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Full text of "Notice des pièces authentiques : relatives aux principaux agens de la faction de l’etranger, qui ont conspiré contre la souveraineté du peuple français, et contre la représentation nationale"

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1 












NOTICE 

DES 

PIÈGES AUTHENTIQUES, 

Relatives aux principaux Agens de La 
Jaction de l'Etranger, qui ont conspiré 
contre la souveraineté du Peuple fran- 
çais , et contre la Représentation natio- 
nale. 



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A P A R I S, 

DE L'IMPRIMERIE PATRIOTIQUE 
ET RÉPUBLICAINE. 



L'AN DEUX DE L'EUE REPUBLICAIN, 



I 






. 






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R A F P O 11 T 

Sur les Factions de L'Etranger y et sur 
La Conjuration ourdie par elles dans 
La République française , pour déirulrv 
Le Gouvernement républicain , par La 
corruption , et qjjamer Paris, Fait à 
La Convention nationale , Le 2j ventôse, 
l'an deuxième de la République fran T . 
çalse , par Saint>Just ? au nom du 
comité de Salut Public. 



IMPRIME PAR ORDRE DE LA CONTENTION 
NATIONALE. 



Citoyens Représentais du peuple Fr, àncals, 

1 L est une convention naturelle entre les gouvernemens 
libres et les peuples libres, par laquelle les go'nv-ernemcils 
s'engagent à se sacrifier à la patrie, et p*r laquelle les 
peuples, sans s'engager en rien , s'obligeut seulement à 
être justes. L'insurrection est la garantie des peuple/, qui 
ne peut être ni défendue, ni modin.ee : mais les gouver- 
nemens doivent avoir aussi leur garantie • elle e^t dans la 
justice et dans la vertu du p&ctjtfer. 

Il résulte de ces idées, que le complot le plus funeste 
qui s<5 puisse ourdir contre un gouvernement'., est la cor* 
njpûon de l'esprit public , pour le distraire èe la justice et 

A 2 



C4) 

île la vertu , afin que le gouvernement, perdant sa garan- 
tie, on puisse tout oser pour le détruire. 

Je viens donc aujourd'hui vous payer, au nom da 
comité de salut public, le tribut sévère de l'amour de la 
patrie; je viens dénoncer au peuple français un plan de 
perversité éversif de la garantie du gouvernement, un» 
conjuration contre le peuple français et contre Paris. 

Je viens vous dire , sans aucun ménagement, des vérités 
âpres, voilées jusqu'aujourd'hui. La voix d'un paysan du 
Danube ne fut point méprisée dans un sénat corrompu. On 
peut donc oser tout vous dire , à vous les amis du peuple 
et les ennemis de la tyrannie. Qù en serions-nous, citoyens, 
si c'étoit l'a vérité qui dût se taire et se cacher, et si c'étoit 
Le vioe qui pût tout oser avec impunité ? Que l'audace 
clés ennemis de la liberté soit permise à ses défenseurs ? 
Lorsqu'un gouvernement libre est établi , il doit se con- 
server par tous les moyens équitables; il peut employer 
légitimement beaucoup d'énergie; il doit briser tout ce qui 
s'oppose à la prospérité publique ; il doit dévoiler hardi- 
ment les complots. Nous avons le courage de vous annoncer , 
et d'annoncer au peuple, qu'il est tems que tout le monde 
retourne à la morale , et l'aristocratie à la terreur; qu'il 
est tems de faire la guerre à la corruption elTrénée, de 
faire un devoir de l'économie, de la modestie, des vertus 
civiles, et de faire rentrer dans le néant les ennemis du 
peuple, qui flattent les vices et les passions des hommes 
Corrompus, pour créer des partis , armer les citoyens contre 
les citoyens, et, au milieu des discorder civiles, relever 
le trône et servir l'étranger. 

