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Full text of "Des deux monuments à Montcalm, à Vestric-Candiac, France, et à Quebec, Canada, 1910-1911"

HC.B 



.0 ^^'-'^'K,. 



ŒUVRE 

DES DEUX MONUMENTS 



MONTCALM 

A VESTRIC-CANDIAC, FRANCE, 
ET A QUEBEC, CANADA^ 

1910-1911 



NOTES, .: SOUVENIRS, .: ILLUSTRATIONS 





QUEBEC : 

La Cie de Publication " Le Soleil ". 

1911 






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Monument érig-é à Vestric-Candiac, Gard, France 




Monument érigé à Québec, Canadat 



Les deux monuments à Montcalm 



C'est à une double pensée à la fois noble et patriotique qu'est due 
l'érection des deux monuments élevés simultanément à la gloire de 
Montcalm : l'un, en France, dans le département du Gard, à 
Vestric-Candiac, à l'endroit même où Montcalm est né et a vécu ; 
l'autre, à Québec, dont l'inauguration doit bientôt avoir lieu avec 
la même solennité que celle qui a marqué le dévoilement du premier, 
le 17 juillet 1910. 

L'honneur d'avoir eu l'idée de ces deux monuments revient à 
l'éminent artiste qui a consacré son talent à faire une œuvre d'un 
puissant intérêt et d'une haute inspiration : M. Léopold Morice, 
de Paris, qui, originaire de la région de Montcalm, '' avait appris 
" tout jeune à admirer cette belle figure de Montcalm, et dont " une des 
" joies de sa vie est d'avoir eu la pensée d'exécufer en bronze celui qui 
" était non seulement un héros dans toute l'acception du mot, mais aussi 
** un compatriote illustre. " 

Il eut la bonne fortune d'avoir comme architecte du piédestal des- 
tiné à faire ressortir son œuvre magistrale, un digne collaborateur : 
M. Paul Chabert, de Nîmes ; et comme promoteur de son projet, en 
la personne de M. Gaston Bouzanquet, citoyen influent et distingué 
de Vauvert, (1) un homme d'une rare énergie, d'une persévérance 
et d'un patriotisme dignes de toute louange. De ce moment, le 
succès fut assuré. Grâce à son initiative intelligente et active, et au 
dévoué concours de l'association " La Canadienne ", de Paris, des 
comités se formèrent à Vauvert, à Paris et à Québec, qui rivalisèrent 
de zèle dans la réalisation de cette noble entreprise. 

Le but de cet ami enthousiaste du Canada français n'était pas 
seulement de doter les deux pays que Montcalm a illustrés de sa 
valeur d'un monument qui proclame et perpétue sa gloire, et de les 
unir dans un même et solennel hommage au héros qui donna sa 
vie au pays qu'on appelait jadis la Nouvelle France et qui repré- 
sente, comme le dit si bien le marquis de Ségur, (2) " un grand 
souvenir de l'ancienne France", mais aussi " de renouer des relations 
intimes", trop longtemps interrompues par la force des événements 

(1) Localité dont Vestric-Candiac faisait autrefois partie, située près de Nîmes, 
dans le Sud de la France. 

(2) Silhouettes historiques : Montcalm. 



_4 — 

du passé, entre deux pays unis autrefois par des liens très étroits : 
le pays natal de Montcalm et celui de sa mort glorieuse. 

Que ces deux pensées, accueillies avec la même faveur des deux 
côtés de l'océan, n'aient pas été conçues plus tôt qu'en l'an 1907, 
faut-il s'en étonner ? 

Savait-on en France que les soixante mille français que Louis XV 
avait abandonné lors de la Cession du Canada à la Grande-Bretagne, 
s'étaient prodigieusement multipliés et étaient restés français comme 
auparavant en gardant pieusement et fidèlement leur foi, leur langue, 
leurs lois et leurs traditions, tout en vivant sous la domination 
anglaise ? 

Savait-on bien encore que la gloire de Montcalm, loin de s'effacer, 
n'avait fait que grandir avec le temps ; — que son nom était uni- 
versellement vénéré dans les provinces anglaises et françaises du 
Canada, et dans les Etats limitrophes de la Confédération améri- 
caine ; — que son souvenir et celui de ses exploits, jde ses vertus 
héroïques, étaient pour beaucoup dans l'accomplissement de ce 
phénomène de la survivance de la race française au Canada qu'un 
écrivain français illustre, M. Maurice Barrés, a de nos jours si juste- 
ment appelé " le miracle canadien " ? 

Après la prise de Québec et de Montréal, n'avait-on pas affirmé, 
au retour de l'armée, de la noblesse et des représentants de l'autorité 
civile, que les nouveaux sujets du Roi Georges IIJ, dans la Nou- 
velle-France deviendraient bientôt anglais ?. 

" Aux derniers défenseurs qu'un dernier brick emporte " 
" Tout disait, triste et sombre: " Adieu, la France est morte ! 
" La France est morte au Canada! " (1) 

Et depuis, l'opinion ne s'était-elle pas formée, en France, que l'élé- 
ment français y était disparu ? 

Comment cette légende, allant sans cesse se fortifiant par la préoc- 
cupation des esprits à la guerre de l'Indépendance américaine à 
laquelle la France prit une part si active, et aux guerres delà 
Révolution et de l'E-npire qui suivirent, pouvait-elle cesser de 
s'accréditer ? 

Par nos journaux ? Plus de quarante ans s'étaient écoulés depuis 
la Cession, lorsque le premier journal important de langue française 
Le Canadien, paraissait à Québec, en 1806. 

Par nos historiens ? Il y avait encore plus longtemps que le 
Canada était séparé de la France, lorsque Michel Bibaud, notre pre- 
mier historien canadien publiait en 1845, son Histoire du Canada 
sous la Domination anglaise. 



(1) Les Deux Frances : (iustave Zidler. 



- 5 — 

Par nos poëtes ? Près de cent ans s'étaient aussi écoulés lorsque 
Crémazie publiait ses strophes toutes vibrantes de patriotisme. D'ail- 
leurs, à une époque où le Canada était si ignoré, et où les commu- 
nications étaient encore si difficiles, poëtes, historiens, journalistes 
avaient peu d'espoir d'être lus en France par un nombreux public, 
même à Paris. 

Par dos relations suivies ? Les voyages entre les deux pays étaient 
si coûteux, si longs et si périlleux que la venue d'un Français au 
Canada, et le départ d'un Canadien-français pour la France étaient 
un événement. C'est ce fait que M. Emile Salone, le distingué 
secrétaire-général de l'Alliance française, à Paris, a noté dans un 
très intéressant article de revue intitulé : " Canadiens en France et 
Français au Canada", publié le 11 mai dernier dans le supplément 
de "La Canadienne", de Paris. "Nous avons de la peine aujour- 
" d'hui, écrivait-il, à nous figurer à quel point pendant le premier 
" siècle de la domination anglaise les relations étaient devenues diffi- 
" ciles entre la France et le Canada. Je ne sais pas s'il se trouvera 
" jamais un érudit de l'école de Mgr. Tanguay pour relever les 
" noms des Canadiens qui sont venus en France et des Français qui 
"■ sont venus au Canada dans le cours de cette longue période, mais 
" ce qu'il y a de sûr c'est que la liste sera courte." 

Par des délégations officielles ? La première occasion que le Ca- 
nada ait eue d'envoyer une délégation de ce genre en France a été 
l'Exposition universelle de Paris, en 1855, alors que M. Jean- 
Charles Taché, l'un de nos meilleurs écrivains, fut choisi par le gou- 
vernement du Canada-uni pour représenter le pays en cette cir- 
constance. Jusqu'à cette époque d'apaisement et de conciliation 
entre les deux races qui habitent le paj^s, il était plutôt question 
d'envoyer des délégations en Angleterre pour y affirmer nos droits 
et les faire respecter. 

Aussi M. Salone a-t-il pu dire dans le même article déjà cité : 
" La France de la Restauration et de la Monarchie de juillet, qui a 
" été si pitoyable aux souffrances des Grecs, des Polonais et des 
" Italiens, a-t-elle seulement su que les combattants de Saint-Denis 
" et de Saint-Eustache étaient morts pour avoir voulu lui rester 
"fidèles" ? 

C'est donc seulement sous le second Empire que la France a com- 
mencé à connaître le Canada. Deux ouvrages d'une grande valeur 
contribuèrent à ce résultat :V" Esquisse sur le Canada " publié par M. 
Taché et répandu par ses soins en France pendant l'Exposition 
universelle de Paris, en 1855, et " La France aux Colonies " publié 
vers la même époque par un écrivain français de renom : M. Rameau. 



— 6 — 

L'Empereur Napoléon III manifesta bientôt l'intention d'établir 
des relations commerciales. La même année que M. Taché était 
à Paris, il envoya M. de Belvèze, le commandant de " La Capri- 
cieuse ", à Québec, en mission officielle. C'était la première fois 
qu'un vaisseau aux couleurs françaises remontait le Saint-Laurent 
et venait jeter l'ancre dans la rade de Québec. On sait comment fût 
fêté le " retour des gens de chez nous." La mission de M. de Belvèze 
eut tout le succès désiré ; un consulat général pour la France fut 
établi au Canada, et M. Gauldrée Boileau, nommé consul-général, 
vint s'établir à Québec en 1859. En 1860, le gouvernement français 
et le gouvernement canadien modifièrent leur tarif douanier pour 
faciliter les relations commerciales entre les deux pays. Cette même 
année, le Canada reçut aussi la visite du prince de Joinville, le 
troisième fils du Roi Louis-Philippe, et, l'année suivante, il recevait 
un autre prince français, le prince Napoléon, fils du prince Jérôme, 
et neveu de Napoléon I. 

La guerre franco-prussienne vint brusquement interrompre ces rela- 
tions si heureusement commencées, et la France, les yeux sans cesse 
tournés vers l'Alsace et la Lorraine, cesdeux provinces ravies sitôt à son 
affection par un ennemi implacable, comme une bonne mère cruelle- 
ment éprouvée, ne pensa plus qu'à ses deux enfants qu'elle venait de 
perdre. 

Mais lorsqu'elle apprit de Louis Fréchette, toutes les angoisses 
que son enfant à peine retrouvé, La Nouvelle-France, avait ressen- 
ties à la nouvelle de ses malheurs, son cœur maternel s'émut et fit 
rejaillir sur son ancienne colonie des flots de tendresse. 

" Un jour pourtant, la mère au beau front glorieux, 
" Dont le sort fut toujours d'avoir des envieux, 
' D'un coup perfide au flanc ressentit la blessure, 
" Et si vive et profonde entrait la meurtrissure, 
" Qu'on pût croire un instant qu'elle en allait mourir. 
" Mais alors son enfant s'empressa d'accourir, 
" La voyant respirer avec peine, couchée 
" Dans un flot de son sang, et, sur elle penchée. 
" L'effleurant de sa main doucement, doucement, 
" Pour qu'elle ouvrit les yeux, elle lui dit : " Maman ! " 
" La mère, à cette voix, releva la paupière, 
" Et, surprise, admira près d'elle, simple et fière, 
"Sa fille, son enfant, oui, qui lui ressemblait, 
" Qui pieu 1 ait avec elle et comme elle parlait ! 



" Rien ne rapproche plus qu'un deuil dans la famille. 
" Et du cœur, ce jour-là, retrouvant les chemins, 
" lia mère et son enfant enlacèrent leurs mains ! (1) 
Les Deux Frances : Gustave Zidler. 



__7 — 

Ce que cet enfant avait été, comment il avait vécu, quels tour- 
ments il avait eu à endurer, la France l'apprit davantage quand 
nos orateurs, depuis Sir Adolphe Chapleau, en 1881, à Sir Wilfrid 
Lauiier, en 18i)7, en 1902 et en 1907, allèrent lui raconter les luttes 
et les souffrances de la race française au C;inada et lui dire ce qu'il 
lui en avait coûté pour garder intact l'iiéritage de foi, d'honneur et 
de traditions qu'elle lui avait laissé. 

" Et maintenant, plus sûrs, plus forts, 
" Les deux peuples, fiers l'un de l'autre, 
" Dis nt : " Votre histoire e-t la nôtre : 
" Ensemble honorons nos grands morts ! " (1) 

Ce vœu du cœur s'est bientôt réalisé. Sans plus tarder, la France 
et le Canada organisent des démonstrations en l'honneur de Jac- 
ques Cartier et de Champlain, et s'unissent pour célébrer les gloires 
communes aux deux pays. 

C'est d'abord Champlain qu'on honore. — Saintes, en 1893 ; Hon- 
fleur, en 1898, 1905 et 1908, s'unissent à Québec pour le glorifier. 
A Québec on lui élève un monument digne de sa gloire et de ses 
hauts faits. Jacques Cartier vient ensuite ; en 1905, St-Malo, en 
France, lui dresse aussi un monument auquel Québec est heureux 
de contribuer. 

Maintenant c'est pour honorer Montcalm que la France nous 
convie, et fière de l'empressement avec lequel nous avons répondu 
à son appel. 

" Elle s'en vient, d'autant plus belle que meurtrie, 

" Chez son enfant, blessée où l'ancien fer se sent. 

" Devant Montcalm, martyr d'une double patrie, 

" Longuement in .-liner son drapeau frémissant ! 

" Elle dit : '■ Honneur au courage, 

" Même trahi par le succès ! 

" A Montcalm, à vous tous hommage, 

" O vaillants Canadiens-français ! 

" Et ses drapeaux, où sont brodées, 

" Tant et tant de nobles Idées, 

" S'inclinent devant la beauté, 

" De ce qu'a de plus grand le monde, 

" Devant la Souffrance féconde, 

" L'Héroïsme et la Liberté ! 

" Et chez vous. Canadiens, comme là-bas chez elle, 

" Devant Montcalm, avec ses généreux enfants, 

" Elle répète, à tous ses souvenirs fidèle : 

" Gloire, gloire aux vaincus, dans nos cœurs triomphants !.'' (1^ 

(1) Le même 



— 8 — 

Vers la France qui a maintenant pour nous des affections et des 
paroles de mère, élevons nos cœurs — snrsum corda — et donnons lui 
de nouveau la preuve (ju'ils battent toujours pour elle, et que le 
souvenir de Montcalm est aussi vivace parmi nous que celui de 
Champlain, (le Laval, de Frontenac, de Lévis et de tant d'autres 
qui, de leur dévouement et de leur héroïsme, ont fécondé la terre 
canadienne. 

Saluons aussi avec la même ferveur la grande figure qui se 
dresse devant nous " Jtistoricnrte de tant de gloire, évocatrice de tant 
d'espoirs." * 

Georgks Bellerive. 



Description 

Ces deux monuments sont à peu près identiques. Ils ont la 
même hauteur: vingt-quatre pieds et cinq pouces et demi. — Leur 
groupe en bronze est absolument semblable ; tous deux sortent du 
même moule et du même atelier à Val d'Osne, Paris, et ont la même 
hauteur : onze pieds et sejit pouces. Leur socle est aussi sem- 
blable quant à la forme, à l'inscription et à la hauteur qui est 
de douze pieds et dix pouces et demi : ils no diffèrent que pour la 
pierre qui a servi à leur construction et pour l'ornementation. Celui 
de Vestric-Candiac est en pierre blanche de Caën, et celui de Québec, 
en granit rouge du Nouveau-Brunswick. J^'ornementation du 
monument à Québec consiste dans une simple fleur de lys, — symbole 
de l'attachement du C-anada français à la patrie de Montcalm. 

Cette modification apportée au dessin de l'architecte français par 
l'un de nos artistes québecquois les plus distingués, Monsieur Eugène 
Taché, à qui le comité de Québec avait confié la tâche ingrate de 
faire les devis du piédestal du monument de Québec et d'en sur- 
veiller l'exécution, et qui s'en est acquitté gratuitement avec le plus 
grand zèle, n'est pas de nature à déplaire à son auteur. Elle fait 
honneur à l'éminent artiste qui l'a conçue et rend le monument 
encore plus précieux aux deux pays qui ont contribué à l'œuvre 
commune. 



* Dernières paroles de M. Gaston Doumergue, à Vestric-Candiac. 



— y — 

Le Bronze 

Le groupe en bronze, comme il a été dit, est l'œuvre de M. Léopold 
Morice, statuaire, à Paris. C'est une œuvre d'une impressionnante 
beauté et d'une émotion intense. Montcalm est représenté frappé à 
mort, l'épée haute, défaillant sur le champ de bataille, mais retenu 
de la main droite par la G/oi'-f, sous les traits d'une jeune femme, 
aux ailes essorantes, qui se penche au-dessus de lui et montre, dans 
sa main gauche, au général mourant, la couronne d'immortalité que 
lui méritent son héroïsme et le sublime sacrifice de sa vie pour la 
défense du poste d'honneur que la France lui a"«;ait confié. , 

Le sujet était difficile, néanmoins l'artiste a su le traiter avec 
charme et vigueur à la fois. 

11 y a dans l'attitude douloureuse de Montcalm une expression 
des plus saisissantes. Et la Gloire, qui vient, les ailes déployées, le 
reconforter et le soutenir, est du plus heureux mouvement. 

L'ensemble du groupe est très harmonieux, et dans les détails, 
l'œuvre décèle cette maîtrise technique qui a valu à M. Morice la 
haute réputation d'artiste dont il jouit dans toute la France. 

Le Piédestal 

Cette œuvre de M. Chabert, n'est pas moins Remarquable. Sa 
forme cylindrique, svelte, élégante et gracieuse, est d'une grande 
pureté de lignes et contribue à faire de l'ensemble une œuvre des 
plus délicates. 

Rarement il est donné de constater une telle unité de pensée, une 
pareille harmonie de lignes entre le groupe sculpté et son piédestal. 

Sur le dé se lit l'inscription : 

 Montcalm 
La Franee — Le Canada 

Cette inscription, dans son éloquente con(nsion, vaut tout un 
poëme. Elle rappelle un des faits les plus importants de notre 
existence nationale : l'union intime et profonde opérée entre deux 
pays vers un idéal commun : la glorification du nom français. 

Ces deux œuvres font honneur au génie artistique de la France, 
■et aux artistes qui les ont conçues. 



— 10 — 

Site des deux monun\ents 



Le monument à Vestric-Candiac se dresse sur une petite place, 
dans un renfoncement de la route. Cette place a été aménagée tout 
exprès pour le monument, et l'on voit encore vers la droite les 
restes d'une maison récemment démolie pour permettre au regard 
de mieux l'apprécier. 

Le monument est rendu particulièrement séduisant par le fond 
pittoresque que lui fournit un petit château flanqué de tourelles 
qui s'élève à une quarantaine de pieds derrière lui, et qui appar- 
tenait à la famille de Montcalm. (1) 

Le monument à Québec s'élève à quinze pieds de la Grande 
Allée, dans le quartier Montcalm, le plus beau de la ville, sur une 
petite place, longue de 350 pieds environ, qui conduit au nouveau 
Parc National des Champs de Bataille, et qui est située près des 
célèbres Buttes-à-Neveu, sur les Plaines d'Abraham, où s'est livrée 
la lutte décisive entre l'armée de Montcalm et celle de Wolfe, et dans 
laquelle ces deux vaillants guerriers ont trouvé une mort glorieuse. 

A la demande d'un des échevins du quartier, M. Monaghan, le 
nom de cette place a été changé par un règlement du Conseil 
Municipal de Québec, passé en mai dernier, et elle est maintenant 
désignée : " Place Montcalm ". 

M. Léopold Morice (2) 

M. Morice (Léopold), statuaire du Monument Montcalm, né à 
Nîmes en 184(), fit ses études dans l'atelier de notre compatriote 
Bosc, puis dans l'atelier Jouffroy. Admis à 19 ans, à l'Ecole 
nationale des Beaux-Arts, il obtint plusieurs médailles et prit part 
aux concours de Rome. 

Exposa au Salon en 1S75 son Hilas qui lui valut une première 
deuxième médaille. La même année il obtint au concours l'exécu- 
tion du grandiose monument élevé à Paris à la gloire de la Répu- 
blique. 

Depuis cette époque, M. Morice a exposé un certain nombre 
d'œuvres pour Paris, Dunkerque, Nîmes, Pompignan, Le Vigan, 
Le Venezuela. 

Il expose à peu près, tous les ans, au Salon des artistes Français. 
— Il est l'auteur de la Statue Nemausa, source de la Fontaine de 
Nîmes, exposée au Salon cette année. , 

Médaillé aux expositions universelles 1889 et 1900. 

(1) De " La Canadienne ", de Paris. 

(2) De " L'Echo du xMidi " Nîmes). 



— 11 — 

Directeur d'un Grand Cours municipal à Paris pour le dessin et 
le modelage. — Inspecteur de cet enseignement pour les Ecoles de la 
ville de Paris. 

M. Morice est Officier de l'Instruction Publique et Chevalier de la 
Légion d'Honneur. 

L'œuvre de M. Morice est toute d'inspiration et le place au pre 
mier rang des statuaires français. Son art très personnel donne la 
sensation vécue et atteint parfois au sublime. Il a de plus un 
talent d'une rare souplesse, car du même ciseau sont sorties tantôt 
des scènes grandiosement épiques, tantôt de gracieuses et exquises 
compositions. 

Le groupe de bronze du Monument Montcalm est d'une grande 
beauté et d'une élégance parfaite. 

M. PaulChabert(l) 

Chabert (Paul), Architecte du Monument Montcalm, né à Mont- 
pellier le 18 juillet 1874. 

Un des plus brillants Elèves de notre Ecole des Beaux-Arts, où il 
obtint les plus hautes récompenses. — Prix du Ministre des Beaux- 
Arts, Bourse de la Ville, Diplôme d'honneur hors concours en archi- 
tecture, etc. ; — Reçu au concours, en 1ère classe, à l'Ecole Nationale 
des Arts décoratifs de Paris, M. Chabert quitta l'Ecole pour entrer 
comme architecte dans une importante société de Travaux d'art. 

Successivement nommé architecte de plusieurs communes. Pro- 
fesseur de stéréotomie. Expert des Tribunaux et du Conseil de 
Préfecture, M. Chabert est Officier de l'Instruction Publique. 

Son architecture à la fois sobre, élégante, et très personnelle, 
révèle un réel souci du style et de l'harmonie de la forme. 

Dans l'œuvre architecturale du Monument Montcalm, s'affirme 
un goût très sûr, une parfaite science de la ligne et de l'art. On 
peut dire qu'elle complète admirablement l'œuvre du statuaire. 
C'est une œuvre de premier ordre qui fait le plus grand honneur à 
notre jeune architecte. 



(1) De " L'Echo du Midi " Nîmes). 



f^ 



/" 











Mimij^^^ 






Fac-Sitnilé du certificat de naissance de Montcalm, extrait des régfistres de la 
paroisse de Notre-Dame de Vauvert, France. 



— 14 — 

Montcalm 

Descendant des Montcalm-Gozom, une des plus vieilles familles 
du Rouergue, connue dès le Xlle siècle. 

Louis-Joseph, marquis de Montcalm, seigneur de Saint-Véran, 
Candiac, Vestric et autres lieux, naquit le 28 février 1712 au château 
de Candiac, propriété de famille, près de Vauvert (Gard). Il y passa 
son enfance dans le calme et le travail, étudiant les auteurs anciens, 
commentant Plutarque, Corneille, se faisant une âme forte, un esprit 
clair et vif, un corps vigoureux. A quatorze ans il entre dans l'armée, 
et à vingt, il part pour sa première campagne sous les ordres du 
maréchal de France Berwick. Il se bat en Allemagne, en Bohême, 
en Italie. Entre deux expéditions il épouse la petite-nièce de l'In- 
tendant Talon, l'administrateur le plus habile qu'ait connu le Canada. 
Il a dix enfants, une assez belle fortune ; il est aimé dans toute la 
PrDvence et il adore son pays natal, ce qui ne l'empêche pas de partir 
sans hésiter quand Louis XV lui donne le commandement de ses 
troupes au Canada. 

Vif, alerte, exubérant de paroles et de gestes, il est bien le fils de 
la chaude Provence ; prompt à s'emporter et prompt à se reprendre ; 
loyal et bon, tout rondement chrétien. De taille plutôt médiocre, 
il en impose naturellement, parce que l'on sent un chef à ce regard 
qui observe et qui veut, et où brille l'intelligence. Ambitieux sans 
petitesse, esclave et amoureux de son devoir, homme de guerre clair- 
voyant, habile et résolu : tel est Montcalm ". 

Il débarque le 13 mai 1756 à Québec. 

Il possède en tout 3,800 hommes formant les régiments de Royal- 
Roussillon, Languedoc, la Reine, Artois, Guyenne, La Sarre, Béarn 
et Berry. Or, il entre en lutte avec 25,000 Anglais bien pourvus 
de munitions et fortement retranchés. Malgré cette infériorité, Mont- 
calm paye d'audace et débute avec bonheur par la prise du fort de 
" Chouaguen ". 

Mais il manque de tout par la faute de l'intendant Bigot qui ne 
songe qu'à spéculer et à voler les colons et les sauvages. 11 écrit 
vainement au ministère pour demander la poudre et les armes dont 
on a besoin. Montcalm exaspéré délègue Bougainville en France 
auprès du maréchal de Belle-Isle et n'en reçoit que cette réponse 
désespérante. " Quand le feu est à la maison, on ne s'occupe pas 
des écuries ". Cependant le Ministre termine par cette phrase d'une 
politesse significative : " J'ai répondu de vous au roi et je suis bien 
assuré que vous ne me démentirez pas, et que, pour le bien de l'Etat, 
la gloire de la nation et votre propre conservation, vous vous porte- 
rez aux plus grandes extrémités ". 




Intérieur de l'Eg-live de Notre-Dame de Vauvert, où Montcalm a été baptisé, le 6 mars 1712. 



— 16 — 

C'était, en style administratif, l'ordre de mourir. Montcalm com- 
prit : il savait tout Corneille par cœur. 

Malgré cet abandon il se raidit, fit flèche de tout bois, groupa les 
Canadiens, gagna à sa cause les sauvages qui furent pour lui de 
fidèles alliés, et fut encore assez heureux pour prendre aux Anglais 
le fort de William Henry et pour battre de façon magistrale le 
général x\bercromby dans la grande bataille de Carillon. 

Pourtant, c'était la fin, et la résistance n'était plus possible devant 
les Anglais revenant toujours plus nombreux, alors qu'aucun bateau 
de France n'arrivait plus dans le Saint-Laurent. 

Enfermé dans Québec, Montcalm fut obligé de livrer bataille au 
général Wolfe dans les plaines d'Abraham, derrière la ville. 

" Wolfe avait trente-deux ans, et, comme Montcalm, une grâce 
sublime : il sabrait en déclamant des vers. Tous deux moururent 
dans la même journée. Tandis que les grenadiers de Louisbourg 
chargeaient à labaïonnette, Wolfe reçut une première balle au poignet. 
Atteint ensuite à la poitrine, il chancela : " Soutenez-moi, criait-il ; 
que le soldat ne me voie pas tomber ! " On l'emporta. Montcalm 
blessé de son côté, rentra dans Québec, perdant son sang par trois 
blessures ; une balle lui avait fracassé les reins. Tandis que le chi- 
rurgien sondait la plaie, il demanda combien il lui restait d'heures 
à vivre. '' Quelques unes seulement, mon général. — Tant mieux, 
je ne verrai pas l'entrée des Anglais à Québec ". Pourtant, il songea 
qu'il lui restait une tâche à accomplir, protéger encore ces braves 
Canadiens dont il avait fait ses enfants : " Général, écrit-il à Towns- 
hend, l'humanité des Anglais me tranquillise sur le sort des prison- 
niers français et sur celui des Canadiens. Ayez pour ceux-ci les sen- 
timents qu'ils m'avaient inspirés, qu'ils ne s'aperçoivent'pas d'avoir 
changé de maître. Je fus leur père, soyez leur protecteur ". 

" Il fut enterré le soir du même jour, au bruit de la canonnade 
" et à la lueur des flambeaux, dans l'église des Ursulines, la seule à 
" Québec qui ne fût qu'à moitié détruite par les projectiles ". 

En mourant, Montcalm avait dit encore : " Ma consolation est 
d'avoir été vaincu par un ennemi aussi brave ". — L'Angleterre a 
retenu cet hommage, et en 1827, le Comte Dalhousie, Gouverneur 
du Canada, avec le concours des citoj^ens anglais et français de 
Québec, a fait élever à Québec, un obélisque de 60 pieds de hauteur, 
sur lequel on lit ces deux noms, désormais inséparables : Wolfe ; 
Montcalm, et cette inscription célèbre : '"^^ 

MORTEM VIRTUS COMMUNEM 

FAMAM HrSTORIA 

MONUMENTU.M POSTERITAS DEDIT 




Château de Candiac, où est né Montcalm 




Résidence de Montcalm à Québec, (Remparts). 



- l.s — 

" Leur valeur leur fit un trépas commun, l'histoire une même 
renommée ; la postérité ce monument ". 

Plus tard, en 1831, Lord Aylmer, gouverneur du Canada, fit 
placer dans la Chapelle des Dames Ursulines de Québec, une pierre 
tumulaire au-dessus du tombeau de Montcalm ; le marbre porte cette 
belle inscription : 

Honneur à Montcalm 
' ^ Le Destin en lui dérobant la victoire 

. Ua récompensé par une moH glorieuse 

Le gouvernement de la province française de Québec, a aussi 
rendu hommage à Montcalm, en faisant placer en 1894 à côté delà 
statue en bronze de Wolfe, celle de Montcalm, sur la façade du Palais 
Législatif à Québec. 

La France se devait de montrer qu'à son tour elle se souvient. 

En 1907, un comité formé à Vauvert s'est donné pour tâche 
d'oHrir au pays natal de " Montcalm " (à la com.mune de Vestric- 
Candiac, dont dépend depuis 1790 le château de Candiac où naquit 
le héros), un monument à son honneur, et d'en offrir la réplique à 
la nation Canadienne et en particulier, à la ville de Québec. 

Ce comité a eu un double but : honorer d'abord une des plus 
grandes figures de l'histoire française, et par là même, l'armée d'au- 
jourd'hui, digne héritière de l'armée d'autrefois ; en second lieu, 
rendre hommage aux Canadiens qui ont jalousement conservé la 
langue et les vieilles traditions de la France, et unir davantage la 
France au Canada. 

Son œuvre, accomplie avec l'aide des comités de Paris et de Québec, 
est aujourd'hui heureusement terminée à l'honneur de ces trois 
comités. 




Quartiers-Généraux de Montcalm, à Beanport, pendant le .sièg:e de Québec, en 1759. 




Mort de Montcalm, (d'après une ancienne gravure.) 




Statue en bronze de Montcalm. érigée en 1804, au-dessus de 
la porte monumentale du Palais Législatif à Québec. 




l^IllM' ijlilllll Mil II llll 




Monument à Wolfe et Montcalm érigé à Québec, en 1827. 





Armoiries de Montcalm. 



Monsieur le Comte Bertrand de Montcalm, 
de Paris. 



— 22-^ 

Inauguration du monument Montcalm (1) 

A Vestric-Candiac 
Le 17 juillet 1910 



La cérémonie d'inauguration a eu le plus brillant succès. Toutes les 
notabilités officielles du Gard entouraient M. Doumergue, ministre de 
l'Instruction publique et sénateur du département. Le Canada était 
représenté par une importante délégation qui comprenait : l'hono- 
rable M. Dandurand, ancien président du Sénat ; M. DeCelles, con- 
servateur de la bibliothèque du Parlement Fédéral ; M. Thomas 
Côté, commissaire canadien à l'Exposition de Bruxelles. 

Le voile recouvrant la statue tombe devant la foule ravie d'admi- 
rer l'œuvre si noble et si émouvante de M. Léopold Morice. 

Le défilé des sociétés 

Aussitôt le Ministre et le cortège installés sur l'estrade, les Sociétés 
défilent autour du monument dans l'ordre suivant : Société confra- 
ternelle des anciens Officiers de Nimes, Société des Vétérans des 
armées de terre et de mer de Marguerittes, Société des Vétérans de 
Marguerittes, Société des Vétérans de Bessèges, Société des Vétérans 
d'Uzès, Société des Vétérans de Nîmes, Société des Vétérans de Vau- 
vert. Société des Anciens Soldats de sept ans de Nîmes, Société l' Union 
des Frères d'Armes de Nîmes, Société des Anciens Combattants de 
Nîmes, Société des Anciens Sous-Officiers la "Saint-Martin ", Société 
des Anciens Mobiles du Gard, Sociétés des médaillés militaires. 

En passant devant le monument, le drapeau de chaque Société 
^^ incline largement. Les drapeaux entourent ensuite la statue à laquelle 
ils font un beau cadre de soie palpitante au souffie de l'air. Par 
moments, leurs plis, comme un hommage des soldats d'aujourd'hui 
au glorieux défenseur du Canada, viennent caresser les pieds du 
héros ressuscité dans le bronze. 

Les Discours 

La série des discours commence. Le premier est celui de M. de 
Balincourt, officier supérieur en retraite, membre de V Académie de 
Nimes, vice-président du Comité, qui fait la remise du monument au 
Maire et au Conseil municipal de Vestric. 

Il s'exprime en termes sobres, justes et parfaits. 



(l) De " La Canadienne " de Paris, et de la brochure : Les Fêtes de Ve^tric-Candiac. 



