison du malade dans la seconde période de la tu- 
berculisation, lorsque la maladie n'a qu'une étendue bor- 
née, qu'il n'existe qu'une seule voraique, et que la réaction 
générale est modérée; mais le plus souvent, dans ce cas Je 
remède se borne à améliorer l'état général des malades, à 
prolonger leur existence. Dans une période plus avancée, 
elle peut encore nourrir et soutenir les malades, et les 
mettre en état de résister encore longtemps aux ravages du 
mal [ouv. cité). 

ThurnbuU rapporte (Theprogress of improvemmt in 



CHAPITRE II. i6i 

the treatmen of consumpUon], que sur 22 cas de phlhîsie 
pulmonaire, où ii a fait usage de l'huile de morue, il a ob- 
tenu 47 fois une amélioration r«pide. Quelques semaines, 
dans plus de la moitié des cas, ont suffi pour faire dispa-;- 
raitre les symptômes généraux. Dans cinq cas les tubercu- 
les étaient à l'état de crudité; dans huit à l'état de ramollis- 
sement; dans cinq il existait une cavité plus ou moins vaste 
au sommet des poumons. 

11 est fâcheux que les observations du médecin anglais 
manquent, pour la plupart, de détails suffisants et n'aient 
paà été suivies assez longtemps. Ce qui diminue aussi leur 
valeur, c'est que l'huile n*a presque jamais été employée 
seule, mais concurremment avec d'autres agents thérapeu- 
tiques, choisis parmi les amers, les toniques, les expecto- 
rants, etc. 

Le D^JCollas, chirurgien principal de la marine, vante 
les heureux effets de celte substance dans plusieurs affec- 
tions chroniques des bronches, qui simulent la phthisie : 

« J'ai fait pour ma part, dit-il, un merveilleux et fré- 
quent usage de l'huile de foie de morue pour combattre les 
affections chroniques des bronches, qui avaient résisté à 
un traitement énergique par les opiacés, les révulsifs, les 
vomitifs à outrance, et qui entraînaient un autophagisme 
tout semblable à celui qui caractérise la phthisie » {Revue 
coloniale^ mars 48S6]. 

A tout ce qui vient d'être dit en faveur de l'huile de foie 
de morue contre la phthisie pulmonaire, nous pourrions 
encore ajouter les observations de Banking, Blakiston, 
Bonney, Chalk, Danielsen, Dsftimerie, Escallier, Everett, 
Luyckx, Lombard, Madden, Pasque, Toogood, Wilhelmi 
et d une foule d'autres. 



462 LivRS II. 

Contrairement à ce que nous venons de dire, certains 
praticiens n'ont pas eu beaucoup à se louer de Femploi de 
cette substance, dans le traitement de la maladie qui nous 
occupe : 

Piorry nous apprend qu'il a beaucoup employé ce médi- 
cament sans en obtenir de succès [Traité de méd. praL, 
t. m). Sandras affirme qu'il a administré cette huile à 
trente phthisiques, sans 6n retirer aucun avantage (J. de 
méd. et de chir. prat., t. xv, p. 108). Lombard, dans un 
rapport fait à la société helvétique des sciences naturelles, 
rapporte que les médecins Suisses n'ont pas eu beaucoup à 
se louer de l'emploi de cette substance^ dans le traitement 
de la tuberculisation pulmonaire [Lébert^op.dt.yp. 749). 

Trousseau et Pidoux n'en ont obtenu que des résultats 
nuls ou peu satisfaisants : « Nous avons répété, disent-ils, 
les expériences de M. Pereyra, d'autres l'ont fait comme 
nous, et si nous confessons que dans quelques cas rares, 
nous en avons obtenu une amélioration notable dans les 
accidents de la phthisie, nous devons dire aussi que dans 
l'immense majorité des cas l'huile de foie de morue a 
échoué comme échouent les médications empiriques et ra- 
tionnelles que l'on tente tous les jours contre la phthisie 
tuberculeuse » (Trait, de thérap., etc.^ édit. 4847). 

Le D"" Martin, de Bruxelles, a administré cette huile à 
plus de deux cents phthisiques. Les résultats qu'il a obte- 
nus n'ont pas été heureux, et jamais il n'est parvenu à gué- 
rir un cas de phthisie au deuxième degré. Toutefois, il a 
vu,. dans quelques cas, cet agent modifier, d'une manière 
avantageuse, la constitution des individus atteints de la 
maladie au premier degré (Journ. de mêd. et de chir. etc., 
publié par la soc. des se. nat. et méd^ de Bruxelles, mars 
1847). 



CHAPITRE II. 163 

Staquet, médecin de régiment dans Tarmée belge, a en 
occasion de traiter un grand nombre de phthisiques. Les 
uns ont pris de l'huile de foie de morue, les autres s'en sont 
abstenus. Néanmoins, les résultats ont été les mêmes de 
part et d'autre : il y a eu ou amélioration plus ou moins 
soutenue» ou état stationnaire, ou aggravation de la mala- 
die d'un côté aussi bien que de l'autre. c< Ainsi, dit Staquet, 
si je puis invoquer des faits en faveur de l'efficacité de 
l'huile de poisson, j'en possède aussi d'autres qui sont peu 
propres à la recommander. Pour ne pas sortir des bornes 
d'une sage prudence, pour nous mettre à l'abri de tout re- 
proche de précipitation, je crois devoir me borner à ce 
simple énoncé, que les résultats que nous avons obtenus 
jusqu'ici ne sont pas concluants et nécessitent encore de 
nouvelles et nombreuses expériences » (Arch. belg. de méd. 
milit., nov. 18S2). 

Le D^ Smith, dans un mémoire lu récemment à la so^- 
dété de médecine de Londres, déclare que l'huile de foie 
de morue ni les graisses d'aucune sorte ne guérissent la 
phthisie. « L'huile, dit-il, fortifie et restaure le malade; 
n)ais la phthisie n'en chemine pas moins, quoique lente- 
ment. A son avis, l'huile ne touche pas à l'essence de la 
maladie, mais l'amélioration très-notable qu'elle y apporte, 
dans la moitié des cas environ, prouve l'importance de la 
graisse dans l'économie animale. 

Pour ma part, je dois confesser que ce médicament m'a 
peu réussi dans le traitement de la maladie qui nous occupe. 
Tous les phthisiques que j'ai traités, à l'aide de ce médica- 
ment, depuis quinze ans environ, ont été tôt ou tard victi- 
mes de cette affreuse maladie; mais je suis parvenu, dans 
bien des cas-, à améliorer l'état des malades, à ralentir les 



464 LivitB n. 

progrès da mal et à recaler ainsi le moment dn terme fatal. 
Je dois ajouter que la plupart des phthisiques que j'ai sou- 
mis à l'usage de Thuile de foie de morue appartenaient à 
la classe indigente, ce qui m'a, presque toujours, empêché 
d'associer à ce médicament une nourriture substantielle el 
des soins hygiéniques convenables. 11 se peut, que le re- 
mède eût mieux répondu à mon attente, si j'avais été dans 
des conditions meilleures. 

Le D'^ De Laplagne a publié, dans la gazette des hôpi- 
taux, des considérations sur l'indication et la contre-indica- 
tion de rhuile de foie de morue dans la phthisie, qui ne 
sont pas sans intérêt. 

Suivant lui, pour administrer cette substance avec quel- 
ques chances de succès, il faut prendre en considération : 
le tempérament et le sexe du malade, son état général, la 
période et la forme de l'afifection. Le tempérament sanguin 
est celui qui répugne le plus à son usage, le tempérament 
nerveux s'en accommode mieux, et le tempérament lym- 
phatique est celui qui en obtient les résultats les phis avan- 
tageux. L'huile réussit mieux dans la seconde enfance et 
l'adolescence que dans les autres âges de la vie. Un état fé- 
brile habituel un peu intense, des hémoptysies fréquentes, 
le mauvais état des voies digestives s'opposent, en général, 
à son emploi. C'est dans la l"^* période de la maladie qu elle 
est plus spécialement indiquée, et elle est plutôt nuisible 
qu'utile dans la seconde période. Elle ne convient pas dans 
La forme dite suraiguë ou inflammatoire, mais elle peut être 
avantageuse dans la forme lente ou chronique ainsi que 
dans celle qu'on désignait autrefois sous le nom de forme 
latente (J. des conn. médic. etpharmac., n. 39). 

On a prétendu que l'usage de l'huile de foie de morue 



CHAPITRE U. ' 165 

pouvait délermiuer chez les phthisiques une congestion 
vers les poumons et donner lieu à l'hémoptysie; mais il 
faut se mettre en garde contre une erreur facile à com- 
mettre, dans cette circonstance, et qui consiste à attribuer 
à Faction du remède un accident qui, au rapport de Louis, 
se montre dans les deux tiers des cas de tuberculisalion 
pulmonaire. 

Quoiqu'il en soit, le D'^Benson, de Dublin, prétend 
avoir vu, chez plusieurs phthisiques, lemploi prolongé de 
cette huile déterminer une tendance à la congestion, et 
même quelquefois l'inflammation du tissu pulmonaire. Â 
l'autopsie, il a trouvé les deux poumons congestionnés et 
hépa lises dans presque toute leur étendue (BulL de thé- 
rap,^ iSSOj p. 184). Le professeur Puchelt, de Heidel- 
berg, a vu, pendant l'usage de ce médicament, l'hémopty- 
sie survenir chez des phthisiques, qui auparavant n'avaient 
point craché de sang [Med. ann. t, vi, c. 3). Taufflieb a 
observé le même accident chez un grand nombre de phthi- 
siques, soumis à l'usage de ce remède (toc. cit.,p, 74). 

Disons, en terminant cet article et pour nous résumer, 
que si, dans la généralité des cas, l'huile de foie de morue 
De répond pas à l'attente du médecin, dans le traitement 
de la phthisie, on peut cependant le regarder comme le 
meilleur de tous les remèdes] connus, pour combattre cette 
affection. , 

§11. 

CARREAU. 

Le carreau (Phthisie Mésenlérique) est une affection 
propre à l'enfance, caractérisée par la tuméfaction des gan- 
glions mésentériques et leur dégénérescence tuberculeuse. 



466 LIVRE u. 

La maladie débute d'une manière obscure et lente : 
amaigrissement, d'abord léger, puis de plus en plus pro- 
noncé, langueur, affaiblissement, pâleur du teint, alterna- 
tives de diarrhée el de constipation. Après un temps plas 
ou moirvs long, le volume du ventre augmente et contraste, 
par sa grosseur, avec Tamaigrissement des cuisses et des 
jambes. On sent, lorsque les parois abdominales sont dé- 
pressibles, des nodosités inégales, des tumeurs arrondies, 
dures, bosselées. Enfin, la diarrhée colliquative, la fièvre 
hectique surviennent. Le malade dépérit graduellement, 
tombe dans le marasme et meurt d'épuisement. 

Le prognostic du carreau est toujours grave, surtout 
lorsqu'il est arrivé à une période avancée. «Toutes les fois, 
dit Guersant, que le carreau est bien constaté, et il ne peut 
l'être réellement que par le toucher, il est ordinairement 
mortel, non pas, comme on l'avait cru, à cause des acci- 
dents qui dépendent du carreau lui-même, mais de ceux 
qui sont une suite nécessaire des maladies qui le compli- 
quent » (Dict. de médec,^ 2 édit,, art. earreau). 

Les effets curatifs de l'huile de foie de morue contre le 
carreau, sont loin d'être aussi manifestes et aussi certains 
que dans la plupart des maladies dont il a été question 
jusqu'à présent. Toutefois, plusieurs praticiens s'accordent 
à la regarder comme un remède efficace contre cette affec- 
tion. 

Leder a souvent observé que l'huile de morue exerçait la 
plus heureuse influence sur le carreau. Il a vu des enfants 
atteints de cette maladie, à un haut degré, se rétablir en- 
tièrement après un traitement de deux à trois mois (Diss. 
de oleo jecoris aselK, p. 34). 

Vingtrinier, médecin en chef des prisons de Rouen, 



CHAPITRE II. 167 

assure que ce médicament lui a réussi, chez une demoiselle 
des environs^ de Rouen, dans un cas de carreau où Ion 
avait perdu tout espoir de guérison. La malade était 
réduite à un état de maigreur extrême; il y avait fièvre 
continue, diarrhée; le ventre était énorme, et les glandes 
du mésentère étaient appréciables au toucher. Elle fut 
guérie en six semaines, environ, sous Tinfluence de Thuile 
de morue, à la dose de deux cuillerées par jour (/. des 
conn. méd.^ juin i842.] 

Vaust, professeur à l'université de Liège, a. guéri pres- 
que radicalement, à Taidede cette de huile, une petite fille, 
de sept ans, qui offrait une- tuméfaction très- coïxsid érable 
des ganglions mésentériques. ',La maladie avait résisté à 
remploi de l'huile de pavot, continué pendant quatre mois 
[Ann. de la soc. de méd. d'Anvers, mars 1846). 

Taufflieb a vu guérir, sous Pinfluence de ce médicament^ 
un assez grand nombre d'enfants présentant les signes géné- 
raux ou rationnels du carreau. Mais il avoue que, dans la 
généralité des cas, la tympanite intestinale ne lui a pas 
permis de constater, d'une manière rigoureuse, Tengorge- 
mentdes glandes du mésentère [ouv. cité.^ p, 46). 

Pour mon compte, je puis affirmer que Fhuile de foie de 
morue m'a plusieurs fois réussi dans des maladies qui pa- 
raissaient offrir tous les caractères du carreau, sauf la 
dégénérescence tuberculeuse des ganglions mésentériques 
que je n'ai pu constater, d'une manière certaine. J'ai 
encore été témoin de deux faits de cette nature il y a 
quelques années: 

F. Pardoen, âgé de 3 ans, d'une constitution scrophu- 
leuse, était dans l'état suivant, lorsque je le vis, pour la 
première fois, au commencement de janvier 1853 : L'en- 



168 LIVRE II. 

fant était triste, morose, il ne pouvait se tenir debout; son 
teint était d'une pâleur extrême; le ventre était démesuré- 
ment gros, dur, rénittent, un peu douloureux et rendant 
un son mat à la percussion. Aucun signe physique ny 
décelait la présence d un engorgement glandulaire ni celle 
d'un épanchement séreux. Le petit malade était dans un 
état de faiblesse extrême. Il y avait diarrhée, marasrae, 
fièvre hectique. Aucune altération ne paraissait exister du 
côté du système osseux. La maladie durait depuis long- 
temps, et l'on avait perdu tout espoir de giTérison, lorsque 
je le mis à l'usage de l'huile de foie de morue, à la dose 
d'une demi-cuillerée à bouche par jour. Cette médication, 
opéra, si je puis m'ex primer ainsi, une espèce de résurrec- 
tion. Peu à peu, sous son influence, la diarrhée, la fièvre 
cessèrent, le ventre se dégonfla, le malade reprit de l'em- 
bonpoint et des forces, et après un traitement d'environ 
cinq mois il fut complètement rétabli. 

Le même médicament m'a également procuré les résul- 
tats les plus avantageux, chez un autre enfant, environ du 
même âge, et qui présentait, mais à un moindre degrés, les 
symptômes que je viens de rapporter. 

Je ne puis affirmer que les deux cas dont il vient d'être 
question soient, bien réellement, des cas de carreau, car la 
palpation des tubercules, qui est le seul signe caractéris- 
tique de la maladie, a manqué; mais toujours est-il que 
l'huile de foie de morue s'est montrée, ici, d'une efficacité 
non douteuse, dans deux cas de maladies qui offraient tous 
les signes rationnels du carreau. 

Plusieurs praticiens distingués, au nombre desquels il 
faut compter Brcfeld, De Jongh, Galama, Heyfelder, Lion, 
Kopp, Rrebel, Fleinecker, Schmidts, Tortual ont égale- 



CHAPITRE tl. 169 

ment prétendti que ce remède leur avait réussi pour com- 
baltre Tatrophie mésentérique. De Jongh, entre autres, 
affirme que cette huile lui a donné les résultats- les plus 
avantageux dans les cas les plus désespérés 1 Mais ne de- 
vons-nous pas nous tenir en garde contre des assertions 
aussi brèves et aussi tranchées? C'est surtout, dans une ma- 
ladie dont le diagnostic est souvent difficile, comme dans le 
carreau, qu'il est utile de rapporter des observations détail- 
lées, et qu'il importe d'éviter ces formules commodes qui 
rendent toute vérification impossible, et qui consistent à 
affirmer, purement et simplement, que tel remède a guéri 
telle maladie.' 

11 n'est que trop commun de confondre le carreau ayee 
plusieurs états morbides qui s'accompagnent de tuméfac- 
tion du ventre et d'amaigrissement, tels que le gros ventre 
des enfants rachitiques, Tentéro-colite simple, l'affection 
tuberculeuse et ulcéreuse des intestins, chez les enfants 
phthisiques, et bien souvent, enfin, l'afTeclion tuberculeuse 
du péritoine. De l'aveu des meilleurs praticiens de Tépo- 
que, la présence des tubercules, dans le mésentère, ne 
donne que très-exceptionnellement lieu à des tumeurs assez 
volumineuses et assez superficielles pour être appréciées au 
toucher. II faut donc n'accepter qu'avec une prudente ré- 
serve tout ce qu'on a dit sur l'efficacité de certains médica- 
ments dans le carreau, et se rappeler ces sages paroles de 
l'un des plus habiles praticiens de l'époque : « Tous les 
individus, dit Guersant , qui ont guéri de maladies intes- 
tinales qu'on a supposées appartenir au carreau au l®"" de- 
gré, étaient dans un état trop douteux pour qu'on puisse en 
tirer aucune conséquence rigoureuse relative au traite- 
ment » (Dict. de méd., art, carreau). 

15 



170 LIVRE II. 

Concluons que rotilité de l'huile de foie de naorue contre 
la phthîsie mésentérique est encore une question très-pro- 
blématique, et qu'il s'agirait d'élucider par de nouvelles 
observations. 

§m 

IIKIflN(4TK TCBERCI LKUSE. 

Peut-on s'en rapporter au témoignage de Bauer, qui 
prélend avoir vu l'hydrocéphale aiguë céder avec une 
promptitude étonnante à TempFoi de l'huile de morue? 

On sait, aujourd'hui, que ce que l'on désignait, naguère, 
sous le nom d'hydrocéphale aiguë doit, dans la grande gé- 
néralité des cas, être rapporté à la luberculisation des mé- 
ninges. On sait de plus, qu'il est fort rare que cette affec- 
tion se termine autrement que par la mort. Il n'est donc 
pas facile de croire qu'on puisse la guérir avec l'huile de 
morue ; et ici le doute est d'autant plus permis que l'on con- 
naît, d'un côté l'extrême lenteur avec laquelle celte sub- 
stance agit sur l'organisme, de l'autre la marche, presque 
toujours rapide, de la méningite tuberculeuse. 



ART. IV. 

HUILE DE FOIE DE MORUE DANS LE RHUMATISME ET LA GOUTTE. 
RHUMATISME. 

L'huile de foie de morue est devenue, depuis un certain 
nombre d'années, un remède très en vogue contre le rhu- 



CHAPITRE II. 171 

maUsme. H a été sartout préconisé par les médecins alle- 
mands, qui le regardent comme le meillear de toos les 
moyens connus pour combattre cette affection. On en a 
fait usage, surtout, dans les affections rhumatismales chro- 
niques, chez des individus profondément débilités ou d'une 
constitution strumeuse. 

De temps immémorial, Ffauile de foie de morue est em« 
ployée, comme un remède populaire contre le rhumatisme, 
en Angleterre, en Hollande et dans plusieurs autres pays.* 
£lle passa dans la pratique des médecins, en 1766. époque 
à laquelle on commença à en faire usage, contre cette ma- 
ladie, à rinfirmerie de Manchester, où elle fut, d'après 
Darbey [Perdvaïs med. essays), introduite par le D*" Kay, 
iun des médecins de l'infirmerie, el qui tenait ce remède 
d'une femme qui, à deux reprises différentes, s'en était 
bien trouvée contre de violentes douleurs rhumatismales 
dont elle était atteinte. 

Darbey (London médical. Joum.^v. 111, p. 392) s'ex- 
prime en ces termes sur l'utilité de ce médicament contre 
le rhumatisme chronique : « L'huile de foie de morue ^t 
d'une utilité incontestable contre le rhumatisme, chez des 
sujets déjà avancés en âge et dont les muscles ont atteint 
un haut degré de rigidité. J'en ai vu plusieurs qui ne pou- 
vaient même se lever de leur siège qu'avec la plus grande 
peine reprendre Tusage de leurs membres perclus après 
avoir pris l'huile de foie de morue seulement pendant quel- 
ques semaines, et guérir radicalement après un emploi 
pins prolonge de ce remède. » 

Percival, dès 1771, a signalé les bons effets de celte 
huile contre le rhumatisme chronique. Elle guérit, selon 
lui, en produisant une crise par les sueurs, les urines trou- 
bles el chargées, ou par des selles abondai nies (op. cit\. 



172 LIVRE H. 

CoDspruch, à une époque où l'huile de foie de morue 
u'était guère encore connue que comme remède populaire, 
en a fait usage avec succès dans un cas de prosopalgie 
rhumatismale (ro^cAenbucA/ur angehende aerzte,^7S6, 
Bd. II). 

Bardsley , membre de la société de médecine de Londres, 
nous apprend que l'huile de foie de morue jouit, dans le 
Lancashire, d'une grande réputation contre le rhumatisme 
chronique, et qu'on s'en sert beaucoup à l'hôpital de Man- 
chester (1). C'est un remède qu'il a beaucoup employé et 
qui a quelquefois produit, entre ses mains, des résultats 
étonnants, et qui, quelquefois aussi a complètement échoué. 
« Les circonstances , dit Bardsley , dans lesquelles je Tai 
trouvée la plus avantageuse, administrée à l'intérieur et à 
l'extérieur, sont fes suivantes : 1^ dans le rhumatisme 
chronique des gens âgés, où les muscles et les tendons sont 
devenus rigides, et les articulations à peu près inflexibles, 
en conséquence de ce que la maladie a été produite par m 
travail excessif, la fatigue, le froid et l'humidité ; Sachez 
les femmes dont la constitution a été délabrée par des atta- 
ques réitérées de rhumatisme après l'accouchement, et sur- 
tout vers la vieillesse. J'ai vu peu de malades guérir entiè- 
rement par l'usage de l'huile, lorsqu'à leur entrée à l'hôpital, 
ils étaient incapables de se tenir d(^bout ou de supporter le 
poids (lu corps. » 

Bradsley prescrit ce médicament à la dose d'une demi- 
once à une once et demie deux ou trois fois par jour. 11 
observe qu'il produit de l'embonpoint, qu'il agit quelque- 
fois sur les reins, parfois sur le tube digestif et dans quel- 

(I] D'après Johnson, on en consomme/depuis 50 ans, plus de 240 pintes an* 
nuellement dans la seule infirmerie de Manchester. 



CHAPITRE 11. 173 

ques cas sur la peau où il cause des éruptions, mais jamais 
des sueurs. Au rapport de ce praticien, il serait inutile de 
persister dans son emploi, si la rigidité et la douleur ne 
diminuent pas dans la première quinzaine de son usage. 
{Afin, de litt. méd. étrang., t, 9, p.iSiG). 

L'huile de foie de morue a réussi entre les mains de 
Schenck, dans un grand nombre de cas d^ rhumatisme 
musculaire et articulaire chroniques , généralement très- 
graves, et dont quelques-uns avaient résisté, pendant long- 
temps, aux médications les plus variées. 

Au reste, nous ne partageons pas l'enthousiasme du 
praticien allemand qui voit dans l'huile de morue un véri- 
table spécifique contre toutes les affections rhumatismales 
et arthritiques. « Cette huile, dit-il, guérit toutes les ma- 
ladies douloureuses et chroniques du corps humain, quel 
que soit le siège de ces maladies pourvu qu'elles soient de 
nature rhumatismale ou arthritique ; elle les fait disparaî- 
tre aussi sûrement que le quinquina guérit la fièvre inter- 
mittente » (Hufeland's journ.^ t. SS et t. 62). 

Scherer, médecin allemand, a rapporté plusieurs obser- 
vations qui constatent l'efficacité de cette huile, dans le 
rhumatisme chronique et notamment dans celui qui affecte 
les lombes et l'articulation coxo-fémorale [Buyze, Dissert: 
de oleojec.aselli, 4 8 24^ p. 6). 

Buyze, médecin hollandais, cite le cas d'un rhumatisme 
chronique occupant les genoux et l'articulation coxo-fémo- 
rale gauche, chez une femme, de 46 ans, qui fut avanta- 
geusement combattu par l'huile de foie de morue, adminis- 
trée pendant six mois, à la dose de 3 cuillerées à bouche 
par jour. La maladie durait depuis plus de trois ans, et avait 
résisté à une foule de remèdes, qui lui avaient été prescrits 



174 LIVRE 11. 

par différents oiédecios. — Buyze fait la remarque que 
rhuile, dans ce cas, a porté son action sur la nulrifioû, 
car la malade s'est acquis, sous son influence, un emboo- 
point extraordinaire (Dissert, dt., p. ^/). 

Basse est parvenu à guérir, à l'aide du même moyen, 
une femme, de quarante-quatre ans, atteinte d'un violent 
rhumatisme universel [Sanitàts Bericht dea Konigl. med, 
colley. Zu. Munster, 1850). 

Knood von Helmenstreit s'est bien trouvé de ce médica- 
ment dans le traitement du rhumatisme chronique. II ciie, 
entre autres, le cas d'un homme, de quarante ans, qui 
avait contracté un rhumatisme universel à la suite des cam- 
pagnes d'Espagne et de Russie. La nuit, les douleurs 
étaient intolérables, et elles augmentaient encore par les 
changements de température. Les remèdes employés, pen- 
dant de longues années, n'avaient produit qu'un soulage- 
ment passager. 11 fut complètement rétabli après avoir 
pris, pendant trois semaines, de l'huile de foie de mo- 
rue, d'abord à la dose de 3, puis à celle de 4 cuillerées 
à bouche par jour (Hufeland's journ., Bd. LXAIF, 
st. S). 

Les professeurs Graefe, de Berlin , et d'Ainmon , de 
Dresde, ont consigné, dans le compte-rendu de la clini- 
que de Berlin, pour 1832, et dans le Journal ophthal- 
mique d'Ammon, des observations qui déposent en faveur 
de l'efficacité de l'huile de foie de morue dans les affections 
de l'œil compliquées de rhumatisme. 

Carron du Villards a acquis la conviction que l'huile de 
foie de morue est un remède très-efficace, dans un grand 
nombre d'affections rhumatismales chroniques. C'est, sur- 
tout, dans les cas oii la maladie sévit sur une constitution 



CHAPITRE 11. ' 175 

faible et lymphatique qu'elle produit les résultats les plus 
avaolageux (BulL de thérap., mai 1854). 

Osius prétend que ce médicament convient, surtout, 
dans ces douleurs, dites rhumatismales et goutteuses, qui 
surviennent chez les scrophuleux, et que l'on devrait plu- 
tôt désigner sous le nom de scrophule articulaire. Cette 
affection diffère du rhumatisme, selon lui, en ce qu'elle 
n est point accompagnée de fièvre, qu'il y a moins de gon- 
flement, qu'elle se développe lentement et est accompagnée 
de douleurs fixes ; et de la goutte, en ce qu'elle survient 
plus particulièrement chez les femmes et n'est point ac- 
compagnée de pléthore abdominale (Klencke^ op. cit., 
p. 134). 

Brefeld afSrme que l'expérience réitérée lui a appris que 
l'huile de foie de morue réussit surtout dans le rhumatisme 
chronique, chez les scrophuleux. Au nombre des faits qu'il 
rapporte, on remarque le suivant dont je donne ici la subs- 
tance. 

Un homme, d'environ quarante ans, éprouvait, depuis 
deux ans, dans toute une moitié du crâne des douleurs in- 
toléra blés .qu'il attribuait à un morceau de bois qui lui était 
tombé sur la tète, deux ans auparavant. Cependant, comme 
ces douleurs s'exaspéraient par le moindre changement de 
lemps, Brefeld crut pouvoir les considérer comme étant de 
nature rhumatismale. Dans cette occurrence, il eut recours 
à l'huile de foie de morue, et le malade fut complètement 
rétabli après en avoir absorbé 16 onces (op.cit,). 

Taufflieb s'est bien trouvé de l'huile de foie de morue 
dans plusieurs cas de rhumatisme articulaire, chez des in- 
dividus éminemment lymphatiques ou d'une constitution 
scrophuleuse très-prononcée. 



176 UYRS lU 

Une femme, de 21 ans, d'une constitution éminemment 

scropholeuse, atteinte, depuis plusieurs années » d'un engor- 

^ geroenl douloureux des articulations fémoro- tibia les , fui 

guérie en cinq mois, à l'aide de ce médicament, pris chaque 

jour à la dose de quatre cuillerées. 

Une jeune Olle, âgée de 15 ans, d'une constitution scro- 
phuleuse, était affectée, depuis plusieurs années , d'un 
gonflement douloureux du genou droit et des articuLlions 
tibio-tarsiunnes. On la mit à l'usage de l'huile de foie de 
morue, et après un traitement de sept mois l'engorgement 
des articulations avait disparu, et la malade pouvait mar- 
cher avec la plus grande facilité. 

Deux femmes entièrement privées de l'usage de leurs 
membres depuis plusieurs années, par suite d'un rhuma- 
tisme articulaire chronique, au point qu'on était obligé de 
les transporter d'un lit à un autre, furent complètement 
rétablies après avoir pris de l'huile de foie de morue pen- 
dant cinq ou six mois. 

Les résultats furent encore plus satisfaisants chez une 
fille, de 18 ans, atteinte d'un rhumatisme articulaire, de 
diverses articulations, accompagné d'un commencement 
d'hypertrophie du cœur avec tendance au rétrécissement 
des orifices ^uriculo-ventriculaires. 

Chez plusieurs autres malades, ce remède ne produisit, 
entre les mains de Taufflieb, d'autres résultais qu'une amé- 
lioration plus ou moins notable, sans amener une guérison 
complète. Il échoua même complètement chez une femme, 
de 45 ans, atteinte, depuis longtemps, d'un rhumatisme 
articulaire, qui, plus tard, fut avantageusement combattu 
par l'usage du sublimé corrosif {Gaz. méd. de Paris^nov. 
1839], 



CHAPITRE II. 177 

H. Bennet (op. cit.) signale les bons effets de celte huile 
dans trois formes spéciales de la goutte et du rhumatisme» 
que l'on désigne sous les noms de générale, d erratique et 
de locale. 

