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Full text of "Des microscopes et de leur usage : description d'appareils et de procédés nouveaux, suivie d'expériences microscopiques puisées dan les meilleurs ouvrages anciens et les notes de M. Le Baillif, et d'un mémoire sur les diatomées, etc. par M. De Brébisson"




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DES 



MICROSCOPES 



ET DE LEllR USAGE. 



DES 



MICROSCOPES 



ET 



©i Lira mmE. 



DESCRIPTION D APPAREILS ET DE PROCÉDÉS NOUVEAUX, SUIVIE D EXPÉRIENCES 
MICROSCOPIQUES PUISÉES DANS LES MEILLEURS OUVRAGES ANCIENS ET LES 
NOTES DE M. LE BAILLIF, ET D'UN MÉMOIRE SUR LES DIATOMÉES, ETC., 

par M. de BRÉBISSON. 



MANUEL COMPLET DU MICROGRAPHE. 



pjim 



(oÂo4%eà (oÂeiMi/t&r, 



Ingénieur-Opticien, membre de la Société d'encouragement pour l'industrie 
nationale ; l'un des lauréats (Médaille d'or) à l'exposition de 1834, etc. 



a?^ 



CHEZ L'AUTEUR, 

PALAIS-ROYAL, GALERIE DE VALOIS, 163. 



CHEZ CROCHARD, LIBRAIRE, 
place de l'école de médecine. 



1839 



IMPRIMERIE D'ÉD. PROUX ET G e , RIÎE TVEUVE-DES-BOISS-ENFANS , 3. 



AVANT-PROPOS. 



Depuis la fin du seizième siècle jusqu'à l'époque actuelle, de- 
puis l'enfance de l'instrument jusqu'à l'état de perfection qu'il a 
atteint aujourd'hui , on a publié de nombreux traités , des ou- 
vrages plus ou moins importans sur la science microscopique. 
Quelques unes de ces œuvres portent le nom des savans les plus 
illustres, toutes, en général, appartiennent à des hommes distin- 
gués par leur savoir. 

En parcourant ces lignes , une idée bien naturelle frappera 
l'esprit du lecteur. En effet , s'il existe tant de travaux sur la 
science microscopique , s'ils se présentent au monde revêtus du 
cachet d'une brillante renommée, pourquoi cette nouvelle publi- 
cation , quel est le but de ce livre ? 

Cette objection a dû me frapper tout d'abord lorsque j'ai pris 
la plume. Néanmoins, c'est dans l'argument même que je puise- 
rai ma réponse, et que l'on ne m'accuse pas de présomption , 



2 

car, loin de prétendre audaci eu sèment rivaliser avec mes maîtres, 
je me suis réservé la tâche la plus modeste , j'ai pris ce qu'ils 
ont paru dédaigner. 

Un examen scrupuleux des nombreuses micrographies dont j'ai 
fait une étude spéciale, m'a démontré que ces travaux remarqua- 
bles offraient tous une lacune plus ou moins complète. Ouvrez les 
micrographies j, les cabinets microscopiques, etc., etc.; parcourez- 
en les divers chapitres , fermez le livre et placez-vous devant un 
microscope, mille difficultés surgiront à l'instant, et c'est en vain 
que vous en chercherez la solution dans le traité que vous avez 
choisi pour guide. 

Chaque jour la vérité de cette assertion se manifeste par de 
nouvelles preuves. Avez-vous une bonne instruction sur l'usage 
des microscopes? — Pouvez- vous nous indiquer un guide sûr qui 
nous apprenne à disposer l'instrument avant de faire des expé- 
riences ; car si la cause est incomplète ou entachée d'erreurs, l'ef- 
fet devra nécessairement s'en ressentir ? — Je l'ai dit, chaque jour 
on m'adressait les mêmes questions et chaque jour me trouvait 
dans la même impuissance lorsqu'il fallait répondre. Que si l'on 
demande l'explication de ce fait, je dirai : — Les auteurs qui ont 
écrit sur le microscope ont bien donné la théorie optique de 
l'instrument et quelques détails sur la partie mécanique , mais 
bientôt, abordant le point scientifique ou expérimental de l'ou- 
vrage, ils ont justement omis de nous indiquer la route à suivre 
pour arriver aux résultats qu'ils nous montrent avec tant de soin. 

Dans quelques anciens ouvrages on rencontre parfois des indi- 
cations précises ; mais aurez-vous la patience de feuilleter plu- 
sieurs volumes souvent fort rares , pour ne trouver que des aper- 
çus incomplets , noyés au milieu d'un fatras inintelligible ; car 
les anciens n'aimaient pas à divulguer leurs secrets , ou bien les 
livraient à la curiosité du public, enveloppés d'une teinte mysté- 
rieuse dont les études cabalistiques coloraient la plupart des pro- 



3 
ductions de l'époque; d'ailleurs, ces instructions ne seraient plus 
suffisantes avec les nouveaux instrumens et leurs accessoires. 

Parmi les auteurs modernes il en est qui ont mieux compris 
leur mission; cependant ils n'ont pas réuni leurs préceptes en 
un seul corps d'ouvrage , et se laissant aller tantôt à l'admiration, 
tantôt à la critique, ils font passer sous vos yeux une multitude de 
combinaisons qui finissent par se confondre , s'effacer mutuelle- 
ment et ne laissent dans votre esprit qu'un chaos inextricable et 
une sensation pénible. Néanmoins, si votre organisation vous per- 
met de résister , si votre intelligence sort victorieuse d'une pa- 
reille lutte, quel résultat aurez-vous obtenu? 

Ces pensées nous occupaient depuis long-temps ; nous avions 
peine à réprimer le désir impatient qui nous "poussait à compléter 
l'œuvre ; toutefois les matériaux s'accumulaient, et bientôt la ré- 
sistance fut impossible. Les demandes de renseignemens deve- 
naient plus pressantes. On m'engageait à publier les résultats de 
mes recherches ; je cédai enfin , d'une part , effrayé de l'accusa- 
tion d'égoïsme, de l'autre, menacé de voir ma tentative considé- 
rée comme trop ambitieuse et au dessus de mes forces. 

Les documens historiques placés au commencement de l'ou- 
vrage ont exigé de pénibles et longues recherches. Il m'a fallu 
parcourir un grand nombre d'ouvrages peu connus et qu'il est 
fort difficile de se procurer. Nulle part on ne trouvera une his- 
toire aussi complète du microscope. Ces recherches forment , 
à mon avis, l'introduction la plus convenable. Les chapitres mi- 
croscope simple et composé renferment des détails intéressans 
sur les appareils , leur théorie , et sont terminés par le modus 
agenda ou manuel des opérations. 

L'éclairage nous a paru mériter un chapitre spécial. Cette par- 
tie si importante au succès des observations , vient d'être agitée 
récemment , et notre travail donnera une idée exacte des tenta- 
tives modernes et des anciennes expériences. 



.4 

La polarisation , la préparation des objets , les méthodes 
d'observation, le choix des test-objects (objets d'épreuve), la 
micrométrie, le dessin des objets, etc., etc., compléteront l'ou- 
vrage. 

Maintenant ce travail est livré au tribunal de la publicité : s'il 
obtient quelques succès , s'il popularise la science , nous serons 
amplement dédommagés de nos peines; si malheureusement il 
est rejeté au nombre des œuvres inutiles , nous supporterons 
l'arrêt avec courage, et de nouvelles études nous mettront peut- 
être à même de réparer un jour ce premier échec. 



RECHERCHES HISTORIQUES 



SUR 



L'ORIGINE ET LES PROGRES DU MICROSCOPE. 



Il serait difficile de peindre l'étonnement qui dut frapper 
l'homme , lorsque, pour la première fois , il soumit les corps à 
l'analyse microscopique même la plus imparfaite. Là où ses yeux 
ne voyaient qu'une réunion de molécules , là où n'apparaissait au- 
cune organisation à ses sens trop grossiers , vinrent tout à coup se 
manifester les formes les plus variées., les tissus les plus délicats : 
un nuage obscur semblait s'entr'ouvrir et dévoiler les secrètes 
merveilles de la nature. 

Bientôt le mouvement fut découvert au sein de l'immobilité, la 
matière inerte s'anima , ce fut toute une révélation, et l'homme 
put croire que le jour était enfin venu où rien ne résisterait à son 
ardente investigation; de nouvelles pages s'ajoutaient au livre de la 
nature. 

Le progrès des sciences et des arts fit sentir sa féconde in- 
fluence , la soif du savoir s'accrut avec les nouvelles découvertes, 
et bientôt on voulut franchir les obstacles qui entravaient la route. 
Les instrumens furent perfectionnés , et de nos jours on est ar- 



6 
rivé si loin que l'on ne saurait prévoir le terme où viendra se 
briser la persévérance humaine. 

Qu'un observateur laborieux se place devant un microscope , 
qu'il admire le spectacle merveilleux qui frappera ses regards , et 
bientôt il nous pardonnera l'enthousiasme qui nous dicta ces ré- 
flexions; bien plus, il nous taxera peut-être de froideur et d'indif- 
férence. 

Il est impossible de préciser l'époque de l'invention du micros- 
cope composé. L'Italie et la Hollande se disputent la palme, et 
peut-être ces prétentions sont-elles justes de part et d'autre. Plus 
d'une fois, en effet, la même découverte jaillit presque simulta- 
nément au sein de deux nations souvent éloignées, et alors la plus 
légère différence dans les époques devenait un argument redou- 
table trop souvent jeté comme une pomme de discorde , au mi- 
lieu des savans qui sacrifiaient à de longues polémiques le temps 
qu'ils auraient dû consacrer aux progrès de la science. Sublimes 
lorsqu'ils enseignaient la sagesse, les philosophes retombaient de 
leurs sphères élevées au rang du vulgaire , car la passion s'était 
emparée d'eux, et la désunion faisait crouler leur puissance. 

Si l'on considère le microscope dans sa première simplicité , 
c'est-à-dire comme un instrument composé d'une seule lentille, 
son origine pourra se perdre dans l'antiquité la plus reculée. 
Parmi les travaux des anciens qui sont parvenus jusqu'à nous, on 
en rencontre, dit Aclams, dont le travail est si délicat qu'il est dif- 
ficile de comprendre comment leur exécution eût été possible sans 
le secours d'un instrument amplificateur. Dépourvus de cette 
puissance , les curieux possesseurs de ces travaux n'auraient pu 
admirer la perfection des détails et même de l'ensemble. Dans 
F Histoire de l'Académie des Inscriptions, t. I , p. 333 , on trouve 
la description d'un cachet gravé qui ne présente à l'œil qu'une 
image confuse, qu'une énigme indéchiffrable, et se transforme en 
un admirable travail lorsqu'on le soumet à l'examen microscopique. 



7 

Pline, Séuèque, Plutarque, nous fournissent encore des preuves 
de l'antiquité des verres grossissans. Sénèque nous apprend que 
des caractères très petits et peu distincts paraissent plus grands 
et sous une forme plus nette, vus au moyen d'un globe de verre 
plein d'eau. Aristophane, dans ses Nuées, donne la description 
d'une sphère ardente; Pline parle de globes de verre ardens; 
Lactance attribue la même propriété à un globe plein d'eau. Les 
Vestales employaient des verres pour allumer le feu sacré aux 
rayons du soleil. Quelques anciens chirurgiens firent usage du 
verre ardent en l'appliquant à leur thérapeutique. Ptolémée parle 
de la réfraction dans ses Discours sur [optique qu'il traduisit de 
l'arabe (1). 

Jusque dans le onzième siècle , l'optique fut presque oubliée ; 
ce fut Alhazen qui ramena cette science de chez les Arabes , et 
reconnut le pouvoir amplifiant des sphères; il en donna toutefois 
une fausse théorie. 

Ces indications puisées dans divers ouvrages sur l'optique 
pourraient être bien plus nombreuses; mais il nous suffit d'avoir 
donné quelques preuves de l'antiquité des verres grossissans. 

Voyons maintenant s'il est plus facile de remonter à l'origine 
du microscope composé? On attribue le plus communément l'in- 
vention de cet instrument à Cornélius Drebbel, alchimiste hollan- 
dais, mort en 1664; mais il paraît certain qu'il ne fit que repro- 
duire l'instrument du Hollandais Zacharias Jansen ou Zansz qui 
construisit le premier microscope en 1590. Il en offrit un à 
l'archiduc Charles Albert d'Autriche qui le donna à Drebbel. Cet 

alchimiste, astronome de Jacques I er , l'emporta en Angleterre 
en 1619 , et le fit voir à W. Borelli et à plusieurs autres savans. 
Adams pense que cet instrument n'était pas positivement un mi- 



(1) Les anciens donnaient le nom de dioptra aux inslrumens amplifica- 
teurs simples. 



8 
croscope mais une espèce de télescope microscopique à peu près 
semblable à celui que décrivait JEpinus dans une lettre adressée 
à l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg. Quoi qu'il en 
soit , l'appareil se composait d'un tube de cuivre long de six pieds 
et d'un pouce de diamètre , supporté par trois dauphins égale- 
ment en cuivre , fixés à une base d'ébène sur laquelle on plaçait 
les objets à examiner. 

Drebbel fît des microscopes à Londres en 1621 , et passa pour 
leur inventeur. 

Le Napolitain Fontana, en 1646, fut le premier qui donna une 
description de cet instrument dans son Novœ terrestrium et cœles- 
tium observationes. Il prétendit l'avoir découvert en 1618 , un an 
avant que Cornélius Drebbel ne l'eût importé en Angleterre. Cepen- 
dant Sirturus, qui écrivit en 1618 un livre sur l'origine et la con- 
struction des télescopes, ne dit pas un mot de cette invention, et il 
est difficile de penser qu'il eût passé sous silence la prétendue 
découverte de Fontana. 

Pour nous, laissant Drebbel et Fontana se disputer la priorité, 
nous pensons qu'à Zacharias Jansen appartient tout l'honneur de 
la découverte. 

N'oublions pas que la création et l'application des mots télescope 
et microscope (1) appartiennent à Démisiano. Un nom remarqua- 
ble, un titre qui promet sont choses plus importantes qu'on ne 
pense : nous vivons à une époque où cette vérité est incontes- 
table. 

Mais ici surgit un nouvel embarras. Roger Bacon , né en 1214, 
mort en 1292, avait donné dans son Opus majus des principes qui 
paraissent parfaitement applicables au microscope , et Record , 
dans son Chemin de la science (1551), rapporte que Bacon façonna 

(1) Télescope de nute loin et aKOTrea, regarder, microscope de fxupo^ 
petit et cr/.07rsw. 



à Oxford un verre qui faisait voir des choses si curieuses que Ion 
attribuait généralement son effet à une puissance diabolique. 

On a donné à Bacon l'invention des télescopes , des lunettes 
à lire et de la poudre à canon , on pouvait bien l'enrichir encore 
de la découverte du microscope. Puis, voici venir Viviani qui, 
dans sa vie de Galilée , raconte que ce grand homme fut conduit 
àlaclécouverte du microscope par celle du télescope, et qu'en 1612 
il en envoya un à Sigismond , roi de Pologne ; il ajoute que ce 
philosophe travailla pendant vingt ans à perfectionner son appa- 
reil. 

Reposons-nous un instant de cette longue généalogie microsco- 
pique en écoutant la petite histoire que va nous raconter Schottus 
(Magie de la nature). 

A l'époque de l'invention de notre instrument, un philosophe 
bavarois parcourait le Tyrol. Arrivé dans un petit village, il tomba 
subitement malade et mourut. Les autorités de l'endroit, en vi- 
sitant les poches du sage, découvrirent un petit tube portant une 
mouche fixée à l'une de ses extrémités. Les autorités s'empressè- 
rent d'appliquer leurs yeux investigateurs à l'autre bout du tube; 
mais chacun se sentit frappé d'horreur en apercevant un monstre 
ailé d'une grosseur prodigieuse et tout hérissé de poils ! Pauvre 
philosophe î peu s'en fallut qu'on ne lui refusât la sépulture chré- 
tienne! Heureusement le mystère ne tarda pas à s'expliquer, et 
la terre consacrée reçut la dépouille du voyageur. 

On nous permettra de passer sous silence tout ce qu'on a dit de 
Porta, considéré par quelques uns comme l'inventeur du micros- 
cope. Les hypothèses sont déjà trop nombreuses : passons à des 
faits positifs. 

Tout le monde sait qu'il existe deux genres de microscope, l'un 
simple et l'autre composé. Ces deux instrumens ont subi de nom- 
breuses modifications avant d'atteindre le degré de perfection 
qu'ils possèdent aujourd'hui. 



10 

Le microscope simple, en appliquant cette dénomination à 
tout instrument destiné à grossir les objets , fut d'abord une 
sphère en verre , creuse et remplie d'eau , ainsi que nous l'a- 
vons fait voir précédemment. Vint ensuite la lentille travaillée, à 
une époque difficile à déterminer , mais que l'on peut supposer 
appartenir au treizième ou quatorzième siècle, entre 1280 et 1311; 
car c'est dans cet intervalle que surgit l'invention des lunettes à 
lire, d'après le savant François Rédi. Ces lentilles furent d'abord 
bi-convexes. L'aberration de sphéricité était si prononcée, que 
lorsqu'on eut pensé à faire usage des diaphragmes, l'ouverture 
centrale de la lentille était à peine suffisante pour donner passage 
à la lumière , et le champ de vue se trouvait considérablement 
borné (1). 

Il estvraiment curieux d'observer queles choses les plus simples 
ne viennent souvent qu'après les combinaisons les plus compliquées, 
et ce fait prouve l'importance des recherches nouvelles sur un su- 
jet qui déjà pendant long-temps a exercé la sagacité des hommes 
de science. Souvent, il est vrai, le hasard seul fait découvrir ces 
procédés simples et faciles ; mais si les esprits n'avaient été 
tendus, si l'attentionné se trouvait spécialement portée vers un 
seul point , le hasard même deviendrait impuissant. 

Simplifier une science , c'est l'enrichir. 

Hartsoeker nous raconte dans sa physique qu'un soir de l'an- 
née 1665, en badinant à la flamme d'une chandelle avec un fil de 
verre, il s'aperçut que le bout de ce fil s'arrondissait. « Comme 
» je savais déjà, nous dit-il, qu'une boule de verre gros- 
» sissait les objets placés dans son foyer , je pris aussitôt deux pe- 
» tites plaques de plomb, et ayant mis entre deux ma petite boule 
» de verre et quelques cheveux à son foyer, à peu près comme je 

(1) Les premiers artistes qui se distinguèrent dans Part de travailler les 
verres, furent deux Italiens, Euslaohio Divini àRome, et Campani à Bolo- 
gne : le dernier surtout exécuta des travaux remarquables, 



11 

» lavais vu faire à M. Leeuwenhoek , lorsque je fus chez lui avec 
» mon père, j'eus tout le plaisir imaginable de me voir possesseur 
» d'un bon microscope et à si peu de frais. 

» Il est digne d'admiration que jusqu'à Leeuwenhoek personne 
» ne se soit avisé de se servir de petites boules de verre pour voir 
» contre le jour des objets transparens. » 

Hartsoeker tombe ici dans une erreur commune à plusieurs au- 
teurs : Leeuwenhoek n'employait pas des globules de verre pour 
ses microscopes. Baker nous apprend qu'ayant eu à sa disposition 
les microscopes que cet illustre naturaliste avait légués en mou- 
rant à la Société royale de Londres , il put s'assurer que les vingt- 
six instrumens de cette collection étaient tous composés de len- 
tilles bi-convexes , et nullement de sphères ou globules. Au sur- 
plus, leur découverte est attribuée par certains auteurs au doc- 
teur Hooke , qui décrivit la manière de les faire dans la préface de 
sa Micrograplûa illustrata, publiée en 1656 , Tannée même de la 
naissance d'Hartsoeker. Il serait donc difficile de ne pas accorder 
la priorité au docteur Hooke; cependant, quelques indications 
consignées dans des ouvrages antérieurs à ce dernier, donneraient 
à penser que les globules n'étaient pas inconnus à ses prédéces- 
seurs. Hartsoeker avait un titre assez précieux, s'il est vrai qu'en 
1674, âgé de dix-huit ans, il découvrit l'existence des animalcules 
spermatiques qu'il avait constatée à l'aide de ses globules; toute- 
tefois Leeuwenhoek revendique l'honneur de cette découverte. 

A l'article microscope simple, nous indiquerons le procédé à 
suivre pour faire les globules suivant la méthode que M. Lebaillif 
tenait d'un de ses amis. M. Lalligant, Hooke, le père Dellatorre , 
Butterfielcl, Siwright, indiquèrent différens moyens plus compli- 
qués, et dont les résultats sont moins satisfaisans. 

Stephen Gray remarqua des taches à l'intérieur de ces globules, 
et trouvant qu'elles étaient considérablement amplifiées lorsqu'il 
rapprochait le verre de son œil, il pensa qu'en regardant à travers 



12 

une goutte d'eau contenant des particules moins transparentes, il 
obtiendrait le même résultat, et son expérience fut couronnée de 
succès. Hooke fut encore le premier qui imagina de mettre en con- 
tact la lentille et le liquide soumis à l'examen : c'est la première 
idée des lentilles composées de solides et de fluides. 

Ce fut avec le microscope simple à lentille bi-convexe que Leeu- 
wenhoek, Swammerdam, Lyonet, Ellis, firent leurs observations, 
et malgré les défauts graves que présentaient leurs instrumens , 
ils dotèrent le monde savant des belles découvertes que nous ad- 
mirons encore aujourd'hui. 

On parle si fréquemment des microscopes de Leeuwenhoek et 
de Lieberkuhn, qu'il nous a paru nécessaire d'en donner une des- 
cription succincte. 

Les instrumens de Leeuwenhoek légués à la Société royale sont 
tous excessivement simples. Ils sont formés d'une très petite len- 
tille bi-convexe placée entre deux lames de métal exactement réu- 
nies et percées d'une petite ouverture. L'objet est fixé sur une 
tige d'argent ou sur une aiguille qui , au moyen de vis convena- 
blement disposées, peut se mouvoir dans tous les sens. Chaque in- 
strument était spécialement destiné à l'examen d'un ou deux ob- 
jets, et Leeuwenhoek en avait toujours des centaines à sa disposi- 
tion. 

Nous remarquerons ici que ce célèbre naturaliste, qui construi- 
sait ses instrumens en 1668 environ, employait un réflecteur en 
cuivre poli pour l'observation des objets opaques; Priestley en a 
fait dessiner un (History of vision, etc.), et il est probable que Lie- 
berkuhn avait eu connaissance de cet instrument lorsqu'il con- 
struisit le sien ; cependant on le regarde généralement comme 
l'inventeur. 

Quoi qu'il en soit, ce fut une importante modification , car les 
corps opaques jusqu'alors difGciles à étudier, rentrèrent tous dans 
le domaine du microscope et reculèrent les limites de l'observation. 



13 

De même que son prédécesseur, Lieberkuhn avait un microscope 
pour chaque objet. Il employait un tube en cuivre fort court, por- 
tant à son extrémité oculaire la lentille grossissante fixée au cen- 
tre du réflecteur en argent poli , et à son autre extrémité une len- 
tille piano-convexe destinée à condenser la lumière sur le miroir. 
L'objet était placé au milieu du tube, et un mécanisme fort sim- 
ple permettait facilement de l'amener au foyer. 

Tous ces microscopes se tenaient à la main et n'avaient point de 
miroir réflecteur pour les objets transparens. On verra dans l'ar- 
ticle microscope simple que ce ne fut qu'après un certain temps 
qu'on imagina de fixer l'instrument sur une base solide. 

Les microscopes simples les plus généralement employés au- 
trefois, furent ceux de Wilson vers 1702 et ceux de Cuff. Plusieurs 
ouvrages nous donnent la description du premier ; quant au se- 
cond, il est décrit dans l'histoire de Gorallines publiée par Ellis 
en 1756; au surplus il est encore en usage aujourd'hui, mais il a 
changé de nom. Quelques personnes le nomment microscope ou 
loupe montée de M. Raspail. 

Bientôt les physiciens les plus distingués entreprirent succes- 
sivement de perfectioiiner le microscope simple. Leurs recherches 
tendaient principalement à diminuer l'aberration de sphéricité 
tout en augmentant la puissance des lentilles. 

La solution de ce problême offrait d'assez grandes difficultés ; 
mais loin de se rebuter en face des obstacles , l'homme de science 
y puise une nouvelle énergie , et la difficulté même de la lutte 
augmente les jouissances qui accompagnent le succès. Wollaston, 
Herschell , Brewster , Goring, etc., se livrèrent à de curieuses 
recherches, et ce fut dans la lecture de leurs écrits que nous 
puisâmes la première idée de notre doublet microscopique. Mais, 
nous devons l'avouer , notre attention se porta spécialement 
sur les travaux du célèbre Wollaston. Le cachet d'un génie 
supérieur est empreint sur les moindres oeuvres du physicien an- 



14 

glais, et dès nos premiers pas dans la carrière , nous avons voué 
une espèce de culte à cette grande intelligence. Cependant, loin 
de nous la pensée d'une admiration exclusive : à chacun selon 
ses œuvres ! 

Aujourd'hui la puissance et la perfection du microscope simple 
sont incontestables, et parfois on se prend à regretter qu'un pa- 
reil instrument n'ait pas été contemporain des micrographes 
illustres qui nous ont précédé. Toutefois cette pensée passagère 
s'évanouit bientôt lorsqu'on voit la science microscopique pren- 
dre un nouvel essor et devenir un levier puissant entre les mains 
des illustrations de l'époque actuelle. 

L'histoire du microscope composé peut se diviser en deux par- 
ties bien distinctes : 1° l'époque antérieure à l'application de l'a- 
chromatisme aux lentilles objectives; 2° celle où l'on parvint à les 
achromatiser et à faire disparaître l'aberration de sphéricité par 
une disposition convenable. 

Dans la première époque, on trouve parfois de curieuses tenta- 
tives ; elles méritent d'attirer l'attention des hommes qui s'inté- 
ressent aux progrès des sciences. Nous avons parlé déjà de l'ori- 
gine de cet instrument. Disons quelques mots de ses différentes 
combinaisons. 

Parmi les premiers microscopes composés , on remarque ceux 
du docteur Hooke, d'Eustachio Divini et de Philippe Bonnani (1). 
Celui de Hooke (1656) avait trois pouces de diamètre, sept de 
long , et pouvait s'allonger au moyen de quatre tubes engaînés 
les uns dans les autres. Un petit objectif, un verre de champ et 
un puissant oculaire formaient la partie optique. Lorsque le 
docteur Hooke voulait obtenir un grand champ , il employait les 
trois verres; mais lorsqu'il s'agissait d'examiner scrupuleusement 

(1) Voir l'article Microscope composé. 



15 

de petites parties, il supprimait le verre de champ, et obtenait par 
ce moyen plus de lumière et une grande netteté. 

L'instrument d'Eustachio Divini (1668) était composé d'un ob- 
jectif, d'un verre de champ et d'un oculaire formé de deux len- 
tilles piano-convexes qui se touchaient par le centre de leurs cour- 
bures. Cette combinaison agrandissait le champ, diminuait l'a- 
berration de sphéricité tout en augmentant la puissance ampli- 
fiante. Le tube était aussi volumineux que la cuisse d'un homme, 
et l'oculaire aussi large que la paume de la main. Fermé, ce mi- 
croscope avait 16 pouces de long, et ses grossissemens variaient 
au moyen des tirages, depuis 41 fois jusqu'à 143 fois. 

Quant à Philippe Bonnani(1698), on trouvera une courte des- 
cription de son microscope à l'article Microscope compose. Ce der- 
nier et celui de Hooke nous ont paru si curieux que nous n'avons 
pu résister au désir de les faire connaître. Les figures 2 et 3, 
pi. 2, en donnent une représentation exacte. 

Jusqu'en 1736, la science microscopique fut stationnaire , et 
l'instrument dioptrique ne fit aucun progrès. Nous profiterons de 
cet interrègne pour placer quelques détails puisés dans la seconde 
édition de l'ouvrage de Jean Zahn (Oculus artlficialis teledioptri- 
eus, etc.), imprimé à Nuremberg en 1702. 

Ce docte religieux de l'ordre des Prémontrés, pose des prin- 
cipes vraiment remarquables; nous les traduirons littéralement: 

1° Dans un microscope simple, l'objet paraîtra d'autant plus 
grand que la lentille convexe appartiendra à une plus petite 
sphère. 

2° Si l'on ne possède pas une lentille d'une assez forte cour- 
bure , on pourra la remplacer par deux lentilles dont les cour- 
bures seront de moitié moins fortes. 

3° Si l'on place l'objet au foyer de la lentille, il sera visible pour 
une vue ordinaire; mais pour les presbytes il faudra le mettre 
un peu plus loin, et pour les myopes un peu plus près que le foyer. 



16 

4° Dans les microscopes composés de plusieurs lentilles con- 
vexes, le verre objectif le plus convexe ne doit pas avoir une trop 
grande ouverture, etc. (environ 40 degrés). 

5° Plus il y a de lentilles dans ces microscopes, plus leur ma- 
tière doit être pure. 

6° Il est nécessaire que le verre placé au devant de l'image for- 
mée dans le tube, et destiné à la transmettre à l'œil, soit le plus 
large ou le plus grand. 

7° Pour que l'objet soit bien distinct, il doit être bien éclairé. 

8° Lorsque dans le microscope composé il n'y a qu'une seule 
lentille objective, il faut placer l'objet un peu au-delà du foyer , 
de manière cependant qu'il ne soit pas à une distance double de 
celle du foyer. 

9° Lorsqu'on fait usage de deux lentilles objectives , l'objet 
doit être situé entre l'objectif et le foyer. 

10° Lorsqu'il n'y a qu'un seul verre oculaire, il faut, pour les 
vues ordinaires , qu'il soit disposé de telle sorte que l'image se 
forme à son foyer. 

11° S'il y a deux verres oculaires, l'image doit être plus près 
du premier que son foyer. 

Ces aphorismes sont fort curieux ; les précautions à prendre 
pour les différentes vues , la combinaison de plusieurs verres pour 
les microscopes simples, l'éclairage, la position des objets, etc., 
l'auteur n'a rien oublié d'important dans ces onze articles, et 
tous ces principes sont applicables aux instrumens modernes. Au 
reste , il complète ses instructions en parlant de la manière de 
construire les microscopes composés, et insiste particulièrement 
sur l'importance du centrage des lentilles. La lecture de cet ou- 
vrage prouve évidemment que nos prédécesseurs avaient une con- 
naissance profonde du microscope. Le même auteur nous donne 
les procédés de Marius Bettinus et de Frédéric Schraderus pour 
faire des globules. Ce dernier propose de les aplanir de manière 



17 

à former une lentille piano-convexe, qui permettra de conserver 
un plus grand intervalle entre cette dernière et l'objet et d'éclai- 
rer plus facilement les corps soumis à l'examen. 

Jean Zahn décrit plusieurs microscopes composés , ceux de De- 
châles, deMonconys, et, entre autres choses curieuses, deux mi- 
croscopes binocles. La construction de l'un d'eux lui fut enseignée 
par Jérôme Langenmantel. 

Il indique également la disposition du microscope de François 
Griendelius dont nous possédons une curieuse micrographie im- 
primée à Nuremberg en 1687 (1). C'est dans cet ouvrage fort 
rare que nous avons copié la figure l re , pi. 2. 

Ces lentilles piano-convexes superposées ne sont-elles pas re- 
marquables? N'est-ce pas un commencement de perfection et l'o- 
rigine première des moyens destinés à détruire les aberrations? 
Malheureusement Griendelius ne donne aucun renseignement sur 
le but qu'il cherchait à atteindre par cette disposition. 

Quant au nombre de verres qu'on fesait entrer dans la compo- 
sition du microscope , il a varié suivant les idées des différens 
constructeurs. Les uns n'en mettaient que deux, les autres cinq, 
et dans celui de Griendelius, il y en a jusqu'à six. Au reste, en 
comparant ces microscopes à ceux que nous possédons aujour- 
d'hui , il est facile de se convaincre que la disposition mécani- 
que de l'instrument et l'application de l'achromatisme consti- 
tuent les seules différences notables, mais aussi d'une importance 
majeure. 

En 1736, les perfectionnemens que l'on fesait subir aux téles- 

(1) Il est probable que Griendelius emprunta la forme de son instrument 
au père Chérubin d'Orléans (dioptrique oculaire, 1671); mais la disposi- 
tion des verres lui appartient, et c'est l'essentiel. Il en est de même de la vis 
pratiquée sur le tube et qui est encore employée de nos jours, par quelques 
constructeurs. Le Père Chérubin avait également décrit le microscope bino- 
cle de son invention, dans sa Vision parfaite publiée en 1681. 

2 



18 
copes de réflexion inspirèrent naturellement la pensée d'appli- 
quer ce système au microscope. L'immortel Newton fut le pre- 
mier qui en conçut la possibilité; vinrent ensuite les docteurs Ro- 
bert Baker et Smith. La science microscopique parut sortir de 
l'espèce d'engourdissement où elle avait été plongée pendant 
soixante ans environ, et en 1738 , Lieberkuhn inventa le micros- 
cope solaire qui produisit une sensation profonde et vint encore 
stimuler le zèle des savans. Ce fut environ à la même époque, 
qu'on vit surgir le fameux système des molécules organiques sus- 
cité à Buffon par les études microscopiques. 

De 1738 à 1770, nouvelle stagnation suivie des recherches mi- 
croscopiques des docteurs Hill , Hook et de Gustance. Ces 
deux derniers firent plusieurs tentatives pour augmenter le champ 
de vue en multipliant les oculaires et pour perfectionner l'éclai- 
rage au moyen de lentilles destinées à condenser la lumière ; le 
succès répondit à leurs prévisions. 

Adams le père, en 1771 , publia, dans une nouvelle édition de 
sa micrographie, de nouveaux procédés applicables surtout au mi- 
croscope solaire. Lieberkuhn perfectionna son instrument en le 
rendant propre à l'observation des objets opaques. iEpinus, Ziehr 
et B. Martin s'occupèrent du même sujet; ce dernier l'emporta 
sur tous ses compétiteurs (1). Vers la même époque (1774), 
Georges Adams inventa le microscope lucernal qu'il a représenté 
dans son ouvrage. 

Ce fut encore en 1774 qu'Euler proposa la combinaison achro- 
matique pour les objectifs des microscopes; il appartenait à ce 
savant qui, le premier , en 1747 , avait provoqué la construction 
des lunettes achromatiques, de résoudre le problême qui agitait 

(1) Pour déplus amples détails sur l'histoire du microscope solaire, 
nous renvoyons au chapitre 2. Nous attachons trop d'importance à l'his- 
toire du microscope composé , pour distraire en ce moment, l'attention 
du lecteur. 



19 

depuis long-temps l'Angleterre, la Hollande, l'Italie et la France. 

Dollond lui-même , qui avait construit en 1757 des télescopes 
achromatiques , ne fit pas l'application de ce système à ses mi- 
croscopes établis du reste, sur le modèle de l'instrument com- 
posé de Cuff et ce ne fut que long-temps après qu'Euler eut dé- 
montré la possibilité d'achromatiser l'objectif et donné clairement 
les principes de sa construction, que l'on conçut la possibilité de 
perfectionner définitivement le microscope. Notre devoir d'histo- 
rien nous impose l'obligation d'ajouter que, d'après quelques au- 
teurs , un savant d'Essex , M. Ghester More Hall , fît en 1729 la 
découverte de l'achromatisme et construisit en 1733 des objectifs 
achromatiques pour les télescopes. Si ce fait est vrai, il aurait 
donc la priorité sur Euler et Dollond. 

Néanmoins, malgré les indications précises du savant Euler, 
Dellebarre, en 1777 , construisit un microscope qui était loin de 
remplir les conditions nécessaires, car il n'était pas achromatique 
et son mécanisme présentait de nombreuses imperfections. 

En 1784, iEpinus essaya d'appliquer le principe achromatique , 
mais ses tentatives furent à peu près infructueuses , et s'il ob- 
tint quelque résultat du côté de la coloration , il diminua plutôt 
qu'il n'augmenta la puissance de l'appareil. Si je ne me trompe, 
c'est de cet instrument qu'Adams disait : « L appareil d'Mpinus 
)> est plutôt un télescope microscopique quun microscope. » Vint en- 
suite Charles, de l'Institut, de 1800 à 1810; mais il n'appliqua 
jamais ses lentilles à son microscope. En lisant notre chapitre 3, 
il sera facile de voir que les imperfections de ces lentilles au- 
raient rendu cette application complètement impossible. En 1816, 
Frauenhofer fut plus heureux et construisit des objectifs achro- 
matiques épais , d'un moyen diamètre et d'un long foyer. Les deux 
verres juxta-posés n étaient pas collés ensemble. 

Cet ouvrage était presque entièrement terminé , lorsque nous 
reçûmes une lettre de M. Domet de Mont, amateur distingué qui 



20 

depuis long-temps, s'occupe avec succès du perfectionnement des 
lunettes achromatiques. Dans cette lettre, M. Domet réclame la 
priorité pour la construction en France des petites lentilles achro- 
matiques (de 1821 à 1823). Mais si nous avons bien compris les 
communications de M. Domet, ses lentilles ne furent jamais ap- 
pliquées au microscope , mais bien aux oculaires des lunettes et 
cette circonstance nous indique suffisamment que ces objectifs, 
comme ceux de Frauenhofer, n'étaient pas assez puissans pour 
le microscope et ne pouvaient augmenter son efficacité. ( Ces 
verres avaient 20 à 24 lignes de foyer et 6 lignes de diamètre, 
M. Domet les superposait par paire. ) — Du reste nous igno- 
rions complètement ces travaux et nous n'étions pas les seuls. 
En 1821 , M. Biot écrivait (1) : que les opticiens regardaient 
comme impossible la construction d'un bon microscope achromati- 
que. En effet , on n'avait encore fabriqué aucun instrument 
achromatique assez puissant et les seuls appareils employés à 
cette époque par les savans , étaient les microscopes dioptriques 
non achromatiques d'Àdams , de Charles et catadiop trique de 
M. Amici. En 1824, M. Le Baillif plaçait en première ligne son 
microscope de Charles et M. Dumas donnait la préférence à celui 
d'Adams qu'il employait avec M. Prévost pour leurs expériences. 
— Celui même de Frauenhofer qu'on a beaucoup préconisé de- 
puis en Allemagne, était rarement employé à l'étranger et pas du 
tout en France , car son faible pouvoir amplifiant n'était pas com- 
pensé par sa netteté. — Il restait donc encore beaucoup à faire. 
On trouvera au chapitre Microscope composé, le récit des tenta- 
tives que nous entreprîmes en 1823 et qui furent enfin couron- 
nées d'un plein succès. Nous espérons que les modifications et 
les perfectionnemens que nous avons fait subir tant à la partie 
mécanique qu'à la partie optique de l'appareil, en auront fait un 
microscope propre à tous les genres d'observation et que la fa- 

(1) Physique de Biot. 



21 
veur qu'il a obtenue jusqu'à ce jour ne pourra que s'accroître , 
car loin de nous reposer sur nos succès , nous fesons constam- 
ment de nouvelles recherches. L'affection que nous portons à notre 
œuvre favorite et les bons conseils que nous recevons des savans 
les plus distingués, donneront peut-être naissance à d'heureuses 
modifications. C'est notre désir le plus ardent. 

Dans ces recherches historiques , nous n'avons pas parlé de 
tous les microscopes construits à diverses époques ; nous n'avions 
point à donner un catalogue détaillé de tous les appareils , mais 
bien l'histoire des progrès , des améliorations qui avaient gra- 
duellement transformé le microscope, de faible et restreint qu'il 
était, en arme puissante qui permet à l'homme de porter l'ana- 
lyse jusque dans le monde invisible. 11 fallait donc poser des 
jalons , signaler les œuvres principales autour desquelles vien- 
nent se grouper les imitations , les perfectionnemens de peu 
d'importance qui ne peuvent subsister comme monumens , mais 
indiquent la transition d'une époque à une autre. 

Nos recherches ont été consciencieuses, et certes les matériaux 
ne nous fesaient pas faute ; il fallait même quelque peu de phi- 
losophie pour résister au désir séduisant de faire de l'érudition. 

Quelle indicible jouissance, pour un pauvre microscopomane, 
(qu'on lui pardonne l'expression), d'exhumer religieusement de 
leur vénérable linceuilde poussière, le microscope en compas, le 
microscope universel du baron de Gleichen, l'appareil de Milch- 
meyer qui servait aux curieuses expériences de l'ingénieux et naïf 
Ledermuller ; comme il décrirait minutieusement ceux de Buruc- 
ker et de Mann, celui de Joblot, l'instrument de Marshall ou 
de Haertel avec son long tube et ses deux miroirs ; puis viendrait 
le microscope de Kulpeper et Scarlet avec sa loupe placée au des- 
sus d'une chandelle qui devait bientôt altérer le verre ; enfin il 
vous dirait comment Michel Steiner horloger et opticien de Zu- 
rich, fit son appareil universel d'après le microscope manuel de 



22 
Wilson ou de poche de Kulpeper, etc., etc.; mais il vaudrait au- 
tant vous dire que Galilée fît sa première lunette avec un vieux 
tuyau d'orgue , ou bien vous raconter la fastidieuse histoire des 
enfans de Jansen; tout cela est curieux, mais utile, point! 



NOTIONS PRELIMINAIRES. 



L'intelligence des différentes parties de ce livre exige la con- 
naissance préalable de quelques uns des principes généraux de 
l'optique. 

Nous ne prendrons de cette science que ce qui est absolument 
nécessaire pour expliquer les phénomènes exposés dans le cours 
de l'ouvrage. Ceci n'est donc point un traité d'optique, c'est tout 
simplement la clé de notre traité du microscope. 

La lumière est une émanation, ou, si l'on veut, une production 
des corps qui nous permet de voir ceux-ci par l'intermédiaire de 
nos yeux. 

Tous les corps visibles peuvent être divisés en deux classes : 
les corps lumineux par eux-mêmes et les corps non lumineux. 

Les corps lumineux par eux-mêmes * tels que le soleil, les étoiles, 
les flammes de toutes espèces , les corps qui brillent lorsqu'ils 
sont échauffés ou frottés , sont ceux qui possèdent en eux-mêmes 
la propriété d'émettre de la lumière. 

On entend par corps non lumineux ceux qui n'ont pas cette pro- 
priété, mais qui ré fléchissent (rewoienVjldL lumière projetée sur eux 
par les corps lumineux. 

Un corps non lumineux peut recevoir de la lumière d'un autre 
corps non lumineux et la réfléchir sur un troisième; mais, dans 
tous les cas , la lumière doit venir originairement d'un corps lu- 
mineux par lui-même. 



24 

Lorsqu'une chandelle allumée est portée dans une pièce obs- 
cure, la lumière émise par la flamme fait voir la forme de la 
flamme elle-même; mais les objets qui sont dans la chambre ne 
sont vus que parce qu'ils reçoivent la lumière de la chandelle et la 
renvoient aux yeux des spectateurs. Enfin, les objets qui, dans 
cette même pièce , ne reçoivent pas la lumière directe de la chan- 
delle, sont néanmoins vus parce qu'ils reçoivent cette même lu- 
mière réfléchie par le plafond , les murailles , ou autres parties 
de la chambre qui sont éclairées directement. 

Tous les corps lumineux ou non, émettent ou réfléchissent une 
lumière de même couleur qu'eux. Une flamme rouge , un corps 
chauffé au rouge, émettent une couleur rouge; un morceau de 
drap rouge réfléchit une lumière rouge, bien qu'il soit éclairé par 
la lumière blanche du soleil. 

La lumière est émise ou réfléchie de tous les points des corps 
lumineux ou éclairés. 

La lumière se meut en ligne droite et consiste en parties sé- 
parées et indépendantes qu'on appelle des rayons. Si l'on admet la 
lumière du soleil par un très petit trou dans une chambre obscure, 
elle ira éclairer sur la muraille ou sur le plancher un point qui 
sera exactement à l'opposé du soleil ; le milieu de la partie éclai- 
rée , le milieu du trou et le milieu du soleil étant exactement sur 
la même ligne droite, s'il y a dans la chambre de la poussière ou 
de la fumée, on verra très distinctement la direction en ligne droite 
de la lumière. Si l'on diminue le trou déplus en plus, les parties 
du mur qui resteront éclairées n'en seront nullement affectées 
et conserveront le même éclat. La plus petite partie de lumière 
que par la pensée on puisse ainsi laisser passer , est ce qu'on ap- 
pelle proprement un rayon; mais comme toutes les ouvertures 
que l'homme pourrait faire, auraient encore des dimensions con- 
sidérables , comparées à l'extrême ténuité d'un véritable rayon 
de lumière , toute lumière ainsi admise par une ouverture quel- 



25 

conque est ce qu'on appelle un pinceau de rayons. Toutefois nous 
nous servirons fréquemment dans la théorie, du rayon abstrait , 
c'est-à-dire du rayon considéré comme isolé , parce que l'étude 
de la marche de ce rayon nous fera connaître celle des autres 
rayons qui composent un ou plusieurs pinceaux de rayons. 

La lumière du soleil, ainsi que celle des autres corps lumi- 
neux , n'est pas homogène , c'est-à-dire qu'elle est composée de 
différentes espèces de lumières qui se distinguent chacune par 
une couleur particulière, savoir : violet ^ indigo, bleu , vert ., jaune , 
orangé et rouge. Toutes ces lumières réunies forment la lumière 
blanche du soleil ; diverses causes déterminent leur séparation. 
L'une, ainsi que nous le verrons plus tard, est la réfraction, 
phénomène qui se présente dans le passage de la lumière blanche 
à travers un corps transparent; une autre est Y absorption, phéno- 
mène qui est dû à la propriété que possèdent les corps d'ab- 
sorber certaines lumières et de réfléchir les autres ; c'est cette 
propriété qui constitue la couleur particulière à chaque corps. 
Ainsi un corps est rouge parce qu'il absorbe toutes les couleurs 
excepté le rouge, et que par conséquent il le réfléchit; un corps 
est blanc parce qu'il n'absorbe que peu ou point de lumière et 
qu'il réfléchit toute celle qui tombe sur lui ; il est noir lorsqu'il 
absorbe tout ou presque tout et n'en réfléchit que peu ou point. 
En général, les corps polis réfléchissent mieux la lumière que 
ceux qui ne le sont pas. 

De la catoptrique ou des lois de la réflexion. 

Lorsqu'un rayon de lumière tombe sur une surface réfléchis- 
sante , la direction qu'il suit après la réflexion forme, avec la 
perpendiculaire au plan sur lequel il est tombé , un angle égal à 
celui qu'il fesait avec cette même perpendiculaire avant la ré- 
flexion, ou, en d'autres termes, Y angle de réflexion est égal à C angle 
d'incidence. 



26 

Cette loi est générale et s'applique à toutes les surfaces réflé- 
chissantes, planes, concaves ou convexes, parce que le point sur 
lequel tombe le rayon, peut toujours être considéré comme fesant 
partie d'un plan qui passerait par la tangente menée en ce point 
concave ou convexe de la surface courbe réfléchissante. 

On peut donc reconnaître facilement la direction que suit un 
rayon après la réflexion sur une surface quelconque. Nous ne 
nous occuperons toutefois ici que des surfaces planes et des 
surfaces concaves , les seules dont on fasse usage pour le mi- 
croscope. 

De la réflexion par les surfaces planes. 

Les rayons incidens, c'est-à-dire ceux qui, partis du corps lu- 
mineux, viennent frapper le miroir, peuvent être parallèles entre 
eux et c'est ce qui a lieu lorsqu'ils arrivent directement du so- 
leil ; ils peuvent être divergens , c'est-à-dire s'écarter les uns des 
autres à mesure qu'ils s'éloignent de leur point de départ , par 
exemple, lorsque le corps qui envoie la lumière à la surface 
réfléchissante est placé plus ou moins près de celle-ci , la diver- 
gence des rayons étant d'autant plus grande que le corps est plus 
près du miroir. Enfin les rayons peuvent être convergens , c'est-à- 
dire tendre à se rapprocher pour se réunir en un seul point , au- 
delà duquel ils deviennent divergens, s'ils continuent leur mar- 
che. Lorsque les rayons incidens sont parallèles entre eux, leur pa- 
rallélisme se continue après la réflexion, ainsi qu'on le voit dans la 
figure l re , où AD et A'D' sont deux rayons incidens tombant sur le 
miroir MN. Les rayons réfléchis BD, B'D' font, avec les perpendi- 
culaires ED, E'D' des angles égaux à ceux que font avec les mêmes 
perpendiculaires les rayons incidens AD , A'D' ; si l'espace entre 
AD et A'D' est rempli d'autres rayons parallèles, de manière à 
former un faisceau de lumière , tous ces rayons seront réfléchis 
parallèlement. Cependant le faisceau réfléchi sera renversé, car 



27 

le côté AD qui est en dessus avant la réflexion, se trouve en dessous 
en DB après la réflexion . 

Supposons que les rayons incidens divergens AD AD' AD" par- 
tent du point A fîg. 2 , et se séparent de plus en plus à mesure 
qu'ils avancent, ainsi qu'on le voit en AD, AD', AD". Lorsque ces 
rayons tombent sur un miroir plan MN , ils sont réfléchis dans les 
directions DB , DB' , D"B" , fesant avec les perpendiculaires au 
miroir E E' E" , les angles ADE, A'D'E', A D "E", respectivement 
égaux aux angles BDE, B'D'E', B "D "E". Si l'on suppose les rayons 
réfléchis continués en ligne droite derrière le miroir, ils s'y réu- 
nirent en un point A' , aussi éloigné au dessous de ce miroir que le 
point A l'est au dessus. C'est là en effet que l'œil, placé dans la 
direction des rayons réfléchis, verrait l'image du point A. Il ré- 
sulte donc de cet exposé, que les rayons divergens ont, après la 
réflexion, la même divergence qu'auparavant. On remarquera en 
outre qu'il y a renversement du pinceau de rayons comme dans 
le cas des rayons parallèles, et que par conséquent, l'image qu'ils 
produisent doit paraître renversée. Les mêmes principes s'appli- 
quent à la réflexion des rayons convergens. Supposons , en effet , 
que dans la fîg. 2, les rayons convergens B, B' , B" , soient les 
rayons incidens; ils seront réfléchis vers le point A, fesant, après 
la réflexion , les mêmes angles avec les perpendiculaires E E' E" , 
qu'ils fesaient auparavant avec les mêmes perpendiculaires, et le 
point A où ils se réuniront, sera aussi éloigné de la surface supé- 
rieure du miroir que le serait en dessous le point A', où les rayons 
incidens se réuniraient s'ils étaient prolongés au-delà du miroir, 
ou plutôt si le miroir était supprimé. Ces rayons ont donc, après la 
réflexion, -le même degré de convergence qu'auparavant. 

Réflexion par tes surfaces concaves. 

Rayons parallèles. Soit M N, fîg. 3 , un miroir concave dont le 
centre de concavité soit en C, c'est-à-dire dont la courbure soil 



28 
décrite par un rayon CM ou CN; soient AM, AD, AN, des rayons 
parallèles ou un faisceau de rayons parallèles tombant sur ce 
miroir. Les lignes CM et GN sont aux points M et N perpendicu- 
laires à la surface du miroir ; et en ces points , les angle-s d'inci- 
dence des rayons AM et AN sont AMC et ANC fesant les angles 
de réflexion FMG, FNG égaux aux angles d'incidence, les deux 
rayons réfléchis viendront se couper en F sur la ligne AD. Le 
rayon AD tombant sur le centre du miroir, est réfléchi sur lui- 
même, de sorte que les trois rayons se coupent en F. La même 
construction s'applique à tous les rayons intermédiaires qui se- 
raient également réfléchis au point F. Ce point F s'appelle le 
foyer principal du miroir ou le foyer des rayons parallèles. Si l'on 
considère que le faisceau de rayons qui avant de frapper le mi- 
roir occupait un grand espace, se trouve resserré sur un seul 
point en F, on concevra facilement pourquoi les miroirs concaves 
s'appellent aussi des miroirs ardens et pourquoi ils ont la propriété 
de brûler les corps placés à leur foyer, car c'est là qu'est concentrée 
toute la chaleur répandue dans le faisceau de rayons ; le foyer 
principal de tous les miroirs concaves est toujours placé à la moitié 
de leur rayon de courbure. 

Rayons divergens. Soit MN, fîg. 4, un miroir concave dont Je 
centre de courbure est en G , soient les rayons divergens AM , 
AD, AN, partant du point A et tombant sur le miroir aux peints 
MDN ; les lignes CM , CD et CN étant perpendiculaires en ces 
points à la surface du miroir, on aura la direction des rayons ré- 
fléchis MF et NF en fesant les angles FMC et FNG égaux aux angles 
AMC et ANC, et le point F où ces rayons réfléchis se coupent, sera 
le foyer des rayons divergens partis du point A. 

En comparant les fîg. 3 et 4 , on voit que le rayon AM de la 
fîg. 4 est plus près de la perpendiculaire CM que le même rayon 
dans la fîg. 3. Le rayon réfléchi MF doit donc aussi être plus près 
de cette même perpendiculaire dans la fig. 4 que dans la fîg. 3 ; 



29 
il s'en suit donc que le foyer F est plus près de G dans celle-là que 
dans celle-ci et que pour les rayons divergens, le foyer d'un miroir 
concave est plus éloigné de ce miroir que pour les rayons paral- 
lèles. 

Si nous supposons que le point A, fîg. 4, se rapproche succes- 
sivement du point C, les rayons divergens qu'il émettra, se rap- 
procheront successivement des perpendiculaires CM et GN; par 
conséquent les rayons réfléchis s'en rapprocheront aussi ; de sorte 
que lorsque A se trouvera au point C , le point F s'y trouvera 
aussi ; d'où nous pouvons conclure que lorsque les rayons di- 
vergens partent du centre de courbure d'un miroir concave, ils 
sont réfléchis au même point. Si le point A continue de s'avancer 
dans le même sens vers F, le foyer des rayons divergens passera de 
l'autre côté de C , et lorsque le point A sera en F le foyer se trou- 
vera en A; ainsi il y aura un changement complet de position 
entre le foyer et le point rayonnant F. Ces deux points A et F 
s'appellent les foyers conjugués du miroir, parce que, lorsque le 
point rayonnant se trouve sur l'un d'eux , le foyer se trouve sur 
l'autre. 

Si dans la fîg. 3 nous supposons que F soit le point rayon- 
nant , le foyer des rayons réfléchis se trouvera à une distance 
infinie, ou, ce qu'on entendra peut-être mieux, ces rayons n'au- 
ront point de foyer, puisqu'ils seront réfléchis parallèlement les 
uns aux autres. 

Rayons convergens. Soit M N, fîg. 5, un miroir concave dont 
le centre de courbure soit en C; soient les rayons AM, AD, AN, 
convergeant vers un point A' placé derrière le miroir. En répétant 
les constructions déjà plusieurs fois décrites , on trouvera que le 
point F, ou le foyer des rayons convergens, se trouve plus loin 
du centre de courbure G, et par conséquent plus près du miroir, 
que dans le cas des rayons divergens, ou, si l'on veut, que la dis- 
tance focale conjuguée DF du miroir est moindre pour les rayons 



30 

convergens que pour les rayons divergens ou les rayons parallèles. 

Si nous supposons que la convergence des rayons augmente , 
c'ast-à-dire que le point A' où ils se réuniraient derrière le mi- 
roir, se rapproche de plus en plus de celui-ci, les rayons incidens 
s'écarteront de plus en plus des perpendiculaires CM et CN, les 
rayons réfléchis s'en écarteront dans le même rapport et le foyer 
se rapprochera du miroir. 

Ce serait le cas contraire, si les rayons devenaient moins con- 
vergens, ou, ce qui est la môme chose, si leur point de conver- 
gence A' s'éloignait du miroir. Lorsque ce point A' serait à une 
distance infinie , ou plutôt lorsque les rayons incidens seraient 
devenus parallèles, leur foyer, comme dans la fig. 3, serait à moi- 
tié de la distance entre le miroir et le point C. 

De la dioptpjque , ou du passage de la lumière à travers les corps 

trânsparens. 

Jusqu'ici nous avons supposé que la lumière marchait sur une 
même ligne droite depuis le corps qui la produit jusqu'au corps 
qui la reçoit. C'est effectivement ce quia lieu lorsque, depuis son 
point de départ jusqu'à son arrivée, la lumière se trouve dans le 
même milieu (On nomme milieux les corps à travers lesquels 
d'autres corps peuvent se mouvoir : tels sont, pour la lumière, tous 
les corps trânsparens). Mais si elle est obligée de traverser des 
milieux différais, elle peut éprouver des déviations auxquelles 
on a donné le nom de réfraction. 

Si en quittant un milieu quelconque , l'air, par exemple , pour 
entrer dans un autre (l'eau, le verre, etc.), le rayon incident 
tombe perpendiculairement à la surface de ce dernier , il n'éprou- 
vera aucune déviation dans sa marche et continuera à se mouvoir 
en ligne droite. 

Si au contraire, le rayon incident tombe obliquement sur la sur- 
face du nouveau milieu qu'il va traverser, il y éprouve une dé- 



31 
via tien, une réfraction dont nous allons exposer les lois princi- 
pales. 

Soit fîg. 6 le rayon incident CB tombant obliquement sur la 
surface GH d'un corps transparent et plus dense que l'air qu'il a 
traversé d'abord , au lieu de continuer sa marche suivant la ligne 
droite CBF, il se brisera en B pour se rapprocher de la perpen- 
diculaire AE, et fera par conséquent, avec cette perpendiculaire, 
un angle DBE moindre que l'angle GBÀ qu'il fesait dans l'air 
avec cette même perpendiculaire. 

Cette propriété des corps transparens , se nomme leur pouvoir 
réfringent; ce pouvoir varie dans tous les corps transparens, et 
celui qui appartient à l'un de ces corps en particulier, s'appelle 
son indice de réfraction. 

L'expérience a démontré que parmi les corps employés le plus 
généralement en optique ^ [indice de ré fract ion pour l'air est 1 . 000294, 
pour le verre ordinaire de 1 . 525 à 1 . 534 , pour le flint glass an- 
glais de 1. 830, pour le saphir de 1. 794, et pour le diamant de 
2. 439. 

Voyons maintenant, comment se comportera le rayon en sortant 
du verre , c'est-à-dire en passant dans un milieu moins dense ; 
soit ABGD, fig. 7, un morceau de verre dont les surfaces oppo- 
sées AB et CD sont parallèles ; HG un rayon incident tombant 
obliquement sur la surface AB du verre. Là, il éprouvera une ré- 
fraction qui le rapprochera de la perpendiculaire FR dans la di- 
rection GE ; puis, arrivé en F, il sortira du verre pour rentrer dans 
l'air, où il éprouvera une réfraction en sens contraire, dans la di- 
rection El, et s'écartera alors autant de la perpendiculaire NO 
qu'il s'était rapproché de la perpendiculaire FK en traversant le 
verre. Si enfin nous prolongeons vers L la direction HG du rayon 
incident, et vers M la direction IF du rayon émergeant (sortant), 
nous reconnaîtrons que ces deux directions sont parallèles entre 
elles et que le brisement d'un rayon dans un milieu réfringent à 



32 
surfaces parallèles, n'a d'autre résultat que de donner à ce rayon 
une direction parallèle à celle qu'il avait avant de traverser ce 
milieu. Mais si les surfaces du corps transparent traversé par le 
rayon de lumière, ne sont pas parallèles, le rayon émergeant ne 
sera plus parallèle au rayon incident. 

Soit ABC, fîg. 8, un prisme de verre sur la face AB, duquel 
tombe perpendiculairement un rayon R. Ce rayon traversera le 
prisme sans y éprouver de réfraction, parce qu'il tombe perpen- 
diculairement sur la face ÀB ; mais en quittant la surface AG, il 
entre obliquement dans l'air dont la surface est de ce côté dé- 
terminée par cette même surface AG du prisme. Le rayon y éprouve 
une réfraction dans la direction DE qui tend à l'éloigner davan- 
tage de la perpendiculaire DG à la surface par laquelle il pénètre 
dans l'air. Ainsi, par exemple, si nous considérons le rayon F 
comme rayon incident , tombant obliquement sur la surface AC du 
prisme, il éprouvera dans la direction DH une réfraction qui le 
rapprochera de la perpendiculaire DK à la surface d'incidence ; 
mais , arrivé à la surface AB, il se réfractera de nouveau dans la 
direction IH pour s'écarter davantage de la perpendiculaire IL à 
la surface par laquelle il pénètre de nouveau dans l'air. De sorte 
que l'œil placé en E verrait l'objet d'où partirait le rayon R, dans 
la direction EM, et cet objet lui paraîtrait placé dans un autre 
endroit que celui où il serait réellement. De même, l'œil placé en 
H, verrait l'objet F dans la direction HIN. La réciproque serait 
également vraie pour l'œil placé en R et qui verrait dans la di- 
rection RF, un objet placé en EO, de même que l'œil placé en H, 
verrait dans la direction HN , un objet placé en F. 

DES LENTILLES. 

Les lentilles sont des pièces de verre ou d'autres corps transpa- 
rens , dont deux surfaces opposées ont une forme telle, qu'en 
traversant ces corps, les rayons de lumière changent de direction, 



33 
de manière à devenir divergcns ou convergens, de parallèles qu'ils 
étaient d'abord et à devenir parallèles , de divergens ou conver- 
gens qu'ils étaient auparavant. Les lentilles prennent diverses 
dénominations d'après la forme particulière à' chacune d'elles. 

On les distingue généralement en lentilles convexes et en lentilles 
concaves-, chacune de ces deux espèces se subdivise ainsi qu'il 
suit : 

1° Lentille bi-convexe, fig. 9. Les deux courbures peuvent être 
inégales, c'est-à-dire décrites par deux rayons différens, fîg. 10. 

2° Lentille piano -convexe, fig. 11, c'est-à-dire ayant un côté 
plan et un côté courbe. 

3° Lentille ménisque, fig. 12, c'est-à-dire ayant un côté concave 
et un côté convexe. Lorsque, comme dans cette figure , les deux 
courbures se coupent, la lentille est classée parmi les lentilles 
convexes ; on lui donne aussi le nom de lentille périscopique . 

4° Lentille bi-concave, fig. 13, c'est-à-dire ayant les deux côtés 
concaves. Les courbures peuvent être inégales, c'est-à-dire décrites 
par deux rayons différens, ûg. 14. 

5° Lentille piano- concave, fig. 15, c'est-à-dire ayant un côté plan 
et un côté concave. 

6° Enfin lentille concavo-convexe, fig. 16, ayant comme le mé- 
nisque une surface concave et une surface convexe ; mais ses deux 
courbures ne peuvent se couper, la surface convexe étant décrite 
par un rayon plus grand que celui de la surface concave. Cette 
lentille est classée parmi les lentilles concaves. 

On donne aussi quelquefois , mais improprement, le nom de 
lentilles, à des sphères de verre d'un diamètre plus ou moins 
grand. 

Si nous considérons l'inconcevable ténuité des molécules de la 
lumière, et qu'un rayon, théoriquement parlant, n'est qu'une 
série de ces molécules placées à la suite les unes des autres, il 
est évident que la très petite partie d'une surface courbe sur la- 

3 



M 
qu,elle il tombe et qui détermine sa réfraction , peut à son tour 
être considérée comme un plan. On démontre en mathématiques 
qu'une ligne droite qui touche une courbe en un point quelcon- 
que , et qu'on appelle une tangente, peut être considérée comme 
coïncidant avec une partie infiniment petite de la courbe ; de 
sorte que lorsqu'un rayon de lumière AB, fig. 17, tombe en B 
sur une surface courbe réfringente, son angle d'incidence doit être 
ABD , angle que le rayon AB fait avec la ligne DC perpendicu- 
laire au point B à la tangente MN. Dans toutes les surfaces sphé- 
riques, comme celles des lentilles, la tangente MN est toujours 
perpendiculaire au rayon CB de la surface courbe ; de sorte qu'on 
peut éviter la considération de cette tangente , le rayon mené du 
centre au point d'incidence B, étant toujours la perpendiculaire 
qui détermine l'angle d'incidence. On trouvera bientôt l'appli- 
- cation de ces principes. 

Nous allons successivement passer en revue l'action qu'exer- 
cent les diverses espèces de lentilles sur les rayons qui les traver- 
sent. 

Quant aux sphères, nous aurons occasion d'y revenir dans le 
cours de l'ouvrage ; il nous suffira ici, de dire que dans cette es- 
pèce de verre , la réfraction se fait absolument comme dans une 
lentille bi-convexe dont les courbures appartiennent à une même 
sphère; seulement, dans cette dernière, les deux surfaces sont plus 
rapprochées que dans la sphère et conséquemment les rayons 
réfractés par la première surface , éprouvent plus rapidement la 
deuxième réfraction; on conçoit que cette circonstance détermi- 
nera nécessairement un changement dans la situation du foyer. 

Le pouvoir réfringent d'une sphère peut être tel , que le foyer 
se forme à l'intérieur même du corps ; c'est ce qui arriverait dans 
une sphère en diamant; dans ce cas, l'instrument deviendrait ab- 
solument inutile. 

Nous examinerons en premier lieu, cette action sur les rayons 



35 
parallèles, et nous prendrons pour point de départ la lentille pia- 
no-convexe, comme étant la plus simple. 

Soit a b c, fig. 18, une lentille piano-convexe dont le centre de 
courbure est en C. Soient AEB, trois rayons parallèles tombant 
perpendiculairement sur la surface plane ab de la lentille. Il est 
évident qu'ils traverseront le verre sans y éprouver de réfraction 
jusqu'à la seconde surface acb. Arrivé au point e, le rayon À 
rencontrant un milieu moins dense que le verre , se réfractera 
en s'éloignant de la perpendiculaire qui, comme nous l'avons déjà 
vu, n'est autre chose ici que le rayon de courbure de la lentille , 
mené en e et prolongé vers P. Le rayon réfracté prendra donc 
la direction e F. Quant au rayon E il ne se réfractera pas 
dans le verre , puisqu'il y entre sous les mêmes conditions 
que le rayon A ; mais il ne se réfractera pas non plus en 
rentrant dans l'air, attendu qu'il traverse l'axe de la lentille 
et qu'il coïncide dans toute sa longueur avec son rayon de cour- 
bure; il continuera donc sa route en ligne droite, et ira cou- 
per le rayon A en F. Quant au rayon B que nous supposons à 
la même distance de l'axe de la lentille que le rayon A , il se 
comportera comme ce dernier, s'écartera, en sortant du verre, 
de la perpendiculaire GP' et ira couper les deux premiers rayons 
au même point F qu'on désigne sous le nom de foyer principal 
ou foyer des rayons parallèles. Il est évident, d'après ce qui pré- 
cède et ce que nous avons dit du passage de la lumière à travers 
les prismes, fig. 8 , que dans la figure 18, la lentille a bc peut être 
considérée, par rapport aux rayons A et B, comme formée de deux 
prismes mdk et mdl opposés base à base et qui agiraient sur ces 
deux rayons de la même manière que nous avons vu le prisme 
ABC, fig. 8, agir sur le rayon BDE. 

Les rayons parallèles qui traversent une lentille bi-convexe 
éprouvent deux réfractions, ainsi qu'on le voit dans la û^. 19. Le 
rayon AB coïncide avec l'axe de la lentille, et par conséquent, 



36 

continue sa route en ligne droite. Le rayon C d a pour angle d'in- 
cidence l'angle Cd g qu'il fait avec la perpendiculaire dg prolon- 
gement du rayon de courbure E' d de la face do de la lentille ; 
en pénétrant dans le verre , il se rapproche de la perpendiculaire 
qui est encore ici le rayon de courbure E' d. Arrivé en e , il re- 
passe dans l'air et s'écarte alors de la perpendiculaire ^G, pro- 
longement du rayon de courbure Ee de la seconde face du prisme 
et vient couper en F le rayon A. On démontrerait de la même 
manière que le rayon D , que nous supposons également éloigné 
de l'axe de la lentille, vient couper cet axe au même point F ; on 
voit que ces deux rayons C et D subissent la même réfraction que 
s'ils avaient traversé deux prismes semblables à celui représenté 
par les tangentes d' l,d' i. 

Le point F où se réunissent les rayons parallèles, s'appelle aussi 
foyer principal ou foyer des rayons parallèles. 

