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Full text of "Description géographique, historique et archéologique de la Palestine"

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DESCRIPTION 

GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 

DE LA PALESTINE. 



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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR 



•eserIptioB ém llle de PataNM et de Tlle de Samoe, aceompagnée de deux Cartes. 
Ua volame in-8*. Cbex A. Duiari», libraire, rae Cujaa. 

Ét«de sur Tlle de Rhcidesy accompagnée d*ane Carte. Un rolame in-8*. Ches. lb MftiiB. 

De Or» PalaDAtlBSD m proBM>Btorlo Cannelo nsque ad arbeBa Joppeo pertl- 
■eate» ouvrage accompagné d*ane Carte. Un volume in-8 . Chez li iiAai. 

Ifojwkife arcliéole^MpBe dans la Bégeaee de Taals» ouvrage accompagné d'uue 
grande Carte de la Régence. Deux volumei grand in-8*. Chez H. Plon, imprimeur- éditeur, 
8, rue Garanciére. 



PARIS, 

CHALLAMEL AÎNÉ, LI BRAIRE - ÉDITE U R, 

3o, RUE DKS BOOLAI^tiEBS, ET tiy, RUE DE DELLECHASSE. 



Tous droits rcfservds 



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DESCRIPTION 



GEOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET ARGHEOLOGIQl E 



DE LA PALESTINE 



AGGOMPAGNéB DE CARTES DÉTAILLÉES 

PAR M. V. GUÉRIN, 

ACRK«B ET DOCTEUR às LETTRES , MEMERE DE LA SOCIETE DE GB'oGBAPHIE DE PARIb 
KT DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE DES ANTIQUAIRES DE PRARCE, CHARGÉ D'UNE MISSION SCIEKTIFIQDE. 



JUDÉE. 

TOME PREMIER. 




PARIS. 



riUPRIME PAR AUTORISATION DE L'EMPEREUR 



A L'IMPRIMERIE IMPERIALE. 



M DCCC LXVIII. 



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J\rc^H^l>'\ 






iMcnoFaMEo] 



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AVANT-PROPOS. 



Après les innombrables ouvrages qui ont paru sur la 
Palestine, il semble, au premier abord, que la question soit 
épuisëe sur cette contrée cëlèbre et qu'on vienne trop tard 
maintenant pour en entreprendre une nouvelle étude. Toutefois, 
j'ose croire le contraire, et les trois explorations que j'ai ac- 
complies dans cette partie si intéressante de l'Orient, en i852, 
en 1854 et en 1 863, m'ont convaincu que les pèlerins et les 
voyageurs qui m'y avaient précédé étaient loin d'avoir tout vu 
et tout décrit, et loin d'avoir retrouvé, sur ce sol si fécond en 
débris et en souvenirs, les vestiges de toutes les villes, de tous 
les bourgs et villages qui le couvraient jadis. Ce n'est pas que 
j'aie l'orgueilleuse prétention d'avoir moi-même si bien étudié 
ce pays, qu'il ne reste plus rien à découvrir à ceux qui me sui- 
vront. Non, assurément; une vie d'homme, consacrée tout en- 
tière à explorer et à décrire la Palestine, ne suffirait point à 
dire le dernier mot sur ce petit coin du globe, qui occupe une 
place si grande dans l'histoire, quoique si bornée dans l'espace. 
On sait, en effet, que la Palestine était extraordinairement 
peuplée, en comparaison de l'exiguïté de son étendue, et qu'un 



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v 



11 AVANT-PROPOS. 

nombre incroyable de hameaux et de bourgades et même de 
cités importantes s'y pressaient dans les plaines, dans les val- 
lées , sur les pentes et jusque sur le sommet des montagnes. 

Non-seulement la surface du sol était occupée par la culture 

# 

ou par des habitations, mais encore les flancs rocheux des colj- 
lines et des monts étaient souvent creusés, soit pour servir de 
demeures, de celliers ou de magasins aux vivants, soit pour 
être le dernier asile des morts. Ce sont mêmer ces excavations 
souterraines, dont la plupart remontent à la plus haute anti- 
quité, qui ont le mieux résisté au temps et aux hommes, les 
dévastations successives que le pays a subies ayant d'ordinaire 
passé au-dessus de ces hypogées sans les détruire. Les monu- 
ments extérieurs au contraire ont été tout naturellement beau- 
coup plus exposés aux ravages des siècles et de l'ennemi. 

Celui qui, la Bible et l'histoire profane à la main, s'effbrce 
de retrouver, sur une terre autrefois si fertile et si chargée de 
population, maintenant si peu cultivée et si peu habitée, les 
traces des villes qui ont disparu , rencontre, à la vérité, partout 
' des ruines; mais ces ruines sont souvent peu distinctes, bou- 
leversées depuis longtemps de fond en comble, hérissées de 
broussailles et d'un accès peu facile. Un nombre assez consi- 
dérable d'entre elles ont même été presque entièrement eff*a- 
cées du sol , et des noms seuls ont survécu à plusieurs cités 
jadis célèbres, qui ont été comme anéanties. Ces noms, extrê- 
mement précieux quand ils ne sont pas purement arabes et 
d'origine relativement moderne, reportent parfois la pensée 
jusqu'aux premiers âges de l'histoire hébraïque et surpassent 
alors en valeur de belles ruines encore debout, mais dont la 



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AVANT-PROPOS. m 

désignation première et, partant, le passe ont péri. En effet, 
ce sont les souvenirs principalement qui donnent du prix aux 
restes de lantiquité, et plus ces souvenirs s'enfoncent et se 
perdent dans le lointain des siècles, plus est vif l'intérêt qu'ils 
excitent. En Palestine plus qu'ailleurs peut-être, on a l'occa- 
sion de répéter avec vérité cette parole d'un ancien : crQua- 
cumqueingredimur, in aliquam historiam vestigium ponimus. d 
Oui, à chaque pas que l'on fait, on met le pied sur quelque 
histoire, et ces souvenirs historiques que l'on foule sans cesse 
rappellent quelquefois à l'imagination les événements les plus 
étonnants qui se soient accomplis dans le monde , événements 
dont le contre-coup dure encore et dont le retentissement 
n'aura de fin qu'avec l'humanité elle-même. 

De tels souvenirs, surtout ceux qui se rattachent au grand 
mystère de la Rédemption des hommes et au drame sublime 
de la Passion, ont attiré de tout temps vers cette contrée mi- 
raculeuse, justement appelée la Terre sainte ^ des flots multi- 
pliés de pèlerins, avides de contempler les lieux témoins de 
tant de prodiges. 

Mais, il faut le reconnaître, ces pèlerins, souvent peu éclai- 
rés et appartenante des communions différentes et rivales, ont 
accrédité plus d'une tradition erronée ou douteuse qui doit être 
rejetée, ou admise seulement avec réserve; et c'est le devoir du 
critique impartial, qui cherche avant tout la vérité, de reviser 
chacune de ces tradkions, afin de discerner celles qui sont 
vraies d'avec celles qui sont fausses, celles qui reposent sur 
des données certaines d'avec celles dont l'authenticité est moins 
assurée. Un pareil travail est chose délicate et exige une res- 



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IV AVANT-PROPOS, 

pectueuse indëpeDdance d'esprit, qui ne se laisse entraîner ni 
par un mépris superbe, ni par une crédulité aveugle. Ici, 
comme en toutes choses, la foi doit être raisonnable; mais la 
raison , trop confiante en elle-même et trop dédaigneuse , ne 
doit pas non plus étouffer la foi : ces deux sœurs doivent se 
donner la main et non chercher à se détruire. 

Si les sanctuaires à jamais vénérables de la Palestine ont 
servi de but à des multitudes de pèlerins, qui ne cessent point 
d y afQuer de toutes parts, ce n'est néanmoins que depuis une 
quarantaine d années que Ion a commencé sérieusement k étu- 
dier rmlérieur du pays, et que la connaissance géographique, 
historique et archéologique de cette contrée a fait de véritables 
progrès. Le monde savant a lu et apprécié à leur valeur les 
doctes ouvrages des courageux voyageurs français, anglais, al- 
lemands, italiens et américains qui, les premiers, ont exploré 
avec un soin éclairé et consciencieux les parties peu connues 
de la Palestine. Ce sera leur honneur d'avoir ouvert et tracé 
la voie. Guidé par les précieux résultats de leurs investigations , 
j'ai tâché de marcher sur leurs traces et de compléter leurs 
recherches. 

Avant de prendre la plume, j'ai moi-même visité, à trois re- 
prises différentes, comme je l'ai dit plus haut, la contrée que je 
vais actuellement décrire. La première fois , en 1 8 5 a , je n'étudiai 
guère que les grandes roules fréquentées par les caravanes; car, 
ayant à remplir alors une autre mission dans les îles de Samos 
et de Patmos, je n'avais pu disposer que d'un temps fort limité 
pour pousser une .pointe jusqu'en Palestine et examiner ra- 
pidement les localités les plus célèbres. En 1 85^i , chargé d'ex- 



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AVANT-PROPOS. v 

plorer l'île de Rhodes, je ne pus résister au désir de saluer pour 
la seeoude fois, chemin faisant, les mêmes villes et les mêmes 
sanctuaires, et, sortant des voies suivies d'ordinaire par les pèle- 
rins, j'eus l'occasion de faire un certain nombre de découvertes 
que je dus interrompre pour me rendre au but principal qui 
m'était marqué. Depuis cette époque jusqu'en 18 63, dans l'in- 
tervalle d'autres missions scientifiques qui me furent confiées 

r 

en Egypte, en Nubie et dans la Régence de Tunis, je ne perdis 
pas de vue la Palestine et je me tins au courant des recherches 
et des travaux dont elle avait été ou dont elle était encore 
l'objet. Enfin, au mois de mars de l'année i863, j'obtins la 
faveur d'y retourner avec une mission spéciale, et, à peine dé- 
barqué à Jaffa , je procédai méthodiquement à une explora- 
tion à peu près complète de la Judée , jusqu'au désert qui la 
sépare, au sud, de l'Egypte. Je commençai aussi des investiga- 
tions analogues dans la Samarie, puis dans la haute et dans 
la basse Galilée; mais, après neuf mois de courses continuelles, 
je fus arrêté soudain par la maladie et contraint, à mon grand 
regret, d'abandonner le théâtre de mes recherches et de re- 
venir en France. Avaqt de retourner en Palestine pour y re-^ 
prendre l'étude attentive et minutieuse du pays, je vais publier 
le résultat de mes investigations en Judée. Le lecteur, à l'aide 
de la carte qui sera adjointe à ce travail , pourra me suivre^ 
jour par jour, dans le réseau assez compliqué de mes marches. 
Cette première partie de ma Description géographique^ historique 
et archéologique de la Palestine ne comprendra pas Jérusalem. 
Une telle ville demande, à elle seule, une étude particulière. 
J'aborderai plus tard ce difficile sujet, et, dans un volume qui 



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VI AVANT-PROPOS, 

sera le septième de 1 ouvrage que j'entreprends, les trois pre- 
miers étant consacres à la Judée et trois autres à ia Samarie 
et à la Galilée, je résumerai les publications les plus remar- 
quables, au point de vue de l'histoire et de l'archéologie, qui 
ont paru sur cette cité, dont les souvenirs remplissent le monde 
et dont la topographie et les monuments ont donné lieu parmi 
les archéologues à des discussions d'un si grand intérêt. Enfin , 
s'il m'est donné dans la suite de parcourir, avec le même soin 
et d'une manière également détaillée, les contrées Transjor- 
danes et la péninsule Sinaïtique, je joindrai un huitième et 
un neuvième volume aux sept précédents. 

Après avoir, depuis une quinzaine d'années, étudié, en 
Italie, en Grèce, en Asie Mineure , en Egypte, en Tunisie et en 
Algérie, les principaux monuments et les vestiges les plus cé- 
lèbres de l'antiquité profane, j'ai été attiré comme invincible- 
ment vers l'antiquité biblique, dont la Palestine possède les 
restes les plus précieux. Ces débris, sauf quelques-uns qui sont 
réellement incomparables, sont loin, il est vrai, d'égaler, soit 
en beauté, soit en grandeur, les ruines admirables de la Grèce 
ou les ruines gigantesques que les pharaons et les empereurs 
romains nous ont léguées; mais, d'un autre côté, les souvenirs 
qui s'y rattachent exercent sur l'imagination un prestige dont 
]p scepticisme lui-même ne peut guère se défendre, et qui 
dépasse singulièrement, à mon avis, celui que l'art, la mytho- 
logie ou l'histoire ont imprimé aux monuments des Grecs, des 
Egyptiens et des Romains. En Palestine, on est envahi de tous 
côtés par le merveilleux, mais par un merveilleux vrai et, 
par là même, d'autant plus saisissant. Toutes les scènes de 



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AVANT-PROPOS. vu 

l'Ancien et du Nouveau Testament se déroulent sous les pas et 
devant l'esprit du voyageur. A mesure qu^ii parcourt le pays, 
les grandes figures des Patriarches et des Prophètes, des Juges 
et des Rois, que dis-je? celle du Messie lui-même, semblent 
lui apparaître tour à tour. Partout le doigt de Dieu, qui ail- 
leurs est plus cache et plus mystérieux, a laissé là une marque 
profonde, que les siècles n'ont pu effacer. C'est ce qui com- 
munique à cette terre des prodiges un caractère tout particu- 
lier et ce qui la distingue de toutes les autres; c'est aussi ce qui 
captive si puissamment l'intérêt de tous ceux qui, en l'explo- 
rant, regardent la Bible comme leur guide le plus sûr et le • 
plus fidèle, et s'inclinent avec une respectueuse adhésion de- 
vant le s faits j;urnaturels q u'elle raconte. Grâce à la magie des 
noms et des souvenirs, des ruines peu importantes, qu'on fou- 
lerait autrement d'un pied dédaigneux, arrêtent soudain au 
passage l'investigateur qui les contemple à travers le prisme 
des Livres saints. Il les interroge curieusement, il les examine 
avec l'attention qu'elles méritent, et il ne s'éloigne que lors- 
qu'il a tâché d'en tirer tous les secrets qu'elles renferment. 

C'est dans cet esprit que je me suis efforcé de remplir la 
mission dont j'étais chargé. Je n'ignore pas combien de choses 
me manquaient pour l'accomplir avec succès. Seul et avec des 
ressources très-limitées dans un pays où, en dehors des grandes 
voies fréquentées par les caravanes, il est difficile à un Euro- 
péen de s'aventurer sans escorte, j'ai essayé cependant de pé- 
nétrer partout où cela n'était pas complètement impossible. 
M'engageant de préférence dans les routes peu battues avant 
moi par d'autres voyageurs, et où j'avais l'espérance de recon- 



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L 



VIII AVANT-PKOPOS. 

naître pour la première fois d anciennes localilës , soit aban- 
données par rhomme, soit encore habitées, et non signalées 
par mes devanciers, je sillonnais en tout sens les districts que 
je visitais. Néanmoins, bien des ruines m auront sans doute 
échappé, même dans les parties que j'ai le plus attentivement 
explorées. Heureux seulement si, pour ma faible part, je con- 
tribue à mieux faire connaître une contrée qui, dans les des- 
seins de la Providence, a été choisie entre toutes pour être le 
berceau des deux grandes religions monothéistes qui se sont 
répandues dans le monde, et, à ce titre, mérite d'être regardée 
• comme la première et commune patrie de toutes les nations 
chrétiennes ! 



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DESCRIPTION 

GÉOGRAPHIQUE, HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE 

DE LA PALESTINE. 



DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE PREMIER. 

DÉBARQUEMENT A JAFFA. DESCRIPTION DE CETTE VaLE ET DE SES JARDINS. 

RÉSUMÉ DE SON HISTOIRE. 

Le 18 mars i863, vers dix heures du matin, le paquebot des 
Messageries impériales. VEuphrate, à bord duquel je m'étais em- 
barqué à Marseille le 9 du même mois, jetait l'ancre dans la rade 
de Jaffa, à 700 mètres environ du rivage. 

Dès le lever de l'aurore , j'étais sur le pont du navire , interro- 
geant au loin l'horizon. Mes yeux, mon imagination et mon cœur 
étaient tournés avec une attente pleine de joie et d'émotion vers la 
plage célèbre où nous allions aborder. Lorsque les premiers rayons 
du soleil eurent doré le sommet des monts de la Judée et de la 
Samarie, je saluai avec un pieux respect cette longue chaîne, qui 
m'apparaissait presque tout entière et qui, avec les monts plus 
lointains de la Galilée, lesquels échappaient à ma vue, constitue, 
en quelque sorte, la charpente osseuse de la Palestine proprement 
dite ou Cisjordane. 

En les revoyant, pour la troisième fois, bien que neuf ans se 
fussent écoulés depuis mon dernier voyage, je reconnus sans peine 
leur configuration générale, car elle était gravée dans mon souvenir 
à l'égal des images les plus chères. Personne ne peut oublier son 



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2 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

pajs natal; or la Terre sainte, quand on l'a vue une fois, s'imprime 
aussitôt dans l'âme avec toute la puissance des lieux où nous 
sommes nés et ofl s'est passée notre enfance. C'est, en effet, une 
des premières contrées dont nous ayons entendu prononcer le nom ; 
nous avons été tous bercés avec les immortels souvenirs qui s'y 
rattachent, et elle est devenue ainsi comme la mystérieuse et com- 
mune patrie de notre jeune âge. Les grands noms de Rome et 
d'Athènes, malgré tout leur prestige, pâlissent auprès du nom in- 
comparable de Jérusalem, qu'environne je ne. sais quelle auréole 
sacrée qui la distingue de toutes les autres cités de la terre. Dans 
son abaissement actuel, cette couronne de gloire ne l'a point aban- 
donnée, et ceux qui la contemplent à la clarté de l'histoire et de 
la foi ne peuvent échapper à une sorte d'éblouissement particulier. 

C'est sous l'impression de telles pensées et l'imagination pleine . 
de cette ville, qui me captivait tout entier, que, emporté par les 
vents et la vapeur, j'aspirais au moment où j'allais mettre de nou- 
veau le pied sur ces rivages qui se rapprochaient peu à peu de nous. 

Déjà Jaffa, assise en pente sur sa colline, se montrait à nos 
yeux. Bientôt même, le suave parfum des jardins embaumés qui 
l'entourent nous fut apporté sur l'aile de la brise matinale, comme 
un avant-goût de la Terre promise. Enfin VEuphrate s'arrêta et 
mouilla ses deux ancres. 

La rade de Jaffa est, en général, fort mauvaise et très-redoutée 
des marins. Pendant l'hiver, les paquebots qui font escale en cet 
endroit sont contraints assez souvent, au grand regret du com- 
merce et des passagers, de poursuivre leur route sans prendre ni 
débarquer les colis et les voyageurs. Le port de la ville, en effet, 
est petit, à moitié ensablé, et la passe est très-étroite et difficile. 
Une enceinte de bancs rocheux assez peu élevés, et qui jadis peut- 
être étaient surmontés d'une digue construite, détermine le péri- ^ 
mètre de cette crique, qui a dû être toujours peu hospitalière, bien 
que, dans l'antiquité, plus profonde et mieux protégée sans doute 
contre les vents et les vagues du dehors, elle offrît un abri plus 
sûr aux petits navires de cette époque. 



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CHAPITRE I. — JAFFA. 3 

Ce bassin communique, du côté de l'ouest, avec la rade par 
une ouverture où la mer s'engouffre entre deux murs parallèles et 
resserrés de récifs, contre lesquels on court toujours le risque de 
se briser quand la houle est tant soit peu forte; même lorsqu'elle 
est faible, et à moins d'un calme plat, les navires étrangers dont 
les matelots n'ont pas l'habitude de cette passe font mieux de re- 
courir, pour se mettre en relation avec Jaffa, aux barques et aux 
gens du pays qu'à leurs propres canots. 

S'il est difficile et parfois dangereux de franchir l'entrée du port, 
il n'est pas non plus très-commode d'atteindre le quai, les barques 
n'ayant pas assez d'eau pour aborder jusque-là, et il faut que les 
passagers et les colis soient transportés à dos d'homme sur la terre 
ferme. Les hommes, du reste, ne manquent pas, et les voyageurs 
sont assaillis par une foule bruyante de portefaix, qui, au milieu 
de l'eau et de la vase, leur offrent ou plutôt leur imposent tumul- 
tueusement leurs services. Rien ne serait plus aisé, au moyen de 
quelques travaux peu dispendieux, que de remédier à cet incon- 
vénient; mais, en Orient, les améliorations, même les plus simples, 
sont parfois bien tardives. 

Parvenu à la porte du couvent latin, je suis accueilli par un frère 
franciscain, qui me conduit, d'escalier en escalier, jusqu'à la cellule 
qui m'est destinée, les autres étant occupées par de nombreux pè- 
lerins. Elle est située à l'étage le plus élevé du monastère. De là 
je contemple le port, qui est à mes pieds, et la mer que je venais 
de parcourir. Dans le calme de ma cellule aérienne, où les bruits 
d'en bas montent à peine, au sentiment de bonheur que j'éprouve en 
songeant que je foule enfin cette antique terre de Palestine, terme 
de mon voyage et commencement de mes explorations, se joint 
celui d'une profonde reconnaissance pour cet ordre religieux de 
Saint-François, qui, depuis tant de siècles, exerce si admirablement 
l'hospitalité dans une contrée si peu hospitalière aux chrétiens. Le 
voyageur qui débarque est aussitôt reçu comme un frère par ces 
hommes de charité et de dévouement, dont on méprise quelquefois 
en Europe Thumble robe de bure, mais devant lesquels il est im- 



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à DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

possible, en Orient, de ne pas s'incliner avec respect, comme devant 
des bienfaiteurs de Thumanité. Leurs couvents, échelonnés de dis- 
tance en distance sur les grandes voies que fréquentent d'habitude 
les pèlerins, sont pour ces derniers Tasile le plus sûr le long de 
l'étape qu'ils ont à parcourir. Riches et pauvres y sont également 
accueillis quand il y a place pour les contenir, et, en retour de 
l'hospitalité reçue, hospitalité fraternelle et cordiale pour tous, 
chacun laisse ce qu'il juge convenable, sans que jamais les moines 
réclament rien. Tel est l'esprit de leur ordre. 

Sur le seuil de la Terre sainte, et avant de le franchir avec mon 
lecteur, je devais acquitter publiquement cette dette de gratitude 
envers les hôtes vénérables qu'on est si heureux d'y trouver, et 
dont j'ai pu tant de fois apprécier personnellement les conseils et 
le bienveillant accueil. 

Le couvent de Jaffa se compose de trois pères et de six frères : 
le supérieur porte le titre de père vicaire; le père curé administre 
la paroisse catholique, qui compte seulement trois cent cinquante 
Latins; le troisième père est chargé de l'école des garçons. Il m'a 
prié de faire l'examen de ses enfants, dont plusieurs m'ont frappé 
par la précocité de leur intelligence et la facilité singulière avec la- 
quelle, presque sans travail et malgré l'indolence native de l'Orient, 
ils savent se rendre familières différentes langues. Presque tous, 
outre l'arabe, qui est leur idiome maternel, parlent très-couram- 
ment l'italien, qui, avec l'espagnol, est la langue la plus habituelle 
des couvents latins de la Terre sainte. Un maître arabe est adjoint 
au père franciscain pour enseigner' les éléments de cette langue. 

La chapelle du couvent est petite, mais suffisante néanmoins 
pour la faible population latine qui habite Jaffa. Elle est dédiée 
à saint Pierre, patron de cette paroisse. On y remarque, au-des- 
sus du maître-autel, un tableau, du reste assez médiocre, qui re- 
présente la vision qu'eut à Joppé le prince des apôtres et dont il 
est question dans les Actes. 

9. Le lendemain Pierre monta sur le haut de |a maison, vers la 

sixième heure, pour prier. 



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CHAPITRE I. — JAFFA. 5 

10. Et, ayant faim, ii voulut manger; mais, pendant qu'on lui préparait de 
la nourriture, il lui survint un ravissement d'esprit. 

11. Et il vit le ciel ouvert et comme une grande nappe qui, suspendue par 
les quatre coins, descendait du ciel en terre, 

is. Et dans laquelle il y avait toutes sortes de quadrupèdes, dç reptiles et 
d'oiseaux du ciel. 

i3. Et il ouït une voix qui lui dit : Levez-vous, Pierre, tuez et mangez. 

i&. Mais Pierre répondit : Je n'ai garde, Seigneur, car je n'ai jamais rien 
mangé qui fût impur ou souillé. 

i5. Et la voix, lui pariant encore une seconde fois, lui dit : N'appelez pas 
impur ce que Dieu a puriGé. 

i6. Cela s'étant répété trois fois, la nappe fut retirée dans le cieP. 

Par cette vision, coname Tobserve QuaresIhius^ l'apôtre comprit 
que le Christ n'était pas seulement le sauveur des Juife, mais en- 
core des Gentils, et que, par lui, tous les hommes étaient appelés 
à entrer dans le giron d'une même Eglise, de même que tous les 
animaux, mondes et immondes, lui avaient apparu réunis en- 
semble. 

Immédiatement à côté du couvent latin est l'établissement des 
sœurs de Saint- Joseph-de-l'Apparition, les premières religieuses 
françaises qui soient venues créer des écoles et des dispensaires en 
Palestine depuis les croisades. La sœur Sylvie, leur supérieure, 
habite le pays depuis de longues années déjà. Très -familiarisée 
avec la langue arabe, elle est fort respectée des indigènes, auxquels 
elle a prodigué souvent ses soins et ses conseils. Trois sœurs, sous 
sa direction, s'occupent de la pharmacie et de l'école. Celle-ci 
contient une quarantaine de jeunes filles, presque toutes externes, 
à l'exception de quelques orphelines et de plusieurs petites né- 
gresses. 

En Palestine, comme dans tout l'Orient, le protectorat des 
catholiques est l'apanage héréditaire de la France, et c'est à ses 
agents que sont réservés le soin et, en même temps, l'honneur 
de défendre les intérêts des Latins, quelle que soit la nation à la- 

' Actes des apôtres, c. x, v. 9-16. — ' Elucidatio Terrœ Sanctœ, t. II, p. 6. 



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6 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

quelle ils appartiennent. A Jaffa, notre vice-consul, M. Philibert, 
abrite sous son pavillon , depuis plus de vingt ans, les établissements 
catholiques de cette ville, et, bien qu'appartenant lui-même au 
culte réformé, il est toujours resté fidèle à son mandat et n'a ja- 
mais failli à cette importante partie de sa tâche. 

Parcourons maintenant cette vieille cité. Elle est située en am- 
phithéâtre et en pente assez rapide sur les flancs d une colline dont 
le point culminant domine la mer d'environ soixante et dix mètres. 
Beaucoup de rues sont en escalier; généralement fort mal tenues, 
les pavés disjoints, très-rarement balayées, elles sont quelquefois 
impraticables pendant l'hiver, à l'époque des grandes pluies. Le 
quai qui longe le poM a été réparé, il y a quelques années, avec 
des matériaux tirés des ruines de Césarée. De là proviennent sans 
doute plusieurs fûts de colonnes monolithes que l'on observe sur 
divers points. 

Quand la mer est bouleversée par des vents violents, principa- 
lement ceux de l'ouest, elle déferle avec impétuosité contre le mur 
qui borde le quai, et les vagues, en rebondissant, couvrent de leur 
écume les maisons voisines. 

Un rempart crénelé, flanqué de bastions et environné de fossés, 
décrit autour de la place un demi-cercle irrégulier, dont la muraille 
du quai est la corde d arc ou le diamètre. D'origine musulmane et 
de date assez récente , il n'est percé que d'une seule porte , vers le 
nord. De petits canons, la plupart entièrement rouilles, défendent 
les bastions. Toute cette enceinte a été réparée, il y a une quaran- 
taine d'années, par un pacha appelé Abôu-Nabout. Sur quelques 
points, vers l'est, le mur est double. Néanmoins il ne pourrait 
off'rir à des troupes européennes qu'une très-faible résistance. Ce 
qui occasionnerait à une armée assiégeante des pertes plus sé- 
rieuses, c'est le labyrinthe que présente l'intérieur de la place 
avec ses rues étroites et tortueuses, et où un ennemi résolu à se 
défendre avec énergie pourrait disputer longtemps le terrain. 

Au centre, à peu près, est une petite kasbah ou forteresse, qui 
s'élève probablement, de mémo que les remparts, sur des fondations 



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CHAPITRE I. — JAFFA. 7 

anciennes, mais qui a été plusieurs fois reconstruite, et notamment 
au commencement de ce siècle. 

Les bazars occupent la partie basse de la ville et forment une 
sorte de longue rue, peu régulière. Assez bien fournis des principales 
choses nécessaires à la vie, ils sont encombrés, tous les matins, 
d'une foule compacte et bigarrée , où toutes les langues et tous les 
costumes se heurtent et se confondent dans un pêle-mêle étrange, 
surtout à l'époque de Pâques, quand les pèlerins de l'Orient et 
de l'Occident abordent par milhers à Jaffa pour se rendre de là à 
Jérusalem. 11 est quelquefois difficile alors de s'ouvrir un passage 
à travers les longues files d'hommes, de chevaux, de mulets et de 
chameaux qui obstruent la voie, et s'entre-choquent à l'unique porte 
de la ville. Cette porte est appelée, par les uns, tout simplement 
Bob el-Belad (porte de la Ville), et, par les autres, Bab AbourNa- 
bout (porte d'Abou-Nabout) , du nom du gouverneur qui l'a réparée. 
Une fontaine de marbre, appelée également Sebil AbothNabout (fon- 
taine d'Abou-Nabout), l'avoisine. 

Le nombre des miisulmans, en y comprenant ceux qui habitent 
dans les jardins en dehors de l'enceinte , atteint le chiffre de dix 
mille âmes. 

Les mosquées n'offrent rien qui soit digne d'être signalé. 11 en 
est une néanmoins qui est montrée aux pèlerins comme étant si- 
tuée sur l'emplacement de la maison de Simon le corroyeur. C'est 
une salle voûtée, assez solidement construite, et qui m'a été dési- 
gnée par les Arabes sous le nom de Djama eth-Thabieh^ A*?lkJl j^W- 
(mosquée du Bastion), parce qu'elle est proche d'un bastion qui 
défend la ville vers le sud-ouest, et qui doit à sa proximité du ri- 
vage sa dénomination de Bordj elnBahar, j^l ^^ (bastion de la 
Mer). 

Nous savons par les Actes des apôtres ^ que saint Pierre demeura 
à Joppé, chez un nommé Simon le corroyeur, dont la maison était 
voisine de la mer. • 

* Aeles des apéires, c. x, v. 6. 



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8 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Hic [Simon Pelrus] hospitatur apud Sinionem quemdam coriarium, cujus 
est domus juxta mare. 

«Simon Pierre loge chez un certain Simon ]e corroyeur, dont la maison 
louche à la mer.* 

La position de ce sanctuaire musulman répond très -exactement 
à l'indication fournie par les Actes, et tout porte à croire qu'il a 
succédé à une église chrétienne dédiée jadis à saint Pierre. 

Je n'ignore pas que, d'après une autre tradition, ce serait sur 
l'emplacement actuel du couvent latin, voisin lui aussi de la mer, 
qu'il faudrait chercher, celui de la maison de Simon le corroyeur, 
et que la chapelle du couvent aurait été rebâtie sur les ruines de 
l'ancienne paroisse de Saint-Pierre. Mais les franciscains les plus 
éclairés ont eux-mêmes la bonne foi d'avouer franchement que la 
mosquée en question leur parait mieux satisfaire aux données du 
texte sacré et à la vraisemblance, parce que aujourd'hui encore, 
non loin de là, on remarque quelques tanneries. 

Quoi qu'il en soit, la mosquée dite Djama eth-Thabieh domine 
une petite anse, le rivage décrivant en cet endroit, au sud et en 
dehors delà ville actuelle, un bassin demi-circulaire, à moitié en- 
sablé et appelé par les indigènes, sans doute à cause de sa forme, 
Birket eUKamarj yii\ sS^ (bassin de la Lune). Ce bassin semble 
avoir été compris anciennement dans l'enceinte de la ville , ainsi que 
paraissent l'indiquer les arasements d'un vieux mur qui, le long 
du rivage, court vers le sud, et alors, plus profond qu'aujourd'hui, 
il pouvait servir de second port, mais seulement quand la mer 
était calme, car il était ouvert à tous les vents. 

Devant ce bassin, s'élèvent, sur les flancs d'un monticule sablon- 
neux, les bâtiments de la Quarantaine. 

Outre la population latine et musulmane dont j'ai parlé, Jafla 
renferme encore quinze cents Grecs schismatiques, sept cents Ar- 
méniens, quelques Grecs unis ou Melchites et un certain nombre 
de Juif^. 

Le couvent des Grecs schismatiques est plus vaste que celui des 
Latins. De ses magnifiques terrasses on jouit d'une perspective fort 



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CHAPITRE I. — JAPFA. 9 

étendue sur la ville, sur la côte et sur la mer. Son église, dédiée 
à saint Georges, est précédée d'un narthex ou vestibule, comme 
toutes celles qui appartiennent à ce rite , et intérieurement elle est 
divisée en trois nefs,' celle du centre étant ornée de dix colonnes 
de marbre, cinq^ de chaque côté. Au-dessus de la porte d'entrée, 
qui est élégamment sculptée en marbre blanc, on lit l'inscription 
suivante : 

Tèv B-eîov ToSrov vahv rôti dytov fieyakofidpTvpos Tecûpyiovy t^ X9^^V 
(pOapévraf dvexafvtaev èx ^aÛpow d (laxaptc&raTOS ^arpid[p)(rfç lepocroXvfxcw; 
KvpiXkoSy éx Samavôv rov [lovcu/lr^plov toi Ayiov Td^ov, hst ^cûTtiplcp atxûvr{ , 

ïT Ce temple sacré , dédié au grand martyr saint Georges , et ruiné par ie temps , 
a été reconstruit, à partir de ses fondations, par le bienheureux patriarche de 
Jérusalem, Cyrille, aux frais du monastère du Saint- Sépulcre, Tan du Sau- 
veur i858.w 

Le couvent des Arméniens est également considérable et réparé 
nouvellement dans quelques parties. Plusieurs de ses salles sei^ 
virent d'asile, en 1799, aux soldats pestiférés de l'armée française. 
Que ces malheureux aient été empoisonnés ou non, lors du dé- 
part de l'armée, c'est là un fait sur lequel règne encore mainte- 
nant de l'incertitude, et qui, démenti par quelques historiens, est 
affirmé d'une manière positive par d'autres. 

Tout le monde a entendu parler des superbes vergers de JafFa. 
Us égalent en effet la réputation dont ils jouissent, et, en les par- 
courant, on croirait errer au milieu de ces fabuleux jardins des 
Hespérides, si souvent chantés parles poëtes. Us sont sablonneux, 
mais le sable fin et ténu qui les constitue devient, au moyen d'irri- 
gations, excellemment propre à la culture. Divisés en comparti- 
ments nombreux, ils sont séparés les uns des autres et bordés, le 
long des routes qui les traversent, par de gigantesques nopals, dont 
les immenses raquettes, hérissées d'épines, forment une haie in- 
franchissable. Chacun de ces enclos renferme un ou plusieurs puits 
à norias, dont la roue à godets, que fait tourner un âne ou un 
mulet, déverse dans des réservoirs une eau incessamment puisée, 



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10 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

qui de là, par de nombreuses rigoles, serpente et se distribue dans 
toute retendue du jardin, autour de chaque pied d'arbre. Sans 
cet arrosement fréquemment renouvelé à l'époque des chaleurs, 
le sol se dessécherait vite, et, au lieu de la végétation luxuriante 
qui s'épanouit, comme à l'envi, sur ce sable transformé en terreau, 
on verrait régner bientôt la stérilité et la mort. La zone la plus rap- 
prochée de Jaffa et qui, de trois côtés, dans un rayon de plusieurs 
kilomètres, environne cette ville d'une ceinture verdoyante, est 
donc une véritable oasis, oasis dont les limites pourraient être 
beaucoup reculées par une irrigation et par une culture analogues, 
car toute la plaine de Saron , quoique composée d'une arène rou- 
geâtre, est d'une extrême fertilité qiiand la pluie vient la féconder. 
Quand l'époque des pluies est passée, rien n'est plus facile que de 
l'arroser, attendu que partout, à quelques mètres seulement de 
profondeur, on est à peu près sûr de trouver l'eau, lorsqu'on veut 
se donner la peine de creuser des puits. Si la lisière cultivée dans 
la banlieue de Jaffa n'est pas plus large, cela tient à plusieurs 
causes, et notamment à la mauvaise administration du pays, à la 
triste condition faite au cultivateur, dont la sécurité diminue à 
mesure qu'il s'éloigne davantage des villes, à l'indolence natu- 
relle de l'Arabe, et aussi à je ne sais quelle malédiction fatale qui 
pèse depuis tant de siècles sur cette malheureuse contrée, où, 
selon les poétiques expressions de l'Ecriture, coulaient jadis des 
ruisseaux de lait et de miel , et qui , dans sa décadence et son abais- 
sement, porte partout l'empreinte manifeste de la vengeance di- 
vine. Néanmoins, elle garde encore assez de traces de sa beauté 
première pour justifier les éloges des Livres saints. Qui pourrait, en 
effet, par exemple, se promener dans les jardins de Jaffa, sans 
y reconnaître aussitôt, au milieu des parfums qu'ils exhalent et de 
la magnificence de végétation qu'ils déploient, un coin de cette 
Terre promise, telle qu'elle est dépeinte par la Bible? Des bois 
odorants de citronniers, d'orangers et de grenadiers y mêlent en- 
semble, dans un désordre qui ne manque pas de charme, leur 
feuillage, leui^s fleurs et leui-s fruits. Souvent le même arbre porte 



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CHAPITRE I. — JAPFA. 11 

en même temps des fruits mûrs et des fleurs récemment écloses, 
espérance de fruits nouveaux. Quelquefois, les premiers ne sont 
pas tous cueillis, que déjà les seconds commencent à se former. On 
ne peut surtout se lasser d'admirer ces gros orangers succombant 
sous le poids des pommes d'or qui les couronnent ou pendent jus- 
qu'à terre, le long de leurs branches; nos plus beaux pommiers de 
la Normandie ne sont pas plus surchargés de fruits. On sait qu'on 
expédie, chaque année, pour divers ports de TAsie et de l'Europe, 
des cargaisons considérables d'oranges de Jafla. Dans le pays, pour 
une piastre, c'est-à-dire vingt-deux centimes, on peut en avoir 
une quinzaine. Quand elles ont acquis sur l'arbre même et sous les 
rayons du soleil toute leur maturité, elles ont une saveur déli- 
cieuse; mais celles qui sont destinées à l'exportation, étant cueillies 
un peu vertes encore afin de mieux supporter le transport, n'ont 
jamais la même douceur et conservent toujours une acidité qui 
enlève beaucoup de leur prix. 

Des figuiers, des amandiers, des pêchers, des abricotiers et des 
mûriers abondent aussi dans ces jardins. Çà et là, dominant cet 
Eden, s'élèvent de gigantesques sycomores et de gracieux palmiers. * 
Le bananier et la canne à sucre n'y prospèrent pas moins; mais ces 
deux plantes n'y sont cultivées que sur une très -faible échelle. 
Les légumes y sont excellents, sans être aussi variés qu'ils pour- 
raient l'être; les pastèques, principalement, y sont exquises et à 
vil prix. 

Que serait-ce si, au lieu d'être si restreints, ces vergers et ces 
potagers prenaient une extension plus grande, grâce à ime admi- 
nistration meilleure et au concours d'une population à la fois plus 
laborieuse et plus encouragée? Les richesses et le bien-être des 
habitants et, partant, l'importance de la ville s'accroîtraient sin- 
gulièrement. 

Il me reste maintenant à esquisser rapidement et dans ses traits 
principaux l'histoire de cette cité. 

Jafla, appelée ainsi par les Européens, est désignée par les 
Arabes sous le nom de Yafa, Ul»?, nom qui dérive de l'ancienne dé- 



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12 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

nomination hébraïque Yapho, )t\ Dans la version des Septante, 
chez l'historien Josèphe et dans la Vulgate, les formes employées 
sont, en grec, iàmrrf et iàntf, et, en latin, Joppe et Jope, formes qui 
se trouvent également dans Strabon, dans Pline et chez d autres 
écrivains grecs ou latins. 

Quelques auteurs font dériver ce nom de Japhet, un des fils de 
Noé, et prétendent qu'il fut le fondateur de la ville; d'autres le 
tirent d'Iopé, fille d'Eole et femme de Céphée, qui en aurait jeté 
les fondements. 

Ainsi nous liions dans Etienne de Byzance, au mot làinf, èv 
Èdvixoîs : 

léirn LtxXifOtt Se âirh ISirttSy rrjs kt6Xov B-vyarphs, riis yvvatxhs 

Mais l'opinion qui parait la mieux fondée et qui est la plus 
généralement suivie est celle d'après laquelle Joppé dériverait du 
mot hébreu Yaphoy 1d> (beauté ou observatoire de la joie). 

Ce dernier sens est indiqué dans un passage de saint Grégoire 
de Nazianze. 

Kai Ti)i; KaToo'XOTrrfv t^s Xapas i^e}$ (toiIto yàp Èëpahts »} lônirri S6- 
vûuai) ^ 

ff Et ayant abandonné rObservatoire de la Joie (c*est ce que veut dire , en effet , 
chez les Hébreux, le mot Joppé) y> 

Dans le Lexique d'Origène, au mot IdmTtVf nous trouvons ce 
qui suit : 

Ydmtrij xaXkovrf, xaraaxo'rrrf. 

Si, comme je l'ai dit, quelques écrivains attribuent à Japhet, l'un 
des fils de Noé, la fondation de cette ville, d'autres, comme Pom- 
ponius Mêla ^ et Pline *, en font remonter l'origine avant le déluge. 

' Apohgel. Oral. I, xlii. — * De &iu orbis, I, xu. — ^ Histoire naturelle, V, xiv. 



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CHAPITRE I. — JAFFA. 13 

Est Joppe ante diluvlum, ut reruDt,condita, 
dit le premier. 

Joppe Phœnicum antiquior terrarum inundalione, ut ferunt, 
dit le second. 

C'est là, au rapport de Strabon, que, suivant quelques-uns, 
Andromède aurait été exposée à un monstre marin. 

ÈvraSOa Se (luOeovai rtves tî)v AvSpoiiéSav êxreOijvai rÇ xtfrei '. 

Pline reproduit la même tradition, en prétendant quon mon- 
trait encore de son temps, à Jaffa, sur un rocher, les traces de la 
chaîne qui avait attaché cette princesse. 

Insidet [Joppe] coUem prœjacente saxo, in quo vinculorum Andromedae 
vestigia ostendunt^. 

L'historien Josèphe avait pareillement signalé l'existence de ces 
vestiges. 

ÈvOa xa) Tœv AvSpofiéSas Se(T[Àù)v ht Seixvviievot rrinot ^êt/lovvrai rrjv 
dpxjxtÔTVTa TOV (ÂvOov *. 

Pline ajoute que M. Scaurus Gt transporter de Joppé à Rome 
les ossements du monstre et que, pendant son édilité, il les mon- 
tra au peuple parmi d'autres choses dignes d'exciter l'admiration 
de la multitude. Cet énorme squelette mesurait quarante pieds 
de long; les côtes surpassaient en hauteur celles des éléphants de 
l'Inde, et l'épaisseur de son épine dorsale était d'un pied et demi. 

Belluœ, oui dicebatur exposita fuisse Andromeda, ossa Romœ apportata ex 
oppido Judœœ Joppe ostendit inter reliqua miracula in sedilitate sua M. Scau- 
rus, longitudine pedumxL, aititudine costarum Indicos eiephantos excedente, 
spinœ crassitudine sesquipedali^. 

Solin^ relate le même fait; seulement il réduit à un demi-pied 
l'épaisseur de l'épine dorsale du monstre. 

* StraboD, Géographie, XVI, 769. * Pline, Hist. nat. IX, iv. 

* Pline, ffi»f. mi/. V, XIV. * Solin, De Mirahilibua mundi, cap. 
^ Josèphe , Guerre des Juifs ^ III , ix , S 3 . xxxi v. 



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1/i DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Le grave saint Jérôme , dans son Commentaire sur le prophète 
Jonas\ n'oublie pas de nous dire qu'on montrait encore de son 
temps, à Joppé, le rocher où avait été enchaînée Andromède, avant 
d'êlre délivrée par le secours de Persée. 

Hic locus est in quo usque hodie saxa monstrantur in littore in quibUvS 
Andromède religata Persei quondam sit liberata prœsidio. 

Ce Père de l'Eglise fait allusion à la même fable dans son Epi- 
taphe de sainte Paule. 

Il serait trop long d'indiquer ici les différentes manières dont on 
a cherché à interpréter ce mythe, et, me hâtant de rentrer dans le 
domaine de l'histoire, je dirai que lapho ou Joppé fut attribuée par 
Josué à la tribu de Dan, dont elle formait la limite vers le nord- 
ouest, du côté de la mer-. 

Ses habitants, comme nous le savons par Pline, vénéraient la 
déesse Ceto. 

Colitur illic fabulosa Ceto^. 

Cette Ceto ou Derceto , moitié femme , moitié poisson , était adorée 
aussi à Ascalon sous cette forme étrange. La même divinité portail 
pareillement le nom à'Atargalis. 

Joppé servit de port à Jérusalem, quand cette ville devint la 
métropole de la Palestine sous la dynastie de David. C'est là que 
furent transportés sur des radeaux , par les soins de Hiram , roi de 
Tyr, les cèdres destinés à la construction du temple de Salomon. 

Nos autem cœdemus ligna de Libano, quot necessaria habueris, et applica- 
bimus ea ratibus per mare in Joppe : tuum autem erit transferi'e ea in Jéru- 
salem *. 

C'est également à ce même port, qu'environ cinq siècles plus 
tard, des cèdres furent semblablement amenés du Liban, pour 
servir à la réédification du temple sous Zorobabel. 

' Jonas, c. I. ' Pline, Hist, nat. V, xiv. 

^ Jostié, c. xi\, V. /j6. * Paraiip, 1. II, c. ii, v. 16. 



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CHAPITRE I. — JAFFA. 15 

Dederunt autem pecunias latoiuis et cœmeotariis : cibum quoque, et polum , 
et oleum ^idoniis Tyriisque, ut déferrent ligna cedrina de Libano ad mare 
Joppe, juxta quod prœceperat Cyrus, rex Persarum, eis^ 

Lorsque le prophète Jonas ^ reçut du Seigneur la mission de se 
rendre à Ninive pour y prêcher la pénitence, cherchant à se déro- 
ber à cet ordre, il descendit à Joppé et il y trouva un vaisseau qui 
faisait voile pour Tharsis. La Bible nous apprend qu'une tempête 
éclata alors soudain, et que, a6n de la calmer, les matelots, d'après 
les conseils mêmes de ce prophète, le précipitèrent dans les flots. 
Englouti par une baleine, il resta trois jours et trois nuits dans le 
ventre de ce monstre, qui le revomit ensuite sur le rivage, d'où, 
sur un nouvel ordre de Jéhovah, il se dirigea vers Ninive. 

Rien n'est, sans doute, plus extraordinaire qu'une telle histoire. 
Aussi beaucoup de critiques l'ont-ils rejetée comme une fable, soit 
en totalité, soit en partie. Pour eux, c'est un simple mythe allégo- 
rique dont ils cherchent à donner difl'érentes interprétations. Mais 
que deviennent alors les paroles si expresses et si formelles de 
Jésus-Christ dans l'Evangile? 

3g. Cette race méchante et adultère demande un prodige, et on ne lui en 
donnera point d'autre que celui du prophète Jonas. 

lio. Car, comme Jouas demeura trois jours et trois nuits dans le ventre de 
la baleine, ainsi le Fils de Fhomme sera trois jours et trois nuits dans le sein 
de la terre. 

lit. Les Ninivites s'élèveront au jour du jugement contre cette race et la 
condamneront, parce qu'ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas; et ce- 
pendant il y a ici plus que Jonas ^. 

Des paroles analogues sont mises dans la bouche du Christ par 
saint Luc*. 

Ces passages nets et précis des deux évangélistes doivent, je 
crois, rendre plus réservés ceux qui, frappés des prodiges singuliers 
qui ont marqué la vie de Jonas, sont tentés de les rejeter au nom 
de la science et de la critique, en n'y voyant tout au plus qu'un 

' Esdran, I. I, cm, v. 7. ' Matthieu, c. xii, v. 89-/11. 

* Jonas, c. I, V. 3 et suivants. * Luc, c. xi, v. 9g-3o. 



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16 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

symbole; car alors, pour être logiques, il faut qu'ils rejettent pa- 
reillement ces paroles de Notre-Seigneur, qui invoque l'histoire de 
Jonas comme une histoire véridiqûe et allégorique en même temps 
et comme une sorte de prophétie en action de sa descente dans le 
tombeau et de sa résurrection. 

D'ailleurs, il est nécessaire de repousser absolument comme faux 
tous les miracles de l'Ancien et du Nouveau Testament, ou de s'in- 
cliner avec respect devant ceux-là mêmes qui nous paraissent le 
plus extraordinaires; car les uns étant attestés par la même autorité 
que les autres, si l'on reconnaît cette autorité, on est contraint, par 
cela même, d'admettre comme authentique tout ce qu'elle affirme. 

Pour en revenir à Jaffa, à l'époque de Jucias Machabée elle tomba 
au pouvoir de ce héros, qui brûla son port, incendia ses embarca- 
tions et punit sévèrement sur ses habitants la mort de deux cents 
Juifs qu'ils avaient traîtreusement fait périr. Jonathan et Simon 
Machabée s'emparèrent de nouveau de cette place, qu'ils enle- 
vèrent à Apollonius. Simon y plaça ensuite une garnison , dans la 
crainte qu'elle ne voulût ouvrir ses portes à Démétrius. Quelques 
années plus tard, il rétablit son port et la fortifia elle-même. 

Pompée la déclara ville libre et la comprit dans la province de 
Syrie ' ; mais César la rendit aux Juifs. 

Hérode le Grand s'en empara^, et Auguste lui en confirma la pos- 
session '. 

Assignée à Archélaûs quand il eut été constitué ethnarque, elle 
fut enlevée à ce prince la dixième année de son règne. Comme il 
s'était attiré la haine générale , il fut appelé devant Auguste pour 
rendre compte de sa conduite. Ne pouvant se justifier, il fut exilé à 
Vienne, dans les Gaules, et Joppé passa avec la Syrie sous l'admi- 
nistration d'un gouverneur romain, l'an 6 de l'ère chrétienne*. 

Dès l'avènement du christianisme, cette ville compta dans son 
sein un certain nombre de disciples qui embrassèrent la foi nou- 

' Josèphe, Antiquités judaïques , XIV, * Josèphe, Antiquités judaïques, XV, 

IV, Si. VII, S 3. 

» Id. ibid. XIV, XV, S 1 . * «. ibid. XVII, XII, S 5. 



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CHAPITRE I. — JAFFA. 17 

velle. Elle fui le théâtre de l'un des plus grands miracles de saint 
Pierre, qui y ressuscita Tabithe. 

36. Il y avait aussi à Joppé, parmi les disciples, une femme nommée 
Tabithe, ou Dorcas, selon que les Grecs expliquent ce nom; elle était remplie 
des bonnes œuvres et des aumônes qu'elle faisait. 

87. Or, étant tombée malade en ce temps-là, elle mourut, et, après avoir 
été lavée, elle fut mise dans une chambre haute. 

38. Et comme Lydda était proche de Joppé, les disciples, ayant ouï dire que 
Pierre y était, envoyèrent vers lui deux hommes qui le prièrent de prendre la 
peine de venir chez eux. 

3g. Aussitôt Pierre partit et s en alla avec eux. Lorsqu'il fut arrivé, ils le 
menèrent à la chambre haute oi'i toutes les veuves se présentèrent à lui en pleu- 
rant et en lui montrant les robes et les habits que Dorcas leur faisait. 

/lo. Alors Pierre, ayant fait sortir tout le monde et s*étant agenouillé, se 
mit en prière; puis, se tournant vers le corps, il dit : Tabithe, levez-vous. Elle 
ouvrit les yeux et, ayant regardé Pierre, elle se mit sur son séant. 

Al. Il lui donna aussitôt la main et la souleva, et, ayant appelé les saints 
et les veuves , il la leur rendit vivante. 

A 2. Ce miracle fut connu de toute la ville de Joppé, et plusieurs crurent 
au Seigneur'. 

La maison de cette sainte femme, comme cela semble résulter 
du verset 36, était dans l'intérieur de la ville. 

In Joppe autem quœdam fuit discipula, nomine Tabitha. 

Aussi est-il peu vraisemblable qu'on doive en voir les ruines 
dans les débris que l'on montre actuellement dans l'un des jardins 
qui avoisinent Jaffa, jardin qui est trop éloigné pour avoir pu être 
jadis compris dans l'enceinte de cette ville. Néanmoins, cette tradi- 
tion a pour elle l'autorité du savant Quaresmius : 

Non longe a ruinis Joppes, versus Jérusalem eundo, monstranlur fuuda- 
menta et residuum domus Tabithœ^. 

Il est permis, en effet, de prétendre que les mots in Joppe ne 

' Actes des apôtres, c. ix, v. 36-/iQ — * ElucidaHo Terrœ Sanctœ, t. II, p. 6. 



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is DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

doivent pas être pris à la lettre, et que cette sainte femme avait 
son habitation dans l'un des vergers qui jadis, sans doute, cotnme 
aujourd'hui, environnaient la ville. 

Après avoir accompli ce prodige, saint Pierre alla loger chez 
Simon le corroyeur. Il y était encore, nous disent les Actes des 
apôtres \ lorsque les serviteurs du centurion Cornélius vinrent le 
prier de se rendre à Gésarée auprès de leur maître, pour l'instruire 
dans les vérités de la foi. J'ai déjà parlé plus haut de la vision qu'il 
avait eue dans cette môme maison, vision qui lui ordonnait de no 
pas garder pour les Juifs seuls, représentés parles animaux mondes, 
les lumières de l'Evangile, mais de les porter également aux Gen- 
tils, que figuraient les animaux impurs. 

Quand l'insurrection des Juifs contre les Romains eut éclaté, 
Geslius s'empara de Joppé, qui fut attaquée par terre et par mer. 
La ville fut livrée au pillage et incendiée, et huit mille quatre 
cents habitants perdirent la vie *. 

Rebâtie bientôt, elle devint un véritable nid de pirates, qui 
infestaient les côtes de la Syrie, de la Phénicie et de l'Egypte. 
Pour mettre un terme à ces brigandages, Vespasien y envoya des 
troupes, qui l'envahirent de nuit, sans coup férir. Les habitants, 
effrayés, s'étaient réfugiés sur leurs embarcations, hors de la portée 
des traits de l'ennemi; mais, le lendemain, à l'aube du jour, 
un vent violent s'éleva du nord, et, à cause de la nature inhospita- 
lière du mouillage de Joppé, tous ces navires s'entre-choquant mu- 
tuellement, se brisant contre les récifs du rivage ou étant submergés 
au milieu des flots, la plupart de ceux qui y avaient cherché un 
asile périrent misérablement, et ceux qui parvinrent à atteindre la 
terre ferme furent impitoyablement massacrés par les Romains'. 

Joppé fut alors détruite de fond en comble et rasée, et Vespa- 
sien, pour l'empêcher de redevenir un foyer de piraterie, y forma 
un camp dans la haute ville, avec une garnison de fantassins et de 
cavaliers, les premiers étant chargés de la garde du camp, et .les 

* Actes des apôtres, c. x, v. 17. — ' Josèphe, Guerre des Juifs, II, xviii, S 10. — 
' Id.ibid. HI,ix,S3. 



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CHAPITRE I. — JAFFA. 19 

derniers ayant pour mission de battre la campagne alentour et de 
s'emparer de tous les bourgs et villages voisins de la place. 

La ville se releva ensuite de ses ruines et, le christianisme se 
répandant de plus en plus dans la contrée, elle devint le siège d'un 
évèché. Le Quien ^ nous fait connaître les noms de plusieurs de ses 
évéques, tels qu'ils sont consignés dans les actes des divers conciles 
du V® et du VI* siècle. Cet évèché dura jusqu'à l'invasion de la Pa- 
lestine par les Arabes en 636. 

En 1099, les croisés trouvèrent cette ville abandonnée par les 
musulmans, et ils se contentèrent d'occuper la citadelle. Godefroi 
de Bouillon, après la prise de Jérusalem, donna Tordre de forti- 
fier Jaffa, afin qu'elle pût offrir un asile sûr aux pèlerins qui y 
débarqueraient. 

Baudoin I*^, en 1 io3, concéda l'église de Saint-Pierre aux cha- 
noines du Saint-Sépulcre, et il embellit la ville, qui fut érigée en 
comté. 

En 1 1 1 5, les Ascalonites, aidés d'une (lotte égyptienne, assiègent 
en vain cette place par terre et par mer; ils se retirent après des 
efforts impuissants. 

En 1 1 22 , attaquée de nouveau par une armée égyptienne, Jaffa 
résiste avec le même courage et le même succès. 

En 1176, elle est donnée à Guillaume, marquis de Montferrat. 

En 1 187, Malek el-Adel, frère de Saladin, la force de se rendre. 

En 1188, elle est détruite par les musulmans, mais, en 1191^ 
Richard Cœur-de-Lion, après la célèbre bataille d'Arsur, en relève 
les murailles. C'est à Jaffa que la reine Bérengère et la fille d'Isaac 
vinrent rejoindre le roi d'Angleterre; l'armée chrétienne campait 
dans les magnifiques vergers qui entourent la ville. 

En 1 192, Saladin, quittant Jérusalem, après avoir reçu dans son 
armée les émirs d'Alep, de la Mésopotamie et de l'Egypte, se dirige 
contre Jaffa avec des forces très-considérables. La ville n'était défen- 
due que par trois mille guerriers chrétiens. Déjà elle était tombée 

' Oriens ChristianuH, III, p. 6529 et suiv. 



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20 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

au pouvoir de l'ennemi, qui. promenait partout le carnage, et la ci- 
tadelle elle-même était sur le point de capituler, lorsque soudain 
paraît devant le port, avec une trentaine de navires, Richard Gœur- 
de-Lion , qui arrive de Ptolémaïs. Ce prince, suivi de ses plus braves 
compagnons d'armes, débarque le premier et, s'élançant au secours 
des assiégés, parvient, par des prodiges d'audace, à chasser les 
musulmans, qui chantaient victoire et arboraient sur les murs leurs 
enseignes triomphantes. 

En 1 197, Malek el-Adel s'empare de cette ville,, en rase les for- 
tifications et la citadelle, et fait passer au fil de l'épée près de 
vingt mille chrétiens. 

L'année suivante, les murs de Jaffa sont relevés par les Alle- 
mands qui faisaient partie de la quatrième croisade; mais, le 1 1 no- 
vembre de la même année, la garnison allemande qui avait été 
laissée dans cette place est surprise et massacrée par les musul- 
mans tandis qu elle célébrait la fête de saint Martin. 

En 120/1, Jaffa est rendue aux chrétiens. 

En i2 28,»Frédéric II répare les ruines de la forteresse. 

En 1262, lors de l'arrivée de saint Louis, elle avait pour comte 
Jean de Brienne, qui n'oublia rien pour recevoir dignement le saint 
monarque. Louis IX consacra des sommes importantes à fortifier la 
ville, à l'environner de vingt-quatre tours et à faire curer les fossés. 
Elle avait alors trois portes. Ces réparations coûtèrent au roi 
90,000 livres, ce qui, comme le remarque M. Michaud', fait plus 
d'un million et demi de notre monnaie. 

(rDans ce compte ne sont pas compris, ajoute l'historien des 
croisades, les frais des bâtiments particuliers élevés par la généro- 
sité du roi, ni de la magnifique église qu'il y fit édifier pour les 
cordeliers, avec dix autels, et qu'il pourvut des choses nécessaires 
pour le service et pour la subsistance des religieux, y) 

En 1267, ^^^^^ ^'^'^ ^^^^^ relevée tombe au pouvoir du sultan 
Bibars, qui rase la citadelle et démolit les remparts. Elle resta long- 

' Histoire de» croisades, t. IV, p. 4 10. 



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CHAPITRE I. — JAFFA. 21 

temps en ruine, et les pèlerins qui y abordaient Ji'y trouvaient 
pour abri que quelques cavernes ou de misérables huttes. 

Le célèbre voyageur Thévenot, qui, dans la seconde moitié du 
XVII* siècle, visita Jaffa, la décrit ainsi : 

(T Maintenant Jaffa est un lieu peu habité, et il n'y a plus qu'un 
petit chasteau, où sont deux tours, une ronde et une quarrée, puis 
une grande tour détachée à costé. 11 n'y a point sur la marine 
d'autres maisons que cinq grottes entaillées dans le roc, dont la 
quatrième sert aux chrestiens pour se retirer. Les religieux de 
Saint-François y avoient basty quelques chambres pour la commo- 
dité des pèlerins, mais on leur en fit une avanie, disant qu'ils vou- 
loient bastir une forteresse pour se rendre maistres du pays, et on 
fit tout abattre. 11 y a encore à présent un port au mesrae endroit 
où il estoit autrefois, mais il y a si peu de fond qu'il n'y peut entrer 
que do petites barques ^ n 

En 1722, la ville, qui avait commencé à reprendre un peu plus 
d'importance, fut saccagée par les Arabes. 

En 1775, les Mamelouks la dévastèrent de nouveau. 

Lorsque, le 3 mars 1799, Bonaparte, venant de Gaza, arriva à 
Jaffa, cette ville était entourée d'une grosse muraille flanquée 
de tours et renfermait quatre mille hommes de garnison. Il la fit 
battre en brèche le û, et le 6 elle fut emportée d'assaut, et livrée à 
trente heures de massacre et de pillage. crOn y trouva encore, dit 
M. Thiers^, une quantité considérable d'artillerie et de vivres de 
toute espèce. Il restait quelques mille prisonniers, qu'on ne pouvait 
pas envoyer en Egypte , parce qu'on n'avait pas les moyens ordi- 
naires de les faire escorter, et qu'on ne voulait pas renvoyer à l'en- 
nemi , dont ils auraient grossi les rangs. Bonaparte se décida à une 
mesure terrible et qui est le seul acte cruel de sa vie. Transporté 
dans un pays barbare, il en avait involontairement adopté les mœurs : 
il fit passer au fil de l'épée les prisonniers qui lui restaient, -n 

Après sa tentative infructueuse contre Saint-Jean-d'Acre, dont il 

' Thëvenol, Relation d*un voyage fait ^ Histoire de la Révolution française , 

au Levant, p. 4 16. l. X, p. 291. 



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22 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

ne put s'emparer, faute d'artillerie de siège, Bonaparte, de retour 
à Jaffa, fit sauter les fortifications de cette dernière ville. 

(T II y avait là , dit encore M. Thiers \ une ambulance pour nos 
pestiférés. Les emporter était impossible; en ne les emportant pas 
on les laissait exposés à une mort inévitable, soit par la maladie, 
soit par la faim, soit par la cruauté de l'ennemi. Aussi Bonaparte 
dit-il au médecin DesgeneWes qu'il y aurait bien plus d'humanité 
à leur administrer de l'opium qu'à leur laisser la vie. A quoi ce 
médecin fit cette réponse fort vantée : «rMon métier est de les guérir 
cret non de les tuer.r On ne leur administra point d'opium, et ce 
fait servit à propager une calomnie indigne et aujourd'hui détruite, n 

Depuis cette époque, les murs de Jaffa ont été réparés ou re- 
construits, et la population de la ville s'est augmentée. 

' Histoire delà Révolution française , t. X, p. 3oo. 



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CHAPITRE II. — PLAINE DE SARON. 23 



CHAPITRE DEUXIEME. 

ROUTE DE JAPFA X R.iMLEH. — YAZOUR (gAZER?). — BEIT-DEDJAN (bETH-DAGOn). 
— SAFERÎEH. — SARFEND (sARII>H/Ea). -•- RAMLEH (aBIMATHIa). 

Le 19 mars, après avoir parcouru en tous sens la ville et les 
jardins de Jaffa, je me disposai, vers deux heures de l'après-midi, 
à partir pour Ramleh. Cette route, de trois heures et demie de 
marche, est généralement très-sûre, et le pèlerin peut actuellement, 
sauf des cas assez rares, s'y aventurer seul, sous la conduite d'un 
simple moukre ou loueur de montures, servant en même temps de 
guide. Jusqu'à Ramleh et même plus loin encore, on traverse une 
magnifique plaine, où il serait très-facile de faire circuler des 
voitures; mais lorsqu'on commence à gravir le seuil des monts 
de la Judée et qu'on s'engage plus avant dans ce massif, la voie, 
auparavant plane et large, devient étroite, escarpée et rocailleuse; 
et comme, depuis de longs siècles, elle n'a point été entretenue, 
il serait actuellement tout à fait impossible, sans des travaux con- 
sidérables et dispendieux, d'y faire passer le moindre véhicule. En 
Palestine, il y avait autrefois de nombreux chars et chariots, soit 
pour les besoins de la paix, soit pour ceux de la guerre. Aujour- 
d'hui il n'y en a plus un seul , et dans les trois quarts de la contrée, 
vu Fétat actuel des chemins, on ne pourrait en faire usage. Tous les 
transports et tous les voyages s'exécutent à dos de cheval, de mulet, 
d'âne et de chameau. Il est question depuis quelque temps de ré- 
parer la route de Jaffa à Jérusalem, de manière à la rendre car- 
rossable. On a même été jusqu'à agiter le projet de relier ces deux 
villes par une voie ferrée. Si cette dernière entreprise se réalise un 
jour, je crois que Jérusalem perdra singulièrement du prestige re- 
ligieux qui l'entoure et de celte sorte de majesté austère dont elle 
est revêtue, en devenant trop facilement accessible et si tout à coup 



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24 PESGRIPTION DE LA JUDÉE. 

plusieurs centaines de voyageurs, emportés comme dans une es- 
pèce de train de plaisir, se trouvent sans s'en douter et sans fatigue 
transplantés, avec la rapidité de la vapeur, du port de Jaffa, où ils 
auront débarqué, au Saint-Sépulcre et au Golgotha. Pour ressentir 
dans toute leur force les émotions profondes qu'une cité comme 
Jérusalem doit exciter dans l'âme, il faut s'y préparer par le re- 
cueillement, il faut, pendant de longues et pénibles heures de 
marche, avoir le temps de disposer son esprit aux grandes pen- 
sées et aux divers sentiments qui l'attendent; il faut, en un mot, 
méditer et souffrir un peu, chemin faisant. Autrement, on entrerait 
avec distraction dans la Ville sainte, comme si c'était une ville or- 
dinaire, et les premières impressions ayant été ainsi émoussées 
affaibliraient nécessairement toutes celles qui suivraient 

Sorti de Jaffa par l'unique porte de cette ville, vers le nord- 
ouest, j'atteins, au bout de vingt minutes, dans la direction de 
l'est, la gracieuse fontahie appelée Sebil Abov^Nabout. Elle est due 
à la munificence du gouverneur ainsi nommé, qui repose près 
de là dans un tombeau orné de plusieurs petites coupoles et de 
hauts cyprès. Devant la fontaine s'étend une esplanade plantée de 
vieux sycomores. 

Je continue à cheminer encore quelque temps entre une double 
ligne de superbes vergers, dont j'admire la végétation tropicale à 
travers les haies d'énormes cactus qui m'en séparent. 

Ma direction incline vers l'est-sud-est. Ensuite les jardins cessent 
tout à coup, et alors commence une vaste plaine qui se déroule 
au loin devant le regard. Cette plaine, depuis Césarée jusqu'à Jaffa 
et même, plus au sud, jusqu'à l'embouchure du Nahr Roubin ac- 
tuel, s'appelait jadis en hébreu, avec l'article défini, jF/arA-C/mrow, 
^n^n, en grec, b Sapwi;, en latin, Saron ou Saronas. 

Au mot Sapeur, nous lisons dans VOnomasticon d'Eusèbe^ : 

Saron, cujus et Isaias meminit, dicens : rrln paludes versus est Saron. t) 
Usque in prœsentem autem diem régie inter montem Thabor et stagnum Ti- 

' Traduction de saiiil JMuie. 



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CHAPITRE IL — PLAINE DE SARON. 25 

beriadis Saronas appellatur. Sed et a Csesarea PalaesUnse usque ad oppidum 
Joppe omnis terra quœ cernitur dicitur Saronas. 

Ailleurs, dans son Commentaire sur le prophète Isaïe \ le même 
Père de l'Eglise s'exprime ainsi : 

Saron omnis circa Joppen Lyddamque appellatur regio, in qua latissimi 
campi fertilesque redduntur. 

A propos d'un autre passage d'Isaïe ^, saint Jérôme ajoute : 

Pro campestribus in hebrœo jnu, Saron, ponitur. Omnis regio circa Lyd- 
dam, Joppen et lamniam apta est pascendis gregibus. 

Toute la partie méridionale de cette même plaine jusqu'à Gaza 
s'appelait Chephel ah^ n^ptf, en grec, Se^>;Xà. 

La beauté de la plaine de Saron est vantée dans les saintes 
Ecritures. Lorsque Isaïe prédit la gloire future du Messie, il le com- 
pare au Liban, au Carmel et à Saron. 

Gloria 'Libani data est ei; décor Carmeli et Saron'. 

Ailleurs, parlant des calamités qui doivent fondre sup le peuple 
élu, ce prophète s'écrie : 

Luxit et elanguit terra; confusus est Libanus et obsorduit, et factus est Saron 
sicutdesertum^. 

Dans le Cantique des Cantiques, l'époux s'exprime ainsi : 

Ego flos campi , et liiium convallinm \ J^- 

Si nous ouvrons le texte hébreu, à la place des mots Egojlo$ 
camfiy nous lisons : Je suis la rose de Saron. 

Cette plaine, au printemps, s'émaille encore chaque année d'ané- 
mones et de tulipes; on y voit aussi abonder ces roses et ces lis 
auxquels se comparait l'amant mystérieux du saint cantique. 

' Isaïe, c. xxxui, v. 9. * haïe, c. xixui, v. 9. 

* Ibid, c. Lxv, V. 10. * Cantique des Cantiques, c. 11, v. j. 

^ Ibid. c. XXXV, V. a. • 



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26 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



YAZOUR. 



A trois heures quinze minutes, je traverse le village dTazowr, 
j»5j,lç. Situé sur une petite colline, à gauche de la route, il renferme 
environ trois cents habitants. Les maisons sont bâties en terre et en 
paille hachée, ou pisé. De petites pierres, la plupart non taillées, sont 
mêlées dans la construction. La mosquée m'offre quelques blocs 
antiques, de dimensions plus considérables et assez bien équarris. 
Autour du village, de fertiles jardins sont plantés de figuiers et 
d'oliviers, au milieu desquels je distingue quelques-uns de ces beaux 
acacias mimosas que les Arabes appellent seder, j^y^ , et qui se rat- 
tachent probablement à ce genre d'arbres que la Bible désigne sous 
le nom de chittim, D>çt^, et dont Moïse se servit dans le désert pour 
fabriquer le tabernacle, l'arche d'alliance, la table des pains de 
proposition, l'autel des holocaustes et celui de l'encens. . 

Raumer^ incline à identifier Yazour avec la ville de Gazer ou Ge- 
zer, en hébreu, ija ou nja; en grec, Fa^^p, TeUp^ Ta^àpa; en latin. 
Gazer ou GezeTy dont il est souvent question dans les Livres saints. 

Ancienne cité kananéenne , elle avait pour roi Horam ^, ou 
Elam ', lors de l'entrée des Hébryix dans la Terre promise. Ce 
prince, ayant voulu secourir celui de Lachis, fut tué avec tout son 
peuple par Josué. 

Eo temporc ascendit Horam, rex Gazer, ut auxiiiaretur Lachis; queiu par- 
cussit Josue cum omni populo ejus usque ad internecionem *. 

Dans le partage du territoire conquis, elle formait l'une des fron- 
tières, vers le sud-ouest, de la tribu d'Ephraïm ^, et fut assignée aux 
lévites ®. 

Néanmoins ses habitants primitifs ne furent point expulsés '', ce 
qui prouve que Josué, en détruisant l'armée de Horam, ne détruisit 

' PalàMitia,^. 191. * Jo8ué,c,xn,y. 3. 

^ Texte hébreu et Vulgate. ' ** Ibtd, c. xxi, v. ai. 

' Version des Septante. ' J^cs, c. i, v. 99. 

* Josué, c. X. V. 33. 



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CHAPITRE IL — YAZOUR. 27 

pas en même temps la ville dont ce prince était le souverain, ni, 
par conséquent, les habitants qui y étaient restés. 

David, vainqueur des Philistins à Gabaa, les poursuivit jusqu'à 
Gazer ^ 11 triompha de nouveau des mêmes ennemis près de cette 
dernière ville ^. 

Les Kananéens habitaient encore Gazer comme tributaires pen- 
dant le règne de Salomon. A cette époque, un pharaon ou rqi 
d'Egypte, dont la Bible n'indique pas le nom particulier, s'empara 
de cette place, la livra aux flammes et tua tous les Kananéens 
qui s'y trouvaient ; puis il la donna en dot à sa 611e, devenue l'épouse 
de Salomon '. Celui-ci la rebâtit*. 

Judas Machabée défit les troupes de Gorgias non loin d'Ëmmaûs 
et les harcela jusqu'à Gazer ^. Plus tard, près d'Adasa, il remporta 
une brillante victoire sur Nicanor, qui périt dans le combat, et il 
poursuivit, l'espace d'unjour de marche, son armée fugitive jusqu'à 
cette même ville de Gazer®. 

Après la mort de Judas Machabée, Bacchide se rendit maitre de 
celte place et la fortifia''. 

Elle l'etomba ensuite au pouvoir de Simon Machabée, qui y laissa 
une garnison juive**. 

Le docteur Sepp^ adopte sans hésitation l'identification proposée 
déjà, mais d'une manière moins affirmative, par Raumer. Le doute, 
toutefois, est permis à ce sujet, et, pour mon compte, après avoir 
étudié les différents textes où il est question de Gazer, je ne crois 
pas qu'on puisse avec certitude placer cette ville à Yazour, dont le 
nom offre, il ç^t vrai, quelque ressemblance avec celui de Gazer, 
mais dont la position ne paraît pas répondre parfaitement à celle de 
cette importante cité. En effet, Yazour n'est pas naturellement for- 
tifié, comme l'était Gazer très-probablement; car cet humble vil- 

' Rots y I. II, c. V, V. 35. — Paralip. * Machabees, 1. 1, c. iv, v. i5. 

J. 1, c. XIV, V. i6. — Josèphe, Anliquitc» " Ibid. \, I, c. vu, v. 45. 

judaïques, VU, iv, .Si. ' Ibid. I. I, c. L\, v. a. 

* Paralip, I. I, c. xx, v. 4. ' Ibid, I. I, c. xiv, v. 34. 

^ Rois. I. III, c. i\, V. i6. " Jérusalem und dos Heiligc Land, l. I. 

* Ibid. V. 17. p. îja. 



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28 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

iage s'élève sur un très-faible monticule, qui semble n avoir jamais 
servi d'assiette à une ville considérable, capable de soutenir un 
siège. En outre, si nous consultons YOnomasticon d'Ëusèbe, nous 
voyons que cet écrivain place Gazer à quatre milles au nord de Nico- 
polis ou d'Ëmmaûs; or Yazour en est à seize milles au nord-ouest. 
Voici le passage d'Eusèbe : 

Taièp, xXrfpov E^patfz, Asuhais à(p(Ê)pi<T{iévii ^ xai touttiv éTrohôpxfi^ev 
in<70vsy rbp ^aaïkéa aùrfig àvekdv ijv xôà ^xoSéfitiae ^oXofioiv * xaï vvv xa- 
XeiTai Taidpa xciiitfy ^ixoirôXecjs oméxpvaa aniJLeiots Si èv ^peiots. 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, reproduit fidèlement, 
sans le corriger, ce même chiffre de quatre milles. 

Nunc Gazara villa dicitur, in quarto milliario Nicopoleos contra septentrionem. 

D'un autre côté, cette donnée d'Eusèbe, confirmée par saint Jé- 
rôme , son traducteur, s'accorde mal avec deux passages du prenàier 
livre des Machabées déjà cités plus haut. 

Dans le premier il est dit : 

Novissimi aulem omnes ceciderunt in gladio, et persecuti sunt eos usque 
Gezeron et usque in campes Idumœœ, et Azoti, et lamniœ^ 

La bataille avait eu lieu non loin d'Ëmmaûs, et Judas, vainqueur, 
poursuit les ennemis jusqu'à Gezeron (Gazer) et jusqu'aux plaines 
de l'Idumée, d'Âzot et d'Iamnia. Ce serait donc entre Emmaûs, au 
nord, et les confins d'Iamnia et d'Azot, vers l'ouest et le sud-ouest, 
qu'il faudrait chercher cette ville de Gazer, et nullement au nord 
d'Ëmmaûs , comme le veulent Eusèbe et saint Jérôme pour celle 
qu'ils mentionnent. 

Le second passage du même livre des Machabées est encore plus 
explicite : 

Et Joppen munivit, quae erat ad mare, et Gazaram , quœ est in fihibus Azoti , 
in qua hostes antea habitabant, et coUocavit illic Judœosi^. 

' Machabées, 1. I, c. iv, y. i5. — " Ibid, I. I, c. xiv, v. 34. 



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CHAPITRE II. — YAZOUR. 29 

11 y aurait donc à distinguer deux villes du même nom, Tune 
située à la frontière sud-K)uest de la tribu d'Ëphraïm ; c'est celle qui 
est mentionnée dans le livre de Josué, qui fut plus tard rebâtie 
par Salomon et dont parle YOnomasticon; l'autre qui doit être plus 
au sud, entre Ëmmaûs, d'une part, et les confins du territoire 
d'iamnia et d'Azot, d'autre part. 

La première de ces deux Gazer ou Gezer, à quatre milles au nord 
d'Ëmmaûs ou Nicopolis, si le chiffre d'Eusèbe et de saint Jérôme 
est exact, n'a pas été retrouvée d'une manière certaine. Si ce chiffre 
est inexact et beaucoup trop faible, il est peut-être permis de la 
reconnaître dans le village d'Yazour, car, en parlant des limites 
vers l'occident de la tribu d'Ephraïm, la Bible s'exprime de la ma- 
nière suivante : 

Et descendit ad occidentem juxta terminum Jephleti, usque ad termines 
Betboron inferioris et Gazer; finiunturque regiones ejus mari magno^ 

De ce verset il résulte que la limite occidentale, vers le sud, de 
la tribu d'Ephraïm était la Méditerranée, et que Gazer se trouvait 
entre la mer et Béthoron inférieure; or Yazour, occupant cette po- 
sition intermédiaire, quoique beaucoup plus rapproché de la mer 
que de Béthoron inférieure, a pu, pour cette raison, et aussi à 
cause d'une certaine ressemblance de nom, être identifié avec 
cette première ville de Gazer. 

Quant à la seconde, que le premier livre des Machabées indique 
comme étant sur les frontières d'Iamnia et d'Azot, je suis disposé à 
la voir dans le village actuel de Katrah, que l'on prononce Gatrah, 
village qui se trouve précisément à peu de distance de ces deux 
villes et dont je parlerai plus tard. 

La ville de Gazer, Gezeron ou Gazera, en effet, est quelquefois 
mentionnée sous le nom de Gadara^ ainsi que le remarque le sa- 
vant Reland^; or, de Gadara à Gatrah il n'y a qu'une légère diffé- 
rence de prononciation. 



' Josue, c. XVI, V. 3. — * Palœêtina, p. 778. 



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30 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Après quelques minutes de marche au delà d'Yazour, sur la 
droite de la route, je passe devant la koubbeh d'un oualy musulman 
ou tombeau d un santon vénéré dans la contrée et appelé Cheikh 
Imam Aly. Cette koubbeh se compose de douze petites coupoles, 
que domine, au centre, une treizième coupole, un peu plus large 
et plus haute que les autres. 

Ce sanctuaire est ombragé par un palmier et par un vieux syco- 
more, et, à côté, est une sebil ou fontaine, qui invite les passants 
à se désaltérer à son eau. Un certain nombre de tombeaux avoi- 
sinent ce monument funèbre et religieux à la fois, autour duquel 
les habitants des villages les plus rapprochés tiennent à honneur 
de reposer après leur mort. 

BBIT-DEDJAN. 

A quatre heures douze minutes, je traverse les jardins de Beit- 
Dedjan; ils sont plantés d'oliviers, d'orangers, de figuiers et de 
mûriers; çà et là aussi croissent quelques vieux sycomores et de 
gracieux tamarins. 

Le village de Beit-Dedjan , ^^^ <;xaj, que j'atteins bientôt après, 
compte quatre cents habitants. Il est situé sur une petite éminence. Les 
maisons, de même que celles d'Yazour, sont grossièrement bâties 
avec de menus matériaux revêtus de briques crues en terre et en 
paille hachée. Près de la mosquée s'élèvent deux palmiers élancés 
et quelques magnifiques sycomores. Aucune trace d'antiquité ne se 
présente à mes yeux. 

Toutefois le nom de cette localité est évidemment antique. La 
àésignaiionarahe Beit'Dedjany ^j^:> ii>j^, on Beit'Dedjân, ^^Ié»-^ o^^, 
suivant d'autres, est, en effet, identique au nom hébraïque Beth- 
Dagon^ \\y\ H"»?; si l'on prononce surtout 5^tV-/)e(//an à la façon égyp- 
tienne, Beii'Degany on y reconnaît aussitôt Beth-Dagan (la maison 
de Dagon), dénomination commune, en Palestine, à plusieurs loca- 
lités distinctes, habitées sans doute autrefois parles Philistins, qui 
y avaient érigé un temple en l'honneur de leur divinité principale, 
Dagon. Ce dieu était représenté avec une tête et des bras d'homme 



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CHAPITRE II. — BEIT-DEDJAN. 3t 

et un corps de poisson, d'où lui venait le nom qui lui était donné, 
DagoHy ])^i étant un diminutif de 21, dagj qui signifie «f poisson, i^ 

Selon Philon de ByblosS parlant au nom de Sanchoniathon , 
Dagon, que d'autres confondent avec la déesse Derceto, était une 
divinité masculine, fils du Ciel et de la Terre, et il tire son nom 
de dagâfiy qui veut dire «rblé.T^ 

ffTout ce que prouvent, dit M. Munk^, les différentes traditions 
des anciens, c'est que l'origine du culte de Dagôn ou Derketo leur 
était inconnue, mais qu'on voyait généralement dans cette divinité le 
symbole de la fertilité, représentée tantôt sous l'image de l'homme, 
tantôt sous celle de la femme. Les mots hébreux dag (poisson) et 
dagdn (blé) dérivent tous deux d'une racine nji, dagah^ qui veut 
dire (ril s'est multiplié,!? et représentent la fertilité, l'un dans les 
eaux, l'autre sur la terre, -n 

La Bible mentionne deux villes du nom de Beit-Dagon : 

L'une dans la Ghephelah, c'est-à-dire dans la plaine basse de 
Juda: 

Et Giderolh, et Beth-Dagon, et Naama, et Maceda'. 

Dans le texte hébreu, la conjonction est supprimée entre Gide- 
roth et Beth-Dagon, et on lit : jiavn'»? nliiai, ou-Gederoth Beth-Dagon, 
comme si ces deux villes n'en formaient qu'une seule, et pour dis- 
tinguer cette Gederoth d'autres localités du même nom, mention- 
nées au verset 36 du même chapitre : 

Et Saraim, et Adithaim, et Gedera, et Gederothaim. 

La seconde est sur la limite de la tribu d'Aser, dont elle formait 
l'une des villes frontières. 

Ac revertitur contra orientem Beth-Dagon *. 

Une troisième Beth-Dagon a été signalée par Bobinson et par 
d'autres voyageurs, qui l'ont retrouvée, de nos jours, en Samarie, à 

' Eusèbe, Préparation évangélique, 1 , x . ^ Josué, c. xv, v. 4 1 . 

* Palestine y p. 9a. * Ibid. c xix, v. 97. 



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32 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

quelques milles à Test de Naplouse, dans un autre village appelé de 
même actuellement Beit-Dedjan. 

EnGn, dans YOnomasticon d'Eusèbe, au mot BtfO ùkctycov nous 
lisons : 

TirlO Layàvj (pvkrjs \ovSa* xcà êal) vvv xaifiri fxeyMrf Ka^àp Aayojv 

Bien que le village de Beitr-Dedjan décrit plus haut ne soit pas 
précisément placé entre Lydda et lamnia, néanmoins tout porte à 
croire qu'il faut y reconnaître le Beth-Dagon de la tribu de Juda, 
qui, du temps d'Eusèbe et de saint Jérôme, s'appelait Caphar-Da- 
gon, (T village de Dagon,^) et non plus (r maison de Dagon,^^ ce qui 
au fond revient au même, d'après les habitudes de la langue hé- 
braïque. 

SAFERÎEH. 

A quatre heures quarante-deux minutes, je laisse à ma gauche 
le village de Saferieh^ ^^. Il peut contenir quatre cent cinquante 
habitants. Les maisons sont comme celles des deux villages précé- 
dente. La mosquée est ombragée par un vieux mûrier, ainsi que 
cela s'observe pour beaucoup de sanctuaires musulmans de la Pa- 
lestine, soit mosquées, soit chapelles funéraires de santons. 

Autour du village , on remarque des plantations de tabac et de 
pastèques. 

M. le docteur Sepp ^ identifie Saferîeh avec la ville de Saphir 
ou plutôt Chaphir l'^pt, dont il est question dans le prophète Mi- 
chée^. Mais cette opinion me semble erronée, et, comme je le 
montrerai ailleurs, c'est plus au sud, entre Eleuthéropolis et Asca- 
lon, qu'il faut chercher cette localité. Saferîeh n'en est pas moins, 
selon toute apparence, un nom antique, et représente, à mes yeux, 
une Chaphir différente de celle à laquelle fait, je pense, allusion le 
prophète Michée, et dont parlent également Eusèbe et saint Jérôme. 

* Jérusalem und dos Heilige Land, t. I, p. a3. — * C. i, v. 1 1 , texte hëbreu. 



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CHAPITRE II. — SARFEND. 33 



SARFEND. 



De Saferîeh je me dirige droit vers le sud, et à cinq heures cinq 
minutes je parviens à Sarfend, ôJàjéc , village qui consiste en une 
trentaine de maisons grossièrement bâties. Çà et là quelques pierres 
de taille, restes de constructions plus anciennes, sont mêlées à des 
matériaux presque bruts et de petite dimension. Deux citernes pa- 
raissent antiques. Une ceinture de gigantesques cactus environne ce 
hameau. Les habitants y vénèrent la mémoire d'un santon, qu'ils 
prétendent être le célèbre fabuliste Lokman. Un vieux seder ou 
acacia mimosa, des grenadiers et un olivier plusieurs fois séculaire 
ornent et ombragent la koubbeli de ce personnage. 

On identifie généralement Sarfend avec Sariphaea, ^(ipi^(tl(i et 
Jlape(poLla, qui fut dévastée avec d'autres villes parles musulmans, 
en 797. 

ûkta(p6povs yàp vfohjavOpénovs tséXeis ijpfffjLCjaav * ko.) yàp EXevOepÔTToXiv 
wavreXcis àeï àoUvnov ëOrjKOPy xsacrav èxTTopOrfaavTSs * âXXà xaï AtmaXùiva 
xoà Td^av xaï 2aepe^a/ai; xa\ ^T/pa$ vfoXeis Setvœs eiXxvaavTO. 

«rlis ravagèrenl différenles villes très-peuplées : ainsi Éieuthéropolis fut en- 
tièrement saccagée et désolée pour toujours; il en est de même d'Ascalon, de 
Gaza, de Sarephœa et d'autres villes, qui furent affreusement pillées. ?) 

Ce fait est consigné dans une histoire du martyre de vingt pères 
de SaintrSabas, composée par le moine Etienne, leur contemporain, 
et insérée dans le grand ouvrage des Acta sanctorum *. 

Nous connaissons également le nom d'un évêque de Sariphaea, 
qui est cité parmi ceux qui assistèrent au concile de Jérusalem tenu 
en 636. 

Jl7é(pcLV0Sy ènlaxoTtos Sapi^o/a^, lit- on dans les actes de ce 
concile^; en latin, le même évêque est ainsi désigné : ^rStephanus, 
episcopus Scarphiensis et Sariphaeensis. n 

' Acta sawtorum, Mart. t. III , p 167. — "Le Quien , Oriens Christtanus , III , p. 63o . 
1. 3 



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3A DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Rcland conjecture avec beaucoup de vraisemblance que Sari- 
phœa est la localité que le Talmud appelle Tsariphiriy ponx. 

Dans l'itinéraire du rabbin Ishak Chelo, qui parcourut la Pa- 
lestine vers i333 et dont l'écrit est intitulé Les chemins de Jéru- 
salem, on trouve le passage suivant ^ : 

(tDe Ramleh on se rend à Sarafend. C'est Saraphin, mentionnée 
dans le Talmud. Il n'y a qu'un seul juif dans cette ville; il est tein- 
turier et a un bel établissement. Mais il a dans sa maison un pieux 
vieillard avec plusieurs de ses disciples, qui forment une congré- 
gation de dix personnes. Ce vieillard est un grand kabbaliste, qui 
sait les sept livres kabbalistiques par cœur, n 

Il slagit ici évidemment du Sarfend qui nous occupe en ce mo- 
ment, identifié par Isbak Chelo avec la Tsariphin ou la Saraphin 
du Talmud, qui elle-même paraît être la même, selon la supposi- 
tion de Beland, que la Sariphiea, siège d'un évôché. 

M. Van de Velde adopte une autre opinion ^^; d'après lui, la Scar- 
phia qui nous est révélée par la signature de l'évêque Etienne au 
bas des actes du concile de Jérusalem serait notre Sarfend, et Sa- 
riphaea doit être placée à Saferîeh. 

RAMLEH. 

A cinq heures quarante minutes je fais halte à Ramleh, *^;, où je 
demande l'hospitalité pour la nuit aux révérends pères franciscains. 

Ayant visité cette ville à plusieurs reprises, je vais décrire ici ce 
que j'y ai observé de plus digne d'intérêt dans ces différentes occa- 
sions. . 

Pour parler d'abord du couvent latin, où les pèlerins de l'Occi- 
dent qui de Jaffa se rendent à Jérusalem trouvent un asile toujours 
ouvert, il ressemble, comme la plupart de ceux de la Palestine, à 
une véritable forteresse. Les murs en sont très-épais et à l'abri 
d'un coup de main de la part des Arabes. Pour y pénétrer, il faut 

* Cannoly, Itinéraires, p. 947. — * Memoir lo accompany ihe map oflhelloly Land, 
p. 340). 



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CHAPITRE II. — RAMLEH. 35 

passer en se courbant par une petite porte très-basse, pratiquée 
dans une plus grande et qui n'est ouverte qu'à bon escient. Cela a 
lieu, du reste, par précaution, dans presque tous les autres cou- 
vents de la Terre sainte. Le couvent latin de Ramleh renferme 
seulement deux pères, la population catholique de la ville étant 
réduite à une cinquantaine d'âmes. L'un a le titre de président, 
l'autre celui de curé et est chargé de la petite paroisse latine. Quatre 
frères sont préposés aux soins que réclament les pèlerins. Un maître 
d'école distribue chaque jour ses leçons à quelques enfants. 

Sous le péristyle de la cour intérieure, plusieurs tableaux repi^é- 
sentent les principaux faits de la vie de saint François d'Assise. La 
chapelle est dédiée à saint Joseph d'Arimathie et passe dans la tra- 
dition actuelle pour avoir été bâtie sur l'emplacement de la maison 
de ce noble décurion , qui obtint de Pilate la permission de rendre 
au corps du Sauveur les derniers devoirs et de l'ensevelir dans son 
propre tombeau. Une autre tradition, consignée dans Boniface de 
Raguse, qui, vers le milieu du xvi® siècle, était gardien du Monlr 
Sion, veut que ce sanctuaire ait succédé à l'atelier où Nicodème, qui 
aida Joseph d'Arimathie dans son pieux office, aurait fabriqué le 
crucifix que l'on vénère encore dans la cathédrale de Lucques. 
Suivant ce même écrivain , le couvent des pères franciscains 
serait situé sur l'emplacement de sa maison : 

Hospitantur enim percgrini in ea domo quœ Nicodemi, Christi occuiti disci- 
puli, fuit. Ilœc domus in monasterium fuit coaptata, nunc et monasterium el 
hospitium peregrinorum est. Invenies in iila parte, in qua fratres hospitantur, 
capellam in qua idem Nicodemus crucifixum qui in Lucencis civitalis majori 
ecclesia pie adoratur fabricavit, Mariœ exposuit et gratiœ Dei commendavit. 

Ista civitas nunc corrupto vocabulo Rama vocatur Infidèles vocantillam 

Ramula, quod idem est quod terra arenosa. Sed ego dico quod ista civitas est 
Arimathia, de qua fuit nobiiis iile Josephus, qui petiit corpus Jesu a Piiatoel 
sepelivit in sepulchro suc novo K 

Je reviendrai plus tard sur la question de savoir si Ramleh peut 
être regardée comme étant l'ancienne Arimathie, ainsi que le pré- 

' Boniface, De perenni cultu Terrœ Sanctœ , I. 11. 

3. 



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36 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

tend Boniface de Raguse; pour le moment, je me borne à tirer de 
ce passage la conclusion que la tradition a un peu varié par rapport 
à la maison que le couvent aurait remplacée. 

Celui-ci a été fondé, dit-on, dans le courant du xv* siècle, par Phi- 
lippe le Bon, duc de Bourgogne, qui acheta un ancien khan, lequel 
fut transformé en un hospice pour les pèlerins, administré par des 
religieux appartenant au couvent latin du Mont-Sion à Jérusalem. 

Le monastère de Ramleh, plusieurs fois abandonné à cause du 
malheur des temps, est resté néanmoins toujours au pouvoir des 
franciscains, qui n ont jamais cessé, quand les circonstances étaient 
plus favorables et que les pèlerins abondaient de nouveau, de re- 
venir les héberger, à leur passage, dans cette hospitalière demeure. 
Pendant l'expédition française de Syrie en 1799, Bonaparte poussa 
jusqu'à Ramleh et passa une nuit au couvent latin. On y montre 
encore l'appartement qu'il occupa et qui est aujourd'hui réservé 
au Révérendissime de Terre sainte lorsqu'il visite le couvent, ou 
à des personnages de distinction. Extrêmement simple, du reste, 
comme les cellules des moines et celles qui sont affectées aux pè- 
lerins, cet appartement se compose d'un petit divan ou salon de 
réception et d'une chambre à coucher attenante. Une partie des bâti- 
ments actuels a été réparée depuis le commencement de ce siècle. 
Dans les deux petits jardins qui les environnent et qui sont eux- 
mêmes compris dans l'enceinte du couvent, on remarque quelques 
hauts palmiers et surtout deux magnifiques ceps de vigne, aux 
proportions gigantesques et qui , de leurs branches entrelacées et 
déployées au loin, forment deux larges et longs berceaux. En les 
voyant, on se rappelle aussitôt les passages de T Ancien et du Nouveau 
Testament où il est fait allusion à la beauté des vignes de la Palestine. 

La ville de Ramleh, aujourd'hui bien déchue de son ancienne 
splendeur, renferme à peine trois mille habitants, parmi lesquels 
on compte deux mille cinq cents musulmans, quatre cents Grecs 
schismatiques, cinquante catholiques et à peu près autant d'Armé- 
niens schismatiques. 

Le couvent grec n'offre rien de remarquable. La chapelle est 



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CHAPITRE II. — RAMLEH. 37 

sous le vocable de saint Georges. Les moines grecs y exposent à la 
vénération de leurs coreligionnaires une colonne brisée qu'ils pré- 
tendent avoir été transportée miraculeusement par mer à Jaffa. 

Dans le couvent arménien, qui est très-proprement tenu, la cha- 
pelle est également dédiée à saint Georges. Il ne renferme habi- 
tuellement que trois moines. A l'époque de Pâques, il regorge de 
pèlerins, de même que les couvents latin et grec. Au milieu des 
cours croissent quelques citronniers et d'élégants cyprès. On y ad- 
mire aussi un vieux cep de vigne formant berceau , d'un dévelop- 
pement extraordinaire. 

Les musulmans possèdent à Ramleh plusieurs mosquées et un 
plus grand nombre encore de sanctuaires consacrés à divers santons. 

Leur mosquée principale, ou Djama eUKehir, est une ancienne 
église chrétienne dédiée à saint Jean. Elle forme un grand rectangle 
et mesure cinquante-trois pas de long sur vingt-cinq de large. Très- 
bien orientée, comme toutes les églises byzantines et grecques, 
elle contient trois nefs répondant à autant d'absides. La grande nef 
ou nef centrale, plus haute de moitié que les deux autres, est sé- 
parée de celles-ci par sept arcades ogivales s'appuyant sur des piliers 
carrés, qu'ornent et semblent dégager trois colonnes et deux pi- 
lastres dont les chapiteaux imitent le corinthien. Elle est éclairée 
dans sa partie supérieure par sept fenêtres ogivales très-étroites. 
Une corniche extrêmement simple règne tout autour de cette nef 
au-dessus des arcades et au-dessous des fenêtres. Les nefs latérales 
sont percées de fenêtres semblables, que couronne une corniche 
analogue à celle de la nef centrale. A droite et à gauche de la 
grande abside, un trou carré, assez grand, a été pratiqué dans 
l'épaisseur du mur. Les absides latérales ont également chacune 
deux trous, mais plus petits, et qui, comme ceux de l'abside cen- 
trale, faisaient probablement l'office de crédences. 

Au-dessus de l'emplacement occupé autrefois par le maître-autel 
et à la retombée des voûtes, on remarque deux consoles coudées. 

La grande porte de la façade occidentale est actuellement murée 
aux trois quarts. Dans sa partie supérieure on a placé un treil- 



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38 DESCRIPTION DE LA JLDÉE. 

lage à daire-voie. Ce portail autrefois ne devait pas manquer d'élé- 
gance. 

A côté s'élève une tour carrée, qui sert aujourd'hui de minaret. 
Elle m'a paru construite avec des matériaux un peu plus petits que 
l'église elle-même, mais également très-réguliers. Si cette tour a 
été primitivement un clocher, on ne voit pas trop, dans l'état ac- 
tuel, la place qu'occupaient les cloches; cette place néanmoins a 
pu être murée. 

La porte par laquelle on entre maintenant regarde le nord. Au- 
dessus a été gravée une inscription arahe, dont voici la traduction, 
telle que M. Sauvaire, alors chancelier de M. le consul de France 
à Jérusalem, a eu la bonté de mêla donner : 

Au nom de Dieu clément et miséricordieux, la construction de ce djamà* béni 
a été ordonnée par notre maitre, le Sultan très-puissant, le roi juste, orne- 
ment du monde et de la religion, sultan de Tlslamisme et des Musulmans, vivi- 
ficateur de la justice dans Tunivers, celui qui fait rendre justice aux opprimés 
par les oppresseurs , Ketbogha , auxiliaire de TEmir des croyants (que Dieu exalte 
ses victoires ! ) ; et cela sous le gouvernement de Thumblc serviteur de Dieu (qu'il 
soit exalté!) Aly, fils de Khalid Tannée 697 de Thégire (1298 de J. C). 

D'après cette inscription , la construction de cet édifice ne remon- 
terait pas au delà des dernières années du xin^ siècle; mais il y. 
a ici une allégation évidemment mensongère, contre laquelle pro- 
testent la forme môme de ce monument et le caractère de son 
architecture. Nous sommes, en effet, d'une manière incontestable, 
en présence d'une église chrétienne parfaitement conservée et non 
point d'un édifice bâti sur le plan d'une mosquée. Seulement, à 
l'époque marquée dans l'inscription , cette église a pu subir quel- 
ques réparations et modifications, qui toutefois n'en ont pas altéré 
la forme primitive. A cette époque, par exemple, le grand portail 
de la façade occidentale a été muré et la porte de la façade sep- 
tentrionale est restée seule ouverte. Une niche formant le mikrab 
a été pratiquée dans le mur de la façade méridionale, et la tour du 
clocher a été transformée en minaret. C'est peut-être aussi alors 
qu'une tribune réservée aux femmes a été construite dans l'intéricMir 



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CHAPITRE IL — RAMLEH. 39 

de l'église, au-dessus de la porte septentrionale. Enfin, dans la 
{jrande cour qui précède la mosquée vers le nord , un sanctuaire a 
été érigé en l'honneur d'un santon appelé Clidb Eddin, et dans une 
seconde petite cour voisine un bassin a été creusé pour les ablu- 
tions. 

Quant à la question de savoir si cette ancienne église de Saint- 
Jean date seulement de l'époque des croisades, ou si elle existait 
déjà avant cette époque, c'est là un point que, faute de docu- 
ments certains et de preuves historiques indubitables, il est assez 
difficile de résoudre. L'opinion générale de ceux qui l'ont vue est 
qu'elle date du xn® siècle, et que c'est, par conséquent, un ouvrage 
des croisés. Ils fondent principalement leur jugement sur la forme 
ogivale des fenêtres, des voûtes et des arcades; mais, d'un autre 
côté, est-il bien sûr que ce soient les croisés qui aient importé avec 
eux en Palestine ce qu'on appelle vulgairement l'art gothique ou 
ogival? Ne sait-on pas. en effet que les Arabes ont connu et employé 
l'ogive bien avant l'époque des croisades? Au Caire, par exemple, 
la mosquée d'Ahmed ebn-Touloun, ordinairement désignée sous le 
nom de Djama Tayhun, et dont toutes les arcades sont ogivales, a 
été construite l'an 265 de l'hégire, ou l'an 879 de l'ère chrétienne, 
comme cela résulte de deux inscriptions coufiques tracées sur les 
murs de la cour. En Palestine, de même, l'ogive a pu précéder de 
plusieurs siècles l'arrivée des croisés et être employée par les 
chrétiens du pays. Ce n'est pas à dire pour cela que j'attribue la 
fondation de l'église de Saint-Jean, qui nous occupe en ce mo- 
ment, à des temps antérieurs aux croisades. Je me borne unique- 
ment à faire observer que l'histoire se tait sur ce point, et que le 
caractère architectural du monument n'est peut-être pas par lui- 
même assez concluant pour suffire, à lui seul, à décider la ques- 
tion. Dans tous les cas, il est absolument impossible d'admettre 
que cet édifice ait été construit, comme le veut l'inscription arabe, 
dains l'année 697 de l'hégire, par le sultan Ketbogha. 

Parmi les autres mosquées de la ville, je citerai, pour l'élégance 
de son minaret, celle qui m'a été désignée sous la dénomination do 



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40 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Djama Cheikh Nasran. Ce minaret consiste en une tour octogone, 
peu élevée, bâtie avec de petites pierres très- régulièrement agen- 
cées, et percée de fenêtres étroites en forme de meurtrières. 

Une autre mosquée, à moitié démolie, appelée Djama el-Mo~ 
gharbiy possède un minaret dont la partie encore debout atteste un 
style analogue à celui du précédent. 

Un vaste serata ou palais, habité jadis tour à tour par les di- 
vers gouverneurs de la ville, est maintenant aux trois quarts ren- 
versé. 11 passe pour avoir eu autrefois une certaine magnificence. 
Une salle, elle-même très-délabrée, appartenant à cet édifice sert 
actuellement de tribunal. C'est là que le nwutselUm tient son divan 
et rend la justice. 

Les bazars sont assez bien fournis. Plusieurs khans sont destinés 
à abriter les nombreuses caravanes arabes qui passent par Ramleh 
pour se rendre à Jérusalem, à Gaza ou à Damas : ce sont à la fois 
des entrepôts et des hôtelleries. 

La ville avait autrefois une enceinte fortifiée, qui maintenant 
n'existe plus. Cette enceinte était percée de douze portes, dont 
quatre principales, la première regardant Jafla, la deuxième As- 
calon, la troisième Jérusalem, la quatrième Naplouse. L'emplace- 
ment de quelques-unes d'entre elles est encore reconnaissable. 

En dehors des limites de cette enceinte, je signalerai comme 
particulièrement dignes d'attention : la mosquée que les musulmans 
appellent vulgairement Djama el-Abyadh (la mosquée Blanche), et 
que les Latins désignent sous le nom de cr couvent des Templiers t) et 
(ttour des Quarante-Martyrs;T^ les citernes dites de Sainte-Hélène, 
appelées en arabe Anazieh; le Birket Bent el-Kafer (le bassin de 
la Fille de l'Infidèle); le Biricet el-Djamous (le bassin du Buffle); 
enfin le Bir el-Mortslan ( le puits du Moristan ou de l'Hôpital des 
fous). 

Le Djama' el-Abyadh se trouve à huit minutes à l'ouest delà ville. 
Devant cette mosquée s'étend un grand cimetière musulman, om- 
bragé çà et là par de vieux seder. 

En traversant ce cimetière, j'assistai à tous les détails de l'en- 



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CHAPITRE II. — RAMLEH. Al 

terrement d'un riche Arabe. Au moment où l'on descendit le corps 
de l'espèce de Ht funèbre sur lequel il avait été porté, pour le 
déposer dans le caveau qui lui avait été préparé, une troupe de 
femmes, composée des parentes ou des amies du mort, ou de pleu- 
reuses à gage, commencèrent à- faire retentir les airs de cris stri- 
dents et de gémissements plaintifs, plusieurs fois renouvelés. Ensuite 
elles se retirèrent ou furent congédiées de force, et alors les hommes 
entonnèrent tous en chœur différents versets du Koran pour le 
salut de l'âme du défunt. 

L'enceinte de la mosquée Blanche mesure cent six pas de long sur 
cent de large. Quelques voyageurs en ont singulièrement exagéré 
l'étendue. Le long de la face sud de ce rectangle, deux rangées 
d'arcades ogivales sont ou debout ou à moitié écroulées. Vers le 
milieu de cette espèce de nef, une niche marque le mihrab. Sur 
une belle pièce de marbre gisante à terre et que l'on a essayé de 
scier vers le centre pour l'emporter, on lit une inscription arabe, 
dont voici la traduction , que je dois également à l'extrême obli- 
geance de M. Sauvaire : 

Au nom de Dieu clément et miséricordieux, ceux-là seuls entretiennent les 
temples de Dieu qui croient en Dieu et au jour dernier ^ Lorsque Dieu (il est 
puissant.et grand) désira rexécutibn de son jugement arrêté dans sa prescience , 
il autorisa son humble serviteur, qui met sa conGance en lui et s'en remet à 
lui pour ses affaires, le champion de sa cause, le défenseur de la religion de 
son Prophète, de son bien-aimé et de son ami, le Sultan illustre, grand, zélé 
pour la guerre sacrée, guerrier, conquérant, victorieux, la colonne du monde 
et de la religion, le sultan de Tlslamisme et des Musulmans, Bibars, fils 
d'Abdallah, auxiliaire de TÉmir des croyants (que Dieu lui accorde une longue 
existence!), et celui-ci sortit d'Egypte, à la tête de son armée victorieuse, le 
dixième jour du mois de redjeb l'unique, avec l'intention d'entreprendre la 
guerre sainte, d'attaquer les polythéistes et les opiniâtres. Il vint camper de- 
vant la place frontière de Jaffa, le matin du jour, et s'en rendit maître, par la 
permission de Dieu, à la troisième heure. Puis il ordonna de construire cette 
coupole au-dessus de ce minaret béni, et cette porte pour servir à ce djamé 

béni , par les soins de l'humble^ 

eu Tannée 666 (1268 de J. C). 

' Koran, ix, 18. — ' Ici le marbre est mutilé. 



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h'î DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Devant cette partie du haram ou de l'enceinte sacrée, restaurée 
et embellie par Bibars, s'étend un souterrain parfaitement con- 
servé , dont les voûtes reposent sur deux rangées d'élégantes ar- 
cades ogivales. Je suis tenté d'y voir d'anciennes citernes, comme 
semble le prouver l'excellent ciment dont elles sont encore en partie 
revêtues ainsi que les ouvertures supérieures qui les éclairent et 
par lesquelles on pouvait puiser de l'eau. D'autres voyageurs pensent 
que ce sont là des magasins. 

Les musulmans prétendent que ce souterrain contient les restes 
sacrés de quarante compagnons de Mahomet, morts martyrs en 
combattant pour la foi miusulmane, et ils n'y descendent qu'avec 
respect. D'un autre côté, une tradition latine le regarde comme 
étant la crypte d'une église chrétienne élevée autrefois en l'hon- 
neur des quarante martyrs de Sébaste en Arménie, dont les re- 
liques auraient été transportées partie en Italie et partie en Pales- 
tine, 

Cette tradition, qui est depuis longtemps accréditée, se retrouve 
dans Boniface de Raguse , car nous lisons au commencement 
du second livre de son ouvrage intitulé : De perenni cuUu Terrœ 
Sanctœ: 

In bac ci vitale [Ramula, Ramkh] fuerunt duœ insignes ecclesiœ, quae, 
malo nosiro et negligentia christianorum principuni, versœ sunt in mes- 
quttas. Ouanim una usque in hodiernum diem Sauctus loannes vocatur 
ab ipsis infidelibus; aJtera vero Quadraginta Martyrum, in qua mulla corpora 
militum Ghrisli a Sebaste, civitate ArmcniœMînoris, delata fuere et in ea ho- 
norifice collocaia, in qua in prœseniem usque dicm sub majori altari in pacc 
requiescunt. 

Sont-ce les chrétiens qui ont emprunté aux musulmans, en la 
transformant, ou, au contraire, les musulmans qui ont emprunté 
aux chrétiens la tradition de l'ensevelissement en ce lieu des osse- 
ments de ces quarante martyrs, qui, pour les uns, sont des compa- 
gnons de Mahomet, et, pour les autres, les saints légionnaires 
chrétiens martyrisés en Arménie? Je l'ignore. A la vérité, un siècle 
environ avant l'époque où écrivait Boniface de Raguse, l'historien 



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CHAPITRE II. — RAMLEH. 43 

arabe El-Khalil ibn-Schâhin ed-DhâhiryS vers l'année i/i5o de 
notre ère, en parlant de la mosquée Blanche de Ramleh comme par- 
ticulièrement digne d'admiration, mentionne également ses cryptes 
souterraines, dans lesquelles quarante compagnons du Prophète 
passaient pour avoir été enterrés. Mais, avant Ed-Dhâhify, d'autres 
auteurs chrétiens, que nous n'avons plus, ont pu de même relater et 
localiser à Ramleh la tradition des quarante soldats martyrs de Sé- 
baste, devenant tour à tour musulmans ou chrétiens, suivant que 
l'édiûce où leur mémoire était honorée passait lui-même d'un culte 
à un autre, et qui actuellement sont vénérés tout à la fois, dans le 
même endroit, par les musulmans et par les chrétiens, depuis que 
la mosquée, en ruine et abandonnée, est ouverte à tous les visiteurs. 

Quaresmius^, dont l'ouvrage a paru en 1689, en citant le pas- 
sage de Boniface de Raguse, con&rme les assertions de cet auteur, 
et, depuis, presque tous ceux qui ont écrit sur la Palestine et qui 
ont eu à parler de Ramleh ont signalé les débris de l'église des 
Quarante-Martyrs, sans contrôler ou contredire cette tradition. J'en 
excepte toutefois Robinson et quelques autres critiques , qui ont élevé 
des doutes sérieux à ce sujet. 

Mais poursuivons l'examen de l'enceinte sacrée : une seule ran- 
gée d'arcades, à moitié démolies et de forme ogivale, longe la face 
orientale , laquelle, à son centre, est percée d'une porte qui regarde 
la ville. Devant ces arcades régnent de grandes citernes dont les 
voûtes sont soutenues par deux rangs d'arcades superposées; une par- 
tie de ces citernes, regardées pareillement par d'autres voyageurs 
comme d'anciens magasins, est bien conservée; le reste est écroulé. 

Au milieu de la face occidentale s'élève une tour justement re- 
nommée et appelée vulgairement tour des Quarante-Martyrs. Elle 
est isolée et n'a jamais été attenante à une église. Tous les voyageurs 
admirent l'élégante simplicité de sa construction. De forme qua- 
drangulaire, elle mesure approximativement neuf mètres sur chaque 

* Voir les extraits d'Ed-Dhâhiry dans la traduction latine. — * Ekcidatio Terrw 
les Attakcta Arabica de Rosenmûller, Sanctœ, t. II, p. 8. 
pars III, p. 18 de Tarabe, 87 et 38 de 



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àà DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

face. Les pierres qui la composent sont de dimension moyenne, 
mais régulières et bien agencées. On y monte par un escalier en 
spirale de cent vingt degrés. Les fenêtres qui l'édairent sont étroites 
et ogivales. Elle n'a jamais pu intérieurement renfermer de cloches. 
Ce nest donc pas un campanile d'église ni un beffroi, mais plutôt 
un minaret musulman. Sa plate-forme supérieure est aujourd'hui 
très-endommagée par le temps. C'est de là qu'autrefois le muezzin 
annonçait l'heure de la prière; de là aussi, en temps de guerre, on 
découvrait au loin l'approche de l'ennemi. De ce point, en effet, le 
regard embrasse un horizon dont tous les voyageurs ont, à juste 
titre, vanté la beauté et l'étendue. A l'ouest, Jaffa et la Méditer- 
ranée; au nord et au sud, de vastes et fertiles plaines; à l'est, 
le rideau accidenté des montagnes de la Judée et de la Samarie, 
sollicitent tour à tour l'attention. Lorsque je fis l'ascension de ce 
minaret, j'assistai, en outre, de son sommet, à l'un des couchers 
de soleil les plus splendides que j'aie jamais vus, ce qui ajoutait 
un charme particulier à la grandeur du panorama que j'avais sous 
les yeux. En même temps qu'à l'occident le disque empourpré de 
l'astre du jour descendait lentement dans les flots de la mer, dont il 
teignait la surface de ses feux mourants, à l'orient la lune se levait 
radieuse du sein des monts de Juda, et sa lumière argentée répan- 
dait partout un éclat doux et mystérieux. 

Quand et par qui cette tour a-t-elle été construite? D'après une 
tradition généralement accréditée parmi les chrétiens, elle aurait 
été bâtie, à l'époque des croisades, par les Templiers, pour servir 
de clocher à une église maintenant détruite et dont la crypte seule 
existerait encore. Cette église, comme je l'ai déjà dit, aurait été 
dédiée aux quarante martyrs de Sébaste, et l'enceinte entière du 
Djama' el-Abyadh serait celle de leur couvent, transformé plus lard 
en mosquée. 

Mais cette tradition, notamment en ce qui concerne la tour, me 
parait contredite et par le monument lui-môme et par l'histoire. Le 
monument, en effet, par l'appareil, par les moulures qui encadrent 
les fenêtres supérieures, et par le galbe de la porte, semble accuser 



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CHAPITRE II. — RAMLEH. 45 

un travail arabe. De plus, sur le linteau de cette porte on lit 
l'inscription arabe suivante, dont voici la traduction, que je dois de 
même à M. Sauvaire : 

Au nom de Dieu clëment et misëricordieux, ceux-là seuls entretieuDent les 
temples de Dieu qui croient en Dieu et au jour dernier, observent la prière et 
font Taumône, et qui ne craignent que lui^ L'édification de ce minaret béni a 
eu lieu par Tordre de notre maître le Sultan, roi défenseur, savant, juste, zélé 
pour la guerre sacrée, guerrier, défenseur des frontières, sultan de llslamisme 
et des Musulmans, vivificateur de la justice dans l'univers, exterminateur des 
infidèles et des polythéistes, roi des Arabes et des Persans, maître des nations, 
conservateur du pays de Dieu, défenseur du monde et de la religion, Abou'l- 
Fetah (père de la victoire), Mohammed, fils de notre maître le Sultan martyr, 
le roi victorieux, épée du monde et de la religion, Kelâoun Sàlehy, auxiliaire 
de l'Émir des croyants (que Dieu fasse durer ses jours et favorise de la victoire 
ses drapeaux et ses étendards!). La construction de ce minaret a été achevée au 
milieu du mois de châban de l'année 718 (i3i8 de J. C). 

En second lieu, cette tour ne semble pas avoir été bâtie pour 
renfermer desdoches, et, par conséquent, on ne peut y voir le clo- 
cher d'une église aujourd'hui démolie. 

On pourra m'objecter que l'inscription que je viens de rappor- 
ter n'est peut-être pas plus véridique que celle qui a été placée 
au-dessus de la porte 'septentrionale de l'ancienne église de Saint- 
Jean, transformée ensuite en mosquée, et qu'elle a pu être gravée, 
de même, après coup. 

Mais ici l'histoire est d'accord avec l'inscription. Nous lisons effec- 
tivement dans Y Histoire de Jérusalem et d'Hébron, par Medjr Eddin, 
ouvrage terminé l'an 901 de l'hégire (i^q/i de J. C), au folio 
209: 

Tous les édifices de Ramleh sont en ruine. L'ancienne mosquée se trouve 
hors de la ville, à l'ouest, et est attenante à un cimetière. Le sultan El-Malek 
en-Naser Mohammed ebn-Kelàoun y a construit un minaret qui est une des mer- 
veilles du monde pour la forme et l'élévation. Les voyageurs rapportent qu'il n'a 
pas son pareil. Il fut achevé au milieu de châban de l'an 7 1 8 de l'hégire 

' Koran, ix, 18. 



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40 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Ce djama' a été construit par un khalife ommiade, Soliman ebn-Abd el- 
Malek, lorsqu'il monta sur le trône. Tan 96 de Fhégire. C'est un djama' fré- 
quenté et vaste. Il est en grande vénération; on fappelle Djama* el-Abyâdh, 

Ce dernier passage nous apprend que, bien avant les croisades, 
les musulmans avaient érigé une mosquée en ce lieu. Pendant l'oc- 
cupation du pays par les Latins, ce sanctuaire put sans doute être 
converti en église; mais ensuite, sous le règne de Saladin, il re- 
tomba au pouvoir des musulmans, et fut réparé, en j 1 90, par l'un 
des personnages de sa cour. 

Tout semble donc prouver qu'ici la tradition musulmane est 
fondée et que les ruines du Djama'' el-Abyadh sont d'origine arabe. 