M. Delcour, de Verviers, affirme que ce médicament lui 
a souvent réussi contre le rhumatisme chez les individus à 
diathèse scrophuleuse, ou dont la constitution était forte- 
ment détériorée, tandis qu'il n'en a obtenu que des résul- 
tats négatifs chez les individus d'une constitution forte et 
d'un tempérament sanguin. Il cite le cas d'une femme, de 
57 ans, d'une constitution scrophuleuse atteinte, depuis 
trois ans, de rhumatisme articulaire, et n'ayant pas quitté 
le lit depuis deux ans. Cette femme éprouvait, au moindre 
mouvement, des douleurs très-intenses dans presque toutes 
les articulations, dont le volume s'était accru, et qui étaient 
à demi ankilosées, déformées, noueuses. Il y avait amai- 
grissement très-prononcé, mouvement fébrile vers le soir, 
pouls petit, misérable, etc. Les médications les plus énergi- 
ques, les plus rationnelles, étaient demeurées sans succès. 
Elle fut guérie en six mois, au moyen de l'huile de foie de 
morue, administrée à la dose d'une cuillerée à bouche ma- 
tin et soir. Delcour nous apprend qu'à « Verviers, où les 
affections rhumatismales chroniques, compliquées de scro- 
phules, sont excessivement fréquentes, il n'est pas de pra- 
ticien qui n'ait eu l'occasion de remarquer les effets admi- 
rables que produit l'huile de foie de morue dans ce cas » 
[Ànn. de la soc. de méd. de Gandy an. 1841 , p. i8S). 

Le même remède s'est également montré d'une grande 
efficacité, entre les mains d'un autre médecin belge, M. 
iacquet, qui en a obtenu des succès remarquables chez 
deux individus, d'un tempérament lymphatique, atteints. 



178 LIVRE n. 

depuis loDglemps, d'an rhumatisme articulaire chronique 
très-étendu, rebelle à tous les traitements, et qui les obli- 
geait à tenir constamment le lit [Annal, de la soc. de niéd, 
de Gandj ann. 184 i , p. 184). 

Bouchez, de Verviers, a obtenu les succès Lbs plus bril- 
lants de l'emploi de cette huile dans une espèce de rhuma- 
tisme qui a son siège dans les lombes et les articulations da 
bassin, et qu'il désigne sous le nom de rhumatisme fémo- 
rocoxal des femmes enceintes. D'après Bouchez, l'huile de 
foie de morue avant d'être généralement connue à Liège et 
dans ses environs, y était assez souvent vendue comme qb 
remède secret pour combattre la maladie qui nous occupe 
{/ijin. de la sac. des se. médic. et nat. de-Malines, 1842, 
p. 52). 

M. Hendrickx, de Malines, a également obtenu les 
effets les plus avantageux de l'huile de morue dans l'espèce 
de rhumatisme dont il vient d'être question. 11 dit que cette 
substance n'a point, comme on l'a prétendu, la propriété 
de ramollir les os et de produire ainsi le rétrécissement da 
bassin. Il a vu plusieurs femmes atteintes de rhumatisme 
accoucher d'enfants vivants, après avoir fait un long usage 
de ce médicament; il en a vu d'autres, au contraire, qai 
n'ayant pas voulu recourir à cette substance, ont succombé 
en couches [Ann. de la soc. des se. méd. et nat, de Mali- 
nes, 1842). 

Stapleton a guéri, en quatre mois, par l'huile de foie de 
morue, à la dose de trois onces par jour, une femme d'un 
tempérament lymphatique, âgée de 38 ans, qui était at- 
teinte d'un rhumatisme chronique qui avait successive- 
ment envahi différentes parties du corps, pendant l'espace 
de huit années, et s'était enfin fixé sur le bassin [Bull, de la 
soc. de méd. de Gand, 1842, p. ISS). 



CHAPITRE II. 179 

M. Pigeolet, de Bruxelles, a vu, che^ une personne, qui 
menait une vie très-sédentaire , des douleurs rhumatis- 
males très-intenses , siégeant au bras et sévissant surtout 
la nuit, accompagnées de froid du membre, d'amaigrisse- 
ment, etc. , céder, en dix jours, à Temploi de Thuile de mo- 
rue. La maladie datait de six semaines, et avait été combat- 
tue en vain par les moyens les plus rationnels (Journ. de 
méd., pubL par la soc, des se. méd. et natur. de Bruxelles, 
an. i845, p. 93). 

Plouvier, de Lille-, cite deux faits à Tappui de Tefficacité 
de Fhuile de morue contre le rhumatisme. Dans le premier 
cas, il s'agit d'une dame, de 58 ans, de beaucoup d'embon- 
point, atteinte de lumbago et de sciatique chronique qui 
avait résisté à tous les moyens employés, et qui futavan- 
tageusement combattu à Taide de cette substance. Dans le 
5econd.cas, il est question d'un homme robuste, âgé de 40 
ans, qui fut guéri, à l'aide du même moyen, d'une affection 
rhumatismale, prise d'abord pour une maladie de la moelle 
et combattue en vain par les saignées réitérées (Journ, 
oit.^publ. par la soc. des se. natur. et méd. de Bru- 
xelles, nov. 18^4). 

Selon V auteur d'un mémoire, sur t huile de foie de mo- 
rue, présenté, en 18S2, à la société médico-pratique de 
Paris, ce médicament guérirait seulement deux variétés de 
rhumatisme : 

« 1^ Le rhumatisme musculo -fibreux, appartenant à la 
misère dans son degré le plus avancé, et reconnaissant 
pour causes les privations, l'encombrement, l'absence d'air 
et de lumière, une constitution primitivement chétive ou 
détériorée, la diathèse scrophuleuse et l'hérédité. 
« Cette forme de rhumatisme, débutant par un simple 



180 LIVRE II. 

eodolorissement des membres, envahirait saccessivemeot 
le rachis jasqu'à la nuque, et frapperait de roideur et de 
contracture plus ou moins permanente les muscles des 
membres et du tronc, sans jamais revêtir le caractère 
inflammatoire, s*accoropagnant seulement d'oedème sans 
rougeur, et pouvant conduire jusqu'à la paralysie. 

(( 2^ Le rhumatisme fibreux, développé sous Tiofluence 
d'un séjour prolongé dans les lieux humides et froids. Cette 
deuxième variété de rhumatisme, débutant par les articu- 
lations, présenterait d'abord une certaine mobilité, et atta- 
querait presque exclusivement les tissus fibreux. Sa marche 
lenle et le plus souvent apyrétique, altérerait progressive- 
ment la nutrition et conduirait à l'épuisement sans entraî- 
ner ni contracture ni paralysie » (Bouchardatj ann, Ï8S4, 
p.ïïS). 

Ph. Wilterberg, haulélisseur, âgé de 66 ans, fut pris, 
après avoir travaillé dans une chambre humide, de douleurs 
assez fortes dans les lombes. Ces douleurs, au lieu de dimi- 
nuer, parurent s'aggraver avec le temps. Lorsque je le vis, 
pour la première fois, le malade avait cessé toute espèce de 
travail, il marchait avec peine, le tronc courbé en avant et 
appuyé sur un bâton. La maladie durait depuis deux ans, 
et avait résisté à tous les moyens employés. Il avait sé- 
journé plusieurs mois à l'hôpital civil de Tournai, sans obte- 
nir le moindre amendement dans son état. Nous lui conseil- 
lâmes l'huile de foie de morue, d'abord à la dose de deux, 
puis de trois cuillerées à bouche par jour. Sous l'influence 
de ce traitement, les douleurs lombairies disparurent peu a 
peu, l'état du malade s'améliora d'une manière notable, et 
au bout de trois mois il fut complètement rétabli et put re- 
prendre ses occupations habituelles. 



CHAPITRE II. 181 

Marguferile Leblanc, âgée de 32 ans, de petite taille, 
d'utte eonstilUtion fortement délériorée et serophuleuse, 
vivant dans laf misère et les privations, était tourmentée, 
depuis 4 ans environ, d'une affection rhumatismale qui 
avait son srége dans les articulations coxo-fémorales, où 
elle éprouA^ait des'douleurs sourdes, qui s'exaspéraient pai» 
les changements de tempériittire. La malade marchait avec 
peine et en dandinant. J'avais employé, chez celle femme, 
les moyens les plus variés, pendant plusieurs années, sans 
obtenir de changement notable dans son état, lorsqu elle se 
décida, d'après le conseil d'une dame, à prendre de l'huile 
de foie de morue, à la dose d'un petit verre à li«[ueur matin 
et soir. A la suite de ce traitement, qui fut continué pen- 
dant six mois environ, les douleurs cessèrent, la malade 
recouvra peu à peu la faculté de marcher, et elle finit par 
se rétablir entièrement. 

Un barbier, âgé de 32 ans, d'une constitution détério- 
rée et serophuleuse, était atteint d'un rhumatisme articu- 
laire chronique, siégeant dans les genoux et les articulations 
tibio-tarsiennes. Les mouvements de progression étaient 
lents, difficiles et douloureux. Depuis six mois, il avait 
cessé de vaquer à ses occupations. Cet état durait depuis 
trois ans. Le malade avait considérablement maigri. L'huile 
de foie de morue fut administrée, à la dose de 4 cuillerées 
par jour. Sous l'influence de cette médication, qui fut con- 
tinuée pendant tout un hiver, l'état général s'améliora, 
remboupoint revint, les douleurs cessèrent, les mouve- 
menl-s se rétablirent, et le malade finit par guérir complè- 
tement. 

Un portefaix, âgé de 62 ans, d'une constitution faible et 
d un tempérament lymphatique, ayant éprouvé, à différen- 



10 



182' LIVRE H. 

tes reprises, des attaques de rhumatisme, vint nous con- 
sulter, au commencement de mai 1853, pour un rhuma- 
tisme articulaire des genoux, qui durait depuis six mois 
environ. Les mouvements étaient difficiles, douloureux; 
c'est avec une peine extrême qu'il pouvait se livrer aux tra- 
vaux de sa profession, et souvent il ne pouvait remplir sa 
besogne sans l'aide de ses camarades. Nous lui conseillâmes 
l'huile de foie de morue, à la dose de 3 cuillerées à bouche 
par jour. Dès le huitième jour du traitement, il y avait déjà 
amendement notable dans son état, et au bout de 15 jours 
la guérison était complète. 

Un ouvrjjr corroyeur, âgé de 15 ans, d'un tempérament 
- lymphatique, né d'une mère sujette au rhumatisme, éprou- 
vait, depuis deux mois, des douleurs sourdes dans les ge- 
noux et dans l'articulation tibio-tarsienne du côté droit. Le 
malade marchait avec difficulté, et ne pouvait vaquer à ses 
travaux habituels. Je le jnis à Tusage de Thuile de foie de 
morue^ à la dose de 2 cuillerées à bouche par jour. 11 fut 
complètement rétabH après un traitement de 20 jou'rs. 

Catherine Tanneur, journalière, âgée de 57 ans, d'une 
constitution faible, d'un tempérament lymphatique forte- 
ment prononcé, vint nous consulter le 15 mai 1853. Elle 
éprouvait, depuis deux mois, des douleurs assez intenses 
dans la direction des muscles sacro-lombaires, ce qui rem- 
pêchait de vaquer à ses occupations habituelles. Je lai 
prescrivis l'huile de foie de morue, à la dose de deux cuille- 
rées par jour. Le 25 mai les douleurs avaient presque en- 
tièrement cessé, et son état était tellement amélioré qu'elle 
a pu reprendre ses travaux habituels, et je ne fus pas peu 
surpris delà rencontrer accroupie, dans la rue, occupée à 
arracher l'herbe qui croît entre les pavés. 



CHAPITRE II. 183 

Un ouvrier, âgé de 50 ans, d'une constitution scrôphu- 
leuse, vint réclamer nos soins, le 40 mai 18S3, pour des 
douleurs rhumatismales, qui avaient leur siège au côté droit 
du thorax, dans la directioja des attaches du grand pecto- 
ral. La maladie existait depuis un mois et avait été vaine- 
ment combattue par différents moyens locaux, et, entre 
autres, par. l'application, loco dolenti, d un emplâtre de poix 
de Bourgogne. Il fut entièrement délivré de ses douleurs 
après avoir pris, pendant environ dix jours, de Thuile de 
morue, à la dose de 2 cuillerées par jour. 

Indépendamment des auteurs que nous venons de citer, 
une foule d'autres ont également publié des faits qui témoi- 
gnent de l'utilité de ce médicament contre le rhumatisme. 
Nous citerons : Michaëlis, Harless, Mœnnig, Mœring, Spi- 
ritus, Schutte, Osberghauss, Reder, Roy, Fehr, Pasque, 
Amelung, Kolkmann, Alexander>, Wesener, Fuch, Rom- 
berg, Muûzenthaler, Moll, etc. 

L'huile de foie de morue est loin d'avoir produit, entre 
les mains de tous ceux qui l'ont expérimentée contre le rhu- 
matisme, des résultats aussi satisfaisants que ceux que 
nous venons de mentionner. 

Les essais tentés avec ce médicament contre le rhuma- 
tisme chronique, à la Charité de Berlin, n'ont pas été cou- 
ronnés de succès. Richter n'a pas été, non plus, plus heu- 
reux dans son emploi [Gronerty Diss. de oleojecoris aselli, 

Gunther a vu plusieurs cas de rhumatisme articulaire 
chronique résister à son emploi. Toutefois, il attribue ces 
insuccès au peu de persistance de la part des malades, qui 
Irop dégoûtés du remède l'abandonnèrent avant d'en avoir 
oblenu leffet désiré [HvfelancTs journ,, t. fîP). M. De 



^K^ LIVRE II. 

Paepe affirme qae l'huila fJa foie de morue ne \ai a {N?Q$que 
jamais réussi à^ns le traitement du rhumatisme chronique 
(Bull, de la soc, de méd. de Gand, 4847). 

St£(quez ne lui a jamais vu produire de bons résultats 
[Ann. de la soc. de méd. de Gand, mars 484 i). Haase 
^rne son utilité au rhumatisme avec diathèse scrophulensfi 
(jilge7neine med. omtralzeitung, p. 7 70). 

Poqr ma part, je dois à la vérité de dire qae ce remède 
iTa pas toujours répondu à mon attente. Jamais je n'en ai 
obtenu de succès chez les individîi^ d une oonslitution ror 
bu^)e, atteints de rhumatisme chronique. C'est ainsi qu'il a 
é^é de nul effet chez une femme, d'une constitution ro- 
buste, qui était atteinte d'un rhumatisme articulaire chro- 
nique, qui avait envahi la plupart des articulations des 
membres. Ce médicament a également trompé mon attente 
chez un tonnelier, d'une constitution très-forte, atteint, de- 
pois de longues années, d'un rhumatisme articulaire chro- 
nique, qui s'était montré rebelle à tous les moyens em- 
ployés. J'ai connu un campagnard, âgé de 60 ans, d'une 
constitution assez robuste, qui a pris de l'huile de poisson 
pendant plus d'une année, pour, un rhumatisme chronique 
de Tarticulation coxo-fémôrale, sans en éprouver d'amélio- 
ration notable. 

§11. 



L ou est loin d être d'accord sur l'utilité çle l'Imile dçfoie 
dç, piorue. da^fts le ir^itemçn.t de la goutte. i.e^ un^, tels que 
Brefeld, Delcour, Knood voç Helraenstreit, Taufflieb, etc. 
ne lui accordent aucune efliçacité dans ce cas. Les autres. 



CHAPITRE II. 185 

au nombre desquels il faut compter Beckhaus^ Guother, 
Hacker, Katzeoberger, Kolkmann, Monnig, Osberghaus^ 
Osius, Scbenck, Spiritus, Spitta, Wesener la considèrent, 
au contraire, comme un médicament fort utile contre la 
maladie qui nous occupe. Ne faut-il pas attribuer cette di- 
vergence d'opinions à la difficulté qu'il y a de distinguer, 
dans certains cas, le rhumatisme et la goutte, à la grande 
analogie des symptômes observés dans certains cas dégoutte 
et de névralgie, et à la complication de la goutte avec d au- 
trei5 affections chroniques ? 

Reineker, s'il faut l'en croire, a vu céder à l'usage de 
1 huile de foie de morue, administrée pendant quatre mois, 
un cas de goutte des plus rebelles, qui durait depuis dix ans 
et avait résisté aux remèdes les plus vantés en pareil cas 
[Bennet^ op. cit., p. 477). 

ART. V. 

HUILE DE FOIE DE MORUE DANS LES AFFECTIONS DU SYSTÈME NERVEUX. 

§1 

GÉNÉRALITÉS. 

Les névroses naissent sous l'influence des causes les plus 
nombreuses et les plus variées. Parmi ces causes, il en est 
«ne, surtout, qui mérite de fixer l'attention, c'est la fai- 
blesse. Arrêtons-nous un moment sur cette cause, si fé- 
conde en névropathies, et qui peut fournir les indications 
les plus précieuses sur leur traitement. 

La faiblesse, soit naturelle, soit accidentelle, originelle 
ou acquise est, sans contredit, le principe de beaucoup 
^'affections du système nerveux. Les preuves abondent à 



186 LITRE H. 

Tappuî de cette vérité, si importante, et pourtant presque 
méconnue, de nos jours. D'après Tissot (Trait, des matad, 
des nerft), « l'homme robuste ne connaît pas les maux de 
nerfs, mais si on le soumet, pendant un certain temps, à 
une alimentation peu restaurante ou à d'autres causes dé- 
bilitantes, cet homme fort que rien n'aurait ému devient 
une. femme hystérique. » 

Trousseau et Pidoux [oper. cit:) nous montrent lelat 
nerveux s'élevant et débordant à mesure que les matériaux 
d'assimilation décroissent ou s'atténuent. Ândral sigaale 
raffaiblissement de la constitution comme une des causes 
les plus puissantes de beaucoup de névroses {Hematoi 
pathùL). Qui pourrait ignorer que les accidents nerveux 
les plus divers ne soient fréquemment la suite des pertes 
abondantes de sang? Sydenham (Deaffect, kyst€ri€à]ei 
beaucoup d'autres praticiens célèbres s'accordent à dire que 
les névroses, les plus diverses, sont fréquemment la suite 
des pertes immodérées ou intempestives du fluide sanguis. 
Rien déplus commun, que d'observer de^ troubles nerveux 
chez les femmes dont la menstruation est exubérante. 

Observez ce qui se passe dans l'anémie et la chlorose, 
maladies caractérisées, surtout, par une diminution dans les 
globules du sang ; remarquez les nombreux troubles ner- 
veux qu'elles suscitent, et vous aurez une idécKie l'influence 
du sang sur les nerfs. 

La soustraction des aliments, qui fournissent au sang 
les matériaux dont il est formé, n'influe pas moins que les 
évacuations sanguines sur le système nerv^x. S'il nous 
fallait dérouler le tableau des accidents produits par l'ina- 
nition, le jeûne, la diète, l'emploi des aliments peu ou point 
restaurants, il nous ^faudrait parcourir toute la série des 
affections du système nerveux. 



CHAPITRE n. 187 

f 

Défaut d'élaboration vitale, d'animaiisation, étiolement 
des tissus, faiblesse : voilà ce qu'on remarque commune* 
ment chez les scrophulenx. Aussi n'est-il pas rare de ren- 
contrer chez eux des affections du système nerveux. Hufe* 
iand a vu des spasmes , des paralysies, Thypocondrie et 
une foule d'affections analogues naître sous Tinfluence du 
vice scrophulenx (Trait, delà malad.. $croph.,p, 142). 
Alibert observe que les scrophulenx sont d'une grande ir- 
ritabilité [Malad. de la peau, t. 2). Bousquet (ouv. de Hu- 
felandj signale comme un fait digne de remarque la sus- 
ceptibilité nerveuse qu'on rencontre fréquemment chez les 
scrophuleux, et qui va quelquefois jusqu'à produire des 
symptômes morbides, symptômes qui disparaissent par 
on traitement antiscrophuleux. Sauvage (Nosolog., t. IF) 
attribue au vice scrophuleux les accidents qu'il a vu sur- 
venir dans une famille dont tous les enfants étaient mois-" 
sonnés par les convulsions, avant l'âge de six ans. J.Frank 
raconte que presque tous les malades chez lesquels il a pu 
observer la chorée offraient des traces de la diathèse scro- 
phuleuse ou rachitique. Il rapporte que son père a observé 
des faits analogues [Trait* de palhoL, t. 2). Baumes a vu 
un cas d'épilepsie dû au vice scrophuleux céder à un trai- 
tement dirigé contre la maladie primitive [Traité de Va-- 
maigrissement des enfants) ; Herpin [Du prognostic et du 
trait, curât, de répil€psie),Leurei et plusieurs autres pla- 
cent la scrophule au nombre des causes prédisposantes de 
l'épilepsie. D'après Lugol, la coqueluche est tellementcom- 
mune parmi les enfants scrophuleux, qu'on n en voit qu'un 
petit nombre échapper à cette maladie [Rech. et observ. 
sur les causes des malad. scroph). 

Nous n'avons pas la prétention de rappeler ici tous les 



188 LIVRE II. 

faits qui prouvent Tinfluence de la faiblesse sur les désor- 
dres du système nerveux. Disons, en somme et pour nous 
résumer, que tout ce qui débilite l'économie prédispose aui 
névroses : faiblesse de constitution, flux excessifs de tout 
genre, inanition, diète prolongée, usage d'aliments peu oq 
point réparateurs, excès vénériens, etc., etc. 

Nous venons de prouver qu'il existe des névroses par 
faiblesse : le rétablissement des forces par des moyens ana- 
leptiques convenables, voilà, bien évidemment, la pre- 
mière indication à remplir {sublatâ causa tollitur effectué] 
dans ces sortes d'affections. 

L'huile de foie de morue est un remède éminemment 
analeptique et réparateur ; c'est pourquoi l'on est en droit 
d'en espérer les meilleurs effets dans ce cas. 

Aussi plusieurs praticiens en ont-ils obtenu des effets 
vraiment remarquables dans les névroses, mais surtout dans 
les névralgies. Peut-être s'étonnera-t-on de pareils résul- 
tats, mais cet étonnement cessera si l'on veut bien ne pas 
perdre de vue les quelques considérations que nous venops 
de présenter, sur l'origine des névroses, et si Ton a soin de 
se rappeler ce que nous avons dft, plus haut, sur l'efficacité 
de l'huile de foie de morue contre le rhumatisme chronique, 
maladie qui a beaucoup d'analogie avec la névralgie (1). 



I ; Je :»erais presque teolé d'admettre que le rhumatisme ne serait qu'une 
névralgie disséminée dans les ramuscules nerveux, tandis que' la névralgie, 
proprement dite, aurait son siège dans un tronc ou une branche principale de 
nerfs. 



CHAPITRE II. 18!) 

§11. 

Osberghauss affirme que ce médicament lui a rçussi cl^n§ 
un cas de. npyr^ljjie çjsiatique très-opiniàtre [liy,felav4's, 
journ.^ sept 482S)> Saltipger cite le cas d'une, fille q\\\ fut 
guérie, à Faide du jnênae moyen, d une névralgie scja^jque 
(jqi avait été cçmbajtue en vain, pendant six mois, par les 
reiflpdes Ie$ piqs yariés (/6trf.^ Bd.LXXl). 

I^lunzenthaler ^ obj^ervé, chez v(p sujet rachitique, un 
cas d'hémicranie qui, après ayoir résisté pendant sijt. m.pis 
aux rennèdes les plus djvçrs, fut avantageusement çomb^t-r 
ta pa{* l'huile de foie (le niprue, à la, dps.e de 4 cuillerées, 
par jour. Le même praticien p^'élend avoir guéri, à l'e^ide 
d« mèpae moyen, un moine, âgé de soixante-huit an$, qui 
éfait, depuis longtemps,, tourmenté chaque soir par dps 
accès de cardialgie, çpRtre lesquels un grand noflabre de 
remèdes avaient échoué (Hufçlap,(H'Sj^jfiurnçLl^ 483Î4]., 

Rust a vq disparaître, d'urie manière rapide, sous Tin-r 
fluence de ce médicament, un ççis de. névralgie §çia tique des 
plus opiniâtres. Le malade était dans un état, déplprablç, :' 
depuis seize semaines il ne pouvait ni piarcher, ni s'assepir, 
ni même rester couché sans éprouver les plus v\ves çlpu- 
lei^rs. Il -avait consulté les premiers médecins dp BerlÎR e^ 
essayé en v^ÎR une foule de remèdes, ta,nl rationnels qç 'em- 
piriques [Pçi Jonghy op. cit.). 

De Jongh cite un cas de névralgie sçiatique chez un 
hojD(^rae, de 64 ans, qui fut guéri, en 4 mois, par l'huile de. 
foie de^iporue, administré^; d abonJ^ à la dose de 2, puis de 



190 



LIVRE 11. 



3 cuillerées par jour. Le malade, qui fait le sujet de cette 
observation, pouvait à peine marcher, et éprouvait des dotu 
leurs très-intenses, depuis le grand trochanter jusqu'à la 
plante des pieds (ouv. dté^ p. 474). 

Taufflieb a vu, chez une femme pauvre, d'une constita- 
lion détériorée, sujette depuis longtemps à différentes né- 
vralgies, un cas de gastralgie des plus opiniâtres céder à 
l'usage du même médicament [oper. cit., p. 82). 

Durrant a fait un fréquent usage de Thuile de foie de 
morue dans le traitement des névralgies; et les résultais 
qu'il en a obtenus, dans les névralgies les plus rebelles^ mé- 
ritent de fixer, à un haut degré, l'attention des praticiens. 

« Le premier cas dans lequel je l'ai employé, dit ce pra- 
ticien, était certainement le cas de névralgie le plus grave 
que j'aie jamais rencontré. La douleur était si vive, quelle 
arrivait aux angoisses les plus déchirantes, et arrachait des 
torrents de larmes au malade. Fer, quinine, arsenic à 
haute dose, tous ces moyens n'avaient jamais produit qu un 
soulagement momentané. Le malade prenait à peine l'huile 
de foie de morue depuis une semaine, que la douleur com- 
mençait à diminuer sensiblement, et en continuant encore 
quelques semaines, la maladie, qui durait déjà depuis plu- 
sieurs mois, fut entièrement guérie. Pendant deux années, 
le malade n'éprouva aucune atteinte de sa névralgie; lors^ 
qu'il en fut repris, M. Durrant se rappelant la résistance 
du mal à tant de moyens autres que l'huile de foie de mo- 
rue, se décida à administrer l'huile d'emblée, et le résultat 
ne fut pas moins favorable. » Durrant a également obleno 
les effets les plus avantageux de l'emploi de ce moyen dans 
un cas de névralgie dentaire, dans un cas très-grave de né- 
vralgie de la langue, dans plusieurs cas rebelles de scia- 



CHAPITRE II. 491 

tique» et dans deux ou trois cas de névralgie du rectum, 
avec ou sans complication d'hémorrhoïdes {Associât, med. 
journ.). 

Une femme pauvre, âgée de 50 jns environ, éminem- 
ment scrophuleuse, éprouvait, depuis longtemps , dans le 
côté gauche de la face, des douleurs intolérables^ revenant 
par accès plusieurs fois dans la journée, et appartenant bien 
évidenàment au tic douloureux. Je la mis à Tusage de Thuile 
de foie de morue. Sous l'influence de ce traitement, la ma- 
ladie s'améliora assez rapidement, et au bout de trois se- 
maines, époque à laquelle la malade a cessé de verir nous 
consulter,. la guérison était presque parfaite. 

D'autres praticiens, au nombre desquels il faut compter 
Schenckius, Spitta, Rustius, Amelung, Moll et plusieurs 
autres, ont également obtenu des résultats avantageux de 
de cette Thuile dans le traitement des névralgies. 

§111. 

PARALYSIE. 

On a cherché dans Thuile de foie de morue un remède 
pour combattre la paralysie. 

Roësch cite un cas d'hémiplégie, chez une fille, de 15 
ans, de constitution strumeuse, qui fut avantageusement 
combattue à l'aide de cette huile (Leder, dissert. cit.). 

LeD^ Schupmann, de Gescke, en Westphalre, cite deux 
cas de paraplégie par suite de couches, dans lesquels 
Thiiile de foie de morue fut administrée avec un succès com- 
plet. Dans l'un de ces cas il s'agit d'une femme, qui, à la 
suite de ses couches, éprouva des tiraillements très-intenses 



192 LIVRE II. 

dans les euisses et les jambes, de la difflcalté de marchêi', 
pais après de nouvelles eoQches devint complètement fifi- 
plégique. Là maladie durait depuis trois ans, et avait éfb 
vainement combattaa par toutes sdirtés dé moyens; elle 
déda à lusage de Thuile de foie de morue, administrée pett- 
danl huit mois, à la dospe de deux cuillerées par jour. 
L'autre malade prcsenlail des symptômes tout h fait analo- 
gues, et fut également guéri a Taide du même traitemetH 
{Hufd. journ,, 4830, p. //*). 

Taufllieb obtint des résultats non moiqs satisfaisante, 
dans un cas analogue, chez une femme de petite stature, 
chez laquelle les mouvements de progression étaient lenls, 
difficiles, incertains, douloureux. La maladie, qui durait 
depuis cinq ans, était survenue à la suite d'un accouche- 
ment laborieux (ouv. cité, p. 63), 

Un peintre, âgé de 38 ans, était atteint d'une affection 
de la moelle épinière avec semi-paralysie des extrémités su- 
périeures. La maladie durait depuis plusieurs années, el 
avait été combattue sans succès par les remèdes les plus 
accrédités en pareil cas. Sous l'influence de l'huile de foie 
de morue, qui fut administrée pendant six mois, le malade 
prit un embonpoint remarquable, mais n'éprouva aucun 
changement dans son état maladif [PloUvier, jùurn. de 
ifnéd.y de chir, etc, publié par la soc, deè se. méd. etnal. 
de Brtixelles, nov, 18ë4). 

On observe parfois à la suite du rhumatisme, une para- 
lysie locale, purement sympto<natique,que plusieurs pnXx- 
ciens désignent sous le nom de paralysie rhumatismale. 
Les ouvriers des ports, les blanchisseuses, les mari- 
niers, ceux"qui habitent des endroits humides, salpétréià, 
Sont sujets à cette affection. Son traitement diffère dei 



CHAPITRE 11. 193 

autres espèces de paralysie, et prend quelque chose de la 
nature, toute différente, de l'affection dont elle dérive. C est 
pourquoi on a cherché dans Fhuile de foie de morue un re- 
mède pour la combattre. 