— 23 — 

Discours de M. De Balincourt 

Monsieur le Maire, 

Messieurs les Conseillers, 

" 11 y a quatre ans à peine que deux comités d'action, formés l'un 
en France, l'autre au Canada, concevaient dans le même élan de 
patriotisme et de gratitude, le projet d'élever un monument à Mont- 
calm, à ce chef d'armée tombé glorieusement à Québec, à ce héros 
dont le nom semblait oublié, alors que le temps n'avait fait qu'aflBr- 
mer et consacrer davantage sa mémoire. Ils ont voulu que sa statue 
fut élevée dans le pays même où il était né, entre les deux demeures 
possédées par ses ancêtres, le château de Candiac et celui de V^estric. 
Ils ont voulu que l'œuvre superbe d'inspiration, due à un sculpteur 
éminent et à un architecte de talent, de Mmes tons les deux, fût un 
gage à jamais durable de l'antique solidarité de deux peuples issus 
de la même origine, parlant la même langue, imbus des mêmes" 
traditions, en dépit de l'Océan qui les divise et des événements qui 
ont séparé, il y a cent cinquante ans, la colonie de la mère-patrie. 

"Aujourd'hui, monsieur le maire, leur tâche est terminée, et, dans 
cette séance solennelle, ils offrent à la ville et à la municipalité de 
Vestric-Candiac ce monument, auxquel elles avaient accordé une 
noble et généreuse hospitalité. Elles seront fières de le posséder et 
jalouses de le transmettre dans l'avenir. 

" Non, les statues des hommes d'élite, que la reconnaissance et 
l'estime de leurs concitoyens élèvent sur les places publiques, ne 
sont pas seulement un vain ornement, elles sont surtout un grand 
enseignement. Elles apprennent aux jeunes générations, qui les 
contemplent, qu'il est beau de servir et d'honorer son pays et, quand 
il le fauf, de combattre et de mourir pour lui. " 

Après lui M. Bonifassy, maire de Vestric, prend la parole pour re- 
mercier M. de Balincourt au nom de son Conseil municipal : 

Discours de M. Louis Bonifassy 

Monsieur le Ministre, 

Messieurs les Membres de la déle'gation Canadienne, 
Messieurs les Membres dti Comité', 
Mesdames, Messieurs, 

" Au nom du conseil municipal de Vestric et Candiac, je vous 
remercie. Monsieur le Vice-Président du comité du monument à 
Montcalm, pour l'offre que celui-ci veut bien faire à notre commune 
du monument livré aujourd'hui à l'admiration publique. 





Monsieur Léopold Morice, de Paris, Statuaire, 
Chfcvalier de la Lég-ion d'Honneur 



Monsieur Paul Chiabert, de Nime«, Architecte, 
Officier d'Instruction publique. 








^ 





M . Gaston Bouzanquet, de Vauvert, 

Promoteur de l'œuvre en Frauce, 

Sec. -Gén. -Très., du comité de Vauvert. 



Monsieur Georges Bellerive, de Québec, Avocat, 

Promteur de l'œuvre à Québec, 

Secrétaire-Trésorier du comité de Québec. 



— 25 — 

" Montcalm étant né sur le territoire actuel de Vestric, les terres 
de " Vistre " lui ayant appartenu, la veuve du héros étant inhumée 
dans notre petite église, notre commune s'est fait un honneur de 
solliciter que le monument lui soit offert.. — C'est vous dire et c'est affir- 
mer à nouveau le prix que nous attachons à l'œuvre due à l'effort 
du comité. 

"S'il m'est agréable, dit-il, de recevoir de vous, Monsieur le Vice- 
Président qui, par vos domaines, appartenez à notre commune, un 
monument d'une telle valeur artistique,qu'il me soit permis de remer- 
cier,avec vous, M M. les Membres du Comité de France,à Paris,à Nîmes, 
à Vauvert, et tout particulièrement M. le Secrétaire-général du 
comité, M. Gaston Bouzanquet, dont le dévouement, la persévérance 
et l'inlassable activité causèrent certainement le succès de l'œuvre 
et forcèrent l'admiration de tous. 

" Mon titre de Président de ce Comité, autant que celui de maire 
de Vestric, me dicte un devoir que j'accomplis avec un réel bon- 
heur ; celui de dire la conduite vraiment touchante du Comité Cana- 
dien et des hommes tels que les membres du Comité de Québec et 
M. Geo. Bellerive, avocat, à Québec ; M. Chapman, l'éminen poëte 
canadien ; les honorables sénateurs Dandurand et David, à Ottawa ; 
M. Thomas Côté, à Montréal. 

" L'importance que le Canada attache à l'œuvre du monument à 
Montcalm est rendue plus évidente par la venue d'une délégation 
composée de citoyens émineuts, dont la présence rehausse encore 
l'éclat de notre fête. 

" Au nom du Conseil municipal, au nom de la population de Ves- 
tric et Candiac, et j'ose dire au nom de nos populations méridiona- 
les, j'adresse à MM. les membres de cette imposante délégation, 
l'hommage ému de notre vive et profonde reconnaissance. 

" Dirai-je à Monsieur le ministre de l'Instruction publique et des 
Beaux-Arts toute la gratitude que notre petit pays lui gardera pour 
l'honneur qu'il lui a fait en venant présider cette fête? 

*' Monsieur le ministre avait déjà donné au comité une preuve 
de la sollicitude du gouvernement de la République en faisant 
accorder à l'œuvre une subvention généreuse. 

" Le nom de M. Gaston Doumergue, si populaire dans nos 
régions, ne le sera pas moins au Canada quand tout le monde saura 
que le ministre qui vint inaugurer le monument à Montcalm, est le 
même qui présida (étant alors ministre du commerce), aux négocia- 
tions qui ont abouti à l'entente commerciale conclue entre la France 
■et le Canada. 

" Mon rôle consiste à dire à tous notre " merci ". Je n'aurai garde 
-d'oublier l'éminent statuaire, M. Léopold Morice, qui s'est immor- 





Monsieur Jean Bosc, de Nimes, avocat, 
Vice-Président du comité de Vauvert. 



Monsieur de Balincourt, de Nimes, 
Vice-Président du comité de Vauvert, 



■-♦Si ^h tk. 




Monsieur Léopold Leau, publiciste, de Paris, 

Fondateur de " La Canadienne" de Paris, 

Membre du comité de Paris. 





Monsieur Maurice Hodent, publiciste, de Paris 

Vice- Président de " La Canadienne " de Paris, 

Membre du comité de Paris. 



Monsieur Fabrègue, publiciste, de Paris^ 
Membre du comité de Paris. 



— 27 — 

talisé lui-même en immortalisant par le bronze le héros que nous 
glorifions ; ni M. l'architecte Paul Chabert, à qui nous devons le 
piédestal gracieux qui fait avec le monument un ensemble plein 
d'harmonie. 

" Notre merci doit aller encore aux plus humbles, à ces tailleurs 
de pierre, à ces sculpteurs, qui sur place, sous un soleil brûlant, 
ont travaillé sans trêve, avec entrain, avec gaieté, oubliant toujours 
le peu de confortable que leur offrait le pays pour ne se souvenir 
que de la grandeur et de la beauté de leur tâche. 

" Vous m'excuserez. Mesdames, Messieurs, si j'ai parlé trop lon- 
guement. Je demande qu'on me pardonne si, par hasard, j'oubliai 
de remercier quelqu'un ; celui-ci peut-être certain que je n'ai pas 
épuisé ma provision de reconnaissance. . . .et je me hâte de céder la 
parole à plus autorisé que moi ". 

Discours de M. Bouzanquet 

M. Bouzanquet se lève à son tour. C'est l'homme du jour, celui 
à qui on doit cette fête méridionale et patriotiq ue. 

Avec une réelle éloquence, une connaissance profonde de son sujet 
et une émotion naturelle, puisqu'il a réussi à doter d'un beau monu- 
ment son pays et à attirer sur ce petit coin de France l'attention de 
deux grands peuples, M. Bouzanquet expose l'héroïque existence de 
Montealm, sa grandeur morale, sa vaillance, ses succès,.ses revers. 

" J'aurais fini. Messieurs, si je ne voyais à glorifier que le héros 
dont l'éminent statuaire, M. Morice, nous donne une saisissante 
image. 

'* Montealm, tant de fois et si brillamment victorieux, chancelle 
mortelle ir.ent blessé. La renommée le soutient et paraît lui dire que 
son œuvre n'est pas vaine. L'œuvre de Montealm? Montealm a-t- 
il donc fait au Canada autre chose que " sabrer " ? comme diraient 
certains, et que vaut donc son œuvre, puisque le Canada se trouve 
perdu pour nous ? 

En lisant naguère un discours du premier ministre actuel du 
Canada, M. W. Laurier, un canadien de vieille souche française, j'y 
trouvai cette phrase que je livre aux méditations de tous : " Vous en 
conviendrez avec moi. Messieurs, le sentiment national d'un pays 
n'a de valeur que par l'orgueil qu'il sait inspirer à nos enfants". 

" Montealm ayant excité l'admiration de ses adversaires les 
Anglais, ne pouvait qu'inspirer de l'orgueil à ses compatriotes, à ces 
Canadiens Français, pour lesquels il lutta jusqu'à la mort et qu'il 
avait défendus, non pas seulement contre les Anglais, mais contre 
les fonctionnaires de Louis XV, qui fuyaient scandaleusement la 
colonie. 



— 28 — 

" Montcalm était un continuateur de Champlain, comme Lévis 
fut ie continuateur de Montcalm et le sentiment national que de tels 
hommes avaient su développer dans la "Nouvelle France", était 
d'une telle grandeur que, malgré l'oubli dans lequel la France l'a 
tenu pendant un certain temps, le Canada est resté français de cœur, 
gardant nos mœurs, nos coutumes, nos traditions, notre langue. 

" Les Canadiens ont l'orgueil de leur origine française. A notre 
tour tous, ayons l'orgueil de leur fidèle et touchant souvenir ; c'est 
à la valeur de notre sentiment national que nous le devons. Enfants 
des Ecoles, qui venez de défiler devant le Ministre et qui lui avez 
offert des fleurs en même temps qu'à nos hôtes Canadiens, gardez 
le souvenir de ce jour de fête. Instituteurs de nos Ecoles, ne vous 
lassez pas de raconter à vos élèves, dans quelque domaine que ce 
soit, les hauts faits des hommes qui constituent la gloire de notre 
belle France. Aujourd'hui, par Montcalm, c'est un exemple que 
nous cherchons à donner aux générations présentes et à venir ; 
demain, ce sera par un savant ; demain par un poëte ; demain, par 
un penseur. 

" Par ces hautes leçons, développez sans cesse l'orgueil de nos 
enfants pour la patrie. 

" Si quelques-uns d'entre eux sont, un jour, obligés de vivre en 
pays étranger, que, grâce à vous, leur sentiment national subsiste et 
soit aussi vivace que celui d'un père et d'un enfant d'origine fran- 
çaise, que fait parler le poëte canadien Louis Fréchette. 

Regarde, me disait mon père. 
Ce drapeau vaillamment porté ; 
Il a fait ton pays prospère 
Et respecte ta libei-té. 

C'est le drapeau de l'Angleterre 
Sans tache, sur le firmament. 
Presque à tous les points de la terre 
Il flotte glorieusement 

Mais, père, pardonnez si j'ose. . . . 
N'en est-il pas un autre à nous 1 
— Ah ! celui-là, c'est autre chose ; 
Il faut le baiser à genoux ! " 

Le Discours canadien 

M. Dandurand, membre du Sénat Canadien, parle après M. Bou- 
zanquet, d'une voix énergique et mâle, avec une élégance de forme, 
une pureté de diction qui émerveillent l'auditoire et l'émeuvent jus- 
qu'au fond de l'âme. 



— 29 — 

M. Dandurand, après avoir fait l'éloge de M. Bouzanquet, le pro- 
moteur du monument, et de M. Moriee, le sculpteur qui l'exécuta 
avec tant d'art, fait ensuite l'histoire de la campagne qui poussa si 
haut la gloire de Montcalm. Son exposé de la situation de nos 
troupes est saisissant et ses paroles sont écoutées avec une attention 
passionnée et une émotion poignante. Une tristesse douloureuse se 
peint petit à petit sur les visages, lorsque le récit fait pressentir la 
défaite finale. 

Dans une péroraison magnifique, l'orateur Canadien parle ensuite 
de l'amour gardé par les fils des colons français pour le seul legs 
qui leur reste de jadis, leur langue. 

Voici du reste, cette belle péroraison, que nous détachons du dis- 
cours de M. Dandurand, reproduit par " La Canadienne ". 

'* D'aucuns se demandent peut-être, dans cette auditoire, ce qu'il 
est advenu des colons français abandonnés de l'autre côté de l'At- 
lantique il y a 1 50 ans. Ils sont restés attachés à la terre et, groupés 
autour du clocher de la paroisse que dominait le coq gaulois, ils ont 
transmis à leurs enfants le seul héritage reçu des aïeux, le dépôt 
sacré de la langue française. Ce signe indélébile qui nous marque, 
de génération en génération, comme membres de la grande famille 
française, nous est imprimé par nos pères dans notre premier bégaie- 
ment. 

" Les ennemis de la veille, Anglais et Français, vivent en parfaite 
hai'monie. Ils ont, — longtemps avant Londres et Paris, — établi 
entre eux l'entente cordiale et ont conquis dans l'ordre politique 
toutes les libertés nécessaires." 

" Ces 60,000 paysans français sont devenus plus de 2,500,000 
dans l'Amérique du Nord, dont les trois quarts constituent une 
masse compacte dans la vieille province de Québec. 

" Ils sont parfaitement satisfaits de leur sort. Maîtres absolus de 
leur destinée, ils coulent des jours heureux dans la paix et dans la 
liberté. 

" Les Franco-Canadiens ne sont qu'un quart de la population du 
Canada, qui est aujourd'hui de huit millions, et ils ont cependant 
depuis quatorze ans l'un des leurs, Wilfrid Laurier, à la tête du 
pays, comme chef du Gouvernement fédéral. C'est à l'esprit de tolé- 
rance et de libéralisme de la majorité de langue anglaise, que nous 
devons ce grand honneur de voir, au premier rang, dans l'empire, 
un homme d'Etat que tout grand pays serait fier d'acclamer. 

"■ Nous parlons le français à l'égal de l'anglais, dans nos Parle- 
ments ; nous plaidons en français devant nos tribunaux et c'est le 
code Napoléon qui nous régit dans la province de Québec. 



— 30— . 

" Compatriotes de Montcalm, ne nourrissez pas en votre âme un 
trop lourd regret de la défaite des plaines d'Abraham et de la perte, 
en cette heure douloureuse, de la colonie, car si le drapeau français 
eût continué de flotter sur le Canada jusqu'en 1805, ce pays eût 
partagé le sort de la Louisiane et eût été cédé avec elle aux Etats- 
Unis par Napoléon. 

" La France n'avait plus alors une marine suffisante pour proté- 
ger ses colonies et l'empereur ne voulait pas subir l'injure de leur 
confiscation. En passant sous le drapeau américain, nous étions 
destinés, — de par notre situation géographique, — à être submergés 
par le flot des colons migrateurs de langue anglaise. 

" Le sort des combats en a décidé autrement. Dans l'empire 
britannique, nous nous développons en pleine sécurité et notre 
préoccupation constante est de préparer nos enfants à jouer dans 
l'Amérique du Nord un rôle digne de la race française. C'est vers 
ce but que tendent toutes nos énergies." 

Discours de M- Gaston Doumergue 

• Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts. 

Après l'Honorable Dandurand, M. Doumergue, ministre de l'Ins- 
truction publique, le même qui, étant alors ministre du Commerce, 
présida aux premières négociations qui ont abouti à l'entente com- 
merciale entre la France et le Canada, prononça, d'une voix sonore 
un beau discours empreint d'une patriotique émotion. 

Voici ce discours : 

M. le Président, 

Mesdames et Messieurs, 

L'hommage que nous rendons aujourd'hui à Montcalm, en lui 
élevant cette statue, œuvre d'un sculpteur de talent inspiré par un 
cœur de bon Français, pourrait paraître tardif s'il avait été néces- 
saire à sa gloire. Mais cette gloire est de celles qui résistent à 
l'épreuve du temps et qui n'ont pas besoin d'être hâtivement fixées 
dans le marbre ou dans le bronze pour passer à la postérité et durer 
dans la mémoire des hommes. 

L'histoire l'a pieusement recueillie et elle est inscrite dans ses 
pages en caractères que les événements si nombreux, si prodigieux 
et parfois si tragiques qui se sont produits depuis qu'elle y a pris 
place, n'ont pu ni effacer ni obscurcir. 

Nous éprouvons à la relire le même frémissement d'orgueil patrio- 
tique que devaient éprouver les contemporains de ce héros au récit 
de ses exploits et du courage dont il faisait preuve pour défendre 



— 31 — 

contre des adversaires valeureux et tenaces, contre l'indifférence de 
son gouvernement et contre la mauvaise fortune, le patrimoine 
colonial et l'honneur de la France. 

Dans le recul des années, la noble figure de Moiitcalm continue à 
se détacher avec un relief et une clarté qui impressionnent et émeu- 
vent ceux qui veulent en évoquer les trait&. 

C'est sans doute aussi parce qu'autour d'elle, comme centre, vien- 
nent se grouper en foule de grands souvenirs de notre passé, dont 
la plupart sont de nature à nous inspirer une légitime fierté et à 
nous rappeler, s'il en était besoin, tout ce qu'on peut trouver à 
certaines heures, dans des âmes françaises, de faculté d'entreprise et 
d'énergie indomptable, de valeur militaire et de courage civique, 
d'abnégation de soi et d'ardeur à se sacrifier pour un haut idéal. 

Toutes ces qualités et toutes ces vertus, la partie de notre histoire 
qui se confond avec celle du Canada en contient de merveilleux 
exemples, depuis Jacques-Cartier qui le premier remontait le Saint- 
Laurent, depuis Chaniplain qui fondait Québec, jusqu'à Montcalm 
qui donnait sa vie pour conserver à la France cette Nouvelle France. 
Elles brillent au même degré chez les pionniers, les colons et les 
soldats qui entraînaient ces chefs et dans le cœur de qui l'amour de 
la Patrie s'accroissait en raison de l'éloignement où ils se trouvaient 
d'elle et malgré le peu de souci qu'elle semblait prendre d'eux. 

Nous les pouvons d'autant mieux admirer et louer, tous ces Fran- 
çais illustres ou obscurs, qu'ils ont forcé l'estime et l'admiration du 
grand peuple qui était alors l'adversaire du nôtre, au point qu'il a 
uni dans le même hommage la mémoire de ses soldats morts pour 
conquérir le Canada, avec celle de nos soldats morts pour le défen- 
dre contre ses entreprises ; glorifiant dans le même monument à la 
fois Montcalm et le général Wolfe et établissant ainsi entre eux, 
par delà le tombeau, une glorieuse fraternité d'armes dont une 
nation comme la nôtre ne pouvait manquer d'être touchée. 

Un pareil hommage, allié à un respect intelligent et généreux, 
de leurs coutumes, de leur esprit et de leur langue qu'ils voulaient 
jalousement conserver, devait aussi aller au cœur des Français, qui, 
demeurés là-bas, ne tardaientipas à y faire souche aussi nombreuse 
que forte. Il leur permettait en même temps de concilier dans une 
admirable sympathie de sentiments en apparence opposé, le culte 
toujours fervent pour l'ancienne patrie avec un fidèle et noble loya- 
lisme pour la nouvelle. 

Nous éprouvons une joie très vive à posséder aujourd'hui, au 
milieu de nous, représentant leurs concitoyens et leur gouverne- 
ment, quelques-uns des descendants de ces anciens Français, car 
pour eux, comme pour nous, cette cérémonie est l'occasion de rap- 



— 32 — 

peler des souvenirs émouvants et chers, que n'assombrit aucune 
tristesse, ni aucune amertume. Ils nous apportent en effet la preuve 
vivante de la vitalité puissante de notre race et nous en révèlent, si 
j'ose dire, des aspects presque inconnus ou un peu oubliés. Par 
eux, par les Canadiens-Français, nous apprenons que les rameaux 
détachés du tronc continuent à pousser dru, même dans des sols ou 
leur enracinement et leur croissance semblaient devoir être particu- 
lièrement difficiles et, si nous étions tentés de nous méconnaître, ils 
nous feraient souvenir de ce que nous valons par le simple spectacle 
de ce qu'ils sont. 

De leur côté, ils peuvent voir l'affection que nous leur avons 
gardée, et cet échange de souvenirs et d'impressions se fait dans des 
régions si pures et si hautes du cœur et de l'esprit, que la mémoire 
de Montcalm en reçoit une auréole plus lumineuse et plus belle. 

Sa physionomie historique prend ainsi pour nous tous la valeur 
d'un symbole. Notre race s'y retrouve, ici comme là-bas, avec ses 
qualités, sa générosité, son génie propre que rien ne peut altérer et 
dont les hommes qui se réclament d'elles retrouvent toujours, aux 
heures où il le faut, la vive et nette conscience. 

Elle nous est particulièrement chère dans ce coin de la France où 
Montcalm est né, où ses enfants sont nés, où sa mère et sa femme 
habitaient, tandis qu'il luttait désespérément au delà des mers pour 
arracher définitivement à tout ce que la mauvaise fortune peut 
accumuler de difficultés insurm-mtables devant un chef et des soldats 
héioïques une victoire qu'il sut garder tant qu'il vécut et que sa 
mort seule put faire perdre à son pays. 

C'était ici sa petite patrie. L'amour qu'il portait à la grande 
ne la lui faisait pas oublier. Elle avait dans son cœur une place 
élue. Au milieu de ses préoccupations, de ses travaux et de ses 
combats, aux heures où son clair regard et sa froide raison lui 
faisait voir l'inutilité de ses efforts et l'issue fatale vers laquelle il 
marchait, sa pensée s'en allait vers son cher Candiac. 11 en évoquait 
le souvenir avec celui des siens qu'il y avait laissés : sa mère admi- 
rable qui, dès l'enfance, avait su le préparer pour les périls et pour 
■ la gloire, sa femme aimante et dévouée, ses enfants, dont quelques- 
uns permettaient d'ajouter encore de l'honneur et de l'éclat à son 
nom. C'est seulement dans les lettres qu'il leur adressait qu'on 
peut deviner quelque lassitude et comme un mélancolique regret 
de sa grande âme devant le sort qu'il savait l'attendre. 

Le voici revenu dans ce cher Candiac. L'admiration pieuse et 
reconnaissante de ses compatriotes l'y a ramené et c'est ce retour, 
après tant d'années écoulées qui ont vu se transformer le monde et 
disparaître de notre pays la société dont il résumait en lui les meil- 



— 33 -- 

leures et les plus viriles qualités, que nous fêtons aujourd'hui, dans 
ce simple décor où il passa sa jeunesse et auquel sa mâle figure va 
donner désormais un réel caractère de grandeur. 

Mais en voulant l'avoir au milieu d'eux et pour les souvenirs 
héroïques qu'il leur rappelle et pour les enseignements qu'ils veulent 
retenir de sa vie et de sa mort, les compatriotes de Montcalm n'ont 
point voulu l'ôter aux Canadiens dont il est un héros national. Aussi, 
dans une pensée où s'affirme à la fois la largeur de leur patriotisme 
et la natuj'e du culte qu'ils rendent au héros, ont-ils voulu que la 
même image de lui existât là-bas et ici, autant jDOur rappeler les 
souvenirs communs du passé que pour exprimer les sympathies et 
la solidarité permanente qui existent entre les hommes de même race 
... .Et ils ont offert spontanément aux Canadiens la réplique du 
monument que nous inaugurons aujourd'hui. 

" Représentant du gouvernement de la République à cette céré- 
monie, que tant de généreux sentiments, tant de pensées reconfor- 
tantes et tant de simplicité aussi font si émouvante, je ne puis oublier 
que je suis, moi aussi, le compatriote de Montcalm, ni dissimuler 
qu'il me vient quelque orgueil de la gloire qu'il projette sur le dépar- 
tement où je suis né. Mais cet orgueil n'est pas fait que d'un 
souvenir ; il emprunte sa meilleure raison à la certitude que sur le 
sol et dans le pays qui ont vu naître et Montcalm et le Chevalier 
d'Assas, leurs vertus, leur courage et leur patriotisme ardent ont 
laissé des racines profondes d'où sortiront toujours des jets vigoureux 
et abondants que la grande patrie gardienne des idées de progrès, 
de liberté et de justice, trouverait tout de suite, s'il lui fallait un 
jour soit lutter pour ces idées, soit se défendre elle-même. Et je 
n'en salue qu'avec plus d'admiration et plus de ferveur, comme 
ministre de la République, la grande figure qui se dresse devant 
nous, historienne de tant de gloire, évocatrice de tant d'espoirs." 

Les Poèmes 

Lorsque les applaudissements qui saluent ce discours sont calmés 
M. Dumazert, de l'Odéon, dit, avec grand lyrisme, un poème que 
Chapman, l'illustre écrivain Canadien, a écrit â la gloire de Montcalm. 
Ce poème, d'un souffle épique, chante la gloire de Montcalm et 
inspire à l'auditoire l'orgueil du nom français. 

M. Bazile, un Vauverdois, vient lire également un poème à la 
gloire de Montcalm. 

Au Château de Vestric 

Après les discours, le cortège se rend dans le Château qui se 
dresse au fond de la place et où l'on a servi dans les vieilles salles 
armoriées, un apéritif d'honneur. 3 



— 34 -- 

Pendant quelques instants en écliange alprs de cordiales paroles 
et l'on félicite tout particulièrement le sénateur canadien de son beau 
discours dont l'impression restera profondément gravée parmi tous 
les assistants de cette belle journée. 

Le Banquet 

Du château de Vestric, le Ministre et le cortège s; rendent à la 
salle du banquet, dressé dans une vieille remise décorée de drapeaux 
et d'oriflammes. 

Environ 500 convives y prennent place. 

A la table d'honneur, aux côtés de M. Gaston Doumergue, on 
remarque la plupart des fonctionnaires du département, ainsi que 
les représentants de l'armée et les délégués Canadiens. 

Au début du repas, la musique de Vauvert joue la " Marseil- 
laise ", puis "l'Hymne Canadien ", au milieu des applaudissements 
nourris des convives. 

Au Champagne, M. Lallemand, préfet du Gard, ouvre la série des 
toasts, en levant son verre à la santé du Président de la République, 
du Ministre et des hôtes Canadiens. 

Discours de M. Emile Kenaud 

M. Emile Renaud, avocat, ancien maire de Nîmes, succède à M. 
Lallemand. Au nom du Comité d'érection du monument à Mont- 
calm, il prononce le beau discours que voici : 

Monsieur le Ministre, 
Messieurs, 

" Il y a 25 ans, un jeune historien d'origine vauverdoise, aujour- 
d'hui avocat de la République, écrivait un livre de pieuse recon- 
naissance qui protestait contre l'abandon inqualifiable de la mère 
Patrie à l'égard du défenseur du Canada et contre son ingratitude 
mise en parallèle avec les honneurs décernés à Montcalm par la 
colonie. 

" Du germe ainsi déposé dans l'esprit de ses concitoyens, devait 
naître vingt ans plus tard, le Comité chargé de payer la dette de la 
France. C'est au nom de ce Comité que j'ai l'honneur de prendre 
la parole ; mais à vrai dire, notre part de collaboration à l'œuvre 
de réparation tardive, dont nous fêtons l'épanouissement, fut bien 
minime : un appui moral, un nom prêté, une obole donnée. Aussi, je 
libère ma conscience encriant bien haut, que l'initiateur du monu- 
ment, celui qui a su grouper tous les éléments utiles ; souscrip- 
teurs, statuaire, architecte, membres d'honneur, ministres, députés, 



— 35 — 

sénateurs, celui dont la foi active a rayonné jusqu'en Amérique et 
a fait vibrer les sentiments les plus généreux de l'âme humaine, 
celui-là, c'est aussi un Vauverdois, c'est Gaston Bouzanquet. 

** Secrétaire général, il est le centre d'une correspondance mon- 
diale ; trésorier, il voit s'ouvrir toutes les bourses ; mais il est, en 
même temps, le président, le vice-président, le bureau, que dis-je ? 
le comité tout entier. 

" Ceci dit, je dois reconnaître qu'en dehors de notre région, le 
Comité de Paris avec MM. Hodent, Péricard, Fabrègue, Bazile, 
Morel et l'Alliance Française, ont prêté à l'œuvre un concours aussi 
intelligent que dévoué, dont nous leur sommes très reconnaisssants. 

" Je dois ajouter aussi, que MM. Léopold Morice et Chabert ont 
pleinement réalisé le vœu des admirateurs de Montcalm, en perpé- 
tuant, par le bronze et la pierre, dans le pur style Louis XV, le sou- 
venir de celui qui naquit à quelques portées de fusil de cette com- 
mune de Vestric, qui nous offre sa chaude hospitalité et qui a cédé 
à une heureuse tentation, le jour où elle a bien voulu recueillir le 
héros de Candiac. 

" Mais plus encore, y aurait-il injustice de ma part à ne pas signa- 
ler l'empressement spontané et joyeux du Canada : l'idée de l'hom- 
mage rendu à Montcalm était belle, elle l'était doublement, puis- 
qu'elle tendait à glorifier un grand Français du XVIIIe siècle, à la 
fois dans l'ancienne et dans la nouvelle France, par deux monu- 
ments sortis du même moule, dus à la même inspiration, dont on 
ne pourrait pas dire de l'un, qu'il serait l'original, de l'autre, la 
copie. 

" Cette main, ainsi tendue à la France, dès la première heure, sur 
la profondeur de l'Océan, dit mieux que tous les discours, le cou- 
rant d'ardente sympathie, l'entente plus que cordiale, la fraternité 
vraie entre deux nations parlant la même langue, longtemps sou- 
mises aux mêmes lois, à la même administration, pétries des 
mêmes mœurs et des mêmes traditions. 

" Et quelle figure plus noble, plus pure, que celle, que Montcalm 
aurait pu symboliser cette harmonie préétablie ? N'avait-il pas tenu 
trois ans les Anglais en échec et prolongé la vie française du 
Canada, ce général, estimé, respecté, aimé, jalousé, haï, haut, 
souple, difficile, poli, galant qui sut se faire adorer du Canada et du 
sauvage? Nul de nous qui n'ait frémi d'orgueil au récit des vic- 
toires de Chouegen, du fort William-Henry, de Carillon; mais à. 
l'annonce de chacune d'elles, les habitants de ce pays ont entendu 
chanter le Te Deum à Candiac, ont assisté aux fêtes célébrées à 
Vauvert ! 



— 36 — 

" Nul de nous qui n'ait été ému devant le tableau des hauteurs 
d'Abraham où les deux généraux ennemis trouvèrent la mort le 
même jour ! Mais aussi, quel sentiment de révolte contre la Cour 
de France abandonnant Montcalm à ses 15,000 hommes contre 
80,000 anglais ! contre le ministre proclamant que quand la mai- 
son brûle on ne s'occupe pas des écuries, et s' attirant cette riposte : 
" On ne dira pas du moins, que vous parlez comme un cheval !' ' 
contre Louis XV" qui signa le traité de 1763, cédant le Canada 
après un siècle et demi de possession. 

" Depuis cette date, le Canada n'est pas redevenu français ; c'est 
encore la plus importante des colonies anglaises de l'Amérique, 
mais des constitutions libérales en ont fait une sorte d'état indé- 
pendant, soumis de nom à l'Angleterre, mais ne relevant guère, en 
réalité, que de son Parlement. 

" De ce Parlement, nous avons la bonne fortune d'avoir plusieurs 
représentants parmi nous, en la pers::nne de MM. les sénateurs 
David et Dandurand, de MM. de Celles, Côté. 

" Je les salue au nom du Comité et les remercie du fond du cœur 
d'être venus de si loin, ainsi que MM. Chapman et Bellerive, secré- 
taire général du Comité de Québec, et je m'excuse d'avoir dit que 
le Canada n'était pas redevenu français depuis 1763 : il n'a jamais 
cessé de l'être ! 

" Depuis le jour où Jacques-Cartier découvrait le Canada ; pen- 
dant la période heureuse où Samuel de Champlain fondait Québec 
et gouvernait la colonie, où Richelieu et Colbert multipliaient les 
preuves de sollicitude, vous fûtes français de fait et de droit ; à 
partir de l'époque néfaste de la Guerre de Sept ans, le corps a pu 
être dépouillé de sa parure aux armes de notre pays ; le cœur est 
resté attaché à la France ; l'élément français, accru par une natalité 
et une force d'expansion qu'on a été heureux de constater, n'a 
cessé de refouler à l'Ouest l'élément anglais, et là-bas, plus que dans 
aucune partie" du monde, rien de ce qui est Français n'est étranger. 
Tout récemment, un de nos ministres (il n'est pas de Vauvert, mais 
il est né à quelques kilomètres de là, comme Montcalm), ne resser- 
rait-il pas les liens qui nous ont toujours unis en mettant sa signa- 
ture au bas d'un traité franco-canadien. 

" Et, puisque ce ministre est ici présent, j'ai l'agréable devoir de 
lui dire combien nous sommes heureux de le voir apporter au nom 
du gouvernement de la République, toujours respectueuse du passé 
glorieux, fière de tous ses enfants qui ont un jour servi la patrie, 
apporter à Montcalm un témoignage dont nous savons priser la 
valeur. 



— 37 — 

" Et maintenant, après avoir d'un mot adressé l'expression de 
notre gratitude à tous nos collaborateurs, aux admirateurs de Mont- 
calm, à toutes les autorités, je lève mon verre, et vous convie à 
lever le vôtre, à nos hôtes du Canada. " 

Enfin M. Boiteau, au nom des Vétérans des Armées de Terre et 
de Mer ; M. de Celles, conservateur de la Bibliothèque du Parlement 
Fédéral, M. Thomas Côté, au nom de La Canadienne, portèrent les 
derniers toasts. 

