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Full text of "Description physique de la République Argentine d'après des observations personelles et étrangères"

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LlBRERlA CIENTlFICA 

TAGUARI i95 
OROnUERIA, ARÎIGDLOS DE WRUJIA, 

Y PRSi>ARAGIONKS ANATÖMICA8. 
COWISIONÉS - 
•' xj K itsT ps j^x j^ias . 



A. Benilez de Caçfro 
^ G. MITRE 826 q 



DESCRIPTION PHYSIQUE 



DE LA 



RÉPUBLIQUE ARGENTINE 



K,!PRIMEUIE DE E. MAUTINET, RU2 MIGNON 



DESCKIPTlüN PHYSIQUE 



DE LA 



RÉPUBLIQUE ARGENTINE 



D APRES DES OBSERVATIONS PERSONNELLES ET ETRANGERES 



LE D<^ H. BURMEISTER 

Directeur tlii Museo Piiblico de Buenos-Ayres 

Membre correspondant des Académies des sciences de Berlin, St-Pétersbourg, Turin, 

Washington et de l'Universitc de Santiago du Chili, etc., etc., etc. 



TRADUITE DE L ALLEMAND PAR 

E. MAUPAS 

Ancien élève de l'École dos chartes, conservateur-adjoint de la Bibliothèque-Muse'e d'Alger. 



TOME L 

CoDtenaul l'Iiishiiic de la découverte cl la géo'iapliic du jiay^. 



PARIS 

LIBRAIRIE F. SAVY 

77, BOULEVAR.D S A 1 N T - G E R M A I N, 77 

Pri's la rue Miiuli'lVuille 

1S7(i 

Ti"'^ ilnijls ri'siM'vrs, 



SEP 17^68 



A MONSIEUR 

DOMINGO FÂUSTINO SARMIENTO 

QUATRIÈME PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE 
PENDANT LES ANNÉES 1868—1874 



MON 

PROTECTEUR ET EXCELLENT AMI 

JE DÉDIE RESPECTUEUSEMENT 

ΠPREMIER VOLUME DE MON OUVRAGE 

EN TÉMOIGNAGE DE MA RECONNAISSANCE 

POUR LES ENCOURAGEMENTS QUE J'EN AI SOUVENT REÇUS. 



PRÉFACE, 



L'ouvrage dont j'offre le commencement au public dans ce 
premier volume est le résultat d'études poursuivies pendant vingt 
années, et pourra seulement paraître successivement à cause de 
l'étendue du sujet traité. 

Le premier volume achevé et le second qui suivra prochaine- 
ment forment pour ainsi dire l'introduction des parties suivantes. 
L'un et l'autre vont être consacrés à décrire dans leurs traits géné- 
raux les caractères physiques de la république Argentine, afin 
de mettre le lecteur en état de se faire une idée d'ensemble sur 
le théâtre dont les détails seront consignés dans les autres 
volumes. Le but que je me propose étant fixé, on comprend de 
soi-même que ni la description géographique ni la description 
géologique du pays ne pouvaient être traitées spécialement. Je 
n'ai pas à fournir un tiaité de géographie de la république 
Argentine, et encore moins une description de sa richesse miné- 
ralogique ; mais il me suffira de faire connaître dans leurs géné- 
ralités le sol, et le milieu dans lequel vivent ou ont vécu dans les 
temps préhistoriques les animaux et les plantes qui seront 
étudiés spécialement dans les volumes suivants. L'ouvrage sera 
surtout consacré à ces deux règnes, et son but est de donner un 
tableau des diversités organiques de ces deux groupes, tableau 
qui commencera par le règne animal . 



2 AVANT-PROPOS. 

aïeux et amis. Malheureusement il pcche par de nombreuses 
erreurs de souvenir et par les appréciations partiales de l'auteur 
et de sa famille. 

Une autre source importante est le récit des aventures au Rio 
de la Plata d'Ulrich Schmidt de Straubing, publié à Francfort 
sur le Mein en 1567. Soldat, il avait accompagné D. Pedro de 
Mendoza en 1535 et revint dans sa patrie en 1554. Œuvre d'un 
témoin oculaire, son livre a une grande valeur ; mais un simple 
soldat voit tous les événements de sa situation subalterne et se 
perd souvent dans des suppositions erronées. Les erreurs de 
mémoire sont fréquentes chez lui aussi. Le livre a été traduit en 
latin et en espagnol et reproduit par Pedro de Angelis. Les deux 
traductions contiennent de nombreuses lacunes et contre- sens. 

Parmi les écrivains modernes il faut citer Félix de Azara. 
Nous lui devons la première histoire de la colonisation du Rio de 
la Plata puisée aux sources. Elle fait partie de son récit de voyage, 
publié en français, en 4 volumes, à Paris, 1809. Azara fut mem- 
bre de la commission de délimitation des possessions espagnoles 
et portugaises. Il vint à Ruenos-Ayres en 1781 et ne quitta le pays 
qu'en 1801. Durant ce temps il étudia avec un zèle infatigable et 
le plus grand succès les animaux supérieurs du pays, tout en 
s'occupant de recherches historiques. Revenu en Espagne, il con- 
sulta dans les archives les documents les plus anciens utiles à son 
histoire . H composa ainsi un grand ouvrage qui parut après sa mort: 

Description é historia det Paraguay y del Rio de La Plata, 
obra postuma, puhlicadapor D. Agustin de Azara, bajo 
la direccion de D. Bas. Seb. de Castellanos de Losada. 
2 tomos. Madrid, 1847, in-8°. 

n a mis à profit les mémoires les plus anciens sur son sujet. 

Malheureusement ce précieux ouvrage ne parle nullement des 
provinces septentrionales et occidentales de la République ; ces 
régions ayant été colonisées par le Pérou et le Chili. 

La meilleure source pour ces parties du territoire de la Plata 



EXPÉDITION DE JUAN DIAZ DE SOUS. 3 

est le travail du doyen de la cathédrale de Gordova, Do. Gregorio 
Funes, qui, sous le titre : 

Ensayo de la historia civil del Paraguay y Buenos-Ayres y 
Tuciman. Tomos I—III, 1810-18, in-8% 

écrivit une précieuse histoire du pays. Il se servit des archives 
des couvents et églises de Gordova qu'Azara n'avait pas pu con- 
sulter. Mais son œuvre, écrite avec une rhétorique pompeuse, est 
entachée de vues étroites et cléricales, qui entraînent souvent l'au- 
teur à contredire avec ardeur les jugements indépendants d'Azara. 
Ges ouvrages sont les sources auxquelles tous les historiens des 
pays de la Plata ont puisé, et jusqu'à ce moment ils constituent 
les meilleurs travaux sur la matière. Ils forment aussi la base de 
notre exposé, tout eny conservant partout notre jugement propre. 
Nous n'avons rien à dire des récits postérieurs : ils ne contiennent 
presque rien qui ne soit déjà dans Azara et Funes. Ajoutons 
seulement que le travail deD. Luis Domingucz, arrivé aujourd'hui 
à sa sixième édition, est un livre dont il faut recommander la 
lecture à la jeunesse pour son instruction historique. 

I 

JUAN DIAZ DE SOLIS DÉCOUVRE LE RIO DE LA PLATA. 
1515 — 1516. 

L'histoire du pays à la description physique duquel notre 
œuvre sera consacrée mentionne Juan Diaz de Solis comme 
l'Européen qui le premier toucha le sol du Rio de la Plata, en 
l'année 1516. Nous le considérons donc comme le découvreur. 
Cependant on affirme * que des marins portugais inconnus ont dû 
visiter avant lui l'embouchure du Rio de la Plata. Jusqu'à ce 
jour personne n'a pu prouver ces anciennes explorations avec 
certitude ; mais, connut^ les Portugais occupaient le Brésil 
dei)uis quatre années déjà, il n'y a rien d'impiobablo à ce qu'ils 
aient étendu leur navigation jusqu'à l'embouchure do la PlalL 



A EXPÉDlTlOiN DE JUAN DIAZ DE SOUS. 

Solis était un vieux et habile marin. Il avait visité'^ sous des 
chefs célèbres les côtes orientales de l'Amérique méridionale et, 
après avoir surmonté beaucoup de difficultés, il avait été placé à 
la tête des entreprises maritimes de l'Espagne avec le titre de 
Piloto mayor. Il obtint cette charge honorable immédiatement 
après la mort du célèbre et illustre Amerigo Yespucci ^ preuve 
du grand cas que l'on faisait en Espagne de ses facultés et de son 
expérience. En 1514 il reçut de la couronne d'Espagne la com- 
mission de rechercher au sud de l'Amérique un passage à l'ouest. 
Cette expédition lui fut confiée parce qu'il avait déjà navigué dans 
ces parages sous des chefs portugais et parce qu'on avait reconnu 
la fausseté des accusations élevées antérieurement contre lui par 
Pinzon ^ Il semble que l'existence d'un passage au sud fut une 
tradition courante parmi les navigateurs, longtemps avant sa véri- 
table découverte. Magellan lui-même raconte qu'avant son voyage 
en 1520, dans lequel il découvrit le passage qui porte son nom, 
il avait vu chez le roi de Portugal une carte sur laquelle un pas* 
sage au sud du continent était clairement indiquée Ces récits 
stimulaient constamment la couronne d'Espagne à de nouvelles 
entreprises dans l'espoir de trouver ce passage. Maîtresse des 
Moluques, elle espérait par cette voieàl'ouest abréger considéra- 
blement les longues traversées de la route orientale, surtout 
depuis que, par la découverte en septembre 151 3 de l'océan Paci- 
fique par Nunez de Balbao, on savait qu'à l'ouest de l'Amérique 
se trouvait une mer ouverte. Il était difficile d'espérer un sem- 
blable passage au nord, comme l'avaient suffisamment prouvé les 
expéditions de Pinzon et Iloyeda, auxquelles Vespucci prit part, 
ainsi que celles des Portugais sous la direction de Cabrai et Coolho. 
On dirigeait donc les efforts d'autant plus volontiers vers le sud 
que la rumeur courante affirmait à l'avance l'existence du passage. 

L'expédition fut décidée sous l'empire de ces circonstances et 
Solis reçut des instructions * pour son exécution. On lui pres- 
crivait de faire voile avec trois navires pour atteindre à l'ouest 
l'isthme du Darien , alors nommé Castilla de Oro, ensuite de gou- 
verner au sud et de remonter jusqu'à la ligne de démarcation 



ARRIVÉE AU RIO DE LA PLATA. 5 

fixée avec la couronne de Portugal pour ses nouvelles posses- 
sions. On lui interdisait , sous peine de mort , d'aborder sur le 
territoire portugais. 

Le 8 octobre 1515 Solis quitta le petit port do Lepe au nord- 
ouest de Cadix (Ilorrera, Dec. 11, p. 41). Avec ses trois navires, 
dont un grand de soixante tonnes et deux petits de trente tonnes, 
il atteignit heureusement la rade de Santa-Cruz, dans l'île de 
TénèrifTe, d'où il gouverna à l'ouest jusqu'à ce qu'il fût en vue du 
cap St-Roch. Il longea la côte du Brésil vers le sud, doubla le 
cap St-Augustin, puis le Gabo Frio au voisinage de la baie de Rio 
de Janeiro, atteignit le cap Gananea par ^S'' 3' de L. S., localité 
souvent signalée à cette époque, et enfin aborda à l'Isla da Plata, 
qu'il place dans le voisinage de la Bahia de los Pcrdidas par 27 
de L. S. '. Après plusieurs descentes à terre, toujours en se 
dirigeant vers le sud, il atteignit une île appelée Saint-Sébastien 
et dans son voisinage trois autres îles plus petites , aujourd'hui 
les îles de los Lobos , par 35° de L. S. Au-dessous de ces îles il 
pénétra dans un golfe, que d'après le jour de sa découverte il 
nomma Puerto de N. S. de la Gandelaria. x\près s'être convaincu 
que cette contrée se trouvait en dehors de la ligne de démar- 
cation, il en prit possession pour la couronne d'Espagne avec les 
formalités accoutumées. 

On ne sait pas reconnaître avec certitude l'île Saint-Sébastien ; 
mais les îles de Lobos, ou des Phoques , portent aujourd'hui le 
môme nom, d'où il résulte que la Bahia de N. S. de la Gandelaria 
devait être le golfe de Maldonado , dont l'extrémité sud est située 
par 34" 54' 25" de L. S. De Solis ne s'arrêta point là , mais, 
continuant de suivre la côte , il arriva bientôt à l'embouchure du 
Rio de la Plata. Il lui donna le nom de Mar Dulce, parce qu'à son 
aspect troublé et à son goût il avait reconnu qu'elle n'appartenait 
plus à l'Océan. S'avançant dans cette mer d'eau douce , il ren- 
contra bientôt une nouvelle petite île par 30° -40', à côté de 
laquelle il jeta l'ancre. Solis passa sur un de ses petits navires , 
afin de pouvoir examiner la côte de plus près. Il suivit ainsi le 
rivage jusqu'à ce qu'il aperçut des huttes et bientôt après les 



6 MORT DE SOLIS. 

indigènes eux-mêmes. Ceux-ci manifestèrent un profond éton- 
nement à l'approche du navire et commencèrent à brandir leurs 
armes d'un air menaçant. SoJis interpréta ces menaces des sau- 
vages Charmas , qui habitaient alors le rivage oriental , comme 
une invitation à débarquer. Il descendit dans son canot et alla 
imprudemment à terre avec peu d'hommes ; mais salué aussitôt 
par une décharge de flèches tirées d'un fourré voisin , il fut tué 
avec huit de ses compagnons.il tomba, ainsi que son facteur 
Marquiua , le payeur Alarcon et six hommes de l'équipage. Les 
autres s'enfuirent vers le canot, abandonnant les cadavres sur le 
rivage où ils étaient étendus. Les indigènes se précipitèrent sans 
tarder sur eux , leur coupèrent la tête et les entraînèrent avec 
eux. On fit feu du navire sur eux et les mit en fuite avec les pro- * 
jectiles'. Le théâtre de ces événements, arrivés en 1516 , n'est 
pas connu avec certitude. Cependant la plupart des écrivains le 
placent sur la côte du Banda oriental, en face de l'île actuelle de 
Martin Garcia, par 34" 11' de L. S. '. 

L'équipage semble avoir été fortement troublé par la mort de 
son chef, et l'on se résolut à abandonner sur-le-champ un pays 
peuplé d'habitants aussi sauvages. Le navire sur lequel Solis 
s'était avancé dans le fleuve retourna promptement auprès des 
deux autres et leur apprit le triste événement. Dans une assem- 
blée générale , on décida de retourner en Espagne. Le premier 
pilote , Franz de lorres, fut nommé chef de l'expédition, et peu 
de jours après on s'éloigna du Rio de la Plata. 

A peine étaient-ils rentrés dans l'Océan qu'un des petits navires 
se perdit avec tout son équipage. Les deux autres atteignirent 
heureusement la Bahia de los Innocentes , y prirent un char- 
gement de cinq cent quinze quintaux trois arrobes et une livre 
de bois du Brésil, et , sans faire d'autre perte, ils rentrèrent en 
Espagne le 4 septembre 1516 avec soixante-six peaux de phoques 
qui avaient été tués auparavant aux îles de los Lobos. 

Telle fut l'issue de la première expédition au Rio de la Plata, 
assez triste pour en détourner d'autres de semblables entreprises. 
Mais l'élan vers les aventures audacieuses était alors si grand en 



s. CABOT EST NOMMÉ « PILOTO MAYOR ». 7 

Espagne, quo ces pronostics décourageants furent peu écoutés. 
On jetait des yeux d'envie sur les heureux qui revenaient de ces 
expéditions chargés do gloire et do trésors et l'on ne donnait qu'un 
coup d'œil distrait sur les infortunés, en beaucoup plus grand 
nombre, qui avaient déjà trouvé leur fin sur les mêmes routes. 
Une seconde et peu après une troisième grande expédition re- 
produisirent bientôt les mêmes avertissements , sans qu'on leur 
accordât plus d'attention. 



II 

SECONDE EXPÉDITION AU RIO DE LA PLÂTA SOUS LA DIRECTION 

DE SÉBASTIEN CABOT. 

1527 — 1530. 

La mort violente de Solis semble avoir été suivie d'un temps 
d'arrêt dans les entreprises des Espagnols au sud. D'ailleurs , 
leur attention était surtout dirigée sur les possessions de l'Amé- 
rique centrale , où les progrès de Gortès et de Balbao attiraient 
tous les regards. Les récits des compagnons de Solis sur les nou- 
velles régions découvertes dans l'Amérique du Sud ne durent 
donc trouver que des auditeurs préoccupés ailleurs. On voulut 
cependant honorer le souvenir de ce navigateur malheureux , car 
les contrées découvertes par lui portent le nom de Tierra de SoHs 
sur les cartes contemporaines *°. 

Il fallut nommer un nouveau Pi/o^o mayor;mais comme il ne se 
trouvait aucun individu apte en Espagne , on alla en chercher un 
au dehors (*). Sébastien Cabot, alors au service de l'Angleterre, 
se pi'ésenta comme l'homme qu'il fallait pour cet emploi. Il lut 
nommé en 1518 et rentra ainsi au service de l'Espagne. Il s'y était 
déjà engagé une première fois en 1512 , mais l'avait abandonné 
un peu plus tard ". Le septembre 1522 , quatre ans après sa 
nomination, arriva en Espagne la nouvelle de l'heureuse décou- 

(*) Voir la Icltro du roi à l'ovôque Fousoco publiée par NavareUo dans 
Culeccion, etc., t. III, p. 307. 



8 DÉPART DE CABOT. 

verte par Magellan du passage occidental si longtemps cherché. 
Le navire Victoria, le seul survivant de l'expédition , rapporta 
sous la conduite de Sébastien de Elcano la confirmation (vid. 
Navarrete loc. cit., t. IV, p. 3) de la découverte ainsi que celle de 
la mort du chef et d'une grande partie de l'équipage. Cet heureux 
couronnement des efforts faits par les Espagnols et la rivalité 
perpétuelle des Portugais ne firent qu'accroître l'ardeur à de 
nouvelles découvertes. Beaucoup d'habitants riches de Séville 
offrirent leur aide au gouvernement s'il voulait organiser une 
nouvelle grande expédition dans la même direction (Herrera, 
Decad. IIÏ, 259). Mais le moment n'était pas favorable. Le roi 
d'Espagne venait, le 20 mai 1520, de quitter son royaume pour 
monter sur le trône impérial sous le nom de Charles-Quint. De 
plus, le soulèvement suscité par Juan de Padilla , qui éclata peu 
après le départ du roi et qui ne put être réprimé que par la 
bataille de Yillalar (23 avril 1521), paralysa les entreprises de la 
Couronne dont le gouvernement, dirigé par des conseillers fla- 
mands, n'était pas aimé dans le pays. La situation s'améliora 
lorsque Charles-Quint revint en Espagne en 1522 et prit lui- 
même la direction des affaires. Une nouvelle grande expédition 
aux Moluques fut décidée. Elle partit le 24 juillet 1525 sous le 
commandement de Fr. Garcia de Loaysa et dut prendre sa direc- 
tion par le détroit de Magellan pour en reconnaître la viabilité. 
En outre , une autre entreprise analogue , à laquelle plusieurs 
maisons de commerce de Séville prirent part, fut équipée sous la 
conduite de Cabot. Cette expédition sortit le 3 avril 1526 du 
port de Lepe. 

Les apprêts de ce voyage furent faits assez à la hâte. Les com- 
merçants précipitaient le départ, et Cabot eut bientôt remarqué 
que, jalousé par les Espagnols en sa qualité d'étranger , on ne 
cherchait qu'à entraver ses préparatifs. Il s'efforça donc de son 
côté de mettre à la voile aussitôt que possible, ce qu'il fit avant 
d'avoir complété son équipement. Comme ses prédécesseurs , il 
se dirigea d'abord vers les Canaries , d'où il gouverna vers les 
côtes du Brésil et les atteignit dans le voisinage du cap Augustin. 



ARRIVÉE DE CAROT A[I RIO DE LA PLATA. 9 

Alors il longea la côte au sud jusqu'à l'île S. Catharina , où il 
aborda après avoir perdu son grand navire. Ce malheur acheva 
de lui enlever la confiance de son équipage, qui était déjà mé- 
content des faibles rations quotidiennes. On l'accusait d'égoïsme et 
d'inhabileté, et bientôtla répugnance à obéir à l'autorité d'un étran- 
ger se changea en une révolte ouverte. Cabot comprimai' émeute par 
sa conduite énergique, en faisant déposer quelques-uns des me- 
neurs sur une île déserte. Il continua sa route au sud avec les 
autres ^^. C'est alors qu'il semble avoir acquis la conviction de 
l'impossibilité de réussir à traverser l'immense Océan avec un 
équipage toujours mécontent et l'équipement insuffisant de ses 
navires. De nouveaux matelots, qui depuis l'expédition de SoHs 
étaient restés dans l'île Catharina et s'étaient embauchés pour 
son expédition , lui promirent la découverte de beaucoup d'or et 
d'argent et le décidèrent à pénétrer dans le large estuaire du Rio 
de la Plata, où il jeta l'ancre auprès de l'île de S. Gabriel, ainsi 
appelée du jour de son arrivée (6 avril 1527). Il se trouvait à peu 
près au point de la colonie de S. Sacramento actuelle. Après 
examen des lieux , il ne trouva pas la place bonne pour y fonder 
un établissement. Il remit à la voile , dépassa l'île Martin Garcia 
dans le Rio Uruguay , dont il remonta le cours jusqu'à Punta 
Gorba. Ayant trouvé là un point d'abordage commode au 
confluent des rivières, il y construisit un petit fort qu'il appela 
S. Salvador '\ 

Pendant la construction du fort, Cabot envoya un officier, Juan 
Alvarez Ramon, avec le plus petit des navires en amont du fleuve 
pour explorer le pays. Après une navigation de trois jours, celui- 
ci perdit son navire au milieu d'une tempête dans le voisinage de 
deux grandes îles. L'équipage fut forcé de gagner la terre avec de 
petits canots et de revenir à pied le long du rivage. Dans ce tra- 
jet les Espagnols rencontrèrent les indigènes nommés Yaras 
(Charmas), qui les attaquèrent. Ramon succomba avec plusieurs 
de ses gens. Les autres purent arriver en canot au fort eii cours 
de construction. 

Cabot, en face de l'hostilité des Indiens et sur rapport le delà- 



10 IL REMONTE LE BIO PARANA. 

vorable des rentrants , voyant qu'il était difficile d'espérer une 
heureuse réussite dans cette région , se décida à abandonner la 
rive nord du fleuve et à passer sur celle du sud. Il laissa donc à 
S. Salvador le plus grand de ses navires encore existants et s'en- 
gagea avec la Caravela et la Brigantina dans le principal bras 
méridional du Paranâ, appelé aujourd'hui le Rio de las Palmas ^^ 

11 arriva , en remontant le courant , dans la région (à Zarate) où 
les berges s'élèvent à l'approche du fleuve, et en continuant de les 
longer il pénétra bientôt dans ce vaste et large cours d'eau (à 
S. Pedro). Celui-ci conserve encore longtemps une rive élevée au 
sud , tandis que de larges îles basses forment sa rive au nord. 
Plus loin les deux rives changent d'aspect; les hauteurs s'abaissent 
au sud à l'embouchure du Rio Garcaranal , tandis que le sol se 
relève au nord à Punta Gorba, un peu au sud de Diamante , jus- 
qu'auprès du fleuve. Cabot fit halte ici près de la rive méridio- 
nale, pénétra dans la large embouchure du Carcaranal, dans It 
bras du Paranâ qui vient de Santa Fé et y fonda un second fort, 
S. Espiritus (ou Espiritu santo). Cette région porte encore le 
nom de Rincon de Gaboto*^ 

Les Indiens de cette contrée se nommaient Caracaras ; plus 
tard, il apparaissent sous le nom de Timbos. Ils étaient d'un 
caractère doux et bien différent des Charmas du Banda oriental. 
Ce fut le principal motif qui décida Cabot dans le choix de la po- 
sition d'un établissement. Pendant qu'il était ainsi occupé, il 
envoya un de ses navires à S. Salvador pour y faire connaître 
sa situation. Il expédia en même temps en Espagne quelques 
morceaux d'argent que Ton avait obtenu par échange des Indiens 
établis à S. Espiritus. Ils devaient être présentés au roi avec 
une relation, afin de justifier ainsi le changement de direction 
adopté ^^ Ses deux envoyés étaient FAngiais Georg Barlow, qui, 
à moitié son compatriote, lui était fidèle et dévoué, et l'Espagnol 
Ilernando Caldcron, payeur de l'expédition, également homme 
de confiance et sans ambition personnelle. Tous deux parvinrent 
heureusement en Espagne et furent présentés au roi le 15 octo- 
bre 1527 à Tolède. 



EXPLORATION DU BIO PARAGUAY. ü 

Les morceaux d'argent et quelques objets de parure en orque 
les Indiens portent excitèrent aussitôt l'avidité des Espagnols. 
Gomme d'après le dire des sauvages, ils tiraient ces métaux de 
l'intérieur au nord-ouest, Cabot envoya dans cette direction un 
certain César et quatre Espagnols, avec commission d'étudier les 
ressources du pays et de reconnaître la provenance de l'argent. 
Après l'achèvement du fort de St-Esprit , il se remit lui- 
même en route vers le nord, en remontant le cours du fleuve. Il 
laissa au fort un officier, Gregorio Caro, comme commandant 
avec soixante soldats. Les deux navires qui restaient encore parti- 
rent pour cette excursion le 23 décembre 1527. On choisit le bras 
latéral du fleuve (jui s'ouvre dans le Garcaranal, près du fort, et 
s'appelle Rio de Carunda. Il se détache du cours principal beau- 
coup plus au nord et se relie avec une autre artère analogue, le 
Rio Golastine. Ce fut par cette voie que l'on atteignit pour la pre- 
mière fois le grand bras du Paranâ. Après une navigation de 
120 lieues au milieu de nombreuses difficultés, on arriva au 
point de jonction du Rio Paranâ avec le Rio Paraguay (27° 1 6'). Le 
premier étant le plus large. Cabot le choisit pour s'y engager. Il 
le remonta jusqu'à l'île Apipé (59° 10' à l'ouest de Paris). Arrivé 
en cet endroit, les Indiens l'informèrent qu'il rencontrerait beau- 
coup d'obstacles à la continuation de son voyage en amont du 
fleuve à cause des rapides, des écueils et des cascades. Ils lui 
apprirent aussi, à son étonnement, qu'un nouveau navire avait 
pénétré depuis peu dans l'estuaire du Rio de la Plata, nouvelle 
qui leur était déjà parvenue par terre. Il se décida alors au re- 
tour et arriva de nouveau, le 28 mars 1528, devant l'embouchure 
du Paraguay où il s'engagea. Peu au-dessus du confluent avec le 
Paranâ il rencontra un grand affluent venant de l'ouest, que les 
Indiens nommèrent Lepeti (aujourd'lmi Rio Vermejo). En cet 
endroit de nombreuses barques chargées d'Indiens essayèrent de 
lui barrer le passage". Cabot fit d(îscondre dans un canot un 
officier, Michael Rifas, avec vingt soldats, pour s'entendre avec 
les Indiens. Ils se laissèrent attirer à terre par ceux-ci et lurent 
aussitôt attaqués et mis en déroute dans les épais fourrés du ri- 



12 ORIGINE DU NOM DU RIO DE LA PLATA. 

vage. Rifas tomba avec quinze soldats, deux furent laits prison- 
niers '% et trois seulement regagnèrent le navire. Ces Indiens, 
qui se nommaient Agazes , devinrent encore plus audacieux. Ils 
attaquèrent le navire, mais furent repoussés à coups de canon et 
de fusils et Cabot put continuer son voyage. Mais depuis ce mo- 
ment on eut à subir des attaques continuelles. Cabot se décida 
donc au retour, après avoir probablement atteint le rétrécissement 
sous le 25° 33' et reconnu des obstacles encore plus grands que 
ceux surmontés jusqu'alors. 

Le retour se fit heureusement et sans difficulté sérieuse. On 
repassa bientôt au confluent des deux grands fleuves et continua 
de descendre. Alors on aperçut, à l'étonnement général, un na- 
vire remontant le courant et en le rejoignant on reconnut le navire 
déjà annoncé par les Indiens de l'île Apipé. Il était sous la con- 
duite de Diego Garcia *^ Cette rencontre ne pouvait être agréable 
à Cabot; car il n'oubliait pas qu'il n'avait pas été envoyé pour 
explorer le Rio de la Plata, mais pour une expédition aux Molu- 
ques. Il avait modifié le but de sa propre autorité et trompé ainsi 
les espérances des négociants de Séville, qui avaient contribué 
aux frais de l'entreprise. Ces réflexions le portèrent sans doute à 
faire un accueil amical aux nouveaux venus et à les inviter à re- 
venir avec lui à S. Espiritus pour s'y entendre sur la conti- 
nuation de l'entreprise. Diego Garcia accepta la proposition ; 
mais il vit bientôt que son désir de continuer le voyage avec la 
direction dans ses mains et en obéissant aux ordres qu'il avait 
reçus d'explorer seul le Rio de la Plata ne serait jamais agréé par 
Cabot. Il se décida donc à retourner en Espagne pour y faire son 
rapport. Cabot, à la suite de cette décision, se trouva dans un 
assez grand embarras. Dans ces circonstances, il pensa que e 
mieux était d'attendre le résultat de son envoi en Espagne et de 
rester tant bien que mal avec son équipage à S. Espiritus. 

Nous savons déjà que les envoyés de Cabot, grâce à l'argent 
qu'ils apportaient, furent bien reçus par le roi à Tolède et que 
dans l'espérance de tirer de là encore plus d'argent, il leur promit 
son appui pour la continuation de l'entreprise. C'est sans doute à la 



EVENEMENTS APRES LE RETOUR DE CAROT. 13 

vive impression que ce peu d'argent fit sur Charles-Quint et son 
entourage qu'est dû le nom de Rio de la Plata, donné au grand 
fleuve sur les rives duquel on l'avait trouvé. Il ne semble pas que 
Cabot lui-mènic se soit servi de ce nom ; car on ne le rencontre 
pas encore sur la carte de 1529. 

Pendant deux années presque complètes Cabot attendit vaine- 
ment à S. Espiritus l'arrivée des secours promis. Enfin il se 
décida au retour et l'exécuta avec son grand navire stationné à 
Tembouchure. Il revint en Espagne -% où il arriva en 1530. Avec 
l'insuccès complet de son expédition, il ne devait plus inspirer 
confiance à personne pour de nouvelles entreprises. Il le sentit 
bien lui-même et reconnut que sa position en Espagne n'était 
plus tenable. Il donna sa démission et rentra au service du roi 
d'Angleterre, Edouard VI. Il y mourut probablement en 1557 ^K 

La colonie de S. Espiritus se maintint quelque temps dans 
un état prospère. On vivait en relations amicales avec les Indiens, 
lorsqu'un événement imprévu vint mettre fin à l'existence paisi- 
ble des Espagnols '^'^ Uù chef indieu, du nom de Mayoré, s'éprit 
d'amour de la femme d'un officier espagnol et résolut de s'en 
emparer par la force. Il attendit le moment où une troupe de 
quarante soldats, sous la conduite de Ruy Diaz Morquera, était 
sortie pour aller se ravitailler au loin et tomba sur les quelques 
personnes demeurées dans le fort, les massacra presque toutes et 
enleva la jeune femme. Mais comme elle refusa énergiquement 
de répondre à ses désirs, il la tua aussi avec son mari. Les Indiens 
attaquèrent Morquera et ses soldats à leur retour. Ils se défendi- 
rent courageusement et se retirèrent dans le petit navire que 
Cabot leur avait laissé. Ils descendirent le fleuve et arrivèrent 
heureusement au Brésil, d'où ils revinrent au Rio de la Plata 
avec le navire que Gonzalo de Mendoza y conduisit en 15^6 avec 
des objets de ravitaillement. 

Après le retour de Cabot et la destruction de l'établissement 
fondé par lui à S. Espiritus, il nous reste encore a raconter les 
aventures de César et ses quatre compagnons envoyés par Cabot 
pour explorer l'intérieur avec ordre de se diriger au nord-ouesl. 



U FIN DE L'EXPÉDITIOiN. 

Ils devaient revenir au bout de trois mois ; mais on ije les vit 
pas rentrer pendant les deux années que Gabot resta encore dans 
le pays. César reparut à S. Espiritus seulement après une 
absence de trois ans et y apprit le départ de Cabot et la ruine des 
Espagnols laissés par lui. Il se décida à pénétrer de nouveau à 
l'intérieur en suivant la même route. Ce qu'il y avait vu avait plus 
d'attrait pour lui que le Rio Paranâ et Espiritu Santo. Si nous en 
croyons les récits de César, tels que Guzmanles reproduit -\ dans 
son premier voyage il s'était arrêté dans les plaines fertiles de 
l'intérieur de la Bolivie, à peu près dans la région de Santa-Criiz 
de la Sierra ou Cochamba, chez des Indiens avec lesquels il vécut 
en bonne intelligence. Il avait suivi la route, déjà utilisée par les 
Indiens et très-viable, par Tucuman, Jujuy et Tarija. Cette route 
était le chemin d'étapes des troupes des Incas. Il entendit parler 
de la richesse du Pérou (1528-30), non encore conquis -^ Il re- 
tourna dans les mêmes régions à son second voyage en 1 531 . 
N'ayant point de bêtes de transport, il ne pouvait avancer que 
lentement et rentra en Bolivie au moment de la chute de l'em- 
pire des Incas. A cette nouvelle, il se mit en route pour le Pérou, 
traversa les Cordillères et rejoignit ses compatriotes qui s'étaient 
déjà avancés jusque dans la région de Cuzco. Il fut le premier 
Européen qui, parti du Rio delà Plata, traversa l'Amérique méri- 
dionale jusque sur le rivage de l'océan Pacifique au Pérou et put 
arriver à Lima par ce chemin. 

La seconde expédition au Rio de la Plata se termina donc aussi 
malheureusement que la première. Le pays du fleuve de Targent, 
après ces tentatives, ne semblait guère propre a attirer de son côté 
l'esprit d'entreprise et de conquête des Espagnols, excité alors au 
plus haut degré par les succès de Cortez au Mexique et par les 
débuts audacieux de Pizarre au Pérou. Mais la passion des aven- 
tures une fois éveillée, ^habitude des caractères entreprenants 
de négliger les fatigues et les dangers des uns pour ne voir que 
les Succès des autres ne laissa pas durer beaucoup ce temps 
d'arrêt, et bientôt ime troisième grande expédition reprit la route 
abandonnée sans succès par les navires de Cabot. 



III 



TROISIÈME EXPÉDITION AU RIO DE LA PLATA SOUS LA CONDUITE 

DE D. PEDRO DE MENDOZA. 

1535 — 1537. 

Les nouvelles des succès incroyables de Pizarre qui arrivèrent 
en Espagne en 1584 émurent au plus haut degré les populations 
de l'Europe presque entière. Tout le monde s'intéressa à des 
événements aussi inouïs, et beaucoup s'empressèrent de s'offrir 
pour des expéditions semblables. Riches et pauvres, grands et 
petits, vinrent à l'envie faire offre de leurs navires au gouverne- 
ment. Au milieu de ces circonstances le nom du fleuve argenti- 
fère résonnait agréablement auprès de nombreuses oreilles. Si l'on 
ne devait pas recueillir de grands trésors immédiatement sur ses 
rives, il serait au moins facile, croyait-on, de s'y avancer vers le 
Pérou et de s'y approprier une partie des gisements aurifères que 
ce riche pays renfermait. Tel était le principal mobile qui sti- 
mulait les promoteurs do nouvelles expéditions. 

D. Pedro de Mendoza, seigneur d'un haut rang et très-con- 
sidéré à la cour comme membre d'une des premières familles 
d'Espagne, se mit sur les rangs. Il se recommandait encore par la 
part qu'il avait prise à la guerre de peu de durée sous le conné- 
table de Bourbon en Italie, bien que, d'après les on dit, il se fût 
enrichi par des procédés d'une délicatesse douteuse au pillage de 
Rome. 11 proposa au gouvernement de faire à son propre compte 
une expédition au Rio de la Plata dans le but d'y ouvrir une route 
directe vers le Pérou. Il demandait a être le Seul chef et le titre de 
lieutenant du roi dans la nouvelle colonie, avec un traitement 
annuel de 2 000 ducats pris sur ses revenus et soumis à la rete- 
nue du cinquième habitui^l en fav:3ür de l'Etat. Le gouvernement 
n'hésita pas à accepter ces propositions. Unarrang(»ment (aBi<»nto) 
par écrit fut conclu avec Mendoza dans lequel, av(»c le titre iVA - 
delanta do, on \\n dontiait l'administration de tous les pays à con- 
quérir. Mendoza, de son côté, s'engageait à rétinir mille honnnes 



16 INTEllVENTION DES NÉGOCIANTS ALLEMANDS. 

bien équipés, à les entretenir pendant une année et à emmener 
avec lui des ecclésiastiques pour convertir sur-le-champ les 
Indiens au christianisme. On leur recommandait de les traiter 
avec douceur. Cette dernière obhgation, imposée à la requête 
particulière de Charles-Quint, prouve combien l'empereur avait 
à cœur les progrès du christianisme dans ses Etats et combien, à 
cet égard, il ressemblait a sa grand'mère Isabelle, surnommée la 
Catholique, qui s'inquiétait d'une manière toute particulière du 
salut de l'âme des Indiens. Cependant l'ardeur de faire des con- 
versions dégénéra bientôt alors, comme plus tard sous Philippe H, 
en une persécution indigne. Les pauvres Indiens avaient vécu 
beaucoup plus heureux dans leurs croyances payennes, que lors- 
qu'ils se furent fait baptiser. Le despotisme orgueilleux des Espa- 
gnols n'admettait que l'humble soumission d'esclaves à laquelle 
les Indiens baptisés eux-mêmes furent bientôt réduits. 

Lorsque le traité conclu par Mendoza avec le gouvernement 
fut rendu public, un si grand nombre d'hommes accoururent à 
lui, qu'au lieu des mille hommes stipulés, il put constituer une 
troupe de deux mille cinq cents individus choisis et en renvoyer un 
nombre égal. VAdelantadd, débordé par une telle affluence, se 
hâta de se mettre en route pour échapper à de nouvelles deman- 
des. Il quitta Séville le M août 1534, accompagné de ses officiers 
et leva l'ancre le 1" septembre dans le port de Saint-Lucar. 

Parmi les navires, il s'en trouvait un équipé par les négociants 
d'Augsbourg, Jacob Weiser et Sébastien Neidhart, pour aller 
commercer au Rio de la Plata avec Henri Peine comme leur 
facteur. L'équipage de ce navire se composait d'Allemands et de 
Flamands enrôlés par ces négociants. A la première nationalité 
appartenait un certain Ulrich Schmidt de Straubingen, en Bavière, 
qui s'était laissé enrôler comme soldat, afin d'aller voir par lui- 
même les merveilles du nouveau monde. Il resta vingt ans dans 
le pays, et écrivit à son retour, en 1554, une relation de ses aven- 
tures, qui est le plus ancien document historique sur ces contrées 
et comme description par un témoin oculaire a une grande impor- 
tance pour leur connaissance -^ Lagrande importance commerciale 



RÉUNION AUX CANAKIES. 17 

d'Augsbourg à cette époque et la prédilection de l'empereur 
pour cette ville expliquent facilement la part que les négociants 
allemands prirent à l'expédition. Ce fut sans doute pendant 
les fréquents séjours que Charles-Quint fit à Augsbourg, où les 
Fugger lui servaient de banquiers, qu'il accorda cette permission 
aux riches négociants nommés plus haut, de même que dans l'ex- 
pédition de Cabot, ceux de Séville y avaient été admis à leur 
propre compte. On sait que les Weiser et plus tard les Fugger 
firent de semblables entreprises, et une colonie allemande, leur 
propriété, exista longtemps au Venezuela. Elle était administrée 
par des fonctionnaires allemands. Elle ne fut rachetée par l'État 
aux Fugger que plus tard, lorsque la couronne d'Espagne sortit 
de la maison royale d'Autriche'-*. 

Poussée par un vent favorable, la flotille arriva bientôt aux îles 
Canaries, où, comme de coutume, on fit une longue halte pour y 
compléter l'organisation qui n'avait encore été fixée que dans ses 
traits généraux. Mendoza, qui était devant Ténériffe, réunit tous 
ses officiers, leur recommanda la plus grande attention dans leur 
service, la traversée de l'Océan étant exposée à de nombreux périls, 
et désigna les personnes à qui on devait obéir en cas de malheur. 
Il choisit pour premier commandant au-dessous de lui Juan Oso- 
rio, officier de mérite, qui avait fait la campagne d'Italie à côté de 
lui et que les soldais respectaient beaucoup. Le frère de Mendoza, 
Diego, fut nommé amiral de laflotte, et vice-amiral Juan de Ayolas 
(ou Oyolas, comme d'autres écrivains le nomment), l'ami particu- 
lier de l'Adelantado. Le procurateur royal fut Franz de Alvarado et 
Juan de Carabajal son subordonné. Guzman désigne encore cin- 
quante officiers de l'expédition, qui presque tous appartenaient aux 
familles les plus considérables du pays. Nous nous contenterons 
de citer seulement les noms de ceux qui joueront un rôle dans lo 
cours de l'histoire. Avant tout autre, il faut nommer Domingo Mar- 
tinez de Yrala (ou Irala), Biscayen de naissance et le véritable fonda- 
teur de la colonie de la Plata; ensuite, deux parents de Mendoza, 
D. Gonzalo et D. Francisco de Mendoza, qui avait été intendant de 
la maison du frère du roi, plus tard l'empereur Ferdinand. Juan 

REP. AllC. — I. 2 , 



18 AVEiYrUKE DU NAVIRE AI.LEMAND. 

de Cacerès accompagnait l'expédition comme payeur du roi et 
avait son frère Philipp avec lui; Carlos de Guevara comme facteur 
de la couronne et Nunez de Silva à titre d'alcade des établissements 
à fonder. Le frère de lait de l'empereur, Carlos Dubrin, s'y trou- 
vait aussi, et parmi les étrangers, on doit signaler en pi'emière 
ligne Fernando Centurion, Génois et ancien capitaine de mer sous 
André Doria; iaprès lui, le Flamand Simon Jacques de Ramua. 

Le navire sur lequel se trouvait Schmidt était stationné devant 
l'île Palma avec deux autres, sept étaient devant Gomara et le reste 
avec Mendoza à Téncriffe. Durant le séjour, qui dura quatre 
semaines, les Allemands eurent une petite aventure qui menaça 
de se terminer sérieusement. Un parent de l'Adelantado, D. Jorge 
de Mendoza, s'était rendu sur le navire allemand, peut-être à 
titre de surveillant. Pendant ces quatre semaines, il noua une 
intrigue d'amour avec la fille d'un des principaux habitants de 
l'île Palma, persuada la jeune fuie de l'accompagner et la nuit 
avant le départ l'emmena secrètement sur le navire. Cet enlève- 
ment ayant été connu à terre et Mendoza se refusant à rendre son 
amante, le navire reçut des bordées d'artillerie qui tuèrent un 
homme et empêchèrent le départ. Heureusement qu'un grand 
navire espagnol avec cent cinquante hommes se trouvait dans lé 
port de Palma. Le capitaine s'interposa et l'on envoya chercher 
VAdelaniado. Aidés du gouverneur des Canaries, ils apaisèrent 
le père de la jeune fille et D. Jorge Mendoza se déclara prêt à 
l'épouser et à rester avec elle à Palma. L'expédition continua sa 
route seulement après qu'on eut accompli le mariage avec beau- 
coup de pompe'-'. 

Des Canaries ont fit voile vers les îles du Cap-Vert, où la flotille 
se rassembla de nouveau. Le navire de Schmidt aborda à Saint- 
lago et s'y ravitailla de vivres frais. Il raconte qu'elle est habitée 
par des nègres et appartient au Portugal. De là on gouverna obli- 
quement à travers l'Océan et toucha à une île inhabitée, qui doit 
être l'île actuelle de Fernando Norunha'^V Après deux mois, on 
atteignit la baie de Rio de Janeiro (Nhiteroy), où l'on séjourna 
quatorze jours. L'Adelantado était malade; il souffrait d'une 



MEURTRE Ü'OSORIÜ A RJO DE JANEIRO 19 

goutte violente et désira se reposer quelque temps âterre. Schmidt 
raconte avec détails les circonstances de cette navigation-' et parle 
d'une île comme du point d'attérissage. Mais il y en a plusieurs 
dans la baie; peut-être était-ce la grande île du Gouverneur, située 
plus à l'intérieur que la capitale actuelle du Brésil. 

Il leur arriva ici un événement malheureux, qui fut interprété 
comme un présage de mauvaise augure pour l'expédition. Pendant 
Tarrêt, Mendoza avait désigné Juan de Osorio pour le remplacer, 
afin de se soigner plus tranquillement. Il est probable que l'affec- 
tion générale dont jouissait cet officier excita la jalousie des autres 
officiers, qui surent éveiller la défiance de Mendoza. 11 ordonna 
d'arrêter Osorio. Celui-ci se soumit, mais laissa échapper son 
mécontentement en paroles un peu vives contre l'Adelantado. 
Ce dernier s'emporta, prononça des imprécations contre Osorio 
et pi'obablement dit devant les dénonciateurs : « Je voudrais 
être débarrassé de ce traître. » Ce fut un ordre pour eux. Quatre 
d'entre eux, Juan Ayolas, Juan Salazar, Jorge Lugan et Lazaro 
Salazar, se précipitèrent sur Osorio et le tuèrent avec leurs 
poignards. Mendoza fit exposer publiquement son cadavre, en 
le dénonçant comme un traître, avec la menace de traiter ainsi 
tous ceux qui tenteraient de méconnaître son autorité. Mais l'opi- 
nion générale condamna ce meurtre, et tous les soldats regrettèrent 
la mort de ce chef courageux et juste. Plusieurs des officiers 
étrangers à l'affaire exprimèrent ouvertement leur mécontente- 
ment et parlèrent d'abandonner l'expédition pour se mettre en 
sûreté contre un traitement aussi injuste^*. 

Il faut encore dire que, durant cet événement, tout le personnel 
de l'expédition n'était pas rassemblé auprès de Mendoza. Une 
petite partie, séparée des autres par une tempête, s'était rendue 
directement au Rio de la Plata,sous la direction de l'amiral Diego 
. de Mendoza. Peut-être était-ce à dessein, parce qu'il n'était pas 
satisfait de la direction de son frère. 

La menace de plusieurs officiels d*abandonncr l'expédition 
détermina YAdelantado à reprendre soti voyage promptement. 
Il mit bietitôt à la voile, longea la côte vers le sud, passa devant 



20 ARRIVÉE AU RIO DE LA PLATA. 

la Laguna de los Patos et devant le cap Sa-Maria, pénétra dans 
l'embouchure du Rio de la Plata et vint jeter l'ancre à l'île Sainl- 
Gabriel, où il trouva son frère avec les autres navires. Lorsque 
celui-ci apprit le meurtre d'Osorio, il manifesta très-vivement sa 
désapprobation, et comme par une sorte de pressentiment de ce 
qui devait arriver, il prononça les paroles suivantes : « Plaise à 
Dieu que la mort de cet homme ne soit pas la cause de notre perte 
à tous. » 

Aussitôt arrivés, chefs et soldats débarquèrent en grand nombre, 
mais ils ne trouvèrent qu'un village de sauvages Charmas, qui se 
montrèrent peu empressés et n'avaient comme aliments que des 
poissons et la chair des animaux tués à la chasse. Ils étaient en- 
tièrement nus ; les femmes seules portaient un morceau d'étoffe 
de coton enroulé, qui descendait de la ceinture jusqu'aux genoux. 
On estima cette population sauvage à deux milles individus. 

Mendoza reconnut bientôt qu'il n'avait rien à espérer de ces 
gens. Il ordonna donc de se rembarquer pour passer sur l'autre 
côté du fleuve. Schmidt estime sa largeur en ce point assez 
exactement à huit lieues. UAdelantado envoya en avant un canot 
sous la conduite de son beau-frère, D. Sancho del Gampo, pour 
trouver un point d'attérissage. Celui-ci s'élança à terre en s'écriant : 
que buenos aires son los de este suelo, d'où est venu le nom de 
la ville de Buenos-Ayres. Il revint annoncer que la contrée était 
plate, l'air doux, le pays ouvert et bien approprié pour y fonder 
un établissement. Mendoza ordonna le débarquement, non pas 
sur le rivage élevé où se trouve actuellement Buenos-Ayres, mais 
un peu plus au sud dans le voisinage de l'embouchure du Ria.- 
chuelo, là où s'étend la plaine entre Barracas et Buenos-Ayres. 
On débarqua en même temps que les hommes et les armes 
soixante-douze chevaux, étalons et juments ^^ 

On s'occupa aussitôt de baraquements pour les soldats, et le . 
2 février 1535, Mendoza posa solennellement la première pierre 
d'un fort de forme carrée (^OO pieds de côté), avec remparts et 
fossés. Il s'y fit construire pour lui-même une grande maison en 
briques cuites, dont la matière fut empruntée au sol argileux des 



COMBAT AVEC LES QÖEHANDIS. ^21 

berges élevées du fleuve-. Il appela son établissement Sa-Maria de 
Buenos-Ayros. Les baraques furent couvertes avec de la paille 
formée avec les joncs du ruisseau voisin, et l'on lira le bois des 
fourrés de saules qui bordaient les rives. Il n'y avait ni forêt, ni 
pierre dans la contrée pour y construire plus solidement. On ne 
voyait de forêt qu'à une distance considérable au nord. 

Schmidt, dont les indications, en qualité de témoin oculaire, 
sont préférables à toutes autres, raconte qu'on trouva près du point 
de débarquement un village d'Indiens, avec environ trois mille 
habitants. Ils se nommaient Carendis ou plus exactement Que- 
randis. Ils marchaient nus comme les Gharruas, les femmes seules 
portant par devant un court tablier. Ils n'usaient d'autre nourri- 
ture que du poisson et la chair de leur gibier. Ils faisaient de 
longues courses pour se pourvoir (jusqu'à 30 lieues), et manquant 
souvent d'eau, ils buvaient sur le sol le sang des animaux tués, 
parmi lesquels il est question de cerfs. Ils utilisaient aussi pour 
calmer leur soif le suc d'une racine que Schmidt appelle cardes 
(chardon). 

Pendant quatorze jours, les Indiens vinrent échanger avec les 
Espagnols les provisions alimentaires qu'ils avaient, puis ils se 
retirèrent et ne revinrent plus, chassés sans doute par la conduite 
arrogante dos étrangers et par les exigences sans nombre qu'on 
voulait leur imposer. L'Adelantado envoya auprès des Indiens le 
juge Juan Pavon^-^ avec deux soldats, pour aller chercher des 
vivres. Mais ils n'obtinrent rien et furent même chassés par les 
Querandis et un d'entre eux blessé. Cette nouvelle excita la colère 
des Espagnols. Mendoza résolut de châtier sévèrementles Indiens 
et dans ce but envoya son fière Diego avec trente cavaliers bien 
armés et trois cents lansquenets pour attaquer les Indiens dans 
leur village, enlever tous les vivres et y construire un petit fort. 
Schmidt, qui prit part à cette expédition, ne cite aucun personnage 
d'importance, mais donne brièvement le résultat. Les Indiens 
étaient à peu près au nombre de quatre milles hommes. Ils se 
défendirent courageusement et abandonnèrent la place. Diego 
Mendoza, six cavaliers et vingt hommes avai(Mit été fraj^pés umr- 



24 TRISTE SITUATION DES ESPAGNOLS. 

tellement, beaucoup étaient blessés grièvement. Guzman est au 
contraire très-long dans la description du combat. Il nomme les 
chefs et les morts, place le théâtre du combat dans un bas-fond 
marécageux, au milieu duquel serpentait un petit fleuve dont les 
Indiens avaient défendu l'approche. Les Indiens étaient armés 
d'arcs, de flèches et d'épieux munis de pointes en fer. En outre, 
ils avaient encore des lassos, armes très-dangereuses pour les 
Espagnols. Ils les maniaient avec une grande habileté, inquiétant 
surtout les chevaux, leur enlaçant les jambes et faisant tomber à 
terre bête et cavalier. C'est de cette façon que Mendoza et les 
autres officiers perdirent la vie^^ Enfin, dit Schmidt, les ennemis 
s'enfuirent, nous pénétrâmes dans le village, mais on n'y trouva 
que de la viande, du poisson desséché, dont la graisse et le corps 
étaientréduits en poudre qu'on pourraitappeler farine de poisson^^; 
en outre de nombreuses peaux de martre et de couleuvre, les- 
quelles sont très-communes dans le pays. On laissa une garnison 
dans le village des Querandis. On pécha avec les filets des Indiens, 
afin de se procurer des vivres pour tout le mond^. Mais les por- 
tions étaient petites ; chaque soldat recevait seulement un poisson 
tous les trois jours. Celui qui, dit naïvement Schmidt, voulait 
manger plus, pouvait s'en aller pêcher lui-même ^^ 

L'Adelantado fut très-découragé par la perte de son frère et 
d'autres braves officiers. Le chagrin et le mauvais régime 
accrurent les souffrances de sa goutte, surtout lorsque quelques 
jours plus tard on trouva un autre officier, le capitaine Medrano, 
assassiné dans son lit. C'était un des diffamateurs d'Osorio et il 
était coupable de sa mort. On ne réussit pas à découvrir l'au- 
teur du crime, protégé par le mauvais vouloir général. Mendoza 
se montra craintif même en face des Indiens. Il fit renforcer l'en- 
ceinte du camp qui était en mauvais état. D'après Schmidt, on 
détruisait un jour ce qu'on avait élevé le précédent. La maison 
de briques construite pour l'Adelantado ne devait pas non plus 
être élégante ; il manquaient de tous les matériaux nécessaires, 
de chaux et de bois de construction. Afin de pourvoir plus aisé- 
ment aux besoins de la situation, Mendoza divisa son armée 



EXPÉDITIONS EN AMONT Dû FLEUVE. 23 

en deux troupes, dont l'une devait exécuter les travaux pendant 
que l'autre veillerait au ravitaillement et à la protection de 
tous. 

Les poissons devenaient chaque jour plus rares devant le grand 
nombi'e d'hommes à nourrir. On dut encore diminuer les rations 
et chaque homme ne reçut plus que six onces de iarine par jour. 
La lamine poussa à user de toutes sortes de moyens pour se pro- 
curer des vivres. Trois Espagnols ayant tué secrètement un che- 
val, furent condamnés à être pendus par le juge Ruiz Galan, 
homme dur et généralement détesté. Mais, dans la nuit même de 
l'exécution, trois autres allèrent dépouiller les parties charnues 
des membres des cadavres et s'en nourrirent. Un autre dévora* 
son frère déjà mort de faim. Les chiens, rats et chats des navires 
furent avidement dévorés. Tous les serpents, tortues et oiseaux 
que l'on pouvait prendre servaient à la nourriture. Le cuir des 
armes et des chaussures lui-même ne fut pas épargné. La peste 
éclata au milieu de ces affamés et ceux qui avaient échappé à la 
faim moururent de maladie. Déjà la moitié des 2,500 hommes 
emmenés par Pedro de Mendoza au Rio de la Plata avaient 
succombé sous le coup de ces misères. 

Cette situation ne pouvait se prolonger plus longtemps et on 
chercha des moyens pour y remédier. Plusieurs expéditions 
furent organisées pour aller chercher des vivres. Une, sous la 
conduite de Juan de Ayolas, devait remonter le Paranâ et 
nouer des relations avec les populations éloignées. Une seconde 
devait, dans le même but, explorer les îles voisines entre les em- 
bouchures duParanà; une troisième enfin, sous Gonzalo de Men- 
doza, faire voile pour le Brésil afin de s'y approvisionner. Schmidt 
se trouvait dans la seconde troupe. Ils passèrent dans les 
îles avec quatre petits navires chacun de quarante hommes 
d'équipage, plusieurs canots et des yoles. Ils y rencontrèrent une 
nombreuse population et plusieurs établissements Indiens'*. 
Mais à l'approche des navires les hommes prenaient la fuite à l'in- 
térieur, emportant avec eux ce qu'ils avaient ou brûlant ce qu'ils 
ne pouvaient emporter. La détresse s'accrut peu à peu sur les 



n ATTAQUE DES INDIENS. 

navires comme à terre. Chaque homme ne reçut plus que trois 
demi-onces par jour et la faim eut bientôt fait périr la moitié des 
équipages, ainsi que Schmidt nous le raconte en témoin oculaire. 
On dut songer au retour et rentrer au campement les mains vides 
comme on était parti ^\ La vue du petit nombre des rentrants 
accrut le découragement et bientôt on en arriva au désespoir le 
plus complet. 

Cependant la situation désespérée des Espagnols n'était plus 
un mystère pour les Indiens. Ils formèrent le projet de leur 
anéantissement complet et les tribus voisines y prirent part. On 
résolut d'attaquer le fort et de massacrer tous les Espagnols. Schmidt 
»nous décrit l'attaque . Elle eut lieu un mois après son retour de 
la dernière expédition, et l'on vit s'avancer une armée forte de 
23,000 hommes. Quatre peuplades, les Querandis, Bartenes, 
Charruas et Timbos s'étaient coalisés dans ce but. Mais Azara 
pense que tout cela est exagéré et que tous les Charruas qui ha- 
bitaient sur l'autre côté du fleuve ne possédaient pas de canots 
pour le traverser. Ceci est vraisemblable, car aucun écrivain n'a 
parlé de barques et de leur emploi par les Indiens. Les Timbos 
également, qui habitaient dans le haut Paranâ, sur le territoire 
actuel de Rosario et remontaient loin au nord étaient trop éloi- 
gnés pour venir en aide aux Querandis. Ces derniers seuls, avec 
leurs voisins des îles du Paranâ, les Guaranis, menèrent l'attaque. 
Ils ne pouvaient pas être 23,000 hommes, car, à ce moment, 
10,000 assaillants auraient formé une troupe plus que suffisante 
contre les Espagnols. L'attaque eut lieu le jour de la Saint-Jean 
(24 juin) de l'année 1535. Elle échoua complètement, les Indiens 
manquant de moyens pour escalader des retranchements bien dé- 
fendus. Les plus courageux s'approchèrent jusque dans le fossé 
au pied du mur et tâchèrent d'atteindre les Espagnols avec leurs 
longues piques, tandis que d'autres décochaient sur les barra- 
quements des flèches enflammées et y déterminèrent un incen- 
die. Mais ils ne purent pénétrer dans l'enceinte. Les décharges 
de mousqueterie en tuèrent beaucoup devant les fossés et la 
grosse artillerie des navires faisait feu au milieu des masses. Les 



MENDOZA PAKT CHEZ LES TIMHOS. 25 

Indiens attaquèrent aussi les navires et ils parvinrent à en incen- 
dier quatre des plus rapprochés du rivage en leur lançant 
des flèches enflammées. Les équipages se sauvèrent avec 
peine sur les plus grands stationnés plus loin. Avec leurs ca- 
nons ils éloignèrent les Indiens et firent de si grands ravages par- 
mi eux, qu'ils se retirèrent et abandonnèrent l'assaut. Les Espa- 
gnols perdirent dans cette affidre un enseigne et trente soldats. 
Si les Indiens avaient eu plus de persévérance et bloqué les Espa- 
gnols, ils les auraient probablement épuisés et vaincus. 

On ne pouvait plus songer à rester en cet endroit funeste ; on 
se prépara au départ. Déjà Mendoza songeait à retourner en Es- 
pagne et faisait ses préparatifs, lorsque Ayolas revint de son ex- 
pédition dans le haut Paranâ et apporta l'heureuse nouvelle que 
là habitaient des peuplades amies, les Timbos, avec lesquels on 
pourrait nouer des relations pacifiques. Ceci détermina l'Adelan- 
tado à renoncer au retour et à aller chez les Timbos. Il ordonna 
de tout préparer pour le départ . Il voulut auparavant passer une 
revue de sa troupe et constata que des ^,500 hommes partis avec 
lui il ne lui restait plus que 5G0 soldais affaiblis et épuisés par la 
faim. Il laissa 160 hommes sous le commandement de Juan 
Romero, partie sur les grands navires stationnés dans le fleuve, 
partie dans le fort sous les ordres de Frantz Ruiz Galan et Nufio 
de Silva. Il divisa les 400 autres en deux troupes et envoya en 
avant une moitié sur les navires les plus légers, sous la direction de 
Juan de Ayolas, pour arriver chez les Timbos aussitôt que possible. 
Il suivit lui-même avec l'autre moitié, ne s'avançant que lente- 
ment, affaissé sous la douleur. Cinquante hommes périrent 
encore d'épuisement par suite de la famine pendant ce voyage.' 

Les Timbos étaient ces mêmes Indiens chez qui Cabot s'était 
déjà fixé cinq ans auparavant et avait fondé le fort S. Espirilus 
Us appartenaient à la grande famille des Guaranis ^', qui habitait 
la rive occidentale et méridionale du Rio Paranà et possédait im 
caractère plus doux et moins belliqueux. Ayolas à sa première 
rencontre avec eux reconnut aussitôt leurs bonnes qualités. II 
laissa le capitaine Alvarado avec 100 hommes pour préparer 



26 ARRIVEE CHEZ LES TIMROS. 

l'arrivée de l'Adelan^ado avec toute l'armée pendant que lui- 
même revenait sur ses pas apporter cette bonne nouvelle. Tout 
le monde était joyeux lorsqu'on eut atteint le nouveau poste. Don 
Pedro de Mendoza, afin de sceller l'amitié avec le cacique Ghara- 
Guazu, qui était venu le recevoir en canot, lui fit présent d'une 
chemise, d'un bonnet rouge, d'une houe et de quelques autres 
bagatelles. Il nomma l'établissement à fonder Corpus Christi, 
nom que les soldats changèrent en Buena Esperanza. Les 
Timbos marchaient com.plétement nus, les femmes seules portaient 
un tablier court ; tous, jeunes et vieux, avaient un aspect égale- 
ment laid. Ils se perçaient le nez et fixaient dans les trous de pe- 
tites pierres bleues ou blanches façonnées en forme d'étoile. Ils 
ne vivaient que de chasse et de pêche, pour laquelle ils allaient 
dans les îles voisines sur des canots qui pouvaient porter jusqu'à 
seize hommes. Beaucoup d'entre eux, au nombre de 400 
environ, vinrent à 4 milles au devant des Espagnols dans ces ca- 
nots, mais la plus grande partie de la peuplade, que Schmidt 
estime à 15,000 hommes en état de porter les armes, se 
tint à distance. 

On ne sait pas exactement où le nouvel établissement fut placé. 
Il est probable qu'il n'était pas loin de l'ancien fort de Cabot, bien 
que, chose remarquable, ni Schmidt ni aucun autre écrivain n'en 
dit mot. Cependant, d'après Schmidt, il était distant de 84 lieues 
du fort de Buenos-Ayres et le voyage prit deux mois, ce qui nous 
place à peu près dans la région du Corunda. Il reste toujours 
étonnant qu'il ne soit fait aucune mention de Cabot et de son fort, 
lequel avait sans doute été détruit par les Timbos. Azara fixe 
l'endroit à 5 milles au sud du Corunda (Hist. cl. Parag. II. 83), 
ce qui serait un peu plus au Nord que le fort de Cabot ^' . 

Suivant Schmidt, l'établissement de Corpus Christi ou Buena 
Esperanza dura quatre ans, de 1535 à 1539, comme stalion des 
Espagnols. Cette dernière année, l'arrogance des conquérants 
croissant tous les jours amena encore leur perte. Ils étaient 
d'abord tout joyeux du nouveau séjour. On s'installa du mieux 
•possible pour vivre paisiblement. Mais, le regret de voir ses 



MOUT DE MENDOZA. 27 

espérances déçues d'atteindre promptement le pays de For, le 
Pérou, et de ne pouvoir récolter d'argent sur le fleuve, rendit 
bientôt l'Adelantado à sa mauvaise humeur. Sa goutte le tourmen- 
tait sans repos. Il se décida à retourner en Europe et à laisser la 
conduite de l'expédition à Juan de Ayolas qui possédait toute sa 
confiance. Dans ce dessein, il lui donna son pouvoir complet avec 
des instructions secrètes ^\ pour continuer les découvertes. Il lui 
prescrivait de remonter le fleuve et de choisir le point le plus con- 
venablepourpénétrerpar terre au Pérou; arrivé là, d'y conclure avec 
Almagro un arrangement de partage des conquêtes avec dédoma- 
gements convenables et de faire parvenir le traité à l'Adelantado 
en Espagne. Accompagné de 50 hommes, il retourna à Buenos- 
Ayres sur deux petits navires pour s'y embarquer. 

Arrivé ici, Mendoza ne trouva en vie que la moitié des 160 
hommesquiy étaient restés, encore ressemblaient-ils plus à des 
squelettes qu'à des hommes vivants. Ce spectacle détermina 
l'Adelantado à se hâter ; mais, pendant qu'il faisait ses préparatifs 
de départ, Gonzalo de Mendoza rentra de sa mission au Brésil 
avec des vivres frais et les Espagnols qui avaient échappé à la 
ruine du fort San Espiritus et s'étaient réfugiés au Brésil avec Mor- 
quera. Cette circonstance remonta si bien le courage des explora- 
teurs, que l'Adelantado abandonna son dessein de retour. Il en- 
voya aussitôt, sous la conduite de Juan Salazar et Gonzalo de Men- 
doza, des approvisionnements à Corpus Christi, avec de nouvelles 
instructions plus détaillées pour Ayolas (Azara. Hist. del Parag. 
II. 35.) et sembla avoir oublié ses souffrances. Mais aussitôt après 
son départ, il fut repris de son mal et forcé de rentrer. Il donna 
le commandement sur le Rio de la Plata au juge Franz Ruiz Ga- 
lan et s'embarqua pour l'Espagne sur deux navires pauvre- 
ment équipés. Des vents contraires ralentirent la traversée. 
La famine se fit sentir en mer et Mendoza se vit forcé de faire 
tuer son chien favori pour en manger la chair. Peu de temps 
après, il fut pris d'un accès de folie furieuse dont il mourut au 
bout de deux jours. Ceux qui, comme lui, avaient mangé de la 
chair du chien, tombèrent dans le même état et en moururent. 



28 AYOLAS KEMOi\TE LE FI^EIIVE. 

Les deux navires arrivèrent en Espagne à la fin de l'année 
1537. Ils n'apportaient avec eux rien autre que le testament de 
Mendoza, dans lequel il conjurait le gouvernement de continuer 
son entreprise et d'envoyer promptement des secours à la colonie 
du Rio de la Plata. 

Ici finit la grande expédition. Elle coûta la vie à plus de 2,000 
Espagnols et autres Européens, ne laissant dans le pays qu'une 
petite troupe d'hommes éprouvés et contraints par la nécessité de 
continuer l'entreprise avec leurs propres ressources. En dehors 
de l'équipage qui accompagnait Mendoza à son retour, personne 
ne revint en Espagne, excepté cependant un ou deux autres indi- 
vidus d'une constitution herculéenne comme Schmidt, qui, grâce 
à son vigoureux tempérament et à sa prudence, put échapper à 
toutes les misères. Le récit que les premiers revenus firent con- 
tenant la description de leurs malheurs lamentables n'était pas de 
nature à encourager personne à se jeter de nouveau dans des en- 
treprises si follement audacieuses. 



IV 

FONDATION DE LA COLONIE ESPAGNOLE AU PARAGUAY. 

1536—1540. 

L'expédition en amont du fleuve sous la conduite d'Ayolas, que 
don Pedro de Mendoza avait ordonnée avant son départ; de Corpus 
Christi, ne mit à la voile qu'assez tard. Tous les apprêts se firent 
avec précaution et on tint une réunion consultative de tous les 
officiers. Ayolas passa en revue tout son monde et trouva qu'avec 
les derniers arrivés de Buenos-Ayres, 550 hommes étaient encore 
présents. Il en laissa 150 dans le fort sous le commandement de 
Franz de Alvarado. Les 400 autres l'accompagnèrent avec les 
meilleurs officiers. Parmi eux se trouvait Schmidt, à qui nous de- 
vons la relation de l'expédition. Tout le monde fut embarqué sur 
huit petits navires, brigantins, canots à voiles et yoles. Après 



RKCIT DU VOYAGE. -21» 

i lieues de chen)in on arriva chez les Corundas, où on séjourna 
deux jours pour compléter les approvisionnements de vivres. On 
n'y trouva que de la viande, les Indiens ne connaissant et n'usant 
d'aucun autre aliment. Ils donnèrent comme guides atix Espa- 
gnols deux Carios faits prisonniers par eux. Vinrent ensuite les 
Calchaquis. Ils habitaient près d'un grand lac sur la rive gauche 
(évidemment la Laguna Setubal près de Santa-Fé). Ils ne possé- 
daient non plus aucune espèce de vivres. On séjourna quatre 
jours entiers chez eux. 

On lut ensuite deux semaines sans rencontrer aucune peuplade 
indienne. Le dix-huitième jour seulement on en vit de nouveau 
à 07 lieues des précédents. Ils habitaient sur la rive droite 
(orientale) du fleuve et se nommaient Macurendâs. D'après Azara 
leur véritable nom estQuiloasâs et ils étaient fixés près deCayesta. 
Par leur aspect comme par leur alimentation composée exclusi- 
vement de chair animale, ils ressemblaient aux populations pré- 
cédentes; mais leur idiome était un peu différent. On séjourna 
quatre jours en cet endroit. Les Espagnols y tuèrent un grand ser- 
pent (probablement le Boa aquatica). Schmidt estime avec exa- 
gération sa longueur à 25 pieds et son épaisseur égale k celle 
d'un homme. Il prétend l'avoir mesuré lui-même. Les Indiens 
qui redoutaient beaucoup cet animal, le nommaient Quiriyu. 

De ce point on parcourut en quatre jours 16 lieues jusque chez 
les Tucaqués. C'est ainsi qu' Azara interprète le nom tout à fait 
inintelligible donné par Schmidt. Cette peuplade de petite taille et 
assez obèse ne portait aucune espèce de vêtement et ne se nour- 
rissait aussi que de poisson et de viande. Azara place le siège de 
leur résidence dans les forêts de Mocorotâ. L'expédition s'arrêta 
seulement un jour chez eux et on arriva ensuite chez les Mapenis 
(Abipones), qui habitaient la rive occidentale et formaient une 
peuplade nombreuse et guerrière. Montés dans leurs canots ils 
reçurent les Espagnols à coups de flèches ^^ Mais lorsque les 
Européens repondirent avec leurs armes à feu et eurent tué plu- 
sieurs Indiens, ils se retirèrent dans los terres. Les Espagnols les 
poursuivirent, mais sans résultat. Le village, situé à une lieue du 



30 LES CARIOS APPORTENT DES ALIMENTS VÉGÉTAUX. 

fleuve, était, protégé par un lac et on ne put Tattaquer. Les Es- 
pagnols brûlèrent tous les canots dont ils purent s'emparer. 
Schmidt estime à 95 lieues la distance entre cette tribu et les 
Tucaqués. Ils devaient donc habiter assez loin dans leGranChaco 
actuel. 

En continuant toujours au Nord on arriva au confluent du Rio 
Paranâ et du Rio Paraguay, et, comme ses instructions lui pres- 
crivaient d'aller au Nord-Ouest, Ayolas s'engagea dans le dernier. 
On y rencontra la nation des Gurumobas (Mocobis). Ils accueil- 
lirent amicalement les Espagnols et leur offrirent le premier ali- 
ment végétal, la moelle dessiliques de l'Algarroba (Prosopis dul- 
cis)y dont ils faisaient aussi du vin. D'une haute taille, les hommes 
portaient des plumes de perroquet fixées dans les ailes du nez ; 
les femmes se peignaient des bandes bleues sur les joues et avaient 
un tablier de coton. Ils étaient éloignés de 40 lieues des Abi- 
pones. 

Après un court trajet de 35 lieues l'expédition atteignit l'em- 
bouchure d'un grand fleuve qui vient de l'ouest des montagnes 
des Tuchkami (Tucuman?), et prend le nom de Jepedi (Ypita). 
La peuplade des Agazes habitait sur ses rives. Montés sur leurs 
canots ils tentèrent de barrer le passage aux Espagnols, comme 
ils l'avaient fait à Cabot. Après avoir combattu courageusement 
et avoir tué 15 soldats ils furent contraints à la retraite. On les 
poursuivit à terre , mais sans leur rien prendre, car ils s'enfuirent 
promptement à l'intérieur avec ce qu'ils possédaient et leurs fa- 
milles. 

La continuation du voyage en amont du fleuve conduisit, 
50 lieues plus loin, l'expédition chez les Carios. Pour la première 
fois les Espagnols trouvèrent chez des Indiens des plantes cultivées, 
à savoir du maïs, du mandiocca et des bâtâtes, ainsi que la bois- 
son préparée avec la moelle de l'algarroba, substance que Schmidt 
prit pour du miel ''■^. En outre des animaux domestiques, des 
moutons aussi grands que des mulets, des poules et des oies: l'oie 
turque sauvage qui est encore aujourd'hui commune dans tout le 
pays du Paranâ. Semblables aux précédents, les habitants mar- 



SOUMISSION DES CAUIOS. 31 

chaient entièrement nus et portaient dans un trou percé dans la 
lèvre un stylet do pierre, de couleur jaune et de l'épaisseur d'un 
tuyau de plume. Schmidt prétend qu'ils mangeaient leurs prison- 
niers après les avoir longtemps engraissés afin de les rendre meil- 
leurs ; mais nous aimons mieux croire Azara et ne voir là qu'une 
calomnie. Toutefois cette coutume existe, dit-on, chez d'autres 
sauvages du Brésil, peu distants de là. Les Carios habitaient un 
village bien défendu, entouré de trappes, appelé Lambaré et situé 
sous le 45^ ^r 50" de L. S. Ils reçurent les Espagnols à coups de 
flèches, lorsque après être descendus à terre sous la conduite 
d'Ayolas, ils se présentèrent pour faire des échanges avec eux. 
Un combat assez vif commença aussitôt; mais les armes à feu des 
Espagnols le firent promptement tourner au désavantage des sau- 
vages. Ils s'enfuirent dans leur village et le défendirent pendant 
trois jours. La supériorité militaire des Européens l'emporta encore 
ici et les assaillants pénétrèrent dans la place après avoir perdu 
seize des leurs. Ceci se passait le jour de l'Assomption, 15 août 
4536 ^^ 

Après avoir ainsi constaté la supériorité des Espagnols, les 
Carios se décidèrent à abandonner la résistance. On se disposa à 
fonder un établissement et on commença par construire, avec 
l'aide des Indiens, une grande maison fortifiée, située un peu au 
nord du théâtre du combat, par 25* 46' 44". Ayolas et ses officiers 
y habitèrent, tandis que les soldats s'installèrent autour dans des 
baraques. Ce petit fort fut le commencement de la ville de 
l'Assomption qui a pris son nom du jour où eut lieu le combat 
des Espagnols avec les Carios. A partir de ce moment les Indiens, 
convaincus de plus en plus de la supériorité des Européens, se 
prêtèrent de bonne grâce à leur rendre toutes sortes de services 
et conclurent une union intime avec eux en leur offrant et leur 
cédant leurs filles. Chaque soldat eut à son service doux femmes, 
les chefs trois et pins et Ayolas sept, dont la plus âgée avait à peu 
près 48 ans. 

Afin de s'attacher ses nouveaux amis, Ayolas promit aux Carios 
de les venger de leurs ennemis, les Agazes, qui avaient comn)is 



32 DÉPART D'AYOLAS POUR LE PÉROU. 

quelques hostilités contre les Espagnols. Il concerta avec eux une 
expédition militaire contre ces derniers, à laquelle les Carios pri- 
rent part avec enthousiasme. 8000 Carios bien armés descendi- 
rent le fleuve avec 800 Espagnols commandés par Ayolas, pour 
aller chercher les Agazes et les battre. On arriva de nuit sur leur 
territoire et attendit prudemment jusqu'au premier jour. On 
tomba alors sur les habitants du village encore à moitié endormis 
et tua tout que l'on put atteindre, jeunes et vieux. Quelques-uns, 
qui s'étaient enfuis dans les fourrés voisins, demandèrent grâce 
et reçurent leur pardon. Le roi avait expressément recommandé 
à tous les chefs de l'expédition d'épargner ceux qui se soumet- 
traient, de pardonner aux révoltés et de ne les châtier qu'après 
une troisième défection. On devait dans ce cas les condamner à 
l'esclavage. 

Après ce massacre commis sans raison, simplement pour mon- 
trer sa force, Ayolas revint à l'Assomption avec ses gens. Il y 
resta six mois tranquille, occupé à l'achèvement de son installation. 
Il pensa alors à mettre à exécution la mission d'ouvrir une route 
vers le Pérou et s'apprêta à la remplir. Il équipa 5 petits navires 
avec 300 soldats et remonta le fleuve avec les meilleurs officiers 
et de nombreux Carios en qualité de serviteurs. Il descendait de 
temps à autre à terre pour se procurer des vivres frais chez les 
peuplades riveraines. Schmidt qui prit part à cette campagne les 
nomme et comme de coutume, décrit son voyage sans faire de 
remarques intéressantes. Les populations de la rive orientale, 
près de laquelle on resta, se montrèrent amicales et donnèrent ce 
qu'elles avaientpourcontenterles Espagnols. On trouva (par 2V:^2') 
une haute montagne isolée, le Pan de Azucar actuel, que l'on 
baptisa du nom de Monte de San Fernando, mais que les indigènes 
appelaient Itapucu-Guazu (grande montagne). Après s'être avancé 
encore d'une faible distance (jusqu'au 21" 5 de L. S.), on fonda, 
près d'un élargissement en forme de lac des rives du fleuve, une 
station sous le nom de Puerte de Candelaria. Ayolas y laissa les 
deux meilleurs navires avec 50 hommes sous le commandement 
de Domingo Ma rtinez de Irala, -^vec ordre d'attendre cinq mois son 



IL EST MASSACRÉ PAU LES IINDIENS. 33 

retour. Les trois autres navires furent détruits et leurs matériaux 
encore utilisables employés à l'installation de la station. Lui-même 
se mit en route vers le nord-ouest et quitta le nouveau poste le 
13 février 1537 avec 250 Espagnols et 300 Indiens. Schmidt resta 
sous le commandement de Irala et échappa ainsi au destin de cette 
lamentable expédition, dont un seul serviteur indien revint ^*. 

Au lieu des cinq mois prescrits, Irala attendit pendant six mois 
révolus. Les vivres et les munitions commencèrent alors à lui 
manquer et il sévit forcé de retourner à l'Assomption. Il fit encore 
une tentative pour avoir des nouvelles de son chef en remontant 
le fleuve sur une grande longueur. Il demanda aux populations 
riveraines des nouvelles des Espagnols ; mais personne ne sut ou 
ne voulut lui en donner. Enfin, au point le plus éloigné de son 
voyage, il laissa une inscription commémorative de sa venue et 
retourna sur ses pas. La nouvelle station de Candelaria fut aban- 
donnée. Les Indiens de la contrée n'avaient voulu nouer aucune 
relation amicale ; leur caractère était loin d'être aussi traitablc et 
conciliant que celui des Carios de l'Assomption. On savait qu'on 
se referait promptement chez ceux-ci dos privations du voyage. 

Tandis qu'Irak attendait à Puerto de Candelaria le retour 
d'Ayolas, Juan Salazary arriva avec deux navires encore assez tôt 
après le départ d'Ayolas pour lui transmettre la nouvelle de sa 
nomination au poste de capitaine général de l'expédition par 
l'Adelantado, du retour en Europe de ce dernier, ainsi que les 
instructions secrètes et autres ordres. Sur l'ordre de Mendoza, 
Salazar, ainsi que nous le savons (p. 27), était parti de Buenos- 
AyresavecGonzalo de Mendoza et avait inspecté toutes les stations 
sur son chemin jusqu'à l'Assomption. Il laissa ici Gonzalo de 
Mendoza et continua seul son voyage pour aller trouver Ayolas. 
Il ne rencontra plus qu'Irala dans le port de Candelaria, lui remit 
ses ordres et papiers et revint à l'Assomption pour y délibérer 
avec les autres officiers. Ici, il fut frappé de l'existence agréable 
des Espagnols, qui contrastait avec les misères de Buenos-Ayres, 
comme le purgatoire avec le paradis. Il se fit un devoir d'en in- 
former ses compagnons de misère de Buenos-Ayres. Il remit le 



REP. ARU. — 1. 



34 FR. U. GALAN VIENT A L'ASSOMPTION, 

commandement des troupes de l'Assomption à Gonzalo de Mcn- 
doza et prit le chemin de l'embouchure de la Plata afin de trans- 
mettre ces informations au juge Franz Ruiz Galan. Celui-ci avait 
été nommé commandant de la station de Buenos-Ayres par 
l'Adelantado avant son départ, et en cas de mort d'Ayolas devait 
lui succéder. 

La description que Salazar et ses soldats firent de la vie des 
Espagnols au Paraguay parut si alléchante à tous ceux de Buenos- 
Ayres, que Ruiz Galan se décida à y partir. 11 désigna Juan Ortega 
pour le remplacer, quitta la station de l'embouchure de la Plata 
et arriva à l'Assomption avant qu'Irala fût encore revenu de 
son séjour à Puerto de Candelaria. Galan, se considérant comme 
investi par l'Adelantado de l'héritage d'Ayolas, le reçut comme 
son subordonné. Mais Irai a refusa d'obéir, affirmant que la mort 
d'Ayolas devait d'abord être démontrée avant qu'il pût devenir 
capitaine général. Galan le fit enchaîner et traiter comme rebelle. 
Les murmures des officiers et des soldats à la vue de ce traitement 
déterminèrent Galan, qui était peu aimé, à remettre Irak en li- 
berté avec la condition de retourner à Puerto de Candelaria pour 
y attendre de nouveau Ayolas ^^ Ainsi fut fait, et ce fut pendant 
ce second séjour qu'il reçut la nouvelle certaine de la mort d'Ayolas 
par le retour de son serviteur à la station. 

Galan reconnut bientôt qu'il lui serait difficile de prendre une 
position solide à l'Assomption. Il se décida donc à retourner à 
Buenos-Ayres pour y attendre les secours qui , selon toute vrai- 
semblance, arriveraient prochainement d'Europe, si cela n^étail 
déjà fait. En passant à la station de Corpus Christi chez lesTimbos, 
il n'y trouva plus les Espagnols et les Indiens dans leurs bonnes 
relations d'autrefois. Sur les suggestions de son greffier Pedro 
Fernandez et d'un prêtre Juan Pabon, le capitaine Alvarado, com- 
mandant du fort, avait mis à mort le Cacique et causé un soulève- 
ment général des Indiens. Galan emmena les coupables avec lui 
à Buenos-Ayres, changea la garnison et donna le commandeinent 
de l'établissement à Antonio de Mendoza. Mais les Indieiis M 
montrèrent plus le même empressement amical et commencèrent 



IHALA EST ÉLU G0UVERNEÜ1I. 35 

dos niacliinations hostiles. Un Cacique se présenta comme un 
transfuge qui abandonnait ses compatriotes et demanda à être reçu 
dans le ibrtavec sa famille. En réalité c'était un espion. Les In- 
diens bloquèrent le fort et Antonio de Mendoza ayant succombé 
dans une sortie, les survivants abandonnèrent l'établissement sur 
deux navires qui leur étaient venus deBuenos-Ayres. Les Timbos 
détruisirent tout sans tarder '^ 

Quelque temps après le départ de Galan de l'Assomption, Irala 
y rentra avec la nouvelle certaine de la mort d'Ayolas et de ses 
compagnons. La colonie, ainsi que nous l'avons vu plus haut, 
était gouvernée par Gonzalo de Mendoza, à qui Galan avait remis 
ses pleins pouvoirs. Lorsque la mort d'Ayolas fut connue, la colonie 
ne se considéra plus comme obligée d'obéir aux ordres de Galan. 
On convoqua une assemblée générale des officiers et des soldats, 
et le 15 août 15o8 on élut comme commandant supérieur Domingo 
Martinez Irala. Celui-ci accepta la nouvelle fonction et se décida 
à se rendre à Buenos-Ayres pour y aller chercher tous les autres 
Espagnols et donner à son autorité une confirmation indispensable 
en la faisant reconnaître de tous. Il se mit en route sur quatre bri- 
gantins avec 200 soldats, parmi lesquels se trouvait Schmidt, etar- 
riva à Corpus Christi avant que le complot des Indiens eût encore 
éclaté. Il recommanda au nouveau chef, Antonio de Mendoza, de 
se conduire avec la plus grande douceur, pour gagner la con- 
fiance des Indiens, lui laissa quelques-uns de ses hommes, parmi 
lesquels Schmidt, et continua son voyage vers Buenos-Ayres. 
Mais le coup de main prémédité fut mis à exécution bientôt après 
et amena la catastrophe dont nous avons dit quelques mots dans 
les pages précédentes ^^ . 

Lorsqu'Irala arriva à Buenos-Ayres avec ses compagnons, il y 
trouva tout dans le plus triste état. Les Espagnols étaient tenus 
dans un véritable blocus, soit par des bandes d'Indiens, soit par 
des bêtes féroces, do grands félins, qu'ils appelaient des tigres 
{Felis onca) et qui les (uiipôchaiont do sortir du camp pondant la 
Huit. Il fallait la protection dos soldats pour vaquer aux occupa- 
tions les plus journalières. Tout le monde était si affaibli et 



36 ARRIVÉE DE NOUVEAUX ÉMIGRANTS. 

épuisé par le manque de bons vivres, qu'on avait à peine la force 
de se ravitailler. 

Quelques jours après l'entrée à Bucnos-Ayres des arrivants de 
Corpus Christi, on apprit qu'Alonzo de Cabrera, un des quelques 
Espagnols survivants, qui avaient accompagné Mendoza à son 
retour, venait d'aborder à Sa-Catharina avec deux grands navires 
richement chargés et destinés à Buenos-Ayres^\ On y expédia sur- 
le-champ un navire, sous la conduite de Gonzalo de Mendoza, 
pour presser l'arrivée des secours. Ils arrivèrent enfin, et deux 
cents nouveaux émigranls qui débarquèrent relevèrent beaucoup le 
courage des habitants de Buenos- Ayres. Avant que les approvi- 
sionnements fussent consommés, on tint une assemblée géné- 
rale dans laquelle il fut décidé presque à l'unanimité qu'il fallait 
suivre les propositions d'Irala, abandonner l'établissement du 
Rio de la Plata et émigrer au Paraguay avec le matériel de guerre 
et tout ce que l'on pourrait emporter. On mit ceci à exécution 
vers la fin de l'année 1538. • . 

Lorsque tous les Espagnols furent réunis à l'Assomption, un 
conflit s'éleva bientôt sur la question de savoir auquel des offi- 
ciers supérieurs, qui prétendaient à la suprématie, elle devait 
revenir régulièrement. Irala avait été élu gouverneur de la colo- 
nie à l'Assomption, mais il n'avait reçu aucune investiture de la 
seule personne qui put lui donner l'autorité supérieure, l'Ade- 
lantado D. Pedro de Mendoza. Il avait simplement été désigné 
par Ayolas pour le remplacer, tandis que le juge Franz Ruiz 
Galan avait été institué gouverneur de Buenos- Ayres par l'Adc- 
lantado lui-même. Les troupes du fort Corpus Christi lijfusaicnt 
d'obéir à celui-ci, parce qu' Ayolas seul avait été leur chef su- 
prême. Quelques-uns des soldats de l'expédition de Cabot reve- 
nus du Brésil avec Alonzo de Cabrera voulaient se ranger sous les 
ordres d'Irala. Les officiers supérieurs de chacun de ces partis 
prétendaient au poste de capitaine général. Comme ces discus- 
sions menaçaient de devenir sérieuses. Cabrera fit connaître un 
édit royal du 12 septembre 1537 à Yalladolid, dans lequel on 
conférait à la colonie, en cas de mort du chef nommé par Pedro 



ADMINISTRATION D'IRALA. 37 

de Mendoza, Ic droit do se choisir elle-même un gouverneur. Ce 
cas étant réalisé depuis longtemps, d'un accord unanime on fit 
usage du droit accordé, et à la majorité on élut Domingo Martinez 
Irala. C'était l'officier le plus aimé des soldats et beaucoup, sinon 
tous, le reconnaissaient comme le plus capable. La première 
élection d'Irala du 15 août 1538 se trouva donc confirmée. 

Le premier acte du nouveau gouverneur fut une revue géné- 
rale des hommes encore existants. Il s'en trouva à peine six cents 
de complètement valides. Plus de trois mille avaient déjà trouvé 
la mort sur les rives du Rio de la Plata et de ses affluents, en y 
comprenant les premières expéditions et les derniers arrivages. 

Son autorité bien reconnue, Irala s'occupa de la fondation 
d'une ville et de la construction des édifices publics les plus in- 
dispensables. Jusque-là la ville de l'Assomption n'était composée 
que de la maison fortifiée et des baraques dispersées à l'entour. 
On traça des rues et des places publiques on commença la con- 
struction d'une église et d'une maison de ville (cahildo). Les 
officiers supérieurs reçurent des lots de terre pour les engager à 
y construire des maisons. Irala donna le bon exemple, et en qua- 
lité de gouverneur il entreprit pour lui la construction d'une 
grande et riche maison. Les autres officiers l'imitèrent à l'envi. 
On voit encore aujourd'hui quelques-unes de ces vieilles maisons 
solidement construites et qui ont duré depuis les premiers jours 
de l'Assomption. Les Indiens aidèrent beaucoup les ouvriers 
espagnols dans tous ces travaux. Gomme ils n'étaient pas très- 
fatigants ils remplirent leur tâche avec zèle et souvent même 
avec dextérité. Il fallut bientôt aussi s'occuper des besoins de la 
religion, car Cabrera avait , sur l'ordre exprès de Charles-Quint, 
emmené avec lui quelques moines franciscains qui devaient en- 
seigner la religion chrétienne aux Indiens ^" . Aidé par eux, Irala 
institua des écoles pour les indigènes, plus particulièrement pour 
ceux qui étaient issus du commerce des Espagnols avec les 
femmes indiennes. D'après les lois coloniales, ces enfants étaient 
hommes libres et jouissaient des mêmes droits que les Espagnols 
de sang pur. Ils ne parlaient guère cependant que la langue de 



38 UNIONS DES ESPAGNOLS AVEC LES INDIGÈNES. 

leurs mères, le guarani, qui devint la langue des écoles et bien- 
tôt aussi la langue vulgaire des gens du peuple. Elle s'est conser- 
vée ainsi jusqu'à nos jours. Ce fut seulement en 1875 que le 
gouvernement élu après la chute du dictateur Lopez, interdit la 
langue guarani dans les écoles. L'union des Espagnols avec les 
femmes indiennes donna à ces dernières une grande influence, 
non-seulement sur les Espagnols, mais encore sur leurs propres 
compatriotes, qui se considéraient comme honorés par ces allian- 
ces. Peu à peu il s'établit une sorte de régime patriarcal entre 
les Européens et les Indiens, qui reconnurent que l'homme blanc 
est supérieur à l'homme brun et est pour ainsi dire prédestiné 
par la nature à la domination. 

Malgré ces relations paisibles, l'ancienne haine contre les 
Espagnols resta enracinée chez une grande partie des Indiens. 
Ils voyaient avec irritation leur domination s'étendre dans le pays 
et se promettaient en silence de s'en délivrer lors d'une occasion 
favorable. Beaucoup de familles indiennes, qui n'avaient noué 
aucune alliance avec les Espagnols, se retirèrent dans les contrées 
les'plus éloignées à l'intérieur et menèrent, suivant les anciens 
usages, une existence indépendante dans les forêts dont le pays 
était couvert. D'autres, qui avaient déjà reçu le baptême et s'é- 
taient laissé convertir au christianisme, soit par force, soit par 
indifférence naturelle, formèrent des communautés dans le voi- 
sinage des Espagnols, des villages appelés Réductions, avec des 
chefs pris parmi eux. C'est ainsi qu'après la conquête de Lambaré 
le village indien Yta fut fondé par les survivants dans le voisinage 
de l'ancien fort et que des communautés chrétiennes se groupèrent 
autour de l'Assomption. Des relations secrètes existaient entre 
toutes ces communautés ; elles s'étendaient jusqu'à l'intérieur, en 
sorte que les tribus sauvages étaient instruites de ce qui se pas- 
sait chez les Espagnols. Lorsque Irala, voulant tenir en haleine 
ses soldats et étendre les limites de sa domination sur les indigè- 
nes, entreprit une expédition contre les Yaperis fixés loin de là, 
pour les châtier de la part qu'ils avaient dû prendre au désastre 
d'Ayolas, et emmena avec lui loin de l'Assomption une grande 



COMPLOT DES INDIENS. 30 

partie des Espagnols, les Indiens pensèrent à se soulever. Mais le 
soulèvement resta à l'état de projet. Les Yaperis étant d'anciens 
ennemis des Carios, ceux-ci prêtèrent leur concours à l'expédi- 
tion, qui ne servit qu'à accroître la puissance des Espagnols. En 
marche on visita plusieurs tribus amies, les Ibitirucuys, les Tibi- 
cuaris et les Modes, afin de leur prouver par les yeux la puissance 
espagnole. Ces tribus de la grande famille Guarani étaient juste- 
ment celles qui pensaient à la révolte. Elles comprirent que le 
temps n'était pas encore venu. 

Une demi-année s'écoula encore jusqu'à ce que ce moment fût 
aiTivé. Les Indiens attendirent que l'effet de l'expédition se fut 
effacé, bien que leur assujettissement ne fît que s'accroître et 
qu'ils eussent à supporter des traitements très-durs de ces rudes 
soldats espagnols, qui s'abandonnaient au plaisir d'exercer leurs 
caprices tyranniques. Ils se vengeaient ainsi sur les Indiens de la 
rigoureuse subordination dans laquelle eux-mêmes étaient tenus 
par leurs chefs, et assez souvent les pauvres Indiens étaient obli- 
gés d'avoir recours à ces derniers. Les fêtes de Pâques 1539 arri- 
vèrent et les Carios voulurent en profiter pour mettre à exécution 
leurs plans. Ils se trouvèrent à l'Assomption au nombre d'environ 
huit mille hommes, sous le prétexte de prendre part à la fête. Le 
complot devait être mis à exécution dans la nuit du vendredi 
saint. Heureusement le plan fut découvert quelques heures avant 
le moment fixé par une Indienne, fille d'un Cacique, qui vivait 
dans la maison du capitaine Juan Salazar et à laquelle un jeune 
Indien portait line grande affection. Il la conjura de s'enfuir avec 
lui. Comme elle lui en demandait avec instance la raison, il lui 
raconta le secret. Elle lui promit d'obéir le soir à son désir , 
mais se rendit sur-le-champ auprès de son maître et lui commu- 
niqua ce qu'elle avait appris. Celui-ci en fit part aussitôt au gou- 
verneur ; on battit le rappel général et en une demi-heure les 
chefs de la conjuration furent arrêtés ^^ Convaincus de leur 
crime, on les pendit à l'heure même où le complot devait 
éclater. 

Cette conduite fit une profonde impression sur les Indiens. Ils 



40 FUSION DES RACES. 

ne pouvaient comprendre comment leur secret avait été connu 
des Espagnols et admirent que les blancs étaient en possession 
de pouvoirs surnaturels qui leur permettaient de voir jusque 
dans le cœur de leurs ennemis. Ils se firent surtout une idée 
exaltée de l'intelligence et de la justice du gouverneur, et à partir 
de ce moment obéirent volontiers à ses ordres. Après ces événe- 
ments ils montrèrent encore plus d'«empressement à donner leurs 
sœurs et leurs filles aux Espagnols, et se considérèrent comme 
alliés avec eux, lorsque l'usage fut établi de désigner ces relations 
de famille par le nom de beau-frère (cunado). Cette soumission 
est un trait dominant du caractère des Garios et il se manifeste 
encore plus fortement chez les femmes que chez les hommes. Il 
se fit ainsi peu à peu une fusion complète entre les basses classes 
de la colonie, fusion qui ne fit que tendre à se reserrer de plus en 
plus à mesure que les nombreux métis, qui en résultèrent, de- 
vinrent plus âgés. Les officiers eux-mêmes et les hauts fonction- 
naires, en l'absence d'autres femmes, se virent contraints à des 
unions de cette sorte. Gomme le gouverneur lui-même en donna 
le bon (?) exemple ^^, le mélange des races fut bientôt si général 
qu'on n'en connut et n'en distingua pas d'autre. 

Ge rapport entre les blancs et les gens de couleur s'est con- 
servé le même jusqu'à nos jours et a donné aux quelques familles 
blanches de sang pur une prépondérance considérable au Para- 
guay. Elle s'est manifestée dans l'oppression inouïe du pays par 
des individus tels que Franzia et les membres de la famille Lopez. 
Aucune autre colonie espagnole de l'Amérique méridionale n'est 
devenue, comme le Paraguay, aussi complètement la propriété 
d'un seul homme. La dernière guerre contre le jeune Lopez, qui 
pensait sérieusement à fonder dans sa famille une dynastie héré- 
ditaire, a encore prouvé assez clairement la soumission du peuple 
envers ses chefs. Ses soldats allaient au combat pour lui avec un 
vrai mépris de la mort, et bien que chaque jour et presqu'à cha- 
que heure, ils fussent témoins des explosions de sa fureur sau- 
vage, contre laquelle sa sœur elle-même et sa mère n'étaient pas 
en sûreté ils ne l'abandonnèrent pas, mais l'accompagnèrent jus- 



ALVARO NÜNEZ GABEZA DE VACA. 41 

qu'à la lin, lorsque depuis longtemps déjà tout espoir de succès 
était perdu. De la vient que les serviteurs paraguayens jouissent 
de la meilleure réputation. Les hommes sont très-estimés comme 
palefreniers, chasseurs et bergers. Us se contentent de peu et 
travaillent plus qu'un Européen dans le même emploi. On vante 
chez les femmes une certaine grâce naturelle et un abandon de 
leur personne à celui à qui elles se sont données, qui va jusqu'à 
leur faire supporter l'oubli du côté de l'homme et les tient atta- 
chées à leur affection aussi longtemps que possible. 



ALVARO NUNEZ GABEZA DE VACA DEVIENT GOUVERNEUR 
DU PARAGUAY. 1540 — 1544. 

Durant que ces événements se passaient au Rio de la Plata et 
au Rio Paraguay, on vit reparaître en Espagne un homme que 
l'on croyait disparu depuis longtemps et dont les aventures dé- 
passaient tout ce que les Espagnols avaient encore connu dans 
leurs expéditions en Amérique. Il prétendit avoir droit a des 
secours de l'État, et comme on reconnut la légitimité de ses pré- 
tentions, on lui donna le gouvernement vacant de la nouvelle 
colonie au Paraguay, parce que dans le récit de ses aventures il 
avait prouvé qu'il connaissait les Indiens. Cet usage de l'adminis- 
tration d'envoyer dans les colonies éloignées des individus aux- 
quels on voulait du bien, ou que l'on désirait éloigner pour se 
débarrasser de leurs réclamations, sans s'inquiéter des besoins 
réels de la colonie et des droits des anciens venus, amena ici, 
comme cela était déjà arrivé par l'envoi de Pedraria à Gastilla de 
Oro, de nombreuses difficultés et finit par la ruine de l'autorité 
de la couronne. 

Cet homme était Alvaro Nunez Cabeza de Vaca, appelé ainsi 
d'après la famille de sa mère. Il étaitnéà Xeres de la Frontrera et 
descendait de D. Pedro de Vera, qui avait découvert les îles 
Canaries pour la couronne d'Espagne. En récompense, on lui en 



42 DÉPART DE CABEZA DE VACA. 

donna le gouvernement. Il y dépensa tout son avoir et se vit forcé, 
lorsqu'il revint de son poste, de laisser ses deux fils en gage à ses 
créanciers. Le gouvernement ne libéra qu'assez tard les enfants 
sur les instances du père qui demeura longtemps en prison pour 
dettes. Notre Alvaro Nunez était fils de l'aîné. Comme son 
grand-père, enflammé d'ardeur pour les expéditions maritimes, 
il accompagna avec le titre de payeur Panfilo de Narvaez, dans son 
voyage à la Floride, à la conquête de ce pays, au nom duquel se 
rattachaient des traditions fabuleuse. Mais il tomba, avec le reste 
de cette malheureuse expédition, entre les mains des Indiens, 
qui n'accordèrent la vie qu'à lui et à trois autres personnes, 
parmi lesquels son domestique noir. Alvaro Nunez sut, princi- 
palement par ses connaissances médicales, si bien se faire respec- 
ter de ces Indiens, qu'ils en firent leur Cacique et lui laissèrent la 
pleine liberté de ses mouvements. Il fonda là-dessus son plan 
pour échapper à cette prison princière. Accompagné de deux 
serviteurs, il partit à pied vers l'ouest, et après mille difficultés 
il arriva à Mexico, d'où il revint en Espagne. Dix années entières 
s'étaient écoulées pendant sa captivité chez les Indiens et son 
périlleux voyage. 

En Espagne, il apprit l'issue de l'expédition de Mendoza, dont 
les tristes détails venaient d'être confirmés par Philippe de 
Caceres. Il se présenta pour y tenter une nouvelle entreprise à 
ses frais si la couronne voulait le laisser partir aux mêmes condi- 
tions stipulées avec D. Pedro de Mendoza. On accepta ses offres et 
nomma Alvaro Nunez Cabeza de Vaca Adelantado de l'expédition 
et gouverneur de la colonie. 

Les préparatifs de toute sorte qu'une entreprise de cette nature 
exigeait , surtout à cette époque , retardèrent le départ jusqu'au 
2 novembre 1540. A cette date , cinq navires avec quatre cents 
hommes et quarante-cinq chevaux sortirent du port de S. Lucar. 
On visita les Canaries , toucha aux îles du cap Vert et , retardé 
par les calmes plats de la zone équatoriale , on arriva assez tard 
au Brésil , dans le voisinage du cap Augustin (7*^ de L. S.). De là 
on continua la route le long de la côte jusqu'à Sa Catharina (28" 



IL PREND l\ nOUTE DE TEURE. • 43 

dcL. wS.), où Ton arriva à la fin de mars. Le manque de provisions 
obligea l'Adolantado à y demeurer longtemps, et il dut même en- 
voyer deux navires chercher des vivres dans les environs , parce 
qu'il n'en existait pas suffisamment dans l'île. Mais les deux na- 
vires lurent jetés à la cote par une tempête et l'équipage put à 
peine se sauver sur les canots. Cette circonstance décida Alvaro 
Nunez à abandonner son voyage au Rio de la Plata par mer et à 
s'y rendre parterre avec les plus dispos de ses hommes. C'était 
un véritable coup d'audace , qui ne pouvait naître que dans la 
cervelle d'un aventurier de son espèce. Son premier voyage à 
pied accompli seul lui faisait paraître peu difficile à traverser 
cette étendue, en apparence très-courte et seulement de 8 degrés 
de longitude. Il commença par passer en revue son personnel 
et trouva un total de sept cents individus , y compris les équi- 
pages des navires , plusieurs femmes et enfants. Il les divisa en 
deux troupes et envoya au Rio de la Plata les trois navires avec 
leurs équipages , les femmes, les enfants et les soldats les moins 
robustes , sous la conduite de Philippe de Gaceres. Avec deux 
cent cinquante hommes éprouvés et vingt chevaux, il se mit en 
marche à travers le pays vers le Paraguay, un an après son dé- 
part d'Europe , le 2 novembre 154-1. Ses apprêts furent exécutés 
avec beaucoup de prudence et de connaissance des besoins de la 
vie indienne. Il ordonna d'emporter une forge portative, invita 
chaque soldat à se charger, en outre de son matériel, de quatre 
livres de fer brut, pour en faire des pointes de flèche et de lance 
destinées aux Indiens. On espérait obtenir ainsi des vivres en 
échange de ces ustensiles, dont les sauvages, enfants des forets, 
ont toujours besoin. 

Parmi les hommes qui accompagnèrent l'Adelantado dans ce 
voyage, se trouvait Alonzo Riquelme de Guzman, père de l'his- 
torien que nous avons déjà mentionné. Dans son Historia Argen- 
tina , le fils nomme environ trente personnes de familles distin- 
guées, qui prirent part à l'expédition et dont plusieurs jouèrent 
un rôle important *^ Mais le principal rôle dans le voyage appar- 
tient à deux Espagnols , anciens compagnons de l'expédition de 



kk • MARCHE A TRAVERS LE RRÉSIL. 

D. Pedro de Mendoza. Ils avaient dû s'enfuir secrètement de la 
colonie de Buenos-Ayres, parce qu'à l'époque de la famine ils 
avaient mangé un camarade mort. Ces deux hommes connais- 
saient la langue des Indiens et savaient par leur propre expérience 
qu'il fallait peu compter sur le Rio de la Plata. Leurs récits confir- 
mèrent encore l'Âdelantado dans son projet de voyage par terre. 

Alvaro Nunez envoya à terre son facteur, Pedro de Orantes, et 
quelques hommes afin de reconnaître la meilleure voie à suivre. 
Il revint avec la nouvelle que les Indiens situés au nord-ouest 
étaient de mœurs paisibles et ne s'opposeraient pas à la marche. 
L'Adelantado se mit enfin en route le jour anniversaire de son 
départ d'Europe, 2 novembre 1541. Afin de transporter une 
partie des bagages en canot, il remonta la vallée du Rio Ita- 
pucu. Au bout de dix-neuf jours, on atteignit le pied de la chaîne 
de montagnes du littoral qui sépare les terres intérieures de la 
zone maritime étroite et couverte de forêts. Les grandes forêts 
des pentes et les gorges rétrécies des ruisseaux qui en descendent 
opposèrent de grandes difficultés. Cependant, on atteignit au bout 
de dix jours la crête des hauteurs et l'on se trouva sur des pentes 
douces inclinées à l'ouest, appelées La Tatua. Elles se rattachent 
à la vallée du Rio Iguazu ou Guritiba, qui est le dernier grand af- 
fluent du Rio Paranâ dans cette contrée. On arriva en cet endroit 
le 2 décembre. Les Indiens de cette contrée , dont on rencontrait 
les villages de temps en temps , se montrèrent hospitaliers. Ils 
apportaient pour les échanger des aliments, des fruits, des lé- 
gumes et des volailles. 

La vue des chevaux des Espagnols leur causa une grande sur- 
prise, parce qu'ils n'avaient jamais vu d'animaux d'aussi grande 
taille. Ils leur offrirent aussi des volailles à manger, mais comme 
les chevaux les dédaignèrent, tandis qu'ils dévoraient avidement 
le maïs, les Indiens se moquèrent de leur sottise. Alvaro Nunez , 
après avoir constaté que ces contrées n'avaient jamais été foulées 
par un pied européen , en prit possession pour la couronne 
d'Espagne avec les formalités accoutumées et baptisa le pays du 
nom de sa famille, Vera. 



DIFFICULTÉS HU VOYAGE. 45 

Après un voyage de quatorze jours à travers ces contrées , l'ex- 
péditiou atteignit le rivage du Rio Iguazu. On en descendit le 
cours et fut obligé de le traverser trois fois. D'après les obser- 
vations des pilotes qui faisaient partie de l'expédition , on se 
trouva le ^4 décembre 1541 par ^5" 30' deL. S. ^\ Ce jour-là, on 
rencontra un Indien baptisé du Paraguay et on le prit pour guide. 
Après six jours de marche, l'expédition arriva au Rio Atibahiba, 
où l'on trouva des Indiens qui parlaient le Guarani , langue des 
indigènes du I\\raguay . On resta plusieurs jours chez eux et l'on s'en 
fit promptement des amis avec les pointes de lance et de flèche de 
fer. La route mena de là au Rio Ubuy, autre affluent du Guritiba. 
Pendant cette partie du trajet , l'expédition traversa de grandes 
forets dans lesquelles croissait la conifère du Brésil (A raucaria 
braslliensis), dont les soldats mangèrent les graines. La dernière 
partie du voyage qui vint ensuite fut d'autant plus difficile qu'on 
traversa une contrée marécageuse plantée de grands bambous 
très-touffus (Tacuari), parmi lesquels on ne put qu'à grand'peine 
se frayer une route. Il n'existait plus de villages , les vivres se 
trouvèrent bientôt épuisés. Avec la faim ils eurent encore à soufl'rir 
d'essaims innombrables de moustiques. Ils se nourrirent de 
grosses larves ^^ de la longueur d'un doigt, qui vivaient dans les 
débris de bambous tombés à terre, d'oiseaux , surtout de perro- 
quets, et de poissons pris dans le fleuve. Enfin, le convoi atteignit 
le Rio Pequiri, le 14 janvier 1542, où l'on trouva de nouveau des 
villages indiens, dans lesquels ils se refirent de leurs misères. 
Le 31 janvier, l'expédition traversa le fleuve, et après une marche 
peu longue arriva de nouveau sur les rives du Rio Iguazu ou 
Guritiba. On y trouva de nombreux canots et un village indien, 
Alvaro Nunez y embarqua les plus fatigués de ses hommes ; mais 
les cascades qui barrent la dernière partie du cours de celte ri- 
vière l'arrêtèrent. Il fallut tirer les canots à terre et les remettre 
à l'eau au-dessous des chutes. L'Adelantado lui-même resta à terre 
et suivit la rivière jusqu'à son embouchure dans le Paranà , que 
l'on atteignit vingt jours après le passage du Pequiri. 

Les Indiens de l'embouchure parurent d'abord vouloir se mon- 



.^ 



4C ARRIVÉE AU PARAGUAY. 

trcr hostiles. Mais dès qu'on eut fait quelques présents aux Ca- 
ciques, ils devinrent très-empressés à venir en aide aux Espagnols. 
Ils leur aidèrent à traverser le fleuve et prêtèrent des canots pour 
embarquer les hommes les plus fatigués qui, sous la conduite de 
Nuflo de Ghaves , durent descendre le Paranâ pour remonter en- 
suite le Paraguay et arriver à l'Assomption sans plus de fatigues. 
Le passage difficile du Paranâ se fit assez heureusement avec la 
perte d'un seul homme , le seul de tout le voyage. Au delà, on 
remonta le cours du RioMonday et l'on atteignit la ligne de sépa- 
ration des eaux du Paranâ et du Paraguay ,, la Sierra Ibiticuru , 
dont les forêts épaisses opposèrent encore quelques difficultés 
à la marche. Au delà, on rencontra les premiers Indiens sachant 
l'espagnol. D'après Guzman, ils accueillirent les voyageurs avec 
des manifestations de plaisir. Ils accompagnèrent la troupe jus- 
qu'au village d'Arecay , où l'Adelantado fit halte et dépêcha un 
messager à l'Assomption pour y annoncer son arrivée. Irala lui 
envoya sur-le-cliamp des compliments par les capitaines Juan de 
Oriega, Alonzo Cabrera et Juan Salazar, qui durent reconnaître 
l'autorité du nouvel Adelantado. Celui-ci les reçut amicalement 
et les renvoya bientôt à l'Assomption pour y préparer son arri- 
vée. Domingo Irala, accompagné des principaux de la ville, s'avança 
à la rencontre du nouveau gouverneur, et le il mars 154'2, à neuf 
heures du matin, au milieu des acclamations de la population, il 
introduisit Alvaro Nufiez Cabeza de Yaca dans la capitale de son 
gouvernement ^^ . 

Ce difficile voyage s'acheva donc d'une façon assez heureuse 
et avec des pertes insignifiantes^'. Mais ce bon début ne fut nul- 
lement le commencement d'un avenir aussi favorable pour l'Ade- 
lantado. Bientôt apparurent à l'horizon de gros nuages qui peu à 
peu s'entassèrent sur sa tête et bientôt obscurcirent complètement 
le ciel brillant de sa destinée, ainsi que nous le verrons par la suite 
du récit. 

Le pretnicr soin du nouveau gouverneur fut de faire reconnaître 
son autorité. Dans ce but, il fit venir tous les officiers de la colonie, 
leur présenta le brevet royal et tous les autres documents conccr- 



EXPEDITION D'IRALA AU NORD-OUEST. 47 

nant sa nomination, leur fit prêter serment de fidélité, les chargea 
d'en informer leurs troupes et d'obtenir leur acquiescement. Aus- 
sitôt après cet acte solennel, il ordonna à Diego de Abreu de des- 
cendre le fleuve pour aller recevoir les hommes envoyés par 
navires à Buenos-Ayres et les conduire à l'Assomption. Abreu ren- 
contra les navires dans le voisinage de Gorrientes actuel, mais en 
assez triste état. Les équipages avaient souffert de la disette , 
étaient amaigris et en partie malades. On se liata d'atteindre 
l'Assomption pour s'y réparer le plus tôt possible. Le chef du dé- 
tachement , le regidor (*) Philipp de Gaceres, eut une altercation 
avec le gouverneur, très-irrité en voyant le mauvais état des arri- 
vants. Alvaro Nunez refusa de le reconnaître comme regidor, 
parce qu'il ne put présenter sa patente royale , prétendant l'avoir 
perdue en route. Lorsque les hommes furent débarqués et se 
furent reposés pendant quelques jours, le gouverneur commanda 
une revue générale dans laquelle l'effectif s'éleva à huit cents 
hommes, d'après Schmidt (1,300 d'après Guzman). Après la re- 
vue, il confh-ma tous les officiers dans leur grade et nomma 
Domingo Mariinez Irala son Maestro de campo , c'est-à-dire com- 
mandant supérieur des troupes. 

Le nouveau gouverneur prépara ensuite une expédition pour 
remonter le fleuve. Gomme D. Pedro deMendoza, il donna comme 
instruction d'ouvrir une route directe avec le Pérou. Il en remit 
l'exécution à Irala, lui donna trois brigantins et quatre-vingts 
soldats , auxquels Irala ajouta huit cents Guaranis du village 
d'Ypané , parmi lesquels se trouvait leur cacique Aracaré. Irala 
s'avança jusqu'à un endroit appelé alors las Piedras partitas , au- 
jourd'hui Penas hermosas, par 2^2" 2/i', et y fit halte. De ce point 
11 envoya les Indiens, sous la conduite de leur cacique , à l'ouest 
dans les terres, afin d'explorer la contrée, pendant que lui-même 
continuait à remonter le fleuve avec ses Espagnols. D'après les 
indications d'Azara (Ilist. d. Paraguay, II, 79), il dut s^avancer 
jtisqu'au Puerto de los Heyes, pat* 47" 75' de L^ S., c'est-à-dire 

(*) Eli (ispaf^iiol rafiidor ü\<^m[H) Wilèviûonumi régisscuir , 
habiltiellciiieiit un niagistrul (lui occupt; une charge au iioiu du roi. 



48 REVOLTE DES INDIENS. 

jusqu'aux grands marécages de Xarayes, dans le Matto Grosso ac- 
tuel, à la limite de la Bolivie. De ce point, il pénétra à quatre jours 
de marche à l'intérieur avec ses hommes et reçut là, par un mes- 
sager envoyé par le gouverneur, l'ordre de faire pendre le cacique 
Aracaré pour avoir rebroussé chemin avec ses gens, par-crainte 
des peuplades ennemies de l'intérieur. Irala revint sur-le-champ 
pour obéir à cet ordre, le mit à exécution et se rendit à l'Assomp- 
tion , où un grand incendie avait réduit plusieurs maisons en 
cendres (3 février 1543). Les seules informations qu'il rapportait 
au gouverneur se bornaient à la connaissance de l'existence de 
plusieurs grandes peuplades , dont il faudrait traverser le terri- 
toire avec des dangers continuels pour communiquer avec le 
Pérou. 

Ces nouvelles persuadèrent Alvaro Nufiez qu'il devait se mettre 
lui-même en route, s'il voulait réussir à quelque chose dans cette 
entreprise. Il ordonna de préparer une seconde expédition com- 
posée de neuf brigantins. Gonzalo de Mendoza et Antonio de 
Cabrera reçurent ordre de partir en avant avec trois brigantins. 
Ils devaient faire apporter par les Indiens de grandes provisions 
de vivres au point où l'expédition commencerait son voyage par 
terre , ce qui permettrait de s'avancer sans retards. Mais l'entre- 
prise fut retardée par un soulèvement général des Indiens 
d'Ypané, Garambaré et Atyra, que l'exécution du cacique Aracaré 
avait fortement irrités. Le gouverneur fut contraint d'envoyer 
Irala pour étouffer la révolte en faisant rentrer dans l'obéissance 
le père du pendu, nommé Tambaré, et de châtier les Indiens dont 
le projet avait été d'attaquer , après le départ du gouverneur , la 
ville de l'Assomption de tous côtés et de l'anéantir. Heureusement 
le complot avait encore été dénoncé à l'avance. Irala exécuta cet 
ordre avec succès ; il livra une bataille sanglante aux Indiens le 
24 juillet 1543 , dans laquelle il perdit seize hommes et força 
Tambaré à demander grâce en faisant une complète soumission 
aux Espagnols. 

Après cette aßaire, le gouverneur reprit son projet de voyage 
et se mit en route le 8 septembre. Il partit à la tête de cinq cents 



CABÉZA DE VACA SE iMET EN UOUTE. • 4U 

Espagnols et deux mille Indiens montés sur dix brigantins et 
cent vingt canots. Juan Salazar, qui avait gagné toute sa confiance, 
fut laissé à la tête des trois cents restants. On attaqua d'abord, 
dans le voisinage de l'ancien havre de Gandelaria , les Payaguas 
sur la rive occidentale du fleuve. Ils firent peu de résistance et 
s'enfuirent dans les forets. En continuant de remonter le fleuve, 
on arriva bientôt chez la grande nation des Guasarapôs, qui occu- 
paient, sous le ^20° de L. S., un territoire de 120 lieues et ensuite 
dans la Bolivie actuelle, chez les Saracosis ou Jarais , qui possé- 
daient la région de Puerto de los Reyes (à peu près sous le 18*^ de 
L. S.). Us marchaient nus et les femmes portaient une petite 
pierre , les hommes une grosse cheviUe de bois, dans un trou 
percé dans la lèvre inférieure. Ce port étant le dernier, le gou- 
verneur ordonna de continuer à remonter le Paraguay par terre. 
Il laissa en station auprès des navires , Juan Romero avec cent 
cinquante soldats et dix-huit cavaliers ,et le 26 novembre 1548 il 
se mit en route avec le reste de sa troupe. Mais il s'aperçut bien- 
tôt que les officiers , mécontents de cette expédition au milieu de 
contrées inhospitalières et marécageuses , faisaient mal leur ser- 
vice et excitaient de mauvaises dispositions chez les soldats. Avec 
la confiance dans l'entreprise disparut aussi la santé des hommes; 
beaucoup se plaignirent de leurs fatigues et se déclarèrent inca- 
pables de continuer le voyage. Après une marche de dix-huit jouis, 
Alvaro Nunez se vitforcé de s'arrêter. Ressaya encore d'envoyer plus 
loin Franz de Rivero avec quelques hommes de cœur. Celui-ci 
étant revenu après quelques jours en disant qu'une grande nation 
lui refusait le passage , il le renvoya une seconde fois avec une 
troupe plus forte et revint lui-même sur ses pas à la station de 
Puerto de los Reyes, sur le Rio Paraguay. 