La tour, les citernes ou magasins, les rangées d'arcades que j'ai 
mentionnées, deux koubbeh délabrées ou chapelles de santons, dont 
je n'ai point encore parié et qui occupent à peu près le milieu de 
l'enceinte sacrée, plusieurs logements à moitié démolis, en un mot 
tout l'ensemble de ce haram, qui semble avoir été à la fois une 
mosquée et un khan, dénote, à mon avis, des constructions musul- 
manes et non point chrétiennes. Et, de même qu'à propos du Djama' 
el-Kebir, malgré l'inscription gravée au-dessus de la porte, je re- 
vendiquais pour cet édifice l'honneur d'avoir été primitivement une 
église chrétienne, dont toutes les dispositions générales sont conser- 
vées et reconnaissables, de même pour le Djama* el-Abyadh, je suis 
très-porté à croire que la tradition chrétienne est erronée et que , 
si les Templiers ont eu là un de leurs couvents, à l'époque des 
croisades , si alors ils y ont dédié une chapelle aux quarante mar- 
tyrs de Sébaste, ce que je ne nie pas, ce n'est point à eux néan- 
moins qu'il faut rapporter la tour que je viens de décrire, ni les 
autres ruines qui remplissent cette enceinte. 

Les citernes dites de Sainte-Hélène se trouvent dans un champ, à 
dix minutes au nord de Bamleh. On les appelle vulgairement en arabe 
Anazieh. Elles forment un quadrilatère de vingt-huit pas de long sur 
autant de large, et sont divisées intérieurement en six compartiments 
voûtés, dont l'un est écroulé et dont les cinq autres, encore debout, 
sont soutenus chacun par deux rangées d'arcades supeii)osées, et 



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CHAPITRE II. — RAMLEH. àl 

éclairés, dans leur partie supérieure, par quatre regards. Tous ces 
compartiments communiquent entre eux par plusieurs ouvertures 
qui permettent à l'eau de se répandre uniformément partout. Ces 
citernes sont alimentées par les pluies de l'automne et de l'hiver, et 
ne sont à sec que pendant les mois les plus chauds de l'année. On 
y descend par un escalier. 

La tradition qui les attribue à sainte Hélène ne repose sur aucun 
document certain, et elles sont très-probablement d'origine plus 
récente. Quelques voyageurs y voient un ouvrage sarrasin, datant 
de l'époque des Ommiades. 

Trois ou quatre minutes à l'ouest de ces citernes est un ancien 
réservoir ou fttrfcefy appelé Birket Bent el-Kafer (le bassin de la Fille 
de l'Infidèle). 11 est aujourd'hui en grande partie détruit et comblé. 
Il formait un rectangle de trente-six pas de long sur trente de large. 
Son mur d'enceinte était intérieurement soutenu par divers con- 
tre-forts et revêtu d'un ciment très-puissant, où de nombreux frag- 
ments de poterie étaient conglutinés ensemble. 

Vers l'est de la ville, à cinq minutes de distance, on remarque 
un autre birket plus considérable et qui sert encore aux besoins 
des habitants. De forme carrée, il mesure quarante-deux pas sur 
chaque face. On l'appelle Birket eUDjamom (le bassin du Buffle). 
Deux escaliers permettent d'y descendre à deux angles opposés. 
Assez profond, il est intérieurement flanqué de plusieurs contre- 
forts, afin de mieux résister à la poussée des terres. Autour ont' 
été disposées des auges pour abreuver les animaux. Un cimetière 
musulman l'environne. 

Elnfin, à douze minutes au sud de Ramleh, est un puits très-pro- 
fond et intarissable , qui fournit une eau excellente. On le désigne 
sous le nom de Bir eUMoristan, parce qu'il avoisine un bâtiment où 
l'on enfermait autrefois les fous. 

Tous les voyageurs ont vanté les jardins de Ramleh, les magni- 
fiques avenues de cactus qui précèdent cette ville et les belles plan- 
tations d'oliviers qui* l'environnent. Le sol de cette localité est, en 
effet, extraordinairement fertile. C'est toujours là môme arène fine 



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48 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

que j'.ai signalée à propos de Jaffa , arène qu'une irrigation fréquem- 
ment renouvelée transforme en un terreau véritable. La culture 
est aujourd'hui beaucoup moins étendue qu'autrefois; car, dans 
les champs, on remarque çà et là un grand nombre de puits aban- 
donnés. Mais ici, comme presque partout en Palestine, les bras 
manquent à la terre, et aux bras qui cultivent manquent une pro- 
tection et un encouragement efficaces. La nature seule suffit d'or- 
dinaire, à moins d'extrême sécheresse ou d'invasion de la part des 
sauterelles^ aux besoins d'une population très-réduite et qui lui 
demande peu. 

A quelle époque remonte la fondation de Ramleh, et, d'abord, 
a-t-elle succédé à une localité antique? 

A prtoriy il est vraisemblable qu'un emplacement aussi favorable 
que celui de cette ville n'est point resté autrefois inhabité. Les 
puits et les citernes antiques que l'on rencontre çà et là peuvent 
être invoqués à l'appui de cette conjecture. 

Si nous ouvrons maintenant YOnomasticon d'Eusèbe, au mot kp- 
fiCLdkfjL Ssi(pdt, nous lisons : 

ApfJiaOiii ^siÇày tirShs EXxat/à xa) ^aiiovrfX' xelrai Se aikri ^aXnialov 
^lOcmàXeojÇj 66ev iiv tùxril^ 6 èv EtvayyeXiots dnb Apifia6{as. 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, semble en adopter les 
conclusions, puisqu'il ne le corrige pas. 

Armatbem Sophim, dit-il, civitas Helcanœ etSamuelis in regioneThamnitica 
juxta Diospolim , unde fuit Joseph qui in Evangeliis de Arimathia scribitur. 

D'un autre côté, dans le même ouvrage d'Eusèbe, au mot Povfiiy 
nous trouvons ce qui suit : 

Povfiày fl xa) kploLy ëvOa èxiOiaev kStiiéXex iv Kpirals • vvv oStvi reyL(p\s 
Xéysraiy xa) icrlïv êv bploiç ^toairSXecJS y i^tk écrlh kpiyiaOala. 

Ruma, dit saint Jérdme, quœ et Arima, ubi sedit Abimelecb, sicut in libre 
Judicum scriptum est, quœ nunc appellatur Rempbis. Est autem in finibus 
Diospoleos, et a plerisque Arimathœa nunc dicitur. 

Voilà donc deux villes, toutes les deux situées dans 1^ voisinage 



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CHAPITRE 11. — RAMLEH. /i9 

de D iospo lis ou Lydda^ quEusèbe et saint J.érôoie ideftlifUut^lour 
à tour.avec FArimathie des Evangiles. 

Quand je parlerai plus tard de Ramatliaïm-Sophim, patrie de 
Samuel, quEusèbe désigne ici sous le nom de ÀjOjxaÔèfi 2ei(pût et 
saint Jérôme sous celui de ArmathemSophimy j'essayerai de prouver 
qu il faut chercher cette localité assez loin de Lydda, dans la mon- 
tagne d'Ephraïm, et non pas dans la plaine, et que sur ce point 
Eusèbe et saint Jérôme ont commis une erreur évidente. Ils se con- 
tredisent eux-mêmes, du reste, en plaçant cette même Arimathie à 
Rouma ou Arima , appelée de leur temps Remphis et située elle- 
même, disent-ils, près de Diospolis. La leçon Àp/a qu'on trouve 
dans Eusèbe est probablement fautive, et saint Jérôme la corrige 
par celle de Arma. 

Ailleurs, dans YOnomasticon^ Eusèbe cile une ville du nom^ 
de-Àpj^fi, dans la trîbu de Benjamin, non loin de Diospolis. 

Aftijfiy xXrfpov BeviafiiVy xai icr1\ vvv Koi(Àrf isrep} AidoTroXiv. 

Arim, dit saint Jérôme , in tribu Beniamin. Est et villa juxla Diospolim, 
quœ nunc usque appellatur Belariph. 

Ce dernier mot est, selon toute apparence, une erreur de copiste 
pourBeth-Arim. 

Voilà donc trois localités indiquées par Eusèbe et par saint Jé- 
rôme comme étant dans le voisinage de Lydda, et dont la proximité 
par rapport à cette ville et le nom, qui se rapproche beaucoup de 
celui d'Arimathie, Àpijxodoua, permettent de penser que Ramleb, 
qui n'est qu'à trois kilomètres à peine, vers le sud-sud-ouest de 
cette même Lydda, a été bâtie sur l'emplacement de l'une d'entre 
elles. 

Saint Jérôme, dans son épitre lxxxvi à sainte Eustochie, ou 
Ëpitaphe de sainte Paule, s'exprime ainsi : 

Et Lyddam versam in Diospolim [vidit]. Haud procul ab ea Arimathiam , vicu- 
lum Joseph qui Dominum sepelivit , et Nobe , urbem quondam sacerdotum , nunc 
tumulum occisonim ; Joppen quoquc 

D'après ce passage et la route que saint Jérôme fait suivre à 

I. . A 



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50 ' DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

sainte Paule, il semble que ce Père de l'Eglise désigne bien claire- 
ment l'emplacement actuel de Ramleh comme étant celui de l'an- 
cienne Arimathie. 

Néanmoins, si nous devons en croire les écrivains arabes, et en 
particulier Âboulféda S la ville de Bamleli n'aurait point succédé à 
une ville antique et aurait été fondée par Soliman , fils du khalife 
Abd el-Melek, dans la première partie du vni* siècle, après qu'il 
eut détruit Lydda. Abd el-Melek lui-même se serait déjà érigé un 
palais en cet endroit. 

Cette assertion d' Aboulféda est confirmée par Guillaume de Tyr, 
chez lequel nous lisons : 

Est autem Ramula civitas in campestribus sita juxta Liddam, quœ est Dios- 
polis. Hujus antiquum nomen non reperi : sed neque ipsam priscis fuisse tem- 
poribus frequens habet opinio,quam, post tempera seductoris Mahumet, ejus 
successores Arabum principes veteres tradunt historiée fundasse ^. 

Nous lisons pareillement dans Marinus Sanutus le passage sui- 
vant : 

Hanc civitatem [Ramulam] œdificaverunt Arabes prope Lyddam, quum pe- 
regrini primo iverunt ad partes illas post tempera Mahumeti ^. 

La dénomination de Ramleh^ xA^, qui, en arabe, signifie tr sable ?) 
et dérive de la nature du sol sur lequel cette ville est bâtie, n'a, 
dit-on, aucun rapport de signification avec la dénomination antique 
d'Arimathie, dans laquelle la plupart voient le sens de a hauteur, t? 
comme dans Rama, Ramatha, étymologie qui empêcherait, si elle 
était fondée , d'identifier Arimathie avec la moderne Ramleh , celle-ci 
étant située dans une vaste plaine et non sur une colline. 

Mais, comme le savant orientaliste M. l'abbé Barges me l'a fait 
remarquer, le mot Arima peut dériver également de l'hébreu are- 
mah, nçny, qui signifie (c tas de blé, t) acervusfrumenti^. En chaldaïque 
arenuhay en syriaque aremothoy ont la même signification. En arabe 

* Abulfeda, Tabula Syriœ, éd. Kœh- * Marin. Sannt. Sécréta fidel, cruels, 
1er, p. 79. p. i5a. 

* Will. Tyr. X, xvH. * Ruih, c. m. v. 7, et ailleurs. 



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CHAPITRE IL — RAMLEH. 51 / 

aramehy iu^, veut dire à la fois (r amas de sable tî et cr amas de blé. ^ 
Les Arabes, en appelant Ramleh de la sorte, semblent avoir adopté 
le premier sens. 

Quant à la dénomination hébraïque de Arima ou Arêmahy signi- 
fiant (T tas de blé , i> elle pouvait s'appliquer très-bien à une ville bâtie 
au milieu d'une plaine riche en céréales. Les Arabes, de leur côté, 
auront été plus particulièrement frappés de la nature sablonneuse 
de son terroir, et comme dans leur langue le mot aramehy ainsi 
que je viens de le dire, signifie également (tamas de sable, iî de 
Arima y Arémah ou Arimathtay ils auront fait A'ramehy puis Ramleh, 
terme par lequel ils désignent plus habituellement un a amas de 
sable. 7) Ces altérations de noms dans le passage d'une langue à 
une autre n'ont rien qui doive nous étonner. 

Quoi qu'iPen soit, la première mention qui soit faite de la ville 
de Ramleh sous le nom latin Ramula se trouve chez le moine 
Bernard, qui visita la Palestine l'an 870 de l'ère chrétienne. 

Deinde venerunt Alarixa [El-Arich]; de Alarixa in Ramula, juxta quam est 
monasierium beati Georgii martyris, ubi ipse requiescil. De Ramula ad Em- 
maus castellum, de Emmaus ad sanctam civitatem Hierusalem ^ 

Lorsque, en 1099, les croisés entrèrent en Palestine, Ramleh, 
ainsi que nous l'apprend Guillaume de Tyr, était une ville impor- 
tante, très-fréquentée et environnée d'une puissante enceinte, flan- 
quée de tours. 

Erat autem, quando christianorum exercitus in partes Syriœ primitus ap- 
pulit, civitas celebris, quœ multo populorum frequentabalur accessu, turribus 
etmuro circumdata valido \ 

Tai déjà dit plus haut que cette enceinte était percée de douze 
portes, dont quatre principales. Néanmoins, à l'approche des croi- 
sés, les habitants de Ramleh épouvantés du nombre et de la va- 
leur bien connue de leurs adversaires et ne se fiant pas dans leurs 
remparts, abandonnèrent précipitamment leur ville et se réfugièrent 

* De Locis Sanctis , x. — ^ Will. Tyr. X, xvii. 



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52 DES(:RIPT[0N de la JUDÉE. 

les uns dans les montagnes, les autres jusqu'à Ascalon. Les Francs 
trouvèrent donc Bamleh déserte, et, pour n'avoir point à garder 
une enceinte aussi étendue que celle de cette cité, ils en conver- 
tirent une partie en un camp fortiOé, où ils se retranchèrent. 

La ville se repeupla ensuite et reprit bientôt une nouvelle im- 
portance, à cause de sa position entre Jérusalem et la côte. 

L'an 1177, elle fut incendiée par le renégat Ivelin. L'année 
suivante, Saladin essuya une grande défaite dans les plaines qui 
s'étendent au sud de cette ville. Les historiens latins désignent cette 
bataille sous le nom de bataille d'Ascalon, mais les auteurs arabes 
lui donnent celui de bataille de Ramleh. Les chrétiens étaient com- 
mandés par Baudoin IV, qui, sorti d'Ascalon pour attaquer l'en- 
nemi, remporta sur lui une victoire complète. 

En 1187, Saladin reprit, à Haltin , une terrible revanche. Ce dé- 
sastre, comme on le sait, décida des destinées du royaume latin en 
Palestine, et Bamleh avec un grand nombre d'autres villes, parmi 
lesquelles il faut compter Jérusalem, tomba entre les mains du 
vainqueur. 

En 1 1 9 1 , à l'approche de Bichard Cœur-de-Lion , Saladin ût raser 
la citadelle de Bamleh, afin qu'elle ne pût servir à son adversaire. 

En 1 206, cette ville, qui, en 1192, avait été rendue par moitié 
aux chrétiens, leur fut concédée tout entière, et resta en leur pou- 
voir jusqu'au moment où, en 1266, elle retomba définitivement 
sous le joug musulman , lorsque le sultan Bibars s'en fut emparé. 

C'est pendant le xii* siècle que le moine Phocas fit paraître sa 
description des Lieux saints, où nous lisons le passage suivant : 

Anh Ttls àyloLS -cr^Xecy^ Iepou(raX^/x àxrù (ifkia ç écrlh ij Apfia^èfi isrdXi^, 
év ii ^afiovijX à (léyaç éx^lvot 'mpo^rtis yeyévvtiTaty xaï /xer* ixeivov daei 
Heff éTépùw yLiklûûv énlày ^ koÏ tifXeiov Siàlalrffiay écrlh )} ÈfjLfJLOOùs ^6Xts 
fieydXrjy KOtXdSos fiécrov xeifxévriy èv virepavealrixÔTt ^dx^fp' oikcàs être) fxtXta 
eïxocrt xa) Técra-apa >J tov Pa(À7rXéa X^P* tjÇrfnXùnai ^ xa\ vabs 'ad[iyuey(xs èv 
raÔTïj ipàrai tov àylov (leyaXofidprvpos Teoâpytov ^ 

' Plioras, De Locis Sanctis, \xix. 



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CHAPITRE II. — RAMLEH. 53 

(T A six milles de la ville sainle de Jérusalem se trouve celle d'Armathem, 
patrie du grand prophète Samuel. Ensuite, après sept aulres milles ou un 
intervalle plus considérable encore, est la grande ville d'Emmaûs, située au 
milieu d'une vallée, mais sur le dos proéminent d'une colline. Puis, k vingt- 
quatre milles environ, se déroule la région Ramplea, ou Ton voit la vaste église 
du grand martyr saint Georges. r> 

La région Ramplea, comme depuis longtemps Reland l'a fait 
observer ^ est celle de Ramula, Raniola ou Ramleh. A ce sujet 
M. de Saulcy '^ remarque très-justement que le fi, dans la pro- 
nonciation grecque, se trouvant placé devant une liquide, attire 

De ce texte de Phocas il résulte que, de son temps, on distin- 
guait nettement Armathem (Ramathaïm), patrie de Samuel, de 
Ramleh; et^si^ comme je le pense ^ R amleh représente lancienne 
Arimathie , il ne faut pas, avec Eusèbe dans un des passages de 
YOnamaslicony confondre Armathem avec Arimathie, Armathem étant 
à six milles seulement de Jérusalem et, par conséquent, fort loin 
de Lydda. 

Depuis le xiii* siècle jusqu'à nos jours, Ramleh a été souvent 
mentionnée par les pèlerins et les voyageurs, parce qu elle est sur 
la route de Jaffa à Jérusalem. La plupart laregardent , sans conteste , 
comme étant l'ancienne Arimathie. J'ai déjà cité le témoignage de 
Roniface de Raguse, qui reconnaît dans Ramleh la patrie du noble 
décurion Joseph. Sans énumérer ici tous ceux qui ont répété la 
même tradition, je dois signaler néanmoins Quaresmius', au xvn^ 
siècle, et Reland^ , au commencement du xvni*, comme ayant montré 
le plus de critique dans cette question. Au xix® siècle, et de nos 
jours, Robinson^ s'est efforcé, au contraire, de détruire cette 
opinion. 

11 oppose deux principales raisons à l'identification de Ramleh 
avec l'ancienne Arimathie. 

* Reland, PfJœêtina, p. 963. * Palœstina, p. 579-681. 

^ Dictionmiredes antiquités bibliques, 8^. * Biblical Researches in Palestine, l. II, 

^ Elucidatio Terrœ Sanctœ, 11, 7 et 8. p. âSg-a&i. 



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54 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

(fLa première, dit-il, c'est que les deux nom^ Ramah (Rama- 
them) et Ramieh, au lieu d'être identiques ou même analogues, 
diffèrent totalement l'un de l'autre, en ce qui concerne l'étymo- 
logie. Ramieh signifie (t sable, t) et ce nom est ainsi très-bien appro- 
prié à la ville , située qu'elle est dans une plaine sablonneuse. Ramah, 
au contraire, veut dire «r hauteur, colline,^ dénomination qui est, 
pour cela même, ici, tout à fait inapplicable.?) 

Cette première raison, à mon avis, est loin d'être décisive, car, 
ainsi que j'ai essayé de le montrer plus haut, l'étymologie d'Ari- 
mathie est différente de celle qu'indique Robinson, et, dès lors, 
l'objection tirée du sens qu'il donne à ce nom, n'ayant plus de fon- 
dement, tombe d'elle-même. 

La seconde objection .de Robinson est celle-ci: 

«r D'où vient qu'aucun des premiers pèlerins ne fait allusion à 
cette localité? La première mention que nous en trouvions se ren- 
contre dans le moine Bernard, au ix° siècle, qui en parle seu- 
lement sous le nom de Ramola ou de Ramula (Ramieh), ville 
qu'Aboulféda et Guillaume de Tyr prétendent n'avoir point succédé 
à une cité ou bourgade antique, n 

Cette objection a, sans doute, quelque poids; toutefois, elle est 
loin d'être péremptoire. Parce que les pèlerins des premiers siècles 
n'ont pas parlé d'Arimathie, tout en mentionnant Lydda, est-ce à 
dire pour cela qu'Arimathie n'ait point existé près de cette dernière 
ville? Combien d'autres localités n'ont point été signalées par eux 
sur l'emplacement desquelles cependant le doute n'est pas pos- 
sible! 

En outre, Arimathie a pu être détruite quelques siècles avant le 
moment où les Arabes la relevèrent de ses ruines et fondèrent sur 
son emplacement solitaire la ville de Ramieh. Les deux passages 
d'Aboulféda et de Guillaume de Tyr doivent être pris, à la vérité, 
en considération, mais ils ne me paraissent pas aussi décisifs qu'on 
voudrait le croire. 

Guillaume de Tyr, entre autres, se contente de dire qu'il n'a pu 
découvrir le nom antique de Ramieh, et que, d'après l'opinion la 



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CHAPITRE II. — RAMLEH. 55 

plus généralement répandue, cette ville n'existait point autrefois, 
ayant été fondée par les mahométans. 

Cette opinion , quoique étant commune alors , est-elle irrécusable? 
Et comment l'accorder avec le passage de saint Jérôme dans son 
Ëpitaphe de sainte Paule, où ce savant Père de l'Eglise, nous tra-^ 
çant l'itinéraire suivi par cette illustre Romaine, nous dit : 

Et Lyddam versam in Diospolim [vidit]. Haud proculab ea Arimatbiam , 
viculum Joseph qui DomiQum sepelivit, et Nobe urbem... Joppen quoque...? 

Ainsi que le Judicieux Reland l'a depuis longtemps remarqué, 
saint Jérôme s emble placer Arimathie là oil s' élève au jourd'hui 
Ramleh . 

Videtur credidisse Hieronymus Arimathiam sitam fuisse in loco ubi nunc 
Rama urbs est. Bonifacius, initie libri II De perermi cuku Terrœ Sanctœ, etiam 
credidit Ramam banc sive iJU), Ramolam, sicuti nunc appellatur, eam- 
dem esse atque Arîmatbœam. Mibi quoque videtur non incongrue dici posse 
ex vico qui tempore Hieronymi Arimatbœa vocabatur et prope Lyddam 
erat, quique PaiiaOéfi et PofÂoBd dicitur Josepho et aliis, natam uri)em nunc 
celebrem Ramam. Nam et Arimathœam ita describit Hieronymus ut Paulam 
suam ducat Antipatride Lyddam, deinde ArimathaBam et Joppen, sic ut 
videatur inter Lyddam et Joppen quœi*enda, et quidem non longe a Lydda. 
Hic situs plane convenit cum situ Ramae prope Joppen '. 

En résumé, avec Roniface de Raguse, Quaresmius, Rdand et 
presque tous ceux qui ont traité de la Palestine , j'incline à admettre L 
comme vraie la tradition qui place à Ramleh l'ancienne Arimathie, 
sans toutefois prétendre que cette identification soit absolument 
incontestable; mais elle repose, à mon avis, sur des probabilités 
très-grandes, qui approchent de la certitude. 

' Rdand, Palœstma, p. 58o. 



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56 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE TROISIÈME. 

EL-BERRYEU. EL-KOUBAB (kOLBe). LATHROUN. BIR AYOUB. 

DEIR AYOUB. OUED a'lY. — SARIS. KIRIET EL-a'nAB (kIRIATH- 

lEABIM, OU BAALAh). BEIT-NAKOUBEH. KASTHOUL. KOLOUNIEH. 

ARRIVÉE À JÉRUSALEM. 



Le 2 mars, à sept heures du matin, je me mets en marche 
pour Jérusalem. La pensée que, ce jour-là même, le soleil qui 
m'éclaire ne se couchera point avant que j'aie vu la Ville sainte 
absorbe mon âme tout entière. A mesure que le but que je vais 
atteindre se rapproche, je me représente plus vivement à l'esprit 
l'auguste image de cette cité dont les destinées seront l'éternel en- 
tretien des peuples* Ceux4à comprendront sans peine les sentiments 
qu'on éprouve alors qui ont accompli le même voyage et parcouru 
le même chemin. 

EL-BERRYEH. 

A huit heures je laisse à ma droite , après avoir marché dans la di- 
rection du sud-est, le village à'El-Berryeh^ ibJJl . 11 est situé sur une 
faible éminence et le petit nombre d'habitations qui le composent 
consiste en huttes grossièrement construites. La plaine commence à 
onduler davantage et le terrain se relève en collines. 

EL-KOUBÂB. 

A huit heures quarante-cinq minutes, j'arrive aux plantations 
d'oliviers et de figuiers qui précèdent le village d'El-Koubâb, v^'- 
Assis, à ma gauche, sur une colHne et défendu par une ceinture de 
cactus, il renferme au moins cinq cents habitants. Des jardins l'en- 
vironnent. De nombreux silos pratiqués sur les pentes sud-ouest du 
monticule servent de magasins souterrains pour la paille, l'orge, 



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CHAPITRE III. — EL-KOL'BÂB. 57 

le blé et les autres provisions de cbaque famille. Ce village a très- 
probablement remplacé une localité antique, bien qu'il ne pos- 
sède aucune trace apparente d'anciennes constructions. 

M. Gérardy Saintine, dans son ouvrage intitulé Trois ans en Ju- 
dée [f. 3 1), raconte de la manière suivante , d'après le récit d'un de 
ses compagnons de route, nommé Hadji Moustapha, l'origine du 
nom de cette localité : 

<rCe village, dit cet Arabe, s'appelle Kebab (le Rôti) depuis une 
époque fort reculée. Le prophète Salomon, sur qui soit le salut! 
avait à se plaindre des gens du pays, qui, malgré le nombre im- 
mense de leurs troupeaux, refusaient depuis plusieurs années de 
payer la dîme aumônière (^zekiat) de leurs bœufs, de leurs moutons 
et de leurs chèvres. Le prophète ayant décidé que tout propriétaire 
de quarante moutons et de trente bœufs serait soumis au zekiaty 
ces fils du péché firent un accord secret pour éluder la loi, par- 
tageant leurs troupeaux entre eux et faisant passer pour proprié- 
taires les femmes, les filles, les enfants, de sorte que pas un ne 
possédait plus de vingt-neuf bœu& et de trente-neuf moutons ou 
chèvres. Qui fut bien irrité de cette malice? Ce fut le grand Salo- 
mon, lorsqu'il se vit, lui le dominateur des Esprits [Djinn) ^ trompé 
par l'astuce de grossiers paysans. Il résolut de les punir. A son 
ordre, les Djinn descendirent dans la plaine, sous la forme de 
grands loups fauves jetant par la gueule des flammes ardentes, et 
se mirent à courir en cercle tout autour du pays cultivé. Les mois- 
sons étaient mûres, et l'incendie se propagea rapidement, chassant 
vei^ le centre tous les troupeaux disséminés dans la campagne. Ces 
pauvres bêtes, éperdues de terreur, se réunirent toutes à l'endroit 
où est Kebab aujourd'hui, et y furent détruites parle feu. Les dé- 
bris de leurs corps ont formé cette colline, et le nom de Kebab reste 
comme un vestige éternel de la vengeance du prophète. Voilà ce 
que j'ai toujours entendu raconter. Dieu seul connaît la vérité, n 

<rll est superflu d'ajouter, poursuit M. Gérardy Saintine, que 
j'avais sur-le-champ reconnu, dans le récit du vieillard, l'histoire 
des trois cents renards que Samson transforma en brûlots, pour se 



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58 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

venger des Philistins. J admirai la ténacité des traditions hébraïques, 
dont les légendes arabes sont la continuation, comme si les périodes 
grecque et romaine n'étaient pas venues en interrompre le fil. Ce 
phénomène trouve son explication dans les affinités de race, le plus 
naturel et le plus puissant des liens qui unissent les peuples, -n 

Je laisse, bien entendu, à Hadji Moustapha et à M. Gérardy 
Saintine la responsabilité de cette légende et de cette étymologie. 
En effet, j ai trouvé à Jérusalem, dans un registre officiel des prin- 
cipales localités, villes ou villages de la Palestine, le nom de ce 
dernier village écrit vW*l' (l^s Voûtes, /omû?e«), et non ^\j^\ (le 
Rôti). Si l'orthographe de ce registre est la véritable, il faut alors 
rejeter l'étymologie et la fable précédentes, et, dans le mot El- 
Koubdby vWa^K il faut voir seulement une allusion soit à la forme 
voûtée des maisons du village, soit à quelques koubbeh de san- 
tons, soit à d'autres constructions de ce genre. 

Dans un article du Diclionary ofthe Bible ^ relatif à Modin, l'au- 
teur, Georges Grove, incline à placer la patrie des Machabées à 
El-Koubâb, ttdont le nom, dit-il, semble retenir la trace du grand 
monument funèbre consacré à cette famille, t? 

Kubâb appears to possess no niins, but on thc other hand ils name may 
relain a trace of the monument ^ 

Cette opinion me semble très-problématique. Il est vrai qu'El- 
Koubâb occupe une hauteur et que sa position dans le voisinage de 
Lydda s'accorde avec une indication que nous fournit ÏOnomasttcon 
d'Eusèbe : • 

McjSs]fif xcifxïj %s\rialov AiO(T7:6XecûS y 66sv ifaav ol Maxxaëcuot, Sv xcù là 
lÂvrffJuiTa eU ht vvv SeUwTai. 

Mais, d'un autre côté, ce village ne présente aucun vestige d'une 
ville de quelque importance, comme était jadis Modin, et quant à 
la dénomination d' El-Koubâb [les Voûtes , les Coupoles) , elle est loin , 
je crois, d'être une preuve convaincante; car elle est extrêmement 

' T. Il, p. lioo. 



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CHAPITRE III. — LATHROUN. 59 

vague et peut s appliquer à bien des constructions différentes, sans 
se rapporter autrement que par une simple conjecture au monu* 
ment remarquable que Simon érigea à la mémoire de son père, de 
sa mère et de ses frères. Je traiterai, du reste, plus amplement 
ailleurs la question de. Modin et du mausolée des Machabées. 

L'opinion qui me semble de beaucoup la plus vraisemblable est 
celle qu'a émise M. de Saulcy \ qui voit dans El-Koubâb le viens 
Koubé, mentionné par le Talmud^ comme étant sur les limites des 
territoires d'Israël et des Philistins. 

LATHROUN. 

A neuf heures cinquante minutes, je parviens à Lathroun, u^jio^', 
qu'on prononce également El- Athroun y yj>^^l,avec ou sans la sup- 
pression de Yalif de l'article. Pressé par mon guide de poursuivre 
ma marche, sans examiner les ruines assez considérables de cette 
localité, dans la crainte de n'atteindre Jérusalem qu'après la fer- 
meture des portes et d'être par là réduit à passer la nuit en dehors 
de la ville, je me contente de jeter un rapide coup d'œil, chemin 
faisant, sur cette colline intéressante, que je décrirai dans un autre 
chapitre, l'ayant visitée plus attentivement dans une autre occasion. 

La position de Lathroun mérite d'être signalée à cause de son 
importance. Cette place, en effet, aujourd'hui démantelée et presque 
déserte, commande le seuil des monts de la Judée, sur la route mé- 
ridionale de Jaffa à Jérusalem. Car, à partir de ce point, Youed qui 
sillomie la plaine sous le nom à'Oued A'hjy ^ ^t^ , se resserre dans 
une vallée plus étroite, et la montée véritable commence. 

Non loin de là, comme sur plusieurs autres parties de celte 
même route, un blockhaus a été établi, il y a quelques années, 
pour la sécurité des voyageurs. Ces différents postes, qui sont 
échelonnés de distance en distance, sont occupés chacun par un 
ou deux bachibouzouks. 

* yonage en Teire minte, t. I. p. 81. — * GemaraSanhédrin , c. ir. 



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60 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A ma gauche, derrière un pli de terrain, 8e cache dans une 
vallée et sur les pentes d'une colline le petit village d'A'mouaSy o-l>», 
dont je parlerai plus tard : c'est YEinmaûs Nicopolis de l'antiquité. 

BIR AYOUB. 

A dix heures quinze minutes, nous abreuvons nos chevaux au Bir 
Ayoub ou ce puits de Job, ^ près duquel un berger a rassemblé et fait 
boire son troupeau. Ce puits, peu profond est construit avec d'assez 
gros blocs. 

Le moine Boniface en fait mention sous ce même nom : 

Hiac, progrediendo ad orientem versus, occurrit nobis in via puteus qui- 
dam magnus, quem, ut communiter affirmant incolœ regionis iilius, effodit 
lob. Ostendunt etiam ad lœvam domum ipsius. Hoc ego eadem facilitate in- 
firmo qua ipsi affirmant, quia non constat mihi lob in Terra Sancta ha- 
bitasse ^ 

En Palestine, il y a plusieurs autres puits désignés également 
sous ce nom. L'un des plus connus et des plus remarquables est 
celui qui, tout près de Jérusalem, a été creusé au confluent, en 
quelque sorte, de la vallée de Josaphat et de celle de Ben-Hin- 
nom. 

Le Bir Ayoub qui nous occupe en ce moment, ainsi qu'un autre 
situé à une faible distance de ce dernier, sur la rive opposée et mé- 
ridionale de rOuedA^y, est très-probablement antique; mais, pas 
plus que le moine Boniface, je n'ajoute créance à la tradition arabe 
qui en fait remonter l'origine jusqu'à Job, lequel, peut-être, n'est 
jamais venu en Palestine. Je suis très-éloigné aussi de l'identifier, à 
l'exemple de M»^ Mislin ^, avec la fontaine Nephtoa, signalée dans le 
livre de Josué* comme étant sur la frontière des tribus de Juda et 
de Benjamin. Cette fontaine, ainsi que j'essayerai de le prouver en 
son lieu , était située ailleurs. 

' De pcrenni cultu Terrœ Sanclœ , * Les Saints Lietuc, i.W^ i^. \ïih. 

I. H. ^ C. XV, V. 9, et c. xviii, V. i5. 



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CHAPITRE III. — DEIR AYOUB. 61 



DEIR AYOUB. 

Quant à la maison de Job que, selon le même moine Boniface, 
on montrait de son temps à la gauche de ce puits : 

Ostendunt etiam ad laevam domum ipsius, 

on en indique encore l'emplacement dix minutes plus loin, vers 
Test-nord-est, au hameau de Deir Ayouh, v^l^5 (couvent de Job), 
qui s'élève sur un monticule à gauche de la route. Il se borne à 
quelques pauvres maisons sur une colline dont une partie était 
autrefois occupée par une assez vaste construction; il n'en subsiste 
plus maintenant que les fondations. Suivant les habitants, c'était 
un ddr ou couvent, portant le nom SAyotiby dénomination qui 
s'est ensuite étendue au hameau lui-même. 

Au bas de la colline, dans un vallon fertile, coule une source 
appelée A'înAyouhi^owTC^ de Job), au milieu d'un bosquet d'oliviers. 

Le nom de Job est donc attaché à ce puits, à ce hameau et à 
cette source, sans que je puisse donner d'autre raison plausible 
d'une semblable désignation que la grande vénération dont la mé- 
moire de ce personnage est encore entourée parmi les musulmans, 
aussi bien que parmi les juifs et les chrétiens. 

A dix heures quarante minutes, revenu de Deir Ayoub à la 
route, je continue à suivre, dans la direction de l'est, le ravin de 
rOued A^y, qui devient de plus en plus étroit. Le chemin ou plutôt 
le sentier serpente, entre deux murs de rochers hérissés d'arbustes 
et de broussailles, le long ou au milieu même du lit du torrent. 
C'est un véritable défilé, où une poignée d'hommes bien déterminés 
pourrait facilement arrêter une armée. On gravit péniblement 
cette gorge pendant plus d'une heure. Lorsque les caravanes ve- 
nant de Jérusalem s'y croisent avec celles qui arrivent de Jaffa, 
l'embarras y est quelquefois assez grand, quand elles sont tant soit 
peu considérables. L'entrée de ce défilé est appelée par les Arabes 
Bab eUChied A'iy, ^ ^1^1 c^l (porte de l'Oued A'iy). 



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62 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

SABIS. 

A midi, nous parvenons sur un plateau élevé. On me signale à 
droite de la route, sur une montagne voisine, couverte d'oliviers, 
le petit village de Sam, j**^^U«, dont je parlerai ailleurs. Ce nom 
de Saris, comme plusieurs voyageurs l'ont déjà observé avant moi , 
rappelle celui de Séir, que nous voyons donné dans la Bible à une 
montagne qui servait de limite, vers l'occident, à la tribu de Juda. 

Et circuit [ terminus] de Baaia contra occidentem , usque ad monfem Seir, 
transitque juxta latus montis larim ad aquilonem in Cheslon ^ 

Le mot hébreu l'^^p.séir, signifiant errude, âpre, escarpé, i) con- 
vient parfaitement à la montagne de Saris, l'une des plus hautes 
du massif des monts de Juda. 

Il ne faut pas confondre cette montagne de Séir avec la chaîne 
du même nom habitée primitivement par les Horites, avant de 
l'être par les descendants d'Ësaû , et qui s'étend, à l'est de la vallée de 
l'Arabah, depuis la mer Morte jusqu'au golfe Ëlanitique. 

Et Cfaorrœos in montibus Seir, usquc ad campestria Pharan, quœ est in 
solitudine ^. 

KIRIET EL-a'kAB. 

Nous continuons à cheminer sur le plateau , puis nous descendons 
dans une vallée oii nous faisons halte à midi cinquante minutes. 

Sur les pentes d'une colline voisine s'élève le village de Kiriet 
el-A'naby vU^^I a^, plus connu encore sous le nom d'Abour-Gochy 
^^1, parce qu'il est depuis de longues années la résidence de la 
célèbre famille ainsi appelée. 

Au bas de ce village est une ancienne église chrétienne, dite de 
Saint-Jérémie. Elle a été décrite avec beaucoup de soin par M. le 
comte de Vogué dans son bel ouvrage des Eglises de Terre sainte^. 

Sa longueur est de vingt-sept mètres et sa largeur de dix-huit. 
Sa forme est celle d'un rectangle. Elle se compose de trois nefs, ler- 

' Jomé, c. XV, V. 10. — ' Genèse, c. xiv, v. 6. — ' P. 3/io-3/i3. 



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CHAPITRE III. — KIRIET EL-A*NAB. 63 

minées à l'orient par trois absides qui ne sont pas apparentes au 
dehors, étant dissimulées dans l'épaisseur du mur qui délimite le 
chevet. La nef centrale, beaucoup plus haute que les deux nefs laté- 
rales, est éclairée de chaque côté par quatre fenêtres étroites et ébra- 
sées, dont l'archivolte affecte une ogive très-peu prononcée, et qui 
s'appuient sui* un bandeau continu, lequel fait le tour de l'église. 

Cette nef est séparée des deux autres par quatre arcades ogivales 
que soutiennent des piliers carrés, posés sur une plinthe peu éle- 
vée et couronnés par un tailloir sans chapiteau. A ces piliers ré- 
pondent, le long des murs, autant de demi-pilastres également 
très-simples. 

Les arcs-doubleaux de la grande nef reposent sur des espèces de 
courtes colonnes coudées que jVi. de Vogiié compare ingénieusement 
à un bras humain sortant du mur et au bout duquel, en guise de 
main, s'épanouit un chapiteau à crochets et à volutes, imitation 
lointaine du chapiteau corinthien. Cet ornement paraît à ce savant 
avoir été emprunté à l'art arabe. 

Trois fenêtres seulement éclairent les basses nefs. En face de 
celle qui est percée au milieu de l'abside centrale, on en remarque 
une beaucoup plus grande dans le mur occidental, laquelle est ex- 
térieurement décorée de trois archivoltes appuyées sur autant de 
pieds-droits en retraite. 

On entre dans l'église par une porte pratiquée dans la façade 
septentrionale. Jadis orné de peintures à fresques aujourd'hui très- 
dégradées et à peine visibles, cet édifice est, du reste, parfaitement 
conservé, quoiqu'il soit depuis longtemps une étable et que son pavé 
ait disparu sous une épaisse couche de fumier. 

Une crypte, que j'ai trouvée en partie comblée, reproduit toutes 
les dispositions de l'église supérieure, ayant comme elle trois nefs 
et trois absides. On y observe encore quelques traces de peinture 
et, entre autres, des étoiles qui décoraient la voûte. 

Quant à la bâtisse de ce monument, elle est, en général, très- 
régulière et consiste en pierres de moyen appareil et bien taillées; 
quelques-unes sont à bossage. 



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64 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Quel est l'âge de cette église et par qui a-t-elle été fondée? Les 
documents nous manquent complètement sur ce point. Tout ce que 
nous savons, c'est qu'elle était dédiée à saint Jérémie. 

Boniface de Raguse, que j'ai déjà plusieurs fois cité, après avoir 
parlé du puits de Job, le Bir Ayoub, dont il a été question précé- 
demment, poursuit ainsi : 

Sic progredîendo pereamdem viam occurrit quaedam ecclesia magna, quœ 
celebratur sub titulo S. Jeremiœ. Materiœ ruinosœ enim ostendunt et monaste- 
rium religiosorum magnum ibi fuisse et ab octoginta annis, vei circa, a fra- 
tribus montis Sien, ordinis S. Francisci, derelictum fuisse, quia una nocte la- 
trones arabes, illud iogressi, fratres qui erant ibi locum sanctum incolentes 
jugularunt, et monasterium bonis quœ in illo erant exspoliarunt. 

Ce passage nous apprend que, quatre-vingts ans environ avant 
le milieu du xvi* siècle, époque pendant laquelle ce religieux était 
en Palestine, l'église qui nous occupe était déjà abandonnée, ainsi 
que le couvent attenant, par suite du massacre des religieux fran- 
ciscains qui l'habitaient et qui avaient été tous, en une nuit, égorgés 
par les Arabes. Depuis lors, le couvent a été presque entièrement 
détruit, et l'emplacement seul où il s'élevait est aujourd'hui recon- 
naissable. L'église, au contraire, est. toujours debout, et les pèle- 
rins qui passent par Kiriet el-A'nab déplorent l'usage indigne auquel 
cet édifice sacré a été réduit par les indigènes. 

Gomme il était sous le vocable de saint Jérémie, on en a sou- 
vent conclu qu'il avait été bâti sur le lieu de la naissance de ce 
grand prophète et que, par conséquent, Kiriet el-A'nab devait être 
identifié avec Anathoth. 

Il est inutile de réfuter de nouveau cette erreur, déjà renversée 
par Quaresmius^ Je me bornerai à dire ici que, d'après Eusèbe et 
saint Jérôme, la patrie de Jérémie n'était éloignée de Jérusalem 
que de trois milles; or une distance beaucoup plus grande sépare 
Kiriet el-A'nab de la Ville sainte. Ailleurs, en parlant du village 
d'Anata, je montrerai que, par son nom et par sa position, cette 

' Elucidotw Terrœ Saneiœ, l. H, p. i5. 



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CHAPITRE III. ~ KIRIET EL-VNAB. 65 

localité répond parfaitement aux données que nous avons sur Ana- 
thoth. 

Pour en revenir à l'époque probable où l'église dite de Sainl- 
Jérémie a été construite, M. de Vogiié pense que cet édifice religieux 
porte tous les caractères de ceux que les croisés élevèrent en Pa- 
lestine pendant le xii^ siècle. 

La mosquée du village est précédée d'un élégant palmier; auprès 
coule une fontaine dont l'eau est aussi bonne qu'abondante. Les 
maisons sont comme étagées sur les flancs de la colline. La plupart 
appartiennent aux nombreux membres de la famille Abou-Goch. Le 
chef actuel de cette famille, autrefois si redoutée des voyageurs, 
réside dans une assez vaste habitation, bâtie sur le roc, qu'on appelle 
El-Bordj (le Château). Son autorité , singulièrement amoindrie depuis 
quelques années, s'étend néanmoins encore sur un certain nombre 
de villages. Lui-même, à l'exemple de ses ancêtres, rançonnait jadis 
les pèlerins et les caravanes. Actuellement, la route est devenue 
sûre, et, depuis qu'il est sorti des galères, il accueille d'ordinaire 
les voyageurs, à leur passage, avec une politesse et des égards qui 
contrastent avec ses exactions premières; 

A quelle localité antique a succédé Kiriet el-A'nab? J'ai déjà dit 
qu'il était impossible d'y voir la patrie de Jérémie, ou Anathoth, 
ainsi qu'on l'a répété maintes fois, en se fondant uniquement sur 
le nom de ce prophète que la tradition a attaché à l'église *qui s'y 
trouve. 

lime semble également difficile d'y reconnaître, avec G. William8\ 
ÏEnmums de l'Evangile de saint Luc^, bourg dont il sera question 
en son lieu. J'incline, au contraire, bien plus volontiers, avec Ro- 
binson •\ à y placer la ville de Kiriath-Iearim, en hébreu , onij'» nnj? 
(la ville des Forêts) ; en grec, WXi? ioîplfi et loLpiv. ou Kapiadiapifi; 
en latin, Cariatliiarim. 

Elle est citée pour la première fois dans le livre de Josué 
comme appartenant aux Gabaonites. 

* The Hohj Cily, p. 9. ^ Biblical Rescarches in Palestine, L II, 

* C. XXIV, V. i3. p. 1 1 et 19. 



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66 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Moveruntque castra (iHi Israël et venerunt in civitates eorum die tertio, 
quarum faœc vocabula sunt : Gabaon, et Capfaira, et Beroth, et Cariathiarim ^ 

Dans h même livre nous lisons : 

9. Pertransitque [terminus] a vertice mentis usque ad fontem aquaeNephtoa , 
et pervenit usque ad vicos mentis Ephron, inciinalurque in Baala, quœ est Ca- 
riathiarim, id est, urbs siivarum. 

1 G. Et circuit de Baala contra occidentem usque ad montem Seir, transitque 
juxta iatus mentis larim ad aquilonem in Cheslon, et descendit in Bethsames, 
transitque in Tba^nna^. 

Ces deux versets s'expliquent et se complètent l'un l'autre. Ils 
nous montrent clairement que la frontière de la tribu de Juda, vers 
le nord, après avoir atteint la fontaine Nephtoah, que je place à 
rAKn Lifta, passait près des bourgs du mont Ephron, cette chaîne 
montagneuse probablement qui s'interpose avec ses divers villages 
entre Lifta et Kiriet el-A*nab; puis elle inclinait vers Baala ou Ca- 
riathiarim , a la ville des Forêts , 1) comme le dit la Vulgate. De Baala , 
vers l'occident, elle tournait vers le mont Séir, longeait les flancs 
du mont larim, au septentrion, vers Cheslon, descendait vers Beth- 
samès et ensuite à Thamna. 

En suivant cette ligne de frontière , dont les différents points sont 
faciles à retrouver, on arrive tout naturellement à Kiriet el-A'nab 
pour l'emplacement de Baalah ou de Kiriath-Iearim , la Cariathiarim 
de la Vulgate. Cette localité, en effet, est située à l'est du mont 
Séir, mont dont le village actuel de Saris a, comme nous l'avons 
dit, conservé le nom, et au nord-nord-est de Cheslon, aujourd'hui 
Kesla. Quant à Bethsamès et à Thamna, on les retrouve également 
avec une certitude incontestable à A*ïn Chems et à Tibneh. 

Ces deux versets nous permettent donc déjà d'identifier ensemble, 
avec une grande probabilité', la ville antique de Kiriath-Iearim et 
le village moderne de Kiriet el-A^nab. 

Si nous consultons maintenant YOnomastican d'Eusèbe, nous trou- 
vons sur la position de cette ville des détails encore plus précis. 

' Josué, c. IX, V. 17. — * Ihid. c. xv, v. 9, to. 



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CHAPITRE III. — KIRIET-EL A'NAB. 67 

ViaptaOïapeïfiy ^ xoà Kapia6€aà\y ^ xa} tJÔXis loelp, fxta tcûv FaêcLGâvirGiv^ 
<py\ns lovSaj fisToQ^ AlXias xa\ Ato<r7r6y£ôûs y ènl Tijs iSoS xeifiévri dnb <7>;- 
fxe/av y A/Xiotf, Èvr^ev Hv Ovpias 6 «rpo^pi/rt??, hv AveïXsv iGjaH$)fi ép 
lepov<TàX7i(iy es èv lepepLia. 

frCariathiarim, nommëe aussi Cariathbaal , et ville d'Iaïr, Tune des cités des 
Gabaonitee, appartenant à la tribu de Juda, entre iEiia et Diospolis, et située 
sur la route, à neuf milles d^^lia. De là était originaire le prophète Une, que 
Joachim tua à Jérusalem, comme on le voit dans Jérémie.^ 

Ailleurs, au mot BotaX, la distance indiquée par Eusèbe entre 
cette même ville de Gariathiariro et Jérusalem est de dix milles et 
non plus de neuf, comme dans le passage précédent. 

haà[À' aïkrj it/ll Kapia6tape)(Xy vfSXis Iae)p, (^uXiis lovSa' xa) é</l) xaTi6vroâP 
dub A/XiW els Aiécnrohv xcifiv KapiaBtapelfx ojf dnb anifieiojv Séxa. 

rtBaal , ou Caria thiarim , ville dlaïr, de la tribu de Juda. En descendant d'i£lia 
pour se rendre à Diospolis, à la distance d'environ dix milles, on trouve le 
bourg de Cariathiarim.?^ 

En réalité, pour aller de Jérusalem à Kiriet el-A'nab, il faut 
deux heures cinquante minutes au plus, au pas ordinaire d'un 
homme qui marche à pied; par conséquent, j'adopte plutôt la pre- 
mière distance de neuf milles, marquée par Eusèbe, que la seconde 
de dix, qui est trop considérable. 

Dans ces deux passages, Cariathiarim est désignée comme étant 
sur la route d'iElia à Diospolis. Or Kiriet el-A nab se trouve pré- 
cisément sur l'une des routes qui de Jérusalem conduisent à 
Lydda. 

L'identification proposée par Robinson et adoptée depuis par la 
plupart des critiques peut donc être regardée comme très-probable, 
pour ne pas dire comme certaine. A la vérité, le nom de Kiriath- 
learm (la ville des Forêts) est différent de celui de Kiriet el-A'nab 
(la ville des Raisins); mais cette différence peut tenir à des circons- 
tances locales qui, en changeant, n'ont point changé en même 
temps les données fondamentales de la question. Les forêts, du 
reste, n'ont point entièrement disparu de cette localité, et plusieurs 



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68 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

des montagnes voisines sont encore couvertes d'oliviers et de hautes 
broussailles, ce qui justifie la dénomination de Kiriath-Iearim^ telle 
que l'interprète saint Jérôme. Le nom de Baalah ou Kirialli-Baal 
est vraisemblablement antérieur à celui de Kiriath-Ieartm et fait, 
sans doute, allusion à quelque temple en Thonneur de la princi- 
pale divinité des Kananéens qui était adorée en cet endroit. 

Dans la délimitation de la tribu de Benjamin, de même quà 
propos de celle de la tribu de Juda, Kiriath-Iearim est également 
mentionnée deux fois : 

ik. Et inclinatur [terminus] circuiens contra mare ad meridiem mentis 
qui respicit Betfaoron contra Africum; suntque exitusejusin Cariath Baal, quœ 
vocatur et Cariathiarim, urbem (iiiorum Juda; hœc est plaga contra mare ad 
occidentem. 

1 5. A meridie autem ex parte Cariathiarim egreditur terminus contra mare, 
et pervenit usque ad fontem aquarum Nephtoa'. 

(rLa limite tourne en fléchissant vers la mer, au sud de la montagne qui 
regarde Bethoron du cdté du midi , et se termine à Kariath-Baal , qui s'appelle 
aussi Cariathiarim , ville des enfants de Juda. C'est là son étendue vers la mer, 
du côté de Toccident. 

(tAu midi, sa frontière s'étend depuis Cariathiarim du cdté de la mer et 
vient jusqu'à la fontaine de Nephtoah.?) 

A l'époque oii la tribu de Dan cherchait à prendre possession de 
son territoire, les gens de cette tribu formèrent une première ex- 
pédition composée de six cents hommes, qui, avant de se diriger 
vers le mont Ephraïm et de marcher ensuite vers Laïs, campèrent 
quelque temps à Cariathiarim. 

11. Profecti igitur sunt de cognatione Dan, id est, de Saraa etEsihaol, 
sexcenti viri accincti armis belILcis. 

1 2. Ascendentesque mansenint in Cariathiarim Judœ : qui locus, ex eo tem- 
père, castrorum Dan nomen accepit, et estpost tergum Cariathiarim^. 

Nous savons, par le livre I des Rois, que l'arche sainte étant 
tombée entre les mains des Philistins, et ceux-ci s'étant vus frappés 
d'un mal affreux, par suite du séjour de l'arche au milieu d'eux, 

* Josué, c. xviii, V. i/i, i5. — * Juges, c. xvni, v. ii, ta. 



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CHAPITRE III. — KIRIET EL-A'NAB. 69 

se décidèrent à la renvoyer. Us la placèrent sur un chariot neuf, 
attelé de deux génisses, qui prirent d'elles-mêmes le chemin de 
Bethsamès, où elles s'arrêtèrent. Les Bethsamites témoignèrent une 
grande joie à la vue de l'arche et s'empressèrent d'immoler au Sei- 
gneur comme premières victimes les génisses qui l'avaient amenée; 
mais s'étant rendus eux-mêmes coupables d'une indiscrétion sacri- 
lège, en portant dans l'intérieur de l'arche un regard profane, ils 
expièrent aussitôt, par la mort soudaine d'un grand nombre d'entre 
eux, la faute qu'ils avaient commise. Alors ils envoyèrent des mes- 
sagers aux habitants de Cariathiarim et leur firent dire : cr Les Phi- 
listins ont ramené l'arche du Seigneur; descendez et emmenez-la 
chez vous.D Ceux donc de Cariathiarim vinrent et emmenèrent 
l'arche du Seigneur, qu'ils placèrent dans la maison d'Abinadab, 
sur une hauteur; Ëléazar, son fils, en fut constitué le gardien. 

Le passage de la Bible où ce retour de l'arche est raconté a 
donné lieu à deux interprétations différentes par rapport aux mots 
nya33, bor-gibeah (sur une hauteur). 

Les Septante l'interprètent ainsi : 

Ko} ëpj(pvTat ol avSpes KapiaBiapïfiy xaï dvdyovaiv Tijv KiSanbv SioBtlxns 
Kvpiovy Koà eladyouatv avrriv els oÎkov A(uv(zSàS rbv èv t^ Bowrçï^ 

Dans la Vulgate, au contraire, le verset correspondant est rendu 
de la manière suivante : 

Venerunt ergo viri Cariathiarim et reduxerunt arcam Domiai et intulenint 
in domum Abinadab in Gabaa. 

Cette traduction, différente dans les deux versions grecque et 
latine, des mots hébreux ba^beah provient de ce que ce dernier 
substantif est à la fois un nom commun et un nom propre : consi- 
déré comme nom commun, il signifie cr colline, hauteur; r) pris dans le 
sens de nom propre, il est celui de plusieurs villes de la Palestine, 
situées toutes sur des hauteurs. Ici il me semble plus naturel, avec 
les Septante, de le regarder comme un nom commun, car les habi- 

' Rois, I. I, c. VII, V. 1. 



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70 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

tants de Cariathiarim, étant venus chercher l'arche sainte pour la 
ramener chez eux, durent la placer dans leur propre ville et non 
ailleurs dans une autre localité appelée Gibeah. On pourrait dire 
aussi, pour justifier la traduction de la Vulgate, qu'un quartier spé- 
cial de Gariathiarim, celui qui comprenait la partie culminante de 
cette ville et où se trouvait la maison d'Abinadab, s'appelait du nom 
particulier de Gibeahy à cause de sa position élevée. 

Quoi qu'il en soit, l'arche d'alliance y demeura vingt ans, jus- 
qu'au moment où David la fil transporter avec grande pompe dans 
la maison d'Obed-Edom, où elle resta trois mois, avant d'être intro- 
duite à Jérusalem dans la Cité de David. 

Dans le livre I des Paralipomènes, parmi les descendants de 
Galeb est indiqué Sobal, père de Gariathiarim. 

Hi erant filii Caleb, filii Hur primogeniti Ephrata, Sobai paler Gariathiarim *. 

Quelques-uns pensent que ce fut ce Gariathiarim qui s'établit 
dans la localité dont nous nous occupons en ce moment; aupara- 
vant elle s'appelait Baalah ou Kiriath-BaaL Au livre I d'Esdras, 
dans le dénombrement des Juifs qui retournèrent de Babylone en 
Judée, on compte sept cent quarante-trois enfants de Gariathiarim, 
Gephira et Beroth. 

Filii Gariathiarim, Gephira et Beroth, septingenti quadraginta tres^. 

Ge renseignement nous est confirmé par le livre II d'Esdras^. 

Le livre de Jérémie* nous révèle le nom d'un prophète appelé 
Urie,filsde Séméi de Gariathiarim, qui, l'an 609 avant Jésus-Ghrist, 
prédit la ruine de Jérusalem et annonça les mêmes malheurs que 
Jérémie. Le roi Joachim , en ayant été informé , voulut le faire périr. 
Pour échapper à la colère du roi, LVie s'enfuit en Egypte; mais, ra- 
.mené à Jérusalem par les gens de Joachim, il fut mis à mort et son 
corps fut enseveli sans honneurs dans les sépulcres des derniers du 
peuple. 

Dans les temps modernes, Kiriet el-A^iab, qui a succédé, comme 

' C. Il, V. 5o. ' G. vu, V. ag. 

'^ G. II. V. *j5. * G. wvi, y. ao-a3. 



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CHAPITRE III. — ARRIVÉE A JÉRUSALEM. 71 

nous le pensons, à Kiriath-learim , la Gariathiarim de la Vulgate, 
est, ainsi que je l'ai dit, plus connue sous le nom à'Abau-Goch. Ses 
environs sont fertiles et ses habitants, jadis fort adonnés au brigan- 
dage, quand la famille Abou-Gocb, qui commande en cet endroit, 
était elle-même très-redoutée des pachas et des voyageurs, com- 
mencent à se hvrer à l'agriculture. 

BEIT-NAKOUBEH. 

A deux heures, je poursuis ma route vers l'esfc-sud-est. 
A deux heures dix-sept minutes, je laisse à ma gauche le village 
de Beit-Nakouheh, ibyL» cxj^, ou Beit-Nakoubay LyU cuj^. 

KASTHOUL. 

A deux heures quarante- cinq minutes, je passe au pied des 
ruines de Kasthouly JiiAâj, qui s'élèvent à ma droite, sur une haute 
colline. 

Le chemin continue à être très-accidenté; dans quelques endroits 
ail été en partie pratiqué dans le roc. 

KOLOUNIEH. 

A trois heures vingt-cinq minutes, je franchis ÏOued Beit-Hanina, 
Ift^û^ i^iKKf âl^, vulgairement désigné par une ancienne tradition 
sous le nom de vallée du Téréhinthe. 11 serpente au bas d'un village 
appelé Kohuniehy iûû^, qui sera décrit dans un autre chapitre 
ainsi que les deux localités précédentes. 

JJ^RUSALEM. 

Les montagnes succèdent aux montagnes, les vallées aux vallées. 
ËnGn, après avoir gravi et descendu tour à tour des sentiei's plus 
ou moins escarpés, je chemine quelque temps sur un plateau pier- 
reux et hérissé de rochers. Puis, tout à coup, à quatre heures 
trente-cinq minutes , j'aperçois devant moi le minaret de la mosquée 
qui couronne la montagne des Oliviers. 

Deux cents pas plus loin , des ondulations du sol qui me cachaient 



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72 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Jérusaictu cessent de s'interposer entre mon regard et la Cité sainte, 
et elle m'apparaît presque tout entière avec ses dômes, ses mina- 
rets, ses tours et son enceinte crénelée. 

A la vue de Jérusalem, tous les voyageurs descendent d'ordi- 
naire de cheval et s'inclinent un instant avec respect devant ses 
murs. Qui pourrait, en effet, sans fléchir le genou, contempler 
pour la première fois une ville dont les musulmans eux-mêmes ne 
prononcent le nom d'El-Kods, cria Sainte,^ qu'avec une vénération 
profonde? 

Que de millions de chrétiens, venus des quatre coins du monde, 
se sont agenouillés en cet endroit, remerciant le ciel de leur avoir 
accordé la faveur de voir de leurs yeux cette cité auguste, témoin 
jadis des plus grands mystères qui se soient accomplis ici-bas! Je 
renonce à décrire l'impression qu'on éprouve alors; elle a quelque 
chose de trop intime et de trop sacré, pour la faire sortir, par d'in- 
discrètes et profanes paroles, des replis du cœur où elle se re- 
tranche et se recueille. Ceux qui croient me comprendront sans 
peine. Ceux qui ne croient pas souriront peut-être en lisant ces 
lignes. Je les prie toutefois de vouloir bien suspendre leur sourire et 
leur dédain; car je suis persuadé que, s'ils se trouvaient en présence 
de Jérusalem, et que devant cette ville ils repassassent, dans le 
silence de l'esprit et du cœur, ses destinées providentielles, ils ne 
pourraient eux-mêmes s'empêcher d'être émus et de s'avouer subju- 
gués intérieurement, et à leur insu, par la force toute-puissante de 
pareils souvenirs. 

A quatre heures cinquante minutes, je franchis la porte des 
Pèlerins ou de Jaffa; quelques instants après, je demandais l'hos- 
pitalité aux bons pères franciscains. La Casa-Nova étant pleine de 
pèlerins, on m'offrit une cellule au couvent de la Flagellation, non 
loin de l'emplacement de l'ancien prétoire de Pilate et près de la 
voie Douloureuse. 



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CHAPITRE IV. — JERUSALEM. 73 



CHAPITRE QUATRIEME. 

SÉJOUR D'UN MOIS X JERUSALEM. EXAMEN ET ÉTUDE DE LA VILLE. 

J ai déjà dit, dans la préface de cet ouvrage, que je réservais pour 
un volume spécial la description de Jérusalem, accompagnée de 
l'analyse des principaux événements dont cette ville a été le théâtre. 
C'est l'une de ces capitales, en effet, dont il est impossible de renfer- 
mer l'élude dans quelques pages, surtout quand cette étude soulève 
tant de problèmes différents, au point de vue de l'histoire, de l'art 
et de la religion. Des savants distingués en France, en Angleterre, 
en Allemagne et en Amérique ont examiné sous toutes ses faces 
cette cité célèbre; le dessin et la photographie en ont fait connaître 
presque tous les monuments, soit encore debout, soit renversés. 
Nous avons même un plan en relief oii sa conBguration générale 
est fidèlement reproduite. D'éminents archéologues , entre lesquels 
je signalerai en première ligne, parmi les Français, M. de Saulcy 
et M. le comte Melchior de Vogué, viennent de publier sur ce point 
le résultat de leurs consciencieuses recherches. 

Sans prétendre moi-même éclairer ce sujet de lumières nouvelles 
ni résoudre les difficiles questions qui s'y rattachent, je m'efforcerai 
seulement de résumer de mon mieux tout ce qu'il est important de 
savoir sur cette ville. Pour cela, j'ai consacré un mois tout entier 
à étudier avec un soin en quelque sorte religieux cette antique 
métropole du judaïsme, devenue plus tard le berceau du chris- 
tianisme, et, à ces deux titres, si vénérable par ses souvenii-s. 
M»' Valerga, patriarche latin de Jérusalem, et M. de Barrère, 
consul général de France, s'empressèrent de faciliter mes recher- 
ches avec la bienveillance la plus obligeante et la plus marquée. 
M. le consul eut la bonté de m'introduire lui-même deux ibis dans 
la mosquée d'Omar, interdite, il y a peu d'années encore, aux 



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74 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

chrétiens, sous peine de mort, et qui, tout le monde le sait, a 
remplacé le fameux temple de Salomon. Je pénétrai également, à 
sa suite, dans la mosquée d'El-Aksa, qui a succédé à la belle église 
de la Présentation, œuvre de l'empereur Justinien. Je visitai en dé- 
tail toute la plate-forme du Haram ech-Cherif, ainsi que ses im- 
menses et admirables souterrains. Grâce aux savantes explications 
de M. de Barrère, j'essayai de retrouver sur place ou de refaire par 
la pensée les divers parvis, les portiques et les substructions du 
Moriah. Je pus même me rendre un compte assez exact de l'ancien 
sanctuaire des Juifs, dont la roche, vénérée par les musulmans sous 
le nom diE^Sakhrah, »y«ftit, constituait peu t^tre l'une des parties, 
comme étant probablement l'aire du Jébusite Aravna, sur laquelle 
David éleva au Seigneur un autel qui devint sous Salomon l'autel 
des holocaustes. Si ce temple, en effet, a été comme effacé du sol, 
et si, conformément aux prophéties, il n'en est pas resté pierre sur 
pierre, l'emplacement qu'il occupait est néanmoins encore jusqu'à 
un certain point reconnaissable. 

Quant à la vaste enceinte qui l'entourait, elle se confond, en 
beaucoup d'endroits, avec celle du Haram ech-Gherif. Relevée à 
diverses époques, elle porte la trace de ces reconstructions succes- 
sives. Quelques parties semblent primitives et, par les dimensions 
colossales des blocs magnifiques avec lesquels elles ont été bâties, 
provoquent à juste titre l'admiration de tous ceux qui les contem- 
plent. 

Après avoir étudié le mont Moriah, autrefois réservé au temple 
et à ses dépendances , j'examinai avec la même attention les monts 
Sion, Acra et Bezetha, jadis occupés par la citadelle ou Gité de 
David et par la ville proprement dite. 

Une question de la plus haute importance est celle des trois en- 
ceintes de l'ancienne Jérusalem et de l'étendue qu'elle avait à l'é- 
poque de Jésus-Ghrist. De cette question, en effet, dépend, au point 
de vue topographique, celle de l'authenticité du Saint Sépulcre et du 
Galvaire. Elle a été de ma part l'objet des plus sérieuses investiga- 
tions, et je Tai plusieui^ fois discutée avec M. le consul général do 



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CHAPITRE IV. — JERUSALEM. 75 

France, qui s'en est occupé longtemps d'une manière toute particu- 
lière. M. de Barrère, d'accord avec M. Pierotti, identifie d'une façon 
incontestable, selon moi, avec les Grottes Royales de l'historien Jo- 
sèphe les immenses carrières qui s'étendent sous le mont Bezetha, 
et dont l'entrée, qui se trouve près de la porte de Damas, n'a été 
découverte que depuis quelques années. Cette identification jette 
une grande lumière sur le tracé du troisième mur d'enceinte, le- 
quel, dans la plupart des plans de Jérusalem, est reporté beaucoup 
trop loin vers l'ouest et vers le nord. En réalité, il semble s'être 
confondu presque partout avec le mur actuel de cette partie de la 
ville. 

D'autres problèmes d'un vif intérêt ont été soulevés à propos de 
quelques-uns des innombrables tombeaux qui environnent Jérusa- 
lem. Je tâcherai de les traiter à mon tour. On pense bien, en effet, 
que je ne les ai pas laissés de côté, en visitant les diverses nécro- 
poles de la vallée de Josaphat et de Ben-Hinnom, et principalement 
les remarquables excavations funéraires connues sous les noms de 
tombeaux des Rois, des Juges et des Prophètes. 

En même temps que j'étudiais curieusement les monuments en- 
. core debout et les moindres vestiges de la Jérusalem antique, je ne 
négligeais pas non plus ceux de la Jérusalem chrétienne et musul- 
mane, guidé par Texcellent frère Lieven, du couvent de Saint- 
Sauveur, et parcourant la ville, quartier par quartier, souvent 
même rue par rue. Que de décombres accumulés de toutes parts! 
Que de constructions, ruinées elles-mêmes, élevées, comme par 
étages successifs, sur des constructions antérieures! 

L'église du Saint-Sépulcre, sa fondation , ses changements divers, 
sa forme actuelle, devaient naturellement préoccuper tout d'abord 
mon attention, en même temps que les sublimes mystères qui se 
sont accomplis dans son enceinte, et qui en font le lieu le plus au- 
guste de toute la terre, m'imposaient le devoir de consacrer à ce 
monument de longues heures de méditation et d'examen. Que de 
fois j'ai erré sous ses voûtes séculaires, en repassant en moi-même 
les mémorables événements dont le souvenir v reste attaché ! 



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76 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Les résultats de cette élude multiple, poursuivie pendant un 
premier mois passé à Jérusalem et reprise plus tard, trouveront 
place, je le répète, dans un ouvrage à part, qui contiendra, 'avec 
la description de cette vijle, un résumé succinct de son histoire 
depuis les temps les plus reculés jusqu à l'époque actuelle. Pour le 
moment, je vais continuer à décrire la Judée, en commençant par 
les environs de la Cité sainte. 



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CHAPITRE V. — COUVENT DE SAINTE-CROIX. 77 



CHAPITRE CINQUIÈME. 

COUVENT GREC DE SAINTE-GROIX. KUIRBET A^ÏN KARIM OU BEIT-MEZMIR 

(OBED-EDOM?). a'ÏN KARIM OU SAINT-JEAN-DU-DBSERT (kaREM). 

FONTAINE D'A^ÏN KARIM. SANCTUAIRE DE LA VISITATION. MAISON DES 

DAMES DE SION. GROTTE ET Dl^SERT DE SAINT-JEAN. DJ^PART POUR 

BBTHLÉHEM. MALHAH. a'ÏN YALO. A*ÏN EL-HANÎEH, DITE VULGAI- 
REMENT FONTAINE DE SAINT-PHILIPPE. BEIT-DJALA (gILOH?). AR- 
RIVEE \ BETHLÉHEM. 

COUVENT DE SAINTE-CROIX. 

Le 1 9 avril , à huit heures du matin , je sors de Jérusalem par 
la porte de Jaffa, et, au bout de vingt-cinq minutes de marche dans 
la direction de louest-sud-ouest, j'arrive au couvent de Sainte- 
Croix, en arabe Deir el-Mousallabehy iuLall^^. On s'y rend par 
une route assez large, que les Grecs, aidés des dons de la Russie, 
ont depuis quelques années singulièrement améliorée. La plus 
grande partie des champs qui la bordent leur appartiennent. Long- 
temps stériles, parce qu'ils étaient recouverts de petites pierres et 
même de gros blocs rocheux, ces champs en ont été débarrassés, 
puis ensemencés ou plantés d'oliviers, d'amandiers et d'autres ar- 
bres fruitiers. 

Le couvent de Sainte-Croix s'élève dans une vallée appelée Oued 
Deir el-Mousallabeh y AjUâJll^d ^1^, où croissent de beaux oliviers. 
Les bâtiments ont été récemment réparés et même agrandis. Exté- 
rieurement, avec leurs murs hauts et épais, flanqués de contre-forts, 
ils offrent l'aspect d'une forteresse plutôt que d'un monastère. On 
entre dans le couvent par une petite porte de fer, comme cela se 
voit dans la plupart des établissements religieux de la Palestine , qui 
ont dû, pour se précaiitionner contre les attaques et les dépréda- 



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78 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

lions des Arabes, se rendre ainsi peu accessibles. Les murs mêmes 
ne sont percés que de rares fenêtres, et du haut des terrasses il 
est facile, au moyen de pierres, de repousser ceux qui voudraient 
forcer l'entrée. La forme du monastère est celle d'un carré peu 
régulier, au-dessus duquel s'élève la coupole centrale de l'église. 
Celle-ci est fort intéressante à étudier, tant à cause de son ancien- 
neté que des peintures à fresque dont ses murs sont revêtus et des 
belles mosaïques qui ornent son pavé. Précédée d'un -narthex ou 
vestibule extérieur de date assez moderne, elle paraît remonter 
elle-même, au moins pour sa construction principale, à l'époque 
byzantine. Orientée comme presque toutes les églises grecques, qui 
sont tournées de l'ouest à l'est, elle est divisée en trois nefs. La 
coupole repose sur quatre gros piliers et est percée de petites fe- 
nêtres qui laissent descendre la lumière dans l'intérieur de l'église. 
Les voûtes et les arceaux sont de forme ogivale. Cela indique-t-il 
une restauration pratiquée à l'époque des croisades, ou bien ne 
pourrait-on pas supposer qu'un pareil style de construction exis- 
tait déjà en Palestine avant l'arrivée des croisés? C'est là une 
question dont je laisse la solution aux architectes. Les murs sont 
tapissés de peintures assez grossières, mais très-curieuses dans 
leur roideur même, qui représentent un assez grand nombre de 
personnages religieux et, entre autres, saint Pierre, saint Paul et 
saint Georges. On y reconnaît aussi l'empereur Constantin et sainte 
Hélène, sa mère, à laquelle une ancienne tradition, mais qui n'est 
basée sur aucun document certain, attribue la fondation de l'église. 
On pense également que plusieurs de ces figures sont celles de 
divers rois géorgiens et de quelques patriarches de Jérusalem. 

Tous les voyageurs ont parlé avec admiration des mosaïques qui 
décorent le pavé; elles sont effectivement dignes d'être remarquées, 
et semblent accuser un travail byzantin. 

Mais ce qui attire surtout l'attention et les respects des pèlerins, 
c'est, derrière le maître-autel, une ouverture circulaire revêtue de 
marbre blanc et pratiquée, dit-on, à l'endroit même où aurait été 
planté l'arbre qui servit à faire la croix de Notre-Seigneur : de là 



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CHAPITRE V. — COUVENT DE SAINTE-CROIX. 79 

serait venu le nom du couvent. D'après une ancienne légende, 
Abraham ayant planté un cyprès, un pin et un cèdre, ces trois 
arbres, en se développant, se réunirent pour n'en plus former qu'un 
seul, et de cet arbre aurait été fabriquée la croix de Jésus-Christ. 
D'autres veulent que quatre arbres aient concouru à former cette 
croix, savoir : un palmier, un cyprès, un olivier et un cèdre. Le 
docte Quaresmius a consacré un chapitre entier^ à disserter sur la 
forme de la croix de Notre-Seigneur et sur la matière dont elle se 
composait; il passe en revue les différentes opinions qui ont été 
émises, en reconnaissant lui-même, comme il le déclare ailleurs, 
que sur ce sujet on a écrit des chosres plutôt curieuses et apocryphes 
que véritables : 

De origine iigni sanctœ crucis et materia ilh'us plura traduntur a doctoribus, 
et ab illis prœsertim qui de sancta cruce ex professe scripsenint, curiosa potius 
et apocrypba quam vera^. 

Quoi qu'il en soit, la tradition que là se serait élevé l'arbre, un 
ou composé, qui aurait servi à faire la croix de Notre-Seigneur peut 
se suivre d'âge en Age jusqu'au commencement du xn* siècle; elle 
paraît avoir été transmise aux croisés par les chrétiens indigènes. 
L'Eglise grecque l'a adoptée comme authentique; l'Eglise latine l'a 
reçue avec plus de réserve; néanmoins elle a attaché, elle aussi, 
une indulgence de sept ans et de sept quarantaines à la visite de 
ce sanctuaire, quand on y récite dans les conditions voulues les deux 
oraisons prescrites pour obtenir cette faveur. 

Une autre tradition orientale , mais qui est beaucoup plus incer- 
taine encore, veut qu'Adam ait été enterré à l'emplacement qu'oc- 
cupa plus tard l'arbre de la croix, afin que l'arbre du salut et de 
la rédemption des hommes surgît de la cendre même de notre 
premier père, dont la chute avait entraîné celle du genre humain. 
Les Orientaux, comme on le sait, affectionnent singulièrement ces 
rapprochements mystiques. C'est ainsi également qu'ils répètent, 

* ElucidatwTerrœSnnclœ,{.\lyf,hi3 ^ Ehicidatio Terrœ Sanctœ, t. II, 

elsiiiv. p. 71a. 



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80 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

d'accord en cela, du reste, avec plusieurs anciens Pères de TËglise, 
que la léte d'Adam avait été ensevelie au pied du Golgotha, afln 
que le sang du Sauveur pût couler sur le crâne de l'auteur même 
de notre ruine. Cette tradition, beaucoup plus répandue que la 
précédente, a donné lieu à la coutume de peindre ou de sculpter 
une tête de mort au pied du crucifix. Tous ceux qui ont visité 
l'église du Saint-Sépulcre savent que, sous le Golgotha, se trouve 
une chapelle dite chapelle £Adam, où aurait été enterré soit le 
corps de notre premier père, soit seulement sa tête. 

Pour en revenir à l'église de Sainte-Croix , elle renferme une autre 
chapelle, très-vénérée principalement des marins : c'est celle de saint 
Nicolas, leur patron. 

Quatre autres oratoires, dans le monastère, sont dédiés, le pre- 
mier à la sainte Vierge, le deuxième à saint Jean-Baptiste, le troi- 
sième à saint Michel archange, le quatrième à saint Georges. 

La bibliothèque, autrefois très-riche en manuscrits géorgiens, 
en possède bien moins, actuellement. Toutefois on m'en a montré 
un certain nombre, ainsi que des manuscrits arabes, syriaques, 
arméniens et grecs. Ces derniers sont, pour la plupart, des copies 
de quelque Père de l'Eglise grecque ou des saints Evangiles. D'au- 
tres compartiments de cette bibliothèque sont réservés aux ouvrages 
imprimés. Le nombre de ceux-ci, depuis quelques années, a aug- 
menté considérablement, et, à côté des principaux chefs-d'œuvre de 
l'antiquité classique, on remarque, parmi les auteurs modernes, 
quelques-uns de ceux qui ont immortalisé la France, l'Italie, l'Espa- 
gne, l'Angleterre et l'Allemagne. Une vitrine spéciale est affectée aux 
travaux les plus importants qui aient été composés sur la Terre sainte. 
En résumé, c'est sans contredit la bibliothèque la mieux pourvue de 
la Palestine. Elle a reçu ces précieux accroissements depuis que le 
couvent a passé des mains des Géorgiens dans celles des Grecs, qui 
l'ont transformé en séminaire. Les réparations et agrandissements 
qu'il a subis lui-même dans cette occasion ont coûté des sommes 
importantes. Les terrasses sont belles et spacieuses. Elles offrent 
une agréable promenade le soir et le matin, lorsque les rayons du 



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CHAPITRE V. — COUVENT DE SAINTE-CROIX. 81 

soieii n'ont pas encore toute leur force ou ont perdu de leur inten- 
sité et sont remplacés par la douce fraîcheur du crépuscule. Le 
regard ne jouit pas, sans doute, d'un horizon très-dé veioppé, parce 
que le couvent est situé dans une vallée, mais du moins il l'em- 
brasse tout entière et aime à se reposer sur la verdure éternelle de 
ses vieux oliviers. 

D'après une ancienne tradition consignée dans Quaresmius, le 
monastère de Sainte-Croix, avec l'église qu'il renferme, aurait eu 
sainte Hélène pour fondatrice. 

Hoc templum cum cœnobio dicitur Sanctœ Crucis, ad ejusque lionorem ab 
Helena sancta sedificatum '. 

Selon une seconde opinion, il aurait été bâti, au v^ siècle de notre 
ère, par Tatian, roi des Géorgiens, sur l'emplacement qui avait été 
concédé à son prédécesseur Miriam par Constantin lui-même. D'un 
autre côté, Procope^ en attribue l'origine à Justinien. Il est, dans 
tous les cas, bien certain qu'il existait avant l'arrivée des croisés 
en 1099. A cette époque, il avait beaucoup souffert des ravages 
qu'y avaient exercés les Arabes, mais il était encore debout. Pen- 
dant les croisades, il continua d'appartenir aux Géorgiens. Vers 
l'an 1 3oo, sous le règne du khalife El-Malek en-Naser ben-Kelâoun, 
l'église de Sainte -Croix fut tranformée en mosquée; mais, peu 
d'années après, elle fut rendue aux Géorgiens. Plus lard, nous 
voyons ce couvent mentionné tour à tour par divers pèlerins comme 
étant occupé par des moines grecs, arméniens ou géorgiens. Du 
temps de Quaresmius, il était habité par ces derniers. Ce reli- 
gieux nous apprend qu'il était grand, fortifié et commode, mais 
qu'autrefois il l'était davantage encore, à en juger par ses ruines. 
Il ajoute qu'il était très-exposé aux incursions et aux avanies des 
Arabes. 

Monasterium etiaui uunc quidem ampium, munilum et commodum est, sed 
olim multo magis, ut illius ruinas demonslrant, multum obnoxium Arabum 

* Eluctdatio Teirœ Sanctœ, t. Il, p. 719. — ^ De Mdificm, I. V, c. i\. 
I." () 



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82 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

incursionibus; fréquenter enim illuc divertunt, elhabilanies infestant. Habitatui* 
a Georgianis monachis grœcis institut! Sancti Basilii '. 

A une heure, je me remets en marche pour Saint-Jean-du- 
Désert ; ma direction est celle de l'ouest. Le chemin est accidenté 
et, en quelques endroits, très-rocailleux. 

A une heure quarante-cinq minutes, je parviens sur le plateau 
d'une montagne iappclée Djebel A'iy, <^ M^ , du haut de laquelle 
on distingue parfaitement la Méditerranée. 

kUlRBBT a'ÏN kARlM. 

A gauche de la route s'étendent les ruines d'un village antique; 
mon guide me les désigne sous le nom de Khirbet A'în Kariniy s^j^ 
^j^ (:5>*. Un autre Arabe me les a indiquées sous celui de Khirbet 
Beit'Mezmtry jXAyê caa^ ^j^- Enfin, selon une tradition latine, ce 
serait là qu'il faudrait placer la maison d'Obed-Edom, où l'arche 
sainte, avant d'être introduite à Jérusalem, a demeuré trois mois. On 
sait, en effet, que les Bethsamites ayant prié les habitants de Kirîath- 
learim de venir chercher l'arche d'alliance qui leur avait été si fu- 
neste, au sortir du pays des Philistins, elle fut d'abord transportée 
dans cette ville et déposée dans la maison d'Abinadab. Ensuite 
David conçut le projet de l'amener triomphalement à Jérusalem, 
il se rendit donc à Kiriath-Iearim, accompagné d'une foule im- 
mense. L'arche fut placée sur un chariot neuf traîné par deux bœufs 
et prit le chemin de Jérusalem, au son de nombreux instruments 
(le musique. Lorsqu'on fut arrivé à l'aire de Nachon, les bœufs qui 
traînaient le chariot ayant regimbé et fait pencher l'arche, Oza 
étendit le bras pour la retenir; mais il tomba aussitôt à terre sans 
vie pour avoir porté sur l'arche du Seigneur une main téméraire. 

9. Alors, ajoute rÉcriture sainte, David eut une grande crainte du Sei- 
gneur, et il dit: Gomment l'arche du Seigneur viendra-t-elle chez moi? 

10. Et il ne voulut pas que Ton amenât rarche du Seigneur chez lui en la 
ville de David; mais il la fit entrer dans la maison d'Obed-Edom de Getli. 

' Elucidatio Terrœ Sunctœ, t. Il, p. 719. 



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CHAPITRE V. — AM\ KARIM. 83 

1 1 . L'arche du Seigneur demeura donc trois mois dans la maison d'Obed- 
Édom de Geth, et le Seigneur le bénit lui et toute sa maison. 

12. On vint dire ensuite au roi David que le Seigneur avait béni Obed-Édoni 
et tout ce qui lui appartenait, à cause de Tarchc de Dieu. David s'en alla donc 
en la maison d'Obed-Édom et il en amena Tarche de Dieu dans la ville de 
David avec une grande joie K 

Où était située cette maison d'Obed-Edom dans laquelle l'arche 
séjourna trois mois? C'est ce que la Bible ne nous apprend pas. 
Nous pouvons seulement supposer qu'elle avoisinait la route de 
Kiriath-Iearim à Jérusalem. L'emplacement que lui assigne la tra- 
dition latine semble l'écarter un peu trop de cette route, vers le 
sud. J'ignore, en outre, à quelle époque remonte cette tradition et 
sur quels fondements elle repose. Je la consigne donc ici unique- 
ment comme une simple conjecture qui me paraît douteuse. Néan- 
moins, bien que je la croie peu solide, je ne la rejette pas non plus 
comme évidemment fausse, attendu qu'il n'est point absolument 
impossible qu'Obed-Edom ait eu une maison en cet endroit, et 
qu'avant de rentrer à Jérusalem David ait fait ce détour pour trans- 
porter l'arche dans la maison de ce lévite. 

Quoi qu'il en soit, les ruines qui m'ont été désignées sous les trois 
dénominations de Khirbet A'ïn Karinij de Khirbet Beit-Mezmir et 
d'Obed'Edom consistent en quelques débris de maisons dont plu- 
sieurs ont été construites avec des pierres assez grosses, mais peu 
régulières. 

Je quitte bientôt les hauteurs que couronnent les restes de ce 
village, et, descendant par un sentier très-rapide, j'atteins, au bout 
de vingt minutes de marche, A'ïn Karim, autrement dit SaintrJean- 
du-Désert ou Saint-Jean-de-la-Montagne. 

a'ïn karim. 

Ce village , situé sur un petit plateau incliné , au bas d'une mon- 
tagne et au-dessus d'une riante vallée, peut renfermer un millier 

' Rois, I. H, c. VI, V. t)-iîJ. 

G. 



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84 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

d'habitants, garmi lesquels deux cent cinquante à peine sont catho- 
liques; les autres sont musulmans. Les ancêtres de ces derniers 
passent pour Maghrabins, c'est-à-dire originaires de l'Occident et 
principalement de l'Espagne, d'où ils auraient été expulsés sous 
Ferdinand le Catholique. Turbulents et fanatiques, ils ont très- 
souvent menacé et attaqué les moines du couvent latin de Saint- 
Jean, afin de leur extorquer des provisions ou de l'argent. Depuis 
quelques années, ils les respectent davantage, ainsi que les pèle- 
rins qui visitent cet endroit. Néanmoins ceux-ci évitent de passer 
au milieu de leur village. Leurs maisons, bien que grossièrement 
construites, offrent toutefois un aspect un peu moins misérable 
que dans certaines autres localités. Ils sont cultivateurs ou occupés 
à différents métiers. Leurs femmes vont vendre à Jérusalem le pro- 
duit de leur travail. 

Les flancs des montagnes qui leur appartiennent sont parsemés 
d'oliviers ou plantés de vignes. De nombreuses terrasses soutien- 
nent le sol qu'entraîneraient, autrement, les pluies de l'hiver. La 
fertile vallée dont j'ai parlé et qu'arrosent les eaux d'une fontaine 
abondante, appelée A'ïn Karim, comme le village lui-même, est 
riche en légumes de toutes sortes. On y remarque aussi quelques 
arbres fruitiers. Plusieurs habitants se livrent également à l'édu- 
cation des abeilles et recueillent de leurs ruches un miel très- 
aromatique. 

A quelle localité antique répond le village d'A'ïn Karira? 

Dans les Septante nous lisons : 

Sexe y xal È<ppaOci' avTtf êa1\ 'RaiOXeèfx, xoà Ooycàp, xa\ Ahàvy xa) Kou- 
Xhvy xa\ TaTàfiy xa2 Qcûërls (alii ^cjprjs), xaï Kapèfi, xa\ FaXi/x, xa\ SeOrfp 
(alii Baid^p), xaï Mavoyji)^ ^6\eis SvSexay xa) al xcifxai airûv. KapiaOêaak* 
aShri r\ ^tsàXis \ap\yLy xa\ ^cjOrtSa, zfàXeis SvOj xa\ al ènavXeis aÙTÔv^. 

Parmi les onze premières villes énumérées dans ce verset, les- 
quelles sont toutes mentionnées comme se trouvant dans la mon- 

^ Josuèy c. XV, V. Go. 



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CHAPITRE V. — A'IN KARIM. 85 

tagne de Juda, depuis Thecua, au sud-est, jusqu'à Kiriath-Baai ou 
Kiriath-Iearim , au nord-ouest, on distingue celle de Kapéfi, dont 
le nom, qui signifie en hébreu ce vigne,!) est identique au mot 
arabe p^S^ qui a la même signification et qui veut dire en même 
temps (fêtre généreux. •» A^ïn Karim peut donc se traduire soit 
par cf source des vignobles, •» soit par cr source généreuse, abon- 
dante.?) Dans tous les cas, il me paraît que c'est la dénomination 
antique de Karemy Kapi/x, en hébreu d^d, Kerem, qui a amené la 
dénomination arabe à'A'ïn Karim, p^^ (jv^. 

Observons que le village qui nous occupe en ce moment ap- 
partient précisément au district montagneux dont il s'agit dans ce 
verset, et que les vignobles qu'on y cultive sont encore aujourd'hui 
les plus renommés de la Palestine. L'identification proposée par 
plusieurs voyageurs et, entre autres, par Robinson\ par Tobler^ 
et par le docteur Sépp * me semble donc peu contestable. 

A la vérité, comme le remarque saint Jérôme, ce verset 60 ne 
se trouve que dans les Septante : 

Legimus juxta septuaginta duntaxat Interprètes in Jesu Nave, ubj tribus 
Judœ urbes et oppida describuntur, inter cetera etiam hoc scriptum : Thacco, 
et Ephratha , hœc est Bethlehem , et Pbagor, et Aetham , et Culon , et Thami , et 
Soris, et Carœin,et Gallim, etBœther, etManocho, civitates undecim et vicuH 
earum, quod nec in hebraico, née apud alium invenitur interpretem^. 

Mais, bien que ces onze villes ne soient mentionnées ni dans 
le texte hébreu ni dans la Vulgate, nous n'avons aucune raison 
sérieuse pour douter de leur existence. Il en est plusieurs, par 
exemple, dont l'emplacement est parfaitement connu. La certitude 
que nous avons, par rapport à leur position, est un argument puis- 
sant en faveur de l'authenticité de celles dont l'emplacement est 
encore à retrouver, ou du moins est plus problématique. 

Jérémie parle d'un localité appelée Belhacaremy dans le texte 

* BibUcalResearches in Palestine, t. III , ^ Jérusalem und dos Heilige Land, 1. 1 , 
p. aya. p, 589. 

* Topographie von Jérusalem und seinen * AdMich, c, \, 
Umgebungen, t. II, p. 36o. 



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8G DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

hébreu onsn ir»?, Beth hak-K^rein (la maison de la Vigne), dans le 
texte des Septante B7;daxxap/|x. 

Confortamini, filii Benjamin, in nuedio Jérusalem, et in Thecua clangite 
buccina, et super Bethacarem levate vexillum : quia malum visum estab aqui- 
lone et contritio magna ^ 

Dans son Commentaire sur ce prophète, saint Jérôme nous dit, 
à l'occasion de ce verset, qu'il y avait sur une montagne un village 
appelé Bethacharnia entre Thecua et Jérusalem. 

Cette indication de saint Jérôme, si elle est exacte, semble nous 
empêcher de conclure à l'identité de Beth hak-Kerem avec la Kapéjx 
des Septante, bien que les deux noms soient les mêmes, sauf l'ad- 
jonction du mot beth y « maison rf et par extension <r ville tî ou cr village, ti 
préposé devant le premier. 

A'ïn Karim, en effet, que j'identifie avec la Kapéfi des Septante, 
ne peut pas être désigné comme étant situé sur une montagne 
entre Thecua et Jérusalem; ce village est trop à l'ouest pour cela, 
et, en outre, comme il est dominé par d'autres montagnes, tout en 
étant lui-même au-dessus d'une vallée, on ne peut pas dire avec 
vérité qu'il soit situé sur une montagne. Dans le livre de Néhémie, 
Melchias, fils de Rechab, chef du bourg ou plutôt, d'après le texte 
hébreu, du district de Beth hak-Kerem, est cité comme ayant re- 
construite Jérusalem, au retour de la captivité, la porte Sterquiline. 

Et portam Sterquilinii œdificavit Melchias, filius Rechab, princeps vitî 
Bethacharam : ipse œdificavit eam, et statuil valvas ejus, et seras, et vectes^. 

C'est la même localité, très-probablement, que celle qui est si- 
gnalée par Jérémie, et, par conséquent, nous ne pouvons pas da- 
vantage l'identifier avec la Kctpéfi des Septante ou l'A'ïn Karim qui 
nous occupe en ce moment. Ce dernier endroit n'a donc été men- 
tionné nommément qu'une seule fois dans l'antiquité, et cela dans 
le texte des Septante. Je dis nommément^ car j'y reconnais, avec la 
tradition encore subsistante dans le pays, cette ville de Juda dont 

' Jnctnicy c. vi, v. i. — * Néhêinie, c. m, v. i/i. 



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CHAPITRE V. — AMN KARIM. 87 

il est question dans saint Luc à propos de lentrevue entre la sainte 
Vierge et sainte Elisabeth. 

Avaa1a<Ta Se Maptàpt êv tous i^fiépats rauratSy ènopeùsro eU rrlv bpetvrtv 
fjLcrà anovStfs, ek xsSXtv lovSa^. 

ffExsurgens aulem Maria in diebus illis, abiii ia moatana cam festJDationc, 
in civitatem Juda.7) 

Tel n'est pas, néanmoins, le sentiment du docte Reland, qui 
incline à traduire ces mots du texte grec efe ^rsdkiv iovSa, in civitor 
lem Juda du texte latin, non pas comme on le fait ordinairement, 
c'est-à-dire : crdans une ville de Juda,i^ mais crdans la ville de 
Juda, 17 ce dernier nom étant, à ses yeux, une altération de celui 
de loutah. 

Voici ses propres expressions à ce sujet : 

Suspicor banc urbem [loutah, en bébreu nor] commémorant ubi tsf($Xi$ 
lovSa appellatur, o expresse per S. Patria bœc Johannis Baplistœ , cujus parens 
cum sacerdos fuerit, ubi convenientius quœremus domum ejus et habitationem 
quam in urbe sacerdotali, qualis erat luta, loôra^l Siliis etiam convenii, év 
opeivp^ in regione montana Probaitiros banc conjecturam omnes opi- 
ner qui verba Lucœ accuratius. examinabunt, videbuntque si rffôXtv loySa 
urbem Judœ interpretomur, uli vulgo fit, non exprimi certam urbem, quod quLs 
jure expeclarel*. 

Je n'ignore pas que cette conjecture d'un savant aussi profon- 
<lément versé dans l'étude de la Palestine et de l'Ecriture sainte a 
été adoptée par plusieurs critiques. Or, d'après cette hypothèse, si 
elle est fondée, ce n'est plus à A^ïn Karim, mais au sud d'Hébron, 
au village actuel de loutta, que je décrirai en son lieu et qui est très- 
certainement fe louiah du livre de Josué, qu'il faut chercher la pa- 
trie de saint Jean-Baptiste et la ville oix résidaient Zacharie et 
sainte Elisabeth , lorsque la sainte Vierge vint de Nazareth y visiter 
sa cousine. 

Mais la conjecture de Reland, tout ingénieuse qu'elle est, me 
parait cependant sujette à plusieurs objections. D'abord, bien que 

* Luc, c. I, V. 89. ^ Josué, c. XXI, v. 16. 

* Ibidem, * Reland, Palϐtina, p. 870. 



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88 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

le mot hébreu nçr offre une ressemblance qu'on ne peut mécon- 
naître avec le mot grec iov<îa, le o étant seulement changé en S, 
néanmoins, si Ton examine comment ce même mot a été rendu 
par les Septante, on verra que, les deux fois où il est cité dans la 
Bible \ il est traduit, en grec, la première fois par ijiv et la seconde 
par Tavv. En latin, la Vulgate le rend, dans un cas, par Iota, et 
dans l'autre, par leta. 

Dans YOnomasticon, Eusèbe désigne cette même ville par le nom 
de Uifldv, et saint Jérôme, son traducteur, par celui de letan. 

On voit par ces divers passages que la dénomination hébraïque 
loutahy npr, ou louUah, ntsr, devient, en grec, Ïtolv, ieiflàv ou 
^Tavv; en latin. Iota, leta ou letan; mais jamais, comme dans l'Evan- 
gile de saint Luc, iovSa en grec, et en latin Juda. 

Jusqu'à nouvel ordre donc, et à moins de preuves plus con- 
vaincantes, je suis disposé à penser, malgré l'autorité de Reland 
et des divers critiques qui ont admis sa conjecture, que les mots 
"rsdkis iovSa de saint Luc doivent se traduire par : (r une ville de 
Juda, 7) et non par (ria ville de Judaiî {Juda ou louda étant altéré 
pour loutak). D'ailleurs, si iov^a .avait été un nom particulier de 
ville et non celui de la tribu ainsi appelée, la grammaire exigeait, 
ce me semble, que le mot tirrfXi^ fût précédé de l'article défini. Or 
dans le texte grec nous lisons : sis 7s6\iv ÏovSol et non eis rifv 
rg(^v iovSa. 

En second lieu , si la ville de loulah eût été la patrie de saint 
Jean-Baptiste et eût servi de théâtre à la rencontre de la sainte 
Vierge et de sainte Ehsabeth, il est à croire que, soit Eusèbe, soit 
saint Jérôme, à propos des mots Uifliv en grec, letan en latin, mots 
qui représentent la même ville, n'eussent pas manqué, dans l'Owo- 
masticon] d'ajouter ces deux importantes circonstances au nom de 
celte localité, ce que ni l'un ni l'autre n'a fait. 

Enfin, bien que la tradition qui place à A'ïn Karim la naissance 
de saint Jean-Baptiste, ot près de là la rencontre de la sainte Vierge 

' Josvpf c. w, V. So; r. .\vi,v. ifi. 



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CHAPITRE V. — A^ÏN KARIM. 89 

et (le sainte Elisabeth, ne puisse pas se suivre au delà du moyen 
âge, ce n'est pas une preuve, pour cela, quelle soit fausse. Pour 
l'infirmer, il faudrait des témoignages précis et irréfutables, remon- 
tant à une époque antérieure et fixant ailleurs le lieu de ces deux 
mémorables événements. Or ces témoignages n'existent pas, que je 
sache. 

En terminant l'article qu'il consacre à cette question, Quares- 
mius ' se demande si la ville à laquelle il est fait allusion dans l'Evan- 
gile de saint Luc, ville qui, selon lui, occupait l'emplacement du 
village actuel de Saint-Jean, n'aurait pas été appelée dans l'anti- 
quité soit lether, soit Aén. Mais ces deux dernières villes, ainsi que 
je le montrerai dans la suite, étaient situées dans une région plus 
méridionale de la tribu de Juda, et le sentiment de ceux qui dans 
Ain Karim reconnaissent la Kapéjx des Septante me paraît de plus 
en plus hors de doute. Ainsi, de l'opinion de Quaresmius je n'a- 
dopte que la première partie, savoir celle d'où il résulte que la 
ville de Juda mentionnée sans nom dans saint Luc a très-proba- 
blement précédé le village que les chrétiens appellent aujourd'hui 
Saint-Jean-de-la-Montagne ou Saint-Jean-du-Désert, et les Arabes 
A*ïn Karim; mais je rejette formellement l'identification que ce re- 
ligieux propose ensuite de ce village, soit avec lether, soit avec 
Aën. 

Disons maintenant un mot du couvent de Saint-Jean. Il s'élève 
à Test du village et forme un grand carré. Agrandi depuis quelques 
années, il a deux étages, que couronnent dévastes terrasses. Une 
partie des bâtiments est affectée à la réception des étrangers. Un 
jardin, compris dans l'enceinte du monastère , est planté de quelques 
arbres et, entre autres, de figuiers et de hauts cyprès. 

Comme tous les couvents de Palestine, celui-ci est solidement 
construit avec des murs très-épais et des portes bardées de fer, ca- 
pables de résister aux attaques des Arabes. Il renferme sept moines 
prêtres et sept frères, tous Espagnols. Un père curé est chargé de 

' Ehcidatîo Terne Sanct(e, l. Il, p. 699-706. 



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90 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

la paroisse catholique : il administre les sacrements et, en même 
temps qu'il sert de conseil et de chef à ses paroissiens dans les 
choses spirituelles, il s'efforce, autant qu'il le peut, de leur servir 
également de patron dans les choses temporelles. Un maître d'école 
arabe, entretenu par le monastère, fait la classe aux petits garçons; 
une maîtresse est chargée d'instruire les petites filles. 

L'église est à trois nefs. Elle mesure trente-sept pas de long sur 
une vingtaine de large. Surmontée d'un dôme élégant, cpie soutien- 
nent quatre grands piliers, elle est pavée de pierres de différentes 
couleurs et de marbres divers constituant une sorte de mo- 
saïque. 

Parmi les tableaux qui la décorent, il en est un qui représente 
saint Jean-Baptiste dans le désert et que l'on attribue à Murillo. 

Le maître-autel est consacré à Zacharie, père de saint Jean. 
A droite , c'est-à-dire au sud de cet autel , est une chapelle dédiée 
h la Visitation de la sainte Vierge et de sainte Elisabeth. A gauche, 
ou au nord de ce même autel, on descend dans une chapelle souter- 
raine par sept degrés de marbre. Sous la table de marbre de l'autel, 
une ouverture ronde indique l'endroit où âainte Elisabeth aurait 
mis au monde le précurseur du Messie. Cinq bas-reliefs de merbre 
blanc, encadrés dans le mur en demi-cercle et dont l'effet est re- 
haussé par un fond noir, représentent les principaux événements 
de la vie de saint Jean-Baptiste, la Visitation de la sainte Vierge, 
la naissance du saint, sa prédication dans le désert, le baptême 
qu'il donne à Notre-Seigneur, enfin sa décollation. Ces sculptures 
sont justement estimées. 

Six lampes continuellement allumées répandent une douce clarté 
dans cette crypte, qui est désignée sous le nom de sanctuaire de la 
Nativité de saint Jean-Baptiste. 

Je suis loin de prétendre, sans doute, qu'une pareille tradi- 
tion mérite la même confiance (jue celle qui fixe dans la grotte de 
Bethléhem la nativité de Notre-Seigneur. Cette dernière croyance, 
en effet, remonte jusqu'aux premiers âges de l'Eglise; celle-là, au 
contraire, n'est peut-être pas antérieure à l'époque des croisades. 



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CHAPITRE V. — AMN KARIM. 91 

Je renvoie le lecteur, pour l'éclaircissement de ce point, aux éru- 
dites recherches du docteur Tobler^ 

Mais, tout en avouant avec ce savant que les prétentions de ceux 
qui attribuent à l'impératrice Hélène la fondation d'une église sur 
le lieu de la naissance de saint Jean-Baptiste sont d'une date trop 
récente pour être prises en sérieuse considération, je ne crois pas 
non plus, de ce que les témoignages que nous avons relativement à 
l'existence d'une église élevée sur l'emplacement de la maison où 
serait né saint Jean ne remontent pas au delà de l'époque des 
croisades, que, par suite et nécessairement, ces témoignages n'aient 
aucune valeur historique. Ils peuvent, en effef , avoir succédé eux- 
mêmes à d'autres témoignages plus anciens, que nous n'avons plus, 
et l'on ne doit pas en conclure forcément que c'est là purement et 
simplement une assertion gratuite, qui ne repose sur aucun fonde- 
ment solide* Le doute, je pense, peut être permis à ce sujet, et, dans 
le doute, je respecte une tradition qui manque, j'en conviens, de 
preuves convaincantes, mais contre laquelle, d'un autre côté, on ne 
peut invoquer aucun argument décisif. 

Le docteur Tobler^ cite, il est vrai, un passage de Saewulf*, qui 
voyagea en Palestine pendant les années 1102 et iio3, par con- 
séquent, peu de temps après l'arrivée des croisés, et qui nous ajp- 
prend qu'il y avait, trois milles à l'ouest du couvent de Sainte-Croix, 
c'est-à-dire dans une position qui répond très-bien à celle du cou- 
vent de Saint-Jean-du-Désert, un monastère ruiné qui autrefois 
était très-beau et très-grand, et qui avait été construit, dit ce 
pèlerin, en l'honneur de saint Sabas, l'un des soixante et douze dis- 
ciples de Notre-Seigneur. Il était habité par trois cents moines 
grecs, qui furent un jour en grande partie massacrés par les Sar- 
rasins. 

Mais, dans ce passage, Saewulf n'a-t-il pas confondu le couvent 
dont il nous parle avec celui qui porte encore aujourd'hui le nom 

* Topographie von Jertualem und seinen ^ Sœwulfî Relatio de peregrinatione ad 
Umgehungen, t. II, p. 870 et sniv. Hierosolymam et Terram Sanctam, p. 35. 

* Ihid.i, II,p. 36i. 



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92 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

de Saint-Sabas, en arabe Mâr Sâba^ et qui fut fondé par ce reli- 
gieux au Y* siècle de notre ère ? 

J'avoue, avec le docteur Tobler, cpie la distance et la direction 
marquées par Saewulf nous portent droit au couvent actuel de Saint- 
Jean-du-Désert , et non à celui de Saint-Sabas. D'un autre côté, quel 
est ce saint Sabas, l'un des soixante et douze disciples de Notre- 
Seigneur? Il est, à ce qu'il semble, fort peu connu, tandis que celui 
qui fonda la fameuse laure à laquelle il a laissé son nom est très- 
célèbre en Palestine et même dans tout l'Orient. Ne pourrait-on 
pas croire que Saewulf a commis ici une erreur, en indiquant 
comme situé à trois milles et à l'occident de Sainte -Croix un mo- 
nastère qui est au moins à trois heures de marche à l'orient de ce 
même couvent? Dans tous les cas, il est le seul voyageur qui ait 
signalé sur l'emplacement qu'il désigne l'existence d'un couvent 
dédié à l'un des disciples de Notre-Seigneur, du nom de saint 
Sabas. 

Cette assertion, du reste, quand même elle serait vraie, prou- 
verait-elle que saint Jean-Baptiste n'est pas né dans la ville qu'a 
remplacée le village actuel d'A'ïn Karim? Dans cette ville , je l'avoue , 
la mémoire du saint précurseur devait éclipser toutes les autres. 
Néanmoins, rien n'empêche absolument cpi'un monastère n'y ait été 
érigé en l'honneur d'un autre saint. Mais, encore une fois, l'asser- 
tion de Saewulf me paraît très-problématique. 

Voici le passage du pèlerin anglo-saxon : 

SimiHter ecclesia Sanctœ Crucis distat quasi unum milliare a lerosolima , in 
parte occidentali , In loco ubi sancta crux excidebatur, honestissima el specio- 
sissima, sed a paganis in desolatlonem posita, tamen non multum destructa 

prêter edificiis in circuitu et cellulis In occidentali parte ecclesiœ Sanctae 

Crucis quasi trium milliarium est monasterium pulcherrimum et maximum in 
honore sancti Sabœ, qui fuit unus ex septuaginta duobus discipuiis Domini nos- 
tri Jesu Christ! : ibi jam monachi grcci plusquam trecenti cenobialiter viventes 
Domino sanctoque servierunl; quorum fratnim maxima pars a Sarracenis pe- 
rcmpta, quidam vero infra urbis muros juxta turrim David in aUo monasterio 
ejusdem sancti dévote famulantur; aliud vero monasterium omnino in desola- 
tionem est dimissum. 



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CHAPITRE V. — A^IN KARIM. 93 

A partir de Saewulf, la plupart des pèlerins siibséquents, comme 
le docteur Tobler le reconnaît d'après les citations mêmes qu'il en 
donne et auxquelles je renvoie le lecteur, fixent dune manière 
constante et très-nette la patrie de saint Jean-Baptiste au village 
actuel d 'A'ïn Karim. 

Sans donc vouloir ni prouver, ni réfuter la tradition qui localise 
dans la chapelle de la Nativité, et non à une autre place, la nais- 
sance de saint Jean-Baptiste, parce que Ton manque, je crois, soit 
pour l'établir, soit pour la renverser, de preuves tout à fait péremp- 
toires, je me borne à conclure que le village d'A'ïn Karim ou de 
Saint-Jean-du-Désert a eu très-probablement l'honneur de donner 
le jour à ce saint, et que le nom qu'il porte encore aujourd'hui a 
consacré un événement dont rien jusqu'ici ne me parait avoir dé- 
montré la fausseté. 

Pour en revenir à l'église dont cette chapelle fait partie, l'histo- 
rique en a été esquissé par le docteur Tobler, d'après les documents 
qu'il a puisés chez les différents pèlerins qui en parlent de siècle 
en siècle, et je ne puis mieux faire que d'engager le lecteur à con- 
sulter là-dessus ce savant Allemand, dont je suis loin d'admettre 
toutes les opinions, mais dont les consciencieux travaux doivent 
être étudiés avec soin par ceux qui veulent connaître à fond la 
Palestine. 

Voici le simple résumé de cet historique : 

La fondation première de l'église de Saint-Jean a été attribuée, 
comme celle de beaucoup d'autres édifices religieux de la Terre 
sainte, à la mère de Constantin; mais, ainsi que je l'ai déjà dit, 
cette assertion ne repose sur aucun témoignage contemporain ni 
même voisin de l'époque oik vivait sainte Hélène, et l'on ne peut, 
sans témérité, y asseoir, comme sur une base certaine, aucune af- 
firmation sérieuise. La date donc de la construction primitive de 
cette église nous est inconnue. 

Le beau et vaste couvent mentionné en cet endroit par Saewulf 
nous prouve, si l'indication de la distance est exacte, qu'avant l'ar- 
rivée des croisés le village d'A'ïn Karim renfermait un monastère. 



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n DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Ce pèlerin le désigne, il est vrai, sous la dénomination de Saint- 
Sabas. Mais de deux choses Tune : ou Saewulf a commis une erreur 
de distance et de direction, et il fait allusion, dans ce passage, au 
grand et magnifique monastère de Saint-Sabas, situé à deux heures 
de marche à l'est de Bethléhem, et qui, florissant depuis plusieurs 
siècles, avait pu, au moment où les croisés envahirent la Pales- 
tine, être ravagé par les Sarrasins; ou bien, ne se trompant pas 
dans la détermination de la localité, le pèlerin saxon a peut-être 
laissé échapper une méprise par rapport au nom du saint auquel 
le couvent en question était dédié, en mettant celui de saint Sabas, 
rr l'un, dit-il , des soixante et douze disciples de Notre-Seigneur, ^ à la 
place du nom de saint Jean-Baptiste, le précurseur du Christ; cai' 
il n'est fait mention qu'une seule fois à A'ïn Karim d'un monastère 
ainsi appelé, et il serait étonnant que, immédiatement après, dans le 
même siècle, la tradition eût complètement changé, et que le sou- 
venir de saint Sabas se fût eflacé pour toujours devant une autre 
mémoire, qui aurait entièrement anéanti la première, sans que ce- 
pendant elle eût elle-même la moindre racine dans les traditions 
du pays. 

Sans parler des autres pèlerins qui, dans le courant du xn* et du 
xni® siècle, ont signalé en cet endroit l'existence d'une église bâtie 
sur l'emplacement de la maison de Zacharie et du lieu de la nais- 
sance de saint Jean-Baptiste, je rapporterai ici le témoignage de 
Pipin, qui est trèsrprécis^ et d'où il résulte qu'en l'an 1820, époque 
du voyage de ce pèlerin en Palestine, il y avait à A'ïn Karim une 
belle et antique église en l'honneur de saint Jean-Baptiste : 

llem fui in loco ubi natus est beatus Johannes Baptîsta, ubi beata 

Virgo post salutationem angelicam visitavit beatam Elisabeth et mansit apud 
eam mensibus tribus, et ivi per montana per que beata Virgo conscendit. Ibi esl 
ecclesia antiqua et pulchra io honore beati Johannis Baptiste, et non longe ab 
ipsa est alia sub vocabulo Sancti Zacharie, ubi fuit alia domus ejus. Inter bas 
ecclesias est fons qui dicitur Béate Marie, de quo ipsa bibit et impluries aquam 
accepit^ 

' Fipini Tractatus de locis Tare Sancte, p. 7*2 u. 



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CHAPITRE V. — A'IN KARIM. 96 

Ce passage, on le voit , est très-explicite. Il mentionne en termes for- 
mels les trois choses qui , encore aujourd'hui , attirent l'attention et les 
respects du pèlerin à A^ïn Karim, savoir: l'église de Saint-Jean-Bap- 
tiste, celle de Saint-Zacharie, dont je dirai un mot tout à l'heure, 
et, dans l'intervalle qui les sépare, la fontaine dite de Sainte-Marie. 

Remarquez que l'église de Saint-Jean-Baptiste est appelée par 
notre pèlerin antiqua etpulchra. Si elle était déjà ancienne en 1820, 
il est à croire qu'elle datait d'une époque antérieure à l'arrivée des 
croisés, et que, par conséquent, il faut l'identifier avec celle qu'a- 
vait mentionnée, en 1 1 02, le pèlerin Saewulf comme dédiée à saint 
Sabas, et dont il avait également vanté la grandeur et la beauté. 
-Abandonnée par les moines grecs, à cette époque, à la suite d'une 
attaque des Sarrasins, elle aura probablement été réparée plus tard 
par les croisés, mais non fondée par eux; autrement, s'ils l'eussent 
bâtie durant le temps de leur occupation, c'est-à-dire dans le cou- 
rant du xif siècle, comment, au commencement du xiv®, aurait-elle 
pu être appelée antiqua? 

Pendant une grande partie du xv*^ et du xvi^ siècle, l'église de 
Saint-Jean, abandonnée par les chrétiens, qui y venaient seulement 
vénérer dans la crypte de la nativité du saint le lieu où il était né, 
servait d'étable et d'écurie aux habitants du village, lesquels y 
mettaient leurs troupeaux et leurs bêtes de somme. 

En 1679, les franciscains obtinrent la propriété de cette église, 
et ils durent alors préalablement la purger de toutes les immondices 
qui la souillaient. Néanmoins , ils n'habitaient point le village et ils 
se contentaient de venir annuellement célébrer la messe dans ce 
sanctuaire, le jour anniversaire de la fête de saint Jean-Baptiste. 
Quelques années plus tard, il retomba au pouvoir des indigènes, 
qui s'y installèrent de nouveau, eux et leurs bêtes. 

En 1621, le révérend pè je Thomas de Novare, alors custode de 
Terre sainte, parvint, à force de démarches et surtout d'argent, à 
reconquérir cette église. Nous lisons à ce sujet dans Quaresmius : 

Anne Domini 1621, ioca sancta moderatus est P. F. Thomas a Novaria: hic 
oblinuit sacram œdcm nativilaiis sancti Johannis Raplislas, non sine magnis 



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96 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

samptibus, laboribus et pcriculis, a majoribus Turcarum Jérusalem; quam, ut 
decebat, purgavit, et christiano cultui restituit; habitabaotque in ea fratres, ut 
vîdere est iu quadam relatione ab eodem pâtre édita, de hujus sacri templi 
recuperatione. Yerum non multis post mensibus, Magarbinis in seditionem 
conversis, qui in eam jus habere contendebant, amicorum persuasione, ad ma- 
jora evitanda incommoda , non sine dolore et lacrimis sacrum locum reliquerunt 
fratres, qui iterum in stabulum bestiarum versus est'. 

Arrachée encore une fois aux franciscains par les habitants d'A'ïii 
Karim, l'église redevint une étable et un réceptacle d'immondices. 

En 1672, le marquis de Nointel, ambassadeur de France près 
la Sublime Porte, obtint du sultan de Constantinople un firman 
qui autorisait les franciscains à rentrer en possession de ce pré- 
cieux sanctuaire. Ils dépensèrent des sommes considérables pour le 
réparer. Puis ils bâtirent à côté un couvent pour eux-mêmes et un 
hospice pour les étrangers. 

Forcés, en 1679, de se retirer, ils durent attendre encore quel- 
ques années avant de devenir déGnitivement maîtres de ce qui leur 
avait été solennellement octroyé par le firman de 1672. 

En 1698, ils entreprirent une reconstruction de leur cloître, 
dont ils augmentèrent les dépendances, en ayant soin, par la force 
et par l'épaisseur des murs, de le mettre à l'abri d'un coup de main 
de la part des Arabes. Ils embellirent aussi l'église et principale- 
ment la chapelle de la Nativité de saint Jean, qu'ils ornèrent de 
marbres divers et de bas-reliefs estimés. Quelques réparations et 
adjonctions ont été exécutées depuis , et notamment il y a un petit 
nombre d'années. 

FONTAINE D'A^ÏN KARIM. 

A quelques centaines de pas à l'est du monastère, sur la route 
qui conduit au sanctuaire de Sainte-Elisabeth ou de la Visitation, 
est une belle et abondante fontaine, (jie les musulmans appellent 
A'ïn Karim et qui a donné son nom au village, ou du moins qui 
porte la même désignation. 

' Ehœidaùo Terrœ Sanctœ, t. II , p. 7 1 2. a 



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CHAPITRE V.— SANCTUAIRE DE SAINTE-ELISABETH. 97 

Les chrétiens la nomment la fontaine de la Vierge, en arabe 
A'in elnA'dra, \jSuti\ (^^^ parce que la sainte Vierge, pendant son 
séjour de trois mois auprès de sainte Elisabeth, sa cousine, a dû 
boire de son eau. Elle est sans cesse assiégée par les femmes du 
village, qui y viennent emplir leurs cruches. Au-dessus de la voûte 
qui la recouvre est un petit sanctuaire musulman presque entière- 
ment ruiné, mais oik les indigènes mahométans vont encore faire 
leurs prières. L'eau de cette fontaine est douce et limpide; elle 
forme un ruisseau qui fertilise la riante vallée dont j'ai déjà parlé. 



SANCTUAIRE DE SAINTE-ELISABETH. 



Cinq cents pas plus loin, en côtoyant cette vallée, vers la droite, 
et des collines, vers la gauche, on arrive par une montée assez 
douce au sanctuaire de Sainte-Elisabeth , autrement dit de la Visi- 
tation. C'était, il y a quelques années encore, une chapelle à moitié 
ruinée, où les révérends pères franciscains venaient annuellement 
célébrer la messe le jour de la Visitation. Le 2 1 février 1 860 , à la 
suite d'une pluie torrentielle, elle s'écroula presque complètement. 
L'année suivante, les révérends pères résolurent de relever cet 
antique oratoire. Après les premiers déblais, on reconnut que le 
rocher contre lequel il était adossé était creux et rempli seulement 
d'une grande quantité de pierres et de matériaux. On le dégagea de 
ces décombres, et l'on découvrit une saHe mesurant quinze pasdelong 
sur onze de large; elle était formée, partie par le rocher et partie 
par de fortes murailles , sur lesquelles reposait une église supérieure. 
A droite en entrant se trouve le petit escalier mentionné par tant 
de pèlerins et qui conduisait à cette église. Dans le fond de la cha- 
pelle on remarque, à droite, une espèce de corridor ou d'enfon- 
cement voûté, que termine une niche, qui encadrait jadis probable- 
ment un autel; à gauche est une autre niche analogue. 