Dans l'examen du phénomène qui nous occupe, nous avons con- 
sidéré les rayons incidens non seulement comme parallèles entre 
eux, mais encore comme parallèles à l'axe de la lentille ; et nous 
avons vu que , dans ce cas , les rayons qui coïncident avec l'axe, 
n'éprouvent pas de réfraction. Tel est, fîg. 20, le rayon RG que 
les rayons RL RL parallèles à l'axe, vont couper en F après la ré- 
fraction. Mais lorsque les rayons parallèles tombent sur la lentille 
obliquement à l'axe , comme on le voit en SL , SG et SL , ou en 
TL, TC et ÏL, les rayons SG etTC qui passent par le centre C de 
la lentille, éprouvent deux réfractions, l'une en la traversant, 
l'autre en la quittant ; mais comme ces deux réfractions sont éga- 
les et dans des directions opposées, les rayons réfractés C^et C/° 
sont toujours parallèles à SG ou àïC. En fesant les constructions 
nécessaires, on verra que les rayons SL SL devront aller se cou- 
per en un point f dans la direction du rayon central S f et les 
rayons TL, TL, en un point /", dans la direction du rayon cen- 
tral Tf\ 



37 

D après ce que nous venons d'exposer, on n'éprouvera aucune 
difficulté à suivre la marche des rayons parallèles dans une len- 
tille concave quelconque. 

En effet, en fesant les constructions convenables , on verra 
que les rayons parallèles RL, RL, fîg. 21, tombant sur la lentille 
bi-concave LL , divergeront après la réfraction dans les directions 
Lr, Lr, comme s'ils partaient d'un point F, auquel on a donné 
le nom de foyer virtuel ou imaginaire de la lentille. 

Nous allons maintenant examiner l'action de ces mêmes lentil- 
les sur les rayons divergens , c'est-à-dire venant d'objets plus 
rapprochés de la lentille, que le soleil et les planètes. 

Soient, fig. 22, les rayons divergens RL, RL, partant du point R 
et tombant sur la lentille bi-convexe LL dont le foyer princi- 
pal serait en ou en G' , le foyer de ces rayons se trouvera en 
un point quelconque F, plus éloigné de la lentille que son foyer 
principal 0. 

En fesant les constructions nécessaires , on verra que si le 
point R se rapproche de la lentille, le foyer F s'en éloignera. 
Lorsque ce point R sera en P , ou à une distance PC égale à 
deux fois la distance focale CO' ou CO , le foyer F se trouvera 
en P' , c'est-à-dire aussi éloigné de la lentille d'un côté, que le 
point P de l'autre. Lorsque R arrive en 0' , le foyer F se trouve 
à une distance infinie, c'est-à-dire que les rayons émergens sont 
rendus parallèles , et ils deviennent divergens lorsque le point R 
est placé entre le foyer principal 0' et la lentille. 

Lorsque des rayons divergens RL , RL, fig. 23, partant d'un 
point R , tombent sur une lentille concave LL , la réfraction les 
fait diverger davantage dans les directions Lr, Lr, comme s'ils 
partaient d'un foyer virtuel F , plus éloigné de la lentille que son 
foyer principal 0. 

Passons maintenant à l'action des lentilles sur les rayons con- 



vergens . 



38 

Lorsque des rayons RL, RL, convergeant vers un point /*, 
fig. 24 , tombent sur une lentille convexe LL , ils sont réfractés 
de manière à se couper en un point F plus rapproché de la len- 
tille que son foyer principal 0. A mesure que le point de con- 
vergence /'s'éloigne de la lentille, le point F s'en éloigne aussi 
en se rapprochant de 0. Lorsque le foyer F est arrivé en , le 
point f est à une distance infinie , c'est-à-dire que les rayons in- 
cidens sont alors parallèles. On conçoit en outre, que plus le point 
de convergence /*, se rapproche de la lentille, plus le foyer F 
s'en rapproche aussi. 

Lorsque des rayons RL , RL , fig. 25 , convergeant vers un 
point f, tombent sur une lentille concave LL, ils sont réfractés de 
manière à avoir leur foyer virtuel en F. 

Réfraction de la lumière dans les ménisques. 

L'effet général d'une lentille ménisque pour la réfraction des 
rayons parallèles , divergens et convergens , est le même que ce- 
lui d'une lentille convexe et d'une même distance focale ; celui 
d'une lentille concavo-convexe , est à son tour le même que celui 
d'une lentille concave de même distance focale. 

De la formation des images par les lentilles et de leur pouvoir 

amplifiant. 

Nous avons dit que chaque point d'un objet éclairé envoie des 
rayons dans toutes les directions. Ces rayons sont par conséquent 
divergens et restent tels par rapport aux lentilles sur lesquelles 
ils tombent, lorsque les objets d'où ils partent ne sont pas 
comme le soleil à des distances immenses de la lentille. Les rè- 
gles données pour les rayons divergens , sont donc celles que 
nous aurons principalement à appliquer aux phénomènes dont 



39 
nous nous occupons. Chaque point d'un objet éclairé envoyant 
des rayons divergens dans toutes les directions , si l'on place une 
lentille devant cet objet, chaque point enverra sur la surface de la 
lentille, un cône de rayons qui couvrira cette surface tout entière, 
ces divers cônes se croisant , se penchant les uns sur les autres 
sans qu'aucun des rayons appartenant à chaque côté , soit dévié de 
sa roule. Chaque rayon , en traversant la lentille, y subit une ré- 
fraction, puis une autre en la quittant, de sorte que tous les 
rayons partis d'un même point vont se réunir derrière la len- 
tille et y former une image du point de l'objet éclairé d'où ils 
partent. Il se formera donc derrière la lentille, autant de foyers 
qu'il y aura dans l'objet de points éclairés qui peuvent envoyer 
des rayons à la lentille , et par conséquent tous ces foyers réunis 
formeront une image complète de l'objet ; mais dans les lentilles 
convexes, cette image sera renversée, c'est-à-dire, dans une posi- 
tion inverse de celle de l'objet et sa grandeur sera à celle de 
l'objet, comme sa distance à la lentille sera à la distance de l'ob- 
jet à cette même lentille. 

Soit par exemple un objet MN , fig. 26 , placé devant une len- 
tille convexe LL. Chaque point de cet objet envoie des rayons 
dans toutes les directions. ( Nous n'avons indiqué dans la figure 
que trois de ces points , et seulement trois rayons pour chaque 
point, les deux rayons extrêmes de chaque cône, tombant sur les 
deux extrémités du diamètre de la lentille. Le lecteur pourra faci- 
lement suppléer à la marche des rayons omis pour ne pas rendre 
la figure confuse.) Ceux de ces rayons qui tombent sur la lentille, 
sont réfractés par elle et forment en arrière autant de foyers 
qu'il y a dans l'objet de points éclairés envoyant des rayons à 
la lentille. 

Nous avons vu que le foyer où viennent se réunir tous les 
rayons émanés d'un même point , est sur une même ligne droite 
que le centre de la lentille et le point d'où les rayons éma- 



40 

nent ; il en résulte que le point supérieur M de l'objet, aura son 
image quelque part sur la ligne droite MCm, et que celle du point 
inférieur N, sera quelque part sur la ligne droite NCn, c'est-à-dire 
en m et en n où les rayons LM, LM et Ln , Ln, coupent les li- 
gnes MCm et NCn; par conséquent m donnera l'image de la partie 
supérieure M de l'objet , et n celle de la partie inférieure N. Il 
est évident aussi , que dans les deux triangles MGN et mCn , la 
longueur mn de l'image, est à la longueur MN de l'objet, comme 
Ca distance de l'image, est à C£, distance de l'objet. 

Nous pouvons donc , au moyen d'une lentille , former derrière 
elle l'image d'un objet placé devant et rendre cette image aussi 
grande que nous le voudrons , par rapport à l'objet. Pour avoir 
de grandes images , il nous suffira de rapprocher l'objet de la len- 
tille et de l'en éloigner, pour avoir de petites images. Ces effets 
peuvent encore être variés davantage, en employant des lentilles 
dont les foyers principaux seraient différens. 

Lorsque les lentilles ont le même foyer, on peut augmenter 
l'éclat de l'image en augmentant le diamètre et par conséquent 
la surface de la lentille. Il est évident qu'une lentille de 12 pouces 
carrés de surface reçoit deux fois autant de rayons partant d'un 
même point de- l'objet , qu'une lentille dont la surface n'aurait 
que 6 pouces carrés ; de sorte que lorsqu'il nous est impossible 
d'augmenter l'éclat de l'objet en l'éclairant davantage, nous pou- 
vons augmenter celui de l'image en augmentant le diamètre de la 
lentille. Jusqu'ici, nous avons supposé que l'image mn était reçue 
sur une surface blanche, où elle se peignait d'une manière dis- 
tincte ; mais si on la reçoit sur un verre dépoli et si on place 
l'œil à 6 , 8 pouces ou plus , derrière ce plan demi-transparent 
interposé en mn, on verra l'image renversée mn aussi distinctement 
qu auparavant. Si, conservant cette position de l'œil, on enlève 
l'écran semi-transparent, on verra distinctement l'image dans l'air, 
mais elle sera plus brillante. On se rendra facilement compte de ce 



41 

phénomène, si Ion remarque que tous les rayons qui par leur con- 
vergence, forment tous les points de l'image mn, ne s'arrêtent pas 
là, mais se croisent en divergeant exactement de la même manière 
que s'ils partaient d'un objet réel de la même grandeur et aussi 
éclatant , placé en mn. L'image mn peut donc être considérée 
comme un nouvel objet et si les rayons qui en émanent sont re- 
çus par une autre lentille , elle formera une autre image de mn , 
ayant exactement les mêmes dimensions et occupant la même 
place que si mn était un objet réel. Mais cette nouvelle image sera 
dans une position renversée relativement à mn, elle sera donc une 
image droite de l'objet MN obtenue au moyen de deux lentilles, 
de sorte qu'en employant une ou plusieurs lentilles , nous pou- 
vons avoir à volonté des images droites ou renversées des ob- 
jets. Mais si l'objet MN est mobile et à notre portée , il est inu- 
tile d'employer deux lentilles pour en avoir une image droite ; 
il suffira de le renverser lui-même et nous aurons avec une seule 
lentille , une image droite en réalité , quoique renversée par rap- 
port à la position de l'objet. 

Mais il existe encore un autre moyen d'augmenter la grandeur 
apparente des objets, surtout de ceux qui sont à notre portée. 

Pour obtenir une vision distincte des objets , il suffît de faire 
en sorte que les rayons divergens qui en émanent, deviennent pa- 
rallèles en pénétrant dans l'œil, comme si l'objet était très éloigné. 
Si nous mettons un objet ou son image très près de l'œil, de ma- 
nière à lui donner une grandeur apparente considérable, l'objet 
ou son image, sera peu distinct; mais si, par un moyen quelcon- 
que, nous rendons parallèles les rayons qui en émanent , nous le 
verrons très-distinctement, quelque rapproché qu'il soit, et 
nous avons déjà vu que les rayons divergens partant du foyer 
principal d'une lentille , sont rendus parallèles après l'avoir tra- 
versée. Si par conséquent, nous plaçons un objet ou son image, au 
foyer même d'une lentille dont la distance focale serait très 



42 

petite; si nous appliquons l'œil tout contre la lentille, les 
rayons émanés de l'objet, entreront parallèles dans l'œil, nous 
le verrons très-distinctement et grossi en outre, dans le rapport de 
sa distance actuelle à la lentille, à la dis tance de la vision distincte. 
Une lentille employée pour augmenter ainsi les dimensions 
d'un objet, est un microscope simple et lorsque cette lentille sert 
à augmenter l'image déjà produite par une autre, les deux lentilles 
constituent ensemble un microscope composé. 

De l'aberration de sphéricité. 

Jusqu'ici, nous avons supposé que les rayons réfractés par des 
surfaces sphériques, se rencontraient tous en un même foyer. Mais 
si le lecteur a essayé de faire les expériences plusieurs fois dé- 
crites , il a dû remarquer que les rayons les plus voisins de l'axe 
de la lentille, se réunissaient en un foyer beaucoup plus éloigné 
que celui des rayons qui tombaient vers les bords de la même 
lentille. 

Soit par exemple fig. 27 , la lentille piano-convexe LL , dont 
la surface plane reçoit les rayons parallèles ; soit F le foyer des 
rayons R'L', R'L' très voisins de l'axe AF; soient enfin RL etRL, 
deux rayons également parallèles , tombant tout à fait au bord de 
la lentille. Si l'on exécute le dessin sur une plus grande échelle 
et si l'on détermine la marche des rayons RL et RL , on trouvera 
que ces deux rayons se rencontrent en un foyer f , plus rappro- 
ché de la lentille que le foyer F. On trouverait de même que tous 
les rayons intermédiaires entre RL et R'L', ont leur foyer entre F 
et f. Continuez les rayons Lf, hf jusqu'à ce qu'ils rencontrent 
en G et en H un plan placé en F ; la distance Ff sera ce qu'on 
appelle f aberration longitudinale de sphéricité, et GH l'aberration 
latérale de sphéricité de la lentille. Dans une lentille piano-convexe, 
comme celle de la figure, l'aberration longitudinale n'est pas 



43 

moindre de quatre fois et demie l'épaisseur mn de la lentille. Il 
est évident qu'une pareille lentille ne peut former une image 
nette d'un objet, à son foyer F. Si elle est exposée aux rayons du 
soleil , la partie centrale L'mL' , dont le foyer est en F, y for- 
mera une image très brillante du soleil ; mais comme les autres 
rayons qui passent entre L' et L ont leur foyer entre F et /', ces 
rayons après s'être croisés entre ces deux points , tomberont 
sur GH et y formeront un cercle dont le diamètre sera GH. 
Par conséquent, l'image du soleil, au foyer F, sera un disque bril- 
lant environné d'un halo de lumière, fig. 28 , qui ira en s'af- 
faiblissant de F en G et de F en H. De même tout objet vu à 
travers la lentille , ou toute image formée par elle , manquera 
de netteté et de précision à cause de l'aberration de sphéricité. 

En couvrant de papier les bords de la lentille , on diminuera 
la grandeur du halo GH et on aura une image plus nette. Si l'on 
couvre toute la lentille , à l'exception d'une très petite partie au 
centre, l'image sera parfaitement distincte quoique moins bril- 
lante, et son foyer sera en F. Si, au contraire, on couvre la partie 
centrale, ne laissant qu'un anneau étroit à découvert vers les bords 
de la lentille, on aura une image très distincte au foyer f. 

Mais bien qu'on ne puisse diminuer l'aberration de sphéricité 
d'une lentille au-delà de 1,07 de son épaisseur, en combinant 
deux ou plusieurs lentilles, de manière que leurs aberrations 
soient opposées et se détruisent l'une par l'autre, on peut remé- 
dier dans beaucoup de cas à ce défaut , soit en le diminuant con- 
sidérablement , soit même en le détruisant tout à fait. 

De t achromatisme ou correction de l' aberration de rèfrangibilité. 

En traitant du passage des rayons à travers les lentilles , nous 
avons supposé que la lumière était homogène et que tous les 
rayons qui avaient le même angle d'incidence, avaient aussi le 
même angle de réfraction, ou ce qui revient au même, que cha- 



M 

que rayon avait le même indice de réfraction. Les observations 
ont prouvé qu'il n'en était pas ainsi et que dans le cas où la 
lumière tombe sur le crown-glass, il y a des rayons qui ont tous 
les indices de réfraction possibles depuis 1 ,5258 indice de réfrac- 
tion pour le rouge, jusqu'à 1,5466 , indice de réfraction pour le 
violet. Comme la lumière du soleil qui rend tous les objets visi- 
bles, est blanche, la différence de réfrangibilité de ses parties, mo- 
difie beaucoup la formation des images par les lentilles de toute 
espèce. 

Pour mieux nous faire comprendre , supposons les rayons de 
lumière blanche RL et RL , fig. 29 , tombant sur la lentille bi- 
convexe de crown-glass LL , parallèlement à son axe Rr. Comme 
chacun de ces rayons est composé de sept rayons différemment 
colorés et ayant différens degrés de réfrangibilité ou différens 
indices de réfraction , il est évident que tous les rayons qui com- 
posent RL, ne peuvent être réfractés dans la même direction et 
tomber sur un même point. Le rayon extrême rouge par exem- 
ple, dont l'indice de réfraction est 1,5258 , aura son foyer en r ,, 
etCr sera la distance focale de la lentille, pour les rayons rouges. 
De même le rayon violet extrême qui a un indice de réfraction 
plus fort ( 1 ,5466 ) , sera réfracté en un foyer v , beaucoup plus 
rapproché delà lentille, etCv sera la distance focale de celle-ci, 
pour les rayons violets. La distance vr s'appelle aberration chro- 
matique et le cercle dont le diamètre est ab passant par le foyer 
des rayons de réfrangibilité moyenne en o , s'appelle cercle de 
moindre aberration. On peut expérimenter ces effets, en exposant 
la lentille aux rayons du soleil. Si l'on reçoit son image sur un 
morceau de papier placé entre o et C, le cercle lumineux aura 
un bord rouge , parce qu'il sera une section du cône habh dont 
les rayons extérieurs hahb sont rouges. Mais si le papier est 
placé à une plus grande distance que o , le cercle lumineux aura 
un bord violet, parce qu'il sera une section du cône Cabl' , dont 



45 

les rayons aïbï sont violets , n'étant que la continuation des 
rayons violets LuLv. Comme l'aberration de sphéricité de la len- 
tille se combine ici avec son aberration chromatique, on verra 
mieux l'effet propre de cette dernière, en prenant une grande 
lentille bi-convexe, et en couvrant sa partie centrale, de manière 
à ne conserver qu'un anneau étroit sur la circonférence, pour lais- 
ser passer les rayons de lumière. On verra alors parfaitement la 
réfraction des rayons différemment colorés, en examinant l'image 
du soleil sur les différens côtés de ab. 

11 résulte de ces observations que la lentille formera une image 
violette du soleil en v , une image rouge en r et des images 
portant les autres couleurs du spectre, aux points intermédiaires 
à v et r , de sorte que si nous plaçons l'œil derrière ces images , 
nous ne verrons qu'une image confuse , dépourvue de la netteté 
qu'elle présenterait si elle était formée par une seule espèce de 
rayons. Les mêmes observations s'appliquent à la réfraction de 
la lumière blanche par une lentille concave. Seulement, les rayons 
parallèles divergeront entre eux comme s'ils émanaient de foyers 
différens r et v , au devant de la lentille. 

Si, maintenant, nous plaçons derrière la lentille LL, une lentille 
bi-concave également de crown-glass GG, ayant ses deux surfaces 
de la même courbure que la lentille LL, il est évident que 
puisque v est le foyer virtuel pour le violet , et r le foyer virtuel 
pour le rouge, si l'on place le papier en ab foyer des rayons de 
réfrangibilité moyenne et où les rayons rouge et violet se croi- 
sent en a et en b , l'image sera plus distincte que dans toutes les 
autres positions du papier. D'un autre côté, quand des rayons 
convergent au foyer d'une lentille concave , ils sont réfractés pa- 
rallèlement entre eux; c'est-à-dire, que la lentille concave réfrac- 
tera ces rayons convergens suivant les lignes parallèles G/, G/, 
et il se reformera de la lumière blanche. En fesant la construc- 
tion nécessaire, on acquerrait la preuve de cette réunion. Mais 



46 
il est évident, d'un autre côté, que les deux lentilles LL, GG, 
ne forment qu'une seule masse de verre à surfaces parallè- 
les, GG , LL. 

Bien que par la combinaison de ces deux lentilles , nous ayons 
corrigé les couleurs produites par LL, nous n'avons obtenu au- 
cun résultat utile , car les deux lentilles n'agissent alors que 
comme un morceau de verre plan et ne peuvent former d'images. 
Si nous fesons la lentille concave GG , d'un foyer plus long 
que la lentille LL , les deux lentilles agiront ensemble comme 
une lentille convexe, et les rayons G/, G/ convergeront vers un 
foyer placé derrière LL et formeront des images. Mais comme 
l'aberration chromatique de GG serait alors moindre que celle 
de LL, l'une ne pourrait corriger ou compenser l'autre, de sorte 
que la différence entre les deux aberrations continuerait d'exis- 
ter. Donc, il est impossible de former une image exempte de co- 
loration , au moyen de deux lentilles de même verre. 

Nous avons vu que les corps transparens ont des pouvoirs dis- 
persifs différens ou produisent différens degrés de coloration, avec 
la même réfraction moyenne. Il s'ensuit donc, que différentes len- 
tilles peuvent produire les mêmes degrés de couleurs lorsqu'elles 
ont des longueurs focales différentes ; de manière que si l'on fait la 
lentille LL en crown glass dont l'indice de réfraction est 1, 519 
et le pouvoir dispersif 0, 036 , et la lentille GG en flint glass dont 
l'indice de réfraction est 1, 589 et le pouvoir dispersif 0, 0393; 
enfin si l'on donne à la lentille convexe de crown glass k 1|3 p° de 
longueur focale et 7 2|3 p° à celle de flint glass, leur combinaison 
formera une lentille composée, ayant 10 p° de foyer et réfractant 
la lumière blanche en un foyer unique. Cette lentille composée 
se nomme lentille achromatique. 



CHAPITRE PREMIER. 



DU MICROSCOPE SIMPLE. 

Toute lentille convexe est un microscope simple; les sphérules 
de verre , les loupes de tous genres , rentrent dans la même ca- 
tégorie. 

Depuis le globe de verre rempli d'eau ou microscope simple des 
anciens, jusqu'aux doublets que nous employons aujourd'hui , 
l'instrument a subi de nombreuses modifications ; mais avant 
d'entrer dans des détails plus étendus sur ces divers change- 
mens, donnons quelques instans à la théorie. 

Nous pourrions renvoyer nos lecteurs aux préliminaires, mais 
nous attachons une grande importance à ce que l'on comprenne 
bien l'action du microscope simple, d'ailleurs quelques mots suf- 
firont. 

Etablissons d'abord que le point de vision distincte pour les 
vues ordinaires, est à 8 ou 9 pouces, ou bien, pour se conformer 
au système décimal et faciliter le calcul , m ,25. — Néanmoins la 
vision sera encore plus ou moins distincte, en certains points in- 
termédiaires à cette distance et à celle où les objets paraissent 
troubles. Maintenant supposons que l'œil soit placé en fig. 30, 
pi. l re et l'objet en SS ; cet objet paraîtra plus grand qu'il n'est en 
réalité, parce que l'angle sous lequel on le voit, est plus grand que 
si cet objet était placé à la distance de la vue distincte; mais on 



48 
verra l'objet confusément, parce qu'il se trouvera en décades li- 
mites auxquelles la vision distincte peut naturellement s'opérer. 
Dans ces circonstances , on place tout près de l'œil, une lentille 
convergente et l'objet est transporté en deçà de la distance focale 
de la lentille, précisément autant qu'il le faut pour que son 
image ff se trouve reportée à la distance Of , Of à laquelle s'opère 
naturellement la vision parfaite. Lorsqu'au moyen de quelques 
essais, on aura trouvé la distance où l'objet doit être placé, l'i- 
mage ff sera vue distinctement et en outre l'angle visuel fAf ' 
qu'elle sous-tend, sera égal à l'angle SAS sous lequel l'objet pa- 
raîtrait à la vue simple, si on pouvait le voir distinctement d'aussi 
près que AP. On aura donc le double avantage de voir distincte- 
ment et sous un angle plus grand qu'à l'ordinaire. Mais par cela 
même qu'il ne nous sera jamais arrivé de voir ainsi l'objet que nous 
observons, l'idée que nous nous formerons de sa grandeur réelle, 
ne sera modifiée par aucune expérience préalable sur les rap- 
ports des distances avec les angles visuels; et comme nous verrons 
l'objet sous un angle beaucoup plus grand qu'à la vue simple, 
quoiqu'avec la même netteté et à la même distance où nous cher- 
cherions à le placer pour l'apercevoir distinctement, nous juge- 
rons qu'il est en effet grossi sous toutes ses dimensions (1). 

îi est facile de concevoir que l'image sera en même temps 
beaucoup plus claire, car la réfraction rassemble et ramène dans 
l'œil, un grand nombre de rayons lumineux qui, sans l'interposi- 
tion du verre, tomberaient en dehors de l'ouverture pupillaire. 

Est-il nécessaire d'ajouter que, plus la lentille sera conver- 
gente , plus l'angle visuel sera agrandi et conséquemment, plus 
l'objet paraîtra grand ? 

La manière la plus simple de se servir de la lentille, est de l'en- 
châsser dans un cercle solide muni d'un manche qui permet de 

(1) Biot, Physique 



49 

le tenir dans une main, tandis que l'autre fait l'office de porte-ob- 
jet ; mais il serait difficile et même impossible de mettre ce pro- 
cédé en usage, lorsque les lentilles ont un court foyer et par con- 
séquent, une grande puissance d'amplification. Si les plus petits 
objets paraissent considérablement amplifiés lorsqu'on les exa- 
mine avec une lentille puissante , on conçoit que les plus légers 
mouvemens subiront la même loi et que la main la plus ferme ne 
sera jamais assez immobile pour éviter les changemens de rap- 
port entre l'œil, la lentille et l'objet. S'il fallait à chaque instant 
remédier à ces déplacemens, il en résulterait une grande perte de 
temps et une fatigue capables de dégoûter l'homme le plus persé- 
vérant, des recherches microscopiques. 

Aussitôt que l'on fut parvenu à construire des lentilles à court 
foyer , on sentit le besoin impérieux de les fixer d'une manière 
invariable ; chacun disposa l'appareil suivant ses goûts et les exi- 
gences des différentes espèces d'observations. 

Nous pensons qu'il est inutile de décrire tous les changemens 
éprouvés par la monture de l'instrument ; l'important est de 
faire connaître la construction généralement adoptée de nos jours 
et surtout les modifications apportées à la pièce principale , la 
lentille. 

Occupons-nous d'abord de cette dernière. 

Une bonne lentille doit être formée d'une substance parfaite- 
ment homogène, très transparente, jouissant d'une grande puis- 
sance réfringente et d'un très faible pouvoir dispersif. Il faut join- 
dre à ces qualités, l'exactitude des formes et la perfection du tra- 
vail. 

En examinant les différens microscopes simples, nous verrons 
comment on a cherché à remplir ces conditions. 

Le moyen le plus simple pour faire une lentille, a été indiqué 
par Stephen Gray. Ordinairement il pratiquait dans une lame 
de métal, une ouverture très étroite sur laquelle il déposait une 



50 

goutte d'eau contenant des animalcules ; cette goutte prenait une 
forme plus ou moins sphérique et jouait assez bien son rôle dans 
certaines circonstances. 

Ce fut peut-être cette idée qui conduisit le docteur Brews- 
ter à faire des expériences sur différais liquides ; car l'eau ne 
possède qu'un faible pouvoir réfringent , son évaporation rapide 
altère promptement la forme de la lentille et d'ailleurs, on ne 
peut conserver un pareil amplificateur. Le savant docteur employa 
successivement l'acide sulfurique et l'huile de ricin qui jouissent 
d'une plus grande puissance de réfraction. Les huiles essentielles 
et l'alcool pourraient être mis en usage, si leur volatilité n'était 
un obstacle insurmontable. 

Mais le docteur Brewster affectionne surtout les lentilles sui- 
vantes. Il pose une goutte de baume de Canada ou de vernis à la 
térébenthine sur une lame de verre et suivant que la quantité 
de liquide est plus ou moins abondante, ou que l'on a fait sécher 
la goutte sur la partie supérieure ou inférieure du verre, la len- 
tille sera plus ou moins convexe et l'amplification plus ou moins 
forte. Le même auteur nous apprend qu'il a obtenu de bons ré- 
sultats, en employant des yeux d'ablettes et d'autres petits pois- 
sons, en guise de lentilles. 

Nous passons rapidement sur ces procédés auxquels nous atta- 
chons peu d'importance parce qu'ils sont plus curieux qu'u- 
tiles; nous n'en dirons pas autant des globules de verre fondu. 
Les premiers observateurs ont employé ces globules et leurs 
belles découvertes ainsi que nos propres expériences , nous ont 
prouvé que l'on peut en obtenir de fort beaux résultats. 

La manière de les fondre est très simple et les amateurs nous 
sauront peut-être gré de leur donner le procédé que M. Laligant 
de Saulieu avait communiqué à M. LeBaillif. Si nos indications 
paraissent insuffisantes, on trouvera la description originale dans 
les Annales de f industrie nationale et étrangère. 



51 

Deux conditions sont nécessaires pour obtenir des globules 
parfaits : 1° Il faut leur donner une forme sphérique. 2° Il im- 
porte que le verre dont on fait usage, soit pur et exemptde bulles. 

Pour éviter les bulles, il faut prendre un morceau de verre à 
vitre facile à fondre et passablement pur. Si on dirige brusque- 
ment sur ce verre, la flamme d'une chandelle animée par le chalu- 
meau , il se fendille et souvent même on peut, en conduisant la 
pointe du jet sur l'extrémité d'une fente, parvenir à donner aux 
fragmens une forme allongée (Il est bon que leur largeur n'excède 
pas 5 à 6 millimètres). Par ce moyen, on évite les éraillures que 
le meilleur diamant occasionne aux angles des bandes qu'il dé- 
tache ; les bulles sont presque toujours le résultat de ces éraillures 
qui persistent malgré la fusion. 

On prend un de ces fragmens que l'on soude par ses deux bouts 
à des morceaux de verre ou aux extrémités de deux petits tubes; 
saisissant alors à deux mains, ces appendices accessoires, on pré- 
sente le fragment central à la partie la plus chaude de la flamme, 
et bientôt il prend à peu près la forme d'un cylindre d'un demi- 
millimètre de diamètre. Lorsqu'on a une suffisante longueur de 
verre ainsi façonné, il est bon de l'examiner à la loupe pour choi- 
sir les parties les plus pures, puis on les remet au feu pour les 
allonger en fils dont on proportionne la grosseur à celle des glo- 
bules que l'on veut obtenir. Si l'on est parvenu à détacher des 
fragmens de verre assez longs, il devient inutile de les souder aux 
appendices. 

Il nous reste maintenant à fondre les globules en leur conservant 
une forme sphérique. Pour y parvenir, on prend un morceau de fil 
de verre que l'on coupe par un bout dans la flamme, caria fracture 
pourrait déterminer des inégalités. Alors on saisit le fil par une 
de ses extrémités avec une pince d'horloger et en présentant le 
bout opposé à la flamme, il se contracte en un globule qui ne re- 
montera jamais jusqu'à toucher les pinces, parce qu'elles empê- 



52 

client le morceau de fil quelles contiennent , de s'échauffer assez 
pour se fondre et se réunir au globule. Ce dernier reste suspendu 
par un pédicule fort délié que l'on place de côté dans la mon- 
ture, pour qu'il ne trouble en aucune manière, la netteté de la vi- 
sion. 

Ces globules sont d'autant plus ronds, qu'ils sont plus petits. 

Pour s'assurer de leur pureté, on les saisit avec la pince par 
leur pédicule et on les place entre l'œil et la lumière. Ils paraî- 
tront parfaitement nets s'ils sont purs, et parsemés de taches 
noires, s'ils contiennnent des stries ou des bulles. 

Une lampe à l'esprit de vin est préférable à une chandelle ; on 
est moins exposé à ternir ou à tacher son ouvrage. 

On trouvera dans divers articles de Hook, du père Délia Torre, 
de Butterfield et de Sivright (1), les différens procédés que ces 
auteurs employaient pour obtenir des globules fondus ; nous n'a- 
vons rapporté que celui qui nous a été indiqué par M. Le Baillif, 
parce que ses résultats nous ont paru supérieurs à tous les autres. 

Le lecteur pensera peut-être, qu'il eût été convenable de suivre 
un certain ordre chronologique dans nos descriptions, mais notre 
but était de nous débarrasser d'abord de tout ce qui n'était pas 
réellement une lentille travaillée par l'opticien; seulement nous 
avons été du simple au composé, de la goutte d'eau au globule de 
verre fondu. 

La lentille bi-convexe paraît être la première lentille travaillée 
que les opticiens employèrent pour le microscope simple. Les 
instrumens de Wilson et de Cuff furent long-temps les plus usi- 
tés, mais le verre bi-convexe avait de grands défauts inhérens 
à sa forme. Plus la courbure était prononcée, plus les aberra- 
tions étaient manifestes. 

Pour remédier à ces défauts , on employa des diaphragmes qui 

(1) Voir les Piecherches historiques. 



53 

diminuaient considérablement l'ouverture et forçaient l'observa- 
teur à ne se servir absolument que du centre de la lentille. On 
s'aperçut bientôt, que l'on n'avait fait que remplacer un défaut par 
un autre non moins important, car, d'une part, l'étroitesse de 
l'ouverture ne permettait de voir qu'une très-petite partie de l'ob- 
jet, et de l'autre, la faible quantité de rayons lumineux qui traver- 
sait l'ouverture, était souvent insuffisante pour que la vision fut 
distincte. 

On ne songeait pas, comme le dit si ingénieusement M. le baron 
Séguier(l), qu'en circonscrivant la vision, ce moyen ne fesait que 
soustraire à l'œil , des défauts auxquels il ne remédiait pas. 

Frappés de ces graves défauts, les plus habiles physiciens cher- 
chèrent à résoudre le problême. Wollaston, Herschell , les doc- 
teurs Brewster et Goring, se livrèrent à des expériences ingénieuses 
et savantes, et s'ils n'atteignirent pas positivement le but, ils ren- 
dirent la tâche moins difficile. 

Hâtons-nous d'ajouter qu'à Wollaston était réservée la gloire 
de l'emporter sur tous les autres, mais nous pensons sincèrement, 
qu'une telle victoire et le nom du vainqueur, doivent consoler de 
la défaite. 

Toutefois, la première tentative connue, appartient au docteur 
Brewster. Dans son Traité des nouveaux instrumens de Physique, 
publié en 1813, ce savant écrivait : « L'on ne peut espérer d'a- 
méliorations essentielles pour les microscopes simples, qu'autant 
que l'on découvrira quelque substance douée comme le diamant, 
d'un fort pouvoir réfringent combiné avec un léger pouvoir dis- 
persif. » 

Guidé par cet aperçu, le docteur Goring, avec son ardeur habi- 
tuelle, engagea M. Pritchard à faire des tentatives pour confection- 
ner une lentille en diamant; M. Goring voulut même fournir les 

(1) Rapport fait à ia Société d'encouragement le 8 janvier 183/j. 



54 

matériaux et après un long travail et de nombreux accidens , 
M.Pritchard termina en 1826 sa première lentille, de moins d'un 
millimètre de foyer. D'autres opticiens suivirent cet exemple et 
moi-même je fis en 1832, des lentilles en pierres fines. Dès cet 
instant, les pierres précieuses eurent au moins quelqu' utilité 
réelle et non plus seulement une valeur de convention. 

Les avantages de ces lentilles sur celles en verre, dépendent de 
leur plus grand pouvoir réfringent. 

Ainsi, à courbure égale, l'amplificateur en pierre fine, donnera 
un grossissement plus considérable et par conséquent, on pourra, 
avec une lentille légèrement convexe , obtenir les mêmes ampli- 
fications qui exigeraient une grande convexité dans une lentille 
de verre ; il résulte encore de ce fait, 1° que l'aberration de sphé- 
ricité sera moins prononcée dans les lentilles en pierres pré- 
cieuses, puisque ce défaut est le résultat d'une trop grande 
courbure, et 2° que le faible pouvoir dispersif des pierres fines, 
rendra ces lentilles presque entièrement achromatiques. 

Aussi, dans son enthousiasme, M. Goring s'écrie : « Je regarde 
les lentilles en diamant comme le nec plus ultra de la perfection 
pour le microscope simple! » 

11 est vraiment pénible de faire crouler un si bel édifice d'espé- 
rances. Les lentilles en pierres précieuses ont certainement de 
grands avantages et la science est redevable à celui qui le premier 
eut cette belle idée ; mais l'état de cristallisation des pierres, s'op- 
pose souvent à ce qu'on puisse les mettre en œuvre. 11 suffira de 
lire le récit des difficultés éprouvées par M. Pritchard, pour se con- 
vaincre de la vérité de ce fait. Plusieurs de ces pierres ont une dou- 
ble réfraction , polarisent la lumière et sont par conséquent, im- 
propres à l'usage auquel on les destine. Quelquefois même, la 
polarisation a lieu dans certaines parties de la pierre, tandis que 
d'autres en sont exemptes. On répondra qu'en les taillant dans le 
sens de l'axe optique , on peut remédier à ce grave inconvénient ; 



55 

mais le travail de ces pierres est tellement difficile, que les meil- 
leurs lapidaires étaient d'avis, qu'on ne parviendrait jamais à 
leur donner une forme convexe ou piano-convexe et surtout , à 
obtenir un poli parfait. Quoiqu'on ait vaincu en partie ces diffi- 
cultés, les inconvéniens signalés plus haut, n'en subsistent pas 
moins. Ceci nous conduit naturellement à parler du prix élevé 
d'une pareille lentille, quoique pour quelques personnes, ce soit 
un argument bien faible. Une bonne lentille en diamant coûterait 
500 fr. ou plutôt serait sans prix. 

Un bon doublet en verre ne revient qu'à 10 ou 20 fr. 

Les lentilles en grenat, n'ont pas les mêmes inconvéniens , 
mais on leur reproche leur coloration qui existe toujours plus ou 
moins, lors même quelles sont très-peu convexes. Ce défaut peut 
être favorable dans certaines circonstances , lorsqu'on veut , par 
exemple, observer un objet très-brillant. 

J'ai fait avec cette substance, des doublets d'un prix modéré et 
qui parfois peuvent être utiles. 

Je passerai sous silence les lentilles en cristal déroche, en tour- 
maline, etc. , parce qu'elles ne me paraissent pas mériter une 
mention spéciale et que l'expérience les a fait abandonner complè- 
tement, même par leurs inventeurs. 

En définitive, nous poserons une seule question qui nous paraît 
devoir terminer le conflit entre les pierres précieuses et le verre. 
A-t-on jamais vu, à l'aide des pierres précieuses, quelqu'objet 
que l'on n'ait pu voir aussi distinctement avec nos doublets? — 
Non. — Dès-lors toute discussion devient inutile. 

Laissons là les pierres fines et suivons la voie qui nous con- 
duira jusqu'à l'époque actuelle. 

Wollaston, dont il faut toujours citer le nom quand il s'agit 
d'idées ingénieuses et de perfectionnemens utiles, fut le premier 
à faire exécuter des lentilles composées de plusieurs verres, pour 
remédier aux imperfections du microscope simple. 



56 

Il est vrai de dire, qu'à une époque antérieure, on avait déjà 
conçu la possibilité de cette combinaison (1), mais les auteurs qui 
en ont parlé, paraissaient ignorer complètement ses principaux 
avantages. 

Dans les bulletins de la société d'encouragement (février 1837), 
M. Francœur nous apprend qu'il fesait usage de lentilles sem- 
blables depuis trente ans et qu'il fut surpris de voir attribuer cette 
invention au physicien anglais. 

Quoi qu'il en soit, on peut lire dans les Transactions Philoso- 
phiques ( année 1812, page 375 ), les raisons qui portèrent Wol- 
laston à construire son doublet périscopique. Nous les donnons ici 
d'une manière succincte. 

1° La lumière est insuffisante dans les lentilles à forts grossis- 
semens, à moins que l'on ne donne au diaphragme une large ou- 
verture pour obvier à ce défaut ; 

2° Si l'objet est d'une certaine étendue, l'aberration de sphéri- 
cité s'oppose à ce que l'on voie distinctement toutes ses parties ; 

3° Ce n'est qu'en rétrécissant beaucoup l'ouverture du dia- 
phragme , que l'on parvient à se servir d'une pareille lentille ; 
tout en détruisant l'aberration , ce moyen limite nécessairement 
le champ de vue et s'oppose à ce qu'une quantité suffisante de 
rayons lumineux arrive à l'œil. 

Wollaston fit construire son doublet périscopique composé de 
deux lentilles piano-convexes de même courbure , opposées par 
leur côté plan et séparées par un diaphragme dont l'ouverture 
centrale ne donnait passage qu'aux rayons perpendiculaires aux 
surfaces courbes de la lentille. Le diamètre de cette ouverture de- 
vait être égal au cinquième de la longueur focale du doublet. La 
fig. 31, pi. l re , représente la disposition des verres et la marche 
des rayons. 

(1) Voir les Recherches historiques. 



57 

Mais celte lentille composée de deux verres piano-convexes , ne 
formait pas une sphère complète et par conséquent , les rayons 
qui la traversaient ne se réunissaient pas tous au même foyer. 
Wollaston avait encore signalé la perte de lumière déterminée 
par la pluralité des surfaces qu'il fallait traverser. 

Pour perfectionner ce doublet , le docteur Brewster proposa 
plusieurs sphères; les unes, composées de deux lentilles réunies 
par leur centre, au moyen d'un tube rempli d'un liquide possé- 
dant le même pouvoir réfringent que le verre , ou même , 
d'une petite pièce de verre de même forme que le tube; fig. 32, 
pi. l re ; les autres, séparées par des plaques de verre et un dia- 
phragme intermédiaire aux plaques ou aux surfaces planes des 
lentilles; enfin le docteur anglais construisit la sphère rodée 
d'une seule pièce, fig. 33, qui, légèrement modifiée par M. Cod- 
dington , porte le nom de lentille œil d'oiseau, fig. 34. 

Mon père construisit en France, les premières lentilles œil 
d'oiseau , qu'il nomma coniopsides et fit l'application du même 
principe aux oculaires de lunette, mais, M. Francœur(l), signala 
plusieurs inconvéniens attachés à cette construction et entre autres, 
la difficulté d'exécution, le prix élevé, l'affaiblissement delà 
lumière qui avait à traverser une grande masse de verre, etc. 
Néanmoins, nous construisons toujours des lentilles de Coddington, 
fixées dans une monture qui permet de les tenir à la main. Dans 
quelque position qu'on les place, l'axe visuel passe toujours par 
le centre de la sphère et cette circonstance les rend d'un usage 
excessivement facile. Ces petites loupes peuvent être employées 
avec avantage par les naturalistes. 

Il ne nous paraît pas nécessaire de décrire les lentilles dites 
sans aberrations et le doublet pèriscopique du célèbre John Hers- 
chel; ces combinaisons ne sont pas ordinairement employées. 

(l) Bulletins de ta Société d' encouragement , février 1837. 



58 

Nous arrivons enfin au perfectionnement le plus réel subi par 
cet instrument. 

Ainsi que nous l'avons dit, Wollaston avait déjà fait des ten- 
tatives dans le but de perfectionner le microscope simple, mais l'es- 
prit positif et consciencieux de cet illustre physicien, ne pouvait 
se contenter d'un essai qui n'avait pas rempli le but qu'il se pro- 
posait. Il fît de nouvelles recherches et un mois avant sa mort, 
le 27 novembre 1828, atteint d'une affection cérébrale qui le 
conduisit au tombeau, il publia son Mémoire sur le doublet mi- 
croscopique dont nous allons nous occuper. Ce fut son dernier 
legs scientifique, son dernier mot d'adieu à la science!.... 

Citons textuellement : 

« L'examen de l'oculaire des télescopes astronomiques d'Huy- 
gens, me fit soupçonner qu'une combinaison semblable, appliquée 
dans un sens inverse au microscope, pourrait également avoir l'avan- 
tage de corriger les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité. » 

Wollaston ajoute, « que son doublet , ressemble assez bien à 
» deux dés à coudre ajustés l'un dans l'autre, au moyen d'une 
» vis et perforés à leurs extrémités. Au moyen de cette disposi- 
» tion, les surfaces planes des deux lentilles piano-convexes, per- 
» mettent de les ajuster facilement dans le même axe et la vis 
» fournit les moyens de varier leur écartement, de manière à leur 
» faire produire le meilleur effet possible. » 

» D'après mes expériences, je suis porté à croire, que la meil- 
» leure proportion entre les foyers des lentilles, doit être de 3 
» à i et que leur réunion produira l'effet le plus satisfesant , 
» lorsque la distance des deux surfaces planes sera environ 
» de 1, 4/10 du foyer le plus court. » 

Dans notre chapitre Eclairage, nous reviendrons sur l'appa- 
reil de Wollaston ; pour le moment, ce qui nous importe, c'est de 
bien décrire son doublet. 

La fig. 35, pi. l: re , nous représente cet appareil. A est le dé ou la 



59 

monture qui contient la plus grande lentille , B est le dé infé- 
rieur muni de la lentille la plus forte. 

La monture inférieure B, présente un épaulement C qui la re- 
tient dans l'anneau du porte-lentille. Cet ajustage est, d'après 
Wollaston , bien préférable à une vis et permet de changer les 
doublets plus facilement. 

La coupe des deux lentilles isolées, est représentée en AB, fîg. 36. 

ce Avant de terminer, dit Wollaston, je ferai remarquer un 
» grand avantage qui m'a confirmé dans le choix que j'ai fait des 
» lentilles piano-convexes convenablement disposées ; je veux par- 
» 1er de la direction du côté plan vers l'objet , car si la lentille tou- 
» che au liquide que l'on examine, la vision ne sera pas empêchée , 
» mais au contraire favorisée par le contact des deux milieux; tan- 
» dis qu'en employant une lentille bi-convexe, un pareil accident 
» (qui n'est pas rare avec les verres à court foyer), forcerait de 
» suspendre l'expérience jusqu'à ce que la lentille ait été enlevée, 
» nettoyée et remise en place. » 

On ne nous accusera sans doute pas de présomption, si nous 
disons, que cette ingénieuse lentille avait pourtant ses défauts 
et pour ne nous attacher qu'au plus important, nous ferons remar- 
quer, que l'épaisseur du doublet de Wollaston, nécessitée par l'é- 
loignement des lentilles, était un véritable obstacle lorsqu'il s'agis- 
sait de disséquer sur le porte-objet, car le foyer se trouvait telle- 
ment rapproché des lentilles, qu'il devenait impossible de faire 
agir les instrumens de dissection et surtout d'employer de forts 
grossissemens. C'étaient là de graves défauts, compensés à peine 
par l'absence presque complète d'aberrations. 

Néanmoins , frappé d'un perfectionnement aussi remarquable , 
je me hâtai de construire le microscope de Wollaston avec toute 
l'exactitude qu'il me fut possible d'apporter à ce travail et bien- 
tôt, je pus le mettre sous les yeux de MM. Audoin, Brongniart, de 
Mirbel, Brcschet, Le Baillif et Baron Séguier. 



60 

Ces messieurs s'accordèrent tous à reconnaître, que les prévi- 
sions de Wollaston étaient fondées, que l'instrument produisait 
des effets remarquables , mais ce fut avec la même unanimité, 
qu'ils signalèrent les défauts dont j'ai déjà parlé. 

L'écartement des verres, dans le doublet de Wollaston, n'était 
destiné qu'à produire l'achromatisme; je pus me convaincre, que 
cette condition n'était pas d'une grande importance pour le mi- 
croscope simple; l'aberration de sphéricité seule, me parut être le 
point capital. 

Je réussis enfin à terminer le doublet que je vais décrire- et qui 
est aujourd'hui généralement adopté par les savans les plus dis- 
tingués. 

Il se compose de deux verres piano-convexes de foyers égaux, 
A, B, fig. 37 et 38, pi. l re ; l'un très large B, placé du côté de l'ob- 
jet, l'autre plus petit et supérieur A. Leurs faces planes sont tou- 
tes deux tournées vers l'objet. Entre ces deux lentilles serties sé- 
parément dans leurs montures a, b, j'ai placé un diaphragme d 
dont l'ouverture o varie suivant le foyer du doublet* De cette ma- 
nière, la lentille est beaucoup moins épaisse et plus lumineuse 
que celle de Wollaston. Je dois ajouter, qu'elle présente un im- 
mense avantage, puisqu'elle permet de conserver entre elle et le 
porte-objet, un espace très suffisant pour faire agir commodément 
les instrumens de dissection. 

Un autre avantage qu'on ne contestera sans doute pas à mon 
doublet , c'est qu'il peut se démonter lorsqu'il est nécessaire 
de nettoyer les verres et qu'en revissant les différentes pièces 
dont il se compose, elles se trouvent toujours parfaitement cen- 
trées. 

Souvent même, on peut désirer un très faible grossissement que 
l'on obtient avec la plus grande facilité, en n'employant que la 
moitié du doublet. 

Mes efforts ont été amplement récompensés par le succès que 



61 
j'ai obtenu, l'approbation des savant et le témoignage flatteur de 
la Société d'Encouragement (1). 

Notre microscope simple perfectionné, fig. 2, pi. 3, est ren- 
fermé dans la boîte X sur laquelle on le visse, lorsqu'on veut ob- 
server. 

TT, tige carrée creusée carrément pour recevoir la seconde 
tige G, dont la face postérieure porte une crémaillère et qui se 
meut au moyen du bouton à pignon R. 

Nous avons rendu la partie optique mobile, parce que le mi- 
croscope simple est particulièrement destiné aux recherches et 
aux dissections anatomiques et qu'il faut conserver à la platine 
la plus grande solidité, pour que les mains trouvent un point d'ap- 
pui immobile qui leur permette de faire agir les instrumens de 
dissection, sans déranger l'objet du foyer, ce qui arriverait ifailn- 
liblement par suite de la pression exercée sur une platine mobile. 

Au sommet de la tige G, est ajusté à angle droit le bras a, ter- 
miné par un anneau A qui porte les doublets. 

L'ancienne méthode qui consistait à visser les amplificateurs, 
avait plusieurs inconvéniens ; nos doublets entrent à frottement 
dans l'anneau. 

P, platine large et percée à son centre, d'une ouverture circu- 
laire. 

D, diaphragme variable qui peut être enlevé à volonté. 

M, Miroir qui glisse à frottement sur la tige T, au moyen de la 
boîte B. 

La figure 3, représente le microscope anatomique de M. Le 
Baillif. 

La tige T, est solidement fixée à la table P. Cette table est 
large etpercée à son centre, d'une ouverture circulaire qui reçoit le 
tambour B également à jour en et couvert d'une plaque de verre. 

(1) Médaille d'or. 



62 
C C, sont deux colonnes ou pieds de la table, solidement fixés 
sur la boîte. 

M, miroir mobile sur cette dernière, au moyen du pivot V. 

La tige SA, se meut d'avant en arrière dans la boîte L, au moyen 
du pignon S ; cette boîte peut elle-même exécuter un mouve- 
ment horizontal sur la tige G. Cette disposition permet de par- 
courir en tout sens une surface, de retrouver facilement les parties 
déjà disséquées et de poursuivre son travail sans déranger la 
préparation. On enlève ad libitum le tambour B. 

Pour se servir du microscope simple, il faut d'abord placer 
convenablement l'objet sur la table anatomique ou sur la platine. 
On trouvera au chapitre Préparation des objets , la manière de 
disposer un certain nombre de corps avant de les soumettre à l'in- 
vestigation microscopique. Ces exemples suffiront pour guider les 
observateurs dans leurs premières tentatives, l'expérience fera 
le reste. 

L'objet placé sur la platine, on choisit un doublet d'un pou- 
voir amplifiant proportionné à la nature du corps à étudier ou 
bien, au genre de recherches que l'on veut entreprendre. Au 
reste , pour procéder suivant la meilleure méthode, il faut com- 
mencer par les plus faibles grossissemens qui donnent une idée 
exacte de l'ensemble, passer ensuite à de plus fortes lentilles, pour 
dévoiler successivement les moindres détails et enfin , employer 
alternativement ces difîérens amplificateurs. C'est ainsi que l'on 
parvient à une connaissance parfaite des divers corps de la na- 
ture, sans craindre les erreurs ou les illusions qui sont toujours le 
résultat d'une observation mal faite. 

Lorsqu'on a fait choix d'un doublet, on règle la distance focale 
au moyen de la crémaillère et on s'occupe de l'éclairage , ainsi 
que nous l'avons indiqué au chapitre 5. 

Pour les dissections, il faut appuyer les deux poignets sur la 



63 
table anatomique, de manière à faire agir librement les pointes , 
ciseaux, scalpels, etc. 

Nous terminerons ce chapitre, par la description d'un nouveau 
microscope simple qui peut être fort utile aux anatomistes. 

Lorsqu'il s'agit de faire des dissections minutieuses , il arrive 
parfois , qu'on est arrêté dans ses recherches, par l'impossibilité 
où l'on se trouve d'employer de forts grossissemens , car il n'y 
aurait plus assez d'espace entre la lentille et la platine, pour ad- 
mettre les instrumens de dissection. 

J'ai donc imaginé, en 1835, de placer au dessus du doublet, 
une lentille achromatique concave que j'avais construite en 1827 
et qui peut s'en éloigner ou s'en rapprocher à volonté ; l'effet de 
cette combinaison , est d'augmenter le grossissement et de recu- 
ler le foyer. Ainsi disposé, cet instrument sera le plus puissant de 
tous les microscopes simples et cependant, l'espace destiné au pas- 
sage des scalpels, pointes, etc. , sera plus considérable que si l'on 
fesait usage du doublet seul. Plus le verre concave sera éloigné 
de ce dernier, plus le grossissement sera fort; cette puissance sera 
également en raison directe de la concavité. 

Je ne sais si cette combinaison a été employée par nos prédéces- 
seurs ; je ne le pense pas et d'ailleurs, s'il en était ainsi, je ne la 
considérerais pas moins comme ma propriété, car elle me fut sug- 
gérée par le désir de faire disparaître les inconvéniens dont j'ai 
parlé plus haut et non par une réminiscence. 

Au moment de publier cet ouvrage , nous venons de reconnaître 
une application importante de ce dernier instrument. 

Plusieurs ophthalmologistes distingués nous avaient souvent 
demandé une loupe ou microscope simple assez puissant , pour 
examiner les yeux malades des personnes qui se confiaient à leurs 
soins. La difficulté n'était point de construire un microscope puis- 
sant, mais de le disposer de telle sorte, que le grossissement demeu- 
rant le même le foyer ne fût pas trop près de la lentille. En effet, 



64 
quand on place un corps trop près d'un œil, surtout lorsqu'il est 
malade , les paupières se ferment à l'instant et l'on est obligé de 
les maintenir ouvertes, soit avec les doigts, soit au moyen d'instru- 
mens appropriés ; mais cette violence, quelquefois très doulou- 
reuse, a encore pour effet d'irriter l'œil et d'augmenter sa disposi- 
tion à la mobilité et la difficulté de suivre ses mouvemens. 

On évite ces inconvéniens avec notre nouveau microscope et 
déjà, nous avons reçu les remercîmens de plusieurs personnes qui 
en ont fait usage. 



«•«HiSWfNB 



CHAPITRE II 



MICROSCOPE SOLAIRE. MICROSCOPE AU GAZ, ETC. 

Au microscope simple, nous ferons succéder le microscope so- 
laire qui n'est autre chose que le premier de ces instrumens dis- 
posé de manière à se prêter à un autre mode d'éclairage et à 
produire d'autres effets. 

Ce fut en 1738 que J. Nathanael Lieberkuhn célèbre anato- 
miste de Berlin, publia la description de ce nouvel instrument 
qu'il venait d'inventer. Il était composé d'une lentille puissante 
destinée à condenser les rayons solaires sur l'objet et d'un mi- 
croscope simple. Il n'avait pas de miroir réflecteur et ne pouvait 
servir que durant une faible partie de la journée, en d'autres ter- 
mes, tant que la lentille condensatrice pouvait être dirigée vers le 
soleil. 

Dans cet état, ce microscope était fort imparfait et cependant 
ses effets merveilleux attirèrent l'attention générale. 

Pendant l'hiver de l'année 1739, Lieberkuhn le fît voir à 
plusieurs membres de la société royale de Londres. Parmi les op- 
ticiens qui vinrent assister à ses expériences, se trouvait Guff qui 
se mit de suite à l'œuvre pour perfectionner la découverte. Il 
construisit bientôt un appareil composé d'un tube, d'un réflec- 
teur, d'une lentille convexe destinée à condenser les rayons et 
enfin du microscope simple de Wilson. Le miroir réflecteur 
était mobile comme celui que nous employons actuellement. 



m 

Stimulé sans doute par cette importante amélioration , Lieber- 
kuhn voulut aussi perfectionner son œuvre et par une nouvelle 
combinaison, le microscope solaire devint applicable aux objets 
opaques ; mais le procédé employé par l'auteur n'est pas venu jus- 
qu'à nous. iEpinus qui fît de nombreuses recherches pour le décou- 
vrir, fut conduit à modifier avantageusement la disposition de l'ap- 
pareil. Néanmoins, son miroir réflecteur avait de trop petites di- 
mensions et l'éclairage était insuffisant. Ziehr et B. Martin s'oc- 
cupèrent du même sujet, et Martin parvint enfin à construire en 
1774, un microscope qui donnait une représentation claire et exacte 
des objets opaques. 

Ce dernier instrument ne nous occupera pas davantage ; mal- 
gré toutes ces modifications , il ne produit que des résultats im- 
parfaits et la science ne saurait actuellement en retirer aucune 
utilité. 

Baker et Adams le père ne furent pas les derniers à s'occuper 
de cette belle découverte et leurs ouvrages augmentèrent encore 
son importance. Le second de ces auteurs avait donné en 1771, un 
nouveau procédé pour réunir le microscope solaire à la chambre 
obscure ; il indiqua en même temps la manière de l'employer le 
soir en l'éclairant avec une lampe. C'est à ce dernier instrument 
qu'il donna le nom de microscope lucernal (1). 

Mais il appartenait encore à B. Martin d'ouvrir la plus belle 
voie de perfectionnement en proposant d'appliquer des lentilles 
achromatiques au microscope solaire. Il paraît probable que cet 
instrument serait arrivé à cette époque, au point où il est parvenu 

(1) On trouve dans les Amusemens microscopiques de Ledermuîler, im- 
primés en 1768, la description d'un microscope solaire associé à une petite 
chambre obscure. Cet appareil, destine au dessin des objets microscopiques, 
était de l'invention du baron Gleichen. 

Dans le même ouvrage il est fait mention d'un instrument microscopi- 
que solaire vertical, inventé récemment à Leiosior. 



f>7 
de nos jours, si l'on avait connu nos moyens de fabrication et la 
nouvelle disposition que l'on donne aux lentilles. 

Dans son cours de physique , Mussenbroek rapporte que le cé- 
lèbre Euler remplaça par un réflecteur métallique, le miroir en 
verre dont la double réflexion lui parut nuisible. En 1812, le 
docteur Brewster appliqua ses combinaisons fluides à l'achroma- 
tisme des lentilles du microscope solaire. Enfin, guidé sans doute 
par les travaux d' Adams , le docteur Goring modifia l'instrument 
et l'associa comme son prédécesseur, à la chambre obscure en 
perfectionnant l'appareil. 

En 1822, je terminai avec mon père, un microscope à calquer 
qui fut présenté à la société d'encouragement. Quelques années 
plus tard, MM. Percheron et Lefebvre me donnèrent la première 
idée d'un nouvel instrument que je construisis d'après leurs in- 
dications. Le mégagraphe auquel j'appliquai mes lentilles achro- 
matiques perfectionnées, est le plus commode et le moins cher 
de tous les appareils de ce genre. Les naturalistes l'emploient 
fréquemment pour dessiner des objets grossis depuis cinq, jusqu'à 
vingt-cinq fois et plus. On peut également obtenir des images de 
grandeur naturelle, au moyen d'une modification que j'ai fait su- 
bir au système optique. La lumière d'une lampe suffit pour éclai- 
rer parfaitement le mégagraphe. 

Après avoir parlé des progrès du microscope solaire, nous allons 
décrire celui que nous construisons aujourd'hui; nous indiquerons 
les modifications qui nous appartiennent , puis nous donnerons 
successivement la théorie de cet instrument et la méthode à suivre 
pour en obtenir les meilleurs résultats. 

AABB, fig. l re , pi. 3, plaque en bois ou panneau du volet, 
percé d'une ouverture circulaire qui doit être située exactement 
en face du tube T de l'instrument. 

aabù, plaque en cuivre iixée sur la précédente au moyen des 
petits boutons à vis cc\ 



68 
M, miroir plan réflecteur qui peut se mouvoir circulairement 
à l'aide du bouton C qui fait tourner le disque S au moyen d'un 
engrenage. 

G, second bouton qui imprime au réflecteur, un mouvement 
vertical. 

D, échancrure nécessaire pour que le disque S ne soit pas ar- 
rêté dans sa marche par le bouton C. 

Le mécanisme qui fait marcher le miroir est suffisant pour 
de petits appareils, mais les grands microscopes solaires, exigent 
plus de solidité, c'est ce qui nous a engagé à placer une roue 
d'engrenage sur le côté de l'appareil; cette modification donne 
au mouvement vertical toute l'exactitude désirable et l'appareil 
est moins sujet à se fatiguer. 

T est un tube conique qui porte à son extrémité évasée, le grand 
verre condensateur. Le sommet du cône est terminé par un tube 
à parois parallèles T', qui reçoit un autre tube t dont l'extrémité 
est garnie près du porte-objet d'un second verre condensateur 
que nous nommerons verre de focus. 

Signalons ici une seconde modification. 

Nous avons rendu cette dernière lentille mobile au moyen de 
la crémaillère à bouton E. On pourra donc changer le foyer de 
cette lentille ou en d'autres termes placer l'objet plus ou moins 
près de son foyer et cette circonstance est importante, car cer- 
tains objets exigent peu de lumière et d'ailleurs, il en est qui se- 
raient consumés ou altérés à l'instant même, s'ils étaient placés 
exactement au foyer des condensateurs. 

N représente la platine formée de deux plaques qui s'écartent 
et se rapprochent à volonté, au moyen de petits ressorts Héli- 
coïdes. Autrefois on ne pouvait placer qu'un certain nombre d'ob- 
jets dans le microscope; cette dernière disposition permet de sou- 
mettre à l'action de l'instrument tous les corps imaginables et 
notamment nos boîtes à parois parallèles transparentes. 



69 

Jusqu'à présent, nous n'avons parlé que de la , partie éclairante 
de l'appareil, passons au système amplificateur. 

H est une tige carrée que le bouton d'engrenage F fait glisser 
dans la boîte G. À son extrémité se trouve fixée à angle droit, la 
pièce I qui reçoit les trois lentilles' achromatiques K et dans 
certaines circonstances que nous indiquerons plus loin, la lentille 
concave L. Le mouvement lent produit par la vis de rappel dans 
notre microscope composé, nous a paru tellement indispensable 
que nous l'avons dernièrement appliqué au microscope solaire. 

A l'époque où nous parvînmes enfin à construire de bonnes 
lentilles achromatiques , nous pensâmes que leur application au 
microscope solaire serait une heureuse innovation. Bientôt il fut 
évident que notre prévision était juste. 

Aujourd'hui, tous nos microscopes solaires portent un objectif 
ou amplificateur disposé d'après les mêmes principes que celui 
de notre instrument composé et les résultats que l'on obtient 
au moyen de cette combinaison, sont de beaucoup supérieurs à 
tout ce qu'on pouvait espérer autrefois. 

Examinons actuellement la disposition des différais verres et la 
théorie du phénomène optique. 

M planche 2, fig. 4, est le miroir, C le grand condensateur, c 
le focus, L les trois lentilles achromatiques, A, la lentille concave 
également achromatique et P un prisme rectangulaire. 

RR' représentent les rayons solaires réfléchis en rr par le mi- 
roir M, réfractés par le condensateur G et enfin, par la lentille c 
qui les concentre sur l'objet o. Les rayons qui partent de l'objet, 
sont repris et réfractés de nouveau par les lentilles L et vont après 
s'être entre-croisés, former sur un écran placé au devant de l'in- 
strument, une image renversée de l'objet, d'autant plus grande que 
cet écran sera plus éloigné de l'objectif. 

Ceci nous conduit naturellement à parler de la lentille plano- 
roncave A. On a déjà vu dans le chapilre 1 er que nous avions aug- 



70 
mente le pouvoir amplifiant du microscope simple en y ajoutant 
une lentille concave achromatique; la même disposition nous a 
semblé applicable au microscope solaire et voici pourquoi. 

Il arrive fréquemment, que la chambre dans laquelle se font 
les expériences, n'est pas assez profonde et que l'amplification se 
trouve restreinte. Nous avions cru remarquer encore, que si on 
pouvait rapprocher l'écran tout en augmentant l'amplification, on 
obtiendrait une image plus claire que dans le cas où le même 
grossissement était le résultat de la méthode ordinaire. Ces ré- 
flexions nous conduisirent à placer la lentille A devant l'objectif 
et l'on concevra facilement le résultat par l'inspection de la 
figure. En effet, la plus grande divergence des rayons BB' aura 
pour conséquence nécessaire, la production d'une image plus grande 
que si elle était formée par la prolongation des rayons bb' in- 
terceptés à la même distance. Le verre concave peut être sup- 
primé à volonté, suivant les effets que l'on veut obtenir. 

Quant au prisme P, nous en fesons usage pour reporter l'i- 
mage sur une table, sur le parquet ou le plafond. Il pourrait en- 
core se faire que le mur situé vis-à-vis de la croisée, présentât 
des accidens qui s'opposeraient à la reproduction des images ; 
on peut dans ce cas, diriger les rayons vers une muraille latérale, 
en donnant au prisme une position convenable. 

Pour employer ce microscope, il faut d'abord rendre la chambre 
complètement obscure, ce que l'on obtient facilement au moyen 
de volets bien j oints . 

Quant à la situation de la fenêtre, elle doit être telle, que les 
rayons solaires puissent y arriver sans obstacle. On fait ensuite 
adapter à la partie moyenne d'un des volets, la plaque AABB, pi. 3, 
ou bien on fait pratiquer une ouverture circulaire dans l'un des 
panneaux sur lequel on fixe la plaque en cuivre aa, bb, au moyen 
des vis ce . 

Lorsque l'appareil est mis en place, le miroir M se trouve en de- 



71 

hors de la chambre ainsi que le grand verre condensateur qui de- 
vient la seule voie ouverte aux rayons lumineux. On enlève alors 
le porte-objectif I et l'on cherche à former sur l'écran, un disque 
lumineux bien net et parfaitement clair. Pour y parvenir, on fait 
mouvoir le réflecteur M en tournant peu à peu et successivement 
les boutons C et C jusqu'à ce que le miroir reçoive directement 
les rayons solaires et les réfléchisse sur le condensateur. Puis, 
en fesant glisser le tube de focus t, on parvient à obtenir un champ 
parfaitement net. En hiver le soleil s'élève si peu au dessus de 
l'horizon, que ses rayons viennent frapper la fenêtre en suivant 
une direction presque horizontale ; il devient alors très difficile 
de les recevoir sur le réflecteur ou plutôt de les réfléchir sur la 
grande lentille. Mais si la situation de la croisée est telle que les 
rayons puissent arriver obliquement par la droite ou la gauche., on 
pourra former un beau disque, même pendant le mois de dé- 
cembre. 

Après avoir terminé ces manœuvres préparatoires, on remet le 
porte-objectif en place et glissant un objet entre les deux plaques 
Je la platine, on cherche le foyer en tournant le bouton F. 

Si l'objet à examiner est très transparent, délicat, liquide, vi- 
vant, etc. , il faudra faire varier le focus de manière à ce que le 
sommet du faisceau lumineux ne tombe pas directement sur l'objet 
et qu'il s'en éloigne plus ou moins suivant sa nature, car très trans- 
parent, cet objet serait noyé dans la lumière et la plupart des 
détails seraient perdus pour l'observateur ; délicat ou très com- 
bustible, il serait bientôt réduit en cendres ; l'évaporation rapide 
amènerait promptement la dessication des corps liquides , et la 
mort qui frapperait l'être vivant, arrêterait à l'instant même ces 
beaux phénomènes de locomotion et de circulation qui forment 
l'un des plus admirables spectacles promis à l'observateur. On 
peut encore modifier l'éclairage, en fesant glisser le tube t dans 
le tube T. 



72 

Disons quelques mots de l'écran. On sait déjà que l'amplification 
dépend, non seulement de la puissance des lentilles, mais encore 
de la distance à laquelle on place l'écran. Il serait donc difficile 
d'assigner une limite au grossissement du microscope solaire, si la 
lumière conservait toujours la même intensité. Malheureusement, 
il n'en est pas ainsi. Plus on éloigne l'écran, moins la lumière est 
vive, moins l'image est nette. 

On peut varier la manière de construire l'écran. Tantôt on fait 
tendre sur un châssis , une ou plusieurs feuilles de papier fin et 
uni , que l'on remplace quelquefois par le papier végétal ; tantôt on 
reçoit l'image sur une glace dépolie ou sur de la percale tendue et 
enduite de cire vierge , enfin on peut se servir tout simplement 
de la muraille, pourvu qu'elle soit bien blanche et parfaitement 
plane. Cependant, ce dernier moyen ne peut être employé lorsqu'on 
veut dessiner les objets, car si on se place devant l'écran, on in- 
tercepte les rayons et l'image disparaît. On a donc imaginé de se 
placer derrière le papier dont la transparence permet de voir l'objet 
aussi bien que si l'on était placé en avant. Toutefois, une glace 
nous paraît être le meilleur écran, lorsqu'on veut dessiner les ob- 
jets ; elle présente un plan solide sur lequel on peut tendre 
du papier végétal, tandis que le papier ou la toile cèdent toujours à 
la pression de la main, quelque bien tendus qu'ils soient sur le 
châssis. Ces variations en amèneront dans la position de l'image 
et il sera impossible d'obtenir un résultat satisfesant. 