Schmidt, qui accompagnait Rivero, raconte avec beaucoup de 
détails les incidents de cette expédition. Il cite cinq nations, les 
Orejones, Acaras, Xaraycs, Paresis et les Urteses, que l'on visita 
les unes après les autres avant d'arriver chez les derniers, qui 
étaient situés le plus au nord. Alors il fallut rebrousser chemin, 
parce que les vivres manquèrent. Les Urteses paraissent avoir 

REP. ARG. — I. i 



50 TiETOüR A L'ASSOMPTION. 

habité sur le Rio-Jaura, un des derniers affluents occidentaux du 
Rio-Parag'uay, et le point jusqu'où Rivero pénétra devait être situé 
dans le voisinage de la petite ville actuelle de Sa-Maria (à peu 
près iß** de L. S.). Schmidt raconte en effet que Rivero pénétra 
avec son canot dans un affluent, lorsqu'il arriva chez les Urteses. 
Ensuite on marcha à pied, mais on eut bientôt à souffrir d'une 
grande disette, le pays étant désert. Les hommes se nourrirent 
surtout de fruits, de racines et d'oiseaux. On resta trente jours 
dans cette contrée, au milieu de fondrières et de marécages, dans 
lesquels on avait souvent de l'eau jusqu'à la ceinture. Cependant 
on se trouvait encore récompensé par l'échange que les soldats 
purent faire de bagatelles, telles que couteaux, clous, miroirs, etc. , 
avec les nombreux objets d'or et d'argent que les Indiens portaient 
en parure. Le 30 janvier 1544, Rivero revint sur ses pas et rejoi- 
gnit par le même chemin le point de stationnement du gouverneur 
sur le Rio-Paraguay.Il le trouva malade, en proie à des fièvres 
alternantes et très-mécontent de la longue absence de son envoyé, 
n le mit aux arrêts et s'empara de tous les objets précieux rap- 
portés par les soldats. Cette conduite souleva un si grand mécon- 
tentement, qu'Alvaro Nunez se vit forcé, pour l'apaiser, de 
remettre Rivero en liberté et de rendre les objets confisqués. 
Dans ces circonstances, il devenait impossible de rester là plus 
longtemps ou de pénétrer plus en avant. Le gouverneur se décida 
donc à revenir et apprit seulement à l'Assomption les détails de 
la marche de Rivero et de ses compagnons^'. 

Les récits des soldats qui avaient accompagné Rivero et leurs 
objets en or excitèrent la cupidité générale et le désir de faire 
une nouvelle tentative vers les contrées du nord-ouest. L'Adelan- 
tado, remis de sa maladie, avait reçu un rapport circonstancié de 
Rivero, ainsi que le plan d'une seconde expédition pour s'ouvrir 
une route jusqu'au Pérou. Cependant beaucoup murmuraient 
contre les services difficiles que le gouverneur exigeait d'eux, et 
les officiers étaient particulièrement mécontents de se voir troublés 
dans la vie agréable qu'ils avaient menée jusque-là. Unméconteil- 
tetnent marqué commença à remplacer l'ancien accord et l'irrita- 



MECONTENTEMENT DES COLONS 51 

lion générale contre Alvaro Nunez s'accrut de jour en joui'. Il 
voulut aussi s'immiscer dans la vie privée des Espagnols, et 
s'efforça surtout de faire cesser leur habitude de vivre avec plu- 
sieurs femmes et de traiter les hommes en esclaves; mais il fut 
très-imprudent de toucher ce point le plus sensible des conqué- 
rants espagnols. En outre, les officiers, qui jusque-là avaient 
vécu entre eux et avec leurs soldats d'égaux à égaux, furent requis 
de se conformer à une sévère discipline militaire et d'obéir minu- 
tieusement à toutes sortes de règlements et aux fonctionnaires 
civils. Il tomba bientôt aussi en désaccord avec ceux-ci, en parti- 
culier avec le payeur, qui l'irrita le plus fortement. Il négligea 
aussi de suivre l'usage accoutumé de réunir en conseil général les 
officiers supérieurs et les fonctionnaires de la couronne dans les 
occasions importantes. II donna des ordres émanant de sa volonté 
seule et irrita fortement contre lui les petits et les grands. Bientôt 
l'opinion générale considéra Alvaro Nunez comme un homme dur, 
orgueilleux, qui n'entendrait jamais rien à l'administration d'une 
colonie, parce qu'il n'y avait jamais été revêtu d'un grade élevé 
ou n'en avait jamais connu de tel. Tout ce qu'il faisait ne devait 
aboutir qu'à gâter l'existence de tous et à les troubler dans leurs 
douces habitudes. Dès lors tout le monde lui fit obstacle dans ses 
entreprisses et s'efforça de lui être désagréable en toute occasion 
possible. 

Dans de pareilles circonstances, il était facile de prévoir que la 
seconde expédition ne réussirait pas mieux que la précédente. 
Mais elle put encore s'organiser, le mauvais vouloir général ne 
faisant encore que naître. Gabeza de Vaca équipa quatre brigan- 
tins, six grandes barques et plus de deux cents canots pour le 
transport de ses troupes. Il s'embarqua avec cent cinquante 
Espagnols et environ deux mille Indiens. Comme la première fois, 
on remonta le ileuve à la voile et à la rame jusqu'au Puerto de los 
Reyes. Le gouverneur y fut de nouveau pris par la fièvre et s'y 
arrêta après avoir commandé aux navires et à la plupart des sol- 
dats de continuer à remonter le fleuve. On arriva d'abord à la 
grande île qui divise le fleuve en deux bras sous le 18" et le 19" de 



52 NOUVELLE EXPÉDITION AU NOKD-OUEST. 

L. S. Elle était habitée par les Orojones, grande et nombreuse 
nation, dont les individus petits et d'apparence chétive, suivant 
Schmidt, ne dépassent pas cinquante ans, à cause de l'insalubrité 
de leur climat. On y resta deux mois, attendant le cours de la 
maladie du gouverneur. Schmidt raconte que ce fut là que pour 
la première fois il revit l'étoile polaire dans la Petite-Ourse, 
perdue de vue depuis qu'il avait dépassé au sud les îles du Cap- 
Vert. Bien qu'on ne fut pas mal chez les Orejones, le gouverneur, 
dans sa mauvaise humeur, ordonna cependant, sous le plus futile 
prétexte, d'attaquer les Indiens et d'en massacrer le plus possible. 
Schmidt lui-même blâme cet acte comme sans cause et inhumain. 
La plupart des hommes furent tués, œuvre dont les Carios surtout 
se chargèrent; les femmes et les enfants furent mis en esclavage, 
transportés au Paraguay et distribués dans les villages {Azara, 
hist. d. Parag.j I, 196). Pendant ce temps, le détachement de 
l'expédition envoyé à la découverte était revenu sans résultat 
aucun. La grande chaleur, la vie au milieu de marécages où des 
millions de moustiques ne laissaient aucun repos, la mauvaise 
nourriture, qui faisait naître des maladies, le découragement et le 
mécontentement des hommes, les attaques de fièvre intermit- 
tenies qui tourmentaient sans cesse le gouverneur, toutes ces 
causes le forcèrent pour la seconde fois à renoncer à sa marche 
vers le Pérou et à songer au retour. On envoya encore quelques 
détachements en expédition chez les Indiens riverains du fleuve. 
Elles se terminèrent comme d'habitude par le meurtre et le 
pillage; mais le gouverneur ne put se délivrer ni de sa maladie, 
ni de son humeur sombre, croissante. Le chagrin de voir ses 
espérances trompées s'ajoutait à ses souffrances corporelles, et 
en se sentant abandonné par tous ses amis et partisans, il se laissa 
aller à un profond découragement. Schmidt et Guzman racontent 
encore quelques particularités sur l'expédition et donnent les noms 
des chefs qui commandèrent les razzias. Mais nous n'avons guère 
envie de reproduire ses récits, car ils aboutissent uniquement à 
prouver que le seul résultat de ces expéditions était le massacre 
inutile des Indiens, résultat dont les soldats eux-mêmes avaient 



UÉPOSITION m GOUVERNEUR. 53 

honte. Schmidt avoue sans déguisement le traitement fait aux 
Orojones, qu'il nomme Surucosis. Il ne rougit pas de raconter 
qu'on en tua trois mille, brûla leur village et emmena en escla- 
vage environ deux cents femmes et enfants. 

On est bientôt fatigué de raconter ces scènes de carnage^ 
accomplies le plus souvent sans aucune nécessité et qui étaient 
devenues une habitude chez les soldats. Il est incroyable que les 
Espagnols, qui par la réunion de leur pays avec l'empire d'Alle- 
magne tenaient la première place parmi les nations européennes 
et dans leur bigotismc religieux se donnaient pour le peuple le 
plus chrétien, aient pu se croire appelés à de semblables immo- 
lations et avec leur féroce prosélytisme en arriver à s'imaginer 
qu'ils faisaient tout cela en l'honneur de Dieu et de la religion 
chrétienne. Gomment pouvait-on admettre que des hommes traités 
aussi cruellement que les Indiens ajouteraient la moindre foi dans 
la religion de leurs bourreaux. Ne devaient-ils pas plutôt mépriser 
les prêtres hypocrites, qui leur promettaient une vie supérieure, 
et cependant vivaient en bonne intelligence avec de pareils 
monstres. Jamais on n'a abusé de la religion d'ime façon aussi 
exécrable que les Espagnols à la découverte de l'Amérique. Jamais 
il n'a existé de conquérants plus impitoyables et de plus mauvais 
chrétiens (à l'exception peut-être des sectateurs vaudois et hugue- 
nots) que ne l'étaient ceux qui portèrent en Amérique les premiers 
enseignements de cette doctrine si douce et si humaine. Car 
christianisme et humanité sont synonymes, ou en d'autres termes 
le véritable esprit religieux ne va pas sans l'humanité. 

Cette seconde expédition de Cabeza de Vaca fut sa dernière en- 
treprise comme gouverneur. A son arrivée à l'Assomption, 8 avril 
15:44^', il était si faible, qu'il pouvait à peine se mouvoir. Cetétat 
dura quatorze jours, durant lesquels il ne put quitter sa chambre. 
Les mécontents profitèrent de cet état d'immobilité et d'impuis- 
sance du gouverneur, et trois d'entre eux, le payeur Alonzo de 
Cabrera, son ennemi principal, le secrétaire du gouvernement 
Franz de Mendoza et un certain Garcia Venegiis, pénétrèrent, 
durant la nuit du "10 avril, avec deux cents hommes armés dans 



54 CABÉZA DE VACA EST RENVOYÉ EN ESPAGNE. 

sa demeure et le firenl. prisonnier. On l'enferma dans une prison 
solide, où on le retint comme un malfaiteur jusqu'à ce qu'on eût 
achevé la construction d'un navire destiné à le transporter en 
Espagne, pour le remettre aux mains du roi avec les plaintes de 
la colonie. Dix mois se passèrent ainsi, pendant lesquels Gabeza 
de Vaca vécut dans une rigoureuse séquestration sous la garde de 
ses ennemis. Lorsqu'une nuit on le tira enfin de sa prison pour 
le conduire au navire, il s'écria plusieurs fois qu'il nommait Juan 
Salazar pour successeur au gouvernement ; mais on l'embarqua 
sans l'écouter et le navire partit aussitôt, emportant ses accusa- 
teurs, qui continuèrent à le traiter comme un prisonnier *^ 



VI 

ADMINISTRATION DE DOMINGO MARTINEZ IRALA 

1544 — 1557. 

L'emprisonnement arbitraire du gouverneur Gabeza de Vaca 
jeta la pomme de la discorde dans la colonie du Rio-Paraguay et 
en arrêta pour longtemps le développement paisible. Une partie 
des officiers et soldats lui resta fidèle, accusa de trahison ses 
adversaires en se considérant comme représentant du bon droit. 
Les rixes entre les deux partis devinrent si fréquentes, que beau- 
coup d'habitants n'osaient plus sortir seuls dans les rues, où ils 
auraient été exposés à être attaqués et massacrés par leurs adver- 
saires. Les conjurés étaient les plus nombreux et opprimaient leurs 
adversaires. Il y eut plusieurs véritables combats dans les rues. 
Les Indiens voyaient tout cela avec une joie secrète et formèrent 
bientôt le plan d'un nouveau soulèvement général qui éclata un 
peu plus tard. 

Afin de légitimer et régulariser leur conduite, les conjurés et 
leurs partisans choisirent, lelendemainde l'incarcération du gou- 
verneur légitime, Domingo Martinez Irala pour gouverneur et le 
proclamèrent chef de la colonie. Irala n'était pas présent à ce 



IHALA EST (JlOISI POIK GOUVERNEl 11. 55 

moment ; Gabeza de Vaca, peu de temps avant sa déposition, 
l'avait envoyé en expédition contre les Carios d'Acay encore 
insoumis, qui lui donnèrent beaucoup à faire. Schmidt faisait 
partie de l'expédition et en donne un récit détaillé. Irala partit 
avec trois cent cinquante soldats et arriva vers le soir près du 
théâtre de ses opérations. On demeura tranquille pendant la nuit, 
caché dans les fourrés, et attaqua les ennemis le lendemain à 
sept heures. Le combat fut sérieux, car les Espagnols y perdirent 
dix hommes. Il fallut assiéger le village fortifié des Indiens, situé 
dans le voisinage du grand lac Ypacarai (aujourd'hui Aregua). Ce 
siège dura trois jours et on massacra tout, hommes, femmes et 
enftmts. Beaucoup d'Espagnols furent blessés. Il fallut encore 
s'emparer d'un second village mieux fortifié, appelé Acaraiba, sur 
l'emplacement de Tobati actuel, au delà des hauteurs qui limitent 
le lac au nord-est. Irala y fit halte pour attendre des renforts de 
l'Assomption, où il avait envoyé ses blessés. Les Espagnols s'em- 
parèrent du village et forcèrent le cacique Tabaré à la soumission. 
Alors Irala étant tombé malade, on dut rebrousser chemin. Il se 
fit porter en litière et ses soldats pillèrent tout ce qui se trouva 
sur leur route. C'est à ce retour qu'il apprit les événements de l'As- 
somption, l'emprisonnement deCabeza de Vaca et son élection *^^ 
A son arrivée, Irala était encore malade et se tint éloigné de 
toutes les affaires. Il blâma dans ses paroles la conduite des con- 
jurés, mais ne fit rien contre eux et ne repoussa pas leur choix. 
Il fit des appels à la tranquillité et à la concorde, et plus tard, 
lorsque les hostilités et les rixes continuèrent, il prit de rigou- 
reuses mesures pour en arrêter le cours. Il se vit bientôt forcé à 
une seconde expédition contre le cacique Tabaré. Il remonta par 
oau le fleuve jusqu'à l'embouchure du Rio-Jeguy (à peu près sous 
le 24-" de L. S.), pour attaquer Ilieruquizaba, résidence du cacique. 
Il s'empara de lui après un combat sérieux et l'obligea à se sou- 
mettre une seconde fois. Les Yapirus, qui vivaient en hostilités 
avec les tribus du nord et qui accompagnaient Irala, rapportèrent 
environ mille tètes coupées à leurs ennemis. On se contenta de 
tuer les hommes en laissant la vie aux femmes et aux enfants. 



50 BONNE ADMINISTRATION DTRALA. 

Après celte expédition, tous les membres de la nation des Garios 
se trouvèrent soumis et elle fut le dernier combat livré contre 
elle. Depuis lors, il n'éclata plus aucun soulèvement contre la 
domination espagnole dans cette contrée et la conquête du Para- 
guay peut être considérée comme achevée. On répartit les Indiens 
dans des villages surveillés (Réductions), dans lesquels on les 
tenait dans une demie (Milyos) ou dans une complète (Yanaconas) 
dépendance, suivant le degré de leur soumission. Ces villages 
furent attribués, soit au fisc, soit à certains officiers supérieurs, 
soit aussi à l'église, qui en disposèrent comme de vassaux ou de 
serfs, suivant le sort réservé à chacun d'eux. Gespartages prirent 
le nom de repartimentos. Le revenu (encomiendas) de chaque 
lot appartenait à celui qui l'avait reçu, mais seulement à titre 
viager^^ 

Lorsqu' Irak fut revenu de cette seconde expédition et eut ainsi 
assuré la tranquillité de la colonie au dehors, il s'appliqua sérieu- 
sement à son organisation intérieure. Il chercha d'abord à ar- 
ranger les rivalités et hostilités qui duraient encore entre les 
officiers, et le 22 septembre 1545 il publia une ordonnance sévère 
pour y mettre fin par la force *^ Il y réglait aussi les rapports 
des soldats avec les Indiens. Depuis le commencement de l'année 
4546, un meilleur esprit régna dans la colonie et on commença à 
s'occuper des affaires autres que les expéditions guerrières. Le 
gouverneur donna surtout son attention à la construction de la 
ville et à l'établissement des villages et propriétés particulières 
dans les environs. Son but était de faire naître l'agriculture et 
l'élevage des bestiaux, industries encore inconnues, qui devaient 
fournir des ressources assurées à la colonie. Il ne dépouilla ce- 
pendant jamais entièrement la nature guerrière du conquérant. 
Il pensait toujours à l'exécution du vieux projet de se frayer une 
route du Paraguay au Pérou et commença les préparatifs au com- 
mencement de l'année 1548. L'expédition se trouva prête en 
août. Irala la conduisit comme on avait fait des précédentes, mais 
avec plus de prudence. Il arriva jusqu'aux limites du territoire 
péruvien, mais n'en retira aucun autre bénéfice que d'être venu 



HULA VA Au PEUOi;. 57 

jusque là, car le vice-roi ne lui permit pas de pénétrer sur son 
territoire. 

Dans cette-expédition, Schmidt suivit encore son chef, qui paraît 
lui avoir accordé une confiance particulière, sans doute en sa 
qualité do non Espagnol. Le récit qu'il nous donne de ce voyage, 
est très-circonstancié. Mais nous n'en donnerons qu'un court 
extrait, parce qu'il n'a qu'un rapport éloigné avec notre histoire. 
D'après Schmidt, Irala se mit en route avec ses soldats et de 
nomhreux Indiens comme serviteurs et aides. Une moitié était 
embarquée, l'autre moitié, en partie montée à cheval, marchait 
à terre. On se dirigea ainsi vers le nord jusqu'au Pan de Azucar 
(^r 23' deL. S.), où on obliqua vers l'ouest, après avoir laissé 
50 hommes à la garde des navires. Le voyage s'accomplit heu- 
reusement. On visita plusieurs peuplades indiennes, telles que 
les Abayas, Guanas. Maigenos, Carcocios, etc. Puis on traversa 
un grand fleuve, le Rio Guapay et atteignit enfin la frontière du 
Pérou. Alors Irala fit halte et envoya des messagers au vice-roi 
D. Pedro de la Gasca, pour l'informer de son arrivée. Mais celui- 
ci lui fit répondre qu'il ne pouvait pas entrer dans le pays avec 
ses gens, de crainte que la présence des nouveaux arrivés ne vînt 
rejeter dans des nouveaux troubles la colonie, à peine calmée à 
la suite de la chute de Gonzalo Pizarre. Il lui commanda de re- 
tourner au Paraguay et d'y attendre ses ordres, qu'il lui ferait 
parvenir en même temps que la nomination d'un nouveau gou- 
verneur. Irala revint sur ses pas avec cette réponse assez décou- 
rageante et rentra à la fin de 1549 à l'Assomption, tout aussi 
mécontent que Gabeza de Vaca au retour de son inutile ex- 
pédition. 

Lorsqu'Irala fut arrivé à l'Assomption et voulut entrer dans 
la ville, il en trouva les portes fermées et s'aperçut que la colonie 
menaçait de se dissoudre. Des séditieux s'étaient emparés du 
gouvernement et repoussaient l'autorité d'Irala, comme ils l'a- 
vaient déjà fait de celle de Gabeza de Vaca. Irala occupa toutes les 
avenues, tint la ville bloquée et lui coupa les vivres. Bientôt 
beaucoup de tiansfuges passèrent dans son camp et abandonné- 



58 RÉVOLUTION A L'ASSOMPTION. 

rent les révoltés. Ces derniers, voyant la fin de leur domination 
usurpée, se retirèrent secrètement avec cinquante soldats qui leur 
étaient restés fidèles, et Irala put rentrer sans difficultés dans la 
ville pour en reprendre le gouvernement. 

En peu de mots voici les causes qui avaient amené ces événe- 
ments. Avant son départ pour le Pérou, Irala avait laissé l'admi- 
nistration à Franz deMendoza, cavalier de haut rang, ancien page 
près de Ferdinand, frère de Charles-Quint. Irala n'étant pas en- 
core revenu après une année révolue, Mendoza réunit les officiers 
et les principaux fontionnaires civils. Il leur représenta qu'Irala 
avait sans doute succombé, comme Ayolas, et ne reviendrait pas, 
et leur proposa de le nommer gouverneur à sa place. Mais Diego 
de Abreu et ses partisans lui fit opposition parce qu'il était en 
hostilité déclarée avec Mendoza. On admit cependant comme 
certaine la mort d'Irala et donnant suite à la proposition de Men- 
doza on élut Abreu comme gouverneur. Les deux prétendants 
armèrent leurs partisans; mais les troupes plus nombreuses 
d'Abreu écrasèrent leurs adversaires. Mendoza lut fait prisonnier, 
accusé de rébellion contre l'autorité légale et exécuté publique- 
ment sur la place de l'Assomption. Abreu se conduisit comme 
un véritable gouverneur jusqu'au moment où l'arrivée d'Irala le 
renversa comme nous l'avons raconté. Il s'enfuit de la ville avec 
ses partisans dans les forets au nord-est et y mena une véritable 
existence de brigand. Appelé par Irala à se soumettre, il refusa 
pour lui-même; mais plusieurs de ses compagnons, parmi les- 
quels les officiers Ortiz de Yergara et Alonzo Riquelme de Guz- 
man, père de l'historiographe, acceptèrent le pardon offert, et 
plus tard se réconcilièrent si complètement avec Irala qu'il leur 
donna deux de ses filles en mariage. Irala envoya contre Abreu et 
les autres un détachement conduit par Escaso. Ils surprirent les 
révoltés dans leurs huttes au milieu de la forêt et les mirent 
à mort. 

Avant ces derniers événements, à l'époque où Irala tenait blo- 
quée la ville de l'Assomption, il fut rejoint par Nuflo de Chaves, 
qu'il avait laissé derrière lui à titre d'envoyé auprès du vice-roi 



N. DE CHAVES AMÈNE LES PREMIÈRES CHÈVRES. 59 

du Pérou, D. Pedro de laGasca. Il rapportait un refus définitif. 
Mais ce qui était plus intéressant pour la colonie, il était accom- 
pagné de 6 cavaliers et 40 soldats et ramenait quelques chèvres 
destinées à Pélevage. Elles furent la souche d'une nombreuse 
postérité, dont les descendants peuplent encore aujourd'hui le 
Paraguay. Chaves, homme astucieux et intrigant, épousa la 
fdle de Franz de Mendoza et exigea la punition des meurtriers de 
son beau-père. Irala la lui promit et la fit exécuter en envoyant 
Escaso et ses soldats. 

Peu de temps après la rébellion d'Abreu et de ses compagnons, 
Ulrich Schmidt, auquel nous avons tant emprunté dans notre 
récit des événements, quitta la colonie de Paraguay et retourna 
en Europe, où il arriva au commencement de l'année 1554. Il 
partit par terre en traversant le Brésil. Il quitta l'Assomption le 
26 décembre 1552, le jour saint Etienne, descendit le Paraguay 
jusqu'à sa jonction avec leParanâ, remonta cette rivière jusqu'aux 
limites des possessions portugaises au Rio Jaguy (?), et de là con- 
tinua son voyage à pied par le pays des Tupis et de plusieurs autres 
peuplades jusqu'à la côte au cap Saint- Vincent (24' deL. S.), où il 
arriva le 13 juin 1553 (jour saint Antoine) . RuyDiazMelgarejo,un 
des compagnons d'Abreu, qui s'était enfui avec lui dans les forêts, 
mais avait échappé aux poursuites avec trois autres Espagnols, 
se joignit à Schmidt, sur le Rio Panarâ. Accompagnés de quel- 
ques Indiens, ils s'ouvrirent une route à travers les déserts. Les 
Espagnols restèrent au Brésil, Schmidt continua son voyage. Il 
s'embarqua sur un navire allemand et emporta avec lui plusieurs 
rapports d'Irala au roi d'Espagne, dans lesquels il faisait le récit 
des derniers événements survenus dans la colonie ^\ Il les remit 
à Séville au chef de l'administration coloniale dans la Casa de las 
Indias 

Lorsque les troubles, que la rivalité des officiers supérieurs 
avaient fait naître ici, comme dans toutes les autres colonies es- 
pagnoles, furent apaisés, le Paraguay jouit de la tranquillité pen- 
dant quelque temps. Irala fut reconnu gouverneur sans contestation 
et s'efforça de mériter la confiance générale par de bonnes insti- 



60 EXPEDITION AU DELA Dû KIO-PAKANA. 

tutions. De temps à autre il fit encore quelques petites campagnes 
contre les Indiens, mais il encouragea aussi très-sérieusement 
ses compatriotes à se livrer à des travaux pacifiques, favorisa 
l'agriculture et se montra pressant pour l'accomplissement de 
mariages réguliers avec les femmes indiennes. Il voulait créer 
une génération légitime et faire disparaître l'ancienne habitude, 
conservée par les simples soldats, d'avoir plusieurs concubines. 

Durant co temps de tranquillité il vint à l'Assomption quel- 
ques Indiens de la grande famille des Guaranis, qui habitaient au 
delà du Rio Parand à l'est dans une province nommée Guayra. 
Ils demandaient assistance contre leurs anciens ennemis, les 
Tupis, situés plus au nord. Afin d'étendre son autorité dans cette 
direction, Irala les reçut amicalement, équipa une troupe et par- 
tit avec eux dans leur pays. Il Iraversa le Rio Paranâ un peu au 
dessous de la grande cascade {Salto de Guaïra, W de L. S.). De 
là il remonta le fleuve jusque chez les Tupis, dans la région du 
Salto de Ayembi. Il leur livra une bataille, gagnée aisément et 
les foi ça à promettre de ne plus attaquer les Guaranis. De là, 
Irala envoya Juan de Molina en Espagne par le Brésil avec des 
rapports pour le roi. Lui-même revint avec ses gens par une 
autre route. Mais il éprouva beaucoup de difficultés dans cette 
marche à travers des forets épaisses et sans routes. Il fallut tra- 
verser plusieurs rapides du Paranâ, qui rendaient impossible la 
navigation sur radeaux ou canots. Au-dessous de la grande ca- 
taracte il se sépara des malades et des hommes affaiblis après les 
avoir embarqués sur le Paranâ, sous la direction d'Alonzo de 
Encina. Lui-même revint à l'Assomption par la route directe. 
Pendant cette marche, il apprit d'Indiens qui habitaient dans le 
sud sur le Paranâ, qu'une nouvelle expédition espagnole venait 
d'entrer dans l'embouchure de La Plata. 

Avant de continuer notre histoire et celle de cette expédition, 
il nous faut parler ici d'un épisode de la colonisation, qui eut pour 
résultat d'introduire au Paraguay le bétail si utile et si nécessaire. 
Nous avons à remonter à l'époque du retour en Europe du gou- 
verneur déposé, Gabeza de Vaca. Il était accompagné et giardé 



AUlllVÉE DE NOUVEAUX COLONS D'ESPAGNE 61 

par plusieurs officiers supérieurs chargés de justifier les événe- 
ments. Il s'en trouvait aussi d'autres du parti adverse, qu'on 
avait éloignés de ciainto de les voir susciter des troubles dans la 
colonie. Au nombre do ces derniers était Juan de Salazar, un 
des principaux partisans du gouverneur et désigné par celui-ci 
comme son successeur au dernier moment. Le procès lui fut dé- 
favoiable, la couronne reconnut justifiée sa déposition et lui 
nomma pour successeur Juan de Sanabria. Mais celui-ci mourut 
avant les préparatifs. Son lils Diego voulut continuer l'entreprise, 
mais ne se trouva pas en état de subvenir aux frais nécessaires. 
Alors Juan de Salazar, qu'il avait recommandé à plusieurs de ses 
amis, hauts fonctionnaires de la cour, reçut la permission de 
pi'endrepart àf expédition. Avec son expérience acquise, il en prit 
la direction et persuada à la veuve de Sanabria de l'accompagner 
avec ses deux filles Maria et Mencia ainsi que plusieurs autres 
seigneurs et dames de la noblesse espagnole. La traversée ne fut 
pas heureuse; on éprouva plusieurs avaries et bien qu'on eût 
déjà atteint la Lagiina de losPatos (31° deL. S.), le naufrage d'un 
navire arrêta toute l'expédition. Une partie des voyageurs, parmi 
lesquels les dames, se sépara des autres, revint sur ses pas sous 
la conduite de Hernando de Trejo et vint aborder à l'île de San- 
Francisco sur la côte du Brésil, où elle voulait fonder une colo- 
nie. On obéissait ainsi aux prescriptions mêmes du roi qui voulait 
assurer des communications plus faciles avec le Paraguay. Mais 
on y tomba bientôt dans une grande misère. Les dames surtout 
eurent à souffrir d'un manque absolu de tout comfort européen. 
On se décida donc à gagner l'Assomption par terre comme l'avait 
fait Cabeza de Vaca. On exécuta le projet avec de grandes souf- 
frances, qui retombèrent surtout sur les dames; mais enfin on 
arriva à l'Assomption où l'on fut très-mal reçu. Irala fit empri- 
sonner Hernando de Trejo qui avait épousé Dona-Mencia. Il lui 
reprochait de n'avoir pas montré assez d'énergie à exécuter Tordre 
du roi de fonder une colonie à San-Francisco. 

La seconde moitié de l'expédition, sous la conduite de Juan de 
Salazar, remonta encore ])lus iui noid à Saint-Vincent et y ti'ouva 



62 IRALA ÉTABLIT UNE COLONIE SUR LE RIO-PARANA. 

Ruy Diaz Melgarejo qui, fugitif à la suite de la révolte d'Abreu, 
était venu là avec Schmidt et y vivait avec les sauvages Tupis. Les 
nouveaux venus se mirent sous sa direction et passèrent deux 
années tant bien que mal, jusqu'à l'arrivée d'un navire, com- 
mandé par un gentilhomme, du nom de Becerra, qui voulait faire 
des découvertes pour son propre compte. Il avait emmené avec 
lui ses deux filles Elvira et Isabella, pour le soutenir dans son 
entreprise ou du moins l'encourager par leur présence. Melgarejo 
demanda la main d'Elvira et l'obtint. On vécut là dans l'isole- 
ment jusqu'à ce qu'il devînt insupportable à tout le monde. 
Alors cette moitié de l'expédition prit à son tour la route du Pa- 
raguay par terre sous la conduite de Melgarejo. Plusieurs cava- 
liers, entre autres deux Portugais, Gipio et Vincente de Goes, s'y 
joignirent. Ces derniers, gens prévoyants et habiles spéculateurs, 
emmenèrent avec eux sept têtes bétail. Ils les confièrent à un 
serviteur du nom de Gaete, avec promesse de lui laisser une des 
vaches, s'il les amenait toutes saines et sauves au Paraguay. Il 
réussit. Hommes et animaux arrivèrent tous à l'Assomption en 
1555. De CCS 7 têtes dérive la nombreuse postérité de beaux 
bestiaux qui peupla bientôt les plaines du Paraguay. 

Après l'arrivée de ces deux convois, Irala, voyant sa colonie 
fortement accrue et embellie par la présence charmante de dames 
espagnoles, se décida à lui donner plus d'étendue et à se con- 
former de son côté au souhait de la couronne d'ouvrir une com- 
munication directe avec l'Océan. Déterminé par les fréquentes 
hostilités dans lesquelles les Guaranis au delà du Paranâ l'entrai- 
naient avec les Indiens voisins, et guidé par le désir de devancer 
les Portugais qui s'avançaient de plus en plus vers le sud et de 
leur opposer une digue, il décida finstallation d'une colonie sur 
la rive orientale du Rio Paranâ, dans le voisinage de la grande 
cascade. Il chargea de l'exécution son beau-fils Franz deVergara, 
en 1555, peu après l'arrivée du second convoi. Celui-ci prit avec 
lui des ouvriers et des soldats en nombre suffisant et fonda, à 
l'embouchure du Rio Pequiri dans le Rio Paranâ, au dessus du 
Salto de Guayra, une ville qu4l appela Ontiveres du nom de son 



ARRIVÉE DU PREiMIER EVÈQUE A L'ASSOMPTION. 63 

pays d'origine. Mais Irala rappela Yergara peu après à T Assomp- 
tion et la nouvelle colonie fut abandonnée l'année suivante. 

Nous revenons dans notre récit à l'arrivée d'Espagne de la 
nouvelle expédition dont la venue avait été annoncée au gouver- 
neur Irala par des Indiens à son retour de La Guayra. Elle était 
composée de trois navires, sous la conduite du procureur royal 
Martin Orné, un des compagnons de Nunez Cabeza de Vaca, lors 
de son retour en Europe. Il avait reçu mission de Cabrera de 
veiller sur le prisonnier. Entre autres immigrants, il amenait le 
})remier évêque : Pedro Fernandez de la Torre, avec son cortège 
de prêtres ^\ Par une imitation présomptueuse du Christ, celui-ci 
entra à l'Assomption le jour des Rameaux 1555. Irala le reçut 
solennellement, des larmes de joie dans les yeux et lui baisa la 
main. Orué apportait en outre à Irala sa conlirmation par le roi 
de gouverneur de la colonie. Le lendemain, Irala réunit tous les 
officiers, soldats et principaux habitants de l'Assomption et leur 
annonça ces grandes nouvelles. 

Le premier acte d'Irala, après avoir reçu sa nomination offi- 
cielle, fut d'organiser régulièrement le régime intérieur delà co- 
lonie. Il distribua les Indiens soumis dans quatre cents enco- 
niiendas ** et en donna une ou plusieurs à chaque officier, suivant 
son rang, opération dans laquelle il réussit difficilement à satis- 
faire tout le monde. Il rédigea un règlement précis, d'après lequel 
les maîtres devaient régler leurs rapports avec leurs subordonnés 
et qui leur prescrivait un traitement humain. Il institua de nou- 
velles écoles pour les enfants de ces gens et s'efforça avant tout 
de réglementer les relations des gens de couleur et des'blancs, 
de façon à empêcher tout acte d'oppression de la part des der- 
niers et à organiser la société mélangée, dont se composait la 
colonie, d'une manière satisfaisante et équitable pour tous. Irala 
prit les meilleures mesures pour atteindre ce résultat. 

Après avoir ainsi réglé les affiiires intérieures de la colonie, 
Irala tourna de nouveau ses regards en dehors. Il était surtout 
préoccupé par l'idée de fonder un nouvel établissement sur la 
rive orientale du Rio-Paranâ, afin d'établir une communication 



64 RÉVOLTE DE LA COLOiNlE DU RIO-PAKANA. 

plus prompte et plus commode avec la mère patrie. Il y envoya 
donc une nouvelle expédition, sous les ordres de son second beau- 
fils, Pedro de Segura, et lui prescrivit en même temps de s'empa- 
rer des derniers échappés de la révolte d'Abreu et de les mettre 
hors d'état de nuire. Ils habitaient dans les forêts entre le Rio- 
Paraguay et le Rio-Paranâ et enlevaient toute sécurité aux com- 
munications avec l'Assomption. Ségura trouva le reste des indi- 
vidus de la colonie d'Ontivères en grande agitation. Commandés 
par un certain Nicolas Golman, d'origine anglaise, ils lui refusè- 
rent le passage du fleuve et l'attaquèrent même de nuit dans son 
camp, en sorte qu'il se vit forcé de retourner à l'Assomption. 
Quoique très-mécontent de cet insuccès dans son plan, Irala ne 
put pas envoyer une seconde expédition. Il donna ordre à Segura 
de se rendre à l'embouchure de la Plata, avec des dépêches pour 
le roi. Elles devaient être emportées par un navire arrivé d'Es- 
pagne depuis peu, sous la conduite de Estevan de Vergara et qui 
se disposait à partir. Segura revint promptement à l'Assomption, 
ramenant avec lui plusieurs cavaliers, entre autres D. Geronymo 
Acosta et ses deux filles. L'une de celles-ci avait épousé Philipp 
de Caceres et venait avec lui au Rio de la Plata. On n'a pas oublié 
cet officier, qui était régidor sous Cabeza de Vaca et avait été un 
des principaux auteurs de sa chute. Il avait atteint son but de 
punir son ancien chef et il revenait maintenant sur le théâtre 
de ses premières actions. 

Irala s'eflorça d'installer aussi bien que possible dans la colo- 
nie les gentilshommes nouvellement arrivés et reprit son projet 
de coloniser la province de La Guayra, au delà du Rio-Parana. Il 
confia cette opération à Nuflo de Chaves, dont il avait reconnu 
l'énergie, et lui recommanda avec instance de châtier les révoltés. 
Celui-ci justifia entièrement cette confiance, rétablit prompte- 
ment l'ordre dans l'établissement et assujettit tous les Indiens de 
la famille Guarani. Il s'avança loin à l'est, jusque sur le territoire 
portugais, où il remporta une chaude bataille sur les Tupis et 
revint avec un succès complet et pouvant annoncer qu'il avait 
rendu la tranquillité et solidement fondé la colonie de La Guayra. 



MORT U'IUALA. 65 

Cette heureuse réussite détermina Irala à toujours tenir ses hom- 
mes occupés à de nouvelles expéditions analogues, afin qu'ils 
fussent toujours prêts à être mobilisés. Il en prépara deux et 
donna le commandement de l'une à Ruy Diaz Melgarejo et de la 
seconde de nouveau à Nuflo de Ghaves. Il envoya la première à 
l'est dans la Guayra, la seconde au nord dans la région de 
Xcrayes. 

Lorsque Melgarejo fut arrivé à Ontiveres, il ne trouva pas con- 
venable l'endroit où l'on avait placé la ville. Il décida de la repor- 
ter plus au nord, à l'embouchure du Rio-Pequiri dans le Rio- 
Parana et y fonda, en 1557, une ville qu'il appela Giudad-Real. 
Mais cet endroit n'était pas mieux approprié pour en faire un 
centre de population. Les habitants furent tous attaqués des 
fièvres intermittentes, causées par l'atmosphère, tenue constam- 
ment humide par les deux fleuves. Beaucoup y moururent et les 
autres abandonnèrent la place. Elle se dépeupla de plus en 
plus, jusqu'à ce qu'enfin les derniers habitants furent transportés 
par Al. Rig. de Guzman, dans sa nouvelle ville de Xeres. 

Nuflo de Ghaves avait été chargé de coloniser les Xarayes ; 
mais il lui parut plus important d'établir une communication 
avec le Pérou, où il avait déjà vécu. Peu après son départ de 
l'Assomption, il apprit la mort d'Irala et ne se crut plus obligé 
d'obéir à ses instructions. Son expédition n'amena aucun résultat 
avantageux pour la colonie du Paraguay ; nous en renverrons 
donc le récit aux notes ^'. 

Ainsi que nous venons de le dire, le gouverneur Domingo Marti- 
nez Irala mourut des suites d'un refroidissement, peu de temps 
après le départ de Nuflo de Ghaves. Il s'était rendu au village indien 
Yta pour y presser les ouvriers occupés a confectionner la char- 
pente d'une chapelle. Il y fut pris d'une violente diarrhée, qui ne 
voulut point céder aux moyens accoutumés. Le vieillard, âgé de 
soixante-dix ans, s'affaissa promptement et se vit forcé de se faire 
rapporter à l'Assomption sur une litière. 11 mourut au bout de 
quelques jours, au commencement de Tannée 1557. On ne con- 
naît ni le jour de sa naissance ni celui de sa mort. Tout le monde 

RÉP. ARG. — I. 5 



66 SON ROLE CONSIDÉRABLE. 

pleura sa mort, car il était généralement respecté et, ce qui dit 
beaucoup en faveur de son caractère, il n'avait aucun ennemi 
personnel parmi ses compagnons. La colonie du Paraguay lui 
doit sinon sa fondation première, au moins sa solide et définitive 
installation. Ce fut grâce à sa prééminence personnelle qu'il put 
étouffer les germes de rivalité entre les divers officiers supérieurs 
et les faire tourner au profit général. S'il avait beaucoup des 
défauts qui caractérisent tous les conquérants espagnols de cette 
époque , d'un autre côté il traita les Indiens beaucoup plus hu- 
mainement que Pizarre et Cortez lui-même, et par son exemple 
les sujets conquis furent traités plus équitablement qu'on ne le 
faisait alors chez les Espagnols. Aussi Azara le place-t-il avec 
raison à côté de ces heureux conquérants et pense que, si son nom 
n'est pas devenu populaire comme les leurs, il faut en rechercher 
la raison dans le fait qu'il n'existait pas au Paraguay de florissants 
royaumes comme ceux que Cortez et Pixarre renversèrent si 
rapidement". 



VII 

SUITE DES ÉVÉNEMENTS AU PARAGUAY DEPUIS LA MORT D'IRALA 
JUSQU'A LA MORT DE DE GARAY. 

1558 — 1584. 

La mort d'Irala précipita la colonie dans des troubles analo- 
gues à ceux qui avaient suivi l'emprisonnement de Cabcza de 
Vaca. Il n'existait aucune personnalité pour prendre la succession 
d'Irala. Les mêmes rivalités entre officiers supérieurs reparurent, 
comme elles S'î montrent partout où la prééminence personnelle 
d'un homme ne \ iciit pas retenir les subordonnés dans les limites 
nécessaires de la modération. 

A son lit de mort, Irak avait désigné son gendre Gonzalo de 
Mendoza comme son successeur. Les ofliciers présents respecté- 



OirriZ DE VERGAHA DEVIENT GOUVERNEUR. 67 

rent ses dernières volontés, parce que Gonzalo était un homme 
généralement estimé et aimé de tous. Il commenrn ^rr informer 
les deux absents, Melgarejo et Gliaves, de la moiL v!i; ;,juverneur 
et de sa nomination et les requit de le reconnaître. Melgarejo le 
fit, mais Cliaves s'y refusa. Il continua à marcher vers le Pérou 
pour son propre compte et se fit reconnaître par le vice-roi 
comme conquérant indépendant, ainsi que nous le racontons dans 
la note G7. 

L'administration de Gonzalo de Mendoza ne dura qu'une demi- 
année. Il tomba malade en juillet 4558 et mourut au bout de peu 
de jours. Nous n'avons à signaler pendant ce temps qu'une ré- 
volte des Agazes, qu'il réprima promptement en envoyant Garcia 
Morquera contre eux. 

On choisit pour gouverneur un autre gendre d'Irala, D. Franz 
Ortiz de Vergara. Il était venu au Paraguay avec Cabeza de Yaca, 
et plus tard avait pris part à l'entreprise d'Abreu. En vertu d'un 
mandat royal, l'éveque le confirma et le consacra. D'abord, tout 
demeura tranquille, mais quelque temps après, les Xarayes au 
nord du Paraguay se soulevèrent sous la conduite de deux enfants 
énergiques du cacique Curupirati. On les appelait Paul et Nazaro 
et ils entretinrent pendant deux ans une guerre contre les Espa- 
gnols, dans laquelle les succès furent partagés, mais finalement 
se termina par l'assujettissement des Indiens. Le 3 mai 1560 les 
Espagnols remportèrent une victoire complète, et répartirent les 
Xarayes, comme les Guaranis au Paraguay, dans des réductions 
comme encomiendas pour leurs maîtres. Une autre révolte des In- 
diens delà Guayra, où Ruy-Diaz Melgarejo commandait toujours, 
se termina de même. La guerre dura ainsi deux ans et fut pour 
Alohzo Riqnelmc de Guzman, père de l'historiographe et qua- 
trième gendre d'Irala, une occasion de se distinguer". Le gou- 
verneur, son beau-frère, l'avait envoyé au secours de Melgarejo, 
et en Tannée 156'2 il rentra à l'Assomption en héros victorieux. 

Après ces succès, la paix régna i)ai'tout dans la coloui(\ Ver- 
gara forma le projet d'envoyer une ambassade en Espagne pour 
y porter au roi un rapport sur la situation du Paraguay et en 



68 NL'FLO DE CIIAVES IlEVlEiNT DU PÉIIOU. 

obtenir la confirmation de son titre de gouverneur. Il choisit pour 
porteur son vieil ami Melgarcjo, avec lequel il avait pris part à la 
révolte d'Abreu, et désigna Alonzo Riquelme de Guzman pour le 
remplacer à la Guayra. Melgarejo vint à l'Assomption avec sa 
famille en 1563, afin de se préparer à son voyage en Espagne. 
Mais il dut attendre longtemps, car le navire qui devait le trans- 
porter était encore en construction, et lorsqu'il fut achevé et prêt 
à mettre à la voile sur le fleuve, il fut entièrement consumé par 
un incendie allumé la nuit. On soupçonna que le feu avait été mis à 
dessein, mais sans pouvoir le prouver". Il fallut renoncer à 
l'ambassade, surtout lorsqu'un nouveau soulèvement des Indiens 
eut éclaté au nord du Paraguay. Le foyer de la révolte était cette 
fois plus à l'est, dans la région du Rio Yaguarei, qui se jette dans 
le Parana (entre 21° et 22" de lat. sud). Le gouverneur équipa 
trois corps de troupe contre eux. Il se mit à la tête du premier, 
donna le second à Melgarejo et le troisième à Segura. On s'a- 
vança par le sud, l'ouest et le nord vers le pays en révolte, et les 
trois colonnes, en se réunissant sur le cours supérieur de la ri- 
vière nommée, rétablirent promptement la tranquillité dans le 
pays. 

Peu après la fin de cette expédition, Nuflo de Chaves vint à 
l'Assomption, accompagné de nombreux amis armés, pour em- 
mener sa famille et ses biens dans sa province. Il ne pouvait 
guère attendre un bon accueil, d'abord parce qu'il avait désobéi 
à son mandat et avait fondé pour lui-même une colonie ; ensuite 
parce que, en sa qualité de gendre de Franz de Mendoza exécuté 
publiquement, il avait poussé Irala à exercer des poursuites con- 
tre les partisans d'Abreu et que le parti des poursuivis se trou- 
vait maintenant en possession du pouvoir et de la force. Dans 
ces circonstances il chercha à se gagner l'évêque de la Torre, qui 
Venait de bannir Melgarejo pour le meurtre d'un prêtre. Il maria 
son beau-frère Diego de Mendoza avec sa nièce et mit ainsi fin 
aux vieilles inimitiés. Chaves raconta tant de merveilles de ses 
nouvelles possesssions et des richesses du Pérou, que l'évêque et 
le gouverneur furent curieux de les voir par eux-mêmes. Il 



i LE GOUVERNEIR ET L'ÉVÊQUE VONT Au PÉROU. m 

devint bionlôt intime avec le gouverneur et lui persuada d'aller 
au Pérou pour se faire confirmer dans son gouvernement par le 
vice-roi. L'éveque se rallia à ce projet et se déclara prêt à accom- 
pagner le gouverneur. Le voyage fut donc décidé, etl'onen poussa 
les apprêts jusqu'au 8 septembre 1564 où l'on put enfin se mettre 
en route. Cent vingt Espagnols, parmi lesquels plusieurs des 
premiers cavaliers, remontèrent le fleuve accompagnés de leurs 
serviteurs indiens sur vingt et un petits navires. Nuflo de Chaves 
les accompagnait avec son escorte pour guide. Elle demeura à 
terre et eut le soin de veiller à reconnaître les meilleurs endroits 
de halte. On arriva ainsi jusqu'à l'embouchure du Rio Mbotetey 
(aujourd'hui Rio Mondego ou Miranda, 19" 26' de lat. sud), près 
de la Laguna Guato (ou Guano). Chaves persuada aux Indiens de 
cette contrée de l'accompagner en grand nombre pour venir 
habiter dans son gouvernement. W est facile de comprendre que 
cette conduite ne plut guère au gouverneur du Paraguay, qui la 
considéra comme un rapt commis sur son territoire. Aussi on ne 
tarda pas à se quereller et Chaves se sépara des autres, sous le 
prétexte d'aller veiller aux apprêts pour recevoir les voyageurs 
dans son gouvernement , mais en réalité pour donner l'ordre de 
retenir le gouverneur et l'évêque durant que lui-même se ren- 
drait à Lima y prendre les ordres du vice-roi. \\ gagna à sa cause 
ce dernier, en faisant valoir les services rendus par lui à son fils, 
qui était devenu gouverneur du Chili. Il reçut du vice-roi la 
promesse d'être nommé gouverneur des provinces qu'il avait 
administrées jusqu'à ce jour pour son fils. Pendant ce temps, 
Vergara arriva seul à Lima, sans l'évêque. Il y fut mal reçu par 
le vice-roi, qui le blâma durement d'avoir quitté son gouverne- 
ment sans la permission du roi. Il lui reprocha, en outre, d'avoir 
oublié ses devoirs de fonctionnaire et d'avoir nui par son voyage 
au progrès de sa province, en entraînant à sa suite tant de gens 
utiles ailleurs. Le vice-roi le déposa et le retint à Lima, afin de 
l'envoyer en Espagne pour y être jugé. Telle fut la triste fin du 
gouvernement de D. Franz Diego Vergara. Pendant cela, l'évêque 
était àChuquisaca, où il attendait le retour de Vergara. Au lieu 



70 NOUVELLE RÉVOLTE A LA GUAYRA. 

de cela, il reçut avis de sa déposition et de la nomination d'un 
nouveau gouverneur, dont il pouvait attendre l'arrivée pour 
retourner avec lui au Paraguay. Le vice-roi nomma pour nou- 
veau gouverneur Juan Ortiz de Zaratc et lui permit de se rendre 
d'abord en Espagne pour y obtenir les conditions stipulées par 
lui pour la prise de possession du gouvernement du Paraguay. 

Durant le voyage du gouverneur Vergara, la colonie du Para- 
guay ne jouit pas du repos nécessaire à son progrès. Les colons de 
la Guayra, qui s'étaient déjà révoltés une fois, se révoltèrent une 
seconde fois contre Guzman, sous la conduite d'un certain Esca- 
lero, comme ils s'étaient révoltés contre Pedro de Segura. On 
avait trouvé dans cette province quelques grosses calcédoines dont 
la cavité était tapissée de brillants cristaux de quartz et d'amé- 
thyste. Elles sont assez communes dans le Rio Paraguay et 
attirent encore aujourd'hui l'attention des immigrants. On crut 
ces pierres très-précieuses et l'on résolut d'aller en Espagne pour 
les y vendre cher. Guzman voulut s'y opposer, peut-être parce que 
lui-même croyait la trouvaille très-précieuse et voulait la retenir 
pour le fisc. Les colons, conduits par Escalero, se révoltèrent 
contre lui et le réduisirent à envoyer demander aide à l'Assomp- 
tion. Le \/ice-gouverneur, don Juan Ortega, envoya Melgarejo au 
secours de Guzman. Mais Melgarejo, qui voyait avec déplaisir Guz- 
man à la place que lui-même avait occupée, prit le parti des re- 
belles et força Guzman à aller à l'Assomption pour y justifier sa 
conduite. Ce voyage ne fut pas simplement un outrage pour 
Guzman, mais encore plein de dangers, car Melgarejo, homme 
violent et méchant, d'après les dires de l'historiographe Guzman, 
avait excité contre lui les Indiens pour le faire tuer par eux. 
Guzman put cependant arriver à l'Assomption. Après lui arriva 
aussi son ancien rival, Philipp de Gaceres, qu'il devait détester 
d'une façon spéciale en sa qualité de neveu du gouverneur déposé, 
Cabeza de Vaca. Il venait comme remplaçant du nouveau gouver- 
neur Ortiz de Zarate, qui l'avait chargé d'administrer le Paraguay 
durant son voyage en Espagne. Non-seulement Guzman justifia 
ses actes auprès de lui, mais encore il se réconcilia avec Gaceres 



.!. ORTIZ DE ZARATE EST NOMMÉ OOCIVERNEUR. 71 

qui le renvoya à la Guayra et rappela Melgarejo, qui, en sa qua- 
lité de frère de Vergnra, devait être son ennemi naturel. Caceres 
devait gouverner le Paraguay pendant que Vergara était prisonnier 
à Lima et que Zarate allait en Espagne pour y prendre possession 
de son titre dans les conditions stipulées par lui. Mais leur plan 
échoua et les conduisit tous deux à leur ruine. 

Jean Ortiz de Zarate était un homme devenu promptement 
riche au Pérou. A ce titre il jouissait d'une grande influence, 
mais se faisait illusion sur les conditions qu'il voulait imposer à 
son acceptation du gouvernement du Paraguay '^ Contre la pro- 
messe que ce gouvernement lui appartiendrait jusqu'à la troi- 
sième génération, il s'engagea à dépenser 24000 ducats à l'amé- 
lioration de la colonie en installant, dans un délai de trois ans, au 
Paraguay 200 familles de cultivateurs et d'artisans espagnols, 
avec 4000 têtes de bétail^ 500 chevaux et 500 chèvres , offres 
qui par le fait étaient inexécutables. Gomme nous l'avons dit, il 
partit en Espagne et désigna pour le remplacer Philipp de 
Caceres, qui était venu à Chuquisaca à la suite du gouverneur 
Vergara et de l'évêque de La Torre. C'est là qu'il avait fait 
connaissance de Zarate et tramé avec lui et quelques autres le 
plan de la déposition de Vergara. Lorsqu'ils eurent réussi, Cace- 
res fut chargé d'administrer le Paraguay jusqu'à l'arrivée du 
nouveau gouverneur et revint avec l'évêque de La Torre et le 
reste de l'expédition après une absence de trois ans (1567). Lors- 
qu'on fut arrivé à la station des navires près de la Laguna Gato, 
Caceres fit embarquer l'évêque et sa suite. Lui-même prit la 
route de terre en suivant le fleuve et eut dans cette marche , le 
12 novembre, une chaude affaire avec les Indiens, qui voulaient 
lui barrer la route. Après les avoir battus on continua sans obs- 
tacle le voyage vers l'Assomption, où l'on arriva au commence- 
ment de l'année 1568. 

Il se forma aussitôt deux partis qui se firent une guerre vio- 
lente comme au temps de l'emprisonnement de Cabeza de Vaca, 
auquel Caceres avait eu une grande part. Les uns prirent le parti 
du gouverneur déposé Vergara et se recrutèrent surtout parmi 



72 RÉVOLTE CONTRE CACERES. 

les anciens amis de Cabeza. Les autres se rallièrent autour de 
Caceres ; ces derniers étaient ses anciens compagnons et com- 
plices. L'évêque de La Torre et tout le clergé, quircndaitCaceres 
responsable des humiliations et des souffrances dont leur supé- 
rieur avait été abreuvé durant le voyage, se joignirent à ses ad- 
versaires. Melgarejo, frère de Vergara, se mit à leur tête. Il était 
encore à la Guayra, où il fut déposé par Caceres et remplacé par 
Guzman, ainsi que nous l'avons déjà dit. Mais Melgarejo refusa 
d'obéir. Il laissa Guzman entrer sur son territoire, le fit prisonnier 
et leva ouvertement le drapeau de la révolte contre Caceres ; 
mais celui-ci n'était plus à l'Assomption ; il était parti pour l'em- 
bouchure de la Plata pour y recevoir le gouverneur Zarate ou au 
moins lui choisir un bon lieu de débarquement. Il revint après 
en avoir cru trouver un à l'île San Gabriel. Il y laissa une bou- 
teille bouchée avec des dépêches et une inscription comme signe 
de reconnaissance. Il reprit ensuite la route de l'Assomption. 

En y entrant il trouva la moitié de la population en révolte et 
y apprit la rébellion de Melgarejo. Il reconnut qu'il n'était pas en 
état de résister à ces deux attaques et retourna sur-le-champ à la 
Plata pour y attendre l'arrivée du gouverneur et profiter des ren- 
forts qu'il amencraitpour réprimer la sédition. Mais Caceres devait 
encore se voir frustré dans ses espérances. Le nouveau gouver- 
neur tardait à arriver. 11 sevitforcé, s'il ne voulait pas abandonner 
toute la colonie à ses ennemis, de revenir à l'Assomption avec la 
petite troupe de ses fidèles pour y tenir tête aux révoltés. Il s'en- 
toura d'une garde du corps de 50 hommes armés, sans lesquels il 
ne sortait plus. Ils l'accompagnaient même à la messe, où il se 
rendait régulièrement. Ses ennemis l'attaquèrent dans une de 
ses sorties ; Franz del Campo s'empara de sa personne et l'enferma 
dans le couvent des moines mendiants. On le soumit à une garde 
rigoureuse, enchaîné et attaché à un gros bloc, qui ne lui per- 
mettait pas de changer de place. Caceres, qui avait été le princi- 
pal promoteur de la ruine de Cabeza de Vaca, subit la même 
mauvaise destinée. 
Martin Suarez de Toledo, que Caceres avait désigné pour le 



JUAN DE GAHAY. 73 

remplacer pendant ses deux voyages à Tembouchure de la Plata 
et qui avait vécu en assez bonne intelligence avec ses compa- 
triotes, voulut maintenant procéder à l'élection d'un gouver- 
neur. Une assemblée générale convoquée par lui lui donna sim- 
plement le titre de lieutenant-général du gouverneur absent, 
Juan Ortiz de Zarate. Il destitua de nouveau Melgarejo de son 
poste de la Guayra. Celui-ci céda, quitta kiGuayra, remit son 
emploi à Guzman qu'il tenait prisonnier, et se rendit à rx\ssomp- 
tion pour se justifier. Il fit la paix avec Martin Suarez. 

Vers cette époque apparaît pour la première fois dans notre 
histoire le nom de Juan de Garay, à qui la colonie dut autant qu'à 
Irala, et qui seul, parmi les officiers ses contemporains, paraît 
n'avoir jamais oublié le bien public pour son intérêt personnel. 
Suarez l'envoya fonder une station sur le fleuve où les navires 
trouveraient, en remontant ou descendant, un lieu de refuge et de 
secours dans la nécessité. Comme Irala, De Garay était de la Biscaye 
(Vizcaino, comme disentlesEspagnols), et s'était attaché à son com- 
patriote le gouverneurZarate, originaire de la même province. Ce- 
lui-ci, de son côté, luiaccordaituneconfiance toute particulière '2. 
Ce fut sans doute à titre d'homme de confiance qu'il fut attaché à 
Philipp de Caceres, lorsque celui-ci partit du Pérou pour y aller 
préparer l'arrivée du gouverneur et le remplacer. Un autre na- 
vire fut expédié en même temps pour transporter le prisonnier 
Caceres en Espagne. Melgarejo s'offrit spontanément à être le 
commandant du navire pour se venger sur Caceres de sa destitu- 
tion '•'. L'évoque de La ïorre lui-môme voulut faire le voyage 
pour aller appuyer de son autorité auprès de la Couronne les 
plaintes contre Caceres, qu'il poursuivait d'une haine infatigable 
depuis l'expédition du Pérou. En outre des hommes et des vivres 
nécessaires, De Garay emmena encore du bétail qu'il fit descendre 
le long de la rive orientale du Rio Parana. Il suivit ensuite le 
prisonnier Caceres avec son petit navire pour lui servir de gar- 
dien. On arriva ainsi jusqu'aux limites de la province actuelle 
d'Entrerios. De Garay s'arrêta ici et laissa Melgarejo continuer 
son voyage avec son prisonnier. Il transporta ensuite son monde 



74 ' FONDATION DE SANTA FÉ. 

et son bétail au delà du fleuve et commença^ à Tabri de la rive 
orientale, sur un petit affluent du Paranà, à peu près sous le 31** 
de L. S. la fondation d'une ville, le 45 novembre 1573, et la 
baptisa du nom de Sa Fé de la Vera Cruz. Elle était située à l'en- 
droit où se trouve aujourd'hui Cayesta ^\ L'autre navire, comman- 
dé par Melgarejo, avec Cacercs et l'évêque de La Torre, sortit 
sans difficultés de l'embouchure de la Plata et longea les côtes 
du Brésil jusqu'à S. Vincent, où Melgarejo avaitvécu auparavant et 
fait la connaissancedesafemme(p.62).Ons'yarrêtaquelquetemps 
pour se procurer des vivres frais et l'on fit descendre à terre le pri- 
sonnier afin de ne pas le perdre de vue. L'évêque lui-même dé- 
barqua pour se reposer. Gaceres trouva moyen de se Her avec 
quelques Portugais et les persuada de le mettre en liberté. Il 
réussit. On empêcha Melgarejo de continuer le voyage avec le pri- 
sonnier et le força à rester chez ses anciens amis, et Gaceres dut 
continuer seul son voyage en Espagne pour s'y présenter en 
homme libre. En se voyant ainsi traité, l'évêque mourut d'efîroi et 
de chagrin. Gaceres se rendit en Espagne avec le navire, justifia 
entièrement ses actes et fut acquitté de toutes les plaintes. 

Pendant ce temps, JuanOrtiz de Zarate avait achevé en Espagne 
tous les préparatifs préalables à son entrée en possession de son 
gouvernement, et le 17 octobre 157:2 il partit de San Lucar. Il 
emmenait avec lui 100 noirs des deux sexes, les premiers esclaves 
nègres qui arrivèrent au Rio de la Plata. La traversée fut des 
plus malheureuses. Un des navires, séparé des autres par la tem- 
pête, arriva au cap S. Vincent le 10 mars 1573. Il y trouva Mel- 
garejo avec quelques fidèles qui n'avaient pas voulu l'abandonner. 
Ils reprirent tous ensemble la route du Rio de la Plata. Le gros 
de l'escadre, après de nombreuses péripéties, atteignit l'île Sa. 
Catharina. Elle avait perdu 300 individus, hommes, femmes et 
enfants. A partir de là, le voyage se continua heureusement; on 
arriva sans nouvelles pertes dans la vaste embouchure du fleuve 
et jeta l'ancre à l'île S. Gabriel, où l'on trouva les instructions de 
Gaceres dans une bouteille enterrée au pied d'une grande croix. 
Le gouverneur, se conformant aux indications de Gaceres, voulut 



J. ORTIZ DE ZARATE ARRIVE A LA PLATA. 75 

Ibndor une station dans cette île. Il en fil commencer les apprêts 
et débarqua dos hommes et des barniques dans ce but. Lorsque 
los r4han'uas d(^ la contrée virent ces préparatifs, ils concertèrent 
avec leurs compatriotes une attaque générale contrelos Espagnols. 
Ils tombèrent on grand nombre sur les débarqués et tuèrent dans 
le combat deux officiers supérieurs et 80 soldats. Cet événement 
fit abandonner à Zarato son projet. Il rembarqua toutson monde 
et le matériel et voulut passer sur l'autre côté du fleuve pour voir 
s'il n'y serait pas plus heureux. Un cacique des Guaranis, qui ha- 
bitaient les îles plates, entre les bras de l'embouchure du Pa- 
ranâ, vint alors l'avertir que des établissements espagnols exis- 
taient plus haut sur le tleuve et que De Garay était occupé à la 
fondation de Sa Fé. Cette nouvelle fit grand plaisir à Zarate. Il 
envoya sur-le-champ par le même cacique une lettre à De Garay, 
avec prière de venir le trouver avec autant de vivres qu'il en 
pourrait amener. En même temps il le nommait chef des nou- 
veaux établissements. 

De Garay, occupé en ce moment par l'arrivée des Espagnols de 
l'expédition de Cabrera, ne put pas quitter la station. Il expédia 
cependant tous les vivres disponibles dans le bas fleuve pour ra- 
vitailler Zarate et commanda allieronymus Luis Cabrera, occupé 
en ce moment à la fondation, dans l'intérieur du pays, de la ville 
de Cordova, de se retirer hors de son territoire qui s'étendait 
jusqu'à l'embouchure du Rio Carcaranal. 11 l'avertissait en même 
temps de l'arrivée du gouverneur Zarate et de sa nomination 
comme chef des [établissements dans cette région du Rio Pa- 
ranâ. 

Cabrera, déterminé par l'arrivée du nouveau gouverneur Zarate, 
obéit pour le moment, mais il déposa à la cour de justice {au- 
diencia) tenue à Charcas une plainte contre De Garay , l'accusant 
d'avoir empiété sur son territoire. Mais la cour jugea l'affaire »à 
son détriment et attribua tout le rivage du Rio Paranâ au gou- 
vernement du Paraguay, en renfermant Cabrera dans l'intérieur, 
comme lolevant du gouvernement de Tucuman. 

Avant que les secours de De Garay fussent arrivés , le gouver- 



76 ZARATE VIENT A SAN SALVADOR. 

neur Zarate lit une seconde halte à l'île Martin Garcia pour y 
attendre l'envoi de De Garay. Il y fut rejoint par le navire qui ra- 
menait Melgarejo de St. -Vincent au Rio de la Plata et qui apportait 
quelques provisions de bouche. Zarate et ses compagnons accueil- 
lirent avec plaisir ce secours et surtout l'arrivée d'un homme 
aussi familier avec le pays que l'était Melgarejo. Le gouverneur 
le chargea aussitôt d'aller en avant et de se procurer des vivres 
où il pourrait. Melgarejo remonta le Paranâ et rencontra son 
beau-frère De Garay dans les environs de l'ancien fort S. Espi- 
ritus. L'ancien ressentiment au sujet du meurtre de sa femme fut 
mis de côté et on fit le possible pour subvenir aux besoins du 
gouverneur , près duquel Melgarejo retourna. Il le trouva très- 
mécontent; une tempête lui avait détruit deux navires. Cet endroit 
fut donc jugé impropre à l'installation d'un établissement et 
Zarate chargea Melgarejo de chercher une meilleure place sur le 
Rio Uruguay. On informa aussi De Garay de cette décision. Il 
reçut le message sur le Rio Parana dont il descendait lentement 
le cours, rassemblant des vivres de tous côtés, Il remit les navires 
chargés au messager pour les conduire au gouverneur , qui les 
attendait à l'île Martin Garcia et remonta lui-même dans le Rio 
Uruguay , pour y aider Melgarejo dans sa mission. Il le trouva à 
l'embouchure du Rio S. Salvador où Cabot avait déjà construit un 
fort (p. 9), après avoir repoussé les violentes attaques des Char- 
mas , qui faisaient payer aux Espagnols chaque pied de terrain 
au prix d'un combat. De Garay et ses hommes aidèrent à recons- 
truire le fort de Cabot, et lorsqu'il fut rendu à peu près habitable 
il alla chercher le gouverneur pour le lui remettre. Zarate vint 
promptement, trouva l'emplacement favorable et prit possession 
du pays au nom de la couronne d'Espagne en le baptisant du nom 
de Biscaya. 11 nomma aussitôt un alcade et des regidores pour la 
nouvelle ville de S. Salvador. Il éleva son ami De Garay au grade 
de lieutenant-général pour tout le gouvernement et l'envoya à 
l'Assomption pour y annoncer son arrivée et y ftiire connaître sa 
nouvelle dignité. 
De Garay partit avec Melgarejo et rassembla en route autant de 



SON ENTRÉE A L'ASSOMPTION. 77 

vivres que possible pour les envoyer à S. Salvador par Melgarcjo. 
Maigre cola la disette se Ht bientôt sentir dans cette ville. On 
souffrit de faim comme autrefois avec D. Pedro de Mendoza, et des 
murmures s'élevèrent contrôle gouverneur qui assistait immobile 
à ces souffrances. Heureusement il arriva un envoi de De Garay, 
et le gouverneur ne pouvant plus rien tirer de la contrée se dé- 
cida VL partir pour le Paraguay. 11 se mit en route avec le gros de 
sa troupe et arriva à l'xVssomption en octobre 1575. 

Il commença son administration par un acte très-imprudent, 
qui souleva aussitôt toute la colonie contre lui. Le ^'i octobre 1 575 
il promulgua un décret dans lequel il déclara de nulle valeur 
toutes les mesures administratives de Martin Suarez de Toledo et 
destitua de leur emploi tous les fonctionnaires nommés par lui, 
prétendant qu'il avait outrepassé ses droits en les nommant. 11 
blessa toute la colonie par ce décret. Tout le monde s'éloigna du 
gouverneur, etbientôt il se trouva entièrement isolé au milieu de 
gens ouvertement mal intentionnés à son égard. Cette situation pro- 
duisitune réaction très-pénible sur Zara te, il s'irrita en silence contre 
lui-même et contre son entourage, tomba malade et mourut avant 
la fin do Tannée 1575, en se croyant empoisonné par ses ennemis 
(Azara, H ist. d. Parag., II, 199). En voyant sa fin approcher, il 
fit promptement son testament et désigna pour son unique héri- 
tière sa fille Johanna , qui était encore à Ghuquisaca; pour exé- 
cuteurs testamentaires ses amis Martin Duré et Juan De Garay, et 
son neveu Diego Ortiz de Zarate y Mendieta comme vice-gouver- 
neur. Celui-ci confirma De Garay dans son emploi de lieutenant- 
général et voulut toucher à l'organisation existante avec peu de 
prudence. Il s'aliéna si bien par cette conduite Martin Duré, que 
son oncle avait placé à côté de lui comme conseiller , qu'il dût 
bientôt l'éloigner. 

De Garay, qui avait aussi à craindre de la part du vice-gouver- 
neur de semblables éclats de despotisme aveugle , se rendit à 
Chuquisaca, comme tuteur de Johanna , fille de Zarate , pour lui 
annoncer la mort de son père. Il envoya Franz Sierra à Sa Fé 
pour le remplacer et administrer la province. Lorsqu'il fut airivé 



78 RÉVOLTE A SANTA FÉ. 

à Ghuquisaca , il trouva Johanna fiancée à un certain Juan de 
Torres Vera y Arragon, assesseur {regidor) de la cour suprême , 
qui se considérait déjà comme futur gouverneur d.u Paraguay. On 
préparait déjà le mariage, lorsque De Garay reçut ordre du vice- 
roi de Lima de se rendre auprès de lui pour conférer avec lui et 
choisir un mari pour Johanna. Celle-ci se décida à se marier sans 
retard ; le mariage fut célébré et le nouveau gouverneur Torres 
Vera confirma De Garay dans toutes ses dignités. De Garay, pré- 
voyant qu'il n'avait rien de bon à attendre du vice-roi irrité, re- 
partit aussitôt pour le Paraguay et continua son voyage sans 
obéir à un ordre apporté par un messager d'avoir à se rendre à 
Lima. Le vice-roi tourna alors sa colère contre les nouveaux 
mariés et les manda à Lima. 

Durant ces événements le vice-gouverneur du Paraguay, Zarate 
y Mendieta, s'était rendu à Sa Fé pour inspecter la province. Il 
se trouva aussitôt en discussion avec Franz Sierra au sujet de sa 
manière d'administrer et le fit mettre en prison. Mais la popu- 
lation de Sa Fé prit le parti du prisonnier et força Mendieta à le 
remettre en liberté. Franz Sierra, non satisfait , se mit à la tête 
des mécontents , s'empara du vice-gouverneur et le dirigea sur 
l'Espagne, où il n'arriva pas, car il fut massacré en route par les 
Indiens de la côte du Brésil. 

De Garay étant revenu à l'Assomption y apprit le départ du 
vice-gouverneur pour Sa Fé et s'y rendit lui-même. Il ne l'y 
trouva plus, mais apprit sa déposition et son embarquement pour 
l'Espagne. A ces nouvelles et en sa qualité de lieutenant-général 
du gouverneur Torres Vera, il revint à l'Assomption pour y 
prendre en main l'administration de tout le pays. Il prit pour 
principal but de faire progresser les parties les plus éloignées de 
la colonie, et dans ce dessein il renvoya de nouveau Melgarejo dans 
son ancienne province de La Guayra, où Alonzo Pâquelme de 
Guzman représentait toujours le pouvoir. Il le chargeait de fonder 
de nouveaux villages et villes au delà du territoire déjà colonisé. 
Melgarejo s'y rendit vers la fin de 1576 et fonda une ville nommée 
Villa Rica del Espiritu Santo ; tnais elle ne prit jamais grande im- 



NOUVELLES FONDATIONS A LA GlAYRA. 79 

porlancc. Les Espagnols ne furent pas heureux avec leurs essais 
sur la rive oiientale du Rio Parana. Ils échouèrent tous ou ne 
survécurent que misérablement jusqu'en l'année 1610, où les 
jésuites vinrent dans cette contrée et y fondèrent les célèbres 
Missions, (|ui restèrent en leur possession jusqu'à la suppression 
de Tordre (1766), et depuis lors sont en décadence. Cependant 
leurs possessions étaient situées beaucoup plus au sud, entre le 
Rio Parana et le Rio Uruguay, où ces deux grands fleuves se rap- 
l)rochentle plus (^7-28" de L. S.), tandis que les essais dontnous 
parlons se firent au nord du Rio Tacuary, dans le voisinage de la 
grande cascade et des rapides du Rio Parana (:24-i25" de L. S.) Ces 
établissements furent tous perdus pendant la guerre avec le Por- 
tugal et se trouvent aujourd'hui au pouvoir du Rrésil , ainsi que 
les autres colonies des Espagnols situées plus au nord sur le Rio 
l^araguay. 

Peu de temps après le départ de Melgarejp pour la Guayra, les 
Indiens du nord du village de Guambaré tentèrent un soulèvement 
sous la conduite de deux fanatiques, Oberu et Guirarô, qui per- 
suadèrent à leurs compatriotes d'abandonner les Espagnols et 
leurs établissements et les forcèrent à se retirer avec eux dans les 
forêts. De Garay prit rapidement ses mesures pour couper court 
à des projets aussi dangereux. Accompagné d'une bonne escorte, 
il remonta le Rio Paraguay jusqu'à l'embouchure du Rio Jujuy et 
pénétra dans cette rivière aussi loin que ses navires purent re- 
monter. De là il s'avança au nord par terre, défit les Indiens dans 
plusieurs combats, assujettit plusieurs tribus encore insoumises, 
les répartit comme les autres en encomiendas et les obligea à la 
vie sédentaire. Ces Indiens lui parlèrent d'un grand fleuve à l'est, 
qui commence par trois bias et coule dans un sens opposé au Rio 
Parana. Il s'agissait du Rio Yacuari, qui forma plus tard la limite 
entre les possessions portugaises et espagnoles. De Garay y étabHt 
quelques colonies de villages indiens organisés en encomiehdas, 
pour ouvrir des relations avec la Guayra. A son retour à l'As- 
somption, il envoya encore Melgarejo pour soumettre à la couronne 
d'Espagne les districts les plus septentrionaux du Paraguay. Mel- 



80 DE GARAY FOiNDE BUENOS-AYRES. 

garejo arriva dans la contrée au commencement de 1580 et jeta 
sur le bord du Rio Mbotetey (ou Mondego) les fondations d'une 
ville qu'il appela Santiago de Xeres (au nord du 20" de L. S.) 
Mais elle eut le même destin que les autres ; elle ne prit jamais 
un grand essor et fut plus tard annexée par les Portugais à leurs 
possessions. Aujourd'hui il ne reste plus aucune trace de ces villes. 
De Garay eut un meilleur succès dans l'attention qu'il donna 
aux parties méridionales de son gouvernement. Les cruelles 
épreuves de Zarale, à son arrivée dans l'embouchure de la Plata, 
l'avaient convaincu qu'il était nécessaire avant toute chose d'offrir 
un lieu de débarquement sur et un séjour agréable aux arrivants 
d'Espagne. Il résolut donc d'en fonder un. Il avait vu combien les 
hommes étaient épuisés après la longue traversée de l'Océan avec 
une nourriture peu abondante ou même mauvaise, et combien il 
était difficile de leur fournir des vivres frais tant qu'on n'aurait 
pas de lieu d'entrepôt pour les emmagasiner à l'embouchure de 
la Plata. Ces considérations le déterminèrent à reprendre le pre- 
mier projet de D. Pedro de Mendoza et à tenter pour la seconde 
fois la fondation de Buenos-Ayres. Il choisit soixante Espagnols de 
sa troupe, gens éprouvés et énergiques , les mit sous la conduite 
de son fils et les chargea de conduire du bétail par terre le long 
de la rive orientale du fleuve, comme lui-même avait déjà fait lors 
de la fondation de Sa Fé. Pendant cela il se porta par navire à 
Sa Fé pour y veiller aux préparatifs nécessaires. De Garay arriva 
à Buenos-Ayres avec son convoi le jour de la Sainte-Trinité (26 mai 
1580) et débarqua aussitôt pour s'occuper des premières dispo- 
sitions. On choisit un emplacement un peu plus au nord, sur les 
berges élevées, etl'on dressa, à l'endroit où est actuellement le pa- 
lais du gouvernement, un mât élevé avec l'étendard royal pour servii' 
déraillement aux traînards. Le 11 juin on posa en grande solen- 
nité la première pierre d'un édifice, on traça les rues et les places 
publiques et l'on distribua les lots de terreaux cavaliers et soldats 
qui étaient présents. De Garay choisit saint Martin pour patron et, 
comme Mendoza, donna à la place le nom de Puerto de Sa Maria 
de Buenos-Ayres. On réserva des emplacements pour la cathé- 



IMPORTANCE DE CETTE VILLE. 81 

dralc, la maison de ville {cahildo) et les couvents des Franciscains 
et des Dominicains, ainsi que pour le gouverneur, qui choisit 
l'angle où se trouve actuellement le grand théâtre colon. On ré- 
digea un procès-verbal de tous ces actes et on le déposa dans les 
archives de la maison de ville de la nouvelle fondation '^ 

La restauration de la ville de Buenos-Ayres fut une idée très- 
heureuse de De Garay et prouve mieux que tous ses autres actes 
avec quelle vue juste il appréciait la situation de la colonie et 
combien il était plus préoccupé du bien général que de son inté- 
rêt personnel. Buenos-Ayres devint promptement le premier port 
des Espagnols sur la côte orientale de l'Amérique du Sud, et elle 
conservera toujours son importance commerciale de premier 
ordre, par sa situation à l'embouchure des deux plus grands cours 
d'eau que possède la moitié méridionale du nouveau monde. Le 
Rio de la Plata est l'artère naturelle de toutes les contrées inté- 
rieures de ce grand continent au sud du Tropique et la route 
tracée par la nature par laquelle leur progrès matériel et moral 
a passé jusqu'ici et passera encore à l'avenir. 

Il n'est pas nécessaire de nous étendre plus longuement sur les 
débuts et le rapide développement de Buenos-Ayres. Ces détails 
appartiennent aux histoires locales. Contentons-nous de faire re- 
marquer que par la fondation et l'accroissement graduel de cette 
ville, la colonisation de l'état actuel de la Plata se trouva assurée 
et que, par l'augmentation rapide de sa population intelligente 
venue de toutes les parties de l'Europe, elle est devenue le centre 
de civilisation pour le pays entier. Depuis qu'on eut appris à 
connaître la véritable civilisation à Buenos-Ayres, il devint impos- 
sible pour les habitants de l'intérieur de persister dans l'ancienne 
manière de vivre à demi indienne. A partir de cette époque com- 
mença la véritable conquête du pays à la haute culture, et le déve- 
loppement de cette conception libérale de l'organisation sociale 
qui amena plus tard la défection des colonies espagnoles de leur 
mère-patrie et de son esprit étroit. 

Le lecteur doit se lappeler qu'il existait dans les environs de 
Buenos-Ayres deux familles très-distinctes d'Indiens. Au nord 

REP. ARC. — 1. 



82 GRANDE DÉFAITE DES INDIENS. 

habitaient les peuplades Guaranis, qui avaient leurs principales 
résidences sur les îles entre les nombreux bras du Rio Paranâ et 
vivaient depuis longtemps en relations amicales avec les Espagnols, 
sans leur être assujettis; au sud et à l'ouest, les Querandis, peuple 
très-sauvage et belliqueux, qui dirigea les attaques contre D. Pe- 
dro de Mendoza et détruisit son premier établissement. Depuis 
lors, les Querandis ne s'étaient trouvés qu'accidentellement en 
contact avec les Espagnols. Appréciant avec netteté cette situation, 
De Garay, dans la distribution des bénéfices, dirigea d'abord ses 
regards vers le nord et donna à ses compagnons toute la côte du 
Rio de la Plata, jusqu'à Fembouchure du Rio de Lujan. Il en 
constitua quatre-vingts encomiendas de diverses étendues, qui 
embrassaient le territoire actuel des villages de Relgrano, San 
Isidro, San Fernando et Las Couchas. La moitié nord de ces 
terrains était alors assez boisée et fut désignée par le nom de 
Grande-Forêt (Monte- Grande, comme dit le peuple, au lieu de 
Selva-Grande ; cette dénomination pour les forêts devint générale 
dans tout le pays). Les Indiens qui vivaient sur ces terrains furent 
attribués aux propriétaires des bénéfices (encomiendas), et de 
leur mélange avec les Espagnols sortit la population particulière 
à cette région, les Gauchos. Mais les Querandis n'étaient pas si 
soumis. Ils virent avec peine s'élever les nouveaux établissements 
sur leur sol et causèrent des difficultés aux Espagnols par leurs 
incursions. Devenus possesseurs de chevaux, ils se rendaient 
beaucoup plus terribles'*. Ces attaques contre de petites troupes 
isolées d'Espagnols devenant plus fréquentes. De Garay se résolut 
d'anéantir les Querandis d'une seule fois. Il réunit ses soldats en 
aussi grand nombre que possible et marcha avec sa petite armée 
au sud-ouest contre l'ennemi. Il les rencontra dans le voisinage 
d'une lagune de laquelle sort un ruisseau, leRiachuelo, et leur infli- 
gea une défaite si complète, que la contrée porte encore aujour- 
d'hui le nom de Laguna du Carnage (Laguna de la Matanza). 
Depuis cette correction, les Indiens se retirèrent des environs de 
Buenos-Ayres plus au sud et ne vinrent plus gêner les Espagnols 
dans l'occupation de la contrée. 



DE GARAY EST MASSACRÉ PAR DES INDIENS. . 83 

De Garay fut arraché à ces travaux d'installation par une révolte 
à Sa Fé, où les métis s'étaient soulevés contre les Espagnols de 
sang pur. Ils étaient appuyés par une partie de la population de 
la province voisine de Gordova, qui se croyait .offensée par la 
décision, citée plus haut, rendue en audience royale à Gharcas et 
atti'ibuant Sa Fé au gouvernement du Paraguay. Leur projet était 
de s'emparer du pays. Mais De Garay, qui se rendit promptement 
à Sa Fé, comprima la révolte et revint à Buenos-Ayres avec des 
renforts, pour augmenter le nombre des habitants. Dans le même 
but, il se décida à y transporter la colonie de San Salvador, 
placée dans un endroit défavorable. Il en amena tous les habitants 
à Buenos-Ayres, organisa l'administration de la colonie et choisit 
pour son premier alcade Rodrigo Ortiz Zarate, parent du gou- 
verneur défunt. Il lui confia ensuite la direction de la jeune ville. 
Il se remit lui-même en route en 1584? et remonta le fleuve pour 
affermir par sa présence personnelle la situation des affaires à 
Sa Fé et à l'Assomption. Suivant son habitude, il passait les nuits 
à terre et non sur le fleuve. Il était ainsi descendu à Punta Gorda, 
endroit où commence la berge élevée sur la rive nord, dans le 
voisinage de la petite ville actuelle de Diamante. Il y fut massacré 
dans la nuit, pendant son sommeil, avec trente-neuf de ses compa- 
gnons, par les Minuanos encore insoumis et habitants primitifs 
d'Entrerios. Ils n'appartenaient pas aux tribus Guaranis et avaient 
quelque parenté avec les Gharruas. Le reste de son escorte se 
rendit à Sa Fé et ensuite à l'Assomption, où elle annonça le triste 
événement. 

Avec la mort de De Garay, la colonie perdit le dernier homme 
actif et zélé pour son bien. 11 ne se trouva plus personne d'une 
grande capacité pour en prendre la direction et travailler avec 
désintéressement à son véritable progrès. Ici, comme dans toutes 
les autres colonies de l'Amérique du Sud, l'ambition et l'intérêt 
personnel devinrent les principaux moteurs des Espagnols. Juan 
de ïorres Vera y Aragon, qui, d'après le testament de Zaral.e, 
se considérait comme gouverneur, était encore au Pérou et y dis- 
cutait avec le vice-roi sur ses prétendus droits. Il réussit à la lin 



84 FONDATION DE CORRIENTES. 

à so faire reconnaître et envoya en avant à l'Assomption son neveu 
Juan de Torrcs Navarette, avec le titre de lieutenant général. 
Lui-même y arriva vers la fin de l'année 1587, trois ans après la 
mort de De Garay. L'unique acte d'importance que nous avons à 
rapporter comme fait durable de son administration, est la fonda- 
tion de la ville de Corrientes, commencée le 3 avril 1588, au- 
dessous du confluent du Paraguay avec le Paranâ, et continuée 
sous la direction de son neveu le lieutenant général " . Peu de 
temps api'ès, découragé par les nombreuses et constantes tra- 
casseries que lui suscitaient les premiers arrivés des habitants du 
pays et plus particulièrement les officiers supérieurs, il se décida 
à se démettre de son emploi de gouverneur et à retourner en 
Espagne ^^ . 

Nous terminonâ^ici notre histoire de la découverte et du com- 
mencement de la colonisation du pays du Rio de la Plata et de ses 
deuxaffluents, le Rio Paranâ elle Rio Piaraguay. Nous consacrerons 
le chapitre suivant à l'histoire de la colonisation du pays intérieur 
de la République Argentine actuelle, jusqu'à la même époque où 
nous venons de nous arrêter, et nous nous contenterons de quel- 
ques considérations succinctes sur les temps postérieurs pour 
compléter notre partie historique' ^ 



VIII 

COLONISATION DES PROVINCES INTÉRIEURES DE LA 

RÉPUBLIQUE ARGENTINE. 

1542 — 1585. 

On doit à Diego de Almagro les premières notions sur les vastes 
étendues situées au nord du Pérou, en descendant jusque vers le 
Chili. En 1536 il partit deCuzko et exécuta sa curieuse excursion, 
qui ne lui rapporta que des misères et des malheurs. Poussé, soit 
par des illusions chimériques, soit par Pizarre qui voulait l'éloi- 
gner du Pérou, il se lança dans cette entreprise aventureuse et la 



EXPÉDITION Ü'ALMAGUO AU CHILI. . 85 

poursuivit jusqu'à la fin avec une ténacité égale à l'irréflexion 
qu'il avait apportée à la commencer. Après avoir fait ses prépa- 
ratifs, il partit de Cuzko avec cinq cents Espagnols et environ 
quinze mille Indiens, suivit la grande route des Incas, qui menait 
de la Bolivie dans les provinces septentrionales de la République 
Argentine et est encore aujourd'hui la principale voie de commu- 
nication entre les deux pays. Il arriva dans les localités actuelles de 
Tupiza, Jujuy et Salta, dans la vallée du Rio Guachipas, qui coule 
du sud-ouest au nord-est, et en remonta le cours jusqu'à l'embou- 
chure du Rio de Sa Maria, par ^5°bb' de L. S. Il fut attaqué dans 
ce trajet par la nation belliqueuse des Galchaquis, qui lui tuèrent 
son cheval sous lui. Almagro demeura victorieux et poursuivit sa 
marche par la vallée du Rio Sa Maria, jusqu'à ce qu'il fut arrivé 
dans le désert absolument stérile du Campo del Ai'enal, au pied 
des Cordillères. Il franchit la montagne par la Quebrada de San 
Francisco (*) et atteignit le sommet des Cordillères près du Cerro 
de San Francisco, traversa en suivant la même direction à l'ouest 
jusqu'à la Quebrada de Juncal et descendit par la Quebrada de 
Paipote, pour venir déboucher dans la région de Côpiapô. Il fit 
halte quelque temps en cet endroit chez les Indiens, pour laisser 
ses gens se refaire de leurs fatigues, et expédia vers le sud un 
officier avec quelques hommes reconnaître le pays. Ils descendi- 
rent jusqu'au Rio Maule (Sb° 20' de L. S.) et Almagro les suivit 
jusqu'à Coquimbo (30" deL. S.). Les Indiens qui l'accompagnaient 
ne voulurent pas s'avancer plus loin, parce qu'ils étaient arrivés 
aux limites du royaume des Incas et que les sauvages Araucaniens, 
qui habitaient plus loin au sud, étaient très-mal famés. L'officier 
revint et raconta que tout le pays au sud était désert et stérile et 
qu'on ne voyait aucune trace des métaux nobles chez les habi- 
tants. Les soldats demandèrent à rebrousser chemin et Almagro 
se vit forcé de revenir. Lui-même marcha en avant avec quelques 
compagnons et prit la route directe le long de la côte, par le 
désert d'Atacama ; mais la disette se fit sentir si vivement dans ce 

(*) Voyoz la carte du second voluino do mon Reise durch die la Plata 
Staaten. 



86 DIEGO ROJAS PFJNÈTRE Au NORD. 

difficile voyage, que les deux tiers de ses compagnons périrent de 
faim et d'épuisement. Les malheureux Indiens furent les plus 
éprouvés, et à peine si un quart d'entre eux en revint; les Espa- 
gnols perdirent cent cinquante-six hommes et quarante chevaux " . 

La triste issue de cette expédition arrêtâtes projets de nouvelles 
expéditions de ce côté. Peu après le retour d'Almagro, la discorde 
éclata entre lui et Pizarre, dégénéra bientôt en guerre ouverte, et 
après diverses alternatives de succès se termina par la mise à mort 
du premier (juillet 1538). Après cet acte de violence, Pizarre 
jouit de quelque tranquillité. Il en profita pour préparer de nou- 
velles entreprises, peut-être aussi pour donner de l'occupation à 
ses officiers avides de mouvement, et en 1540 il envoya son capi- 
taine Pedro de Valdivia sur les traces d'Almagro, pour soumettre 
les provinces méridionales du royaume des Incas. On sait que le 
meurtre de Pizarre, commis par les amis d'Almagro à peu près 
un 3 année plus tard (26 juin 1541), l'élévation de son fus au 
gouvernement du Pérou et la guerre qu'il eut à soutenir contre le 
gouverneur légitime Vaca de Castro envoyé d'Espagne, rendirent 
impossible toute expédition au dehors, jusqu'à la bataille de 
Chupas (16 septembre 1542), qui conduisit le fils à une fin sem- 
blable à celle du père. 

Après ce dénouement favorable pour le nouveau gouverneur, 
il chercha autant que possible à se débarrasser des anciens officiers 
turbulents, qui s'étaient déjà complètement habitués à une exis- 
tence continuelle de combats. Il donna à plusieurs la permission 
de tenter des entreprises de conquête, afin de les tenir éloignés 
de la capitale et de les occuper. 

Diego Rojas fut un des officiers chargés de ces entreprises. Il 
devait occuper et soumettre complètement la région au sud de 
Charcas, dans le voisinage de laquelle on avait découvert depuis 
peu (1 540) de riches mines d'argent, qui amenèrent la fondation 
de la ville de la Plata. Il se mit en route avec quelques amis, tels 
que Philipp Gutierrez, Franz de Mendoza, Peter Heredia et trois 
cents soldats. Il suivit la même route au sud par laquelle Almagro 
était allé au Chili et arriva chez les Calchaquis, qui voulurent lui 



NUiNEZ DE PRADO OCCUPE LA RÉGION DE TUCUMAN. 87 

résister comme ils l'avaient fait avec Almagro. Rojas fut tué dans 
ce combat coniic ces belliqueux Indiens, et comme de coutume 
ses compagnons se disputèrent son héritage. Gutierrez se sépara 
des deux autres et s'enfuit avec quelques hommes en se dirigeant 
vers le sud-ouest pour échapper à Mendoza qui voulait l'arrêter. 
Les autres prirent la route du sud-est et traversèrent toute la 
contrée depuis Salta jusqu'au Carcaranal et par conséquent pas- 
sèrent dans la région des localités actuelles de Tucuman, Santiago 
del Estero etCordova. Pendant ce trajet, on apprit des Indiens de 
la province de Cordova nommés Gomechingones, qu'il existait 
déjà une colonie espagnole au Paraguay. On se remit en marche 
en remontant le Paranâ et l'on trouva une croix au pied de laquelle 
Irala avait déposé une notice sur son expédition, après avoir 
abandonné la colonie de Buenos- Ayres. Mendoza voulait se ren- 
dre au Paraguay ; mais les soldats s'y refusèrent et massacrèrent 
leur chef qui persistait dans son dessein. Ils retournèrent alors 
sur leurs pas et allèrent rejoindre Heredia demeuré en arrière. 
Gelui-ci les ramena au gouverneur La Gasca, alors occupé à ré- 
primer la révolte de Gonzalo Pizarre. 

Lorsque cette guerre fut terminée en 1548 et que le dernier 
Pizarre fut tombé sous la hache, le gouverneur La Gasca trouva 
bon d'imiter la conduite de son prédécesseur Vaca de Castro et 
d'envoyer les officiers les plus remuants à la conquête des con- 
trées éloignées. Déterminé par les récits de Heredia ou de ses 
compagnons sur la beauté des contrées parcourues par eux, il 
chargea Nunez dé Prado d'en faire la conquête. Gelui-ci se mit en 
route en 1550 avec quatre-vingts Espagnols et de nombreux Pé- 
ruvien:. Il arriva d'abord sur le territoire des Ghiquanos et en- 
suite des Ghichas , qui habitaient entre les villes actuelles de 
Tarija et Jujuy. Continuant sa marche à travers la contrée monta- 
gneuse de Salta, il descendit enfin dans la plaine de Tucuman et 
y rencontra les Galchaquis sous la conduite de leur célèbre chef 
Tucumanao. Nunez de Prado réussit à les repousser et fonda, au 
pied de la montagne élevée d'Aconquija, une ville qu'il appi^la 
Barco de la Sierra, du nom du lieu d'origine du gouverneur. Elle 



88 ARRIVÉE DE FRANZ AGUIRRE. 

était placée près du Rio de Escoba (ou Escava, tête de Rio Ma- 
rapa), dans la iNigion du village actuel de Naranja Esquina. H fut 
troublé dans cette occupation par Fi'anz de Villagran qui, parti 
du Pérou, conduisait une troupe de renfort à son chef Peter de 
Valdivia. Les deux chefs se querellèrent aussitôt, on en vint aux 
mains, Prado fut fait prisonnier et contraint de se soumettre au 
gouvernement du Chili. Lorsque Villagran fut arrivé près de 
Valdivia et l'eut instruit de sa conquête, celui-ci envoya son fa- 
meux lieutenant général Franz Aguirre à Rarco, pour prendre 
l'administration de cette nouvelle province. Aguirre, homme dur, 
ignorant et grossier, se plaisait à tourmenter ses subordonnés. 
Il se conduisit ici suivant ses habitudes. Il mit d'abord Nunez de 
Prado dans les chaînes et l'envoya prisonnier au Chili, pour le 
faire juger par Valdivia. Mais Prado réussit à lui échapper et 
accusa son persécuteur d'avoir usurpé le pays qui lui avait été 
donné. Comme on laissa Aguirre tranquille, il gouverna à sa 
manière et souleva contre lui les belliqueux Calchaquis. Ils l'as- 
siégèrent dans Rarco, et comme ils étaient très-nombreux, ils le 
forcèrent à s'échapper de la place avec ses hommes dans une sor- 
tie désespérée. Il se dirigea au sud-est et, pendant que les Cal- 
chaquis détruisaient Rarco, il parvint dans la contrée du Rio 
Dulce, où est actuellement Santiago del Estero. Il y fonda en 1552 
une nouvelle ville qu'il baptisa du même nom que la capitale du 
Chili, en y ajoutant del Estero, parce que la contrée à l'entour 
est plate, basse et exposée aux inondations du fleuve, qui change 
fréquemment son lit. Il soumit quarante mille Indiens des envi- 
rons, les organisa en réductions et en distribua les encomiendas 
à ses officiers. Mais les Indiens, encouragés par l'exemple des 
Calchaquis, l'assiégèrent à leur tour et tinrent la jeune ville si 
bien bloquée, qu' Aguirre se vit encore forcé de l'abandonner et 
de prendre la route du Chili pour y demander des renforts. 

Le moment était des plus défavorables pour une semblable 
demande. Les Araucaniens , pleins d'audace et d'intrépidité, 
avaient fait Valdivia prisonnier en 1553, et un de leurs chefs 
l'avait massacré pendant qu'on traitait de son échange. Dans ces 



ZLÎHITA DEVIENT CAPITAINE DE SANTIAGO DEL ESTERO. 89 

circonstances, son successeur momentané, Franz de Villagran, 
déclara ne pouvoir se passer d'aucun de ses hommes. Il garda 
Aguirre auprès de lui pour user de sou aide et abandonna la 
colonie de Santiago delEsteroàJuan Gregorio Bazan, qui y tenait 
garnison avec quelques hommes. Enfin, Aguirre envoya en 1557 
une petite troupe de renfort, sous la conduite de son neveu 
Rodrigo. Mais ( elui-ci ne put conserver aucune autorité sur les 
vieux soldats; il fut déposé par les partisans de Prado, et le vice- 
gouverneur Villagran se vit forcé d'y envoyer Miguel Ardiles pour 
y rétablir l'ordre. Pendant ce temps, le véritable gouverneur 
Garcia Hyrtado de Mendoza, fils du vice-roi du Pérou Andreas 
llyrtado de Mendoza, marquis de Caneta, arriva en 1558 au 
Chili et nomma Juan Perez de Zurita capitaine de la province 
de Santiago del Estero. C'était un homme actif et capable, au- 
dessus des basses jalousies de la plupart de ses compatriotes, et 
préoccupé avant tout d'assurer son territoire contre les attaques 
des Calchaquis toujours menaçants et toujours insoumis. Il fonda 
sur la frontière de son territoire trois nouveaux centres de résis- 
tance pour les Espagnols. Il donna à l'un d'eux le nom de Lon- 
don en l'honneur de la jeune reine Marie Tudor, que Philippe II 
avait épousée peu auparavant (1554'), et à toute la contrée envi- 
ronnante celui de Nouvelle-Angleterre : inspiration assez peu 
heureuse, car il serait difficile de trouver un pays plus désolé et 
plus misérable que celui auquel il donnait ce nom. Zurita s'ef- 
força d'établir des relations amicales avec les Calchaquis. Il con- 
clut la paix avec eux et soumit les habitants de la vallée de Cata- 
marca, qu'il plaça dans des réductions, déposant ainsi parmi eux 
les premiers germes de la civilisation. 

A cette époque (1560) un nouveau vice-roi, Diego Lopez de 
Zuniga, comte de Nieva,fut nommé au Pérou. C'était un principe 
de la couronne d'p]spagne de ne jamais laisser longtemps un haut 
fonctionnaire dans son emploi, de peur qu'il ne prît trop forte- 
ment racine dans le pays gouverné par lui et ne fît défection. Le 
nouveau vice-roi pensa qu'il était nécessaire de séparer du Chili 
une province aussi éloignée de la capitale que l'était Santiago del 



90 INSTITUTION DU GOUVERNEMENT DE TUCUMAN. 

Estero. II la sépara de son territoire et institua pour elle et pour 
les contrées plus au nord un gouvernement indépendant, que 
l'on appela Tucuman, nom emprunté au chef des Calchaquis 
Tucumanao, ou au nom de Tucma, par lequel les Indiens dési- 
gnaient le pays même. Zurita fut nommé gouverneur de ce nou- 
veau gouvernement. Mais les habitants de London se révoltèrent. 
Ils se plaignirent des règlements rigoureux décrétés par le gou- 
verneur pour punir les violences commises contre les Indiens et 
demandèrent à demeurer attachés au Chili. Ils envoyèrent secrè- 
tement des messagers et firent des offres au gouverneur Franz de 
Villagran. Zurita, de son côté, occupa la ville et fit décapiter 
comme rebelles quelques-uns des habitants les plus influents. 
Le mécontentement n'en devint que plus vif. Yillagran profita 
des plaintes de cruauté élevées contre Zurita pour le déposer et 
envoya avec des troupes Gregorio Castaneda pour rétablir la 
tranquillité. L'animosité générale contre Zurita était montée si 
haut, que le gouvernement se vit forcé de l'éloigner de la pro- 
vince et de nommer Castaneda gouverneur à sa place. 

Castaneda irrita aussi les habitants par sa dureté et ses règle- 
ments sévères. Il eut bientôt tout le monde contre lui, particu- 
lièrement les Calchaquis, qui avaient été habitués à un meilleur 
traitement par les lois impartiales de Zurita, cause du soulève- 
ment des colons espagnols contre lui. Les Calchaquis, profitant de 
l'absence de Castaneda, sorti avec une troupe pour aller fonder 
sur l'emplacement ou dans le voisinage de Jujuy une ville nom- 
mée Nieva du nom du vice-roi, se révoltèrent en 1561 contre les 
Espagnols, sous la conduite de leur nouveau cacique Juan. Le 
soulèvement devint général, car les Diaguitas, qui habitaient la 
vallée de Catamarca et étaient déjà distribués en réductions, 
y prirent part aussi. L'armée réunie des Indiens se précipita sur 
les trois villes fondées par Zurita et les détruisit presque complè- 
tement. Une heureuse bataille, livrée aux Indiens par les deux 
officiers Nicolas Carrazo et Julian Sadeno, sauva les Espagnols. 
La défaite des Indiens fut complète et ils demandèrent la paix. 
Leur chef Juan fut fait prisonnier sur le champ de bataille. Cas- 



GUERRE AVEC LES CALGHAQUIS. 91 

taneda, do retour de son expédition, lui rendit la liberté par un 
mouvement de générosité que les Indiens ne comprirent pas. Ils 
se préparèrent silencieusement à une nouvelle attaque et à pren- 
dre leur revanche. La révolte éclata pendant le voyage de deux 
officiers espagnols, Damian Bernai et Julian Sadeno, qu'ils massa- 
crèrent avec leur escorte. Castaneda, qui put échapper avec son 
armée, se trouva bloqué dans une étroite vallée et fit égorger les 
prisonniers qu'il avait pour intimider ses ennemis. Mais ce spec- 
tacle enflamma de colère les Calchaquis ; ils se précipitèrent de 
tous côtés avec tant de fureur sur les Espagnols, que Castaneda 
fut trop heureux de pouvoir leur échapper après de grandes pertes 
et de se retirer avec ses débris vers les ruines de London. Les 
Calchaquis l'y poursuivirent et l'enveloppèrent complètement. 
Il reçut un petit renfort ; mais dans cette triste situation, il re- 
connut qu'il ne pouvait plus tenir longtemps. Il se décida à s'ou- 
vrir un passage et à chercher un autre lieu de défense. On forma 
une colonne d'attaque avec tous les hommes, on plaça les femmes 
et les enfants au milieu et l'on marcha à l'ennemi, qui se dispersa et 
laissa tomber aux mains des Espagnols une fille du cacique Juan. 
Pendant que les Espagnols exécutaient leur sortie de London, les 
Calchaquis attaquèrent la ville de Cordova et la détruisirent si 
complètement qu'il n'en est rien resté debout. Dans ces circon- 
stances, Castaneda jugea le plus raisonnable de faire la paix avec 
les Indiens. Il fit des avances au cacique Juan. Les Calchaquis 
devaient payer un tribut annuel et leur liberté personnelle leur 
serait assurée. Juan accepta sous la condition que sa fille lui se- 
rait rendue. Mais lorsqu'il l'eut près lui il continua le siège de 
Cordova, et les habitants ayant voulu s'enfuir pendant une nuit 
sombre il tomba sur eux et les tua presque tous. Hernanda 
Mejia seul échappa ainsi que six soldats, avec lesquels il put se 
faire jour. 

La guerre se continua entre les Indiens et les Espagnols pen- 
dant toute l'année 1562, avec des succès variés des deux côtés. 
La petite troupe des Espagnols était évidemment trop faible pour 
dompter d'une façon durable une nation aussi belliqueuse que les 



92 ON ABANDONNE LE TERRITOIRE DES CALCHAQUIS. 

Calchaquis. On fut obligé de reconnaître que, dans cet état de 
choses, il serait impossible de conserver des établissements dans 
cette contrée. Les Indiens rendaient impossible toute installation 
en dehors des trois villes de London, Cordova et Caneta que 
Zurita avait fondées, et forcèrent même les Espagnols qui s'y 
étaient établis à abandonner leurs habitations. London était déjà 
une ruine, Cordova également, et le même destin approchait pour 
Caneta. On se décida donc à abandonner la colonisation du terri- 
toire des Calchaquis et à se retirer à Santiago del Estero. Les 
Espagnols accomplirent leur retraite sous la conduite de 
Castaneda. 

Lorsque la nouvelle de ces tristes événements parvint au 
Pérou, le vice-roi Garcia Lopez de Castro se décida à envoyer 
dans ces contrées le terrible Franz Aguirre. Il le nomma gouver- 
neur de la province de Tucuman et le rendit entièrement indé- 
pendant du Chili, comme son prédécesseur Zuniga avait déjà eu 
dessein de le faire, sans y réussir complètement. Mais cet homme 
énergique ne fut pas plus heureux que ses devanciers. Il batailla 
sans repos avec les Calchaquis , mais ne réussit pas à les soumet- 
tre et fut deux fois en grand danger de tomber entre leurs mains. 
Il ne leur échappa que grâce à la grande habileté de son capi- 
taine Gaspar Médina *^ Aguirre dépêcha enfin cet homme au Chili 
auprès de ses anciens soldats et amis pour les engager à venir 
auprès de lui l'aider à soumettre les Calchaquis. Mais Médina 
ne put ramener que quarante-quatre soldats en dehors de sa fa- 
mille qu'il conduisit à Santiago del Estero, et neuf jeunes dames 
qui pouvaient espérer de se marier avantageusement avec les 
conquérants de Tucuman. 

Le faible renfort que Médina ramenait n'était pas suffisant pour 
recommencer la guerre avec les Calchaquis. Aguirre se décida 
donc à se fortifier dans son gouvernement et à se créer un centre 
d'action solide dans le nord, près du pays des Calchaquis. Il 
chargea de cette mission son neveu Diego de Villarocl et l'envoya 
en 1565 avec l'équipement nécessaire pour fonder une nouvelle 
ville, non pas sur le territoire même des Calchaquis, mais dans le 



RÉVOLTE CONTRE AGUIRRE. 93 

voisinage. Il choisit l'emplacement sur la rive du Rio Sali et 
baptisa la ville du nom de S. Miguel de Tucuman. Il la peupla 
avec ses soldats et les ouvriers*-. Dix mille Indiens des environs 
lurent reparus dans des réductions et attribués comme encomien- 
das à ses compagnons. 

Aguirre dirigea aussi son attention vers le sud de son terri- 
toire. Là habitaient dans la région de la province actuelle de 
Cordova les Gomechingones , Indiens d'un caractère beaucoup 
plus pacilique que les Galchaquis et faciles à dominer. Aguirre 
voulut établir des réductions parmi eux et y envoya une troupe 
pour commencer l'occupation. Les Indiens racontèrent à ces 
soldats des merveilles sur un pays situé à l'ouest, riche en or, et 
sur une grande ville qu'ils nommèrent Trapolanda. Les soldats 
se réjouirent beaucoup à ces nouvelles et dans leurs conversa- 
tions amplifièrent si bien le thème que la prétendue ville parut 
bientôt comme un Eldorado et reçut à cause de ses richesses le 
nom de ville des Césars (Villa de los Cesares). Lorsque leur 
cupidité et leur imagination furent montées au plus haut degré, 
ils voulurent y partir et pressèrent Aguirre de les y conduire. 
Mais leur chef, moins crédule qu'eux, ayant repoussé leur folle 
demande, excita un mécontentement général , qui dégénéra 
promptement en révolte ouverte. Deux dos principaux, Diego 
Heredia et Juan Berzocara, se mirent à la tête des révoltés et 
firent prisonniers Aguirre et ses deux fils (1566). Son fidèle par- 
tisan, Caspar Médina, chercha à résister, mais il fut repoussé et 
se vit forcé de prendre la fuite pour ne pas tomber entre leurs 
mains. Les rebelles firent escorter Aguirre comme un criminel, 
l'envoyèrent à Charcas pour y être jugé sur les plaintes qu'ils 
déposèrent devant le tribunal royal. 

Afin de montrer leur soumission à la couronne et leur patrio- 
tisme, les rebelles résolurent de fonder une nouvelle ville à l'est 
de Santiago del J^stero. Elle devait justifier leurs bonnes inten- 
tions. Ils pénétrèrent dans une contrée absolument inconnue et 
fondèrent au milieu d'un district fertile du Rio Salado la ville 
d'Esteco, aux habitants de laquelle ils distribuèrent les Indiens 



94 AGUIRRE REVIENT A SANTIAGO DEL ESTERO. 

du voisinage à titre d'encomiendas. La nouvelle ville s'accrut 
rapidement et s'enrichit bientôt par le commerce lucratif de 
mules et de chevaux que quelques-uns des habitants ouvrirent 
avec le Pérou, où ces animaux se multiplient difficilement. Mais 
un violent tremblement de terre, accompagné d'une inondation 
du fleuve, détruisit si complètement la ville, qu'on peut à peine 
reconnaître aujourd'hui son emplacement. 

Santiago del Estero et la plus grande partie du gouvernement 
de Tucuman restèrent pendant. deux ans aux mains des rebelles. 
Caspar Médina trouva enfin l'occasion de s'entendre avec quel- 
ques-uns des habitants influents de la ville. Ce parti adverse 
réussit à s'emparer des chefs de la révolte et Médina se rendit en 
personne à Chuquisacapour y justifier sa conduite. Le procès con- 
tre Aguirre tenu en prison durait toujours, et comme la cour 
refusait de le relâcher sur-le-champ. Médina ne voulut pas re- 
tourner à Santiago del Estero. L'autorité désigna Diego Pacheco 
comme gouverneur provisoire. 

Lorsque celui-ci fut arrivé dans son gouvernement, il jugea à 
propos d'anéantir la ville d'Esteco comme un monument dû à la 
rébellion. Mais lorsqu'il eut vu de ses propres yeux la prospérité 
de cette station, il renonça à son projet. Il confirma la fondation 
delà ville par un édit de 1569, mais changea son nom en celui 
de Na Sa de Talavera. Il nomma Juan Gregorio Bazan lieute- 
nant général et lui donna le commandement de la nouvelle lo- 
caUté. Cet homme audacieux fut le premier Espagnol qui, parti du 
Rio Salado, traversa le Gran-Chaco jusqu'au Rio Paranâ; voyage 
dangereux par l'absence d'habitants et le manque d'eau dans ces 
steppes, qui tout en étant plantées d'arbres ne méritent cependant 
pas le nom de forêt, vu l'écartement des arbres ^K Bazan accom- 
plit heureusement son voyage et revint sain et sauf avec ses 
compagnons à Talavera. 

Peu après cette expédition de Bazan, Aguirre revmt à Santiago 
del Estero, renvoyé par jugement de la cour des plaintes déposées 
contre lui, et reprit le gouvernement de la province. Mais la ma- 
jorité des habitants vit son retour à regret. On connaissait trop 



SITUATION DES COLONIES ESPAGNOLES. 95 

bien son caractère violent pour ne pas pressentir que son pre- 
mier soin serait de se venger de ses ennemis, dont le nombre 
était grand. Les habitants deTucuman et parmi eux les prêtres, 
qui n'avaient jamais été ses amis et avaient toujours pris parti 
contre lui, se croyaient les plus menacés. Comme les prêtres dès 
cette époque étaient en relations les uns avec les autres dans les 
localités les plus distantes, et comme la délation est une de leurs 
occupations favorites, des accusations de méchanceté et d'hérésie 
lancées contre Aguirre arrivèrent jusqu'à Lima. Elles vinrent aux 
oreilles du tribunal d'inquisition de la Santa casa, qui, après 
quelques pourparlers, détermina le vice-roi à ordonner sa seconde 
arrestation. En 1570, Diego Arena fut envoyé à Santiago del Es- 
tero pour s'emparer d' Aguirre et l'amener à Lima. Il s'acquitta 
de sa commission, et comme il ne voulait pas se mêler plus long- 
temps des affaires troublées de la province, il nomma Nicolas 
Carrizo gouverneur provisoire de Tucuman. Le vice-roi ne le 
confirma pas dans sa dignité, mais envoya Hieronymus Luis Ca- 
brera comme gouverneur. Celui-ci arriva à Santiago del Estero 
en 1572. 

Jusqu'ici nous avons raconté l'histoire de cette province tout 
d'un trait et sans réflexions, afin de bien mettre en évidence les 
faits. Elle est cependant un des plus beaux échantillons des dis- 
cordes sans fin, de l'égoïsme et de la jalousie réciproque qui 
étaient à l'ordre du jour dans toutes les colonies espagnoles et qui 
amenaient des conflits d'autant plus terribles que le centre du 
gouvernement régulier était plus éloigné. On est fatigué à racon- 
ter les querelles sans fin des chefs, surtout lorsqu'on réfléchit 
qu'avec un pareil état de choses, ni la civilisation, ni le progrès 
matériel ne pouvaient prospérer dans le pays, et que le mauvais 
exemple des chefs devait contribuer' à accroître la brutalité des 
soldats envers les populations primitives du pays. Le droit du plus 
fort prit si bien, dès l'origine, la première place dans les colonies 
espagnoles, qu'il n'y a rien d'étonnant de le voir devenir la règle 
fondamentale de gouvernetnent dans le pays et reparaîti'c sans 
cesse môme de nos jours. Aujourd'hui encorerla foule insensée 



96 LOIS CABUERA FONDE GORDOVA. 

court auprès de celui qui lève le drapeau de la révolte. Rien ne 
répond mieux aux sentiments intimes du Gaucho issu du mélange 
du soldat espagnol et de l'Indien élevé dans la haine contre 
l'étranger, qu'une razzia sur les terres d'un maître qui ne pense 
qu'à utiliser à son profit personnel des biens étrangers. Ce pro- 
fond égoïsme et le désir d'obtenir de la considération et de l'im.- 
portance sans travail ont été la source des nombreuses révolutions 
qui ont bouleversé les colonies espagnoles de l'Amérique du Sud. 

Le Doyen Funes, que nous avons surtout suivi dans les récits 
de ce chapitre, nous a dépeint le nouveau gouverneur Hieron, 
Luis Cabrera, comme un homme de premier ordre, et lui donne les 
plus grands éloges. Nous croyons que ces louanges exagérées 
sont dues à la fondation deCordova, ville natale de notre écrivain. 
Cabrera fonda cette ville le 6 juillet 1573 sur le territoire des 
Comechingoncs, et en dehors de ce fait nous ne voyons rien qui le 
place au-dessus de ses égaux et lui mérite une si haute cé- 
lébrité ^\ Comme les autres officiers supérieurs espagnols, 
c'était un soldat actif qui, tout en veillant aux intérêts de la cou- 
ronne, n'oubliait pas son avantage personnel, ainsi que le prouve 
son conflit avec De Garay, à qui il voulait enlever la province de 
Sa Fé. Il batailla avec les Calchaquis, comme ses prédécesseurs, 
et ne réussit pas à soumettre ces Indiens indomptables, bien que 
vainqueur dans les combats. Ils demeurèrent après comme avant 
les adversaires implacables de l'invasion espagnole, et se conser- 
vèrent encore cent ans indépendants de leurs oppresseurs. Cabrera 
chercha aussi à étendre son territoire au sud, et ce fut dans cette 
tentative qu'il se rencontra avec De Garay en voulant prendre 
possession de la rive du Rio Paranà, prétention qu'il dut aban- 
donner devant le jugement de la cour de Charcas. 

Cabrera resta à peine deux ans à son poste, puis il fut remplacé 
par Gonzalo Abreu y Figueroa, qui fut quatre ans durant gouver- 
neur de la province de Tucuman. Le seigneur Doyen est tout aussi 
prévenu contre celui-ci, qu'infatué de l'autre . Il le qualifie avec 
raison d'homme méchant, tyrannique et cruel, qui s'empara sans 
motif de Cabrera et le fit exécuter comme rebelle sur la place 



ATTAQUE DES LNDJEiNS SUR TIGÜMAN. 97 

publique. Ce triiilemeut barbare fut suivi d'un niéconlenlemenl 
général, une partie de la population de Santiago dcl Estero, et la 
plus considérée, abandonna la ville, et Abreu lui-même se sentit 
si inquiété dans ce tic place, qu'il se rendit au nord pour attaquer 
les Calcliaquis. Lui aussi fut vainqueur dans les combats, mais 
sans résultats plus définitifs. Les Galchaquis n'étaient pas encore 
assez afliiiblis pour se soumettre aux Espagnols. Revenu de cette 
expédition, Abreu prit la résolution d'aller à la recherche de la 
ville des Césars (Villa de los César es) y qui trottait encore dans la 
cervelle de beaucoup de soldats. Il se mit en route en 1578 avec 
une troupe considérable. Il s'avança au sud-ouest dans la grande 
plaine et contourna la vaste steppe salée, mais ne trouva ni ville 
ni trésors. Il découvrit seulement le petit village indien de Nona- 
gasta et y séjourna quelque temps afin de se procurer des infor- 
mations. Mais tout ce qu'il put gagner fut la certitude d'avoir 
couru après une chimère. On reconnut enfin la fausseté des récits 
des Indiens et l'on retourna avec beaucoup de peine à Santiago, 
l'esprit triste et désillusionné. 

Peu de temps avant l'avortemcnt de cette expédition insensée 
du gouverneur, les Indiens déjà réduits du nord de la province 
se soulevèrent et attaquèrent la ville de Tucuman, qui n'était 
gaidée que par quelques soldats, les autres ayant accompagné le 
gouverneur dans son entreprise aventureuse. Les Indiens incen- 
dièrent les maisons en dehors de la place, en massacrèrent les 
habitants et pénétrèrent même jusque dans la ville, où Caspar 
Médina commandait. Il eut la chance de tuer le cacique des In- 
diens, homme d'une stature gigantesque, nommé Gaulan, et d'ar- 
rêter ainsi les Indiens dans leur projet de détruire la ville. Médina 
les repoussa hors de la ville et prit de si bonnes mesures de dé- 
fense que les assaillants ne purent rien faire jusqu'à l'arrivée de 
secours venus de Santiago, qui le mirent en état de chasser com- 
plètement les Indiens. Abreu fit de nouveau la répartition des 
Indiens et donna des ordres sévères pour leur surveillance. Mais 
ses ordres furent négligés après son départ en 1580. Son succes- 
s^'ui' suivit la coutume assez générale et insensée des chefs esjja- 



M KP. AUG. - I. 



98 IIERNANDO UE LEKMA DEVIENT GOUVERNEUR. 

gnols, d'annuler les ordonnances de ses prédécesseurs, pour les 
remplacer par de nouvelles supposées meilleures, et déchargea les 
Indiens d'une partie des obligations qui pesaient sur eux. 

Son successeur fut Hernando de Lerma, homme d'un caractère 
méchant, qui traita Abreu, comme celui-ci avait fait avec Cabrera. 
Il accusa Abreu d'avoir négligé les intérêts de la couronne à son 
profit personnel, et commie l'accusé se refusait énergiquement à 
reconnaître les crimes qui lui étaient reprochés, on le soumit à 
une torture si violente, qu'il mourut des suites l'année suivante 
(1581). Abreu résista à ce traitement atroce, nia toutes les accu- 
sations et, comme on ne put les prouver, on dut enfin le remettre 
en liberté. 

Au premier moment on se rejouit assez généralement de ce 
qui arrivait à Abreu et on y vit le châtiment de sa conduite envers 
Cabrera. Mais l'opinion se changea bientôt et la haine générale 
se tourna contre le nouveau gouverneur. L'auteur principal de 
ce revirement fut Franz Salcedo, vicaire de l'évêque, qui, en l'ab- 
sence du prélat, avait été envoyé en avant pour faire reconnaître 
les droits du diocèse. Le vicaire se montra assez arrogant. Le 
gouverneur se sentit offensé par cette conduite et bientôt la dis- 
corde éclata entre les deux dignitaires. Le vicaire quitta Santiago 
et alla à Talavera (Esteco) pour se rendre de là au Pérou. Alors 
le gouverneur dirigea sa haine contre les amis du vicaire et con- 
tre toutes les personnes qui avaient pris son parti. Il fit mettre 
en prison plusieurs personnes considérables, en fit exécuter 
quelques-unes et confisqua les biens d'un bon nombre. Enfin 
l'évêque lui-même, Franz de la Victoria, arriva pour rétablir, 
s'il était possible, la concorde. Salcedo s'apprêta aussitôt à revenir 
de Talavera à Santiago, afin de se justifier personnellement au- 
près de l'évêque. Mais le gouverneur Lerma donna ordre à son 
officier Antonio Mirabel de le retenir. Mirabel exécuta cet ordre 
sans trop d'égards. Salcedo tomba malade et se refusa d'obéir aux 
injonctions de Mirabel de se rendre au Pérou. Celui-ci le fit 
transporter violemment avec tous ses suivants à Charcas, pour le 
faire comparaître au tribunal de la cour. 