Reinhart, Schutte, Spitta, Schupmann, Rlenke, Osius, 
etc., citent des faits qui tendent à prouver son utilité, dans 
ce cas. Au congrès des naturalistes, tenu à Strasbourg, en 
1842, MM. Stoeber, Ubersal et Erdmann louèrent beau- 
coup ses bons effets, dans le traitement de la maladie qui 
nous occupe. De Jongh cite un cas de guérison dont voici 
la substance : 

Un batelier, âgé de 56 ans, sujet au rhumatisme, est 
affecté de paralysie des extrémités inférieures, à la suite 
dune nouvelle attaque de rhumatisme : la sensibilité des 
jambes, surtout des pieds est presque entièrement abolie, et 
, le malade, quoique soutenu, ne peut marcher qu'avec la plus 
grande difficulté. La maladie du-re depuis deux ans. On le 
met à l'usage de l'huile de foie de morue, et après un traite- 
ment de quatre mois lasensîbiHté est rétablie, et la marche^ 
quoique encore incertaine, est devenue possible. Au bout 
d'un an, la guérison est parfaite [loc. cit. y p. 478). 

§IV. 

COQUELUCHE. 

Panck, médecin en chef de l'hospice des orphelins de 
Moscou, regarde l'huile de foie de morue comme un excel- 
lent remède, pour combattre la coqueluche qui survient 
chez les enfants scrophuleux [Zeitschrift fur die gesammte 

Medicin.). 

il 



194 .LIVRE II. 

Ravenhill-Pearce emploie, contre la même afiTection, cette 
huile, à la dose d'une cuillerée à café, deux fois par jour, 
associée à une alimentation substantielle. Localement, il 
éponge louverture de la glotte avec une forte solution de 
nitrate d'argent (un gram, par once d'eau distillée) (Gaz. 
médic. de Paris). 

§v. • 

NÉVHOSES DIVEASt^S. 

Osius pense que l'huile de foie de morue est indiquée 
chez les individus dont le corps est amaigri et le système 
nerveux irritable. 11 signale les bons effets qu'il en a obte- 
nus dans un cas d'éclampsie, chez un enfant rachitique, 
dans deux cas de chorée, dans quatre cas d'épilepsie, dans 
un cas d'amblyopie amaurotique, chez une jeune fille d'un 
tempérament nerveux (Fedotoff, de oleo jecoris aselli, 
p. 31). 

Osberghauss (op. cit.) prétend que ce médicament lui a 
réussi dans un cas d'épilepsie; Kopp dans un cas de trem- 
blement nerveux, qui affectait le bras droit, ainsi que dans 
un cas de chorée (Leder, loc. cit.). 

M. B., Doyen de S*-Brice, à Tournai, a vu céder à 
l'usage de Thuile de foie de morue, administrée pendant 
longtemps à une dose assez élevée, un cas d'amaurose, bien 
constaté par des hommes de l'art, et qui avait résisté à tous 
les moyens employés. 

Sur l'invitation de ce vénérable ecclésiastique, j'ai sou- 
mis à l'usage de ce médicament deux indigents atteints 
d'amauroses rebelles. Le remède a été continué longtemps, 



CHAPITRE 11. 195 

et à une dose assez élevée, sans produire aucun change- 
ment favorable dans Tétat de la maladie. 

L'amaurose est quelquefois produite par des causes débi- 
litantes, telles que la faiblesse de la constitution, les évacua- 
lions sanguines copieuses, rallaitement prolongé, les sup- 
purations abondantes, etc. C'est peut-être dans cette espèce 
d'aroaurose, où Tusage des toniques et des analeptiques est, 
bien évidemment, indiqué, qu'il serait permis de recourir à 
l'emploi de l'huile de foie de morue, avec quelque espoir de 
succès. 

ART. VI. 

HUILE DE FOIE DE MORUE CONTRE LES CACHEXIES. 

Beaucoup d'auteurs s'accordent à considérer la cachexie 
comme une altération profonde de la nutrition, dépendante 
d'une maladie chronique, et caractérisée par la maigreur, 
la bouffissure, l'infiltration , l'altération de la couleur, un 
sang fluide et abondant en sérosités, la perle de cohésion 
de la plupart des tissus, et la langueur de toutes les fonc- 
tions. 

Beau prétend qu'il faut, pour rester fidèle à la bonne 
tradition, comprendre sous le nom de cachexie la même 
affection que l'on désigne, aujourd'hui, sous le terme d'a- 
némie. Il définit la cachexie : une maladie apyrélique, ordi- 
nairement chronique, caractérisée par l'existence d'une 
hydrémie (altération du sang qui consiste dans une dimi- 
nution des globules et dans l'augmentation du sérum, avec 
conservation de la proportion normale de fibrine) qui en- 
traîne avec elle la diminution des forces, la décoloration et 
l'atonie des tissus. 



196 LIVRE II. 

On range parmi les cachexies : la cachexie posl-hémor- 
rhagie on qui survient à la suite des pertes sanguines, l'a- 
némie, la chlorose, la cachexie africaine, affection qui sé- 
vit d'une manière particulière sur les nègres des colonies 
(Pouppé-Desportes, Segopd) ; les cachexies saturnine (Tan- 
querel), syphilitique (Sennert, Ricord), paludéenne (Hoff- 
mann, Bretonneau), celle des pmonnier* (Sennert, Caleb 
Rose), celle par cause morale (De le Bœ), celle qui est 
déterminée par des aliments de mauvaise nature, celle qai 
est produite par Thabitation de certains pays (Poupé-Des- 
portes, Glarke, Beau), celle qui provient de la présence des 
vers, ou cachexie vermineuse. 

Il est un certain nombre de cachexies qui, au lieu d être 
primitives comme celles que nous venons d enumérer, sonl 
consécutives à un état pathologique antérieur. A ce genre, 
appartiennent la cachexie qui survient à la suite du cancer, 
celle qui est déterminée par la pellagre, etc. 

Je viens d'énumérer les cachexies les plus fréquentes, 
celles dont lexislence a été la mieux constatée. Il me serait 
facile d'en grossir le nombre ; car on peut encore y ajouter 
celle qui est déterminée par l'abus du genièvre, qu'on 
pourrait appeler cachexie alcoolique ^ et qui est particuliè- 
rement observée en Belgique, et dans les départements da 
nord de la France (1) ; celle qui est produite par l'usage, 
longtemps répété, des préparations mercurielles, et dont 
l'existence a été constatée par tous les syphiliographes, 
celles, enfin, qui sont le résultat des excès vénériens, delà 
lactation prolongée, des maladies de longue durée, des fati- 
gues excessives, etc., etc. 

(4j Od donne. le nom de blasés à ceux qui sont allants de cette cachexie, 
(Hécart., dict. rouchi-français). 



CHAPITRE II. 197 

L'emploi des toniques et des analeptiques étant spéciale- 
ment indiqué dans le traitement de la cachexie, Jlout porte 
à croire que Thuile de foie de raorue, à cause de sa pro- 
priété analeptique, est appelée à rendre de grands services 
(lan« le traitement de cette affection. Déjà, des faits assez 
nombreux viennent confirmer cette manière de voir. C'est 
ainsi qu elle s'est montrée efficace dans la cachexie produite 
par différentes affections chroniques. 

Schenck a vu ce médicament produire des résultats avan- 
tageux dans deux cas de gastrite chronique, qui duraient 
depuis deux ans et avaient été vainement combattus par 
les remèdes les plus divers [Hufeland's Journ,^ 1826). 

Rayé, de Vilvorde, prétend avoir guéri de la même ma- 
nière, des individus atteints de gastrite, de péripneumonie 
chroniques [Ànn. de la soc. de se, nat, de Bruges^ 4840). 

Dans le cancer parfaitement confirmé et déjà avancé, 
alors que tout espoir de guérison s'est évanoui, Thuile de 
foie de morue peut encore être utile, en améliorant l'état 
général des malades et en prolongeant leur existence. C'est 
ainsi que le professeur Diefltenbach, de Berlin, en a fré- 
quemment obtenu de bons effets non contre le carcinome 
lui-même, mais contre la cachexie qui l'accompagne ; et 
dans bien des cas il a vu son emploi rétablir les fonctions 
digestives, relever les forces, prolonger et adoucir l'exisr 
tence des malades [Gaz. médic. de Paris, 484Sy n^ SO). 

Au rapport du D^ Aikin, une jeune fille, de 15 ans, at- 
teinte d'ascite et d'ictère, par suite d'un engorgement du 
foie et des ganglions mésentériques, obtint une guérison 
inespérée par l'huile de foie de morue, après avoir employé 
longtemps et sans le moindre succès les préparations mer- 
curielles et iodéeiS {Schmidt Jahrb., 4846, p. /ff). 



198 LIVRE II. 

Le D"" Vicente Manas a consigné, dans les mémoires de 
l'académie de Madrid, un cas de cachexie d'origine véné- 
rienne, qui fut promptement et avantageusement combattu 
par rhuile de foie de morue, après avoir résisté à un trai- 
tement antisyphilitique complet (BulL de thérap.^ ISSO, 

p. H). 

Champouillon, médecin distingué du Val-de-Gràce, a 
administré l'huile de foie de morue à un grand nombre 
d'individus atteints d'affections pulmonaires chroniques. 
Huit individus affectés de bronchite chronique ont guéri. 
Sur trois cas de laryngite, un seul a été avantageusement 
modifié. Le remède a été de nul effet chez cinq malades at- 
teints de pleurite chronique [Ann.de tfiérap.de Boucliar- 
dat,48S2,p.272). 

Thompson a vu l'huile de foie de morue produire les 
effets les plus prompts et les plus avantageux dans un cas 
de diabète sucré, qui avait résisté à tous les moyens em- 
ployés. Au bout d'un mois de traitement la quantité d'uri- 
nes, qui était d'abord de 10 pintes, était dans les vingt- 
quatre heures, réduite à trois pintes, l'embonpoint était 
revenu, et tout faisait présager une guérison prochaine si 
le traitement huileux n'avait pas été interrompu [The 
Lancet). 

. Des tumeurs d'apparence squirrheuse ont paru céder 
à l'usage de cette l'huile. Le professeur LerebouUet , de 
Strasbourg, cite un cas de ce genre dont voici la sub- 
stance : 

Une demoiselle, âgée de 63 ans, d'un tempérament 
lymphatique, porte au sein droit trois tumeurs dures, dont 
l'une est tout-à-fait libre, tandis que les deux autres adhè- 
rent entre elles et avec la peau ; celles-ci forment la masse 



CHAPITRE II. 199 

la plus considérable de la tumeur dont le diamètre total est 
de 15 centimètres. Cette tumeur, qui est attribuée à un 
coup violent, reçu dans la poitrine, est le siège de douleurs 
lancinantes presqu'habituelles qui deviennent quelquefois 
très-vives, et s'étendent le long du bras. L'état général de 
la malade est assez bon ; cependant le teint est pale et un 
peu jaunâtre. Elle fait usage pendant huit mois d'huile de 
foie de morue, à la dose de 2 à 6 onces par jour, et sous 
l'influence de ce traitement , la tumeur disparaît entière- 
ment. 

Cette tumeur avait-elle un caractère squirrheux ou était- 
elle simplement de nature lymphatique? le professeur, de 
Strasbourg, n'ose pas décider cette question. Toutefois, sa 
dureté et les douleurs lancinantes qui l'accompagnaient, le 
font pencher vers la première opinion (Taufjflieb^ ouv. 
cité^ p. 84). 

Taufflieb a vu l'huile de foie de morue, associée à un ré- 
gime fortifiant, ramener à un état de santé satisfaisant des 
indfvidas réduits au dernier degré de marasme, par suite 
de bronchites chroniques très-graves. Il loue les bons effets 
de ce médicament dans la pleurésie chronique, alors que 
les accidents inflammatoires ayant été combattus par des 
moyens appropriés, les forces vitales sont abaissées au point 
que la nature ne peut plus opérer le travail de la résorp- 
tion, ce Dans ce cas, l'huile de foie de morue, en amélio- 
rant par une action réparatrice l'état général des malades, 
en imprimant une nouvelle énergie aux fonctions vitales, 
active également l'action résorbante des vaisseaux chargés 
de reprendre le liquide épanché qui sera plus tard éliminé 
par les émonctoires naturels. » 

Taufflieb considère l'huile de ijiorue comme une res- 



200 LIVRE II. 

source précieuse dans toute suppuration abondante qai 
compromet la vie des malades et peut provenir de causes 
très-variées. 11 a pu surtout apprécier les avantages de celte 
substance chez un jeune homme, d'environ quinze ans, 
qui avait beaucoup maigri et était devenu d'une pâleur 
effrayante à la suite d'une vaste brûlure, qui occupait 
toute la jambe, depuis l'articulation tibio-tarsienne jusqu'à 
la partie inférieure de la cuisse, et fournissait une sup- 
puration d'une extrême abondance. Il cite le cas d'une 
femme, de 37 ans, atteinte d'un cancer utérin, réduite 
à un élat voisin du marasme, par suite d'écoulements 
abondants, blancs et rouges, qui se ranima, en quelque 
sorte, sous l'influence d'un traitement huileux, et permit 
d'espérer que sa maladie pourrait résister encore long- 
temps au mal dont elle était atteinte. 11 prétend que ce 
médicament peut être utilement employé dans certains cas 
de syphilis très-graves et très-rebelles, alors que le malade 
se trouve réduit à un étal de faiblesse et de prostration, 
par suite d'un traitement antisyphilitique très-énergique 
(oper. cit.)^ 

11 n'est pas rare de rencontrer des enfants, de quatre à 
huit ans, qui s'affaiblissent peu à peu, sans qu'on puisse 
rencontrer, chez eux, aucune lésion capable d'expliquer 
celle espèce de dépérissement* C'est parmi ces petits êtres 
chétifs, cacochymes que la scarlatine, la rougeole et une 
foule d'autres affections exercent le plus de ravages. Avec 
un peu d'attention, on ne tarde pas à découvrir que cet état 
de dépérissement est le résultat d'une nutrition languis- 
sante et imparfaite. Taufflieb a obtenu dans ce cas les plus 
heureux effets de l'emploi de l'huile de foie de morue. 
« Après un traitement de quelques semaines et quelquefois 



CHAPITRE II. 



201 



même de quelques jours seulement, les enfants qui depuis 
longtemps mangeaient à peine quelques friandises et mai- 
grissaient à vu d'œil recouvrent un lappétit normal et se 
contentent de toute espèce de nourriture; ils ne tardent pas 
à reprendre des forces et de l'embonpoint, ainsi que cette 
gaieté particulière et cette agilité dans les mouvements qui, 
chez les enfants, dénotent le retour à un état de santé nor- 
mal » (loc. cit., p. 89). 

Le Dr Zipfebli (de Rottweil) cite le «cas d'un diabète 
sucré qui avait réduit le malade à un grand état d'épuise- 
ment, et qui fut avantageusement combattu à Taide de 
Thuile de foie de morue, administrée pendant trois mois à 
une dose assez élevée, et qui fut graduellement portée à une 
demi chopine par jour. Le malade rendait chaque jour une 
grande quantité d urines dans lesquelles l'analyse chimique 
a pu constater la présence du sucre. 

Faisons remarquer que le malade, habituellement mal 
nourri, fut, pendant tout le traitement, soumis à une ali- 
mentation des plus substantielles, ce qui, on peut le suppo- 
ser, a pu contribuer à son rétablissement [Algemeine 
Medicinische centrale-Zeitung., n^ S 4). 

Le D^ Henri Gintrac, de Bordeaux, a obtenu des résul- 
tats non moins satisfaisants dans un cas analogue [Journ. 
de méd. de Bordeaux). 

Caleb Rose, médecin de la prison de Swaffhan, appelle 
Tattention des praticiens sur une forme particulière de 
scrophule qu'il désigne sons le nom de cachexie des pri- 
sonniers, et qui est assez fréquemment observée dans les 
prisons. Il y a, chez les malades qui en sont atteints : 
pâleur, maigreur, tristesse, perte d'appétit, insomnie, 
sueurs nocturnes, pouls vite, irritable et faible, engorge- 



202 LIVRE II. 

ment plus ou moins prononcé des ganglions cervicaux. 
Rose a obtenu, contre cette affection, les succès les plus 
remarquables de l'emploi de Fhuile de morue. « Aussitôt, 
dit-il, qu'un prisonnier montre les premiers signes de celle 
altération de la santé, que Ton sait aboiftir au développe- 
ment de la scrophule il est mis immédiatement à l'usage de 
l'huile de foie de morue; dans tous les cas, et en très-peu 
de temps les malades ont recouvré leur coloration, leur 
embonpoint et leur sanlé habituelle » (Prov. med. et surg. 
Journal). 

HomoUe vante Fefficacité de l'huile de foie de morue 
dans l'état cachectique produit soit par une alimentatioD 
insuffisante ou vicieuse, le défaut d'air ou de lumière^ 
l'inaction, l'action prolongée du froid, une croissance trop 
rapide, les excès en tout genre, une suppuration abon- 
dante, une dentition difficile , avec affection chronique des 
bronches ou des voies digeslives; soit par une diathèse 
morbide spéciale, cancéreuse, syphilitique, scorbutique elc. 
(Boucfiardaty Ann. de 4834). 

Cette huile est particulièrement indiquée, selon Bour- 
chardat, dans cet état qu'il désigne sous le nom d'appau- 
vrissement général de l'économie. « Dans les pays froids, 
c'est, dit-il, le premier et principal remède des dérange- 
ments de santé qui accompagnent la misère, et de cet étal 
d'allanguissement général si commun chez les enfants 
capricieux des villes qui, élevés dans du coton, ne dépen- 
sent ni ne réparent d'une manière suffisante les aliments de 
la calorifîcation, et sont éminemment prédisposés aux scro- 
phules et à la tuberculisation (Man. de mat. médic, etc., 
t. 2, p. 36). . 

Je ne connais pas de meilleur remède que l'huile de foie 



CHAPITRE II. 203 

•de morue, pour combattre Tépuisement, qui survient à la 
suite des maladies de longue durée. Je m'en suis, surtout, 
bien trouvé dans la convalescence, si souvent interminable, 
de la fièvre typhoïde, surtout quand le malade a été beau- 
coup affaibli , par une diète prolongée ou des évacuations 
sanguines copieuses. 

ART. VII. 

HUILE DE FOIE DE MORUE CONTBE LES TACHES DE LA œRNÉE. 

Plusieurs praticiens ont cherché dans Thuile de foie de 
morue un remède pour combattre les taches de la cornée. 

P. Forestus signale l'utilité de l'huile de lote (gadtM 
Iota L.) contre cette affection. Il dit : « Ex jecore cu- 
jusdam piscis vulgari lingua a nostris dicti Aelpuyck, 
liquor quidam defluit^ experimento certo obscuritati vistis 
admodum commodus et utilis. Capilur autem hic piscis 
in aquis Feelandiœ prope Delphensem urbem. Est vero, 
hic piscis mollis^ et valde limosits^ subnigriusculus ^ et 
aliquantulum latior anguillay cujits jecur^ quod valde 
album est ac pingue, tegulœ alligatur cyatho subjecto vel 
vitro in sole, ut ab eo pinguedo olei instar destillet, Fel 
jecur tegulœ filo alligetur , vitro capàci imponatur, et 
supra hoc alium vitrum magis capaa: instar galeœ seu 
capitelli superponatur, et soli exponatur : exibit autem 
liquor albus et clarissimus, ad modum olei puri destillan- 
tis, et u^sui reservetur. Hoc liquore cilia tantum inun- 
gantur; et lacrymœ ab muUs exibunt, et is, qui visum 
obscurum tenebrosumque habet, miraculi instar illico lu-- 
cidum et luminosum recuperahit. Oportet autem minime 



204 LIVRE II. 

hune liquorem in oculum stillare, verum satis est, si cilia 

etpalpebrœ superiores eo inungantur; quo remédia 

mulier satis lumine orbata visum recuperavit, ita tU hoe 
arcano felicissime in aliis multis usm fuerim » [Obs, et 
curât, med.y lib. XII, p. 43). 

Claudinus recommande également Thuile de lote contre 
Tobscurcissement de la vue (Empyr. rat., lib. 3). 

Schroeder nous apprend que le foie de lote, suspendu 
dans un verre et exposé à la chaleur, donne une liqueur 
jaune très-utile contre le néphélion et la faiblesse des yeux 
[Pharm. medico-chym., p. 728). 

Ettmuller fait également mention de cette huile côn- 
tit les taches de la cornée et différentes affections de 
Fœil. « Mustela die Aal-Raupe, est celébris propter he- 
par, qui liquescit in liquorem bleaginosum pro tisu op- 
thalmico; quando scilicet hepar hoc sin vitrum clausum 
stêspenditur, et exponitur leni solis calori: Undè œstivo 
magis quam hyberno parari débet, hyemali enim tem-^ 
pore, dum mustelœ ova générant, et fœcundantur hepar 
non liquescit. Hic liquor igneœ et penetrantissimœ est nor 
turœ, et singulare spedficum in debilitate visus, nubecu- 
Us, albugine, panno, suffusionibus, omnibusque oculo- 
rum affectibus qui detersione opus habent » [Oper. omn., 
t.i,p.8^S). 

Dehaen fait les plus grands éloges de Thuile de lote 
contre la maladie qui nous occupe. « Quœ anno proximè 
prœterito notavi, de admiranda virtute liquoris hepatU 
piscis, quem mustelam fiuviatilem vocant, in oculorum 
maculis, et albugine; ea experimentis, admodum repen- 
tis, hoc anno confirmare gavisi sumus. Undè abesse ne- 
queo quin hoc prœclarum remedium etiam atque etiam 
commendem » (Ratio med., pars dec, cap. FI, p. 437). 



CHAPITRE II. 205 

Caron du Villards affirme que Tapplicalion, longtemps 
continuée, de Thuile de morue lui a été souvent très-utile 
pour combattre les taches de la cornée, résultant soit d'une 
légère ulcération, soit d*un épanchement interlamellaire. Il 
recoinniande de n'employer cette médication qu'après la 
disparition de tout symptôme inflammatoire. On com- 
mence par employer Thuile blonde, en touchant, plusieurs 
fois par jour, la partie malade avec un pinceau à miniature 
qui en est imbibé. Au bout de quelques semaines, on passe 
à un mélange égal d'huile blonde et brune, puis à la brune 
pure, enfin à la noire qui jouit, selon lui, d'une àcreté 
extrême. A l'appui de ce qu'il avance, Caron du Villards 
cite plusieurs faits dont voici la substance : 

Le fils du colonel Soubeiran avait une légère opacité du 
centre de la cornée, suite d'une ophthalmie scrophuleuse. 
La plupart des résolutifs connus avaient été employés sans 
succès. Il fut guéri, en quelques semaines, par l'applica- 
tion externe de l'huile brune de foie de morue. — La* fille 
du général Lallemand, blonde et lymphatique, portait de- 
puis plusieurs années un obscurcissement très-développé 
sur la cornée, résultant d'une ophthalmie avec kératite. Sou- 
mise pendant plusieurs mois au même traitement, la tache 
finit par disparaître entièrement. — Un charbonnier por- 
tait, depuis trente-cinq ans, une taie qui couvrait tout le 
champ de la pupille, au point qu'il ne pouvait plus se servir 
de cet œil. On toucha d'abord la partie malade avec de 
Thuile blonde, qui fut remplacée ensuite par de l'huile 
brune, pure d'abord, puis ensuite aiguisée avec du lauda- 
num. La guérison fut complète en quatre mois. 

Caron du Villards, a guéri, à l'aide du même traitement, 
une femme et çn enfant, qui portaient depuis longtemps 

48 



205 LIVRE II. 

des taches sur la cornée, qui avaient résisté à Tapplication 
de différents topiques (Guide prat. pour l'étude et le trait, 
des maladies des yeux^ t. ii, p. /J5). 

Gunier a guéri deux cas de pannus celluleux, qui étaient 
le résultat de fréquentes atteintes d'oph thaï mie catarrhale 
scrophuleuse, en combattant la diathèse scrophuleuse par 
le calomel, Tiodure de potassium et quelques autres moyens 
généraux, et en appliquant localement Thuile de foie de mo- 
rue. La guérison a été opérée en trente-cinq jours. Dans 
lun de ces cas, la maladie datait de huit, dans Tautre de six 
mois. 

Le même praticien cite deux cas de néphélion, suites 
d'une kératite traumatique, chez des sujets scrophuleux, 
qui furent avantageusement combattus par Thuile de morue 
instillée, matin et soir, entre les paupières, et un collyre au 
précipité rouge (Annal, d'oculistique^ t. iv, nov, iSiO], 

Delcour, médecin belge, s'est bien trouvé de Tapplica- 
tioQ externe de cette huile dans deux cas d'obscurcissement 
de la cornée. Dans Tun de ces cas, il s'agit d'une demoi- 
selle, d'un tempérament lymphatique, portant, au centre 
de la cornée, un ulcère résultant d'une ophthalmie calar- 
rho-scrophuleuse qui gênait beaucoup la vision et avait ré- 
sisté à différents moyens. Elle fut guérie, en quatre semai- 
nes, par des applications locales d'huile de foie de morue 
(Ann. de la soc. de méd. de Gand, 1841, p. 193). 

Au congrès des naturalistes, tenu à Strasbourg, en 1842, 
Bertini signalait d'importantes guérisons de taies de la cor- 
née opérées, à Halle, par l'emploi de la même substance. 

L'huile. blonde de foie de morue a réussi entre les mains 
du D*" Compérat dans le leucoma, suite de kératite. Lors- 
qu'il y a dépolissement de la cornée, il introduit chaque 



CHAPITRE II. 



207 



jour dans l'œil une goutte d'huile, seule ou associée au lau- 
danum. 11 cite entre autres cas de succès, celui d'un indi- 
vidu dont les deux cornées étaient dépolies. Après un trai- 
tement d'uD mois, il y avait commencement de vision, et au 
bout de trois mois, les cornées avaient repris leur poli nor- 
mal (Bull, général de thérap., 1849). 

Amman regarde l'huile de lote, associée à celle de noix, 
comme le moven le plus généralement utile qu'il connaisse 
pour combattre les taches récentes de la cornée, qui sur- 
viennent à la suite de l'ophthalmo-blennorrhée des nou- 
veau-nés. II fait instiller une goutte de ce mélange dans 
Tangle interne de l'œil (Cunier, Ànn. d'oculistique^ t. xxii, 
oct. 1849). 

Tavignol prescrit, fréquemment, contre ces mêmes taches 
un collyre préparé avec d'huile de foie de morue associée 
au camphre. On fait deux ou trois instillations dans l'œil 
par jour (Journ. des conn, médico-chir.^ mars 18S0). 

Le D^ Décondé emploie, depuis quinze à dix-huit ans, et 
avec un succès constant contre les ulcères de la cornée, 
Thuile de foie de morue, associée ou non au laudanum. Il 
importe de faire remarquer qu'il faut, avant tout, com- 
battre les granulations, qui pourraient exister et entretenir 
ces ulcérations [Arch. belges de méd. milit.y 1858 y n. 1), 



ART. vni. 

HUILE DE FOIE DE MORUE œNTRE LES VERS. 

L'huile de foie de morue a été employée avec succès 
contre les vers, par un grand nombre de praticiens. 
Buyze, médecin hollandais, veut que l'huile de foie de 



208 LIVRE II. 

morue, à cause de sa saveur et de son odeur désagréables, 
soit préparable aux autres huiles pour combattre les vers 
(Diss. med. de oleo jecoris dselli^ p. 8). 

Katzenberger loue son efficacité, en lavements, dans le 
même cas. {Hufeland's Journ., 4823 ^ nov. neft, s. 
//S). Osius, au rapport de Klencke (op. cit.^ p. i40), en 
a oblenu des effets surprenants dans les mêmes circons- 
tances. 

Caron du Villards regarde cette huile comme un remède 
excellent contre les lombrics et les ascarides, surtout quand 
elle est administrée simultanément par la bouche et par le 
rectum. [Bull, de thérap., mai 1834). . 

Wolfsheim recommande, pour combattre le taenia, 
l'huile de foie de morue unie à la fougère mâle et au sulfate 
de soude (Siens, De oleo jecoris aselli, p. /7). 

Cazin [Dublin quart. Journ., mai 4850] cite le cas 
d une femme qui évacua douze lombrics après avoir pris 
trois cuillerées de cette huile. 

Brefeld, Galama et plusieurs autres praticiens ont éga- 
lement loué les propriétés anthelmintiques de l'huile de foie 
de morue. 

Pour ma part, j'ai été fréquemment témoin des proprié- 
tés vermifuges de cette huile. Tout récemment encore, j'ai 
vu une petite fille évacuer huit lombrics, à la suite de son 
administration. 



CHAPITRE 11. 209 



CHAPITRE III. 

THÉORIE DE l'aCTION THÉKAPKUTIQUE DE l'hUILE 
DE FOIE DE MORUE. 

On a proposé différentes théories pour expliquer Taclion 
curative de Thuile de foie de morue. Nous n'avons pas Tin- 
tention d'errer longtemps dans ce champ d'hypothèses. 
Toutefois, nous croyons ne pouvoir nous dispenser d'en 
parler. Au reste, soit que l'on rejette, soit que Ion adopte 
ces idées, purement spéculatives, il n'en doit rejaillir au- 
cune défaveur sur une substance qui, ayant, pour elle, 
l'autorité des faits, peut fort bien se passer du secours des 
théories. 

Beaucoup de praticiens rapportent le rachitisme, les 
scrophules, etc., à une lésion de la nutrition, et voient dans 
le corps gras le principe actif de l'huile de foie de morue. 

La cachexie strumeuse n'étant, selon toute apparence, 
d'après Taufflieb, que le résultat d'une nutrition vicieuse 
et insuffisante, elle doit céder à l'usage de l'huile de foie de 
morue, qui a la propriété d'acliver et de régulariser cette 
fonction, et, par suite, de faire disparaître les différentes 
lésions locales qui dépendent de l'état scrophuleux. Il ex- 
plique de la même manière les succès qu'on obtient de cette 
huile dans une foule de cachexies, autres que la cachexie 
sirumeuse{ouv,cité,p. 13). 