Quelque rude que soit ce langage , il ne peut déplaire 
fiû'a ceux à qui la patrie n'est point chère, qui veulent 
ramener le peuple à l'esclavage et détruire le gouvernement 
libre. Il y a dans la République une conjuration ourdie par 
l'étranger, dont le but est d'empêcher par la corruption 
que la liberté ne s'établisse. Le but de l'étranger est de 
créar des conjurés de tous les hommes méconlens, et de 
nous avilir, s'il étoit possible , dans l'univers parle scandale 
à:s intrigues. On commet des atrocités pour en accuser le 
peuple et la révolution; c'est encore la tyrannie qui fait 
tous les maux que l'on voit, et c'est elle qui en accuse la 
liberté. L'étranger corrompt tout. Son but, depuis que la 
simplicité des uabilset établie , est d'appliquer toute Topu- 



(5) 

lencc , à la voracité des repas, aux délia ucli es, à îa ruine 
du peuple , et de tenir tous les crimes à sa solde. 

Aussi , depuis les décrets qui privent de leurs biens les 
ennemis de la révolution , l'étranger a senti le coup qu'on 
lui portoit, et a excité des troubles pour inquiéter et ralentir 
le, gouvernement. 

Nous ne connoissons qu'un mo} r en d'arrêter le mal , c'est 
de mettre enfin la révolution dans l'état civil, et de faire 
la guerre à toute espèce de perversité, comme suscitée parmi 
nous à dessein d'énerver la République et de saper su 
garantie; c'est d'abjurer contre ceux qui attaquent l'ordre 
présent des choses, toute espèce d'indulgence, cl d'immoler 
sans pitié, sur la tombe profane du tyran, tout ce qui 
re^retie la tyrannie , tout ce qui est intéressé à la venger y 
et tout ce qui peut la faire revivre parmi nous. Le projet de 
l'étranger n'a pas été seulement de corrompre et d'aban- 
donner la République à ses longues convulsions ; la suites 
de ce discours vous apprendra qu'un complot étoil préparé 
pour tout briser soudain et substituer le gouvernement royal" 
a celui-ci. Aux effets de la corruption , un coup audacieux , 
combiné par tous les gouveriiemens, devoit succéder et 
renverser la démocratie. 

Nous ne trahirons point le peuple dans cette occasion r 
ou nous lui répondons de son salut. Qui plus que vous est 
intéressé à le sauver et ne le point trahir ? qui plus que- 
vous est intéressé à son bonheur? Votre cause est insépa- 
rable : vous ne pouvez être heureux sans lui ; tous ne pouvez 
survivre à la perle de la liberté : la cause populaire ef 
vous , devez avoir ou le même char de triomphe , ou. lé 
même tombeau. 

C'est donc une politique insensée que celle qui , par des- 
intrigues , ravit au peupleTabondance , pour vous en accuser 
vous-mêmes. Seriez- vous les amis di\> rois, à vous qui 
les avez tous fait pâlrrsùrle trône , vous qui avez constitué 
la démocratie, vous qui avez vengé le meurtre du peuple* 
par îa mort du tyran , et qui avez pris l'initiative de liberté 
du monde? 

Quels amis avez -vous sur la terre, si ce n'est le Peuple ,. 
taul qu'il sera libre ; et la ciguë quand il aura cessé ne 
l'être ? 

Je vous annonce doue qu'il y a dan» la RéT.m]4'rqae luxfc 

A 3 



(Cy) 

conjuration conduite par l'étranger, qui prépare au Peuple. 
là fàmirie et de nouveaux fers. 

Un grand nombre de personnes pârôîssent servir la con- 
ii.T.tJo.n. Là, on a enterré des comestibles , intercepté les 
arrivages par l'inquiétude ; là, on. a aigri les citoyens par 
des discours séditieux 1 . II y a des hommes d'intelligence 
avec IV i ranger; il y en a d'autres abusés par différons 
pn textes. On a mis en courroux les a engeances des uns; 
on a mis à profit l'ambition des autres; on a profité du 
désespoir de ceux qui sont démasqués depuis long-tems , 
pOur les porter à tout risquer , afin d'échapper au supplice. 
On a irrité le dégoût pour la vertu , des hommes tarés qui 
n'espèrent point de bonheur et de fortune, si la Républi- 
que s'établit. C'est la ligue de tous les vices armés contre 
le peuple et contre le gouvernement. Nous sommes avertis 
que depuis long-tems ce noir complot se prépare ; il éclate . 
et nous éclatons avec lui, pour que le peuple , frappé, 
saisi de la vérité, confonde pour jamais se^ ennemis. Le 
premier auteur du complot est le gouvernement anglais, 
Yo'ci quelques paroles proférées dans le conseil d'état, 
deux jours avant la rentrée du parlement : 