Quand l'instrument est bien disposé, que l'image est bien nette, 
il reste encore à remplir une condition importante. Les mouve- 
mens de la terre empêcheront nécessairement les rayons so- 
laires de tomber toujours sur le même point. Le phénomène 
est trop connu pour qu'il soit nécessaire de s'y arrêter. Il faut 
donc que le miroir aille au devant des rayons qui l'abandon- 
nent, ou bien, ils ne seront plus réfléchis perpendiculairement sur 
le condensateur et bientôt l'instrument ne pourra plus fonction- 



73 

ner. Les deux boutons C et C nous fournissent les moyens de 
maîtriser les variations de la lumière ; en surveillant l'appareil 
avec soin, on pourra prolonger les expériences jusqu'au moment 
où le soleil sera trop peu élevé au dessus de l'horizon. 

Avons-nous besoin d'ajouter, qu'on peut changer les séries de 
lentilles comme dans le microscope composé. Si l'on ne veut ob- 
tenir que de faibles grossissemens, on diminue le nombre des 
verres, si au contraire on veut forcer l'amplification, on rem- 
place les numéros faibles par les fortes combinaisons. 

Les effets du microscope solaire sont si remarquables, que l'on 
ne se rend pas bien compte de l'espèce d'abandon où il est demeuré 
pendant ces dernières années ; il faut l'avoir comparé à nos mi- 
croscopes simple et universel, pour comprendre la supériorité de 
ces derniers lorsqu'il s'agit de recherches scientifiques. Dans an 
siècle où la science a repris tant d'empire sur les esprits élevés, un 
instrument destiné plutôt à satisfaire une curiosité passagère, qu'à 
augmenter nos connaissances , devait nécessairement perdre à la 
comparaison. Cependant, cet appareil peut être utile dans un cours; 
les autres microscopes ne peuvent satisfaire que la curiosité d'un 
seul individu à la fois , tandis que le premier déroule au même 
instant ses tableaux variés devant une assemblée nombreuse. 

Une ère nouvelle semble s'ouvrir pour ce curieux instrument 
et le mégascope. Messieurs Daguerre et Niepce ont reculé les li- 
mites de la physique , leur découverte admirable va rendre l'exis- 
tence à plus d'un appareil. Il faut des satellites à cet astre nais- 
sant, et bientôt, sans doute, nous verrons ces instrumens sortir 
de l'obscurité où ils végétaient, pour venir partager la gloire ré- 
servée à l'œuvre nouvelle. 

Le microscope solaire ne sera pas des derniers et déjà, M. Talbot 
a fait pressentir les résultats qu'on peut attendre d'une pareille 
association. îl faut espérer que cette merveilleuse production de 
l'esprit humain sera sous peu livrée à l'avidité du public ! 



74 

Le microscope au gaz n'est autre chose que l'appareil solaire 
éclairé par une lumière artificielle. La découverte de M. Drum- 
mond est certainement une belle chose, mais l'œuvre de l'homme 
porte toujours son cachet et doit s'incliner humblement devant 
l'œuvre de la nature. Le microscope solaire est animé par cette 
dernière, tandis que le microscope au gaz, est l'esclave d'une lueur 
bien pâle si nous la comparons à la lumière brillante qui éclaire 
le monde. 

M. Drummond destinait sa nouvelle lumière à l'éclairage des 
phares. M. Cooper de Londres ne tarda pas à reconnaître tout 
l'avantage qu'on pouvait en retirer, en la substituant aux rayons 
du soleil. Durant plusieurs mois de l'année, à certaines heures 
du jour , on ne peut faire usage du microscope solaire , car le 
principe qui l'anime n'est pas soumis à la volonté de l'homme. 

Mais aussitôt que la lumière Drummond eût manifesté sa puis- 
sance, l'appareil solaire défia les caprices des saisons et l'on put ad- 
mirer ses beaux phénomènes, mêmependantlanuitlaplus obscure. 

Cette belle lumière est produite par l'action des gaz hydrogène 
et oxygène, sur le carbonate de chaux. La plupart de nos lecteurs 
ont sans doute vu la brillante expérience de la combustion du fer 
dans l'oxigène ; le chalumeau de Clarke ou de Newmann est en- 
core un instrument que l'on troiwe dans tous les cabinets de phy- 
sique; l'appareil destiné à la production de la lumière Drum- 
mond , n'est autre chose que ce chalumeau d'où les gaz combinés 
jaillissent contre une boule ou un cylindre de carbonate de chaux. 
Mais le mélange des deux gaz , dans les proportions nécessaires à 
la formation de l'eau , donne naissance à un composé détonnant , 
ainsi qu'on peut s'en assurer avec le pistolet de Yolta. 

Il fallait donc construire un appareil qui produisît séparément 
les deux gaz et ne leur permît de se combiner qu'en petites quan- 
tités et dans les proportions voulues. 

Dans l'instrument que M. Warwick apporta en France, le mé- 



75 

lange des gaz s'opérait presque aussitôt après leur formation et 
le réservoir commun contenait une trop grande quantité de gaz 
détonnant. 

Quelques toiles métalliques étaient les seuls obstacles oppo- 
sés à la communication de la flamme avec le gaz renfermé dans 
l'appareil ; en un mot , c'était une espèce de machine infer- 
nale dont plusieurs personnes firent usage , dans l'ignorance où 
elles étaient du danger qui les menaçait à chaque instant. 

La réputation dont le microscope au gaz jouissait en Angleterre, 
avait précédé son importation en France. Nous étions en arrière, 
il était de notre devoir de chercher à reproduire l'instrument. 
M. Galy-Cazalat , professeur de physique, voulut bien nous as- 
socier à ses travaux, mais bientôt, nous reconnûmes avec lui, tout 
le danger inhérent à la construction anglaise et peu s'en fallut que 
nous ne fussions les premières victimes. 

C'était un appareil à refaire, presque une nouvelle création. 
Des expériences répétées et souvent dangereuses pouvaient seules 
nous conduire au but , néanmoins il fallait y parvenir et notre 
persévérance ne tarda pas à être récompensée. Aujourd'hui nous 
pouvons dire, que si le microscope au gaz est d'origine anglaise, 
il peut, à bon droit, réclamer sa naturalisation en France. 

Voici , en peu de mots , la description de notre appareil : 

Chaque gaz est renfermé dans un réservoir séparé. La pression 
exercée par une colonne d'eau, les force à s'échapper toujours sé- 
parément, par deux tubes qui viennent plonger au fond d'un 
vase très-profond et presque entièrement plein d'eau. En se dé- 
gageant , les gaz montent à la surface du liquide où ils se combi- 
nent en très-petite quantité. L'orifice de ce premier vase de sûreté 
est fermé par un bouchon en liège qui serait bientôt chassé avec 
violence, s'il arrivait que le gaz vînt à détonner. Un tube adapté 
à ce vase , conduit le mélange détonnant dans une éprouvette 
également pleine d'eau et fermée par un autre bouchon. Un der- 



76 
nier conduit donne passage à la petite quantité de gaz développée 
à la partie supérieure de cette éprouve tte de sûreté. Mais avant 
d'arriver à l'extrémité du chalumeau , il faut encore que le fluide 
traverse un tube de sûreté à peu près semblable à celui de Davy 
ou de Hemming, garni à l'intérieur de 400 toiles métalliques très- 
fines et superposées. Les quatre becs du chalumeau sont en pla- 
tine et percés de très petits orifices. 

Lorsque les gaz chassés par la pression du liquide, s'échappent 
par les quatre becs, ils viennent frapper sur un cylindre de carbo- 
nate de chaux maintenu en contact avec les petits orifices ; si l'on 
enflamme le mélange, la chaux devient incandescente et bientôt, 
animée par le gaz oxyhydrogène , produit une lumière tellement 
vive , que l'on a peine à en supporter l'éclat. 

Les rayons lumineux sont réfléchis sur le verre condensateur 
par un réflecteur parabolique placé devant la lumière et derrière 
une cloison qui sépare la chambre en deux parties. La première 
renferme l'appareil éclairant ; le microscope également fixé à la 
cloison , se trouve dans la seconde. 

Cet examen rapide suffit pour donner une idée générale du ga- 
zomètre. 

11 est une autre application de cet appareil qui doit un jour, 
le rendre indispensable, surtout aux physiciens et aux chimistes. 
En supprimant le cylindre de carbonate de chaux , on obtiendra 
sur une plus grande échelle , le chalumeau de Newmann. Mais 
quelle puissance prodigieuse ! Le diamant se volatilise, le platine 
est fondu à l'instant même où ces corps sont soumis à la flamme. 
On n'avait encore étudié l'action du chalumeau que pendant quel- 
ques minutes; notre nouvel appareil peut agir pendant des heures 
ou même des journées entières. 

On ne saurait prévoir les résultats de ces expériences ; c'est 
une voie nouvelle que nous avons signalée aux savans depuis 1833. 
L'action prolongée de cette flamme énergique , doit faire éprou T 



77 
ver aux corps, des transformations inconnues et qui pourront ser- 
vir à expliquer certains mystères de la nature impénétrables jus- 
qu'à ce jour! 

Le microscope au gaz est utile pour la démonstration publi- 
que. Tous les corps soumis au microscope solaire, peuvent l'ê- 
tre également à cet appareil. Mais son prix élevé, l'emplacement 
qui lui est nécessaire et le temps qu'il faut sacrifier à la prépara- 
tion des gaz, sont autant de raisons qui militent en faveur du 
microscope solaire et le feront toujours préférer par les amateurs. 



CHAPITRE m. 



DU MICROSCOPE COMPOSÉ. 

Le microscope simple conduisit à la découverte du microscope 
composé. Nous avons déjà parlé des modifications , des phases 
que subit ce précieux instrument, nous ne devons nous occuper 
ici que du microscope tel qu'il est aujourd'hui. Nous indique- 
rons toutefois quelques particularités relatives à ses derniers 
progrès en prenant l'application de l'achromatisme pour point 
de départ. 

La manie du néologisme s'est étendue jusqu'aux instrumens 
qui nous occupent. Le mot microscope, aussi expressif que pos- 
sible , avait duré trop long-temps pour plaire encore aux nova- 
teurs. L'instrument jouait toujours le môme rôle, mais il avait 
subi des perfectionnemens et l'ancien nom ne pouvait convenir aux 
nouveaux appareils. Il fallait un second baptême, le docteur Go- 
ring fut le parrain et le microscope composé devint Yengyscope 
(de Éyçfw près et azovea voir). Cette dénomination était un em- 
prunt fait par le docteur anglais à ses prédécesseurs, pour dis- 
tinguer le microscope simple de l'instrument composé. 

Nous aimons à rappeler, que le docteur Goring a des titres 
plus solides à la reconnaissance des observateurs. Nous appré- 
cions ses travaux remarquables, nous profiterons souvent de son 
expérience, mais, routiniers que nous sommes, nous appellerons 
toujours un microscope un microscope. 

Le microscope composé est un instrument d'optique destiné 
comme le microscope simple à l'amplification des objets. Mais 



80 
avec ce dernier on obtient le résultat au moyen d'une seule lentille 
ou d'une combinaison de lentilles qui agit immédiatement sur les 
rayons lumineux, en d'autres termes , qui grossit les objets et 
transmet directement à l'œil l'image amplifiée , tandis que dans 
le microscope composé, l'image n'est perçue qu'après avoir subi 
une seconde amplification produite par un autre système de 
verres. 

Ces derniers prennent le nom d'oculaires, et sont dirigés vers 
l'œil , tandis que ceux qui produisent la première amplification, 
se nomment objectifs et sont tournés vers l'objet. 

Dans son rapport sur le microscope achromatique (Annales ries 
sciences naturelles. Novembre 1824), Fresnel donne une idée 
juste et succincte de l'instrument composé. 

«On sait, dit ce savant physicien, que les microscopes sont 
composés comme les télescopes , d'un objectif et d'un oculaire. 
Le premier sert à produire une image amplifiée de l'objet, dont les 
rayons sont ensuite reçus par l'oculaire qui la présente à l'œil en 
l'amplifiant comme une loupe au travers de laquelle on regarde- 
rait les caractères d'un livre. Les corps célestes et même terres- 
tres qu'on observe avec un télescope sont toujours infiniment plus 
éloignés de l'objectif que leur image ; c'est l'inverse dans les 
microscopes composés. L'objet est beaucoup plus près de l'ob- 
jectif que son image et voilà pourquoi celle-ci est, absolument 
parlant, plus grande que l'objet. Si, par exemple, la distance de 
l'image est dix fois plus grande que celle de l'objet, le diamètre 
de l'image sera dix fois plus grand que celui de l'objet. » 

Après avoir traversé l'objectif, les rayons sentre-croisent et c'est 
dans cette position qu'ils sont repris par l'oculaire; il arrive donc 
que l'objet paraît renversé et c'est là un des grands reproches que 
l'on adresse à cet instrument. Nous devons avouer que ce ren- 
versement pouvait entraver les dissections et même, les rendre 
presqu impossibles. 



81 

Cet obstacle n'existe plus, heureusement; nous indiquerons 
plus loin les procédés et les instrumens que nous avons imaginés 
pour le faire disparaître. On comprendra facilement que l'ampli- 
fication sera bien plus considérable dans le microscope composé 
que dans le simple; en effet dans l'un, on n'a qu'une puissance 
amplifiante tandis que dans l'autre, il y a double amplification. 

On a construit différentes espèces de microscopes composés. 
Le premier , qui est généralement usité aujourd'hui , porte le 
nom de dioptrique ou microscope de réfraction. Mais une modi- 
fication importante due au professeur Amici de Modène, en a 
fait un microscope de réfraction et de réflexion qu'il faut distinguer 
de l'instrument du même physicien , connu sous le nom de ca- 
tadiop trique. 

Pour éviter la confusion , nous appellerons le premier : dioptri- 
que à prisme. 

On nous reprochera peut-être, les répétitions qui se rencontrent 
dans ce chapitre, elles étaient inévitables. L'histoire spéciale de 
l'appareil composé et des tentatives que l'on fît pour achromatiser 
ses lentilles , devait nécessairement emprunter quelque chose à 
l'histoire générale des microscopes. 

DU MICROSCOPE COMPOSÉ DIOPTRIQUE. 

Nous commencerons par la théorie de ce microscope en prenant 
pour exemple, l'appareil le plus simple, composé seulement d'une 
lentille et d'un oculaire. 

Soit MN, pi. 2, fig. 5, un petit objet placé au foyer ou un peu 
plus loin que le foyer principal de l'objectif AB; les rayons lumi- 
neux réfractés par cette lentille iront former en m, n, une image de 
l'objet MN. La grandeur de l'image m,n, sera à MN comme la 
distance n,A, est à la distance AM. Si nous examinons cette image 
m, 71, déjà amplifiée, à travers un oculaire EF placé de manière à ce 

6 



82 
que m,n, se trouve à son foyer principal , nous ferons subir à cette 
image une nouvelle amplification, car l'œil placé en verra l'objet 
sous l'angle E,0,F bien plus grand que n,0,ra, et par conséquent 
bien plus grand encore que M,0,N. 

On peut avec les mêmes verres obtenir une plus forte amplifi- 
cation en augmentant la distance entre E,F, et A,B, mais cette 
disposition rétrécit le champ de vue et empêche de voir l'ensemble 
des objets soumis au microscope. On a donc placé entre l'image 
et l'objectif un troisième verre nommé verre de champ. Dans la 
figuœ 6, MN est l'objet et m,n, l'image que formeraient les rayons 
réfractés par GH suivant la direction Gn,Hm, et c'est cette image 
qui est amplifiée par l'oculaire EF. On a encore augmenté le 
champ de vue en donnant la forme piano-convexe aux verres EFGH. 

Ajoutons à cet appareil le prisme d'Àmici, et nous aurons, pi. 2, 
fig. 7, MN l'objet, AB la lentille achromatique et P le prisme dont 
la face P réfléchira les rayons dans la direction PO. Le reste de 
la théorie est absolument semblable à celle du microscope vertical. 

Il est une autre circonstance importante qui a conduit à con- 
struire le double oculaire dont nous venons de parler, c'est l'aber- 
ration chromatique. 

Ce fut au télescope que l'on fit la première application de ce 
système, aussi est-ce d'après l'oculaire de cet instrument que nous 
allons expliquer la théorie . 

SoitO, fig. 40, pi. l re , l'objectif achromatique d'un télescope, et 
E l'oculaire simple ; F sera le foyer de l'objectif et c'est en ce 
point que se formera une image renversée de l'objet. 

Le rayon de lumière blanc A, a, 6, réfracté par l'oculaire E sera 
décomposé de telle sorte que b, R sera la direction des rayons 
rouges et 6, Y celle des rayons violets ; l'angle V,/>,R sera pour 
le crownglass l/27 me de a,b,T{. Les rayons B,a,d , traversant la 
lentille en un point où ses surfaces sont moins inclinées l'une 
sur l'autre, éprouveront une réfraction moins forte et une dis- 



83 
persion qui suivra à peu près la môme proportion. Il en résulte 
que d,l sera la direction des rayons rouges et ,d,v celle des vio- 
lets; de cette manière les deux rayons violets seront à peu près 
parallèles lorsque les rayons rouges seront dans une semblable 
position respective. 

Il arrivera donc que ces rayons colorés ne se réuniront pas au 
fond de l'œil; l'objet paraîtra bordé de franges colorées et le bord 
d'une ligne noire vue sur un fond blanc, aura une frange orangée 
en dehors et une coloration bleue en dedans. Cette aberration 
augmentera à peu près dans la même proportion que l'angle vi- 
suel b\c\ donc, plus cet angle sera grand ou en d'autres termes 
plus l'amplification sera forte, plus la coloration sera manifeste. 

Voyons maintenant de quelle manière l'oculaire composé de 
deux verres piano-convexes parvient à détruire cette aberration. 
Fig. 41 , planche l re , représente l'oculaire négatif ou achromatique. 
AB est un pinceau de lumière blanche déjà réfracté par l'objec- 
tif, BF est un verre de champ piano-convexe dont le côté plan est 
tourné vers l'oculaire E. Les rayons rouges du pinceau AB après 
avoir été réfractés par BF, iraient s'entre-croiser en R et les 
violets en V; mais en traversant l'oculaire E, les rayons rouges 
seront réfractés en c,r, les violets en c,d, et ils s'entre-croiseront 
en se réunissant sur Taxe au point c, car le rayon violet étant 
plus près de Taxe de la lentille E, éprouvera une réfraction moins 
forte que le rayon rouge, et lorsque l'œil sera placé dans l'axe en c, 
il verra les objets exempts de coloration. On a fait des oculaires 
composés d'un plus ou moins grand nombre de verres, mais nous 
avons adopté la disposition indiquée ci-dessus, 

Le docteur Hooke en 1656, Eustachio Divin i en 1668 et Phi- 
lippe Bonnani en 1698, publièrent les descriptions de leurs mi- 
croscopes que nous citons particulièrement, parce qu'ils furent 
sans contredit les premiers appareils bien disposés pour certaines 
observations. Le dernier surtout décrit par P. Bonnani dans son 



84 
ouvrage intitulé : Observationes circa viventia, quœ in Rébus non 
vlventibus Reperiuntur, est remarquable sous plusieurs rapports. 
Composé de trois verres ; un oculaire, un verre de champ et un ob- 
jectif, ce microscope était placé horizontalement et la platine por- 
tait en arrière, un petit tube garni d 7 une lentille convexe à chaque 
extrémité , destiné à condenser la lumière sur l'objet. Une lampe 
complétait l'appareil mis en mouvement au moyen d'une crémail- 
lère (pi. 2, tig. 3). Au reste, tous les microscopes plus ou moins an- 
ciens dont on possède les descriptions , avaient beau réunir toutes 
les conditions qui rendent un instrument commode et d'un usage 
facile, ils péchaient toujours par la base , c'est-à-dire par la partie 
optique. Les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité étaient si 
apparentes, les procédés mis en usage pour remédier à ces défauts, 
rétrécissaient tellement le champ de vue, diminuaient la clarté ou 
remplissaient si imparfaitement le but, que le microscope com- 
posé, cet instrument aujourd'hui si précieux, fut rejeté par les sa- 
vans, abandonné aux curieux et pour ainsi dire aux enfans, comme 
un jouet agréable, mais aussi comme un appareil inutile à la science 
et plus propre à induire en erreur, qu'à augmenter la somme 
de nos connaissances. Ces défauts devenaient encore plus appa- 
rent par l'effet de l'oculaire qui, grossissant l'image de l'objet, 
fesait subir le même grossissement aux vices de la réfraction 
objective. 

Aussi, quant à l'instrument composé, ne doit-on dater l'ère mi- 
croscopique , que du jour où l'achromatisme fut heureusement 
mis à contribution et rendit aux savans le plus précieux de leurs 
moyens d'investigation. 

Le télescope, destiné à l'étude des phénomènes célestes , dut 
attirer spécialement l'attention des savans. Aujourd'hui que l'a- 
natomie, la physiologie, la chimie, etc., sont parvenues à un rang 
si élevé, à une époque où ces sciences mettent toutes les autres à 
contribution , le microscope reprend ses droits et lorsque d'un 



85 
côté, on place la science qui rétablit la santé et prolonge la vie, 
et de l'autre , les connaissances astronomiques si admirables du 
reste, on peut facilement prévoir de quel côté penchera la balance. 

Néanmoins le télescope fut achromatisé long-temps avant le mi- 
croscope. Les auteurs anglais rapportent qu'en 1729, deux ans 
après la mort de NeAvton, un savant d'Essex, M. Chester More 
Hall, fut conduit par l'étude de l'œil humain à la découverte de 
l'achromatisme et reconnut après beaucoup d'expériences , que 
deux espèces de verre combinées , réfractaient la lumière sans la 
décomposer. Vers 1733, il fit des objectifs achromatiques et deux 
de ses télescopes furent long-temps entre les mains de personnes 
qui ignoraient toute la valeur de ces instrumens. M. Hall mourut 
sans faire connaître son secret. 

Il est juste de rappeler, que Grégory avait en 1713, donné dans 
sa catoptrique, les premières idées de la combinaison des milieux 
de densités différentes. 

Probablement, la difficulté d'achromatiser de très petites len- 
tilles, dut contribuer en partie à éloigner les esprits d'une pareille 
tentative pour le microscope, cependant l'impulsion était donnée. 
Dollond construisit en 1757 des télescopes achromatiques parfaits, 
mais il ne fit pas l'application de ce système à ses microscopes qui 
furent long-temps très estimés. Ces instrumens ainsi que ceux du 
duc de Chaulnes, de Dellebare, d'Àdams, de Charles, etc., étaient 
plus ou moins remarquables par leur partie mécanique, mais l'ap- 
pareil optique était toujours défectueux et le microscope semblait 
réduit à ne jamais sortir de sa médiocrité. Toutefois , on remar- 
quait avec un sentiment de regret bien pardonnable et complète- 
ment évanoui au moment où nous écrivons , que l'Angleterre 
était plus laborieuse que nous et semblait avoir le monopole de 
la fabrication des meilleurs instrumens . 

Cependant, une lacune se fesait vivement sentir dans les re- 
cherches scientifiques; l'analyse réclamait impérieusement une 



86 
nouvelle puissance et les belles découvertes faites par les observa- 
teurs à l'aide du microscope simple, inspiraient un désir ardent de 
pouvoir utiliser la puissance énergique du microscope composé. 

De 1800 à 1810 Charles de l'Institut, avait fait des tentatives 
pour achromatiser de petites lentilles. On peut voir ces essais au 
Conservatoire des arts et métiers dans le cabinet de physique dont 
la direction est confiée à M, Pouillet , une des célébrités de notre 
époque. Au reste les lentilles de Charles n'étaient pas disposées de 
manière à être collées ni superposées et je ne pense pas qu'il eût 
été possible d'employer des verres dont le centrage et les cour- 
bures présentaient de si nombreuses imperfections. 

En 1812 le docteur Brewster proposa des lentilles achromati- 
ques composées de verres et de liquides de densités différentes. 
Mais ces lentilles curieuses sous le rapport scientifique, offrent 
tant d'inconvéniens dans la pratique, qu'il nous a paru suffisant 
de les indiquer sans nous y arrêter plus long-temps. 

Vers l'année 1816, Frauenhofer savant opticien de Munich, fa- 
briquait des objectifs de microscope à une seule lentille achroma- 
tique dont les deux verres n'étaient pas collés ensemble (1). 

Quoi qu'il en soit de toutes ces tentatives, la première idée de 
l'achromatisme appliqué aux objectifs du microscope, appartient 
incontestablement à Euler. Nous n'avons pas suivi rigoureusement 
l'ordre chronologique dans cet exposé, parce que nous tenions à 
isoler Euler des autres auteurs. L'ordre de succession est indiqué 
dans nos recherches historiques. 

Il existe un ouvrage assez rare publié à Saint-Pétersbourg en 
1774, sous le titre suivant : « Instruction détaillée pour porter les 
» lunettes de toutes les différentes espèces au plus haut degré de per- 
» fection, avec la description d'un microscope gui peut passer pour le 
» plus parfait dans son espèce , tirée de la théorie dioptrique de Léo- 

(1) Recherches historiques. 



87 
» nard Euler_, et mise à la portée des ouvriers par Nicolas Fuss. 

On y trouve une description de l'objectif du microscope dont 
voici la substance. 

« L'objectif sera composé de trois verres dont le premier et le 
troisième seront en crown-glass et le second en flint. La distance 
focale sera d'un demi-pouce, et l'ouverture de la lentille, d'un hui- 
tième de pouce. On donnera au verre qui compose la lentille, le 
moins d'épaisseur possible ; les deux lentilles de crown-glass seront 
bi-convexes et la moyenne bi-concave, etc. » 

En 1823 je travaillais encore avec mon père M. Vincent Cheva- 
lier, lorsque M. Selligue mécanicien, vint nous proposer de faire 
des objectifs achromatiques pour les microscopes, il nous fournit 
un dessin que je possède et d'après lequel il était difficile de con- 
struire un instrument ; néanmoins nous parvînmes à établir un 
microscope d'après ses indications ; mais il n'en fut point satisfait 
et il fallut six mois d'essais consécutifs , dispendieux et de modi- 
fications apportées au projet primitif, pour terminer enfin le pre- 
mier instrument. L'objectif était d'abord composé d'une seule len- 
tille, mais bientôt, on parvint à en superposer quatre, chacune de 
dix-huit lignes de foyer, six lignes de diamètre et deux lignes d'é- 
paisseur au centre. L'ouverture était d'une ligne. Elles pouvaient 
être employées réunies ou séparément. Nous livrâmes ce micros- 
cope à M. Selligue qui le présenta à l'Académie des sciences le 
5 avril 1824, et le 30 août suivant, Fresnel fît un rapport très favo- 
rable en signalant néanmoins plusieurs défauts. Dans ce rapport, il 
n'était nullement question des travaux que j'avais exécutés avec 
mon père ; Fresnel ignorait complètement notre collaboration avec 
M. Selligue. 

Nous abandonnâmes alors M. Selligue, tous nos frais et son mi- 
croscope imparfait. L'instrument dont nous venons de parler, avait 
on objectif composé de quatre lentilles composées elles-mêmes 
d'un verre piano-concave de fïint-glass et d'un autre bi-convexe 



88 
de crown-glass, réunis par leurs surfaces correspondantes. L'aber- 
ration chromatique était certainement bien diminuée, mais la face 
convexe de la lentille étant tournée vers l'objet, l'aberration de 
sphéricité était considérable, bien qu'on eût fait l'ouverture des len- 
tilles excessivement étroite, dans l'intention de corriger ce défaut. 
Frappé de tous ces graves inconvéniens, guidé par les travaux 
d'Euler, je fis des recherches qui me conduisirent à tourner le 
côté plan des lentilles vers l'objet et bientôt nous construisîmes 
des objectifs mieux achromatisés, d'un très petit diamètre et d'un 
foyer beaucoup plus court. 

Il faut remarquer que le collage des petites lentilles au moyen de 
la térébenthine ou du baume de Canada, est une idée qui nous ap- 
partient. Non seulement ce moyen empêche l'introduction de l'hu- 
midité entre les deux verres, mais encore il évite la déperdition 
de lumière occasionnée par les réflexions multiples que produisent 
les faces juxta-posées. 

En septembre 1824 nous fîmes la première lentille achroma- 
tique de quatre lignes de foyer, deux lignes de diamètre et une li- 
gne d'épaisseur au centre. Si l'on n'était parvenu à faire des len- 
tilles à court foyer et d'un très petit volume , il eût été impossible 
d'en superposer plusieurs et l'on n'aurait pu détruire l'aberration 
de sphéricité, comme on le fait aujourd'hui. Après avoir fait subir 
plusieurs modifications au microscope, nous le présentâmes le 
30 mars 1825 à la Société d'Encouragement. M. Hachette chargé 
' du rapport, observa que cet instrument était exempt de toute 
aberration sensible, et que, soit pour les objets opaques, soit pour 
les objets transparens, il présentait autant de netteté que les téles- 
copes achromatiques. 

De 1824 à 1825, M. Tulley, à l'instigation du docteur Goring, 
fît en Angleterre, le premier objectif achromatique dont le foyer 
était de 9/10 es de pouce et qu'il perfectionna par la suite. 

Nous reçûmes en 1826 une lettre du savant professeur Àmici, 



89 
dans laquelle il nous annonçait quelques nouveaux travaux du 
même genre (1). 

En 1815 ce physicien avait déjà fait des tentatives d'achroma- 
tisme, mais il les abandonna bientôt et ce ne fut qu'en 1824, après 
le rapport de Fresnel, qu'il reprit ses expériences et les pour- 
suivit avec un tel succès, qu'en 1827, il apporta à Paris son mi- 
croscope horizontal dont l'objectif était composé de trois lentilles 
superposées ayant chacune six lignes de foyer et une large ouver- 
ture. Son microscope avait en plus, des oculaires de rechange, 
condition précieuse pour varier les amplifications. Toutefois ses 
lentilles n'étaient point collées. Cet instrument excita une juste ad- 
miration dans le monde savant. Il est bon d'observer que le rap- 
port de Fresnel sur le microscope achromatique que j'avais con- 
struit avec mon père pour M. Selligue, fut la cause première de 
tous les travaux qu'on exécuta depuis cette époque. Pendant le sé- 
jour de M. Amici à Paris, nous exposâmes au Louvre un micros- 
cope horizontal construit sur le modèle et d'après les avis de ce 
physicien ; le jury nous décerna la médaille d'argent sur le rap- 
port de M. Arago qui déclara que l'instrument était parfaitement 
exécuté. Depuis lors, plusieurs objectifs furent construits par 
MM. Tulley, Amici, mon père et moi et devinrent les sujets des 
observations et des mémoires intéressans de messieurs Amici, Go- 
ring, Lister et Le Baillif, qui contribuèrent si efficacement au 
perfectionnement des microscopes achromatiques. 

Je viens de nommer M. Le Baillif. Cet amateur éclairé des 
sciences ne refusa jamais aux artistes ses conseils et ses encoura- 
gemens. Plus que tout autre, je fus à même, d'apprécier cette affa- 
bilité qui ne se démentait en aucune occasion, car il me témoignait 
une affection particulière. De bonne heure il m'initia aux secrets de 
la science microscopique à laquelle il avait consacré la plus grande 

(1) Voir les notes. 



90 
partie de sa vie. Lors de mes tentatives d'achromatisme, je lui 
portais chaque jour le résultat de mes travaux et ce patient obser- 
vateur ne recula jamais devant les nombreuses épreuves compa- 
ratives qui seules pouvaient faire reconnaître le progrès. 

M. Le Baillif fut mon premier guide et m'inspira le désir de 
perfectionner les instrumens; si mes intérêts matériels en ont 
souffert, le suffrage et l'amitié des savans ont été pour moi de pré- 
cieuses compensations. 

Ce peu de lignes consacrées à la reconnaissance, n'expriment 
qu'une faible partie de mes sentimens. Plus loin, je reparlerai de 
M. Le Baillif dont malheureusement il ne nous reste plus qu'un 
souvenir. 

En 1833, je séparai mon établissement de celui de mon père. 
Je fis construire dans mes ateliers, tous les instrumens de physique 
et spécialement mes nouveaux microscopes. 

De nombreux changemens apportés à la partie mécanique de 
cet appareil, me permirent de lui donner justement, le nom de 
microscope universel. De jour en jour, les objectifs subirent des 
perfectionnemens et j'obtiens aujourd'hui les plus fortes amplifi- 
cations , au moyen de trois lentilles superposées ainsi qu'on le 
voit, fîg. 42, pi. l re . La fîg. 43 représente les deux verres qui 
composent chaque lentille. A , verre bi-convexe en crown-glass , B 
verre piano-concave en flint. 

Une pièce accessoire que j'ai imaginée fournit les moyens de 
redresser l'image quand on se livre aux dissections microscopi- 
ques, et détruit complètement la principale objection des adver- 
saires du microscope composé. 

Le premier de ces microscopes , admis à l'exposition des pro- 
duits de l'industrie en 1834, était destiné au collège de France 
et fut construit à la demande de M. Savart. Dans leur rapport (1), 

(1) Voir les notes. 



91 
MM. Séguier, Savart et Pouillet le déclarèrent supérieur à celui 
d'Amici. Conformément à leurs conclusions, le jury m'accorda la 
médaille d'or. 

Dernièrement, l'Académie des Sciences vient de faire l'acquisi- 
tion d'un instrument semblable pour son cabinet ; cette préférence 
et les noms des savans distingués qui font usage de mon micros- 
cope, suffiront pour marquer la place qu'il occupe aujourd'hui. 

Dans l'état actuel, quels sont les avantages que présente cet 
instrument? 

D'abord, nous signalerons la position horizontale. Lorsqu'on a 
besoin de faire des observations prolongées avec le microscope 
vertical, on ne tarde pas à sentir un engourdissement douloureux 
dans les muscles postérieurs du cou, on est obligé de suspendre 
fréquemment l'expérience et chaque fois la douleur revient avec 
plus de rapidité. La position de l'œil est la plus désavantageuse 
pour les observations microscopiques; en effet, le fluide qui lu- 
bréfie la surface antérieure de l'organe, suit les lois de la pesan- 
teur et s'accumule dans le point le plus déclive; lorsque l'œil est 
incliné en bas de manière à voir dans le microscope , ce fluide 
doit nécessairement se porter sur la cornée en face de l'ouverture 
pupillaire. Pour peu que l'œil soit prompt à se fatiguer, la sécré- 
tion de l'humeur sera augmentée et dès lors il ne reste plus qu'à 
suspendre les recherches. Nous n'avons pas besoin de parler de 
la courbure du tronc, il suffit d'observer une seule fois avec le 
microscope vertical pour ressentir la fatigue qui résulte de cette 
position. 

Avec le microscope horizontal au contraire, le corps reste par- 
faitement droit. Le fluide lubréfiant du globe oculaire s'amasse 
dans la gouttière que lui forme la paupière inférieure d'où il est 
repris par les conduits lacrymaux. On peut continuer les observa- 
tions pendant une grande partie de la journée , sans éprouver la 
moindre fatigue corporelle. M. de Mirbel préfère la position obli- 



92 

que à 45 degrés, et dernièrement il nous a fait fixer dans cette 
direction le microscope vertical que nous lui avions fourni 
en 1825. 

La vérité de ces remarques est incontestable, et bien que notre 
microscope universel soit disposé de manière à prendre toutes les 
positions, il est rare qu'on le place verticalement. 

Il nous serait facile d'accumuler des preuves en faveur de la 
position horizontale, mais elles ne seraient utiles qu'aux person- 
nes qui possèdent cet instrument et l'expérience leur en dira plus 
mille fois que tous nos raisonnemens. 

Certains procédés micrométriques, l'application des diverses 
chambres claires, exigent la position horizontale d'Amici, c'est ce 
que nous démontrerons plus loin. Quant aux opérations chimiques, 
elles sont pour ainsi dire impraticables avec le microscope vertical, 
nous pouvons du moins affirmer qu'elles offrent d'innombrables 
et rebutantes difficultés. 

La nouvelle disposition de la vis de rappel destinée à imprimer 
le mouvement lent à la platine, nous paraît être une des modi- 
fications importantes que nous ayons fait subir au mécanisme 
de l'instrument. Nous ne prétendons pas dire qu'avec la crémail- 
lère on ne puisse parvenir à placer l'objet assez exactement au 
foyer, néanmoins ce n'est qu'avec la vis de rappel qu'on peut 
obtenir un résultat parfait. Elle peut encore être d'une grande 
utilité lorsqu'il s'agit de mesurer l'épaisseur des objets en fesant 
mouvoir la platine verticalement. Nous avons fait disparaître les 
vis de pression qu'on employait pour fixer la boîte de la pla- 
tine et désormais il n'y a plus à craindre aucun dérangement de 
l'objet. 

Tous lesmouvemens imprimés au corps de l'instrument, soit la- 
téralement, soit verticalement, n'occasionnent pas la moindre alté- 
ration dans le centrage et la solidité; des butoirs limitent les 
inouvcniens et déterminent exactement la position des différentes 



93 
pièces lorsqu'on les replace dans leur situation primitive. Au 
reste noire microscope est vraiment un appareil universel, non 
seulement pour le présent mais encore pour l'avenir, car nous 
ne pensons pas qu'on puisse proposer une seule modification qui 
ne soit immédiatement applicable à notre modèle. Expliquons- 
nous. 

L'agencement des pièces est tel, qu'on peut en enlever une et la 
remplacer par une autre, sans altérer en aucune manière l'exacti- 
tude de l'instrument. S'agit-il du microscope horizontal et veut-on 
faire subir quelque changement au prisme? La pièce qui porte 
ce verre s'enlève avec la plus grande facilité, on fait les change- 
mens désirés ou bien l'on ajuste une nouvelle pièce. Pour les au- 
tres positions , on peut à volonté allonger le corps de l'instru- 
ment, changer et modifier les oculaires, appliquer tous les 
procédés de micrométrie imaginables, etc., etc. Enfin il n'est pas 
une seule disposition applicable aux autres microscopes, qui ne 
le soit également au nôtre, si toutefois elle n'existe déjà. 

Au reste, toutes ces modifications , tous ces perfectionnemens, 
n'ont pas manqué de nous attirer de nombreuses et souvent d'in- 
justes critiques ; la jalousie n'a pas ménagé les insinuations. Il 
a fallu bien de la persévérance et surtout la certitude d'arriver à 
un résultat, pour me donner la force de soutenir une lutte dans 
laquelle, seul contre plusieurs, je risquais ma fortune et ma santé. 

Je commencerai par la description de mon microscope univer- 
sel. Ensuite j'indiquerai la manière d'en faire usage. 

L'instrument renfermé dans une boîte à compartimens sur la- 
quelle on le visse au moment de faire les observations, est repré- 
senté planche 4, fig. 1. L'oculaire se trouve exactement à la 
hauteur de l'œil. 

A boîte. 

B tiroir. 

G C colonne de support immobile. 



94 

D, pièce en cuivre horizontale articulée avec la colonne au 
moyen de la charnière E et à laquelle est fixée en D la tige car- 
rée F dont la face postérieure est garnie de haut en bas, d'une 
crémaillère. 

Cette tige est fixée à la colonne C par le bouton G. 

H miroir concave. 

I miroir plan placé sur la face opposée. 

K bouton qui permet de faire tourner le miroir dans le demi- 
anneau en cuivre L qui lui-même jouit d'une mobilité latérale sur 
la boîte M. 

N bouton qui fait courir cette boîte sur la crémaillère de la 
tige. 

pignon moteur de la boite P. 

Q vis de rappel à boule destinée à imprimer à la platine un 
mouvement insensible pour placer l'objet exactement au foyer. 
( Nous décrirons plus bas la platine.) 

R corps de l'instrument mobile en deux sens, 1° horizontale- 
ment sur la pièce a, 2° verticalement au moyen de la charnière c. 
A son extrémité S, se placent les verres oculaires et tout l'intérieur 
du tube est garni en velours noir. Ce fut en 1823 que j'imaginai 
ce dernier moyen pour éviter la réflexion de la lumière par les 
parois du tube. 

S oculaire. 

T tube qui s'allonge ou se raccourcit au moyen d'une crémail- 
lère et du pignon U. On a tracé sur ce tube une échelle qui permet 
d'apprécier l'allongement. 

V tube fermé à son extrémité et portant à son intérieur le 
prisme réflecteur fixé par le petit bouton b. Ce tube est joint au 
corps R au moyen d'un assemblage à baïonnette. 

X tube porte-lentilles. 

Y lentilles. 

Z platine mobile et ses accessoires. 



95 

Les mêmes lettres s'appliqueront à toutes les ligures de la 
planche première. 

Pour se servir de l'instrument, après l'avoir fixé sur une table 
solide et dirigé comme nous lavons dit dans l'article éclairage, il 
faut déterminer la position la plus convenable pour le genre d'ob- 
servations que l'on veut faire. 

La position horizontale, figure première, est celle qu'on emploie 
le plus généralement. Dans cette position l'oculaire se trouve na- 
turellement placé à la hauteur de l'œil. 

Après avoir disposé l'objet sur la platine, on choisit l'objectif 
et l'oculaire suivant le grossissement que l'on désire obtenir , on 
fait parcourir un quart de cercle aux pièces V X et on fixe les len- 
tilles sur l'extrémité Y qui se présente latéralement et donne la 
plus grande facilité pour les ajuster. On remet alors la pièce X 
dans sa position première et regardant par l'oculaire S , on règle 
en partie l'éclairage , puis on place l'objet au foyer de l'objectif 
au moyen du pignon 0, ensuite on parvient à la plus grande 
exactitude en tournant la vis de rappel Q , enfin on perfectionne 
l'éclairage. 

Si l'on veut augmenter l'amplification, il existe trois manières 
d'y parvenir. 

1° En changeant l'objectif. 

2° En allongeant le tube T sans changer les lentilles. 

3° En conservant l'objectif et en changeant l'oculaire S. 

Ces moyens peuvent encore se combiner entre eux, il faut tou- 
tefois observer qu'avec les objectifs les plus forts on ne doit pas 
employer des oculaires puissans et que l'on ne fait usage de ces 
derniers qu'avec de moyens grossissemens ou lorsqu'il s'agit d'é- 
tudier les détails les plus délicats. 

S'agit-il d'avoir un microscope vertical, on peut l'obtenir im- 
médiatement comme on le voit, fig. 2. On enlève la pièce VX que 
l'on remplace par la pièce V, fig. 2, et l'on fait exécuter au corps 



96 
de l'instrument son mouvement vertical sur la charnière c. Il 
faut en même temps abaisser la table qui supporte l'instrument 
ou élever le siège sur lequel on est assis. 

Pour les observations chimiques , fig. 3 et 3 bis, on fait par- 
courir un demi-cercle à la pièce VX. Par ce moyen l'instrument se 
trouve renversé, la face plane des lentilles est tournée vers le 
plafond et l'on peut faire des recherches qui étaient autrefois im- 
possibles , car avec le microscope ordinaire , les gaz ou les va- 
peurs qui s'échappaient des substances placées sur la platine, 
ternissaient promptement la lentille et arrêtaient l'opération; 
certains acides pouvaient altérer le poli des verres et presque 
toujours, la garniture en cuivre portait des traces de la puissance 
corrosive. Quand on voulait étudier les corps soumis à l'action 
de la chaleur, l'évaporation était un obstacle insurmontable. Un 
autre avantage de cette position, c'est que l'on peut opérer sur 
une assez grande quantité de matière. 

Pour les précipités, notre microscope est le seul véritablement 
utile, c'est surtout au fond des vases que l'on observe le mieux ces 
phénomènes. 

Il serait trop long d'indiquer tous les avantages que l'on ob- 
tient de notre appareil chimique, l'expérience en fournira les 
meilleures preuves ; au reste voici la description de cet appareil. 

d figures 3 et 3 bis, anneau en cuivre qui glisse à frottement 
sur la pièce X. 

e tige carrée adhérente à l'anneau et unie au moyen d'un pivot 
à la seconde tige e, f. 

g miroir dont la surface réfléchissante est tournée en avant et 
en bas. 

h diaphragme variable. 

i boîte mobile sur la tige /'au moyen d'une crémaillère et du 
pignon k. 

/, porte-objet vu de face dans la figure 3 bis. 



97 

l'i\ plaque en enivre percée dans son centre exactement au des- 
sus de l'objectif. 

m, m, lampes à l'esprit de vin qui se meuvent à frottement sur 
les deux broches w, n. 

o. capsule en verre qui se place sur l'ouverture de la pla- 
que /\ /'. 

On peut appliquer un thermomètre à cet appareil, pour mesurer 
le degré de chaleur. 

Nous avons construit pour MM. Biot et Dumas, des microscopes 
horizontaux exclusivement destinés aux expériences chimiques. 

Pour étudier les actions chimiques qui n'exigent pas l'emploi 
de la chaleur, on peut enlever la plaque /\ /', et il reste un porte- 
objet de dimensions ordinaires. D'autres fois on conserve la grande 
plaque qui devient alors une table chimique sur laquelle on peut 
dresser de petits appareils. 

Pour examiner l'action de la chaleur, on allume un£ ou les deux 
lampes suivant le degré de calorique que l'on veut obtenir, la 
plaque s'échauffe graduellement ainsi que la capsule et l'on n'a 
pas à craindre l'action des vapeurs sur l'objectif; la capsule ne 
peut se rompre, elle ne s'échauffe que d'une manière progressive 
et régulière. 

Cette disposition du microscope est encore utile toutes les fois 
qu'on veut examiner des corps que leur pesanteur entraîne au 
fond, ou des animaux qui ne viennent que rarement à la surface 
des liquides , la circulation étudiée sur certains individus exige 
aussi cette position. 

Lorsqu'on veut employer le microscope dans la position hori- 
zontale sans prisme, il faut nécessairement que la platine vienne 
se placer à l'extrémité objective de l'instrument. Il suffît de reti- 
rer le bouton G, fig. l re , après avoir placé le corps R comme dans 
la fîg. 2. Puis on fait exécuter à l'appareil un mouvement de 
rotation sur la charnière E, fîg. 1 et 4, et l'on enlève le miroir H. 



98 
Si la lumière directe ne suffît pas, on ajuste quelquefois sur la tige 
l'appareil s, s\ composé de deux lentilles fixées aux deux extrémi- 
tés d'un tube qui se meut sur la tige au moyen de la boîte £. Une 
simple loupe piano-convexe peut remplacer ce condensateur, mais 
dans tous les cas , il faut toujours diriger le côté convexe de la 
lentille vers le point radiant. 

Nous avons parlé d'un mouvement latéral ou horizontal sur la 
pièce a, fig. l re ; ce pivotement est utile dans les positions 2 et 4 
pour changer les lentilles, il peut encore permettre, fig. l re , de 
faire mouvoir l'objectif sur la platine, lorsqu'on veut parcourir un 
objet d'une certaine étendue sans le déplacer. 

11 doit être maintenant bien démontré que notre appareil n'a 
pas usurpé le titre d'universel. Nous verrons plus loin, qu'on peut 
encore le convertir en microscope catadioptrique avec la plus 
grande facilité. 

Toujours guidé par l'intérêt de la science, j'ai pensé que cet 
instrument pourrait être inaccessible à certaines fortunes et sa- 
chant bien que malheureusement la richesse ne marchait pas tou- 
jours de conserve avec le talent ou le désir d'apprendre, j'ai voulu 
que tout le monde pût jouir des avantages attachés au microscope 
universel. 

J'ai donc construit l'appareil fig. 4, pi. 3, qui sous un moindre 
volume, possède la plupart des qualités de mon grand microscope. 
Je me contenterai de signaler les différences. 

Le tube T ne se meut plus au moyen d'une crémaillère , le 
porte-prisme Y est d'une forme plus simple, la pièce D, fig. l re , 
pi. 4, est remplacée par la tige D qui pivote dans la pièce S. Nous 
verrons plus bas l'utilité de ce mouvement. Â son autre extrémité, 
la tige D porte un pivot P qui permet de ramener le porte-lentil- 
les sur le côté lorsqu'on veut visser les objectifs. 

A, est un tube en cuivre qui s'emboîte à frottement dans la 
pièce V. 



99 

La pièce A P s'ajuste sur la tige D au moyen d'une broche sem- 
blable à celle qui est représentée en B, fig. 4 bis, et que Ton fixe 
avec le bouton g". 

La pièce V entre à frottement sur le tube A et donne le moyen 
de faire pivoter le corps de l'instrument autour d'un axe qui pas- 
serait par l'objectif Y. 

La tige GC est fixée inférieurement par le bouton G sur l'épau- 
lement E. 

Le miroir H se meut sur la tige, à frottement et non au moyen 
d'une crémaillère. 

La platine est mise en mouvement par le pignon 0. Mais la vis 
de rappel Q, fig. i re , pi. 4, n'existe pas. 

D diaphragme variable fixé en F au moyen d'une charnière ou 
d'une broche qui permet d'abaisser ou d'enlever le diaphragme. 

Lorsqu'on veut avoir un microscope simple, on retire le bouton 
g et on enlève la pièce PA qui supporte le corps du microscope 
que l'on remplace par l'anneau M destiné à recevoir les doublets. 

Pour obtenir un microscope composé vertical, on enlève la 
pièce V avec le corps de l'instrument , puis après avoir supprimé 
la pièce du prisme représentée en V\ on emboîte le corps de l'in- 
strument sur le tube A. 

Pour convertir cet instrument en microscope chimique, on fait 
parcourir au corps de l'instrument un quart de cercle en le fesant 
pivoter de droite à gauche sur le tube À, ensuite on retire le bou- 
ton G et Ton fait parcourir un demi-cercle à la tige GC au moyen 
du pivot S. De cette manière, l'appareil se trouve complètement 
renversé, le corps de l'instrument est placé au dessous de la pla- 
tine sur laquelle on peut ajuster la plaque /', /', fig. 3 bis, pi. 4. 

Quant aux autres positions , elles s'expliquent d'elles-mêmes. 
Nous remarquerons seulement que pour la lumière directe, on 
peut employer deux procédés après avoir placé le corps de l'in- 
strument dans la position verticale. 



100 

1° En fesant parcourir à la tige GC un quart de cercle sur le 
pivot S. 

2° En fesant mouvoir l'appareil sur la charnière E. 

Ce double mouvement permet à l'instrument de prendre toutes 
les positions imaginables. 

La fig. 6 représente un petit microscope dioptrique que Ton a 
prétendu dans le temps opposer à mon instrument universel. Il 
est je crois inutile de décrire ce modèle construit par Frauenhofer 
en 1816. La figure en donne une idée suffisante. On vend beau- 
coup de ces microscopes, car il est des personnes qui placent 
avant tout la modicité du prix. 

J'ai aussi construit l'appareil fig. 5 qui n'est pas propre à tous 
les genres d'expériences , mais peut à volonté servir de micros- 
cope simple ou composé vertical; M. le docteur Donné en con- 
seille l'emploi pour l'examen pathologique des fluides, etc. 



CHAPITRE IV. 



MICROSCOPE CATADIOPTIIIQUE. 

Les imperfections du microscope dioptrique composé , durent 
nécessairement frapper les premiers observateurs, qui tout en 
poursuivant leurs recherches, avaient fini par se servir presque 
exclusivement, du microscope simple. Cependant, nous le répé- 
tons, la puissance de l'appareil composé, son vaste champ, avaient 
séduit ces ardens investigateurs, ils en avaient assez vu, pour diri- 
ger tous leurs efforts vers le perfectionnement d'un pareil moyen 
d'analyse. Durant une de ces périodes stationnaires que nous 
avons signalées dans nos recherches historiques, on vit tout à 
coup surgir l'idée d'une combinaison nouvelle; ne pouvant vaincre 
la difficulté, on avait changé le système. On prétend, que c'est à 
Newton qu'appartient l'invention du microscope catadioptrique. 
D'après le docteur Brewster, le célèbre philosophe communiqua 
son plan à Oldembourg en 1679. Tout en admettant la vérité du 
fait, nous pensons que ces microscopes ne furent construits et 
employés qu'après les télescopes réflecteurs et l'on sait que le 
premier de ces appareils, fut l'œuvre de J. Hadley qui présenta 
en 1723 à la société royale de Londres, un télescope réflecteur 
établi d'après les principes de Newton négligés depuis cinquante 
ans. 

Le docteur Robert Baker, paraît être le premier constructeur 
du microscope de réflexion; après lui vint en 1738 le docteur 



102 
Smith qui modifia son appareil. Il paraît aussi que William Hers- 
chell, fit à Bath, vers 1774, plusieurs microscopes réflecteurs à 
la manière de Smith. 

Depuis plusieurs années, le microscope réflecteur est tout à fait 
abandonné, aussi, n'abuserons-nous pas de la patience du lecteur 
en lui présentant une histoire détaillée des différentes combinai- 
sons de l'appareil. Nous dirons seulement, que MM. Potter, Amici, 
Tulley, Goring, Cuthbert, Brewster, etc. firent à différentes 
époques, des expériences dont il résulta plusieurs instrumens; 
mais c'est surtout entre les mains du professeur Amici et du 
docteur Goring, que le microscope catadioptrique parvint à son 
apogée. 

La fig. 8, pi. 2, représente la marche des rayons dans l'appa- 
reil catadioptrique d' Amici. 

m, m, miroir réflecteur elliptique en métal , fixé à l'extrémité 
du tube. 

b,b second réflecteur métallique plan (1), dont la surface plane 
inclinée à 45 degrés, est tournée vers le miroir précédent. 

c d oculaire. 

Les rayons partis de l'objet placé en r, sont réfléchis par le 
miroir b,b, vers le réflecteur concave m 9 m, qui les réfléchit à 
son tour, en les fesant converger et s'entre-eroiser derrière le petit 
miroir b,b, enfin ils parviennent à l'oculaire. — Il est inutile de 
donner la suite de la théorie qui est entièrement semblable à celle 
du microscope dioptrique. 

Voilà pour la partie optique; nous ne donnerons pas la des- 
cription de la partie mécanique de l'instrument ; quoique fort in- 
génieuse, nous pensons qu'elle serait remplacée avec avantage 

(1) M. Hadley employa d'après les préceptes de Newton, des réflecteurs en 
verre pour ses premiers télescopes , mais il s'aperçut bientôt, que la double 
réflexion, déterminée par les deux surfaces du verre , troublait la netteté des 
images et se décida à faire des réflecteurs métalliques. 



103 
par celle de notre appareil universel. Fig. 8. pi. 4, représente 
notre microscope converti en microscope catadioptrique d'Amici, 
perfectionné par Goring. Il suffit de placer à l'extrémité du corps 
R, la pièce 1,1', qui contient les deux miroirs. 

2, réflecteur pour l'éclairage des objets opaques. 

3,3. tube destiné à rapprocher le porte-objet de l'ouverture 
objective du microscope. 

Ce microscope devrait être parfait, car suivant la théorie, les 
aberrations sphériques et de réfrangibilité , doivent disparaître 
complètement. Néanmoins, l'expérience a prouvé qu'il est exces- 
sivement difficile de bien travailler les réflecteurs ; tantôt, c'est 
la surface plane, tantôt, la courbe qui présentent des irrégula- 
rités et enfin lorsqu'on est parvenu comme M. Amici, à construire 
un bon instrument, il survient un nouvel obstacle qui pose une 
limite à sa puissance amplifiante. Avec son appareil, on ne peut 
augmenter le grossissement qu'au moyen des oculaires et ce pro- 
cédé entraîne une grande déperdition de lumière, surtout dans 
les cas où l'on veut agir avec les plus forts amplificateurs. 

M. Amici avait sans doute été frappé de ces défauts, car il 
abandonna complètement le microscope réflecteur, aussitôt que 
l'on fut parvenu à perfectionner les lentilles du microscope diop- 
trique. 

Le docteur Goring fit avec l'instrument d'Amici, de nombreuses 
expériences et reconnut de graves imperfections. Le foyer du 
miroir concave était trop long, le réflecteur plan trop large, 
absorbait une grande partie de la lumière avant de la réfléchir 
sur le miroir concave , ses grandes dimensions avaient en outre, 
l'inconvénient d'intercepter une trop grande quantité des rayons 
réfléchis vers la rétine et il formait ainsi un point nébuleux au 
centre des images, enfin la disposition de la monture était un 
nouvel obstacle qui entravait souvent l'observation. 

M. Goring se mit donc à l'œuvre avec M. Cuthbert et parvint 



104 

à construire l'appareil qu'il nomme : « Horizontal Ackromatic 
and Amician reflecting engiscope. » 

Le nouvel instrument avait six séries de réflecteurs objectifs, 
la monture et les accessoires étaient modifiés, en un mot, les ef- 
fets de ce microscope étaient vraiment remarquables et cependant 
il n'est plus employé même par ses inventeurs. 

La raison en est toute simple. 

A l'époque où l'on désespérait de pouvoir jamais achromatiser 
les petites lentilles objectives, on s'attacha avec avidité au mi- 
croscope catadioptrique et nous le dirons en passant, ce fut prin- 
cipalement cet enthousiasme qui retarda les progrès de l'instru- 
ment dioptrique. Mais, aussitôt que ce dernier eut repris son em- 
pire, on put s'apercevoir qu'il le conserverait long-temps et le 
zèle que l'on avait montré pour le microscope catadioptrique, on 
le montra de même pour son antagoniste, seulement, cette fois on 
ne changea plus. 

L'instrument catadioptrique naquit de l'impuissance et du dé- 
couragement, le microscope dioptrique tel qu'il est aujourd'hui, 
prouve évidemment que le courage est revenu et que l'art semble 
avoir puisé de nouvelles forces dans cet instant de repos. 

En résumé nous ajouterons à ce que nous avons déjà dit , que 
le microscope catadioptrique est très difficile à construire , la 
meilleure preuve qu'on puisse en donner, c'est que M. Cuthbert 
qui passe pour l'artiste le plus habile en ce genre, a construit 
fort peu de ces instrument et que sur six séries de réflecteurs , il 
ne peut plus construire que les trois ou quatre premières, car sa 
vue s'est affaiblie et il n'ose espérer en ses élèves. Cet appareil est 
difficile à gouverner, les objets sont trop rapprochés du tube et 
avec les forts grossissemens, on est obligé de les placer dans l'ou- 
verture même. Le microscope dioptrique est de beaucoup supé- 
rieur pour l'étude des corps opaques, enfin les réflecteurs sont 
très sujets à s'oxider; lorsqu'on a lu ce qu'en écrit M. Goring 



105 

lui-même , on osera à peine passer un pinceau sur la poussière 
qui les recouvre; s'il devient indispensable de les démonter, j'a- 
voue qu'il faut un grand courage et surtout, que l'instrument 
soit en bien mauvais état. On a complètement abandonné les té- 
lescopes réflecteurs, le microscope catadiop trique ne pouvait es- 
pérer un meilleur sort* 



CHAPITRE V. 



DE L ÉCLAIRAGE. 



Parmi les opérations délicates , qu'exige l'exploration de la na- 
ture , l'observation microscopique occupe à juste titre , une des 
premières places. Il suffît d'avoir fait quelques recherches avec le 
microscope, pour être convaincu de cette vérité. 

Long-temps on a pensé que les découvertes microscopiques 
n'étaient qu'illusion ; n'a-t-on pas vu les savans les plus distin- 
gués , nier la circulation du sang , celle de la sève , l'existence 
des animalcules spermatiques et de l'acarus scabiei si bien connus 
maintenant ? 

D'un autre côté , de patiens et habiles observateurs , fesaient 
chaque jour des découvertes et attestaient l'utilité et la préci- 
sion de l'instrument. Toutes ces opinions si diverses pouvaient 
être fondées. Aujourd'hui que la science microscopique est par- 
venue à un si haut degré de perfection , on sait que l'exactitude 
des observations , dépend entièrement de trois conditions fonda- 
mentales. 1° Un bon instrument, 2° la préparation des objets, 
3° un éclairage convenable. C'est dans l'inobservation de ces rè- 
gles , qu'il faut chercher les principales sources d'erreur. 

Dans presque toutes les micrographies , on trouve un chapitre 
spécial consacré à l'éclairage. Les auteurs ne se sont pas bornés à 
donner des conseils sur la manière de distribuer la lumière , ils 
ont encore indiqué des procédés particuliers et les physiciens 



108 
les plus habiles ont payé leur tribut à cette question importante 
qui s'agite encore aujourd'hui. 

Nous suivrons l'exemple de nos prédécesseurs. Guidés par leurs 
travaux , sans négliger notre propre expérience , nous espérons 
donner une histoire exacte de l'éclairage primitif, des modifica- 
tions qu'il a subies et des différens procédés proposés par nos 
contemporains. 

Pour arriver à bien diriger la lumière , il faut connaître ses 
propriétés ainsi que les modifications qu'on peut lui faire éprou- 
ver ; aussi , nous conseillons de lire attentivement les notions 
d'optique placées en tête de cet ouvrage. 

La nature différente des objets soumis au microscope , exigera 
nécessairement des changemens dans la lumière. Nous examine- 
rons successivement l'éclairage des corps transparens et celui des 
corps opaques. Ces deux grandes divisions si importantes à notre 
sujet, nous permettront d'éviter toute confusion. 

Il est inutile de séparer l'éclairage du microscope simple, de 
celui du microscope composé ; les procédés applicables à l'un de 
ces instrumens, conviennent également à l'autre et s'il existe 
quelques exceptions , le lecteur comprendra facilement ce dont il 
s'agit, car nous chercherons toujours à donner à nos descriptions, 
toute l'exactitude nécessaire, 

§ I*. 

De l'éclairage des objets transparens. 

La transparence des différens corps soumis à l'examen micros- 
copique , est excessivement variable. Quelques uns, sont complè- 
tement diaphanes , d'autres sont presque opaques. On rencontre 
sur les mêmes corps, des parties d'une transparence parfaite et 
d'autres qui le sont beaucoup moins; enfin pour abréger, tous 



109 

les degrés de translucidité imaginables, peuvent exister dans ces 
corps. 

Mais, on n'ignore pas que les objets les plus opaques, peu- 
vent devenir transparens après avoir été soumis à certaines pré- 
parations. L'or, par exemple, est loin d'être translucide, cepen- 
dant , réduit en feuilles excessivement minces , il permet à la lu- 
mière de le traverser ; les pierres , les bois, etc., se trouvent dans 
le même cas ; certains corps peu transparens , acquièrent cette 
propriété lorsqu'ils sont plongés dans certains liquides. L'explo- 
rateur intelligent peut retirer les plus grands avantages de ces es- 
pèces de transformations. 

Néanmoins , nous suivrons notre première division , en obser- 
vant toutefois , que parmi les corps transparens , nous distingue- 
rons ceux qui jouissent au plus haut degré de cette propriété , de 
ceux qui présentent certaines parties opaques ou qui semblent 
se rapprocher davantage de cette dernière catégorie. 

La forme et les dimensions d'un objet, peuvent encore exiger 
des modifications dans le procédé opératoire. Une surface qui 
paraît parfaitement plane à l'œil nu , semble se transformer sous 
le microscope et présente mille accidens, d'innombrables aspéri- 
tés qui projetteront des ombres, formeront des points opaques et 
ne deviendront visibles , qu'autant qu'on modifiera la lumière. 

Il faut donc examiner successivement un même, objet en va- 
riant l'éclairage, car, dit le docteur Hooke, il est difficile dans 
certains corps, de distinguer une éminence d'un enfoncement, 
une ombre d'un point noir ; quelquefois , une partie peut paraître 
blanche et ne devoir cette apparence qu'à un jeu de la lumière. 
Il faut aussi remarquer, que certains objets se perdent, sont inon- 
dés par une quantité de lumière à peine suffisante pour en éclai- 
rer d'autres. 

À l'époque actuelle , nous employons trois procédés pour éclai- 
rer les corps transparens. 



110 

1° Lumière directe. 

2° Lumière réfractée. 

3° Lumière réfléchie. 

Les premiers observateurs ne pouvaient commander à la lu- 
mière , privés qu'ils étaient des connaissances que nous possé- 
dons aujourd'hui. L'éclairage direct était exclusivement employé. 
On dirigeait l'instrument vers un point plus ou moins lumineux 
et l'on procédait aux recherches. Wilson ajustait à son microscope 
de poche , un verre convexe destiné à concentrer les rayons lumi- 
neux sur l'objet. Nous remarquerons aussi qu'il appliquait sur ce 
condensateur , des plaques percées d'ouvertures variables pour 
modérer la lumière, en un mot, de véritables diaphragmes. Une 
modification importante apportée à la construction de ce micros- 
cope , fut l'introduction d'un réflecteur concave placé au dessous 
du verre convexe pour éclairer les corps transparens. 

Voilà en peu de mots , un exemple des trois espèces d'éclai- 
rage. 

Mais on n'emploie pas seulement la lumière naturelle , souvent 
on fait usage de la lumière artificielle fournie par une lampe ou 
une bougie ; cette dernière, donne une flamme vacillante qui fati- 
guerait trop l'observateur et nuirait à l'exploration. Quelques mi- 
crographes préfèrent cette lumière et dans plusieurs cas , elle of- 
fre certainement de grands avantages. Nous verrons plus loin, les 
essais qu'on a tentés pour modifier la lumière artificielle. Ac- 
tuellement, exposons les diverses manières de disposer l'éclairage 
dans nos appareils. Nous commencerons par la lumière réfléchie, 
qui est employée le plus généralement. 

La chambre dans laquelle on fait ses observations , doit autant 
que possible , n'être éclairée que par une seule croisée ; s'il y en 
avait deux et surtout, qu'elles fussent opposées l'une à l'autre, il 
faudrait en fermer une au moyen de volets ou d'un store épais. 
La table qui supporte l'instrument sera placée dans la partie la 



lil 

plus obscure de la pièce et le miroir dirigé vers la fenêtre. 
Toutes ces précautions ont paru nécessaires pour éviter l'arri- 
vée de la lumière latérale sur les objets, le miroir ou l'œil de 
l'observateur. On a prétendu que dans la plupart des cas, on ne 
devait pas employer la lumière réfractée ou réfléchie directe- 
ment par les nuages, mais autant que possible, les rayons ré- 
fléchis secondairement par un mur blanc situé en face de la croi- 
sée. Nous n'adoptons pas entièrement ce principe; nous verrons 
même , que la lumière du soleil peut être quelquefois très 
utile , quoi qu'en disent tous les auteurs qui la rejettent absolu- 
ment. 

Dans le but de n'admettre sur le miroir réflecteur, que la quan- 
tité de lumière nécessaire , on a encore proposé avec raison , de 
fermer complètement le volet de la fenêtre en y ménageant une 
ouverture arrondie, pour donner passage aux rayons. On peut 
obtenir un effet à peu près semblable en entourant le microscope 
d'une espèce d'écran ou de paravent percé vis à vis du miroir. 
On voit qu'il s'agit de n'admettre sur le réflecteur que les rayons 
directs. En effet, si on laisse arriver des rayons de tous côtés, 
l'image sera moins nette et la vision parfaite impossible. 

Si l'on emploie la lumière artificielle , il convient d'entourer 
la lampe, d'un réflecteur parabolique qui dirige les rayons sur le 
miroir et s'oppose à ce qu'ils ne se portent sur d'autres points. 

Il s'agit maintenant de régler la position du miroir. 

Lorsque la lumière arrive directement, le réflecteur doit former 
avec elle un angle d'environ 45° et n'être incliné ni à droite ni 
à gauche, à moins de circonstances particulières que nous expli- 
querons. On applique alors l'œil contre l'oculaire de l'instrument 
et après quelques essais , on parvient à [diriger le miroir de ma- 
nière à ce qu'il condense tous les rayons sur l'objet. 

Quelques personnes, ne sauraient tenir un œil fermé , sans 
éprouver une grande fatigue et d'ailleurs, il arrive que dans la 



112 

position horizontale de l'instrument, le jour qui se trouve directe- 
ment en face, fait encore impression sur la rétine à travers le tissu 
des paupières. On a conseillé l'usage d'une paire de lunettes garnie 
d'un seul verre noir qui se place sur l'œil qu'on doit tenir fermé. 
Ce moyen peut être employé, mais nous pensons, que lorsqu'on 
n'a pas l'habitude de porter lunettes, on préférera le disque de 
M. Amici; ce disque est en carton noirci, percé dans son centre 
d'une ouverture qui donne passage à l'oculaire sur lequel on le 
fixe. On a le double avantage d'éviter l'impression de la lumière 
sur les deux yeux. 

11 nous paraît important d'observer, que lorsqu'on emploie la lu- 
mière artificielle^ la distance de la lampe au miroir, doit être égale 
à celle de ce dernier à l'objet; nous avons toujours reconnu que 
ce moyen rendait l'éclairage plus parfait. On ne peut observer ce 
précepte quand on fait usage de la lumière naturelle. 

Nous voici donc arrivés à condenser les rayons sur l'objet. C'est 
alors qu'il importe de bien disposer toutes les pièces de l'appareil 
illuminant. 