Les murs ainsi que la voûte étaient décorés autrefois de pein- 
tures, qui sont maintenant très-effacées. Un autre réduit voûté dans 
les parois de droite, près de l'entrée, est signalé par la tradition 



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98 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

comme étant la cachette où, pendant quelque temps, saint Jean 
aurait été dérobé, après sa naissance, aux recherches sanguinaires 
d'Hérode, lorsqu'il ordonna le massacre des Innocents. 

Trois vieux oliviers, dont un surtout est très-remarquable, s'élè- 
vent devant ce sanctuaire. 

Au-dessus de cette chapelle on en avait construit une seconde, 
plus grande, dont il reste encore quelques débris. Un couvent y 
était attenant. Plusieurs voûtes et les murs d'enceinte en sont en- 
core debout. Ils sont d'une extrême épaisseur. Des croisées en forme 
de meurtrières indiquent que tout dans la construction avait dû être 
calculé pour la défense. A l'intérieur de ce couvent, une source in- 
tarissable, dite de Sainte-Elisabeth, est recueillie dans une citerne. 

Voici comment Quaresmius décrit ces deux sanctuaires : 

Hœc domus [sancti Zachariœ] olim a piis fidelibus fuit in ecclesiam con- 
versa, estque bipartita, altéra inferius, altéra superias œdificata; retenta fere, 
ut credo, forma domus, paucis immulatis pro templi structura, ad illius 
memoriam conservandahn , et distinctorum mysteriorum ibidem operatorum 
memoriam reprœsentandam. Inferior parva est, ad sacelli similitudinem : in 
capite, idest, oriental! plagà, est fornix sive capella cum suo altari. Ex ista 
per scalam lapideam, quœ est ad iliius latus, etsi fere démoli ta, est ad supe- 
riorem ascensus. Scala ista illamet esse creditur, per quam beata Virgo ascendit 
et descendit tempore Visitationis, et quoad mansit apud Elisabeth. 

Superior ecclesia pèene tota coUapsa et diruta est; solœ ruinœ et aliquid 
superioris partis apparent Est ad banc accessus, nedum per scalam, sed ex 
omni parte per ruinas ejus; non ab inferiori dissimilis. Cernuntur in ipsis 
adhuc picturœ, etsi temporis injuria admodum consumptœ : circumcirca sunt 
multœ concavitates et œdificiorum ruinœ. 

Prope magnum est œdificium, intra quod est puteus vel cisterna; ferturque 
olim ibi fuisse sanctimonialium monasterium ^ 

Ce passage de Quaresmius résume et précise les autres descrip- 
tions des pèlerins antérieurs. Ce savant religieux ajoute ce qui suit : 

In inferiori ecclesia, quam primo intravit beata Virgo Maria, erat Elisabeth, 
quando fuit a Virgine salutata ; ad cujus vocem ipsa fuit cum filio suo Spirilu 

* Eiueidatio Terrœ SancUp, t. II, p. 709. 



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CHAPITRE V. — SANCTUAIRE DESAINTE-ÉLISABETH. 99 

Sancto repleta; et omnes codesti gaudio perfusi, exlerius eliani iœtitiœ 8igoa 
dedeniDt, et in primis beataDeipara, mente spirituque lœtabunda, in laudes 

Deiseprofudit, dicens : rt Magnificat anima mea Dominum r^ 

In superiori vero, Zacharîas, jam ex increduiitate mutus, cam in cir- 

cumcisione pueri ejus domestici innuerent ilti quem vellet vocari eum, postii- 
lafis pugillarem scripsit dicens : «Johannes est nomen ejus.^ Et meritis filii 
vincalis linguœ ejus solulis, prophetavit et, Deo gratias agens, dixit: «rRene- 
dic^us Dominus Deus Israël ?> 

D'après ces lignes, où Quaresmius ne fait que reproduire une 
tradition fort ancienne, rapportée avant lui par beaucoup de pèie- 
rins, on voit que ces deux sanctuaires superposés et appelés par les 
indigènes du nom commun de Mâr Zakarxâ (Saint-Zacharie), pas- 
sent pour avoir succédé à une maison de campagne appartenant à 
ce saint personnage, maison divisée en deux étages, dont Tun aurait 
été témoin de l'entrevue de la sainte Vierge et de sainte Elisabeth, 
et l'autre de la circoncision de saint Jean-Baptiste. Dans le premier 
aurait eu lieu la scène touchante racontée par saint Luc. 

39. Marie partit en ce même temps, et s'en alla en toute hâte vers les mon- 
tagnes, en une ville de Juda. 

&o. Et étant entrée dans la maison de Zacharie, elle salua Elisabeth. 

k\. Aussitôt qu'Elisabeth eut entendu la voix de Marie qui la saluait, son 
enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-EspriL 

iîi. El, élevant la voix, elle s'écria : Vous êtes bénie entre toutes les femmes, 
et le fruit de vos entrailles est béni. 

43. Et d'où me vient ce bonheur que la mère de mon Sauveur vienne vers 
moi? 

Ixk. Car votre voix n'a pas plus tôt frappé mon oreille, lorsque vous m'avez 
saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. 

AS. Et vous êtes bienheureuse d'avoir cru, parce que ce qui vous a été dit 
de la part du Seigneur sera accompli. 

û6. Alors Marie dit ces paroles : Mon âme glorifie le Seigneur, etc. * 

• En souvenir de ce sublime cantique du Magnificat, sorti en ce 
lieu, il y a plus de dix-huit siècles, de la bouche et du cœur de la 
sainte Vierge, et que toute la terre a ensuite répété et répétera 

' Luc, c. I, V. 39-/16. 



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100 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

jusqu'à la fui des temps, les pèlerins ont coutume de le réciter dans 
ce sanctuaire, de même que, au milieu des ruines de la chapelle su- 
périeure, ils redisent les belles et prophétiques paroles du prêtre 
Zacharie qui commencent par ces mots : 

Benedictus Dominus Deus Israël, quia visitavit et fecit redemptionem plebis 
suœ'. 

Que penser maintenant de cette tradition et comment l'accorcler 
avec celle qui place, à dix minutes de là, sur l'emplacement de la 
crypte de l'église Saint-Jean, c'est-à-dire dans la chapelle de la 
Nativité, la naissance du précurseur du Christ? On peut supposer 
que Zacharie avait deux maisons : l'une à la campagne, dans l'en- 
droit appelé encore aujourd'hui Mâr Zakarid et consacré depuis 
longtemps par les deux sanctuaires superposés dont j'ai parlé; 
l'autre dans l'antique ville de Karem, à laquelle a succédé le village 
actuel d'A'ïn Karim, et occupant la place où s'est ensuite élevée 
l'église Saint-Jean. Saint Luc, à la vérité, ne signale pas cette cir- 
constance, et il se contente de nous dire que la sainte Vierge entra 
dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. 

Et ÎQtravit in domum Zachariœ et salulavit Elisabeth^. 

Mais c'est là une particularité peu importante, qui a pu, dans 
la localité, se transmettre dans le souvenir des habitants, sans 
que, pour cela, l'évangéliste ait cru devoir jadis la consigner par 
écrit, en nous apprenant que Zacharie avait deux maisons. II peut 
se faire aussi que ce saint homme n'ait eu qu'une seule et unique 
habitation, mais que, néanmoins, en vertu de circonstances que 
nous ignorons, Elisabeth ait donné le jour à saint Jean dans une 
autre maison appartenant à l'une de ses parentes, et qu'ensuite la 
mère et fenfant aient été ramenés dans la demeure paternelle, ou 
celui-ci aura été circoncis *. 

Ces deux traditions ne sont donc pas, par elles-mêmes, contradic- 
toires, et elles peuvent être vraies toutes les deux. Ainsi aucune 

^ Luc, c. I, Y. 68. * Qmrcsmim, ElucidaUoTerrœSancta*, 

* Luc, c. I, V. /io. t. Il, p. 711. 



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CHAPITRE V.— LE PERE TRIFONE LOPEZ. 101 

raison décisive ne me paraît s'opposer à ce qu on y ajoute foi. Dans 
tous les cas, celle principalement qui veut que Zacharie ait eu une 
maison à l'endroit que l'on désigne encore aujourd'hui sous le nom 
de Mâr Zachariâ me semble consacrée par des sanctuaires fort an- 
ciens, dont l'origine remonte très- probablement à une époque 
antérieure aux croisades. 

MAISON DES DAMES DE SION. 

r 

A une faible distance de la chapelle de Sainte-Elisabeth est une 
maison occupée par les Dames de Sion, qui y élèvent une trentaine 
de jeunes orphelines dont vingt-cinq sont du Liban. Un établisse- 
ment plus vaste, oïl ces pieuses religieuses pourront recueillir un 
plus grand nombre d'enfants, est en voie de construction non loin 
du village. 

LE PÈRE TRIFONE LOPEZ. 

Les révérends pères franciscains m'offrirent l'hospitalité pour la 
nuit dans leur couvent. Je n'y revis plus, à mon grand regret, un 
religieux espagnol que j'avais connu autrefois et avec lequel je m'étais 
longtemps entretenu sur les terrasses du monastère, écoutant de la 
bouche de cet homme de Dieu les diverses vicissitudes par lesquelles 
il avait passé. Ce vieillard vénérable, le révérend père Trifone Lo- 
pez, qui avait assisté, en 1 808, à l'incendie de la basilique du Saint- 
Sépulcre, était mort depuis une dizaine d'années. Il avait vécu un 
demi-siècle en Palestine , et la belle couronne de cheveux blancs qui 
ornait sa tête , l'air de bonté et de franchise qui rayonnait sur sa grave 
et douce physionomie, m'avaient profondément frappé. Il attendait 
d'un front serein, sans l'appeler ni la craindre, l'approche de la 
mort", qui semblait respecter sa verte vieillesse, et il me parlait, en 
des termes aussi simples que touchants, de son long pèlerinage sur 
cette terre et de la fin prochaine de son exil. 

Deux pères vinrent me visiter dans ma cellule, et l'un d'entre 
eux s'offrit très-obligeamment pour m'accompagner le lendemain 
au désert de Saint-Jean-Baptiste. 



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102 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Dl^SERT DB SAINT-JEAN. 

Le 2 o avril , à huit heures du matin , nous nous raettons en marche 
dans la direction du sud, puis de l'ouest. Après avoir salué en passant 
l'oratoire de Sainte-Elisabeth, nous arrivons, à huit heures vingt- 
cinq minutes, devant une grosse pierre, vénérée de longue date par 
les chrétiens indigènes comme étant celle du haut de laquelle saint 
Jean-Baptiste aurait prêché la pénitence. Je rapporte cette tradition 
telle qu elle m'a été transmise, sans prétendre l'appuyer sur aucun 
document sérieux et la regardant plutôt comme une pieuse légende 
que comme une croyance réellement historique. 

Nous continuons à cheminer vers l'ouest, sur un sentier pierreux, 
mais néanmoins assez bon pour le pays, à travers des montagnes 
hérissées de broussailles, ou plantées de vignes là où la culture 
s'est emparée du sol. Un air pur et vivifiant circule sur ces iiau- 
teurs, qui dominent une vallée profonde où serpente un torrent, 
qui est à sec les trois quarts de Tannée et ne roule un peu d'eau 
qu'à l'époque des pluies. Cette vallée est une continuation, vers le 
sud, de l'Oued Beit-Hanina, que je décrirai ailleurs ; elle porte diffé- 
rents noms, suivant les villages au pied desquels elle s'étend. D'après 
une tradition fort accréditée parmi les chrétiens indigènes et sur- 
tout parmi les Latins, ce serait là la célèbre vallée du Térébinthe 
dont il est question dans le livre I des Bois, comme ayant été le 
théâtre du combat de David contre le géant Goliath. 

s. Saûl et les cnfanU dlsraël, s'étant assemblés, vinrent eo la vallée du 
Térébinthe, et mirent leur armée en bataille pour combattre les Philistins. 

3. Les Philistins étaient d'un côté sur une montagne; Israël était de Tautre 
sur une montagne opposée; et il y avait une vallée entre les deux armées. 

4. Alors on vit sortir du camp des Philistins un homme qui se présenta 
entre les deux armées et qui s'appelait Goliath; il était de Gath et avait six 
coudées et une palme de haut '. 

' Roifty I. I, c. XVII, V. 'i-'i. 



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CHAPITRE V. — DÉSERT DE SAINT-JEAN. 103 

Plus loin, au verset 4o, nous lisons : 

David prit le bâton qu'il avait toujours à la main; il choisit idans le torrent 
cinq pierres polies et les mit dans la panetière qu il avait sur lui; et, tenant à la 
main sa fronde, il marcha contre le Philistin. 

Mais, comme je le montrerai en son lieu, le verset i de ce même 
chapitre renverse par la base cette tradition, en plaçant ailleurs 
et dans une autre vallée, traversée par un autre torrent, la scène 
de ce combat fameux. 

Voici ce verset, qui est très-net et très-précis : 

Les Philistins, ayant assemblé leurs troupes pour combattre, se rendirent 
à Socho de Juda, et ils campèrent entre Socho et Azëca, sur les frontières de 
Dommim. 

C'est donc entre SocHo et Azéca, et non près de Saint-Jean-du- 
Désert, qu'il faut chercher l'emplacement de ce champ de bataille. 
En conséquence, avec plusieurs critiques, et entre autres avec Ro- 
binson * et Van de Velde^, je suis contraint de déposséder la vallée 
qui nous occupe en ce moment du nom qui lui a été faussement 
attribué de tr vallée du Térébinthe,T vallis Terebinthi dans la Vul- 
gate, en hébreu Emek ha-Elah, cr vallée du Térébinthe , i^ suivant 
d'autres «r vallée du Chêne, ?) et de le transportera une autre vallée 
plus méridionale, dont je parlerai ailleurs et qui porte actuelle- 
ment parmi les Arabes la dénomination à'Oued es-Soumt (vallée de 
l'Acacia). 

A neuf heures vingt minutes, nous parvenons à la grotte dite 
de Saint-Jean. Elle a été achetée depuis quelques apnées par 
Mk' Valerga, patriarche latin de Jérusalem. Un musulman en est 
le gardien. Cette grotte, à laquelle on monte par quelcpies de- 
grés, mesure 7", 2 5 de long sur 3°',2 5 dans sa plus grande lar- 
geur; sa hauteur est de 2™,6o. Au fond un autel a été construit 
par les soins de M»' Valerga. H consiste en quelques plaques 
de marbre placées sur le banc rocheux qui, d'après la tradition, 

* Biblieal Researches in Pakstine , t. Il, ' Memoir to aceompany the tnap ofthe 

p. 36o. Holy Land, p. 869. 



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tOâ DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

servait jadis de Ht au précurseur du Messie. Du côté de la vallée, 
on remarque deux ouvertures pratiquées dans les parois du rocher, 
l'une petite, en forme de meurtrière, l'autre plus grande et carrée, 
donnant sur une espèce de balcon sans garde-fou qui domine le 
ravin profond de l'Oued es-Sathaf, ainsi appelé en cet endroit à 
cause du village de ce nom qui s'élève sur les pentes de la mon- 
tagne opposée. 

Une source coule près de la grotte. Six degrés taillés dans le 
roc y conduisent; ils sont aujourd'hui très-dégradés et extrême- 
ment glissants. Les Arabes la désignent sous la dénomination à\i'tn 
el-Habisy (^.hh^ (:5^:^. Son eau intarissable est pure et limpide; les 
pèlerins en boivent avec respect, comme ayant autrefois désaltéré 
saint Jean pendant qu'il habitait cette grotte. 

Une construction ruinée, qui a pu ètreun sanctuaire avec quel- 
ques dépendances, l'avoisine. Je signalerai aussi deux ou trois beaux 
caroubiers qui croissent auprès. On sait que cet arbre est appelé 
en allemand Johannisbrodbaumy marbre du pain de saint Jean, ^ parce 
que Ton croit que ce saint personnage se nourrissait de ses fruits. 
Les fruits du caroubier, en effet, que les botanistes nomment ceror 
Umiœ siliquœ, servent en Afrique et en Orient à la nourriture des 
pauvres. Ils en mâchent la pulpe, qui a quelque chose de sucré, Ce 
sont là les siliquœ dont il est probablement question dans l'histoire 
de l'enfant prodigue, qui eût été bien aise de s'en rassasier avec les 
pourceaux, mais personne ne lui en donnait. 

Et cupiebat impiere ventrem de siliquis , quas porci manducabanl, et nemo ' 
illidabai^ 

A quelques minutes de là, un petit sanctuaire, nouvellement re- 
bâti, renferme, dit-on, le tombeau ou, pour mieux dire, l'empla- 
cement présumé du tombeau de sainte Elisabeth. De la colline où 
s'élève cet oratoire, un bel horizon se déploie devant les regards. 

Parmi les villages que l'on aperçoit, je signalerai surtout ceux de 

' Luc, c. \v, V. iG. 



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CHAPITRE V. — DÉSERT DE SAINT-JEAN. 105 

Sathaf et de Souba.vers l'ouest, et, vers le nord, ceux de Kolounieh 
et de Neby Samouïl. 

La localité que nous venons de parcourir depuis k'ïa Karim 
jusqu'au tombeau de Sainte-Elisabetb , est désignée vulgairement 
sous le nom de désert de Saint-Jean. 

Nous lisons dans l'Evangile de saint Luc : 

Or renfant croissait et se fortifiait en esprit, et il demeurait dans les déserts, 
jusqu'au jour de sa manifestation à Israël ^ 

Le même évangéliste ajoute : 

9. Anne et Caïphe étant grands prêtres, le Seigneur fit entendre sa parole 
à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. 

3. Et il vint dans toute la région du Jourdain, prêchant le baptême de la 
pénitence pour la rémission des péchés. 

U. Comme il a été écrit dans le livre des discours d'Isaïe : C'est la voix de 
celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur; rendez droits 
ses sentiers^. 

En parlant de saint Jean, saint Matthieu avait déjà dit : 

1. En ce temps-là, Jean-Raptiste vint prêcher au désert de Judée, 

a. En disant : Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche. 

3. C'est lui qui a été marqué par le prophète Isaïe, lorsqu'il dit : Voici la 
voix de celui qui crie dans le désert : Préparez les chemins du Seigneur; rendez 
droits ses sentiers. 

&. Or Jean avait un vêtement de poils de chameau et une ceinture de cuir 
autour des reins; et sa nourriture consistait en sauterelles et en miel sauvage. 

5. Alors la ville de Jérusalem, toute la Judée et tout le pays des environs 
du Jourdain venaient à lui ; 

6. Et, confessant leurs péchés, ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain^. 

De ces passages il semble résulter, comme le remarque Quares- 
mius*, que saint Jean-Baptiste a habité plusieurs déserts, et au 
moins deux : Tun où il a vécu d'abord jusqu'à l'époque de sa mani- 
festation, l'autre sur les rives du Jourdain, où il a prêché la péni- 
tence et baptise tous ceux qui de Jérusalem , de tous les coins de 

* Luc, c. 1, v. 8o. ^ Matthieu, c. ni, v. i-6. 

* Luc, c. ni,v. 9-^1. * ElucidaiioTerrœSancUe, i. Il, f,-] où. 



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106 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

la Judée et des environs du fleuve accouraient autour de lui, attirés 
par sa vie austère et par la puissance de sa parole, et qui venaient 
recevoir avec le baptême la rémission de leurs péchés. 

Suivant la tradition que j'ai rapportée, ce serait dans les mon- 
tagnes voisines d'AKn Karim qu'il faudrait chercher le premier de 
ces déserts, et la grotte que j'ai décrite aurait été son asile dès l'en- 
fance, comme le témoigne cette hymne que l'Eglise chante le jour 
où elle célèbre la fête du saint précurseur : 

Antra deserti teneris sub annis, 
Civium turmas fugiens, petisii, 
Ne levi posses maculare vitam 
Grimine linguœ. 

Toutefois, le docteur Tobier * et le docteur Sepp^ supposent que 
l'on doit placer ailleurs, dans une région moins fertile et moins 
agréable que les environs d'A'ïn Karim , le désert où saint Jean au- 
rait passé sa jeunesse. La grotte de l'A*m ol-Habis leur paraît dans 
une position trop pittoresque et dominer une vallée trop verdoyante 
pour avoir été la demeure de cet austère anachorète. 

Sans doute, en se rapprochant davantage de la mer Morte et 
dans certains districts plus orientaux de la Judée, il y a des déserts 
beaucoup plus affreux que les montagnes, en partie couvertes 
d'arbres, d'arbustes et de vignobles, qui bordent l'Oued es-Sathaf. 
Néanmoins, la grotte de l'A'ïn el-Habis, par sa position solitaire 
a\i-dessus d'une vallée escarpée, semble la cellule toute naturelle 
d'un ermite qui cherche le silence et l'éloignement des hommes, 
afin de se livrer plus librement à la prière et à la mortification. Dans 
tous les cas, la tradition qui fixe en ce lieu l'un des déserts habités 
par saint Jean remonte au moins jusqu'aux croisades, et les croisés 
l'avaient probablement recueillie eux-mêmes de la bouche des chré- 
tiens indigènes. Les anciens pèlerins qui signalent sur les rives du 
Jourdain un désert qu'ils appellent désert de Saint-Jean, et une 

* Topographie von Jérusalem und seinen ' Jérusalem und dos Heilige Land, 1. 1 , 

UingehungeHy t. H, p. 391. p. SAS. 



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CHAPITRE V. — MALHAH. — A'ÏN YALO. 107 

église, dont les ruines existent encore, en Thonneur de ce saint, ne 
contredisent nullement la tradition précédente; car, d'après le témoi- 
gnage même des Evangiles, saint Jean-Baptiste, je le répète, semble 
avoir séjourné dans un autre désert, en attendant l'époque de sa 
manifestation, et c'est de celui-là précisément qu'il est question ici. 
Le 2 1 avril, à sept heures du matin, je quitte A*ïn Karim, pour 
prendre le chemin de Bethléhem. Ma direction est celle du sud-est. 

MALHAH. 

A sept heures quarante minutes, je laisse sur une colline élevée le 
village de Malhah, aJ.U . La vallée qui serpente, vers l'est, au pied de 
ce village, s'appelle Oued eUOuardy :>j^\ :>\^ (la vallée des Roses), 
parce qu'on y cultive beaucoup de roses rouges et blanches, que les 
habitants du village de Malhah et d'autres localités voisines vont 
vendre à Jérusalem. C'est avec ces fleurs, dont le parfum est exquis, 
que l'on fabrique une eau de rose renommée qui égale celle de 
l'Egypte. 

a'ÏN YALO. 

A huit heures cinq minutes, je fais halte quelques instants près de 
YA'in Yaby y\j q^. L'eau de cette fontaine jaillit avec abondance 
d'un petit canal en pierre qui se trouve engagé dans un mur, en 
dehors duquel il fait une légère saillie. Elle se répand dans un 
bassin d'où elle se distribue ensuite au milieu de jardins disposés 
paf étage. Ceux-ci couvrent les pentes et le fond d'une vallée que 
j'ai entendu appeler de trois noms différents : Oued el-Ouard, Oued 
Malhah et Oued A'ïn Yalo. 

Au-dessus de cette fontaine, on observe plusieurs autres jardins 
bien cultivés , où de superbes oliviers croissent au milieu de belles 
plantations de rosiers. Près du bassin où elle coule se trouvent 
trois fûts de colonnes de marbre monolithes qui appartenaient peut- 
être à un sanctuaire détruit; un peu plus loin, on rencontre quel- 
ques ruines éparses, entre autres celles d'un bâtiment rectangulaire, 
mesurant quinze pas de long sur treize de large, dont les assises infé- 



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108 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

rieures en blocs considérables, mais assez mal équarris, sont en- 
core debout. Alentour, gisent amoncelés plusieurs tas de pierres, 
restes de diverses constructions renversées. 

Mon guide et les femme^de Malhah qui puisaient de leau à 
l'Aïn Yalo me désignèrent ces ruines sous le nom de Deir er-RoutHy 
«y ^^ (couvent des Chrétiens). Y avait- il là autrefois un petit 
monastère avec seaT dépendances, et ce monastère avait-il succédé 
lui-même à un village antique, du nom d'Yalo, comme 1 antique 
et célèbre cité d'Aïalon, située dans la tribu de Dan? C'est très- 
possible. Il me semble, en effet, peu probable qu'à côté de cette 
fontaine abondante il n'y ait pas eu jadis un certain ehsemble d'ha- 
bitations qui seraient venues se grouper dans le voisinage. Rien 
n'empêche, non plus, de croire qu'à l'époque chrétienne cette source 
ait été consacrée par un sanctuaire, comme tant d'autres en Pales- 
tine, et ait déterminé en ce lieu la fondation d'un couvent. 

a'ïn el-hanîeh. 

De l'A^ïn Yalo, en me dirigeant vers l'ouest-sud-ouest, j'arrive, 
à huit heures quarante minutes, à YA'in el-Haniehy a^ (^j:^ (fon- 
taine de l'Arcade); d'autres l'écrivent *^t (j^^ (fontaine de la 
Santé). Elle est vulgairement connue parmi les chrétiens indigènes 
sous la désignation de fontaine Saint-Philippe. 

Cette belle source tombe en cascade d'un conduit antique, que 
surmonte une petite rotonde demi-circulaire dont la voûte est dé- 
truite et qui, dans sa partie antérieure, est ornée de deux pilastres 
à chapiteaux corinthiens. Au centre de la rotonde, on remarque une 
niche qui a dû jadis probablement renfermer une statue.- A droite 
et à gauche, quelques degrés sont encore en place. L'eau, qui 
autrefois était recueillie dans un bassin , s'écoule actuellement 
dans un ruisseau. Le bruit harmonieux qu'elle produit dans sa 
chute et l'agréable fraîcheur qu'on respire en cet endroit semblent 
inviter le voyageur qui passe à se reposer un moment près de cette 
fontaine éternellement murmurante. 



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CHAPITRE V. — A'ÏN EL-HANÎEH. 109 

La simple mais élégante construction qui la décore a été bâtie en 
pierres de taille très-régulièrement agencées entre elles et est cer- 
tainement antérieure à Tépoque arabe, peut-être même à l'époque 
byzantine. Car, ainsi que le remarque fort judicieusement le doc- 
teur SeppS elle paraît plutôt romaine ou bérodienne et rappelle en 
petit la grotte de Pan à Panéas. Au lieu de donner l'idée d'un ora- 
toire chrétien , on la prendrait de préférence pour un édifice païen. 
Toutefois, au moyen âge, lorsque cette fontaine était déjà consi- 
dérée comme celle où saint Philippe avait baptisé l'eunuque de la 
reine d'Ethiopie, une statue de ce saint a pu être placée dans la 
niche dont j'ai parlé. 

Au devant de l'AKn el-Hanîeh, on observe un énorme tronçon 
de colonne de pierre, qui paraît avoir servi de meule pour écraser 
des raisins ou des olives. Le ruisseau formé par la source est dérivé 
dans des jardins, qu'il fertilise. La construction d'où elle sort est 
elle-même adossée à une colline plantée de figuiers et de vignes et 
divisée en plusieurs enclos. L'un de ces jardins appartient actuelle- 
ment au grand couvent arménien de Jérusalem. On y remarque 
deux fûts de colonnes de pierre encore debout et un troisième 
presque entièrement enseveli et dont le chapiteau seul est visible. 
Ces colonnes , ainsi qu'une quatrième dont le fût renversé gît sur 
les bords de la route, au bas du jardin, appartenaient jadis à une 
église, aujourd'hui totalement détruite, et qui avoisinait la fontaine 
en la dominant. 

Outre cette église, il y avait, d'après la tradition des indigènes, 
un hameau antique situé à côté et dont les maisons démolies ont 
servi à former avec leurs matériaux les murs de soutènement et de 
séparation de plusieurs enclos. 

J'ai déjà dit que l'A^'in el-Hanîeh était désignée par les chrétiens 
sous le nom de fontaine de Saint-Philippe. Ce n'est pas là une tra- 
dition purement latine, mais elle est partagée également par les 
Grecs et par les Arméniens , qui s'accordent à y reconnaître la fon- 

* Jentsalem und dos Heilige Land, 1. 1, p. 538. 



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110 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

taine dont il est question dans le passage suivant des Actes des 
apôtres : 

96. En ce fùème temps, Tange du Seigneur parla à Philippe et lui dît: 
Levez-vous et allez vers le midi, sur la route qui descend de Jérusalem à Gaza 
et qui est dëserte. 

97. Et, se levant, il s'en alla. Or un Éthiopien eunuque, Tun des premiers 
officiers de Candace\ reine d'Ethiopie, et surintendant de tous ses trésors, était 
venu à Jérusalem pour adorer. 

98. Et à son retour, étant assis sur son char, il lisait le prophète Isaïe. 

99. Alors FEsprit dit à Philippe : Avancez et approchez-vous de ce char. 

30. Aussitôt Philippe accourut, et ayant ouï que Teunuque lisait le prophète 
Isaïe, il lui dit: Entendez-vous bien ce que vous lisez? 

3 1 . Ueunuque lui répondit : Gomment le pourrais-je entendre , si personne ne 
me l'explique? Et il pria Philippe de monter et de s'asseoir auprès de lui 

35. Alors Philippe, prenant la parole, commença par cet endroit de l'Écri- 
ture à lui annoncer Jésus. • 

36. Après avoir marché quelque temps, ils rencontrèrent de l'eau, et l'eu- 
nuque lui dit : Voilà de l'eau; qu'est-ce qui empêche que je ne sois baptisé? 

37. Philippe lui répondit : Vous pouvez l'être, si vous croyez de tout votre 
cœur. Il lui répartit: Je crois que Jésus- Ghrist est le fils de Dieu. 

38. Il commanda aussitôt qu'on arrêtât son char, et ils descendirent tous deux 
dans l'eau, et Philippe baptisa l'eunuque^. 

On voit que, dans ce passage, la désignation de l'endroit où saint 
Philippe baptisa l'eunuque de la reine d'Ethiopie nous est donnée 
d'une manière peu précise. Nous savons seulement qu'il reçut l'ordre 
de se diriger au sud de Jérusalem, sur la route qui descendait à 
Gaza. Or la route qui, vers le sud, conduit de Jérusalem à cette ville 
passe par Hébron; de là on gagne Gaza, en marchant presque di- 
rectement à l'ouest et en n'inclinant plus que faiblement vers le sud. 

On peut aussi se rendre de Jérusalem à Gaza en prenant tout 
d'abord, vers le sud-ouest, la route de Beit-Djibrin ; puis, à partir 
de Beit-Djibrin, la direction est celle de l'ouest-sud-ouest. 

Une troisième route, mais très-différente des deux premières, et 

* Le mot Candace est regardé généra- faudrait donc dire : l'un des premiers ofi- 
lement aujourd'hui comme un nom com- ciers de la candace d'Ethiopie, 
mun signifiant crreinc'» en éthiopien; il ' Actes, c. via, v. 26-3i, 35-38. 



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CHAPITRE V. — VIN EL-HANÎEH. 111 

dont, par conséquent, il ne peut être question ici, conduit le voya- 
geur de Jérusalem àRamleh vers louest-nord-ouest, et ensuite de 
Bamleh à Gaza, vers le sud-sud-ouest. 

Gomme saint Philippe reçut l'ordre de se diriger vers le midi, 
en suivant la route qui descendait de Jérusalem à Gaza , si l'on prend 
à la lettre le mot midiy il est clair qu'il s'agit alors dans les Actes de 
la première des trois principales routes que j'ai signalées. Le texte 
ajoute que cette route était déserte. 

Voici le verset en grec : 

kvd&lnOi xcà 'oopeiov xarà luai^iiSplav^ hà Trjv bShv tfjv xaraêa^vovcrav 
dnb lepovo'etXrlfi eU Td^av * oàiTYi ialh Ipttliof. 

Or le pronom relatif olvtv est rapporté par la plupart des cri- 
tiques à bS6s et non à Fa^a. 

Dans la Vulgate, le sens est également équivoque en ce qui con- 
cerne la dernière partie de ce verset. 

Surge, et Yade contra meridianum, ad viam quœ descendit ab Jérusalem in 
Gaiam; hœc est déserta. 

J'adopte plus volontiers l'opinion de ceux qui prétendent que 
c'est à la route plutôt qu'à Gaza qu'il faut attribuer l'épithète de 
déserte. En effet, pourquoi l'ange, en communiquant l'ordre du 
Seigneur à Philippe, lui aurait-il dit, à propos de Gaza, qu'elle était 
déserte, puisque celui-ci ne devait point se rendre jusqu'à cette 
ville et qu'il devait baptiser l'eunuque sur la route qui y condui- 
sait? D'ailleurs, c'est vers l'an 33 ou 34 de l'ère vulgaire que l'on 
place ordinairement le baptême de l'eunucpe de la reine d'Ethiopie 
par saint Philippe, et ce fut seulement l'an 65 de cette même ère 
que Gaza fut renversée momentanément par les Juifs, au conmience- 
ment de leur grande insurrection. 

Faut-il croire que ces mots : hœc est déserta soient une simple 
remarque de saint Luc, adjointe, sous forme de parenthèse, par 
l'auteur des Actes, aux paroles de l'ange? Dans ce cas, il faudrait 
admettre que les Actes auraient été rédigés au plus tôt l'année 65 
de notre ère, tandis que l'on pense généralement qu'ils ont été 



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112 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

composés à Rome en 1 an 63 ou 66. Mais cette parenthèse semble ici 
tout à fait oiseuse et déplacée. Si c^s mots, au contraire, comme je 
le suppose, ont été prononcés par l'ange, et si Tépithète de déserte 
s'applique à la route conduisant à Gaza, et non à cette ville, le 
messager du Seigneur aura voulu indiquer par là d'une manière 
plus nette à saint Philippe la voie qu'il devait suivre pour rencon- 
trer l'eunuque, aûn qu'au lieu de prendre la plus fréquentée, c'est- 
à-dire celle d'Arimathie (Ramleh), il prît celle du midi, qui, rela- 
tivement à la précédente, pouvait être appelée déserte. Or, ainsi 
que je l'ai dit, deux routes, vers le midi, mènent à Gaza. La plus 
courte, à la vérité^ est celle du sud-ouest, celle où se trouve pré- 
cisément l'A'ïn el-Hanieh, que la tradition actuelle regarde comme 
la fontaine oïl l'eunuque a été baptisé. L'autre, plus directement mé- 
ridionale dans sa première partie, conduit d'abord à Hébron. Elle 
est, sans doute, plus longue que la dernière; mais elle devait être 
autrefois plus commode pour aller en char, et nous savons par les 
Actes que l'eunuque était monté sur un char. Toutes les deux main- 
tenant, ayant cessé d'être entretenues depuis de longs siècles, sont 
également impraticables pour des voitures; toutefois, celle du sud- 
ouest est beaucoup plus accidentée et, même dans l'antiquité, elle 
devait, en bien des points, offrir des difficultés presque insurmon- 
tables à des véhicules. 

Néanmoins Quaresmius s'efforce de prouver par une série de 
témoignages que l'A'ïn el-Hanîeh est celle dont il est fait mention 
dans les^ Actes des apôtres. Il invoque même le témoignage de saint 
Jérôme, mais en l'interprétant mal et en transportant, par une mé- 
prise évidente, près de la source El-Hanîeh la ville de Bethsour, 
dont les ruines et le nom se retrouvent encore aujourd'hui sur la col- 
line de Beit-Sour, à sept kilomètres au nord d'Hébron. Quand je 
décrirai ces ruines et que je parlerai de l'A'ïn ed-Diroueh , qui les 
avoisine, le long de la grande route, je montrerai que ceux qui re- 
connaissent dans cette dernière fontaine celle de Saint-Philippe sont 
en cela parfaitement d'accord avec la tradition ancienne, telle qu'elle 
nous a été transmise par le pèlerin de Bordeaux, par Eusèbe et par 



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CHAPITRE V. — BEIT-DJALA. 113 

saint Jérôme, lesquels placent près de Bethsour le lieu du baptême 
de l'eunuque. La tradition actuelle qui le transporte à l'A'ïn el-Ha- 
nîeh est, au contraire, beaucoup plus récente, car elle ne remonte 
pas, très-probablement, au delà de l'époque des croisades. 

A huit heures cinquante-cinq minutes, je me remets en marche 
vers le sud-est, en descendant dans YOued Ahmedy *><^' ^J^, que 
je suis dans cette direction l'espace de vingt -cinq minutes en- 
viron. Cette vallée est sillonnée à son centre par un torrent, ac- 
tuellement à sec. On y cultive le blé et l'orge, ainsi que sur une 
partie des pentes des montagnes qui l'entourent. Les flancs de 
quelques-unes de celles-ci paraissent avoir été excavés en certains 
endroits pour en extraire des pierres. On y remarque aussi sur 
plusieurs points d'anciens tombeaux pratiqués dans le roc. 

BKIT-DJALA. 

A neuf heures vingt-cinq minutes, je laisse à ma droite, au mi- 
lieu de belles plantations d'oliviers, une fontaine abondante, et 
bientôt je gravis la colline que couronne le grand village de Bett- 
Djala, ^\s^ *^iKAft. 

Si les renseignements qui m'ont été fournis sont exacts, ce vil- 
lage renfermerait trois mille habitants, parmi lesquels deux mille 
sept cents Grecs schismatiques et trois cents Grecs catholiques. 
Aucun musulman n'ose y séjourner longtemps; car, d'après une 
ancienne légende, qui trouve encore quelque créance dans le pays, 
les sectateurs de Mahomet qui oseraient y demeurer trois jours 
sans se faire chrétiens courraient risque d'y mourir de mort su- 
bite. On y compte cinq cent cinquante hommes en état de porter 
les armes. 

L'ancienne paroisse grecque, dédiée à saint Nicolas, est petite 
et peu ornée. La nouvelle, qui est beaucoup plus grande et qui 
n'est terminée que depuis i863, est sous le vocable de la Nativité 
de la Vierge. La devanture en bois sculpté de Xicomsiasis est dé- 
corée de tableaux dont plusieurs sont, dit-on, des présents de la 



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114 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Russie. Une chose à noter, c est que l'abside de l'église, qui est, en 
réalité, la partie postérieure de cet édiûce, se trouvant, par suite 
de l'orientation , tournée vers le village, les habitants en ont fait la 
façade principale, en la surmontant de deux clochetons latéraux et 
d'une croix centrale. La partie naturellement antérieure de l'église 
regarde, en effet, la montagne, et elle a été sacrifiée, à cause de 
cette circonstance que nécessitait la loi de l'orientation , à la partie 
opposée, qui fait face au village. 

La paroisse catholique est la belle et grande chapelle du sémi- 
naire fondé par M^ Valerga. Elle est dans le style gothique, à ogives 
très-aiguës, et est intérieurement ornée de colonnettes à demi en- 
gagées dans des piliers. L'abbé Morétain, qui en a été l'architecte, 
a choisi, à dessein et avec goût, pour la décoration des chapiteaux, 
des feuilles et des fruits du pays et, en particulier, des feuilles de 
palmier et des grappes de raisin, ces antiques emblèmes de la Terre 
promise. 

Cette église contient trois autels, un à chaque extrémité du 
transept et un troisième ou maître-autel au milieu du chœur. Au- 
dessus de celui-ci est un tableau qui représente l'Annonciation de 
la Vierge. C'est un don de l'empereur des Français. 

A main gauche, en entrant, on lit sur les parois du mur l'ins- 
cription suivante : 

D. o. M. 

TEMPLVM HOC TITVLO ANNVNCIATIONIS B. M. VIRGINIS DICATVM 

CVM ADIBVS ADIVNCTIS 

ZELO ET OPERA PAVLI AMILII BOTTA GALLIARVM CONSVLIS 

CONTRA OBLVCTANTIVM MVLTIPLICI AVSV SCHISMATICORVM CONATVS 

VINDICATO FORTITER IVRE 

TVM EX PVBLICA RE OBTENTO FVNDO NEC NON 

CONLATIS A GVBERNIO GALLICO FRANCORVM XII MILLIBVS 

A. D. MDCCCLIV 

A FVNDAMENTIS ERIGI COEPTVM 

SEDENTE 

IN CATHEDRA HÏEROSOLYMITANA 

lOSEPHO PATRIARCHA 

DEO AVSPICE 

ABSOLVTVM ET BENEDICTVM FVIT 

A. D. MDCCCLVIIÏ XIV KAL. MAI 



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CHAPITRE V. — BEIT-DJALA. J15 

Cette inscription nous apprend que cette église, dédiée à l'An- 
nonciation de la sainte Vierge, ainsi que les Mtiments adjoints, 
c'est-à-dire ceux du séminaire, grâce au zèle et aux efforts de 
Paul-Emile Botta, consul de France, qui, malgré la résistance 
obstinée et les tentatives audacieuses et multipliées des schisma- 
tiques, revendiqua énergiquement le droit des Latins, commencè- 
rent à être érigés dès leurs fondements, sur un terrain concédé par 
la Sublime Porte, et au moyen de 12,000 francs envoyés par le 
gouvernement français, l'an i85i de Jésus-Christ, tandis que sié- 
geait dans la chaire de Jérusalem le patriarche Joseph. Ce même 
édifice fut, avec l'aide de Dieu, achevé et bénit l'an du Seigneur 
i858, ie ilx des calendes de mai. 

Ws' Valerga, en effet, pour ne pas laisser sans secours spirituels 
la population catholique de Beit-Djala, qui, depuis longtemps, était 
privée d'une église et d'un curé et ne recevait que de temps à autre 
la visite d'un religieux de Bethléhem , résolut de rétablir dans ce 
village, comme par le passé, une paroisse latine. 

Au xvn* siècle , comme nous le savons par le père Nau ', les Grecs 
de Beit-Djala vivaient en assez bonne intelligence avec le père 
franciscain qui administrait la paroisse catholique de cette localité. 
Ils promirent même un jour de rentrer tous dans le giron de l'Eglise 
romaine, si le couvent de Saint-Sauveur voulait s'engager à les 
aider annuellement dans l'acquittement de leurs impôts; mais les 
révérends pères refusèrent de se prêter à un trafic semblable et de 
paraître acheter ainsi leur conversion. 

Au xvm* siècle, les Grecs schismatiques de ce même village ma- 
nifestèrent également l'intention de se faire catholiques; mais celte 
velléité, par suite de diverses circonstances et surtout des menaces 
de leurs coreligionnaires de Jérusalem, n'aboutit à aucun résultat 
sérieux. 

Quand M^*^ Valerga eut été élevé sur le siège patriarcal de la 
Ville sainte, resté vacant depuis tant de siècles, il songea bientôt 

* Voyage nouveau de la Teri'c sainte , p. /i63. 



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116 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

à ne plus laisser sans pasteur les Grecs catholiques de Beit-Djala, 
qui, faute d'une direction toujours présente et active, tantôt incli- 
naient vers le schisme, tantôt demandaient comme une grâce la 
création d'une paroisse latine au milieu d'eux. Après s'être pro- 
curé une maison, et un terrain pour y construire une église, il en- 
voya dans ce village, en i853, l'un de ses missionnaires, M. l'abbé 
Morétain. 

Ce digne ecclésiastique, du diocèse de Lyon, se vit aussitôt en 
butte à des menées sourdes, qui éclatèrent ensuite en menaces et 
en hostilité déclarée de la part des Grecs schismatiques de Beit- 
Djala, qu'excitaient à la violence leurs coreligionnaires et principa- 
lement les moines grecs de Jérusalem. 

M^ Valerga, pour imposer aux schismatiques et soutenir en 
même temps par sa présence le dévouement de son missionnaire 
et le courage du petit troupeau qu'il essayait de réunir autour de 
lui, et qu'effrayait le nombre, neuf fois plus considérable, de ses 
adversaires, se transporta de sa personne sur le théâtre de la ré- 
sistance et s'installa dans la même maison que l'abbé Morétain, prêt 
à partager tous ses périls. Mais l'émeute alla toujours croissant, 
et un jour l'abbé Morétain faillit être atteint d'une balle au mo- 
ment où il célébrait la messe. Bientôt après, le domicile du pa- 
triarche fut envahi par une bande furieuse et indignement violé. 
Lui-même fut couvert d'insultes, et son missionnaire blessé à coups 
de pierres. 

M. Botta, consul de France à Jérusalem, se plaignit avec force, 
auprès d' Yakoub-Pacha , des violences commises contre le patriarche 
et M. l'abbé Morétain; mais, voyant que, gagné par l'or des Grecs, 
il penchait évidemment de leur côté et qu'il n'y avait à attendre 
de sa part aucune répression des désordres qui avaient eu lieu, 
ni aucune garantie sérieuse contre ceux qui pourraient surgir 
encore, il rompit ouvertement avec Yakoub et se retira à Jaffa avec 
M^' Valerga. 

De là il adressa à Constantinople d'énergiques réclamations, et il 
ne retourna à Jérusalem avec le patriarche que lorsque, après de 



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CHAPITRE V.— BEITDJALA. 117 

longues négociations, il eut obtenu les satisfactions qu'il avait exigées. 
Un firman^accorda à M^ Valerga un terrain assez étendu à Beit- 
Djala, et, dans le courant de l'année 1 854, ce prélat jeta les fonde- 
ments non plus seulement d'une simple paroisse, mais d'un grand 
séminaire contenant dans son enceinte la chapelle dont j'ai parlé, 
laquelle devait servir en même temps d'église paroissiale pour la 
population catholique du village. Celte importante construction, 
dont l'abbé Morétain a été le principal architecte, ne fut terminée 
qu'en i858. Elle fut exécutée et menée à bonne fin, grâce à l'appui 
efficace et constant de M. le consul de France, aux secours maté- 
riels envoyés par le gouvernement français, aux allocations de la 
Propagation de la foi, aux aumônes des fidèles et à l'activité inces- 
sante déployée par le patriarche, par ses grands vicaires et par 
l'abbé Morétain. 

Ce séminaire forme un grand bâtiment divisé en un rez-de- 
chaussée et en un premier étage. 11 renferme une vaste cour et 
de longues galeries intérieures. De magnifiques et immenses ter- 
rasses le couronnent. En même temps qu'elles constituent une belle 
promenade, elles servent à recueillir les eaux pluviales, qui, de 
là, par divers conduits, sont dirigées dans de larges et profondes 
citernes. 

Ce superbe établissement est appelé à rendre en Palestine et 
en Syrie d'inappréciables services, en préparant au sacerdoce des 
indigènes. Cinq ecclésiastiques y sont attachés comme professeurs, 
ainsi que plusieurs maîtres laïques. Les élèves y étudient, en 
fait de langues, le latin, l'italien, le français, l'arabe grammatical 
et l'hébreu. Ceux d'entre eux qui ont une vocation bieh prononcée 
pour le sacerdoce, car tous ne s'y destinent pas, suivent un cours 
de théologie, qui dure plusieurs années. C'est à la fois un petit et 
un grand séminaire et une pépinière d'interprètes et de prêtres. On 
y enseigne aussi plusieurs art« d'agrément, tels que la musique et 
le chant. ' 

Dans un compartiment spécial de cet établissement et dans deux 
salles au rez-de-chaussée, M^ Valerga a également institué une 



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118 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

double ccole primaire, Tune pour les petits garçons, l'autre pour 
les petites filles du village. Elles sont tenues, la première par un 
maître arabe de Beit-Djala, la seconde par une maîtresse , pareille- 
ment arabe, de Bethléhem, et sont fréquentées non-seulement par 
des enfants catholiques, mais encore par des enfants schisma- 
tiques. 

Si Ton me demande maintenant à quelle localité antique a suc- 
cédé Beit-Djala, je répondrai que les opinions sur ce point sont 
très-divergentes, ainsi qu'on peut le voir dans le docteur Tobler', 
les uns y ayant vu Rama, les autres Ëphrata, ceux-ci Bezek , ceux-là 
Bethel, d'autres Zelah, d'autres Giloh. Cette dernière conjecture me 
parait la plus vraiseinblable. 

La dénomination arabe de Beit-Djala, ^W- ooi^ , a, en effet, une 
ressemblance qu'on ne peut méconnaître avec la dénomination hé- 
braïque de n^a, Gilohy que portait jadis une ville mentionnée parmi 
celles de la montagne de Juda. 

.... Gosen et Olon et Gilo : civitates undecim, et villœ earum?. 

VChioniasttcon la cite sous le nom de Trfkœv, et Eusèbe se con- 
tente de nous dire qu'elle était dans la tribu de Juda. 

C'était la patrie du fameux Achitophel, l'un des principaux con- 
seillers de David, qui trahit ce prince pour suivre le parti d'Absa- 
. lom et qui ensuite, voyant que son avis n'avait pas prévalu auprès 
de ce fils rebelle , alla se pendre dans sa ville natale. 

Accersivit quoque Absalom Achitophel Gilonitem de civitalc sua Gilo ^. 

Porro AchiU)phel, videos quod non fuisset factum consiliuin suum, slravil 
asinum suum, surrexitque et abiitin domum suam et in civitatem suain; et, 
disposita domo sua, suspendio iulerilt, et sepuUus est in sépulcre palris sui^. 

On ne trouve, du reste, aucune antiquité à^eit-Djala, ce village 
ayant été toujours habité et, par conséquent, plusieurs fois recons- 

' Topographie von Jérusalem tuui seinen ^ Rois, I. il, c av, v. 12. 

Vingchungen, t. 11, p. /ii3. * Rois, I. Il, r. wii, v. *i3. 

* Josuc, c. XV, V. 01. 



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CHAPITRE V. — BEIT-DJALA. 119 

truit. Les environs sont très-fertiles, et le vin quon y récolte est 
renommé. 

* A quatre heures de laprès-midi, je me remets en marche pour 
Bethléhem. 

A quatre heures trente minutes, j'étais arrivé dans cette petite 
ville. 



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120 DESCHIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE SIXIEME. 

DESCRIPTION DE BETHLEHEM.^ SA POSITION. SES DIVERS QUARTIERS. 

SA POPULATION. INDUSTRIE DE SES HABITANTS. BASILIQUE DE 

SAINTE-MARIE. CRYPTE DE LA NATIVITE ET AUTRES SANCTUAIRES ATTE- 
NANTS. COUVENT LATIN. COUVENT GREC. COUVENT ARMENIEN. 

écOLE DITE DE SAINT-JÉrÔME. GROTTE DU LAIT. RUINES DU 

PETIT SANCTUAIRE APPELE MAISON DE SAINT-JOSEPH. CITERNES DITES 

DE DAVID. KASR EL-Ma'sAR. KHIRBET EL-KADDOUS. - — HISTOIRE DE 

BETHLÉUEH. 

BETHLÉHEH. 

2 2 et 2 3 avril. — Si l'aspect général de Jérusalem et les souve- 
nirs que cette ville rappelle éveillent dansTâme une grave et solen- 
nelle émotion, pleine de grandeur, mais en même temps pleine de 
tristesse, le pèlerin éprouve des sentiments différents à la vue de 
Bethléhem. Je ne sais quelle sereine et douce gaieté plane au-dessus 
de cette gracieuse bourgade, qui, au lieu d'avoir, comme la Cité 
sainte, à pleurer sur la mort et sur le tombeau d'un Dieu, renferme 
et montre encore avec une religieuse allégresse le lieu de sa nais- 
sance et l'emplacement de son berceau. C'est, en effet, la patrie de 
celui après lequel le monde antique avait soupiré si longtemps, et 
qui devait enfanter le monde moderne à une vie nouvelle. De là 
l'éternelle auréole de joie qui semble ceindre, aux yeux du chrétien, 
le front de cette petite ville; et je plaindrais sincèrement ceux qui, 
en foulant pour la première fois le sol de Bethléhem, ne ressen- 
tiraient pas, au fond du cœur, un de ces contentements ineffables 
qui font tressaillir l'âme tout entière, parce qu'ils ne viennent pas 
de la terre, mais du ciel. 

Bethléhem, en hébreu on'? n'»a (la maison du Pain), en arabe 
^ c^yu (la maison de la Viande), occupe d'ailleurs une position 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. ' 121 

fort agréable. Située, d après le savant Russegger, à 2,538 pieds au- 
dessus de la Méditerranée et Bg pieds plus haut que Jérusalem, elle 
est assise sur deux collines. Tune orientale, Tautre occidentale, que 
bornent au nord, à Test et au sud, plusieurs vallées connues sous 
les noms de Oued eJrKharoubehy Oued er-Rahib et Oued eUGhououds. 
SaJongueur, de l'ouest à Test, atteint à peine neuf cents pas, et sa 
largeur, en moyenne, ne dépasse point deux cent cinquante pas. 

La colline occidentale a des pentes abruptes du côté du midi 
et beaucoup plus douces vers le nord; vers le couchant, elle n'est 
presque plus escarpée, et, vers l'orient, la pente est .plus douce 
encore. La seconde colline, qui lui fait face de ce côté, est moins 
haute, mais plus large. La ville est ainsi partagée en deux parties 
qui se répondent, et comme, sur trois points, elle est environnée 
de vallées, elle offre aux regards un horizon très-étendu et très=- 
varié. Jadis entourée de murs, elle est actuellement ouverte, et 
c'est plutôt un grand village qu'une ville proprement dite. 

Elle est divisée en huit quartiers, dont le docteur Tobler^ a le 
premier indiqué les noms : 

1** Hâret eULanatreh^ au sud des couvents grec et arménien, sur 
les pentes méridionales de la colline orientale. 

2^ Cette même colline , sur son plateau supérieur et dans sa partie 
septentrionale , renferme la belle basilique de Sainte-Marie, les trois 
couvents latin, grec et arménien, et les cimetières des chrétiens, 
d'où le nom de Hâret ed-Deir, donné à ce quartier. 

3° Hdret eUGhououâsiy immédiatement à l'ouest de la place qui 
précède la basilique. 

h? Hâret en-Neghddehrehy à l'ouest du Hâret el-Lanatreh; c'est 
le quartier des menuisiers, dans la partie sud de la ville, sur les 
pentes méridionales de l'emplacement qu'elle couvre de ce côté. 

5** Hâret el^Forachiehy à l'ouest du Hâret el-Ghououâsi, sur la 
hauteur. 

6** Hâret el-Tarâchmehy en partie à l'ouest également du Hâret 

' BetUehem in Palàstina, 



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122 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

el-Ghououâsi, et en plus grande partie encore sur les pentes sep- 
tentrionales de la colline occidentale. 

7** Hdret er-Rasâty à l'ouest du quartier précédent. 

8** Enfin, Hdret eUFoudghrehy le quartier le plus occidental et le 
plus élevé de Bethléhem. C'est celui qu'occupent les musulmans. 
Les Grecs habitent le Hâret el-Lanatreh; les Arméniens, le H«irel 
en-Neghâdehreli; les Latins sont dispersés dans les autres quartiers. 

A l'exception de quelques rues qui sont suilisammenl larges, la 
plupart des autres sont très-étroites; dans quelques-unes la pente 
trop grdnde du terrain a forcé d'établir des escaliers. 

Le quartier musulman, qui avait beaucoup souffert en i836, 
à la suite d'une révolte contre Ibrahim-Pacha, et qui, en i85îi, 
lors de mon premier voyage à Bethléhem, portail encore les traces 
de l'incendie et des dévastations de toutes sortes qu'il avait subies 
de la part des troupes égyptiennes, est actuellement presque en- 
tièrement reconstruit. Les quartiers latin, grec et arménien ont 
pareillement, depuis quelques années, reçu des agrandissements 
notables. Les maisons sont à un ou deux étages, que couronne un 
toit plat formant terrasse. Quelques-unes d'entre elles, surtout les 
plus récentes, sont assez bien bâties. Les fenêtres manquent, en 
général, de vitres; elles sont très -étroites et seulement fermées 
avec des volets. 

La population atteint aujourd'hui le chiffre de cinq mille habi- 
tants, dont la moitié sont catholiques. Le nombre des Grecs peut être 
évalué à quinze cents, celui des Arméniens à quatre cents; les six 
cents autres habitants sont musulmans. Si ces chiffres, qui m'ont 
été donnés, sont exacts, il faut admettre que, depuis une quinsaine 
d'années, il y a eu une augmentation sensible dans la population 
de Bethléhem; car celle-ci était alors bien moindre. Remuante et 
assez diflicile à gouverner, elle est souvent en lutte avec les loca- 
lités et les tribus limitrophes, ou divisée par des rivalités intestines. 
Les Tîrecs et les Arméniens, toujours unis quand il s'agit de com- 
battre les Latins, sont eux-mêmes ici, comme à Jérusalem et 
comme partout où ils vivent les uns à côté des autres, très-profon- 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 123 

dément séparés par des jalousies et des antipathies réciproques. Je 
demandais un jour à un prêtre grec comment il se faisait que, étant 
si rapprochés par le dogme et par le rite, ils fussent néanmoins si 
divisés entre eux. <r Vous ne savez donc pas, me dit-il, qu'eotre les 
Arméniens et nous il y a le même abîme qu'entre le ciel et la terre? d 
Ces deux sectes, toutefois, ne manquent jamais de faire trêve à 
leurs vieilles rancunes, lorsqu'une querelle vient à éclater entre 
Tune d'entre elles et les Liatins. Alors elles font cause commune 
contre les catholiques, excitées par les moines des deux couvents 
grec et arménien, qui s'efforcent toujours de profiter de ces cir- 
constances pour enlever aux religieux latins quelques-uns des droits 
qui leur restent. 

Tous les voyageurs ont remarqué la belle prestance des Bethléhé- 
mites. Ils sont effectivement d'assez haute stature et généralement 
bien proportionnés. Leurs femmes portent toutes un costume uni- 
forme, qui doit être probablement très-ancien, car, en Orient, rien 
ne change dans les habitudes et dans les pratiques de la vie. Ce 
costume, extrêmementsimple, consiste en une longue chemise bleue, 
une tunique rouge et, sur la tête, un voile blanc descendant jusqu'à 
la ceinture. La pureté de leurs mœurs est proverbiale, et malheur 
à celles qui failliraient à leur devoir ou qui même laisseraient 
planer l'ombre d'un doute sur leur vertu! Elles seraient infaillible- 
ment mises à mort par leurs maris ou leurs parents les plus 
proches, qui se hâteraient de laver dans leur sang le déshonneur 
de leur famille. 

Les Bethléhémites chrétiennes ne marchent pas la figure presque 
entièrement voilée comme les musulmanes; mais, du reste, de 
même que celles-ci, elles sont plutôt les servantes que les com- 
pagnes de l'homme. Astreintes aux travaux les plus pénibles, elles 
vont d'ordinaire pieds nus. Musulmanes ou chrétiennes, elles pra- 
tiquent dans les cimetières, lors des funérailles de leurs proches et 
de leuj's parents, des cérémonies qu'on retrouve chez la plupart 
des peuples primitifs ou qui, bien que fort anciens, ont conservé 
fidèlement à travers les âges leurs principaux caractères distinctifs. 



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124 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Le jour de reuterrement, elles suivent le corps au cimetière en 
poussant des cris et des gémissements répétés; puis, quand il a été 
déposé dans la terre, elles s'accroupissent en cercle autour de la 
tombe à peine fermée, et celle d'entre elles qui conduit le deuil 
entonne alors une espèce de cantilène plaintive en l'honneur du 
défunt ou de la défunte, cantilène monotone et des plus simples, 
qu'elle accompagne de gestes expressifs et de toutes les démonstra- 
tions de la douleur la plus vive. 

Quand elle a achevé le premier couplet, si je puis dire, de sa 
complainte, toutes les autres femmes reprennent en chœur, en ré- 
pétant chaque fois le même refrain, les mêmes cris et les mêmes 
gestes. S'animant ensuite peu à peu jusqu'à une sorte de délire, 
elles commencent à danser, les cheveux épars et les mains éle- 
vées au-dessus de la tête ou agitées en cadence, une ronde fu- 
nèbre des plus saisissantes, en poussant de longs cris, des soupirs 
et des sanglots. L'épuisement seul de leurs forces met fin à cette 
scène singulière, que je décris ici telle qu'elle s'est passée plu- 
sieurs fois sous mes yeux durant les trois séjours que j'ai faits à 
Bethléhem. 

Pendant les dix premiers jours qui suivent l'enterrement, les 
mêmes cérémonies se renouvellent. Elles sont beaucoup plus animées 
et plus lugubres encore, lorsque la mort du défunt a été le résultat 
d'un meurtre; car alors les menaces qui retentissent, les regards 
sombres des hommes et les glaives nus qui étincellent dans leurs 
mains autour de la tombe ajoutent aux hurlements et aux fureurs 
frénétiques des femmes quelque chose de sinistre et de terrible, 
qui présage une prochaine vengeance. Le sang, en effet, comme 
dans la loi judaïque, est presque toujours, en Orient, vengé par le 
sang, et, à part les lieux où l'autorité locale est assez forte pour 
saisir et punir les coupables, chacun s'arroge ce droit, qui passe 
pour un devoir, afin de venger ses parents ou ses amis. Quelque- 
fois, néanmoins, la dette de sang contractée par le meurtrier est 
acquittée par lui au moyen d'une certaine somme d'argent consentie 
des deux côtés après de longs débats. 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 125 

Les occupations des Bethléhémites sont de plusieurs sortes. Les 
uns s'adonnent à la vie pastorale et mènent paître leurs troupeaux 
dans les mêmes vallées et sur les mêmes montagnes où jadis le 
jeune David conduisait ceux de son père Isaï. Les autres se livrent 
à l'agriculture. Les environs de la ville sont naturellement fertiles. 
Dans la vallée appelée Oued el-Kharoubeh , qui s'étend au nord de 
Bethléhem, croissent des figuiers, des oliviers et des amandiers. 
On y remarque également de belles vignes. Sur les pentes des col- 
lines voisines et dans les autres vallées d'alentour les mêmes plan- 
tations se retrouvent. De nombreux enclos délimités par de petits 
murs en pierres sèches renferment presque tous à leur centre,* soit 
debout, soit renversée, une de ces petites tours dont il est ques- 
tion, à plusieurs reprises, dans la Bible, et qui servaient autrefois, 
comme quelques-unes d'entre elles servent encore aujourd'hui, ù 
protéger ces enclos, à l'époque de la récolte, contre les dépréda- 
tions des voleurs et les dévastations des bêtes fauves, principalement 
des chacals. 

Tout le monde connaît le passage célèbre d'Isaïe oil ce prophète 
compare Israël à une vigne qui dégénère et ne produit que des 
fruits avortés, malgré les soins dont elle est entourée. 

1. Cantabo dilecto meo canticum pairuelis mei vineœ suœ. Vinea facta est 
dilecto meo in cornu filio olei. 

3. Et sepivit eam, et lapides elegit ex illa, et plantavit eam electam, et œdi- 
ficavit turrim in medio ejus, et torcular exstruxit in ea, et exspectavit ut faceret 
uvas et fecit labruscas^. 

(T Je chanterai à mon bien-aimé le cantique de mon proche parent pour sa 
vigne. Mon bien-aimé avait une vigne sur un lieu élevé, gras et fertile. 

((11 Tenvironna d'une haie, il en dta les pierres et la planta d'un plant rare 
et excellent; il bâtit une tour au milieu, et il y fit un pressoir : il s'attendait 
qu'elle porterait de bons fruits et elle n'en a porté que de sauvages, v 

Par cette haie il faut entendre ici un petit mur de séparation , 
construit avec les pierres retirées de l'enclos pour laisser place à la 

' haie, c. v, v. i, a. 



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126 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

vigne et hérissé, en outre, la plupart du temps, de plantes épi- 
neuses. Ce qui prouve qu'il faut comprendre ainsi les mots que le 
latin a traduit par : et sepivit eam^ c'est le verset 5 du même cha- 
pitre. 

Et nunc osiendam vobis quid ego facinm vineœ 'meœ : aiiferam sepem ejus 
et erit in dircptionem; diruam maccriam ejus, et erit in conculcationem. 

tr Mais je vous montrerai maintenant ce que je m'en vais faire à ma vigne : j'en 
arracherai la haie, et elle sera exposée au piliage; je détruirai tous les murs 
qui la défendent, et elle sera foulée aux pieds. ^ 

Dans l'Evangile de saint Matthieu, Notre-Seigneur, en se servant 
de la même métaphore, reproduit les mêmes détails relatifs aux 
vignobles de Palestine et à la manière dont on les établissait. 

Aliam parabolam audite : Ilomo eral paterfamilias, qui plantavit vineam 
et sepem circumdedit ei , et fodit in ea torcular, et œdificavit turrim, et locavit 
eam agricolis, et pepegrc profectus est^ 

rr Écoutez une autre parabole : 11 y avait un père de famille qui planta une 
vigne, l'environna d'une haie, creusa au milieu d'elle un pressoiï* et y construisit 
une tour; puis il la loua à des vignerons, et partit pour un pays éloigné. r? 

On voit qu'en Palestine rien n'est changé dans les habitudes et 
dans les pratiques de l'agriculture comme dans beaucoup d'autres 
choses. Si quelques-unes de ces tours de garde, plusieurs fois rele- 
vées, sans doute, sont encore debout, j'ai retrouvé pareillement, 
en parcourant les environs de Bethléhem , trois ou quatre de ces 
pressoirs antiques, creusés dans le roc et divisés soit en deux, soit 
en trois compartiments. 

Le vin de cette localité est justement estimé; il est blanc, avec 
une belle teinte dorée. S'il était mieux préparé et surtout mieux 
conservé, la qualité en serait encore bien supérieure à celle qu'il a. 
Les Bethléhémites fabriquent également une anisette assez bonne. 

Le miel qu'ils tirent de leurs nombreuses ruches d'abeilles jouit 
de même d'une réputation méritée. 

' Matthieu, c. x\ï, v. .33. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 127 

Quant au climat de Bethléhem , il est à peu près identique à celui 
de Jérusalem. Seulement l'air y est un peu plus vif, et le vent qui 
souffle sur l'espèce de presqu'île qu'occupe la ville est quelquefois 
très-violent. Pendant l'hiver, la neige y tombe par intervalle, mais 
ordinairement elle fond presque aussitôt. 

Bethléhem a ressenti, à plusieurs reprises, des tremblements de 
terre plus ou moins désastreux. Parmi les plus récents, je signalerai 
surtout celui de 1 836, qui a ébranlé un grand nombre d'habitations 
et même, malgré la solidité de leur construction, produit des lé- 
zardes dans quelques murs des couvents grec et latin. Le lendemain 
de mon arrivée dans cette ville, lors de mon dernier voyage en 
Palestine, c est-à-dire le 22 avril i863, on y éprouva également 
une secousse qui ne dura que quelques secondes, mais qui fut 
très-sensible. Dès la veille, l'atmosphère était comme embrasée. 
Un vent brûlant du midi avait rempli l'air d'une poussière fine et 
jaunâtre, tellement abondante que les rayons du soleil en étaient 
interceptés et obscurcis. Du bassin de la mer Morte, que l'on dis- 
tingue de plusieurs points de la ville, et notamment des terrasses 
des couvents grec, arménien et latin, on voyait monter un brouil- 
lard chaud et épais, semblable à la vapeur qui sort d'une fournaise. 
La température, qui, les jours précédents, était très-tolérable, avait 
atteint, ce jour-là, une élévation extrême pour la saison. Enfin une 
secousse eut lieu, et, après vingt-quatre heures de tourmente, le 
vent tomba peu à peu, le ciel reprit sa sérénité et la température 
son élévation normale. 

Indépendamment de l'agriculture et des soins à donner aux bes- 
tiaux et aux abeilles, les Bethléhémites cultivent pareillement un 
genre d'industrie qui est très-répandu parmi eux : il s'agit de la 
fabrication de ces chapelets soit en nacre, soit simplement en noyaux 
d'olives ou de dattes, de ces croix ou crucifix en nacre ou en bois 
d'olivier, de ces coupes en asphalte de la mer Morte, de ces mé- 
daillons en nacre aur lesquels ils gravent divers sujets religieux, 
en un mot de ces diftérents objets de piété que les milliers de pè- 
lerins qui, chaque année, visitent la Palestine, aiment à emporter 



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128 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

dans leur patrie comme lîn précieux souvenir de leur voyage et un 
spécimen de la pieuse industrie des chrétiens de Bethléhem. La plu- 
part de ces objets attestent, sans doute, un travail très-barbare et 
des mains peu expérimentées. Néanmoins, parmi les centaines d'in- 
dividus qui , de père en fils , se livrent à cette occupation , il en est 
plusieurs actuellement qui, du rang de simples artisans, se sont 
élevés par leur habileté au-dessus de leurs rivaux et aspirent à de- 
venir des artistes. Il ne leur manquerait, pour l'être réellement, 
que d'avoir entre les mains des instruments plus perfectionnés, 
de meilleurs modèles sous les yeux, et d'être guidés par les conseils 
d'hommes compétents. 

Les médaillons en nacre dont j'ai parlé ont d'ordinaire la forme 
de coquilles ovales ou rondes. Apportées à l'état brut de la mer 
Rouge, celles-ci sont d'al)ord soumises par les ouvriers les moins 
habiles à une préparation préliminaire; puis, quand elles ont été 
suffisamment polies, une main plus exercée y grave, avec un bu- 
rin plus ou moins grossier, quelques-uns des sujets les plus tou- 
chants et les plus pppulaires du Nouveau Testament, tels que la 
Crèche, l'Adoration des bergers et des mages, la Présentation au 
temple, la Fuite en Egypte, le Baptême de Notre-Seigneur, la pa- 
rabole du Bon Pasteur et les principales scènes du grand drame de 
la Passion. 

Au nombre des monuments les plus remarquables de la Pales- 
tine, il faut citer en première ligne la basilique de Sainte-Marie de 
Bethléhem , qui renferme l'un de ses plus augustes sanctuaires, celui 
de la Nativité de Jésus-Christ. 

Les études les plus sérieuses que nous ayons sur ce monummt 
se trouvent : 

1** Dans l'immense et consciencieux travail de Quaresmius*; 

2® Dans la monographie de Bethléhem par le docteur Tobler^; 

3® Dans le bel ouvrage de M. le comte Melchior de Vogué, inti- 
tulé : Les Eglises de la Terre sainte ^ ; 

' ElucidatioTerr(pSanclœ,iAl,p,^ùù- * Bethléhem in Palàntina, p. 78-91 3. 

678. ' P. 46-1 17. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 129 

4** Dans le Voyage religieux en Orieni de M. l'abbé Michon \ et 
dans la Vie de Jésus ^ suivie des Evangiles parallèles, par le même 
auteur^. 

Je vais me borner ici à résumer eu quelques pages ce qu'il y a 
de plus important à savoir sur ce point intéressant, en priant le 
lecteur qui désirera l'étudier plus à fond de consulter les divers 
ouvrages que je viens de signaler. 

La basilique de Sainte-Marie, dite aussi de la Nativité, couvre, 
avec les trois couvents qui l'environnent, la partie nord de la col- 
line orientale dont j'ai parlé, la partie sud de cette même colline 
étant occupée par le Hâret el-Lanatreh. Extérieurement, elle est 
entourée, au nord, par le couvent latin, qui domine la vallée ap- 
pelée Oued el-Kharoubeh; au sud, par les couvents grec et armé- 
nien, et, à l'est, par un jardin enclos d'un mur élevé. Ces trois 
édifices et ce mur empêchent de l'approcher et la flanquent de trois 
côtés, masquant ainsi sa forme et sa grandeur. La façade occiden- 
tale est la seule qui soit entièrement apparente. Là est l'entrée 
principale de la basilique. 

Elle est précédée, de ce côté, d'une grande place oblongue, dallée 
et jadis environnée de portiques, dont il ne subsiste plus aujour- 
d'hui que les bases de trois des colonnes qui les soutenaient. Cette 
place est limitée actuellement, au sud, par des constructions ap- 
partenant au couvent arménien; elle paraît avoir été autrefois 
fermée par un mur percé, à l'ouest, d'une grande porte du côté 
de la ville. Celle-ci, dans l'antiquité, ne s'étendait pas probable- 
ment plus loin sur la colline orientale. M. le comte de Vogiié re- 
connaît dans cette place, avec beaucoup de raison, ce me semble, 
les restes de l'atrium qui, conformément à l'usage romain, précé- 
dait la basilique, et, en s'aidant des anciens plans de Bernardino 
Amico et de Pococke, il en a essayé une restauration approxima- 
tive, que l'on peut voir planche II, figure 2, de son ouvrage. 
D'après cette restauration, cet atrium mesurait environ quarante- 

' Voyage religieux en Orient, t. II, * Vie de Jésus, elc. t. II, éclnircisite- 

p. 70 et suivantes. inenls, p. 6 et suivantes. 



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130 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

quatre mètres de long sur trente de large. Les portiques qu'il en- 
fermait étaient supportés par un ensemble de vingt-six colonnes et 
de huit demi-colonnes adossées à quatre piliers. Au centre s'ou- 
vraient trois citernes destinées aux ablutions et aux baptêmes. Ces 
trois citernes existent encore et continuent à servir aux besoins des 
habitants. Ont-elles été creusé^ lors de la construction de latrium , 
ou, au contraire, remontent-elles à une époque beaucoup plus re- 
culée et ont- elles été seulement réparées par le fondateur de la 
basilique ? C'est ce qu'il est difficile de décider. 
Quaresmius les signale dans les termes suivants : 

Sunt In ista platea très cisternœ multis aquis affluentes; adquashauriendas 
advenœ et Bethlehemitœ accédant; quarnm altéra potest esse illa cujus aquam 
expetivit David, cuoi propter timorem Philisthinorum esset in spelunca OdoUa , 
si illa non est cujus mentionem fecimus c. xii prœcedentis peregrinationis. 
Si quis objiciat h^s multo tempore post Davidem fuisse a^ificatas, quia ab 
Helena sancta, Paula romana, vel aliis christianis, ut communis habet harum 
partium traditio, respondeo : Idée hi dicuntur eas construxisse > vel quia res- 
taurarunt, diiataveruntve, vel etiam quia priori illi Davidicœ et Bethlehemi- 
ticœ alias addiderunt^ 

On voit que Quaresmius incline à regarder l'une de ces citernes 
comme celle dont il est question dans le livre II des Rois : 

i3. Auparavant les trois qui étaient les premiers entre les trente étaient 
venus trouver David dans la caverne d'Odoliam. C'était au temps de la moisson, 
et les Philistins étaient campés dans la vallée des Géants. 

1 6. David était dans sa forteresse , et un poste de Philistins était à Bethléhem. 
1 5. Et David fit ce souhait et dit : Oh! si quelqu*un me donnait à boire de 

Teau de la citerne qui est à Bethléhem, auprès de la porte! 

i6. Alors ces trois vaillants hommes passèrent du travers du camp des Phi- 
listins et puisèrent de Teau dans la citerne de Bethléhem, qui est auprès de la 
porte, et l'apportèrent à David. Mais il n'en voulut pas boire et il Tofirit au 
Seigneur, 

17. En disant: Dieu me garde de faire une telle chose! Boirais-je le sang 
de ces hommes et ce qu'ils ont acheté au péril de leur vie! Ainsi il ne voulut 
point boire de cette eau. Voilà ce que firent ces trois vaillants hommes^. 

* EluctdattoTerrœ SancUe, t. ll,p. ôtîS. — ^ Rois, 1. Il, c. xxni, v. 18-17. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 131 

Le même fait est raconté en des termes h peu près identiques 
dans le livre I des Paralipomènes ^ 

Les citernes de la grande place de Téglise Sainte-Marie parais- 
sent, par leur position, correspondre parfaitement au texte de ces 
deux passages; car la colline orientale sur la plate-forme de laquelle 
elles sont creusées était, selon toute apparence , inhabitée autrefois, 
et Tune des portes de la ville occupait probablement l'emplacement 
oii s'éleva plus tard celle de l'atrium bâti par Constantin. 

D'un autre côté, quand je parlerai des puits dits de David, Biav 
Daoud, lesquels sont situés à sept ou huit minutes au nord-ouest de 
Bethléhem, je montrerai cpie la tradition et le nom qu'ils portent 
rattachent à ce dernier endroit le fait que je viens de mentionner, 
bien que, dans ce cas, on puisse difficilement s'expliquer les mots 
du texte sacré , qui place tout près de la porte de la ville la citerne 
en question. 

Mais il est temps de quitter maintenant l'atrium pour entrer 
dans la basilique. La façade de ce monument, intérieurement si 
remarquable, n'offre rien qui soit digne de fixer longtemps les 
regards, défigurée qu'elle a été par des constructions postérieures. 
Les deux portes latérales ont ainsi disparu, et la grande porte cen- 
trale a été en partie masquée par un contre-fort moderne et murée 
intérieurement, à l'exception d'une ouverture basse et étroite par 
où un seul homme peut entrer en se courbant. On a voulu, par 
ce moyen, défendre l'église contre l'invasion des Arabes, qui, au- 
trement, pourraient être tentés d'aller s'installer dans les nefs avec 
leurs chameaux, leurs ânes et leurs chevaux, sans respect pour la 
sainteté du lieu. Par cet unique passage, que les chrétiens ont dû, 
par prudence, rendre si exigu et si peu en rapport, architectura- 
lement parlant, avec la grandeur de l'édifice, on pénètre dans un 
vestibule obscur, qu'éclairaient jadis des fenêtres aujourd'hui bou- 
chées, et (jui est divisé par des murs en trois chambres. C'est l'an- 
cien narthex de la basilique. Il occupe en longueur toute la largeur 

* ParaKpomènes , I. I, c. xi, v. 10-19. 

0- 



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132 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

des nefs et communique avec celles-ci par une seule porte cen- 
trale. 

Les nefs, au nombre de cinq, sont formées par quatre rangs de 
colonnes. 

Le transept, actuellement séparé des nefs par un mur de clôture, 
est terminé, à ses deux extrémités nord et sud, par des absides 
demi-circulaires, qui font saillie sur le mur extérieur de la basilique. 
Au centre s'élèvent quatre piliers rectangulaires dont chacun est 
orné de deux demi-colonnes engagées. Une troisième abside demi- 
circulaire s'arrondit, vers l'est, à l'extrémité du chœur. 

Voici les principales dimensions du plan de l'édifice, telles qu'elles 
sont données par M. de Vogiié : 

Laideur de la nef centrale d'axe eu axe io"/io 

Largeur du premier collatéral d*axe en axe & tio 

Largeur du deuxième collatéral jusqu'au mur 3 78 

Largeur totale de la nef dans œuvre 36 3o 

Rayon des absides U 76 

Longueur totale dans œuvre 57 3o 

Longueur du vestibule 6 00 

Les colonnes atteignent le chiffre de quarante-six , sans y com- 
prendre dix-huit demi-colonnes engagées soit dans les piliers du 
transept, soit dans les murs. Elles se composent d'un fût monolithe 
de calcaire rouge veiné de blanc, que surmonte un chapiteau co- 
rinthien, et dont la base repose elle-même sur une plinthe carrée. 
Leur hauteur totale est de six mètres, et leur diamètre ne dépasse 
pas soixante-cinq centimètres. 

Les architraves qui régnent au-dessus de chaque colonnade sup- 
portent, dans les bas côtés, les solives du plafond et, dans la nef 
centrale, deux murs hauts d'une dizaine de mètres, sur lesquels 
posent les poutres de la charpente. Ces murs étaient jadis décorés 
de peintures en mosaïque, dont il subsiste encore quelques frag- 
ments. Dans leur partie supérieure ils sont percés de fenêtres en 
plein cintre, onze de chaque côté, qui correspondent à chaque 
entre-colonnement. Les murs des bas côtés étaient revêtus de pla- 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 133 

cages de marbre, qui ont actuellement disparu. Mais Quaresmius 
affirme en avoir vu des restes, ainsi que les clous qui servaient à 
les fixer. 

Latérales parietes, ubi picturœ noo eraot, olim vestiebantur tabulis marmo- 
reis albi vel cinerei coloris, ut nunc exornalur basilica Nativitatis Domini, et 
olim aliœ hanim partium ecclesiœ vestiebantur, ut adhuc aliquœ quœ super- 
fuenint in superiori parte, et clavi quibus nectebantur, eorumve exsistentia 
signa indicant cum veteri traditioue^ 

Un simple toit de charpente recouvre ce beau monument. Celui 
qui existe aujourd'hui ne date que de la fin du xvn^ siècle. M. de 
Vogué, en remarquant que les poutres en sont apparentes, suppose 
que, dans l'antiquité et pendant le moyen âge, elles étaient cachées 
par un plafond de bois orné de peintures et de dorures. Il appuie cette 
conjecture sur un passage d'Eusèbe, qui, en décrivant la basilique 
du Saint-Sépulcre, élevée à Jérusalem par les ordres de Constantin 
et contemporaine de la basilique de Bethléhem, nous apprend 
quelle avait (run plafond orné de caissons sculptés, qui s'étendait 
au-dessus de la nef comme une vaste mer d'or pur, brillant d'une 
éclatante lumière. -n 

Dans le bas côté méridional de l'église tous les voyageurs ont 
admiré un superbe baptistère taillé dans un seul bloc de pierre 
rougeâtre, semblable aux fûts des colonnes des nefe, comme Qua- 
resmius et M. de Vogué l'observent tous deux. D'autres voyageurs 
l'ont regardé, mais à tort, comme étant de porphyre. Sa forme est 
celle d'un octogone. Intérieurement, la cuve est creusée de manière 
à figurer une rose ouverte, ou, plus exactement, un trèfle à quatre 
feuilles, représentant une croix. Sa hauteur est de quatre-vingt- 
quinze centimètres, et chaque face de l'octogone mesure soixante- 
huit centimètres de largeur. 

Sur une de ces faces se trouve une croix pattée, sculptée en re- 
lief, au-dessus de laquelle on lit dans un cartouche l'inscription 
suivante, dont quelques caractères sont mutilés et dont je reproduis 

» ElucidaUo Terrœ Sanctof. l. Il, p. 643. 



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\U DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

ici la copie et la traduction données par M. de Vogué et qui me 
semblent fort exactes : 

T^ip (ivtlfivs xa\ à 
pairavaecjs xaï d^é 
(Teââç dfjtafnichf &v d 
Képios ytivéaxi rà bvéïiara. 

(rPour la mémoire, le repos et la rémission des péchés [des donateurs], dont 
le Seigneur sait les noms. y> 

C'est, comme on le voit d'après cette traduction, une inscnption 
dédicatoire gravée par des donateurs anonymes, qui, en ne livrant 
point aux hommes leurs noms et sachant bien que le Seigneur les 
connaissait, espéraient par cet acte de charité cachée obtenir dans 
une autre vie le repos de leurs âmes et le pardon de leurs pé- 
chés. 

Ce curieux baptistère est à peu près intact, sauf en certains 
endroits, où il a été brisé par les musulmans. Ces mutilations sont 
antérieures à Quaresmius, qui les signale déjà. 

Totum integrum, altéra parle excepta, quam Mauri fregerunl. 

La porte de bois qui ferme l'entrée principale de la basilique est 
également très-digne d'intérêt; elle a été décrite par Quaresmius 
dans les termes suivants : 

Unicum habet [ecclesia] ostium salis spatiosum cum suis foribus aflabre ela- 
boratis, quas fere consumpsit invida vetustas : referunl incisas in ligno cruces 
et alia ornamenla cum litteris arabicis et armenis. 

Depuis que Quaresmius a écrit ces lignes, cette porte vénérable, 
qui déjà tombait de vétusté à son époque, a été encore plus dé- 
gradée par le temps, qui a dévoré en partie les ornements dont 
elle était décorée. Sur les vantaux ont été sculptées deux inscrip- 
tions, l'une arabe, l'autre arménienne, aujourd'hui assez diflTiciles 
à déchiffrer, et dont Quaresmius nous a donné heureusement une 
traduction latine. Voici celle de l'inscription arabe : 

Compléta fuit hœc porta, Dei auxilio, diebus domini noslri régis omnipo- 
tenlis et magnifici, in vigesimo primi monsis anni 69Â. 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 135 

ff Cette porto fut acheyée, avec Taide de Dieu, dans les jours de notre roi 
tout-puissant et magnifique» ]e 9o du premier mois de Tannée 6 s A.?) 

M. de Vogué fait observer que la date arabe, vingtième jour de 
moharrem 626 de l'hégire, correspond au 1 1 janvier 1227. Le roi 
mentionné, ajoute-t-il, est sans doute le roi arménien de l'inscrip- 
tion suivante, dont voici également la traduction latine, ffelle que 
nous la fournit Quaresmius : 

Anno 676, accommodata fuit porta Sanclas Mariœ opéra patris Abraham et 
patris Aracheli, sub regao Erman filii Etum Constantini. Christus Deus auxi- 
lietur animabus ipsorum. Amen. 

(f L'an 676, la porte de Sainte-Marie fut exécutée par les soins du père Abraham 
et du père Arachel, sous le règne d'Erman, filsd'Ëtum Constantin. Que le Christ 
Dieu ait pitié de leurs âmes. Amen.?) 

L'année 676 de l'ère arménienne ou de Tiben (55 1 après J. C.) 
correspondant à l'année 1227 de l'ère chrétienne, M. de Vogué en 
conclut qu'il y a concordance parfaite entre les deux inscriptions; 
mais, en mèmje temps, il remarque que la liste des rois de la dynastie 
de Roupène, qui gouvernèrent la Petite Arménie de 1080 à 1875, 
ne contient aucun souverain du nom d'Erman, fils d'Etum Cons- 
tantin. D'un autre côté, il résulte de cette même liste qu'en 1227, 
c'est-à-dire précisément dans l'année indiquée par l'inscription , ou 
l'an 676 de l'ère arménienne, le trône d'Arménie était occupé par 
Héthum, fils de Constantin. Ce savant corrige donc d'une manière 
à la fois très-simple et très-heureuse la traduction de Quaresmius, 
qui renferme une erreur évidente, en modifiant ainsi le texte de 
sa version: 

Sub rege Erman [Armeniœ] Etum, fiiii Constantini 

Puis il traduit comme il suit : 

L'an 676, la porte de Téglise Sainte-Marie fut exécutée par les soins du 
père Abraham et du père Arachel, Héthum, fils de Constantin, étant roi d'Ar- 
ménie, etc. 

Quant aux peintures et aux belles mosaïques qui autrefois or- 
naient cette basilique, il n'en subsiste plus actuellement que des 



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136 DESCRIPTIOA DE LA JUDÉE. 

fragments mutilés, que M. de Vogué a reproduits et décrits avec le 
plus grand soin. ProÇtant, en outre, des précieux renseignements 
qui abondent dans Quaresmius, lequel avait relevé avec une fidé- 
lité scrupuleuse tous les tableaux et toutes les inscriptions qui se 
voyaient encore de son temps et dont malheureusement une grande 
partie a disparu depuis, il a pu, à Taide de ces documents et des 
fragments qui ont résisté aux hommes et aux siècles, essayer sur 
l'ensemble de cette magnifique décoration une étude approfondie 
et une sorte de restauration que tous ceux qui s'occupent d'icono- 
graphie chrétienne devront consulter attentivement. 

Pour n'en donner ici qu'une courte analyse, je dirai d'abord 
qu'au-dessus de la porte principale de la basilique, la première 
mosaïque que l'on apercevait en entrant et qui couvrait, à l'inté- 
rieur, tout le mur occidental, représentait, comme nous l'apprend 
Quaresmius, un grand arbre sur les rameaux duquel étaient figurés 
des prophètes avec leurs prophéties concernant le Christ. Les seuls 
prophètes encore visibles étaient: Joël, Âmos, Nahum^ Michée, Ezé- 
chiel, Isaïe et le devin Balaam. Chacun d'eux tenait à la main une 
banderole sur laquelle était écrit en latin un verset de ses pro- 
phéties, ayant rapport à la naissance du Messie. 

Ces fragments appartenaient à un arbre de Jesséf figure en usage 
dans l'ornementation symbolique des Byzantins et fréquemment 
représentée, de même, dans les monuments du moyen âge latin. 

«Placé à l'entrée de l'église, dit M. de Vogiié ^ ce grand tableau 
était parfaitement choisi pour servir d'introduction à l'histoire figurée 
de la naissance et de la vie de Jésus-Christ. Il rappelait à la fois et 
le grand événement dont cette église était destinée à consacrer la 
mémoire, et l'ensemble prophétique qui l'annonçait depuis le com- 
mencement du monde, v 

Mais poursuivons. A droite et à gauche de la grande nef, tout 
était peint depuis le sol jusqu'au haut des murs, et M. de Vogué, 
comme je l'ai déjà dit, suppose, avec beaucoup de raison probable- 

' L&f EgtiiteH (le la Terre sainte, p. 69. 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 137 

ment, qu'autrefois un plafond en couleur complétait la décoration. 

Sur les colonnes elles-mêmes étaient peintes des figures de saints, 
dont quelques vestiges sont encore çà et là très-reconnaissables. 

Des deux côtés de la nef, ainsi que l'observe M. de Vogué, les 
mosaïques offraient la même ordonnance et la même nature de 
sujets; les détails seuls étaient différents. 

1*^ On voyait d'abord un rang de personnages figurés jusqu'à 
mi-corps, reproduisant la généalogie du Christ. 

2*^ Plus haut, une série de tableaux représentait les principaux 
conciles ; ils étaient séparés les uns des autres par des groupes de 
feuillages fantastiques. 

3® Au-dessus régnait une frise formée de rinceaux feuillages 
entre deux rangs de perles. 

4^ Plus haut encore, un ange était figuré dans l'intervalle de 
chaque fenêtre. 

5"^ Enfin, le tout était couronné par une frise semblable à la 
précédente. 

Les deux morceaux principaux qui subsistent encore,' l'un au 
nord, l'autre au sud, ont été dessinés avec une consciencieuse fidé- 
lité par M. de Vogué, et sont décrits en détail par cet habile archéo- 
logue. Je renvoie le lecteur à son ouvrage ^ 

Nous savons par Quaresmius que, sur le mur du nord, étaient 
figurés six conciles, ainsi disposés en allant de l'est à l'ouest : 

Ancyre. 

Antioche. 

Sardique. 

Gangres. 

Laodicée. 

Garthage. 

Ge rehgieux nous a conservé aussi les inscriptions encore visibles 
de son temps et qui commentaient chacun de ces sujets. M. de Vogué 
les redonne avec quelques corrections. 

* Len Eglises de la Terre sainte, p. 7 1 et suivanleîj. 



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138 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Sur le mur du sud, les sept conciles oecuméniques suivants fai* 
saient face aux précédents : 

Nicée. 

Gonstantinople. 

Ephèse. 

Ghalcédoine. 

11^ de Gonstantinople. 

HP de Gonstantinople. 

11^ de Nicée. 

M. de Vogué reproduit de même, après Quaresmius, en les rec- 
tifiant sur certains points, les inscriptions qui les accompagnaient. 

A l'époque de Quaresmius, le bras méridional du transept possé- 
dait encore un certain nombre de tableaux, tels q^ue : La Nativité 
de Notre^Seigneur; l'Adoration des mages; le Retour des mages sous la 
conduite de Vange; la Conversation de Jésus-Christ avec la Samaritaine; 
la Transfiguration; l'Entrée de Jésus-Christ à Jérusalem le jour des Ra- 
meaux; TÉvangéliste saint Jean; l'Arrestation de Jésus^-Christ dans le 
jardin des Oliviers. 

Le bras septentrional du transept avait perdu, au contraire, 
presque toute sa décoration , à l'exception de deux tableaux repré- 
sentant rincrédulité de Thomas et l'Ascension. Dans le chœur prin- 
cipal enfin étaient figurés : au nord, la Pentecôte et l! Ensevelissement 
de la Vierge; au sud, la Présentation au temple , et, dans l'abside, 
l'Annonciation. Au-dessus étaient représentés des saints et des pro- 
phètes. 

De toute cette vaste décoration ou n'aperçoit plus que trois ta- 
bleaux : r Entrée du jour des Rameau^c; Saint Thomas touchant les plaies 
de Jésus-Christy et un fragment de l'Ascension. 

Gette simple énonciation des sujets représentés dans la basilique 
de Betbléhem suflSt, elle seule, à montrer que l'ensemble des mo- 
saïques qui l'ornaient retraçait, pour les yeux comme pour l'esprit 
du fidèle, un résumé complet de la doctrine chrétienne relative- 
ment à la divinité de Jésus-Ghrist, et déroulait devant lui en vives 
et brillantes images les principales figures de l'Ancien et du Nouveau 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 139 

Testament, et les scènee les plus importantes de TEvangile ayant 
rapport à la vie du Christ et de sa sainte mère. 

Jadis une inscription bilingue en cinq lignes occupait tout le 
pourtour de Thémicycle du chœur. Elle est actuellement en partie 
détruite. 

Voici le texte grec, tel qu'il a été transcrit par Quaresmius, avec 
quelques corrections et restitutions faites par M. de Vogué : 

^ 1. LiTekeiciOri rb tffaphv Ipyov Sià )(Ziphi È(ppai(jLà ii(r1op[ioypd^ov xa\ 

fiouo-iéropos] 
3- Ar) rijs ^(TiXeias MapovriX fieya[kov ^ou7i\é[cj]s Tlop(pupoyep[vriToS 

Tov Kofivnvov] 
3. xal èn\ Tàs lifiépas tov fieycCkov pnyhs \epoaoki\fiuiv xvpov A(jL(Â0p7] 
&• xa) TOV Ttfs dyias J^riOXeèfi àyicardrov ènicncimov xvpov Vaov\ êv 

5. ïvSixTtihv B. 

M. de Vogué traduit ainsi : 

Le présent ouvrage fat terminé par la main d*Éphrem, peintre et mosaïste, 
sous le règne de Tempereur Manuel Porphyrogénète Comnène, et dans les jours 
du grand roi de Jérusalem, le seigneur Amaury, et du trè&-saint évéque de la 
sainte Bethléhem, M^ Raoul, en Tannée 6677. Indiction II. 

(T Cette date, ajoute M. de Vogué, d'après le comput grec qui 
place la naissance de Jésus-Christ en l'année 5 5 08 du monde, cor- 
respond à l'année 1 169 de l'ère chrétienne, laquelle, en effet, est 
la deuxième de l'indiction. L'empereur Manuel Conmène Porphy- 
rogénète régna de 1145 à 1180; Amaury, le cinquième roi de 
Jérusalem, de ii63 à 1178; et Raoul fut évêque de Bethléhem 
deiiBg ou ii6oàii73: ainsi il y a concordance parfaite entre 
les différentes parties de l'inscription, -n 

L'inscription latine est beaucoup plus mutilée. Elle se composait 
de dix vers rimes, dont une grande partie manque aujourd'hui. 
D'après le fragment relevé par Quaresmius , on voit que le sens de 
l'inscription latine correspondait à celui de l'inscription grecque. 
Le Grec Ëphrem y est également désigné comme l'auteur des 



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140 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

mosaïques, non pas, sans doute, qu il les ait tontes exécutées à lui 
seul, car une pareille œuvre aurait dépassé, par son étendue, les 
forces et la vie d'un bomme; mais c'est lui qui a dirigé les travaux 
et mis la dernière main à cette immense décoration. 

Si nous consultons maintenant l'histoire, nous trouvons dans le 
Grec Jean Phocas ^ qui visita la Palestine vers 1 1 85 , un témoignage 
précieux au sujet de la basilique de Bethléhem et, en particulier, 
pour ce qui concerne les mosaïques dont elle était ornée. 

L'église de Bethléhem, dit-il, est un édifice très-ioDg. . . en forme de croix, 
couvert en poutres d'un bois incorruptible. Autour de Tautel, le toit est circu- 
laire et construit en pierre. C'est aussi la main libérale de mon auguste maifre 
[lempereur Manuel Çomnène Porphyrogénète] qui a fait relever ce temple et 
Ta orné tout entier de mosaïques dorées. En reconnaissance de ce service, le 
pasteur latin de la ville a fait placer son image dans différents endroits de 
Téglise et jusque dans le sanctuaire au-dessus de la grotte. 

Ce renseignement confirme les inscriptions dont je viens de par- 
ler, en attribuant à l'empereur Manuel Comnène Porphyrogénète 
la belle ornementation intérieure de la basilique de Bethléhem. 
Seulement, ainsi que M. de Vogué le prouve parfaitement, il ne 
faudrait pas prendre à la lettre le passage de Jean Phocas, en n'ac- 
cordant aucune part dans ce travail d'embellissement au roi franc 
Amaury et à l'évêque latin Raoul. L'inscription grecque rapportée 
plus haut les signale tous les trois. D'ailleurs, le mélange d'inscrip- 
tions latines et grecques que l'on remarque dans cette église, et 
qui paraissent toutes appartenir à la même époque, prouve que, si 
ce sont des artistes byzantins envoyés par Manuel Comnène Por- 
phyrogénète qui ont, grâce à la libéralité de cet empereur et sous 
la direction du peintre mosaïste Ephrem , exécuté les tableaux de la 
basilique, il faut également reconnaître, de l'aveu même de J. Pho- 
cas, que l'évoque latin de Bethléhem a présidé, sous les auspices 
du roi Amaury, à cette décoration, puisque c'est lui qui a fait 
peindre en différents endroits de ce monument le portrait de. Ma- 
nuel Comnène. 

' J. Phocas, c. xxvn, ap. Léon. Allatii Sv/ifiixTa, p. Sg-Ao. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 141 

Rappelons-nous que les deux monarques de Jérusalem et de 
Gonstantinople étaient unis par une alliance de famille, Araaury 
ayant épousé, en 1 167, une nièce de l'empereur, nommée Marie. 
En outre, les deux filles de Manuel étaient mariées à des princes 
français, et Manuel lui-même avait épousé en secondes noces une 
princesse française, Marie, fille de Raymond d'Aquitaine. Les dis- 
sentiments religieux entre le monde grec et le monde latin sem- 
blaient alors sur le point de faire place à une entente nouvelle, 
et des négociations entre Gonstantinople, la capitale du schisme, 
et Rome, la capitale de la catholicité, préparaient peu à peu les 
voies à une réconciliation qui malheureusement ne se réalisa point. 

Or, c'est à cette époque de paix provisoire et de rapprochement 
momentané que furent exécutées les belles mosaïques de Beth- 
léhem, et, comme l'indique avec beaucoup de justesse M. de Vogué, 
précédé, du reste, dans cette conjecture, par M. Charles Lenormant, 
il est difficile de ne pas rattacher les inscriptions mixtes de cette 
église et le choix des textes employés aux sentiments de concorde 
qui régnaient alors entre l'Orient et l'Occident. M. Charles Lenor- 
mant y voit même la preuve d'un accord complet entre les Grecs 
et les Latins et comme le pacte officiel de la réunion. 

Après avoir esquissé l'ensemble de ce monument et de sa déco- 
ration, il me reste à dire un mot de ses principaux autels et sanc- 
tuaires; puis je terminerai ce qui le concerne en examinant l'époque 
probable de sa fondation. 

Cette basilique, qui jadis appartenait aux Latins, leur a été en- 
suite enlevée par les intrigues et l'or des Grecs, et ils n'ont plus le 
droit actuellement d'y officier, mais seulement d'y passer et d'en- 
trer par là dans leur couvent, au moyen d'une porte basse prati- 
quée dans le mur septentrional de l'église, non loin de la porte 
principale. Les Grecs, d'ailleurs, bien que possesseurs de la nef, 
n'y officient point eux-mêmes, sans doute parce qu'ils la trouvent 
trop grande pour leur usage et que, en outre, ils pourraient y être 
troublés dans l'exercice de leur culte par les musulmans. Aussi, 
déjà du temps de Quaresmius, ils avaient séparé par un mur le 



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142 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

chœur du reste de la basilique. C'est là qu'ils célèbrent leurs of- 
fices avec les Arméniens. Cette partie de l'édifice est plus élevée de 
quelques degrés que la nef. 

On y remarque trois autels. Au centre, et presque immédiate- 
ment au-dessus de la grotte de la Nativité, s'élève le maître-autel, 
orné de beaux marbres; on y monte par six marches. Dans les deux 
bras de la croix se trouve, au sud, l'autel de la Circoncision, et, au 
nord, celui des Trois-Rois. 

L'autel de la Circoncision est ainsi appelé parce que, suivant 
une tradition, Notre-Seigneur aurait été circoncis en cet endroit 
huit jours après sa naissance. Voici, à ce sujet, un passage où Qua- 
resmius examine cette question : 

De loco circumcisionis Christi Domini qusestio est et quintaplicem invenio 
sententiam. 

Prima est D. Hilarii, initio psalmi cxvui, fuisse Christam lerosolymis in tem* 
plo circmncisum; sic enim ait : trln hoc octo dierum numéro, cum Christus 
circumcisione non egeret, oblatus in temple est, ut in corpore ejus humana? 
carnis recideretur infirmitas. y> Hœc S. Hiiarius. 

Secunda aliorum est qui arbitrati sunt fuisse Bethlehem in aliqua synagoga 
circumcisum, quemadmodum et nunc Hebrœi sucs pueros in synagogis cir- 
cumcidunt. 

Tertia quorumdam est in his partibus, qui affirmant fuisse quidem Belh- 
lehem circumcisum Dominum , sed non in synagoga , sed extra supra sacrum 
Nativitatis antrum in ejus australi plaga; qui locus intra majorera ecclesiam 
S. Mariœ inclusus altaris erectione dedicatus est; in quoest cavum, vel fornix, 
et in pavimento est in marmore cinereo crux sculpta, signum et memoria loci 
Dominicœ circumcisionis; et, hujus intuitu, Armeni etpauçi alii aitare circum- 
cisionis Domini appellant. 

Quarta, Nicephori, i. L Hist. c. xii, in domo Joseph fuisse circumcisum. 

Quiuta denique sententia docet intra sacrum Nativitatis antrum fuisse Chris- 
tum circumcisum, et vocatum nomen ejus Jesum, ut inquit S. Lucas. Ita sanc- 
tus Epiphanius in Pandect. 1. 1, til. i, circa finem, et Hœres. ao, contra Hero- 
dianos, c. i De PrœsenL Christi : «r Christus, inquit, natus est in Bethlehem, 

circumcisus in spelunca, oblatus in Hierusalem ■»> Quam plures alii se- 

quuntur^ 

' Elucidatto Terrœ Sanctœ, l. Il, p. 636 et 637. 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. U3 

De ces cinq opinions, Quaresmius adopte la dernière, tant, dit-il, 
parce quelle s'appuie sur l'autorité de saint Ëpiphane, qui vécut 
longtemps à Jérusalem et qui devait connaître à fond, comme le 
remarque saint Jérôme dans sa lettre lxi®, adressée à Pammachius, 
les traditions encore récentes relatives aux mystères de la foi, que 
par la raison que, chez les Juifs, l'accouchée et l'enfant nouveau-né 
ne devaient point quitter avant quarante jours révolus l'habitation 
où l'accouchement avait eu lieu. Or la sainte Vierge, fidèle obser- 
vatrice de la Loi, ne sortit pas, selon toute apparence, pendant ce 
laps de temps, de la sainte grotte, et ce fut là qu'elle assista pro- 
bablement à la circoncision de son fils, qui fut, sans doute, pratiquée 
par saint Joseph. 

Les quatre autres opinions sont ensuite réfutées successivement 
par le savant rehgieux. Il ne faut donc voir, selon lui et selon l'opi- 
nion généi*alement accréditée parmi les Latins, dans l'autel de la 
basiliqiie supérieure dédié à la Circoncision, qu'un sanctuaire érigé 
en souvenir de ce mystère, mais n'impliquant pas nécessairement la 
conséquence que ce dernier fait se soit accompli à l'endroit même 
où l'autel a été placé. 

Vis-à-vis l'autel de la Circoncision, et de l'autre côté du maître- 
autel, se trouve, dans le bras septentrional de la croix, celui des 
Mages ou des Rois. C'est là, d'après la tradition assez généralement 
admise, que ces rois de l'Orient seraient descendus de leurs mon- 
tures pour aller se prosterner devant le divin enfant. Au bas de 
l'autel, on montre aux pèlerins, sur le pavé, une étoile de marbre; 
la place qu'elle occupe correspondrait au point du ciel où s'arrêta 
l'étoile miraculeuse qui conduisit les mages. Une citerne voisine 
porte également leur nom. 

Descendons maintenant dans un sanctuaire plus auguste et dont 
l'authenticité est moins contestable. 

Deux escaliers tournants, composés, l'un de seize degrés, l'autre 
de treize, s'ouvrent aux deux côtés du chœur des Grecs et aboutis- 
sent, en convergeant l'un vers l'autre, à la crypte qui s'étend sous 
ce chœur; ils sont fermés par de belles portes de bronze. 



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lAA DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

A Tangle sud-ouest de l'église Sainte-Catherine, dont je parlerai 
bientôt et qui appartient aux Latins, un troisième escalier, sombre 
et étroit, en partie pratiqué dans le roc et composé de vingtr-trois 
marches, divisées en trois paliers, permet aux Latins de descendre 
également dans la grotte sacrée, sans passer nécessairement par le 
chœur des Grecs. On se rend d'abord dans la chapelle des Saints- 
Innocents, puis de là on gagne les autres compartiments de la 
crypte. Cette troisième communication souterraine ne date que de 
la fin du XV® siècle. Un quatrième escalier, aboutissant à la grotte 
de Saint-Jérôme, établissait également autrefois un autre passage 
entre le cloître latin et la crypte; mais l'entrée en a été depuis 
murée. 

Les divisions de cette crypte célèbre ont été souvent décrites par 
les pèlerins; néanmoins, je ne puis me dispenser d'en parler ici 
avec quelques détails, à cause de diverses questions qui s'y ratta- 
chent. 

Le sanctuaire principal, je veux dire celui de la Nativité , s'étend 
sous le centre du transept de la basilique, dans la direction de l'est 
à l'ouest. C'est, sans contredit, l'une des grottes les plus vénérables 
du monde entier par les souvenirs qu'elle rappelle. Sombre par 
elle-même, parce qu'elle ne reçoit presque aucun jour des deux 
escaliers latéraux qui y mènent du chœur des Grecs, elle est éclairée 
par un grand nombre de lampes d'argent, dons de la France, de 
l'Autriche, de l'Italie et de l'Espagne, et qui y répandent constam- 
ment une douce clarté. D'après les mesures données par Tobler' 
et qui sont presque identiques à celles qu'avait indiquées Chateau- 
briand^, elle a trente-sept pieds six pouces de long, onze pieds neuf 
pouces de large et neuf pieds de haut. Sa forme est celle d'un rec- 
tangle qui serait assez régulier, n'était un compartiment qui se 
dirige vers le sud. Elle est pavée avec des dalles en marbre de 
couleur blanche, mais veiné de noir et de rouge. Ces dalles ont été 
autrefoii^, dit-on, brisées à dessein en certains endroits, afin que 

' lUlhlehemin Palâsttnn, p. i33. — * Itinéraire (le Paria à Jeritsaletn, L ï, p. 3oi. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 1ir> 

les musulmans fussent moins tentés de les enlever à cause de leur 
beauté. Les murs latéraux sont également revêtus de marbre et 
en partie tendus de draperies de soie qui tombent de vétusté. 

A l'époque de Quaresipius, on voyait encore quelques traces 
des mosaïques qui ornaient primitivement la voûte. 

Caméra olim tota opère musaico operiebalur, sed in prœsenlia totum fero 
antiquitate corruit, et ad ejus ornatum et decorem, secundum tempus, alla 
superinducuntur ornamenta'. 

A l'extrémité orientale de cette grotte, entre les deux escaliers 
qui y convergent, on voit une niche arrondie dans sa partie supé- 
rieure et revêtue d'un beau marbre blanc. Une table de marbre 
sert d'autel et, au-dessous de cette table, brille, encastrée dans le 
pavé, une étoile d'argent autour de laquelle on lit ces mots: 

HIC DE VIRGINE MARIA 
lESVS CHRISTVS NATVS EST 

Cette étoile, qui, par son inscription latine, consacre les droits 
des Latins à la propriété de ce précieux sanctuaire, avait disparu 
en 1847, dérobée, dit-on, par les Grecs, qui, par cet enlèvement, 
auraient voulu dépouiller les catholiques d'un titre irrécusable de 
possession qu'ils invoquaient en leur faveur. Après de longues 
négociations avec la Sublime Porte, négociations auxquelles les 
ambassades de la France et de la Russie à Conslantinople prirent 
une part active, l'une pour défendre les droits séculaires des Latins, 
l'autre pour appuyer les prétentions des Grecs, le sultan Abdoul- 
Medjid fit replacer soUs l'autel de la Nativité une nouvelle étoile, 
entièrement semblable à la précédente; c'est celle que l'on voit en- 
core aujourd'hui. Toutefois, ce sanctuaire vénéré n'en continua pas 
moins d'appartenir aux Grecs. Quoi qu'il en soit, cette étoile, par 
l'inscription qui l'environne, nous apprend que la niche en forme 
de petite abside et l'autel dont je viens de parler occupent la place 

' Elucidatio Terrœ Sanctœ, t. H, p. 699. 



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146 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

où, conformément à une tradition admise par toutes les commu- 
nions chrétiennes et même par les musulmans, la vierge Marie 
a mis au jour le Messie. 

A sept pas de là, vers le sud, dans un enfoncement latéral dont 
l'entrée est soutenue par une colonne en vert antique, est la Crèche. 
On y descend par trois degrés. C'est un endroit bas et voûté. Un bloc 
de marbre blanc, creusé en forme de berceau, a remplacé la crèche 
de bois où la sainte Vierge étendit sur la paille son divin enfant 
et qui fut plus tard transportée à Rome. Cette précieuse relique, 
comme on le sait, y est encore exposée à la vénération des fidèles 
dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, 

Cette partie de la grotte n'étant pas assez élevée pour qu'on y 
puisse célébrer la messe, on a dressé en face et très-près de là un 
autel appelé l'autel des Mages ou des Trois-Rois, en souvenir de ces 
princes de l'Orient qui vinrent avec leurs présents se prosterner, à 
cette place, devant le maître du ciel et de la terre, qui leur appa- 
raissait sous les traits d'un faible et pauvre enfant à sa naissance et 
couché sur la paille d'une crèche, entre un âne et un bœuf. C'est 
là aussi qu'avant eux les bergers s'étaient inclinés les premiers 
devant l'Agneau de Dieu, dont l'avènement leur avait été annoncé 
par la voix des anges. Cet autel et le lieu de la Crèche appartien- 
nent aux Latins. 

Je n'ignorç |)a§ . qjyL^jiljAsi.Burs critiques contestent _rauthenticité 
du sanctuaire de la Nativité ^ ainsi que des deux^ derniers, qui sont 
compris dans la môme enceinte et qui, primitivement comme main- 
tenant, devaient faire partie de la même grotte. 

Maisj^après avoir pesé attentivement les doutes qu'ils ^éniettent, 
je suis resté plus convaincu que jamais de la véracité de la tradition 
à ce sujet. Cette tradition, en effet, n'est pas du nombre de celles 
dont on ne peut plus suivre la trace au delà du moyen âge et qui, 
adoptées par une communion chrétienne, sont combattues et reje- 
tées par d'autres. Elle remonte, au contraire, d'âge en âge, jus- 
qu'aux premiers siècles de l'Eglise, et les Grecs aussi bien que les 
Latins, les Arméniens non moins que les Coptes et les Syriens, que 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 147 

dis-je? les musulmans eux-mêmes, s'accordent tous, malgré tant de 
dissidences profondes qui les séparent, à reconnaître dans cette 
grotte le lieu de la nativité de Jésus-Christ. 

Ouvrons d'abord TEvangile. Voici comment saint Luc nous ra- 
conte ce grand événement : 

&. Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, vers la 
ville de David nonunéeBethléhem, parce qu'il était de la maison et de la famille 
de David, 

5. Pour se faire enregistrer avec Marie, son épouse, qui était enceinte. » 

6. Pendant qu'ils étaient en ce lieu , il arriva que le temps auquel elle devait 
accoucher s'accomplit,- 

7. Et elle enfanta son fils premier-né, et, Tayant emmaillollé, elle le coucha 
dans une crèche, parce qu'il n y avait point de place pour eux dans rhdtellerie^ 

Dans le texte grec, du moins d'après plusieurs manuscrits, la se- 
conde partie de ce dernier verset est ainsi conçue : 

xaï àvéxktvev cvirthv iv rfi (pdTVf! , StSrt oôx iiv aÔTOts tovos êv rtjj 

xarakufjLari. 

tf et elle le coucha dans la crèche, parce qu'il n'y avait pas de place 

pour eux dans Thôtellerie. -^ 

L'article préposé devant le mot (pdrvrf indique, je crois, que cette 
étable était l'étable même de l'hôtellerie, et non une étable quel- 
conque. Ainsi, il ne faudrait pas traduire, comme je l'ai fait moi- 
même tout à l'heure, en me conformant au sens donné par la plu- 
part des traducteurs : elle le coucha dam une crèche , mais : elle le coucha 
dans la crèche, soit que cette crèche ait été comprise dans l'hôtellerie, 
soit quelle en fût une dépendance distincte. Ce qui me semble 
prouver qu'il s'agit ici d'une étable connue, comme serait celle d'une 
hôtellerie unique, Bethléhem, à cause de sa petitesse, n'ayant peut- 
être eu qu'un établissement de ce genre, semblable probablement 
aux khans arabes d'aujourd'hui, c'est la suite du même chapitre de 
saint Luc. 

La nuit de la naissance du Christ, un ange apparaît à des 

* Luc, C. H, V. /1-7. 



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1A8 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

pasteurs des environs de Bethléhem, pendant qu'ils veillaient sur 
leurs troupeaux, et il leur annonce ainsi la bonne nouvelle: 

11. Aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui esl 
le Christ, le Seigneur. 

19. Et voici la marque à laquelle vous le reconnaîtrez. Vous trouverez un 
enfant emmaillotté , couché dans la crèche (et non dans une crèche , comme on tra- 
duit d'ordinaire). 

Et plus loin : 

i5. Après que les anges se furent retires dans le ciel, les bergers se dirent 
les uns aux autres : Passons jusqu'à Bethléhem , et voyons ce qui est arrivé et ce 
que le Seigneur nous a fait connaître. 

16. S'étant donc hâtés d'y aller, ils trouvèrent Marie et Joseph, et l'enfant 
couché dans la crèche. 

Si cette crèche n'eût pas été une crèche connue et déterminée, 
comme cela résulte du texte grec, il est à croire que l'ange qui 
apprit aux bergers la naissance du Messie ne se serait pas contenté 
de leur dire, pour le signaler à leurs recherches : tr Vous trouverez 
un enfant emmaillotté couché dans une crèche, ii Autrement, il leur 
eût été difficile de le trouver. En effet, dans quelle crèche le cher- 
cher? Tandis que, si l'on traduit la fin de ce verset par ces mots : 
dans la crèche, les bergers ont pu comprendre immédiatement qu'ils 
devaient aller chercher le divin enfant dans l'étable de l'hôtellerie. 
D'ailleurs, dans le texte grec, il y a chaque fois èv t^ (pérvri, 
ce qui détruit l'équivoque des mots latins in prœsepioy lesquels 
signifient tout aussi bien dam une crèche que dans la crèche^ tan- 
dis qu'en grec l'article placé devant (pdjvrf détermine ce nom et 
force à le traduire comme je le fais, c est-à-dire de la dernière ma- 
nière. 

Cette opinion, du reste, est celle de Quaresmius , qui pense éga- 
lement, avec d'autres critiques, qu'il est ici question d'une crèche 
commune et non de celle d'un particulier : 

Si angélus indefinite prœsepe indicasset, perreptandum pastorîbus fuisset 
per omnia circumjaccntia loca, et quœrendum quis infans cubaret in praese- 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 149 

pio. Ita etiam sentit Caietanus. Expendens enim illa verba angell ad pastores: 
Et itwenietU infantem pannis trwolutum et positum in prœsepioy inquit : trNon in 
cunis. Hic insinuatur quod prœsepe iiiud notorium erat, unicum ac com- 
mune. Alioquin angélus aliquam particularem conditionem addidisset, ad dis- 
tinguendum illud prœsepe ab aliis^^ 

Dans l'étable où naquit le Sauveur, il y avait près de lui deux 
animaux, comme l'affirment la plupart des docteurs qui ont eu à 
traiter ce sujet, comme on le voit aussi dans toutes les anciennes 
peintures qui représentent ce mystère : c'était un âne et un bœuf. 

Les interprètes des saintes Ecritures y voient une confirmation 
éclatante de ces paroles prophétiques d'Isaïe : 

Cognovit bos possessorem suum^et asinus praesepe Domini sui : Israël autem 
me non cognovit, et populus meus non intellexit^. 

Ds^ns Habacuc, là où la Vulgate traduit ainsi : 
In medio annonim notum faciès ^ 

on trouve chez les Septante : 

El/ iié<T(f} S6o l^jicjv yvùxrOtfa-riy iv Ty iyyileiv rà hff èniyvcaaOïlaTp. 

(T C'est au milieu de deux animaux que tu seras reconnu , quand Tépoque sera 
arrivée.^ 

Saint Jérôme*, dans sa belle lettre à sainte Eustochie, où il ra- 
conte la vie de sainte Paule, mère d'Eustochie, nous dépeint cette 
pieuse patricienne transportée de foi et d'allégresse dans la grotte de 
la Nativité, àBethléhem, et dans cette étable, où, dit-il, ^a^novit 
bos possessorem suum et asinus prœsepe Domini sui^^ ut impleretur quod 
in eodem propheta scriptum est : Beattis qui seminat super aquas, 
ubi bos et asinus calcant^. -n 

Il est donc hors de doute que le Christ est né dans une étable 
et, très-probablement, comme le texte grec semble l'indiquer, dans 

* Qnaresmius, EhicidatîoTerrœSanciaf, * Hieronymi opéra, t. I, p. 884, éd. 
t. II, p. 6a8. Migne. 

* Isaie, c. I, V. 3. * haie, ci, v. 3. 

^ Habacuc, r. m, v. a. • lêaîe, c. xxxn, v. ao. 



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150 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

une étable publique, ou, pour mieux dire, dans Tétable publique 
de Belhléhem {èv t^ (pàrt;^), attenante ou non à l'hôtellerie. 

On me dira peut-être: Mais, dans FEvangile de saint Ma tthi.eu, 
lors de l'adoration de l'enfant Jésus par les mages, il est question 
d'une maison (domus), et non pas d'une établç ou d'une crèche 
(stabulum, prœsepe) : 

Et intrantes domum [n)a{;i] invencruut puerum cum Maria, matre ejus, et 
procidentes adoraverunt eum; et aperlis tkesauris suis obtuleruntei munera : 
aurum,thus et inyrrham'. 

On a déjà répondu depuis fort longtemps à cette objection, en 
disant que par le mol donius il est permis d'entendre ici une habi- 
tation ou un abri quelconque, au lieu d'une maison proprement 
dite. Ainsi que Quaresmius^ le montre fort bien , la plupart des doc- 
teurs de l'Eglise et la tradition perpétuée d'âge en âge dans le. pays 
sont unanimes pour affirmer que l'adoration des mages s'accomplit 
dans le même endroit oii la sainte Vierge avait mis au monde son 
fils et où les bergers étaient venus déjà lui apporter leurs hom- 
mages, et il est inutile, à cause de l'expression si vague de damus 
(demeure, habitation) , de supposer qu'alors la sainte Vierge et saint 
Joseph avaient quitté l'élable pour aller s'installer ailleurs avec 
l'enfant Jésus. 