Discours de M. de Celles 

Monsieur le Président, 

Mesdames et Messieurs, 

"Les orateurs que nous venons d'écouter et d'applaudir ont rendu 
hommage à Montcalm dans des termes auxquels il ne reste rien à 
ajouter. Leur éloquence a retenti en périodes éclatantes comme 
pour envelopper dans un décor d'apothéose la mémoire du grand 
général qui a incarné plus que tout autre sur la terre du Canada, 
le génie militaire et l'honneur. 

" Montcalm appartient à la France et au Canada. C'est votre 
cause et la nôtre qu'il défendait à la tête des valeureux soldats de 
France et des milices coloniales. Vous avez tant d'illustrations 
dans votre Panthéon, dans votre galerie des grands hommes, que je 
serais tenté de le réclamer pour nous seuls, mais heureusement, une 
gloire comme celle ^e Montcalm se dédouble et est assez éclatante 
pour rayonner sur deux pays. 

"Il me semble qu'il ne serait pas hors de propos de vous dire 
comment, après cent cinquante ans de séparation d'avec la France, 
nous sommes, nous Canadiens, encore Français. Jamais nous 
n'avons entièrement perdu contact avec le pays de nos origines. 
Dès que l'intelligence de l'enfant canadien s'épanouit, elle se berce 
des récits, des contes et des légendes de France. Lorsqu'il a fait 
les premiers pas dans la vie, il entre à l'école et à l'église, tenant à 
la main des livres venus de France. 

" Plus tard, devenu adolescent, son goût du beau se développe à la 
lecture de vos poètes et de vos grands prosateurs dont, comme vous, 
il subit le charme et l'influence. Il résulte de cette formation 
intellectuelle une forte communauté d'idées avec vous. Notre esprit 
a, pour ainsi dire, été coulé dans le même moule que le vôtre. Voilà 
comment nous avons acquis quelques-unes de vos qualités. Si vous 
aviez des défauts, nous les aurions tous, attendu qu'il est plus facile 
de s'approprier les seconds que les premiers. 



" Entre les Français et les Canadiens, on note plutôt des dissem- 
blances que des différences. La surface ne semble pas la même 
partout : mais grattez le Canadien et vous trouverez un Français. 
Ce qui nous différencie d'un peuple à l'autre, c'est que depuis la 
séparation, le mouvement économique social, les guerres, les révo- 
lutions, vous ont remués fortement, tandis que nous sommes restés 
tranquilles, en dehors de toute guerre bien sérieuse ou de longue 
durée. Le peuple s'est immobilisé dans les campagnes dans sa foi 
et ses traditions ; il pense et parle comme on pensait et parlait en 
France à la fin du XVIIe siècle. 

" Si vous voulez savoir comment étaient vos ancêtres venez nous 
voir au Canada. 

" Chaque fois que je viens en France, je me fais un plaisir d'étudier 
les différents types que le hasard des relations sociales me fait ren- 
contrer. 

" A mon retour au Canada, je retrouve leur sosie. S'il m'arrive de 
voir tel de mes compatriotes à la parole exubérante, rempli d'amour 
pour la vérité, mais d'une vérité imprécise, susceptible de se prêter 
aux embellissements de l'imagination, je le classe sans hésitation. 
Evidemment, ses ancêtres ont dû voir les bords de la Garonne. Tel 
autre qui dans la conversation paraît toujours avoir une pensée de 
derrière la tête, donne à des questions directes des réponses sibilli- 
nes, m'indique ses origines normandes. 

"Si j'avais à faire un diagnostic ethnographique ici, sur place, je 
vous dirais que mes amis Canadiens ici présents, MM. Dandurand 
et Côté, appartiennent par leur origine au sud de la France. Ils 
ont toutes les vertus des gens du midi. Pour être complets, il ne 
leur manque que " Fassent" de Marseille. 

" Ce contact que nous avons maintenu avec la France comporte un 
grand attachement pour notre ancienne mère-patrie ; il s'est per- 
pétué à travers le temps sans faillir, on l'a vu triompher de tous les 
obstacles offerts à sa survivance, même de l'oubli dans lequel nous 
a tenu la France absorbée aux deux siècles précédents, par les 
grands et terribles événements qui mettaient en jeu son existence. 
Pour vous donner une idée des sentiments qui persistaient chez 
nous, laissez-moi vous citer un trait que je retrouve dans mes souve- 
nirs d'enfance : 

" En l'année 1860 ,je passais mes vacances d'écolier à la campagne 
près de Montréal. Un groupe de paysans vint un jour me trouver 
et l'un d'eux prenant la parole me dit : " C'est bien en 1763, que 
la France a cédé le Canada à l'Angleterre ". Sur ma réponse affir- 
mative, il reprend : " N'est-il pas vrai que cette cession n'a été faite 



— 39 — 

que pour cent ans et que par conséquent, dans trois ans, c'est-à-dire 
en 1803, nous redeviendrons Français." 

" Cette interpellation me rendit perplexe, je n'osais pas répondre, 
préférant laisser ces braves gens entre un espoir et une désillusion 
prochaine. 

" Ils n'avaient pourtant pas à se plaindre à ce moment du régime 
sous lequel nous vivions ; car nous étions alors, depuis longtemps, 
en possession de toutes les libertés, objet de l'ambition des peuples 
modernes. Mais ces paysans parlaient ainsi pour des raisons que 
la raison n'approuve pas, et écoutaient plus leurs sentiments que 
la voix de leurs intérêts. 

" Sur le blazon de la province de Québec se lit cette devise <' je me 
souviens" ; elle signifie que nous avons toujours le souvenir de nos 
origines présent à l'esprit, et que nous voulons continuer à vivre 
sous leur influence. Alors que nous étions faibles, que de luttes 
pour rester fidèles à cette devise si simple ! Soyez assurés, que 
maintenant que nous sommes forts, et qu'il y a avantage et plaisir à 
rester Français, nous persisterons plus que jainais à nous souvenir. 

Discours de M. Boiteau 

Monsieur le Président, 

Mesdames et Messieurs, 

" Au nom de la Fédération du Gard des Vétérans des armées de 
terre et de merde 1870-71, permettez-moi d'adresser à MM. les mem- 
bres du comité et notamment à leur distingué secrétaire général, 
M. Bouzanquet, tous nos remerciements pour la bienveillante atten- 
tion qu'ils nous ont témoignée. 

" Nous avons saisi avec empressement l'occasion qui nous procure 
l'honneur de saluer les délégués d'un peuple frère et de nous acquit- 
ter d'une dette de reconnaissance, inscrite depuis quarante ans au 
grand livre du souvenir. 

" J'aurais désiré, Messieurs les délégués, qu'une voix plus autorisée 
que la mienne voulût bien se charger de vous exprimer nos sentiments ; 
je sens que je suis au-dessous de la tache que j'ai l'honneur de rem- 
plir et je crains de ne pouvoir développer toute ma pensée. 

" Vous êtes venus honorer la mémoire d'un de nos concitoyens, 
mort héroïquement pour la gloire et la grandeur de la France ; je 
ne pense pas, après les éloquentes paroles que nous avons entendues, 
qu'il me soit permis de revenir sur un sujet aussi brillamment déve- 
loppé. 

" Je me contenterai de vous dire que l'exemple auquel nous 
assistons est un exemple frappant d'admiration. 



— 40 — 

*' Vous êtes au milieu de nous, vous n'avez pas craint les fatigues 
d'un long voyage pour venir dans ce coin de France qui est la petite 
patrie du héros de Québec, ^pour porter à ce vaillant soldat l'hom- 
mage de reconnaissance du peuple canadien. 

" L'histoire lie le Canada à la France, mais il y a une chose plus 
profonde que l'histoire, c'est qu'un même sang coule dans les veines 
des Canadiens et des Français. 

" Ces étendards de nos sections qui s'inclinaient tout à l'heure pour 
saluer notre compatriote, M. le Ministre de l'Instruction Publique et 
et des Beaux-Arts, s'inclinaient également pour vous saluer avec 
sympathie, messieurs les délégués de ce peuple vaillant et généreux. 
Ils portent dans leurs plis notre devise, calquée sur la vôtre ; vous 
nous dites : "Je me souviens " ; nous vous répondons : "Oublier 
jamais ". 

" Si nos cœurs battent à l'unisson dans une joie commune, nous 
ne pouvons pas oublier que, lorsque la France était dans le malheur, 
vos cœurs ont battu et sans d^ute aussi fort qu'aujourd'hui. 

"Je ne devrais pas en ce moment feuilleter les pages sombres de 
notre histoire, mais vous pardonnerez^ Monsieur le ministre, et vous 
tous, Messieurs, vous pardonnerez à un vieux soldat qui a vécu cette 
époque tragique, de dire qu'à côté des pages sombres, il y a eu des 
pages d'audacieuse témérité et d'héroïque bravoure, et qui sont de 
beaucoup les plus nombreuses dans ce chapitre terrible de notre 
histoire. Je vous ai dit : audacieuse témérité, héroïque bravoure ; 
lorsque les cartouches manquaient, nous ne tournions pas la crosse en 
l'air, nous ne voulions pas non plus savoir le sort qui nous était 
réservé ; nous mettions baïonnette au canon et nous allions nous 
faire fusiller à bout portant : le If) août, à Gravelotte, les balles qui 
m'ont déchiré les chairs partaient de dix à douze mètres tout au plus. 

"Blessé, prisonnier de guerre, loin de notre chère patrie, appren- 
dre tous les jours de nouveaux revers, ah ! mes amis, je ne trouve 
pas d'expression pour vous dépeindre nos souffrances morales et 
physiques. Ce n'est pas que les soins nous aient manqué, nous 
avons reçu en Allemagne tous les soins que comportait l'état de nos 
blessures et je me plais à rendre cette justice ; mais les blessures que 
nous avions au cœur, rien ne pouvait les guérir. 

"Combien de fois n'avons-nous pas envié le sort de nos camara- 
des qui, sur le champ de bataille, avaient rencontré une mort glo- 
rieuse. 

"C'est dans cet état d'esprit que l'écho de vos sympathies nous 
est arrivé ; nous avions cru la France abandonnée, mais vous, nos 
frères du Canada, malgré le temps et l'espace, vous avez dit : " Je 
me souviens ", et vous nous avez secourus. 



— 41 — 

** Loin de moi toute pensée d'exagération, mais permettez-moi de 
vous dire que vous avez contribué à guérir nos blessures par les sen- 
timents de solidarité que vous nous avez témoigné. Ces sentiments 
ont été pour nous un baume souverain par l'espoir que vous avez 
fait renaître dans nos cœurs au moment de notre plus grand décou- 
ragement, et malgré le respect que je dois à votre modestie, j'ajoute- 
rai que votre témoignage de sympathie en cicatrisant les blessures 
de notre cœur, a cicatrisé aussi celles de notre corps, ce qui me vaut 
peut-être l'honneur de vous adresser aujourd'hui, notre gratitude. 

"Veuillez, Messieurs les délégués du peuple canadien, apporter à 
vos compatriotes le salut fraternel des Vétérans de 1870-71, ainsi 
que nos sentiments de profonde reconnaissance. C'est dans le mal- 
heur que l'on reconnaît ses véritables amis ; je me plais à constater 
que, dans le malheur comme dans la joie, vos cœurs battent à l'unis- 
son des nôtres. 

*' Monsieur le Ministre, Messieurs, je ne devrais pas sortir du 
cadre de cette manifestation, cependant je ne puis me défendre de 
remplir la mission que nous sommes imposée ; fidèles à notre 
devise, nous entretiendrons toujours vivace le souvenir des luttes 
désastreuses soutenues, sans défaillance par la nation française, sur- 
prise, désorganisée, contre des troupes innombrables depuis long- 
temps préparées et formidablement armées. 

" Si le passé est la lumière qui doit éclairer l'avenir, qu'il me soit 
permis de dire : à quoi serviraient nos armes perfectionnées et à tir 
rapide, si, comme en 1870, les cartouches manquaient. 

" Nous avons confiance que la France prévoyante ne reverra plus 
les errements du passé ; c'est avec sérénité que nous devons regarder 
l'avenir, mais c'est dans la leçon de nos malheurs que nous devons 
puiser nos volontés et si la voix des Vétérans peut avoir quelque 
répercussion sur l'esprit des jeunes, nous leur disons : Faites votre 
devoir, repoussez impitoyablement ces doctrines subversives qui vou- 
draient faire de vous des lâches ; aimez votre patrie, ayez confiance 
en vous, en vos chefs ; avec la bravoure innée à l'esprit français, 
vous pouvez sourire à l'avenir. 

" Quant à nous, Vétérans, si notre pays était menacé et que la 
France fasse l'appel de ses enfants, tous ceux d'entre nous suscepti- 
bles de prendre les armes répondraient : Présent. 

" Nous considérons qu'en face du danger, l'âge ne crée pas de 
prescription au devoir de servir la patrie. Tant que nous aurons 
une goutte de sang dans les veines nous la mettrons au service de la 
patrie, et tant que nous aurons un souffle de voix, ce sera pour crier : 
Vive la France ! et j'ajoute : Vive la République ! car un bon soldat 



.— 42 — 

ne doit pas regarder de quel côté vient la voix qui le commande 
quand c'est le devoir qui l'appelle. 

" Messieurs, mes chers camarades, je vous invite à lever vos veries 
pour boire à la prospérité et à la fraternité du peuple canadien. 

" Je vous prie de joindre votre voix à la mienne pour crier : Vive 
le Canada ! Vive la France ! " 

Clôturant heureusement cette cérémonie enthousiaste, M. Gaston 
Doumergue, dans une éloquente et patriotique allocution, a levé son 
verre à Georges V, roi d'Angleterre et à Wilfrid Laurier, premier 
ministre du Canada. 

C'est à Québec maintenant, à l'inauguration du second monument, 
que s'achèvera l'œuvre fraternellement entreprise par les deux peu- 
ples et à laquelle notre association La Canadienne a fait une inlas- 
sable propagande parce qu'elle symbolisait l'union qu'elle-même 
avait conçue, l'union dans le respect et le culte du passé. 



43 — 




MONTCALM 

PAR 

TV. CHAPMA.1V 

POÈTE NATIONAL CANADIEN 

lu à l'inaug-uration du Monument à Vestric 
et Candiac 

PAR 

M. DUMAZERT 

du Théâtre National de VOdéon. 



Monsieur William Chapman, poëte-lauréat, 
Promoteur de l'œuvre à Ottawa. 



Le front nimbé des purs rayons de la fierté. 
Le torse débordant de la sève féconde 
Qui gonfle les rameaux de l'arbre Liberté, 
Cent ans au Canada la France avait lutté 
Pour peupler de ses fils le sol de tout un monde. 

Cent ans Bretons, Normands, Picards et Saintongeais 
Avaient, maîtres nouveaux d'une nouvelle terre, 
Poursuivi noblement d'audacieux projets 
Et vaincu, sur les eaux, dans les champs, les forêts, 
La vieille Barbarie et la vieille Angleterre. 

Mais les âpres soldats d'Albion, plus nombreux, 
Menaçaient d'écraser ces gagneurs de batailles. 
Les agresseurs déjà triomphaient, car nos preux 
A travers l'Océan farouche et ténébreux 
Vainement imploraient des renforts de Versailles. 

Louis quinze était sourd à leur appel navrant. 
Cependant l'odieux et funeste monarque, 
Honteux d'abandonner le Canada mourant, 
Dépêcha vers les bords lointains du Saint-Laurent. 
Un guerrier du Midi, qu'eût exalté Plutarque. 



— 44 — 

Et Montcalm traversa l'Atlantique écuineux. 
Le paladin, épris des héros de Corneille, 
Fidèle au souverain, fier d'ancêtres fameux. 
Dès sa jeunesse avait, intrépide comme eux, 
Accompli des exploits dont l'esprit s'émerveille. 

Fougueux comme Kléber, liumble comme Marceau, 
Fascinant ses soldats, cet homme de génie. 
Chez qui toute infortune éveillait un écho. 
Pouvait, malgré l'échec du brave Dieskau, 
Dans un tragique effort, sauver la colonie. 

Et dans la paix des bois il captive le cœur 
Des farouches Indiens ; il noue une alliance 
Capable d'endiguer le flot spoliateur. 
Tous les bras sont tendus vers le libérateur 
Qui promet le salut de la Nouvelle-France. 

Et, confiant, guidé par l'astre du Destin, 
Il attaque deux forts, y bat Mercer et Moore, 
Y fait maints prisonniers, un opulent butin .... 
.Chouaguen et William-Henry diront sans fin 
IjCS prodiges que sait enfanter la bravoure. 

Abercromby, l'audace au front, l'épée au clair. 
Sur Carillon cerné bientôt se précipite. 
Jamais le fier Montcalm n'apparat aussi fier. 
Six heures il affronte un ouragan de fer . — 
Et, le soir, les couleurs anglaises sont en fuite. 

Un long Te Deum fait répéter aux échos 

Que par les Francs Dieu frappe encore pour l'Histoire ; 

Et l'ange du pays vient baiser nos drapeaux 

Et couvrir de lauriers plus brillants et plus beaux 

Nos preux ivres de joie et tout chargés de gloire. 

.■ ; II 

Mais la famine va torturer les colons 

Qui depuis bien des jours poussent des cris d'alarmes. 

Pendant que nos soldats luttent sous des haillons, 

Vergor et Bigot font danser le^ millions. 

Se repaissent du sang de la patrie en larmes. 



— 45 — 

Et le grand dictateur Pitt jure à l'univers 
De sauver son pays condamné par Walpole, 
De faire à ses marins dompter toutes les mers 
Et promener, malgré trahisons et revers, 
Son pavillon vainqueur de la Floride au Pôle. 

Le nouveau Du Guesclin sans peur et sans égal ■ 
Ne peut que prolonger l'existence virile 
De Québec épuisé, marqué du sceau fatal ... ; 
" Je serai Fabius et non pas Annibal ", 
Dit-il au lendemain d'un triomphe inutile. 

Du feu des dévoûments constamment dévoré, 
Consacrant tout son être au Canada qui sombre, 
Il répète souvent : " Je m'ensevelirai 
Sous les débris fumants du paj'^s engouffré 
Plutôt que de céder à la force du nombre ! " 

Et Bougainville en vain va supplier la cour 
De secourir un peuple exaspéré qui pleure 
Tandis qu'à Trianon danse la Pompadour. 
Montcalm abandonné doit — il l'a dit, un jour — 
Du suprême désastre entendre sonner l'heure. 

III 

L'heure sonna bientôt. — Guidés par un Judas 
Des bords du Fleuve au front d'une haute falaise. 
Dans une vaste plaine, un matin, l'arme au bras. 
Apparurent, non loin du camp de nos soldats, 
Dix mille champions de la bannière anglaise. 

Le fier marquis courut, suivi de ses héros. 

Du grand Wolfe attaquer la phalange homérique . . 

Oh ! qui pourra chanter sur des rythmes nouveaux 

La bravoure et l'élan des bataillons rivaux 

Qui devaient décider du sort de l'Amérique ? 

Le combat fut aussi meurtrier qu'inégal. 
Le souffle des lions gonflait chaque poitrine. 
Montcalm périt, les reins percés du fer brutal, 
Mais sans voir des Anglais l'orgueilleux général 
Arborer son drapeau sur Québec en ruine. 



— 46 — 

Wolfe tomba lui-même en la mêlée, heureux 
D'entendre en expirant des clameurs triomphales. 
Par le nombre écrasés, nos guerriers valeureux, 
Devant qui tant de fois avaient fui tant de preux, 
Venaient de reculer sous la grêle des balles. 

La Déroute emporta ces combattants fougueux 
Dont Crémazie a dit les tragiques prouesses .... 
Le sort jaloux, hélas ! trahissait nos aïeux ; 
Et dans les bourgs naissants, la veille encor joyeux, 
Eclatèrent bientôt de longs cris de détresses. 

Un deuil sans nom couvrit nos champs et nos forêts ; 
Et, comme l'albatros blessé, traînant son aile. 
L'antique drapeau blanc, troué par les boulets, 
S'abaissa sous l'essor de l'étendard anglais 
Et s'enfuit pour toujours vers la Gaule immortelle. 

Plus d'un siècle a passé sur , uébec grandissant 
Depuis l'heure où, ployant sous la désespérance 
Qui torturait un peuple à peine adolescent. 
Nos pères, noirs de poudre et maculés de sang, 
Y virent s'envoler les couleurs de la France. 

Plus d'un siècle a passé ; mais toujours sous nos cieux 
Nous vénérons Montcalm, nous chérissons la race 
Dont sortit ce vaincu superbe et glorieux. 
Pour nous son souvenir, vivace et radieux, 
Auprès du conquérant a servi de cuirasse. 

Montcalm, mort, peut encor rappeler au vainqueur 
■Que les vrais Canadiens, sentant dans leur artère 
Le sang qui cinquante ans fit battre son grand cœur. 
Sont dignes de marcher au chemin de l'Honneur 
A côté des enfants de la noble Angleterre. 

Oui, grâce au dévoûment de cet audacieux. 
Sous les plis triomphants du drapeau britannique 
Nous marchons fièrement et l'espoir dans les yeux, 
Loyaux, nous conservons le parler gracieux 
Apporté sur nos bords du fond de l'Armorique. 



— 47 — 

Oui, Montcalm est toujours couronné du rayon 
Qui resplendit au front des plus grands capitaines ; 
Et, comme Washington illustra l'Union, 
Sur les deux continents l'homme de Carillon 
Sut immortaliser les plages canadiennes. 

Du pays du condor au pays de l'eider, 
Sous la solive brute et la voûte idéale 
Son nom de patricien, harmonieux et clair, 
Brille de la splendeur que dans les nuits d'hiver 
Déroule en notre ciel l'aurore boréale. 

Rien ne peut de ce nom ternir l'éclat serein, 
Et défiant le temps, l'oubli, l'indifférence. 
Impérissable, il doit survivre au double airain 
Dressé, pour honorer le héros souverain. 
Sur le sol généreux de l'une et l'autre France. 

Et de même qu'un jour, aux bords laurentiens, 
Wolfe et Montcalm mourants — ô le sublime rôle! — 
Formèrent de leur sang chaleureux les liens 
Qui font fraterniser, sous les toits canadiens, 
Les fils de l'Albion et les fils de la Gaule ; 

De même, en érigeant les monuments jumeaux 

Qui diront la valeur du paladin stoïque 

Tombé comme le grand Roland à Roncevaux, 

Nous avons pour toujours uni de nœuds loyaux 

Les Francs de l'ancien monde aux Francs de l'Amérique. 

W. Chapman. 



A MONTCALM 

Poème lu par l'auteur à Vestric-Candiac 

C'étaient des jours mauvais d'infortune et de deuil. 
L'âme française, ayant abdiqué son orgueil, 
Acceptait sans regret, ni honte sa disgrâce. 
Une ombre obscurcissait le sort de notre race, 
Et la gloire était morte, et l'opprobre était roi. 
Or, pour avoir gardé sa vaillance et sa foi, 
Et pour avoir souffert de sa fierté meurtrie, 
Montcalm ressuscita l'honneur de la Patrie. 



— 48—- 

Ce soldat à l'âme obstinée, 

Sut contraindre la Destinée, 

A servir son ferme dessein, 

Et donner, à l'heure propice, 

L'exemple d'un grand sacrifice, 

Plus grand encore d'être vain. 
Quatre ans, il combattit d'une ardeur identique. 
Des bords du Saint-Laurent aux rives d'Atlantique, 
Parmi la plaine immense, et dans les bois profonds. 

Par les vallées et par les monts, 
Gravant en pleine neige une haute épopée, 

Avec l'épée. 
Quatre ans, on le laissa sans soutien ni renfort, 

Seul en lutte avec le sort, 
Chaque jour redoublant de prudence et d'audace 
Pour déjouer les plans d'un ennemi tenace, 

Sans écarter jamais l'obsédante menace 

De la défaite et de la mort. 
Quatre ans, il jalonna sa marche de victoires : 
Oswego, Carillon et vingt combats notoires, 

Aux cris rauques et triomphants 

De ceux qu'il nommait ses enfants. 

Les Indiens subtils et farouches. 

Dont la haine tordait les bouches. 
Un soir près de Québec, s'accomplit son destin. 

Comme Léonidas aux Thermopyles, 

Il comprit qu'il devait en fin 
Succomber sous l'assaut des bataillons hostiles. 
De l'aube au crépuscule, il lutta sans espoir. 

Puis au soir. 
Quand la défaite fut certaine, 
Une balle coucha son corps fier sur la plaine. 
Mais il se redressa stoïque, et dans la nuit. 
Après que les Français en désordre eurent fui, 

Entre deux grenadiers qui lui faisaient escorte, 

L'on vit entrer par la grand-porte 
De Québec, maintenant sur son cheval sanglant, 
De nos soldats vaincus, le général mourant. 
A ceux qui s'empressaient autour de sa souffrance,. 

Il dit : " songez à l'honneur de la France ! " 
Puis il écrivit au vainqueur v '■ 

" Daignez être le protecteur 

Des soldats dont je fus le père ". 



— 49 — 

Enfin, ayant rempli tout son devoir austère, 
Il attendit, jusqu'au matin, tranquille et fort 

La Mort. 
Ainsi, près de mourir, et pour que s'accomplisse, 

O Montcalm, votre vœu profond, 
Aux deux pays unis par votre sacrifice 

Vous fîtes un suprême don. 
Aujourd'hui leur ferveur, ô soldat magnanime. 
S'accorde et s'élargit pour vous glorifier ; 
Et voici qu'à vos yeux se dessine et s'anime , 

Un paysage familier. 
Vous en pouvez d'ici reconnaître les lignes, 

La plaine aux larges horizons. 
Les coteaux onduleux, où dévalent les vignes. 

En troupeaux aux vertes toisons. 
Et les oliviers tors, tout bruissants de cigales ; 
Puis, — et votre regard se voile et s'attendrit, 
— Avec son haut perron et ses deux tours égales ; 
Candiac, qui vous accueille enfin et vous sourit, 
Et tout au fond du val, sous le ciel qui halète. 
Par les prés d'herbe rase, et des taureaux hantés, 
Le Vestre, aux flots dormants, qui baigne et qui reflète 
Le feuillage mouvant des saules argentés. 
Maintenant, ô Montcalm, que votre haute image 
Projette sur ces champs son ombre et sa grandeur. 
Et que tous les Français vous ont offert l'hommage 

De leur esprit et de leur cœur. 
Vous leur révélerez le secret magnifique 

Qui vous fit une âme héroïque. 
Vous leur dire/ qu'il est de glorieux excès. 
Que l'effort nous grandit et non pas le succès, 
Que rien ne nous exalte et ne nous magnifie 
Comme un haut idéal, une grande folie, 
Vous leur enseignerez qu'il faut savoir souffrir 
En silence, et pleurer dans l'ombre, et puis mourir, 
Et que l'humanité marche toujours guidée 
Par l'étoile aux feux clairs et superbes : l'Idée. 

Gaston Bazile. 

juin 1910. 




Monsieur Gaston Doumergfue, de Paris, 

Sénateur et ancien Ministre, 

Président d'honneur du comité de Vauvert. 




Sir François Langelier, 

Lieut.-Gouv. de a Province de Québec, 

Président d'honneur du comité de Québec. 




Sir Lomer Gouin, 

Premier-Ministre de la Province de Québec, 

Membre du comité de Québec. 




Son Honneur le Maire Drouin, Québec. 




Sir Louis A. Jette, 

Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec, 

en 1907. 

Président du comité de Québec. 




Mgr. Olivier Mathieu, 

Ex-Recteur de l'Université Laval, 

Membre du comité de Québec. 




Sir Georges Garneau, ex-maire de Québec, 
Membre du comité de Québec. 



Sir A. B. Routhier, homme de lettres 
Membre du comité de Québec. 




L'Honorable Adélard Turgeon, 
Président^du Conseil Législatif, 
Membre du comité de Québec. 



L'Honorable P . Auguste Choquette, Sénateur, 
Membre du comité de Québec. 





Hon. Thomas Chapais, Conseiller Législatif, 
Membre du comité de Québec. 



L'Honorable B. de la Bruyère, 

Surintendant de l'Instruction publique, 

Membre du comité de Québec. 




L'Honorable Charles Langelier, Juge, 
Membre du comité de Québec. 



L'Honorable Alexandre Chauveau 

Juge en Retraite, 

Membre du comité de Québec, 




Monsieur Cyrille Delâge, Député, 

Président de la Société St-J-Bte de Québec, 

Membre du comité de Québec. 





Monsieur Ernest Gagnon, homme de lettres. 
Membre du comité de Québec. 



Le Major Aimé Talbot, 
Membre du comité de Québec. 





Monsieur Arthur Lachance, Député, 
Membre du comité de Québec. 



Monsieur Cyrille Tessier, Notaire, 
Membre du comité de Québec. 




Monsieur P. B. Casgrain, 

Homme de Lettres, 
Membre du comité de Québec. 



Monsieur Eugène Leclerc, Député, 
Membre du comité de Québec. 





Monsieur C. J. Lockwell, 
Echevin du Quartier Montcalm, Québec. 



Monsieur L. A. Cannon, 

Président de la Commission des Finances 

de la Cité de Québec . 





Morisiëur Af onag-han, 
Echevin du Quartier Montcalm. 



Monsieur Oscar Morin, 
Echevin du Quartier Montcalm, Québec. 



— 58 — 



Inauguration du monument Montcalm à Québec, 
le 16 octobre 1911 



Personnages invités officiellement à prendre la parole en cette 

circonstance 



] '^ Le Président d'honneur du Comité de Québec : Sir François 
Langelier, Lieutenant-Gouverneur de la province de Québec. 

2^ Le Consul Général de France au Canada. 

3^ Sir Wilfrid Laurier, Premier Ministre du Canada. 

4*^ Sir Lomer Gouin, Premier Ministre de la Province de Québec. 

5° Son Honneur le maire de Québec. 

6° Mgr l'Archevêque de Québec. 

7*^ Monsieur le Marquis dé Montcalm, Paris. 

8^ Monsieur le Marquis de Lévis, Paris. 

9* Monsieur Gaston Bouzanquet, de Vauvert, France, promoteur 
de l'œuvre du double monument Montcalm, à Vestric-Candiac et à 
Québec. 

lO'^ Monsieur William Chapman, poëte-lauréat de l'Académie 
Française. 

ll'^ L'Honorable Sénateur R. Dandurand. 

12^ L'Honorable Sénateur L. 0. David. ,j^; 

iS'* L'Honorable Thomas Chapais, Conseiller législatif. 

14*^ Le Président Général de la Société St-Jean-Baptiste de 
Québec : Monsieur Cyrille Delâge. 
, 15" Le Lieutenant-Colonel Wood. ,/•.., 

IQ^ La Canadienne, de Paris. 

Personnages de France invités à honorer de leur présence cette 

cérémonie officielle 

1^ Le Président et les membres du Comité de Vauvert. 

2^ Le Maire et les membres du Conseil Municipal de Vestric- 
Candiac. 

S° Le Maire et les membres du Conseil Municipal de Nîmes. 

4*^ Le Maire et le membres du Conseil Municipal de Montpellier. 



— 59 — 

5^ Monsieur le Sénateur Doumergue, ex-ministre de l'Instruction 
Publique et des Beaux Arts, Paris. 

6*^ Monsieur le Comte Bertrand de Montcalm, Paris. 

7*^ Monsieur Léopold Morice. statuaire, Paris. 

8^ Monsieur Paul Chabert, architecte, Nîmes. 

9^ Monsieur le Général Meysonnier, Lyon. 

10^ Monsieur Hubert Vitalis, Lodève (Hérault). 

11" Monsieur le Docteur Du Tertre, Boulogne-sur-Mer. 

12^ Monsieur le Colonel et MM. les Officiers du 15e Régiment 
de ligne. Albi (Tarn). 

13^ Monsieur le Colonel et MM. les Officiers du 21e Régiment 
de ligne, Langres (Haute-Marne). ■" 

14^ Monsieur le Colonel et MM. les Officiers du 41e Régiment 
de ligne, Rennes (Ille et Villaine). 

15^ Monsieur le Colonel et MM. les Officiers du 51e Régiment 
de ligne, Beauvais (Oise). 

U3° Monsieur le Colonel et MM. les Officiers du 67e Régiment 
de ligne, Soissons, (Aisne). 

MM. Crémieux, Bonnefoy-Sibour, Desmons, Sénateurs du Gard. 

MM. Devèze,DeRanael, Fournier, Compère- Morel, Pastre, Bourquet, 
députés du Gard. 

M. le Préfet du Gard, 



Promoteurs de l'œuvre du double monument à 

Montcalm. 



A Vauvert : M. Gaston Bouzanquet 
A Québec : M. Georges Bellerive 
A Montréal : L'Honorable R. Daudurand 
" " L'Honorable L. 0. David 

M. Thomas Côté 
A Ottawa : M. William Chapman 
A Paris : M. Leopold Leau 



— 60 — 
' ' ' COMITÉS D'ACTION 



I. — A Vauvcrt, (Gard), France 



Président d'Honneur. — M. G. Doumergue, Sénateur du Gard, ancien 
Ministre du Commerce et ancien ministre de l'Instruction publique et des 
Beaux- Arts. ' ' 

Président. — M. Louis Bonifassy, Maire de Vestric-Candiac. 

Vice-Présidents. — MM. le Comte de Balincourt, Nimes ; Jean Bosc, 
avocat, Conseiller Municipal à Nimes. 