. FONDATION DE SALTA. 99 

Durant ces événements le gouverneur prépara une nouvelle 
l'ondalion à Textrème nord de sa province, afin de se procurer 
une bonne station entre Tucuman et Charcas. Les relations con- 
tinuelles avec la cour royale l'avaient rendue nécessaire. Il choi- 
sit l'emplacement de la ville actuelle de Salta et s'y rendit avec 
des colons, des artisans et des soldats. Le 16 avril 4582, l'évèque 
Franz de la Victoria bénit la nouvelle ville et la construction com- 
mença '^ L'évèque n'y séjourna pas longtemps, mais il se mit en 
route pour se rendre à un concile de tous les prélats de l'Améri- 
que du Sud, qui devait se rassembler à Lima. Le gouverneur 
lui-même quitta le nouvel établissement après cinq jours. Les 
Indiens du voisinage l'attaquèrent aussitôt et le gouverneur, rap- 
pelé par les colons, se vit forcé de revenir pour mettre à la raison 
les Indiens. Il les battit dans un combat assez sérieux, les distri- 
bua dans des réductions comme encomiendas pour les habitants 
et les fonctionnaires de la nouvelle ville. 

Lorsque Lerma fut revenu à Santiago del Estero, il tomba bien- 
tôt en désaccord avec le nouveau vicaire, Franz Vasquez. Il le 
lit emprisonner, comme il l'avait fait avec Salcedo et crut ainsi se 
mettre à l'abri de ses machinations. Mais cette fois son abus 
d'autorité lui tourna à mal. Le clergé s'adressa à la cour royale 
de Charcas, près de laquelle plusieurs plaintes contre Lerma 
étaient déjà déposées. On envoya Franz de Arevalo Brizeno à 
Santiago pour déposer le gouverneur et l'envoyer prisonnier à 
Charcas, ou, ce qui est la même chose, àChuquisaca (1584). Juan 
Ramiro Velasco fut nommé gouverneur à sa place et arriva à Tu- 
cuman en 1585. Lerma eut une fm malheureuse. Son procès 
traîna en longueur ; il ne put pas se laver des accusations et mou- 
rut de douleur et de chagrin en prison. 

Durant ces troubles, les Indiens des environs de Cordova sai- 
sirent l'occasion de se soulever contre leurs oppresseurs. Mais 
l'arrivée d'un ly)mme résolu à qui la province doit beaucoup, le 
capitaine Tristan Tejeda (nommé aussi TroxoTexada ''^), mit bien- 
tôt les rebelles à la raison et les fit rentrer dans l'obéissance. 

Le gouvernement de Juan Ramirez Velasco procura quelque 



100 FONDATION DE LA RIOJA. 

temps de repos à la province. Mais les Calchaquis reprirent de 
nouveau les armes, attaquèrent et cherchèrent à détruire la jeune 
ville de Salta. Velasco, qui avait trouvé le trésor provincial en- 
tièrement vide, se vit forcé d'organiser l'expédition avec ses pro- 
pres deniers. Son exemple fut suivi par quelques uns des riches 
habitants de Santiago et l'on put équiper une expédition considé- 
rable. Mais Velasco, qui était d'un caractère beaucoup plus doux 
que ses prédécesseurs, chercha d'abord à s'entendre avec les Cal- 
chaquis -par des moyens pacifiques. Dans ce but il emmena avec 
lui des prêtres et les envoya aux Indiens, afin de leur faire gagner 
leur salut en se convertissant. Mais ses espérances échouèrent. 
Les Indiens ne voulurent rien entendre et attaquèrent les Es- 
pagnols. Bien que battus dans plusieurs rencontres, ils envahi- 
rent pendant une nuit un village déjà civilisé et en massacrèrent 
tous les habitants. Cette conduite irrita le gouverneur; il ordonna 
une attaque générale ; les Calchaquis furent cernés et égorgés sans 
pitié. Ils reconnurent qu'ils n'étaient pas de taille à lutter avec 
les Espagnols et se soumirent à leur autorité, du moins pour le 
moment. Leur cacique et quelques autres individus influents fu- 
rent envoyés comme otages à Santiago et traités avec beaucoup 
d'égards, pour leur montrer qu'en voulant les soumettre on ne 
songeait qu'à leur bien. 

xVfin de donner plus de portée à ses efforts pacificateurs, le 
gouverneur se décida à fonder une nouvelle ville dans le terri- 
toire des Diaguitas, nation également très-tenace. Elle habitait 
au sud des Calchaquis, sur le bord occidental de la grande steppe 
salée, à l'intérieur et entre les montagnes qui accompagnent les 
Cordillères de ce côté et courent parallèlement à leur pied orien 
tal. Il s'y rendit en 1591 et fonda à côté de la grande chaîne 
orientale la nouvelle ville de la Nueva Rioja ", ainsi] nommée de 
son heu d'origine en Espagne. La longue chaîne de montagne 
qui se dresse isolée dans la plaine avec une arête étroite à l'ouest 
de la Rioja reçut le nom du fondateur delà ville et s'appelle encore 
aujourd'hui Sierra de Velasco. Trois mille Indiens furent mis en 
réduction et distribués à titre d'encomiendas. Le gouverneur 



FONDATION DE JÜJIIY. lOI 

s'en réserva 18 pour lui-même et 16 pour son fils. Les autres 
furent donnés en grande partie aux quatre couvents, à l'hôpital 
et à la principale église, établissements que le gouverneur favori- 
sait particulièrement. Ils restèrent longtemps très-florissants à 
cause de leurs richesses en biens fonds. Le gouverneur continua 
de les protéger tant que dura son administration. Il se retira en 
4593 et Fernando Zarate lui succéda. 

A l'époque où Velasco était encore occupé à la fondation de la 
Rioja, les Indiens de Cordova se soulevèrent de nouveau. C'étaient 
ceux qui habitaient entre les deux chaînes des sierras voisines, 
dans la vallée de la Punilla. Mais leur entreprise échoua comme 
toujours. Le capitaine Tristan Tejeda les fit promptement rentrer 
dans l'obéissance. Il ne se contenta pas de parcourir la vallée en 
vainqueur , mais il alla encore plus loin au nord et soumit les 
Escalonis , qui habitaient près de la steppe salée et confinaient à 
l'ouest avec les Diaguitas. Velasco distribua aussi ces Indiens en 
bénéfices aux habitants de la Rioja, dont ils étaient plus rapprochés 
que de Cordova. 

Un an après la fondation de La Rioja, le gouverneur entreprit 
la fondation d'une seconde ville encore plus au nord de son gou- 
vernement sur le Salta. Ce fut la ville de Jujuy, déjà commencée 
par Castaneda sous le nom de Nieva, mais qui n'était jamais sortie 
de son état d'ébauche. Son but était de faciliter les communications 
avec Chuquisaca. Il construisit donc, oii plutôt restaura la ville, 
car beaucoup des anciennes constructions étaient restées debout." 
La fondation d'une autre ville l'occupa encore sur le Rio Salado, 
au nord de Talavera, sur un affluent du fleuve , le Rio de las Pie- 
dras, un peu avant son embouchure, à peu près sous le 25" 25' de 
L..S. Ily établit la localité de Juntas, encore existante aujourd'hui 
comme village. Elle n'eut jamais beaucoup de prospérité, bien que 
traversée par la route de Tucuman à Salta. Le gouverneur fut 
encore inquiété pendant ces travaux par un nouveau soulèvement 
des Indiens des environs de Cordova. Mais Tejeda prit d'excel- 
lentes mesures et réprima promptement le mouvement. Accom- 
pagné seulement de vingt-cinq hommes d'élite , il se rendit au 



102 DESTRUCTION DES CALCHAU[JIS. 

milieu d'eux et put les faire rentrer dans l'obéissance en les me- 
naçant de les châtier vigoureusement s'ils refusaient de se sou- 
mettre à ses ordres. En voyant cet homme énergique et en 
comprenant ses paroles, ils lui obéirent sur-le-champ. 

Peu après cet événement , le gouverneur J. Velasco quitta son 
poste et retourna en Espagne (1593). Nous terminerons ici notre 
historique. Les principaux événements de la colonisation sont ac- 
complis et presque toutes les grandes villes intérieures du nord de 
la République Argentine actuelle étaient fondées. Les événements 
ultérieurs ne sont plus que le développement des fondations déjà 
faites , dont le progrès est lent mais continu et aucun nouveau 
point de vue n'appelle de description. L'œuvre fut continuée , 
comme elle avait été commencée, au milieu des rivalités et des ja- 
lousies des individus , aussi bien que des populations mélangées 
ensemble , jusqu'à ce qu'enfin la fatigue générale et ces luttes 
inutiles et meurtrières pour les Indiens y mirent un terme. Les Cal- 
chaquis furent les derniers indigènes qui continuèrent encore la 
guerre contre les Espagnols dans les régions de l'Amérique du 
Sud, occupées par eux. Mais leur heure sonna aussi *% et leur des- 
truction fut si complète qu'il n'est rien resté de cette nation belli- 
queuse que le nom donné à la partie supérieure du fleuve sur 
lequel se trouvait la scène de leurs hauts faits. La source septen- 
trionale du Rio Salado s'appelle encore aujourd'hui Rio Calchaqui. 
Il conserve ce nom jusqu'au confluent du Rio de Sa Maria, où il 
le change contre celui de Rio Guachipas, qui, lorsqu'il est entré 
dans la plaine, porte le nom de Rio Juramento et plus loin enfin 
de Rio Salado. Nous n'avons ni la patience ni la tranquillité d'es- 
prit nécessaires pour raconter les détails de la guerre d'extermi- 
nation contre cette nation. Ce sont toujours les mêmes scènes de 
cruauté accoutumées des Espagnols contre les Indiens et d'autant 
plus terribles qu'on leur résistait avec plus de vigueur et d'é- 
nergie. 



IX 

COLONISATION DE LA PROVINCE DE CUYO. 

1560 — 1596. .i ' ■' ' 

Les trois provinces Argentines de Mendoza, S. Juan et S. Luis, 
que l'on réunit sous le nom commun de province de Cuyo, d'après 
la dénomination primitive des Indiens pour cette contrée , furent 
colonisées par le Chili et firent partie de ce gouvernement jusqu'à 
la création de la vice-royauté de la Plata en 1776. A cette époque 
le gouvernement espagnol les rattacha à la nouvelle vice-royauté 
d'où est sortie \3i Repiihlica Argentina. Leur histoire se relie 
donc intimement avec celle du Chili et cela nous oblige à jeter un 
regard sur la colonisation de cette partie de l'Amérique du 
Sud»'. 

Ce que nous avons dit au commencement du chapitre précédent 
sur l'expédition d'Almagro nous a déjà appris que cette auda- 
cieuse entreprise conduisit les Espagnols pour la première fois 
au Chili, en 1536, et que quatre ans plus tard Pizarre y envoya de 
nouveau son célèbre capitaine Pedro de Yaldivia, pour en faire la 
conquête. Celui-ci s'avança sans difficulté jusqu'aux limites du 
territoire des Araucaniens , entre le Rio Maule et le Rio Biobio. 
Mais il eut alors de violents combats à livrer contre ces Indiens 
belliqueux et il y laissa la vie , comme nous l'avons vu plus 
haut (p. 88). 

Après la mort de Yaldivia , l'état des affaires demeura assez 
longtemps incertain. Les Araucaniens, conduits par leur célèbre 
ca('ique CaupoUcan, devinrent de plus en plus hardis, et il ne se 
ti'ouvait pas chez les Espagnols d'homme pour remplacer Yaldivia. 
En outre, les principaux officiers, Yillagran, Quiroga et Aguirre, 
se querellèrent bientôt entre eux, personne ne voulant se sou- 
mettre aux autres. Enfin Hieronymus Alderete se rendit en Espagne 
pour aller chercher un nouveau gouverneur nommé par le roi. 



KM LUTTE AVEC LES AHAIJCANIENS. 

Philippe II choisit Alderete lui-même. Mais il eut le malheur de 
voir son navire brûler pendant le voyage, et cet accident lui causa 
un tel saisissement qu'il en tomba malade et mourut bientôt. 
Alors on envoya des délégués auprès du vice-roi du Pérou pour 
lui demander un gouverneur. Il nomma son fils, comme on l'a 
vu plus haut (p. 69). 

Don Diego Hyrtado de Mendoza , encore assez jeune homme, 
arriva au Chili en 1557 et prit le gouvernement. Son ambition fut 
de mai'cher sur les traces de Valdivia et de soumettre les Arau- 
caniens. Il essaya d'abord de traiter avec eux, pour les gagner par 
des moyens pacifiques. Mais comme il échoua dans ces tentatives, 
la guerre recommença et dégénéra bientôt par l'exaspération ré- 
ciproque en de véritables massacres. Les Espagnols n'étaient pas 
en état de remporter un avantage durable sur ks Araucaniens, et 
cette situation irritait tellement Mendoza que , dans sa fureur , il 
fit massacrer plusieurs fois tous les prisonniers. Mais ces traite- 
ments, aussi atroces que peu chrétiens et complètement opposés 
à la doctrine du Christ , d'aimer même ses ennemis , c'est-à-dire 
de les traiter humainement lorsqu'on est le plus fort , firent un 
effet opposé sur les Araucaniens. Ils opposèrent une résistance 
d'autant plus désespérée et furent plus heureux que les Calcha- 
quis, car ils ont pu conserver leur indépendance jusqu'à ce jour''". 

Mendoza, voyant qu'il n'arrivait à rien par la force, eut recours 
à la ruse et à la trahison. Un chef indien fut corrompu. Il trahit 
le brave Caupolican et le livra aux Espagnols. Une mort cruelle 
termina la vie héroïque de ce chef en 4559; mais les Espagnols n'y 
gagnèrent que quelques moments de tranquillité. Mendoza les mit 
à profit pour améliorer sa situation. Le manque de bonnes subs- 
tances alimentaires dans ce pays pauvre et peu cultivé était le prin- 
cipal obstacle qui entravait la marche de la colonisation . Les environ s 
immédiats de la capitale, Santiago, étaient aussi peu propres àl'agri- 
culture et à l'élève du bétail que les districts avoisinants. L'atten- 
tion se reporta alors sur les vastes plaines situées au pied oriental 
des Cordillères , de ce coté-ci de la haute chaîne qui sépare des 
Pampas l'étroite bande littorale du Chili , montagneuse et coupée 



FONDATION DE MENDOZA. 105 

par de nombreux torrents. Lu nation des Guarpes (ou Huarpes) 
habitait dans ces contrées orientales. On noua des relations avec 
ces Indiens, beaucoup plus sociables que les sauvages Araucaniens 
du sud du Chili. Ils avaient déjà été incorporés au royaume des 
Incas sous le nom de Cuyo, que ces provinces portent encore au- 
jourd'hui. Ils appartenaient donc par droit de conquête aux Espa- 
gnols et étaient déjà accoutumés à vivre sous une domination 
étrangère. 

Mendoza se résolut à y fonder une colonie pour Tagriculture et 
rélève du bétail. Il y envoya son premier capitaine, D. Pedro del 
Gaslillo avec cent chevaux, quelques soldats et des laboureurs et 
le chargea de cette mission. Castilloprit avec lui quelques Indiens 
de la vallée du Rio Aconcagua. Ils le conduisirent par la route 
eftcore viable aujourd'hui de la Cumbre de Uspellata , dans la 
plaine où est actuellement la ville de Mendoza. Il fonda cette 
ville en 1560, à une petite distance du pied de la chaîne latérale , 
qui se détache de la Cordillère un peu plus au nord et est connue 
sous le nom de Sierra de Uspellata. Il lui donna le nom de son 
chef, gouverneur du Chili et fds du vice-roi du Pérou. La cam- 
pagne des environs, bien que déserte et sans tapis de graminée, 
comme tout le territoire occidental des Pampas , se prêtait d'au- 
tant mieux à l'agriculture et à l'élève du bétail , que le fleuve qui 
sort près de là des Cordillères pour entrer dans la plaine, pouvait 
être facilement employé à des irrigations artificielles à cause de 
l'inclinaison du sol fortement déclive vers l'est. Les Espagnols 
étaient habitués par la nature analogue de leur patrie à des tra- 
vaux d'aiTosage artificiel, qu'ils avaient appris des Maures. La 
nouvelle ville s'accrut rapidement, devint bientôt un centre 
important et un des plus riches de l'intérieur, comme il Test en- 
core aujourd'hui. Tucuman et Cordova seules pouvaient lutter 
avec Mendoza , bien que le terrible tremblement de terre du 
20 mars 1861 ait entièrement détruit l'ancienne ville'*. On cultive 
les céréales dans des champs enclos et arrosés artificiellement et 
l'on engraisse avec la luzorno. (M edicago sativa , AlMh) de nom- 
breuses têtes de bétail. On les conduit en grands troupeaux au 



106 FONDATION DE S. JUAN. 

Chili et, dès l'origine, ils ont fait la richesse des colons. La vigne 
croît très-bien aussi, et si cette culture n'a pas donné de grands 
résultats jusqu'à ce jour , cela tient à la mauvaise manipulation 
des raisins et à la difficulté des transports. Avec des voies de com» 
munication plus faciles , l'exploitation des vignobles de Mendoza 
deviendra importante. Avant le grand tremblement de terre cité, 
la ville avait une grande cathédrale mal construite, cinq couvents 
avec de belles églises, plusieurs chapelles, un hôpital , un collège 
et 10 000 habitants. Elle a été reconstruite à neuf, mais sans une 
parure aussi nombreuse de grands édifices ^'^. 

Peu après la fondation de Mendoza , les Espagnols apprirent 
des Indiens qu'on avait trouvé de l'or chez les peuplades situées 
plus au nord et que les habitants possédaient des objets de ce 
métal. Cette nouvelle étant arrivée aux oreilles du capitain'e 
Castillo , il envoya une troupe de soldats pour vérifier ces infor- 
mations et reçut avis que des mines d'or existaient en effet dans 
les contrées voisines. Il fit aussitôt des apprêts pour y établir 
une colonie, et la ville de S. Juan doit son origine à cette expé- 
dition. 

Eugenio Mallea, à côté duquel on nomme aussi un certain Jofre, 
fut chargé de cette entreprise. La ville , fondée par lui en 4561 , 
reçut le nom de S. Juan del Pico, à cause de la forme particulière 
du pic de Villicum, situé près de là au nord. Plus tard, on changea 
ce nom en celui de S. Juan de la Frontera, lorsque la limite des 
gouvernements du Chili et de Tucuman fut fixée entre le territoire 
de cette ville et celui de la Rioja. La population de S. Juan était 
empruntée aux mêmes éléments que celle de Mendoza et dirigea 
bientôt son activité dans le même sens. L'or qui l'avait attirée 
n'était pas aussi abondant qu'au Pérou, et les Indiens se gardèrent 
de faire connaître les quelques endroits où ils en avaient trouvé, 
afin de ne pas exciter encore plus la cupidité des Espagnols , ou 
bien pour conserver leurs trésors. Cependant les mines furent 
connues peu à peu, et les Espagnols n'épargnèrent aucun moyen 
pour s'en emparer. Le plus souvent ce furent des femmes qui dé- 
voilèrent le secret à leurs amants. D'autres fois , on agissait sur 



FONDATION DE S. LUIS. 107 

les convertis dans le confessionnal, ou même aux derniers sacre- 
menls sur les mourants, en leur promettant de riches indulgences 
ou le salut éterneP^ Tout était permis pour atteindre à un si 
grand bénéfice, car, d'après la morale jésuite, la fin sanctifie les 
moyens. 

La troisième ville de la province de Guyo, nommée S. Luis, 
l'ut fondée beaucoup plus tard, en 1596, par le gouverneur Mar- 
tin do Loyola et s'appela d'abord S. Luis de Loyola. Plus tard on 
changea ce nom en celui de S. Luis de la Punta, parce qu'elle 
formait la pointe du gouvernement chilien à l'est. Le bruit de 
l'existence de mines d'or dans les montagnes voisines fut encore 
le mobile qui dirigea la colonisation. En réalité, il y existe des 
mines d'or importantes qui aujourd'hui sont exploitées par deux 
sociétés allemandes ^\ Mais dans ces premiers temps on ne: 
louillaitqu'à la surface du sol, et la nombreuse population accou- 
rue dans la jeune ville tomba bientôt dans la misère, de sorte 
que S. Luis est restée une des moins importantes des 14 capi- 
tales ^provinciales de la République. Les habitants y étaient ex- 
posés aux attaques répétées de temps en temps des Indiens du 
sud des Pampas. Ces peuplades sauvages, sans avoir le courage 
élevé des Araucaniens, nourrissaient la même haine insatiable 
contre la colonisation européenne etne voulurent jamais s'accou- 
tumer à un mode d'existence plus civilisé. Aujourd'hui encore 
des attaques semblables se sont renouvelées et ont mis en péril 
l'existence des habitants du sud de la province et détruit leurs 
établissements. Dans leurs razzias ils s'en prennent surtout aux 
femmes et au bétail. En général ils égorgent les hommes, à 
l'exception de quelques misérables qui s'aUient volontiers avec 
eux pour continuer leur vie de pillage. Il n'est guère probable 
que ces Indiens, avec de semblables habitudes, deviennent jamais 
membres utiles de la société humaine. 



X 

CONCLUSIONS. 

La colonisation du pays est achevée avec la fondation des villes 
principales et la soumission des indigènes du voisinage. Une 
seule ville, Catamarca, la plus jeune des villes intérieures, n'a 
pas encore été mentionnée. Elle est au bord méridional du terri- 
toire des Galchaquis et on songea à sa fondation seulementlorsque 
les Espagnols eurent complètement subjugué ce peuple toujours 
hostile. Nous laissons donc de côté son histoire, et renvoyons aux 
notes ^% pour ce que nous avons à en dire. 

Le même égoïsmc, qui caractérise les actes les plus anciens de 
la colonisation et sur lequel nous sommes revenus plusieurs fois 
dans le cours de notre récit, continua à dominer dans les événe- 
ments ultérieurs, avec cette différence cependant que si le pays 
avait été exploité jusque-là par quelques chefs et leurs compa- 
gnons, la couronne d'Espagne prit peu à peu leur place. Elle ne 
les considéra plus eux et leurs œuvres que comme des instru- 
ments utiles à ses desseins, comme eux-mêmes l'avaient fait aupa- 
ravant avec les Indiens conquis et les richesses naturelles du 
pays. 

L'esprit étroit de la politique coloniale de l'Espagne considéra 
tous les habitants des colonies non-seulement comme des mi- 
neurs, mais encore comme des enfants mutins auxquels il fallait 
mettre la bride et la tenir serrée le plus possible, afin de les 
maintenir dans l'humilité de la dépendance et leur ôter l'envie 
de s'en débarrasser. L'Église catholique eut une grande part dans 
dans la conservation d^ ces sentiments humbles d'esclaves qui 
s'abandonnent sans volonté à leur destin. Elle savait bien que, 
lorsque cette soumission viendrait à s'en aller, la servilité encore 
plus grande à l'égard du clergé serait en danger. Le despotisme 
et la théocratie marchent toujours d'accord et jamais ils n'ont 



POLITIQUE COLONIALE DES ESPAGiNOLS. lO'J 

vécu en union plus intime qu'en Espagne, au temps de Philippe 11 
et de son successeur. Tenu par lâcheté ou par crainte des châti- 
ments dus à ses crimes secrets et publics dans une obéissance 
servile par rÉgiise, il voulait enchaîner de même ses sujets, et 
cette pensée, unie à la soif des trésors matériels, est l'âme de la 
politique coloniale de l'Espagne. Rien n'était permis aux habi- 
tants, tout était contrôlé et espionné, afin de pouvoir punir sur-le- 
cliamp les contrevenants. Toutes les acquisitions et tous les objets 
d'utilité importés, même les plus simples, devaient être tirés 
uniquement d'Espagne et étaient frappés de droits élevés. Ces 
impôts coulaient dans le trésor d'Espagne et ne furent même pas 
employés au bien du pays, mais à l'avantage delà couronne et des 
séides de son despotisme écrasant. 

Le roi d'Espagne nommait le vice-roi du Pérou ; il nommait 
aussi tous ses subordonnés, même les gouverneurs de province, 
dont nous avons donné plusieurs exemples. On ne laissait jamais 
longtemps le vice-roi en place, par crainte qu'il ne se forme un 
parti dans le pays et ne devienne trop l'ami des colons. Les fonc- 
tionnaires étaient toujours de vieux Espagnols, jamais les enfants 
nés dans lepays,lescréolesetencore moins ceux des Indiensou les 
métis. Les étrangers n'avaient pas accès dans les colonies. 11 ne 
leur était pas permis d'y voyager et encore moins d'y posséder. 
Même à la fin du siècle précédent, il fallut à Alex, de Humboldt 
une permission particuUère du roi d'Espagne, lorsqu'il exécuta 
son fameux voyage en Amérique. Les navires étrangers ne pou- 
vaient pas visiter les colonies espagnoles, et, lorsqu'on le per- 
mettait à quelques-uns, ils ne pouvaient faire de commerce qu'à 
des conditions oppressives et en payant des droits énormes. Toutes 
ces mesui'es vexatoires ne furent pas imaginées dès l'origine ; 
mais elles se développèrent peu à peu et leur exécution devint 
plus rigoureuse à mesure que la puissance espagnole s'affai- 
blissait et que celle d'autres nations comme les Hollandais et Jes 
Anglais s'élevait. De là naquit l'habitude d'équiper des navires en 
course, qui a coûté tant de riches cargaisons aux Espagnols, et 
les força à armer en guerre leurs grands navires de commerce 



HO INSTITUTION DE LA VICE-ROYAUTE DE LA PLATA. 

pour les défendre contre les attaques de leurs ennemis et envieux. 
Le revenu des colonies diminua peu à peu et la mère patrie 
s'appauvrit dans la même mesure. Déjà au bout d'un siècle 
l'Espagne n'avait plus que l'ombre de la puissance qu'elle possé- 
dait au moment de la fondation des colonies. 

Pendant cela l'administration intérieure des colonies, dont la 
population s'accroissait lentement , devint de plus en plus difficile . La 
couronne se vit forcée, pour simplifier le mécanisme du gouver- 
nement, d'établir plusieurs centres d'administration en Amé- 
rique et de restreindre sur un champ plus petit les attributions 
du vice-roi du Pérou. A la suite de guerres avec le Portugal et de 
conflits de délimitation avec cette puissance, ce besoin fit 
créer en 1776 la vice-royauté du Rio de la Plata avec Buenos- 
Ayres pour capitale. Cette nouvelle vice-royauté embrassait exac- 
tement le territoire actuel de la République Argentine y compris 
les provinces de Cuyo et les républiques actuelles du Paraguay et 
de l'Uruguay, qui se séparèrent plus tard. Par sa position et sur- 
tout par celle de sa capitale, cette vice-royauté était la plus en 
communication avec l'Europe. Il n'était pas possible de préserver 
cette ville des idées d'indépendance qui en vinrent ainsi que de 
l'Amérique du Nord. Aussi fut-ce Buenos-Ayres qui, la première, 
abandonna la mère patrie, lorsque la guerre d'Espagne avec Na- 
poléon P" occupa toutes ses forces et la força de laisser ses colonies 
à elles-mêmes. Les Anglais étaient déjà venus ici et avaient occu- 
pé la ville pendant quelque temps. La population apprit en 
cette occasion à connaître se: forces et les tourna contre un ré- 
gime que peu de temps auparavant elle avait défendu avec la 
même énergie. En 1808, lorsque Napoléon fit son frère Joseph 
roi d'Espagne et que celui-ci voulut remplacer les anciens vice- 
rois par de nouveaux, dévoués à sa personne, rattachement à 
l'Espagne se manifesta encore clairement. On obéit à la junte de 
Séville, et le désir de l'indépendance ne se fit complètement jour 
que lorsque la junte eût été dispersée par les armes françaises. 
Le 25 mai 1810, on constituai Buenos-Ayres un gouvernement 
particulier, en excluant tous les vieux Espagnols. Cependant l'ad- 



PROCLAMATION DE L'INDÉPENDANCE. 111 

ministiation se fit toujours au nom de Ferdinand VII, roi d'Es- 
pagne. On lui demanda même son fils Franz comme régent. Mais 
pour le conseil du roi, cette initiative spontanée n'était qu'un 
acte de rébellion, et la proposition, renouvelée encoreen 1815, fut 
rejetée. On se décida alors à se déclarer séparés de l'Espagne. Une 
junte de toutes les provinces se réunit à Tucuman, et le 16 juillet 
1816 elle proclama l'indépendance de la République Argentine. 
Cet acte décisif délivra l'Amérique du Sud du joug de l'Espagne, 
et ses diiférents états prirent bientôt rang parmi les nations indé- 
pendantes du globe terrestre. Buenos-Ayros, depuis longtemps 
pour l'intérieur le foyer d'où rayonnait la civilisation, devint 
aussi le centre du mouvement de libéralisme et d'indépendance 
pourtoutesles républiques de l'Amérique du Sud, qui, jusqu'à 
ce moment, avaient gémi avec elle sous le despotisme écrasant de 
l'Espagne. 

Nous laissons l'histoire de ses progrès et de son développe- 
ment aux historiens locaux qui ont choisi ce sujet pour thème et 
prenons adieu des lecteurs, en ajoutant seulement que les épreuves 
traverséesjusqu'àce jour par la jeune république ont été très- 
dures. Mais, depuis quelque dix années, l'opinion dominante a 
été qu'il fallait enfin se débarrasser du vieil égoïsme hérité des 
Espagnols, et que les masses ignorantes, toujours disposées à 
obéir à la force brutale, devaient être élevées au niveau de la 
vraie civilisation par l'instruction. C'est par là seulement que 
la haute moralité pourra être définitivement fondée. 



il2 



TABLEAU CHRONOLOGIQUE. 



ANNEE. 



1675 



1685 



DATE. 



1515 


8 octobre. 


1535 
1536 


2 février. 
15 août. 


1552 


— 


1558 
1560 
1561 
1561 




1565 


— 


1573 
1573 


6 juillet. 
15 novembre 


1580 


11 juin. 


1582 

1588 


16 avril. 
3 avril. 


1591 


20 mai. 


I5t2 


— 


1596 
1651 


— 



17 septembre. 



4 octobre. 



FAITS. 



Juan Diaz de Solis part d'Espagne et aborde 

au Rio de la Plata 

Petro de Mendoza fonde Ruenos-Ayres 

Juan de Ayolas s'empare de Lambaré et 

fonde l'Assomption 

Fondation de Santiago del Estero par Franz 

Aguirre 

Le gouverneur Zurita fonde London 

Fondation de Mendoza par Petro del Castillo. 
Fondation de San Juan par Eugenio Malleo.. 
Fondation de Nieva (Jujuy) par Gregorio 

Castafieda 

Première fondation de Tucuman par Diego 

de Villaroel 

Hiéron. Luis Cabrera fonde Gordova 

Première fondation de Santa Fé par De 

Garay 

Rétablissement de Ruenos-Ayres par De 

Garay 

Fondation de Salta par Hernando de Lerma. 
Fondation de Corrientes par Juan Torres y 

Aragon 

Fondation de la Rioja par Juan Ramirez 

Velaseo 

Rétablissement de Nieva sous le nom de 

Jujuy par le même Velaseo 

Fondation de San Luis par Martin de Loyola. 
Transport de Santa Fé à son emplacement 

actuel 

Décret royal prescrivant à x\ngel Peredo de 

fonder Catamarca, exécuté en 1683 par 

Mate de Luna 

Transport de Tucuman sur son emplacement 

actuel par Mate de Luna 



PAGES. 



o 
20 

31 

88 

89 
105 
106 

90 

93 
96 

74 

80 
99 

84 

100 

101 
107 

note 74 

note 95 
note 82 



NOTES 



INTRODUCTION 



(2) *. Azara et Funcs citent, parmi les sources* de l'époque la plus 
ancienne de notre histoire, un manuscrit du père jésuite Pedro Lozano 
que je n'ai pas pu voir pendant mon travail en 18G2-i8G3. D'après ce que 
Azara en dit on ne pouvait lui accorder trop de confiance {Hist. d. Parag., 
I, p. 8). Un jésuite ne peut faire un bon historiographe. Les règles de son 
ordre ne lui permettent point d'être impartial et j'étais donc disposé à sous- 
crire au jugement d'Azara. 

Depuis lors le manuscrit du Père Lozano a été imprimé ici à Buenos- 
Ayres et le savant éditeur a eu la bonté de m'en envoyer un exemplaire. Il 
porte pour titre : 

Historia de la conquista del Paraguay, Rio de la Plata y Tum- 
man, escräa por el P. Pedro Lozano, de la Comp, de Jesus; 
ilustrada con noticiasdel autor y suplementos por Andres Lamas. 
Buenos-Ayres, 1873-1874. Tomes I-IV, in-8. 

L'introduction, faite avec beaucoup de soin, nous fait connaître que Lozano 
était né à Madrid en 1G97, qu'il entra dans l'ordre en 1730, se rendit plus 
tard dans l'Amérique du Sud, y séjourna dans le Collège des jésuites de 
Cordova et y fut employé comme historien par la Congrégation. Il écrivit 
en 1745 son livre demeuré jusqu'à ce jour inédit. Après 1752, son nom dis- 
paraît des actes de la Société, et il est probable qu'il avait déjà quitté l'Amé- 
rique du Sud avant l'expulsion des jésuites en 1767. 

Je dois avouer que la lecture de ce livre laisse une bonne impression au 
lecteur, parle en faveur de l'exactitude de l'auteur, et que le jugement 
acerbe d'Azara pourrait bien être erroné, ainsi que l'éditeur s'efforce de le 
prouver (p. 37 de l'Introd.). On trouve beaucoup de détails dénotant un 
jugement sain, mais ne relevant que d'un historien spécial et ne pouvant 
rien changer à notre exposé général. JiCs descriptions -étendues des localités, 
des hommes et des animaux, prouvent (jue l'auteur ne possédait pas les 
connaissances nécessaires pour cette partie, car il avance souvent des faits 
impossibles, tels par exemple que l'existence de singes sans queue dans le 

(*) Les chiiïros catro parcnlhfcscs indiquent la page du texte. 

REP. ARG. — 1. H 



'Wi NOTE^ 1, 1 

pays, l'animal sauvage su (p. 285), etc. Ses observations sur les plantes et 
sur leurs propriétés médicales sont sans valeur, aussi longtemps que nous 
ne pourrons pas reconnaître scientifiquement à quelles espèces elles se rap- 
portent. Des recherches répétées, exécutées dans le pays même, pourront 
être entreprises plus tard, mais tant qu'elles n'auront pas été faites, les 
indications de Lozano resteront sans utilité. 

CHAPITRE I. 

1 (3). Vid. Varnhagen, Historia do Brasil, tome I, p. 31. Rio de Janeiro, 
1854-58. Il affirme qu'un certain Nuno Manuel a visité le Rio de la Plata 
avant Solis. D'après Humboldt {Kritische Unters., de. Ueber die Entd. d. 
neuen Welt, i. III, p. 177), ce Nuno fut un successeur de Magellan; car il 
aurait traversé le détroit de Magellan en 1525 et fait mention du Rio de la 
Plata. 

2 (3). La vie de Juan Diaz de Solis est assez imparfaitement connue. 
Navarrette a recueilli, dans sa Coleccion de documentos de los viages y des- 
çubrimientos que hicieronpor mar los Espanoles desde fines del siglo^, X 
page 46 et seq., quelques faits intéressants qui s'y rapportent. Ainsi nous 
apprenons qu'en 1497 il fit, en compagnie de Vincente Yanez Piiizon et Juan 
de la Cosa, un voyage à la baie de Honduras, où l'on contourna la presqu'île 
de Yucalan et longea les côtes du golfe du Mexique jusqu'à ce que l'on eût 
atteint la Floride. On la contourna aussi et le voyage fut prolongé jusqu'à 
la baie de Chesapeak d'où l'on revint en Espagne. Dans ce voyage, Cuba fut 
reconnue comme une île et elle apparaît pour la première fois sur la carte 
de leurs découvertes publiée par J. de la Cosa en 1500. — Varnhagen a 
prouvé dans son mémoire sur A. Vespucci (Lima 1865, Fol., p. 98, réim- 
primé à Vienne en 1869 avec additions) que ce dernier faisait aussi partie 
du voyage, et que ce fut sa première expédition restée problématique jusqu'à 
ce jour. — Au retour, Solis fut accusé par Pinzon de ne pas avoir rempli 
son devoir (Herrera, Décad. I, p. 189), peut-être plus pour la part qu'il 
avait prise à celte navigation que pour des fautes réelles. Pinzon a toujours 
été envieux de la célébrité des autres et se conduisit notamment très-mal 
à l'égard de Colomb. Solis fut incarcéré et resta quelque temps en prison, 
jusqu'à ce qu'on se fût convaincu du manque de fondement des inculpations. 
Il quitta alors le service de l'Espagne et passa à celui du Portugal, comme 
Varnhagen {Nouv. recherch., p. 17) le prouve. Il se rendit au Brésil en 1504 
avec Gonzalo Coëlho, resta quelque temps à Rio de Janeiro et fit probable- 
ment entre 1505 et 1506, sur les navires portugais avec le même Coëlho, 
un voyage au sud, dans lequel il peut avoir visité l'embouchure du Rio de 
la Plata. Ce savant combat l'assertion de Herrera (Décad. I, lib. VII, cap. i 
et ix), que Solis a fait en 1508 un second voyage avec Pinzon et s'eflorce de 
prouver que l'historiographe s'est embrouillé dans ses indications, ce qui 
est vraisemblable, car les deux marins étaient en mauvais rapports. Mais il 
est certain que Solis repassa de nouveau du service du Portugal à celui de 



NOÎÊS 3, 1 h 5 

l'Kspagiie, probablemont en 1510, ou à la lin de 1500, et fut nommé piloto 
mayor après la mort de Vespucci (22 février 1512), afm de l'attacher plus 
sülidenienl à l'Espagne. C'est à ce titre qu'en 151 1 il reçut ordre de faire le 
voyag-e qui le conduisit à l'embouchure de La Plata et lui fit prendre pos- 
session du pays pour la couronne d'Espagne. 

3 (4). Alex, de Humboldt, dans son ouvrage déjà cité sur les progrès de 
notre connaissance du nouveau monde (Paris, 1850, in-8, 1 vol. et Berlin, 
1852, 3 vol.) a éclairé avec une profonde critique la vie de cet homme 
remarquable et sa part indirecte à la dénomination de l'Amérique. 11 a 
prouvé que le nom America a été employé pour la première fois par un 
savant allemand, Waldseemüller, professeur au collège de Saint-Dié en 
Lorraine, qui dans ses travaux scientifiques se nomme Hylacomylus. Il 
parla d'abord de Americi terra, et bientôt après on se servit simplement du 
ternie America par consonnance avec Asla et Africa. Vespucci n'y contribua 
pas autrement que par la prompte publication de son premier voyage dans 
des lettres adressées au gonfalonier de Florence, Pedro Soderini, et au chef 
de la famille des Médicis, Lourenzo Pedro Francesco. Ces lettres parurent 
en italien en 1504, mais furent traduites et imprimées en latin en 1507 en 
Allemagne. C'est à cette traduction latine que Hylacomylus emprunta les 
faits qu'il relate dans sa Cosmographiœ introductio (Saint-Dié, 1507, in-8 
et Strasbourg, 1509, in-8). Comme ce livre est devenu très-rare, Navarette 
l'a réimprimé dans sa Colleccion, etc., t. III, p. 185. Humboldt ne put établir 
avec certitude que trois voyages de Vespucci ; mais son successeur dans ces 
recherches, M. Varnhagen, a prouvé non-seulement la réalité d'un qua- 
trième, dont Vespucci lui-même parle (dans le mémoire cité, note 2), mais 
de plus il a cherché à démontrer qu'il en avait fait six. Dans aucun d'eux 
il ne fut chef unique de l'expédition, et par conséquent ne fut pas le décou- 
vreur des pays visités, mais assista simplement aux découvertes d'un autre. 
n ne nomme pas dans ses lettres ces véritables découvreurs et ne parle que 
de lui, ce qui l'a fait accuser d'avoir cherché à tromper le lecteur; mais 
Humboldt et Varnhagen ont mis à néant cette accusation. On peut toujours 
lui reprocher un désir insatiable de se mettre au premier rang et sa jac- 
tance. — Il fit son premier voyage en 1497-98 avec Vincente Yanez Pinzon, 
en compagnie de Juan Diaz de Solis; le second, avec Hoyeda en 1499; le 
troisième et le quatrième sur des navires portugais avec Gonzalo Coëlho; — 
Juan Diîiz de Solis se trouva de nouveau avec lui pendant le dernier 1503- 
1504. Il ne nous reste aucun document des deux derniers voyages, le cin- 
quième et le sixième, que Varnhagen lui attribue. 

4 (4). D'après Herrera (Décad. I, lib. Vil, cap. l et ix), ce fut le second 
voyage avec Vinc. Yanez Pinzon (;n 1508 qui fut l'occasion de ses accusations 
contre Solis. Nous avons préféré la version de Varnhagen, parce qu'elle 
concorde mieux avec les faits antérieurs. Solis, d'après Herrera, quitta le 
service de l'EspagiKî seulement après avoir élé reconnu innocent en 1510. Il 
est difficile que deux ans plus tard il se fût assez bien réconcilié avec la 
couronne d'Espagne pour se voir appelé à l'emploi de piloto mayor. Il est 



116 NOTE 5. 

plus vraisemblable qu'il entra plutôt au service du Portugal et que la 
renommée de ses voyages au sud détermina le gouvernement espagnol à le 
reprendre à son service. 

5 (4). La carte que Magellan a vue chez le roi de Portugal n'est pas 
connue autrement et a été perdue. On présume que c'était un travail de 
Martin Behaires, qui était en relations avec le roi de Portugal. II l'aurait 
tracée à l'aide de son globe de Nuremberg (Peschel, Gesch. d.Entd., p. 318). 
De Humboldt dans ses Krit. Unters., I, p. 252, et J.-G. Kohi dans le texte 
ajouté à ces deux anciennes cartes de l'Amérique conservées à la biblio- 
thèque de Weimar, ont fait des recherches étendues sur ce point. La plus jeune 
de ces deux cartes, de l'année 1529, a été dessinée par le célèbre cartographe 
espagnol Pvibero ; la seconde, de 1527, peut-être par le fils naturel de Colomb, 
D. Hernando Colon, qui vivait à Séville en savant et cartographe. Les deux 
cartes furent apportées en Allemagne pour l'empereur Charles-Quint avec 
les relations des nouvelles découvertes. Elles contiennent les résultats des 
voyages de Solis, Cabot et Magellan, et sont de la plus grande importance 
pour l'histoire des contrées du Rio de la Plala, et au sud jusqu'à la Terre 
de Feu. 

La carte de 1527, qui contient les découvertes de Juan Diaz de Solis, 
porte au fond du bassin du Rio de la Plata l'île actuelle de Martin Garcia, 
mais sans nom. Le fleuve est désigné par le nom de Rio Jordam, et on le fait 
sortir hypothétiquement de l'intérieur comme prenant sa source dans de hautes 
montagnes boisées, La seconde carte de 1529 s'appuie sur les découvertes 
de Cabot et leur sert de document principal. A côté du Rio de la Plata, qui 
ne porte aucun nom, on a écrit sur le continent : Esta tierra descubriô 
Juan de Solis ano 1515 à 16; donde ahora esta Sebastian Gabotô en una 
fuerte que alli hizo; es tierra muy despuesta para dar pan y vino en 
mucho abundancia; el rio es muy grandissimo y de mucha pescaria. 
Green que hay oro y plata en la tierra en dentro. On suit le fleuve à 
l'intérieur, jusqu'au 22" de L. S. Il est tracé comme un large courant avec 
de nombreuses îles et reçoit des affluents nommés comme il suit. D'abord 
à droite le Rio Uruguay, qui vient du nord, ensuite la courbure du fleuve 
au nord et bientôt après sa courbure à gauche vers l'ouest avec le Rio 
Carcarana et à côté au nord le port construit par Cabot. Le principal cours 
porte ici le nom de Rio Paranâ. Plus au nord et à une grande distance le 
Rio Lepiti (aujourd'hui Vermejo), et plus loin la bifurcation du fleuve en 
Rio Paraguay à l'ouest et Rio Parana à l'est; mais ce dernier beaucoup 
plus large et sans nom. La direction du premier est tracée comme venant 
du nord-ouest, ce qui l'a fait prendre faussement pour le Rio Pilcomayo. 
Mais le nom écrit montre qu'il s'agit bien du Rio Paraguay, dans lequel 
Cabot remonta quelque temps; tandis qu'il n'a jamais atteint l'embouchure 
du Pilcomayo. La partie supérieure prolongée jusqu'au tropique doit être 
considérée comme un tracé hypothétique ,. car Cabot ne dépassa pas 
le rétrécissement encore appelé aujourd'hui La Agustura, sous 25" 36' de 
L. S. 



NOTES 6—9. 117 

6 (i). Navarettc a fait connaître le texte de l'instruction donnée à Solis 
par le roi {Colecc, etc. III, 13i). En voici les termes : de ir à las 
espaldas de la tierra, donde agora esté Pedro arias, mi capitan de 
Casiilla de Oro, y de alli adelante ir descubriendo por las dichas es- 
paldas etc.... mil e setecientas léguas mas si pudiendes, contando desde 
la raya e demarcacion que va por la punta de dicha Castilla de Oro. 
Castilla de Oro est l'isthme de Darien ou de Panama, et ir à las espal- 
das veut dire se rendre sur l'autre côté de l'isthme, ce que l'on ne 
pouvait faire qu'en découvrant le passage à l'ouest. 

7 (5). Navarette prend l'Isla de Plata pour l'île Sa-Catharina, qui a sou- 
vent changé de nom. La ligne de démarcation tracée par le pape touchait 
le cap Cananea. 

8 (6). Les anciens auteurs sont assez unanimes pour raconter, d'après le 
récit des hommes de l'équipage, que les Charmas coupèrent en morceaux 
les cadavres des tués, grillèrent les morceaux sur le feu et les mangèrent. 
Le reste do l'équipage du petit navire fit alors feu sur eux et vint ensuite 
rejoindre les deux autres navires. Azara et après lui les historiens modernes 
du pays contestent ces faits, parce qu'on n'a jamais parlé d'aucun autre 
cas de cannibalisme chez les Indiens du Rio de la Plata. Ils y voient une 
invention des fuyards pour justifier leur conduite et leur retour. (Vid. la 
Revista de Buenos- Ayres, tome VIII, page -493.) Azara cependant dans 
son voyage (tome II), aussi bien que dans son ouvrage posthume {Historia 
del Paraguay; Madrid, 1847, II, t. VIII) décrit les Charmas comme une 
nation très-sauvage et même comme la nation la plus sauvage des Indiens 
du Rio de la Plata; et leur lutte avec les colons espagnols, perpétuée jusque 
dans les temps modernes et terminée seulement avec leur anéantissement 
complet, semble justifier cette description. Quand même il serait faux qu'ils 
aient mangé les cadavres des premiers Espagnols tués, il est bien certain 
au moins qu'ils les ont maltraités. 

9 (6). Le nom de l'île Martin-Garcia n'est indiqué sur aucune des deux 
vieilles cartes signalées dans la note 5, bien qu'on voie au fond de l'es- 
tuaire de La Plata une grande île peinte en blanc et devant elle, plus à 
l'est, trois autres petites îles en rouge également sans nom. Nos cartes 
modernes portent à peu près sous 40" de Long. Ouest de l'île de Fer 
(60" de Paris) le petit groupe d'île de S. -Gabriel, et 16' plus à l'ouest l'île 
Martin-Garcia. Les îles rouges des anciennes cartes seraient donc le groupe 
de S. -Gabriel, la grande île bleue celle de Martin-Garcia. Il est possible que 
Solis ait remonté le fleuve encore plus loin que l'île bleue, car la carte 
de 1527, dessine encore la terre ferme au-dessus de l'île et trace assez 
exactement la partie supérieure du fleuve qui se rétrécit rapidement. On en 
peut conclure que Solis remonta encore au delà de l'île Martin-Garcia et 
pénétra dans l'embouchure du Rio Uruguay avant de se faire tuer sur le 
rivage. Le nom de Martin Garcia n'est pas celui du pilote de Solis, car il s'ap- 
pelait Francisco de Torres. Solis laissa l'île sans nom, et Ca])ot fit comme 
lui. Son nom actuel est d'origine plus récente. Les premiers écrivains à 



-H8 NOTES 10, 11. 

qui manquait la carte de 1527 n'ont pas connu exactement l'endroit où 
Solis fut tué. Pedro de Angelis, dans l'index de son édition de YHist. Arg. 
de Guzman dit, au mot Martin Garcia, que Solis a succombé à côté de cette 
île. Azara reporte cet endroit beaucoup plus à l'est, entre Moldonado et 
Montevideo, ce qui est sûrement inexact, quand même, comme il l'affirme, 
il existerait là un petit ruisseau qui porterait son nom. 



CHAPITRE II. 

10 (7). Nous avons parlé de ces cartes dans la note 5. Le nom de Rio de 
Solis, que l'on trouve chez quelques historiens, n'apparaît pas sur les deux 
cartes. Sur la plus ancienne de l'année 1527, le Rio de la Plata s'appelle 
RioJordam, et la terre voisine au nord, la Banda orientale actuelle, Tierra 
de Solis. Sur la plus jeune de 1529, le fleuve est sans nom à l'embou- 
chure, mais celui de Tierra de Solis est reproduit. Un historien de 
mérite, M. Luis Dominguez, a dans son Historia argentina, page 39, 
exprimé la présomption que le nom de Rio de Solis, employé par Herrera, 
se rapporte au Rio Uruguay, parce que Solis est mort à son embouchure. 
La carte de 1529 est en contradiction avec cette manière de voir, car elle 
donne le nom de Rio Uruguay au fleuve actuel de ce nom. Magellan, qui 
pénétra en 1520 dans le Rio de la Plata, s'en éloigna aussitôt qu'il eut 
reconnu que cet estuaire n'était qu'un fleuve et non pas un détroit. Cepen- 
dant il détermina exactement les limites de son embouchure et nomma les 
caps. (Voirie texte ajouté par Kohi aux deux cartes, p. 146-50.) 

11 (7). Sébastien Cabot, nommé Gaboto par les Espagnols, était né en 
Angleterre, comme le dit Woodbine Parish {Buenos- Ay res, from the con- 
quest, etc., London, 1852, in-8,p. 1), et non à Venise, comme Pedro de Angelis 
l'affirme dans son édition de V Historia argentina de Guzman. {Coleccion de 
documentos sobre la historia del Rio de la Plata; Buenos-Ayres, in-4, 
t. I), probablement à Bristol, quatre ans avant le retour de son père à 
Venise, par conséquent en 1472. Cette date est bien établie par les recher- 
ches de son dernier biographe M. J. F. Nicholls (Londres 1869, page 19). Il 
entra pour la première fois au service de l'Espagne en 1512; mais y resta 
seulement quatre ans (loc. cit., p. 90). Les années suivantes, il servait en 
Angleterre. Il fut rappelé en Espagne par Charles-Quint, sur les instances 
de son ami, le célèbre Pedro Martyr d'Anghiera, et reçut en 1518 le poste 
de piloto mayor. Il se passa plusieurs années avant qu'il pût partir. Herrera 
le laisse au service de l'Espagne sans interruption depuis 1512, et le fait 
accompagner Solis avec le titre du capitaine du roi (Dec. I, page 254). 11 
doit être dans l'erreur, car on ne sait rien de Cabot durant ces expéditions. 
Il relate ensuite exactement qu'il devint piloto mayor après Solis (Dec. II, 
page 10) et place ce fait en 1518, année où Cabot rentra au service de l'Es- 
pagne. Herrera décrit l'expédition de Cabot, Dec. III, page 259 et Dec. IV, 
page 39, 



NOTES 12, 13. iiÔ 

12 (9). Henvni a conservé (Dec. 111,269) les noms des meneurs. C'étaient 
des officiers assez élevés, et un d'entre eux était le commandant du navire 
La Trinité. Ils revinrent plus tard en Espagne et obtinrent grâce (Dec. 
IV, 40). 

13 (9). Une rivière existe encore là aujourd'hui avec le nom de S. Sal- 
vador et d'après la carte d'Azara, Plan. 4, se distingue par une large em- 
bouchure, en disproportion avec son peu d'importance. Sa position est à 
peu près sous 33'' 30' de L. S. La carte de 1529, sur laquelle le Rio 
Uruguay est tracé jusqu'à 30° de L. S., prouve bien que Cabot est remonté 
jusque-là, ou y lit faire des explorations. Cependant le Rio San Salvador 
manque sur cette carte, ainsi que l'embouchure beaucoup plus large du 
Rio Negro, d'où il faut conclure qu'on n'alla pas jusque-là, car cette der- 
nière rivière ne leur eût pas échappé. — Guzman, dans son Historia argen- 
tina, déjà plusieurs fois citée, donne au fleuve le nom de S. Juan. — 
Nous aurons souvent recours à cet ouvrage comme à une des principales 
sources de notre histoire; il est donc bon de donner une courte notice sur 
son auteur. Il était fils d'un certain Alonzo Riquelme de Guzman et de 
Ursala, lille du second gouverneur du Paraguay, Domingo Martinez Irak. II 
naquit en 1554, à l'Assomption, et reçut le nom de" Ruy Diaz. Son père 
était venu au Paraguay, avec le premier gouverneur Alvaro Nunez Cabeza 
de Vaca, en 1540, dont il était le neveu et fidèle partisan. Il y resta après 
que celui-ci eût été renversé par ses ennemis et renvoyé en Espagne. 11 
reçut de son beau-père Irala le commandement de la nouvelle province de 
La Guayra, à l'est du Rio Paranâ, et son fils y vécut à côté de lui et y fut 
employé dans plusieurs circonstances, par exemple à la fondation de Xerez. 
11 se permit de transporter dans sa nouvelle ville les habitants d'un ancien 
établissement, Ciudad Real. Des plaintes ayant été déposées contre lui au- 
près du gouvernement, celui-ci le rappela à l'Assomption pour se justifier. 
Dans l'état de division des partis et le peu de sécurité pour les personnes 
qui en résultait, le fils préféra s'éloigner du pays et se rendre dans un autre 
gouvernement à Chuquisaca, dans la Dolivie actuelle. En 1612, il écrivit de 
mémoire, d'après les récits de son père et de ses amis, YHistoria argentina 
et envoya le manuscrit en 1614 en Espagne, au duc de Médina Sidonia, 
protecteur de sa famille. 11 resta longtemps inédit et n'était connu que par 
des extraits, jusqu'à ce que Pedro de Angelis le fît imprimer à Buenos-Ayres 
en 1836, dans sa Colecciqn. Bien que la relation de Guzman, composée 
d'après des souvenirs, sans recours aux archives, soit nécessairement incom- 
plète et inexacte, et qu'en outre elle porte l'empreinte des idées de parti de 
sa famille et de ses amis, elle conserve cependant une grande valeur comme 
source uni(j[ue de nombreux faits et doit servir de guide en l'absence d'au- 
tres documents. Bien des assertions ont été corrigées par les historiens 
postérieurs, qui comme Azara se sont servis des archives. D'autres n'ont 
pu s'éclaircir; mais les erreurs ne peuvent jamais être bien importantes, 
car le champ des événements racontés est toujours restreint et la plupart 
du temps il s'agit de personnalités qui ne valaient guère mieu\ les unes 



120 NOTES 14—16. 

que les autres. — Azara reproduit comme Guzman le nom de la rivière où 
Cabot fonda son fort de S. Salvador. D'après lui ce fort était sur le Rio 
S. Juan, en face de Buenos-Ayres, et Woodbine le place au même endroit, 
sur l'autorité d'Azara. Mais alors le Rio Uruguay ne pourrait pas être des- 
siné, aussi loin au nord, sur la carte de 1529. R devrait même manquer 
entièrement, comme sur la carte de 1527, si Cabot n'a pas remonté son 
cours. D'un autre côté, il est assez admissible de placer le fort sur le Rio 
S. Juan ; car on ne comprend pas bien ce qui aurait pu déterminer Cabot, 
après l'exploration de l'Uruguay, à s'établir si loin de l'embouchure du Rio 
de la Plata. — Du reste, le fort S. Salvador, exista encore longtemps après 
Cabot et fut abandonné seulement en 1574, sous le gouvernement de Juan 
Ortiz de Zarate. 

14 (10). Comme l'embouchure du Rio de las Palmas est située assez exac- 
tement en face de celle du Rio S. Juan, ceci conduit encore à admettre que 
Cabot avait sa station sur cette rivière et y construisit son fort. S'il fût 
revenu sur ses pas à partir du Rio S. Salvador, il aurait rencontré l'em- 
bouchure plus large et plus profonde du bras principal, le Paranâ Guazu, et 
y eût probablement pénétré. 

15 (10). Le fort est indiqué sur la carte de 1529 au nord de l'embouchure 
du Rio Carcaranal, mais sans nom. La rivière, qui s'appelle encore aujourd'hui 
Rio Carcaranal, se forme par la réunion de deux petites rivières, le Rio 
TerceroTOt le Rio Quarto. Ce dernier n'a pas toujours assez d'eau dans la 
partie inférieure de son cours pour atteindre le Carcaranal. Celui-ci est le 
seul grand affluent que le Rio Paranâ reçoive de ce côté jusqu'à l'embouchure 
du Rio Salado, près de Sa. Fé. l\ est navigable pour les petits bateaux 
sur une étendue peu longue. (Voir mon Reisej II, 44, et Martin de Moussy, 
Confed. Arg., I, 152.) — Guzman fait avec raison dériver le nom d'un cacique 
indien. Il était déjà en usage du temps de Cabot, comme le prouve la carte 
de 1529. 

16 (10). Les historiens racontent de manières très-différentes l'histoire de 
la découverte des petits échantillons d'argent que Cabot envoya en Espagne 
avec son rapport un peu exagéré, et qui donnèrent lieu à la dénomination de 
Rio de la Plata, parce que ces échantillons étaient le premier argent qui 
arrivait en Europe des colonies espagnoles. Nous avons adopté la version 
d'Azara, parce qu'elle est la plus naturelle et explique le mieux la prompte 
arrivée en Espagne. Évidemment cet argent venait de la Bolivie, de la contrée 
actuelle du Potose, que les premiers immigrants nommèrent La Plata, et 
avait été apporté aux Timbos. Guzman raconte une longue histoire d'un Por- 
tugais, Alejo Garcia, qui l'avait porté au Paraguay et qui aurait été le pre- 
mier Européen venu dans le pays. Herrera, qui raconte l'accueil enthousiaste 
fait à Tolède par l'empereur (Décad. IV, 33) aux envoyés de Cabot, ne sait 
rien de ce Portugais. Les envoyés donnèrent plus tôt l'argent comme un 
produit du pays, et tâchèrent ainsi de déterminer l'empereur à l'envoi d'une 
expédition de secours. L'inscription sur la carte de 1529, citée plus haut 
(Jans la note 5, appuie aussi cette version. L'empereur promit les secours 



NOTES 17-22. 121 

ilans l'espoir il'iiiie riche récolte d'argent et fit engager les négociants de 
Séville, qui avaient été en partie les promoteurs de l'expédition de Cabot, à 
ronouvoler leurs subsides. Mais connue ils avaient déjà perdu 10,000 ducats 
ils s'y refusèrent. 

17 (M). M. Kohi, dans les explications des deux anciennes cartes publiées 
par lui et citées dans la note 5, a exprimé la supposition que la partie supé- 
rieure du fleuve, telle que la carte de 1529 la représente, est le Rio Pilco- 
mayo et non le Rio Paraguay, parce qu'il est dessiné venant du nord-ouest. 
Je ne puis pas me rallier à cette façon de voir, d'abord parce que le nom du 
Rio Paraguay est écrit sur la carte, ensuite parce que Cabot n'est pas allé 
jusqu'à l'embouchure du Rio Pilcomayo. S'il était allé jusque-là (25° 19' de 
L.S.)il n'aurait pu être de retour aussi promptement,car la partie au-dessus 
du rétrécissement, où il s'arrêta probablement (25° 33'), est beaucoup plus 
difficile à parcourir à cause des nombreuses îles et des bas-fonds du lleuve. 
La fausse direction du tracé ne signifie rien, car la direction du Rio Paranâ 
est encore plus inexacte, puisqu'à son embouchure on le fait venir de l'est. 
Aucun des anciens chroniqueurs ne fait aller Cabot jusqu'au Rio Pilcomayo. 
L'Angustura est sûrement le point extrême de son exploration, si même il 
ne rebroussa pas chemin encore plus tôt. Le Rio Vermejo s'appelle Ypitâ 
chez les Indiens du paj^s; les Espagnols en firent le Lepili. 

18 (12). Les deux prisonniers des Indiens étaient Juan de Justos et Hector 
de Acuna. Ils restèrent chez eux et furent souvent employés comme inter- 
prètes dans les expéditions ultérieures des Espagnols. 

19 (12). L'expédition de Diego Garcia fut équipée par des marchands de 
Séville avec le concours de la couronne. Le navire qui le portait partit 
d'après Azara avant Cabot le 15 janvier 1526; Herrera, probablement mieux 
renseigné, parle seulement du 15 août et par conséquent après le départ de 
Cabot (Décad. III, page 278). Son voyage se fit très-lentement. En jan- 
vier 1527 il atteignit la baie de Saint-Vincent sur la côte du Rrésil (24° de 
L. S.) et de là fit voile vers le Rio de La Plata, où il rencontra la station de 
Cabot et remonta le fleuve pour le rejoindre. Les détails du voyage ne sont 
pas mieux connus; ce qu'on en sait est dû à Herrera (Décad. III, 278, et sur- 
tout IV, 169). La version d'Azara se trouve dans son Voyage, t. II, p. 15 et 
suiv. et djins Hist. du Parag., H, 15 et seq. D'après un écrivain moderne 
(B. Mitre, Revista de Buenos- Ayr es, VI, 4-28), les récits publiés jusqu'ici ne 
sont pas admissibles ; mais on n'en a pas encore donné d'autres. 

20. (13) Herrera donne une relation détaillée de son retour (Décad. IV, 
p. 1G8) et cite tous les endroits où Cabot toucha, en s'étendant sur les pro- 
duits du pays. 

21 (13). J'ai pu utiliser, pour la vie de Cabot, la nouvelle biographie de 
Nicholls (Londres, 1859, in-8). Les Memoirs of Seb. Cabot, wlth a view of the 
historg of marlUme discoverg, London, 1831, in-8, ne m'ont pas été acces- 
sibles. D'après iNichoUs, l'année de sa mort est inconnue, mais son retour 
en Anglei(!rr(i (;ut lieu en 1531. 

22 (13). Cette histoire, que nous avons esquissée brièvement, parce que 



122 NOTES -23 — 25. 

cos ovéneinents accessoires ii'enlreiit pas dans notre plan, est relatée tout au 
long par Ruy Diaz Guzman, dans YHistoria argentina, et ornée de nom- 
breuses amplifications. 

23 (14). Les données du texte reposent surj.le récit circonstancié de Guzman 
dans YHistoria argentina. Il les reçut pendant son séjour à Chuquisaca d'un 
officier, Gonzalo Suarez Garçon, qui était stationné dans la contrée de 
Tucuman et qui avait connu personnellement César à l'armée de Pizarre. 
Les détails paraissent un peu romanesques, aussi nous ne les avons pas 
reproduits. Nous dirons seulement, pour justifier notre jugement, que César 
prétendait avoir vu l'Océan des deux côtés (ouest et est) du sommet des 
Cordillères. L'océan Pacifique ne se voit que rarement de la crête des Cor- 
dillères, comme je l'ai constaté dans mon voyage de Catamarca à Copiapo. 
Mon compagnon, qui avait fait souvent le trajet, m'annonça que je verrais 
l'océan Pacifique d'un certain endroit. Lorsque nous y fûmes arrivés, on ne 
distinguait rien qui ressemblât à l'Océan. Il affirma cependant l'avoir vu 
lui-même (voir mon Voyage, t. II, p. 271). Il est possible que César ait vu 
réellement l'océan Pacifique ; mais la mer Orientale ne pouvait être que le 
lac de Titicaca , ou simplement un mirage , phénomène fréquent dans ces 
parages. 

24 (14.). La situation de Pizarre au Pérou demeura très-incertaine jusqu'à 
l'année 1532, où il s'empara de l'Inca à Catamarca le 16 novembre, et il la 
consolida encore mieux les années suivantes. Il n'est donc pas probable que 
César ait entendu parler de Pizarre pendant son voyage ; ou bien ce qu'il 
en aurait appris n'eut rien de bien attrayant, car il préféra retourner auprès 
de Cabot. Les grands succès de Pizarre commencent seulement avec la prise 
de Cuzco, le 15 novembre 1533, et César put apprendre cet événement en 
Bolivie, lorsqu'il revint pour la seconde fois. On n'en eut connaissance en 
Europe, ainsi que des grands trésors conquis, qu'en janvier 1534 par le 
frère de Pizarre, qui apportait à la couronne sa part (le cinquième); si 
César se rendit réellement auprès de Pizarre, ce ne put être avant la con- 
quête de Cuzco, ainsi vers la fin de 1534 ou au commencement de 1535. 

CHAPITRE m. 

25 (16). La relation d'Ullrich Schmidt parut en 1567 àFrancfort-sur-le-Mein, 
comme seconde partie d'un recueil d'ouvrages sous le titre : 

Ander theil dieses Weltbuchs, gedruckt von Martin Zechler, in 
Verlung S iegismund' s Feierabend und Simon Huters. 
11 fut imprimé une seconde fois en format in-8 en 1599 et non en 1559, 
comme Woodbine Parish le dit (p. 3) et traduit simultanément en latin par 
Levin Hülsen (Nuremberg, 1598, in-12) sous le titre : 

Vera historia cujusdamnavigationis, quam Hulder icus Schmidel 
Straub ingensis, in Américain juxta Brasiliam et Rio delld Plata 
comfecit. 
Ici paraît pour la première fois la falsification du nom de l'auteur en 



NOTES 20 — 28. 123 

Selmiitlel au lieu de Schmidt, bien qiui le traducteur l'interprète par faher. 
Cette erreur passa ensuite dans les traductions espagnoles qui furent faites 
d'après l'édition latine. Cependant l'autre traduction par Gotard Alpus dans 
de Bry's Collection, t. VII, donne le nom exact de Faber. Les écrivains *[io- 
dernes, comme Azara etFunes, de Schmidel ont fait Schmidels et rpndu com- 
plètement méconnaissable le nom allemand si répandu de Schmidt. La 
traduction espagnole parut en 1731, d'après celle contenue dans la Col- 
lection des voyages de de Bry et fut imprimée par Barcia dans ses 
Historiadores primitivos de las Indias Occidentales, t. III, d'où elle est 
passée dans la Coleccion, etc., t. III, Buenos-Ayres, 1836, in-4, de P. An- 
gelis. 11 existe plusieurs exemplaires de l'original allemand ici à Buenos- 
Ayres ; je m'en suis servi d'après une copie faite par moi-même. — Schmidt 
alla d'aboril à Anvers oîi le navire équipé par les marchands d'Augsbourg 
était en chargement ; de là on se rendit à Cadix en quatorze jours, lieu de 
rassemblement des membres de l'expédition. Il affirme lui-même n'être sorti 
de S. Lucar que le l*"" septembre, tandis que Guzman donne le 24 août 
comme jour du départ de Séville de l'Adelantado. 

26(17). Les possessions et colonies allemandes dans l'Amérique du Sud 
sont souvent mentionnées par les écrivains de la première époque. Herrera 
en parle, mais toujours d'une manière peu exacte. Elles paraissent avoir été 
une épine dans l'œil des Espagnols. Il ne cite pas la famille des Fuggers 
que les Espagnols nomment Fucares. Mais il parle souvent de celle des 
Weiser, qu'il appelle Belsares, suivant la prononciation des gens du peuple, 
qui encore aujourd'hui fojit permuter b et v entre eux. Cette permutation 
est devenue générale dans beaucoup de mots, par exemple abogado,abuelo. 
(Dec. III, 208; IV, 70 et 101, 118; VIII, 45). Les passages cités, particu- 
lièrement IV, 101, racontent que les Weiser fondèrent en 1528 la première 
colonie allemande sous la protection de l'empereur Charles-Quint. Cette 
colonie était au Venezuela, possédait une étendue de côtes de 150 lieues et 
elle fut organisée par Ambrosius Alfinger. La colonie des Fugger était dans 
la même contrée, et il est possible que l'établissement des Weiser ait passé 
plus tard dans les mains des Fugger. Ces derniers prirent part aux voyages 
de découvertes et stimulèrent la couronne d'Espagne à faire mesurer les 
côtes encore inconnues de l'Amérique du Sud (voir Navarrete, Documentos 
ineditos, etc., t. XV, page 104, Madrid, 1849, in-8, et J.-G Kohi, dans le 
texte ajouté aux deux cartes souvent citées, p. 37 et 46, et la note écrite sur 
la carte de 1529 sous Castilla de Oro). 

27 (18). L'aventure de Palma est racontée par Schmidt; Guzman n'en parle 
pas. Nous l'avons reproduite pour servir à caractériser la situation du mo- 
ment, bien qu'elle n'ait aucun rapport avec l'histoire de la colonisation du 
territoire de La Plata. 

28 (18). L'île Fernando-Norunha est visible de loin, à cause de sa hauteur 
et de sa forme particulière. Le 11 août 1861 j'ai eu occasion de la consi- 
dérer longt(Mnps. C'(;st une puissante masse de trachyte en forme de dôme, 
avec une tour isolée à côté, séparée du massif principal par une large cou- 



dU NOTES 29 — 33. 

pure. Elle fut visitée par Vespucci à son quatrième voyage et il y séjourna 
quelque temps avec son navire. Les Brésiliens en ont fait aujourd'hui une 
colonie pénitentiaire. (Voir les indications les plus récentes sur cette île dans 
le journal anglais Nature t. XI, page 388, n" 229). 

29 (19). Le poisson appelé Schaubîmt par Schmidt est VEcheneis nau- 
crates, et le nom une faute d'impression au lieu de Scheibhut, à cause des 
ventouses qu'il porte sur la tête. Les matelots connaissent ce poisson qui 
s'attache volontiers aux navires et racontent qu'il peut arrêter un navire 
sous voiles; d'où son nom habituel : Schiffshalter (arrête-navire). Il a plu- 
sieurs pieds de long. 

30(19). Guzman prétend dans son Historia argentina que Osorio s'était 
publiquement exprimé sur la direction malhabile de l'Adelantado et avait 
dit en forme de menace que les choses prendraient un autre tour au Rio de 
La Plata. Mais Schmidt ignore tout cela et raconte brièvement l'aventure en 
l'attribuant clairement à des calomnies. 

31 (20). Guzman remarque avec raison que Mendoza choisit le côté sud du 
Rio de La Plata pour son établissement, afin que ses gens ne pussent pas lui 
échapper et se rendre à pied au Brésil beaucoup plus fertile, et en même 
temps parce que de ce côté du fleuve on pouvait s'ouvrir une roule au Pérou 
sans avoir à le traverser. 

32 (21). Tel est le nom du juge dans l'édition originale de Schmidt. Le 
traducteur et Guzman le nomment Ruiz Galan. J'ai conservé le nom de 
Schmidt, parce qu'Azara l'a aussi adopté, comme venant d'une source plus 
authentique. 

33 (22). D'après Guzman, le combat eut lieu seulement le second jour de 
l'expédition. Le premier on rencontra les Indiens occupés à pêcher dans un 
lac, on les attaqua, on en tua environ trente et l'on en fit plusieurs prisonniers, 
parmi lesquels le fils du cacique. Don Diego l'envoya le lendemain à son 
père et lui fit dire qu'on n'était pas venu dans un but hostile et qu'on dési- 
rait plutôt entretenir des relations amicales avec eux. Ce langage peut nous 
paraître assez extraordinaire, puisqu'on avait massacré trente homme la 
veille. Mais les Indiens se retirèrent et se rangèrent bien armés derrière le 
bas-fond marécageux de la petite rivière qui sort de la lagune. Don Diego 
voulait les attaquer sur-le-champ, mais les officiers l'engagèrent à attendre 
que les Indiens ouvrent l'attaque. Le frère de l'Adelantado ne voulut rien 
écouter; il traversa le fleuve et les Indiens commencèrent le combat lorsque 
la moitié des hommes eurent passé. Le combat devint bientôt sérieux : le 
sol glissant ne permettait pas aux Espagnols, lourdement équipés, de se mou- 
voir librement, et les chevaux des cavaliers s'enfonçaient dans la terre molle. 
Les Indiens employaient leurs frondes contre ces cavaliers (bolas, elles sont 
encore en usage aujourd'hui chez les. Gauchos, soit avec des balles au bout, 
soit avec un lacet, lazo). Bartoloméus Bracamonte fut le premier qui tomba; 
il fut bientôt suivi de Parafân Rivero et de l'enseigne Marmolejô qui accou- 
rait au secours de celui-ci. Enfin Juan Manrique s'élança sur l'ennemi avec 
l'escadron serré des cavaliers ; mais 'il fut enlacé, jeté à terre et décapité 



NOTE 33. 1-25 

sur-le-champ avant l'arrivée de D. Diego. Celui-ci perça de sa lance l'Indien 
qui portait lu tète; mais il reçut aussitôt dans la poitrine un violent coup 
de bola perdida (pierre grosse comme le poing fixée à un bâton court que 
l'on gardait dans la main en lançant la pierre) et tomba inanimé. Pedro 
Rumirez de Guzman qui arrivait lui tendit la main pour le relever, mais ils 
furent jetés à terre tous deux et égorgés. Les Espagnols commencèrent à 
battre en retraite et Jorge Lujan avec Sancho del Campo formèrent l'ar- 
rière-garde. Mais les Indiens les attaquèrent avec d'autant plus d'ardeur, 
surtout pendant le passage de la rivière, où les Espagnols ne pouvaient plus 
faire usage de leurs armes à feu. Jorge Lujan et un autre cavalier descen- 
dirent de cheval parce que les animaux s'enfonçaient trop dans la vase et 
ne pouvaient plus s'en tirer. Ils essayèrent avec quelques soldats courageux 
de repousser les Indiens, mais ils tombèrent aussi à terre après avoir reçu 
plusieurs blessures et furent égorgés. On y vit un châtiment de Dieu; car 
c'était à ces deux hommes que l'on attribuait la part principale dans la 
mort d'dsorio. Sancho del Campo et Francisco Ruiz Galan rassemblèrent les 
restes dispersés de leurs hommes de l'autre côté de la rivière, que les 
Indiens n'osèrent pas traverser. Il restait 140 hommes à pied et 15 cava- 
liers. Les autres étaient tués ou blessés si grièvement que GO moururent 
pendant la retraite. 5 cavaliers seulement et 80 soldats rentrèrent au camp. 
Tel est le récit de Guzman, sans doute un peu exagéré ainsi qu'Azara l'af- 
firme (II, 30) ; mais d'un autre côté le petit nombre de 20 hommes donné 
par Schmidt est trop faible après un pareil combat. — Il est singulier que 
ni Schmidt, ni Guzman, n'ont indiqué exactement le lieu du combat, ni 
donné la direction dans laquelle eut lieu l'expédition. Schmidt dit simplement 
que Pavon est à quatre lieues de marche. Mais il n'existe à quatre lieues 
de Bueno"s-Ayres, dans aucune direction, aucune grande lagune où l'on 
puisse pêcher. Il faudrait donc admettre une plus grande distance. Peut-être 
la marche du premier jour fut-elle de quatre lieues et suivie d'un second 
jour de marche. Azaradit formellement que le théâtre du combat était dans 
le voisinage de la petite ville de Pilar sur le Rio Lujan, à onze lieues de 
Ruenos-Ayres, et que les Espagnols y construisirent un fort, dont les restes 
existaient encore de son temps. Avec ceci s'accorderait bien le fait que la 
rivière aurait été appelée du nom de Jorge Lujan, tombé sur sa rive et dont 
on retrouva plus tard le cadavre avec son fidèle cheval près de lui et encore 
vivant. Mais il n'existe aucune grande lagune près de Pilar et l'on n'y trouve 
qu'une rivière assez insignifiante, qui cependant est encore un des plus 
grands affluents du Rio de La Plata dans cette région. Ses rives sont maré- 
cageuses sur une large étendue de l'autre côté de Pilar. Mon jeune ami, 
Francisco Moreno, a fait dans le Bolet'm d. l. Acad. d. Cienc. Exact. I, 
page 130, une intéressante connnunication sur les armes et les ustensiles 
des (juerandis, d'ai)rès les antiquités de cette époque trouvées dîuis la pro- 
vince. Il m'a fait voir la bola perdida décrite à la page 141 ; elle est très- 
bien travaillée en forme d'octaèdre. Nous conservons dans le Museo publica 
de nombreuses pierres de fronde qui datent de ce temps. 



m NOTES 31-37. 

34 (22). L'affirmation formelle de Schmidt, que le village des Indiens fut 
occupé et a été conservé depuis par les Espagnols, ne laisse place à aucun 
doute, bien que Guzman n'en dise rien. Le butin fait dans le village et dont 
parle Schmidt a donné lieu à une erreur sur la nationalité des Querandis. 
Un écrivain, M. Manuel Trelles, trompé par la traduction espagnole des mots 
de Schmidt, Fischmehl et Fischschmalz en harina y manteca de peces, a 
conclu que les Indiens étaient agriculteurs et cultivaient le maïs puisqu'ils 
avaient de la farine {harina), Revista deBuenos-Ayres,me7norias y noticias, 
page 10. Il en déduit que les Querandis n'ayant jamais eu de farine, le 
combat n'eut pas lieu avec eux, mais avec une peuplade Guarani située plus 
au nord, chez qui on cultivait le maïs. Schmidt ne parle pas de farine de 
grain, mais de farine de poisson, c'est-à-dire de poisson desséché et broyé. 
Les Querandis préparaient cette farine, ainsi que le prouvent les grands 
mortiers de pierre que l'on a retrouvés sur beaucoup d'anciens campements 
(paraderos) et qui sont encore en usage chez les Indiens des parties éloignées 
au sud de la province. — Les cerfs dont Schmidt parle sont le CeriMs cam- 
pestris; la Martre, probablement \eGalictis vittata, et les Loutres, ]eMyopo- 
tamus Coypus que les Espagnols prirent pour la Loutre commune et qui est 
connu dans le pays sous le nom de Nutria. 

35 (22). Cette assertion de Schmidt semble conduire à la conclusion que le 
village des Indiens n'était pas à l'endroit où le combat eut lieu, mais près 
de Buenos-Ayres. 11 était difficile, en eftet, de faire en un jour dix lieues à 
l'aller et dix lieues au retour, et encore trouver le temps de pécher. Je pré- 
sume que la bataille fut livrée loin derrière l'emplacement occupé, et que 
Schmidt, qui n'en raconte pas les détails, resta avec d'autres dans le village 
des Indiens comme garnison et n'eut rien à raconter du combat parce qu'il 
n'y avait pas assisté. Alors le chiffre de 20 morts dont il parle pourrait se 
rapporter à la prise du village à laquelle seulement il prit part. 

36 (23). On a trouvé plusieurs fois sur les îles situées entre les bras du 
Paranâ des antiquités indiennes antérieures à la conquête , notamment de 
grandes urnes d'argile cuite contenant des squelettes. On a fait des trou- 
vailles semblables à Santiago del Estero et àTucuman. Elles appartiennent 
aux Guaranis qui peuplèrent ces îles en venant du nord et après avoir sim- 
plement occupé la rive occidentale du Rio Paranâ, s'étendirent plus tard sur 
les deux côtés. J'ai décrit une de ces urnes dans les Compt. rend, du con- 
grès intern, anthrop. de Bruxelles, page 342, et dans la Zeitschrift für 
Ethnologie IV, Sitzungsbericht, 196. 

37 (24). Schmidt nomme le chef de l'expédition qu'il suivait George 
Lauchstein (Jorge Lujan), et Guzman cite seulement les autres sous Juan de 
Ayolas, ou plutôt Oyolas, comme il écrit toujours, tandis que Herrera et 
Azara écrivent Ayolas. Le nom de Lujan ne reparaît plus et Schmidt peut 
s'être trompé. Lujan avait été tué à la bataille avec les Indiens, dont Schmidt 
ne connaît pas les détails. Azara distingue deux Lujan et nomme l'un Diego, 
l'autre Jorge. Il fait mourir Diego dans la bataille et fait assister Jorge à la 
seconde des expéditions d'Ayolas dans les îles de l'embouchure du Paranâ, 



Notes 38--i-i \ûi 

expédition dont Schmidt faisait partie. Mais aucun autre écrivain n'a dis- 
lin<,nié ces deux individus, et comme aucun Lujan ne reparaît plus, ni cliez 
Scinnidt, ni chez Guzman, ni chez Azara, il doit être plus exact de placer sa 
mort à la première bataille avec les Indiens. — Azara ajoute qu'Ayolas, qui 
remonla le cours principal du Paranâ, revint beaucoup plus lard après l'at- 
laque des Indiens sur le fort. Reçu amicalement par les Tindjos, il décida 
TAdelantado à se rendre chez eux. Nous ne savons pas ce que devint Jorge 
Lujan, car il ne reparaît plus nulle part. 

38(25). Le nom de Guarani pour ces peuplades a été introduit plus tard et 
ne se trouve pas chez Schmidt, qui nomme Thimbues tous les Indiens de la 
contrée. On l'appliqua aussi plus tard aux habitants du Paraguay qui appar- 
tenaient à la même famille, mais se donnaient le nom de Carios. Il semble 
avoir pour origine une corruption de leur nom par les Espagnols. Azara 
affirme, tome I, page 179, que le nom de Guarani fut primitivement donné 
au reste des premiers Carios battus par Ayolas qui vinrent alors en contact 
avec les Espagnols et est dérivé d'un mot indien qui signifie bataille. 

39 (!26). Schmidt appelle toujours une île l'endroit où le fort fut fondé. Il 
n'était donc pas placé sur la hauteur du rivage, mais au nord, sur la rive 
plate, au-dessus de l'embouchure du Carcarafial, qui est séparée de la terre 
ferme élevée par un bras étroit du Paranâ. Avec ceci s'accorde très-bien 
l'assertion d'Azara que le nouveau fort était à cinq lieues au sud de Co- 
runda, c'est-à-dire à peu près à mi-chemin entre l'embouchure du Carca- 
rafial et Corunda. 

40(27). Herrera a fait connaître l'instruction secrète que Mendoza donna à 
Ayolas (Décad. VI, lib. III, cap. xvii). On y voit que l'or du Pérou avait été le 
but principal auquel Mendoza tendait. Il prescrivait à Ayolas d'exiger d'Al- 
magro 150000 ou au moins 100 000 ducats pour lui avoir ouvert la route du 
Pérou en Espagne et promettait à Ayolas pour sa part le dixième de la 
somme reçue. 

CHAPITRE IV. 

41 (29). La relation du voyage d'Ayolas en amont du fleuve est défigurée 
chez Schmidt par les nombreuses erreurs de noms des populations indiennes, 
aussi avons-nous préféré suivre Azara dans son Hlstor. del Paraguay, t. II. 
Cependant cet écrivain lui-même, si plein d'assurance, peut bien s'être 
trompé quelquefois. Ainsi, il affirme que les Abipones n'avaient pas de 
canots et ne pouvaient pas attaquer les Espagnols sur le fleuve. Mais l'as- 
sertion formelle de Schmidt mérite plus de confiance que l'observation 
d'Azara faite 250 aiis plus tard, puisque lui'-même dit qu'à son époque 
toutes ces peuplades avaient été complètement assimilées par les Espagnols 
(II, 37). 

42 (30). La traduction latine fait dire à Schmidt que cette boisson était de 
la bière d'amandes et traduit par cwßü/si« (en Espagnol cerveza). Il n'en est 
pas ainsi. Schmidt ne donne de noms que pour les aliments secs et ne nomme 



128 NOTES i3 — /i5. 

aucune boisson; mais dit simplement que « les Carios ont du miel dont ils 
font du vin (hydromel) », et fait allusion à la moelle sucrée des siliques de 
l'Algarroba dont le goût se rapproche un peu du miel. Les aliments ([u'il 
nomme sont : le Maïs, le Mandeochade (Mandioca), Padades (bâtâtes), Man- 
deochpargi et Mandepoere, substances évidemment composées de Mandioca, 
Manduri (le fruit d' Avachis hypogea appelé encore aujourd'hui Mandi) ; en 
outre comme animaux domestiques le sanglier (Dicotyle labiata), l'autruche 
{Rhea americana), des volailles (Crypturus) et des oies (Anas moschata). 

■43 (31). Schmidt place la conquête de Lambaré en 1539, ce qui ne peut être 
qu'un lapsus de mémoire. D'après Guzman, Ayolas fonde encore le 12 fé- 
vrier 1537 un second établissement, nommé El Puerto de Candelaria, mais 
beaucoup plus loin au nord (21 "5), à la place où Ayolas quitta le fleuve et 
descendit à terre. 

-44 (33). Je place ici' la relation de l'issue malheureuse de l'expédition 
d'Ayolas. Elle ne se rattache à l'histoire de la colonisation de Paraguay que 
par la mort d'Ayolas, qui amena à la tête de la colonie Dom. Mart. Irala,cet 
homme actif, le véritable organisateur de la colonie. 

Ayolas, dans son voyage, arriva d'abord chez une nation nommée Payaguas 
et y prit des guides pour continuer sa marche. Ceux-ci le conduisirent chez 
une autre nation amie, les Naperus, d'où il poursuivit sa marche jusque chez 
les Samacosis qui habitaient l'intérieur de la Bolivie, c'est-à-dire la province 
de Chiquito près de Sa. Cruz de la Sierra. Ici il acquit la certitude que 
l'épuisement de ses hommes ne lui permettrait pas d'aller plus loin. Les 
munitions commençaient à devenir très-rares et menaçaient de priver les 
Espagnols de leurs moyens de défense. Ayolas voulut rebrousser chemin. Il 
revint d'abord chez les Naperus où il s'arrêta trois jours pour prendre du 
repos. Ces Indiens ayant remarqué que les Espagnols n'avaient plus de mu- 
nitions, formèrent le projet de leur destruction. Ils s'entendirent avec les 
Payaguas, dont les Espagnols devaient traverser le territoire. Les hommes 
les plus hardis des deux nations s'embusquèrent dans un endroit couvert de 
broussailles pour y massacrer les Espagnols. Ils tombèrent d'abord sur les 
traînards et les tuèrent tous les uns après les autres; aucun Européen 
n'échappa à la mort. Tel fut le récit d'un Cario baptisé, attaché au service 
personnel d'Ayolas et que les Payaguas ne tuèrent pas parce qu'il parlait 
leur langue. Il leur échappa plus tard et rapporta ces nouvelles à la station 
du Puerto de Candalaria. Les écrivains contemporains lui donnent le nom 
de Gonzalo, par exemple dans Cabeza de Vaca, Commentar., etc.. cap. iv et 
dans les Décad. II, lib. VII, cap. v et cvii de Herrera. Deux Payaguas que 
l'on saisit plus tard, nièrent d'abord le fait, mais mis à la question ils firent 
des aveux et on les brûla vifs. Guzman, dans son Histor: argent., I, cap. XIII 
et XVIII raconte sur l'expédition d'Ayolas beaucoup d'autres détails auxquels 
nous renvoyons le lecteur, et nous ajouterons seulement qu'en outre d'Ayolas 
il périt encore plusieurs officiers parmi lesquels Carlos Dubrin, Juan Ponce 
de Leon et Perez de Zepeda. 

45 (34). Il est singulier que Schmidt, qui était avec Irak, ne raconte rien 



NOTES 46 — \8. 129 

de cet intermède, mais passe sous silence tout l'espace de temps jusqu'à 
Téleclion d'Irala comme capitaine général. 

ÏG (35). Nous n'avons pas raconté l'histoire de la destruction du fort de 
Corpus christi tout à fait comme Azara la rapporte (Hist. de Parag., II, 44), 
c'est-a-dire pendant le retour de Galan. Schmidt était présent et ne sait rien 
du voyage de Galan à l'Assomption, tout en citant parmi les hommes qui 
eurent part dans cette catastrophe les prénoms de Galan : Franz Ruiz. Il 
place cet événement un peu plus tard, à l'époque où Irala nommé en Espa- 
gne capitaine général se rendit à Buenos-Ayres pour s'y faire reconnaître. 
Azara passe encore sous silence ce voyage. Il est assez indifférent d'adopter 
l'une ou l'autre version. En tout cas le fait prouve que la tendance des chefs 
espagnols à user de violences était très-générale et que leurs relations ami- 
cales avec les indigènes ne pouvaient durer longtemps. 

47 (35). Nous n'avons pas conservé les détails dans notre texte, parce 
qu'ils ne rentrent pas dans notre cadre. Le cacique transfuge Lyemi demanda 
à Mendoza ([uelques hommes sûrs et bien armés pour faire venir sans obsta- 
cles de son village sa famille et ce qui lui appartenait. Don Antonio lui 
donna 50 hommes sous la conduite de Alonzo Suarez de Figueroa, et Lyemi 
partit avec eux. Lorsqu'ils arrivèrent au village, ils furent bien reçus et les 
Espagnols se débarrassèrent de leurs armes. Les Indiens les enlevèrent 
rapidement, tombèrent sur leurs hôtes, qui mangeaient tranquillement, et 
les tuèrent tous à l'exception d'un jeune homme, du nom de Calderon, qui 
s'échappa et apporta la nouvelle au fort. Les Indiens étaient sur ses talons 
armés des épées et des lances des Espagnols. Ils bloquèrent le fort et 
tuèrent Mendoza, qui voulut faireune sortie. Mais an bout de quatorze jours, 
les Indiens fatigués et désespérant de s'emparer du fort se retirèrent, aban- 
donnant le reste des Espagnols à leur sort. Ceci se passait le jour de la fête 
S. Blas (3 février 1588) que les Espagnols considérèrent comme leur sau- 
veur, en lui attribuant la retraite des Indiens. Schmidt, qu'Irala avait 
laissé dans le fort, était avec ceux qui descendirent en bateau à Buenos- 
Ayres, où leur arrivée dans des circonstances aussi tristes et la disette crois- 
sante que la venue de tant de gens affamés allait bientôt amener excitèrent 
d'abord de grandes inquiétudes. 

48 (36). Azara donne {Hist. d. Parag., II, 45) des détails très-circonstan- 
ciés sur l'expédition de Cabrera. Il y avait d'abord quatre navires, dont il 
donne les noms, ainsi que ceux des commandants : deux avaient été équipés 
par des marchands de Séville. Lorsqu'ils arrivèrent à Sa Catharina et aj)pri- 
rentia mort d'AyoIas et les autres mauvgiises nouvelles, les navires mar- 
chands firent voile pour le Pérou, par le détroit de Magellan, ce à quoi ils 
avaient été autorisés par le roi. Les deux autres navires se rendirent au 
Rio de la Plata, conduits par un navire (ju'Irala leur avait envoyé sous le 
connnandement de Gonzalo de Mendoza. Schmidt y était avec 5 soldats espa- 
gnols. On arriva sans difliculté à Sa Calharina, mais au retour le navire sur 
lequel Schmidt se trouvait se perdit par la témérité du capitaine. Schmidt 
et quelques autres purent se sauver sur le grand radeau, mais pfesque 

IIEP. ARC. — I. 9 



430 NOTES 50 — 53. 

tout, l'üquipage fut englouti. Ceci se passait le 1°' novembre 1538. — Peu 
de temps après arriva à Buenos-Ayres un navire italien, qui avait manqué 
le détroit de Magellan et venait se réfugier là. Son équipage accrut le per- 
sonnel de la colonie (Herrera, Décad. VI, 76 et 151). Guzman fait arriver 
Cabrera beaucoup plutôt, à l'époque où Irak était encore à l'Assomption. 
Nous avons préféré la version de Schmidt, qui en sa qualité de membre de 
l'expédition est plus digne de foi. Azara le suit aussi dans les choses prin- 
cipales, mais il prétend (II, -46) que l'attaque du fort de Corpus Christi ou 
Buena Esperanza eut lieu avant l'arrivée d'Irala et que Galan y envoya des 
secours de Buenos-Ayres. Il fait partir Schmidt avec Galan, longtemps avant 
Irala, et nie complètement le voyage d'Irala à Buenos-Ayres, assertion en 
contradiction avec les paroles mêmes de Schmidt, qui ne mentionne jamais 
d'autre chef qu'Irala. Le grand navire Maranona, sur lequel Alonzo de 
Cabrera était venu d'Espagne, repartit bientôt pour aller porter au gouver- 
nement des nouvelles de la colonie, commission dont avaient été chargés 
Philipp de Caceres et Franz de Alvarado. 

50 (37). Azara donne les noms de ces premiers prêtres venus au Rio 
Paraguay. Il y avait deux franciscains : Bern. Armeuta, originaire de Cor- 
doue et Alonzo Lebro des îles Canaries, en outre un moine mendiant, Juan 
Salazar, enfin un hieronymite. Il contredit le Père Lozana, dont l'histoire 
de la colonisation imprimée récemment ici à Buenos-Ayres (1874, in-8) et 
consultée manuscrite par lui, nomme six franciscains et deux hieronymites. 
Azara se réfère à un acte de 1510 vu par lui (II, 46). 

51 (39). Nous ne connaissons ce grand complot des Indiens que par la 
relation de Guzman, dans son Hist. argentina. Schmidt qui était là à 
l'époque où elle devait éclater n'en dit pas un mot. Il serait donc possible 
que le récit de Guzman fût un peu exagéré. 

52 (40). Azara avait pu voir le testament d'Irala parmi les actes du Cabildo 
à l'Assomption. Le gouverneur y reconnaissait 9 enfants, 3 garçons et 

6 filles, qui lui étaient nés de plusieurs femmes indiennes. On cite 

7 sœurs, dont il fit ses concubines les unes après les autres {Hist. d» Parag., 
II, 156). Il n'avait été marié avec aucune d'elles, mais 5 de ses filles (une 
mourut jeune) épousèrent des officiers supérieurs de la colonie. Le vieil 
Espagnol Azara regarde avec un certain dédain cette famille et nomme la 
mère de Guzman : « Una de las muchas mestizas, que de Indias tuvo 
T> Dom. M. de Irala. » {Ibid., I, 6.) 

CHAPITRE V. 

53 (43). Nous citerons les noms des cavaliers nommés par Guzman, pour 
montrer la grande ardeur de l'aristocratie pauvre à se jeter même dans ces 
entreprises entièrement désespérées. On trouve dans VHist. arg., lib. II, 
cap. I, la liste de personnes qui suit : 

Un neveu de l'Adelantado, Pedro de Estopinan, qu'on appelait ordinaire- 
ment Pedro de Vaca; son nom ne reparaît plus, tout au contraire de celui 



NOTES 54—56. 131 

d'un cousin de l'Adelantado, Alonzo Riquelme de Guzman, père de l'histo- 
rien souvent mentionné. — Alonzo de Fuente, un des vingt-quatre de Xeres; 
Antonio de Navarrete, Martin de Villavicencio et Francisco Peralta. De 
Séville étaient : Ruy Diaz Melgarejo et son frère Francisco de Vergara, 
Martin Suarez do Toledo, Hernando de Saavedra, fils d'un des premiers 
personnages de la ville, Pedro de Esquivel et Luis Cabrera. De Cordoue : 
Alonzo de Valenzuelo,Lope de los Rios, Pedro de Peralta, Alonzo de Angulo 
et Luis de Rivera. De Madrid : le capitaine Camergo, Juan Delgado, le 
capitaine Augustin de Canipos de Almodovono et Jaime Resquin de Valence. 
De Truxillo : Nuflo de Cliaves, qui plus tard joua un rôle important, Luis 
Perez de IJargas et Herrera. De S. Lucar : Francisco de Espinola, fils du 
commandant du château. De la Biscaye et du Guipuzcoa : Martin de Vive 
Ochoa é Izdguirré, Miguez de Urutia y Estigariaya. Juan de Badajoze avait 
suivi l'expédition à titre d'alcado mayor et son lieutenant Francisco Lopez 
surnommé El Indio était originaire de Cadix. Il y avait encore d'autres gen- 
tilshommes, mais moins comms. 

5i (45). L'ancienne indication qui donne 24° 30' de L. S. est erronée. 
L'embouchure du Rio Itapucù, d'où l'expédition partit, se trouve vers le 
26° 30' de L. S. et la rivière se dirige de l'ouest à l'est. Alvaro Nufiez dut 
donc franchir la chaîne littorale sous le 26° 30', et comme le Rio Iguazu ou 
Curiliba coule assez exactement de l'est à l'ouest sous le 25° 30' — 40', il 
ne peut pas l'avoir rencontré sous le 26° 30', mais sous le 25° 30', car son 
embouchure dans le Paranâ se trouve à peu près sous le 25° 40' de L. S. 

55 (45). Les Indiens du Brésil mangent encore aujourd'hui de grandes 
larves ou plutôt des chenilles de papillon. Elles vivent à l'intérieur des 
roseaux et s'ouvrent une sortie à l'époque de la transformation en chrysa- 
lide. L'espèce n'est pas rare dans les contrées ou j'ai voyagé, surtout à 
Neu-Friburg. Elle appartient au groupe des Cossides et est figurée par 
Hübner dans sa collection d'Exot schmett, tom. 1, sous le nom de Mor- 
j}heis smerinthea. 

56 (46). La date de l'arrivée de Cabeza de Vaca est le 11 mars 1542 et 
non 1541, comme le dit Guzman dans Hist. argentina. Il était parti le 
2 novembre 1540_d'Espagne et le même jour 1541 de Sa Catharina. 11 arriva 
le 2 décembre à la crête de la Sierra do Mar, atteignit le Rio Curitiba le 
24 décembre, le 14 janvier 1542 le Rio Piquiri, le 31 de nouveau le Curi- 
tiba et au milieu de février le Rio Paranâ. Il ne put donc entrer à l'As- 
somption avant mars 1542. Nous possédons de l'Adelantado lui-même une 
relation détaillée sur son voyage et ses actes au Paraguay, qu'il dicta à son 
secrétaire Pedro Fernandez, après son éloignement du pays. Celui-ci la 
publia après sa mort sous le titre : Relacion del Governador Alvar Nunez 
Cabeça do Vaca, de lo acaescido en las dos Jndias. 2 vol. in-4. Valla- 
dolid, 1555. Elle a été réimprimée par Barcia dans ses Historiœ. primit. de 
las Indias occld. Madrid, 1740. in-fol. et dans Enrique de Vedia, Bihlioteca 
de autores Espanoles autifjuos, Madrid, 1858, in-8. Je me suis servi de cette 
édition moderne. Herrera parle de l'expédition d'Alvaro Nuflez dans son 



132 NOTES 57 — 60. 

histoire de la colonie : Décad. VI, page i8i, et Décad. VII, page 35, 79 
et suiv. 

57 (46). La perte de l'homme dont nous avons parlé fut causée par le 
renversement d'un canot, ainsi que Caheza de Vaca le raconte lui-même 
dans son Commentaire et que Guzman le confirme. On ne fit pas d'autres 
pertes pendant ce voyage, car les équipages des deux navires échoués se 
sauvèrent en totalité. Schmidt, qui partageait les préventions des soldats 
contre le nouvel Adelantado, parce qu'il voulait introduire une discipline 
plus sévère, affirme qu'il partit de Sa Gatharina avec 400 hommes et qu'il 
lui en restait seulement 300 en arrivant à l'Assomption. Mais il oublie de 
compter ceux qui arrivèrent plus tard. Herrera au contraire (Décad. VII, 
p. 36) donne les mêmes nombres que nous et parle d'un seul homme 
perdu. Les traînards embarqués sur le Paranâ sous la conduite de Nuflo de 
Ghaves arrivèrent trente jours après l'Adelantado à l'Assomption et remon- 
tèrent le Paraguay sur les navires qu'Irala leur avait envoyés. Ils ne 
devaient pas être dans le meilleur état. Les navires dirigés vers l'epibou- 
chure de la Plata eurent aussi beaucoup à souffrir. 

58 (50). Schmidt était présent et raconte avec beaucoup de détails l'ex- 
pédition de Rivero, qu'il nomme Riffere. Guzman en parle aussi, mais ne 
concorde guère avec Schmidt. Il nomme Alonzo Riquelme comme chef et 
s'occupe surtout de lui. Nous nous sommes donc contenté d'indiquer les 
résultats, sans entrer dans les détails. Herrera raconte l'expédition : Décad. 
VII, p. 128. Le récit d'Azara est assez développé {Hlst. d. Parag., II, 
93-97), mais ne s'accorde pas partout avec celui de Schmidt, que j'ai 
suivi. 

59 (53). Telle est la date d'Azara {Hist. d. Parag., II, 98). Schmidt place 
la mise en prison du gouverneur le jour de la Nativité de la Vierge (8 sept. 
1543). D'après Herrera (Décad. VII, p. 197) Alvaro Nunez rentra à l'As- 
somption au commencement de 1544 et en Espagne une année plus tard. 
Guzman donne une tout autre date. Il place à tort l'arrivée de Cabeza 
d'Espagne en 1541 et son retour en 1544, sans préciser le jour. Mais 
comme il n'arriva réellement qu'en 1542 et qu'il passa une année en prison 
aux mains de ses ennemis, y compris le temps de retour, il aurait alors 
exécuté ses deux grandes expéditions dans un délai très-court, ce qui ne 
concorde guère avec les relations que nous en avons. Ges motifs me font 
considérer la date d'Azara comme la plus exacte. 

60 (54). Alvaro Nunez fut emprisonné à son arrivée en Espagne sur les 
plaintes de ses ennemis, et un procès commença contre lui. Il dura huit ans, 
durant lesquels l'accusé resta en prison. On le condamna à la déportation 
en Afrique ; mais à la fin les juges acceptèrent sa justification. Toutes les 
inculpations furent mises à néant et on lui paya une indemnité de 2000 
ducats. Ses accusateurs tombèrent bientôt l'un après l'autre dans le mal- 
heur. Irala, contre lequel Alvaro Nunez s'exprime très-amèrement dans ses 
commentaires et qu'il accuse de trahison, n'était pas à l'Assomption au 
moment de sa mise en prison. Mais il reste toujours indécis s'il n'était 



NOTES 61— 62. 133 

pas informé du complot et s'il ne resta pas à dessein hors de l'Assomption 
jusqu'à ce que le résultat fût- connu, alin de n'être pas accusé d'y avoir 
pris part. 



CHAPITRE VI. 

61 (55). Nous avons fait le récit de l'expédition d'Irala contre Acay 
d'après les indications de Schmidt, en plaçant uniquement le déhut avant 
la déposition de Caheza de Vaca, ce qui nous semhle plus d'accord avec 
les dires de Guzman. D'après lui, Guzman était en bons rapports avec le 
gouverneur, et les conjurés agirent promptement, profitant de son absence. 
Azara entre dans beaucoup de détails {Hist. d. Parag., II, 97 et suiv,), 
mais ne cite pas Irala, ce qui s'accorde avec la version de Guzman sur son 
absence. Salazar lui-même, que Cabeza de Vaca désigna pour lui succéder, 
était aussi, d'après Azara, parmi les conjurés. 

62 (56). D'après la loi coloniale déjà promulguée par Ferdinand et Isa- 
belle et renouvelée par Charles-Quint, tous les indigènes d'Amérique bap- 
tisés étaient libres. Mais cette loi ne fut suivie que très-incomplétement 
parles conquérants. On répartissait les Indiens dans des colonies {réduc- 
tions) attribuées aux chefs pour le temps de leur vie et non à titre de 
propriété transmissible, comme salaires de leurs services {encomiendas) . 
Ils les traitaient suivant leur bon plaisir, tantôt bien, tantôt mal. Ordi- 
nairement on ne donnait qu'éine faible partie des habitants d'un village 
conquis ou nouvellement établi. La plus grande part revenait au fisc ou à 
l'Église qui en jouissaient en pleine propriété et pouvaient les céder, mais 
toujours à la condition de veiller à leur protection ou leur conversion au 
christianisme et de les civiliser. Mais comme les chefs n'habitaient pas 
dans le village, ils les confiaient à des subordonnés qui, préoccupés des 
intérêts de leur maître et de leur personne], opprimaient de toutes façons 
les malheureux Indiens pour en retirer des bénéfices. Les Indiens devaient 
payer à leurs maîtres un tribut déterminé, nommé la Mita, d'où on les 
appelait Mitayos. Ils y étaient tous soumis de dix à cinquante ans. Ils 
pouvaient payer le tribut en argent, en fruits ou en travail et sa valeur 
variait de 4 à 8 piastres par an, suivant la richesse des difi^érentes colonies. 
Afin d'établir un contrôle, les Indiens étaient inscrits sur des listes (parfrows) 
et chaque individu taxé d'après ses ressources. Mais celui qui ne payait 
pas régulièrement son tribut perdait son titre de tributaire et devenait 
esclave de corps sans rien posséder en propre. — Outre ces Mitayos, il 
existait encore une seconde classe, les Yanacones, d'après un mot guarani 
qui indique les serviteurs noirs ou bruns. Ceux-ci vivaient indépenchmts, 
c'est-à-dire sans surveillants dans leurs villages; mais ils payaient aussi 
un tribut à la Couronne et non à des maîtres particuliers. Le Codigo de 
las Indias contenait les règlements de toute cette organisation. Ces règle- 
ments sont très-favorables aux Indiens; mais ils n'étaient guère suivis ni 



134 NOTES 63 — 66. 

« 
par les particuliers, ni par les juges et tribunaux. Personne ne se plai- 
gnait du texte de la loi, car les fonctionnaires l'interprétaient toujours en 
faveur des Espagnols et jamais des Indiens. 

63 (56). Azara a tiré l'ordre d'Irala des archives de l'Assomption {Hist. 
d. Parag., II, 106). On y voit quelles grandes précautions chacun devait 
prendre pour protéger sa vie. 

64 (59). Schmidt raconte avec beaucoup de détails son voyage de retpur. 
Il eut d'abord beaucoup de peine à obtenir son congé d'Irala, mais celui- 
ci y consentit à la fin en considération de ses vingt années de fidèles ser- 
vices. La nostalgie du pays se réveilla chez Schmidt à la nouvelle reçue 
par un nouveau venu du Brésil, qu'un navire allemand appartenant à Eras- 
mus Schetzen venait d'arriver de Lisbonne. Il résolut de se rapatrier avec 
ce navire. Il nomme Ginenugia l'endroit où il rencontra le territoire por- 
tugais, peut-être par corruption d'un nom indien dérivé du Rio Iguary, 
qui s'ouvre dans le Paranâ sous le 25° de L. S. En outre des Tupis, qu'il 
nomme Tapis, il visita encore les Carinsebes, les Byesyas et les IJrquea, 
noms sans doute très-estropiés, car l'orthographe de Schmidt est toujours 
singulière. Il rencontra près de la côte les premiers Portugais, sous les 
ordres d'un certain Juan de Reinville, qu'il dépeint comme un véritable 
chef de brigands. Il arriva sur l'Océan à S. Vincent. Il y trouva le navire 
d'Erasmus Schetzen encore occupé à son chargement de sucre et fut reçu 
en qualité de compatriote, à bras ouverts, par le facteur Peter Rössel. Il 
partit le 24 juin 1536 (jour S. -Jean), observa plusieurs animaux marins, 
parmi lesquels VEcheneis naucrates, dont il rapporte beaucoup de fables. Il 
toucha les Açores, passa deux jours à Terceira et arriva quatorze jours 
après à Lisbonne, le jour de la S.-Jérôme (30 septembre) 1553. Dans cette 
ville, il reçut aide de Johann von Hülsen, représentant de la maison 
Schetzen. Il voyagea par la poste à Séville, pour remettre ses papiers, 
descendit le Guadalquivir jusqu'à S. Lucar et s'embarqua à Cadix pour 
Anvers. Après de nombreux cohtre-temps et après avoir touché à l'île de 
Wight sur la côte d'Angleterre, il arriva le 25 janvier 1554 à Anvers. 
Ullrich Schmidt termine là sa relation, qui restera un document impor- 
tant pour l'histoire de la colonisation européenne en Amérique et qui a 
donné la célébrité à son auteur. Bien que simple soldat, il sut observer les 
choses qui l'entouraient avec attention et conserve une certaine liberté 
naturelle d'esprit où l'on voit partout percer le caractère allemand, ami 
de la vérité simple et sans enjolivements. Il serait bien précieux pour 
nous si nous possédions d'autres relations aussi dignes de foi de la même 
époque, sur les autres contrées de l'Amérique du Sud. 

65 (63). Azara, suivant son habitude de s'étendre longuement sur les 
détails personnels, entre dans de longs développements sur le clergé qui 
accompagnait l'évèque. 11 les nomme tous en particulier {Hist. d. Parag., 
II, 145). Nous ne reproduirons pas leurs noms, qui n'ont aucune impor- 
tance pour l'histoire de la colonisation. 

66 (63). Azara assure que le nombre de 400 encomiendas donné par 



NOTE 67. 135 

Guzman est Irès-exagéré et que les Indiens soumis n'auraient pas été 
assez nombreux pour peupler la moitié de ce nombre d'encomien- 
das. 

67 (65). Nuilo de Ghaves partit de l'Assomption avec 200 Espagnols, plu- 
sieurs cavaliers montés et 1500 Indiens, tous bien équipés. Une partie des 
Espagnols étaient sur 12 petits navires qui portaient les bagages et les 
vivres, les Indiens dans leurs canots. On remonta le fleuve jusqu'à l'em- 
bouchure du Rio Jaura (16° 5' de L. S.), où l'on rencontra une grande 
armée d'Indiens bien armés, qui s'opposèrent au passage. Un combat assez 
vif s'engagea, dans lequel 11 Espagnols et 80 Indiens succombèrent. Nuflo 
de Ghaves resta vainqueur. Ge combat eut lieu le 1^"^ novembre 1557. Les 
Indiens firent leur soumission après cette dure leçon et Nuflo de Ghaves 
put continuer sa marche en remontant le Rio Jaura, par le territoire des 
Xarayes et ensuite par celui des Chiriguanes. De là il gagna le territoire 
des Ghiquitos, sur les frontières du Pérou. Ils firent résistance aux Espa- 
gnols, dont ils excitaient particulièrement la cupidité parce qu'on leur 
avait dit qu'ils possédaient beaucoup d'or et d'argent. Il fallut livrer un 
nouveau combat, qui, d'après le propre aveu de Guzman, coûta beaucoup 
de monde aux Espagnols, mais se termina en leur faveur. Les soldats, 
découragés par toutes ces fatigues, demandèrent à revenir et à prendre 
station chez les Xarayes. Ils savaient qu'Irala ne les avait pas envoyés au 
Pérou, mais pour fonder une colonie chez les Xarayes. Mais la mort du 
gouverneur, connue par- un messager envoyé par son successeur, Gonzalo 
de Mendoza, détermina Ghaves à continuer l'entreprise pour son propre 
compte. Il proposa à sa troupe d'aller au Pérou pour fonder sur ses fron- 
tières un nouveau gouvernement et permit à tous ceux qui ne voulaient 
pas l'accompagner de s'en retourner. Beaucoup en profitèrent pour revenir 
sous Gonzalo Gasco. Ghaves lui-même continua sa marche avec les autres, 
arriva au Rio Guapay, le traversa et s'avança dans des contrées déjà con- 
quises par les Espagnols et qui étaient sous le commandement d'Andres 
Manso. Un conflit s'éleva aussitôt entre les deux chefs sur le droit de pos- 
session. Nuflo de Ghaves se décida à aller à Lima, pour se faire soutenir 
par le vice-roi. Parent avec D. Andreas Hyrtado de Mendoza, marquis de 
Ganela, par sa femme, fille de Franz de Mendoza, cousin du vice-roi, il 
fut bien accueilli et la mort de Manso, que les Ghiriguanes tuèrent peu de 
temps après dans un combat, lui aplanit les voies. Le vice-roi lui aban- 
donna la province de Manso, ainsi que s'appela longtemps sur les cartes 
espagnoles la contrée située entre le cours supérieur du Rio Paraguay et 
les pentes orientales des Gordillères sous la même latitude. Nuflo de Ghaves 
devait la gouverner pour le fils du gouverneur Garcia Hyrtado de Men- 
doza. Il reçut le titre de lieutenant général avec le droit de faire pour son 
compte des conquêtes sur les Indiens non soumis. Ghaves fonda en 1558 la 
ville de Sa Gruz de la Sierra et y resta jusqu'en 1558, où il fut tué avec 
tous ses compagnons dans une expédition contre le village indien Itatin. 
G'était lui-même qui avait amené du Paraguay ces Indiens, lorsqu'il en 



136 NOTES 08 - 70. 

revint on 15G4, après y être allé chercher sa famille et ce qui lui appar- 
tenait pour les transporter dans sa province. 

68 (66). Azara estime Vage d'Irala à soixante-dix ans, d'après une note d'Ull- 
rich Schmidt à l'occasion de son expédition au Pérou en 1548. Il raconte 
que les jeunes filles qui lui furent données par le cacique des Abayas s'enfuirent 
pendant la nuit et qu'il avait alors soixante ans. Si cette note est exacte, 
il avait soixante-dix ans au moment de sa mort, arrivée en 1558. Il mourut 
pauvre, le Paraguay ne possédant pas de métaux précieux avec lesquels 
on pût s'enrichir promptemcnt. Les conquérants manquaient absolument 
d'argent monnayé et les échanges se faisaient au moyen d'étoffes de laine 
que les femmes indiennes tissaient et que l'on divisait par Varas (2 pieds 3/5) 
pour s'en servir comme de monnaie. Irala laissa à sa famille comme seuls 
biens mobiliers 1482 varas de cette étoffe, dont la valeur était de 2 réaux 
la vara. Dans son testament, il instituait héritiers 9 enfants : 6 filles et 
3 garçons, et nommait Nuflo de Chaves, Juan Ortega et Esteves Vergara 
exécuteurs testamentaires. On ne sait rien de plus sur ses trois fils. Cepen- 
dant Azara présume que le Domingo Irala que l'on voit apparaître lors 
de la seconde fondation de Buenos-Ayres par De Garay et qui fut chargé 
de cette opération est le fils d'Irala, nommé Diego, et que le copiste a 
fait confusion de nom avec celui de son père. Les deux autres, Antonio, 
qui mourut de bonne heure et Martin, disparaissent sans laisser trace. Des 
six filles, une mourut jeune, Anna, les cinq autres se marièrent, dont quatre 
du vivant de leur père, avec des officiers supérieurs. L'aînée, Gimberta, 
épousa D. Pedro Segura; la seconde, Marina, Franz Ortiz de Vergara; la 
troisième, Isabella, Gonzalo de Mendoza; la quatrième, Ursala, Alonzo 
Riquelme de Guzman, et la cinquième, Anna, seulement après la mort de 
son père, un certain Juan Fernandez. Depuis lors le nom d'Irala disparaît 
de la colonie, et Azara remarque que de son temps il n'existait à l'As- 
somption qu'une pauvre famille avec le nom de l'ancien gouverneur. Peut- 
être descendait-elle de son fils Martin. Personne ne fait connaître le lieu 
de son inhumation et il est complètement tombé dans l'oubli. 

CHAPITRE VIL 

69 (67). Guzman raconte que Melgarejo, lors de la révolte à la Guayra, 
envoya à l'Assomption, à travers les ennemis, un Indienfidèle qui portait une 
dépêche écrite sous l'enveloppe de son arc et que Vergara y envoya son 
père parce qu'il le savait lié d'amitié avec Melgarejo. Voulant leur témoigner 
sa satisfaction, et son bon vouloir après l'heureuse issue de l'expédition, il 
nomma Melgarejo ambassadeur en Espagne et son père successeur de Mel- 
garejo. 

70 (68). Guzman prétend que le navire fut incendié par les ennemis du 
gouverneur, mais ne nomme personne. En môme temps, il raconte la vie 
scandaleuse de la femme de Melgarejo, qui entretenait des relations avec un 
prêtre nommé Hernando Garillo. Melgarejo les surprit ensemble et les tua 



NOTES 71— 74. 137 

tous les doux. L'ôvôque de La Torre mit Melgarejo en interdiction pour ce 
sacrilège et il n'en fut relevé que par Franz Homes Panygua, remplaçant de 
révoque pendant son voyage au Pérou. 

71 (71). Le texte de l'arrangement conclu par Juan Ortiz de Zarate avec 
la Couronne a été publié dans la Revista de Buenos Ayres, tom. VIII, 
pag. 318. Il date du 10 juillet 1569, a dix articles et est signé par Phi- 
lippe IL On trouve aussi dans la Revista (p. 355) quelques détails sur son 
successeur, Juan de Torres y Aragon. 

72 (73). On ne connaît rien de bien certain sur la vie de De Garay avant 
cette époque. On sait seulement qu'il était né à Bilbao, où sa famille occu- 
pait une position distinguée. On ne sait pas également quand il vint en 
Amérique. Cependant la grande confiance que Zarate lui accordait nous 
fait présumer que leur liaison devait dater de loin et que De Garay était 
venu du Pérou au Paraguay avec Caceres. S'il fût venu plutôt au Pa- 
raguay, le nom d'un homme aussi distingué se fût fait jour dans quelque 
occasion, ce qui n'a pas lieu. M. Luis Dominguez, dans son Hist. 
argentina, a recueilli les dates de sa biographie après cette époque. 
11 eut un fils naturel, nommé Juan, comme lui. Il se maria à l'As- 
somption avec Da Isabella Becerra, sœur de la femme de Melgarejo. Son 
fils épousa la fille de Christoval Saavedra, homme d'importance, qui était 
allé au Pérou avec Vergara et en revint avec Caceres. Du mariage de De 
Garay il sortit trois filles qui se marièrent bien : l'une avec Joseph Vera, la 
seconde avec Hermandarias Saavedra et la troisième avec Hieronymus Luis 
Cabrera, fils du fondateur de Cordova. Les enfants de son fils Juan se ren- 
dirent à Cordova, à cause de leur parenté avec Cabrera, dont le père était 
gouverneur de cette ville. Une des filles de Juan, Isabella, épousa Juan de 
Tejeda y Mirabel, officier supérieur très-distingué et fils de Tristai Tejeda 
dont nous parlerons dans la note 86 ; la seconde, le capitaine Cabrera y 
Zuniga. Deux fils de Juan, nommés Christoval et Bernabe, jouent aussi un 
rôle dans l'histoire de la colonie. 

73 (73). Melgarejo, qui s'ofi'rit de lui-même à accompagner Caceres, avait 
plusieurs raisons pour s'éloigner de la colonie; biçn que sa haine contre 
Caceres eût été suffisante à elle seule pour l'y déterminer. Le double 
meurtre de sa femme et de son amant lui fut d'autant plus préjudiciable que 
De Garay, mari de la sœur de la femme tuée, acquérait tous les jours plus 
d'influence et devait naturellement lui être hostile. L'évêque lui-môme lui 
était particulièrement malveillant. l\ désavoua la remise d'interdiction que 
son remplaçant Panygua avait accordée à Melgarejo, et celui-ci cherchait à 
se rapprocher de l'évoque pour lui faire confirmer l'acte de Panygua. Tous 
ces motifs le déterminèrent à aller en Espagne. 