Si nous ne devons pas nous étonner de voir désigner une étable 
par le ïuot domus, puisqu'elle pouvait, dans certains cas, servir de 
demeure aux hommes aussi bien qu'aux animaux, nous ne devons 
pas davantage être surpris si cette étable se trouvait dans une grotte 
soit naturelle, soit artificielle. En Palestine, en efïet, dans toute la 
partie montagneuse de la contrée, les traces d'habitations souter- 
raines se rencontrent à chaque pas. Encore aujourd'hui, une foule 
de grottes taillées jadis ou seulement agrandies et disposées par la 
main de l'honmie servent aux Arabes d'asiles pour eux et pour leurs 
troupeaux, et sont souvent désignées chez eux par le mot hioui, 
f^y^ (chambres, habitations), de même que la grotte de Bethléhem 

' Matthieu, c. ii, v. 1 1 . — - Elucidalio Terrœ Sanctœ, t. Il , p. 639 et suiv. 



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CHAPITRE VL — BETHLÉHEM. 151 

a pu être appelée par les évaugélistes stabulum, prœsepe ou même 
domus, sans que, pour cela, ils se soient crus obligés d'ajouter que 
cette étable, celte crèche ou cette habitation était creusée dans le 
roc, la chose n étant pas plus rare alors que maintenant. 

Sans doute, la grotte de Bethléhenl n'est plus telle actuellement 
qu'elle était à l'époque de Notre-Seigneur; car, lorsqu'elle a été - 
transformée en sanctuaire païen par Hadrien, et, plus tard, en sanc- 
tuaire chrétien par sainte Hélène, elle a dû subir des modifications 
plus ou moins considérables. Devenue la crypte d'une basilique, et 
la surface de la colline dans les flancs de laquelle elle était creusée 
ayant été aplanie, puis occupée par de vastes et puissantes cons- 
tructions, cette grotte, où l'on devait autrefois entrer de plain-pied 
ou par une pente légèrement inclinée , puisqu'elle renfermait une 
étable, a été changée ensuite en une chapelle souterraine, avec un 
double escalier pour y descendre. Les parois en ont été revêtues de 
marbre; des dalles également de marbre ont recouvert le sol, et la 
disposition intérieure a pu être régularisée. Je m'associe, je l'avoue, 
à ceux qui regrettent ces embellissements et cette transformation 
comme ayant dénaturé le caractère et l'aspect primitif de ce lieu 
vénérable, dont le roc nu et l'apparence délabrée parleraient plus 
haut au cœur et à l'âme du fidèle que les ornements artificiels qu'on 
y a ajoutés. Mais l'authenticité de ce sanctuaire n'en demeure pas 
moins la même, et, bien qu'elle ait été et qu'elle soit encore mise 
en doute par quelques voyageurs systématiquement hostiles à toutes 
les traditions qui sont répandues en Palestine, sous le prétexte que 
ce sont de pures légendes monastiques, ne reposant sur rien de 
certain et d'irrécusable, il me semble qu'ici la tradition devrait 
trouver grâce à leurs yeux, car elle remonte, de siècle en siècle, 
jusqu'aux premiers âges de l'Eglise. 

Nous lisons, en efl'et, dans saint Justin le Martyr, natif de 
Palestine, qui écrivait moins de cent vingt ans après la mort de 
Jésus-Christ, c'est-à-dire à une époque singulièrement rapprochée 
des événements racontés dans l'Evangile : 

TeptjOévTOs Se réie toS 'maiSiov iv hniBXekytj éneiSrj tùfcrfl^ ovk el/ev év 



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152 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

rfi xciiÂYi ixeivrf ^nrov xarctkvaat, iv Se fJTsrikoiltf liin crvveyyvs Ttjs xôjfÂtjç 
xaTéXvas ' xal TeJre aviâv ivtcûv SKeT, iierôxei ïJ Map/a rbv Xpicrlbvy xaï év 
(^àlrvrf aùrèv êreOeixei^. 

rr L'enfant naquit alors a Bethlébem. Joseph, n'ayant pu trouver dans cette 
bourgade d'endroit pour loger, chercha un asile dans une caverne voisine de 
la bourgade. Pendant qu'ils y étaient, Marie enfanta le Christ et le plaça dans 
une crèche, y^ 

Lne pareille assertion de la part de saint Justin, qui avait pu 
connaître dans son enfance des vieillards dont les pères avaient été 
les contemporains de Notre-Seigneur, ou qui, eux-mêmes, avaient 
pu le voir dans ses dernières années, a tout le poids et toute la 
valeur d'un véritable témoignage historique. 

Ce n est pas là une vague tradition, ni une légende monastique, 
mais un renseignement net et précis, qui vient corroborer les 
paroles de saint Luc, en y ajoutant un détail de plus, à savoir que 
la crèche oi\ Notre-Seigneur fut mis au monde, et qi^'avait déjà 
signalée cet évangéliste , était dans une caverne voisine de Beth- 
lébem. 

Or la grotte de la Nativité est précisément à la porte de la Beth- 
lébem antique, du côté de Torient. 

• Tout le monde connaît aussi ce passage célèbre d'Origène, qui 
écrivait, on le sait, Tan 282 après Jésus-Christ : 

Quod autem in Bethlehem sit genitus Jésus > si velit aliquis post Micliœa} va- 
ticinium et post scriptam in Evangeliis per Jesu discipulos historiam et aliunde 
Xieri cerlior, consideret ut subsequenler in Evangelio, cum ejus nativitas enar- 
ratur, et in Bethlehem speluncam ostendi ubi ille sit natus; quod utique et in 
illis locis percelebre, ut apud eos quidem qui a fide sunt alieni, fama et no- 
mine circumfertur, eadem in spclunca Jesum quemdam, quem Christiani ado- 
rent et deinirentur, genituni esse*-^. 

fr Que Jésus soit né à Bethlehem , si quelqu'un, après la prophétie de Michée et 
après l'histoire du Christ écrite dans les Evangiles par les disciples mêmes de 
Jésus, cherche à s'en assurer par des témoignages empruntés à une autre source, 
qu'il sache que, conformément à TEvangile, on montre à Bethlehem la grotie 011 

' Justin. Martyr. Dialog, cum Tryphone^ S 78. — -Orig. ConUa Celsum, l,Soi. 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 153 

il est ué. Ce fait est très-notoire dans le pays, et chez ceux mêmes qui sont 
étrangers à la foi circule partout la tradition que dans cette grotte est né un 
certain Jésus, que les chrétiens adorent et admirent. ?) 

Eusèbe, dans sa Démonstration évangéliqne ^ s'exprime ainsi : 

Aujourd'hui encore, ceux qui habitent cette localité confirment, par leur 
propre témoignage, la tradition qu ils ont reçue de leurs pères et appuient leur 
assertion auprès de ceux qui viennent visiter Bethléhcm, en montrant le champ 
où la Vierge a mis au jour et déposé son enfanta 

Dans le texte grec , suivant une remarque ingénieuse de quelques 
critiques et qui paraît à la fois très-simple et très-vraisemblable, 
au lieu de: Sià tvs toO àypov Sei^ecôs, il faudrait lire : Sià ttjs tov 
ivrpov Sei^eœs^ en montrant la grotte ^ correction généralement ad- 
mise et qui se présente tout naturellement à l'esprit. 

Cet ouvrage d'Eusèbe semble avoir été composé avant le pèle- 
rinage de sainte Hélène et les embellissements que reçut alors la 
grotte de Bethléhem , transformée en un magnifique sanctuaire. On 
sait qu'Eusèbe, originaire de Césarée en Palestine, naquit dans cette 
ville, l'an 2 6 4 de l'ère chrétienne, et en devint évêque en 3 1 5; sa 
mort arriva en 3/to. 

Le même écrivain, dans sa Vie de Constantin, après avoir raconté 
le voyage de sainte Hélène en Palestine, continue ainsi : 

Elle consacra deux temples au Dieu qu^elle adorait, fun sur la montagne de 
TAscension, l'autre sur la grotte obscure de la Nativité La pieuse impéra- 
trice, voulant conserver précieusement le souvenir du divin enfantement, em- 
bellit la sainte grotte par une décoration riche et variée. Peu après, Tempereur 
lui-même, surpassant la magnificence de sa mère, orna le même endroit d'une 
manière vraiment royale, employant Tor, fargent et les riches tentures-. 

Ailleurs, dans Y Eloge de Constantin, Eusèbe attribue à cet em- 
pereur l'érection d'un vaste et superbe monument au-dessus de la 
grotte de la Nativité. 

11 avait choisi particulièrement trois localités illustrées par trois grottes mys- 
tiques et saintes, et embelli chacune d'elles par la construction de grands et 

' Dmonstiation évangélique, I. VU, c. v. — ' Vie de Coiistaniin, 1. 111, c. xlui. 



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154 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

spleiidides édifices. Dans i'une des grottes il honorait la première apparition 
du Christ en ce monde ^ 

\\ est question de ce dernier monument dans Yltinéraire de Bor- 
deaux à Jérusalem (333 après J. C). 

Inde [a monumento Rachel] miUia duo a parte sinistra eslBethlehem, ubi 
nalus est Dominus noster Jésus Christus ; ibi basitica facla est jussu Constantiui. 

fr A deux milles de là [du tombeau de Rachel ] , à main gauche , est Bethlëhem , 
où est né Notre-Seigneur Jésus-Christ; là une basilique a été bâtie par les ordres 
de Constantin. 7) 

Ce passage net et précis, qui confirme le témoignage d'Eusèbe, 
relatif à la construction par Constantin d'un grand édifice religieux 
au-dessus de la grotte de la Nativité, est lui-même confirmé, à son 
tour, par les deux suivants. Le premier est tiré de Thistorien So- 
crate, qui avait résidé en Palestine et qui, selon toute apparence, 
avait assisté aux travaux de construction de la basilique de Beth- 
léhem : 

La mère de l'empereur, après avoir fait bâtir la Nouvelle-Jérusalem (c'est 
ainsi que l'auteur désigne l'église de la Résurrection), éleva pareillement une 
seconde église à Bethléhem, sur la grotte de llncarnation du Christ^. 

Le second se trouve dans un autre historien ecclésiastique, So- 
zomène, qui vivait au v*^ siècle et qui, de même que Técrivain 
Socrate dont je viens d'invoquer l'autorité, parle de visu des monu- 
ments de Jérusalem et de Bethléhem. 

L'impératrice Hélène jit bâtir un temple à Bethléhem, autour delà grotte de 
la Nativité'. 

L'authenticité de cette grotte est également affirmée de la manière 
la plus formelle, à la fin du iv* siècle et au commencement du v*, par 
saint Jérôme , lequel habita pendant de longues années une grotte 
voisine de celle de la Nativité , et dont la science profonde en tout 
ce qui regarde la sainte Ecriture et la tradition ne peut être que 
difficilement contestée. 

' Ëusèbe , Éhge de ConstaïUin , c. ix. — ^ HUt, eccL 1. 1 , c. xvu. — ^fft»(. eccL I. H , c. ii. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 155 

Qu'on lise, par exemple, l'admirable lettre à Marcella, qui date 
de l'année 386, et dans laquelle ce savant docteur engage cette 
illustre Romaine, au nom de sainte Paule et de sainte Eustochie, 
dont il se fait l'interprète , à quitter les splendeurs de Rome pour 
venir prier en Palestine sur les principaux lieux témoins des grands 
mystères de notre salut. 

Voici le passage qui a trait à Rethléheni : 

Verum, ut ad viliulam Christi et Marise diversorium veniamus (plus enim 
laudat unnsquisque quod possidet) , quo sermoue, qua voce speluncam tibi pos- 
sumus Salvatoris exponere? Et illud praesepe, in quo infaotulus vagiit, silenlio 
magis. qnam infirmo sermoue honorandum est. Ubi sunt latœ porlicus? ubi 
aurata laquearia? ubi domus miserorum pœnis et damnatorum labore yestitœ? 
ubi instar paiatii opibus privatorum exstructœ basilicœ , ut vile corpusculum 
bomini^ pretiosius inambulet, et quasi mundo quidquam possit esse ornatius, 
tecta magis sua velit aspicere quam cœlum? Ecce in hoe parvo terrœ ibramine 
cœlorum conditor natus est; hic involutus pannis, hic visus a pastoribus, hic 
demonstratus a Stella, hic adoratus a magis ^ 

«rPour en venir à Thumble demeure du Christ et à Fasile de Marie (chacun , 
en effet, loue davantage ce qu*il possède), par quel discours, par quelles pa- 
roles pouvons-nous te décrire la grotte du Sauveur? D'ailleurs, cette crèche, 
où, faible enfant, il a fait entendre ses vagissements, doit être plutôt honorée 
par le silence que par un langage impuissant. Où sont ces vastes portiques et 
ces lambris dorés? Où sont ces maisons qui doivent leur parure aux châtiments 
des malheureux et au travail des condamnés? où ces basiliques élevées comme 
des palais, avec la fortune de simples particuliers, afin que le vil et misérable 
corps de Thomme s'y promène à plus grand prix, et comme s'il pouvait y avoir 
quelque chose de plus orné que le monde, qu'il préfère contempler le toit de 
sa demeure que le ciel? Ici, dans cette petite ouverture de la terre, est né le 
créateur des cieux; ici il a été enveloppé de langes; ici il a été vu par les pas- 
teurs; ici il a été indiqué par l'étoile; ici il a été adoré par les mages. w 

Ailleurs, dans une de ses lettres à Paulinus, écrite vers SgS, 
nous lisons ce passage si souvent mentionné : 

Âb Hadriani temporibus usque ad imperium Constantini , per annos circiter 

* Hieronymi opéra omma, 1. 1, p. igo, chie, elle parait avoir étë soit couiposëe, 
ëdit. Migne. — Bien que cette lettre porte soit retouchée par saint Jérôme, dont on 
le nom de sainte Paule et de sainte Eusto- reconnaît facilement le stvie. 



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15G DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

centum octoginta, in loco Resurrectionis simulacrum Jovis,* in Crucis rupe 
statua exmarmore Veneris a gentibus posita colebatur; existimantibus persecu- 
tionis auctoribus, quod tollerent nobis fidem resurrectionis et crucis, si loca 
sancta per idola polluissent. Bethlehem nunc nostram, et augustissimum orbis 
locum de quo Psalmista canit : Veritas de terra orta est^ lucus inumbrabat Tha- 
inuz, id est Adonidis; et in specu ubi quondam Christus parvulus vagiit 
Veneris amasius plangebatur ^. 

<r Depuis IMpoque d'Hadrien jusqu^au règne de Constantin, pendant cent 
quatre-vingts ans environ, les gentils avaient place et adoraient sur le lieu de 
la Résurrection Timage de Jupiter, et sur la roche de la Croix la statue de 
marbre de Vénus. Les auteurs de la persécution pensaient qu'ils détruiraient 
notre foi en la résurrection et en la croix, s'ils souillaient ces lieux sacrés par 
des idoles. Quant à Beth}éhem, qui maintenant est à nous, ce lieu si auguste 
de l'univers, dont le Psalmiste a dit dans ses chants : La vérité est sortie de la 
terre y était ombragé par un bosquet dédié à Thamuz, c'est-à-dire à Adonis, 
et dans la grotte où autrefois le Christ enfant avait poussé des vagissements 
l'amant de Vénus était pleuré, n 

Cette consécration par Hadrien des trois principaux sanctuaires 
du christianisme au culte de trois idoles païennes, et, en particu- 
lier, la transformation de la grotte de la Nativité en grotte d'Adonis, 
n'est-elle pas l'une des preuves les plus fortes en faveur de l'au- 
thenticité des traditions qui se rattachaient à ces trois endroits? Si, 
dès les premières origines de l'Eglise, les chrétiens ne les avaient 
point vénérés comme ayant été les témoins de la naissance, de la 
passion et de la mort du divin fondateur de leur religion, les païens 
les auraient-ils profanés à dessein par le culte d'Adonis, de Vénus 
et de Jupiter? Et cette profanation même, contrairement à leur 
attente, n'esl^elle pas devenue l'un des arguments les moins contes- 
tables à l'appui des croyances que le paganisme s'efforçait en vain 
d'anéantir et au maintien desquelles, sans le savoir et en dépit de 
ses persécutions ou de ses consécrations sacrilèges, il travaillait 
ainsi lui-même ? 

Qu'on me permette de citer ici tout entier un autre passage de 
saint Jérôme dont j'ai déjà reproduit le commencement : il est tiré 

' Psaume lxxxiv, v..iti. — ^ Hierony mi opéra , t. l, p. 58 1, édit. Miguc. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 157 

de sa lettre à sainte Eustochie \ consacrée à l'éloge funèbre de sainte 
Paule. Nous voyons décrites dans ce morceau d'une manière très- 
vive les impressions ressenties par cette noble et sainte femme dans 
la grotte de Bethléhem. 

Atque inde Bethlehem ingressa , et in specum Salvatorîs introiens , postquam 
vidit sacrum Virginis diversorium et siabulum in que agnovit bos possessorem 
suum et annus prtBsepe Domini m ^, ut iliud impleretur quod in eodem propheta 
scriptum est : Beatus qui seminat super aquas, ubi bas et asmus eakant^, me au- 
diente jurabat cemere se oculis fidei infantem pannis invoiutum, vagientem in 
prœsepi Dominum, magos adorantes, stellam fulgentem d.esuper, matrem Vir- 
ginem*, nutricium sedulum, pastores nocte venientes, ut vidèrent verbum quod 
factum erat^ et jam tune evangelistœ Joannis principium dedicarent : /nj?n«- 
cipio erat Verbum, et Verbum caro factum esl^, parvulos interfectos, Herodem see- 
vientem, Joseph et Mariam fugientes in iEgyptum, mixtisque gaudio lacrimis 
loquebatur : Salve, Bethléhem, domus panis , in quo natus est ille panis, qui de 
cœlo descendit; salve Ephrata, régis uberriAia atque xafy7ro(p6pe y cujus fertilitas 
Deus est. 

De te quondam Michaeas vaticinatus est : ^ Et tu , Bethléhem , domus Ephrata <» 
non minima es in miliibus Juda. Ex te mihi egredietur qui slt princeps in 
Israël; et egressus ejus ab initio, a dîebus œternitatis'^.'n 

trDe là elle se rendit dans Bethléhem, et en pénétrant dans la grotte du Sau- 
veur, lorsqu'elle eut vu l'asile sacré de la Vierge et Tétable où le boeuf recùnnut 
son maître et Vàne la crèche de son Seigneur, afin que s'accomplît ce qui est 
écrit dans le même prophète : Heureux celui qui sème sur les eaux, là où le bœuf 
et Vâne foulent le sol, elle jurait, en ma présence, quelle apercevait des yeux 
de la foi l'enfant enveloppé de langes, le Seigneur poussant des vagissements 
dans la crèche, les mages l'adorant, l'étoile brillant au-dessus du Messie, la 
Vierge devenue mère, le père nourricier plein d'attention, les pasteurs qui 
arrivent de nuit, pour voir l'accomplissement de la parole {verbum)^ qu'ils 
avaient entendue et consacrer ainsi dès lors le commencement de l'Evangile 
de Jean : Au commencement était le Verbe, et le Verbe s'est fait chair; les petits en- 

* Hieronymi opéra, t. I, p. 884, édit. * Jean, c. i. 
Migne. ' Michée, c, v, v. a. 

* Fsate, c. I, v. 3. * Ici saint Jérôme joue sur la signifi- 
^ Ibid, c. xxxii, V. 30. cation du mot verbum, pris à la fois dans 

* Matthieu , c. u. le sens de parole ou chose et de Verbe 

* Luc, c. n, V. i5. divin. 



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158 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

fants massacres, Hérode se livrant h sa fureur, Joseph et Marie fuyant en 
Egypte; et, mêlant les larmes à la joie, elle s'ëcriait : Salut, Bethléhem, maiion 
du pain y où est né ce pain qui est descendu du ciel. Salut, Ephrata, contrée 
fertile et abondante en fruits, dont la fécondité produit un Dieu. 

Cest de toi qu'autrefois Michée a prophétisé en ces termes : «rEt toi, Beth- 
^léhem, maison d'Ephrata, tu n'es pas la moindre parmi les nombreuses 
ff villes de Juda, car de toi sortira pour nous celui qui doit régner sur Israël; 
rson origine est dès le commencement, dès les jours de Téternité.^ 

Ce passage éloquent, écrit l'an lioU après Jésus-Christ, résume 
dans tous ses détails les plus essentiels la tradition qui a cours 
encore aujourd'hui, et de même que celle-ci s'est conservée fidè- 
lement depuis lors, ainsi tout porte à croire, quand même nous 
n'aurions pas d'autres témoignages plus anciens remontant jus- 
qu'au second siècle de notre ère, que saint Jérôme, beaucoup plus 
voisin que nous ne le sommes des origines du christianisme, et qui, 
par son long séjour à Bethléhem, devait connaître parfaitement 
tout ce qui se rattachait à l'histoire de cette bourgade célèbre, n'a 
fait que reproduire exactement la tradition primitive, dont il me 
semble bien téméraire, après tant de siècles écoulés, de contester 
sérieusement la véracité. 

L'authenticité de la grotte de la Nativité est donc attestée, non- 
seulement, comme celle de plusieurs autres sanctuaires, par une 
suite non interrompue de témoignages dont il est impossible de 
retrouver la tr^çe au delà du^ moyen âge, mais encore par des 
autorités beaucoup plus anciennes et tellement graves, que d'y re- 
fuser son adhésion, c'est la refuser, en même temps, à ce qui paraît 
le mieux établi par la tradition et par l'histoire. 

Un autre témoin, également très-imposant, en faveur delà grotte 
de Bethléhem, témoin toujours vivant, en quelque sorte, depuis 
le IV* siècle, c'est la magnifique basilique, encore debout, construite 
par sainte Hélène et par Constantin sur cette crypte sacrée, à 
cause des grands souvenirs qu'elle rappelait. Avant de l'ériger, 
entre les années S^? et 333 après Jésus-Christ, tous deux avaient 
dû s'assurer de la légitimité de ces souvenirs, et un édifice si majes- 
• tueux et si ancien porte lui-même dans sa date reculée et dans sa 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 159 

vieillesse vénérable Tune des preuves les plus éclatantes de la véra- 
cité de la tradition. 

Passons maintenant aux autres grottes qui avoisinent celle-ci 
et qui font partie de la même crypte, au moyen de corridors sou- 
terrains. 

La première chapelle que l'on rencontre après celle de la Nati- 
vité, en tournant vers la droite, est celle dite de Saint-Joseph; 
fautel regarde lorient. Suivant une tradition, saint Joseph, voyant 
que sa sainte et virginale épouse était sur le point d'enfanter le 
Sauveur des hommes, se retira quelque temps dans cette grotte. 

Une autre tradition veut que, pour échapper aux recherches 
d'Hérode; il se soit réfugié dans cet asile avec la sainte Vierge et 
l'enfant Jésus, et que ce soit là qu'un ange lui ait apparu en songe, 
en lui ordonnant de fuir en Egypte. 

Ces deux traditions sont très-incertaines et ne reposent que sur 
une pieuse légende. 

Quaresmius, en parlant de cette chapelle, s'exprime ainsi: 

Sciredebes illud [saceilum] vel modo honorari quod sanetus vir ibi aliqnod 
peculiare fecerit, vel etiam fuerit. . ., quoniam utrumque incertum est, et pri- 
mum magis, et nonnisi paucis ante annis sancto huie dicatum. Sciendam itaque 
quod, gubemante loca sancta P. F. Thoma a Novaria, loci opportunitate in- 
venta exigui sacelli, in eo anno Domini 1621 altare erexit, sanctoque virginis 
Mariœ sponso dicavit, ut a piis Gdelibus desiderabatur. Et optima rationo, quo- 
niam in his partibns fuit , et tempore immaculati partus sponsœ suœ in sancto 
habitavit antro; et couveniebat ut hic singulis quoque diebus honoraretur ille 
quem tantum Deus honoravit, ut filiœ suœ sponsum, virginitatis custodem et 
(ilii sui patrem et nutritium credi et esse voluerit^ 

Ainsi, comme cela résulte du témoignage de Quaresmius, cet 
autel n'a été érigé que de son temps ^ l'an 1621, par le révérend 
père Thomas de Novare, et ce religieux ne semble adopter comme 
authentiques, puisqu'il les passe sous silence, ni l'une ni l'autre des 
deux traditions que j'ai rapportées plus haut. 

* Elucidatio Terrœ Sanetœ, t. II, p. 67.5. 



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160 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

De la chapelle de Saint-Joseph on arrive immédiatement à celle 
des Saints-Innocents. 

Hoc erat antrum vel sicca cisterna ; juxla parietem est aitare et sub alfuri 
modica caverna, sive sepulchrum interfectorum propter nomen Dei ^ 

On assigne, dit Quaresmius, une double raison à ce nom, la 
première , qui est la plus répandue et probablement la plus vraisem- 
blable, raison que donne et admet le révérend père Boniface-, 
c'est qu'en cet endroit furent entassés et ensevelis les restes des 
innocentes victimes qui furent immolées alors par Hérode. La se- 
conde, c'est qu'en ce même lieu un certain nombre de ces enfants 
furent cachés par leurs mères, puis trouvés et massacrés par les 
satellites du tyran, et enfin réunis, après leur mort, dans un même 
tombeau. 

Sous l'autel dédié à ces prémices des martyrs est une ouverture 
basse fermée par une grille de fer et qui donne dans un caveau 
que l'on n'ouvre qu'une fois par an. Le docteur Tobler^, qui a pu 
y pénétrer, dit qu'il mesure douze pas de long du sud au nord, et 
il affirme n'y avoir trouvé aucun ossement. Ces précieuses reliques 
ont-elles disparu, soit qu'elles aient été réduites en poussière, soil 
qu'on les ait dispersées? Ou bien n'y ont-elles jamais été déposées, 
et ne serait-ce là qu'une sorte de cénotaphe qui leur aura été dédié 
près du berceau du Messie , pour lequel tant d'enfants ont eu l'hon- 
neur de perdre la vie? Je l'ignore; car les documents à ce sujet n'ont 
rien de précis. 

Voici le passage de saint Matthieu où le meurtre des Innocents 
est raconté : 

16. Alors Hérode, voyant que les mages s'étaient joués de lui, entra dans 
une grande colère, et il envoya tuer dans Bethléhem et dans tout son territoire 
tous les enfants âgés de deux ans et au-dessous, selon le temps dont il s'était 
enquis exactement des mages. 

* Quaresmius, Elucidatio TerrœSanctœ, * De percnni culiu Terrœ Sanetœ, I. II. 

t. II. p. 675. ^ Bethléhem m Palâtftina, p. 181. 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 161 

17. Alors s'accomplit ce cpii avait été dit par le prophète Jérëmie : 

18. On a entendu dans Rama des cris, des plaintes et des gémissements 
lamentables, Rachel pleurant ses enfants et ne voulant point être consolée, 
parce qu^ils ne sont plus ^ 

Ces versets nous apprennent seulement ce massacre, sans nous 
donner aucun détail qui puisse soit confirmer, soit infirmer la tra- 
dition précédente. Quant à cette tradition elle-même, elle paraît 
avoir changé; car on lit dans Antonin de Plaisance, pèlerin du 
vi*" siècle : 

Milliario semis de Bethlehem, in suburbe David jacet David; sed et infantes 
quos occidit Herodes ipso in loco habent sepulcra, et videntur eorum sancto- 
rum ossa^. 

rr A un mille et demi de Bethlehem , dans le faubourg de David , est le tombeau 
de ce roi; les enfants qu Hérode a fait mourir y ont également leurs sépulcres, 
et l'on y voit leurs saintes reliques, rt 

Au commencement du vm® siècle, vers l'année 728, on mon- 
trait à Tekoa l'endroit où autrefois Hérode avait fait massacrer les 
enfants. 

Venerunt in villam magnam, quœ vocatur Thecoa, ad illum locum ubi 
infantes quondam occisi fuerant ab Hérode. Ibi est nunc ecclesia, et ibi re- 
quiescit unus de prophetis '. 

(tlls arrivèrent à une grande bourgade appelée Thecoa [Tekoa], au lieu où 
les enfants avaient été jadis tués par Hérode. Là est maintenant une église; là 
aussi repose Tun des prophètes, n 

Vers l'année 865, Bernard le Sage parle d'une église en l'hon- 
neur des saints Innocents martyrs, à côté et au midi de l'église Sainte- 
Marie, à Bethlehem. 

Juxta hanc ecclesiam [Sanctœ Mariœ] est ad meridiem ecclesia beatorum 
martyrum Innocentium ^. 

Au commencement de la domination franque, le Saxon Sœwulf , 
qui visita la Palestine dans le courant des années iioâ et iio3, 

* Matthieu, c. n, v. 16-18. * Bemardi Sapientis /(mcronum. {Mé- 

* Itinerar. c. xxix. moires de la Société de géographie de 

* Willibaldi Hodceporicon y p. qo. Paris, t. IV, p. 791.) 



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162 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

ne fait plus mention d'une église distincte, au midi et auprès de 
celle de Sainte-Marie, mais seulement d'un autel placé dans la 
partie méridionale de cette même église et sous lequel reposaient 
les restes de ces petits enfants, à l'endroit ofi ils avaient été égorgés 
par Hérode. 

Innocentes quidem , qui infantes pro Christo infante ibidem ab Herode tru- 
cidati sunt, in australe parte ecclesiœ sub altare requiescunt^ 

Dans une description anonyme de la Terre sainte , écrite en latin 
au xif siècle, et que M. de Vogiié, d'après un manuscrit de la Bi- 
bliothèque impériale, a publiée comme appendice à son ouvrage 
sur les Églises de la Terre sainte, je trouve le passage suivant, re- 
latif aux saints Innocents : 

Innocentum pars maxima contra meridiem tertio miiliario a Bethlehem se- 
pulta quiescit^. 

(rLa plus grande partie des Innocents ont été ensevelis et» reposent au troi- 
sième mille vers le midi de Bethlehem. n 

Une autre description également anonyme et en français, qui 
date de 1187 et qui a été publiée de même par M. de Vogué , à la 
suite de la précédente, place à Bethlehem le tombeau des Innocents. 

Sus un mont est Bethlehem et la crèche où Nostre Sire fut mis quant il fut 
nés et envelopes de petits drapiaus; là est le lieu de la nativité et le lieu où li 
troi roi (Caspar, Melcior, Baltisar), qui vindrent d'Orient, adorèrent Nostre 
Seignor. Iluecques de costé le cuer destre est la cité où le puis est où Testoile 
chai qui conduisait les trois rois. Devers la senesire partie gisent U itmocent '. 

De ces divers textes il résulte que le lieu de la sépulture des 
saints Innocents ne peut être déterminé avec certitude. Ce qui 
semble le plus vraisemblable, c'est que le massacre ayant été exé- 
cuté en divers endroits, non-seulement à Bethlehem, mais encore 
dans tous les environs, comme nous l'apprend saint Matthieu, les 
dépouilles de ces tendres victimes furent enterrées aussi sur divers 

* Sœwulfi Relatio de peregrinatione ad * Les Églises de la Terre sainte, appen- 

Hierosolymam. (Mémoires de la Société de dice, p. 4i q. 
géographie de Paris, t. IV, p. 848.) ' Ibid. p. /i48. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 163 

points, plutôt que recueillies dans un même caveau. Des autels et 
même une église ont pu être érigés en leur honneur, sans que, pour 
cela, ces autels et cette église s'élevassent sur leur tombeau, et le 
caveau que l'on montre depuis plusieurs siècles dans la crypte de 
Bethléhem, comme ayant reçu leurs restes, n'est peut-être qu'une 
ancienne grotte où quelques-uns de ces enfants ont été soit mar- 
tyrisés, soit ensevelis. La tradition ensuite se sera généralisée, et, 
l'emplacement des autres tombeaux consacrés aux autres victimes 
ayant été oublié, la vénération publique sera demeurée unique- 
ment attachée à cette chapelle souterraine dédiée à leur mémoire, x 

Quoi qu'il en soit, la procession des révérends pères franciscains 
qui, chaque jour, vers les quatre heures du soir, parcourt successive- 
ment les différents sanctuaires de cette crypte, en commençant par 
ceux que j'ai déjà décrits et dans l'ordre même où je les ai men- 
tionnés, s'arrête tour à tour devant chacun de ces autels. Des 
nuages d'encens, des prières et des chants graves et majestueux 
renouvellent ainsi sous ces voûtes souterraines le souvenir des mys- 
tères qui s'y sont accomplis ou des événements qu'elles rappellent. 
Les trois premiers sanctuaires sont à la fois les plus saints et les 
moins contestables, et, sauf quelques détails plus ou moins légen- 
daires, qui sont venus s'ajouter à la tradition primitive, on doit, si 
l'on est chrétien, les vénérer avec un respect d'autant plus profond 
qu'aucun doute sérieux sur leur authenticité ne peut subsister dans 
un esprit impartial. Les deux autres, celui de Saint-Joseph et celui 
des Saints* Innocents, ne sont point entourés de preuves sem- 
blables. Néanmoins, quand même les faits dont on y rattache la 
mémoire ne s'y seraient point réellement passés, quoi de plus con- 
venable toutefois que d'honorer près du berceau du Christ saint 
Joseph, son père nourricier, et les nombreux enfants dont le sang 
fut versé par Hérode à l'avènement du Messie naissant et devint 
ainsi la première semence des martyrs? Dans tous les cas, lorsque 
la procession est parvenue à cette dernière grotte, il est difficile de 
ne pas se sentir intérieurement ému au moment où, dans un pareil 
lieu, une troupe de jeunes enfants de chœur bethléhémites entonne 



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164 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

cette belle hymne, Tune des plus touchantes parmi les chants de 
l'Eglise : 

Salvete, flores martyrum, 

Quos lucis ipso in limine 

Chrisd insecutor sustulit, 

Ceu* turbo nascentes rosas. 

Vos, prima Christi viciima, 
Grex immolatorum tener, 
Aram sub ipsam simpiices 
Palma et coronis iuditis. 

ff Salut, fleurs des martyrs, que, sur le seuil même delà lumière, le persécu- 
teur du Christ a moissonnées, comme un tourbillon emporte les roses nais- 
santes. 

ffO vous, premières victimes du Christ, tendre troupeau immole pour lui, 
vous vous jouez innocemment, sous Tautel même, avec des palmes et des cou- 
ronnes. y> 

Du sanctuaire des Saints* Innocents, la procession, par divers 
détours, se rend, en laissant à droite le tombeau de saint Ëusèbe, 
puis à gauche celui de sainte Paule et de sainte Eustochie et celui 
de saint Jérôme, à l'oratoire de ce grand docteur. 

Située à l'extrémité septentrionale de la crypte, cette chapelle 
est voûtée et entièrement creusée dans le roc. Elle mesure environ 
huit pas de long sur sept de large, et est éclairée par une fenêtre 
qui donne dans le cloître latin. Un escalier de dix-huit marches la 
faisait autrefois communiquer directement elle-même avec ce cloître; 
mais il est actuellement muré. Un autel y a été érigé vers l'orient. 
Au-dessus est un assez bon tableau à l'huile, où est figuré saint 
Jérôme tenant la Bible entre ses mains. On croit, en effet, d'après 
la tradition commune, que cet oratoire n'est que l'ancienne cellule 
où, pendant de longues «nnées, ce Père de l'Eglise aurait vaqué, 
durant l'été, à l'oraison , à l'étude des saintes Ecritures et à la tra- 
duction de la Bible. 

Ratio nominis, quia, ut tradit communis traditio et scriptum reliquit F. Bo- 
nifacius in libro II De perenni cultu Terrœ Sanctœ, S. Hieronymus œstivis tem- 
poribus in eo stadiis vacabal et ex hebrœo in grœcum et e grœco in latinum 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 165 

transtulit sacra Biblia, vel, ut dicitur io Breviario, <r Vêtus Testamentum ex 
hebrœo transtulit, Novum, jussu Damasi, grœcœ fidei reddidit, magna etiam 
ex parte explicavit '. t» 

De l'oratoire de Saint-Jérôme, la procession, en revenant sur ses 
pas, s'arrête successivement devant quatre tombeaux : le premier 
est celui de saint Jérôme lui-même. 

Ce célèbre docteur de l'Eglise vécut plus de cinquante ans à 
Bethléhem, non loin de la crèche du Sauveur, occupé à la fois^ dans 
sa retraite , aux œuvres de la pénitence et de sa propre sanctifica- 
tion , et à l'édification de l'Église entière , qui le regardait comme l'une 
de ses lumières et l'un de ses plus fermes soutiens. Consulté de 
toutes parts, il était, du fond de sa cellule, l'un des oracles de la 
chrétienté, soit qu'il fallût confondre les hérétiques, soit qu'on eût 
recours à sa science profonde pour l'interprétation des saintes Ecri- 
tures. C'est là aussi qu'il s'éteignit de vieillesse, à l'âge de quatre- 
vingt-huit ans. Il voulut être enterré près de la Crèche , et son corps 
fut déposé dans un caveau pratiqué dans le roc, à quelque distance 
au sud de l'oratoire qui porte son nom. On sait que ses restes pré- 
cieux furent ensuite transportés à Rome, où on les vénère encore 
aujourd'hui dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure, autrement 
dite Sancta Maria adprœsepey parce qu'elle renferme aussi, comme je 
l'ai déjà dit, quelques débris de la crèche de Bethléhem. 

Dans la même chapelle sépulcrale, vis-à-vis de l'autel qui rem- 
place le tombeau vide de saint Jérôme, c'est-à-dire vers Test, cet au- 
tel regardant l'ouest, est le tombeau commun de sainte Paule et de 
sainte Eustochie. Leurs cendres n'y reposent plus maintenant. Qua- 
resmius, qui parle de cette disparition comme étant déjà constatée 
de son temps, nous apprend aussi que les inscriptions en vers que 
saint Jérôme avait fait placer, l'une sur le devant de la chambre 
sépulcrale, l'autre sur la pierre tumulaire qui recouvrait le corps 
de sainte Paule, ne se voyaient pas davantage. 
• Voici la première, telle que nous la trouvons à ia fin de la lettre 

* Elucidatio Terrœ SanrUp, l. Il , p. 676. 



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166 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

adressée par ce docteur à Eustochie et contenant l*éloge de la 
mère de cette sainte : 

Aspicis angustum prœcisa in rupe sepulcrum? 
Hospitium Paulœ est, cœlestia régna tenentis. 
Fratrem, cognâtes, Romam patriamque relinquens, 
Divitias, sobolem, Bethlemiti conditur antre. 
Hic prœsepe tuam, Christe, atque hic mystica magi 
Munera portantes, heminique Deeque dedere^ 

<r Vois-tu ce sépulcre étroit, creusé dans le roc? C'est l'asile de Paule, qui oc- 
cupe maintenant le royaume des cieux. Son frère, ses parenls, Rome, sa pa- 
trie, ses richesses, ses enfants, elle quitta tout pour être ensevelie dans la grotte 
de Bethléhem. Ici, ô Christ, est ta crèche; ici les mages, t'apportant leurs pré- 
sents mystiques, te les offrirent cemme à un homme et comme à un Dieu.?) 

La seconde inscription, qui était gravée sur le tombeau môme, 
était conçue en ces termes : 

Scipio quam genuit , Pauli fiidere parentes, 
Gracchorum soboles, Agamemnonis inclyta proies. 
Hoc jacet in tumulo : Paulam dixere priores. 
Eustochii genitrix , Romani prima senatus, 
Pauperiem Christi et Bethlemitica rura secuta est. 

«La fillede Scipion etdesPaules,rhéritière des Gracques, l'illustre postérité 
d'Agamemnon, est étendue dans ce tombeau: on l'appelait Paule. Ce fut la mère 
d'Eustochie; la première du sénat romain, elle préféra à Rome la pauvreté du 
Christ et les champs de Bethléhem. n 

Ces vers touchants ne manquent pas d une certaine pompe et 
dune solennité qui serait peut-être emphatique, s'il ne s'agissait 
pas ici d'une femme de la première noblesse romaine, qui avait 
renoncé à l'opulent éclat de sa position et à toutes les splendeurs 
de la capitale du monde, pour embrasser une vie de sacrifices, 
d'humilité et d'abnégation près de la crèche du Sauveur. Arrivée 
en Palestine, elle commença d'abord par vénérer avec respect, ac- 
compagnée de sa fille Eustochie , la plupart des lieux qu'avait con- 
sacrés jadis la présence du Christ. A Bethléhem, nous dit saint 

' Hieronymi opéra omnia, 1. 1, p. 906, édil. Migne. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 167 

Jérôme en racontant sa vie, elle s'écria, saisie d'un saint transport : 

Et ego misera alqne peccatrix, digna sum judicata deosculari praesepe in 
que Dominus parvulus vagiit , orare in spelunca in qaa virgo puerpera Do- 
minum iîidit infantemi Hœc requies mea, quia Domini mei patria est. Hic 
habitabo, quoniam Saivator elegit eam^ 

ftEi moi, misérable pécheresse, j'ai été jugée digne de baiser la crèche qui 
entendit les vagissements d'un Dieu petit enfant, de prier dans la grotte où une 
vierge, devenue mère, enfanta un Dieu! Ce sera ici le lieu de mon repos, 
puisque c'est la patrie de mon Dieu. C'est ici que j'habiterai, car c'est la de- 
meure choisie par le Sauveur, r, 

Après un court séjour dans cette ville, elle poursuivit avec sa 
fille son pieux pèlerinage en Palestine et en Egypte; puis, de retour 
à Bethléhem, elle s'y fixa pour toujours et y fonda un monastère 
d'hommes et trois monastères de femmes. 

Post virorum monasterium , quod viris tradiderat gubernandum , plures vir- 
gines quas e diversis provinciis congregarat, tam nobiles quam mediietinfimi 
generis, in très turmas monasterîaque divisit : ita duntaxat, ut in opéra et in cibo 

separat8e,psalmodiis et oralionibus jungerentur Mane, horatertia, sexta, 

noua, vespere, noctis medio, per ordinem psalterium cantab^nt Die 

tantum dominico ad ecclesiam procedebant, ex cujus habitabant latere. Et 
unumquodque agmen matrem propriam sequebatur : atque inde pariter rever- 
tentes, instabant operi distributo, et vel sibi vel cœteris indumenta faciebant^. 

tr Après le monastère des hommes, dont elle avait conGé l'administration à 
des hommes, elle rassembla de diverses provinces un certain nombre de vierges, 
les unes nobles, les autres de la classe moyenne, d'autres enfin d'une basse 
extraction, et les partagea en trois groupes et en trois monastères, de telle 
sorte que, séparées seulement pour le travail et la nourriture, elles se réunis- 
saient pour les psalmodies et pour l'oraison A prime , à tierce, à sexte, à 

none, à vêpres, à matines, elles chantaient alternativement le psautier 

Le dimanche, elles se rendaient processionnellement à l'église, à côté de la- 
quelle elles habitaient. Chaque groupe était conduit par une mère particu- 
lière : puis elles révenaient de même, et se remettaient à la tâche qui leur 
avait été donnée, en faisant des vêtements, soit pour elles-mêmes, soit pour 
d'autres, n 

De ce passage il résulte que ces trois derniers monastères, con- 

' Hieronymi opéra amnia, t. 1, p. 885. — * Ibid, p. 896. 



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168 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

tenus dans la même enceinte, puisque les religieuses qui y étaient 
renfermées séparément priaient et chantaient les psaumes en com- 
mun, même au milieu de la nuit, étaient situés latéralement à 
l'église : a ad ecclesiam procedebant, ex cujus habitabant latere.^ 
Si cette église, comme je le suppose, est celle de la Nativité ou de 
Sainte-Marie, il s'ensuit que ces trois monastères, ou plutôt ce mo- 
nastère unique divisé en trois compartiments occupait la place de 
l'un des trois monastères qui s'élèvent actuellement autour de cette 
même basilique, celui des Latins, celui des Grecs et celui des Ar- 
méniens. Ce qui prouve encore que ce triple couvent avoisinait 
la Crèche et par conséquent l'église de Sainte-Marie, c'est un autre 
passage tiré de la même lettre de saint Jérôme et dans lequel ce 
docteur nous représente Eustochie près du lit de sa mère mou- 
rante, lui prodiguant ses soms avec une tendresse toute filiale et 
ne les interrompant un instant que pour courir à la grotte de la 
Nativité, afin d'obtenir du Seigneur la guérison de sa mère. ou la 
faveur de mourir avec elle. 

Quibus illa precibus, quibus lamentis et gemitu, inter jacentem matrem et 
specum Domini discurrit, ne privaretur tanto contubemio, ne illa absente 
viveret, ut eodem feretro portareturM 

Cette sainte femme s'éteignit doucement malgré les efforts du 
dévouement et de l'amour, au milieu d'un concours considérable 
d'évêques, de prêtres, de lévites, de religieux et de religieuses, 
venus de tous les points de la Palestine pour être témoins de ses 
derniers moments et assister à ses funérailles. 

Aderanl lerosolymorum et aliarum urbium episcopi, et sacerdotum infério- 
ns gradus ac levitarum innumerabiiis multiludo. Omne moDasterium virginum 
et monachorum chori repleverant. Statimque ut audivit Sponsum vocantem : 
ffSurge, veni, proxima mea, speciosamea, columba mea. Quoniam ecce hyems 
transiit et recessit , pluvia abiit sibi ^, w lœta respondit : ff Flores visi sunt iu terra , 
tempus sectionis advenit',fl et «Credo videre bona Domini in terra viventium*.'» 

' HieronynU opéra onmia, 1. 1, p. 908, ^ Cantique des Cantiques, chapitre 11, 

édit. Migne. v. 13. 

* Cantique des Cantiques ^ c. 11 , v. 1 o, 1 1 . * Psaume \\\i , v. 1 3. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 169 

Ex hinc non uluiatus, non planctus, ut inter sœculi homines fieri solet, 
sed psalmorum linguis diversis examina concrepabant. Translataque episco- 
porum manibus etcervicem feretro subjicientibus, cum alii pontifices lampadas 
cereosque prœferrent, alii choros psallentium ducerent, in média ecclesia spe- 
luncae Saivatoris est posita. Tota ad funus ejus Palœstinarum urbium turba 
convenit 

Quodque mirum sit, nihil palior mutaverat faciem, sed ita dignitas quœdam 
et gravitas ora compleverat, ut eam putares non mortuam sed dormientem. 
Grœco, latino, syroque sermone psalmi in ordine personabant; non solum tri- 
duo, donec subter ecclesiam ,e| juxta specum Domini conderetur; sed et per 
omnem hebdomadam, cunctis qui vénérant suum funus et proprias credentibus 
lacrimas. Venerabiiis virgo filia ejus Eustochium, quasi ablactata super matrem 
suam, abslrahi a parente non poterat : deoscuiari oculos, hœrere vultui, totum 
corpus amplexari et se cum matre velle sepeliri^ 

ff On voyait là réunis les ëvéques de Jérusalem et d'autres villes, et une foule 
innombrable de prêtres d*un degré inférieur, ainsi que de lévites. Tout le mo- 
nastère était rempli de cbœurs de vierges et de moines. Dès qu'elle eut entendu 
rÉpoux qui rappelait : tr Lève-toi , viens, mon amie, ma belle, ma colombe; car 
frThiver est passé et a disparu, la pluie a cessé, t) elle répondit avec joie : trLes 
tf fleurs commencent à se montrer sur la terre, le temps d'émonder est arrivé, « 
et tf Je crois voiries biens du Seigneur dans la terre des vivants.^ 

R Alors ce ne furent point des hurlements plaintifs et des gémissements , comme 
cela a coutume d'avoir lieu parmi les hommes du siècle; mais on entendait 
partout retentir des psaumes en des langues diverses. Transportée par la main 
des évêques qui soutenaient sur leurs épaules sa litière funèbre, précédée 
d'autres pontifes qui tenaient des cierges et des flambeaux, pendant que d'autres 
encore conduisaient des chœurs chantant des psaumes, elle fut placée au milieu 
de l'église de la grotte du Sauveur. De toutes les villes de la Palestine on 
accourut à ses funérailles / 

fr Chose étonnante, la pâleur n'avait en rien changé ses traits; son visage tout 
entier était empreint d'une solennelle dignité; on eût dit qu'elle n'était point 
morte, mais qu'elle dormait. Des psaumes en grec, en latin, en syriaque étaient 
chantés tour à tour, non-seulement pendant trois jours, jusqu'à ce qu'elle fût 
ensevelie sous l'église, près de la grotte du Seigneur, mais encore pendant une 
semaine entière , tous ceux qui étaient venus regardant cette perte conmie la leur 
propre et ce deuil comme leur étant personnel. Sa sainte fille, la vierge Eusto- 
chie, comme un enfant qu'on veut sevrer, s'attachait à sa mère et ne pouvait 

' Hieronymi opéra omnia, t. I, p. 90 A. 



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170 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

en être arrachée. Elle lai baisait les yeux, était collée à son visage, embrassait 
tout son corps et répétait qu'elle foulait être enterrée avec sa mère, d 

A la fin de cette lettre admirable, saint Jérôme nous apprend 
que ce fut lui-même qui grava sur le tombeau de Paule Tépitaphe 
que j'ai rapportée plus haut : 

Incidi elogium sépulcre tuo, quod huic volumini subdidi, ut quocumque 
noster sermo pervenerit , te laudatam , te in Bethlehem conditam lector agnoscat. 

Je nai pu résister à la tentation de:«lter ces éloquents frag- 
ments, d'abord à cause de leur beauté même, ensuite parce qu'ils 
font connaître la sainte et noble femme dont il s'agit ici, et enfin 
parce qu'ils nous fournissent des renseignements précieux sur l'em- 
placement de son tombeau. Après avoir été exposée durant trois 
jours à la vénération publique au milieu de l'église de la Nativité, 
elle fut descendue dans la crypte et ensevelie près de la grotte 
du Seigneur : (rDonec subter ecclesiam et juxta specum Domini 
conderetur. yi 

Au moyen âge, à l'époque de l'arrivée des croisés, sainte Paule 
et sainte Eustochie, sa fille, reposaient, au dire de Saewulf , dans 
la partie méridionale de l'église Sainte-Marie, non loin des saints 
Innocents. 

Duœ etiam sacratissimœmulieres, Paula et filia ejus, Eusfochium virgo, simi- 
liter ibi [in australi parte ecclesi^ S. Mariae] requiescunt^. 

Dans la description anonyme publiée par M. de Vogué, et qu'il 
croit avoir été composée vers ii3o, le passage suivant place en 
dehors de l'église, près de la porte, le tombeau des deux saintes: 

Exeuntibus autem de ecclesia,prope portam, sunt due cripte, una superior, 
et altéra inferior. In superiori jacet beatissima Paula, ad cujus pedes jacet ejus 
filia, sciiicet sacratissima virgo Eustochium. Descenditur vero ad inferiorem 
criptam per multos gradus , et ibi est sepulcrum in quo jacet sacratissimum corpus 
beatissimi Hieronimi, doctoris eximii^. 

' Sœwulfi Rekuio de peregrinatione, etc. ' Les Églises de la Terre saûue, appen- 

{Mémoires de la Société de géographie de dice, p. ^i3. 
Paris, t. IV, p. 8^8.) 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 171 

Saint Jérôme, au contraire, comme on le voit, dit formellement 
que le tombeau de sainte Paule était sous Téglise même, non loin 
de la Crèche. Il n'indique pas, à la vérité, son orientation par rap- 
port à ce sanctuaire, mais de son assertion il résulte au moins que 
la place primitive de ce tombeau ne doit être cherchée ni dans 
l'église, ni hors de l'église, mais bien sous l'église, dans le voisinage 
de la grotte de la Nativité. Ce tombeau a-t-il été déplacé à une 
certaine époque, comme semblent le donnera supposer les témoi- 
gnages de quelques pèlerins du moyen âge, ou ces témoignages 
sontrils inexacts? C'est ce qu'il me paraît diflScile de dire. 

Actuellement, l'endroit oix on le montre n'est nullement en dé- 
saccord avec l'aflSrmation de saint Jérôme; car il se trouve préci- 
sément sous l'église et à une faible distance de la grotte de la 
Nativité. 

Sainte Paule avait passé vingt ans dans sa retraite de Bethléhem. 
Sa fille Eustochie, imitatrice de ses vertus, vécut encore quinze 
ans après elle. Elle dirigea le monastère de femmes fondé par sa 
mère et qui renfermait cinquante vierges. 

Quid Eustochie fortius, dit saint Jérôme dans une de ses lettres à Pamma- 
chius, quœ nobilitatis portas et arrogantiam generis consularis virginali pro- 
posito fregerit, et in urbe prima primum genus subjugaverit pudîcitiœ^? 

ffQu'y a-t-il de plus courageux qu Eustochie, qui, par sa virginale résolution, 
a brisé les portes de la noblesse et Tarrogance d'un sang consulaire, et qui, 
dans la première ville, a réduit sous le joug de la chasteté la première race du 
monde ?w 

Elle édifiait par une vie exemplaire toutes les religieuses confiées 
à ses soins. Sa mort arriva l'an iig de notre ère. Inséparable de 
sa mère, tant que celle-ci avait vécu, lorsqu'elle eut, à son tour, 
rendu le dernier soupir, on la réunit dans le même tombeau à celle 
qu'elle avait si profondément aimée. 

M. de Chateaubriand a signalé depuis longtemps en cet endroit, 
au-dessus d'un petit autel , un assez bon tableau , qui représente la 

' Hieroni/miopera omnia, t. i, p. 6/io, édil. Migne. 



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172 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

mère et la fille mortes et couchées dans le même cercueil, cr Par une 
idée touchante, dit-il, le peintre a donné aux deux saintes une 
ressemblance parfaite. On distingue seulement la fille de ia mère à 
sa jeunesse et à son voile blanc ^i^ 

Saint Jérôme fut vivement affligé de cette mort, qui lui enlevait 
Tune de ses filles spirituelles les plus pieuses et les plus instruites. 
Digne héritière des vertus de sa mère et digne élève de ce grand 
docteur, qui lui avait enseigné les saintes Écritures, elle avait fait 
refleurir dans son monastère les éminentes qualités de Paule, que 
Bethléhem crut perdre une seconde fois, le jour où Ëustochie rendit 
elle-même sa belle âme à Dieu. 

Quelque temps après ce cruel événement, saint Jérôme, dans 
sa cxLHi** lettre , adressée à Alypius et à Augustin , s'excuse sur di- 
verses maladies, et en même temps sur la douleur que lui avait 
causée la mort d'Ëustochie , d'avoir négligé de réfuter les livres du 
faux diacre Annianus, lequel avait embrassé l'hérésie des Péla- 
giens. 

Quod autem quœritis utnim rescripserim contra libres Anniani, pseudodia- 
coni Celedensis, qui copiosissime pascitur (nimirum Pelagii hœresi), ut aiienœ 
blasphemiœ verba frivola subministret, sciatis me ipsos libros in schedulis 
misses a sancte fratre nestre Eusebie presbytère suscepisse, non ante multum 
temporis, et exinde vel ingruentibus morbis, vel dermitione sanctat et vene- 
rabilis filiœ vestrœ Eustochii, ita deluisse, ut prepemedum contemnendos pu- 
tarem^. 

L'année suivante (/120), il succomba lui-même, brisé par l'âge, 
par les infirmités, les mortifications et aussi par les immenses tra- 
vaux qui avaient rempli sa vie. Il avait fait creuser, de son vivant, 
son tombeau près de la crypte de la Nativité et de la cellule où il 
avait passé de longues années dans l'étude et dans la prière. On lit, 
en efl^et, dans une ancienne biographie de ce saint : 

Porro beatus Hieronymus, dum adhucviveret, scalpende saxum , in ingressu 
speluncœ Dominici prœsepis, sepulcrum sibi fecerat non longe a sépulcre prae- 

' Itinéraire de Paris à Jérusalem , t. I , p. 3o6. — ' Hieranymi opet^a , t. I . p. 1181. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 173 

dietarum sanctanim [sanctœ Paul» etsancto Eustochii] , ubi , saeculi perversiiàte 
devicta , sepultus est pridie calendas octobris '. 

Dans une autre biographie, également anonyme, de ce saint, on 
lit de même : 

Os enim speluncœ ad ingrediendum omnino angustum est. In cujus itaque 
ore, id est in ipso prœsepii ingressu, beatus Hieronymus saxum scalpendo 
monumentum sibi fieri jussit^. 

Antonin de Plaisance, dont le pèlerinage remonte au vi* siècle, 
s'exprime à ce sujet en des termes identiques : 

Hieronymus presbyter in ipsius ore speluncse [Nativitatis] petram 

sculpsit, et ob devotionem Salvatoris ibidem sibi monumentum fecit^. 

D'après l'indication que nous fournit la première des deux bio- 
graphies que je viens de citer, on voit que le tombeau de saint 
Jérôme avoisinait celui de sainte Paule et de sainte Ëustochie, ce 
qui s'accorde très-bien avec la tradition actuelle, puisque l'on 
montre aujourd'hui ces deux tombeaux dans la même grotte. 

Après s'être arrêtée devant l'autel de Sainte-Paule et de Sainte- 
Eustochie, la procession, en continuant à revenir sur ses pas, fait 
une dernière halte devant le tombeau d'Eusèbe de Crémone. L'autel 
dédié à ce pieux disciple de saint Jérôme est tourné vers le nord; 
il ne renferme plus maintenant ses reliques. Eusèbe, originaire 
de Crémone, quitta sa patrie pour venir en Palestine se placer 
sous la direction spirituelle de saint Jérôme; il fit bientôt sous 
cet éminent docteur de tels progrès dans la science et dans la 
vertu, que celui-ci le nomma abbé du monastère de Bethléhem. Il 
ne survécut qtie deux ans à son maître et mourut en odeur de sain- 
teté. On l'enterra non loin de saint Jérôme dans un passage sou- 
terrain, autrefois fermé probablement et qui n'a été ouvert ou, du 
moins, dont il n'est question que depuis i556. Ce passage établit 
une communication entre l'oratoire de Saint-Jérôme, ainsi que la 
chapelle où l'on montre son tombeau et celui de sainte Paule et 

' Hieranymi opéra, t. I, p. ao8, ëdit. * Hteronymi opéra, t. I, p. si 3. 

Migne. ^ Antonini Placent. Itmerar. c. xxix. 



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174 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

de sainte Eustochie, dune part, et le reste de ia crypte, d'autre 
part. 

La procession rentre ensuite dans l'église de Sainte-Catherine 
par l'escalier de vingt-trois marches que j'ai mentionné. 

J'ai terminé l'examen succinct de la crypte de la basilique; il me 
reste, avant de quitter ce beau monument, à dire quelques mots 
sur l'époque probable de sa fondation. 

Suivant plusieurs archéologues, les nefs seules seraient antiques; 
l'ancien chœur, trouvé insuffisant, aurait été renversé sous Justi- 
nien et remplacé par celui qui existe encore aujourd'hui; suivant 
d'autres, le monument primitif aurait disparu en entier, et la basi- 
lique actuelle serait l'œuvre de Justinien, moins, bien entendu, le 
toit de charpente, qui a été refait plusieurs fois, et quelques portions 
des murs extérieurs, qui ont été restaurées; moins aussi la décora- 
tion mosaïcale, dont il ne subsiste plus, comme nous l'avons dit, 
qu'un certain nombre de débris et qui date seulement de l'époque 
franque. 

Contrairement au premier de ces deux systèmes, M. de Vogué ^ 
fait remarquer que l'unité de plan et l'harmonie de cette église 
semblent prouver l'unité de conception et d'exécution et repousser 
l'opinion qui voudrait y voir l'œuvre de deux époques différentes, 
et qu'en outre la présence, sous la plus grande moitié du chœur, 
de la crypte pour laquelle l'église a été construite démontre, si 
l'on admet l'antiquité de la nef, que le chœur primitif ne devait pas 
différer beaucoup du chœur actuel. 

Le second système ne parait pas plus plausible à ce savant ar- 
chéologue, parce qu'il trouve de notables différences entre l'église 
de Bethléhem et les autres œuvres de Justinien. Il en conclut donc 
que ce monument, qui semble avoir été bâti d'un seul jet, est tout 
entier l'ouvrage de Constantin, que nous savons avoir élevé une 
basilique au-dessus de la grotte de la Nativité. 

J'ai déjà cité les passages d'Eusèbe et du pèlerin de Bordeaux 

^ Les EgKêes de la Terre samte, p. 5/i. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 175 

ayant trait à cette construction. J'ai pareillement rapporté ceux des 
historiens ecclésiastiques Socrate et Sozomène, qui en font hon- 
neur à sainte Hélène, et non plus à Constantin. En réalité, selon 
toute apparence, si sainte Hélène conçut d'al)ord la pensée d'ériger 
la basilique de la Nativité, ce fut Constantin qui se chargea de mettre 
à exécution le projet de sa mère. 

• Les critiques qui prétendent que ce premier édifice a été com- 
plètement détruit, et que celui que l'on voit maintenant date de 
Justinien, se fondent sur un passage d'EutychiusS dans lequel ce 
patriarche d'Alexandrie raconte, l'an 987 de notre ère, que Justi- 
nien , trouvant l'église de Bethléhem trop petite , ordonna de l'abattre , 
afin de construire à sa place un monument plus remarquable et de 
plus grandes dimensions. Les travaux achevés, l'architecte se rendit 
à Constantinople pour présenter un rapport à l'empereur sur la 
manière dont il avait compris et exécuté ses ordres. Celui-ci pré- 
tendit que Téglise ne répondait pas à ses plans, qu'elle était mal 
éclairée, conçue dans des proportions peu élégantes, et, mécontent 
de son agent, qu'il accusait, en outre, de malversation, il ordonna 
de le décapiter. 

Cette histoire paraît à M. de Vogué tout à fait dénuée de vrai- 
semblance. Écrite quatre siècles après le règne de Justinien et n'ayant 
pas, par conséquent, l'autorité d'un témoignage contemporain, elle 
est, d'ailleurs, contredite, selon lui, parle monument lui-même, qui 
n'est nullement obscur et dont les proportions sont aussi vastes 
qu'harmonieuses. De plus, comme l'observe encore M. de Vogué, 
Procope, historiographe de Justinien, ne mentionne pas l'église de 
la Nativité au nombre des édifices, soit fondés, soit relevés par cet 
empereur, ce qu'il n'eût pas manqué, sans doute, de faire dans le 
livre De yEdifciis^ qu'il a consacré aux constructions dues à son 
maître, si celui-ci en eût été Fauteur. 

En résumé, dans son ouvrage des Eglises de la Terre sainte, car, 
depuis, son opinion s'est un peu modifiée, M. de Vogué croit que 

^ Eutychii Atm. t. 11. p. 161. 



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176 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

l'invraisemblance du récit d'Eutychius, le silence de Procope et les 
caractères architecturaux du monument sont trois preuves en faveur 
de Topinion qui regarde cet édifice, tel qu'il existe encore aujour- 
d'hui en gi'ande partie, comme étant l'œuvre non de Justinien, mais 
de Constantin lui-même. 

M. l'abbé Michon avait adopté d'abord ce sentiment; mais, lors 
de son second voyage en Palestine, après une nouvelle et plus com- 
plète étude de cette basilique , il crut y reconnaître deux architec- 
tures distinctes. 

Le narthex, dit-ii ^ et le mur méridionai appartiennent à la construction de 

sainte Hélène Si maintenant nous examinons ia partie la plus récente, 

nous trouvons intérieurement les grands murs lisses, percés de fenêtres en 
plein cintre, telles qu on les voit au mur méridional de Tenceinte du temple à 
Jérusalem, où fut élevée la basilique de Justinien, Sainte-Marie-Néas; mêmes 
cintres, même appareil. 

Le plan nous offre trois grandes absides. Or les trois absides sont essentiel- 
lement byzantines. Nous ne les avons pas à Rome au temps des grandes cons- 
tructions des basiliques. Toujours Fabside unique au centre 11 faut des- 
cendre beaucoup pour trouver à Rome une basilique en forme de croix, terminée 
par trois absides. Tune au chevet et deux autres aux extrémités du transept. . . 

M. de Vogué, poursuit-il plus loin (p. i3), attaque Tauthenticité du récit 
d'Eutychius, qu il appelle une légende plutôt inspirée par les souvenirs d'un sé- 
rail musulman que par les traditions de Tempire byzantin; mais le mécontente- 
ment de Justinien est nettement indiqué. Cette église, sur le plaa des anciennes 
basiliques, n avait aucun rapport avec le type des monuments à coupoles, qui 
plaisait à Justinien et qu'il fit réaliser plus tard à Constantinople dans la cé- 
lèbre église de Sainte-Sophie. Il résulte de ces détails d'Eutychius, que nous 
n'avons nulle raison sérieuse de révoquer en doute, que l'envoyé de Justinien 
garda le plus d'argent qu'il put des grosses sommes que l'empereur lui avait 
confiées pour faire de l'église de Rethléhem un monument splendide; qu'il se 
contenta de l'ancienne nef restaurée; qu'il ne toucha pas à l'atrium extérieur, au 
narthex, au mur même méridional de la nef, mais qu'il enclava toute la grotte 
de la Nativité, ce que voulait surtout le clergé de Rethléhem. 

Plus bas il ajoute (p. 1 5) : 

La première basilique, celle dont nous avons le narthex et le mur méridional 

* Vie de Jésus, suivie des Évangiles parallèles, t. II, éclaircissements, p. 8 et suiv. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 177 

avec portes et fenêtres en plate-bande, n avait qu'une grande abside répondant 
à la nef centrale. Cette abside laissait en dehors l'entrée de la grotte de la Na- 
tivité Nous avons ainsi l'explication de ce mot d'Eutychius, que Justinien 

trouva trop petite l'église antérieure, probablement dans un état complet de dé- 
labrement depuis l'invasion des Samaritains. 

Pour mon compte, j'incline volontiers à penser, avec M. l'abbé 
Michon, que la basilique primitive n'avait qu'une abside à l'orient, 
et que, par conséquent, les deux absides du transept sont une ad- 
jonction de Justinien. M. de Vogué, du reste, n'est pas loin main- 
tenant d'adopter cette opinion. Mais oii je diffère de sentiment 
avec M. l'abbé Michon, c'est lorsqu'il affirme que cette abside unique 
laissait en dehors l'entrée de la grotte de la Nativité, qui n'aurait 
été comprise que plus tard par Justinien dans l'enceinte de la ba- 
silique agrandie. Les divers textes, en effet, invoqués par M. de 
Vogué et que j'ai moi-même cités après lui , en les empruntant à 
Eusèbe, à Socrate, à saint Jérôme et à Sozomène, tous écrivains 
antérieurs à Justinien, prouvent que, de leur temps, la grotte de 
la Nativité n'était pas en dehors de la basilique , mais bien sous cette 
basilique, qui même, dans saint Jérôme, est appelée Yéglise de la 
grotte du Sauveur, évidemment parce qu'elle renfermait cette crypte 
sacrée. 

Translataque cpiscoporum manibus ... m média eccîena speluficœ Sahatoris est 
posita. . . donec 9uhter ecclesiam eijuxta specum Domint conderetur^ 

(T Transportée par la main des évéques. . . elle [sainte Paule] fut déposée au 
milieu de F église de la grotte du Sauveur. . . jusqu'à ce qu'elle fût ensevelie sous 
r église , près de la grotte du Seigneur, n 

Il faut donc admettre que cette crypte s'étendait sous la basilique 
primitive, en d'autres termes, sous la basilique constantinienne. Or, 
ceci admis, il s'ensuit, contrairement au récit d'Eutychius et à la 
conclusion qu'en tire M. l'abbé Michon, que l'agrandissement de 
cet édifice par Justinien fut très-peu considérable, les adjonctions 
dues à cet empereur s'étant bornées probablement aux deux absides 

• Hieronymi opéra, t. I, p. 906, édit. Migne. 



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178 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

du transept, à moins que l'abside du clievet n'ait été un peu recu- 
lée en même temps. Mais comme la crypte de la Nativité règne 
sous le milieu du chœur, et qu'en outre cette partie de l'église est 
ornée de colonnes et de demi-colonnes corinthiennes, identiques 
à celles de la nef, lesquelles paraissent bien dater de l'époque de 
Constantin, on est amené naturellement à conclure que, à part les 
faibles additions dont j'ai parlé, la basilique primitive a dû avoir à 
peu près la même étendue et la même configuration que l'église 
actuelle. Les fenêtres en plein cintre de l'intérieur peuvent néan- 
moins être attribuées également à Justinien, ainsi que le rema- 
niement d'une partie des murs extérieurs. 

Une troisième opinion veut que l'empereur Manuel Comnène 
Porphyrogénète soit, dans la dernière partie du xn^ siècle, l'auteur 
de ce monument, tel qu'il existe maintenant, la basilique qu'avaient 
trouvée les croisés, lors de leur entrée en Palestine, étant depuis 
tombée en ruine. 

Cette assertion a pour fondement un passage du Grec Jean Pho- 
cas, que j'ai déjà mentionné, à propos des mosaïques dont cette 
église fut ornée sous le règne de cet empereur. 

C'est, dit-il, la main de mon auguste maître [Tempereur Manuel Comnène 
Porphyrogénète] qui a fait relever ce temple et Ta orné tout entier de mosaï- 
ques dorées. 

Ce texte paraît à M. de Vogué empreint d'une évidente exagéra- 
tion, et je partage complètement son avis; car attribuer à ce mo- 
narque la reconstruction de cette basilique , c'est une assertion contre 
laquelle proteste le monument lui-même, qui accuse une bien plus 
grande ancienneté. L'empereur Manuel a pu, en embellissant l'é- 
glise de mosaïques, y effectuer en même temps des réparations soit 
à l'intérieur, soit à l'extérieur, ce que je suis loin de contester; mais 
l'édifice, dans son ensemble, dans son plan et dans toutes les prin- 
cipales parties de sa distribution intérieure, est bien certainement 
antérieur au x\f siècle. Quant à l'ornementation mosaïcale attribuée 
par Jean Phocas, d'une manière exclusive, à son souverain, on a vu 
plus haut qu'une part aussi devait en revenir aux croisés, et qu'elle 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 179 

fut exécutée avec le concours de l'Occident et de TOrient, comme 
semblent le témoigner les inscriptions latines mêlées aux inscrip- 
tions grecques qu'a copiées Quaresmius et qui sont aujourd'hui en 
grande partie effacées. 

Lorsque les croisés parvinrent en Palestine, ils trouvèrent la basi- 
lique de Bethléhem debout el au pouvoir des chrétiens, et Tancrède, 
en y arborant sa bannière, à la tête d'une faible avant-garde de cent 
chevaliers bien armés, la préserva de la destruction que subirent 
plusieurs églises situées hors des remparts de la Ville sainte. 

Après la prise de Jérusalem par Saladin, vainqueur, en 1187, 
de Gui de Lusignan, à la fameuse bataille de Hattin, l'église qui 
nous occupe fut respectée par les musulmans. 

En 1 199, l'évêque de Salisbury obtint de Saladin que, outre un 
petit clergé indigène, deux prêtres latins avec leurs diacres seraient 
attachés à cette basilique. 

Dans le courant du siècle suivant, les religieux de Saint-François 
vinrent s'étaWir dans le cloître où ils sont encore aujourd'hui. 

En i482, le plomb de la toiture de l'église étant très-endom- 
magé, ainsi que les poutres de cèdre qui le soutenaient, Edouard IV, 
Foi d'Angleterre, fournit le plomb dont on avait besoin, et Philippe, 
duc de Bourgogne, le bois de charpente. Ces nouvelles poutres, 
de sapin, travaillées à Venise par des ouvriers de cette ville, d'après 
les mesures qu'avaient elivoyées les franciscains, furent ensuite 
transportées par mer à Jaffa et de là, à dos de chameau, à Beth- 
léhem. 

Peu à peu les belles mosaïques qui ornaient Fintérieur de l'église 
se dégradèrent, et les murs latéraux perdirent leur revêtement de 
marbre, arraché pièce à pièce soit par les musulmans, soit même 
quelquefois par les chrétiens. 

En 1672, la basilique avait passé des mains des Latins dans 
celles des Grecs, et le toit fut de nouveau réparé par eux à cette 
époque. 

En 1690, elle fut rendue aux Latins, sur les instances de l'am- 
bassade de France à Constantinople; mais, en 17 58, les Grecs 



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180 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

l'usurpèrent une seconde fois, et, depuis lors, ils en sont restés 
maîtres avec les Arméniens. 

En 18 4 2, ils y firent quelques nouvelles restaurations. Néan- 
moins ils se contentent toujours les uns et les autres d'officier 
dans le chœur, qu'ils ont séparé depuis longtemps de la nef par un 
mur de clôture, ce qui détruit d'une manière très-fâcheuse l'har- 
monie du monument. La nef, ainsi abandonnée, sert de promenade 
publique et de bazar, et les schismatiques aiment mieux la voir profa- 
ner par les infidèles que de voir les Latins y célébrer leur culte. Com- 
bien il serait à souhaiter qu'une rivalité aussi déplorable eût enfin 
un terme! Sans vouloir réclamer actuellement pour les catholiques, 
comme on fa fait autrefois, la propriété delà basilique entière, en 
invoquant leurs anciens droits, j'appellerais, pour mon compte, de 
tous mes vœux, un arrangement à l'amiable , tendant à un rappro- 
chement réciproque et en vertu duquel la basilique, à des heures 
différentes et marquées, appartiendrait tout entière , pour l'exercice 
du culte, ainsi que les divers sanctuaires de la crypte, aux trois 
grandes divisions de la communauté chrétienne. Ou bien, si cette 
propriété en commun et indivise soulevait des difficultés, ne pour- 
rait-on pas stipuler, par un traité, que la basilique, dont les nefs 
sont maintenant, de fait, abandonnées par les Grecs et par les Ap- 
méniens, serait divisée d'une manière à peu près égale, au moyen 
de balustrades ou de grilles qui ne rompraient pas l'harmonie de 
l'édifice, entre les trois communautés : latine, grecque et armé- 
nienne? 

Dans l'état actuel des choses et des esprits, fune oli fautre seu- 
lement de ces deux combinaisons me paraît propre à diminuer les 
antipathies et à concilier, s'il est possible , des réclamations et des 
intérêts opposés. Par là aussi fintérieur des cinq nels serait rendu 
au culte et retiré à la profanation; en outre, quand bien même 
les Latins n'auraient la jouissance cpe d'une partie de la basilique, 
de celle, par exemple, qui avoisine leur couvent, ils seraient tou- 
tefois beaucoup moins à fétroit qu'ils ne le sont maintenant dans la 
petite église de Sainte-Catherine. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 181 

Disons maintenant un mot des trois couvents qui sont contigus 
à ia basilique; et d'abord parlons du couvent latin. 

Ce couvent, qui longe vers le nord la basilique dans toute l'é- 
tendue de son aile septentrionale, passe pour tenir la place de 
l'un de ceux qu'avait bâtis sainte Paule. 

Quelques-uns croient, dit Quaresmius, que c'était l'hôtellerie des pèlerins 
ou Tun des quatre monastères fondés par la sainte et vénérable Paule à Beth- 
léhem , et plus probablement celui des hommes , qui , parmi ses moines , comptait 
saint Jérôme. Jusqu'à ce jour, en effet, on montre dans sa partie septentrionale 
un emplacement assez vaste, actuellement découvert, où était le grand réfec- 
toire des religieux et appelé encore à présent, comme autrefois, le réfectoire 
de Saint-Jérôme ^ 

Quoi qu'il en soit, ce monastère a été réparé à plusieurs reprises, 
et en dernier lieu , il y a une vingtaine d'années. Il domine l'Oued 
el-Kharoubeh. 

Les bâtiments, solidement construits, sont divisés en deux com- 
partiments distincts, l'un réservé aux moines, l'autre affecté aux 
pèlerins étrangers. Les cellules destinées à ceux-ci sont propres et 
bien tenues. Le divan, qui sert à la fois de salle de réception et de 
réfectoire, est orné de plusieurs tableaux. D'un côté on voit les 
portraits de Robert, roi de Sicile, et de Sanche, sa femme, qui 
achetèrent du sultan d'Egypte, pour des sommes très-considérables, 
les sanctuaires les plus vénérés de la Palestine, et les cédèrent en- 
suite au Saint-Siège, qui en confia la garde aux franciscains par 
une bulle de Clément V [Nuper carismna) datée d'Avignon, 21 no- 
vembre i3/i2. A ces deux portraits répondent, du côté opposé, 
ceux de l'empereur actuel d'Autriche et de l'impératrice, sa femme. 

Les pères sont au nombre de neuf. On compte également neuf 
frères. Je trouvai dans le père président un religieux italien très- 
poli et très-affable, qui m'accueillit avec la plus grande bonté. Quant 
au père curé, je le connaissais de longue date pour l'avoir vu et ap- 
précié dans mes deux précédents voyages. C'est le père Emmanuel 

' E/ucidatio Terrœ Sanclw, t. Il.p.6ti3. 



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182 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Forner,. ancien officier de cavalerie espagnol , qui , après avoir no- 
blement servi sous les drapeaux de son pays, s'est enrôlé depuis de 
longues années en Palestine dans la milice de Saint-François. Sa 
belle figure, sa physionomie à la fois religieuse et martiale, sa sta- 
ture imposante, attirent tout d'abord sur lui les regards. Maniant 
la langue arabe avec beaucoup de facilité, d'un courage à toute 
épreuve, comme il en a déjà donné des marques éclatantes dans 
plusieurs circonstances, il est en même temps vénéré de ses parois 
siens et redouté des musulmans et des schismatiques. C'eet, en un 
mot, un moine tout à fait approprié à la vie militante que les fran- 
ciscains sont appelés à mener en Palestine, surtout lorsque, comme 
le père Emmanuel Forner, ils sont chargés du soin d'une paroisse 
et que, outre les intérêts spirituels de leurs ouailles, ils ont encore 
à sauvegarder leurs intérêts temporels. 

Une des salles du couvent a été convertie en école pour les jeunes 
garçons catholiques : elle renferme cent vingt enfants et quelque- 
fois davantage, et est tenue par un maître arabe, sous la direction 
d'un père. Gomme dans toutes les écoles arabes, chacun répète 
ou plutôt chante sa leçon à haute voix, et tous simultanément. 
Pour soumettre au joug de la discipline cette petite troupe ausiâ 
vive et indocile qu'intelligente, le maître est souvent obligé de re- 
courir à sa fidèle courbache, qui est une sorte de sceptre et d'épou- 
vantail entre ses mains. Les Bethléhémites, en effet, sont d'un 
naturel très-remuant, et, même à l'église, les enfants de chœur qui 
chantent à l'office doivent être quelquefois rappelés à l'ordre par 
ce moyen. 

En dehors du couvent et dans l'intérieur de la ville, est une école 
de filles dirigée par des sœurs françaises de Saint-Joseph. Ces reli- 
gieuses, au nombre de quatre, soignent en même temps les malades. 
Leur dévouement les a rendues chères à la population et même aux 
schismatiques. 

L'église qui sert de paroisse catholique est renfermée dans le 
monastère et dédiée à sainte Catherine. De dimensions beaucoup 
trop restreintes pour contenir tous ceux qui appartiennent au rite 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 183 

latin, elle forme un rectangle qui mesure trente-quatre mètres de 
long sur sept de large. Orientée comme l'église de Sainte-Marie , dont 
elle n'est séparée que par un mur, elle est très-solidement bâtie, 
comme le monastère lui-même. Le maître-autel est sous l'invocation 
de sainte Catherine, la patronne de la paroisse. C'est dans le chœur 
de cette chapelle qu'officient les franciscains, depuis qu'ils ont été 
dépossédés de la basilique par les intrigues des Grecs et des Armé- 
niens. J'ai déjà dit qu'afin de pouvoir communiquer avec la grotte 
de la Nativité, sans passer par cette basilique, qui appartient aux 
schismatiques, ils ont pratiqué un escalier qui, de la nef de leur 
chapelle, leur permet de descendre dans la crypte sacrée. 

Quaresmius s'est posé la question de savoir pourquoi cette église 
est dédiée à la sainte dont elle porte le nom. 

Les uns, dit^il, prétendent que ce Fut là que sainte Catherine fut fiancée au 
Christ, qui lui était apparu et lui avait remis au doigt Tanneau de son alliance, 
lorsqu elle visitait les sanctuaires de la Palestine K 

Cette tradition paraît à Quaresmius peu probable; rr en tout cas, 
ajoute-t-il , elle ne repose que sur une simple conjecture, ti Aussi 
est-il plutôt porté à croire que c'est la dévotion particulière des 
fondateurs de cette église pour cette vierge martyre qui les a en- 
gagés à la placer sous son invocation. 

Repoussant ensuite^ l'opinion de ceux qui en attribuent la fon- 
dation à sainte Hélène, parce qu'Eusèbe, dans l'énumération qu'il 
donne des églises construites par cette pieuse impératrice et par 
Constantin, son fils, ne mentionne pas celle de Sainte-Catherine, 
il incline plus volontiers à y voir l'œuvre de sainte Paule, qui, au 
témoignage de saint Jérôme, fit construire quatre monastères à 
Bethléhem , trois pour les femmes et un pour les hommes. Or il 
suppose qu'elle y érigea autant de chapelles, parmi lesquelles était 
celle de Sainte-Catherine. 

Est-ce à dire pour cela que l'église actuelle de ce nom remonte 
dans son état présent à sainte Paule? Non, sans doute; elle a pu 

' Elttctdatio Terrœ Samlœ, i, II, p. ë^A. — ^ IbkL p. 673. 



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184 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

être rebâtie à une époque postérieure. Nous savons aussi, par des 
documents authentiques, qu'en 1672 et en 1788, les franciscains 
la réparèrent et l'embellirent; mais tout autorise à penser, d'un 
autre côté, qu'elle a succédé à un ancien oratoire, soit celui du cou- 
vent d'hommes fondé par sainte Paule, soit celui des trois couvents 
de femmes dus également à la pieuse libéralité de cette patricienne. 
Ces trois derniers couvents, en effet, contrairement à la supposition 
précédente de Quaresmius, ne semblent avoir eu qu^une même 
chapelle; car, d'après un passage de saint Jérôme que j'ai déjà 
cité, les religieuses de ces trois couvents, tr séparées pour le tra- 
vail et pour la nourriture, se réunissaient pour la psalmodie et 

pour l'oraison Le dimanche, elles se rendaient procession- 

nellement à l'église, le long de laquelle elles habitaient, t) 

Plures virgines tam nobiles quam medii et infimi generis in très 

turmas monasteriaque divisit: ita dun taxai ut, in opéra et in cibo separatœ, 

psalmodiisetorationibusjungerentur Die tantum domiDico , adecclesiam 

procedebant, ex cujus habitabant latéral 

Saint Jérôme ne nous dit point, à la vérité, que l'eqdroit où, 
chaque jour, à six heures différentes, à prime, à tierce, à sexte, 
à none, à vêpres, à matines, elles se réunissaient en commun pour 
prier et pour psalmodier, fût une chapelle; mais la chose est très- 
vraisemblable; le dimanche seulement, elles allaient à l'église, c'est- 
à-dire à la basilique de la Nativité, qui était leur paroisse. 

Tel est l'ensemble du couvent latin. J'ai oublié de dire qu'il 
renferme dans son enceinte un jardin, et que ses magnifiques ter- 
rasses offrent également aux religieux une promenade dont le prin- 
cipal charme est l'admirable vue qui de là se déroule aux regards. 
Les vallées et les montagnes voisines de Bethléhem, les montagnes 
plus lointaines de la Moabitide, qui semblent se dresser comme un 
mur immense au delà de la mer Morte , un coin même de cette mer 
qui apparaît au fond du vaste bassin qui la contient, tels sont les 
divers points qui captivent l'attention et forment un horizon à la fois 

' Hieronymi opéra , t. I, p. 899. 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 185 

varié et sévère , que surpasse néanmoins en étendue celui dont on 
jouit du haut des terrasses des couvents grec et arménien. 

Le premier borde au sud la basilique; il est de même grand et 
bien construit. Gomme le couvent latin, il possède de belles ci- 
ternes, qu'alimentent les pluies d'hiver, dont les eaux s'écoulent 
des terrasses et tombent dans leurs amples réservoirs. Les moines 
qui l'habitent sont en fort petit nombre et placés sous la juridiction 
d'un évêque qui est l'un des cinq suffragants du patriarche grec de 
Jérusalem. 

Le couvent arménien fait suite au couvent grec. Il ne compte que 
trois moines. Solidement bâti et spacieux, il renferme une petite 
chapelle qui n'offre rien de remarquable. A Noël et à l'époque de 
Pâques, ces deux monastères regorgent de pèlerins grecs et armé- 
niens. A chacun est annexée une école pour les jeunes garçons. 

Ce qu'on appelle l'école de Saint-Jérôme est une .grande salle 
voûtée appartenant aux Arméniens. Voici comment Quaresmius la 
décrit : 

L'école de Saint-Jérôme est un certain local long et large : la longueur est 
de quarante-deux pas, et la largeur de seize. Il est bien construit avec de belles 
pierres de taille; sa voûte est soutenue par des colonnes de marbre. On l'appelle 
le lieu des études de saint Jérâme, soit parce que ce saint docteur y avait sa 
bibliothèque, soit parce qu'il y recevait ceux qui venaient le voir, afin de recou- 
rir à ses lumières, soit pour ces deux raisons. Ainsi le veut la tradition com- 
mune conservée dans le pays. Cet endroit appartient de droit aux frères fran- 
ciscains, mais il a été converti par les Turcs et par les Maures en écurie pour 
les chevaux ^ 

Cette salle, dont les murs, sinon les voûtes, peuvent effectivement 
remonter à une époque très-ancienne , a beaucoup souffert du temps, 
mais principalement des hommes. Etrangement défigurée depuis 
un certain nombre d'années, elle a été coupée, vers le milieu de sa 
hauteur, par un plancher, de manière à en faire deux salles dis- 
tinctes, l'une inférieure, l'autre supérieure, et les six belles colonnes 

* Elucidatio Terrœ Sanctœ, 1. 11 , p. 693. 



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186 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

de marbre qui Tornaient ont disparu, engagées et cachées qu'elles 
sont dans de lourds piliers. Appartenait-elle à lun des couvents 
fondés par sainte Paule autour de la basilique? Renfermait-elle la 
bibliothèque de saint Jérôme? Etait-ce là aussi quil recevait les 
étrangers qui venaient le consulter? La chose est possible; mais les 
renseignements que nous avons sont trop vagues et d'une date re- 
lativement trop moderne, car on nen suit guère la trace au delà 
du XVI** siècle , pour que Ton puisse rien affirmer de certain à ce 
sujet. 

Trois cents pas environ à Fest-sud-est de la basilique, sur la 
colline orientale qui répond à la colline occidentale qu'occupe la 
petite ville de Bethléhem, les chrétiens, comme les musulmans, vé- 
nèrent une grotte vulgairement appelée la grotte du Lait, ou encore 
idi grotte de la Sainte-Vierge. Chez les Arabes, elle est désignée par 
le nom de Merharet e^Siuij ^^uJl ijUt (la grotte de Notre-Dame) , 
la grotta délia Madona. On y descend par un escalier de treize de- 
grés. Elle est creusée tout entière dans un tuf blanchâtre et friable. 
Sa forme est assez peu régulière; elle mesure six pas de long sur 
quatre de large en moyenne; sa hauteur est de deux mètres et demi. 
Les parois sont brutes. Le plafond est soutenu par sept colonnes 
ou tronçons de colonnes. Vers le milieu s'élève un autel des plus 
simples, qui regarde l'orient. Dans l'angle sud-est, on remarque 
un enfoncement très-bas et sinueux qui se prolonge quelques pas 
vers Test. Cette grotte appartient actuellement aux franciscains, 
qui viennent tous les samedis y célébrer la' messe et y chanter les 
litanies de la sainte Vierge. 

A l'époque de Quaresmius, on voyait encore au-dessus de celte 
grotte les restes d'un petit monastère dont les traces ont mainte- 
nant presque entièrement disparu. 

Au-dessus de cette grotte, ditril, les pieux fidèles, pour honorer la mère de 
Dieu, ont élevé un monastère avec une église, comme l'indiquent des fondations 
encore visibles et des ossements de morts qu'on trouve en cet endroit et dans 
les alentours. Ou croit que ce fut Fun des couvents qui furent bâtis par sainte 
Paule et où habitèrent des vierges consacrées à Dieu et d'autres femmes d'une 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 187 

verku ëmiaente L'église érigée au-dessus de la grotte portait le nom de 

Saint-Nicolas. Voilà pourquoi ce sanctuaire est appelé tantôt grotte de la Sainte- 
Vierge, tantôt ^$e de Saint-Nicolas, parce que Ton confond ensemble ces 
deux oratoires ^ 

Plus haut, à la page précédente, le même religieux s'exprime 
ainsi au sujet de cette grotte : 

Ce lieu est appelé communément par les habitants des environs grotte de la 
Sainte-Vierge ou église de Saint-Nicolas. Il en est fait mention dans une bulle 
de Gr%oire XI, où la faculté de bâtir est accordée aux frères de Saint-François 
près de la chapelle Saint-Nicolas, non loin de Belhléhem. 

Et dans un ancien manuscrit sur les sanctuaires de la Terre sainte, et où 
sont énumérés ceux qui avoisinent Bethléhem, on Ut ce qui suit : 

(titem ecclesia Sancti Nicolai, in qua est crypta in qua fertur latuisse beatis- 
simam semper virginem Mariam cum puero Jesu.« 

Quaresmius indique ensuite la raison du nom de grotte de la 
Sainte Vierge donné à cette crypte et parle des propriétés merveil- 
leuses attribuées à ses parois sacrées. 

Ce qu'il raconte comme étant cru et pratiqué de son temps 
Test encore aujourd'hui, et toutes les femmes du pays, musulmanes 
aussi bien que chrétiennes, ont une grande vénération pour celte 
grotte. Elles y viennent prier, quaud, étant nourrices, elles s'aper- 
çoivent que le lait commence à leur manquer; et, grattant la roche, 
qui consiste en une espèce de tuf calcaire et crayeux très-friable, 
elles en détachent facilement des parcelles, qu'elles emportent 
précieusement, afin de les réduire ensuite en poudre et d'en prendre 
dans leurs aliments. Elles espèrent, par ce moyen, ou rendre leur 
lait plus abondant, si elles en ont déjà, ou même le recouvrer, si 
elles l'ont perdu. C'est une croyance généralement répandue parmi 
elles et qu'une foule de pèlerins ont depuis longtemps signalée. 
Est-elle fondée sur des résultats bien constatés? Je n'oserais l'af- 
firmer, quoique le père Nau ait cru devoir le faire d'une manière 
positive. 

' Elucidatio Terrœ SancUP, t. II, p. 679. 



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188 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Je n'assure pas, dit-il , que cette terre serve beaucoup dans les autres ma- 
ladies; mais pour ce qui est de readre le lait aux femmes qui Tout perdu et 
d'en faire venir à celles qui en ont peu, cest une chose si certaine et si infail- 
lible, que les infidèles mêmes en ont fait mille fois Texpérience ^ 

Avant lui, Quaresmius avait énoncé le même fait comme indu- 
bitable. 

Tantaque est illius virtus ex illius pio usu comprobata, ut nedum fidèles, 
sed etjam infidèles, Turcœ et Arabes, lacté carentes, ex ejus sumptione lactis 
beneficium consequantur; istœ sumunt jsimplicem, ut ex antro accipiunt. Et 
propter tanta quœ continue ex ista benedicta terra percipiuntur bénéficia, utr 
que fidelium pietati satisfiat, tanta fuit ex antro ablata, et in dies aufertur, ut 
ex parvo et unico antro, quale erat antiquitus, ut ab oculatis testibus accepi, 
magnum et triplex effectum sit^. 

Antérieurement à Quaresmius, nous lisons également dans Co- 
tovicus : 

Cujus [terrœ] ego vim in nostratibus feminis frequentissime certam didici, 
atque Orientis populi opinionem haud vanam esse comprobavi^. 

La vertu singulière attribuée aux parois de cette grotte provien- 
drait, suivant les uns, de ce que la sainte Vierge aurait passé une 
nuit en cet endroit avec l'enfant Jésus, lors de sa fuite en Egypte. 
Suivant les autres, le saisissement éprouvé par la mère du Messie 
en apprenant les menaces d'Hérode aurait tari son lait, et elle l'au- 
rait recouvré en se retirant dans cette grotte, au fond de laquelle 
elle se croyait plus en sûreté que dans l'étable où elle avait mis 
au monde son divin fils. Réfugiée dans cet asile et désolée de ne 
plus pouvoir nourrir son enfant, elle aurait imploré le Tout- 
Puissant, et aussitôt elle aurait senti son lait lui revenir avec une 
telle abondance que quelques gouttes seraient tombées à terre. De 
là, disent-ils, la blancheur de la roche; de là la propriété parti- 
culière qu'elle a, réduite en poudre, d'être un remède efficace 
contre la diminution ou même la disparition du lait chez les femmes 

' Voyage nouveau de la Terre sainte, ' Jtinerarium lUnosolymilanum et Sy- 

p. /196. riacum, p. 238. 

* Ebmdatin Terrœ Sanrtœ .I.U.p.ftyH. 



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CHAPlTRrVI. — BETHLEHEM. 189 

qui ont à nourrir leurs enfants ou ceux des autres. Je n'insiste pas 
davantage sur ces traditions et d'autres encore du même genre se 
rapportant à cette grotte. Naïves et poétiques productions de la 
piété et de l'imagination populaires, elles doivent être appréciées 
comme telles , sans prétendre s'imposer comme des faits à la croyance 
publique. 

En continuant à s'avancer vers le sud-est, quelques minutes au 
delà de la grotte du Lait, on trouve, sur la pente orientale de la 
même colline, au milieu de quelques oliviers, les traces d'une an- 
cienne chapelle presque entièrement détruite et qui, suivant une 
tradition très-répandue, aurait été érigée sur une maison possédée 
jadis en cet endroit par ^ saint Joseph. 

Cette tradition, comme le montre QuaresmiusS semble contredite 
par trois objections. 

La première, c'est que saint Joseph était pauvre et était con- 
traint, pour vivre, de recourir au travail de ses mains, et qu'en 
outre, beaucoup pensent qu'il était originaire de Nazareth, bien 
que ses ancêtres fussent de Bethléhem et de la famille de David. La 
deuxième, c'est que, dans tous les cas, il n'habita pas cette dernière 
ville, mais Nazareth. La troisième, enfin, c'est que, s'il avait eu une 
maison à Bethléhem, au lieu d'être forcé de se réfugier dans une 
étable publique avec Marie, qui était enceinte et près d'accoucher, 
quand il vint dans cette ville pour le recensement ordonné par 
Auguste, il aurait trouvé un asile dans sa propre demeure. 

Mais ces trois arguments peuvent être réfutés de la manière sui- 
vante : 

D'abord saint Joseph, tout pauvre qu'il était et bien que simple 
artisan, pouvait bien posséder à Bethléhem une petite maison, héri- 
tage de ses ancêtres. 

En second lieu, qu'il fût ou non originaire lui-même de Beth- 
léhem, comme il est constant qu'il habitait Nazareth, devenue ainsi 
sa nouvelle patrie, il aurait pu louer ou vendre sa maison de Beth- 
léhem. 

' Ekcidatio Terrœ Sanetœ, t. II , p. 680. 



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IM DESCRIPTION DE LA JUDÉE- 

Rien donc d'étonnant si, en troisième iien, quand, pour se con- 
former à l'édit d'Auguste, il vint avec Marie dans cette dernière ville 
pour s'y faire enregistrer, il fut obligé , faute de place dans l'hôtel- 
lerie, et ne pouvant pas loger dans son ancienne maison, passée 
dans d'autres mains par suite d'une location ou d'une vente, de 
chercher un refuge avec sa femme dans une étable publique. 

Ces diverses raisons alléguées par Quaresmius en faveur de la 
tradition dont il s'agit contribuent à la rendre plus vraisemblable , 
sinon plus vraie. Aussi lui-même ajoute-t-il , avec sa bonne foi ha- 
bituelle et sans prétendre donner à cette opinion plus de valeur 
qu'elle n'en a réellement, la conclusion que voici : 

Denique si hœc non placent, dicatur fuisse basiiicam a piis fidelibus ad ho- 
norem sancti Josepb œdificatam, diciqae drnmm S. Joseph, more Scripturae, 
qua tenpla et alia habitacula domos appellat : Domus fnea darmu orationis est, 

«(Enfin, si ces raisons ne plaisent pas, il faut dire que c'était simplement une 
^ise construite par la piété des fidèles en Thonneur de saint Joseph, et qu'elle 
portait le nom de maison de saint Joseph, à la manière de TÉcriture, qui appelle 
maisons les temples, ainsi que d'autres édifices servant d'habitations : Ma maison, 
dit Notre-Seigneur, est une maison de prière. y> 

Actuellement ce sanctuaire, dont l'étendue parait avoir été très- 
restreinte, est presque entièrement détruit; les matériaux mêmes en 
ont été transportés ailleurs. On reconnaît néanmoins encore, sur 
l'emplacement qu'il occupait, les vestiges d'une sorte de petite ab- 
side et un bloc considérable recouvert de nombreuses croix gravées 
grossièrement par les chrétiens indigènes. 

Sept minutes environ à l'ouest-nord-ouest de Bethléhem, sur le 
prolongement septentrional du Djebel Kilkel , à quelques pas sur 
la droite de la route qui conduit à Jérusalem, on remarque trois 
citernes, qui occupent les sommets des trois angles d'un triangle, 
l'une étant située au sud, c'est la plus rapprochée de la route et 
celle qui est le plus ordinairement visitée par les pèlerins, une autre 
se trouvant à l'ouest , et la troisième à l'est. Les Arabes les appellent 
Biar Daoud, :>^bjlu (les puits de David); mais ce sont, à vrai 
dire , des citernes. Elles sont toutes les trois creusées dans le roc et 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 191 

assez profondes. Celle du sud a trois ouvertures, dont une obstruée. 
Tobler, qui la mesurée, lui a trouvé dix-sept pieds de profondeur. 
Quaresmius la décrit ainsi : 

A sepulcro Rachelis procedendo Bethlehem versus, post médium milliaris, 
ad lœvam partem, ostenditur pulchra quœdam et profiinda cistema, quœ fere 
semper aquis abundat, lapidibus autem in quadro dispositis circumdata, ex 
cujus triplici ore aqua hauriri potest Distat a Bethlehem circa alterum milliaris, 
appellantque eam hujus regionis incolœ cittemam David, et volunt fuisse a 
Davide appellatam cUtemam Bethlehem ^ 

tEn se dirigeant du sépulcre de Rachel vers Bethlehem, on aperçoit, au bout 
d'un demi-milie, sur la gauche, une belle et profonde citerne, qui d'ordinaire 
est pleine d'eau ; elle était entourée autrefois de pierres disposées en carré. On 
peut y puiser par trois orifices. Elle est éloignée de Bethlehem d'un autre demi- 
mille environ. Les habitants du pays la désignent sous le nom de citerne de 
Daoid, et ils veulent que ce monarque Tait jadis appdée citerne de BetUéhem. 

A quarante-quatre pas de là, vers le nord, on rencontre la ci- 
terne orientale, qui a quatre ouvertures. M. Tobler lui a trouvé une 
profondeur de vingt et un pieds. La citerne occidentale n'a que 
deux ouvertures et est moins profonde. Les rigoles qui amenaient 
leau des pluies à ces citernes n'étant plus entretenues depuis long- 
temps, ces beaux réservoirs, qui jadis, au dire des pèlerins, four- 
nissaient une eau pure et abondante, sont à sec la plus grande 
partie de Tannée. Une assez puissante construction, dont il ne sub- 
siste plus que de faibles débris, parait les avoir environnés. 

D'après une ancienne tradition, on croit et l'on répète dans le 
pays que l'une de ces citernes est celle dont il est question dans le 
passage du livre II des Rois que j'ai déjà mentionné précédem- 
ment : 

i5. Desideravit ergo David et ait: si quis mihi daret potum aquœ de cis- 
tema quœ est in Bethlehem juxta portam ! 

16. Imiperunt ergo très fortes castra Philisthinorum, et hauserunt aquam 
de cistema Bethlehem, quae erat juxta portam, et attulerunt ad David; at ille 
noluit bibere, sed libavit eam Domino^. 

^ Elueidatio Terrœ Sanctfr , l. II. p. 61 4. — * Rois, ]. IL c. xxiii, v. if) e{ 16. 



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192 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Le même fait, comme on le sait, est rapporté pareillement dans 
le livre I des Paralipomènes ^ 

Dans ces deux passages, la citerne dont l'eau fait l'objet des dé- 
sirs de David pressé par la soif, et où les trois principaux braves de 
son armée vont en puiser pour lui, au péril de leur vie, en traversant 
le camp des Philistins , qui campaient dans la vallée des Rephaïm et qui 
avaient établi un poste à Bethléhem même, est indiquée comme tou- 
chant à la porte de cette ville. Par conséquent, les citernes dites Biar 
Daoudy auxquelles la tradition rattache le fait précédent, semblent 
un peu trop distantes pour que l'on puisse dire qu'elles sont r auprès 
de la porte de Bethléhem, i^yw^r/aportom Bethléhem. Dans le texte hé- 
breu , il y a littéralement (c à la porte de Bethléhem , -n ce que le texte 
latin des Paralipomènes rend très-exactement par les mots in porta 
Bethkhem, lesquels expriment un rapprochement en quelque sorte 
immédiat. La ville antique se serait-elle jadis étendue jusqu'aux Biar 
Daoud? Rien ne le prouve. Aussi Quaresmius et d'autres critiques, à 
son exemple, ont-ils émis des doutes sur l'authenticité de la tradi- 
tion relative à ce point , et ils inclinent plutôt à chercher la citerne à 
laquelle fait allusion le texte sacré dans l'une de celles qui se trou- 
vent au milieu de l'ancien atrium de l'église de la Nativité. 

Avant d'esquisser l'histoire de Bethléhem, disons encore un mot, 
en finissant, d'une ruine vulgairement connue sous le nom de cou- 
vent de Sainte-Paule, On la rencontre à un quart d'heure environ au 
nord de la ville, sur les pentes septentrionales de l'Oued el-Kharou- 
beh. Elle consiste uniquement aujourd'hui en une espèce de tour 
consacrée au culte musulman et appelée KasreUMasaryj,.jajJijAdà (le 
château du Pressoir). Intérieurement, cette construction forme une 
seule chambre .oblongue. Un petit mihrab pratiqué dans le mur 
méridional indique aux sectateurs du Koran l'endroit vers lequel 
ils doivent se tourner dans leurs prières. Près de là est une an- 
cienne citerne. Les autres ruines et fondations d'édifices dont parle 
Quaresmius ont presque entièrement disparu dans l'enclos planté 

' Paraliponiènefi , K I, c. xi, v. 17-19. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 193 

d'oliviers, de figuiers et de vignes où elles étaient situées. Les chré- 
tiens indigènes regardent ce lieu comme l'emplacement de l'un des 
couvenLs de femmes fondés par sainte Paule. 

Ex specu B. Mariœ virginis vel monasterio fratruin, orienlem versus pro- 
cedendo, parum decHnando ad aquilonem, integro miiliario confeclo, occurrit 
locus in valle quidem, sed situ parum elevalus, qui appellalur monaste- 
rium SancUe Paulœ, dirutum quidem el demolilum. Sunl ibi plures ruinœ 
et œdiBciorum fundamenta, intégra relia sive sacellum cum cisternis, ex 
quibus non obscure dijudicatiir illuslre et effregium monasferium olim ii)idem 
exsli lisse '. 

Quaresmius, comme on le voit, semble adopter Ta tradition 
commune. Pour mon compte, je suis porté à penser qu'il pouvait y 
avoir en ce lieu un enclos avec des bâtiments d'exploitation ren- 
fermant probablement un pressoir, ainsi que la dénomination ac- 
tuelle de Kasr el-Masar semble l'indiquer, et appartenant à l'un 
des couvents fondés par sainte Paule; mais le passage de saint Jé- 
rôme que j'ai déjà cité, à propos des trois couvents de femmes dus 
à la piété de cette noble patricienne, prouve qu'il faut chercher 
ailleurs, et tout près de la basilique de la Nativité, la position de ces 
trois couvents, lesquels paraissent avoir été contigus et environnés, 
selon toute apparence, d'une même enceinte. 

Non loin de là, vers l'est, je remarque dans d'autres enclos trois 
anciennes citernes et de gros blocs plus ou moins bien équarris, 
évidemment enlevés à des constructions démolies et mêlés à des 
matériaux de toutes sortes formant aujourd'hui de petits murs de 
séparation. Cet endroit est appelé Khii'het eUKaddous, (j^^^joUI iu^, 
dénomination qui garde encore la trace des souvenirs monastiques 
attachés à ces divers enclos. 

Retraçons maintenant dans une analyse succincte les principaux 
événements qui se sont accomplis à Bethléhem. 

Cette ville, appelée en hébreu dhS n*»? [Beth-Lphem) . en grec 
BvffkeéiJL, en latin Bothlehem, portail primitivement le nom de 

' Elnculnlio Tm-ft Stnirtfr, 1. 11. p. fi-jc). 

I. ^^ 



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\n DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Epkrath, n^DN, ou EphraUiah, nnnçK, nom qui dérivait probable- 
ment de la fertilité de son territoire. 

La plus^ ancienne mention que nous trouvions de cette antique 
bourgade se rencontre dans la Genèse. 

Mortua est ergo Rachel, et sepulta est in via quae ducit Ephratam, haec est 
Belhlehem ^ 

Ce verset nous apprend qu'à l'époque de Moïse le nom de Beth- 
léhenh aynit déjà remplacé celui à'Ephrathahy à moins, par hasard, 
que ces mots : hœc est Belhlehem ne soient une addition postérieure 
faite au texte primitif. La dénomination de Beth-Leheniy qui semble 
purement hébraïque, n'est qu'une sorte de traduction de celle d'£- 
phrathahy l'idée de (r fertile i7 renfermée dans celle-ci ayant été ren- 
due par les Hébreux au moyen de la désignation de ce maison du 
Pain, 11 de même que, plus tard, la dénomination arabe de Beit- 
LeheMj ^ *^i^*ii^ fut, à son tour, la traduction de l'appellation hé- 
braïque, avec une légère modification dans le sens. La cr maison du 
Paimi devint, en effet, la cr maison de la Viande, ni ces deux expres- 
sions impliquant l'une et l'autre l'idée de l'abondance et de la fer- 
tilité, soit en blé, soit en pâturage pour les troupeaux. 

Nous lisons dans saint Jérôme : 

Ephrata et Bethlehem unius urbis duo sunt vocabula, sub diversa tamen 
inlerpretatione : siquidem Ephrata interpretatur Jrugtfera; Bethlehem donms 
panis vertitur, propter eum panem qui de cœlo descendisse se dicit^. 

Saint Jean Chrysostome adopte la même interprétation mystique : 

Bethlehem, où Notre-Seigneur est né, avait reçu un nom prophétique. Beth- 
lehem, en effet, signifie «r maison du Pain;?» c'est qu'unjourdevait y naître le fils 
de Dieu, qui est \e pain de la vie y ainsi qu'il Fa déclaré lui-même dans rÉvan- 
gile : Je suis le pain vivant descendu du ciel '. 

De même que , au sens spirituel , la dénomination hébraïcpie «r mai- 
son du Pain -n semblait à saint Jérôme et à saint Jean Chrysostome 
une sorte d'annonce prophétique de l'avènement du Messie, cest-à- 

' Genèse, c. xxxv, v. 19. — ' Qiuest, Hebraic. in Gen.c. xxxv. — ' Homilia xui, in 
Matth, eu. 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 195 

dire dn véritable pain de vie ^ dans la bourgade ainsi appelée; de même 
la dénomination arabe tr maison de la Viande n est regardée par Qua- 
resmius ^ comme parfaitement justifiée d avance par la naissance en 
ce lieu de celui qui a dit : Ma chair est véritablement une nourriture. 
Dans le livre I des Paralipomènes, la seconde femme de Caleb 
est signalée, sous le nom d'Ëphrathah, comme la mère de Hur : 

Cumque mortua fuisset Azuba, aeeepit uxorem Caleb Ephratha, quae pe- 
périt ei Hur 2. 

Dans le même chapitre, nous lisons : 

5o. Hi erant fiiii Caleb, filii Hur primogeniti Ephratha, Sobal pater Ca- 
riathiarim. 

5i. Salma, pater Bethlehem, Hariph, pater Bethgadcr. 

Plus bas, au verset 54, Bethlehem est encore mentionné comme 
fils de Salma : 
* Filii Salma, Bethlehem. . . 

Au chapitre iv, verset 6, du même livre, Bethlehem est désigné 
comme fils de Hur, et non de Salma : 

Isti sunt fiiii Hur, primogeniti Ephratha patris Bethlehem. 

Mais ceci ne contredit qu'en apparence le verset 5 1 du chapitre u ; 
car Bethlehem, étant petit-fils de Hur, a pu être appelé son fils, 
sans que, pour cela, il y ait une contradiction réelle dans le texte 
sacré. 

Ces divers versets ont fait croire à quelques critiques que la ville 
qui nous occupe en ce moment avait tiré son nom d'Ephrathah de 
la seconde femme de Caleb, ainsi appelée, et celui de Bethlehem du 
fils de Salma ; mais , comme Quaresmius l'a depuis longtemps re- 
marqué', il résulte d'autres passages de la Bible que, antérieurement 
à l'époque de Caleb, époux d'Ephrathah, et de Salma, père de Beth- 
lehem , je veux dire à l'époque même de Jacob , la ville de Bethlehem 
portait déjà le nom d'Ephrathah et même celui de Bethlehem. 

* Elucidalio Terrœ Sanctœ ^ t. II , p. 6 1 9 . ^ Quaresmius , Elucidatio Terrœ Sanctœ , 

* Paralipomines f I. I, c. 11, v. 19. t. Il, p. 618. 

i3. 



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196 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Mortua esl crgo Rachel, et sepulla est in via quœ ducit Ephratam, haec est 
Belhlehem '. 

Plus loin, dans le même livre, Jacob rappelle ainsi à Joseph la 
njort de Rachel : 

Mihi enim, quando veniebam de Mesopotamia, mortua e^st Rachel in terra 
Clianaan, in ipso itinere, eratque vernura tempus et ingrediebar Ephratam, 
et sepelivi eam juxta viam Ephratœ, quœ alio nomine appellatur Bethlehem ^. 

Cette ville ne peut donc pas avoir tiré son nom à'Éphrathah de 
la mère de Hur, ni celui de Bethléhem du fils de Salma. Le con- 
traire serait peut-être plutôt vrai ou du moins vraisemblable. Quoi 
qu'il en soit, la dénomination d'Ephrathah, remplacée plus tard par 
celle de Bethléhem, paraît avoir persisté longtemps dans l'usage des 
habitants. 

Dans le livre de Ruth^, les enfants d'Elimélech, Mahalon et 
Chilion, sont désignés comme étant a Ephrathéens de Rethléhemde 
Juda. fi 

Au chapitre iv du même livre, lorsque Booz prend à témoin les 
anciens et tout le peuple de Bethléhem qu'il achète des mains de 
Noémi tout ce qui a appartenu à Elimélech, à Chilion et à Mahalon, 
et qu'il acquiert le droit de prendre pour femme Ruth la Moa- 
bite, tout le peuple qui était à la porte de la ville et tous les anciens 
s'écrient : 

Nos testes sumus. Faciat Dominus hanc mulierem, quœ ingreditur domum 
tuam, sicut Rachel et Liam, quae œdificaverunt domum Israël ; ut sit exemplum 
virtutis in Ephrata , et habeat célèbre nomen in Rethlehem *. 

ïtNous en sommes témoins. Que le Seigneur fasse devenir cette femme, qui 
entre dans votre maison, comme Rachel et Lia, qui ont fondé toutes deux la 
famille d'Israël; quelle soit un modèle de vertu dans Éphrathah, et que son 
nom soit célèbre dans Bethléhem. -n 

Dans ces deux versets, il y a, ce me semble, une distinction faite 
par l'auteur sacré entre le mot Ephrathah et celui de Bethléhem : 

' Gcnhe, c. xxvv, v. 19. ' Buthy c. 1. v. 2. 

^ Game y r. \lviii, v. 7. " Ruth , c. iv. v. 11. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 197 

le premier paraît désigner un district et comme ie territoire de 
Bethiéhem; le second s'applique d'une manière spéciale et plus 
exclusive à Bethiéhem même. 

Au livre I des Rois, David est déclaré fils d'un homme crÉphra- 
théen de Bethiéhem de Juda. v 

David auiem erai fiiius viri Ephrathœi, de quo supra dictum est, de Beth- 
iéhem Juda, oui nomen Isai, qui habebat odo filios ^ 

Ici, comme dans les deux versets qui précèdent, l'épithètc 
Ephrathéen semble s'appliquer au territoire de Bethiéhem, y com- 
pris cette ville, bien entendu, plutôt qu'à Bethiéhem toute seule. 

Dans le psaume cxxxi, vers. 6, il est question également d'Éphra- 
thah. 

Ecce audivimus eam in Ephrata; iuvenimus eam in campis silvœ^. 

<r Nous avons ouï dire qu'elle était à Épbrathah; nous Tavons rencontrée dans 
les champs de la forêt, n 

Enfin, dans le prophète Michée, les deux noms de Bethiéhem et 
d'Ephrathah sont unis ensemble comme ceux de la ville où devait 
naître un jour le Messie. 

Et tu , Bethiéhem Ephrata , parvulus es in millibus Juda ; ex te mihi egredietur 
qui sit dominator in Israël, et egressus ejus ab initie, a diebus œternitatis '. 

«rEt toi, Bethiéhem Éphrathah, tu es Yune des plus petites parmi les nom- 
breuses villes de Juda; mais de toi doit sortir celui qui dominera sur Israël, 
dont la génération est dès le commencement, dès les jours de réternité.?» 

Le nom de Bethiéhem de Juda, dans les versets rapportés plus 
haut, et celui de Bethiéhem Ephrathah y dans le dernier que je viens 
de citer, avaient été donnés à cette ville pour la distinguer d'une 
autre Bethiéhem, qui se trouve dans la tribu de Zabulon. 

C'est de Bethiéhem de Juda qu'était originaire le jeune lévite 
dont l'histoire est racontée dans le livre des Juges ^. Il avait quitté sa 
ville natale pour aller d'abord s'établir sur la montagne d'Ephraim , 
dans la maison de Michas, qui le retint pour ôtre prêtre de son idole. 

* Rois, L I, c. xvii, v. i»x. ' Miellée, c. v, v. a. 

* Psaume cxxxi, v. 6. * Juges, c. xvn et xviii. 



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198 DESCRIPTIOiX DE LA JUDEE. 

Plus tard, ce même lévite fut contraint de suivre jusqu'à Laïs les 
six cents guerriers de la tribu de Dan qui , partis de Saraa et d'Es- 
tliaol et passant par la montagne d'Ephraïm , enlevèrent à Michas 
son idole et son prêtre. H s'appelait Jonathan , et était fils de Ger- 
sam, fils de Moïse. Ce fut lui qui devint le premier prêtre des Da- 
nites dans la colonie de Dan , qu'ils fondèrent. 

C'est également dans cette ville qu'était née la concubine de cet 
autre lévite qui, en revenant avec elle dans la montagne d'Ephraïm, 
où il habitait, et de passage à Gibeah de Benjamin, où il s'était ar- 
rêté pour la nuit, vit, le lendemain matin, sa femme étendufe sans 
vie devant la porte de la maison qui lui avait offert l'hospitalité, 
à la suite des outrages qu'elle avait subis de la part des habi- 
tants. On sait que , pour venger sa mort et provoquer à l'extermi- 
nation de la ville de Gibeah tout le peuple d'Israël, il coupa le 
cadavre de la malheureuse victime en douze morceaux, qu'il distri- 
bua à chacune des douze tribus. Les Benjamites, loin de livrer les 
habitants de Gibeah qui s'étaient rendus coupables d'un tel crime , 
ayant, au contraire, pris fait et cause pour eux, il en résulta une 
guerre générale des onze autres tribus contre celle de Benjamin, 
qui fut presque entièrement exterminée*. 

Bethléhem fut plus tard la patrie d'Eliraélech, que la famine força 
d'émigrer avec sa femme Noémi et ses deux fils dans la Moabitide, 
et qui mourut dans cette contrée. Ses fils, Mahalon et Chilion, 
après y avoir épousé des femmes de Moab, appelées l'une Orpha, 
l'autre Ruth , y moururent à leur tour. Noémi se disposa alors à 
retourner dans son pays. Ruth, l'une de ses belles-filles, ne voulut 
jamais consentir à l'abandonner; mais, s'attachant à ses pas, elle la 
suivait, en lui disant ces touchantes paroles : (r Votre peuple sera 
mon peuple, et votre Dieu sera mon Dieu.-n Puis se passa à Beth- 
léhem et dans les champs de Booz cette charmante églogue qui est 
dans toutes les mémoires, «t qui aboutit au mariage de Booz avec 
Ruth. De cette union naquit Obed, père d'Isaï, père lui-même de 
David , dont devait sortir un jour le Messie. 

* Juges , c. XIX et xx. 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 199 

Dans le récit biblique, il est dit que Booz monta vers la porte 
de la ville et qu'il s'y assit : 

Aôcendit crgo Booz ad portam, et sedit ibi ^ 

Comme il revenait des champs et que ces champs se trouvaient, 
selon toute probabilité, dans la vallée qui s'étend à l'est de Beth- 
léhem et qui est encore très-fertile en blé et en orge, l'expression 
ascendit est très-juste, et la porte de la ville dont il est question ici, 
soit qu'elle fût unique, soit que la ville en eût plusieurs, regardait 
très-probablpment l'orient. Elle nous prouve qu'à cette époque Beth- 
léhem était environnée d'un mur d'enceinte. 

Lorsque Saûl eut été réprouvé de Dieu, Samuel vint à Bethléheni 
pour y sacrer roi l'un des fils d'Isaï. Celui-ci lui présenta tour à tour 
chacun de ses fils, en commençant par l'ahié; mais le prophète lui 
déclara que Dieu n'avait fait choix d'aucun d'entre eux. 

1 1 . Ensuite Samuel dit à Isaï : Sont-ce là tous tes enfants? Et celui-ci répon- 
dit : II reste encore le plus jeune, qui fait pattre les brebis. Alors Samuel dit 
k Isaï : Envoie-le quérir, car nous ne nyus mettrons point à table qu'il ne soit 
venu ici. 