210 LIVRE II. 

Delcour partage entièrement la manière de voir de Tauf- 
flieb sur le mode d'action de l'huile de foie de morue. « Pour 
que les solides, dit-il , trouvent à puiser dans le sang les 
éléments de leur entretien et de leur réparation, celui-ci 
doit charrier assez de parties nutritives, de chair coulante, 
suivant l'admirable expression de Bordeu, pour suffire au 
mouvement de composition de l'organisme ; or, il est des 
maladies particulièrement caractérisées par l'insuffisance 
des principaux éléments du sang, et dans lesquelles les ac- 
cidents les plus graves et les plus variés résultent de cet 
appauvrissement du liquide réparateur. C'est une vérité 
que personne ne met plus en doute et qui se trouve tous les 
jours confirmée par les découvertes de l'humorisme ration- 
\ nel. C'est ce que l'on peut appeler les altérations chroniques 
du sang, celles qui portent réellement sur sa composition 
chimique, naissant surtout sous l'influence de certaines 
conditions hygiéniques, et dans lesquelles enfin la nutrition 
est plus ou moins profondément modifiée ; ce sont des al- 
térations du sang par vice de nutrition. Eh bien, où trouve- 
t-on plutôt ces qualités du sang que dans les scrophules, 
le rachitisme, le rhumatisme chronique et dans les mala- 
dies invétérées de la peau, tous états morbides où l'huile de 
foie de morue montre surtout sa puissance : il suffit d'ail- 
leurs d'observer avec soin les effets produits par cette subs- 
tance, pour ne pas tarder à reconnaître que le premier 
résultat de son administration, chez la plupart des mala- 
des, c'est une amélioration notable des fonctions de nutri- 
tion. A mesure que la constitution se dépouille du type de 
cachexie qu'elle avait acquis et qui est surtout remarquable 
dans les affections dont nous* avons parlé, les ravages de la 
carie diminuent,.les os et les articulations malades tendent 



CHAPITRE II. 211 

à revenir à l'état normal, les symptômes d'épuisement et 
de dissolution organique s'arrêtent, et à ces êtres chétifs et 
étiolés, qui semblaient déjà avoir un pied dans la tombe, 
succèdent des sujets pleins de vie et de santé. » [Ann.de la 
soc. deméd.de Gand., 484'/ ^p. iS9). 

Lebert déclare que sa propre expérience lui a appris que 
ce moyen s'adresse essentiellement à la nutrition en géné- 
ral, et que mis en usage pendantjongtemps, il peut amé- 
liorer notablement toute la constitution et agir ainsi sur la 
diathèse scrophuleuse (ouv. cit.^ p. 99). Mareska [Arch. de 
la méd. belge), Soubeiran et une foule d'auteurs recomman- 
dables partagent cette manière de voir. 

Ascherson a vu que l'albumine mise en contact avec une 
graisse liquide, se coagule et se transforme en une cellule 
albumineuse renfermant une gouttelette d'huile. D'après 
lui, les choses ne se passent pas autrement dans l'économie 
vivante où le contact de l'albumine et de la graisse donne 
naissance aux cellules élémentaires qui, par différentes 
métamorphoses, produisent les différents tissus. Ascherson 
explique, par cette propriété des huiles, leur action salu- 
taire dans les maladies où la nutrition est en souffrance 
[Muller'sarch.,1840). 

Bauer voit l'origine des affections scrophuleuses dans la 
rupture de l'équilibre qui existe entre les fonctions diges- 
tives de l'estomac et celles des intestins grêles, rupture d'é- 
quilibre d'où naissent^ plus tard, du gonflement et des 
obstructions, une sanguification incomplète et l'épuisement. 
11 pense que, dans ce cas, l'huile se mêle avec la bile, fa- 
vorise la digestion des intestins grêles, rétablit l'équilibre 
entre le travail digestif de l'estomac et celui des intestins et 
combat ainsi la scrophule âans sa source. Ce n'est pas 



212 LIVRE II. 

tout, rhuile est graduellement mise en contact avec Talbu- 
mine qui obstrue le système lymphatique et avec celle qui 
est déposée dans le parenchyme des organes, et la trans- 
forme, selon la partie où leur contact a lieu, en chyle, en 
lymphe ou en sang, de manière à faire servir ces liquides 
à lorganisme (Arch. von Muller's.^ann. 1840). 

Williams croit, avec Ascherson, que Thuile de foie de 
morue concourt à la formation des cellules élémentaires, et 
avec Bauer, que le sang peut lui servir de véhicule pour 
arriver aux dépôts morbides dont elle favoriserait Tab- 
sorption par son action dissolvante [De Jongh). 

Klencke attribue les scrophules à une chylificalion in- 
suffisante et viciée, et l'huile de foie de morue en fournis- 
sant à cette fonction quelques-uns des principes qui lui 
manquent guérit la maladie. 

Pour le professeur Burggraeve, les scrophules, la phthi- 
sie et le rhumatisme sont des affections asthéniques dont 
la cause prochaine réside dans une respiration incomplète, 
ou, si Ion veut, une combustion incomplète. Il s'agit, pour 
rétablir 1 énergie des fonctions, de ramener la combustion 
à l'état normal en fournissant de la graisse aux chyle et 
aux organes respiratoires (Bull, de VAcad. royale de méd.j 
nov. Ï843). 

Plusieurs praticiens attribuent l'efficacité de l'huile de 
foie de morue aux différents principes que la chimie y a 
découverts. Au reste, leur opinion varie sur le principe au- 
quel il faut accorder cette action. 

Falker voit ce principe dans les résines qu'elle contient. 
Osius pense qu'elle ne doit ses propriétés ni à l'un ni à 
l'autre des principes que la chimie y a découverts, pris iso- 
lément, mais à tous ces principes réunis en un tout (Med. 



CHAPITRE m. 213 

ann.j Bd. IF). De Jongh partage celle manière de voir 
ainsi que Devergie, qui ne saurait admettre les prétentions 
de ceux qui cherchent à remplacer les huiles de poissou 
par des huiles artificielles [Ac. de med. de Paris, séance 
du 3 mai 48S9). 

Quelques médecins pensent que le brome et le phos- 
phore, contenus dans Thuile de morue, ne sont pas sans 
influence sur son action thérapeutique. 

Beaucoup d'auteurs, tels que Dreifuss, Gmelin, Kopp et 
une foule d'autres, voient dans l'iode le principe actif de 
ce médicament. 

Kopp objecte à ceux qui ne partagent sa manière de 
voir, à cause de la faible quantité d'iode contenue dans 
l'huile, qu'il en est probablement de cette dernière sub- 
stance comme de certaines eaux minérales, dont les pro- 
priétés doivent bien plutôt être attribuées à la combinaison, 
toute particulière, dans laquelle le fer s'y trouve qu'à sa 
petite quantité. Mayer est entièrement de l'opinion de 
Kopp : il pense que l'iode, dans son association avec 
l'huile, a d'autres effets que dans l'état isolé ou dans d'au- 
tres combinaisons. 

Asmus s'appuie sur ce que l'huile de foie de morue aurait 
les mêmes effets thérapeutiques que l'iode ; Wackenroder, 
sur l'analogie d'action de celte huile et de l'éponge calcinée. 
Dreifuss soutient qu'il faut attribuer la supériorité de 
l'huile de foie de morue sur l^iode et ses préparations à 
l'état d'isolement, à la combinaison de ce principe avec une 
substance animale, ce qui rend, s'il faut s'en rapporter à 
lui, son usage plus supportable et permet d'en continuer 
l'emploi. Puchelt et Bennelt, sans regarder Tiode comme 
le seul principe actif de l'huile de foie de morue, lui accor- 



214 LIVRE 111. 

deDt, néanmoins, une grande part d'action. Bennett base 
son opinion sur la prétendue inefficacité de l'huile de pois- 
son, qui ne contient pas d'iode. 

Quant à moi, je ne saurais, en aucune façon, partager la 
manière de voir de ceux qui regardent l'iode comme le 
principe actif de l'huile de foie de morue. Voici les argu- 
ments sur lesquels je me fonde : 

1^ Il est certain que l'iode peut manquer dans l'huile de 
morue, sans que, pour cela, elle perde ses propriétés théra- 
peutiques (1). 

2** Il a été constaté que des corps gras, autres que l'huile 
de foie de morue, et ne contenant pas un atome d'iode, 
peuvent produire les mêmes effets thérapeutiques que 
l'huile dont il s'agit. 

3^ La quantité d'iode contenue dans l'huile de foie de 
morue est tellement faible, qu'on ne peut guère lui accorder 
qu'une part d'action très-problématique. 

4® L'huile de foie de morue parait avoir des propriétés 
physiologiques toutes opposées à celles de l'iode : l'iode agit 
à la manière des stimulants les plus énergiques ; l'huile de 
foie de morue n'agit point à la manière des stimulants; 
l'usage prolongé de l'iode amène l'amaigrissement, le ma- 
rasme, au point qu'on en a fait un remède contre la poly- 
sarcie; l'usage de l'huile de foie de morue amène l'embon- 
point, la polysarcie ; l'iode a une action , pour ainsi dire 
spécifique, sur le système glandulaire (on l'a vu produire 
l'atrophie des mamelles, du corps thyroïde, des testicules, 
des reins, du foie, etc.); l'huile de foie de morue n'a aucune 
action sur le système glandulaire. 

(4) Nous avons vu, pins haut, que plusieurs chimistes y ont cherché en vain 
ce principe. 



CHAPITRE 111. 215 

5^ L'huile de foie de morue n'a point les mêmes e£fets 
thérapeutiques que l'iode : elle ne guérit point le goitre, la 
syphilis tertiaire et d'autres aflFections, que l'iode guérit. 
Cette huile est un remède héroïque contre le rachitisme. 
Peat-on en dire autant de l'iode? 

Concluons, de ce qui vient d'être dit, que c'est bien 
plutôt le corps gras que l'iode qui doit être considéré comme 
le principe actif de l'huile de foie de morue. 



246 CHAPITRE rv. 



CHAPITRE IV. 

DOSES, MODE d'aDMINIST RATION DE l'hUILE 
DE FOIE DE MORUE. 

L'huile (le foie de morue s'administre, en général, à la 
dose'de 2 à 6 cuillerées à bouche, par jour, chez les adul- 
tes*. Chez les enfants on donne le même nombre de cuille- 
rées à café. Au reste, ces doses peuvent varier, à rinfioi, 
suivant les circonstances. D'après Bouchardat, « une règle 
à laquelle on ne pense guère ordinairement, et qui cepen- 
dant domine la thérapeutique de l'huile de foie de morae, 
c'est la nécessité absolue de surveiller la dépense de l'huile 
qu'on administre, et d'activer cette dépense par tous les 
moyens rationnels. » Il pense que la dose à laquelle on l'ad- 
ministre doit être d'autant plus élevée que la température 
du lieu qu'on habite est plus basse [Man, de mat. méd.f 
t.2,p.S72). 

Suivant Lebert, il n'est pas nécessaire d'en porter la dose 
journalière au delà de 30 grammes. Williams ne l'admi- 
nistre, d'abord qu'à la dose de 1 à 2 cuillerées à café que 
l'on remplace plus tard par des cuillerées à bouche. 

Pour mon compte, je n'emploie, guère, ce médicament à 
une dose plus élevée que celle de 3 cuillerées à bouche dans 
la journée. Je ne suis pas partisan de ces doses énormes 
d'huile de foie de morue, recommandées par certains prali- 



CHAPITRE IV. 217 

ciens, surtout contre le lupus; et je suis très-porté à les 
considérer sinon comme nuisibles, au moins, comme su- 
perflues. Ne sait-on pas, depuis les belles recherches de 
Cl. Bernard, .qu'une partie, seulement, des matières gi'as- 
ses introduites dans le tube digestif, celle qui est émulsion- 
née par le suc pancréatique, est absorbée par les c^ylifè- 
res, et que le reste est évacué avec les fèces ! 

Rognetta (Annal de thérap.) critique vivement ces doses 
monstrueuses d'huile de foie de morue prescrites par 
Eméry. « On ne peut ignorer, dit-il, que quand on intro- 
duit dans le tube intestinal des masses considérables d'un 
corps gras, il ne s'en absorbe qu'une petite partie, le reste 
se combinant avec les sucs intestinaux et formant un com- 
posé insoluble, une sorte d'adipocire qui est expulsée avec 
les matières fécales.... S'il est vrai que l'action des remèdes 
dynamiques est tout entière dans la portion absorbée, l'on 
n'obtient pas plus d'effet de ces prescriptions excentriques 
de 1000 grammes que de 40 à 50 grammes, accompagnées 
de précautions convenables connues des praticiens. » 

Aux partisans des doses excentriques d'huile de Toie de 
morue, on peut encore opposer la théorie de Mialhe sur 
l'absorption des huiles et des résines. D'après Mialhe, les 
résines et les huiles n'étant absorbées qu'après avoir été sa- 
ponifiées, en tout ou en partie, par les alcalis qu'elles ren- 
contrent dans le tube digestif et dont la proportion, dans 
leconomie animale, est toujours bornée, il est impossible 
que ces substances puissent produire des effets thérapeuti- 
ques directement en rapport avec la quantité qui en est 
ingérée. Selon ce médecin chimiste, 15 à 30 grammes 
d'huile de ricin purgent aussi bien que 50 à 60 grammes; 
et 4 à 8 grammes de baume de copaha guérissent aussi 



49 



21S LIVRE II. 

bien les écoulements muqueux qu'âne dose plus élevée 
(Traité de tart de formuler). 

Au reste, quand bien même Thuile de foie de morue 
pourrait être absorbée aux doses énormes dont il s'agit, je 
pense qu'il faudrait encore les proscrire pour éviter, soit 
ces ipongestions sanguines vers les poumons, dont il a été 
question, soit ces accumulations d'un fluide graisseux dans 
le foie, les poumons et les reins, signalées par Gluge et 
Thiernesse. 

En cas de répugnance extrême po^ir ce remède, ou 
quand il est vomi, on pourrait l'administrer en lavements, 
dans une décoction d'amidon. De Jongh et Delcour en ont 
fait usage de cette manière. 

On se sert quelquefois de l'huile de foie de morue en 
application extérieure. Bayer en fait usage, tantôt en fric- 
tions, tantôt sous forme de bains, et même quelquefois, ce 
qui doit étonner^ en inspirations. De Jongh l'emploie, tant 
à l'çxtérieur qu'à l'intérieur, dans les douleurs rhumatis- 
males et goutteuses, les engorgements glandulaires etc. H 
fait appliquer des compresses imbibées de cette huile sur 
les ulcères scropbuleux, les affections scrophuleuses des 
articulations et les exanthèmes de même nature. Bennett 
fait envelopper la tête des individus atteints de favus d'un 
serre-téle huilé, et il pratique, matin et soir, des onctions 
sur la partie malade avec un pinceau imbibé de la même 
substance. 

Rosch fait frictionner les engorgements glandulaires 
avec de l'huile de morue tiède; Veiel avec un mélange 
d'huile et de fiel de bœuf; Kopp y fait appliquer des cata- 
plasmes préparés avec de la farine, un jaune d'oeuf et une 
cuillerée d'huile de foie de morue, ta méthode de Brefeld, 



CHAPITRE IV. 



219 



pour guérir Tophlbalmie scrophuleuse avec photophobie, 
consiste à frotter le bord des paupières avec un pinceau ou 
avec une plume trenipés dans Fhuile de foie de morue.^ 
Dans les taches de la coVnée on louche, plusieurs fois par^ 
jour, la partie malade avec un pinceau imbibé de cette 
huile. David, Malmstein et plusieurs autres ont beaucoup 
employé ce médicament à lexlérieur contre les affections 
delà peau. 

- L'huile de foie de morue est fort désagréable à prendre 
et répugne, en général, à beaucoup de malades (1); c'est 
pour obvier à cet inconvénient qu'on a cherché, par diffé- 
rents moyens, à en faciliter l'administration et à vaincre le 
dégoût qu'elle inspire. 

Plusieurs médecins conseillent, pour atténuer le mauvais 
goût de cette substance, de se boucher les narines en l'ava- 
lant. Ce conseil, d'après Bérard, est basé sur l'observation 
d un phénomène physiologique qui prouve que certaines 
substances ne font impression sur l'organe du goût, qu'au- 
tant qu'elles sont odorantes. 

TaufBieb conseille, dans le même but, de se rincer la 
bouche avec une cuillerée d'eau-de-vie, avant et après l'ad- 
ministration de l'huile (ouv. cité^ p. 9i). 

Personne, je pense, ne sera tenté de suivre le conseil de 
Baarly, qui fait ajouter une goutte de créosote à chaque 
cuillerée d'huile, métamorphosant ainsi une saveur détes- 
table en une autre plus détestable encore [Provincial 
joum.^ oct. i842]. 

Le procédé imaginé par Fdrrand, pour atténuer la sen- 

(1) Cette huile répugne beaucoup moins, en général, aux enfants qu'aux 
grandes personnes. J'ai remarqué souvent que les enfants rachitiques, surtout,- 
la supportent mieux que les autres, et la boivent môme souvent avec plaisir. 



220 LIVRE II. 

sation désagréable qui suit l'iDgestion de ce médicament, 
consiste : 1^ à se mouiller la bouche avec une gorgée d eau 
sucrée, 2** à mouiller exactement Tintérieur d*un verre, à y * 
verser Thuile sur une couche d'eau d un travers de doigt, el 
à avaler le tout, 3^ à boire immédiatement une gorgée d un 
liquide aromatique. — Caron du Viilards prescrit l'huile de 
foie de morue dans une émulsion d'amandes araères ou 
dans une certaine quantité de jus de citron (Bull, de thé- 
rap., mai 4834). 

Frédéricq fait mâcher un morceau d ecorce d'orange ou 
de citron avant et après l'ingestion de l'huile (Rev. médico- 
chir., V. S, p. 114). 

Bouchardat conseille aux personnes qui ont une grande 
répugnance pour ce médicament, d'en faire une pâte avec 
le gluten en poudre impalpable, de Durand, de Toulouse. 
Il conseille également de prendre quelques gorgées de café 
noir sans sucre, avant et après avoir avalé cette huile. 

James Murray facilite l'administration de l'huile de foie 
et lui enlève toute odeur, en la mettant en contact avec 
l'acide carbonique, à l'aide d'un appareil semblable à celui 
dont on se sert pour la fabrication des eaux gazeuses 
[Pharm. journ.). 

Selwim Morris conseille, pour faciliter l'administration 
de l'huile de foie de morue^ de la prendre dans une infusion 
de quassia. Oa remplit aux trois quarts une cuillerée à 
soupe de cette infusion, et on verse l'huile à la surface. 
L'auteur prétend que l'huile ingérée de cette manière ne 
donne lieu à aucune espèce de nausées [Bull, gêner, de thé- 
rap., 48S3). 

Guyot a constaté que la glace, conservée dans la bou- 
che, paralyse momentanément lorganedu goût ; et il a pu, 



CHAPITRE IV. 221 

à Taide de ce moyen, qui serait, je pense, entièrement ap- 
plicable à l'huile de morue, masquer la saveur amère du 
columbo (Scalpel,, juill. Ï8S6). 

Jeannel a constaté, tout récemment, que Thuile essen- 
tielle d'amandes amères, à la dose de 5 décigrammes pour 
100 grammes, fait disparaître lodeur nauséeuse et la sa- 
veur de poisson de Thuile de foie de morue la plus infecte 
(Repert. depharm). 

Leperdriel (Repert de pharm.) conseille, pour masquer 
le goût désagréable de cette huile, d y ajouter 10 pour 100 
de sel de cuisine. - — Grimault conseille, dans le même 
but, d'associer 8 gouttes de nitro-benzine à 100 grammes 
d'huile (Bull. gén. de tliérap., mars 1860). 

Benedetti ajoute à l'huile de foie de morue de la poudre 
d'amidon ou d'arrowroot, et en forme une pâte, qui est 
avalée dans un morceau d'hostie mouillée(jRep. depharm). 

D'après Hankel, cette huile transformée en savon, au 
moyen de la soude caustique, forme une masse propre à 
faire des pilules ; mais est-il certain que l'huile ainsi trans- 
formée conserve ses propriétés thérapeutiques ? 

On a proposé d'administrer cette huile dans des capsules 
solubles, comme on le fait, par exemple, pour le baume 
de copahu. La forme capsulaire est, sans contredit, un 
moyen excellent pour dissimuler l'odeur et la saveur désa- 
gréables de certains médicaments, qui se prescrivent à des 
doses minimes et fractionnées ; mais lorsqu'il est nécessaire 
de les porter à une dose assez élevée, comme cela arrive 
fréquemment pour l'huile de foie de morue, l'emploi des 
capsules n'est guère praticable. 

Un médecin de Gand, le D*" De Rudder, a proposé de 
remplacer les capsules, dont il vient d'être question, par 



222 LIVRE II. 

les vessies natatoires de nos poissons de rivière, tels que 
les goageons, les ablettes et les perches. Ces vésicules étant 
presque toujours divisées en deux loges, séparées par un 
rétrécissement, on les coupe en cet endroit et on y intro- 
duit Thuile, à Taide d une seringue en verre, par l'ouver- 
ture de séparation, qui est ensuite fermée, au moyen d'une 
ligature en fil de soie (Bull, de la soc.de méd.de Gand, 
1847). 

On sent que ce moyen n est pas plus applicable, dans la 
généralité des cas^ que Temploi des capsules, dont il vient^ 
d'être question. 

Le moyen conseillé par Berton, pour faciliter Tingestion 
de rhuile de foie de morue, a beaucoup d'analogie avec le 
précédent. Il consiste à introduire cette huile dans les in- 
testins de certains poissons, puis à diviser ces espèces de 
boudins en un certain nombre de compartiments par des 
ligatures en soie. En coupant les boudins à laide d'un 
ciseau, entre les ligatures les plus rapprochées, l'on obtient 
des capsules plus ou moins grosses, qui peuvent s'avaler 
avec assez de facilité [Rev.médic). 

A quel moment de la journée cOnvient-il d'administrer 
l'huile de foie de morue ? Plusieurs praticiens^ au nombre 
desquelles il faut compter Bennett et De Jongh, conseillent 
de l'administrer après le repas. D'après Bennett, elle donne 
des nausées et détermine le sentiment d'un poids sur l'es- 
tomac quand on la prend le matin à jeun ; elle passe plus 
facilement quand elle est ingérée après un léger déjeuner, 
et le soir après que le dîner a été digéré [op. cit.). 

Lorsque les malades sont faiblement tourmentés par des 
nausées, des renvois ou des envies de vomir, lorsque l'in- 
gestion de l'huile est suivie d'un dégoût pour les aliments, 



CHAPITRE IV. 223 

des praticiens conseillent de ladministrer au moment de se 
coucher. Ce mode d'administration a réussi, quelquefois, 
chez des personnes qui, jusque-là, n avaient pu s'habituera 
lusage du remède. 

On a proposé différents moyens pour aider Taction de 
cette huile. De Jongh conseille d'employer, de concert avec 
cette substance, les bains de houblon, de camomille, de 
potasse, les bains de mer, surtout (owv. cit.^ p. 164). — 
Panck, médecin de l'hôpital des orphelins de Moscou, dit 
qu'un bon régime, l'exercice, l'air de la campagne, les bains 
tièdes, chargés de sel et de savon, secondent puissamment 
l'action de ce médicament. Quand il y a constipation, ce 
médecin conseille d'associer cette huile avec celle de ricin 
[loc. cit.). Kopp fait prendre à ceux qui ont la digestion 
difficile un peu de vin de Bordeaux, immédiatement après 
Tingestion du médicament. — Bouchardat pense que l'exer- 
ciceest indispensable pour qu'une quantité suffisante d'huile 
de foie de morue puisse être utilisée. Dans le midi et pen- 
dant l'été, il conseille, de concert avec Texercice, les bains 
de mer ou l'hydrothérapie. 

L'huile de foie de morue n'agit qu'avec une extrême len- 
teur. Si l'on veut en obtenir des effets constants il est es- 
sentiel d'en continuer l'emploi pendant des semaines, des 
mois, une année et au-delà. C'est surtout à ce médicament 
que s'applique le précepte, tant recommandé par les prati- 
ciens, d'augmenter progressivement la dose du médicament, 
et d'en suspendre l'usage de temps en temps. 

S'il faut en croire Berthé, les huiles ne sont plus assi- 
milables après trois ou quatre semaines de leur adminis- 
tration, et il faut, au bout de ce temps, en suspendre 
l'emploi, pendant quelques semaines, si l'on ne veut pas 
fatiguer les intestins en pure perte [Bouchardat]. 



224 LIVAE II. 



FORMULAIRE 

DBS PREPARATIONS d'hUILB DB FOIE DB MORUB. 

§1. 

PRipÂRATIORS EXTBKNSS. 

Baume d'huile de foie de, morue (Desghahps). 

Savon d'huile de foie de morue 60 gram. 

Alcool à 90« centig 60 gram. 

F. Fondre au Ëain-marie et renfermez dans des flacons k baume 
opodeldoch. 

Liniment antirhumatismal (Brach). 

Huile de foie de morue -30 gram. 

Liqueur amm. caust 46 gram. 

H. en agitant. 

Employé è l'extérieur contre les engorgements des glandes lympha- 
tiques, les douleurs rhumatismales et goutteuses. 

Collyre (Tavignot). 

Huile de foie de morue 30 gram. 

Camphre 4 gram. 

F. dissoudre. 

On fait deux ou trois instillations dans l'œil par Jour, contre les ta* 
ches de la cornée. 

Autre (Cunier). 

Huile de foie de morue 2 part. 

Extrait de belladone \ part. 

M. — Contre Tophlbalmie scrophuleuse et les ulcères de la cornée. 
On l'introduit dans l'œil à l'aide d'un pinceau. ^ 



CHAPITRE IV. 225 

Autre (Cunier). 

Précipité rouge 2 décigr. 

Huile de foie de morue 4 gram. 

Cérat 2 gram. 

M. — Gomme topique, dans les ulcérations interciliaires, dans les 
nuages de la cornée, dans le pannus celluleux. 

Pommade (Brefeld). 

Huile de foie de morue 4 gram. 

Cérat 2 gram. 

M. — Contre les ulcères et les fistules. 

Autre (Brefeld). 

Huile de foie de morue , 4 gram. 

Oxide rouge de mercure 20 cenlig. 

Cérat 3 gram. 

M. — Employée dans les même cas 

Autre (Brefeld). 

Huile de foie de morue 40 gram. 

Sous-acétate de plomb liquide 5 gram. 

Axonge 40 gram. 

M. s. a. — On applique sur des plumasseaux pour panser les ulcères 
scrophuleux. 

Savon d'huile de foie de morue (Behrend). 

Huile de foie de morue 30 gram. 

Carbonate de potasse ou de soude 3 gram. 

M. — Dans l'eczéma chronique de la face. Il faut enduire les croûtes, 
matin et soir, à l'aide d*un pinceau, après avoir fait laver la partie ma- 
lade avec une solution de 3 gram. de potasse ordinaire ou de soude 
dans 200 k 250 grammes d*eau. 



226 LIVRE II. 

Autre (Deschamps). 

Huile de foie de morue 60 gram. 

Soude caustique 8 gram. 

Eau 20 gram- 

Ce savon peat être employé à la manière des emplâtres, et peut 
servir à panser les plaies. Richter employait un savon analogue contre 
les exanthèmes chroniques. 

§11- 

PRÉPARATIONS IUTBRMES. 

Potion (Percival). 

Huile de foie de morue 46 gram. 

Eau de Menthe 46 gram. 

Liq. de potas 40 gouttes. 

M. — A prendre en une seule fois. 

Autre (Tortual). 

Huile de foie de morue 8-42 gram. 

Gomme arabique Q. S. 

Eau de fenouil 32 gram. 

Faites une émulsion k laquelle vous ajouterez : 

Sirop d'écorce d'orange 46 gram. 

Une cuillerée à café tous les trois heures aux enfants rachitiques 
Autre (Brefeld). 

Huile de foie de morue j 

Vin de Hongrie ou de Malaga. ... I © • 

Gomme arabique 32 gram. 

Faites une émulsion à laquelle vous ajouterez : 

Oleo-saccharum de menthe. 8 gram. 

Deux cuillerées ordinaires, deux ou trois fois par Jour. 



CHAPITRE IV. 227 

Autre (Ro£Sgh). 

Huile de foie de morue 30 gram. 

Sirop d'écorce d'orange 30 gram. 

Eau distillée d'aois . 30 gram. 

EsscDce d'acore vrai 3 gouttes. 

Contre les affections scrophuleuses, le rachitisme, etc., à la dose 
d^une cuillerée, 3 fois par Jour. 

Autre (Fehr). 

Huile de foie de morue . 30 gram. 

Carbonate do potasse liquide 8 gram. 

M. et ajoutez s. a. 

Sirop d'écorce d'orange 30 gram. 

Essence d'acore vrai 3 gouttes. 

4 à 2 cuillerées à café, matin et soir, dans les affections scro- 
phuleuses, le carreau, la phthisie au début, le rachitisme, etc. 

Autre (Flaschoen). 

Huile de foie de morue 240 gram. 

Esprit carminatif de Sylvius 45 gram. 

Dose. — 3 cuillerées par Jour. 

Autre (Jeannel et Moncel). 

Huile de foie de morue 40 gram. 

Eau distillée 20 gram. 

» aromatique de menthe 5 gram. 

Carbonate de soude pur •. 4 décigr. 

Dissolvez le sel dansTeaU; ajoutez l'huile, agitez. Sous cette forme, 
rbuile de foie de morue n^a plus cette viscosité qui la rend si répu- 
gnante, et la saveur en est très-supportable. 

Cette formule est la conséquence rationnelle du phénomène constaté 
par MM. Jeannel et Moncel, de Bordeaux, de Témulsionnement des 
corps gras par les carbonates alcalins. 



228 LIVRE II. 

Autre (Loze). 

Mucilage de legumin^i additionné de ^fiO ou ifik 

de suc pancré9tique 4 gram. 

Huile de foie de morue 6 gram. 

Loze prétend que les résultats peu avantageux qu on obtient de 
i' huile de foie de morue dépendent du peu de facilité de son absorption. 
U affirme que, mélangée avec le suc pancréatique, elle se solidifie, se 
sèche, se conserve et peut ensuite se délayer comme une sorte de cbyle 
artificiel qui eàt entièrement absorbé. 

Autre (Beauclair et \iguier). 

Huile de foie de morue 20 gram. 

Sucre 26 gram. 

Carbonate de potasse '4 gram. 

Essence de menthe 6 gouttes. 

Essence d'amandes amères 4 goutte. 

M. 

Autre (Sauvan). 

Sucre. . , . 60 gram. 

Jauae d*œuf n» 4 . 

Broyez dans un mortier de porcelaine, et ajoutez : 

Eau de fleur d*oranger 30 gram. 

Introduisez ce mélange dans un flacon contenant : 

Huile cyanhydrée (4) 90 gram. 

Agitez le tout, en suivant la méthode de battage adoptée par Sau- 
van pour Textraction des mucilages et la préparation des loochs. 