74 (74). La ville actuelle de Sa Fé, située à l'embouchure du Rio Salado 
dans le Paranâ, n'est pas la môme Sa Fé que De Garay avait fondée sur un 
point beaucoup plus au nord. Elle était entre le cours principal et un bras 
latéral à l'ouest qui se réunit au premier, dans la région où se trouve 
actuellement la bourgade de Cayasta, par un canal peu long en face de 



138 NOTES 75 — 78. 

TArroyo Feliciano. En 1651 on abandonna cet emplacement très-malsain et 
l'on fonda une seconde ville de Sa Fé, sur un terrain un peu bombé, autour 
duquel le Rio Salado fait un détour avant de se jeter dans le Rio Paranâ. 
En cet endroit le fleuve forme des deux côtés, au nord et au sud, un grand 
lac dans les bas-fonds au pied de la colline sur laquelle est la ville. Cette 
élévation la protège des inondations auxquelles les habitants de Cayasta ont 
été plusieurs fois exposés. Voir mon Reise durch die la Plata-Staaten, 
V. 2, p. 1 et suiv. 

75 (81). L'original de ce document n'existe plu«; on n'en possède plus 
qu'une copie d'après laquelle P. de Angelis l'a fait connaître dans son recueil 
des Docum. hist. del Rio de la Plata, tom. III. Il a été publié d'une façon 
plus complète par le directeur du bureau de statistique, M. Manuel Trelles, 
dans son Memorias y noticias para la historia antigua de la Republica 
argentina, Ruenos-Ayres, 1865, in-8 et dans le Registro estadistico de la 
provincia de Buenos -Ay res, tom. V, avec des additions qui corrigent les 

erreurs de la première publication. — Le Muséum de Ruenos-Ayres possède 
une bannière, qui, dit-on, date de l'époque de la fondation et qui figura 
dans- la solennité. — La relation de voyage des deux jésuites Anton Sepp et 
Anton Rôhm, publiée à Nuremberg en 1868, in-12, nous donne la description 
de Ruenos-Ayres il y a deux cents ans ; il y a bientôt cent ans Azara la 
décrivit de nouveau dans son voyage. 

76 (82). Suivant Guzman {Hist. arg., cap. iv, p. 10) les chevaux des Indiens 
descendaient de sept étalons et cinq juments que les Espagnols laissèrent der- 
rière eux lorsque, sur la proposition d'irala, ils abandonnèrent la colonie de 
Ruenos-Ayres et se retirèrent à l'Assomption avec leurs biens et leur ma- 
tériel de guerre. Ces chevaux se multiplièrent rapidement, furent pris plus 
tard par les Indiens et employés par eux. Telle est l'origine des chevaux sau- 
vages qui se répandirent peu à peu dans la vaste plaine des Pampas et y 
vécurent longtemps, mais qui ont complètement disparu aujourd'hui. Tous 
les chevaux des Pampas ont actuellement des propriétaires et il n'en existe 
plus à l'état sauvage. Leurs maîtres les marquent au fer rouge et l'on sait 
toujours à qui ils appartiennent. 

77 (84). On trouve quelques détails sur la fondation de Corrientes dans les 
Memorias y noticias de la Revista de Ruenos-Ayres, pag. 141 et 193, 
1865, in-8, ainsi que dans l'Index de P. Angelis à VHist argentina de 
Guzman, au mot Corrientes, tom. I de sa Çoleccion, etc., pag. 25. 

78 (84.). Les écrivains ne sont pas d'accord sur la date de démission du 
gouverneur Terres Vera y Aragon. Ordinairement on admet 1591 et Azara 
aussi a adopté cette date, Hist. d. Parag.,ll, 216. Mais M. Manuel Trelles a 
prouvé récemment que le gouverneur Terres Vera se rendit à Ruenos-Ayres 
aussitôt après la fondation de Corrientes et rentra en Espagne (Registro 
estadist. de Ruenos-Ayres, 1863, 1, 122, et Revista de Ruenos-Ayres, VIII, 358). 
Il semble que le gouverneur excita surtout le mécontentement contre lui 
par le décret qui déclarait propriété de l'État les nombreux chevaux sau- 
vages des environs de Ruenos-Ayres, parce qu'ils étaient descendus des 



NOTES 79 — 80. 139 

animaux abandonnés lors du départ de Pedro de Mendoza. Les colons con- 
sidéraient ces chevaux comme animaux sans maîtres, appartenant à celui qui 
les prenait ; et à ce point de vue prirent le parti des Indiens qui pensaient 
comme eux. On porta plainte contre le gouverneur au tribunal de Gharcas, 
qui donna raison aux colons et en même temps défendit au gouverneur de 
céder les biens de l'État à qui que ce soit et en particulier à ses parents. Le 
gouverneur considéra cette sentence comme une atteinte aux droits qu'il 
tenait du traité conclu avec son beau-père. Il se décida à remettre sa dé- 
mission et à partir. 

79 (84). Pour mieux fixer la série des événements nous devons dire que 
les expéditions de Cabot, de Pedro de Mendoza et de Gabeza de Vaca eurent 
lieu sous le règne de Charles-Quint (1508-1555); les autres sous Philippe II, 
qui monta sur le trône d'Espagne après l'abdication de son père et y 
demeura jusqu'à sa mort (13 septembre 1598). Son fils Philippe III lui suc- 
céda. La vice-royauté du Rio de la Plata fut instituée par Charles III (1776) 
qui expulsa les jésuites (1767). 

CHAPITRE VIII. 

80 (86). L'expédition d'Almagro au Chili est traitée d'une façon très- 
incomplète dans VHistoire de la conquête du Pérou par Prescott. Il semble 
que l'auteur ne connaissait pas la direction de la route et a dû se contenter 
d'indications vagues. J'ai traversé les Cordillères tout près de la route suivie 
par Almagro et puis en rendre un compte assez exact. Mes observations per- 
sonnelles ont été consignées dans mon Reise durch die la Plata- Staaten ^ 
tom. II, p. 245 et suiv. et dans Petermann's geog. Mitth., 1860. p. 139; 
1864, p. 86 et 1868, p. 4. Malheureusement les anciens écrivains ne con- 
tiennent que de courtes indications. — La première partie de la route de 
Cuzko, jusqu'à la région actuelle de Tupiza, traversait un pays bien peuplé 
soumis aux Incas et ne présenta aucune difficulté. Au sud de cette contrée 
commence le plateau de Despoblado ; mais une route bien frayée et très- 
fréquentée conduisit l'armée dans la région des villes actuelles de Jujuy et 
Salta. C'était la route d'étapes des armées des Incas et elle se fit sans 
obstacles. Au sud de Salta, on rencontra le Rio Guachipas et on le re- 
monta au sud-ouest. La population était encore assez dense, mais moins 
bien disposée. Le caractère belliqueux des Calchaquis se montra contre 
leg Espagnols et l'on dut s'ouvrir une route l'épée à la main. On arriva 
jusqu'à l'embouchure du Rio Sa Maria dans le Rio Guachipas. Celui-ci 
reçoit ici du nord-ouest un affluent encore appelé aujourd'hui Rio Cal- 
chaqui. On suivit la vallée déserte du Rio Sa Maria jusqu'au point où 
il décrit une forte courbe du nord-ouest. On le quitta en cet endroit 
et en même temps les villages indiens. L'expédition s'avança sur le dé- 
sert du Campo del Arenal et arriva au pied de la Sierra Gulumpaja, qu'il 
fallut franchir avant d'atteindre les Cordillères. On arriva à leur pied près 
de la Laguna Bianca, après avoir franchi plusieurs petites chaînes secondaires. 



140 NOTE 80. 

La grande montagne forme dans cette région un plateau large d'environ 
trente lieues, qui s'abaisse un peu vers le nord et se continue avec le fameux 
désert d'Atacama. L'altitude moyenne est de 12 à 14 000 pieds. Plusieurs 
gorges étroites, profondément encaissées (quebradas), conduisent à ce pla- 
teau. Une d'elles est la quebrada de S. Francisco, à peu près sous 26" 50' — ' 
27" de L. S. Almagro la choisit pour sa route et j'ai passé unpeuplus au 
sud (28) par la quebrada de la Troya. Sur le plateau tout est nu, sans végé- 
tation, à l'exception de quelques rares buissons d'Onibellifères rabougries, 
qui croissent seules dans ce désert. 11 ne faut compter sur aucune espèce de 
vivres et le voyageur doit tout emporter avec lui. Les botes de somme elles- 
mêmes ne trouvent qu'une misérable et rare pâture. Se lancer dans une 
pareille route de trente lieues de long avec 20 000 hommes était une entre- 
prise d'une audace insensée, surtout en hiver, de mai à octobre, où de vio- 
lentes tempêtes de neige se déchaînent, arrêtent la marche pendant des 
jours et tuent parle froid hommes et animaux. Oviedo (Hist. gen., lib. XLVII, 
cap. Il) parle de neige et de froid dont l'expédition d'Almagro eut à souffrir 
et Herrera (Décad. V, lib. XIX, cap. ii) reproduit ses indications. Almagro 
dut donc faire son expédition dans la saison d'hiver, car durant les mois 
d'été, de novembre en avril, l'atmosphère est toujours pure et claire, au 
moins pendant le joui*; les nuits sont encore fraîches. Je fis mon voyage 
dans la première moitié de mars et malgré cela chaque nuit nous avions de 
la glace sur les nappes d'eau. Les pics élevés, tels que le Gerro de S. Fran- 
cisco, le Gerro Bonete, le volcan de Copiapo, qui dépassent 15 000 pieds, 
conservent seuls toute l'année leur manteau de neige. Même sans froid, la 
marche pendant le jour est encore pénible, à cause du vent d'ouest sec et 
assez violent qui souffle sans arrêt (contre-alisé), roidit les membres et gène 
même les animaux. Les voyageurs habitués à traverser les Cordillères sup- 
portent eux-mêmes avec peine de rester exposés à un pareil courant d'air 
pendant quatorze lieues sur le dos d'un mulet. Que put faire une grande 
armée de 20 000 hommes, presque sans nourriture, sans feu et en partie 
sans eau. On peut se représenter ce que durent souffrir dans de semblables 
conditions les pauvres Indiens à peine vêtus qui venaient des vallées chaudes 
du Pérou et combien il en périt au milieu de semblables privations. On ne 
rencontre sur ces hauteurs que de petites troupes de vicunas, et leur chasse 
est difficile à cause de la rapidité extraordinaire de ces animaux. Lorsqu'on 
a atteint le bord occidental du plateau, on descend rapidement dans les val- 
lées désertes du Chili par des gorges presque toutes sans eau. On n'y voit 
ni arbres ni autruches, et encore moins de mammifères. La route du Cerro- 
Francisco, choisie par Almagro, conduit par la quebrada de Paipote à 
Gopiapô, où l'on rencontra les premiers établissements indiens. On y fut 
accueilli amicalement par une partie de la population et par leur chef, parce 
que celui-ci vivait en hostilité avec son voisin et rival. Mais c'étaient de 
pauvres gens, qui avaient peu de choses et ne purent nourrir longtemps 
l'expédition. Almagro envoya des messagers de tous côtés, mais les nou- 
velles rapportées lui donnèrent la conviction qu'il n'y avait rien à espérer 



NOTES 81—81. lil 

et il se remit en route pour revenir en suivant la côte par le désert d'Ata- 
caina, où une grande partie des hommes périrent de faim. Tout ce pays était 
inhabité et n'avait de nourriture ni pour les hommes, ni pour les animaux. 
11 est presque incompréhensible qu'un tiers ait encore échappé et qu'ils n'y 
soient ])as tous morts. — On, a comparé cette expédition d'Almagro avec 
celle d'Annihai par-dessus les Alpes (Peschel, Gesch. d. geograph., p. 258) 
et l'on ne saurait nier que l'audace des deux chefs n'ait été égale. Mais les 
conditions étaient très-différentes. Annibal eut à vaincre des diflicultés plus 
grandes qu'Almagro, qui marcha presque toujours sur des routes planes 
quoique peu frayées, et qui n'emmenait pas d'éléphants avec lui; mais 
Almagro fut absolument sans guides, dont Annibal put se servir, et il marcha 
à travers des pays inhabile >, tandis qu'Annibal fut presque toujours en 
relation avec des populations. La neige, la glace et le froid offrirent des 
obstacles beaucoup plus grands à Annibal qu'à Almagro et la décision de 
l'Africain, qui par ses informations pouvait savoir à l'avance quelles difli- 
cultés il rencontrerait en franchissant les Alpes, est un coup d'audace plus 
grand que celui d'Almagro, qui, trompé parce qu'il voyait autour de lui, 
n'eut pas à compter sur les neiges et sur la famine puisqu'il n'avait per- 
sonne près de lui pour le renseigner sur ces obstacles. A mon avis, Annibal 
fut plus audacieux, mais Almagro se montra aussi énergique lorsqu'il se 
vit transporté avec ses hommes dans une situation qu'il n'avait même pu 
soupçonner. S'il l'eût connue à l'avance, il n'aurait pas entrepris son expé- 
dition. Le plus grand des deux est donc Annibal. 

81 (92). Le souvenir de cet homme s'est conservé dans la province de 
Tucuman, où un des plus grands affluents du Rio Dulce porte encore aujour- 
d'hui son nom et s'appelle Kio Médina. 

82 (93). La ville actuelle de S. Miguel de Tucuman n'occupe pas le même 
emplacement où Villaroel l'avait d'abord construite, mais se trouve un peu 
plus au nord. Villaroel avait choisi une place malsaine à l'embouchure du 
Rio Monteros dans le Rio Sali, où est actuellement le village Tau Viejo. Les 
habitants y souffraient beaucoup des changements brusques dans le régime 
des eaux de la rivière après les pluies. Elle changeait si souvent de lit 
qu'ils désespéraient de voir leur ville s'étendre. Reaucoup étaient en proie 
à des fièvres constantes et presque tous devenaient goitreux. On se décida 
à abandonner cet emplacement et à porter la ville plus au nord, sur la rive 
élevée assez à l'écart de la rivière actuelle. Cette nouvelle fondation se fit 
le i octobre 1685, sous la direction du capitaine Miguel Salas y Valdez, qui 
y avait été envoyé par le gouverneur de la province. Fernando Mendoza 
Mate de Luna. Voir Revista de Biieîios Af/rcs, tom. VIII, png. i9. 

83 (94). Le Gran Chaco est inhabité aujourd'hui et rarement visité. J'ai 
donné, dans mon Reise durch die la Plata-Staaten, t. II, p. lOi, une 
description de sa végé'alion, d'après ce que j'en ai pu voir en passant. 

, 8i (90). Les documents sur la fondation de Cordova se sont assez bien 
conservés. Us ont été publiés deux fois. D'abord dans la Revista dcl Plata, 
par Carlos Pellegrini, page Sl-i, ensuite par Vincente G. (Juesada dans la 



m NOTES 85 — 87. 

Revista de Buenos-Ayres, tom. VII, pag. 346. Dans cette seconde publication 
la date de la fondation est placée en 1563, mais probablement à la suite 
d'une erreur du copiste; car Cabrera, le fondateur, n'arriva dans la pro- 
vince de Tucuman que le 17 juillet 1572. Nous renvoyons pour les détails 
à la Revista de Buenos-Ayres. Ajoutons simplement que Cabrera traversa 
tout ce pays jusqu'au Rio Paranâ, dans le voisinage de Corunda, et en prit 
possession. De là naquit le conflit avec De Garay, raconté dans le texte (p. 75). 
Les deux chefs poursuivaient leurs projets. Cabrera fonda la ville de Cor- 
dova le 16 juillet et De Garay Sa-Fé le 11 novembre. Le premier voulait 
aussi fonder un port sur le Rio Paranâ pour sa ville et envoya des hommes 
avec des instructions écrites, pendant que lui-même dirigeait l'installation 
de Cordova. Ces hommes, ainsi que Guzman le rapporte {Hist., argent. III, 
xix), furent pris par De Garay, et de là naquit la querelle entre les deux chefs. 

85 (99). L'histoire de la fondation de Salta est racontée avec beaucoup 
de détails dans la Revista de Buenos Ayres, tom. VIII, pag. 14.1. Nous y ren- 
voyons le lecteur sans examiner si la fondation de Lerma était entièrement 
nouvelle ou si elle n'était pas simplement le transport en cet endroit d'un 
ancien établissement, comme quelques écrivains l'affirment. D'après eux il 
existait déjà une jeune ville dans la vallée de Chicuana, sous le nom de 
S. Clémente, que Lerma transporta à Salta le 17 avril 1582. Le doyen Funes 
dit dans son histoire {Ensayo histor., tom. I, pag. 304, note a), que Gonzalo 
Abreu de Figueroa avait essayé de -fonder une ville, non pas à la même 
place, mais tout près de l'emplacement choisi par Lerma ; mais les Indiens 
la détruisirent bientôt cojnplétement, en sorte qu'il n'en existait plus rien à 
l'époque de la fondation de Salta. 

86 (99). Le nom du capitaine Tristan Tejoda et de sa famille reparaît 
souvent dans l'histoire de la province de Tucuman et surtout dans celle de 
Cordova, où sa famille s'était établie et où il résida lui-même longtemps 
comme regidor et lieutenant du gouverneur. On trouvera des renseigne- 
ments détaillés dans la Revista de Buenos-Ayres, tom. XII, XIV et XV; princi- 
palement sur ses filles, qui ne se marièrent pas et fondèrent les deux cloî- 
tres de religieuses de Cordova. Le père vint en 1572 avec Cabrera dans la 
province et prit part à la fondation de Cordova. Après la chute de son chef, 
il sut se gagner la faveur des gouverneurs qui lui succédèrent jusqu'à ce qu'en 
1612 il abandonna les services publics et vécut comme homme privé jusqu'en 
1617, et atteignit l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Il avait épousé Da Leo- 
nora Mejia de Mirabel, et ses enfants portèrent le nom de Tejeday Mirabel. 
11 avait longtemps séjourné à Tucuman en qualité de commandant des 
troupes, et une famille de son nom y vit encore. Elle paraît être d'origine 
indienne et ses aïeux étaient probablement parmi les protégés du capitaine, 
car il était d'usage qu'ils prissent le nom de leur maître ou supérieur. . 

87 (100). On trouve dans la Revista de Buenos-Ayres., tom. VII, p. 350, 
une courte notice sur la fondation de la Rioja, qui eut lieu le 20 mai 1591. 
La ville fut tout d'abord bien construite et eut, en outre de la cathédrale, 
quatre cloîtres avec églises et un grand hôpital. Mais plus tard elle déchut 



NOTES 88 — 89. 143 

beaucoup de sa splendeur primitive, à cause de sa situation en dehors des 
routes principales de commerce et plus encore à cause de la rivalité des 
quelques familles importantes qui, par leurs inimitiés empochèrent les pro- 
grès pacifiques. Santiago del Estero a eu le même sort; l'une et l'autre 
sont les moins importantes des villes intérieures de la République Argen- 
tine, S. Luis peut-être exceptée. 

88 (10!2). La guerre avec les Calchaquis se prolongea encore un demi- 
siècle, non-seulement par suite du courage héroïque de ce peuple, mais 
encore à cause des diflicultés naturelles de son territoire qui était très- 
favorable à la guerre de défense. Un nouveau soulèvement général contre 
les Espagnols éclata en 16^27, alors que Philippe Albornos était gouver- 
neur de la province. Tous les Indiens qui habitaient le pays entre Jujuy et 
la Rioja y prirent part. Les Espagnols furent bloqués par les Indiens dans 
leurs villes et souffrirent de maladies et de la faim, jusqu'à ce qu'il leur 
arriva du Chili des secours commandés par le fds du fondateur dé Cordova, 
le second Hieronymus Luis Cabrera. Il dompta peu à peu la révolte après 
une lutte de dix ans. Mais la guerre éclata de nouveau trente ans plus tard 
(1659), principalement dans les vallées situées à l'ouest de Belen et de Sa- 
Maria, où les villages indiens de Gualfin et de Tolombon opposèrent une 
résistance désespérée aux Espagnols, jusqu'à ce que le gouverneur Alonzo 
Mercado les battit et s'en empara. Les Calchaquis firent encore une der- 
nière tentative d'indépendance et restèrent vainqueurs dans plusieurs escar- 
mouches jusqu'en 1664, année où le même gouverneur Mercado soumit 
le dernier rameau des peuplades Calchaquis, les Quilmes. Afin d'empêcher 
toute reprise d'hostilités, il déporta loin de leur patrie les derniers survi- 
vants et les établit dans le voisinage de Buenos-Ayres. Le joli village de 
Quilmes doit son nom à ces infortunés. Le doyen Funes raconte les détails 
de cette longue lutte dans la seconde partie de son Histoire argentine, 
lib. I, cap. III, VI et ix, et le lecteur peut y lire les scènes de cruauté qui y 
abondent. Un certain Angel Ramirez Bazan figure parmi les anciens chefs 
de cette guerre d'anéantissement. Il était parent et peut-être fils de l'homme 
audacieux de même nom qui traversa en 1569 le Gran Chaco (p, 94). De 
lui date la soumission de la partie supérieure de la vallée de Catamarca. 
On voit encore aujourd'hui dans le village Palo Labrado une colonne de 
bois portant son nom avec les mots : Conquistador del Calchaquis 1577. 
Lui-même les a gravés avec son poignard. 

CHAPITRE IX. 

89 (103). Les documents et souvenirs sur les fondations des Espagnole 
dans le district de Cuyo sont insignifiants et notre histoire de cette partie 
de la République Argentine sera courte. Les anciens écrivains indigènes 
n'en parlent pas, parce que ces provinces appartenaient au Chili, et les his- 
toriens chiliens ne les mentionnent ({n'cii passant, parce qu'elles étaient 
éloignées et furent séparées plus tard du Chili. On ne trouve pas un seul 



iU NOTES 90 — 92. 

mot, ni dans Azara ni dans Funes, sur la colonisation do cette contrée. L'au- 
teur a suivi Molina {Coynpendio de la historia geografia natural y civil del 
regno de Chili. Madrid, 1788, in-8, 2 tomos) et Gay. {Historia fisica y poli- 
tica de Chili. Paris, in-8, iSU, t. I, p. iCß); mais on ne trouve que des 
indications générales dans ces deux ouvrages. Il n'a pas pu se procurer un 
troisième ouvrage : Historia ecclesiastica, politica y literaria de Chili, por 
J. J. Victor de Eyzaguirre, Valparaiso, 3 vol. 

90 (104). Les combats si pleins d'horreurs des Espagnols avec les Indiens 
presque nus et dépourvus de moyens de défense ont enflammé la muse 
guerrière de leurs compatriotes jusqu'à l'épopée. Ces œuvres, considérées 
du point de vue de la civilisation, inspirent le dégoût. Parmi ces poèmes, 
VAraucanade D. Alfono de Ercilla y Zuniga (Madrid, 1587, in-4.) et VAr- 
gentina de D. Martin del Barca Centenera sont citées par beaucoup d'écri- 
vains comme sources de l'histoire impartiale ; ainsi notamment P. De Ange- 
lis, qui les a fait réimprimer dans sa Coleccion de docum. hist. del Rio de 
la Plata, tom. II, pag. 215. — Nous avons rejeté toute référence à ces 
sources, et pour notre justification nous citerons un passage de J.-G. de 
Herder {Werke zur schön. Lit. u. Kunst., Bd. XVIII, S. 52. Stuttg., 1830, 
in-12) : « Les conquêtes du Mexique et du Pérou, dirigées par la cupidité et le 
» fanatisme religieux les plus cruels, ont trouvé aussi des poètes pour les 
y> chanter. Cortez, Pizarre, Valdivia, le Diable lui-même, devinrent des héros 
» de l'épopée chrétienne. A quel sentiment obéissais-tu, brave et bon Ercilla, 
^è lorsque tu entrepris de chanter les cruautés de tes compatriotes contre 
» les Araucaniens, toi qui en avais été le témoin oculaire et que tu ne pou- 
» vais taire le bon droit, les vertus et le courage des ennemis ! L'orgueil 
» national, une fausse notion de ce qui est dû à la patrie, à la religion et 
» à la gloire de l'Europe, t'aveuglaient, tandis que le sentiment de l'huma- 
» nité réveillait quelquefois ta pitié et ta sympathie. Combien les règles du 
» droit et de la justice devaient être effacées, pour que des actes de cette 
» espèce pussent devenir des épopées de l'espèce humaine ! Cette frénésie 
» dura un demi-siècle et sur une grande partie des contrées de la terre on 
» célèbre encore ces produits, ces épopées où l'on ne respire que cupidité 
» féroce et fanatisme arrogant. » 

Tantum rcUi^'io potiiit suadcrc tnaloriun. 

(LiTcRËt., de Rer. Nat.) 

01 (105). On trouve, sur le terrible tremblement de terre qui détruisit 
Mendoza le 20 mars 186i, quelques détails dans mon mémoire sur le climat 
de la République Argentine {Ahh. d. 7iaturf. Gesellsch. zu Halle, Bd. VI) et 
des additions à la fin du travail semblable sur le climat de Buenos-Ayres 
{Ibid., t. VII, 1863). 

92 (106). Monsieur Andres Lamas m'a communiqué le tome III du pre- 
mier journal publié à Buenos-Ayres {Telegraf o mcrcantil, rural, politico, 
economico é historico, por el Coronel D. Fr. Ant. Cabello, 1802, iü-8) qui 
contient quelques notes sur la fondation de Mendoza, écrites par Euseb. 
Videla. Il donne comme date la fin de l'année 1560 et l'a empruntée aux 



NOTES 93 — 95. 145 

arckives. Il cite aussi une observation de José Espinosas, officier espagnol 
connu, qui parcourut ces régions dans un but scientifique et place Mendoza 
à *2" 28' E. de Santiago du Chili et par 32» 45' lat. S. Il estime à 27 lieues la 
distance de la ville à la passe de Gumbre des Cordillères. 

93(122) D'après les règles établies les trésors métallurgiques du sol appar- 
tenaient à la couronne et les mines ne pouvaient être exploitées qu'avec son 
assentiment. On communiqua aussi au gouverneur des renseignements sur 
des gisements de métaux précieux. Il en fit rédiger un document sur lequel 
les renseignements étaient consignés exactement. Ces documents portaient 
le nom de Derroteros. Ils étaient déposés aux archives de la colonie et ser- 
vaient d'indications dans les recherches. Beaucoup de mines ont été retrouvées 
ainsi, mais beaucoup d'autres sont restées inconnues. Aucun Indien n'a jamais 
conduit les Espagnols au gisement même de l'or; tous refusaient ce rensei- 
gnement précis durant leur vie. Aux approches de la mort seulement, quel- 
ques-uns se décidaient à faire connaître la direction et la distance; mais 
beaucoup ne disaient rien. (Voir la note dans la Zeitschr. d. Gesellsch. f. 
Erdkunde zu Berlin. T. II, p. 17i, 1864, in-8). 

94 (122) Voir là-dessus H. E. Avé Lallemant, dans La Plata Monatsschrift 
I, p. 126. Buenos- Ayres, 1873, in-8. 

95 (123) La ville de Catamarca a été fondée par un décret royal du 
17 septembre 1675. Il autorisait le gouverneur de la province de Tucuman, 
Angel de Peredo, à déplacer les habitants des villes en partie détruites de 
London et de Zurita et à les transférer à tel endroit qu'il jugerait conve- 
nable. Peredo choisit l'emplacement actuel de la ville de Catamarca; mais 
le transfert n'eut lieu qu'en 1683, sous son successeur. Fernando Mendoza 
Mate de Luna, qui déplaça aussi la ville de Tucuman. Voir Revista de 
Buenos- Ayres. Tom. VIII, pag. 43, 1865. 



r.Kr. .\!;i.. — i. *(} 



LIVRE SECOND 



Esquisse g;cog;raiiliiquc de la république Ai*g;eutiiic. 



ÉTENDUE ET LliMITES. 

La république Argentine actuelle possède le plus vaste terri- 
toire de l'Amérique méridionale après le Brésil. Située entre 
le 2^^ et le 53' de lat. S., elle a une superficie de plus de 45000 
milles carrés. Cette étendue est calculée d'après les estimations 
les plus modérées de son pourtour. Elle ne doit pas être consi- 
dérée comme le résultat de mesures exactes, puisqu'on n'en a 
jamais exécuté. Ces chiffres reposent sur des estimations faites à 
l'aide des cartes géographiques et des délimitations des anciens 
tiTiités. — Les limites elles-mêmes, qui engrande partie datent de 
la domination espagnole, ne sont pas encore fixées avec certitude. 
On discute depuis des années avec les voisins sur les bonnes et l'on 
n'a pas encore pu s'entendre avec le Paraguay, la Bolivie et le 
Chili sur l'étendue territoriale de chacun de ces pays. Nous lais- 
serons donc de côté toutes les questions litigieuses et donnerons 
les limites, telles qu'elles furent fixées à f époque des Espagnols 
pour la vice-royauté du Rio de la Plata, laissant à l'avenir le soin 
de régler ces affaires difficiles et cnbrouillées '. 

La limite la mieux arrêtée de la république Argentine est celle 



US LIMITES ORIENTALES DE LA RÉPUBLIQUE. 

de Fest. L'embouchure du Rio de la Plata la divise en deux sec- 
tions principales, à savoir la frontière littorale et la frontière des 
fleuves. La première est formée par l'océan Atlantique du 35^ 
au 50" de lat. S., la seconde par les fleuves Uruguay et Paranâ. 

Le Rio Uruguay, depuis son embouchure dans le Rio de la Plata 
jusqu'au point où le Rio Guarey ou Cuarein se réunit à lui, con- 
stitue la limite entre la république Argentine et celle de l'Uru- 
guay, appelée par les Espagnols la Randa Oriental. Au nord du 
Rio Cuarein commence la frontière du Rrésil. Elle remonte le 
cours de l'Uruguay jusqu'à l'embouchure duRioPepiri, se dirige 
vers le nord en suivant le cours de cette rivière, dépasse la ligne 
de séparation des eaux, longe ensuite le Rio S. -Antonio jusqu'à sa 
jonction avec le Rio Curitiba. A partir de ce point, le Guritiba 
Grande ou Yguazu lui-même constitue la frontière jusqu'à son 
embouchure dans le Rio Paranâ. C'est ici le point le plus septen- 
trional de la partie est du territoire argentin. — Ce tracé des 
limites a été fixé d'abord, après les guerres entre l'Espagne et le 
Portugal, par les traités de paix de 4759 et 1788, ensuite par la 
convention plus récente du 14 décembre 1855 entre le Rrésil et 
la république Argentine. 

Au point indiqué, à l'embouchure du Curitiba dans le Paranâ, 
commence la limite entre le Paraguay et la république Argentine. 
A partir de là, elle suit le Rio Paranâ jusqu'à sa jonction avec le 
Rio Paraguay, et remonte ensuite ce fleuve vers le nord jusqu'à 
22" de lat. S., ou dans son voisinage jusqu'à l'embouchure du Rio 
Galvan. Telle est du moins la délimitation que la république Ar- 
gentine réclame comme anciennes frontières de la vice-royauté 
de la Plata au nord. Mais dans les dernières vingt années le Para- 
guay, sous la direction de la famille Lopez, père et fils, s'est per- 
mis de nombreux empiétements. Non content de s'être avancé au 
sud de ce côté-ci du Rio Paranâ, il s'est encore emparé, comme 
d'un territoire sans maître et non colonisé, de toute la région 
située à l'ouest du Rio Paraguay, depuis l'embouchure du Rio 
Vermejo dans ce dernier ^ On a échangé de nombreuses notes 
sur cette question jusqu'au moment où la guerre de la Triple 



LIMITES SEPTENTRIONALES DE LA RÉPUBLIQUE. 149 

alliance contre le Paraguay est venue mettre fin aux prétentions 
do ce dernier. Depuis lors le gouvernement argentin a occupé 
militairement le territoire contesté sur la rive occidentale du Rio 
Paraguay, et l'échange de notes, avec le Brésil du côté du Para- 
guay, a de nouveau recommencé. 

La limite septentrionale de la république Argentine dans sa 
partie confinante à la Bolivie est soumise à des réclamations sem- 
blables de la part de ce dernier pays. D'après les anciennes con- 
ventions entre l'Espagne et le Portugal, le Rio Paraguay formait 
la limite des deux territoires. Les marais impraticables de 
Xaraguas restaient en entier aux Portugais, ainsi que la région 
au nord en amont du Rio Paraguay, et la frontière suivait une 
ligne tirée du Rio Jaura au Rio Goaporé ^ Lors de la fondation 
de la vice-royauté de la Plata, l'Espagne traça les limites entre 
celle-ci et la vice-royauté du Pérou, à peu près par le milieu des 
deux territoires, et utilisa les bassins des rivières comme marques 
de délimitation. Tout le pays dont les eaux, à partir des limites 
tracées avec le Portugal, se déversaient dans le Rio Paraguay, 
devait relever de la vice-royauté de la Plata. Tout le reste, dont 
les eaux s'écoulaient dans l'Amazone, appartenait à la vice-royauté 
du Pérou. Les districts de Tarija et Tupiza se rattachaient donc 
primitivement à la vice-royauté de Buenos-Ayres. Les villes de 
Potosi, Gochabamba et Sa. -Cruz de la Sierra elles-mêmes avec 
leurs territoires en faisaient partie encore à l'époque de la décla- 
ration de l'indépendance ; Tarija et Tupiza étaient restées dans la 
confédération du Rio de la Plata. Ce fut seulement en 1824, 
lorsque la Bolivie et le Pérou se séparèrent en deux États distincts, 
que Tarija et Tupiza passèrent à la Bolivie. Cette séparation mo- 
difia les anciennes divisions et rattacha à la Bolivie les territoires 
du cours supérieur du Rio Pilcomayo et du Rio Vermejo. Dans 
cet état de choses la frontière a un cours peu naturel, puisqu'elle 
coupe les routes de communications naturelles, les grands cours 
d'eau, qui n'auraient pas du être ainsi coupés. On admet donc 
encore actuellement l'ancienne démarcation du 22' de lat. S. 
comme frontière. On la prolonge à l'ouest de façon à placer les 



150 LIMITES OCCIDENTALES DE LA REPUBLIQUE. 

territoires de Tarija et Tupiza en Bolivie. Plus loin encore à 
l'ouest, à partir du point où commence le district entièrement 
désert du Despoblado, la frontière oblique au sud-ouest, vers les 
Cordillères, et celles-ci constituent son bord occidental à peu 
près sous 26" 45' de lat. S. Cette ligne laisse une grande partie 
du Despoblado à la Bolivie, ainsi que la station-frontière d'Anto- 
fagasta. Dans sa direction générale elle court parallèlement aux 
rivières Rio Guachipas et Rio Jujuy sur une longueur de 40 milles 
géographiques, coupe le Rio Vermejo un peu au-dessus de sa 
jonction avec le Rio Tarija et le Rio Itan, de façon que les trois 
embouchures appartiennent à la république Argentine , tandis 
qu'en amont les trois rivières sont en Bolivie. Du Rio Itan jus- 
qu'au Rio Paraguay, le 22' de lat. S. forme la limite. Cette région 
est celle dont la Bolivie, à l'instar du Paraguay, veut s'emparer 
comme d'un territoire sans colons et par suite sans maître, et au 
sujet de la possession de laquelle les négociations entre les deux 
républiques se poursuivent encore. 

La frontière occidentale est mieux fixée. Elle est la même qui 
existait du temps des Espagnols, entre la vice-royauté de la Plata 
et le gouvernement du Chili. En créant la nouvelle vice-royauté, 
on choisit avec intelligence la ligne de séparation des bassins hydro- 
graphiques comme limites politiques, et l'on attribua à l'Etat de 
la Plata tout le pays et toutes les montagnes dont les eaux coulent 
à l'est ; le Chili au contraire eut tout le réseau hydrographique 
qui s'écoule à l'ouest. Ainsi, au nord de la république Argentine, 
la limite (la Linea) suit le bord occidental des hauts plateaux des 
Cordillères et, ceux-ci disparaissant au sud, elle se continue avec 
le prolongement occidental de la chaîne des Cordillères {la 
Cumbre). Les vallées et les gorges entre les deux chaînes appar- 
tiennent à la république Argentine. Jusqu'ici aucun des deux 
États n'a contesté cette délimitation, et il est à espérer qu'il ne 
s'élèvera jamais aucune difficulté sur toute cette frontière na- 
turelle. 

n en est tout autrement de la frontière méridionale. Elle est 
actuellement un sujet de graves contestations. Il s'agit de la pos- 



REVEiNDICATIONS AU SUJET DU DÉTROIT DE MAGELLAN. 151 

session du détroit de Magellan. Si nous nous conformons au sens 
de la délimitation entre le Chili et la Plata, telle que l'Espagne 
la fixa en 1776, et prenons la chaîne des Cordillères comme limite, 
la plus grande partie du détroit appartiendra incontestablement 
aux Argentins. Mais à l'époque où se fit cette délimitation, il 
n'existait aucun établissement dans cette région. La population 
européenne sur le littoral des deux Océans ne descendait pas au 
delà du 4^** de lat. S., et le détroit de Magellan était complètement 
inhabité. Des essais de colonisation entrepris plus tard échouèrent. 
Le nom de Port-Famine indique assez clairement à quel destin les 
immigrants s'exposaient. La possession du détroit lui-même 
n'avait pas grand intérêt pour la navigation, étant très-difficile à 
traverser avec les navires à voiles. Mais son importance s'est 
modifiée avec l'apparition de la navigation à vapeur. Elle chan- 
gea du tout au tout, et le détroit de Magellan devint une posses- 
sion très-enviée, surtout par le Chili. Le gouvernement de cette 
République a donc colonisé quelques points du détroit de Magel- 
lan et, sans se contenter de la totalité du détroit, il a revendiqué 
comme lui appartenant les côtes orientales voisines jusqu'au Rio 
Sa. Cruz (50' de lat. S.). Le gouvernement de la république Ar- 
gentine se plaignit sur-le-champ, comme victime d'une usurpation, 
établit des stations de son côté le long du détroit ainsi que sur les 
côtes au voisinage de l'entrée, et se hâta de mettre ses établisse- 
ments à l'abri d'attaques ennemies. Voilà où en est l'affaire ; elle 
sera probablement réglée par un arbitrage, car les deux gouver- 
nements répugnent avec raison à se faire la guerre pour des con- 
trées aussi inhospitalières ^ 

Le détroit aune valeur incontestablement beaucoup plus grande 
pour le Chili que pour la république Argentine. Il est donc fort 
à souhaiter que ce premier État puisse arriver à le posséder sans 
discussion. Mais en résumé les titres des Chiliens à cette posses- 
sion se réduisent aux essais de colonisation qu'ils ont tentés sur 
le détroit considéré comme bien sans maître, pendant que 
la république Argentine laissait faire sans mettre d'opposition 
immédiate. 



II 

FORME GÉNÉRALE ET NATURE DU SOL 

Le sol de la république Argentine se présente en gros sous la 
forme d'une plaine inclinée du nord-ouest vers le sud-est, qui, 
dans les parties les plus élevées, au pied des Cordillères, oscille 
entre 2000 et 4000 pieds et s'abaisse vers les bassins du Rio Pa- 
raguay et Paranâ. Au bord septentrional supérieur, sous le 22' 
de lat.S.,le fleuve est à peu près à 300 pieds au-dessus du niveau 
de la mer, dans laquelle il vient se jeter par le vaste estuaire du 
Rio de la Plata. Les Cordillères, ainsi que ces deux fleuves, ont 
leur cours dirigé à peu près du nord au sud, tout en s'infléchis- 
sant très-sensiblement à l'ouest. Comme cette déviation est plus 
marquée sur les deux fleuves que dans la montagne, toute la 
plaine a dans sa partie septentrionale une largeur un peu plus 
grande qu'au sud. Dans sa partie la plus étroite (sous le 32' de 
lat. S.), elle embrasse environ 8 degrés de longitude ; à sa limite 
septentrionale au contraire, sous le 22' de lat. S., de 9 à 10 degrés 
de longitude. A partir du 32' de lat. S., la plaine s'accroît de nou- 
veau en largeur. Au sud de l'embouchure de la Plata, sous le 
37^ de lat. S., elle s'avance loin dans l'Océan et atteint une largeur 
de 13 degrés de longitude. Mais elle se rétrécit ensuite rapide- 
ment et, se resserrant graduellement de plus en plus, elle va se 
confondre à la pointe orientale de la Terre-de-Feu avec l'extrémité 
de la chaîne des Cordillères. 

La plaine est entrecoupée dans sa moitié supérieure par des 
montagnes peu élevées, ordinairement composées de plusieurs 
chaînes parallèles qui suivent assez exactement la même direc- 
tion que les Cordillères. On peut les considérer comme des pro- 
longements, ou plus exactement comme les derniers appendices 
des contre-forts du grand plateau montagneux de la Bolivie, situé 
entre les 15' et 22' de lat. S. Ce plateau, qui sous la forme d'un 



LA PLAINE ARGENTINE. 153 

grand triangle s'avance à l'est en se détachant des Cordillères, 
forme la séparation des eaux entre les affluents occidentaux du 
fleuve desAmazones et ceux du Rio de laPlata. En s'éloignant de ce 
plateau, la Cordillère du nord se détourne au nord-ouest; celle 
du sud conserve sa direction au sud. Le district de la Paz, avec 
ses hauts sommets d'Illimanietdu Sahama, constitue le nœud, ou, 
sien veut, le centra de tout le système des Cordillères*. 

Le pays qui s'étend au sud en avant de ces premiers contre- 
forts du pl»^eau de la Bolivie est la plaine argentine, dont nous 
venons de déterminer succinctement la forme et la superficie. 
Comme nous avons déjà indiqué, elle est interrompue au 
milieu par les étroites chaînes de montagnes centrales qui con- 
stituent la Sierra de Cordova et ses voisines. La plaine basse ar- 
gentine est séparée en deux parties inégales par ce système de 
montagnes isolé. La partie nord est située entre le plateau de 
Bolivie et ces montagnes centrales; la partie sud s'étend de ces 
dernières jusqu'à la Terre-de-Feu. 

La partie supérieure nord de ces plaines basses se divise à son 
tour en deux régions assez distinctes, une occidentale et une 
orientale. 

La région occidentale représente une longue dépression dirigée 
de nord-est au sud-ouest, située entre les Cordillères, les mon- 
tagnes centrales et les ramifications de la Bolivie antérieure. La 
plaine argentine y atteint son plus grand abaissement et y ren- 
ferme un ancien bassin lacustre desséché, dont le centre le plus 
bas ne dépasse guère 450 pieds au-dessus du niveau de la mer. 
Cette dépression s'étend au nord comme au sud, avec les mêmes 
salines primitives, jusqu'au pied des montagnes, sous l'aspect 
d'une steppe déserte à peu près sans végétation. Elle pénètre au 
sud jusque dans le territoire de San Luis et va se relier avec les 
steppes de la Patagonie par la forte dépression de la contrée en- 
vironnant la Laguna Bevedoro et ses déversoirs au sud. 

La région orientale est limitée à l'ouest par le Rio Salado, d'où 
elle s'étend jusqu'au Rio Paranâ. Elle constitue le Gran Chaco, 
vaste plaine boisée avec inclinaison uniforme du nord-ouest au 



m DIVISIONS DE LA PLAINE. 

sud-est, ainsi que le fait voir le cours des rivières Yermejo et 
Pllcomayo, qui la traversent. 

La partie méridionale inférieure de la plaine basse argentine 
commence à l'extrémité du système de montagnes central. Elle 
est d'abord assez élevée, beaucoup plus élevée que celle du nord- 
ouest. Elle s'étend dans sa région supérieure avec un affaissement 
graduel de niveau, obéissant ainsi à une inclinaison générale di- 
rigée au sud-est vers l'océan Atlantique et les steppes de la Pa- 
tagonie,avec lesquelles cette partie se continue sans discontinuité. 
On peut donc aussi la divîseren deux régions. La première, située 
au nord, la plus étendue, embrasse jusqu'au 39' degré de lat. S. les 
pampas fertiles ; la seconde, au contraire, longuement allongée au 
sud, renferme le plateau des steppes patagones et s'étend jusqu'au 
détroit de Magellan. 

Le territoire de la république Argentine possède encore à l'est 
une contrée située à côté du Rio Paranâ. Elle est ondulée et ac- 
cidentée et s'étend jusqu'au Rio Uruguay, qui court parallèlement 
au Paranâ. Ce district, que l'on a justement appelé la Mésopota- 
mie argentine, présente un aspect extérieur tout particulier. 
Aucune partie ne forme de véritables plaines, mais le sol est on- 
dulé, et au centre s'élève une chaîne de collines d'environ GOO 
pieds d'altitude sans roches à nu. De nombreux petits ruisseaux 
le parcourent, et il est revêtu d'un gazon toujours vert et de four- 
rés dans toutes les dépressions. Au-dessus, s'élèvent d'imposantes 
forêts le long des principaux cours d'eau et plus particulièrement 
du Rio Uruguay. 

Pour répartir ce vaste pays en divisions conformes à sa nature, 
il faut tout d'abord séparer la Mésopotamie du reste du territoire 
dont elle ne constitue qu'une faible partie. Sa contexture natu- 
relle ne se retrouve nulle part ailleurs sur le sol de la république. 
— Le reste du pays se divise naturellement en montagnes, fleuves 
et plaines. 

Les montagnes à leur tour se subdivisent en plusieurs groupes 
que Ton peut sans difficulté distinguer au nombre de quatre, 
comme il suit : 



CHAINES DE MONTAGNES DE LA RÉPUBLIQUE. 155 

1. Les Cordillères^ frontières occidentales du pays, avec leurs 
sommets les plus élevés couronnés de volcans en grande partie 
éteints et émergeant au milieu des neiges éternelles. 

2. Les chaînes secondaires d'Aconquija, de Famatina, de 
S. -Juan et de Mendoza, réunies sous le nom de Sierra de Uspal- 
lata. On peut les considérer comme des rameaux des Cordillères, 
bien qu'elles ne soient pas en communication immédiate avec elles. 
On y rencontre des sommets couverts de neige. 

3. Le système central, entièrement isolé, de la Sierra de Gor- 
dova, avec ses chaînes parallèles de faible élévation. 

4. Les sierras des pampas, très-peu élevées, au sud de Buenos- 
Ayres. 

Les plaines qui enveloppent ces montagnes, généralement con- 
nues sous le nom de pampas, ne présentent presque aucune dif- 
férence de niveau de quelque importance. Elles sont sillonnées 
de lits de rivières à sec et ont très-souvent de faibles dépres- 
sions en forme de cuvette, dans lesquelles l'eau s'amasse en 
lacs ou marais appelés lagunes et cienegas. Elles se différen- 
cient encore par quelques caractères, dont voici les quatre prin- 
cipaux : 

1 . Les pampas fertiles sont revêtues d'un tapis de verdure, 
mais qui n'arrive que rarement à former un véritable gazon. 
Elles ne possèdent ni fourrés, ni forêts élevées. L'œil se perd 
dans des lointains immenses sur un océan uniforme de verdure. 
Elles constituent la partie sud-est de la plaine argentine. 

2, Les pampas stériles, nommées aussi steppes, ne possèdent 
aucune verdure, mais offrent à l'œil un sol de sable ou de pous- 
sière entièrement nu, qui dans le voisinage des montagnes nour- 
rit quelques petites plantes entre les rocailles, ou même quelque- 
fois de rares arbrisseaux formant des buissons, et à feuilles si 
petites qu'elles disparaissent au milieu d'un enchevêtrement de 
branches souvent armées d'aiguillons. Des légumineuses et des 
composées ligneuses croissent surtout dans ce terrain. Ces 
pampas bordent la plaine au pied des Cordillères et s'étendent 
dans toute la région occidentale du pays. 



156 SYSTÈMES HYDROGRAPHIQUES DE LA RÉPURLIQUE. 

3. La région des forêts, avec de grands arbres d'espèces les 
plus variées et formant des forêts tantôt épaisses, tantôt clair-se- 
mées. On les rencontre surtout dans la partie nord-est. Le Gran 
Chaco constitue la partie principale de ce groupe. 

4. Les steppes patagoneSy vaste plaine sans gazon, avec un sol 
dur où l'on rencontre des buissons dispersés, très-bas, en grande 
partie ligneux, dans lesquels prédominent les légumineuses et 
les composées. Quelques espèces de cactus sont communes sur- 
tout dans les trois derniers districts. 

Les fleuves ne jouent qu'un rôle subordonné dans la caracté- 
ristique du sol de la république. A l'exception du Paranâ, du 
Paraguay et de l'Uruguay, ce sont des cours d'eau très-faibles, 
jamais très-profonds et cependant d'une assez grande largeur. 
Leur lit, creusé dans un sol plat, change souvent de place après 
de grandes pluies et perd ainsi presque toute utilité. On peut 
les réunir en cinq groupes. 

1 . Le système du Rio de la Plata avec ses trois grands affluents, 
l'Uruguay, le Paranâ et le Paraguay. 

2. Le système de la Sierra de Gordova, avec plusieurs rivières 
isolées, qui se dirigent toutes à l'est vers le Paranâ. Une seule 
d'entre elles, la troisième, ou Carcaranal, atteint réeflement le 
Paranâ. 

3. Le système des Cordillères, avec plusieurs rivières isolées, 
dont aucune n'arrive jusqu'à la côte de l'Océan, soit directement, 
soit en se déversant dans un autre grand fleuve. 

4. Le système de la pampa, au sud de Buenos-Ayres, avec des 
cours d'eau encore plus faibles, qui se déversent directement dans 
la mer. 

5. Le système de Patagonie, grands fleuves qui descendent des 
CordiUères et se jettent dans l'Océan. 

Telles sont les divisions naturelles du sol de la république Ar- 
gentine. Après en avoir d'abord donné cet aperçu, nous tâche- 
rons d'en faire connaître la nature. Nous nous occuperons d'abord 
des plaines, comme de la partie la plus importante. Nous passe- 
rons ensuite aux montagnes, puis aux fleuves et rivières, et ter- 



ASPECT DES PAMPAS. 157 

minerons avec la Mésopotamie argentine. Une courte esquisse 
des divisions politiques complétera ce livre. 



III 



LA PLAINE ARGENTINE, PAMPAS ', FORETS, SALINES. 

Lorsqu'on sort dans les environs d'une petite ville de 
la province de Buenos-Ayres ou d'une métairie (estanzias), 
et qu'on jette les yeux autour de soi, on voit de tous côtés une 
plaine sans fm, dont le sol est revêtu d'un gazon ténu qui 
peut s'élever jusqu'à hauteur du genou. Considéré de loin, cet 
océan de verdure agité et ondulant sous le moindre souffle de 
l'atmosphère apparaît comme une surface homogène. Mais si on 
l'examine de près, dans le voisinage immédiat du point où l'on 
se trouve on remarque promptement que l'herbe ne forme pas 
un véritable gazon comme dans les prairies de l'Allemagne. 
Quelques points cependant, d'une assez grande étendue, surtout 
dans la région sud des pampas, sont revêtus d'un gazon sembla- 
ble, formé d'herbes peu élevées. Mais le plus souvent elles crois- 
sent en touffes dispersées, entre lesquelles de nombreux vides 
laissent voir le sol nu. Ces herbes à feuilles ou à chaumes extrê- 
mement fins, plus ou moins desséchés par leur extrémité supé- 
rieure, et par conséquent sans fraîcheur, ne forment qu'une ver- 
dure pauvie et terne. Aucun objet particulier ne se détache sur 
CCS campagnes entièrement plates. L'immense horizon disparaît 
peu à peu dans un bleu violacé, et l'on est tout à fait comme sur 
l'Océan, enveloppé par un panorama circulaire , également 
étendu dans toutes les directions et dont l'extrême limite ressem- 
ble aussi par sa coloration à l'horizon sur mer {Reise, 1. 1. , p. 112). 
La comparaison entre ces deux immensités se présente de soi- 
même, surtout lorsqu'on fait attention au léger mouvement d'on- 
des qui semble sans cesse faire mouvoir en avant les parties les 



'^ 



9 



158 ABSENCE DE VÉGÉTATION ARBORESCENTE. 

plus proches du spectateur et s'élève et s'abaisse aussi unifor- 
mément que les vagues douces et calmes de l'Océan entre les 
tropiques, lorsqu'il n'est pas agité par le mauvais temps. 

A l'époque où il n'existait dans ces régions encore aucun éta- 
blissement européen, aucun objet visible ne venait rompre l'uni- 
formité de la vue en dehors des troupeaux d'autruches américaines 
et des cerfs (Cervus campestris) qui peuplaient les pampas en 
grandes bandes. Aucun arbre, aucun buisson n'interrompait le 
tapis de verdure ; aucune plante arborescente n'avait pu s'im- 
planter spontanément sur ce sol. Les rafales violentes du pam- 
pero, qui de temps en temps se déchaîne en tempête du sud-ouest 
sur la plaine, ne laissaient aucun arbre s'élever, et le sol dur, 
presque sans humus, ne leur permettait pas d'y enfoncer leurs 
racines pour s'y fixer. — Aujourd'hui il en est autrement; on voit 
déjà à peu près dans toute la province non-seulement de grandes 
métairies, mais encore des établissements moindres ou des mai- 
sons isolées, qui interrompent la monotonie du désert. Les 
grandes métairies ont toutes des groupes d'arbres composés d'es- 
pèces introduites, telles que peupliers, saules, pêchers, figuiers et 
deux arbres d'ornement, l'ombu {P hyiolacca dioica), et le paroisso 
{Melia azedarach) .Mais la création de ces plantations estaccom- 
pagnée de grandes difficultés, et elles exigent de fortes dépen- 
ses avant de prendre quelque développement. Dans ces derniers 
temps on a introduit quelques espèces d'Eucalyptus, qui crois- 
sent rapidement et réussissent bien ; mais ils sont souvent brisés 
ou renversés par le vent et n'atteignent leurs dimensions d'arbres 
que dans les endroits abrités. — Aujourd'hui la solitude et la 
monotonie du désert ont donc disparu dans toute la partie des 
pattipas colonisée par les Européens, mais à l'époque de l'arrivée 
des premiers Espagnols il n'existait rien de tout cela. Aucun ob- 
jet particulier n'attirait le regard et ne se faisait remarquer eii 
dehors des huttes indiennes (tolderias) et des bandes d'animaux 
sauvages. Ces derniers ont disparu dans le voisinage des habita- 
tions; mais à leur place on y voit de grandes bandes do 
chevaux, bestiaux et moutons, ou bien un attelage de bœufs 



LE MIRAGE. 150 

qui, apercevant de loin le voyageur, le fixent de leur regard im- 
mobile. 

Il existe un phénomène particulier que l'on observe presque 
constamment dans les pampas et qui contribue essentiellement à 
les caractériser. Nous voulons parler du mirage, qui, dans les 
journées chaudes, se produit de 10 heures du matin à 5 heures 
du soir. L'air échauffé, partant du sol, s'élève en lignes ondulées 
tremblotantes, et produit à l'horizon ces singulières images de lacs 
ou de nuages dans lesquelles le sol se reflète et paraît flotter 
librement dans l'air comme une seconde surface terrestre. L'imi- 
tation de nappes d'eau au milieu d'immenses plaines est si trom- 
peuse, qu'on a peine à se convaincre de l'illusion, surtout lors- 
qu'on y voit de grands troupeaux de bétail se baigner. Ce spectacle 
est aussi attrayant que trompeur, et il m'a souvent occupé et distrait 
pendant des heures durant les longues marches à travers les plai- 
nes désertes, sous la chaleur accablante du jour. 

Le pampero, qui mugit si souvent dans ces plaines, offre un 
spectacle encore plus étonnant. On aperçoit au loin à l'horizon 
s'élever une nuée noir grisâtre ou gris bleuâtre, qui prend quel- 
quefois une teinte bleu indigo et monte à vued'œil. Bientôt cette 
nuée s'enflamme, et de longs éclairs la sillonnent des zigzags les 
plus variés. A cet éloignement, on n'entend encore aucun tonnerre. 
Mais à mesure que la masse sombre s'élève de plus en plus, le 
tonnerre résonne sous forme de roulements lointains. Des tour- 
billons de poussière d'un jaune clair, chassés par le vent qui les 
soulève, viennent se mêler aux nuages d'un bleu sombre. Les 
animaux dispersés dans la plaine commencent à devenir attentifs. 
On les voit, inquiets, regarder la sombre nuée, dresser les oreilles, 
se rassembler en groupes et enfin s'enfuir devant la tetîlpête hilr^ 
lante. Non-seulement les chevaux, les bestiaux et les moutons, niais 
encore les cerfs et les autruches des parties encore inhabitées, so 
précipitent en désOi'dre pour échapper à l'orage. Ils croient pou- 
voir se sauver; mais ils se trompent. L'orage va plus vite que 
leurs jambes; il les devance et bientôt ils sont au milieu de la 
tempête qui so déchaîne sur eux. Les animaux s'arrêtent' alors^ 



160 EFFETS DU PAMPERO. 

comprenant leur impuissance à lutter. Ils tournent le dos à la 
tempête et la laissent passer sur eux en s'abandonnant à leur 
sort. C'est un spectacle comique de voir immobiles des centaines 
de ces animaux inondés, les oreilles pendantes et le corps ruisse- 
lant. Ils attendent jusqu'à ce que le nuage crevé soit passé, ce 
qui ordinairement se fait aussi promptement que son arrivée. 
En une demi-heure tout est fini. Le soleil reparaît encore plus 
clair avant de se coucher. C'est ordinairement après 5 heures que 
ces pamperos se déchaînent en hurlant sur les pampas, avec leur 
accompagnement d'éclairs enflammés et de pluies diluviennes. 

Toutes les parties des pampas, du reste, ne diffèrent pas autant 
des pâturages allemands que celles que nous venons de décrire 
avec leurs fines graminées groupées en touffes. Il y a aussi des 
parties revêtues d'un épais et court gazon exactement de même 
nature que celui de ces localités européennes. Mais ces parties 
ont toujours des surfaces beaucoup moindres, accidentelles dans 
la pampa proprement dite et d'un effet insignifiant pour la phy- 
sionomie générale. La province de Tucuman, la plus riche de 
toutes en eau, est la seule qui offre au voyageur une grande éten- 
due de prairies touffues, formées en grande partie par le Paspa- 
lum notatmii. Elle a de vastes prairies semblables aux pays à 
pâturages d'Europe. Dans les autres provinces on ne trouve de 
prairies que dans les bas-fonds, où le sol reste constamment hu- 
mide, notamment dans le voisinage des nombreuses lagunes, des 
ruisseaux et des petites rivières qui coulent dans les pampas. 
Ces cours d'eau, bordés ça et là de prairies du genre indiqué, 
peuvent de temps à autre les submerger complètement sans jamais 
les inonder d'une façon définitive. Dans les districts où ces prai- 
ries abondent, elles donnent aux pampas une grande valeur. Elles 
sont très-recherchées et par cela même très-connues. Mais ce ne 
sont toujours que des accidents locaux, qui n'entrent point dans 
l'essence de la pampas, pas plus que les lagunes et ruisseaux qui 
s'y trouvent. Les vraies pampas, aux vastes surfaces, n'ont dans 
leur étendue ni lagunes ni bas-fonds couverts de verdure. 

Cependant les lagunes sont très-communes dans la pampa du 



FRÉQUENCE DES LAGUNES, 161 

sud-est, principalcmcnl dans la province deBuenos-Ayres. Nous 
en dirons donc quelques mots. On peut dire que leur nombre se 
chiffre par centaines, tant elles sont fréquentes dans les pampas 
de Bucnos-Ayres. Ce sont des cuvettes plates, faibles dépressions 
du sol, dans lesquelles Teau de pluie se rassemble et les trans- 
forme en bassins. Ces bassins, dont très-peu ont une étendue que 
l'on puisse comparer à celle d'un petit lac, doivent leur origine à 
l'imperméabilité du sous-sol. La marne diluvienne plastique et 
assez dure, qui atteint ordinairement une épaisseur de 40 à 60 
pieds et constitue le sol des pampas, ne laisse point filtrer les 
eaux. Celles-ci se rassemblent dans les dépressions, où elles res- 
tent stagnantes jusqu'à ce que l'évaporation en abaisse peu à peu 
le niveau, ou les assèche entièrement, ce qui est le cas de beau- 
coup de petites lagunes. L'eau, en se rassemblant, entraîne natu- 
rellement les parties terreuses légères de la surface du sol au 
pourtour des lagunes. Telle est l'origine de la vase noirâtre qui 
forme le fond de presque toutes les lagunes. L'évaporation inces- 
sante et la capillarité des terres avoisinantes les tiennent toujours 
humides et leur permettent une végétation plus riche ; aussi les 
lagunes sont souvent accompagnées de surfaces assez étendues 
d'un épais tapis verdoyant, qui opposent une digue aux dénuda- 
tions. Les lagunes conservent donc à peu près les mêmes contours, 
et les plus grandes prennent le caractère de lacs permanents \ 

En outre de la ceinture de fraîche verdure, la plupart des lagu- 
nes constamment mouillées, et notamment toutes les grandes, 
sont bordées de roseaux très-vigoureux et très-élevés. En se dé- 
séchant et se décomposant, leur substance végétale contribue es- 
sentiellement à augmenter le fond d'humus de la lagune. On y 
trouve ou bien des joncs grêles et élancés de 8 à 10 pieds, ou bien 
des roseaux à larges feuilles. On y rencontre encore assez souvent 
une espèce de Typha, appelée ici totoras. Elle est plus fréquente 
le long des petits ruisseaux qui sortent de beaucoup de lagunes. 
Les lagunes prennent donc des aspects très-différents, auxquels 
correspondent des dénominations populaires particulières. Celles- 
ci indiquent en quelque sorte la quantité d'eau accumulée dans 

\m\ AUG. — I. 11 



162 DUNES — CIENEG AS. 

cos bas-fonds ot ont besoin d'une explication. Une véritable lagune 
a toujours une suiiacc d'eau libre et ouverte, une bordure de 
joncs ou de roseaux qui n'est pas toujours continue, et très-sou- 
vent aussi des rives élevées et abruptes, du moins sur un côté, 
principalement à l'est. En les examinant avec soin on reconnaît 
qu'elles ont pour origine ou bien une érosion dans le Ichm 
diluvien {barranca) , ou bien dos dunes de sables (medanos) y ac- 
cumulées par le vent. Los dunes offrent un intérêt particulier. 
Elles ressemblent complètement à celles de la mer Baltique sur 
les côtes delà Poméranie et de l'île de Rügen, où je les ai souvent 
observées dans ma jeunesse. Elles sont aussi revêtues par une 
grande espèce d'Elymus comme celle d'Europe ^ — Les ciene- 
(/as forment une seconde catégorie de bassins humides de la pampa. 
Ce sont de vastes marécages, le plus souvent de forme allongée et 
couverts d'une épaisse végétation de roseaux. L'eau ouverte y 
existe seulement sur quelques points (banados) au milieu. Ce sont 
des parties déprimées de la plaine transformées en marais. — Ces 
marais prennent le nom de pajonales, lorsqu'ils ont une plus fai- 
ble étendue, et se reconnaissent comme endroits humides àlapré- 
sencc de roseaux et de joncs élevées. Mais en général ils sont 
dépourvus d'eau et ont le plus souvent un sol assez soUde, non 
vaseux, et on peut les parcourir et les traverser sans danger. C'est 
là que croît en abondance le belle graminée Gynerium argen- 
teum. — Enfin on appelle canadas tous les bas-fonds do grande 
étendue dans lesquels sont disséminés dos groupes de roseaux. 
Ils peuvent être traversés par un ruisseau, et constituent dans leur 
ensemble de bons pâturages très-propres à l'élève du bétail. — 
Ces endroits humides dans la pampa ne forment qu'une très-mi- 
nime partie de sa surface et n'en modifient le caractère que d'une 
façon accessoire. Ils n'entrent pas dans la physionomie typique 
de la pampa. Dans le nord on parcourt souvent des districts en- 
tiers de la pampa absolument dépourvus d'eau, et le voyageur 
peutmarcher des journées entières sans en rencontrer la moindre 
nappe ^^ 
Nous devons encore faire remarquer que quelques-unes de ces 



MODIFICATIONS CAUSÉES PAR LA COLONISATION. 1G3 

lagunes sont salées et déposent en quantité plus ou moins grande 
du sel de cuisine ou du sel de Glauber et du gypse. D'autres au 
contraire donnent lieu à des formations de kaolin et quelquefois 
contiennent de la silice en dissolution. Toutes ces substances sont 
localisées et proviennent sans doute du sol sur lequel repose la 
lagune, ou bien y sont apportées. Ces particularités locales 
sont peu conmiunes dans la province de Buenos-Ayres, où le 
sous-sol est toujours formé par la marne couleur de rouille. On 
les trouve plus fréquemment sur les limites de la Patagonie et 
dans Touest des pampas, où les roches meubles des époques pré- 
historiques constituent le sol. On constate aussi dans ces régions 
une végétation particulière de plantes propres aux lagunes et 
bassins salés {salinas et salitt^ales). Nous y reviendrons plus tard 
dans les descriptions particulières. 

Pour terminer, nous avons encore à faire connaître la part que 
la colonisation prend dans l'aspect général des pampas, part qui, 
suivant les localités, peut être très-considérable. On ne la recon- 
naît que sur les points où la population européenne s'est fixée en 
nombre depuis déjà assez longtemps ; mais elle y a profondément 
modifié la pampa. Nous ne voulons pas parler ici des plantations 
d'arbres mentionnées plus haut , mais des changements qui se 
sont produits sans but déterminé et sans faction directe des co- 
lons. Ici se place avant tout finvasion du sol des pampas par les 
mauvaises herbes d'Europe. Elle est si importante en certains 
endroits, par exemple le long des routes principales (ßeise,!, 132), 
que des plaines de plusieurs milles ont pris un aspect tout diffé- 
rent de celui qu'elles avaient primitivement. Nous reviendrons, 
dans la partie botanique, sur ces plantes introduites et donnerons 
la liste de toutes celles qui ont été observées. Pour le moment, 
nous signalerons seulement celles (jui ne croissent pas dans le 
voisinage etàfintérieurdes villes et villages, mais qui recouvrent 
de larges surfaces en rase campagne. Ce sont avant tout deux 
chardons, le cardon sauvage {Cynara carduneuhis) et le char- 
don-Marie {Carduus [Sili/bum] marianus), Le Xanlhium spino- 
sum est aussi très-répandu dans les pampas; ensuite le fenouil 



9/ 



164 LES CHARDONS IMPORTES. 

(Anethiim fœnicidum) ; mais il forme des masses seulement dans 
le voisinage des établissements. 

Le cardon sauvage, appelé par les habitants cardo de Castilla, 
se trouve en grand nombre le long de toutes les routes et dans 
les campagnes des environs de Buenos-Ayres. Il contribue à orner 
le paysage par ses grands capitules de fleurs violettes, qui s'élè- 
vent à hauteur d'homme et dépassent de beaucoup les autres 
plantes.. Il s'est avancé à l'intérieur et est déjà répandu dans toute 
l'étendue des pampas. Mais on le rencontre surtout dans le voi- 
sinage des habitations ; il n'a pas encore pénétré dans les vastes 
solitudes des pampas. Au nouvel an, lorsque les graines sont 
mûres et entourées de paiUettes rayonnantes, le vent les emporte 
par millions et les dissémine au loin sur les contrées environnan- 
tes. Toutes les rues de Buenos-Ayres sont alors pleines de tas de 
ces flocons légers, qui pénétrent en masse dans les maisons par 
les portes ouvertes et les fenêtres, vont s'entasser dans tous les 
coins et les angles et deviennent un véritable tourment pour les 
habitants. 

Le chardon-Marie est encore plus répandu dans la province de 
Buenos-Ayres. Il croît non-seulement le long des routes, mais 
encore dans les champs, loin des habitations, couvrant entière- 
ment des heues carrées et gagnant continuellement du terrain. 
Les chevaux et les bestiaux mangent avec avidité les jeunes pous- 
se>ï, qui apparaissent déjà en automne (avril, mai), et recouvrent 
pendant l'hiver (juin, juillet, août) les champs d'une verdure fraî- 
che et succulente. Il n'est donc pas nuisible à la colonisation. Les 
colons lui donnent le nom de cardo de huiro, et le considèrent 
comme indigène. Il s'est répandu avec la même profusion jus- 
qu'en Patagonie. Plus lard, loisque les hautes inflorescences se 
dressent et que les feuiUes dures et épineuses ont perdu leur 
fraîcheur, cette plante n'a plus de valeur pour le bétail. Mais 
elle sert encore d'abri à de nombreux animaux sauvages. Les 
perdrix et les lapins (Cavia Azarae) se cachent dessous, le renard 
et le putois y établissent leurs repaires, et les pigeons ainsi que 
les perdrix se nourrissent de préférence avec ses graines mûres. 



VÉGÉTATION DES PAMPAS STÉRILES. 165 

(lotte plante européenne joue donc déjà un rôle indispensable 
dans les pampas de Buenos-Ayres *'. 

Ce que nous avons dit des pampas de la plaine argentine s'ap- 
plique seulement aux parties fertiles de la région orientale et 
surtout méridionale du pays. Elles embrassent la province de 
B;:enos-Ayres, une partie de Santa-Fé et l'intérieur jusqu'au 68' de 
long, ouest de Paris. Elles finissent par conséquent à peu près 
sous la même longitude que la Sierra de Cordova, que les pampas 
fertiles ne dépassent pas à l'ouest. On les retrouve cependant plus 
ad nord, dans la plaine de la province de Tucuman, entre les deux "f/f^irrJf/A 
grands cours d'eau du Rio Salado et du Rio DulceTlci elles ont ^-j jrÇd 
un aspect un peu plus riche que dans le sud. Ce changement Ç^ 
provient sans doute de différences spécifiques dans les graminées 
des deux contrées, mais au reste il n'est pas assez marqué pour . 
fonder une distinction bien profonde des deux régions. Il en est tout 
autrement des pampas stériles en deçà de la Sierra de Cordova et 
à l'ouest du Rio Quinto, entre San-Luis et Mendoza, ainsi qu'au 
nord dans la région de San-Juan, la Rioja et Catamarca. \\ n'existe 
plus de trace de tapis de graminées, et le gazon touffu manque 
totalement, en dehors des petites plaques qui végètent au bord 
d'un ruisseau ou à'xmQcienega. Dansées provinces, le sol dénudé 
est composé d'un sable meuble *^ dans lequel des groupes de 
cactus se sont enracinés çà et là. La plupart sont peu élevés et d'un 
aspect chétif, mais diffèrent les uns des autres par leur forme, tantôt 
tuberculeuse, tantôt sphérique ; quelques-uns sont revêtus de 
minces épines de la longueur d'un doigt. On y remarque aussi 
une espèce qui, au lieu d'épines, porte des feuilles presque aussi 
longues, larges de deux lignes, recourbées en bas, linéaires, sca- 
rieuses et grisâtres. Quelques espèces de Cereus un peu plus 
élevées se montrent encore ici ; parmi elles, une porte des fruits 
rouges très-savoureux de la grosseur et de la couleur d'une bille de 
billard. En beaucoup d'endroits il n'existe pas d'autre végétation 
sur ce sol. D'ordinaire, cependant, il est couvert de fourrés d'ar- 
brisseaux peu élevés, à ramifications extrêmement nombreuses et 
entrelacées, et à feuilles petites et très-insignifiantes. Quelques- 



166 BROUSSAILLES DES PAMPAS STÉRILES, 

•uns manquent totalement de feuilles. Ils ressemblent m Spar Hum 
d'Allemagne, avec une taille généralement plus élevée qui 
atteint 10 à 12 pieds. D'autres, en plus grand nombre, portent 
d'épaisses et longues épines, simples ou ramifiées, souvent 
tricuspides. Sans être très-touffus, ils forment des fourrés impé- 
nétrables, inaccessibles à l'homme comme aux animaux. Ce 
n'est pas ici le lieu de décrire en détail ces plantes ; nous y 
reviendrons plus tard dans le volume contenant la flore de la 
république Argentine. Remarquons seulement que ce sont 
surtout des légumineuses du groupe des acacias et des compo- 
sées qui constituent la végétation des pampas stériles ou steppes, 
comme nous avons dénommé ces contrées plus haut (p. 155.) 
Les plantes du premier groupe dominent. Elles composent la 
haute broussaille des steppes, mais ne dépassent pas 6 à 8 pieds 
dans les parties méridionales de la contrée. Un cavalier peut 
donc dominer des yeux sur ces broussailles. J'ai toujours été 
étonné lorsqu'en chevauchant à travers ces contrées appelées 
prétentieusement des forêts (monte^'') je voyais la prétendue forêt 
au-dessous de moi, au lieu démarcher à son abri comme j'y avais 
été accoutumé dans les forêts de ma patrie. Il y a sans doute aussi 
de nombreux endroits auxquels cette caractéristique s'appli- 
querait mal, plus particulièrement dans les districts du nord, où 
les broussailles s'élèvent jusqu'à 20 pieds. Mais comme ces 
arbrisseaux n'ont pas de tronc et se ramifient à l'infini près du 
sol, la forêt perd encore le caractère qu'on est habitué à lui 
donner, à savoir de grands et puissants arbres dominant au- 
dessus d'un sous-bois grêle et étiolé. Ici tout est sous-bois, du moins 
dans la région des pampas que nous avons en vue pour le moment. 
Gomme les pampas stériles sont le plus souvent situées au voi- 
sinage de montagnes ou dans les larges vallées qui les sillonnent, 
un phénomène nouveau, qui manque absolument dans les plaines 
verdoyantes, vient encore les caractériser, du moins au pied des 
montagnes : il s'agit de la présence dans leur sol de grands amas 
de graviers et de galets. Cette composition n'est sans doute pas 
universelle ; mais on peut la constater dans toutes les localités où 



FORMATION DETRITIQl'E DES PAMPAS STElilLES. 167 

les plaines en question sont enveloppées de montagnes, par 
exemple à Mendoza et à Galamarca. On y voit au pied de la mon- 
tagne une couche de débris large d'une lieue environ et plus 
Ibrtement inclinée que le sol adjacent. Ses éléments, formés do 
galets entièrement arrondis, presque tous ovales, sont de la 
grosseur d'une courge, d'un melon, d'un œuf d'oie, ou d'un grain 
de sable. Ils sont assemblés dans une gangue arénacée finement 
broyée et grise, dans laquelle ils ne sont pas soudés ensemble, 
mais demeurent toujours libres et isolés. Ce sol détritique a une 
grande puissance, surlout dans les montagnes. J'ai vu des coupes 
de 30 pieds d'épaisseur sans que la strate fût traversée. En 
s'écartant des montagnes, cesfo^ïiations^kmincissent, les galets 
deviennent plus petits, et lorsque la pai^a stérile proprement 
dite commence, les gros cailloux roulés disparaissent entièrement. 
Ici le sol est encore composé de cette terre arénacée, fine et d'un 
gris clair qui constitue toutes les alluvions du territoire argentin, 
tant que la présence d'une végétation touffue n'est pas venue 
donner par ses produits do décomposition une coloration foncée 
grise noirâtre due à l'humus, en augmenter un peu l'épaisseur 
et les rendre plus fertiles. Au pied même des montagnes la surface 
est recouverte de gros blocs d'un mètre do diamètre et au-dessus. 
Entre eux, ainsi que surtout le terrain détritique, croissent les 
mômes buissons qui végètent dans les plaines des pampas stériles, 
plus particulièrement cependant les formes les plus petites, 
cactées et composées. Les grands acacias, qui prédominent dans JaÙLù 
la plaine, y manquent. -/ 

liest donc indubitable que cette formation détritique appartient 
ä la période des alluvions, ainsi que toute la surface finement 
arénacée des pampas tant stériles que fertiles et que les galets 
proviennent des montagnes voisines au pied desquelles s'étend 
cette formation. Conformément aux lois de la physique, la grosseur 
des galets décroît à mesure qu'on s'éloigne des montagnes, puis 
enfin ils disparaissent entièrement du sol, dont la substance pro- 
vient de l'usure de ces galets arrondis par le frottement. Conune les 
pampas fertiles manquent dans h» voisinage des grandes chaînes 



168 ABSENCE DE LAGUNES DANS LES PAMPAS STÉRILES. 

de montagnes du territoire argentin, ce fait nous explique suffi- 
samment Tabsence de cailloux roulés dans leur sol. Il prouve 
seulement que le sol des pampas est venu de grandes distances 
et que les forces de transport ne suffisaient plus à mouvoir ni les 
gros ni les petits galets. Par là aussi on se rend compte de 
l'absence absolue de cailloux roulés à la surface et dans le sol 
des pampas fertiles. Les rivières elles-mêmes qui les sillonnent ne 
roulent aucun caillou. Elles en sont complètement dépourvues et 
on ne trouve de graviers dans leur lit que dans la première partie 
de leur cours. — Ces conditions existaient déjà les mêmes 
longtemps avant la période alluviale, car on ne trouve aucun 
galet dans le diluviun^ki-mêmqi 

Nous avons pu citer comme un caractère positif, servant à 
distinguer les pampas stériles des fertiles, l'existence sur leurs 
bords de ces grandes masses de détritus. L'absence des nom- 
breuses lagunes des pampas fertiles est un second caractère 
distinctif qui doit aussi son origine à des causes locales. Toute la 
partie occidentale du territoire do la république est pauvre en 
pluie; les dépressions du sol, manquant de l'eau nécessaire, ne 
peuvent pas se remplir. En outre la couche alluviale superficielle 
absorbe l'eau, qui ne s'arrête que dans sa partie profonde, sur la 
marne plastique du diluvium située au-dessous. Le peu d'eau de 
pluie qui tombe disparaît donc aussitôt de la surface, rendant 
impossible toute végétation de graminées et autres plantes déli- 
cates, et n'accordant que le peu d'humidité infiltrée dans la pro- 
fondeur du sol aux plantes ligneuses qui enfoncent profondément 
leurs racines et à qui leur rusticité donne une plus grande force 
de résistance. Les grandes cienegas ou marais existent seulement 
dans quelques endroits des pampas stériles ; les lagunes pro- 
prement dites avec eau ouverte, nulle part. On ne trouve que 
des étangs artificiels, sur des points favorables et toujours très- 
petits, pour l'usage des faibles troupeaux de ces localités. 

Un autre phénomène est au contraire beaucoup plus fréquent 
dans les pampas stériles que dans les f(3rtiles ; nous voulons parler 
des efflorescences salines à la surface du sol. Dans de nombreuses 



SALÏNAS ET SALITRALES. iG9 

localités elles donnenl naissance à de vastes croûtes de sel occupant 
plusieurs lieues carrées. J'ai eu occasion, (Beise ï.,p.228) prèsde 
Mendoza, dans la plaine au nord-est, d'étudier de près la consti- 
tution de ce sol. A la surface il est composé d'une fine poussière, 
que chaque souffle de l'air soulève en nuages, tant qu'il ne s'est 
pas -produit d'efflorescences salines. Celles-ci apparaissent après 
de légères pluies ou de grandes rosées nocturnes, qui enlèvent 
le sel au sol, le dissolvent et en s'évaporant l'abandonnent à la 
surface comme un manteau d'un blanc de neige. Ce sont le plus 
souvent des sels sulfatés, principalement de soude et de chaux. 
Ils existent dans le sol sous forme de sel de Glauber et de gypse 
et en sont extraits comme nous venons de l^ire. Au jour, lorsque 
le soleil brille, la différence de la croûte de sel blanc et du sol 
gris jaunâtre très-clair n'est pas très-sensible. Mais à la marche 
on sent bien sa présence. La couche supérieure, mince et cassante, 
se brise et craque sous le pied, qui laisse une empreinte nette- 
ment limitée. La couche superficielle de sel apparaît avec un blanc 
bien pur seulement à la tombée de la nuit et surtout avec le clair 
de lune. Elle brille alors comme de fins cristaux de sucre candi 
et le sol semble presque couvert de givre. Au milieu de l'été, 
lorsque la chaleur du jour a pesé lourdement sur le voyageur, ce 
phénomène produit une singulière impression. On aspire après 
la fraîcheur et on pense au froid, croyant avoir du givre devant soi; 
mais avec la chaleur lourde du soir, on ne sait plus qu'en croire 
et auquel des sens on doit encore se fier. 

Les indigènes distinguent deux espèces de sols salifères avec^ 
les noms de salinas et salitrales. Les salifias sont de grands lacs y-'^.^'' ^^ 
salés préhistoriques et desséchés. "On les rencontre seulement [/•. ^r^'^^^i 
dans les parties les plus déprimées de la surface du territoire de f\_: 
la république Argentine, notamment dans les grandes steppes, /[^-^^tî-'' 
entre les provinces de la Rioja, Catamarca, Santiago et Cordova, 
où elles occupent un grand espace. Nous en parlerons avec détails 
à la fin du chapitre. Les salitrales ne sont pas des bassins au vrai 
sens du mot, mais de vastes plaines, comme celle décrite dans le 
voisin:ige de IMcndoza, dont la surface se recouvre de temps ù 



d 



170 LES FORÊTS ARGENTINES. 

autre d'une fine croûte de sel. Le peuple prend cette croûte pour 
du salpêtre, semblable au salp(3tre des vieux murs, d'où ces 
plaines ont pris le nom de salitrales. — Les pampas stériles ne 
renferment pas de véritables lacs salés, bien que le chlorure de 
soude prédomine dans le sol des salinas. On les rencontre uni- 
quement au sud des pampas fertiles, sur la limite de la Patagonie, 
ou il en existe quelques-uns avec sel marin pur exploité par les 
habitants '^ 

Telles sont les pampas. Nous pensons avoir dit dans cette des- 
cription tout ce qu'il y a d'essentiel et d'important à connaître 
sur ces vastes plaines, auxquelles la république Argentine doit 
les particularités les pjus caractérisques de sa nature. L'élève des 
troupeaux est le principal but à poursuivre dans ce pays, et le 
^ sera encore longtemps à^use^de^ la jiatui^e du soL Les surfaces 
que l'agriculture transformera et que les reboisements pourront 
couvrir de végétation seront toujours de faible étendue *^ 

Il nous reste encore à parler des parties du bas pays argentin, 
qui ne sont plus des pampas, mais portent des forets plus élevées 
et plus importantes que les broussailles des pampas stériles. Ces 
forêts existent et occupent même des surfaces très-étendues, 
mais elles sont presque toutes situées sur les limites et modifient 
peu le caractère général de l'ensemble du pays. 

Il faut distinguer deux types principaux de forêts dans le ter- 
ritoire argentin: la foret clair-semée et la forêt touffue et ombreuse. 

La forêt clair-semée prédomine. Elle se trouve dans différentes 
régions et est caractérisée par l'espacement des grands arbres 
entre lesquels poussent d'autres plantes formant une sorte de 
fourré sans arriver à constituer un toit de verdure continu et 
élevé. A ce type appartiennent les petites plages forestières situées 
le long dos rives de beaucoup de cours d'eau intérieurs, par 
' p Ùk ^^ß^plß d^ ^^iö Tercero ou Garcaranal.^Le chemin de fer de 
, I Rosario à Gordova traverse pendant quelque temps des forêts de 
cette sorte et donne au voyageur 1 occasion de s en faire une idée. 
•Une espèce d'arbre, ou plusieurs analogues, prédominent ordi- 
nairement dans ces forêts clair-semées ; spécialement Valgarroba 



CARACTÈRE DES FORÊTS CÏ.AIR-SEMÉES. 171 

{Prosopis dulcis)y légumineuse du groupe des acacias, qui est 
l'arbre le plus commun du pays. En certains endroits, surtout 
dans la région nord-ouest, il forme de grandes forets entièrement 
dépourvues de sous-bois. Elles ont une double utilité pour les 
habitants, comme exploitation de bois et comme ressources ali- 
mentaires. On emploie dans divers aliments et boissons la moelle 
douce et sucrée qui enveloppe dans leurs gousses les graines de 
cet arbre. L'arbre est peu élevé, son tronc court et épais, sa cou- 
ronne large et à feuilles fines, et il sert souvent de support aux 
plantes parasites et grimpantes ^^ — Un autre arbre commun dans 
les forets clair-semées est le saule (Salix Hiimboldtiana) ; mais 
on le rencontre seulement dans le voisinage des rivières et des 
ruisseaux, principalement près de leurs embouchures dans le 
Paranii. Il manque presque complètement dans la région occi- 
dentale. La forêt qui croit dans les nombreuses îles du Rio Paranâ 
et entre les bras de son embouchure, où elle couvre de grands 
espaces, est pauvre en sous-bois. Les troncs sont assez écartés, 
les couronnes parviennent à se toucher, mais donnent peu 
d'ombre. Le fleuve inonde le sol presque chaque année et em- 
pêche la croissance de nouvelles plantes autres que des espèces 
molles de joncs, des asclépiadées annuelles et grimpantes et des 
convolvulacées qui sont nombreuses ici. — La véritable contrée 
de la forêt clair-semée est le Gran Ghaco, cette vaste plaine, encore 
inaccessible à la colonisation européenne, située entre le Rio 
Salado et le Rio Paranâ et qui, au nord, se prolonge sur les deux 
rives du Rio Vermejo et du Rio Pilcomayo jusqu'au delà des 
limites de la république Argentine. Toute cette surface d'environ 
8 000 lieues carrées forme une seule et immense forêt d'arbres 
vigoureux et élevés, assez distants et de diverses espèces. Entre 
eux croît un sous-bois épineux et le cactus candélabre, dont le 
gros tronc, hautdei0à12 pieds, porte des ramifications obliques, 
longues de 20 à 30 pieds, ce qui lui donne un aspect bizarre et 
surprenant. En général les arbres ont un bois d'une extrême 
dureté, ainsi que l'indique le nom d'un des plus communs, le 
quebracho (en français: brise-fer). On l'emploie à beaucoup 



i72 LES FORÊTS TOUFF[!ES ET OMBREUSES. 

d'usages ; mais d'autres encore plus durs sonlà peine ouvrables ^ 
Leur feuillage est peu touffu et sans ombre, à feuilles épaisses et 
petites, un peu dans le genre des saules. Elles sont simples et 
non pennées, comme celles des a/y/arrote et des autres acacias. 
Les extrémités des rameaux ne sont pas rigides, droites ou 
obliques, mais grêles et pendantes, flottant au vent, sans lui 
opposer par leur rigidité cette résistance qui produit dans les 
forêts de conifères d'Allemagne ces sifflements ou ce doux bruis- 
sement que l'on perçoit aisément et qu'on écoute agréablement 
comme le murmure aimé de la forêt. Je n'ai entendu ce même 
bruissement que dans les forêts à'algarrohes dont les rameaux 
sont rigides et les feuilles serrées. Ce fut pour moi une agréable 
surprise, me rappelant ma patrie et ma jeunesse. 

La forêt touffue et ombreuse a un caraclèro entièrement 
différent de la forêt clair-semée dont nous venons de parler. 
Elle existe sur quelques points assez limités de la république, 
notamment au pied sud-est de la Sierra de Tucuman et dans une 
contrée analogue en avant des montagnes des environs de Salta. 
L'arbre principal est un laurier de taille et de dimensions impo- 
santes, comparable aux plus beaux chênes, avec une tige puis- 
sante de 4 à 5 pieds d'épaisseur et de fortes et larges branches, 
qui commencent à 40 ou 1^ pieds du sol et se ramifient à l'infini 
jusqu'à la dernière extrémité. Le tronc se continue entre elles, 
donne naissance à de nouvelles ramifications et se termine en se 
subdivisant en plusieurs rameaux, qui portent une couronne 
large et touffue. Les feuilles, coriaces comme du cuir, luisantes, 
d'un vert foncé, longues de 4 à 5 pouces et larges de 2 à 2 pou- 
ces 1/2, forment en se pi'essant les unes contre les autres un véri- 
table dôme de feuillage sous lequel le voyageur marche avec 
plaisir, abrité contre les rayons du soleil et au sein d'une douce 
fraîcheur, surtout le matin lorsque la rosée, déposée sur le sombre 
toit, s'évapore ou en tombe en grosses gouttelettes. Sous ces beaux 
lauriers croît un vigoureux sous-bois, qui épaissit la forêt, et de 
nombreuses plantes aériennes et grimpantes se fixent et s'attachent 
à ses fortes branches. Il est difficile de rencontrer un arbre de 



ACCLIMATATION DE L'ORANGER. 173 

grande taille dont les branches inférieures Reportent pas quelques 
bouquets de broméliacées, semblables par leur aspect et leur 
dimension à celles qui sont si communes dans les forêts du 
Brésil. Cette forêt de lauriers est encore en beaucoup d'endroits 
à son état primitif et ornée des troncs les plus gigantesques, dont 
un très-grand nombre peuvent remonter au delà de l'ère chré- 
tienne. Des cactus à fines ramifications en forme de houppe 
pendent d.e ses branches, et de nombreuses plantes grimpantes à 
feuilles sagittécs, probablement des asclépiadées, enlacent sa tige 
de nombreux replis en s'appliquant sur l'écorce et l'enveloppant 
presque aussi complètement que le lierre sur les chênes en Europe. 

Le laurier n'est pas le seul arbre des forêts touffues. D'autres 
formes arborescentes de grande taille l'accompagnent et contri- 
buent par la variété de leur port et les différences de leur feuillage 
à accroître l'impression pittoresque que la forêt de lauriers 
produit sur le spectateur. Pour le moment nous n'en dirons rien 
de plus, nous réservant de leur consacrer plus de détails dans la 
partie botanique de cet ouvrage. Nous signalerons seulement les 
orangers devenus sauvages. On les trouve partout avec leurs 
pommes d'or dans ces forêts, et ils leur donnent un aspect réelle- 
ment paradisiaques. Ils n'y sont pas spontanés, mais ils ont été 
introduits par les colons européens, lorsque les premiers Espa- 
gnols ou Gauchos mangeant des oranges en jetaient les graines 
au hasard. Ce sont ces graines semées accidentellement qui ont 
donné naissance à ces beaux arbres. Le caractère de cette région 
forestière est subtropical. On retrouve ici le même mélange d'es- 
sences les plus diverses que j'ai admiré dans les forêts du Brésil 
et décrit comme une propriété tout à fait étrangère à nos forets 
d'Europe ^^ On y retrouve encore cette parure si variée de j)lantes 
aériennes qui se fixent sur les arbres et donnent à la forêt ce 
cachet particulier et étrange pour le voyageur. On sent de suite 
qu'on se trouve dans un autie monde. 

Une autre région forestière touffue et ombreuse et d'une nature 
un peu différente existe dans la partie nord^est de la province de 
Coirientcs, les anciennes Missions des jésuites. Mais je n'ai jamais 



à. 



174 FORÊTS DE PALMIERS. 

visite ce district et ne puis par conséquent rien dire de sa physio- 
nomie propre. Cette forêt aussi est composée d'essences variées 
et porte encore le même caractère de forêt tropicale. L'absence, 
au milieu du dôme de verdure de la forêt, de palmiers élancés 
ondulant avec leurs beaux panaches de feuilles, comme on en voit 
en si grand nombre dans les forêts du BrésilJÎorme un caractère 
V t < -CL" distinctif entre ces vraies forêts tropicales et la forêt subtropicale 
gsivvs. décrite plus haut. Je n'ai pas trouvé de palmiers dans la forêt de 
'^T^-o^? ~ lauriers de Tucuman, et l'identité de position géographique me 
çljjji^i'^' fait présumer qu'ils manquent aussi dans les forêts des Missions. 
. ' fari^'^' ^^ pourrait cependant en être autrement, car on rencontre dans 
' les forêts basses d'Entre-Rios, situées plus au sud, une espèce 

particulière de palmier {Thrinax brasiliensis) , dépourvue de 
tige, et d'autres palmiers à haute tige {Copernicia campestris) 
poussent plus loin dans les terres, tantôt dispersés à la surface 
^iL^^ , des pampas, tantôt groupés et serrés les uns contre les autres en 
^ (y^jAk petites forêts dans les régions au nord et au sud de Cordova-*. ^ 
iAj*^^ ' Une troisième espèce distincte des deux précédentes forme les 
' v^^%;' forêts de la partie orientale d'Entre-Rios, à côté du Rio Uruguay. 
Après ce tableau à larges traits des grandes plaines argentines, 
il nous reste encore à donner une courte description de deux 
annexes situées l'une au nord-ouest, l'autre au sud, le désert salé 
et les steppes de la Patagonie. Ces dernières, par lesquelles 
nous commençons ■■^*, ne forment pas une plaine unie comme 
la pampa du sud, mais une surface composée de terrasses 
échelonnées, et sillonnée de profondes dépressions. Elles 
' ^ commencent au sud du golfe de Bahia Bianca et se continuent 

avec le même caractère jusqu'au détroit de Magellan, en se 
relevant graduellement à l'ouest le long des pentes des Cordil- 
lères. Les dépressions, bien connues et observées sous le nom de 
bajos par les indigènes, sont les meilleures parties du sol. On 
y trouve encore de vraies prairies, et beaucoup ressemblent assez 
aux pampas fertiles. Mais elles forment de beaucoup la plus petite 
partie de la surface totale et passent à peu près inaperçues dans 
Tensemble général. La plus grande partie des steppes patagones 



LA PLAINE PATAGONE. 475 

est occupée par un sol dur, sec, sans^lapis de graminées, mais 
avec des broussailles herbacées ou ligneuses dans lesquelles do- 
minent tantôt une espèce, tantôt une autre, mélangées çà et là 
avec des touffes de graminées et de composées, mais sans 
jamais former des gazons comme dans les pampas. Les buissons 
de grandes plantes ligneuses atteignent à la hauteur d'un homme 
ou d'un cavalier, et se distinguent comme dans le terrain détriti- 
que du pied des Cordillères et des autres montagnes des pampas 
de l'ouest par leurs feuilles nombreuses et extrêmement petites, 
par leurs innombrables ramifications et les fortes épines dont ils 
sont armés. Des cactus, avec de longues et très-dures épines, s'y 
trouvent aussi en grand nombre et donnent à la campagne un 
aspect particulier, misérable et repoussant que nous avons déjà 
vu dans le terrain détritique. Le voyage à cheval lui-même devient 
dilficile à cause des longues et dures épines que les animaux 
s'enfoncent facilement dans les pieds. 

L'eau n'existe à peu près nulle part sur ces terrasses. Le sol dur 
ne la laisse pas pénétrer dans la profondeur ; mais il tombe peu 
de pluie et l'évaporation est très-active sous l'action des vents 
régnant, le plus souvent du sud. Dans les dépressions seules se 
formentdes nappes d'eau accidentelles qui y font naître une fraîche 
verdure et des gazons. La pluie, ne pouvant pénétrer dans le sol 
dur, se rassemble ici pour quelque temps, apporte dans la dé- 
pression de légers dépôts d'alluvions et maintient une fraîcheur 
plus durable. 11 n'existe que trois grands fleuves au nord : le Rio 
Colorado, le Rio Negro et le Chubut, et deux petits au sud : le 
Rio Désire et le Rio Santa-Cruz. Tous descendent des Cordillères et 
transportent à la mer les eaux des neiges fondues du sommet. La 
végétation est un peu plus riche sur leurs rives, et les larges 
thalwegs qu'ils se sont creusés sont quelquefois très-propres à la 
culture. La vigne, le blé et toutes les plantes cultivées de l'Europe 
moyenne croissent dans la partie septentrionale. D'épais halliers 
de saules aux troncs élevés et disposés en groupes ornent aussi 
leurs rives. Mais ils font peu d'effet au seiti de l'immense désert 
des steppes et ne ressemblent guère à de vraies forets. La vérita-' 



176 PARTIE OCCIDENTALE. 

ble végétation arborescente manque ici. Quand l'eau s'accumule 
et forme des lagunes, elle est presque toujours salée. Celle qui 
jaillit des profondeurs jouit du même caractère, et sur plusieurs 
fontaines artificielles, c'est à peine si l'on en trouve une avec de 
l'eau douce et vraiment potable. Les lagunes contiennent souvent 
du sel de cuisine pur, qu'elles laissent déposer sur leurs bords, et 
deviennent ainsi utiles à l'homme '^'l Mais la colonisation eu- 
ropéenne a peu de chose à espérer ici. Les essais tentés depuis 
cent ans sont tous venus échouer au bout de peu de temps devant 
le découragement des colons, auxquels les tristes épreuves des 
débuts enlevaient bientôt tout espoir de succès pour l'avenir et 
ne laissaient qu'une existence misérable quand ils persistaient à 
demeurer sur les lieux. 

La partie occidentale des steppes de la Patagonic est un peu 
différente de l'orientale ; mais elle est malheureusement très-peu 
connue. Les anciens voyageurs de l'époque de la domination 
espagnole parlent souvent de haute végétation dans cette contrée, 
d'une forêt de pommiers sauvages dont les fruits seraient mangés 
par les Indiens ; mais on ne sait encore rien de certain sur tout 
cela et il faut considérer le dernier fait comme une fable. Quant à 
l'existence de forêts, elle est certaine. Le sol s'élève vers l'ouest de 
même que plus loin vers le nord, et forme encore plusieurs terrasses 
avant d'atteindre les puissantes formations détritiques qui lon- 
gent le pied des Cordillères ou sont accumulées dans les gorges 
même est la de montagne. Ces terrasses proviennent des dépôts 
formés loin des anciens rivages par les masses terreuses finement 
broyées produites par les phénomènes de désagrégation dans les 
montagnes, et dont les restes allaient se déposer tranquillement 
loin du rivage. Comme chacun de ces gradins possède une grande 
étendue et que chacun d'eux se sépare des suivants par une chute 
très-apparente, les indigènes les ont très-bien reconnus et les 
distinguent de la pampa basse par le nom de pampas elevadas. 
En général, il existe deux gradins. Le plus élevé fait immédiate- 
ment suite aux collines détritiques, le second, un peu moins élevé, 
s'avance plus dans le pays. L'un et l'autre sont tout à fait unis, 



FORÊTS DE LA PATAGONIE ET STEPPES SALÉES. 177 

avec une légère inclinaison à l'est. Ils sont formés de matériaux 
homogènes finement broyés, qui possèdent le caractère friable du 
sol des pampas fertiles. Quelquefois cependant on y rencontre des 
roches solides. Plus loin à l'est viennent les autres gradins qui, 
d'après Darwin, se conservent au nombre de sept ou huit à travers 
toute l'étendue du pays jusqu'à l'océan Atlantique. Le dernier et 
moins élevé forme une bordure devant le rivage actuel, ayant seule- 
ment quelques pieds au-dessus du niveau de la mer. Leur surface 
est couverte de graviers et ils paraissent marquer d'anciens rivages 
préhistoriques. Les ruisseaux, qui le plus souvent descendent en 
torrent des Cordillères, parcourent ces plaines et viennent 
réunir aux fleuves. Mais la végétation est presque toujours misé- 
rable, semblable à celle des pampas stériles, composée de buis- 
sons peu élevés ou de fourrés épais, parmi lesquels quelques 
massifs de saules se développent dans les bas-fonds des ruisseaux. 
Tout est désert et triste, sans apparence d'une culture possible sur 
ce sol misérable. Il faut aller plus vers le centre, au sud du Rio 
Cuarlo et du Rio Ouinto, pour rencontrer des forêts étendues 
d'algarrêbas qui se continuent loin au sud. Mais elles ne sont 
encore utilisées que par les Indiens Ranquelas et par d'autres 
tribus des sauvages Araucans. Elles s'étendent jusqu'au delà des 
bassins du Rio Negro et du Ghubut. 

La grande steppe salée, située dans la partie nord-ouest de la 
plaine argentine, est la contrée la plus déserte de tout le terri- 
toire. Nous avons réservé sa description pour la fin. Elle forme, 
ainsi que nous l'avons déjà vu (p. 153), une dépression ramifiée 
entre les ramifications des Cordillères et la chaîne de montagnes 
centrale. A l'ouest elle s'étend jusqu'aux premiers ressauts de la 
Cordillère, à Test jusqu'au Rio Salado et embrasse une superficie 
d'environ 500 milles carrés. Toute celte surface est salée et pré- 
sente les phénomènes d'efflorescencc saline dont nous avons parlé 
(p. 160). Cependant elle ne constitue pas une saline générale et 
continue, mais renferme seulement des lacs salés localisés et 
antéhistoriques, que l'on peut considérer comme les restes d'une 
ancienne mer intérieure.jsEn général, le terrain offre le memo 

REP. ARG. — I. i"! f 



J^^A 



478 LA PETITE SALINE SEPTENTRIONALE. 

caractère que les pampas stériles. C'est un sol arenacé, friable, 
sans tapis de verdure, sans aucune graminée et pauvrement peu- 
plé des buissons de plantes ligneuses à petites feuilles, dont nous 
avons déjà parlé. Pendant mon voyage, j'ai traversé un des dis- 
tricts situés le plus au nord de ces~plaines stériles : la route de 
Gatamarca à Copacavana (part. II, p. 222) est presque toute 
entière tracée à travers ces terrains. Cette partie extrême est 
encore assez élevée et entourée de montagnes. Mais à partir de ce 
point, le sol s'abaisse rapidement vers le sud-est et alors on ren- 
contre les salines proprement dites, ou dernières flaques de l'an- 
cienne mer évaporéeTjEUes sont toutes placées au bord méridional 
des branches de la dépression générale qui partent en rayonnant 
dans certaines directions. 

La partie la plus au nord, entre la Sierra Ambato, la Sierra de 
Belen, la Sierra Famatina et la Sierra Velasco, est la plus petite et 
en même temps la plus élevée. Elle est coupée au sud par le Rio 
Colorado et dans sa partie est, en avant de la Sierra Ambato, elle 
enveloppe une saline de grande étendue. Le sol est totalement 
dénué de végétation, Ijutauplus voit-on au bord du bassin quel- 
ques petites plantes herbacées salines, parmi lesquelles une 
Salicornia analogue à celle d'Europe. La vraie lagune est recou- 
verte d'une croûte de terre dure, blanche d'efflorescenccs salines. 
Comme tous les sols de vase, cette croûte en se desséchant se 
fendille en grands et petits compartiments. Après les pluies, rares 
ici, la lagune se remplit d'eau et se transforme momentanément 
en un bourbier vaseux. Mais ces pauvres flaques d'eau durent peu 
de temps, car l'évaporation en a promptement raison pendant la 
saison chaude, de décembre à mars. Le bassin a environ 16 lieues 
de longueur et 2 à 4 Heues de largeur. A l'extrémité nord il est 
im peu plus étroit qu'au sud, où il atteint sa plus grande largeur. 
Au milieu s'élève une chaîne basse de dunes, qui s'avancent éga- 
lement loin au sud. Sur les deux côtés de la saline, où se déve- 
loppent des forêts assez denses d'algarrobas, on voit d'autres 
chaînes de dunes. Elles datent sans doute de l'époque ou la saline 
formait encore un véritable lac avec des eaux permanentes, dont 



LA GRANDE SALINE CENTRALE/ 170 

les flots lavaient les sables, que le vent avec leur aide entassait en 
forme de dunes -^ 

Au sud de cette région, le grand bassin s'élargit beaucoup. La 
Sierra Ambato se termine ici par de petits appendices isolés et 
laisse une large plaine entre les deux sierras de Velasco et del 
Alto Platz. Celte plaine est beaucoup moins élevée que le district 
nord. Elle s'abaisse sensiblement vers le sud-est, se détourne au 
nord-est pour contourner Textrémité de la Sierra del Alto par 
"Id" ^28' de lat. S., s'adosse au sud le long du prolongement de la 
Sierra Famatina, puis enfin vient se perdre dans l'étroite dépres- 
sion, située entre la Sierra de San-Luis et les ressauts isolés de la 
Sierra Famatina, qui se prolongent jusqu'à la Sierra del GiganLe. 
Les étroites chaînes de montagnes de la Sierra de los Llanos cou- 
pent cette plaine en cet endroit. Les plus grandes salines du ter- 
ritoire de* la République se trouvent dans sa partie la plus dépri- 
mée. A côté d'elles, le sol est celui des panipas stériles, sans tapis 
de verdure, mais avec des buissons. Les salines elles-mêmes sont 
des surfaces entièrement nues et sans végétation, a contours 
allongés, semblables à celles que nous avons déjà décrites. On en 
distingue trois, séparées les unes des autres. 

La grande saline est sur le bord sud-est de la plaine, immédia- 
tement au pied du système de montagne central, dont la Sierra 
de Cordova forme le principal chaînon. Elle s'étend sur .presque 
4 degrés de latitude et a une longueur de 80 lieues. Sa largeur 
varie beaucoup et comporte à peine une lieue dans ses parties les 
plus étroites, tandis qu'elle atteint jusqu'à 6 à 7 lieues dans les 
parties les plus larges. Elle foinie donc une dépression allongée 
d'environ 25 lieues de long, dont l'extrémité sud est étroite et 
atteint jusqu'à 32° de lat. S., tandis que le milieu s'élargit en un 
large oval sous le 30" de lat. S., et que l'extrémité nord s'allonge 
jusqu'au llio Dulce, sous la forme d'un triangle étiré. Cette der- 
nière rivière devient salée à ce contact et prend le nom de Rio 
Saladillo. Le milieu est presque exactement sous le 30" de lat. S. et 
renferme une petite élévation de 2 à i mètres de hauteur, formée 
de terre solide, couverte d<' broussailles, île de l'ancienne mer 



180 LES DEUX PETITES SALINES iMÉRIDIOiNALES. 

salée, à côté de laquelle existent encore quelques flaques d'eau 
dans les points les plus déprimés. Le niveau du fond est à environ 

155 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les bords sont plus 
élevés et oscillent entre 180 et 200 mètres. Vers le Rio Dulce 
l'élévation devient uniforme, car le lit de cette rivière s'étend 
dans cette région en un large marais, avec une altitude de 

156 mètres. Gomme la grande lagune n'a pas de déversoir et 
qu'elle n'a qu'une faible inclinaison vers le Rio Dulce, l'eau de 
pluie qui s'y accumule de temps à autre, chargée de sel de cui- 
sine mélangé avec du carbonate de soude,' ne trouve pas d'écou- 
lement. L'évaporation laisse retomber ces sels sur le sol et la 
lagune demeure ce qu'elle était : un marais salé à fond boueux. 
Les pluies les plus violentes ne remplissent jamais complètement 
la dépression pour en faire un lac. Elle reste toujours à l'élat de 
marécage, dont la surface partiellement couverte d'eau se modifie 
sous l'action des vents régnants et présente tantôt ici, tantôt là, de 
grandes flaques d'eau, mais toujours d'une courte durée ^*. 

Deux autres salines plus petites existent dans le sud de celte 
dépression. Elles sont situées sur le bord occidental, au pied de 
la Sierra Famatina. Cette partie sud est interrompue par les chaî- 
nons étroits de la Sierra de los Llanos, qui court parallèlement à 
la Sierra Famatina et se continue jusque près de la Sierra de San- 
Luis. L'extrémité sud de la grande saline s'étend dans la moitié 
orientale, à côté de la Sierra de los Llanos à l'est. Dans la moitié 
occidentale, entre l'extrémité de la Sierra Famatina, qui prend 
ici le nom particulier de Sierra de lalluerta et celle de los Llanos, 
se trouvent l'une à la suite de l'autre deux salines étroites ana- 
logues. Celle du nord, entre la Sierra de los Llanos et la Sierra de 
la Huerta. a environ 85 lieues de long et seulement 3 à 4 lieues 
de large. A son extrémité méridionale elle est à peu près à 
ASO mètres d'altitude et probablement ne s'élève pas au nord, car 
sa plus grande largeur va encore en s'y accroissant, ce qui semble 
plutôt indiquer une inclinaison. La saline sud s'étend au pied 
oriental des petites montagnes isolées qui accompagnent le Rio 
Desaguadero à l'est et se terminent avec la Sierra del Gigante 



LE DÉSERT D'ACATAM.A. 181 

par St^M^'. Elle est presque aussi longue que la précédente, 
mais beaucoup plus étroite, du moins au sud, ou elle n'a plus 
guère que 2 lieues de large, tandis qu'à son extrémité septen- 
trionale elle en a plus du double. Son altitude est de 425 mètres, 
tandis que le Desaguadero, qui coule sur le côté occidental de 
cette chaîne, un peu plus au sud, n'est plus qu'à 416 mètres au 
passage de la route. La saline se termine presque sous la même 
latitude que San-Luis, etdanslamême direction, au sud, se trouve 
la lagune Bevedero. Celle-ci est le réservoir de toutes les eaux de 
la contrée qui descendent des Cordillères, et son altitude est de 
•400 mètres. On peut la considérer comme le point du sol le plus 
déprimé de cette région. 



IV 

LES CORDILLÈRES ET LEURS DÉPENDANCES. 

Nous avons décrit dans le précédent chapitre la plaine argen- 
tine dans ses caractères les plus importants; nous allons passer 
maintenant aux chaînes de montagnes qui constituent les grandes 
inégalités de son niveau. 

En première ligne viennent les Cordillères, qui bornent le 
territoire à l'ouest et dont les prolongements constituent la véri- 
table charpente de l'Amérique du Sud. Cette puissante chaîne de 
montagne forme dans le territoire argentin, vers ses frontières 
septentrionales, un haut plateau qui passe sans interruption dans 
le triste désert d'Alacama. L'auteur a traversé ce grand plateau 
dans le voisinage de 28' delat. S. et le connaît par lui-même. Il en 
pariera donc d'après ses impressions personnelles, telles qu'il les 
a consignées dans son Voyage, t. II, p. 245 et suiv. 

Le désert d'Atacama, qui s'étend de 22° à 26° de lat. S., est 
suffisamment connu par les descriptions de Philippi dans son 
Voyage (Malle, 1860, in- 4). C'est une haute plaine inclinée de r(^st 
à l'ouest, avec un sol arcnacé ou caillouteux entièrement stérile, 
sur lequel se dressent çà et là des cônes volcaniques et que par- 
courent de petites chaînes de roches trachytiques. Ces dernières 



m PLATEAU DES GOUDILLÈRES ARGENTINES. 

seules rompent runiformité du désert ou Ton ne rencontre que 
quelques rares établissements fixés à côté des ruisseaux presque 
toujours à sec qui entretiennent la misérable végétation des petits 
coins cultivés. L'élévation au-dessus de la mer de l'intérieur du 
désert oscille entre 2500 et 3500 mètres ; il s'abaisse graduelle- 
ment vers la mer jusqu'à 1000 mètres. 

Le plateau des Cordillères est un peu plus élevé. A partir du 
désert d'Atacama, il s'élève vers le sud jusqu'à 28% lentement il 
est vrai, mais cependant d'une façon sensible et sous le 28' de lat. S. 
il atteint une altitude de 4300 à 4600 mètres. En cet endroit le pla- 
teau se montre sous son aspect le plus complet et nous le choisi- 
rons comme le plus approprié pour en donner une description. 

Le point, ou j'ai touché le pied oriental de la montagne, se 
trouve presque exactement sous le 28° de lat. S. Il existe là, dans 
une étroite vallée qui court parallèlement au pied des Cordil- 
lères, plusieurs établissements bien entretenus que la rivière 
alimente d'eau et qui sont très-florissants. Sur la carte jointe au 
journal de mon voyage dans Petermann's geograph. Mittheil, 
pour 1860 (p. 369 et suiv.), j'ai inscrit le grand village de Gopa- 
cavana a peu près sous le 28" de lat. S. Mais d'après de nouvelles 
déterminations, cette position serait un peu trop au nord, et le 
petit village Anillaco, marqué 4 lieues plus au nord, correspon- 
drait mieux avec le 28' de lat. S. Cette erreur a peu d'importance 
pour la description des Cordillères, car elles sont les mêmes dans 
les deux localités. Ces deux villages sont sans doute situés dans 
la partie la plus étroite du plateau, raison qui les aura fait 
choisir pour point de départ du passage. Cette largeur minimum 
est à peu près de 2 degrés de longitude, c'est-à-dire de 30 milles 
géographiques ou 40 lieues communes. Mais la route, qui fait 
beaucoup de courbes et suit des vallées abruptes, doit être de 
beaucoup plus longue. 

Aux points désignés l'ensemble du massif montagneux se 
divise en trois parties principales, séparées les unes des autres 
par des vallées assez profondes et étroites, qui courent du nord 
au sud, parallèlement à la direction des Cordillères. La première 



LES TUOIS SKCTIONS Dl' PLATEAl'. 183 

partie orientale n'offre point l'aspect d'un plateau, mais de mon- 
tagnes en terrasse. Les indigènes ne les considèrent pas encore 
comme faisant partie des Cordillères, mais comme un prolonge- 
ment de la Sierra Famatina. Jusqu'en cet endroit elles courent 
avec les Cordillères et ne s'en détachent qu'un peu plus au sud, 
dans le voisinage de 29" delat. S., où obéissant à une légère cour- 
bure, elles prennent la direction sud-sud-est. Les deux autres 
parties constituent le grand plateau des Cordillères, sont tout à 
tait semblables et séparées en deux parties un peu inégales par 
une seconde vallée encore plus étroite, dirigée exactement dans 
le sens de la montagne. La partie occidentale est plus étroite que 
la partie orientale, qui forme la région centrale de l'ensemble du 
système. Ces deux parties sont un peu plus élevées que la pre- 
mière section et, comme elle, s'élèvent des deux côtés en terrasses 
jusqu'au centre. Mais les gradins sont inclinés de façon que leur 
partie la plus élevée est sur leur bord et la plus basse au pied du 
gradin suivant. D'après mes mesures, le second gradin du pre- 
mier plateau est à 4348 mètres d'altitude et le bord occidental du 
même plateau s'élève à 4462 mètres, d'après la carte de M. de 
Moussy(i^^as,pl. XXYI, fig. 3.) 

Nous allons maintenant décrire ce système de montagnes en 
suivant la route que l'auteur a parcourue dans sa traversée. Les dé- 
tails plus complets-^ se trouvent dans son i?e/se (t. II, p. 2 45etsuiv.). 

Ainsi que nous l'avons déjà dit, une profonde vallée longitu- 
dinale s'étend au pied des Cordillères et de leurs premiers ver- 
sants dans la république Argentine. Cette vallée descend du bord 
du plateau de la Bolivie et, s'élargissant peu à peu, elle va se 
perdre dans la plaine des pampas sous le 34' delat. S. A son ori- 
gine, c'est-à-dire entre 26"» et 28" de lat. S., elle est très-étroite, 
notamment dans sa partie la plus septentrionale où elle est très- 
élevée et confine au désert d'Atacama, solitude sans eau et sans 
végétation. Ce désert ne reçoit qu'un seul cours d'eau permanent 
au sud du 27" de lat. S., qui descend des montagnes de l'ouest et 
sur les bords duquel on trouve de la végétation et quelques éta- 
blissements. Dans cette vallée, on rencontre du sud au nord les 



184 LA QUEBRADA DE LA TROYA. 

localités suivantes : Copacavana déjà mentionnée, Tinogasla, 
Anillaco et Fiambala. L'altitude du premier village, d'où je suis 
parti pour traverser la montagne et dont j'ai mesuré l'altitude, 
est à 1108 mètres. L'altitude du second nommé est fixée à 
1586 mètres dans l'étude de la passe de San-Francisco exécutée 
par M. Wheelwrigth '-^ La rivière sur les bords de laquelle se 
trouvent ces localités sort de deux sources principales. Celle du 
nord vient du sommet neigeux du Gerro San-Francisco et quitte la 
montagne à Fiambala; celle du sud a son origine dans le système 
de Famatina. Elle n'est alimentée par aucun sommet couvert de 
neige et entre dans la plaine par la Quebrada de la Troya. Cette 
rivière porte le nom de Rio de la Troya, près de la gorge ; c'est 
en remontant son cours jusqu'à la source que je m'enfonçai dans 
la montagne. 

Le point où il sort de la montagne est l'embouchure de la 
Quebrada de la Troya et se trouve d'après mes mesures à 1410 
mètres au-dessus du niveau de la mer. La vallée dans laquelle il 
débouche devient très-étroite un peu plus au sud, à Anillaco. 
Deux chaînons, entièrement séparés des Cordillères, l'accompa- 
gnent parallèlement, se rapprochent l'un de l'autre en cet en- 
droit, ne laissant plus entre eux qu'un étroit passage pour la 
rivière. Les deux villages d' Anillaco et de San-José sont dans ce 
passage étroit et fertile, le premier à l'extrémité méridionale, le 
second à l'extrémité nord. Jusque-là la rivière coule immédiate- 
ment entre le pied de cette partie de la Cordillère qui appartient 
à la Sierra Famatina et les pentes parallèles de la Sierra Gulum- 
paja. Après avoir traversé la gorge elle est flanquée à l'ouest par 
l'étroite et courte Sierra Copacavama, qui la sépare de la vallée 
située au pied des Cordillères et la force à s'infléchir à l'est pour 
venir déboucher dans les plaines de la province de Catamarca, 
après avoir contourné le piton du Cerro Negro. La gorge se trouve 
à peu près à mi-hauteur entre Copacavana et Fiambala. Son 
extrémité sud à San-José peut être fixée à 1240 mètres, et son 
extrémité nord à Anillaco à 1348 mètres. Un peu avant Anillaco, 
e bras de la rivière qui descend de Fiambala et qui porte le 



FORMATIONS SÉDIMENTAIRES DES CORDILLERES. 185 

même nom se réunit avec le Rio de la Troya. Le point de jonction 
est un assez large épanouissement de la plaine avant laQuebrada 
de la Troya qui se prolonge jusqu'à la gorge entre deux chaînes 
secondaires. Gomme ces chaînes sont légèrement inclinées à l'est, 
les rivières décrivent de grands arcs à travers cette plaine avant 
de se réunir à Anillaco. 

Lorsqu'on est parvenu à leur point de jonction et qu'on a tra- 
versé la plaine à l'ouest, on aperçoit devant soi, dans la même 
direction, une paroi montagneuse abrupte, nettement stratifiée et 
qui se prolonge loin au nord et au sud. A côté, la sierra étroite 
de Copacavana, qui se termine à Anillaco, se prolonge au sud, 
mais en laissant une petite lacune, une vallée étroite entre elles 
deux. Cette vallée court en ligne droite au sud et laisse aperce- 
voir au loin la lacune ouverte entre les deux montagnes. Le 
caractère de ces deux montagnes si rapprochées l'une de l'autre 
est très-différent. La Sierra Copacavana a une couleur claire, gris 
jaunâtre, passant au rouge, et ne laisse voir aucune stratification 
apparente des roches ; tandis que l'autre paroi montagneuse, 
escarpée et nettement stratifiée, prend un ton moins clair, gris 
sombre, et paraît bouleversée en maints endroits. La première 
est formée de schistes métamorphiques, la seconde de sédiments 
argileux arenacés, dont la coupe déchirée se montre du côté de 
la plaine, tandis que le plan de stratification s'incline vers le 
N.-N.-O. et est dirigé au N.-N.-E. La paroi montagneuse nue et 
pelée, sans aucune végétation, se dresse au-dessus de la plaine, 
qui est aussi misérable, avec quelques buissons dispersés çà et là, 
et offre une soUtude à peu près complète, comme presque toute 
lamoitié occidentale du territoire argentin au pied des Cordillères 
et de leurs premiers ressauts. 

La Quebrada de la Troya s'ouvre à environ 5 lieues au nord 
d' Anillaco, sous la forme d'une fente étroite mais profonde, qui 
descend jusqu'à la plaine en coupant la montagne schisteuse. Les 
caractères de la roche qui la compose se reconnaissent aisément 
aux deux côtés, sur ses parois déchirées, jusqu'à une hauteur de 
plus de 1000 pieds. Dans le fond, la rivière roule ses eaux peu abon- 



186 PRKMJÈRE TERRASSE DU SYSTÈME DE FAMATINA. 

dantes et se fraye difficilement un passage en creusant son lit 
entre d'énormes blocs de roches. Il faut marcher dans ce lit, car 
on ne trouve que de temps à autre un espace suffisant sur le bord 
pour y tracer un sentier. Ceci dure environ deux heures ; ensuite 
on arrive à une large place, à un plateau en forme de cuvette, 
dirigé du nord au sud, qui coupe le fleuve dans la direction du 
nord-ouest au sud-est. La largeur de ce plateau est de plusieurs 
lieues ; son sol n'est pas uni, mais ondulé, avec des bou- 
quets dispersés çà et là d'agarrobas de petite taille, ne dépassant 
pas 20 pieds et d'une végétation chétive et pauvre. A l'ouest de 
cette haute vallée, il existe une autre montagne pelée, mais moins 
escarpée et plus en forme de gradins. Elle la limite de ce côté, 
tandis qu'à l'est la vallée est bornée par le bord du plateau qui 
forme une légère saillie. A l'ouest, au pied de la pente, il se 
forme çà et là de petits dépôts humides dans de légères dépres- 
sions, sur lesquels se développe une fraîche végétation. J'établis 
mon camp de nuit sur une de ces prairies de montagne, nommée 
Cienega redonda, située à 2050 mèlres d'altitude, à 11 lieues 
d'Anillaco et 6 du débouché de la Quebrada de la Troya. 