Si l'objet est très transparent, une trop grande abondance de lu- 
mière, loin de l'éclairer davantage, le rendra presque invisible , 
surtout s'il a peu d'étendue. C'est au moyen des diaphragmes va- 
riables, fig. 44 et 45, pi. l re , que l'on parvient à modérer la lu- 
mière. En fesant passer successivement toutes les ouvertures sous 
l'objet, on trouvera bientôt celle qu'il faut préférer. 11 est néces- 
saire en même temps , de faire mouvoir la platine , car le foyer 
des lentilles éprouve une petite variation proportionnée au plus ou 
moins d'éclairage. Si l'objet est très transparent et présente une 
grande surface, il faut baisser on supprimer la pièce qui porte le 
diaphragme, de manière à laisser un large passage à la lumière; 
quelquefois , on pose sur le miroir, un disque de carton blanc 
ou de plâtre de mouleur qui réfléchit sur l'objet, une lumière 
beaucoup plus douce. 



113 

On peut également couvrir le réflecteur d'un morceau de pa- 
pier huilé. 

A une époque plus éloignée, on posait sur le miroir, des 
cercles en papier ou en métal dont les ouvertures étaient plus ou 
moins grandes, mais aujourd'hui, les diaphragmes variables dis- 
pensent de l'emploi d'un pareil moyen. 

Nos miroirs sont doubles; sur la face opposée au réflecteur 
concave , nous plaçons une glace plane qui , dans le cas où une 
clarté trop vive est nuisible, envoie sur l'objet des rayons pa- 
rallèles ou divergens et donne cependant une lumière plus forte 
que le carton blanc. Nous verrons plus loin que ce miroir plan com- 
biné avec des lentilles convenablement disposées, fournit un nou- 
veau moyen d'éclairage. 

Si l'objet présente des parties plus ou moins épaisses, des émi- 
nences, etc.* etc., il convient d'augmenter l'intensité de l'éclairage. 

S'agit-il de distinguer des stries saillantes, des cils, des ma- 
melons ; on y parvient en inclinant un peu le miroir à droite ou 
à gauche, pour réfléchir sur l'objet une lumière oblique et pro- 
duire des ombres qui trahiront les plus faibles saillies. 

Nous avons souvent assisté aux recherches de M. Schultz. Cet 
habile observateur nous surprit grandement par sa manière de 
faire manœuvrer le miroir. Il l'agitait souvent et dans tous les 
sens. Nous avions peine à comprendre que cette mobilité pût 
lui permettre de voir distinctement les objets , mais il nous fut 
bientôt démontré , que ces variations imprimées à la lumière , 
facilitaient considérablement l'exploration en fesant naître des 
réfractions variées dans l'intérieur des objets transparens, ou 
des ombres successives sur tous les points du champ et les di- 
verses faces du corps soumis au microscope. 

D'après ce que nous venons de dire, on concevra, que toutes les 
fois que des objets auront des propriétés opposées, il faudra mettre 
la même différence dans l'éclairage. 

8 



114 

Nous pouvons déjà poser comme règle générale ; que plus un 
objet est transparent, moins il faut de lumière. 

Les objets qui réfléchissent la lumière blanche ou qui ont une 
grande force réfléchissante, sont dans le même cas. 

Ceci nous conduit naturellement à parler de la lumière solaire. 

Lorsqu'on veut, étudier des corps infiniment petits, ou les dé- 
tails d'un objet dont on connaît l'ensemble, on est forcé d'em- 
ployer des grossissemens plus énergiques. Mais l'intensité de la 
lumière est toujours en raison inverse de la puissance ampli- 
fiante ; la quantité de lumière indispensable pour éclairer les ob- 
jets sous un grossissement de 200 fois, ne sera pas suffisante 
pour les mêmes objets soumis à un grossissement de mille fois 
ou plus. 

Il est évident, que dans une telle occurrence, on aura souvent be- 
soin de la lumière la plus vive, c'est-à-dire des rayons solaires. 
Si les auteurs ont repoussé ce genre de lumière, c'est qu'ils n'a- 
vaient pas considéré la question sous le même point de vue , c'est 
qu'ils n'avaient pas réfléchi, qu'il est toujours possible de modé- 
rer la lumière la plus intense, de manière à lui conserver cepen- 
dant une énergie suffisante pour rendre distincts les plus petits 
corps. 

La lumière solaire pourra remplacer tous les procédés d'éclai- 
rage destinés à augmenter la clarté, lorsqu'on fait usage des 
plus fortes lentilles ; mais ces rayons éclatans fatiguent bientôt 
l'organe de la vue et de pareilles observations ne tarderaient pas 
à en altérer la puissance. Au moyen d'une pièce garnie de verres 
colorés , qui se visse à volonté au dessus des lentilles , nous avons 
obtenu les plus beaux effets, tout en évitant les dangers qui pou- 
vaient résulter de l'emploi des rayons solaires. L'expérience ap- 
prendra combien il était peu rationnel de se priver d'un moyen 
d'investigation aussi important. 

On peut visser plusieurs de ces verres colorés au dessus des 



115 
lentilles et tempérer ou augmenter l'éclairage en variant leur 
nombre ou leur coloration. 

Les précautions indiquées pour la lumière naturelle s'appli- 
quent également à la lumière artificielle. Quant à l'éclairage au 
moyen de la lumière directe et réfléchie , il n'y a de différence 
que dans la manière de recevoir les rayons. 

Pour la lumière directe, on dirige vers la croisée l'extrémité 
objective de l'instrument et la platine, les rayons lumineux 
tombent alors directement sur l'objet. Si Ton se sert de la lampe, 
il faut l'approcher de la platine autant qu'il sera possible. On 
peut l'employer pour examiner des objets renfermés dans nos 
boîtes en verre et toutes les fois qu'il n'est pas besoin d'une très 
vive lumière. 

Si on voulait augmenter son intensité, il faudrait recourir à 
l'éclairage par réfraction, et remplacer le miroir concave, par 
une loupe ou un système de lentilles qui réfracterait les rayons 
et les réunirait sur l'objet. Les verres colorés dont nous avons 
déjà parlé, peuvent encore trouver ici des applications. 

Mais l'éclairage par réflexion est le plus habituellement em- 
ployé; c'est surtout à cette méthode que s'appliquent toutes les 
modifications , toutes les inventions plus ou moins avantageuses 
qu'on a proposées à différentes époques. 

La première tentative importante pour modifier l'éclairage, ap- 
partient au docteur Brewster, elle fut faite en 1820. 

Il posa d'abord en principe , que toutes les fois qu'on pour- 
rait obtenir une vive lumière, il conviendrait d'employer des 
rayons homogènes et pour y parvenir, il indiqua deux procédés ; 
la décomposition prismatique et les verres colorés. 

A la même époque, ce savant docteur décrivit un nouveau mode 
d éclairage appliqué aux microscopes solaire et lucernal. 

« Les grands défauts , dit-il , qui existent encore dans ces mi- 
croscopes, prennent leur source dans l'éclairage imparfait. Le 



1 10 

procédé indiqué par iEpinus et presque généralement usité par- 
les opticiens, est bon, jusqu'à un certain point. Il consiste à con- 
centrer au moyen d'une lentille, les rayons réfléchis par une glace 
plane. Mais comme la lumière n'arrive que dans une seule direc- 
tion, la surface de l'objet éclairé est couverte d'ombres épaisses 
et l'intensité de l'éclairage complètement insuffisante lorsqu'on 
emploie de fortes amplifications. » 

Sir D. Brewster proposa en conséquence, de faire arriver sur 
l'objet, la lumière du soleil ou d'une lampe à travers quatre ou- 
vertures garnies d'autant de lentilles, de manière à obtenir quatre 
cônes lumineux qui éclaireraient l'objet par quatre points diffé- 
rens; on pouvait aussi, fermer à volonté une ou plusieurs ou- 
vertures pour modérer l'éclairage, etc. Gomme ce procédé n'a 
pas été généralement adopté et que nous n'avons pu en apprécier 
les avantages, nous laisserons écouler dix années, pour arriver à 
l'œuvre de Wollaston dont la puissante imagination brille toujours 
dans la voie des perfectionnemens . 

Dans son mémoire sur le doublet microscopique (Phîl. trans., 
1829) cet infatigable philosophe écrivait 

« Pour l'éclairage des objets microscopiques, toute lumière 

concentrée et dirigée vers l'œil, à l'exception de celle qu'exigent 
indispensablement les lentilles objectives, empêche plutôt la vi- 
sion distincte, qu'elle ne vient à son aide. » 

a J'ai cherché à réunir en un foyer correspondant au plan de l'ob- 
jet, autant de lumière qu'il était possible de le faire par des moyens 
simples. Dans cette intention , je me suis servi avec succès d'un 
miroir plan pour diriger la lumière, et pour la condenser, d'une 
lentille piano-convexe dont le côté plan était tourné vers l'objet 
qu'on voulait illuminer. » 

Vient ensuite la description de l'appareil, auquel s'adaptait le 
doublet dont nous avons parlé dans le chapitre microscope simple. 

« T.U.B.E, pi. l re , ftg- 44>, est un tube d'environ six pouces 



117 
de long et d'un diamètre suffisant pour exclure toute réflexion de 
fausse lumière produite par ses parois ; la meilleure manière de 
parer à cet inconvénient, est de noircir l'intérieur du tube. Au 
sommet ou à l'intérieur de ce conduit, en un point peu éloigné 
du sommet, se trouve une lentille piano-convexe E,ï, ou une len- 
tille composée de manière à présenter le moins d'aberration possible ; 
son foyer sera d'environ 3/4 de pouce et son côté plan dirigé 
vers l'objet. A la partie inférieure du tube, est une ouverture 
circulaire A, d'un diamètre d'environ 3/10 es de pouce, destinée 
à limiter la lumière réfléchie par le miroir plan R qui donnera en 
un foyer a, une image nette de [ouverture A., environ à 8/1 es de 
pouce de la lentille ET et dans le plan de Cobjet. » 

« On peut varier quelque peu la longueur du tube et la distance 
de la lentille convexe à l'ouverture. La longueur de six pouces 
que je donne ici, est celle qui m'a paru convenir le mieux à la 
hauteur de l'œil placé au dessus de la table. L'image de l'ouver- 
ture A ne doit pas excéder l/20 e de pouce, excepté dans les cas 
où l'on emploierait de plus faibles grossissemens. » 

« L'intensité de l'éclairage dépendra du diamètre de la lentille 
illuminante et du rapport de l'image à l'ouverture ; l'observateur 
pourra la régler à son gré. » 

« La lentille E,T, ou l'ouverture A, seront disposées de 

manière à ce qu'on puisse varier la distance qui les sépare et 
amener ainsi l'image de l'ouverture dans le même plan que l'objet. 
Le soir, une lanterne ordinaire à œil de bœuf, présente de grands 
avantages » 

Nous terminerons par un dernier mot de Wollaston: les vé- 
ritables amateurs nous pardonneront ces longueurs qu'ils jugeront 
indispensables à notre sujet. 

« Supposons , dit Wollaston, que la lentille piano-convexe soit 
placée à distance convenable du porte-objet; on amène facile- 
ment l'image de l'ouverture dans le plan de l'objet, en fixant tem~ 



118 

porairement avec de la cire, un petit fil métallique en travers de 
l'ouverture ; on regarde alors, un objet placé sur la platine en va- 
riant la distance de l'ouverture à la lentille, jusqu'à ce qu'on voie 
à la fois et nettement, l'objet et le fil métallique. » 

Cette nouvelle méthode produisit une vive sensation ; le docteur 
Goringdansses Microscopic illustrations, Exord. , p. 1. Londres 1830., 
la place au rang des inventions qui ouvrirent une voie nouvelle 
au microscope et dit positivement ; qu'aucune modification de l'é- 
clairage par la lumière naturelle * n'est supérieure à celle du docteur 
Wo Hast on. 

Le docteur Brewster publia en 1831, un article (Edimburgh^ 
Journal of 'Science, new séries, n. 11, p. 83) dans lequel il signalait 
des erreurs commises par Wollaston. Mais le savant physicien an- 
glais basait sa critique sur une figure défectueuse gravée dans les 
Transactions philosophiques. Il suffit de lire attentivement le mé- 
moire de Wollaston pour se convaincre de l'inexactitude de la 
planche. Aussi donnons-nous la figure telle que nous la trouvons 
dans l'optiquedu docteur Brewster. (Cabinet cyclopœdia.) MM. Pot- 
ier, Pritchard et le docteur Goring, firent aussi des expériences 
sur le même sujet. 

Occupons-nous maintenant de l'appareil que fit construire le 
docteur Brewster d'après les principes de Wollaston. 

Soit m, n, la surface plane sur laquelle se place l'objet, soit P, 
Q,R,S,T, un tube d'un pouce et demi à deux pouces de long, com- 
plètement tapissé de velours noir. S,T, est une ouverture prati- 
quée dans le tube qui doit être mobile dans tous les sens de ma- 
nière à ce qu'on puisse varier son inclinaison relativement à la 
surface m, n, depuis 90° ou sa position ordinaire, jusqu'à 60° et 
moins suivant les circonstances. A,B,G,D, est un doublet qu'on 
appelle en Angleterre, sans aberrations, dont le foyer est à peu près 
d'un demi pouce à un pouce ; au moyen d'une crémaillère qui le 
fait mouvoir, on amène le foyer des rayons parallèles F ou le foyer 



119 

conjugué des rayons divergeas , en un point situé sur le plan 
m, n. Un peu plus bas, se trouve le miroir métallique planM,L,N, 
qui réfléchit sur le doublet A,B,C,D, les rayons parallèles ou di- 
vergens qui pénètrent par l'ouverture S,T ; on remplace quelquefois 
ce miroir par un bon prisme rectangulaire. La flamme est placée en 
S'. Aussi près que possible de la lumière, est un pied qui supporte 
un écran percé d'ouvertures de différentes grandeurs. Si l'on a 
besoin d'une lumière plus vive, on condense les rayons S'A', S'B\ 
et on les rend parallèles au moyen d'un autre doublet sans aber- 
ration A'B'C'D'. 

M. Brewster ajoute qu'il faut avec cet appareil, employer une 
lumière homogène. Si toutefois on se sert de la lumière ordinaire, 
il est nécessaire, dit-il , « que les doublets ABCD, A'B'C'D', soient 
achromatiques. » 

11 paraît que les doublets dits sans aberrations, ne jouissent pas 
de cette propriété. 

Pour éviter qu'on ne voie d'autres parties du champ que celles 
occupées par l'objet, M. Brewster engage les observateurs à pla- 
cer sous m, n, des diaphragmes qui varieront suivant les circon- 
stances. 

Nous n'expliquerons pas la manière de se servir de l'appareil ; 
il suffit de comprendre le mémoire de Wollaston et de savoir que 
la mobilité du tube PQRS, permet d'envoyer sur le plan m, ?i, un 
éclairage plus ou moins oblique. 

Il est encore inutile de parler de la lumière monochromatique 
proposée par le docteur Brewster ; ce procédé qui paraît affaiblir 
l'intensité de la lumière, était principalement applicable aux mi- 
croscopes non achromatiques et ne rentre aucunement dans notre 
sujet. Nous ne mentionnerons que la modification apportée à l'ap- 
pareil de Wollaston par M. Goring. 

Il établit d'abord ( Microscopic cabinet, page 169), que pour 
se servir avantageusement de cet éclairage, il faut employer des 



120 

rayons divergens et que si l'objet présente des stries, il doit être 
placé un peu hors de l'axe et conséquemment, recevoir des rayons 
obliques. Pour cela, il suffit d'élever le support de manière à 
placer l'objet au dessus du foyer de la lentille. 

M. Pritchard conseille d'ajouter un diaphragme sur l'ouver- 
ture supérieure. 

Lafig. 48, pi. l re , représente, l'instrument du docteur Goring. 

C,D est un tube, I une lentille et S un diaphragme d'environ 
1/10 de pouce, placé au foyer de la lentille. 

M. Pritchard met quelquefois en D, un second diaphragme qu'il 
considère comme fort utile lorsqu'on examine des objets délicats. 

Le 17 septembre 1838, M. Dujardin présenta à l'Académie des 
Sciences , un appareil pour éclairer les objets vus par transpa- 
rence. M. Dujardin est parti du même principe que Wollaston et 
Brewster ; le but de sa combinaison est de faire tomber le foyer des 
rayons lumineux exactement sur l'objet. La lumière réfléchie par 
le miroir est bien suffisante pour les microscopes que Ton con- 
struit aujourd'hui. En étudiant les corps les plus difficiles que 
l'on a nommés test-objects, on est souvent forcé de faire naître des 
ombres pour bien distinguer tous les détails. Au surplus, on obtient 
un éclairage très intense en employant la lumière du soleil mo- 
dérée plus ou moins , par nos verres colorés. Le jour où l'on par- 
viendra à augmenter la puissance du microscope , il deviendra 
sans doute indispensable d'augmenter également la puissance de 
l'éclairage; mais jusqu'à présent, nous préférons le procédé or- 
dinaire. 

Ces vives lueurs ont des résultats funestes et nous pourrions 
citer tel observateur qui dut se condamner à une longue inaction 
pour avoir abusé de ces moyens destructeurs de l'organe de la vue. 

Dans un mémoire sur les organismes inférieurs publié en avril 
1836, M. Dujardin écrivait : « Pour prévenir toute objection fondée 
sur la préférence accordée par M. Ehrenberg aux microscopes de 



121 

l'opticien allemand M. Pistor, sur ceux que M.Charles Chevalier 
perfectionne de jour en jour, et pour attester la bonté de l'instru- 
ment dont je me sers, j'avais cru aussi devoir signaler un long 
filament fïagelliforme, aperçu par moi chez beaucoup d'infusoires, 
où il ne l'avait pas soupçonné; cela prouve suffisamment en effet, 
que ma dénégation formelle au sujet de l'intestin, n'est pas fon- 
dée sur l'imperfection de mes moyens d'investigation » 

Et plus loin, à propos du même filament : 

« C'est avec un grossissement de 300 que je l'ai vu le plus 

nettement dans un microscope récent de M. Ch. Chevalier » 

A part les éloges dont nous remercions sincèrement M. Du jar- 
din, nous remarquerons que ce naturaliste distingué n'eut pas 
besoin d'un éclairage particulier pour voir bien nettement le fila- 
ment fïagelliforme des infusoires considéré , avec raison , comme 
un objet difficile, puisqu'il demeura inaperçu jusqu'au moment 
où l'on construisit de véritables microscopes. 

D'ailleurs, nous le répétons, ce sont les objets déliés et les 
détails d'une grande finesse, qui exigent le plus souvent un éclai- 
rage modéré; quant aux objets plus volumineux, ils reçoivent suf- 
fisamment de lumière, puisque les lentilles qu'on emploie pour 
les étudier sont moins puissantes et ont une large ouverture. 

§ ri. 

DE LÉCLAIRAGE DES OBJETS OPAQUES. 

Les détails précédens nous permettront d'abréger ce second pa- 
ragraphe. Les corps opaques interceptent les rayons lumineux ré- 
fléchis par le miroir et les empêchent d'arriver à l'œil. Cepen- 
dant ces corps ne sont pas moins intéressans pour l'observateur, 
que les objets transparens. On a donc cherché les moyens de les 
rendre visibles au microscope , en leur appliquant un éclairage 
convenable. Nous avons dit que pour y parvenir, on employait la 
lumière directe, réfléchie ou réfractée, 



122 

La lumière directe fut nécessairement le premier moyen qui 
dut se présenter à l'esprit , mais de même que la lumière réfrac- 
tée , elle n'agit que sur un côté de l'objet , et comme , dans le mi- 
croscope composé, les objets sont vus dans une position renver- 
sée, la transposition des ombres et des clairs, peut donner nais- 
sance à des illusions fâcheuses; d'une autre part, cette lu- 
mière latérale est quelquefois nécessaire ; par exemple , lors- 
qu'on examine des objets striés ou couverts d'éminences , de 
poils, etc. 

Pour éclairer directement un objet opaque, il suffit de placer 
l'instrument de telle façon que l'objet soit exposé au jour d'une 
croisée ou bien à des rayons lumineux admis à travers une ouver- 
ture étroite, mais surtout à la lumière d'une lampe placée tout près 
de l'objet et disposée de manière à ce que les rayons lumineux 
ne frappent pas l'œil de l'observateur. Ce premier procédé peut 
être utile pour reconnaître avec de faibles grossissemens, la cou- 
leur et la forme extérieure de certains corps. 

Pour réfracter la lumière et la concentrer en un foyer placé au 
même point que l'objet, on se sert d'une loupe piano-convexe, en 
la dirigeant de manière à reproduire sur l'objet, une image nette 
du point lumineux d'où partent les rayons. 

En 1740, Lieberkuhn parvint à éclairer complètement les ob- 
jets opaques , au moyen d'un réflecteur concave en argent par- 
faitement poli (1). La lentille était placée au centre de ce miroir 
et le foyer de l'un correspondait au foyer de l'autre. 

Aujourd'hui , nous suivons la même méthode, seulement nos 
réflecteurs sont en verre et l'on n'a plus à craindre l'oxydation; 
quelquefois , nous isolons la lentille du miroir qui est monté sur 
une tige et peut se mouvoir à volonté, de manière à donner une 
lumière plus ou moins intense et à servir avec toutes les lentilles, 

(1) Recherches historiques. 



123 

excepté avec les plus fortes : toutefois la première disposition est 
préférable. 

Voici du reste la manière de procéder. 

On enlève la pièce qui porte les diaphragmes pour laisser une 
large ouverture à la platine ; le réflecteur garni de sa lentille , 
est adapté à l'extrémité objective du microscope et le miroir in- 
férieur incliné de manière à réfléchir les rayons lumineux à tra- 
vers cette ouverture. Arrivés au réflecteur concave, les rayons 
sont de nouveau réfléchis et vont se réunir à son foyer, dans le 
même plan que l'objet. Pour tenir l'objet au foyer de la len- 
tille , on emploie avec beaucoup d'avantage le petit appareil re- 
présenté pi. 4, fig. 6. 

Si l'objet présente des parties très brillantes , il faudra ména- 
ger l'éclairage, soit en couvrant le miroir inférieur d'un papier 
huilé ou d'un carton blanc, soit en employant le réflecteur mo- 
bile qui permettra de varier le foyer et de faire tomber sur l'ob- 
jet une partie plus ou moins large du cône lumineux formé par 
les rayons convergens. On peut encore élever ou abaisser le miroir 
concave inférieur qui se meut au moyen de la crémaillère, ou en- 
fin, se servir du miroir plan. 

La lumière artificielle est toujours préférable pour les corps 
opaques. Ce genre d'éclairage n'admet pas l'emploi des plus 
fortes lentilles , parce qu'avec les forts grossissemens , la lu- 
mière est affaiblie , et qu'il faut toujours ménager un certain es- 
pace entre l'objet et l'objectif. Cet intervalle est surtout néces- 
saire , lorsqu'on fait usage de la lumière directe ou réfractée au 
moyen de la loupe. La lumière artificielle offre encore l'avantage 
de pouvoir être éloignée ou rapprochée à volonté du miroir infé- 
rieur, lorsqu'on veut obtenir plus ou moins de clarté. Dans cer- 
taines circonstances, on peut la modifier au moyen de diaphragmes 
variables placés au dessus des lentilles. 

Enfin, l'observateur intelligent et zélé, puisera dans l'usage 



124 

même du microscope, une habileté que l'expérience seule peut 
donner. 

Quant à l'éclairage du microscope solaire et polarisant , nous 
renvoyons à la description de ces instrumens. 

Pour que le lecteur n'éprouve aucune difficulté lorsqu'il fera 
des recherches , nous allons indiquer les positions qu'il convient 
de donner au microscope suivant les différens modes d'éclairage. 

Pour les objets transparens éclairés : 

1° Par la lumière directe ou réfractée, fig. 4, pi, 4. Si la lu- 
mière doit arriver directement, on supprime l'appareil s,s\t; 
pour concentrer les rayons, on peut se servir d'une simple loupe 
pîano-convexe dont le côté plan sera tourné vers la platine. 

2° Par la lumière réfléchie, fig. 1, 2, 3. 

Dans les figures 1 et 2, on a représenté en p une lentille achro- 
matique montée sur un tube de cuivre qui s'adapte à la platine 
et porte à sa partie supérieure le diaphragme variable v qu'on 
a figuré isolément, fîg. 9. Cette lentille est destinée, comme l'ap- 
pareil de Wollaston, à concentrer vers l'objet les rayons lumineux 
réfléchis par le miroir plan I et à augmenter l'intensité de l'é- 
clairage. 

Pour les objets opaques on fera usage des positions 1, 2 et 3. 
Les fig. 5 et 6 représentent la situation de la loupe et du miroir 
concave. 

M, fig. 5, loupe à articulation mobile qui s'ajuste sur la pièce 
VX au moyen de l'anneau d. 

R, fîg. 6, réflecteur concave en verre étamé fixé sur la pièce X. 

On voit sur la platine Z un petit appareil spécialement destiné 
à l'observation des corps opaques, c, cercle en cuivre qui sup- 
porte une petite épingle mobile b, portant à son extrémité une 
petite plaque noire d sur laquelle se place l'objet qu'on peut faire 
mouvoir dans tous les sens. Si l'objet est d'une couleur foncée, 
on se servira d'une plaque blanche, 



CHAPITRE VI. 



DU MICROSCOPE POLARISANT. 

En découvrant la double réfraction dans la chaux carbonatée 
(spath d'Islande), Bartholin ouvrit en 1669, une voie nouvelle à 
la science. Mais pour que cette découverte prît une place défini- 
tive dans le monde savant, il fallait la soumettre à des règles 
constantes, la pratique avait précédé la théorie. Huyghens peut 
être considéré comme le législateur de la double réfraction, car 
il avait deviné ses lois lorsque Wollaston vint leur donner la cer- 
titude qui résulte de l'expérience. 

Les physiciens s'emparèrent avec avidité de ces faits nouveaux 
et en 1810, Malus fit jaillir une science nouvelle des travaux sur 
la double réfraction; il découvrit la polarisation de la lumière. 

La théorie de ce phénomène ne saurait trouver place dans le 
cadre de cet ouvrage ; c'est aux traités de physique et aux divers 
travaux des physiciens distingués de notre époque, qu'il faut de- 
mander les lois qui régissent cette branche importante de la 
science. 

M. Henry Fox Talbot eut le premier, l'idée d'associer la pola- 
risation au microscope, pour étudier la structure des corps. 

Le docteur Brewster fit également usage du microscope pola- 
risant dans ses recherches sur la structure des pierres précieuses 
et de plusieurs substances animales et végétales. Il employait al- 
ternativement les microscopes simple et composé, 



126 
M. Biot me chargea, il y a quelques années, de lui construire 
un appareil polarisant qui pût être adapté au microscope. Les ef- 
fets admirables obtenus par ce moyen, m'ont engagé à décrire les 
différentes dispositions de l'instrument. 

Lorsqu'on emploie le microscope simple, il faut d'abord, placer 
une lame de tourmaline sur la lentille. Si l'on peut consacrer 
une lentille spécialement à ce genre d'expérience, il vaut mieux 
coller la plaque de tourmaline avec la lentille au moyen du baume 
de canada ; on évitera la perte de lumière qui peut résulter de la 
réflexion opérée par la première surface de la tourmaline. Il ar- 
rive aussi parfois, que cette pierre n'est pas bien polie et dans ce 
cas, le baume devient un correctif excellent. 

On pourrait placer la plaque de tourmaline entre deux verres 
piano-convexes et la fixer au moyen du baume. Ce procédé indi- 
qué par le docteur Brewster, lui paraît préférable au précédent et 
met à l'abri des inconvéniens déjà signalés. Ces indications sont 
applicables aux doublets. 

On fixe ensuite sur le porte-objet , une seconde lame de tour- 
maline et l'on ajuste le miroir comme pour les autres expériences. 
Quand l'appareil est ainsi disposé, si l'on tourne doucement la 
lame supérieure ou plutôt le doublet, on arrivera facilement à 
croiser les deux pierres de telle sorte, que toute clarté disparaîtra 
et que le champ sera complètement noir. C'est alors, qu'il faut 
mettre l'objet à examiner, sur la plaque polarisante de la platine. 
La structure particulière du corps dépolarisera la lumière qui 
pourra dès lors traverser la lame supérieure et l'on apercevra 
sur un fond noir, les objets diaprés des plus brillantes couleurs. 
M. Brewster nous apprend que lorsque l'éclairage est puissant 
et la lentille très petite, on peut construire cette dernière en tour- 
maline et réunir ainsi l'amplificateur et ce qu'il appelle l'ana- 
lyseur ou plaque supérieure. 

Avec le microscope composé, la disposition est la même. Cepen- 



127 

dant la coloration des tourmalines présente certains inconvé- 
niens. Pour les éviter, M. Talbot leur substitue deux prismes de 
Nicol , ainsi nommés de leur inventeur, Richard Nicol d'Edim- 
bourg. 

Nous avons fait subir une modification à l'appareil de M. Tal- 
bot. Ayant remarqué comme le docteur Brewster, que le prisme 
oculaire ou analyseur rétrécissait le champ de vue, nous l'avons 
placé immédiatement au dessus des lentilles objectives , dans le 
tube qui porte ces dernières. 

Tous nos appareils de polarisation sont aujourd'hui disposés 
de cette manière. Le prisme de Nicol est également applicable 
au microscope simple, mais seulement comme polarisateur , car 
si on en plaçait un second, au dessus de la lentille, l'œil de l'ob- 
servateur serait trop éloigné de cette dernière et le champ de 
vue trop rétréci. 

Figure 7, pi. 4, représente le microscope disposé pour les ex- 
périences sur la polarisation. 

VX pièces objectives, Z porte-objet ou platine, T tube qui se 
visse au dessous de cette platine et contient le prisme polari- 
sant P'. 

P prisme analyseur placé à l'intérieur du tube X au dessus de 
l'objectif Y. 

Pour placer les prismes dans la position convenable on fait 
tourner celui qui tient à la platine. On peut employer également 
les positions 2,3 et 4. Pour la première et la dernière on placera 
le prisme dans la pièce V. Bien entendu que dans les fig. 1 et 2, 
on remplacera le condensateur v par le prisme polarisant. 

On ne tarda pas à construire des appareils propres à démontrer 
les brillans phénomènes de la polarisation dans un cours public, 
devant de nombreux spectateurs. Cependant, on ne pouvait encore 
étudier des corps d'une certaine dimension et les tourmalines que 
l'on employait, avaient le défaut d'assombrir les images. 



128 

M. Alexandre Brongniard désirait un appareil et voulut bien 
s'adresser à moi en me laissant liberté entière pour la disposition 
optique et mécanique. J'eus la vive satisfaction de pouvoir ré- 
pondre à ce témoignage de confiance en construisant un polaris- 
cope qui fut présenté à l'Académie des Sciences. 

J'ai remplacé les tourmalines par un prisme de Nicol et une 
glace noire et j'ai fait l'application de deux prismes semblables 
au microscope solaire et au polariscope. Bien ne peut égaler la ri- 
chesse des images produites par l'action de la lumière polarisée 
sur les cristaux microscopiques. 

Avec mon nouveau polariscope on peut étudier et former des 
images énormément agrandies, de corps ayant jusqu'à dix centi- 
mètres de diamètre, tels que verres trempés, ornemens en sélénite 
(sulfate de chaux), lames de mica, etc., etc.; tandis que le micros- 
cope solaire polarisant dévoile les phénomènes développés au sein 
des plus petits atomes. 

M. Amici avait également construit un microscope composé 
polarisant , mais il employait dès paquets de lames de verre et un 
rhomboïde à double image. Sa combinaison est peu connue, néan- 
moins il était de notre devoir de la mentionner dans cet ouvrage. 

Nous désirons que nos efforts soient de quelque utilité pour la 
propagation d'une science qui s'enrichit chaque jour des belles 
expériences de nos physiciens et compte au nombre de ses adep- 
tes des savans tels que Malus, Arago, Biot, Fresnel, Pouillet, Sa- 
vart, Brewster, Herschell, Talbot, etc. 

Pour les applications qu'on peut faire des microscopes polari- 
sans, nous renvoyons au chapitre spécialement consacré aux 
expériences* microscopiques . 



'^B KQ^gs*— — 



CHAPITRE VII. 



DE LA CHAMBRE CLAIRE APPLIQUÉE AU MICROSCOPE. 



Dans ce chapitre , nous n'aurons à nous occuper que du des- 
sin , de la reproduction des objets soumis au microscope. Peut- 
être aurait-on préféré nous voir consacrer un seul article à toutes 
les applications de la chambre claire ; dessin , mesure des objets 
et du grossissement. Mais la micrométrie exigeait à elle seule de 
trop nombreux détails pour qu'il nous fût possible de la réunir 
aux autres parties et d'ailleurs nous devons décrire plusieurs 
procédés de mensuration qui ne rentrent pas dans le domaine 
de la caméra -lucida; c'est ce qui nous a décidés à donner 
en premier lieu la description de ceux d'entre ces appareils 
que l'on associe le plus avantageusement au microscope. Cette 
manière de procéder nous permettra d'éviter les répétitions 
et le lecteur aura acquis une connaissance intime des appareils 
qu'il suffira de lui nommer, pour qu'il sache à l'instant ce dont 
il s'agit. 

Toutes les chambres claires ne sont pas applicables aux diffé- 
rons microscopes. Les diverses positions de ces instrumens exi- 
gent encore des changemens dans la manière de disposer les ca- 
méras. Occupons-nous d'abord de celles qu'on peut appliquer au 
microscope horizontal. 

9 



130 

Dans cette catégorie, nous placerons les chambres claires de 
Wollaston , de Sœmmering et d' Amici. 

Le premier de ces instrumens est assez connu pour qu'il soit 
inutile d'en donner la description que l'on trouvera d'ailleurs dans 

nOS « CONSEILS AUX ARTISTES ET AUX AMATEURS SUR L APPLICATION DE 
LA CHAMBRE CLAIRE A L'ART DU DESSIN, etc. (1). » 

Le même ouvrage contient les premières idées de Wollaston , 
Bâte et Amici, ainsi que nos propres recherches sur l'application 
de ces instrumens au microscope. 

Débarrassés de ces détails préliminaires , abordons de suite le 
procédé opératoire. 

La caméra de Wollaston montée sur son support ou fixée à 
un anneau qui entre à frottement sur le tube de l'oculaire , se 
place de la manière ordinaire en observant toutefois, qu'il faut 
mettre sa face antérieure presqu'en contact avec le premier 
verre du microscope , surtout lorsqu'on emploie de forts grossis- 
semens. 

Le reste du procédé ne diffère en aucune manière de celui que 
nous avons recommandé pour la caméra employée isolément. 

Avec cette chambre claire on obtient facilement les plus beaux 
résultats, mais les inconvéniens que nous avons signalés en par- 
lant de la position verticale du microscope, se présentent de nou- 
veau et c'est là une autre preuve des avantages attachés à la posi- 
tion horizontale , car l'exactitude de l'instrument et le peu de 
difficulté que présente son usage , n'ont pu le sauver d'une es- 
pèce d'oubli, surtout depuis que M. Amici a fait connaître la 
caméra que nous nommons horizon to-verticale. Avant de parler 
de cette combinaison, disons quelques mots de celle de Sœmme- 
ring. 

Elle est composée d'un petit disque d'acier fin et parfaitement 

(1) Brochure in-8° avec planches; 1838. Chez l'auteur. 



poli, dont le diamètre est un peu moins grand que celui de la pu- 
pille. Ce miroir est incliné à 45 degrés et supporté par une 
tige métallique fort déliée fixée à un anneau semblable à celui 
dont nous avons déjà parlé. Lorsqu'on veut employer cet instru- 
ment , on glisse l'anneau sur le tube oculaire et en regardant de 
haut en bas comme avec la caméra de Wollaston, on voit en 
même temps l'image de l'objet réfléchie par le petit miroir, le 
papier et le crayon, car les petites dimensions du miroir per- 
mettent aux rayons qui partent du papier de se rendre à la pu- 
pille en passant sur les bords du petit disque. La fig. 9, pi. 2, 
représente l'appareil. A, miroir monté sur son anneau, B, 
profil et marche des rayons. 

Cette caméra-lucida est d'un emploi facile, mais aux inconvé- 
niens de la position verticale , elle joint celui de renverser les 
objets. Voyons comment M. Amici a su vaincre ces difficultés. 

Sa caméra est reproduite dans la fig. 10, pi. 2. V, oculaire du 
microscope; M, miroir plan métallique percé d'une petite ouver- 
ture centrale qui correspond exactement à celle de l'oculaire ; 
P, prisme rectangulaire destiné à réfléchir en C. les rayons venus 
du papier ; , position de l'œil. 

Si l'on regarde par l'ouverture du miroir M , on distinguera 
parfaitement l'objet amplifié par le microscope. D'un autre côté, 
le prisme P agira sur les rayons partis du point C et les renverra 
en m sur le miroir plan qui les réfléchira suivant la direction mO 
et conséquemment , on verra tout à la fois l'objet et l'image de 
la main ou du crayon qui paraîtra venir se porter sur l'objet 
amplifié, pour le reproduire. 

La supériorité de cet appareil est incontestable, parmi tous ses 
avantages nous signalerons les principaux. 

1° Ce n'est plus l'image de l'objet amplifié qui frappe l'oeil, 
c'est l'objet amplifié lui-même. Il en résulte une plus grande 
netteté et l'on n'a pas à craindre de voir cette image subir la 



132 

moindre altération en passant par un nouveau milieu ou en se 
réfléchissant sur une nouvelle surface. 

2° C'est la main qui paraît se porter sur l'objet pour en suivre 
les contours et cette combinaison est préférable , car si l'un des 
deux a besoin d'être vu bien distinctement, l'objet doit sans con- 
tredit avoir la préférence. 

Quelques personnes éprouvent en commençant une certaine dif- 
ficulté à se bien servir de cet appareil , mais il en sera de même 
pour le plus grand nombre d'instrumens ; il faut en tout faire son 
apprentissage. Aussitôt que les premières difficultés sont vain- 
cues, on est amplement dédommagé par les beaux résultats que 
l'on obtient. 

Nous plaçons la chambre claire horizonto-verticale d'Amici, au 
dessus de toutes les autres combinaisons applicables au micros- 
cope horizontal. 

Pour le microscope vertical , nous avons été obligés de modifier 
l'appareil, et de toutes les dispositions, voici celle qui nous a 
paru la plus avantageuse. 

On pose sur l'oculaire, le miroir percé d'Amici fixé sur un 
disque en cuivre. A quelque distance du microscope et à la même 
hauteur que le miroir, on ajuste un prisme rectangulaire pa- 
rallèlement au papier sur lequel on veut dessiner. Alors, si on 
regarde dans le microscope par la petite ouverture du miroir, on 
verra simultanément l'objet et le crayon. 

On comprend sans peine, que l'effet produit est semblable à 
celui que l'on obtient avec la caméra du professeur Amici. On a 
encore proposé plusieurs combinaisons optiques pour dessiner 
les objets microscopiques, nous avons du choisir les meilleures. 

Il est certainement possible de modifier les appareils et nous 
en avons déjà construit plusieurs d'après les indications des per- 
sonnes avec lesquelles nous sommes en relation ou suivant nos 
propres idées lorsqu'on s'en rapportait à nous. Dans le nombre , 



t33 

nous citerons une caméra-microscope à faibles grossissement des- 
tinée au dessin des préparations anatomiques. 

Ainsi que nous l'avons dit dans la notice déjà citée , ce n'est 
que dans le cas où la lumière est également répartie, qu'on 
peut employer l'appareil avec le plus d'avantage et de facilité. 
Nous allons donc donner quelques renseignemens sur ce point 
auquel nous attachons une grande importance. 

Si l'objet est très éclatant ou plutôt , si on ne peut le ren- 
dre visible qu'à l'aide d'une très vive lumière, il est possible 
qu'on ne voie pas la main et le crayon. Il faut placer l'appareil 
ou la table dans une position telle , que le jour puisse tomber sur 
le papier et lorsqu'on sera parvenu à établir en quelque sorte , 
l'équilibre entre l'éclairage de l'objet et celui du crayon, on 
apercevra distinctement les deux objets et l'opération n'offrira 
plus la moindre difficulté. ■ 

Est-il nécessaire d'indiquer le procédé à suivre quand il y a 
excès de lumière sur le papier ? 

L'objet qu'on veut dessiner présente fréquemment des parties 
obscures et d'autres très brillantes. Après avoir disposé l'appa- 
reil comme pour dessiner les points les plus lumineux et lors- 
qu'on a obtenu ces premiers traits , on place devant le papier la 
main gauche qui projette des ombres plus ou moins fortes sui- 
vant le plus ou moins d'éclat des différentes parties du corps 
soumis au microscope. 

Si l'objet est faiblement éclairé, qu'il offre beaucoup de points 
obscurs , on trouvera de grands avantages à dessiner sur du pa- 
pier noir avec du crayon blanc. Nous avons aussi obtenu de bons 
résultats en dessinant avec le crayon ordinaire , sur un morceau 
de papier végétal dont la transparence permet de voir le fond 
d'une autre feuille noire placée sous la première. On pourrait au 
besoin avoir des papiers de couleurs variées et dessiner tantôt sur 
une feuille bleue -, tantôt sur une verte , en un mot, sur les cou- 



134 

leurs qui laissent voir simultanément et avec netteté, l'objet et la 
main du dessinateur. 

Pour le microscope horizontal , nous employons toujours la ca- 
méra d'Amici , mais le lecteur appliquera sans peine nos raison- 
nemens aux autres appareils de ce genre. 



CHAPITRE Mil. 



MICROMÉTRIE. 



Mesure de l'amplification des microscopes et de la grandeur réelle des 

objets (1). 

La niicrométrie fit long-temps le désespoir des observateurs ; 
elle semblait exclusivement réservée aux hommes versés dans la 
connaissance des sciences exactes, c'était une partie du mystère 
cachée derrière le voile que ne pouvaient soulever les néophytes. 
La détermination du pouvoir amplifiant des microscopes présen- 
tait surtout de nombreuses difficultés, car pour établir un calcul 
exact, il fallait connaître parfaitement la théorie des foyers et se 
livrer ensuite à une série d'opérations qui exigeaient l'étude préa- 
lable des mathématiques. 

Le physicien, habitué à résoudre les problêmes les plus diffi- 
ciles, pouvait se faire un jeu de ces recherches dont la compli- 
cation et l'aridité paraissaient insurmontables à l'amateur avide 
de résultats prompts et faciles., 

Aujourd'hui encore, on considère la micrométrie comme une 
partie difficile de la science microscopique. Cette opinion est ba- 
sée principalement sur une idée fausse. On s'imagine que pour 

(1) Voir l'explication des figures, page 153- 



136 

mesurer la grandeur réelle d'un objet, il faut connaître le pouvoir 
amplifiant du microscope. 

Disons de suite que cette connaissance est absolument inutile. 
D'ailleurs, quand bien même elle serait nécessaire, nos procédés 
pour mesurer l'amplification sont tellement simples, que la diffi- 
culté n'existerait plus pour les personnes qui les mettraient en 
usage. 

Examinons rapidement les méthodes de nos prédécesseurs. 

Le premier moyen qui dut se présenter à l'esprit pour mesurer 
les corps, fut la comparaison d'objets inconnus avec d'autres objets 
dont la grandeur avait été déterminée à l'avance. Ainsi Leeuwen- 
hoek employait le sable de mer dont il mesurait les grains en en 
plaçant un certain nombre dans une étendue d'un pouce, il posait 
ensuite quelques uns de ces grains auprès des objets soumis au 
microscope et les comparait ensemble. Le docteur Jurin remplaça 
les grains de sable par de petits fragmens d'un fil métallique. 
Pour déterminer leur grosseur, il enroulait ce fil sur une épingle 
et comptait le nombre d'anneaux compris dans un pouce , puis il 
coupait le fil en très petits morceaux qu'il mettait sur la platine 
avec l'objet. Ces deux procédés et surtout le premier, ne pouvaient 
fournir que des résultats inexacts. 

On doit accorder plus de confiance au procédé dont le docteur 
Hooke fesait usage pour mesurer le grossissement. Ce physicien 
célèbre plaçait à la hauteur du porte-objet , une règle divisée en 
fractions du pouce, et tenant les deux yeux ouverts, il regardait 
en même temps cette échelle et l'objet amplifié par le micros- 
cope ; il transportait pour ainsi dire ce dernier sur la règle et 
comptait le nombre de divisions qu'il occupait. 

Mais quoique bien simple en apparence , ce moyen exigeait une 
grande habitude et n'était pas sans difficultés pour quelques ob- 
servateurs. Il faut en effet une certaine pratique pour voir avec les 
deux yeux , simultanément et dune manière distincte , deux ob~ 



jets différons; on ne peut compter sur une grande exactitude, 
car la moindre circonstance peut faire naître une illusion au mo- 
ment où l'on s'efforce de transporter l'image de l'objet sur la 
règle. Cette méthode a été remise en lumière il n'y a pas long- 
temps, par M. Raspail. 

Les astronomes s'occupaient activement de la recherche d'un 
bon micromètre applicable à leurs lunettes ; en Angleterre, Gas- 
coigne construisit le premier instrument de ce genre antérieu- 
rement à 1640 et cette tentative donna naissance à un grand 
nombre d'inventions nouvelles. Les réseaux métalliques , les che- 
veux , les fils d'araignée, etc., furent successivement mis en 
œuvre pour la confection des nouveaux instrumens ; ensuite on 
traça des divisions sur des plaques minces de nacre de perle, de 
corne et de verre. Tantôt l'indicateur du micromètre était mobile 
et mu par une vis dont les révolutions étaient indiquées sur un 
cadran , tantôt l'appareil était immobile. 

Plusieurs de ces mensurateurs astronomiques étaient applicables 
au microscope et dans le nombre, nous citerons principalement les 
micromètres à vis. Mais aussitôt que l'on fut parvenu à tracer 
sur une lame de verre des divisions bien nettes et égales, on put 
reconnaître que ces derniers instrumens remporteraient sur tous 
les autres. 

Le moyen le plus simple et que l'on employa en premier lieu, 
n'était guère applicable qu'aux objets excessivement minces , 
bien transparens et non suspendus dans un liquide. On plaçait 
d'abord la lame divisée sur la platine , et sur cette lame, l'objet à 
mesurer : le nombre de divisions couvertes par ce dernier , in- 
diquait exactement ses dimensions. Mais ainsi que nous l'avons 
dit, la moindre épaisseur, une goutte de liquide, etc.; entra- 
vaient l'opération à l'instant, car l'objet et le micromètre n'é- 
taient plus situés sur le même plan et ne pouvaient se trouver 
placés tous deux au foyer de la lentille. Malgré son imperfection, 



138 

ce procédé était encore employé par M. Le Baillif en 1824. Cepen- 
dant B. Martin, dans son Système d'optique imprimé en 1740, dé- 
crivit son micromètre oculaire associé au micromètre objectif. Ce 
moyen est celui que l'on emploie encore aujourd'hui et la des- 
cription que nous en donnons plus loin , nous dispense de nous 
y arrêter davantage. Ce fut encore Martin qui inventa le mi- 
cromètre à aiguille et à cadran. Cet instrument était composé 
d'une vis dont on connaissait exactement l'écartement du pas , 
terminée à l'une de ses extrémités par une aiguille déliée , à 
l'autre par un indicateur qui parcourait les divisions tracées sur 
un cadran fixe et dormait la mesure exacte de la progression de la 
vis. On fixait l'appareil sur l'oculaire en fesant pénétrer l'aiguille 
déliée qui terminait l'une des extrémités de la vis, dans le tube, 
exactement au point où venait se former l'image de l'objet. En 
tournant alors la vis, la pointe de l'aiguille traversait l'image 
tandis que l'indicateur marquait sur le cadran le point de départ 
et celui d'arrêt ; un calcul fort simple donnait enfin un résultat 
assez exact. Cette méthode a été proposée, il y a quelque temps , 
pour mesurer les laines. Frauenhofer construisit d'après ce prin- 
cipe, un micromètre qui a joui d'une grande réputation. Il 
plaçait cet instrument sur la platine du microscope et la vis fe- 
sait marcher l'objet; un fil placé dans l'oculaire servait de point 
de repère. Au reste, le duc de Chaulnes appliquait à son micros- 
cope, la plupart de ces micromètres dont on trouvera la descrip- 
tion dans son ouvrage. 

Il nous paraît inutile de nous occuper plus long-temps de ces 
différens moyens presque tous abandonnés aujourd'hui, surtout 
par les personnes auxquelles nous avons communiqué nos pro- 
cédés. Nous ne parlerons pas davantage des graines de Lyco- 
pode, du Lycoperdon-Bovista , du crystallin des poissons, des 
pelures d'oignon de Dellebare, etc., qui loin de nous faire faire 
le moindre progrès, nous ramèneraient infailliblement aux pre- 



139 

miers temps de la micromélrie et aux grains de sable de Leeu- 
wenhoek. 

Depuis long- temps , on fesait des recherches dans le but de 
simplifier les procédés micrométriques , mais il fallait en môme 
temps conserver ou plutôt augmenter leur exactitude. M. Amici 
publia un mémoire ( De' Microscopl catadiottrici , memoria pre- 
sentata ed inserita net tomo 18 délia società italiana délie scienze 
résidente in Modena) , traduit en français et publié dans les An- 
nales de Chimie et de Physique, tome 17. Août 1821. 

Notre curiosité fut vivement excitée par cette publication qui 
contenait de bons renseignemens sur l'application de la caméra 
à la micrométrie. Nous devons dire toutefois que pour nous , ces 
instructions manquaient peut-être de clarté. 

Ceux de nos lecteurs qui seront curieux de connaître la mé- 
thode du savant professeur de Modène, pourront consulter les 
mémoires indiqués plus haut , il nous eût été impossible de les 
reproduire ici. 

Des expériences répétées nous mirent bientôt en possession des 
procédés que nous allons décrire. Pour plus de certitude , nous 
les avons communiqués à un grand nombre de personnes qui ont 
bien voulu les vérifier et les emploient exclusivement aujour- 
d'hui. 

Il faut remarquer, que M. Amici n'avait pas déterminé d'une 
manière précise, la distance de l'oculaire au papier sur lequel on 
dessine. Cette détermination était cependant importante et nous 
devons en dire quelques mots avant de commencer notre descrip- 
tion. 

Les physiciens varient dans leurs estimations de la distance de 
la vue moyenne. Cette variation amène nécessairement des diffé- 
rences dans les calculs et si l'on n'en tient pas exactement compte, 
on s'expose à commettre de grossières erreurs. Nous croyons 
qu'on pourrait faciliter les opérations en admettant un terme 



140 

moyen représenté par une mesure décimale. Ainsi donc, nous 
avons depuis long-temps adopté une distance de vingt-cinq centi- 
mètres, sans prétendre en aucune manière que ce soit la véritable 
distance , mais parce que cette mesure décimale simplifie encore 
les calculs déjà fort simples de nos procédés et que d'ailleurs , 
elle ne s'éloigne pas trop des différentes évaluations indiquées 
par les physiciens. 

Nous avons déjà parlé plusieurs fois de micromètres divisés sur 
verre; il devient indispensable d'en donner une courte descrip- 
tion. 

On est parvenu à l'aide du diamant et d'une machine , à tracer 
sur une lame de verre , un grand nombre de divisions égales dans 
un très petit espace; ainsi nous obtenons aujourd'hui le milli- 
mètre divisé en cinq cents parties. Plusieurs artistes et quelques 
amateurs exécutent ces divisions avec une grande perfection. 
Parmi ces derniers, nous citerons M. LeBaillif qui avait lui-mên\e 
construit une machine à tracer que nous possédons aujourd'hui : 
M. le baron Séguier, grave des micromètres pour ses expériences 
et il serait difficile d'obtenir des instrumens exécutés avec plus 
de netteté et d'exactitude. M. Le Baillif eut le premier, l'heureuse 
idée de donner des longueurs différentes aux traits de ses divi- 
sions ; on ne saurait s'imaginer combien cette disposition est 
avantageuse. Ainsi par exemple , cet habile observateur indiquait 
distinctement cinq ou dix divisions par des traits plus ou moins 
longs semblables à ceux que l'on trace sur les échelles métriques 
ordinaires. 

Quoiqu'on soit parvenu à diviser le millimètre en cinq-centiè- 
mes, on fait rarement usage d'une échelle aussi délicate et si l'on 
comprend bien nos procédés, on reconnaîtra qu'elle est tout à fait 
inutile, puisqu'on peut à volonté obtenir des fractions aussi pe- 
tites que l'on veut , en reculant la mire à une distance plus ou 
moins considérable. 



141 

Les micromètres objectifs sont ordinairement fixés dans l'ou- 
verture d'une réglette en cuivre ainsi qu'on l'a représenté fig. 14, 
planche 2. 

11 faut distinguer deux choses dans la micrométrie : 1° l'éva- 
luation du pouvoir amplifiant du microscope ; 2° la mesure de la 
grandeur réelle des objets. Commençons par le pouvoir amplifiant 
et pour aller du simple au composé, prenons d'abord le micros- 
cope solaire. 

Lorsque l'écran sera placé à la distance convenue, (0 m ,25) on 
introduira dans le porte-objet ou platine , un micromètre divisé 
par exemple, en millimètres, dont l'image ira se peindre sur l'é- 
cran. Avec un compas, on mesurera exactement la grandeur de 
cette image ou d'une de ses parties ; ensuite on portera les pointes 
du compas sur une échelle métrique, et l'on obtiendra de suite, 
l'évaluation du pouvoir amplifiant des lentilles. Supposons par 
exemple, qu'un millimètre du micromètre occupe sur l'écran un 
espace égal à un décimètre , nous aurons une amplification de 
100 fois et l'opération sera toujours aussi facile, quelles que 
soient les quantités. 

Nous avons dit qu'on pouvait augmenter la puissance du mi- 
croscope solaire, soit en changeant les lentilles, soit en éloignant 
l'écran. Il arrivera donc, que plus on éloignera ce dernier , plus 
l'image du millimètre paraîtra amplifiée. 

On peut employer le même moyen pour estimer la force du 
microscope simple ordinaire, en fixant la lentille ou le doublet à 
la place des lentilles achromatiques ; cependant , nous allons in- 
diquer un procédé tout aussi simple et qui donne des résultats 
très exacts. 

Notre petit microscope horizontal peut être converti en micros- 
cope simple et par conséquent, ce dernier peut prendre la posi- 
tion horizontale. On aura donc la faculté d'y adapter la chambre 
claire horizonto- verticale de M. Amici, oulemiroirdeSœmmering. 



142 

Plaçant alors le papier à 0™, 25 de l'axe de la lentille, et sur 
la platine, un micromètre divisé par exemple, en centièmes de mil- 
limètre ; on marquera sur le papier deux points correspondans à 
une ou plusieurs divisions amplifiées du micromètre , et la com- 
paraison de cet intervalle avec les divisions d'une échelle métri- 
que, donnera pour résultat, la mesure exacte du pouvoir ampli- 
fiant. 

Exemple. — Soit un micromètre divisé en centièmes de milli- 
mètre. Si l'image amplifiée de cinq centièmes ou un vingtième de 
millimètre correspond à un centimètre de la règle, le pouvoir am- 
plifiant de la lentille sera égal à deux cents. Si on pose de suite 
la règle métrique à la place du papier et que l'on fasse concorder 
ses divisions avec celles du micromètre vu au moyen de la len- 
tille , on pourra faire l'opération avec la plus grande rapidité. 

Mais tous les microscopes simples ne sont pas disposés de ma- 
nière à pouvoir prendre la position horizontale , il fallait donc 
modifier le procédé ou plutôt renverser le système. 

Placez à m , 25 de l'axe et à la hauteur de la lentille , une 
mire ou tableau sur lequel on aura collé préalablement une 
feuille de papier blanc. Posez sur la lentille, le miroir percé 
d'Amici en dirigeant sa surface réfléchissante vers la mire. Si 
vous mettez alors le micromètre sur la platine et que vous regar- 
diez par l'ouverture centrale du miroir, vous verrez en même 
temps la mire et les divisions amplifiées du micromètre qui sem- 
bleront tracées sur le papier. Si vous prenez sur l'écran la distance 
d'une ou plusieurs divisions du micromètre avec un compas, vous 
n'aurez plus qu'à comparer cette distance aux divisions de l'é- 
chelle micrométrique et vous obtiendrez le résultat par la même 
opération que ci-dessus. On conçoit aussi qu'il est également 
possible de placer la règle sur la mire ou de tracer sur cette der- 
nière des divisions correspondantes. 

Nous pensons qu'il est impossible d'employer des procédés 



143 

plus simples et plus à la portée de toutes les intelligences; ainsi 
donc sans nous arrêter davantage sur ce point , nous passerons 
de suite aux méthodes dont nous lésons usage pour déterminer 
la grandeur réelle des objets soumis à l'action du microscope 
simple. 

Et d'abord, nous engageons de nouveau le lecteur à bien se 
pénétrer de la vérité de ce fait ; c/uil est absolument inutile de 
connaître le pouvoir amplifiant du microscope pour déterminer la 
grandeur réelle des objets. 

Débarrassées de cette complication, les opérations suivantes se- 
ront tout aussi simples et aussi facilement comprises , que celles 
dont nous venons de nous occuper, 

Pour le microscope solaire, il faut agir comme pour mesurer 
son pouvoir amplifiant; il est évident que si un millimètre du 
micromètre vient se peindre sur le tableau sous les dimensions 
d'un décimètre, tout objet mis à la place du micromètre, devra 
se peindre avec des proportions relatives , donc , un corps qui oc- 
cupera sur l'écran un espace correspondant à m , 1 , aura néces- 
sairement pour grandeur réelle m , 001 et ainsi de suite. Lors- 
qu'on a tracé sur l'écran les points correspondans à m , 001 du 
micromètre il faut donc retirer ce dernier et glisser à sa place 
l'objet dont on veut trouver la grandeur réelle. Mais il peut arri- 
ver que l'objet ne remplisse pas exactement l'intervalle indiqué 
sur le tableau; cette difficulté n'arrêtera nullement l'opération , 
car il suffit d'employer un micromètre divisé en centièmes de mil- 
limètre et de tracer sur le tableau toutes ces divisions. Nous ver- 
rons tout à l'heure qu'il est un autre moyen d'arriver à connaître 
la grandeur réelle des plus petits corps. 

Emploie-t-on le microscope simple dans la position horizontale? 
Voici la manière de procéder. 

On dispose l'appareil comme pour mesurer l'amplification; 
après avoir dessiné sur le papier l'image amplifiée du micro- 



144 

mètre que l'on enlève , on met sur la platine l'objet à mesurer et 
on compare son amplification avec l'échelle obtenue préalable- 
ment. 

Nous devons parler ici d'une importante modification que nous 
avons fait subir à ce procédé. 

Lorsque les objets sont infiniment petits , dans le cas où l'on 
veut mesurer des détails d'une grande finesse alors même qu'ils 
sont amplifiés ; on éprouve le besoin d'avoir une échelle divisée en 
parties presque insensibles. Mais l'exiguité de ces divisions les 
rendrait imperceptibles à l'œil nu et l'on ne pourrait obtenir une 
évaluation exacte. Notre procédé fait disparaître tous ces obsta- 
cles et donne à la micrométrie une puissance en quelque sorte il- 
limitée. On nous pardonnera donc des détails et des répétitions 
indispensables. 

L'appareil est disposé de la même manière que dans l'opération 
précédente , mais comme il ne s'agit pas de chercher le pouvoir 
amplifiant de la lentille, on ne sera point tenu de placer le papier 
à une distance de m , 25. On pourra donc l'éloigner autant qu'on 
voudra , et cette faculté constitue toute l'importance du procédé 
micrométrique. 

Supposons que le papier soit placé à m ,50 de la lentille, admet- 
tons encore que le micromètre objectif soit divisé en centièmes de 
millimètre et que la lentille amplifie cent fois (1). Il est évident 
que si le papier était placé à m , 25, un centième de millimètre 
amplifié correspondrait sur le papier à un millimètre ; donc, si le 
papier est placé à m , 50, ce centième de millimètre correspondra 
à deux millimètres. Mais on sait que ces deux millimètres ne re- 
présentent toujours qu'un centième de millimètre. Quand on aura 
établi cette proportion , on retirera le micromètre pour glisser à 

(1) Nous sommes forcés ici de mentionner l'amplification, par la nature 
même du problême qui sans cela , eût été tout-à-fait inintelligible. 



145 
sa place, l'objet qu'on veut mesurer et dès-lors il sera facile de 
connaître la grandeur réelle d'une de ses parties , quand bien 
même elle ne serait que d'un cinq-centième de millimètre , car 
aussitôt que l'on a obtenu sur le papier une image du centième 
de millimètre du micromètre, on pourra la diviser en cinq ou dix 
parties et cela, avec d'autant plus de facilité que cette mesure sera 
plus étendue. Ainsi donc, deux millimètres seront plus faciles à 
diviser en cinq parties que ne le serait un seul et de plus ces 
divisions seront visibles à l'œil nu. 

La partie de l'objet mis à la place du micromètre, paraît-elle 
remplir sur le papier une, deux ou trois de ces divisions? La 
grandeur réelle sera de un , deux ou trois cinq-centièmes de mil- 
limètre. 

Est-il besoin d'ajouter-, que plus l'écran sera éloigné, plus on 
obtiendra de subdivisions et plus il sera facile de mesurer exacte- 
ment des objets infiniment petits ou même leurs moindres dé- 
tails. 

Si l'on éprouve quelque embarras à tracer les mesures sur un 
papier placé trop bas , on peut y dessiner à l'avance , une échelle 
divisée en millimètres , centimètres, etc. On établira sa concor- 
dance avec le micromètre el après avoir remplacé ce dernier par 
un objet , on agira comme nous l'avons dit. 

Quand on se sert du microscope simple vertical, on le dispose 
comme pour la recherche de l'amplification et lorsque le miroir 
d'Amici est placé sur la lentille et le micromètre sur la platine , 
on porte la mire à une certaine distance , à deux mètres par 
exemple, puis on opère comme ci-dessus. 

Dans le cas où l'on porte la mire trop loin pour pouvoir mesu- 
rer l'amplification avec un compas , il est avantageux d'y tracer 
préalablement une échelle divisée en centimètres ou en parties 
égales qu'on pourra toujours faire concorder avec les traits du 
micromètre en approchant ou reculant la mire. 

10 



146 

Cette dernière manœuvre est nécessaire toutes les fois que les 
traits du micromètre ne coïncident pas exactement avec ceux de 
l'échelle. On nous permettra de citer un exemple de cette opé- 
ration. Soit un micromètre divisé en dixièmes de millimètre. Soit 
une échelle tracée sur la mire et représentant des centimètres ; si 
l'on recule cette mire à une distance de deux mètres , les dixiè- 
mes de millimètre vus au moyen du microscope avec un certain 
grossissement, correspondront exactement aux centimètres et par 
suite un millimètre à m , 10. Si l'objet qui remplace le micro- 
mètre remplit une division de l'échelle, sa grandeur réelle sera 
égale à un dixième de millimètre. Mais quand on veut mesurer 
quelque détail de cet objet , comme on peut facilement diviser les 
centimètres de l'échelle en millimètres, si cet objet correspond 
à un millimètre, sa grandeur réelle sera égale à un centième de 
millimètre. 

Nous allons maintenant passer au microscope composé, toute- 
fois, nous observerons que ces premières explications aideront 
beaucoup à l'intelligence de la seconde partie de notre travail. 

Mais avant d'aller plus loin, il est important de répéter, qu'il 
n'est nécessaire de placer le papier ou la mire à m ,25 distance 
que nous avons adoptée pour la vision moyenne, que lorsqu'il s'a- 
git d'obtenir l'évaluation du pouvoir amplifiant du microscope. 

Cet instrument est horizontal ou vertical , il faut donc exa- 
miner séparément les procédés applicables aux différentes posi- 
tions. 

MESURE DE h AMPLIFICATION. 

1° Microscope horizontal . 

On ûxe sur l'oculaire, la chambre claire horizonto-verticale 
d'Amici. Sur la platine, on place un micromètre objectif et sur 



147 
la table à ua ,25 de l'axe de l'instrument, une feuille de papier. 
En traçant avec un crayon deux traits correspondans à une ou 
plusieurs divisions du micromètre, il sera facile ensuite de me- 
surer l'intervalle avec un compas et de le comparer aux divisions 
d'une échelle métrique. On peut encore tracer d'avance cette 
échelle sur le papier ; le rapport de ses divisions avec celles du 
micromètre, indiquera positivement le grossissement du micros- 
cope. 

Ex. Soit un micromètre objectif divisé en centièmes de milli- 
mètre ; si une de ses divisions correspond à un millimètre de la 
règle, le microscope grossira 100 fois et ainsi de suite. 

Voici maintenant une autre méthode beaucoup moins simple , 
car il faut faire trois opérations pour arriver au résultat que 
nous obtenons avec une si grande facilité. 

Il faut, 1° trouver la puissance de l'oculaire. 

2° Celle de l'objectif. 

3° Multiplier l'une par l'autre. 

En premier lieu, on met sur le diaphragme à l'intérieur du tube 
de l'oculaire, un micromètre divisé par exemple en millimètres et 
qui doit se trouver exactement au foyer du verre oculaire ; ensuite, 
on replace dans le microscope le tube oculaire armé de la cham- 
bre claire d'Âmici (1). Au dessous de la caméra et à la distance 
convenue , se trouve le papier ou l'échelle. Si un millimètre du 
micromètre égale un centimètre de l'échelle , l'oculaire grossira 
dix fois. 

Il s'agit maintenant de connaître la puissance de la seconde par- 
tie de l'appareil, c'est-à-dire de l'objectif et du verre de champ 
réunis. 

Enlevez la caméra, placez sur la platine un micromètre que nous 

(1) On doit faire abstraction de l'objectif et du verre de champ qui pour- 
raient être enlevés , mais qu'on laisse en place parce qu'ils dirigent les 
rayons lumineux sur le micromètre oculaire. 



148 

supposerons divisé en centièmes de millimètre, mettez au point 
et cherchez en fesant tourner la pièce de l'oculaire ou bien au 
moyen du support à chariot , à faire concorder les divisions su- 
périeures avec les inférieures , enfin faites votre calcul propor- 
tionnel. 

Ex. Si une division ou un centième de millimètre du micro- 
mètre objectif correspond à un millimètre du micromètre ocu- 
laire, vous aurez pour résultat, un grossissement de 100 fois. 

Il vous reste enfin à faire la troisième opération ou en d'autres 
termes, à multiplier la deuxième quantité par la première; ainsi 
nous avons, 

Grossissement de l'oculaire =10 fois. 
id. de l'objectif = 100 fois. 

Donc 100 x 10 ou 1000 = la puissance amplifiante du mi- 
croscope. 

Il arrive quelquefois qu'il n'y a pas concordance parfaite entre 
les divisions des deux micromètres et que pour l'obtenir , on est 
obligé d'allonger plus ou moins le microscope au moyen du tube 
oculaire. Nous pensons en conséquence, que lorsqu'on emploiera 
le procédé que nous venons de décrire, on devra commencer par 
établir la concordance des deux micromètres, puis retirer l'infé- 
rieur sans toucher au tube oculaire et procéder comme nous l'a- 
vons indiqué plus haut. 

2° Microscope vertical. 

Les deux moyens applicables au microscope horizontal , le 
sont également à l'appareil vertical. 

Pour le premier, on remplace la chambre claire d'Amici par 
son miroir percé; plaçant ensuite un micromètre objectif sur 
la platine, et une mire ou écran à ra ,25, on opère comme 



i49 

avec le microscope horizontal ; il en est de même pour le second 
procédé. 

MESURE DE LA GRANDEUR RÉELLE DES OBJETS. 
1° Microscope horizontal. 

L'excellence des opérations que nous avons indiquées pour le 
microscope simple, devient surtout évidente lorsqu'on emploie 
l'instrument composé. 

Disposez l'appareil horizontal comme pour mesurer le grossis- 
sement, mais éloignez votre papier autant qu'il vous sera possible 
et vous aurez une échelle qui représentera l'amplification consi- 
dérable subie par le micromètre objectif. La facilité avec laquelle 
vous pouvez diviser cette échelle en parties plus ou moins pe- 
tites, vous permettra de mesurer la grandeur réelle des objets les 
plus déliés. 

Si vous n'employez pas la chambre claire, il suffit de remplacer 
le micromètre objectif par l'objet à mesurer et son rapport avec 
le micromètre oculaire donnera la mesure de sa grandeur réelle. 

Ex. Soit un micromètre oculaire divisé en millimètres. Si le 
micromètre objectif est divisé en centièmes et qu'une de ces di- 
visions corresponde à un millimètre de l'oculaire, un objet mis 
à la place du micromètre objectif et qui remplira une des divisions 
du micromètre oculaire, aura une grandeur réelle d'un centième 
de millimètre. 

2° Microscope vertical. 

Avec un microscope vertical, on remplace encore la caméra 
d'Amici par son miroir, mais ici comme pour le microscope simple 
vertical, on peut reculer la mire aussi loin qu'on le jugera con- 
venable. 