19. Isaï renvoya donc appeler. Or il était blond, de bonne mine et beau de 
visage; et l'Étemel dit à Samuel : Lève-toi et oins-le, car c'est celui-là. 

i3. Alors Samuel prit la corne d'huile et l'oignit au milieu de ses frères, 
et depuis ce temps-là l'esprit de l'Éternel saisit David. Puis Sarouel se leva et 
s'en alla à Rama^. 

Saûl étant tourmenté d'un malin esprit, Isaï, à sa demande, lui 
envoya de Bethléhem son fils David pour jouer de la harpe en sa 
présence et calmer son mal. 

Quelques années plus tard, les Philistins vinrent camper entre 
Socho et Azéca, et Saûl rassembla les enfants d'Israël dans la vallée 
du Térébinthe. Les trois frères aînés de David servaient dans le 
camp des Hébreux. David, qui était retourné à Bethléheni pour 
garder les troupeaux de son père, fut envoyé par lui auprès de ses 
frères pour leur porter des provisions et savoir de leurs nouvelles. 

' Rulh, c. IV, v. 1. — ^ Rois, I. l, r. xvi, v. i i-i3. 



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200 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Au moment où il arrivait dans le camp , le géant Goliath provoquait 
à un combat singulier les plus braves d'Israël. Personne n osant se 
mesurer avec lui, malgré les magnifiques promesses que le roi avait 
faites à celui qui aurait le courage et le bonheur de le vaincre, Da- 
vid, indigné des menaces et de l'insolence de ce Philistin, marcha 
hardiment à sa rencontre, armé seulement de son bâton et de sa 
fronde, le frappa au front d'une pierre et lui trancha la tête avec 
sa propre épée. 

Devenu roi, après la mort de Saûl à la bataille de Gelboé, David 
fut d abord reconnu par la tribu de Juda; puis les autres tribus 
acceptèrent sa domination. C'est alors, sans doute, que Bethléhem 
prit le nom de ville de Davidy de môme que la colline de Sion. C'est 
ainsi, en effet, qu'elle est désignée dans saint Luc. 

Ascendit autetn et Joseph a GaHiœa de civitaie Nazareth in Judœam, in ci- 
vitatem David, quœ vocalur Bethléhem *. 

Plus bas, au verset 1 1 du même chapitre, nous lisons encoi'e: 

Quia natus est vobis hodie Salvator, qui est Christus Dominus, in civilale 
David. 

Bethléhem était aussi la patrie de Joab , général des armées de 
David, et de ses deux frères Abisaï et Asaël , tous trois fils de Sarvia, 
sœur de David. Asaël, dont la Bible vante la rapidité à la course, 
comme celle des chevreuils qui habitent dans les forêts, ayant été 
tué par Abner à la poursuite duquel il s'acharnait, après sa défaite 
de Gabaon, fut ramené à Bethléhem et enterré dans le sépulcre de 
sou père. 

Roboam, fils et successeur de Salomon, releva les murs de Beth- 
léhem et en fit une ville forte. 

5. Habitavit autem Roboam in Jérusalem, et œdificavil civitates muratas 
in Juda. 

6. Exslruxitque Helhlohem, et Elam, et Thecua 

11. Cumque clausisset eas mûris, posuil in pis principes, ciborumquc lior- 
rea, hoc est olei et vini '-. 

" Pnralipomènes , I. Il, c. \i, v. o, f), ti. 



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CHAPITRE VI. — BETHLÉHEM. 201 

Il est impossible d'induire de ce passage, comme on pourrait 
d abord en être lente, que, avant Roboam, Bethléhem était une 
ville ouverte , puisque le livre de Ruth nous montre Booz s'asseyant 
à la porte de cette bourgade pour y prendre à témoin les anciens 
du peuple. Plus tard, à l'époque de David, il est également ques- 
tion, dans d'autres versets que j'ai déjà cités, d'une citerne située 
près de la porte de Bethléhem ^ 

Ce qui prouve aussi que cette ville avait dès lors une enceinte, 
c'est que les Philistins y avaient établi une garnison, comme cela 
résulte du verset 1 4 : » 

El David erat in prœsidio : porro statio Philislhinorum tune erat in Beth- 
léhem. 

Les Philistins, en effet, n'auraient pas choisi, pour y mettre un 
de leurs postes, une place ouverte. 

Roboam ne fit donc que relever les murs de la ville, et les mots 
latins exstruxit et clausisset muris, traduction fidèle, du reste*, du 
texte hébreu, doivent être entendus, sans doute, comme indiquant 
seulement une reconstruction. 

A la fin de la captivité de Babylone, cent vingt-trois Bethléhé- 
mites revinrent avec Zorobabel dans leur ville natale. 

Filii Bethléhem, cenlum viginli 1res 2. 

Filii Bethléhem et Nelupha, cenlum ocloginta oclo*. 

Déjà célèbre pour avoir donné le jour à David, l'un des plus glo- 
rieux ancêtres du Messie, Bethléhem acquit une renommée à jamais 
immortelle en devenant la patrie du Messie lui-même. Je ne re- 
viendrai pas ici sur les preuves de l'authenticité de la tradition 
relative à la naissance du Christ dans la crypte dite, encore aujour- 
d'hui, de la Nativité; je crois les avoir données suffisamment plus 
haut. 

Comme le fait remarquer Reland *, il ressort d'un passage 
d'Anastase que les Juifs, vers le commencement du second siècle 

' Roiê, I. Il, c. xxni, V. 1 5 et 16. ' Néhémie, c. vn, v. îif). 

* Eidras, c. n, v. 9. * Paîtpstina, p. 6/17. 



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202 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. . 

de notre ère, habitaient encore Bethléhem; car cet écrivain, dans 
les Vies des pontifes romains, noas apprend que saint Ëvariste, qui 
vivait du temps de Domitien et de Nerva Trajan, était né d'un 
père juif, nommé Juda, de la ville de Bethléhem. Ensuite, quand 
Hadrien eut subjugué les Juifs, il leur défendit par un édit d'habiter 
dans la banlieue de Jérusalem et même à Bethléhem, ce que con- 
firme TertuUien dans le passage suivant tiré de son livre Conire les 
Juifs (p. 22Û), et cité par Reland : 

Oportet enim eum [Messiam] de tribu Juda et a Bethléhem procedere: aui- 
madvertimus autem nunc neminem de* génère Israël in civitate Bethléhem 
remansisse, et exinde quod interdictum est ne in confinio ipsiu8 regionis de- 

moretur quisquam Judœorum Quomodo procedit ex Bethléhem , eum de 

germine Israël nullus omnino sil in Bethléhem ^ ? 

J'ai déjà dit que ce même empereur, ainsi que l'atteste saint 
Jérôme, dans l'espérance de détruire le christianisme naissant, par 
la transformation en sanctuaires païens des lieux que les chrétiens 
vénéraient le plus, consacra à Adonis la grotte de la Nativité et 
planta un bocage en l'honneur de ce dieu sur l'emplacement de 
Bethléhem. 

Bethléhem nunc nostram et augustissimum orbis locum de que Psatmista 
canit : Veritas de terra arta est, lucus inumbrabat Thamuz , id est Âdonidis, et in 
specu ubi quondam Christus parvulus vagiit Veneris amasius plangebatur ^. 

Ce fut sainte Hélène et son fils Constantin qui rendirent au culte 
chrétien la grotte de la Nativité et fondèrent sur cette crypte sacrée 
la magnifique basilique qu'on y admire encore aujourd'hui. 

Justinien releva les murs de Bethléhem, selon le témoignage de 
Procope^. 

A l'époque où Arculphe visita la Palestine, c'est-à-dire vers l'an 
670, Bethléhem est décrite par ce moine dans les termes que voici: 

Quœ civitas non tam situ grandis quam fama prsedicabilis per univer- 

sarum gentium ecclesias diffamata, in dorso sita est angusto In cujus 

^ Reland, PaUesiina, p. ôAy. — * Hieronymi opéra , 1. 1 , p. 58i, édition Migne : épis- 
tola ad Paulinum, — ^ De jfdUficiis Justin. V. ix. 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 203 

campestri planicie superiore humiiis sine tarribus munis in circuilu per ejas- 
dem monticuli extremiiatis supercilium constructos. Valliculis hinc et inde 
circumjacentibus supereminei mediaque intercapedine intra murum per lon- 
giorem tramitem habitacula civium sternuntur (ceruntur?) ^ . . . 

Ce mur bas et sans tours qui environnait le plateau de Bethléhem 
était-ce le mur que Justinien avait relevé plus d'un siècle auparavant? 
C'est ce qu'il me serait difficile de dire, faute de documents; mais 
la chose paraît assez vraisemblable. Lorsque les croisés envahirent 
la Palestine, nous savons par le moine Saewulf que, à l'exception de 
la ba»iique et du monastère de Bethléhem , ils ne trouvèrent rien 
d'habitable dans cette ville, les Sarrasins ayant tout dévasté. 

Ibi [Bethléhem] nihil a Sarracenis est remissnm habitabile, sed omnia de- 
vastata , sicut in aliis omnibus sanctis locis extra murum civitatis lerosolimam , 
prêter monasterium beatœ virginis Mariœ, matris Domini nostri, quod est ma- 
gnum atque preclarum ^. 

Les croisés étaient campés près d'Emmaîis dans leur marche de 
Ramleh à Jérusalem, quand ils virent arriver dans leur camp une 
dépùtation de chrétiens envoyés par la ville de Bethléhem. Cette 
députation se présenta devant Godefroi de Bouillon pour l'engager 
à presser la marche de l'armée et réclamer la prompte intervention 
des princes en faveur de la patrie du Christ. On pouvait craindre, 
disaient ces envoyés, quel'affluence extraordinaire des infidèles qui, 
de tous côtés, se rendaient à Jérusalem, soit pour en renforcer la 
garnison, soit pour y chercher un refuge, ne devînt une occasion de 
ruine pour l'église de la Nativité. Cette appréhension était d'autant 
mieux fondée que les chrétiens du pays avaient eu jusque-là beau- 
coup de peine à sauver cette basilique et le berceau du Sauveur, au 
prix de sommes d'argent considérables et d'impositions sans cesse 
répétées. Touché de leurs plaintes, Godefroi fit aussitôt partir un 
détachement de cent chevaliers d'élite, sous le commandement de 
Tancrède. Ils marchèrent toute la nuit, et, au lever du jour, Tan- 



' Arculphe, II, i. Hierosolymam. (Métmires de la Société dt 

' Sswnlfi Beialio de peregiimùone ad géographie de Paris, p. 8/17.) 



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204 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

crède planta son étendard sur la basilique de Bethléhem. Il fut reçu 
dans cette ville avec des transports de joie et de reconnaissance 
indescriptibles, et processionnellement conduit, ainsi que tous ses 
chevaliers, dans l'église supérieure et dans la sainte crypte. 

Après avoir rassuré par sa présence les habitants de Btethléheni 
et prié devant la Crèche, il alla saluer les remparts de Jérusalem, 
dressa un instant sa tente près de la tour de David, et ensuite re- 
joignit le gros de l'armée, qui s'avançait vers la Cité sainte. 

La nuit de Noël iioo, le patriarche de Jérusalem, Dagobert, 
couronna et sacra roi de l'empire franc et successeur de Godefroî 
de Bouillon, qui venait de mourir, Baudoin, comte d'Edesse; cette 
cérémonie eut lieu dans la basilique de Bethléhem. 

En 1110, à la demande de Baudoin P"", le pape Pascal II érigea 
eu évêché l'église de Bethléhem, qui jusque-là avait été desservie 
par un chapitre de chanoines réguliers avec un prieur. Le premier 
évêque nommé fut un prêtre appelé Aschetin ou Ansquetin. Voici 
la liste de ceux qui occupèrent ensuite successivement ce siège 
épiscopal : 

Anselme, de 1128 à iiû5; 

Gérard, de ii ùy à 1 1 5 1 ; 

Raoul, de 1 160 à 1178; 

Albert, de 1178 à 1186; 



Pierre, de i2o4à 1206; 

Renier, de 1228 à i^Uk. 

Les dates marquées ici sont celles des années extrêmes pendant 
lesquelles le nom de chacun de ces évoques est consigné dans les 
actes publics. 

C'est sous l'épiscopat de Raoul, qui était en même temps chance- 
lier du roi Amaury, que ce prince latin, de concert avec l'empereur 
grec de Constantinople, Manuel Comnène, restaura la basilique 
de la Nativité. Ces deux souverains étaient unis par des alliances 
réciproques, qui semblaient préparer les voies à un rapprochement 
du monde grec et du monde latin. On sait, comme je l'ai dit plus 



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CHAPITRE VI. — BETHLEHEM. 205 

haut, que Manuel Comnène contribua beaucoup, pour sa part, à 
la splendeur et à Tornementation de cette basilique, en la faisant 
décorer, par le moine Ephrem , de magnifiques mosaïques à fond 
d'or, qui tapissaient tous les murs. Les travaux furent exécutés, 
ainsi que nous lavons vu, sous la direction de l'évêque Raoul, et 
les inscriptions que l'on grava partout furent à la fois grecques et 
latines. 

En 1187, Bethléhem fut épargnée par Saladin vainqueur, qui 
respecta dans cette ville la patrie du Christ et permit aux chi'étiens 
d'y demeurer. Seulement les fidèles et lès pèlerins, avant de péné- 
trer dans la basilique, devaient payer un droit entre les mains des 
musulmans. 

En 1 2/1/1, Bethléhem fut ravagée, comme tout le reste de la 
Palestine, par les hordes sauvages des Kharizmiens. 

En 1/1/19, ^^^^^ ^*^^^ ^^^^ ^ïicoi*^ entourée d'une enceinte murée 
et était défendue par deux forts, l'un à l'ouest, dans la partie haute, 
près de la route de Jérusalem, l'autre à l'est, près de la basilique. 
Ce dernier était Banque de tours et environné de fossés; mais en 
1/189, P^^ ordre du sultan, ces forts furent rasés, les murs de la 
place renversés et les fossés comblés ^ 

Au xvi* siècle, Bethléhem n'était plus qu'un humble village, 
peuplé d'un petit nombre d'habitants, et présentait partout l'image 
de la ruine et de la dévastation. 

Dans les deux siècles qui suivirent, elle se releva peu à peu de 
son état d'abaissement et redevint insensiblement une petite ville. 

En i83/i, les musulmans de Bethléhem s'étant révoltés contre 
Ibrahim-Pacha, celui-ci, pour les punir, ravagea leur quartier. 

Depuis quelques années, comme je l'ai fait observer en décrivant 
cette localité, elle a pris de nouveaux accroissements, et bien que 
peu considérable encore, car elle renferme à peine cinq mille âmes, 
elle doit l'importance relative dont elle jouit à la gloire singulière 
qui lui est échue jadis en partage d'avoir donné le jour au Messie. 

' Fabri Evngatorium in Terrœ Sanctœ peregritiationem , t. I, p. lijU. 



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206 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

C'est à ce titre que les musulmans eux-mêmes Font toujours traitée 
avec un certain égard et que, depuis tant de siècles, les pèlerins 
ne cessent d'affluer dans son sein de tous les points du monde. Son 
sanctuaire de la Nativité, en immortalisant son nom, l'a en même 
temps empêchée de périr elle-même comme ville et d'être eflEacée 
de la surface de la Palestine, ainsi que tant d'autres cités autrefois 
beaucoup plus puissantes et plus peuplées et qui maintenant, dé- 
truites de fond en comble, sont désertes et inhabitées. (cËt toi, 
Bethléhem Ephrathah, s'écriait, il y a plus de deux mille six cents 
ans, le prophète Michée, tu es, à la vérité. Tune des plus petites 
parmi les nombreuses villes de Juda; mais de toi doit sortir celui 
qui dominera sur Israël ^ y> 

Bethléhem, comme patrie des ancêtres de David et de David lui- 
même, appartenait à l'Ancien Testament; elle aurait pu disparaître 
avec lui; mais, comme patrie du Messie, elle appartient aussi au 
Testament de la nouvelle alliance, et, malgré toutes les vicissitudes 
qu'elle a déjà subies et qu'elle pourra subir encore, elle semble 
réservée, à cause du sanctuaire qti'elle renferme, à une vie non 
moins durable que celle du monde nouveau dont elle est le mys- 
térieux berceau. 

' Michée, c. v, v. a. 



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CHAPITRE VU. — BEIT-SAHOUK. 207 



CHAPITRE SEPTIÈME. 

BEIT-SAHOUR OU VILLAGE DES PASTEURS. CHAMP DE BOOZ. DEIR ER- 

Ra'oUAT ou couvent des PASTBURS. DEIR SEIAR ER-RHANEM, DECOUVERT 

PAR M. GUARMANl. 

BEIT-SAHOUR OU VILLAGE DES PASTEURS. 

Après avoir consacré deux jours à étudier Bethléhem et ses envi- 
rons les plus proches, je me dirigeai le ak avril, à six heures du 
matin, vers Beit-^ahoury en arabe j3i>.Lm oiju,que d'autres écrivent 
jjybLw ou^. On appelle également ce village BeitSahour en-Namra, 
^^\AAÀi\ jy^\jm oiuu, pour le distinguer d'une autre localité nommée 
Beit-Sahour el-A^tikah, iuuxJ! j^^U» t;^Aj, et située à quarante mi- 
nutes environ au sud-est de Jérusalem, un peu au sud de l'Oued 
en-Nar. Il est habité, en effet, en grande partie, par des chrétiens, 
d'où l'épithète d'Eiv-Nasara qui lui a été donnée. Les Latins et les 
Grecs le désignent sous la dénomination de village des Pasteurs. 

H est à quinze minutes vers l'est-sud-est au-dessous de Beth- 
léhem et occupe une colHne assez basse, qui s'étend de l'ouest à 
l'est. On y observe plusieurs anciennes cavernes, qui servent encore 
aujourd'hui de demeures à quelques familles ou d'abris pour les 
troupeaux. 

La plupart des maisons sont grossièrement construites. Trois ou 
quatre d'entre elles présentent, parmi les matériaux dont elles sont 
formées, un certain nombre de pierres de taille qui semblent anti- 
ques. Je signalerai pareillement, comme datant, selon toute appa- 
rence, de l'antiquité, une dizaine de citernes, dont l'une est appelée 
citerne de Marie, en vertu d'une tradition que rapporte ainsi Qua- 
resmius : 

Dans ce village, il y a une citerne que non-seulement les chrétiens du pays, 
mais encore les Maures et les Arabes des environs désignent sous le nom de 



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208 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

citerne de la bienheureuse vierge Marie. Voici la raison de ce nom, telle qu'ils 
la donnent. La sainte Vierge, passant par ce village et pressée par la soif, de- 
manda de Feau aux habitants ; mais ceux-ci lui en refusèrent, en accompagnant 
leur refus d'indignes plaisanteries. Alors l'eau monta d'elle-même jusqu'à l'ori- 
fice de la citerne; puis, quand elle eut laissé la Vierge apaiser sa soif, elle re- 
tomba à son niveau ordinaire ^ 

La population de Beil-Sahour peut être évaluée à six cents 
âmes, soixante musulmans, cinquante catholiques et quatre cent 
quatre-vingt-dix schismatiques. M^ Valerga a fondé dans cette lo- 
calité, il y a huit ans, une mission qui a été confiée à M. l'abbé 
Morétain, du diocèse de Lyon. Ce prêtre, qui, comme j'ai déjà eu 
occasion de le dire, avait failli être tué à Beit-Djala, au moment 
même où il célébrait la messe, et qui a ensuite dirigé les tra- 
vaux du séminaire construit en cet endroit, a conçu le projet de 
bâtir à Beit-Sahour une église dont il jetait les fondements lorsque 
je visitai ce village. En attendant qu'il ait pu mener à bonne fin 
cette entreprise, que le manque de fonds et diverses difficultés lo- 
cales l'avaient jusque-là empêché de commencer, ce digne ecclé- 
siastique en est réduit, depuis son arrivée dans ce village, à cé- 
lébrer les saints offices dans une humble et modeste chambre, au 
fond de laquelle s'élève un autel des plus pauvres, qu'un rideau 
dérobe à la vue quand la cérémonie sacrée est terminée. La cha- 
pelle alors devient soit une école, soit un divan. Les paroissiens, 
de leur côté, sont loin d'offrir à leur curé les consolations reli- 
gieusçs qu'il en espérait. Ce sont, en effet, de grossiers paysans 
arabes, occupés à la culture de la terre ou à l'élève dés bestiaux, 
et dont la foi chancelante et incertaine oscille souvent, au gré de 
leur intérêt et des circonstances, vers la religion schismatique, qui 
prédomine à Beit-Sahour, la majeure partie de la population ap- 
partenant à ce rite. 

Trois cheikhs principaux administrent ce village, et leurs rivahtés 
y occasionnent quelquefois des rixes sanglantes. Quelque ingrat qjae 
soit un pareil poste, l'abbé Morétain n'a pas voulu jusqu'ici le-dé- 

' Elucidntio Terrœ Sanctœ, t. II , p. 68 1 . 



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CHAPITRE VII. — BEIT-SAHOUR. 209 

serter, dans la crainte que le petit nombre de catholiques qu'il y 
évangélise ne retournent presque tous, après son départ, au schisme, 
qui s'efforce de les attirer dans son sein. 

Les environs de Beit-Sahour sont assez fertiles. On y cultive un 
peu de vigne, quelques oliviers, et dans une belle vallée dont je 
vais parler tout à l'heure on récolte du blé et de l'orge. 

Quelle est la localité antique qu'a remplacée le village actuel? 

Le docteur Sepp^ rapproche du nom de Beit-Sahour celui de 
nintfç, Achhoury en latin Askur^ et Assur^ en grec kaovp, qui est 
mentionné dans le livre I des Paralipomènes. 

Cum autem mortuus esset Hesron, ingressus est Caleb ad Ephratha. Hakuit 
quoque uxorem Abia, quœ peperit ei Ashur patrem Thecuœ^. 

Et ailleurs, dans le même livre, nous lisons : 
Assur vero patri Thecuae erant duœ uxores, Halaa et Naraa'. 

Dans les Septante, le nom de ce personnage est écrit, dans le 
premier cas, Àtr^^w, Aschôy et, dans le second, kaovp, Asour. 
Le texte hébreu porte dans les deux passages celui d'AckhouVy 

I T 

Si la conjecture du docteur Sepp était fondée, il faudrait sup- 
poser ou bien qu'Achhour, père de Tekoah (Thecua), donna son 
nom à la localité qui aujourd'hui est désignée par les Arabes sous 
le nom de Beit-Sahour, ou bien que cette localité lui a^ait commu- 
niqué le sien. 

Quoi qu'il en soit, il est certain que ce village est antique, comme 
le prouvent les grottes et les citernes pratiquées dans le roc qu'on 
y rencontre. En outre, l'abbé Morétain, en creusant une citerne 
pour les besoins de la construction qu'il a entreprise, a trouvé un 
certain nombre de vases antiques, les uns brisés, les autres presque 
intacts, et une quinzaine de petits couteaux de silex, tels que ceux 
dont les anciens Hébreux faisaient usage pour la pratique de la 
circoncision. 

* Jérusalem uud dos HeiUge Land, 1. 1, * Paralip, 1. I, c. ii, v. q/j. 

p. 471. ^ Ibid, c. IV, V. 5. 



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210 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Nous lisons, eu effet, daus le livre dé Josué : 

Eo lempore ail Dominus ad Josue : Fac tibi cultros lapideos , et circumcide 
secundo filios Israël ^ 

Il est probable aussi qu'Abraham s'était servi de couteaux ana- 
logues, quand la loi de la circoncision lui fut prescrite par le Sei- 
gneur; car Josué s'est conformé, selon toute vraisemblance, à une 
coutume qu'il tenait de ses ancêtres, coutume qui, ayant tous les 
caractères d'une pratique religieuse, devait toujours s'accomplir de 
la même manière. 

Avant de quitter Beit-Sahour, appelé également par les chré- 
tiens cf village des Pasteurs,. ti il me reste à indiquer l'origine de ce 
dernier nom, et je ne puis mieux faire que de citer ici le passage 
suivant de Quaresmius : 

Ratio nomiuis [villa Pastorum] duplex occurrit : altéra, quia pastores illi 
quibus nuntiatum est natuin esse Salvatorem mundi in civitate David ex ista 
essent oriundi , velin ea habitarent; altéra, quoniam proxima estloco, in quo 
pastores illi , custodientes vigilias noctis, magnum illud et felix nuntium recepc- 
runt, natum esse Christum Dominum*^. 

ffDeux raisons se présentent pour ce nom : Tune, c'est que les bergers aux- 
queb il fut annoncé que le Sauveur du monde était né dans la ville de David 
étaient originaires de ce village, ou y habitaient; l'autre, c'est que ce même vil- 
lage est très-voisin du lieu où ces bergers, en veillant pendant la nuit à la garde 
de leurs troupeaux, reçurent la grande et heureuse nouvelle de la naissance du 
Christ. T. 

Ces deux raisons sont l'une et l'autre très-plausibles; la première 
est la plus généralement adoptée. 

EMPLACEMENT DU CHAMP D£ BOOZ. 

Dirigeons-nous maintenant vers l'est, en traversant la fertile vallée 
où la tradition place le champ de Booz. Cette tradition n'a rien , en 
effet, que de très-vraisemblable; car c'est la plaine la plus propre à 
la culture du blé et de l'orge dans les environs les plus rapprochés 

' Joftuè, c. V, V. *j. — * Elucidatio Terrœ SancUi- , t. Il, p. 08 1 . 



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CHAPITRE VII. — CHAMP DE BOOZ. 211 

de Bethléheni, et dès lors on peut croire que Booz, qui était l'un 
défe plus riches habitants de cette ville, possédait des champs dans 
la vallée en question. La Bible, à la vérité, ne nous indique pas 
d'une manière précise la position de ces champs; mais tout porte 
à croire qu'ils étaient situés quelque part dans cette plaine, où 
plusieurs Bethléhémites en possèdent encore aujourd'lmi, et que 
là s'est passée cette idylle, à la fois si gracieuse et si touchante, 
qu'on ne peut lire sans attendrissement. 

Quel délicieux tableau champêtre que celui qu'offre le livre de 
Ruth! Où peut-on trouver des scènes plus naïvement antiques et 
plus réellement patriarcales? Il surpasse, à mon sens, les plus 
belles églogues de Théocrite et de Virgile, parce que l'aimable sim- 
plicité dont il porte l'empreinte y est revêtue de couleurs plus pures 
et plus nobles. Quelle ravissante figure que celle de Ruth la Moa- 
bite, qui a tout quitté pour s'attacher à Noémi, sa belle-mère 1 
Arrivée à Bethléhem à l'époque de la moisson des orges, elle de- 
mande à Noémi la permission d'aller glaner aux champs, car toutes 
deux sont pauvres depuis les malheurs dont Dieu les a frappées. 
Elle va donc dans un champ et se met à ramasser des épis derrière 
les moissonneurs. Or ce champ appartenait à Booz, parent d'Eli- 
mélech. Sur ces entrefaites, Booz arrive lui-même de Bethléhem et 
adresse aux moissonneurs cette religieuse salutation des anciens 
temps : a Que l'Eternel soit avec vousî^^ A quoi ils répondent : 
<r Soyez, béni de l'Eternel ! n 

A la vue de la jeune glaneujse, il demande qui elle est. L'homme 
préposé aux moissonneurs lui apprend que c'est la jeune Moabite 
qui a accompagné Noémi revenant du pays de Moab. Booz la traite 
aussitôt avec une extrême bonté, la rassure en l'appelant : Ma fille, 
et lui dit de ne pas quitter son champ pour aller glaner dans un 
autre. 

A l'heure du repas, il lui fait distribuer la même nourriture qu'à 
ses moissonneurs, et recommande à ceux-ci non-seulement de ne 
pas l'inquiéter, mais encore de laisser tomber à dessein des épis de 
leurs javelles et de les lui abandonner. 

th. 






V -^^ 



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212 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Le soir venu, elle bat ce qu'elle a ramassé et le rapporte à sa 
belle-rnère. Les jours suivants, d'après les conseils de Noémi, elle 
continue à glaner dans le même champ jusqu'à la fin de la moisson. 
On sait comment ensuite elle devint l'épouse de Booz, a ux pie ds 
duquel, parée de ses plus beaux vêtements, elle s'était couchée pen- 
dant qu'il dormait dans son aire, près d'un tas de grains. 

Le lendemain matin, Booz remonte à la ville et, s'asseyant près 
de la porte, conformément à la coutume antique, il propose au plus 
proche parent d'Elimélech de racheter le champ de ce dernier et 
de faire revivre en même temps son nom éteint, en prenant pour 
femme Ruth la Moabite. Sur son refus, il rachète lui-même l'hé- 
ritage d'Elimélech et épouse la veuve de Mahalon. 

En indiquant l'emplacement probable du champ de Booz, je n'ai 
pu résister au plaisir de résumer cette charmante histoire , ^ont il 
faut lire dans la Bible tous les détails; car ils sont pour nous aussi 
instructifs, au point de vue de la connaissance des mœurs judaï- 
ques, qu'intérçssants sous le rapport de ïa vérité des sentiments et 
de la grâce inexprimable des images. 

DEIR ER-Ra'oUAT OU COUVENT DES PASTEURS. 

Au milieu de la plaine fertile dont je viens de parler, à dix mi- 
nutes environ à l'est- nord -est de Beit-Sahour, sont les ruines d'un 
ancien couvent, désigné dans la contrée sous le nom de Dexr er- 
Raouai, illi^l^à (couvent des Pasteurs). Il appartient actuellement 
aux Grecs et est environné d'un petit mur d'enceinte. De beaux et 
vieux oliviers croissent alentour. Une chaussée en pierre permet 
aux habitants de Bethléhem et de Beit-Sahour de s'y rendre, même 
en hiver. Les bâtiments dont il était composé sont entièrement 
détruits, ainsi que la chapelle supérieure qu'il renfermait. On re- 
marque seulement, sur l'emplacement, du reste peu considérable, 
qu'il occupait, une citerne encore intacte; à côté est une cruche avec 
une corde pour puiser de l'eau , à l'usage des pèlerins. De la cha- 
pelle supérieure, complètement rasée, on descend par un escalier 



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CHAPITRE VIL — DEIR ER-RA*OUAT, 213 

de onze marches jusqu'à une porte; puis, quand on Ta franchie, 
un autre escalier de dix marches conduit à une crypte ou chapelle 
souterraine dont les dimensions ne dépassent pas dix mètres de long 
sur six mètres et demi de large. L'autel regarde l'orient. Cette cha- 
pelle est actuellement très-dégradée. On y observe quelques vieilles 
peintures sur bois, plusieurs fûts de colonnes ornés de chapiteaux 
corinthiens, et, sur le sol, des restes de mosaïques. 

D'après une tradition très-répandue, ce serait là la grotte dans 
laquelle veillaient les bergers lorsqu'un ange leur annonça la nais- 
sance du^Sameur. 

8. Or il y avait dans ia même contrée des bergers qui passaient la nuit dans 
les champs et qui y veillaient à la garde de leurs troupeaux. 

9. Et tout à coup un ange du Seigneur se présenta à eux, et la gloire du 
Seigneur resplendit autour d*eux, et ils furent saisis d'une grande crainte. 

10. Alors Tangeleur dit: Ne craignez pas, car je vous annonce une grande 
joie qui sera pour tout le peuple. 

11. C'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, 
qui est le Christ, le Seigneur. 

12. Et voici la marque à laquelle vous le reconnaitrez : Vous trouverez un 
enfant emmaillotté et couché dans la crèche. 

i3. Au même instant, il se joignit à l'ange une grande troupe de l'armée 
céleste, louant Dieu et disant : 

i4. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes 
de bonne volonté ^ 

En souvenir du mystère qui s'accomplit en cet endroit, sainte 
Héjène, s'il faut en croire Nicéphore ^, y aurait élevé une église en 
l'honneur des sa ints ange s. Quaresmius, après beaucoup d'autres 
pèlerins, reconnaît celle-ci dans la chapelle souterraine que j'ai 
mentionnée. Dans tous les cas, ce sanctuaire est en grande véné- 
ration parmi les Grecs, les Latins et même les musulmans, qui 
s'accordent à y voir l'ancienne grotte, transformée ensuite en cha- 
pelle, où les bergers apprirent d'un ange l'avénemçnt du Messie et 
d'où ils entendirent au-dessus de leurs têtes l'admirable concert de 
la milice céleste entonnant le Gloria in exvehis Dco, 

' Luc,c. II, V. 8-1 4. — ' L. VIII, c. xixvni. 



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2U DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



DEIR SEIAR ER-RHANEH. 



Néanmoins, cette tradition, toute respectable qu'elle est, a vu 
s élever contre elle, principalement dans ces dernières années, d'as- 
sez graves objections, par suite de la découverte que M. Guarmani, 
agent des Messageries impériales à Jérusalem, a faite, en 1861, 
d'un autre sanctuaire, voisin, complètement abandonné depuis de 
longs siècles et dont la trace semblait même comme perdue , bien 
qu'il fût, lui aussi, très- rapproché de Bethléhem. Entretenant pour 
son commerce des relations suivies avec les tribus nomades de 
la Palestine, mais en môme temps s'occupant, par intervalle, de 
recherches archéologiques, M. Guarmani a publié, sur cette dé- 
couverte, à Turin, un article sous le titre de : Un antico santuario 
scoperto nel deserto délia Giudea, Lettera a Monsignm* Mislin, 

Je traduis ses paroles en fes abrégeant : 

Celui, dit-il , qui, partant de Bethléhem , marcherait directement ' 
vers le levant, après avoir parcouru deux kilomètres, rencontrerait 
à sa gauche une colline couverte de ruines qui, par la présence 
de quatre citernes dont l'une est très-vaste et parfaitement con- 
servée, prouvent qu'il y avait là autrefois une très-importante ha- 
bitation. 

Cet endroit est connu dans le pays sous la désignation de Seiar 
er-Rhanem, ^1 jU^ (Bergeries, Etables à moutons). Si l'on examine 
plus attentivement ces ruines, on reconnaît bien vite que l'on 
est sur l'emplacement d'un ancien couvent renversé, renfermant 
une église également détruite. Celle-ci mesurait vingt-six mètres de 
long sur vingt-quatre de large, et avait sa porte d'entrée à l'occident. 
Son extrémité orientale se composait de trois absides placées sur la 
même ligne, celle du centre à enfoncement carré et les deux autres 
semi-circulaires. L'autre partie de l'église recouvrait des catacombes 
creusées dans un roc assez tendre et flanquées çà et là de tombes 
dont quelques-unes contiennent encore des ossements. A l'angle 
sud-ouest de cet édifice est une chambre funéraire, également sou- 



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CHAPITRE Vil. — DEIR SEIAR ER-RHANEM. 215 

terraine, ou du moins dans laquelle on descend par quelques 
degrés. Elle est arrondie en voûte et mesure quatre mètres de dia- 
mètre. On y observe trois auges tumulaires creusées dans le roc, 
à fleur de sol, et qui étaient recouvertes chacune par des dalles. 
Elles étaient vides quand M. Guarmani les examina pour la pre- 
mière fois. Dans la grotte elle-même on remarque une petite cuve 
baptismale, clair indice, ajoute-t^il, que c'était là un lieu parti- 
culier de vénération. Ainsi, par exemple, au Vieux Caire, dans le 
sanctuaire dit de la Sainte-Famille, qui se compose pareillement 
d'une église et d'un monastère, on conserve encore aujourd'hui une 
ancienne cuve baptismale. Sans sortir même de la Judée, le monas- 
tère de Saint-Sabas montre ses antiques fonts baptismaux dans la 
chapelle où reposent les têtes de ses nombreux martyrs. Dans un 
autre couvent ruiné, dont je parlerai plus tard, et situé à un peu 
plus de trois kilomètres au nord-est de Bethléhem, dans la vallée 
d'Oumm-Thouba ^ on trouve de même un baptistère. Il ne faut donc 
pas s'étonner d'en rencontrer un dans la crypte funéraire du mo- 
nastère qui nous occupe en ce moment. 

Des fouilles entreprises au milieu des ruines de l'église par 
M. Guarmani mirent au jour une grande dalle de pierre, qui a dû 
servir autrefois de table d'autel, plusieurs tronçons de colonnes, 
quelques chapiteaux et de nombreux fragments de pavage en mo- 
saïque; mais ce qui attira principalement 5Dn attention, ce fut un 
reliquaire de marbre façonné en forme d'urne mortuaire et sur le 
couvercle duquel étaient gravées en relief deux croix grecques. 
M. Guarmani suppose que ce reliquaire contenait quelques osse- 
ments des trois corps qui avaient été ensevelis dans les trois tombes 
que j'ai mentionnées. 

De la chambre qui contient celles-ci, on descend plusieurs mar- 
ches et l'on voit s'ouvrir devant soi plusieurs chambres avec des 
auges sépulcrales analogues, pratiquées, comme la ciypte tout en- 
tière, dans un tuf très-tendre. Ces autres chambres étaient proba- 
blement destinées à recevoir la dépouille mortelle des religieux ou 
des religieuses qui habitaient ce couvent, la première étant réser- 



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216 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

vée, telle est du moins la supposition de M. Guarmani, à trois per- 
sonnages vénérés comme des saints : je dirai tout à l'heure de qui 
il s'agit. 

Au sud et à une faible distance de l'église, sur une hauteur au 
pied de laquelle viennent se réunir, comme à un centre commun, 
différentes vallées, on remarque, creusés dans le roc, les fonde- 
ments d'un petit édifice carré, entièrement détruit et dont il ne 
subsiste même aucune trace, qui mesurait cinq mètres sur chaque 
face. M. Guarmani place en ce point la tour Ader ou Eder, dont il 
est question dans la Bible sous la désignation hébraïque de Migdal- 
EdeTy nn? ^njp, (r tour Edem ou cr tour du Troupeau; t) en grec, dans 
la version alexandrine, tsvpyos FaSép; en latin, turm Eder^ lurris 
Ader ou turris Gregis. 

19. Mortua est ergo Rachel , et sepulta est in via quae ducit Ephratam, hœc 
est Bethlehem. 

30. Erexitque Jacob titulum super sepdcrum ejus : hic est titulus monu- 
menti Rachel, usque in prœsentem diem. 

31. Egressus inde, fixit tabernaculum trans turrem Gregis ^ 

Dans la version des Septante, différente en cela du texte hé- 
braïque et de la Vulgate, le verset où il est parlé de la tour Ader 
est placé immédiatement après celui où il est question de Bethel, 
ce qui pourrait faire croire que cette tour était située entre Bethel 
et le tombeau de Rachel, qui n'est mentionné qu'ensuite. 

Airdpaç Se loxàê êx^aiOrlXy AriyÇe rrlv crKtjvrlv avrov ènéKztvoL lov ^pyov 
FaSép. Èyévero Se y ijvixa rfyyKrev els XaSpaOà tov ê\6e7v eh rtiv È<PpaOày 
irtxe Pa^tf^' 

(r Jacob, étant parti de Bethel, dressa sa tente en cet endroit au delà de la 
tour de Gader. Or il arriva, lorsqu'il approchait de Chabratha et qu'il était sur 
le point d'entrer à Éphrathah, que Rachel enfanta. 77 

Si nous ouvrons maintenant VOnomasticon d'Eusèbe, nous lisons 
au mot ToiSép : 

FoiSèpy mpyos ëvOay KaTOiKtjaavTOSTOu laxàê, Povëïv Tri BaAçt éiravialaio. 
' Genèse, c. xxxv, v. 19-21. 



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CHAPITRE VII. — DEIR SEIAR ER-RHANEM. 217 

rrGader, c'est la tour où, pendant que Jacob séjournait en ce lieu, Rubeu 
dormit avec Bala,. t^ 

Dans le même ouvrage, au mot BelhUhem, saint Jérôme, tradui- 
sant et commentant Eusèbe, nous apprend que la tour Ader était 
à mille pas dé Bethléhem. 

Bethlehem , civitas David in sorte tribus Judœ et mille circiter passibus 

procul turris Ader, quœ interpretatur turris Gregis, quodam vaticinio pastores 
dominiez nativitatis conscios ante significans. 

(T Bethléhem, ville de David, échue au sort à la tribu de Juda A mille 

pas environ de là se trouve la tour Ader, ce qui veut dire la tour du Troupeau, 
nom qui semblait faire une allusion prophétique aux bergers, futurs témoins 
de la nativité du Seigneur, n 

De ce passage il résulte seulement que la tour Ader était à mille 
pas environ de Bethléhem; mais dans qiïelle direction étaitrelle? 
Saint Jérôme ne l'indique pas. 

Ailleurs, dans sa belle lettre à sainte Eustochie sur la vie et sur 
la mort de sainte Paule, ce Père de l'Eglise mentipnne de nouveau 
cette tour. 

Haud procul inde [a prœsepio Domini] descendit ad turrim Ader, id est 
«Gregis, juxta quam Jacob pavit grèges suos, et pastores, nocte vigilantes, au- 
dire meruerunt : Gloria m excelsis Deo , et super terratnpax hominibus bonœ volunta- 
tis. Dumque servant oves, invenerunt Agnum Dei puro et mundissimo vellere, 
quodin ariditate totius terrœ cœlesti rore complutum est, et cujus sanguistulit 
peccata mundi et exterminatorem iEgypti litus in postibus fugavit '. 

«rNon loin de là [delà crèche du Sauveur] , Paule descendit vers la tour Ader, 
c'est-à-dire du Troupeau , près de laquelle Jacob fit paître ses troupeaux, et près 
de laquelle les bergers, en veillant pendant la nuit, méritèrent d'entendre ces 
paroles : Gloire à Dieu au plus haut des deux y et paix sur la terre aux hommes de 
banne volonté. Tandis qu'ils gardaient leurs brebis, ils trouvèrent T Agneau de 
Dieu à la toison pure et sans tache, qui , au milieu de Taridité de toute la terre, 
fut imprégnée de la céleste rosée, dont le sang lava les péchés du monde et 
chassa l'exterminateur de l'Egypte des habitations qui en portaient la marque 
sur leurs portes, -n 

Le mot descendit employé dans ce passage nous montre que, 
' Hieronymi opéra, t. I, p. 886, édit. Migne. 



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218 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

pour se rendre à la tour Ader^ H fallait descendre des hauteui*s de 
Bethléheni, afin de gagner un lieu moins élevé; mais la position de 
cette tour n'est pas déterminée davantage, ce qui nous laisse tou- 
jours dans l'incertitude par rapport à l'emplacement qu elle occu- 
pait. Le seul renseignement nouveau qui nous soit fourni, c'est que 
l'apparition de l'ange aux bergers eut lieu près de la tour Ader, à 
côté de laquelle ils gardaient leurs troupeaux. Il est probable qu'à 
l'époque de sainte Paule, cet endroit était déjà consacré par un 
sanctuaire, puisque cette illustre patricienne y fit un pèlerinage en 
descendant de Bethléhem. 

Après cette petite digression, je continue à analyser la lettre de 
M. Guarmani. 

Au sud-ouest de la plate-forme carrée qu'il suppose avoir servi 
de soubassement à la tour Ader, s'étend une grotte naturelle, longue 
de dix-neuf mètres et large de quinze. On y remarque une ouver- 
ture cylindrique qui la mettait en communication avec la tour, et, à 
la vue de cette ouverture, on dirait, ajoute M. Guarmani, qu'elle 
avait été pratiquée pour que celui qui était placé en vedette au 
haut de la tour pût, dans certains cas, avertir secrètement ceux 
qui reposaient au milieu de la caverne. Plusieurs citernes antiques 
avoisinent cette caverne. 

Opposant ensuite cette grotte, ces citernes, l'emplacement de la 
tour, le couvent voisin avec sa crypte funéraire, au sanctuaire vé- 
néré depuis plusieurs siècles, un kilomètre environ plus au sud, 
sous le nom de Deir er-Ra^ouat, M. Guarmani s'efforce de prouver 
que le premier de ces couvents est le véritable sanctuaire dédié jadis 
aux bergers témoins de la naissance du Christ, et que le second 
est d'une époque postérieure, et il soulève contre son authenticité 
les objections suivantes : 

D'abord, le Deir er-Ra^ouat est situé dans une plaine, la plus fer- 
tile des environs de Bethléhem', et destinée de tout temps à l'agri- 
culture, comme le prouvent les belles moissons qu'on y récolte 
encore. Comment donc supposer que, à l'époque de Notre-Seigneur, 
cette plaine fût abandonnée en pdlure aux bestiaux? 



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CHAPITRE VU. — DEIR SEIAR ER-RHANEM. 219 

En second lieu, où trouver dans cette plaine une grotte qui 
puisse servir de refuge pendant la nuit à des bergers et à leurs 
troupeaux réunis autour d'eux? Car, durant Thiver, il fait trop froid 
dans cette partie montagneuse de la Judée pour que les moutons 
puissent passer la nuit à la belle étoile. Autrefois comme maintenant, 
les bergers qui, en hiver, menaient paître leurs troupeaux au mi- 
lieu des montagnes de la Judée, devaient toujours avoir soin, vers 
le soir, de les renfermer dans quelque grotte, lorsqu'ils manquaient 
d'autre abri. 

La chapelle souterraine du Deir er-Ra'ouat est, il est vrai, re- 
gardée par la tradition actuelle comme ayant remplacé l'ancienne 
grotte où veillaient les bergers quand ils entendirent la voix de 
l'ange; mais c'est là une opinion qui semble contredite par la con- 
figuration même du terrain aux alentours, et l'on imagine diffici- 
lement qu'il y ait eu autrefois, au milieu de cette plaine^ un antre 
naturel pouvant servir d'abri à des bergers et à leurs troupeaux, 
et qui aurait été plus tard transformé en une crypte sacrée. La na- 
ture du sol et l'absence de mouvements de terrain assez considé- 
rables semblent se prêter peu à une pareille conjecture. 

En troisième lieu , quand saint Jérôme désigne le site où l'ange 
fit part aux bergers de son céleste message et où retentit dans les 
airs le Gloria in excelm Deo, il déclare d'une manière trè&-précise 
que ce fut près de la tour Ader, près de laquelle Jacob avait fait 
paître ses troupeaux. Or une tour s'est-elle jamais élevée près du 
sanctuaire du Deir er-Ra^ouat, une tour surtout qui, comme son 
nom l'indique, était desb'née à la garde des troupeaux? Une sem- 
blable tour ne devait- elle pas être bâtie sur une colline plutôt 
qu'au milieu d'une plaine, afin que l'homme placé en sentinelle sur. 
son sommet, qui avait probablement une faible hauteur par lui- 
même, ainsi que celui de toutes les tours analogues qui existent 
encore en Palestine, pût de là embrasser un plus vaste horizon. 

Ces différentes conditions semblent manquer à l'emplacement 
actuel du couvent des Pasteurs; elles sont, au contraire, parfaite- 
ment remplies par le sanctuaire du Seiar er-Rhanem. 



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220 DESCRIPTION DE.LA JUDÉE. 

1^ Le Seiar er-Rhanem est un site élevé où viennent se réunir 
quatre petites collines, dont les flancs, peu escarpés, sont encore 
aujourd'hui presque exclusivement destinés à offrir des pâturages 
aux troupeaux pendant l'hiver. 

2® Ce lieu, en raison même de sa hauteur, est mieux approprié à 
une tour d'observation. 

3® On y remarque sur le roc aplani et taillé les fondations d'une 
tour qui présente les caractères d'une très-grande antiquité. 

4® A côté de cette tour est une vaste grotte, qui, encore mainte- 
nant, sert de refuge, en hiver, aux bergers et à leurs troupeaux. 

5*^ Près de là sont plusieurs citernes antiques, où les bergers 
peuvent, le soir, abreuver leurs troupeaux. 

6^ Enfin le nom arabe de cette localité, Seiar er-Rhanem, signifie 
(retables à moutons, bergeries,?) ce qui rappelle le nom kananéen 
ou hébraïque Ader ou Eder, qui avait été donné à la tour Migdal- 
Eder, turris Gregiè. 

Si toutes ces raisons tendent à faire penser qu'il faut chercher 
dans cet endroit le lieu où les bergers entendirent la voix de l'ange 
qui leur annonça la naissance du Christ, n'est-on pas alors entraîné 
comme forcément à conclure que les ruines du monastère qui avoi- 
sinent cette grotte, ces citernes et l'emplacement de celte tour sont 
celles du véritable et primitif sanctuaire dédié à ces bergers? D'a- 
près la tradition chrétienne, ceux-ci étaient au nombre de trois, 
comme l'attestent Flavius Luçius Dexter, qui vivait dans la pre- 
mière moitié du v* siècle, et ensuite saint Arculphe et le vénérable 
Bède. 

Le passage suivant de saint Arculphe est surtout très-important 
pour la question qui nous occupe eti ce moment. Le voici tel qu'il 
est rapporté par Adamnanus ^ : 

De monumentis illorum pastorum, quos nocte dominicœ nativitatis coriestis 
circumfulsit claritudo, Arculfus nobisbrevem contulit rclatiunculam, inquiens: 
ff Trium illorum pastorum in ecclesia tl*ia frequentavi monumenta juxta lapidem 

' De Locis Sancliê , I. II, c. v. 



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CHAPITRE VIL — DEIR SEIAR ER-RHANEM. 221 

grandem humatorum , quœ mille circiter passibus ad orientalem plagam distal 
a Bethlebem; quos in eodem loco, nascente Domino, hoc est, prope turrem 
Gregis, angelicœ lucis claritas circumdedit : in quo eadem ecclesia est fundata, 
eorumdem pastorum continens sepulcra.^ 

Le témoignage d'Arculphe, qui voyageait, comme on le sait, en 
Palestine Tan 670 de notre ère, complète celui de saint Jérôme 
relativement à la position de la tour Ader. 

La distance indiquée par ces deux écrivains est la même, environ 
mille pas à partir de Bethléhem; mais Arculphe, précisant davan- 
tage, ajoute : ad orientalem plagam^ «r à Test de la ville, d Ce moine 
nous apprend ensuite que près de cette tour avait été bâtie une 
église, et que dans cette église il avait visité les tombeaux des trois 
bergers, qui avaient été inhumés à côté d'un grand rocher, jtiœta 
lapident grandemhu matorum. 

Le vénérable Bède, vers Tau 700, s'exprime ainsi: 

Porro ad orientem, in turre Ader, id est Gregis, mille passus a civitate Beth- 
lebem segregata, est ecclesia trium pastorum divinœ nativitatis consciorum 
monumenta continens ^ 

Ce témoignage, comme on le voit, est identique au précédent. 

Bernard le Sage, dont le pèlerinage en Palestine date de l'an 
865, parle d'un monastère situé à un mille de Bethléhem et connu 
sous le nom de monastère des saints Pasteurs, monastère auquel ap- 
partenait très-certainement l'église signalée par Arculphe et par 
Bède. 

Miliario denique uno a Bethléhem est monasterium sanctorum pastorum 
quibus angélus in nativitate Domini apparuit^. 

Quelque temps auparavant, dans l'année 85o, l'évêque Aymon 
attestait encore la présence des corps des bergers dans la tour du 
Troupeau, c'est-à-dire dans le monastère bâti près de cette tour. 

Distat turris Gregis a Bethléhem uno milliario, in qua etiam hodie pastorum 
corpora requiescunt'. 

* De Locis Sanctis, 1. II, c. vm. de la Soc, de géographie, t. IV, p. 791.) 

* BemardiSapientid//mer/irtiiiii.(Mm. ' Apud Comel. a Lap. in Luc. c. 11. 



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222 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Il paraît que les cendres de ces pieux bergers furent ensuite 
transportées à Jérusalem, et de là en Espagne, où elles sont encore 
vénérées près de Salamanque. Or, dans la crypte du Deir er-Ra'ouat, 
il n'y a pas la moindre trace de ces trois tombes , tandis que dans la 
nécropole du couvent de Seiar er-Rhanem , on observe une chambre 
funéraire spéciale renfermant trois auges à cercueil, taillées dans 
le roc à fleur de sol, et, comme le remarque M. Guarmani, ce qui 
prouve que ces trois tombes ne sont pas des tombes ordinaires, 
ainsi que les autres des chambres mortuaires subséquentes, c'est 
que ce premier caveau avoisinait le baptistère, circonstance de la- 
quelle il semble résulter que c'était là un véritable sanctuaire. Dans 
la suite, le monastère qui nous occupe aura été abandonné; les 
ruines mômes en auront été oubliées, et un autre couvent plus rap- 
proché de Beit-Sahour, celui qui porte aujourd'hui le nom de Deir 
er-Ra'ouat, aura hérité, avec cette dénomination, de tous les sou- 
venirs et en même temps des privilèges qui s'attachaient au premier. 

Telle est la conclusion à laquelle arrive M. Guarmani et qui 
me paraît réunir en sa faveur beaucoup de probabilité. Je n'oserais 
affirmer néanmoins d'une manière aussi positive qu'il le fait lui- 
même que ce dernier sanctuaire est évidemment apocryphe; car, 
bien qu'il soit situé dans une plaine arable, bien qu'il y ail peu de 
vraisemblance que la tour du Troupeau se soit élevée en cet en- 
droit et que la crypte dédiée depuis plusieurs siècles aux saints 
anges ait succédé à la grotte des bergers, la chose toutefois nest 
pas impossible. Les plaines les plus fertiles peuvent être, par inter- 
valle, livrées en pâture aux troupeaux, par exemple lorsqu'elles 
sont en jachère. Conséquemment, celle où a été construit le Deir 
er-Ra*ouat a pu, à l'époque de Notre-Seigneur, être abandonnée 
provisoirement à des troupeaux. Il n'est pas absolument impos- 
sible non plus que la tour Ader ait été bâtie sur ce point et que, 
près d'elle, une grotte, transformée plus tard en chapelle souter- 
raine, ait servi d'asile aux bergers de l'Evangile; mais, je le répèle, 
de bien plus grandes vraisemblances se réunissent autour du mo- 
nastère retrouvé par M. Guarmani, et de leur réunion résultent. 



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CHAPITRE VII. — DEIR SEIAR ER-RHANEM. 223 

dans tout esprit impartial, un doute très-sérieux sur l'authenticité 
de la tradition relativement au Deir er-Ra'ouat, et, au contraire, une 
tendance très-prononcée à adopter comme légitimes les conjectures 
de l'auteur. En admettant même qu'il se trompe, il a, dans tous 
les cas, le mérite d'avoir le premier décrit avec détail et signalé à 
l'attention des voyageurs et des pèlerins des ruines fort intéressantes, 
qui sont évidemment celles d'un très-ancien monastère et d'un 
sanctuaire vénéré, comme le prouve le baptistère qu'il renfermait. 
Sans doute il faut bien se garder de chercher à renverser témé- 
rairement et sans preuves suffisantes des traditions pieuses qui ont 
pour elles une longue durée de siècles et l'assentiment unanime des 
chrétiens de différents rites. Mais, d'un autre côté , quand des fouilles 
viennent à mettre au jour, comme celles de M. Guarmani à l'endroit 
appelé Seiar er-Rhanem , un sanctuaire qui, une fois découvert, 
semble mieux répondre aux données primitives et aux témoignages 
les plus dignes de foi que d'autres sanctuaires actuellement en 
honneur, le devoir de tout homme uniquement préoccupé de la 
vérité est de peser le pour et le contre, sans parti pris d'avance, et 
d'indiquer, en toute franchise, l'opinion qui lui semble la plus vrai- 
semblable. 



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224 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE HUITIEME. 

DEPART DE BETHLÉHEM. TONBEAU DE RACHEL. AQUEDUC. RUINES 

DITES DE RAMA. EGLISE D'HABACUC. COUVENT DE SAINT-ELIE. 

CITERNE DE L'ÉTOILE OU DBS TROIS-ROIS. T^R^BINTHE DE MARIE. 

PLAINE DES REPHAÏM. MAISON DE SAINT-SIMEON. RETOUR \ JERU- 
SALEM. PREPARATIFS DE DEPART POUR MA PREMIÈRE GRANDE TOURNEE. 

DIÎPART DE BETHLÉHEM. TOMBEAU DE RACHEL. 

Le 2 5 avril à huil heures du matin, je quitte, non sans regret, 
la petite ville de Bethiéhem, que je devais, du reste, revoir plusieurs 
fois dans la suite, et je prends la route de Jérusalem. Ces deux 
villes sont séparées lune de l'autre par un intervalle d'un peu plus 
de sept kilomètres. Ma direction est celle du nord, avec une' légère 
inclinaison d'abord vers l'ouest, puis vers l'est. 

A huit heures vingt minutes , je salue en passant le célèbre tom- 
beau de Rachel. Dans sa forme actuelle, c'est un pur ouaïy musul- 
man, dont la petite coupole, plusieurs fois rebâtie et blanchie sou- 
vent à la chaux, recouvre un tombeau évidemment apocryphe, qui a 
toutes les apparences de ces nombreux sarcophages ou cénotaphes 
qui contiennent les cendres de quelque santon ou sont seulement 
dédiés à sa mémoire. Cet oualy a été réparé en iSii, grâce aux 
libéralités de sir Moses Montefiore. On lui a adjoint alors un vesti- 
bule et on l'a environné plus tard d'une enceinte murée. Depuis 
quelques années, les musulmans, moyennant une somme d'argent 
assez considérable , ont consenti même à se dessaisir de ce sanctuaire 
en faveur des juifs, qui en ont actuellement seuls la clef. 

Si ce monument, en effet, ressemble extérieurement à tous les 
oratoires musulmans du même genre, et si le sarcophage qu'on y 
montre à l'intérieur n'est certainement pas authentique, l'empla- 



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CHAPITRE VIII. — TOMBEAU DE RAGHEL. 225 

cenienl qu'il occupe n'en répond pas moins parfaitement à celui 
qu'indique la Bible pour le tombeau de Rachel, et, de temps immé- 
morial, on a vénéré en ce lieu l'endroit où Jacob a enterré la mère 
de Benjamin. Pour les juifs, pour les musulmans et pour les chré- 
tiens la tradition est unanime sur ce point, et, depuis les temps les 
plus reculés jusqu'à l'époque où nous sommes, elle n'a jamais varié. 
Les musulmans, il est vrai, en devenant les maîtres du pays, ont 
transformé ce tombeau en oualy, mais ils l'ont toujours désigné 
eux-mêmes sous la dénomination de KoubbetRâhil, J<x^\j iUï (cou- 
pole de Rachel). Ouvrons la Bible, nous lisons dans la Genèse d'après 
la version de la Vulgate : 

16. Après qu'il fut parti de ce lieu-là [de Bethel], Jacob vint au printemps 
sur le chemin qui mène à Épbrathah, où Rachel, étant en travail 

1 7. Et ayant grande peine à accoucher, se trouva en péril de sa vie. La sage- 
femme lui dit : Ne craignez point, car vous aurez encore ce fils-ci. 

1 8. Mais Rachel , qui sentait que la violence de la douleur la faisait mourir, 
étant près d'expirer, nomma son fils Benom, c'est-à-dire «rie fils de ma dou- 
leur, w et le père l'appela Bergamin, c'est-à-dire trie fils de la droite. w 

19. Rachel mourut donc, et elle fut ensevelie sur le chemin qui conduit à 
Éphrathah, qui est Rethlëhem. 

90. Et Jacob dressa un monument sur sa sépulture; c'est le monument de 
la sépulture de Rachel , que l'on voit encore aujourd'hui ' . 

Dans, la version des Septante, au verset 1 6, on trouve ce qui suit : 

Èyévero <J!è, livUa HyyKrev eiV XaSpoBà tov iXOeîv eh rrlv E(ppa6ày hexe 

trOr, comme il approchait de Chabratha et qu'il allait arriver à Ephrathah, 
Rachel enfanta.^ 

Le vei^set 1 9 est ainsi conçu : 

kfjféOavs Se Pa)(tjXy xal èrépri èv Tji àS^TOv InnoSpôfiov È(ppa6<i' airtf 
è(T]\ hneXeéfjL. 

^ Or Rachel mourut, et elle fut enterrée sur la route de l'hippodrome d'Ephra- 
thah, qui est Rethléhem.?? 

* Genèse, c. xxxv, v. 16-ao. 

I. I .') 



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226 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Ailleurs, au chapitre xlviii de la Genèse, Jacob, sur le point de 
mourir, s'exprime en ces termes dans un dernier entretien avec 
son fils Joseph, dont il bénit les deux enfants, Manassé et Ephraîni : 

Lorsque, je revenais de Mésopotamie, je perdis Rachel qui mourut en 
chemin, an pays de Kanaan; c'était au printemps, à l'entrée d'Éphrathah , et je 
Fenterrai sur le chemin d*Éphrathah, qui s'appelle aussi. Bethléhem^ 

Voici le verset correspondant de la version des Septante : 

EtyGJ Se vvixa 7ip)(^6(Ât)v êx MsaonoTOfiiaf rfis ^vp/af y dnéOave Pa/riX , 1} 
(Avrtip <70V , êv y fi \avaàv, êyyilovrSs (lov xarà rbv ImTÔSpopiOv \aêpa6à Tri$ 
yiis Tov èXOeîv Fi(ppaOci' xaï xardpv^ airriv êv tri bS^ rov InTroSpbfiov' 
aUrn éal) ^vÔXeéfi. 

(T Comme je revenais de Mésopotamie de Syrie, Rachel , ta mère, mourut dans 
le pays de Kanaan, au moment où j'approchais de l'hippodrome de Chabratha 
et où j'allais entrer à Éphrathah. Je Tenterrai sur le chemin de l'hippodrome. 
Cette ville est Bethléhem. n 

Dans YOnomasUcon, au mot È(ppada, Eusèbe s'exprime de la 
sorte : 

È(ppaOàf X^ipoL BirdXci/iii t?; tir^Xsâi; Aaê}^, è^ Us 6 Xptaibs éyevvr/Otjy 
(pvXrif hspiafihj Us ^phç rfi bSÇ iOa^av rriv Pa^riX, ànb oJifÂsiùw S^ rHç 
upovaakrjiij êv r^ xaXov(JLév(f) \'mroSp6(JL&) * Sefxvvjai rà (ivijixa eh fn vvv, 
xai b "manrjp tov hvOXeèii êxaXeîro È^paOàf dç êv Hapàketirofiévats. 

Saint Jérôme modifie un peu ce passage en le traduisant : 

Ephratha regio Bethléhem civitatis David, in qua natus est Christus. Estau- 
tem in tribu Juda, licet plerique maie œstiment in tribu Beniamin,*juxta viam 
ubi sepulta est Rachel quinto milliario ab Jérusalem, in eo loco qui a Septua- 
ginta vocatur Hippodromus. Legimus Ephratham in Paralipomenon libre, sicut 
supra dictum est. 

A propos du mot X(xêjpa0a, Eusèbe dit plus loin : 

XaêpoBd' ÀxwXaf xaO' bSbv eU ÈÇfpaOà tris hffOXBéfi. 

(T Chabratha : Aquila le traduit par sur la route qui conduit à Ephrathah de 
Bethléhem. 7) 

' Genèse, c. XLvni. v. 7. 



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CHAPITRE VIII. — TOMBEAU DE RACHEL. 227 

Saint Jérôme, dans son livre des Questiom hébraïques, se demande 
avec étonnement pourquoi les Septante ont rendu ce mot par hip- 
podrome. 

Nescio quid volenles hippodromum Septuaginta Interprètes transtuierunt. 

«rAquila, ajoute-t-il, le traduit par sur la route, mais la meil- 
leure interprétation est celle-ci : au printemps, n 

In electo terrœ tempore porro vernum tempus significat. 

Quant au texte hébraïque, tel qu'il nous est parvenu, il offre 
mol à mot le sens suivant : 

Et ils sortirent de Beth-El, et il y avait encore une longueur de pays [à par- 
courir] pour arriver à Ephrathah K 

Cette longueur de pays, en hébreu hibrath ha-arets, semble être 
une mesure itinéraire ainsi appelée, que l'on évalue généralement 
à un mille; telle est, en effet, la distance qui sépare le tombeau de 
Rachel de Bethléhem; ou bien ces mots signifient seulement une 
certaine étendue de chemin, indéterminée , mais peu considérable. Dans 
tous les cas , la plupart des hébraïsants se refusent à y voir un nom 
propre de localité, comme semblent l'avoir fait les Septante; ils 
repoussent également l'interprétation de saint Jérôme, in electo terrœ 
tempore, « au printemps, n 

De même, au chapitre xlvui de la Genèse, le sens littéral du 
texte original est celui-ci : 

Or, quand je revenais de Padan, je perdis Rachel dans le pays de Ka- 
naan ; elle mourut en chemin, lorsqu'il n'y avait plus qu'une certaine longueur 
de pays (ou bien une hibrath de pays) pour arriver à Ephrathah -. 

Ce qui prouve évidemment que les mots kibrath erets ou kibrath 
ha-Hirets, avec l'article placé devant le dernier, doivent se prendre 
pour une certaine mesure itinéraire, soit déterminée, soit indéter- 
minée, et, dans le premier cas, s'appelant probablement une kibrah 
[kibrath, à l'état construit), c'est le verset 19 du chapitre v du 
livre IV des Rois (II du texte hébreu). 

* Genèse, c. xxxv. v. 16. — ^ Ibid. c. xlviii, v. 7. 



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228 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Et Elisée dit à Naaman : Va en paix, et il [Naaman] s^eii alla d'auprès 
de lui une longueur de pays (ou une kibrath de pays, kibrath arets). 

Dans la Vulgate, ces deux derniers mots sont traduits par eleeto 
terrœ tempore, crau printemps.^ 

La version des Septante n'est pas plus satisfaisante : 

Kaî àitijXBev ait* aùrov eU AeSpaOà rrjg y fis, 

(rEt il se retira d'auprès de lui vers Debratha du pays.?) 

^eêpoiJSd est probablement ici une erreur pour \a€padd; mais, 
pas plus que els /ieëpadà rifs yifSy la leçon sis XaSpadà rifs yv^ ne 
présente un sens qui s'accorde ici avec le reste du texte, tandis que 
la traduction que j'ai donnée du texte original , d'après l'interpré- 
tation généralement admise aujourd'hui, est à la fois très-simple, 
très-naturelle et comme forcément appelée par le contexte. 

Naaman, en effet, s'éloigne d'Elisée, qui n'a pas voulu recevoir 
ses riches présents; mais Giézi, serviteur du prophète, qui convoite 
en secret les cadeaux que son maître a refusés et qui n'a rien osé 
demander en sa présence, court après Naaman, quand celui-ci est 
parti, pour solliciter sa générosité, en feignant que c'est le pro- 
phète lui-même qui l'envoie sur ses pas, afin de le prier de lui 
donner un talent et deux habits. Or, je le demande, dans le passage 
qui nous occupe, qu'est-ce qu'on attend naturellement après ces 

mots : Et Naaman s en alla sinon et il avait déjà parcouru un 

certain intervalle de pays, indiqué par le mot hébreu kibrah, lorsque 
Giézi s'empressa de courir après lui ? 

Il ne peut être évidemment question ici de (r printemps, t> eleeto 
anni tempore^ comme le veut la Vulgate, ni d'une localité appelée 
soit Xaëjpadoc, soit Aeë]padd(, d'après la version des Septante. 

Ce verset, interprété comme on le fait maintenant, est tellement 
net, à mon avis, qu'il me semble impossible rationnellement de 
le comprendre d'une autre manière, et dès lors les mêmes mots 
kibrath erets ou kibrath arets, ou, avec l'article, kibrath ha-aretê, se 
retrouvant dans les versets de la Genèse qui mentionnent la mort 
do Rachel, doivent être compris de la même façon. Par conséquent. 



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CHAPITRE VIII. — TOMBEAU DE RACHEL. 229 

ii ne faudrait pas se fonder sur les Septante, à lexemple de plu- 
sieurs Pères de l'Eglise grecque, pour placer un hippodrome à l'en- 
droit où est morte et où a été enterrée Rachel, et pour appeler cet 
hippodrome Y hippodrame de Chabrathuy d'après un passage de cette 
version, ou V hippodrome (fÉphrathahf d'après un autre. 

Eusèbe, à la vérité, au mot È0pâdd^ nous dit, dans YOrwmasti- 
coUy que Rachel fut enterrée à quatre milles de Jérusalem, sur la 
route d'Ëphrathah, dans un endroit appelé \ Hippodrome ^ iv toj. 
xaXov(iép(f) hmoSpéfiù). Mais il est probable qu'Eusèbe n'emploie 
cette expression que parce qu'il avait sous les yeux la version des 
Septante. Saint Jérôme, en effet, en traduisant ce passage, dit: 

In eo loco qui a Septuaginta vocatur Hippodromus. 

Le même auteur, comme nous l'avons vu, se demande ailleurs, 
sans paraître s'en rendre compte, pourquoi les Septante, dans leur 
version, ont parié ici d'un hippodrome. Or, si du temps d'Eusèbe, 
c'est-à-dire vers le commencement du iv*^ siècle, cet endroit s'appe- 
lait encore l'Hippodrome, comment, à la fin du même siècle, saint 
Jérôme eût-il été surpris de trouver cette désignation chez les Sep- 
tante, et pourquoi aurait-il modifié les mots d'Eusèbe èv t^ xaXov- 
fiév(M) ÏTmoSpéfiùJ^ en les traduisant ainsi : 

In eo loco qui a Septuaginta vocatur Hippodromus? 

11 est donc plus vraisemblable qu'un hippodrome n'a jamais existé 
en cet endroit et que c'est là une pure invention des Septante, due 
à une interprétation erronée du texte hébreu. 

Mais revenons maintenant au tombeau de Rachel dont m'a écarté 
un peu cette longue digression, qui était pourtant nécessaire pour 
ne laisser subsister aucune erreur relativement au lieu où il est 
situé. 

Conformément au texte biblique, le tombeau désigné encore 
aujourd'hui sous ce nom se trouve effectivement sur la route de 
Bethel à Bethléhem, un mille environ avant d'arriver dans cette der- 
nière ville. Il s'élève un peu à l'ouest du chemin d , par conséquent, 
on le laisse à sa droite quand on vient de Jérusalem. A une faible 



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230 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

distance à l'est-nord-est du tombeau est un petit birkety à moitié 
comblé, et qu'alimentait autrefois un canal actuellement hors 
d'usage. Quelques ruines indistinctes sont éparses çà et là sur ce 
même plateau. Enfin, plus près de la coupole reposent les cendres 
d'un certain nombre de musulmans de Bethléhem, qui ont tenu à 
honneur d'être enterrés autour de la femme de Jacob. Encore au- 
jourd'hui, les musulmans de cette ville réclament comme une faveur 
spéciale le privilège d'être ensevelis, après leur mort, non loin de 
ce tombeau vénéré. 11 consistait primitivement, selon toute appa- 
rence, en une sorte de stèle funéraire , en latin tituluSy en grec (/Irfhi^ 
en hébreu nasp, matsebah^ érigée sur la chambre sépulcrale taillée 
dans le roc, comme toutes les anciennes tombes kananéennes et 
juives. Cette stèle était probablement dans le principe une simple 
pierre, de grandes dimensions, peut-être à peine ébauchée, qu'on 
avait dressée debout soit à l'entrée, soit au-dessus du monument 
proprement dit, lequel existe peut-être encore maintenant, s'il était 
souterrain, et qu'il serait, par conséquent, possible de retrouver 
en pratiquant des fouilles en cet endroit. 

Nous savons, par un autre passage delà Bible, que ce tombeau 
était situé sur la frontière méridionale de la tribu de Benjamin. Sa- 
muel, interrogé par Saùl, qui voulait savoir où étaient les ânesses 
de son père, lui dit : 

Cum abieris hodie a me, invenies duos viros juxta sepulcrum Racbel in 
finibus Benjamin, in meridie, dicentque iibi : Inventas sunt asinae ad quas ieras 
perquirendas ^ 

rr Lorsque tu te seras aujourd'hui éloigné de moi, tu trouveras deux hommes 
près du tombeau de Racbel, sur les limites de Benjamin, vers le sud, et ils te 
diroqt : Les ânesses à la recherche desquelles tu étais allé ont été retrouvées.^ 

Le sépulcre de Rachel était donc alors un monument très-connu 
et assez notable , puisqu'il est indiqué comme point de repère à Saûl 
par le prophète Samuel. 

On connaît le beau verset où Jérémie', pour exprimer, dans la 

* BoU, I. 1, r. X, V. a. 



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CHAPITRE VIII. — TOMBEAU DE RACHEL. 231 

désolation d'une seule mère, celle de toutes les mères d'Israël dont 
les enfants avaient été massacrés ou étaient emmenés captifs à Ba- 
bylone, met ces paroles dans la bouche de l'Eternel : 

Hœc dicit Dominus : Vox in excelso audita est lainentationis, luctus et 
fletus Rachel, plorantis filios suos, et nolentis consolari super eis, quia non 
sunt^ 

ff Voici ce que dit le Seigneur ; Une voix a été entendue sur la hauteur; c'est 
la voix des lamentations, des gémissements et des soupirs de Rachel, qui pleure 
ses enfants et qui ne veut pas être consolée de leur perte, parce qu'ils ne sont 
plus. ^ 

Ces mêmes paroles, comme on le sait, sont reproduites dans 
l'Evangile de saint Matthieu , à propos du massacre des Innocents 
par Hérode : 

17. Tune adimpletum est quod diclum est per Jeremiam prophetam di- 
centem : 

18. Vox in Rama audita est, ploratus et ululatus multus : Rachel plorans 
filios suos, et noluit consolari quia non sunt^. 

»r Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par le prophète Jérémie lorsqu'il 
disait: 

(fUne voix a été entendue dans Rama, des cris multipliés de douleur et des 
gémissements : c'est Rachel qui pleure ses enfants, et qui ne veut pas être con- 
solée, parce qu'ils ne sont plus.?» 

Ici, comme on le voit, au lieu de in excelso, (tsur la hauteur, d il 
y a in Ramay crdans Rama;7î le mot hébreu nç-j, Ramah, signifie 
effectivement (tun lieu élevé, une colline,^ et peut être pris soit 
pour un nom commun, soit pour un nom propre de ville devant 
une semblable désignation à sa situation sur une éminence. 

Chez les Septante, les mots yDp2 noia^V du verset de Jérémie 
sont rendus par (^ùjvrf év P(t(M rfHovadtf. 

La Vulgate, au contraire, adopte les deux sens, le sens commun 
dans l'Ancien Testament, le sens propre dans le Nouveau. Eusèbe, 
dans YOnomaslicon, admet une Rama près de Belhléhem. 

' Jérémie, r. xxxi, v. i5. — ^ Matthieu, r. 11, v. 17 el iH. 



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232 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Èali Se Ka\ Pafxà tov heviofiiv vepï Ttlv ^ffOXeèfif IvOa' <^cjvrj iv Pofiçi 

Saint Jérôme est d'un avis opposé. En effet, dans ses Qtiestious 
hébraïques y ii s'exprime ainsi relativement au verset 1 8 du chapitre ii 
de saint Matthieu : 

Quod autem dicit in Rama, nomen putemus ioci non esse, quœ est juxta 
Gabaa; sed Rama exceisum interpréta tur, ut sit sensus : Vox in excelso audita 
est, id est longe lateque dispersa. 

Cette opinion de saint Jérôme a été adoptée par un grand nombre 
de critiques. Néanmoins, les ruines qui avoisinent le tombeau de 
Rachel prouvent que cet endroit a été jadis habité, et rien n'em- 
pêche de penser qu'il y ait eu là autrefois un village du nom de 
Rama. On sait que cette dénomination est donnée en Palestine 
à beaucoup de localités différentes, mais ayant cela de commun 
qu'elles étaient toutes également situées sur des hauteurs. 

Continuons actuellement à suivre, à travers les siècles, dans 
l'histoire, la trace du tombeau de Rachel. 

L'Itinéraire de Bordeaux le signale, l'an 333 de notre ère, comme 
étant h quatre milles de Jérusalem, en se dirigeant vers Bethléhem, 
et placé à droite de la route. 

Item ab Hierusalem euntibus Rethlehem millia quatuor, super strata io parle 
dextra, est monumentum ubi Racbel posita estuxor Jacob. 

Saint Jérôme, dans son épitaphe de sainte Paule, nous montre 
cette pieuse patricienne , lorsqu'elle se rendit pour la première fois 
de Jérusalem à Bethléhem, s'arr^tant à droite de la route, près du 
tombeau de Rachel. 

Deinde pro facultalula sua, pauperibus alque conservis pecunia distributa, 
perrexit Bethléhem, et in dextera parte itineris stetit ad sepulcrum Rachel ^ 

Dans le siècle suivant, Ântonin de Plaisance mentionne ce tom- 
beau sur la même route de Jérusalem à Bethléhem ; mais il ne le 

' Hieronymi opéra , l. I , p. 884 » édit. Migne. 



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CHAPITRE VIII. — TOMBEAU DE RACHEL. 233 

place qu'à trois milles de la Ville sainte, distance trop faible, que 
démentent les renseignements que nous avons donnés plus haut et 
ceux que nous donnerons encore. 

Via que ducit Betbiehem, miiiario tertio ab Hierusalem, jacel Rachel uxor 
Jacob requiescit in finibus Rama, in ipso loco, in média via^ 

En 670, Arculphe ne s'est pas contenté de faire mention de ce 
tombeau , mais encore il le décrit avec quelques détails à Adam- 
nanus : 

De qua via Arculphus mihi percunctanti respondens, ait: Est quœdam via 
regia, quœ ab ^lia contra meridianam plagam Hebron ducit : cui viae Bethlehem 
vicina, sex miilibus distans ab Hierosolyma, ab orientali plaga adhœret. Sepul- 
crum vero Rachel in eadem viœ extremitate et occidentali parte, hoc est, in 
dextro latere habetur pergentibus Hebron , cohœrens, vili operatione collocatum 
et nullam babet adornationem , lapidea circumdatum pyramide; ibidem et no- 
minis ejus titulus hodieque monstratur, quem Jacob maritus super illud erexit'^. 

(T Au sujet de cette route, Arculphe répondit ainsi à mes questions : Il y a une 
route royale qui d'iElia conduit à Hebron , vers le midi. Située à six milles de 
Jérusalem , Bethlehem avoisine cette route et y touche du côté de Torient. Quant 
au sépulcre de Rachel, on le rencontre à l'extrémité de cette même route, du 
côté de Toccident, c'est-à-dire à la droite de ceux qui se rendent vers Hebron. 
U consiste en une construction assez grossière et dépourvue d'ornement. Une 
pyramide de pierre le recouvre. On y montre encore la stèle marquée de son 
nom, que Jacob, son mari, avait dressée sur le lieu de sa sépulture.^ 

Dans une description de Jérusalem et des environs, écrite en 
latin , au commencement du \if siècle, sous le titre, de : De situ urhis 
Jérusalem et de locis sanclis intra ipsam urbem sive circumjacentibus^ et 
publiée par M. de Vogiié d'après un manuscrit de la Bibliothèque 
impériale, on lit ce qui suit relativement au tombeau de Rachel: 

Miiiario a Bethlehem, via que ducit Jérusalem, Kabra ta, locus in quo Rachel 
cum Benjamin peperisset pro dolore obiit, ibique a Jacob tumulata est, super 
cujus tumulum duodecim lapides a Jacob positi usque hodie supersunt^. 

ff A un mille de Bethlehem , sur la route qui conduit à Jérusalem, est un lieu 
appelé Kabrata, où Rachel, après avoir mis au jour Benjamin, mourut des 

' Antonini Placent, c. xxvni. ^ Les Eglises de la Terre sainte, appeu- 

* Adamn. De Locis Sanctis, 1. II, c. \i. dice, p. AaS. 



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234 DESCRIPTION DE LA JUDÉE, 

douleurs de renfantement et fut enterrée par Jacob. Les douze pierres placées 
par ce patriarche sur sou tombeau subsistent encore aujourd'hui. i) 

Le nom de Kabrata que nous voyons appliqué ici à l'endroit où 
s'élève le tombeau de Rachel appartenait-il alors à cette localité et 
les Septante, dans ce cas, auraient-ils eu raison de l'introduire dans 
leur texte en traduisant les deux passages de la Genèse où il est 
question de la mère de Benjamin? Je ne le pense pas; à mon sens, 
c'est ou une simple réminiscence de la version grecque des Septante 
et une dénomination un peu altérée de celle de XaëjpaOa, Chabraédy 
qu'ils ont imaginée d'après un mot mal compris du texte hébreu; 
ou plutôt, à cause des débris antiques qui se trouvaient en cet en- 
droit, les Arabes ne l'auraient- ils pas appelé Khirbet ou Kharbata 
(les Ruines), dont les pèlerins latins auront fait Kabrata? Ce nom 
alors n'offrirait qu'une ressemblance fortuite avec celui de \a£pciBoL 
donné par les Septante. 

En 1160, le pèlerin juif Benjamin de Tudèle^ nous apprend 
que le tombeau de Rachel se composait de douze pierres, selon le 
nombre des fils de Jacob, et que sur le monument funèbre s'élevait 
une coupole appuyée sur quatre piliers ou colonnes. Il ajoute que 
les pierres du tombeau étaient couvertes d'un grand nombre d'ins- 
criptions tracées par une foule de Juifs, qui y gravaient leurs noms 
en passant. 

Edrîsi, auteur arabe contemporain de Benjamin de Tudèle, dé- 
crit le tombeau .de Rachel à peu près dans les mêmes termes : 

Sur ce tombeau sont douze pierres placées debout; il est surmonté d'un 
dôme construit en pierre^. 

Ces douze pierres, représentant les douze fils de Jacob, sont en- 
core signalées dans plusieurs autres descriptions de la Palestine 
datant du même siècle ou du commencement du siècle suivant, et 
notamment dans celles qui ont paru en latin, l'une sous le nom 
d'Eugesippus, l'autre sous celui de Fetellus. 

' Beujamiiii Tudelensis hmerarium , ^ Édrlsi , traduction française de Jau- 

|). /i6. bert, t. 1, p. 3/ï5. 



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CHAPITRE VIII. — TOMBEAU DE RACHEL. 235 

Plus tard ce monument a été reconstruit par les musulmans, re- 
devenus maîtres du pays. 

En 1620, Quaresmius le décrit comme il suit : 

Non longe a turri Jacob , procedendo versus Belhlehem, secus viam ad dexte- 
ram partem, est sepulcrum magnum capella inclusum, semper ab antiquo 
usque ad prœsens tempus sepulcrum Rachelis dilectissimœ conjugis Jacob 
patriarchœ appellatum. Ratio est quia creditur ibi fuisse sepultam Rachelem. 
Semper ejus memoria conservata fuit; licet enim sacellum fuerit aliquando 
coUapsum etdemolitum, fuitcontinuo restauratum, ob insignis iliius mulieris 
memoriam ^ 

ffNon loin de la tour de Jacob, en s'avançant vers Bethléhem, se trouve, le 
long de la route, sur la droite, un grand sépulcre renfermé dans une chapelle 
et, depuis l'antiquité jusqu'à Tépoque actuelle, appelé le sépulcre de Rachel, 
réponse chérie du patriarche Jacob. On croit, en effet, que c'est là que Rachel 
a été ensevelie, et sa mémoire s'y est toujours conservée. Bien que ce sanctuaire 
.tombant en ruine ait été quelquefois démoli, il a été aussitôt reconstruit, en 
souvenir de cette femme célèbre, n 

Vers i65o, un pacha de Jérusalem, nommé Mohammed, le ré- 
para. La coupole était alors soutenue par quatre piliers, et quatre 
arcades à jour permettaient d'apercevoir le sépulcre. Ces arcades 
furent ensuite murées en 1738. 

Les derniers travaux entrepris pour l'entretien de cet édifice da- 
tent de i84i; ils sont dus à la munificence du banquier juif sir 
Moses Montefiore. 

La plupart des voyageurs aiment à inscrire leurs noms sur les 
monuments les plus remarquables qu'ils visitent; il ne faut donc 
pas s'étonner que les Juifs surtout se plaisent à graver le leur sur 
les murs du sanctuaire funèbre de Rachel. Ce mausolée est, en 
effet, pour eux un monument véritablement national. Rachel, la 
femme préférée de Jacob et la mère de Benjamin, père de la tribu 
à laquelle devait appartenir plus tard Jérusalem elle-même, la ca- 
pitale de la Palestine, continue à s'associer, dans leurs traditions, 
toute morte qu'elle est, aux souffrances de son peuple. Si Jérémie, 

* Elucidalio Tetrœ Stmctœ, t. II, p. 61 3. 



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236 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

lors du premier exil de Babylone, fait sortir de la tombe de Rachel 
ces cris lamentables et ces gémissements mélancoliques qui ont re- 
tenti à travers les siècles; si, au moment du massacre d'Hérode, 
saint Matthieu l'évangéliste semble évoquer encore du même sé- 
pulcre cette même voix de Rachel inconsolable, pleurant sur ses en- 
fants qui ne sont plus, les Juifs, dispersés de nouveau au milieu 
du monde et exilés depuis dix-huit siècles loin de leur patrie et de 
leur sanctuaire renversé, ne manquent jamais, lorsqu'ils abordent 
en pèlerins et en étrangers sur cette terre d'où ils ont été bannis et 
qui a gardé tout leur amour, d aller se prosterner devant la tombe 
vénérée de cette femme, qui personnifie leur race et sympathise 
toujours à leurs calamités. Us l'arrosent de leurs larmes, ils y gé- 
missent sur leurs malheurs, et, pendant qu'ils les déplorent, ils 
croient entendre encore retentir à leurs oreilles et s'élever du fond 
du cercueil ces plaintes et ces sanglots éternels d'une mère infortu- 
née, image de la Palestine elle-même, et dont Jérémie seul pouvait 
dépeindre la désolation. 

Le tombeau de Rachel est de temps en temps reblanchi à la 
chaux, et ce revêtement, chaque fois qu'il se renouvelle, efface des 
milliers de noms de pèlerins juifs; mais bientôt d'autres noms rem- 
placent les précédents , tant les visiteurs affluent auprès de ce mau- 
solée. 11 sert encore aujourd'hui, comme à l'époque de Samuel, de 
point de repère dans le pays, et, jusqu'aux enfants, tout le monde 
connaît parfaitement la Koubbet RahU : singulier privilège qui s'est 
attaché à ce tombeau, vie ux déjà de trois m ille si x cents ans, et 
néanmoins toujours entretenu et rajeuni par la vénération publique. 

AQUEDUC. 

Non loin de ce sanctuaire , sur les bords de la route , on longe 
quelques instants l'aqueduc qui amenait, il y a peu d'années en- 
core, dans l'enceinte du Haram ech-Cherif, à Jérusalem, les eaux 
des vasques de Salomon. Cet aqueduc, à fleur de sol en cet endroit, 
remonte probablement à la plus haute antiquité. Plusieurs fois ré- 



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CHAPITRE VIII. — EGLISE D'HABACUC. ' 237 

paré depuis l'époque judaïque, d'abord par les Romains, sous Fad- 
ministration de Ponce Pilate, et plus tard, à différentes reprises, 
parles musulmans, il consiste en un simple canal, soit creusé dans 
le roc et recouvert de larges blocs, soït formé avec de grands 
tuyaux de poterie emboîtés les uns dans les autres, qui reposent 
entre de grosses pierres de taille enterrées et creusées à dessein 
pour les contenir et les protéger. J'en parlerai avec plus de détails 
quand je décrirai les grands réservoirs connus sous le nom de vas- 
ques de Salomon. 

RUINES DITES DE RAMA. 

Au delà et à une très-faible distance de ce même tombeau, j'ob- 
serve sur une colline, à gauche de la route, les débris d'une vieille 
construction appelée par les indigènes lourde Jacob, et, plus bas, des 
fondations de maisons détruites qui passent pour être des vestiges 
de l'ancienne Rama, témoin des pleurs et des lamentations de Ra- 
chel. Quaresmius a depuis longtemps montré que ces deux dési- 
gnations sont très-problématiques. La première, en effet, ne repose 
sur aucun document sérieux; la seconde, néanmoins, n'est peut- 
être pas à rejeter, dans le cas où l'on regarderait comme un nom 
propre de localité, et non plus comme une simple appellation si- 
gnifiant ff hauteur, •n le mot Rama que renferme le verset déjà cité 
du prophète Jérémie : 

Vox in Rama audita est 

EGLISE D'HABACUC. 

En continuant à marcher dans la direction du nord, sur une 
assez belle route élargie et réparée par les Grecs depuis quelques 
années, je laisse bientôt à ma gauche, sur une colline, les restes, 
aujourd'hui très-effacés, d'une église qui, à l'époque de Quares- 
mius, offrait encore des traces de peintures. 

Non longe a rupe S. EHœ ad ejus dexteram partem, in colle sive mon- 

ticuio parum a via dissito, est quœdam ecclesia satis vetustatedemolita; in qua 
tamen aliquas cemuntur pîcturœ, etsi fere consumptse. 



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238 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Ab hujus regionis incoHs appeiiatur communiter ecclesia et locus Habacuc 
prophetœ; quoniam ex isto ioco creditur, veteri traditione docente, sanctum 
Habacuc, cum prandio quod messoribus ferebat, fuisse ab angeio Domini cin- 
cinno capitis sui delatum in Babylonem, ad pascendum Danieiem existentem 
in lacu leonum, et ex Babylone ad hune eumdem locum restitutum, ut dicitur 
Daniel, xiv, 32 et seq. in cujus miracuH memoriam fuit a pia antiquitate ecclesia 
ista œdiiicata^ 

" Voici le passage du chapitre xiv de Daniel auquel Quaresraius 
fait ici allusion : 

33. Le prophète Habacuc ëtait alors en Judée, et, ayant prépare un potage, 
il Vavait mis avec du pain trempé dans un vase, et il se disposait à aller le porter 
dans un champ à ses moissonneurs. 

33. Mais l'ange du Seigneur lui dit : Portez à Babylone le dîner que vous 
avez, pour le donner à Daniel, qui est dans la fosse aux lions. 

36. Habacuc répondit : Seigneur, je n'ai jamais été à Babylone et je ne sais 
où est la fosse. 

35. Alors l'ange du Seigneur le prit par le haut de la tête et, le tenant par 
les cheveux, il le transporta avec l'extrême rapidité d'un esprit jusqu'à Baby- 
lone, au-dessus de la fosse aux lions. 

36. Et Habacuc s'écria en disant : Daniel , serviteur de Dieu , recevez le dîner 
que Dieu vous a envoyé. 

37. Daniel répondit: Dieu, vous vous êtes souvenu de moi, et vous n'avez 
point abandonné ceux qui vous aiment. 

38. Et, se levant, il mangea. Quant à l'akige du Seigneur, il reporta aussitôt 
Habacuc dans le même lieu où il l'avait pris. 

Ce passage, comme on le voit, nous apprend seulement que le 
prophète Habacuc était en Judée , erat autem Hahacuc propheta in 
Jiidœa, lorsque l'ange du Seigneur l'enleva soudain jusqu'à Baby- 
lone pour le ramener ensuite avec la même vitesse. Mais quel est 
l'endroit précis où s'est accompli ce prodige? La Bible ne nous 
rindique pas. Je renvoie le lecteur, pour la discussion de ce point, 
à la dissertation de Quaresmius^. Il avoue, du reste, lui-même, 
avec beaucoup de sincérité, qu'ici les avis sont partagés, des preuves 
convaincantes manquant à l'appui de la tradition qui fixe en cet 

' Elncidatio TerrœSmctœ, l. II, p. 606. — * Ibid. p. 606-610 



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CHAPITRE VIII. — COUVENT DE SAINTÉLIE. 239 

endroit l'enlèvement miraculeux de ce prophète et son retour non 
moins extraordinaire. 



COUVENT DE SAINT-^LIE. 

A huit heures cinquante minutes, je fais halte quelques instants 
au couvent grec de Saint-Ëlie, en arabe Deir Mâr Elias, ^jm\^\ j\^ ^:>. 
Situé à moitié chemin entre Jérusalem et Bethléhem , il occupe le 
sommet d'un petit plateau d'où l'on distingue à la fois ces deux 
villes. Lors de mon premier voyage en Palestine, il avait besoin de 
grandes réparations; elles ont été faites, il y a quelques années, 
et j'ai trouvé le couvent considérablement embelli et restauré, ainsi 
que l'église qu'il renferme. Cette église, comme toutes celles du 
rite grec, est orientée. Elle esl ornée, à son centre, d'un dôme qui 
s'élève sur quatre gros piliers. Renversée, à l'époque de la domina- 
tion franque, par un violent tremblement de terre qui détruisit tout 
le couvent, elle fut relevée vers 1160, grâce à la munificence de 
l'empereur Manuel Comnène. 

En 1 5 1 9 , les musulmans s'en emparèrent et la convertirent en 
mosquée. Quelques années plus tard, elle fut rendue au culte chré- 
tien, et, depuis lors, elle n'a pas cessé d'appartenir aux Grecs, qui 
y entretiennent quatre ou cinq moines, astreints à la règle de Saint- 
Basile. 

On pourrait difficilement concevoir une position plus belle et 
mieux choisie que celle de ce couvent. A égale distance , comme je 
l'aï dit, de Jérusalem et de Bethléhem, il offre aux religieux qui 
l'habitent une vue très-nette, du haut de ses terrasses, de chacune 
de ces deux villes. Quel spectacle plus capable de porter à la prière 
et à la méditation! D'un côté, le lieu de la naissance du Christ; de 
l'autre, celui de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Ces 
deux cités sollicitent sans cesse et tour à tour le regard, et chaque 
pas que l'on fait sur ces terrasses soit vers le sud, soit vers le nord, 
ramène constamment sous les yeux et, par les yeux, devant la 
pensée cette double et solennelle apparition. A l'occident, la vue 



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240 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

est plus bornée, à cause des coHiiies qui limitent l'horizon. A l'orient, 
l'horizon est beaucoup plus étendu et n'est limité que par les mon- 
tagnes de Moab. 

En face et à quelques pas à l'ouest du monastère, à gauche de la 
route, on vénère encore, sous un vieil olivier, un rocher sur lequel 
une ancienne tradition veut que le prophète Elie se soit reposé 
lorsque, pour échapper à la colère de Jézabel, il s'enfuit dans les 
déserts de Juda. 

1 . Or Achab rapporta à Jézabel tout ce qa'avait fait Elie et comment il avait 
entièrement tuë par Tépëe tous les prophètes. 

ù. Et Jézabel envoya un messager vers Élie pour lui dire : Que les dieux me 
traitent avec la dernière rigueur, si demain, à cette heure, je ne te mets dans 
le même état que l'un d'eux ! 

3. Et Élie, voyant cela, se leva et s'en alla, comme son cœur le lui disait, 
et s'en vint à Bersabëe de Juda et congédia là son serviteur ^ 

Ce serait donc dans sa fuite vers Bersabée que le prophète Elie 
se serait couché, épuisé de fatigue, sur ce rocher, qui, d'après une 
ancienne tradition, aurait même gardé fort longtemps l'empreinte 
miraculeuse de son corps, la surface du roc s'étant amollie comme 
de la cire pour lui offrir un lit phis doux et, en même temps, pour 
garder l'image de sa personne. Il est question de cette légende dans 
un grand nombre de récits de pèlerinages. Quaresmius la reproduit 
à son tour de la manière suivante : 

Non longe a cisterna Trium Regum, in medio vise Bethlehem, est obvius 
locus parum montosus memorandaque rupes , in qua quiescentis bominis effi- 
gies velut in molli cera impressa cernitur, quam esse sancti Eliœ prophetœ 
autumant hujus regionis incolœ. Inquiunt euim hune sanctum prophelam hac 
transeuntem inibi dormivisse , et sui corporis effigiem in ea miraculose impres- 
sam reliquisse. Et hac ratione iste locus Sanctus Elias nominatur. Cum primo 
locum hune vidi, eleganter expressam quiescentis bominis figuram referebat; 
sed, pietate nescio au impietate, ob particulas ex ea a Christicolis abrasas, 
postea eamdem fere demolitam iterum' intuitus sum ^. 

D'après la fin de ce passage, il paraîtrait qu'à l'époque de Qua- 

' Rois, I. III, c. XIX, V. 1-3. — ^ Eluctdatio Teirœ Sanctœ, t. II, p. 6o5. 



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CHAPITRE VIII. — CITERNE DE L'ÉTOILE. 241 

resmius Timage empreinte sur le roc était encore très-visible, du 
moins la première fois que ce religieux l'examina; car ensuite, f\ 
cause des mutilations commises par l'indiscrète piété des pèlerins, 
il ne la revit plus que très-dégradée et à peine reconnaissablc. Au- 
jourd'hui elle est encore beaucoup moins sensible, et je n'en parle 
ici que pour ne pas omettre une tradition très-répandue dans le 
pays, dont je ne prétends d'ailleurs nullement garantir l'authen- 
ticité. Etait-ce un jeu de là nature offrant jusqu'à un certain point 
l'image d'un homme endormi, quiescenlis homints effigies? Fallait-il 
y voir une esquisse légère due à la main de l'homme, ou bien, 
comme le veut la tradition, était-ce une empreinte réellement mi- 
raculeuse? Je l'ignore; toujours est-il que maintenant on ne saisit 
plus l'apparence d'aucune forme humaine sur ce rocher. 

Les environs du monastère de Saint-Ëlie appartiennent aux Grecs , 
qui, depuis plusieurs années, ont acheté en cet endroit des terrains 
très-considérables. Ils les ont plantés d'oliviers et d'autres arbres, 
au milieu desquels s'élèvent diverses habitations. Avec leurs ri- 
chesses toujours croissantes et leurs agrandissements successifs, 
leur influence s'est accrue , et comme actuellement leurs coreli- 
gionnaires russes ont, aux portes mêmes de Jérusalem, une im- 
mense enceinte, qui ressemble à une véritable place d'armes, ils 
cherchent sans cesse à ébranler et à diminuer de plus en plus l'in- 
fluence religieuse du clergé latin et, avec elle, l'influence politique 
de la France, cette protectrice séculaire et traditionnelle de tous 
les intérêts catholiques dans l'empire ottoman. 

CITERNE DE L'ETOILE OU DES TROIS-ROIS. 

Un peu au delà du couvent de Saint-Elie, on rencontre, au mi- 
lieu de la route, un puits antique ou plutôt une citerne, vulgaire- 
ment connue sous le nom de citerne ou de puits des Trois-Rois. 
D'autres pèlerins la désignent également sous celui de citerne des 
Mages ou citerne de TEtoilCy toutes dénominations qui rappellent 
le même souvenir. Les Arabes l'appellent Bir en-Nedjem, ^^\ja^ 
I. 16 



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2/i2 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

cr puits de l'Etoile. Ti Près de l'ouverture de cette citerrte sont deux 
auges de pierre pour abreuver les animaux. 

Cette citerne est appelée ainsi, parce que, d'après la tradition, 
c'est là que l'étoile apparut de nouveau aux mages, ces trois rois de 
l'Orient, qui, avertis par cet astre, étaient accourus en Palestine 
pour adorer le Messie à sa naissance. 

Nous lisons, à ce sujet, dans saint Matthieu : 

1. Jësus ëtant né à Betbléhem de Juda au temps du roi Hërode, des mages 
d'Orient arrivèrent à Jérusalem, 

9. Et dirent: Oi!k est Ie«roi des Juifs qui est né? Car nous avons vu son étoile 
en Orient, et nous sommes venus l'adorera 

Et plus bas, au verset 9 : 

Eux donc, ayant ouï le roi [Hérode], s'en allèrent; et voici, l'étoile qu'ils 
avaient vue en Orient les précédait, jusqu'à ce que, étant arrivée sur le lieu où 
était le petit enfant, elle s'y arrêta. 

Dans ces paroles de l'évangéliste il y a deux choses à remarquer, 
comme le fait observer Quaresmius"^: l'une, c'est que, pendant que 
les mages étaient à Jérusalem, l'étoile ne leur apparut pas; l'autre, 
c'est que cette même étoile se montra de nouveau à leurs yeux 
quand ils se mirent en marche pour Betbléhem, ce qu'indiquent 
très-nettement les mots suivants : 

Qui cum audissent regem abierunt. Et ecce Stella quam viderant in Oriente 
antecedebat eos. 

Pour justifier la tradition qui veut que l'étoile n'ait pas brillé à 
leurs regards aussitôt après leur départ de Jérusalem, mais seu- 
lement quand ils eurent déjà accompli la moitié du chemin qui les 
séparait de Betbléhem, c'est-à-dire quand ils furent arrivés à la 
citerne qui depuis a conservé leur nom , ainsi que le souvenir de 
la réapparition de l'astre miraculeux, Quaresmius donne deux rai- 
sons très-plausibles. Premièrement, Dieu voulait éprouver et mettre 
en lumière leur foi, s'ils se rendaient à Betbléhem conduits 

* Matthieu, c. ii,v. 1, a. — * ElucidatioTerrœSancUpA.\l.p,6oli. 



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CHAPITRE VIII. — TÉRÉBINTHE DE MARIE. 243 

parla prophétie qui marquait dans cette ville ravénemeritdu Christ, 
avant d'être guidés par une étoile. En second lieu , si aux portes 
mêmes de Jérusalem cet astre eût tout à coup reparu à leurs yeux, 
Hérode, lui aussi, aurait pu être témoin de ce prodige ou en être, 
immédiatement averti, et dès lors il aurait cherché à perdre le di- 
vin enfant dont cette étoile présageait la naissance, en même temps 
qu'elle indiquait le lieu où il était né. 

TÉRÉBINTHE DB MARIR. 

A une faible distance de la citerne des Trois-Rois, s'élevait autre- 
fois un arbre vénéré, qui existait encore du temps de Quares- 
mius, quoique tombant de vétusté; on l'appelait le térébinthe de 
Marie. 

Est hœc arbor, dit ce religieux, ad lœvam viœ plantata, scia, parum incli- 
nata, frondosa, sed infructuosa, non admodum aita, sufficientis tatnen crassi- 
tiei, quam omnes in veneratione babent^ 

Cet arbre, suivant une pieuse légende, aurait abrité sous son 
ombre la sainte Vierge et l'enfant Jésus, lorsqu'elle le pointait au 
temple, conformément à la loi judaïque, quarante jours après sa 
naissance, afin de le présenter au Seigneur et d'offrir, pour le ra- 
cheter, deux tourterelles ou deux petits de colombes. 

99. Et les jours quelle devait se purifier, selon la loi de Moïse, étant 
accomplis, ils portèrent Tenfant à Jérusalem pour le présenter au Seigneur; 

33. Ainsi qu'il est écrit dans la loi du Seigneur : Que tout mâle premier né 
sera consacré au Seigneur ; ' . 

9/1. Et pour offrir le sacrifice prescrit aussi dans la loi du Seigneur, savoir : 
une paire de tourterelles ou deux petits de colombes^. 

La même légende ajoute que ce térébinthe, saluant, en quelque 
sorte, dans le divin enfant le maître absolu de la nature, inclina avec 
respect ses rameaux au-dessus de la tête de Jésus pour lui former une 
espèce de diadème de verdure. Une légende semblable se rattache 

' Ehcidalio Terrœ Sanctœ,i,\\^^,^o\. — ' Luc, c. 11, v. 11 -^xh. 



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244 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

à un vieux sycomore de Matareli, l'antique Héliopoiis, qui aurait 
courbé humblement ses branches lorsque la sainte Vierge, dans sa 
fuite en Egypte, chercha en passant un asile sous son ombre hos- 
pitalière. 

Quant au lérébinthe dont il est question ici, il fut, dit-on, brûlé, 
en i6û5, par un Arabe, qui voulait par là empocher les pèlerins 
de fouler son champ en venant vénérer cet arbre sacré, que l'on 
continuait alors de baiser pieusement, à cause du souvenir qu'il 
rappelait. 

PLAINE DES REPIIAÏM OU DES GEANTS. 

La plaine que l'on traverse à partir du couvent de Saint-Elie 
jusqu'à dix ou douze minutes au sud de Jérusalem s'appelle en 
arabe El-Bekaah, iUStiJl (la Plaine, la Vallée). Elle mesure environ 
trois kilomètres et demi de long sur deux kilomètres et demi 
de large. Très-fertile, elle était presque entièrement dépourvue 
d'arbres, il y a peu d'années encore; mais, depuis lors, les Grecs y 
ont acheté des terrains considérables, qu'ils ont plantés d'oliviers, 
d'amandiers et de figuiers. A droite et à gauche de la route qui la 
traverse, on remarque en plusieurs endroits les vestiges d'anciennes 
constructions renversées, dont la plus importante et la mieux con- 
servée est désignée par les indigènes sous le nom de Ka»r ech-Cheikh, 

Cette plaine est généralement identifiée avec la vallée des Re- 
phaïm, en hébreu, d^kd-j pp?, EmekRephaïm; en grec, v xoiXà? tùjv 
TiTarwv ou Tœv Tiy ivroûv, ou encore xoiXà^ Pct/poLsifi; en latin, 
ralUs Raphaim. Elle tirait probablement ce nom des Raphaïm, tribu 
aborigène de la Palestine transjordane, de taille gigantesque, et 
dont une partie avait pu s'établir dans cette plaine. 

Voici les différents passages de la Bible où la vallée des Rephaim, 
les Raphaïm de la Vulgate, est mentionnée. 

Nous lisons d'abord dans Josué, à propos des limites qui séparaient 
la tribu de Juda de celle de Benjamin: 

Ascenditque [lerminus] per convallem Clii Ennom ex lalere Jcbusaei ad 



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CHAPITRE VIII. — PLAINK DES REPHAIM. 2/i5 

nieridieni , hœc est Jérusalem : et inde se érigeas ad verticem montis qui est con- 
tra GeeuDom ad occidenteoi , in summitate vailis Raphaim, contra aquiionem ^ 

crLa frontière monte par la vallée du Gis d'Ennom, au côté méridionaldu 
pays des Jébuséens, c'est-à-dire de Jérusalem, et de là elle s'élève jusqu'au 
sommet de la montagne qui est vis-à-vis de Geenuom, à l'occident, à l'exlré- 
raité de la vallée de Raphaïm, vers l'aquilon.^ 

Dans le même livre de Josué, en parlant des limites méridionales 
de la tribu de Benjamin, la Bible s'exprime ainsi : 

Descenditque [terminus] in partem montis qui respicit vallem Gliorum 
Ennom, et est contra septentrionalem plagam in extrema parte vailis Raphaim. 
Descenditque in Geennom (id est vallem Ennom) juxta latus Jebusaei ad aus- 
tnim, et pervenit ad fontem RogeP^. 

frLa frontière descend jusqu à une partie de la montagne qui regarde la vallée 
des fils d'Ennom et qui est du côté du septentrion, à l'extrémité de la vallée 
des Raphaïm; elle descend vers Geennom (c'est-à-dire vers la vallée d'Ennom), 
au côté des Jébuséens, au midi, et elle parvient jusqu'à la fontaine Rogel.?) 

Dans le livre II des Rois il est dit que les Philistins, ayant appris 
que David s'était emparé de la citadelle de Sion et avait été sacré 
roi sur tout Israël, marchèrent contre lui et, l'assiégeant dans sa 
capitale, allèrent se répandre dans la vallée des Rephaïm. 

Philisthiim autem venientes diffusi sunt in valle Raphaim ^ 

Vaincus par David à BaaI-Pharasim , les Philistins envahirent de 
nouveau la même vallée. 

Et addiderunt adhuc Philisthiim ut ascenderent et diffusi sunt in valle Ra- 
phaim ^. 

Le même livre des Rois nous apprend que, pendant que David 
était retiré dans la grotte d'Odollam, les Philistins vinrent camper 
dans la vallée des Rephaïm. 

i3. Nec non et ante descenderant très fortes qui erant principes inler 
triginta, et vénérant tempore messis ad David in speluncam Odollam : castra 
autem Philisthinorum erant in valle (ligantum. 

' Josvé, c. XV, V. 8. ' Rois, 1. Il, r. v, v. 18. 

^ Jostié, c. wni, V. 16. * Ihid. v. '>îi. 



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246 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

' 1 &. Et David erat in prsesidio : porro stalio Phiiistbinorum tune erat in 
Betbiehem *. 

Le même fait est raconté dans les Paralipomènes ^. 
Dans Isaïe, la gloire éclipsée d'Israël est comparée à l'humble 
indigence de celui qui glane des épis dans la vallée des Rephaïra : 

U. Eterit in die iiia: attenuabitur gloria Jacob, et pingueludo camis ejus 
marcescet. 

5. Et erit sicut congregans in messe quod restiterit, cl bracbium ejus spicas 
leget; et erit sicut quœrens spicas in vaiie Rapbaim^. 

rrEn ce temps-là, la gloire de Jacob se dissipera, son corps abattu et llëtri. 
perdra son embonpoint. 

ffli sera semblable à celui qui glane dans la moisson, qui recueille avec la 
main les épis qui sont restés, et h celui qui cherche des épis dans la vallée des 
Rephaïm. ^^ 

Josèplie, parlant de celle même vallée, l'appelle vallée des Ti- 
lam et nous dit qu'elle était voisine de Jérusalem. 

Yvàvits S*ol WoLkaK/llvot ihv ^aujtSriv ^aaïkéa lÎTrà lùMf ÈSpcticjv ànoSs- 
Sstyiiévov al paTSuovdiv èit^ aixnhv eU lepoaôXvfxcL y xoà xaraXaÇSfUvot rriv 
KOïkdSa 7CJV Tnclpojv xakovixévriv [rSiroi Se êaltv ov 'oàpçxû r^i ty^Xeoi»), 
èv aôrfi arl paroneSevopTai ^ . 

ffLes Philistins., ayant appris que David avait été créé roi par les Hébreux, 
savauceut contre lui vers Jérusalem, et s'étanl emparés de la vallée des Titans 
(cVsl un endroit non loin de la ville), ils y établissent leur camp.r 

De ces différents passages réunis il résulte que cette vallée était 
proche de Jérusalem, qu'elle était riche en céréales, et, par cela 
même, exposée aux ravages des Philistins. On peut aussi eu in- 
duire qu'elle était située entre Jérusalem et Bethléhem. Quand 
David, en effet, dans la grotte d'Odollam, désira boire de l'eau de 
la citerne de Bethléhem, la Bible nous dit que les Philistins étaient 
répandus dans la vallée des Rephaïm et qu'ils avaient, en outre, uu 
poste à Bethléhem même. 

' Rois, 1. U, c. xxui, V. i3 et i6. ' Isaïe, c. xvii, v. /i et 5. 

' Pnralip. I, I. c. \i, \. i5 et i6. * Anliq. jud. I. VII, r. iv, S i. 



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CHAPITRE VIII. — PLALNE DES REPHAIM. 247 

Le passage suivant de Josèphe semble surtout concluant sous ce 
rapport. 

KaO^hvSè xoupbv èv lepocroXifiots tinos tov fiaatXécjç y énriïBev )} lûv Ila- 
XaidUvanf Suvo^iis xsfokeyLrjcrai' AoujtSris fièv in\ ttjv âxp6noXiv ipijXOevy éç 
^arposiprfxafisvy 'CfsudSixevos tov Qeov arepï rov ^tsfoXéfiov» Ti}$ Se tôjv ix^p^* 
vfapeiiëoXrig èv Tp KOiXdSi )teifiévfiSy 4 f^XP^ hrtOXeéiiœv tJÔXeoj^ Siareipei, 
alaiSlovs lepoaoXvfJiùw dTrexovavs sïxoai, & ^aojiStts toh èraipoir K.akhv 
ùScûp, eJnevy S^^f^^^ ^^ '^V '^OLipiSi fiov, xaï yL<£ki</la jh iv r^ XdxxCf) tù) ^pbç 
rfi mXp ^. 

frLe roi se trouvait à Jérusalem lorsque Tannée des Philistius s'avança pour 
le combattre. David monta à la citadelle, comme nous Tavons dit, pour inter- 
roger le Seigneur sur Tissue de la guerre. Or le camp des Philistins était dans 
la vaUée qui s'étend jusqu'à Bethléhem, éloignée de Jérusalem de vingt stades. 
David dit alors a ses compagnons : rrNous avons de la bonne eau dans ma 
fr patrie et principalement dans la citerne qui est près de la porte. "> 

Sans doute Josèphe, au lieu de placer David, en cette circons- 
tance, dans la caverne d'Odollam, conformément à la Bible, le 
transporte dans la citadelle de Jérusalem; mais la vallée qu'il si- 
gnale sans la nommer comme étant occupée par les Philistins, est 
évidemment la même que celle qui dans le texte hébreu est appelée 
Emek Rephaïm, chez les Septante xoikàs Pavpafj; ou Pa0ote<fi, et dans 
la Vulgate valKs Raphaim. Or il déclare nettement qu'elle s'éten- 
dait entre Jérusalem et Bethléhem. C'est donc dans l'intervalle 
qui sépare ces deux villes qu'il faut la chercher. Toutefois, je dois 
faire observer qu'Eusèbe, dans YOnotnaaticony au mot Papaelv, s'ex- 
prime ainsi : 

Pa(pae\vy xoiXàç dXXo(^Xcjv xarà ^of^piv lepovaaXrffi. 

Ce que saint Jérôme traduit comme il suit, sans correction : 
Raphaim, vallis allophylorum ad septenlrionalem plagaui Jérusalem. 

Ailleurs, au mot ÈfieKpa<poLei(iy nous lisons : 

È(jieKpa(pasïfiy il êali iv KOtXdSi Pa^OLeïfXy xXrfpov hevtafÂiv, 

' Antiquités judaïques , I. VII. r. xii, S /i. 



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•248 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, ne le corrige pas davan- 
tage : 

Emec Raphaim, id est vallis Rapbaiiu, in tribu Beniamin. 

Ce Père de l'Eglise laisse cette vallée, comme on le voit, au pou- 
voir de la tribu de Benjamin et semble encore indiquer par là qu elle 
était au nord de Jérusalem; car, si elle eût été au sud de cette ville, 
elle aurait dA faire partie, selon toute apparence, de la tribu de 
Juda. 

Il y a donc deux opinions au sujet de l'emplacement de la val- 
lée des Rephaïm : les uns, d'après le témoignage d'Eusèbe, admis 
ou du moins non rectifié par saint Jérôme, la mettent au nord de 
Jérusalem; les autres, et cest le sentiment généralement adopté, 
parce qu'il résulte des renseignements fournis par la Bible et par 
l'historien Josèphe, la reconnaissent, au contraire, au sud de Jéru- 
salem , dans la plaine fertile connue aujourd'hui sous le nom d'£/- 
Bekaali, mot à la fois hébraïque et arabe, qui signifie a la Plaine^ 
ou (c la Vallée, ri 

MAISON DK SAINT-SIMÉON. 

En continuant à s'avancer dans cette plaine, on laisse à sa gauche , 
à quinze cents mètres environ de distance, sur une colline, quelques 
ruines appelées par les Arabes Khirhet el-Kathamoun, ^^» lai iH '^^j^* 
et que les chrétiens vénèrent sous le nom de maison de SaintSwiéon, 
Il s'agit ici du saint vieillard qui, suivant le récit de saint Luc, eut 
l'honneur de pouvoir prendre dans ses bras l'enfant Jésus, lorsque 
celui-ci fut présenté au temple. 

t^5. Il y avait à Jérusalem un homme qui s'appelait Simëon; cet homme 
était juste et craignant Dieu; il attendait la consolation d'Israël, et le Saint- 
Esprit était sur lui. 

26. Il avait été averti par le Saint-Esprit qu'il ne mourrait point, qu aupa- 
. ravant il n'eût vu le Christ du Seigneur. 

27. Il vint au temple par un mouvement de l'Esprit, et comme le père et 
la mère apportaient l'enfant Jésus pour faire à son égard ce qui était en usage 
selon la loi , 



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CHAPITRE VIII. — MAISON DE SAINT-SIMEON. 249 

98. Il le prit entre ses bras, bénit Dieu et dit : 

99. Seigneur, tu laisses maintenant aller ton serviteur eu paix, selon ta 
parole * 

Cette tradition de l'existence en ce lieu d'une ancienne maison 
de campagne ayant appartenu au saint vieillard Siméon n a rien 
d'invraisemblable; car ces ruines sont éloignées à peine de qua- 
rante-cinq minutes de Jérusalem, de telle sorte que ce vieillard 
pouvait remplir ses fonctions de ministre du Seigneur, sans qu'une 
distance trop grande de la ville l'empêchât de vaquer exactement 
aux devoirs de sa charge. D'un autre côté, aucun document antique 
ne vient à l'appui de cette tradition dont on ne peut guère suivre 
la trace au delà du xv® siècle. Quant aux ruines qui se voient au- 
jourd'hui, elles ne remontent évidemment pas à l'époque romaine; 
mais cette construction a pu être modifiée à plusieurs reprises par 
des adjonctions et des réparations postérieures. Consacrée tour 
à tour, dit-on, au culte chrétien et au culte musulman, elle est 
acluellemenl beaucoup plus dégradée et démolie que du temps de 
Quaresmius , qui la décrit en ces termes : 

Hic primo se offert consideratione digna turris quœdam, quœ turris et domus 
sancti Simeonis, senis illius cujus laus est in Evangelio, appetlatur. Turris 
dicitur, quia ad modum turris constructa elevatur, et domus , quia in ea sanctum 
scnem habitasse traditio harum partium est. Ampla satis et conunoda est, et 
quamvis vetustate satis consumpta et demolita sit, tamen adhuc in ea sunt ad 
decem cubicula, et cisterna, in qua pluviales aquœ coUiguntur^. 

Quinze minutes plus loin, je passe au pied du Djebel Deir Abou- 
Târ, appelé par d'autres Deir eUKaddis Modistom, et vulgairement 
connu parmi les chrétiens sous la désignation de mont du Mauvais- 
Conseil. Je le décrirai dans mon Etude sur Jérusalem, qui fera le 
sujet d'un volume spécial; puis, descendant dans la vallée de Ben- 
Hinnom et gravissant ensuite les rampes de la colline de Sion, je 
rentre dans la Ville sainte par la porte de Jaffa. 

Jusqu'alors, depuis mon arrivée en Palestine, j'avais voyagé 

' Luc, c. u, V. 45*19. — • Eluadalio Terrœ Sanclœ.U H, p. 099. 



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250 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

avec un seul nioukre, et j'avais loujoui's trouvé l'hospitalité pour la 
nuit dans quelque couvent franciscain; mais maintenant que j'allais 
explorer en détail l'intérieur du pays jusqu'au désert d'El-Arich, je 
devais forcément changer de méthode. Je me procurai une tente 
et le matériel le plus indispensable pour un voyage de cette na- 
ture. Je fis choix en même temps d'un drogman, nommé Francesco 
Marco, qui s'adjoignit un domestique arabe pour l'aider à soigner 
les montures et à faire la cuishie; puis, comme escorte, j'obtins du 
pacha de Jérusalem, à la demande de M. le consul de France, deux 
bachibouzouks, que je pris à ma solde. 