Les pentes, d'une inclinaison modérée à l'ouest de la vallée, 
forment le bord oriental d'un second gradin très-élevé, coupé 
par le lit étroit du Rio de la Troya comme la terrasse infé- 
rieure par la Quebrada de la Troya. Cette partie supérieure de la 
coupure est un peu plus large que la partie inférieure. Ici on 
marche sur la rive nord de la rivière, et l'on a toujours à côté de 
soi les mêmes roches sédimentaires escarpées, rougeatres, forte- 
ment argileuses. Plus loin, en haut, elles passent dans des assises 
jaunes, grises et enfin brunes, noirâtres, foncées; toutes pelées 
et stériles, sans trace de végétation. A mi-chemin, où la gorge 
devient très-étroite, on se trouve arrêté devant une masse très- 
escarpée que la rivière contourne en décrivant une longue para- 
bole et s'appliquant si immédiatement sur ses flancs qu'il ne 
reste plus de place pour le sentier. On escalade avec peine la 
paroi escarpée du côté est, jusqu'au sommet de l'obstacle, et l'on 
se trouve sur l'autre paroi, à Touest, également escarpée, en 



SECONDE TERRASSE DU SYSTÈME DE FAMATINA. 187 

face d'une descente d'un peu plus de cinq minutes de marche. 
Alors la vallée s'élargit en une dépression d'une profondeur 
moyenne, dirigée et ascendante vers le nord-ouest, et elle se nivelle 
de plus en plus dans la même direction. On reste plusieurs 
heures avec un paysage analogue, puis la vue s'étend et l'on arrive 
sur une seconde terrasse. Ici encore de petites prairies ont pu se 
développer dans les dépressions près de la rivière qui, ici, n'a 
qu'une faible pente. Un gazon frais et vert les recouvre et en fait 
d'excellentes stations de campement de nuit pour les hommes et 
les animaux. Nous nous installâmes dans un de ces endroits, 
appelé Tamberia, qui se trouvait à une altitude d'environ 3 500 
mètres. Un petit ruisseau qui descendait latéralement de la mon- 
tagne et se jetait dans le Rio de la Troya avait une température 
de 8" R. Au lever du soleil, le lendemain, mon thermomètre 
marquait seulement 4° R. 

Le prolongement de la vallée en amont, à l'ouest, conserve le 
même caractère. Les rives de la rivière sont formées par des sur- 
faces nues, couvertes d'un fm gravier. Elle coule lentement, et 
avec des eaux complètement pures, sur ces galets, au milieu des- 
quels on ne voit pas de gros blocs parce qu'elle n'a plus la force 
suffisante pour les mettre en mouvement. On ne voit aucune 
végétation : elle ne doit cependant pas manquer complètement, 
car on rencontre souvent, à cette hauteur, deux espèces d'oiseaux 
granivores {Phrygihis fruticeti et Columba melanoptera) . Plu- 
sieurs petites ombellifères naines, parmi lesquelles Azorella 
Gilliesiij croissent çà et là, et les oiseaux doivent rechercher 
leurs fruits. On arrive bientôt à une troisième gorge appelée les 
Très Quebradas, qui, par une pente d'abord très-roide, ensuite 
plus douce, conduit au sommet de la troisième terrasse, et le 
bassin de la rivière va toujours en s'aplanissant. Je passai la nuit 
près du milieu et trouvai le lendemain l'eau de la rivière gelée 
jusqu'au fond. Vers l'extrémité supérieure du bassin les pentes 
deviennent rapidement plus escarpées, et il se forme de nom- 
breuses prairies desquelles les eaux de la rivière sortent en 
minces filets. La dernière terrasse forme une crête de 200 à 



188 TROISIEME TERRASSE DU SYSTÈME DE FAMATINA. 

250 pieds de hauteur et retombe rapidement à Touest où elle 
délimite une vallée large et peu profonde. Celle-ci, comme toutes 
les vallées principales de la région, coule du nord au sud et sé- 
pare la partie de la montagne qui se rattache au système de la 
Sierra Famatina, des deux autres hauts plateaux des véritables 
Cordillères. La crête prend ici le nom de Alto de Machaco et a 
une altitude de 4S60 mètres. — Cette troisième terrasse, considé- 
rée à part, peut donc prendre le nom de Sierra de Machaco. 

D'après cette description de la première partie du grand pla- 
teau des Cordillères, nous voyons qu'elle représente une mon- 
tagne en terrasses, composée de trois gradins principaux qui se 
succèdent de l'est à l'ouest. Ces trois gradins ensemble occupent à 
peu près l'espace d'un degré de longitude et atteignent une altitude 
moyenne de 2100, 3500 et 4360 mètres. Dans la région du pas- 
sage ils sont tous trois reliés, sans lacune, les uns aux autres et 
peuvent être considérés comme un tout continu. Mais plus loin, 
au sud, ils se séparent les uns des autres ; chacun d'eux prend 
une direction un peu différente et constitue une chaîne de mon- 
tagne à part. La carte géologique, sur laquelle cette disposition 
est indiquée dans ses traits généraux, fait voir que le premier 
gradin, au sud de la Quebrada de la Troya, se sépare plus du 
suivant et forme le commencement d'une montagne particulière 
qui, semblable à la Sierra Famatina, s'infléchit graduellement à 
l'est en s'écartant des Cordillères, et se prolonge jusqu'à S^*" de 
lat. S. — Le second gradin, surmonté de l'étroite crête autour de 
laquelle le Rio de la Troya se replie dans son lit resserré, est le 
moins isolé. Il se rattache intimement au premier et va se perdre 
dans la plaine, entre la Sierra Famatina et le plateau des Cordil- 
lères. — Le troisième gradin est le plus large et le plus élevé ; il 
conserve sa direction à peu près sud-ouest et reste toujours relié 
avec le plateau des Cordillères, dont il est séparé uniquement 
par une vallée assez large, mais qui, dans l'ensemble, peut être 
considérée comme étroite. Le Rio Jagué coule dans cette vallée. 
Plus bas il reçoit le Rio de Yinchina, qui coule à l'opposite, le 
long du bord oriental de ce troisième gradin. Celui-ci prend 



AiNNEXES DU PLATEAU DE FAMATliNA. 189 

alors le nom de Sierra Vinchina, tandis que la partie supérieure, 
limitée par le Rio Jagué, porte le nom de ce cours d'eau. La 
Sierra Yinchina se termine au sudjàl'endroit où leRioGuandacol 
prend sa source. Cette rivière coule parallèlement avec le Rio 
Jagué, réuni au Rio Vinchina, vers le sud et sépare une partie de 
la montagne qui fait suite à la Sierra de Vinchina et prend le 
nom de Sierra Guandacol. Ces trois sections d'une même chaîne 
— Jagué, Vinchina et Guandacol — se succèdent comme des 
sierras isolées. 

En réalité il n'existe qu'une seule et même chaîne de mon- 
tagnes qui se prolonge jusque auprès de San- Juan en se resserrant 
peu à peu. Elle se termine en cet endroit avec la sierra de Villicun, 
dernière annexe méridionale du troisième gradin de la pre- 
mière partie orientale du groupe total des Cordillères qui, ainsi 
que nous l'avons vu, renferme le commencement de la Sierra 
Famatina. Les premiers versants de celle-ci constituent, par le 
fait, le premier gradin de notre système; le second gradin se 
termine court; le troisième et le plus élevé se prolonge, parallèle- 
ment à la Sierra Famatina, presque aussi loin au sud. Comme elle 
aussi, il s'écarte à l'est, toujours plus du massif principal des 
Cordillères et, en se continuant jusqu'à San-Juan, il est coupé par 
plusieurs vallées transversales étroites, dans lesquelles coulent 
le Rio Jagué, le Rio Guandacol et le Rio Jachal. Cette dernière 
rivière enveloppe le quatrième groupe isolé de cette chaîne, la 
Sierra de Mogna, et la sépare près de San-Juan, de l'étroite sierra 
de Villicun, qui fait encore partie de la même chaîne. Cette der- 
nière sierra se comporte, par rapport à la série totale de ces 
petites sierras séparées les unes des autres par des gorges, 
comme la Sierra Huerta avec la Sierra Famatina. Toutes les sierras 
iei nommées : de Jagué, de Vinchina, de Guandacol, de Mogna 
et de Villicun, ne sont que des sections d'une chaîne continue 
qui court parallèlement à la Sierra Famatina et qui, comme cette 
dernière, doit être considérée comme une seconde ramification 
du plateau antérieur des Cordillères. 

La vallée du Rio Jagué, dans laquelle on descend de la crête 



190 VALLEE DU RIO JAGUÉ. 

de l'Alto de Machaco, sépare la première partie du système des 
Cordillères de la seconde moitié orientale du vrai plateau. Cette 
vallée, comme toutes les autres, est dirigée du nord au sud et 
forme un long sillon dans la montagne. Ses flancs sont d'une 
élévation modérée et ne dépassent guère 1000 pieds. Ils sont 
doucement inclinés et composés de roches sédimentaires de 
même nature que les précédentes, mais en grande partie recou- 
vertes d'un sable mouvant jaune au travers duquel la roche nue 
jie perce que rarement. Le fond de la vallée est plat, large envi- 
ron d'une demi-lieue, et couvert aussi de sable mouvant, dans 
lequel croissent des buissons peu élevés de légumineuses armées 
d'épines, auxquelles s'associent des touffes de cypéracées qui, 
dans les points où la rivière se répand à la surface, s'élargissent 
en prairies humides. Ces endroits servent de lieux de halte pour 
la nuit. Plus au nord, la vallée se resserre et reçoit son principal 
affluent d'une gorge très-étroite, à parois déchirées et escarpées, 
qui descend également du nord et court parallèlement à la vallée 
principale. On a laissé le nom de Rio Jagué à cette source située 
à Test. Dans la vallée principale coule une autre petite rivière, le 
Rio de Loro, qui descend également du nord: on peut le consi- 
dérer comme une source occidentale du Rio Jagué. Ces deux 
rivières tirent leur origine des prairies marécageuses du haut de 
la vallée où elles sont alimentées par le Cerro Ronete. L'endroit 
où je passai la nuit était à environ deux lieues du confluent de 
ces petites rivières qui, par le fait, ne sont que des torrents. 
L'altitude était de 3400 mètres. Plus au sud, au fond de la vallée, 
après avoir franchi l'Alto de Machaco, l'altitude était encore de 
3^40 mètres. La pente de la vallée vers le sud est peu considé- 
rable ^^^ 

Après avoir passé de TAlojamiento dans le Rio de Loro par un 
gué à sec, on remonte le flanc ouest de la vallée, et arrivé en 
haut on se trouve sur une plaine entièrement unie, toute nue, 
couverte de petits cailloux et qui s'étend à perte de vue dans 
toutes les directions. C'est le commencement du grand plateau 
des Cordillères, large d'environ 30 lieues. A gauche, et par con- 



PLATEAU ORIENTAL DES CORDILLÈRES. 191 

séquent au sud, on a à côté de soi un cône plat, isolé, de grès 
rouge, nommé Estanzuelo. Dans le lointain on aperçoit une 
chaîne de pitons peu élevés, noirs ou rougeatres, tous entière- 
ment lisses et à inclinaisons régulières, sans dents, arêtes ou 
crevasses à leur surface, et formés de trachytes et de por- 
phyres. Assez loin de là, au nord, s'élève un groupe de cinq 
autres cônes analogues, mais plus puissants, dont les trois quarts 
supérieurs sont revêtus de neiges éternelles. Ce groupe est le 
Cerro Bonete, qui s'élève à une altitude d'environ 6000 mètres. 
On n'en a pas encore de mesure exacte. Je ne connais par mes 
observations que l'altitude du plateau sur lequel il repose. Elle 
est de A^lOO mètres. J'estime la ligne des neiges située à 
4700 mètres, et la partie du cône couverte de neige peut avoir 
1300 mètres. Je n'ai pu faire d'observations plus précises. 

La plains du plateau, sur laquelle on chevauche sans inter- 
ruption pendant quatorze heures avant d'avoir atteint le bord oc- 
cidental, est absolument nue et semée des innombrables petits 
cailloux dont elle est composée. Tous sont anguleux, non roulés, 
et ressemblent à des tessons de poteries de 1 i/2 à 2 pouces de 
diamètre. Cette forme particulière anguleuse nous apprend que 
ces débris n'ont pas été apportés là par les eaux qui les auraient 
arrondis. A mon avis ils doivent leur origine aux fortes variations 
de température quotidiennes et annuelles qui fendillent la 
surface des roches et les font éclater. Ce phénomène est 
général dans les hautes vallées et les plateaux des Cor- 
dillères, et Darwin, d'Orbigny et Philippi en font mention dans 
leurs voyages. — Dans le lointain on aperçoit une terrasse peu 
élevée qui marque le bord d'un second gradin un peu plus élevé 
vers le plateau. Arrivé au pied on trouve un long et étroit bassin 
d'eau, la lagune de las Mulas muer tas, dont les bords sont cou- 
verts d'une mince glace. De puissants bombements de porphyre 
rouge s'élèvent au-dessus de la lagune et font connaître la force 
qui a soulevé la terrasse. Plus loin, apparaissent des séries de cônes 
de trachytes noirs, qui ont pris part au travail de soulèvement. 
Mais la roche principale qui entre dans la composition du pla- 



192 COUCHE DE GRAVOIS SUR LE PLATEAU. 

teau est le sédiment rougeâtre argilo-arenacé dont les éclats et 
débris de la surface sont en grande partie formés. Je montai sur 
le second gradin du plateau par une échancrure peu profonde 
dans laquelle coule une petite source. Je m'arrêtai une demi- 
heure près d'elle et fis mon observation d'altitude (4200 mètres). 
Le second gradin est donc un peu plus élevé et a au moins 
4220 mètres. L'Estanzuelo,aubord du premier gradin qui n'avait 
pas de cimes neigeuses, ne doit pas dépasser 4600 mètres. 

A la surface du second gradin je trouvai tout semblable au 
premier. Une troisième terrasse, accompagnée également d'une 
chaîne de montagnes moins élevées, se dressait devant nous à une 
distance de 3 à 4 lieues; au pied un, second bassin d'eau 
allongé, la lagune Brava. Arrivés auprès nous retrouvâmes les 
mêmes porphyres et trachytes accompagnés, sur une vaste éten- 
due, des mômes cailloux anguleux et en éclats, qui, celte fois, se 
détachaient en taches d'un rouge clair ou d'un noir sombre sur le 
sol brun grisâtre, et se développaient en bandes bariolées à la 
surface du plateau. Je n'ai pas vu de sable mouvant comme celui 
que j'avais observé en si grands amas dans la vallée du Rio Jagué, 
surtout au pied des pentes. Le vent violent qui, venant de l'ouest, 
nous soufflait en face, chasse tout le sable dans les vallées. Les 
chutes de pluie ne sont pas assez considérables pour mettre en 
mouvement les détritus de la surface. Ces eaux pluviales s'accu- 
mulent dans les lagunes et n'atteignent pas la vallée du Rio 
Jagué. La surface de chaque gradin doit être un peu inclinée vers 
l'ouest, car les amas d'eau s'y rassemblent dans la partie la plus 
déclive. Les pluies proprement dites sont très-rares, mais les va- 
peurs qui, pendant les mois d'hiver, de mai en octobre, se con- 
densent en amas déneige, couvrent toute la surface d'une épaisse 
couche que le vent entraîne ensuite dans les gorges, de sorte que 
le passage des Cordillères est dangereux pendant ces mois et a 
déjà coûté la vie à de nombreux voyageurs. Les animaux eux- 
mêmes périssent pendant le trajet par manque de nourriture 
convenable, et partout nous vîmes leurs ossements blanchis aux 
deux côtés du sentier étroit et contourné que leurs sabots ont 



OMBELLIFEllES RABOUGRIES DU PLATEAU. 193 

tracé sur ces cailloux anguleux. A cette hauteur, de même que 
sur le bord du premier gradin, il ne croît plus d'autres plantes 
que de petits groupes de cactus sphériques et çà et là des touffes 
en forme de segment de sphère de ^ à 3 pieds de diamètre, for- 
mées par une petite ombellifère rabougrie, parente du Selinum 
acaule Cavan. {Laretia acaulisG. etil.), et connue des indigènes 
sous le nom de Cuerno-Cabra à cause de sa racine en forme de 
corne de chèvre. Cette petite plante, probablement VAzorella 
GilUesii Hook., a une grande valeur pour les voyageurs qui en 
ramassent toujours partout où ils la trouvent pour l'emporter et 
la cherchent lorsqu'elle vient à manquer. Sa racine résineuse est 
le seul combustible de ces hauteurs désolées. 

Après avoir atteint le bord du troisième gradin, nous en fîmes 
difficilement l'ascension, et devant nous se développa une vaste 
étendue sans aucune autre inégalité que la chaîne basse de cônes 
porphyriques et trachy tiques. Isolés les uns des autres à la sur- 
face, ils sont alignés dans la direction générale. Nous nous arrê- 
tâmes au milieu du plateau, à côté d'une de ces masses de trachy te. 
Autour de nous le sol était jonché de centaines d'os blanchis. Les 
hommes et les animaux ont coutume de venir s'abriter là lors- 
qu'ils sont surpris par une tempête de neige, et beaucoup d'ani- 
maux fatigués y sont venus finir leur vie. Au nord et à une dis- 
tance de 4 à 5 lieues, se dressait le groupe du Gerro Bonete avec 
ses cinq sommets neigeux. Je le dessinai sur mon album, malgré 
la violence des rafales du contre-alizé supérieur^', et il me fat 
impossible défaire du feu pour observer la température de l'eau 
bouillante. Mais comme la limite des neiges du Gerro Bonete se 
trouvait encore beaucoup au-dessus du niveau du plateau, l'alti- 
tude de ce dernier ne devait pas dépasser 4600 mètres. Je con- 
statai clairement qu'un quart du cône, au pied, était sans neige, 
tandis que la partie supérieure était couverte d'un épais manteau, 
D'après cela j'ai estimé la limite des neiges dans cette atmosphère 
sèche, échauffée par le rayonnement continuel du sol brùlc par 
le soleil et qui reste toujours pure et claire, à 4550 mètres et l'al- 
titude du sommet du Gerro Bonete à 5845 mètres. Sa masse était 

REP. ÀRG. — I. 13 



iU BORD DU PLATEAU ORIENTAL- 

d'une couleur un peu plus sombre que le sol environnant; j'en 
conclus qu'elle est aussi formée de trachyte ^^ 

Vers cinq heures nous arrivâmes au bord occidental du troi- 
sième et dernier gradin et nous grimpâmes sur une faible hauteur 
d'environ 200 pieds. La surface ne me sembla pas aussi unie 
comme sur le troisième gradin. J'y remarquai deux légères dé- 
pressions dirigées du nord au sud, à fond plat, qui divisaient le 
gradin en trois terrasses assez semblables. On voyait dans le 
lointain de nombreux pitons massifs sans sommet neigeux et dont 
aucun ne présentait des dimensions comparables à celles du 
Gerro Bonete. Ici aussi le sol est couvert de cailloux anguleux, 
remplacés quelquefois par d'autres fragments de roches erup- 
tives , parmi lesquelles les trachytes noirs sont toujours plus 
nombreux que les porphyres quartzeux rouges. Tout était encore 
plus nu et plus désolé que sur les deux premiers gradins. Je n'y 
découvris aucune trace de cactus ni de cuerno-cabra. Mais les 
ossements blanchis d'animaux tombés ne manquaient jamais 
complètement, et un ou deux cadavres paraissaient encore assez 
frais et avaient dû succomber depuis peu, car l'air, toujours 
découvert, très-pur et très-sec, dessèche rapidement tous les 
objets et donne bientôt aux animaux morts l'aspect de momies. 
Pour la même raison on distingue très-nettement les objets à de 
très-grandes distances. Enfin nous arrivâmes au pied de hauteurs 
peu élevées, doucement inclinées vers l'ouest^ et, à côté d'elles, 
nous nous trouvâmes au bord d'un précipice escarpé qui devait 
nous conduire dans une gorge profonde située au-dessous de 
nous. 

En descendant dans la gorge, le caractère des roches se modifie 
entièrement. Ce sont encore des sédiments, mais fortnés d^une 
masse friable d*un jaune clair, qui, sous l'action de Taîr, se trans- 
forme en sable. Ce sable recouvre toutes les pentes de la gorge 
jusqu'au bord supérieur, et ne laisse à nu que quelques escarpe- 
ments à pic semblables à nos murs des géants. Ces roches claires 
ont valu à l'endroit le nom de Barranca Bianca. On marche une 
demi-heure avant d'avoir atteint le fond de la gorge dirigée du 



GORGE DE L'ARROYO RI.ANCO. 105 

nord au sud, et l'on y trouve un sol solide. Bientôt s'ouvre, venant 
de l'ouest, une seconde gorge, parallèle à la première, dans la- 
quelle coule un petit ruisseau qui continue son cours au sud 
dans la vallée des deux gorges réunies. Celui-ci porte le nom 
à' Arroyo Blanco , ]q passai la nuit près de ce petit ruisseau, mais 
il me fut impossible de trouver du combustible pour prendre 
une mesure d'altitude. D'autres observateurs ont indiqué l'alti- 
tude de la Barranca Bianca à 4403 mètres, et celle de l'Aloja- 
mienlo de l'Arroyo Blanco à 3901 mètres. Le bord occidcntaldu 
premier et plus large plateau des Cordillères serait donc beau- 
coup plus élevé (environ 200 mètres) que le bord oriental et le 
tbahvog de l'Arroyo Blanco, enviion 500 mètres plus élevé que 
celui du Rio de Loro et du Rio Jagué. Avec la Barranca Bianca 
finit le plateau oriental, et le plateau occidental commence sur les 
pentes opposées. La Barranca Bianca forme le commencement 
d'une série de ravins communiquant entre eux avec une direction 
(lu nord au sud, qui se prolongent à travers tout le plateau des 
Cordillères et ont leur point de départ près du second piton nei- 
geux culminant de cette partie des Cordillères, le Ccrro de 
San-Francisco. Au sud ils se réunissent avec la vallée du Rio Salado 
et les deux cours d'eau réunis constituent une seule grande rivière, 
le Rio Blanco, qui, à sa sortie des Cordillères, prend le nom de 
Rio de Jachal et forme la limite du plateau des Cordillères au 
bord duquel elle suit son cours. Cette division du plateau eh deux 
moiliés par les ravins de l'Arroyo Blanco, du Rio Salado, du Rio 
Blanco et du Rio Jacbal, a souvent conduit à la distinction de 
deux Cordillères, une orientale et une occidentale. On peut 
d'ailleurs le faire avec la môme raison que, plus au sud, dans les 
provinces de San-Juan et de Mendoza, il n'existe plus de pla- 
teaux, chacun d'eux s'étant resserré en arêtes montagneuses. 
Nous y reviendrons avec plus de détails après avoir décrit le pla- 
teau occidental. 

Du campement de nuit dans l'Arroyo Blanco, on marche une petite 
distance dans la vallée étroite du ruisseau vers le sud. Ensuite la 
gorge s'ouvre en une large vallée avec des pentes douces et égale- 



196 LE RIO 13LANC0 ET LE RIO SALADO. 

ment dirigée du nord au sud. Elle contient une rivière abondante, 
le Rio Blanco, qui reçoit l'Arroyo Blanco en cet endroit. Elle doit 
son nom à de vastes croûtes de sel étendues sur ses rives nues et 
sans joncs. Les parois de la vallée sont formées du même grés 
clair altei'nant avec de minces couches de gyps feuilleté. Ces deux 
roches couvrent les deux côtés des pentes de nombreux fragments 
anguleux. Une bande de porphyres quartzeux ferme le bassin de 
la vallée au nord et borne la vue dans cette direction. On s'avance 
jusqu'auprès des porphyres et l'on voit le Rio Blanco tirer son ori- 
ginr^ de plusieurs petites sources qui sortent de prairies en forme 
de bassin. Le sentier serpente entre les cônes de porphyre sur des 
cailloux anguleux et franchit une arête transverse, qui ferme une 
autre vallée dirigée au nord, dans laquelle se trouve une petite 
lagune. On suit cette dépression au nord-ouest jusqu'à ce que la 
route, escaladant son flanc occidental, vient se continuer dans une 
troisième vallée assez profonde et large, parallèle aux deux précé- 
dentes, que le Rio Salado suit du nord au sud. Cette rivière est 
belle et claire, peu salée, avec ses rives couvertes de joncs. Elle 
se tient très-près au pied des pentes occidentales de la vallée et 
va plus au sud rejoindre le Rio Blanco. Ces deux rivières une fois 
réunies coulent au sud dans une étroite vallée, entre les deux pla- 
teaux des Cordillères, et entrent dans la plaine à l'endroit où les 
Cordillères cessent de s'étaler en plateaux et se resserrent en arêtes. 
Le fleuve coupe l'arête orientale sous le nom de RioJachal,prèsde 
la localité du même nom, et va se réunir avec le Rio Jagué dans la 
large vallée encaissée entre les chaînes de Famatina. 

On s'élève sur le flanc occidental de la vallée du Rio Salado pour 
remonter de nouveau sur le plateau et Ton se retrouve encore devant 
une surface de cailloux et d'éclats anguleux. Mais la plaine est 
bientôt coupée par une quatrième gorge étroite et parallèle aux 
autres, le Zangon. Elle ne contient qu'un très-petit ruisseau, mais 
profondément encaissé et à parois escarpées; ses pentes sont 
semées de débris anguleux, tandis que le fond est tapissé de ga- 
zons humides. De grandes masses de porphyj-es sont disséminées 
partout. Après cette gorge on traverse, en se dirigeant à l'ouest, 



PLATEAU OCCIDENTAL DES CORDILLÈRES. i97 

la partie la plus large du plateau occidental, grande plaine d'une 
étendue de plus de cinq lieues, dont la surface est entièrement 
nue et couverte de cailloux anguleux comme les autres. Des col- 
lines peu élevées, couvertes de sables, s'élèvent çà et là à la surface 
et bornent la vue. On se croit dans une vallée transversale, mais 
ce ne sont que des inégalités locales. Le plateau lui-môme s'élève 
un peu à l'ouest par deux faibles gradins et se termine par un es- 
carpement à pic, qui forme à la fois la limite du plateau de la 
Cordillère et des États du Chili et de la république Argentine. On 
se trouve au bord d'un mur de 500 mètres de haut, assez escarpé, 
par lequel la montagne se termine du côté du Chili. Le regard 
plane a perte de vue sur le territoire accidenté et montagneux du 
Chili, et par les journées claires, dans les moments les plus favo- 
rables, atteint jusqu'à l'océan Pacitlque, distant d'un degré et demi 
de longitude. Rien n'interrompt cet immense panorama en dehors 
d'un piton élevé et couvert de neige situé au nord, le volcan de 
Côpiapo, haut de 5^iG mètres. Ce cône puissant et isolé offre 
le même aspect que les cinq cônes du Cerro Bonete, domine au 
loin le plateau et étend sa base j'usqu'au bord de l'escarpement. 
Nous exécutâmes notre descente à côté de lui et prîmes notre 
campement sur le bord du ruisseau, connu maintenant sous le 
nom de Rio Piuquenes, à environ deux lieues du point d'origine 
de la vallée, au Penasco de Diego, et à une altitude de 3610 mè- 
tres ^\ Le bord du plateau des Cordillères ne doit donc pas dé- 
passer 4235 mètres, car le Penasco de Diego est situé à 625 mètres 
plus bas que ce bord. 

Après cette description détaillée et faite d'api'ès des observa- 
tions personnelles du centre du plateau des Cordillères, il nous 
reste encore à laire connaître son prolongement sur les deux côtés, 
au nord et au sud. 

Du côté du nord, j'ai déjà dit que le plateau passe sans inter- 
ruption dans le désert d'Alacama et s'y abaisse peu à peu. Nous le 
connaissons assez mal dans cette région et uniquement par l'ex- 
ploration de la passe de San-Francisco, exécutée par M. W. Wheel- 
wright pour l'étude de son projet de ch-^min de fer par-dessus les 



198 LE PLATEAU PRÈS DU CERRO SAN-FR AIN CISCO, 

Cordillères '^ Cette exploration a démontré que le plateau y est 
toujours semblable. La partie de la montagne qui appartient au 
système de Famatina se dirige également au nord-nord- est sur 
Tiambala et est encore coupée à peu près sous 26° 40 — 45' de 
lat. S. par la Quebrada de San-Francisco, comme plus au sud par la 
Qucbrada de Guchuil et la Quebrada de laTroya. Mais la Quebrada 
septentrionale manque de cours d'eau à cause de la sécheresse de 
l'air qui va en croissant au nord, La route du plateau suit cotte 
Quebrada. Elle vient de Salta et c'est elle que suivit le premier 
Espagnol, D. Diego de Almagro, qui traversa la montagne avec 
une armée. Après avoir surmonté les trois gradins du système de 
Famatina, elle atteint le premier plateau, dominé ici par le haut 
sommet neigeux du Cerro de San-Francisco, aussi élevé que le 
Gerro Bonete. C'est le dernier cône volcanique coiffé d'une calotte 
de neige de cette partie des Cordillères de la République. Au delà, 
les cônes volcaniques deviennent moins élevés et il n'existe plus 
que quelques pitons neigeux, tels que le Llullailaco et quelques 
autres dans le désert d'Atacama. Dans cette partie des Cordillères 
je n'ai vu nulle part la forme déprimée de volcans décrite par 
d'Orbigny et Philippi dans leurs voyages dans les districts situés 
plus au nord. Les lacs salés desséchés ou salines, qui occupent de 
si grandes étendues dans le désert d'Atacama, au bord du plateau 
de la Bolivie, manquent aussi ici. 

Je crois inutile de reprendre ici la description de la Cordillère 
au Cerro de San-Francisco, que j'ai déjà donnée (voy. note 26) 
d'après l'exploration de Flint, puisque je ne pourrais rien y ajouter 
de nouveau. Le plateau se termine du côté du Chili aussi brusque- 
ment que plus au sud, à l'origine de la vallée du Rio Piuquenes. 
On descend le long d'escarpements à pic dans la Quebrada de Ma- 
ricunga et en suivant la Quebrada de Paipote on passe àPuquios, 
Llampos et El Chulu, endroits tous situés dans une gorge étroite 
et déserte, et enfin on arrive à Côpiapô. C'est également cette route 
que suivit Almagro avec son armée de 15 000 Espagnols et Indiens. 

Nous manquons aussi de bonnes observations sur la partie mé- 
ridionale du plateau, comme sur la partie septentrionale. Nous 



PROLONGEMENT DU PLATEAU AU SUD, 199 

savons seulement qu'il disparaît dans la province de la Rioja et 
que chacun des deux plateaux se continue en une arête monta- 
gneuse, qui courent ensuite au sud sous la forme de deux chaînes 
séparées par une large vallée avec de nombreuses gorges. La 
partie des Cordillères qui se relie au système de Famatina s'isole 
complètement en s'écartant et donne naissance à deux chaînes, la 
Famatina proprememt dite et la série de chaînons distincts qui 
constituent les sierras Jagué, Vinchina, Guandacol, de Mogna et 
de Yillicun. Nous avons déjà donné des détails suffisants 
(voy. p. 189) sur cette partie. 

Quant à la transformation des deux plateaux, celui de l'est, d'a- 
près les meilleures cartes, conserve son caractère de plaine haute 
a peu près sans changement jusqu'à 29° de lat. S., mais s'abaisse 
graduellement au sud; les flancs s'inclinent et sont découpés en 
chaînes par des gorges, qui transforment le centre en une arête 
longitudinale. Sous cette forme le plateau prend le nom de Sierra 
de Jachal et se continue jusqu'à 30" de lat. S., où elle est coupée 
par le Rio Blanco, dont le nom se change en celui de Rio de Jachal. 
Son prolongement au sud est en forme d'arête et est figuré sur les 
cartes comme une suite de petites sierras qui, du Rio de Jachal 
se continue jusqu'au Rio de Mendoza et est coupée par le Rio de 
San-Juan. La Sierra de Gualilan et là Sierra de ïontal, dont le som- 
met atteint 4000 mètres, sont les parties les plus élevées. La 
Sierra d'Uspallata est le dernier chaînon de ces Cordillères orien- 
tales. Les deux séries de chaînons qui courent au sud entre 
San-Juan et la principale arête des Cordillères et partent du plateau 
du Gerro Bonete, se réunissent ici de nouveau et se terminent 
ensemble. .Au sud du Cerro Bonete il n'existe aucun piton 
neigeux sur toute cette étendue. Les altitudes élevées comme 
celle deTontal sont rares. Le centre de la Sierra d'Uspallata, nom- 
mé El Paramillo, est à 2700 mètres. 

La partie occidentale et plus étroite du plateau des Cordillères 
perd un peu plus tôt, :ousle 29° de lat. S., son caractère de plaine 
haute. Jusque-là la vallée du Rio Blanco, qui sépare les deux 
plateaux, reste uniformément resserrée, étroite et parallèle au 



200 ARÊTE OCCIDENTALE DES CORDILLÈRES. 

bord du plateau occidentaL Mais elle s'élargil, bienlôt considéra- 
blement. Le bord du plateau s'avance en saillie à l'ouest et forme 
du côté du Chili un arc prononcé, qui dépasse le 72' de long. 
0. de Paris, tandis que le bord des Cordillères au nord de 
28° 30' de lat. S. se trouve à l'est du même degré de longitude. A 
partir de ce point le plateau occidental se transforme en une arête 
de laquelle partent des crêtes allongées vers la vallée du Rio 
Blanco. Celles-ci font décrire au fleuve un arc vers l'est, jusqu'à 
ce que, arrivé sous le 30' de lat. S., à Jachal, pressé au bord du 
plateau oriental, qui a également perdu sa forme de plateau, il 
s'ouvre un chemin au travers de ce dernier. Au point où com- 
mence la transformation du plateau occidental en une arête de 
montagne, se trouve le quatrième grand piton neigeux du plateau 
entier, le Cerro de Potro. Par sa position sur le bord occidental 
du plateau, ainsi que par sa forme et son altitude de 5565 mè- 
tres, il correspond au volcan de Côpiapô, comme le Cerro de 
San-Francisco correspond au Cerro Bonete sur le plateau orien- 
tal. De ce point tous les sommets neigeux qui existent au sud ap- 
partiennent uniquement àl'arâte occidentale jusqu'au Tupungato, 
situé entre les deux chaînes. Les sommets neigeux ne reparaissent 
sur la chaîne orientale que près de Mendozaetunpeuplusausud, 
au volcan Maypu, par 34° de lat. S., la chaîne orientale disparaît 
complètement. La Cordillère n'a plus qu'un faîte unique. Il est 
important de remarquer que dans la même contrée, ou mieux un 
peu plus au nord, sous le 33' de lat. S., commence la grande 
vallée longitudinale qui parcourt dans toute sa longueur la partie 
méridionale du Chili et débouche dans la mer à Puerto Moiit, en 
séparant du continent l'île de Chiloé et l'archipel des Chonos. 

La moitié méridionale des Cordillères de la république Argen- 
tine ne m'est pas connue par mes observations personnelles. Ma 
tentative de les traverser en partant de Mendoza échoua à cause 
du manque d'énergie des gens que j'avais loué pour m'accom- 
pagner. Je dus revenir à Uspallata au pied des Cordillères et me 
contenter de les voir de loin du sommet de la Sierra d'Uspallata. 
De là j'embrassai tous les sommets, arêtes et pitons dans l'étendue 



PROLONGEMENT AU SUD. 201 

d'un degré de latitude (du 32" au 33" de lat. S.). Aidé de mon 
compagnon, habile dessinateur, je fis une esquisse du panorama 
que je reproduirai dans l'Atlas, pi. I, en y joignant une descrip- 
tion. Pour le moment je me contenterai de faire remarquer que 
les deux sommets culminants de cette partie, l'Aconcagua et le 
Ligua, nommé Mercedario sur la carte de Pissis, se trouvent sur la 
vue. La hauteur du dernier est de 0834 mètres, celle du premier 
de G7118 mètres. Ce sont les deux pitons qui dans toute la chaîne 
des Cordillères se rapprochent le plus des sommets culminants 
de la Bolivie ^^ 

A Mendoza j'avais chaque jour devant les yeux une seconde vue 
de la Cordillère du Sud, et encore mieux dans la petite ville de 
Lujan située plus au sud. Mais on n'y aperçoit que la première 
chaîne orientale, avec le point culminant de Tupungato de 
6710 mètres qui est entre les deux chaînes. Je pris aussi cette 
vue et je la reproduirai avec la précédente dans l'Atlas. Elle s'é- 
tend au sud jusqu'à la passe de Portillo et embrasse sur la lon- 
gueur d'un degré de longitude toute la chaîne orientale, comme 
on la distingue à une distance de dix à quinze lieues. Je ne puis 
pour le moment rien dire de plus sur ces deux vues et je renvoie 
aux explications. Les indications actuelles doivent se limiter aux 
traits généraux que Ton peut saisir sans avoir les dessins sous les 
yeux. 

D'après tout ce que nous venons de dire, le système des Cor- 
dillères, large d'un degré et demi de longitude et formant une 
masse compacte dans sa partie située au nord de 29" 30' de lat. S., 
se divise en chaînes isolées au sud de ce point. Des vallées s'in- 
tercalent entre les larges arêtes montagneuses et remontent 
leurs pentes au fond de gorges profondes qui les découpent en 
chaînons secondaires. Sous le 30' de lat. S., outre la Sierra 
Famatina qui se détache déjà sous le 29' de lat. S., il existe encore 
quatre autres chaînes plus ou moins parallèles entre elles, dont 
la largeur et la hauteur vont croissant de l'est à Pouest. La qua- 
trième et dernière, la plus occidentale, constitue la vraie chaîne 
des Cordillères et forme la limite entre le Chili et la république 



202 LES TROIS CHAINES DES CORÜILLERES. 

Argentine. Cette chaîne élevée est la seule qui ait encore des som- 
mets neigeux, comme nous l'avons déjà indiqué. Les trois 
autres jusqu'à Mendoza sont peu élevées, sans sommets particu- 
liers et en grande partie sans arêtes et sans dents, couvertes 
de débris et de sables et ne portent qu'une rare et pauvre végé- 
tation. 

De ces trois chaînes nous avons déjà suffisamment décrit 
(p. 189) la première et plus orientale. Elle est composée des quatre 
petites sierras de Vinchina, Guandacol, Mogna et Villicun, que 
nous avons fait connaître comme les rameaux de la troisième 
terrasse du système de Famatina, la Sierra de Machaco. Cette ma- 
nière de voir a été reproduite brièvement à la page 199 et il est 
inutile d'y revenir ici. Afin de faciliter l'intelligence des faits je 
donnerai à cette chaîne isolée et orientale le nom de Cordillère 
antérieure (Procordillera). 

La seconde chaîne a aussi été mentionnée au même endroit 
comme le prolongement du plateau oriental. Elle reste un peu 
plus large, ne renferme aucune vallée longitudinale et a une 
grande importance par sa richesse en filons métallifères, dont les 
plus riches sont ceux de cuivre et d'argent. Par son caractère 
pétrologique elle se rattache au plateau oriental et est composée en 
grande partie de sédiments paléozoïques des périodes primitives, 
avec des enclaves de porphyre. Elle commence avec la Sierra de 
Jachal, puis vient la Sierra de Gualilan, suivie au sud du Rio de 
San-Juanpar laSierradeTontaletse termine près de Mendoza par 
la Sierra de Uspallata, dans laquelle, ainsi que dans les précé- 
dentes, on trouve des trachytes et des tuffes volcaniques. J'ap- 
pellerai cette seconde chaîneCordillère latérale (Co^i^mcorc^i/^^m), 
parce qu'elle court à côté de la Cordillère principale et sort di- 
rectement du plateau oriental comme un prolongement. 

La troisième et la quatrième chaîne constituent la Cordillère 
principale {Cordillera real). Elles sont très-rapprochées l'une 
de l'autre, et une large vallée longitudinale dans laquelle coule le 
Rio Rlanco les sépare complètement de la Cordillère latérale. 
Cette vallée, à partir de l'endroit où le Rio Blanco coupe la Cor- 



EXTRÉMITÉ DE LA PRINCIPALE CHAINE DES CORDILLÈRES. 203 

(Hllèro latérale et devient le Rio de Jachal, reste sans eau et n'a 
}»liis d'établissements importants. Les localités habitées n'y rede- 
viennent fréquentes que plus au sud, où le Rio de San-Juan se forme 
dans cotte vallée et où la richesse métallurgique des deux flancs a 
aUiré l'immigration. Les deux chaînes de la Cordillère principale 
s'élargissent beaucoup à Test et rétrécissent si bien la vallée, large 
jusque-là, qu'elle ne forme plus qu'un étroit passage de plusieurs 
lieues de long, nommé vallée de Galingasta. Dans cette vallée se 
réunissent en une seule rivière les deux bras du Rio de San-Juan, le 
Rio Castano et le Rio de los Patos, qui coulent entre les chaînes 
des Cordillères, fort larges en cet endroit. A l'époque de la domi- 
nation indienne, ce lieu était l'emplacement de la ville principale 
des populations de la contrée. Le village actuel de Calingasta est 
le centre de la population moderne. Au sud de ce goulet, la vallée 
se rélargit, mais en même temps redevient aride. C'est là que se 
dresse le piton culminant de nos Cordillères, le puissant Acon- 
cagua, masse de roches sédimentaires semblables à celles, qui con- 
stituent les deux chaînes et qui a été soulevée par des porphyres. 
Son sommet est découpé en deux dents peu élevées et d'une assez 
grande longueur, comme on pourra le reconnaître sur une vue 
dessinée par moi et qui sera insérée dans l'Atlas. La vallée du Rio 
de Mendoza, qui prend sa source sur le flanc occidental de l'Acon- 
cagua, coupe au sud la chaîne orientale de la Cordillère princi- 
pale par une gorge étroite, nommée par les indigènes El Cajon. 
Elle entre dans la plaine à côté de la Sierra de Uspallata, et le 
fleuve prend sa route au nord-est en contournant l'extrémité de 
cette sierra. La chaîne orientale de la Cordillère, plus large que 
l'occidentale, se continue au delà du Cajon ; la chaîne occidentale 
ne subit pas d'interruption, mais s'abaisse un peu pour former, 
avec une altitude de 3803 mètres, la passe de Cumbre, qui a tou- 
jours été la route principale du Chili. Les deux chaînes se conti- 
nuent encore quelque temps au sud en laissant entre elles une 
étroite vallée, dans laquelle se dresse le cône volcanique de Tu- 
pungato (6710 mètres) ; puis elles se rapprochent peu à peu pour 
venir se fondre en une seule chaîne dans le voisinage du volcan 



204 SOMMET NEIGEUX DE LA CHAINE OCCIDENTALE. 

de Maypu (5885 mètres), sous Ie34"dclat. S. et se prolonger sans 
interruption jusqu'au détroit de Magellan. 

Je n'ai rien de particulier à dire sur cette partie méridionale 
des Cordillères, je ne l'ai jamais vue et ne pourrais que répéter 
ce que d'autres voyageurs ont déjà dit ^^ Tout le monde sait qu'au 
sud du point de réunion, près du volcan de Maypu encore en 
pleine activité, les Cordillères continuent leur cours ; que le 
Maypu lui-même leur appartient et qu'il a eu autrefois de vio- . 
lentes éruptions. On sait encore que les Cordillères s'abaissent en 
s'avançant au sud, que la crête subit de grandes dépressions et est 
coupée par de profondes et étroites vallées ou cajons. Il existe 
même une et peut-être plusieurs lacunes. Un de ces points a été 
étudié depuis peu. Il se trouve au voisinage deW de-lat . S., entre 
le grand lac qui existe au pied occidental des Cordillères, et ce- 
lui-ci reçoit par la passe les eaux des lacs correspondants situés 
au pied oriental. Comme des rivières coulent des deux lacs à la 
mer, à l'est et à l'ouest, ces cours d'eau constitueraient une com- 
;munication directe ^^. 

Revenons aux deux chaînes de la Cordillère principale, au nord 
de leur jonction près du Maypu, et ajoutons encore quelques ob- 
servations. Les deux chaînes au sud du Rio de Mendoza ont non- 
seulement a peu près la même hauteur, mais encore portent éga- 
lement des sommets avec neiges éternelles, qui plus au nord 
manquent à la chaîne orientale, à l'exception d'un ou deux situés 
au bord de la vallée, au nord d'Uspallata. Je n'ai pas vu les som- 
mets neigeux de la chaîne occidentale. Du nord au sud on en trouve 
quatre sur les cartes : le Juncal, 5942 mètres ; leCerro dePlomo, 
un peu à l'ouest en dehors de la crête, 5105 mètres; le San-José 
6096 mètres, et le Maypu, 5385 mètres. Je n'ai rien à dire de ces 
quatre cônes. Mais je décrirai le Tupungato, situé entre les deux 
chaînes et plus rapproché de l'occidentale. Pendant une année 
presque entière je l'ai eu devant les yeux. Il apparaît de très-loin 
comme un cône en forme de dôme surbaissé couvert de neige. 
Je l'aperçus pour la première fois le 7 mars 1857, des hauteurs 
derrière San-Luis, avec toute la chaîne orientale au-dessus de la- 



LE TUPUNGAïO. 205 

quelle il dominait et je le dessinai sur mon album, le 10 mars, de 
Il station de Rodeo del Medio, d'où on le voit très-nettement. 
Son sommet est parfaitement arrondi, sans trace de cratère, plus 
bas au nord qu'au sud. La base du cône paraît être quatre fois 
aussi large que sa hauteur ; sur les flancs on aperçoit quelques 
légères dépressions et au milieu une place sombre qui paraît 
résulter de plusieurs bandes noires parallèles, je les considère 
comme des éboulis de cailloux sans neige. Darwin a vu sur le 
ïupungato une tache bleuâtre, mais en passant par la Portillo- 
passe et par conséquent sur le côté méridional. Il la considère 
comme un glacier ; je n'ai jamais rien aperçu de semblable sur le 
côté oriental. On a beaucoup discuté pour savoir s'il existait des 
glaciers sur ces sommets. Je puis alfirmer en toute certitude que 
je n'ai pas vu la moindre trace de formation glaciaire sur tous les 
r-ommets neigeux des Cordillères que j'ai exploré ^^ On distingue 
bien sur l'Aconquija des masses de glace claire et brillante, mais 
elles se forment sur des lacs élevés et n'ont rien à voir avec les 
glaciers. 

L'altitude de la limite des neiges, que j'ai fixée sur le plateau 
septentrional à 4738 mètres, descend sur TAconcagua à 4500 mè- 
tres sous cette latitude plus méridionale et paraît encore plus 
basse en quelques endroits, au moins sur le côté occidental des 
Cordillères. Elle descend toujours plus bas vers le sud, et sous le 
AO" de lat. S. elle s'abaisse à l/iOO mètres, pour enfin se rapprocher 
et peut-être même se confondre avec le niveau de la mer à la Terre- 
de-Feu. AuTupungato elle est 100 mètres plus bas quesur l'Acon- 
(Mgua, et au Maypu 270 mètres. J'ai toujours vu couverts de neige 
le sommet et les dents culminantes de la Cordillère orientale, 
entre le Rio de Mendoza et le volcan de Maypu. R en résulte qu'ils 
se trouvent à une hauteur de 4500 à 5000 mètres. J'ai aperçu au 
nord trois pointes aiguës très-élevécs toujours blanches de neige, 
dont la plus haute, celle du milieu, est appelée par les indigènes 
Cerro de la Plata-, à cause de sa calotte de neige perpétuelle. J'es- 
time son altitude à 5500 mètres, tout en admettant qu'elle puisse 
être un peu plus basse, car son enveloppe de neige n'est pas très- 



206 SOMMET NEIGEUX DE LA CHAINE ORIENTALE. 

large. Plus loin j'ai vu un autre sommet avec neiges éternelles, 
situé au sud du Tupungato, à peu près au milieu de cette partie 
de la chaîne orientale. Il a tout à fait l'aspect d'un cône de volcan 
avec sommet excavé. Il est beaucoup plus bas que le Tupungato 
et son sommet porte de la neige seulement sur une faible étendue, 
ce qui me fait estimer son altitude à 4100 mètres. Plusieurs por- 
tions de la crête dentelée portent encore des séries de sommets 
neigeux, et non loin du Maypu on aperçoit deux pitons aigus, entre 
lesquels est creusée la passe de Portillo. L'altitude de cette passe, 
qui traverse les deux chaînes de la Cordillère, a été fixée par di- 
vers observateurs entre 4000 et 4200 mètres ; dans la chaîne oc- 
cidentale, où elle prend le nom de Paso-Piuquenes, elle n'a plus 
que 3700 à 3800 mètres, et peut être franchie en été sans même 
rencontrer de neige, comme Darwin ]'a constaté lors de son pas- 
sage. En hiver les deux passes se couvrent de neige et toute la 
vallée entre elles en est remplie. Cette vallée est une cuvette cou- 
verte de galets semblables à ceux du plateau au nord et sans autre 
végétation que l'ombellifère rabougrie déjà citée. Il existe cepen- 
dant des prairies près du lleuve au fond de la vallée. Des deux 
côtés du Tupungato, c'est-à-dire au nord et au sud, il sort un 
ruisseau permanent qui, alimenté par les sommets neigeux voi- 
sins, constitue bientôt une petite rivière. Les ruisseaux du nord 
se réunissent pour former la source du Rio de Mendoza, qui ici 
porte le nom de Rio-Tupungtüo et plus loin s'enfonce dans la 
gorge qui conduit à la passe de Cumbre. Ceux du côté méridio- 
nal forment le Rio Tunuyan, qui coule quelque temps entre les 
deux chaînes, puis ensuite coupe la chaîne orientale au sud de 
la passe de Portillo. Arrivé dans la plaine, il s'infléchit au nord- 
est vers le Rio de Mendoza, qui coule au sud-est exactement de la 
même façon que les deux bras primitifs du Rio de San-Juan avant 
de se rejoindre. Le Rio »de Mendoza et le Rio Tunuyan restent 
séparés et même s'écartent l'un de l'autre plus loin. 

Retnontons plus au nord, par-dessus les gorges du Rio de Men- 
doza, et arrivons à ce massif montagneux sur le côté occidental 
duquel se dresse l'Aconcagua, l'un des points les plus élevés des 



LES CORDILLÈRES PRÈS DE L'ACOiNCAGUA. 207 

Cordillères. Deux gorges étroites, celle du Rio de Guevas au sud 
et celle du Rio de los Patos au nord, séparent l'Aconcagua de la 
chaîne occidentale, qui passe à côté de lui à une faible distance. 
Il retombe lui-même avec des pentes très-escarpées du côté de ces 
gorges, mais envoie à l'est de longs chaînons. Ceux-ci atteignent 
jusqu'à la vallée d'Cspallata et sont limités au bord de la plaine 
assez large de cette vallée par des sommets arrondis et 
isolés de porphyre. Un grand chaînon se détache du flanc 
oriental de l'Aconcagua, il prend une direction au nord et 
représente lo prolongement de la chaîne orientale. Il est séparé 
de la chaîne occidentale, très-large en cet endroit, par une étroite 
vallée, dans laquelle le Rio de los Patos continue son cours au 
nord, et porte chez les indigènes le nom particulier de Cordillera 
de Tigre. Deux sommets puissants, qui atteignent jusqu'à la ré- 
gion des neiges éternelles (4800 et 4900 mètres), sortent de ce 
chaînon isolé et le désignent clairement comme le prolongement 
de la chaîne orientale. Ils sont en eftet exactement sur la ligne de 
direction du Cerro de la Plata et de ses compagnons. Ce sont les 
derniers sommets neigeux de cette chaîne orientale du côté du 
nord. Le Rio de los Patos contourne l'extrémité de ce chaînon 
pour sortir des montagnes et se dirige au nord-est, jusqu'à ce 
qu'il ait atteint le Rio de Castano, avec lequel il vient se réunir 
au Rio San-Juan. Le prolongement de la chaîne orientale est entre 
les deux rivières, il forme un groupe de montagnes coupées par 
de profondes vallées d'une élévation moyenne, mais assez larges. 
On lui donne le nom de Sierra de Castano, et au nord un troisième 
prolongement de la même chaîne lui lait suite. Celui-ci est plus 
long et plus étroit et prend le nom de Sierra de las Lenas. Il se 
prolonge au nord jusque près du grand plateau, dont il est séparé 
par la vallée du Rio Blanco. C'est là que les chaînes se confondent 
avec le plateau. Les trois chaînes isolées qui dans cette région 
constituent la chaîne orientale principale des Cordillères, c'est-à- 
dire la Sierra de las Lenas, la Sierra de Castano et la Cordillera de 
Tigre, sont très-rapprochées de la chaîne occidentale. Entre elles 
il n^existe qu'une vallée étroite, sans eauaunord^ etdans laquelle 



208 SOMMET DE LA CORDILLÈRE PRINCIPALE AU NORD. 

coulent au sud les deux branches, sources du Rio de Gastano. Ses 
richesses métallurgiques lui donnent cependant un grand intérêt 
et sont la source de l'activité qui règne dans la vallée, entre la 
Cordillère principale et les petites sierras non moins riches en 
minerais de la Cordillère latérale, dont nous avons déjà parlé à la 
page 199, sous le nom de Sierra de Gualilan et Sierra Tontal. 

Il nous reste encore ä parler des passes qui traversent cette partie 
moyenne des Cordillères et à faire connaître les sommets les plus 
élevés de la chaîne occidentale au nord de l'Aconcagua jusqu'au 
Cerro de Potro. 

Nous parlerons d'abord des sommets. Le plus proche de l'A- 
concagua au nord est le Ligua, ou Mercedario d'après la carte de 
Pissis, déjà citée à la page 200. Des hauteurs de la Sierra d'Uspal- 
lata, il me paraissait comme un cône très-régulier, assez élancé 
et le sommet un peu émoussé. Il a le même aspect que beaucoup 
de volcans du désert d'Atacama ou de la Bolivie, que tous les ob- 
servateurs décrivent de la même façon. Il est placé immédiatement 
au bord de la chaîne, comme le volcan de Côpiapô et le Cerro de 
Potro, et sa hauteur est plus grande. La carte de Pissis donne 
6798 mètres au Mercedario qui, d'après sa position sous le 
32' de .lat S. correspond exactement avec notre Ligua, suivant la 
dénomination des anciennes cartes. 

Un peu plus au nord (81° 39'), on trouve sur les cartes un pic 
de Chuapa ou Chuapri et plus au nord encore (31" de lat. S.) le pic 
de Limari. Tous deux manquent sur la carte de Pissis et peut-être 
sont-ils un peu éloignés à l'est de la crête et n'ont pas été aperçus 
par lui. Mais toutes les anciennes cartes indiquent avec précision 
le Limari comme le sommet le plus élevé de la contrée. 

Après lui, au nord, vient le volcan de Coquimbo, sous le 
30' 5' de lat. S. Mais je ne trouve en ce point aucun sommet mar- 
quant sur les cartes que j'ai devant moi, et comme Meyen ne le 
cite qu'en passant et le qualifie de petit, son élévation doit être 
assez faible. Vient ensuite le Cerro Potro, déjà signalé (page 199) 
sous le 28^ 30' de lat. S. '\ 

Quant aux passes des Cordillères, nous avons déjà parlé des 



SOMMETS ET PASSES DES|COHDILLE[\ES AU NORD. 209 

doux plus septentrionales. La première est la passe de San-Fran- 
cisco, que nous avons citée page 184^et décrite page 497. De 
Salla elle suit la vallée du Rio Guachipas, traverse le Gampo del 
Arenal, soit au nord par la Laguna Bianca, soit au sud par Fiam- 
bala, et franchit le plateau des Cordillères pour arriver à Gopiapô 
par la vallée de Paipote. 

La seconde passe est celle que j'avais choisie par la Quebrada 
de laTroya, et dont j'ai donné une description détaillée. Elle con- 
duit de Catamarca et Tucuman à Gopiapô . 

La troisième passe porte le nom de Portillo de Corne Caballos 
et se trouve sous 28" 9' lat. S. Sa route conduit de La Rioja 
à Copiapo, traverse la Sierra Famatina, s'élève par la gorge du 
Rio Jagué au plateau des Cordillères, en traversant la Quebrada 
Cortadera et la Quebrada de Pefion. En ce point elle se détourne 
au nord-ouest et rejoint la vallée du Rio Blanco à la cueva du 
même nom. Elle traverse le fleuve, s'élève sur le second plateau 
par le Rio Garnerito, et en atteint le bord au Portillo de Gome Ca- 
ballos. Son altitude est d'environ -4080 mètres. La passe conduit 
à Jorquera par la gorge du Rio Turbio, et àpartir delà se confond 
avec mon itinéraire vers Gopiapô. La route est roide et incom- 
mode ; souvent on n'y trouve pas d'eau, 

La quatrième passe s'appelle Pena Negra et se trouve sons 
28" 13' lat. S. La route part de San-Juan en remontant le Rio 
Blanco, nommé Rio Vermejo plus au sud, et traverse le plateau 
occidental des Cordillères sans toucher le plateau oriental. La 
passe est très-élevée (5585 mètres) et conduit dans la vallée du 
Rio Pulido, qui vient se jeter dans le Rio Gopiapô à Junlas. On 
peut encore s'en servir en partant de La Rioja et en franchissant la 
Sierra Guandacol; mais alors il faut traverser aussi le plateau 
oriental des Cordillères, sur lequel on arrive par la difficile que- 
brada du Rio Jagué Chico. On rejoint l'autre route à la Cueva de 
Pastos Largos. 

La cinquième passe conduit au bord des Cordillères dans la 
vallée du Rio Manflas, par le Portezuelodcl Gerro de Potro, sous 
28° r30' lat. S. La route vient de San-Juan et se confond avec la 

RÉP. AllG. — I. IL 



210 PASSES DES CORDILLERES DE LA PROVINCE DE SAN-JUAN, 

précédente jusqu'au bord du plateau occidental des Cordillères. 
Mais on la considère comme très-difficile, et elle est peu suivie. 

Une sixième passe se trouve au Portezuelo de Dona Anna, sous 
29° 36', avec une altitude de 4447 mètres. Elle part de la vallée 
du Rio Jachal en suivant son dernier bras le plus au sud, et re- 
descend de la crête des Cordillères dans la vallée du Rio Coquim- 
bo ; mais elle n'est guère suivie que par les troupeaux de bétail 
et leurs conducteurs. H existe encore ici plusieurs autres passages 
également praticables entre 29" 36' et oO' lat. S. Ils sont très- 
rapprochés les uns des autres et conduisent tous de la vallée 
du Rio Jachal dans la vallée du Rio Coquimbo. Le plus septen- 
trional porte le nom de passe de Dona Anna, le plus méridional 
celui de Portillo de las Vacas heladas. 

La septième passe est celle du Rio de los Patos, placée entre 
les vallées des affluents du Rio de San- Juan et le Rio de Limariau 
nord, et celle du Rio Aconcagua au sud. Au nord la vallée du Rio 
de Castafio s'élève à la crête des Cordillères, au sud celle du Rio 
de los Patos. Les passages de la vallée du Rio de Castafio prennent 
le nom de Portillo de Vincente et Portillo del Vallc Hormoso ; le 
premier se trouve à -4120 mètres, le second à 4280 mètres. Le 
passage principal est celui du sud, par la vallée du Rio de los 
Patos, et on l'appelle spécialement Camino de los Patos. La route 
quitte la rivière loin au-dessous de sa source et franchit par une 
gorge latérale un chaînon secondaire des Cordillères, dont l'alli- 
tude est de 4-238 mètres. On redescend encore dans la vallée du 
Rio de los Patos, et en suivant une gorge latérale on atteint le 
Portillo dei Yalle Hermoso à la crête des Cordillères, dont l'alti- 
tude, d'après la carte de Pissis, n'est plus que de 3365 mètres. 
On descend dans la vallée du Rio Putaendo, qui débouche dans le 
Rio de Aconcagua à San-Felipe. C'est par cette passe que l'armée 
du général Martin se rendit au Chili. 

Après les deux passes de Patos, on rencontre au sud les deux 
passes de la province de Mendoza, déjà citées. Nous les réunissons 
sous le nom dépasse de Tupungato, comme nous l'avons l'ait pour 
celles de la province de San-Juan sous le nom de passe de Patos. 



PASSES AU SUD DU MAYPU. 211 

Wous n'ajouterons rien de plus ici, ayant déjà fait connaître le 
nécessaire, pages '^lOS et ^206. 

La huitième passe ou passe de Cumbre s'élève à la. crête des 
Cordillères par le Rio de Mendoza, et est la plus praticable de 
toutes. 

Entre elle et la passe de Portillo il en existe encore une autre, 
celle de Dehesa,qui doit être très-difficile à franchir et est à peine 
pratiquée. 

La neuvième passe principale se divise dans lapasse de Portillo 
à l'est et la passe de Piuquenes à l'ouest, et traverse les Cordil- 
lères presque sous la même latitude que Santiago du Chili. 

Les passes situées plus au sud sont rarement traversées par les 
voyageurs, mais très-fréquentées par les Indiens pillards, et sont 
peu connues. La dixième traverse près du volcan Maypu, sous 
34° 2' lat. S., et porte le nom de Paso de Cruz de Piedra. Elle 
réunit la vallée du Rio Maypu à l'Arroyo Aguarda, source supé- 
rieure du Rio Tunuyan. L'altitude est de 3440 mètres. 

Toutes les autres passes sont mal connues ; je vais donc les énu- 
mérer en y joignant quelques courtes indications ^\ 

Paso de Yeso, entre le Rio Diamante et le Rio de las Lenas, au 
Chili, sous S^i" 25' lat. S. ; altitude, 2497 mètres. 

Paso de Tinguiririca, appelée aussi de Salto, sous 3 4" /t5' lai. S.; 
altitude, 3200 mètres. Elle conduit du Rio Atuel dans la région 
des sources méridionales du Rio Portillo, et n'est fréquentée que 
par les contrebandiers. 

Paso de las Damas, sous 34° 59' ; part également du Rio 
Atuel et conduit dans la vallée du Rio Anduvivel ; 3000 mètres 
d'altitude. 

Paso dcl Planchon, sous 35° 2' ; deux passages voisins l'un de 
l'autre sur le côté nord du volcan Peteroa ; conduit du Rio Salado 
dans la vallée du Rio Claro, qui tombe dans le Rio Teno et se 
réunit avec le Rio Lontue au Rio Mataquito, au-dessous du Curico. 
La passe nord del Planchon est à une altitude de 3048 mètres, et 
un peu plus difficile que la passe sud de 2230 mètres d'allitudc, 
qui est la plus fréquentée^'. C'est par là qu'on voulait faire 



2lâ PASSES VIABLES DU SUD. 

passer le chemin de fer de traverse des Andes, sur lequel on trou- 
vera des détails dans la note 37. 

Paso del Indio ou de las Très Cruzes, sous 35° 28', à 2570 
mètres d'altitude ; passe du Rio Grande dans la vallée du Rio 
San- José, qui débouche dans la lagune Mondaca. 

Paso Invernada ou Campanario, sous 35^ iO' ; conduit du 
Rio Grande dans la vallée du Rio Invernada qui se jette dans le 
Rio Maule ; son altitude n'est pas exactement connue. 

Paso del Maule, sous Sß" 8'; altitude, 2194 mètres ; en pas- 
sant à côté de la lagune de Maule, elle conduit dans la vallée de 
la rivière du môme nom. 

Paso Chillan, sous 36° 48'; encore mal connue. 

Paso Antuco, sous 37° 30', à une altitude de 2100 mètres, 
mais franchit un chaînon latéral de 2203 mètres. Elle conduit du 
Rio Moncol, sur le côté oriental des Cordillères, à la grande lagune 
La Lâcha, qui se déverse dans la rivière du même nom. Les Es- 
pagnols, dès 1806, avaient le projet d'y ouvrir une route carros- 
sable; mais elle n'a jamais été exécutée. 

Paso de Villarica, sous le 39' ; conduit, en passant près du vol- 
can de Yillarica, au lac du même nom, duquel sort le Rio Tolten, 
Les Espagnols la fréquentaient comme la plus praticable, et oii 
peut la traverser avec des chars, ainsi qu'Azara le raconte dans 
son Voyage. (II, 48). Mais elle a étt abandonnée dans cos 
derniers temps à cause des attaques des Indiens. La grande 
valeur de cette passe vient d'appeler de nouveau l'attention de 
son côté ^^ 

Paso de Rinihue, sous 39° 45' ; établit une communication 
directe entre les lacs des deux côtés des Cordillères, et s'abaisse 
jusqu'à quelques centaines de mètres. Nous renvoyons à la note 34. 

Enfin il existe encore une profonde échancrure semblable sous 
41° 6'. Elle conduit de la lagune Naliuel Huape et de l'ancienne 
Mission du même nom à la rive chilienne. Le dictateur Lopez 
la fit explorer, et on la trouva très-praticable. 



LA SIERRA FAMATINA. 

Après les Cordillères, la Sierra Famalina est la plus grande 
montagne du pays. Elle s'étend sur quatre degrés de latitude (du 
28' au 32" de lat.S.) et ses sommets culminants s'élèvent jusqu'à 
la région des neiges éternelles. 

Dans ce qui précède nous en avons assez dit sur l'origine de 
la montagne. Elle constitue d'abord le premier tiers du massif 
des Cordillères sousle 28^ de lat. S. etest coupée par la vallée du 
Rio de la Troya, dans laquelle on peut facilement reconnaître la 
nature sédimentaire des roches et leur inclinaison vers le nord- 
ouest. Cette partie n'a pas de sommet élevé. 

Ce massif décrit jusqu'ici comme un gradin du plateau des 
Cordillères, se détache a peu près sous 28° 30' de lat. S. de la 
grande chaîne, et s'infléchit un peu plus vers l'est pour former une 
chaîne indépendante. La vallée du Rio Jagué s'intercale entre 
les deux chaînes, et avec son prolongement au nord, dans lequel 
coule le Rio de Vinchina, atteint jusque près de la gorge du Rio 
de la Troya. Cette partie supérieure de la montagne conserve d'a- 
bord sapremière physionomie, mais s'élève rapidement, et atteint 
déjà sous le 29' de lat. S. la grande hauteur déjà signalée de 6024 
mètres (*). Une petite chaîne latérale se détache dans cette contrée 
du pied oriental de la chaîne principale. Elles sont séparées par 
une étroite vallée, dans laquelle se trouve la petite ville de Famatina 
(Villaargentina). Cette vallée n'a que cinqàsixlieuesdelong, et sa 
largeur se réduit quelquefoisà50upieds,mais elleenaenmoyenne 
de5000à 6000. La chaîne latérale est formée de schistes métamor- 
phiques, et se termine par quelques mamelons isolés sous 29' 19' de 
lat. S. La montagne principale est dans sa région d'élévation maxi- 
mum formée par une masse gianitique, à côté de laquelle apparais- 

* Lo chiffre de Martin de Moussy de 6294 mèlres {Conf. Arg. L, 189) est 
fautif. Il faut lire G02i. 



2U SOMiMETS DE LA SIERRA FAMATINA. 

sent au jour sur de vastes étendues au nord etau sud des porphyres 
puissants. Ils constituent près du sommet principal, nommé Ne- 
\ado Famatîno, dont nous avons déjà indiqué l'altitude, d'autres 
sommets qui s'élèvent jusqu'à 4500 mètres. Des roches stratifiées 
se montrent aux deux côtés de ces masses plutoniques, à l'est et à 
l'ouest.. Celles de la pente orientale sont de purs sédiments qui 
appartiennent à la même période paléozoïque (peut-être cam- 
briennc?) que les parois do la Quebrada delaTroya. Ses sommets 
ont des formes plus arrondies et s'élèvent à des hauteurs très- 
considérables. Le point le plus élevé, El Espino, atteint 4900 mè- 
tres. Ces sédiments cessent bientôt sous 29' 28' en s'isolant en 
un prolongement qui part des pentes occidentales. Ces pentes 
sont formées de roches métamorphiques, qui forment de longues 
arêtes. Elles se superposent sur une épaisseur qui varie entre 
2500 et 4300 mètres, et retombent avec une douce inclinaison et 
des collines détritiques vers la vallée du Rio Jagué. Au sud du 29' 
la Sierra Famatina s'abaisse rapidement, et se dirigeplusau sud- 
est jusqu'au 31" de lat. S. comme montagne isolée avec de nom- 
breux chaînons latéraux qui enserrent entre eux des vallées 
étroites. Sur toute cette étendue elle est composée uniquement 
de schistes métamorphiques qui conservent le même caractère 
que plus haut et ne s'élèvent pas à de très-grandes hauteurs. Les 
pentes orientales sont déchirées et contiennent toujours dans leurs 
gorges de petits ruisseaux servant à arroser des surfaces cultivées 
et accompagnés de nombreux établissements. C'est là que se 
trouve, sous 30' 30', le célèbre Valle Fertil; sa grande ré- 
putation de fécondité est due seulement à ce que les plaines voi- 
sines à l'est sont de vrais déserts, dont le point le plus déprimé 
forme une saline di^à signalée (p. 480). Le Valle Fertil sépare 
entièrement la partie sud de la Sierra Famatina de son prolon- 
gement extrême, par une gorge qui traverse la chaîne en se diri- 
geant au sud-ouest. Cette coupure isole ce dernier prolongement 
qui a reçu le nom de Sierra de la Huerta. Elle a la même con- 
stitution que la Sierra Famatina ; mais elle doit quelque impor- 
tance à ce fait qu'à son extrémité sud, sous SI'' 30', dans le 



ANNEXES DE LA PARTIE NOUD DES CORDILLÈRES. 215 

district de Los Marayos, on trouve du terrain houiller avec quel- 
ques gisements exploitables, qui, étant uniques dans le pays, ont 
acquis une certaine renommée ^" 



VI 

MONTAGNES ANNEXES DES CORDILLÈRES. 

Sous le nom de montagnes annexes je comprends les petites 
chaînes isolées, entièrement séparées des Cordillères, dirigées 
dans le même sens que celles-ci, et qui se dressent dans les plaines 
voisines en avant des pentes orientales des chaînes latérales. 
Nous les décrirons en peu de mots dans leur succession natu- 
Itirelle du nord au sud. Autant que nous pouvons le savoir, elles 
ont pour caractère général d'être formées de schistes métamor- 
phiques qui, en certains endroits, sur les points les plus élevés, 
laissent percer des masses de granit ; mais elles ne possèdent que 
des arêtes interrompues. 

Au nord on rencontre d'abord, entre l'Aconquija et le plateau 
des Cordillères, sous la latitude du Cerro de San-Francisco, une 
contrée montagneuse assez étendue du côté de l'est. Elle se pro- 
longe au nord jusqu'au plateau de la Bolivie, aux terrasses 
élevées duquel elle se rattache par le désert de Despoblado ou 
plateau de Puna, région d'une haute altitude et d'une nature 
assez semblable à celle du désert d'Atacama. Dans la partie qui 
relève de la république Argentine, cette contrée montagneuse 
se divise au sud en plusieurs chaînes ou arêtes toutes dirigées 
parallèlement aux Cordillères, du nord au sud, et qui viennent se 
terminer par des ramifications plus étroites près de la tête de la 
vallée située entre l'Aconquija et la chaîne de Famatina. Au nord 
ces chaînes de montagnes sont assez larges, pressées les unes 
contre les autres, et coupées seulement par d'étroites vallées qui 
courent dans la même direction. Au milieu, à peu près sous 
le 20% se dresse un sommet élevé, couvert de neiges éternelles. 
Il porto le nom d'El Cajon, se trouve situé très-près de la vallét^ 



-216 LE CAJOiN ET LA SIERRA GüLUMPAJA. 

du Rio Santa-Maria, et est avoisiné à l'ouest par la cuvette de la 
Lag'una Bianca. La partie de ces montagnes située à l'est du Cajon, 
entre ce dernier et l'Aconquija, porte le nom de Nevada dé 
Quilmes, de Sierra de Santa-Barbara, ou encore de Sierra de 
Santa-Maria, comme la rivière qui coule à ses pieds. Celle-ci, 
après s'être détournée au nord en contournant l'extrémité de la 
sierra et en se dirigeant vers le Rio Guachipas, vient se réunir à 
cette rivière en même temps que le Rio Calchaqui, dont le 
cours suit d'abord une direction parallèle. La montagne est 
déserte, nue, et a été peu explorée jusqu'ici. Elle se prolonge au 
nord sur le flanc occidental de la vallée du Rio Calchaqui, où l'on 
rencontre près d'elle le sommet élevé du Luricatao, et va se perdre 
dans la région élevée du désert de Despoblado (voy. note Zi3). 

Un second groupe de montagnes analogue situé à l'ouest de la 
Sierra de Santa-Maria prend le nom de Sierra de Gulumpaja. 
Le Cajon dont nous venons de parler en fait partie. Ce groupe se 
continue très-nettement au sud-ouest jusqu'au 28' de lat. S. Il est 
divisé en plusieurs tronçons qui se succèdent par des gorges qui 
y pénètrent du sud-est, mais prennent bientôt leur direction au 
nord-est. On y trouve des vallées étroites avec de petits cours 
d'eau, et la culture y devient possible. Ces vallées, ainsi que celles 
du Rio de Santa-Maria, du Rio Calchaqui et du Rio Guachipas, 
constituaient le territoire des héroïques Calchaquis, qui résistè- 
rent si longtemps aux attaques des Espagnols, et ne firent leur 
soumission que tardivement, après des luttes séculaires. 

Le rameau oriental et supérieur de la chaîne que nous décri- 
vons, et à laquelle le Cajon se rattache plus au nord, porte le nom 
de Sierra de Chango Real. A l'ouest il limite le Campo del Are- 
nal, désert sans habitants, et vient se terminer près du village de 
Gualfin, jadis un des principaux centres des malheureux Calcha- 
quis. 

Au sud existe un second rameau semblable, mais plus court, 
et entièrement séparé de la chaîne principale par une gorge 
étroite. On le connaît sous le nom de Sierra de Belen. 11 forme 
une arête étroite, longue de cinq à six lieues, à côté de laquelle. 



I.A SIERRA DE BELEN JUSQU'AU CERRO NEGRO. 217 

à l'est, existent encore deux petits chaînons, de forme analogue, 
mais plus courts. Placé en face de la ramification occidentale de 
l'Aconquija connue sous le nom d'Atajo, il sépare avec cette 
dernière le Campo del Arenal du second gradin inférieur de la 
plaine également déserte ici de la province de Gatamarca. Les 
bords seuls, où des ruisseaux et de petites rivières descendent 
des montagnes, sont habitables et propres à la culture. 

A l'ouest de la Sierra de Belen s'étend la Sierra de los Grana- 
dillos. Au nord, la dépression où se trouve la Laguna Bianca la 
sépare de la Sierra de Gulumpaja, avec laquelle elle suit une 
direction semblable au sud-ouest. Elle se termine au sud près de 
Tinogasta et de San-José par trois ramifications séparées par 
trois gorges. Ges ramifications se succèdent sous forme de gra- 
dins, do façon que le plus oriental est le plus long, et le plus 
occidental le plus court. Le premier est le Gerro Negro, que j'ai 
visité dans mon voyage. Le Rio Colorado, qui descend du Gopa- 
cavana et se forme des deux torrents qui coulent dans la Que- 
brada de la Troya et la Quebrada de Guchuil, se replie autour de 
cette montagne et se dirige ensuite au nord-est. La Quebrada de 
Chilca sépare le Gerro Negro de la chaîne principale, de la même 
façon que la Sierra Belen en est séparée par une quebrada sem- 
blable. 

Le second gradin de la ramification terminale est à Touest 
près du Gerro Negro et se prolonge jusque dans le voisinage de 
Copacavana. On l'appelle Sierra de Zapata, et il est séparé au 
nord de la chaîne principale par la quebrada du même nom, 
exactement comme le Gerro Negro par la Quebrada de Ghilca. 

Le troisième gradin vient ensuite à l'ouest. Il se termine à 
San-José, ce qui lui a valu le nom de Sierra de San-José. Il forme, 
avec l'extrémité nord de la Sierra de Gopacavana, le goulet déjà 
décrit (p. 484), par lequel s'insinue le Rio de Copacavana, lors- 
qu'après la réunion à Anillaco de ses deux branches supé- 
rieures il est devenu un cours d'eau assez abondant. Il suit la 
vallée jusqu'au Cerro Negro, le contourne et prend le nom de 
Rio Colorado. 



218 LES SIERRAS DE GOPACAVANA ET DE VELASCO. 

La petite et surtout très- étroite Sierra de Copacavana, qui 
est placée en avant du système des Cordillères et en est séparée 
par une vallée peu large, mais librement ouverte partout et rec- 
tiligne, peut sans difficulté être considérée comme le prolon- 
gement sud de la Sierra de San-José. Elles se comportent l'une 
par rapport à l'autre comme le font les appendices isolés, ana- 
logues à presque toutes ces petites sierras voisines des Cordil- 
lères. Cette Sierra de Copacavana est formée également, comme 
on le prouvera ailleurs, de schistes métamorphiques, et se dis- 
tingue ainsi nettement du système des Cordillères, dont la char- 
pente pétrographique est constituée par des sédiments argilo- 
sableux du groupe des grauwackes. 

La Sierra de Yelasco, située plus au sud et isolée au milieu de 
la plaine, est à la Sierra Famatina dans le même rapport que les 
sierras enclavées entre l'Aconquija et les Cordillères décrites 
plus haut le sont à ces dernières. Elles sont toutes le produit 
d'éruptions plutoniques près des principales déchirures, véri- 
tables fentes ouvertes parallèlement, dont les bords en se soule- 
vant sont devenus des arêtes de montagnes. La Sierra de Ye- 
lasco est formée aussi de roches métamorphiques, dont plusieurs 
arêtes se succèdent de l'est à l'ouest en gradins parallèles. Ces 
gradins ont leurs têtes de stratification à l'est, et les couches plon- 
gent à l'ouest. J'ai décrit cette disposition pour la première fois, 
dans mon Voyage (t. II, p. 236) comme le plus bel exemple d'un 
soulèvement de montagne unilatéral. Les quatre arêtes, ou 
cinq au nord, qui constituent cette petite montagne en lignes 
parallèles, sont de longueurs inégales. La centrale est la plus 
longue, et j'ai visité son extrémité nord dans mon voyage. Leur 
élévation n'est pas la même, et chaque arête de l'est à l'ouest 
devient de plus en plus élevée. La première arête et la plus 
orientale, tout à fait isolée, a environ 1500 mètres d'altitude ; la 
dernière et plus occidentale, 2000 mètres. Au milieu de leur 
longueur elles se fondent en un massif montagneux unique, que 
traverse un peu plus au sud un piton granitique de moyenne 
hauteur (2250 mètres). Le Rio Sauce sort des gorges septentrio- 



SIERRA DE LOS LLANOS. 219 

nales, le Rio de la Rioja des gorges orientales qui coupent l'arête 
sous "^IHO'. La ville du même nom se trouve au pied de la 
chaîne la plus orientale et sur le bord de cette rivière. 

En continuant de descendre au sud on rencontre un système 
analogue d'arêtes montagneuses parallèles qui composent la Sierra 
de los Llanos. Elles se comportent par rapport àla partie terminale 
de la Sierra Famatina, la Sierra de la Huerta, comme la Sierra 
Velasco le fait à sa partie supérieure. Les deux montagnes secon- 
daires diffèrent aussi de la même façon. La Sierra Yelasco a ses 
arêtes pressées les unes contre les autres en un massif compacte, 
exactement comme la masse principale du Famatina avec son 
piton neigeux culminant du Nevado. La Sierra de los Llanos est 
étirée en long, ses arêtes sont étroites, découpées par des gorges 
et séparées en plusieurs chaînes parallèles, entièrement dis- 
tinctes, tout à fait comme l'extrémité du Famatina. Au milieu, 
sous le Si' de lat. S., on distingue trois de ces chaînes. Les deux 
externes disparaissent ensuite de l'un et l'autre côté, et la médiane 
seule se maintient comme chaîne principale découpée en tron- 
çons. Elle a à peu près deux degrés de latitude de long. Ses extré- 
mités atteignent l'une au nord le 30% l'autre au sud le 32% mais 
l'altitude demeure toujours peu élevée. Le plus grand nombre 
des points culminants restent au-dessous de 1000 mètres, et l'al- 
titude moyenne de la chaîne ne dépasse pas 800 mètres. Quelques 
points plus élevés de la chaîne principale arrivent à 1200 mètres. 
D'ailleurs on ne connaît encore avec certitude aucune cote de 
hauteur de toute cette montagne, enveloppée d'une contrée très- 
stérile et dont les Pampas à l'ouest renferment les deux salines 
méridionales décrites plus haut (p. i80). Les roches de la Sierra 
de los Llanos sont également métamorphiques. 

Enfin, il reste encore à mentionner une petite montagne isolée, 
qui surgit de la plaine en face de la Sierra de los Llanos, sur le 
côté occidental de la Sierra Famatina, entre elle et la dernière 
partie de la Cordillère antérieure qui sort du grand plateau paral- 
lèlement à la Sierra Famatina et comprend les sierras détachées 
deVinchina, de Guandacol, dcMogna et de Villcun. Cette petite 



220 SIERIIA DEL PIE DE PALO. 

montagne, de même que la Sierra Buruyaco (p. 224), est. con- 
stituée par une masse ovale de roches métamorphiques, longue 
d'environ dix lieues. En ses points les plus larges elle a environ 
quatre lieues; ses sommets les plus élevés atteignent 1500 à 
1800 mètres, et son altitude moyenne est de 800 à 4000 mètres 
au-dessus de la mer. Telle est la Sierra del Pie de Palo, située à 
l'est de San-Juan sous 31" 15-40' lat. S., masse de roches en 
ovale allongé, sans végétation. Rétrécie au nord, elle s'élargit en 
s'arrondissant à son extrémité méridionale, et sa forme pitto- 
resque fait un joli décor pour le pays. J'avais auparavant rattaché 
cette sierra aux Cordillères antérieures, mais je me suis aperçu 
qu'elle ne leur appartient pas, parce qu'elle n'est pas constituée 
comme elles par de vrais sédiments, mais par des roches méta- 
morphiques. La Cordillère antérieure finit avec la Sierra Villi- 
cun, au Rio de San-Juan. Cependant elle se prolonge en réalité 
plus au sud, par des mamelons isolés de roches calcaires, et sa 
véritable extrémité se trouve dans les roches calcaires de Calera 
à Mendoza. 



VII 

SYSTÈME D'AGONQUUA. 

Ce système de montagnes ne fait plus partie des annexes immé- 
diates des Cordillères, car il forme un tout indépendant. Mais il 
court dans une direction parallèle, et on doit le considérer comme 
une expansion plus éloignée des mêmes phénomènes plutoniques 
qui ont soulevé des profondeurs le système des Cordillères avec 
ses annexes. Le tronc principal de l'Aconquija se trouve assez 
exactement sous 68° 20' ouest de Paris (66° ouest de Green- 
wich). Il forme un puissant massif montagneux, dirigé du nord au 
sud avec une légère inclinaison au sud-ouest. Sa longueur 
dépasse un peu un degré de latitude, et ses sommets les plus 



LE SYSTÈME D'ACONQUIJA. 221 

élevés se dressent jusque dans la région des neiges éternelles. Le 
côté occidental de cette montagne a une pente très-abrupte et tout 
escarpée ; aussi on y rencontre très-peu de vallées. Deux gorges 
étroites seulement sillonnent cette pente et conduisent par des 
ruisseaux insignifiants une faible quantité des vapeurs condensées 
en pluie sur les sommet?. Au contraire, de longs éperons se 
détachent des pentes dirigées à l'est, et entre eux de longues 
vallées descendent à la plaine et y apportent la fécondité avec les 
eaux abondantes qui roulent sur leur thalweg. Le tronc principal 
de l'Aconquija est assez rétréci à son milieu. Cependant les épe- 
rons et les vallées de sa pente orientale sont encore beaucoup 
plus larges que ceux de l'ouest. Mais aux deux extrémités la 
pente s'élargit par de larges saillies avancées et de longs prolon- 
gements qui lui donnent une si grande extension, qu'elle s'étend 
sur cinq degrés de latitude et constitue un système très-complexe 
de chaînons, de vallées et de plateaux. Ce sont ces différentes 
parties que nous allons avoir à distinguer, mais en consacrant 
encore auparavant quelques lignes à la description du tronc prin- 
cipal. 

Sa charpente pétrographique est formée de roches métamor- 
phiques, sur les points les plus élevés desquelles font saillie des 
masses granitiques. Telle est du moins l'affirmation qui prétend 
que les sommets les plus élevés sont de granit. Ces sommets se 
trouvent assez exactement sous ^T 20' lat. S. et représen- 
tent de très-hautes dents aiguës, dont la médiane est la plus 
élevée et peut atteindre IG 000 pieds (5-400 mètres). 11 existe 
encore deux autres groupes de sommets aigus, dont l'un, le plus 
long, fait saillie avec six dents au milieu de la montagne, tandis 
que le second, situé à son extrémité nord, porte trois dénis seule- 
ment. En janvier 1860, j'ai vu les deux groupes également cou- 
verts de neige dans toute leur étendue. J'en conclus qu'ils attei- 
gnent l'un et l'autre la zone des neigîs éternelles, bien que 
quelques personnes affirment qu'ils ne sont pas toujours revêtus 
de neige. J'estime donc leur hauteur à 15000 pieds (4080 mètres), 
car la ligne des neiges permanentes ne descend pas au-dessous 



-222 ANNEXES SEPTENTRIONALES DE L'ACONQÜIJA. 

de 13800 pieds (4500 mètres). Il est bien certain que des masses 
de glace permanentes existent au-dessous de cette hauteur, car 
pendant mon séjour à Tucuman on y appointait, même à l'époque 
la plus chaude de l'été, des chargements complets de glace com- 
pacte et claire qui venait du sommet de l'Aconquija. Sa nature 
claire, limpide et parfaitement homogène ne permettait pas de la 
considérer comme de la glace de glacier. J'appris en effet qu'on 
la tirait d'un lac situé au pied et à l'est du sommet méridional. 
C'étaient de gros cubes, de plus de deux pieds de diamètre, 
coupés très-régulièrem.ent, probablement à l'aide de scies. On les 
apportait à Tucuman d'une distance'de vingt lieues, enveloppés 
dans de la paille. 

A ce massif principal se rattache au nord une suite de saillies 
avancées et de chaînes secondaires dirigées toutes dans une même 
direction du nord-est au sud-ouest. Elles s'écartent par consé- 
quent un peu à l'est de la direction du tronc principal. Leur en- 
semble constitue un système étendu de chaînes moins éle- 
vées, qui n'atteignent pas la région des neiges éternelles 
et dépassent 9000 pieds (à peu près 3000 mètres) seule- 
ment sur quelques points culminants. Considérées dans leur 
ensemble, ces chaînes de montagnes se divisent en deux parties, 
une orientale et une occidentale, séparées l'une de l'autre par la 
vallée du Rio Tala, sur lequel se trouve Tucuman. La dernière, 
de beaucoup la plus étendue, se développe sur deux degrés de 
latitude (du 25' au 27'), tandis (jue la première est confinée sur 
moins d'un degré (de 25° 50' à 26" 48'). 

Nous étudierons d'abord la partie occidentale de ce groupe 
montagneux. 

Son noyau est constitué par une série de petites arêtes dirigées 
au nord-est et coupées par des gorges. Elles s'étendent jusqu'au 
côté sud-est de la vallée du Rio Guachipas, et se terminent au 
point où la rivière passe du nord-est à l'est et plus loin au sud- 
est. La première partie de cette chaîne appartient encore à la 
province de Tucuman, et à cause de cela porte le nom de Sierra 
de la Frontera, parce qu'elle sert de limite entre cette province 



MOiNTAGNES VOISINES DE TUCUMAN. 223 

et celle de Salta; je ne connais pas même de nom les sections sui- 
vantes; je puis seulement dire que la dernière, autour delaquelle 
le Rio Guachipas se replie à l'est, porte le nom de Sierra Cachari, 
et que les tronçons vont en s'abaissant graduellement jusqu'à ce 
dernier. Tous ont un côté escarpé au nord-ouest, non sillonné 
de gorges profondes. Le côté à inclinaison douce, coupé par de 
larges vallées, est tourné au sud-est. Il est revêtu d'un tapis de 
verdure jusqu'au faîte et d'une végétation arborescente au pied 
des pentes. Le sol au-dessous de la couche en décomposition 
laisse apercevoir des roches métamorphiques. 

Une contrée élevée en terrasse se rattache au sud à cette 
chaîne d'arêtes découpées plus ou moins isolées. Ce plateau se 
compose de cinq arêtes placées les unes derrière les autres et aug- 
mentant graduellement d'altitude. Elles courent toutes parallèle- 
ment à la chaîne et composent le massif montagneux que l'on a 
coutume d'appeler la Sierra de Tucuman. Je l'ai décrite avec 
détail dans Petermann's geogr. Mitth, 4868, p. M et seq., 
comme saillie avancée de l'Aconquija, et j'y renvoie le lecteur sans 
rentrer ici dans les détails. D'après mes observations, la première 
chaîne a SSß^ pieds de haut (presque 1100 mètres) et la suivante 
croît assez peu en hauteur. L'altitude de la troisième chaîne est 
estimée à 1800 mètres, celle de la quatrième à !2300 mètres, et 
celle de la cinquième, la plus large et la plus élevée, à ^700 mè- 
tres. Cette dernière est composée de schistes métamorphiques 
comme la chaîne du bord du système au nord-ouest et le tronc 
d'Aconquija. Les quatre autres sont de véritables sédiments ar- 
gilo-sableux , abondamment mélangés avec des paillettes de 
mica. On pourrait les rapporter au groupe des grauvvackes. Elles 
descendent au sud jusqu'à l'extrémité de l'Aconquija et s'arrêtent 
dans la plaine au voisinage du 27' degré de lat. S. La chaîne 
antérieure est un peu plus courte que celle en arrière, et séparée 
par d'étroites vallées dans lesquelles descendent de petites ri- 
vières abondantes en eau qui, avec celles qui descendent du 
sommet neigeux de TAconcpiija, constituent le système du Rio 
Bulce. 



22i LA SIERRA DE BURÜVAGO. 

Une haute vallée reste libre entre la cinquième chaîne et la 
sixième. Elle est célèbre dans le pays sous le nom de Tafi. Une 
fraîche verdure la tapisse, ainsi que toutes les chaînes avoisi- 
nantes, et elle constitue un magnifique territoire de pâturages, 
sur lequel Finduslrie de l'élevage s'est développée. On estime son 
élévation au-dessus du niveau de la mer à 5500 pieds (1800 mè- 
tres). Elle est bordée par des sommets élevés en forme de dômes, 
en partie nus et entre lesquels il n'existe qu'une issue libre. 
Celle-ci passe bientôt dans la gorge très-étroite du Rio Tafi, ce 
qui isole le tronc principal de l'Aconquija de ces montagnes si- 
tuées en avant. 

Il reste encore à parler du groupe isolé d'annexés avancées de 
l'Aconquija, qui se dresse dans la plaine à l'est du Rio Tala et est 
connu sous le nom de Sierra de Ruruyaco ou del Gampo. Nous 
avons déjà indiqué sa position. Elle forme un groupe longitudinal 
elliptique de roches métamorphiques, divisé en dômes ou petits 
groupes plus ou moins isolés, qui, du reste, constituent un tout 
continu. Ses pentes nues descendent de tous les côtés dans la 
plaine, sans aucune vallée fertile et riche en eau ; il n'en sort que 
de misérables ruisseaux situés au bord de la plaine et qui se des- 
sèchent après un cours de peu de durée. Nous citerons ici l'Ar- 
royo Uruefia, qui forme la limite de la province de Salta. Les 
autres prennent les noms des localités voisines et sont sans im- 
portance. Ces ruisseaux descendent tous à l'est; à l'ouest les 
pentes sont escarpées et sans ruisseaux. On ne rencontre donc de 
surfaces en culture qu'au pied oriental de cette petite montagne, 
et les localités florissantes y sont assez nombreuses. Le centre 
stérile, qui ne renferme aucun pacage, est complètement inhabité. 
Il forme une contrée alpestre déserte, surmontée de plusieurs 
groupes de saillies élevées, dont une partie a reçu des noms par- 
ticuliers. Le groupe le plus élevé est le Cerro de Candclaria au 
nord, dont l'élévation peut atteindre 1500 mètres. Plus au sud on 
rencontre les dômes fameux d'Infei nillo, à l'est les deux sommets 
du Cerro Negro et du Cerro del Campo *' . 

Nous venons de voir comment ces annexes avancées de l'Acon- 



SIERRAS VOISINES DU CAMPO DE PIJGARA. 225 

qiiija se rattachent à l'extrémité nord de son principal massif; la 
disposition est tout autre pour les trois longues chaînes reliées 
à son extrémité sud, et que nous devons encore considérer comme 
ses ramifications. Elles sortent d'un même plateau situé sur le 
bord méridional de FAconquija, et qui a un caractère analogue à 
celui de la vallée de Tafi. On l'appelle Campo de Pucara, d'après 
d'anciennes fortifications encore visibles qui datent de l'époque 
des Incas, avant la conquête des Espagnols. Le sol est couvert d'un 
tapis de graminées constituant de bons pacages, dont la forma- 
tion provient de la décomposition des roches avoisinantes. L'in- 
dustrie du bétail s'y est développée. 

Deux des principales annexes de l'Aconquija sortent du Campo 
dePucara. D'abord elles lui forment une bordure élevée a l'est et 
à l'ouest, s'en détachent ensuite et projettent deux autres petites 
chaînes seconöaires, entre elles, dans la vallée, quivas'élargissant 
graduellement. Quatre chaînes de montagnes sortent ainsi du bord 
méridional du Campo de Pucarâ; 

La chaîne orientale est à la fois la plus longue et la plus large. 
La profonde et étroite Quebrada de las Canas la sépare des der- 
niers éperons de l'Aconquija. D'autres gorges latérales et pro- 
fondes la fractionnent d'abord à l'est, du côté de la plaine, en plu- 
sieurs branches. Le premier rameau, en s'éloignant de l'Acon- 
quija, prend le nom de Cuesta de las Canas et constitue le véri- 
table bord oriental du Campo de Pucarâ. En face, à l'ouest, for- 
mant aussi le bord du même campo, se trouve la Cuesta de Chilca, 
véritable origine de la ramification occidentale de l'Aconquija, 
qui en est séparé par la quebrada du même nom. 

A la suite et au sud de la Cuesta de las Canas vient la Sierra 
de Narvaez, et en arrière de celle-ci, à l'est, la Sierra de Escoba, 
deux rameaux parallèles qui se détachent de l'arête en se diri- 
geant au sud, et sont accompagnés à l'est de quelques autres ra- 
mifications moins élevées qui courent dans la plaine. 

A la Sierra de Narvaez correspond sur le côté occidentîd du 
Campo de Pucarâ la Sierra de Moya, section analogue, séparée 
par des gorges de la ramification occidentale de l'Aconiiuija, 

REP. ARG. —I. 15 



226 LA SIERRA DE ALTO. 

de même que la Sierra Narvaez l'est de la ramification orien- 
tale. 

Au sud de ces deux sierras, le Campo de Pucarâ envoie deux 
rameaux latéraux qui le ferment au sud et ne laissent entre eux 
qu'un passage étroit. Le rameau oriental prend le nom de Sierra 
de Singuil, le rameau occidental celui de Guesta de Guanomil. A la 
sortie de la gorge comprise entre ces deux sierras et à l'entrée d'une 
seconde plaine, on rencontre plusieurs localités que leur climat, 
analogue à celui de l'Europe moyenne, rend très-propres à l'agri- 
culture et qui sont réputées à ce titre dans le pays. Le village de 
Singuil, riche en prairies, est le plus grand de ces établisse- 
ments. 

Les deux chaînes de montagnes qui bordent la vallée de Cata- 
marca partent de cet endroit. Elles courent en divergeant un peu 
entre elles. Celle de l'est est dirigée à peu près exactement du 
nord au sud ; celle de Touest plus du nord-nord-est au sud-sud- 
ouest. L'une et l'autre se terminent dans la plaine, et la large 
ouverture de la vallée vient déboucher dans la grande saline que 
nous avons décrite plus haut. 

La chaîne orientale commence au sud de la Sierra de Escoba, 
et en est séparée par un ravin dans lequel le Rio Marapa descend 
de la montagne. Elle prend ici le nom de Sierra de Alto, et forme 
d'abord une arête large qui va en se rétrécissant graduellement 
au sud. Sa crête est bombée et tronquée et ses flancs sont escarpés 
à l'ouest, doucement inclinés à l'est. Formée de schistes méta- 
morphiques, elle possède entièrement les caractères des autres 
chaînes analogues, la Sierra Velasco, par exemple. Le versant oc- 
cidental escarpé est presque sans eau, désert et nu, presque sans 
ravins, et revêtu de broussailles seulement tout en haut et sans 
aucune végétation au-dessous. Le versant oriental a des pentes 
douces, tapissées d'herbes. Ces pentes sont entrecoupées de nom- 
breuses petites vallées transversales, dans lesquelles murmurent 
des ruisseaux qui entretiennent une végétation plus riche avec 
quelques arbres. A son extrémité nord cette chaîne envoie deux 
vigoureux rameaux à l'ouest. Ils courent assez parallèlement avec 



LES SIERRAS DE ANGASTE ET DE AMBATO. 227 

elle au sud-sud-ouest et pénètrent dans la vallée de Gatamarca. 
L'un et l'autre entretiennent dans leur vallée un abondant cours 
d'eau et possèdent une bonne végétation. Le rameau supérieur, 
le plus au nord, porte le nom de Sierra San-Antonio; l'inférieur 
et plus méridional, celui de Sierra de Paclin.Dece rameau surgit 
un sommet élevé connu sous le nom de Gumbre de Gracian. 
Je n'ai pu me procurer aucun renseignement sur son alti- 
tude ; mais il ne doit guère dépasser 2000 mètres, car le 
faîte du chaînon ne s'élève nulle part au-dessus de 1200 à 
1500 mètres. La Sierra de Alto ne conserve pas ce nom jusqu'à 
son autre extrémité. La dernière partie, moins élevée et beaucoup 
plus étroite, se nomme Sierra de Ancaste. Ces deux dénomina- 
tions sont empruntées à la localité principale située sur leurs 
flancs. Il n'existe aucune distinction marquée soit par un change- 
ment de direction, soit par des gorges profondes. L'ensemble de 
la chaîne constitue une montagne continue. De petits sommets 
se détachent dans la chaîne orientale et reçoivent des noms par- 
ticuliers. 

Un de ces sommets, qui en réalité constitue une arête particu- 
lière et peu longue, porte le nom de Sierra Guazayan. Elle se 
dresse dans la plaine à Test de la Sierra del Alto, dont elle est 
entièrement séparée et avec laquelle elle court parallèlement du 
nord au sud. Deux petites arêtes de roches métamorphiques la 
constituent avec une longueur d'environ cinq à six lieues, et leur 
position est assez exactement au milieu entre le village de Canas 
et la ville de Santiago del Estero, sous le 28' degré de lat. S., un 
peu plus rapprochée de la Sierra del Alto que du Rio Dulce. Elle 
se rattache à cette sierra comme fissure accessoire de la grande 
fente principale. 

Des deux ramifications méridionales de l'Aconquija, celle qui 
est située à l'ouest est un prolongement immédiat de la Sierra de 
Ghilca et deGuanomil, et elle a reçu le nom de Sierra de Ambato. 
Elle se dirige d'abord au sud parallèlement à la Sierra de Alto, 
mais s'infléchit à l'ouest dans la région de Gatamarca, ßt à partir 
de là suit une direction sud-ouest. Son nom lui vient d'un sommet 



228 LES SIERRAS DE SAN-LORENZO ET DE MAZAN. 

assez élevé près de Catamarca, Il Ambato. Il en existe un second 
plus au nord, le Manchado ; mais aucun d'eux ne s'élève jusqu'à 
la région des neiges. On peut estimer leur hauteur à 2500 ou 
3000 mètres, car ils se dressent beaucoup au-dessus de la crête 
de la montagne, assez haute en cet endroit. Le versant occidental 
de la Sierra de Ambato est roide et escarpé, le versant oriental 
doucement incliné, mais sans avoir de ce côté des contre-forts 
aussi larges que ceux de la Sierra de Alto. Au nord elle envoie des 
rameaux semblables, mais dirigés à l'est, à l'opposite de ceux que 
la Sierra de Alto envoie à l'ouest. Ces rameaux pénètrent jusque 
vers le milieu de la vallée de Catamarca et la rétrécissent telle- 
ment au nord, qu'il ne reste plus qu'un goulet étroit de libre pour 
le passage de la rivière. La Sierra de Lorenzo est un des plus 
longs de ces rameaux latéraux, et elle se trouve dans le voisinage 
immédiat de Catamarca. Plus au sud la montagne se rétrécit 
promptement, envoie d'abord une petite branche à l'est, et se frag- 
mente ensuite en plusieurs petits chaînons séparés par des gorges 
profondes. Ces chaînons continuent la direction au sud-ouest 
et passent à la lin à Touest-sud-ouest. Dans mon voyage j'ai visité 
une de ces quebradas profondément encaissées, l'AbradelaCebila. 
Elle ne contient qu'un petit ruisseau sur un faible parcours, mais 
a une végétation encore assez vigoureuse, avec de grands cactus 
candélabres. Cette plante singulière décore toute la contrée à 
l'ouest de la Sierra de Alto, tandis qu'à l'est et à côté de Tucuman 
dominent des essences au feuillage vert et le magnifique laurier- 
arbre. 

Enfin une petite chaîne latérale entièrement isolée se rattache 
encore à la Sierra Ambato, au même titre que la Sierra Guazayan 
à la Sierra de Alto. Il s'agit delà petit Sierra de Mazan, qui surgit 
dans la plaine à l'ouest d'Ambato et forme une arête étroite de 
roches métamorphiques longue de quelques lieues. Elle est égale- 
ment coupée par de larges gorges, et se trouve située assez exacte- 
mentaumiUeu entre la Sierra Ambato et la Sierra Yelasco. Dirigée 
dans le même sens que ces deux dernières, elle répond à une fis- 
sure secondaire du sol primitif, comme les deux sierras corres- 



LA SIERRA ATAJO ET LA GUESTA DE NEGRILLA. 229 

pondent à des fentes principales. Un bombement peu élevé de 
roches platoniques situé au nord de cette petite sierra, et que 
j'ai touché dans mon itinéraire, témoigne de la puissante activité 
des forces souterraines dans cette contrée. 

Il reste encore à parler de la troisième ramification de l'Acon- 
quija, qui est dirigée non plus au sud, comme les deux précé- 
dentes, mais à Touest. C'est comme telle que nous considérerons 
l'Alajo ou la sierra du même nom, qui sort du flanc ouest de 
l'Aconquija et se dirigea l'ouestà travers la plaine, où il rencontre 
la Sierra de Belen, mais sans s'unir avec elle. Cette chaîne de 
l'Atajo est restée longtemps entièrement inconnue et manquait 
sur toutes les cartes. Je l'ai dessinée pour la première fois, d'après 
les indications de M. Schickendantz, sur ma carte dans les Peter- 
mann'sgeogr. Mittheil., 18G0, ^Z. h, et je puis lacompléter par 
quelques nouveaux renseignements ^'^ L'Atajo consiste en plu- 
sieurs arêtes granitiques, parallèles entre elles, dirigées de l'est 
à l'ouest et isolées des deux côtés par des gorges profondes. Mais 
elles conservent entre elles, au centre de la chaîne, une arête 
commune par laquelle elles demeurent reliées immédiatement 
avec le dernier contre-fort du bord sud-ouest de l'Aconquija. La 
première arête transversale, qui sort directement de l'Aconquija, 
est celle de Choga (ou Joga). Elle est assez large, mais peu longue, 
et séparée par la quebrada du môme nom de l'arête suivante. 
Celle-ci prend le nom de Cuesta de Negrilla, est plus étroite, mais 
aussi plus longue et plus escarpée que la précédente, et se pro- 
longe jusqu'à la Quebrada de Yacuchaga, qui pénètre profondé- 
ment dans l'Atajo et remonte jusqu'à son faîte. La route de Pucrte 
de Andalgala aux mines de Las Capillitas, situées sur le flanc 
nord de l'Atajo, franchit la crête de la Negrilla. Après cette der- 
nière vient une troisième arête très-longue et très-élevée que l'on 
doit considérer comme le tronc principal de l'Atajo et comme son 
centre. Elle est accompagnée, sur son versant nord-ouest, de plu- 
sieurs éperons peu élevés qui déterminent un élargissement con- 
sidérable de la montagne dans cette direction. Mais dans la direc- 
tion sud-ouest opposée, elle se développe en une longue chaîne 



230 EXTREMITE DE LA SIERRA ATAJO. 

étroite, prolongée jusqu'aux petites chaînes latérales de la Sierra 
de Belen, où elle se termine par une pointe très-avancée au sud 
et connue sous le nom de Punta. Le versant sud de l'Atajo est rendu 
propre à la culture par l'existence de petits ruisseaux qui coulent 
au sud dans les quebradas encaissées entre ses arêtes, mais dont 
les eaux tarissent bientôt dans la plaine. Sur le versant nord au- 
cune eau ne descend de cette montagne, et ce côté est absolument 
dénué de culture. Les mines de Las Capillitas seules forment 
une petite oasis habitée dans le désert du Gampo del Arenal. 

Toutes les arêtes qui appartiennent à l'Atajo sont des mon- 
tagnes désertes, nues et ne montrant de végétation que sur leurs 
pentes les plus basses quand il s'y trouve un cours d'eau. Sur les 
montagnes mêmes on ne voit pousser que des cactus et quelques 
plantes naines qui s'enracinent dans les joints des pierres et em- 
pruntent à l'atmosphère l'humidité dont elles ont besoin pour 
vivre. 



VIII 

MONTAGNES DE LA FRONTIÈRE SEPTENTRIONALE. 

La frontière nord-ouest de la république Argentine est formée 
par une région montagneuse qui n'a été explorée par aucun 
voyageur moderne, et qui par conséquent doit être considérée au 
point de vue scientifique comme une terra incognita. Ce que 
nous en dirons ici repose sur d'anciens renseignements et sur les 
inductions que l'on peut tirer de la structure des régions avoisi- 
nantes. Il ne faudra pas y chercher les garanties d'une descrip- 
tion basée sur l'observation. Je les donnerai pour ce qu'elles va- 
lent, en m'appuyant sur des communications orales d'habitants 
de cette contrée, mais sans répondre de leur exactitude. 

On peut assurer avec confiance que la direction des chaînes de 
cette contrée est dans ses traits généraux du nord-est au nord- 



LE PLATEAU DE DESPOBLADO. 231 

ouest, ou en d'autres termes, court parallèlement au plateau de 
la Bolivie. Les grandes rivières de cette contrée obéissent aussi 
à la môme direction: par exemple, le Rio Guachipas ou partie 
supérieure du Rio Salado, entre le 65" ctle 66" de longit. ouest de 
Greenwich et le 25" et 26" de latit. S., et le Rio Grande de Jujuy, 
principale branche occidentale du Rio Vermejo. Ils suivent tous 
deux la même direction, qui leur est imprimée par des chaînes 
de montagnes placées de la même façon devant eux au sud : le Rio 
Guachipas par les ramifications septentrionales de FAconquija, et 
le Rio Grande de Jujuy par la Sierra de Lumbrera. Cette dernière 
ferme le Gran Ghaco au nord sur son côté ouest. Ces deux chaînes 
de montagnes limitent au sud le plateau de Bolivie, dentelles sont 
les dernières chaînes parallèles. 

Entre le plateau de Bolivie, dont la limite s'étend en diagonale 
du 18' au 20' de lat. S. avec une direction régulière, et ces mon- 
tagnes, existe une région montagneuse, en général d'une altitude 
peu élevée, mais atteignant parfois à une assez grande hauteur. 
Sa masse principale suit plus ou moins exactement la direction 
indiquée du nord-est au sud-ouest, et est pourvue de larges con- 
tre-forts dirigés du nord-ouest au sud-est. Ces derniers s'élèvent 
en terrasses jusqu'à ce que ceux de l'ouest aillent se perdre dans 
le plateau désert de Despoblado (La Puna de Jujuy), élevé de 
3800 mètres, tandis que ceux de l'est retombent avec des pentes 
boisées vers la plaine du Gran Chaco, et sont séparés les uns des 
autres par des vallées semblables. Ces contrées, situées au nord 
du 22" de lat. S., n'appartiennent plus à la république Argentine, 
et doivent par conséquent rester en dehors de notre plan. Con- 
tentons-nous de dire que les sources des deux plus grands 
affluents du Rio Paraguay se trouvent entre ces contre-forts et ces 
arêtes, et que le Rio Pilcomayo, situé le plus au nord, sort des 
vallées au nord de la région du Despoblado que domine le haut 
Cerro Chorolque, et que le Rio Yermejo tire ses eaux des vallées 
au sud. La région des sources de ce dernier est en grande partie 
sur le sol argentin , celle du premier appartient en totalité à la 
Bolivie. Le Rio Sococha et le Rio Suipacha qui, i:éunis, ibiinent le 



232 PARALLELISME DE SES VALLÉES. 

Rio de San-Juan , se comportent par rapport au Rio Pilcomayo, 
presque exactement comme le Rio Grande de Jujuy au Rio Vermej o . 
Descendant des pentes nord-ouest du Despoblado , ils sont les 
sources les plus méridionales du Rio Pilcomayo, de même que le 
Rio Grande pour leRioVermejo, avec cette différence que le der- 
nier descend du versant sud-est du Despoblado et coule parallè- 
lement avec lui au nord-est. 

Nous ne pouvons décrire en détail chacune de ces chaînes de 
montagnes, vu la pénurie des renseignements. Je dirai donc seu 
lement que le centre de tout ce district de montagnes, le plateau 
de Despoblado ou de Puna, est inhabité, ainsi que l'indique déjà 
son nom. Son altitude est placée entre 3500 à 3800 mètres, et ses 
bords retombent à pic du côté des rivières dont nous venons de 
parler. On estime la hauteur absolue de la ligne de frontière 
connue sous le nom de la Abra de las Gortaderas, et située au 
bord de ce plateau de Puna au pied duquel commence la républi- 
que Argentine, à 3920 mètres, et à 4230 mètres celle de la ville 
de Jujuy, située en bas dans la vallée de la rivière du même nom 
dont la source est près du passage. A partir de ce point jusqu'à 
l'entrée dans la plaine, entre les deux sierras de Cachari et de 
Lumbrera, le niveau s'abaisse jusqu'à 728 mètres et se rapproche 
ainsi du niveau de l'extrémité de la grande plaine argentine, au 
pied des dernières montagnes annexes du plateau de Bolivie dans 
cette contrée. A l'est la déclivité n'est pas aussi bien connue; mais 
il est probable qu'elle doit encore être un peu plus basse, car 
toute la plaine est fortement inclinée dans ce sens. A l'ouestle pla- 
teau de Puna se prolonge jusqu'au désert d'Atacama, avec lequel 
il se continue sans interruption. J. J. Tschudi a donné une 
courte description de cette contrée dans son voyage de Gordova à 
Gobija''^ n est important d'appeler l'attention sur le parallélisme 
des vallées dans cette région. La partie haute du Rio Guachipas, 
formée par le Rio Galchaqui, coule tout à fait de même que la 
partie haute du Rio Grande de Jujuy, c'est-à-dire assez exacte- 
ment du nord au sud, dans une vallée étroite presque stérile qui 
a son point d'oriîuinc au bord du Despoblado ou plateau de Puna. 



LE RIO GUACHIPAS ET LE RÏO GRANDE DE JUJUY. 233 

La passe par laquelle on franchit le plateau porte aussi le nom de 
la Abra de la Cortadera. Au point où les deux vallées se termi- 
nent, elles débouchent dans la large vallée principale dirigée du 
nord-est au sud-ouest, et qui est située entre les dernières monta- 
gnes en avant du plateau de Bolivie. La rivière qui y coule suit 
aussi la même direction. Le Rio Guachipas traverse enfin ces 
chaînes de montagnes avancées, et pénètre dans la plaine sous le 
nom de Rio Juramento ou Salado; le Rio Grande de Jujuy coule 
à son pied nord-ouest et rejoint le Rio Vermejo au sud d'Oran, 
presque sous le 23" delat. S. Ces deux rivières sont les deux plus 
grands cours d'eau de la région dans la partie qui relève de la 
république Argentine. Elles tracent la direction principale des 
vallées et des ravins de ce vaste district alpestre. Tous leurs tri- 
butaires coulent du nord-nord-ouest au sud-sud-est, par consé- 
quent assez dans la direction de la partie supérieure des deux 
grands cours d'eau. Leur direction détermine aussi celle des val- 
lées latérales et des ravins étroits qui sillonnent ce pays de mon- 
tagnes. Les chaînes intermédiaires sont de grands contre-forts, le 
plus souvent entièrement déserts et inhabités, qui descendent du 
massif central encore plus stérile, le plateau de Puna, et se ter- 
minent souvent du côté de la plaine par de petits ressauts isolés, 
ou chaînons détachés. Lorsque les contre-forts du plateau sont 
très-larges, comme au nord-ouest du Rio Guachipas, ils consti- 
tuent aussi des plaines hautes et prennent quelquefois des noms 
particuliers. A l'est, dans les environs de la ville de Salta, où se 
trouve l'arête qui fait la séparation des eaux entre le Rio Guachi- 
pas et le Rio Grande de Jujuy, ils deviennent plus étroits, et se 
décomposent en une série de petites crêtes parallèles qui suivent 
la direction du nord-est au sud-ouest et rendent si difficile Taccès 
de la vallée de Salta**. On connaît très-peu les contre-forts et gor- 
ges situés encore plus au nord-est, et desquels la source nord du 
Rio Vermejo tire son eau. Ils appartiennent en partie à la Bolivie, 
comme la contrée de Tarija, située sur la source la plus septen- 
trionale du Rio Vermejo. Nous savons seulement que ces contre- 
forts forment des arêtes un peu plus étroites, revêtues sur leurs 



234 LA SIERRA DE CORDOVA. 

flancs et leurs pieds de belles forets qui distinguent si bien 
la région de l'est de celle de l'ouest el lui donnent une si grande 
supériorité. La culture y est cependant encore très en retard et 
la population clair-semée, à cause de l'éloigncment des grandes 
voies de communication. La ville d'Oran sur le Rio Vermejo, à 
peu près sous l.e 23' de lat. S., forme le centre de la colonisation 
européenne dans ce pays ; mais elle a été récemment presque to- 
talement détruite par un tremblement de terre suivi d'une inon- 
dation. 



IX 



SYSTÈME OROGRAPHIQUE CENTRAL. 



Au milieu des plaines argentines se dresse un système de pe- 
tites montagnes dirigées du nord au sud, comme les ramifica- 
tions méridionales de l'Aconquija. Elles sont aussi sous le même 
mérid?en, et comme leur constitution pétrographique est encore 
identique, on peut sans effort les considérer comme leur prolon- 
gement et comme une nouvelle éruption un peu écartée des 
mêmes forces plutoniques. 

On réunit ce système de montagnes sous le nom de Sierra de 
Gordova. Il n'est pas formé d'une chaîne unique, mais de plu- 
sieurs, et se subdivise, à la manière des sierras analogues décrites 
auparavant, en chaînes parallèles et annexes, qui ont reçu des 
noms différents et dont nous allons faire connaître les caractères. 

Le groupe principal de ce système est à l'ouest près de la ville 
de Gordova, et j'en ai exploré une moitié et étudié de loin l'autre 
moitié. — Le niveau des Pampas se relève doucement à l'ouest 
jusqu'auprès de Gordova. Il atteint à Rozario 1125 pieds et à 
Gordova même, d'après mes propres mesures, une altitude de 
417,8 mètres au-dessus du niveau de la mer^\ La pampa envi- 
ronnante est de 50 pieds plus haute, car la ville est dans une 



SIERRA DEL CAMPO. 235 

cuvette de la vallée entourée de pentes élevées (barrancas). Dans 
cette région la sierra est composée de trois chaînes parallèles, 
dirigées presque exactement du nord au sud , mais de longueur 
et de largeur très-différentes^* . 

La première chaîne orientale , que j'ai traversée , est assez 
étroite, large d'environ deux à trois lieues, plus courte au sud 
que la seconde ; mais elle se prolonge au nord avec plusieurs ap- 
pendices beaucoup plus loin. Elle porte le nom de Sierra del 
Gampo,a une faible hauteur, en moyenne de 1000 mètres, et ne 
surpasse cette élévation que sur quelques points isolés; au sud 
elle s'abaisse encore plus, jusqu'à ce qu'elle s'efface complète- 
ment dans la région de Tagua. Gomme les autres sierras décrites 
auparavant, elle a à l'est un versant à pentes douces et allongées, 
et un versant escarpé à l'ouest. Dans les vallées plates elle est 
revêtue de jolis bois, mais les hauteurs sont découvertes, non pas 
avec la roche à nu, mais avec un tapis de gazon, percé seulement 
çà et là par les angles durs des rochers. Cette Sierra del Gampo 
est coupée en trois endroits jusqu'à la base par des rivières qui 
descendent des pentes de la seconde sierra : la première fois et le 
plus au nord à San-Roque, près de Gordova, par le Rio Primero ; 
la seconde fois àAnisacatepar le Rio Segundo, et la troisième fois 
à Salto par le Rio Tercero. La Sierra del Gampo est donc divisée 
en quatre sections, dont les deux plus méridionales portent des 
noms différents. Le dernier tronçon, de peu de longueur et. de 
peu de hauteur, s'appelle la Sierra de los Gondores et s'élève à 
environ 600 mètres; la précédente, un peu plus longue, mais à 
peine plus élevée, la Sierra Ghica. Les hauteurs les plus grandes 
se trouvent dans la partie la plus septentrionale, qui est aussi la 
plus longue. Sur le côté de cette première section se dressent des 
monticules peu élevés, isolés, se prolongeant loin au nord, qui 
étendent la chaîne orientale jusqu'au delà du 30" de lat. S. Ils 
sont composés de hauteurs tantôt nues, tantôt, comme à San- 
Pedro et Indiguasi, revêtues de jolies forêts de palmiers, qui 
surgissant ainsi au milieu des Pampas stériles causent une sur- 
prise charmante au voyageur. Entje ces collines existent des bas- 



236 SIEIIHA DE ACHALA. 

fonds avec des bois d'arbrisseaux et même desravins assez élroits, 
que l'on doit d'autant plus remarquer qu'ils apparaissent peu 
souvent dans la région (voy. Reise, t. IL, page 97 et suiv.). 