Secrétaire Général-Trésorier. — M G. Bouzanquet, Conseiller Municipal à 
Vauvert. ■ 

Secrétaires. — MM. E. Salone, professeur au Lycée Condorcet, Président 
de 1» Section Canadienne de l'Alliance Française, 68, rue Jouffroy, Paris. 
M. Hodent, Vice-Président de la Canadienne, 10, rue François-Millet, Paris. 

il, , . f • ■,. Il — A Québec, (Canada) 

Président d'honneur.^Sir François Langelier, Lieutenant-Gouverneur de 
la Province de Québec. 

Président. — Sir Louis Jette. .^i ..ii 

Secrétaire-trésorier. — -M. Georges Bellerive. 

Membres du Comité. — Sir Lomer Gouin, Mgr O. Mathieu, Sir Georges 
Garneau, Sir A. B. Routhier, l'Honorable Auguste Choquette, l'honorable 
Chs. Langelier, l'honorable Thomas Chapais, l'honorabe B. de la Bruère, 
l'honorable Adélard Turgeon, MM. Cyrille Delâge, Eugène Leclerc, Ernest 
Gagnon, P. B. Casgrain, Eugène Taché, Cyrille Tessier, Arthur Lachance, 
Major Aimé Talbot,Dr Arthur Vallée. 



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Photographie du Monument Montcalm, à Québec, prise lors de son inauguration, le i6 octobre igxi. 



Inauguration du monument Montcalm à Québec. 

Le 16 octobre 1911. 

A Québec, la ville classique du patriotisme, précieux héritage 
que lui ont légué son fondateur et les continuateurs de son œuvre ; 
à Québec ou tout ce qu'il' y a de grand et de noble provoque 
l'admiration la plus enthousiaste ; à Québec où Montcalm a autant 
d'admirateurs qu'il y a d'Anglais et de Français, l'hommage que 
voulait lui rendre le comité du monument élevé à sa gloire devait 
revêtir un caractère grandiose et obtenir un succès retentissant. 

Il en a été ainsi, et l'inauguration de ce monument a donné lieu 
à l'une des plus brillantes manifestations patriotiques dont notre 
ville ait été jusqu'à aujourd'hui le témoin. 

Des avant l'heure fixée pour la cérémonie du dévoilement, une 
foule considérable envahissait la place du monument et la vaste 
estrade construite pour la circonstance, toutes deux magnifiquement 
illuminées de lumières électriques aux trois couleurs, et décorées de 
faisceaux et de banderolles de pavillons français, anglais et cana- 
diens. 

L'élite de la société de Québec, de Lévis, et de la Ville-Montcalm 
assistait à cette fête du souvenir, et on y remarquait les représentants 
les plus distingués de la population anglaise de notre ville. 

La France y était représentée par M. Raynaud, vice-consul, et le 
gérant du Consulat français à Montréal ; par son agent consulaire 
à Québec, M. Roumilhac ; par une importante délégation de la 131e 
section de Montréal des Vétérans français de terre et de mer, et par 
un nombreux contingent de la colonie française de Québec, ayant 
à leur tête leur président M. Marcel Beullac, de Montréal, et M. H. 
de St- Victor, de Québec. 

Les membres des sociétés St- Jean -Baptiste de Québec et de 
St-Sauveur y étaient aussi venus en corps avec leurs bannières et la 
fanfare des Cadets de St-Jean- Baptiste. 

Le 9e bataillon des Voltigeurs de Québec, sous le commandement 
du lieutenant-colonel Chabot, invité à fournir une garde d'honneur, 
s'y était rendu, musique en tête, et s'était déployé en deux rangs 
autour du monument près duquel se tenaient les Vétérans de la 
13 1 e section, portant fièrement le drapeau de leur société, et les mem- 
bres de la délégation huronne revêtus de leur costume historique. 



— 64 — 

Le populaire bataillon des élèves du petit sémiuaire de Québec 
était aussi présent, avec sa fanfare, ainsi que les élèves du grand et 
du petit séminaire, de l'université Laval, de l'école normale. 

La présence de tous ces corps ajoutait à la beauté du spectacle. 

Sur l'estrade on remarquait : — Son Honneur le Lieutenant-Gou- 
verneur : Sir François Langelier et lady Langelier ; Sa Grandeur 
Mgr P. E. Roy, évêque auxiliaire du diocèse de Québec ; le 
lord évêque Dunn et Madame Dunn ; Sir L. A. Jette, le président 
du comité, et Lady Jette ; Sa Grandeur Mgr 0. E. Mathieu, 
évêque de Regina ; M. le chanoine Ross, représentant Sa Grandeur 
Mgr Biais, évêque de Rimouski ; l'honorable Sir Lomer Gouin, 
premier ministre de la province, et Lady Gouin ; Mgr Marois, 
G. V. ; Mgr H. Têtu, Mgr L. A. Paquet, Mgr Gagnon, Mgr 
Rouleau ; l'Abbé A. Gosselin, recteur de l'université Laval ; Son 
Honnneur le Maire Drouin, de Québec, et madame Drouin ; 
Son Honneur le Maire Bernier, de Lévis, et madame Bernier ; 
l'honorable sénateur Landry et madame Landry ; l'honorable 
sénateur Dandurand ; l'honorable sénateur Clioquette et madame 
Choquette ; l'honorable sénateur Tessier ; l'honorable Sir A. B. 
Routhier et lady Routhier ; l'honorable juge Lemieux, et madame 
Lemieux ; l'honorable juge Cimon et madame Cimon ; l'honorable 
juge Carroll et madame Carroll ; l'honorable juge McCorkill ; 
l'honorable juge Larue et madame Larue ; l'honorable juge C. A. 
Dorion et madame Dorion ; l'honorable juge Chauveau et madame 
Chauveau ; l'iionorable juge Langelier et madame Langelier ; mon- 
sieur A. Lachance, député de Québec-C'entre aux Communes, et 
madame Lachance ; monsieur R. Forget, député de Montmorency 
et Charlevoix, et madame Forget ; monsieur D. 0. Lespérance, 
député de Montmagny, et madame Lespérance ; monsieur A. Sévi- 
gny, député de Dorchester, et madame Sévigny ; l'honorable J. A. 
Caron, ministre de l'agriculture ; l'honorable P. Mckenzie, trésorier 
de la province ; l'honorable J. Kaine, membre du gouvernement 
provincial ; l'honorable A. ïurgeon, président du Conseil législatif, 
et madame Turgeon ; l'honorable Thomas Chapais, conseiller légis- 
latif, et madame Chapais ; l'honorable N. Garneau, conseiller légis- 
latif, et madame Garneau ; M. C. F. Delage, assistant Orateur de 
l'Assemblée législative, et madame Delage ; monsieur Eugène 
Leclerc, député de Québec-Centre à l'Assemblée législative, et 
madame Leclerc ; monsieur Armand Lavergne, député de Montma- 
gny, et madame Lavergne ; monsieur Louis Létourneau, député de 
Québec-Est, et madame Létourneau ; monsieur J. A. Langlois, 
député de St-Sauveur, et madame Langlois ; monsieur L. A. Dupuis 



— 65 — 

député de Kamouraska et madame Dupuis ; monsieur J, B. Carbon- 
neau, député du Lac-St-Jean, et madame Carbonneau ; monsieur 
C. L. Morissette, député de Dorchester, et madame Morissette ; 
monsieur L. Roy, député de Lévis ; le colonel 0. Pelletier, comman- 
dant du district militaire, et les principaux officiers des régiments 
de la ville ; Sir George Garneau, ancien maire de Québec et Lady 
Garneau ; l'honorable P. B. de La Bruère, surintendant de l'ins- 
truction publique et madame de La Bruère ; l'honorable A. Robitaille, 
protonotaire de la Cour Supérieure, et madame Robitaille ; monsieur 
William Chapman, poète lauréat de l'académie française ; mon- 
sieur l'échevin L. A. Cannon et madame Cannon ; monsieur l'éche- 
vin M. Fiset et madame Fiset ; monsieur l'échevin A. Jobin et 
madame Jobin ; monsieur l'échevin J. Gosselin et madame Gosselin ; 
monsieur l'échevin 0. Morin et madame Morin ; monsieur l'échevin 
W. G. Guillet et madame Guillet ; monsieur l'échevin J. Côté et 
madame Côté ; monsieur l'échevin P. Monaghan et madame Monag- 
han ; monsieur l'échevin O. N Shink et madame Shink ; monsieur 
Thomas Côté, délégué du comité à Vestric-Candiac. Les professeurs 
de l'université Laval, les représentants de tous les ordres religieux, 
et une foule de citoyens de Québec, appartenant à toutes les classes 
et à toutes les professions, assistaient aussi à cette cérémonie. 

Sir Louis Jette, le président du comité du monument, est le 
premier à prendre la parole quelques minutes après l'arrivée du 
Lieutenant-Gouverneur qui fut signalée par le " God save the King", 
joué par la fanfare du 9e bataillon. 

11 produit déjà une vive impression et l'on suit avec un vif 
intérêt l'historique qu'il fait en un style élégant et correct de l'œu- 
vre du monument Montcalm. 

En terminant son éloquent discours, il prie Son Honneur le maire 
de Québec, d'accepter le monument, que, par résolution, le comité 
offre à la ville ; et il invite ensuite Son Honneur le Lieutenant- 
Gouverneur à en faire le dévoilement. 



— 66 — 
Discours de Sir Louis Jette 

Monsieur le Lie^denant-Gouverneur, 
Messeigneurs, 
Monsieur le Consul de France, 

Monsieur le Premier Ministre, 
Monsieur le Maire, 

Mesdames, Messieurs, 

L'inscription si laconique mais si éloquente gravée sur le piédes- 
tal du monument inauguré aujourd'hui, nous en donne toute l'his- 
toire ; " A Montcalm : La France, Le Canada ". 

La France, pays de naissance de Montcalm, et le Canada, pays de 
ses luttes, de sa gloire et de sa mort, se sont réunis dans une com- 
mune pensée de reconnaissance et d'admiration pour élever ensemble 
à l'héroïque défenseur du Canada, un monument digne de lui. 

Au mois de juillet 1907, se constituait à Vauvert, (Gard), le 
comité français chargé de la réalisation du projet et, à sa demande, 
un comité canadien se formait, au mois de novembre de la même 
année, pour donner tout l'aide possible à l'œuvre commune. 

Dès les premiers jours le comité français faisait connaître cette 
organisation par une circulaire où nous sommes heureux de lire ce 
qui suit : 

" Les noms du Canada et de Montcalm sont intimement liés dans 
l'esprit de ceux qui connaissent notre histoire, et nulle figure 
n'apparait plus noble et plus pure que celle du héros qui lutta 
désespérément pour soutenir l'honneur de notre drapeau 

*•' Elever en France et en même temps au Canada, un monument 
à Montcalm, c'est rendre un hommage des plus mérités à celui que 
nos adversaires d'alors, nos amis de " l'entente cordiale " actuelle se 
sont fait un devoir d'honorer avant nous, puisqu'ils ont voulu, dans 
une inscription célèbre, glorifier la mémoire des deux généraux 
(Wolfe et Montcalm) qui, dans la bataille, trouvèrent une commune 
mort et que l'histoire associe dans une même renommée; c'est affir- 
mer à plus de deux millions de canadiens d'origine française, 
qui ont jalousement conservé notre langue, nos mœurs, nos vieilles 
traditions, la reconnaissance que nous leur avons pour leur affection 
si profonde et si soutenue et leur prouver la nôtre, en immortalisant 
par le bronze, le héros qu'ajuste titre ils considèrent comme "leur". 

" Dans une communion d'idées parfaite aidés par l'associa- 
tion " La Canadienne " et par les plus hautes personnalités de nos 



— 67 — 

deux pays, nos frères canadiens-français et nous, entreprenons notre 
tâche, guidés par un sentiment d'admiration patriotique auquel, 
nous en sommes certains, tous voudront s'associer. " 

Nombreux en effet furent ceux qui voulurent s'associera l'œuvre, 
et le 17 juillet 1910, avait lieu, sous la présidence de monsieur Dou- 
mergue, ministre de l'Instruction publique et des Beaux- Arts, en 
présence des délégués canadiens, l'honorable M. Dandurand, séna- 
teur, et messieurs A. D. De Celles et Thomas Côté, l'inauguration 
du monument érigé à Vestric-Candiac, département du Gard, lieu de 
naissance de Montcalm. M. Doumergue, président d'honneur du 
comité français, dans un discours prononcé à cette occasion, rappe- 
lait, dans des termes que j'ai plaisir à citer, la pensée du comité ini- 
tiateur : 

" Mais, disait-il, en voulant l'avoir au milieu d'eux et pour les 
souvenirs héroïques qu'il leur rappelle et pour les enseignements 
qu'ils veulent retenir de sa vie et de sa mort, les compatriotes de 
Montcalm n'ont point voulu l'ôter aux canadiens dont il est un 
héros national. Aussi dans une pensée où s'afRrme à la fois la lar- 
geur de leur patriotisme et la nature du culte qu'ils rendent au 
héros, ont-ils voulu que la même image de lui existât là-bas et ici, 
autant pour rappeler les souvenirs communs du passé que pour 
exprimer les sympathies et la solidarité permanente qui existent 
entre des hommes de même race et ils ont offert spontané- 
ment aux canadiens la réplique du monument que nous inaugu- 
rons aujourd'hui. " 

Ce monument dont, à notre tour, nous faisons aujourd'hui l'inau- 
guration est, en effet, la reproduction exacte de celui de France. 
La statue, œuvre remarquable d'un artiste distingué, le sculpteur 
Léopold Morice, est la réplique de celle érigée là bas, et le piédestal, 
que vous admirerez tous, dû au talent de l'architecte Paul Chabert, 
est identiquement le même que celui du monument de Vestric-Can- 
diac. 

Il m'a semblé, Messieurs, qu'il ne serait pas sans intérêt de vous 
signaler ces faits, d'attirer votre attention même sur ces détails, afin 
de vous permettre d'apprécier davantage le caractère fraternel de 
cette œuvre et le magnifique exemple qu'elle nous donne de " ces 
sympathies et cette solidarité permanente qui, suivant la belle 
parole de Mr Doumergue, " existent entre les hommes de même 
race ; " entre nos frères de France et nous. Aussi est-ce avec une 
bien sincère émotion que je salue en ce moment les délégués que la 
France nous envoie pour prendre part, en son nom, à cette fête : 
vous, monsieur le consul de France, qui avez été fidèle au rendez- 



— 68 — 

vous, et Mr Gaston Bouzanquet, sécrétai re-trpsorier du comité fran- 
çais, celui qui, par son inlassable dévouement, a assuré le succès de 
notre œuvre patriotique, et M. Bourguet, nn des représentants du 
département du Gard à la Chambre des Députés de Paris, ces deux 
derniers retardés en route par un malheureux contretemps, mais 
qui nous font savoir qu'ils sont avec nous de cœur et d'esprit. 

Vous emporterez, j'en ai la conviction, M. le consul, un ineffaça- 
ble souvenir de cette fête. J'aime aussi à croire que vous serez 
intéressé par l'étude que pendant votre séjour au Canada vous ferez 
de nous, de notre situation nationale, de notre constitution politique. 
Et vous n'oublierez pas, j'en suis sûr, que dans ce pays à qui l'An- 
gleterre s'honore d'avoir laissé les plus précieuses et les plus fécondes 
libertés, vous aurez trouvé en nous des fils de français loyaux à la 
couronne britannique et cependant profondément attachés au pays 
de nos ancêtres, fiers du sang qui coule dans nos veines et prêts à 
tous les sacrifices pour conserver les qualités distinctives de cette 
race française qui, depuis des siècles, étonne le monde par les pro- 
diges de sa valeur et les clartés de son génie. 

Messieurs, l'œuvre que nous avons accomplie en élevant ce monu- 
ment au héros dont notre pays s'honore, ne saurait être vaine et sté- 
rile. Le comte de Balincourt, vice-président du comité français, 
disait fort justement à l'inauguration du monument de Vestric-Can- 
diac : "Les statues des hommes d'élite que la reconnaissance et l'es- 
time de leurs concitoyens élèvent sur les places publiques ne sont pas 
un vain ornement ; elles sont surtout un grand enseignement. Elles 
apprennent aux jeunes générations qui les contemplent, qu'il est 
beau de servir et d'honorer son pays, et, quand il le faut, de com- 
battre et de mourir pour lui. " 

On ne saurait exprimer plus simplement et plus éloquemment à 
la fois, la pensée qui s'impose à tous en ce moment. Oui, messieurs, 
ce monument c'est une leyon permanente que nous offre l'histoire. 
Déjà, en rendant hommage à la fermeté, au courage, à l'opiniâtreté 
de Montcalrii, nous nous initions à la pratique de ses vertus. Or, 
sa vie entière est un encouragement à la lutte, à la résistance aux 
entreprises hostiles, à la résistance tenace, persévérante, indomptable, 
à la résistance jusqu'à la mort. Voilà ce que nous enseignent la vie 
et la mort de Montcalm. A nous de nous souvenir de ce glorieux 
exemple ; car ce n'est pas seulement sur les champs de bataille que 
le courage, la fermeté, la ténacité sont nécessaires. La vie des peu- 
ples, comme celles des individus, est une lutte sans trêve, une résis- 
tance constante aux empiétements, un combat sans cesse renouvelé, 
pour la défense des droits acquis, hélas ! toujours menacés par des 
passions hostiles ou des préjugés étroits. 



— 69 — 

Jusqu'ici, messieurs, nous avons, d'une part, fermement et fidè- 
lement conservé ce qui constitue notre entité française et, de l'autre, 
donné des preuves concluantes et irréfragables de notre loyauté et 
de notre civisme. Notre situation est donc nettement définie, mais 
elle n'a pas été conquise — et je dirai même qu'elle ne peut pas être 
conservée — sans lutte. Nous avons trop confiance en l'avenir pour 
craindre ou douter, et nous avons maintenant l'espoir que dans les 
combats nouveaux qu'il nous faudra peut-être subir, nous rappelant, 
par ce monument, le grand exemple donné par Montcalm, nous 
saurons nous montrer dignes de lui. 

Il ne m'appartient pas, messieurs, de faire ici l'appréciation de 
l'œuvre et de la carrière de Montcalm ; d'autres se chargeront de 
cette tâche et s'en acquitteront mieux que je ne saurais le faire, 
mais ce que je voudrais signaler à votre attention, c'est cette coïnci- 
dence de graves événements qui se pressent et se précipitent dans les 
quelques années qui suivent cette période si agitée de notre his- 
toire. 

C'est au milieu de la guerre de sept-ans que se produit la défaite 
de Montcalm et sa mort. Cette guerre, commencée en Amérique,, 
s'étend bientôt à l'Europe, à l'Asie, à l'Afrique et ne se termine que 
par le traité de Paris, en 1763. Importante surtout par ses résul- 
tats et ses conséquences, "elle assura à l'Angleteire, dit un auteur, 
avec l'empire des mers, la prépotence dans l'Amérique du nord et 
dans l'Inde, et à la Prusse, la supériorité militaire en Europe." La 
France perdait l'Inde, la Louisiane, cédée à l'Espagne, le Canada, 
cédé à l'Angleterre ; et les 65,000 français qui peuplaient alors la 
^louvelle-France, passaient sous l'allégeance du Souv^erain de la. 
Grande-Bretagne. 

Singulière destinée des choses humaines, le souvenir de cette 
guerre, l'une des principales du 18e siècle, disparaissait bientôt, 
même de la mémoire des peuples qui en avaient souffert, effacé qu'il 
était par les événements nouveaux qui, à peu de distance, venaient 
occuper l'attention des deux mondes. 

"C'est le propre des grands événements, ditPajkman, d'obscurcir 
ceux qui les ont précédés. En Europe, le souvenir de la guerre de 
sept-ans est bientôt voilé par les tempêtes de la révolution française 
et des guerres napoléoniennes ; en Amérique la guerre de l'indé- 
pendance américaine fait pareillement oublier la lutte antérieure." 

1776 et surtout 1789 avaient effacé le souvenir de 1759. 

Mais, hâtons-nous de le dire, l'oubli ne fut pas universel et, s'il 
s'étendit aux grandes nations dont l'existence était menacée par le 
cataclysme, le petit peuple canadien, préservé providentiellement, 
et sauvegardé par sa situation nouvelle, des tempêtes qui ébran- 



— 70 — 

laient l'Europe, n'oubliait pas, et guidé dans l'orientation de ses 
destinées par la sagesse et la prudence de son clergé, tout en s'ha- 
bituant au régime nouveau, gardait le culte de ses affections d'au- 
trefois et gravait dans son cœur, sur ses monuments et sur son bla- 
son, la touchante devise qui lui rappelle toujours la noblesse de son 
origine et les grands faits de la première période de son histoire : 
" Je me souviens." 

Oui, souvenons-nous, car ce souvenir nous donnant le réconfort 
du passé, fortifiera nos espoirs d'aujourd'hui et nous élèvera à la 
hauteur de la tâche de demain. 

Messieurs, l'œuvre de notre Comité est terminée. Au nom de tous 
ses membres je remercie le comité français qui nous a si gracieuse- 
ment donné la réplique de la statue; le gouvernement de la pro- 
vince et la ville de Québec, qui ont largement contribué aux frais 
du piédestal ; les nombreux souscripteurs qui nous ont aidé de 
toutes manières ; la Compagnie du Pacifique Canadien et la Cie de 
Navigation Allan ; les sociétés nationales et les organisations mili- 
taires, les écoles et les collèges qui ont bien voulu concourir à cette 
démonstration et tout spécialement la société St Jean-Baptiste de 
Québec et de St-Sauveur, l'association " La Canadienne " de Paris, 
l'Alliance française, la 131e section des Vétérans français de terre 
et de mer, les 15e, 21e, 41e et 67e régiments d'Infanterie, en France, 
le 9e Bataillon de milice canadienne, la tribu des Hurons, tous 
ceux qui nous font l'honneur de prendre la parole en cette circons- 
tance, et on me permettra d'ajouter: M. Eugène Taché, qui nous a 
rendu de précieux services pendant la construction du piédestal, 
enfin M. Georges Bellerive, notre secrétaire, dont le dévouement, 
l'énergie et le désintéressement, ne pourraient être suffisamment 
loués et reconnus. Tous ont tenus à honneur de prendre part à 
cette œuvre patriotique et nous leur en sommes profondément recon- 
naissants. 

Il ne me reste plus qu'à demander à M. le Lieutenant-Gouverneur 
de bien vouloir faire maintenant le dévoilement de la statue, et à 
transmettre à la ville de Québec la propriété de ce monument, 
suivant l'autorisation que me donne la résolution de notre comité 
dont je remets copie à Son Honneur M. le maire Drouin. 

Le dévoilement. 

C'est le Lieutenant-Gouverneur qui préside à cette cérémonie, et 
elle se fait avec une célérité et une précision remarquables ; en un 
instant le drapeau français et le drapeau canadien qui voilaient le 
monument tombent, et la foule, ravie d'admiration, à la vue de 



— 71 — 

l'œuvre inspirée du sculpteur Morice, manifeste son enthousiasme 
par de longs et chaleureux applaudissements. 

Le 9e bataillon, au commandement du lieutenant-colonel Chabot, 
présente les armes, et les fanfares réunies font entendre l'hymme 
national " Canada" qui est chanté en chœur, par les étudiants de 
Laval. 

C'est un des moments les plus solennels de la fête. L'émotion est 
encore plus intense, quand le comité du monument, la société St- 
Jean- Baptiste de Québec, la société des Vétérans français de Mont- 
réal, les 21, 41e et 67e régiments d'infanterie française, qui portaient 
autrefois les noms de Guyenne, de la Reine et de Languedoc, et qui 
sont représentés ici par les \'étérans, viennent déposer aux pieds de 
la statue de Montcalm de magnifiques couronnes et palmes, en témoi- 
gnage de leur admiration pour le héros. L'union des deux patries 
de Montcalm, dans ce tribut d'hommage, évoque les plus émou- 
vants souvenirs. 

Quelques instants après, M. Kaynaud, vice-consul et gérant le con- 
sulat général de France, à Montréal, est invité à adresser la parole. 
Son Honneur le Lieutenant -Gouverneur en étant empêché par une 
extinction de voix. Dès qu'il apparaît à la tribune, il est salué par 
des bravos, comme le représentant de notre ancienne et toujours 
aimée mère-patrie, et pendant un quart d'heure il lient l'auditoire 
sous le charme de sa parole vibrante et émue. 

En bon Languedocien il nous dit que les vertus et les qualités de 
Montcalm sont celles des vieilles populations de Rouergue et de 
Languedoc, et que son génie fut le " fort et dur génie du Lan- 
guedoc ". Evoquant ensuite l'idéal élevé qui fut celui de Mont- 
calm, il engage surtout ses compatriotes vivant en Amérique à 
avoir toujours présent à l'esprit cet idéal élevé et à mériter d'être 
apjjelés, selon l'expression de Maurice Barrés, des " Français inté- 
graux ". 

Discours de M. L. Raynaud. 
]\i. le Gouverneur, 

M. le Président, ■ . . 

Mesdames et Messieurs, Mes chers compatriotes. 

Ce n'est pas sans éprouver quelque émotion que je me vois appelé 
à prendre la parole en une assemblée qui réunit tout ce que la 
Nouvelle-France possède de personnalités éminentes ; en une cir- 
constance précieuse à tous ceux qui portent en leur âme le culte 
sacré du souvenir ; en une ville qui, précisément, a inscrit sur son 
blason ce mot qui vient du cœur : " Je me souviens." 

Cependant l'honneur qui m'est imparti de parler ici, en ce jour, en 



— 72 




ma qualité de représentant officiel du 
vieux pays, m'est encore plus sensible, 
certes, que n'est vive l'émotion qui 
m'étreint. Pourrais-je oublier, en 
effet, que nous nous trouvons ici sur 
une terre où l'histoire a amassé tant 
de souvenirs poignants ; au milieu de 
populations, qui, fidèles aux fastes du 
passé, en ont pieusement gardé la 
mémoire ; en un lieu où nous pouvons 
reconstituer l'épopée d'un héros qui, 
mourant pour son pays, ne connut ni 
la faiblesse ni le doute. 

Messieurs, il ne m'appartient pas 
de retracer dans le détail la noble 
carrière qui fut celle du Général 
Marquis de Montcalm ; d'autres l'ont 
déjà fait soit à Candiac, l'année der- 
nière, où votre distingué compatriote, 
M. le sénateur Dandurand dépeignit, 
en un superbe discours, les vertus et 
les mérites du grand homme que 
nous honorons aujourd'hui, soit en^des livres ou en des études qui 
sont dans toutes les mains et dans toutes les mémoires. 

Partant de ces prémisses que la personnalité de ce grand Fran- 
çais que fût Montcalm n'est ignorée de personne, bien moins encore 
dans votre cher Canada que dans notre vieille France, je voudrais 
montrer, en quelques traits, combien ses qualités et son génie furent 
ceux du pays qui le vit naître. C'est là. peut-être, un point de vue 
encore inédit, sous lequel on peut ne pas avoir songé à contempler 
la belle figure de Montcalm. Et, en fait, qu'est-ce qui nous frappe 
dans l'action militaire de Montcalm ? C'est une ténacité et une 
audace à toute épreuve, un optimisme qui ne se dément point, 
alors même que tout semble perdu, un courage que rien n'abat et 
une fertilité en ressources qui furent un constant sujet d'étonnement 
pour l'adversaire. 

Or, ces qualités de ténacité, d'audace et d'indomptable courage 
sont les caractéristiques prédominantes des vieilles populations de 
Rouergue et de Languedoc : " Terre maltraitée du chaud et du 
" froid dans la variété de ses expositions et de ses climats ; terre 
" pierreuse et rude, et comme le dit Michelôt, terre où vous trou- 
" verez partout les ruines sous les ruines : les Camisards de Louis 
" XIV sur les Albigeois de Simon de Montfort, les Sarrazins sur les 



Monsieur L. RAYNAUD, docteur ès- 
scienre-; politiques, erérant le consulat 
général de France, à Montréal. 



— 73 — 

" Romains et sur les Ibères ; terre évocatrice d'énergie farouche et 
" de violence tragique incessamment ravagée par les luttes de 
" croyance et de race, où les convictions sont à la fois intolérantes 
" et fortes " et où s'est élaboré ce que notre grand historien a appelé 
" le fort et dur génie du Languedoc." Tel est le pays où la famille 
de Montcalm plongeait ses racines, très avant jusqu'au Xlle 
siècle ; telle était l'ambiance où il grandit ; tel était cet atavisme 
de race auquel il dût cette bravoure et cette énergie intraitables 
dont il fit preuve surtout de 1756 jusqu'à sa mort. 

Messieurs, nous sommes venus ici moins pour louer un grand 
homme qui, dans son auréole, n'a que faire de nos bien faibles louanges, 
— que pour prendre un enseignement. De cette vie de Montcalm, 
noblement vécue, courageusement finie, se dégage une leçon du plus 
pur patriotisme. Si, comme le dit Balzac, le patriotisme est un 
oubli momentané de l'intérêt personnel, nous conviendrons tous que 
la vie de Montcalm fût à la fois celle d'un grand soldat et d'un grand 
patriote. Ce sont là des choses qu'il est utile de rappeler dans les 
temps où nous sommes. En cette époque d'utilitarisme à outrance, 
de relâchement des consciences, d'énervement des caractères ; en 
cette époque où nous nous heurtons partout à l'insolence de l'or 
triomphant et où tout doit céder le pas à la conquête de la jouissance 
matérielle, il est réconfortant de se retremper en l'idéal élevé qui 
tut celui du Général de Montcalm. Sans idéal, l'homme n'est 
qu'une épave, la plus misérable des épaves ; sans patriotisme surtout, 
il n'est qu'un déraciné ballotté, désemparé et incompris, à travers 
les nations. 

Mais ce patriotisme du héros québécois était soutenu par la haute 
conscience qu'il avait du devoir militaire, le premier et le plus 
impérieux des devoirs civiques. Ceux qui voudront se représenter 
ce que contient d'abnégation, de sacrifice et de froid dévouement 
cette abstraction magnifique qu'est le devoir du soldat, n'ont qu'à 
se reporter à l'immortel chef-d'œuvre d'Alfred de Vigny " Grandeur 
et Servitude militaires ". Dans ce petit livre, véritable catéchisme 
des âmes fortes, nous apprenons à subordonner l'égoïste amour des 
nôtres et de nous-même à l'amour plus large de cette grande collec- 
tivité qu'est la Patrie ; nous y apprenons surtout à réagir contre 
l'engourdissement du généreux esprit de sacrifice. 

Aussi bien — et, en ce moment, c'est à mes compatriotes vivant 
sur cette terre d'Amérique que je m'adresse, — aussi bien est-ce l'ac- 
complissement du devoir militaire qui constitue à notre époque, la 
marque la plus sûre de la qualité de Français. Etre Français, 
certes, est un honneur, un très grand honneur ; mais comme tous 
les honneurs, celui-ci a ses charges. Une d'elles est le service armé. 



— re- 
charge lourde peut-être, mais honorable entre toutes, qui consiste 
à payer de sa personne et de son sang, seul impôt vraiment égal 
pour tous et le seul qui confère à celui qui l'acquitte ce que 
Maurice Barrés a si justement appelé la qualité de " Français inté- 
gral." Mes cl: ers compatriotes qui résidez au Canada, mettez votre 
ambition pour vos enfants et pour vous, à demeurer des Français 
intégraux. Gardez-vous d'oublier que celui-là seul mérite le nom 
de Français qui a su accomplir courageusement, le plus sacré des 
devoirs envers son pays. Et si, qu'à Dieu ne plaise, il vous arrivait 
d'hésiter, considérez alors la vie du héros que nous commémorons 
en ce jour. 

Tels sont. Messieurs, les enseignements que nous fournit la glo- 
rieuse carrière de Montcalm. Sans peur et sans reproche, il se range 
en cette phalange héroïque où nous distinguons les Fabert, les 
Daumesnil, les Barbanègre, les Galliffet. 11 fut un des preux de la 
vieille France que nous n'avons pas cessé di chérir ; il fut un de 
ces aînés dont la vie est pour les jeunes un lumineux exemple et un 
rappel constant au devoir. 

Et maintenant. Messieurs, il me reste à remplir la plus douce des 
obligations ; il me reste à remercier le Canada, et en particulier, la 
ville de Québec de l'hospitalité qu'ils vont offrir à la statue de notre 
héros commun. Son ombre, ici présente, reconnaît ces plaines qui 
furent le théâtre de son intrépide valeur ; cette place lui sera fami- 
lière ; il considérera ces lieux où il a lutté et souffert. Moins heu- 
reux que Samuel de Champlain, son illustre devancier, il pourra se 
dire néanmoins que sa gloire est d'autant plus pure que la cause 
qu'il a défendue était phjs désespérée. 

Magnifique exemple de grandeur d'âme et d'héroïsme, il conti- 
nuera d'honorer la nation qui le vit naître et ces Français du Canada 
pour lesquels il combattit. 

Au moment où l'orateur reprend son siège, la fanfare de 9e régi- 
ment joue '• la Marsaillaise " ; les étudiants de Laval mêlent leur 
chant aux échos de la fanfare, tous les spectateurs sont debout et 
les applaudissements éclatent de toute 5 parts. 

Sir Lomer Gouin lui succède. Le premier ministre de la Pro- 
vince, est un orateur que la foule aime à entendre. Sa voix est 
chaude et sympathique, et il parle de l'abondance du cœur. Dans 
ses discours, il a toujours le soin de donner des conseils pratiques. 
Ceux que la vie de Montcalm lui a inspirés et qu'il nous a expri- 
més dans sa belle péroraison sont à lire et à méditer profondément. 
Sir Lomer ne pouvait mieux terminer son discours. Aussi l'audi- 
toire l'a-t-il vivement applaudi. 