Si riait s t faisons la guerre , le gouvernement conruls{f de 
ta France prendra de nouveaux moyens d'autorité de notre 
rosis lance ; si nous ^faisons la paix , elle aura la guerre 
civile; corrompre cette République : On ajouta même: Que 
toutes nos séances s'ouvrent par ces mots : corrompons celle' 
République. Il fut dit, qu'il Jalîoii préparer la guerre, 
mais retarder la campagne ; qu'on en recueillerait Te double 
avantage 5 et de comprimer le peuple anglais , et de ne rien 
risquer contre nous. 

Ainsi vous n'êtes plus surpris des nouveaux orages qu'on 
a voit préparés. C'est par suite de ces maximes, que les 
riches, dans Paris, dévoient le nécessaire du peuple, et 
qu'il s'y est fait des repas à cent écus par tête. Les con- 
jurés ont des signes de reconnoissance élans les spectacles, 
dans les lieux où ils se rencontrent, dans ceux où ils mangent. 

Le gouvernement anglais a pris ce double parti, et de 
préparer vivement la guerre en apparence, et de mettre 
le feu aux passions de tous les hommes ambitieux, avides 
et corrompus. 

Chargés par vous du soin cîe veiller sur le bonheur de la 
pairienous avons,lous rais en usage pour pénétrer les desseins 



(7) 

tle nos ennemis. Leur projet est donc, puisqu'il n T onf pè 
nous empêcher de vaincre, de confondre toutes nos idées 
de droit public, de nous donner des mœurs lâches, clé 
nous inspirer une cupidité elrrénée , afin q n'en §p virais par 
le* vices , les affaires , et entraînés vers les jouissances, la 
nécessité d'un chef se lit sentir par la paresse universelle T 
«t que tout étant préparé, le chef fit porté en triomphe; 
et cette idée d'un chef, a saisi l'espoir ridicule de quelques 
personnages qui croient déjà se voir sur lepavoi. La patrie 
est déjà partagée entre les conjures, flattés tous par l'es- 
poir d'une grande fortune. Ainsi l'étranger a su carresser , 
et les folies, et les ridicules, et la corruption de chacun. 
Ce plun de conjuration , le plus atroce qui se puisse 
concevoir . puisqu'il immole la vertu et l'innocence pour 
l'intérêt du crime, ce plan s'exécute ainsi. 

Des Italiens , des banquiers, des Napolitains , des An- 
glais sont à Paris, qui se disent persécutés dans leur patrie. 
Ces nouveaux Sino/is s'introduisent dans les assemblées du 
peuple ; ils y réclament d'abord contre les gouvernement 
tie leurs pays 5 ils s'insinuent dans les anti chambres des 
ninistres , ils épient tous , ils se glissent dans les sbcirlés 
populaires; bientôt on les voit liés avec des magistrats qui 
es protège. "Vous aviez rendu une loi contre les étrangers; 
le lendemain on vous propose une exception en faveur des 
artistes 5 le lendemain , tous vos ennemis sont artistes , même 
les médecins; et si l'on poursuit ces fabrica leurs de com- 
plots, on est tout étonné de les voir en crédit. Les hom- 
mes qu'ils ont corrompus les défendent, parce que leur 
cause est commune. Attaquez-îes , vous les trouver unis. 
Interlocuteurs apprêtés, ils s interpelleront. L'un joue Gaton, 
l'autre Pompée. L'aiïaire de Chabot vous apprendra qu'a- 
près des scènes concertées en!re les partisans de l'éiranger, 
on y riait de l'importance qu'ils avoient su se donner en 
public- 
Ci lie scène a été rcnouvelîée plusieurs fois. Les nôHes, 
les étrangers , les oisifs, les orateurs vendus ; voi a les ins- 
trumens de l'étranger, voila les conjurés conlre la patrie t 
contre le peuple. Nous déclarons la guerre à ces turtutïes 
en patriotisme; nous lesjugerous par leur désintéressement, 
par la simplicité de leurs discours, paria sagesse des con- 
seils, et non par l'afïècla'.ion. 