D'après Sauvan, ce looch peut être classé parmi les médicaments 
agréables, et les personnes les plus délicates le prennent sans répu- 
gnance. 

(4] L'huile cyanhydrée de Sauvan s'obtient en mélangeant cinq gouttes 
d'essence d'amandes amères avec mille grammes d'huile de foie de morue 
brune. 



CHAPITRE IV. 229 

Autre (Bouchardat). 

Huile de foie de morue 40 gram. 

Gomme arabique . 20 gram. 

Eau 200 gram. 

Sirop de fleurs d*oranger 50 gram. 

Faites une potion. — Prendre par cuillerées, toutes les heures. 

A utre (Trousseau et Revetl). 

Huile de foie de morue blanche 250 gram. 

Gomme arabique en poudre. ....... 400 gram. 

Eau distillée de menthe 400 gram. 

Sirop de sucre 550 gram. 

Faites un mucilage avec la gomme et Teau de menthe ; ajoutez par 
petites portions, et alternativeinent l'huile et le sirop. — A prendre 
une à huit cuillerées à bouche et plus tous les jours. — Contrôles af- 
fections scrophuleuses, et surtout contre le rachitis. 

Sirop d'huile de foie de morue (Mouchon). 

Huile de foie de* morue récente 400 gram. 

Gomme arabique en poudre 50 gram. 

Eau commune 50 gram . 

Essence de*menthe poivrée 4 gram. 

Sirop de gomme arabique 800 gram. 

La gomme étant convertie en mucilage <ians un grand mortier de 
marbre ou de porcelaine, on émulsionne peu à peu Thuile et Fessence, 
et on complète l'opération par des additions successives de sirop de 
gommO; pour réaliser mille grammes de saccharolé, qu'on introduit 
dans des flacons de 350 gram. de capacité. 

Autre (DucLou). 

Huile de foie de morue 250 gram. 

Gomme arabique pulvérisée 456 gram. 

Eau 375 gram. 

Sirop de sucre 750 gram. 

Mêlez. Faites un sirop. — Dose : 46 à 32 gram. par jour, et plus. 

progressivement. 

«0 



2â0 LIVRE II. 

Gelée d'huih de fine de mùrue (Martin). 

Huile de foie de morue 425gram. 

Blanc de baleine (été.J 25 gram. 

» (hiver) 20 gram. 

Mêlez, chauffez au bain-marie et en vase clos ; coulez dans des fla- 
cons à large ouverture, laissez refroidir sans agiter. On peut admiais- 
trer ce médicament avec une huile essentielle. 

AiUre (Mouchon). 

Huile de foie de morue 60 gram. 

Blanc de baleine récent 40 gram. 

Sirop simple, ou tout autre approprié 25 gram. 

Rhum de la Jamaïque 25 gram. 

Pour cent-vingt grammes de gelée, que Ton constitue en battant ea- 
semble, à chaud, Thuile additionnée du spermaceti, le^irop et le rhum, 
et que Ion coule dans on ûacon à large goulot, lorsqu'elle a pris un 
peu de consistance. — Cette gelée est, d'après Mouchon, d'un aspect 
et d'une saveur agréables. 

Autre (Sadvan); 

Gelée de lichen d'Islande. 425 gram. 

Gélatine . 5 gram. 

Huile de foie de morue cyanhydrée (avec deux 

gouttes d*essenoe d'amandes amères} 425 gramu 

Préparez la gelée de lichen d'après les règles ordinaires ; faites-y 
fondre la gélatine et passez-la dans le pot qui doit la contenir. Ajoutez 
alors rbuile de foie de morue; remuez avec une spatule, Jusqu'à ce que 
le mélange soit homogène et que la gelée commence à se prendre. Cette 
gelée est administrée aux mêmes doses que l'huile de foie de morue. Le 
professeur Ester ajoutait à c^ttê Airmuie soixante grammes de sirop de 
phellandriom. 

Autre (Ddroy). 

Huile de foie de morue claire 900 gram. 

Eau . ( 

j ana Q. S, 



Ichthyocolle 

Gomn 

Sucre 



Gomme arabique ( 

jana 50 gram. 



CHAPITRE IV. 231 

F. s. a. — On immergera complètement dans Teau" une hostie au 
pain azyme; on étendra immédiatement sur k main Thostie humectée, 
el on placera an milieu une cuillerée h café de cette gelée que Ton en- 
veloppera avec soin en rabattant fes bords de Thostie; en6n, on fera 
flotter cette préparation sur une grande cuillerée d'eau sucrée et on 
Tingérera sans la mâcher. 

Huile de foie de morue gélatinisée par 
ta gélatine (Modchon). 

Grénétine pure 46gram. 

Eau commune 425 gram. 

Sirop simple . 425 gram. 

Huile de foie de morue 250 gram. 

Essence pour aromatiser Q. S. 

Faites dissoudre la gélatine dans leau bouillante ; ajoutez successi- 
vement h sirop, Thuile et T aromate dé votre choix ; placez dans un bain 
d'eau froide le vase contenant le tout ; battez la gelée pendant cinq 
minutes au plus et versez^a ensuite, encore coulante, dans un ftacon 
de verre k large ouverture, muni duu bon bouchon de liège et d'une 
capsule d'étain, ou, à défaut de flacon, dans un pot de porcelaine ou 
de faïence, que voua bouchereK soignoasement. Yous vecuoillerez ainsi 
500 gram. de gelée. 

Huile de foie de morue gélatinisée par 
le fucus crispus (Mouchon). 

Fucus crispus 46 gram. 

Eau de fontaine 375 gram. 

Sirop simple 425 gram. 

Huile de foie de morue 28)0 gram. 

Aromate agréable Q. S. 

Faites bouillir le fucus dans l'eau pendant vingt minutes; passez le 
décodé au blanchet ; opérez-en la concentration pour la réduire au poids 
de 135 grammes; additionnez^le du sirop, de Fhuile et de la substance 
aromatique que vous aurez choisie ; battez vivement ce mélange, après 
l'avoir placé dans un bain froid, et coulez-le, encore un peu chaud, 



232 LIVRE II. 

dans le vase destiné )k le recevoir, soit dans un flacon ou dans ud pot 
de la contenance de 500 grammes. 

Mouchon fait les plus grands éloges de ces deux espèces de gelée, et 
notamment de la dernière, et il croit pouvoir, à l'aide de cette prépa- 
ration, affranchir, k tout Jamais, les malades des désordres dont on 
accuse si souvent Fhuile de foie de morue, et lever tout obstacle à son 
administration (Rép. depharm.). 

Solidification de l'huile de foie de morue (Delahaye). 

Magnésie anglaise [sous-carbonate de magnésie). . lOgram. 
Huile de foie de morue (brune) 50 gram. 

M. — Au bout de dix à douze heures, le mélange est d'une bonne 
consistance et peut élre facilement administré dans du pain azymd . 

Pilules de savon d'huile cfe foie de morue (Trousseau). 

Savon d'huile de foie de morue 40 gram. 

On roule le savon dans de la poudre de gomme adraganthe, pais on 
le divise s. a. en vingt pilules bien égales que Ton rend inodores en les 
couvrant de deux couches successives de miel et de gomme . 

Huile de foie de morue au café (Ddbois). 

Huile de foie de morue 500 gram. 

Café en poudre (4) 60 gram. 

Placez le tout dans une bouteille, remuez de temps en temps, et pas- 
sez, au bout de quelques Jours, au travers d*un morceau de flanelle. 

J'ai vu bien des personnes, qui ne pouvaient supporter Thuile de foie 
de morue pure, prendre cette préparation sans répugnance. 

[\) L'huile pyrogénée du café se dissout dans Thuilé de morue. 



LIVRE m. 

DES SUCCÉDANÉS DE L'HUILE DE FOIE 
DE MORUE. 



CHAPITRE 1. 

SUCCÉDANÉS , EMPBUNTl5,S AUX ANIMAUX AQUATIQUES 
ET AMPHIBIES. 

§!• 

SUCCÂDAS^S BMPMTVTÉS AUX POISSONS. 

Huile de foie de raie. — L'huile de foie de raie s'obtient 
de plusieurs poissons sélaciens de la tribu des rajides. On 
la retire principalement de la raie houcUe, de la raie 
blanche, de la pastenague et de l'aigie. 

Cette huile se fabrique, en grand , sur les côtes de la 
Normandie. On la désigne, dans le commerce, sous le nom 
i' huile de Rouen (Hogg). 

Le procédé suivi da«s le nord de l'Ecosse, il y a près de 
ceftt ws, pour extraire l'huile de foie de raie, consiste à 
exposer les foies dans un vase jusqu'à ce qu'une grande 
partie de l'huile en soit séparée et soit devenue rance, et à 
soumettre ensuite le tout à l'ébuUition. « Modus parandi 
hocce oleum ex hepate raiœ seu scatinœ communis majo- 
''i^pkrumque paraiur; sedsoaMna minor cloAjata, quam 



234 LIVRE III. 

hic loci Thomback didmus, simile forsitan prœbebiL 
Hepar in patina locatum servant, donec major pars ejus 
in oleum liquescat, unde admodum rancida fit; tune de- 
coquunt, puriore parte utuntur. Rancidum potius quam 
recens decoquunt, quia plus olei prœbetj minime vero du- 
bium est, quin recens œquali virtute gauderet » [fVebster, 
medic. prax. systema, t. m, p. 8S). 

D'après Gouzée, l'huile de foie de raie se prépare, à 
Anvers, à l'aide du procédé suivant : on expose au soleil, 
dans des vessies, les foies de la raie pastenague; on décante 
la partie huileuse qui ne tarde pas à surnager, et l'on re- 
nouvelle plusieurs fois cette opération, afin d'obtenir une 
huile plus limpide et plus pure. Cette préparation a lieu en 
été. L'huile obtenue de cette manière a une couleur d'an 
jaune-brunàtre, une odeur de poisson assez prononcée et 
une saveur fade, qui laisse dans la bouche une impression 
désagréable, sui generis [Bull, médic, belge, janv. 4838). 

Gobley prépare cette huile en coupant les foies menu et 
en les chauffant dans une bassine jusqu'à ce que l'huile s'en 
sépare. On jette ensuite le liquide obtenu sur un tissu de 
laine, et lorsque la majeure partie du liquide est écoulée, 
on comprime, avec une spatule, sur l'étamine et on laisse 
égoutter pendant vingt-quatre heures (•/. de pharmac., 
avril 4844). 

Vingtrinier obtient l'huile de foie de raie en faisant 
bouillir les foies dans de l'eau ; on décante l'huile qui sur- 
nage et on clarifie par le repos et de nouvelles décanta- 
tions, et l'on obtient ainsi une huile d'un jaune-clair, d'une 
odeur analogue à celle de baleine ou de sardine fraîche 
(Bouchardat). 

Delattre prépare celte huile de la même manière que 



CHAPITRE 1. 235 

celle de foie de rnorue (voir p. 48). D'après lui, il ne sera 
jamais possible de préparer Thuile de raie en abondance, 
attendu que le poisson dont elle provient, comestible et re- 
cherché, n'est pas très-multiplié. 

Moquin-Tandon conseille de la préparer comme celle de 
morue, soit au bain-marie, par le procédé de Fleury, soit 
à la vapeur par le procédé de Hogg, en employant, à 
Tinstar de M. Délai tre, des ballons de verre au lieu de 
b^/si^nes. 

L'huile de foie de raie est d'un jaune clair ou légèrement 
doré; quelquefois orangée ou bien un peu rougeàtre 
(Moquin). — D'après Delattre, l'huile provenant de la raie 
bâtis et de la raie bouclée est blanche, et celle provenant 
de la raie pastermgue est rouge. Cette huile a la même 
densité que celle de morue, mais une saveur moins désa- 
gréable. L'huile blanche est très-douce, et les enfants d'un 
mois la supportent très-bien. 

Le chlore, qui colore en brun foncé l'huile de foie de 
morue, n'altère pas la couleur de l'huile de raie. L'acide 
sulfurique la colore en rouge clair, et le mélange agité 
prend, au bout d'un quart d'heure, une belle couleur vio- 
lette foncée, tandis que le même acide communique rapide- 
ment à l'huile de foie de morue une teinte noire. L'acide 
nitrique, qui colore en brun-rouge l'huile de morue, 
change à peine la nuance de l'huile de raie (Moquin, Dieu). 

L'huile de foie de raie, préparée. par l'ébullition dans 
leau, contient 18 centigrammes d'iodure de potassium par 
litre {Girurdin et Preisser). 

Gobley, par un procédé analogue à celui qui a été em- 
ployé par MM. Girardin et Preisser, a obtenu 25 centi- 
grammes d'iodure de potassium par litre d'huile de raie, 



23^ LIVRE K 

c'est- à-dire 7 centigrammes de plus que ces deux chimistes 
(/. de pharm., avril 1844). 

Personne a expérimenté que cette huiie contient moins 
d'iode que celle de foie de inorue. — 11 résulte des analyses 
récentes du ïfi Delattre que la même huile contient moitié 
moins d'iode, un quart de moins de soufre, et un tiers de 
plus de phosphore que l'huile de morue [Moqain). 

Plusieurs praticiens ont cherché à remplacer l'huile de 
foie de morue par celle de raie. On a même insisté sur ja 
supériorité de cette dernière, supériorité qui était en partie 
fondée sur ce que l'huile de raie, préparée avec soin, répu- 
gnait beaucoup moins aux malades que celle de morue du 
commerce, qui était trouble et noirâtre [Guibouri]. Od 
croyait aussi, mais l'expérience a démontré le contraire, 
que l'huile de raie était plus riche en iode que l'huile de 
morue. 

Quoi qu'il en soit, cette huile a produit, entre les mains 
de ceux qui l'ont expérimentée, les ooiémes effets que l'huile 
de foie de morue. Ce remède n'est pas nouveau; car nous 
lisons, dans une thèse soutenue à Edimbourg, vers 1781, 
par Samuel Moore, que l'huile de foie de raie est un remède 
vulgaire, en Ecosse, contre le rachitisme. On pratique des 
frictions avec cette huile sur différentes parties du corps, 
et, sur la (in du traitement, on enveloppe le corps du petit 
malade, d'une chemise de laine trempée dans le même 
liquide, Moore affirme avoir eu de fréquentes occasions 
d'observer les bons effets de ce moyen, dans le traitement 
de la maladie qui nous occupe (ff^ebster, oper. eii., t. m, 
p. 8S). ' 

Gouzée, médecin principal de l'armée belge, a obtenu les 
résultats les plus avantageux de cette buiie» daos plus«suf8 



CHAPITRE I. 237 

cas de rachitisme à un haut degré, rebelles à tous les 
moyens employés. Le praticien belge s'est également bien 
trouvé de ce moyen, dans un cas de tumeur blanche, qui 
durait depuis trois ans, et avait été vainement combattu par 
tous les moyens employés ; dans plusieurs cas de douleurs 
articulaires chroniques, chez des sujets d une constitution 
faible et lymphatique ; dans deux cas d'ulcères sordides, 
rebelles, chez des individus scrophuleux [Bull, médic. 
belge, janv. 1838). 

Trousseau a employé, dans son service, Thuile de foie de 
raie, et il lui a vu produire les mêmes effets que l'huile de 
foie de morue [Journ. de méd, de Beau, 1844, p. 124] 

S'il faut en croire Delattre [loc. ctï.), l'huile de foie de 
raie bâtis, de raie blanche et de raie bouclée l'emportent 
sur les autres huiles de poisson dans le traitement de la 
diarrhée séreuse, et des engorgements mésentériques des 
enfants, pendant la dentition; et l'huile de la raie pa^te- 
nague jouit d'une efficacité remarquable, dans le traite- 
ment des dartres rebelles, de la teigne et des ulcères atoni- 
ques anciens. 

Vingtrinier, Rayé et une foule d'autres praticiens ont 
également expérimenté cette huile, et tous s'accordent à la 
regarder comme douée d'une action thérapeutique identi- 
quement la même que celle de foie de morue. 

L'huile de foie de raie s'administre de la même manière, 
et à la même dose que celle de foie de morue. 

Cette huile n'est guère plus employée aujourd'hui. 
« Pendant longtemps, dit le D' Collas, on en a employé en 
médecine, concurremment avec l'huile de foie de morue, 
celle que fournissait le foie de raie. La difficulté de se pro- 
curer des approvisionnements suffisants pour les besoins de 



238 LIVRE m. 

la thérapeutique, Tabondance de i'huile de foie de morue 
ont fait plus que Texpérience clinique pour conduire à ces- 
ser Thuiie de foie de raie » (Revièe colon., mars i8S6). 

Mérat et Delens (Dict. cit.) ont proposé de remplacer 
Tbuile de foie de raie par le foie de ce poisson, qui n a rien 
de désagréable, et est même recherché, comme aliment, 
par beaucoup de personnes. 

Cette méthode n'est guère applicable dans beaucoup de 
cas, attendu que le foie de raie se putréfie très-vite. C'est 
pour obvier à cet inconvénient que nous avons cberebé à le 
conserver dans du sel marin. Nous avons expériifaenté qu'à 
l'aide de ce moyen, on peut le conserver plusieurs mois, 
sans altération. 

Huile de requin. — Un nouveau succédané de Thuite de 
foie de morue a été signalé, to»t récemment, à Fattentiofi 
des praticiens, c'est l'huile de squale ou de requin. 

Les squales ou requins, ordinairement connus sous le 
nom de chien de mer appartiennent, comme les raies, à 
Tordre des sélaciens. On trouve ce poisson dans toutes les 
mers, surtout dans la Méditerranée (1). — M. Collas, chi- 
rurgien principal de la marine et chef da service de santé 
des établissements français dans l'Inde (2), s'exprime en ces 
termes sur l'abondance de ce poisson et le parti qu'on en 
peut tirer : 

{\) Le professeur Owen (LeciurtB on the compar^Blive physiah of tfie vert^ 
bratœ] fait remarquer « que les myriades de chiens de mer, pris et rejetés sur 
nos côtes, montrent que les pêcheurs n'ont pas retiré tout l'avantage possible 
du fait anatemique {la présence de Vhuile dans le fbie) qui met à leur disposi- 
tion une source abondante d'h^iile pure et ayant de la valeur..» 

(2) Nous devons à l'obligeance de M. Moquin-Tandon, professeur d'histoire 
naturelle médicale à la faculté de médecine de Paris, d'avoir pu nous procurer 
tes reeberches dU I> Ck)llas svr lliuile de requin^. 



CHAPITRE I. 239 

« Répandu dans toutes les mers chaudes, commun sur 
les côtes de TOcéan, où il serait si facile d'utiliser les foies 
des roussettes j le genre squale est d'une capture facile; la 
pêche du requin est un passe-temps, un divertissement que 
les comniandants ne refusent jamais aux équipages. Dans 
plusieurs de nos colonies, le requin est un article que Ton 
trouve sur le marché; à Taïti, j'en ai souvent vu vendre. 
Les pêcheurs des Antilles en prennent souvent; à Pondî- 
chéry, le requin marteau se vend au grand bazar. Tous les 
marins savent combien les squales sont communs sur les 
côtes du Sénégal, dans les golfes des Antilles, du Mexique. 
A bord des navires, c'est un article dont la valeur vénale 
est complètement nulle ; il en est absolument de même dans 
les pays où oo mange sa chair, puisque l'on abandonne les 
foies. L'organe hépatique des squales ne saurait donc attein- 
dre jamais un prix hien élevé, et, à bord de nos navires 
de guerre, quelques kilogrammes de combustible serviront 
à le transformer en une matière utile >j [Revue citée^mars 
48S6). 

Les espèces du genre Squale qui peuvent fournir de 
l'huile sont nombreuses. M. Delattre en a retiré de l'aiguil- 
lât [squalm acanthias Linn.), du rochier [squalm catulus 
Linn.)^ de l'humantin [squalus centrina Linn.), de l'ange 
(sqtmlus sqtiatinaLinn,)) del'émissole [squalus mustelus 
Linn.) et du renard [squalus vulpes Linn.). Delattre re- 
jette la roussette (squalus canicula Linn.) parce que son foie 
produit, sur certaines personnes, les mêmes effets que les 
moules (1). Il affirme qu'on peut pêcher jusqu'à 8,000 
squales dans une même journée [loc. cit., p. 4 S). 

(\) Sauvages [Disseri. sur les animaux venimeux) ^ rapporte que quatre 



240 LIVRE m. 

Voici le procédé suivi par M. Collas pour la prépara- 
tion de Thuile de squale : 

« Après avoir lavé le foie avec soin et rejeté la vésicule, 
on le coupe par morceaux que Ton fait bouillir dans un 
grand vase de terre pendant à peu près une heure. Il faut 
que le feu ne soit pas trop vif. On agite constamment le 
bouillon avec une spatule de bois. Quand Thuile vient flot- 
ter surleau, on lenlève : on laisse alors reposer le bouil- 
lon pendant deux jours dans un vase non couvert ; on fait 
de nouveau bouillir le foie, et on relire l^huile qui vient 
flotter. On filtre ces huiles pour les priver des corps étran- 
gers qui en altéreraient la pureté. 

Une chaudière et un sceau à lavage feront à bord tous 
les frais de cette fabrication » [Rev.cit.^p, 268). 

Le D*" Delattre prépare Thuile de squale de la même 
manière que celle de foie de morue (voir p. 48). 

L'huile de requin, telle que nous avons pu nous la pro- 
curer, chez un pharmacien de Lille, d'après l'indication du 
D^ Delattre (1) est d'une belle couleur légèrement ambrée. 
Son odeur et sa saveur rappellent l'huile de foie de mo- 
rue (2). L'acide sulfurique, mis en contact avec cette huile, 
y produit, au rapport de Collas, une coloration qui a beau- 
personnes, composant une famille, qui avaient mangé un de ces foies, tombè- 
rent une demi-heure après, dans un assoupissement qui dura trois jours, et 
fut suivi d'une démangeaison universelle accompagnée de rougeur, qui ne se 
termina que par l'exfoliation complète de Tépiderrae. 

{^ ) Nous remercions ce savant confrère des renseignements qu'il nous a 
transmis, et de Tempressement avec lequel il a bien voulu mettre son ouvrage 
à notre disposition. 

(2) M. Moquin-Tandon nous écrit, en date du i9 Juillet <860, que leD' 
Delattre, de Dieppe, a bien voulu lui transmettre des échantillons-types, de 
ses produits, pour les collections de la faculté de médecine. 



CHAPITRE I. 241 

coup d'analogie avec celle qu'il détermine dans l'huile de 
foie de morue. Elle laisse déposer, à la longue, même après 
plusieurs filtralions , une matière blanche, grumeleuse 
(stéarine) que le docteur Collas désigne sous le nom de 
squalin, pour la distinguer de la stéarine du commerce. 

D'après Delattre, l'huile de squale est plus riche en prin- 
cipes métalloïdes que celle de morue et de raie : elle con- 
tient plus d'iode et de phosphore que l'huile de foie' de 
morue, mais un peu moins de brome et de soufre. Corapar- 
rée à l'huile de raie , l'huile de squale renferme deux fois 
et demie plus d'iode, et seulement un cinquième en moins 
de phosphore. 

S'il faut en croire le docteur Collas, l'huile de requin est 
employée, dans l'Inde, au traitement de la lèpre, et il ré- 
sulterait d'un rapport fait, par le Médical board^ que si 
elle ne guérit point cette aflFection, elle produit, du moins, 
une amélioration considérable dans l'état des malades qui 
en sont atteints. 

Le docteur Collas a beaucoup expérimenté (à la maison 
de santé de Pondichéry) l'huile de requin, mais surtout le 
squalin^ en application locale, dans le traitement des plaies 
et des ulcères rebelles, et presque toujours les succès, qu'il 
en a obtenus, ont dépassé ses espérances. Voici ses propres 
paroles : « J'âî essayé de l'huile pure de foie de requin 
pour le traitement des plaies et des ulcères, et je n'hésite 
pas à déclarer que ce sont là des topiques, le squalin sur- 
tout, on ne peut plus précieux pour le traitement des ulcè- 
res de mauvaise nature. Il suffit, pour employer le. squalin, 
de l'étendre comme du céral sur de la charpie en plumas- 
seau; quant à l'huile, on l'emploiera en imbibant des pla- 
masseaux ou dés boulettes de charpie. On peut recouvrir le 

21 



24:2 LIVRE III. 

topique d'uu morceau de feuille de bananier ou de tout au- 
tre végétai pour empêcher Thuile de se perdre dans les 
pièces du pansemeut. » 

Collas regarde le squalin comme une conquête impor- 
tante, pour la thérapeutique des pays chauds, et probable- 
ment aussi pour celle de nos arsenaux. Il le recommande 
comme excipient pour certains topiques usités dans le trai- 
tement des affections de la peau. Le sqtmlin ne parait pas 
rancir comme Taxonge. lia, d'ailleurs, beaucoup plus de 
consistance que cette dernière qui devient entièrement 
fluide à la température ordinaire de Pondichéry. 

Le docteur Collas a tenté Tusage de Thuile de foie de 
morue dans le traitement des plaies et des ulcères, et il n'en 
a pas obtenu, loin de là, les mêmes succès que de celui de 
l'huile de squale. 

M. Delaltre, de Dieppe, regarde Thuile de squale comme 
étant préférable à toute autre dans le traitement des alté- 
rations du système osseux ; mais il est évident que le petit 
nombre de faits rapportés par ce médecin ne suffit pas pour 
justifier cette préférence. Au reste, voici, en substance, 
les faits principaux relatés par le praticien de Dieppe : 

Chez un jeune garçon, carie du corps de la seconde ver- 
tèbre lombaire, avec abcès par congestion, fistules, lom- 
baires et inguinales. La maladie durait depuis huit mois, 
et avait résisté à tous les moyens employés. Le malade 
était d'une maigreur extrême, il ne pouvait se tenir debout 
et passait ses journées entières assis dans un fauteuil. H 
fut guéri, au bout de six mois, à Taide de l'huile de squale, 
administrée à la dose de deux à six cuillerées à bouche 
par jour. 

La deuxième observation, relatée par ce médecin, a 



CHAPITRE l. 243 

rapport à un cas de coxalgie du côté gauche, chez un en- 
fant, de onze ans, qui fut guéri, à l'aide du même médi-. 
cament, associé aux amers et à l'apphcation de plusieurs 
vésicatoires volants. 

Dans la troisième observation, citée par le médecin, de 
Dieppe, il s'agit d'un cas de phthisie pulmonaire, au pre- 
mier degré, avantageusement combattu par l'huile de re- 
quin, administrée concurremment avec la digitale et l'io- 
dure de fer. 

Delattre affirme que cette huile lui a également réussi 
dans des affections scrophuleuses graves, notamment, dans 
un cas de carie du corps de la quatrième côte gauche, et 
dans plusieurs ophthalmies scrophuleuses, pour lesquelles 
l'huile de raie a été employée comme collyre, et l'huile de 
requin à l'intérieur (oper. cit.). 

M. Devergie, chargé de faire un rapport, à l'académie de 
médecine, sur le mémoire de M. Delattre, a soumis à l'u-. 
sage de cette huile, douze malades atteints de scrophules, 
à différents degrés, depuis le ganglion sous-maxillaire du 
volume d'une noix jusqu'à des plaies fîstuleuses au pied 
avec tuméfaction considérable et carie commençante du 
deuxième os métatarsien, ainsi que deux cas de lupus dont 
l'un était généralisé à la figure et sur les membres. 

« Sur ces malades, dit Devergie, l'huile de foie de squale 
a produit tous les effets de l'huile de foie de morue. Lejeune 
enfant à la carie du second os du métatarse et le lupus gé- 
néralisé en sont une preuve évidente ; nous devons dire 
qu'il nous a semblé que chez le dernier malade la marche 
de la maladie vers la guérison était plus rapide que de 
coutume. 
» MM. Guersant, à l'hôpital des enfants, Barthez et 



344 LIVRE 1. 

Bei^eroD, à rhôpîtal Saiote-Ëugénie» oal ea des résultats 
semblables. » 

Devergie a constaté qae l'huile de requin est géoérale- 
. ment préférée par leà malades à celle de morue, et il a vu 
des fiersoones qui avaient la répugnance la plus grande 
pour cette dernière, supporter la première pendant des 
mois entiers (Rapport de M. De^m^ie à Vacadém. im- 
per, de mcd., séance du 3 mai 48S9). 

Huile de lophie. — D'après Delatlre,on peut extraire de 
ta lophie baudroie (lophiw pisoatoriu9yLinn.), poissoa qui 
se trouve dans toutes les mers et appartient à Tordre dc^ 
acanthoplérigiens, «ne h«iie semblable à celle de raie pasr 
tenoffue et en ayant les propriétés ; mais on oe peu^eo 
préparer que de faibles quantités<. 

Huile de /lareng. — La chair de hareng (etupea harm^ 
gus, Linn.) contient en abondance une huile très-claire, 
très-douce et légère, qui lui donne une saveur de$ p\m 
agréables. De Jongh l'a soumise à l'analyse, et n'a pu y dé- 
couvrir aucune trace d^iode. 

D'après H. Cioquet (Faune des médec.), on obtient cerfle 
huile en faisant bouillir les harengs d^ns de grandes chau- 
dières. Cette préparation n'a lieu que lorsque la pèche a été 
très-abondante et a dépassé le débouché ordinaire. La 
quantité d'huile qu'on retire de ces poissons peut aller à la 
vingt-deuxième ou vingt-troisième partie dç leur volume. 

Un médecin belge, le docteur DumoQt, affirme que 1^ 
paysans de la Zélande et des poldres QamaQds mangent 
cru, le matin à jeun, la hareng gras, de Nofwège, pour se 
guérir des rhumatismes chroniques. « Longtemps^, dit-ii, 
%ous avons douté de l'efficacité de ce traitement singuli^, 
Kiaisdes renseignement autbentiqiyes recueiUifi; de la bou- 



CHAPITRE I. 245 

che de personnes dignes de foi, et une guérison, bien qu'in- 
complète, que nous avons eu occasion d'observer à Gand, 
ont ébranlé notre incrédulité ; et la réflexion nous ayant 
montré une analogie frappante entre ce traitement et celui 
par l'huile de foie de morue, nous avons été amenés à con- 
sidérer le résultat au moins comme probable, sinon comme 
avéré. » {Annal, de ta soc. de méd. de Gand, 484i ^ p. 
203). 

Le hareng étant un poisson excessivement commun, et 
qui fournit, en abondance, une huile qui n'a rien de désa- 
gréable, il nous semble que ce serait un beau sujet de re- 
cherches d'expérimenter avec soin ses propriétés théra- 
peutiques. 