Ex. Soit un micromètre objectif divisé en centièmes de milli- 



150 
mètre, soit une mire divisée en centimètres et placée à trois 
mètres de distance. Supposons que le pouvoir amplifiant soit tel 
que deux divisions du micromètre inférieur correspondent à cinq 
divisions de l'échelle tracée sur l'écran; il est évident que ces cinq 
divisions représenteront deux centièmes ou un cinquantième de 
millimètre. Si je subdivise les cinq parties de la mire en deux 
parties chacune, j'aurai dix divisions représentant des cinq-centiè- 
mes de millimètre et lorsque le micromètre objectif sera rem- 
placé par un objet, je pourrai facilement mesurer des parties qui 
n'auront qu'un cinq -centième de millimètre. On conçoit qu'en 
augmentant la distance de l'écran au microscope, on obtiendra 
une échelle représentant des millièmes, etc., de millimètre. 

Si l'on a bien conçu toute l'importance de ce procédé, on nous 
pardonnera volontiers la répétition de cet exemple que nous avons 
déjà donné en parlant du microscope simple et nos lecteurs con- 
viendront sans doute avec nous, que ce moyen donne à la micro- 
métrie une puissance presque illimitée (1). 

Nous doutons fort, que les personnes qui auront une fois em- 
ployé notre procédé, aient jamais recours à l'emploi du double 
micromètre, néanmoins, nous devons en dire deux mots. 

L'appareil est le même que pour la mesure de l'amplification du 
microscope vertical, moins la mire et le miroir d'Àmici. On substi- 
tue l'objet au micromètre objectif dont on a préalablement déter- 
miné le rapport avec le micromètre oculaire. 

Nous terminerons ce chapitre par la description d'un gonio- 
mètre microscopique, du mensurateur de M. Le Baillif et du 
microscope à mesurer les fils excessivement déliés, tels que soies, 
laines, etc. 

Le goniomètre destiné à mesurer les angles microscopiques, 

(1) Nous avons appliqué ce nouveau procédé aux télescopes et aux lu- 
nettes, pour mesurer les distances, etc. 



151 

lig. 11, pi. 2, est fixé dans un oculaire A,B, au foyer du verre 
supérieur. La pièce C,G est composée d'un cercle de cuivre C,C, 
dans lequel tourne le disque D,D, percé à son centre d'une ouver- 
ture circulaire qui reçoit un disque de verre sur lequel on a 
tracé au diamant le petit trait a, c. La circonférence extérieure 
de la pièce D,D est dentée et le bouton F terminé par un pi- 
gnon qui permet d'imprimer un mouvement circulaire à D,D, 
Un second disque de verre sur lequel on a tracé au diamant le 
trait b, d, est maintenu immobile sous la pièce C,C. Après avoir 
fait concorder les traits des deux disques , si l'on tourne le bou- 
ton F, le mouvement sera communiqué à la pièce D,D, et les traits 
se croiseront en formant des angles plus ou moins ouverts 
qu'on mesurera sans peine au moyen des degrés tracés sur le 
cercle C,C. 

L'idée première de ce petit appareil, appartient à M. Raspail. 
Notre goniomètre diffère du sien par une meilleure disposition 
de la partie mécanique. 

Avec la chambre claire appliquée au microscope horizontal, on 
mesure très facilement les angles des cristaux; il suffît de desti- 
ner l'angle et de le mesurer avec un rapporteur. On pourrait en- 
core employer le microscope solaire qui amplifie considérable- 
ment ces angles. 

Le mensurateur de M. Le Baillif est un petit instrument fort in- 
génieux, mais dont on fait rarement usage parce qu'il est peu 
connu. 

AB, AB, fig. 12, pi. 2, est une petite plaque en bois ou en cui- 
vre. c,c, sont deux petits supports percés dans lesquels glisse la 
pièce e,e, qui est repoussée vers la gauche par le ressort de 
montre f. La plaque AB, AB est percée à son centre et garnie 
d'un verre sur lequel on a gravé au diamant un trait excessive- 
ment fin. La pièce ee, est également percée en o et dans son ou- 
verture est fixé un disque de verre divisé en fractions de milli- 



152 

mètre. / est une vis qui avance ou recule au moyen du support 
taraudé d et dont l'extrémité vient appuyer contre un butoir en s. 

Pour employer l'instrument , on le fixe solidement sur la pla- 
tine du microscope. On met au point et l'on aperçoit parfaitement 
les divisions et le trait indicateur qu'il faut amener sur le pre- 
mier trait de la plaque supérieure au moyen de la vis /. Si l'on 
place alors un petit corps, un morceau de papier par exemple au 
point s, entre l'extrémité de la vis et celle du butoir, ce dernier 
sera repoussé vers la droite et la marche des divisions sur le trait 
du disque inférieur, indiquera l'épaisseur du corps. 

Quant au microscope destiné à mesurer les fils déliés, ce n'est 
autre chose qu'un de nos petits microscopes dont l'oculaire est 
muni d'un micromètre fixé à demeure au foyer du premier verre. 
Nous déterminons à l'avance la valeur de ces divisions en les com- 
parant à celles d'un micromètre objectif ainsi que nous l'avons dit 
plus haut, et dès lors, il est excessivement facile de mesurer les 
objets placés sur la platine. , 

Nous avons construit cet appareil pour faciliter l'opération, car 
beaucoup de chefs d'atelier ou leurs ouvriers, éprouvent de la 
difficulté à bien disposer le micromètre oculaire et d'ailleurs, 
une fois que la valeur de ce micromètre est déterminée, il 
leur suffit de placer l'objet sur la platine et de regarder dans le 
microscope pour obtenir un résultat exact. Cependant nous préfé- 
rons l'emploi de la chambre claire ; deux ou trois expériences suf- 
firont pour mettre toute personne en état de faire usage de notre 
procédé qui peut donner les évaluations les plus délicates avec la 
plus grande exactitude. 

Il serait maintenant superflu de parler du micromètre de Wol- 
laston , des réseaux métalliques , des mesures prises sur le pied 
de l'instrument, du micromètre angulaire ; notre but était de sim- 
plifier cette branche delà science et nous croyons y être parvenu. 
En décrivant tous les procédés connus, nous embarrasserions l'es- 



153 
prit du lecteur d'une foule de choses inutiles et il pourrait nous 
reprocher avec raison de ne lui avoir rien donné en voulant lui don- 
ner trop. Les amateurs curieux pourront consulter les anciens 
ouvrages. 

Explication des figures relatives à la micromètrie. 

Fig. 13, pi. 2. A, mire sur laquelle est tracée l'échelle. 

B miroir percé d'Amici. 

C lentille ou oculaire. 

P Pupille. 

ab cd marche des rayons (voir plus haut l'explication). 

Fig. 14. A, B, micromètre objectif ou réglette en cuivre por- 
tant à son centre le micromètre sur verre G. 

Fig. 15. A,A\ micromètres oculaires. A' est divisé en carrés; 
cette disposition est quelquefois avantageuse. 



-B l» $ >|g ■ 



CHAPITRE IX. 



ACCESSOIRES DU MICROSCOPE. 

Lorsqu'on veut faire des expériences microscopiques, il faut 
d'abord monter son laboratoire. Qu'on ne s'alarme pas toutefois ; 
pour nous, ce mystérieux réduit, n'est autre chose que le tiroir 
qui renferme l'instrument. Des compartimens , des casiers su- 
perposés , reçoivent tous les appareils nécessaires aux expé- 
riences. Certains auteurs ont prétendu qu'on devait avoir un ca- 
binet exclusivement réservé au microscope; nous serons moins 
ambitieux et tout en reconnaissant que ce laboratoire peut être 
fort utile aux personnes qui consacrent tous leurs instans à des 
recherches microscopiques, nous n'exigerons qu'une armoire ou 
une cage en verre pour mettre l'appareil à l'abri de la poussière 
et de l'humidité. 

La table qui supporte le microscope doit être solide et à l'abri 
de toutes secousses ; quelques observateurs évitent même d'y ap- 
puyer leur poitrine dont les mouvemens joints aux battemens du 
cœur pourraient déterminer une légère agitation. Il ne nous paraît 
pas nécessaire de pousser les précautions aussi loin. La hauteur de 
la table ou du siège sera réglée d'après la taille de l'observateur, 
en un mot, il faut que l'oculaire se présente naturellement à l'œil, 
quelle que soit la position de l'appareil. 

Parmi les accessoires du microscope, nous avons déjà parlé 



156 

des verres colorés qui se vissent au dessus des lentilles, des mi- 
cromètres, des chambres claires, des prismes de Nicol pour la 
polarisation. Il nous reste encore à décrire plusieurs instrumens 
indispensables. En première ligne, nous placerons nos objectifs 
variables et notre prisme redresseur. 

Lorsqu'on s'occupe de dissections microscopiques, l'instrument 
composé est parfois trop puissant ou plutôt, le champ de vue n'est 
pas assez étendu et il n'y a pas assez d'espace entre les lentilles 
objectives et la platine; les mêmes inconvéniens se présentent si 
l'on fait usage du microscope simple. Notre objectif variable de- 
vient alors indispensable. Il se compose de deux tubes en cuivre 
glissant l'un dans l'autre et mus par une crémaillère ; à l'extré- 
mité de chaque tube, se trouve une lentille achromatique à long 
foyer. L'appareil s'adapte au microscope à la place de l'objectif. 
Au moyen de la crémaillère , on peut éloigner ou rapprocher les 
deux verres et obtenir un grossissement plus ou moins fort sans 
avoir besoin de changer les lentilles ; le champ du microscope est 
vaste et l'espace suffisant pour faire mouvoir des instrumens as- 
sez volumineux. Un anatomiste distingué, le docteur Bourgery, fait 
un usage fréquent de ce nouvel objectif adapté à l'un de nos 
grands microscopes. Quelquefois nous plaçons cet appareil sous 
la platine et nous obtenons ainsi un condensateur variable qui 
peut devenir fort utile dans certaines circonstances. Depuis plu- 
sieurs années, nous avons appliqué cette combinaison à nos lu- 
nettes achromatiques et les résultats obtenus, nous ont engagés 
à adopter ce nouveau système. 

Lafig. 16, pi. 2, représente l'objectif. 

T tube extérieur. 

t tube intérieur glissant dans le premier. 

V verre supérieur. 

V verre inférieur. 

B bouton à pignon qui fait mouvoir le tube t. 



157 

On a dessiné, fig. 16 bis, un objectif plus puissant et dépourvu 
de crémaillère. 

Le prisme redresseur est une pièce absolument indispensable à 
l'anatomiste. Toutes les personnes qui ont l'habitude du micros- 
cope, savent combien il est difficile de conduire avec exactitude les 
pointes, scalpels, etc., sur la platine. Les rayons en se croisant, 
donnent une image renversée de l'objet que l'on examine, et con- 
séquemment, lorsqu'on fait mouvoir un scalpel sur le côté gauche 
il paraît agir sur la partie droite de l'objet, si on le pousse vers la 
droite, il semble se diriger du côté gauche et ainsi de suite. La dif- 
ficulté augmente encore, si l'on dissèque un très petit objet sous 
un fort grossissement. 

Notre appareil est tout simplement un prisme rectangle fixé 
dans un tube en cuivre qui se place sur l'oculaire du microscope. 
Les bases du prisme correspondent aux parois du tube. Avec cet 
instrument, on peut à volonté rendre à l'objet sa véritable position 
et même le faire tourner dans tous les sens. En quittant l'ocu- 
laire, les rayons sont forcés de traverser le prisme , mais son ac- 
tion réunie à celle du prisme de l'appareil, imprime aux rayons 
une réflexion croisée qui détruit complètement l'inversion pro- 
duite par le premier entrecroisement. 

Il est quelquefois très difficile de suivre les mouvemens des 
animalcules qui changent de place à tout moment. Avec le prisme 
redresseur, on n'est pas exposé à pousser le porte-objet dans un 
sens lorsqu'il est nécessaire de lui faire suivre une autre direction 
pour retrouver l'infusoire. 

On obtient un excellent microscope pour les recherches et dis- 
sections anatomîques, en appliquant à l'instrument ce prisme et 
l'objectif variable dont nous avons déjà parlé. 

Fig. 17, pi. 2. ABCD tube en cuivre. 

P prisme redresseur. 

ouverture à laquelle on applique l'œil. 



158 
E, le tube vu de face. 

Il arrive souvent que la mobilité de certains objets devient un 
obstacle pour l'observateur le plus patient, d'autres fois on veut 
examiner les modifications que peut déterminer un changement 
de forme, vérifier si les corps contiennent un fluide ou résistent 
à la pression. 

On a imaginé pour exercer sur les objets une pression graduée 
et méthodique, plusieurs instrumens auxquels on a donné le nom 
de compr essor ium ou compresseur. 

Nous croyons, sans toutefois l'affirmer, que le premier com- 
presseur fut inventé par MM. Purkinje et Valentin. Il se com- 
posait d'un petit tambour présentant à l'extérieur un pas de vis et 
garni intérieurement d'un disque de verre sur lequel on plaçait 
l'objet. Un petit chapeau fileté à l'intérieur et dont l'ouverture 
supérieure était fermée par un verre très mince , se vissait sur le 
tambour et lorsque les deux pièces étaient entièrement réunies, le 
verre du chapeau se trouvait en contact avec le disque du tambour. 
Ce petit appareil était fixé sur un plateau en cuivre qui servait à 
le maintenir sur la platine du microscope. 

Pour examiner un objet, on le plaçait sur le disque du petit 
tambour, au moyen du pas de vis on abaissait graduellement le 
verre du chapeau et le corps se trouvait bientôt comprimé avec 
plus ou moins de force. Mais en vissant le chapeau, on imprimait 
nécessairement au verre supérieur, un mouvement de rotation suf- 
fisant pour détruire ou déchirer l'objet. 

M. Cornélius Yarley de Londres décrivit cet appareil dans un 
mémoire publié en 1832. 

M. Solly m'a fait cadeau d'un compresseur à peu près semblable, 
mais heureusement modifié. Les différentes pièces de cet instru- 
ment diffèrent peu des précédentes, mais le chapeau ne tourne pas, 
c'est une virole filetée qui lui communique le mouvement. J'a- 
vais déjà construit plusieurs de ces compressorium, lorsque le doc- 



159 

leur Glugeme fit voir un nouvel appareil construit par M. Schiek 
de Berlin. J'en donnerai la description, car il est aujourd'hui gé- 
néralement employé par les observateurs. 

AB, fig. 18, pi. 2, règle en cuivre percée à son centre d'une ou- 
verture circulaire C. 

D pièce mobile dans le sens horizontal sur le pivot E, et termi- 
née à l'une de ses extrémités par les montans F. 

G levier mobile sur le pivot qui traverse les montans F. 

H demi-cercle pivotant en P sur l'extrémité du levier; ce demi- 
cercle reçoit le cercle I mobile sur les pivots LL. 

A l'autre bout du levier, est ajustée une vis à tête mollettée K 
dont l'extrémité porte dans une rainure pratiquée sur la pièce D. Si 
Ion desserre la vis K, un petit ressort placé entre D et G, force le 
bras G du levier à s'abaisser et soulève le bras opposé qui sup- 
porte l'anneau. 

L'ouverture C et l'anneau I sont garnis de verres plans , celui 
de l'anneau doit être très mince. 

Quand on veut taire usage de l'instrument, on fait tourner la 
pièce D sur le pivot E, après avoir eu soin de desserrer lavis K. On 
place alors un objet sur le verre de l'ouverture G et ramenant 
l'anneau ï sur ce verre , on tourne doucement la vis ; lorsque les 
deux plaques sont presque en contact, on pose l'appareil sur la 
platine du microscope et l'on aperçoit parfaitement les objets 
qu'on peut alors comprimer plus ou moins au moyen de la vis 
K. Il faut avoir soin de régler de temps en temps le microscope, 
ear la compression exercée sur les objets, les déprime, les place 
nécessairement sur un plan de plus en plus bas et les fait sortir 
du foyer. 

Ce compressorlum l'emporte sur tous les autres ; le mouvement 
de compression est régulier, la vis est placée sur le côté de l'ap- 
pareil et l'on n'est plus obligé comme autrefois de porter la main 
au centre de la platine pour tourner le chapeau ou la virole ; le 



160 
contact des deux verres est parfait au moyen des pivots L et P 
qui permettent à l'anneau 1 de s'abaisser en conservant toujours 
une direction parallèle à la règle AB , enfin le pivot E facilite la 
préparation des objets , puisqu'on peut mettre de côté la partie 
supérieure de l'appareil pendant qu'on dispose ces préparations 
sur le verre de l'ouverture C. 

Le conducteur électrique, fig. 19, pi. 2, nous a été envoyé par 
M. Ploëssel de Vienne. Nous en donnerons une description suc- 
cincte, la figure fera comprendre le reste. 

ÀB règle en cuivre. 

C virole fixée au centre de cette règle et garnie du verre D. 

EE petits tubes qui reçoivent les tiges des pièces FF. Ces 
deux canons ou tubes sont fendus , pour que la pression exercée 
sur les tiges soit plus exacte. 

GG tubes qui basculent sur les charnières FF et reçoivent les 
tubes capillaires en verre aa,aa. b,b, fils de platine introduits 
dans les petits tubes. Une de leurs extrémités est contournée en 
anneau, l'autre vient se placer sur la plaque D. 

La manière de se servir de ce petit instrument est excessive- 
ment simple. On fixe les fils conducteurs d'une pile ou d'une ma- 
chine électrique aux anneaux b,b, des fils de platine et on place 
en regard, les extrémités libres de ces fils. On comprend que l'on 
peut de cette manière soumettre des liquides ou des solides à l'ac- 
tion électrique et observer avec le microscope les phénomènes 
qui se développent. 

La platine à chariot est un accessoire très important. 

Il est très difficile de suivre exactement la marche et les divers 
mouvemens des infusoires sans l'assistance du chariot. Lorsque 
les animalcules sont placés sur une lame de verre, on ne peut avec 
la main, imprimer des mouvemens assez réguliers à cette dernière 
et l'on perd souvent beaucoup de temps à la recherche du même 
individu, souvent, on ne réussit pas à le rencontrer. Le méca- 



161 

nisme de la platine mobile est combiné de manière à conduire la 
plaque supérieure dans toutes les directions. 

L'appareil est formé de trois lames superposées. L'inférieure 
fixée au microscope , est immobile ; les deux autres glissent dans 
des coulisseaux en suivant deux directions opposées, lune d'avant 
en arrière, l'autre latéralement. 

Si l'on fait mouvoir simultanément ces deux plaques, leurs mou- 
vemens combinés auront pour résultat une marche oblique ou 



diagonale. 



Les trois plaques sont percées d'ouvertures circulaires de mêmes 
diamètres et sont mues par une vis et un pignon à têtes mol- 
letées placées sur les parties latérales de la platine. 

Le chariot que nous venons de décrire, est celui de Turrel, 
pi. 2, fîg. 20. Nous adaptons à nos grands microscopes, une platine 
à peu près semblable quant à l'effet, mais construite de manière à 
donner une marche moins rapide pour les forts grossissemens et 
tout à fait exempte de saccades; sur la plaque supérieure, s'ajuste 
une lame de verre noir. Elle est fort utile pour éviter l'action des 
substances chimiques qui pourraient se répandre sur le cuivre. 

Le chariot est un accessoire important pour les dissections mi- 
croscopiques et les recherches micrométriques. 

Le duc de Chaulnes fit dessiner plusieurs de ces inslrumens 
dans la description de son microscope, et depuis M, Àmici qui 
avait adapté une platine mobile à son appareil, on a reproduit le 
chariot sous plusieurs formes. Le docteur Poiseuille a fait con- 
struire un porte-objet pneumatique pour étudier les corps orga- 
nisés vivans, soumis à différentes pressions atmosphériques. 

En Angleterre et en Allemagne on employait les vis à tête divi- 
sée du chariot, pour les opérations micrométriques. M. Amici lui- 
même avait adopté ce procédé, car il n'avait pas apprécié à sa juste 
valeur, la puissance de la chambre claire qu'il a si heureusement 
modifiée. 

Il 



162 

Nous appellerons spécialement l'attention des observateurs sur 
nos boîtes translucides à surfaces planes. Long-temps on fit usage 
de tubes ou fioles pour observer certains corps immergés dans 
un liquide. Il n'y a pas encore bien long-temps que plusieurs ob- 
servateurs et opticiens distingués employaient ce procédé en An- 
gleterre et l'on peut voir la représentation de leurs appareils dans 
les derniers traités sur le microscope. Cette méthode est mauvaise, 
car les surfaces courbes du verre plein d'eau, ne peuvent se pré- 
senter en même temps au foyer des lentilles et les rayons par- 
tis de l'objet éprouveront différentes réfractions qui nuiront à la 
netteté de l'instrument. 

S'il devient nécessaire d'exercer une compression sur l'objet, 
elle ne pourra être égale sur tous les points , à moins toutefois 
que le compresseur ne présente une courbure semblable à celle 
des parois du vase et alors si l'objet est un être animé, il pourra 
se glisser sur les parties latérales et s'échapper par les inter- 
valles. Nous pourrions ajouter qu'il fallait un appareil spécial 
pour maintenir les fioles. 

Depuis plusieurs années, nous construisons des boîtes en verre 
composées de quatre lames réunies au moyen d'un mastic parti- 
culier. Toutes les surfaces sont planes et l'on fixe ces boîtes sur 
la platine en les serrant entre les tenons en cuivre. Elles sont in- 
dispensables pour le microscope solaire. 

Une lame de verre également plane et dont les bords sont en 
contact avec les parois extrêmes de la boîte, glisse d'avant en ar- 
rière et sert à augmenter ou à diminuer sa capacité. Cette plaque 
est fort utile lorsqu'on veut, comme M. C. Yarley, examiner de 
jeunes char as qu'on a fait croître dans le même vase où on les 
examine ; on amène très facilement la petite plante contre la paroi 
de notre boîte ; on agira de même, si on veut maintenir ou com- 
primer des êtres animés. 

La cuiller à filet devient nécessaire lorsqu'on veut choisir un 



it)3 
individu dans un vase qui en contient plusieurs. On peut con- 
struire soi-même ce petit instrument avec un morceau de fil métal- 
lique dont on contourne une des extrémités en anneau sur lequel 
on tend un petit morceau de gaze. Lorsqu'on veut faire un choix 
on glisse doucement la cuiller sous un ou plusieurs individus et 
on la retire en ayant bien soin de ne pas trop agiter le liquide. On 
remplace quelquefois ce filet par un tube dont une des extrémités 
est légèrement effilée. On ferme avec le doigt, le bout supérieur 
du tube et on le plonge dans le liquide en le conduisant sur le 
point où sont rassemblés les animalcules. Alors, si on retire le 
doigt, l'eau remonte dans le tube en vertu des lois de l'équilibre, 
et les corps qu'elle tient en suspension suivent forcément la même 
route. Il suffit de replacer le doigt sur l'orifice du tube et de por- 
ter le liquide qu'il contient sur une lame de verre ou dans une 
petite auge à parois planes. Cette manière de pêcher les animal- 
cules est très avantageuse et facilite les recherches (1), le liquide 
n'est plus troublé par les détritus d'infusion qui encombrent le 
grand vase. M. C. Varley a fait usage d'un tube semblable pour 
nettoyer le fond de ses infusions et désinfecter le liquide en y por- 
tant quelques gouttes d'eau légèrement acidulée avec l'acide ni- 
trique. Nous reviendrons sur ces procédés. La fig. 21, pi. 2, don- 
nera une idée du manuel opératoire. 

Les caissons de la boîte devront aussi contenir une paire de 
presselles pour saisir les petits objets, un pinceau pour nettoyer 
les verres, des ciseaux à long manche et à ressort, de petits scalpels 
ou lancettes , des pointes emmanchées ou plutôt un assortiment 
d'aiguilles droites et recourbées de diverses grosseurs. On les fixe 
à volonté dans un petit porte-pointe à coulisse que nous ne sau- 
rions mieux comparer qu'aux porte-crayons dont on fait usage 

(1) Ledermuller employait fréquemment ce tube. (Voy. Amusemens mi- 
croscopiques. ) 



164 
pour le dessin ; à défaut de porte-pointe , on peut fixer les ai- 
guilles dans un petit manche en bois tendre. Une petite fîol© con- 
tenant du vernis ou du baume du Canada, un emporte-pièce , 
des bandes de glace et un choix de test-objects bien préparés * 
compléteront le petit arsenal de l'observateur. 

J'attache une grande importance aux petits carrés ou disques de 
verre mince. Le mica dont on fesait usage autrefois , se brisait 
trop facilement, et ne jouissait pas d'une transparence parfaite. 
Ces lamelles étaient traversées presque en tout sens, par des stries 
que l'amplification rendait fort apparentes. Le moindre frottement 
en augmentait encore le nombre. En 1825 je préparai des verres 
assez minces pour être employés avec les plus forts grossissemens 
et depuis cette époque, je puis à peine satisfaire aux nombreuses 
demandes qui me sont adressées par les observateurs. 

Nous ne mentionnerons les verres de montre que pour en re- 
pousser complètement l'usage. Il faut rejeter également tous les 
récipiens à surfaces convexes ou concaves. 



CHAPITRE X. 



T5< 6 »S» 



DU CHOIX D UN BON MICROSCOPE. 

Test-objects. — Objets d'épreuve. 

Les progrès remarquables, la propagation de la science du mi 
croscope, sont les meilleures preuves que l'on puisse fournir en 
faveur du degré de perfection auquel l'instrument est parvenu 
dans l'espace de quelques années. Dans les premiers temps, les 
recherches étaient sans cesse entravées par la mauvaise disposition 
de la partie mécanique; et ce n'était vraiment pas un problême 
très facile à résoudre, que d'associer la mobilité à la solidité, 
sans surcharger l'appareil et embarrasser l'observateur d'une foule 
de supports, de vis de pression, etc. Et quand bien même on se- 
rait parvenu à vaincre cette première difficulté, l'appareil optique, 
proprement dit, demeurait avec toutes ses imperfections. 

Enfin, le microscope fut régénéré, les savans l'adoptèrent et la 
science s'enrichit de cette nouvelle conquête. 

L'appareil mécanique, le système optique, voilà les deux grandes 
bases ; aussi, donnerons-nous des renseignemens exacts sur les 
qualités qu'il faut exiger d'un bon microscope sous les rapports 
optique et mécanique. Mais indiquer ces qualités et ne pas ensei- 
gner en même temps la manière de les vérifier, serait une véri- 
table mystification. 

Il était donc de la plus haute importance de découvrir un moyen 



166 

d'épreuve, une pierre de louche qui pût dévoiler les défauts et 
mettre en évidence les propriétés efficaces. 

Les astronomes ne se contentaient plus de voir distinctement 
des planètes et leurs satellites, comme avant la découverte des 
étoiles doubles et des nébuleuses; il fallait que leurs lunettes 
fussent éprouvées sur ces derniers corps. 

Pourquoi le microscope n'aurait-il pas eu également son moyen de 
contrôle? Il faut bien se persuader que de cette découverte dépen- 
dait l'avenir de l'instrument, car la connaissance des imperfections 
est le premier pas vers la perfection, et l'introduction des test-ob~ 
jects dans la science microscopique, doit être mise au nombre des 
plus heureuses innovations. 

Examinons d'abord le mécanisme, la charpente de l'instrument, 
dont il est facile de vérifier les différentes combinaisons. 

On n'ignore pas les nombreux changemens qu'on a fait subir 
aux montures des microscopes ; les uns voulaient une disposition 
particulière pour chaque genre d'observation et il n'y a pas encore 
bien long-temps qu'on a construit des microscopes pour les objets 
aquatiques, d'autres pour les corps vivans, etc. A nos yeux, le 
meilleur mécanisme était celui qui se prétait au plus grand 
nombre d'applications et présentait le plus de solidité. 

Cette pensée constante nous conduisit de changemens en chan- 
gemens, à terminer les modèles que nous construisons aujourd'hui. 

Nous passerons sous silence tous les détails de construction qui 
n'auraient d'intérêt que pour les mécaniciens. 

1° Toutes les parties qui composent la monture, doivent être 
parfaitement ajustées. 

Il est facile de s'en assurer, car le moindre défaut d'ajustage 
occasionnera des mouvemens ir régulier s, des saccades , des dépla- 
cemens de l'objet qui se manifesteront à l'œil le moins exercé et 
ne permettront pas de faire l'observation la plus simple. 

2° Pour éviter les frottemens trop rudes, on construira les dil- 



H)7 
férentes coulisses, boites carrées, vis, etc., en métaux différons. 

Nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire d'expliquer cette 
deuxième proposition. Au surplus, en fesant glisser les différentes 
pièces, on appréciera sans peine la précision ou la roideur des 
mouvemens. 

3° Le centrage parfait des différentes parties est de la plus haute 
importance. 

En effet, si toutes les parties superposées ne sont pas situées 
positivement dans le même axe, les différens verres ne se corres- 
pondront pas exactement, ou bien, les autres parties de l'appareil 
ne viendront pas se présenter à ces verres d'une manière conve- 
nable, il sera impossible de distinguer les objets et de les placer 
dans une situation commode pour l'observateur. 

4° Dans le microscope composé, la partie optique doit être im- 
mobile. 

Lorsque la mise au point s'obtient par le mouvement imprimé 
au corps de l'instrument, l'œil placé sur l'oculaire, est obligé de 
suivre les divers changemens et comme il arrive qu'on appuie le 
bord de l'orbite sur le microscope , le poids de la tête qui porte 
entièrement sur le tube, peut amener de légères variations dans 
l'ajustement; mais on n'ignore pas qu'un déplacement insensible, 
détruit aussitôt la netteté de l'image; donc la platine seule doit 
être mobile. A cette mobilité, il faut joindre une grande précision 
de mouvement et un ajustage parfait. Si d'une part, la mobilité du 
corps de l'instrument l'expose à des variations nuisibles , l'exécu- 
tion imparfaite des différentes pièces qui composent la platine et 
son mécanisme, aura nécessairement les mêmes résultats. 

Les mouvemens latéraux ou d'avant en arrière, ne peuvent 
qu'embarrasser l'observateur, loin de faciliter les recherches, et si 
ces mouvemens sont nécessaires en certaines occasions, il devient 
indispensable de les limiter au moyen de butoirs qui permettent 
de replacer les diverses pièces exactement dans leur position pri- 



168 

mitive. Au surplus, on évite tous ces déplacemens en fesant usage 
de la platine à chariot. 

Nous avons insisté sur l'immobilité du corps de l'instrument, 
parce qu'il est vrai que c'est par le centre des lentilles qu'on voit 
le plus nettement et qu'il faut que ces dernières, l'objet et le mi- 
roir, soient d'abord placés exactement dans le prolongement du 
même axe, sauf à modifier ensuite la position de l'objet ou du ré- 
flecteur. Nous avons posé ces principes dès 1823. 

Ces observations sont en partie applicables aux microscopes sim- 
ples , mais quand on les destine aux recherches anatomiques, il faut 
que la platine soit immobile, ainsi que nous F avons dit au cha- 
pitre 2. 

5° Les cônes qui portent les lentilles du microscope composé 
et les oculaires, seront ajustés à bayonnette sur le corps de l'in- 
strument. Les doublets entreront à frottement dans les anneaux 
du microscope simple. Avec l'ajustage à bayonnette, on n'a pas à 
craindre les variations qui peuvent résulter de la plus légère im- 
perfection des vis, on perd moins de temps à effectuer le change- 
ment des pièces et F on est certain de toujours les replacer dans 1& 
même position. Nous appliquons autant que possible cet assem- 
blage à toutes les pièces accessoires. 

6° Nous avons déjà parlé des avantages que présente la vis de 
rappel à boule pour le mouvement lent, et des diaphragmes va- 
riables, il est inutile de nous y arrêter de nouveau. Nous ne re- 
viendrons pas davantage sur les garnitures en velours placées à 
l'intérieur des tubes et généralement adoptées. 

7° Il est important que l'on puisse monter et démonter l'instru- 
ment avec la plus grande facilité et que les différentes parties 
dont il est composé soient logées dans la boîte de manière à évi- 
ter les ballottemens, les chocs qui pourraient altérer l'exactitude 
des pièces et rendre les mouvemens difficiles ou irréguliers. 

8° Epfln, un bon microscope doit se plier à toutes les exigences. 



169 

prendre toutes les positions désirables et les conserver sans varia- 
tions; la simplicité des formes, du mécanisme et des accessoires 
est encore une qualité précieuse. 

Passons maintenant au point capital, sans lequel les meilleures 
montures, le mécanisme le plus ingénieux ne seraient que des ob- 
jets inutiles, un corps inanimé, la matière sans vie. 

1° Les différais verres qui entrent dans la composition d'un 
microscope, seront taillés dans une matière bien transparente et 
d'une grande pureté. Ils doivent être travailles avec le plus grand 
soin. 

2° Les deux verres de l'oculaire ou pour parler plus correcte- 
ment, l'oculaire et le verre de champ auront leur convexité tour- 
née vers l'objectif. Les vis de leurs montures doivent être bien 
filetées pour qu'on n'éprouve aucune difficulté lorsqu'il s'agit de 
les remettre en place après les avoir nettoyés. 

3° Il est important que les lentilles soient parfaitement centrées 
et les différens verres qui les composent, collés ensemble et sertis 
dans la monture. Il serait facile de multiplier ces propositions, 
mais ne vaut-il pas mieux indiquer de suite le moyen de vérifier 
l'efficacité de l'instrument. 

Les qualités que nous venons dénumérer, sont faciles à recon- 
naître, mais elles ne suffisent pas ; il faut surtout que leur réu- 
nion, que leur ensemble soient soumis à un dernier examen. Com- 
bien d'instrumens parfaits en apparence, ne peuvent résister à 
cette redoutable épreuve! 

Le docteur Goring passe généralement pour avoir le premier, 
introduit les test-objects dans la science; nous devons dire, 
tout en repoussant l'accusation de partialité, que long- temps avant 
la publication du mémoire du docteur anglais, M. Le Baillif ( en 
1823) éprouvait les microscopes en examinant les stries des plu- 
mulles de divers papillons, les appendices flagelliformes des ani- 
malcules spermatiques, les* divisions micrométriques, etc. Nous 



170 

possédons même des dessins coloriés représentant plusieurs de 
ces objets dessinés par Le Baillif. 

Comme il ne serait pas impossible qu'on nous accusât de cher- 
cher à diminuer le mérite des travaux du docteur Goring, nous 
répondrons à l'avance, en rappelant nos relations amicales avec le 
savant docteur, une correspondance suivie pendant plusieurs an- 
nées et les emprunts fréquens que nous avons faits à ses œuvres. 
Nous pourrions ajouter que loin de nuire en rien aux recherches 
de M. Goring, les expériences de M. Le Baillif prouveraient plu- 
tôt l'excellence du procédé, puisque la même pensée surgit presque 
simultanément dans l'esprit de deux hommes aussi remarquables 
par leur talent d'observateur et la justesse de leurs conceptions. 

Il paraît que M. Goring fut conduit à la découverte des test-ob- 
jects, par un passage de Leeuwenhoeck relatif au papillon du ver- 
à-soie. En étudiant les tests, le docteur anglais reconnut deux pro- 
priétés distinctes dans le microscope; l'une qu'il nomme pouvoir 
pénétrant, dépend de l'ouverture des lentilles, l'autre ou pouvoir 
définissant, est en raison inverse des aberrations chromatiques et 
de sphéricité. Il nous semble qu'on pourrait donner une idée assez 
exacte de ces deux propriétés en disant, que le pouvoir pénétrant 
dévoile la structure intime des corps tandis que la connaissance 
de leur forme, de leur apparence superficielle, dépend du pouvoir 
définissant. Le premier sera donc principalement applicable aux 
objets transparens et le second aux corps opaques. Un microscope 
peut posséder au plus haut degré l'une des puissances, la péné- 
tration par exemple, tandis que son pouvoir définissant sera fai- 
blement prononcé et vice versa; l'instrument parfait réunit les 
deux propriétés. 

Le docteur Goring établit deux grandes divisions parmi les tests. 

1° Test-objects transparens pour éprouver le pouvoir pénétrant. 

2° Test-objects opaques pour le pouvoir définissant. 

Nous allons extraire du Microscopk cabinet un passage qu'il 



171 

nous paraît important de citer avant de poursuivre notre travail. 

« On trouve fréquemment des écailles et des plumules très 

faciles parmi les objets les plus difficiles; j'observerai qu'on 

distingue bien plus facilement les échantillons dont la couleur est 
foncée et que les noirs ne prouvent rien, tandis que plus le tissu 
est transparent, plus il est difficile de distinguer sa structure. 
J'insisterai aussi sur les dimensions, la. longueur ou la largeur de 
l'objet, car dans certains cas , les échantillons longs et étroits 
sont très difficiles et les gros et courts , très faciles » 

Ainsi donc, on ne doit pas employer indistinctement toutes les 
plumules et il importe de connaître les caractères de celles qu'il 
faut préférer. Nous allons donner la liste des test-objects proposés 
par le docteur Goring,, puis nous décrirons leurs caractères dis- 
tinctifs en nous conformant au travail du docteur et enfin , nous 
exposerons nos propres idées sur ce sujet délicat. 

LISTE DES TEST-OBJECTS (D- GORING ). 
PÉNÉTRATION . 

première siiCTïON. Faciles. 

Ecailles de Petrobius maritimus. 

Lepisma saccharina. 

2" section. Etalons. 

Plumules de Morpho meuelaus. 

A Incita pentadaclyla, 
Id. hexadactyla, 
Lycenae argus. 
Tenea vestianella. 

3 e section. Difficiles. 

Plumules de Pieris brassica. 

Ecailles de Podora piumbea. 

DÉFINITION. 

Poils de Souris. 

Chauve-souris, 
Feuille d'une espèce inconnue de mousse 
appartenant au genre Hypnum, 
Ecailles mouchetées du Lycenae argus. 



172 

CARACTÈRES, 

1° Lepisma saccharina . 

On emploiera les écailles fraîches ; lorsque l'insecte est mort 
depuis long-temps, on risque de les altérer en les détachant. 

Les stries longitudinales divergent légèrement en quittant leur 
point d'origine ; elles paraissent plates ou carrées comme les den- 
telures de quelques coquilles bivalves. Il existe d'autres stries 
qui suivent plusieurs directions. On doit surtout s'en rapporter à 
la netteté des espaces qui les séparent. 

2° Petrobius maritimus . Se trouve sous les pierres au bord de 
la mer. La forme des écailles est à peu près semblable à celle des 
précédentes, mais elles sont plus longues et les stries transver- 
sales très prononcées. 

3° Morpho menelaus (Amérique). 

Les plumules imbriquées placées au centre de la face supé- 
rieure de l'aile, sont d'un bleu pâle et quelques unes presque 
noires. Les premières sont plus larges et doivent seules être em- 
ployées comme test. Elles présentent des stries longitudinales et 
transversales qui simulent les lignes d'une muraille en briques. 

Ces stries et leurs intervalles doivent paraître bien distincts ; il est 
rare qu'on puisse voir toutes les stries transverses en même temps. 
Il faut détacher ces plumules avec beaucoup de soin , car elles 
s'altèrent facilement et les stries transverses disparaissent aussitôt. 

4° et 5° A Imita pentadactyla et hexadactyla. On emploie les plu- 
mules prises sur le corps et non sur les ailes. Elles sont transpa- 
rentes, ordinairement plus larges que longues, et non symétriques. 
Souvent, elles sont couvertes d'une trame délicate, inégale et 
membraneuse qui cache les lignes. Les stries longitudinales ne 
sont pas difficiles à distinguer, mais elles sont tellement rappro- 
chées, qu'il faut un grossissement considérable et un éclairage 
convenable pour les isoler. (Rares.) 



173 

6° Lycenœ argus. Plumules de la face inférieure de l'aile d'un 
jaune brillant, intervalles très transparens. Nous reviendrons sur 
les plumules ponctuées. 

7° Tenea vestianella. Petites plumules de la face inférieure de 
l'aile. Ce test n'est pas très difficile, mais il faut un excellent mi- 
croscope pour montrer les stries avec netteté. 

8° Pieris brassica. Il faut préférer les plumules pâles, minces, 
cordiformes, dont la racine est terminée par une houppe chevelue, 
et qui se rencontrent sur quelques parties de l'aile. Elles sont 
très transparentes, jaunâtres et leur surface est rarement lisse. 
On distingue fort bien les stries longitudinales en employant l'é- 
clairage oblique. 

Indépendamment des stries longitudinales et transversales, il 
existe encore deux ordres de lignes obliques toujours plus pâles 
que les autres et qui ne sont jamais réunies. Il est difficile de 
bien les voir ; il faut encore que la lumière arrive obliquement 
et que l'éclairage ne soit pas trop vif. 

9° Podura plumbea. On le trouve dans le bois humide, la sciure 
de bois et les caves. Il n'est pas facile de prendre ces insectes ; nous 
allons indiquer le procédé à suivre. Saupoudrez de farine un mor- 
ceau de papier noir que vous placerez près de l'endroit où se trou- 
vent les podures ; quelques heures après mettez le papier dans 
un grand vase verni que vous transporterez dans un lieu éclairé ; 
aussitôt les podures sauteront de la farine dans le vase où l'on peut 
les conserver. Le corps et les pattes de ces insectes sont recou- 
verts d'écaillés très délicates qu'il faut recueillir avec précaution. 
L'insecte est très mou et s'écrase facilement : le liquide qui s'é- 
coule adhère aux écailles et fait disparaître les stries. 

Je n'ai jamais pu distinguer ces lignes avec un grossissement 
au dessous de 350 fois. On peut aussi les voir avec un bon dou- 
blet et l'éclairage de Wollaston. Leur transparence est en rai- 
son inverse de leurs dimensions. Leurs formes sont variées mais 



174 

elles ne présentent jamais d'angles aigus. Avec un bon micros- 
cope et un éclairage convenable , on aperçoit une série de lignes 
ou saillies disposées de différentes manières. Tantôt elles sont 
droites et traversées par deux ordres de lignes obliques, les autres 
sont ondulées. Il en est même dont on n'a pu jusqu'à ce jour 
reconnaître la disposition. 

Règle générale : plus les écailles sont petites plus le test est dif- 
ficile. 

Quant aux tests opaques ou destinés à prouver le pouvoir défi- 
nissant du microscope , on ne trouve dans le Microscopic cabinet 
aucun détail sur leurs caractères ; l'auteur renvoie aux planches de 
cet ouvrage, nous citerons seulement les plumules du fycenœ ar- 
gus, dont nous avons déjà parlé. 

Ces plumules prises sur la face inférieure de l'aile ressemblent 
par leur forme à une raquette couverte de taches. Elles paraissent 
composées de deux couches délicates dont la supérieure présente 
des rangées régulières d'épines coniques qui doivent se montrer 
très distinctement. Lorsque la lumière arrive obliquement, elles 
se mêlent et ressemblent à une ligne tremblée. 

On peut encore augmenter le nombre déjà considérable des 
test-objects ; ainsi les globules de sang des différens animaux, les 
prolongemens flagelliformes des animalcules spermatiques et des 
infusoires, les cils vibratoires de ces derniers, etc., sont égale- 
ment de fort bons objets d'épreuve. Mais pourquoi multiplier 
les exemples? Ne vaut-il pas mieux faire un choix rigoureux 
parmi les plus difficiles et s'en tenir aux résultats qu'ils fournis- 
sent. Un bon microscope sortira vainqueur de toutes les épreuves ; 
lorsqu'une fois il aura fait voir bien nettement un ou deux ob- 
jets très difficiles, il ne sera pas nécessaire de répéter l'expérience 
sur un autre test, à moins toutefois qu'on n'ait du temps à perdre 
et le contraire arrive ordinairement à qui sait bien l'employer. 
Nous avons cependant choisi plusieurs test-objects, parce que tous 



175 

les microscopes n'ont pas une puissance suffisante pour faire voir 
les plus difficiles et que d'ailleurs, il en est qu'on se procure plus 
facilement que d'autres. 

Voici notre division et les caractères des différens corps. 

l re division. Faciles. 

Stries longitudinales et apparence de lignes obliques sur les écailles de la for- 
bicine. 
Stries des plumules do petit papillon du chou. 

2 e division. Difficiles. 
La granulation des stries des mêmes plumules. 

3 e division. Plus difficiles. 
Stries longitudinales des plumules du grand papillon du chou. 

4 e division; Très difficiles. 

Lignes interrompues des petites et moyennes écailles de la podure. 
Granulations desslries des plumules du grand papillon du chou. 

1° Forbicïne (Lepisma saccharina), vulgairement connu sous le 
nom de poisson argenté, demoiselle d'argent, cet insecte doit sa 
couleur argentée à un grand nombre d'écaillés luisantes qui le 
couvrent entièrement. Lorsqu'on veut employer les écailles, il 
faut prendre l'insecte avec une plume et le poser délicatement sur 
une lame de verre que l'on recouvre aussitôt d'une seconde; sou- 
mis à une pression modérée, l'animal s'agite et laisse une partie de 
ses écailles attachées aux bandes de verre. 

Ces écailles présentent des stries longitudinales qui se courbent 
vers le point d'insertion et forment à l'extrémité opposée des den- 
telures prononcées. Ces stries se distinguent facilement, même 
avec un microscope de moyenne force; elles doivent paraître nettes 
et bien tranchées . 

Avec une amplification de 100 à 150 fois, on reconnaît deux 
sortes de lignes obliques qui sont probablement formées par la 
coïncidence des stries longitudinales, 



i76 

2° Petit papillon du chou (Pieris rapœ, piéride de la rave), 
Les ailes de ce papillon fort commun, sont revêtues de trois ou 
quatre espèces d'écaillés différentes. C'est à M. Le Baillif que nous 
devons la découverte des petites écailles qu'il nomma plumules et 
qu'il faut employer de préférence à toutes les autres. On les re- 
cueille sur les ailes du papillon mâle. Une de leurs extrémités est 
cor diforme et les deux lobes sont arrondis ou carrés , l'autre est 
terminée par des fîlamens chevelus. Entre les deux lobes du cœur 
et à l'extrémité d'un pédicule délié on observe une petite boule 
qui, d'après les observations intéressantes de M. Bernard Des- 
champs , est la partie qui s'implante sur la membrane de l'aile. 

Avec un bon microscope et une puissance ordinaire on aperçoit 
des stries qui s'épanouissent en quittant la partie étroite de la 
plumule. Rapprochées vers le centre, elles s'écartent en avançant 
vers les bords et s'infléchissent en suivant à peu près les contours 
de la plumule. Avec une amplification de 300 fois, on distingue 
la disposition granulée qui leur donne l'apparence d'un cha- 
pelet dont les grains laisseraient entre eux un certain intervalle. 
On reconnaît la bonté de l'instrument à la netteté des granulations 
qui parfois permet d'en compter un certain nombre. 

3° Grand papillon du chou [Pieris brdssicœ, piéride du chou ). 
Il faut employer exclusivement les plumules du mâle dont les 
deux extrémités ont quelque ressemblance avec celles dont nous 
venons de parler ; mais les contours des lobes sont parfaitement 
arrondis, les plumules sont très allongées et leur coloration est 
d'un jaune pâle. Les stries sont longitudinales, très rapprochées 
dans la partie aiguë de la plumule et s'avancent en divergeant 
vers l'extrémité cordi forme dont elles suivent faiblement les 
contours. 

L'excellence de l'instrument pourra se mesurer, sur la netteté 
plus ou moins grande de ces stries, mais les granulations qui les 
composent doivent être considérées comme le test-object le plus diffi- 



177 

elle, la véritable pierre de touche. Un excellent microscope a seul le 
pouvoir de faire distinguer ces granulations fines et rapprochées. 

M. Goring décrit deux espèces de lignes, les unes longitudinales 
et les autres obliques ; à son avis, ces dernières l'emportent en dif- 
ficulté sur les autres tests. 

Nous différons d'opinion avec le docteur anglais. Pour nous il 
n'existe qu'une seule espèce de stries longitudinales dont l'appa- 
rence est granulée. M. Goring lui-même revient sur ses premières 
idées et dit en parlant des stries : « Elles cachent un mystère 
inexplicable, car si elles sont produites d'après le même principe 
que les lignes des micromètres, pourquoi ne les voit-on pas aussi 
facilement?» Le docteur Brewster étudia ces stries avec le plus 
grand soin et reconnut enfin que les lignes mystérieuses des test- 
objects n'existent qu'en apparence et qu'elles sont formées par une 
série de dentelures qui avec les fibres auxquelles elles s'attachent, 
constituent la trame délicate des plumules. Relativement aux li- 
gnes obliques, le docteur Brewster les considère comme résultant 
d'une illusion d'optique produite par l'alignement accidentel des 
différentes séries de dentelures également éclairées par une lu- 
mière oblique, etc. 

4° Podure (Podura plumbea^ podure plombée, nous avons indi- 
qué plus haut la manière de se procurer cet insecte.) Les écailles 
de la podure ont généralement une forme oblongue, mais leur 
grandeur varie. Avec un microscope médiocre, leur surface paraît 
unie, mais avec un instrument parfait, on découvre une multitude 
infinie de points oblongs qui simulent des lignes droites, croisées, 
obliques ou onduleuses suivant les variations que l'on fait subir à 
l'éclairage. 

Il n'est pas très difficile de découvrir ces points sur les plus 
grandes écailles, aussi faut-il choisir les plus petites et nous les 
considérons comme l'un des meilleurs objets d'épreuve pour 
démontrer le pouvoir pénétrant du microscope. 

12 



178 

Nous n'abuserons pas plus long-temps de la patience du lecteur 
déjà fatigué sans doute delà longueur et de l'aridité de ces détails. 
Cet aperçu suffira pour lui donner une idée exacte des test-objects; 
néanmoins nous ajouterons quelques mots sur les difficultés qu'on 
éprouve à distinguer les caractères que nous venons de décrire, 
même avec le meilleur microscope. 

Dans aucune circonstance la disposition convenable de l'éclai- 
rage n'est plus importante. Citons un seul exemple. 

Les stries desplumules sont tellement délicates qu'elles seraient 
complètement noyées dans une lumière trop vive, la délicatesse des 
saillies qu'elles forment à la surface de la plumule, exige une lu- 
mière oblique et ces lignes ne deviennent apparentes qu'au moyen 
des ombres que l'on parvient à leur faire projeter. 11 est évident 
qu'il faudra suivre une marche analogue pour les autres tests, 
en les plaçant toujours dans les conditions les plus favorables. 

Au surplus, il serait trop long et fastidieux de décrire minutieu- 
sement toutes les précautions nécessaires; aussitôt que l'on aura 
acquis une certaine habitude du microscope, on devinera sans 
peine la meilleure méthode à suivre. Avec l'expérience et les ren- 
seignemens que nous avons donnés dans le cours de cet ouvrage, 
les observateurs auront bientôt découvert tous les secrets de la 
science microscopique. Nous nous empresserons toujours de gui- 
der leurs premiers pas et de leur signaler les qualités de leurs 
instrumens, espérons que devenus maîtres à leur tour, ils voudront 
bien nous indiquer les défauts qu'ils auront pu rencontrer dans 
les nôtres, ce sera notre meilleure récompense. 

Nos différens tests ont été dessinés avec le plus grand soin à la 
chambre claire adaptée au microscope, par un jeune artiste, 
M. Vaillant, dont le talent est bien connu de nos professeurs. 
Malheureusement nous craignons que la gravure n'ait pu repro- 
duire toute la délicatesse du dessin. Le lecteur pourra toutefois 
se régler sur les figures pour apprécier la netteté avec laquelle 



179 
il distinguera les objets d'épreuve ; c'est ainsi que nous les avons 
vus avec nos meilleurs microscopes , c'est ainsi qu'il faudra les 
voir avec un bon instrument. 

Nous ne saurions mieux terminer cet article, qu'en traduisant 
le code promulgué par le docteur Goring dans sa Micrographia. 

CODE. 

Article premier. Le meilleur instrument est celui qui fait voir 
avec le plus de pureté et bien nettement, les différens détails des 
objets ; peu importe qu'il soit construit de telle ou telle manière, 
chromatique ou achromatique, planatic ou aplanatic, bien ou mal 
ajusté, que les lentilles soient bien ou mal travaillées, polies ou 
centrées. Si je pouvais voir dans un microscope fait avec le crystal- 
Hn d'un merlan pourri, quelqu objet qui ne fût pas visible dans un 
autre instrument^ je dirais que le premier est le meilleur et reste 
maître du champ de bataille (1). 

Art, 2. Lorsqu'on veut comparer un microscope à un engiscope, 
il faut employer le même objet: s'agit-il d'écaillés d'insectes, on 
doit les dessiner pour être toujours sûr de choisir le même spécimen. 
Art. 3. Cœteris pari bus, je dois dire que le meilleur instrument 
est celui qui fait parfaitement voir un objet avec le pouvoir le moins fort. 
Soit un instrument A, qui permet de bien voir un objet avec un 
pouvoir de 200, tandis qu'un autre, B, dévoile également bien 
tous ses détails sur une plus petite échelle, avec un pouvoir de 100 , 
je dirai que B est le meilleur: dans ce cas, je suppose que lors- 
que la puissance des deux appareils est fixée à 100, leur effet 
n'est pas égal, et que B a tout l'avantage. Mais si leur puissance 
était portée à 200 et qu'alors A eût l'avantage, je dirais encore 
que B est le meilleur. Dans mes écrits, j'ai souvent insisté sur ce 

(1) Nous traduisons littéralement; à part les embellissemens tant soit peu 
britanniques dont l'auteur a orné sa pensée, nous sommes convaincus qu'elle 
ne rencontrera pas d'opposition. 



180 

point, et signalé ce que je considère comme des raisons suffisantes 
de mes assertions. 

Art. h. Si deux instrumens, C et D, font voir également bien 
les stries et les taches d'un objet, mais qu'avec G on aperçoive le 
bord de l'écaillé ou de la plumule (l'appareil demeurant fixé au 
point nécessaire pour voir les stries), de telle sorte que les stries 
et le périmètre soient visibles en même temps ; si D ne donne pas 
le môme résultat, G sera le meilleur. 

Art. 5. Si avec un instrument, les lignes d'un test paraissent 
formées par une agrégation dépeints ou globules, ou brisées, in- 
terrompues, déchirées, tandis qu'un autre microscope les montre 
distinctement, comme de véritables lignes tracées à la plume, ce 
dernier l'emportera, etc. (1). 

Art. 6. Si avec deux instruirons, on voit également bien cer- 
tains corps striés étudiés comme objets transparais, mais que 
l'un des deux les montre plus ou moins nettement comme objets 
opaques, ce dernier aura l'avantage. 

Art. 7. Si deux instrumens sont également bons sous tous les 
rapports, mais que l'un d'eux soit achromatique, il devra être 
préféré, car les images seront exemptes de coloration , etc. 

Les différais test-objects sont représentés planche 5. 

Fig. 1 et T. Ecailles de la Forbicine, 

— 2. Plumule du petit papillon du chou. 

— 3. là. du grand papillon du chou dont les détails ont 

été dessinés avec une amplification égale à fig. 3'. 

— 4. Ecailles de la podure. 

— 5, 5', 5". Appendices flagelliformes et cils d'infusoires dé- 

crits par M. Dujardin, Ann. des Se. Nat., tom V, 1836. 

(1) Nous n'admettons pas cette proposition. Les stries doivent au contraire 
paraître granulées; comment admettre que les dentelures découvertes par le 
docteur Brewster, puissent avoir l'apparence d'une ligne non interrompue et 
parfaitement droite? 



CHAPITRE XI. 



PRÉCAUTIONS A PRENDRE AU MOMENT D' OBSERVER. — PRÉPARATION 

DES OBJETS. 

Avant de commencer les recherches microscopiques, il faut 
s'assurer de l'état de l'instrument. Combien de fois nest-il pas 
arrivé que l'oubli de cette première précaution a rendu l'obser- 
vation impossible? Tantôt, la poussière s'était introduite dans 
l'intérieur de l'instrument et l'on s'était contenté d'essuyer la face 
extérieure des verres ; tantôt ces derniers étaient ternis par l'hu- 
midité, etc.... La persistance de ces obstacles impatiente l'ob- 
servateur, il met de côté microscope, expériences, et perd trop 
souvent une belle occasion d'observer un phénomène passager. 

Ces remarques pourront sembler puériles au micrographe qui 
procède avec soin et méthode, mais nous écrivons surtout pour 
ceux qui ne savent pas ou qui veulent opérer trop vite ; aussi ferons- 
nous passer sous leurs yeux, les moindres circonstances, toutes 
les minuties qui doivent nécessairement être nombreuses dans 
une science comme celle qui nous occupe. A force de lui répéter 
qu'il faut prendre des précautions et ne rien négliger, il est pro- 
bable que le lecteur le moins attentif, finira par essayer, recon- 
naître l'importance et enfin se faire une habitude de ces petits 
riens qui peuvent empêcher de grands et beaux résultats. 

Une autre condition indispensable au succès des expériences v 
est la préparation convenable des objets. L'anatomiste habile at- 



182 

tache une grande importance à la beauté des préparations anato- 
miques faites sur le cadavre, et ce n'est pas un désir futile de 
mettre sa dextérité en évidence, ce n'est pas une ridicule coquet- 
terie qui le guident, puisque le plus souvent, ces dissections ne 
doivent durer que le temps nécessaire à une démonstration. Celui- 
là n'est pas anatomiste qui prétendrait frapper aussi vivement les 
yeux et l'esprit de ses élèves en leur exposant un cadavre en lam- 
beaux, qu'en développant devant eux l'œuvre séduisante d'une 
main habile. Comment soumettre une idée nouvelle, une décou- 
verte au creuset de l'opinion, si tous ne peuvent remonter avec 
vous à la source première? Comment vous-mêmes, pourrez-vous 
accorder une confiance entière à des résultats véridiques peut- 
être, mais entourés de ténèbres et que vous aurez peine à ressaisir 
pour les vérifier. 

Ce que l'anatomiste fait pour les préparations en grand, il le 
fait encore pour les travaux les plus délicats ; cette heureuse ha- 
bitude de concentrer toutes ses facultés vers l'œuvre dont on 
s'occupe actuellement , devient la source des plus belles décou- 
vertes. 

Suivons l'ordre que nous avons indiqué et voyons ce qu'il con- 
vient de faire avant de soumettre un objet au microscope. 

Les différens verres sont fréquemment couverts de poussière; 
si elle n'existe que sur la face extérieure, il suffit d'un pinceau 
doux pour l'enlever. Mais si les corps étrangers ont pénétré dans 
le tube et se trouvent sur l'autre face des verres , il faut les 
dévisser successivement pour leur rendre leur netteté. Il peut 
arriver que l'humidité et le contact des doigts aient formé sur les 
lentilles, une légère couche qui leur donne un aspect terne; il 
faut également employer le pinceau d'abord ,pour enlever les cor- 
puscules durs ou fragmens de silice mêlés à la poussière et qui 
pourraient altérer le poli des verres en rayant leurs surfaces ; 
ensuite on les essuie légèrement avec un morceau de batiste très 



183 
fine et un peu usée. Si ce moyen ne suffît pas, on se sert avec 
avantage d'un peu d'alcool qu'on essuie avec soin. Pour les pe- 
tites lentilles collées, on doit humecter légèrement le linge et es- 
suyer rapidement, car le liquide pourrait altérer leur netteté en 
agissant sur le baume de Canada qui sert à les réunir. Il faut re- 
visser les différentes pièces bien exactement pour que le centrage 
soit toujours parfait. 

On évitera de respirer sur l'oculaire, dans le cas où cela arrive- 
rait, le nuage se dissiperait bientôt à moins que la vapeur trop 
abondante ne se condensât en une couche liquide qu'on essuierait 
avec soin. 

Quelques personnes saisissent le corps de l'instrument avec la 
main, pour lui imprimer certains mouvemens; en hiver, ou dans 
une pièce froide, la chaleur de la main agit sur l'air contenu dans 
le tube et bientôt un léger nuage vient ternir les verres; on a 
recommandé de tenir l'instrument dans une pièce chaude. 

Lorsqu'on examine un objet, il faut autant que possible, le pla- 
cer bien au milieu de la platine ou dans l'axe optique, sauf à 
changer ensuite sa position. 

Nous allons maintenant aborder la préparation des objets. Le 
lecteur appliquera sans peine les règles générales que nous pose- 
rons dans ce chapitre, aux difîérens corps qu'il se proposera d'é- 
tudier. 

Le célèbre Boerhaave rendit un bien grand service à la science 
en recherchant avec soin dans les lettres et manuscrits de Swam- 
merdam, les procédés mis en usage par ce grand anatomiste pour 
disposer et disséquer les objets microscopiques. 

C'est à l'excellent ouvrage d'Adams que nous devons ces rensei- 
gnemens précieux pour les expérimentateurs. 

Swammerdam disséquait les petits insectes sur une table en 
cuivre construite par Mussenbroek. Sur cette table, deux bras 
mobiles étaient destinés l'un, à maintenir l'objet, l'autre à porter 



184 

la lentille ou le microscope construits avec le plus grand soin. 
Leurs foyers ainsi que leurs dimensions étaient variables. Swam- 
merdam commençait ses observations avec les plus faibles ampli- 
ficateurs dont il augmentait progressivement la puissance. 

Il paraît avoir excellé surtout à construire de très petits ciseaux 
et à leur donner un tranchant parfait ; il en fesait usage pour les 
objets très déliés, préférant leur manière nette de trancher les 
corps, à l'action des scalpels et des lancettes qui, bien qu'excessi- 
vement fins, altèrent souvent les substances délicates et tiraillent 
les organes. Ces scalpels, lancettes, aiguilles, etc., étaient si déliés 
qu'il ne pouvait leur donner le tranchant nécessaire qu'en les 
examinant à travers une loupe, mais aussi fesait-il avec ces instru- 
ment l'anàtomie d'une abeille aussi nettement qu'auraient pu le 
faire les plus fameux anatomistes sur de grands animaux. Il ma- 
niait avec une adresse infinie des petits tubes de verre effilés, 
aussi minces que des soies de porc. Ils lui servaient à insuffler 
les plus petits vaisseaux pour la démonstration, à les isoler dans 
leur marche ou à les injecter avec des liquides de différentes cou- 
leurs ; il fesait périr ses insectes en les plongeant dans de l'alcool, 
de l'eau ou de l'essence de térébenthine qui empêchaient la pu- 
tréfaction, augmentaient la solidité des parties molles et facili- 
taient leur dissection. 

Quand il avait divisé le petit individu avec les ciseaux et noté at- 
tentivement tout ce qu'il remarquait d'abord, il enlevait avec soin 
et patience les divers organes après les avoir préalablement isolés 
avec des pinceaux fins, de la graisse abondante qu'on rencontre 
che& les insectes et dont la dissection entraîne souvent l'altération 
des parties voisines. Cette manœuvre est plus facile lorsqu'on la 
pratique sur les insectes à l'état de nymphe. 

Parfois il plongeait les viscères dans l'eau et les agitait dou- 
cement pour mettre en évidence les conduits aérifères qu'il par- 
venait par ce moyen, à isoler des parties environnantes sans les 



185 

altérer. 11 nettoyait souvent les viscères en dirigeant sur eux le 
jet d'une seringue, puis il insufflait les trachées et les fesait sé- 
cher pour de nouvelles observations. Plusieurs fois, il fît les re- 
cherches et les découvertes les plus importantes , sur des in- 
sectes conservés dans du baume pendant des années. Il lui 
arrivait aussi de les ponctionner avec une aiguille très fine et 
après avoir chassé tous les fluides par une légère pression, il in- 
sufflait avec des tubes très fins, fesait sécher les individus à 
l'ombre et les enduisait d'une couche d'huile d'aspic tenant en 
dissolution une petite quantité de résine; ces préparations rete- 
naient long-temps leurs formes naturelles. Swammerdam connais- 
sait un moyen secret de conserver aux nerfs , leurs formes et leur 
souplesse 

Il reconnut que l'essence de térébenthine dissolvait entièrement 
le tissu graisseux des insectes et dès lors il put découvrir nette- 
ment les organes : après cette dissolution, il soumettait les pièces à 
des lavages répétés dans l'eau. Souvent il passa des journées en- 
tières à nettoyer ainsi des chenilles, pour découvrir la structure 
du cœur. 

Nous devons mentionner son procédé ingénieux pour enlever 
l'enveloppe extérieure des chenilles au moment où elles se dispo- 
saient à filer. Il les suspendait par leur fil et les plongeait subite- 
ment dans del eau bouillante d'où il les retirait aussitôt. L'épiderme 
se détachait alors avec la plus grande facilité et il enlevait sans 
peine les débris de l'enveloppe, en plaçant la chenille dans un mé- 
lange à parties égales d'esprit de vin et de vinaigre distillé, qui 
augmentait la solidité des parties. Au moyen de ce procédé, il 
démontrait évidemment l'emboîtement du papillon dans la nym- 
phe et de cette dernière dans la chenille. 

Lyonet avait toujours coutume de noyer les insectes qu'il voulait 



186 
étudier; il leur conservait ainsi la transparence et la souplesse. 
Ce naturaliste disséquait de préférence avec deux aiguilles fines 
fixées dans de petits manches. 

Le docteur Hooke avait reconnu combien il est difficile de 
dessiner certains insectes doués d'une grande mobilité et notam- 
ment la fourmi. Il imagina de les plonger dans de l'esprit de vin 
rectifié où ils trouvent une mort instantanée. Lorsqu'on les en 
retire, l'alcool s'évapore et le petit individu reste parfaitement sec 
et dans une position naturelle. 

On trouve également dans l'ouvrage d'Adams, quelques règles 
générales sur la manière de préparer certains organes communs à 
un grand nombre d'individus : on nous blâmerait sans doute, de 
les passer sous silence ; nous abrégerons autant qu'il sera possible 
de le faire sans nuire à l'intelligence des préceptes. 

Ailes. Quelques uns de ces organes sont très difficiles à dé- 
plier; il faut saisir l'insecte entre l'index et le pouce, essayer 
légèrement d'ouvrir l'aile avec une pointe mousse, l'étendre sur 
la pulpe de l'index et porter aussitôt le pouce sur les parties dé- 
veloppées. On détache l'aile avec des ciseaux bien tranchans sans 
cesser la compression, puis on la met en presse pendant une heure 
entre deux feuilles de papier et lorsqu'on la retire, on peut la pla- 
cer entre les lames de verre sans craindre de la voir se replier de 
nouveau. Il faut autant que possible faire cette opération aussitôt 
après avoir tué l'insecte. 

L'aile du perce-oreille est au nombre de celles qui offrent le 
plus de difficultés. 

La préparation des proboscides ou trompes, exige beaucoup de 
soins et il ne faut porter un jugement sur la forme et la disposi- 
tion de leurs parties, qu'après en avoir disséqué plusieurs; quel- 
quefois on découvrira sur un échantillon, des détails qu'il sera 
impossible de retrouver sur d'autres. La proboscide de l'abeille 
est un des plus beaux objets microscopiques ; pour la préparer, il 



187 
faut en premier lieu la laver avec soin dans l'alcool et enlever 
toutes les particules poisseuses qui s'y attachent. Quand l'organe 
est bien sec, on le lave encore avec un pinceau excessivement 
doux qui ramène dans leur direction naturelle, les poils nombreux 
dont il est revêtu, etc 

Pour préparer les yeux des insectes, on doit les laver avec pré- 
caution et les faire macérer dans l'eau pendant quelques jours ; 
cette macération permet d'enlever une ou deux couches qui ren- 
draient ces organes trop opaques, mais il faut opérer délicate- 
ment et craindre d'amincir tellement le tissu, qu'il serait impos- 
sible de se faire une idée exacte de son organisation. 

Les dépouilles des insectes n'exigent que peu de préparation. 
Sont-elles repliées, il suffît de les placer pendant quelques mi- 
nutes dans un endroit humide et bientôt on parvient à les étendre 
dans une position naturelle ; la vapeur d'eau chaude est excellente 
pour cette opération. 

On étudie les fibres musculaires en plaçant sur une lame de 
verre, un morceau de chair que l'on humecte avec de l'eau chaude; 
quand l'eau est évaporée, on distingue parfaitement les vaisseaux 
et par des macérations ou lavages répétés, on rend toutes les par- 
ties de plus en plus visibles. 

Les matières grasses seront placées entre deux lames de verre 
comprimées légèrement de manière à augmenter la transparence 
en diminuant l'épaisseur. Néanmoins, telle est l'organisation de 
certains corps, que la moindre altération de leurs formes, entraîne 
la destruction des parties que nous voulons étudier ; les nerfs, 
les tendons, les fibres musculaires, la moelle du bois, etc., sont 
dans ce cas et il vaut mieux les placer dans un liquide transpa- 
rent. Les fibres musculaires si difficiles à bien distinguer, laissent 
voir leurs moindres détails de structure si on les examine dans 
l'eau ou l'huile. 

Il convient détendre les objets élastiques tandis qu'ils sont 



188 

sous le microscope, pour reconnaître la structure des parties que 
cette manœuvre met en évidence. 