L'esprit imitalif est le cachet du crime. Les ^contre- 



l 



A 



(S) 

révolutionnaires d'aujourd'hui , n'osant plus se monder , ont 
pris glus d'une fois les Formes du patriotisme. Un Marat 
étoit dans S incv il y a quelques mois, qui pensa y allumer 
une autre Vendée : un Marat étoit à Strasbourg, il s'ap- 
peloit le Marat du Rhin ; il ^étoit prêtre ei autrichien -, il 
y ftvoit fait la contre-révolution. Il n'y eut qu'un Marat; 
*es successeurs sont des hypocrites dont rougit son ombre. 
On n'imite -point la vertu ; mais on est vertueux à sa ma- 
nière , ou l'on est hypocrite. Si Pilt renoit en France 
espionner le gouvernement , il prendroit les formes d'un 
honnête homîne pour n'y être point reconnu. Il en est de 
rrrème de ceux qui ont la modestie d'usurper les noms des 
grands hommes de l'antiquité; celte affectation cache un 
sournois dont la conscience est vendue. 

Vi\ honnête - homme qui s'avance au milieu du peu- 
ple avec l'audace et l'air tranquille de la probité , n'a 
qu'un nom, comme il ira qu'un cœur. Cette dépravation 
e$t le fruit de la conspiration de l'étranger : c'est sous ces 
noms qu'il faut chercher une partie des conjurés. 

Le simple bon sens, l'énergie de l'aine, la froideur de 
l'esprit, le feu d'un cœur ardent et pur, l'austérité, le dé- 
sintéressement, roilà le caractère du patriote; au contraire , 
ï'étrâbgèr a tout travesti. Un patriote de ce jour a rougi du 
nom le sou père , et a pris le nom d'un héros qu'il n'imite 
en rien. Le héros tua un tyran et vécut modeste; il défendit 
ïe peuple ; il sortit pauvre des emplois : son imitateur est 
un effronté qui lue la patrie, qui s'enrichit, dont la vie 
est dégoûtante d'indignités, qui cache son nom pour échap- 
per à la mémoire de ses alternats. ". Que veut-il? faire 

parle.* de lui, acquérir du pouvoir, et se vendre demain 
plus cher. 

Il semble qu'on voudroit introduire parmi nous ce trafic 
de c/uelques membres du parlement anglais, qui se font 
inso/ens pour devenir minisires. Parmi nous une classe 
< vmmes prend un air hagard , une affectation d'empor- 
tement , ou pour que l'étranger l'achète , ou pour que le 
gouvernement le place. 

Quoi ! notre gouvernement scroit humilié au point d'être 
la proie d'un scélérat qui a fait marchandise de sa plume 
et de sa conscience, et qui varie, selon ferpoir et le dan- 
ger , ses couleurs , comme une reptile qui rampe au soleil! 
fripons , allez aux ateliers , allez sur les navires 5 allei 



(9) 

labourer la terre : mauvais citoyens, à qui la lâche im- 
posée par l'étranger est de troubler la paix publique ei de 
corrompre toutes les cours ; allez dans les combats, vils arti- 
sans des calamités, allez vous instruire à l'honneur parmi 
lés défenseurs de 1h patrie : mais non , vous mirez point 5 
l'échafaud vous attend. 