La chaîne du milieu porte le nom de Sierra de Achala. Elle est 
beaucoup plus large et plus élevée que la précédente, car son 
faîte oscille entre 1 800 et 2000 mètres et atteint 2200 mètres sur 
quelques dents culminantes comme le Gigante de Achala. Ses ca- 
ractères généraux sont les mêmes : à l'est, elle s'incline douce- 
ment sur de longues pentes, et tombe à pic à l'ouest ; mais la 
vallée située de ce côté entre elle et la troisième chaîne est beau- 
coup plus élevée, ce qui la fait paraître moins haute qu'elle ne l'est. 
A San-Antonio, où j'ai séjourné quelque temps, j'ai trouvé le 
niveau de la vallée entre la première chaîne et la seconde à 
595 mètres, et plus au nord,à Quimbaletes, presque à son extré- 
mité, à 854 mètres. La vallée, au contraire, entre la seconde et la 
troisième chaîne, est en moyenne à 840 et jusqu'à 950 mètres, 
bien que son fond soit plus large que celui de la précédente. Il 
faut du reste rappeler que les caractères de la seconde chaîne 
diffèrent un peu, que son sommet dentelé de granit se dresse 
dénudé au-dessus des prairies suspendues à ses flancs, et que 
les forêts existent seulement dans les parties inférieures des val- 
lées. Celles-ci manquent presque complètement sur le côté occi- 
dental; la seule exception est le ravin de la Mina Glavero près du 
village d'Achala, et dans lequel se trouvent des sources thermales 
utilisées pour les bains. — Le fond de la vallée est surtout carac- 
térisé par ses belles forêts de palmiers, qui croissent près des deux 
rivières dont l'une, le Rio de San-Carlos, sort au nord delà vallée, 
la seconde, le Rio de San-Pedro, au sud. Mais elles tarissent 
promptement toutes les deux après un cours de peu de durée à 
l'ouest dans la plaine, qui est occupée par les prolongements delà 
grande saline centrale. La Sierra Achala ne s'étend au nord guère 
au delà du 31" de lat. S. et se termine dans le voisinage de la 
grande saline, au village de Cruz del Eje. Au sud elle se prolonge 
plus loin que la première chaîne et se termine près de la petite 
ville d'Achiras, sous 33° 4' lat. S., où je l'ai étudiée. Elle 



LA SIEPiRA DE SERREZUELA. 237 

devient alors plus basse et plus étroite ; elle a en effet cinq à six 
lieues de large dans sa partie principale et seulement deux lieues 
ici. llomme la précédente, elle se termine en se confondant avec 
le sol par des pentes douces. La roche dans cette partie est de la 
syénite, celle de la terminaison nord du granit, caractérisé par 
du mica en grands amas. Le massif principal des deux chaînes 
est composé de roches métamorphiques, qui, dans la première 
chaîne, renferment en plusieurs endroits du calcaire granuleux 
ou du marbre. 

La troisième chaîne, à l'ouest de la précédente, nommée la 
Serrezuela, est beaucoup plus étroite et plus courte que la se- 
conde, mais cependant quelquefois plus large que la première. 
Au nord elle s'étend aussi loin que la seconde, mais se termine 
bien avant elle au sud et ne dépasse pas SV 50' lat. S. Elle 
est formée également de roches métamorphiques, dont les couches 
s'inclinent assez à pic à l'ouest. Mais son aspect est tout autre à 
cause de la forme en plateau de son sommet, constitué par la 
tranche déchirée et dénudée des strates, à travers lesquelles ont 
jailli des roches trachytiques, qui, sous forme de cônes, s'élèvent 
jusqu'à 1610 mètres sur cette base^". 

Ces trois chaînes ne constituent pas à elles seules tout le sys- 
tème orographique central. Il s'y rattache plusieurs groupes de 
montagnes situées plus ou moins loin dans la plaine, que l'on 
doit considérer comme ses appendices ou ses prolongements, et 
que nous signalerons brièvement. Ce sont les saillies à l'ouest de 
la Sierra de Cordova, dans le sud, connues sous les noms du 
Morro et de Sierra de San-Luis. 

Un massif de roches granitiques ou métamorphiques se dresse 
dans le voisinage d'Achiras, mais sur le côté occidental de l'ex- 
trémité de la Sierra Achala. Ces roches sont groupées sur deux 
lignes voisines qui ont reçu les noms de Sierra del Portezuelo et 
de Morro de San-José. L'un et l'autre se rattachent aisément à la 
troisième chaîne occidentale de la Sierra de Cordova, et peuvent 
être considérés comme de nouvelles éruptions d'une même force 
souterraine. Du Morro de San-José se détache une troisième 



238 SIERRA DE SAN-LUIS. 

chaîne située un peu plus au sud. Elle est plus longue que celle 
du Morro, avec une forme plus en arête au lieu de la forme en 
bosse qui caractérise le Morro, et porte le nom de Sierra Yuspa. 
Elle constitue le prolongement du Morro, comme lui-même est le 
prolongement de la Sierra Serrezuela. 

Le système de Punta avec la Sierra de San-Luis est un peu plus 
indépendant et plus écarté à l'ouest. Ce massif montagneux, 
situé assez exactement sous 66^ ouest de Green wich, a environ 
un degré de latitude en longueur, et sa largeur atteint en certains 
endroits jusqu'à cinq à six lieues. De même que les autres mon- 
tagnes voisines, il a un versant escarpé à Touest et un à pentes 
douces à l'est, et est sillonné sur ce côté par plusieurs vallées et 
gorges. Les roches qui forment sa base sont des schistes méta- 
morphiques, gneiss et protogyne, avec des enclaves de granit et 
de nombreux filons de quartz aurifère, que l'on exploite depuis 
longtemps et qui sont actuellement entre les mains d'une société 
allemande^'. Cette montagne est encore riche en nombreux 
autres minéraux, et par sa structure pétrographique elle est peut- 
être la chaîne la plus intéressante de toute la république ; mais 
elle n'a encore jamais été explorée scientifiquement. On ne con- 
naît pas mieux sa configuration et l'élévation de son faîte. Ce 
qu'on en sait ne repose que sur des présomptions qui ne s'ap- 
puient pas sur des observations exactes, et qui par conséquent 
méritent peu de confiance. On donne 760 mètres pour altitude 
de la ville de San-Luis au bord méridional de la montagne, et 
700 mètres au sommet le plus voisin au-dessus de la ville, par 
conséquent 1460 mètres au-dessus du niveau de la mer. Au nord 
la chaîne principale est un peu plus élevée, et doit atteindre 
2000 mètres sur la crête nommée la Pancata. Au delà vient une 
gorge profonde, d'où sort au nord un ruisseau sur lequel se 
trouve le village de Rio Seco. Il va déboucher dans une petite 
rivière analogue, située plus au sud et sur laquelle est le village 
de San-Francisco, à peu près au milieu de la longueur totale de 
la chaîne. Cette gorge se prolonge à l'est en une vallée profonde 
et assez large, avec le village de Santa-Barbara, qui a valu à la 



PETITES SIERRAS VOISINES DE LA SIERRA DE SAN-LUIS. 239 

portion nord-est isolée de la montagne le nom de Sierra de Santa- 
Barbara. Entre elle et le versant occidental de la Sierra Gordova 
se trouve la vallée large et bien cultivée du Rio Gantere qui en 
sort au nord, mais s'assèche promptement dans la plaine. Plus au 
sud, sur le côté oriental de la sierra, vient un terrain très-mou- 
vementé, avec plusieurs bombements et contre-forts, comme le 
Tomalasta, le Solalasta, l'Intigua, entre lesquels jaillissent les 
sources du Rio Quinto dans la Ganada Horda. C'est là aussi que 
se trouvent les mines d'or de Carolina . 

Après ce dernier grand groupe du système central, il faut 
encore mentionner quelques arêtes et bombements dans la plaine 
au sud et à l'ouest. On peut sans peine les considérer comme 
leurs prolongements, dépendances ou annexes. 

A l'ouest de la Sierra de San-Luis s'étend une longue chaîne 
de petites arêtes basses et étroites qui, suivant la direction de la 
Sierra de Huesta, vient en ligne droite de l'extrémité de la Sierra 
Famatina, et se prolonge sur la rive orientale du Rio Desagua- 
dero, à travers la plaine des Pampas. Elle forme ici la limite 
occidentale de la profonde dépression qui sert de bassin aux sa- 
lines du sud. Cette chaîne aussi est composée de roches méta- 
morphiques. Elle commence à peu près sous 31^ 40' par une 
arête isolée, qui porte le nom de Sierra Guayaguas et est connue 
par des mines , d'argent en exploitation à son angle septentrional. 
A sa suite vient dans la môme direction une seconde crête plus 
longue à côté de la lagune de Guanacache. Elle est coupée en plu- 
sieurs sections et s'appelle Sierra de las Quijadas. Il s'y rattache 
quelques arêtes analogues et peu longues, qui suivent une direc- 
tion un peu plus au sud, prennent des noms différents emprun- 
tés aux localités voisines, et se terminent par le massif isolé de 
la Sierra del Gigante, qui doit ce nom à un sommet granitique 
élevé, situé en avant. Cette sierra atteint le 33' de lat. S. et elle 
est encore suivie d'une petite chaîne, la Sierra de las Palomas, à 
côté de laquelle existe, avec un niveau moins élevé, un long relè- 
vement qui s'étend presque jusqu'à la lagune lievedero et poitc 
le nom d'Alto Pencoso. 



j^^ 



240 DERNIERS BOMREMENTS DANS LE SÜD DES PAMPAS. 

Si ces chaînes peuvent être considérées comme le prolonge- 
ment de la Sierra Famatina, d'autres petites saillies situées 
à l'est de la lagune Bevedero appartiennent au contraire au 
centre de la Sierra de San-Luis. Ce sont les bombements isolés 
indiqués sur la carte de mon Voyage par les noms de Cerro Linzo, 
Cerro Ariatape, Cerro Tala et Cerro Verde. Ils sont composés soit 
de porphyres, soit de roches basaltiques '*% et cette composition 
pétrographique, les dénote déjà comme des éruptions plus ré- 
centes qui se sont faites sur les anciennes lignes de rupture 
ouvertes antérieurement. Le groupe de montagnes central du 
territoire argentin finit ici, et au delà les steppes patagonnes 
s'étendent en une plaine continue jusqu'au détroit de Magellan. 



LES SIERRAS DE LA PAMPA SUD-EST. 

Les cartes de l'Amérique méridionale nous présentent au sud 
de la Plata une saillie en demi-cercle de la côte. Elle forme à 
peu près au milieu, sous le 38^ de lat. S., un angle aigu, le cap 
Corrientcs, dont les dentelures rocheuses s'avancent jusque dans 
la mer. 

Cet angle est l'extrémité d'une petite chaîne de montagnes 
basse et étroite, dirigée du nord-ouest au sud-est parallèlement à 
la large embouchure du Rio de la Plata. Elle s'étend dans le pays 
derrière la saillie en demi-cercle de la côte, et a son point de 
départ sous 61^ ouest de Greenwich. C'est au soulèvement de cette 
petite chaîne que cette saillie de la côte doit sa large extension à 
l'est. Elle forme une suite d'arêtes allongées, étroites, quelque- 
fois complètement interrompues, composées de roches métamor- 
phiques, çà et là avec un substratum éruptif. Nulle part elle ne 
dépasse Zi50 mètres au-dessus du niveau de la mer, et se termine 
à ses deux extrémités en se perdant complètement dans le soP** . 



LES SlEBllAS DE LA PAMPA AU SUD DE DUENOS-AYRES. 241 

Si nous commençons la description en partant de la côte, nous 
voyons quo cette chaîne de collines apparaît au Gabo Corrientes 
sous Taspect d'une arote simple de rochers, se continue d'abord 
sous cette forme en devenant graduellement plus élevée, et se 
décompose ensuite en plusieurs sections transverses jusqu'au 
groupe qui porte le nom de Sierra del Volcan. Dans cette étendue, 
les sections presque entièrement isolées sont distinguées par 
des noms particuliers, tels que, en allant de Testa l'ouest, la Sierra 
de los Padres, près de la lagune de même nom; la Sierra delVa- 
liente plus à l'écart au sud; la Sierra del Junco et la Sierra de la 
Vigilancia, deux arêtes transverses assez longues, situées non 
pas à côté l'une de l'autre, mais en arrière l'une de l'autre et 
avec une direction unique ; le bombement isolé de la Sierra de 
los Barbosas et celui do la Sierra del Volcan, assez allongé et di- 
rigé non plus transversalement mais dans le sens longitudinal, à 
peu près sous 58» 40' ouest de Greenwich. A partir de ce point 
la chaîne s'épanouit en plusieurs chaînons parallèles, dont quel- 
ques-uns s'avancent dans la plaine, sur les deux côtés, assez loin 
de la direction centrale, sous la forme de bombements isolés. 
Elle atteint sa plus grande largeur dans la région de la petite 
ville de Tandil. Sur la pente du côté de la ville se trouve un gros 
bloc de granit mobile, dont on parle beaucoup dans le pays et sur 
l'origine duquel sont répandues plusieurs traditions dénuées de 
fondement, par exemple qu'il a été apporté par les Indiens. La 
partie principale au nord s'appelle Sierra de Tandil, la chaîne 
latérale au sud Sierra de Tinta. Plus loin à l'ouest les chaînes se 
rapprochent davantage, deviennent plus basses et abandonnent 
leur forme de collines allongées pour prendre celle de bosses 
convexes. Le système se termine par un de ces groupes de bosses, 
appelé Sierra Baja ou de Tapalquen, à l'ouest de la petite ville 
d'Azul, et un peu plus à l'ouest vient encore la sierra analogue de 
Quillalanquen. 

Le versant méridional faiblement incliné de toutes les chaînes 
est composé d'un grès de couleur claire, dont l'ûgc géologique 
n'a encore pu être déterminé. Les pentes hautes et escarpées du 

REP. A«G. — I. 16 



242 LA SIERRA VENTANA. 

côté nord sont formées de masses de gneiss et de granit. Elles sor- 
tent nues et pelées du sol, sont fragmentées en de nombreux 
blocs arrondis et ne constituent pas une arête continue, mais des 
coteaux ou mamelons isolés, accompagnés de blocs plus petits en 
grands éboulements. On n'y trouve pas de végétation en dehors 
des touffes d'herbes qui croissent entre les blocs. Les couches de 
gneiss et les bancs de grès clair plongent au sud-ouest, direction 
dans laquelle toute la montagne a sa pente la plus doucement 
inclinée. Les points culminants se trouvent sur le bord nord- est 
et sont en grande partie des bosses granitiques. Le Tandileolu est 
un des plus élevés et domine de 250 mètres le sol voisin de la 
pampa, qui lui-même est à une hauteur semblable au-dessus du 
niveau de la mer. Les hauteurs voisines sont beaucoup moins 
prononcées, bien que leur isolement les fasse paraître plus élevées 
qu'elles ne le sont. Aucune ne dépasse 400 mètres au-dessus du 
niveau de la mer. Le point le plus élevé de la Sierra del Junco 
n'a que 200 mètres. Les parties les plus hautes delà formationde 
grès sont toujours plus basses que les mamelons voisins degneiss 
et de granit, et leur sommet prend la forme de plateaux. 

Plus loin au sud, la Sierra de Ventana forme une répétition de 
cette chaîne, court comme elle directement du nord-ouest au 
sud-est, et est avec la Bahia Bianca dans le même rapport que la 
chaîne de Tandil avec l'embouchure du Rio de la Plata, c'est-à- 
dire lui est parallèle. Cette baie forme au sud l'extrémité de 
l'avancée en demi-cercle de la côte, comme l'embouchure de la 
Plata le fait au nord ; elles constituent toutes deux les limites 
naturelles de cette contrée. 

La Sierra Ventana a dans ses traits généraux la même nature 
que la chaîne de Tandil ; mais elle est beaucoup plus courte et 
en même temps plus large et plus élevée, car d'après les mesures 
de Fitzroy son point culminant atteint 1160 mètres *^ Elle äe 
divise en trois sections un peu inégales ; Une médiane beaucoup 
plus large et plus élevée située sous 02" 0. dé Greenwich, et 
qui représente la Sierra Ventana proprement dite et ses deux 
prolongements étroits et bas, la Sierra de Guranlaral au nord- 



BASSIN HYDROGRAPHIQUE DU RIO DE LA PLATA. 2i3 

ouest et la Sierra Pillahuinco au sud-est. L'une et l'autre ressem- 
blent beaucoup à la Sierra Tandil. 

Le massif principal est composé de plusieurs chaînons trans- 
versaux juxtaposés formés de roches métamorphiques qui plon- 
gent au sud-est et présentent leurs versants escarpés au nord- 
ouest exactement comme la chaîne de Tandil. Ces chaînons se 
prolongent avec leurs ramifications vers les côtes de la mer, et se 
perdent dans le sol résistant de la formation tertiaire qui con- 
stitue la plus grande partie de la surface des steppes patagonnes 
et s'étend jusqu'au rivage de la mer. Il est bon de remarquer que 
cette formation tertiaire manque auprès de la chaîne de Tandil, et 
que le diluvium des pampas enveloppe immédiatement la mon- 
tagne sur les roches de laquelle il repose. 

Les deux prolongements dont nous avons parlé sont des coteaux 
étroits et bas formés de mamelons et d'arêtes plus longues, dont 
l'aspect généi'al rappelle complètement celui de la Sierra de 
Tandil et qui, par conséquent, n'ont pas besoin d'être décrits. 

Nous terminerons ici avec ces détails succints, mais suffisants, 
la description des montagnes de la république Argentine, et nous 
allons passer à celle des cours d'eau. 



XI 

LE RIO DE LA PLATA ET SON DASSIN. 

Los cours d'eau de la république, considérés au point de vue 
de leur utilisation, présentent en général trois particularités qui 
y opposent beaucoup d'obstacles. Ils sont : i* pauvres en eau, 
2" ont un lit très-large et 3° font d'innombrables sinuosités. Le 
Parana lui-même n'est pas exem})t de c(»s particularités générales, 
et bien qu'elles y soient moins mai'quées, elles s'y trouvent 
cependant, mais se manifestent sous d'autres formes. Ce giand 
fleuve a des bas-fonds très-nombreux qui restreignent ù une 



Ui CARACTÈRES GÉiXÉRAUX DES FLEUVES. 

faible largeur son chenal navigable, et en outre se déplacent sans 
cesse et exigent une surveillance continuelle et infatigable ; car 
ils exposent le marin inexpérimenté à des dangers qu'il ne 
peut éviter et qu'il n'est pas en état de reconnaître, parce qu'il ne 
les soupçonne même pas. 

Ces trois particularités découlent d'une seule et même cause, 
la pauvreté générale en eau, et les crues brusques et tempo- 
raires. La pauvreté en eau est la suite des faibles quantités de 
pluies qui tombent chaque année sur le côté occidental du pays; 
nous déterminerons cette quantité dans le troisième et prochain 
livre. Gomme tous les cours d'eau viennent de cette haute région 
occidentale, ils sont tous également exposés à cette pénurie et par 
suite également pauvres en eau. Un fleuve de cette nature n'a 
qu'une faible force d'impulsion, il ne peut mettre en mouvement 
de grandes masses de terre ou de vase et ne creuse pas proiondé- 
ment le sol, mais s'étale plutôt sur les surfaces voisines ; aussi 
tous ces cours d'eau ont-ils un lit relativement large et très plat. 
Qu'ils éprouvent de temps à autre des crues plus fortes à la suite 
de pluies plus abondantes, alors le courant emporte chaque fois 
de nouvelles parties des bords, élargit son lit de plus en plus, 
mais sans le creuser, et y dépose la vase en certains endroits, 
après que la masse d'eau brusquement accrue s'est aussi rapide- 
ment écoulée. Tous ces phénomènes découlent d'une même 
cause. Aucun de nos fleuves n'a une profondeur d'eau régulière 
et uniforme ; dans tous se trouvent des îles de vase autour des- 
quelles l'eau circule dans des canaux étroits, et qui sont inondées 
seulement de temps en temps à l'époque des grandes eaux. Enfin 
les nombreux circuits de la plupart des cours d'eau du pays 
proviennent delà faible inclinaison de la plaine à travers laquelle 
ils coulent, aussi bien que de la pénurie générale d'eau. Lors- 
qu'un de ces fleuves avec un lit large et des rives plates vient à 
sortir de son lit après une crue subite, il se creuse facilement uû 
nouveau canal à côté de l'ancien, surtout lorsqu'il circule dans 
des plaines immenses peu inclinées et dont la surface est com- 
posée de terre meuble et de sable fin. Il les affouille prompte- 



APPLICATION AU RIO PARANA. 2i5 

ment et laisse tomber les débris dans l'ancien lit, où de nom- 
breux bas-fonds déjà existants opposent un obstacle à sa 
progression régulière. 11 se trouve ainsi contraint à rester en 
partie dans le nouveau lit et à abandonner Tancien à moitié 
obstrué. Il tend toujours vers les parties les plus basses de la 
plaine qu'il a inondées, et en y séjournant plus longtemps il 
forme constamment de nouvelles sinuosités pour le peu d'eau qui 
lui reste encore. C'est ainsi que naissent peu à peu des lits entiè- 
rement nouveaux et des bas-fonds que l'on doit étudier pour les 
éviter et les marquer. 

Bien que le Rio Paranâ, qui vient du Brésil, soit alimenté par 
les abondantes pluies tropicales et reçoive chaque année une 
masse considérable d'eau, cette dernière n'est cependant pas 
régulière. Dans la saison sèche, de mars en octobre, le fleuve 
décroît et alors on y voit se produire, d'une façon moins appa- 
rente il est vrai, toutes les particularités qui se manifestent si 
énergiquement sur les petits cours d'eau de l'ouest. La largeur 
énorme de son courant est l'obstacle principal à sa régularité, et 
cette grande largeur est la suite soit de la faible inclinaison de la 
plaine à travers laquelle il coule, soit de l'irrégularité de la quan-f 
tité d'eau et de ses crues considérables et momentanées. Bien 
qu'on n'y voie pas de bas-fonds émerger hors de l'eau, ils y exis- 
tent cependant et en deviennent d'autant plus dangereux. A ceci 
viennent s'ajouter les nombreuses îles, .principalement sur tes 
bords, qui se sont élevées sur les bas-fonds >pluè soljdos à l'aide dé 
la végétation qui s'y est établie. Il se faitdesichçingoments conti^ 
nuels dans ce grand fleuve et rien n'y est permanentj. i • !■ »» 

Il résulte de toutes ces,partieularités,quo.lo fond dëadèsice^ 
cours d'eau ne pejuit être>fQrmé;que,d'ianoivaso fin» pendant lieuV 
cours à travers ja plaine; qu'ils ont toiisj dés i^aux. tiioiuiblés oté'enf 
roulent, d0 Uni pi;dés qu'au voisinage des. montagne^s,'. aussi 'long- 
temps qu'iU, coulent sur des graviers et des galets, polis. Le fpnd 
du PaianÄ^ide même que celui du Rio de la Plata, est composé 
d'uiiÇi.YASevtçvïI^Usa grise, trèsrfmo, dans laquelle ße tromnent 
aussi beaucoup de grains de sable ténus, mais qiuii- contient 



-246 COLORATION ET BERGES DES FLEUVES. 

beaucoup d'éléments terreux et par suite n'est plus comparable 
au gravier des grands fleuves d'Europe. Comme la plaine est 
composée presque partout du lehm du diluvium, il en résulte que 
le sable est toujours mélangé d'argile et que les rivières ont une 
coloration rougeâtre ou gris jaunâtre passant au vert. De là les 
nombreuses dénominations telles que Rio Colorado, Rio Verde ou 
Rio Vermejo, qui rappellent ces colorations. Celle de Rio Negro 
s'applique à des rivières avec une nuance noirâtre résultant de la 
limpidité et de la profondeur de l'eau qui la fait paraître sombre, 
mais non troublée ; mais cette nuance est beaucoup plus rare que 
les précédentes. On entend très-rarement parler de Rio Clara, et 
toujours uniquement dans le voisinage des montagnes ; au con- 
traire, les noms de Rio Salado ou Saladillo reparaissent partout à 
cause des grandes quantités de sels solubles qui existent dans le 
sol du pays. Il y a aussi beaucoup de rios blancos ; ils doivent ce 
nom à la prése nce de calcaire ou de sable pur, et se rencontrent 
surtout dans les contrées montagneuses. 

Il n'est pas nécessaire de développer plus longuement ici ces 
particularités. Ajoutons seulement que la loi formulée récemment 
par C. de Baer sur la marche ou tendance à s'écarter des rives 
des fleuves ne trouve pas dans les cours d'eau argentins une 
application parfaitement évidente à cause de la grande largeur 
de leur lit et de l'instabilité de leurs rives. Elle s'y manifeste en 
effet moins clairement, puisque en dehors du Paraguay et du 
Paranâ presque toutes les rivières coulent de l'ouest à l'est, 
direction avec laquelle cette loi n'a plus d'application. Les rives 
orientales du Paranâ depuis Punta Gorda sous S^'' 6' lat. S. 
jusqu'à Cörrientes sont des coteaux hauts et escarpés ; celles de 
l'ouest, au contraire, des: marais plats, ce qui paraît conforme à 
la loi formulée. Mais ^ plus au sud, lorsque le fleuve, sous 
32" 33', se détourne aujsud-est, les rives méridionales deviennent 
les plus élevées, celles du nord, plates jusqu'à Baradero (59° M' 
ouest de Greenwich), et à partir de ce point il est bordé sur ses 
deux côtés par des marais et des îles plates peu élevées au-dessus 
du niveau de l'eau. 



ETENDUE DU BASSIN DU RIO DE LA PLATA. 247 

Après cette description des caractères généraux des cours d*eau 
de la république nous allons étudier le plus considérable de ces 
systèmes hydrographiques, dont Tembouchure constitue le large 
estuaire du Rio de la Plata. L'étendue de ce système, un des plus 
grands de la terre, embrasse une surface d'environ 45 000 milles 
carrés, aussi grande que le territoire entier de la république. 
Mais une faible partie seulement de cette étendue, à peu près un 
tiers, environ 15000 milles carrés, appartient à la république ; 
la plus grande partie relève du Brésil et une très-pelite portion 
appartient aux deux républiques du Paraguay et de l'Uruguay. 
Nous n'aurons donc pas à étudier le système entier; nous lais- 
serons de côté la description détaillée des parties en dehors du 
territoire argentin, et limiterons notre exposition à l'espace qui 
appartient à ce dernier, nous contentant de donner quelques in- 
dications sur les autres parties dans la mesure nécessaire à l'in- 
telligence du système complet. 

Le système est composé de six grands cours d'eau, dont cinq 
viennent se réunir au fleuve principal et le sixième demeure isolé 
et se jette dans le golfe de la Plata. Cette sixième branche indé- 
pendante est le Rio Uruguay ; les cinq autres sont, de l'ouest à 
l'est, le Rio Parana, le Rio Paraguay, le Rio Pilcomayo, le Rio 
Vermejo et le Rio Salado. Ils débouchent tous dans le Parana que 
l'on peut considérer comme l'artère principale du système, bien 
que ce ne soit pas lui, mais le Rio Paraguay qui coule dans la 
direction du courant principal et qui, par suite, doit être consi- 
déré comme le centre ou comme l'axe du système. Ce fleuve, en 
effet, descend du nord avec la même direction que suit plus loin 
le tronc du Rio Parana. Les autres affluents suivent d'autres di- 
rections ; celle du Parana et de l'Uruguay du nord-est au sud- 
ouest, les trois derniers du nord-ouest au sud-est. Cette direction 
est encore celle d'un septième cours d'eau, qui demeure séparé 
du Parana, mais dont le courant est dirigé sur ce fleuve; nous 
voulons parler du Rio Dulce ou Saladillo, absolument parallèle 
au Rio Salado, et que l'on peut compter comme membre de ce 
système. Nous le considérerons comme une annexe et distinj^ue- 



248 LE RIO URUGUAY. 

rons ainsi sept branches dirigées vers l'embouchure de la Plata. 
Six en réalité seulement l'atteignent, la septième est trop faible 
pour s'ouvrir une route jusque-là et se perd auparavant dans la 
plaine. 

L'ordre le plus convenable pour notre exposition sera de com- 
mencer par les branches orientales, qui coulent en grande partie 
en dehors du territoire de la république Argentine, et de finir par 
celles de l'ouest, situées entièrement ou en grande partie sur ce 
territoire, et nous terminerons par le golfe de la Plata où toutes 
viennent aboutir. 

1. Le Rio Uruguay sort au sud du Brésil du versant occi- 
■ dental des prolongements de la chaîne côtière de ce pays, à peu 
près en face de l'île de Santa-Cathnrina. Il se forme par plusieurs 
petites branches situées entre le 27' et le 28" degré de lat. S. et 
dont trois doivent être citées comme les plus importantes. Ce sont 
le Rio Marômbas qui vient du nord et qui à lui seul reçoit plus 
d'une douzaine de petits ruisseaux ; de l'est, le Rio dos Canoas 
avec son principal embranchement le Rio dos Gaveiras, et 
enfin du sud-est, le Rio dos Pelotas, le plus riche on eau. Ils se 
réunissent sous 51° 5' ouest de Greenwich et constituent le Rio 
Uruguay qui se dirige à l'ouest avec une légère inclinaison au 
nord, plus loin se détourne au sud-ouest et rencontre la frontière 
argentine sous 55%49'. Ici il reçoit du nord le Rio Pepiri 
Guazu, qui sert de limite. Jusqu'à cet endroit il a déjà reçu du 
nord et du sud une infinité de petits affluents, parmi lesquels les 
plus importants sont.au nord le Rio Chapeco et au sud le Rio 
Uruguay Mini. Un peu plus loin à l'ouest vient encore se jeter 
l'Uruguay Puita, au-dessous duquel il commence à se courber 
plus au sud-sud-ouest. Il décrit une forte courbe dans cette di- 
rection et serpente avec des sinuosités sans nombre à travers une 
région forestière, où des rochers placés sur ses deux rives encom- 
brent son cours et l'obligent à former des rapides et quelquefois 
des chutes élevées (saltos). La première, appelée Salto Grande, 
se trouve, d'après Azara, sous 27° 9' 23 ' lat. S. La der- 
nière, le Salto Ghico, est sous 31° 23' 5". Jusque-là le fleuve 



CHUTES DU RIO URUGUAY. 249 

n'est pas tout à fait impropre à la navigation, car entre les cas- 
cades se trouvent de longues étendues calmes, mais il est impos- 
sible de communiquer directement entre la région supérieure et 
la région inférieure, du moins avec le niveau d'eau ordinaire 
avec lequel une partie des rochers émerge hors de l'eau. On ne 
peut franchir les chutes avec de petits navires que dans de rares 
années très-pluvieuses ; mais il est inutile de compter sur cette 
facilité, car le plus souvent le passage est impossible. Une des 
plus grandes chutes est le second Salto Grande sous 31° 42', et 
c'est elle surtout qui empêche de remonter le fleuve, car trois îles 
y rétrécissent le courant et des rochers situés sur le côté occi- 
dental repoussent l'eau à l'est et occasionnent une chute de 
2 mètres de hauteur qui se précipite en bouillonnant et en 
écumant. Au-dessus et jusqu'au premier Salto Grande, l'eau est 
souvent et même ordinairement paisible et n'opposerait aucun obs- 
tacle sérieux à la navigation; mais les bateaux ne remontent pas 
jusque-là. 

Dans l'espace entre les deux principales chutes, le fleuve ne 
reçoit du côté de la république Ai'gentine que de petits ruisseaux 
jusqu'au Rio Mirinay, qui est un peu plus considérable et dé- 
bouche en face du Cuarein. Du côté du Brésil, au contraire, se 
trouvent plusieurs grandes rivières, comme l'Yguy, le Piratini, 
l'Ycabacua, et surtout l'Ybicuy, la plus considérable de toutes 
après le Rio Negro. Au sud, vient ensuite le Rio Cuarein, qui sert 
de limite entre le Brésil et la république de l'Uruguay. 

A son embouchure se trouve la petite ville de Santa-Rosa et, 
plus au nord, une autre ville située en territoire brésilien. 
Elle porte le nom d'Uruguayana et est la localité la plus im- 
portante du Brésil dans cette contrée. En face se trouve le 
village argentin de Restauracion, qui est encore dans la pro- 
vince de Corricntos, ainsi que toute cette étendue jusqu'au Rio 
Pepiri Guazu. Après Santa-Rosa, on trouve au sud Belen, autre 
petite ville située sur la rive occidentale, au point où commence 
la province d'Entrerios avec le Rio Mocoretâ. A côté et au sud de 
Belen s'ouvre le Rio Arapay, rivière importante. Ici le fleuve lait 



2S0 COURS INFÉRIEUR DU RIO URUGUAY. 

brusquement un coude à l'ouest, pour reprendre bientôt après sa 
route au sud; à l'extrémité de ce coude se trouvent les derniers 
rapides, causés par des pointes de rochers qui, sans former une 
chute, barrent en travers le fleuve, un peu au nord de la petite 
ville de Salto Oriental, qui en tire son nom. En face est la ville 
argentine de Concordia, localité très-animée ; la navigation à va- 
peur, et par des navires un peu grands, ne remonte pas au delà. 
Le fleuve, large de 1000 mètres, coule maintenant avec calme et 
forme une quantité d'îles, couvertes comme ses rives d'une végé- 
tation vigoureuse au miUeu de laquelle se dressent des palmiers 
qui çà et là se groupent en forêts assez étendues. L'aspect est le 
même au delà de Concepcion, au-dessous de laquelle les îles 
sont très-nombreuses et grandes. Avant cela, il reçoit encore de 
l'est deux affluents importants, le RioDiamante, au sud de Salto, 
et le Rio Queguay au nord de Paysandu. L'Uruguay atteint ainsi 
le 33^ degré de lat. S. presqu'en ligne droite sous 58' ouest 
de Greenwich. Ici il décrit de nouveau à l'ouest un coude à angle 
droit, mais se retourne bientôt au sud en devenant très-large, 
pour aller se jeter dans l'estuaire de la Plata avec sa première 
direction. Au coude se trouve la petite ville de Fray Bentos et 
près d'elle la grande fabrique d'extrait de viande de Liebig. A 
l'angle de la courbure, près de la ville de Gualeguaychu, s'ouvre 
la rivière du même nom, le plus grand affluent argentin de l'U- 
ruguay. Un peu au-dessous du coude il reçoit son plus grand 
affluent oriental, le Rio Negro, qui en se rapprochant très-près 
de lui un peu plus au nord circonscrit le Rincon de las Gallinas. 
A l'embouchure du Rio Negro se trouve Soriano, le plus ancien 
établissement des Espagnols dans cette contrée. Toute la portion 
du fleuve qui suit, jusqu'à son embouchure, a une grande largeur 
et ressemble plus à un estuaire qu'à un cours d'eau. Cependant à 
l'extrémité de cet estuaire il forme un goulet étroit nommé la Punta 
Gorda, d'où il résulte que l'embouchure jusqu'à Las Vacas est 
beaucoup plus resserrée que la partie au-dessus jusqu'à l'embou- 
chure du Rio Negro. A Las Vacas commence l'estuaireduRio de la 
Plata qui reçoit le Rio Uruguay par une embouchure unique et large . 



CARACTÈRES DES BERGES DU RIO URUGUAY. 251 

Les rives du Rio Uruguay sont assez élevées sur le côté oriental 
et forment quelquefois des escarpements à pic comme à Punta 
Gorda.Le côté opposé, jusqu'àl'embouchure duRioGualeguaychu, 
n'a que des marais bas, au milieu desquels les nombreux bras du 
Rio Paranâ se sont frayé une issue et inondent les îles chaque 
année au moment de leurs crues périodiques. Une chaîne de 
dunes limite ce terrain bas du côté de la terre ferme et se pro- 
longe à l'ouest jusqu'au Rio Gualeguay, qui tombe dans le Paranâ. 
Au nord de l'embouchure commence sur le côté occidental une 
chaîne de collines, qui court parallèlement au fleuve, mais déli- 
mite en avant des terres basses. Cette chaîne de collines s'étend 
surtout le bord occidental jusqu'aux rapides; mais au nord elle 
se rapproche quelquefois plus près du fleuve et vient même en 
contact immédiat avec lui. La rive orientale conserve ses talus 
escarpés, mais avec une hauteur moindre. Ces talus s'écartent en 
beaucoup d'endroits dans les terres et deviennent quelquefois 
des hauteurs considérables, comme aux environs de Paysandu. 
Le fleuve devient ici assez étroit, n'ayant plus que 600 mètres de 
large. Un passage analogue se reproduit plus au nord dans laMesa 
de Artigas, au sud de l'embouchure du Rio Diamante. Près de là 
existe un tourbillon dans le courant qui détermine un bouillonne- 
ment dans l'eau par refoulement sur des rochers cachés ; il porte 
le nom d'El ïlervidoro. Bientôt ensuite commencent les rapides et 
les chutes accompagnés, surtout sur le côté oriental, de rives éle- 
vées qui dès lors ne quittent plus le fleuve et suivent les nom- 
breux circuits de son cours au nord jusqu'aux campos du Brésil, 
où il est bordé par des campagnes ouvertes, avec une végétation 
éparse. Au contraire, la partie qui coule près des Missions argen- 
tines est richement boisée et porte la végétation la plus plantu- 
reuse. 

Comme le Rio Uruguay rie reçoit que des eaux de pluies, il en 
résulte que son débit change continuellement. Ainsi que nous 
l'avons dit précédemment, la région de ses sources est en dehors 
de la zone tropicale, ce qui empêche le fleuve de prendre part 
aux crues et abaissements périodiques du Rio Paranâ, qui pro- 



252 OSCILLATIONS DU NIVEAU DANS L'URUGUAY. 

viennent de la succession des saisons sèches et humides des 
tropiques. Toutefois le Rio Uruguay présente une certaine 
périodicité dans son débit, mais elle se produit à une autre 
époque de l'année, c'est-à-dire à la fin de l'hiver. Ce sont aussi 
les pluies d'automne et d'hiver de la zone subtropicale qui déter- 
minent les crues du fleuve. Mais il peut arriver des années où 
la crue de l'eau manque totalement, et elles sont ordinairement 
suivies d'une crue plus forte l'année suivante. Le fleuve monte 
alors beaucoup, surtout dans son cours supérieur, etatteint jusqu'à 
45 pieds au-dessus de son niveau le plus bas, tandis que la diffé- 
rence ordinaire est seulement de 18 à 20 pieds, du moins au sud 
des saltos. Durant l'été la hauteur de l'eau reste asse^ uniforme, 
parce que le gonflement du Paranâ à la même époque refoule 
l'eau dans l'embouchure de l'Uruguay. A la fin de cette saison, 
au commencement d'avril, il décroît et diminue pendant quelque 
temps, si de fortes pluies d'automne ne viennent pas déterminer 
une seconde crue à la fin d'avril ou au commencement de mai. 
Après cette époque le niveau s'abaisse régulièrement et descend 
graduellement à son minimum, jusqu'à ce que les pluies subtro- 
picales amènent la nouvelle crue à la fin d'août et au commence- 
ment de septembre. La navigation est souvent troublée par ces 
variations. — Le fleuve n'est pas profond ou plutôt n'a pas un 
chenal profond constant, parce que de nombreux récifs existent 
sur le fond et rendent irrégulier le courant jusque dans le canal 
navigable. Cependant le fleuve ne fait presque plus de circuits au 
sud des chutes, et ses nombreuses îles sont presque toutes près des 
rives. La portion la plus inférieure seule, entre Paysandu et Fray 
Bentos, a des îles en si grand nombre que le chenal navigable en 
est quelquefois rétréci, principalement au sud, avant d'atteindre 
le coude à Fray Bentos. A partir de là les îles disparaissent et 
l'élargissement en forme d'estuaire commence pour se continuer 
jusqu'à Punta Gorda. Près de lui,.à l'ouest, s'étend entre l'Uru- 
guay et le Paranâ le district bas et marécageux soumis aux inon- 
dations annuelles des deux fleuves. Le chenal navigable se trouve 
ici près de la haute rive orientale. Toute l'étendue au sud des 



SOURCES DU RIO PARANA. 353 

chutes n'éprouve pas de différences de niveau aussi grandes que 
plus haut au-dessus des saltos. 

Je ne puis me dispenser d'ajouter que de tous les fleuves de 
notre pays le Rio Uruguay est celui qui offre le moin«; nettement 
les caractères généraux décrits dans l'introduction. Il se distin- 
gue des autres et par sa profondeur inégale en échelons et par 
l'état variable de son débit. Il a encore des eaux plus claires que 
celles des autres grands fleuves, et qui dans le Rio Negro surpas- 
sent en limpidité celles de tous les autres affluents. C'est peut- 
être là-dessus que se fonde sa grande et générale réputation de 
salubrité ^^ 

L'eau de l'Uruguay est encore caractérisée par la haute pro- 
portion d'acide silicique qu'elle contient, et elle forme sur ses 
rives de nombreuses pétrifications et des grès solides. On trouve 
parmi ses galets de nombreux nodules de géodes qui proviennent 
des formations volcaniques du sud du Brésil (voy. Reise ^ I, 77). 

2. Le Rio Parana, ce fleuve, le plus grand des pays argentins, 
vient également du Brésil et dans son cours supérieur suit exac- 
tement la même direction que le Rio Uruguay. Ses deux bran- 
ches supérieures les plus importantes coulent en effet à l'ouest et 
au sud-ouest, et réunies en un seul courant s'infléchissent au 
sud. Les sources du sud se réunissent pour former le rameau 
principal du Rio Grande sur les pentes occidentales de la chaîne 
littorale du Brésil qui, dans cette région, du 19" au 22' de lat. S., 
a reçu le nom de Sierra de Espinazo, parce qu'elle représente 
pour ainsi dire l'échiné du vaste territoire oriental du Brésil. 
Celles du nord ont leur point d'origine plus avant dans les teires 
et viennent soit des pentes occidentales de la chaîne de montagnes 
qui délimite la vallée du Rio San-Francisco de ce côté, telles sont 
celles qui forment le Rio Paranahyba ; soit des Montes Pyrennos 
sous le 16" de lat. S., qui font la séparation des eaux du Rio 
Parana et du Rio Tocantins. Ces dernières sources alimentent 
le Rio Corumba, qui se réunit plus loin au Rio Paranahyba ot 
constitue avec lui la seconde branche principale du Parana en 
pays brésilien. Elles se réunissent toutes deux sous le 20° de 



254 CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU FLEUVE. 

lat. S. et 50° 50' 0. de Greenwich en un courant principal qui 
coule au sud en formant la limite entre les provinces brésiliennes 
deGoyaz et Mato Grosso à l'ouest et celles de San-Paulo et Paranâ 
à l'est, et pénètre dans le territoire argentin sous 25° 30'. Ici il 
reçoit de l'est le Rio Guritiba ou Yguazu qui sert de limite sep- 
tentrionale à notre pays. Le Rio Paranâ recueille encore aupara- 
vant sur les deux côtés un bon nombre d'affluents considérables, 
mais qui appartiennent tous au Brésil et que nous ne mentionne- 
rons pas. Le dernier à l'ouest est le Rio Amambahy sous 23°15' 
lat. S., avec lequel commence le territoire de la république 
du Paraguay. Ces limites donnent lieu à des contestations; les 
Brésiliens veulent prolonger leur territoire au sud jusqu'au Rio 
Lgatimi, et les Paraguayens jusqu'au Rio Yacuaray ou Ybinheima 
aunord^^ 

Peu après avoir pénétré sur le sol de la république Argentine, 
le Rio Paranâ passe du sud au sud-ouest et plus loin à l'ouest et 
enfin se recourbe un peu à l'est-nord-ouest. Dans cette direction 
il rencontre sous 27°15' le Rio Paraguay, se réunit avec lui, 
prend sa direction au sud et suit cette route jusqu'à 31° 40' 
lat. S. sans changement important. Ici il se tourne directement 
au sud et suit cette route jusqu'à 32° 35'; alors il se courbe au 
sud-sud-est et peu à peu au sud-est, direction avec laquelle il 
vient se jeter, par de nombreuses embouchures, dans l'estuaire 
de La Plala sous 34° lat. S. et 58° 25' à 30' 0. de Greenwich. 
Cette portion inférieure est accompagnée sur les deux côtés d'îles 
plates, qui composent un delta peu élevé assez étendu au nord. 
Plus haut, des berges élevées retiennent le fleuve au moins sur 
un côté. Elles commencent depuis Zarate jusqu'à l'embouchure 
du Carcaranal sur la rive sud-ouest. A la Punta Gorda, près de 
Diamante, elles passent sur la rive orientale et s'y prolongent 
avec de courtes interruptions jusqu'à l'embouchure du Paraguay. 
Toutefois, la rive occidentale opposée, ainsi que la rive correspon- 
dante du Rio Uruguay, est accompagnée dans les terres par un 
talus élevé qui court parallèlement au fleuve et au pied duquel 
s'étend une bande marécageuse basse exposée aux inondations et 



CHUTES DU PARANA. 255 

dont le niveau va se confondre avec celui du fleuve. Cette dispo- 
sition me paraît confirmer la loi de de Baer au sujet de l'action 
des eaux des fleuves sur leurs rives ^^ 

Dans son parcours complet le Rio Paranâ a une longueur de 
500 milles géographiques y compris ses sinuosités les plus 
grandes. Une moitié se trouve sur le Brésil, l'autre moitié en pays 
argentin. Il a une grande largeur, mais variable selon les lieux. 
Azara lui donne dans le tiers supérieur de la moitié argentine, à 
Candelaria, 983 varas (environ 2000 pieds), et après sa réunion 
avec le Paraguay, à Gorrientes, 3500 varas (8600 pieds). Peu de 
temps après avoir atteint les limites du Paraguay et du Brésil le 
fleuve est coupé par des chutes et des rapides semblables ou 
encore plus forts que ceux qui empêchent la navigation dans sa 
moitié inférieure et qui rendent inaccessible la partie brésilienne 
en remontant depuis l'embouchure. Il perd ainsi la plus grande 
partie de son importance pour le Brésil. Cette interruption du 
chenal existe surtout près du 24' de lat. S. ; une autre chute se 
trouve cependant déjà plus haut sur le territoire brésilien sous 
20' 35'; elle est plus faible et mal connue. Azara qui l'a vue lui- 
même place la chute principale sous 24° 4' 27", et la nomme 
Salto de Concndiyu, du nom d'un cacique indien, ou Salto de 
Guayra, du nom de la province où elle se trouve. Avant le rétré- 
cissement, le fleuve a une lieue de large, mais des rochers qui 
s'avancent des deux côtés le réduisent à 70 varas (à peine 200 
pieds). Sa masse d'eau puissante doit passer par cette ouverture 
étroite, et s'y précipite avec une violence qui fait trembler le sol 
environnant. La chute n'est pas verticale mais inclinée sous un 
angle de 50% et a seulement une différence de 20 varas (54 pieds) 
du niveau supérieur au niveau inférieur. L'eau écumante s'élève 
en une haute colonne de vapeurs que l'on aperçoit à plusieurs 
miUesde distance, et dans laquelle se jouent les couleurs deParc- 
en-ciel pendant qu'elle change sans cesse de forme et retombe au 
loin en une pluie continue. On entend les mugissements du cou- 
rant à six lieues et on ne rencontre aucun animal et aucun oiseau 
près de la chute . 



256 PÉRIODICITÉ DES CHANGEMENTS DE NIVEAU DU FLEUVE. 

Immédiatement au-dessus du salto, le fleuve forme en se divi- 
sant en deux bras une grande île longue de trente lieues, à l'ex- 
trémité méridionale de laquelle s'ouvre le Rio Lgalimi, que les 
Brésiliens revendiquent comme limite avec le Paraguay. Il faut 
s'embarquer sur cette rivière pour arriver à la cascade, parce 
que des forêts épaisses et sans routes rendent impossible tout 
autre accès. La Sierra Maracay, qui traverse le Paraguay au nord 
dans sa longueur, envoie ici vers le Paranâ une ramification peu 
élevée, qui se prolonge de ce côté vers le Brésil et borde les rives 
du fleuve sur une longue étendue. Azara nous apprend qu'il 
coule ici par un canal étroit, de trente lieues de long, et que ce 
rétrécissement est la cause qui amène la hausse des eaux au- 
dessus de la chute. Immédiatement au-dessous de celle-ci le cou- 
rant a seulement 110 varas (250 pieds) de large et à l'embou- 
chure du Curitibail n'a encore que 443 varas (environ 1000 pieds), 
en sorte que les rapides se continuent jusque-là et que l'eau du 
fleuve s'y précipite avec une impétuosité qui rend impossible toute 
espèce de navigation sur toute cette étendue. Le Rio Curitiba 
aussi y prend part, car lui aussi, deux lieues avant sa réunion 
avec le Paranâ, a une chute de 631/8 varas de hauteur et de 1531 
varas de longueur. 

Le Rio Paranâ fait encore un second saut plus petit plus loin 
au sud, sous 27° 27' 20', près de l'île Apipé (à peu près 56' 38' 
ouest de Greenwich). Un banc de grès y traverse le courant au- 
dessous du niveau de l'eau et l'élève un peu; mais cet accident 
est sans importance et n'arrête pas la navigation. Le passage est 
dangereux seulement pour les* navires d'un tirage considérable. 
Cabot, dans son voyage en amont du Paranâ, remonta jusqu'au- 
près de ces rapides et rebroussa chemin sur les avertissements 
des Indiens de ne pas essayer d'aUer plus loin ^^. 

Les eaux du Rio Paranâ sont toujours assez troubles et n'ont 
pas la pureté de celles de l'Uruguay. Elles éprouvent une varia- 
tion périodique dans la hauteur de leur niveau, mais sans obéir 
à une régularité aussi précise que celles du Rio Paraguay , parce 
que les sources du Paranâ sont alimentées à la fois par les pluies 



ÉPOQUES DES CRUES DU PARANA. 257 

tropicales et surtout par les pluies subtropicales, et que ces der- 
nières ne sont pas en relation avec des époques annuelles aussi 
déterminées. Voici comment le fleuve se comporte, d'après mes 
propres observations pendant les années 1858 et 1859. Il est à 
son niveau le plus bas vers la fin du printemps, en octobre et no- 
vembre. Il commence à remonter vers l'entrée de l'été, surtout 
depuis la mi-décembre, et atteint son niveau le plus élevé enjan- 
vier et jusqu'au milieu de février. Jusqu'à la mi-mars il conserve 
un niveau assez égal ; en avril le niveau s'abaisse d'une manière 
sensible et continue à descendre jusqu'en juin, époque à laquelle 
je quittai le Paranà. Il dut encore s'abaisser un peu en juillet et 
août. D'après les renseignepients des indigènes, une faible dé- 
croissance a souvent lieu avant la fin de l'été, et est suivie d'une 
seconde croissance que l'on nomuiixit repimta, mais qui ne dure 
pas longtemps. Le fleuve redescend bientôt de nouveau et, comme 
nous Tavons dit, arrive à son niveau le plus bas en octobre et 
novembre. Comme le Parami ne reçoit les pluies tropicales que 
dans la région extrême de son cours, et que celles-ci ne commen- 
cent qu'à la fin de septembre ou même en octobre, la crue d'eau 
qui en résulte dans la partie inférieure de son cours ne se fait 
pas sentir avant décembre, et comme ces sources contribuent à 
son alimentation jusqu'en mars, les hauts niveaux doivent se 
maintenir jusqu'à cette époque. Toutefois, les pluies tropicales au 
Brésil font souvent une pause au milieu de l'été, et il en résulte 
fréquemment un abaissement de l'eau dans le Paranà en février". 
Quelquefois aussi la crue commence plus tôt, en septembre. Elle a 
alors pour cause les pluies d'hiver et de printemps, qui tombent 
sur la partie de ses sources situées en dehors des tropiques et qui, 
dans le voisinage de la chaîne littorale du Brésil, reçoivent d'assez 
grandes quantités d'eau. Le territoire argentin n'y contribue 
pour rien, parce que ses pluies arrivent plus tard, en octobre et 
novembre. 

La différence entre le niveau le plus bas et le plus élevé concorde 
en général avec celle du Rio Uruguay, ou est peut-être un peu 
plus faible, à cause de la longueur beaucoup plus grande de son 



REP. ARG. 



47 



258 DIFFÉRENCE ENTRE LES NIVEAUX EXTRÊMES. 

cours et de sa largeur considérable, surtout à l'époque des pluies 
où il submerge complètement la zone plate qui borde ses rives. 
J'ai eu occasion d'observer en 1858 une des crues les plus éle- 
vées qui aient été constatées depuis de nombreuses années, et je 
constatai que la différence entre le niveau le plus haut et le plus 
bas s'éleva à 18 pieds. Mais tout le monde m'assura que depuis 
4827 on n'avait pas vu une crue aussi considérable, et qu'elles 
sont très-rares. D'ordinaire la différence entre les deux niveaux ne 
dépasse pas 12 pieds, et même ce chiffre n'est pas atteint tous les 
ans, mais se borne souvent à 9 ou 10 pieds. 

On comprend que la profondeur du chenal dépend du niveau 
du fleuve, et que par suite on ne pe|it donner aucune indication 
précise sur elle. Le chenal navigable principal est toujours placé 
plus près de la rive escarpée que de la rive plate, et il forme 
un véritable canal que les grands navires ne peuvent pas quitter 
sans danger. Cependant les navires de guerre peuvent remonter 
jusqu'au Paraguay. J'ai vu moi-même passer près de moi une 
petite flottille de guerre des Américains du Nord durant mon sé- 
jour à ma quinta sur la rive du Paranâ. En dehois de ce canal le 
fleuve est en partie très-plat, et les navires qui ne le connaissent 
pas courent danger de toucher le fond ; aussi les grands navires 
étrangers ne s'y aventurent jamais sans pilote. J'ai vu un navire de 
guerre du Paraguay échoué au milieu du fleuve sur un banc de 
sable (Reise, I, p. 359). Les navires qui tirent 12 pieds et au delà 
peuvent remonter jusqu'au Paraguay, mais en se tenant unique- 
ment dans le canal profond. Des bancs de sable se forment sou- 
vent en peu de temps et changent le chenal. Le fleuve dans ses 
fortes crues déracine de grands arbres sur ses rives, les entraîne 
plus ou moins loin, puis les laisse tomber au fond, et donne ainsi 
lieu à la formation de nouveaux bas-fonds. 

En ce qui touche les rives du fleuve, nous avons déjà fait res- 
sortir la distinction principale des berges élevées et des berges 
plates. Les premières sont toujours des talus escarpés entière- 
ment nus, que le courant affouiUe souvent, faisant tomber ainsi les 
parties supérieures. Sur les navires à vapeur dont le mouvement 



CARACTÈRES DES RIVES. 259 

rapide rejette Teau avec force contre les rives, on voit souvent de 
ces écroulements, mais seulement sur une petite échelle. Les 
tempêtes violentes qui de temps à autre se déchaînent sur le grand 
couiant en entraînent des surfaces plus grandes. Les bords su- 
périeurs de ces rives escarpées ont d'ordinaire une simple couche 
d'herbes pour revêtement. On y voit rarement des arbrisseaux, 
et dans les deux cas on distingue sans difficulté la terre grise de 
la période alluviale mélangée avec l'humus, du lelmi gris jaune 
rougeâtre du diluvium. La première couche dépasse rarement 
2 pieds d'épaisseur, la seconde en a ordinairement 30 à 40 et au 
delà. Dans le Paranâ inférieur il n'existe aucune espèce de buis- 
sons sur ces berges élevées ; mais dans la partie supérieure on 
en voit au contraire très-souvent. 

Les bords plats des rives portent toujours une végétation fraî- 
che, mais en général on n'y voit pas d'arbres élevés. Sur les îles 
de r embouchure prédominent des saules arborescents vigoureux 
(Salix Humboldtiana Willd.). Les marais plats situés plus au 
nord ont une végétation mélangée qui se développe rarement 
en arbres vigoureux et consiste surtout en arbrisseaux de 45 à 
20 pieds de haut, parmi lesquels un des plus remarquables est le 
seybo (Erythrina cristagalli) avec ses belles grappes" de fleurs 
rouges. Entre les plantes ligneuses élevées croissent partout des 
joncs et des herbes succulentes peu élevées, mais rarement pour- 
vues de belles fleurs; les plus fréquentes et les plus jolies sont 
une espèce de Canna et une Sagittaria. Comme le fleuve sub- 
merge tous les ans ces marais à l'époque des hautes eaux, il en 
entraîne beaucoup avec lui, creuse des canaux dans les parties 
basses, et forme ainsi des îles qui accompagnent ses rives en grand 
nombre. Celles-ci peuvent aussi avoir pour origine des bancs de 
sable qui se forment même devant la rive escarpée lorsque la végé- 
tation s'y implante à l'époque des basses eaux, eu leur donnant 
ainsi une plus grande solidité. Il est vrai que le fleuve détruit 
souvent de nouveau ces obstacles à son cours. Après la haute 
crue de 1858 j'ai vu en beaucoup d'endroits des rangées de 
grands arbres tous la tête tournée vers la terre et les racines pan- 



260 LARGEUR DU FLEUVE. 

dantes dans le fleuve qui les avait renversés ainsi. Lorsque la 
baisse des eaux arrive, ces arbres se dessèchent, leurs dernières 
racines encore fixées se pourrissent, et à la première nouvelle 
crue ils sont arrachés et entraînés par le courant, et vont contri- 
buer à la formation de nouveaux bas-fonds. Ceci s'applique sur- 
tout aux entrelacements épais de plantes qui se forment dans les 
canaux entre les îles des marais, jusqu'à ce que les grandes eaux 
viennent les soulever et les entraîner , ce qui a lieu à chaque 
inondation importante. A l'époque de la grande crue de 1858, 
j'ai vu plusieurs de ces îles flottantes descendre le fleuve, quel- 
ques-unes même étaient habitées. Un cerf était sur une des plus 
grandes, à moitié submergé, et paraissait nous regarder avec sur- 
prise en nous voyant passer avec le bateau à vapeur. Des animaux 
de proie, comme les onces {Felis unca), sont aussi entraînés sur 
ces îles. A l'époque de la même crue plusieurs de ces animaux 
furent poussés à terre près de Rosario, et capturés^' . 

La largeur du fleuve, on le comprend, varie autant que sa pro- 
fondeur, surtout lorsque des îles le rétrécissent. Dans les endroits 
complètement libres, comme au-dessous de Diamante, où les 
deux rives restent longtemps plates, il a un mille géographique 
de large, mais c'est la plus grande largeur de tout son cours. 
Dans rétendue de Parana à Gorrientes il ne dépasse nulle part 
un demi-mille géographique, et est souvent plus étroit; au-dessus 
de Gorrientes jusqu'aux rapides il n'a plus cette largeur, et il se 
réélargit de nouveau seulement près de sa jonction avec le Para- 
guay. Au-dessous de Rosario il devient plus étroit à cause du 
grand nombre de sinuosités et d'îles de son cours. Il se divise 
ensuite, à San-Pedro, en deux bras principaux qui divergent à 
l'est et au sud-est, et bientôt forment, par de nouvelles ramifica- 
tions, un delta composé d'îles innombrables par lequel le Parana 
se jette dans l'estuaire de la Plata. La principale embouchure 
située au nord porte le nom de Parana Guazu, celle du sud celui 
de Parana de las Palmas. Les autres sont insignifiantes et en 
partie n'ont pas de noms particuliers. La première est le canal le 
plus profond et le plus large, la seconde le plus étroit et le moins 



BRAS LATÉRAUX DU FLEUVE. 261 

profond. On peut considérer comme embouchure la plus septen- 
trionale le Brazo Largo qui se détache du Paranà Guazu et vient 
s'ouvi'ir dans le Rio Uruguay au nord de Punta Gorda. Entre les 
deux embouchures principales coule le Paranà Mini, le bras le 
plus important après les deux autres. 

Enfin nous devons encore ajouter que sur tout le parcours in- 
férieur, des branches latéralessc détachent de l'artère principale, 
coulent assez longtemps parallèlement avec elle et s'y réunissent 
ensuite de nouveau. Ces bras latéraux coulent ordinairement au 
pied des talus élevés situés dans les terres, et isolent la zone 
riveraine plate des terres plus élevées. Ils commencent déjà sous 
le ild' de lat. S., sur le côté occidental, et se continuent à travers 
la province de Santa-Fé jusqu'à l'embouchure du Rio Salado. 
Près de celle-ci se trouve le grand bras du Colastine. Au sud de 
l'embouchure du Rio Salado commence le Brazo de Tome, qui 
sort encore du Rio Salado et accompagne le Paranà jusqu'à l'em- 
bouchure du Carcaranal, mais envoie plusieurs émissaires dans 
le Paranà. Avec lui finissent les bras latéraux sur le côté occi- 
dental. Sur le côté oriental ils commencent à la Punta Gorda au- 
dessous de Diamante. Là se détache le Rio Paranacito, qui 
s'écarte loin dans les terres, reçoit les petites rivières d'Entre- 
rios jusqu'au Gualeguay, avec lequel il rejoint le Paranà, après 
lui avoir emprunté de l'eau en plusieurs autres endroits par 
d'autres bras latéraux, comme le Brazo de Pavon. Beaucoup de 
ces branches latérales sont navigables pour de petits bateaux et 
accroissent l'utilité du fleuve pour l'intérieur. Tel est notam- 
ment le bras entre le Rio Salado et le Rio Carcaranal que Cabot 
suivit dans son voyage de découverte. 

.-L Le Rio Paraguay coule assez exactement du nord au sud, 
dans la direction du cours inférieur du Rio Paranà, et forme l'axe 
de tout le système, bien que le Paranà l'emporte par son débit. 
Ses sources se trouvent en territoire brésilien, et sont pour la 
plupart un peu plus au nord que colles du Rio Paranà ; aussi ce 
fleuve dépend-il d'une façon plus complète des pluies tropi- 
cales, qui seules contribuent à son alimentation, et par conséquent 



262 LE RIO PARAGUAY. 

il s'accroît et s'abaisse avec encore plus de régularité. Sa source 
la plus septentrionale se trouve assez près du 14" de lat. S. sous 
le 58' de longitude de Greenwich, sur le versant méridional d'une 
petite montagne dirigée comme les Montes Pyrenäos de l'est à 
l'ouest et entourée de toutes part d'une contrée montagneuse peu 
élevée. Quelques-uns des principaux cours d'eau du pays inté- 
rieur tirent leur origine de ce centre forestier situé dans le voi- 
sinage de la frontière occidentale du Brésil. Delàsortent au nord- 
ouest le Rio Arino et le Rio Preto, deux des sources du Rio 
Tupajos, au nord-est le Rio Xingù, et au sud le Rio Paraguay 
par deux bras principaux, dont l'oriental porte le nom de Rio 
Cuyabâ et l'occidental celui de Rio Paraguay. Quelques-uns des 
pics les plus élevés de cette contrée montagneuse, tels que le Tum- 
bador et le Gerro Colorado, atteignent au-delà de 2000 pieds. Un 
grand nombre de petits ruisseaux en descendent et vont se réunir 
peu à peu aux deux bras supérieurs du Rio Paraguay. Ces deux 
cours d'eau ont leur source septentrionale principale près l'une 
de l'autre, sous 14o 19', aux deux côtés d'une chaîne de mon- 
tagnes dirigée au sud-ouest et qui porte le nom de Sierra de los 
Bacairis. Cependant la principale source du Rio Paraguay reçoit 
ici le nom de Rio Amular, et prend le nom de Rio Paraguay seu- 
lement après que la source la plus occidentale du Rio Diaman- 
tino s'est réunie avec les autres, telles que le Rio Buriti et le Rio 
Colorado ^^ . Les deux rivières, le Rio Paraguay et le Rio Cuyabâ, 
coulent d'abord au sud-sud-ouest, s'infléchissent bientôt au sud 
et courent à une distance l'un de l'autre de 20 à 30 milles géo- 
graphiques jusqu'au moment où ils viennent se confondre en une 
artère principale dans les marais de Xarayes sous le 18' de lat. S. 
Sur ce parcours les deux branches reçoivent plusieurs affluents 
importants, notamment le Rio Janra et le Rio Turquis de l'ouest, 
le Rio Porrudos (San-Lorenzo) avec le Rio Pequini et le Rio 
Hupiauhuhy de l'est. Ils pénètrent ensuite dans le vaste bas-fond 
marécageux de Xarayes, qu'ils inondent tous les ans et transfor- 
ment en un lac dont les immenses marécages rendent impossi- 
ble la colonisation. Ils furent déjà funestes aux premiers Espa- 



CHANGEMENTS PÉRIODIQUES DE iNIVEAU. 263 

gnols qui abordèrent ces contrées en 1543 sous la conduite de 
Rivera, envoyé par Gabeza deVaca. Aussi on n'essaya pas d'abord 
de coloniser ces districts humides. Plus tard ils tombèrent au 
pouvoir des Portugais, lorsque l'abondance de l'or et les dia- 
mants eurent attiré beaucoup d'immigrants dans le bassin du 
Rio Paraguay. 

A l'extrémité du marécage le Rio Paraguay reçoit de l'est l'im- 
portant Rio Taquari, ou Paraguaymini, et le Rio Mboteti (ou 
Miranda), de l'ouest le Laritequiqui (actuellement Bahia Negra) 
moins riche en eau, et un grand nombre de petites rivières. Ces 
dernières viennent presque toutes de l'est, contrée richement 
boisée, tandis que le côté occidental est pauvre en eau sur toute 
son étendue. Nous ne dirons rien de plus de ces petits affluents, 
car nous n'avons pas dessein de donner une description géogra- 
phique détaillée du pays. D'ailleurs toute cette contrée est située 
en dehors des limites de la république Argentine, et la rive occi- 
dentale du Rio Paraguay appartient à cet État seulement du 2^2" 
au 27^ de lat. S. 

Le Rio Paraguay est pour le pays et pour le commerce beau- 
coup plus important que la partie supérieure du Parana au- 
dessus de sa réunion avec lui. Il jouit du grand avantage de con- 
stituer une route par eau ininterrompue que, grâce à la largeur 
et à la profondeur uniforme du courant, on peut remonter pres- 
que jusqu'aux sources sans rencontrer nulle part d'obstacles 
considérables à la navigation. Les variations périodiques de son 
niveau sont beaucoup plus régulières que celles du Parana, parce 
qu'elles dépendent uniquement des pluies tropicales qui sont 
elles-mêmes très-constantes. Elles commencent en novembre, et 
durent en s'accroissant lentement pendant décembre, janvier et 
février. Alors le niveau de l'eau s'abaisse et diminue graduelle- 
mentjusqu'en juillet, époque à laquelle le fleuve atteint son étiage 
le plus bas, qui varie peu pendant les trois mois suivants, jusqu'à 
ce que la nouvelle crue recommence ®\ La diff'érencc entre les 
niveaux les plus hauts et les plus bas est assez la même que pour 
le Parana, et en général ne dépasse pas 12 pieds; quelquefois 



-264 PROFONDEUR DU PARAGUAY. 

elle s'élève jusqu'à 15 pieds. Sur le côté oriental le fleuve a 
presque toujours des berges élevées et ne peut pas s'étendre dans 
cette direction. La rive occidentale est basse et forme une zone 
marécageuse qui est submergée tous les ans. Le courant n'ayant 
pas, comme le Paranà, de branches latérales où déverser son 
trop-plein, a en général une largeur de 1/2 à 3//i de mille géo- 
graphique. Cependant il existe des points et des étendues plus 
étroites où il n'a plus que 1/4 ou même 1/8 de mille. C'est ce 
qu'on appelle les angusturas, dont la situation coïncide le plus 
souvent avec des courbes entre des berges élevées, ou avec 
l'existence d'îles. Le nombre de ces dernières n'est pas grand, et 
elles sont bien moins fréquentes que dans le Paranà ou le bas 
Uruguay. De ce fait le Paraguay a un courant un peu plus lent 
que le Paranà. D'après le lieutenant Page, celui de ce dernier est 
de 2 milles 1/2 à l'heure, celui du Paraguay de 2 milles seulement. 
L'eau du Paraguay est aussi un peu plus limpide que celle du 
Paranà. Les marécages du nord, dans lesquels le fleuve dépose sa 
vase, contribuent sans doute aussi à ce résultat. 

Quant à la profondeur du Paraguay, les sondages ont fait voir 
qu'il a un meilleur chenal navigable près de la rive orientale, et 
qu'à l'ouest il devient très-peu profond. Le chenal navigable est 
plus régulier que celui du Paranà, à cause de la largeur plus uni- 
forme du fleuve et de l'absence des obstacles que le Paranà se 
crée lui-même avec les arbres déracinés. On en rencontre rare- 
ment sur le Paraguay, les contrées basses avoisinantes possédant 
une végétation plus vigoureuse, et riche en sous-bois de. buissons. 
Le chenal demeure donc uniforme, et de l'embouchure dans le 
Paranà jusqu'à l'Assomption, capitale du Paraguay, il a une 
profondeur moyenne de 24 pieds pendant la saison des 
hautes eaux, et de 12 pieds à l'époque du niveau le plus bas. 
Plus en avant la profondeur décroît, mais lentement, et à Co- 
rumba, sous le 19' de lat. S., elle est encore de 12 à 13 
pieds à l'époque des grandes eaux, et de 5 à 6 pieds au moment 
du plus bas étiage. Il est môme encore navigable jusque dans les 
marais de Xarayes, et les navires qui no tirent pas plus de quatre 



ÉTAT. DES CONTRÉES RIVERAINES. 265 

pieds d'eau pourraient remonter jusqu'à Guyabâ et même jus- 
qu'au 15' de lat. S. à tous les moments de l'année. Les traités des 
États limitrophes garantissent la libre navigation non-seulement 
entre eux, mais encore aux nations étrangères ; aussi ce fleuve 
deviendra un jour d'une grande importance pour le commerce 
intérieur, et d'un prix inestimable pour Buenos-Ayres qui est 
l'entrepôt naturel des marchandises qui remontent et descendent 
le Paranà. C'est là que viendront aboutir les richesses qu'un 
commerce actif avec l'intérieur laisse entrevoir. 

Malheureusement toute la rive occidentale du fleuve depuis 
Santa-Fé en amont est pour le moment à peu près déserte. Les 
peuplades indiennes y vivent encore (Jans une liberté peu con- 
testée, et le Gran-Chaco, qui doit sonnom(voy. 7iote\S) à l'exis- 
tence de chasseurs que mènent ces hommes, demeurera encore 
longtemps un simple territoire de chasse pour les bandes errantes 
d'Indiens, et quelquefois un repaire pour les hordes pillardes qui 
partent de là pour leurs expéditions dans l'ouest (voy. mon 
Reise, II. p. 29 et seq.,). Le côté oriental, de l'embouchure du 
Paranà jusqu'à l'embouchure du Rio Apa (22" de lat. S.) est peu- 
plé de populations d'origine européenne, et est en grande parue 
cultivé. Mais, à l'exception des localités principales, cette popu- 
lation est clair-semée et a besoin de s'accroître beaucoup avant 
que la culture atteigne son plein développement. Les contrées 
riveraines de ce côté appartiennent aux meilleures de la répu- 
blique Argentine, et le grand fleuve sur les bords duquel elles se 
trouvent en facilite tellement l'emploi et l'exploitation, qu'elles 
semblent ne plus attendre qu'un peu de bonne volonté pour voir 
s'ouvrir promptement l'avenir qui les attend. Mais l'entrée de 
ces contrées, la province d'Entrerios, est un foyer constant de 
révolutions que suscitent incessament quelques personnages 
considérables dans le but égoïste de se nuire et de s'oppri- 
mer les uns les autres. D'un autre côté, la partie supérieure 
de cette région, le Paraguay, cette terre bénie et riche entre 
toutes, languit encore débiUté par le despotisme sous lequel 
les Jésuites et des hommes comme le docteur Francia elles mem- 



266 LE RIO PILGOMAYO. . 

bres encore plus néfastes de la famille Lopez y ont élevé les po- 
pulations. 

4. Le Rio Pilcomayo, le premier grand affluent occidental du 
Paraguay, appartient à la Bolivie dans la plus grande partie de son 
cours et a seulement soutiers inférieur sur le territoire argentin. 
Ses sources sont situées entre le système montagneux du Despo- 
blado et le plateau de la Bolivie. Elles sortent soit du versant sud- 
est du dernier, soit du bord nord- ouest du premier, et se rassem- 
blent en deux cours principaux, un de chaque côté, qui viennent 
tous deux se réunir à la sortie des gorges alpestres pour former 
la rivière dans la plaine. 

La branche septentrionale du Pilcomayo porte le même nom. 
Elle vient des contrées où se trouvent les villes de Chuquisaca et 
Potosi, et a plusieurs petits affluents, tels que le Rio Cachimayo 
et le Rio Maracâ, qui lui arrivent, le premier du sud-ouest, le 
second du nord-ouest. 

La branche méridionale est alimentée par une étendue de terri- 
toire plus grande, mais n'est pas plus abondante en eau, parce 
que ses affluents viennent de contrées arides et stériles qui for- 
ment le versant nord-ouest du système duDespoblado. Le princi- 
pal cours d'eau porte le nom de Rio Pilaya; mais en réalité il n'est 
que l'extrémité inférieure des bras situés au sud, et il vient 
rejoindre le bras nord, ou Rio Pilcomayo, sous 63*^40' ouest de 
Greenwich. Auparavant, le Rio Pilaya reçoit deux affluents prin- 
cipaux, au nord le Rio Grande, au sud le Rio San-Juan. Le pre- 
mier vient de l'ouest-nord-ouest et recueille les petits ruisseaux 
duRioTola-Pampa, duRioYura,duRioGotagayta et du Rio Anto- 
nio. Le Rio San-Juan coule du sud-ouest et se forme de la réu- 
nion du Rio Socacha, du Rio Suipacha, du Rio Estaca et d'autres 
petites sources. La route, qui en partant de Jujuy traverse le 
plateau duDespoblado près de Moyo, touche ensuite à Tupiza et 
conduit le voyageur à Potosi, après avoir traversé le Cotagayta, des- 
cend le cours du Rio Socacha. Depuis les temps primitifs elle con- 
stitue la principale voie qui relie les pays argentins et la Bolivie. 
Elle passe au pied des sommets neigeux du Cerro Chorolque 



COURS INFÉRIEUR DU RIO PILGOMAYO. -267 

(5655 mètres, 17 200 pieds), centre des chaînes qui sortent en 
cet endroit du plateau du Despoblado ou de Puna. C'est à lui en 
grande partie que le Rio Pilaya doit son eau. 

Après que les deux principales branches se sont réunies au 
point indiqué près de la petite \ille de Junta, la rivière prend sa 
course dans les plaines du nord du Gran-Ghaco et se dirige d'a- 
bord vers l'est-sud-est. Elle ne conserve pas longtemps un lit 
unique, mais se partage en s'avançant dans la plaine peu inclinée 
en une infinité de petits bras plus ou moins parallèles, qui de- 
viennent si peu profonds qu'aucune navigation n'y est possible. 
Ges bras se rassemblent de nouveau dans un grand lac, accom- 
pagné plus loin à l'est de dunes de sable, entre lesquelles l'eau 
de la rivière disparaît. Elle reparaît seulement après une longue 
étendue de bas-fonds marécageux, décrit de nombreux circuits 
accompagnés de rapides, et vient ensuite se jeter de nouveau dans 
un grand lac dont on ne peut voir la fin d'une extrémité à l'autre. 
On ne connaît pas la position exacte des particularités du Pilco- 
mayo que nous venons de décrire, car jusqu'ici on n'a pu entre- 
prendre aucune exploration réelle du cours de cette rivière. Mais 
il semble probable que les obstacles mentionnés existent seule- 
ment dans la moitié supérieure du cours, pendant que cette ri- 
vière coule sur le territoire de la Bolivie, et que le cours unique 
se rétablit plus bas. Mais cette partie souffre encore de l'existence 
d'obstacles que lui créent les accidents en forme de terrasses de 
la plaine. Il existe plusieurs rétrécissements et rapides difficiles 
à surmonter et qui rendent le passage impossible à de grands 
bateaux. Beaucoup d'arbres arrachés aux forêts et tombés dans le 
courant font obstacle à la navigation, et nécessitent un entretien 
constant impossible dans des régions aussi éloignées, peuplées 
uniquement d'Indiens. Enfin la rivière se partage dans le dernier 
quart de son cours en plusieurs bras qui fractionnent le débit d'eau 
et en abaissent nécessairement le niveau, rendant ainsi impossible 
l'emploi de navires d'un tirant piofond. Toutes ces circonstances 
ont détourné jusqu'ici le commerce du Rio Pilcomayo, et conserve- 
ront encore longtemps cette rivière dans l'isolement et l'inconnu. 



268 LE RIO VERMEJO. 

Quant aux bras de l'embouchure, on en connaît trois, dont le 
troisième peut être considéré comme le principal. Le premier 
et plus septentrional porte le nom de Rio Ibabi. Il s'écarte beau- 
coup du bras principal et débouche dans le Rio Paraguay sous 
24° 30'. Le second s'appelle Rio Confuso ; il débouche sous 
25° 8', et se détache du tronc sous le 24" de lat. S. et 59° 20' 
ouest de Greenwich , laissant le Rio Ibabi au nord-est. Près 
de lui se trouve la Yilla Occidental. Le troisième bras con- 
serve le nom de Pilcomayo. Il débouche en face de l'Assomption, 
sous 25° 17', et forme un petit delta à son embouchure, qui 
en rend l'entrée plus difficile que celle du Rio Confuso. 

5. Le Rio Vermejo. La région des sources de cette rivière, 
qui dans sa direction générale est parallèle à la précédente, est 
également encore en partie sur le territoire bolivien, mais seu- 
lement sa partie la plus faible. La partie la plus grande des 
sources du Vermejo naît sur le sol argentin. Comme pour le 
Rio Pilcomayo, elles se réunissent en deux branches, une nord et 
une sud. 

La branche septentrionale est en grande partie bolivienne. Elle 
vient des vallées occidentales entre les chaînons du système du 
Despoblado, qui ici forme un plateau mieux isolé, séparé du pla- 
teau principal de l'ouest par la gorge du Rio Jujuy. Cette branche 
septentrionale, comme le Rio Pilcomayo, conserve le nom de Rio 
Vermejo et sort de deux rameaux qui portent aussi le même 
nom. Le rameau oriental est le Rio Vermejo de Tarija, le rameau 
occidental, le Rio Vermejo Principal. Ils reçoivent l'un et l'autre 
plusieurs ruisseaux que nous laissons de côté, parce qu'ils appar- 
tiennent en grande partie à la république de Rolivie, Les deux 
rameaux séparés du Vermejo entrent sur le territoire argentin 
seulement dix lieues avant leur jonction, à Juntas de San-Antonio, 
au-dessus du 22' degré de lat. S. et s'y réunissent. La ville d'Oran, 
la plus septentrionale de la république, est sur le bord de leurs 
cours réunis. 

La branche méridionale du Rio Vermejo prend le nom de Rio 
Grande de Jujuy. Elle court au nord-est dans une large vallée 



SOURCES DU RIO VERMEJO. 269 

entre les chaînons extrêmes du système duDespoblado et la Sierra 
Lumbrora, qui court dans la même direction. Elle se réunit 
avec le Rio Yermejo de Oran, sous 23" 16', pour constituer le 
tronc du Rio Yermejo Grande à Juntas de San-Francisco, et la 
partie inférieure de la rivière prend le nom de Rio San-Fran- 
cisco. Dans son cours, le Rio Grande de Jujuy décrit un angle 
assez aigu en s'échappant du bord du plateau du Despoblado dans 
la direction sud-sud-est, pour prendre la direction nord-est seu- 
lement plustard. Cette direction supérieure est celle de toutes les 
vallées qui s'éloignent du plateau du Despoblado au sud, et que 
doivent suivre les eaux qui y coulent. Plusieurs petits ruisseaux, 
le Rio Negro, le Rio Ledesma,.le Rio San-Lorenzo, le Rio de las 
Piedras, situés sur les limites entre Salto et Jujuy, obéissent à 
cette direction et vont rejoindre la partie du Rio Grande de Jujuy 
dirigée au nord-est. Celle-ci prend aussi le nom de Rio de San- 
Francisco. D'autres rivières à l'ouest du Rio Grande, et qui cou- 
lent aussi d'abord au nord-ouest, comme le Rio Alizon et le Rio 
Perico, obéissent les uns à la même direction, ou bien se rassem- 
blent en un rameau unique, le Rio Lavayen. Celui-ci ^se réunit 
plus tard au Rio Grande de Jujuy, pour former le Rio San-Fran- 
cisco, et reçoit les eaux des ruisseaux qui sortent du plateau du 
Despoblado entre Jujuy et Salto. Le plus méridional d'entre eux 
est le Rio Mojotoro ''^ Le chaînon, au pied occidental duquel se 
trouve la ville de Salto, forme la séparation des eaux du bassin 
du Rio Yermejo et du Rio Salado. Le petit ruisseau qui passe à 
Salto appartient déjà à ce dernier. Une arête basse et étroite 
suffit ici pour séparer l'un de l'autre ces deux grands bas- 
sins. 

La jonction des deux branches supérieures du Rio Yermejo a 
lieu dans la plaine au sud d'Oran, à peu près sous TS" Ki-^O', 
à Juntas de San-Francisco. La rivière assez abondante qui en ré- 
sulte prend alors la direction sud-est, à travers la vaste plaine 
du Gran-Chaco. Elle serpente en décrivant mille sinuosités, et 
vient enfin se jeter dans le Paraguay peu au-dessus de sa jonction 
avec le Paranâ, à peu près sous %" 52'. Il n'existe sur le Rio 



270 NAVttîABILITÉ DU RIO VERMEJO. 

Vermcjo aucun obstacle considérable à la navigation, tel que ra- 
pides ou larges épanouissements du lit transformé en marais ou en 
lagunes. Mais la grande largeur de son lit et son faible débit d'eau 
abaissent sa profondeur à 26 pouces et même jusqu'à 48 pouces 
en beaucoup d'endroits pendant les bas étiages; aussi n'est-il 
accessible qu'à des bateaux plats. L'époque des hautes eaux 
amène une différence annuelle de 3 à 5 varas. Elle a lieu dans 
les mois de janvier à mars. Pendant son cours à travers la 
plaine, cette rivière ne reçoit que le faible contingent du Rio del 
Valle, sous 24° 5-10' de lat. S. Cet apport doit être minime, 
car cet affluent doit son origine à plusieurs petits ruisseaux qui 
prennent leurs sources sur les pentes sud-est de la Sierra Lum- 
brera. En outre un terrain marécageux lui soustrait encore beau- 
coup d'eau vers le bas de son cours. Au-dessous de son embou- 
chure se trouve le village d'Esquina Grande, le dernier établis- 
sement de cette région. Plus loin on ne trouve plus que des tribus 
indiennes. 

Dans ces derniers temps on a fait plusieurs essais pour établir 
une navigation permanente sur le Rio Yermejo. Une compagnie 
s'est constituée dans ce but, et chaque mois un petit navire à va- 
peur remonte le fleuve pour mettre en relation avec Buenos- 
Ayres la population fixée dans la partie supérieure de son cours à 
Esquina et à Oran. Mais jusqu'ici les résultats de cette entre- 
prise ont eu peu d'importance, parce que cette population est 
encore peu nombreuse et que ses produits ne sont pas recherchés. 
Mais la nature tropicale de cette contrée, où les plantes des pays 
chauds croissent, permet d'espérer que ses produits s'accroîtront 
et prendront bientôt un plus grand essor qu'aujourd'hui. Un bel 
avenir est donc réservé à cette contrée. Il faut seulement faire des 
vœux pour que son paisible développement n'ait pas à souffrir de 
bouleversements violents, et qu'on ne revoie plus de ces terribles 
catastrophes comme le tremblement de terre et l'inondation si- 
multanée qui ont presque entièrement détruit la ville d'Oran il y 
a deux ans ^'^. 

6* Le Rio Salado est le dernier grand affluent occidental du 



LE RIO SALADO. 271 

bassin de la Plata. Ce cours d'eau appartient tout entier au terri- 
toire argentin et se déverse, non plus comme les deux précé- 
dents, dans le Rio Paraguay, mais dans le Rio Paranâ, près du 
Santa-Fé. Il sort du côté ouest du flanc méridional du système de 
Despoblado, et la tête de son coursa une direction tout à fait iden- 
tique avec celle de la branche supérieure méridionale du Rio 
Vermejo. Ils se ressemblent comme s'ils étaient la copie l'un de 
l'autre. Les deux sources le plus à l'ouest, le Rio de Santa-Maria 
et le Rio Calchaqui, naissent entre le 6G' et le 67' degré ouest de 
Greenwich. Ils dirigent au sud-sud-est leur eau vers la vallée qui 
forme la limite entre le système du Despoblado et celui de l'Acon- 
quija. Cette vallée, ainsi que celle du Rio Grande de Jujuy et du 
San-Francisco, court du sud-ouest au nord-est. Le Rio Guachipas, 
qui n'est autre que la tête du Rio Salado, y coule avec une 
direction semblable. C'est dans cette rivière que viennent se jeter 
les deux affluents dont nous venons de parler. Le Rio Santa-Maria 
reçoit son eau du sommet neigeux du Gajon, principal massif 
de la Sierra Gulumpaja, et jaillit sous 25° 50', près de ce piton 
au nord. Il coule au sud-est jusque sous 26' 40' dans une 
étroite vallée inhabitée, et arrivé à cet endroit décrit rapidement 
un arc au nord-est. Là se trouve le premier lieu habité de la val- 
lée, la Punta de Balastros. Une suite d'établissements, quelques^ 
uns charmants, viennent ensuite dans la partie plus ouverte de la 
vallée, jusqu'à ce que la rivière rencontre, sous 25" 54', le Rio 
Calchaqui qui coule dans la même direction du nord-ouest. 
Parmi ces étabhssements nous citerons d'abord Santa-Maria, qui 
autrefois était animé, mais est devenu misérable depuis que les 
forges ont été portées ailleurs. Plus loin la grande Estancia Gololao 
avec le Banado de Quilmes, dernière contrée défendue par les 
héroïques Calchaquis, qui y avaient leur siège principal. Elles 
relèvent toutes deux de la province de Tucuman. En dehors de 
leur territoire, au nord, l'Estancia Tolombom et le village de 
Cafayata, connu par ses riches cultures de vignes, près de la})etite 
ville de San-Carlos,'Oii le Rio Calchaqui rencontre le Rio de 
Santa-Maria, après avoir reçu plus haut le petit Rio de San -Carlos* 



272 LE RIO GUACHIPAS. 

Celle contrée, jadis théâtre des combats les plus terribles avec les 
Calchaquis, dont le dernier reste, les Quilmes, habitaient là, est 
actuellement en pleine culture. C'est là que se croisent les 
deux grandes roules commerciales de Salla à Copiapo et de Cata- 
marca en Bolivie ou à Salla. Le prolongemenl de la route de Bo- 
livie remonte la vallée du Rio Calchaqui et touche d'autres loca- 
lités moins favorisées, telles que El Carmen, Molinos, Cachi. La 
rivière s'appelle aussi Rio Cachi, parce qu'elle naît *^ dans le voi- 
sinage de celte localité, sous ^4^* 20'. 

Les deux rivières réunies prennent le nom de RioGuachipas, et 
coulent dans la direction du cours inférieur du Rio de Santa- 
Maria, au nord-est, jusqu'à ce qu'elles aient atteint le 65' degré 
ouest de Greenwich el25M0' lat. S. La vallée est assez large, 
mais pas aussi bien cultivée qu'à San-Carlos et Cafayala. Plu- 
sieurs autres petits affluents, tels que le Rio del Tunal, le Rio 
Rosario et le Rio Arias, l'arrosent et vont se déverser dans le Rio 
Guachipas. Ils descendent tous du système du Despoblado ensui- 
vant la même direction que le Rio Calchaqui. De larges gorges, 
comme la Quebrada del Toro et la Quebrada del Escoipe, remon- 
tent dans une même direction au plateau, dontles ramifications, 
projetées loin au sud-est, prennent ici des noms particuliers : 
plateau de Cachi-Pampa à l'ouest et de Chicoana à l'est. Le princi- 
pal rameau du Rio Rosario coule par la Quebrada del Toro, et plus 
à l'est le Rio Arias, qui reçoit près de la ville de Salla un torrent 
de montagnes et vase jeter au sud-est dans le Rio Guachipas, près 
de sa courbure. La rivière rencontre dans ces contrées les der- 
nières chaînes annexes du système du Despoblado. Elles l'obligent . 
à se détourner d'abord à l'est, ensuite au sud-est. A sa courbure 
elle touche le pied de la Sierra Cachari, dernière ramification 
nord-est de l'Aconquija, et vient se buter sur l'extrémité sud-ouest 
de la Sierra Lumbrera, qui la détourne au sud-sud-est. Enfermée 
pendant quelque temps entre ces deux montagnes, elle coule 
dans un lit élevé par une vallée étroite, où se trouve la route de 
Tucuman à Salla, très-difficile pour les voyîlgeurs. En 1813 l'ar- 
mée libérale commandée par le général Belgrano campa quelque 



OUIGiNE \)[j NOM W î\\0 JüUAMENTO. -273 

temps à cet endroit, et lui jura de mourir pour la patrie. Le con- 
grès décida que la rivière s'appellerait désormais Rio Juramento, 
nom qu'elle porte en elïet depuis lors, concurremment avec 
celui de Uio Salado. 

Pendant que la rivière coule par cette gorge, elle reçoit quel- 
ques petits ruisseaux de la Sierra Cachari, sur lesquels existent 
des établissements pn^spères. Le dernier est le Rio de las Piedras 
près lequel les EspagLols fondèrent une ville dès les premiers 
temps (p. 88). Peu aorès il rencontre les Lomas Goloradas, 
chaîne étroite qui s'éteid dans le prolongement de l'extrémité 
de la Sierra Lumbrera au sud-est et qui plus loin à l'est détourne 
la rivière dans la plaine. Elle contourne les Lomas et reçoit à 
leur extrémité son dernier affluent, le Rio Ilorcones, qui tire ses 
eaux soit de la petite Sierra Buruyaco (p. 2:21), soit des pentes 
inclinées à l'ouest de la Sierra de Tucuman, et elle est alimentée 
surtout par cette dernière contrée où se trouve le village de Ro- 
sario. 

Après être entré dans la plaine, le Rio Salado se dirige à peu 
près en ligne droite au sud-sud-est, et traverse d'abord des con- 
trées cultivées où raccompagnent les localités de Mirailores, 
Balbuena, Pitos et d'autres relevant toutes de la province deSalta. 
A San-Miguel il entre dans la province de Tucuman, et ici la prin- 
cipale localité est Candelaria. Plus loin, au-dessous de Cruz 
Grande, il pénètre dans une région stérile presque inhabitée, 
partie duGran-Chaco dont les forets clair-semées l'accompagnent 
à Test. Sur cette route, en traversant la province de Santiago, il 
perd beaucoup d'eau par évaporation, et arrive déjà assez affaibli 
près du chef-lieu. Il rencontre alors le prolongement de la 
dépression centrale dans laquelle se trouve [la grande steppe 
salée, n s'y divise en plusieurs bras qui s'étalent des deux cotés 
sur une vaste étendue. Son cours devient lent, et il dissout une 
si grande quantité de sel, que ses eaux ont ensuite un goût très- 
prononcé de sulfate de magnésie, d'où lui est venu le nom de Rio 
Salado. 

La partie supérieure depuis Mirailores jusqu'à San-Migucl coule 

REP. AHi;. — I. IS 



274 ïiNSTABlLlTE DU RIO JÜRAMENTO. 

dans la région montagneuse indiquée, où des différences de niveau 
considérables du sol occasionnent des rapides. La rivière, en effet, 
traverse jusqu'à San-Miguel plusieurs terrasses peu élevées de 
la plaine, et lorsque le courantse ralentit il se forme des bas-fonds. 
Elle coule ensuite quelque temps plus tranquillement, jusqu'à 
l'endroit où commence la division en bras parallèles, depuis La Brea 
jusqu'à Figueroa. Son lit y est mal défini et change considérable- 
ment d'une année à l'autre. Plus loin elle se rassemble de nou- 
veau en un seul cours, et coule par les contrées mal peuplées 
dont la petite localité de Matarâ constitue le centre. Elle se 
rapproche du Rio Dulce à une distance à peine de 10 lieues; 
mais au-dessous de Matarâ elle se détourne du sud-sud-est au 
sud- est. De nouveaux bas-fonds se trouvent sur son parcours, et 
changent son lit en vastes marécages et même en grandes lagunes, 
qui causent une grande diminution dans la quantité des eaux par 
leur extension sur de larges surfaces. En même temps les arbres 
tombés dans la rivière, et devant lesquels des bancs de sable se sont 
formés, en barrent le cours et l'obligent à changer son lit sur 
de longues étendues. De grandes masses de plantes, particu- 
fièrement le cameloté {Pontederia azurea) et le totoras (Typhae 
spec.),_ couvrent ces bas-fonds sur plusieurs mifies et masquent 
complètement le vrai lit de la rivière. Lorsque le Rio Salado sort 
de ces marécages et lagunes et qu'il rentre dans son lit unique, 
il est d'ordinaire pauvre en eau, décrit de nombreuses sinuo- 
sités, et a un débit si faible, que pendant l'hiver on n'y trouve 
souvent plus que 2 pieds, ou 4 pieds au plus de profondeur, 
bien qu'il n'ait pas plus de 60 à 80 pieds de large. Ses berges 
sont assez élevées (15 à 20 pieds) et il ne peut plus en sortir, 
attendu que des crues aussi considérables se produisent très- 
rarement. Lorsqu'il lui arrive de s'élever au-dessus, il n'en ré- 
sulte en général près de l'ancienne rive que des lagunes et non des 
inondations complètes. Les plaines avoisinantes, comme toute la 
surface des Pampas, ont de nombreuses dépressions et ne possè- 
dent pas une surface uniformément inclinée partout. Ces lagunes 
accompagnent le fleuve sur de grandes étendues. Efies se rem- 



LE RIO DULCE OU SALADILLO. 275 

plissent à l'époque des hautes eaux, de novembre en mai, période 
pendant laquelle la rivière s'accroît ordinairement de 10 à 1^ 
pieds ; mais elle décroît bientôt de nouveau, abandonnant 
une partie de ses eaux dans les lagunes. On a signalé de grandes 
forêts dans la partie inférieure de son cours. Telles sont la Monte 
de los Lobos, dans l'étendue de laquelle la rivière se détourne au 
sud pour éviter les collines de Remate, et plus tard la Monte de 
Aguara, où elle reçoit près de la petite ville de Santa-Gruz l'afflux 
du Rio Vivoras qui descend du nord. A partir de là elle coule 
assez tranquillement jusqu'à Santa-Fé, et débouche un peu au- 
dessous de la ville dans le Paranâ. Mais auparavant elle s'étend 
en un grand lac, d'où sort le bras latéral du Paranâ qui accom- 
pagne le lit principal jusqu'à l'embouchure du Garcaranal à 
l'ouest, et passe devant Corunda, ce qui lui a valu le nom de Rio 
de Corunda. A l'est de ce lac, il existe un autre bassin d'eau 
encore plus grand, laLaguna'Setubal. Elle se déverse dans le Rio 
Salado, un peu au-dessous de Santa-Fé. 

Le Rio Salado traverse presque en diagonale le territoire nord 
de la république Argentine, et par cette direction il devrait être 
la grande route de l'intérieur du pays. Mais il est trop pauvre en 
eau pour jouer ce rôle. Tous les essais pour faire delà rivière une 
voie de communication utile ont échoué jusqu'ici, et les expé- 
riences acquises ne permettent guère d'espérer de meilleurs ré- 
sultats dans l'avenir. M. EstcvanRams, citoyen entreprenant delà 
ville de Paranâ, située assez exactement en face de l'embouchure 
du Rio Salado, s'est donné beaucoup de peines et n'a épargné 
aucune dépense pour rendre navigable cette rivière. Mais en exa- 
minant sans passion les données de son projet, on est forcé de 
reconnaître que malgré son apparence brillante et séduisante, 
il est inexécutable et le sera toujours. Nous n'en dirons rien de 
plus, car on le considère, môme dans le pays, comme abandonné 
actuellement ^^ 

7. Le Rio Dulce ou Saladillo no se déverse plus dnns le Rio 
Paranâ, mais se perd dans un marais avant d'avoir atteint lo 
grand fleuve. Par ses sources comme par sa direction il fait 



276 SOURCES DU RIO DULGE. 

encore partie du système de la Plata, auquel il se serait proba- 
blement réuni en se jetant dans le Paranâ, s'il eût eu une plus 
grande quantité d'eau. Il sort des pentes sud-est de l'Aconquija 
et entre ses saillies avancées, de même que le Rio Salado sort 
des pentes inclinées dans la même direction et des vallées du 
système du Despoblado. Tous les petits ruisseaux et les petites 
rivières de ses sources se réunissent bientôt après leur entrée 
dans la plaine en un seul cours qui ne reçoit plus aucun 
affluent. Il court au sud-est parallèlement au Rio Salado, se 
charge, comme cette rivière, de sels dans la région de la grande 
steppe salée qu'il touche, et reçoit le nom de Rio Saladillo,le peu- 
ple ne le considérant que comme une imitation aflaiblie du Salado. 
Jusqu'à cette région, c'est-à-dire jusqu'un peu au-dessus de San- 
tiago del Estero, l'eau de la rivière est pure, claire et très- 
potable. Plus loin elle devient trouble, épaisse, très-salée et 
imbuvable. Cette rivière reproduit entièrement les mêmes carac- 
tères que le Rio Salado. En haut elle est riche en eau, impé- 
tueuse même après les grandes pluies qui la gonflent presque 
instantanément et la font déborder; mais ces crues n'ont ni régu- 
larité ni longue durée. Son lit est souvent plus large, mais aussi 
moins profond, décrit beaucoup de sinuosités et n'est navigable 
nulle part pour des bateaux chargés. Les petites barques et les 
canots seuls y trouvent assez d'eau. Elle n'a pas de rapides ni de 
cascades, mais, comme le Rio Salado, des expansions maréca- 
geuses qui l'accidentent particulièrement dans la partie moyenne 
de son parcours. 

La source supérieure du Rio Dulce prend le nom de Rio Tala ou 
Rio Sali, d'après des localités situées près de son bord, et elle sort 
des annexes montagneuses situées en avant de l'Aconquija à peu 
près sous 25^ 40' lat. S., entre la Sierra de Buruyaco et le 
flanc opposé de ces chaînes parallèles qui accompagnent ici 
l'Aconquija et portent le nom général de Sierra de Tucuman. La 
direction supérieure de cette source, qui d'abord va au sud- 
ouest, s'infléchit bientôt au sud-est, comme tous les éperons de 
cette première chaîne, et elle pénètre ensuite dans la large vallée 



COURS INFÉRIEUR DU RIO DULCE. 277 

entre la Sierra l]uruyaco et la montagne principale. Dans cette 
vallée la rivière traverse le village de Tahi et s'y replie bientôt 
au sud-ouest. Elle coule au pied de la Sierra Buruyaco entre ses 
petits ressauts avancés, et après avoir dépassé Tucuman elle entre 
dans la plaine et s'y continue jusqu'au ^7' de lat. S., parallèle- 
ment au bord des ramifications de l'Aconquija. Là elle se replie 
brusquement sous 27» 8-10' au sud-est ^^^ et descend ensuite avec 
cette direction en traversant les provinces de Tucuman et de 
Santiago del Estero jusqu'à la province de Cordova, sur la limite 
orientale de laquelle le Rio Dulce se perd dans la lagune de Po- 
rongos entourée de marécages. La position de cette lagune corres- 
pond assez exactement au point où le Rio Salado se replie au sud, 
de façon que si le Rio Dulce eût été plus riche en eau il serait venu 
rencontrer le Rio Salado dans le prolongement de sa direction, et 
par l'intermédiaire de cette dernière rivière serait parvenu au 
Rio Paranà. Bien qu'aucune hauteur ne l'empêche de pro- 
longer son cours, il s'arrête cependant dans cette dépression, 
vers laquelle toutes les rivières avoisinantes du système central 
se dirigent, et que l'on doit considérer comme l'affaissement 
le plus prononcé de la plaine entre la Sierra de Cordova et le 
Rio Paranà. 

Sur son parcours, entre la courbure supérieure au sud-ouest 
près de Talà et la ville de Tucuman, la rivière ne reçoit comme 
affluent que de petits ruisseaux qui descendent à l'ouest des 
ravins de la Sierra de Tucuman. Chacun d'eux est accompagné 
d'un établissement qu'il alimente d'eau; telles sont les loca- 
lités de Trancas, Alduralde, Bipos, Tapia et autres. Mais au sud 
de Tucuman les affluents deviennent plus forts, alimentés en 
partie par les neiges du sommet de l'Aconquija. Je dirai quelques 
mots de ces affluents du sud, que j'ai tous croisés dans mon 
voyage de Tucuman à Catamarca". Tous sont encore sans ponts, 
et il faut les traverser à gué, ce ({ui est souvent difficile et même 
dangereux. 

Le Rio Lules descend par trois branches : le Rio San-Xavier, le 
Rio de Juntas et le Rio Anfama, des deux longues vallées situées 



278 AFFLUENTS DU RIO DULCE. 

entre les trois premières chaînes orientales de la Sierra de Tu- 
cuman. Il est riche en eau, roule d'abord de gros blocs, sort de 
la montagne au village de Lules, et reçoit encore dans la plaine 
l'Arroyo del Manantial. 

Le Rio Colorado est insignifiant, roule des eaux troubles et 
fangeuses, sort du pied des pentes près de la plaine, et porte aussi 
le nom d'Arroyo del Rey. 

Le Rio Famalla ou Famaya est plus fort, roule de belles eaux 
limpides sur de gros cailloux, vient de la Quebrada del Portrero 
Negro, et va ensuite se jeter dans le Rio Lules. 

Le Rio Arenillo et le Rio Pamparroyo ressemblent au précé- 
dent. Ils sont également peu importants, se réunissent plus loin 
au sud, et se jettent ensuite dans la rivière suivante. 

Le Rio Romano ou Rio de Monteros est un des affluents les 
plus importants du Rio Dulce; il vient de la vallée de Tafi et des- 
cend par une gorge étroite et profonde, dans laquelle il reçoit 
plusieurs ruisseaux qui coulent des sommets neigeux au nord 
de l'Aconquija. Sur ses bords, au milieu de la plaine de Tucu- 
man, se trouve la petite ville de Monteros, localité la plus consi- 
dérable de la province après le chef-lieu. Il rejoint le Rio Talà 
au coude dirigé au sud-est, au-dessous de Tucuman, et à partir 
duquel celte dernière rivière prend le nom de Rio Sali. 

Le Rio del Pueblo Viejo, coulant parallèlement au Rio Monte- 
ros, est peu important, et se réunit au-dessous de Monteros avec 
ce dit cours. 

Le Rio Seco, petit, limpide, coule sur un sol de cailloux, fait 
un long chemin dans la plaine, et atteint le Rio Sali loin au sud 
du Rio Romano. 

Le Rio Gaston, grande et belle rivière, avec beaucoup d'eau, 
impétueuse, coule à travers une région boisée, roule peu de 
cailloux, mais entraîne souvent des arbres déracinés qui encom- 
brent son lit et le rendent infranchissable. 

Le Rio Médina, le second grand affluent après le Rio Romano, 
ne roule pas de galets à l'endroit de mon passage. Il reçoit son 
eau principalement des sommets neigeux au sud de l'Aconquija, 



AFFLUENTS DU RIO DULGE. 279 

et recueille plusieurs petits tributaires qui naissent dans les gorges 
orientales delà Sierra sud-est du massif de l'Aconquija. Ce sont le 
Rio Chico et le Rio Nachi, tous deux peu considérables, mais mo- 
mentanément très-riches en eau à la suite de pluies violentes 
assez fréquentes ici. Le Rio Médina coule au sud-est. et se réunit 
avecle Rio Marapa peu avant de se jeter dans le Rio Sali. Le Rio 
Ilondo qui en résulte contribue ensuite à la formation du Rio 
Dulce. 

Le Rio Marapa est une rivière assez forte, ne le cédant guère 
au Rio Romano et au Rio Médina, qui tire ses eaux des monta- 
gnes à l'est du Campo de Pucarà, parmi lesquelles nous avons 
signalé la Sierra de Escoba, la Sierra de Narvaez et la Guesta de 
las Canas. l\ reçoit au milieu de ces montagnes le Rio de Singuil, 
le Rio Narvaez et le Rio de Escoba. Dans la plaine il reçoit encore 
le Rio Invernada, et se détourne avec une courbure assez accen- 
tuée du nord-est au sud-est, se dirigeant ainsi vers le Rio Dulce 
pour constituer, avec le Rio Médina, leRioHondo, d'un parcours 
peu long mais profond. Après avoir traversé au-dessous du coude 
la localité assez grande de Graneros, il prend aussi ce dernier 
nom. 

Le Rio Hondo, dont le parcours de peu de durée résulte de la 
jonction des eaux réunies du Rio Marapa et du Rio Médina, est le 
dernier affluent du. Rio Sali. A partir de cet endroit cette rivière 
prend le nom de Rio Dulce, et continue son cours à travers la 
plaine au sud-est, jusqu'à ce qu'au sud de Santiago del Estero 
elle se transforme en Rio Saladillo. 

Au sud du Rio Invernada, un grand nombre de ruisseaux et de 
petites rivières, obéissant à une direction semblable à l'est, des- 
cendent des vallées longues et modérément larges de la Sierra 
de Alto ou de Ancaste. On peut les considérer comme tributaires 
du système du Rio Dulce, bien qu'aucun d'eux n'atteigne le lit 
principal de cette rivière, et ne vienne ainsi contribuer à son ali- 
mentation. La direction seule de leur cours les rattache au Rio 
Dulce, et ils le rejoindraientsi leurs eaux étaient assez abondantes. 
Nous allons mentionner quelques-unes de ces petites rivières à 



280 RIVIERES ANNEXES ül' RIO DULCE. 

titre d'annexés du Rio Dulce, comme nous l'avons considéré 
lui-même comme annexe du Rio Paranâ. 

L'Arroyo Matasamba, petit ruisseau que j'ai franchi entre Coche 
et Guacra. 

Le Rio Guacra ou Rio San-Francisco, rivière assez grande qui 
descend avec plusieurs petits ruisseaux delà Sierra de Alto, coule 
longtemps dans la plaine en décrivant de nombreuses sinuosités, 
mais sans atteindre le Rio Dulce. R est d'abord assez abondant 
en eau à cause des nombreux petits ruisseaux qui l'alimentent. 
Je touchai à l'un d'eux, l'Arroyo Sumampa, en m'élevant sur la 
crête de la Sierra de Altos que je franchis dans le district hydro- 
graphique du Rio Guacra. Citons encore l'Arroyo de Yino et l'Ar- 
royo Durazno, qui coulent un peu plus au sud. Les derniers éta- 
blissements de la plaine fertile de Tucuman, tels que San-Fran- 
cisco, Rajada et Santa-Anna, sont situés sur le Rio Guacra. Au sud 
le sol salé se transforme en steppe et rend impossible la coloni- 
sation dans la plaine. Le village de Rio Hondo, situé à l'embou- 
chure de la rivière du même nom dans le Rio Dulce, est la der- 
nière grande localité habitable de cette contrée. 

Plus loin au sud, chacune des petites localités situées au pied 
de la Sierra de Ancaste est sur le bord d'un ruisseau de môme 
nom. Sans leur présence toute colonisation y serait impossible. 
Citons seulement les noms des villages de Canas, de Sinogasta, 
d'Albigasta, de Quiroz, de Ramblones, d'Ancastc lui-même et de 
Malegasta, tous deux profondément enfoncés dans la montagne et 
entourés de hauteurs considérables. La plupart de ces établisse- 
ments sont d'anciennes stations d'Indiens, qui existaient déjà à 
l'époque de la conquête. La terminaison gasta, qui reparaît si 
souvent dans les noms, est un mot indien. Il signifie pays natal 
ou résidence, comme la terminaison Jieiyn dans l'ouest de l'Alle- 
magne et hagen ou ^/or/" dans l'est. Le district de ces localités re- 
lève de la province de Catamarca. Le Rio Guacra forme la limite 
entre celle-ci et celle de Tucuman, qui, à l'est, s'arrête au Rio 
Hondo, où elle confine à celle de Santiago del Estero. 

Le Rio Dulce, ainsi que le Rio Salado, le Rio Vermejo et le Rio 



QUANTITÉS DE PLUIES DU BASSIN. 281 

Pilcomayo, est soumis à un changement de niveau annuel. Ce 
changement est produit par les pluies violentes d'été qui tombent 
sur les régions orientales des provinces de Salto et de Jujuy. 
Elles déterminent une différence moyenne de 15 pieds entre le 
niveau le plus bas et le plus élevé. Ces pluies commencent avec 
assez de régularité à la fin du printemps, en octobre, et durent 
du mois de novembre jusqu'en mars. Elles ne tombent pas tous 
les jours, mais recommencent après de courtes pauses, de sorte 
que sous leur influence les rivières et ruisseaux de cette contrée 
se gonflent beaucoup et atteignent leur niveau le plus élevé dans 
le cours de l'été. Dans la partie météorologique de cet ouvrage, je 
donnerai plus de détails, en m'appuyant sur mes observations 
personnelles à Tucuman.^' Pour le moment, il suffit de dire que 
les pluies sont apportées par l'alizé humide du sud-est, dont la 
vapeur d'eau se condense sur les hauts sommets neigeux des 
montagnes voisines, et tombe sur les plaines et les vallées en avant 
de ces sommets. Les régions des provinces de Salta et de Gala- 
marca placées à l'ouest ne reçoivent rien de ces pluies bienfai- 
santes. Le courant humide arrêté et rafraîchi par ces sommets se 
condense en eau, et ne peut plus atteindre jusqu'à ces régions si- 
tuées à l'ouest. Telle est l'origine des districts stériles et presque 
déserts du Despoblado et du Campo del Arenal, ainsi que de la 
plaine située à l'ouest du système de l'Aconquija et qui, par sa 
position, est condamnée à une sécheresse permanente. 

Il nous reste encore quelques détails à donner sur le cours in- 
férieur du RioDulce. Jusqu'au-dessous de Santiago la rivière est 
limpide, roide des eaux claires et coule sur un lit de galets. A la 
suite des pluies violentes qui se déversent sur la région de ses 
sources, elle se gonfle tellement qu'elle inonde de larges surlaces et 
. devient même menaçante pour la ville située dans un bas-fond sur 
la rive occidentale ^\ Elle déplace son lit, mais devient si bas 
lorsque les pluies ne la gonflent plus, qu'on peut la traverser 
sans danger avec des chars lourdement chargés. J'ai passé ainsi 
cette rivière le^^juiflet 1859, une demi-lieue au-dessous de San- 
tiago (voy. Reise II, p. 1 1^). 



282 COURS INFÉRIEUR OU RIO SALADILLO. 

A environ dix lieues au sud de Santiago, le Rio Dulce atteint le 
bord de la steppe salée, et ses eaux se chargent de sel. Il change 
alors de nom et n'est plus connu que sous celui de Rio Saladillo. 
Autrefois il n'entrait pas en contact avec le sol salé au même 
degré qu'il le fait aujourd'hui. En 1825, après une grosse crue, 
la rivière abandonna son ancieh lit, situé plus à l'est, plus près 
du Rio Salado, et passa par-dessus ses berges à l'ouest, inondant 
tout le bas-fond de la plaine situé de ce côté. Il se fragmenta en 
de larges bassins réunis par des canaux étroits, et depuis lors con- 
serva cette nouvelle disposition, abandonnant son ancien lit sur 
une étendue de plus de vingt-cinq Heues. Cette étendue se trouve 
entre les 28' et 29' degré de lat. S., à côté des villages indiens 
de Loreto, Atamisqui et Salavina, qui, privés de l'eau de la ri- 
vière, devinrent encore plus misérables qu'auparavant. La ré- 
gion environnante, comme je l'ai dit, est un prolongement du 
désert salé central, et comme lui est seulement à 400 pieds au- 
dessus du niveau de la mer. Au-dessous de cette étendue la ri- 
vière rentre de nouveau dans un lit unique, et forme un cours 
d'eau fermé et indépendant, avec des rives assez basses. Elle ne 
roule plus de cailloux, et est bordée de plantes halophiles (une 
Salicornia) qui couvrent quelquefois ses berges plates sur de 
larges surfaces. Je l'ai traversée dans cette région à la Posta del 
Monte. En cet endroit le Saladillo s'infléchit plus à l'est et atteint 
un autre bas-fond, où l'on retrouve des traces d'un ancien litqui 
le conduisait probablement jusqu'au Salado. Actuellement la ri- 
vière ne suit plus cet ancien bras oriental , mais va se perdre 
dans un grand marais, dont le milieu est occupé par une nappe 
d'eau ouverte, la lagune Porongos. Avec la faible inclinaison du 
sol dans cette contrée, son eau s'écoule très-lentement et perd 
beaucoup par Févaporation ; le tronc principal lui-même se di- , 
vise en plusieurs bras parallèles qui rampent lentement avec des 
contours plus ou moins sinueux dans la plaine et sillonnent le ter- 
ritoire de la nation des Abipones ^^ jadis célèbres, aujourd'hui 
disparus. Mais ce terrain n'en retire aucun bénéfice à cause du 
sel contenu dans ses eaux. En dehors de quelques petits postes. 



ESTUAIRE DE LA PLATA. 283 

OU forts élevés contre les attaques des Indiens encore sauvages du 
nord, tous les établissements de cette contrée ont été abandonnés 
et délaissés. 

8. Le golfe de la Plata. La large embouchure qui reçoit Teau 
des six cours d'eau que nous venons de décrire est moins une 
embouchure de fleuve qu'un véritable golfe qui devait déjà 
exister dans les temps primitifs, comme le prouve le dépôt de 
coquilles marines situé sur la rive du Rio Paranâ, assez loin en 
amont jusqu'à 31° 40' lat. S. Cet ancien golfe marin a di- 
minué graduellement d'étendue à mesure que le pays se soule- 
vait. Les masses de limon apportées par les rivières qui s'y déver- 
sent en ont comblé le fond, phénomène dont les îles de l'embou- 
chure du Rio Paranâ fournissent la preuve la plus évidente. On y 
trouve en effet des ossements d'animaux marins qui appartiennent 
à l'époque actuelle, et nous apprennent ainsi que les eaux de la 
mer remontaient encore jusque-là dans l'époque présente de la 
terre, mais longtemps avant nos jours ^^. Sous sa forme actuelle 
ce golfe représente un triangle qui pénètre environ de AO milles 
géographiques dans le pays au nord-ouest, et est large d'environ 
30 milles à la base, là où il touche l'Océan. Ce triangle se divise 
en deux sections : un golfe extérieur plus large, qui embrasse 
environ un tiers de la profondeur totale et, d'après la nature de 
ses eaux, appartient plus à la mer qu'au fleuve, et une partie inté- 
rieure plus étroite qui comprend les deux autres tiers de la pro- 
fondeur totale. Cette dernière partie a seulement une largeur de 
12 à 13 milles à son entrée entre la Punta Espinillo, près de 
l'embouchure du Rio Santa-Lucia, au-dessus de Montevideo et de 
la Punta de4as Piedras du rivage sud. Cette section intérieure du 
golfe contient surtout de l'eau douce, et perd complètement tout 
caractère marin peu au-dessus de son embouchure. Nous allons 
maintenant essayer de décrire plus complètement ces deux sec- 
tions du golfe de la Plata '°. 

La partie antérieure, dont les caractères la rattachent surtout à 
rOcéan, représente un espace elliptique en avant de la véritable 
embouchure du fleuve. Son ouverture dans l'Océan est délimitée 



2vi GOLFE FA'TÉRIEuPi DE l/EiMBOlICHUHE DE LA PLATA. 

par la poinlc rocheuse près de Maldonado et par le Cabo de San- 
Antonio nommé aussi Punta Norte, sur la côte méridionale. L'eau 
de cette partie est encore assez pure, ressemble plus à celle de 
l'Océan qu'à celle d'un fleuve, et marque un degré de salure con- 
sidérable, mais qui décroît à mesure qu'on s'enfonce plus en 
avant "^ Ses rivages sont presque partout élevés et escarpés, avec 
un littoral étroit dominé au nord par des escarpements de ro- 
ches métamorphiques, et çà et là par des pitons, tandis qu'au sud 
ses pentes sont formées de lehm du diluvium. Cette formation se 
continue sur tout ce côté jusqu'à l'embouchure du Rio Param'i, 
et constitue en grande partie les berges de ce fleuve. Près du ri- 
vage nord hérissé de rochers le golfe, jusqu'à Montevideo, a une 
profondeur de plus de 2 brasses, souvent même de 3 à 4, 
et atteint jusqu'à 10 à 14 brasses en s'écartant . de la terre 
ferme. Mais le fond se relève bientôt autour d'une petite île 
de rochers, l'Isla de Flores, située à l'est de Montevideo, à deux 
milles de la côte la plus voisine et trois de l'entrée du port. Sur 
son pourtour la profondeur de l'eau n'est plus que de 5 à6 brasses. 
En partant de cette île et se dirigeant au sud on rencontre 
à une distance de 2 milles f un bas-fond dangereux, le 
banc des Anglais (banco Ingles). Au milieu la profondeur de 
l'eau est d'une brasse seulement, et il cause de nombreux nau- 
frages, bien qu'on allume un phare près de lui. En arrière de ce 
banc et en dedans se trouve le petit Banco Archimedes, et plus 
encore dans le golfe d'autres petits bancs, tels que Banco Medusa, 
Banco Narcissus, Banco Francés et d'autres encore dont la 
profondeur d'eau ordinaire varie entre 2^ brasses et 3 
brasses. Ils forment une zone de bas-fonds jusqu'au Cabo San- 
Antonio. Elle rend difficile la navigation dans le golfe de la Plata, 
et même dangereuse avec de forts vents d'est. Le rivage méri- 
dional décrit un golfe presque en demi-cercle, le Somborombon, 
qui est limité à l'est par le Cabo San-Antonio, à l'ouest par la 
Punta de las Piedras. Sa plage est complètement plate, avec 
seulement 1 à 2 brasses de profondeur, et 4 à 5 brasses 
à 3 ou 4 milles de la terre. La profondeur atteint ensuite 



PARTIE IINTÉKIEUHE DU GOLFE DE LA PLATA. ^285 

10 à 11 brasses en se rapprochant du milieu de l'entrée. Comme 
il n'existe pas de population nombreuse de ce côté on n'y voit 
jamais de navires. L'embouchure elle-même du Rio Salado, la 
plus grande rivière du système de la Pampa, est inaccessible pour 
les bateaux, puisqu'elle n'a qu'une demi-brasse d'eau. Sur le côté 
nord du golfe les écueils de rochers empêchent également la na- 
vigation, et repoussent le commerce entre [Maldonado et Monte- 
video, plus au fond du golfe, où les profondeurs moyennes sont 
de 7 à 1) brasses. 

La partie intérieure du golfe de la Plata est plus importante 
que la partie extérieure. On reconnaît sur le champ par la couleur 
trouble et par la faible salure de l'eau qu'on pénètre dans la véri- 
table embouchure du fleuve. Son entrée est marquée sur la côte 
septentrionale par l'angle aigu situé à l'ouest de Montevideo, 
nommé Punta Espinillo, a côté duquel débouche le Rio de Santa- 
Lucia, sur la côte sud par la Punta de las Piedras déjà men- 
tionnée. Elle a une largeur de 13 milles géographiques et demi; 
mais elle se rétrécit à vue d'œil, et à l'extrémité où se trouvent les 
embouchures des deux grands affluents le Rio Uruguay et le Rio 
Paranâ, elle n'a plus que 2 milles de large. Le golfe se rétrécit 
entre Golonia et Ensenada, où il a un peu plus de 5 milles de 
large ; sa largeur moyenne à Ruenos-Ayres est de 7 milles. 
Le caractère du rivage ne se modifie guère sur toute cette étendue. 

11 n'en est pas de même pour le fleuve, qui forme par ses allu- 
vions un large bas-fond devant le rivage nord, de l'embouchure 
du Rio Santa-Lucia jusqu'à Fangle de la Golonia dcl Sacramento. 
On lui donne le nom de Ranco de Ortiz. Il rend la côte inabor- 
dable pour les gros navires, puisque la profondeur d'eau n'y dé- 
passe pas -2 ~ brasses, et souvent même n'est que d'une brasse 
et demie. Ce banc, qui s'étend loin au sud-est et y est recou- 
vert de 3 à 87 brasses, rejette la route navigable du Rio de la 
Plata dans le voisinage du rivage méridional. Ue ce côté et à une 
dislance de un à un mille et dcnù de la côte on trouve une pro- 
fondeur moyenne de 3^ à 4^ brasses avec une largeui' de 
^^ i\ S milles. Mais ce chenal déjà assez resserré est encore 



^286 DIRECTION, LARGEUR ET PROFONDEUR DU CHENAL, 

obstrué par un grand bas-fond, le Banco Chico, qui n'a que 
2 brasses à 2| brasses d'eau, et laisse libre un passage de un 
mille et demi. Heureusement qu'en ce point il a 6 brasses de 
profondeur et en conserve 5 plus en avant. Un phare entretenu 
par Buenos-Ayres indique la position du bas-fond. 