Les os seront d'abord étudiés comme corps opaques, puis 
comme objets transparens lorsqu'on les aura réduits en lames 
minces. On doit couper ces lames dans tous les sens et les laver 
avec soin ; dans certains cas il convient de les faire macérer. On 
peut encore les faire rougir au feu ; lorsqu'on les en retire, le tissu 
celluleux est net et isolé de toute autre matière. Quelquefois au 
contraire, on cherche à détruire les sels calcaires, il faut alors 
plonger l'os dans l'acide hydro-chlorique affaibli. 

On fera tremper les écailles de poissons dans l'eau pendant quel- 
ques jours, puis avant de les placer entre deux lames de verre, 
on les essuiera bien pour enlever tous les corps qui pourraient y 
adhérer. 

Voici le procédé à suivre pour disséquer les feuilles. On en 
place un certain nombre dans l'eau et ce n'est qu'après trois se- 
maines ou un mois qu'on les en retire si elles paraissent bien ma- 
cérées. On les pose alors sur une planche plate et les tenant d'une 
main, on les racle doucement avec le tranchant d'un couteau qui 
enlève presque toute la couche superficielle ; on fait subir la 
même opération à la face opposée, le tissu intermédiaire est dé- 
truit par des lavages répétés et la structure admirable de la trame 
devient parfaitement visible. Il est facile de dédoubler la prépara- 
tion après avoir fendu le pédicule. Les deux couches superficielles 
qu'on a enlevées , peuvent être placées au nombre des objets mi- 
croscopiques. Cette opération réussit très bien en automne. 

Il est nécessaire de laver les minéraux avec une petite brosse 
pour les dégager de la matière qui les entoure. On peut mettre 
en évidence la structure intime des coquilles en les amincissant 
sur une meule. 

A la suite de ces instructions générales empruntées à Adams, 
nous placerons les suivantes qui leur serviront de complément, 



189 

On pourrait croire que le microscope n'est destiné qu'à l'exa- 
men des corps nommés microscopiques et le nom même de l'in- 
strument favoriserait l'erreur. Mais les plus grands objets ne sont 
en réalité qu'un composé de parties infiniment petites. La con- 
naissance exacte de la structure intime d'une de ces parties consti- 
tuantes, peut souvent donner une idée exacte de leur ensemble. 
La chimie décompose les corps pour étudier isolément leurs élé- 
mens, le microscope leur fait subir la même opération sans les 
désunir et montre tout à la fois les détails et l'ensemble. Néan- 
moins, il est souvent nécessaire de séparer les parties qu'on veut 
étudier ; certaines préparations sont indispensables pour leur 
donner les dimensions, la forme, la position, la transparence con- 
venables ; les règles générales qui précèdent, indiquent en partie 
les difîérens procédés mis en usage, mais elles ne suffiraient pas 
aux besoins de l'observateur. 

Nous devons considérer d'abord L'état actuel du corps soumis 
au microscope. 

Les corps transparens seront posés simplement sur une lame de 
verre, mais leur forme, les accidens de leurs surfaces, peuvent 
empêcher les difîérens points de se présenter à la fois au foyer des 
lentilles; les plis, les mamelons, les anfractuosités, sont autant 
d'obstacles que l'on fait disparaître en recouvrant l'objet d'une lame 
de verre excessivement mince ; souvent même, il faut placer l'objet 
dans un liquide avant de le renfermer entre les deux verres. 

L'addition de quelques gouttes d'eau froide ou chaude suivant 
la nature du corps, est nécessaire lorsque les fluides sont trop épais; 
dans le cas contraire, il faut en faire évaporer une partie spon- 
tanément ou bien au moyen d'une chaleur douce ; telle est la ma- 
nière de procéder pour les cristallisations salines que l'on obtient 
aussi avec la plus grande rapidité, en remplaçant l'eau par l'éther 
ou l'alcool rectifié lorsque les sels sont solubles dans ces liquides. 
Ces préparations doivent être bien purgées de tout corps étranger 



190 
et placées à l'abri de la poussière. On parvient à les obtenir très 
pures au moyen de dissolutions et de filtrages répétés. Le sel 
sera bien pur lorsqu'une goutte posée sur le porte-objet, produira 
de belles cristallisations exemptes de corps étrangers. 

Lorsqu'on veut extraire les inf moires des macérations où ils se 
sont formés, on promène la pointe d'un cure-dent ou une des tiges 
végétales de l'infusion, à la surface du liquide, et on dépose sur 
une bande de verre la petite goutte qu'on recouvre ensuite d'une 
de nos lames minces. Cette plaque force la goutte à s'étendre et à 
présenter une surface plane, les animalcules ne sont pas gênés 
dans leurs mouvemens, l'évaporation est plus lente et on peut 
continuer les observations pendant quelques heures. Il arrive 
souvent que la mobilité excessive des animalcules entrave l'explo- 
ration ; on doit alors laisser évaporer une partie du liquide avant 
de le couvrir ou bien y mêler une substance narcotique telle que 
l'opium, mais toujours en très faible quantité. 

Les infusoires peuvent exister en si grand nombre dans une 
goutte de liquide, que l'œil ne saurait suivre un individu au mi- 
lieu du tourbillon ; l'addition d'une goutte d'eau suffit pour les 
disséminer sur un plus grand espace. Quelques personnes em- 
ploient un procédé fort ingénieux pour isoler les individus qu'ils 
veulent étudier. A côté de la goutte d'infusion, ils déposent une 
goutte d'eau pure et les réunissent toutes deux au moyen d'un pe- 
tit canal formé en traînant une pointe d'aiguille de l'une à l'autre; 
bientôt les infusoires s'engagent dans ce détroit et aussitôt que 
la goutte d'eau pure en contient un nombre suffisant , on inter- 
cepte la communication en détruisant le petit canal. 

Le corrvpressorium dont nous avons donné la description, est né- 
cessaire toutes les fois qu'il s'agit d'étudier de petits insectes vi- 
vans. Si Ton n'employait pas une compression graduée, on risque- 
rait d'altérer leurs formes ou même de les écraser. Dans le 
premier cas, il serait impossible de faire des observations exactes, 



191 

dans le second, on arrêterait les phénomènes vitaux, et les iluides 
qui s'échapperaient du corps, souilleraient toutes les parties et 
troubleraient la netteté de l'image. Il en est de même pour les 
insectes morts récemment et pour tous les objets transparais ou 
opaques qu'on veut étendre ou fixer dans certaines positions. 

Nos boîtes translucides à surfaces parallèles sont indispensables 
quand on veut étudier des corps dans les liquides mêmes où ils 
se développent. Nous avons déjà indiqué leur usage. 

On trouvera au chapitre Accessoires, rénumération des instru- 
mens nécessaires aux dissections microscopiques , néanmoins nous 
la reproduirons ici en l'accompagnant de quelques détails sur 
leurs applications spéciales. 

Les scalpels et lancettes servent à diviser les tissus qui présen- 
tent quelque résistance, soit par leur structure particulière, soit 
par leur position sur la lame de verre qui les supporte; mais 
lorsqu'on veut séparer des parties que la pression pourrait alté- 
rer, il vaut mieux employer les ciseaux fins à long manche et à 
ressort; la section sera plus nette, plus rapide et l'objet moins 
tiraillé en divers sens. 

Avec les presselles fines et bien ajustées, on saisit les tissus 
qu'on fixe d'une main, tandis que l'autre conduit les instrumens 
tranchan s. 

Les aiguilles droites ou à pointe recourbée sont peut-être les 
instrumens les plus utiles. Elles occupent peu de place sur le 
porte-objet, n'obstruent pas le champ et pénètrent dans les plus 
petites sinuosités. Nous avons dit que Swammerdam construisait 
de petits outils si déliés, qu'il était obligé d'employer une loupe 
pour leur donner le tranchant nécessaire. N'est-il pas présumable 
que cet habile anatomiste façonnait la pointe de ses aiguilles en 
forme de petits scalpels? En tous cas, nous pensons qu'on pour- 
rait employer ce procédé et même faire usage de petites aiguilles 
à cataracte dont la pointe taillée en fer de lance est tantôt droite, 



19Ë 

tantôt recourbée. Des pinceaux de différentes grosseurs et plus ou 
moins souples, serviront à laver les préparations, à isoler dou- 
cement les organes des tissus environnans et à absterger les 
fluides qui viennent altérer la netteté des parties. Pour compléter 
le petit arsenal du micrographe , il faut mentionner le couteau 
micrométrique ou mieux, l'instrument microtomique. Vers l'an- 
née 1770, Adams le père imagina une machine pour couper des 
lames de bois très minces. L'instrument fut perfectionné par 
M. Cumming et il paraît que M. distance excellait dans la prépa- 
ration de ces petites tranches. On a construit un grand nombre 
de machines destinées au même usage; en général, elles se com- 
posent d'un couteau à tranchant incliné et d'une vis micromé- 
trique qui fait mouvoir un petit chariot dans lequel on fixe l'objet. 
Par ce moyen on parvient à couper jusqu'à quarante ou cinquante 
tranches et plus, dans l'épaisseur d'une ligne. Dernièrement on 
m'a remis un nouveau micro tome de l'invention de M. Yalentin. 
Il est formé de deux lames qu'on peut rapprocher ou écarter à vo- 
lonté au moyen d'une petite vis. Lorsque les deux lames sont rap- 
prochées, elles agissent comme une seule, mais si on les écarte 
légèrement, elles pénètrent séparément dans le corps que l'on 
veut diviser et dont une petite lamelle se loge dans leur écarte- 
ment. Nous avons essayé de faire usage de cet instrument et nous 
avons reconnu qu'il ne pouvait remplir complètement le but qu'on 
se propose. Les faces des deux lames sont taillées en biseau et 
forment par conséquent, deux plans inclinés qui forcent les lames 
à se rapprocher graduellement à mesure qu'elles pénètrent dans 
la matière. La tranche ne peut donc être d'égale épaisseur et sou- 
vent même son tissu est altéré. 

On comprend toute l'utilité des microtomes pour étudier la 
structure des corps opaques lorsqu'ils ont un certain volume ; 
réduits en lames minces , ils livrent passage à la lumière. Tels 
sont les nerfs, les muscles, enfin les parties molles des animaux 



193 
et des végétaux , les bois coupés en divers sens , les bois fossiles , 
les pierres usées , amincies et polies ou d'autres substances ré- 
duites en fragmens minces. 

Les dissections microscopiques s'exécutent plus facilement lors- 
que les corps sont plongés dans un liquide. Dans l'eau, ils con- 
servent souvent leur souplesse , certains organes surnagent , de- 
viennent plus visibles , les membranes se développent et la 
transparence générale est augmentée. L'alcool et les acides éten- 
dus rendent les tissus plus fermes et leur donnent quelquefois une 
teinte légère qui facilite les recherches. Swammerdam dissolvait 
les parties grasses en les humectant avec de l'essence de térében- 
thine. Nous avons déjà parlé de la manière de ramollir les insec- 
tes desséchés, mais nous croyons qu il est utile de décrire d'une 
manière plus étendue , le procédé dont les entomologistes font un 
usage fréquent. 

On remplit à moitié de sable fin un petit vase muni de son 
couvercle; après avoir humecté le sable que l'on tasse légè- 
rement, on le recouvre d'une rondelle de papier dont le dia- 
mètre est égal à celui du vase. Pour ramollir un insecte, on le 
place sur la feuille de papier et on ferme le vase ; quelques heu- 
res plus tard , on l'en retire parfaitement souple et sans la 
moindre altération. S'agit-il de placer l'objet dans une position 
particulière , il suffît de faire mouvoir les parties avec une 
pointe déliée, elles conservent l'attitude qu'on leur donne et 
quand on veut les conserver dans cet état , on les fait sécher à 
l'ombre en les plaçant quelquefois dans le baume de Canada. 

Les macérations prolongées ne sont pas seulement utiles pour 
étudier la structure des végétaux ; de même que l'anatomiste fait 
macérer certaines parties pour faciliter les grandes préparations , 
de même le micrographe doit recourir à ce procédé pour isoler 
ou détruire certaines parties qui se putréfient plus rapidement 
que d'autres. 

î3 



194 

Les pinces ne suffisent pas toujours pour maintenir l'objet im- 
mobile pendant qu'on procède aux dissections. Le microscope 
amplifie tellement les moindres choses , qu'un mouvement léger 
de la main , peut faire sortir l'objet du champ et parfois exposer 
à léser quelques parties. Si le corps a un certain volume, il faut le 
fixer au fond d'une petite cuve en verre avec un peu de cire molle. 
On remplacera la cire par une goutte de térébenthine ou de 
baume de Canada si l'objet est très petit. Lorsqu'il est fixé de 
cette manière , on peut remplir le récipient d'eau qui n'a aucune 
action sur la cire ou les résines, et les pinces pourront aller saisir 
les différentes parties sans qu'on ait à redouter le moindre dé- 
placement. Guvier employait fréquemment ce procédé. 

Les corps sont parfois si mous, qu'on est obligé de les assujettir 
d'une autre manière. Il faut prendre une pincée de plâtre de mou- 
leur , la délayer dans un peu d'eau et y placer l'insecte en lui 
donnant une position convenable. Le plâtre durcit et l'objet est 
maintenu de toutes parts sans éprouver aucune déformation. 

Lorsqu'on a passé quelque temps à préparer, qu'on a sur- 
monté les difficultés de l'opération et obtenu un beau résultat, 
il serait pénible de perdre la pièce et de se voir obligé de recom- 
mencer le même travail pour les différentes observations qu'on 
peut faire sur un même sujet. On se déciderait avec peine à aban- 
donner un échantillon rare à une destruction imminente. Les 
procédés conservateurs différeront suivant que l'objet sera plus 
ou moins volumineux. S'il est petit , mince et plat, on le mettra 
entre deux lames de verre maintenues en contact par plusieurs 
tours d'un fil solide : la pression chasse l'humidité contenue dans 
le corps et l'empêche de se replier ou de revenir sur lui-même. 
Après l'avoir laissé un ou deux jours dans cette petite presse , on 
l'en retire avec précaution pour ne pas l'altérer s'il adhère aux la- 
mes , ensuite on le plonge pendant quelque temps dans de l'éther 
ou de l'esprit de vin. Il suffit de l'exposer à l'air pour faire éva- 



195 
porer ces liquides et obtenir l'individu parfaitement sec. S'il 
restait encore quelques traces d'humidité, on renouvellerait l'o- 
pération autant de fois qu'il serait nécessaire pour la chasser en- 
tièrement. On choisit une lame de verre bien nette sur laquelle on 
colle une bande de papier ou d'étain percée à son centre d'une ou- 
verture circulaire; l'objet est placé au milieu de cette ouverture et 
le tout recouvert dune lame semblable à la première , fixée par 
deux petites bandes de papier collées aux extrémités. L'épaisseur 
du papier intermédiaire aux deux lames , sera proportionnée à 
celle de l'objet, de manière à supporter la lame supérieure et à 
l'empêcher de peser trop fortement sur le petit corps. Mais lors- 
que les échantillons sont excessivement petits et qu'on est obligé 
pour les voir d'employer les plus forts grossissemens , on place 
d'abord l'objet sur la lame inférieure, puis on le couvre d'une de 
nos petites plaques minces maintenue par une bande de papier 
collée sur la surface des verres. 

Nous rejetons complètement l'ancien procédé. Les anneaux 
placés dans les ouvertures pour maintenir les verres ou le mica 
en contact , exerçaient souvent une pression trop forte et compri- 
maient certaines parties plus que d'autres. 

Parmi les corps translucides, il en est dont la transparence est 
plus ou moins prononcée, souvent leurs formes s'opposent à ce que 
toutes leurs parties soient également visibles ; pour les préparer, 
on emploie le môme procédé que ci-dessus, seulement on les place 
dans une goutte de térébenthine ou de baume de Canada qu'il faut 
comprimer progressivement avec la plaque supérieure, de manière 
à l'étendre et à chasser les bulles d'air qui pourraient s'y rencon- 
trer. La matière résineuse pénètre les tissus et les rend diapha- 
nes , sa puissance réfringente détruit en grande partie les phéno- 
mènes de diffraction qui se manifestent autour de certains corps 
tels que les cheveux, les poils, etc. Si l'objet a trop d'épais- 
seur , il pourra soulever le centre de la petite lame de verre et la 



196 

forcer à basculer d'un côté ou de l'autre; on évite cet accident , 
en plaçant sur deux côtés du petit carré , des morceaux de cartes 
ou d'étain en feuilles d'une épaisseur à peu près égale à celle de 
l'objet. Le parallélisme exact des verres , est de la plus grande 
importance, car si les surfaces étaient inclinées, leurs difîérens 
points ne se présenteraient pas simultanément au même foyer. 
L'immersion des objets dans le baume du Canada , n'a pas seule- 
ment pour résultat de les rendre plus diaphanes, elle les préserve 
encore d'une manière inaltérable en les mettant à l'abri de l'air 
et de la poussière. 

Vient-on à briser un de ces porte-objets , on plonge les frag- 
mens dans l'essence de térébenthine qui dissout le vernis et isole 
l'objet qu'on peut alors préparer de nouveau. 

Pour le microscope solaire , on emploie ordinairement le même 
procédé, mais on doit avoir soin de coller de petites bandes d'é- 
tain sur tous les bords des verres , autrement le vernis fondu 
par l'ardeur des rayons solaires , s'écoulerait hors du porte- 
objet. 

Quand les corps ont une plus grande épaisseur , qu'on veut 
les conserver dans l'alcool ou tout autre liquide , il faut modifier 
la préparation. Avec un pinceau fin et du blanc de plomb préparé 
à l'huile , on fait sur une bande de verre un petit encadrement 
dont on augmente l'épaisseur au moyen de couches successives , 
en la proportionnant à celle de l'objet. On place alors dans ce pe- 
tit réservoir le liquide et l'objet à conserver, on les recouvre 
d'une petite lame qui doit porter sur l'encadrement et qu'on rap- 
proche du liquide par une compression graduée, de manière à les 
mettre en contact immédiat, en évitant toutefois de faire échapper 
ce dernier sur les bords. Il faut alors passer légèrement et à plu- 
sieurs reprises sur ces bords , un peu d'huile d'amandes douces 
qui pénètre dans les interstices et les ferme exactement. Après 
avoir enlevé l'huile surabondante, on applique une nouvelle cou- 



197 

che de blanc de plomb de mêmes dimensions que la première, on 
fait sécher et la pièce peut être conservée intacte pendant plusieurs 
années. C'est ainsi qu'il faut préparer les molécules actives du 
docteur Robert Brown. 

M. Pritchard emploie pour conserver les cristallisations salines, 
des bandes de verre taillées en biseau sur leurs bords dont la 
réunion forme des espèces de gouttières qu'on remplit de cire à 
cacheter. De cette manière les deux verres se trouvent réunis et 
l'objet à l'abri du contact de l'air ; quelquefois on creuse au cen- 
tre des bandes de verre , une petite cavité destinée à recevoir l'ob- 
jet, qu'on recouvre ensuite d'une lamelle assujettie par une bande 
de papier collé. 

Les corps opaques exigent moins de préparation. Si on les 
éclaire par réfraction , avec la loupe placée sur le côté de l'ins- 
trument, on les colle avec de la gomme arabique sur de petits 
disques noirs pour les objets de couleur claire et blancs pour les 
corps sombres. Mais quand on emploie la lumière réfléchie par 
le miroir de Lieberkuhn , il faut se servir du petit appareil 
ûg. 6, pi. 4, que nous avons déjà décrit. Les grands disques in- 
tercepteraient la lumière réfléchie par le miroir inférieur, tan- 
dis qu'avec le support opaque, on fixe à l'extrémité de l'épingle, 
des rondelles de liège excessivement petites sur lesquelles on a 
préalablement collé les objets qu'il est facile de tourner dans tous 
les sens pour examiner leurs détails. Baker indique un moyen 
fort ingénieux de faire ces petites rondelles ; il prenait des cartes 
à jouer et profitant de leurs couleurs , rouge, noire ou blanche, 
il découpait des disques qui formaient un excellent contraste avec 
les objets. 

Telles sont les instructions générales dont la connaissance nous 
a paru indispensable avant d'aborder le chapitre des Expériences 
microscopiques où l'on trouvera les détails spéciaux. Il nous eût 
été facile de nous étendre sur ce sujet en donnant une multitude 



198 
de procédés particuliers à chaque observateur; mais il importait 
surtout de choisir les moyens sûrs et d'une exécution facile; 
l'homme intelligent sait toujours imaginer une foule de petites 
dispositions pour faciliter ses recherches. 

Toutes les personnes qui ont connu M. Le Baillif doivent se 
rappeler les appareils simples et ingénieux qu'il improvisait à 
l'instant même. Le micrographe habile ne doit jamais être em- 
barrassé dans ses expériences. 



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CHAPITRE XII. 



EXPÉRIENCES MICROSCOPIQUES. 

Nous plaçons toujours quelques objets préparés dans les boîtes 
qui renferment nos microscopes et cette précaution est double- 
ment utile. D'abord, le commençant peut les prendre pour mo- 
dèles de préparations et en second lieu , il a sous la main des 
objets choisis sur lesquels il fera facilement ses premiers essais 
d'observation et de maniement du microscope. Mais lorsqu'il aura 
acquis une certaine habitude , qu'il sera rassasié de cette petite 
collection, il voudra l'augmenter et faire de nouvelles expériences. 
Nous savons combien on est embarrassé quelquefois dans ces pre- 
mières tentatives; tandis que mille objets sont à votre disposi- 
tion, vous vous creusez vainement l'esprit pour en trouver un 
seul. 

Les commencemens d'une science sont toujours pénibles, aussi 
doit-on chercher avec soin à déguiser ces difficultés et l'ennui 
qui les accompagne, sous des dehors agréables et des expériences 
variées quand le sujet les comporte. On marche long-temps et sans 
fatigue dans une route semée de fleurs. Quand vient ensuite l'a- 
mour de la science , il n'est plus besoin d'autre stimulant ! 

On ne s'attendra donc pas à trouver ici un recueil d'observa- 
tions scientifiques avec leur cortège de raisonnemens et de conclu- 
sions; on nous traiterait d'ambitieux et l'on serait en droit de 
nous traiter plus sévèrement encore. A nous, les commencemens 



200 

et les fleurs, à d'autres, la tâche plus difficile de dévoiler les 
mystères de la science. 

Infusoires. — Nous avons choisi parmi les infusoires, les indi- 
vidus les plus curieux. On pourra consulter les ouvrages de 
Muller, d'Ehrenberg, et les articles de M. Dujardin consignés 
dans les annales des sciences naturelles, mais le second est fort 
cher et il est souvent difficile de rencontrer le Muller. Nous avons 
publié dernièrement un abrégé de l'ouvrage anglais de M. Prit- 
chard(l). Les endroits où l'on trouve plus spécialement les diffé- 
rons genres, sont indiqués à la lîn de chaque description. Ces ren- 
seignemens sont puisés dans l'ouvrage de Muller. 

Les infusoires du genre Proteus sont fort curieux à étudier. Ils 
possèdent la singulière faculté de changer de forme plusieurs fois 
en une minute ; ces transformations s'opèrent avec lenteur et sont 
faciles à observer. C'est dans l'eau de rivière au mois de mars 
et parmi les lentilles d'eau , que se rencontrent le plus fréquem- 
ment les protées. 

Nous indiquerons en second lieu, les vibrions ou anguilles du 
vinaigre et de la colle de pâte. Quelques fabricans mêlent de l'a- 
lun à la colle et il paraît que cette préparation favorise le déve- 
loppement des vibrions. La structure de ces infusoires est cu- 
rieuse et bien visible avec un grossissement médiocre. 

Shervvood , chirurgien anglais , découvrit un mode curieux 
de reproduction propre à ces animalcules. Ayant par hasard, 
blessé un vibrion , il vit sortir par la plaie , un tube délié 
semblable à un intestin. Sherwood communiqua ce fait à Nee- 
dham et tous deux répétèrent l'expérience qui donna constam- 
ment le même résultat et leur démontra évidemment que cette 
blessure livrait passage à plusieurs petits vibrions vivans ren- 
fermés chacun dans une membrane propre excessivement mince. 

(1) Brochure in-8% avec six planches représentant 300 infusoires. 



201 

Lorsqu'on veut vérifier celle expérience, il faut prendre avec la 
pointe dune épingle, un peu de pâte contenant les infusoires, et 
la délayer dans une petite quantité d'eau ; on apercevra bientôt 
à l'œil nu, plusieurs vibrions nageant dans le liquide. 

Il est facile de glisser sous un des plus gros, la pointe flexible et 
très déliée d'une plume et de le porter dans une goutte d'eau pla- 
cée sur une lame de verre. L'aiguille aiguisée en petit scalpel, est 
très commode pour couper transversalement le vibrion vers le 
milieu de sa longueur ; il faut à l'instant même le poser sous le 
microscope et l'on apercevra une multitude de petits vibrions qui 
s'échapperont par l'ouverture. L'expérience réussit presque tou- 
jours, à moins que le vibrion n'ait déjà produit tous ses petits. 
Si l'on observe l'animalcule mère avant l'opération, on distinguera 
les petits qu'il contient et plus on les examinera en un point rap- 
proché de la queue, plus leurs formes seront prononcées. 

Nous donnerons ici la manière de préparer la pâte. Faites bouillir 
un peu de farine dans de l'eau jusqu'à ce que le liquide ait pris 
la consistance de la pâte employée par les relieurs. Exposez-la à 
l'air dans un vase découvert et battez de temps en temps pour 
empêcher la surface de durcir ou de se recouvrir de moisissures : 
après quelques jours, la préparation s'aigrit et c'est alors qu'on 
trouve à la superficie, des myriades de vibrions. 

Pour conserver cette pâte pendant toute l'année, il faut ajouter 
de temps en temps un peu d'eau ou de pâte nouvelle ; on peut y 
verser parfois une ou deux gouttes de vinaigre. Le mouvement 
continu des vibrions empêchera la moisissure. 

La Voriicella rotatoria ou rotifère est un des plus beaux sujets 
microscopiques. La disposition des cils, leurs mouvemens parti- 
culiers qui les font ressembler à de petites roues ; la belle orga- 
nisation que l'on découvre sans peine à travers les tissus transpa- 
rens, les mouvemens de translation, tout se réunit pour exciter 
l'admiration. Les voriicella convallaria et lunaris^ et surtout la 



202 

belle V . Senta de Muller, ou Hydalina Senta d'Ehrenbcrg, méri- 
tent une mention spéciale. 

On les rencontre dans l'eau de mer, parmi les lentilles d'eau à 
la fin de l'été, principalement sur les feuilles, sur les petits co- 
quillages , dans plusieurs infusions végétales préparées en été, 
dans les eaux stagnantes, les gouttières, etc. 

Nous trouvons dans une note de Le Baillif (1), un procédé qu'il 
donne comme infaillible pour se procurer des rotifères. 

« En 1811, dit-il, j'exploitai particulièrement la mare d'Au- 
teuil. Toutes les fois que les eaux rapportées contenaient des pro- 
ductions connues sous le nom de loges de vers à tuyaux ( Pkry- 
ganes), j'étais sûr d'y trouver des rotifères. En conséquence, je 
fis une ample provision de toutes les espèces de débris que je pus 
rencontrer. » 

» Depuis cette époque, tous les ans au mois d'avril, j'ai mis 
six ou huit de ces tuyaux dans un vase contenant de l'eau de fon- 
taine et placé sur une fenêtre exposée au Nord. Vers le cinquième 
jour, suivant la température, une monade jaunâtre m'annonçait 
la génération prochaine des rotifères et le dixième jour au plus 
tard, je trouvais des colonies de ces animalcules. II suffisait pour 
les conserver, de renouveler une partie de l'eau de temps en 
temps. » 

Le Baillif fit aussi des expériences sur la résurrection des ro- 

(1) Nous ferons souvent des emprunts aux notes nombreuses que nous te- 
nons de cet habile observateur. La publication de ce recueil curieux serait 
une heureuse nouvelle à annoncer aux micrographes. Maintes fois nous 
avons mis la main à l'œuvre, mais il aurait fallu répéter certaines expériences 
pour les compléter. Quelques indications sont d'un laconisme désespérant et 
souvent même un seul mot suffisait à Le Baillif pour lui rappeler le fait le 
plus important. Enfin , parmi toutes ces observations intéressantes, il en est 
beaucoup qui auraient eu besoin d'être fécondées parleur auteur. Ces maté- 
riaux contribueront à enrichir ce chapitre, mais l'élève a dû reculer devant 
l'idée présomptueuse de compléter l'œuvre du maître. 



203 

tifères après plusieurs jours de dessication. Voici comment il 
s'exprime : 

« Mon excellent ami M, Laligant, a pris sur les tuiles de la 
maison qu'il habite, une touffe de mousse bien verdoyante. Placée 
dans de l'eau, elle s'est montrée fort riche en ro tifères. » 

» Ce matin, 29 novembre 1831, il a eu la bonté de m'apporter 
une lame de verre sur laquelle il tenait sept rotifères desséchés de- 
puis huit jours et pris dans la touffe de mousse dont nous avons 
parlé. Deux ou trois gouttes d'eau furent placées sur les animal- 
cules et au bout d'une heure, trois avaient déjà recouvré complè- 
tement leur mobilité. » 

» Cette plaque étiquetée et gardée avec soin sera imbibée 
d eau de mois en mois. » 

Polypes verts et bruns. ( Hydra viridis et grisea. Lin. ) — Ces 
polypes qui semblent destinés par la nature à servir de transition 
entre le règne végétal et le règne animal, sont remarquables par la 
simplicité de leur organisation et la manière dont ils se repro- 
duisent. Ils ont une apparence gélatineuse et présentent plusieurs 
branches qui viennent toutes aboutir à un tronc commun. La 
bouche est entourée de tentacules rayonnées, en nombre variable, 
et tubulées comme le reste du corps. L'extrémité postérieure ou 
queue est évasée en forme de pavillon pour embrasser une plus 
grande surface lorsque le polype se fixe sur un objet; toutefois 
on n'y remarque aucune ouverture et les matières sont rejetées 
par l'orifice antérieur ou bouche. On \ peut comparer le polype à 
un tube. La cavité joue le rôle de tube digestif que les alimens 
parcourent au moyen des contractions et dilatations successives 
du corps. On ne reconnaît aucune trace de systèmes nerveux ou 
respiratoire. Ils changent déplace en se fixant alternativement par 
la tête et la queue sur les corps qui les environnent, et se meuvent 
également dans l'eau. Ils se nourrissent ordinairement de petits 
crustacés , de larves , et quelquefois de fragmens de viande crue. 



204 

Il est vraiment curieux de les voir guetter leur proie. Alors, 
ils s'étendent , développent leurs tentacules , embrassent la 
victime et l'engloutissent, puis ils se contractent et sont plongés 
dans une torpeur comparable à celle qui s'empare du boa lors- 
qu'il vient de se repaître. 

Ils n'ont pas de sexe et chaque individu se reproduit spontané- 
ment. Une partie du corps se dilate , donne naissance à une nou- 
velle branche, et lorsqu'elle est assez développée, les tentacules se 
montrent sur l'extrémité libre. Il existe entre les cavités des deux 
individus une communication qui ne cesse que peu de temps avant 
leur séparation. 

Dans les temps chauds, on voit quelquefois paraître sur le même 
individu, trois ou quatre rejetons qui se reproduisent eux-mêmes 
avant d'être séparés du corps principal. 

Si l'on coupe un polype transversalement en deux, chaque partie 
se développera bientôt pour former un nouvel individu ; M. Prit- 
chard a vu les morceaux se reformer complètement en trois jours. 

Baker, qui s'est beaucoup occupé du même sujet, rapporte 
quelques expériences faites par Trembley en 1704. Lorsqu'on 
coupe un polype dans le sens de sa longueur, on obtient deux 
moitiés de tube et les bords de chaque moitié, se réunissent bien- 
tôt pour former deux individus distincts. Cette régénération s'o- 
père en deux ou trois heures. 

Si la section longitudinale n'est pas prolongée jusqu'à l'extré- 
mité caudale, on pourra obtenir deux polypes sur une seule tige 
et la division de ces nouvelles branches en produira de nouvelles. 
Trembley a obtenu de cette manière, un polype à corps unique 
surmonté de sept têtes. Il les coupa ensuite, elles furent bien- 
tôt remplacées et formèrent elles-mêmes sept polypes complets. 
En lisant ces curieux détails , on se croit transporté aux temps 
fabuleux où le fils de Jupiter soutenait un rude combat contre 
l'Hydre de Lerne. 



205 

ïrembley fit de nouvelles recherches , et reconnut que les 
deux portions d'un polype divisé transversalement pouvaient se 
réunir lorsqu'on les mettait en contact ; bien plus, la moitié d'un 
individu s'est réunie à la moitié d'un autre, mais ces deux expé- 
riences ne réussissent pas toujours. 

Trembley parvint à retourner le polype comme un doigt de 
gant, et l'animal ne cessa pas de vivre. Réaumur répéta toutes ces 
expériences conjointement avec de Jussieu et d'autres savans; il 
reconnut des propriétés semblables dans plusieurs animaux. 

Donnons quelques renseignemens sur la manière de conserver 
les polypes. 

On doit les placer dans des vases larges et transparens ; ils se 
portent de préférence vers le côté le plus éclairé. 

Le liquide sera changé fréquemment et si l'on ne peut se pro- 
curer de l'eau provenant de la mare où on a péché les polypes, on 
pourra la remplacer par de l'eau de rivière dans laquelle on fera 
toujours végéter quelques petites plantes telles que des lentilles 
d'eau, etc. Avant de changer le liquide il faut transporter les po- 
lypes avec les barbes d'une plume , dans un vase contenant un 
peu de l'eau dans laquelle ils se trouvent. On peut alors enlever 
les matières qui s'accumulent sur les parois du vase et empêche- 
raient les polypes de se développer, bien qu'on eût soin de leur 
donner une nourriture abondante et de changer l'eau. 

On les nourrit avec de petits crustacés , des larves ou des vers; 
si l'on ne peut s'en procurer, il faut couper de la viande crue en 
très petits morceaux qu'on laisse tomber doucement dans le li- 
quide à l'endroit où se trouvent les polypes. Dans les temps ri- 
goureux, on doit éviter de les placer trop près de la fenêtre, car 
le froid les engourdirait. 

Ces polypes furent découverts en 1703 par Leeuwenhoek. On 
les trouve dans les coins des fossés, des bourbiers et des mares, 
vers le mois de mars. Ils s'attachent aux plantes aquatiques, aux 



206 

fragmens de bois, aux feuilles pourries, aux pierres, etc., qui sé- 
journent dans l'eau. Quelquefois ils sont fixés sur de petits in- 
sectes aquatiques. 

On rassemble beaucoup de ces matières dans un vase où les 
polypes ne tardent pas à se développer. Il est rare de les rencon- 
trer dans les eaux stagnantes ou à courant rapide. 

Les mares de la forêt de Saint-Germain sont assez riches en 
polypes. On cite surtout celle aux cannes ainsi qu'un bassin situé 
dans le jardin du couvent des Loges. 

Parfois les polypes sont couverts d'insectes qui finissent par 
les détruire ; il faut les en débarrasser au moyen d'un pinceau très 
doux qu'on promène légèrement sur leur corps. Les matières ac- 
cumulées sur les parois des vases déterminent quelquefois la 
mortification d'une portion du polype qu'il faut amputer pour 
sauver l'individu. 

ïl est assez difficile de préparer les polypes qu'on veut conser- 
ver dans les porte-objets , néanmoins on y parvient avec de la 
patience et de l'adresse. 

Placez un polype dans une petite cupule avec une goutte d'eau, 
quand il sera bien développé, faites écouler une partie du liquide 
et plongez le tout dans l'esprit de vin. L'animalcule périra in- 
stantanément en se contractant plus ou moins. Nettoyez-le avec 
un pinceau fin, pendant qu'il est plongé dans l'alcool et enlevez 
avec soin les insectes qui pourraient y adhérer. 

En le retirant de l'alcool, ses difïérens appendices se réunis- 
sent et adhèrent ensemble; on ne pourrait les séparer sans les 
mettre en lambeaux. Il faut glisser une lame de verre sous l'ani- 
mal qui surnage et séparer les appendices ; on le retire en- 
suite de l'alcool et avec de petites pinces et le pinceau doux 
imbibé d'esprit de vin, on dispose convenablement les différentes 
parties. Après avoir fait sécher la préparation, il ne reste plus 
qu'à la recouvrir d'une lame de verre mince maintenue par le 



207 
blanc de plomb. Quelquefois on la place préalablement dans du 
baume de Canada. 

Nous nous bornerons à ces renseignemens ; c'est dans l'ouvrage 
de Trembley qu'il faut lire l'histoire complète des polypes ; cette 
belle monographie est un véritable modèle à suivre pour les tra- 
vaux sur l'Histoire naturelle. 

Larve d'une espèce de Dytique s vulgairement nommée crocodile. 

Les œufs qui contiennent ces larves se trouvent pendant le 
printemps et l'été sous les plantes aquatiques et les conferves qui 
poussent à la surface de l'eau. Ils sont renfermés dans une es- 
pèce de sac un peu plus petit qu'un pois et d'une couleur blan- 
châtre; un filament délié les attache aux petites herbes et empêche 
qu'ils ne soient entraînés par le courant. Placés dans un vase 
plein d'eau exposé au soleil, ces œufs écloront en peu de jours. 
Les jeunes larves ont d'abord une couleur sombre et sont très 
actives ; à une époque plus avancée elles quittent leur enve- 
loppe, sont alors presque immobiles, perdent leur coloration et ne 
prennent pas de nourriture. Lorsqu'elles ont recouvré leur ac- 
tivité, on remarque, pendant la déglutition, les mouvemens de la 
glotte, le passage des alimens dans le canal intestinal et la circu- 
lation des fluides dans les vaisseaux. On doit éviter de les placer 
dans un vase contenant d'autres insectes, car ces derniers seraient 
inévitablement détruits. Deux fortes mandibules qui s'entrecroi- 
sent lorsqu'elles sont fermées occupent la partie antérieure de 
la tête. C'est avec ces armes redoutables que le crocodile sai- 
sit sa proie, la blesse et l'entraîne vers sa bouche. Sans attendre 
que la victime ait succombé, la larve s'abreuve des fluides et ne 
rejette que la peau de l'insecte. On distingue sur la même partie 
des palpes composées de quatre articulations, et six yeux groupés 
de chaque côté. La tête est aplatie et réunie au thorax par des 
muscles flexibles qui lui permettent de se mouvoir dans tous les 
sens. 



208 

La transparence des tissus laisse apercevoir distinctement les 
ganglions nerveux , les trachées et l'organe pulsatoire considéré 
par quelques naturalistes comme le cœur des insectes, mais qui 
ne reçoit aucun vaisseau d'après les recherches de Cuvier et 
d'autres observateurs. Leurs six pattes hérissées de poils sont ter- 
minées par de forts crochets et parcourues dans toute leur lon- 
gueur par de petits vaisseaux ramifiés : la queue se partage en 
deux appendices qui en supportent d'autres plus petits; on pré- 
tend qu'ils se reproduisent lorsqu'on les détruit. 

Ces insectes se nourrissent principalement de larves d'éphé- 
mères et de cousins , quelquefois même ils se dévorent entre eux. 
A mesure qu'ils avancent vers leur maturité, leurs mouvemens se 
Ralentissent et parfois ils sont tout couverts de Vorticella convallaria 
qui s'y attachent par leurs filamens ; on peut surtout observer 
cette particularité lorsque les larves sont conservées dans un vase 
étroit. (Voyez Microscopic Cabinet , pi. l re ). 

Le Monocle. — Lynceus sphericusj, Muller. Monoculus minutas, 
Lin. Le tégument de cet insecte est remarquable par des lignes 
réticulées qui lui donnent l'apparence d'un travail de mosaïque. 

Cette coquille très transparente est formée d'une seule pièce, 
mais elle est assez élastique pour que l'animal puisse la fermer ou 
l'ouvrir à la manière des moules. Malgré leur nom de Monocle, 
ces insectes ont deux yeux noirs de grandeurs différentes et enfoncés 
dans l'écaillé. Le bec est pointu et suit la forme convexe de l'en- 
veloppe; au dessous de lui est un second appendice plus court et 
terminé par des cils, puis viennent les deux antennes portant éga- 
lement des soies à leurs extrémités. Quatre branchies sont placées 
sur le même rang à l'intérieur de l'écaillé et servent à impri- 
mer un mouvement circulaire à l'insecte, quelquefois même elles 
paraissent lui servir à grimper le long des petites tiges sur les- 
quelles il se fixe en les saisissant entre les bords de ses écail- 
les. A la partie postérieure se trouve un appendice cilié armé de 



209 

deux crochets et portant à sa base une espèce de petit trident. 
On aperçoit parfaitement le canal intestinal et la nourriture qui 
le parcourt, ainsi qu'un petit corps ovoïde placé derrière la tête 
et doué d'un mouvement pulsatoire rapide. 

Le monocle se nourrit d'animalcules. On le trouve pendant 
l'été dans les creux des étangs et les flaques d'eau de pluie. Les 
petits prennent leurs ébats autour de leurs parens et au moindre 
danger, se précipitent vers leur mère qui les met à l'abri en les 
renfermant dans sa coquille. 

Le Cyclope à quatre cornes ou moucheron d'eau. — Cyclops- 
quadricornis, Muller. Pediculus aquaticusj Baker. Ce petit crusta- 
cé se trouve dans toutes les saisons à la surface de l'eau, mais 
surtout en juillet et août; on le prend avec un petit filet. Le 
corps est couvert d'écaillés imbriquées qui se meuvent latéra- 
lement et verticalement ; elles ne se réunissent pas sous le 
corps et laissent un passage aux branchies ; le bec est court 
et pointu ; un peu au dessous , se trouve l'œil unique , d'une 
couleur rouge foncée et noyé dans l'écaillé. Aux deux côtés de 
l'œil, naissent les antennes dont la paire supérieure est la plus 
longue; elles sont articulées et couvertes de poils. Les cyclopes se 
meuvent par saccades et se traînent sur les tiges au moyen de leurs 
branchies qui sont d'une couleur bleuâtre. Les ovaires en forme de 
grappe, sont très développés et situés au nombre de deux, à la 
partie postérieure. Les œufs ont une forme globuleuse et lorsqu'ils 
parviennent à leur maturité , on peut distinguer l'embryon 
avec un très fort grossissement. La queue du cyclope se bifurque 
à son extrémité et les deux branches sont terminées par des soies 
ramifiées chez la femelle seulement. On aperçoit très bien le tube 
intestinal et les oviductes de la femelle. La couleur de ces crus- 
tacés varie. Souvent pâles et transparais, ils sont quelquefois 
marquetés de rouge ; les uns ont une couleur bleue verdâtre , 
les autres sont rouges et leurs ovaires sont colorés en vert, 

H 



210 

Ayant à nous occuper dans ce chapitre d'un grand nombre 
d'expériences, nous avons abrégé les descriptions; nous passerons 
même sous silence le petit Cyclope 3 la larve du Cousin 3 l'Hydro- 
phile, la Libellule, eic., en renvoyant aux ouvrages de Muller, Ba- 
ker, Adams , au Microscopic Cabinet et Microscopic Illustrations 
par le docteur Goring et M. Pritchard, où l'on trouvera des dé- 
tails étendus et de fort belles planches représentant ces différent 
objets. 

Disons maintenant quelques mots des infusoires fossiles. Nous 
extrairons ce qui suit du tome 6 des Annales des Sciences natu- 
relles, année 1836, où se trouve le mémoire de M. Ehrenberg pu- 
blié dans les Annales de Poggendorf, vol. 38. 

ce M. Fischer, propriétaire de la manufacture de porcelaine de 
Pirkenhammer près de Garlsbad, avait remarqué que les dépôts 
siliceux (Kieselguhr) des tourbières de Franzbad, auprès d'Egn, 
en Bohême, se composaient presqu'exclusivement d'enveloppes de 
navicules. Il fit un envoi de ce dépôt à M. Ehrenberg qui recon- 
nut que ces enveloppes appartenaient au Navicula viridis encore 
répandu très abondamment aujourd'hui dans les eaux douces des 
environs de Berlin et autres endroits. Il trouva également que ce 
même échantillon renfermait plusieurs autres espèces sem- 
blables à celles qui existent actuellement. Déjà en 1834, 
M. Ehrenberg avait signalé à l'Académie la découverte de M. Kût- 
zing sur la composition siliceuse des enveloppes de Bacillaires. 
Il fit de nouvelles recherches sur les différentes espèces de tri- 
poli et de terres à polir employées dans les arts et observa que 
le tripoli ordinaire ou feuilleté de Bilin en Bohême, se compo- 
sait uniquement d'infusoires et qu'il existait dans la terre à polir 
du même pays et dans le fer limonite tufacé des marais, un nombre 
infini d'individus du genre Gaillonella. Il rencontra également des 
débris d'infusoires dans la farine fossile de Santa-Fiora en Tos- 
cane , etc. 



m 

M. Ehrenberg termine son Mémoire par l'évaluation du nombre 
d'infusoires qui forment ces matières. D'après ses calculs, une 
ligne cube de pierre à polir de Bilin, en contient 23,000,000, et 
un grain de cette même substance, 187,000,000 ! 

En résumé, il existe un nombre infini de carapaces fossiles 
d'infusoires dans les substances que nous venons de nommer ainsi 
que dans les dépôts siliceux de l'île de France et les tourbes de 
Franzbad. Ces carapaces appartiennent à des individus que l'on 
trouve encore vivans aujourd'hui soit dans l'eau douce, soit dans 
l'eau de mer. M. Ehrenberg a déterminé plus de quarante es- 
pèces des genres Navicuta^ Gonphonema > Gaillonelia ., Synedra , 
Bacillaria et Spongia. 

Nous avons fait représenter deux de ces infusoires pi. 5. 

Fig. 6. Navicuia viridis, vu sur le côté où l'on distingue trois 
ouvertures qui existent également sur la face opposée, et des stries 
transversales ou lamelles internes entre lesquelles sont placés 
les ovaires des individus vivans. 

Fig. 6'. Cocconeis Clypeus, trouvé dans la couche d'infusoires 
près d'Eger. Nous possédons des échantillons de différentes espè- 
ces d'infusoires que nous tenons de M. Ehrenberg. Nos dessins 
sont exécutés d'après nature. 

sinimalcules spermatiques. — Nous n'entrerons pas dans le dé- 
tail des polémiques diverses occasionnées par la découverte de 
ces animalcules faite vers 1674 par Leeuwenhoek ou Hartsoeker 
et peut-être par tous deux. Nous ne pensons pas qu'il existe per- 
sonne aujourd'hui , qui conteste leur existence ou leur refuse la 
qualification d'animalcules. 

Leur aspect général et leurs dimensions sont à peu près sem- 
blables dansles différentes espèces d'animaux. Chez l'homme, leur 
corps est ovoïde , arrondi , présente quelquefois des renflemens 
et se termine plus ou moins brusquement par un filament caudal 
très délié. De tous temps , on a signalé leur ressemblance avec 



212 

le têtard et cette comparaison est exacte. Leeuwenhoek a calculé 
qu'un animalcule n'égalait pas en grosseur la millionième partie 
d'un grain de sable et qu'il était plus petit qu'un globule de 
sang. Les dimensions exactes, sont indiquées pi. 5, fig. 7. 

La queue remue continuellement avec une grande rapidité en 
battant le liquide dans lequel oscillent les animalcules dont la pro- 
gression est quelquefois assez lente. Leur nombre prodigieux 
frappe d'étonnement l'observateur qui les voit pour la première 
fois. L'abbé Spallanzani fît de nombreuses expériences sur ces 
animalcules et vérifia l'influence de la température sur leur mo- 
bilité; dans un lieu chaud ou pendant l'été, ils continuaient à se 
mouvoir fort long-temps, tandis qu'en hiver ou dans une cham- 
bre froide, on les voyait bientôt tomber dans une immobilité 
complète et mourir. 

Nous renverrons à l'ouvrage de cet habile observateur et à 
celui de Gleichen, pour tous les détails relatifs à ces êtres mer- 
veilleux et nous nous contenterons de donner quelques rensei- 
gnemens sur le mode d'observation le plus convenable pour obte- 
nir de bons résultats. 

Il faut prendre une petite goutte de liqueur spermatique et la 
placer sur un verre plan et mince. On distinguera facilement 
deux parties dans ce fluide; l'une épaisse, l'autre liquide; c'est 
cette dernière qu'il faut employer d'abord ; la portion épaisse se 
liquéfie bientôt par son exposition à l'air et les animalcules s'y por- 
tent alors en aussi grand nombre que dans les parties les plus fluides . 

En recouvrant la goutte de sperme d'une petite lamelle de 
verre, on rend la surface plane, le liquide s'évapore plus lente- 
ment, se refroidit moins vite et les animalcules vivent plus long- 
temps. Nous en avons conservé vivans pendant douze heures. 

Il ne faudrait pas croire avec Buffon, que ces petits individus 
peuvent vivre plusieurs jours après qu'ils ont été tirés des réser- 
voirs naturels ; Spallanzani a victorieusement combattu cette er- 



213 

reur et c'est un de ses principaux argumens pour démontrer com- 
bien les esprits les plus élevés sont sujets à se laisser entraîner 
par des théories préconçues et une imagination trop vive. Spal L 
lanzani découvrit que la semence conservée pendant plusieurs 
jours, produisait un nombre infini d'infusoires de formes variées, 
tandis que les animalcules périssaient au bout de quelques heures 
et tombaient au fond du liquide. Buffon n'avait donc pu voir des 
animalcules encore vivans dans le fluide conservé durant plu- 
sieurs jours; il observa mal, sur une trop grande quantité de ma- 
tière, n'examina pas successivement la surface et le fond du li- 
quide où il aurait reconnu les cadavres des Zoospermes, et prit 
pour des animalcules transformés, les individus de nouvelle for- 
mation. Aussi Haller le prince des physiologistes., a-t-il dit de Buf- 
fon :« ... Je doute qu'il ait jamais vu les animalcules spermatiques .. .» 

On peut observer ces individus dans les conduits séminifères 
de quelques animaux. On parvient à rendre ces canaux transparens, 
en privant l'animal de nourriture à l'époque de l'accouplement. 
La salamandre mâle est un excellent sujet pour cette expérience. 

Dans ces derniers temps, M. le docteur H. Bayard a fait une 
heureuse application du microscope aux expertises médico-légales. 
Dans un mémoire sur l'Examen microscopique du sperme desséche 
sur le linge ou sur les tissus de nature et de coloration diverses , 
(tom. xxn des Annales d'hygiène et de médecine légale, l re par- 
tie,) ce médecin a indiqué les moyens convenables pour constater 
la présence des animalcules spermatiques , dans les taches de 
sperme desséché sur les tissus depuis des mois et même des 
années , en dissolvant le mucus glutineux qui les entoure , sans 
altérer aucunement leurs formes (1). 

Circulation. — Globules du sang. — La marche du sang dans 
les vaisseaux, est un des phénomènes qui méritent le mieux d'ar- 

(1) J'ai vu faire par M. Le Baillif quelques expériences analogues, à la 
demande de M. Orfila,, mais les résultats n'ont jamais été publiés. 



214 

rêter l'attention de l'observateur. Mais cette circulation ne peut être 
étudiée que sur des sujets vivans ; il faut donc choisir les ani- 
maux dont la structure particulière permet d'apercevoir les vais- 
seaux au travers des tégumens, ou mettre à nu par une incision, 
les parties les plus transparentes. 

La queue du têtard , de certains poissons , de la salamandre , la 
membrane des. pattes postérieures d'une grenouille , l'aile de la 
chauve-souris , etc. , sont d'excellens sujets pour observer sans 
incision; mais on distingue la circulation bien plus nettement sur 
le mésentère d'une grenouille ou la vessie d'une souris. Le pro- 
cédé opératoire est fort simple. 

Si l'animal peut être placé dans une petite cuve transparente 
à parois planes , on pourra étudier la circulation pendant long- 
temps et sans blesser le sujet. Nous employons ce procédé pour 
le têtard, les petites anguilles et les poissons. On verse un peu 
d'eau dans la cuve et on y pose doucement le têtard ; après quel- 
ques mouvemens brusques , il cesse de s'agiter, et c'est 
l'instant qu'il faut choisir : on peut d'ailleurs le maintenir 
au moyen d'une petite lame de plomb. Pour examiner l'aile de la 
chauve-souris, la membrane des pattes d'une grenouille , il faut 
fixer l'animal par les membres sur une petite planchette de liège 
au moyen de fortes épingles. La partie que l'on veut soumettre 
au microscope doit être placée sur une ouverture pratiquée dans 
la planchette, immédiatement au dessous de l'objectif. C'est en- 
core avec des épingles qu'on étend les membranes dans une 
position convenable. 

Lorsqu'on fait les expériences sur le mésentère d'une gre- 
nouille, on fixe l'animal et après avoir fait une incision au ventre, 
on en tire une portion d'intestins que l'on développe sur l'ouver- 
ture de la planchette pour mettre la membrane en évidence. 

La vessie d'une souris est facile à découvrir; il suffit d'in- 
ciser légèrement le bas-ventre, pour que le petit sac fasse hernie 



215 
à travers l'ouverture. Plusieurs anciens observateurs avaient ima- 
giné des appareils plus ou moins compliqués pour fixer les ani- 
maux, nous pensons que le procédé indiqué ici, remplira le but 
plus simplement et tout aussi bien. 

Les pattes d'araignées, les antennes des cloportes et les poux, 
doivent encore être placés au nombre des sujets favorables à l'é- 
tude de la circulation. 

Les mouvemens du cœur seraient très difficiles à observer dans 
des animaux d'une certaine dimension, il a donc fallu recourir aux 
petits insectes pour examiner les pulsations de l'organe qui 
paraît remplir des fonctions analogues ; nous citerons d'abord 
l'abeille. 

Séparez la tête du corps de l'insecte et vous apercevrez un pe- 
tit corpuscule blanc dont les battemens sont très distincts. 

Soulevez avec une épingle le corselet d'une sauterelle et l'organe 
central de la circulation sera parfaitement visible. 

Chez le limaçon , il est situé près de l'ouverture ronde qui se 
trouve près du cou : en disséquant avec soin, on pourra étudier les 
pulsations pendant fort long-temps. 

L'examen du fluide sanguin contenu dans les vaisseaux, aura 
fait reconnaître à l'observateur, de petits corps ou globules en nom- 
bre infini, nageant dans ces conduits et suspendus dans un liquide 
de couleur citrine ; ce sont les globules du sang découverts par 
Malpighi. Pour les examiner avec soin, il faut prendre une goutte 
de sang sortant de la veine , la placer sur une bande de verre et 
la recouvrir d'une de nos petites plaques minces. 

Les globules de l'homme sont excessivement petits. Leeuwen- 
hoek leur donnait l/170 e de ligne et Délia Torre l/750 e ; mais tous 
les globules d'un même individu n'ont pas la même grandeur, on 
doit adopter un terme moyen qui paraît être 4/500 e de millimètre. 

Les plus gros sont ceux de la salamandre, suivant les uns , ils 
ont 1 /35 e et suivant d'autres, l/50 e de millimètre, 



216 

Les auteurs diffèrent davantage sur leur forme. Pour donner 
une idée de ces opinions diverses, nous extrayons les passages sui- 
vans de la thèse du docteur Ch. Martins. 

« On sait maintenant que l'eau modifie la forme des globules 
sanguins en dissolvant une partie de leur substance. Si donc on ne 
veut pas examiner le sang tel qu'il sort du vaisseau qui le four- 
nit , il faut l'étendre avec une dissolution de sous-carbonate de 
soude, de sel marin, d'ammoniaque, de sucre, ou mieux encore 
avec du sérum de sang de grenouille passé à travers un filtre. 
Dans tous les mammifères, les globules du sang sont circulaires, ex- 
cepté dans le dromadaire et l'alpaca. Ils sont, au contraire, ellipti- 
ques dans les oiseaux, les reptiles et les poissons. Si on est 
d'accord sur ces faits généraux, on ne l'est pas sur les particu- 
larités de la forme des globules. Voyons d'abord les différentes 
opinions que les auteurs ont émises sur ceux de la grenouille et 
de la salamandre qui sont les plus visibles de tous. » 

«Pour ne citer que les modernes : MM. Prévost et Dumas, Wa- 
gner, Milne-Edwards et ïurpin admettent un renflement central r 
Mùller les considère comme sensiblement plats , enfin , Young 
Hodgkin, Lister, et M. Dujardin, comme légèrement concaves..... 

»... Les globules du sang ont-ils un noyau central ? même 
divergence sur cette question. Quelques-uns nient l'existence de 
ce noyau dans le globule vivant, et le regardent eomnie un pro- 
duit de la coagulation de la fibrine : tels sont Blumenbach, de 
Blainville, Weber, Wagner, Dujardin, Mandl, et Donné. Hewson, 
Ev. Home, Prévost et Dumas ainsi que Mûller, admettent un 
noyau central auquel la matière colorante sert d'enveloppe. » 

On sera sans doute étonné de nous voir émettre notre opinion 
après toutes celles qui précèdent , mais puisque tant d'autres ont 
vu les globules d'une manière différente et n'ont pu s'accorder 
sur leurs formes réelles, il est évident qu'on n'a pas encore ren- 



217 

contré la vérité et qu'il nous est également permis de voir d'une 
autre manière, et de rapporter fidèlement ce que nous avons vu. 

Sous le microscope, les globules du sang paraissent aplatis , au 
centre se trouve le noyau qui forme une légère saillie. Le globule 
est mou et s'affaisse facilement lorsqu'il est posé sur la lame de 
verre, tandis que le noyau, plus résistant, conserve à peu près sa 
forme et se montre plus distinctement. Nous ne saurions mieux ren- 
dre l'impression que nous avons ressentie en examinant les glo- 
bules, qu'en les comparant à une petite vessie contenant une 
boule-solide et une certaine quantité de liquide. La vessie posée 
sur une surface plane , s'affaisserait tout autour de la boule qui 
formerait une saillie au centre. 

Quelquefois ces globules sont dentelés à la circonférence , 
mais leur forme est généralement ronde chez l'homme. Ces dente- 
lures nous paraissent résulter de l'adhérence de certaines parties 
du globule qui ne s'étend pas également sur la lame de verre. 
Une couche graisseuse se forme quelquefois sur le glissoir et 
pourrait produire cette irrégularité. Lorsque le globule est sec, 
on aperçoit toujours le noyau, il paraît même plus distinct. 
Comment supposer alors qu'il n'existe pas , comment le prendre 
pour une dépression centrale, et pourquoi n'y voir qu'un jeu 
de lumière? En définitive, nous avons toujours vu les globules 
comme nous les représentons planche 5 , flg. 8. On a dessiné 
en regard fîg. 9, les globules du sang de grenouille. 

Lorsque le sang se coagule, les globules se réunissent et forment 
des rangées à peu près semblables à des piles d'argent renversées. 
Cette disposition est parfaitement représentée dans les planches 
d'un ouvrage inédit qui sera publié en Allemagne par M. Cerber 
professeur d'anatomie à l'Université de Berne. M. le docteur 
Baswitz a bien voulu nous communiquer les planches de ce 
travail. 

Nous nous arrêtons ici ,, en manifestant le désir de voir les opi- 



218 
nions diverses se réunir bientôt pour donner naissance à une 
description exacte. 

Parmi tous les autres fluides de l'économie animale , nous exa- 
minerons actuellement le lait. Ce liquide soumis au microscope , 
paraît composé d'une multitude de globules sphériques de gros- 
seurs différentes, depuis un 5/100 e jusqu'à l/100 e de millimètre 
de diamètre environ. Ils sont formés par la matière grasse. 
Ces globules sont réguliers et nagent librement dans un li- 
quide qui ne contient pas d'autres particules. Lorsque les glo- 
bules laiteux sont agglomérés et mêlés à des corps granuleux, 
on peut déclarer que le lait n'est pas encore formé ou qu'il est 
de mauvaise nature. Si l'on distingue au milieu des véritables 
globules , d'autres globules pointillés , dentelés et opaques , c'est 
que le lait contient du pus, et il est facile de vérifier ce fait par 
une seconde épreuve. En ajoutant au liquide quelques gouttes 
d'une solution alcaline, les globules purulens sont dissous en 
quelques minutes et les globules laiteux restent intacts, tan- 
dis que l'éther dissout complètement ces derniers sans exer- 
cer la moindre action sur le pus. Chez les animaux fatigués ou 
que l'on trait trop abondamment, on rencontre quelquefois des 
globules sanguins mêlés à ceux du lait. L'ammoniaque dissout 
complètement les premiers. La quantité de matière grasse est 
ordinairement en rapport avec celle des autres élémens solides 
de ce liquide ; on peut donc connaître approximativement sa ri- 
chesse d'après la quantité des globules. 

Tous ces détails sont puisés dans un intéressant mémoire sur 
le lait, publié en 1837 par le docteur AL Donné. 

Il faut toujours opérer sur du lait frais et autant que possible , 
au moment où il vient d'être tiré ; on en dépose une très petite 
goutte sur une bande de verre et on la recouvre avec une lame 
mince. 

Une goutte de salive disposée de la même manière, forme en 



219 

séchant de fort jolies cristallisations. Le Bailtif avait fait des 
expériences intéressantes sur ce fluide. 

ce Depuis long-temps , dit-il, j'ai fait voir à divers curieux, la 
différence notable qui existe entre la salive recueillie à jeun, im- 
médiatement après le repas , ou lorsqu'on s'est pincé le bout de 
la langue. La première est en général remplie de squammes ou 
petites particules charnues ; elle contient un peu d'ammoniaque 
et de muriate de soude ( sel marin ). La deuxième, présente quel- 
ques squammes, une très petite quantité de molécules rondes ou 
ovoïdes et forme, en séchant, des cristaux ou le muriate d'am- 
moniaque domine le plus souvent. La troisième enfin, ne contient 
que des dendrites ammoniacaux et de très petits cristaux de mu- 
riate de soude. Je pensai que les molécules rondes et ovoïdes 
que j'avais constamment observées dans les expériences , devaient 
être la fécule du pain; en effet, en ajoutant un atome de solution 
d'iode, tous ces corpuscules prirent une couleur bleue. » Après 
quelques réflexions sur cette expérience , Le Baillif ajoute : 
« Tout me confirme que le microscope deviendra , dans bien des 
cas , un excellent moyen d'analyse au moins préparatoire. » 

M. le docteur Al. Donné a publié un tableau des di/férens dé- 
pôts de matières salines et de substances organisées qui se font dans 
tes urines. Voici quelques détails extraits de ce travail intéressant, 

A. Matières salines. 
1° Urines acides. — Plus communes que les alcalines; leurs 
dépôts, ordinairement colorés en jaune rougeâtre ou en rose 
plus ou moins foncé , sont cristallisés ou pulvérulens ; les pre- 
miers, composés à' acide uricjue > se présentent sous la forme de 
lames rhomboïdales parfaitement transparentes, parfois elles 
sont groupées et de couleur jaune ; ces cristaux qui ont de- 
puis 1 /100 e jusqu'à l/10 e millimètre et plus, sont solubles avec 
effervescence dans l'acide-nitrique concentre et insolubles dans 
l'acide hydrochlorîque, 



220 

Les sédimens pulvérulens sont ordinairement formés fhrïurate 
d'ammoniaque auquel peut quelquefois se mêler du phosphate-cal- 
caire très soluble sans effervescence dans les acides. L'ammonia- 
que le précipite de ces dissolutions sous l'apparence d'une matière 
blanche et amorphe ; Yurate d'ammoniaque , soluble avec effer- 
vescence dans les acides concentrés , se transforme en acide uri- 
que par l'action des acides étendus , et une dissolution de ce sel 
traitée par l'ammoniaque, donne des lames rhomboïdales tran- 
sparentes ou de petits cristaux grenus. 

Loxalate de chaux se présente aussi mais rarement , sous la 
forme de cristaux grenus ; on le distingue du phosphate , en 
ce qu'il est insoluble dans l'acide acétique et que l'ammoniaque 
le précipite de sa dissolution dans les acides minéraux, sous cette 
même forme grenue. 

On reconnaît le chlorure de sodium ou sel marin, à des cristaux 
en octaèdre dont les faces présentent des degrés. Pour les obtenir, 
il faut faire évaporer une partie du liquide. 

La présence de la cystine est extrêmement rare. 

2° Urines alcalines. — Pâles, à sédimens blancs ou légère- 
ment jaunâtres, cristallisés ou pulvérulens, formés par , 

Le phosphate ammoniaco-magnésien. Cristaux de formes variées 
mais dérivant, en général, du prisme droit rhomboïdal. La solution 
de ce sel dans un acide étendu, donne par l'ammoniaque, une 
multitude de petits cristaux diversement groupés. 

Le phosphate de soude et d'ammoniaque que l'on ne rencontre 
qu'après l'évaporation de l'urine. Beaux cristaux formant de larges 
pyramides à quatre faces et à sommet tronqué. 

B. Substances organisées. 

1° Urines acides. 

Globules muqueux, liés entre eux, ayant environ 1/100 € de milli- 
mètre. 



221 

Lamelles epider iniques . 

Mucus urêikral entraîné dans le premier jet d'urine, sous forme 
de petits filamens blancs visibles à l'œil nu. Vus au microscope, 
ces filamens sont composés de particules allongées, renflées à une 
extrémité et se terminant par l'autre en forme de queue. 

Globules purulens (dans certains états pathologiques), reconnais- 
sablés aux caractères que nous avons indiqués en parlant de la 
présence du pus dans le lait. 

Globules du sang (même observation). Ils sont quelquefois tout 
à fait blancs. 

Sperme. Durant les pertes séminales. Il faut chercher les ani- 
malcules à la partie la plus déclive des vases où leur pesanteur 
spécifique les entraîne toujours. 

Quelquefois chez les ictériques, on rencontre la bile dans l'urine. 
Elleprésente des fragmens irréguliers de substance d'un beau jaune. 

Dans le diabètes, on remarque des corpuscules globuleux, trans- 
parens, diversement groupés, ayant presque l'apparence des glo- 
bules du lait. Ce sont les corpuscules du ferment découverts par 
M. Cagniard-Latour. 

2° Urines alcalines. Elles dissolvent les globules de mucus, du 
pus et du sang. 

Parfois, les matières salines et les substances organisées se trou- 
vent mêlées ensemble dans les dépôts ; il arrive aussi que les 
cristaux se déposent sur les substances organisées et forment des 
figures bizarres. Ce court extrait du tableau sur les urines, inspi- 
rera sans doute aux amateurs, le désir de compléter notre ana- 
lyse par la lecture du travail de M. le docteur Donné. 

Nous renonçons avec peine à raconter l'histoire de ïacarus sca- 
biei ou insecte de la gale ; le lecteur aurait suivi avec intérêt les 
nombreuses vicissitudes que ce petit animalcule dut subir avant 
d'être admis au nombre des êtres existans, les mystifications aux- 
quelles il donna lieu, ses mœurs et ses formes; mais nous devons 



222 
simplement indiquer la manière de le découvrir et les sources 
où l'on trouvera des renseignemens étendus. 

Lorsqu'un galeux n'a pas encore été soumis à un traitement, 
si on cherche attentivement sur le dos des mains, le poignet ou 
entre les doigts, on remarquera que plusieurs vésicules, peu après 
leur développement, présentent à leur sommet ou par côté, un 
petit point pareil à celui qui résulte d'une très petite piqûre de 
puce, moins l'aréole rouge. Quelquefois ce point s'allonge un 
peu en demi-cercle et se trouve situé sur une petite tache blan- 
châtre 

Sur d'autres boutons plus avancés , on apercevra, à partir du 
point, une trace ponctuée, noirâtre ou blanchâtre, tantôt allant 
du sommet à la circonférence , tantôt traversant la vésicule sui- 
vant son diamètre. 

La trace ponctuée paraît être l'origine d'un petit chemin cou- 
vert, improprement appelé sillon ou cuniculus. En se plaçant au 
soleil, on peut voir à l'extrémité de la trace, opposée au petit 
point et sur le côté de la vésicule, une petite tache blanche et un 
point brunâtre. En soulevant l'épiderme en cet endroit avec la 
pointe d'une épingle, on peut, sans percer la vésicule, en extraire 
un petit insecte qui est l'acarus ou sarcopte. Toutes les vésicules 
ne donnent pas naissance à un sillon. 