Il est dans les desseins de l'étranger de diviser Paris 
contre lui-même, d'y répandre l'immoralité, d'y semer 
un fanatisme nouveau , sans doute , celui des vices et de 
l'amour des jouissances insensées. Les Jacobins ont renversé 
Je trône par la violence généreuse du patriotisme; on veut 
combattre le gouvernement libre , par la violence de la 
corruption : aussi la conspiration devoi telle égorger les 
Jacobins. Les prétextes de cet abominable attentat étoient 
le bien public , comme cet affreux Anne Montmorenci , 
qui priant Dieu, faisoit égorger les citoyens pour la plus 
grande gloire du ciel. Ce funeste projet avoit séduit le pa- 
triotisme trompé. Patriotes, réfléchissez donc 5 et que ire 
disiez-vous à ceux qui proposoient le crime : a Le peuple 
ji n'est pas un tyran ; si vous voulez faire , contre l'ordre 
51 présent des clioses, ce que le peuple a fait contre la 
i7 tyrannie ,, vous êtes des médians qu'il faut démasquer. 
11 C'est le peuple aujourd'bui qui règne, c'est lui que J'a- 
11 risfocratie veut détrôner. Voulez-vous des emplois, dé- 
ii fendez les malbeureux dans les tribunaux; voulez-vous 
11 des riebesses , sachez vous passer clu superflu ; voyons 
11 vos tables , vos draperies. Vous voit-on parler au peuple 
11 des vertus civiles? êtes-vous des exemples de rigidité? 
11 vous voit-on lui enseigner à diriger le cœur et l'esprit 
si des enfans? où sont les opprimés dont vous avez essuyé 
11 les larmes? Malheur à vous, qui savez les chemins qui 
^ conduisent à la fortune, et ne connoissez pas les chemins 
51 obscurs qui conduisent dans les asyles de la misère. Vous 
•>^ poursuivez avec acharnement le pouvoir qui est au-dessus 
11 de vous, vous méprisez le reste, et vous ne songez guère 
^ à ceux qui sourirent au-dessous de vous ; et si la justice 
i' populaire vient à Vous poursuivre, Vous prenez la jus- 
î' lice pour l'oppression ». 

Voilà ce qu'il falloit répondre. Le caractère des conju- 
rations est le déguisement : on seroil imprudent d'annoncer 
ses desseins et son crime ; il ne faut clone point s'arrêter 
à la surface des discours, mais juger un homme par ce que 



( ™ ) 
Ta pfoDÎté conseille aujourd'hui. La probité conseille main- 
tenant derésterums 5 et ^'acco^deT au peliple les fruits p'énibFcg 
de cinq ans de révolution; la probitéconseille là perte de tous 
les ennemis de la révolution . mais elle ne conseille pas 
n'attaquer ces ennemis de manière à frapper du ttiêmè 
roup la pairie Guillaume Tell , forcé d'enlever une pomme 
delà tôle de son enfant avec une flèche meurtrière, est 
l'image du peuple armé contre lui-même. Soulevons le 
voile qui cache les complots, épions les discours, les gestes, 
l'es prit de suite de chacun. 

Si quelqu'un couroit dans Paris , criant, il faut un roi, 
il sefoit arrêté et périroit sur L'heure : si Quelqu'un, dans 
une société populaire, osoit dire, rétablissons la tyrannie, 
il sefoit immolé. Que doivent donc fa ire ceux qui n'osent point 
parler ainsi, ils doivent dissimuler. Ceux qui auroientdit sous 
1 j srois, dans les places publiques, il ne faut point de roi , rei - 
versons le trône ,auroicntété pendus. Que faisoient alors les 
ennemis de la tyrannie? ils dissimuloient. C'est une chose 
reconnue, que quiconque conspire contre un régime établi , 
eioit dissimuler. Ne jugeons donc point toujours les hommes 
sur leurs discours et sur leur extérieur. Nous pouvons con- 
vaincre de dissimulation ceux qui font et disent aujourd'hui 
ce qu'ils ne faisoient pas et ne disoient pas hier. Il y a donc 
un parti opposé à la liberté, et ce parti est le parti qui dis- 
simule. Ceux qui sont du parti du peuple n'ont plus à 
ris -imuler aujourd'hui ; et cependant ceux-là se déguisent; 
qui s'est déclaré le chef d'une opinion; et qui, quand ce 
parti a du dessous, déclame pour tromper ses juges et le 
peuple contre sa propre opinion. Je laisse ce miroir devant 
les coupables. 

Ainsi commença la révolte de Précy dans Lyon , il dissi- 
mula long-tems : il biaisoit : il inlerprétoit ce qu'il avoit dit 
J'a veille; s'il h'avoit point réussi, il s'accommodoit à la 
liberté; il étoit à toute heure, en toute circonstance, ce 
qu'il falloit paroitre; il paroissoif ; Paccusoit-on, on vouloit 
brouiller les patriotes ; il éclata enfin , il entraîna les foîbtès ; 
il dirigea ceux qui étoient plus forts : il se dépouilla de sa 
dissimulation , prit la cocarde blanche , et se battit. 