A l'ouest du Banco Chico le chenal s'élargit, s'étend jusqu'à la 
Colonia del Sacramento avec une profondeur de 3|- à 4 brasses, 
et se termine avec une profondeur de 6 brasses près de la petite 
île de San-Gabriel, située près de l'angle de Colonia. Cette île, 
d'un accès facile, était pour ce motif une station très-fréquentée 
par les Espagnols dans les premières années après la découverte. 
— Malheureusement ce canal profond ne se prolonge, dans l'ex- 
trémité nord-ouest de l'estuaire, que jusqu'à 1^ mille deBaenos- 
Ayres. Ici la profondeur descend au-dessous de 3 brasses, et tombe 
même à 2{ et 2| brasses. A l'ouest de Buenos-Ayres elle n'est 
plus que de ij à 1 -^ brasse, jusqu'à ce qu'on arrive près des 
embouchures des fleuves. Ceux-ci donnent naissance à de larges 
bas-fonds, et dans leur voisinage l'estuaire n'a plus que ^ à f 
ou au plus 1 brasse. Il reste cependant devant chaque embou- 
chure un passage étroit plus profond, dans lequel la profondeur 
varie entre 2 et2| et quelquefois 3 ou 4 brasses. En face de ces ca- 
naux se trouve l'île Martin Garcia, massif de roches métamor- 
phiques détaché de la Banda oriental. De chaque côté existe un 
chenal étroit profond de 5 à et même de 8 brasses. L'île appar- 
tient au gouvernement argentin, et domine complètement l'entrée 
des fleuves. Un fort y rendrait impossible tout accès à l'intérieur 
du pays.— En dehors de l'étendue de rivage comprise entre 
Buenos-Ayres etBelgrano, qui est composée d'un sol dur de con- 
crétions argilo-calcaires du diluvium, tout le reste du littoral de 
i*estuaire de la Plata est formé par un sable fjn et gris, sans galets 
et n'offrant aucun mélange. 

De cette description ressort clairement le motif pour lequel 
Buenos-Ayres, bien qu'une des premières villes de commerce de 
l'Amérique du Sud, n'a pas encore de véritable port, mais sim- 
plement une rade ouverte sur laquelle les gros navires jettent 



PROJET DE CONSTRUIRE UN PORT A BÜENOS-AYRES. 287 

l'ancre à 1 mille de la ville. On se préoccupe beaucoup du projet 
d'y créer un port artificiel dans une dépression du golfe située 
au nord de la ville, et qui a 8brasses de profondeur. Mais il n'existe 
aucun accès pour arriver à cette dépression que l'on appelle la 
Santa-Catalina, et il faudrait en creuser un, entreprise beaucoup 
trop considérable pour les ressources dont on dispose, et par suite 
inexécutable. On a alors pensé à faire un port pour Buenos-Ayres 
de la baie de Ensenada de Barragan, située au sud de la ville à 
une distance de i) milles, et qui a 1 | à 2 brasses de fond. Un 
chemin de fer y mène déjà, et le projet pourra se réaliser 
d'ici à quelques années si le commerce doit prendre encore un 
plus grand essor '"^. 

Les eaux du golfe de la Plata, qui sont en communication si 
directe avec l'océan Atlantique, participent naturellement à ses 
mouvements de flux et de reflux; mais bien que le phénomène se 
fasse sentir beaucoup en avant dans le golfe, il manque cepen- 
dant de régularité et d'intensité. En général l'eau est plus basse 
le matin qu'à midi, heure jusqu'à laquelle elle monte lentement. 
L'après-midi elle descend, pour remonter ensuite jusque vers mi- 
nuit. A Buenos-Ayres la différence du flux et du reflux est faible 
et ne dépasse pas 4 à 5 pieds. Le courant aussi est lent, environ 
1 à 1 -5 miUeà l'heure. Plus loin en dehors, la diflérence devient 
plus considérable, et dans la baie de Somborombon elle s'élève à 
plusieurs mètres. 

L'action des marées est moins sensible ]^que ceUe des vents, 
qui soufflent ordinairement avec assez de violence et tournent 
facilement à la tempête. Nous y reviendrons dans le chapitre de 
météorologie. Les vents du nord, particulièrement ceux deTouest- 
nord-ouestet du nord-ouest, dépriment le niveau du fleuve, en 
sorte que toute la bordure plate du littoral se trouve découverte, 
et qu'on voit de grandes surfaces de sable du rivage à nu. Au con- 
traire, les vents du sud-sud-est font monter beaucoup le fleuve, 
et dans les tempêtes fréquentes du sud-est chassent l'eau sur 
le littoral plat. Ces phénomènes peuvent causer une diflérence de 
niveau de 12 pieds, mais qui du reste est rarement atteinte otduro 



288 OSCILLATIONS DU NJVEA[^ DE L'EAU. 

seulement quelques heures. En outre, l'esluaire de la Plata subit 
aussi les variations annuelles du niveau des fleuves, et roule à la 
fin de l'été une masse d'eau un peu plus considérable qu'en 
hiver. Ordinairement, la crue maximum a lieu au commencement 
demars,et pendant ce mois les plages basses du rivage sont inon- 
dées presque chaque année. Toutefois cette différence n'est ja- 
mais aussi grande que sur les fleuves intérieurs ; d'une part, 
parce que les eaux ont une grande surface où s'étendre, d'autre 
part, parce que les crues des différentes rivières ne sont pas si- 
multanées, et par suite s'équilibrent mieux à l'embouchure et de- 
viennent moins fortes. Elles ne dépassentpas la différence de niveau 
déjà mentionnée, et demeurent en général au-dessous, s'ari'ôtant 
entre 6 et 8 pieds. Cet état est parfaitement constaté depuis de 
longues années pour Buenos-Ayres, et les assertions qui pré- 
tendent que l'eau du fleuve a diminué ou que les tempêtes étaient 
beaucoup plus fréquente sautrefois, reposent sur des bruits et des 
opinions dénués de tout fondement positif. 



XII 

SYSTÈME HYDROGRAPHIQUE CENTRAL DE LA SIERRA DE CORDOVA. 

Le système hydrographique central de la république Argentine 
se compose de cinq petites rivières qui sont toutes si semblables 
et si peu importantes, qu'on n'a pas cru nécessaire de leur donner 
des noms particuliers. On les désigne simplement par leur nu- 
méro d'ordre en allant du nord au sud. Eues naissent toutes par 
plusieurs petits ruisseaux dans les gorges de la Sierra Gordova 
ou de ses annexes. La plupart de ces ruisseaux sortent de la grande 
vallée longitudinale entre les deux chaînes principales de la mon- 
tagne. Tant qu'ils sont encore dans le voisinage des chaînes et de 
leurs flancs fortement inclinés, ils roulent sur de gros galets et 



LE RIO PRIMERO. 289 

cailloux, et après de grandes pluies entraînent même de gros blocs. 
Ils se réunissent à la lin en courants simples qui serpentent len- 
tement dans la plaine, dans un lit de sable argileux sans galets, 
et à Texception du troisième s'y terminent en se perdant dans des 
bas-fonds marécageux. Tous ont leur cours dirigé à l'est, un peu 
infléchi au sud-est, vers le Rio Paranâ, que tous iraient rcvjoindre 
comme le troisième s'ils étaient plus riches en eau qu'ils ne le sont. 
En temps ordinaire ces petites rivières n'ont pas plus de 4 pieds 
d'eau, mais après les pluies abondantes et subites qui tombent 
dans leur bassin elles se gonflent si fortement, qu'elles atteignent 
un niveau huit fois plus élevé. Elles deviennent alors si impé- 
tueuses, qu'elles entraînent tout ce qui fait obstacle à leur cou- 
rant. C'est pour cela qu'on n'avait pas encore établi de ponts sur 
les gués qui servaient de passage aux principales voies de com- 
munication du pays. On traversait le Rio Tercero sur un radeau 
construit avec des barils à vin, et on passait les autres dans l'eau. 
Je les ai franchies toutes cinq de cette façon lors de mon voyage 
en 1857-4859. Aujourd'hui, presque toutes ont des ponts solide- 
ment construits qui servent au passage du chemin de fer central. 
Ces rivières n'ont pas de crues annuelles régulières ; elles sont 
cependant plus abondantes en eau au printemps et au commen- 
cement de l'été que dans les autres saisons de l'année, etleur étiage 
le plus bas a lieu en automne et en hiver. 

Nous allons passer en revue ces cinq petites rivières les unes 
après les autres, en suivant le numéro d'ordre qui leur sert de nom. 

1. Le Rio Primero est le plus au nord. Il naît dans la Punilla, 
à l'extrémité nord de la vallée longue située entre la Sierra del 
Campo et la Sierra Grande ou de Achala, par deux branches, le 
Rio San-Antonio qui vient du nord, et le Rio San-Roque, du 
sud. Ces deux cours d'eau se rejoignent au-dessous du village du 
même nom et y passent à travers la montagne orientale. Le Rio 
Antonio commence assez loin au nord, environ sous 30" 45' à 50', 
à l'état de petit ruisseau. Je l'ai franchi sans peine à Quimbelates, 
un des établissements les plus au nord dans c(Ute vallée. Il court 
droit au sud, louche le village de Ghacras, où il forme une jolie 

REP. ARC. — I. iy 



490 LE RIO SEGUiNDO ET LE RIO TEKCERO. 

cascade, ensuite San-Aiitonio, Cosquiii, Rosario, et atteint le vil- 
lage de San-Roque. Il rencontre dans ce village le bras méri- 
dional plus court qui sort par cinq petits ruisseaux de la Sierra 
Acliala située en face, tandis que la branche nord recueille les 
affluents qui viennent de son côté. Une fois hors delà montagne, 
la rivière décrit un arc peu étendu, se tourne ensuite un peu au 
sud, puis aussitôt à l'est, passe à Cordova avec une direction 
légèrement au nord, et coule à l'est dans la plaine où elle va se 
perdre dans un marais situé au sud de la lagune Porongos, et 
nommé Mar Chiquito. 

2. Le Rio Segundo se forme des nombreux petits ruisseaux 
qui descendent soit de la Sierra Achala dans le prolongement de 
la Punilla, soit de la pente orientale de la Sierra del Gampo ou 
Chica, comme on la nomme dans cette région. Les premiers se 
déversent dans la branche principale du Rio Segundo, et tirent 
leurs noms des localités qu'ils traversent : del Portrero et de los 
Reales pour le plus au nordet le plus au sud, et entre eux le Rio 
Medio. Le cours réuni de ces ruisseaux coupe la Sierra del Gampo, 
et une fois dans la plaine reçoit, du nord, le Rio Anisacate sur le 
bras latéral duquel se trouve la belle estancia Alla Gracia, du sud, 
le Rio de los Molinos. Le Rio Segundo traverse ensuite la plaine 
à l'est, en décrivant un arc très-fort au nord-est, se rapprochant 
ainsi très-près du Rio Primero. Il coule parallèlement à ce der- 
nier à l'est-nord-est et se perd également dans un marais, la la- 
gune de Ghipeon, au sud de la précédente, avec laquelle elle est 
reliée par un faible canal. 

3. Le Rio Tercero est le plus grand des cours d'eau de ce sys- 
tème, et le seul d'entre eux qui se déverse dans le Rio Paranâ. R tire 
son origine de nombreux ruisseaux, tels que le Rio de los Sauces, 
le Rio Quiyinso, le Rio Manzano, le Rio Durazno, le Rio Santa- 
Rosa, le Rio Sauce, entre les deux chaînes de la Sierra Gordova, 
au sud du précédent, sous 32M0' à 40', et leurs cours réunis 
traversent la chaîne orientale sous le nom de Rio Grande. Au- 
dessous du village de San-Augustin il fait une cascade, puis en- 
suite à sa sortie de la montagne traverse le village de Salto, au 



LE RIO CARCARANAl.. 291 

delà duquel il prend son nom de Rio Tercero. Près de ce village 
il reçoit un affluent du nonl, et se dirige ensuite à peu près direc- 
tement à Fest avec une légère inclinaison au sud jusqu'au-dessous 
de Frayle Muerto (San-Geronymo). En cet endroit le Rio Tercero 
s' infléchit au sud, pour se retourner ensuite au nord-est en dé- 
crivant un grand arc, et avec cette direction il vient rejoindre le 
Rio Paranà, dans lequel il se jette sous le nom de Rio Carcaranal 
à l'exlrémité des hauteurs qui bordent la berge occidentale. Dans 
cette partie inférieure, il reçoit le prolongement du Rio Quarto, 
sous le nom de Rio Saladillo, près d'une misérable localité du 
même nom. C'est à partir de cette jonction que la rivière prend 
le nom de Carcaranal. Au-dessous du Saladillo elle reçoit encore 
un second affluent du nord, TArroyo de las Torlugas, qui trace 
les limites entre les provinces de Santa-Fé et de Cordova. Ce tri- 
butaire sort des bas-fonds marécageux où se perdent le Primero 
et le Segundo, et constitue ainsi leur déversoir dans le Rio Ter- 
cero. Celui-ci roule une assez grande quantité d'eau, est profond, 
difficile à passer à cause du fond vaseux (Voy. Reise, !I, p. 45) et 
bordé de berges élevées et escarpées qui le rétrécissent. Le Car- 
caranal aussi a des rives élevées, et on pourra bientôt le traverser 
sur un beau pont, ce qui n'était pas toujours possible auparavant. 
Cette partie inférieure de la rivière est navigable pour les petits 
bateaux, et a été parcourue de bonne heure par des yachts non 
pontés jusqu'au Saladillo. Mais depuis que le chemin de fer de 
Rosario à Cordova est construit, il a absorbé tout le transport des 
marchandises en sa qualité ^de moyen de transit plus rapide, plus 
commode et moins coûteux. Cette partie inférieure, depuis Tem- 
bouchure du Saladillo et même au-dessus, roule de l'eau salée et 
ne peut s'utiliser pour les cultures qui y manquent totalement. A 
l'embouchure même du Carcaranal, où Cabot avait construit son 
fort de San*Espiritus, il n'existe aucun établissement, et il faut 
descendre plus au sud, le long- du Rio Paranâ, pour rencontrer le 
beau couvent de San-Lorenzo, avec les (|uelques maisons des ha- 
bitants du village situé en dehors de ses murs. Mais la partie su- 
périeure du Rio Tercero, entre le Saladillo et Villa Nueva, est une 



292 LE 1110 CÜARTO. 

jolie contrée, bien paiipiée, avec de belles forêts qui accompa- 
gnent la rivière jusqu'au pied de la sierra, dans le voisinage de 
laquelle elles s'étendent jusque dans les bassins du Rio Segundo 
et du Rio Primero. Cette contrée a pris un grand essor aujour- 
d'hui qu'elle est traversée par le chemin de fer qui suit la rivière 
depuis la courbe au-dessous de Frayle Muerto jusqu'à Villa Maria, 
en face de Villa Nueva. l\ traverse la rivière à quelques milles de 
Rosario,plus loin TArroyodelas Tortugas, rejoint le Rio Tercero 
au-dessus du Saladillo, pour le quitter de nouveau à Villa Maria, 
court en ligne droite à Gordova, et traverse au village de Pilar le 
Rio Segundo qui en cet endroit a un lit assez large. A Villa Maria 
est l'embranchement de Rio Quarto, qui plus tard doit être pro- 
longé jusqu'à San-Luis, San-Juan et Mendoza. Pour le moment 
on travaille au prolongement de Gordova à Tucuman et à la fron- 
tière de Bolivie ^^ 

4. Le Rio Guarto sort par plusieurs ruisseaux de l'extrémité de 
la Sierra Achala, des contrées au nord de la petite ville d'Achiras 
{Reise, I, p. 153). Le plus au nord de ces ruisseaux, nommé Ar- 
royo de las Barrancas, naît très-près des sources du Rio Tercero; 
le plus au sud prend le nom de Arroyo de Piedra Bianca. Ds se 
réunissent tous près d'Achiras, et constituent un cours d'eau d'un 
débit médiocre, mais dont le lit large décrit de nombreuses sinuo- 
sités et se dirige à l'est-sud-est, où je l'ai traversé dans la petite 
ville de Rio Guarto . La rivière y charrie encore des cailloux roulés 
qui disparaissent plus loin de la sierra. Son débit d'eau s'affaiblit 
bientôt et les établissements voisins l'utilisent. Plus loin elle se 
perd, comme le Rio Saladillo, dans une série de marécages au 
delà desquels le courant ne se prolonge qu'après les pluies vio- 
lentes. Le bas-fond dans lequel elle aboutit décrit un arc prononcé 
au nord-est et la contraint à l'y suivre, ce qui ne se réalise que 
lors des fortes eaux. Elle rejoint alors le Rio Tercero au village 
de Saladillo. Mais cette partie inférieui'e de son lit, qui se trouve 
dans une contrée déserte, sans végétation et salée, est ordinai- 
rement à sec. Dans mon voyage, lorsque je traversai son lit, je n'y 
trouvai que des flaques isolées (ReisSy I,p. 140). 



LE RIO QUJNTO. 2^3 

5. Le Rio Quinto ne descend plus de la Sierra de Cordova,niais 
de la Sien a de San-Luis, à l'extrémité orientale de laquelle ilnaît 
dans la gorge profonde du nom de Canada Honda qui sépare au 
sud le massif principal de la montagne des chaînes latérales et de 
leurs contreforts. Les mines d'or de Carolina sont situées à l'ex- 
trémité supérieure de cette gorge, au-dessus des sources du Rio 
Quinto. La rivière se dirige d'abord au sud, mais se détourne 
bientôt au sud-sud-est et plus tard au sud-est. Dans son cours 
supérieur où je l'ai traversée, on trouve des cailloux roulés semés 
dans un large lit qu'elle sillonne en serpentant, divisée en plusieurs 
petits bras, ce qui prouve qu'elle peutdevenir impétueuse àcertains 
moments dans les fortes crues. Plus loin, au sud, elle pénètre dans 
les plaines sans fm des Pampas, et tombe dans une dépression 
semblable à celle du Rio Cuarto, mais plus grande. Elle y forme 
un marécage allongé, avec des lacs, des dunes de sable et de jolis 
bois qui s'étendent au sud et qui feraient de cette canada un ex- 
cellent district de colonisation si les menaces perpétuelles d'at- 
taque des Indiens des Pampas n'y mettaient obstacle. En conti- 
nuant son cours au sud-est, la rivière va enfin se perdre dans la 
lagune Amargo ou Juncal, sous 34" 50' lat. S. et G4' de long, 
ouest de Greenwich. La dépression se prolonge cependant encore 
plus à l'est, avec des marais et de petits lacs semés çà et là. Sous 
la forme d'une contrée humide appelée ßanados par les indigènes, 
elle s'étend parallèlement au 34" de lat. S. jusqu'à la limite de la 
province de Buenos-Ayres, où elle reparaît avec de nouveaux 
lacs et forme le point d'origine du Rio Salado, que l'on pourrait 
considérer comme le profongement du Rio Quinto. 

Outre ces cinq grandes rivières, la Sierra Cordova et ses an- 
nexes donnent encore naissance à une quantité de petits ruis- 
seaux qui ont tous le môme caractère, à savoir d'être pauvres en 
eau et de se peidrc dans la plaine après un cours peu long. Nous 
indiquerons ici seulement leurs noms en y ajoutant leui* origine 
et leur direction, qui l'une et l'autre les rattachent au système 
hydrogi'aphique central. Nous les partagerons, d'après leur di- 
rection principale, en ruisseaux du nord, de Tonest et du sud. 



"im RIVIERES VENANT DU NORD. 

Au nord il en coule deux qui prennent leur source sur le ver- 
sant nord-ouest de la Sierra de Cordova. 

Le premier est FArroyo de Cruz del Eje, véritable système de 
petits ruisseaux qui sortent des gorges à l'extrémité de la Sierra 
Achala. Ils se réunissent en un cours unique qui traverse le village 
dont il porte le nom. 

Le second coule au nord en sortant de la large vallée entre la 
Sierra Achala et la Sierra Serrezuela. Il tire son nom du village de 
San-Garlos qui est au milieu de la vallée, à l'extrémité supérieure 
du ruisseau. 

Les petites rivières qui prennent leur origine entre la Sierra 
de Cordova et celle de San-Luis se dirigent à l'ouest et au nord- 
ouest. La plus importante est une rivière peu longue près de 
l'extrémité supérieure de la Sierra de San-Luis, et qui se forme 
de deux branches dont celle du nord s'appelle Rio San-Pedro, 
celle du sud Rio Conlare. Elles se réunissent à leur sortie dans la 
plaine et s'y terminent sans prolonger plus loin leur cours. Le Rio 
San-Pedro reçoit l'Arroyo de San-Lorenzo et celui de Mina Cla- 
vero. Celui-ci sort de la Sierra Serrezuela, l'autre de la Sierra 
Achala, et après de lui une source thermale qui est utilisée pour les 
bains. Le Rio Conlare tire son eau aussi bien de la Sierra Achala 
que de la Sierra de San-Luis ; il reçoit de cette dernière les ruis- 
seaux de Piedra Rlanca et Uyaba, de la première ceux de Renca, 
Dolores et Santa-Rosa. 

Plus loin à l'ouest la Sierra de San-Luis envoie au nord-est, 
dans la plaine, deux petits ruisseaux qui s'y perdent bientôt, leurs 
eaux étant absorbées par l'évaporation et les infiltrations dans le 
sol poreux des steppes salées avoisinantes. Celui du nord emprunte 
son nom au village de Quinez, celui du sud, un peu plus fort, au 
village de San-Francisco. 

Les ruisseaux qui descendent des montagnes centrales en se di- 
rigeant au sud sont plus nombreux. 

Nous citerons d'abord l'Arroyo de Chorillos, près duquel se 
trouve la ville de San-Luis et qui, dans les années pluvieuses, ar- 
rive jusqu'à la lagune Bevedero. 



RIVIÈRES VENANT DU Sil). 29ß 

Ensuite le ruisseau qui sort du Morro à San-José, et le Zanjon 
qui coule entre le premier et le Rio Quinto, parallèlement à ce der- 
nier. 

Deux autres petits ruisseaux analogues suivent encore la même 
direction que celle du Moiro et forment ensemble l'Arroyo Chajan 
ou de la Punilla. Il sort de la gorge appelée El Portezuelo, ren- 
contie dans la plaine au sud un gros ruisseau qui arrose la petite 
ville d'Achiras, et aboutit dans le bas-fond où le Rio Quinto se 
perd. 

Entre cet Arroyo de Achiras et le Rio Guarto coulent encore 
trois petits ruisseaux, l'Arroyo de las Lajas, l'Arroyo Barranquito 
et l'Arroyo Ojo dcl Agua. Dans mon voyage je les ai tous traversés 
ainsi que les précédents, et je les ai figurés sur ma carte dans le 
tome I du Reise. 

Enfin au nord du Rio Quarto on trouve encore l'Arroyo Chucul 
qui suit la direction sud-est de la rivière et court parallèlement 
à elle pour venir se terminer dans un marais. Au nord coule 
l'Arroyo Tagua, d'abord avec une direction semblable, ensuite en 
se dirigeant au nord-est, vers le Rio Tercero, mais sans le rejoindre. 
Près de lui, au nord, court encore un autre petit ruisseau, l'Ar- 
royo Penas, qui tarit encore plus tôt que celui-ci. La plupart de 
ces ruisseaux coulent à travers des contrées boisées, et ont sur 
leurs bords des villages de môme nom dont ils alimentent les ha- 
bitants et leurs cultures avec leurs eaux. On trouve encore dans la 
plaine, à une plus grande distance des sierras, des ruisseaux ana- 
logues utilisés de la même façon et qui, par leur existence, ren- 
dent habitables ces contrées. Tels sont l'Arroyo Garnerillo et 
l'Arroyo Cabrai, que j'ai traversés aussi dans mon voyage (tome I, 
p. 143). 

Au nord du Rio Tercero, entre cette rivière et le Rio Segundo, 
des ruisseaux semblables existent encore dans la plaine, qui sans 
eux serait aussi inhospitalière que la Pampa du sud privée de 
ruisseaux et de leurs bois. Ces ruisseaux coulent à l'est et se diri- 
gent v(*rs ladépression dans laquell«^ aboulissent le Rio Primcro 
et le Rio Segundo. Le centi^e de cette dépression est occupé par la 



296 mVIÊRES DONT LE COURS TARIT. 

Canada de las Yivoras el son prolongement au sud la Canada de 
San- Antonio, de laquelle sort l'Arroyo de las Tortugas. La canada 
envoie encore d'autres prolongements semblables à l'ouest, dans 
lesquels se déversent les ruisseaux en question, et dont nous cite- 
rons comme les plus connus l'Arroyo de Alvarez, l'Arroyo de Asna, 
TArroyo Algodon et l'Arroyo de las Mqjarras. 



XIII 

RIVIÈRES DES CORDILLÈRES DONT LE COURS S'ASSÈCHE. 

Les rivières qui descendent des Cordillères et de leurs annexes 
entre 2(3 et 35° lat. S., sont toutes insignifiantes et méritent 
à peine ce nom. Aucune d'elles n'a un lit profond avec beaucoup 
d'eau, mais seulement un cours faible de 2 à 3 pieds d'eau qui 
ne devient un courant impétueux que temporairement, et sans 
aucune régularité. Elles entraînent alors de gros cailloux et des 
blocs, mais en temps ordinaire elles ne peuvent entraîner que des 
galets et du gravier. Ces rivières sont formées par la réunion de 
plusieurs ruisseaux qui descendent des sommets couverts de 
neige du voisinage, ou tirent leur origine des prairies sus- 
pendues le long des pentes, et apparaissent d'abord par des 
filets d'eau à peine sensibles. Elles sortent de la montagne par des 
gorges quelquefois très-étroites, qui paraissent être le résultat 
de l'érosion du courant, se détournent toutes à l'est et au sud- 
est conformément à l'inclinaison de la plaine, et y tarissent après 
un cours plus ou moins long, tantôt sans extrémité définie, 
tantôt en se perdant dans des lagunes ouciénegas. Aucune d'elles 
n'atteint l'Océan. Toutes les pluies qui tombent sur le côté 
oriental des Cordillères et toutes les vapeurs de l'atmosphère 
que se condensent sur leurs sommets glacés, entre 20 et 35" 
lat. S., restent sur le sol près duquel elles se sont formées, ou 



LE RIO COLORADO. 297 

remontent par Tévaporation dans la couche des nuages d'où 
elles étaient descendues. Il n'en arrive pas une goutte à l'Océan. 

Ces cours d'eau se laissent naturellement grouper en six petites 
rivières que nous allons énumérer du nord au sud, et décrire 
brièvement. 

1 . Le Rio Colorado '* est la plus au nord d'entre elles. Son 
artère principale traverse la partie nord de la province de Cata- 
marca, et se termine sur les limites de la province de La Rioja en 
se dirigeant vers la steppe salée centrale. Il naît avec deux 
rameaux principaux, dont celui du nord vient du sommet neigeux 
de San-Francisco, celui du sud de l'Alto de Machaco et par plu- 
sieurs petites sources (Reise II. p. 255). Ce dernier rameau est 
le plus long- et le plus riche en eau. Il a deux sources, dont la 
plus élevée descend du pied du Gerro, l'autre de la passe de 
Losas. Elles se réunissent bientôt et coulent au sud dans la vallée 
étroite qui sépare le prolongement du système de Famatina du 
premier plateau des Cordillères. La rivière s'appelle alors Rio 
Casadero. Plus loin elle traverse la chaîne de Famatina par la 
quebrada resserrée de Cuchuil, et peu avant sa sortie de [la 
montagne reçoit du nord un affluent du même nom. Alors elle 
pénètre dans la vallée étroite entre la chaîne de Famatina et la 
Sierra Gulumpaja, et arros« le village de Fiambala près duquel 
des sources thermales alimentent des bains salutaires. Continuant 
son cours au sud, elle reçoit à Anillaco l'autre rameau du sud 
appelé Rio de la Troya qui traverse également ici la chaîne de 
Famatina par une gorge étroite, et coule ensuite par le goulet 
entre Anillaco et San-José dans la vallée de Copacavana où elle 
prend son nom. Là elle reçoit du nord-est le petit Rio de Zapale. 
Au-dessous de cette localité la rivière se détourne au sud-est et 
s'infléchit ensuite entièrement à l'est. Dans l'arc de cette cour- 
bure elle reçoit du sud-ouest les petits afllucnts du Rio Sanla- 
Cruz, du Rio de las Campanas el du Rio de los Angelos, qui ne 
l'atteignent que dans les fortes pluies, tandis qu'en temps oïdi- 
naiie ils sont réduits à l'état de fla(iues d'eau (Reise II. p. 240). 
Elle se dirige vers l'angle terminal du Ceno Negro, le conlourae 



298 RIVIERES SE RATTACHANT AU RIO COLORADO. 

au liord-esl, et coule avec cette direction dans les vastes plaines 
entre l'Ambato et les dernières pentes de la Sierra Gulumpaja. 
C'est dans cette partie qu'elle est rejointe par le Rio Sauce, dont 
les eaux abondantes descendent de la Sierra Yelasco. Alors la 
rivière prend son nom de Rio Colorado, parce que son eau trouble 
et rougeâtre emprunte cette coloration au lehm du diluvium. 
Dans la plaine elle s'infléchit toujours plus à l'est et plus tard au 
sud-est, touche plusieurs localités, comme Agua Caliente, où je 
l'ai traversée (Reise IL p. 238). Elle pénètre dans la moitié 
orienlale et encore plus stérile de la même plaine par la gorge 
de la Sierra de Mazan, et se dirige alors presque complètement au 
sud. Près de la courbe, au village d'Anapa, où j'ai passé une 
mauvaise nuit, elle forme un large marais et s'appauvrit en eau, 
tant et si promptement qu'elle se trouve réduite à l'état d'un 
ruisseau. Dans son prolongement au sud, son eau se charge de 
beaucoup de sel, et avec cet aspect de ruisseau salé elle traverse, 
sous le nom d'Arroyo Salado, la route de Catamarca à la Rioja. 
Plus loin elle se rapproche de la steppe salée et se perd dans 
les sables. 

Il faut mentionner ici comme cours annexes du Rio Colorado 
plusieurs petites rivières qui à la vérité ne sont pas en commu- 
nication avec lui, mais ont une direction et une origine presque 
les mêmes, et comme lui vont aboutir dans la steppe salée en 
se perdant dans la plaine voisine. Ces p3tites rivières sortent des 
montagnes qui bordent les vallées da la province de Catamarca 
et les alimentent d'eau. Elles ont leurs sources soit dans les an- 
nexes des Cordillières, soit dans celles de l'Aconquija, et ressem- 
blent complètement par leurs caractères au Rio Colorado. Elles 
sont cependant plus petites, c'est-à-dire moins longues et plus 
pauvres en eau. Nous allons décrire les deux plus grandes du 
groupe. 

Le Mio Relen est une petite rivière insignifiante, mais d'une 
grande valeur pour la vallée dans laquelle elle coule et à laquelle 
elle emprunte son nom. Elle se forme de plusieurs petits ruisseaux 
entre les contreforts qui relient la Sierra de Helen et la Sierra 



LE RIO DE (^ATAMARGA. 299 

Gnlinnpaja, coule au sud par la vallée de Belen et en sort pour 
entrer dans la plaine déserte qui occupe l'extrémité supérieure 
de la province de Catamarca. Ses sources prennent les noms des 
localités près desquelles elles passent, comme Guafin et Grana- 
dillos, villages qui datent do l'époque des Indiens alors que l'on 
combattait les Calchaquis. Zurita fonda la ville de London à la 
sortie de la rivière dans la plaine ; elle se dirige alors au sud-est 
vers le bassin salé situé dans la même direction, mais n'y arrive 
que rarement, après de fortes pluies. 

Près de là, à l'est, plusieurs petits ruisseaux sortent des gorges 
de l'Atajo, avec un cours et une terminaison identiques. Ils 
portent les noms des localités fondées près d'eux, et deviennent 
Tui peu plus considérables en se rapprochant de l'Aconquija. 
De ses pentes sort la petite rivière sur laquelle se trouve Fucrte 
de Andalgala, fort construit en cet endroit par les Espagnols 
contre les (kilchaquis. La rivière est assez riche en eau, et son 
cours arrose plusieurs établissements voisins. 

Le Hio de Catamarca est plus important que les cours d'eau 
cités jusqu'ici. Son bassin est situé dans la vallée entre la Sierra 
Ambato et la Sierra de Alto ou de Ancaste. Il se compose de doux 
branches qui naissent au sud du Gampo de Pucara, celle de 
l'ouest près de Humaya sur la Cuesta de Guanomil, celle de l'est 
à côté du Puesto de Bazan sur les pentes de la Sierra Paclin ou 
San-Antonio. Ces deux ruisseaux se réunissent à Golpes, et coulent 
à travers la montagne par une gorge étroite jusqu'à la Puerta, 
où la vallée devient un peu p!us large. La rivière reçoit ici de 
l'ouest un aifluent qui tire son eau des hauteurs du Machado, et 
décrit, en inclinant fortement à l'est, de nombreuses sinuosités 
dans une longue vallée resserrée entre la Sierra de Paclin à l'est 
et la Sierra de Lorenzo à l'ouest. Peu après sa sortie de cette 
jolie vallée, bien peuplée et cultivée, elle pénètre dans la plaine 
stérile de Catamarca, et reçoit le Rio de Paclin au-dessous de cette 
ville, qui est située un peu à l'écart sur sa rive occidentale. 

Le Rio de Paclin coule dans la vallée entre la Sierra de Alto et de 
San-Antonio à côté de la branche orientale du Rio de Catamarca, 



300 LE RIO VERMEJO. 

et arrose aussi de ses eaux celle jolie vallée, tl arrive jusqu'au 
Rio Calainarca seulement après les fortes pluies. Ce dernier 
s'assèche aussi bientôt, et cesse ordinairement de couler déjà 
avant la large dépression entre l'Ambato et la Sierra de Ancaste 
qui ferme son lit. De petits ruisseaux qui descendent de l'Am- 
bato, et que j'ai signalés dans mon voyage (Reise, II. p. 228), 
n'arrivent pas pour la plupart à la rivière principale vers laquelle 
ils sont dirigés. 

2. Le Rio Vermejo est une rivière tout à fait semblable, mais 
plus longue que la précédente, qui coule au sud de celle-ci à 
travers les provinces de La Rioja et de San-Juan, et arrive jusque 
dans la région de cette dernière ville. Elle a aussi dans son cours 
supérieur deux branches semblables et assez riches en eau ; 
mais celles-ci restent plus longtemps séparées et sont considérées 
comme des rivières distinctes. L'une et l'autre descendent des 
sommets du plateau des Cordillères : celle de l'est, le Rio Jagué, 
du Cerro Ronete ; celle de l'ouest, le Rio Rlanco, du volcan de 
Copiapô et de la Rarranca Rlanca. Je les ai traversées toutes deux 
dans leur partie supérieure et les ai signalées dans mon voyage, 
mais je ne connaissais pas bien alors leur connexion et leur 
cours : ce que je vais réparer maintenant. 

Le Rio Jagué coule dans la vallée entre le système de Famatina 
et le plateau oriental des Cordillères, et sort dans la région du 
Cerro Ronete, dont le sommet couvert de neige entretient son 
cours, sinon directement, au moins par la condensation des 
vapeurs de l'atmosphère. H reçoit de la même région un affluent, 
le Rio de Loro (Reise \l., p. 258)^-', qui se réunit avec lui dans la 
vallée, et les deux rivières constituent dès lors un cours d'eau 
important. Elles coulent au sud dans la vallée sous le nom de 
Rio Jagué, et près de la localité du même nom pénètrent dans le 
prolongement beaucoup plus large de la vallée entre la chaîne 
de Famatina qui se dirige à l'est et le prolongement du premier 
plateau des Cordillères. Ici le Rio Jagué traverse en se dirigeant 
au sud-est la montagne de l'est, le prolongement de l'Alto 
Machaco. Il rencontie, dans la large plaine mentionnée à côté de 



LE RIO BLANCO. 301 

la chaîne de Famatina, le Rio Vinchina, qui coule parallèlement 
au Rio Jagué et se forme au centre du système de Famatina près 
de l'Alto de Machaco par de petits ruisseaux analogues situés au 
sud, comme le Rio de la Troya qui en descend à l'est. Le Rio 
Jagué, étant le plus considérable, donne son nom aux deux 
rivières réunies, mais coule plus loin au sud dans la direction du 
Rio Vinchina. l\ reçoit sous 29" 35' un affluent de l'ouest, le 
Rio Guandacol, qui sort d'une gorge à l'extrémité de la montagne. 
A partir de là, le Rio Jagué continue son cours unique au sud 
et prend bientôt le nom de Rio Vermejo, dénomination avec 
laquelle il descend jusqu'à 31° lat. S., et se réunit alors avec le 
Rio J^achal, qui est le prolongement du Rio Blanco. 

Le Rio Blanco sort de plusieurs ruisseaux qui naissent encore 
plus haut que le Rio Jagué sur le plateau des Cordillères. Le plus 
au nord est le Rio Salado (Reise IL, p. 269), dont la source est 
placée dans le voisinage de volcan de Gopiapô, où elle sort de 
prairies dans une dépression au pied du piton rouvert de neige. 
Un autre ruisseau })lus à l'est prend le nom d'Arroyo Blanco, et 
un troisième, un peu plus important, celui de Rio Blanco. Ils se 
réunissent de bonne heure, à la sortie de la Barranca Bianca 
(Reise IL, p. 268), et le Rio Blanco ainsi formé, assez riche en 
eau, reçoit plus tard le Rio Salado en se transformant en une 
rivière considérable. Il coule ensuite au sud dans la vallée entre 
les deux plateaux des Cordillères, reçoit sur ce parcours plusieurs 
petits tributaires qui naissent de la chaîne occidentale des Cordil- 
lères, tels que le Rio Come Caballo, le Rio Carnerito, le Rio del 
Pasto Largo, etc., et arrive ainsi jusqu'à 29' 30' lat. S. Ici la 
rivière se tourne à l'est, vers la Sien-a de Jachal qui coui't pa- 
rallèlement à elle, et la traverse sous 30" lat. S. près de la 
locahté de même nom. A partir de là elle prend le nom de Rio 
de Jachal et coule ([uelque temps entre les deux chaînes de 
montagnes, résultat du dédoublement de la Cordillère latérale, 
puis elle sort à l'est près du village de Mogna, dont elle arrose 
les terres. Au-dessous de cet établissement, elle se détourne de 
plus en plus à l'est et se rapproche du Rio Jagué, que l'on ap 



302 LE RIO DE SAN JÜAN. 

pelle déjà en cet endroit Rio Vermejo, et qui roule peu d'eau. Le 
Rio Jachal lui-même s'est beaucoup appauvri. Les deux rivières 
se rencontrent près de 31° lat. S., et coulent quelque temps au 
sud-sud-est dans la plaine au nord du Pié de Palo avec un cours 
unique. Celui-ci devient peu à peu de plus en plu< faible, et tarit 
complètement dans le district sans eau, à peu près désert, entre la 
Sierra Huerta et le Pié de Palo. 

3. Le Rio de San-Juan. Tandis que les deux rivières précé- 
dentes, qui viennent du plateau des Cordillères, se dirigent d'abord 
au sud, le Rio San-Juan, ainsi que les suivants, est dirigé suitout 
de l'ouest à l'est et ne prend la direction du sud que plus lard, à 
l'extrémité de son cours, avec un lit unique. Cette rivière est une 
des plus riches en eau du système des Cordillères, et, par sa source, 
en opposition complète avec le Rio de Mendoza, avec lequel elle 
se réunit cependant pour ne plus former qu'un cours. Tous deux 
ont leur point d'origine près des sommels couverts de neige de la 
Cordillère principale. Le Rio San-Juan a deux sources : au nord 
le Rio de Castano, et au sud le Rio de los Patos. Celui-ci coule 
d'abord au nord, au pied de la chaîne principale des Cordillères 
occidentales, et sort par deux ruisseaux, l'Arroyo Blanco de l'ouest 
et l'Arroyo Atulia du sud, des pentes orientales de cette chaîne, 
dans les ravins étroits qui se rejoignent sous 30" 50' pour con- 
stituer le Rio Castano. Celui-ci se tourne à l'est en traversant le 
contrefort isolé à l'est de la chaîne principale des Cordillères, 
près de la Cordillera de las Lenas. Il pénètre alors dans la vallée, 
entre cette chaîne principale et le bord occidental de la Cordillère 
latérale, et vient se réunir avec le Rio de los Patos, au ])ied de cette 
montagne, dans le voisinage de l'ancien village indien do Calin- 
gasta. — Le Rio de los Patos sort aussi par deux sources près de 
PAconcagua. Celle du sud vient des flancs de ce sommet élevé; 
celle du nord du Ligua, presque aussi élevé, et porte le nom d'Ar- 
royo Yesero. Toutes deux viennent constituer le Rio de los Patos 
sous 3:2° 20'. Celui-ci se dirige d'abord à l'est, plus tard au 
nord-est, et rejoint le Rio de Castano à Calingasta. Avant cette réu- 
nion, le Rio de los Patos reçoit plusieurs affluents considérables 



LK RIO DE MENDOZA. 303 

de lu chaîne des Cordillères, tels que le liio de las Lenas, le Rio 
Aldeco et le Rio Colorado, qui sortent tous du Ligua. Le Rio de 
los Patos et le Rio de Castano réunis embrassent un groupe isolé 
du contrefort des Cordillères orientales, qui porte des sommets 
élevés jusque dans la région des neiges, comme le Cerro Espi- 
nacito, et s'avance un peu à l'est sous la forme d'un puissant massif 
montagneux. De cette montagne sortent le Rio de Calingasta et le 
Rio Ansillo qui se déversent, le dernier dans le Rio de los Patos, 
le premier dans le Rio Castano. La rivière prend alors le nom de 
Rio deSan-Juau, coule en ligne droite avec une légère incli- 
naison au sud, à travers la Cordillère latérale, et en sépare le 
groupe riche en minerais qui, sous le nom de Sierra de Toutal et 
de Uspallata, s'étend jusqu'au sud de Mendoza, où elle a son centre 
dans le Paramillo. Le Cerro de Villicun un peu plus au sud, qui 
forme pour ainsi dire l'extrémité de la Cordillère latérale de l'est, 
oblige la rivière à faire un coude en S, au delà duquel elle se di- 
vise en bras parallèles qui se détournent bientôt au sud, et s'élar- 
gissent en vme grande cienega près de laquelle elle ne conserve 
plus qu'un petit cours à l'est. Elle arrive ainsi dans la dépression 
de la lagune Guanacache qui reçoit son eau. 

4. Le Rio de Mendoza ressemble beaucoup au précédent, mais 
est un peu plus court et un peu plus riche en eau. Il se forme par 
deux branches dans la vallée, entre les deux chaînes principales des 
Cordillères. La branche nord vient de l'Aconcagua par deux ruis- 
seaux, le Rio de las CuevasetleRioIIorcones; la branche sud sort du 
Tupungato et porte le nom de Rio de Tupungato. Plusieurs petits 
ruisseaux, qui coulent de l'ouest à l'est dans un sillon transversal 
des Cordillères, augmentent un peu son débit, jusqu'à ce qu'il 
sorte de la gorge des Cordillères nommée El Cajon, et entre dans 
la plaine d'Uspallata qui est le prolongement de celle plus au 
nord où le Rio Castano et le Rio de los Patos forment le Rio San- 
Juan. Ici il reçoit du nord l'Aiioyo de Uspallata, et se détourne; 
au sud par un arc peu étendu en suivant le prolongement devenu 
très-étroit de la vallée, jusqu'à ce qu'elle s'ouvre dans la plaine 
des Pampas, à l'extrémité de la Sierra de Uspallata. Arrivé en cet 



30i LE RIO DE TUNUYAN. 

endroit, le Rio de Mcndoza s'infléchit au nord-est, coule pendant 
plusieurs milles avec la même direction dans la plaine, près de la 
sierra, et rencontre la lagune de Guanacache dans laquelle il se 
perd après s'être également divisé en plusieurs bras parallèles 
entre des cienegas. 

Cette lagune est un grand réservoir d'eau entouré de larges 
marais couverts de joncs. Elle commence ici au pied de la mon- 
tagne, à une distance de 5 à 6 milles géographiques, sous le oS" 
de lat. S., et se continue à l'est sur une longueur de 10 milles en 
devenant peu à peu plus étroite. Alors elle rencontre les hauteurs 
que nous avons décrites comme chaînes annexes de la Sierra de 
San-Luis, et se ramasse de nouveau en un courant unique. Cette 
rivière, assez importante et profonde, connue sous le nom de 
Desaguadero, coule avec des eaux bourbeuses à côté des hauteurs 
au sud, et aboutit dans une autre dépression où se trouve la 
grande lagune de Bevedero. Cette lagune estje réservoir où vien- 
nent se rendre toutes les petites rivières qui descendent des Cor- 
dillères entre le 30' et le 35' de lat. S. Nous en parlerons de 
nouveau à la fin de ce chapitre. 

5. Le Rio Tunuyan est plus simple que les deux précédents. 
11 reçoit son eau de l'extrémité de la vallée située entre les deux 
chaînes principales des Cordillères, au sud du Tupungato, dont 
le sommet couvert de neige alimente ses principales sources, et 
des pentes orientales de la Cordillère orientale qui porte en cet 
endroit plusieurs hauts sommets neigeux. Le Rio Claro, situé le 
plus au nord, est aussi le plus important de ses tributaires. Il 
doit tirer ses eaux des sommets neigeux. Les autres ruisseaux 
plus au sud prennent les noms des localités qu'ils traversent. La 
source principale qui descend du Tupungato passe à Totoral et, 
par une branche qui va se relier au ruisseau voisin situé au 
nord, il forme une île, La Isla, célèbre par sa fertilité. La route 
de la passe de Portillo suit le cours de ce ruisseau. La source la 
plus méridionale emprunte son nom au fort de San-Carlos. Elle 
sort des pentes voisines du Maypù, et se prolonge avec d'autres 
petits ruisseaux plus loin au sud, jusque près du volcan, dont 



LE RIO PRIMERO. .289 

cailloux, et après de grandes pluies enlraînent même de gros blocs. 
Ils se réunissent à la iin en courants simples qui serpentent len- 
tement dans la plaine, dans un lit de sable argileux sans galets, 
et à l'exception du troisième s'y terminent en se perdant dans des 
bas-l'onds marécageux. Tous ont leur cours dirigé à l'est, un peu 
infléchi au sud-est, vers le Rio Paranâ, que tous iraient rt^joindre 
comme le troisième s'ils étaient plus riches en eau qu'ils ne le sont. 
En temps ordinaire ces petites rivières n'ont pas plus de 4 pieds 
d'eau, mais après les pluies abondantes et subites qui tombent 
dans leur bassin elles se gonflent si fortement, qu'elles atteignent 
un niveau huit fois plus élevé. Elles deviennent alors si impé- 
tueuses, qu'elles enlraînent tout ce qui fait obstacle à leur cou- 
rant. C'est pour cela qu'on n'avait pas encore établi de ponts sur 
les gués qui servaient de passage aux principales voies de-com- 
munication du pays. On traversait le Rio Tercero sur un radeau 
construit avec des barils à vin, et on passait les autres dans l'eau. 
Je les ai franchies toutes cinq de cette façon lors de mon voyage 
en 4857-1859. Aujourd'hui, presque toutes ont des ponts solide- 
ment construits qui servent au passage du chemin de fer central. 
Ces rivières n'ont pas de crues annuelles régulières ; elles sont 
cependant plus abondantes en eau au printemps et au commen- 
cement de l'été que dans les autres saisons de l'année, etleur étiage 
le plus bas a lieu en automne et en hiver. 

Nous allons passer en revue ces cinq petites rivières les unes 
après les autres, en suivant le numéro d'ordre qui leur sert de nom. 

1. Le Rio Primero est le plus au nord. 11 naît dans la Punilla, 
à l'extrémité nord de la vallée longue située entre la Sierra del 
Campo et la Sierra Grande ou de Achala, par deux branches, le 
Rio San-Antonio qui vient du nord, et le Rio San-Roque, du 
sud. Ces deux cours d'eau se rejoignent au-dessous du village du 
même nom et y passent à travers la montagne orientale. Le Rio 
Antonio commence assez loin au nord, environ sous 30" -45' à 50', 
à l'état de petit ruisseau. Je l'ai franchi sans peine à Quimbelates, 
un des établissements les plus au nord dans celte vallée. 11 court 
droit au sud, touche le village de Ghacras, ou il forme une jolie 

REP. ARC. — I. 19 



322 DIVISIONS POLITIQUES DE LA RÉPUBLIQUE. 

règlent leur emploi et le budget du pays ou de la province. A la 
tête de chaque province est un gouverneur, et à la tête de la na- 
tion un président. L'un et l'autre sont élus au suffrage universel 
de tous les habitants électeurs, et sont responsables devant le pays 
conformément aux articles de la constitution. Le président a le 
commandement de l'armée permanente que le pays entretient; 
les gouverneurs, des gardes nationales que chaque province or- 
ganise. 

Nous n'entrerons pas plus à fond dans les détails de la consti- 
tution et de l'administration, qui n'appartiennent plus à une des- 
cription physique du pays. Ce qui précède a été donné seulement 
pour faciliter l'intelligence de ce qui suivra. Remarquons encore 
que le caractère de toutes les institutions du pays est complètement 
démocratique et qu'il n'existe dans le pays aucune autre aristo- 
cratie que celle de l'argent et de la richesse foncière. 

Les quatorze provinces envisagées d'après leurs caractères na- 
turels, seul point de vue auquel nous ayons à nous placer, se di- 
visent en quatre groupes, comme suit : 

4" Les trois provinces septentrionales de Jujuy, Salta et Tucu- 
man. Ce sont les plus riches en produits naturels et les plus ac- 
cidentées. Elles ont un climat très-chaud, mais pas extrêmement 
sec, possèdent de hautes montagnes et de belles et vastes plaines 
avec une splendide végétation, sont propres à la grande culture 
des plantes subtropicales, contiennent des cours d'eau riches en 
eau quand ils ne sont pas navigables, et donnent en produits natu- 
rels tout ce dont l'homme a besoin non-seulement pour assurer 
sans peine son existence, mais encore pour la rendre agréable et 
douce. La vigne elle-même est cultivée avec de bons résultats 
dans les vallées à l'ouest de Salta. 

2^. Les quatre provinces occidentales de la région des Cordil- 
lères, par la stérilité prédominante de leur sol, la rareté des 
pluies et le vent chaud et souvent violent du nord, forment une 
contrée moins favorisée. Elles ne sont pas propres à l'agricul- 
ture, car toutes les cultures n'y sont possibles qu'à l'aide d'irriga- 
tions artificielles; Elles produisent plus Ce fruits que de grains, 



LES QUATIΠGROUPES DE PROVINCES. 3-23 

donnenl d'assez bons résultats avec la vigne, fournissent à la 
boucherie de bons animaux engraissés sur les champs artificiels, 
et en font une grande exportation au Chili, enfin possèdent de 
riches mines de cuivre, d'argent et même d'or. Du nord au sud 
ce sont les provinces de Gatamarca, La Rioja, San-Juan et Men- 
doza. 

o. Les trois provinces centrales de San-Luis, Santiago del Es- 
tero et de Gordova, doivent être considérées comme les moins fa- 
vorisées par la nature; elles participent en effet de la stérilité de 
la région des Cordillères, sans être compensées par les au- 
tres avantages que possède cette région. Les Pampas stériles 
y prédominent et les pluies y sont rares, d'où l'agriculture n'y 
est possible le plus souvent que sur des champs arrosés artifi- 
ciellement. Cependant San-Luis et Gordova ont déjà au sud des 
prairies naturelles, des pampas fertiles, mais malheureusement 
exposées aux incursions des Indiens du Sud, comme Santiago à 
ceux du nord. Cette dernière province, la plus chaude de l'inté- 
rieur, est propre à la culture du coton. Gordova et San-Luis pos- 
sèdent de bonnes mines, et San-Luis des mines d'or qui promet- 
tent beaucoup. 

4. Les quatre provinces orientales comprenant la région des 
pampas fertiles, reçoivent des pluies abondantes bien qu'en quan- 
tité variable suivant les années, sont propres surtout à l'élève du 
bétail, moins à l'agriculture, parce que les champs sont de peu 
d'étendue et en général très-maigres, à l'exception des bons ter- 
rains à froment que l'on trouve surtout dans les dépressions. Ce- 
pendant le maïs restera dans tout le pays la culture la plus im- 
portante; en sa qualité de plante indigène il croît beaucoup 
mieux ici que les espèces de grains introduites de l'hémisphère 
oriental. La vigne ne réussit pas; en général tous les fruits comes- 
tibles viennent mieux dans l'ouest que dans l'est; les pommes de 
Gordova sont célèbres, les oranges de Santiago del Estero non 
moins. La province de Buenos-Ayres est le véritable pays du 
mouton; le bétail et les chevaux réussissent bien aussi dans les 
autres provinces. 



324 LES QUATRE PROVINCES ORIENTALES. 

Ces quatre provinces se divisent de nouveau en deux groupes 
d'après la nature de leur sol : 

I. Les provinces montueuses et boisées de Gorrientes et d'En- 
trerios qui constituent la Mésopotamie argentine. 

II. Les provinces des pampas de Santa-Fé et Buenos -Ay res, 
sans région montueuse et en grande partie aussi sans bois, avec 
un tapis de verdure naturel propre à faire des pacages. 

En faisant connaître les principales sources de production de 
chacune de ces quatre grandes divisions naturelles du territoire 
argentin, nous avons déjà dépassé les bornes de notre sujet qui 
doit se restreindre à une description physique. Nous a\ons ce- 
pendant pensé que ces quelques indications seraient utiles. Dans 
les détails nous devons exclure de notre exposition le point de 
vue économique; nous le laissons aux écrivains qui s'occupent 
d'études statistiques sur le pays, et nous renvoyons aux rensei- 
gnements consignés avec zèle et sagacité parM. Martin de Moussy 
dans sa Description géographique et statistique de la confédé- 
ration Argentine. Paris, 1860-18G3, 3 vol. in-8. Nous évite- 
rons à dessein de nous rencontrer avec cet ouvrage, dont le 
but est tout différent et qui a beaucoup de valeur dans son genre. 

Dans les paragraphes qui suivent sur chaque province nous 
nous occuperons uniquement de leurs limites, de leur population 
et de la position précise de leur capitale. Nous énumérerons en- 
suite les principales locaUtés en y ajoutant quelques renseigne- 
ments remarquables ; mais nous n'entrerons pas dans des des- 
criptions détaillées, et renverrons le lecteur à la description 
générale du pays, que nous venons de donner. 

Les chiffres de la population sont empruntés au recensement 
que le gouvernement central a fait exécuter en 1869 et sur lequel 
on a imprimé un rapport circonstancié. Nos notices seront em- 
pruntées à ce rapport, et nous renvoyons à l'ouvrage original pour 
plus de détails '^ 



PKOVINCE DE BUENOS-AYRES, 325 

i. Buenos- Ayres. 

Les limites de cette province sont fixées par la nature au nord 
et à Test : au nord le Rio Paranâ depuis l'embouchure de l'Ar- 
royo del Medio et le golfe de la Plata qui fait suite au Parana ; à 
l'est la côte de l'océan Atlantique. A l'ouest la limite est d'abord 
bien définie par l'Arroyo del Medio qui, jusqu'à son embouchure, 
constitue la vraie limite septentrionale, en laissant au delà, jus- 
qu'à la lagune Larga, une contrée ouverte dans laquelle se trou- 
vent les sources du Rio Rojas. Cette région appartient encore à 
Buenos-Ayres, et au delà commence la province de Santa-Fé. A 
partir de là on tire une ligne au sud-ouest jusqu'à la lagune 
Ghanar, en coupant les sources du Rio Salado et qui se dirige au- 
dessous jusqu'au 64' ouest de Paris (61° 40' de Greenwich) que 
l'on adopte ensuite pour limite de la province jusqu'à l'océan At- 
lantique. Le pays situé à l'ouest de cette ligne est attribué à la 
Patagonie; cependant la province de Buenos-Ayres revendique 
encore les environs de la Bahia Bianca jusqu'à SO** 25' lat. S. 
Le reste de la Patagonie relève du gouvernement national, qui le 
gouverne et l'administre comme territoire bornant la répu- 
blique. 

La province entière est formée par une plaine uniforme revêtue 
du tapis de verdure des pampas fertiles, et interrompue en deux 
endroits par les petites collines que nous avons décrites dans le 
chapitre X. Elle est arrosée par les nombreux ruisseaux et petites 
rivières qui ont étéénumérés dans le chapitre XV, et par d'innom- 
brables lagunes. Les forêts manquent, et on n'y trouve que des 
halliers situés près des embouchures des rivières el dont l'arbre 
le plus grand est un beau saule (Salix Humboldtiana Willd.) Le 
recensement porte le chiffre de la population de la province à 
/i9r)107 âmes, parmi lesquelles 27487.1 du sexe masculin et 
220234du sexe féminin. Sur ce chiffre 151 241 sont des étrangers, 
dont 108954 hommes et 42 287 femmes. 

La capitale est la ville du même nom, la plus grande cité de la 
république et la place la plus peuplée de l'Amérique du Sud après 



3i2G POSITIOÎN GEOGRAPHIQUE DE BUENOS- A YKES. 

Rio de Janeiro. Elle a été fondée en 4535 par D. Pedro de Men- 
doza (p. 20) ; elle fut abandonnée ensuite et fondée une seconde 
fois en 4580 par De Garay (p. 442). Il choisit un emplacement 
élevé de 40 à 50 pieds au-dessus du niveau du' fleuve, entre deux 
petits ruisseaux qui inondent encore aujourd'hui les rues voisines 
après de violentes pluies. Sa position géographique est fixée assez 
exactement sur les anciennes cartes par 40" 45' ouest de l'île de 
Fer (60« 45' de Paris ou 58° 25' deGreenwich) et 34" 37' de lat. S. 
Après de nombreuses observations il semble qu'on doive la 
placer plus exactement sous 60" 44' 25" ouest de Paris (58" 
24' 25" de Greenwich) et 34" 36' 35" lat. S. ''. 

Personne n'attendra de nous que nous donnions ici une des- 
cription complète de la ville de Buenos-Ayres. J'ajouterai seule- 
ment que comme toutes les villes fondées par les Espagnols dans 
l'Amérique du Sud, elle a été divisée en carrés réguliers de 
400 pieds de côté et qu'elle a des rues rectilignes de 32 pieds seu- 
lement de largeur, dont un trottoir dalé en pierres enlève encore 
5 pieds sur chaque côté. Elle est divisée en 44 paroisses, a 
20 églises, parmi lesquelles 3 protestantes, 3 couvents de 
moines et deux de religieuses. D'après le recensement de 
4869 sa population est de 477 787 habitants, dont 98 000 hom- 
mes et presque 80 000 femmes. Sur ce chiffre d'habitants, 84 000 
sont étrangers, presque tous originaires d'Europe, dont plus de 
la moitié, presque 42 000, Itahens. Les plus nombreux ensuite 
sont les Espagnols et les Français, chacune de ces nationalités 
ayant un chiffre de 43 000 individus, dépassé cependant de 600 
parles Espagnols. Les Allemands et les Anglais sont en nombre 
beaucoup plus faible, 3000 des premiers et 2500 des seconds ; les 
Suisses sont à peu près au nombre de 4400, les Américains du 
Nord de 600 seulement. Mais le nombre des Américains du Sud 
nés hors de Buenos-Ayres est assez grand; parmi eux on en 
compte 6000 des pays orientaux et 700 seulement du Brésil. Le 
nombre des Nègres est considérable; mais comme presque tous 
sont nés à Buenos-Ayres, ils sont comptés comme indigènes; ils 
appartiennent sans exception aux classes inférieures de la popu- 



ANCIENNES DESCRIPTIONS DE BUENOS-AYRES. 327 

lation. Buenos-Ayres possède un grand nombre d'écoles, dont 
une publique dans cbaque paroisse ; beaucoup de collèges privés 
pour les enfants de la haute société, un collège national, une uni- 
versité; mais elle ne fait que des docteurs en droit. Suivant le 
système allemand, l'enseignement secondaire s'y rattache sous le 
titre d'Estudios preparativos ; en outre une faculté de médecine, 
la seule du pays. L'enseignement de la théologie n'existe pas et 
les jeunes étudiants doivent aller au séminaire de Cordova pour 
l'apprendre ; d'ailleurs beaucoup d'ecclésiastiques sans cures sont 
étrangers. 

Nous avons une courte description de Buenos-Ayres en 1691 
par le jésuite Anton Sepp, dans laquelle on l'appelle une petite 
ville, car elle n'avait alors que deux rues en croix ; les maisons 
étaient construites en pisé, les toits couverts de paille et le tout 
si mal établi, que ces maisons duraient à peine sept années et s'é- 
croulaient ensuite. La ville possédait alors quatre couvents, dont 
les bâtiments et les églises n'étaient pas mieux construits. Les jé- 
suites, arrivés peu de temps auparavant, commencèrent à cuire 
de la brique et à bâtir avec de la chaux , matériaux de construc- 
tion inconnus jusque-là à Buenos-Ayres, car les tuiles pour la toi- 
ture de la nouvelle habitation du gouverneur furent apportées 
d'Espagne. L'habitation du gouverneur n'était guère mieux que 
les autres maisons, quoiqu'elle fût entourée d'un petit rempart et 
d'un fossé. La garnison était de 900 hommes, mais on pouvait 
compter sur 30000 hommes d'origine indienne, les aïeux des Gau- 
chos, montés à cheval et avec leur armement particulier. Après le 
gouverneur, le premier personnage était révêque,dont le revenu 
s'élevait à 3000 thalers (pesos espagnols), ce qui ne veut pas dire 
beaucoup, car tout était très-cher. Un couteau ordinaire se payait 
1 p. f., un chapeau 10àl2 p. f., une carabine 20 à 30 p. f., 
suivant la qualité, une vara de toile 2 p. f., ou à l'intérieur jus- 
qu'à 3 et'ip. f. Au contraire, tous les vivres étaient à vil prix : une 
vache ne coûtait pas deux réaux, un cheval le double ; les figues 
et les pèches étaient en superflu; on les donnait pour rien, car 
tout le monde en avait assez. 



328 PROVINCE DE SANTA-FÉ. 

Un siècle plus tard, Félix de Azara vint à Buenos-Ayres et nous 
décrit cette ville comme étant déjà un lieu considérable. Elle avait 
alors 4-0000 habitants, était bien bâtie dans le vieux style espagnol, 
et possédait la Gabildo et les cinq grandes églises voisines de la 
Plaza qui en font encore aujourd'hui l'ornement; le portail grec 
de la cathédrale n'existait pas encore. Nous supposons cette des- 
cription connue, et comme ce livre se trouve dans toutes les 
mains, nous ne la répéterons pas. Beaucoup de ce qu'il dit sur le 
mode d'existence de la ville à cette époque s'applique encore à 
l'état actuel, et prouve l'exactitude de ses observations et la téna- 
cité avec laquelle les habitudes nationales persistent une fois ac- 
quises et transmises. 

En outre de la capitale, la province de Buenos-Ayres a encore 
un nombre assez grand de petites villes qui forment le centre des 
districts dans lesquels on la divise. Le recensement indique le 
chiffre de la population de chacun de ces districts, mais sans dé- 
tailler celui des villes, ce qui ne nous permet pas de connaître le 
nombre de leurs habitants. Parmi les plus importantes citons 
Lujan, Mercedes, Ghivilcoy, Ghascomus, San-Nicolas, Pergamino, 
Lobos, Dolores et Azul qui ont de 8 à 10000 habitants dans le 
district et 2 à 3000 dans la ville ; les autres districts ont de 5 à 
6000 habitants et les villes 1000 à 1200. La contrée la mieux peu- 
plée est celle de Lujan; elle est la plus proche de Buenos-Ayres 
et la plus ancienne ville de la province. Elle a été construite sur 
l'emplacement où on retrouva le cadavre du cavalier du même 
nom tué dans le premier combat contre les Indiens et à côté de 
lui son fidèle cheval encore envie (voy.note 33, p. 124). 



2° Santa-Fé. 

La province de Santa-Fé forme une zone de terre étroite en- 
tièrement plate sur la rive occidentale du Paranâ, longue d'environ 
70 milles géographiques et large de 15 à 20. Elle s'étend" de l'Ar- 
royo del Rey au nord sous 29** lat. S., jusqu'à l'Arroyo del 



PROVINCE D'ENTHERIOS. 329 

Medio au sud, et à Touest elle est limitée par TArroyo de las Tor- 
tugas avec son prolongement idéal au nord et au sud. On estime sa 
surface à 3050 lieues carrées. Elle est bornée au nord par le Gran 
Ghaco, cette contrée non encore civilisée ; à l'ouest par la pro- 
vince de Cordova, au sud par celle de Buenos-Ayres. Son carac- 
tère physique est le même que celui de cette dernière, du moins 
dans sa moitié méridionale, c'est-à-dire qu'elle est formée de 
pampas fertiles, sans aucun mouvement de terrain, ni forêts ; 
mais au nord elle devient stérile et prend peu à peu le caractère 
de forêt du Gran Chaco. Ce côté n'est pas encore peuplé, parce 
qu'il est exposé aux attaques des Indiens. 

D'après le recensement de 1869 le chiffre de la population s'é- 
lève à 89 117 âmes, dont 49 375 hommes et 39 742 femmes. Son 
centre principal, la ville de Rosario, est situé sur le Rio Paranâ, 
presqu'à l'extrémité de la province, et a un peu plus de 23000 ha- 
bitants. Ce chiffre considérable, le plus élevé après celui de Buenos- 
Ayres et de Cordova, fait de Rosario la troisième ville de la répu- 
blique, et sa position heureuse à la tête du chemin de fer central 
lui assure un brillant avenir. — La capitale, Santa-Fé, est sous 
60" 40' ouest de Greenwich et 31» 39' lat. S.; elle n'a que 
10670 habitants, qui se divisent en 5381 hommes et 5289 femmes; 
toutes les autres localités de la province sont des villages avec 
moins de 2000 habitants. On a fondé plusieurs colonies suisses et 
allemandes, comme Esperanza, San-Geronymo et San-Carlos, qui 
font de l'agriculture et réalisent des gains considérables dans les 
bonnes années. 5500 Européens vivent dans ces colonies, parmi 
lesquels 2200 Suisses, 1700 Français et 1100 Allemands. En de- 
hors des colonies, il y a encore dans la province 4300 Italiens 
et 1 600 Espagnols en grande partie Basques et Galiciens {Gallegos) . 

3® Entrer ios. 

Cette province comprend la moitié méridionale du territoire 
décrit plus haut sous le nom de Mésopotamie argentine, et se trouve 
ainsi déjà suffisamment connue au point de vue physique. Ses 



330 PROVINCE DE CORRIENTES. 

limites sont au nord, les ruisseaux de Guaiquirarô et de Mocoretâ, 
à l'ouest l'Uruguay, à l'est et au sud le Paranâ. Le recensement 
porte sa population à 132271 âmes, dont 71531 hommes et 62740 
femmes. Sa ville la plus ancienne, Paranâ", date seulement de 
Tannée 1730 ; elle est à 7' 35" à l'est de Santa-Fé et à peu près 5' 
plus au sud (*). Elle a été longtemps, de 1852 à 1862, la capitale 
de la république, bien qu'elle n'ait pas encore 10 000 habitants. 
La capitale de la province est la ville encore plus jeune de Con- 
ception del Uruguay, fondée en 1778 et dont le nombre des habi- 
tants s'élève à 6513. Après ces deux villes vient Gualeguay chu avec 
presque 12 000 habitants, centre le plus important, le plus peuplé, 
le plus industrieux, et très-commerçant. Il ne sert pas de siège 
au gouvernement parce qu'il est situé tout à fait à l'extrémité mé- 
ridionale de la province. Il existe encore quelques autres petites 
villes de 4 à 5000 habitants, telles que Concordia au nord-est, 
Gualeguay, Nogoya et Victoria au sud-ouest, et La Paz au nord- 
ouest. 

La province est très-agricole, mais produit surtout du bétail, 
dont les peaux sont très-recherchées, et des chevaux dont on uti- 
lise la peau et la graisse dans les saladeros. L'industrie des mou- 
tons n'a pris d'essor qu'au sud où existent dévastes pâturages. On 
a établi aussi une fabrique importante d'extrait de viande. La pro- 
vince fournit encore presque toute la chaux employée à Buenos- 
Ayres; on l'extrait à Paranâ et Diamante des dépôts coquillers de 
l'époque tertiaire. 



A. Corrientes. 

La partie septentrionale de la Mésopotamie argentine est oc- 
cupée par cette province. Au nord-est elle confine aux Missions 

(*) Ces différences donnent pour Paranâ 60° 32' 25" et 34° 45' lat. S. 



PROVINCE DE CORDOVA. 331 

des jésuites, dont elle est séparée par le Rio Agapay et son pro- 
longement idéal jusqu'aux Rio Paranâ; les Missions exclues, elle 
a les contours et les limites naturelles tracés par les fleuves. 

Le dernier recensement porte la population de la province à 
1-29 O^S Ames, dont 6.S 103 hommes et 65 920 femmes. En dehors 
de la capitale peuplée de 11 218 habitants, elle n'a plus que de 
petites villes insignifiantes, dont aucune n'atteint un chiff're de 
population au-dessus de 5000 âmes. Les plus grandes se trouvent 
dans le sud, où les plus importantes sont Esquina à l'ouest et 
"Älonte Caseros à Test. A l'intérieur le centre le plus populeux est 
Mercedes. 

La province produit dans le sud des céréales, au nord surtout 
des fruits et plus spécialement des oranges : l'élève du bétail y 
prend cependant une grande place. A Mercedes et Saladas on 
cultive déjà la canne à sucre, culture plus étendue au nord, et le 
tabac forme la culture la plus importante. Les Indiens du Gran 
Chaco viennent souvent à Corrîentes pour y vendre des peaux 
d'animaux sauvages qui constituent déjà un article de commerce. 
On tire encore des districts septentrionaux des bois de construc- 
tion et le thé du Paraguay des Missions, bien qu'il soit inférieur 
au véritable du Paraguay. 



5 Cordova. 



Cette province est la plus peuplée et la plus vaste de la répu- 
blique après Buenos-Ayres, avec 210 508 habitants dont 100 525 
appartiennent au sexe masculin et 109 983 au sexe féminin. Elle 
occupe le centre de la confédération, et est, par conséquent, la 
mieux placée pour en posséder un jour la capitale, qui n'est pas 
encore définitivement fixée. Elle se trouve aussi au point central 
des principales voies de chemins de fer du pays. 

Ses limites sont à l'est les provinces de Santa-Fé et de Buenos- 
Ayres; nous avons déjà fait connaître ses lignes de démarcation. 



332 SON IMPORTANCE COMMERCIALE, 

Au nord elle est bornée par Santiago del Estero et Gatamarca ; la 
ligne de séparation passe ici par la grande steppe salée et ren- 
contre le Rio Dulce au-dessus de son embouchure et le côtoie 
jusqu'à la lagune Porongos ; à l'ouest elle est limitée par les pro- 
vinces de Gatamarca, la Rioja et San-Luis ; la ligne de frontières 
passe entre la Sierra deGordova et San-Luis jusqu'au Rio Quinto 
au sud et la saline centrale au nord. Au sud il n'existe pas de 
limite définie; la province s'étend jusque dans les steppes pata- 
gonnes, mais ne possède plus aucun établissement au sud du Rio 
Quinto. Les plaines en culture finissent déjà au Rio Guarto et 
deviennent très-rares au sud de cette rivière. 

La province de Gordova est une des plus variées dans sa phy- 
sionomie naturelle, sans être la plus riche. Elle a des pampas 
fertiles avec de bons pacages au sud et à l'est, des plaines stériles 
au nord et à l'ouest, des forêts dans le voisinage et dans les ravins 
de la chaîne centrale, dont les trois arêtes parallèles entièrement 
séparées alternent avec des vallées en partie revêtues de belles 
forêts de palmiers, des mines dans la montagne également riche 
en calcaire et en marbre remarquable par sa blancheur et la fi- 
nesse de son grain. La culture des céréales et l'élevage du bétail 
sont florissants surtout dans les districts les plus frais entre les 
deux principales chaînes de la sierra où le blé vient bien. Les 
arbres fruitiers y réussissent très-bien aussi, et les pommes de 
Gordova sont renommées dans tout le pays. La province est très- 
peuplée et son peuplement date des premiers temps après la 
conquête ; les Espagnols qui vinrent s'y établir ouvrirent un com- 
merce actif de bétail avec le haut Pérou, la Bolivie actuelle, et y 
conduisirent surtout des mules en grand nombre, ce qui attira 
beaucoup de colons. On dit que la belle cathédrale de la ville a 
été construite avec les riches revenus de ce commerce , qui a 
diminué dans les temps modernes. La province est demeurée sta- 
tionnaire sous l'influence de ses nombreux établissements reli- 
gieux, qui ont étouffé tout zèle, toute activité industrielle et com- 
merciale. De nos jours seulement elle commence à se réveiller de 
cet assoupissement d'une vie purement contemplative. 



JNSTITÜTS SCIENTIFIQUES DE CORDOVA. 333 

La ville de Gordova est située dans une cuvette sur la rive 
méridionale du Rio Primero, sous 66°30'10" ouest de Paris 
(64°10'!20" ouestde Greenwich)et Si°M lat. S. Son ancienne po- 
sition sous 45"23'14" ouest de l'île de Fer {6^'^S'iA" ouest de 
Paris) et SVîlC)' lat. S. était trop à l'est et au sud et sans exacti- 
tude. La détermination actuelle se fonde sur des observations 
faites à l'occasion des études du chemin de fer et semble être 
exacte. — D'après le recensement elle a ^8 523 habitants, possède 
six couvents, deux de religieuses et quatre de moines, parmi les- 
quels se trouve le grand collège des jésuites, dont l'ancien local, 
à l'exception de l'église et du presbytère, est occupé aujourd'hui 
par l'université de San-Garloset le collège national de Montserrat. 
Gordova est le siège d'un èvêché, possède un clergé nombreux, 
a, en outre de la cathédrale et de six églises claustrales, plusieurs 
autres chapelles, un grand hôpital et un refuge d'orphelins. L'u- 
niversité, fondée en 46:22, possède seulement une faculté de droit 
avec quatre professeurs et une faculté des lettres avec trois pro- 
fesseurs. A côté et indépendamment d'elle existe l'Académie des 
sciences exactes avec six professeurs et les instituts scientifiques 
nécessaires bien dotés. L'Académie publie un Boletin en cahiers 
trimestriels et des Acta sans terme fixe qui constatent l'activité 
des membres". Le personnel de l'université n'y a aucune part. 
Gordova possède encore un troisième institut scientifique supé- 
rieur, l'observatoire astronomique national, qui commence à 
bien marcher sous la direction du docteur B. A. Gould. A cet 
observatoire se rattache l'institut météorologique centre de douze 
stations réparties dans la république. Gordova tend donc de plus 
en plus vers sa destination de devenir le centre intellectuel de la 
république Argentine, et son nom ne tardera pas à briller à côté 
des autres écoles de haute culture intellectuelle qui se sont fon- 
dées dans l'Amérique du Sud. Tel fut le but du fondateur de l'u- 
niversité qui jusqu'ici est malheureusement demeurée inconnue 
parmi ses sœurs. 

En dehors de sa capitale, la province de Gordova n'a aucun 
autre centre important. Tous les autres chef-lieux de districts 



334 PROVINCE DE SANTIAGO DEL ESTERO. 

sont insignifiants et leur population le plus souvent ne dépasse 
pas 5000 âmes. La localité la plus peuplée après Gordova est 
Rio Guarto avec 5414- habitants; les autres ont au-dessous de 
3000 âmes, comme Yilla Nueva et Villa Maria, qui pourront pro- 
bablement devenir bientôt plus importantes comme points de 
jonction de l'embranchement du chemin de fer de Rio Guarto 
avec la voie principale. Les contrées du nord, où Ghanar est la 
principale localité, sont très-peu peuplées. Elles sont habitées 
en grande partie par des descendants des Indiens. 

Les mines donnent soit du cuivre, soit de l'argent mêlé avec 
de la galène, et sont exploitées dans les districts nord-ouest de 
la Sierra Achala à Gruz del Eje, et dans la Sierra Serrezuela à 
Pocho et Minas. 



6. Santiago del Estera. 



Gette province est une des plus grandes de la république et 
si on lui attribue encore le Gran Ghaco, comme elle le reven- 
dique, elle se trouvera la plus vaste de toutes. Mais la partie en 
culture de ce territoire, que le recensement un peu exagéré es- 
time à 10 000 lieues carrées, est seulement de 3000 lieues car- 
rées, et reste pour la densité de la population en arrière de plu- 
sieurs des autres provinces. La population totale, d'après le 
recensement, s'élève à 132 898 âmes, dont 66 017 hommes et 
66 881 femmes. Si on la calcule d'après l'aire, on trouve 75 indi- 
vidus par lieue carrée, tandis que Buenos- Aires en a deux cin- 
quièmes de plus, c'est-à-dire 125, etTucuman, province dont la 
population est la plus dense, arrive au chiffre presque double de 
1 45 individus. Mais dans ses districts peuplés, Santiago ne compte 
guère moins de têtes par lieue carrée que la plupart des autres 
provinces. G'est par l'adjonction de tout le Gran Ghaco qu'elle 
devient la province la moins peuplée et en même temps celle où 
les Indiens sont en plus gl'and nombre; des villages entiers situés 



NATURE DU SOL DE CETTE PROVINCE. 335 

jusque dans les parties cultivées se servent du guarani comme de 
leur langue maternelle. 

Quant aux limites de la province de Santiago, elles sont indé- 
terminées à l'est, où elle confine au Gran Ghaco ; au sud elle est 
bornée par Gordova, par la ligne de séparation indiquée plus 
haut ; au nord elle a pour voisines Tucuman et Salta, et la limite 
passe du Rio Dulce à Tembouchure du Rio Hondo jusqu'au Rio 
Salado près de l'Estanzia Mojon, en se prolongeant sans détermi- 
nation sûre au delà, dans le Gran Ghaco. La position de Mojon 
est fixée à &A0' lat. S. et 6>80' ouest de Greenwich (66°50' de 
Paris), mais elle manque de précision rigoureuse. A l'ouest, San- 
tiago confine à Gatamarca ; la limite longe la Sierra Ancasta du 
Rio Guacra jusque dans la Grande saline, mais laisse à la pro- 
vince de Gatamarca les établissements situés au pied de la sierra. 

La plus grande partie du sol de la province appartient à la 
pampa stérile, et la partie occidentale se classe dans les régions 
les plus misérables du pays. Des surfaces immenses sont occu- 
pées par le désert salé, impropre à toute espèce de culture. La 
colonisation commence seulement à partir du Rio Dulce à l'est, 
où on rencontre Atamisqui, la Ganada, Salavina, et quelques 
autres locaUtés voisines habitées par des descendants des Indiens. 
La région à l'est jusqu'au Rio Salado est la partie la mieux cul- 
tivée de la province, on y trouve des pacages ; mais déjà près du 
Salado commence le caractère forestier du Gran Ghaco, qui s'é- 
tend de là jusqu'au Rio Paranà et est habité ou parcouru seule- 
ment par des hordes d'Indiens. Dans le sud de la province, où 
elle confine à celle de Gordova, elle en prend aussi le caractère; 
c'est-à-dire que la pampa stérile y prédomine, avec forêt d'ar- 
brisseaux, sans surfaces un peu étendues propres à l'agriculture. 
J'ai visité cette région dans mon.voyag(;; à la station de Porte- 
zuelo {Reise II, p. 10:3) on touche le sol de Santiago del Estero, 
et on y reste jusqu'à Gramillo. Au delà de ce poste, à Ragual, le 
caractère beaucoup meilleur du district de Tucuman commence 
à se montrer. 

La province entière ibime une plaine continue sans montagnes; 



336 SES PRODUCTIONS. 

la seule exception est la petite sierra stérile de Guazayan, à l'ouest 
de la capitale. Elle est formée de roches métamorphiques et ne 
s'élève pas à plus de 330 mètres au-dessus de la plaine. Celle-ci 
est la partie la plus déprimée de la plaine argentine centrale, et se 
trouve en moyenne entre 140 et 180 mètres au-dessus du niveau 
de rOcéan en se relevant lentement à l'ouest au pied des monta- 
gnes voisines. La steppe salée en est le point le plus bas et se 
trouve à peine à 140 mètres au-dessus de l'Océan. La province a 
un climat très-chaud, et comme elle participe déjà à la pauvreté 
en pluies de tout le côté occidental, elle n'offre aucune chance de 
succès à l'agriculture sans irrigations artificielles. La région du 
Rio Hondo seule a des champs de blé. Le bétail, les chevaux et 
surtout les mulets sont les produits les plus fructueux et les plus 
recherchés. Les oranges de Santiago sont les meilleures du pays; 
àRoblesetHiguerasurleRioDulce, on cultive la canne à sucre, et 
on apporte de l'intérieur du Gran Çhaco sur le marché de San- 
tiago beaucoup de miel de la guêpe lecheguana (Chartergus). Les 
districts indiens fournissent les étoffes des vêtements ordinaires, 
et principalement des ponchos et des couvertures de laine que 
les femmes tissent avec habileté et savent, par des procédés sim- 
ples, orner avec des laines teintes. Cette industrie est très-an- 
cienne chez les femmes indiennes et s'est conservée jusque chez 
les générations actuelles. Avant la conquête elles employaient le 
coton. 

La capitale, Santiago, bien que la plus ancienne ville de l'inté- 
rieur (voy. p. 88) a été longtemps un centre très-insignifiant 
d'un aspect misérable. En 1869 elle n'avait que 7775 habitants et 
aucun édifice remarquable, car l'ancienne cathédrale était tombée 
en ruine; mais elle est reconstruite aujourd'hui. La seule curiosité 
est un couvent avec une haute tour. La ville, d'après la détermi- 
nation du lieutenant Page, est située sur le Rio Dulce par Qß° 42' 
15" ouest de Paris (64« 22' 15" ouest de Grenwich.) et 27« 
46' 20" lat. S., position assez conforme à celle admise an- 
térieurement. M. Moneta m'a donné au contraire 66« 39' 55" 
comme résultat de ses observations. — En dehors de cette ville il 



PROVINCE m SAN-LUIS. 337 

ri*cn existe aucune autre dans toute la province qui mérite d'être 
citée pour le chiffre de sa population, ou pour son industrie. 
Toutes sont de misérables localités avec des maisons en pisé et 
des toitures en chaume, et il est inutile d'en donner la liste. La 
rég^ion à l'est du Rio Dulce, de Salavina à Santiago, habitée par 
les descendants des Indiens, est la plus peuplée. 

7. San-Luis. 

Cette province est une des plus petites et des moins peuplées 
de la république, et à ce point de vue ressemble à La Rioja et à 
Jujuy, bien que ces deux dernières soient encore un peu infé- 
rieures par le nombre des habitants. Le rcncensement de 1869 
accuse seulement 58 294 âmes, dont 25189 hommes et 28105 
femmes. La capitale placée à une altitude de 758 mètres, par 66*" 
15' 40" de Greenwich (68o 35' 49" de Paris) et 33« 25' 45" lat. 
S., n'a que 3748 âmes, et cette faible population lui donne, après 
Jujuy, la dernière place parmi les capitales de province du pays. 
A côlé d'elle il n'existe aucune autre localité importante dans le 
territoire Puntanien, dénomination usuelle employée par les ha- 
bitants de San-Luis et empruntée à l'ancien nom de la ville, ap- 
pelée San-Luis de la Punta à l'époque où elle appartenait encore 
au gouvernement du Chili et en constituait la pointe orientale. 

A l'est, la province est bornée par celle de Cordova, dont nous 
avons déjà fait connaître la ligne de démarcation ; au nord par 
La Rioja dont la ligne de démarcation court sous 30<' 5' lat. S. ; 
au nord par Mendoza, dont le Rio Desaguadero forme la ligne 
de démarcation, et au sud elle se prolonge sans délimitation pré- 
cise dans les steppes de Patagonie, où elle englobe la région de 
la lagune Bevedero. Elle forme une large plaine, interrompue 
dans le nord par la sieira, coupée en diagonale dans le sud par 
le Rio Quinto. Elle offre peu de ressources agricoles, mais s'ap- 
proprie très-bien à l'élève des animaux. La moitié sud est en 
grande partie formée de pacages qui malheureusement sont en- 
core exposés aux attaques des Indiens. Les hordes qui habitent le 

RÉP. ARG. — I. 22 



338 PROVINCE DE MENDOZA. 

sud de cette province sont d'une nature très-sauvage et appaitien- 
nent à la grande famille des Araucaniens, dont ils possèdent en- 
tièrement le caractère. Ils portent le nom de Ranqueles et sont de 
la branche septentrionale des Puelches, rameau oriental des Arau- 
caniens. D'après Azara ils ont absorbé les débris des Querandis et 
habitaient par conséquent la province de Buenos- Aires '^ La 
principale richesse de la province est dans la sierra, qui 
contient des mines importantes connues depuis fort longtemps, 
mais exploitées avec méthode seulement depuis peu de temps ^\ 
La sierra où se trouvent ces mines est peu étendue, comme 
nous l'avons vu en la décrivant (pag. ^238), mais elle s'élève à une 
grande hauteur. Les sommets les plus importants, le Cerro Pan- 
cata, le Cerro Monipote et le Cerro Tomalasta, atteignent 1500, 
2000 et 2200 mètres. 

8. Mendoza. 

D'après le recensement de 1869, cette province a 65413 habi- 
tants, dont 32291 hommes et 33122 femmes. Elle forme une 
plaine qui s'incline doucement du pied des Cordillères latérales 
dans les pampas jusqu'au Desaguadero, sa limite orientale, en 
s'abaissant d'une élévation moyenne de 770 à 800 mètres à un 
minimum de 410 à 420 mètres au-dessus du niveau de la mei*. 
Au nord elle est bornée par San-Juan de façon à ce que le bassin 
du Rio San-Juan lui appartienne, et celui du Rio de Mendoza à 
cette dernière province. La démarcation est formée par une ligne 
imaginaire tirée de la source du Rio de los Patos jusqu'à la la- 
gune Guanacache. A l'ouest, elle confine au Chili, la crête princi- 
pale occidentale des Cordillères servant de frontière. Au sud elle 
se prolonge jusque dans les steppes patagonnes, mais ne possède 
plus aucun établissement au sud du Rio Diamante. Dans presque 
toute son étendue le sol de la province est de la pampa stérile ; 
mais comme les petits ruisseaux qui descendent des Cordillères 
et les rivières du Rio de Mendoza, du Rio Tunuyan, du Rio Dia- 
mante et du Rio Atuel, qui toutes coulent par un pays déclive^ 
facilitent les irrigations artificielles, il s'est créé près des deux 



SES PUODUGTIONS. 339 

premières noiiiiriées des terrains de culture étendus sur lesquels 
on récolte du blé, du maïs et de la luzerne. Après l'agriculture, 
TengTaissement du bétail est l'industrie la plus importante. Les 
quatre provinces des Cordillères envoyent chaque année 40 000 à 
50000 têtes de bétail au Chili, dont le prix moyen s'élève à 20 p. 
r. Mendoza en fournit un quart, San-Juan un tiers, les deux au- 
tres provinces le reste, Catamarca la moins (8 à 4000 têtes), 
parce que cette province possède peu de surfaces en culture au 
pied des Cordillères. 

Après l'agriculture proprement dite, les arbres fruitiers sont 
un des revenus les plus importants du pays. Les melons, les 
pèches et les abricots de Mendoza comptent parmi les meilleurs ; 
les pêches, notamment, récoltées en grand nombre et dessé- 
chées, viennent jusqu'à Buenos-Ayres. Mais la fabrication du vin 
surtout promet de bons bénéfices, bien qu'on le consomme 
presque tout dans la province, et que par la manipulation défec- 
tueuse du raisin il reste de qualité médiocre. Des producteurs 
plus intelligents pourront faire mieux. L'auteur, pendant son sé- 
jour à Mendoza possédait un champ de vigne (vina) et pendant 
une année entière n'a bu que du vin du cru. Il peut certifier que 
le raisin bien traité fournira des vins très-buvables, et que sou- 
vent le vin rouge vieux et dépouillé se rapproche du bourgogne. 
On plante la vigne et la luzerne dans des champs clos, que l'on 
submerge de temps en temps, au moyen de canaux qui parcou- 
rent tous les champs et sont sous la surveillance d'un employé 
particulier. Celui-ci prend soin que chaque lot de terre reçoive la 
part d'eau qui lui revient. Outre le vin, on fait encore beaucoup 
de raisins secs qui se vendent bien à Buenos-Ayres. On récolte 
aussi des olives que l'on expédie jusqu'à Buenos-Ayres sous forme 
de conserves. 

La ville de Mendoza a été complètement anéantie par le violent 
tremblement de terre du 20 mars 18()1 ; mais on l'a reconstruite 
à neuf ^'i D*après le recensement elle a 8124 habitants et était 
plus petiplée avant le tremblement de terre. Elle est riche et of- 
frait avant le cataclysme l'aspect d'une jolie cité avec cinq belles 



340 POSITION DE LA VILLE DE MENDOZA. 

églises, quatre couvents, dont trois de moines et un de religieuses, 
qui, m'a-t-on dit, seront reconstruits, mais seront inférieurs aux 
anciens édifices par l'étendue et Télégance. La position géogra- 
phique avait d'abord été portée trop à l'ouest puisqu'on la pla- 
çait par 52° ouest de l'île de Fer (72" de Paris et 09« 40' de Green- 
wich). De nouvelles observations ont démontré que cette position 
était presque d'un degré trop à l'ouest, et que son véritable em- 
placement, déduit de trois observations faites par divers auteurs, 
devait être ainsi fixé : 08° 45' 9" ouest de Greenwich (71o 5' 49" 
de Paris) et 32» 52' lat. S. '^ Les observations de mon ami Mo- 
neta sont un peu différentes, et donnent 08« 45' 39" pour la longi- 
tude et 32° 53' 5" pour la latitude. J'ai déterminé moi-même son 
élévation au-dessus du niveau delà mer à 772 mètres, moyenne de 
plusieurs observations barométriques que j'y ai faites. 

Le côté occidental de la province est montagneux; il contient 
l'extrémité des chaînes latérales des Cordillères connues sous le 
nom de Sierra de Uspallata; et le prolongement du massif prin- 
cipal des Cordillères, avec les sommets élevés de l'Aconcagua et 
du Tupungato, traverse la province dans toute sa longueur. Ce 
que nous avons déjà dit antérieurement sur ces deux montagnes 
(p. 201 et 204) est suffisant. La Sierra de Uspallata possède à 
l'ouest, vers Uspallata, des mines de cuivre exploitées avec peu 
d'énergie. Les fonderies pour le cuivre se trouvent dans la vallée 
de Uspallata sur la principale route allant au Chifi. 

En dehors de la capitale, la province ne possède plus aucune 
autre ville et aucune locaUté ayant 1000 habitants. Après Mendoza, 
le village le plus important est Lujan, au sud de la province, et 
San-Yincent à l'est, peuplés chacun de 800 habitants. Le point ha- 
bité le plus méridional de la province est le fort San-Raphael sur 
le Rio Diamante. Il n'existe aucun établissement à l'intérieur des 
Cordillères, et dans la Sierra de Uspallata on ne trouve que des 
estanzias pour le bétail, avec peu d'habitants. Le district agricole 
le plus important est la région supérieure du Rio Tunuyan, entre 
Totoral etEstacado. 



PROVINCE DE SAN-JUAN. 341 



9. San- Juan. 



Par ses caractères physiques, cette province est une répétition 
delà précédente; mais elle s'en distingue en ce que l'industrie 
minière y est beaucoup plus importante, tandis que l'agriculture 
et la viticulture y sont moins développées. Sa population, d'après 
le recensement, est de 60 319 âmes, dont 29 029 hommes et 
31 299 femmes. La capitale a 8353 habitants et en dehors d'elle 
la province n'a aucune autre localité digne du nom de ville. 
Ses limites au sud, du côté de Mendoza, ont été indiquées plus 
haut; à l'ouest elles sont formées par la chaîne principale des Cor- 
dillères, au nord et à l'est parla province de La Rioja. La ligne de 
démarcation entre les deux provinces passe à l'est de la Sierra 
Huerta et de la Sierra Famatina jusqu'à 30Mat. S., où elle traverse 
cette dernière en se dirigeant à l'ouest-nord-ouest vers les Cor- 
dillères, qu'elle rencontre sous 29' 30', près de l'extrémité de la 
Sierra de Guandacol, et elle remonte vers la crête par la vallée du 
Rio Blanco, à l'endroit où il sort des montagnes. Le Rio Blanco sert 
ici de ligne de séparation. 

L'agriculture et l'industrie pastorale des habitants de cette pro- 
vince ne diffèrent pas beaucoup de celles des précédentes. Les 
environs immédiats de la capitale seuls sont complètement cul- 
tivés. On y récolte du blé, du maïs, des fruits et du vin, mais uni- 
quement pour les besoins locaux. 

M. P. Moneta a déterminé la position do la capitale par 70" 55' 32 " 
ouest de Pans et 31" 31' 31" lat. S. 

Les mines se trouvent surtout dans la chaîne secondaire des 
Cordillères située au-dessus de la Sierra de Uspallata, et qui forme 
la Sierra de Tontal ; en outre, dans l'arête orientale des Cordil- 
lères, appelée Sierra de Castano et Sierra de las Lenas, ainsi que 
dans la Sierra Huerta à l'extrémité delà chaîne de Famatina. Elles 
rendent de l'or, de l'argent et du cuivre. D'après les renseigne- 
ments de la commission du recensement, il existe 11 mines d'or 
à Tontal et dans la région de Gualilan, de Jachal et de Valle Fertil, 



342 PROVINCE DE LA RIOJA. 

40 mines d'argent et de galène argentifère dans la Sierra Huerta et 
1 mine de cuivre avec les forges nécessaires à son exploitation. 
Plusieurs de ces mines, particulièrement celles d'or et d'argent, 
sont entre les mains de sociétés anglaises, mais avec participation 
des nationaux ^'\ Dernièrement on a trouvé dans la contrée ap- 
pelée Marayas, à l'extrémité de la Sierra Huerta, des gisements de 
houille exploitables, mais qui malheureusement paraissent avoir 
peu d'étendue ^^ 

iO. La Rioja. 

Cette province aussi a le même caractère prédominant que les 
deux précédentes : on peut même dire qu'elle résume la pampa 
stérile mieux encore que celle de Mendoza et même que celle de 
San- Juan. Elle est en effet plus pauvre en eau et reçoit moins de 
pluie que ces deux provinces. Son territoire s'étend obliquement 
de la steppe salée centrale jusqu'à la crête occidentale des Cor- 
dillères, et est borné au sud par San-Luis et San- Juan, parla ligne 
de démarcation indiquée, à l'ouest par cette arête, à l'est et au 
sud-est par le bord de la grande saline, où elle confine à Cor- 
dova, au nord-est par Catamarca. De ce côté la limite est tracée 
par une ligne imaginaire, tirée du bord de la grande saline sous 
30° 20' en décrivant un arc légèrement convexe au nord-est jus- 
qu'au bord du plateau des Cordillères sous 27° 50', de façon à ce 
que le massif principal de la Sierra Famatina tombe en dedans de 
cette ligne du côté de La Rioja. La province, d'après le recense- 
ment, a 48746 habitants, dont 22 775 hommes et 25 971 femmes; 
4500 habitent la capitale. Sa position astronomique a été fixée par 
les nouvelles observations de mon ami P. Monetaà 69°21' 25" 
ouest de Paris (67° l' 46" de Greenwich) et 29° 18' 58' lat. S. Les 
anciennes déterminations la plaçaient sous 66° 58' ouest de Green- 
wich, ou 69° 48' de Paris et 29° 25' lat. S. Les autres localités les 
plus peuplées sont Yilla Argentina ou Chilecito avec presque 
4500 habitants, et Famatina avec un nombre à peu près égal; puis 
enfm Guandacol avec 4300 habitants, Dans les environs de ces 



PROVINCE DE GATAMARCA. 343 

grands établissements on pratique l'agriculture comme à Men- 
doza et San-Juan dans des champs irrigués artificiellement; 
mais on y cultive surtout la vigne et l'oranger, et il se fait un 
commerce actif de leurs produits du côté de Gordova, où ni la 
vigne ni l'oranger ne croissent bien. L'industrie principale de 
la province est cependant celle des mines, dans les environs de 
Famatina et de Ghilccito, où existent de bonnes usines qui pro- 
duisent de l'or, de l'argent et du cuivre. Le recensement parle de 
7 mines d'or, 12 mines d'argent et 5 de cuivre en activité et 
exploitées avec profit. Dans le nord de la province, au pied de la 
Sierra Velasco, où se trouve le district d'Arauco, on cultive l'oli- 
vier avec de beaux résultats. La culture de la vigne se fait surtout 
dans les environs des anciens villages de Nonagasta et de Bichi- 
gasta au sud de Ghilecito, c'est-à-dire dans la vallée bien cultivée 
située entre la Sierra Velasco et le tronc principal de Famatina; le 
vin delà première localité est le plus renommé. 

Gette province très-montagneuse, puisque la Sierra Famatina 
en grande partie, la Sierra Velasco et de los Llanos en totalité 
lui appartiennent, est pauvre en cours d'eau. Les deux princi- 
pales rivières de cette région, le Rio Jagué et le Rio Jachal, lui 
appartiennent seulement dans la partie haute de leur cours : le 
Rio Jagué jusqu'à Guandacol, l'autre tant qu'il porte le nom de 
Rio Blanco, et en outre il coule dans le plateau des Gordillêres. 

11. Catamarca. 

Nous n'avons rien de particulier à dire sur le caractère phy- 
sique de cette province, tant elle ressemble aux précédentes. La 
pampa stérile y est aussi prédominante et l'agriculture n'y trouve 
de place que dans des champs irrigués artificiellement. On y ren- 
contre cependant un peu plus do pacages naturels sur les hauteurs 
et dans les vallées hautes des montagnes : parmi elles la plus im- 
portante est le Gampo de Pucarà. On y élève du bétail sur une 
grande échelle, et on y fabrique de bon beurre et de beau fro- 
mage. Gette vallée et les districts analogues delà Sierra Belen,de 



344 SES PRODUCTIONS. 

la Sierra Zapate et de la Sierra Copacavana envoient au Chili des 
animaux engraissés et munis de fers aux pieds pour la traversée 
des Cordillères. Une autre source de bénéfice existe dans les 
mines qui produisent de l'argent et du cuivre, et sont surtout 
abondantes dans les branches latérales de l'Atajo à Capillitas. Des 
établissements importants, comme celui de Pilcaio, exportent le 
minerai et donnent de gros bénéfices ^^ 

Les limites delà province au sud, où elle est bornée par La 
Rioja et Cordova, ont déjà été tracées. La province s'y élend jus- 
qu'à la steppe centrale et est séparée de La Rioja par une ligne de 
convention qui, partant du milieu du désert salé, se dirige aunord- 
ouest en contournant la Sierra Velasco vers la Sierra Famatina, 
coupe son extrémité supérieure jusqu'à Angulos et Campanas, et 
franchit le plateau des Cordillères pour aboutir au bord à Pircas- 
Negras. A l'ouest, la limite est formée par le bord du plateau du 
côté du Chili. Au nord elle est bornée par Salta et s'étend à peu 
près jusqu'à 26" lat. S.; à l'est par Tucuman et Santiago del Es- 
tero. Elle est séparée de cette dernière province par l'arête de 
l'Aconquija jusqu'au Rio Guacra, de la précédente par une ligne 
parallèle au pied de la Sierra Ancasta, du Rio Guacra jusqu'à la 
steppe salée. 

D'après le recensement, la province a une population de 
79 962 individus, qui se divisent en 38 650 hommes et 41 312 fem- 
mes. La capitale a seulement 5718 habitants et son aspect est 
assez misérable. On y a cependant construit récemment un bel 
hôtel de ville (cabildo) et une jolie église. La ville est alimentée 
d'eau potable par un grand bassin construit au pied de la mon- 
tagne occidentale voisine. On s'occupe beaucoup de la culture des 
arbres fruitiers et de la vigne dans la vallée de Las Chacras, qui 
est la partie la plus peuplée ; mais la préparation du vin y est très 
en retard et il est moins estimé que celui de La Rioja. On n'y cul- 
tive pas la canne à sucre et le coton, comme je l'avais dit par er- 
reur dans mon Voyage, mais seulement du maïs et un peu de blé. 
On distille avec le raisin de bonne eau-de-vie que l'on exporte en 
grande quantité en Bolivie. Cet article est très-recherché dans 



PHOVINCE DE TUCUMAN. 345 

tout le pays sous le nom de cana et consommé surtout par les 
Gauchos; aussi toutes les provinces ont-elles leurs distilleries 
d'eau-de-vie. La plus estimée est celle de Tucuman, préparée avec 
delà canne à sucre. 

La position de la ville de Gatamarca était placée trop à l'ouest 
sur les anciennes cartes, et tout le tracé de la province était dé- 
fectueux ^^ J'ai constaté ceci en construisant la carte du tome II 
de monVoyagey et j'ai placé Gatamarca par 69° 20' ouest de Paris. 
Mais les nouvelles observations de mon ami P. Moneta prouvent 
que cette position est encore de plus d'un deg^ré trop à Touest, et 
ses déterminations lui ont donné 68° 14' 49" ouest de Paris 
(65« 54' U" de Greenwich et 28" 28' 0,8" lat. S.). 

Tontes les autres localités de la province sont insignifiantes et 
leur position géographique n'est pas fixée avec certitude. L'erreur 
au sujet de celle de la capitale doit les faire reporter toutes plus 
à l'est qu'on ne faisait jusqu'ici. Gopacavana, par exemple, où j'ai 
passé quatorze jours souffrant de la fièvre et dont j'ai déterminé à 
1168 mètres l'altitude au-dessus de l'Océan, doit se placer sous 
67" 25' ouest de Greenwich, tandis que je l'avais portée sous 
68° 39' sur ma carte. Le plateau des Gordillères, à qui on n'ac- 
cordait jusqu'ici qu'une largeur del degré de longitude, en a plus 
de 2 en cet endroit, y compris le groupe de Famatina, et sa largeur 
est environ de 30 milles géographiques. On peut en effet le con- 
stater par mon itinéraire, puisque j'ai mis cinq jours, avec deux 
jours de repos, pour traverser tout le plateau. 



12. Tucuman. 

k^QQ, cette petite province nous arrivons à la plus belle partie 
du territoire argentin, à laquelle on donne souvent la dénomi- 
nation de Jardin de la République. La densité de sa population, 
qui sur une surface totale de 750 milles carrés s'élève à 109 000 ha- 
bitants , c'est-à-dire à 145 par mille carré, prouve déjà ses 
grandes ressources naturelles. La province de Buenos-Ayres elle- 



346 SES PRODUCTIONS. 

même est en arrière pour la densité de la population, comme 
nous le verrons plus lard. 

Les limites de la province sont à l'ouest la Sierra Aconquija, 
par-dessus l'extrémité nord-ouest de laquelle elle projette cepen- 
dant un angle aigu. Au nord elle confine à Salta par une ligne 
qui court parallèlement à 26'' lat. S. en s'infléchissant à l'est un 
peu plus au sud, jusqu'au point où le Rio Talà sort de la mon- 
tagne et franchit la Sierra Buruyaco pour aller rejoindre l'Arroyo 
Uruena. A l'est elle est bornée par Santiago del Estero ; de ce 
côté la limite est formée par une ligne imaginaire tirée de l'em- 
bouchure du Rio Hondo jusqu'au Rio Salado dans le prolonge- 
ment de l'Arroyo Uruena. Au sud par Gatamarca, où le Rio Guacra 
sert de ligne de démarcation. 

Cette province par toute sa nature est agricole et industrielle. 
En outre des légumes et plantes fourragères de toutes sortes, 
elle produit d'excellentes qualités de tabac, de riz, de sucre et 
d'eau-de-vie, mais pas de vin; la vignß ne trouve pas de sol ap- 
proprié à sa croissance dans le lehm dur des pampas recouvert 
d'une couche peu épaisse de terre végétale. Les orangers y sont 
au contraire beaux et renommés, et croissent déjà à l'état sauvage 
dans les forêts voisines. L'élève du bétail sur les pacages élevés de 
l'Aconquija donne lieu à un commerce considérable. La vallée de 
Tafi pratique surtout cette industrie avec succès, et le fromage 
qu'on y prépare est renommé dans tout le pays. On élève quel- 
ques bêtes pour la boucherie et on les consomme sur place; il 
existe des fabriques de cuir qui en préparent des qualités aussi 
fines que celui de Cordoue ou que le maroquin. Enfin les grandes 
forêts du pied sud-est de l'Aconquija fournissent de beau bois de 
construction et de travail, beaucoup utilisé par les provinces voi- 
sines pour les travaux de menuiserie et de charronnerie. Les 
travaux de femmes sont aussi très-florissants dans la province ; 
on y tisse de belles housses de selle (pellondes) recherchées dans 
toute la république, et des dentelles fines (randas) pour la fabri- 
cation desquelles les Tucumaniens ne sont pas moins renommés 
que pour celle de leur fromage. 



POSITION DE LA VILLE DE TUCUMAN. 347 

La province, d'après le recensement, a 108953 habitants, dont 
53 882 hommes et 55571 femmes. La capitale, propre et bien 
construite, a 17 438 habitants. Elle fut d'abord placée, par Villa- 
roel en 1565, plus au sud, à l'embouchure du Rio Monteros dans 
le Rio Sali : mais comme le cUmat humide y entretenait des fiè- 
vres intermittentes continues (chuzo) le gouverneur Mate de 
Luna la transporta en 1685 sur son emplacement actuel. Elle 
possède deux couvents et 4 églises nouvellement construites, dont 
aucune n'a d'intérêt arcliitectonique. L'église principale surtout 
est un assemblage bigarré du style le plus grotesque. Sa position 
géographique a été admise jusqu'ici par 68" 20' ouest de Paris et 
26° 52' lat. S., mais elle se trouvait ainsi beaucoup trop à l'ouest; 
les observations de Page aussi la placent par 66" ouest de Green- 
wich et 26" 51' lat. S. Mon ami Moneta, s'appuyant sur des obser- 
vations personnelles, arrive aux chiffres de 65° 77' 20" ouest 
de Greenwich (67° ,37' 46' de Paris) et 26" 50' 2" lat. S., 
ainsi plus de -/s de degré {M) plus à l'est. L'altitude au- 
dessus de l'Océan, que j'ai portée dans mon Voyage à 
441 mètres, est d'après lui de 453 mètres; mais il faudrait 
pouvoir tenir compte du lieu d'observation, car la ville est 
située sur l'ancienne berge de la rivière, élevée au moins de 
50 pieds au-dessus du niveau actuel de la rivière, et elle présente 
quelques inégalités de niveau même dans son emplacement ac- 
tuel. 

Après la capitale, il n'existe plus aucun centre digne du nom de 
ville. La plus grande localité est Monteros, sur la route de Cata- 
marca avec 1432 habitants, et Graneros au sud de la province avec 
10Ö6 ; les autres villages contiennent moins de 1000 habitants. 

La province s'avance à'pas rapides vers le bel avenir que lui 
promet sa situation privilégiée. Déjà le chemin de fer central en 
consti'uction est prolongé d'une bonne longueur au delà de Cor- 
dova, et lorsqu'il sera achevé Tucuman deviendra l'entrepôt d'un 
commerce important avec la Bolivie par l'intermédiaire de Bue- 
nos-Ayres et Rosario, qui alimenteront son marché des produits 
de l'industrie européenne et de l'Amérique du Nord. Aujourd'hui 



348 PROVINCE DE SALTA. 

déjà elle l'emporte sur toutes les autres villes de l'intérieur, et 
comme sa population est des plus actives et des plus intelli- 
gentes on peut, sans crainte de se tromper, lui promettre un 
grand avenir. 

13. Salta. 

Semblable à la province précédente par sa nature, elle reste 
cependant beaucoup en arrière par son activité industrielle et a 
moins d'habitants malgré l'étendue quadruple de son territoire. 
Ceci provient de ce qu'une partie considérable de sa surface est 
restée inhabitée. La région occidentale embrasse de grands dis- 
tricts déserts appartenant au système du Despoblado, et l'est fait 
partie du GranChaco. On ne trouve de population, c'est-à-dire des 
colons d'origine européenne, que dans les environs de la capitale 
et près des routes principales qui traversent la province : prin- 
cipalement la partie de la route de Tucuman au Rio Salado, où 
la rivière a reçu le nom de Rio Juramento; une partie de la 
route du Chili et celle de Catamarca en Bolivie; en outre la ré- 
gion d'Oran sur le Rio Vermejo, où l'on trouve une végéta- 
tion et un climat tropicaux. Le reste, et de beaucoup la plus 
grande partie de la province, est encore inculte. 

Ses limites au sud sont les lignes déjà indiquées qui la séparent de 
Catamarca et de Tucuman; une autre ligne, tirée de l'angle nord- 
est du territoire de Tucuman à travers le Gran Chaco jusqu'au 
Rio Vermejo au-dessous d'Esquina Grande, forme la limite avec 
Santiago del Estero ; mais les deux provinces ne possèdent aucun 
établissement de ce côté. Salta seule a près de l'embouchure du 
Rio Grande Jujuy dans le Rio Vermejo la pauvre localité citée 
avec quelques champs cultivés alentour. A l'est la limite est indé- 
terminée pour le moment, mais en fait elle se trouve sur le Rio 
Vermejo. Au nord elle confine à Salta et Jujuy, et l'Arroyo de 
Santa-Cruz, qui se rend dans la vallée du Rio Perico, sert de 
ligne de démarcation. Celle-ci accompagne ensuite le Rio La- 
vayen jusqu'à son embouchure dans le Rio de Jujuy, et contourne 
la Sierra Alumbre au sud. Au nord-ouest l'Arroyo de los Burros 



PROVINCE DE JUJUY. 349 

qui coule de l'ouest à Test sur le plateau du Despoblado et s'y 
perd, forme la limite, et au nord-est le Rio de las Piedras sépare 
dd Jujuy la contrée où se trouve Oran. 

Le recensement porte le chiftre des habitants à 88 933, dont 
44 lAb hommes et 44 188 femmes. La capitale, dont M. Moneta 
a fixé la position sur sa carte, déjà plusieurs fois citée, par 
65° 81' 7" ouest de Greenwich (loTbi' 16" de Paris) et 24" 47' 20" 
lat. S., a 1 1,71 6 habitants. Après elle il n'existe plus aucuneautre 
localité importante, et le district d'Oran a seulement 4592 habi- 
tants. La région la plus peuplée, après les environs de la capi- 
tale, est la vallée du Rio de Santa-Maria et la partie inférieure du 
Rio de Calcliaqui, dont San-Garlos est l'endroit le plus important. 
On y a planté la vigne avec succès et le vin de Gafayata qui vient 
de cette contrée est la meilleure espèce de toute la république, 
autant du moins que j'ai pu connaître et goûter ses vins. Mais il 
doit être consommé frais ; avec l'âge il prend un goût amer et 
perd en finesse ce qu'il gagne en force. On ne fait de vin nulle 
part ailleurs dans la province ; on cultive les céréales, élève du 
bétail et plante encore en petite quantité du tabac et de la canne 
à §ucre, principalement dans le district d'Oran. Le bananier y 
croît et donne de bons fruits. On a essayé quelques plantations de 
café, mais jusqu'ici nous ignorons quel en a été le résultat. La 
moitié orientale de la province contient de bonnes forêts ; on y 
trouve en grande quantité des bois de travail qui donnent déjà 
Ueu à un commerce considérable, bien que la difficulté du trans- 
port en amoindrisse la valeur. Les districts de l'ouest sont abso- 
lument dénués de végétation et prennent çà et là l'aspect du désert 
d'Àtacama et du plateau des Cordillères. Les régions nord-est 
sont sujettes à des tremblements de terre qui y ont déjà causé 
des désastres considérables (voy. note 62). 

a. Jujuy, 

Cette province est la moins importante de toutes, non par sa 
superficie, mais par le chiffie de sa population. Elle n'a que 



350 SES LIMITES. 

/i0 379 habitants, dont 50105 hommes et 20 ^T/i- femmes; par 
conséquent 8000 de moins que La Rioja, dont la superficie est 
d'un tiers plus grande. Ses limites au sud et à l'est du côté de 
Salta sont déjà connues ; à l'ouest et au nord elle touche à la Bo- 
livie et conhne avec cette république dans la région déserte de 
Despoblado. On admet comme Hgne de frontière le bord occidental 
du plateau de Puna^ qui forme le centre du système du Despoblado 
et est désigné sur beaucoup de cartes sous le nom de Sierra 
Esmoraca. La ligne de démarcation suit l'Arroyo Quiaca qui coule 
de l'ouest à l'est dans la vallée entre le plateau de Despoblado et 
la Bolivie jusqu'à son confluent avec le Rio Sococho sous 22" 15' 
lat. S. En ce point elle franchit la chaîne de Yavi et arrive dans la 
vallée de l'Arroyo Porongal, qui se jette dans le Rio Vermejo 
principal sous 22° 20', et la limite court ensuite parallèlement au 
22' jusqu'au Rio Paraguay. La plus grande partie de la moitié 
occidentale de la province est un territoire désert, stérile et aride 
qui rappelle le désert d'Atacama et se prolonge avec lui sans dis- 
continuité. Ce plateau désert et inhospitalier, qui oscille entre 
3500 et 3800 mètres au-dessus du niveau de la mer, n'a que de 
rares et pauvres ruisseaux alimentés par les neiges des sommets 
de la chaîne centrale du plateau et qui s'écoulent à Test. Tels 
sont l'Arroyo de Burros et l'Arroyo de las Doncellas qui vont se 
perdre dans des dépressions plates du sol entourées de petites 
prairies, et qui entretiennent de petits pacages près de leurs bords. 
Ces contrées sont en grande partie inhabitées, et ne sont fré- 
quentées que par les Tropas qui se rendent de Salta, Jujuy ou 
Oran, par Atacama à la côte de l'océan Pacifique ou inversement, 
et qui y trouvent d'assez pauvres lieux de halte. La principale 
route allant en Bolivie franchit la crête de jonction entre ce grand 
plateau et celui plus petit de Yavi par la gorge de Humahuaca, 
près des sommets couverts de neige de Gastillo et Jujuy. La 
passe, l'Abra de la Cortadera, a une altitude de 3950 mètres. Mais 
la moitié orientale de la province est un pays mieux favorisé, 
riche en petites rivières, qui coulent dans de belles vallées boi- 
sées et vont se réunir avec le Rio Grande de Jujuy ou de San- 



SÜPEHFICIE DE l.A REPÜBLIUüE. 351 

Francisco, rameau méridional du Rio Vermejo. Ici commence la 
plaine du Gran Chaco au delà de la Sierra Alumbre placée au sud 
du Rio San-Francisco. Ces contrées sont bien peuplées et pos- 
sèdent une agriculture prospère et une industrie commençante. 
On trouve sur les flancs des ramifications du Despoblado de beaux 
pâturages analogues à ceux de la vallée de Tafi et du Campo de 
Pucarâ, et dans la plaine près du Rio San-Francisco on cultive le 
maïs et le tabac, ainsi que la canne à sucre et le riz qui y pous- 
sent bien. Les plateaux de Yavi sont habitées en grande partie 
par des descendants d'Indiens, qui chassent les animaux et ap- 
portent sur les marchés des peaux de vicunas ou de chinchilla. 
Enfin, on élève des chevaux et des mulets dans le district de Tum- 
baya, et il s'en fait un commerce actif avec la Bolivie. 

La capitale, Jujuy, est à peu près au milieu de la province, un 
peu plus rapprochée cependant de la frontière sud, dans une jolie 
vallée sur la rivière du même nom à 4230 mètres au-dessus de la 
mer. M. Moneta a déterminé sa position géographique par 
65" -20' 39" ouest de Greenwich (67" M)' 46" ouest do Paris) et 
24" 10' 59" lat. S. Elle n'a que 3071 habitants et rien de remar- 
quable à ;ioter. Il n'existe pas dans la province d'autres localités 
qui vaillent la peine d'être mentionnées. 



xviii 

SUPERFICIE DES PROVINCES ET DE LA RÉPUBUQL'Ë. 

Déterminer l'étendue territoriale de chaque province et de 
toute la répul)lique est un problème assez difficile lorsqu'on 
prétend à une exactitude suffisante, condition fondamentale de 
toute étude scientifiquCi On n'a encore jamais exécuté aucune 
véritable mesure. Les possesseurs de grandes propriétés de plu- 
sieurs provinces, et notamment ceux de la province de Buenos- 
Ayres, possèdent des mesures exactes de leurs territoires. Ces 



352 ÉTENDUE DE LA RÉPUBLIQUE. 

mesures ont servi à construire la grande carte de la province 
publiée en 1864 sous le titre de Registro grafico de las pro- 
priédades rurales, en quatre feuilles, par le Departemento topo- 
grafico. Mais ceci ne nous avance à rien pour les autres pro- 
vinces, et le problème de mesurer leur superficie reste toujours 
aussi difficile. Quelques essais ont déjà été tentés dans ce sens. 
Dans ces conditions, il ne nous reste d'autre ressource que de 
calculer la surface des provinces d'après les contours qu'on 
leur donne sur les carte:, et d'en déduire aussi approximative- 
ment que possible leur étendue. Un travail de ce genre ne saurait 
prétendre à une grande précision ; on ne pourra pas par ce 
moyen déterminer la véritable étendue territoriale de chaque 
province, mais il sera au moins possible de fixer assez sûrement 
leur superficie relative, puisque les erreurs inévitables seront les 
mêmes pour toutes les provinces et n'affecteront pas beaucoup 
leurs relations réciproques. J'ai essayé de calculer de cette 
manière l'étendue territoriale de la république et de ses diverses 
provinces, et je n'hésite pas à donner ici le résultat obtenu à la 
fin de mon esquisse géographique. Je le soumets aux savants 
plus compétents et pourvus de moyens plus exacts pour être 
revisé et amélioré s'il y a lieu. 

Parmi les essais analogues antérieurs je n'en connais qu'un, 
cité par Woodbine Parish ; il mentionne en effet le calcul d'Ar- 
rowsmith et donne le chiffre total de 726,000 milles carrés 
anglais. Je préfère prendre pour unité de mesure le mille géo- 
graphique de 15 au degré, et je donnerai la superficie de la 
répubUque et de ses provinces en milles carrés géographiques. 
La méthode employée consiste en ceci : déterminer le nombre de 
degrés carrés de la république et de ses provinces, et multipHer 
les nombres obtenus par le nombre de milles carrés contenus 
dans un degré carré. 