Afin de moins fatiguer mes hommes dans les marches multipliées 
que je devais accomplir par des chaleurs souvent accablantes, car 
les pluies avaient cessé et le soleil commençait à devenir très-ar- 
dent, je réglai dès le début l'ordre de mes journées comme il suit: 

Mon drogman, son domestique et l'un des deux bachibouzouks 
gagnaient avec le bagage, par la voie la plus directe et la plus 
commode, le lieu du campement. Pour moi, avec l'autre bachibou- 
zouk, sous la direction d'un guide que je changeais chaque jour et 
qui devait m'indiquer le nom et l'emplacement de toutes les ruines 
î^ituées autour de la localité qu'il habitait lui-même, je rayon- 
nais en tous sens, sans être arrêté par les difiicultés du terrain; car 
je ne traînais aucun bagage derrière moi, et j'atteignais de mon 
côté, après avoir tout vu et pris toutes mes. notes, l'endroit fixé pour 
le campement. Le lendemain , le bachibouzouk qui m'avait accom- 
pagné la veille était relayé par son camarade, lequel était moins 
fatigué que lui, ayant exécuté une marche bien moins longue à la 
suite du drogman et du bagage. De cette manière, j'épargnai fes 
forces de mes gens; je gagnai, en outre, beaucoup de temps et je 
pus gravir les montagnes les plus escarpées ou descendre dans les 
vallées les plus abruptes, tenant mon cheval par la bride, lorsque 
les obstacles que présentait le sol étaient trop grands. Grâce à cette 
méthode, je reconnus un nonibre assez considérable d'anciennes 
localités qui avaient échappé à mes devanciers et qu'il m'aurait été 
impossible d'explorer moi-même, si, dans un pays aussi accidenté 



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CHAPITRE VIII. — PRÉPARATIFS DE VOYAGE. 251 

que la Palestine, j'avais dû régler mon itinéraire d'après celui de 
mon bagage. Le soir, je mettais au net, sous ma tente, toutes les 
notes que j'avais recueillies rapidement au crayon dans mes diverses 
excursions de la journée, et nous étions tous réunis pour la nuit, 
faisant la garde tour à tour, là où il y avait moins de sécurité. 

Ces détails une fois donnés, j'entre immédiatement en matière, 
laissant de côté tout ce qui m'est purement personnel, afin de n'en- 
tretenir le lecteur que du pays que j'ai parcouru. Je ne me mettrai 
en scène que lorsque cela me paraîtra indispensable pour mieux 
faire connaître l'état de la contrée. 



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252 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE NEUVIÈME. 

IIFTA (nEPHTOAH, PEUT-ÊTRE AUSSI BETHLEPTEPHa). BEIT-lkSA. — 

KHIRBET BEIT-THOULMAH. KHIRBET TELL-LOUZAH. KOLOUNIEH 

(kOULOIs). HERHAIR EZ-ZËNANIR. — kHIRBET BËiT-MIZEH. KHIRBET 

FARHAN. RETOUR A KOLOUNIEH. 

LIFTA. 

J'avais parcouru la voie suivie généralement aujourd'hui pour se 
rendre de Jaffa à Jérusalem; mais il existe encore deux autres 
routes entre ces deux villes, et afin de procéder méthodiquement 
dans mes recherches, je crus qu'avant d'entreprendre aucune 
nouvelle exploration, je devais préalablement étudier avec soin ces 
deux autres voies, ainsi que toute la région qu'elles sillonnent et 
l'intervalle qui les sépare elles-mêmes. 

Le 29 avril, à dix heures quinze minutes du malin, je sors de 
Jérusalem par la porte de Jaffa, et je prends la direction- de l'ouest- 
nord-ouest. A dix heures trente-cinq minutes, tournant tout à coup 
vers le nord-nord-ouest, je m'engage bientôt dans une descente ex- 
trêmement rapide par un sentier âpre et rocheux. Parvenu au fond 
de ÏOued Lifta^ UàJ ^1^, je m'arrête un instant près d'une source 
abondante, appelée de même A'ïn Lifia^ LxàJ (jv^. L'eau est recueillie 
dans un bassin qui a pu être réparé à diverses époques, mais qui 
doit certainement être antique. Elle se répand de là dans des jar- 
dins plantés de citronniers, d'orangers, de figuiers, de grenadiei-s, 
d'amandiers et d'abricotiers. Non loin de la foritaine, je remarque 
plusieurs anciens tombeaux pratiqués dans le roc. Quant à celle-ci, 
elle me parait répondre assez bien, pour son nom, son importance 
et sa position, à la fontaine Nephtoah, autrement dite «ries eaux de 
I\ J\^;>^^ l\ephtoah,7) dont il est question dans la sainte Ecriture comme se 
trouvant sur la ligne de limites entre la tribu de Juda et celle de 
Benjamin. 



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CHAPITRE IX. — LIFTA (NEPHTOAH). 253 

8. Ascenditque [terminus] per convallem filii Ennom ex laiere Jebusaei ad 
lueridiem , hœc ^t Jejrusalem : et inde se erigens ad verticem montis qui est 
contra Geennom ad occidentem , in summilate vallis Raphaim , contra aquilonem. 

9. Pertransitque a vertice montis usque ad fontem aquœ Nephtoa , et pervenit 
usque ad vicos montis Ephron , inclinaturque in Raaia, quse est Cariathiarim, 
id est, urbs sylvarum^ 

La version des Septante désigne cette fontaine sous le nom de 

Dans le texte hébreu elle est indiquée de la manière suivante : 
ninw ''D nyç, maean me Nephtoah (source des eaux de INephtoah). 

Voici la traduction littérale des deux versets précédents d'après 
ce texte : 

8. Ensuite cette frontière montera par la vallée du fils de Hinnom jusqu'au 
côté de [la ville] du Jébusite, vers le midi, qui est Jérusalem ; puis cette fron- 
tière montera jusqu'au sommet de la montagne qui eat vis-à-vis de la vallée de 
Hinnbm , vers l'occident, et qui est à l'extrémité de la vallée des Rephaîm, vers 
le septentrion. 

9. Et cette frontière s'alignera depuis le sommet de la montagne jusqu'à la 
source des eaux de Nephtoah , et sortira vers les villes de la montagne d'Éphron , 
puis cette frontière s'alignera à Raalah, qui est Kiriath-Iearim. 

Dans le même livre de Josué , à propos des limites , vers le sud , de 
la tribu de Benjamin, la fontaine Nephtoah est mentionnée comme 
comprise entre Kiriath-Iearim et la montagne qui fait face à la vallée 
deBen-Hinnom. 

i5. A mendie autem ex parte Cariathiarim egreditur terminus contra mare 
et pervenit usque ad fontem aquarum Nephtoa. 

16. Descenditque in partem montis qui respicit vallem filiorum Ennom et 
est contra septentrionalem plagam, in extrema parte vallis Rephaim^. 

«rDu côté du midi, sa frontière s'étend depuis Cgriathiarim , vers la mer, et 
vient jusqu'à la fontaine Nephtoah. 

trElle descend jusqu'à la montagne qui regarde la vallée des enfants d'En- 
nom , à l'extrémité septentrionale de la vallée des Rephaîm ^ 

De ces passages il résulte que la fontaine Nephtoah doit être 

' Jo^é, c. XV, v. 8, 9. — * Ibtd. c. xviii, v. i5, 16. 



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254 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

cherchée entre la montagne située à l'ouest de la vallée de Ben-Hin- 
nom et au nord de celle des Rephaïm , et les villes de la montagne 
d'Ephron , au delà desquelles venait Kiriath-Iearinr. C'est donc vers 
l'ouest-nord-ouest de Jérusalem qu'elle se trouvait. Quelques voya- 
geurs modernes, entre autres le docteur Barclay* et le docteur 
Sepp^, identifient cette antique fontaine avec l'Alin Lifta. Je crois 
qu'ils sont dans le vrai. D'abord la position de l'A'ïn Lifta se prête 
à cette conjecture; en second lieu, le nom que porte cette source 
semble une corruption de celui de Nephtoah. En effet, rien n'est plus 
fr éque nt, dans la transcription des noms hébreux en noms arabes, 
que le changement du hmed en nom et réciproquement. 

Ainsi, par exemple , Bethel est devenue Beitin; par contre , Chounem 
a été transformée en Soulem. Il ne faut donc pas s'étonner de voir 
Nephtoah devenir Lephloah, et ensuite Lephta, Le/ta ou Lifta. 

D'autres voyageurs inclinent à reconnaître cette même fontaine 
soit dans A^ïn Karim, soit dans A'ïn el-Hanîeh, soit dans A'in Yalo, 

r ; 

sources également importantes, dont il a été question précédem- 
ment. Ces trois dernières identifications peuvent chacune, jusqu'à 
un certain point, se défendre; mais où trouver la moindre ressem- 
blance entre les noms de ces trois sources et celui de Nephtoah? 
Au contraire, l'A^ïn Lifta semble avoir conservé dans son appella- 
tion actuelle les traces très-reconnaissables de cette antique déno- 
mination. 

Je ne parle pas d'une autre opinion qui place la fontaine Neph- 
toah au Bir Ayoub, près de Lathroun; car elle est tout à fait inad- 
missible, étant contredite formellement par les textes que j'ai cités 
plus haut. 

A quelque distance de l'A^ïn Lifta s'élève en amphithéâtre , sur 
les pentes d'une montagne rocheuse, le village de ce nom. Il ren- 
ferme six cents habitants, tous musulmans, qui y possèdent une 
mosquée. A l'entrée du village, on remarque quelques gros blocs, 
taillés en bossage, restes d'une ancienne construction. 

* The ctly of the great King, p. 54'j. — * Jérusalem und das Heilige Land, t. I, 
j). 58. 



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CHAPITRE IX. — LIFTA (BETHLEPTEPHA). 255 

L'historien Josèphe raconte que Vespasien, après avoir subjugué 
toutes les places de la toparchie Thamnitique, soumit Lydda et 
lamnia; de là il marcha vers Emmaîis, y établit son camp et, y lais- 
sant la cinquième légion, il envahit avec le reste de son armée la 
toparchie de Betl^eptepha,, 

Hpéaeiai (Âerà riiç âXkfis Svvdfiecûs in) rrlv BeôXe7r7)y(p63i/ TOirapy^lav *. 

Il y promène la dévastation et l'incendie, puis il se rend en 
Idumée. 

Pline, en énumérant les dix toparchies de la Judée, les men- 
tionne dans l'ordre suivant : 

Reliqua Judœa dividitur in toparchias deeem, quo dicemus ordine : Hieri- 
cuntem, palmetis consitam, fontibus irriguam; Emmaum, Lyddam, Joppicam, 
Acrabateaam, Gophniticam , Thamniticam, Rethleptephenen, Oriaen, in qua 
fuereHierosolyma, longe clarissima urbium Orientis, non Judœœ modo; He- 
rodium euro oppido illustri ejusdem nominis^. 

Je ne serais pas éloigné de penser avec quelques critiques que 
le village actuel ait été jadis le chef-lieu delà toparchie que Josèphe 
appelle Beô^£7r7>2^wvT07rap;(/a, et W\ne , Bethleptephene toparchia. En 
retranchant le mot betk (maison) du nom proprement dit, devant 
lequel il était préposé, selon un usage qui s'applique à tant de villes 
de la Palestine, nous avons pour ce nom Leptepha, mot qui, pro- 
noncé rapidement, se change sans peine en Lephta^ Lefta ou Lifta; 
et comme immédiatement après avoir cité cette toparchie, Pline 
parle de celle qu'il appelle Orimy c'est-à-dire la montagneuse y et qui 
avait pour capitale Jérusalem, l'identification du village de Lifta 
avec le chef-lieu de l'ancienne toparchie de Bethleptepha me paraît 
très-vràisemblable. Ceci ne détruit en rien l'opinion que nous avons 
précédemment adoptée, caria même localité appelée Nephtoah dans 
le livre de Josué a pu, à l'époque de Josèphe et de Pline, par une 
légère altération de la dénomination primitive, surtout dans le 
passage d'un idiome à un autre, être désignée ainsi que l'indiquent 
ces deux auteurs. 

' Guerre des Juifs, I. IV, c. vu, S i. — ^ //«/. nat. V, xiv. 



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256 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Pour en revenir à Lifta, ce village est situé sur la rive orientale 
d'un oued qui, sur ce point, s'appelle Oued Lifta^ U*3 ^)^, et, plus au 
nord, porte le nom d'Oued Beit-Haninay U^y» ti^ju ^1^. 



BEIT-IKSA. 

Vers le nord-ouest, à la distance de trois kilomètres environ, 
j'aperçois sur la pente d'une haute colline le village de Beit-Iksay 
L«5Î ov^, et, plus au nord, sur un sommet élevé, celui de Neby 
Sarnoutl, Jo^^w ^. 

Beit-Iksa compte, m'a-t-on dit, trois cents habitants; on cultive 
sur son territoire la vigne et l'olivier. 

Quant à Neby Samouïl, j'en parlerai dans un autre chapitre. 

KHIRBBT BEIT-THOULMAH. 

A onze heures quarante-cinq minutes, je me remets en marche 
dans la direction de l'ouest, en cheminant au milieu du lit rocail- 
leux d'un torrent desséché, qui se jette, vers l'est, dans l'Oued Beil- 
Hanina. 

A midi trente minutes, j'atteins une ruine appelée Khirbet 
Beit'Thoulmahy ic^ i^i^M iU^. Là existait jadis un village sur les 
pentes et sur le haut d'une colline, à l'ouest de Voued que j'avais 
suivi. 

J'observe d'abord deux bassins antiques, construits avec des 
pierres plus ou moins régulières et que revêtait intérieurement un 
ciment qui est aux trois quarts tombé; ils étaient alimentés par 
une source excellente dont l'eau est très-fraîche. D'autres sources 
semblables jaillissent des flancs de la colline. Plusieurs tombeaux 
creusés dans' le roc les avoisinent. La partie supérieure du monti- 
cule est couronnée par les débris d'une assez puissante construction 
bâtie avec de gros blocs et dont les murs sont très-épais. Tout ce 
coteau est actuellement livré à la culture, et au milieu des ruines 
croissent des figuiers, de la vigne et quelques oliviers. 



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CHAPITRE IX. — KOLOUNIEH. 257 



KHIHBET TELL-LOUZAH. 

A une heure, je continue à suivre le lit de Youed dans la direc- 
tion du nord-ouest. 

A une heure vingt minutes, je parviens au Khtrbet Tell-Louzah, 
ijyi S^ Hoy^. Ces ruines couvrent un tell ou colline. Outre les ara- 
sements d'un certain nombre d'habitations démolies, je remarque 
deux hirket ou bassins à moitié détruits, les vestiges d'une sorte de 
hordj de défense, bâti, comme à Beit-Thoulmah, avec de gros blocs, 
plusieurs tombeaux creusés çà et là, et, dans une grotte également 
taillée par la main de l'homme , une source intarissable. 

kOLOUNlEH. 

Repassant ensuite devant Beit-Thoulmah et de là m'avançanl 
vers le sud-sud-ouest, je fais halte, à deux heures trente minutes, à 
Kolounieh, iu»^. C'est un village de cinq cents habitants à peine; 
il est situé sur la pente d'une montagne rocheuse qui s'élève^ 
comme par gradins gigantesques, que l'on dirait, en certains en- 
droits, plutôt l'œuvre de l'homme que de la nature, tant ils sont 
réguliers. Les maisons sont bâties les unes au-dessus des autres 
par étages successifs. Une petite mosquée passe pour fort ancienne, 
du moins au dire des habitants. Dans la cour qui la précède est 
un énorme mûrier, qui tombe de vétusté. Plusieurs aires antiques 
servent encore aujourd'hui à battre les grains. Quelques cavernes, 
qui ont été probablement, dans le principe, des carrières et peut- 
être ensuite des tombeaux, attirent pareillement mes regards. 

Au bas du village, vers le sud, coule une source abondante, ap- 
pelée A'în Kohuniehy iU»^ (^jj^; mais ce qui mérite principalement 
l'attention du voyageur, ce sont, près de la route, les restes d'un 
édifice mesurant trente-cinq pas de long sur dix-huit de large, et 
dont les murs d'enceinte sont encore debout jusqu'à une certaine 
hauteur. Les assises qui les composent sont formées de magnifiques 



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258 DESCRIPTIOi\ DE LA JUDÉE. 

blocs, les uns coinplétement aplanis, les autres, particulièrement 
ceux des angles, relevés en bossage; ce bossage est, en général, fort 
saillant. La plupart de ces blocs ont un mètre de long sur soixante 
et dix centimètres de large. Près de là on observe des voûtes ren- 
versées et des citernes à moitié comblées. Les traces d'une voie 
romaine sont également très-reconnaissables devant la grande cons- 
truction dont j'ai parlé. 

A une faible distance, vei's Test, on franchit sur un pont TOued 
Beit-Hanina, qui ici s'appelle Oued Kohunieh et que les pèlerins 
désignent d'ordinaire sous le nom de torrent du Térébinthe. Ce pont, 
dont les piles datent peut-être de l'époque romaine, mais dont 
les quatre arches, principalement la plus grande, qui est de forme 
légèrement ogivale, accusent une époque plus moderne, est sur- 
monté d'un tablier qui est pavé de gros blocs, aujourd'hui fort 
inégaux, usés qu'ils sont depuis de longs siècles par toutes les 
caravanes qui traversent le torrent en cet endroit. 

Le long de Voued, de frais et verdoyants jardins sont cultivés 
avec assez de soin par les habitants de Kolounieh. Ces jardins sont 
^plantés d'orangers, de citronniers, de grenadiers, de cognassiers 
et d'amandiers. La vigne y croît aussf parfaitement. 

Le docteur Sepp^ s'efforce de prouver que le village qui nous 
occupe en ce moment a remplacé l'Emniaûs dont il est question 
dans l'Evangile de saint Luc^ comme ayant été témoin de la ren- 
contre de Notre-Seigneur avec deux de ses disciples le jour de sa 
résurrection, ainsi que du repas qu'il prit avec eux. Mais, d'après 
plusieurs anciens manuscrits de cet évangéliste, soit à lettres on- 
ciales, soit à écriture cursive, et en particulier d'après celui qu'a 
découvert M. Tischendorf au mont Sinaï, et que ce savant affirme 
être d'une époque antérieure au fameux concile de Nicée, une dis- 
tance de cent soixante stades séparait ce bourg de Jérusalem. 

Ka) iSoby Suo é^ avTÔihf ifcrav taopeuàiiBvoi y èv avrfi rfi tifx^pa, eU xoifiriP 
àité^oxxTav c/laSiovs éxarbv ê^rfxoina dirb lepovaaXfjfi , ff ivofia Èfifiaoéf. 

* Jérusalem und dat Hetlige Land, t. I, p. Sa et suivantes. — * Luc, c. xxiv, v; i3. 



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CHAPITRE IX. — KOLOUMEH. 259 

ffCe jour-là même, deux d'entre eux s'en allaient à un bourg uooimé Em- 
maûs et éloigné de Jérusalem de cent soixante stades. ^ 

En réduisant même cette distance, avec les autres manuscrits 
et avec la Vulgate, au chiffre de soixante stades, il est encore 
impossible de placer ce bourg d'Emmaiis à Kolounieh, qui n'est 
séparé de Jérusalem que par un intervalle de six kilomètres et 
demi, tandis que soixante stades équivalent à plus de dix kilo- 
mètres. 

L'identification proposée par le docteur Sepp me parait donc peu 
soutenable; elle ne repose ni sur la tradition, ni sur aucune des 
deux distances que nous donnent les divers manuscrits de l'Evangile 
de saint Luc, A l'appui de sa conjecture, ce savant cite le passage 
suivant de l'historien Josèphe : 

Hepï Se rbv avrhv xatpbv èiréaleiXe KouaoLp V^daacp xcà Ai&p/çt» Ma^ifÂ^ 
[oStos S*^vèTthpoTtos)j xekeùoDv ^mao'ay yijv ànoSàaOcu tojv louSaiùw, Ovyàp 
xxvttjiJLKTtv ixei ^6\iv, iSlav avr^ Ttfv jfcipav (^ukcMonf * bxTaxocrhis Se (jl6- 
vois àith Tïis (/Ipartas Sia^etfiévois )(fi)plov SSoJxev sis xaTo/xtio'iVy 6 xaXsTrai 
yàv Afifxaoùsy àitiysi Se tojv lepoo'oXvfjLœv alaSiovs é^tfxovra^. 

ff Vers ce même temps, César [Vespasien] écrivit à Bassus et à Liberius Maxi- 
mus (celui-ci était procurateur), pour leur ordonner de vendre toute la terre 
des Juifs. U ny fonda pas, en effet, de ville coloniale, en gardant pour lui- 
même la propriété de la contrée; mais il se contenta de donner à habiter à 
huit cents vétérans de son armée un lieu appelé Emmaûs et éloigné de Jéru- 
salem de soixante stades. ^ 

Je ferai observer ici que, au lieu de (ttclS(ovs ^v^ovra, les meil- 
leures éditions de Josèphe, et notamment celle de Dindorf publiée 
par M, Didot, portent (TToSiovsTpidxovra, et alors le prétendu ac- 
cord entre saint Luc et Josèphe n'existe pas. Ce qui m'engagerait à 
croire que le chiffre de trente stades doit être adopté dans le pas- 
sage précédent de l'historien juif, c'est la dénomination même de 
Kolounieh donnée au village dont il est question actuellement- Or 
ce village, étant à six mille cinq cents mètres environ de Jérusalem, 

' Guerre des Juifs, 1. VIL c. vi, S fi. 



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260 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

répond assez bien, sauf une différence de quelques stades en plus, 
à la distance indiquée par Josèphe. Il est facile , en effet , d'admettre 
que cet écrivain se soit trompé de quatre à cinq stades; mais il 
serait plus difficile de penser que, pour une distance relativement 
si peu considérable, il ait commis une erreur d'environ vingt-cinq 
stades sur soixante, c'est-à-dire de plus du tiers. 

Le nom de Kolounieh rappellerait la colonie fondée jadis en ce 
lieu , sur les ordres de Vespasien; et les huit cents vétérans établis 
sur ce point auraient eu pour mission de garder les abords de la 
capitale, et, en récompense, on leur aurait donné à cultiver un sol 
très-fertile et l'une des plus jolies vallées de la Palestine. 

Je tâcherai d'éclaircir ailleurs la question si controversée de 
l'Emmaûs évangélique, lorsque je parlerai de Koubeibeh et d'A- 
mouas, les deux seuls endroits, à mon avis, où l'on doive chercher , 
cette localité célèbre, suivant qu'on adopte le chiffre de soixante 
stades ou celui de cent soixante ; mais , quant à la placer à Kolounieh , 
c'est là une opinion nouvelle, qu'aucune tradition et qu'aucun texte 
n'autorisent et à laquelle s'oppose la distance beaucoup trop faible 
qui sépare ce village de Jérusalem. D'un autre côté, je ne demande 
pas mieux que de reconnaître à Kolounieh, avec le docteur Sepp, 
l'Emmaûs de Josèphe, si toutefois le chiffre de trente stades qui se 
trouve dans quelques manuscrits est le plus exact, et de voir alors 
dans la dénomination arabe de Kolounieh une simple transcription 
du mot latin coUmta. Mais si, au contraire, comme le veut le docteur 
allemand, on admet et dans l'évangéliste et dans l'historien juif le 
chiffre de soixante stades comme étant le seul légitime, il ne faut 
plus prétendre que le village de Kolounieh satisfasse à cette condi- 
tion, puisqu'il est à vingt-cinq stades en deçà de l'emplacement 
indiqué. 

En résumé, je me refuse complètement, à moins tle preuves 
nouvelles, à placer à Kolounieh l'Emmaûs de l'Evangile, qu'il faut 
chercher soit à soixante , soit à cent soixante stades de Jérusalem , 
les manuscrits et la tradition se partageant entre ces deux distances; 
mais j'incline volontiers à l'identifier avec l'Emmaûs de Josèphe, 



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CHAPITRE IX. — KOLOUNIEH. 261 

puisque plusieurs manuscrits des ouvrages de cet historien portent, 
au sujet de cette localité, trente stades au lieu de soixante, taudis 
qu'aucun des manuscrits de l'Evangile de saint Luc ne contient ce 
même chiffre de trente stades. Le nom antique d'Emmaûs aurait 
alors été remplacé par celui de Colonial d'où serait venue l'appel- 
lation arabe de Kolounieh. Cette dérivation, néanmoins, est peut- 
être plutôt apparente que réelle. Car, ainsi que plusieurs savants 
l'ont déjà remarqué, et entre autres Robinson et Tobler, on trouve 
dans la version des Septante, au chapitre xv de Josué, un verset 
qui manque dans le texte hébreu et dans la Vulgate; le voici : 

Sexûj, xaï È(ppaOd ' atirv iàl\ BouOWfiy koà <t>ayè)p, xai Ahàv (alii 
Xhàiijy xai KovXbvy xa) Taràii, xûà SùfSrls (alii ^ojprjs), xa\ Kapèfi^ xoù 
raXèfiy xa\ QeOrjp (alii Baid^p)^ xa) Movox^ii * trSXeis SvSexa xa\ al xSfÂOt 
avrûv, Kapta6€ao[X' oStyi tH ^rnôXiç lap/ft. 

Ce verset, comme on le voit, au nombre des villes de la tribu de 
Juda dont il contient les noms en signale une appelée Kov'Xévj 
qui se rapproche tellement, par sa dénomination, du village actuel 
de Kolounieh, qu'on est amené tout naturellement à en conclure 
que ce dernier a succédé à la localité ainsi désignée dans le livre 
de Josué. Ce serait donc le nom primitif et kananéen qui revivrait 
maintenant dans le nom arabe iu»^. Cette ville de Koulon, en 
effet, à en juger par les autres localités au milieu desquelles elle 
est citée, paraît avoir été située précisément dans le district où se 
trouve aujourd'hui Kolounieh, entre Bethléhem, au sud-est, et Ki- 
riath-Iearim, aujourd'hui Kiriet el-A'nab, à l'ouest-nord-ouest. Cette 
coïncidence et de nom et de position doit, je crois, laisser peu de 
doute sur cette identification. Dans ce cas, si la ville de Koulon est 
la même que la localité appelée Emmaiis à l'époque de Josèphe 
et où fut fondée la colonie romaine dont il fait mention, il faut 
admettre (jue l'ancien nom s'était perpétué dans l'usage du peuple 
à côté du nom plus moderne d'Emmaûs, puisqu'il a reparu dans la 
dénomination arabe de Kolounieh. Dans ce cas aussi, je serais tenté 
de voir, dans les restes de la puissante construction qui longe la 



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262 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

route, les débris du poste militaire occupé par les vétérans qu avait 
envoyés Vespasien, soit qu'il ait été bâti par eux, soit qu'il remontât 
à une époque antérieure. 

Quaresmius en parle dans les termes suivants : 

Ingentia ibidem cernuntur œ'dificiorum rudera et ruinosae habitationes, ex 
quibus magna ibi fuisse œdificia dignoscimus. Bonifacius magnum monasterium 
etelegantem ecclesiam in istoioco fuisse 8cribit^ 

Qu'il y ait eu là, au moyen âge, un monastère et une église dont 
on voyait encore les ruines à l'épocjue deBoniface deRaguse, cela 
est possible; mais ce qui me semble bien certain, c'est (jue les 
belles assises de gros blocs, les uns complètement aplanis, les autres 
relevés en bossage, dont j'ai parlé, accusent une construction an- 
térieure aux croisades et sont probablement les restes d'un ancien 
poste militaire , destiné à commander, en cet endroit, près d'un pont 
qu'il fallait franchir, l'une des grandes voies de communication 
entre Jaffa et Jérusalem. 

MfiRHAÏR EZ-ZENANIR. 

Ayant appris d'un habitant de Kolounieh l'existence de plu- 
sieurs ruines peu éloignées du village, je le prends pour guide et 
je me dirige, à sa suite, vers le nord-ouest. Au bout d'un quart 
d'heure à peine de marche, nous parvenons à un ravin très-sauvage 
dont les flancs rocheux sont percés, à droite et à gauche, de nom- 
breuses grottes appelées Merhaïr ezr-Zenamr^ jjù\iyi\ ^Uu; elles com- 
muniquent presque toutes les unes avec les autres et ressemblent 
à d'anciens tombeaux très-dégradés; elles ont pu servir également 
de retraite à des moines, à l'époque chrétienne. Aujourd'hui les 
bergers qui font paître leurs troupeaux dans les environs y cherchent 
souvent un asile. 

KHIRBBT BBIT-MIZEU. 

De là nous poursuivons notre marche vei's l'ouest, et, à vingt 

' Ehcidnùo Tetra* Sancta*, 1. 11, p. iG. 



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CHAPITRE IX. — KHIRBET FARHAN. 263 

minutes de distance des grottes précédentes, nous atteignons des 
ruines connues sous le nom de Khirbet*Beit-Mtzehy Byx^ oiju iu^. 
Elles occupent la partie supérieure d'une haute colline, qui est ac- 
tuellement livrée à la culture. On distingue encore les traces d'un 
mur d'enceinte qui environnait autrefois ce plateau. Les flancs de la 
colline sont également cultivés et disposés en terrasses successives, 
qui s'élèvent en retraite les unes au-dessus des autres jusqu'au 
sommet. Du blé, de l'orge et des lentilles y ont été semés. 

Quant au plateau, il est couvert d'innombrables débris de po- 
terie antique concassés et de matériaux de toutes sortes provenant 
de maisons démolies. J'y remarcpie aussi quelques aires pratiquées 
sur la surface aplanie du rocher, et, à côté de chacune d'elles, de 
belles citernes creusées dans le roc, en forme d'entonnoirs ren- 
versés. Là existait autrefois un village dont le nom antique s'est 
perdu, à moins, ce qui est très-possible, qu'il ne se soit conservé 
dans celui que les Arabes donnent actuellement à ces ruines. 

Au nord, devant nous, sur le sommet d'une montagne voisine, 
apparaît la koubbeh d'un santon vénéré dans le pays sous la dé- 
nomination i'A'bd elrA'zizy^\ *yj^. 

KHIRBET PARHAN. RETOUR A KOLOUNIEH. 

En revenant vers Kolounieh, et à huit minutes à l'ouest-nord- 
ouest de ce village, nous rencontrons sur un monticule d'autres 
ruines, appelées Kkirbet Farhan, {j\^j^ ^j-^' ^^ ^^^* celles d'un 
ancien hameau. Deux sources, dérivant de conduits antiques, y 
coulent encore et servent aux habitants de Kolounieh : l'une m'est 
désignée sous le nom d'A'în Djouz, jys^ (j^, l'autre sous celui 
d'y4Vn Dedjadjy ^U»-^ /j^. Plusieurs tombeaux creusés dans le roc 
les avoisinent. 



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264 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE DIXIÈME. 

KASTHOUL. SOUBA. EST-CE L^ANCIENNE VILLE DE MODIN ? DISCUSSION À CE 

SUJET. KHIRBET KEBALEH. BEIT-NAKOUBEH. KIRIET EL-a'nAB. 

KASTHOUL. 

Le 3o avril, après avoir de nouveau jeté un coup d'œil sur les 
ruines de Kolounieh, je quitte ce village à six heures cinquante- 
cinq minutes du matin, et je m'avance d'abord dans la direction 
de Fouest, en suivant la grande route de Jérusalem à Jaffa. 

A sept heures cinq minutes, je laisse à ma gauche, sur le bord 
du chemin, une source peu abondante, appelée A'ïn el-Asqfiry ^^x^ 

A sept heures trente minutes, parvenu au pied de la montagne 
de Kasthouly JJaA^i , j'en gravis les pentes et j'arrive au pied d'une 
tour dont les soubassements sont antiques, du moins en partie, et 
dont tout le reste est moderne. Elle appartient m'a-t-on dit, à l'un 
des membres de la famille Abou-Goch, De son sommet on jouit 
d'une vue très-étendue et l'on aperçoit très-distinctement la mer. 
Auprès de cette tour, quatre maisons, à moitié détruites, sont ha- 
bitées par de pauvres fellahs arabes. A quelque distance de là, 
s'élève un oualy consacré à un santon connu sous le nom de Cheikh 
Ahmed el-Keraki, J]pfl ^x^! guû. Le mot Ka8th4)ul semble dériver 
de quelque castellum que les Romains auront construit en cet en- 
droit et dont la tour mentionnée tout à l'.heure, et qui a dû être 
plusieurs fois détruite et rebâtie, offrirait les débris. Le long des 
' lianes de la montagne, on remarque encore les traces d'une voie 
antique. Néanmoins, là ne paraît pas avoir jamais existé soit une 
ville, soit même un bourg de queh|ue étendue. Plusieurs voyageurs 
ont voulu y voir l'ancienne ville de Modin, la patrie des Machabées, 
mais, je crois, sans le moindre fondement. 



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CHAPITRE X. — SOUBA. 265 



SOUBA. 



A huit heures vingt-cinq minutes, je descends de Kasthoui, pour 
me diriger vers Souba, c'est-à-dire vers Touest-sud-ouest. Le sen- 
tier qui y conduit est très-accidenté. 

A huit heures quarante-cinq minutes, j'atteins les pentes infé- 
rieures du Djebel Souba y U^-» (>4^, Cette montagne, isolée et de 
forme conique, était couronnée à son sommet par une petite ville, 
réduite maintenant à l'état d'un simple village, qui est appelé de 
même Souba ^ \^yM9. Avant l'invasion d'Ibrahim -Pacha, c'était une 
place forte, environnée d'anciens remparts parfaitement construits 
en blocs magnifiques et bien appareillés; mais, en i834, après 
une assez vive résistance, elle fut emportée d'assaut par Ibrahim et 
presque entièrement démantelée. Néanmoins, il subsiste encore, 
sur plusieurs points, des pans entiers de murs presque intacts, 
attestant, par la régularité et les grandes dimensions de leurs as- 
sises, la beauté de l'enceinte qui entourait cette ville et qui alors, 
quoiqu'elle eût déjà beaucoup soufiFert du temps et plus encore 
des hommes, était toutefois assez bien conservée pour offrir, mal- 
gré ses nombreuses brèches, un abri suffisant aux habitants de 
Souba. Sur le point culminant de la montagne s'élève une petite 
tour moderne, dont les fondations seules sont en partie antiques; 
elle a été rebâtie depuis une vingtaine d'années. Dans plusieurs 
maisons où je pénètre, j'observe un certain nombre de beaux blocs, 
bien équarris, engagés dans la construction, et qui proviennent soit 
des remparts, soit d'anciens édifices renversés. Dans une maison 
qui est affectée aujourd'hui à la réception des étrangers, les habi- 
tants m'affirment avoir vu autrefois d'anciens tombeaux, actuelle- 
ment comblés. A les en croire, il y avait là une crypte funéraire 
assez vaste, dont ils ne parlent qu'avec admiration. 

En dehors de la ville, je remarque plusieurs tombeaux antiques 
creusés dans le roc : ce sont des grottes maintenant bouchées et 
qui servent encore aux habitants de Souba pour y enterrer leurs 
morls; l'ouverture en est, à cause de cela, fermée avec de grosses 



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266 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

pierres, qu'ils enlèvent lorsqu'ils ont à y introduire un nouveau 
cadavre. Devant une de ces grottes sépulcrales, qui renferme, 
m'a-t-on dit, un assez grand nombre de fours à cercueils, s'étend 
une plate-forme pratiquée sur le roc aplani et qui est transformée 
en aire, à l'époque de la moisson. On y observe des entailles des- 
tinées peut-être jadis à encastrer et à asseoir des constructions. 

En continuant à faire le tour de la partie supérieure de la 
montagne, je distingue une seconde plate-forme semblable devant 
d'autres grottes funéraires, soit bouchées, soit détruites. Au bas 
de la montagne, vers l'est, un magnifique chêne vert est, depuis 
plusieurs siècles, le rendez-vous ordinaire des habitants. Ses im- 
menses rameaux forment, en effet, un vaste abri, impénétrable aux 
rayons du soleil. Alentour gisent un certain nombre de tombeaux 
musulmans. 

Plus bas encore, s'étendent dans une vallée de frais jardins 
plantés de divers arbres fruitiers, tels que cognassiers, orangers, 
citronniers et grenadiers. On m'y a signalé aussi quelques tombeaux 
creusés dans le roc. .Ces vergers sont arrosés par les eaux prove- 
nant d'une fontaine antique, où les femmes de Souba descendent 
sans cesse pour emplir leurs cruches ou leurs outres. 

Tel est, en peu de mots, l'aspect de cette bourgade ou plutôt 
de ce village, qui, aujourd'hui, ne contient guère plus de huit cents 
habitants. La tradition actuelle , généralement adoptée et par les 
chrétiens et parles musulmans du pays, veut que ce soit l'antique 
ville de Modin, l'illustre patrie des Macliabées et le lieu de leur 
sépulture. Nous n'avons malheureusement pas de renseignements 
très-précis qui nous permettent de 6xer avec certitude la position 
de cette ville. 

Le livre I des Machabées nous apprend qu'elle était sur une 
montagne. 

In diebus illis surrexil Mathaihias filius Joannis, filii Sinieonis, sacerdos ex 
filiis Joarib, ab Jérusalem, et consedil iii monte Modin K 

' Machabées, I. l, c. ii , v. i. 



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CHAPITRE X. — SOUBA. 267 

ffEn ce temps-là Mathatbias fils de Jean, fils de Sîméoii, prêtre denlre 
les enfants de Joarib, sortit de Jérusalem et se retira sur la montagne de 
Modin.7) 

Nous savons, par les versets 1 5 et 17 du même chapitre, que 
cette montagne portait une ville, appelée pareillement Modin, et 
que Mathatbias en était l'un des personnages principaux, 

i5. Et venerunt illuc qui missi erant a rege Antiocho, ut cogèrent eos qui 
confugerant in civitatem Modin immolare et accendere thura, et a lege Dei 
discedere. 

16. *Et multi de populo Israël consentientes accesserunt ad eos, sed Matha- 
tbias et filii ejus constanter steterunt. 

17. Et respondentes qui missi erant ab Antiocho dixerunt Mathathiœ : Prin- 
ceps et clarissimus et magnus es in bac civitate, et ornatus filiis et fratribus. 

frLes envoyés du roi Antiocbus vinrent pour contraindre ceux qui s'étaient 
réfugiés dans la ville de Modin de sacrifier et de brûler de 1 encens et d'aban- 
domier la loi de Dieu. 

ff Beaucoup d'hommes du peuple d'Israël y consentirent et se joignirent à 
eux; mais Mathatbias et ses fils demeurèrent fermes. 

«Et ceux qu'Anliochus avait envoyés dirent à^Matbalbias : Vous êtes le pre- 
mier, le plus grand et le plus considéré de cette ville, et vous recevez encore 
une nouvelle gloire de vos fils et de vos frères. r> 

Pressé par les officiers de ce prince d'abjurer la loi de ses pères 
et sa fidélité aux préceptes du Seigneur, ce respectable vieillard 
refusa d'obéir et de donner ainsi à son peuple cet exemple de hon- 
teuse apostasie. 

Cependant un Juif s'avança sous les regards de tous, pour 
sacrifier aux idoles sur l'autel qu'on avait dressé dans la ville de 
Modin. C'est alors que Mathalhias, saisi d'une sainte indignation, 
se précipita sur le prévaricateur et le tua sur l'autel; il immola en 
même temps de sa main l'un des officiers d'Antiochus et renversa 
l'autel, puis, s'écriant à haute voix : cr Quiconque est zélé pour la 
loi et veut garder constamment l'alliance du Seigneur, qu'il me 
suive, 11 il s'enfuit avec ses fils sur les montagnes, et ils abandon- 
nèrent tout ce qu'ils avaient dans la ville pour se retirer dans le 
désert. 



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268 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Le dernier verset de ce chapitre nous fait connaître que Matha- 
thias fut enterré à Modin. 

Et defunctus est anno centesimo et quadragesimo sexto, et sepultus est a 
filiis suis in sepuicris patrum suorum in Modin, et planxerunt eum omnis 
Israël planctu magno. 

«rEt il mourut Tan i46 [de Tère des Séleucides, et non de sa vie], et il fut 
enseveli par ses fils dans le sépulcre de ses pères, à Modin, et tout Israël le 
pleura avec de grands gémissements. ?> 

De ce chapitre il résulte que Modin était sur une montagne ap- 
pelée comme là ville elle-même, que Mathathias en était le per- 
sonnage le plus important et que c'était sa cité natale, puisqu'il y 
avait son tombeau de famille et qu'il y fut enseveli après sa mort. 
Mais où était cette ville? Rien ne nous l'apprend. On pourrait 
toutefois conjecturer qu elle n'était pas fort éloignée de Jérusalem , 
attendu que Mathathias alla se réfugiera Modin, après avoir quitté 
la Ville sainte, que profanait l'idolâtrie. Dans tous les cas, elle ap- 
partenait à la tribu de Juda, car dans le chapitre i, verset 56, du 
même livre des Machabées, il est dit: 

Et jusserunt civitatibus Juda sacrificare. 

frEt [les officiers du roij commandèrent aux villes de Juda de sacrifier.^ 

Et un peu plus bas, verset 67 : 

Die quinta décima mensis casleu, quinto et quadragesimo et centesimo 
anno, œdificavit rex Antiochus abominandum idolum desolalionis super altare 
Dei, et per universas civitates Juda in circuitu œdificaverunt aras. 

ffLe quinzième jour du mois de casleu, en la cent quarante -cinquième 
année [de Tère des Séleucides], le roi Antiochus dressa Tabominable idole de 
la désolation sur Fautel du Seigneur, et Ton bâtit des autels dans toutes les 
villes de Juda. -n 

C'est en vertu de ces ordres d'Antiochus que nous avons vu un 
autel érigé à Modin pour y sacrifier aux faux dieux, et cet autel 
renversé courageusement par Mathathias. Mais poursuivons le dé- 
pouillement du livre I des Machabées et cherchons-y seulement les 
passages où il est question de Modin. 



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CHAPITRE X. — SOUBA. 269 

Au chapitre ix, verset 19, nous lisons: 

Et Jonathas et Simon lulerunt Judam, fratrem suuni, et sepelierunt eum in 
sepulcro patrum suorum in civitate Modin. 

Judas venait de succomber sur le champ de bataille dans une 
lutte inégale contre l'armée syrienne commandée par Bacchide, 
général de Démétrius. Ses frères Jonathan et Simon enlèvent son 
corps et l'ensevelissent dans le sépulcre de ses pères, à Modin. 

Le chapitre xni nous donne de précieux détails sur le magnifique 
tombeau que Simon fit construire, à Modin, en l'honneur de son 
père et de ses frères. 

9 5. Et misit Simon, et accepit ossa Jonathae fratris sui, et sepelivit ea in 
Modin , civitate patrum ejus. 

96. Et planxerunt eum omnis Israël planctu magno, et luxeront eum dies 
muitos. 

97. Et œdificavit Simon super sepulcrum patris sui et fratrum suprum œdi- 
licium altum visu, lapide polito retro et ante. 

98. Et statuit septem pyramidas, unam contra unam, patri et matri, et 
quatuor fratribus. 

99. Et bis circumposuit columnas magnas, et super columnas arma, ad 
memoriam œternam; et juxta arma naves sculptas, quœ viderentur ab omni- 
bus navigantibus mare. 

3o. Hoc est sepulcrum quod fecit in Modin, usque in hune diem. 

«r Alors Simon envoya quérir les os de son frère Jonathan et les ensevelit à 
Modin , qui était la ville de ses pères. 

crTout Israël fit un grand deuil à sa mort, et le pleura longtemps. 

(tEt Simon fit bâtir sur le sépulcre de son père et de ses frères un haut 
édifice qu'on voyait de loin, en pierre polie devant et derrière. 

frEt il établit sept pyramides Tune contre l'autre, pour son père, sa mère 
et ses quatre frères ^ 

frEt il plaça autour de ces pyramides de grandes colonnes et sur les colonnes 
il mit des armes, comme souvenir étemel, et auprès des armes des navires 
sculptés, qui pussent être vus de tous ceux qui navigueraient sur k mer. 

«Tel est le sépulcre qu il fit à Modin et qui se voit jusqu'à ce jour.w 

Je reproduirai tout à Theure la description que donne de ce 
' La septième ëtait probablement pour lui-ra^me. 



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270 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

même momiment rhistorieii Josèphe. Pour le moment, demandons- 
nous si, d'après les détails renfermés dans ce texte, Souba peut 
être identifié avec l'ancienne Modin. Du haut de la montagne que 
couronne ce village voit-on distinctement la mer, et, récipro- 
quement, de la mer aperçoit-on Souba? 

A cela je réponds que, de plusieurs points du village de Souba, 
j'ai parfaitement aperçu la mer et même distingué très-nettement 
les maisons de Jaffa. Si quelques voyageurs prétendent que de 
Souba la Méditerranée n'est pas visible, c'est, évidemment, ou bien 
qu'ils ne se sont pas placés dans une position convenable, ou bien 
que le jour où ils sont venus à Souba le ciel était couvert et que 
l'horizon, voilé de nuages, était, par conséquent, plus limité. En 
effet, à vol d'oiseau, la mer n'est éloignée de cette localité que 
d'un intervalle de trente-cinq kilomètres à peine, du côté d'Yeb- 
neh. Or, en Palestine, pendant six mois de l'année au moins, 
l'atmosphère est si transparente, qu'on distingue à d'immenses 
distances des objets qui, ailleurs, ne seraient pas perceptibles à 
l'œil nu. Je ne serais donc nullement étonné que, réciproquement, 
de la mer on pût apercevoir la hauteur de Souba, bien que moi- 
même je n'aie pas vérifié le fait. Je ne regarde pas, non plus, 
comme invraisemblable qu'il soit possible de discerner de la mer 
un monument considérable qui s'élèverait sur le sommet de la mon- 
tagne de Souba. Sans doute, les détails d'un pareil édiflce, comme, 
par exemple, des trophées d'armes et des vaisseaux sculptés, échap- 
peraient au regard le plus perçant; mais l'ensemble d'un mausolée 
monumental semblable à celui dont il est question dans les versets 
précédents, qui couronnerait le plateau de Souba, pourrait, à mon 
avis, être aperçu de la mer, sans le secours d'aucun instrument. 

L'historien Josèphe fait mention du même monument; voici en 
quels termes il le décrit : 

^ifÂGJv Se xai (xvtjfmov (léyiarlov (jjxoSôfxriare tçS «raTp} xa\ to7s dSeX<po7s 
aÙTOv ix \i6ov Xevkov xeà dre^eerfiévov. lEU zfoXv S* atSrà xoà etploT^ov àva- 
yayùv ii^os, arloàs ^mep) avTb jSaXXeTq^ xal alvXovs ixovoXiOovs^ d-avfjLaalbv 
iSeîv ^pHfÂa^ dvi(rlïicri • tsphs Tovrois Se xal t&vpoLfAtSaç éTilà, toÎs ts yovBvai 



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CHAPITRE X. — SOUBA. 271 

xai ToUàSek(poUy éxaaief) (Âiov^ <ji)xoS6(uijG'ev, eh ixntXn^iv pLeyéOovs re Svexa 
Koi xakXous zfenotrj (levas, àî xaï [lé'xjpi Sevpo (Tci^oviai '. 

ff Eu outre , Simon fit construire pour son père et ses frères un très-grand 
monument de pierre blanche et polie. Il Téleva à une hauteur considérable, 
de manière à le rendre visible de très-loin , et il Tentoura de portiques que 
soutenaient des colonnes monolithes, ce qui formait un ouvrage admirable à 
voir. A cela il ajouta sept pyramides, pour ses parents et pour ses frères, une 
pour chacun d'entre eux; faites pour provoquer Tétonnement par leur gran- 
deur et par leur beauté, elles subsistent encore aujourd'hui.)» 

Josèphe, comme l'observe M. de Saulcy, ne parle pas du fait 
que le tombeau des Machabées était visible de la mer. 

trJe pense, dit ce savant, qu'il a eu parfaitement raison de le 
faire et que le verset 29 du livre I des Machabées, rapporté ci- 
dessus, doit être entendu autrement qu'il ne l'a été jusqu'ici. Des 
navires étaient sculptés au-dessus des colonnes du monument, et 
peut-être l'écrivain sacré a-t-il voulu dire que ces navires étaient si 
fidèlement représentés, qu'ils étaient dignes d'être vus de tous les 
marins de profession ^. -n 

Effectivement, quand même, au lieu de placer Modin à Souba, 
on rapprocherait cette ville de Lydda et, par conséquent, de la 
mer, conformément aux indications d'Eusèbe et de saint Jérôme, il 
n'en serait pas moins impossible aux navigateurs longeant le rivage 
de distinguer de semblables sculptures sur la frise d'un monument, 
quelque gigantesque et haut situé qu'il fût, à une distance qui ne 
dépasserait pas même celle de Lydda à la Méditerranée. Il faut donc 
ici ne pas prendre à la lettre ces mots du texte latin de la Vulgate : 

Et juxta arma naves sculptas quœ viderentur ab omnibus navigantibus mare, 

mots qui correspondent exactement à ceux du même verset du texte 
des Septante : 

Kûà "OOLpà taU "BfovonXicus tjXoia iniyeyXviAfxéva eh rb B'SCJpeicrOai Cwb 
iffOLvrcjv T&v '^XeàvTeov Ttjv d-dXaaaav. 

Ou bien il faut les traduire comme le fait M. de Saulcy, quoique 

' Josèphe, Antiquités jttd, 1. XHl, c. vi, .S 5. — ' De Saulcy, L'Art judaïque, p. 877. 



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272 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

le sens le plus naturel et aussi le plus grammatical soit celui qui 
est généralement adopté. Ou bien enfin serait-il permis de penser 
que ni la version des Septante, ni celle delà Vulgate n'ont ici par- 
faitement rendu le texte hébreu, que nous n'avons plus? Peut-être, 
dans l'original, les mots qui, dans les deux traductions grecque 
et latine, se rapportent exclusivement aux vaisseaux sculptés qui 
pouvaient être vus par tous ceux qui naviguaient sur la mer^ s'ap- 
pliquaient-ils, en réalité, à l'ensemble du monument, lequel, par 
son élévation et sa grandeur propre et la hauteur aussi du lieu où 
il avait été construit, pouvait frapper de loin les regards, non- 
seulement de ceux qui étaient en Judée, mais encore de ceux qui 
en longeaient sur mer les côtes. 

En même temps que Siojon érigeait à Modin un magnifique mau- 
solée en l'honneur de son père^ de sa mère et de ses frères, il dut 
aussi probablement mettre sa ville natale à l'abri d'un coup de main 
de l'ennemi, soit en l'environnant de remparts, soit en réparant 
ceux dont elle était déjà entourée; car dans le même chapitre xui 
du livre I des Machabées, on lit, au verset 33 : 

Et œdificavit Simon prœsidia Judœœ, niuniens ea lurribus excelsis, et mûris 
magnis, et portis, elseris; et posait alimenta in munitionibus. 

Bien que ce verset ne mentionne aucune des places de la Judée 
dont Simon répara ou construisit les fortifications, il est à croire 
que celui-ci n'oublia pas, dans l'accomplissement de pareils tra- 
vaux, la ville de Modin, qui lui était doublement chère, et parce 
qu'il y avait reçu le jour, et parce qu'elle renfermait les cendres de 
ses ancêtres, de ses parents et de ses frères. 

Au chapitre xvi, un passage très-précieux semble indiquer que 
Modin n'était pas fort éloignée de la plaine des Philistins. Cendébée, 
l'un des généraux d'Antiochus Sidètes, avait construit ou plutôt 
fortifié, non loin d'Iamnia, une ville que les Septante désignent 
sous le nom de KéSpoûv, et la Vulgate, une fois sous celui de 
GedoTy et, dans une autre circonstance, sous celui de Cedron. De 
là il infestait tous les environs et menaçait le reste de la Judée. 



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CHAPITRE X. — SOUBA. 27;i 

Simon, déjà âgé, charge ses deux fds aînés, Judas et Jean Hyrcan, 
de marcher à sa rencontre. 

&. Après cela il choisit de tout le pays vingt mille hommes de pied et de la 
cavalerie; ils marchèrent contre Gendëbëe et passèrent la nuit à Modin. 

5. Et, s*étant lèves dès la pointe du jour, ils se rendirent dans la plaine. 
Tout à coup apparut une nombreuse multitude de fantassins et de cavaliers 
qui marchaient à leur rencontre, et un torrent séparait les deux armées. 

6. Jean fit avancer ses troupes vers eux, et, voyant que ses gens craignaient 
de franchir le torrent, il le franchit le premier; ce que voyant, ses soldais le 
passèrent après lui. 

7. Il divisa son infanterie en deux corps et mit au milieu sa cavalerie. Quant 
aux ennemis, ils avaient un grand nombre de cavaliers. 

8. Aussitôt que les trompettes sacrées eurent retenti, Cendébée prit la fuite 
avec toutes ses troupes. Beaucoup furent blessés et tués, et le reste s'enfuit dans 
la forteresse. 

9. Judas, frère de Jean, fut blessé en cette occasion, et Jean poursuivit les 
ennemis jusqu'à ce qu'il arrivât à Cédron, qu'il avait bâtie. 

10. Us s'enfuirent jusqu'aux tours qui étaient dans la campagne d'Azot, et 
Cendébée fit brûler ces tours. 

La ville de Cédron, appelée G^rfor dans le verset correspondant 
des Septante, était située au sud-est et dans le voisinage d'Iamnia, 
ainsi que je le montrerai ailleurs. On la retrouve, très-probable- 
ment, dans le village actuel de Kathrah, qu'on prononce également 
Gadrah. Près de là serpente, au nord et à Test, un oued qui va se 
jeter plus loin à la mer, sous le nom de Nahr Roubiriy et qui paraît 
être le torrent qui séparait les deux armées et que Jean Hyrcan 
franchit le premier, pour donner du courage à ses troupes, qui hési- 
taient à le traverser. C'est donc sur sa rive gauche qu'eut lieu la 
bataille racontée dans les versets précédents. 

Mais, avant d'arriver à ce torrent, Jean Hyrcan et son frère 
avaient quitté Jérusalem avec une armée de vingt mille fantassins, 
que Simon avait rassemblés, sans compter la cavalerie. Ils avaient 
fait halte pour la nuit, le premier jour de marche, à Modin, que 
les Septante écrivent MciôSetv : èxoifirfdrfCTOiv èv MeoSsiv. 

Le lendemain matin , ils se remettent en mouvement et se diri- 
gent vers la plaine. 

1. 18 



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274 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Dans la Vulgate nous lisons : 
Et surrexorunt mane et ablerunl in campum. 

Le texte grec est encore plus précis, grâce à l'article tcJ, qui pré- 
cède le mot "cseSiov : 

Kal dvae/ldvres jb tsfpcûi énop&iovTo eh rà ^tseSiov, 

Il s'agit ici, non pas d'une plaine indéterminée, mais de là grande 
plaine y de la plaine proprement dite, to tssSIov^ que les Juifs appe- 
laient Sephela^ en hébreu Chephelah, et, avec l'article, Hach-Che- 
phelahy par opposition avec la partie montagneuse de Juda. 

Une fois descendus dans la plaine, les Juifs se trouvent en pré- 
sence des ennemis; un torrent sépare les deux armées. Les Syriens, 
vaincus, sont poursuivis jusqu'à la ville de Gédor ou Cédron, et de 
là jusqu'aux tours situées dans la vallée d'Azot. 

Pour satisfaire aux diverses données de ce récit, il me semble 
impossible de maintenir, comme le veut la tradition actuelle, la 
ville de Modin à Souba ; car, si l'armée de Jean Hyrcan et de Judas 
avait couché la première nuit à Souba, regardé comme étant l'an- 
cienne Modin, elle aurait eu, le lendemain , une marche très-longue 
et très-pénible à faire à travers une suite de montagnes, avant 
d'atteindre la plaine, et il est tout à fait invraisemblable qu'elle 
ait pu encore, ce jour-là même, battre l'ennemi et le poursuivre 
jusqu'aux portes de Gedor ou de Cédron, non loin d'Iamnia, et jus- 
qu'aux tours du territoire d'Azot. 

Ce passage me parait donc contredire formellement l'opinion qui 
place à Souba la patrie des Machabées. 

N'oublions pas, du reste, qu'Eusèbe et saint Jérôme ont placé 
tous deux Modin dans le voisinage de Diospolis ou Lydda, et, par 
conséquent, dans une position beaucoup plus rapprochée de cette 
dernière ville que ne l'est Souba. 

Dans YOnomasticony au mot Mo^e/jx, nous lisons, en effet : 

MoSeifAf xcifÀrj isXrialov Aioa-nôXecj^ y iOsv Hcrav ol Maxxaëaloiy Sïv xai rà 
fivfffiaTa eU Iri vvv SsUvvrat, 



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CHAPITRE X. - SOUBA. 275 

Saint Jérôme traduit littéralement ce passage, sans le modifier., 
et semble confirmer ainsi le témoignage d'Eusèbe : 

Modeim, vicusjuxta Diospolim,undefiieruntMaccbabœi, quorum hodieque 
ibidem sepulcra monslrantur. 

Ce même Père de l'Eglise ajoute : 

Satis itaque miror quomodo ADtiochiœ eorum religuias ostendunt, autquo 
hoc certo auctore sit creditum. 

Par cette dernière phrase saint Jérôme paraît confondre les sept 
frères Machabées qui subirent avec leur courageuse mère le mar- 
tyre sous Antiochus Ëpiphane, et dont les reliques furent déposées 
plus tard à Antioche, dans une l^asilique érigée en leur honneur, 
à l'époque chrétienne, avec les héroïques fils de Mathathias, qui 
naquirent à Modin et y furent enterrés. On croit généralement que 
les premiers furent martyrisés à Antioche; il n'est donc pas étonnant 
qu'on y vénérât dans la suite leurs saintes dépouilles, entièrement 
diflFérentes de celles de ces autres Machabées qui, eux aussi, mais 
d'une manière différente, luttèrent si vaillamment, les armes à la 
main , pour la défense de leur foi et de leur patrie. 

Le livre II des Machabées ne nous fournit aucun renseigne- 
ment nouveau sur la ville de Modin. Seulement, au chapitre xni, 
verset lûj il est rapporté que Judas Machabée, à la nouvelle de 
l'approche d'Antiochus Eupator avec une armée formidable, sortit 
de Jérusalem à sa rencontre et alla camper avec ses troupes près 
de Modin. Il attaqua de nuit le quartier du roi et lui tua quatre 
mille hommes. 

Interrogeons maintenant l'historien Josèphe. 

Au livre XII des Antiquités judaïques, cet écrivain nous apprend 
que Modin, qu'il appelle HeoSielfi, était un bourg de la Judée, ce 
que la Bible ne nous avait pas dit d'une manière si expresse : 

Karà Se rbv aùrbv xaipbv ijv tis oUSv êv MajSteïfXy xcifjLp liis lovSataÇy 
6vo(ia MaTTaOias y vlbs teûdvvov lov ^viieâtvos tov A<Ta(iQJveUov '. 

* Josèphe, Antiquités judaïques , I. XII, c. vi, S i. 

i8. 



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276 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A sa mort, Mathathias est enseveli à Modin par ses fils. Judas, 
après sou glorieux trépas sur le champ de bataille, est également 
transporté à Modin par ses frères Simon et Jonathan, et enterré 
dans le tombeau de son père. 

J'ai déjà cité plus haut l'important passage où Josèphe décrit le 
superbe mausolée élevé ensuite à Modin, par Simon, à la mémoire 
de son père et de ses- frères. 

Tels sont les seuls documents que nous trouvions dans cet écri- 
vain par rapport à Modin. Il se contente de nous dire que Modin 
était un bourg de la Judée; que c'était la patrie de la famille des 
Machabées, qui y avaient leur tombeau; mais rien dans son récit 
ne nous met sur la voie du district particulier où ce bourg était 
situé dans la Judée. 

En résumé, d,es divers passages où la ville de Modin est men- 
tionnée, soit dans les deux livres des Machabées, soit dans l'histo- 
rien Josèphe, il résulte que c'était une place de la Judée, sur une 
montagne et assez voisine de la plaine des Philistins ou de la Che- 
phehh. Deux fois les armées des Machabées y campèrent, la veille 
de deux batailles mémorables, gagnées, l'une par Judas sur Antio- 
chus Eupator, et l'autre par les fils aînés de Simon sur Cendébée. 
Dans ces deux circonstances, les Juifs avaient atteint cette ville 
en un seul jour de marche en partant de Jérusalem , et ils avaient 
attaqué l'ennemi avant qu'il eût envahi la Judée proprement dite, 
c'est-à-dire la partie montagneuse de Juda. En ce qui concerne la 
première bataille, cela semble ressortir des versets suivants : 

i3. Ipse vero [Judas] cum senioribus cogitavit, priusquam rex [Antiochus 
eupator] admoveret exercitum ad Judœam et obtineret civîtatem, exire et Do- 
minî judicio committere exitum rei. 

!&. Dans itaque poteslatem omnium Dec mundi creatori et exhortalus suos 
ut fortiter dimicarent et usque ad mortem pro legibus, temple, civitate, patria 
et civibus starent, circa Modin exercitum constituil. 

i&. Et, dato signo suis Dei victoriœ, juvenibus fortissimis electis, nocte 
aggressus aulam regiam, in castris interfecit quatuor millia et maximum 
elephantorum cum his qui superposili fuerant^ 

* ^facluibécs, I. Il, c. xiii, v. i3-i5. 



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CHAPITRE X. — SOUBA. 277 

rr Judas, ayant tenu conseil avec les anciens, résolut de marcher contre le roi 
avant qu'il eût fait entrer ses troupes dans la Judëe et qu'il se fût rendu maitre 
de la ville, et d'abandonner au jugement du Seigneur Tëvënement de cette en- 
treprise. 

(T Remettant donc toutes choses au pouvoir de Dieu, créateur de Tunivers, 
et ayant exhorté ses gens à combattre vaillamment et jusqu'à la mort pour la 
défense de leurs lois, de leur temple, de leur ville, de leur patrie et de leurs 
concitoyens, il fit camper son armée près de Modin. 

R Et , après avoir donné aux siens pour signal la victoire de Dieu et pris avec lui 
les plus braves d'entre les jeunes guerriers, il attaqua de nuit le quartier du 
roi, et tua dans son camp quatre mille hommes et le plus grand des éléphants 
avec tous ceux qu'il portait, y* 

Antiochus Eupator, marchant contre Jérusalem, devait naturel- 
lement prendre Tune des routes qui conduisent à cette ville. Comme 
il traînait avec lui cent dix mille hommes de pied, cinq mille cava- 
liers, vingt-deux éléphants et trois cents chars armés de faux, il ne 
pouvait pas s'engager, en dehors des trois voies principales qui 
mènent à Jérusalem, à travers le massif montagneux de la Judée. 
Modin devait donc être sur Tune de ces trois voies; mais laquelle? 
Est-ce celle du nord, du centre ou du sud? J'opine pour cette der- 
nière; car la seconde bataille livrée contre Cendébée par Jean Hyr- 
can et Judas, son frère, eut lieu non loin de la ville de Gedor ou 
Cédron, voisine elle-même dlamnia. Or, pour marcher au-devant 
de l'ennemi dans cette direction, les deux fils de Simon avaient dû 
prendre, en partant de Jérusalem, la route la plus méridionale, et 
comme ils passèrent la première nuit à Modin et que le lendemain 
'matin ils descendirent dans la plaine pour combattre le même jour 
l'ennemi, il s'ensuit qu'il faut chercher Modin sur cette roule mé- 
ridionale, à une distance peu éloignée de la plaine. Par conséquent, 
la position de Souba, qui n'est pas sur celte route et qui, en outre, 
est trop distant de la plaine, semble ne répondre nullement aux 
données des Livres saints. 

Quand je parlerai de Lathroun, je dirai que cette dernière loca- 
lité me paraît devoir être identifiée de préférence avec Modin. Souba, 
néanmoins, passe, depuis plusieurs siècles, pour être la patrie des 



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278 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

MacHabées et jouit communément de cette réputation , qu'une longue 
tradition, remontant peut-être jusqu'au moyen âge, a comme ac- 
créditée. Mais si l'on interroge TEcriture sainte, on voit que des 
doutes sérieux peuvent sélever contre cette tradition. Eusèbe et 
saint Jérôme la battent en brèche également, en plaçant dans le 
voisinage de Lydda la ville de Modin. La Mischna^ et les Commen- 
taires de Bartenora et de Maimonides fixent à quinze milles la dis- 
tance qui séparait Modin de Jérusalem, distance qui est à peu près 
le double de celle qui existe entre la Cité sainte et Souba. 

Robinson^ voit dans Soiibg_jjijiripnnf> Ram^thaïn^-Sopliim, ja 
patrie du prophète Samuel. Mais cette conjecture, ainsi que je le 
montrerai ailleurs en décrivant Neby Samouïl, me semble contre- 
dite formellement par plusieurs passages deFEcriture, qui placent, 
non dans la tribu de Juda, mais plus au nord, dans la montagne 
d'Ephraïm, la résidence et le tombeau de ce prophète. 

Il vaut mieux, je crois, avouer que, malgré Timportance de la 
position de Souba, malgré aussi celle des beaux remparts dont elle 
était jadis entourée, comme l'attestent les magnifiques pans de 
murailles encore debout qui ont échappé à la destruction ordonnée, 
en 1 836, par Ibrahim-Pacha, on n'a jusqu'à présent découvert, d'une 
manière indubitable, a ucune ville ou bourgade antique q ui puiss e 
Atre identifiée, sans conteste, avec cette localité intéressante. 

KHIRBET KEBALEH. 

A dix heures, je quitte Souba et je prends la direction du nord. 

A dix heures trente minutes, je remarque quelques tombeaux 
creusés dans le roc, à gauche du sentier accidenté que nous suivons. 

A dix heures quarante-cinq minutes, je fais halte au Khirbet 
Kebaleh, «IL^ i^^. Ces ruines sont celles d'un château fort du 
moyen âge. Situé dans une vallée fertile, sur les bords d'un ruis- 
seau qu'alimente une source intarissable, il mesure cinquante pas 

' Pêëochùn, c. IX, S 2. — ' Biblical Researches in Pahstiue, t. H , p. G-io. 



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CHAPITRE X. — KlRiET EL-A^NAB. 279 

de long sur trente-cinq de large et était défendu par trois tours. 
Les pierres avec lesquelles il a été construit sont la plupart grandes 
et bien aplanies; quelques-unes sont relevées en bossage. Dans 
l'intérieur, au milieu d'un amas confus de décombres, on distingue 
les débris d'une petite chapelle. Plusieurs magasins souterrains, à 
voûtes ogivales, sont assez bien conservés. Aucun village ne s'élève 
alentour. Seulement le long de Youed s'étendent des jardins, que 
cultivent les habitants de Beit-Nakoubeh et qui sont remplis de su- 
perbes cognassiers. Au sud du château , quatre gigantesques chênes 
verts, dont les troncs énormes et les rameaux vigoureux accusent 
une vieillesse très-avancée et très-vivace en même temps, offrent, 
sous leurs branches entrelacées, un délicieux et épais ombrage. Le 
ruisseau qui donne tant d'agrément à cet endroit, à la fois sauvage 
et gracieux, forme deux petites cascades, à cause des espèces de 
gradins que l'on observe, sur deux points différents, dans le lit 
rocheux où il coule. 

A onze heures quarante-cinq minutes, je poursuis ma route vers 
le nord. 

A onze heures cinquante minutes, je passe sous l'unique arche 
d'un petit pont qui doit être fort ancien. 



BEIT-NAKOUBBH. 



A midi, je parviens à Beit-Nakoubeh, ibyij 4;;-^^. Ce village, peu 
considérable, est situe sur une colline dont les pentes sont cultivées. 
11 contient deux cents habitants, qui paraissent très-pauvres. Je n'y 
remarque aucun débris antique; le nom seul qu'il porte doit l'être 
probablement. Une source y fournit une eau naturellement bonne ; 
mais elle est fort mal entretenue. 



KlRlET EL-ANAB. 



En descendant de Beit-Nakoubeh, je prends le chemin de Kiriel 
el-A'nab, où j'arrive à midi trente minutes. J'ai déjà, dans un autre 



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280 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

chapitre, décrit suffisamment ce village, lancienne Kiriath-Iearim , 
selon toute apparence. 

A peine suis-je installé sous ma tente ; qu'un des frères du cheikh 
vient me visiter avec deux des notables de cette localité; il cherche 
à sonder le but de mon voyage. Je lui réponds que mes recherches 
sont purement scientifiques, et que j'étudie tout ce qui se rapporte 
aux anticfuités, à l'histoire et à la géographie de la Palestine. En 
même temps, j'offre à mes hôtes le café. Après leur départ, je vais 
rendre ma visite au cheikh lui-même. Je le trouve accroupi sur une 
natte, dans un emplacement carré, qu'ombragent plusieurs vieux 
mûriers. C'est là que, pendant la belle saison, Abou-Goch a coutume 
de tenir son divan. Âgé de soixante ans environ, il ne manque pas 
de dignité dans sa prestance et de finesse dans son regard. Autour 
de lui sont plusieurs bachibouzouks armés. A mon arrivée, il donne 
aussitôt l'ordre d'apporter un sorbet, et il s'efforce de dérider un 
instant son front, qui me parait tout soucieux. J'apprends, en effet, 
par mon drogman que le village est depuis quelques jours divisé 
en deux camps et qu' Abou-Goch, pour maintenir son autorité 
compromise, a appelé à son aide un certain nombre de bachibou- 
zouks. 

De retour sous ma tente, je m'aperçois que l'agitation augmente, 
vers le soir, parmi les habitants de Kiriet el-A'nab, et, pendant que 
je rédige mes notes de voyage, des cris tumultueux éclatent sur 
plusieurs points. Je recommande à mes deux bachibouzouks de 
rester neutres et de ne pas m'entraîner moi-même dans une que- 
relle à laquelle je désire demeurer étranger. 



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CHAPITRE XI. — SARIS. 281 



CHAPITRE ONZIÈME. 

SARIS (SABIS). KATHANNEH. KHIRBET KEFIRAH (kEPHIRAh). — » BBIT- 

NOUBA (nOB?). YALO (aÏALOn). a'mOUAS (kMMAÛS-NICOPOLIs). 

HALTE \ LATHROUN. 

SARIS. 

Le 1*^ mai, à sept heures du matin, je laisse le village de Kiriet 
el-A'nab encore tout troublé. Pendant la nuit, vingt-cinq habitants 
du parti hostile à Abou-Goch, dans la crainte d'être incarcérés par 
lui, ont pris la fuite dans les montagnes. 

Ma direction est celle de l'ouest, puis du sud-ouest. 

A sept heures trente-deux minutes, je suis au bas de Saris. La 
fontaine où les habitants de cette localité vont chercher de l'eau 
est renfermée dans une espèce de citerne, près de la route. Quant 
au village, il est comme caché dans la montagne, vers la gauche, 
derrière des bouquets d'oliviers. Après avoir gravi les pentes boi- 
sées qui y conduisent, je n'y trouve d'antique qu'un birkety de forme 
à peu près carrée et qui mesure treize pas sur chaque face; il est 
en partie taillé dans le roc et en partie construit avec des blocs 
d'assez grandes dimensions. Les maisons offrent un aspect misé- 
rable et délabré. Une petite tour ruinée date peut-être du moyen 
âge. 

A une faible distance et un peu au-dessus du village, s'élève un 
, bosquet touffu de chênes verts et de térébinthes, où, pendant l'été, 
les habitants trouvent un refuge contre les ardeurs du soleil. 

Sarisy en arabe o*^Ui», rappelle par son nom la ville antique 
de lldprfs, que mentionne l'historien Josèphe comme étant dans 
la tribu de Juda et comme ayant été habitée quelque temps par 
David, lorsqu'il cherchait à se dérober à la fureur et à la persécu- 
tion de Saiil. 



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282 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Airbf Se [^avfSvs], tov isrpo^i/TOt; xeXeua-avTOç avThv Trjv (lèv éptifiictp 
ixXiireîvy wopevOévra S* eU Tvjv xXtipov^iotv riiç iovSa <pvXrif iv oairp Stdytiv 
fselOeraiy xa2 ^mapœyepéfASPOç eU ^àlpriv tar^Xit^ év avril xœréfAeve^. 

((David, cédant aux ordres du prophète, quitte le dëseii;, se dirige vers le 
territoire de la tribu de Juda pour y demeurer, et, parvenu à la ville de Saris, 
il s'y établit, r 

C'est probablement aussi la même localité qui est marquée dans 
les Septante ^ sous le nom de ^cbpv^. D'autres manuscrits portent 
Q(iû€vs, mais à tort, je crois. 

Celui qui était entre les mains de saint Jérôme contenait évi- 
demment le mot Itdjptf^^ ainsi que cela résulte du passage suivant 
de ce Père de l'Église : 

Legimus juxta Septuaginta duntaxat Interprètes in Jesu Nave, ubi tribus 
Judœ urbes et oppida describuntur, inter cetera etiam hoc scriptum : Thaeco, 
etËphratha, hœc est Bethlehem , et Phagor, et TËtham, et Culon, et Tami, et 
Soris, et Caraem, et Gallim, et Bœther, et Manocho, civitates undecim, et 
viculi earum'. 

Dans le même chapitre de Josué, à propos des limites septen- 
trionales de la tribu de Juda, il est question d'un mont Séir, en 
hébreu har Séir, -riy^ in, chez les Septante opos ktjtjâp, dans la 
Vulgate mom Sevr, comme étant situé à l'ouest de Kiriath-Iearim , 
entre cette ville et Beth-Chemech (Bethsames) , et au nord de Ke- 
salon (Keslon). 

Et circuit [terminus] dé Baala contra occidentem usque ad montem Seir, 
Iransitque juxta latus montis larim, ad aquilonem, in Cheslon, et descendit in 
Bethsames transitque in Thamna ^. 

Or précisément, entre Kiriet el-A'nab, l'ancienne Baalah ou 
Kiriath-Iearim, au nord-est; Kesla, jadis Kesalon , au sud, et 
A'ïn Chems, autrefois Beth-Cheniech, au sud-ouest, s'étend une 
chaîne de montagnes âpres et sauvages, sur l'une desquelles est le 

' ]o^[Avi^ Antiquités judaïques y \.\\\ , ^ Commentaire sur Michce , c , \ . 

r. Ml, S k, * Josué, c. XV, v. lo. 

* Josué f c. \\, V. 60. 



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CHAPITRE XI. — KHIRBET KEFIRAH. 283 

village de Saris, qui parait avoir conservé, avec quelques modifi- 
cations, la dénomination hébraïque ou plutôt kananéenne de Séir. 
Celle-ci, comme je l'ai déjà dit ailleurs, signifie rwrf^, escarpé^ et 
s'appliquait également à une autre chaîne de montagnes située à 
l'est de la vallée d'Arabah et s'étendant depuis la mer Morte jus- 
qu'au golfe Ëlanitique. 

KATHANNEH. 

A huit heures quinze minutes ^ je redescends du village de Saris 
et je reprends la route de Kiriet el-A'nab. 

A huit heures cinquante-cinq minutes, avant d'arriver à cette 
dernière localité, je tourne à gauche et, marchant dans la direction 
du nord, je gravis une montagne, dont j'atteins le plateau à neuf 
heures quinze minutes. De là le regard embrasse une assez grande 
partie des monts de la Judée et la moitié environ de ceux de la 
Samarie. La Méditerranée se découvre à mes yeux dans une étendue 
considérable. Au sud, à mes pieds, est Kiriet el-A'nab. En ce mo- 
ment, plusieurs fellahs armés, appartenant à ce village et du parti 
opposé à celui d'Abou-Goch, passent près de moi au pas de course; 
ils fuient devant des cavaliers qu'on a lancés à leur poursuite. 

Je commence alors à descendre dans la direction de l'ouest-nord- 
ouest. 

A neuf heures quarante-cinq minutes, je parviens à Kathanneh, 
iûkâ. C'est un pauvre village, assis sur les bords d'un oued de même 
nom. Il contient deux cent cinquante habitants. La source qui sert 
à leurs besoins est excellente; l'eau sort de rochers qui ont été jadis 
taillés par la main de l'homme pour en extraire des blocs de cons- 
truction. 

KHIRBET KEFIRAH. 

Guidé par le cheikh du village, je fais l'ascension, vers le nord, 
dé la montagne rocheuse au pied de laquelle Kathanneh est bâti. 
Au bout de vingt minutes de marche par un sentier extrêmement 
roide, le cheikh me fait remarquer, dans les flancs supérieurs et 



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284 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

méridionaux de la montagne, six grandes citernes antiques, creusées 
dans le roc et revêtues autrefois d'un ciment très-épais, qui n'a pas 
encore complètement disparu. J'observe ensuite les traces d'un 
premier mur d'enceinte qui environnait une petite ville, détruite 
de fond en comble. Celle-ci m'est désignée sous le nom de Khù'bet 
Kefirah (ruines de Kefirah), »^aâ5 *j>»*. Le mur dont je viens de 
parler était construit avec des blocs d'un assez grand appareil, 
mais très-mal taillés et quelques-uns bruts encore. 

Plus haut, sur la partie culmii^ante de la montagne et en même 
temps de la ville, une seconde enceinte, plus petite et bâtie de la 
même manière, dont il est facile pareillement de suivre le péri- 
mètre, enfermait l'acropole ou la citadelle. On y remarque, conmie 
sur l'emplacement de la ville proprement dite, les vestiges de cons- 
tructions presque entièrement détruites. L'intérieur de ces deux 
enceintes, qui ne sont plus habitées, sans doute depuis de longs 
siècles, est actuellement envahi par de hautes herbes ou cultivé 
par les habitants de Kathanneh, qui y sèment, chaque année, soil 
de Forge, soit du froment. Ils y vénèrent, vers le nord-est, un oudy, 
qu'ombragent deux vieux chênes verts et qui est dédié à la mé- 
moire d'un santon qu'ils appellent Cheikh Ahou-Kafir^ jjM ^t ^. 
Il est impossible de ne pas admirer l'horizon qui se déroule aux 
regards du sommet de l'acropole de cette cité anéantie. La vue se 
promène sur une multitude de montagnes, qui composent le grand 
massif de la Judée et de la Samarie; à l'occident, la Méditerranée 
confond au loin son azur avec celui du ciel. 

Je ne sache pas qu'aucun Européen ait, dans les temps modernes, 
visité avant moi le Khirbet Kefirah. Robinson est le premier, je 
crois, qui en ait entendu parler en passant à Yalo, l'ancienne Aïa- 
lon , et il l'a placé sur sa carte sans avoir eu le temps d'aller l'exa- 
miner. J'adopte comme incontestable l'identification proposée par 
ce savant voyageur ^ On ne peut méconnaître, en effet, l'identité du 
nom arabe actuel ij^ avec le nom hébreu htm, que les Septante 
écrivent \e(peip(k et Ke^ipà, et la Vulgate Capfctra et Caphara. 

' Riblical Researches in Palestine, I. III, p. i/j6. 



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CHAPITRE XI. — BEIT-NOUBA. 285 

Ce nom est donné, dans le livre de Josaé, à Tune des quatre 
villes des Gabaonites. 

Moveruntque castra filii Israël et veneruot in civitates eonim die tertio, 
quarum hœc vocabuia sunt : Gabaon, et Caphira, et Beroth, et Cariathiarim ^ 

Dans un autre chapitre du même livre, cette ville est mentionnée 
au nombre de celles d^la tribu de Benjamin. 

Et Mesphe, et Caphara, et Amosa ^. 

Ësdras nous apprend que sept cent quarante-trois hommes de 
Kiriath-learim , de Kephirah et de Beeroth revinrent avec Zoro- 
babel de la captivité de Babylone. 

Filii Cariathiarim, Cephira et Beroth, septingenti quadraginta tres^. 

Le même fait est rapporté dans le livre de Néhémie*. Depuis 
cette époque, il n'est plus question de cette ville, dont le nom seul 
a survécu à sa ruine, ainsi que les traces de sa double enceinte, les 
vestiges de quelques constructions et plusieurs citernes pratiquées 
dans le roc. Les musulmans, par un usage que j'ai retrouvé en 
Palestine dans différents endroits, ont imposé au santon dont ils 
vénèrent la mémoire en ce lieu le nom même de la cité antique, 
en l'appelant le Père de Kajir^ j^ ^I ^. 

Je redescends ensuite à Kathanneh, qui, vraisemblablement, est 
de même une ancienne localité , mais qui n'est signalée sous un nom 
analogue dans aucun écrivain de l'antiquité. 

BEIT-NOUBA. 

A onze heures, je me remets en marche, en suivant l'Oued 
Kathanneh dans la direction de l'ouest. Le long de ses bords, près 
du village, croissent des citronniers, des grenadiers et des figuiers, 
auxquels se mêlent de beaux oliviers; plus loin , les oliviers seuls se 
montrent. 



1 . 



Josue, c. IX, V. 17. ^ Esdras, c. 11, v. a5. 

* Josvé, c. XVIII, V. 96. * Nékémie, c. vu, v. 59. 



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286 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

A onze heures dix-sept minutes, j'observe, à gauche de la route, 
les restes d'une construction antique, formée de gros blocs mal 
équarris, et bientôt après, dans les flancs d'une montagne voisine, 
plusieurs grottes taillées dans le roc. 

A onze heures trente minutes, je passe à côté d'une antique fon- 
taine, appelée A'ïn en-Namous, ^yA\si\ (^^ (la fontaine des Mous- 
tiques) , sans doute parce que cet endroit est infesté par ce genre 
d'insectes. Un oualy, consacré à un santon du nom de Cheikh A'mri. 
^ji ^Jm^ a été construit tout auprès. 

A partir de ce point, \(med change de désignation et s'appelle Oued 
Nathafy, sjdxJ ^I^. Les plantations d'oliviers sont bientôt remplacées 
par un fourré de chênes verts, les uns d'un assez beau développe- 
ment, les autres, et c'est le plus grand nombre, à l'état seulement 
de hautes broussailles. La vallée est, par intervalle, tellement res- 
serrée qu'elle est presque entièrement remplie par le lit du torrent, 
au milieu duquel je suis contraint de marcher. Ce lit est tantôt 
obstrué par de gros blocs ou des amas de petites pierres, tantôt 
uni et glissant comme du marbre, partout où l'on rencontre une 
surface rocheuse, que les eaux ont aplanie et polie. 

A midi cinquante-cinq minutes, le ravin s'élargit et la culture 
commence à reparaître. 

A une heure, je m'avance à travers une belle et riante vallée, 
toute couverte de magnifiques moissons d'orge déjà mûr. 

A une heure dix minutes, j'arrive à Beit-Noubay l^y oh^. Ce 
village compte environ quatre cents habitants. Il est situé sur une 
colline, entre deux vallées. On y observe quelques citernes antiques 
et, çà et là, dans des bâtisses modernes fort grossières, quelques 
pierres de taille qui semblent attester une époque beaucoup plus 
ancienne. Une petite mosquée m'y est désignée sous le nom de 
Djama Sidi Ahmed et-Tarfinù 

11 est question, dans le livre I des Rois, d'une ville de Nob, en 
hébreu ai, en grec Nofiiêa, Noêa, Noêaô et ^6€, en latin ^obe et 
ISoh, comme d'une ville sacerdotale, où David, fuyant la colère de 
Saiil, alla trouver le grand prêtre Achimélech, qui, à sa demande, 



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CHAPITRE XI. — BEIT-NOUBA. 287 

lui donna des pains de proposition et lui remit Tépée de Go- 
liath. 

t. Or David alla à Nob, vers le grand prêtre Achimélech. Achimélech fut 
surpris de son arrivée et lui dit : D'où vient que vous êtes seul et qu'il n'y a 
personne avec vous? 

s.. David lui répondit : Le roi m'a donné un ordre et m'a dit : Que personne 
ne sache pourquoi je vous envoie, ni ce que je vous ai commandé. J'ai même 
donné rendez-vous à mes gens en tel et tel lieu. 

3. Si donc vous avez quelque chose à manger, quand ce ne serait que cinq 
pains ou quoi que ce soit, donnez-le-moi 

6. Le grand prêtre lui donna du pain sanctifié, car il n'y en avait point là 
d'autres que les pains de proposition qui avaient été dtés de devant le Seigneur, 
pour en mettre de chauds à la place. 

7. Or un certain homme d'entre les officiers de Saûi se trouvait alors au 
dedans du tabernacle du Seigneur; c'était un Iduméen nommé Doëg, le plus 
puissant d'entre les bergers du roi. 

8. Et David dit à Achimélech : N'avez-vous point ici une lance ou une épée? 
Car je n'ai point apporté avec moi mon épée ni mes armes, parce njue l'affaire 
du roi était pressée. 

9. Le grand prêtre lui répondit: Voilà l'épée de Goliath le Philistin, que 
vous avez tué dans la vallée du Térébinthe. Elle est enveloppée dans un drap, 
derrière l'épbod. $i vous la voulez, prenez-la; car il n'y en a point ici d'autre. 

^ David lui dit : Aucune ne vaut celle-là, donnez-la-moi. 

1 o. David s'enfuit donc alors pour éviter la colère de Saûl , et se réfugia vers 
Achis, roi de Gath K 

Ce fait des pains de proposition mangés par David est mentionné 
dans saint Matthieu^ comme opposé par Notre-Seigneur aux Pha- 
risiens qui murmuraient de ce que ses disciples, ayant faim, arra- 
chaient des épis, un jour de sabbat, pour les manger. 

Saint Marc', par erreur, en rapportant le même fait, dit qu'il se 
passa sous le grand prêtre Abiathar. 

Averti par Tlduméen Doëg de ce qui avait eu lieu à Nob , Saûl , 
qui demeurait alors à Gabaa, mande aussitôt devant lui le grand 
prêtre Achimélech, fds d'Achitob, avec tous les prêtres de la maison 

' Bois, 1. 1, c. x\i, Y. 1-3, 6-9. — * Matthieu, c. xii, v. 3 et 6. — ' Marc, c. 11, 
v. a5 et qG. 



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288 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

de son père. Il lui reproche d'avoir conjuré contre sa personne avec 
David, et, sans tenir compte des raisons qu'il allègue pour sa jus- 
tification, il le condamne à mort lui et toute sa famille. En même 
temps, il donne l'ordre aux archers qui l'entourent de massacrer 
les prêtres; mais ceux-ci n'osant point porter leurs mains sur les 
oints du Seigneur, Saûl dit à Doëg : crToi, Doëg, jette-toi sur ces 
prêtres,^ et cet Iduméen se précipita sur eux, et tua, en ce jour- 
là, quatre-vingt-cinq ministres du Seigneur. 

Puis Saûl fit détruire la ville de Nob et passer au fil de l'épée 
hommes, femmes et enfants, et jusqu'aux animaux. Abiathar seui, 
l'un des fils d'Achimélech , parvint à s'échapper et à se réfugier 
auprès de David. 

La cité qui fut témoin de ces divers événements et victime de 
cette terrible catastrophe est désignée par Josèphe^ sous le nom 
de Naêa; mais ni cet écrivain ni la Bible ne nous apprennent où 
elle était située. 

Dans YOnomasticon, au mot Nofiiêa, Ëusèbe s'exprime ainsi : 

^0(i€à, IvOa àvé€ri TsSeoiv ri Se w6hç kpécûv, ijvxaTéfto^e 2aouX. 

Ce que saint Jérôme traduit de la manière suivante : 

Nabbe sive Nobba, ad quam ascendit Gedeon, urbs sacerdotibus separata,^ 
quam postea legimus Saulis furore subyersam. 

Ici une confusion évidente a été commise par Ëusèbe et repro- 
duite ensuite par saint Jérôme. Il ne faut pas identifier, en effet, la 
ville où est monté Gédéon avec celle qui fut détruite par la fureur 
de Saûl : la première était située à l'est du Jourdain; la seconde, 
au contraire, était à l'ouest de ce fleuve, dans la tribu de Benjamin, 
très-probablement. 

Ailleurs, dans son Ëpitaphe de sainte Paule, saint Jérôme place 
non loin de Lydda et d'Arimathie la ville sacerdotale de Nobe. 

Deinde Antipatrida, semirutum oppidulum, quod de patris nomine Herodes 
vocaverat; et Lyddam versam in Diospolim, Dorcadis aique JEnesR resurrectionc 

* Antiquités judaïques, I. VI, c. xii, S i. 



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CHAPITRE XI. — BEIT-NOUBA. 289 

ac sanikate iDclytain. Haud procul ab ea Arimalkîam, viculum Joseph qui Do< 
mÎDumsepeiivit, et Nobe, urbem quondam sacerdotum, nunc tumulum occîso- 
rum; Joppen quoque, fugientis portum Jonœ ^ 

Cette Nobe de saint Jérôme, rr autrefois, dit-il, ville des prêtres 
et maintenant leur tombeau, après leur massacre, ii et qui fut visitée 
par sainte Paule, semble devoir être cherchée soit dans le village 
de Beit-Nouba, qui nous occupe en ce moment, soit dans celui de 
Beit-Annabeh , dont je parlerai bientôt et qui est encore plus rap- 
proché de Lydda et de lancienne Arimathie, aujourd'hui Ramleh 
très- vraisemblablement. 

Dans le livre de Néhémie , il est question d'une ville de Nob qui 
fut réhabitée par des Benjamites, après le retour de la captivité. 

3i. Filii autem Benjamin a Geba, Mechmas, et Hai, et Bethel, et (iliabiis 
ejus: 

39. Anathoth, Nob, Anania'-. 

Mais la ville de Nob mentionnée, dans ce passage, à côté d'Ana- 
thoth est évidemment différente de celle que saint Jérôme place 
près de Lydda et d'Arimathie; d'un autre côté, elle paraît bien la 
même que celle qui est comprise dans le passage d'Isaïe où ce pro- 
phète dépeint en termes si vifs l'approche de l'armée assyrienne. 

5i8. [Sennachérib] est venu à Aiath; il a passe à Migron et a laissé son 
bagage à Michmas. 

39. Ils ont franchi le passage, ils ont pris leur gite h Gebah; Rama s'esl 
eHrayée, Gibeath-Saûl s'est enfuie. 

3o. Fille de Gallim, élève ta voix; pauvre Anathoth, fais-toi ouïr vers Laïs. 

3i. IVIadména s*est retirée, les habitants de Gebim ont émigré par troupes. 

3t2. Encore un jour, il sera à Nob; il lèvera la main contre la montagne de 
la fille de Sion et contre la colline de Jérusalem^. 

De ce dernier verset il résulte très- clairement ([ue la ville de 
Nob ici indiquée était située tout près de Jérusalem, au sud d'Ana- 
Ihoth. 

En résumé, le village de Beit-Nouba ne peut être idiMilifié avec 

UtfTonytm opéra, t. 1. p. 883, édil. ^ Néhémie y c. xi, v. 3i ot :\>i. 

Migne. ' hnte. c. \, v. a8-3îi. 



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290 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

la ville de Nob dont il est fait mention dans Néhémie et dans 
Isaïe; mais il peut l'être, bien que d'une manière incertaine, avec 
une autre ville du même nom, qui était réservée aux prêtres et ou 
s'accomplit l'affreux massacre rapporté dans le livre I des Rois. En 
parlant plus loin de BeilcAnnabeh , je montrerai, en effet, qu'il est 
permis également de reconnaître, dans cette dernière localité, la 
Nob sagfii^dotale. 

YALOU ou YALO. 

A une heure quinze minutes, je me remets en marche vers le 
sud. 

A une heure vingt minutes, je franchis Y Oued Yalou, que l'on 
prononce plus ordinairement Yalo.^l ^I^, et, à une heure quarante 
minutes, je parviens au village du même nom. 

Il est situé sur une colline oblongue, d'un kilomètre de pourtour 
au plus, et dont le plateau était autrefois environné d'un mur d'en- 
ceinte. De cette muraille il subsiste encore çà et là quelques pans en 
gros blocs assez bien équarris. Au sommet de la colline , on remarque 
les débris d'un petit château en belles pierres de taille. Il était plus 
élevé, il y aune vingtaine d'années; mais, au dire des habitants, 
toute la partie supérieure en a été renversée alors par un tremble- 
ment de terre. 

Le village actuel renferme cinq cents âmes. Les maisons sont 
très-grossièrement bâties ; elles sont presque toutes précédées d'un 
silo creusé dans le tuf et destiné à contenir du blé, de l'orge et de 
la paille. Près du village s'étendent des jardins fertiles, où les figuiers 
surtout abondent. 

Les flancs de deux collines voisines ont été excavés, soit pour y 
pratiquer des cavernes ou des tombeaux, soit pour en extraire des 
blocs de construction. Quelques-unes de ces excavations servent 
maintenant d'étables pour les troupeaux. 

Yalo a été identifié très-justement, parle docteur Robinson , avec 
la ville d'Aïalon, en hébreu |1^;k, en grec Aioikœv et AlXœfij en latin 
Aialon, qui paraît avoir été située sur les limite^ des tribus de Juda, 



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CHAPITRE XI. — YALOU. 291 

de Benjamin et de Dan, et qui fut primitivement assignée à cette 
dernière, comme nous Tapprend le livre de Josué : 

&o. Tribui filiorum Dan per familias suas egressa est sors septima. 
/il . Et fuit terminus possessionis ejus Saraa , et Esthaol , et Hirsemes, id est 
civitas solis ; 

&9. Selebin, et Aialon, et Jetheia ^ 

Les Danites ne purent d'abord en expulser les Amorrhéens, qui 
ne furent rendus tributaires que plus tard, quand la maison de 
Joseph fut devenue plus puissante. 

3&. Arctavitque Amorrhœus filios Dan in monte, née dédit eis locum ut 
adplaniora descenderent; 

35. Habitavitque in monte Hares, quod interpretatur testaceo, in Aia- 
ion et Saiebim. Et aggravata est manus domus Joseph, factusque est tribu- 
tarius-. 

La vallée qui est au nord d'Yalo est la célèbre vallée d'Aïalon, 
qua immortalisée cette parole fameuse de Josué, qui, craignant 
que le jour ne lui manquât pour achever la complète destruction 
des troupes des cinq rois amorrhéens, s'écria, en les poursuivant, à 
la descente de Bethoron : cr Soleil, arréte-toi sur Gabaon, et toi, 
lune, sur la vallée d'Aïalon. ^ 

10. Le Seigneur les mit en déroute à la vue dlsraël, qui en fit un grand 
carnage près de Gabaon, les poursuivit par le chemin de ia montagne de 
Bethoron et les battit jusqu'à Azéca et jusqu'à Macëda. 

1 1 . Et comme ils s'enfuyaient de devant Israël et qu'ils étaient à la descente 
de Bethoron, le Seigneur fit tomber du ciel de grosses pierres sur eux jusqu'à 
Azéca, et cette grêle de pierres, dont ils furent accablés, en tua beaucoup plus 
que les enfants d'Israël n'en avaient immolé par l'épée. 

12. Alors Josué parla au Seigneur, le jour qu'il livra l'Amorrhéen aux en- 
fants d'Israël et il dit en leur présence : Soleil , arrête-toi sur Gabaon , et toi , 
lune, sur la vallée d'Aïalon. 

i3. Et le soleil s'arrêta et la lune aussi, jusqu'à ce que le peuple se fût 
vengé de ses ennemis. Ceci n'est-il pas écrit au livre du Juste? Le soleil donc 
s'arrêta au milieu des cieux, et ne se hâta point de se coucher environ un jour 
entier^. 

' Josué. c. XIX, v. ^10-49. — ^ JtigeSy c. i, v. V\ et 35. — ^ Josué, c. x, \. lo-i^. 

'9 



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292 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

Sous Saùl, Aïaion fut témoiji d'une défaite des Philistins par ce 
prince, qui les poursuivit depuis Ma eh mas jusqu'à cette ville. 

Percusserunt ergo in die illa Philisthœos a Machmis usque in Aialon ^ 

Plus tard, elle fut fortifiée par Roboam, qui l'enferma, ainsi que 
d'autres places, dans une enceinte murée, et y mit un gouverneur 
avec des provisions de vivres, de vin et d'huile. 

10. Saraa quoque [exstruxit], el Aialon, et Hebron, quœ erani in Juda el 
Benjamin, civitates munitissimas. 

1 1. Cumque clausisset eas mûris, posuit in eis principes, ciborumque hor- 
rea , hoc est olei et vini ^. 

Sous le règne d'Achaz, elle tomba au pouvoir des Philistins, el 
c'est la dernière fois qu'elle est mentionnée dans les Livres saints. 

Philisthiim quoque diffusi sunt per urbes campestres, et ad meridiem Juda; 
ceperuntque Bethsames, et Aiaion , et Gaderoth^ 

Dans YOnomasticon, Eusèbe, par erreur, place Aïaion à trois 
milles à l'orient de Bethel. 

AlXœfiy (pdpay^xaô* ils Mri rj aeXtfvrj, eù^afiévov Irjo'oS, iyyvs xdfJLrts' Mi 
vvv Klkàv xaXovfiévrj y è^ dvaToXûûv ^atOrjX arifÂeiois rpiat Steo'lcûa'a ' t^apa- 
xeiTûti Se avTti Taëaà xa) PafJLoà, "tsfôXetg SaotîX. 

(T Aïaion, vallée au-dessus de laquelle la lune s'arrêta, à la prière de Josué, 
près du bourg. Il y a encore aujourd'hui une bourgade ainsi appelée à Torient 
de Bethel, à trois milles de distance; non loin d'elle sont Gabaa et Ramaa, 
villes de Saûl.^ 

Saint Jérôme , après avoir traduit fidèlement ce passage, le cor- 
rige par cette addition : 

Porro Hebrœi affirmant Aialon vicum esse juxta Nicopolim in secundo lapide 
pergentibus iEliam. 

ff Néanmoins, les Hébreux affirment qu' Aïaion est un bourg voisin de Nico- 
polis, à deux milles de cette ville en se dirigeant vers ^lia. -^ 

Or le village actuel d'Yalo est précisément à deux milles à l'est 
d'A'mouas, l'ancienne Nicopolis, dans la direction de Jérusalem. 

' Rois, 1. I, c. XIV, v. 3i. ^ Paralipomènes , livre H. c. xxvni, 

* Paralipomènes , I. II , c. xi , v. t o et 1 1 . v. 1 8. 



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CHAPITRE XI. — A'MOIAS. 293 

# 

D'ailleui*s, Eusèbe lui-même, au mol A/Xwt;, rectifie la donnée 
précédente, on mentionnant une bourgade de ce nom appartenant 
à la tribu de Dan et proche de Nicopolis , par conséquent à louest 
de Bethel et non à Test. 

AlXàwy ^6\is xXrfpov Aàvy Aevhats à(pa)pi(r(jLévtj * xojfiij 3é ialt A\ov$ isrep} 
îiixônohv. 

Dans son Epitaphe de sainte Paule, saint Jérôme nous montre 
cette illustre patricienne quittant Nicopolis pour monter à Bethoron 
inférieure et supérieure, et de là contemplant, à sa droite, Aialon 
et Gabaon. 

Atque inde proficiscens ascendit Bethoron inferiorem et superiorem , urbes a 
Salomone conditas, sed varia postea heliorum t^pestate deletas; ad dexteraro 
aspicienë Aialon et Gabaon, ubi Jésus fiHus Nave, contra quinque rages dimi- 
cans, soli imperavît et lunœ ^ 

D'après ce passage, saint Jérôme place Aialon au sud des deux 
Bethoron et à l'ouest de Gabaon, position qui répond parfaitement 
à celle du village actuel d'Yalo. 

a'mouas. 

A trois heures trente-cinq minutes, je me remets en marche vers 
l'ouest-sud-ouest. Après avoir franchi une colline, je descends dans 
une vallée et, à quatre heures, j'arrive à A'mouaSy o«lyJ. 

C'est un fort petit village, de deux cents habitants au plus, situé 
partie dans une vallée et partie sur les pentes d'un monticule. Les 
maisons sont grossièrement bâties avec de menus matériaux. Près 
du village est un puits antique , dont l'eau est abondante et intaris- 
sable. Dans les flancs des montagnes voisines, on remarque quel- 
ques grottes sépulcrales. 

Un peu au sud des dernières maisons d'A'mouas, les habilants 
vénèrent, sur une faible éminence, la mémoire d'un santon, sous 

' Hieronymi opéra, L I, p. 883, ëdil. Migii«3. 



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294 ^ DESCRIPTIOxX DE LA JUDÉE. 

une koubbeh musulmane; une ceinture de cactus environne ce 
sanctuaire. 

Plus au sud encore, et à quatre minutes d'A'mouas, s'élèvent 
les restes d'une église byzantine , dont les nefs sont entièrement dé- 
truites; l'emplacement en est seul reconnaissable. Les trois absides, 
tournées vers l'orient, sont encore debout, du moins en partie, et 
les assises qui les forment sont en magnifiques blocs, très-réguliè- 
rement taillés, parmi lesquels quelques-uns sont relevés en bossage. 

Tels sont les seuls débris de l'antique ville d'Emmaûs, appelée 
plus tard NtcopoUs, et qui, depuis la conquête arabe, a repris sa 
dénomination primitive , à la place du nom grec qui lui avait été 
imposé. Un puits et quelques tombeaux appartiennent vraisem- 
blablement à la ville judaïque , et de la ville chrétienne il ne sub- 
siste plus que les restes de la basilique byzantine dont j'ai parlé, et 
que j'attribue aux premiers siècles de l'Eglise, à cause de la grande 
ressemblance qu'elle offre avec celle de Sainte -Anne, près de 
Beit-Djibrin, laquelle ne semble pas d'une époque postérieure à 
Justinien, si même elle ne remonte pas jusqu'à Constantin. 

Dans le livre de Josué , parmi les villes de la tribu de Benjamin , 
il en est mentionné une du nom d'Amosa. 

Et Mesphe, et Caphara, et Ainosa ^ 

Dans le texte hébreu, ce dernier nom est écrit avec l'article: 
Ham-Motsahy nx&n. Les Septante en font kfiûâxi^. 

L'an 1 64 avant Jésus-Christ, Lysias, gouverneur général, au nom 
d'Antiochus, roi de Syrie, de toutes les provinces situées entre 
l'Euphrate et l'Egypte, fit envahir la Judée par une armée de qua- 
rante mille fantassins et de sept mille cavaliers, que commandaient 
Ptolémée, fils de Doryraini, Gorgias etNicanor, et qui vint camper 
à Emmaûs, dans la plaine. Là se rendirent aussi un grand nombre 
de marchands d'esclaves, invités d'avance par les généraux de 
l'armée syrieinie, pour acheter les prisonniers que l'on comptait 
faire sur les Juifs. 

' Josué, c. VMii, V. r).(i. 



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CHAPITRE XI. — A^MOUAS. 295 

Judas Machabée, après avoir, par le jeûne et la prière, appelé 
sur lui et sur ses troupes, à Mispah, la miséricorde du Seigneur, 
marcha aussitôt au-devant de Tennemi et alla établir son camp au 
sud d'Emmaûs. Il venait d'ordonner à ses soldats de se préparer, 
pour le lendemain matin, au combat, lorsqu'il apprit que Gorgias, 
à la tête de cinq mille hommes de pied et de mille cavaliers, avait 
quitté le camp des Syriens, avec l'intention de surprendre le camp 
des Juifs pendant la nuit. Changeant aussitôt de disposition, il alla 
lui-même attaquer le camp de l'ennemi et présenter la bataille 
au gros de l'armée syrienne, qui fut battue et perdit trois mille 
hommes, tant dans le combat que dans la fuite. Cependant Gorgias, 
n'ayant trouvé personne dans le camp de Judas et ayant vaine- 
ment cherché les Juifs dans les montagnes, revint, le lendemain, 
de son expédition. A la vue du camp syrien en flammes et de 
l'armée de Judas toute prête à un nouveau combat, il fut saisi de 
frayeur et prit lui-même la fuite avec ses troupes. 

Tous les détails fournis par ce passage du livre 1 des Machabées 
sont très-précieux pour fixer la position d'Emmaûs et le lieu du 
combat entre Judas Machabée et l'armée syrienne. 

Le verset /lo du chapitre m nous apprend d'abord qu'Emmaûs 
était dans la plaine : 

El processerunt cum universa virtute sua, et venerunt et applicuerunt 
Emmaum, in terra campestrl. 

Effectivement, la montée véritable, pour aller de Jaffa à Jéru- 
salem, ne commence qu'à partir de cet endroit et même un peu 
plus à l'est. Jusque-là, on est encore dans la plaine, mais dans une 
plaine accidentée, qui va toujours s' élevant davantage depuis Jaffa. 

En second lieu , Judas Machabée établit son camp au sud d'Em- 
maûs, ainsi que cela résulte du verset 5 7 du même chapitre : 

Et moverunt castra, et collocaverunt ad austrum Emmaum. 

Il avait dû venir de Jérusalem par la vallée connue aujourd'hui 
sous le nom d'Oued A'iy, et, par conséquent, arrivé à la hauteur 
d'Emmaûs, il se trouvait au sud de cette ville, laquelle était au 



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296 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

nord de la route, comme le prouve remplacement du village actuel 
d'A'mouas. 

Quant à la bataille, le verset i5 du chapitre iv nous indique 
clairement qu'elle fut livrée au sud-ouest d'Emmaûs; car les 
Syriens, vaincus, furent dispersés et poursuivis dans la direction 
de l'ouest et du sud-ouest, vers Gazer, lamnia et Azot. 

Novissinii auteni omnes ceciderunt in gladio, et persecuti sunl eos usque 
Gezeron ^t usque in campes Idumœœ, et Azoti, et lamniœ, et ceciderunt ex illis 
usque ad tria miiiia virorum. 

Par les mots campos Idumœœ il faut entendre ici la vaste plaine 
des Philistins, ainsi que cela se conclut tout naturellement du 
nom des villes marquées dans ce verset. 

L'an 161 avant Jésus-Christ, le général syrien fortifia Empiaiis. 

50. Et œdificaverunt civitates munitas in Judœa, munitionem quae erat in 
Jéricho, et in Ammaum, et inBethoron, et in Bethel, et Thamnata,etPhara, 
et Thopo mûris excelsis, et portis, et seris. 

5 1 . Et posuit custodiam in eis, ut inimicitias exercèrent in Israël ^ 

Le même fait est rapporté par Josèphe : 

IloXXfli^ Se rrislovSaias xaraëaXkofJiévai môXeis (bxvpùXTiy naï rijv lepi- 
XOvvTOLy xai ÈnfAOLOviÂ, xaï heOcjpbvy xa\ heOrfXav, xa\ Qa[iva6ày xai OapaOèy 
xai To^SaVy xal Fd^apa. Kai wipyovç èv éxAalYi r&v 'oàXtCûv olxoSofxrfeyaç xaà 
reixt "GfepiSaXèv avraîç xaprepà xaï T^fieyéOet Sia<pépovt(iy Svvafnv eU aùris 
xaréalricTSv -. 

rrll fortifia beaucoup de villes de la Judée dont les murs étaient abattus, et, 
entre autres, Jéricho, Emmaûs, Bethoron, Bethei, Thamnalha, Pharathon, 
Tochoa et Gazara. Il bâtit des tours dans chacune de ces places, les environna 
elles-mêmes de remparts puissants et considérables, et y plaça une garnison.^ 

Josèphe désigne cette ville tantôt sous le nom d'ÉjXfiuxow, comme 
ici, tantôt sous celui d'ÀjXfiiaovs, ainsi que dans le passage suivant 
de la Guerre des Juifs : 

UpoaxexXffpcûTO Se avTÔJ AiiSSoLy xaï linri, xai AfifjLOOvs^, 

' Machahees, I. I, c. ix. v. ôo ot 5i. — ^ Antiquités judaïques, XIII, 1, .^ 3. — 
^ (iuerre des Juifs, 11, x\, 8 A. 



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CHAPITRE XI. — .VMOUAS. 297 

fî On ajoula à sa juridiction Lydda, Joppé et Ammaûs.?? 

Sous les Romains» Enimaus devint le chef-lieu d'une toparchie. 
Josèphe la mentionne à côté de Lydda : 

T6(pva Ssurépa , xa\ (xst* airriv Axpa6aT7à, QafjLvà 'Bpàs raôratSy xal AuAJa, 
Kai Afifiaovs ' 



tr Venait en second lieu Gophna, ensuite Acrabatta, puis Tbamna, Lydda 
et Ammaûs v 

Pline la cite de nu^me comme capitale d'une toparchie et la 
place dans le voiainage et à l'est de Lydda, comme cela ressort de 
la phrase que voici : 

Reliqua Judaea dividitur in toparchias decem, quo dicemus ordine: Hieri- 
cuntem, paimetis consitam, fonlibus irriguam, Emmaum, Lyddam, Joppi- 
cam 2 

Réduite en servitude par Cassius', elle fut ensuite incendiée, 
l'an II après Jésus-Christ, par Quinctilius Varus*. Vespasien, dans 
sa marche sur Jérusalem, part d'Antipatris, dévaste la toparchie de 
Thamna, puis s'avance vers Lydda et lamnia, et, après avoir sou- 
mis ces deux villes, il parvient à Emmaûs, occupe toutes les issues 
de ce chef-lieu et y dresse son camp, qu'il environne d'un mur. 
Il y laisse la cinquième légion et, avec le reste de son armée, il se 
dirige vers la toparchie de Bethleptepha ^. 

Au moment de commencer le siège de Jérusalem, Titus donne 
Tordre à la cinquième légion, qui était campée à Emmaiis, de le 
rejoindre à son camp de Gabath-Saùl , à trente stades au nord de 
Jérusalem ^. 

L'an i3i de l'ère chrétienne, Ëmmaus fui ébranlée par un 
violent tremblement de terre, comme le rapporte Eusèbe dans ses 
Chroniques. 

Dans le courant du i\f siècle. Tan 228 après Jésus-Christ, cette 

' Guerre des Juifs, III, m, S 5. * Anliq.jud, XVII, x, S 9. 

^ Histoire naturelle, V, xiv. ' Guerre des Juifs, IV. viii, S 1. 

' Josèphe, Antiq.jud. XIV, 11, S ti. ' ïbid, V, 11, H 3. 



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298 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

ville fut rebâtie et reçut le nom de Nicopolis, ainsi que le raconte 
M. Aurèle Cassiodore ^ 

Dans la Chronique Paschak, à Tannée de Jésus-Christ 228 , nous 
lisons que cette réédification eut lieu grâce aux efforts et à la de- 
mande de Jules l'Africain, l'historien de ce nom, qui, nommé préfet 
d'Emmaûs, entreprit une ambassade auprès de l'empereur Hélio- 
gabale, pour obtenir le rétablissement de cette ville, complètement 
déchue de son ancienne splendeur. 

Saint Jérôme confirme ce fait : 

Julius Africanus, cujus quinque De Temporibus exstant volumina, sub impe- 
ratore M. Aurelio Antonino, qui Macrino successerat, legationem pro instaura- 
tione urbis Emmaus suscepit, quœ postea Nicopolis appeliala est^. 

Seulement ce Père de l'Eglise donne, comme successeur à Ma- 
crinus, Marcus Aurelius Antoninus; or celui qui succéda à cet 
empereur fut Varius Antoninus Heliogabalus. 

Un passage d' Anastase le Bibliothécaire ' attribue la restauration 
de cette ville à un décret rendu par Alexandre Sévère, qui monta 
sur le trône après Héliogabale. 

Ce désaccord entre les écrivains provient, sans doute, de ce que 
le décret concernant Emmaus fut porté l'année du consulat d'Hé- 
liogabale et d'Alexandre, année pendant laquelle le premier de 
ces princes fut tué, vers les nones de mars. 

Suivant Sozomène* et Nicéphore^, le surnom de Nicopolis au- 
rait été antérieurement donné à Emmaus par les Romains : ce serait 
après la prise de Jérusalem et comme témoignage de leur victoire 
sur les Juifs. 

Dans YOnomdsticon, au mot Éjxjxaov^, Eusèbe s'exprime comme 
il suit : 

Èfifjuxovsy 66ev îjfv KXsoi<pas b èv t^ xarà \.ovxav evayysXi(j}' a&iri ècrWv 
t) vvv Nix^TToXij, w WeCkoLK/livris êniatifioç ^BÔXis. 

* Chron. HeUog. * HisL ccclés. 1. V, c. xi. 

* Hieronym. De viris illnstr. c. wiii. ^ HisL eccles, I. X, c. xxi. 
^ Histor, p. 1 9. 



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CHAPITRE XL — A^MOUAS. 299 

Saint Jérôme traduit fidèlement ce passage, sans rectification 
aucune : 

Emmaus , de quo loco fuit Cleophas cujus Lucas evangelisla meminit : hœc 
est Dune Nicopolis , insignis civitas Palœstinœ. 

Pour ces deux écrivains sacrés, Ëmmaiis Nicopolis était donc la 
même ville que l'Emmaûs évangélique, où notre Seigneur rompit 
le pain avec deux de ses disciples, le jour de sa résurrection, et 
dont il est question dans saint Luc. 

Et eccè duo ex illis ibant, ipsa die, in castelium quod erat in spatio stadio- 
rum sexaginta ab Jérusalem, nomine Emmaus ^ 

A la vérité, si la distance de soixante stades donnée ici par la 
Vulgate et qui se trouve consignée dans la plupart des manuscrits 
grecs de cet Evangile est exacte, il faut absolument renoncer à 
identifier l'Emmaûs de saint Luc avec la ville de Nicopolis; car 
soixante stades équivalent à sept milles et demi ou onze kilomètres. 
Or, entre Jérusalem et le village actuel d'A^mouas, qui représente 
évidemment Ëmmaûs Nicopolis, il y a dix-neuf milles romains ou 
cent cinquante-deux stades, c'est-à-dire vingt-huit kilomètres. 

L'Itinéraire de Bordeaux indique un intervalle de vingt-deux 
milles entre Jérusalem et Nicopolis; mais cette distance est certai- 
nement trop grande; car six heures de marche suffisent pour se 
l'endre de l'un de ces points à l'autre, et vingt-deux milles en sup- 
posent sept. 

Ici je dois faire remarquer, pour justifier l'assertion d'Eusèbe, 
reproduite par saint Jérôme, qu'outre plusieurs manuscrits à écri- 
ture cursive, trois manuscrits à caractères onciaux, et, entre autres, 
celui qui a été découvert en 1869, au couvent du mont Sinaï, par 
M. Tischendorf, et qui est considéré par ce savant comme le plus 
ancien de tous ceux que l'on ail trouvés jusqu'ici, portent, dans 
le passage en question de l'Evangile de saint Luc, (/laSiovs èxcLTOV 
é^T^KOVTCL, et non é^vKOvroL seulement. 

' Luc, c. XXIV, V. i3. 



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300 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Kaï iSoù Sào i^ cuirSv èv Tp aùip ^ipt/pf flo-av "Bopevéfxevoi eh Kûiyaiv dire- 
Xova-av &laSiovs éxarbv é^rfxovra âwà tepoucràkriiXy Si 6vo(Âa Èfifiaovs ^, 

ff Voici que deux d'entre eux, ce même jour, se rendaient à un bourg appelé 
Emmaûs et éloigné de cent soixante stades de Jérusalem, v 

Cent soixante stades répondent à vingt milles romains. En réa- 
lité , comme je l'ai dit, la distance de Jérusalem à A'mouas est de cent 
cinquante-deux stades ou de dix-neuf milles; cette différence d'uu 
mille ou de huit stades s'explique très-facilement pour un intervalle 
relativement assez considérable et que l'on évalue en compte rond. 

Saint Jérôme, ainsi qu'on l'a vu plus haut, semble adopter, puis- 
qu'il ne la rectifie pas, l'opinion d'Eusèbe affirmant l'identité de 
l'Emmaûs de l'Evangile avec la ville importante appelée de son 
temps Nicopolis, mais qui, à l'époque de saint Luc, était une simple 
bourgade, par suite de tous les malheurs qu'elle avait subis. 

Mais nous avons de ce docteur de l'Eglise un témoignage plus 
explicite à ce sujet dans son Epitaphe de sainte Paule. Il nous montre 
cette pieuse Romaine quittant Joppé pour gagner Nicopolis, et de 
là gravissant les hauteurs de Bethoron supérieure et de Bethoron 
inférieure; or, en parlant de Nicopolis, il s'exprime ainsi : 

Repetitoque itinere Nicopolim, quœ prius Emmaus vocabatur, apud quam 
in fractione panis cognitus Dominus Cleophœ domum in ecclesiam dedicavit. 
Atqueinde proficiscens ascendit Bethoron inferiorem et superiorem^. 

(T Revenant sur ses pas, elle se rendit à Nicopolis, qui s'appelait auparavanl 
Emmaûs et où Notre-Seigneur fut reconnu à la fraction du pain : voilà pour- 
quoi la maison de Cléophas fut convertie en église. De ià elle se remit en 
marche et gravit Bethoron inférieure et supérieure n 

Cette Emmaûs Nicopolis est marquée, dans un autre passage de 
saint Jérôme, comme étant dans la plaine, frà l'endroit oii les mon- 
tagnes de la Judée commencent à s'élever, n 

Juxta Nicopolim, quse prius Emmaus vocabatur, ubi incipiunt montana 
Judœae consurgere*. 

' Novum TestamerUum grœce ex Sinai- * Hieronymi opéra , t. i . p. 883 , édit. 

tico codice, ommum antiquisêimo, p. 9 1 5 , Migne. 
t»dit. Tischendorf. ^ Commentaire mr Daniel, c, \ii. 



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CHAPITRE XI. — A'MOUAS. 301 

Ceci s'accorde parfaitement avec le passage précédent, où nous 
trouvons ces mots : 

Atque inde [a Nicopoli] proficiscens, ascendit Bethoron inferiorem et supe- 
riorem. 

L'opinion d'Eusèbe et de saint Jérôme est donc très-nette : pour 
eux, Emmaûs Nicopolis nest pas distincte de Emmaîis évangé- 
lique, et elle était située dans la plaine, au. seuil même des mon- 
tagnes de la Judée, ce qui la fixe incontestablement au village 
actuel d'A'mouas, dont la dénomination arabe rappelle d'ailleurs 
et reproduit la dénomination primitive. Celte assertion n'est pas 
contredite par les Livres saints, puisque plusieurs manuscrits de 
l'Evangile de saint Luc, et notamment le plus ancien de tous, por- 
tent, relativementà la distance de Jérusalem à Emmaûs, le chiffre 
de cent soixante stades, à la place de celui de soixante, qu'a adopté 
la Vulgate. 

Un témoignage également très-précieux nous est fourni par Sozo- 
mène dans son Histoire ecclésiastique. On sait que cet auteur grec, 
originaire de Salamine, dans l'île de Chypre, écrivait vers l'année 
443 de notre ère. 