Hufeland prétend que la laitance de hareng a produit 
de bons effets au début de la phthisie trachéale et laryngée 
(Man.de méd. prat.) ; mais on doit à la vérité de dire, que 
ce remède a trompé les espérances du D^ Fischer, qui l'a 
administré sans succès à l'un de ses malades, durant neuf 
ou dix mois [Ext. du Bull, des se. médee. de Férues, t.JCIl, 
p. Si). 

Raspail [Rev. compL des se.^ t. St) rapporte qu'au xvn® 
siècle, on prescrivait l'usage des harengs-saurs contre la 
goutte ; ce qui revient, selon lui, à prescrire, sous cette 
forme épicée, l'huile iodurée de poisson. 

Huile de salmone thymalle. — Le salmone thymalle 
[Salmo thymalluSy Linn.)y ombre d'Auvergne, poisson 
qu'on rencontre dans la mer du Nord, et au printemps, 
dans les fleuves, qu'il remonte pour déposer son frai, four- 
nit une huile qui jadis passait pour utile contre la brûlure, 
les taches de la variole, les taies, les bruissements d'oreilles 
(P. Hermann^ Cynos. mat. medic.^t.3,p. 743). 



246 uvRE ni. 

Lanzool (Zoologia parva, pars 3% cap. JCIA) fait égii- 
lement menlion de celte huile» « Hoc animal dat Umlum 
axungiam, quœ in vitro clauêo exponatur soli; sic ligues- 
cit, ac depuraiur, datque liquorem oleaginùsum^ èleganr 
teun, rvbicundum, qui est remedium contra foveas vario- 
larum, et contra dcatriceê, oculorum maculas^ etc. » 

Graisse d^ Anguille. — Ce poisson fournit une graisse 
qui a été employée autrefois, contre les taches de la variole, 
les scrophules, la goutte, etc. P. Hermann en parle en ces 
termes : a Imprimis quoque pinguedo anguillœ ad pf^o- 
generandos capillos illita capiti celebratur. Cum oleo 
momordicœ commendatur valdè in compescêndo dolore 
hemorrhoïdum. Dicitur porro vàriolarum delere vesti-- 
gia^ in spasmo conducere et scrophula§ sanare. Deprœ- 
dicatur quoque hœc pinguedo in arthritide » {oper. ciL, 
t.3,p.743). 

§11. 

Huile de poisson ou de baleine. — L'huile répandue 
dans le commerce sous le nom d'huile de poisson, ^eonsjsle, 
le plus souvent, dans un mélange de plusieurs sortes d'hui- 
les obtenues du lard <le la baleine commune (baJlœna mys- 
ticetus, Linn.), et de plusieurs autres cétacés. Cette huHe a 
ijine odeur insupportable. Le commerce nous en fouirait 
deux espèces : l'huile jauqàtre, qui découle sipontanémeni 
du lard, et l'huile brune, qui estoi>tenae par la cuissom. 

L'huile de poisson contient, d'après Van Sanlen, 3/4 de 
grain 4'iode par 480 onces [Mecklemh. med, conversation- 
sblatt,484i). 



GHAPaTRE f, %J^^ 

Cette huije, dont lusage est aujourd'hui généralement 
abandonné , était fréquemment employée, il y a une ving-*- 
taine d'années, surtout, par les gens du peuple. Hogg 
affirnie que l'huile employée à Thôpital S*. -Louis, il y si 
environ quiqze ans, n'était guère différente, si elle l'était, de 
l'huile de poisson qui sert à la préparation des cuirs (op. 
cit.). En 1843, on ne trouvait dans les meilleures pharma- 
cies de Paris, qu'uiœ huile noire et d'une odeur nauséa- 
bonde, qui n'était aussi, selon toute apparence, que de 
l'huile de poisson. Mouchon doutait encore, en 1844, que 
l'on pût se procurer en France de la véritable huile de foie 
de morue (Journ. de chim. médit., 1844, p. i93-20i). 

D'après Kopp, l'huile de baleine est employée, depuis 
fort longtemps, aux Indes occidentales, et principalement à 
l'ile delà Trinité, contre les maladies de la peau et du foie, 
et contre les scrophules [Denkwurdigkeiten inder OLerzli^ 
che praxis). 

Sandifort rapporte que les paysans de la Basse-Saxe 
emploient contre les vers l'huile de baleine, à la dose d'un« 
cuillerée (Thésaurus disserk, v. i, p. 267). 

Klencke r^arde cette huile comme produisant les mème$ 
effets que o0Ue de foie de morue, jquoiqu'à un degré plu3 
faible et d'une action moins spécifique (op. cit., p. S3). — 
Bretonneau l'a beaucoup expérimentée, surtout dans le ra- 
chiti8me,'et il la regai^de comme étant tout aussi efficace 
que l'huile de morue. 

Thompson a expérimenjté l'huile de baleine chez troi$ 
individus atteints de phthjsie pulmonaire, l'un au premier 
degré, et les deux autres au troisième degré. Sous l'in- 
fluence de ce médicament, les deux premiers ont éprouvé 
we amélioration notaUe dans leur état : l'un a gagné 



248 LIVRE 111. 

quatre livres 3/4 en j)oicls, en moins d'un mois,' l'autre 
deux livres, en dix-sept jours (Bouchardat). 

Huile de dauphin. — D'après Geiger, on prépare avec 
le foie du delphinus globiceps^ Cuv., animal appartenant à 
Tordre des cétacés, une huile d'un jaune citron, qui a les 
mêmes propriétés que l'huile de foie de morue (Geiger's 
magazin, août 1826). — Klencke dit qu'un pécheur, des 
côtes de Hollande, a guéri à l'aide de l'huile de foie de dau- 
phin, deux petites filles atteintes de scrophules [oper. cit.^ 
p.S7). 

Huile de dugong. — Cette huile qui se trouvait à l'expo- 
sition de Paris, en 4855, et qui avait été envoyée de 
l'Australie, provient de Yhalicore dugong^ Illig. {trichecus 
dugong^ Gmel.), vulgairement vacfie marine^ sirène^ ani- 
mal de Tordre des mammifères marins qui vit dans la mer 
des Indes et dans certains parages de la Nouvelle-Hollande, 
principalement vers le détroit de Torrès. 

D'après un rapport fait, en 1855, à la société zoologiqae 
d'acclimatation de Paris (Bull, de la soc. zoolog. d'accli- 
mat. y t. m, p. 247) l'huile de dugong passe, en Australie, 
pour supérieure aux huiles de poisson par le goût et les 
propriétés thérapeutiques, mais elle ne contiendrait pas 
d'iode, fait qui est révoqué en doute par le professeur Cha- 
tin, jusqu'à examen ultérieur de sa part. 

D'après Chatin, il y aurait à refaire, avec plui?de soin, 
l'analyse de l'huile de dugong, afin de s'assurer si elle con- 
tient ou non de l'iode, et dans le cas où l'on y aurait re- 
connu l'absence de ce principe, il serait nécessaire d'expé- 
rimenter avec soin ses propriétés thérapeutiques (1). 

(4) Ce qui précède est extrait, en partie, d'une lettre qui m'a été adressée., le 
48 septembre dernier, parle professeur Chatin. 



CHAPlTItE 1. 249 

SUCCÉDANÉS EMPRUNTÉS AUX AUPHIBIËS. 

Huile de phoqiie. — On obtient du lard du phoque 
connmun {phoca vitulina^Linn.)^ veau marin^ animal qui 
habile nos côtes et appartient à la tribu des carnivores 
amphibies, une huile connue dans le commerce sous le 
nom d'huile de la mer du Sud. Cette huile, qui est préparée 
en Norwège où les phoques sont très-abondants, est d une 
couleur jaunâtre ou d'un brun clair. Selon lés uns, la pre- 
mière se prépare immédiatement après la prise des pho- 
ques, et la seconde après que la putréfaction s'en est 
• emparée. Selon d'autres, l'huile jaune s'obtiendrait par 
l'écoulement spontané, et l'huile brime par la cuisson. 

L'huile de phoque contient, d'après Marquant, des tra- 
ces d'iode. T— S'il faut en croire Herber, l'huile très-pâle 
qu'on^ rencontre dans quelques pharmacies, et qui a une 
certaine ressemblance avec l'huile de ricin, n'est pas autre 
chose que de l'huile de phoque épurée. D'après Yingtri- 
nier, on la préfère à Thuile de foie de morue, dans les pays 
septentrionaux. De Jongh s'est assuré du contraire,- et il 
prétend que celte huile n'est plus employée, depuis long- 
temps, comme remède officinal, mais qu'on la fait servir fré- 
quemment à la falsification de l'huile de morue [op. cit.). 



250 LIVRE m. 



CHAPITRE II. 

SUCCÉDANÉS EMPRUNTÉS AUX ANIMAUX TERRESTRES. 

§1- 

SUCCÉDANÉS EMPRUHTÉS AUX U 41111 IFÉRBS. 

Lait. — Le lait, à cause de la quanti té^notable de beurre 
qu'il contient, peut être rangé parmi les corps gras; ce 
n'est, à proprement parler, qu'une sorte d'émulsion, cons- 
tituée par une solution mucilagineuse tenant en suspension 
une matière grasse, connue sous le nom de beurre. 

D'après Payen (Des subst. alim., p. S3) le lait de femme 
contient 3,34 p. 0/0 de beurre ; celui de vache 3,70 p. 
0/0; celui de chèvre 4,10 p. 0/0; celui de brebis 6,50 p. 
0/0 ; celui d'ànesse 1 ,40 p. 0/0. 

Il résulte de cette analyse qu'en avalant un litre de lait 
de vache non écrémé on consomme, en réalité, au moins 
une once de beurre. Celte notable quantité de matière 
grasse contenue dans le lait explique suffisamment le rôle 
qu'il joue dans les maladies de langueur, et notamment 
dans la phthisie pulmonaire. Depuis une longue s.uite de 
siècles, la diète lactée a joué un rôle important dans les 
aflFections chroniques des voies aériennes, et notamment 
dans la phthisie pulmonaire. 

Hippocrate recommande son usage, mais seulement 



CHAPITUE II. 251 

quand ia maladie est accompagnée de peu de fièvre. 11 dit : 
At tabidis lac dare convenit non valdè admodum febrici- 
tantibus (Sect. V^ aph. 64). 

Celse (De medic, lib. 111, cap, XXII) remarque avec 
raison, combien il est difficile de guérir la phthisie invété- 
rée, que c'est à son début qu il faut chercher à la com- 
battre. C'est surtout, dans cette dernière circonstance qu'il 
proclame l'utilité de l'emploi duiait. 

Aretée [De diutur. morb. curat^ lib. I, cap. 8) loue les 
bons effets du lait dans la phthisie pulmonaire, a Si quis 
multum lactis potat, nullo alio eget alimento, in morbo 
enim bonum medicamentum lac^ ejusdem et alimentum 
efficitur^ nam hominum lacté vescentium nationes fru- 
mentum non edunt. ». 

Galien (lib. F y Meth, med.y cap. 12) vante l'utilité du 
lait de femme et de celui d'ànesse contre la phthisie. Il 
parle d'un lieu appelé Stabias^ où il y avait une affluence 
contiDuelle de phthisiques, à cause de la pureté de son air, 
de la bonté de ses pâturages et de la qualité salutaire du 
lait qu'on y trouvait. 

Galien conseille surtout, l'usage du lait de femme, pris 
directement. « Àt mihi sanè nihil ad hœc omnia lacté 
videtur prœstantius^ prœcipuè si quis ore apprehema 
mamma muliebri^ lactet. Quàd si id fieri nequeat^ bibat 
saltèm lac asininum, dum adhùc calet, temporeque bre- 
vissimo acri expositum fuerit » (De inarasmo^ lib. I). 

Ambroise Paré (liv. Xy ch. XXXIII) dit en parlant 
de la fièvre hectique : « Le lait d'ànesse pris chaudement, 
et corrigé avec un peu de sel, de sucre ou de miel et 
fenouil, ou anis,de peur qu'il ne se corrompe ou aigrisse en 
lestomach, ou bien le lait de femme succé de la mammelle. 



252 LIVRE III. 

sont fort recommandés en cette maladie, le tout pris jus- 
ques à demi-livre : mais celuy de la femme est pins utile, 
parce qu*il est plus doux et nourrissant, et approchant de 
plus près de notre naturel, moyennant qu'il soit pris d'une 
nourrice bien ten)p<Tée et habituée, même qu'il est singu- 
lier aux érosions de Testomach et ulcères des poulmons, 
dont s'ensuit émaciation et phthisie. » 

Amatus Lusitanus {Curât, medic.^ cent. 2) cite deux cas 
de phthisie rebelles, qui furent guéris à l'aide du lait 
d'ànesse, récemment trait, pris, chaque jour, à la dose 
d'une livre. 

Félix Platcr, lun des plus habiles praticiens de son 
siècle, rapporte des observations fort curieuses, à l'appui 
de l'efficacité du lait, surtout du lart de femme d^ns le trai- 
tement de la phthisie. « Non minus in phlkiskis etiam 

summopere lac muliebre commerulalm* Quod à mu- 

Itère sanâ œgro sic propinari débet, ut illud à mammis 
^^^psfàs in ài'c^iis'tèrvè^'boûd ihrtWtf^ ^^ët/SUque à 
nétrice tanquam in fans longoiempore lactetur/^Quâ ra- 
tione aliquos restitutos novimu^s, aliquemque, conva- 
luisse, non soliim, sed tantas etiam vires récépissé, ut m 
lac sibi in posterum deficeret, nutricem de novo imprœ- 
gnaverit ^^J^Prax. medic, t, lu, cap, V , p. 4S9], 

Sennert [lib, Il.pract, med., p, Sli6) affirme que le lait 
est le meilleur des aliments dans la phthisie pulmonaire : 
« Inter alimenta autem prœcipuè, ut suprà, etiam die- 
tum, primum locum lac obtinet, Optimè enim corpus nu- 
trit, sanguini bonam materiam pf^bet, » 

Wepfer, célèbre médecin allemand, vante en ces termes 
(Epist. ad verzascham) l'utilité du lait dans la phthisie : 
Certe divini quid tant in humano, quam in asinino lacté 



CHAPITRE II. 233 

latel, quod antehac nunquam c^^edidissem, nisi id sensi- 
bus comperissem. Fidi his mets oculis, quasi novos homi- 
nes inde fados fuisse. Nani légitima ejus usu habitum pr- 
miorem, colorem nitidiorem et vires robustiores plurimi 
acquisiverunt. » 

Morton (Oper.j t. i, p. 92) conseille lusage du lait, sur- 
tout clans la seconde période de la phthisie, et lorsque la 
fièvre hectique est peu intense. 

Ramazzini (Oper. omn., p. S 60) considère le lai( d'arresso 
et de vache comme Tunique moyen à opposer à la con- 
somption qui survient chez les nourrices, à la suite de Tal- 
laitement prolongé. « Unicum tamen prœsidiumin Inijus 
modi casu erit lactis asinini^ seu vaccini usus, modo febris 
a(Mtior^ acôr nimius ventriculij et alia non obsteni, » 

Van Swieten assure queson expérience personnelle a con- 
firmé ce qu'ont dit, presque à l'unanimité, les plus célèbres 
praticiens sur Tefficacité du lait dans la phthisie. cr Simul 
et ex historia medica enumerati sunt casus, qui docent 
insignem lactis humani utilitatem in phthisi curanda ; 
quibus certe similes alii numei^osi addi passent ^si aliquid 
dubii de hac re superesset^cujus veritatem etiam propriis 
experimentis formare possem. Per annum et ultra lacté 
humano virgo^summo loco nata, usa fuit, tali cum effcctu 
ut tu^si, sputa purulenta, débilitas, macies penitus eva- 
nuerint, et sana, végéta, vivat » [Comment, in Herm. 
Boerhaaveaph.,t.lF,p. i09). 

Fr. Hoffmann [De mirabili lactis asinini in med. usu) 
a été témoin des heureux effets du lait dans plusieurs cas 
de phthisie rebelles à tous les moyens ordinairement em- 
ployés, en pareil cas. Ce grand médecin regarde le lait, 
surtout celui d'anesse, comme le meilleur de tous les remè- 



254 LIVHE 111. 

des connus pour combattre la phlhisie, quand on l'admi- 
nistre d'une manière convenable, et surtout au commence^ 
ment de la maladie. 

Morgagni a guéri, à Taide du lait de femme, pris direc- 
tement, à la dose d'une livre environ chaque jour, un ha- 
bitant de Lucques, atteint d'une phthisie trachéale rebelle 
à tous les moyens usités en pareil cas [De sedibus et causis 
morb., epist, .23). 

Pringle (Observ. sur les malad, des arm.j t, /^p. 2i8) 
affirme que le lait associé à l'eau d'orge, et auquel on 
ajoule du sucre et de la noix muscade, convient pour ser- 
vir, en partie, de nourriture aux phthisiques. Plus loin, 
(/>. 2Si) il ajoute que l'usage du cheval et le lait d'anesse 
sont deux grandes ressources pour combattre cette affec- 
tion. 

Quarin [De morbis chron.^cap. xxix) prétend, avec rai- 
son, que dans la phthisie il né suffit pas d'opposer des re- 
mèdes à la fièvre, à la cacochymie purulente, etc., mais 
qu'il faut eocore nourrir le corps et fournir un chyle de 
bonne qualité. D'après ce praticien célèbre, le lait convient 
surtout dans ce cas, parce qu'il s'animalise et se transforme 
plus facilement en chyle que tout autre aliment. Quarin 
préfère le lait de femme, pris directement à sa source, à 
toute autre espèce de lait, surtout quand la femme suit un 
régime presque exclusivement animal. 

D'après Burserius (Inst, med.praet., v. 4^ p. 7 4) y le lait 
est généralement considéré comme le remède par excel- 
lence de la phthisie. Il convient surtout dans la phthisie, 
suite de l'hémoptysie. Le lait de femme, pris directement, 
doit être préféré. à tout autre. 

Selon Buchan [Médec. domest., t. 2^ p. 126), le lait 



CHAPiTriE 11. 255 

seul est plus efficace dans la phthisie que tous les reiDèdes 
de la matière médicale. «J'ai connu, dit-il, un homme, 
réduit à un tel degré de fiiiblesse, par la pulmonie (phthi- 
sie pulmonaire), qu'il était incapable de se retourner dans 
son lit. Sa femme, qui, dans ce temps-là, nourrissait un 
enfant, eut le malheur de le perdre. Cet homme se mit 
à telter sa femme, uniquement pour la soulager, et nulle- 
ment dans la pensée de retirer aucun bien de son lail. Ce- 
pendant en ayant éprouvé un soulagement considérable, il 
continua de la tetter jusqu'à ce qu'il fût parfaitement réta- 
bli ; enfin c'est aujourd'hui un homme fort e\ plein de 
santé. D 

Si l'on doit s'en rapporter à Buchan, c'est quatre ou 
cinq heures après le repas de la nourrice qu'il convient 
surtout de prendre le lait de femme. Avant ce temps, il 
conserve quelque chose de la nature des aliments ; plus 
tard, il jaunit et contracte même une odeur d'urine. 

J. Frank recommande l'usage du lait dans la phthisie, 
surtout dans la phthisie scrophuleuse. Selon lui, il convient 
à la fois comme médicament, comme boisson et comme 
nourriture. L'on doit préférer le lait de femme à tout autre; 
puis vient ensuite le lait d'anesse, celui de jument, de 
chèvre et de \diche (Trait, de pathoL interne), 
. Double (Journ. génér. de méd. etc.^ t, xx, p. i08) affir- 
me que Texpérience lui a appris que le lait de femme peut, 
dans certaines circonstances, produire les plus heureux 
effets, même dans la dernière période de la phthisie. « Il 
ne s'agit pas, dit-il, de rechercher si le lait est nuisible ou 
utile aux phthisiques, mais c'est encore un travail à faire 
que de préciser les circonstances où l'on doit y avoir recours 
et de déterminer quelles sont les espèces de lait qu'il faut 
préférer dans tel ou tel cas de phthisie. » 



256 LIVRE UI. 

Sufvaut Tillustre auteur de la médecine physiologique 
(Hist. des phlegm. chron,)y lorsque, dans la phthisie, les 
tubercules ne sont point arrivés à l'état de ramollissement, 
il peut être fort avantageux de nourrir exclusivement le 
malade de boissons laiteuses et farineuses légères. « Je 
conseillerai donc, dit-il, à tous mes collègues de tenter la 
cure des phthisies commençantes, chez les sujets qui ne 
son! pas épuisés, par le régime lacté, végétal et féculent 
sans mélange ; j'oserai même ajouter que, sans son aide, 
ils obtiendront fort peu de guérisons, malgré l'emploi des 
spécifiques les plus vantés ; et qu'avec lui ils pourront sou- 
vent se passer de tous les médicaments. Plus loin, il 
ajoute : « Deux pintes de lait frais par jour, avec deux ou 
quatre onces de pain, pour toute nourriture, m'ont pro- 
curé, en dix ou douze jours, soit dans les hôpitaux, soit 
dans ma pratique particulière à Udine, la guérison d'un 
grand nombre de toux rebelles qui persistaient depuis trois 
ou quatre mois, et qui avaient résisté à des vésicatoires 
réitérés, aux béchiques, au cautère même. » 

Boisseau [Nosogr.organ.) pense que ce n'est pas à tort 
qu'on a considéré le régimç lacté comme l'un des meilleurs 
moyens à opposer à la phthisie pulmonaire. D'après son 
opinion, ce régime, s'il est suivi avec persévérance, retarde 
la catastrophe s'il ne parvient pas à l'empêcher. « Que les 
médecins éclairés, dit-il, ne partagent point les préjugés 
du vulgaire qui s'étonne qu'un aliment fade puisse procu- 
rer une guérison ; le temps est passé où, à chaqne mala- 
die, il fallait un spécifique choisi parmi les drogues dégoû- 
tantes. Nul aliment n'est aussi peu excitant que le lait pur 
ou combiné avec les fécules et les mucilages. » • 

Nous ne finirions pas, si nous voulions présenter ici Ta- 



CHAPITRE II. 257 

nalyse de tout ce qu'on a dit sur l'usage du lait dans la 
phthisie pulmonaire. Un volume suffirait à peine. 

Disons, en dernière analyse, que la diète lactée fait par- 
tie du traitement de la phthisie depuis plus de dix-huit 
siècles. C'est, là, sans contredit, le plus bel éloge qu'on 
puisse en faire dans ce cas. 

Beurre. — On a recommandé l'usage de cette substance 
dans la phthisie pulmonaire, et dans d'autres affections qui 
la simulent. 

Pline la conseille dans les ulcérations purulentes de la 
. poitrine. « Purulentas autem exulcerationespectoris pulmo- 
nisque, et a pulmone graveolentiam halitus, butyrum effi- 
cacissime Juvat, cum pari modo [mellis attici decoctura, 
donec rufescat, et matutinis sumptum ad mensuram lin- 
gulae » [oper.cit.ylïb.XXFJlI^c.Llll). 

Pierre Borel fait mention d'une nourrice qui fournissait 
une partie de son lait à un pharmacien, qui en fabriquait 
du beurre, pour l'usage d'un phthisique: «Maria Caron 
Bononiensîs Galla cupediarii filia , caffieriique vestiura 
sartoris uxor tantam lactis copiam quotidiè fundebat è 
mammis, ut non solum duos pùeros optimè lactaret sed 
etiam butyrum è lacle suô conBceret pro pharmacopaeo 
qui eo.ad curam phthisici utebatur, tamquam arcano op- 
timo ad tabem, nuUum enim est remedium eo prœstantius» 
[Hist. et obs. medic.y cent. III y obs. XXCII). 

Baglivi vante contre les toux catarrhales les plus intenses 
des boulettes préparées avec un mélange de beurre frais 
et de sucre : « Boli ex butyro recenti cum saccharo mixti, 
et vesperi sumpti, vehementissimas tusses catarrhales de- 
mulcent. » [Prax. med.Jib. 1, p. US). 
Lanzoni regarde le beurre comme un remède fort avan- 



S58 LIVRE III. 

lageux contre la phthisie et Tophthalmie [Oper,, t, i, 
p. 394). 

Thunberg rapporte que les Japonais avîilent des boa- 
lettes de beurre salé pour combattre la phthisie {Foy,,t,3, 
p.S2). / 

Andry assure que le beurre, pris à jeun, est plus efficace 
que Fail, pour combattre les vers {De la génér, des vers, 
p. 1S8). 

Trousseau affirme que le beurre est un excellent moyen 
pour combattre le rachitisme, et qu'on en fait usage à l'hô- 
pital des enfants [Bourchardat,Ann,cit.,18S7 ^p. 433). 

Huile de pieds de bœuf et de pieds de veau. — Tout 
récemment, Thompson a publié des recherches, fort inté- 
ressantes, sur remploi de Thuile de pieds de bœuf dans le 
traitement de la phthisie pulmonaire. Sur 14 phthisiqaes 
auxquels il administra ce médicament, trois en ont obtenu 
les plus heureux effets, et la maladie s'est arrêtée ; quatre 
ont vu leur état s'améliorer un peu, cinq n'en ont obtenu 
aucun effet, et les deux autres ont vu leur état s'aggraver 
d'une manière rapide. Sur sept autres phthisiques, à diffé- 
rents degrés, qu'il mit à l'usage de l'huile de pieds de bœuf, 
cinq en éprouvèrent une amélioration des plus marquées 
dans leur état. Deux de ces malades ont gagné 7 livres en 
poids, l'un en quarante-cinq jours, l'autre en deux mois ; 
deux autres ont gagné, l'un 4 livres 3/4 en trente-huit 
jours, l'autre 3 livres 3/4 en trois mois ; un cinquième n'a 
gagné que 1 livre en un naois [Bouchardat^ Ann. de 
48S3,p.nS). 

L'huile de pieds de bœuf a produit, entre les mains de 
Hall, les mêmes effets que l'huile de foie de morue dans 
certains cas de phthisie où cette dernière huile était contre- 



CHAPITRE II. 259 

indiquée. Celte substance lui a également procuré des ré- 
sultats avantageux dans la bronchite simple sans tubercu- 
les, et chez certains enfants qui, sans cause connue, et 
malgré u?n bon régime, restaient maigres et délicats. 

D'après Hall, Thuile de pieds de bœuf, administrée à la 
même dose que Thuile de foie de morue, ne cause aucune 
répugnance au malade, et agit sur Iç tube digestif d'une 
manière très-douce, et en rétablissant la régularité des 
évacuations, plutôt qu'en augmentant leur fréquence. L'un 
de ses principaux avantages, c'est de pouvoir être suppor- 
tée par les organes digestifs, lorsque les huiles de poisson 
ne le sont pas. 

S'il faut en croire le praticien anglais, trois conditions 
sont indispensables pour assurer le succès de l'huile de 
pieds de bœuf : 1^ faire choix d'une huile véritable, mais 
non épurée ; 2® commencer par de petites doses, une pe- 
tite cuillerée, deux fois par jour, et n'augmenter que par 
degrés; enfin, ne jamais prendre l'huile à jeun, mais seu- 
lement quand il y a des aliments dans l'estomac [Bouchar- 
dat). 

Rivière (Praxeos medic.y lib. XFI^ cap, I^ p. 290) 
vante les bons effets de l'huile de pieds de veau dans le 
traitement de la goutte. Il dit : « Oleum ex pedibus vituli 
extractum ad dolores arthriticos sedandos prœstantissimum 
est. » 

Ne faut-il pas attribuer à la grande quantité de matières 
grasses qu'il contient l'utilité du bouillon de cervelle de 
veau et de mouton, recommandé par Nauche, dans les af- 
fections lentes de la poitrine et de l'estomac ? 

On met dans un litre et demi d'eau la moitié d'une cer- 
velle de veau ou de mouton. On ajoute des navets, des ca- 



260 LIVRfi IH. 

rottes, la moitié d'uD choux roage et une botte de cresson, 
et Ton fait bouillir jusqu'à réduction à la moitié. 

On ajoute à ce bouillon, qui est administré par tasses 
dans la journée, un peu de sirop de gomme ou un cin- 
quième de lait [Bouch., An. de thérap.y i84i). 

Graisse de mouton et de chèvre. — D'après Celse {fe'5. 
III, c, XXll)y un mélange de farine et de graisse de 
mouton ou de chèvre qu'on fait cuire, est un remède contre 
la phthisie. « Farina etiam cum sevo ovillo caprinove 
mixtay deinde incocta, pro medicamento est. » 

Turkey, Mariatt et d'autres praticiens distingués ont 
adopté, pour traitement spécial de la phthisie, un remède 
dont l'usage est répandu, en Angleterre, depuis bien des 
siècles, et qui consiste à administrer, chaque jour au ma- 
lade une décoction préparée avec un demi-kilogr. de graisse 
de mouton et un litre de lait de vache. Voici un fait em- 
prunté à la pratique du D*" Young qui tend à prouver l'ef- 
ficacité de ce remède : 

« Le malade était un jeune homme de Portsmouth. Venu 
à Londres, il y eut une attaque d'hémoptysie, qui fut sui- 
vie d'une expectoration purulente et d'une fièvre hectique 
bien caractérisée. 11 revint à mieux à la suite d'un traite- 
ment que je lui prescrivis, et il partit pour le Northamp- 
tonshire; je n'espérais guère son retour. Quelques mois 
après il venait me remercier. La toux et la fièvre avaient 
complètement disparu, et il me raconta quô de toutes les 
prescriptions que je lui avais faites en partant, il n'avait 
conservé que celle du lait et du suif de mouton, qui lui 
avait graduellement rendu la force et la santé, to 

Le D"^ Bressy conseille aux phthisiques le séjour dans les 
ateliers de fondeurs de suif, afin d'y respirer les émana- 



CHAPITIIE 11. 264 

ions qui s échappent des graisses [Bureau -Rio ffrey, op. 
cit., p. 83). 

Selon Pline (Hist. nat.^ lib. XXFlll], on guérit la 
phthisie et la toux opiniâtre, à Taide du suif de chèvre 
frais, pris dans un potage d'alica avec du vin miellé. 

Graisse de Chamois. — Pline {ibid.Jib. XXFUl] rap- 
porte, sur le témoignage d un auteur qu'il donne comme 
digne de foi, qu'une phlhisie désespérée a été avantageu- 
sement combattue par Tusage du suif de chamois dans du 
lait. 

Graisse de Daim. — Hermann signale Tutililé de la 
graisse de Daim contre la phthisie. « Pinguedo damarum 
ad ulccî'a pulmonum atque phthisim commendatur prœ- 
sertim si cum lacté assumatur » (Çynosura mat. med. , 
t. 3, p. S 42,769). 