Notre insecte placé dans le genre sarcopte de Latreille, sous 
le nom de sarcopte de l'homme, est blanc opalin, transparent, 
de forme arrondie et presque circulaire; sur son dos, on aperçoit 
plusieurs rangées de petits tubercules surmontés de poils. Il n'existe 
ni tête ni corselet, mais une sorte de bec ou museau rouge, court, 
un peu aplati en forme de palette , arrondi au bout , hérissé de 
plusieurs poils et inséré dans un angle dont le sommet se pro- 
longe sur le thorax en une ligne d'un rouge doré. Les pattes 
sont au nombre de huit, leur couleur est d'un rouge foncé ; on 
distingue les quatre pattes antérieures, placées de chaque côté de 



223 
l'organe de la manducation; elles son t formées de quatre articu- 
lations et d'une pièce basilaire oblique qui offre comme un trian- 
gle dont l'hypoténuse est tournée du côté de la partie postérieure 
du corps. Chacune de ces articulations est hérissée de poils et 
la dernière est armée en outre , d'une sorte de tige ou article 
très long , fragile , mince , terminé par une petite caroncule ou 
godet, qui sert à la progression et que M. Raspail désigne sous le 
nom à'ambulacrum. 

Les quatre pattes postérieures sont éloignées des antérieures , 
elles sont beaucoup plus courtes , mais présentent au reste la 
même organisation , si ce n'est que Y ambulacrum manque et se 
trouve remplacé par un poil aussi long que le corps ; l'abdomen 
les couvre aussi presque entièrement et l'anus, tantôt saillant, tan- 
tôt effacé, se montre à la partie postérieure de l'animal. Toute la 
surface de son corps est tapissée, suivant M. Raspail, d'un réseau 
cellulaire très résistant; en écrasant l'insecte vivant sur l'ongle, 
on entend très distinctement un petit craquement. Sa longueur 
n'excède pas un demi-millimètre et on en trouve qui dépassent 
à peine la moitié de cette longueur. 

Si l'on examine le mode de progression de cet insecte sous l'é- 
piderme, il est facile de se convaincre qu'il ne se fraie pas son eu- 
niculus à la manière des taupes ; les pattes ne sont nullement 
disposées pour cela; il agit plutôt en soulevant l'épiderme au 
moyen de son bec aplati ; les poils qui hérissent son dos et 
qui sont dirigés en arrière , l'aident dans son travail , en ren- 
dant, comme l'a remarqué M. Raspail, tout recul impossible. 
Cette manœuvre fait éprouver au malade une assez vive dé- 
mangeaison qu'il diminue en se frottant. {Recherches sur ïacarus 
ou sarcopte de la gale de ï homme , par Albin Gras , docteur es- 
sciences, élève à t hôpital Saint-Louis , aujourd'hui professeur de pa- 
thologie interne à Grenoble. 11 octobre 1834. Chez Bécket.) 

On peut lire également , le Mémoire comparatif sur fhisfoire 



224 

naturelle de l'insecte de la gale, par M. Raspail ; les recherches 
microscopiques sur Cacarus , etc., par MM. Leroi et Vandenhecke, 
et les articles de MM. D. Duparc et Beaude dans le journal des 
Connaissances Médicales du 15 juillet 1834. 

Dans sa traduction de la Revue générale des écrits de Linné, par 
Pulteney, M. Millin de Grandmaison fait mention de XAcarus 
scabîei, et de celui de la Dyssenterie. (Acarus dyssenteriœ.) 

Linné a consigné dans les Amœnitates academicœ , une thèse 
de J. G. Nyander publiée en 1757; cet auteur adopte l'opi- 
nion de Kircher qui attribue les maladies contagieuses à des 
animalcules. Il dit que teur existence a été démontrée dans 
la gale et la dyssenterie , dans la ladrerie des cochons par 
Langius, dans la peste par Kircher, dans le mal vénérien par 
Hauptman (1), dans les pétechies par Sigler, dans la petite vérole 
par Lusitanus et par Porcellus, ainsi que dans le serpigo et d'au- 
tres maladies cutanées. Bartholin avait remarqué que les matières 
évacuées pendant la dyssenterie, étaient pleines de petits in- 
sectes. 

On trouve dans le même recueil , la dissertation de C. F. Ad- 
1er (1752) sur la Noctiluca Marina. 

Ce fut pendant son voyage en Chine fait en 1748, que ce chi- 
rurgien reconnut l'existence des insectes phosphorescens qui 
rendent le sillage des navires lumineux ; il soumit au microscope 
et fit dessiner ce petit individu qui n'est pas plus gros que la sei- 
zième partie du pouce. Baker a également donné quelques dé- 
tails sur cet insecte. On le rencontre au commencement de l'été 
et principalement parmi les plantes marines . 

Les écailles de V anguille dont l'existence fut long-temps in- 
connue, sont fort curieuses et exigent une préparation particulière. 
Il faut prendre un morceau de peau sur les parties latérales de 

(1) Les expériences microscopiques de M. Donné sur les affections véné- 
riennes, confirment les assertions de Hauptman. 



225 
L'anguille et l'étendre bien exactement sur une lame de verre 
où on la laisse sécher. C'est alors qu'on aperçoit les saillies for- 
mées par les écailles placées sous une pellicule mince qu'on peut 
soulever avec la pointe d'un scalpel; les écailles se détachent 
ensuite avec la plus grande facilité. 

La peau du lézard et de l'iguane est formée de deux couches , 
l'une mince et transparente, l'autre plus épaisse et opaque ; en les 
séparant, on obtient deux objets microscopiques fort remarquables. 
La perche, la sole, la morue, etc. ' ; fournissent de très belles 
écailles. 

Nous avons fait dessiner pi. 5,, fi g. 10, la tranche d'un poil de 
barbe, rencontrée par hasard dans cette position sur un porte-objet 
où nous avions déposé plusieurs fragmens semblables. Pour obtenir 
ces tranches , il faut réunir plusieurs poils en un seul faisceau, 
les serrer fortement avec un fil mince et couper l'extrémité du 
paquet avec un bon rasoir ; quelquefois même lorsque la barbe est 
peu longue, on peut rencontrer de très bons échantillons sur le 
linge qui sert à essuyer le rasoir. Les cheveux ou poils seront 
toujours placés dans le baume du Canada qui augmente leur 
transparence et détruit la diffraction produite sur leurs bords. 
Les poils de souris, du mulots de la chauve-souris , de la larve du 
dermeste, du chat , du renard et de certaines chenilles, sont exces- 
sivement curieux à observer et fournissent de bons tests opaques 
et transparens. 

Plusieurs animaux des ordres inférieurs sont munis d'un ap- 
pareil destiné à mouvoir les fluides le long de la surface de divers 
organes. Si on coupe une portion des branchies d'une moule et 
qu'on la soumette à l'examen microscopique dans une goutte 
d'eau renfermée entre deux lames de verre, on remarquera dans ce 
liquide un courant dont la direction est constante et déterminée. 
Le fragment de branchie est couvert de poils ou cils très déliés, 
sans cesse en vibration et qui impriment le mouvement au liquide. 

15 



226 

On trouvera clans le troisième volume des Annales des sciences na- 
turelles, année 1835, les observations de M. William Sharpey et 
le mémoire de MM. Purkinje et Yalentin qui ont découvert l'exis- 
tence de cet appareil dans les animaux à sang chaud. Ils ont vu 
ce mouvement ciliaire dans l'oviducte des oiseaux et les trompes 
de Fallope des mammifères ainsi que dans les voies aériennes de 
ces deux classes. Nous nous bornerons à signaler les organes qui 
présentent ce phénomène destiné principalement à entretenir un 
courant de liquide le long de la surface de l'appareil respiratoire 
et dans beaucoup de cas, à l'introduction de la nourriture, à 
l'expulsion des œufs et à faciliter la locomotion. 

En 1830 , M. Sharpey observa ce mouvement dans les larves 
de la salamandre et du crapaud, dans un grand nombre de mo 
lusques , dans les annelides et dans l'actinie. Il nous apprend 
que Steinbuch avait déjà décrit les courans des branchies du 
têtard et de la larve de la salamandre et que plusieurs autres 
observateurs tant anciens que modernes , avaient fait des obser- 
vations semblables. MM. Purkinje et Valentin remarquèrent en 
disséquant un lapin femelle fécondé trois jours auparavant, de 
petits fragmens de la membrane muqueuse des trompes de 
Fallope, se mouvant avec rapidité, et tournant comme autour d'un 
axe. Rapide dans les trompes, ce mouvement était plus lent dans 
les cornes de l'utérus ainsi qu'aux points d'attache de l'organe , 
mais il était surtout remarquable sur les lèvres de l'utérus et dans 
le vagin. L'oviducte d'un oiseau examiné immédiatement après le 
passage de l'œuf , présenta la même vibration dans toute son 
étendue. D'après ces observateurs, ce mouvement n'existe que 
dans les organes sexuels de la femelle et dans ceux de la respi- 
ration , chez les mammifères , les oiseaux et les reptiles. Ils ne 
le rencontrèrent dans le tube intestinal , que chez la moule de 
rivière, sur une éminence charnue longitudinale que présente la 
surface intérieure du tube, tandis que M. Sharpey l'a vu dans le 



227 

tube digestif des échinodermes , des annélides et l'actinie, ainsi 
que dans la cavité alimentaire de plusieurs polypes. 

Chez les amphibies et les serpens , les oiseaux et les mammi- 
fères , les muqueuses de l'oviducte et des conduits respiratoires , 
offrent ces vibrations clans toute leur étendue. 

Pour observer ce curieux phénomène , il faut examiner l'animal 
immédiatement après sa mort. On détache avec des ciseaux, un 
morceau de la membrane qu'on plie sur elle-même de manière à 
ce que sa surface libre forme le bord du pli et que l'autre surface 
soit en contact avec elle-même. 11 faut alors placer l'objet sous le 
compressoriuîii avec un peu d'eau , puis presser doucement afin 
que le bord du pli apparaisse distinctement sous le microscope. 
Pour rendre le phénomène encore plus visible , on peut ajouter 
au liquide , une matière colorante , de l'indigo ou du carmin , 
comme pour colorer les organes digestifs des infusoires. Il est im- 
portant que la membrane muqueuse soit parfaitement débarrassée 
des tissus voisins et que le pli de cette membrane se présente faci- 
lement à l'objectif. Ces vibrations suivent une direction détermi- 
née excepté chez la moule de rivière, où elles ont lieu régulière- 
ment dans deux directions différentes, chaque direction changeant 
toutes les six ou sept secondes. (Ann. des Se. nat. v. 3, p. 347.) 

Le docteur Baswitz nous a communiqué la note suivante, sur 
l'application du microscope au diagnostic de certaines affections. 

« Au mois de juin 1838 , j'ai vu un homme qui portait une tu- 
meur dans l'arrière-bouche. Le toucher seul ne suffisait pas pour 
diagnostiquer la nature de l'affection. Etait-ce une tumeur fon- 
gueuse , un polype ou un sarcome? Une petite portion de la tu- 
meur s'étant ulcérée , j'enlevai avec une aiguille à cataracte , un 
lambeau de tissu que je plaçai sur le porte-objet du microscope, 
et je reconnus aussitôt que j'avais affaire à un polype. 

» Il est souvent difficile de faire le diagnostic différentiel des 
tumeurs de l'utérus , le microscope peut éclairer le chirurgien. » 



228 

Après les corps tirés du règne animal , on doit placer immédia- 
tement les différentes parties des végétaux, La circulation de la 
sève, les mouvemens et l'éjaculation polliniques, le tissu des 
tiges, des pétales, etc. , fourniront à l'observateur, une source 
abondante de jouissances nouvelles. 

Circulation dans les végétaux. Chara. — Aucun végétal ne laisse 
voir aussi distinctement ce curieux phénomène découvert par 
l'abbé Gorti en 1774. Plusieurs savans parmi lesquels nous pou- 
vons citer MM. Amici, Robert Brown, Schultz, etc., ont observé la 
circulation dans d'autres végétaux, mais il n'est pas très facile de 
réussir dans ces expériences, tandis qu'un tube de chara bien pré- 
paré, donne toujours des résultats satisfesans. Lors de son pas- 
sage à Paris, M. Amici fit voir le chara à plusieurs savans et 
pendant quelque temps, on pensa que le microscope catadioptre 
que de ce physicien était indispensable pour faire cette belle 
expérience; mais bientôt on reconnut qu'il ne fallait qu'un pou- 
voir de 50 à 100 fois. 

Le Baillif écrivit sur le chara, une notice dont nous possédons 
le manuscrit et qui fut insérée en partie dans le bulletin de M. de 
Ferrussac. C'est dans le travail original que nous puiserons les dé- 
tails suivans. 

Le chara se trouve abondamment dans l'étang de Yillebon près 
de Meudon, à deux lieues de Paris; on le rencontre aussi dans 
le grand bassin de la Villette, canal de l'Ourq. Cette plante est 
toujours submergée; on se la procure en attachant un crochet à 
l'extrémité d'un roseau de dix pieds, ou bien au bout d'une fi- 
celle qu'on lance avec force sur l'endroit où se trouve le chara. 
Pour emporter la plante, on la plonge dans une fiole pleine d'eau. 
On choisit ensuite les tiges les plus fortes, qu'on met à l'aise dans 
une large terrine remplie de l'eau de l'étang où le chara a été 
recueilli. 11 faut éviter de ployer les tiges, car les entre-nœuds 
froissés ne peuvent servir. Il serait convenable de couper quel- 



229 

ques entre-nœuds et de les suspendre par un fil dans l'eau où ils 
continueraient à végéter. Dans la saison chaude , ce végétal se dé- 
compose facilement, au bout d'une quinzaine de jours, il passe du 
vertau jaune sale et sa préparation devient quelquefois très difficile. 

Il existe plusieurs espèces de chara : le flexilis ou translucens , 
Yhispida ou tomentosa. 

Dans le premier, on aperçoit un peu la circulation à travers l'é- 
corce, mais le second est préférable. Les entre-nœuds ont de 
trois à quatre pouces et plus et contiennent souvent les globules 
curieux dont nous parlerons plus loin. 

Le chara ne peut être soumis au microscope qu'après avoir subi 
certaines préparations. Il faut choisir un entre-nœud bien vert et 
ferme et couper les verticilles en leur laissant environ 6 à 8 lignes 
de longueur. On élague tous les petits jets et on place la tige prin- 
cipale dans une petite cuve en verre pleine d'eau, placée au foyer 
d'une loupe montée sur son pied. 

On enlève l'écorce superficielle par lanières, avec la plus grande 
précaution , car la moindre blessure faite au tube intérieur , arrê- 
terait la circulation à l'instant même. Lorsqu'on est parvenu à 
décortiquer ce tube , il faut le racler légèrement en lui impri- 
mant un mouvement de rotation sur lui-même. Cette opération 
est indispensable pour débarrasser le tube d'une couche de car- 
bonate de chaux qui le recouvre ; on doit la pratiquer avec un canif 
à fil couché, qu'on dirige de gauche à droite sans jamais racler dans 
le sens contraire. 

Le mèrithal sera parfaitement dénudé , quand on n'apercevra 
plus aucun corps étranger, avec une loupe de 6 lignes de foyer. 
Le microscope fait alors distinguer sous une amplification de 
soixante-quinze à cent fois , des lignes parallèles formées par des 
ovules verts régulièrement espacés , ainsi qu'une ligne où ces 
ovules manquent constamment et que Le Bai II if nommait la voie 
lactée. 



230 

On peut conserver cette préparation sous l'eau, mais au bout de 
cinq à six jours, la surface du tube se recouvrira de cristaux de 
carbonate calcaire qu'on pourra enlever de nouveau mais avec beau- 
coup plus de soin que la première fois. Le Baillif conservait les 
tubes décortiqués dans une petite boîte aquatique d'une construc- 
tion facile. 

ïl coupait des bouts de gros tubes de verre et les fendait en 
deux suivant leur longueur, avec un diamant. Deux carrés de 
plomb cimentés aux extrémités , maintenaient le demi-tube dans 
la position horizontale. 

Il plaçait le mérithal décortiqué dans cette petite cuve pleine 
d'eau et la recouvrait avec une lame de verre qui- retardait l'éva- 
poration du liquide et le mélange des corpuscules, voltigeant dans 
l'atmosphère. Nos petites auges à parois planes sont d'une grande 
utilité pour cette expérience. 

Les variations de la température, la décortication déjà an- 
cienne et même des ligatures pratiquées sur le tube, n'ont aucune 
influence sur la circulation . 

Si l'on examine l'un des courans à droite ou à gauche de la ligne 
médiane , on verra qu'ils suivent toujours la même direction , 
mais si l'on place cette ligne de manière à ce qu'elle occupe exac- 
tement le milieu du champ du microscope, on verra les molécules 
vertes entraînées dans un double courant de droite à gauche et de 
gauche à droite. Au moyen d'une montre à secondes ou d'un 
pendule , on peut calculer le temps qu'un globule met à traverser 
le champ. 

En prolongeant l'observation, il sera facile de s'assurer que 
les molécules flottantes peuvent passer d'un courant dans l'autre 
et ce fait est important, car il prouve d'une manière évidente, 
qu'il n'existe pas de diaphragme sur la ligne médiane. Si l'on 
trempe pendant un instant , l'une des extrémités du tube dans de 
l'eau légèrement acidulée avec du vinaigre ou de l'acide hydro- 



231 

ehlorique, la circulation cesse au bout de quelques minutes. 

Le 21 octobre 1827, Le Baillif vit sur un chara conservé de- 
puis dix jours, de longues séries de molécules vertes se disjoindre, 
se soulever et marcher dans te torrent de la circulation ; bientôt 
une grande partie de l'intérieur du tube fut si bien dénudée, 
qu'on voyait les molécules vertes se mouvoir à peu près comme un 
train de bois brisé ; on continuait néanmoins à distinguer les 
molécules de la circulation habituelle qui flottaient pêle-mêle. 
Dans plusieurs endroits, il se forma des obstructions considérables. 

La circulation ordinaire persiste pendant plusieurs jours et 
ne se ralentit pas pendant la nuit. Si l'on veut suivre la marche 
des molécules , il faut , suivant la méthode de l'abbé Gorti , choisir 
un petit rejeton tenant encore à un des verticilles et dont la sur- 
face est peu chargée de carbonate calcaire, qui probablement ne 
s'amasse que sur la plante adulte. En observant ce petit rejeton 
vers son extrémité transparente , on reconnaîtra le mouvement cir- 
culatoire, et si l'on suit deux ou trois molécules dans leur course, 
on les verra se contourner à l'extrémité du rejeton et revenir dans 
le sens opposé. 

On rencontre quelquefois dans un mérithal , des sphères ou 
globes en assez grand nombre qui se meuvent les uns par dessus 
les autres , se dépriment, prennent une forme ovale suivant les 
pressions qu'ils éprouvent et crèvent quelquefois en mêlant 
leur contenu au fluide circulatoire; plus tard, on voit de petits 
globes se reformer et voyager dans le liquide. Avec un bon éclai- 
rage, on distingue nettement l'épaisseur de la tunique sphéroï- 
dale ainsi que les molécules qu'elle renferme. Ces dernières sont 
diaphanes , de formes très variées et sujettes à des transpositions 
produites par la compression et le mouvement imprimés aux 
sphères. 

Si l'on suspend un tube de chara dans l'eau par une de ses extré- 
mités, les sphères tombent à la partie inférieure, et elles suivent 



232 

encore la même direction lorsqu'on retourne le tube. On peut 
examiner le phénomène avec une loupe ordinaire. Quand on veut 
observer isolément les sphères , il faut couper F entre-nœud qui 
les contient et exprimer le fluide sur une lame de verre, alors les 
sphères se montrent comme autant de gouttes de suif parfaitement 
distinctes. 

M. J. Holland a décrit un moyen fort ingénieux pour étudier la 
circulation sur de jeunes pousses de chara; on renferme une 
jeune pousse de ce végétal, dans un des petits porte-objets faits 
avec le blanc de plomb et remplis d'eau (chap XL) La lamelle su- 
périeure est percée sur le côté, d'une petite ouverture. Le chara 
continue à végéter jusqu'à ce qu'il remplisse toute la cavité et 
peut-être, ajoute M. Holland, parviendra-t-on à découvrir les 
causes de la circulation, en examinant le végétal aux diverses épo- 
ques de son développement. 

L'ouverture de la plaque supérieure , permet de renouveler le 
liquide à mesure qu'il s'évapore. On pose sur ce petit trou, un 
fragment de verre mince qui le ferme exactement et retarde l'é- 
vaporation . 

M. Schultz observa la circulation de la sève dans plusieurs 
végétaux, entre autres, dans les stipules du ficus clastica. On 
rend ces stipules transparentes en enlevant la couche superficielle 
qui laisse à nu une partie blanche , fibreuse , transparente , dans 
laquelle on voit très bien la circulation de la sève. La feuille de la 
C hé (idoine présente le même phénomène sans exiger autant de pré- 
paration ; il suffît de la placer sur le porte-objet et de l'observer 
au soleil, mais on ne réussit pas toujours. 

Le Baillif observa également cette circulation dans le figuier 
commun. On comprend que, pour ces expériences, il faut tou- 
jours employer des végétaux non fanés. 

M. Schultz donna à Le Baillif une liste des plantes dans les- 
quelles il avait observé le plus facilement la marche de la sève , 



233 
nous la transcrivons ici telle qu'elle nous a été laissée par M. Le 
Baillif : 

Ghélidoine ( foliole du calice ). 

Salsifîx ( feuille ). 

Pissenlit ( id. ). 

Alisma plantago ( plantain d'eau ), 

Ficus élastica ( stipules ). 

Figuier ordinaire. 

Platane. 

Stipules d'érable. 

Mûrier blanc. 

Aloës ( tige et étamines ). 

Angélique. 

Impératoire et presque toutes les ombellifères qui ont des sucs 
colorés. 

Bryone blanche. 

Euphorbe ( moelle ). 

Asclépiade. 

Arroche. 

Laitue ordinaire. 

Chiendent. 

Tragopogon des prés et presque toutes les chicoracées. 

Le 49 e volume des Transactions de la Société des Arts , [Tran- 
sactions of the Society of Arts, etc.) contient un mémoire de 
M. H. Slack sur la circulation observée dans la Nitella flexilis , 
l f Hydrockaris morsus ranœ, la Tradescantia virginica observée d'a- 
bord par le docteur Brown et décrite dans son Mémoire sur les 
Orchidées. — M. Slack signale encore les poils de la corolle d'une 
espèce de Penstemon , les stipules du Ficus élastica décrites par 
M. Schulz, et enfin la Ghélidoine observée par le même auteur. 
Belativement à cette dernière , M. Slack nous apprend que le phé- 
nomène ne se manifeste pas lorsque la feuille est encore attachée 



234 

à la branche, mais qu'il devient évident, aussitôt qu'on l'a déta- 
chée. Nous avons dit que cette expérience ne réussissait pas tou- 
jours , il est possible que l'insuccès de nos tentatives , dépende 
seulement d'une mauvaise préparation. Nous recommandons aussi 
à nos lecteurs, le travail de M. Varley et le supplément de 
M. Solly, consignés dans le 48 e volume du même recueil. Ces Mé- 
moires sont remplis de détails intéressans sur la circulation et 
l'organisation des végétaux. 

Le pollen présente un spectacle très curieux lorsqu'il est placé 
dans certains liquides et soumis au microscope; jetés sur une 
goutte d'eau, les grains polliniques se meuvent en différens sens et 
éclatent en lançant un nuage de petites granulations ou des boyaux 
qui se contournent de différentes manières. M. Raspail a reconnu 
que l'acide hydrochlorique et l'ammoniaque liquide produi- 
saient le môme effet. 

Il faut placer une petite goutte d'eau sur une bande de verre 
et déposer le pollen dans le liquide. C'est encore des notes de Le 
Baillif que nous extrayons les exemples suivans. 

Pollen de Chicorée sauvage. — Mis en contact avec l'eau , il 
cesse d'être sphérique et présente plusieurs mammelons ou gib- 
bosités. Ces grains de Pollen sont en général attachés ensemble 
par un ou deux petits filets. 

P. de Balzamine. — Produit des boyaux très transparens qui 
s'allongent pendant plusieurs jours et ont sept à huit fois la 
longueur du grain de pollen. 

P.dOnagraire. — Présente un cordon d'attache très long quand 
il est unique, se gonfle quelquefois extraordinairement dans l'eau; 
enfin il éjacule une grande quantité de molécules ovales et rondes. 
Plusieurs grains de ce pollen poussent des boyaux cylindriques. 

P. de Houblon. — Éjaculation très vive, la semence a un mou- 
vement de locomotion très visible. 

P. de ÏAivcndc, — Chaque grain contient trois molécules ovoïdes 



235 

qui peuvent égaler le diamètre du grain , alors il crève et l'on 
aperçoit sa capsule très diaphane. 

P. d'Epinards. — Se gonfle beaucoup, mouvement de recul, 
éjaculation diffuse de molécules de grosseurs diverses, parmi les- 
quelles on distingue parfaitement les molécules ovales. 

P. de Coloquinte. — Très gros, sphérique, quelquefois mais ra- 
rement hirsute, il se gonfle beaucoup dans l'eau à la circonférence. 
Dans les premiers momens de l'immersion, on voit autour du pol- 
len beaucoup de molécules rondes qui se meuvent pendant plus 
d'une heure en sens divers et à distance du pollen qui éjacule lar- 
gement mais avec lenteur. 

P. de Cactus à feuilles courtes. — Sphérique, lisse, gris cendré, 
produit quelquefois un long boyau , dans d'autres circonstances 
on voit se former une , deux ou trois vésicules. Quelques uns de 
ces grains éjaculent une matière noire , et l'on voit souvent au- 
tour d'eux des corpuscules mobiles. 

Le Baillif a vu éjaculer du pollen de Maïs conservé dans un 
cornet pendant deux ans ; il a observé le même phénomène sur 
celui du tourne-sol, et M. Raspail sur celui de l'hélianthus annuus. 

P. de Violette marine. — Très abondant , sphérique, diaphane , 
hirsute, recule vivement à l'instant de l'éjaculation. 

P. de Valériane. — A sec il est ovale, cloisonné, presque trans- 
parent ; dans l'eau il devient à peu près sphérique et beaucoup 
plus opaque qu'après l'éjaculation. Au moment qui la précède, 
on voit se former une vésicule très diaphane , égalant en volume 
à peu près le tiers du globule , elle se déchire et donne passage à 
une grande quantité de poussière. Cette expérience réussit tou- 
jours avec rapidité. 

P. de Scabieuse. — Ne change pas de forme dans l'eau, quel- 
quefois on voit naître une vésicule. L'éjaculation a lieu au bout 
de quinze secondes ou une minute, elle est vive, mais ne se fait 
pas à une grande distance. 



236 

P. de Rose trémière. — Opaque, très hirsute, après quatre ou 
cinq minutes de gonflement , il éjacule lentement par deux , 
trois et quatre endroits différens , les granules polliniques sont 
très noirs et paraissent avoir une grosseur uniforme. 

P. de Lis jaune. — Locomotion même à sec. Il est ovoïde, lisse, 
réticulé , plus ou moins coloré en gris cendré , éjacule par le 
côté , mais il faut le prendre sur une anthère déjà passée. 

P. deLuffa fœtida. — Rond, jaune, lisse, donnant des résultats 
variables d'après son degré de maturité. Dès qu'il est en contact 
avec l'eau, on voit se former trois vésicules diaphanes , d'où 
part souvent l'éjaculation. Parfois, il se forme un gros boyau qui 
peut égaler deux ou trois fois le diamètre du grain pollinique et 
qui est rempli de semence noire immobile ; quelquefois ce boyau 
s'allonge et crève , alors on voit marcher la semence vers l'extré- 
mité ouverte. 

P. de Maïs. — Se globulise et devient opaque dans l'eau. Après 
l'éjaculation qui est vive et abondante, le grain devient presque 
transparent. 

P. deLopesia racémosa. — Se présente toujours sous une forme 
triangulaire, mais après une minute de séjour dans l'eau, on 
voit se former à chaque angle une vésicule très diaphane. Ces 
grains sont pourvus d'un ligament chevelu d'une grande ténuité. 
Ils éjaculent quelquefois. 

Nous ne prolongerons pas cette liste , et nous laisserons à nos 
lecteurs le plaisir de l'augmenter par des recherches pleines d'in- 
térêt, dont ils se procureront facilement les matériaux. 

On rencontrera souvent dans les infusions anciennes , des spi- 
rales mêlées aux débris parmi lesquels nagent les animalcules. Ces 
spirales ne sont autre chose que les trachées ou organes destinés 
à la circulation de l'air dans les végétaux. 

Nous placerons ici quelques mots sur la Cryptogamie et les ser- 
vices importans que le microscope a rendus à cette partie de la 



237 
science botanique. Mais nous dirons d'abord, que le passage sui- 
vant est le fruit de nos relations avec M. le docteur Montagne. Sa 
conversation a été pour nous une source abondante d'instruc- 
tion , c'est dans nos souvenirs que nous puiserons ce peu de 
lignes. 

Tous les botanistes connaissent les travaux de ce savant. 
Ils ont pu remarquer l'exactitude rigoureuse de ses dessins. 
Cette précision qu'il faut d'abord attribuer au talent de l'ob- 
servateur, tient encore à sa grande expérience dans l'emploi de 
la chambre claire appliquée aux microscopes. Les beaux résultats 
obtenus par M. Montagne, attestent hautement l'utilité de la ca- 
méra lucida. 

La Cryptogarnle embrasse toutes les plantes dans lesquelles on 
n'a pas encore reconnu d'une manière évidente la présence des 
sexes. Dans cette dernière classe du système de Linné, on a fait 
un certain nombre de familles naturelles de plantes dont les unes 
plus parfaites que d'autres sous le rapport de leur structure, sont 
cependant moins avancées qu'elles sous celui des moyens de re- 
production; ainsi les Fougères ont des vaisseaux qui manquent 
aux Mousses, mais celles-ci sont pourvues des deux sexes qui, chez 
les premières, ont jusqu'ici échappé à notre investigation. Une 
étude plus approfondie de ces plantes, les a fait diviser en deux 
grandes classes : les Mthéogames , ou plantes dont les noces sont 
insolites ou douteuses, et les Agames, ou plantes dont les noces 
sont nulles ou du moins inconnues. 

Toutes les plantes en question sont du domaine de la Crypto- 
garnie et composent, à l'exception des Fougères, des Lycopodia- 
cées et de plusieurs autres groupes voisins , les végétaux cellu- 
laires. C'est à cette classe qu'appartiennent les familles des 
Mousses, des Hépatiques, des Champignons, des Hypoxylées, des 
Lichens et des Algues, toutes plantes dont l'étude exige impé- 
rieusement l'usage du microscope. 



238 
Il est en effet impossible sans cet instrument, on pourrait dire 
sans ce nouveau sens, de pénétrer dans la structure intime de ces 
végétaux dont quelques uns même ne sont visibles que par son 
secours. C'est à lui que l'on doit un nombre considérable de tra- 
vaux importans sur les familles énumérées plus haut et dont l'ap- 
plication à la physiologie des plantes plus élevées dans l'échelle 
végétale , n'a pas été sans profit. Les recherches de M. de Mir- 
bel sur le Marchantia , de M. Mohl sur la multiplication des cel- 
lules, de M. Morren sur les Closterles ont été fertiles en applica- 
tions de ce genre. 

C'est surtout dans la famille des Algues qu'on peut, qu'on doit 
espérer, par des travaux suivis et une patience infatigable, de dé- 
couvrir quelques uns de ces mystères de la végétation que la 
nature a cachés jusqu'ici derrière un voile impénétrable. Non- 
seulement ce sont les organismes les plus simples, les premiers 
linéamens pour ainsi dire de la vie végétale que les plantes infé- 
rieures de cette famille offrent à nos regards, mais le milieu 
môme qu'elles habitent, facilite singulièrement l'observation dont 
nous voulons les faire devenir l'objet et les expériences auxquelles 
n^us désirons les soumettre. 

Les Algues sont en un mot la palette où la nature étale les 
vives et brillantes couleurs dont son pinceau magique compose, 
en graduant admirablement ses teintes, tous les végétaux qui font 
sa parure. Elles sont aussi le point de départ ou de confluence des 
deux grandes séries des corps organisés, le point où souvent il 
est difficile de prononcer à laquelle des deux appartient l'être 
qu'on observe ; d'où il est aisé d'inférer l'importance de leur étude 
comparée. 

Il serait oiseux de pousser plus loin l'énumération des services 
que l'étude microscopique des Agames peut rendre à la science ; 
tout homme de bonne foi les comprendra sur-le-champ. Mais, en 
supposant même que l'on ne désirât faire de cette étude qu'un 



239 
objet de simple amusement, nous pensons que rien ne peut pro- 
curer plus de jouissances à une ame honnête, que la contemplation 
des phénomènes de la vie dans ces êtres aussi admirables par 
leur petitesse et leur simplicité, qu'étonnans par la symétrie et 
l'élégance de leurs formes. 

Les plantes Agames ont d'ailleurs dans l'économie domestique 
et industrielle, comme dans celle de la nature, une foule d'usages 
très importans qu'il serait trop long, et d'ailleurs hors de propos 
d'exposer ici avec quelque détail. Qu'il suffise donc de savoir que 
parmi les Algues et les Lichens, il en est un très grand nombre 
qui servent à la nourriture de l'homme et des animaux, et que 
cet aliment est presque exclusif dans certaines localités. Nous ne 
parlons pas des Champignons dont tout le monde sait l'utilité sous 
ce rapport et que les gourmands recherchent et savourent avec 
délices. Quant à l'économie agricole et industrielle, les Algues 
fournissent aux terres un excellent engrais et contiennent deux 
principes, l'iode et la soude, dont l'utilité n'est mise en doute par 
personne. 

Les Lichens enfin, donnent des matières colorantes parmi les- 
quelles l'Orcine, dont on retire une magnifique couleur pourpre, 
tient le premier rang. 

Les observateurs qui ont employé avec talent le microscope et 
fait tourner au profit de la science , dans les temps modernes, l'é- 
tude microscopique des plantes inférieures, sont M. de Mirbel, 
par ses recherches sur le Marchanda pofymorpha ; M. Mohl, par 
plusieurs Mémoires importans de physiologie végétale ; M. Morren, 
par ses Mémoires sur les Closterles et son genre Aphanizomenon ; 
M. Turpin, par un grand nombre de recherches microscopiques 
sur les organismes inférieurs des deux règnes ; M. Greville, par 
ses belles analyses de la Flore cryptogamique d'Ecosse et de ses 
Algœ britannicœ; MM. Berkeley, Desmazières et Léveillé, par 
leurs travaux analytiques sur l'organisation et les moyens de re~ 



240 

production des Champignons. M. Montagne par des observations 
et des analyses faites sur ces mêmes objets, par des travaux ana- 
logues sur la plupart des familles cryptogamiques , mais surtout 
par ses anatomies soignées d'Algues que l'on trouve dans le 
Voyage dans l'Amérique méridionale par M. Àlcide d'Orbigny et 
dans X Histoire civile , politique et naturelle de file de Cuba par 
M. Ramon de la Sagra; sa notice sur l'organisation des Cauler- 
pées> etc. M. J. Agardh, par son Mémoire sur la propagation des 
Algues; M. Duby, par ses Mémoires sur les Céramiées ; enfin, 
M. Fée, par ses figures analytiques des thèques des Lichens. 

La muscardine ou maladie du vers à soie , ne commença à être 
bien étudiée que du moment où on la soumit à l'analyse micros- 
copique. Le Mémoire inédit de M. le docteur Montagne qui doit 
être inséré dans le recueil des savans étrangers , le rapport de 
M. Dutrochet sur ces recherches et celles de M. Audouin , sont 
les meilleurs documens à consulter pour avoir une connaissance 
exacte de cette curieuse maladie produite par une plante cryp- 
togame et des travaux qui ont paru à différentes époques. 

Terminons ce chapitre par quelques expériences de chimie mi- 
croscopique, et nous aurons fourni des exemples des diverses 
opérations qui réclament l'emploi du microscope. 

La cristallisation de plusieurs substances fournira à l'observa- 
teur une source abondante de jouissances variées. Examiné avec 
le microscope solaire, le phénomène est admirable. La formation 
des cristaux et les dispositions qu'ils affectent, réalisent tout ce 
que l'esprit peut imaginer de plus bizarre , de plus gracieux et 
de plus délicat. Ces expériences n'exigent pas de grandes prépa- 
rations , cependant nous devons indiquer les principales règles à 
suivre pour choisir, disposer et conserver les échantillons soumis 
au microscope ; Peut-être nous reprocliera-t-on de nous servir du 
mot cristallisation , car les substances préparées pour l'observa- 
tion microscopique, prennent des formes variées et l'on ne retrouve 



2 41 

pas ces figures régulières et constantes des véritables cristallisa- 
tions; on pourrait peut-être employer le terme arborisation , mais 
il nous semble que le premier frappera mieux l'esprit du lec- 
teur, et donnera une idée plus exacte du phénomène. 

L'eau distillée doit être employée de préférence pour dissoudre 
les différens corps ; on peut au besoin se servir d'eau ordinaire , 
mais on est exposé à rencontrer des corps étrangers mêlés aux 
solutions et quelquefois ils peuvent altérer la forme des cris- 
taux. 

Dans le chapitre préparation des objets , nous avons indiqué les 
solutions alcooliques ou éthérées qui s'évaporent promptement 
et donnent des résultats plus rapides. 

L'eau sera froide ou chaude suivant le degré de solubilité du 
corps, et les solutions seront toujours concentrées. On les obtient 
facilement à cet état , en les saturant ; le repos amène la pré- 
cipitation de la matière surabondante. Si on opérait avant cette 
précipitation, il ne se formerait sur le porte -objet, que des 
masses cristallines confuses. En observant ces précautions, les 
mêmes sels donneront toujours des figures semblables. 

On prend une goutte de la solution au bout d'une tige en verre 
plein et on l'étend sur une lame de verre de manière à ce que la 
couche ne soit pas trop épaisse. Si la substance cristallise spon- 
tanément et avec rapidité, on la place de suite sur la platine et 
on met le microscope au point en examinant toujours le liquide 
vers les bords , où la couche de liquide est plus mince et com- 
mence d'abord à se cristalliser. Si au contraire, la chaleur est 
nécessaire pour développer le phénomène , on tient la bande de 
verre au dessus de la flamme d'une bougie ou sur un feu clair, 
jusqu'à ce que l'on aperçoive de petites portions qui se solidifient 
et deviennent blanches ou de toute autre couleur, suivant la na- 
ture du corps; c'est en ce moment qu'il faut placer le porte- 
objet sur la platine et observer à la circonférence de la couche 

16 



242 

liquide. La cristallisation est d'abord lente , mais à mesure que 
le liquide s'évapore , les cristaux se forment beaucoup plus 
vite et quelquefois même, on ne peut suivre leur marche et la 
formation des différentes branches qui apparaissent avec la ra- 
pidité de l'éclair. Il faut bien se garder de cesser l'observation 
pendant un seul instant, car chaque seconde voit naître une 
nouvelle forme; lorsque vous croyez l'expérience terminée, de 
nouveaux rejetons s'élancent de tous côtés et souvent ils ne 
ressemblent en rien aux premières productions. 

Quelquefois on éprouve de la difficulté à étendre la goutte de 
solution sur la bande de verre , elle se sépare en plusieurs petites 
gouttelettes qu'on ne peut réunir ; il faut dans ce cas , frotter le 
liquide sur la lame, de manière à humecter exactement la surface 
lisse du verre, et lorsque cette couche légère est sèche, on y étend 
sans peine , une autre goutte. 

Il arrive aussi que le liquide en s' évaporant, se condense sur 
l'objectif et empêche de continuer l'observation ; on peut il est 
vrai, dévisser les lentilles et les essuyer, mais on perd souvent un 
temps précieux pendant lequel le phénomène suit sa marche , 
d*ailleurs l'évaporation n'est quelquefois pas terminée lorsqu'on 
replace les verres et il faut recommencer la même manœuvre. Cet 
accident est encore plus fréquent dans d'autres circonstances , 
aussi notre appareil chimique est-il indispensable lorsqu'on veut 
se livrer à une suite d'expériences sur les actions réciproques des 
différens corps. 

Il est utile de conserver une série des diverses cristallisations 
pour les avoir sous la main à l'instant même, lorsqu'on veut dé- 
montrer leurs formes ou en faire le sujet de nouvelles observations. 
Cette collection est surtout précieuse pour les expériences de po- 
larisation dont on trouvera plus loin quelques exemples. 

Quand on a fait cristalliser une substance sur une lame de 
verre, il faut la recouvrir d'une autre lame d'égale grandeur, mais 



243 
beaucoup plus mince. On empêche le contact des surfaces qui 
pourraient altérer la préparation, en plaçant entre les deux lames, 
une feuille d'étain plus ou moins épaisse, percée d une ouverture 
proportionnée à l'étendue de la cristallisation, enfin on lute les 
deux lames avec du mastic ou de la cire à cacheter et quelquefois 
en collant des bandes d'étain sur leurs bords. Les cristallisations 
se conservent parfaitement dans ces porte-objets. 

Sel marin , hydro-chlorate de soude , cristallise sous forme de 
cubes,, de lames quadrilatères, de pyramides creuses, à bases 
quadrilatères; leurs côtés présentent une série de degrés et elles 
se terminent tantôt en pointe tantôt par une surface tronquée. 

Salpêtre, nitrate de potasse. En chauffant légèrement, on voit 
paraître sur les bords, des cristaux allongés, transparens, à bords 
parallèles, terminés en biseau, en pointe; souvent ils se dis- 
solvent et se reforment de nouveau. Si on a soumis le liquide à 
l'action d'une forte chaleur, il se forme rapidement des rami- 
fications magnifiques. 

Sulfate de cuivre. Produit des cristaux d'abord très courts mais 
qui ne tardent pas à s'étendre. Ils sont solides , transparens , ré- 
guliers réfléchissent admirablement la lumière par leurs faces 
et leurs angles. Pendant l'évaporation du liquide , on voit paraî- 
tre des corps déliés , capilliformes , juxta-posés , entrecroisés ou 
partant d'un centre commun pour former une espèce d'étoile. 
Bientôt il se forme au milieu de la goutte , des stries longitudi- 
nales garnies de petites ramifications plus ou moins rapprochées. 

Alun. 1° Sur les bords, formation de petits cristaux à plusieurs 
faces, se rapprochant plus ou moins de la véritable forme cristal- 
line du sel. 

2° Formation de petits points arrondis qui s'étendent, prennent 
une apparence étoilée et quelquefois celle d'une comète. 

3° Lorsque le liquide est presque entièrement évaporé , appa- 
rition subite de cristaux allongés, sinueux sur leurs bords qui 



244 
donnent naissance à des lignes semblables d'où s'élancent de nou- 
veaux rejetons. Ceux-ci s'élargissent vers leurs extrémités et se 
terminent en forme de massue. D'autres fois ces figures sont paral- 
lèles et coupées par un grand nombre de stries transversales. On 
rencontre aussi des lignes parallèles que d'autres coupent à angle 
droit en formant une espèce de tissu diaphane. 

Sel ammoniac, (hydro-chlorate d'ammoniaque). — De nombreux 
épis toujours parallèles s'élancent des bords de la goutte et don- 
nent naissance à des branches analogues situées à angle droit. 
Tous les épis ne marchent pas clans le même sens, quelques uns 
s'avancent directement, d'autres horizontalement, mais par grou- 
pes dont les différentes tiges sont toujours parallèles. Quelquefois 
la tige principale se fend et forme deux branches dépourvues de 
saillies sur leur bord interne. Le centre de la goutte est bientôt 
rempli d'épis semblables mais anastomosés de différentes ma- 
nières. Souvent ils forment des espèces de croix et l'on rencontre 
même des figures en zig-zag. 

Est-il nécessaire de multiplier les exemples et ne suffît-il pas 
actuellement, de donner les noms de quelques substances dont les 
cristallisations sont plus ou moins remarquables? 

Solution de fleurs d'antimoine. 
— de sublimé corrosif, 
de sel de Glauber. 

Dépôt salin des urines. 

Mucus nazal. 

Solution de camphre dans l'alcool. 

Si l'on étend sur une lame de verre, une goutte de solution 
de nitrate d'argent et que l'on y projette quelques parcelles de li- 
maille de cuivre, on observera avec le microscope disposé comme 
pour les objets opaques, une végétation admirable de rameaux 
d'argent naissant autour des parcelles de cuivre et envahissant 
peu à peu tout le champ du microscope. On peut remplacer la li- 



245 
maille par des fils de cuivre ou de petits globules de mercure. On 
verra également de fort belles végétations, si l'on soumet au mi- 
croscope de petits fragmens de ces productions curieuses connues 
sous les noms d'arbres de Diane et de Saturne. 

Quelques substances ont besoin de l'action de la chaleur pour 
manifester leurs formes cristallines; le deuto-iodure de mercure, 
par exemple , réduit en poudre impalpable et placé sur une lame 
de verre , changera complètement d'aspect si on le soumet à une 
douce chaleur; de rouge qu'il était, il devient jaune et l'on aper- 
çoit aussitôt des cristaux dont la forme varie suivant le degré de 
chaleur auquel on a soumis la substance. Si l'on poursuit l'obser- 
vation, on voit bientôt paraître des jets d'un beau rouge orangé et 
la préparation finit par prendre entièrement cette couleur. Nous 
avons fait les mêmes expériences sur le proto et le deuto-chlo- 
rure de mercure et toujours nous avons obtenu de fort beaux 
résultats. Nous conseillons à nos lecteurs de faire des essais sem- 
blables sur d'autres substances. 

M. J. Cuthbert nous envoya au mois d'avril 1834, deux échan- 
tillons d'or cristallisé; cet objet nous parut d'autant plus curieux > 
que nous crûmes reconnaître les formes et toute l'apparence des 
jolies paillettes polygonales qui ornent l'aventurine artificielle. 
La préparation de cet or cristallisé est peu connue ; nous allons 
indiquer le procédé à suivre pour l'obtenir. On prépare une dissolu- 
tion saturée d'or dans l'eau régale et on la laisse reposer ; au bout 
d'un certain temps, on remarque un précipité qui forme au fond 
du vase un disque d'or cristallisé ; on peut aussi chauffer une lame 
d'or mince et la soumettre sur un morceau de charbon à l'action 
du chalumeau jusqu'à ce qu'elle soit à peu près fondue ; alors on la 
plonge dans l'eau régale qui agit sur les surfaces et met en évidence 
les cristaux. Il faut répéter ces manœuvres jusqu'à ce que la cris- 
tallisation soit bien évidente. Le premier procédé est le plus simple 
et nous préférons les cristaux que l'on obtient de cette manière. 



246 

Les petites parcelles d'or ou de platine qui résultent de ta dé- 
flagration de ces métaux par l'électricité, doivent trouver place 
dans la collection d'objets. 

Tout le monde sait que lorsqu'on bat le briquet, le silex dé- 
tache des fragmens d'acier qui sont quelquefois fondus par la 
chaleur développée durant l'opération et que l'on peut recueillir 
sur une feuille de papier blanc. Ces fragmens examinés comme 
objets opaques , sont arrondis ou ressemblent à des copeaux que 
les jeux de la lumière ornent des plus belles couleurs irisées. 
S'il se trouvait beaucoup de fragmens de silex mêlés aux par- 
celles d'acier, on isolerait facilement ces dernières en prome- 
nant sur le papier un barreau aimanté. 

Nous trouvons dans les notes de LeBaillif, quelques détails 
sur une expérience curieuse faite par M. Wiegman. Mettez 
dans un vase d'une certaine capacité , un demi-gros de poudre 
de corail blanc ou rouge avec six onces d'eau distillée , puis ex- 
posez le liquide au soleil en ayant soin de l'agiter plusieurs 
fois ; au bout de quinze jours , décantez le liquide et exposez-le 
de nouveau à l'action des rayons solaires. Quinze jours plus 
tard, vous y reconnaîtrez d'abord la matière verte de Priestely, 
puis des conferves; au bout de trois ou quatre mois surtout en 
été, ces dernières donneront naissance aux animaux connus sous 
le nom de cypriotes détecta. Si en expose le liquide au soleil dans 
un long et étroit cylindre, il s'y formera des espèces d'ulves qui, 
au bout d'un certain temps, se convertiront en daphnia longlspina. 

Nous avons déjà dit un mot sur la manière de conserver les 
molécules actives de Brown, il nous reste encore à indiquer leur 
préparation. On dissout un peu de gomme gutte dans de l'eau 
et on renferme une petite quantité de cette solution dans un 
porte -objet fermé avec le blanc de plomb; on apercevra au 
microscope, une multitude de petits corpuscules qui s'agitent en 
tout sens dans le liquide; ce mouvement continuera pendant plu- 



247 

sieurs années , aussi doit-on avoir soin de noter exactement l'épo- 
que de la préparation. Ce curieux phénomène a donné naissance 
à des discussions assez vives entre plusieurs savans , mais comme 
nous l'avons dit en commençant, nous donnons ici un recueil 
d'expériences et nous laissons à d'autres le soin de les expliquer. 

Le Philosophical-Magazine, année 1836, contient un travail de 
M. Ed.Craig sur la chimie microscopique. M. Craig se sert d'un de 
nos microscopes qu'il trouve parfaitement adapté à ce genre de re- 
cherches. Son procédé pour étudier la réaction des divers liquides, 
est très ingénieux. Après avoir placé une goutte d'un liquide 
sur une lame de verre, il la recouvre d'une de nos plaques minces 
dont la face inférieure est enduite avec le réactif. 

Voici quelques-unes de ces expériences. 

Du carbonate de cuivre placé sur la plaque inférieure et de l'a- 
cide nitrique sur la supérieure , on voit l'acide carbonique se dé- 
gager sous la forme de petites bulles qui se réunissent, et il se 
forme des petits cristaux bleus, ou plaques rhomboïdales de nitrate 
de cuivre. Si on enlève avec précaution la plaque supérieure et 
qu'on la remette en place après y avoir déposé une goutte d'am- 
moniaque , les cristaux se dissolvent et font place à d'autres cris- 
taux de nitrate d'ammoniaque et à des groupes de prismes violets 
de nitrate ammoniacal de cuivre. 

Si l'on mêle du bichromate de potasse avec du sel marin sur 
la bande de verre inférieure, et que l'on enduise la plaque supé- 
rieure d'acide sulfurique, il se manifeste d'abord un dégagement 
d'acide hydrochlorique , bientôt le champ du microscope est tra- 
versé par des courans en différentes directions au milieu des- 
quels flottent des particules vertes et rouges ; le liquide s'éclaircit 
ensuite, on voit se diriger vers les bords, des gouttelettes rouges 
d'acide chloro-chrornique et il se forme au centre du liquide, des 
cristaux de sulfate de soude et de sulfate de potasse tachetés de 
gouttelettes d'acide rouge et mêlés à des cubes de sel marin 



248 
et à des cristaux de bi-chromate de potasse non décomposés. 

En fesant agir le ferro-cyanate de potasse sur le sulfate de fer, 
on remarque des courans indiqués par les particules de bleu de 
Prusse. 

Si l'on ajoute de l'acide sulfurique à du carbonate de cuivre, les 
cristaux de sulfate se montrent sous forme de prismes aplatis à six 
faces, en ajoutant un peu d'ammoniaque, les cristaux se métamor- 
phosent en longs prismes rectangulaires avec une facette sur les 
angles , un excès d'ammoniaque les change de nouveau en oc- 
taèdres rhomboïdaux et l'on fait reparaître les prismes rectangu- 
laires par l'addition d'un peu d'acide nitrique. 

Si l'on ajoute une goutte d'acide nitrique aux grains de fécule 
colorés en bleu par l'iode, ils se gonflent et se rompent enfin. 

En fesant agir la teinture d'iode sur une solution de sulfate de 
soude, le sel cristallise aussitôt en longs prismes, on voit pa- 
raître des gouttelettes d'iode d'une couleur rouge cerise, et bien- 
tôt l'iode forme des cristaux métalliques, rhomboïdaux et opaques. 

Nous citerons encore quelques expériences empruntées à Le 
Baillif. 

La gomme arabique mise en contact avec l'acide sulfurique , 
produit une multitude de cristaux baccillaires , fusiformes , ra- 
dians d'un centre commun et formant quelquefois des aigrettes. 
Il faut poser la goutte d'acide sur le côté afin de bien voir les 
progrès de la cristallisation. Au bout d'une demi-heure , l'effet 
semble terminé, mais si l'on attend quatre ou cinq jours , on 
obtiendra des cristaux magnifiques. 

Raclez de la racine fraîche d'iris de Florence ou un morceau 
de vieille racine macérée pendant une heure dans l'eau chaude, et 
vous apercevrez déjà une grande quantité de cristaux d'oxalate 
de chaux. Mais pour les obtenir parfaitement isolés et purs , il 
faut râper de la racine fraîche et la faire bouillir dans la po- 
tasse caustique ; on verra alors parfaitement, la forme des cris- 



249 

taux longs , très diaphanes et assez semblables à un burin. 

On peut reconnaître l'existence de la fécule dans un quart de 
grain de chocolat ; cette sophistication a fréquemment lieu dans 
le commerce. Délayez le chocolat dans une goutte d'eau sur une 
lame de verre et vous distinguerez des grains de fécule diaphanes, 
de formes très variées et présentant des ondulations. Ajoutez une 
goutte de solution d'iode, tous les grains deviendront d'un bleu 
de saphir ou d'un bleu turquin, suivant le temps laissé à l'action 
de l'iode ; un grossissement de 200 fois est suffisant pour cette 
expérience. 

J'ai trouvé ( dit Le Baillif ) un moyen fort expéditif pour dis- 
tinguer le café des îles du café de chicorée ou de betterave et pour 
reconnaître la sophistication du café des îles que les épiciers 
vendent moulu. Je remplis d'eau deux verres à réactifs, je sau- 
poudre légèrement le liquide d'un des vases, avec du café moulu 
des îles ; la poudre reste à la surface de l'eau sans la colorer et au 
bout d'une demi-heure , le liquide prend une légère teinte ambrée, 
tandis que le café de chicorée se précipite à l'instant même au 
fond du vase et colore fortement l'eau. Le café des îles moulu et 
traité par l'acide sulfurique , présente au microscope une teinte 
légère; autour de chaque molécule , on remarque une multitude 
de gouttelettes huileuses. Le café de chicorée traité par la même 
réactif, n'en offre pas une seule et la coloration est générale etbi en 
manifeste. 

Nous trouvons dans notre recueil, des notes sur un réactif nou-r 
veau au moyen duquel Le Baillif distinguait facilement les sub- 
stances azotées. Nous n'avons pas répété ces expériences, aussi 
nous contenterons-nous de dire qu'il employait le proto-nitrate de 
mercure pour donner une teinte plus ou moins rouge aux corps 
azotés avec lesquels ce réactif était mis en contact. 

Les expériences faites au moyen du microscope polarisant, (vok 
le chap. 6) présentent le plus haut intérêt et le spectacle le pltm 



250 

admirable; nous avons promis d'en indiquer quelques unes, 
acquittons notre dette en terminant ce chapitre. 

Les observations suivantes sont extraites du Mémoire de 
M. Talbot inséré dans le Pkilosophical magazine, vol. 5, 3 e série. 

Cheveu . Pour le rendre bien transparent et empêcher la dif- 
fraction de la lumière, on le place dans l'huile ou le vernis. Quand 
on a rendu le champ bien sombre, (voir chap. YI) on pose l'objet 
sur la platine et il paraît alors orné des plus brillantes couleurs. 
L'œil ne recevant pas d'autre lumière que celle qui traverse le 
cheveu, il est facile de distinguer les moindres détails de struc- 
ture. Parmi les substances végétales et animales, il en est plusieurs 
qui présentent ce phénomène au même degré et d'autres qui n'ont 
aucune action sur la lumière polarisée. Ainsi le sel commun pa- 
raît constamment noir lorsqu'il est pur. 

Ces beaux phénomènes sont surtout évidens, lorsque les sub- 
stances ont été bien cristallisées. 

Le sulfate de cuivre dissous dans un peu d'éther nitrique, pré- 
cipite bientôt sous forme de petits cristaux très fins, rhomboïdaux 
et parfaitement translucides. Mais comme l'épaisseur de ces 
cristaux varie, chacun d'eux présente une coloration différente 
et l'on aperçoit un fond sombre qui paraît semé de rubis, de to- 
pazes , d'émeraudes et d'autres pierres précieuses. En fesant 
évaporer à une douce chaleur, sur une lame de verre, une goutte 
de sulfate de cuivre, on obtient des cristaux magnifiquement 
éclairés dont la coloration varie avec l'épaisseur. Quelques échan- 
tillons sont taillés obliquement et présentent trois ou quatre 
bandes diversement colorées qui indiquent parfaitement les dififé- 
rens degrés^d' épaisseur. 

Quelquefois les sels forment des cristaux si fins , qu'ils n'ont 
pas le pouvoir de dépolariser la lumière et ne deviennent pas vi- 
sibles sur le champ noir; dans ce cas, il faut avoir recours au 
procédé suivant. On sait que les plaques de mica soumises au 



251 
microscope polarisant, sont plus ou moins colorées suivant leur 
épaisseur et qu'elles produisent un champ d'une couleur uniforme. 
Si l'on pose les cristaux infiniment petits sur une de ces lames, ils 
pourront quelquefois altérer la couleur produite par le mica ; par 
exemple , la couleur bleue se changera en pourpre et l'on verra 
des cristaux pourpres sur un fond bleu , etc. 

Lorsqu'on examine les cristallisations pendant l'évaporation 
des liquides, les changemens de coloration se succèdent avec une 
telle rapidité, qu'il est presqu'impossible de les suivre. M. Talbot 
versa un peu d'alcool dans une solution aqueuse d'un sel qu'il 
n'indique pas; aussitôt que le liquide commença à s'évaporer, il 
se manifesta des courans qui traversaient le champ du microscope, 
entraînant les cristaux et les fesant pirouetter sur leurs axes. Ils 
avaient l'apparence d'étincelles diversement colorées, car tantôt, 
ils se trouvaient placés de manière à dépolariser la lumière et tan- 
tôt, ils devenaient tout à fait invisibles. 

Jusqu'ici , nous avons placé le prisme polarisant dans la posi- 
tion nécessaire pour assombrir le champ, si maintenant nous lui 
fesons parcourir sur son axe, un arc de cercle de 90°, nous don- 
nerons naissance à un spectacle nouveau. Dans cette position, l'ap- 
pareil peut quelquefois imprimer aux cristaux une teinte bien 
marquée ou les rendre complètement opaques, ce qui arrive le plus 
souvent avec les sels de cuivre , de Nickel et quelques autres. 

Si on tourne le prisme analyseur, le cristal paraîtra lumineux 
lorsque le champ deviendra obscur et quand ce dernier devien- 
dra lumineux à son tour, le cristal sera noir et opaque ; souvent 
les cristaux qui se forment dans le liquide , croissent suivant 
toutes leurs dimensions en conservant toutefois leurs formes 
géométriques ; leur coloration change en même temps que leurs 
dimensions, de sorte qu'au bout d'une minute, le cristal qui 
était bleu par exemple, deviendra rouge ou vert. 

Lorsque le champ du microscope reste obscur malgré les di~ 



252 

vers mouvemens imprimés aux prismes ou au corps soumis à 
l'examen j c'est une preuve que ce corps n'agit pas sur la lumière 
polarisée; son action se manifeste au contraire, quand il devient 
visible en tout ou en partie et qu'il se nuance de couleurs variées. 
Il est certains corps qui présentent simultanément les deux phé- 
nomènes. Les grains de fécule ont chacun deux méridiens qui se 
coupent à angle droit et n'agissent pas sur la lumière polarisée, 
car ils restent constamment noirs ; mais les segmcns compris 
par ces méridiens , présentent des couleurs variées qui indiquent 
leur action, ainsi que l'a constaté M. Biot. 

Ces diverses expériences sur les corps qu'on rencontre dans la 
nature ou qui sont produits artificiellement, faciliteront les études 
du commençant, lui inspireront le goût du microscope et forment 
le complément indispensable de cet ouvrage. Nous ajouterons un 
mot sur une petite pile qu'on nous a envoyée dernièrement de 
Londres. Ce petit appareil, inventé par M. Schillîber, tient 
peu de place, entraîne peu de dépense et agit avec assez d'énergie. 
Une disposition simple et ingénieuse permet de changer les cou- 
rans avec la plus grande rapidité. En fixant les fils conducteurs 
de cette pile à notre appareil électrique, fig, 19, pi. 2, on 
pourra étudier l'action galvanique sur les infusoires , les petits in- 
sectes , la circulation des fluides , les sels et les différens corps 
soumis au microscope. 

Nous avons toujours indiqué les sources où nous puisions nos 
expériences ; notre cadre nous forçait d'abréger les descriptions , 
nous avons voulu que nos lecteurs pussent consulter les ouvrages 
originaux et compléter nos aperçus ; d'ailleurs , il est dans nos 
principes de laisser à chacun le mérite de ses œuvres et de ne 
jamais nous parer des plumes du paon. 



CHAPITRE XIII. 



Quelques oublis ont pu se glisser dans cet ouvrage , malgré 
tout le soin apporté à sa rédaction. Il était bien difficile de ne 
rien omettre dans l'immense quantité de matériaux qu'il m'a 
fallu parcourir. C'est surtout à la partie expérimentale qu'on peut 
appliquer ce reproche ; mais le chapitre XII n'est point un com- 
pendium de tous les travaux des micrographes , c'est un recueil 
d'expériences destiné aux commençons. Il eût été impossible de 
renfermer dans des limites aussi étroites , ce qui exigerait un 
travail spécial et fort étendu. 

En publiant cet ouvrage, j'ai cherché à remplir une lacune qui 
devenait plus sensible de jour en jour. Une longue étude des 
instrumens d'optique et du microscope en particulier, a du né- 
cessairement me donner une expérience qui ne pouvait résulter 
que de persévérantes et minutieuses observations. Lorsque le mi- 
croscope réellement perfectionné eut enfin conquis un rang élevé 
dans la science , je fus assez heureux pour être distingué par les 
savans qui s'empressaient de mettre en usage ce nouveau levier. 
Comment ne pas profiter de ces relations avec les hommes les plus 
remarquables de différens pays? Quelquefois, ils daignaient me 
demander des renseignemens , souvent , ils me fournissaient des 
matériaux précieux. Les amateurs qui fesaient des recherches 
microscopiques , leur délassement favori , ne savaient où trouver 
des instructions précises; il manquait donc un travail spécial 
sur le maniement des microscopes. On avait bien publié des ou- 



254 

vrages sur les résultats obtenus avec cet instrument, mais les 
auteurs de ces écrits , supposaient toujours à leurs lecteurs les 
connaissances premières indispensables pour pouvoir vérifier 
ce qu'ils avançaient; cependant aujourd'hui même, il est peu de 
personnes qui sachent bien disposer leurs microscopes pour les 
différens genres d'observation. 

Est-il , maintenant , un seul homme qui puisse nier conscien- 
cieusement l'utilité du microscope? Je ne saurais le croire. La 
physiologie, l'anatomie, la physique, la chimie, la botanique 
ont, tour à tour, demandé de nouvelles lumières à ce merveilleux 
instrument; chaque jour sa puissance se manifeste par des dé- 
couvertes où par la rectification d'erreurs anciennes consacrées 
par le temps. 

Les observateurs des différentes époques se sont partagés en 
deux camps ; les uns , ne fesaient usage que du microscope simple 
et rejetaient l'instrument composé constamment employé par les 
autres. De nos jours encore, on rencontre quelques personnes qui 
ont hérité de ces idées exclusives ; mais si l'on comprend que les 
premiers observateurs aient rejeté le microscope composé dont 
les imperfections étaient si nombreuses , on ne saurait expliquer 
les opinions diverses qui existent aujourd'hui. Les belles re- 
cherches de Leeuwenhoek et de Hooke , sont connues de tous ; 
leurs travaux ont également fait sensation dans le monde savant , 
et cependant, le premier n'employait que le microscope simple, 
tandis que le microscope composé était le seul instrument dont se 
servît le docteur Hooke. On pourrait encore citer d'une part, Sé- 
nebier, Spallanzani , Lyonet, Ellis, Wilson, etc., de l'autre, 
Hedwing, Muller, Gaertner, etc. Des deux côtés on trouve des 
travaux remarquables , et , il faut le répéter, à cette époque , les 
partisans du microscope cojnposé avaient le désavantage.* 

Au lieu de se priver systématiquement de l'un de ces moyens 
d'investigation , on doit employer les deux appareils suivant les 



exigences des recherches ; mais il est certain que le microscope 
composé muni des divers accessoires décrits dans cet ouvrage , 
peut suffire seul à tous les besoins. 

Cet instrument est-il susceptible de nouveaux perfectionnemens? 
Avant de répondre à cette question , il faut distinguer la dis- 
position mécanique de la partie optique. Le mécanisme des nou- 
veaux microscopes laisse peu à désirer et je crois être en droit de 
penser qu'il n'y aurait aucun avantage à changer quelque chose 
à mon modèle où l'on ne rencontre pas une seule pièce inutile. 
Les progrès des arts et des sciences, font espérer encore des mo- 
difications heureuses dans la partie optique. Je saisirai l'occasion 
pour dire un mot d'un petit microscope que je nommerais volon- 
tiers diamant. Cet instrument dont tous les verres sont achroma- 
tiques, n'a pas plus de quatre centimètres de longueur; il m'a 
fait voir nettement plusieurs test-objects. 

J'ai reconnu qu'en l'associant comme objectif, au microscope 
composé ordinaire , on pouvait obtenir un microscope 6i-composé 
produisant l'image dans la position de l'objet. Ces deux nouvelles 
combinaisons ébauchées depuis long -temps, exigent des re- 
cherches que j'espère pouvoir terminer un jour. 

Jusqu'à présent le microscope universel est l'instrument favori 
des observateurs ; l'Académie royale des Sciences , le Collège de 
France, l'École Polytechnique, MM. Audoin, Biot, Brongniart, 
Breschet , Decandolle , Dumas , Desmazières , Donné , Nathalis 
Guillot , Lamé , Leclerc - Thouin , Magendie , Mayer, Milne 
Edwards, Montagne, Morren, Pouillet, Bicord , Savart, Séguier, 
Serres , etc. , font usage de mon appareil , et c'est , je crois , le 
meilleur éloge qu'on en puisse faire. 

J'aurais voulu citer les beaux travaux des micrographes de 
notre époque et les découvertes remarquables que l'on doit au 
microscope. Les recherches sur l'embryologie végétale et les 
bois fossiles, etc. , par M. A. Brongniart, les observations de 



256 

MM. Deeaisne,Gaudichaux, Guillemin, de Mifbel,Tu'rpin, Robert 
Brown et quelques extraits du magnifique ouvrage de M. Ehren- 
berg, qui malheureusement n'est pas à la portée de toutes les 
fortunes, sont autant de précieux matériaux qui auraient en- 
richi cet ouvrage tout en lui servant d'égide; mais j'espère pou- 
voir un jour compléter ce vadé-mecum du micrographe que je 
terminerai par quelques préceptes omis involontairement. 

Avant de faire une observation , il faut s'assurer de la netteté 
des bandes de verre. Pendant l'opération du polissage , des atomes 
de per-oxide de fer s'introduisent quelquefois dans de petites ca- 
vités imperceptibles. Si l'on ne s'est pas assuré d'abord de la pré- 
sence de ces points rouges , on pourra les prendre pour des cor- 
puscules contenus dans le liquide ou le corps transparent soumis 
au microscope. On doit également reconnaître à l'avance les glo- 
bules formés pendant la fusion du verre. 

Quand on étudie des corps blancs ou doués d'une grande 
transparence, il faut, au moyen d'un écran, intercepter la lumière 
qui arrive immédiatement sur l'objet. Un tube doublé de velours 
noir et placé sur la platine de manière à renfermer l'objet et l'ob- 
jectif dans une enceinte obscure, remplit parfaitement le but. 

Une expérience ne sera décisive qu'autant qu'elle aura été faite 
avec un microscope éprouvé sur les tests les plus difficiles; aussi 
faut-il s'exercer à bien les voir aussitôt qu'on a acquis une cer- 
taine habitude par l'observation des objets les plus faciles. 

ïl faut s'exercer fréquemment aux préparations , répéter plu- 
sieurs fois une expérience avant de tirer une conclusion, et ne pas 
renoncer trop promptement à l'étude d'un même objet, car ce 
n'est ordinairement qu'après plusieurs tentatives , que l'on par- 
vient à le placer dans la position la plus favorable et souvent 
même , il faut le faire mouvoir en divers sens pour observer les 
différentes parties. 

Enfin, je recommande aux commençons de ne pas toujours 



257 
espérer un spectacle merveilleux, de crainte de se laisser sur- 
prendre par une illusion. 

Lorsque nous observons des corps volumineux, nous pouvons 
rectifier les erreurs au moyen du toucher ; mais comment faire 
agir ce sens sur les corps qui ne sont visibles qu'à l'oeil armé du 
microscope? Ce n'est qu'en multipliant les expériences , en va- 
riant les procédés, que l'on obtiendra l'exactitude sans laquelle 
il n'y a pas d'observation. 

Les figures de la planche 3 et la plupart de celles de la 
planche 2 , ont été dessinées au moyen de la chambre claire seule. 
C'est à l'amitié de M. le capitaine Richoux que je dois ces des- 
sins si exacts. Je suis heureux de lui témoigner ici toute ma 
reconnaissance. 