— 75 — 
Discours de Sir Lomer Gouin. 

Qu'il plaise à M. le lieutenant-gouverneur, 
Mesdames, Messieurs, 

Le premier ministre de la province de Québec tient à honneur de 
s'associer à cette manifestation, et c'est pourquoi il répond avec em- 
pressement à l'appel de M. le président du comité et accepte avec 
joie l'invitation qui lui est faite de prendre la parole. 

L'on a dit que " les historiens sont des semeurs de patriotisme ". 
Rien n'est plus vrai et plus juste que ce mot. En retraçant la vie de 
nos pères, en mettant en relief leurs pensées, leurs actions et leurs 
vertus, l'histoire non seulement propose de nobles exemples à notre 
imitation, mais elle ressuscite en quelque sorte les générations qui 
nous ont précédés et ajoute ainsi à notre force, à notre énergie na- 
tionale ; car jamais un peuple ne marche plus fièrement et plus 
allègrement dans les voies de l'avenir que lorsqu'il se sent soutenu 
par l'invisible armée des ancêtres. 

Or, il est diverses façons d'évoquer le passé. Comme il y a les 
récits attachants des chroniques, il y a aussi les effigies impression- 
nantes de la statuaire ; comme il y a de l'histoire qui se raconte et 
se lit dans les livres, il y a aussi de l'histoire qu'on sent palpiter dans 
le marbre ou dans le bronze ; et si les pages que trace le ciseau du 
sculpteur sont peut-être moins précises que celles de l'annaliste, 
elles ont cependant sur celles-ci l'avantage d'être sans cesse ouvertes 
à tous, aux petits comme aux grands, aux illettrés comme aux 
savants. 

Grâce à une initiative vraiment patriotique et que nous ne sau- 
rions trop louer, nous avons aujourd'hui la bonne fortune d'assister 
au dévoilement d'une statue. Je tiens à vous en donner l'assurance 
dès maintenant, je ne songe aucunement à entreprendre le panégy- 
rique du général marquis de Montcalm ;il n'appar+ient qu'au poète 
à la voix inspirée et à l'orateur au verbe ailé et puissant de célébrer 
ce paladin de notre histoire nationale, d'exalter la valeur de ce 
brave d'entre les braves. D'ailleurs, son souvenir n'est pas mort 
■dans les cœurs canadiens ; bien loin de là, il y est plus vivant que 
jamais et l'ombre du héros de Carillon plane toujours sur notre 
vieille cité où tout se plaît à parler du passé. Ce n'est donc pas pour 
consacrer la mémoire du général de Montcalm, ni pour reconcilier 
la gloire avec ses malheurs, que nous lui avons élevé un monument, 
mais bien plutôt pour nous confirmer nous-mêmes dans nos devoirs ; 
et, s'il est un hommage bien mérité, ce bronze doit surtout repré- 



— 76 — 

senter à nos yeux l'évocation la plus belle, la plus sublime qui soit: 
celle du courage patriotique et du culte héroïque de Tlionneur. 

De cette évocation, il faut retenir la réconfortante leçon. Puissent 
les générations qui défileront devant cette statue y trouver toujours 
les plus pures inspirations ! 

A la jeunesse elle dira l'amour du devoir et qu'il n'y a rien de 
grand comme d'accomplir la tâche de chaque jour. 

A l'âge mûr elle enseignera la ténacité de la volonté et que ceux- 
là seuls vivent dont un dessein obstiné " emplit l'âme et le front". 

A la vieillesse elle conseillera la sérénité de l'esprit en rappelant 
que l'important dans la vie n'est pas d'avoir réussi mais bien d'avoir 
donné son effort. 

A tous elle apprendra la sainte loi du dévouement et qu'il n'est 
pas permis de refuser les sacrifices que réclament la patrie ou la 
•cité. 

Vous le savez, Montcalm, lorsqu'il venait d'être mortellement 
blessé et voyait la victoire trahir ses drapeaux, recommanda tout 
d'abord à ses lieutenants de " ménager l'honneur de la France ", 
puis il adressa au général anglais ces lignes qu'on ne saurait trop 
relire : " Ayez pour les Canadiens les sentiments qu'ils m'ont ins- 
pirés ; qu'ils ne s'aperçoivent pas d'avoir changé de maître. Je fus 
leur père, soyez leur protecteur ". 

Eh ! bien, le bronze qui se dresse dans ce jardin redira encore 
aux arrière petits-fils des Canadiens de 1751) la suprême recomman- 
dation de Montcalm, comme il rappellera aux descendants de leurs 
vainqueurs son appel vraiment touchant. Puissent les uns el. les 
autres entendre toujours cette recommandation et cet appel, et notre 
cher Canada restera le pays de l'honneur, de la paix et de la liberté 
par excellence. 

Son Honneur le Maire Drouin est le quatrième orateur de la 
circonstance. Il avait à retnercier " les âmes généreuses qui dans 
notre ancienne mère-patrie se sont souvenus du héros tombé au 
champ d'honneur" et à féliciter " ceux qui de ce côté de l'océan 
ont entendu l'appel vibrant de nos frères de France " ; il l'a fait en 
des termes heureux et tout l'auditoire a apprécié la manière habile 
dont il s'est acquitté de sa tâche. ' 



— 11- 

Discours de Son Honneur le Maire 

Monsieur le président, 

Mesdames, Messieurs, 

Je suis heureux de prendre part à la belle démonstration d'au- 
jourd'hui, pour plusieurs raisons. 

D'abord, c'est pour moi un honneur et un plaisir de venir ici 
représenter mes concitoyens dans une solennité qui réunit tous les 
esprits et tous les cœurs. 

Comme premier magistrat, chargé de l'administration de la cité, 
ayant à veiller non seulement à sa prospérité matérielle mais aussi 
à son embellissement, il me fait plaisir d'assister à l'inauguration 
d'un superbe monument qui ajoute une décoration vraiment artis- 
tique à notre ville déjà pourvue d'édifices et de monuments magni- 
fiques. 

■ Et puis comme maire d'une ville ancienne comme Québec, je ne 
peux être indifférent à tout ce qui rappelle les gloires d'autrefois, 
le nom des héros et des grands hommes qui ont illustré ce coin de 
terre, voire même qui ont versé leur sang pour le protéger et le 
défendre. 

Aussi, c'est avec une joie profonde quej'assiste au dévoilement de 
cette statue qui fait honneur aux artistes qui l'ont exécutée ou qui 
en ont fait l'architecture, — qui fait honneur aux âmes généreuses 
qui, dans notre ancienne mère-patrie, se sont souvenus du héros 
tombé au champ d'honneur, à mille lieues du château où son épouse 
et ses enfants lisaient avec tant de joie les lettres émouvantes qui 
leur apprenaient les hauts faits, le courage et la persévérance du 
glorieux marquis de Montcalm. 

Ce monument fait aussi honneur à ceux qui, de ce côté de l'Océan, 
ont entendu, comme un écho lointain, l'appel vibrant de nos frères 
de France les conviant à concourir à la glorification du héros, et 
dans l'Ancienne France et dans ce qui fut autrefois la Nouvelle 
France, le Canada d'aujourd'hui. 

Je me sens vraiment mal à l'aise pour porter la parole dans une 
assemblée où la solennité du jour fera jaillir de bouches éloquentes 
l'éloge de Montcalm avec toutes les ressources de la littérature et de 
la poésie. 

Je laisse aux historiens et aux poètes le soin de chanter les 
louanges de Montcalm. 

J'aime mieux vous dire que l'œuvre hautement patriotique que 

2 



■ — 78 — 

vous venez d'achever, monsieur le président, va droit au cœur de 
tous les habitants du Canada, et surtout de Québec. 

La mémoire de Montcalm est restée vivante dans notre peuple. 
Elle était en nous aux jours sombres qui suivirent sa mort héroïque; 
et quand d'autres épreuves nous ont assaillis, au cours de notre his- 
toire, l'image de Montcalm a toujours été présente à notre esprit, nous 
enseignant le sentiment du devoir, le dévouement patriotique, le 
courage indomptable, la persévérance dans les difficultés, et l'hé- 
roïsme du sacrifice. 

Ce qu'à été pour nous la mémoire de Montcalm, sa statue le sera 
pour nos enfants et pour ceux qui les suivront. 

Non seulement la génération présente mais celles qui viendront 
après ne pourront passer devant ce monument sans saluer cette 
noble figure qui personnifie la foi en Dieu, l'amour de la patrie et 
la confiance inébranlable dans ses destinées. 

J'ajouterai, monsieur le président, que je me réjouis avec tous 
les échevins et le peuple de Québec, de constater cette manifestation 
nouvelle du mouvement généreux qui, depuis quelques années 
surtout, se déploie pour le culte de notre passé, de nos héros et de 
nos grands hommes, et qui a eu pour résultat l'érection de plusieurs 
superbes monuments à leur mémoire. 

Ces œuvres artistiques qui se dressent sur nos places publiques 
et sur nos rues, sont un décor vraiment idéal qui ajoute à la splen- 
deur de nos paysages et au charme de la légende qui plane au- 
dessus du vieux Québec. 

Depuis quelques années, nous avons fait de véritables progrès 
dans la voie des embellissements et des améliorations et je vous 
remercie, monsieur le président, d'être venu ajouter à une œuvre 
si belle dans la voie déjà si bien tracée. 

Jacques-Cartier, Champlain, Wolfe, Montcalm, Lévis, Frontenac, 
Laval et plusieurs autres ont déjà leur monument ; d'autres sont 
en cours d'exécution et si nous persévérons dans cette noble tâche, 
notre ville pittoresque deviendra un centre d'attraction pour tous 
ceux qui aiment l'art consacré à de grands souvenirs. 

Il ne me reste plus qu'à vous féliciter, monsieur le président, 
ainsi que vos collègues du comité, sur le succès de l'œuvre que vous 
avez menée à si bonne fin. Je suis heureux d'offrir aussi mes com- 
pliments aux orateurs et au poète dont la parole ajoute tant d'éclat 
à cette belle cérémonie ; et c'est avec un véritable bonheur que 
j'accepte de votre part, en votre qualité de président du comité du 
monument Montcalm, le cadeau vraiment princier, que vous faites 
à la cité de (Québec. 



— 79 — 

Le conseil de ville, j'en suis sûr, s'empressera de faire honneur 
à l'engagement que je prends aujourd'hui au nom de la cité. Nous 
garderons avec un soin jaloux le monument Montcalm comme nous 
gardons déjà ceux de Champlain et de Laval. 

M. l'Abbé Gosselin, recteur de l'université Laval, est l'orateur 
suivant. Connaissant son cœur de prêtre et de patriote, l'auditoire 
avait hâte de l'entendre pour recueillir de sa bouche des paroles 
qui réconfortent et raniment les énergies. C'est de Montcalm comme 
homme de vertus chrétiennes qu'il nous a parlé, et en nous rap- 
pelant les exemples admirables de foi de ce grand chrétien que fut 
Montcalm, il a fortifié en nous des sentiments dont nous sommes 
fiers. 

Discours de M. l'abbé Gosselin 

Monsieur le Gouverneur, 

Monsieur le Président, 

Mesdames, Messieurs, 

Les monuments que l'on élève à la mémoire des grands hommes 
ne sont pas destinés seulement à rappeler ce qu'il peut y avoir, dans 
leur carrière, d'extraordinaire ou de sublime ; un acte insigne de 
dévouement, une victoire célèbre, une mort glorieuse. Ils ont, à 
notre sens, une signification plus haute, une portée plus géné- 
rale, et l'œuvre dn l'artiste, pour représenter un fait, une action 
particulière, n'en synthétise pas moins toutes les qualités, 
toutes les vertus, tous les sentiments qui ont fait de celui dont on 
veut immortaliser le souvenir, une célébrité ou un héros. 

Nous avons de cela un remarquable exemple dans le monument 
d'une beauté si expressive et si vivante que nous inaugurons 
aujourd'hui. Ici, en effet, s'offre à nos yeux le général Montcalm 
au moment où il a été blessé à mort ; l'ange de la Renommée le 
soutient, et ce messager du Dispensateur de toute vraie gloire, s'ap- 
prête à couronner en lui non pas seulement un trépas digne des 
héros antiques, mais toute une vie de devoir faite de travail et 
de zèle, de dévouement et de patriotisme. 

On a dit et redit souvent les talents et les vertus de Montcalm ; 
on a célébré sa bravoure dans les combats, son énergie en face des 
difficultés, sa modération et sa modestie dans le succès. Des voix 
autorisées rappelleront sans doute à votre souvenir les campagnes 
mémorables de Chouaguen, de William-Henry et de Carillon comme 
aussi les inquiétudes croissantes et les angoisses poignantes de ce 



— 80-- 




Monsieur l'Abbé A. GOSSELIN, 
Recteur de l'Université Laval. 



général résolu cependant " à s'ense- 
velir sous les ruines de la colonie". 

Pour nous, liotre rôle seia plus 
modeste. Invité à prendre la parole 
en qualité de recteur de l'université 
Laval, nous avons pensé que cette 
circonstance même nous invitait à 
dire à la jeunesse canadienne catho- 
lique et française, quelles leçons utiles 
elle pouvait tirer de la belle manifes- 
tation patriotique de ce jour. 

La carrière de Montcalm fut assez 
brillante et assez féconde pour que 
l'on puisse faire un choix des ensei- 
gnements qui s'en dégagent et pro- 
poser cet homme illustre à l'imitation 
comme à l'admiration de tous, mais 
plus particulièrement des jeunes. La 
tâche nous semble facile et, pour la 
remplir nous voudrions, brièvement 
et simplement, rappeler à nos com- 
patriotes cette pensée salutaire : c'est que, avant d'être un héros, 
Montcalm fut un homme de devoir et un chrétien convaincu. 

Homme de devoir, il le parut iès sa première jeunesse, alors que, 
sous la direction d'un précepteur que l'on serait tenté de trouver 
trop exigeant parfois, il consacrait, chaque jour, de longues heures 
à l'étude des langues et de la littérature. Son esprit vif, son carac- 
tère naturellement bouillant et emporté l'aurait plutôt poussé vers 
le jeu et les amusements de son âge, mais l'obéissance due aux 
ordres d'un père aimé et respecté, la volonté ferme et les exemples 
de son maître le ramenaient au devoir. Aussi, à quatorze ans, 
c'est-à-dire à l'âge où, dans notre pays, on ne fait souvent que 
balbutier les éléments du latin, le jeune Louis-Joseph pouvait déjà 
lire dans le texte même, les auteurs de l'antiquité grecque et latine. 
Cette assiduité au travail, ce goût particulier pour l'étude, 
Montcalm ne s'en débarrassa pas comme d'une vertu inutile, au 
sortir de l'école, mais il les conserva toute sa vie et, du camp 
d'Otrebach. il pouvait écrire à son père : "J'apprends l'allemand. . 
et je lis plus de grec et de latin, grâce à la solitude, que je n'en 
avais lu depuis trois on quatre ans." 

Bel exemple à suivre que celui de ce jeune homme qui, bien loin 
de perdre son temps dans des amusements frivoles, occupe ses 



— 81 — 

loisirs et charme sa solitude par l'étude d'une langue étrangère et 
par la lecture des auteurs anciens. On comprendra maintenant que 
l'un des biographes de Montcalm ait pu dire de lui : " Peu de 
lettrés ont mieux possédé l'antiquité que cet homme de guerre qui, 
par ce trait comme par son indomptable énergie, ressemble plus aux 
•capitaines du seizième siècle qu'à ceux de son temps (l)." 

Homme de devoir, Montcalm le fut dans ses campagnes d'Amé- 
rique comme il l'avait été durant celles de Bohême et d'Italie. Et, 
de même que, pour obéir aux ordres de son roi, il avait tout quitté : 
patrie, amis, famille, de même aussi quand viendra l'heure décisive, 
fatigué, épuisé, manquant de tout et sans espoir de succès, il restera 
à son poste, prêt à mourir s'il le faut, pour retarder la chute de 
cette colonie qu'on l'a chargé de défendre presque sans lui en 
fournir les moyens. 

Les ressources les plus nécessaires lui font défaut ; pas de vivres, 
pas de munitions, pas d'aigent, presque pas de combattants. La 
victoire va lui échapper et comme s'il eût été poussé par le décou- 
ragement, il demande son rappel. C'est la nature qui, effrayée des 
obstacles, fait entendre sa voix ; mais bientôt le devoir parle plus 
haut, et au ministre qui vient de lui mander que le roi compte sur 
lui, Montcalm écrit: '-J'ose répondre de mon entier dévouement à 
sauver cette malheureuse colonie." Tout Montcalm est dans ces 
simples mots. Aussi a-t-on pu dire avec vérité : " La grandeur de 
Montcalm, il ne faut la chercher ni dans ses facultés, ni dans ses 
talents, elle était dans son âme tout entière subjuguée par le devoir. 
Montcalm fut le " soldat ", il en eut toutes les vertus, il en accepta 
toutes les servitudes, même celle de la mort. Corneille, le grand 
poète du devoir, était son auteur ou plutôt son conseil. Plutarque, 
qu'il avait le bonheur de lire dans le texte grec lui parlait aussi du 
devoir. Sous les rayons de cette idée fortifiée par la foi religieuse, 
Montcalm, pendant sa longue agonie, grandit de sacrifice en sacri- 
fice jusqu'à l'heure suprême ; lorsqu'elle sonna, il était prêt ; la tête 
haute, l'âme sereine, il se leva, salua la France et mourut". (2). 

Mais hâtons-nous de l'ajouter, cette mort d'un héros fut aussi celle 
d'un chrétien. 

Cette foi vive, ces convictions sincères qui ne l'abandonnèrent 
jamais et qui furent l'ornement de sa vie comme aussi la consolation 
de son heure dernière, Montcalm les avait puisées dans l'âme reli- 
gieuse d'une mère adorée pour laquelle il conserva jusqu'à la fin de 
sa vie un véritable culte. Au sein de la famille, au milieu de la 
vie agitée des camps, le noble soldat chrétien ne se démentira point, 

(1) Chas de B^nnechose : Montcalm et le Canada, Jran':ai<, p. 31. 

(2) Chs de Bonneehose, op. cit. p. 85. 



— 82 — 

et il pourra, un jour, en toute sincérité, écrire à son épouse au sujet 
de leurs chers enfants : " . . Dieu veuille les conserver tous et les faire 
prospérer et pour ce monde et pour l'autre ". 

Sa confiance et son abandon en la divine Providence semblaient 
grandir et se fortifier à proportion même des obstacles. " Je vou- 
drais, disait-il après la campagne de L758, avoir un grain de foi 
suffisant pour multiplier les hommes et les vivres. Cependant, j'es- 
père en Dieu ; il a combattu pour moi le 8 juillet ; au reste, que sa 
volonté soit faite." 

Et quand le succès couronnant ses efforts vient récompenser son 
habileté ou sa valeur, MontcaJm n'a garde d'oublier que c'est au 
Dieu des armées tout d'abord qu'il le doit. Après la prise de Choua- 
guen, il demande à Madame de Montcahn d'en remercier le Sei- 
gneur pour lui dans sa chapelle et, au lendemain de Carillon, il 
adresse la même prière à sa mère à laquelle il écrit; "Je ne crois 
pas que jamais général se soit trouvé dans des circonstances aussi 
critiques. Dieu m'en a tiré ; rendez-lui en grâces." 

Lui-même savait s'acquitter, avec religion, de son devoir de gra- 
titude envers Dieu et l'on ne peut lire sans émotion, encore aujour- 
d'hui, les inscriptions latine et française qu'il fit graver sur la croix 
que sa piété reconnaissante avait plantée à Carillon. 

Quid dux ? quid miles ? quid strata ingentia ligna ? 
En signum ! En victor ! Deus hic, Deus ipse triomphât ! 

Chrétien ! Ce ne fut point Montcalm et la prudence. 
Ces arbres renversés, tes héros, leurs exploits. 
Qui des Anglais confus ont brisé l'espérance, 
C'est le bras de ton Dieu vainqueur sur cette croix. 

Cette vie illuminée des clartés de la foi devait se terminer par 
une mort non moins chrétienne que. glorieuse. Averti qu'il n'avait 
plus que quelques heures à vivre, Montcalm ne voulut plus s'occu- 
per que du soin de son âme et "ce général qu'on avait vu si souvent 
rendre gloire à Dieu sur le champ de bataille, ne fut pas moins digne' 
d'admiration, à l'heure suprême (1)." Il reçut avec piété et édifi- 
cation les derniers sacrements et le 14 septembre, à 5 heures du 
matin, dans le calme et la sérénité d'une conscience loyale et fidèle, 
il rendait sa belle âme à Dieu. 

Noble fin d'une noble et généreuse carrière ! Dans l'une comme 
dans l'autre, sachons puiser les enseignements qu'elles comportent. 

(1) Les Ursulines de Québec vol. III, p. 7. 



— 83 — 

Montcalm vivant, c'est l'homme d'action qui, les yeux fixés sur 
l'idéal qu'il s'est fait du devoir et de la constance, va droit son che- 
min, malgré les ennuis et les dégoûts, à travers les obstacles et les 
difficultés de toutes sortes, 

Montcalm expirant, c'est le chrétien résigné, convaincu, que la 
mort n'effraie point parce que, au-delà de la tombe, son regard plein 
d'espoir entrevoit l'éternelle quiétude due à une vie de labeurs, de 
sacrifices et de dévouement. Ces deux leçons s'éclairent et se com- 
plètent dans un même rayonnement de gloire et de lumière. Puisse 
donc le monument d'où elles émanent, et que nous admirons devant 
nous, rappeler aux générations présentes et futures, dans une langue 
aussi forte et aussi durable que le granit, que si Montcalm fut 
véritablement un héros, il fut aussi et avant tout un soldat conscien- 
cieux et un grand chrétien. 

M. Cyrille Délàge, le président de la société St- Jean- Baptiste 
de Québec, vient ensuite. Il avait à dire la fidélité des membres 
de nptre société nationale et des Canadiens-Français qu'elle repré- 
sente au souvenir de leur glorieux passé et à leurs traditions 
nationales et religieuses ; il l'a fait d'une manière heureuse, et on 
a principalement applaudi à ses dernières paroles : " Nous sommes 
revenus, nous travaillons et nous travaillerons pour ne repartir 
jamais." 

Discours de M. Cyr. F. Délâge 

Mesdames et Messieurs, 

La société St-Jean-Baptiste de Québec est heureuse et fière en ce 
jour d'apothéose, de reconnaissance nationale, d'admiration univer- 
selle, elle, la Vestale qui ne doit jamais laisser s'éteindre dans 
l'âme canadienne-française le feu sacré du Patriotisme, le culte du 
passé, elle qui s'est donné pour mission spéciale et glorieuse 
d'élever des monuments qui rappellent et consacrent, par la pierre 
et le bronze, les beaux, les nobles, les grands gestes des aïeux, et de 
poser des jalons qui indiquent la voie glorieuse qu'ils ont parcourue 
pour jeter sur ce continent la semence féconde des idées françaises 
et chrétiennes. 

Oui, elle est heureuse et fière, mais en ce moment, elle voudrait 
que les grandes joies fussent muettes comme les grandes douleurs, 
car elle craint de ne pas être à la hauteur de la circonstance, que 
les mots pour exprimer ce qu'elle ressent, lui fassent défaut, bref, 
que vous n'entendiez que les battements de son cœur, battant plus 
fort qu'à l'ordinaire. 



— 84 "=- 

Aussi, est-ce sous l'empire d'une émotion réelle et d'une crainte 
légitime que d'abord, elle dit, purement et simplement : Merci. 
Merci à ceux qui ont eu l'idée, la patriotique idée d'élever ce mo- 
nument au vainqueur de Carillon, au vaincu des plaines d'Abraham, 
à la personnification de la vaillance française, du génie militaire et 
de l'honneur. 

Elle est longue et bien remplie, France bien aimée, la liste 
de tes héros, et "d'en créer tu n'es point lasse". Sans dépasser les 
limites de ce pays, il doit s'arrêter souvent, le voyageur qui le par- 
court, car il entend à chaque pas une voix qui lui crie : "Sta viator, 
heroem calcas ". 

Et, j'en suis certain, Montcalm, nul ne visite ces plaines histori- 
ques, sans attendre la voix qui arrête, car depuis longtemps ta place 
est marquée dans notre Panthéon. Les grandes actions, je le sais 
ne sont pas toujours appréciées par ceux qui en sont l'objet, qui en 
sont les témoins, et trop souvent, pour ne pas dire toujours, l'oubli 
est leur froid linceuil. Mais l'histoire, a dit Michelet, " est une 
résurrection " ; c'est aussi une vengeresse ; armée de son flambeau 
puissant, elle remonte vers le passé, y pénètre, en scrute avec soin 
tous les plis et replis, ressuscite les morts, les oubliés, demande pour 
eux un souvenir ému et reconnaissant, une réparation d'autant plus 
grande qu'elle est plus tardive, et le monde étonné, descend de leur 
piédestal les médiocrités qui s'y étaient installées, redresse les torts, 
répare les injustices, enfin rend un hommage désintéressé au véri- 
table mérite. 

Mais tu ne fus pas méconnu, Montcalm, ni jamais oublié. Ton 
sang ne fut pas vainement répandu. Le souvenir de tes exploits n'a pas 
dormi dans la poussière, et il n'apparaît pas aujourd'hui plus rayon- 
nant qu'autrefois, qu'en ce jour où ton roi, le nôtre d'an tan, pour qui 
la colonie naissante était une quantité négligeable, te donnait l'ordre 
de partir afin d'assister à ses derniers instants, de la sauver, quand 
tout était perdu, fors l'honneur. Oui, nous savions, et nous ne 
l'avons jamais oublié, que quand tu reçus cet ordre, tu compris que 
c'était celui de mourir, mais que tu partis sans discussion, sans 
hésitation, convaincu que tu connaîtrais la faim, la défaite, la mort, 
la mort glorieuse, jamais la honte ; que tu ne voulais point voir 
l'Anglais dans Québec, et tu ne l'as point vu, car tu avais rendu ta 
belle âme à son créateur quand notre " vieux drapeau trempé de 
pleurs amers, ferma son aile blanche et repassa les mers." Rien 
d'étonnant que tu sois resté comme le type légendaire du chevalier 
sans peur et sans reproche, auquel honneur, hommage et reconnais- 
sance sont éternellement dus. 



— 85 — 

Nous aimons à nous souvenir ; aussi n'avons-nous jamais manqué 
l'occasion de graver ton nom sur nos édifices publics, de le tracer 
sur notre sol, de le buriner dans le cœur de notre population. Mais 
il fallait davantage, un plus grand témoignage, une pierre, un 
bronze, un autel, un monument, et que cette pierre fût posée, que 
ce bronze fût donné, que cet autel fût bâti, que ce monument fût 
élevé par tes deux patries, car " tout homme a deux pays, le sien et 
puis la France ". Par la Vieille France et par la Nouvelle-France, 
le projet est réalisé, car en ce moment l'âme de Yestric et celle de 
Québec vibrent à l'unisson, les cœurs de ces deux villes ne forment 
qu'un seul cœur. 

Dans l'ordre chronologique, d'autres devaient te précéder, ils 
t'avaient devancé dans le chemin du sacrifice, dans la voie de 
l'apostolat et de l'héroisme. Cartier, Ghamplain, Maisonneuve, 
Laval, avaient leur monument, tu devais avoir le tien. Tu l'as. 
Maintenant nous sommes satisfaits. Notre dette est payée, mais il 
nous reste encore un devoir à accomplir ; respecter les volontés des 
mourants. 

Un siècle et demi s'est écoulé depuis le 1 3 septembre 1 759, et 
cependant tes dernières paroles retentissent encore à nos oreilles : 
"Je fus leur père, soyez leur protecteur", disais-tu au général 
anglais, et le vainqueur a eu des égards pour le vaincu, et le dra- 
peau britannique a protégé, protège et protégera longtemps encore, 
je l'espère, nos libertés. A ton général, tu ajoutais : " Je vous 
recommande de ménager l'honneur de la France ; et tes compa- 
gnons d'armes s'endormirent pour la dernière fois eux aussi, en 
murmurant : " Reviendront-ils jamais " ? Ils ne sont jamais revenus, 
mais les fils de ceux qui ont été cédés, ne sont pas disparus, n'ont 
point dégénéré et en touie occasion, ont ménagé et veulent ménager 
l'honneur de la France. Leur fidélité au passé n'affecte pas leur 
loyauté au présent. Ils sont encore sur les même plaines, n'y 
livrant pas cette fois un combat sanglant, mais soutenant une lutte 
sérieuse pour la conservation de leur langue, de leurs institutions et 
de leurs lois, et sous l'empire de ces nobles sentiments et sans pro- 
vocation, mais avec respect, fierté et confiance, dans le verbe d'au- 
trefois que la séparation n'a guère altéré, ils disent assez clairement 
pour être compris : nous sommes revenus, nous travaillons, et nous 
travaillerons pour ne repartir jamais. 

Le moment est enfin venu d'entendre le lieutenant-colonel NA/^cxîd, 
l'historien anglais de Wolfe et de Montcalm, invité par le comité 
de Québec à exprimer les sentiments de ses compatriotes anglo- 
saxons dans cette circonstance imposante. On conçoit facilement 



— 86 — 

rattention dont il fut l'objet. Son admiration pour Montcalm ne 
connaît aucune restriction, et l'orateur n'hésite pas à le proclamer 
le plus grand soldat que la France ait eu en Amérique, en rappe- 
lant qu'il n'avait été donné à aucun autre de gagner quatre victoires 
■consécutives. Cet éloge fait par un anglais provoqua de vifs applau- 
dissements et l'auditoire acclama ce franc et généreux langage. 

Discours du lieutenant- colonel NA/ood 

Votre Honneur, 

Messeigneurs. 

M. le président, 

Mesdames et Messieurs, 

Laissez-moi remercier d'abord le comité qui a donné aux Anglo- 
Canadiens l'occasion très prisée de se joindre à leurs compatriotes 
de langue française pour rendre hommage au nom glorieux et 
<lésormais fameux de Montcalm. Je n'ai pas la présomption de me 
poser aujourd'hui en représentant autorisé de mes compatriotes 
de langue anglaise ; mais je suis certain de ne pas me tromper en 
affirmant que cet hommage rendu à un grand héros français a un 
«cho sympathique dans leurs cœurs. Bien plus, parlant en homme 
familier avec l'histoire militaire anglaise, je ne crains pas d'affir- 
mer que tous ceux qui comprennent la carrière de Montcalm n'ont 
pas seulement pour lui de l'affection au cœur, mais aussi de l'admi- 
ration dans l'esprit. 

Nous Canadiens des deux races, sommes trop portés à rappeler la 
défaite de Montcalm plutôt que ses victoires. Et peut-être me sera- 
t-il permis de dire à ce propos qu'il n'était pas mal de choisir parmi 
vos orateurs de circonstance, un homme dont la langue maternelle 
-est la langue anglaise. Les orateurs français auraient cru manquer 
■de délicatesse en parlant devant un auditoire mixte des quatre 
victoires remportées par Montcalm sur les armées anglaises. Je 
n'éprouve pas cette gêne et je ne crains pas d'en parler à voix 
haute. Nous, d'origine anglaise, ne sommes pas familiers avec la 
■défaite. Il est peu d'hommes qui nous en ait fait subir une. Il 
•en est encore moins qui nous aient vaincu plus d'une fois. Mais 
•dans toute notre longue histoire, je ne vois personne, à part Mont- 
calm, qui nous ait fait subir quatre défaites. Et quel vainqueur 
plus noble pouvions-nous rencontrer ? 

Laissez-moi donc payer un tribut d'hommage mérité à Montcalm, 
général consommé et chef victorieux ; et permettez-moi de dire 



87 — 




Monsieur le Lieutenant-Colonel WOOD, 
Historien de Wolfeet Montcalm. 



aussi un mot des réguliers français 
qui se dévouèrent, sous ses ordres, 
pour leur roi et leur pays. 

Pensez donc aux étonnantes diffi- 
cultés militaires qu'ils ont rencon- 
trés. Il n'y avait pas, dans le plus 
strict de l'expression, d'armée fran- 
çaise parfaitement organisée pour 
toute l'étendue du Canada. Il y avait 
<;inq corps d'armée presque indépen- 
dants, à savoir : les réguliers français, 
les réguliers canadiens, la milice cana- 
dienne, les marins français et les Sau- 
vages. Montcalm n'était que le com- 
mandant, pour la circonstance, des 
réguliers français (troupes de terre). 
Les marins obéissaient à leurs propres 
•officiers et se trouvaient dans un sens 
général, sous l'unique commande- 
ment militaire du Gouverneur. Et 
le Gouverneur qui commandait en 
personne les Canadiens et contractait des alliances avec les Sauva- 
ges, qui avait pouvoir d'intervenir et qui effectivement intervenait 
dans les affaires des armées, était ce vieil insensé importun et sans 
compétence qui s'appelait Vaudreuil ! Pour comble de malheur 
l'intendant se trouvait être le tout-puissant Bigot, l'homme le plus 
vilain que la colonie ait jamais eu pour la voler et la trahir. Les 
cinq corps d'armée avaient donc réellement à obéir à trois chefs 
différents. Aussi les récriminations, les jalousies et les malentendus 
ne se comptaient-ils pas. 