Ainsi finira tout parti. Tout parti veut le mal dans Ta Ré- 
publique fondée. Il y a dans Paris un parti; des placards 
rnvalisles, l'insolence des étrangers et des nobles, qui se 
parlent sous la main et à l'oreille , tout l'annonce- 



(II ) 

Lorsqu'un parti s'annonce, il y a un piège nouveau,- 
quelque oouîeur qu'il prenne. La vérité n'est pas artifi- 
cieuse , mais ils sont artificieux, les comptables à la justice 
du peuple (fui veulent lui échapper; les fonctionna ires qui 
se lèvent entre le peuple et la représentation nationale , 
pour opprimer l'un et l'autre, les complices de Chabot, qui 
Veulent le sauver. Il est artificieux * le parti de Pétranger, 
qui, sons prétexte d'une plus grande sévérité que v.pli? 
contre les détenus, n'attend qu'un moment de tumulte ppur 
leur ouvrir les prisons, ,7e vois les imitateurs de Précy, qui 
mit Lyon en révolte contre la liberté ; les imitateurs de 
Charette qui souleva la Vendée contre le peuple français 

Les sociétés populaires étoient autrefois des templos de 
Tégalité. Les citoyens et les législateurs y venoient méditer 
la perte de la tyrannie, la chute des rois, les moyens de 
fonder la liberté. Dans les sociétés populaires on voyoil 
le peuple, uni à ses représenlans, les éclairer et les piger; 
mais depuis que les sociétés populaires se sont remplies 
d'êtres artificieux , qui viennent briguer à grands cris leur 
élévation à la législature , au ministère, au généralat ; depuis 
qu'il y a dans ces sociétés trop de fonctionnaires, trop peu 
de citoyens, le peuple y est nul; ce n'est plus lui qui juge 
le gouvernement, ce sont les fonctionnaires coalises, ei, : 
réunissant leur influence, font taire le peuple, l'épouvan- 
tent , le séparent des législateurs., C Î IU * devraient en être 
inséparables , et corrompent l'opinion dont ils s'emparent, 
et par laquelle ils font taire le gouvernement et dénotii 
la liberté même. Qui ne voit point tous les pièges que l'étranr-j 
ger a pu nous tendre par nos propres moyens. 

La démocratie en France est perdue, si les magistrats 
y ont plus d'infiuence que le peuple, et si cette influença 
est un moyen d'élévation ; on n'a point osé dire encore ces 
vérités simples, par cette raison même que la hiérarchie du 
gouvernement étant renversée, aucune idée, aucun prin- 
cipe n'est à sa place, par la raison que le gouvernement 
Blême semble rédouter l'influence usurpée par ses compta- 
bles, par la raison que la coalition de plusieurs membres 
de> pouvoirs, contre ie peuple, contre la liberté, contre la 
représentation nationale, s'est dpjà fortifiée. 

11 nous inanque une déclaration des principes de noire 
droit public , qui soit une lot sainte et redoutable , qui soit 
lu loi suprême du salut du peuple. Il ne faut point qut* 



( 12) 

^aristocratie puisse braver le gouvernement. Il ne faut pas 
qu'un rebellé qui vend son pays puisse résister à la fuslîce , 

en disant qu'il résiste à l'oppression. Il ne faut point que des 
traîtres conspirent contre la vérité même qui les poursuit, 
et le pouvoir légitime qui les châtie. 

Voilà le fruit de cette parricide indulgence , contre la- 
quelle je me suis déclaré ces jours derniers. Avez-vous 
remarqué depuis ce tems , malgré l'opinion et le cri du pa- 
triotisme , quelle couleur a prise la faction de l'étranger; 
un bruit sourd s'est répandu de l'ouverture des prisons; 
des lettres répandues dans les halles demandoient un roi ; 
elle a tenté de s'emparer de l'impulsion que vous donnâtes 
à la justice contre elle-même ; elle a redouté les cœurs mal- 
heureux que ce décret bienfaisant concilioit à la liberté ; 
elle s'est crue perdue, elle a éclaté plutôt qu'elle ne l'avoit 
résolu ; elle a voulu reporter la mort contre les patriotes et 
le gouvernement , et a tourné contre la sûreté publique celte 
violence que nous implorâmes contre cette faction même; 
car tous les complots sont unis., ce sont les vagues qui 
semblent se fuir, et qui se mêlent cependant. La faction des 
indulgens qui veulent sauver les criminels, et la faction de 
l'étranger qui se montre hurlante, parce qu'elle ne peut 
faire autrement sans se démasquer, mais qui tourne la 
sévérité contre les défenseurs du peuple j touies ces factions 
se retrouvent la nuit pour concerter leurs attentats du jour : 
files narohsent se combattre , pour quel'opinion se partage 
entre elles; elles se rapprochent ensuite, pour étouiler la 
liberté entre deux crimes. 