Il s'exprime quelque part ainsi dans un passage que je traduis 
mot à mot: 

Il y a une ville de Palestine qui s'appelle maintenant Nicopolis. Le livre 
divin des Évangiles en fait mention comme d'un bourg (car c'en était un alors) , 
qu'il désigne sous le nom d'Emmaûs. Mais les Romains , devenus maîtres do 
Jérusalem et vainqueurs des Juifs, surnommèrent cette localité Nicopolis, en 
souvenir du grand triomphe qu'ils venaient de remporter. Devant cette ville, 
près d'un carrefour de trois routes, oi!i le Christ, après sa résurrection, chemi- 
nant avec Cléophas, feignit de vouloir aller plus loin, il y a une source très- 
salutaire, dont les eaux guérissent non-seulement les hommes malades qui s'y 
baignent, mais encore les animaux, lorsqu'ils sont atteints de diverses incom- 
modités. On raconte, en effet, que le Sauveur, se trouvant avec ses disciples, 
s'écarta un jour de la route pour aller laver ses pieds à cette fontaine, dont 
l'eau, à partir de ce moment, contracta la vertu de guérir les maladies ^ 

' Sozomène, Histoire ecciétnastique , I. V, c. x\. 



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302 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Théophane ^ mentionne cette même source à Nicopolis de Pales- 
tine, jadis Emmaiis, dit -il, et il ajoute que l'empereur Julien or- 
donna de la boucher, à cause des souvenirs qui s'y rattachaient et 
des guérisons miraculeuses qu'elle opérait. 

Néanmoins, remplacement en était plus tard reconnaissable; 
car, dans l'Itinéraire de saint Willibald, qui visita la Palestine au 
vui® siècle et dont le voyage fut rédigé au ix^ par un anonyme, il 
est question de cette fontaine , comme existant à Ëmmaûs Nicopolis. 

VenitEmaus, vicum Paiœstinœ quem Romani, post destructionein Hieroso- 

lymorum , ex eventu victoriœ Nicopoiin vocaverunt Vidit et fontem qui 

est in trivio que Christus eodem que resurrexit die cum discipulis duobus 
Luca et Cleopha, quasi ad alium deciinaturus vicum, ambuiavit-. 

De ces diverses citations il résulte que , d'après les témoignages 
les plus anciens, l'Emmaûs de saint Luc était la même localité 
qu'Emmaiis Nicopolis, dont la position à A'mouas est hors de 
doute. Mais, me dira-t-on, la Vulgate a consacré la leçon de soixante 
stades comme exprimant la distance de Jérusalem à l'Emmaûs évan- 
gélique, et ce qui rend cette leçon plus probable, c'est que les 
deux disciples eurent le temps d'aller à Emmaîis et de revenir le 
même jour à Jérusalem , où ils trouvèrent les apôtres encore as- 
semblés. 

D'ailleurs, ajoute-t-on, l'historien Josèphe parle également d'une 
localité appelée Emmaiis, à soixante stades de Jérusalem, ce qui 
confirme la leçon de la Vulgate. 

Enfin l'Emmaiis signalée par saint Luc et par l'historien Josèphe 
est mentionnée par le premier^ sous le nom de xéfirf (dans la 
Vulgate, castellumj, et par le second* sous celui de y/opiov^ tandis 
que l'autre Emmaus était, non un bourg ou un village, mais une 
ville véritable, chef-lieu d'une toparchie. 

Telles sont les quatre principales objections que l'on oppose 
d'ordinaire à l'identification des deux Emmaiis. Plusieurs savants 
y ont déjà répondu et, à mon avis, d'une manière très-plausible. 

' Thëophane, Chronographie , p. 4i. ^ Luc, c. xxiv, v. i3. 

* Itin.S, Willibaldi , ah anon^mo, S i3. * Guerre des Juifs ^ VII, vi, S 6. 



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CHAPITRE XI. — A'MOUAS. 303 

En premier lieu, la leçon de soixante stades est effectivement 
adoptée par la Vulgate; mais, bien que la Vulgate ait été consacrée, 
en quelque sorte, par l'Eglise latine, comme la version la plus au- 
torisée et la plus digne de notre attention, l'Eglise n'a pas entendu, 
je pense, consacrer par cela même tous les détails que renferme 
ce vaste ouvrage et trancher, par exemple, sans appel, toutes les 
questions purement topographiques qui peuvent être soulevées à 
propos des Livres saints. En ce qui regarde notamment la distance 
de Jérusalem ài'Emmaîis évangélique, le doute, je crois, peut être 
permis et se concilier avec le plus profond respect pour les déci- 
sions de l'Eglise et pour l'autorité de la Vulgate, lorsque, au chiffre 
de soixante stades, que donne cette version, la critique oppose celui 
de cent soixante, que l'on trouve non pas seulement dans plusieurs 
manuscrits à écriture cursive, mais dans trois manuscrits très-im- 
portants à lettres onciales, le Codex Cyprins ^ le Codex Vindobonensis, 
et le plus précieux de tous, parce qu'il est le plus ancien, je veux 
dire le fameux Codex Sinaiticns, dont la découverte fait le plus grand 
honneur à M. Tischendorf et qui, de l'accord de tous les savants, 
remonte au moins au iv* siècle de notre ère. En outre, Eusèbe, 
saint Jérôme lui-même, Sozomène, Théophane, l'auteur anonyme 
de la Vie de saint Willibald, sans parler ici des écrivains des âges 
subséquents, placent tous à Emmaiis Nicopolis le lieu de la cène de 
Notre-Seigneur avec ses deux disciples; par conséquent, ils rejettent 
tous implicitement le chiffre de soixante stades pour la distance d'Em- 
maîis à Jérusalem, puisque Nicopolis est, en réalité, à six heures de 
marche de la Ville sainte , distance que l'Itinéraire de Bordeaux éva- 
lue à vingt-deux milles et que je réduis à dix-neuf milles ou vingt 
milles qu plus. Or dix-neuf milles égalent cent cinquante-deux stades, 
et vingt milles égalent cent soixante stades, ce qui est précisément 
le chiffre indiqué, dans les trois manuscrits onciaux dont j'ai parlé, 
pour l'intervalle qui séparait l'Emmaûs évangélique de Jérusalem. 

En second lieu, s'il était, à la vérité, plus facile pour les deux 
disciples de se rendre de Jérusalem à Emmaûs et d'en repartir le 
même jour, vers le coucher du soleil, de manière à trouver les 



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30/i DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

apôtres encore assemblés, dans le cas où Ëminaûs aurait été seu- 
lement à soixante stades de Jérusalem, c'est-à-dire à deux heures 
et demie démarche, il n'était pas, d'un autre côté, impossible pour 
eux d'accomplir, dans la même journée et dans les conditions mar- 
quées par le texte sacré, le double trajet de Jérusalem à Emmaiis 
NicopoUs et d'Emmaùs Nicopolis à Jérusalem. En effet, six heures 
au plus de marche séparent ces deux villes. 

Les deux disciples, le jour même de la résurrection du Christ, 
quittent Jérusalem pour se rendre à Emmaîis. X'Evangile ne nous 
dit pas à quelle heure ils sont partis; nous savons seulement que ce 
fut après que les saintes femmes qui étaient allées de grand matin 
au tombeau du Sauveur et l'avaient trouvé vide eurent couru an- 
noncer aux apôtres l'étonnante nouvelle que les anges leur avaient 
apprise ^ 

Quoi qu'il en soit, rien n'empêche d'admettre que les deux dis- 
ciples aient commencé à se mettre en marche vers dix heures du 
matin et peut-être même plus tôt encore. Pendant qu'ils conversent 
ensemble, chemin faisant, sur les grands événements qui venaient 
d'arriver, Jésus s'approche d'eux tout à coup, sans qu'ils le recon- 
naissent, et s'enquiertde la cause de leur tristesse. L'un des deux 
disciples, appelé Cléophas, prend alors la parole et lui dit : crEtes- 
vous seul si étranger dans Jérusalem que vous ne sachiez pas ce 
qui s'y est passé ces jours-ci ? i^ Et il lui raconte la condamnation el 
la mort de Jésus de Nazareth. crO insensés! leur répond Jésus, ne 
fallait-il pas que le Christ souffrît toutes ces choses et qu'il entrât 
ainsi dans sa gloire?^ Et, commençant par Moïse et passant ensuite 
en revue tous les prophètes, il explique aux deux disciples, dans les 
Ecritures, ce qui y avait été dit de lui. Cependant ils approchent 
du bourg où ils allaient. Jésus feint d'aller plus loin; mais ils le 
forcent de s'arrêter, en lui disant : fr Demeurez avec nous, parce 
qu'il se fait tard et que le jour baisse, -n Et il entre avec eux. 

ùH, Et appropinquaverunt casldlo que ibant; et ipse se finxit longius ire. 
' Luc, c. xxiv. 



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CHAPITRE XL — A^MOUAS. 305 

.39. Et coegeruDt illum dicentes: Mane nobiscum, quoniam advesperascii 
et inclioala est jam dies. Ëtintravit cum illis^ 

Les mots advesperascit et tnclinata est jam dies indiquent que le 
soleil allait se coucher lorsqu'ils parvinrent à Emmaiis; ce moment, 
dans la saison de l'année où ils étaient, répond à peu près à cinq 
heures et demie du soir. 

Ils se mettent à table; Jésus bénit le pain , le rompt et le leur 
présente. Aussitôt leurs yeux s'ouvrent et ils le reconnaissent, mais 
Jésus disparaît à leurs regards. Alors ils se disent l'un à l'autre : 
<r Notre cœur n'était-il pas tout brûlant en nous-mêmes lorsqu'il nous 
parlait durant le chemin et qu'il nous expliquait les Ecritures? Et, 
se levant à l'heure même, ils retournèrent à Jérusalem, oii ils trou- 
vèrent les onze apôtres assemblés et ceux qui étaient avec eux : r 

Et surgentes eadem hora, regressi sunt in Jerusaiem, et invenerunt congre- 
gatos undecim et eos qui cum illis erant ^. 

En admettant qu'ils aient quitté Emmaiis vers les six heures du 
soir, ils ont pu arriver à Jérusalem à minuit et trouver les apôtres 
encore réunis dans le cénacle. Que dis-je? A cause de l'ardent 
désir qu'ils avaient d'annoncer aussitôt à leurs frères l'heureuse 
nouvelle de la miraculeuse apparition du Christ après sa mort, et 
surexcités comme ils l'étaient par ce prodige, il n'est nullement 
impossible qu'ils aient accompli en cinq heures, même à pied, leur 
retour à Jérusalem; alors ils seraient rentrés dans cette ville à onze 
heures du soir. 

Une pareille célérité, pour des hommes tant soit peu habitués à 
la marche, comme ils devaient l'être, et dans dépareilles circons- 
tances, n'a rien qui doive étonner. La route, il est vrai, est mon- 
tueuse et difficile; mais, d'un autre côté, les deux disciples effec- 
tuaient leur retour sans être incommodés, comme pendant le jour, 
par le soleil. Et puis, bien que l'Evangile n'en parle pas (mais il 
ne dit pas non plus qu'ils soient revenus à pied), ils ont peut-être 

* Luc, c. XXIV, V. a8, 29. — * Ibid v. 33. 



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306 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

pris des montures pour s'en retourner. Dans ce cas, n ayant aucun 
bagage et impatients d'apprendre à leurs frères le mémorable évé- 
nement dont ils avaient été les témoins, ils ont pu atteindre la Ville 
sainte bien avant onze heures du soir. 

La distance effective de cent cinquante-deux stades ou de vingt- 
huit kilomètres entre Jérusalem et Ëmmaùs Nicopolis, distance qui 
est évaluée, en nombre rond, à cent soixante stades ou vingt-neuf 
mille six cents mètres dans quelques anciens manuscrits de l'Evan- 
gile de saint Luc, n'est donc point un obstacle insurmontable à 
l'identification de l'Ëmmaûs évangélique avec cette dernière ville. 

Troisièmement, l'Ëmmaûs dont parle l'historien Josèphe^ comme 
ayant été colonisée par Vespasien, qui y envoya huit cents vétérans, 
était située seulement à trente et non à soixante stades de Jéru- 
salem , ainsi que cela résulte du texte généralement admis dans les 
meilleures éditions de cet auteur. Celle de Didot, par exemple, due 
au travail du savant Dindorf, a adopté ce chiffre. Rufin et Zonaras 
avaient lu également autrefois trente stades. 

Dans un précédent chapitre, en décrivant le village de Kolou- 
nieh, j'ai dit que j'inclinais à y reconnaître l'emplacement de cette 
ancienne colonie de vétérans établie par Vespasien. 

Il ne faut donc pas invoquer comme un argument décisif en 
faveur de la version de la Vulgate, qui mentionne un bourg d'Em- 
maûs à soixante stades de Jérusalem, le passage en question de Jo- 
sèphe, puisque les éditions les plus autorisées de cet historien ne 
portent que trente stades pour la distance, par rapporta Jérusalem, 
de l'Emmaus dont il s'agit en cet endroit. 

Quatrièmement enfin, de ce que saint Luc désigne l'Emmaus 
évangélique sous le nom de xxbfirf en grec, en latin casteUuniy faut-il 
en conclure avec Reland^ qu'elle soit par cela seul distincte d'Em- 
maiis Nicopolis, qui était une ville et non un bourg ou un village. 

Mais, comme l'observe très-justement Robinson*, à l'époque où 
saint Luc écrivait, la ville d'Emmaûs, quoique ancien chef- lieu de 

* Guerre des Juifs , VII , vi , S 6. ' Eihlical Researcheê in Palestine , L III , 

* Palœstina, p. 4 27. P- *â9- 



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CHAPITRE XI. — A'MOUAS. 307 

toparehie, était probablement démantelée et dans un fort triste état. 
Incendiée par Varus peu de temps après la mort d'Hérode, elle ne 
se releva que plus tard de son abaissement et de ses ruines pour 
prendre le nom de Nicopolis. 

En résumé, sans vouloir affirmer d'une manière péremptoire, 
contrairement à la leçon de la Vulgate, que FEmmaus évangélique 
n'était point à soixante stades mais bien à cent cinquante-deux 
stades, ou, d'après le compte rond de plusieurs manuscrits, à cent 
soixante stades de Jérusalem, et que dès lors il faut nécessaire- 
ment l'identifier avec Emmaiis Nicopolis, à l'exemple d'Eusèbe, de 
saint Jérôme et des autres auteurs que j'ai cités, je crois que le 
doute est permis sur ce point, puisque, à saint Jérôme, auteur 
de la Vulgate, on peut opposer Eusèbe et saint Jérôme lui-même, 
traducteur de YOnomasticon et autour de l'Épitaphe de sainte Paule; 
puisque les manuscrits qui portent soixante stades se trouvent con- 
tredits par d'autres manuscrits où on lit cent soixante stades, et 
dont un surtout, regardé comme le plus ancien de tous ceux que 
nous ayons du Nouveau Testament, a par cela même une autorité 
incontestable; puisque, en outre, le prétendu accord entre la Vul- 
gate et l'historien Josèphe ne repose que sur une version incertaine, 
et qu'enfin toutes les circonstances du récit évangélique peuvent 
également s'expliquer, en admettant soit l'une, soit l'autre des deux 
distances. Avec soixante stades, j'en conviens, la difficulté est beau- 
coup moins grande pour comprendre l'aller et le retour des deux 
disciples, mais avec cent soixante la chose est également possible, 
quoique plus difficile. 

Néanmoins, comme je le montrerai plus tard en parlant de Kou- 
beibeh, une tradition plus récente, et aujourd'hui prédominante en 
Palestine, surtout parmi les Latins, a attaché à ce deniier village 
l'honneur de représenter l'Emmaus de saint Luc. 

Après cette digression, il est temps de reprendre et d'achever en 
quelques mots l'histoire de Nicopolis. 

A l'époque des croisades, cette ville paraît déjà se confondre avec 
Koubeibeh et elle était elle-même en pleine décadence. Actuel- 



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308 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

lement elle est réduite, comme je l'ai dit, à l'état d'un simple ha- 
meau, qui n'offre réellement de digne d'attention que les restes 
de sa basilique byzantine et son puits antique, où il serait peut-être 
permis de voir la fontaine miraculeuse mentionnée par Sozomène 
et par d'autres écrivains. 

A quatre heures quarante-cinq minutes, je quitte A^mouas pour 
me diriger au sud vers Lathroun, que j'atteins à cinq heures, et où 
je passe la nuit. 



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CHAPITRE XII. — LATHROUN. 309 



CHAPITRE DOUZIÈME. 

LATHROUN OU EL-ATHROUN, JADIS ^JIlrÊTR^ MODIN. EL-KOUBAB (kOUBe). 

BEIT-ANNABBH (bETHANNABa). KHARROUBEU (CASTELLUM ARNALDI?). 

RAMLEH. 

LATHROUN. 

Lalhroun, en arabe (j^jHo^^ ou, sans la suppression de Yalif de 
l'article, EJrAthroun, ^j^^l, offre à la fois, sur les pentes et sur le 
sommet d'une colline isolée, les ruines d'une ville et d'une forte- 
resse. Celle-ci était flanquée de tours et occupait la partie culmi- 
nante de la colline. Les murs qui l'environnaient, et dont une partie 
existe encore, sont bâtis en talus avec des blocs d'assez bel appa- 
reil. Néanmoins, ils ne semblent pas antérieurs aux croisés; les 
matériaux seuls proviennent probablement de constructions plus 
anciennes. Dans l'intérieur, d'immenses magasins voûtés en ogive, 
et divisés aujourd'hui en compartiments nombreux, servent de 
refuge à la petite population de deux cent cinquante Arabes envi- 
ron qui habite cette localité. Au milieu des décombres accumulés et 
des hautes herbes qui couvrent ce plateau , on remarque les débris 
d'une église aux trois quarts détruite. 

Au-dessous de la forteresse et sur les flancs inférieurs de la 
colline, on distingue les vestiges d'un second mur d'enceinte, qui 
entourait la ville proprement dite. De cette dernière, dont l'empla- 
cement est actuellement cultivé, ou hérissé de ronces, de chardons 
et de broussailles , il ne subsiste plus que pinceurs magasins, voûtés 
en ogive, des puits, des citernes et de nombreux blocs antiques, de 
grandes dimensions, dispersés çà et là. 

Lathroun est considéré depuis longtemps par les chrétiens du 
pays comme la patrie du bon larron qui fut crucifié à côté de 
Notre-Seigneur. 



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3ia DESCRIPTION DE LA JODEE. 

Nous lisons à ce sujet dans Quaresmius : 

Appeliatur pierumque castrum Boni Latronis, nomine ei indito a bono illo 
iatroae qui, cum Christo in cruce pendens, iiii dixit : ^ Domine , mémento mei 
cum veneris in regnum tuum,^ et vicissim ab eo audire meruit: «rAmen dico 
tibi : Hodie mecum eris in paradiso K-n 

Le nom de ce bon larron était Dima ou Disma. On prétend que 
cet endroit était sa patrie et que l'église dont on voit les restes au 
milieu de la forteresse avait été élevée en son honneur ; mais cette 
tradition, que nous ont transmise plusieurs pèlerins et, entreautres, 
Boniface de Raguse, est réfutée ou du moins regardée comme dou- 
teuse par Quaresmius lui-même, qui nous apprend que ce voleur, 
d'après d'autres témoignages, était originaire d'Egypte, et que, dès 
lors, Lathroun ne peut pas être sa patrie. 

A propos du nom de cette localité, M. de Quatremère s'est posé 
la question suivante : 

(tNous savons, dit-il, par le témoignage unanime des pèlerins, 
que, non loin de la ville de Ramlah, se trouve un château ruiné, 
quî, au rapport des chrétiens du pays, était la demeure du bon 
larron. On pourrait demander si c'est la forme du nom arabe qui 
a produit cette tradition, ou si, au contraire, le nom arabe n'est 
autre que le mot latro^ auquel on a ajouté l'article. Cette seconde 
hypothèse est, à mon avis, la plus croyable; car il est à présumer 
que l'opinion quî regardait le château et le village qui l'avoisine 
comme ayant été jadis la résidence du bon larron existait parmi 
les chrétiens de Palestine antérieurement à l'invasion des musul- 
mans ^^ 

Le docteur Tobler émet une conjecture différente : 

rEn supposant même, dit-il, que le mot arabe latroun dérive 
du mot latin latro, je croirais que celte dénomination, au lieu de 
rappeler le bon larron qui fut cruci6é avec Notre-Seigneur, vien- 
drait plutôt de ce que ce château, étant situé à l'entrée du dé61é 
de l'Oued Aiy, était un poste parfaitement choisi pour les voleurs. 

' Elucidatio Terrœ Sanctœ , l. Il , p. 112 . Makrisi , tradiiclion de M. de Quatremère , 
^ Histoire des 9uUam Mamlouh, par t. Il, p. a 56; Appendice, 



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CHAPITRE XII. — LATHROUN. 311 

qui pouvaient de là rançonner les pèlerins se rendant à Jérusalem : 
voilà pourquoi, dans le langage des Francs, ce château était appelé 
par eux il castello di ladroni^. -n 

Mais le nom proprement dit de cette localité me parait être 
Athrouriy {jj^jio\y et non Lathroun^ uv^^- ^e lexique géographique 
arabe cité par M. de Quatremère porte t>j>^^l, El-Athroun. J'ai en- 
tendu, du reste, moi-même, en Palestine, delà bouche de plusieurs 
Arabes, les deux prononciations, soit la prononciation que j'appel- 
lerai littéraire et complète : El-Athroun, soit la prononciation vulgaire 
et abrégée : Lathroun. Dans ce cas, la dénomination arabe n'aurait 
qu'un rapport fortuit avec le mot latin latro et n'en dériverait pas , 
comme on le croit généralement. 

Robinson pense que ce château est le castellum Emmaus dont il 
est question dans les historiens de^ croisades et qu'ils identifient 
avec Nicopolis, ville dont les ruines, comme nous l'avons vu plus 
haut, se retrouvent quinze minutes au nord de Lathroun. 

«f Cette forteresse, dit-il, avait été évidemment érigée pour 
commander l'approche de Jérusalem, et, à cause de son voisinage 
d'Ëmmaûs ou Nicopolis, elle a pu également servir de boulevard à 

cette cité Mais, quand la tradition eut changé et que le nom 

d'Ëmmaûs eut été transporté à Koubeibeh, nous trouvons cette 
ruine, dans la seconde partie du xvi® siècle, désignée sous le titre 
de castrum ou aistellum Boni Latronis^. n 

Robinson propose ensuite de reconnaître, dans Lathroun, l'an- 
cienne Modin , la patrie des Machabées. 

ff Au moins, ajoute-i^il, la position de cet endroit et son éléva- 
tion correspondent mieux que celles d'aucun autre avec les circons- 
tances qui sont rapportées à propos de Modin Cette ville 

était adjacente à la grande plaine, et le monument funèbre des 
Machabées était visible de tous ceux qui naviguaient le long des 
côtes. Ëusèbe et saint Jérôme attestent tous deux que Modin était 
voisine de Lydda. -n 

' Topographie von Jérusalem und seinen * Btblical Researches in Palestine, t. III . 

Umgebungen, l. Il, p. 75*'>. p. i5i. 



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312 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Cette hypothèse de Robinson me paraît très-digne d'attention, et, 
jusqu à ce que l'on découvre une autre localité qui réponde d'une 
manière plus satisfaisante aux données que nous possédons sur 
cette antique patrie des Machabées, j'incline, avec ce savant voya- 
geur, à placer celle-ci à Lathroun. Nous avons vu, en effet, dans 
un précédent chapitre, que Souba, malgré la tradition actuelle, et 
déjà assez ancienne, qui l'identifie avec Modin, est à une distance 
trop considérable de la plaine, pour qu'il soit possible de com- 
prendre, dans ce cas, plusieurs passages des livres des Machabées 
et de l'historien Josèphe, qui placent cette ville célèbre aux confins 
des montagnes de Juda et de la grande plaine des Philistins. Sans 
doute, du sommet de Souba, de même que du haut de la colline 
de Lathroun, on aperçoit la mer, et la réciproque est, je crois, 
également vraie pour ces deux localités, dont la dernière, beau- 
coup moins élevée que la première, est, d'un autre côté, bien plus 
rapprochée de la mer; et la masse d'un mausolée monumental 
qui aurait couronné soit la montagne de Souba, soit la colline de 
Lathroun, aurait pu être aperçue probablement des navigateurs 
longeant les côtes, à leur passage devant le port de Jaffa ou celui 
d'Iamnia. Mais la véritable raison qui m'engage à retirer à la hau- 
teur de Souba l'honneur qu'on lui fait en la regardant comme la 
patrie des Machabées, pour le reporter de préférence à Lathroun, 
c'est, comme je l'ai déjà dit, que Lathroun touche à la grande 
plaine des Philistins, conformément aux données des Livres saints 
et de Jos'èphe, et avoisine de plus près la ville de Lydda, ainsi 
que l'affirment Eusèbe et saint Jérôme pour Modin, tandis que 
Souba est trop éloignée de l'une comme de l'autre. 

Le docteur Tobler^ croit que Lathroun est le castellum AmMi 
dont il est question dans le passage suivant de Guillaume de Tyr : 

Interea, dum dominus rex [Fulco] in partibus Antiochenis ita detineretur 
occupatus , et illius regionis negotia ad suam revocaret soilicitudinem . . . . , 
noslri qui iu regno remaiiseranl, dominus videlicet patriarcha et cives Hiero- 
solyniildB, in Domino habentes fiduciam, rollectis in unum viribus, juxla 

' Topographie ron Jérusalem und ,seinm Uniffebungen , (. II, p. 757. 



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CHAPITRE XII. — LATHROUN. 313 

locum antiquissimum Nobe, qui hodie vuigari appeilatione dicitur Bettenuble, 
in descensu montium, in primis auspiciis campestrium , via qua itur Liddam 
et qua pervenitur ad mare, praesidium solido fundant opère, ad tutelam trans- 
euntium peregrinorum : ibi enim in faucibus montium, inter angustias ine- 
vitabiles, maximum iter agentibus solebat inmiinere periculum, Ascalonitis 
subitas imiptiones illic facere consuetis. Consummato itaque féliciter opère, 
nomen indicunt, castellum Amaldi locum dicentes^ 

T Tandis que le roi [Foulques] était ainsi retenu et occupé dans le district 
d'Antioche, veillant lui-même aux intérêts de la contrée. . . , ceux des nôtres 
qui étaient restés dans le royaume , c^est-à-dire le patriarche et les habitants 
de Jérusalem, pleins de confiance dans le Seigneur et réunissant leurs forces, 
construisent un poste militaire solidement bâti , et destiné à protéger les pèle- 
rins à leur passage. Ils le fondent près du lieu antique de Nobe, qui aujourd'hui 
s'appelle vulgairement Bettenuble, à la descente des montagnes et au commen- 
cement de la plaine, sur la route qui conduit à Lydda et de là à la mer. Cest 
là, en effet, par suite des attaques soudaines et fréquentes des Ascalonites, 
que, au milieu des gorges des montagnes et de défilés inévitables, le plus grand 
péril menaçait d'ordinaire les voyageurs. Quand on eut terminé heureusement 
cet ouvrage , on le désigna sous le nom de château d^ Arnaud, v 

Cette forteresse fut détruite par les Sarrasins en 1191. Si l'on 
identiBe Nobe, ou la Bettenuble de l'époque des croisades, avec 
le village de Beit-Nouba dont nous avons parlé plus haut, il faut 
chercher, à ce qu'il me semble, le castellum Amaldi dans un voisi- 
nage plus rapproché de cette dernière localité que ne l'est La- 
Ihroun ; du moins la préposition juxta (auprès) ne s'accorde que 
difficilement avec l'intervalle- de six kilomètres environ qui sépare 
Lathroun de Beit-Nouba. 

D'un autre côté, un second passage de Guillaume de Tyr, que je 
citerai tout à l'heure, autorise à penser que cet écrivain identifiiait 
Nobe ou Bettenuble avec Beit^Annabeh plutôt qu'avec Beit-Nouba. 
Dans ce cas également, Lathroun est trop distant de Beit-Anna- 
beh pour que la préposition juœta lui convienne davantage , et 
c'est plus près de Beit-Annabeh que nous devons placer ce même 
castellum Amaldi. 

• Willelm. Tvr. I. XIV, c. mil 



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314 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

EL-KOUBÀB. 

Le 2 mai, après avoir examiné avec attention les ruines de 
Lathroun, je me mets en marche, à huit heures du matin, dans 
la direction du nord-ouest. 

A huit heures quarante-cinq minutes, je parviens à El-Koubdb, 
(yl^JUI, village dont j'ai déjà fait mention précédemment et qui 
me parait être le vûms Koube signalé par le Talmud. Je gravis la 
colline où s'élève ce village et, traversant, vers le nord, des jardins 
plantés d'oliviers et de figuiers, je descends dans une fertile plaine, 
couverte de riches moissons. 

A neuf heures cinq minutes, je franchis le lit d'un torrent 
desséché, et ma direction recommence alors à être celle du nord- 
ouest. 

BEIT-ANNABKH. 

A neuf heures quarante-cinq minutes, j'atteins Beit-Annabeh, 
iuJi OH^, situé sur une colline; ce village renferme neuf cents ha- 
bitants. Les maisons assez informes qui le composent ont été bâties 
avec de menus matériaux, parmi lesquels on distingue un certain 
nombre de pierres de taille, qui proviennent évidemment de cons- 
tructions plus anciennes. 

Par son nom et par sa position, Beit-Annabeh parait répondre au 
village de Beroawdt^, mentionné dans YOnomasticony au mot kvcoS: 

Avût)€y ^6hs iiv éTroXiôpKrfa-ev Ivo-ovs, Ka\ éa1\ vvv Koi(iri tszpi àiôœrrohv 
dnb a-ftfieiojv Ttcrtrdpcav tsphs ivaroXàts ' ^ xaXerrai ^eroavvdë. 

Saint Jérôme traduit d'abord mot à mot ce passage : 

Anob, civitas quam expugnavit Jésus, et est usque hodie villa juxta Diospo- 
lim , quasi in quarto milliario , ad orientalem plagam , quœ vocatur Bethoannaba. 

Puis ce Père de l'Eglise ajoute : 

Pierique autem affirmant in octave ab ea milliario sitam et appellari Be- 
thannaba. 

En réalité, la distance qui sépare Beit-Annabeh de Lydda est 
de cinq milles, et cette correction de saint Jérôme est fautive; elle 



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CHAPITRE Xll. — BEITANNABEH. 315 

donnerait à penser qu il a confondu deux localités différentes : Tune 
placée par Ëusèbe à quatre milles à l'est de Lydda; c'est certaine- 
ment celle qui aujourd'hui s'appelle Beit-Annabeh ; et l'autre qu'il 
place lui-même à huit milles à l'est de la même ville, et qui ne 
peut être que le village actuel de Beit-Nouba, jadis, selon toute 
apparence, la ville sacerdotale de Nob. Quant au nom antique de 
Beit-Annabeh , il devait être, en hébreu, Beth-Annab ou Bethr-Atir- 
nabay en latin , ^e^nna^a plutôt que Bethoannaba, ainsi qu'il est 
permis de le conclure de la dénomination arabe, qui est proba- 
blement la reproduction Gdèle de celle d'autrefois. 

Guillaume de Tyr signale dans Tordre suivant les principales 
villes situées entre Jérusalem et Jaffa : 

Urbem sanctam in sublimibus sitam esse montibus cerlum est, et in 

tribu Benjamin positam veterum tradit auctoritas, habetque ab occidente tri- 
bum SymeoD et Philistiim regionem et mare Mediterraneum, a que ubi propius 
est, juxta vetustissimum oppidum Joppen, viginti quatuor distat miliaribus; 
inter se et prœdictum mare babens castellum Emmaus , quœ postea dicta est 
Nicopolis, ut prœmisimus, ubi, post resurreclionem suam, Dominus duobus 
discipulis apparuit; Modim etiam, sanctorum Macchabœorum felix praesidium; 
Nobe quoque, vicum sacerdotalem, ubi David esuriens cum pueris suis, tra- 

dente Abimelech , panes propositionis comedit; et Diospolim , quœ est Lidda 

et Joppen ^ 

Guillaume de Tyr, comme on le voit par ce passage, dans l'énu- 
mération des villes qu'il intercale entre Jérusalem et Joppé (Jaffa) , 
mentionne d'abord le château d'Ëmmaûs, devenu, dit-il, plus tard 
Nicopolis et où Notre-Seigneur, après sa résurrection, apparut à 
ses deux disciples. Puis venaient : Modin, qu'il appelle l'heureuse 
place forte des saints Machabées; Nobe, bourg sacerdotal, où David, 
avec ses gens , mangea les pains de proposition ; Diospolis ou Lydda , 
et enfin Joppé. 

Du reste, cet écrivain n'indique la distance respective d'aucune 
de ces localités intermédiaires, ce qui nous laisse dans une grande 
incertitude par rapport à leur position véritable. Où place-t-il, 
par exemple, Ëmmaiis, Modin et Nobe? Nous pouvons seulement 

' Willelm. Tyr. L VIIL r. T. 



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316 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

conclure de son texte que ces trois villes ou bourgades s'élevaient 
enti'e Jérusalem, à l'est, et Lydda, à l'ouest, deux points qui nous 
sont parfaitement connus, et l'ordre dans lequel elles sont citées 
semble prouver qu'on devait les rencontrer successivement, à me- 
sure qu'on s'avançait de plus en plus vers l'ouest, en se rendant 
de Jérusalem à Lydda. 

Cherchons d'abord l'Ëmmaûs de Guillaume de Tyr. Comme il 
l'identifie avec Nicopolis et que celle-ci, je l'ai démontré ailleurs, 
occupait l'emplacement du village actuel d'A'mouas, quelques 
critiques ont pensé que le castellum Emmaus de cet écrivain n'était 
autre que le château de Lathroun, situé à une faible distance au 
sud d'A'mouas. Mais cette conjecture me paraît erronée. En effet, 
dans un autre passage, Guillaume de Tyr, ainsi que je le montrerai 
en parlant de Koubeibeh, place Emmaus Nicopolis à soixante stades 
de Jérusalem, puisqu'il reproduit, sans le modifier, le chiffre in- 
diqué par saint Luc, du moins dans la Vulgate, pour la distance 
qui séparait cette bourgade de la Ville sainte. D'après ce passage, 
en raison de diverses circonstances relatives à la marche de la pre- 
mière armée des croisés sur Jérusalem, j'incline à identifier avec 
Koubeibeh l'Ëmmaûs de Guillaume de Tyr. 

En ce qui concerne Modin, je serais disposé à croire que cet 
historien reconnaissait, dans Lathroun, la patrie des Machabées. 
J'ai essayé de prouver précédemment, en me fondant sur plusieurs 
passages tirés soit de l'Ecriture sainte, soit de Josèphe, qu'aucune 
autre position ne me paraissait mieux répondre que celle-là à 
l'emplacement de Modin. La tradition à ce sujet s*est, il est vrai, 
complètement perdue de nos jours; mais elle pouvait encore s'être 
conservée à l'époque des croisades. Seulement alors les héroïques 
fils de Mathathias semblent avoir été confondus quelquefois avec les 
sept frères Machabées qui subirent le martyre avec leur généreuse 
mère dans la ville d'Antioche, sous le même règne d'Antiochus 
Epiphane, et que l'Eglise vénère comme des saints. Cette confusion 
explique l'épithète de saints donnée par Guillaume de Tyr aux fils 
de Mathathias, qu'il semble néamnoins avoir en vue dans le passage 



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CHAPITRE XII. — KHARROUBEH. 317 

cité plus haut. Cette confusion aussi nous aide à comprendre la 
tradition encore subsistante dans le pays et en vertu de laquelle 
on continue à montrer, non loin de Lathroun , les débris d'une an- 
cienne église élevée en l'honneur des saints Machabées, c'est-à-dire 
de ceux qui furent martyrisés à Antioche. Quaresmius a depuis 
longtemps réfuté l'opinion de Boniface de Raguse , qui prétendait 
que cet endroit était à la fois le lieu de leur naissance et de leur 
supplice, mais il ne ressort pas moins de cette tradition, qui pa- 
raît fort ancienne, que le nom des Machabées martyrs s'est atta- 
ché à cette localité, et cela, sans doute, parce qu'on la regardait 
autrefois comme la célèbre ville de Modin , patrie des fils de Matha- 
thias et, en même temps, de cet autre groupe de frères intrépides 
qui scellèrent également de leur sang, à la même époque, la reli- 
gion de leurs ancêtres. 

Reste à retrouver la Nobe de Guillaume de Tyr. On ne peut 
hésiter, à mon avis, qu'entre deux localités pour y fixer cette bour- 
gade sacerdotale. En parlant de Beit-Nouba, j'ai dit que probable- 
ment ce village représentait l'ancienne Nob ou Nobe, dont il avait 
fidèlement gardé le nom. D'un autre côté, si nous identifions la 
Modin de l'historien des croisades avec Lathroun , il nous faut cher- 
cher à l'ouest de ce dernier endroit l'emplacement qu'il assigne à 
Nobe. Or nous le trouvons sans peine à Beit-Annabeh , village situé 
précisément entre Lathroun et Lydda et dont le nom rappelle pa- 
reillement de très-près celui de Nob, Nobe dans la Vulgate, Naba 
chez les Septante, d'où Anaba et Annaba\ en préposant l'article 
devant le nom et en redoublant la première lettre. C'est là, sui- 
vant moi, que Guillaume de Tyr place l'antique Nobe, la Bette- 
nuble des croisés, à six kilomètres environ au sud-est de Lydda. 



KHARROUBEH. 



A dix heures, je quitte Beit-Annabeh, pour me diriger vers 
l'est-nord-est. 

A dix heures dix minutes, je rencontre, sur une colline pierreuse. 



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318 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

quelques citernes antiques et des arasements de constructions dont la 
trace est maintenant peu sensible. Dix minutes plus loin et, par con- 
séquent, à vingt minutes de Beit-Annabeh , je parviens à un hameau 
appelé Kharroubehy i^^J^. Il consiste en un petit nombre de cabanes, 
qui ne sont habitées qu à Tépoque de la semaille et de la moisson. 
On remarque, sur le haut de la colline qu'il occupe, les restes d'un 
petit fort, dont les assises inférieures sont formées de beaux blocs 
régulièrement équarris ; alentour sont éparses confusément d'autres 
pierres de taille semblables, qui jonchent le sol. J'observe aussi en 
cet endroit des puits et des citernes hors d'usage. Faut-il reconnaître 
dans les ruines de ce fort, qui paraît avoir été construit avec des 
matériaux antiques, tout en ne datant lui-même probablement que 
du moyen âge, le castellum Amaldi signalé par Guillaume de Tyr 
près de Bettenuble? La chose me semble très-possible, et c'est là 
une hypothèse que suggère tout naturellement le voisinage de 
Beit^-Annabeh, la Bettenuble, selon moi, de l'époque des croisades. 
Au pied de la colline de Kharroubeh, passe la voie qui conduit à 
Lydda, et, conformément aux données de Guillaume de Tyr, cet 
endroit se trouve lui-même à l'entrée de la plaine et à la descente 
des montagnes, in descenm montitmiy inprimis auépicià campestriumy 
via qua itur Liddam. 

RAMLEH. 

A dix heures trente-cinq minutes, je me remets en marche dans 
la direction del'ouest-nord-ouest, puis de l'ouest. A midi dix minutes 
je fais halte à Bamleh, ville qu'il est inutile de décrire ici de nou- 
veau, tous les principaux détails qui la concernent ayant été déjà 
donnés dans le second chapitre dp ce volume. 



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CHAPITRE XIII. — KEFR-A'NA. 319 



CHAPITRE TREIZIÈME. 

SARPEND. YAZOUR. BEIT-DEDJAN. SAFBRIEH. KEFR-a'nA (oNo). - 

TBHOUDIEH (yEHOUd). KEFR-DJENES. LODDD (lYDDA OU DlOSPOLIs). 



SARFEND. YAZOUR. REIT-DEDJAN. SAFERÎEH. 

Le U mai, à cinq heures trente minutes du matin, je me dirige 
de Ramleh vers Sarfend, ou*^ , en marchant vers le nord-ouest. 
J'atteins ce village à six heures cinq minutes. 

A sept heures trente minutes, je passe devant Voualy ImamA'ly 
et, bientôt après, je traverse les vergers et le village âiYazoury ^j\j . 

DTazour, en inclinant vers l'est- sud- est, j'arrive, à huit heures 
vingt minutes, à Beit-Dedjan^ ç^:» ouo. De là je me dirige vers Sa- 
feriéhy M^jàX^. 

Après avoir visité de nouveau ces divers villages, que je n'avais 
pas eu le temps d'examiner suffisamment en me rendant de Jaffa 
à Ramleh, bien que je les aie décrits dans le chapitre où il est 
question de cette route, je quitte à neuf heures Saferîeh, et je me 
dirige en droite ligne vers le nord. 

A neuf heures trente minutes, je franchis un oued dont le lit 
est très-peu profond. 

Ma direction devient alors celle de l'est-nord-est. 

Chemin faisant, je rencontre à chaque pas, dans la plaine, des 
cigognes, qui se promènent çà et là sans crainte , à cause du respect 
que les indigènes ont pour elles; elles débarrassent, en effet, le 
pays des serpents, dont elles font leur pâture. 

kepr-a'na (ono). 

A neuf heures quarante minutes, je parviens à Kefr-A'nay bUyS". 
C'est un village de cinq cents habitants. Les maisons sont gros- 



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320 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

sièrement bâties avec des briques cuites au soleil , formées de terre 
et de paille hachée. Sur divers points s'élèvent des palmiers, dont 
les panaches verdoyants dominent gracieusement cet amas informe 
d'habitations. Près du village, deux bassins peu profonds, creusés 
dans le sol, mais non construits, recueillent pendant l'hiver les 
eaux pluviales. Plusieurs puits à norias alimentent, en outre, cette 
localité et permettent d'arroser les jardins qui l'entourent. A côté 
de l'un de ces puits, je remarque quelques tronçons de colonnes 
de marbre qui paraissent antiques. 

Tout porte à croire que ce village est l'ancienne ville d'Ono , en 
hébreu l:kou i:ik, en grec Ùvcûv^ Ùvùj ou (Ivcû, en latin OnOy qui 
appartenait à la tribu de Benjamin. Les catalogues insérés dans le 
livre de Josué n'en parient pas, et la première fois qu'il en est fait 
mention, c'est dans le livre 1 des Paralipomènes. 

Porro filii Eiphaal : Heber, et Misaam, et Samad; hic œdificavit Ono, et 
Lod, et filias ejos '. 

Elle est nommée, dans ce verset, avec Lod ou Lydda, qui effecti- 
vement n'est séparée de Kefr-A'na que par un intervalle de six 
kilomètres, et nous apprenons qu'elle fut fondée, avec cette der- 
nière ville, par Samad le Benjamite. 

Parmi les Juifs qui revinrent de Babylone en Palestine , sous la 
conduite de Zorobabel, le livre d'Esdras signale sept cent vingt- 
cinq hommes de Lod, de Hadid et d'Ono. 

Filii Lod, Hadid et Ono, septingenti viginti quinque^. 

Le livre de Néhémie rapporte le même fait, mais en réduisant 
à sept cent vingt et un le chiffre des émigrés de ces trois villes 
qui revirent leur patrie. 

Filii Lod, Hadid et Ono, septingenti viginti unus^. 

Je ferai remarquer ici en passant que les deux villes de Lod et 
de Hadid, qui se retrouvent aujourd'hui dans Loudd et dans Ha- 

' Paralip, c. viii, v. i*j. — ' Esdroê, c. ii, v. 33. — '* Nèhéme, c. vu, v. 37. 



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CHAPITRE XIIL — YEHOUDIEH. 321 

ditheh, sont confondues en une seule par les Septante, qui l'ap- 
pellent AoSaSi dans un passage et AoSaSiS dans un autre. 

T/o) AoSaS) xol\ ÙvÙj énlaxôcrtot slKoa-tTréine ^ 
Tiol AoSaS)S xahÙvi), énlaxoa-iot elxoa-teïs^. 

Le livre de Néhémie mentionne une plaine dite d'Ono. 

Miserunt Sanabailat et Gossem ad me, dicentes : Veni . et perculiamuB fœdus 
pariler in vicuHs, in campo Ono^. 

C'est la même plaine probablement qui, au chapitre xi du même 
livre, est désignée sous le nom de vallée des Artisans. 

34. Hadid, Seboim, el Neballat, Lod, 

35. Et Ono, valle artificum. 

Ono est citée plusieurs fois dans le Talmud et est marquée 
comme étant à trois milles de Lydda. En réalité, le village de Kefr- 
A'na est un peu plus éloigné de cette ville ; car j'évalue à quatre 
milles la distance qui les sépare. Néanmoins, ce n'est pas, selon 
moi, une raison suffisante, non plus que la présence de la lettre 
aïn au commencement du nom arabe A'na, bU, pour douter do 
l'identité du village ainsi appelé avec la ville d'Ono, en hébreu )^)h, 
de la tribu de Benjamin. 

YEHOUDIEH (yEHOUd). 

A neuf heures cinquante minutes, je poursuis ma marche vers 
le nord-nord-est. 

A dix heures dix minutes, j'arrive au village à'Yehoudteh, a,?^^^. 
La population dépasse mille habitants. Les maisons sont bâties 
en briques crues; elles sont dominées, sur plusieurs points, par 
des palmiers. Je remarque , près d'un puits à norias , la cuve d'un 
antique sarcophage, placée là en guise d'auge. En outre, deux bas- 
sins peu profonds, non construits et consistant en une dépression 
elliptique du sol, servent à recueillir les eaux pluviales et à abreu- 
ver les animaux. 

* Eêdras, c. ii, v. 83. — * yéhémie, c. vu, v. 87. — ^ Néhémie, c. vi, v. îî. 



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322 DESCRIPTIOIN DE LA JUDÉE. 

Près du village , un oualy surmonté de trois coupoles est con- 
sacré à Neby Yehouda, \:>y^ ^, ou cr prophète Juda,^^ l'un des fils 
de Jacob, dont les cendres y reposeraient et qui aurait donné son 
nom à la localité. 

Yehoudieh est probablement l'ancienne Yehoud, en hébreu ^vj% 
en grec lovô, en latin Jud, l'une des villes de la tribu de Dan, 
mentionnée dans le livre de Josué : 

Et Jud, el Bane, elBarach, et Gethremmon '. 

KEFR-DJENKS. 

A dix heures vingt minutes, je quitte ce village pour prendre 
la direction du sud-sud- est. 

A onze heures, je passe à Kefr-Djenes^ ^y^j^^ hameau de- 
puis longtemps abandonné. Au milieu des ruines très-peu impor- 
tantes qui sont éparses sur le sol, je remarque celles d'une cons- 
truction plus solide, dont quelques pans de murs encore debout 
sont très-épais et paraissent dater du moyen âge. 

LOUDD (lydda). 

A onze heures trente minutes , je traverse le Djw* Loudd, SJj^it,^. 
Ce pont est à trois arches et de fabrique musulmane. Le torrent 
sur lequel il a été jeté porte, en cet endroit, le nom à' Oued Loudd, 
ixJ ^1^; il a encore un peu d'eau en ce moment, mais, dans l'été, 
il est ordinairement à sec. Le tablier du pont est pavé avec de gros 
blocs, qui proviennent peut-être de constructions plus anciennes. 

Après Tavoir franchi, je suis une longue avenue de nopals gigan- 
tesques, qui l)ordent, à droite et à gauche de la route, de superbes 
plantations d'oliviers. 

A onze heures quarante-cinq minutes, je fais halte à Loudd, 5J- 
Cette petite ville, de même que Ramleh, contient beaucoup do 

' JoKiiê, c. \ix, V. ûf). 



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CHAPITRE XIII. — LOUDD. 323 

maisons renversées, et sa population n'est pas aussi considérable 
que son étendue le ferait supposer. Elle est parsemée également, 
sur un grand nombre de points, d'élégants palmiers, qui s'élèvent, 
soit isolés, soit par bouquets, et qui lui donnent un cachet tout 
oriental. La population actuelle se compose de quatre mille musul- 
mans, de huit cents Grecs schismatiques et de vingt-cinq Grecs 
catholiques. 

Les bazars sont fournis des principales choses nécessaires à la 
vie; les fruits surtout y abondent. En effet, les jardins qui entou- 
rent la ville sont naturellement très-fertiles et remplis de divers 
arbres fruitiers. Plusieurs puits à norias donnent une eau aussi 
abondante que légère ; l'un des meilleurs est désigné sous le nom 
de BirMdr Elias (puits de.Saint-Elie). 

Beaucoup d'habitants cultivent du tabac pour leur usage parti- 
culier. Une centaine d'entre eux aussi sont occupés dans des fa- 
briques de savon. 

Quant au climat de Loudd, il est, pendant l'été, très -chaud, 
et c'est une des villes de la Palestine où j'ai remarqué le plus 
d'aveugles et de borgnes : un dixième environ de la population est 
atteint de la dernière infirmité, et un vingtième, de la première. 

Tous les voyageurs qui ont visité cette localité ont parlé avec 
admiration des ruines de la basilique de Saint-Georges : elles sont, 
en effet, dignes d'attirer l'attention des archéologues. M. le comte 
Melchior de Vpgiié, dans son ouvrage intitulé Les Eglises de la Terre 
sainte, les a décrites avec soin ^ Ce savant remarque l'analogie frap- 
pante qui existe entre ce monument et l'église Saint-Jean de Sébaste, 
et comme les dispositions générales de ces deux édifices sont iden- 
tiques et que leurs dimensions sont à peu près les mêmes, il croit 
qu'une même pensée a présidé à leur construction et qu'ils sont de 
la même époque, c'est-à-dire de la seconde moitié du xn*^ siècle. 

L'église Saint-Georges avait trois nefs et trois absides. Celles-ci 
sont contiguës; cylindriques au dedans, elles affectent une forme 



Lea EgUxesdela Tmre nainte, p. .363-366. 



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324 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

polygonale au dehors. L'abside centrale est aujourd'hni aux trois 
quarts intacte; l'abside latérale du nord existe également en par- 
tie; mais celle du sud est presque complètement détruite. Tournées 
vers l'orient, elles ont été bâties avec des matériaux de moyen ap- 
pareil, dont la taille et l'agencement sont irréprochables. 

Au milieu du chœur est une espèce d'autel, assez grossièrement 
construit dans les temps modernes, et où les Grecs schisraatiques 
ont seuls le droit de célébrer la messe le jour de la fête de saint 
Georges. Les musulmans comme les chrétiens vénèrent cet endroit; 
car ils croient que sous l'autel repose encore, dans une crypte, une 
partie des restes du saint martyr. 

Les nefs sont démolies, à l'exception de leur extrémité occiden- 
tale, qui a été depuis longtemps transformée en une petite mosquée; 
à cette mosquée est adjoint un minaret, dont les soubassements 
sont plus anciens que les assises supérieures. En pénétrant dans ce 
sanctuaire musulman, j'y ai observé deux piliers, flanqués chacun 
de deux colonnes monolithes de marbre, à chapiteau corinthien, 
qui proviennent probablement de la basilique byzantine; car les 
colonnes de l'église du moyen âge, à en juger du moins par celles 
du chœur, étaient en pierre et formées de tambours cylindriques 
superposés. 

Au xv^ siècle, Medjr Eddîn fait mention de cette mosquée et du 
minaret qui l'accompagne. 

«rll y avait, dit-il, une église richement dotée des chrétiens et en 
grande renommée chez eux; elle fut ruinée par Salah Eddîn. Au- 
jourd'hui , il y a une mosquée, qui était autrefois une église grecque, 
avec un minaret très-élevé ^ t 

D'après une tradition fort ancienne, saint* Georges, le patron de 
cette vieille basilique, serait né à Lydda; puis, quand il eut subi le 
martyre à Nicomédie, sous Dioclétien, vers la fin du ui^ siècle, ses 
reliques auraient été rapportées dans sa patrie, et une église y au- 
rait été, plus tard, érigée en son honneur. Les Grecs de Lydda pré- 
tendent que, sous l'autel dont j'ai parlé, sa tête se trouve encore. 

' Mwes de VOrinil, t. 11 , p. 1 36- 1 ^y. 



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CHAPITRE XllI. — LOUDD. 325 

Cette même tradition est rapportée par Qiiaresmiiis : 

Erat in ea [Lydda] olim illustris et grandis ecciesia, sancto Georgio inar- 
tyri dicata, et in ipso loco ubi gloriosus Christi miles illustre marlyriuin 
obieral ^ œdificata, sed hodie fera diruta, superiori parte excepta, ubi sancti 
inarlyris caput asservari dicitur ab incolis grœcis (modo verum dicatur), 
quamvis non qui ei deberetur honor et reverentia exhibeatur, lum quia ecciesia 
fere, ut jam diximus, diruta est, tum quia reœdiiicandi abest facultas, propter 
(iraecorum custodientium paupertatem ^. 

Quaresmius ajoute : 

Cardinalis Baronius in notis Martyrologii Romani, ad diem xxiii aprilis, 
advertit caput sancii Georgii Romœ asservari; sic enira ibi legilur : «Fuit et 
Romœ, quœ adhuc persévérât, illustris memoria Sancti Georgii ad Vélum Au- 
reum, ubi et caput ejus venerandum asservatur, quod Zacharias papa in theca 
repertum cum inscriptione grœcis litteris exarata ibidem recondidit, ut tes- 
tatur Liber de Romanis Pontificibus in Zacharia.^ 

Pour trancher cette difficulté et accorder les deux traditions, le 
docte franciscain pense que, probablement, une partie de la tête 
de saint Georges est à Lydda et une autre partie à Rome. 

Quoi qu'il en soit, on sait que ce martyr jouit d'une très-grande 
vénération dans tout TOrient. Une foule de chapelles, d'églises et 
de couvents sont sous son invocation. Les musulmans eux-mêmes 
témoignent un respect profond pour sa mémoire. Il est d'ordinaire 
représenté sous la figure d'un guerrier à cheval qui terrasse un 
dragon, à la fureur duquel il arrache une jeune fille. Cette image 
rappelle naturellement à l'esprit le mythe célèbre de Persée sau- 
vant Andromède, au moment où elle allait être dévorée par un 
monstre marin. 

A quelle époque saint Georges fut-il honoré, à Lydda, d'un culte 
particulier par l'érection d'un sanctuaire? C'est ce que, faute de 
documents précis, il est difficile de dire; mais il est vraisemblable 
que, dès les premiers siècles du christianisme, une église fut cons- 

* La tradition la plus gënëralemenl où il aurait été seulement flagellé, mais 
adoptée est celle qui place le martyre de non mis à mort, 
saint Georges à Nicomëdie et non ^ Lydda, * Elucidatio Terrœ Sanctœ, t. U, p. 9. 



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326 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

truite au nom de ce martyr et sur remplacement de sa sépul- 
ture. 

Les uns, comme PapebrochS la font remonter jusqu'à Cons- 
tantin. Robinson^ oppose à cette assertion le silence d'Eusèbe, qui 
n'eût pas manqué, en signalant les nfionuments religieux de Cons- 
tantin, de mentionner pareillement celui-ci, si cet empereur l'avait 
fait élever. 

Les autres, comme Guillaume de Tyr, en attribuent la fondation 
à Justinien. Voici le passage où cet historien parle de cette église, 
qui fut, dit-il, complètement détruite par les musulmans, à l'ap- 
proche des croisés, en 1 099, dans la crainte que les longues poutres 
de sa toiture ne fussent employées par l'ennemi pour en faire des 
machines de siège : 

Inde post diem tertium itineris résumantes iaborem, relictis a dextra iocis 
maritimis Antipatrida et Joppe,per iate patentem pianiciem Eieutheriam per- 
transeuntes , Liddam, qu» est Diospolis, ubi et egregii martyris Georgii gloriosum 
usque hodie sepulchrum ostenditur, in que secundum exteriorem hominem in 
Domino creditur requiescere , pervenerunt. Cujus ecclesiam quam ad honorem 
ejusdem martyris pius et orthodoxus princeps Romanorum Augustus , iiiustris 
memoriœ, dominus Justiuianus, multo studio et devotione prompta œdificari 
prœceperat, audito nostrorum adventu , solo tenus hostes dejecerant paulo ante, 
timentes ne trabes ecclesiœ, quœ multœ proceritatis erant, in machinas et 
tormenta ad expugnandam urbem velient convertere '. 

Si nous consultons maintenant Procope , nous voyons que , en énu- 
mérant les édifices érigés par Justinien en Palestine, il ne cite pas 
la basilique de Lydda. Ce prince, à la vérité, construisit une église 
sous l'invocation de saint Georges, mais ce fut à Bidza, en Arménie. 

Kai lepbv TeoDpyicfi t^ (idprvpi iv V^ii^avoU êSelfiàro ^. 

La première mention que nous trouvions d'un monastère et, 
par conséquent, d'une église à Lydda en l'honneur de ce saint nous 
est fournie par Bernard le Sage, vers la fin du ix® siècle. 

' Àclaiouct. aprilis t. 111, p. 100. ^ VViiiebn. Tyr. I. VU, c. sxii. 

^ Bibllcal Researches in Palestine, t. II , * Procope, />c yEd^ic. Justinùmi, 1. 111, 

p. 1 'Hk r. IV. 



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CHAPITHE XIII.— LOUDD. 327 

Deinde veuimus Alariia [El-Arich]; de Alarixa adivimus Ramuiam, juxta 
quam est monasterium beati Georgii martyris» ubi ipse requiescit ^ 

On montre encore à Lydda la place qu'occupait ce monastère ; 
c'est immédiatement au sud de l'église actuelle. Cet endroit est» à 
présent, livré à la culture; mais les. indigènes continuent à le dési- 
gner sous le nom d'Erf-Z)etr,j— ^«x«Jl (le Couvent). Ils m'y ont fait 
voir l'ouverture , aujourd'hui fermée par de grosses pierres, d'une 
vaste citerne , qu'ils prétendent être intérieurement divisée en plu- 
sieurs compartiments par de belles arcades. 

Avant Bernard le Sage, d'autres pèlerins, tels qu'Antonin le 
Martyr, Adamnanus et saint Willibald, signalent le tombeau de 
saint Georges comme étant vénéré à Lydda; mais, quoiqu'ils ne 
parlent pas expressément dune église dédiée à ce saint, il est 
probable qu elle existait déjà et que ce tombeau y était ren- 
fermé. 

En 1010, cet édifice fut détruit par ordre du khalife Hakem^; 
mais il fut, bientôt après, relevé par le roi Etienne de Hongrie, 
ainsi que le monastère qui y était attenant. J'ai déjà dit plus haut 
que, à l'arrivée des croisés, les musulmans renversèrent de nouveau 
la basilique de Saint-Georges, ainsi que nous l'apprend Guillaume 
de Tyr. Le texte de cet écrivain est positif : 

Solo tenus hostes dejeceraut paulo ante. 
ffLes ennemis Tavaient rasée peu auparavant.^ 

Quand les Francs furent devenus maîtres de la Palestine, ils 
durent s'empresser de relever l'église de Saint-Georges, qui rede- 
vint, comme par le passé, la cathédrale du nouvel évêché qu'ils 
avaient fondé à Lydda. Saint Georges, en effet, était regardé 
comme l'un des patrons de l'armée, et ils attribuaient à sa protec- 
tion la grande victoire qu'ils avaient remportée près d'Antioche. 11 
est donc naturel qu'ils aient rebâti avec magnificence la basilique 
qui lui était dédiée et qui contenait son tombeau. C'est à ce nouvel 

' Bemardus, De Locis Sanctis, c. x. quel, Recueil des Historiens des Gaules et 

* Adkémar de Chahanoiê, (Dom Bon- de la France, t. X, p. \hi,) 



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328 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

édifice, relevé de ses ruines, que fait allusion , sans aucun doute, 
Guillaume de Tyr, comme îe remarque très-justement M. de Vo- 
gué*, lorsque cet historien, racontant l'invasion du renégat Ivelin en 
1177, nous dit que les habitants de Lydda, épouvantés, s'étaient 
tous réfugiés sur l'église de Saint-Georges : 

Inceiisa ergo urbe [Ramula], prœdictus Ivelinus Liddam, finitirnam ur- 
bem. . . subito vallatin circuilu; deinde sagittanim emissa grandine, incluses 
•aggreditur. Contulerat sane se populus omnis super ecclesiam beati marlyris 
Georgii -. 

Ce passage, et surtout l'expression super ecclesiam (sur l'église) 
et non pas in ecclesiam (dans l'église), prouve que ce monument 
religieux était en même temps une sorte de forterçsse, du haut de 
laquelle on pouvait se défendre. 

Après la fameuse bataille de Hattin, Lydda tomba au pouvoir 
de Saladin; mais la basilique de cette ville ne fut rasée par ce 
prince qu'en 1 191, dans la crainte que Richard Cœur-de-Lion, en 
s'en emparant, ne pût s'en servir, comme d'un poste fortifié, pour 
s'y retrancher. Ce fait nous est attesté par Boha Eddîn , qui nous 
apprend que cette église était encore en ruine quand il écrivait \ 
et il nous est confirmé, beaucoup plus tard, par Medjr Eddîn, dans 
un passage ique j'ai cité plus haut : 

fr II y avait une église richement dotée des chrétiens et en grande 
renommée chez eux ; elle fut ruinée par Salah Eddîn *. ^ 

Des paroles de ce dernier écrivain il semble résulter que l'église 
de Lydda ne se releva plus jamais de ses ruines. Toutefois, une opi- 
nion généralement répandue depuis longtemps, et dont la première 
trace, je crois, se trouve dans Boniface de Raguse, veut qu'elle ait 
été rebâtie par Richard Cœur-de-Lion, et que les ruines que l'on 
voit maintenant soient celles du monument reconstruit par le héros 
anglais. 

' Les Egliseê de la Teire sainte, ^ Boha Eddfn, KitoSa/oefim, p. aSS, 

p. 365. ':io9. 

' Willelm. Tyr. I. \XI, c. \m. ' Mines de l'Orient , Ml, p. i36. ' 



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CHAPITRE XIII. —LOUDD. 329 

Boniface s'exprime ainsi : 

Perhibent Terrœ Sanctœ annales istam ecciesiam fabricatam esse a quodam 
rege Anglorum, cujus nomen non inveni ^ 

Le roi anglais dont Boniface de Raguse n'avait pas trouvé le nom 
dans les annales de Terre sainte, c'est évidemment Richard Cœur- 
de-Lion, comme, dans le même siècle, le dit Cotovicus^. Depuis 
lors, cette tradition n'a pas cessé d'avoir cours en Palestine , et les 
chrétiens du pays la répètent encore de nos jours. 

Néanmoins, Robinson^ la combat, et, je crois, avec beaucoup de 
raison. M. de Vogué refuse également de l'admettre, comme ne re- 
posant sur aucun fondement sérieux. 

ff Elle apparaît pour la première fois, dit-il, dans les auteurs du 
xv!*" siècle, et semble avoir pris naissance dans un rapprochement 
fortuit entre les souvenirs laissés dans le pays par les exploits du 
héros anglais et la consécration du lieu au patron de l'Angleterre. 
Quoique, par le traité de 1 192, la moitié de la ville de Lydda ait 
été cédée à Richard, et que, douze ans plus tard, la cité entière 
ait été rendue aux chrétiens, l'état précaire et presque désespéré 
de leurs forces, ainsi qu'il est constaté par les récits contempo- 
rains, ne permet guère de supposer qu'ils aient eu les loisirs et 
les moyens nécessaires pour mener à bien une semblable entre- 
prise ^-n 

Un autre motif des plus concluants, à mon sens, pour douter de 
la tradition, c'est, comme le remarque Robinson, que Vinisauf, le 
témoin oculaire et l'historien des actes de Richard Cœur-de-Lion , 
ne dit pas un mot relatif à la reconstruction ou à la réparation de 
l'église de Saint-Georges par le monarque anglais. Or il est à croire 
qu'il n'eût pas omis ce fait, s'il se fût accompli par les ordres et 
grâce à la générosité de ce prince. 

Les Grecs schismatiques de Lydda sont sous la juridiction d'un 

* De peretuii cultu Terrœ Sanctœ , * Bihlical Researches in Palestine, t. Il , 
I. H. p. 2/18. 

* Cotovici Itinerarium, p. i38. * Les Eglises delà Terre sainte, \i/d6k.* 



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330 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

évèque qui réside à Jérusalem. Ils ont dans la localité un couvent, 
qui renferme une petite église, assez mal tenue; à les en croire, 
elle occuperait l'emplacement de la maison où serait né saint 
Georges. 

Il y a quelques années, les catholiques de Tendroit, du reste en 
très-petit nombre, étaient encore privés de tout secours religieux. 
Ils avaient la facilité, il est vrai, daller à Ramleb, qui n est guère 
séparé de Lydda que par la distance d'une trentaine de minutes 
de marche. 

Mais, depuis i858, M^ Valerga a fondé, dans cette dernière 
ville, une mission, à 'la tête de laquelle il a mis un prêtre italien. 
L'une des chambres de l'humble presbytère qU'habite cet ecclé- 
siastique sert de paroisse aux vingt-cinq Grecs catholiques de 
Lydda. Je ne pus le voir lui-même, car on me dit qu'il était alité 
et souffrait beaucoup de la fièvre. 

Son sacristain m'apprit que , un mois auparavant , un paysan avait 
fait, dans un champ tout près de la ville, une découverte intéres- 
sante. En y pratiquant une excavation, il avait mis à jour l'entrée 
d'un souterrain renfermant deux chambres sépulcrales, qui conte- 
naient, dans des espèces de fours, une trentaine de petits cercueils 
de pierre, dont la longueur ne dépassait pas soixante et dix centi- 
mètres. Ils étaient recouverts chacun par une plaque et étaient 
encore pleins d'ossements ; mais aucune tête ne s'y trouvait. Au 
milieu de l'une de ces chambres, on remarquait un grand sarco- 
phage de pierre, long d'environ deux mètres et large à proportion, 
dans l'intérieur duquel reposait un squelette non brisé et étendu, 
mais sans tête également. Sur la partie antérieure du sarcophage 
était gravée une croix à branches égales, accompagnant une ins- 
cription latine. 

IVrétant fait conduire aussitôt à l'entrée du souterrain, je vis 

qu'elle était obstruée par de grosses pierres, et, comme je voulais 

la faire dégager pour descendre dans cet hypogée funéraire, afin 

de l'examiner et de copier l'inscription qui m'avait été signalée, on 

•me dit qu'il avait été fermé par ordre du montsellim. Je me trans- 



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CHAPITRE XIII. — LOUDD. 331 

portai alors chez celui-ci ; mais il venait de s'absenter pour deux 
jours, et son oukil ou remplaçant nosa pas prendre sur lui de 
m'autoriser à déblayer l'ouverture du souterrain. Je dus donc me 
contenter des renseignements qui m'avaient été donnés, sans pou- 
voir les contrôler moi-même. • 

Esquissons maintenant, en quelques mots, l'histoire de Lydda. 
Primitivement elle s'appelait, en hébreu, Lod, iS, dénomination 
identique avec celle que cette ville porte encore aujourd'hui en 
arabe, jJ, Loudd. 

Elle fut fondée par le Benjamite Samad, l'un des fils d'Ëlphaal. 

Porro filii Elphaal : Heber, et Misaam, et Samad; hic œdificavlt Ono, et 
Lod, et iilias ejus^ 

Au retour de la captivité, elle fut encore habitée par des Ben- 
jamites, et le livre I d'Esdras nous apprend que sept cent vingt- 
cinq Juifs originaires de Lod, de Hadid et d'Ono accompagnèrent 
Zorobabel, quand il quitta Babylone pour revenir en Palestine. 

Filii Lod, Hadid et Ono, septingenti viginti quinque^. 

Le retour d'un certain nombre d'habitants de ces villes, mais 
dont le chiffre n'est pas déterminé, nous est indiqué également par 
le livre de Néhémie. 

3i. Filii autem Benjamin a Geba, Michmas, et Hai, et Bethei 

3/i. Hadid, Seboim etNeballat, Lod'. 

Lod devint plus tard, sous le nom grec de Lydda, Av<î(îa, le 
chef-lieu d'une toparchie. 

Mep^CTCu Se eh HvSexa xXnpovxiotg , âv éLpx^^ P^ ^ fiaxriXuov rà lepo- 
GréhjfAay iSpocu^i<r)(pv(Ta tris ^eptoUou vfd^iiSy Sairep ii xe(paXrl ^dy^artoç. kl 
'kûiTtai Si jurr' avriiv Si^pvpreu ràç ronap^^as. F^^a SeurépoL, xaï (âst^ œùri^v 
AKpaëailàf Qaiivà 'mphs toutox^, xoà AvSSa, xoà AfifÂOtovs, xoà UéXXti, xeù 
lSov(xaiay xai ÈyyaSaiy xa\ npciSetovy xoà hptxovç ^. 



i 



Paraiipotnènes , 1. 1, c. vm, v. la. ^ Néhémie, c. xi, v. 3i, 34. 

Esdras, c. ii , v. 33. * Josèphe, Guerredes Juifi, III , i\ , S ô. 



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332 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

(rLa Judée est divisée en onze dislricts, dont le premier et en quelque sorte 
le district royal est Jérusalem, qui commande à toute la contrée environnante, 
comme la tête au corps. Le's autres sont formés par autant de toparchies. 
La seconde de celies-ci est Gophna, puis vient Acrabatta, ensuite Thamna, 
Lydda, Ammaûs, Pella, Tldumée, Engaddi, Hérodion et Jéricho. ?> 

Lydda est l'une des trois villes que, en 162 avant Jésus-Christ, 
Démétrius Soter, à la demande de Jonathan Machabée, déchargea 
des impositions auxquelles elles étaient assujetties, qu il annexa à 
la Judée, en les retirant du territoire de la Samarie, et dont il 
attribua les revenus à l'entretien du temple de Jérusalem ; les deux 
autres villes étaient Ramatha et Aphérima^ 

L'an 87 de Jésus-Christ, saint Pierre, étant de passage à Lydda , 
y guérit le paralytique Enée. 

32. Or Pierre, visitant de ville en ville tous les disciples, vint aussi voir 
les saints qui habitaient Lydda. 

33. Il y trouva un homme, nommé Enée, qui depuis huit ans était couché 
sur son lit, parce qu'il était paralytique ; 

3i. Et Pierre lui dit : Énée, le Seigneur Jésus-Christ vous guérit; levez- 
vous et faites vous-même votre lit. Et aussitôt il se leva. 

35. Tous ceux qui habitaient à Lydda et à Sarona le virent, et ils se con- 
vertirent au Seigneur^. 

On montre encore à Loudd, non loin des ruines de l'église de 
Saint-Georges, un tronçon de colonne de marbre enfoncé en terre, 
dans un champ, et qui marque l'endroit où, selon la tradition, 
saint Pierre aurait accompli ce prodige. 

Quarante-cinq ans après Jésus-Christ, Lydda fut réduite en ser- 
vitude par Cassius avec Gophna, Emmaiis et Thamna'. 

Vainqueur de Cassius à la célèbre bataille de Philippes, An- 
toine rendit à ces villes leur liberté; mais, quelques années plus 
tard, le proconsul Cestius, dans sa marche d'Antipatris à Jéru- 
salem, s'avança vers Lydda, dont presque tous les habitants étaient 



1 



Machabeeê, 1. I, c. xi, v. 34. — An * Actes des apôtres, c. ix, v. 3a-35. 

tiquités judaïques , XIll, iv, S 9. ' Antiquités judmques , XIV, xi,Sa. 



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CHAPITRE III. — LOUDD. 333 

alors allés célébrer, dans la Ville sainte, la fête des Tabernacles. 
11 mil à mort cinquante de ceux qui étaient restés et livra Lydda 
aux flammes^ 

L'an 68 de Tèrc chrétienne, Lydda tomba au pouvoir de Ves- 
pasien, qui s'en empara, sur son passage, après avoir soumis la 
toparchie de Thamna. A cette époque, malgré les diverses cala- 
mités qu'elle avait déjà subies et quoiqu'elle eût été incemdiée 
deux ans auparavant par Cestius, elle avait repris une certaine 
importance , comme le prouve le passage suivant de Josèphe , qui 
la désigne, à la vérité, sous la dénomination de bourg ou même 
de village y xcbfirf', mais d'un village qui avait la grandeur d'une 
ville. 

Kdxe76ev eU XGûfirjv rtvà ^(zpayevéfievos XvSSav XeyofiévrjVy tsr<5Xecy^ to 
(léyeOos oix àiroSéovaatv ^. 

Elle était alors le siège d'une école juive très-célèbre, qui avait 
pour chef le fameux Rabbi Gamaliel, second du nom. 

Sous le règne d'Hadrien, probablement quand la révolte de Bar- 
Cocheba eut été entièrement écrasée, que Jérusalem fut recons- 
truite sous le nom ^jElia Capitolirm, et qu'avec l'affermissement 
et l'extension de la domination romaine le paganisme s'implanta 
de plus en plus dans le pays, Lydda, comme beaucoup d'autres 
villes de la Palestine, perdit sa désignation antique pour prendi'e 
celle de Diospolis (ville de Jupiter), désignation qui a ensuite dis- 
paru pour faire de nouveau place à la précédente, et ensuite, lors 
de l'arrivée des Arabes, à celle de Loudd, ofi, sauf le redoublement 
de la dernière lettre, revit fidèlement la forme hébraïque dans 
toute sa pureté primitive. 

Le christianisme, néanmoins, fut loin d'être entièrement extirpé 
de cette ville, et elle continua à être le siège d'un évêché. Le pre- 
mier évêque de Lydda fut, dit-on, Zénas, Tun des soixante et dix 
disciples^. 

* Josèphe, Guerre des Juifs, II. \ix. * Antiquités judaïques , XX, vi , S 2. 

Si. ^ Reland, Palœstim, p. 878 et 879. 



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334 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Les autres évoques dont les noms nous sont connus officielle- 
ment par les signatures apposées aux actes des conciles sont : 

Aëtius, qui souscrivit au premier concile de Nicée, tenu en 325, 
sous le nom de cr Aetius, Lyddensis episcopus;^) 

Dionysius, qui souscrivit au premier concile de Constantinople, 
en 38i, avec le titre de crDiospolitanus episcopus;^ 

Photinus, dont le nom, au bas des actes du concile de Ghalcé- 
doine, de l'année 45 1, se lit, soit : rPhotinus, Diospolitanus epi- 
scopus\^ soit : ccPhotinus, episcopus Lydœ^. ^ 

Trente-six ans auparavant, l'hérésiarque Pelage avait comparu 
devant un synode tenu, en 4 1 5, à Diospolis ou Lydda, pour rendre 
compte de sa doctrine. 

Nous connaissons encore les noms de deux évêques de cette 
ville, l'un appelé Apollonius, qui vivait vers le commencement du 
VI® siècle, et l'autre Eustatliius, qui lui succéda. 

A l'arrivée des croisés, en 1099, ce siège épiscopal, que l'inva- 
sion musulmane avait renversé, fut relevé par les Francs, qui 
réunirent en un même diocèse les deux villes voisines de Ramvh 
(Ramleb) et de Lydda, et le premier évêque latin qui y monta fut 
Robert de Normandie. Les autres évéques dont les noms sont men- 
tionnés dans les actes du royaume de Jérusalem sont : 

Roger, en 1 136; 
Constantin, de ii4o à 11 58; 
Ray nier, en 1168; 
Rernard, de 1169 à 1171. 

Actuellement encore, ainsi que je l'ai dit plus haut, les Grecs 
schismatiques de Lyddâ sont gouvernés spirituellement par un 
évêque, mais qui réside à Jérusalem. 

' Acta conctUùnm, l. IV, p. 787. — ' Baluzins, Nwa eoUectio coticiiiorwn, p. 1 9^9. 



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CHAPITRE XIV. — DANYAL— DJIMZOU. 335 



CHAPITRE QUATORZIÈME. 

DANYAL. — DJIMZOU (gIMZO). BERFILYA. — EL-BORDJ. DEIR MA'ÏN. 

BEIT-SIRA. BEIT-a'oUR ET-THATA ( BETHORON INFERIEURE). 

KHIRBET ABERDJAN. KHIRBET IIALLABEH. — RETOUR A BEIT-a'oUR 

ET-THATA. 

DANYAL. 

Le 5 mai, à six heures dix minutes du malin, je prends, au sortir 
de Lydda, la direction du sud-est. A six heures trente minutes, 
je traverse un petit oued^ qui m'est désigné sous le nom d'Oued 

A six heures quarante-cinq minutes, je franchis un autre oued 
un peu plus considérable; c'est l'un des affluents de YOued BodrauSy 
^jyjy :>\^, dont le nom rappelle celui de saint Pierre [Petrus, en 
arabe Bodrous), attaché traditionnellement à Lydda et à ses envi- 
rons les plus proches, à cause du miracle que cet apôtre y accomplit. 

A sept heures, je parviens à une petite mosquée située sur 
une hauteur; elle renferme la tombe d'un santon, Neby Danyal, (s^ 
JW^ (le prophète Daniel). Quelques oliviers et un palmier l'en- 
vironnent. Près de là est un village d'une quarantaine de maisons, 
appelé de même Danyal. J'y observe, non loin des habitations, un 
assez grand nombre de silos, destinés à conserver la paille, l'orge 
et le blé. 

D'oii vient que le nom du prophète Daniel a été donné à cette 
localité et au tombeau vénéré dans la mosquée? Les indigènes 
eux-mêmes n'en savent rien, et l'histoire se tait à ce sujet. 

DJIMZOU ( GIMZO ). 

Ma direction est alors celle de l'est. 

A sept heures trente minutes, j'atteins Djmzou, ^yr . village qui 



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330 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

couronne une colline assez élevée. Un oualy y porte le nom de 
Sidi Ahmed, o^^l ^^Ohu-. Des bouquets d'oliviers et quelques pal- 
miers s'élèvent alentour. On compte en cet endroit quatre cents 
habitants. Chaque famille a son silo particulier. Plusieurs puits, 
probablement antiques, sont maintenant à sec. Celui qui appro- 
visionne actuellement le village en est assez éloigné : ce sont des 
bœufs qui font monter Teau. 

Djimzou est l'antique GimzOy en hébreu ntp3, en grec Taft^w, 
en latin Gamzo, qui n'est mentionnée qu'une seule fois, dans un 
passage de la Bible oii il est dit que les Philistins, sous le règne 
d'Achaz, roi de Juda, s'emparèrent des villes de Bethsamès, 
d'Aïalon, de Gaderoth, de Socho, de Thamna et de Gamzo, avec 
les villages qui en dépendent. 

Philisthiim quoque diiïusi sunt per urbes campestres et ad meridiem Juda ; 
ceperuntque Bethsamès, et Aialon, et Gaderoth, Socho quoque et Thamnan, 
et Gamzo, cum viculis suis, et habitaverunt in eis^ 

BERFILYA. 

Continuant à marcher dans la direction de l'est, puis de l'esl- 
sud-est, je chemine quelque temps sur un plateau hérissé de ro- 
chers; on a jadis exploité plusieurs de ces rochers, pour en extraire 
des blocs de construction. 

A huit heures quinze minutes, je franchis un petit ou^dy et, à 
huit heures trente minutes, j'arrive à Berjilya, IJU*^, village de 
cent cinquante habitants environ, situé sur une colline et où je 
n'observe rien d'antique. 

EL-BORDJ. 

Au delà de Berfdya, je gravis une montagne rocheuse et par- 
semée de broussailles. 

A neuf heures dix minutes, je la redescends vers l'est ; les pentes 
de ce côté sont cultivées et couvertes de belles moissons d'orge. 

' ParnIipomèneSf i. IL c. wviii, v. 18. 



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CHAPITRE XIV. DEIR MA^ÏN. — BEIT-SIRA. 337 

A neuf heures trente minutes, je monte au village d'EI-Bordjy 
2^1. Situé sur un point élevé, il domine au loin tous les environs. 
Un petit fort en ruine, datant peut-être de l'époque des croisades, 
lui a donné le nom qu'il porte. De là on distingue très-bien la mer. 
Le chiffre des habitants ne dépasse pas deux cent cinquante. 



DEIR MA IN. 



A partir de ce point, ma direction est celle du sud. 

A dix heures, je parviens à Deir Main, (^jvjmj^^, village de cent 
habitants au plus, sur une colline. Quelques anciennes pierres de 
taille, gisantes sur le sol ou engagées dans des constructions mo- 
dernes fort grossières, prouvent que ce hameau avait autrefois 
une certaine importance. Son nom est -identique avec celui d'une 
ville ruinée qui se trouve plus au sud, au milieu des montagnes de 
Juda, je veux dire l'antique Maon, citée dans le livre de Josué 
avec les villes de Ziph et de Carmel*. J'en parlerai dans le second 
volume de cet ouvrage. Quant au Deir Ma'ïn qui nous occupe en 
ce moment, il n'en est point question dans les Livres sainU;, bien 
que sa désignation soit évidemment antique, le nom arabe (jxa« 
offrant une ressemblance incontestable avec le nom hébreu pyo, 
en grec Mawp, Mocav et Mawv, en latin Maon. 

A l'époque des croisades, il y avait en cet endroit un fort, qui 
fut détruit par Saladin et rebâti par Richard Cœur-de-Lion ; il s'ap- 
pelait castellum de Maën. On en voit encore quelques vestiges. 



BKIT-SIRA. 



A dix heures cinq minutes, je redescends vers le sud-est. Chemin 
faisant, je remarque plusieurs citernes antiques et un tombeau pra- 
tiqués dans le roc. Au-dessus de l'ouverture cintrée qui donne accès 
dans la chambre sépulcrale, on distingue une croix sculptée. 



Josué, c. XV, Y. 55. 



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338 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

A dix heures vingt minutes, j'atteins le fond d'une vallée hérissée 
de rochers. 

A dix heures quarante-cinq minutes, je parviens au sommet 
d'une coHine rocheuse, que couvre un village peu considérable, 
appelé Beit-Siray \jxm t^iJ^A^. Un santon, vénéré sous le nom de Neby 
Sira, l^ju- c^, y a son tombeau dans un sanctuaire. 

BEIT-A^OUR ET-THATA (bETHORON INFERIEURE). 

Ma direction incline alors vers le nord-est. Je suis une vallée 
bordée de deux montagnes escarpées; on y cultive de l'orge et du 
blé; çà et là s'élèvent des bouquets d'oliviers. 

A onze heures cinquante minutes, je gravis la hauteur sur 
laquelle est assis Beit-A'mir et-Thatay et, à midi, je fais halte dans 
ce village. 

Beit'A'our et-Thala, U^iUl^^ouk^, en hébreu jlniTiriruli^n-r^?, 
Beth-Horon ha-Thahethon , en grec BcuOeopcâv if xàrw, en latin Be- 
thoron inferioTy est un village qui ne renferme plus aujourd'hui que 
trois cents habitants. Il est situé sur un plateau élevé, qu'entourent 
de trois côtés des ravins profonds. Avant d'y arriver, on observe 
que la route a été, en plusieurs endroits, taillée dans le roc, et qu'on 
y a pratiqué, de distance en distance, à une époque sans doute 
fort reculée, de véritables marches d'escalier. Les maisons du vil- 
lage actuel paraissent avoir été en partie construites avec des ma- 
tériaux antiques; plusieurs citernes creusées dans le roc attestent 
également une origine ancienne. 

Autour des habitations s'étendent, sur des pentes plus ou moins 
inclinées, des jardins fertiles, plantés d'oliviers, de figuiers et de 
grenadiers. 

C'est le docteur Clarke qui, le premier, de nos jours, a re- 
trouvé, en 1801, dans cette localité, la Bethoron inférieure des 
Livres saints ; et cette identification a été depuis admise sans con- 
teste par tous les critiques : elle est, en effet, hors de doute. 

Celte ville était sur la ligne de frontière qui séparait la tribu de 



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CHAPITRE XIV. — BEIT-A'OUR ET-ÏHATA. 339 

Benjamin de celle d'Ephraïm , comme nous l'apprenons par le livre 
de Josué : 

Et descendit ad occidentem juxta terminum Jephleti, usque ad terminos 
Bethoron inferioris et Gazer, finiunturque regiones ejus mari Diagno^ 

rLa frontière [d'Éphraïm] descend, vers Toccident, près du territoire de 
Jephiet, jusqu'aux confins de Bethoron inférieure et de Gazer, et son pays finit 
à la grande mer.r 

L'autre Bethoron, ou la Bethoron supérieure, est voisine de 
celle-ci. J'en parlerai dans le prochain chapitre. Néanmoins, je 
vais ici, par avance, donner également les renseignements histo- 
riques qui la concernent, ces deux villes étant très-souvent citées 
ensemble, à cause de leur rapprochement, et cpielquefois même 
confondue? en une seule localité. 

Au verset 5 du chapitre xvi de Josué, la Bethoron supérieure 
est signalée nommément, ainsi qu'il suit : 

Et factus est terminus fiiiorum Ephraim per cognationes suas : et possessio 
eorum contra orientem Ataroth Addar usque Bethoron superiorem. 

^ La frontière des enfants d'Éphraïm , selon leurs familles, fut ainsi marquée : 
la limite de leurs possessions vers Torient était Ataroth Addar jusqu'à Betho- 
ron supérieure. -^ 

Au chapitre xvm, verset i3, du livre de Josué, il est de nou- 
veau fait mention de Bethoron inférieure, à propos des limites de 
la tribu de Benjamin. 

Atque pertransiens juxta Luzam ad meridiem, ipsa est Betbel ; descenditque 
in Ataroth Addar, in montem qui est ad meridiem Bethoron inferioris. 

ffLa frontière passe ensuite, vers le midi, près de Luza, qui s'appelle aussi 
Bethel; elle descend à Ataroth Addar, jusqu'à la montagne qui est au midi de 
Bethoron inférieure. r> 

Le chapitre xxi de ce même livre nous apprend que Betho- 
ron, sans distinction d'inférieure et de supérieure, était une ville 
de refuge appartenant à la tribu d'Ephraïm, et qu'elle fut accordée 
aux Lévites descendant de Caath. 

' Josué, c. XVI, V. 3. 



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UO DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

â 1 . De tribu Ephraim urbes confugii Sichem cum suburbanis suis in tnonte 
Epbraim, et Gazer, 

12 2. Et Cibsaim, et Bethoron cum suburbanis suis, civitates quatuor. 

Le même fait est consigné dans les Paralipomènes ^ 
Les deux cités de Bethoron avaient été fondées, ou plutôt, sans 
doute, rebâties, par Sara , petite-fille d'Ephraïm. 

Filia autem ejus fuit Sara, quae œdiCcavit Bethoron inferiorem et superio- 
rem 2. 

Lorsque Josué eut défait à Gabaon les cinq rois des Amorites 
qui étaient venus assiéger cette ville, il les poursuivit tout le long 
de la montée et de la descente de Bethoron. 

10. Et conturbavit eos Dominus a facie Israël; contrivitque plaga magna 
in Gabaon, ac persecutus est eos per viam ascensus Bethoron, et percussit 
usque Azeca et Maceda. 

11. Cumque fugerentCIios Israël et essent in descensu Bethoron, D minus 
misit super eos lapides magnos de cœlo usque in Azeca^ 

(fEt le Seigneur les épouvanta et les mit tous en désordre à la vue d'Israël, 
qui, après les avoir écrasés par une grande défaite à Gabaon, les poursuivit 
par le chemin qui monte vers Bethoron et les tailla en pièces jusqu'à Azéca et 
à Macéda. 

(tEt lorsqu'ils fuyaient devant les enfants d'Israël et qu'ils étaient dans la 
descente de Bethoron, le Seigneur Ct tomber sur eux de grosses pierres jus- 
qu'à Azéca r> 

Les deux Bethoron, la supérieure et l'inférieure, furent plus 
tard fortifiées par Salomon. 

Exstruxitque Bethoron superiorem et Bethoron inferiorem, civitates mura- 
tas, habentes portas, etvectes, et seras*. 

C'est près de Bethoron que, dans la suite, l'an 166 avant Jésus- 
Christ, Judas Machabée vainquit, avec une poignée d'hommes, les 
forces considérables de l'armée syrienne que commandait Séron. 

16. Les Syriens s'avancèrent jusqu'à Bethoron, et Judas vint au-devant de 
lui [de Séron] avec peu de gens. 

* Paralip, 1. I, c. vr, v. 68. * Josué, c. x, v. 10 et 1 1. 

* Ibid, 1. 1, c. VII, T. aà. * Paralip, I. Il, c. vin, v. 5. 



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CHAPITRE XIV.— BEIT-A'OUR ET-THATA. 341 

17. Mais ceux-ci, à la vue de rarmée ennemie, qui marchait contre eux, 
dirent à Judas : Comment pourrons-nous combattre contre une armëc si 
grande et si forte, nous qui sommes en si petit nombre et fatigues du jeûne 
d'aujourd'hui? 

18. Judas leur dit : II est aisé que peu de gens en battent beaucoup, et le 
Dieu du ciel peut nous sauver également avec un grand ou un petit nombre; 

19. Car la victoire ne dépend point de la grandeur des armées; mais c'est 
du ciel que vient toute la force. 

20. Us marchent contre nous avec une multitude superbe et insolente, pour 
nous perdre tous avec nos femmes et nos enfanis, et pour s'enrichir de nos 
dépouilles. 

31. Mais nous, nous combattons pour notre vie et pour nos lois. 

3â. Et le Seigneur brisera lui-même tous leurs efforts devant nous; c'est 
pourquoi ne les craignons pas. 

93. Quand il eut cessé de parler, il se précipita aussitôt sur eux, et Séron 
fut entièrement défait devant lui avec toute son armée. 

9&. Judas le poursuivit à la descente de Bethoron jusqu'à la plaine, et huit 
cents hommes des ennemis furent tués; le reste s'enfuit au pays des Philis- 
tins ^ 

Quatre ans après, Nicanor ayant établi son camp à Bethoron, 
Judas, qui était à Adarsa, marcha contre lui avec trois mille 
hommes et écrasa son armée : le général syrien périt lui-même 
dans le combat ^. 

L'année suivante, Tan 161 avant Jésus-Christ, le glorieux tré- 
pas du héros asmonéen permit à Bacchide, que le roi Démétrius 
avait envoyé en Judée pour remplacer Nicanor, d'étendre dans cette 
contrée l'empire du roi, son maître, et, entre autres villes dont il 
releva ou augmenta les fortifications, l'histoire mentionne celle de 
Bethoron^. 

Josèphe nous apprend* que, l'an 65 de Jésus-Christ, le pro- 
consul romain Cestius, après avoir incendié Lydda, se dirigea vers 
Gabaon par la montée de Bethoron. Sa tentative pour s'emparer 
de Jérusalem ayant ensuite échoué , il reprit bientôt en fugitif la 
même route, harcelé continuellement par les Juifs, qui, dans les 

* Machahées, I. I, c. m, v. 16-a/i. ^ Machabées, I. I, c. ix, v. 5o. 

* Ibid. I. I, c. vu, V. 3g-/i3. * Guerre des Juifs , II, xix, SS 1 et a. 



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3A2 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

gorges étroites et difficiles qu'il avait à traverser, le forcèrent à 
sacrifier tout son bagage et lui firent perdre beaucoup de monde. 
C'est avec la plus grande peine que, à la faveur de la nuit, il put 
regagner Bethoron. Afin de tromper les ennemis, qui occupaient 
toutes les issues par où il pouvait sortir de cette place , il laissa en 
cet endroit quatre cents de ses plus braves soldats, pour garder son 
camp et faire croire à l'ennemi qu'il y était encore avec toutes ses 
forces. Quanta lui, profitant des ténèbres, il s'échappa sans bruit 
avec le reste de son armée. Le lendemain matin, les Juifs, s'étant 
aperçus de sa fuite, massacrèrent les quatre cents soldats qu'il 
avait abandonnés derrière lui et le poursuivirent avec acharne- 
ment jusqu'à Antipatris. 

C'est par cette même route de Bethoron, selon la remarque 
très-juste de Robinson, que, sept ans auparavant, saint Paul avait 
dû être conduit, de nuit, de Jérusalem à Antipatris, et de là à 
Césarée, pour se justifier, devant le gouverneur romain Félix, des 
griefe qui lui étaient imputés. 

Milites ergo, secundum praeceptuin sibi, assumentes Paulum, duxerunt par 
noctem in Antipatridem ^ 

La route qu'on lui fit prendre n'est pas, il est vrai, indiquée 
dans ce verset, mais il est probable qu'on le mena par la plus 
directe : or la plus courte pour se rendre de Jérusalem à Anti- 
patris passe par Bethoron. 

Dans Y Onomasticon d'Eusèbe, au mot Bi/ôôopwt;, nous lisons : 

^tlOBoptinfy êvOa xaTeSica^ev Ina-oSf rovf ^aurikuçy ^ yéyovsv vlôv I&^Ç, 
rov Ei(ppatfÂ. Kal elaï xéjfiat jS' ct>i dnb (ntpLeicjv AlXias tff èwl rrlv eU Nix^ 
TToXiv àSbvy &v ii {lèv xakeitcu hriOOopèv )) àvonépay ijv <pxoS6fJLn<rev ^oXoiAOJVy 
)) Se xaranépay AeviTaiç dcpcupiafiéw- 

Saint Jérôme, en traduisant ce passage, se contente de le repro- 
duire fidèlement, comme il suit, sans y rien changer: 

Bethoron, ad quem usque inimicos persécutas est reges Jésus, quaB cecidil 
in sortem filiorum Joseph, id est Ephraim. Sunt autem duo vici in duodecimo 

' Actes deti npoties, r. x\iii, v. Ih. 



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' CHAPITRE XIV. — BEIT-A'OUR ET-THATA. 343 

ferme ab ^lia lapide Nicopolim pergentibus, e quibus propter situai unusdi- 
citur Bethoron superior, quem œdificavit Salomon, et alius Bethoron inferior, 
datus Levitis in possessionem. 

On voit, d'après ces deux écrivains, que c'était Bethoron infé- 
rieure seule qui avait été concédée aux Lévites. 

Le livre de Josué n'avait pas précisé aussi nettement ce fait; 
car il y est dit simplement, dans le verset que j'ai cité plus haut*, 
et sans distinction de la ville supérieure ou de la ville inférieure, 
que, parmi les places de refuge réservées aux Lévites descendant 
de Gaath, était celle de Bethoron. 

Remarquons aussi- que ce même passage d'Eusèbe et de sainl 
Jérôme n'attribue à Salomon que la reconstruction de Bethoron 
supérieure, et non pas, comme le disent les Paralipomènes ^, la re- 
construction des deux Bethoron, de la supérieure et de l'inférieure. 

Quant au livre III des Rois, il ne parle, au contraire, que de 
Bethoron inférieure comme ayant été rebâtie par ce prince. 

iEdificavit ergo Salomon Gazer et Bethoron inferiorem'. 

A l'époque où écrivait saint Jérôme, Bethoron n'était plus qu'un 
petit village, ainsi qu'il le déclare lui-même dans son Commen- 
taire sur le prophète Sophonie, chapitre i. 

Rama et Bethoron et reliquae urbes nobiles a Salomone constructœ parvi 
viculi demonstrantur. 

Ailleurs, dans son Epitaphe de sainte Paule, il nous montre 
cette illustre Romaine partant de Nicopolis pour gravir les hau- 
teurs de Bethoron inférieure et de Bethoron supérieure, cr villes, 
dit-il, fondées par Salomon, mais plus tard détruites par suite des 
calamités et des vicissitudes de la guerre : -n 

Atque, inde proficiscens, ascendit Bethoron inferiorem et superiorem , urbes 
a Salomone conditas, sed varia postea bellorum tempestate deletas^. 

* Josué, c. XXI, V. aa. * Hteronymi opéra omnia, t. l,p. 883, 

' ParaUpmnines y I. II, c. viii, v. 5. édit. Migne. 

^ flow, I. III, c. ix,v. 17. 



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34A DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

H ne faut prendre à la lettre ni l'expression de conditaSy ni celle 
de dektas. Les deux villes de Bethoron, en effet, n'avaient point 
été fondées par Salomon, puisqu'elles existaient déjà lors de l'en- 
trée des Hébreux dans la Terre promise; et, en second lieu, elles 
n'étaient point complètement détruites à l'époque du pèlerinage 
de sainte Paule; car, au témoignage de saint Jérôme lui-même 
dans son Commentaire sur le prophète Sophonie, elles subsistaient 
encore à l'état de simples villages. On pourrait dire néanmoins que, 
comme villes, elles avaient cessé d'exister. 

KUIRBBT ABERDJAN. 

Après avoir bien étudié l'emplacement de Bethoron inférieure, 
je descends, vers le nord, à cinq heures du soir, les pentes de la 
montagne sur le sommet de laquelle est assis le village de Beit- 
A'our et-Thata; puis, franchissant VOmd Djeriout, ^yjsr ^t^, je 
gravis une autre montagne, qui se dresse devant moi. 

A cinq heures vingt-cinq minutes, je parviens aux ruines d'une 
petite ville, qui pouvait avoir treize cents mètres de pourtour. On 
désigne ces ruines sous le nom de Khirbet Aberdjan, {j^^\ *tr*"- 
Elles sont en ce moment envahies soit par des broussailles, soit 
par de belles moissons d'orge et de blé, entremêlées de quelques 
oliviers. Je distingue néanmoins encore les restes, assez reconnais- 
sablés, d'une enceinte murée, et, au dedans de cette enceinte, le 
sol est parsemé de blocs de toutes dimensions, les uns dispersés, 
les autres amassés en tas pour faire de la place à la culture. Plu- 
sieurs pans de murs bâtis avec des pierres de taille, cinq citernes 
creusées dans le roc et un birket construit attirent principalement 
mon alteiition. Les autres ruines sont plus confuses; elles pro- 
viennent de maisons démolies. 

KHIRBET HALLABEH. 

Reijescendanl ensuite au fond de l'Oued Djerioul, puis escala- 



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CHAPITRE XIV. — KHIRBET HALLABEH. 345 

dant, au nord-ouest de Beit-A'our et-Thata et au sud-ouest du 
Khirbet Aberdjan, les Bancs d'une montagne dont le plateau est 
couvert de magnifiques moissons, j'atteins d'autres ruines, appelées 
Khirbet Hallabeh, JLaJU. iu^; ce sont celles d'un village antique. 
Des débris de maisons renversées sont épars dans des champs de 
blé; les matériaux qui jonchent le sol consistent en pierres peu 
considérables et très-noircies par le temps. Plusieurs citernes creu- 
sées dans le roc, deux pressoirs à huile et une grosse meule sont 
intacts. Le terrain qu'occupait ce village, abandonné depuis de 
longs siècles sans doute, est maintenant cultivé par les habitants 
de Beit-A'our et-Thata, qui y vénèrent, sous une coupole qu'om- 
bragent deux gigantesques caroubiers, la mémoire d'une femme 
appelée par eux Hanieh Bent-Yakouby vyle ^^^^ M>(j^. 

La nuit m'ayant surpris au milieu de ces ruines, je me hâtai de 
regagner Beit-A*our et-Thata, où ma tente avait été dressée. 



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346 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE QUINZIÈME. 

BEIT-A*OUR EL-FOUKA (bETHORON SUPERIEURE). KHARBATA. — BEIT- 

LOUKIEH. KHIRBET EL-BRIDJE. BEIT-A*NAN. EOUBEIBEH. EST-CE 

L'EMMAÛS DE SAINT LUC? 

BEIT-A^OUR EL-FOUEA (bETHORON SUPl^RIEURE ) . 

Le 6 mai, à cinq heures cinquante-cinq minutes du matin, je 
me mets en marche dans la direction de l'est- sud -est. La route 
ou plutôt le sentier que je suis est roide et difficile ; en plusieurs 
endroits le roc a été aplani ou taillé en forme d'escalier. Dans de 
pareils chemins, une poignée d'hommes bien déterminés pourrait 
arrêter une armée, et l'on comprend parfaitement l'importance 
qu'ont eue jadis les deux Bethoron, au point de vue militaire, 
comme commandant l'une des routes qui conduisent de Jaffa à 
Jérusalem. 

A six heures quarante minutes, je parviens à Beit-A'our eInFoukay 
byUljj^ vïAA^, en hébreu i^'^^vn pi^n-n'»?, Beth-Horon ha-Elon^ en 
grec Boud(t)poi)v i) &v(o, en latin Bethoron superior (Bethoron su- 
périeure). Ce village, qui doit à sa position, plus élevée que celle 
de Beit-A'our et-Thata, la dénomination qu'il porte, occupe le som- 
met d'une montagne. On y remarque les restes d'un petit château 
fort, qui a dû être plusieurs fois rebâti, aussi bien dans l'antiquité 
qu'à l'époque du moyen âge ; il est aujourd'hui divisé en plusieurs 
maisons particulières. Le nombre des habitants se réduit à cent 
cinquante; ils cultivent, autour du village, des jardins plantés de 
figuiers et d'oliviers. 

Je ne reviendrai pas sur l'histoire de cette localité, que j'ai déjà 
retracée sommairement dans le chapitre précédent, en parlant de 
Bethoron inférieure. 



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CHAPITRE XV. — KHIRBET EL-BRIDJE. 347 

KHABBATA. 

A six heures cinquante minutes, je descends des hauteurs de 
Beit-A^our el-Fouka vers Touest-sud-ouest, et je m'engage dans un 
sentier dont la pente est extrêmement rapide. Mon cheval glisse 
plutôt qu'il ne marche. Le ravin que je côtoie est hérissé de brous- 
sailles et de rochers, et de l'aspect le plus sauvage; mais, vers sept 
heures cinquante minutes, il s'élargit en une belle et riante vallée, 
que traverse YOued Soleiman, ^^UtJU ^I^, et dans laquelle ondulent 
sous le vent de superbes moissons. 

A huit heures vingt mmutes , je gravis les pentes de la montagne 
où s'élève Kharbata, \jiifjj^. Ce village contient quatre cents habi- 
tants. L'un d'eux me montre un endroit couvert de pierres de 
taille confusément dispersées; il l'appelle ElrKniseh. Là, suivant lui 
et d'après la tradition conservée dans le pays, les chrétiens avaient 
autrefois bâti une église. trDe tous côtés, me dit-il, quand nous 
creusons tant soit peu profondément le sol , nous trouvons de beaux 
blocs , bien équarris , restes d'anciennes constructions, n 11 me montre 
aussi plusieurs puits, cinq ou six citernes et plusieurs tombeaux 
antiques, qui attestent que Kharbata a succédé à une localité hé- 
braïque, dont le nom primitif s'est perdu ; car celui que ce village 
porte maintenant semble purement arabe. 

BEIT-LOUKIEH. 

A neuf heures quinze minutes, je redescends de Kharbata dans 
la direction du sud, et, après avoir franchi l'Oued Soleiman, j'ar- 
rive bientôt à un autre village, situé sur une colline et appelé 
Beit-Loukiehy li/jii o^. La population peut être évaluée à cinq cents 
habitants. Quelques citernes offrent une apparence antique. Un 
otialy y est consacré au Cheikh Abou-Ismaïly J^U«I yi\ ^. 

KHWBET EL-BRIDJE. 

Ma direction devient alors est-sud-est, et je commence, à neiil 
heures cinquante minutes, l'ascension d'une montagne rocheuse. 



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348 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

A dix heures cinq minutes, je parviens sur un plateau où crois- 
sent, au milieu des rochers, une foule d'herbes odoriférantes, qui 
attirent beaucoup d'abeilles. A ma gauche, serpente un oued^ qui, 
en cet endroit, porte le nom à' Oued Lihrinay U^;-hJ :>\^. 

A dix heures quinze minutes, je traverse des ruines appelées 
Khirhet el-Bridje^ ^j-«Jl x?^- H y avait là autrefois un bourg et un 
petit fort, d'où le nom d'El-Bndje (diminutif à'El-Bordj) , donné 
par les Arabes à cette localité. De nombreuses maisons renversées 
jonchent le sol de leurs débris; quelques-unes sont encore en 
partie debout. Elles ne paraissent pas devoir remonter au delà 
des croisades. A une époque plus ancienne, sans doute, appar- 
tiennent plusieurs citernes creusées dans le roc et sept ou huit fûts 
de colonnes monolithes, gisants à terre et à moitié brisés. Prove- 
nant probablement de quelque édifice ancien, ces colonnes ont pu 
ensuite servir à décorer une église chrétienne, aujourd'hui com- 
plètement détruite. 

BEIT-A^NAN. 

A dix heures quarante-cinq minutes, je continue à m'avancer 
sur un plateau très-élevé, où ne se montre aucune trace de culture. 

A onze heures, je passe à Beit-A'natiy ^U*l «i*^. Ce village 
compte six cents habitants et est situé sur une éminence. Bien 
qu'il ne soit cité nulle part dans la Bible, il est probablement d'ori- 
gine antique, comme son nom semble l'indiquer. Ce nom, en effet, 
offre quelque ressemblance avec celui d'Ono, en hébreu )2H, l'une 
des villes de la tribu de Benjamin, dont j'ai parlé précédemment 
et que j'ai identifiée avec le village actuel de Kefr-A'^na. Il pou- 
vait y avoir, dans la même tribu, une seconde ville d'un nom à 
peu près identique ou, du moins, analogue. 

EL-KOUBKIBEH (eMMAÛS?). 

De Beit^AWn je me dirige vers l'est-sud-est, et, à onze heures 
quarante minutes, je fais halte à El-Koubeibeh. 

El'Koubeibehy en arabe axa^jUI (la Petite Coupole), est un village 



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CHAPITRE XV. — EL-KOUBEIBEH. 3â9 

d'une centaine d'habitants, qui vivent dans d'anciennes maisons 
consistant chacune en une seule pièce voûtée , et vieilles certaine- 
ment, pour la plupart, de plusieurs siècles. Autrefois, c'était un 
bourg assez important, comme le prouve l'étendue des ruines, dont 
lé pourtour peut être évalué à mille huit cents mètres sur le pla- 
teau incliné qu'elles recouvrent. On remarque de tous côtés des 
pans de murs plus ou moins épais, restes de constructions renver- 
sées. Au point culminant du plateau, plusieurs citernes creusées 
dans le roc avoisinent d'anciennes carrières. Un peu plus bas est 
un birket ou bassin, aux trois quarts construit, et creusé dans le roc 
sur certains points. Long de quarante-cinq pas et large de trente- 
cinq, il est aujourd'hui fort mal entretenu. Les eaux pluviales qu'il 
recueille pendant l'hiver servent à abreuver les bestiaux ; pendant 
l'été, il est ordinairement à sec. En continuant à descendre, on 
rencontre, au milieu d'autres ruines, les arasements d'une église; 
puis, plus bas encore, une enceinte assez considérable, que les 
Arabes de la localité appellent eux-mêmes Ed-Deir (le Couvent). 
Elle est formée de gros murs, dont une partie est intacte. Au mo- 
ment de mon passage à El-Koubeibeh , une trentaine d'ouvriers 
étaient occupés à restaurer cette enceinte et à réparer, en l'agran- 
dissant, une ancienne salle rectangulaire, voûtée en ogive, qui, 
dans sa forme primitive, mesurait quatorze mètres soixante cen- 
timètres de long sur cinq mètres quatre-vingt-dix centimètres de 
large. On l'a allongée de quelques mètres, sans changer sa lar- 
.geur. 

D'après une tradition dont on peut suivre la trace jusqu'au 
moyen âge, El-Koubeîbeh serait l'Emmaûs de l'Evangile de saint 
Luc, bourg désigné, dans la plupart des manuscrits, comme étant 
à soixaûte stades de Jérusalem et le lieu où Notre-Seigneur rompit 
le pain dans la maison de Cléophas. En souvenir de ce grand évé- 
nement, la demeure de ce disciple aurait été plus tard transformée 
en chapelle, et la salle voûtée dont je viens de parler ne serait 
autre chose que ce sanctuaire vénéré, témoin jadis de la présence 
et de ce repas du Christ, le jour même de sa résurrection. 



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350 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Mais, comme je l'ai dit en parlant d'A'mouas, l'antique Nicopolis, 
bien que l'édition de la Vulgate et le plus grand nombre des ma- 
nuscrits de l'Evangile de saint Luc ne portent que soixante stades 
pour la distance qui séparait Jérusalem de l'Ëmmaûs où se ren- 
daient les deux disciples; bien que, aussi, cette distance moins 
grande permette de mieux comprendre leur aller et leur retour 
dans la même journée, de manière à trouver les apôtres encore 
assemblés; néanmoins, la tradition primitive, telle qu'elle nous est 
attestée par Eusèbe, par saint Jérôme lui-même et par les autres 
écrivains que j'ai cités, recule jusqu'à Nicopolis et identifie avec 
cette ville, dont l'emplacement à A'mouas est incontestable, l'Ëm- 
maûs de l'Evangile. Cette tradition, d'ailleurs, s'appuie à son tour 
sur plusieurs manuscrits fort anciens, dont l'un, entre autres, pa- 
raît remonter jusqu'au commencement du iv^ siècle et porte le 
chiffre de cent soixante stades au lieu de soixante. J'ai montré, 
en outre, que la distance de Jérusalem à Nicopolis à parcourir 
deux fois par les deux disciples dans la même journée était loin 
d'être une chose si difficile à admettre qu'on veut bien le croire, 
et que, même en revenant à pied à Jérusalem et en quittant Em- 
maiis Nicopolis vers six heures du soir, ils pouvaient, à cause de 
l'ardent désir qu'ils devaient avoir d'apporter promptement à leurs 
frères la grande nouvelle de l'apparition du Christ, être de retour 
à onze heures dans la Ville sainte et y trouver encore les apôtres 
réunis au cénacle avec les autres disciples. Cinq heures, en effet, 
suffisent, à un homme à pied qui hâte un peu le pas, pour se rendre 
de l'un de ces points à l'autre, l'intervalle qui les sépare étant 
seulement de cent cinquante-deux stades et non de cent soixante, 
ce qui équivaut à environ vingt-huit kilomètres. Même en mettant 
six heures pour accomplir leur retour et en ne rentrant qu'à mi- 
nuit dans les murs de Jérusalem, rien n'empêche qu'ils soient 
arrivés avant que les apôtres fussent dispersés; car les circons- 
tances étaient assez graves pour retenir ceux-ci, en un pareil jour, 
longtemps rassemblés. Que si, pour être plus tôt de retour, les 
deux disciples ont pris des montures à Emmaûs Nicopolis, ce qu'il 



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CHAPITRE XV. — EL-KOUBEIBEH. 351 

est permis de supposer, l'Evangile ne disant point le contraire, il 
leur était facile de regagner Jérusalem bien avant onze heures du 
soir. 

Le récit de saint Luc ne présente donc aucune difficulté sérieuse 
avec le chiffre de cent soixante stades, qui d'ailleurs, en réalité, 
se réduit à cent cinquante-deux. Reste à savoir, maintenant, si la 
leçon de cent soixante stades doit être préférée à celle de soixante, 
car toute la question est là. Pour mon compte, je n'ai pas la pré- 
tention de la résoudre définitivement, et, bien que j'incline à adop- 
ter la tradition qui place à Nicopolis l'Emmaus de saint Luc, parce 
qu'elle me parait réunir en sa faveur les témoignages les plus an- 
ciens et les plus précis; toutefois, je n'ignore pas qu'on peut opposer 
à saint Jérôme traducteur de YOnomasticon et auteur de l'Epitaphe 
de sainte Paule saint Jérôme auteur de la Vulgate, version consa- 
crée par l'Eglise et où le chiflfre de soixante stades est marqué; je 
n'ignore pas non plus que la plupart des manuscrits de saint Luc 
portent ce même chiffre de soixante stades; et, comme le doute 
est possible, j'aime mieux m'abstenir de chercher à renverser ab- 
solument l'opinion de ceux qui placent à Koubeibeh l'Emmaiis de 
saint Luc et qui vénèrent, dans la salle que j'ai décrite, l'endroit 
où Notre-Seigneur aurait, par la fraction du pain, communié lui- 
même les deux disciples, selon le sentiment de plusieurs écrivains 
sacrés et, en particulier, de saint Augustin ^ 

Koubeibeh, effectivement, par la voie la plus directe, est à deux 
heures et demie de marche de Jérusalem, ce qui répond assez bien, 
tout en la dépassant peut-être un peu, à la distance de soixante 
stades, qu'indique la Vulgate. En outre, une tradition respectable, 
par son ancienneté y fixe le lieu de la cène entre les deux disciples 
d'Emmaiis et Notre-Seigneur, et ce lieu est celui-là même que, 
encore aujourd'hui, les indigènes désignent sous le nom à'Ed-Deir 
(le Couvent). 

A quelle époque remonte, d'une manière bien constatée, cette 

' Sermo cxl. De tetnpore. 



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355 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

tradition ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il qu elle parait déjà 
établie dès l'époque des croisades; car, en décrivant la marche 
vers Jérusalem delà première armée des croisés, Guillaume de 
Tyr s'exprime ainsi : 

Gonsummato igitur ibi triduo, custodibus ibi aliquot deputatis, qui muoi- 
tiorem ejusdem civitatis partem ab hostium tuerentur insidiis, summo diluculo 
ad exsequeodum se accingunt proposilum. Unde assumptis itineris ducibus , 
viris prudentibus et locorum peritis, pervenerunt Nicopolim. Est autem Nico- 
polis civilas Palœstinae; banc, dum vicus adhuc esset, sacer Evangeliorum liber 
appellavit Emaus, beatusque Lucas evangelista banc dicit ab Hierosolymis dis- 
tare stadiis sexaginta^ 

rr Après avoir passé trois jours en cet endroit [Ramleh], ils y laissent une 
petite garnison pour défendre contre les attaques de Tennemi la partie la plus 
fortifiée de la ville, et, dès le point du jour, ils se préparent à poursuivre leur 
but. De là, sous la conduite de guides sûrs et expérimentés, ils parvinrent à 
Nicopolis. C'est une ville de Palestine ; lorsqu'elle n'élait encore qu'un village , 
le livre sacré des Évangiles Fa appelée Émaûs, et saint Luc Tévangéiiste nous 
dit qu elle était distante de Jérusalem de soixante stades. r> 

Quelques critiques ont supposé, à cause de l'identification que 
fait Guillaume de Tyr de l'Emmaûs évangélique avec Nicopolis, 
qu'il la plaçait à A^mouas ou à Lathroun, château voisin d'A^mouas, 
reste incontestable de l'antique Nicopolis. Mais tout prouve que 
cette hypothèse doit être rejetée et qu'il faut reculer beaucoup 
plus vers l'est l'Ëmmaus Nicopolis de Guillaume de Tyr. En effet , 
l'armée latine n'aurait accompli qu'une marche de trois heures 
au plus, si, partie de Ramleh, elle s'était arrêtée à Lathroun ou à 
A'mouas. Or il n'est pas vraisemblable que, s'étant mise en mou- 
vement dès l'aube naissante, summo diluculo, et cela au mois de 
juin, c'est-à-dire au moment des plus longs jours de l'année, et sur 
une route très-facile jusqu'à Lathroun, elle ait fait halte pour 
camper la nuit en ce dernier point. Une étape si faible aurait né- 
cessité le lendemain une autre étape bien forte pour une armée 
marchant avec armes et bagages. 

' Willelm.Tyr.l. Vn,c. XXIV. 



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CHAPITRE XV. — EL-KOUBEIBEH. 353 

En second lieu, Guillaume de Tyr, en nous disant que les croisés 
parvinrent, ce jour-là, à Nicopolis, où ils passèrent la nuit, ajoute 
que cette Nicopolis, jadis Ëmmaiis, à l'époque de Noire-Seigneur, 
était, au témoignage de saint Luc, à soixante stades de Jérusa- 
lem, et comme il ne contredit pas cette awssertion, nous devons en 
conclure que l'endroit désigné par lui comme celui où les Latins 
campèrent, et que, par erreur, il confond avec Nicopolis, n'étail 
de même qu'à soixante stades environ de la Ville sainte. Une 
pareille indication ne peut donc nullement convenir à A'^mouas ni 
à Lathroun, qu'une distance beaucoup plus considérable sépare 
de Jérusalem. 

En outre, pendant que les croisés étaient campés auprès de cette 
fausse Nicopolis, ils virent arriver, vers le milieu de la nuit, une 
députâtion de chrétiens, qui venaient de Bethléhem et qui les sup- 
plièrent de leur envoyer au plus vite du secours, dans la crainte 
que les musulmans ne détruisissent leur belle basilique de Sainte- 
Marie et le précieux sanctuaire de la Nativité. Godefroi fit partir 
aussitôt un détachement de cent chevaliers d'élite, dont il confia 
le commandement à Tancrède. 

Cette petite troupe passa près de Jérusalem, et atteignit Beth- 
léhem au lever de l'aurore. Reçu avec enthousiasme par les habi- 
tants de cette dernière ville, Tancrède les rassura par sa présence', 
vénéra le sanctuaire de la Nativité, puis reprit la route de Jéru- 
salem. De retour sous les murs de la cité de David, il gravit la 
montagne des Oliviers, pour embrasser de là l'enceinte entière de 
cette place formidable, qu'il s'agissait d'emporter; puis il songea 
à rejoindre le camp des croisés. Ceux-ci, de leur côté, s'étaient 
ébranlés aux premières lueurs du jour, et s'avançaient en masse dans 
la direction de Jérusalem, en laissant à gauche la ville de Gabaon. 
Cependant Gaston de Béarn, suivant d'autres, Gaston de Béziers, 
s'élançant à la tête de trente cavaliers, dépasse les rangs de l'armée 
et, poussant jusqu'auprès de Jérusalem, surprend un assez grand 
nombre de bestiaux errant dans la campagne. Déjà il emmenait 
sa proie, lorsqu'un parti considérable de Sarrasins fond sur lui 

I. q3 



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354 DESCBIPTION DE LA JLDEE. 

des portes mêmes de la Ville s^ote et le force à se réfugier avec 
sa faible escorte sur une colline voisine. Heureusement pour Gas- 
ton , Tancrède, revenant de son expédition de Bethléhem, cheminait 
dans ce moment, avec ses cent cavaliers, le long de la vallée qui 
s'étend au pied de cette colline. Les deux cheCs chrétiens s'empres- 
sent alors de réunir leurs forces, et se précipitent à leur tour sur 
les Sarrasins, qu'ils poursuivent longtemps Tépée dans les reins; 
après quoi, ils reprennent le convoi d*animaui que Gaston avait été 
d'abord contraint d'abandonner, puis ils se portent au-devant du 
gros de l'armée, qui s'avançait toujours à travers monts et vallées, 
sans savoir qu'elle était si proche du but tant désiré. Le retour des 
deux chevaliers fut salué par les croisés avec de vives démonstra- 
tions de joie, qui redoublèrent encore, lorsqu'on apprit que c'était 
aux abords mêmes de Jérusalem qu'avait été capturé le butin qui 
était ramené. Fantassins et cavaliers hâtent le pas, et bientôt, du 
haut d'une colline, la Ville sainte et la basilique du Saint-Sépulcre 
apparurent à l'armée chrétienne. 