Cependant, en dépit de tout cela, Montcalm fit des merveilles. 
Quand il arriva en 1 756, il était tout nouveau en Amérique comme 
l'étaient tous les réguliers français. Mais lui et ses hommes apprirent 
vite et à bien s'orienter. Il manœuvra avec tant d'habileté à Ticon- 
déroga qu'il trompa complètement la grande armée anglaise qui 
menaçait le passage du Lac Champlain ; et il agit ainsi avec tant 
de succès qu'il se dirigeait depuis longtemps vers Oswégo sans que 
l'on connut qu'il était même parti. Arrivé à Oswégo il prend trois 
forts en très peu de jours, malgré la présence dans les bois, des 
Anglais qui, à deux jours de marche, s'ils avaient rappelé leurs 
garnisons, auraient de beaucoup dépassé son armée en nombre. 
Sans routes, sans chevaux, sans chariots ou quelques moyens régu- 
liers de transport auxquels il était accoutumé en Europe, il avait 



conduit une armée mixte à travers des lieux sauvages aussi rapide- 
ment que l'aurait fait en France un nombre égal de soldats ! Il 
frappait comme la foudre, et il était déjà éloigné quand l'ennemi 
pouvait se rendre compte de ce qu'il avait fait. 

Lui et son corps de réguliers, à cause de cette partie étrange et 
toute nouvelle de sa campagne, méritent le plus grand crédit. 
Malgré cela ils n'auraient pas remporté de succès sans le travail 
également bien fait par les voyageurs canadiens. 

En 1757 Montcalm fit encore une attaque soudaine, habile et 
couronnée de succès au t'ort AVilliam-Henry, en présence de forces 
bien supérieures aux siennes, et remporta une belle victoire avant 
que les ennemis ne fussent prêts à combattre. Et en 1758 il cou- 
ronna tous ses succès par l'habilité hardie et tout à fait consommée 
avec laquelle il défit une armée quatre fois plus nombreuse que la 
sienne dans un combat corps à corps. Ticondéroga était son triom- 
phe. Abercromby, le général anglais, était un déplaisant militaire 
qui engageait le combat tête baissée. Mais il faut nous rai)peler 
que les manœuvres préliminaires étaient dirigées contre le fameux 
Lord Howe, que Pitt et Wolfe se sont accordés à louanger comme 
étant le meilleur soldat de leur armée et " le parfait modèle de 
toutes les vertus militaires ". Montcalm tint en respect des ennemis 
beaucoup plus nombreux que ses combattants aussi longtemps du 
moins qu'il le fallait pour lui permettre de se retrancher. A cette 
fin il sut choisir la meilleure position possible. Et cependant il 
était également préparé non pas à être pris dans un en iroit sans 
issue, mais à battre en retraite à la tête du lac en laissant l'ennemi 
loin en arrière de lui comme il avait fait à la bataille qu'il avait 
livrée précédemment. 

Ticondéroga, aujourd'hui, est un aussi beau sujet d'étude que 
n'importeiquel sujet de ce genre dans l'histoire. Et quiconque désire 
avoir une preuve de la profondeur d'esprit et de l'héroïcité de Mont- 
calm, on peut lui donner le conseil de consulter une nouvelle mono- 
graphie publiée par la section historique de l'état major de l'armée, 
'• Montcalm au combat de Carillon ", par le capitaine Maurice Santal. 

La grande campagne de Québec est bien coiinue maintenant, mais 
cela vaut la peine de noter les sages précautions prises par Mont- 
calm mais rendues inutiles par l'insensé Vaudreuil et le misérable 
Bigot. Montcalm conseilla de fortifier la fameuse traverse contre la 
flotte anglaise, mais Vaudreuil ne voulut pas. Les événements ont 
prouvé que Montcalm avait raison. Il avait raison quand il voulut 
rester maître des hauteurs de Lévis ; raison quand, le 3 septembre, 
il refusa de traverser la rivière Montmorency pour attaquer Wolfe, 
qui se trouvait là ; raison d'envoyer le régiment de Guyenne faire la 



— 89 — 

patrouille sur les hauteurs de Québec, le 5 septembre ; raison quand 
il ordonna à ce régiment d'aller camper au foulon le 12 septembre, 
la veille de la bataille. Inutile de le dire, Vaudreuil eut tort de 
s'objecter à tout cela et de contredire en tout point ce que Montcalm 
voulut faire. Lorsque nous songeons que la flotte anglaise a non 
seulement isolé les forces françaises, mais qu'elle a prouvé qu'elle 
était une clôture impénétrable derrière laquelle son armée pouvait 
manœuvrer en pleine sécurité, que Wolfe a gardé toutes ses manœu- 
vres secrètes jusqu'au dernier moment, tandis qu'au contraire Vau- 
dreuil persistait à faire connaître tout ce qui se passait dans le camp 
français ; lorsque nous songeons à tout cela, nous pouvons bien nous 
émerveiller des connaissances presque divines qui permirent à Mont- 
calm de si bien deviner les plans de l'armée anglaise et de prendre 
de telles précautions pour la vaincre. 

Un dernier mot : On a souvent blâmé son attitude à la bataille 
des Plaines d'Abraham. Mais que pouvait-il faire de plus. Il 
n'avait et ne pouvait rien obtenir de précis sur les intentions de 
Wolfe. Lorsque les forces anglaises furent rendues sur les hauteurs, 
.il n'avait plus qu'à se battre et à se battre tout de suite. S'il avait 
attendu quelques heures, tout renfort qu'il aurait pu recevoir aurait 
amené une addition à l'armée de Wolfe. Et s'il avait attendu 
quelques jours, c'était la famine pour son armée. Il a choisi la 
meilleure voie dans les circonstances et il l'a suivie en autant 
qu'elles le lui ont permis. Il commanda tous ses hommes et tous 
les canons ; mais Vaudreuil contredisait ses ordres autant que pos- 
sible et ne lui laissa que trois canons. Il ne poussait pas ses hom- 
mes au travail quant ils étaient épuisés, comme on l'en a souvent 
accusé ; mais il les dirigea avec soin et les conservait frais et dispos. 

La fin de la guerre fut inévitablement contre le pouvoir français 
en Amérique. Mais si Montcalm avait été le chef, la Nouvelle- 
France serait tombée sans que la réputation de son gouvernement 
fut affectée, comme est resté inta^^t l'héroïsme de son armée. 

Nous qui sommes réunis ici, nous devons bien peser toutes ces 
choses, et prendre l'exemple de celui qui réunit les plus hautes 
qualités de l'esprit et du cœur à un degré si proéminent. Mont- 
calm a été grand encore dans la mort. l,a guerre est le torabeau des 
Montcalm. Ne devrions-nous pas toujours ajouter à cette phrase si 
glorieuse, notre devise : "Je me souviens". 

M. le Sénateur Dandurand avait sa place toute marquée à cette 
fête du souvenir. Il avait été à la peine, il devait être à l'honneur. 
M. le sénateur Dandurand avait déjà eu le privilège de représenter 
avec M. De Celles et M. Thomas Côté, le comité de Québec au 



— 90 




L'Honorable R. DAN DURAND, 
Membre du Sénat. 



dévoilement du monument érigé à la. 
gloire de Montcalm, à Vestric-Can- 
diac, en France, et d'y remporter un 
brillant et retentissant succès oratoire. 
L'auditoire fut heureux d'entendre de 
sa bouche un écho encore ému " de 
cette fête grandiose d'un patriotisme 
vibrant comme seules les populations 
méridionales de notre mère-patrie 
peuvent nous en donner le spectacle " 
et quand il a évoqué le souvenir de 
ceux qui ont réussi, M. Bouzanquet 
en particulier, à concentrer la pensée 
de la France sur cette belle figure 
de Montcalm de préférence à tant 
d'autres soldats français illustres dont 
ce fut la fonction, dans tous les temps, 
de mourir pour elle, l'auditoire ne lui 
a pas ménagé ses applaudissementSi. 



Discours de M. le Sénateur Dandurand. 

Monsieur le Président, 

■ '■ Mesdames, Messieurs, 

Ce fut ma bonne fortune de pouvoir accepter l'invitation du 
comité de Québec de le représenter au dévoilement de la statue 
Montcalm, à Vestric-Candiac, en compagnie de MM. De Celles et 
Côté l'an dernier. 

Le gouvernement de la République avait officiellement délégué 
le ministre de l'Instruction Publique, M. le sénateur Doumergue, 
qui était entouré de toutes les autorités civiles et militaires du départe- 
ment du Gard, ainsi que le député de l'arrondissement, M. Bourguet. 
"Dans ce beau pays de Provence, sur la place publique du petit 
village de Vestric. en face d'un vieux château qu'habita Montcalm, 
s'élève le monument dont vous admirez, en ce moment, la réplique. 

Le 17 juillet PJIO, nous eûmes le privilège d'assister à une fête gran- 
diose d'un patriotisme vibrant comme seules les belles populations 
méridionales de notre mère-patrie peuvent nous en donner le spectacle. 

Au milieu d'acclamations sans cesse renouvelées, nous vîmes défi- 
ler les nombreuses sociétés de vétérans des armées de terre et de 
mer, qui, drapeaux en tête, vinrent saluer le glorieux ancêtre tombé 
au champ d'honneur, loin, très loin de son pays, sur un autre conti- 
nent, pour la défense d'une nouvelle France. 



— 9] — 

Grâce à l'action énergique, persistante d'un compatriote de Mont- 
calm, de M. Bouzanquet, que nous avions l'espoir de revoir 
aujourd'hui au milieu de nous ; grâce à son dévouement inlassable, 
tous les obstacles ont été surmontés, tous les concours nécessaires- 
ont été obtenus, et désormais se dressera sur une des grandes routes 
de France la figure du héros canadien à qui, dans l'avenir, les régi- 
ments Français en marche présenteront les armes. 

" C'est sabre-au-clair que nous passerons maintenant devant ce 
monument, mes soldats et moi, " me disait avec un accent ému, le- 
général commandant la division d'infanterie à Nimes. 

La tâche peut, de prime abord, paraître facile d'élever un monu- 
ment à la mémoire d'un général français en terre de France où l'art 
le plus pur est toujours au service du patriotisme le plus ardent. 

La ditliculté gît uniquement dans le choix du personnage dont 
on veut perpétuer le souvenir. La France a produit tant de soldat» 
illustres, dans tous les temps, dont ce fut la fonction de mourir 
pour elle, qu'elle n'a pu penser à graver dans le bronze les traits de 
tous ses héros. 

Aussi sommes-nous vivement reconnaissants à M. Bouzanquet et 
à ses collaborateurs de ce qu'ils ont réussi à concentrer la pensée de 
la France sur cette belle figure de Montcalm, sur sa carrière mili- 
taire si remplie, sur sa lutte héroïque pour la défense du Canada et 
sur le don de sa vie pour l'honneur des armes françaises. 

Montcalm appartient à notre pays, il a droit à ses grandes lettres 
de naturalisation, car il a été sacré canadien par le baptême du 
sang. Il dort son dernier sommeil dans la vieille capitale de Qué- 
bec pour la sauvegarde de laquelle il a livré son dernier combat. 

Nous sommes fiers de penser que la gloire de notre héros a reçu 
la consécration officielle au pa3's de nos ancêtres. 

A tous les bons français qui ont accompli cette œuvre, à M. le- 
statuaire Morice dont nous admirons tous le travail artistique, et 
dans Li pensée et dans la forme, à M. l'architecte Chabert, à M. Bou- 
zanquet, tout spécialement, les canadiens qui se souviennent disent 
du fond du cœur : Merci. 

Il appartenait enfin à M. Thomas Chapais, l'orateur essentiel de 
nos fêtes nationales, de clore cette brillante série de discours. 

Avec quelle émotion il nous a parlé de la bataille des Plaines 
d'Abraham, de la mort glorieuse de Montcalm, de sa sépulture et 
de sa résurrection qui marque en même temps la résurrection de la 
nationalité canadienne-française. Les échos de cette voix puissante 
et pathétique retentissent encore à nos oreilles. Hâtons-nous d'en- 
registrer cette page d'un maître de l'éloquence. 



— 92 — 
Discours de l'Honorable Thomas Chapais 

Monsieur le Gouoernear, 

Monseigneur, 

Mesdames et Messieurs, 

Il y a cent cinquante-deux ans, un mois et deux jours, le lieu où 
nous sommes maintenant réunis était le théâtre d'une scène de car- 
nage et de deuil. On y entendait retentir le formidable gronde- 
ment du canon, le crépitement sinistre de la fusillade, les clameurs 
triomphales et les cris de fureur. Les gémissements des blessés et 
le râle des mourants étaient étouffés par le roulement précipité des 
tambours et les fanfares éclatantes des clairons. Une armée victo- 
rieuse achevait la déroute d'une armée vaincue. Les soldats de 
Guyenne, de la Sarre, de Languedoc, de Béarn, de Royal-Roussillon, 
tant de fois triompha its, avaient, dans une minute fatidique, senti 
passer sur eux le souffle glacé de la défaite. Suivant les desseins 
proviilentiels, l'heure avait sonné qui devait changer les destinées 
de la Nouvelle-France. La bataille des Plaines d'Abraham venait 
d'être livrée et perdue. Et, au milieu de l'horrible confusion des 
régiments rompus et décimés, entraîné par le flot des fuyards, un 
homme couvert de poussière et de sang descendait cette Grande 
Allée, affaissé sur son cheval noir, et soutenu par trois soldats dont 
la figure annonçait la consternation et le désespoir. Cet homme, 
vous l'avez n-^mmé avant moi, c'était Montcalm. Blessé à mort en 
essayant de conjurer le désastre, il allait abriter son agonie dans 
notre pauvre Québec, monceau de décombres fumants, et le lende- 
main, à l'aurore, il expirait en héros chrétien, qui croit aux pro- 
messes de l'immortalité. 

Quelques mauvaises planches, rassemblées par le contre-maître 
d'une de nos maisons monastiques, servirent de bière à celui qui 
s'était appelé Louis- Joseph de Saint-Véran, marquis de Montcalm, 
lieutenant-général des armées du roi de France, et commandant de 
l'ordre illustre de Saint-Louis, Le soir de ce funèbre jour, à la lueur 
des torches, sous la menace des obus et des bombes, on l'enterrait 
dans une fosse creusée par l'explosion d'un projectile anglais, près 
du choeur de l'église des Ursulines. 

Les témoins de ces navrantes funérailles pouvaient bien se dire 
que la nationalité canadienne descendait dans le même tombeau. 
Mais le misérable cercueil de Montcalm contenait un germe de vie 
et de résurrection. Il y a des tombes qui ne peuvent garder les 
grands morts qu'on leur confie. Il s'y produit comme une germi- 



— 93 — 

nation mystérieuse, qui, après un temps, en fait éclater les parois. 
Et les héros ensevelis surgissent soudain pleins de jeunesse et rayon- 
nants de gloiie. Tel a été le destin de Montcalm. Aujourd'hui, 
après un siècle et demi, il a brisé la pierre sépulcrale. Il vit, il est 
là sous nos yeux, nous l'acclamons, et nous lui décernons les hon- 
neurs du triomphe. 

Mais quel est le caractère particulier de cette apothéose ? De quel 
rayon brille surtout l'auréole qui nimbe le front de Montcalm ? 
Est-ce le soldat si longtemps victorieux, est-ce le héros de Choua- 
guen, du fort George, de Carillon, que nous acclamons spécialement 
à cette heure ? Je ne le crois pas. Messieurs. Le Montcalm vers qui 
montent aujourd'hui notre enthousiasme et nos vivats, ce n'est pas 
le vainqueur, c'est le vaincu. Ce qui nous paraît grand et beau 
dans Montcalm, c'est qu'il a été par dessus tout le héros du sacrifice 
et de l'immolation. Il avait été envoyé ici à un poste de péril et 
d'honneur. La situation était désespérée. Il le savait : il sentait 
venir l'inéluctable catastrophe. " Ah ! que je vois noir ! " s'écria-t- 
il souvent. Et sa pensée s'envolait vers son cher Candiac, vers la 
mère, l'épouse, les enfants, laissés là-bas, dans le Languedoc aimé. 
Quand les reverra-t-il ? Après Carillon, il demande son rappel. 
Mais les nuages s'amoncellent plus sombres à notre horizon. Non, 
il faut rester pour faire face au danger grandissant, et il déclare 
lui-même qu'il ne veut plus abandonner le Canada à cette heure 
critique. C'est alors que le maréchal de Belle-lsle lui écrit la lettre 
fameuse où se trouvent ces lignes : " J'ai répondu de vous au Roi, 
je suis bien assuré que vous ne me démentirez pas, et que, pour le 
bien de l'Etat, la gloire de la nation et votre propre conservation, 
vous vous porterez aux plus grandes extrémités plutôt que de subir 
des conditions aussi honteuses que celles qu'on a acceptées à Louis- 
bourg, dont vous effacerez le souvenir." C'est une consigne de mort 
que le vieux maréchal donne au général dont il connaît l'âme 
héroïque. Montcalm le comprend. " J'ose vous répondre d'un entier 
dévouement à sauver cette malheureuse colonie ou périr," s'écrie-t- 
il. Et il tient parole. Le maréchal lui a demandé d'aller aux plus 
grandes extrémités. Il va jusqu'à l'extrémité suprême, il va jusqu'à 
la mort ! Et c'est là ce qui fait sa grandeur et sa gloire. 

L'artiste inspiré l'a compris. Ce n'est pas le vainqueur de Caril* 
Ion qu'il a offert à notre admiration. C'est le vaincu de l'honneur ; 
c'est le martyr du devoir ; c'est le héros blessé à mort. Il défaille, 
il s'affaisse, les ombres du trépas couvrent son front. Mais sur sa 
tombe, on ne gravera pas le "va? vidis " que l'on a tant de fois en- 
tendu retentir à travers l'histoire. Non, c'est le " gloria victis " qui 



— 94 — 

s'y inscrira. Voilà pourquoi, en ce jour solennel, nous voyons la 
renommée faire descendre, sur la tête du héros trahi par la victoire, 
la couronne de gloire et d'immortalité. 

Je parlais tout à l'heure de résurrection. Au soir lugubre du 14 
septembre 1759, où tout semblait perdu pour la nationalité cana- 
dienne-française, celui qui lui eût prédit de glorieux lendemains 
eût passé pour un visionnaire. Et cependant ces lendemains se sont 
levés pour elle. I^a nation canadienne, elle aussi, est sortie du tom- 
beau. Elle a triomphé des épreuves ; elle est devenue grande et 
forte ; et, dans les destinées nouvelles que la Providence lui a mé^ 
nagées, elle a compris que les événements tragiques de 1759 faisaient 
partie d'un plan de miséricorde et d'amour, grâce auquel elle a pu 
jouir, depuis un siècle et demi, de la stabilité, de la sécurité et de la 
paix, sous un drapeau respecté. Il était juste que, dans les jours 
sereins qui ont succédé aux jours d'orage, elle se souvint du héros 
qui mourut pour sa cause et dont le sang versé sur les Plaines d'A- 
braham a été pour elle comme un ferment d'immortalité. Elle a 
donc entendu avec bonheur les voix de France qui la conviaient à 
une œuvre commune de reconnaissance et de glorification. Et c'est 
un jour d'allégresse nationale quf celui où elle voit inaugurer ce 
monument, chef-d'œuvre d'harmonieuse beauté. 

Mesdames et messieurs, après un siècle et demi, Montcalm revient 
victorieux sur ces hauteurs d'Abraham, où il rencontra naguère- 
la défaite et le trépas. Il y revient victorieux du temps : il y revient 
victorieux de la mort ; il y revient victorieux de l'oubli ; il y re- 
vient au milieu des acclamations pacifiques des deux races qui s& 
heurtèrent jadis dans un choc sanglant, sur ce champ de bataille 
fameux. Et désormais il s'y dressera aux regards émus de la foule, 
à qui ce bronze éloquent redira toujours que l'héroïsme du sacrifice 
est une des choses les plus augustes et les plus saintes qu'il y ait. 
ici-bas. 

Sir Lomer Gouin avait dit dans son discours : " Il n'appartient 
qu'au poëte à la voix inspirée et à l'orateur au verbe ailé et puissant 
de célébrer ce paladin de notre histoire nationale qui fut Montcalm." 

Après ** l'orateur au verbe ailé " devait venir le poëte à la voix 
inspirée. 

Ce poëte, c'était M. Chapman dont l'œuvre poétique a été deux 
fois couronnée par l'Académie Française, et qui dans ses vers a si 
bien chanté la France et son doux parler. 

Il y avait longtemps que ses nombreux amis de Québec dési- 
raient acclamer cet illustre enfant de la Beauce. Aussi a-t-il été 
salué avec sympathie quand il est apparu à la tribune pour nous. 



— 95 — 

dire, bien que malade depuis plusieurs semaines, ses strophes nou- 
velles à la gloire de Montcalm. Son poëme fut le couronnement 
de cette fête magnifique qui restera comme un grand souvenir dans 
les annales de notre cité et de notre nationalité. 

Poème lu par l'auteur, M. William Chapman 

VICTUS SED VICTOR 

Tout près d'ici, tout près du sol que nous foulons, 
Altier comme Québec debout sur sa falaise, 
Plein du feu des Klébers et des Timoléons, 
En voulant rallier ses fougueux bataillons, 
Montcalm tomba, frappé par une balle anglaise. 

Montcalm tomba, vaincu par le destin jaloux ; 

Mais sa défaite fut glorieuse et féconde. 

Et son nom, radieux et caressant pour nous, 

Et que nous devrions répéter à genoux. 

Comme un flambeau divin luit pour le Nouveau-Monde. 

Oui, sa défaite fut féconde sous nos cieux, 
Et le sang qu'il versa dans la plaine voisine, 
miracle ! baigna tout le sol des aïeux, 
Y fit croître et fleurir des rejetons nombreux, 
Dont nul soc meurtrier n'atteindra la racine. 

Oui, grâce à sa valeur, grâce à son dévoûment, 

Le fier triomphateur respecta notre race, 

Et, sous le sceptre anglais, nous portons hardiment, 

Pour repousser l'entrave et l'asservissement, 

La loyauté pour lance et la foi pour cuirasse. 

La gloire de Montcalm ignore tout déclin, 
Toujours elle grandit, comme croit la lumière, 
Comme dans un ciel pur le soleil du matin, 
A mesure qu'il monte à l'horizon lointain, 
Verse plus de rayons éclatants à la terre. 

Et tant que vers la mer le fleuve souverain. 

Qui vit combattre et choir l'immortel capitaine. 

Roulera ses flots d'or, forte comme l'airain 

Qui nous montre aujourd'hui son front vaste et serein. 

Sa mémoire vivra dans l'âme canadienne. 



■ —96 — 

Son premier revers fut un suprême succès : 
Et quand on le coucha dans le sol qu'une bombe 
Avait ouvert non loin d'un bastion français, 
Le feu d'une rancœur séculaire à jamais 
S'ensevelit avec le guerrier dans sa tombe. 

Tel Wolfe terrassé dans l'âpre engagement 
Qui décidait du sort d'un peuple à la mamelle, 
Par sa mort Montcalm a, sous notre firmament, 
Commencé l'union qui lie étroitement 
La puissante Albion à la Gaule immortelle. 

Et pendant que, pieux, monte vers le héros 

L'hommage de la vieille et fière capitale, 

Peut-être les vaillants et glorieux rivaux / 

Cherchent-ils, reveillés en leurs sombres caveaux. 

A se serrer la main dans l'ombre sépulcrale. 

Il semble que l'un d'eux nous dise en ce moment : 
— Puisque Dieu veut qu'ici des race» étrangères 
D'un empire nouveau jettent le fondement. 
Formez, mariant l'or pur au pur diamant. 
De deux peuples naissants un grand peuple de frères ! 

Sentant couler en vous le sang noble et fécond 
Que prodiguèrent, pleins d'une ardeur sans rivale. 
Les hardis descendants du Franc et du Saxon, 
Efforcez-vous les yeux sur le même horizon. 
De cimenter partout V Entente cordiale ! 

Ce poëme valut à son auteur des applaudissements enthousiastes 
et prolongés. 

Après la lecture de cette poésie, la fanfare entonna " la Huronne ", 
que les étudia,nts de Laval chantèrent en chœur et les assistants se 
dispersèrent ensuite, emportant un souvenir ineffaçable de cette 
démonstration patriotique. 



— 97 — 
Hommage des délégués français. 

Par suite d'une série de fâcheux contre-temps, les délégués du 
■comité de Vauvert, M. Gaston Bouzanquet et M. André Bourguet, 
député du Gard, n'avaient pu arriver à Québec à temps pour assister 
à l'inauguration du monument Montcalm ; ils ne purent arriver que 
le lendemain, à deux heures de l'après-midi. 

Averti du retard du paquebot par un marconigramme, expédié 
par eux de La Bretagne, en date du 14 octobre, le comité s'empressa 
de remettre à une date ultérieure le feu d'artifice qui devait termi- 
ner la fête, afin de leur donner l'occasion de rendre à Montcalm les 
hommages du comité de Vauvert et des populations du Sud de la 
France, le soir de ce feu d'artifice. 

Le mauvais temps vint encore retarder cette démonstration qui 
ne pût avoir lieu que le samedi soir. Elle eut toutefois le plus beau 
succès, et termina brillamment la série des réceptions et des fêtes 
qui furent données à ces délégués pendant leur court séjour à 
Québec. 

Plus de cinq mille personnes s'étaient rendus ce soir-là sur la 
place du monument pour entendre Iss délégués venus de si loin. La 
place et l'estrade étaient encore magnifiquement illuminées de 
lumières électriques aux trois couleurs françaises et décorées de ban- 
deroUes tricolores. Devant le monument on avait eu le soin d'arbo- 
rer le drapeau de la Province, portant l'inscription : " Je me sou- 
viens ". 

Il était huit heures lorsque les délégués, escortés de M. Raynaud, 
vice-consul et gérant du consulat français à Montréal, et du secré- 
taire du comité, arrivèrent au milieu des acclamations de la foule. 
Ils y étaient attendus par le président. Sir Louis Jette, et les mem- 
bres du comité. 

Le président les présenta bientôt à l'auditoire et ce fut au milieu 
d'ovations enthousiastes que les deux délégués prononcèrent leurs 
superbes discours, que les journaux de toute la province s'empressè- 
rent de publier au long dans leurs colonnes. 

M. André Bourguet fut le premier à s'adresser à l'assistance. 

D'une voix forte et émue, il prononce le beau discours que voici : 



-_98 — 




Discours de M. André Bourguet. 

M. le Président, 

Mesdames, Messieurs, 

" Quelques jours avant notre départ 
pour le Canada, dans le silence 
recueilli d'une foule attristée, je sui- 
vais à Toulon, le funèbre cortège qui 
accompagnait à leur demeure les 200 
marins morts dans la catastrophe de 
" La Liberté ". Tandis que les cer- 
cueils défilaient couverts d'étoffes tri- 
colores et de fleurs, que les soldats 
s'immobilisaient respectueusement, 
que les tambours battaient une 
marche lugubre et que les drapeaux 
de France saluaient très bas la dé- 
pouille des martyrs, je murmurais 
cette admirable strophe d'un grand 

Monsieur ANDRÉ BOURGUET, P*^®^^ français. 

Député français et delég-ué du comité 
de Vauvert. 

" Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie 
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie, 
Entre les plus beaux noms, leur nom est le plus beau, 
Toute gloire auprès d'eux tombe et passe éphémère. 

Et comme ferait une mère 
La voix d'un peuple entier les berce en leur tombeau " ? 

Et ces vers chantent encore en ma mémoire aujourd'hui, en son- 
geant que nous sommes venus d'au-delà de l'Océan pour honorer et 
glorifier le Marquis de Montcalm, mort pieusement pour la patrie 
en l'an 1759. 

Le culte des morts est une des traditions les plus lointaines de 
l'humanité, mais ceux qui librement donnèrent leur vie pour le 
bien de la collectivité, tribu, cité ou état sont sûrs des hommages 
publics les plus grandioses. Le devoir de reconnaissance de la 
nation ne peut se traduire alors que par l'élévation d'un monument 
commémoratif destiné à durer pendant des siècles et à perpétuer à 
jamais les actions d'éclat des héros vénérés. 

Cependant, (et pourquoi faut-il le constater ?) ce sentiment de 
respect, ces marques d'admiration dues à un mort glorieux, trop 
souvent, par une injustice inexplicable, les peuples les prodiguent 



— 99 — 

sans raison à des talents obscurs, à des soldats plus heureux qu'ha- 
biles, à des conquérants plus illustres que grands, tandis que les 
vaincus qui se firent une loi du sacrifice, ceux dont le dévouement 
fut le plus pur et le plus beau, ceux qui furent les plus dignes d'être 
aimés, attendent vainement pendant des années et des siècles qu'on 
rende ici à leur mémoire cet hommage public, cette glorification 
solennelle qui, plus qu'aux autres cependant, leur est due. 

Montcalm fut de ceux-là, de ceux qui, grands par le cœur et 
l'esprit, ont encore l'auréole du malheur immérité, de ceux qui font 
sans espérance le don généreux de leur vie, et de ceux qui n'ont 
d'autre récompense que l'ingratitude et l'oubli ! Son histoire si 
simple et si belle est l'histoire d'un homme de devoir, d'un homme 
de volonté, d'un homme de dévouement à qui la fortune n'a jamais 
voulu sourire pleinement. 

Fils d'une vieille race de soldats, il connaît de bonne heure la vie 
des camps et l'ivresse des batailles ; gentilhomme, il a la bravoure 
élégante des vainqueurs de Fontenoy, mais ce savant qui cultive 
avec amour les belles-lettres et les arts, qui, nourri de Corneille et 
de Plutarque, semble être encore un chevalier du moyen-âge par la 
loyauté, l'énergie, la pureté de sentiments et la délicatesse de 
pensée, ce preux ignore toutes les faiblesses de son siècle. Il n'est 
ni flatteur ni courtisan : il ne connaît pas le chemin de Versailles 
et la cour ignore ce hautain soldat. 

Guerroyant dès l'âge de 14 ans, il a bataillé en Bohême pendant 
la guerre de succession d'Autriche, puis passant en Italie, il a reçu 
cinq coups de sabre à Plaisance. 

Cependant le colonel d'Auverron-Infanterie est complètement 
inconnu quand le ministre d'Argenson lui accorde enfin le com- 
mandement des troupes trançaises au Canada. Ce n'est pas à vous, 
messieurs, qu'il faut raconter les prouesses de Montcalm sur la 
terre d'Amérique et cela du reste fut fait ces jours derniers avec la 
plus belle éloquence. Vous savez avec quelle ardeur il mena la 
bataille tant que l'espoir du triomphe soutint son courage et sa 
pensée. Vous connaissez le nom de ses victoires, la suite merveilleuse 
de ses exploits et vous connaissez sa lutte désespérée lorsque sans 
soldats, sans pain, sans munition, il n'eut plus à défendre que le 
rocher de Québec. Au général qui suppliait son roi de lui envoyer 
de la poudre et des soldats pour défendre la terre qu'il voulait con- 
server à la France, le maréchal de Belle-Isle répliqua simplement : 
" J'ai répondu de vous au roi et je suis bien assuré que vous ne me 
démentirez pas." 



— 100 — 

Alors désespéré, livré par la France au martyr, Montcalm 
écrivit : " J'ose vous répondre de mon entier dévouement à sauver 
cette malheureuse colonie ou à mourir". 

Et Montcalm ne pouvant vaincre sut mourir ! 

Y a-t-il dans l'histoire de la France un épisode plus touchant et 
plus émouvant ? Y a-t-il dans l'histoire de l'humanité quelque 
chose de plus grand et de plus beau ! 

Mais tandis que l'Angleterre honorant à la fois le vainqueur et 
le vaincu élevait une colonne à la mémoire des deux héros ; tandis 
que plus tard, vous-mêmes, vous construisiez au marquis de 
Montcalm un tombeau digne de lui, la France oubliait le soldat 
valeureux, tombé sous les murs de Québec, et l'histoire trop peu 
connue des dernières luttes anglo-françaises au Canada semblait ne 
plus avoir d'intérêt pour les français du 19e siècle. 

Un homme cependant s'est souvenu ! Un fils de ce pays où 
s'élève le château de Candiac, que Montcalm aimait si tendrement, 
rêva un jour d'honorer le héros comme il convenait. S'il m'ap- 
partient moins qu'à tout autre d'apprécier à sa juste valeur 
l'œuvre entreprise et menée à bien par M. Gaston Bouzanquet, au 
moins ai -je bien le droit de dire que ce sont ses efforts, son activité, 
sa vaillance qui ont été les véritables causes du succès de cette 
manifestation patriotique et que c'est à lui que la France doit 
d'avoir rempli un devoir de reconnaissance impérieux, obligatoire, 
nécessaire. 

Pour moi qui ai pu juger de près l'œuvre accompli par lui en 
France et ici par M. Bellerive, j'admire cette œuvre et j'ai voulu 
pour ma faible part, m'y associer. Ayant le grand honneur d'être 
au parlement français, un des représentants du département du Gard, 
il m'a plu de venir vous apporter le salut fraternel des fils de ce 
pays d'une vieille civilisation latine, peuplé d'une race généreuse et 
loyale, des fils de ce pays de lumière et de soleil où naquirent les 
deux plus pures gloires militaires du 18e siècle, deux gentilshommes 
sans peur et sans reproche, le marquis de Montcalm et le Chevalier 
d'Assas. 

Sur l'une des places publiques du chef-lieu de ma circonscription, 
dans un coin pittoresque des Cévennes, se dressent depuis de longues 
années la statue du Chevalier d'Assas, mort glorieusement à Kloster- 
camp, tué par les Autrichiens tandis qu'il sauvait l'armée française 
en jetant son cri d'angoisse et d'avertissement : "A moi Auvergne, 
ce sont les ennemis ! " 

Et depuis l'an dernier à quelques mètres du château de Candiac, 
au milieu de l'immense plaine des vignobles du Languedoc, qui 



— 101 — 

s'étendent jusqu'à la mer, se dresse aussi la statue que des mains 
pieuses ont élevé au héros canadien. 