T/indulgcnce ne consiste pas seulement à ménager les 
criminels qui sont détenus ; cette indulgence n'est pas moins 
coupable, qui épargne les ennemis dissimulés du peuple. 

Oue votre politique embrasse un vaste plan de régénéra- 
lion. Osez tout ce que l'intérêt et l 'affermissement d'un étal 
libre commande. Où donc est la roche Tarpéïenne ? ou 
n'avez -vous point le courage d'en précipiter l'aristocratie ? 
de quelque masque qu'elle couvre son front d'airain ? Quoi f 
le lendemain que nous eûmes conseillé une sévérité Inflexible 
contre les détenus ennemis de la révolution, on tenta de 
tourner contre les patriotes l'essor que cette idée avoit 
donné à l'opinion } cela peut vous convaincre de l'adresse 
des ennemis de la patrie. Tandis que les bons citoyens se 
réjouissaient du nouveau triomphe de la liberté, il se ik 



( i3 ) 

une éruption soudaine imprévue 5 nous vous parlâmes du 
bonheur, l'égôïsme abusa de cette idée pour exaspérer les 
cris et la fureur de l'aristocratie. On réveilla soudain les 
désirs de ce bonheur, qui consiste dans l'oubli des aulres et 
dans la jouissance du superflu. Le bonheur ! le bonheur ! 
sY'cria-t-on. Mais ce ne fut point le bonheur. Persépolis que 
nous vous offrîmes ; ce bonheur est celui des corrupteurs 
de l'humanité. Nous vous offrîmes le bonheur de Sparte et 
celui d'Athènes dans ses plus beaux jours; nous vous -of- 
frîmes le bonheur de la vertu, celui de l'aisance et de !a 
médiocrité ; nous vous offrîmes le bonheur qui naît de la 
jouissance du nécessaire sans superfluité: nous vous offrîmes 
pour bonheur la haine de la tyrannie , la volupté d'une 
cabane et d'un champ fertile cultivé par vos mains. Nous 
offrîmes au peuple le bonheur d'être libre et tranquille , et 
de jouir en paix des fruits et des mœurs de la révolution ; 
celui de retourner à la nature , à la morale , et de fonder la 
République. C'est le peuple qui fait la République par la 
simplicité de ses mœurs; ce ne sont point les charlatans 
qu'il faut chasser au préalable de notre société, si vous 
voulez qu'on y soit heureux. Le bonheur que nous vous 
offrîmes n'est pas celui des peuples corrompus : ceux-là se 
sont trompés qui attendoient de la révolution le privilège 
d'être à leur tour aussi méchans que la noblesse et que les 
riches de la monarchie ; une charrue, un champ, une chau- 
mière à l'abri du fisc , une famille à l'abri de la lubricité 
d'un brigand , voilà le bonheur. 

Que voulez-vous, vous qui ne voulez point de vertu pour 
être heureux? que voulez-vous, vous qui ne voulez point 
de terreur contre les méchans? que voulez-vous, ô vous 
qui, sans vertu, tournez la terreur contre la liberté? et 
cependant vous êtes ligués ; car tous les crimes se tiennent, 
et forment dans ce moment une zone torride autour de la 
République. 

Quo voulez-vous, vous qui courez les places publiques 
pour vous faire voir, et pour faire dire de vous : vois-tu uu 
tel qui parle? voilà un tel qui passe. Vous voulez quitter 
le métier de votre père, qui fut peut-être un honnête arti- 
san, dont la médiocrité vous fit patriote, pour devenir un 
homme influent et insolent dans l'état. 

Vous périrez , vous qui courez à la fortune , et qui cher- 
chez, un bonheur à part cie celui du peuple. 