Tous ces détails, que j'emprunte aux historiens des croisades, 
et notamment à Guillaume de Tyr et à Albert d'Aix S indiquent, 
selon moi, d'une manière assez nette, que ce n est point à A'mouas 
ni à Lathroun qu'il faut placer la ville de Nicopolis de ces histo- 
riens, ni par conséquent l'endroit qu'ils croyaient être l'Emmaûs 
évangéhque. En effet, si l'armée chrétienne eût campé dans cette lo- 
calité, on ne pourrait pas comprendre comment, dans la nuit même, 
Tancrède aurait eu le temps de franchir, en si peu d'heures, le 
long intervalle qui sépare Lathroun de Bethléhem, en passant près 
de Jérusalem, et comment ensuite, le lendemain matin, il aurait 
pu faire halte de nouveau sous les murs de la Ville sainte, gravir 
la montagne des Ohviers, puis, chemin faisant, délivrer Gaston, 
qui était enveloppé par l'ennemi, donner la chasse à celui-ci jus- 
qu'aux portes de la place, regagner avec Gaston, après ce succès, 
le gros de l'armée chrétienne, et enfin, pour la troisième fois dans 

' Willdm. Tyr. I. VII, c. ïx\. — Albert Aquens. I. V. c. xlv. 



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CHAPITHE XV. — EL-KOUBEIBEH. 355 

la même journée, revoir Jérusalem et camper avec toute l'armée 
sous les remparts de cette ville. Tous ces divers mouvements ne 
s'expliquent que si l'on rapproche Nicopolis de Jérusalem. C'est, 
sans doute, une erreur, puisque Nicopolis occupait l'emplacement 
du village actuel d'A'^mouas; mais cette méprise a été évidemment 
commise par Guillaume de Tyr et par les autres historiens des croi- 
sades. Ce qui me porte à croire que, à leurs yeux, le village actuel 
d'El-Koubeibeh représentait l'ancienne ville de Nicopolis, ou l'Em- 
maûs de l'Evangile, c'est ce fait, signalé d'une manière formelle 
par Foulcher de Chartres, que les croisés., en s'ébranlant le matin 
de Nicopolis, où ils avaient campé pendant la nuit, laissèrent 
bientôt à leur gauche Gabaon, bourgade distante de Jérusalem de 
cinquante stades. 

Et subsequens noster exercitus eivitati tune appropinquavit, relicta Gabaon 
a sinistré parte, quae ab Jérusalem quinquaginia distat stadiis ^ 

Or, quand on quitte El-Koubeibeh pour se diriger vers Jérusa- 
lem, on aperçoit bientôt, effectivement, sur une montagne voisine, 
à sa gauche, le village d'El-Djib, qui est l'antique Gabaon. 

Si, au contraire, avec quelques critiques, on place l'Emmaûs 
Nicopolis des croisés à Kiriet el-A*nab, et avec d'autresii Kolounieh, 
non-seulement on a alors beaucoup plus ou beaucoup moins que 
les soixante stades marqués par Quaresmius, d'après l'Evangile de 
saint Luc, comme séparant cette ville de Jérusalem, mais encore 
on ne peut plus dire que l'armée chrétienne, en quittant le lieu de 
sa halte et de son campement, poïir s'avancer vers la Ville sainte, 
laissa bientôt à sa gauche Gabaon. Cette dernière localité, en effet, 
n'est pas visible pour ceux qui se rendent à Jérusalem par la voie 
de Kiriet el-A'nab, et qui, dans ce cas, passent trop au sud de 
Gabaon pour qu'on puisse dire qu'ils la laissent à leur gauche. 

Je suis donc disposé à penser que, dès l'époque des croisades, la 
tradition fixait à El-Koubeibeh l'Emmaiis de saint Luc et , en même 

' Fulcher. Carnut. c. xvui, édit. Bongars. 



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356 DESCUIPTION DE LA JUDEE. 

temps, par une erreur incontestable, l'importante ville de Nicopolis. 
Cette erreur a persisté plusieurs siècles, car je la vois reproduite 
ensuite par un grand nombre de pèlerins. 

Vers 1280, le moine Burchard, du Mont-Sion, s'exprime ainsi : 

De Jérusalem 1111 leucis contra occidenlem est Emmaus, ubi Dominus, 
ambulans cum duobus discipulis in specie peregrini, agnitus est in fractione 
panis. Hec hodie Nicopolis dicitur*. 

En réalité, deux heures et demie de marche suffisent, par la 
voie la plus directe, pour se rendre de Jérusalem à El-Koubeibeh. 
Ce qui peut expliquer ce chiffre de quatre lieues, c'est que Bur- 
chard, à cause de la difficulté des chemins, ou en prenant une 
voie moins directe, ou en visitant sur sa route d'autres sanctuaires, 
avait mis quatre heures pour atteindre le sanctuaire d'Ëmmaus, 
localité qu'il confond, comme on le voit, avec Nicopolis, égaré en 
cela par l'opinion erronée qui régnait alors sur ce point. Hec hodie 
Nicopolis dicitur: cr Cette localité [Emmaiîs] est appelée aujourd'hui 
Nicopolis. -n 

A la fin du même siècle, le moine Bicold, du Mont-de-la-Croix , 
est plus exact lorsqu'il nous apprend que huit milles seulement , 
c'est-à-dire moins de trois heures de marche, séparent Jérusalem 
d'Emmaiis. 

Inde exeuntes et redeuntes de Iherusalëm venimus recto cursu octo miliaria 
in Emaus. Et conferentes de Christo, ut ipse appropinquans iret nobiscum, 
per prata et loca pulcherrima appropinquantes castello, venimus ad viam in 
auase finxit longius ire, et postea in^maus, ad iocuni ubi paraverunt cenam 
et cognoverunt. Ibi est ecclesia puichra ^. 

Pour être plus précis encore , le moine Ricold aurait dû réduire 
à sept milles et demi l'intervalle compris entre Jérusalem et Em- 
maus [El-Koubeibeh]. Il signale en ce lieu une belle église encore 
debout : Ibi est ecclesia puichra. Ce sanctuaire était le but d'un pèle- 
rinage qui dura encore fort longtemps. 

' Descriptio Terrœ Sanetét , c. i\, S 3. — * Itinerarium peregrinaiioms , c. vi. 



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CHAPITRE XV. — EL-KOUBEIBEH. 357 

Le frère Pantaléon, religieux franciscain portugais, dans son 
Voyage de Terre sainte, écrit en portugais, rend compte en ces 
termes de la pieuse excursion qu'il fit à Emmaiis en i55o : 

(c A un peu plus de deux lieues de Jérusalem, en suivant la route 
qui va au port de Jaffa, mais en inclinant un peu vers la gauche ^ 
on trouve le bourg d'Emmaûs, où notre divin Rédempteur alla, le 

jour de sa résurrection, avec deux de ses disciples Ce bourg, 

du temps du Sauveur, était entouré de murailles. Beaucoup de 
chrétiens de Jérusalem ont coutume d'aller visiter ce lieu, dans 
l'octave de Pâques, et nos religieux y vont au commencement, 
portant avec eux tout ce qui est nécessaire pour dire la messe, 
qu'ils célèbrent avec toute la solennité que permettent le temps et 
le lieu. Il existe à peine aujourd'hui quelques souvenirs du bourg 
d'Ëmmaiis; seulement on conserve la mémoire de la maison où s'ar- 
rêta notre Rédempteur avec les deux disciples, et qui fut ensuite 
convertie en chapelle; mais cette maison est aujourd'hui détruite, 
et la chapelle est elle-même à moitié ruinée ; c'est là que l'on dit 
la messe ^. ^ 

Pietro délia Vâlle, savant orientaliste, né à Rome en i586, 
qui, entre autres contrées qu'il parcourut, visita la Palestine en 
1616, fait mention d'El-Koubeibeh et de son pèlerinage au sanc- 
tuaire d'Ëmmaiis. Il en parle de la manière suivante , dans la trei- 
zième de ses lettres adressées à son ami Mario Schipano, et qui 
contiennent, en italien, sous une forme familière, le récit de ses 
longs voyages : 

«rNous continuâmes à marcher (en partant de Ramleh) jusqu'au 
soir assez tard, et nous nous arrêtâmes, pour passer la nuit, près 
des ruines d'Emmaûs, lieu que je ne reconnus pas alors, parce 
que, ayant demandé son nom, on me répondit qu'il s'appelait, 
comme le nomment effectivement les gens du pays, Coubeibé; 

' Le frère Pantalëon, en partant de rendre à Emmaûs [El-Koubeibeh], il 

Jérusalem pour aller à Jaffa , avait pris aurait dû incliner à droite, 
évidemment la roule de Bethoron; autre- * Pantaléon, Voyage de Tiwrc saitUe, 

ment, au lieu d'incliner à ^[auche pour se c. lx&iv. 



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358 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

toutefois j'imaginai qu'il devait avoir élé quelque chose de notable, 
car, bien qu'il soit actuellement ruiné et qu'il n'y reste plus que 
quelques maisons, vraies cabanes de pasteurs, on y voit pourtant 
les débris de beaucoup de bâtiments, des pierres magnifiques et 
des citernes creusées à coups de ciseau dans le roc vif qui forme 

la montagne sur laquelle est situé le village ^ 

Plus bas, dans la même lettre, l'auteur ajoute : 
(T Le lundi de Pâques , les religieux franciscains allèrent faire , 
selon la coutume, la fête du jour à Emmaûs; tous les pèlerins les 
accompagnant, je me joignis à eux, croyant n'y avoir pas encore 
été. Toutefois le voyage fut bien employé ; car, en sortant de la 
ville et en marchant par une autre route que celle que j'avais 
déjà faite pour venir à Jérusalem , je vis beaucoup de choses re- 
marquables que je ne connaissais pas encore , savoir : à peu de 
distance de la ville, la tour où habitait le bon vieillard Siméon, 
auteur du cantique : Nunc dimittis smrum inum^ Domine, etc.; plus 
loin, la vallée du Térébinthe, qui est le lieu même oii David tua 

le géant Ayant traversé la vallée, nous trouvâmes, de l'autre 

côté, les restes d'une église qui avait été bâtie sur l'endroit même 
où le Christ, sous la forme d'un pèlerin, aborda les deux disciples 
et leur dit : Qui sunt hi sermones? etc.; et un peu plus loin, sur le 
penfchant d'une colline, on me montra le lieu où Absalom tua §on 
frère, pour venger l'injure faite à leur commune sœur. Au delà 
de la fontaine qui y coule, nous rentrâmes dans le chemin que 
j'avais déjà parcouru, et étant arrivé près d'Emmaûs, en haut de 
la montagne, je reconnus soudain le lieu et j'appris ainsi que le 
village de Goubeibé, où j'avais passé la nuit qui préqéda mon arrivée 
à Jérusalem, était l'ancien bourg d'Emmaiis. Là nous descendîmes 
de cheval, et, sur les ruines d'une ancienne chapelle, que je n'avais 
pas encore vue, et qui était bâtie précisément sur le lieu où les 
disciples reconnurent le Christ dans la fraction du pain, les reli- 
gieux chantèrent, en notre présence, l'évangile du jour, ainsi que 
des psaumes et des prières. Après quoi, nous remontâmes à che- 
val, retournant à Jérusalem par une autre route, durant laquelle 



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CHAPITRE XV. — EL-KOUBEIBEH. 359 

nous aperçûmes le lieu où Josué arrêta le soleil par ses prières et 
où Ton voit encore des vestiges de lancienne ville de Gabaon.Nous 
rencontrâmes plus loi*^, sur la cime d'une montagne, la tour du 
prophète Samuel, où je crois qu'il fut enseveli, t) 

Vers la même époque, Quaresmius nous donne également quel- 
ques détails sur cette localité, qée, à l'exemple de beaucoup d'autres 
pèlerins, il confond à tort avec l'ancienne ville de Nicopolis. 

Tempore christianorum , quando occuparunt Terram Sanctam , sub Gode- 
frido, habuit [Emmaus] episcopum, qui erat sub metropolitano CœsarieDsi^ 
At Qostro hoc calamitoso tempore, non civitatis, non càstri formam retinet, 
solo œquata. Ejus multi quadrati etelaborati lapides Jerosolymam delati fuere, 
quando, circa annum Domini 1617, sub Selimo, Turcarum imperatore^ mûris 
cincta et restaurata fuit Sancta Civitas, ut ab harum partium ;incolis qui ea 
tempestate vixerunt, et quorum aliqui adhue vivunt, traditum est. In prœsentia 
solutn fundamenta et ruinœ apparent, quœ non obscure illius pristinam forti- 
tudinem et dignitatem ostendunt, et non in ejusdem duntaxat situ, sed etiam 
circa ipsam. Quod magis integrum cemitur, est domus in qua Christus cum 
duobus discipulis hospitio exceptus fuit : quœ oUm in pulchram versa eccle- 
siam, nunc fere tota coUapsa visitatur '. 

Peu de temps après Quaresmius, le père Eugène Roger, reli- 
gieux franciscain français, qui séjourna cinq ans en Palestine et qui 
a composé un ouvrage intitulé : La Terre sainte ou Description topogra- 
phique très-particulière des Saints Lieux ^ n'oublie pas non plus, dans 
le xvii« chapitre de son livre, de nous parler d'Emmaûs, de soh 
sanctuaire et du pèlerinage que l'on continuait à y accomplir le 
lundi de Pâques. 

Dans le courant du même siècle, Jean Doubdan, prêtre et cha- 
noine de Saint-Denis, qui s'embarqua pour la Palestine en 1 65 1 et 
qui publia, à son retour, la relation de son pèlerinage sous le titre 
de : Voyage de la Terre sainte , consacre presque entièrement à l'his- 
toire et à la description d'Emmaûs le chapitre xiv de son ouvrage. 

* WiHdm. Tyr. 1. XIV, c. xii. le sultan Soliman , Tan de Jésas-Christ 

' Ceci est un anachronisme; les murs i549. 

de Jërusalem ne furent relevés que sous ^ Elucidatio Terrœ Sanctœ, tome II, 

le successeur de Sëlim, c est-à-dire sous p. 7S0. 



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360 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Je pourrais citer pareillement, à peu près à la même époque, le 
célèbre voyageur français Jean Thévenot^ et le père Mariano Mo- 
rone^ Milanais, custode de Terre sainte en 1 662 et 1 655, qui Tun 
et l'autre n'oublient pas de parler du pèlerinage d'Ëmmaûs. 

Quelques années plus tard, le père Nau, jésuite', et beaucoup 
d'autres pèlerins de diverses nations , soit de la fin du xvii* siècle , 
soit de la première moitié du xvni^ siècle, mentionnent également 
ce même pèlerinage à Emmaûs, c est-à-dire à El-Koubeibeh. 

Mais, vers 1760, cette pieuse excursion, accomplie chaque année, 
depuis plusieurs siècles, par les pères franciscains de Jérusalem, 
et, à leur suite, par les pèlerins chrétiens alors de passage dans la 
Ville sainte, cessa d'avoir lieu, à cause des dangers quelle offrait 
et des divisions intestines qui déchiraient le pays. Peu à peu même 
on finit par ne plus savoir au juste où était le bourg d'Ëmmaûs, 
auparavant si religieusement visité, et c'est seulement quatre-vingt- 
douze ans après, au commencement de l'année i852, que plu- 
sieurs moines franciscains, et, entre autres, le père Emmanuel For- 
ner, alors curé du couvent de Saint-Jean de la Montagne, s'étant 
mis à la recherche du sanctuaire d'Ëmmaûs, le retrouvèrent à 
Ël-Koubeibeh, tel qu'il était décrit par de nombreux pèlerins dans 
les siècles précédents. 

Depuis lors, l'ancien pèlerinage en cet endroit fut rétabli par le 
couvent de Terre sainte, avec le seul changement du jour, le jeudi 
(le Pâques étant substitué au lundi de la même semaine. 

En 1861, une sainte et noble femme, qui, par ses vertus et par 
ses aumônes, marche sur les pas des Paule et des Eustochie, et 
qui, à leur exemple, semble avoir adopté la Palestine'pour sa se- 
conde patrie, M^® de Nicolàï, en un mot, conçut la généreuse pensée 
d'arracher ce sanctuaire délabré et tombant en ruines aux mains 
des musulmans, de le restaurer complètement et de fonder à côté, 
pour le desservir, un petit couvent qui serait habité par deux ou 
trois pères franciscains et où les pèlerins pourraient trouver éga- 

' Relation d*UH voyage fait au Levant. ^ Nau, Voyage nouveau de la Terre 

* La Terra Santa nuovamente iUustrata, sainte. 



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CHAPITRE XV. — EL-KOUBEIBEH. 361 

lement un asile. Le 2/i mai de la même année, elle fit donc, après 
de longues négociations et au prix d'une somme assez importante, 
l'acquisition de la grande salle voûtée dont j'ai parlé et de toutes 
les autres ruines qui sont comprises dans l'enceinte que les indi- 
gènes d'El-Koubeibeh désignent sous le nom diEd-Deir. Les ouvriers 
furent ensuite mis à l'œuvre, et, au moment où j'écris ces lignes, 
tout est sans doute terminé. 

En résumé, après tous les témoignages que j'ai cités pour et 
contre , quelle que soit l'opinion que l'on se forme sur l'authenti- 
cité plus ou moins grande de la tradition qui fixe à El-Koubeibeh 
l'Emmaûs évangélique, il n'en est pas moins certain que la salle 
voûtée que l'on vient d'y transformer en chapelle a été, pendant fort 
longtemps, vénérée comme un sanctuaire, et que, chaque année, 
le lundi de Pâques, les pères franciscains de Jérusalem avaient 
l'habitude d'y venir célébrer les saints mystères. M"® de Nicolaï 
aura donc toujours le mérite d'avoir relevé un sanctuaire de plus 
en Palestine, quand bien même ce ne serait pas indubitablement 
celui d'Emmaûs et qu'il faudrait plutôt chercher celui-ci au milieu 
des ruines d'A'mouas et dans les restes de la belle basilique byzan- 
tine que j'ai mentionnée en décrivant ce village, qui s'élève, d'une 
manière certaine, sur l'emplacement de l'antique Ëmmaûs Nicopolis. 



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362 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 



CHAPITRE SEIZIEME. 

BIDDOU OU BEIT-DOU. BEIT-SOURIR. NEBY-SAMOUÏL, 

JADIS RAMATHAÏM-SOPHIM. 

BIDDOU. 

A trois heures de l'après-midi, le même jour, je me remets 
en marche par un sentier montueux, dans la direction de Test- 
nord-est. 

A trois heures quinze minutes, j'atteins BiddoUy ^^; d'autres 
prononcent Beit-DoUy ^:> ouu, ce qui me semble plus conforme à la 
véritable orthographe de ce nom. Le village ainsi appelé compte 
cent cinquante habitants environ; il est situé sur un plateau très- 
élevé. Quelques maisons m'y paraissent fort anciennes. 

BEIT-SOURIK. 

Au sud de Biddou ou Beit-Dou, sur une montagne voisine, j'a- 
perçois le village de Beit-Souriky (^jy^ t::*^. L'ayant visité quelques 
mois plus tard, j'y remarquai un beau pan de mur antique, dont 
plusieurs assises, encore debout, sont formées de grosses pierres de 
taille relevées en bossage. 

Je descends bientôt des hauteurs de Biddou par une pente assez 
roide. 

A trois heures trente-cinq minutes, une fertile vallée s'ouvre et 
se développe devant moi; elle est couverte de moissons d'orge et 
de blé. 

A trois heures cinquante minutes, je rencontre, au milieu de 
cette vallée, une citerne antique, creusée dans le roc. 

NEBY-SAMOUÏL. 

A trois heures cinquante-cinq minutes, le terrain commence à 



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CHAPITRE XVI. — NEBY-SAMOUIL 363 

se relever vers Test, et, quarante pas plus loin, je gravis les pre- 
mières pentes du mont Nehy-SanumÛ^ J^j^w <^. 

A quatre heures quinze minutes, je parviens au sommet de 
cette montagne. De nature calcaire, elle s'élève, comme par gradins 
successifi^, à la hauteur de huit cent vingt mètres au-dessus de 
la Méditerranée, et, suivant d'autres calculs, à neuf cents mètres, 
chiffre qui est probablement exagéré. Dans tous les cas, c'est sans 
contredit Tun des points culminants de la Palestine et qui de loin 
attirent invinciblement le regard. Aussi, du petit plateau qui le 
couronne , jouit-on de l'un des horizons les plus étendus et les plus 
variés qu'il puisse être donné au voyageur de contempler en Pa- 
lestine. J'en dirai tout à l'heure quelques mots. 

Ce plateau mesure deux cent cinquante mètres de long sur 
cent de large. Un faible hameau, qui, comme la montagne, porte 
le nom de Neby-Samouïl (Prophète-Samuel) le couvre en partie 
et se borne à quelques misérables habitations, où demeurent une 
vingtaine de musulmans. Plusieurs maisons néanmoins méritent 
de fixer notre attention et, ainsi qu'on le verra dans la suite de 
cet article, elles me paraissent offrir un très-grand intérêt histo- 
rique. 

L'une se compose d'une salle creusée tout entière dans le roc : 
celle-ci mesure vingt pas de long sur neuf de large et, jusqu'à la 
hauteur de deux mètres cinquante centimètres, elle est taillée dans 
le rocher; puis elle est surmontée d'une voûte cintrée, en petites 
pierres d'époque plus récente, bien qu'elle remonte elle-même au 
delà du moyen âge. La porte est plus moderne : jadis pratiquée 
dans le roc et de forme soit rectangulaire, soit cintrée, elle a été 
ensuite remplacée par une autre, dont l'arc ogival accuse un travail 
exécuté par les musulmans ou par les croisés. Intérieiu*ement, daijp 
le mur du fond ou oriental, on remarque une petite niche cintrée, 
que les Arabes de l'endroit appellent Mihrah en^Nasara (lé Mihrab 
des Chrétiens) , c'est-à-dire le point vers lequel les chrétiens de la 
primitive Eglise avaient toujours l'habitude de se tourner dans les 
prières qu'ils adressaient à Dieu. 



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36â DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

On sait que, si l'Eglise latine depuis n'a pas cru devoir se con- 
former strictement à cette loi, l'Eglise grecque y est restée cons- 
tamment Bdèle, et que, dans tous les sanctuaires appartenant à ce 
rite, l'autel principal regarde toujours l'orient. Le raihrab des mu- 
sulmans, au contraire, marque aux sectateurs du Koran la direc- 
tion de la Mecque, leur ville sainte par excellence, et, par consé- 
quent, il varie selon la position géographique des pays qu'ils 
habitent par rapport à cette cité, berceau sacré de leur religion. 
Cette niche pourrait faire croire, à cause du nom sous lequel les 
indigènes de Neby-Samouïl la désignent encore actuellement, que 
la salle qui nous occupe, et qui remonte très-vraisemblablement 
à une haute antiquité, a été, à l'époque chrétienne, transformée en 
chapelle. Dans la partie occidentale de cette même chambre, le 
sol a été exhaussé et forme une sorte de petit étage supérieur, qui , 
pour les musulmans, est le divan. Quant au nom qu'elle porte, le 
cheikh, que j'interrogeai à ce sujet, me répondit : a Nous l'appelons 
Beit Abou el-A'oud, -n ^yJl ^I t^j^ (chambre du Père du Cheval). 
Est-ce parce que, pendant l'été, elle sert d'écurie? Car, pendant 
l'hiver, les habitants laissent à dessein pénétrer les eaux pluviales 
dans la partie orientale de cette chambre, dont le niveau est un peu 
au-dessous du sol environnant, et elle devient alors une sorte de 
citerne, dont ils utilisent l'eau pour abreuver leurs bestiaux. Aussi 
je me suis depuis demandé si je n'avais pas mal entendu la réponse 
du cheikh , et s'il ne m'avait pas dit réellement : Beit Abou eUHaaudhy 
jcytt^l ouu (maison du Père de l'Auge, de l'Abreuvoir). 

A côté de cette chambre, vers l'est, il en existe une seconde, éga- 
lement creusée dans le roc, mais de dimensions moindres. Vei*s 
l'ouest, au contraire, on pénètre par une porte rectangulaire dans 
lyie troisième enceinte plus étendue, pratiquée dans la même 
masse rocheuse et dont la partie antérieure est divisée en plusieurs 
compartiments distincts, tous taillés entièrement dans le roc. C'est 
dans la cour où cette porte donne accès que le cheikh a bâti sa 
maison. 

A quelque distance de là, on observe que le rocher de la plate- 



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CHAPITRE XVI. ~ NEBY-SAMOUIL. 365 

forme de la montagne a été taillé de manière à constituer une 
sorte de soubassement continu et assez considérable, destiné à 
recevoir les assises d'une construction importante, aujourd'hui 
détruite. Une masse de décombres accumulés s'élève en un tertre 
factice au-dessus de ce soubassement. Une petite porte , pratiquée 
dans le roc et à présent obstruée, est encore visible. 

Les autres maisons particulières offrent un aspect des plus dé- 
labrés; ihais elles ont cela d'intéressant, qu'on y observe un certain 
nombre de matériaux antiques , encastrés pêle-mêle dans des bâ- 
tisses modernes et très-grossières. 

Le village est alimenté d'eau par deux sources. L'une est re- 
cueillie dans une vaste et profonde citerne, creusée dans le roc; 
elle se trouve au milieu d'un champ, actuellement cultivé, et qni 
jadis paraît avoir été occupé par des constructions. Voisine de la 
mosquée dont je vais parler et un peu au-dessous de la plate-forme 
où cet édiûce s'élève, elle s'appelle Bir es-Sata^ U-JI jju. 

L'autre, située plus bas, est renfermée dans une grotte rectangu- 
laire, ofi l'on descend par plusieurs degrés; elle est connue sous le 
nom d'i'm en-Neby Sanwuil, J^^<w ^^t ^^ (source du Prophète- 
Samuel). D'autres citernes sont maintenant comblées. 

Je signalerai pareillement deux aires antiques pratiquées, au 
nord-est du village, sur une surface rocheuse et aplanie, et où les 
habitants battent encore aujourd'hui leurs grains. 

Sur la partie la plus élevée de la montagne, règne une plate- 
forme qui porte la mosquée célèbre appelée Djama en-Neby Sa- 
nwuïly J^y^ (s^\ fi-«^- C'est une ancienne église chrétienne, longue 
de trente pas sur dix-neuf de large. Elle est en forme de croix la- 
tine. Le maître-autel était tourné vers le sud, comme le mihrab 
actuel des musulmans. Trois fenêtres éclairent le chœur, et trois 
autres, le transept oriental. Au transept occidental, on remarque, 
dans une chapelle obscure , fermée par une grille, un sarcophage de 
bois, recouvert d'un tapis, et qui, d'après les uns, contiendrait en- 
core les restes de Samuel; suivant d'autres, ce sarcophage ne serait 
qu'une copie du véritable, qui serait placé dans une crypte, au-des- 



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366 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

sous de cette chapelle, et posséderait seul la dépouille du grand 
prophète. 

Au nord de la mosquée, un escalier intérieur permet de monter 
sur les terrasses qui la couronnent et de là au sommet d'un petit 
minaret, du haut duquel la vue est incomparable. On a sous les 
yeux une sorte de magniflque plan en relief, mais vivant et animé, 
d'un tiers environ de la Palestine. A l'ouest, la Méditerranée; à 
l'est, au delà du Jourdain et de la mer Morte, les montagnes de 
l'ancien pays d'Ammon et de Moab; au nord, les principales chaînes 
des monts d'Ephraïm ; au sud, celles des monts de Juda : tel est le 
vaste cadre du tableau qui se déroule devant le regard, et dans ce 
cadre que de points jadis habités ou qui le sont encore ! Ce ne sont 
plus guère, à la vérité, que des ombres de ce qu'ils étaient autre- 
fois et de simples souvenirs, mais ces souvenirs sont impérissables. 
Pour ne mentionner ici qu'une seule ville, Jérusalem, vers le sud- 
est, apparaît distinctement avec ses dômes et ses minarets, ses tours 
et ses remparts crénelés. 

Les pèlerins, qui auparavant se rendaient de Jaflfa à Jérusalem 
par la route qui passe au pied de Neby-Samouïl , gravissaient d'or- 
dinaire cette montagne pour apercevoir, plus tôt et de plus loin, le 
but principal de leur pèlerinage. A la vue de ce but, si ardemment 
appelé de leurs vœux et pour lequel ils avaient bravé souvent tant 
de périls, ils versaient des larmes de joie et se livraient à tous les 
transports d'une pieuse allégresse : de là le nom de mons Gaudii ou 
Mont-Joie donné par eux à cette montagne. 

Tumba Samuel prophetse : qui mons vocatur Exultationis vel Lœtitiae 

(ab aliis Gaudii), eo quod peregrinis ab illa parte intrantibus reddit primum 
Saoctœ Civitatis aspectum ^ 

Actuellement cette route est abandonnée par la plupart des pè- 
lerins, et le Djebel Neby-Samouïl n'a plus le privilège de découvrir 
pour la première fois à leurs yeux la coupole du Saint-Sépulcre et 
les murs de la cité de David, ni, par conséquent, de provoquer dans 

' Jean de Mandeviiie, lUnerarium a terra Angliœ in partes Hierosolymitanas , p. 1 75. 



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CHAPITRE XVI. — NEBY-SAMOUIL. 367 

Ieur8 âmes cette vive effusion de joie qui se traduisait , dans le lan- 
gage de leurs devanciers, par la manière dont ils désignaient ce 
mont, remis depuis en possession exclusive du nom du prophète 
dont il continue à garder la tombe. 

Le même escalier qui conduit aux terrasses de la mosquée et 
au minaret qui les domine mène aussi à plusieurs salles, aujour- 
d'hui tombant en ruine, qui faisaient partie d'une abbaye atte- 
nant à cet édifice et, comme lui, ouvrage de l'époque des croi- 
sades. Outre ces salles, des voûtes écroulées, des souterrains et 
des monceaux de décombres attestent l'ancienne importance de 
cette abbaye. Elle avait été construite, dans les assises inférieures 
principalement, avec des pierres de taille d'un assez bel appareil. 
Cette fondation eut lieu dans le courant du xu* siècle; elle est 
due à des moines prémontrés, grâce aux libéralités de Baudoin III, 
qui avait concédé aux religieux de l'ordre de Cîteaux la mon- 
tagne Saint-Samuel avec mille pièces d'or, à la condition d'y bâtir 
un monastère. Ceux-ci, comme le prouve une lettre de saint 
Bernard, cédèrent cette somme et cet emplacement, ainsi que 
l'obligation qui en résultait, à leurs frères de Prémontré, lesquels 
se mirent bientôt à l'œuvre, à l'instigation du grand abbé de Clair- 
vaux. 

Apud Hierosolymam rex Balduinus, dum viveret, locum Sancti Sainuelis 
donavit nobis et mille aureos simui, de quibus œdificaretur. Vos donc nostro 
locum habetis et aureos habuistis '. 

L'église paraît avoir été achevée en 1 1 67 ; car il est fait mention 
à cette époque, dans le cartulaire du Saint-Sépulcre*, de l'église 
du Mont-Joie , ecclèsia Montis Gaudii. 

Cette église et ce monastère avaient succédé très-probablement 
à un couvent et à un sanctuaire antérieurs, qui contenaient, sinon 
le corps, du moins le tombeau de Samuel. 

En effet, nous apprenons, par un passage de Procope, que 

* Sancti Beroardi Epistola cclh, ad * Cartulaire du Saint-Sépulcre, f,^3Q, 

Prœmonstrntos, 



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368 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Justinien fit creuser un puits et éleva un mur au monastère de 
Saint-Samuel. 

(ppéap Ka\ Tsîxos^, 

Le monastère primitif, que Justinien environna d'un mur, était, 
sans doute, renversé à l'époque des croisades, et ses matériaux 
durent être utilisés dans les constructions nouvelles. 

Dans le livre de Jean d'Ibelin, on lit, au chapitre cclxi^ : 

Kabbé de Saint-Samuel, qui est de la MoQJoie, porte crosse et dod mitre 
ne anel. 

A la même époque, c'est-à-dire vers le milieu du xu* siècle, 
Arnaud, prieur du Saint-Sépulcre à Jérusalem, acquit un enclos 
planté de vignes, près de l'église, sur la hauteur du Mont-Joie^. 

En 1187, peu de temps avant la prise de Jérusalem par Sa- 
ladin, des bandes de l'armée sarrasine saccagèrent le monastère 
de Saint-Samuel, dont les moines s'étaient réfugiés à Saint-Jean- 
d'Acre, et l'église fut convertie en mosquée. 

Lorsque, en 1 192, les troupes de Richard Cœur-de-Lion s'avan- 
cèrent vers Jérusalem, avec l'intention de l'attaquer, projet qui 
fut ensuite abandonné, ce prince aperçut un jour de la cime du 
Mont-Joie les remparts de la Ville sainte. 

A cette vue, dit Vinisauf, l'historien de sa vie, il se mit à fondre 
en larmes, et, se couvrant le visage de son bouclier, il s'avoua in- 
digne de contempler une cité que ses armes étaient impuissantes 
à délivrer. 

Depuis Saladin, l'église Saint-Samuel ne fut jamais rendue 
au culte chrétien ; mais les musulmans de la localité y laissent 
pénétrer sans difficulté, moyennant une légère gratification, les 
chrétiens et les juifs qui viennent vénérer, dans cette mosquée, la 
mémoire du grand prophète dont elle conserve encore le nom. 
Le souvenir de cet homme extraordinaire est, en effet, cher aux 

* Procope, De jEdiJiciis JusUniani, 1. V, c. ix. — * M. le comte Beugnol, Asmeê de 
Jérusalem. — ^ Cartulaire du Saint-Sépulcre, p. 209. 



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CHAPITRE XVI. — NEBY-SAMOUÏL. 369 

musulmans eux-mêmes, qui ne s'approchent qu'avec un profond 
respect de la chapelle où ils montrent son sarcophage. A les en 
croire même, son corps, comme je l'ai dit précédemment, repo- 
serait en cet endroit, ou, plus exactement, dans la crypte située 
au-dessous de cette chapelle ; mais nous savons par saint Jérôme 
que, Fan 4o6 de notre ère, ses ossements furent transportés en 
Thrace. 

Augustus Arcadius, qui ossa beati Samueiis, longo post tempore, de Judaaa 
transtulit in Thraciam.. . . . 

Et tanta lœtitia, quasi prœsentem viventemque ceraereot, susceperunt, ut 
de Palœstina usque Chalcedonem jungerentur populorum examina et in Christi 
laudes una voce resonarent^ 

L'historien ecclésiastique Nicéphore Calliste^ nous apprend, de 
son côté, que la précieuse dépouille de ce même prophète fut de 
Chalcédoine envoyée à Constantinople et déposée dans une église 
auprès du palais de l'Hebdomon. 

Ces deux témoignages très-précis doivent donc nous faire re- 
jeter complètement l'assertion de Benjamin de Tudèle, pèlerin juif 
qui voyagea en Palestine dans le courant du xii* siècle et, au dire 
duquel, les croisés, une fois devenus maîtres de Ramleh, regardée 
par lui comme l'ancienne Ramatha , auraient transporté de cette 
ville, où il était enseveli dans une synagogue, le corps de cet au- 
guste personnage à Saint-Samuel de Silo, localité qui, à cette 
époque, passait à tort pour l'antique Siloh, et que là il fut placé 
dans une grande église, où l'on voyait encore son tombeau de son 
temps. 

Inde leucis tribus Sanctus Samuel de Silo est, oppidum videlicet olim Siloh 
dictum, a Jérusalem duabus parasangis distans, ubi magnum templum est, in 
eoque sepulcrum Samueiis prophetae, a christianis a Ramatha, quœ eadem 
Rama est, hue translatum post exactos inde Ismaelitas oppidumque captum, 
ubi antea SamueUs corpus in Judaeoi*um synagoga sepultum custodiebatur; 
est autem nunc, ut dixi, in Silo eximium et magnum templum, cui nomen est 
ab ipsis impositum Sancti Samueiis de Silo, et ad hune usque diem manet'. 

' Hieronymi liber Contra Vigilantium, * HisL ecclésiastique, 1. XIV, c. x. 

t. 11,^. 3/i3, ëdit. Migne. ^ Benjam'niTudel. //iwerrtnuw, p. h^. 



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370 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Avant d'aborder Thisloire de cette localité et les diverses ques- 
tions qu'elle soulevée, achevons de décrire brièvement les autres 
ruines qu'on y remarque. 

Sur les pentes du mont Neby-Samouïl s'étendent, principale- 
ment vers l'ouest, des jardins plantés de vignes, de figuiers, d'oli- 
viers et de grenadiers, et, au milieu de ces jardins, à huit minutes 
de distance du plateau supérieur, on observe des restes de cons- 
tructions antiques qu'on m'a désignés sous le nom de Khirbet el- 
Khrous, j-j^ i^/^. Ces constructions, aujourd'hui très-confuses, 
parce que les matériaux avec lesquels elles avaient été bâties ont 
servi, pour la plupart, à former les petits murs de séparation qui 
délimitent chacun de ces enclos, paraissent être les vestiges d'une 
sorte de ville basse, la ville haute occupant le sommet de la mon- 
tagne. Dans l'un de ces jardins, on m'a montré une caverne creusée 
dans le roc et appelée Merharet Oumm el-A'mdan, ^j\ù<^\ Il 'ij\M 
(caverne Mère des Colonnes); elle doit ce nom à deux piliers carrés 
ménagés dans l'épaisseur de la masse rocheuse et qui soutiennent 
les voûtes de la grotte. 

Cherchons maintenant dans la Bible les renseignements qu'elle 
nous fournit sur la ville qu'a remplacée le village actuel de Neby- 
Samouïl. 

Dans le livre I des Rois, nous lisons qu'il y avait un homme de 
la ville de Ramathaïm-Sophim, de la montagne d'Ephraïm, qui 
s'appelait Ëlcana et était fils de Jéroham, fils d'Eliu , fils de Thohu , 
fils de Suph, d'Ephraïm. 

Fuit vir unus de Ramathaim Sophim, de monte Ephraim, et nomen ejus 
Elcana, filius Jeroham, lilii Eliu, filii Thohu, tiiii Suph, Ephrathœus^ 

Or cet homme avait deux femmes , l'une appelée Anne et l'autre 
Phénenna. Phénenna avait des enfants , et Anne était stérile. Elcana 
montait de sa ville à Silo où se trouvait alors l'arche, aux jours 
solennels, pour y adorer le Seigneur et offrir des sacrifices. 

' flow^ i. I, C. I, V. 1. 



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CHAPITRE XVI.— NEBY-SAMOUÏL. 371 

Remarquons en passant l'expression de asceiidebal (il montait), 
employée ici dans la Bible : 

Et ascendebat vir ille de civitate sua statulis diebus, ul adoraivl et sacrifi- 
caret Domino exercituum iu Silo'. 

Cette expression nous montre que la ville de Ramathaïm-So- 
phim n'était point sur le sommet d'une montagne, puisqu'il fallait 
monter pour aller de là à Silo. 

La Bible ensuite nous apprend qu'Anne, après une longue sté- 
rilité, promit de consacrer à Dieu l'enfant qui naîtrait d'elle et que, 
sa prière ayant été exaucée, elle revint de Silo à Ramatha, où elle 
conçut et mit au monde Samuel. 

Et surrexerunt mane , et adoraverunt coram Domino ; reversique sunt et 
venerunt in domum suam Ramatha^. 

Il n'entre pas dans mon sujet de raconter l'histoire de Samuel, 
et je me contente de faire observer que la patrie des parents de ce 
grand homme, qui est le lieu où il naquit lui-même, est appelée : 
dans la Vulgate, soit Ramathaim Sophim^ soit Ramatha; dans le texte 
hébreu avec l'article, D'»pix o'^npin, Ha-Ramatham'Tsophim ou nno-jn 
Ha'Ramathahy et, dans la version des Septante, ApixaOcdfi Jli(pd ou 
kpfKiOcufi, sans l'épithète 2i(pà. Le mot Ramathaïm ou, avec l'ar- 
ticle, Ha-Ramathaim, d'où la dénomination grecque de kp(jjCLda{(x , 
est interprétée généralement comme signifiant les deux hauteurs, et, 
conformément à cette interprétation, il faudrait chercher, pour le 
site de la ville ainsi désignée, une montagne à deux sommets. 

Or, soit que, avec Gesenius^, on la place au Djebel Foureidis, à 
quatre milles sud-est de Bethléhem; soit que, avec le docteur Ro- 
binson*, on l'identifie avec Souba, à six milles ouest de Jérusalem, 
et que l'on voie même dans ce nom une altération de celui de 
Sophim ou Tsophim; soit que, avec Wolcott^ et Van de Velde^ on 
opine pour Rameh ou Ramet el-Khalil , ruines situées à deux milles 

' Roiê, 1. 1, c. I, V. 3. * BibUcal Researches, t. II, p. 8. 

* Ibid. V. 19. * Bibliotkecaêoaa, i8/i3, p. 4/i. 

' Thésaurus^ p. 1276 A. * Syria and Palestine, t. II , p. 5o. 

0^1. 



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372 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

et demi au nord d'Hébron ; soit que, avec le docteur Bonar^ on adopte 
pour cette position celle d'Er-Ram*, fixée par lui à peu de distance 
au nord de Bethléhem, à l'est du tombeau de Rachel; soit que, avec 
Ewald^, on préfère Ram-Allah, un peu à l'ouest d'El-Bireh, en se 
fondant sur le mot affixe Allah (Dieu), ajouté au nom propre- 
ment dit Ram, et qui semble indiquer l'ancienne sainteté de ce 
lieu; soit que, enfin, selon l'opinion la plus généralement répandue 
et qui me paraît de beaucoup la plus vraisemblable, parce qu'elle 
s'appuie sur une tradition non interrompue depuis le vi* siècle au 
moins et qu'ensuite elle rend mieux compte des divers passages 
de la Bible oii il est question de la patrie de Samuel, on recon- 
naisse, dans la montagne qui porte encore le nom de ce prophète, 
l'endroit où il naquit et où il fut enterré, il est impossible, dans 
aucune de ces suppositions, d'expliquer topographiquement et par 
la conformation des lieux, le sens que l'on donne au mot Rama- 
thaïm, c'est-à-dire les deux hauteurs. Pourquoi ne pas l'expliquer 
tout simplement par les deux Ramathah ou les deux Ramah? En 
effet Ramathaïm se composait de deux quartiers : la ville basse, 
située, suivant moi, sur les pentes sud-ouest du Djebel en-Neby 
Samôuïl, et la ville haute, où, à l'époque de Samuel, habitaient les 
prophètes soumis à sa direction, dans des demeures appelées iVotofA, 
ainsi que nous le verrons plus bas, où il avait lui-même une se- 
conde maison, où il avait élevé un autel au Seigneur et où, après 
sa mort, il fut enseveli. De cette manière tout se comprend et tout 
s'accorde. 

Le révérend père Bourquenoud s'en tient au sens littéral : les 
deux hauteurs; voici comment il l'explique : 

cf Je trouve, ditril, à Naby-Samouïl, une hauteur qui méritait, 
par excellence, le nom de Ramah (hauteur); mais, vers le sud se 
lève une autre pointe nommée ElSurg^, qui porte encore, à son 
sommet, au milieu d'un amas de ruines, les débris d'une église 

' Land of Promise , p. 178 et 55A. ^ Le père Bourquenoud se trompe; le 

* Gcschichie des Voïkes Israël , t. II, nom véritable de cette pointe est El- 

p. iîôo. Bordj. 



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CHAPITRE XVL — NEBY-SAMOUIL. 373 

chrétienne: je me trouve donc avoir deux hauteurs, et j'obtiens 
Ramathaim (les deux hauteurs). Ces deux points dominent la plaine 
de Saron, tous les monts et les plateaux de Juda et d'Ephraïm, et 
les monts de Galaad et de Moab bornent seuls l'horizon du côté de 
l'orient. Les vues que présentent ces deux sommets se complètent 
et en forment un poste d'observation unique. J'ai donc les deux 
hauteurs des vedettes y Ramathaim -Sophim, duo cacumina specula- 
torum^.'fi 

C'est ainsi, en effet, que le père Bourquenoud traduit le mot 
hébreu d'»ç1x , et il bâtit là-dessus une thèse qu'il développe ingé- 
nieusement, faisant de Maspha de Benjamin, ville qu'il place 
précisément entre ces deux hauteurs, le centre du système télé- 
graphique des Israélites. 

Contrairement à cette interprétation du mot Sophim ou Tsophim , 
d'autres critiques pensent qu'il faut le rendre par Suphites, (r descen- 
dants de Suph. fi Nous avons vu effectivement, plus haut, que l'un des 
ancêtres d'Ëlcana, père de Samuel, portait le nom de Suph, en 
hébreu >)«, Tsouph. 

Au livre I des Rois, lorsque Saûl, à la recherche des ânesses 
de son père, approche de la ville où résidait Samuel, il est dit 
qu'il entrait dans la terre de Suph. 

Cum autem venissent in terram Suph, dixit Seul ad puerum qui crat 



Dans le texte hébreu, nous lisons : i^ix yiKs ^H2 non, hemma bâou 
be-érets Tsouph : cr Ils arrivèrent à la terre de Tsouph. i) 
Chez les Septante, cette terre est appelée S/(p. 

Ât^Tû^ Se ékOévTCûv eU rrlv 2/(p 

de même que la ville de Ramathaïm-Sophim est désignée sous le 
nom de kpiictôalfi Si(pd6. 

Il est difficile de n'être pas frappé du rapport étroit qui existe 

' Éhuks religieuses, historiques et litté- intitule : Maspha de Benjamin, par le père 
raires par des pères de la compagnie de Bourquenoud. 
Jésus, avril 1 864, n* jvi, p. 35. Article ' Rois, 1. 1, c. ix, v. 5. 



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37â DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

entre les deux mots Tsouph et Tsophim en hébreu, Suph et Sophim 
en latin, Stph et Sipha en grec. 

Dans le Targum de Jonathan, Ramathaïm-Sophim est rendue 
par Ramatlia des disciples des prophètes; mais, ainsi qu'il est remar- 
qué dans le Dictionnaire de la Bible édité par William Smith \ 
c'est là une interprétation évidemment faite après coup. Gomme la 
Bible nous apprend qu'à Naioth de Ramah il y avait une école de 
prophètes, Jonathan, associant ce fait avec le sens qu'il donne au 
mot hébreu Tsophim ^ c'est-à-dire celui de vedettes, voyants, pro- 
phètes y traduit RamathaimrSophim ou Tsophim de la manière que j'ai 
indiquée tout à l'heure. Pour moi, je le répète, j'aime mieux le 
rendre par: les deux Ram^illia des descendants de Suph [Tsouph en 
hébreu). 

Quant à la ville de ce nom, je la place partie sur les pentes du 
Djebel en-Neby Samouïl et partie sur le plateau supérieur de la 
montagne. 

Toutefois, une grave objection se présente ici contre l'identi- 
fication que, depuis longtemps, la tradition a faite, et que j'adopte 
complètement, de Ramathaïm-Sophim avec la montagne Neby-Sa- 
mouïl, c'est celle qui résulte du passage suivant de YOnomastiœn 
d'Eusèbe : 

kpiÂotiàfx Sei^à, tgoXU ÉXxat^à xai ^afjLOvrfX^ Kstrai Se aÛrn 'aXi^alov 
^tO(7n6}<ecjs , 66ev ifv IcjotI^ à èv ¥àiayytkloiç àith KpiyLoBla'S. 

Saint Jérôme reproduit ainsi ce passage : 

Armathem Sophim, civitas Helcanœ et Samuelis, inregione Thamnitica juxta 
Diospolim; unde fuit Joseph qui in Evangeliis de Arimathia scribitur. 

Ailleurs, dans le même ouvrage, au mot Po\j\tÀ nous lisons: 

Vouyiày fi Ttaà Apia (ou plutôt Aptfid)* ëvOa ixà[di<TSv A6t(iéXe^èv KptraTs' 
vvv avTYj Pefi(pis XéysTat, xa\ êcrlh èv bplois Aioaw<5Xecw, iltis èaTiv kpiyLOL- 

Ici encore, saint Jérôme traduit fidèlement Eusèbe sans le 
' Diciionary nf the Bible, ediled hy William Smith , l. Il, p. looi. 



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CHAPITRE XVI — NEBY-SAMOUiL. 375 

corriger. Pour ces deux écrivains donc, les \i\lesd'Armathem-Sipha 
ou Armathem-Sophirriy de Roumay ai Aria ou Anma^ de Remphis et 
d'Arimathia ou Arimaihœa sont une seule et même ville, qu'ils 
placent près de Diospolis ou Lydda, c'est-à-dire très-probablement 
à l'endroit appelé aujourd'hui Ramleh, et, par conséquent, très-loin 
de Neby-Samouïl. Mais, malgré l'autorité d'un tel témoignage, il 
n'en est pas moins facile de démontrer qu'il est en complète con- 
tradiction avec les Livres saints, et qu'il y a ici plusieurs distinc- 
tions très-nettes et très-formelles à établir. 

D'abord Rouma, appelée également par Eusèbe Aria ou Arima, 
et ofi, dit-il, s'arrêta Abimélech, comme il est écrit dans le livre 
des Juges, ne peut, en aucune façon, être cherchée près de Lydda; 
car elle était très-rapprochée de Sichem, ainsi que le prouve le 
passage de la Bible auquel Eusèbe et, après lui, saint Jérôme font 
allusion : 

&!.• Et Al)iinelech sedit in Ruma : Zebul autem , Gaal et socios ejus expuirt 
de urbe [Siebem], nec in ea passus est commorari. 

kù. Sequenti ergo die egressus est populus in campum. Quod cum ountia- 
tum essel Abimelech, 

/i3. Tulit exercitum suum, et divisît in très turmas, tendens insidias in 
agris. Vidensque quod egrederetur populus de civitate, surrexit et irruit in eos, 

&&. Cum cuneo suc, oppugnans et obsidens civitatem^ 

De ces versets il ressort clairement que Rouma était dans les 
environs de Sichem, puisque Abimélech sortit de la première de 
ces deux villes pour aller attaquer, presque immédiatement, la 
seconde. Il est donc impossible de la placer près de Lydda, que 
sépare de Sichem un intervalle de deux grandes journées de 
marche pour le moins. 

Quant à Arimathie, j'ai déjà dit, en parlant de Ramleh, que j'in- 
clinais, avec la tradition, et d'accord en cela avec Eusèbe et saint 
Jérôme, à la reconnaître dans cette dernière ville. J'ai cité à ce 
sujet le passage de l'Epitaphe de sainte Paule où saint Jérôme nous 

' Juges, c. IX, V. Iti'liU. 



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376 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

montre cette pieuse Romaine visitant, non loin de Lydda, Ari- 
mathie, patrie de Joseph qui ensevelit Notre-Seigneur. 

Haud procul ab ea [Lydda] Arimatfaiam, viculum Joseph qui Dominum 
sepelivit. 

Dans ce passage, saint Jérôme, parlant en son nom et non pas 
comme traducteur d'Eusèbe, et, par conséquent, exprimant son 
opinion personnelle, ne confond plus Arimathie avec Ramathaîm- 
Sophim , la patrie de Samuel ; autrement , si telle eût été son opi- 
nion, en mentionnant le pèlerinage de sainte Paule à Arimathie, il 
n'aurait pas manqué d'associer au souvenir de Joseph qui ense- 
velit Notre-Seigneur celui de Samuel, l'un des plus grands person- 
nages de l'Ancien Testament. En outre, il fixe ce petit honvg ^viculus, 
qui n'avait point encore acquis l'importance qu'il eut plus tard sous 
la domination musulmane , non loin de Lydda ; ce qui ne permet 
guère de douter qu'il ait été situé, conformément à la tradition, 
sur l'emplacement oh s'éleva ensuite la ville arabe de Ramleh. 

En ce qui concerne Ramathaïm-Sophim, nous savons, par la 
Rible, qu'elle était dans la montagne d'Ephraïm. 

Fuit vir unus de Ramathaim Sophim, de monte Ephraim K 

Nous savons aussi qu'elle était sur le penchant d'une montagne 
et qu'elle était dominée elle-même par une hauteur où Samuel 
sacrifiait au Seigneur. 

10. Et dixit Saul ad puerum suum : Oplimus sermo tuus. Veni, eamus. Et 
ienint in civitatem , in qua erat vir Dci. 

1 1. Cumque ascenderent clivum civitatis, invenerunt puellas egredientes ad 
hauriendam aquam, et dixetuat eis : Num hic est Videns? 

19. Quœ respondentes dixeruui illis : Hic est; ecce ante te, festina nunc; 
hodieenim venitin civitatem, quia sacrificium est hodie populi in excelso. 

1 3. Ingredientes urbem , statim invenietis eum antequam ascendat exceLsum 
ad vescendum ^ 

((Et Saûl dit à son serviteur : Ce que tu dis est très-bien; viens, allons. Et 
ils allèrent à la ville où élait Thomme de Dieu. 

' Rois, I. I, c. I, V. I. — ' Bois, \. I, c. IX, v. io-i3. 



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CHAPITRE XVI. — NEBY-SAMOUÏL. 377 

trEt comme ils montaient par le coteau qui mène à la ville, ils rencontrèrent 
des jeunes filles qui en sortaient pour aller puiser de Teau, et ils leur dirent : 
Le Voyant est-il ici ? 

w Elles leur répondirent : Il y est; le voilà devant vous. Allez vite le trou- 
ver ; car il est venu aujourd'hui dans la ville , parce que le peuple doit offrir 
un sacrifice sur le haut lieu. 

(tDès que vous serez entrés dans la ville, vous le verrez aussitôt avant qu il 
monte vers le haut lieu pour manger t 

Déjà, au chapitre vu du même livre, d'autres détails également 
précieux nous avaient été donnés sur cette ville. Ainsi , par exemple , 
il résulte du verset 16 quelle était peu éloignée de Belhel, de 
Galgala et de Masphath, puisque, chaque année, Samuel partait 
de Ramatha pour faire sa tournée habituelle dans ces trois villes 
et y juger Israël; et le verset 17 nous apprend qu'à Ramatha, sa 
patrie, où était sa maison et où il exerçait ses fonctions de juge, il 
avait érigé un autel au Seigneur : 

1 6. Et ibat per singulos annos circuiens Bethel , et Galgala , et Masphath , et 
judicabat Israël in supradictis locis. 

1 7. Revertebûturque in Ramatha; ibi enim erat domus ejus, et ibi judicabat 
Israël; œdificavit etiam ibi altare Domino. 

Cet autel avait été dressé certainement sur le point culminant 
de la montagne dont Ramatha occupait les pentes, puisque c'était 
(c sur le haut lieu,t) in excekoy que Samuel offrait des sacrifices au 
Seigneur. Cet endroit est appelé dans le texte hébreu nça, Bamah^ 
ce qui veut dire hauteur^ mais principalement hauteur consacrée par 
un temple ou par un autel. 

Sur cette même hauteur, Samuel parait avoir eu une maison, 
attendu qu'il y réunit à un festin, où Saûl et son serviteur tiennent 
le premier rang, une trentaine de convives. 

93. Samuel donc prit Saûl et son serviteur, les mena dans la salle, et, les 
ayant fait asseoir au-dessus de tous les conviés, qui étaient environ trente 
hommes , 

33. Il dit au cuisinier : Sers la portion de viande que je t'ai donnée et 
que je t'ai dit de réserver. 

â/i. Or le cuisinier avait levé une épaule et la mit devant Saûl. Et Samuel 



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378 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

dit : Voici ce qui a été réservé; place-le devant toi et mange, parce que je te 
Tai fait garder exprès, lorsque j'ai invité le peuple. Et Saûl mangea, ce jour-là, 
avecSamueP. 

Cette maison du prophète, sur ie plateau supérieur de la mon- 
tagne, était peutrêtre Tune de celles que j'ai signalées comme étant 
creusées dans le roc et attestant une haute antiquité. Il en avait une 
autre en même temps dans la ville proprement dite, ce qui résulte 
bien nettement des versets qui suivent les précédents : 

95. Après cela, ils descendirent du haut lieu dans la ville : Samuel s'en- 
tretint avec Saûl sur la terrasse du logis, et il y fit préparer un Ut, où Saûl 
dormit^. 

36. Puis, s'étant levé le malin, à la pointe du jour, Samuel appela Saûl sur 
la terrasse et lui dit : Lève-toi, et je te laisserai aller. Saûl donc se leva, et ils 
sortirent tous deux, lui et Samuel. 

37. Et comme ils descendaient au bas de la ville, Samuel dit à Saûl : Dis à 
ton serviteur qu'il passe devant nous; et il passa. Pour toi, arrête-toi main- 
tenant, afin que je tç fasse entendre la parole de Dieu. 

Cette nouvelle descente de Samuel et de Saiil vers la partie la 
plus basse de la ville nous indique que la seconde demeure du 
prophète était elle-même située dans la partie haute de celle-ci, 
mais néanmoins au-dessous du plateau supérieur de la montagne, 
appelé Bamah. 

Ces divers détails topographiques, que nous fournit TEcriture 
sainte sur Ramatha ou Ramathaïm-Sophim , ne conviennent en au- 
cune manière à Ramleh, où YOnomasticon d'Eusèbe et, plus tard, 
le passage cité précédemment de Benjamin de Tudèle placent la 
patrie du prophète Samuel; mais ils s'adaptent, au contraire, très- 
bien au Djebel en-Neby Samouil. 

D'abord, il est absolument impossible de dire que Ramleh est 
dans la montagne d'Ephraïm ; car cette ville est au milieu d'une 
vaste plaine, tandis que le Djebel en-Neby Samouïl, s'élevant au 

' Rois, livre I , chapitre ix , versets a a- pendant Télé, à dormir sur le loit plat de 
a 6. leurs maisons, ëtendas sur une simple 

* On sait que les Orientaux aiment, couverture. 



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CHAPITRE XVI. — NEBY-SAMOUÏL. 379 

nord de Jérusalem et, par conséquent, des monts de Juda, appar- 
tenait, comme un rameau méridional, à la grande chaîne des monts 
d'Ephraïm. 

En second lieu, Ramleii n'est pas située sur le penchant d'une 
montagne, et elle n'est pas couronnée par une hauteur, comme 
Tétait Ramathaîm-Sophim. 

En troisième lieu, elle est très-éloignée des villes où le prophète 
faisait sa tournée annuelle: Neby-Samouïl , au contraire, en est 
beaucoup plus rapproché. 

En quatrième lieu , le voyage de Saûl à la recherche des ânesses 
de son père serait tout à fait inexplicable, si Ton plaçait à Ramleh 
la patrie et la résidence de Samuel. Je le comprends très-facile- 
ment, en les fixant à Neby-Samouïl. Ce voyage a été l'objet de tant 
de commentaires, et, pour l'expliquer, on a changé si souvent de 
place la ville de Ramatha, que je ne puis me dispenser d'en dire ici 
quelques mots. 

Gis, père de Saûl, envoie son fils, avec un serviteur, à la re- 
cherche des ânesses qu'il avait perdues. Ils traversent tous deux 
la montagne d'Ephraïm, parcourent la terre de Salisa, puis celle de 
Salim, localités qui n'ont point encore été retrouvées avec certi- 
tude, reviennent par la terre d'Iémini, terre qui devait appar- 
tenir à la famille de Saûl, puisque son père était un descendant 
d'Iémini ^ De là ils arrivent immédiatement à celle de Suph; mais 
toutes leurs investigations sont inutiles. A peine parvenu en cet 
endroit, Saûl veut s'en retourner auprès de son père, de peur 
qu'une trop longue absence de sa part ne le jette dans l'inquiétude. 
C'est alors que son serviteur lui dit : 

Voici une ville où il y a ud homme de Dieu qui est fort célèbre; tout ce qu'il 
dit arrive infailliblement. Allons donc le trouver présentement; peut-être nous 
donnera-t-il quelque lumière sur le sujet qui nous a amenés ici '^. 

Cédant à cet avis, Saiil se décide à aller interroger le Voyant 
dans sa ville, et ils montent ensemble la pente qui y conduit. Sa- 

' /{en*, I. I,c. i\, V. 1. — « /feW. V. 6. 



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380 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

muel, auquel le fils de Gis s'adresse sans le connaître, lui révèle 
qui il est et l'engage, ainsi que nous lavons vu, à se rendre sur la 
hauteur, où un sacrifice doit avoir lieu et où il a invité les princi- 
paux du peuple à un festin. 

Le lendemain matin, avant de congédier Saûl, Samuel fait cou- 
ler l'huile sainte sur le fi^ont du nouveau roi et l'embrasse, puis 
il ajoute : 

9. Lorsque tu m*auras quitté aujourd'hui, tu trouveras deux hommes près 
du sépulcre de Rachel, sur la frontière de Benjamin, vers le midi, qui te di- 
ront : Les ânesses que tu étais allé chercher sont retrouvées ; ton père n'y 
pense plus ; mais il est en peine de toi, et il dit : Que ferai-je pour retrouver 
mon fils? 

3. Quand, étant parti de là, tu auras passé plus avant et que tu seras venu 
jusqu'au chêne de Thabor, tu seras rencontré par trois hommes qui iront adorer 
Dieu à Bethel, dont Tun portera trois chevreaux, Tautre trois tourteaux et 
l'autre une outre de vin. 

U. Après qu'ils t'auront salué, ils te donneront deux pains, et tu les recevras 
de leurs mains. 

5. Tu viendras ensuite à la colline de Dieu, où il y a une garnison de Phi- 
listins. Lorsque tu seras entré dans la ville, tu rencontreras une troupe de pro- 
phètes descendant du haut lieu ^ 

En quittant Samuel , Saûl se dirige d'abord vers le midi, suivant 
l'ordre qu'il en a reçu du prophète ; le texte sacré le dit positive- 
ment, du moins d'après la version de la Vulgate : 

Cumque abieris hodie a me, invenies duos viros juxta sepulcrum Rachel, 
in finibus Benjamin, in meridie. 

Il ne faut donc pas, à l'exemple de plusieurs critiques, et, entre 
autres, de Gesenius, vouloir chercher Ramatha, point de départ 
de Saûl, quand il est congédié par Samuel, au sud du tombeau de 
Rachel. Autrement, on se trouve en contradiction avec le passage 
de la Bible où il est dit que Ramatha ou Ramathaïm-Sophim était 
dans la montagne d'Ephraïm, puisqu'une ville située au sud du 
tombeau de Rachel ne pouvait appartenir qu'au massif de Juda, 

' Rois, ). I, c. X, v. a-5. 



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CHAPITRE XVI. — NEBY-SAMOUIL. 381 

et, en outre, au lieu de marcher vers le sud, Saûl se serait alors 
dirigé vers le nord. 

Dans le texte hébreu, il est vrai, au verset que je viens de citer, 
le mot que la Vulgate traduit par in meridie (au midi) est nx^xa, 
be-Tseltsach, dont on fait ordinairement une locahté, que l'on place 
sur la frontière méridionale de la tribu de Benjamin , près dii tom- 
beau de Rachel. Quant aux Septante, ils donnent à ce mot un sens 
tout différent, le traduisant par àXkofiévovs (isyctkoL (marchant à 
grands pas), et le rapportant aux deux hommes que devait ren- 
contrer Saûl non loin du tombeau de Rachel. 

Ùs âv àitikBris (TïffÂspov iir ifÂOVf xa) sôptfaets Suo AvSpas isfpbs rois ra(pots 
PoL)(ijX, èv tS 6pei Hevtapiïvy dXXoiiévovs [isydXa 

Mais la version de la Vulgate prouve que, pour saint Jérôme, 
le tombeau de Rachel était aa midi de Ramathaïm-Sophim et 
que, par conséquent, il faut chercher cette ville au nord de ce tom- 
beau, ce qui est en accord parfait avec la position assignée à la 
patrie de Samuel dans la montagne d'Éphraïm^ 

Or la montagne de Neby-Samouïl , non-seulement à cause du 
nom qu'elle porte, des souvenirs qui s'y rattachent, de la tradition 
ancienne et universelle qui y met le tombeau de Samuel , des traces 
incontestables d'une localité antique qu'on y découvre, mais encore 
à cause de sa position au nord des montagnes de Juda et dans le 
prolongement méridional des monts d'Ephraïm, me parait répondre 
beaucoup mieux qu'aucun des autres emplacements proposés, au 
site de Ramathaîm-Sophim. 

Pour en revenir à Saûl, lorsque, parvenu au tombeau de Ra- 
chel, il a appris que les ânesses de son père sont retrouvées, il 
revient sur ses pas et, marchant alors vers le nord, il rencontre 
les trois hommes qui allaient à Bethel; tout ce que le prophète 
lui avait annoncé s'accomplit ainsi de point en point. 

Après la mort de Samuel, il n'est plus guère question, dans 

^ Bois, 1. 1, c. I, V. 1. 



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382 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

l'histoire, de Ramathaïra-Sophim , 8a patrie. Mais ie tombeau de ce 
grand homme devait toujours y être fort en honneur, et ses restes 
y furent précieusement gardés jusqu'au commencement du v® siècle 
de l'ère chrétienne, époque à laquelle ils furent transportés triom- 
phalement en Thrace, puis à Ghalcédoine et enfin à Gonstanti- 
nople. 

Au VI® siècle, comme nous l'avons vu, Procope parle d'un puits 
creusé et d'un mur bâti, par les ordres de Justinien, au monastère 
de Saint-Samuel, et, bien que cet historien n'indique pas l'endroit 
où était situé ce monastère en Palestine, tout porte à croire, ainsi 
que je l'ai dit, qu'il occupait la hauteur du Djebel en-Neby Sa- 
mouîl, sur le même emplacement où , à l'époque des croisades, les 
moines prémontrés élevèrent le couvent dont il subsiste encore des 
ruines et l'église depuis longtemps transformée en mosquée. 

Dans tous les cas, vers la fin du siècle suivant, l'évêque Arculphe 
déclare très-nettement que la ville de Samuel, autrement dite Ar- 
mathen, était située au nord de Jérusalem, ce qui est précisément 
la position respective de Neby-Samouïl par rapport à la Cité sainte, 
et qu'entre ces deux villes le sol est âpre et rocailleux. 

Ab Helia septenlrionem versus ad civitatem Samuelis, quœ Armathen nomi- 
natur, terra petrosa et aspera multum ^ . 

La tradition qui place en ce lieu la patrie du prophète Samuel 
ne date donc pas seulement du moyen âge, mais elle remonte 
beaucoup plus haut, ce qui doit laisser peu de doute, à mon sens, 
sur l'identité de Neby-Samouïl avec Ramathaïm-Sophim. 

S'il en est ainsi, les habitations creusées dans le roc que j'ai si- 
gnalées sur le plateau du Djebel en-Neby Samouïl peuvent avoir 
servi de demeures soit à Samuel lui-même, soit aux prophètes qui 
vivaient sous sa règle. Ce sont là très-probablement les Naioth, en 
hébreu ni"»: (demeures), dont il est question dans la Bible, et qui 
formaient, en dehors de la ville de Ramatha et, selon toute appa- 

' Adamnanus, De Locis Sanctis, c. i, p. ai. 



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CHAPITRE XVI. — NEBY-SAMOUIL. 383 

rence, sur ie plateau qui la dominait, un quartier distinct, où David , 
fuyant Ja colère de Saûl , se réfugia quelque temps avec Samuel. 

18. David autem fugiens salvatus est, et venit ad Samuel in Ramatha, et 
nuntiavit ei omDia quœ fecerat sibi Saul, etabierunt ipse et Samuel, et morati 
sunt in Naiotb. 

19. Nuntiatum est autem Sauli a diccntibus: Ecce David in Naiotb in Ra- 
matba. 

20. Misit ergo Saul lictores ut râpèrent David : qui cum vidissent cuneum 
propbetarum vaticinantium et Samuelem stantem super eos, factus est etiam 
Spiritus Domini in iliis, et propbetare cœperunt etiam ipsi^ 

((David s'enfuit et écbappa à la mort, et, étant venu trouver Samuel à Rama- 
tba, il lui raconta la manière dont Saûl Tavait traité; puis il s'en alla avec 
Samuel , et ils demeurèrent à Naiotb. 

trOn en donna avis à Saûl, en lui disant: David babite Naiotb, à Ramatba. 

ffSaûl envoya donc des satellites pour s'emparer de David; mais ceux-ci, 
ayant vu une troupe de propbètes qui propbétisaient et Samuel qui présidait 
au milieu d'eux , furent saisis eux-mêmes de l'Esprit du Seigneur et commen- 
cèrent à propbétiser comme les autres, jf 

Ces détails et ceux que la Bible nous fournit encore dans les 
versets qui suivent sur Naioth à Ramatha nous montrent que, tout 
près de cette dernière ville, et vraisemblablement sur la hauteur 
que le texte hébreu désigne ailleurs sous le nom de Bamah^, il y 
avait un collège de prophètes, dirigé par Samuel. Ces habitations 
ou Naioth constituaient, hors de Ramatha, un quartier à part, qui, 
coez les Septante, est appelé Navaô. 

Ka2 ênopeôdn 'SafiovijX xoà AoaAS^ xaï êxSKTav êv ^avàO èv Pafxçi. 

L'historien Josèphe lui donne le nom de VoLkSouiô ^, mot qui est 
peut-être corrompu pour Vaêcuid, de l'hébreu gibeah ou gibeath 
(colline, éminence). 

Sur cette même hauteur Samuel avait érigé un autel à l'Eternel : 

^ificavit etiam ibi altare Domino *. 

Enfin c'est là qu'il fut enterré, et pleuré par tout Israël après sa 
mort. 

* Rois, 1. 1, c. XIX, V. 18-90. ' Antiq.jud. VI, xi, S 5. 

* /{oi>, 1. 1, c. IX, V. 19. ^ flow, 1. 1, c. vu, v. 17. 



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384 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Mortuus est autem Samuel , et congregatos est universus Israël , et planxerant 
eum, et sepelierunt eum in domo sua in Ramatha ^ 

S'il fut enseveli dans sa maison à Ramatha, ainsi que nous rap- 
prend ce verset, il ne s'agit évidemment pas ici de celle qu'il pos- 
sédait dans la ville et où il donna, pendant une nuit, l'hospitalité à 
Saûl, avant de le sacrer roi; car il était interdit par la loi judaïque 
d'enterrer dans l'intérieur des villes; mais il doit être question de 
la seconde habitation qu'il avait également sur le sommet de la 
montagne et peut-être à l'endroit même où sa mémoire est encore 
aujourd'hui en si grande vénération. Il est probable, en effet, que, 
dès les premiers siècles de l'Eglise, les chrétiens auront hérité des 
Juifs le respect traditionnel dont ceux-ci entouraient le souvenir 
et la tombe de ce prophète, et que, sur l'emplacement de cette 
tombe, ils auront élevé un sanctuaire. A la vérité, comme nous le 
savons par saint Jérôme, cette chapelle funéraire perdit, sous Ar- 
cadius, la dépouille mortelle qu'elle renfermait, le corps de Samuel 
ayant été alors transporté ailleurs; mais elle n'en dut pas moins, 
pour cela, rester l'objet d'un pieux pèlerinage. Toujours est-il que, 
sous Justinien, un monastère du nom de Saint-Samuel parait avoir 
existé en cet endroit. Reconstruit à l'époque des croisades, il fut 
renversé quand la Palestine retomba sous le joug musulman; mais 
l'église fut épargnée et convertie en mosquée, protégée sans doute 
qu'elle fut par le souvenir du prophète dont elle contenait, sinon 
les cendres, du moins le sépulcre vénéré. La tradition qui place 
sur le Djebel en-Neby Samouïl le berceau et la tombe de cet 
illustre personnage me semble donc avoir toute la force d'une 
preuve historique. 

* Rois, L I, c. XXV, V. t. 



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CHAPITRE XVII. — EL-DJIB. 385 



CHAPITRE DIX-SEPTIÈME. 

EL-DJlB (gABAOn). 

A cinq heures trente-cinq minutes de Taprès-midi, descendant 
des hauteurs de Neby-Samouïl , je m'avance dans la direction du 
nord. Après avoir traversé une vallée très-fertile, je gravis, à six 
heures dix minutes, les différents gradins, à la fois naturels et 
artificiels, de la belle colline d'El-Djib, que couronne le village 
de ce nom, où je dois passer la nuit. 

ElrDjibj en arabe v^, renferme cinq cents habitants. Beaucoup 
de maisons sont à moitié détruites. Plusieurs, oii j'ai pu pénétrer 
grâce à la protection du cheikh, m'ont paru fort anciennes; elles 
sont intérieurement voûtées, t^rès-obscures et divisées en trois ou 
quatre compartiments. On m'a fait remarquer aussi les restes d'un 
petit édifice qui passe pour avoir été jadis une église chrétienne, 
et qui, pour cette raison, est encore désigné aujourd'hui sous le 
nom ÔLElr-Knisek (l'Eglise). Quelques citernes, creusées dans le roc, 
doivent remonter à une époque plus reculée encore. 

A une faible distance à Test du village, au pied d'un monticule 
actuellement cultivé et couvert de superbes oliviers et de grenadiers, 
mais qui autrefois était compris dans l'enceinte de la ville antique 
à laquelle a succédé El-Djib, une source abondante est renfermée 
dans une grotte oblongue, qui a été régularisée et agrandie par la 
main de l'homme, et oii l'on descend par plusieurs degrés. L'eau 
est fraîche et limpide. On appelle cette source A'in eUDjih, i,^^ (j^. 

A cent mètres de là est un antique birkety de forme rectangu- 
laire, mesurant vingt-quatre pas de long sur quatorze de large. 
Construit avec des pierres d'un appareil moyen, du moins dans la 
partie qui subsiste encore, il est à présent aux trois quarts comblé, 
et je l'ai trouvé transformé en un carré d'orge. 



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386 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Quant à la vallée que domine la petite montagne d'El-Djib, elle 
est plantée d'oliviers, de figuiers et de grenadiers, et, ailleurs, en- 
semencée de blé ou d'orge. 

Le village que je viens de décrire représente Tantique ville de 
Gabaon, en hébreu j^ya?, Gibéoriy en grec raëaœv ou Faéaw, en la- 
tin Gabaon. Cette identification est, en effet, hors de doute, et le nom 
moderne ou arabe n'est que la reproduction fidèle de la première 
partie du nom hébrsuque ou plutôt kananéen. Je dis kananéeny car 
la ville de Gibéon existait déjà avant l'arrivée des Hébreux dans la 
Terre promise. 

Nous lisons dans le livre de Josué ^ que les habitants de cette ville , 
ayant été informés de la prise de Jéricho et de Haï par les Hébreux , 
se rendirent dans leur camp de Gilgal et, trompant Josué par un 
subterfuge habile, lui firent croire qu'ils venaient d'une contrée 
très-lointaine. Leurs bagages, leurs vêtements et leurs provisions 
paraissaient avoir beaucoup souffert du temps et de la longueur 
de la route. Ils venaient, disaient-ijs, envoyés par les anciens de 
leur pays, pour conclure une alliance avec les enfants d'Israël. 
Abusé par les apparences, Josué accueillit favorablement leur 
proposition, fit la paix avec eux et jura de ne les point mettre à 
mort. Les chefs de tribu scellèrent également cette alliance par 
un serment solennel. 

Le verset 1 7 du chapitre ix de Josué nous apprend que Gabaon 
formait avec trois autres villes, dont elle semble avoir été la plus 
importante, un petit Etat indépendant. Ces villes étaient : Caphira, 
Beroth et Cariathiarim. 

Moveruntque castra filiî Israël, et venerunt in civitates eorum die tertio, 
quarum hœc vocabula sunt : Gabaon, et Caphira, et Beroth, et Cariathiarim. 

J'ai déjà parlé de Caphira, identique avec le Khirbet Kefirah, 
et de Cariathiarim , que l'on s'accorde généralement à reconnaître 
dans le village de Kiriet el-A^nab. Quant à Beroth, j'en dirai un 
mot plus tard, lorsque je décrirai le village d'El-Bireh. 

* Jostiéf c. IX, V. 3 plsdivanls. 



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CHAPITRE XVII. — EL-DJIB. 387 

Ces quatre villes étaient habitées par des Hévites. Elles échap- 
pèrent, grâce à cette supercherie, au sort qui les attendait. Trois 
jours après, les Hébreux reconnurent qu'elles étaient kananéennes 
et ils y entrèrent; mais, enchaînés par leur serment, ils ne purent 
les détruire. Pour apaiser néanmoins les murmures du peuple, qui 
se plaignait hautement de l'alliance qu on avait conclue avec ces 
villes et qui réclamait leur ruine, on les condamna à fournir des 
coupeurs de bois et des porteurs d'eau pour les divers besoins de 
la maison du Seigneur. 

2 2. Vocavit Gabaonitas Josue et dixit eis : Cur nos decipere fraude voluistis, 
ut diceretis : Procul valde habitamus a vobis, cum in medio nostri silis? 

23. Itaque sub maledictione eritis, et non deficiet de stirpe vestra ligna 
cœdens, aquasque comportans in domum Dei mei ^ 

Du verset q du chapitre suivant il résulte que Gabaon était une 
ville royale et plus grande que Haï, et que tous ses habitants étaient 
des guerriers redoutables. 

Urbs enim magna erat Gabaon, et una civitatum regalium, et major oppido 
Hai, omnesque bellatores ejus fortissimi. 

La défection de cette cité puissante souleva contre elle l'indi- 
gnation d'Adonisédek, roi de Jérusalem, qui se hâta de faire un 
appel aux rois d'Hébron, d'Yarmouth, de Lachis et d'Eglon, pour 
les engager à punir cette trahison. Ces cinq rois réunis marchèrent 
aussitôt contre Gabaon, et, établissant leur camp au pied de ses 
remparts, ils commencèrent à l'assiéger. Surpris par cette attaque 
imprévue, les Gabaonites implorèrent l'appui de Josué, qui était 
retourné à Gilgal. Il s'avança immédiatement à leur secours et battit 
les cinq rois. C'est dans cette bataille qu'il commanda au soleil et 
à la lune de s'arrêter, pour éclairer plus longtemps le combat. 

12. Tune locutus est Josue Domino, in die qua tradidit Amorrhœum in 
conspeetu fiiiorum Israël dixitque coram eis : Sol , contra Gabaon ne movea- 
ris, etluna, contra vallem Aiaion. 

' Josué, c. IX, V. 22 et 93. 



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388 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

i3. Steteruntque sol et luna, donec ulcisceretur se geos de inimicis 



Au chapitre xviii du même livre, Gabaon est énumérée parmi 
les villes de la tribu de Benjamin ^. Elle fut avec ses faubourgs assi- 
gnée aux prêtres^. 

Dans le livre II des Rois il est question de Gabaon et de sa pis- 
cine, celle, très-probablement, dont j'ai signalé les restes, à propos 
d'un combat qu'Abner, 61s de Ner, qui soutenait les intérêts d'Isbo- 
seth, fils de Saûl, et Joab, fils de Sarvia, général des troupes de 
David, se livrèrent en cet endroit, combat auquel préluda une 
sorte de duel entre vingt-quatre champions, douze de chaque côté. 

19. Or Abner, fils de Ner, sortit de son camp et vint à Gabaon avec les 
gens dlsboselh, fils de Saûl. 

i3. Joab, fils de Sarvia, marcha contre lui avec les partisans de David, 
et ils se rencontrèrent près de la piscine de Gabaon. Les deux troupes, s'étant 
approchées, s'arrêtèrent vis-à-vis l'une de l'autre, celle-ci d'un côté de la 
piscine et celle-là du côté opposé. 

lû. Alors Abner dit à Joab : Que quelques-uns de ces jeunes gens se 
lèvent maintenant et qu'ils luttent devant nous. Et Joab répondit : Qu'ils se 
lèvent. 

i5. Ils se levèrent donc. Douze de Benjamin se présentèrent pour le parti 
d'Isboseth, fils de Saûl; il en parut aussi douze du parti de David. 

i6. Et chacun d'eux saisissant par la tête son adversaire, ils se passèrent 
tous l'épée au travers du corps et tombèrent en même temps, et ce lieu s'ap- 
pela le champ des vaillants à Gabaon (en hébreu helkatk-hatsurim) ^. 

C'est également à Gabaon que, plus tard, le même Joab tua par 
trahison Amasa, jaloux de la confiance que David témoignait à ce 
général. 

8. Lorsqu'ils furent près de la grande pierre qui est à Gabaon, ils rencon- 
trèrent Amasa. Joab était revêtu d'une casacjue étroite, qui lui était juste sur le 
corps, et par-dessus il avait son épée pendue au côté, dans un fourreau fait 
de telle sorte, qu'on pouvait la tirer et en frapper en un moment. 

9. Joab dit donc à Amasa : Bonjour, mon frère. Et il prit de sa main 
droite le menton d'Amasa pour le baiser. 

' Josué, c. X, v. la et i3. ^ Josué, c. xxi, v. 17. 

' Ibid, c. XVIII, V. *î5. • Bois, I. U, c. 11, v. t9-iG. 



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CHAPITRE XVII. — KL-DJIB. 389 

10. Et comme Amasa ne prenait pas garde à Tëpée qu avait Joab, celui-ci 
i'en frappa dans le côté. Les entrailles aussitôt lui sortirent hors du corps, et, 
sans qu'il fût besoin d'un second coup, il tomba mort^ 

Quand David ramena l'arche d'alliance à Jérusalem, le taber- 
nacle resta à Gabaon. Sadoc et ceux de sa maison furent institués 
dans cette ville par ce prince, pour y faire les fonctions de prêtres 
et y offrir continuellement des holocaustes au Seigneur, sur l'autel 
destiné à ces sortes de sacriBces, tant le matin que le soir^. 

Après la mort de David, Joab, qui avait suivi le parti d'Adonias, 
redoutant la vengeance de Salompn, se réfugia à Gabaon, dans le 
tabernacle du Seigneur, comme dans un asile inviolable, «t saisit 
la corne de l'autel. 

99. Or on vint dire au roi Salomon que Joab s'était enfui dans le taber- 
nacle du Seigneur et qu'il se tenait attaché à l'autel. Salomon envoya alors 
Banaïas, fils de Joïada, et lui dit: Allez et tuez-le. 

3o. Banaïas vint au tabernacle du Seigneur et dit h Joab : Le roi vous 
commande de sortir de là. Joab lui répondit : Je ne sortirai point, mais je 
mourrai en ce lieu. Banaïas fit son rapport au roi et lui dit : Voilà ce que 
m'a répondu Joab. 

3i. Le roi lui dit : Faites comme il vous a dit, tuez-le et l'ensevelissez; 
et vous empêcherez que ni moi ni la maison de mon père ne soyons chargés 
du sang innocent répandu par Joab. 

3/1. Banaïas, fils de Joïada, étant donc monté, se précipita sur lui et le 
tua; et on l'ensevelit en sa maison dans le désert'. 

La troisième année de son règne, Salomon vint lui-même à 
Gabaon pour y sacrifier, parce que c'était, avant la fondation du 
temple, le plus important de tous les hauts lieux, et il offrit mille 
hosties en holocauste sur l'autel qui s'y trouvait. Ce fut là aussi 
que le Seigneur lui apparut en songe et lui demanda ce qu'il dési- 
rait. Salomon sollicita la sagesse, comme le don le plus précieux, 
et le Seigneur, en la lui accordant, lui donna en même temps les 
richesses et la gloire, qu'il n'avait point demandées*. 

* Raie, 1. II, c. XX, V. 8-10. ' Rois, l III, c. u, v. 39-36. 

* ParaUpamènes , 1. 1, c. xvi, v. 89 * Rois, i. III, c. m, v. /i-iû. — Pa- 
el 40. ralipomènes, i. II, c. i, v. 6-1 /i. 



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390 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Puis Saiomou revint à Jérusalem et, plus tard, quand le temple 
eut été achevé, il donna ordre d'y transporter le tabernacle ^ 

Au retour de la captivité, quatre-vingt-quinze Gabaonites ac- 
compagnèrent Zorobabel pour rentrer dans leur patrie. 

Filii Gabaon nonaginta quinque*. 

Cestius Gallus, dans sa marche d'Antipatris à Jérusalem, incen- 
dia la ville de Lydda, et campa ensuite à Gabaon, qui, d'après 
Josèphe, était éloignée de la capitale de cinquante stades. 

Aià BatOc^poip dpa&ts orpaToneSeuereu xaràl tiim x^P^^j Ta^aù nakoùpus- 
poPf àisixoma roiv ï$po<ToXv(Âùfp vfevrtfxopra araSiovs^, 

Dans un autre passage, ce même historien n estime qu'à qua- 
rante stades la distance qui séparait ces deux villes. 

nSfi Se iv TaSaâ [xcififf S^Mtv a^D alaSiovs dméj(ftvacL reaaapcUovra 

En réalité, l'intervalle compris entre Jérusalem et El-Djib, qui 
est certainement l'antique Gabaon, atteint dix kilomètres ou cin- 
quante-quatre stades. 

Cestius, ayant poussé le siège de Jérusalem avec peu de vigueur, 
battit en retraite, au moment même où une partie des habitants 
songeait déjà à se rendre, et, harcelé par l'ennemi, il gagna avec 
peine son camp de Gabaon; il y resta deux jours, livré à la plus 
grande perplexité. De là, le troisième jour, il s'avança vers Betho- 
ron, après avoir sacrifié son bagage et abandonné tout ce qui pou- 
vait retarder sa marche. 

Dans un passage, que j'ai déjà cité, de l'Ëpitaphe de sainte 
Paule, saint Jérôme nous montre cette pieuse Romaine, au sortir 
de Nicopolis, gravissant les hauteurs de Bethoron inférieure et de 
Bethoron supérieure, et apercevant, à sa droite, Aialon et Ga- 
baon *. 

' Rois, l. IH,c. VIII, V. A. * Antiquités judoiquen y VU, xi,.S 7. 

■ Esdras, 1. Il, c. vu, v. îj5. ^ Hieronymi opéra, t. I, p. 883, édit. 

^ Gueire des Juifs, II, vix, S 1 Migne. 



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CHAPITRE XVII. — EL-DJIB. 391 

A l'époque des croisades, Boha Ëddin mentionne déjà cette lo- 
calité sous le nom arabe d'El-Djib^. 

Dans les temps modernes, elle paraît avoir été assez rarement 
visitée par les voyageurs. De nos jours, Robinson, Smith, Tobler 
et d autres en ont décrit les ruines. 

* Viia Saladini, p. â/iS. 



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392 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



CHAPITRE DIX-HUITIÈME. 

DJEDIREU. RAFAT. KALANDIEH. BIR-NEBALA. BEIT-HANINA (a'nA- 

?IIAh). CIIaVaTH (mITSPAh). HAUTEURS DU SGOPUS. RETOUR 

A JERUSALEM. 

DJEDIREH. 

Le 7 mai, à six heures trente minutes du matin, je descends 
d'El-Djib, et je me dirige vers le nord-est. 

A six heures cinquante minutes, je laisse à ma gauche, dans la 
plaine, quelques ruines indistinctes et peu étendues. 

A sept heures, je parviens à Djedirehy ij^^y^y faible village, 
habité seulement par un petit nombre de familles. On y observe 
une vingtaine de vieilles maisons ruinées, consistant chacune en une 
grande salle voûtée avec un caveau pratiqué dans le roc, et cons- 
truites avec des pierres d'assez grandes dimensions, mais grossière- 
ment taillées. Une petite mosquée y est consacrée au Cheikh Jasin. 
Dans la cour qui précède ce sanctuaire , je remarque un ancien 
chapiteau corinthien ou, du moins, imitant ce style, et qui a été 
creusé à dessein par les Arabes pour en faire un mortier, où ils 
pilent du café. 

Dans les rochers qui dominent au nord le village, on trouve 
d'anciennes carrières, des grottes, quelques excavations sépulcrales 
et des citernes. 

RAFAT. 

A sept heures trente-huit minutes, je me remets en marche en 
traversant, dans la direction du nord, de vastes carrières antiques. 
Des troupeaux de chèvres et de moutons broutent sur les pentes 
de collines rocheuses. 

A huit heures, j'arrive à Rafai, ^^\à). Ce village contient cenJ 



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CHAPITRE XVIII. — KALANDIEH. — BIR-NEBALA. 393 

vingt habitants; il est situé sur ufi monticule. Une mosquée y est 
dédiée au Cheikh Ahmed. Dans quelques maisons, plusieurs pierres 
de taille mêlées à de menus matériaux offrent une apparence 
antique. Dans Tune, entre autres, un fragment de colonne brisée 
attire mon attention. 

KALANDIEH. 

A huit heures dix minutes, je prends, en^ quittant Rafat, la direc- 
tion de Test, puis bientôt celle du sud. 

A huit heures trente-cinq minutes, je traverse Kalandiehy is?oaiï, 
faible hameau consistant seulement en quelques maisons. Près 
d une citerne gît sur le sol un chapiteau mutilé et creusé en forme 
de mortier. Des plantations de figuiers avoisinent les habitations. 

BIB-NEBALA. 

Continuant à m'avancer vers le sud, j'atteins, à neuf heures 
quinze minutes, Bir-^Nebala^ ^Is*^^. Ce village contient cent trente 
habitants et s'élève sur la pente d'une colline. Un bordj ruiné 
passe pour remonter à Tépoque des croisades. Dans plusieurs mai- 
sons, de belles pierres antiques sont engagées confusément au 
milieu de la bâtisse avec des matériaux beaucoup plus grossiers. 
Le puits qui alimente le village fournit une eau abondante et date 
très-probablement de l'antiquité ; il en est de même de quelques 
grottes sépulcrales taillées dans le roc, et dont l'une sert encore 
aujourd'hui aux habitants pour y enterrer leurs morts. 

Dans le livre II d'Esdras, il est question d'une ville appelée 
Nebalkt. 

Hadid, Seboim et Nebaiiat, Lod^ 

Mais, comme je le montrerai ailleurs, c'est au village de Beit- 
Nebala, dans le voisinage de Lydda, plutôt qu'à Bir-Nebala que 
nous devons la chercher. 

' Esdras, I. II, c. \u v. 3/i. 



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394 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 



BBIT-HANINA. 

A neuf heures trente-cinq minutes, je me remets en marche 
vers le sud-sud-est, en cheminant à travers de superbes plantations 
d'oliviers. Des essaims de tourterelles voltigent d'arbre en arbre, 
et, çà et là, des troupeaux de moutons sont suspendus aux flancs 
des montagnes , broutant une berbe rare au milieu des rochers. 

A ma droite serpente YOtied Beit-Hamna. 

A dix heures dix minutes , j'arrive au village du même nom. On 
l'écrit généralement jBéfV-iïanina, lîUJi^ ux^ ; mais d'autres l'écrivent 
aussi Beit-A'mnay Uaâp oh^. Le nombre de ses habitants est de trois 
cents environ. Il est situé sur une colline, qui court du nord au 
sud. Quelques maisons m'ont paru fort anciennes; elles sont toutes 
intérieurement voûtées. Une mosquée y est sous le vocable de Sidi 
Ibrahim. Près de ce sanctuaire, est un chapiteau de colonne, pro- 
bablement antique, et creusé en forme de mortier. 

Quelques voyageurs ont supposé, et, je crois, avec raison, que 
ce village, tant à cause de son nom qu'en vertu de sa position, peut 
être identifié avec A'naniah, n'^aay, ville mentionnée, dans le livre II 
d'Esdras, parmi celles de la tribu de Benjamin, conjointement avec 
Anathoth et Nob, comme ayant été réhabitée après le retour de 
la captivité. 

Anathoth , Nob , Anania K 

L'an i336 de notre ère, ainsi que cela résulte d'un passage du 
rabbin Ishak Chelo ^ les juifs vénéraient en cet endroit le tombeau, 
d'un ancien rabbin, appelé Charma ben-Dosa, dont le nom, iden- 
tique avec celui du village actuel, aura pu faire oublier, en l'alté- 
rant un peu, l'antique dénomination à'A^naniah. 

Rabbi Jakob ^, au contraire , place le tombeau de Chanina ben- 
Dosa à En-Zetoun, en arabe A'ïn-Zitoun, au bas de Safed, en 
Galilée. 

* Esdras, I. Il, c. xi, v. 3a. — * Carmoiy, Itinéraires, p. 3/18. — * Id. ibid,[), i85. 



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CHAPITRE XVIIL— CHA'FATH. 395 



GHA FATH. 



A dix heures trente minutes, je poursuis ma marche dans la 
direction du sud- est. 

A dix heures quarante-cinq minutes, je franchis un ouedy et 
ensuite je commence une montée roide et difficile, par un sentier 
rocheux. 

A onze heures quinze minutes, je fais halte à Chafath, I^Uam. 
Ce village, situé sur un plateau élevé, d'où l'on découvre parfai- 
tement les coupoles et les minarets de Jérusalem, compte cent 
cinquante habitants. Les maisons sont, pour la plupart, assez an- 
ciennes et intérieurement voûtées. L'une, qui porte encore aujour- 
d'hui le nom à'El-Kniseh (l'Eglise), offre les restes d'un sanctuaire 
chrétien tourné vers l'orient, dont les fenêtres étaient ogivales 
et qui, vraisemblablement, date du moyen âge. Quelques belles 
pierres de taille, d'apparence antique, avaient été employées, con- 
curremment avec d'autres matériaux de moindre appareil, dans 
la construction de cette petite église. 

Près de là gisent les débris d'un bâtiment que les habitants 
m'ont désigné sous la dénomination de Deir el-Mahrouky dyj-^^j-i^ 
(le Couvent brûlé). Un puits voisin est appelé par eux Bired-Deir, 
jjt0>J\jA^ (le puits du Couvent). 

A une faible distance de ce puits, est un birket long de douze pas 
sur six de large. Bien que creusé dans le roc, il avait été revêtu 
intérieurement d'un ciment assez épais, dont une partie existe 
encore. 

L'opinion la plus probable est que le village de ChaTath a rem- 
placé et rappelle par son nom la célèbre et antique ville de Maspha 
de Benjamin, que d'autres voyageurs, mais à tort selon moi, iden- 
tifient avec Neby-Samouïl. Cette dernière localité, je l'ai montré, 
correspond plutôt à Ramathaïm-Sophim, patrie du prophète Sa- 
muel, voisine, à la vérité, mais néanmoins distincte de Maspha. 

Maspha, en hébreu nçsp, Mitspah, ou nDsp, Milspehy signifie (ruii 



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396 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

lieu d'où Ton voit, un observatoire élevé, 75 en grec crxoTnà. Il dérive 
de la racine nçs , (r observer, faire sentinelle, -n Remarquons que le 
nom arabe kAjcâ dérive pareillement de la racine c>U, qui veut 
dire trvoir, » et que iUxX signifie (t sommet, lieu d'où l'on découvre 
au loin, i) Il y a donc entre les deux appellations hébraïque et arabe 
un rapport frappant et incontestable. 

Les différentes formes sous lesquelles la ville qui nous occupe 
en ce moment nous apparaît dans les Livres saints sont les sui- 
vantes : en hébreu, comme je viens de le dire. ^Mitspah ou Mitspeh, 
et, quand ce nom est précédé de l'article, Ham-Mitspah; dans la 
version des Septante, Mour^dt, MowroT/jxa pour MotcroT/^à, Mowr- 
(Tv^diO et HxoTTià; dans la Vulgate, Maspha^ Mesphe et Masphat. 

Cette dernière forme et celle de Mowtot/^oô, que Ton trouve 
chez les Septante, viennent l'une et l'autre, comme il est facile de 
le reconnaître, de la forme hébraïque nnssç, Milspàtliahy résultant 
de l'union du mot Mitspah et du hé local , et signifiant «r vers Mitspah n 
ou (ta Mitspah.-» 

La Bible signale cinq localités principales ainsi appelées : 

La première, dans le pays de Galaad, au delà du Jourdain; 

La seconde, pareillement à l'est du Jourdain, dans la contrée 
de Moab ; 

La troisième, dans la région du Liban; 

La quatrième, dans la Ghephelah ou plaine des Philistins, men- 
tionnée parmi les villes de Juda; 

La cinquième, enfin, dans la tribu de Benjamin; c'est celle-là 
seule qui va nous occuper pour le moment. 

Cette ville est mentionnée pour la première fois dans le livre de 
Josué, oà elle est citée comme appartenant à la tribu de Ben- 
jamin. 

Et Mesphe, et Caphara, et Amosa ^ 

Nous lisons dans le livre des Juges que, lorsque les fils d'Israël, 
indignés du crime affreux commis à Gabaa contre la femme du 

' Josué, c. xviii , V. ^6. 



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CHAPITRE XVIII. — CH ATATH. 397 

Lévite, se levèrent tous comme un seul homme, de Dan jusqu'à 
Bersabée et du pays de Galaad, ils se rassemblèrent d'abord à 
Maspha, pour réclamer la punition des coupables, ou pour com- 
mencer la guerre, en cas de refus. 

Egressi îtaque sunt omnes filii Israël et pariter congregati, quasi vir unus, 
de Dan usque Bersabée et terra Galaad , ad Dominiim in Maspha ^ 

Quelques critiques pensent, à la vérité, qu'il s'agit ici de la 
Maspha de Galaad, parce que, disent-ils, comme il était question 
de porter la guerre à la tribu de Benjamin , il semble peu vraisem- 
blable qu'on ait tenu l'assemblée préliminaire où cette grande dé- 
cision devait être prise au sein même de la tribu que l'on voulait 
attaquer. 

D'un autre côté, ne serait-il pas étonnant que le peuple d'Israël 
se fût, dans cette circonstance, réuni au delà du Jourdain, si loin 
de la tribu contre laquelle il fallait marcher? 

A Maspha de Benjamin, au contraire, il se trouvait à une faible 
distance de la ville de Gabaa, qu'on avait l'intention d'anéantir, si 
elle ne livrait pas les coupables. 

A l'époque de Samuel, la Maspha de Benjamin était l'une des 
villes où ce prophète jugeait Israël et où avaient lieu les grandes 
assemblées du peuple. Ce fut là que, vaincus par les remontrances 
de Samuel et abjurant le culte de Baal et d'Astaroth, les Israélites 
firent pénitence devant le Seigneur et accomplirent un jeûne so- 
lennel. 

U. Abstulemnt ergo filii Israël Baalim et Astaroth, et servierunt Domino 
soli. 

5. Dixit autem Samuel : Congregate universum Israël in Masphath, ulorem 
pro Yobis Dominum. 

6. Et convenerunt in Masphath; hauseruntque aquam et elTuderunt in 
conspectu Domini,et jejunaverunt In die illa atque dixerunt ibi : Peccavimus 
Domino. Judicavitque Samuel filios Israël in Masphath ^. 

Ce fut là aussi que, attaqués par les Philistins, pendant (jue 

' Juges, c. XX, V. t. — * Rois, I. I, c. vu, v. /i-6. 



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398 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

Samuel offrait un holocauste à l'Eternel, ils remportèrent sur 
eux une complète victoire et les poursuivirent jusqu'au-dessous de 
Bethchar *. 

Plus tard, l'an 960 avant Jésus-Christ, Baasa, roi d'Israël, 
ayant commencé à environner de remparts la ville de Rama, afin 
d'intercepter la route qui de Jérusalem conduisait dans ses Etats, 
fut tout à coup rappelé dans son royaume par une invasion de 
Benadad, roi de Syrie, avec lequel Asa, roi de Juda, venait de 
conclure une alliance. Ce dernier se hâta aussitôt de s'emparer des 
matériaux déjà réunis à Rama et les fit transporter à Gabaa de 
Benjamin et à Maspha, afin de fortifier ces deux places. 

Rex autem Asa nuntium misit in omnem Judam dicens : Nemo sit excusatus. 
Et tuierunt lapides de Rama et ligna ejus, quibus œdilicaverat Baasa, et 
exstruxit de eis rex Asa Gabaa Benjamin et Maspha^. 

Après la prise et la destruction de Jérusalem par Nabucho- 
donosor (588 ans avant Jésus-Christ), Godolias, fils d'Ahicam, fut 
préposé par ce prince à la tête des malheureux restes du peuple 
d'Israël. Il se fixa à Maspha, où le prophète Jérémie vint le retrou- 
ver, et autour d'eux se groupèrent tous ceux qui avaient échappé à 
la mort ou à la servitude. Mais bientôt, trompé par trop de con- 
fiance et, malgré les avis qu'il avait reçus, Godolias, ne se tenant 
point assez sur ses gardes, tomba sous les coups d'Ismaël, fils de 
Nathanias, envoyé par le roi des Ammonites, avec un certain 
nombre de sicaires, pour le surprendre et le massacrer. Avec lui 
succombèrent tous les Juifs et tous les Chaldéens qui se trouvaient 
alors à Maspha. Le surlendemain, par une nouvelle trahison, 
Ismaël égorgea sans pitié soixante et dix habitants de Sichem , de 
Silo et de Samarie, qui s'avançaient, la barbe rasée et les vêtements 
déchirés en signe de deuil, portant dans leurs mains de l'encens 
et des offrandes, afin de les présenter dans la maison du Seigneur. 
Quand il les eut tués avec le secours de ses gens, il fit jeter leurs 
cadavres dans un réservoir construit par le roi Asa. 

' Rois, I. 1, c. VII, V. 10 et 11. — * Ibid. \. lll, c. xv, v. 3*1. — ParaUpo^nenes , 
1. II, c. XVI. V. 6. 



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CHAPITRE XVIIL — CHATATH. 399 

Celte piscine est probablement celle que j'ai signalée à ChaTath 
comme mesurant douze pas de long sur six de large. 

Pour tous ces détails, il faut lire dans Jérémie les chapitres xxxix, 

XL et XLI. 

Voici seulement le verset où il est question de la piscine de 
Maspha : 

Lacus autem in quem projecerat Ismahei omnia cadavera virorum quos 
pcrcussit propter Godoiiam, ipse est quem fecit rex Asa propter Baasa, regem 
Israël; ipsumrepievit Ismabel, (iiius Nathania?, occisis^ 

Le livre II d'Esdras nous montre ensuite les habitants de Maspha 
concourant, après le retour de la captivité, au rétablissement des 
murs de Jérusalem^. 

Lorsque Alexandre le Grand, devenu maître de Tyr et de Gaza, 
marcha contre Jérusalem pour s'en emparer, le grand prêtre Yad- 
dous s'empressa de commander des prières publiques , a6n de dé- 
tourner loin de la Cité sainte le malheur qui la menaçait. Après 
avoir achevé le sacrifice, il s'endormit. Dieu, lui apparaissant alors 
en songe, lui ordonna d'avoir confiance, d'ouvrir les portes de la 
ville et de se rendre lui-même au-devant du conquérant macédo- 
nien, dans toute la pompe de la dignité pontificale et marchant 
en tête du peuple vêtu de blanc et des prêtres parés de leurs or- 
nements religieux. Rassuré par cette vision , Yaddous fait part de 
cet oracle à la foule, et, quand il apprend qu'Alexandre n'est 
plus qu'à une faible distance de la ville, il marche procession- 
nellement à sa rencontre, précédant un nombreux cortège, et 
s'avance jusqu'à un endroit appelé par Josèphe Sapha (Sa^a), 
mot, dit cet historien, qui, interprété en grec, signifie trlieu d'où 
l'on peut observera) [(txottv); car, ajoute-t-il, de là on apercevait 
Jérusalem et le temple. 

UvOéfievOf ii avrhv ov ^aàppcaiiiç «r^XeciK ivra, ^péetai (isrà rôv lepécav 
xai TOtf t^oXiTixoC vrXffOovSy iepOTipenii xal Sta^épovaav tojv ôfXXow èOvœv 

' Jérémie, c. xli, v. 9. — * Esdrnx, I. II. c. m. v. 7, liS , U). 



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400 DESCRIPTION DE LA JUDÉE. 

"nfoiovfxevos Ttjv tjvclvrtiaiv eh tÔttov rtvà 2a(pà 'keyàyusvov rb Se ivoyoL 
TOÎJTO (iSTa^epôfievov ek rrjv ékkfivtxrjv yXùhlav axonr)v Œtifxaivet • rcl re yàp 
lepoo'ôyvfAa xal rhv va6v èxelOtv œjp^aivev d^opSarOai^. 

A la vue de ce cortège solennel, et surtout du pontife vénérable 
coiffé de la tiare où brillait la plaque d'or sur laquelle était gravé 
le nom de l'Eternel, Alexandre s'approcha seul du grand prêtre, et, 
adorant le nom sacré du Très-Haut, il s'inclina devant Yaddous, à 
la grande stupéfaction de son armée, des rois et des généraux qui 
l'accompagnaient. En ce moment, il fut salué tout d'une voix par 
les Juifs. Donnant ensuite la main au pontife, il se dirigea vers Jé- 
rusalem, entra dans le temple et offrit un sacrifice au Seigneur, 
selon les rites judaïques. Puis il accorda à la nation juive la liberté 
d'observer les lois de Moïse, et l'exemption du tribut chaque sep- 
tième année. 

Le lieu de la rencontre du conquérant macédonien et du grand 
prêtre Yaddous est, comme nous l'avons vu, appelé par Josèphe 
Sa^dt, nom qui a une singulière ressemblance avec la dénomi- 
nation actuelle de Cha'fath et parait être lui-même une corruption 
de la forme antique Mitspah, en grec M(X(T(pà, d'où, parle retran- 
chement de la consonne du commencement, Sa(pà. Cela est si 
vrai, que Josèphe interprète ce dernier mot par le terme grec de 
(THOTTiff (spécula, (f observatoire)^). Or, chez les Septante, le nom de 
Mitspah est quelquefois rendu par celui de v crxoTrià, identique 
avec ctxottt;^. 

Les trois noms Mitspah ou Maspha, Sapha et Chaïath expriment 
donc la même idée et sont dérivés de la même racine. 

Est-ce à dire pour cela qu'il faille placer au village actuel de 
Cha'fath, c'est-à-dire à l'antique Mitspah, l'entrevue d'Alexandre 
et d' Yaddous? Je ne le pense pas; car, bien que du plateau de 
Cha'fath on aperçoive parfaitement Jérusalem, et que, par consé- 
quent, les mots suivants de Josèphe : 

* Jo8èplie, AtUiquités judaïques, XI, * Par exemple. Bois, l III, c. xv, 

viii, S 5. V. ia. 



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CHAPITRE XVIII. — .CHATATH. 401 

Ta Te yàp lepoaôhjfia, xaï ràv vabv éxe76ev (Tuv^atvsv à(popàa'Oat : 
ttDe là on pouvait voir Jérusalem et le temple, >) 

ne soient nullement en désaccord avec l'emplacement de ce village ; 
néanmoins, comme les hauteurs plus voisines de Jérusalem, sur 
lesquelles plus tard Cestius Gallus et ensuite Titus assirent leur 
camp , sont également désignées par Josèphe sous le nom de Sxo- 
ir6s; que de là on distingue encore mieux et de beaucoup plus près 
la Ville sainte; qu'en outre l'historien juif se sert à peu près des 
mêmes termes pour indiquer l'endroit où «ut lieu l'entrevue d'A- 
lexandre et d'Yaddous et les hauteurs oik, dans la suite, campèrent 
Cestius Gallus et Titus ^ et qu'il ne parait pas résulter de son texte 
que cet endroit ait été habité, je suis plus volontiers porté à croire 
que c'est sur ces hauteurs, plutôt qu'à Cha'fath, qu'il faut placer 
le théâtre de la rencontre solennelle du héros de Macédoine et 
du grand prêtre des Juifs. Ces deux endroits, du reste, paraissent 
avoir reçu autrefois la même dénomination , parce que tous deux 
étaient de véritables observatoires, d'où Jérusalem et son temple 
se découvraient également aux regards. 

L'an i65 avant Jésus-Christ, Judas Machabée^ vainqueur d'A- 
pollonius et de Séron, fut bientôt menacé par un autre ennemi: 
Gorgias, à la tête d'une armée nombreuse, vint établir son camp 
près de Nicopolis, prêt à marcher de là sur Jérusalem. A cette 
nouvelle, Judas convoqua le peuple à Maspha. . 

Et congregati.sunt et venerunt in Masphd contra Jérusalem; quia locus 
orationis erat in Maspha ante in Israël^ 

Ce passage est important pour fixer la position de Maspha. 11 nous 
montre que cette ville était wen face de Jérusalem,?) contra Jéru- 
salem, dans la version des Septante, HOLTévavTi ïepovacCkirffi. Or la 
position de Cha'fath répond très-bien à cette donnée de la Bible, 
ffll y avait autrefois à Maspha, ajoute le texte sacré, un lieu de 
prière dans Israël, t) Aussi, pour se préparer à soutenir dignement 

* Machabées, i. 1, c. ni, v. ^6. 



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A02 DESCRIPTION DE LA JUDEE. 

la grande lutte qui les attendait, les Juifs, à l'exemple de Judas, 
commencent-ils par se sanctifier dans cette ville, en se couvrant 
de cilices et en se livrant au jeûne, à la prière et à la lecture des 
saintes Ecritures' . 

Depuis cette dernière assemblée solennelle, Maspba disparaît 
de rhistoire, et cette localité célèbre tombe dans un si profond 
oubli, que remplacement même qu'elle occupait a été très-long- 
temps méconnu. 



HAUTEURS DU SCOPUS. 



A une beure quinze minutes, je descends de Cha'fath dans la 
direction du sud. 

A une beure quarante-quatre minutes, je parviens à un plateau 
peu élevé, qui domine sur ce point l'extrémité nord-ouest de la 
vallée de Josapbat. C'est là très-probablement, comme je viens 
de le dire, l'endroit que Josèphe appelle Saipà, dénomination hé- 
braïque qu'il traduit par le mot grec Sxotd;, et qui fut témoin de 
l'entrevue d'Alexandre et du grand prêtre Yaddous. C'est là aussi 
le Scopus, en grec ^xoirSs, où Cestius Gallus et ensuite Titus éta- 
blirent leur camp, quand ils s'approchèrent de Jérusalem pour 
l'attaquer. 

Kéalios Sèj tyIv ^phs iXXrfXov^ oujtôjv tctpax^v eôxatpov ISûjv eh inlBeaiVj 
étïïaacuf énijye Tt^v Spvafitv, xaï rpanévras iiéyjpis lepoaokùiiùnv xaTeSicj^. 
^1 paToneSevcraiievoç Se ên\ tov xaXovyuévov ^xoitov [Sié)(ei Se oSros énià 
Tris "BréXeûâf a1aSiovs)j rpicrl fièv lifiépats ovx èneyelpti tri ty(5Xei^. 

«(Cestius, jugeant le moment favorable pour fondre sur les Juifs, à cause de 
la discorde qui avait éclaté au milieu d'eux, fit avancer toute son armée, mit 
en fuite ses adversaires et les poursuivit jusqu'auprès de Jérusalem. Après avoir 
assis son camp dans un endroit appelé Scopus, qui est éloigné de sept stades 
de la ville, il ne tenta pendant trois jours aucune attaque contre cette place.?) 

Cette dislance de sept stades est effectivement celle qui sépare 
les hauteurs dont je parle de la partie la plus rapprochée de Jéru- 

' Machabccs, 1. 1, c. m, v. ^7, ^8. — ' Josèphe, Giteire des Juifs, II, xix, S h. 



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CHAPITRE XVlll. — HAUTEURS DU SCOPUS. 403 

salem. Ailleurs, Josèphe nous donne de nouveaux détails sur le 
Scopus, à propos du camp qu'y établit ensuite Titus. 

KaTo-ap Se, es avr^ avvéfjLt^ Stà vvKjbs rà àvb Tijs AfifiaovvTOS rdyfia , 
fieô' T^iiépav èxeiOev êipas éiil rbv 'SxoTrbv xaXovfievov irpScretcrtv * êvOev if re 
^méXis iiSfi xare^a/rero xal rb rov vaov fxéyeOos ixXafiirpov , xa6à t^ ^opelco 
x\l{iatt Tris 'Zif6\eœs ^OafiaXbs avvàhrlcûv i X^P^^ êrvfiœs ^xoirbs ànfôfxacrlai , 
Tris Se "utàXecûs c/laSiovs éi^à Siéyfav^. 

ff César, après avoir réuni à son armée pendant la nuit ia légion qui venait 
d'Emmaûs, décampe de là le lendemain et s'avance jusqu'à l'endroit appelé 
Scopus. De ce point on apercevait déjà la ville ainsi que la grandeur et la 
magnificence du temple. Aussi est-ce à dessein que le plateau peu élevé qui 
touche à la partie septentrionale des remparts a été nommé Scopus ; un in- 
tervalle de sept stades le sépare de la ville, -n 

Au bas du Scopus, je franchis îe petit ravin qui forme, vers le 
nord-ouest, le commencement de la vaHée de Josaphat, et, à deux 
heures^ cinq minutes, je rentre à Jérusalem par la porte de Jaffa. 

' Josèphe, Guerre des Juifs , ^, \\,% 3. 



FIN DU TOME PREMIER. 



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TABLE DES CHAPITRES. 



CHAPITRE P. Débarquement h Jaffa. — De8cription de cette ville et de ses 

jardinÛB. — Résume de son histoire ^ i 

CHAPITRE H. Route de Jaffa à Ramleh. — Yazour (Gazer?) — BatDedjan 
(BeA-^agon). — Saferîeh. — Sarfend.(Sariphada). — Ramleh (Arima- 
Ihia) . .77 TTTTT! ... 33 

CHAPITRE m. El-Berryeb. — EtKûubftb (Koube). — Lathroun. — Bir Ayoub. 
— Deir Ayoub. ^~ Oued Aly. — Saris. — Kinet el-A Vfl^^ { ^'^nn^h-lf^g- 
rim, ou Baalah). — Beit-Nakoubeh. — Kastnoul. — Kolounieh. — Ar- 
rivée à Jérusalem 56 

CHAPITRE IV. Séjour d'un mois à Jérusalem. — Examen et étude de la ville. . 7 3 

CHAPITRE V. Couvent grec de Sainte-Croix. — Khirbet A^ïn-Karim ou Beil- 
Mezmir4 Qbed - Edgi^i?). — A^ïn Karim ou Saint -Jean -du -Désert (Ka- 
rem) — Fontaine d'A^in Karim. — Sanctuaire de la Visitation. — Mai- 
son des Dames de Sion. — Grotte et désert de SaintJean. — Départ pour 
Bethléhem. — Malhah. — A^ïn Yalo. — A^in el-Hanîeh, dite vulgaire- 
ment fontaine de Saint-Philippe. — Beit-Ejabu^GMi?)- — Arrivée à 
Bethléhem Kw^ .^*.^. . . .M. 77 

(iHAPITRE VI. Description de Bethléhem. — Sa position. — Ses divers quar- 
tiers. — Sa population. — Industrie de ses habitants. — Basilique de 
Sainte-Marie. — Crypte de la Nativité et autres sanctuaires attenants. — 
Couvent latin. — Couvent grec. — Couvent arménien. — École dite de 
Saint-Jét-ome, — Grotte du Lait. — Ruines du petit sanctuaire appelé Maison 



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406 TABLE DES CHAPITRES. 

Page». 

de Saint- Joseph. — Citernes dites de David, — Kasrel-Ma'sar. — Khirbet 
el-Kad(lous. — Histoire de Bethlëhem 120 

CHAPITRE Vn. Beit-Sahour ou village des Pasteurs. — Champ de Booz. — Deir 
er-Ra^uat ou Couvent des Pasteurs. — Deir Seiar er-Rhaniem , découvert 
par M. Guarmani 207 

CHAPITRE Vni. Départ de Bethlëhem. — Tombeau de Rachel. — Aqueduc. 
— . Ruines dites de Rama. — Église d'Habacuc. — Couvent de Saint- 
Élie. — Citerne de TÉtoile ou des Trois-Rois. — Tërëbinthe de Marie. — 
Plaine des Raphaïm. — Maison de Saint-Simëon. — Retour à Jérusalem. 

— Préparatifs de départ pour ma première grande tournée 226 

CHAPITRE IX. Liaa (Nej ihtoah,_peut-é.tre aussi Bethleptepha). — Beit-Iksa. 

— Khirbet Beit-Thoulmah. — Khirbet Tell-Louzah.^^ Kolounieh (Kou- 
lon). — Merhaïr ez-Zenanir. — Khirbet Beit-Mizeh. — Khirbet Farhan. 

— Retour à Kolounieh . 262 

CHAPITRE X. Kaslhoul. — Souba. Est-ce l'ancienne ville de Modîn? Discus- 
sion à ce sujet. — «Khirbet Kebaleb. — Beit-Nakoubeh. — Kiriet el- 
A^nab 266 

CHAPITRE XI. Saris (Saris). — Kathanneh. — Khirbet Kefirah i[Kephirah). 

— Beil-Nouba {I^ûh?). — Yalo (Aïa lon). — A'mouas(Emmaûs Nicopolis). 

— Halte à Lathroun 281 

CHAPITBE XII. Lathroun ou El-Athroun , jadis peiititreModin. — El-Koubâb 
(Koube). — Beit-Annabeh (Bethannaba). — Kbarroubeh (Castellum Ar- 
naldi?). — Ramleh 809 

CHAPITRE XIII. Sarfend. — Yazour. — Beit-Dedjan. — Saferîeh. — Kefr-A'na 
(Ono). — Yeho udieh (Yehoud). — Kefr-Djenes. — Loudd (Lydda ou 
Diospolis) 819 

CHAPITRE XIV. Danyal. -~ Djimzqu XOimzo). — BerFilya. — El-Bordj. — 
Deir Ma^n. — Beit-Sira. — Beit-A^our et-Thala (Bethoron infé- 
rieure). — Khirbet Aberdjan. — Khirbet Hallabeh. — Retour à Beit- 
A'our et-Thata. , 335 

CHAPITRE XV. Beit-A'ottT el-Fouka (Bethoron supérieure). — Kharbata. 

— Beit-Loukieh. — Khirbet el-Bridje. — Beit-A'nan. — Koubeibeh 
Est-ce TEmmaiis de saint Luc? 346 

CHAPITRE XVI. Biddou ou Beil-Dou. — Beit-Sourik. — Neby-Samouïl . jadis 

Hflmflihaïm^Sopbim 362 



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TABLE DES CHAPIIRES. 407 

CHAPITRE XVH. EJ;;Diib^(G«baon) "sSS 

CHAPITRE XVIII. Djedireh. — Rafat. — Kalandieh. — Bir-Nebala. — Beit- 
HaïuBa-fiîaaiiiah). — Cha ^th (Mi tspah). — Hauteurs du Scopus. — 
Retour à Jërusalem 3ga 



FIN DE LA TABLE. 



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3 2044 022 699 623 



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