Pour la planche 5, on a employé la chambre claire appliquée au 
microscope; ces divers résultats fourniront la meilleure preuve 
de l'exactitude et de l'utilité de la caméra lucida. 

Les échelles placées en tête de la planche 5, font connaître à 
la fois le grossissement employé et la dimension réelle de chaque 
objet. (Pour peu que l'on ait étudié le chapitre VIII, de la Micro- 
métrie, je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'indiquer le procédé 
à suivre dans l'application de ces échelles.) En général dans 
les micrographies, on a trop souvent négligé l'indication du 
pouvoir amplifiant et de la grandeur des objets; aujourd'hui on 
ne pourra plus accuser la difficulté des procédés micrométriques 
et l'on sera en droit de rejeter les dessins qui ne seront pas ac- 
compagnés d'une échelle exacte. 

Qu'il me soit permis de répondre à un argument que l'on m'a 
souvent opposé. Mon microscope universel est , dit-on, d'un prix 
trop élevé ; néanmoins presque toutes les personnes qui se livrent 
à l'étude des sciences , ont fait choix de cet instrument. Depuis 
que MM. Reichenbach, Frauenhofer et Gambey ont fait faire de si 
beaux progrès à la construction des instrumens de précision, on 

17 



258 

a dû reconnaître qu'il ne pouvait exister que de bons ou de mauvais 
appareils ; car lorsqu'il s'agit de recherches délicates , la médio- 
crité n'est pas admissible. Mais pour construire un bon instru- 
ment, il faut beaucoup de temps et de soins, et tout le monde, 
sans en excepter mes argumentateurs , comprendra facilement 
qu'il serait impossible de consacrer ce temps et ces soins à la 
construction d'un microscope, pour enfin le livrer à ce qu'on ap- 
pelle bon marché. 

Le Mémoire sur les diatomées qui termine l'ouvrage, est un des 
travaux les plus récens du savant M. de Brébisson qui a bien 
voulu contribuer au succès de ce livre en nous autorisant à réu- 
nir son travail au nôtre. 



•^ms^w 



259 



QUELQUES MOTS 



SUR LE BAILLIF. 



■~l Q g-ii 



Élève de Le Baillif , je ne pouvais publier un ouvrage sur le 
Microscope sans payer un juste tribut de reconnaissance à celui 
qui fut mon premier guide. En parcourant ces notes nombreuses 
auxquelles Le Baillif confiait toutes ses pensées scientifiques, je me 
reportais à l'époque où, marchant encore d'un pas mal assuré dans 
une voie nouvelle, je rencontrai un guide sûr, un mentor sans 
morgue ni pédantisme , qui me prit par la main et me fit par- 
courir toutes les sinuosités de la route. Les faibles connaissances 
que je possède aujourd'hui, je les dois à Le Baillif; il raffermit 
bien souvent le courage prêt à m'échapper et m'apprit à suppor- 
ter avec calme, les attaques nombreuses qui accueillirent mes 
premiers travaux. 

A Le Baillif toute ma reconnaissance. 

Doué d'une aptitude remarquable pour l'étude des sciences 
naturelles , Le Baillif embrassa cependant la carrière bureaucra- 
tique. Placé d'abord sur les derniers échelons de la hiérarchie 



260 

administrative, il s'éleva bientôt et fut chargé, sous la république 
et l'empire, des missions les plus délicates. A son retour de 
Saint-Domingue il parcourut la Hollande. Honoré de la confiance 
de Napoléon , il dut se rendre en Italie , en Flandre et dans le 
nord de la France. 

Durant ces voyages , son amour pour l'étude de la nature ne fît 
que s'accroître et lorsqu'il revint en France occuper une posi- 
tion que lui méritaient ses connaissances et sa haute probité , il 
se livra ardemment à son goût favori pour le microscope. Il m'a 
souvent raconté que ce penchant se révéla chez lui en voyant une 
puce dans le microscope de son curé. Dès ce moment il n'eut 
plus de repos avant d'avoir construit un instrument semblable; 
je possède encore son premier microscope simple formé d'un 
globule fondu enchâssé dans un cône en buis. 

Nommé chevalier de la Légion-d'Honneur en 1831 , il eut à 
peine le temps de jouir de cette récompense si bien méritée par 
trente-sept ans de services rendus à son pays; ses nombreux 
amis eurent la douleur d'apprendre sa mort le 27 décembre de 
l'année 1831 ï... 

Le premier en France, il construisit dans la perfection les 
micromètres sur verre, destinés à la mensuration des microsco- 
piques. M. de Prony fit usage de ces micromètres pour son 
comparateur. [Voir la Connaissance des Temps , 1818.) MM. Biot, 
Becquerel , Babinet , Norremberg les employèrent également. 
Le Baillif imagina d'en former son Mensurateur des Microsco- 
piques dont nous avons donné la description. Lié avec Charles, 
de l'Institut, il l'aida à perfectionner son microscope et lui 
grava des micromètres oculaires et objectifs. 

A cette époque , quelques amis connaissaient seuls les travaux 
de Le Baillif; mais lorsque nous entreprîmes les premiers essais 
pour achromatiser les lentilles, il fit des recherches et contribua 
beaucoup aux divers perfectionnemens qu'on remarquait dans le 



261 

microscope présenté à l'Institut par M. Selligue en 1823. Chargé 
avec mon père de la construction de cet instrument, j'eus recours 
à l'expérience de Le Baillif qui ne tarda pas à me donner son 
amitié. Il surveillait avec une sollicitude toute paternelle les 
travaux que nous exécutions. Chaque jour il vérifiait leurs quali- 
tés , dévoilait leurs défauts et m'indiquait les moyens de les per- 
fectionner. Il me fît appliquer aux microscopes, îes diaphragmes 
variables qui jouent un rôle si important dans l'éclairage. 

A sa mort , je fis une perte irréparable. Je conserve avec- 
vénération ses livres , ses papiers , ses instrumens qui me sont 
échus en partage. 

Le cabinet de ce philosophe, que l'on comparait à celui du 
docteur Faust, était le rendez-vous des amateurs et des artistes. 
MM. Amici ; Audouin , Brongniard, Becquerel, Biot, Brown, Ba- 
binet , de Blainville , Bory de Saint-Vincent , de Cassini , De- 
lille , Darcet , Duby, Donné, Gaultier de Claubry, Lassaigne , 
Leslie/de Mirbel, Norremberg, Nobili, Orfila, de Prony, Payen, 
Baspail , de La Bive, Séguier, Schultz, Savary, Turpin , Zam- 
boni, etc., etc. , venaient souvent admirer l'art et le soin qu'il 
mettait dans ses préparations et ses expériences. Il n'avait pas 
fait une étude approfondie des sciences , mais il répétait avec un 
art infini les nouvelles expériences , souvent il modifiait ou 
inventait des procédés. Il fit des recherches métallurgiques 
et ceux qui l'ont connu, se rappellent avec quelle précision il 
gouvernait le chalumeau. Il inventa les petites coupelles d'ar- 
gile réfractaire , qu'il décrivit dans un Mémoire publié en 
1823 [Annales de l'Industrie). Son sidéroscope lui démontra 
la répulsion exercée par le bismuth et l'antimoine sur l'aiguille 
aimantée, et l'existence du fer dans un grand nombre de corps où 
on ne la soupçonnait même pas. Il construisit encore un galva- 
nomètre d'une sensibilité exquise , des électromètres parfaits , 
des piles sèches et une multitude de petits appareils pour ses 



262 
recherches. Toutes ces œuvres étaient remarquables par la sim- 
plicité et la précision. 

Parmi les travaux qui lui sont propres, nous citerons encore 
ses recherches sur la coloration rouge de sang très intense , de 
toutes les dissolutions de fer au maximum d'acide, par le sulfo- 
cyanure de potasse; ses aiguilles d'argile pour reconnaître l'in- 
fusibilité des terres destinées à la fabrication de la porcelaine ; ses 
moyens d'analyse pour reconnaître les subtances métalliques em- 
ployées dans la coloration des papiers; des notes sur Taventurine 
artificielle et la déflagration du fil de fer et de la fonte blanche. 
Il signala, en 1826,1e danger de certains bonbons colorés et recon- 
nut l'existence du chromate de plomb dans les dragées jaunes (1), 
qui furent bientôt saisies chez tous les débitans. 

Mais je m'arrête; entraîné par mes souvenirs et par la recon- 
naissance , j'oublie que tous mes lecteurs n'ont pas connu Le 
Baillif et que peut-être, ces détails ne les intéressent pas; mais, 
comment faire? la mémoire du cœur est si expansive ! . . . • 

(1) M. Chevallier, chimiste , publia en 1827, une note sur les bonbons 
colorés avec l'arsénite de cuivre. 



LETTRE 

DE M. DE BRÉBISSON A M. CHARLES CHEVALIER, 

SUR LES PRÉPARATIONS NÉCESSAIRES 

A L'ÉTUDE DES ALGUES INFÉRIEURES; 

Suivie d'un Catalogue des Espèces connues 

DES DESMIDIÉES ET DES DIATOMÉES OU BACILLARIÉES. 



Monsieur, 



Sachant que depuis plusieurs années je me suis livré spécialement à l'étude 
des algues dites inférieures, et surtout à celle des desmidiées et des diatomées 
ou bacillariées, vous m'avez témoigné le désir de faire entrer, dans l'ouvrage 
que vous allez publier sur les usages du microscope, quelques détails des pro- 
cédés au moyen desquels je suis parvenu à recueillir, préparer et conserver 
d'une manière satisfaisante ces êtres minimes qui sont pour la plupart invi- 
sibles à l'œil nu quand ils sont isolés. 

Je vais m'efforcer, avec d'autant plus d'empressement , de remplir vos 
vues, que je pense que c'est, pour ainsi dire, une dette contractée envers 
vous par les naturalistes observateurs que de vous communiquer le résultat 
succinct de recherches que vous avez si généralement favorisées par le soin 
que vous apportez à la confection des instrumens auxquels nous devons la 
plus grande partie de nos découvertes microscopiques récentes. 

L'emploi du microscope, si nécessaire pour reconnaître la structure et 
l'organisation des végétaux et principalement des algues, est indispensable 
pour déterminer les petites espèces qui, comme les desmidiées et diatomées, 
ne peuvent être aperçues qu'à l'aide de pouvoirs amplifians assez considéra- 
bles. L'étude de ces êtres, comme celle des infusoires, parmi lesquels plu- 
sieurs auteurs les placent encore , est donc une étude complètement micros- 
copique. 

Je n'entrerai point dans une discussion inutile ici sur la véritable place 
que doivent occuper ces infiniment petits. Qu'ils forment le passage du règne 
végétal au règne animal, ou qu'ils appartiennent exclusivement à l'une de 
ces deux grandes divisions, ces êtres, à organisation très curieuse, réclament 
également l'examen microscopique , et c'est pour cette raison que je vais 



264 

donner quelques détails sur leur récolte , sur leur conservation, et enfin sur 
toutes les préparations qui peuvent faciliter leur étude. 

Les diiférentes opérations minutieuses que l'expérience m'a enseignées cha- 
que jour, et que je vais indiquer, peuvent convenir également , dans beau- 
coup de cas , à la récolte et à la préparation des infusoires et de quelques 
algues faisant partie de familles ou tribus voisines des desmidiées et des 
diatomées : telles sont certaines petites espèces de nostochinées appartenant 
aux genres Micraloa, Pleurococcus, Cylindrocystis, Agmeneiium, Hor- 
Diospora, etc. 

Pour ne pas multiplier les citations, je me bornerai aux deux familles 
(diatomées et desmidiées) dont je me suis occupé particulièrement; et, 
pour que l'on puisse se rendre compte exactement de mes indications , je 
terminerai cette notice par une liste des espèces qu'elles renferment, telles 
que je les ai groupées (1). 

Avant de parler de leur récolte, je vais essayer de tracer superficiellement 
quelques uns des caractères généraux qui distinguent au premier aperçu 
ces deux familles. 

Les desmidiées présentent des corpuscules de formes très variées , rare- 
ment disposés en filamens , le plus souvent isolés , sphériques ou ovoïdes , 
rayonnans , chargés d'aspérités tuberculeuses ou de pointes, fusiformes , 
droits ou courbés en croissant, etc. ; ils sont munis d'une enveloppe mem- 
braneuse , flexible, se déformant par la dessication. La matière interne 
(endochrome) qu'ils renferment est verte, granuleuse, lamellaire ou rayon- 
nante. 

Les desmidiées se trouvent dans les eaux douces, dans les étangs, les mares 
et les fossés, principalement dans les marais tourbeux où croissent des mousses 
du genre Sphagnum. Je n'en connais point qui habitent les eaux salées. 
Elles sont beaucoup moins nombreuses dans les contrées dont le terrain est 
calcaire que dans celles dont le sol repose sur des roches granitiques, quart- 
zeuses ou schisteuses; elles n'ont pas un mouvement sensible sur le porte - 
objet du microscope. Cependant il est facile de remarquer dans les localités 
où elles vivent ou dans les vases où on les conserve , qu'elles se dirigent vers 
la lumière et se rapprochent en pellicules ou en sortes de pinceaux d'un beau 
vert, réunies entre elles au moyen d'un mucus qui les entoure ordinaire- 
ment. 

Les diatomées ou baciliariées ont des corpuscules (frustuies) le plus 
souvent prismatiques et rectangulaires , nus ou renfermés dans un tube 
gélatineux , simple ou rameux , isolés ou réunis en filamens comprimés ou 

(1) Algues des environs de Falaise, in -8, pi. 1834. — Considérations sur les Dia- 
lumées, in-8. 1838. Meilhac, libraire, c»oî(re Saint-Benoît , 10. 



265 

cylindriques, libres ou attachés à des corps étrangers par des pédicelles 
plus ou moins allongés. Leur enveloppe [cuirasse, carapace) de nature 
siliceuse, diaphane , fragile , ne se déformant point par la dessication, ren- 
ferme une matière muqueuse jaunâtre, roussâtre ou brune. 

Les diatomées habitent les eaux douces et salées. Elles sont communes 
dans la mer, les rivières, les ruisseaux, les fossés, les flaques des chemins et 
des terrains argileux inondés, etc. ; elles se groupent autour des pierres et 
des végétaux plongés dans l'eau, et les recouvrent, ainsi que la vase des lieux 
submergés, de couches d'un brun roux plus ou moins foncé. Les corpuscules 
des espèces libres et de celles pourvues de pédicelle, lorsqu'elles en sont 
détachées, ont un mouvement de reptation très prononcé. 

Plusieurs diatomées ont été trouvées à l'état fossile , et M. Ehrenberg a 
reconnu que certains tripolis , employés dans les arts, étaient entièrement 
composés de leurs carapaces siliceuses conservées. La calcination des espèces 
vivantes ne détruit ni ne déforme même leur enveloppe, et, par ce procédé, 
on forme un tripoti artificiel, comme je l'ai reconnu par des expériences 
dont j'ai communiqué les résultats à l'Académie des sciences en 1836. 

J'ai donné ailleurs les caractères complets de ces deux familles, qui se 
distinguent surtout par leur mode de reproduction. 

Les espèces qu'elles renferment vivent le plus souvent mélangées en grand 
nombre dans les mêmes eaux, et c'est alors que leur étude devient plus 
difficile, parce que, ne pouvant isoler les espèces, il semble impossible d'en 
conserver sur mica ou sur verre des échantillons purs, si nécessaires pour la 
comparaison, moyen d'étude plus avantageux que les descriptions et les 
dessins les mieux faits , qu'on ne doit pas négliger cependant à cause des 
déformations que produit la dessication dans l'endochrome des frustules. 

Pour procéder à la récolte , il faut se munir 1° d'un assortiment de 
Oacons à large ouverture, fermés par des bouchons de liège; 2° de quelques 
feuilles de papier fort bien collé ; 3° d'une provision de lames de mica (talc) 
coupées en petits carrés , ou , à leur défaut , de morceaux de verre mince > 
pour préparer sur place les espèces qui ne peuvent supporter le transport 
sans se détériorer ; te d'un assemblage de rondelles de liège que nous appe- 
lons la Plie diatomique , et dont je vais décrire plus loin la construction; 
5° d'une cuiller en fer étamé dont le manche est remplacé par une douille 
qui permet de la placer au bout d'un bâton. En outre , comme dans toutes 
les herborisations on doit avoir une bonne loupe ou biloupe qui donne un 
grossissement très fort pour pouvoir examiner ce que l'on récolte, en atten- 
dant les observations plus complètes que fournira le microscope au retour. 
Un lame de verre un peu allongée et à angles arrondis sert de porte-objet 
pendant l'excursion ; une lame de porcelaine blanche est souvent utile aussi 
pour l'observation des desmidiées et des espèces muqueuses qui glissent 



266 

quand on est forcé de placer verticalement la lame de verre pour les exami- 
ner, tandis que la plaque de porcelaine peut être tenue horizontalement. 

En plongeant la lame de verre dans l'eau, où l'on aperçoit quelque indice 
des objets qu'on veut recueillir, on racle légèrement la surface des corps 
qu'ils recouvrent, et l'examen à la loupe vous engage à la récolte ou vous 
démontre son inutilité si les espèces sont trop mélangées ou en trop petit 
nombre. 

Si on désire récolter les espèces remarquées , on enlève avec soin , au 
moyen de la cuiller, la couche superficielle des corps chargés de ces êtres, 
et on la dépose dans un flacon, en ayant soin de l'emplir complètement, si 
ce sont des espèces libres , pour diminuer le ballotage produit par le trans- 
port. Les espèces filamenteuses , telles que les Micromega, Schizonema, 
Fragiiaria , Gaitloneiia, Diatoma, Desmidium , etc., peuvent être 
enveloppées seulement dans un papier fort, après les avoir fait égoutter un 
peu. Quant aux espèces libres , les Frustutia , Surir etia, Sigmateiia, 
Scenedesmus , Closterium, Micr aster ias , Heterocarpeiia, Binatella, 
etc., on peut en emplir des flacons sans trop de précaution, puisque, lors- 
qu'on les aura déposées dans des assiettes ou des soucoupes, leur tendance à 
se diriger vers la lumière les déterminera en peu de temps à revenir former 
une couche au fond de l'eau, sur le sable ou les débris avec lesquels on les 
aura recueillies. 

Il faut faire attention, en remplissant un flacon , à ne pas étendre beaucoup 
sa récolte au-delà du point dont on a examiné le produit à la loupe , car on 
serait exposé à mêler un grand nombre d'espèces différentes qui vivent sou- 
vent dans le voisinage et présentent les mêmes teintes sur les corps qui en 
sont revêtus. 

Les diatomées, portées sur des pédicelles par lesquelles elles sont attachées 
à d'autres algues ou à des corps inondés de diverses natures, se détachent si 
facilement de leurs supports qu'il est indispensable d'en préparer des échan- 
tillons sur place. C'est pour avoir négligé cette précaution que beaucoup 
d'espèces pédicellées ont été regardées comme libres. Les Cymbofhora , 
pour la plupart , ont été , par cette raison, placés par plusieurs auteurs parmi 
les Frustuiia ou Cyméella. Pour faire sécher sans inconvénient les lames 
de mica ou de verre sur lesquelles on a disposé des groupes de diatomées 
stipitées , on a recours à la Pile diatomique. Ce petit appareil est formé de 
disques de liège ou simplement de bouchons coupés en rondelles d'une à deux 
lignes d'épaisseur, et enfilés par une tige de laiton reployée aux deux extrémi- 
tés de manière à former un petit bâton d'une longueur convenable pour être 
placé diagonalement dans un compartiment réservé à l'un des bouts de la 
boîte destinée aux herborisations, ou, avec effort, dans l'intérieur du cha- 
peau de l'explorateur algologiste. Les rondelles de liège sont pressées les 



267 
unes contre les autres par un bout de ressort à boudin placé au milieu de la 
pile et s'enroulant librement autour de la tige centrale. On engage dans les 
fentes qui existent entre les rondelles un coin des lames de mica ou de 
verre sur lesquelles on a préparé l'espèce délicate. On peut ainsi en placer 
un grand nombre qui se dessèchent sans se toucher. Un morceau de liège 
entamé par des traits de scie peut remplacer la pile , mais non avec 
avantage, parce que les lames de verre d'épaisseurs différentes ne sont 
pas toujours soumises à une pression suffisante pour les empêcher de se 
détacher. 

Les A chnanthes, Cymbophora, Gomphonema, Exiiaria, doivent être 
ainsi recueillis pour les avoir complets ; sinon , on pourra encore en trans- 
porter quelques unes des espèces les plus solides en les plaçant , avec le 
moins d'eau possible , dans des flacons qu'on peut achever de remplir par de 
petites touffes de mousses ou de quelque autre substance flexible , pour em- 
pêcher le ballotage. Les Sphagnum aux feuilles molles et spongieuses rem- 
plissent très bien ce but. 

On comprendra que la douille adaptée à la cuiller sert à l'emmancher 
lorsque les objets à recueillir sont dans une eau profonde ou dans un point 
écarté que la main ne peut atteindre. 

Il m'est arrivé quelquefois de manquer de flacons un jour de récolte 
abondante et de les remplacer par des bouts de la tige fistuleuse de l'angé- 
lique sauvage, fermés à une extrémité par un nœud, et dont je bouchais 
l'ouverture supérieure par un autre bout de tige de plus petit diamètre et 
muni également d'une articulation. 

Certaines espèces forment dans Veau des flocons légers que le mouvement 
de la cuiller chasse devant elle, et dont, par cette raison , il est difficile de 
s'emparer. Pour y parvenir, on se sert avec succès d'un tube ouvert aux deux 
bouts que l'on plonge dans l'eau en bouchant l'ouverture supérieure avec un 
doigt : quand on s'est approché du point que l'on veut saisir, on soulève ce 
doigt; aussitôt le liquide et les corps qui environnent l'ouverture inférieure 
se précipitent dans le tube ; alors , le doigt étant rabattu , on peut enlever la 
portion du liquide chargé des corps que l'on désirait. 

La récolte terminée, le premier soin, au retour, est de préparer les 
espèces délicates, telles que les filamenteuses et les stipitées, que l'on n'a pu 
disposer sur place. On en prend de petites portions avec la pointe d'une 
plume à écrire taillée en cure-dent , ou avec un style en ivoire , écaille , 
corne ou bois dur , et on les étend sur mica ou sur verre. On peut aussi en 
arranger de plus grands échantillons sur papier pour placer dans l'herbier. 
Il faut éviter, en étalant les algues sur mica, de se servir d'une pointe métal- 
lique qui , le rayant trop facilement , nuirait à la transparence de ce porte- 
objet. 



268 

Je ne m'étendrai point sur les procédés à employer pour soumettre les 
objets au microscope ; ces détails, ayant été donnés dans l'ouvrage où cette No- 
tice doit trouver place \ deviendraient superflus : seulement ] je me bornerai à 
faire observer que les êtres dont je m'occupe, ayant par leur forme globu- 
leuse, ovoïde, prismatique ou cylindrique, une épaisseur relative assez 
considérable, il n'est pas nécessaire d'un grossissement très fort pour les 
étudier avec fruit. Celui de 300 à 350 diamètres est presque toujours suffi- 
sant; au-delà de ce degré, on voit mal les contours, et si l'on gagne quelques 
détails, on perd l'ensemble, puisque le foyer ne peut convenir à la fois à tous 
les plans que présente l'épaisseur. 

Les desmidiées ne peuvent être bien observées que vivantes et de jour. 
Les détails de l'enveloppe des diatomées sont mieux, saisis à Fétat sec et par 
l'éclairage d'une lampe. Je préfère aussi ramollir ces objets dans l'eau pour 
les étudier, plutôt que de les conserver, entre deux lames de verre ou de 
mica, dans une goutte de térébenthine ou de quelque autre résine liquide 
qui ne permet pas de bien voir certains petits détails, comme les stries , les 
cannelures , etc. 

On laisse sécher à l'air libre ces diverses préparations sur papier, sur mica 
ou sur verre. Les espèces qui , comme plusieurs Fragilaria , Gaiiioneiia , 
Frustutia , etc. , ne sont pas entourées d'un mucus sensible et qui , en se 
desséchant, s'exfolient ou deviennent pulvérulentes, demandent à être hu- 
mectées avec de l'eau légèrement gommée ; mais il faut prendre garde de 
mettre trop de gomme, car elle produirait une ombre autour des corpuscules 
desséchés , lorsqu'on les examinerait au microscope. 

Les Heterocarpelta, Micraslerias et Ciosterium 5 lorsqu'ils ne sont pas 
enveloppés de mucus , exigent aussi un peu de gomme pour les fixer sur la 
lame de mica. 

Les espèces de Gomphonema ou de Cymhophora , qui vivent dans des 
masses gélatineuses épaisses, forment, en séchant naturellement , des paquets 
trop compacts qui ne permettent plus de voir la disposition des frustules. 
Pour bien les étendre sur la lame du mica , il faut soumettre ces petits 
groupes gélatineux à une pression modérée entre des feuilles de papier à 
dessécher, avec la précaution de les recouvrir de petits morceaux de papier 
suiffé qui s'enlèvent aisément lorsque les échantillons sont secs. Cette opéra- 
tion peut aussi se faire sur place dans un portefeuille. 

Le papier suiffé , si précieux pour la préparation des algues marines mu- 
queuses et gélatineuses , se fait en imprégnant de suif fondu une feuille de 
papier que l'on presse ensuite sous un fer chaud entre plusieurs autres 
feuilles de papier non collé qui enlèvent le suif surabondant. 

Quant aux desmidiées et diatomées libres qu'on a recueillies en masse 
mêlées ausnble ou à la vase des fossés, mares ou flaques que l'on a explo- 



rées, on met le contenu de chaque flacon dans un vase séparé, tel qu'une 
soucoupe ou une assiette creuse que l'on place dans un lieu exposé h la lu- 
mière, mais à l'abri des rayons du soleil, qui déterminerait des bulles dans 
le dépôt et empêcherait la surface d'être unie. 

Au bout d'un jour ou deux, suivant les espèces, on voit la couche terreuse 
qui s'est déposée au fond des soucoupes, se couvrir d'une teinte brune si 
elle renferme des diatomées, ou d'une pellicule muqueuse verte et souvent 
chargée de petites houppes ou pinceaux , si ce sont des desmidiées. 

Pour les diatomées, on incline doucement la soucoupe afin d'en faire 
écouler l'eau ; puis on promène , sur la surface chargée de frustules, un pin- 
ceau très doux et bien imprégné d'eau, de manière à ne pas atteindre la 
partie terreuse. On lave le pinceau dans un godet où se déposent les frus- 
tules sans aucun corps étranger, si l'on a fait cette opération avec beaucoup 
de légèreté. Quand l'eau du godet ne renferme qu'une espèce ou qu'elle est 
dominante , on en charge des lames de mica et de verre pour faire le nombre 
d'échantillons que l'on désire, en les gommant un peu si cela est nécessaire. 
Au lieu d'un pinceau , on peut aussi employer les barbes d'une plume que 
l'on passe doucement sur la vase. Plus le diamètre de la soucoupe est petit, 
plus la couche de frustules est é/paisse et facile à enlever. 

Cette méthode est applicable à la plus grande partie des Frustulia, Suri- 
rtita, Sigmateila et Cyctotella. 

Lorsque le dépôt qui se forme dans les soucoupes est composé de débris 
de végétaux ou de corps qui ne forment pas une surface assez plane , on peut 
alors user d'autres moyens qui m'ont réussi plusieurs fois. En tamisant sur 
ce dépôt inégal une couche de sable fin et lourd, tel que du grès, on forme 
un sol artificiel uni dont bientôt les diatomées viennent chercher la surface. 
D'autres fois, je place un morceau de tissu de fil ou de coton un peu clair 
sur le dépôt , en l'y maintenant étendu par une plaque de plomb du diamètre 
de la soucoupe et percée au milieu d'une large ouverture. Un ou deux jours 
plus tard , les frustules traversent le tissu et viennent s'étendre à sa surface 
supérieure dans la partie laissée libre par l'ouverture de la plaque métal- 
lique. Il est alors facile de laver cette partie dans un godet. J'ai encore 
obtenu des espèces pures en renfermant les débris qui les contenaient dans 
un petit sachet de gaze plus ou moins serré que je plaçais au milieu d'une 
assiette pleine d'eau; les frustules finissaient par quitter leur retraite et se 
disséminaient sur le fond du vase. 

Les desmidiées libres, telles que les Micrasterias, Heiieretla, Hetero- 
carpeiia, Ciosterium, Scenedesmus, Binatelia, etc., forment, dans les 
mêmes conditions que les diatomées, une couche muqueuse verte que l'on 
peut enlever facilement avec de petites cuillers minces ou même avec une 
lame de couteau, pour les préparer immédiatement. Quand on n'a pas le 



270 

temps de profiter de leur propension à rechercher la lumière et à s'établir à 
ia surface du dépôt des vases dans lesquels on conserve ces algues , on peut 
agiter les débris des végétaux auxquels les desmidiées sont le plus souvent 
mêlées; comme leur pesanteur est plus considérable que celle de ce détritus, 
en décantant avec précaution d'un vase dans un autre , et se servant d'une 
barbe de plume pour faire sortir les corps étrangers, on obtiendra un résidu 
assez pur, composé de desmidiées bien faciles à distinguer par leur couleur 
verte : on répétera cette transvasion autant de fois qu'il sera nécessaire, en 
ajoutant toujours assez d'eau pour diminuer l'effet du mucus propre à ces 
algues , et qui contribue à les faire adhérer aux débris dont on veut les 
séparer. 

Quelques espèces viennent aussi nager à la surface de l'eau ; on les re- 
cueille en posant à plat sur ce liquide une lame de mica bien sèche, ou, dans 
certaines circonstances, enduite d'une légère couche de gomme. 

Ces diverses méthodes ne sont applicables que dans le cas où les espèces 
ne sont pas mélangées ; mais quand plusieurs espèces de diatomées ou de 
desmidiées se trouvent réunies, et que l'on ne peut pas se les procurer au- 
trement, il faut, après les avoir séparées des corps étrangers par les moyens 
décrits plus haut, employer d'autres procédés pour obtenir à part les diverses 
espèces. 

Si elles ont une pesanteur spécifique différente, on y parvient en agitant 
l'eau qui les renferme dans un vase un peu profond , et opérant des décan- 
tations successives après des repos plus ou moins prolongés. 

Si ces espèces mélangées ont des dimensions variées , en les faisant passer 
avec le liquide dans lequel elles nagent au travers de tissus de crin , de 
gaze , etc. , plus ou moins serrés , on arrive également à recueillir séparé- 
ment des espèces distinctes. 

Je ne dois pas oublier un procédé que j'ai employé avec un succès com- 
plet pour purifier des diatomées qui se trouvaient engagées dans un sable 
calcaire dont je ne pouvais achever de les débarrasser par les moyens que 
j'ai indiqués. Je versai dans la soucoupe qui les renfermait une certaine dose 
d'acide nitrique , qui bientôt eut dissous le sable calcaire ; et , après avoir 
lavé le résidu, j'obtins très pures les diatomées, qui n'avaient été nulle- 
ment endommagées, grâce à leur enveloppe siliceuse que l'acide n'avait pu 
attaquer. 

Dans le catalogue des genres et des espèces de desmidiées et de diatomées 
que je vais donner ci-dessous, comme je l'ai annoncé, je cite principalement 
les espèces que j'ai étudiées et dessinées moi-même, me proposant d'en 
publier une Monographie incessamment. Le nom de celles que je n'ai pas 
encore observées est précédé d'un astérisque. Pour plus de détails , je ren- 
voie aux opuscules que j'ai publiés sur ce sujet, et que j'ai indiqués plus 



271 



haut dans une note. Pour les desmidiées , sur lesquelles je n'ai encore rien 
donné de complets j'ai cru devoir mettre à chaque genre une phrase carac- 
téristique , latine pour plus de concision , pour montrer dans quelles limites 
je les circonscris , et éviter une longue synonymie qui trouvera place 
ailleurs. 



DESMIDIÉES. 

I. DESMIDIUM Ag. Corpuscula gemina- 
ta in longam seriem conjuucta, itaque 
fiSum arliculatum constituent, (obulo 
commuui filiformi mucoso incluse. 

1 D. Swartzii Ag. 

2 D. aptogonem Breb. Alg. Fal. 

3 D. cylindricum Grev. 

4 D. bambusinum Breb. mss. 

5 D. mucosum Breb. 1. c. Conferva mu- 

cosa Merf. 

6 D. vertebratum Breb. I. c. 

* ? D. TENAX Ag. 

II. SCENEDESMUS Meyen. Corpuscula 
fusiforunia, aut ovoïdea lateraliter in se- 
riem planam conniventia. 

1 S. quadricaudatus Ehrenb. Ach- 

nanlhes Turp. Scen. magnus 

Meyen. Kutz, 

Var : je. S. longas Meyen. 

2 S. quadrijugatus Breb. mss. Ach- 

nanlhes Turp. Se. Leibleini 

Kutz. 

Var : /3. S. minor. Kulz. 

3 S. obliquus Kutz. Achnanlhes Turp. 

4 S. quadralternus Kulz. Achnanlhes 
ïurp. 

Var : /3. S. octalternus Kuiz. S. 
oblusus Meyen. 
*5 S. ellipticus Corda. 

6 S. acutus Meyen. 

Var: p. S. fusiformis Menegh. 

7 S. pectinatus Meyen. 
*8 S. triseriatcs Menegh. 

9 S. dimorphes Kutz. AchnanthesTurp. 

10 S. ovalternus Breb. 1. c. 

11 S. tetradacrts Breb. 1. c. 



Var : p. duplex. 

12 S. TRIJUGATUS KutZ. 

13 S. BIJUGATCSKutZ. 

14 S. BILUNULATUS KutZ. 

*15 S. parvolus Menegh. 

III. HELIERELLA Bory et Turp. ( ex 
parte). Frons applanata, e corpuscu- 
lis pluriuiis (quatuor saltem) radiatim 
vel stellatim conjuoetis couiposiîa. 

1 H. Boryana Turp. Padiastrum duplex 

etP.biradiatumMeyeno Micras- 
terias Boryi et selenœa Kutz. 

2 H. heptactis Breb. mss. M. heplactis 

Ehrenb. H. renicarpa Turp. Mi- 

crasterias Ghibellina Menegh. 

Var. p. Crux-Melitensis. Stau 

ridium Corda. 
*3 H. Napoleonis Turp. • 
*4 H. simplex Breb. mss. Pediastrum 

Meyen. 
*5H. crucigenia Breb. mss. Crucigenia 

quadrata Morren. 

IV. MICRASTERIAS Ag. et Kutz (ex 
parte). Frons plerumque circularis, 
inciso- radiata e duobus corpusculis 
compressis basi coadunatis formata. 

1 M. denticulata Breb et God. 1. c. 

M. heliactis Kutz. Echinella 
radiosa Lyngb. tab. 79. f. 3. E. 
rotata Grev. Euastrum Ehrenb. 
Var. /3. laciniata. 

2 M. incisa Breb. mss. 

V.HETEROCARPELLATurp. (ex parle) 
Cosmarium Corda. Frons inflata vel ve- 
siculosa polymorpha ( elongata vel ro- 
tundala, lobata vel sinuosa, tubercula- 



272 



ta veî aculeala) e duobus corpusculi? 
basi coadunaiis formata. 



Ursinelia 



1 H. armata Breb. mss. 

2 H. Baillyana Breb. mss. 

3 H. margaritifera Breb. 

Tarp. 

4 H. tetrophtalma Kutz, 

5 H. sinuata Breb., mss. Micrasterias 

Breb. I. c. 

Var. /3. Lyngbyei. Echinella 
radiosa Lyogb. lab. 79. f. 2. 

6 H. pectinata Breb. mss. 

7 H. cra^sa Breb. mss. 

8 H. elegans Breb. mss. 

9 H. binalis Turp. 

10 H. commissuralis Breb. mss. 

11 H. aculeata Breb. mss. Binateila 

Breb. 1. c. 

12 H. Antilopoea Breb. mss. 

13 H. Phaseolih Breb. mss. Achnan- 

thes slomatirnorpha Turp. 

14 H. palmatà Breb. mss. 

15 B. Incus Breb. mss. 

16 H. bioculata Breb. I. c. Cosmarium 

Menegh. 

Vï. BINATELLA Breb. i. c. Corpuscala 
sœpius Iriangularia (rarô 4-5-6 aoguia- 
ria vel îobalo-radiaia) pancto centrali 
bioalira conjugata. 

1 B. furcigera Breb. mss. 

2 B. polymorpha Breb. base.- 

Var : /3. ictusa. 
y. tricera. Micrasterias Kutz. 
A incurvata. 
s. letracera. Staurastrnm para- 

doxum Meyeu. 
K. didicera. Micrasterias Kaîz. 

3 B. furcellina Breb. mss. 

4 B. controversa Breb. mss. 

5 B. bacillaris Breb. I. c. 

6 B. sexcostata Breb. mss. 

7 B. monticclosa Breb. mss. 

8 B. spongiosa Breb. fnss. 



9 B. m-piDA Breb. I. c. 

10 B. muricata Breb. i. c. 

11 B. cuspsdata Breb. 1. c. sub B. tri- 

cuspidata. 

12 B. dejecta Breb. I. c. 

13 B. brevispjna Breb. mss. 

14 B. tumida Breb. î. c. 

15 B. mutica Breb. !. c. Sianrasirum 

triiobum Menegh. 
? Ecuinella articulata Ag. Gonferva 
ecbinata Ensl. Bot. 



VIL CLOSTERIUM Nitzsch. Ltinulina 
Bory. Corpuscula fusiformia rarô cy- 
liodrica lunatira curvala aut recta. 

1 C. Lunula Nitzsch. 

2 G. Leibleini Kutz. Gel te espèce doit- 

eile êfre séparée de la précé- 
dente? 

3 C. subrectum Breb. I. c. 

4 C. striolatum Ehrenb. 

5 Ci doliolatum Breb. mss. 

6 C. elongatum Breb. mss. 
*7 C. cornu Ehreub. 

8 C. rostratum Ehrenb. Echinella 

acuta Lyogb. 

9 C. acerosum Ehrenb. 

10 C. acus Nitzsch. 

11 C. gracile Breb. mss. 

12 C. subdlatum Breb. mss> Frustulia 

subulataKutz. 

Var : P,. confroversunr. 

13 C. tenue Kutz. 

14 C. gregarium Menegh. Micrasterias 

lacerata Kutz. 

15 C. truncatom Breb. ms». 

16 G. baculum Breb. I. c. 
*17 C. trabecula Ehrenb. 

18 C. lamelloscm Breb. I. c. 
Î9 C. digitus Ehrëbb. 
20 G. granulatcm Breb. .mss. 
2t C. mon \ le Breb. mss. 

?£2 C. TRSPUNCTATUM NitZSCh. 

23 C. ccRTUM Breb. mss, 



273 



? VIII. TROCIIISCIA Kolz. corpuscula 
vesiculosaglobosa folitaria aut regula- 
riler conjuncta. 

1 T. moniliformis Menegh. Tessarlhro- 
nia Turp. 

Var : 3. duplex. Scenedesmus du- 
plex Katz. 
* 2 T. amara Kulz. Helerocarpella Turp. 

3 T. QUADRIJUGA Kulz. 

*4 T. tiiermalis Menegh. 

5 ï. BIJUGA KulZ. 

6 T. DIMIDIATA KulZ. 

7 T. solitaris Kulz. 

Les genres Geminella Turp , Sphœras- 
Irum Mey., Pleurococcus Menegh., £c/u- 
nellaAch., etc., que je n'ai poiut fait en- 
trer dans cette liste, ne me sembleul 
point appartenir aux Desmidiées. 

DIATOMÉES ou BACILLARIÉES. 

Nota, les espèces qui habitent la mer sont 
suivies d'un (M. ) , et celles qui ont été trou- 
vées fossiles d'un (F. ). 

I. MICROiMEGA Ag. 

1 M. APICULATUM Ag. (M.) 

2 M. RAMOSISS1MUM Ag. ( M. ) 

3 M. PENICILLATUM Ag. (M.) 
*4 M. C0RN1CULATUM Ag. (M.) 

*5 M. Blyttii Ag. (M.) 

*G M. PALLIDUM Ag. (M.) 



Il 



SGHIZONE51A Ag. 



1 S. 

2 S. 

3 S. 
*4 S. 
*5 S. 

6 S. 

7 S. 

8 S. 

9 S. 
10 S. 

Ml S. 
*12 S 



QUADRIPUNCTATUM Ag. (M.) 
HELM1NTHOSUM ClïaUV. (M. ) 
DlLLWYMl Ag. (M.) 

spadicecm Grev. (M.) 
obtusum Grev. (M.) 

CORYMBOSUM Ag. ( M. ) 
COMOIDES Ag. ( M. ) 

Grevillu Ag. (M. ) 

RUTILANS Ag. (M.) 

Smithii A g. ( M. ) 

LACUSTRE Ag. 
HOFFMANSI Ag. ( M. ) 



M3 S. 


TENUE A g. ( M. ) 


M4 S. 


MICANS Ag. (M. ) 


*15 S. 


RAD1CANS Ag. (M. 


M6 S. 


PUMILUM Ag. (M. 



III. HO\LEOCLADIA Ag 
1 H. Anglica Ag. (M.) 

*2 H. MARTIANAAg. (M.) 



IV. BERKELEYA Grev. 
M B. Fragiles Grev. (M.) 

V. ENCYONEMA Kulz. 

1 E. PARADOXUM KutZ. 

VI. GAILLONELLA Bory. Meîoseira 
Ag. Kulz. 

1 G. subflexilis Desmaz. 

2 G. variant Desmaz. 

3 G. orichalcea Breb. et Desmaz. 

4 G. momliformis Bory. 

Var. 5. G. nummuloides Duby. 

5 G. ferreginea Ehrenb. (F.) 

6 G. distans Ehreub. (F.) 

7 G. subtilis Breb. Consid. sur les 

Diat. (F.) 
*8 G. Italica Ehrenb.(F.) 

VII. FRAGILARÏA Lyngb. 

1 F. pectinalis Lyngb. 

Var. p> F. hyemalis Lyngb. 

2 F. capucina Desmaz. 

Var. S. F. teuuis Ag. 

3 F. striatula Lyngb. (M.) 
*4 F. aurea Carm. (M.) 

*5 F. diatomoides Grev. (M.) 
'6 F, confervoides Grev. 
*7 F. angusta Ehrenb. 
*8 F. bipunctata Ehrenb. 
*9 F. scalaris Ehrenb. 

VIII. MERIDION Ag. 

1 M. circulare Ag. 

18 



274 



IX. DIATOMA Ag. 

1 I). marinum Lyngb. 

Var. p. D. tœniaeforme Ag. 
y D. brachygonum Carm. 

2 l). FENESTRATUM Lyngb. 

Var. g. D. flocculosum Ag. 

3 D. tenue Ag. 

Var. pi fragilarioides. 
y moniliforme Kutz. 
d cuneatam Kutz. 
*4 D. paxilliferum Breb. 1. c. (M.) 

5 D. vulgare Bory. 

6 D. ELONGATUM Ag. 

*7 D. SULPHURASCENS Ag. 
*8 D. 1NTERSTITIALE Ag. (M) 
'9D. LATRUNCULAR1UM Ag. (M.) 
*10 D. FASCIATUM Ag. (M ) 

11 D. Meneghmianum Breb. mss. 
X. BIDDULPHIAGray. 

1 B. pulchella Gray. (M.) 

2 B. aurita Breb. 1. c. Dialoma Lyngb. 

(M.) 

3 B. obliquata Gray. (M) 

XI. ACHNANTBES Bory. 

1 A. ARCUATA Kulz (M.) 

2 A. unipunctata Carm. Grev. (M.) 

3 A. longipes ag. (M.) 

Var. |S. A. Carmichaelii Grev. 

4 A. Leibleini Ag. 

5 A. brevipes Ag. (M.) 

Var. S. salinaruoi Ag. 

6 A. subsessilis Kulz. 

7 A. INTERMEDIA KutZ. 

8 A. MINUTISS1MA KutZ. 

9 A. MULT1ARTICULATA. Ag. ( M.) 
10 A. SER1ATA Ag. (M.) 

XII. CYMBOPHORA Breb. 1. c. Cocco- 
nema Ehrenb. 

1 C. gastroides Breb. 1. c. Frustulia 
Kutz. 



2 C. fulva Breb. I. c. Gomphonema 

Leibl. Gomph. semiellipticum 
Kulz. 

3 C. maculata Breb. I. c. Frustulia 

Kutz. 

4 C. ventricosa Breb. I. c. Cymbella 

Ag. 

5 C. coffejEformis Breb. Cymbella Ag. 

XIII. GOMPHONEMA Ag. 



, RAMOSUM KutZ. (M.) 

fulgens Kutz. (M.) 

FLABELLATUM Kutz. ( M.) 

argkntescens Ag. (M.) 
splendidum Breb. 1. c. Licmo- 
phora Grev. (M.) 

TINCTUM Ag. ( M.) 

paradoxum Ag. Ecliinella Lyngb. 

(M.) (F.) 

DICHOTOMUM Kulz. 
8UBRAMOSUM Ag. 

olivaceum Breb 1. c. Echine!la 

Lyngb. 
vulgare Breb. 1. c. G. gemina- 

tum Ag. 
Leibleini Ag. 
ampullaceum Grev. 

LANCEOLATUM Ag. (M.) 

angustum Ag. 

SEPTATUM Ag. 

minutissimdm Grev. 

CURVATUM KutZ. 

clavus Breb. 1. c. 
Berkeleyi Grev. 

POHL1.EFORME KufZ. 
ABBREVIATUM KutZ. 
BREVIPES KutZ. 

radicdla Suhr. (M.) 
cuneatum Breb. 1. e. Echine! la 
Lyngb. (M.) 

OCULATUM KutZ. 

pachycladum Breb. mss. (M.) 
inflexum Breb. mss. (M.) 
acuminatum Ehrenb. (F.) 



M- G 


2 G 


3 G 


4 G 


*5 G. 


6 G. 


7 G 


8 G. 


9 G. 


10 G. 



11 G. 

12 G. 

13 G 
M4 G. 

15 G 
¥ 16 G 

17 G 

18 G 

19 G 
'20 G 

21 G 

22 G 

23 G 

24 G 

25 G 

26 G 

27 G. 

28 G. 
*29 G 



275 



*30 G. clavatum Ehrcnb. (F.) 
*31 G. discolor Ehrenb. 
* G. constrictum Ehrenb. 

XIV. EXILARIAGrev.synedra Ehrenb. 

1 E. fasciculata Grev. (M.) 

2 E. CRYSTALLINA KulZ. 

Var. viridescens. 

3 E. licmoïdea Breb. I. c. 

4 E VAUCHERIiE KulZ. 
*5 E. VARIEGATA KulZ 

6 E. tenuissima Breb. mss. Frustulia 

Kutz. 

7 E. ccrvata Kutz. 

*8 E. TABULATA Kutz (M.) 

9 E. glomerata Breb. I. c. 

XV. EPITHEMA Breb. 

1 E. pictum Breb. I. c. Frustulia picla 

Kutz. 

2 E. aonatum Breb. I.c. Frustulia ad- 

n;ita Kutz. 

3 E. scotulum Breb. 1. c. 

4 E. ovale Breb. mss. Frustulia ovalis 

ei F. copulala Kutz. Nav. amphora 
Ehrenb. 

XVI. SIGMATELLA Kulz. 

1 S. NiTZCiui Kulz. 

2 S. Scalprum Breb. Navicula Gaill. 

3 S. attenuata Breb. et God. Alg. 

Fal. Frustulia Kulz. 

4 S. acuhinata Breb. et God. 1. c. 

Frustulia Kutz. 

5 S. subrecta Breb. Consid. (M.) 

6 S. vermicularis Breb. et God. 1. c. 

XVII. SURIRELLATurp. 

1 S. STR1ATULA TURP. (M.) 

2 S. biseriata Breb. I. c. 

3 S. elliptica Breb. mss. 

4 S. torta Breb. mss. 

5 S. solea Breb. 1. c. Frustulia quin- 

que punctala Kutz. 



6 S. ovalis Breb. 1. c. 

7 S. pulchella Breb. 1. c. Frust. punc- 

tala Kutz? 

8 S. minuta Breb. I. c. 

* ? Navïcula granclata Ehrenb. (F.) 

XVIII. FRUSTULIA Ag. Navicula Bory. 

1 F. dilatata Breb. 1, c. (Exilaria). 

Synedra capitata Ehrenb. 

2 F. SPLENDENS KutZ. 
*3 F. CONSPCRCANS Ag. 

* 4 F. FASCIATA Ag. 

*5 F. QUAORANGULA Ag* 

6 F. major Kutz. (F.) N v. viridis Eh- 

renb. 

7 F. fulva Breb. 1. c. Navic. Ehrenb. 

8 F. MULTJFASCIATA Kutz. 

9 F. scAPiiiDiuM Breb. I. c. 

10 F. iEQUALIS KutZ. 

11 F. Turpinii Breb. I. c. Bacillaria 

conjugata Turp. 

12 F. ulna Kutz. 

13 F. OBLONGA KutZ. 

14 F. bipdnctata Breb. I. c. Navicula 

Bory. 

15 F. obtusa Ag. 

16 F. 1NCRASSATA Kutz. 

17 F. viridula Kutz. 

¥ 18 F. LATEFASCIATA Ag. 
19 F. ELLIPTICA Ag. 

20 F. aven ace a Breb. I. c. 

21 F. serians Breb. I. c. Brachysira 

apoaioa Kulz, 

22 F. pellucida Kutz. 

23 F. scalaris Breb. Le. (M) 

24 F. iNFLEXABreb. 1. c. (M.) 

25 F. cuspidata Kutz. 

26 F. depressa Kutz. 

27 F. LANCEOLATA Kutz. 

28 F. acrosphjEria Breb. I. c. 

29 F. nodulosa Breb. 1. c. 

30 F. PRonccTA Breb. 1. c. 
?3i F. subtilis Kulz. 

32 F. hvalina Ag. 



:276 



*33 E. MINORÀg. 

34 F. anceps Kutz. 

35 F. niddlans Brebo I. c. (M.) 

36 F. parvula Kutz. 

?37 F. lata. Breb. mss. surioella? 

Le Frust. appendiculata Ag. renferme 
plusieurs espèces différentes. 

Diatomées qui doivent appartenir à ce 
genre, mais que je n'ai pas observées : 
Bacillaria elongata Ehrenb. 
Navicula fusiformis Ehrenb. 

— turgida Ehrenb. 
uncinata Ehrenb. 

— injEqualis Ehrenb. (F.) 



— capitata Ehrenb. (F.) 

— PHuENlCENTEROUNitzSCh. (F.)ES' 

pèces mélangées. 

— Zébra Ehrenb. (F.) 

— librïle Ehrenb. (F.) 
virioula Ehrenb. (F.) 

— gibba Ehrenb. (F.) 

— bifrons Ehrenb. (F.) 

— follis Ehrenb. (F.) 

XIX. CYCLOTELLA Breb. 1. c. 

1 C. operculata Breb. 1. c. Frustulia 
Ag. Kutz. 

de Brébisson. 



— — a®£ C»§ffi> — ' - 



NOTES. 

Extrait cl* une lettre de M. le professeur Amici, 
à MM. Vincent Chevalier , père et fils. 

Modène, 3 octobre 1826. 

Messieurs , 

il. Moss vient de me remettre votre obligeante lettre datée du 24 sep- 
tembre 1825 , ainsi que les notices et le mémoire que vous m'avez fait l'hon- 
neur de m'adresser. En vous remerciant de ce don , qui m'a été bien agréa- 
ble, je vous dirai que j'ai appris avec un véritable plaisir que vous soyiez 
parvenus à une parfaite construction des objectifs achromatiques pour les 
microscopes. Cette partie intéressante de l'optique a été généralement né- 
gligée , peut-être à cause des grandes difficultés qu'elle présente , et la 
science demandait encore que des habiles opticiens s'occupassent de l'amé- 
lioration de l'achromatisme dans les lentilles à court foyer. Les naturalistes 
doivent donc vous savoir bon gré de leur avoir offert, suivant les principes du 
célèbre Euler, des microscopes qui l'emportent sur tous les autres diop- 
triques. 

J'espère qu'il ne se passera pas long-temps que je pourrai admirer vos 
instrumens à Paris , et j'aurai alors le plaisir de vous montrer quelque petit 
ouvrage de cette espèce, que j'ai essayé en amateur de construire par moi- 
même. 

J'ai l'honneur d'être , etc. , 

J.-B. Amici. 



Copie de la lettre de M. Pelletier , pharmacien , chevalier de la Légion- 
d'Honneur, etc. , à MM. Chevalier. 

Paris, le l el août 1827. 

Messieurs ; 

Ainsi qu'il en a été convenu entre nous, je vous prie de me faire remettre 
le plus tôt que vous pourrez un de vos microscopes achromatiques d'après 
Euler, en échange d'un microscope dit de Selligue, que m'a livré l'ingé- 
nieur Chevalier, opticien , Tour de l'Horloge; j'aurai de plus deux cents 
francs à vous donner en retour. 

Cet échange, Messieurs, est la preuve de ta supériorité que j'ai recon- 
nue à vos microscopes qui . à grossissement au moins égal, sont infi- 



278 

niment plus clairs que tous ceux que j'ai expérimentés jusqu* ici , et 
d'un usage plus commode, en exceptant cependant le microscope d'A- 
mici 9 mais dont le prix doit être infiniment plus élevé. 

Au point de terminer une série d'observations microscopiques sur des pro- 
duits d'analyse , et voulant ne pas trop retarder la publication de ce travail , 
vous m'obligerez en me remettant votre microscope aussitôt qu'il vous sera 
possible. 

Agréez, etc. 

J. Pelletier. 



Extrait d'une lettre de M. Leballlif à M. Charles Chevalier. 



Paris 1829. 



Monsieur et ami 



Depuis hier je suis chagrin, et très chagrin, parce que j'ai acquis la certi- 
tude que mon système lenticulaire est inférieur à ceux que votre talent vous 
a fait confectionner, et notamment à celui que nous avons essayé hier, et 
dont vous attribuez l'effet supérieur au temps. Non, car il y aunfait matériel, 
c'est que ne pouvant employer, hier matin, mon porte-objet de Brassica , 
qui cependant laisse encore un intervalle quand je l'applique à mon micros- 
cope , j'ai été obligé de mettre de la même poussière sur une lame de verre : 
donc le foyer est plus court. Voilà ce qui indépendamment de la pureté , 
nous a fait voir hier les stries comme je ne tes ai jamais vues; c'est la troi- 
sième fois que je suis assuré de l'amélioration apportée dans la confection 
des lentilles. Aujourd'hui j'invoque la bonne amitié pour me rendre ta 
joie microscopique. Adaptez à l'instrument qui va partir un système tout 
aussi bon, mais accordez-moi la préférence du système lenticulaire dont 
une ne visse pas complètement mais qui m'a donné hier tant de satisfac- 
tion; vous savez que vous ne pouvez obliger personne qui vous en sache un 
meilleur gré. 

J'ai l'honneur d'être, du meilleur de mon cœur, Monsieur et ami 3 votre 
bien affectionné, 

Le Baillif. 

P. S. Je vous remercie beaucoup de la communication des expériences de 
M. Nobili. 



279 

Copie d'une lettre de M. Le Baillif, à M. Charles Chevalier , opticien. 

29 Mai 1831. 
Monsieur et ami , 

Le fameux microscope de Modène est à la maison; vers une heure MM. de 
Cassini et Duby doivent venir pour comparer les puissances. 

Les N 08 1, 2 , 3 ne donnent que 81/100 de millimètre à mon oculaire n° 1 . 

M. Amici est donc stationnaire sous ce rapport. 

Je pense qu'il serait dans vos intérêts , puisqu'il s'agit de comparer, que 
je pusse faire voir à ces messieurs vos progrès; mais vous avez repris les 50 
et les 40, je n'ai plus que vos 60 à montrer ; si vous avez un bon 50 , je vous 
invite à l'apporter. 

Salut de tout cœur, votre ami, Le Baillif. 



Extrait d'une lettre de M. Ehrenberg adressée à M. Charles Chevalier. 

Berlin, le 17 mars 1833. 

Monsieur, 

Ayant reçu la lettre du 23 février que vous m'avez adressée, l'estime pour 
votre talent et le talent de M. votre père, m'engage à vous donner si- 
tôt la réponse souhaitée. Votre microscope m'a été recommandé par M. de 
Humboldt en 1828, et d'après mes propres recommandations, plusieurs sa- 
vans de Berlin en ont fait venir de Paris. J'en ai aussi fait acheter par M. De- 
villers , il y a deux ans. Ainsi nous avons à Berlin quantité de vos précieux 
travaux. En 1829 et 1830, j'ai terminé avec votre microscope, la découverte 
de la parfaite organisation des infusoires que les autres microscopes dont j'a- 
vais fait usage, n'avaient pas suffisamment éclairée. Mes observations m'a- 
vaient fait présumer qu'il y avait une structure encore plus fine et j'étais très 
curieux de voir le microscope de Ploësll à Vienne , qu'on disait plus fort que 
le vôtre; mais quoique l'augmentation de ce nouveau microscope fût vrai- 
ment beaucoup plus forte que celle de votre instrument que j'avais à côté, 
je n'ai pas réussi à en faire un usage lucratif pour mon but, parce que les deux 
microscopes de Ploësll, du prix de 200 écus, que j'ai examinés à Berlin, 
avaient un foyer trop court pour l'observation des objets dans l'eau. C'est 
pourquoi j'ai sollicité MM. Pistor et Schiek de Berlin, d'essayer à construire 



280 

un microscope à foyer grand comme le vôtre et à grossissement au moins 
aussi fort que celui de Ploësll. Aussitôt que M. Schiek eut terminé ce micros- 
cope, je découvris la structure des plus petits corps organisés, les dents et 
plusieurs systèmes d'organes des Kolpodes, comme je les avais soupçonnés. 
Voilà le sujet de mon petit traité. Le système des microscopes de Pistor et 
Schiek est seulement nouveau par la combinaison des qualités du vôtre et de 
celui de Ploësll, et je ne doute pas que vous ne puissiez aller plus loin dans la 
perfection. L'amplification bien nette du microscope de Schiek et Pistor, 
l'œil se trouvant à huit pouces de l'objet , est de mille à douze cents fois le 
diamètre et en prolongeant le tube , on pourrait avoir un grossissement de 
trois mille fois le diamètre , mais sans clarté suffisante. 

En cas que vous réussissiez à augmenter le grossissement des verres sans 
allongement du tube, vous me feriez un grand plaisir de m'envoyer de tels 
verres pour votre microscope que je possède et dont vous connaissez sans 
doute les dimensions. 

Je suis toujours à portée d'augmenter mes observations qui sont seulement 
bornées par le défaut d'instrumens 



Je suis, avec beaucoup d'estime, Votre très dévoué, 

Ehrenberg. 

Exposition de 1834. —MÉDAILLE D'OR. — Rapport du Jury. 

« M. Charles Chevalier obtint, en 1827 , une médaille d'argent avec son 
» père , M. Vincent Chevalier , auquel il était alors associé. 

» Maintenant M. Charles Chevalier est à la tête d'un établissement qu'il a 
» formé depuis quelques années. Il expose personnellement divers instrumens 
» de physique d'une très bonne exécution ; ses microscopes achromatiques , 
» dont nous connaissions déjà les effets remarquables, ont particulièrement 
» attiré notre attention. Nous les avons comparés avec un excellent micros - 
» cope d'Amici, le meilleur de ceux qu'on possède à Paris; nous avons dû 
» reconnaître, non sans étonnement, mais avec une vive satisfaction, que le 
» microscope de M. Charles Chevalier est véritablement supérieur à 
» celui d'Amici. 

» On sait que les instrumens de ce genre sont indispensables au succès 
» d'une foule de recherches intéressantes; en ces derniers temps, ils ont 
» conduit à de véritables découvertes , soit clans la chimie organique , soit 
» dans l'anatomie végétale ou animale. 

» M. Charles Chevalier, en portant le microscope à un plus haut 
» degré de perfection, rend aux sciences un service important; le jury 
» lui décerne une médaille d'or. » 

Rapporteurs : MM. le baron Séguier, Savart et Pouillet. 
Présidence de M. le baron Thenard. 



TABLE DES MATIERES 



Avant-propos 1 

Recherches historiques sur l'origine et les progrès du microscope. 5 
Notions préliminaires - 23 

CHAPITRE I er . 

Du MICROSCOPE SIMPLE. 

Théorie de l'instrument. Lentilles fluides. Globules de verre 
fondu , manière de les faire. Lentilles bi-convexes ; ici. en dia- 
mant et autres pierres précieuses. Doublet périscopique de 
"Wollaston. Sphères rodées de Brewster , légèrement modifiées 
par Goddington. Doublet microscopique de Wollaston ; ici. de 
Charles Chevalier. Description du microscope simple. Manière 
de l'employer. Nouvelle combinaison pour les anatomistes et 
les médecins M à 64 

CHAPITRE IL 

Microscope solaire. — Microscope au gaz. 

Microscope solaire inventé par Lieberkuhn. Perfectionnemens 
par Cuû% iEpinus, Ziehr, B. Martin, Baker. Microscope lu- 
cernal d'Adams. Appareils solaires pour le dessin, du baron 
Gleichen et du docteur Goring. Microscope à calquer de Vin- 
cent et Charles Chevalier. Mégagraphe. Description du micros- 
cope solaire ; théorie , application d'une lentille concave et 
d'un prisme. Usage de l'instrument. Différentes manières de 
construire l'écran. Application du microscope solaire à la dé- 
couverte de M. Daguerre. Microscope au gaz. Dangers des 
premiers appareils. Nouvelles dispositions de MM. Galy-Caza- 
lat et Charles Chevalier. Nouvelles applications du chalumeau. 65 à 77 

CHAPITRE III. 

Microscope composé. 

Généralités. Du microscope composé dioptrique. Théorie. Achro- 
matisme de l'oculaire. Quelques détails historiques sur l'a- 
chromatisme ; tentatives de Charles , Brewster , Frauenhofer. 
Objectif achromatique d'Euler. Lentilles. Disposition de Sel- 



282 

ligue. Collage des lentilles. Premiers objectifs de Vincent et 
Charles Chevalier, d'Amici. Microscope universel de Charles 
Chevalier , ses avantages. Description. Usage. Changemens de 
position. Appareil chimique. Petit modèle ; description et 
usage. Microscopes verticaux 79àl00 

CHAPITRE IV. 

Microscope catadioptrique. 

Imaginé par Newton , construit d'abord par J. Hadley et Robert 
Baker. Modifications de Smith et de "William Herschell. Per- 
fectionnemens d'Amici et du docteur Goring. Théorie. Diffi- 
culiés de la construction. Derniers perfectionnemens du doc- 
teur Goring et de M. Cuthbert. Cet instrument est abandonné 
même par ses inventeurs. Inconvéniens de ce système. . . 101 à 105 

CHAPITRE V. 
De l'éclairage. 

Conditions d'une bonne observation. 

§ I er . Eclairage des objets transparens. Les corps jouissent plus ou 
moins de cette propriété. Il faut examiner successivement un 
même objet en variant l'éclairage. Trois procédés pour éclai- 
rer les corps transparens avec la lumière naturelle ou avec la 
lumière artificielle. 1° Lumière réfléchie. Situation du micros- 
cope. Position du miroir. Différens moyens pour modifier la 
lumière. Miroirs concaves et plans. Méthode de M. Schultz. 
Emploi de la lumière solaire ; verres colorés. 2° et 3° Lumière 
directe et réfractée. Première méthode d'éclairage du doc- 
teur Brewster ; id. de Wollaston. Modifications des docteurs 
Brewster et Goring. 

§ 2. Eclairage des objets opaques. 1° Lumière directe. 2° Réfrac- 
tée. 3 e Réfléchie. Miroir de Lieberkuhn. Procédé opératoire. 
Lumière artificielle préférable. Positions qui conviennent le 
mieux aux différens modes d'éclairage 107àl2/j 

CHAPITRE VI. 

Microscope polarisant. 

Employé d'abord par M. Talbot et le docteur Brewster ; appa- 
reils polarisans appliqués aux microscopes simple et composé. 



283 

Nouvelle disposition de Charles Chevalier. Polariscope des- 
tiné aux cours publics i*25 à 128 

CHAPITRE VIL 
Application de la chambre claire au microscope. 

i° Chambres claires pour le microscope horizontal. Instrumens 
de Wollaston , de Sœmmering, de M. Amici. Ce dernier supé- 
rieur à tous les autres. 2 e Chambres claires pour le microscope 
vertical. Répartition de la lumière 129 ai 34 

CHAPITRE VIII. 

Micrométrie. — Mesure de l'amplification des micros- 
copes ET DE LA GRANDEUR RÉELLE DES OBJETS. 

Procédés de Leeuwenhoek, de Jurin , du docteur Hooke. Divers 
micromètres à cadran ; ici. de Frauenhofer. Presque tous ces 
moyens abandonnés aujourd'hui. Application de la chambre 
claire à la micrométrie , par M. Amici. Micromètres divisés sur 
verre , par Le Baillif et le baron Séguier. Evaluation de l'am- 
plification et de la grandeur réelle des objets, par la méthode 
Charles Chevalier. Pour les microcopes, solaire et simple. Me- 
sure de l'amplification, microscope horizontal; ici. microscope 
vertical. Mesure de la grandeur réelle des objets. Microscopes 
horizontal et vertical. Goniomètre. Mensurateur de Le Baillif. 
Microscope pour mesurer les fils déliés. Explication des figures 
relatives à la micrométrie 135 à 1 53 

CHAPITRE IX. 

Accessoires du microscope. 

Table. Objectif variable de Charles Chevalier. Prisme redresseur 
du même. Différens compresseurs de Purkinje, Valentin et 
Schiek. Conducteur électrique. Platine à chariot. Boites trans- 
lucides à surfaces planes. Divers autres accessoires. . . . 155 à 164 

CHAPITRE X. 

Du choix d'un bon microscope. — Test-objects. — Objets 

d'épreuve. 

Qualités de la partie mécanique. Ici. de la partie optique. Test- 
objects introduits par le docteur Goring , déjà connus par Le 



284 

Baillif. Pénétration et définition. Liste et caractères des test- 
objects du docteur Goring. Ici. de Charles Chevalier. Code du 
docteur Goring. 165 à 180 

CHAPITRE XL 

Précautions a prendre au moment d'observer. — 
Préparation des objets. 

Netteté des verres. Méthode suivie par Swammerdam , Lyonet 
et Hooke, pour la préparation des objets. Règles générales 
pour préparer certains organes. Préparation et conservation 
des objets. Application des scalpels , lancettes, ciseaux, pres- 
selles , aiguilles, pinceaux, etc. Instrumens microtomiques. Dif- 
férentes manières de disposer les porte-objets 181 à 198 

CHAPITRE XII. 

Expériences microscopiques. 

Infusoires, Polypes, Larve de dytique, Monocle, Cyclope à 
quatre cornes , etc. Infusoires fossiles. Animalcules spermati- 
ques. Circulation, globules du sang. Lait. Salive. Dépôts des 
urines. Acarus scabivi et autres animalcules des maladies. 
Noctiiuca marina. Ecailles de l'anguille et autres poissons , 
cheveux et poils, cils vibratoires des membranes muqueuses. 
Application du microscope au diagnostic des maladies chirurgi- 
cales, par le docteur Baswitz. Circulation dans les végétaux; 
liste des différentes plantes où on l'observe. Expériences sur les 
Pollens. Utilité du microscope pour l'étude de la cryptogamie. 
Muscardine. Cristallisation de difîérens corps et expériences 
chimiques 199 à 252 

CHAPITRE XIII 253 à 258 

Quelques mots sur Le Baillif , ... 259 à 262 

LETTRE de M. de Brébisson à M. Charles Chevalier, sur les pré- 
parations nécessaires à l'étude des algues inférieures ; suivie 
d'un catalogue des espèces connues des Desmidiées et des Dia- 
tomées ou Bacillariées 263 à 276 

NOTES. 277 



ERRATA. 

Pag. H, iig. 27, Usez : tenait d'un de ses amis, M. Lalligant. Ilooke, etc. 

27, 8, Usez : les angles ADE, AD'E', AD"E" 

id., 11, Usez : se réuniront. 

35, 29, Usez : agir sur le rayon RO. 

61, \l\, Usez : infailliblement. 

63, 11, Après lentille achromatique concave ,tisez : PI. l, fig. 39. 
103, 9, Usez : spliérique. 

107, 12, Usez : Autrefois ces opinions si diverses, etc. 
115, 5, Usez : lumière directe et réfractée, 

118, 23, Usez : soit m, n , PI. 1, fig. 47 , 
124, 3, Usez : Quant a l'éclairage des microscopes solaire et 

polarisant, 

131, 19, Usez : à réfléchir les rayons venus du papier; 

2Z|0, H, Usez: maladie du verre-à-soie , 



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