Quant au nombre de milles carrés de chaque degré carré, je 
n'ai pu en faire un calcul rigoureusement exact, puisque les 
degrés de longitude vont en diminuant de l'equateur au pôle et 
contiennent ainsi moins de 45 milles géographiques. Pour ob- 



CALCUL DE LA SUPERFICIE. 353 

tenir la suporticie avec exactitude par cette méthode, il faudrait 
commencer par déterminer celle du degré cari'é pour chaque 
degré de latitude, travail pénible et en fin de compte sans utilité, 
puisque les inégalités de la surface du sol seraient encore né- 
gligées. Dans ces conditions, j'ai préféré admettre des nombres 
ronds, que j'ai choisis à dessein un peu forts, pour échapper au 
reproche que mon calcul porte préjudice à la république en 
réduisant son étendue. Gomme il ne s'agit pas ici de comparai- 
sons rigoureusement exactes, mais d'une approximation suffi- 
sante, il y a moins d'inconvénient à ce que les nombres soient 
plutôt trop grands que trop petits ; car dans ce cas je m'exposerais 
au reproche d'un amoindrissement prémédité absolument hors 
de ma pensée Aussi, j'ai estimé le degré carré de *32° à W 
lat. S. à 3-25 milles carrés, et de 40" à 55° lai S. à 180 milles 
carrés 9'. Je sais bien que le premier chiffre est trop fort et que 
les résultats obtenus devraient être réduits ; mais la différence ne 
serait pas très-considérable et, obéissant au principe formulé plus 
haut, j'ai préféré être en erreur en trop plutôt qu'en moins pour 
échapper à toute inculpation malveillante. Je remarque encore 
que dans la détermination de l'étendue territoriale des provinces 
on a t^nu compte non pas seulement des surfaces cultivées, mais 
des frontières réelles de chaque province, et que d'un autre côté 
on a négligé les prétentions de quelques-unes d'entre elles sur 
de vastes territoires voisins complètement en dehors de leur in- 
fluence. Ainsi le Gran Ghaco et la Patagonie n'ont été attribués 
à aucune province, mais on les fait entrer en ligne de compte 
dans le relevé de la république entière, comme étant placés sous 
l'administration du gouvernement national. Quant aux superficies 
des provinces données par le recensement de 1869, elles reposent 
uniquement sur des estimations personnelles, et j*en ai très-peu 
tenu compte à cause do leur exagération hors mesure. Au con- 
traire, le chiffre adopté en général par les traités de géographie 
de 40000 milles carrés pour la ré[)ubli({ue Argentine se rap- 
proche de la vérité aussi près que c(;la a lieu d'ordinaire dans 
les cnlcnls en nombres ronds de cette sorte ; il est cependant au 

HÉP. ARG. — I. :23 



354 SUPERFICIE DE BUENOS-AYKES, SANTA-FÉ, ETC. 

moins d'un huitième tropiaible, lors même que le mien serait un 
peu trop fort. 

Il est bien certain que la province de Buenos-Ayres est la plus 
grande de toutes par l'étendue de son territoire ; mais on n'en 
connaît pas exactement la dimension, caries opinions varient sur 
ses limites à l'ouest et au sud. J'ai admis le territoire comme il 
est tracé sur le Registro grafico, y comprenant la région de Bahia 
Bianca que le gouvernement provincial revendique comme sa 
propriété. La superficie ainsi comprise occupe 20 degrés carrés 
de chacun 215 milles carrés, ce qui fait un total de 4S00 milles 
carrés. Comme la provincs possède une population d'environ 
500000 âmes, il y a 120 habitants par mille carré en y com- 
prenant la ville de Buenos-Ayres, et 75 seulement si on en sépare 
la capitale avec ses 177 787 habitants. — Le recensement estime 
la surface à 6750 lieues carrées, chiffre qui concorde avec le 
mien en calculant le degré carré sous 35 — 40" lat. S. à la 
valeur de 385 lieues carrées, valeur qui me paraît un peu trop 
élevée. D'après le recensement il existe 71,0 personnes par lieue 
carrée. 

La province de Santa-Fé embrasse 7 degrés carrés, dont l'éva- 
luation à 215 milles carrés donne un total de 1500 milles pour 
la province. Calculée en lieues carrées d'après l'échelle admise 
pour Buenos-Ayres, on arrive au chiffre de 2355. Le recensement 
en donne 3650, mais j'ignore d'après quelle base. D'après mon 
calcul, 59,40 personnes existent dans cette province par mille 
carré ; d'après le recensement, 23,64 par lieue carrée. 

J'ai admis 61/2 degrés carrés pour Entrerios, ce qui nous 
donne pour son aire territoriale 1400 milles carrés. Avec une 
population de 132271, on trouve à peu près 94,5 personnes par 
mille carré. Le recensement porte 4000 léguas astronomicas 
(sic) et admet 36,84 habitants par lieue carrée. 

Corrientes, les Missions défalquées, est un peu plus grande 
qu'Entrerios, mais moins peuplée. J'ai estimé son étendue, avec 
la défalcation susdite, à 7 degrés carrés et ainsi à 1500 milles 
carrés, chacun avec 86 personnes. Le recensement porte 32,08 



SlPEllFICIE DE SANTIAGO, 0OHÜOVA, SAN-LUIS, ETC. 355 

iiulividiis par lieue carrée et fixe l'étendue à 40^32 lieues carrées. 

Santiago del Estero, d'après mon calcul, embrasse 8 degrés 
carrés en ne prolongeant pas son territoire au delà des contrées 
réellement peuplées ; elle a donc \lili) milles carrés. Ce chiffre, 
traduit en lieues carrées de 335 au degré carré comme pour 
Buenos- Ayres, donne un total de 4680 lieues carrées. Le re- 
censement, très-exagéré, pdmet 10 000 lieues carrées pour la 
province y compris le Gran Ghaco. D'après mon calcul, il y a 
77, 2() personnes par mille carré ; d'après le recensement, r39,97 
par lieue carrée. En prenant cette densité comme point de 
départ, on trouve 40 jO lieues carrées pour l'étendue territoriale 
et non plus les 10 000 du recensement. 

• Gordova, la plus grande province de la confédération après 
Buenos-Ayres, comprend d'après mon calcul 15 degrés carrés, 
c'est-à-dire .3445 milles carrés, ou 5045 lieues carrées. Le re- 
censement en porte 6964 avec 30,31 personnes sur chacune ; 
mon calcul m'a donné 64,17 par mille carré. 

San-Luis. J'estime l'aire de cette province à 5 degrés carrés, 
donc à 1075 milles carrés, et la densité de la population à 49,45 
personnes par mille carré. Le recensement admet 4050 lieues 
carrées et porte hi densité à 13,15 personnes par lieue, chiffre 
d'accord avec le territoire indiqué; mais celui-ci est exagéré au 
moins du double. 

La province de Mendoza, d'après mon estimation, a 8 degrés 
carrés d'étendue, ainsi 1740 milles carrés, ou 4840 lieues 
carrées, tandis que le recensement lui en accorde 5000. La 
densité de sa population est de 37,10 tètes par mille carré; 
d'après le recensement, de 13,08 par lieue carrée et, en adoptant 
mon total de 4840 lieues carrées, de 43,03 individus seulement 
par lieue carrée. 

San-Juan est un peu plus petit que Mendoza, d'où j'estime 
l'aire de cette province à 7 1/4 degrés carrés, ce qui donne 1614 
milles carrés ou 4500 lieues carrées. Le recensement élève (mî 
chiffre à 9659 lieues carrées, ainsi à une dimension triph;, ce qui 
est sûrement beaucoup exagéré. La densité de la ])opHlation es( 



;}56 SUPERFICIE DE LA RIOJA, CATAMARCA, ETC. 

à peu près la même que dans la province précédente, à savoir 
de 87,42 par mille carré et 24,01 par lieue carrée. Le recense- 
ment porte 18,27 personnes par lieue carrée, chiffre qui dé- . 
montre clairement l'erreur de son aire, puisque avec cette popu- 
lation par lieue carrée on trouverait pour la province entière 
17-4 000 habitants, ainsi presque trois fois autant qu'il y en a 
réellement. 

La Rioja, d'après mon évaluation, embrasse 7 degrés carrés, 
donc 1500 milles carrés ou 2345 lieues carrées. Il y a 32,50 in- 
dividus par mille carré et 20,15 par lieue carrée. Le recensement 
porte seulement 13,92 têtes par lieue, et a estimé la surface un 
peu trop grande. 

J'évalue la province de Gatamarca à 9 degrés carrés ou 
1940 milles carrés, qui donnent 3015 lieues carrées. La densité 
de la population est de 40,70 par mille carré et 26,52 par lieue 
carrée. Le recensement admet une superficie de 7753 lieues 
carrées et 10,31 individus par lieue carrée, ce qui concorde avec 
le chiffre de sa population, mais exagère presque de quatre fois 
la superlicie 

Tucuman est la province la plus petite car elle n'a que 2 1/2 
degrés carrés de superficie, ou 560 milles carrés et 840 lieues 
carrées. Il ne faut pas oublier qu'une grande partie de cette pro- 
vince est montagneuse et fertile paitout, ce qui en augmente 
beaucoup la superficie ; aussi j'ai proposé d'admettre un chiffre 
un peu plus élevé et de le porter à 750 milles carrés ou 1200 
lieues carrées, Les quatre provinces précédentes et les deux 
suivantes présentent bien une disposition analogue, mais la 
différence des surfaces planes et accidentées y est moins im- 
portante : d'abord parce que leur superficie est beaucoup plus 
grande, ensuite parce que les régions montagneuses n'ont pas 
une importance aussi grande pour ces provinces que pour 
Tucuman, et qu'elles occupent en grande partie des étendues 
désertes et stériles. D'après cette évaluation, la province a une 
densité de population de 145,26 têtes par mille carré et 90,83 
par lieue carrée. Le recensement est très-exagéré lorsqu'il 



SÜPEKFICIE 1)E SALTA, Ji;Jl Y, ETC. 357 

donne à la province 28S5 lieues carrées et 54,47 personnes par 
lieue carrée. L'évaluation de 1500 lieues carrées adoptée par 
Martin de Moussy et rejetée par le recensement est encore trop 
élevée bien que plus rapprochée de la vérité. 

J'évalue la surface de Salta à 9 l/:2 degrés carrés, dont 
plus de la moitié est occupée par des montagnes ; mais la nature 
stérile de presque toute la moitié occidentale m'empêche de sur- 
élever la superficie de cette province. Mon évahiation donne 
:2050 milles carrés ou 3182 lieues cariées. Il existe donc 43,38 
personnes par mille carré et presque 28 par lieue carrée. Le re- 
censement de 1869 fixe la superficie de la province à 5000 lieues 
carrées et la population à 17,78 personnes par lieue carrée. 

On peut admettre pour la superficie de Jujuy 4 1/2 degrés 
carrés ou un peu plus parce que la plus grande partie du terri- 
toire est montagneuse. Comme elle est située au nord et que les 
degrés carrés y sont un peu plus grands, j'adopterai le chiffre de 
1000 milles carrés ou 1500 lieues carrées; mais non pas 
3000 comme Martin de Moussy, ou même 4400 comme le re- 
censement, car ce sont des évaluations très-exagérées. D'après 
mon estimation il existe 38,52 habitants par mille carré, et seule- 
ment 13,46 d'après celle du recensement qui a admis une super- 
ficie trop grande. 

Le total en milles carrés des provinces réunies est de 25 292 
pour la partie cultivée de la république, et la moyenne des habi- 
tants de 65 personnes par mille carré. 

Il reste encore à énumérer les territoires non-civilisés occupés 
par des peuplades d'Indiens qui relèvent directement du gou- 
vernement national, et nous aurons passé en revue la superficie 
entière de la république. Ces districts sont : 

1. Le Gl an Chaco, dont on peut estimer la superficie à 25 
degrés carrés, y comj)ris la partie au nord du Rio Vermejo que la 
république du Paraguay revendique. Ce territoire est de 5400 
milles carrés et 45000 Indiens d'après le recensement y habitent, 
d'où 8,5 par mille carré. 

2. Les anciennes Missions embrassent environ 3 1/2 degrés 



35S AlliE TOTALE DE LA RÉIMJIU.IQUE. 

carrés que j'estime à 700 milles carrés. Leurs .iOOO iiabitants 
donnent donc un chiffre de A, S têtes par mille carré. 

S. Les Pampas au sud des provinces jusqu'aux limites de la 
Palagonie. J'estime ce territoire à ^8 de^^rés carrés et admets le 
chiff're de 6000 milles carrés. La population indienne s'élève à 
21 000 individus, ce qui donne 3,5 individus par mille carré. 

4. La Patagonie ou le pays à l'est des Cordillères et au sud de 
4io lat. S. jusqu'au détroit de Magellan. Elle embrasse 50 
degrés carrés, ce qui nous donne seulement 8000 milles carrés à 
cause de la diminution graduelle de la superficie pour chaque 
degré de latitude au sud. Le recensement admet 24 000 Indiens 
dans ce territoire, ce qui fait trois individus par mille carré. 

Le territoire entier de la république Ai'gentine est de 45 892 
milles carrés et sa population de 4 826913 habitants, ou 40 
têtes par mille carré. 

Nous serons donc très-près de la vérité si nous acceptons en 
chiff'res ronds 45000 milles carrés pour l'étendue delà répu- 
blique comme nous l'avons fait plus haut ^^ et nous nous con- 
tenterons poiir le moment de ce résultat, en attendant que 
l'avenir nous fournisse des renseignements plus exacts et plus 
détaillés. 



TABLEAU RECAPITULATIF 



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NOTES 



1 (14.7). Onnégocie actuellement avec les trois puissances voisines surla 
détermination des limites, et comme ces négociations se traînaient sans fin 
iandis que le Chili continuait à empiéter au delà des anciennes limites de 
l'époque espagnole, la république Argentine a proposé de s'en référer à 
un tribunal d'arbitres pour régler le conflit ; mais le Chili n'a pas encore 
accepté la proposition. Les négociations poursuivies jusqu'à ce jour ont été 
publiées chez nous dans les écrits suivants : 

Memoria sobre los limites entre la Republica Argentina y el Paraguay. 
Buenos-Ayres, 1867, in-8. 

Anexos à la Memoria^ etc., par Man. Rie. Treues, Buenos-Ayres, 
6187, in-8. 

Cuestion de limites entre la Republica Argentina y Bolivia, por Man. 
Rie. Trelles. Buenos-Ayres, 1872, in-8. 

Cuestion de limites con Chili, apendice à la Memoria de relac. exter. de 
1873. Buenos-Ayres, in-8. 

Continuacion del apendice sobre la cuestion Chileno-Argentino. Buenos 
Ayres, 187i, in-8. 

Martin de Moussy, dans sa Description géographique et statistique de la 
confédération Argentine, t. 1, p. 52, a résumé les anciennes conventions 
entre l'Espagne et le Brésil, et à la page il et suivantes les négociations 
avec les États voisins poursuivies jusqu'à l'époque de l'achèvement de son 
ouvrage. Voy. aussi Registro estadist. de la Rep. Arg., t. I, 186i. 

2 (148). La carte du voyage de A. Du Graty au Paraguay, qui a été pu- 
bliée à une échelle réduite dans la Zeitschr. f. allgem. Erdkunde. Neue 
Folge, 13. Bd., S. 51, Taf. I, fait voir clairement les prétentions du gou- 
vernement du Paraguay. 

3 (149). Azara, qui prit part au règlement des limites, trace ainsi la 
ligne de frontièr(^s sur la carte planche VI de son Voyage. Les Portugais 
s'avancèrent plus tard jMicore un peu au d(;là au sud-ouest et occui)èr(Mit 
tout le pays sur les deux côtés de la moitié supérieure du Kio Janra qui 
appartient maintenant au Brésil. 

4. (151) Les écrits cités dans la note l exposent avec détails la situation 
des choses. Le Chili a commis um; usurpation qui ne trouve d'excuse que 



362 .NOTES 5, G. 

dans le laisser luire ies Argentins. L'état actuel de la colonisation du détroit 
se trouve décrit dans le voyage de Rob. Gunningham, Notices on the 
Zoology of the Mag.-str., etc., Dublin, 1871,in-8°; nous y renvoyons les 
lecteurs. 

5 (152) Afin de mieux orienter les lecteurs, je vais indiquer quelques 
points bien mesurés, qui marqueront l'inclinaison de la plaine. 

J'ai moi-même exécuté deux mesures au pied des Cordillères. Au nord, 
à Gopacavana (28° 28' lat. S.), la plaine est à 1168 mètres, et au sud, à 
Mendoza (52° 55' lat. S.), à 772 mètres. 

Au milieu de la plaine, au nord de Cordbva et au bord de la grande 
steppe salée, l'altitude est de 178 mètres; — mais la ville de Santiago del 
Estero, située à l'extrémité nord de cet ancien lac, n'est qu'à 162 mètres 
d'où il suit que la partie la plus déprimée de la steppe est à un niveau en- 
core plus bas (peut-être 150 mètres). 

La ville de Corrientes sur le Rio Paranâ est presque sous la même 
latitude que Santiago. Le fleuve, d'après les mesures de Page, s'y trouve 
à 67 mètres au-dessus du nivv-^au de la mer ; le sol descend donc encore 
de 99 mètres de Santiago au Rio Paranâ, c'est-â-dire sur une étendue de 
60 milles géographiques. 

La petite ville de Rio Guarto se trouve assez exactement au milieu de la 
région méridionale de la plaine argentine. Elle est à une altitude de 
444 mètres, parce que la montagne voisine a un peu relevé tout le sol en- 
vironnant; la petite ville d'Achiras, tout au pied de la montagne, est à 
823 mètres. A partir de là le sol s'abaisse à l'est et à l'ouest jusqu'au Desa- 
guadero, dont le niveau est à 446 mètres, ce qui nous donne la plus grande 
dépression de cette région. 

Toutes les autres villes de l'intérieur sont encore plus rapprochées du 
pied des montagnes que Rio Guarto, et sont placées sur des rehaussements 
considérables du sol: Gordova à 417 mètres, Tucuman à 453 mètres, Jujuy, 
située déjà presqu'au pied du plateau de Bolivie, à 1230 mètres. 

A peu près sous la même latitude que Rio Guarto, c'est-à-dire un peu 
au-dessous de Rosario, le Paranâ est à 16 mètres d'altitude; sous la latitude 
de Gordova, c'est-à-dire au-dessus de Paranâ, à 24 mètres et sous la latitude 
de Tucuman, à l'embouchure du Rio Vermejo dans le Rio Paraguay, à 
83 mètres. Voy. note 60. 

Il est facile maintenant de comprendre l'inclinaison de la plaine argen- 
tine. 

6 (153). Dans mon voyage à travers les États de la Plata j'ai fait remar- 
quer (Reise, t. II, p. 322) que la nature du littoral occidental de l'Amérique 
du Sud se modifie aussi complètement en même temps que la direction des 
Cordillères. Mais on peut encore aller plus loin et étendre cette modifi- 
cation au caractère entier de la montagne elle-même, qui au sud du 20^ degré 
de lat. S. prend celui d'une steppe et depuis lors se prolonge en s'élevant 
graduellement jusqu'à l'Aconcagua sous la forme d'une plaine haute sans 
végétation, ou d'une arête. 



NOTES 7 - 1-2. 363 

7 (157). Ladoscription dos Pampas quo jo donno ici ost une reproduction 
et un résumé des diverses descriptions que j'avais consig-nées soit dans mon 
Reise durch die la Plnfa-Staaten, Thl. I, S. 112, li8, etc., soit dans mon 
mémoire sur la région du Rio Salado (Zeitschr. f. allgem. Erdkunde. Neue 
Folgte, 15, Bd., S. 2525). — Le mot Pampr/, comme beaucoup d'autres noms de 
lieux, vient de la langue Quichua et signifie campagne ouverte, plaine. Voy. 
Garcilaso de la Vega, Comentar. reaies, etc., t. I, p. 418. 

8 (161). C'est aujourd'hui une opinion très-répandue dans la province de 
Ruenos-Ayres que l'eau des lagunes, même des plus grandes, est en décrois- 
sance, et on entend exprimer là -dessus les opinions los plus fantastiques. 
Les demi-savants ont surtout adopté l'opinion qu'il s'est ouvert dans le sol 
des canaux d'écoulement invisibles, et il est d'autant plus difficile de les en 
dissuader, que la vraie cause à leur opposer sonne très-désagréablement à 
leurs oreilles. Ce n'est ni l'accroissement de l'évaporation, ni la diminution 
des pluies dans le pays qui déterminent l'amoindrissement de l'eau dans 
les lagunes, car il n'existe aucune espèce de raison pour admettre ces deux 
causes. — Il faut plutôt s'en prendre à l'augmentation constante des animaux 
tenus dans les pacages voisins, et ce sont eux qui produisent la diminution 
de l'eau. Lorsque chaque jour plusieurs milliers de chevaux, de bœufs et 
de moutons vont boire à la lagune et y absorbent autant d'eau qu'ils veu- 
lent; qu'en outre ils entrent dans la lagune, la parcourent en tous sens, 
bouleversent le fond et augmentent l'évaporation par une agitation conti- 
nuelle, l'eau ne peut alors que décroître peu à peu dans ces bassins plats 
et d'une étendue limitée, bien que la pluie vienne de temps à autre en relever 
le niveau. Après s'être désaltérés, les animaux rentrent dans la campagne, 
s'y débarrassent du liquide absorbé et engraissent ainsi le sol, ce qu'on 
considère à bon droit comme le meilleur des amendements. Mais ils en- 
lèvent à la lagune une grande partie de son eau, et celle-ci décroît d'autant 
plus que le nombre des animaux s'augmente d'année en année. Toutes les la- 
gunes, en effet, s'alimentent seulement par les pluies et ne reçoivent d'eau 
d'aucune autre soui-ce. 

(162). .l'ai décrit deux de ces dunes dans mon Reise, I, Bd., S. Ii7, et 
dans Zeitschr. f. allg. Erdk. /, 239. J'ai observé celle de la rive orientale à 
la pointe de la presqu'île Darss et Mönkgut, ainsi que sur l'île Hid<lensoe. 
On peut consulter là-dessus mon Histoire de la création, p. 15 et 31, Paris, 
1870, i"n-8. Dos dunes s'étoiident aussi sur une grande étendue sur toute la 
côte de Palagonie. 

10 (162). Voy. Th. Page, la Plata, etc., p. 346. 

11 (165\. C'est au Chardon-Marie {St/libum 7narianum) que se rapportent 
les observations de Darwin sur les chardons de ce pays dans son Vof/age 
d'un naturaliste autour du monde (p. 127 de la traduction française), et 
en outre il mentionne une description de Francis Head, que je n'ai pu me pro- 
curer. 

12(165). On trouvera dans mon Reise, Bd. I, p. 220 et suiv. et Rd. H, 
p. 233 et suiv. une description de cos plaines aiidos.— -On comprend de soi- 



364 NOTES 13—17. 

même que l'agriculture et l'élève du bétail n'y sont possibles qu'à l'aide de 
soins artificiels, c'est-à-dire lorsqu'on peut amener de l'eau sur le sol et ie 
rendre propre à la végétation du blé et du trèfle. Ceci se fait au voisinage 
de tous les établissements qui sont toujours situés de façon à pouvoir être 
irrigués. Voy. Anales del Mus. publ. de Buenos-Ayres, t. I, p. 90. 

13 (166). Grisebach, dans son ouvrage La végétation de la terre (trad. en 
français, Paris, 1875, in-8), donne aux Pampas stériles le nom de Chanar- 
steppes, emprunté aune des principales plantes. Mais le chanar est souvent 
absent et d'autres espèces d'arbustes y sont aussi, sinon plus répandues, par 
exemple hjarilla, — Le nom de l'ensemble de la plaine argentine est Pampa 
et non steppe. 

14 (166). Les Argentins appellent les forêts monte, bien que cette expres- 
sion en espagnol ait la signilication de montagne, comme le prouve le nom 
de Montevideo. Elle tire son origine d'une dénomination générale employée 
par les soldats espagnols à l'époque de la première occupation ; en voyant 
des forêts seulement sur les endroits montagneux et dans les ravins, et 
formées d'arbustes assez clair-semés, ils les appelèrent mowie, c'est-à-dire 
bruyères. Cette dénomination passa aux Gauchos et a été adoptée peu à peu 
par le reste de la population, parce qu'on ne voyait nulle part de vraies 
forêts avec de grands arbres et un feuillage touff'u, les selvas des Espa- 
gnols. L'expression monte pour signifier des fourrés d'arbrisseaux et de 
bruyères se trouve chez les anciens écrivains espagnols. 

15 (170). J'ai donné, dans les Anales del Museo Publico de Buenos-' Ay res, 
t. I, p. 104, une description plus détaillée des bassins salés et de la croûte 
de sel ; elle sera reproduite plus loin dans le quatrième livre de cet ou- 
vrage. Darwin parle aussi de sel de cuisine dans son Voyage, t.I, chap. 4, 
— La saline de Catamarca a été étudiée par M. Fr. Schickendantz; voy. 
note 23. 

16 (170). C'est un vieux principe d'expérience que les cultures faites sur 
des terrains vierges sont productives seulement lorsqu'on a à détruire une 

^PÛM/kA^ végétation antérieure naturelle pour la remplacer par une autre artificielle, 
-s j ^ Cette dernière, en se plaçant au point de vue de l'organisation des plantes, 

M/^y\j£ll'*^^'^ est toujours inférieure à celle qu'elle doit supplanter. Ainsi, au Brésil, on 
i cultive le café en défrichant les splendides forêts vierges, et on plante les 

* faibles arbrisseaux de caféier sur leur sol. Mais les Pampas, même les fertiles, 

ne produisent qu'un très-misérable tapis de verdure, composé de plantes 
inférieures au blé qu'on veut y cultiver. Ces tentatives ne réussiront ja- 
mais; les Pampas doivent rester en territoire de pacages et ne pourront 
fournir à l'agriculture que quelques endroits plus favorisés, mais ne se trans- 
formeront jamais sur toute leur étendue en une terre labourable féconde. 
On peut demander au sol seulement ce qu'il a, ou quelque chose d'analogue, 
en rapport avec sa nature. Il ne rendra jamais ce qu'il ne peut produire. 
Ce sont là des principes positifs établis dans la chimie agricole de Liebig. 

17 (171). Qu'on voie ma description de la forêt d'algarrobes à Chocul, 
dans le tome I de mon Reise, p. 143, et l'emploi du fruit, tome IL 



[Uîr^A^J^ 



NOTES 18— !24. 365 

pag. ^4i. J.a boisson qu'on eu tire s'appelle aloja, et elle est enivrante, 
Voy. loc, cit. 225. 

18 (172). Mon ancien collègue à l'université de Halle, M. le professeur 
De Schlechlendal, a fait connaître cette plante dans la Botanische Zeitung 
(18t>l, n^-ââ), d'après des fruits que je lui ai envoyés. Voy. mon Reise^ t. II, 
p. 105. J'y mentionne plusieurs autres arbres de cette forêt. Je passe sous 
silence, pour le moment, les particularités de cette végétation qui sera 
décrite dans le cinquième livre de cet ouvrage. Notons seulement que l'ex- 
pression Gran-Chaco est à moitié d'origine indienne : Chaco chez les In- 
diens désigne la méthode de chasse employée pour traquer le gibier sur 
de vastes plaines. (P. Lozane, Hist.^ etc., 1. 1, p. 284). 

19 (173). Voy. l'article : La forêt vierge des tropiques, dans le second 
volume de mes Geologischen Bilder. Quant à la forme de cactus mentionnée 
ici, il faut probablement, d'après M. le professeur Hieronymus, la rapporter 
au Rhipsalis cassatha. Hook. Exot. Flor. I, p. 2, pi. 2, dont le fruit doux, 
comme nos groseilles, est très-recherché parles perroquets. 

20 (174). J'ai décrit brièvement dans mon Reise, t. II, p. 48, ces beaux 
palmiers restés inconnus jusqu'à ce jour, et j'ai mentionné les forêts qu'ils 
constituent. Les palmiers forment encore de grandes forêts clair-semées dans 
la région orientale d'Entrerio3 près du Rio Uruguay, et s'étendent au sud 
jusque sur les îles entre les embouchures du Parand; mais ils manquent 
absolument dans toute l'étendue du côté occidental de la république. Le 
Trinax est mentionné dans mon Reise, t. I, p. 389. 

21 (174). Notre description de la Patagonie s'appuie principalement sur 
un article de MM. Heusser et Claraz dans la Zeitschr. d. Gesellsch. f. 
Erdkunde zu Berlin, t. II, p. 324. Comraq je n'ai pas visité moi-même le 
pays, je suis forcé de recourir à des observations étrangères. 

22 (176). Darwin, dans son Voyage d'un naturaliste, chap. IV, a décrit 
une de ces lagunes salées. Gomme toutes les lagunes de cette contrée, elle 
contient de l'eau momentanément et se dessèche complètement en été. 

23 (179). Voy. Fr. Schickendantz dans Petermann's geogr. Mitth., 1868, 
p. 143. Cet auteur, très-bien renseigné sur la partie où la saline est le 
mieux développée {Boletin de la Academia d. cienc. Exacte t. I, p. 240 et 
suiv.), a essayé de prouver que le sel des salines ne provient pas de lacs 
salés préhistoriques, débris d'une ancienne mer, mais qu'il est de formation 
secondaire par la décomposition des roches voisines. Nous renvoyons à son 
mémoire sans entrer plus à fond dans les raisons sur lesquelles il appuie 
son opinion. Le niveau de la saline ne m'est pas connu avec certitude. 
D'après Martin de Moussy (Descr. de la conféd. Arg., t. I, p. 216) la région 
de Chumbiche est à 345 mètres et celte localité est assez exactement au 
même niveau que la saline. 

21 (180). Voy. 1). Pampeo Moneta dans Infornin sobre practicahi' 
lidad, etc., del ferro carril central Argentino, etc., p. 17, Huenos-Ayres, 
1867, in-8. L'observation, émise avec raison par l'auteur, que les lacs salés 
avec écoulement constant doivent se dessaler, a déjà été faite par Darwin 



366 NOTES Ïi5— 30. 

dans son Voyage d'un naturaliste, chap. IV. Le petit crustacé dont il est 
fait mention et qui est commun dans les lacs salés des steppes de la Russie 
méridionale (lac d'Elton), s'appelle Artemla salina. Je ne l'ai pas observé 
jusqu'ici en pays argentin. 

25 (183). On trouvera une note courte avec carte dans Petermann's 
(jeogr. Mittheil, 1860, p. 369, et une autre plus détaillée dans Neumann's 
Zeitschrift für Erdkunde. N. F., t. IX, p. 337. 

^6 (184). J'ai consigné les résultats de cette étude dans Petermann's 
geogr. Mittheil. 1864-, p. 86, et les ai comparés avec les miens. Je n'ai pu 
consulter une relation antérieure publiée dans le Journ. ofthe Royal Geogr. 
Soc.of London, 1861 , p. 155. 

27 (190). J'ai mal tracé le cours du Rio Jagué dans mon Voyage (t. II, 
p, 258), ainsi que dans Petermann's geogr. Mitth. 1860, p. 371, et dans la 
Zeitschr. f allg. Erdk., t. IX, p. 347. Je le fais en effet traverser la mon- 
tagne à l'est et couler du sud au nord, tandis qu'il coule du nord au sud et 
reste dans la même vallée sans couper la montagne. C'est ce que fait le Rio 
Fiambalâ, plus au nord, que j'avais confondu avec le Rio Jagué. Ces erreurs 
ont été corrigées dans Petermann's geogr. Mitth. 1863, p. 111 et 1864, 
page 87. 

28 (193). M. Mühry, dans son Tableau climatologique de la terre, a ex- 
pliqué mon observation sur le vent d'ouest violent à cette hauteur en l'at- 
tribuant au contre-alisé supérieur. Voy. son ouvrage, p. 30 et 31 . Darwin 
dit également {Voyage d'un naturaliste, chap. IV) que sur le sommet des 
Cordillères méridionales le vent vient toujours de l'ouest avec une grande 
force, et propose une explication analogue à celle du contrealisé. Strobel 
aussi a fait la môme observation. {Petermann's geogr . Mitth. iHlO, p. 299). 

29 (194). Mon ancien collègue de l'université de Halle, M. le professeur 
Girard, à l'examen duquel j'ai soumis les trachytes du plateau des Cordil- 
lères, m'a fait remarquer qu'ils possèdent un aspect perlé très-particulier 
qui pourrait dénoter un rapide refroidissement de la matière eruptive re- 
jetée au dehors. Leur couleur très-foncée, presque noire, est remarquable 
aussi, ainsi que leur mélange avec divers amalgames noirs et rouges de la 
roche fondamentale . On peut affirmer qu'il n'existe encore aucun autre tra- 
chyte semblable connu sur la terre. Voy. sur le trachyte des Cordillères 
distingué par le nom d'andésite, Humboldt, Cosmos, tom. IV, pages 4-75 
et 633. 

30 (197). Depuis mon voyage sur le plateau des Cordillères en 1860, le 
gouvernement national a fait construire pour les voyageurs le long des routes 
plusieurs petites et solides maisons appelées casuchas que je vais énu- 
mérer pour fixer l'orientation des routes . 

Huit casuchas sont sur la route que j'avais suivie : la première à la la- 
gune de las Mulas Muertas, la seconde à la lagune Rrava, la troisième au milieu 
de la distance entre cette dernière lagune et laBarranca Bianca, la quatrième 
sur l'Arroyo Blanco, au fond du ravin, la cinquième dans le Zangon, derrière 
le Rio Salado, la sixième au bord du plateau occidental, vis-à-vis du volcan 



>WES 31—33. 367 

de Gopiapô, la septième au Penasco de Diego, et la huitième à l'embouchure 
du Rio Cachito, dans le Rio Piuquenes. 

Une autre roule également très-fréquentée vient de La Rioja, part du 
Jagué et traverse le plateau en se dirigeant au nord-ouest, vers le Porte- 
zuelo de Gome Caballos, et se divise en plusieurs voies parallèles. On y 
trouve seulement quatre casuchas, car cette route, quoique plus longue, 
suit en grande partie des vallées où il n'existe aucun grand dang^er. La 
première est située sur le chemin qui part de Guandacol, prés de l'Aloja- 
niientode Pasto Amarillo, la deuxième à la Gueva de Pastos Largos, la troi- 
sième sur le sentier qui vient de Jagué à la Gueva du Rio Rlanco, et la 
quatrième un peu plus au nord, à l'Enibocadura du Rio Gome Gaballos dans 
le Rio Rlanco. Toutes les casuchas et localités seront exactement indiquées 
sur une carte spéciale du plateau des Gordillères, qui paraîtra dans l'atlas de 
cet ouvrage . 

31 (198). Les résultats de cette exploration ont été consignés par M. Ed- 
ward Flint dans \eJotirn. oftheRofj. geog. soc. of London, 1861, p. 155. 
J'ai donné une note dans Petermann's geogr. Mitth., iSGi, p. 86. (Voy. 
note 26). 

32 (201). Les indications sur la hauteur de l'Aconcagua ont beaucoup 
varié ; nous avons adopté celle de Pissis comme la plus exacte {Petermann's 
geogr. Mitth. 1864, 35). On trouvera des renseignements plus anciens dans 
la môme revue, 1858, 4i, ainsi* que sur les sommets un peu plus élevés de 
la Rolivie {Ibid., et 1860, p. 320). 

33 (204). La description des Cordillères par Humboldt, dans le Cosmos, 
t. III, pages 306 et suivantes, avec les remarques pages 546 et suivantes, 
s'applique seulement aux volcans et n'apprend rie» sur l'ensemble de la 
montagne. La partie des Gordillères qui appartient à la république Argen- 
tine fait partie de la section qui, selon lui, est sans volcans actifs et 
qui s'étend de là jusqu'au Maypu sous le 34® degré de lat. S. Mais 
dans cette étendue il existe plusieurs cônes éruptifs que l'on doit sans 
doute attribuer à des volcans, et il est permis d'affirmer qu'ils ne manquent 
nulle part depuis le désert d'Atacama jusqu'au Maypu. A l'époque où 
Humboldt rédigeait son Cosmos (1856 à 1857) il ne pouvait connaître ni le 
voyage de Philippi à travers le désert d'Atacama (1860), ni ma traversée 
des Gordillères {Geogr. Mitth., iSßO, p. 360). Ils ont paru tous deux après 
sa mort (1859) et étaient les premières descriptions de cette région basées 
sur des observations personnelles recueillies par des voyageurs scienti- 
fiques. On peut apprécier, d'après cela, l'assertion de Ilmnboldt qu'il n'existe 
pas de cône volcanique dans les Gordillères de Gatamarca et La Rioja. On 
sait aujourd'hui que ces cônes volcaniques ne manquent pas, môme sur la 
longueur du plateau des Goi'dillèi'cs, mais qu'à partir de son extrémité 
sous 29" 30' jus(|u'au 30*^ de lat. S., on ne les trouve plus que sur la chaîne 
occidentale, et (ju'ils reparaissent de nouveau môme dans la chaîne orien- 
tale, auprès de l'Aconcagua, qui, du reste, n'est pas d'origine volcanique, 
ainsi que le prouve suffisamment son sommet divisé en deux dents. Mais ils 



368 NOTES 34—39. 

sont tous en repos jusqu'au Maypu. Humboldt a fait connaître ceux en ac- 
tivité qui viennent ensuite, ainsi que les hommes à qui nous devons leur 
exploration. 11 estime le nombre de tous les cônes volcaniques dans cette 
partie des Cordillères à 24, dont 13 ont eu des éruptions dans les temps 
historiques; mais il en mentionne seulement quelques-uns avec détails. 
Comme ils se dressent tous sur le côté chilien de la montagne, nous n'avons 
pas à nous en occuper. 

34 (204). Voir la note de W. Frick sur le lac de Rinihue dans Peter- 
mann's geogr. Mitth ,1864, p. 47. Bien que ces renseignements ne soient 
pas complètement prouvés, et que notamment la communication des lacs de 
l'est avec ceux de l'ouest par un canal navigable repose seulement sur le 
dire des Indiens du pays, il semble cependant hors de doute qu'il existe là 
un passage très-bas. Le Rio de Valdivia sort du lac de Rinihue; la branche 
méridionale du Rio Negro doit être en communication avec le lac de l'est, 
mais nous n'avons là-dessus que des présomptions. Voy. aussi la note de 
A. de Conring dans la Zeitschr. f. allg. Erdk. N. F. XIX, p. 370. 
F. Rosetti a décrit les autres passages plus au nord dans Informe sobre 
la practicabilidad de un ferro carrll transandino Buenos-Ayres , 1870, 
reproduit dans Petermnnn's geogr. Mitth., 1871, p. 280. Voy. aussi la 
Zeitschr. f. allgem. Erdkunde, N. F., tom. XV, p. 444 et note 39. 

35 (205). Sur la question des glaciers dans les Cordillères du Chili, 
voy. R. A. Philippi dans Petermann'sgeogr. Mitth., 1867, p. 347 et suiv. 

36 (208). Mon savant ami, mort malheureusement trop tôt, le professeur 
F. J. F. Moyen, cite le volcan de Coquimbo dans son Voyage (t. I, p. 385), 
et Humboldt aussi dans le Cosmos (IV, p. 321 et 551), mais ils n'en disent 
rien de plus; le premier ajoute seulement qu'il est petit. Mon ami se trompe 
en niant en même temps l'existence du volcan de Copiapô ; il existe bien 
réellement comme je l'ai indiqué dans le texte. J'ai pu le voir moi-même 
pendant une demi-heure et contempler son cône puissant. 

37 (211). Ces indications sont empruntées au mémoire déjà cité, Informe, etc^ 
de l'ingénieur professeur D. Rosetli.Le projet de conduire un chemin de fer 
par la passe de Planchon est abandonné, et on ?^dopte un autre tracé par la 
Cumbre de Uspallata. Voy. le rapport de l'ingénieur J. Clark, Ferro carril 
transandino (Valparaiso), 1874. 

38 (211). Mon ami M. Pellegrino Strobel a traversé les Cordillères du sud 
par la passe de Planchon. Il a fait connaître ses observations dans plusieurs 
publications, et je renvoie à celle donnée dans Petermann's geogr. Mitth. 
1870, p. 298. 

39 (212). Voir Petermann's geogr. Mitth., 1865, p. 240, où sont men- 
tionnées les anciennes indications sur lapasse de Villarica; également, la 
Zeitschr f. allg. Erdk. N. F. XV, p. 444 et XIX, p. 370. Azara en parle 
dans son Hist. de Parag., I, p. 167 et suiv., et dit qu'elle a un mille de 
large. Ses indications sont encore plus détaillées dans le Voyage, etc, t. II, 
p. 48, où il affirme que les Espagnols allaient autrefois au Chili par cette 
passe avec des chars, jusqu'au moment où les Aucas les en empêchèrent. 



NOTES iO— 46. 369 

40 (215). Mes reiiseigneinents sur la Sierra Famatiiia s'appuient sur un 
niémoire manuscrit de M. W. Wheelwright qui avait fait explorer la mon- 
tagne par M. Naranjo au point de vue de sa richesse métallurgique. J'en 
parlerai avec plus de détails dans la partie géologique de cet ouvrage. Sur 
le.^ formations de l'époque houillère il faut consulter le mémoire intitulé 
Carbon de Piedra Argentino, etc., por Klappenbach y Garmendia, Buenos- 
Ayres, 1872, in-4". 

41 (224). La meilleure description de cette petite montagne de la Sierra 
de Buruyaco a été donnée par M. Pompeo Moneta dans une carte du projet 
de chemin de fer de Cordova à Jujuy, publiée dans la Zeitschr. d. Gesells- 
chaft f. Erdkunde in Berlin, t, III, pi. IV. Voir ma note dans Petermann's 
geofjr. Mitth., 1868, p. 44. 

42 (229). Dans ma carte, publiée dans Petermann's geogr. Mitth., 1868, 
pi. 4, j'ai représenté par erreur î'Atajo comme relié immédiatement à la 
Sierra de Belen. Cette connexion n'existe pas, car une quebrada assez large 
sépare les deux chaînes de montagnes. L'extrémité de la Sierra de Belen 
est prolongée aussi trop loin à l'est; elle aurait dû être placée plus à 
l'ouest jusqu'auprès deSan-Fernando. 

43 (232). Voir Petermann's geogr. Mitth. Ergänz. Hft. N. II, p. 23, 1860. 
Le voyage de M. Tschudi le conduisit sur une route rarement suivie par des 
observateurs sérieux et qui traverse le plateau de Puna. Il confirme sa res- 
semblance parfaite avec le désert d'Atacama. 

44 (233). Cette région de Salta est très-exactement représentée sur la 
carte déjà citée, note 41, de M. Pomp. Moneta. On y reconnaît clairement le 
parallélisme des crêtes. Une erreur s'y est glissée parce que j'avais dit que 
le Bio Jujuy et son tributaire le Bio Lavayen se jettent dans le Bio Ver- 
mejo à l'Esquina Grande. L'embouchure est plus loin au nord, presque 
sous le 23^ degré de lat. S, à environ 10 lieues au sud d'Oran. La rivière 
qui se jette dans le Bio Vermejo à l'Esquina Grande est le Bio del Valle, 
qui descend du versant sud-ouest de la Sierra Lumbrera et coule par con- 
séquent sur le côté opposé de la sierra. 

45 (234). C'est par une erreur de copie que l'altitude de Cordova dans 
mon Voyage est portée seulement à 1178 pieds, 8; je l'ai reconnue plus 
tard en faisant de nouvelles mesures, et elle doit être fixée à 417 mètres. 
Avec cela il ne faut pas négliger le bombement plus prononcé de la contrée, 
qui est assez considérable et doit s'élever au moins à 50 pieds. M. Moneta 
dans son Informe, etc., déjà cité, donne 394 mètres pour Cordova; mais il 
m'a dit plus tard que ce chiffre était trop faible et qu'il fallait le remplacer 
par 408 mètres, 5. La véritable altitude de Cordova pourrait donc bien se 
trouver entre la mienne et celle-ci. L'observatoire astronomique nouvelle- 
ment construit n'est pas dans la vallée de la rivière, mais au niveau de la 
Barranca et se trouve ainsi un peu plus élevé. 

46 (235). Une grande carte de la province de Cordova, publiée ici depuis 
peu par Santiago Echemique (Buenos-Ayres, 1866), indique ces relations 
assez exactement, mais contient beaucoup d'erreurs de détail. 

RÉP. AUG. — I. . 24 



370 NOTES 47 — 54. 

47 (237). M; le docteur A. Stelzener, ancien professeur de minéralogie à 
l'université de Cordova, a donné dans les Anales de agricultura, t. 1, 
p. 184 et 202, une courte description de la Sierra de Cordova, à laquelle 
j'ai eu recours pour compléter mes propres observations. 

48(238). M. H. Avé Lallemant a publié dans laPlata Monatsschrift, iSl 3, 
Aprilheft, p. 126, et dans les Anales de arjricultura, t. I, p. 82, quelques 
notes sur la richesse aurifère de la Sierra de San-Luis. 

49 (240). Les roches citées ici sont indiquées comme connues de lui- 
même par M. H. Avé Lallemant, dans La Plata Monatschrift, 1873, 
Märzheft, p. 75. 

50 (240). Dans ma description de la petite chaîne de la Pampa je me suis 
appuyé sur celle qui en a été donnée par MM. J.-G Heusser et G. Claraz 
sous le titre : Ensayos de un conocimiento geognostico-fisico de laprovincia 
de Buenos- Ayres. N^i. La Cordillera entre el Cabo Corrimtes y Tapalqué, 
Buenos-Ayres, 1863. in-8. On trouvera encore une autre petite note de 
M. de Gonring dans la Zeitschr. f, allg. Erdk. N. F. XV, p. 261. 

51 (242). M. Bravard a publié en 1857 à Buenos-Ayres une carte géolo- 
gique de la Sierra Ventana, que j'ai utilisée pour ma rédaction. L'auteur 
donne 1062 mètres pour lepoint le plus élevé, tandis que Heusser et Glaraz, 
dans leur Ensayos, etc., p. 17, d'accord avec Fitzroy, la fixent entre M60 
et 1170, d'après des mesures trigonométriques. 

52 (248) . Nous traiterons brièvement des affluents orientaux du golfe de 
la Plata, non-seulement parce qu'ils n'appartiennent pas à la république 
Argentine pour la plus grande partie de leur cours, mais encore parce 
qu'ils ont été décrits très-complètement par M. Martin de Moussy : Des- 
cription geogr. etstatist. de la confédér. Argent., t. I, p. 71 et suiv.; il 
les a considérés surtout au point de vue de leur utilité pour la navigation, 
ce qui sort des limites de notre étude purement scientifique . Les descrip- 
tions les plus détaillées sont consacrées au Bio Uruguay et au Bio Paraguay, 
donf la république Argentine ne possède que la rive occidentale, bien que 
le chenal navigable soit complétemnnt à sa disposition. En effet, par des 
traités conclus avec les républiques de l'Uruguay, du Paraguay et avec le 
Brésil, les trois principaux fleuves, l'Uruguay, le Paranâ et le Paraguay, 
ainsi que tout le golfe de la Plata, ont été déclarés ouverts à toutes les na- 
tions, et tout le monde pieut y naviguer sans rencontrer d'entraves de la 
part des Etats limitrophes. En cas de guerre seulement chacun de ces Etats 
pourrait prendre les mesures qu'il jugerait propres à la défense de son ter- 
ritoire. 

53 (253) . Consulter sur ce point mon Reise durch die la Plata-Staaten, 
t. I. p. 66 et suiv. 

54 (25 i). Les limites revendiquées par les deux États sont indiquées sur 
la carte du Paraguay qui a été publiée dans la Zeitschrift für allgemeine 
Erdkunde, N. F. t. XIII, pi. I. Les sources du Bio Grande sont mieux 
représentées sur la carte de la province de Minas Geraes, qui se trouve dans 
le cahier complémentaire des Geogr ^ Mitth. de 1862, et qui a été dessinée 



NOTES 55-60. . 37! 

par ringéiiieur provincial Halfeid. Dans mon voyage au Brésil j'ai pu étudier 
par moi-même les deux sources les plus à l'est, le Ribeiron Grandahi et le 
Rio das Mortes. La carte d'Halfeld ne donne qu'en partie la région du bras 
septentrional, le Rio Paranahyba; on y voit cependant le Rio Bartho- 
lomeo et le confluent des deux rivières à Santa-Anna de Paranahyba. 

55 (255) Afin de faciliter l'intelligence du texte, je renvoie à l'article de 
l'auteur de cette loi dans le Bulletin de l'Acad. imp. des scienc. de Saint- 
Pétersbourg,, t. II, p. 218, et l'appendice, t. VII, p. 311. Les observations 
consignées dans plusieurs revues géographiques ont confirmé l'existence de 
cette loi. Voy. Petermann's (jeogr. Mitth., 4871, p. 174. 

56 (256). Les petits rapides, près de l'île Apipé, sont indiqués sur la carte 
publiée dans Zeitsch. f. allg. Erdk., t. XIII, pi. 1. 

57 (257). Consulter mon Voyage au Brésil, p. 152, sur cette pause des 
pluies tropicales, appelée veranico par les Brésiliens. 

58 (260). J'ai donné des détails sur les îles flottantes dans mon Reise 
durch die la F lata- Staaten, t. 1, p. 100 et 35i. J'y renvoie le lecteur ainsi 
qu'à ma lettre à Al. de Humboldt imprimée dans Neumanns Zcitschr. f. 
allgem. Erdk. N. F., t. V, p. 74. La plante principale des îles flottantes 
est le Pontederia aznrea, sur lequel mon collègue De Schlechtendal a 
donné, d'après mes dessins, une description détaillée dans Abhandl. d. na- 
turf. Gesellsch. zu Halle, t. VI, 1861. Les longues tiges flottantes dans l'eau 
avec leurs racines se feutrent et forment peu à peu une base solide, sur 
laquelle se peuvent tenir, quoique un peu enfoncés, même de gros animaux 
comme des onces, des cerfs et des tapirs {Hydrochoerus Capybara). 

59 (262). Les sources du Rio Paraguay ont été visitées récemment par un 
voyageur du pays, qui, en sa qualité d'ancien capitaine de navire, est em- 
ployé aux travaux topographiques et semble mériter confiance, bien que 
son rédt dénote chez lui une instruction superficielle. Il repousse avec as- 
surance l'opinion enseignée auparavant que le Rio Paraguay sort de sept 
petits lacs {Las siete Lagoas), et trace sur sa carte l'origine des deux cours 
d'eau comme nous l'avons décrite dans le texte. Les sept lacs sont au 
sud et ont un déversoir particulier qui se dirige au nord et s'ouvre dans le 
Rio Amulars. La source véritable et la plus septentrionale du Paraguay est 
ce Rio Amular. Voy. Bartol. Bossi, viage pintor, etc.jcort descripc. de la 
provincia de Matto Grosso, Paris, 1863, in-8, p. 79 et 117. La carte du 
lieutenant Page, en seize feuilles, publiée par le gouvernement des États- 
Unis, est la meilleure pour le cours inférieur des deux fleuves le Paraguay 
et le Paranâ, à partir du 19" de lat. S. Nous y renvoyons, comme à la 
source la plus récente de nos renseignements, ainsi qu'à la copie réduite 
dans Idi Zeitschr. f. allgem. Erdk., t. V., pi. 4 et 6, sur laquelle notre 
description s'appuie en partie 

60 (263). Je ne puis admettre avec le lieutenant Page que les crues des 
deux fleuves le Paranâ et le Paraguay sont en opposition, car elles doivent 
leur origine aux mêmes pluies tropicales. Puiscjue celles-ci commencent au 
Brésil, au sud de l'Equatiîur, seulement avec octobre ou au plus tôt à la 



372 • NOTE 60. 

fin de septembre, leur eflet ne peut pas se faire sentir sur le Paraguay 
déjà en octobre, mais seulement plus tard, plus tôt cependant que sur le 
Paranâ, parce que le Paraguay n'a pas de rapides pour faire obstacle 
au courant et retarder la progression de la crue. C'est pour cela que la 
hausse du niveau de l'eau dans le Paranâ se fait sentir presque deux mois 
plus tard. Pour la même raison les hauts niveaux se maintiennent plus long- 
temps dans le Paraguay, car la forte crue du Paranâ refoule les eaux du 
Paraguay et amène en été (février) une augmentation un peu plus forte, 
nommée la repunta. Lorsque Azara dit que la hausse du niveau de l'eau à 
l'Ascencion se montre seulement en février (Hist. du Parag., I, 36), il en- 
tend évidemment son point extrême et non son commencement, comme l'in- 
dique son expression. Mais les deux fleuves doivent baisser assez simulta- 
nément. Le Paraguay, en effet, ne peut pas décroître plus tôt que le Paranâ, 
puisque la crue de ce dernier oblige aussi le Paraguay à se maintenir haut, 
son embouchure dans le Paranâ ne lui permettant pas de descendre de bonne 
heure plus bas que le niveau de celui-ci. Les choses se passent de même sur 
l'Uruguay. Lui aussi est forcé à rester haut par la crue du Paranâ, puisque 
la masse des eaux de ce dernier est beaucoup plus considérable que celle de 
l'Uruguay et contraint le fleuve le plus faible à se régler sur lui . 

Dans le texte je n'ai pas parlé de l'élévation au-dessus de l'Océan du ni - 
veau de l'eau dans le Rio Paranâ et le Rio Paraguay, parce qu'elle varie 
suivant les années et les saisons. Le lieutenant Page trace sur sa carte un 
profil des rives hautes orientales des deux fleuves et au-dessous le niveau 
de l'eau par une ligne droite. On trouve, d'après l'échelle, les hauteurs 
moyennes du niveau de l'eau pour les localités suivantes : 

Montevideo pieds. 

Ruenos-Ayres 10 — 

San-Pedro iO — 

Rosario 60 — 

Paranâ.. 90 — 

La Paz 112 ->. 

Goya 145 — 

Rellavista 170 — 

Corrientes 200 — 

Ascension 255 — 

Concepcion (22° 2') 285 — 

Au Pan de Azucar 310 — 

Gorumba (19° lat. S.) 340 — 

La distance de Gorumba à Montevideo en ligne droite, déterminée d'après 
le méridien, est de 16 degrés; le fleuve descend doncde 21 pieds par degré de 
latitude, ou bien, comme la dernière distance de la courbure au sud-est jus- 
qu'à l'embouchure est longue de plus de deux degrés, à peine de 20 pieds 
par degré de latitude; par suite, 4 pouces (j de pied) par minute géogra- 
phique, ou 16 pouces par mille géographique. Une autre observation due 



NOTES 6i , 62. 373 

au nièiiie explorateur est l'accroissement de la température de l'eau dans 
les deux fleuves du sud au nord . Comme ils viennent de régions à haute 
température moyenne et sont alimentés par les pluies tropicales qui tombent 
sur un sol très-échauffé, l'eau doit d'abord être très-chaude dans les deux 
fleuves, mais celle du Paraguay plus que celle du Paranâ. Page a en effet 
constaté (jue l'eau du Paraguay était plus chaude que la température 
moyenne de l'air, et ne paraissait un peu fraîche que dans les jour- 
nées brûlantes. Ordinairement la différence ne dépasse pas 3 à 6 degrés 
Fahrenheit en faveur de l'eau, et les localités les plus au nord ont présenté 
la plus grande différence et celles plus au sud la plus faible. Le Paranà est 
plus frais que le Paraguay, et pendant le jour ne semble pas dépasser la 
température de l'air. L'expédition a calculé aussi le débit d'eau du Para- 
guay. Je renvoie le lecteur à l'ouvrage de Page, p. 605. 

61 (269) Cette disposition est clairement indiquée sur la belle carte de 
M. Pompeo Moneta dans la Zeitschr. d. Berliner Gesellsch. f. Erdk.^ 
t. m, pi. 4, à laquelle je renvoie le lecteur. Je profite de l'occasion pour 
corriger une erreur de rédaction qui fait déboucher les deux rivières réu- 
nies dans le Rio Vermejo à l'Esquina Grande. Elles se rejoignent au sud 
d'Oran, et c'est le Rio Lavayen qui vient aboutir à l'Esquina Grande . 

62 (270). Je réunis ici quelques données sur la navigation du Rio Ver- 
mejo et sur le tremblement de terre d'Oran. 

Mon ami M. Pompeo Moneta, aux beaux travaux géographiques sur la 
république Argentine duquel j'ai eu si souvent recours, a fait aussi des 
études sur le Rio Vermejo, publiées dans le journal El Nacional du 
22 mai 1861 . D'après lui, le cours supérieur de la rivière, jusqu'à l'em- 
bouchure de l'Arroyo Colorado, 2 lieues au-dessus d'Oran, offre plus le 
caractère d'un torrent impétueux que celui d'une rivière . Il roule de nom- 
breux cailloux, coule entre des berges étroites et escarpées et n'est plus 
navigable. L'étendue elle-même depuis la jonction des deux branches à la 
Juntas de San-Francisco jusqu'à Oran n'est praticable que durant les 
grandes eaux. A partir de là, jusqu'à 16 lieues au-dessus d'Esquina Grande, 
on trouve dans le lit de la rivière beaucoup d'endroits sans profondeur 
formés par des bancs de sable, qui se modifient continuellement sous l'ac- 
tion du courant. Pendant l'étiage le plus bas la profondeur d'eau ne dépasse 
jamais plus de 26 pouces et en beaucoup d'endroits seulement 18. Au- 
dessous d'Esquina le caractère reste le même, bien que les bancs ne soient 
pas aussi nombreux jusqu'à Langayé; plus loin le chenal devient plus pro- 
fond, mais il est rendu très-difficile et môme dangereux par des troncs 
d'arbre en partie recouverts d'eau. Enfin il existe un rapide à 30 lieues 
avant l'embouchure dans le Rio Paraguay, le Salto de Iso, dont la chult; a 
seulement 10 pouces. Il nuit cependant à la navigation, car une pointe de 
rocher, recouverte dans les hautes eaux, fait saillie au milieu du courant et 
h> divises en deux bras. La largeur de la rivière îitteint en moyenne 
liO varas, mais se rétrécit aux nombnMix coudes juscjuà 35 varas, parce 
qu'elle y forme un banc de sable très-étendu ([ui empiète sur le chenal. Ces 



374 NOTES 63, 64. 

endroits ont un courant rapide et sont difficiles à traverser. Le fond de la 
rivière est de sable, sans galets ; mais les troncs d'arbres qui commencent 
à 50 lieues au-dessus d'Esquina le rendent dangereux. La crue des eaux 
commence à se faire sentir en décembre, la rivière monte jusqu'à la fm de 
janvier, reste fixe ensuite, commence à descendre en avril et mai et atteint 
en juin son niveau le plus bas, qui dure jusqu'à la fin de novembre. La 
différence en février est de 7 à H pieds, et pendant ce temps la rivière a 
un courant assez rapide, estimé par M. Moneta à 7200 varas à l'heure et 
le plus lent des basses eaux à 3200 varas. De Juntas de San-Francisco 
jusqu'à Esquina Grande les rives sont basses et bordées de marécages avec 
d'épais halliers de saules dans lesquels apparaissent seulement çà et là des 
surfaces plus élevées de terrain solide. Le seul profit à en retirer est de les 
employer à l'élève du bétail, car la rivière inonde chaque année ces sur- 
faces. Au-dessous d'Esquina commencent les forêts du Gran Chaco, où les 
Indiens habitent et empêchent la colonisation dans cette partie. L'exploi- 
tation des arbres de la forêt est la seule utilité qu'on en puisse tirer. La 
longueur totale de la rivière de la Juntas de San-Francisco jusqu'à l'em- 
bouchure avec les sinuosités est de 300 lieues, bien qu'en ligne droite il n'y 
en ait pas la moitié, environ 120 lieues. 

Un article de l'ingénieur en chef Fr. Host, publié dans la Plata Monats- 
chift, II, p. 141, 176 et 197, contient des renseignements analogues quoique 
moins précis. Il parle aussi des deux tremblements de terre qui ont éprouvé 
ces régions en 1871 et 1873; (ibid. 204 et 206). Il estime le nombre des 
morts dans le dernier événement du 6 juillet 1873 à 400 personnes, chiffre 
probablement un peu exagéré, mais qui fait voir combien la catastrophe a 
été terrible. L'histoire du pays mentionne plusieurs tremblements de terre 
dans les contrées plus au sud. M. Martin de Moussy, dans sa Descrip. géogr. 
et Statist. y t. I, p. 340, rapporte que Cabot ressentit un tremblement de terre 
semblable sur le Paranâ, près de San-Nicolas, et que la destruction de la 
ville d'Esteco, le 13 septembre 1692, fut causée par une secousse très-vio- 
lente. On trouve dans le même ouvrage plusieurs mentions récentes de se- 
cousses ressenties même à Montevideo. 

Cependant je n'ai rien trouvé dans Guzman hist. arg. ni dans Herrera 
Dec. y etc., au sujet de la secousse que Cabot aurait ressentie sur le fleuve, 
et je présume une erreur de l'écrivain cité. On sait qu'il existe près de San- 
Nicolas un courant dans le fleuve, causé par de violents coups de vent et qui 
occasionne encore aujourd'hui des accidents de temps en temps. 

63 (272). Le voyage de M. J.-J. de Tschudi, déjà mentionné à la note 43, 
passa par la vallée du Rio Galchaqui, et donne des renseignements sur les 
localités qui s'y trouvent. Voy. Cahier complémentaire, n** 2, des, Petermann' s 
geogr. Mittli., 1860. 

64 (275). Dans mon Reise durch die la Plata-Staaten, t. II, p. 22, je me 
suis étendu sur les essais de rendre navigable le Rio Salado, et je renvoie le 
lecteur que cela intéresse à cette exposition, dont les résultats ont été briè- 
vement indiqués dans le texte. On admet la possibilité de l'entreprise, mais 



NOTES ()5 — 72. 375 

les frais d'exécution et d'entretien sont si grands, qu'elle ne promet aucun 
avantage, surtout maintenant que le chemin de fer central en construction 
va rendre inutile la voie du Rio Salado. 

65 (277). Consulter la carte déjà citée de M. Moneta dans la Zeitschr. 
d. Gesellsch. f. Erdkunde in Berlin, tom. III, pi. i, et la description 
que j'en ai tirée pour ma carte dans Petermanns geogr. Mitth., 1868, 
pi. IV. 

66 (277). J'ai décrit avec plus de détails ces afUuents du Rio Dulce dans 
mon mémoire cité dans Peterm. geogr. Mitth., 1868, p. 52, et je renvoie à 
cette description étendue. 

67 (281). J'ai publié dans Peterm. geogr. Mitth., 1864, p. 9, quelques 
observations sur les pluies quelquefois très-violentes et d'une durée de 
vingt à vingt-cinq jours qui tombent dans la région des sources du Rio 
Dulce. 

68 (282). Le jésuite Dobritzhofer, qui a vécu vingt ans (de 1748 à 1768) 
parmi les Abipones, aujourd'hui entièrement disparus, en a donné une des- 
cription encore intéressante et précieuse. Elle a été publiée en allemand et 
en latin. 

69 (283). En défrichant le sol de ces îles pour les livrer à l'agriculture, 
on dut arracher plusieurs vieux saules. On trouva il y a peu d'années un 
squelette complet de cétacé qui appartient à l'espèce vivante de baleine de 
l'océan Austral {Balanea australis, V. B.). On en conserve les fragments dans 
le Museo publice. 

70 (283). Notre description de l'estuaire de la Plata s'appuie sur la belle 
carte et la meilleure publiée en 1869 par l'amirauté anglaise sous la direc- 
tion du cap. Richard et sur sa révision ultérieure en 1872. En voici le 
titre : South- America east-cost. Rio de la Plata, compil. from the survey 
of C. Sullivan, L. SidneyandL. Daivson, etc., etc. D'après cette carte la 
largeur de l'embouchure extérieure est de 30 V2 milles géographiques, la 
largeur du grand golfe antérieur de 13 V3 milles géographiques, celle do 
l'embouchure intérieure de 12 V2 milles, la longueur du golfe intérieur 
jusqu'à l'embouchure de l'Uruguay de 26 V3 milles, la largeur de celte 
partie intérieure dans sa moitié antérieure de 10 milles, le point le* plus 
étroit entre Golonia de Sacramento et l'angle obtus au-dessus d'Ensenada 
nommé Punta Lara, de 5 V4 milles, et la largeur de la partie postérieure 
entre Buenos-Ayres et la côte en face de presque 7 milles ; enfin le goulet 
au-dessus de l'île Martin-Garcia, où le Rio Uruguay et le bras principal du 
Rio Paranà viennent s'ouvrir, de 2 milles. 

71 (284). M. Juan J. Kyle, professeur de chimie au collège national de 
Buenos-Ayres, a publié dans le Boletin de laAcademia d. cienc.y Exact. I, 
p. 234, un travail sur la salure du golfe de la Plata et sur la nature de son 
eau. J'y renvoie le lecteur. 

72 (2^7). Le projet de faire Ensenada port de Ruenos-Ayres a été conçu 
par mon excellent ami et protecteur M. William Wheelvvrigiit, créateur du 
premier chemin de fer de rAméri(iue du Sud, et esprit des plus vastes par 



376 NOTES 73 — 77. 

son initiative dans la conception d'entreprises industrielles gigantesques ; 
c'est à lui aussi que l'on doit l'idée d'un chemin de fer par-dessus les Cor- 
dillères. Malheureusement cet homme aussi actif que désintéressé, et à l'ac- 
tivité duquel la république Argentine doit ses chemins de fer, est mort le 
23 novembre 1873, à Londres, ^t a sans doute emporté avec lui au tom- 
beau son dernier projet de transformer Ensenada en un port. Il n'est plus 
personne qui se dévoue à son exécution avec l'ardeur et l'abnégation qu'il 
y apportait. C'est avec bonheur que je dédie ce témoignage désintéressé 
d'un souvenir durable à celui dont j'ai reçu tant de preuves d'affection et de 
sympathie, comme à l'homme le plus aimable, le plus respectable et le plus 
généreux que j'aie jamais rencontré. 

73 (292). Le travail souvent cité de M. Pompeo Moneta (notes 41, H) 
donne des renseignements sur ce chemin de fer au nord. En voici le titre 
complet : Informe sobre la practicabilidnd de la prolongaclon del Ferra 
carril central desde Coidova hasta Jujuy, etc., etc. Buenos-Ayres, 1867, 
in-8, c. mapa. 

74 (297). J'ai décrit le Rio Colorado dans divers articles publiés dans 
Peterm. geogr. Mitth., 1860, 372. — 1863, 111 . — 1864, 86, et 1868, 53, 
en dernier lieu d'une façon si complète que je puis être bref ici. La carte 
jointe à l'article de 1 868 donne un aperçu de tout son cours. Sur la carte de 
la deuxième partie de mon Voyage j'ai tracé seulement quelques portions du 
fleuve, parce que leur extrémité ne m'était pas encore connue. 

75 (300). Dans mon Reise, II, 257, j'ai commis une double erreur apropos 
du Rio Jagué et de son affluent le Rio de Loro. D'abord j'ai changé le nom 
de Rio de Loro en Rio del Oro, et ensuite j'ai fait passer le Rio Jagué à tra- 
vers la chaîne de Famatina et déboucher dans le Rio Fiambala. Ces deux er- 
reurs ont été reproduites dans le récit de mon voyage publié dans 
Petermann's geogr. Mitth., 1860, 369, et sur la carte qui y est jointe. Mais 
je les y ai corrigéesen 1863, p. 111, et 1868, pag.54. 

76 (306). M. Martin de Moussy, dans sa Descrip. géogr. et statist. de la 
conféd. Ar(/., p. 171, donne une longue description de cette lagune, à 
laquelle je dois renvoyer le lecteur, parce que je ne suis pas à même d'ap- 
précier son exactitude, et préfère ainsi m'abstenir d'indications plus éten- 
dues. Les gens du pays racontent beaucoup de choses sur elle, et affirment 
qu'elle a un canal de déversement souterrain, .ce qui est sûrement une er- 
reur. L'évaporation continuelle d'une surface d'eau aussi étendue que peu pro- 
fonde dans une contrée où il pleut rarement suffit à expliquer la constance 
du niveau. Dans les années pluvieuses la lagune doit se déverser au sud, 
rejoindre la lagune Curre-Lauquen, et venir se jeter par l'intermédiaire de 
cette dernière dans le Rio Colorado. Ceci est probable, mais nous ne pos- 
sédons aucun renseignement digne de foi pour tracer avec certitude ce canal 
de communication que M. de Moussy a dessiné sur la carte, pi. X, de 
son Atlas, carte aussi fantaisiste que toutes les autres du même auteur. 

77 (307). La carte de l'ingénieur-professeur Rosetti citée dans la note 34, 
et à laquelle je me réfère, dessine avec détails les sources du Rio Colorado. 



NOTES 78 — 81. 377 

D'après cotte carte, les sources du Rio Grande sont sous le 35^ de lat. S. et 
non comme on les place ordinairement, sous le 36«. Elles descendent du 
volcan Petroa et non du Chillan et de l'Antuco. On avait fait un projet de 
tracé de chemin de fer dans la région des sources du Rio Grande, par la 
passe voisine de Petroa, du Rio Valenzuelo à la vallée du Rio Tano, et qui 
partant de Ruenos-Ayres devait se diriger à travers les Pampas. La note de 
.M. Rosetti a été écrite pour exposer ce projet; mais il a été abandonné 
depuis que l'autre tracé plus facile par Mendoza et la passe de Gumbre, a 
été adopté. Nous espérons qu'il sera exécuté, car l'idée de M. M. de Moussy 
{Descrip., etc., 1. 1, p. 165) développée à l'occasion du Rio Colorado de le 
relier par un canal avec la lagune Revedero et d'ouvrir ainsi une route na- 
vigable de l'océan Atlantique jusqu'à Mendoza et San-Juan, est tout à fait 
impraticable. La portion supérieure du fleuve n'a pas assez d'eau pour 
porter même les plus petits bateaux. A cette raison vient encore s'ajouter 
l'immense détour que les marchandises auraient à suivre dans leur trajet de 
Ruenos-Ayres à Mendoza. 

78 (309). M. Martin de Moussy décrit avec beaucoup de détails le Rio 
Negro, et résume les anciens renseignements avec ce zèle méritoire qui ca- 
ractérise son œuvre. Nous renvoyons à son livre pour ces recherches an- 
ciennes, et nous nous bornerons aux faits certains, afin de ne pas répéter, ce 
qu'il a rassemblé avec soin, lui laissant volontiers le mérite d'un compilateur 
infatigable qui caractérise son œuvre, malheureusement composée sans au- 
cune espèce de critique pour la section de l'histoire naturelle. Ses cartes, 
dans l'Atlas, méritent peu de confiance ; ce sont de pures fantaisies, et 
elles manquent de toute la précision exigée aujourd'hui pour ces sortes de 
travaux. 

79 (310). Ces renseignements sont extraits du rapport de l'ingénieur Diaz 
sur la colonie du Chuhut, publié dans la Zeitschr. d. Berlin. Gesellsch. f. 
Erdkunde, II, p. 336. 

80 (3il). Au moment où je rédigeais le texte de mon livre je ne connaissais 
les résultats du voyage du lieutenant Muster que par l'extrait publié dans les 
Proc. Royal Geogr. Soc, XV, 41, 1871, reproduit dans Petermann's geogr. 
Mitth., 1871, 171. Je viens d'en recevoir la traduction allemande par Martin, 
léna, Costenoble, 1873, in-8. Je l'ai lue avec plaisir, car elle donne une 
description très-claire et très-exacte de la manière de vivre des Indiens 
Tehuelches, nation pas très-sauvage et assez sociable. L'auteur affirme aussi 
l'existence d'une forêt de pommiers dans un endroit appelé Manzanares 
(40° 25' lat. S.), que j'avais mise en doute, page 176. 11 en a mangé des 
fruits et les a trouvés assez agréables. Le nom de la localité prouve que cette 
forêt est d'origine artificielle et postérieure à la découverte du pays. Les 
Espagnols donnent en effet le nom de manzanas aux pommes. L'ancien éta- 
blissement des missionnaires du lac Nahuel Iluapé était situé un peu plus au sud. 

81 (314). Consulter ma description de cette contrée dans la Zeitschr. f. 
allgem. Erdk., t. XV, p. 225. Au bout de deux heures l'eau du Rio Sa- 
lado me domiait la diarrhéf». Elle ne faisait (|u'augmenter, car tous les ali- 



378 NOTES 82, 84. 

ments préparés avec de l'eau contiennent du sulfate de soude à dose con- 
centrée. Le jésuite Falkner connaissait déjà la communication du Rio 
Salado avec le Banado, où aboutit le" Rio Quinto, et il la mentionne dans sa 
description de la Patagonie. Voy. De Angilis, Colec. d. docum., t. I, p. 9 de 
la Descripc. de la Patagonia. 

82 (318). J'ai décrit avec détails la forêt d'Entre Rios dans mon Reise, 
t. I. p. 387- Plus au nord, dans la province de Corrientes, la végétation 
devient plus grande et les arbres prédominent, surtout dans la partie nord- 
est de cette province, les anciennes Missions des jésuites, où elle prend un 
aspect magnifique et subtropical. 

83 (319). Cette plante a été observée aussi par d'Orbigny,qui l'a fait con- 
naître sous le nom de Victoria cruciana, dédiée au président de la Bolivie, 
le général Santa-Gruz. Les indigènes l'appellent Yrupé. Voy. Martin de 
Moussj, Descrip., etc., I, 415. Sur les autres caractères physiques de la 
province de Corrientes, consulter le Regist. estad. d. l. Rep. Arg,^ t. II, 
p. 15, 1867. 

84 (320). J'intercale ici un article écrit depuis plusieurs années, mais resté 
inédit, sur le thé du Paraguay, dans lequel la plante est décrite à différents 
points de vue. 

Parmi les plantes de la région du Rio de la Plata, aucune ne joue un rôle 
aussi important dans l'existence des habitants que l'arbre ou arbuste dont 
les feuilles fournissent le célèbre thé du Paraguay et qui, sous la forme où 
elle circule dans le commerce, est désignée simplement par l'expression 
y herbe {yerba). A cet état elle forme une poudre verdâtre, mélangée avec 
de petits fragments de tiges, et elle est apportée sur le marché dans de grands 
sacs de peau de vache qui pèsent en moyenne 8 arrobes, environ 1 quintal V4 
(l'arrobe pèse 24 livres). 

La plante, arbre de faible dimension avec des feuilles toujours vertes, ne 
croît pas dans les parties principales de la république Argentine, mais 
seulement au Paraguay, dans les Missions, ainsi qu'au Brésil méridional, 
sur les limites des deux contrées. Les habitants du pays la connaissent 
très-bien ; mais à l'époque d'Azara, au commencement de notre siècle, aucun 
botaniste ne l'avait encore étudiée et nommée scientifiquement, de sorte 
que l'éditeur français du voyage d'Azara, M. G. -A Walckenaer, supposait en 
1806 que cette plante était identique avec le Psoralea glandulosa connu 
sous le nom de Culen et employé à l'instar du thé au Chili. Aujourd'hui 
cette ignorance n'existe plus, mais on ne peut étudier cette plante que dans 
les contrées où elle se trouve. Je ne les ai pas visitées, mais je vais résumer 
les renseignements recueillis par d'autres savants, et je renvoie à la descrip- 
tion qu'en a donnée W. J. Hooker dans le London journal of Botany. 
vol. I,p. 30. 

Azara le premier parle de cette plante pour l'avoir vue de ses yeux 
{Voyage, etc., I, p. 120). L'arbre, dit-il, qui fournit le thé du Paraguay 
croît à l'état sauvage dans les forets parmi d'autres buissons sur les rives 
des ruisseaux et petites rivières qui se jettent dans le Rio Paranâ et l'U- 



NOTE 84. 379 

ruguay à l'est, aussi bien que dans le Rio Paraguay à l'ouest, en remontant 
au nord jusqu'à 24" 30' lat. S. Je l'ai vu atteindre la taille d'un oranger 
de grandeur moyenne. Mais il reste à l'étal de buisson dans les endroits où 
on récolte les feuilles, parce qu'on le taille tous les deux ou trois ans, 
période de temps nécessaire pour que les feuilles se développent complète- 
ment. Elles persistent même pendant l'iiiver. La tige est d'épaisseur 
moyenne, l'écorce lisse et grise blanchâtre ; les branches sont toutes dres- 
sées comme chez les lauriers, et la plante a l'aspect d'un arbuste très- 
ramifié. Les feuilles sont elliptiques allongées, plus larges aux deux tiers de 
leur longueur, acuminées, longues de 4 ù 5 pouces et moitié aussi larges ; leur 
substance est assez épaisse, la surface luisante, le bord dentelé, le côté 
supérieur d'un vert plus foncé que la face inférieure, le pétiole court et 
rougeâtre. Les fleurs sont disposées par groupes de 30 à 40 à l'aisselle des 
feuilles, ont 4 pétales et autant d'anthères alternant avec elles. Le fruit est 
une baie polycarpienne, très-lisse, rouge violet, et ressemble pour la dimen- 
sion aux grains de poivre. 

Pour employer les feuilles, on lés grille un peu afin de se débarrasser 
des branches, on les sèche ensuite au feu jusqu'à ce qu'elles deviennent 
cassantes, et on les conserve fortement comprimées pour les employer plus 
tard, car elles n'ont aucun goût agréable aussitôt après leur préparation. 
Son emploi est général jusqu'au Chili, au Pérou et à Quito où on l'exporte. 
On apprit à le connaître d'abord par les Indiens de la famille Monday ou 
Maralayù, et aujourd'hui il est consommé en si grande quantité, que le 
chiffre s'en élève à 50000 quintaux au lieu de 12500 quintaux en 1726. On 
compte une once par personne et par jour. Un travailleur actif en recueille 
un quintal par jour et jusqu'à trois s'il s'y entend bien. 

A l'époque des jésuites on cultivait l'arbre et récoltait les feuilles en 
temps convenable ; mais depuis leur expulsion cette bonne organisation a 
disparu. Ils arrachaient aussi les feuilles avec plus de précaution et reje- 
taient les pétioles durs et ligneux, et leur yerba portait le nom de caa-miri. 
Deux autres qualités portent les noms de caa-cuys et caa-guazü ; celui-ci 
est composé de boutons à moitié développés, celui-là de feuilles entières. 
Caa signifie feuille. Le mode de pulvérisation des feuilles n'a aucune in- 
fluence sur la qualité du produit, cependant beaucoup de personnes pré- 
fèrent les feuilles peu broyées. Il est seulement indispensable que les feuilles 
.soient bien grillées et desséchées, et qu'elles soient cueillies à une époque 
convenable lorsqu'elles ne sont pas humides. On divise la yerba en deux 
catégories, sans avoir égard au mélange de petites branches; la première 
et la plus recherchée est la douce {yerba dulce), la seconde est la forte 
{yerba fuerte). Celle-ci est consommée au Paraguay et au Rio de la Plata ; 
l'autre est exportée, 1000 quintaux à Potosi, le reste au Chili, au Pérou et 
à Quito. 

Tels sont les renseignements d'Azara. J.-R. Rengger, qui a vécu long- 
temps au Paraguay, dit quelqutî chose du thé du Paraguay à la fin de son 
Voyage, p. 488. Il décrit l'arbre, mais dift'ère un peu sur les diverses 



380 NOTE 84. 

sortes énumérées par Azara. D'après lui, l'espèce la plus fine est la caa- 
miri, composée uniquement de feuilles grillées au feu et pilées dans un 
mortier; l'espèce la plus commune, qui outre les feuilles contient encore 
de petites branches, porte le nom de yerba de palos ; les qualités les moins 
estimées et mélangées sont la caa-guazd, caa-vera, aperea et caa caara; 
mais elles étaient rares à son époque. Ses autres renseignements concordent 
avec ceux déjà donnés. Jusqu'en 1822 on ne connaissait la plante que sous 
la dénomination de mate ou thé du Paraguay. A cette époque Aug. de 
Saint-Hilaire trouva cette plante à Curitiba, dans la province brésilienne de 
Saint-Paul, où elle est commune dans les forêts, et la décrivit dans les Mé- 
moires du Muséum d'histoire naturelle, vol. IX, p. 351, sous le nom à' Ilex 
Paraguariensis. Deux années plus tard (1824), Lambert, dans un supplé- 
ment à son ouvrage coûteux sur les Pinus, donna une description et la 
première figure de cette plante, sous le nom de Ilex Paraguay ensis, déno- 
mination qui est la meilleure et mérite la préférence, d'autant plus que 
Saint-Hilaire a changé la sienne plus tard en Ilex Maté dans l'Histoire 
des plantes les plus remarquables du Brésil et du Paraguay. La rareté de 
l'ouvrage dispendieux de Lambert faisait désirer que cette plante remar- 
quable, dont un petit pied existait au jardin botanique de Glasgow, fût 
connue d'une façon plus générale ; mais on manquait de fleurs et de fruits . 
Enfin M. Hooker a reçu par un M. Tweedie une branche sèche etplustard une 
autre avec un fruit. Mais ce fut seulement beaucoup plus tard qu'il put se 
procurer, par l'intermédiaire de M. Miers, un rameau en fleur, pris au 
jardin botanique de Rio Janeiro, où la plante est cultivée. Bien que la forme 
des feuilles des différents exemplaires ne soit pas identique, Hooker croit 
cependant qu'ils appartiennent tous à une seule espèce. Il trouve, en effet, 
des formes intermédiaires qui établissent les transitions, et n'admet qu'un-^ 
seule véritable espèce. 

Hooker ajoute à sa description quelques remarques empruntées à d'au- 
tres auteurs qui fournissent des renseignements nouveaux sur la répartition 
et l'histoire de la plante. D'après Wilcockes (History of the Republic of 
Buenos- Ayr es), la récolte la plus considérable de la yerba se fait dans les 
parties orientales du Paraguay, près de la Sierra Maracaya, où l'arbre est 
cultivé dans les vallées entre les chaînes de hauteurs et jamais sur 
celles-ci. 

Il court parmi les habitants du pays des idées très-diverses et souvent 
exagérées au sujet des effets produits sur le corps par l'usage de cette 
plante. Il est bien certain que la boisson est rafraîchissante et diurétique, 
comme je l'ai constaté sur moi-même, mais les autres propriétés sont dou- 
teuses. Elle paraît, comme l'opium, excitante pour les tempéraments mous, 
et calmante pour les tempéraments nerveux; mais l'usage exagéré devient 
malfaisant, comme celui de toutes les boissons tonifiantes. Dans les districts 
miniers on préfère le maté au vin, parce qu'on croit ce dernier nuisible. Les 
créoles d'origine espagnole se sont tellement accoutumés à cette boisson , 
qu'ils ne vont jamais au travail sans elle et boivent du maté avant de manger. 



NOTE 84. 381 

Nous empruntons les renseignements suivants sur l'ancienne métho<le de 
récolte à la publication de Robertson intitulée : FranckCs Relgn of Terror, 
or Paraguay, asitis. Les principales yerbales ou forêts à thé du Para- 
guay sont situées près d'une pauvre petite ville qui porte le nom prétentieux 
de Villa Real de la Concepcion, d eiw'iron ibO milles anglais plus au nord 
que l'Asuncion. Formées d'arbres et d'arbustes touffus, épineux et impéné- 
trables, peuplées d'insectes et de reptiles venimeux, on ne peut s'y frayer 
une route qu'à l'aide de bœufs et de mulets, indispensables à ceux qui 
s'occupent de la récolte de layerba. Ils emploient les premiers à leur nourri- 
ture, les seconds au transport de la récolte. Les malheureux animaux souf- 
frent beaucoup des piqûres des moustiques, et les travailleurs ou péons cher- 
chent à se protéger les mains et les pieds avec des peaux rouges enroulées, 
et s'attachent devant le visage une visière de peau de mouton préparée. La 
troupe se compose de 20 à 25 personnes sous la direction du commerçant à 
qui le gouvernement a donné la permission de récolter. Il fait connaître pu- 
bliquement son dessein, et choisit ses compagnons parmi les habitants du 
district qui sont le plus au fait de ce travail. L'entrepreneur donne à 
l'avance tout ce qui est nécessaire à ces gens pour le voyage et fournit tous 
les ustensiles. Durant le voyage on construit chaque soir une charpente 
haute de 15 pieds pour y dormir à l'abri des mouches qui ne volent jamais 
aussi haut, et pour n'être pas inquiété par les jaguars et les serpents qui 
rôdent dans la forêt. Arrivée au lieu de sa destination, la troupe commence 
par construire des rangées de cabanes de feuilles de palmier et de bananier, 
où les familles vont habiter pendant des mois. Ensuite on prépare la place 
pour dessécher les feuilles, en arrachant toutes les plantes et foulant le sol 
avec de lourdes masses. On y élève un treillage pour y conserver les feuilles 
récoltées. Pendant cela quelques individus vont dans la forêt, coupent autant 
de branches qu'ils peuvent en porter et les transportent au campement. On 
allume un grand feu et on sèche les feuilles. Ensuite on nettoie le sol, on dé- 
tache les feuilles des branches à coups de bâton et on les réduit presqu'en 
poudre. Chaque homme est accompagné d'un enfant, le guayno, qui doit 
aider et reçoit pour sa part 2 livres de feuilles par chaque 25 livres ré- 
coltées. Aujourd'hui on se sert encore d'une mule pour détacher les feuilles 
et les broyer. On les ramasse ensuite et on les porte dans une grande remise 
(perchel) pour y être comprimées. L'emballage est la partie la plus difficile 
du travail. On pousse peu à peu jusqu'à 200 livres dans un sac humide de 
peau de vache. Lorsqu'il est rempli, on le coud et on le ftiit sécher au 
soleil, où il se contracte si fortement que la balle devient aussi dure qu'une 
pierre. 

Les feuilles les plus petites fournissent la meilleure qualité de yerba, mais 
il n'est pas possible de les bien trier. Aussi un même magasin peut fotu-iiir 
des qualités très-différentes, ce /jui dépend surtout du temps pendant l(M|uel 
les feuilles ont été cueillies. Les journées humides sont défavorables à ce 
travail. Un bon péon peut récolter H arrobes de yerba dans un jour, c'est-à- 
dire 200 livres de thé achevé et préparé. L'entrepreneur compte pour chaque 



38^2 NOTE 84. 

arrobe 1 à 1 V'2 ^l^- (^ ^ «^ réaux) et comme Jes gens qui l'accompagnent 
sont très-laborieux et actifs, ils gagnent 8 sh. (2 pesos) par jour. Mais en- 
trepreneurs et ouvriers sont toujours peu riches, parce qu'aucun d'eux n'est 
économe, et qu'ils dépensent au pays leurs bénéfices aussitôt qu'ils en ont 
l'occasion. 

La plante est en usage au Paraguay depuis le commencement du xvii« siècle. 
On apprit à la connaître par les Indiens Monday, qui habitaient la région des 
forêts à thé et en communiquèrent le goût à leurs oppresseurs. On raconte 
que les malheureux Indiens, écrasés par les Espagnols pour lesquels ils de- 
vaient travailler, périrent peu à peu et disparurent. Les jésuites plantèrent 
ces arbres autour de leurs établissements et ménagèrent le travail de leurs 
convertis. Mais cette méthode raisonnable a été abandonnée après leur ex- 
pulsion ; aujourd'hui on récolte sur les arbres des forêts et on en détruit 
beaucoup par maladresse.il faut ajouter que les forêts sont loin des établis- 
sements centraux, et que souvent des troupes entières succombent sous les 
attaques des peuplades sauvages voisines. Le gouvernement du Paraguay 
n'a rien fait pour régulariser le mode d'exploitation, ou pour la création de 
plantations nouvelles ; mais il a déclaré ce produit propriété de l'Etat. et en 
a interdit le commerce libre. Tout le produit de la yerba passe ainsi dans les 
caisses de l'Etat, qui achète aux collecteurs leur marchandise à un prix fixé 
par lui-même, et vend le thé par des négociants attitrés dans les différentes 
places d'exportation, notamment à Asuncion, Rosario, Buenos-Ayres et 
Montevideo. Cette industrie donne un bénéfice énorme à tous ceux qui y 
prennent part, et fournit au gouvernement du Paraguay la portion la plus 
forte, ou du moins la plus productive de ses revenus. 

Un article de commerce aussi productif devait naturellement éveiller chez 
les voisins le désir d'en tirer parti aussi et de produire de la yerba pour la 
mettre dans le commerce. Gomme l'arbre croît à l'état sauvage dans le dis- 
trict nord-est de Corrientes, les anciennes Missions des jésuites, cette pro- 
vince de la république Argentine avait le plus de chance de ce côté; mais 
jusqu'à ce jour le chiffre de ses affaires est de peu d'importance, parce que 
ses produits ne jouissent pas d'une bonne renommée, et que la yerba des 
Missions se vend à moitié prix (2 réaux la livre) de la yerba du Paraguay 
dont le prix en moyenne est de 4 à 5 réaux la livre. Cependant la différence 
ne peut pas être bien grande, car les Missions s'étendent aussi loin au nord 
que la contrée à l'est de Villa Rica au Paraguay, où se trouvent de très- 
bonnes yerbales; mais il sera difficile de détruire le préjugé profondément 
enraciné dans le pays. On regarde avec un mouvement de pitié dédaigneuse 
ceux qui usent de la yerba des Missions, comme on le ferait aux environs 
de Paris pour les pauvres diables qui boivent du petit bleu d'Argenteuil. Ce 
dédain est un grand obstacle à sa consommation , obstacle qui sera d'autant 
plus difficile à vaincre qu'on voudra étendre plus loin au sud la culture ai*- 
tificielle de la plante. Elle perdra peut-être ainsi de son arôme et de son 
bon goût, comme le thé de Chine qui ne pousse bien que dans sa zone 
propre primitive. Dans les premiers temps, le gouvernement de Buenos= 



NOTE 84. 383 

Ayres s'était occupé de faire planter des pieds de maté sur des points con- 
venables du territoire argentin. A l'époque des Espagnols on avait apporté 
cette plante dans l'ile Martin Garcia et on avait essayé de l'y cultiver. Bon- 
pland s'y intéressa beaucoup, et lorsqu'il alla au Paraguay, il se proposait 
d'étudier la culture de la plante dans le pays et de s'assurer de la possibilité 
de créer des yerbales artificielles. Ce fut le principal motif qui poussa le 
dictateur Francia à retenir Bonpland si longtemps, sans lui permettre de 
retourner à Buenos-Ayres ou en Europe. Les interventions des gouverne- 
ments ne purent rien pour le délivrer. Bolivar lui-même, qui écrivit une 
lettre personnelle à Francia, ne reçut pas de réponse. Le dictateur craignait 
trop la perte des beaux revenus de son pays, pour se décider à laisser 
échapper un homme décidé à causer cette ruine, comme Bonpland le voulait 
réellement. Après la mort du dictateur, la situation se modifia; Bonpland 
quitta le Paraguay. Il n'avait pas abandonné son idée favorite de faire de 
grandes plantations de maté, et dans ce dessein il se fixa à Corrientes où la 
plante croît spontanément et où, par conséquent, il pouvait espérer le 
plus de chances de succès dans sa culture artificielle. Nous possédons de lui 
un rapport intéressant adressé quelque temps avant sa mort au gouverneur 
de Corrientes, Don J. Puyol, et qui a paru comme annexe de l'ouvrage : 
La Provincia de Corrientes por Vicente Quesada, Buenos-Ayres, 1857, 
J'en tirerai seulement quelques extraits, et renvoie à la traduction complète 
qui en a été donnée dans Dr Neumann's Zeitschrift für eiligem. Erd. 
N. F., t. V, p. 76. 

Si on tire une ligne, dit Bonpland, de l'embouchure du Bio Grande do Su! 
au Brésil (sous 32° lat. S.), à la ville de Villa Rica dans l'intérieur du 
Paraguay, toute la partie au nord-est de cette ligne est riche en forêts natu- 
relles de maté, tandis qu'au sud-ouest la plante devient rare et existe seule- 
ment par groupes d'arbres épars. Elle croît très-vigoureuse au Brésil, sur 
les deux rives du Rio Jacuhy, aux environs du Rio Pardo, sur lequel se 
trouvent aujourd'hui les établissements allemands de Santa-Cruz et Santa- 
Theresa. La note de W. Schulz, dans Neumann's Zeitschr. f. allgem. Erdk, 
N. F., t. IX. p. 194, contient une excellente description géographique de 
cette contrée. De là elle s'étend au nord-ouest vers le Rio Uruguay, où 
l'établissement de San-Xavier est situé dans les anciennes Missions. Ce 
pueblo est un centre important pour la culture de notre plante. On devait 
y établir une exploitation modèle, comme Bonpland en avait vu une sem- 
blable dans le Rio Grande à Santa-Cruz. Il avait déjà reçu des promesses du 
gouverneur de la province, mais elles demeurèrent sans résultat (voy. loc- 
cit. y p. 78). San-Xavier possède déjà trois yerb.ih's, et il en existe une autre 
à deux ou trois lieues de là, à Potrero de Mborobé. En outre, toute la con- 
trée située au delà au nord et jusqu'aux rivières Piquiri Guazù et San- 
Antonio Guazù, qui forment la frontière entre Corrientes et le Brésil, pos- 
sède partout des yerbales que l'on devrait examiner de plus près, afin de 
reconnaître leur richesse et déterminer les lieuxoù on pourrait entreprendre 
a préparation du thé avec avantage. Aujourd'hui on lire parti de cette 



384 NOTES 84, 85. 

plante en trois endroits seulement de Corrientes. Deux ont été visités par 
Bonpland lui-même et se trouvent, le premier sur l'emplacement d'Aripé, et 
le second près de Santa-Anna, et porte le nom de Caa-caty. Le troisième, 
Nu-guazù (Campo grande), situé au nord et qui paraît être le plus impor- 
tant, a sa position mal connue; mais il se trouve probablement près du Rio 
Uruguay et les transports y seraient très-facilités par ce fleuve. Dans les 
premières années de la dictature de Francia, un certain Reynes prépara du 
thé à Nu-guazù, le transporta à Corpus sur le Rio Paranâ et chercha à le 
faire arriver jusqu'à Corrientes. Mais le dictateur, qui le surveillait d'un œil 
envieux, envoya un détachement de soldats qui s'emparèrent de Reynes et 
le tuèrent sur son ordre. 

Pour assurer à la province de Corrientes la production du maté, Bon- 
pland propose de rétablir les établissements des jésuites dans ces contrées, 
et de rassembler autour, cornme'alors, les Indiens sauvages. Ils s'habitue- 
raient maintenant, aussi bien qu'autrefois, à une résidence fixe, et s'appli- 
queraient à la culture de la plante si dans les premiers temps on leur four- 
nissait les vivres et on leur donnait les outils nécessaires à la culture du sol. 
Ces gens se trouveraient ainsi préparés à la création de nouvelles yerbales 
artificielles, et bientôt la province retirerait un bénéfice considérable de leur 
civilisation. En outre, lorsqu'on saurait qu'il y a des bénéfices rémunéra- 
teurs et certains à faire dans ces contrées, on verrait bientôt arriver du 
dehors de nouveaux colons pour contribuer au développement d'une entre- 
prise qui leur donnerait de gros profits. Bonpland est encore d'avis que la 
culture du maté pourrait être fructueuse plusausud. Il s'appuie sur l'exemple 
des arbres plantés par lui-même à l'île Martin Garcia, et dont il a goûté le 
thé qui fut trouvé excellent. Il va même jusqu'à affirmer que les yerbales 
créées artificiellement ont fourni une qualité de thé supérieure à celle des 
yerbales naturelles. Les feuilles y seraient exposées plus régulièrement à 
l'action du soleil, et récoltées d'après des règles plus justes aux époques con- 
venables, tandis que les plantes à l'état sauvage sont recherchées à toutes 
les saisons de l'année et exploitées outre mesure, de façon que les arbres 
commencent d'abord par s'étioler et finissent par périr complètement. Il est 
d'autant plus convaincu de la réussite, qu'il a établi par semis avec succès 
une yerbale sur son terrain à Santa-Rita, à l'ouest de Santa-Maria et à en- 
viron 29 lieues au sud de San-Xavier, et qu'il a transformé avec le même 
succès une autre yerbale naturelle à San-Antonio en une yerbale exploitée 
artificiellement. Bonpland considère donc la culture de l'arbre à thé dans les 
parties orientales de Corrientes et d'Entrerios comme une très-bonne en- 
treprise devant rapporter de riches profits en quelques années, et il l'a re- 
commande très-chaudement aux gouvernements des deux provinces. 

85 (324). En voici le titre : Primer censo de la Republlca Argentina 
verificado en los dias, 15-17 de setiembre de 1869, baja la Direccion de 
Diego de la Fuente. Buenos-Ayres, 1872, in-fol. Le volume a été imprimé 
aux frais du gouvernement national qui seul peut le vendre. Il forme un 
fort volume, petit in-folio de 746 pages, et établit des comparaisons avec 



NOTE 86. 385 

d'autres üoiilrces beaucoup et peu peuplées. Le résultat final du travail est 
que la répi^jlique n'a pas encore avec certitude deux millions d'habitants, 
mais que ce chiure serait prohahlemenl atteint si on avait pu écarter tous les 
obstacles qui se sont nécessairement présentés dans la bonne exécution de 
ce travail. Le chiffre total certain trouvé est seulement de 1877 490 âmes. 
Les capitales des quatorze provinces donnent une bonne échelle pour ap- 
précier la densité de la population. Elles se rangent comme suit: 
Buenos-Ayres seule a plus de i 50 000 habitants. 
Deux villes : Cordova et Rosario, en ont plus de 20 000. 
Cinq villes : Santa-Fé, Corrientes, Tucuman, Salta et Gualeguaychù, plus 

de 10 000. 
Les autres, au-dessous de 10000. 
11 y a dans le pays 67 localités avec 1000 à 1200 habitants, et 74 villages 

avec moins de 1000 habitants. 
Le reste des habitants est dispersé dans le pays dans des habitations isolées 

ou iii:îme dans des huttes. 
La population totale des Indiens est environ de 80 000 individus, compris 
dans la somme totale, de sorte que la population civilisée en grande 
partie d'origine européenne est d'environ 1800000 personnes. 
86(326). Pour être plus complet, je rapproche ici les unes des autres les 
observations parvenues à ma connaissance et sur la comparaison desquelles 
j'ai déterminé la position à laquelle je me suis arrêté. 

1 . Les cartes d'Azara portent 60" 40' 30'^ ouest de Paris, soit 58" 20' 20" 
ouest de Greenwich et 3i° 30' 28" lat. S. 

2. Woodbine Parish adopte 58'^ 23' 24" ouest de Greenwich (60° 43' 24" 
ouest de Paris) et 34" 36' 29" lat. S. Il diffère donc de presque 3 minutes 
avec Azara. 

3. Une détermination plus récente exécutée à Buenos-Ayres par Mossolti, 
dont la station se trouvait dans les dépendances du couvent des Domi- 
nicains, donne 60" 41' 20" ouest de Paris (58°21' 20" ouest de Greenwich) et 
3i°36'35" de lat. S. 

4. Le résultat que Oltmanns a déduit des anciennes observations espa- 
gnoles, et qu'il a fait connaître dans les Abhandl. d. Könicjl. Acad. d. 
Wissensch. in Berlin, pitys. CL, 1830, p. 110, est assez différent. Le voici : 
60" 51' 7" ouest de Paris (58" 3i' 7" ouest de Greenwich). 

5. Une observation du capitaine autrichien Friesach, et qui m'a été com- 
niuniquée par mon ami M. Pompeo Moneta, place la ville sous 58° 16' 19" 
ouest de Greenwich ((JO' 36' 19" ouestde Paris) et 34° 36' 10" lat. S. 

6. Les observations du capitaine de navire Mouchez donnent pour la tour 
d'Aduana 4 h. 02 m. 50,s., soit 60" 4U' 9" ouest de Paris (58' 2U' 9" ouest de 
Greenwich). 

7. Les observations les [dus récentes exécutées par le capitaine Fleu- 
riais et publiées dans la Connaissance des temps donnent 4 h. 02 m. 46 s., 
d'où 60' 41' 30". 

Conmie celte observation est celle ({ui se l'approche la plus de celle do 
UEP. AllG. — I. 25 



380 NOTE 87. 

Mossotti, je les liens toutes deux pour les plus exactes et les ^lus justes. 
N'ayant pas de motif pour donner la préférence à l'une plutôt qu'à l'autre^ 
j'ai admis la moyenne comme la position la plus exacte de Buenos-Ayres. 
Pour la même raison, j'ai conservé la latitude trouvée par Mossotti, qui 
paraît aussi être la plus juste. 

La description de Buenos-Ayres en 1691 citée à la page suivante se trouve 
dans un rare petit volume in-12 que m'a prêté mon jeune ami M. Franz 
Moreno. En voici le titre : 

R.R. P.P. Antonii Sepp und Antonü Bœhm; der soc. Jesu Priester 
deutscher Nation, der erste aus Tyrol, der andere aus Baiern gebürtig, 
Reisbeschreibung : wie dieselben aus Hispanien in Paraquariam kommen, 
und kurzer Bericht der denkwürdigsten Sachen selbiger Landschaft, 
Völker und Arbeitung der sich alldort befindenden P.P. Missionariorum. 
.Nürenberg, 1698. 

Ce petit volume, imprimé grossièrement par Johann Hoffmann, a 333}>ages 
el donne un récit de tout ce que les bons Pères ont vu durant leur voyage 
et durant leur séjour dans les Missions au Rio Uruguay, où ils avaient été 
envoyés. 

87 (330). En 1857-58, à l'époque de ma résidence àParanâ,qui était alors 
le siège du gouvernement central, l'ingénieur de l'administration, M. Alfred 
de Laberge, ancien officier de la marine française, m'a communiqué plu- 
sieurs observations astronomiques faites par lui sur la position de cette ville 
et de quelques autres des environs, que j'intercale ici : 

Paranâ est par 62" 52' 25" ouest de Paris, soit 4.2"' 52' 25" ouest de File 
de Fer et 60" 32' 25" ouest de Greenwich; sa latitude est 31" 43' 30". La 
détermination chronométrique est : Paris, 25 h. 22 m. 16,2 s., Paranâ, 
21h. 20m.8s. 

La Victoria est à 0" 18,6' 23" est de Paranâ, donc 62" 29' 6,4" ouest de 
Paris, 60" 8' 42,4" ouest de Greenwich et 32" 36' 27.78" lat. S. 

Nogoya est à 0" 45' 22" à l'est de Paranâ, donc sous 62" 6' 39" ouest de 
Paris, ou 59" 46' 39" ouest de Greenwich et 32° 23' 26,786" lat. S. 

A l'aide de ces données j'ai fixé les localités sur ma carte du tome ÎI de 
mon Voyage. Consulter le texte pages 364 et 392, qui indique la déclinaison 
magnétique de quelques localités, carie même observateur les a déterminées. 

J'ai eu plus tard les observations du capitaine Friesach, qui donnent des 
valeurs un peu différentes pour Paranâ : longitude 60" 30' ouest de Green- 
wich, soit 62- 50' ouest de Paris, et 31° 44' 11" lat. S. 

Voici les chiffres obtenus par le lieutenant Page : longitude 62° 52' 39" 
ouest de Paris (60° 32' 39" ouest de Greenwich) et 31° 42' 54" lat. S. Les 
observations de ce dernier se rapprochent le plus de celles de La Berge. 

Santa-Fé est placée parles anciens observateurs sous le 63^ ouest de Paris 
(43^ ouest de l'île de Fer) et 31" de lat. S. La première valeur, ramenée au 
méridien de Greenwich, donne 60° 40' et le lieutenant Page a fixé la ville à 
60" 39' 48" ouest de Greenwich, et 31° 39' lat. S., ce qui concorde assez 
exactement avec les anciennes indications et je l'ai adoptée sur ma carte. 



NOTES 88 — 91. 387 

Page fixe Rosario sous OO^Sö' ouest de Green wich, soit62ö56' est de, Paris 
et 3-2" 5G'-ii"lat.S. Les anciennes cartes portent ö^^BS' de longitude et 32° 56' 
de latitude, nombres très-rapprochés de ceux de Page, et que l'on peut par suite 
considérer comme assez justes. Les observations du capitaine Friesach portent 
60° 40' i8" ouest de Greenwich et 32° 56' 54" lat. S. Elles confirment donc 
l'exactitude de la position indi([uée. Friesach donne pour déclinaison ma- 
gnétique H "20' et pour inclinaison 30" 31'. 

88 (333). L'Académie des sciences exactes existait d'abord comme Faculté 
de l'Université, mais elle en fut détachée plus tard et placée sous ma direc- 
tion. Je me suis vivement intéressé à son existence, et j'ai consacré une 
partie considérable de mon travail àla fondation du Boletin pour 1874. Mais 
je me suis bientôt aperçu que toutes sortes de contrariétés m'étaient sus- 
citées par les nouveaux fonctionnaires, et je me suis vu amené à me dé- 
mettre de la direction. Le gouvernement semble s'être décidé alors à aban- 
donner l'Académie comme Institut indépendant, pour la réunir de nouveau 
à l'Université sous forme de Faculté. 

89 (338). Azara, dans son Voyage et dans son Hist. du Parag., t.I.p. 165, 
désigne ces Indiens par le nom,de Indios Pampas. Il ajoute qu'eux-mêmes 
se donnent le nom de PuelcheSy et qu'à la conquête du pays les Espagnols 
les appelèrent Querandis. Ü. Schmidt les nomme Carendis. 

Azara le premier les rattache avec raison aux Aucas (p. 176), mais il se 
tron)pe lorsqu'il y rapporte aussi les Patagons de l'est, les Balchitas, 
Uhilîches et les Telmecliis, comme le prouve la structure du crâne. Les 
(Juerandis ont été visités récemment par l'ancien chef militaire des fron- 
tières, le colonel D. Lucio Mansilla, et il les a décrits dans son Excursion à 
los Ranqueles. Buenos-Ayres, 1873, in-8, et d'après lui, A. Kahl, dans La 
Plata Monatsschrift^ II Jahrgang, ISo. I, 1874. D'après l'étude craniolo- 
gique faite depuis peu par Virchow, ils sont essentiellement différents par 
la forme de leur crâne des Tehuelches qui habitent sur le bord de l'Atlan- 
tique et auxquels se rattachent les Patagons décrits comme géants; cette 
distinction est encore confirmée par le mode d'existence entièrement diffé- 
rent des deux peuplades, parleur hostilité réciproque et par le naturel plus 
doux des Tehuelches {Tebnechis comme les appelle Azara, p. 178). A cette 
dernière tribu appartiennent les anciennes sépultures du Rio Negro, ainsi 
que les ustensiles qui y ont été trouvés, sur lesquels mon jeune ami 
D. Franz Moreno a publié un travail dans la Revue d'anthropologie de 
Broca, t. III, 1874, et dans le Boletin de la Academia de Cienc. Exact. , 
t. I,p. 130. Voy. aussi Sitzungsbericht d. Berl. Gesellsch. fur Anthrop., etc., 
du 14 mars 1874, p. 26, noti; 9. 

90 (338). M. Avé-Lall(;mant, directeur de la Société, a donné sur les 
mines d'or de la Sierra de San-Luis plusieurs articles dans La Plata Mo- 
natschrift, II Jahrgang. N*» 4, 8, 9 et 10. 

91 (339). J'ai publié dans les Abhandl. des Natarf. Gesellsh. za Halle, 
Band Vi et VU, deux articles sur le tremblement de terre de iMcndoza; j'y 
renvoie le lecteur. 



388 NOTES 92 — 97. 

92 (3i0). Les trois observations auxquelles je nie réfère dans le texte sont 
les suivantes . 

Woodbine Parisli donne dans un appendice à son livre : Buenos-Ayres 
from ihe c'onquest : 69° 6' ouest de Greenwich comme position de la ville, ce 
qui ramené au méridien de Paris s'exprime par 71° 26'. 

Le lieutenant Mac Piae, dans Gillies naval astronom. Exped., donne comme 
position de Mendoza 68° 51' ouest de Greenwich soit 71° 11' ouest de Paris. 
Le capitaine Friesach, au contraire, a placé la ville par 68° 18' 28'' 
ouest de Greenwich soit 70° 38' ouest de Paris. 

La moyenne de ces trois observations est le nombre admis dans le lexle : 
68° 45' 9" ouest de Greenwich soit 71° 5' 9" ouest de Paris, avec lequel, on le 
voit, concorde presque exactement la détermination de Mac Rae, laquelle est 
sans doute la plus juste. M. P. Moneta a fait connaître plus tard comme résultat 
de ses recherches 71° 07' 04" (68° 4-7' i" ouest de Greenwich) et 32» 53' 5' lat. S. 
J'ajouterai encore que l'ancienne position de San-Luis est donnée comme 
une moyenne des observations de La Berge et Friesach, et que cette 
moyenne se rapproche plus de l'observation du dernier : 66° 4' 36", que de 
celle du premier r'ôô" 17' 19". M. P. Moneta m'a communiqué, comme ré- 
sultat de ses propres observations, les chiures admis dans le texte : 66° 15' 
49", qui se rapprochent plus de ceux du premier. 

Je dois encore mentionner une erreur qui a conduit M. le Dr. Aug. Peter- 
mann à ajouter une note à sa carte sous mon texte, fixant l'altitude de Men- 
doza à 707 mètres d'après le nivellement du chemin de fer projeté. Ce 
nombre contient une faute d'impression, et il faut lire 770 mètres, comme 
me l'ont assuré les auteurs du mémoire. 

93 (342). On trouvera des renseignements détaillés sur l'industrie mi- 
nière de la province de San-Juan et sur les fonderies de la république 
dans deux écrits du major J.-F. Packard qui a été quelque temps directeur 
des travaux à Tontal, et était inspecteur des raines du gouvernement national. 
Voici leurs titres : 

A mining Journey, etc., with explorât, in the Silo. Min. Distr. oft lie 
Prov. San-Juan and Mendoza, Londres, 1863, in-8. — Informe sobre los 
districtos minérales, etc., de la republica Argentina. Buenos-Ayres, 
1869, in-8. 

94 (342). Je renvoie au mémoire déjà cité (note 40), du propriétaire 
Klappenbach y Garmendia. 

95 (344). Consultera ce propos l'article de M. F. Schickendantz, directeur 
de l'établissement de Pilacio, dans Petermann's geogr. Mitth., 1868, p. 138. 

96 (3i5). Comparer l'article du professeur Neumann dans la Zeiischr.für 
allgemeine Erdkunde, N. F., t. I, p. 56, et ma description ibid., t. IX, 
p. 169 et 257, ou dans mon Reise, t. II, p. 209. 

97(353). Comme le chiffre exact de la valeur d'un degré carré en milles 
géographiques carrés doit varier pour chaque degré de latitude, j'ai pris 
une moyenne qui est un peu trop petite pour les provinces du nord et un 
peu trop grande pour celles du sud. Il eût été plus juste de faire plus de deux 



NOTE 98. 389 

groupes, et d'adinetlre pour les carrés de 22 à 32« environ 220 milles carrés, 
pour les dix degrés suivants 200, et pour les autres 180. Mais ceci eût rendu 
le calcul plus diflicile sans niodilier beaucoup le résultat. 

98 (358). Je ferai remarquer que les 45392 milles- géographiques carrés 
que j'ai obtenus pour le territoire entier de la république Argentine con- 
cordent presque exactement avec le chiffre que M. Arrowsmith avait donné 
auparavant d'après Woodbine Parish. Il admet, en effet, 726000 milles an- 
glais carrés, dont i équivalent à un mille géographique, et par suite 16 milles 
carrésàun mille géographique carré. En divisant ce nombre par 16 on obtient 
45 375, chiflre très-rapprochéde 45 392 que j'ai trouvé. J.-E. Wappäus,dans 
sa description de la république Argentine {Stein's Handbuch der Geogra- 
phie,! Theil, 3 lîand, S. 936; donne seulement 42000 milles carrés, chiffre 
qui me parait être trop faible. 

M. le D' Aug. Petermann, à l'occasion de son dénombrement de la po- 
pulation de la terre, dans le cahier complémentaire n° 35 des Geogr, 
Mittheil, a fait faire récemment un calcul de la superficie de la république 
Argentine, dont le résultat a donné 39 445 milles allemands carrés. Mais on 
n'a pas tenu compte de la Patagonie, dont le territoire, d'après le môme au- 
teur, embrasse 17 700 milles carrés et avec le résultat antérieur donne une 
somme totale de 57144, chiffre de 12000 milles carrés plus grand que celui 
admis par moi et Arrowsmith. Je ne veux pas décider lequel des résultats 
mérite le plus de confiance, et je n'ajouterai rien de plus. 

Quanta la carte de la république Argentine publiée par le même célèbre 
géographe dans le n° 39 des cahiers complémentaires et pour laquelle, sur 
son invitation spéciale, j'ai écrit un texte peu étendu, c'est évidemment un 
beau et excellent travail auquel on peut seulement reprocher d'avoir quel- 
quefois accordé trop de confiance à des sources tout à fait insuffisantes. 
J'avais prévenu à l'avance M. le D"" Petermann au sujet de quelques maté- 
riaux, et avais manifesté le désir qu'il m'envoyât la carte avant de la publier, 
pour la revoir et en faire la base de mon texte. Mais on n'a pas répondu à 
mon désir. Je me suis vu forcé, sur des instances répétées, de composer le 
texte sans avoir vu la carte; aussi en est-il résulté que les deux travaux 
diffèrent en plusieurs endroits l'un de l'autre. Une note ajoutée à mon texte 
par M. llabcnicht signale ces différences. Elle indique que le tracé des Cor- 
dillères du plateau au nord jusqu'à l'Aconcagua est défectueux, puisque 
entre SS** 30' et 32» lat. S. on a dessiné un second plateau allongé 
qui n'existe pas. Les lacs où aboutissent le Rio Dulce et le Rio Primero sont 
aussi trop grands, puisque l'un et l'autre, la lagune Porongos et le Mar (ilii- 
quita, ne sont (jue de grands marais avec une petite lagune au centre, exac- 
tement cemmc^ la lagunes beaucoup plus grande de Revedero sous le 3i* (U; 
lat. S. La lagune Armago sous le 35* et la lagune Guraco sous le 38* ont 
aussi un pourtour plus petit que celte grande lagune, et ont été représentées 
à tort sur la carte comme plus étendues. Eneflet, plus les rivières dont elles 
forment l'extrémité sont placées au sud, plus elles deviennent pauvres en 
eau et par suite incapables d'alimenter de grands lacs. En outre, les salines 



390 



NOTE 98. 



des provinces de Catamarca et Saii-Juaii (28" et 31" lai. S.) ont été gravées 
comme des lacs, bien qu'elles ne contiennent pas d'eau et qu'il ne s'y forme 
des flaques isolées qu'après de fortes pluies et pour peu de temps. Enfin 
les noms de localités, empruntés en grande partie à l'atlas de Martin de 
Moussy, ainsi que la nature du pays, manquent d'exactitude et reposent 
plus sur la fantaisie que sur les observations de l'auteur, comme toutes ses cartes. 



Page 







ERRATA. 




1, 


ligne 


8, 


1G82 lisez 


; 1612. 


3, 


— 


21, 


quatre — 


quinze. 


i, 


— 


22 


Balbao — 


Balboa. 


7, 


— 


11! 


idem. — 


idem. 


9, 


— 


22, 


Gorba — 


Gor da. 


29, 


— 


17, 


Lugan — 


Lujati. 


22, 


— 


6, 


fer — 


pierre. 




— 


15, 


couleuvre — 


loutre. 


32, 


— 


8, 


tout que — 


tous ceux que. 


32, 


-^ 


33, 


Puerte — 


Puerto. 


53, 


— 


4, 


deux cents — 


deux mille. 


84, 


— 


23, 


nord — 


sud. 


176, 




19, 


mois, etc. — 


le lieutenant Musters, qui a 
visité récemment ces ré- 
gions, confirme l'existence 
de cette foret. (Voy. la 
note 80, page 377). 



TABLE DES MATIÈRES 



DU TOME PREMIER 



LIVRE I. 

Pages. 

Histoire de la découverte et des commencements de la colonisa- 
tion DU PAYS 1 

Chapitre I. Juan Diaz de Solis découvre le Rio de Ja Plata ?> 

Chapitre II. Seconde expédition commandée par Sebastian Cabot .... 7 

Chapitre III. Troisième expédition commandée par Pedro de Mendoza. 15 

Chapitre IV. Fondation de la colonie espagnole au Paraguay 28 

Chapitre V. Alvaro Nufiez Cabeza de Vaca, gouverneur du Paraguay. 41 

Chapitre VI. Administration de Domingo Martinez Irak 54 

Chapitre VII. Événements depuis la mort d'Irala jusqu'à celle de De 

Garay GO 

Chapitre VIII. Colonisation des provinces intérieures 84 

Chapitre IX. Colonisation de la province de Guyo 103 

Chapitre X. Conclusion 108 

Notes du premier livre 113 



LIVRE II. 

ËsQuissE géogràphioùe dé la répurlioue argentine ii1 

Chapitre I. Étendue et limités de la république . . ; ;....... 147 

Chapitre II. Configui^alion et nature du sol . . . i i i 152 

Chapitre III. La plaine argentine. Pampas, furets, salines 157 

CllAPITUK IV; Les Cordillères et leul^S annexes; ;...;..*.;..;...;;;; 181 



392 

Chapitre V. La Sierra Famatiua 21 3 

Chapitre VI. Les autres annexes des Cordillères 215 

Chapitre VIL Le système de l'Aconquija 220 

Chapitre VIII. La région montagneuse du nord 230 

Chapitre IX. Le système orographique central 23i 

Chapitre X. Les sierras de la Pampa sud-est 240 

Chapitre XL Le bassin hydrographique du Rio de la Plata 243 

Chapitre XII. Les rivières de la Sierra de Cordova 288 

Chapitre XIII. Rivières sans écoulement des Cordillères 296 

Chapitre XIV. Fleuves de la Palagonie 307 

Chapitre XV. Rivières de la Pampa sud-est 311 

Chapitre XVI. La Mésopotamie argentine 317 

Chapitre XVIL Divisions politiques et population 321 

Chapitre XVIII. Superlicie des provinces et de la république 351 

Notes du second livre 361 



FIN DE LA table DES MATIERES DU TOME PREMIER. 



PARIS.— IMI'UIMEKIE Df: E. MARTINET, RUE MIGNON 



SUITE DE LERRATA 



L'impression de l'ouvrage, ne s'ctant pas faite sous les yeux de l'auteur, on a com- 
mis une quantité d'erreurs, dont nous donnons ici quelques-unes, des plus impor- 
tantes, priant le lecteur de les corriger pendant la lecture. 



Page 53, 


ligne 22, 


sectateur 


lisez 


: convertisseurs 


— 


65, 


— 


7, 


Xeraguas 


— 


Xaraguas 


— 


81, 


— 


13. 


de deux plus grands 


— 


de l'un des deux plus 


— 


105. 


— 


14 et 18, Uspeliata 


— 


Uspallata [grands 


— 


109, 


— 


14, 


il nommait aussi tous 


— 


. et celui-ci nommait tous 


— 


111, 


— 


6, 


16 Juillet 


— 


9 Juillet 


— 


115, 


._- 


7, 


1 Vol. 


— 


4 Vol. 


— 


116, 


— 


6, 


Ihhaires 


— 


Behain 


— 


117, 


— 


3, 


arias 


— 


A rias 


— 


122, 


— 


36, 


Verlung 


— 


Verleguntj 


— 


133, 


— 


6, 


Cmmaii 


— 


Irala 


■ — 


135, 


— 


43, 


1558 au second lieu 


— 


1567 


— 


lit, 


— 


34, 


relligio 


— 


religio 


— 


144, 


— 


37, 


1865 


— 


1861 


— 


158, 


— 


20, 


paroisso 


— 


paraiso 


— 


169, 


— 


16, 


banados 


— 


banados 


— ' 


■ 169, 


— 


24, 


canadas 


— 


eanadaa 


— 


176, 


— 


25, 


est la de 


— 


de la (sans est) 


— 


210, 


— 


3t. 


général Martin 


— 


général Saint-Martin 


— 


212, 


— 


32, 


Lopez 


— 


Rosas 


— 


220, 


— 


n. 


les roches calcaires 


— 


la roche calcaire 


_ 


253, 


— 


17, 


ce fleuve 


— 


('e llcuve 


— 


254, 


— 


17, 


l'est -nord-ouest 


— 


l'ouest-nord-ouest. 


— 


297. 


— 


12, 


Ce dernier 


— 


I.e premier 


— 


306, 


— 


21, 


Pensaco 


— 


IVncoso 





359, 




dans la troisième colonne du 












lai 


bleau se trouvent à la fin 


1 










deux faux nombres : 














3380 


— 


1380 










761 


— 


3764 




371, 




2i, 


lapirs 




Cahiais. 




1 



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Burmeister, Hermann 

Description physique 
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