Graisse de chien. — Haeser, professeur à TUniversité 
dléna, dans un article sur la phthisie, consigné dans le 
Journal de Hufeland, s'exprime ainsi sur l'usage de la 
graisse de chien dans la tuberculisation pulmonaire : 

« Je terminerai cet article par une simple remarque, 
bien que je sois persuadé d'avance qu'elle appellera le sou- 
rire sur les lèvres de plus d'un lecteur ; iKexisle un remède 
populaire contre la phthisie, dont je fis usage plus d'une 
fois et qui m'a paru posséder des vertus absolument analo- 
gues à celles de Thuile de morue, c'est la graisse de chien. » 

L'emploi de cette graisse dans la phthisie n'est pas nou- 
veau : Lentilius faisait recouvrir la poitrine des phthisi- 
ques d'une couche épaisse de graisse de chien [op. cit.). 

F. Hoffmann [Oper omnia, suppl. sec, pars tertia, p. 
163) dit : Ex cane axungia in medicinausurpatur. Hœc 
guident ejusdem est virtutis cum humana sedpaulo emi- 
nentioris in phthisi. 



262 LIVRE 111. 

Le célèbre praticien, de Hall, cite le fait d'un phthisique 
qui fut guéri en alternant Tusage du lait d'anesse avec celai 
de graisse de chien récente, à la dose d'une demi-once tous 
les deux jours [Med. rat, syst., t. IF^ cap, XI). 

Je connais un phthisique dont 1 état a été notablement 
amélioré par Tusage, longtemps continué, de la graisse de 
chien, qui lui a été conseillé par un ecclésiastique. — Celte 
graisse a une saveur détestable. 

Graisse d'ours, — Ritter, médecin allemand, prélend 
avoir dissipé plusieurs fois des taches de la cornée, qui 
existaient depuis plusieurs années, à l'aide de la graisse 
d'ours appliquée sur la tache avec un pinceau (Rei). mé- 
die, y t, \,p. 449). 

Graisse de mangotiste. — Il existe en Egypte un ani- 
mal connu sous le nom de mangouste d'Egypte, rat de 
Pharaon, viverra ichneumon, Linn,). 

Au rapport de Lemery [Dict. des drogues), les Indiens 
font beaucoup de cas de la graisse de cet animal contre les 
scrophules, le rhumatisme et la goutte. 

Graisse de hérisson. — Jérôme Reusner, médecin alle- 
mand qui vivait au XVII® siècle, rapporte [obs. iiS) qu'un 
gentilhomme atteint de la goutte affirmait n'avoir jamais 
connu de meilleur remède contre ce mal que la graisse de 
hérisson. II tenait ce remède d'un chirurgien autrichien, 
qui s'en était servi avec beaucoup de succès. 

Graisse de porc. — L'usage, tant interne qu'externe, 
de la graisse de porc dans le traitement de la phthisie, re- 
monte à une antiquité très-reculée. 

Marcellus, médecin romain, qui vivait sous le règne de 
Marc-Aurèle, en fait mention. « Axungiœ vetusti suilli, 
unciœ très, ex vint vetustissimi cotyla una decoctœ, et 



CHAPITRE II. 263 

phthisicis potum daiœ, patenter iis reniediantur » [Fan 
deii Bossche, Hist, medica). 

Pline parle également de son usage, tant à rintérleur 
qu'à rextérieur, dans le traitement de la maladie qui nous 
occupe, a Ad ttissim veterem recens [axungia] decoquitur 
quadrantis pondei^e in vini cyathis tribus addito melle. 
Fétus etiam phthisim in pilulis sumpta sanat, quœ sine 
sale inveterata est [op. cit.^ lib, XXFIU). 

Tissot [Avis au peuple) raconte qu'il a vu un chirurgien 
administrer le lard fondu à un phthisique, ce qui avait em- 
piré le mal. ^ 

Schmidtmann, célèbre médecin allemand [Summaobs. 
med,^ t. m), prétend avoir giiéri, en six semaines, à Taide 
du lard pour toute nourriture, une femme, de 40 ans, 
atteinte de phthisie commençante. 

Le D"" Popken, de lever, préconise Tusage intérieure du 
lard rôti dans les affections strumeuses. 11 fait prendre le 
matin à jeun 8 grammes de lard rôti. 11 prescrit en même 
temps, comme moyens auxiliaires, le jambon bien fumé, 
mangé cru, la bonne bière non fermentée et le café de 
glands. D'après Popken, ce traitement guérit en 4 ou (> 
semaines quand la maladie est légère, et eu trois mois envi- 
ron quand elle présente un certain degré de gravité 
(fFochenschrift fur die gesammte Heikunde, "1841]. 

Klencke a vu disparaître, en peu de temps, sous l'in- 
fluence du lard rôti, administré d'après la méthode de 
Popken, différentes affections scrophuleuses, telles que les 
ulcères, l'atrophie, la scrophule osseuse, etc. De pareils 
résultats suffisent, selon lui, pour refuser toute action à 
l'iode qui serait contenue dans l'huile de foie de morue 
[ouv. cité^p.44). 



204 LivKE m. 

Spiisbury a publié, clans le journal anglais (TAe lancet), 
plusieurs observations qui tendent à prouver refficacité des 
frictions lardacées dans le traitement de la phthisie. On 
fuit, chaque iour et pendant une deoii-heure, des frictions 
sur la poitrine, le dos et les côtes avec autant de lard que 
la peau peut^en absorber. 

Spiisbury avait observé, ce qui Ta déterminé à essayer 
ce traitement, que ceux qui, comme les bouchers, manient 
habituellement les graisses et les viandes, jouissent fré- 
quemment d'une santé florissante, et sont presque toujours 
à Tabri de la phthisie [Encyc.^ avril 1836), 

D'après les observations recueillies par Lohmeyer, sur 
20 phtliisiques soumis, par les médecins de l'armée prus- 
sienne, aux frictions lardacées, d'après la méthode de 
Spiisbury, six auraient succombé, la plupart auraientoblena 
ane amélioration notable, et quelques-uns une guérisoD,aa 
moins apparente. Au reste, il est à noter que chez la plu- 
part des malades, dont il s'agit, la présence des tubercules 
pulmonaires n'a point été constatée, à l'aide du stéthoscope. 
Toutefois, il est certain que plusieurs de ces malades 
offraient, au moins en apparence, tous les symptômes de la 
phthisie (Medicinisehe Zeltung etc., août 1858). 

KoUer, médecin allemand, a publié plusieurs observa- 
tions qui tendent à confirmer l'utilité des frictions lardacées 
dans le traitement de la phthisie. D'après lui, ces frictions 
méritent plus d'attention qu'on ne leur.en accorde généra- 
lement. « Quand même, dit-il, çUes n'auraient pas la fa- 
culté de guérir la phthisie (ce qu'il est loin de prétendre), 
elles présentent, au moins, l'inappréciable avantage de pal- 
lier les symptômes, alors surtout que l'état de colliquation 
en est venu au point que l'opium, la belladone et tous les 



CHAPITRE II. 265 

autres moyens préconisés dans ce cas, ne produisent plus * 
le moindre effet. » 

D'après Koller, les frictions lardacées conviennent sur- 
tout quand la fièvre hectique, les sueurs nocturnes abon- 
dantes et les autres symptômes d'épuisement menacent 
lexislence du malade. « Si à cette période les frictions avec 
du lard sont faites d'une manière convenable, on voit dis- 
paraître la fièvre hectique et les abondantes sueurs noc- 
turnes, et, peu à peu la toux et l'expectoration diminuent. 
Le malade ressent un bien-être extraordinaire, il reprend 
des forces, et même, comme je Fai remarqué dans un cas, 
le corps émacié acquiert un certain degré d'embonpoint » 
[Medic. correspondenz-blatt bayerischen Aerte^ 184i ^ 
n.28). 

Graisse d'hippopotame et de cheval. — Caullet de Veau- 
morel rapporte que les Holtentots avalent par écuelles la 
graisse d'hippopotame fondue, comme on avale du bouil- 
lon, et qu'on la regarde, au Cap de Bonne-Espérance, 
comme un remède excellent contre les affections de poitrine 
(Dict. encyc.^ t. ix, p. / 43). 

Hermann parle de l'utilité de la graisse de cheval contre 
la suppression des règles et les ulcères internes, surtout ceux 
du poumon [oper. cit.).. 

§11. 

SUCCÉDANÉS EMPRUHTÉS AUX OISEAUX. 

Graisse de dindon. — Ainslie rapporte que la graisse 
de dindon est employée à l'intérieur, chez les Indiens, pour 
eombattre la raideur des articulations ainsi que certaines 
affections paralytiques (Mat. med. indic. yt.St^p. 2Q0). 



266 LIVRE III. 

Graisse d'autruche. — La maotèque, mélange de sang 
et de graisse d*autruche, était fort estimée et fort chère chez 
les Romains, qui, au rapport de Ph'ne, la considéraient 
comme eflicace contre les douleurs rhumatismales, les tu- 
meurs froides, etc. Les Arabes, dit-on, en font encore 
usage aujourd'hui dans les mêmes circonstances (H. Clo- 
quel y Faune des med,^ t, 2). 

Graisse de héron et de caille, — Hermann [oper. cit., 
t.3yp.709] parle des bons effets de la graisse de héron 
associée à celle de caille contre les taches de la cornée. 

Scroëder préconise celle dernière graisse contre la même 
affection. «Pinguedo oculis prodest maculas abstergendo » 
[Pharm, med., lib, F, p. 7 19). 

Jaune dœufs. — Pline [op. cit., lib. XXIX) signale 
l'utilité du jaune d'œuf dans la toux et les rhumes de poi- 
trine. Aretée recommandait aux phthisiques de manger 
des œufs frais pour toute nourriture. 

Reinerus Solenander [Cons. medic.28, sect. 9) recom- 
mande aux phthisiques Tusage fréquent des œufs frais, à 
la coque ; mais il vaut mieux, selon lui, les avaler crus et 
chauds ail moment où ils viennent d'être pondus. 

J'ai connu une personne qui s'est guérie d'une bronchite 
chronique, qui durait depuis longtemps, en prenant cha- 
que matin un jaune d'œuf mélangé avec du miel. La gué- 
rison a été complète au bout de six semaines. Ce remède 
lui avait été conseillé par une personne étrangère à la mé- 
decine. 



CHAPITRE II. 267 

§ m. 

SUCCÉDANÉS EMTRUNTÉS AUX REPTILES. 

Graisse de serpent. — J.-G. Macasius (Promj^^ ma^. . 
med.) range la graisse de serpent au nombre des remèdes 
à opposer aux scrophules. 

Au rapport de Denhàm et Clapperton, les Arabes re- 
cueillent avec soin la graisse abondante qui se trouve dans 
le ventre des serpents, et ils la' considèrent comme une 
espèce de panacée [f^oy. dans le nord et le cent.de l'A- 
frique). 

Labat (Hist. nat. des Antilles) raconte que la graisse des 
serpents yénimeux de la Martinique et de Sainte-Lucie, est 
un remède fort vanté^ dans ces contrées, contre le rhuma- 
tisme, la sciatique, etc. On fait fondre cette graisse sur une 
assiette, et après l'avoir mêlée avec de l'esprit de vin, on 
fait des frictions, loco dolenti, puis on y applique un linge 
imbibé de ce même mélange. 

Graissç de vipère. — Michel de Heredia, médecin de 
Philippe IV, roi d'Espagne (Ojoer. omn.^ Lyon, 4663), et 
Fonséca, célèbre médecin portugais (Consult. medic.), re- 
commandent contre la phthisic les frictions avec la graisse 
de. vipère le long de l'épine dorsale. 

Wedel affirme que cette graisse lui a réussi dans deux 
cas de phthisie. « Dedi illam insuper interne binis phthi- 
sicis alterutri studioso, cum successu. Cum enim pingue- 
dine canis quidam restituti sint labidi cur non balsamica 
viperarum pinguedo praestaret idem » (Miscell. cur. y ann. 
i67i,p.207). 



268 LIVRE III. 

§ IV. 

SUCCéOANi:» EMPRUHTéS AUX CRUSTACÉS ET AUX, INSECTES. 

Beurre et bouillon d'écrevisses. — La plupart des es- 
pèces du genre cancer^ Linn, contiennent en abondance 
une huile de couleur brunâtre. C est probablement à cette 
huile qu il faut rapporter les bons effets qu'on prétend avoir 
obtenu du bouillon d ecrevisse commune (caîicer astacus, 
Linn,] dans le traitement de la phthisie pulmonaire. 

Ettmuller [Oper. omnia., t. i ^p. 782) rapporte que de 
son temps on employait avec succès contré la même mala- 
die un remède qu'il désigne sous le nom de butyrum can- 
crorumy et qui était préparé en soumettant à Faction de la 
presse, et à celle d'un feu doux, jusqu'à consistance con- 
venable, une sorte de pâte faite avec du beurre frais et des 
écrevisses triturées ensemble dans un mortier (ff. Cloquet). 

Huile de crabes. — Le crabe de terre, tourlouroux, 
(cancer ruricola Linn.) habite en Amérique, surtout aux 
Antilles et à la Martinique. 

La chair de ce crustacé est un aliment fort recherché 
des nègres et des Indiens. On obtient en exposant les vis- 
cères, le foie et les intestins de ce crabe à Taction de la 
chaleur, exprimant ensuite et tirant à clair, une huile de 
couleur, brunâtre, qui est employée par les Ethiopiens 
contre le rhumatisme [Chevalliei^ Dict. des drogues sim- 
ples et compos.^ t. 3). 

L'hermite Bernard ou soldat [cancer Bernhardus, Linn.) 
est un animal qui ressemble beaucoup à Técrevisse. Il 
abonde sur nos côtes. 



CHAPITRE II. 269^ 

On rapporte qu il en existe, en Amérique, une très- 
grande espèce dont on extrait une huile qui est très-re- 
cherchée des habitants de ces contrées, dans le traitement 
du rhumatisme. Voici, suivant Lemery (Dict.des drogues) 
la manière de la préparer : 

« Les habitants des isles pèchent ce poisson, et aussitôt 
qu'il est pris ils l'enfilent par la tête, et ils l'exposent au 
soleil qui le fait fondre en sorte qu'il n'y reste que les arêtes; 
cette substance fondue est une huile épaisse comme du 
beurre; en hiver elle est de couleur bl^nc tirant sur le 
jaune, à demi-liquefiée ; en été elle est rougeâtre, d'une 
odeur puante et d'un goût de poisson désagréable. » 

Huile de grillon domestique. — Cette huile s'obtient 
du grillon domestique, vulgairement criquelion, (gryllus 
domestictts,Linn.)/\nsecieqm habite dans les maisons et 
se plaît^ de préférence., derrière les cheminées, dans les 
trous et les fentes des murailles où il fait entendre, la nuit, 
un cri bien connu de tout le monde. 

Clesius, de Coblentz^ a recommandé l'huile de grillon 
pour combattre les taches de la cornée. On l'applique, ma- 
tin et soir, avec un pinceau [Bull, des se. médic. de Férus- 
sac^mai 4827). Le même remède avait été recommandé 
par Schroëder, pour fortifier la vue (Pharmac. medec, 
P..738). 



270 LIVRE III. 



CHAPITRE m. 

SUCCÉDANÉS EMPRUNTÉS AU RÈGNE VEGETAL. 

Huile d'œillette. — L'huile de foie de morne n'avait, 
pour tout succédané, il y a une vingtaine d'années, qne les 
huiles de raie et de baleine, et personne, que nous sa- 
chions, ne s'était encore occupé alors à lui trouver, hors 
de la classe des poissons, une substance huileuse qui put la 
remplacer. C'est à celte époque que nous avons cherché, 
par une expérimentation suivie, s'il ne serait pas possible 
de remplacer cette 4)uile par une huile végétale, plus facile 
à prendre et plus à la portée de toutes les bourses. Nos 
tentatives ont été couronnées d'un plein succès. 

En effet, nous avons constaté, par des faits assez nom- 
breux, que dans le rachitisme et la carie scrophuleuse on 
peut, au moyen de l'huile d'œillette, obtenir des résultats 
non moins avantageux qu'avec celle de foie de morue. Ces 
faits ont été exposés, dans tous leurs détails, dans un mé- 
moire qui a pour titre : De l'emploi de l'huile d'œillette 
dans le traitement du rachitisme et de la carie scrophu- 
leuse, et qui a été publié, en 4844, aux frais de la société 
de médecine de Gand (1). 

Sur 22 enfants affectés de rachitisme, qui ont été sou- 

(4 J Le professeur Trousseau et une foule d'auteurs, dont le doqi fait autorité 
dans la science, ont bien voulu citer nos recherches ayec éloge. 



CHAPITRE III. 271 

rais à l'usage de l'huile d'œillette, douze ont été guéris après 
un traitement de trois mois et demi (terme moyen) ; quatre 
ont obtenu une amélioration voisine de la guérison; trois 
n'ont obtenu qu'une amélioration passagère; chez les 
autres la médication a été sans effet. 

La plupart des malades présentaient tous les symptômes 
du rachitisme à un haut degré. Plusieurs de ceux que nous 
avons guéris, étaient réduits à un état vraiment déplorable, 
qui ne laissait presqu'aucun espoir de guérison. Tous 
appartenaient à la classe indigente ; ils habitaient, pour la 
plupart, des réduits obscurs, peu aérés, et se nourrissaient 
d'aliments peu substantiels; en sorte que les résultats obte- 
nus ne peuvent être attribués qu'à la seule influence du 
traitement huileux. 

L'huile d'œillette nous a également réussi dans le traite- 
ment de la carie scrophuleuse. Sur onze malades soumis à 
l'usage de cette huile, nous avons obtenu sept guérisons 
complètes et une incomplète. 

Comme on peut le voir, dans notre mémoire, les cas 
compris dans cette série furent, pour la plupart, très-gra- 
ves. Je citerai, en particulier, l'observation suivante : 

Un enfant, âgé de cinq ans, d'une constitution éminem- 
ment scrophuleuse, portait neuf ulcères fistuleux entrete-. 
nus par la carie : cinq à la partie postérieure et inférieure 
de l'avant-bras gauche, trois à la face dorsale du méta- 
carpe du même côté, et une autre à la partie postérieure et 
inférieure du fémur, près de l'articulation fémoro-tibiale. 
La maladie durait depuis deux ans et avait résisté à une 
foule de moyens. Elle fut guérie après un traitement de 
trois mois. 
Huile de coco. — On extrait, par expression, de l'amande 



272 uvRE ni. 

du cocotier (cocos ntunfera, Z/tnn.), arbre qui croît natu- 
rellement dans les Indes, en Afrique et en Amérique, une 
huile d'une saveur douce, égale, en bonté, à celle d'aman- 
des douces. 

L'huile de coco a des propriétés médicinales que M. le 
ly Thompson, dans un mémoire lu, tout récemment, de- 
vaut la société royale de médecine de Londres, dit avoir 
longuement expérimentées, et qui en font un excellent suc- 
cédané de Fhuile de foie de morue (Athenceum du 44 déc. 
18S4). 

Le D'' Collas assure que dans Tlnde il emploie Thuile de 
coco au traitement des plaies contuses, par écrasement, 
par arrachement [loc. cit., p. 27 /). 

On retire encore du coco une autre espèce d'huile, éga- 
lement employée en médecine, et qui est ainsi décrite par 
M. Legoux de Flaix. Je cite le passage en entier, car je 
pense que cet emploi de la noix de coco est à peu près 
inconnu aujourd'hui : • 

<( En concentrant, par l'ébuUition, le lait de coco à un 
feu modéré, on obtient une huile douce, agréable et bonne 
à manger lorsqu'elle est récente. Les médecins du pays 
composent avec cette énaulsion un purgatif^doux, facile à 
prendre, et qui n'est point répugnant; il ne donne point de 
coliques ni de tranchées; on l'administre contre la plé- 
thore, et il est vermifuge à un degré éminent. Il se compose 
avec une demi-pinte d'émulsion dans laquelle on fait dis- 
soudre, par la cuisson, trois à quatre têtes d'ail à un feu 
modéré, jusqu'à la consistance d'une marmelade, que l'on 
fait prendre tiède au malade, à jeun, en y ajoutant, si l'on 
veut, un peu de sucre » (Tableau du commerce de Vin- 
doustan,voL 4^ p. 296). 



CHAPITRE III. 273 

Lallemant, D^ en médecine à Rio-Janeiro, assure que les 
Brésiliens possèdent, pour combattre le taenia, un remède 
aussi simple qu'efficace, et dont il s'est servi lui-même avec 
succès chez un de ses enfants. Ce remède consiste à pren- 
dre pour toute boisson le lait de six à huit noix de coco, et 
pour toute nourriture du riz bouilli dans l'huile extraite de 
l'amande de ces noix. Les adultes doivent s'astreindre à ce 
régime pendant deux ou trois jours, et les enfants pendant 
un jour seulement. Le lendemain du jour ou le terme de ce 
régime est expiré, on administre au malade une once à une 
once et demie d'huile de ricin, pour provoquer la sortie du 
ver solitaire. 

M. Lallemant est convaincu que c'est à l'huile, seule, 
contenue dans le lait de coco qu'il faut attribuer le succès 
de ce remède. Ce que nous disons, plus haut, des proprié- 
tés vermifuges de l'huile préparée avec le lait de coco con- 
firme cette manière de voir. Si cette opinion est fondée, il 
serait alors facile d'importer ce remède chez nous (Caspers 
fFochenschrift, 4847, p, 729). 

Huile d'amandes 'douces. — Il résulte des observations 
recueillies par Duncann et Nunn, médecins de l'hôpital de 
Colchester, et leur expérience porte sur plus de 350 cas, 
qu'on peut substituer avec avantage l'huile d'amandes dou- 
ces à l'huile de foie de morue dftns tous les cas où cette 
dernière est indiquée, tels que la phlhisie pulmonaire, 
les scrophules, etc. « Non-seulement, disent-ils, l'huile 
d'amandes douces a sur l'huile de foie de morue la supério- 
rité de n'avoir pas de goût désagréable et d'être d'un prix 
médiocre, mais encore elle ne purge pas et n'excite aucuft 
phénomène désagréable du côté des organes digestifs. Seu- 
lement, d'après ces médecins, il faut surveiller la sécrétion 



274 LIVRE m. 

biliaire durant son administration, et s'abstenir de son em- 
ploi lorsque Tinleslin présente des symptômes de congestion 
et d'inflammation locales. 

Duncann et Nunn prescrivent Thuile d'amandes douces 
à la dose de 4 grammes en commençant, une demi-heure 
après chaque repas, et en augmentant graduellement la 
dose (Médical gazette). 

L'huile d'amandes douces a été introduite dans la théra- 
rapeutique de la phthisie pulmonaire bien avant Duncann 
et Nunn : Dodoens (Prax. med.) mentionne son usage 
contre la toux. Louys de Serres, médecin de Lyon^ qui a 
vécu au commencementdu XVII® siècle, dit, dans ses com- 
mentaires sur les œuvres de Jean de Renou : « L'huile 
d'amandes douces est digne de recommandation en plu- 
sieurs choses; car en premier lieu, elle est grandement 
profitable aux phthisiques et tabides. » 

Morgagni parle d'un phthisique qui rendit un calcul par 
la toux et fut guéri^ après avoir été mis à l'usage de l'huile 
d'amandes douces et d'autres choses analogues (loc. cit., 
epist. ISy c. 21). 

L'huile d'amandes douces est considéré par plusieurs 
auteurs comme un vermifuge qui n'est point à dédaigner. 

P. Forestus prescrivait aux jeunes enfants atteints de 
vers une émulsion préparée avec les amandes douces et 
amères, et les noyaux de pèche, ce qui les purgeait et pro- 
voquait en même temps la sortie des vers [oper. cit., lib. 
XXI, obs. XXXI). 

Hoffmann fait les plus grands éloges de l'huile d'aman- 
des douces contre les vers. « Ita ego sœpius mirabili cum 
effectu ad vermes enecandos et symptomata lenienda 
oleum amygdalarum dulcium ad aliquot cochlearia imo 



CHAPITRE m. 275 

unciam unam vel duas circa lecti introïtum vel summo 
mane pueris prœscripsi sumendum » (Opéra omn., De 
morbis infant.^ p. 492). 

Huile d'olives. — Arelée [Lib. /^ cap. FUI) recom- 
mande l'usage, tant interne qu'externe, de cette huile 
contre la pbthisie. « A geslatione quiète concessa utendum 
in prœsentia pingui oleo^ post frictiones oleum cum aceto 
infundaiur^paulum primo^ deinde adjiciendum usque ad 
heminas quinque, autsex^aut mullo plus etiam: sin mi- 
nus^ at saltem quantum qui$ ferre poterit^multotiesenimy 
vel id solum pro omni alimento satisfecit. » 

Schenckuis (Obs.med.^lib.II) cite le cas d'un espagnol 
qui fui guéri d'un cas de phlhisie, des plus graves, en se 
nourrissant uniquement de pain et d'huile d'olives. 

Quelle confiance peut-on accorder au témoignage de 
J.-G. Goelzius, qui affirme qu'un boulanger guérissait la 
toux a Taide d'une infusion de fleurs de milleperluis dans 
de l'huile d'olives ? « Pistor quidam oleo olivarum cum 
floribus hyperici infuso in jusculis sumto tussim in se 
suisque féliciter profligabat, quod secretvm diuturno fa- 
miliœ suœ usu probatum erat » [Je. pbysico-med. nat. 
cur.,t.2,p.45i). 

Marine, médecin italien, prétend avoir été témoin, plus 
de cent fois, des heureux effets de l'huile d'olives, à hautes 
doses, dans certaines douleurs articulaires mobiles qu'il 
rapptorte à la goutte vague, mais que, si l'on consulte les 
observations qu'il a publiées, appartiennent bien plutôt au 
rhumatisme articulaire. 

Marine administrait cette huile à la dose d'une livre en- 
viron chaque jour, prise en plusieurs fois [Raccolta di 
alcuni opiisc. alV us. int. d'aU olio olive). 



276 LIVRE m. 

D'autres médecins italiens tels que Malacarne, Masino, 
Camuzzoni et Marcolini (Giacomini^op. cit.) ont également 
obtenu des résultats avantageux de Thuile d'olives, à hau- 
tes doses, dans la goutte vague et les affections rhumatis- 
males. 

Richter [T/ierap.spec.^t.St^p.SSl) conseille Tusage de 
celte huile, à la dose de deux ou trois onces par jour, dans 
le rhumatisme. 

Au rapport d'Ambroise Paré (liv. 20, c. F) « l'huile 
d olive, prise par la bouche fait mourir les vers. » 

P. Forestus a vu un jeune homme, de 18 ans, rendre 
un grand nombre de vers, après avoir pris un mélange de 
suc de grenadier et d'huile d'olives. Il tenait ce remède d'an 
gentilhomme, qui lui avait assuré que la reine de France 
en faisait un usage habituel, chez ses enfants, [oper. cit., 

lib.xxi^ohs.xxni). 

Rivière [Prax. medec.y lib. X) affirme que l'huile d'oli- 
ves, associée au vin, est un remède populaire contre les 
lombrics. 

D'après Andry {De la génér. des vers), cette huile, prise 
à jeun à la dose de quelques cuillerées, est un remède effi- 
cace contre les vers. 

Labillardière, membre de l'Institut, a été témoin de 
plusieurs cas de guérison de ténia, obtenus à l'aide de 
cette huile, administrée à hautes doses. Il raconte que lui- 
même s'est débarrassé d'un ténia en avalant, en plusieurs 
fois, une livre et demi d'huile d'olives. L'évacuation du 
vers a eu lieu au bout de vingt-quatre heures [Mérat et 
Délens, dict.cit.). 

Nous trouvons encore dans les œuvres de Cœlius Aure- 
lianus, de Celse, de Boerhaave et de plusieurs autres pra- 



CHAPITRE III. 277 

iicrens des faits qui déposent en faveur de la propriété 
àïïtheimintique de Thuile dont il s'agit. 

Gouan, professeur de Técole de médecine de Montpel- 
lier, assure qu'il a eu plusieurs fois l'occasion de se con- 
vaincre de l'efficacité de cette huile contre certaines taies 
de la cornée (/. génér. de méd., t. 28^ p. 460). 

Girot [Rev, médic.^Juin 18S0] affirme qu'il a obtenu 
des résultats avantageux de l'huile d'olives, en application 
Sûr la tète, dans le traitement de la teigne. Il cite entre 
autres faits de guérison, à l'aide de ce remède, celui d'une 
petite (ille^ de huit ans, qui était atteinte, depuis trois ans, 
d*une teigne faveuse, qui avait résisté à tous les remèdes 
employés. Voici sa méthode : on coupe les cheveux aussi 
côûfts que possible sans les raser, ensuite on applique sur 
fei tète une coiffe double trempée dans de l'huile d'olivefif 
fegèrement tiède. Cette application est renouvelée chaque 
soir. 

Nous avoûs vu, dans un autre endroit, que Bennett em- 
ployait un traitement analogue, mais qu'au lieu d'huile 
d^olives, il se servait d'huile de morue. 

Huile de noyer. — Plusieurs praticiens ont cherché 
dans l'huile de noyer un remède pour combattre les taches 
de la cornée. 

Jeze prétend que celte huile lui a réussi pour combattre 
le leucoma [Anc.journ. de méd., t. lix, p. 439). Gouan 
{Mém. de la soc. de méd. de Montpellier) et Scarpa ont loué 
son efficacité contre la même affection. 

Meyer a obtenu des effets avantageux de cette huile dans 
les taches de la cornée, suites de la variole. 11 affirme que 
son efficacité est d'autant plus prononcée qu'elle est plus 
vieille (Merc. génér. de l* Europe y an. 4787). Caron du 



278 LIVRE ni. 

Villards (Ghiideprat. des malad. des yetuc) s'en est égale- 
ment bien trouvé contre les taches de la cornée. Nous 
avons vu, p. 207, qu'Ammon associe cette huile à celle de 
foie de morue pour combattre les taies récentes de la cor- 
née, suites de Tophthalmo-blennorrhée. 

Nous trouvons, dans les annales de la science, plusieurs 
faits qui tendent à prouver lefficacité de Thuile de noix 
contre les vers, et notamment contre le .ténia. 

Dioscoride affirme (loc. cit.) que l'usage des noix fait 
rendre le ver solitaire. De là, sans doute, est venue Tidée 
de recourir à leur huile dans le même but. 