Ainsi se trouve enfin rendu à Montcalm l'hommage que lui devait 
la France : mais s'il nous appartenait de rappeler au pays qui le vit 
naître la mémoire d'un de ses enfants les plus illustres, auriez-vous 
compris que la statue de Montcalm ne fut pas aussi là où il tomba 
mortellement frappé ? 

Voici que celui qui sentait approcher le jour où il devait mourir 
à la tête de sa petite année d'indomptables soldats, voici que le 
général est sorti de la ville pour attaquer l'ennemi, déjà rangé en 
bataille sur les plaines d'Abraham ! La fusillade crépite, les deux 
armées se mêlent avec furie, les corps-à-corps s'engagent, et ralliant 
ses bataillons dispersés par la charge des grenadiers anglais, Mont- 
calm reçoit le coup mortel. Tandis que le jeune et valeureux Wolfe 
rend l'âme en souriant, certain de sa victoire, le général français 
retourne mélancoliquement vers Québec avec, dans les yeux, la 
tristesse infinie de l'inutile sacrifice. 

Tel il nous apparaît dans le bronze que vous avez devant les yeux. 

A cette heure suprême, un messager lui apporte les lauriers de la 
renommée, les lauriers de la gloire consolatrice des héros ! N'est-ce 
pas plutôt la France qui murmure à son oreille ces simples paroles : 
"Merci, mon enfant." 

Montcalm, brave soldat, glorieux capitaine, martyr du sacrifice, 
ô grand vaincu, dors plus paisible maintenant ton éternel sommeil. 
Les fils de la vieille France ont enfin rendu à ta mémoire un hom- 
mage tardif mais éclatant ! 

" La voix d'un peuple entier te berce en ton tombeau." 

M. Gaston Bouzanquet vient ensuite. C'est l'homme vers qui 
monte la reconnaissance de tout un peuple qui se souvient de ce 
qu'il a fa.t pour donner à Montcalm un double monument dans ses 
deux patries et pour unir désormais par des liens d'une amitié 
sincère le pays qui vit naître ce héros et celui qui fut témoin de sa 
mort sublime. 

Aussi fut -il salué comme un généreux bienfaiteur et comme un 
ardent patriote quand il apparût à la tribune pour nous exprimer 
ses sentiments de cordialité fraternelle. 

Ses accents chaleureux remuent l'âme de ses auditeurs, et on le 
félicite vivement de son succès. 



— 102 — 
Discours de M. Gaston Bouzanquet 

M. le Président, 

Mesdames et Messieurs, 

Venu de France en votre grandiose pays, et prié par le comité de 
Québec de prendre devant vous la parole, vous l'avouerai-je, jamais 
je ne me suis senti étreint par une émotion aussi violente. 

Mais quelle que soit mon émotion, quelle que puisse être aussi ma 
faiblesse en l'art oratoire, puisse la chaleur de mon accent, faire 
ressentir à tous la sincérité du premier sentiment que je désire 
exprimer ici, et qui est celui d'une très vive et très profonde recon- 
naissance. 

Il y a déjà 4 ans, en 1907, germa pour la première fois en mon 
esprit, l'idée d'ériger un monument en l'honneur de " Montcalm ". 
Avec l'éminent statuaire, M. Morice, avec les quelques amis à qui 
j'avais fait part de mon dessein, je n'avais tout d'abord songé à 
honorer " Montcalm " que dans son petit pays natal, à Vauvert, 
dont dépendait jadis le château de Candiac où naquit le héros. Mais 
la vie même de Montcalm, sa mort sublime, et l'histoire du pays 
auquel il s'était dévoué, devaient bien vite élargir le cadre de notre 
projet. 

Ce n'était plus un comité local qu'il convenait de former ; ce 
n'était plus même à la France seulement que nous devions faire 
appel. 

Dans un enthousiasme qui me fit oublier que j'entreprenais une 
œuvre qui risquait d'être au-dessus de mes forces, et cédant aux 
exhortations des personnalités les plus autorisées, j'entrevis comme 
de réalisation fort simple, parce qu'elle me paraissait la plus juste et 
la plas noble, cette idée qui m'était suggérée : la constitution d'un 
comité franco-canadien, et l'érection de deux monuments stricte- 
ment semblables : l'un sur le sol où Montcalm était né ; l'autre sur 
celui où il s'était sacrifié, martyr de sa foi en la patrie ! 

Oui, cette idée était la plus noble et la plus juste. La constitution 
rapide des deux comités, en France et au Canada, comprenant dans 
les deux pays, parmi leurs membres, les hommes les plus éniinents 
dans les domaines de la science ou de la pensée, en fut l'éclatante 
démonstration. 

Dans tout comité, je puis le dire sans le moindre orgueil, et 
aussi sans fausse modestie, quelques hommes seulement travaillent. 
Cependant leur ardeur serait inutile, leur dévouement serait vain, 
s'ils ne se sentaient soutenus, non-seulement par la grandeur de 



— 103 — 

l'œuvre entreprise, mais aussi par la haute autorité morale de ceux 
qui les ont approuvés, en s'associant à eux. 

J'ai eu maintes occasions de dire les sentiments que nous réser- 
vions à ceux qui nous ont aidés et soutenus en France. 

Permettez que j'exprime, en ce jour, la joie que j'ai ressentie 
quand j'ai compris que la date de l'inauguration à Québec, me 
permettrait de venir, ici même, en terre canadienne, vous témoigner 
la reconnaissance dû comité de France, et ma gratitude toute per- 
sonnelle. 

Vous ne sauriez m'en vouloir, j'en suis certain, si je ne respecte 
pas absolument les règles du protocole, et si j'oublie l'ordre des 
préséances. Mais, en matière de reconnaissance, comment se laisser 
guider autrement que par son cœur ? 

Ma première pensée, et cela ne surprendra personne, devait donc 
aller à vous, monsieur le secrétaire général du comité canadien, à 
vous, cher monsieur Bellerive, qui durant les quelques années de 
labeur en vue de l'œuvre commune, n'avez cessé de me soutenir ; 
dont j'ai toujours senti vibrer le cœur ardent et généreux ; dont 
toutes les lettres me rendaient chaque jour plus fier de l'œuvre 
entrevue, car par elles j'éprouvais rce sentiment si réconfortant, à 
savoir que les Canadiens, devenus sujets anglais et mettant leur 
honneur à être des sujets loyaux et fidèles, pouvaient quand même 
aimer la France comme s'ils étaient encore Français. 

Ma pensée devait aller ensuite à vous, cher et génial poète, M. 
Chapman, avec qui, après M. Bellerive, j'ai correspondu le plus sou- 
vent. Pourrai-je jamais oublier la franchise de vos conseils, l'affec- 
tueuse sympathie que vous avez bien voulu toujours me témoigner? 

Aussitôt après, je ne puis manquer de songer aux Canadiens que 
j'eus l'extrême honneur de recevoir chez moi à Vauvert, M. le 
sénateur Dandurand, M. de Celles, M. Thomas Côté, qui ne craigni- 
rent aucune fatigue pour venir assister à la cérémonie du dévoile- 
ment de la statue à Vestric et Candiac. Diftérents par l'âge et par 
le caractère, M. le sénateur Dandurand, homme politique ardent à 
la noble et virile éloquence ; M. de Celles, savant si doux, si fin, si 
spirituel ; M. Th. Côté, homme d'affaires avisé et enjoué tout à la 
fois, eurent le don de charmer tous ceux qui eurent le bonheur de 
les entendre et de les approcher. C'est qu'ils représentaient à eux 
trois les qualités essentielles du génie français : la vaillance, l'esprit, 
la franche gaieté ! 

Et je tiens à m'incliner maintenant, respectueux et reconnaissant 
devant messieurs les membres du comité canadien,depuis son éminent 
président, Sir L. Jette, jusqu'à tous ceux, quelque puisse être leur 
rang ou leur situation qui, à un titre quelconque, ont apporté leur 



— 104 - 

concours à l'œuvre qui nous rassemble aujourd'hui. Quelques-uns me 
sont connus, soit pour avoir été présenté à eux au cours de leurs 
voyages en France, soit pour avoir entretenu avec eux une corres- 
pondance si aimable, toujours si intéressante, et pour moi si ins- 
tructive, le plus souvent ; soit enfin pour avoir été mêlé à eux lors 
de ce tcuchant, de cet inoubliable banquet d'hier soir. D'autres me 
sont inconnu, mais j'ai plaisir à me les représenter à l'image des 
convives d'hier, ou de MM. Dandurand, de Celles et Côté, et cela suf- 
fit pour qu'à eux aille ma gratitude, mon estime, mon affection. 

Sur le pont du paquebot qui m'amenait en Amérique, bercé par 
le bruit du vent et des vagues, j'avais plaisir à m'isoler parfois des 
passagers environnants, et les yeux mi-clos, pour me croire plus tôt 
encore rendu parmi vous, je me remémorais les vers de vos poètes 
nationaux. C'était d'abord Fréchette qui me faisait entrevoir 

un sol unique au monde. 
Où le ciel a versé ses dons les plus brillants, 
Où répandant ses biens, la nature féconde, 
A ses vastes forêts, mêle ses lacs géants. 

Et combien doux était pour moi le souvenir évoqué par le poète. 

Sur ces bords enchantés, notre mère la France 
A laissé de sa gloire un immortel sillon ! 
Précipitant ses flots vers l'Océan immense, 
Le noble Saint-Laurent redit encore son nom. 

Puis sans doute, involontairement hanté par les événements qui 
tiennent l'Europe en éveil, " France ", la splendide poésie de Cliap- 
man se présentait à mon esprit et j'entendais le grand poète s'écrier 
dans une envolée superbe ; 

Que dis-je encore ? si Dieu voulait que cette Gaule, 
Dont nul fardeau n'a su courber la large épaule. 
Expirât sous les coups d'un brutal conquérant, 
On la verrait, après trois jours, briser sa tombe, 
Et venir, en planant, comme aiglon ou colombe. 
Reprendre sa carrière aux bords du Saint-Laurent. 

Ah ! oui ! c'était bien dans une nouvelle France que j'allais avant 
peu me trouver, Je le savais par ces vers qui revenaient à ma 
mémoire ; par tant d'autres exprimant le même amour de la mère- 
patrie ; par les discours qu'ont prononcé des Canadiens-français eu 
Amérique, en Angleterre, en PVance et que j'ai pu lire grâce aux 



— 105 — 

soins de M. Bellerive qui les a recueillis ; je le savais, mieux encore, 
par l'impression très vive que j'en avais ressenti, personnellement, 
à la fréquentation de beaucoup de vos compatriotes. Et c'est pour- 
quoi je m'en voudrais, et ceux que je viens de remercier m'en vou- 
draient eux-mêmes, si je réservais à eux seuls le salut ému que 
j'apporte. 

C'est du plus profond de mon cœur à vous tous que je l'adresse, 
à vous vaillants successeurs des Cartier, des Champlain, des Mont- 
calm, des Lévis, des Papineau ; à vous qui avez su conserver forte 
notre race en Amérique ; à vous courageux Canadiens, enfants de 
cette France qui parut vous oublier un moment, et donï aujourd'hui 
vous forcez l'admiration ! 

Dans les quelques mots que j'eus l'honneur de prononcer à l'inau- 
guration de Vestric et Candiac, je rappelais cette grande pensée ; 
" Qu'un pays n'a de valeur que par l'orgueil qu'il sait inspirer à ses 
enfants," Or cet orgueil, où ces enfants peuvent-ils le puiser, sinon 
dans l'histoije de leur pays, et surtout dans les exemples que cette 
histoire leur présente ? 

Celui de " Montcalm " est assurément l'un des plus beaux de notre 
histoire nationale. Je n'en veux pour preuve que la façon généreuse 
dont l'Angleterre a toujours associé son nom à celui de cet autre 
héros, le général Wolf, qui est, lui aussi, glorifié sur une autre place 
de Québec. 

Et plus tard, lorsque Canadiens- Anglais et Canadiens-Français 
admireront les deux monuments, ne sachant quel des deux, le vain- 
queur ou le vaincu, surpassa l'autre, tous orgueilleux de leur histoire 
propre, ne manqueront pas de se dire : ils sont égaux, car tous deux, 
également ardents dans le sacrifice, donnèrent leur sang et 
leur vie pour l'idée qui les faisait agir. Cette idée, c'est l'idée de 
devoir ! d'honneur ! c'est l'idée de patrie ! ! 

C'est pourquoi une nation telle que l'Angleterre pouvait, sans 
crainte, et au contraire avec une joie secrète, permettre à ses nou- 
veaux enfants d'honorer un des leurs. 

Un exemple, d'où qu'il vienne, est un exemple. 

Et seriez-vous même sujets si fidèles et si loyaux, si votre origine 
et l'exemple de vos aïeux n'avaient développé en vous le respect de 
la foi jurée? 

Mais ce que l'Angleterre a permis, elle l'a permis avec une si 
belle spontanéité, avec une si noble générosité, que nous devons, 
nous Canadiens, être fiers d'être enrôlés sous sa bannière ; nous, 
Français, fiers d'avoir mis notre main dans la sienne pour le bien 
de l'humanité et pour la paix entre nations. 



— lOG — 

Si vous pouvez être fiers d'être enrôlés sous la bannière anglaise, 
l'Angleterre doit être heureuse et fière aussi de posséder des enfants 
tels que vous. 

Après l'âpre lutte, tous les colons ayant gardé le souvenir de 
leurs origines, séparés en apparence, mais unis pour le bien de la 
colonie, mirent leur point d'honneur, chacun de leur côté, à ne 
point déchoir, à se montrer dignes des héros qui avaient combattu, 
qui étaient morts pour eux. 

Ce point d'honneur n'a-t-il pas été la cause de la grandeur du 
Canada ? 

Car le monde, aujourd'hui, ne peut retenir son étonnement devant 
les progrès que votre nation a su accomplir, on peut le dire, à pas 
de géant. 

Voilà les prodiges que peut accomplir l'idée de patrie. C'est elle 
que nous avons voulu exalter, en glorifiant par le bronze le héros 
français, que son trépas fit Canadien. 

*' Montcalm " ! ton souvenir a pu longtemps paraître endormi 
dans ton pays natal ; mais s'il est vrai, comme le chante la poétesse 
Hélène Vacaresco évoquant les aïeux morts pour leur patrie : 

Que songeant aux vieilles alarmes. 
Ils sont accoudés sur leurs armes, 
' ■ ^ '" Pour voir d'autres lauriers fleurir ; 

Pour voir, de leurs demeures sombres, 
Si l'on songe à leurs grandes ombres. 
Et si comme eux l'on sait mourir. 

" Montcalm " tu dois te réjouir aujourd'hui. Ton pays natal a 
cessé de te méconnaître ! Ta grande ombre n'y est plus oubliée ! 
Ici, ceux qui t'ont succédé, ont su, comme toi, lutter et mourir 
noblement. Que dis-je ! ils ont fait mieux ; ils ont su vivre et 
s'imposer. 

Honneur à la patrie ! honneur à Montcalm ! et vive le Canada ! 



Deux magnifiques couronnes de fleurs sont ensuite déposées aux 
pieds de la statue de Montcalm ; l'une, au nom des délégués, et 
l'autre, au nom du colonel Roca, commandant à Albi (Tarn), le 
15e régiment d'infanterie française, (ancien régiment de Bearn). 
La soirée se termine par un splendide feu d'artifice tiré sur les 
hauteurs d'Abraham, à quelques centaines de pas du monument, et 



— 107 — 

par des chants patriotiques rendus par les étudiants de Laval. 
L'enthousiasme est à son comble quand apparaît la resplendissante 
figure de Montcalm, et que l'on chante l'hymne " O Carillon ". 

On se souviendra longtemps à Québec de cette brillante mani- 
festation, à laquelle on sera toujours heureux d'associer les noms 
des deux délégués qui, par leur courtoisie, leurs manières sympa- 
thiques et leur talent ont conquis l'estime et l'admiration de tous- 
les québecquois. 



— 108 — 

Souvenirs de la visite des délégués de Vauvert. 

Le séjour à Québec des délégués du comité de Vauvert a été mar- 
qué par des actes et des épisodes qu'il convient de noter ici. Il 
importe surtout de signaler la conduite pleine de tact des délégués, 
parce qu'elle est à leur honneur et qu'elle a été inspirée par deux 
pensées élevées : celle de représenter dignement leur pays et de faire 
œuvre utile et féconde en résultats. 

1 — Actes et épisodes. 

Leur premier soin a été d'affirmer la fidélité de leur pays à 
r " entente cordiale " et au souvenir de Montcalm, en allant, dès 
le lendemain de leur arrivée, déposer au pied du monument Wolfe, 
sur les Plaines d'Abraham, une magnifique couronne de fleurs natu- 
relles, en témoignage de leur admiration pour ce héros du sacrifice, 
et visiter le tombeau et le crâne de Montcalm, au monastère des 
Ursulines, où ces reliques sont pieusement conservées. 

Ces beaux gestes leur ont valu les félicitations de la presse anglaise 
et française de notre ville. 

Désireux aussi de témoigner leur intérêt à la tribu huronne, en 
reconnaissance de son constant attachement à la France, ils se ren- 
daient, le même jour, à Lorette, lui présenter leurs hommages, et ils 
en revinrent enchantés d'avoir accompli ce devoir. L'accueil qui 
leur fut fait leur démontra que ce qu'ils avaient appris de l'affection 
de cette tribu pour leur pays était bien la réalité. 

L'œuvre du congrès de la langue française, qui occupe en ce 
moment tous les esprits à Québec, devait aussi attirer leur attention. 

Fort heureusement pour eux, une séance d'un comité organisa- 
teur de ce congrès se tint pendant leur séjour, et ils s'empressèrent 
d'y faire acte de présence, dans le but de démontrer la sympathie 
de leur pays pour la pensée patriotique qui inspire les promoteurs 
de ce congrès. Ils voulurent même y faire acte d'adhésion, en 
s'inscrivant comme membres bienfaiteurs. 

Faire connaître le pays du Gard qui les avait délégué à Québec, 
et nous parler de la France, était aussi un de leurs secrets désirs. 
L'Institut Canadien et le Club Canadien le prévinrent en les invi- 
tant à donner une causerie dans leurs salles. Rien ne leur fut plus 
agréable que d'accepter cette double invitation, et ils en profitèrent 
pour parler à l'auditoire enthousiaste qui était venu les écouter en 
ces deux circonstances, de la France et du Gard en particulier, et 
raviver ses sentiments d'affection pour la grande et petite patrie de 
Montcalm. 



— 109 — 

Ils furent aussi heureux de faire une visite spéciale à Sir Fran- 
çois Langelier, Lieutenant- Gouverneur de la Province de Québec ; 
à Sir Lomer Gouin, Premier Ministre de la Province ; à Monsei- 
gneur Bégin, Archevêque de Québec ; à Mgr Roy, Evêque auxi- 
liaire de Québe<î ; à Son Honneur le maire de Québec, M. Drouin ; 
à Son Honneur le maire de Lévis, M. Bernier ; à M. l'abbé Gosselin, 
recteur de l'université Laval ; à Sir Louis Jette et à M. Georges 
Bellerive, président et secrétaire du Comité de Québec, ainsi qu'aux 
principaux membres de ce comité : MM. Chapais, Turgeon, Gagnon, 
Tessier, Taché, Choquette, Delâge, en reconnaissance de leur dévoue- 
ment aux intérêts de la cause française au Canada. 

Ils ne voulurent point non plus quitter la ville sans visiter quel- 
ques-uns de ses principaux établissements industriels, et sans se 
renseigner sur notre système commercial, afin -de tirer profit à 
l'occasion des renseignements obtenus. 

Les journaux de la ville nous ont raconté toutes ces choses inté- 
ressantes ; aussi c'est avec plaisir que nous publions quelques-uns 
de ces récits. 

li — Réceptions aux délégués 

Ces réceptions se sont multipliées et ont eu le plus beau succès. 

Le soir de leur arrivée, le 17 octobre, les délégués étaient les 
hôte? du Comité de Québec à un banquet donné en leur honneur au 
Club de la Garnison. 

Le lendemain, 18 octobre, M. Ferdinand Roy, le président de 
l'Institut Canadien, les conviait à un lunch et le soir, le sénateur 
Choquette les invitait à assister dans sa loge à une représentation 
au théâtre National. Pour terminer cette soirée, M. Cyrille Delâge 
les invitait à se rendre à sa demeure où un magnifique goûter leur 
fut servi. 

Le 20 octobre, ils étaient les hôtes du Club Canadien à un dîner- 
causerie donné en leur honneur, et le lendemain, 21 octobre, ils 
étaient invités par Son Honneur le Lieutenant-Gouverneur à un 
déjeuner somptueux donné à sa résidence de " Spencer Wood. " 

Nous donnons plus loin le compte-rendu de quelques-unes de ces 
réceptions, tel que publié dans les journaux de la ville. 

1 il — CadeauX' sou venirs 

M. Bouzanquet, en sa qualité de promoteur de l'œuvre du double 
monument à Montcalm, fut l'objet d'attentions particulières. 
4 



— 110 — 

Avant son départ de "Spencer Wood " une magnifique peinture, 
représentant l'Anse de Wolfe, œuvre de notre jeune peintre, M, 
Edmond Lemoine, lui fut présentée par Son Honneur le Lieutenant- 
Gouverneur, au nom et en présence des membres du comité de 
Québec, en reconnaissance de son admirable dévouement à l'œuvre 
du double monument à Montcalm. 

Une superbe médaille commémorative des fêles du 3e Centenaire 
de Québec lui fut aussi présentée par M. Cyrille Tessier, au nom 
de Sir Geo. Garneau, président de la commission des champs de 
bataille nationaux, alors absent de la ville, avec la mission de la 
remettre au musée de Nimes. 

Les délégués furent vivement touchés de toutes ces manifestations 
de sympathies, et ils ne cessèrent d'en exprimer leur gratitude et 
leur bonheur, avant comme après leur départ. (*) 

(*) Nous apprenons que depuis son retour de voyage, Sir Georges Garneau, s'est fait 
un plaisir d'adresser à M. Bourguet et à M. Bouzanquet, une de ces médailles commé- 
moratives du 3e centenaire de Québec. 



— 111 — 
Des Hommages au Général NA/olfe 



MM Bourguet et Bouzanquet déposent une couronne au pied de son 

monument, ce matin 



(<oldl, 18 octobre 1911) 



A onze heures cet avant-midi, MM. Bouzanquet et Bourguet, délé- 
gués français aux fêtes du dévoilement du monument Montcalm à 
Québec, accompagnés du président des fêtes, Sir Louis Jette, de 
l'honorable A. Turgeon, de M. Raynaud, vice-consul français à 
Montréal et de M. Georges Bellerive, secrétaire du comité des fêtes, 
sont allés déposer une superbe couronne sur le socle du monument 
Wolfe. 

En déposant la couronne, M. Bouzanquet a dit qu'il était heu- 
reux au nom du comité français du monument Montcalm à Vauvert, 
France, de rendre cet hommage public au vaillant général anglais 
qu'une gloire commune a uni pour jamais à la mémoire du héros 
français Montcalm. Le lieutenant-col. Wood, au nom de la popula- 
tion anglaise, a remercié en termes choisis les délégués français. Au 
nom de ses compatriotes, il est tout particulièrement heureux de 
voir le vaillant général anglais célébré et fêté par des Français. 

La magnifique couronne faite de roses rouges et blanches entre- 
lacées de branches de feuilles de laurier, portait l'inscription sui- 
vante : 

Hommage des délégués du Comité Français 

du 

Monument à Montcalm, 

à la 

mémoire du général Wolfe. 



— 112 



La réception, chez les Hurons, des deux délégués 
français. Présentation d'adresse et de cadeaux. 

{L'Action Sociale, 19 oct. 1911). 



La tribu huronne de la Jeune Lorette a fait hier après-midi à 
MM. Bouzanquet et Bourguet, une réception dont ils conserveront 
longtemps le souvenir. 

En compagnie de M. Ls. Raynaud, vice-consul à Montréal, de 
M. Roumilliac, agent consulaire à Québec, de M. H. de St Victor, 
président de la société française à Québec, de M. Cyrille Delâge, 
député du comté de Québec, et de M. Georges Bellerive, secrétaire 
du comité du monument Montcalm, les deux délégués fraiiçais se 
sont rendus au village huron de Lorette, qui avait été magnifique- 
ment pavoisé et orné d'inscriptions pour la circonstance. 

A leur arrivée dans le village le canon tonna, et ils furent salués 
par les applaudissements chaleureux de toute la tribu, à la demeure 
du Grand Chef, M. Maurice Bastien, qui les reçut. Tous les mem- 
bres de la tribu avaient revêtu le costume historique, et la joie était 
sur toutes les figures. 

A cette fête, on remarquait MM. les abbés Cléophas Giroux, 
missionnaire, J.-J. Hunt, aumônier de l'Hospice de Lévis, Joseph 
Verret, directeur du Patronage de Lévis et Prosper Vincent, Sawa- 
tanin, premier prêtre huron. 

M. Bouzanquet, le promoteur de l'œuvre du double monument à 
Montcalm, a été l'objet d'une attention particulière. M. Maurice 
Bastien lui a lu une adresse de bienvenue, * magnifiquement écrite 
sur parchemin et richement décorée de dessins artistiquement faits, 
et lui a ensuite présenté, sous forme de cadre, une splendide écorce 
de bouleau, ornementé de bouquets de fleurs faites à la main en 
poil d'orignal, sur laquelle était inscrite sa nomination comme 
" chef honoraire " de la iribu, sous le nom de " Tegaretouan " qui 
signifie " Rayon de Soleil " avec la sigriature de tous les chefs en 
langue huronne et française. 

M. Bouzanquet fût à ce point ému de cet accueil qu'il pût à peine 
.articuler quelques paroles de remerciements. 

Les délégués et les personnes qui les accompagnaient passèrent 
■ensuite dans un magnifique salon ou M. Bastien leur offrit à leur 

* Voir cette adresse à la page 124. 



— 113 — 

grande surprise du vin provenant du domaine de St-Véran, qui fut 
la propriété de Montcalm. 

Il y a trois ans ce vin était envoyé à M. Geo. Bellerive, secrétaire 
du comité de Québec par M. Bouzanquet. 

M. Bouzanquet proposa alors en termes émus la santé du Grand 
Chef " Agnionlin ". Le Grand Chef pria l'Abbé Prosper Vincent 
de répondre en son nom à ce gracieux toast. 

M. l'Abbé Vincent, le premier prêtre huron, exprima alors aux 
délégués les sentiments de la tribu huronne, par un discours qui fut 
vivement acclamé, * puis M. Bastien invita les délégués à se rendre à 
sa manufacture d'objets indiens où ils assistèrent à une grande danse 
dans une salle spacieuse. 

Toute la tribu dansa autour du pot au feu, et l'on goûta ensuite 
à la " sagamité ", mets excellent fait de haricots et de maïs et d'un 
arôme appétissant. 

M. Bouzanquet et d'autres visiteurs prirent part à cette danse, M. 
Bouzanquet ayant revêtu le costume de la tribu. 

Mademoiselle Alvine Vincent, nièce de M. l'abbé Vincent, une 
jeune huronne qui possède une voix admirable, chanta ensuite 
" La Huronne ", dont le refrain fut chanté par toute la tribu, avec 
une harmonie et un ensemble qui furent admirés. 

Il y eut aussi des discours par MM. Bouzanquet, Raynaud, Delâge 
et Bellerive. 

M. l'Abbé Vincent et toute la tribu chantèrent ensuite en chœur 
un cantique huron, composé par le Père Brébœuf, vers 1634, dont 
le solo fut rendu par Madame Camille Vincent, une excellente 
chanteuse huronne. 

MM. Bouzanquet et Bourguet, reçurent avant leur départ une 
quantité de riches cadeaux travaillés à la main, notamment deux 
paires de souliers brodés, un pied de chevreuil ornementé, et une 
photographie représentant les chefs de la tribu. 

Ce fut, bref, une fête fort jolie dont le souvenir ne s'oubliera pas 
de sitôt. 

* Voir ce discours à la page 125. 



— 114 — 

Le pays de Montcalm au point de vue agricole. 



MM. Bourguet et Bouzanquet font, hier, deux intéressantes conférences 
au lunch du Club Canadien. — La question du Maroc. 



(Soleil, 21 octobre 1911.) 



Le Club Canadien avait invité les deux délégués français, venus 
pour les fêtes inoubliables du dévoilement de la statue de Montcalm, 
à prendre le diner avec eux à leur salle de l'Auditorium. La réunion 
eût lieu hier après-midi et continua la série de belles fêtes dont 
Québec a droit de s'enorgueillir. 

Vers 1 h., M. Georges A. Vandry, président, invita ses hôtes à 
prendre place aux tables, et à ses côtés furent placés Son Honneur 
le lieutenant-gouverneur. Sir François Langelier, accompagné de son 
aide de camp, le capitaine Victor Pelletier, puis les distingués hôtes 
du Club Canadien, MM. André Bourguet, docteur en Droit, député 
du Gard, délégué du comité français au dévoilement du monument 
Montcalm, et M. Gaston Bouzanquet, secrétaire-général du comité 
Montcalm, à Vauvert ; on remarquait aussi Sir Louis A. Jette, 
président du comité du monument ; l'honorable B. de LaBruère, 
l'honorable sénateur Choquotte, M. Cyrille Delâge, assistant-prési- 
dent de l'Assemblée Législative ; M. Ed. Roumilhac, agent consu- 
laire de France à Québec ; MM. Georges Bellerive, secrétaire du 
comité de Québec, J. G. Scott, B. Léonard, le colonel Wood, H. 
D'Hellencourt, Nap. Lavoie, Cyr. Tessier, H. D. Barry, Ferd. Roy, 
président de l'Institut Canadien, Antoni Lesage, E. Thériault, 
secrétaire de l'honorable M. Caron, H. Laramée, Aurèle Lecjerc, 
Ulric Barthe, et les représentants de l'^Evénement", delà "Presse", 
du " Telegraph ", de 1'" Action Sociale " et du " Soleil ". 

M. Vandry annonça ensuite que par permission spéciale de Mgr 
l'Archevêque il serait permis de manger gras à ce dîner. 

Après que justice eût été faite des mets servis, M. Vandry porta 
le toast au Roi qui fut bu avec enthousiasme. 

M. le président en quelques mots aimables, invita alors M. André 
Bourguet à adresser quelques mots aux convives et ce dernier, avec 
gracieuseté nous fit un très intéressant récit sur la France au Maroc, 
question qui passionne encore à un si haut point les diplomates 
de tous les pays de l'Europe. 



— ]15 — 

Avec un talent qui fait comprendre qu'il est député, et fort bien 
renseigné sur les questions européennes, M. Bourguet nous a pour 
ainsi dire introduit dans les dessous de la brûlante question qu'il 
traitait, nous faisant voir les troubles et les anxiétés de ce qui appa- 
rait sur l'Echiquier européen. 

Le savant causeur fit repasser devant ses auditeurs quelques sou- 
venirs de l'année terrible, 1 870 ; et termina en disant qu'à l'heure 
actuelle, la question du Maroc est à peu près réglée, et il en conclut 
à une terre française au Maroc et au repos européen. 

M. le président invite ensuite M. Gaston Bouzanquet à se faire 
entendre. L'invité du pays de Montcalm, qui est aussi un char- 
mant causeur, nous parla du château de Candiac, de Nîmes et 
Aiguesmortes et surtout des vignobles qui semblent la plus grande 
richesse des terres d'où nous viennent les meilleurs vins ; il nous 
fit une intéressante étude sur la manière dont se traitent les vigno- 
bles, les soins à apporter par les vignerons, pour la préservation 
des vignes, le mo3"en de les protéger contre les insectes, le philloxéra, 
etc., puis il fit une invitation gracieuse à tous ceux qui visiteraient 
ce pays, d'aller lui rendre visite, s' estimant trop heureux de pouvoir 
les remercier en quelque sorte de l'accueil gracieux qu'on a fait à 
son compagnon de voyage comme à lui-même. 

M. le président invita alors M. Cyr. F. Del âge à offrir des remer- 
ciements aux deux estimables causeurs. Le député du comté de 
Québec trouva alors l'occasion de prononcer en quelques mots un 
discours des mieux sentis où le patriotisme dominait et en termi- 
nant il souhaita que longtemps encore le Canada et la libre Angle- 
terre soient réunis par la plus puissante des "ententes cordiales". 

M. J. G. Scott s'estime heureux de seconder le vote de remercie- 
ments et dit que Montcalm est un héros national et qu'il est heu- 
reux de se joindre aux bons souhaits der, diôérentes classes de Cana- 
diens qui ont tenu à honorer la mémoire de Montcalm. 

M. le cok Wood dit aussi quelques mots de circonstance et l'assis- 
tance se sépara enchanté d'avoir passé de si agréables quarts d'heure, 
en compagnie des illustres délégués de la France au Canada. 



— 116 — 

A l'Institut Canadien 

A l'aide d'intéressantes projections lumineuses, MM, Bourguet et 

Bouzanquet, donnent d'instructives causeries sur le pays de 

Montcalm devant un nombreux auditoire 

Le pays de la lumière 



(" Evénement", 21 octobre 1911) 

MM. Bourguet et Bouzanquet, délégués français à l'inauguration 
du monument Montcalm, ont parlé hier soir du pays de notre héros 
devant un auditoire nombreux et distingué, à l'Institut Canadien. 