Au rapport de P. Forestus (lib. 21, obs.32) Fhuile de 
noix a été recommandée contre les vers, par A. Gradus, 
médecin de Milan, qui vivait au commencement du XVI® 
siècle. Il raconte qu'à Milan les femmes ont coutume de 
faire manger à leurs enfants, une fois par semaine, du pain 
rôti trempé dans de l'huile de noix, avec un peu de vin. 

Passerat de la Chapelle a consigné, dans Yancien jour- 
nal de médecine, (t. vi, p. SOS) plusieurs observations, 
fort intéressantes, en faveur d'un remède dont il a obtenu 
les résultats les plus brillants contre le ténia, et qui con- 
siste dans l'administration de cinq onces d'huile de noix 
que l'on fait suivre, deux heures et demie après, de quatre 
onces de vin d'Alicante (1). Ce traitement doit être conti- 
nué plusieurs jours de suite, jusqu'à l'expulsion du ver. 

Binet ( J. de méd., t. xv, p. 21 4) et Baumes [ibid, 
t. LVi, p. 406) ont rapporté, chacun, une observation fort 
intéressante d'expulsion d'un ténia à l'aide du remède dont 
il s'agit. 

(\ ) Le vin d'Alicante est, d'après Andry , un très-bon remède contre les vers. 



CHAPITRE nu 279 

Nous devons à la vérité de dire que Desbois de Roche- 
fort, qui a soumis ce remède à de nouveaux essais, Ta 
trouvé, le plus souvent, inefficace {loc. cit., t. ii, p, 73). 

Dubois administre contre Je ténia six gousseS d'ail, 
broyées avec trois onces d'huile de noix [Mérat et Delens, 
op. cit.). 

Huile de Un. — Murray [Apparat, medic, t. m) 
signale Futilité de cette huile contre la phthisie pulmo- 
naire. « Porro in puella phthisica ex suppressis sputis 
purulentis fere suffocata, eadem restituit vitamque pro- 
longavit (Michel., l. c, p. 44); imo alia femina ex hœ- 
moptysi phthisica, solo usu olei hujus omnino sanata 
sistitur [gaz. y l. c). » 

Morton conseille, contre la même affection, Tusage fré- 
quent des corps gras, à Tintérieur; mais surtout Fhuilede 
lin récente, à la dose d une cuillerée chaque heure, pourvu 
qu'il y ait absence de diarrhée, et qu'aucun autre symp- 
tôme n'en conlre-indique l'emploi, « Inter lubricantia co- 
piosè utatur œger butyro recenti non salito in omnibus 
panatellis, cerevisiâ butyratâ, et si [benè ferat) oleo dulci 
communi, vel potiùs amygdalarum dulc, prœsertim ver à 
oleo Uni recenter absque igné extracto, è quo capiat sin- 
gulis horis cochleare unum, nisi adsit diarrhea, vel ali- 
quod aliud symptoma contra-indicans » [op. cit., c. viii). 

Rœderer loue les. bons effets du remède suivant, contre 
la phthisie chez les enfants : on administre chaque jour un 
bain chaud, puis on frictionne tout le corps, à l'exception 
de la tête, avec une cuillerée d'huile de lin [Bouchardut, 
Ann., 4846). 

Desgeneltes [Hist. médic. de Varmée d'Orient, t. ii, p. 
48) nous apprend que les habitants du Saïd (Egypte) admi- 



280 LIVRE Illt 

nistrent Thuile de lin dnu enfaola atteints de convaUions. 
11 ajoute (ce qui n'est pas sans intérêt) que les nourrice 
boivent souvent elles-mêmes le médicament qui 4oit ggir 
sur leurs nourrissons. 

Murray (loc. eit.) loue reficaeilé de Thuile de lin conV^ 
les vers. Herberden (Med. transact., t.wiyp. 49) 3 en sgr^ 
vait avec succès en lavements contre les oxyureç. 

Huberbert préférait cette huile à toute autre pQujrcom* 
battre les lombrics» chez les eafants, 

Cazin [Traité de$ pi. ind.) l'administre à la fois, et avec 
succès, par la bouche et en lavement, contre las oxyure^, 
II loue, comme un vermifuge^qui lui a souvent réussi, cba 
les enfants, un mélange d'une cuillerée d'huile de lin av^c 
quantité égale de jus de citron ou de vinaigre sucré. 

Huile de sésame. — On extrait, en abondance, des sç.- 
](nences de sésame, sesamum orientale L., plante qui croit 
dans l'Inde, au Japon> à Ceyian et dans plusieurs autres 
contrées, une huile douée d'une saveur douce trè$-agréabl« 
qui vaut, dit-on, la meilleure de nos huiles d'olives, et peiU 
se conserver longtemps sans acquérir une saveur rance. C'est 
un assaisonnement extrêmement précieux fojrt usité dans 
différents pays, surtout au Japon où le manque de beurre 
et de graisse fait qu'on s'en sert presque excksivement 
pour tous les besoins de la cuisine. 

Cette huile a la réputation de procurer de l'embonpoint, 
ce qui la fait employer par les égyptiennes qui en pren-» 
nent, dans ce but, plusieurs onces le matin. Elle est fré-r 
quemment employée, en Egypte, dans différentes maladiç^ 
de la peau : « Oko et jam ad multa alia JEgiyptii uti 
CQnswverunt, quippè ad cutis pmtulas, asperitatem ac 
omnem defedatioi^m e$ humore melancholico conciti»^ 



CHAPITRE III. 281 

tam, tum epoto^ tum in cibis frequentato, vel ipso affectis 
partibus inunctîs » (Proper Alpin, De plantis JEgypti, 
p. 99). 

Huile de radis et de colza. — On retire de la semence 
d'une variété du radis cultivé, appelée raifort de la Chine 
(raphanus chinensis oleiferus., Linn.), une huile qui a 
beaucoup d'analogie avec celle de colza, et qui, d'après les 
expériences du D^ Oliviero, est très-utile dans les affections 
rhumatismales et pulmonaires [Kluyskens, Annal, de lit- 
ter. médic. étrang., t. x, p. 600). 

J'ai connu un vieillard qui s'est guéri d'un rhumatisme 
chronique, qui durait depuis longtemps, et avait résisté à 
une foule de remèdes, en prenant chaque jour un petit 
verre à liqueur d'huile de colza. 

Beurre de Galam et de Bambouc. — Les semences du 
bassia bulyracea, Roxb., arbre qui croît en Afrique où il 
est connu sous le nom d'arbre à beurre, fournissent une 
huile concrète, d'un blanc assez parfait et d'une saveur 
assez analogue à^celle du beurre de cacao, appelée beurre 
de Galam, du nom de4a localité d'où il provient. Ce beurre 
est employé à une foule d'usages domestiques. Les nègres 
le regardent comme un remède précieux dans les douleurs 
rhumatismales. Us en font des frictions sur tout le corps, 
dans là goutte, le rhumatisme, etc. (Mérat et Delens, ouv. 
cité, t. I, p. SSS). 

Le beurre de Bambouc est une huile végétale concrète 
qui, s'il faut en croire Mérat (Dict. cit.), provient de 
Yelaïs guineensis, L., arbre qui habite toute la côte ouest 
de l'Afrique centrale. 

Selon l'abbé Prévost, les nègres emploient ce beurre 
avec succès dans le rhumatisme, la sciatique et d'autres 



282 uvRç m. 

affections de cette nature. « Leur ndéthode, dit-il, est d'oA 
frotter devant le fçu les parties attaquées, pour y faire pé- 
nétrer la graisse autant qu'il est possible; de les couvrir 
ensuite avec du papier gris, le plus doux, et de les tenir 
chaudement sous quelque drap fort épais » (Hist. gén. des 
voyages, t. ii, p. 648). 

Nous lisons, dans le Dictionnaire des se. médicales (t. 
ni, p. /(?/), que Geoffroy a obtenu des effets avantageux 
de cette huile dans plusieurs cas de rhumatisme. 

Chocolat. — Cette préparation alimentaire contient, ep 
abondance, une matière grasse connue sous le nom de 
beurre de cacao. On a recommandé son usage dans U 
phthisie pulmonaire. Gattereau en conseille l'emploi daus 
la phthisie nerveuse ainsi que dans toutes les variétés da 
celte affection. 

Behrens rapporte que le cardinal de Richelieu fut guéii 
d'une hypochondrie dont il était atteint, et qui avait résisté 
à tous les moyens en faisant usage du chocolat (Select' 
diœtet.,p.39'f). 

Huile iodée. — Plusieurs praticiens partant de cette 
idée que Thuile de foie de morue n'est qu'un corps gra3 
iodé, ont cherché à lui substituer une huile iodée artificiellQ, 
qui eut les avantages de l'huile de morue sans en avoir les 
inconvénients. 

Marchai, de Calvi, a obtenu les résultats les plus satis- 
faisants de l'huile d'amandes iodée dans les affections scro- 
phuleuses et dans les affections tertiaires de la syphilis, qui 
paraissent établir la transition de la syphilis à la scrophufe 
(/. des conn, médic, 1848). 

Ricord et Giberl [Bull, de VAc. de méd., août 1831) 
ont également obtenu de bons effets de l'huile iodée, dans 



GHAPiTW m. 383 

certains cas de scrophules compliqués d'accidents syphili- 
tiques. 

Frêne, médecin de l'Hôtel-Dieu de Lyon, prétend avoir 
obtenu les résultats les plus satisfaisants de l'emploi de 
Thuile iodée, en frictions sur toutes les parties du corpg, 
dans différents cas où Thuile de foie de morue est indiquée. 

Putégnat, de Luneville, a expérimenté Thuile de proto- 
iodure de fer (formule de Gille) dans la phthisie, Tadénite 
scrophuleuse, les tumeurs blanches, etc., et les résultats 
qu'il en a obtenus ont souvent répondu à son attente : 
« Pcmr moi, dit-il, il y a un fait qui ne peut être douteux : 
c'est que l'huile dite de proto-iodure de fer, est un médica- 
ment beaucoup plus actif que l'huile de foie de morue et 
que celle iodée. » 

Huile de foie de morue ferrugineuse . — Vezu, phar- 
macien à Lyon, a constaté^ tout récemment, la solubilité 
du fer métallique et du protoxyde de fer gélatineipc dans 
l'huile de foie de morue et dans les huiles fixes ;*ce qui l'a 
déterminé à préparer une huile de foie de morue ferrugi- 
neuse. 

D'après lui, cette huile est appelée à jouer un rôle 
important en thérapeutique. Plusieurs médecins de Lyon 
en ont obtenu les résultats les plus avantageux, 

« La thérapeutique, dit M. le fy Bonnaric, médecin de 
l'hospice de l'Antiquaille (Compte-rendu des hôpitaux de 
Lyon^ ann. 18S8, p. 36)y n'a subi et ne pouvait guère 
subir que des modifications de détail. Parmi les médica- 
ments prescrits habituellement dans ce service, l'huile de 
foie de morue tient le premier rang ; puis viennent les fer- 
rugineux et les dépuratifs. 

<( Un grand nombre d'enfants prennent tous les matins 



284 LIVRE m. 

Fhuile et le fer en deux temps. M. Vezu, pharmacien à 
Lyon, ma fourni les moyens d'administrer d'un seul coup 
ces deux médicaments. II a réussi à faire dissoudre, dans 
Fhuile de foie de morue, le fer métallique porphyrisé ou 
réduit, et le protoxyde de fer gélatineux^ 

« Cette combinaison de Thuile et du fer, que j'ai adoptée 
avec empressement, m'a permis de supprimer le sirop d'io- 
dure de fer si facilement altérable. Elle a été bien suppor- 
tée par les petits malades, et m'a paru, même à dose moin- 
dre, agir avec autant et même plus d'efficacité que l'huile 
de foie de morue et le sirop d'iodure de fer administrés 
simultanément, mais non combinés. Â la consultation gra- 
tuite, je ne prescris que l'huile de foie de morue ferrugi- 
neuse de M. Vezu, et tout en réalisant une notable écono- 
mie à la pharmacie, j'ai pu m'assurer que les résultats 
n'étaient pas moins favorables qu'avant cette substitu- 
tion. » 

Rodet, ex-chirurgien en chef de l'Antiquaille, a obtenu 
les succès les plus remarquables de l'emploi de l'huile fer- 
rugineuse dans plusieurs cas de pertfes séminales avec ato- 
nie, chez des individus faibles, amaigris et épuisés par ces 
déperditions abondantes [Gazette médic. de Lyon, oct. 
48S8). 

« L'association du fer à l'huile de foie de morue, dit le 
D*" Mary, est une idée heureuse. Loin de se nuire entre 
elles, chacune de ces deux substances conserve non-seule- 
ment toute son action, toutes ses propriétés, mais encore 
l'une semble annihiler les inconvénients de l'autre. Ainsi, 
d'un côté, sous l'influence de la préparation martiale, la 
saveur si désagréable, parfois si repoussante de l'huile de 
foie de morue, est sensiblement modifiée; de l'autre, h^ 



CRiPiTivE ni. 311^ 

js^l$ de fer perdent leur gQiH astriAgeat et alramentaire par 
\ew dissolution dan3 les huiles, qui protègent, en oulre> U 
wuqùeuse intestinale contre leur action constrictive et irri- 
tante. Des malades<dont Festomac n'avait pu supportiçr 
a^cuae de ces préparations, ont pu prendre parfaitement 
l'huile de foie d^ morue ferrugineuse de M. Vezu, et je- 
^cueillir à la fois les bienfaits de cette double médication » 
(Gazette des hôpitaux de Paris, 19 nov. i8ë9]. 

ii'huile de foia de morue ferrugineuse s'administre à la 
dose d'une à deux cuillerées à bouche chez les enfanta, et 
à UPe dose doijible cbe? les adultes, 

SavQ^* -^ Il existe un certain degré de parenté entre 1« 
^9yon et les corps gras, sous le rapport de leur compo^tioo 
ehiaiique. Peut-être aussi peut-on considérer le savoo 
connine ayant sur l'économie une action analogue à ceUç 
des corps gras. C'est du moius ce qui paraît résulter de la 
tbéorie de Mialhe, qui prétend que l'absorption des builçji 
9 lieUj comme celle des résines, à l'aide des alcalis ou ba.se$ 
alcalines contenues dans le liquide de la muqueuse de^ 
intestins, qui les saponifie en tout ou en partie (1) [Trait. 
d(s l'art de formule^*). 

Je ne sais ce que l'on doit penser de la théorie de Mialba; 
toujours est -il que le savoa a été recommandé, par 
quelques médecins, dans plusieurs cas où l'huile de foie de 
morue est indiquée. 

Boerhaave prescrivait fréquemment le savon pour çom- 
limttre l'engorgement de^ glandes du mésentère, che? les 
eftfants [Kortum, Comment, devitio ^croph.^ L ii, p. /5)^ 

(4) D'après Cl. Bernard, les corps gras ne sont absorbés, dans le tube diges- 
tif et transmis dans le torrent de la circulation, qu'après avoir été émulsionnés 
par le suc pancréatique. 



286 LIVRE m. 

On a considéré le savon comme ayant une action mar- 
quée sur le système lymphatique ; mais nous ne possédons, 
sur ce point, que des observations peu nombreuses et 
incomplètes. 

R. Whytt a vu des tumeurs glanduleuses opiniâtres cé- 
der à l'usage de cette substance, administrée à la dose 
d'une demi -once à une once et au delà, chaque jour 
(Trait, des malad. nerv.^ t. ii, p. 2S2). 

C'est bien à tort, selon Hufeland (Trait, de la malad. 
scroph.,p. 270], qu'on voudrait bannir le savon de la thé- 
rapeutique des scrophules. C'est, pour lui, un médicament 
très-précieux^ et dont il a obtenu les résultats les plus avan- 
tageux dans la première période de la maladie scrophu- 
leuse, chez les enfants. Il l'administre, à la dose de huit à 
dix grains, soie et matin. 

R. Whytt [loc. dt.) prétend que le savon, à la dose de 
six gros à une once par jour, lui a réussi plusieurs fois, 
pour combattre les vers, chez les enfants. D'après lui, ce 
remède fait également périr les vers ronds et les vers plats. 

Boerhaave conseille, comme étant souvent fort utile 

contre la goutte la plus enracinée, l'usage du savon, donné 

trois fois par jour, à la dose d'un scrupule. Le D^ Klerk, au 

• rapport de Pringle (06^. sur les malad. des armées, p. 

S42)y employait le même moyen avec succès, à la dose 

^ d'une demi-once à une once par jour. 

Liger, Douillet, et plusieurs autres médecins regardent 
ce médicament comme le plus puissant de tous les remèdes 
connus pour combattre la goutte; mais remarquons, que, 
chez la plupart d'entre eux, cette opinion a sa source bien 
plutôt dans des vues théoriques que dans l'observation des 
faits. 



CHAPITRE III. 287 

Liger (Trait, deia goutte) accorde au savon la propriété 
de détruire la cause première de la goutte, qui consiste, se- 
lon lui^ dans une abondance de matières mucilagineuses 
étrangères à la masse des humeurs ! Klerk voit dans cette 
substance le meilleur dissolvant de la matière goutteuse I 
Barthez (o/>. cit.) dit que lès produits excrémentiliels du 
sang, chez les goutteux, subissent une décomposition qui y 
fait prédominer la substance terreuse, et que le savon en- 
raie cette décomposition, en rendant les parties terrestres 
des humeurs plus parfaitement miscibles avec les autres 
parties constitutives ! 

Je me garderai bien de chercher ici à réfuter de pareilles 
théories. Ne suffit-il pas de les signaler pour en faire sentir 
toute Tabsurdité? 



288 LIVRE m. 



FORMULAIRE 

DES PBéPARATIONS EMPRUNTEES AUX SUCCEDANES 
DE l'huile de foie DE MORUE. 



Potion d'huile de foie de raie (Rayé). 

Huile de foie de raie 90 gram. 

Gomme arabique .... 45 grâm. 

Sirop d*opium .... 00 grafii. 

Eau *. . . . ■ . . . . 60 gram. 

Faites une potion. — A prendre en trois jours et en trois doses éga- 
les, dans les pneumonies chroniques. 



Autre. 

Décoction de salep 125 gram. 

Sirop simple . . 32 gram. 

Huile de poisson 64 gram. 

Faites une potion. — A prendre dans la journée. 

Autre (Trousseau et Réveil). 

Adultes. Enfants. 

Huile de poisson 50 gram. 30 gram. 

Sirop tarlrique 50 gram. 30 gram. 

Mêlez exactement, et agitez avant de Tadministrer. — A prendre en 
quatre fois dans la journée. 

Sirop d'huile de foie de raie (Vannier). 

Huile de foie de raie 425 gram. 

Extrait de feuilles de noyer 45 gram. 



CHAPITRE III. 289 

Mie! 735grain. 

Eau distillée 6 grain. 

lodure de potassium 6 gram. 

Sirop de quinquina 375 gram. 

Sirop simple 4425 gram. 

Essenœd^anis 24 gram. 

On en administre quelques cuillerées le matin à jeun. 

Àutre(UîALEE). 

Sucre 600 gram. 

Amandes amères 50 gram. 

Gom. arab. pulv 50 gram. 

Huile de raie , 400 gram. 

Eau pure 300 gram. 

Broyez d'abord lès amandes avec la gomme et environ 50 gram. de 
sucre; ajoutez ensuite, petit à petit, Thuile préalablement mélangée 
avec environ 100 gram. deau; battez bien et longtemps; ajoutez en- 
suite, peu k peu, le restant de l'eau qui doit entrer dans le sirop ; pas- 
sez la liqueur émulsive k travers un blanchet, et faites-y fondre le sucre 
à l'aide d une température très-faible qui ne devra pas dépasser 40® 
centig. , afin d'éviter la coagulation de la partie albumineuse de ces 
amandes. 

Savon d* huile de foie de morue ioduré (Deschamps). 

Savon d'huile de foie de morue 30 gram. 

Soluté d'iodure de potassium à parties égales. . . 8 gram. 

Emploi intérieur en pilules, emploi extérieur en lotions. 

Huile iodée (Marchai). 

Huile d'amandes douces 4 gram. 

Iode , . • 5 cent. 

Avec 4 gramme de cette huile iodée incorporée, moyennant la 
gomme adraganthe, k quantité suffisante d'émulsion, on obtient l'émul- 
sion iodée du même auteur. 



25 



290 LIVRE III. 

Autre (Personne). 

Huile de fbie de morue , . 4 liilogr. 

Iode 5 gram. 

On fait dissoudre Tiode dans l'huile, ensuite on fait passer un cou- 
rant de vapeur d'eau Jusquli complète décoloration, puis on ajoute de 
nouveau 5 gram. d*iode, et Ton continue le courant de vapeur pour < 
obtenir, comme la première fois, une décoloration complète. 

Il est préférable de mettre l'iode par petites fractions, pour éviter 
que le produit ne reste coloré par suite de Faction de Fiode sur cer- 
tains principes qui accompagnent Fbuile. 

Lorsqu'on agit ainsi, on n'aperçoit pas de trace de vapeur d'iode 
indiquant la déperdition. L'eau qui se condense, possède une action 
très-acide, due à l'acide chlorhydrique. On la décante d abord, puis on 
lave l'huile avec un faible soluté de bicarbonate de potasse ou de 
soude, Jusqu'il ce que toute réaction acide ait disparu ; enfin, on laisse 
déposer et on filtre au papier. 

On pourrait, en ajoutant successivement de nouvelles doses fraction- 
nées d'iode, en introduire dans Fhuile une quantité double et même da- 
vantage; mais quelques précautions que l'on prenne alors, il est difficile 
de ne pas obtenir un produit fortement coloré. 

Autre (Deschamps). 

Iode 40 gram. 

Huile d'amandes 400 gram. 

Pesez dans un ballon ou dans un flacon, chauffez au bain-marie pen- 
dant quelques heures, agitez de temps en temps pour que Tiode ne réa- 
gisse pas très-fortement sur une partie de Fhuile ; laissez-la refroidir, 
lavez avec de Falcool pour enlever Fiode qui n est pas combiné, et 
Fhuile devenue soluble, lavez-la avec de l'eau alcaline, puis avec de 
l'eau, iiltrez-la, etc. 

4 gram. de cette huile représente 0,084 gram. d'iode, et S gram. 
contiennent plus d'iode que 4 litre d'huile de foie de morue. 



CHAPITRE IH. 291 

Autre (BovM%ois de Fayerdaz). 

Huile d^amandes douces . 500 gram. 

Iode , . . . . 4 gram., 80 cent. 

Éther rectifié . . 4 gram. 

Faites dissoudre Fiode dans Féther et ajoutez la solution k Thuile. On 
met cette huile avec P. E. d'huile de foie de morue, on filtre et Ton a 
un produit clair et plus facile k prendre que Fhuile de foie de morue. 

Autre (Berthé), 

Huile d*amandes douces 4 kilogr 

Iode : 5 gram. 

Chauffez au bain>marie. 

Ainsi préparée, cette huile est parfaitement transparente, sans odenr 
et n'a point cette saveur désagréable et rance qu'on trouve dans celle 
qui est préparée au moyen de la vapeur. 

Huile hrômoAodurée (Bouchardat). 

lodure de potassium ou de fer 



- ^ . , . {ana .... 50 gram. 

Bromure de potassium ou de fer ) 

Huile d'amandes douces ou de pieds de bœuf. . . 500 gram. 
P. s. a. une mixture, à prendre de 4 à S cuillerées par Jour. 

Beurre brôma-iodé (Trousseau). 

Beurre frais • . 425 gram. 

lodure de potassium 5 cent. 

Bromure de potassium 20 cent. 

Chlorure de sodium t gram. 

de beurre est consommé dans la Journée sur de très-minces tartines 

de pain. 

Autre (Bouchardat). 

Sel brômo-ioduré 20 gram. 

Beurre frais 250 gram. 

A consommer en deux ou trois Jours. 



292 LIVRE 111. 

Huile d'iodure de fer (Gille). 

Iode pur 2 gram. 25 cent. 

Limaille de fer 45 gram. 

Huile d'amandes douces 800 gram. 

Triturez dans un mortier de fer l'iode et la limaille de fer, qui doit 
être parfaitement décapée, ajoutez d'abord 30 gram. d'huile à peu 
près, triturez le mélange pendant une heure sans discontinuer ; laissez 
la réaction se faire pendant quelques heures, ajoutez le reste de Thuile; 
introduisez le tout dans un flacon. 

Huile de foie de morue ferrée {JPannel). 

Huile de foie de morue brune 250 gram. 

Eau distillée 250 gram. 

Carbonate de soude cristallisé pulvérisé .... Ugram. 

Sulfate ferreux cristallisé 45 gram. 

Mêlez dans un flacon à large ouverture, agitez de temps en temps au 
contact de Tair pendant huit jours, 61trez k travers un Gltre mouillé, 
séparez Teau de Thuile au moyen dun entonnoir, Gltrez Thuile une se- 
conde fois. 

Jeannel propose de faire usage de cette huile, pour communiquer à 
rhuile de foie de morue ordinaire la dose d oxyde de fer qu'on jugera 
convenable, en se souvenant qu'un gramme de cette huile ferrée repré- 
sente 4 centigramme d'oxyde ferrique. 



FIN. 



TABLE DES MATIÈRES. 



LIVRE PREMIER. 
CHAPITRE I. 

COCP-D*OEIL HISTORIQUE SUR L* ACTION THÉRAPEUTIQUE DES CORPS GRAS. . 4 

CHAPITRE II. 

ACTIOH PHYSIOLOGIQUE DES CORPS GRAS 4 S 

§1. Action des corps gras sur le tube digestif Ib. 

§ II. Action des corps gras sur le foie, les poumons et les 

reins 4 4 

§ III. Action des corps gras sur la peau et le système pileux. . i 7 

§ IV. Action des corps gras sur le système osseux .... 24 

§ y. Action des corps gras sur la nutrition 23 

§ YI. Action des corps gras sur la calorification 39 



294 TABLE DE8 MATIÈRES. 

LIVBE II. 
OK l'hoile de foie de morue. 

CHAPITRE I. 

§ I. Origine de Thuile de foie de morue 44 

§ IL Préparation de Thoile de foie de morue 41 

§ III. Propriétés physiques de Ihuile de foie de morue. . . 49 

§ lY . Propriétés chimiques de l^huile de foie de morue ... Ib. 

§ V. Des falsifications de Thuile de foie de morue et des 

moyens de les reconnaître 53 

§ VI. Choix des huiles des foie de morue 56 

CHAPITRE H. 

DE L^EHPLOI DE L^HDILB OB FOIE DE HORDB DANS LES MALADIES ... 66 

Article. I. Scrophules Ib. 

§ I. Tumeurs blanches Ib. 

§ H. Carie scrophuleuse 77 

§ III. Engorgements glandulaires 86 

§ lY. Abcès scrophuieux. 94 

§ Y. Ulcères scrophuieux 92 

§ YI. Ophthalmie scrophuleuse 93 

§ YH. Otorrhée 99 

§ Yin. Leucorrhée 400 

§IX. Aménorhée 404 

§X. Surdité . 408 

§ XI. Affections cutanées diverses Ib. 

§Xn. Lupus 444 



TABLE D£S MATIÈRES. 295 

AvncLE, il. Ramollissement des os 424 

§1. Rachitisme 4S4 

§11. Ostéomalacie 431 

ARTICLE m. Huile de foie de morue dans les affections tuberculeuses. 4 32 

§ I. Phthisie pulmonaire . Ib. 

§ II. Carreau 465 

§ III. Méningite tuberculeuse 470 

Artiglb IV. Huile de foie de morue dans le rhumatisme et la 

goutte Ib. 

§ I. Rhumatisme Ib. 

§11. Goutte 484 

Article V. Huile de foie de morue dans les affections du système 

nerveux 4 85 

§ I. Généralités Ib. 

§11. Névralgies 489 

§ III. Paralysie 494 

§ IV. Coquelijfhe 4 93 

§V. Névroses diverses. 494 

Article Yl. Huile de foie de morue contre les cachexies . . . . 495 

Article Vil. Huile de foie de morue contre les taches de la cornée . 203 

AmicleWII. Huile.de foie de morue contre les vers 207 

CHAPITRE III. 

TfliORIE DE L*ACT1QR THÉRAPEUTIQUE DE L'hUILE DE FOIE DE MORUE . . 209 

CHAPITRE IV. 

DOSES, MODE D* ADMINISTRATION DE L^HUILE DE FOIE DE MORUE. 246 

FORMULAIRE DES PRÉPARATIONS d'bUILB DE FOIE DE MORUE . . . 224 

§ I. Préparations externes Ib. 

§ II. Préparations internes 226 



296 TABLE DES MATIÈRES. 

LIVRE III. 
DES SUCCÉDANÉS DE l'hUILE DE FOIE DE MORDE. 

CHAPITRE I. 

SDCCiDÂNés EMPaUNTÉS AUX ANIMAUX AQUATIQUES ET AMPHIBIES . . 233 

§1. Succédanés empruntés aux poissons Ib. 

§11. Succédanés empruntés aux cétacés 216 

§ m. Succédanés empruntés aux amphibies 249 

CHAPITRE n. 

SUCCÉOANés EMPRUNTÉS AUX ANIMAUX TRRHESTKBS 250 

§ I. Succédanés empruntés aux mammifères. * . . . . Ib. 

§n Succédanés empruntés aux oiseaux 265 

§ in. Succédanés empruntés aux reptiles 267 

§ IV. Succédanés empruntés aux crustacés et aux insectes. . 268 

CHAPITRE m. 

SUCCÉDANés EMPRUNTÉS AU RÈGNE VÉGÉTAL 270 

FORMULAIRE DES PRÉPARATIONS EMPRUNTÉES AUX SUCCÉDANÉS DE L HUILE DE 

FOIE DE MORUE - 288 



FIN DE LA TABLE. 



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Essai de matière niédiaile bclr^e. Tuurnai, 
1837, I vol, in.8\ 

De l'emploi de l'huile d'œillette âms h 

tiiiilemenl du rachîliemp et de h carie scro- 
l^huleuse. Gand, 1844, broch, in-S", 

iMalière médicale indigène, ou histoire dt's 
plantes médicinales qui croissent spontané- 

ment en France et en lïelgique. TmiroHi, 
1848, i voK in-8\ 

Uuvr^iîr «ouroiiTic (Mriirtilk liV/r . ru éh»;, [mit Im Sn irfe 
fyynïn ât* vat^ûmns dû Mflrst^ilkv 

Dès vertus ihérôpeutiquesdela belladone, 
<iand, 1852, 1 vol m-8' 

Des propriétés thérapeutiques de TArniciL 
Toulouse, 1859, 1 vol, in-8", 

*»tn,v.^e i,itUL,m,o (Malmlir dN.r), a„ ,„u,our.. m.ir l,- 



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