Le président, M. Ferdinand Roy, a présenté les conférenciers 
d'un façon on ne peut plus aimable, disant combien les Québécois 
seraient heureux d'entendre parler de ce doux pays de Provence, si 
finement caricaturé par Daudet et si délicieusemont chanté par 
Mistral. 

M. André Bourguet a parlé le premier, s'exprimant avec la cha- 
leur qui convient aux gens du Midi de la France. Il s'est d'abord 
déclaré heureux, bien que n'étant pas conférencier, de parler devant 
un auditoire québécois, puisque, même avant de parler, il était 
applaudi. En effet, des applaudissements chaleureux avaient salué 
l'arrivée du conférencier à la tribune. 

M. Bourguet fait une description enthousiaste du pays qu'habita 
Montcalm, pays situé entre la mer, le Rhône et cette modeste 
chaîne de montagnes qu'on appelle les Cévennes, pays ensoleillé et 
possédant des qualités telles que ceux qui l'ont vu une fois, ne 
peuvent pas ne pas l'aimer. Mais, pour nous, l'une de ses plus 
belles qualités, c'est d'avoir vu naître Montcalm. 

Le Château de Candiac, où naquit Montcalm, est situé dans la 
plaine de Nîmes, à quelques kilomètres de cet endroit, près de ces 
brillants vestiges de l'époque romaine. 

Le conférencier fait une description de la maison carrée, des 
fameuses arènes de Nîmes, etc., puis des diverses villes environ- 
nantes, d'Aiguesmortes, jadis port de mer fameux d'où Saint-Louis 
s'embarqua pour aller aux croisades, et il nous fait ressentir le 
plaisir ineffable qu'il y a à regarder du haut des murs d'Aigues- 
mortes la Méditerranée bleue si chère aux cœurs provençaux. 



— 117 — 

Montcalm avait aussi une résidence à Montpellier, ville intéres- 
sante par sa célèbre université. Il possédait aussi le château 
d'Avez, dans la région du Gard, représentée à la chambre des 
députés de France par M. Bourguet, . puis plus haut dans les Cé- 
veunes, le château de St-Véran. 

M. Bourguet se contente de décrire sommairement les endroits 
habités par Montcalm. 

" Il vaut mieux, dit M. Bourguet, que vous alliez les voir vous- 
mêmes. C'est un pays de soleil, de lumière, de clarté. Nous 
l'aimons et nous croyons que c'est le plus beau pays du monde. 
Et nous aimerions que vous aussi, après l'avoir visité, vous le trou- 
viez le plus beau du monde, après Québec. 

M. Bourguet a été très applaudi. Il a été suivi de M, Bou- 
zanquet qui a fait projeter sur un écran lumineux diverses vues 
intéressantes du pays merveilleux qui a vu naître Montcalm. 



— 118 — 

Les délégués français au banquet d'hier soir 



MM. Bouzanquet et Bourguet, qui ne sont arrivés qu'hier, se déclarent 
enchantés de la réception qui leur est faite. Discours des 
hons. MM. Turgeon et Chapais 



-'• {Soleil, 18 octobre 1911) 

Quelle belle fête a été celle qui, hier au soir, réunissait autour 
d'une même table, au Club de la Garnison, à l'ombre de deux dra- 
peaux aimés et respectés, rappelant l'entente cordiale, les représen- 
tants de la France et ceux de l'Angleterre. 

Quelle belle fête que celle qui faisait se rencontrer la vieille 
France et la Nouvelle-France, et comme les émotions ont été pro- 
fondes et douces tout à la fois ! . . 

Le banquet qui a eu lieu hier soir, en l'honneur des délégués fran- 
çais à l'occasion de l'inauguration du monument Montcalm, et sous 
les auspices du comité québécois, restera comme l'une des plus 
belles fêtes sociales, euQore organisées dans la vieille cité de Cham- 
plain, le tombeau de l'immortel Montcalm. 

Les accents patriotiques et les souvenirs historiques évoqués ont 
profondément remué les cœurs de " Cousins " si heureux de se 
donner une franche poignée de main et de chanter ensemble la 
gloire d'un héros qui appartient tout autant à la France qu'à la 
Nouvelle France. 

C'est Sir L. A. Jette, président du comité du monument Mont- 
calm, qui présida, avec tout le tact et la distinction qu'on lui con- 
naît, ce somptueux banquet. 

A la droite de l'honorable président, on remarquait. Sir François 
Langelier, lieutenant-gouverneur de la province, M. André Bour- 
guet, député du Gard, le sénateur Choquette, l'hon. juge Dorion et 
à la gauche, M. I^ouis Raynaud, vice-consul de France, M. Gaston 
Bouzanquet, promoteur du monument. Sir A. B. Routhier. 

Les autres convives étaient : l'hon. Ad. Turgeon, l'hon. Chs, 
Langelier, l'hon. M. de la Bruère, l'hon. Thos. Chapais et MM. Cy. 
Delâge, président de la Société St- Jean-Baptiste de Québec, Alb. 
Sévigny, M. P., E. Roumilhac, agent consulaire de France, J. G. 
Scott, Nap. Lavoie, Cy. Tessier, Alp. Bernier, maire de Lévis, Ferd. 
Roy, H. D'Hellencourt, Geo. Bellerive, secrétaire-trésorier du 
Comité du Monument Montcalm, H. de St. Victor, président de la 



— 119 — 

Société de Bienfaisance Française, Aimé Talbot, Dr Brochu, W. 
Chapman, I. Belleau, A. Lavergne, M. P. P., E. Amj^ot, G. A. 
Vandry, Ph Corriveau, Paul Chevrê, Dr Grondin, le notaire Char- 
lebois et H. Authier, de " La Presse", J. E. A. Pin, du " Soleil ", 
P. Desjardins, du " Devoir." 

MENU 
Huitres 
'"* Sauterne 

Tortue au Madère 
Sauterne 
Noisettes d'agneau à la Marie-Louise 
Château Pautet 
Poularde rôtie — Sauce au pain 
Pommes de terre à la crème 
Chou-fleur Sauce hollandaise 

Champagne Vve Cliquot 
Sorbet aux Canneberges 
Canard noir à la Provençale Perrier 
Pommes Saratoga Salade de laitue 

Pouding glacé Gâteaux Oporto 
Fruits, Madère, 
Noix, Raisins, Café noir 
Fine Champagne 

Après avoir fait honneur au menu préparé avec un soin jaloux, 
sir L. A. Jette se leva, le moment des santés étant arrivé. 

L'hon. président donna la lecture d'une lettre d'excuse de Son 
Honneur le maire Drouin, empêché d'assister à ce banquet à cause 
d'un engagement qu'il lui a été impossible de remettre. Lecture 
fut aussi faite d'une lettre d'excuse du colonel AVood. 
I* î On but ensuite, sur l'invitation de l'hon. président du banquet, 
^' Au Roi ", santé qui fut bue avec enthousiasme. 

" Le lieutenant-gouverneur " fut la santé suivante, proposée par 
sir L. A. Jette, qui fit l'éloge de sir François Langelier en termes 
délicats. 

Sir Frs. Langelier remercia fort aimablement le proposeur de 
l'insigne honneur qu'on lui faisait en cette circonstance. Il se dit 
heureux d'avoir pu assister à l'inoubliable démonstration du dévoi- 
lement du monument Montcalm. Montcalm, ajouta Son Ex- 



— 120 — 

cellence, fut un modèle du devoir accompli et fut un travailleur 
convaincu. 

A la demande de sir L. A. Jette, l'hon. A. Turgeon proposa la 
santé suivante : " La France." Nous regrettons de ne pouvoir 
donner en entier cette remarquable pièce d'éloquence. 

M. le Président, 

" Vous m'avez fait le grand honneur de me demander de proposer 
le toast à la France. Vous auriez pu, certes, faire choix d'une 
parole plus éloquente ou mieux avertie, mais, à coup sûr, ni plus 
enthousiaste, ni d'un accent plus sincère. 

" J'ai eu, au cours de ma carrière, l'heureux privilège de visiter 
plus d'une fois cette incomparable pays, de faire et de refaire ce 
voyage de la Mecque que doit entreprendre tout bon canadien. Il 
m'est même arrivé de fouler, à quelques semaines d'intervalle, le 
sol normand et la côte bretonne, de recevoir l'hospitalité de St- 
Malo et de Honfleur, ces deux villes sacrés pour les Canadiens puis- 
que l'une nous a doimé le découvreur du Canada et celle-ci le fon- 
dateur de Québec, et de parcourir ainsi, pèlerin idéal, tout le cycle 
de notre culte patriotique, puisqu'après avoir honoré Jacques-Cartier 
il m'était donné quelques jours plus tard de rendre hommage à 
Samuel de Champlain. 

" Je me rappelle avec bonheur, M. le Consul de France, et MM. les 
délégués, de l'émotion patriotique que l'éprouvai en foulant pour la 
première fois le sol de notre ancienne mère-patrie et, cependant, je 
l'ai constaté depuis, il y a quelque chose de plus doux que de voir 
la France : c'est de la revoir et, en la revoyant, en me sentant péné- 
tré par le charme exquis, par la grâce légère, par la chaude sympa- 
thie qui se dégage de toute chose, j'ai compris cette parole que l'un 
de vos grands orateurs sacrés empruntait un jour au psalmiste et 
que ma bouche profane hésite à reprendre : " Non fecittaliter omni 
nationi ! " Oui, la France est unique, la France est incomparable. 

" La France, si accueuillante et si douce qui, plus et mieux que 
toute autre, sait faire revivre, par les multiples manifestations de 
l'art, les gloires du passé, ne pouvait rester indifférente devant la 
mémoire du grand soldat tombé au champ d'honneur, pour elle et 
pour nous, et vous être venus, vous M. le Consul et MM. les délégués 
nous apporter son salut affectueux. Nous vous en remercions, car 
sans vous cette fête du souvenir aurait eu quelque chose d'incomplet 
et en quelque sorte d'inachevé. 



— J21 — 

" De retour dans vos foyers, dites bien toute notre affection pour 
votre beau et grand pays, pour sa mâle intrépidité, pour sou courage 
si ferme qui fait en ce moment l'admiration du monde civilisé, et 
encore pour cette investiture spéciale, investiture de l'art, investiture 
de la beauté que les étrangers lui ont de tout temps reconnue et 
aussi pour son désintéressement, pour son dévouement à toutes les 
nobles, justes et saintes causes. 

" C'est donc du plus profond du cœur et à l'unisson des vôtres que 
je vous demande de boire à la France et à ses représentants. " 

M. A. Bourguet répondit à cette santé, et c'est au millieu de fré- 
nétiques applaudissements qu'il se leva. Il se dit ému de l'accueil 
si sympathique qu'on lui fait et il reconnaît bien l'amitié du cana- 
dien-français. 

Bien sincèrement, dit l'orateur, je vous remercie et au nom de la 
France, je vous dis : Merci ! Il a été navré du retard qui a privé les 
délégués français d'assister à l'inauguration du monument Mont- 
calm. 

Depuis son arrivée au milieu des canadiens français, il est fier de 
le dire, il est chez lui sur cette terre canadienne. Il est heureux de 
constater que le peuple canadien-français aime la France et que les 
relations sont plus étroites et plus faciles aujourd'hui puisque la 
France et l'Angleterre sont amies. 

L'orateur constate avec plaisir que le peuple canadien-français est 
le plus libre du monde et il ajoute que c'est pour lui un bonheur de 
lui apporter le salut de la France et de boire à la santé du Canada. 

M. Louis Raynaud est l'orateur suivant. Les émotions qu'il a 
éprouvées lors de l'inauguration du monument Montcalm lui revien- 
nent de nouveau. Il lui semble que la tombe de Montcalm se rou- 
vre de nouveau pour permettre aux personnes réunies de voir cette 
belle figure, ce patriote et cet homme de devoir. 

Il se peut quelquefois que la vie d'un consul soit un exil, mais il 
est fier de déclarer qu'au Canada il s'est trouvé chez lui, et c'est 
pourquoi il propose avec plaisir la santé " Au Canada ". 

Les assistants se lèvent et chantent avec entrain " Canada, terre 
de nos aïeux ". 

L'honorable Thomas Chapais répondit à cette santé avec toute 
l'éloquence et la chaleur qu'on lui connaît. 

En répondant à cette santé, dit l'orateur, tout un monde de sou- 
venirs me reviennent à l'esurit. Autrefois, ce coin de terre, notre 
cher Canada, c'était la Nouvelle-France. Ici, l'orateur rappelle avec 
enthousiasme le souvenir de ces pionniers hardis, de ces martyrs 



— 122 — 

héroïques qui parcoururent la patrie canadienne pour êvangéliser et 
civiliser. 

" Lorsque Montcalm tomba, sur les plaines d'Abraham, on a pu 
craindre un instant (jue c'en était fini de la race canadienne-française. 
Eh bien, non, ce n'en n'était pas fini de nous. 

" La présence des délégués français réveille plus que jamais le sou- 
venir de la France et lui rappelle que la mission de la race cana- 
dienne-française est de continuer ici ce que la France a accompli 
dans le monde, et c'est là notre force, en dépit des attaques. 

" Nous sommes sujets britanniques et nous en sommes fiers et con- 
tents. Nous sommes français et nous désirons rester Français. 
Comme les anglais aiment le " Home ", ils comprennent aussi que 
nous aimons la France." 

L'honorable Charles Langelier se leva ensuite pour inviter M. W. 
Chapman à dire quelques-unes de ses poésies. 

Le poète canadien récita alors deux de ses plus belles poésies : 
" La langue française " et " La France ". Il fut vivement applaudi. 

Sir A. B. Routhier, répondant à l'invitation qui lui fut faite, pro- 
nonça l'un de ces discours dont il a seul le secret. Il dit qu'il était 
nécessaire que la France fut au dévoilement du monument Mont- 
calm, et la France y était aussi. L'orateur fait alors part aux con- 
vives des pensées qui hantèrent son imagination au cours de cette 
fête inoubliable de lundi, et il termine en disant qu'il fallait à la 
Nouvelle-France une quatrième tombe et ce fut celle de Montcalm. 

Les convives se séparèrent ensuite emportant de cette fête un sou- 
venir ineffaçable. 



— 123 — 
Une soirée française au théâtre National. 



{Soleil, 19 octobre 1911.) 



M. Gaston Bouzanquet, promoteur du monument Montcalm, qui 
a mené l'entreprise à si bonne fin, et M. André Bourguet, député 
du Gard, les deux délégués français aux fêtes d'inauguration du 
monument, à Québec, ont eu, hier soir, l'heureuse illusion qu'ils 
étaient encore en plein centre parisien. 

Répondant à la gracieuse invitation de l'honorable sénateur Cho- 
quette, les délégués ont assisté à une représentation, au National, 
des pièces " Le monde où l'on s'ennuie" et '' Les Espérances ". Ils 
ont eu l'avantage d'applaudir plusieurs distingués compatriotes, 
dont le talent et la distinction ont dès longtemps gagné le cœur des 
Québécois. Cette soirée de gala a été un brillant succès. 

L'honorable sénateur Ghoquette, accompagné de MM. Ferdinand 
Roy, président de l'Institut Canadien ; C. F. Delâge, président de la 
société Saint Jean- Baptiste de Québec ; G. Bellerive, secrétaire du 
comité du monument Montcalm à Québec, conduisuit les délégués 
à la loge d'honneur décorée de façon admirable des couleurs fran- 
çaises, aux accords de " La Marseillaise ", jouée par l'orchestre et 
chantée par les étudiants, qui avaient été particulièment invités. 
Ces derniers firent une ovation aux distingués visiteurs et à leurs 
hôtes, dont ils épelaient les noms avec les vivats et les acclamations 
d'usages. 

Son Honneur le lieutenant-gouverneur et Sir Ls A. .Jette, prési- 
dent du comité du monument Montcalm à Québec, qui avaient 
accepté l'invitation, ont exprimé leur regret de ne pouvoir être pré- 
sents. 

On remarquait encore dans la loge d'honneur, Lady Gouin, Mmes 
Choquette, Turgeon, Taschereau, Devlin, Delâge. 

Pendant les entr'actes, le chœur des étudiants, sous la direction de 
M. Gagnon, a rendu les chants nationaux français et canadiens avec 
beaucoup d'âme et de succès. 

MM. Bouzanquet et Bourguet se sont déclarés enchantés de leur 
soirée, heureux d'avoir pu applaudir quelques-uns des leurs au 
milieu d'un auditoire canadien, québécois surtout. 



— 124 — 

Adresse de la tribu huronne. 

 Monsieur Gaston Bouzanquet, 

de Vaùvert, France. 

Français, 

Les Hurons, qui ont toujours été les amis des hommes blancs du 
pays du grand Ononthio ont appris avec joie dans leur cœur que 
vous aviez travaillé auprès des gens de là-bas et d'ici pour donner 
à Vestric-Candiac et à Québec une statue en bronze de Montcalm, le 
grand chef des guerriers français qui a lutté avec nos pères pour 
empêcher l'ennemi d'alors de s'établir près de nos wignams, et que 
vous veniez à Québec pour présenter cette statue devant les chefs de 
la nation du Canada. 

A cette nouvelle, moi, Grand Chef de la tribu huronne, j'ai con- 
voqué mon Conseil et lui ai proposé de vous inviter à venir nous 
faire visite et de vous conférer le titre de chef honoraire de la tribu. 
Mes guerriers ont répondu avec force par des hé ! hé ! joyeux en 
lançant vers le ciel la fumée de leurs calumets. Aussi dès que le 
vaisseau conduit par le Grand Esprit vous a débarqué aux pieds 
de Stadaconé, j'ai suivi le bon conseil de ma tribu et je vous ai dit 
son désir. 

Aujourd'hui vous voulez bien venir au milieu de nous et nous 
apporter comme un " rayon de soleil " la parole de la France que 
nous aimons toujours. La tribu toute entière vous en est recon- 
naissante et pour vous témoigner sa gratitude, moi, Grand Chef des 
Hurons de Lorette, vous nomme, en présence de mes guerriers, 
chef honoraire de la tribu, avec le nom de " Tégarétouan " qui 
veut dire " Rayon de Soleil ", écrit sur cette écorce de bouleau, et 
tous ensemble nous allons vous prouver par nos chants et nos 
danses la joie de votre visite. 

Bastien, 

Grand Chef des Hurons de Lorette. 



— 125 — 



Discours de M. l'Abbé Prosper Vincent, prêtre huron, 

à la réception faite à MM. Bouzanquet et 

Bourguet, par la tribu huronne 

de Lorette. 

" Tu me prends par surprise, 
Agnionlin. mais tout de même j'obéis. 
Tegaretouan, les Hurons, tes nouveaux 
frères, sont fiers et heureux^de te voir 
aujourd'hui en compagnie de tes hono- 
rables amis, en visite à leur humble 
bourgade. Dans cette sombre journée 
d'automne, ils se réjouissent de voir 
luire au milieu d'eux un beau rayon 
de soleil qui projette sur le passé 
glorieux les plus vives clartés. 

Ta présence en notre village ré- 
veille en nous tout un monde de sou- 
venirs, elle nous rappelle les exploits 
des plus vaillants guerriers et l'admi- 
rable zèle de ces missionnaires dévoués 
de la Fille Ainée de l'église qui depuis 
Clovis jusqu'à nos jours n'ont cessé 
de répandre partout les lumières de Monsieur rAbbé prosper Vincent 
V évangile, au sein des peuples barbares ^'^"'''^' p'"^''"^ ''"•■°"' ^"'='^" ^"'■^• 
encore ensevelis dans les ténèbres de l'idolâtrie. 

La devise de la France était Foi et Honneur ; c'était la devise 
qu'elle remettait à ses preux chevaliers lorsqu'elle les envoyait en 
Orient délivrer le tombeau du Christ. Foi et Honneur ! portant ces 
mots sur leurs lèvres et dans leur cœur, les missionnaires français 
ont fait briller dans les forêts de l'Occident, sur les bords des grands 
fleuves de l'Amérique, le flambeau du christianisme et de la civilisa- 
tion. Honneur donc à Cartier, Champlain, Frontenac, honneur à 
Montcalm et à Lévis, honneur et reconnaissance aux Récollets, aux 
Jésuites, aux Prêtres des missions étrangères, aux Montmorency- 
Laval, aux St-Valier et à toute cette phalange d'hommes d'élite que 
la France envoya dans les Forêts du nouveau monde où ils ont fait 
tant de bien ! 

Nous, les descendants des Hurons d'autrefois, nous remercions 
avec effusion de cœur le Grand Esprit de les avoir éclairés des vraies 
lumières célestes et de leur avoir fait embrasser le christianisme. 
5 




— 126 — 

Oh quel bienfait inapréciable nous ont procuré ces dignes envoyés 
de la vieille France. La Foi ! oh quel beau don nous ont apporté 
vos ancêtres ! Quel malheur de vivre sans avoir la Foi ! Mais quel 
bonheur de vivre en chrétiens qui connaissent le vrai Dieu, croient 
en lui et l'aiment de tout leur cœur ! C'est ce bonheur dont nous 
jouissons depuis la découverte du Canada. Fidèles alliés des Fran- 
çais dès les premiers temps de la colonie, les Hurons devenus catho- 
liques le seront toujours. Merci et reconnaissance à vous nos amis 
les Français. Puisse le maître absolu vous bénir ainsi que vos 
familles et votre pays ! 

Je finis par un petit trait qui a rapport à Montcalm le héros de 
nos fêtes. 

Un chef huron, étonné de voir que celui qui faisait de si grands 
prodiges de bravoure ne fut pas de haute taille, s'approcha un jour 
de Montcalm et lui adressa ces paroles : " Comme tu es petit mon 
frère ! mais je vois dans tes yeux la hauteur du chêne et la vivacité 
de l'aigle ". Ce huron exprimait par ces mots imagés une grande 
vérité. Montcalm était en effet doué des plus belles qualités du 
cœur et de l'esprit, d'un caractère noble, franc et aimable. Mais ce 
qui le distinguait surtout c'était son esprit de Foi, son attachement 
à l'Eglise catholique et romaine. Il savait par son expérience per- 
sonnelle que le bonheur véritable consiste à aimer Dieu sincèrement 
et à le servir avec fidélité. Fidèle au Roi de France, il l'était encore 
plus au Roi du ciel et de la terre. Animé des plus généreux senti- 
ments il consacra toute sa vie à combattre pour sa patrie. Mourir 
pour la patrie c'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie. Il 
eut aussi le bonheur et l'honneur de mourir pour sa patrie, le 14 
septembre 1759, dans la célèbre bataille des plaines d'Abraham. 
Mais il savait qu'il existe une autre patrie, où le juste citoyen et le 
vaillant soldat seront heureux pour l'éternité. Il combattait pour 
gagner des âmes à Dieu, et il mérita de mourir le jour de l'exalta- 
tion de la Ste-Croix. (En arrivant sur les terres du nouveau conti- 
nent, les Français y avaient planté une croix, et c'est au nom du 
Divin crucifié qu'ils en prirent possession). 

Gloire à Montcalm, à ce vaillant défenseur des droits de son pays 
et mort sur le champ d'honneur. C'est pour perpétuer la mémoire 
des vertus et des exploits de ce héros que vous avez, M. Gaston 
Bouzanquet, travaillé avec|tant d'énergie à élever un double et magni- 
fique monument dans la vieille et la nouvelle France. Honneur et 
reconnaissance à vous, Messieurs les membres du comité de France 
et messieurs les membres du comité de Québec. 

Merci de votre belle et intéressante visite, les Hurons ne l'oublie- 
ront jamais, ils prieront le Grand Maître de vous combler de béné- 
dictions, vous et vos familles et votre pays. 



— 127 — 
Rapport du trésorier du Comité du monument Montcalm à Québec 



Québec, 8 novembre 1911, 

Le soussigné a l'honneur de faire rapport comme suit de ses recet- 
tes et de ses dépenses comme trésorier du Comité du Monument 
Montcalm, 

RECETTES 

I. Produit de la ière souscription du 1er novembre 1907 

au 1er juillet 1908 $ 527 

Intérêt 4 15 

II. Produit de la 2e souscription du 5 juin 1909 au 

4 octobre 1909 260 00 

Intérêt 2 60 

III. Produit de la 3e souscription de juin 1910 au 23 

octobre 1911 1,439 50 

IV. Argent perçu de la Cité (17 mai 1911) 1,500 00 

V. Argent perçu du gouvernement provincial (9 octobre 

1911) 1,500 00 

Intérêts 35 50 



$5,268 75 
DÉPENSES 

I, Pour piédestal du monument $3,100 00 

IL Fête du 16 octobre 191 1 708 65 

III. Frais de représentation 

Peintures à l'huile et autres cadeaux (livres) pour 
promoteur et architecte en France (selon l'état an- 
nexé 204 83 

IV. Transport du bronze du quai Allan au manège mi- 
litaire 32 00 

V. Piédestal temporaire en bois, déballage et installa- 

tion 

VI. Câblegrammes et télégrammes 

VIL Impression de lettres, circulaires et vignettes du 

monument de Québec 

VIII. Brochure et gravures 

IX. Dépenses diverses (selon état annexé) 

X. A montant transmis à Vauvert sur 1ère souscrip- 

tion 502 00 



100 


00 


35 


90 


25 


25 


125 


35 


110 


90 



— 128 — 

XI. A dépenses sur 1ère souscription selon état an- 
nexé) $ 29 13 

XII. A- montant transmis à Vauvert sur 2e souscrip- 
tion 250 00 

XIII. A dépenses sur 2e souscription (selon état annexé). 20 17 



^5,244 18 



SOMMAIRE 



Recettes totales $5,268 75 

«^ ■;':.■ Dépenses totales 5,244 18 

Balance $ 24 57 

Maintenant que j'ai rendu compte aussi fidèlement que possible 
de mes opérations financières comme trésorier de ce comité dans 
ces quatre années dernières, permettez-moi, Messieurs, de m'acquit- 
ter d'un devoir bien agréable à remplir : celui de remercier en votre 
nom tous ceux qui d'une façon ou d'une autre ont aidé le comité à 
mener à bonne fin la belle œuvre entreprise. 

Dans l'accomplissement de ce devoir il est bien juste et légitime 
que notre première pensée de gratitude soit pour ceux qui les pre- 
miers ont applaudi à l'idée d'élever un double monument à Mont- 
calm et se sont, dès le début, dévoués à la réalisation de ce double 
et magnifique projet, en recueillant des souscriptions nécessaires à 
cette fin. Leur dévouement nous est connu : il a provoqué parmi 
nous une sincère et vive admiration ; aussi je m'empresse de les 
féliciter chaleureusement en votre nom de leur zèle et de leur 
patriotisme. 

Leurs noms sont connus de tous ; ce sont MM. David et Dandu- 
rand, Mgr Brucliési, à Montréal ; M. Chapman, à Ottawa ; MM. 
Chapais et Turgeon, MM. Delâge et Ivcclerc, Sir Lomer Gouin, Sir 
Georges Garneau, et le président de ce Comité, Sir Louis Jette, à 
Québec. 

A Montréal, l'hon. M. David a l'honneur d'avoir le premier 
répondu à l'appel. Vous connaissez la peine qu'il s'est donnée. Un 
mois après, il donnait au Monument National, à Montréal, une 
conférence au bénéfice de l'œuvre. La recette ne fut pas aussi abon- 
dante qu'il le désirait: elle ne s'éleva qu'à $250.00 environ. Mgr 
Bruchési se chargea de collecter parmi ses prêtres la somme qui lui 
manquait, pour lui permettre de donner au comité de Vauvert le 
montant de $500.00 



— 129 — 

L'hon. M, Dandurand répondit au deuxième appel du comité de 
Vauvert, et réussit à son tour à donner à ce comité une somme de 
$400.00. La 131e section des Vétérans de terre et de mer, à 
Montréal, s'empressait de contribuer pour la somme de $100.00. 

A Ottawa, M. Chapman fut seul à se prodiguer en faveur de 
l'œuvre, cependant il y mettait tant de zèle et d'activité qu'il par- 
venait à donner au comité de Vauvert la jolie somme de $1,000.00 
prélevée un peu partout, à Ottawa, à St-Hyacinthe, à Sorel et même 
à Washington et à Chicago. 

A Québec, les lions. MM. Turgeon et Chapais recueillaient parmi 
les membres du Conseil Législatif la somme de $165.00 ; et MM. 
Delâge et Leclerc, à leur tour, obtinrent la somme de $177.00 des 
membres de l'Assemblée Ivégislative ; Sir Lomer Gouin, souscrivait 
au nom de son gouvernement, la somme de $100.00. 

Sir Georges Garneau obtenait une égale somme de $100.00 du 
Conseil de la cité, et Sir Louis Jette, à l'instigation du soussigné, 
promoteur à Québec, invitait les principaux citoyens de Québec à 
se former en comité et à souscrire généreusement. 

A ces ouvriers de la première heure, et à ceux qui leur ont donné 
l'appui pécuniaire voulu, je crois être l'interprète fidèle des membres 
de ce comité en leur adressant l'expression de leur vive reconnais- 
sance. 

Ces diverses sommes recueillies par leurs soins, jointes à celles 
versées entre mes mains par la Caisse d'Economie, la Société St- 
Jean-Baptiste, la Banque Nationale et plusieurs citoyens de Québec, 
donnèrent une telle impulsion à la souscription faite en France par 
" La Canadienne ", de Paris, et le Comité de Vauvert, que celui-ci, 
malgré les deux désastres consécutifs éprouvés par les pays du sud 
de la France, voulut bien se contenter de cette aide et transmit, 
sans plus demander, au comité de Québec, en mai 1910, la réplique 
du bronze admirable de M. Léopold Morice, que tout Québec est à 
bon droit fier de posséder. 

Le succès commençait donc à sourire à ce comité ; cependant il 
restait encore beaucoup à faire. 

Aussi permettez-moi de remercier en votre nom, toutes les per- 
sonnes de bonne volonté qui ont aidé le comité de Québec à par- 
faire son œuvre et à inaugurer le superbe monument qui fait la 
gloire de notre ville par une démonstration digne de la reconnais- 
sance que le Canada français garde à Montcalm. 

A Sir Lomer Gouin, premier ministre de la Province, et à Son 
Honneur le maire Drouin. nous avons toutes raisons d'offrir l'hom- 
mage de notre gratitude. Tous deux ont noblement répondu à nos 
espérances en se faisant, à la demande de notre estimé président, les 



— 130 — 

intercesseurs de ce comité : l'un, auprès de ses collègues du Conseil 
Exécutif de la Province ; l'autre, auprès des membres du Conseil de 
ville, et en obtenant, chacun d'eux, une allocation de $1,500.00 au 
bénéUce de notre œuvre. 

A M. Chabert, architecte de Nîmes ; à M. Eugène Taché, auxi- 
liaire de M. Chabert, à Québec ; aux compagnies du Pacifique Cana- 
dien et du Richelieu ; au gouvernement fédéral de Sir Wilfrid Lau- 
rier, nous sommes heureux de dire que nous avons su apprécier hau- 
tement et à leur juste valeur les services précieux qu'ils ont rendus 
à ce comité ; M. Chabert, en nous transmettant, à titre gracieux, les 
plans et dessins du monument de Vestric-Candiac ; M. Taché, en 
préparant gratuitement les devis pour la construction du piédestal 
solon les plans et dessins de M. Chabert ; la compagnie du Pacifique 
Canadien, en transportant gratuitement, du Havre à Québec, le 
bronze du monument et en mettant, de plus, tout récemment, deux 
billets complimentaires à la disposition des deux délégués de France, 
pour le voyage de Québec à Vancouver et retour ; la compagnie du 
Richelieu, en donnant également deux billets de faveur aux mêmes 
délégués pour le voyage de Québec à Chicoutimi et retour ; le gou- 
vernement Laurier, par la remise des droits de douane. 

Toutes ces libéralités ont allégé de beaucoup notre fardeau, et ont 
permis au comité de donner à MM. Bouzanquet et Bourguet une 
preuve tangible de notre reconnaissance à leur égard. 

La générosité des citoyens de Québec mérite aussi notre attention. 
C'est à eux que nous devons uue grande part du succès obtenu. Ils 
devaient pour maintenir leur bonne réputation de " Français qui se 
souviennent," dépasser la somme donnée par les citoyens des villes 
du Canada et des Etats-Unis, ils l'ont fait, et ils peuvent se dire : 
" l'honneur est sauf." 

Il en est parmi eux qui ont droit particulièrement à nos meilleurs 
souvenirs : ce sont nos concitoyens anglais dont la bienveillance, la 
courtoisie, et la largeur de vues, ont fait notre admiration ; —ce sont 
ceux qui nous ont réconfortés dans nos quatre années de labeur, de 
revers et de succès, d'espérances et de découragements, soit en nous 
offrant spontanément leurs souscriptions, soit en nous donnant ou 
en nous promettant une double souscription, soit en ajoutant à leurs 
dons de bonnes paroles de félicitations et d'encouragement. 

Nous ne saurions aussi trop apprécier l'obligeance dont les propri- 
étaires et les rédacteurs de journaux ont fait preuve, en publiant 
gratuitement nos listes de souscriptions, et en nous rendant tous les 
services désirés. A tous nous disons, en votre nom, un sincère merci. 



— 131 — 

Il me reste maintenant, Messieurs, à vous remercier de l'honneur 
que vous m'avez fait en me choisissant comme le trésorier de ce 
comité, et en ajoutant cette charge à celle de secrétaire que vous 
m'aviez déjà confiée. 

C'est une marque de confiance dont je m'honore, et j'espère que 
je ne m'en suis pas rendu tout-à-fait indigne. 

Georges Bellerive- 
Trésorier du comité du monument Montcalm à Québec. 



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