{ *4) 

Citoyens, ja reviens à cède cruelle idée, qu'après que 
vous nous eûmes parlé de bonheur, le parti de r'rtrauger 
s'efforça d'incliner l'idée du bonb eu r vers l'infamie , vers 
lVgoïsine, vers le mépris de Mïumanife, vers la haine d'un 
gouvernement austère, qui peut seul nuiis sauver. Qne le 
peuple, réclame sa liberté-, quand il est opprimé 5 qu'il 
suive le conseil de Mines, qu'il poursuive les magistrats: 
mais quand la liberté triomphe, et quand la tyrannie ex- 
pire ; que l'on oublie le bien général pour tuer la pairie 
avec un mieux particulier, c'est une lâcheté, c'est une 
hypocrisie punissable ; c'est ainsi qu'on assiège la liberté. 
Toutes les idées se confondent. Dites aux médians : nous 
avons remporté vingt batailles l'année dernière : nous avons 
douze cent mille combattarfs cette année. Cela n'est rien, 
répondra-t-il , j'ai un ennemi personnel dont il faut que je 
me délivre. Ainsi sont conduites nos affaires : tout est ren- 
versé : un fripon que le tribunal révolutionnaire va condam- 
ner, dit qu'il veut résister à l'oppression , parce qu'il veut 
résister à l'échafaud. 

Je ne sais si quelqu'un oseroit vous dire toutes ces choses, 
s'il se sentoit en rien coupable ou complice des maux de 
son pays. Je vous parle avec la franchise d'une probité 
déterminée à tout entreprendre, à tout dire pour le salut 
de la patrie. La probité est un pouvoir qui délie tous les 
attentats. 

Si le peuple aime la vert a, la frugalité; si l'effronterie 
clisparoit des visages 5 si la pudeur .rentre dans la cité, les 
contre- révolutionnaires , les modérés et les fripons dans 
la poussière ; si, terribles envers les ennemis de Ij. révo- 
lutions, on est aimans et sensibles envers un patriote 5 
si les fonctionnaires s'ensevelissent dans leurs cabinets , pour 
s'y assujettir à faire le bien sans courir à la renommée, 
n'ayant pour témoin que leur cœur ; si vous donnez des 
terres à tous les malheureux, si vous les ôtez a. tous les 
scélérats , je reconnois que vous avez fait une révolution : 
mais s'il arrive le contraire, si l'étranger l'emporte, si 
la vices triomphent, si d'autres grands oitf pris la place 
des premiers, si les supplices ne poursuivent point les 
conspirateurs cachés, fuyons dans le néant ou dans le sein 
de la divinité : il n'y a pas eu de révolution; il n'y a ni 
bonheur, ni vertu à espérer sur la terre. 

Savez- vous quel est le dernier appui Je la monarchie? 



( iB ) 

c'est la classe qui ne fait rien, qui ne peut se passer de 
îuxe , de folies; qui , ne pensant à rien, pense à mal; 
qui promène l'ennui, la fureur des jouissances et le dégoût 
de la vie commune; qui se demande, que dît-on? qui 
suppose , qui prétend deviner le gouvernement ; toujours 
prêt à changer de parti par curiosité. C'est cette classe 
qu'il faut réprimer. Obligez tout le monde à faire quelque 
chose, à prendre une profession utile à la liberté. Tous 
ces oisifs n'ont point d'enfans ; ils ont des valets qui ne 
se marient pas , qui sont toujours de leur avis , et qui se 
prostituent aux influences de l'étranger. IN 'avons-nous point 
des vaisseaux à construire, des manufactures à accroître . 
des terres à défricher; quel.-, droits ont dans la patrie ceux 
qui n'y font rien? ce sont ceux-là qui ont du bonheur, 
une idée affreuse , et qui sont \^s plus opposés à la Ré- 
publique. 

Il y a une autre classe corruptrice ; c'est le ménage des 
fonctionnaires. Le lendemain qu'un homme est dans uu 
emploi lucratif, il met un palais en réquisition, il a des 
valets soumis : son épouse se plaint du temps , elle ne 
peut se procurer l'hermine et les bijoux à juste prix; elle 
se plaint qu'on a bien du mal a trouver des délices. Le 
mari est monté du parterre aux loges brillantes des spec- 
tacles ; et tandis que ces misérables se réjouissent , le 
peuple cultive la terre , fabrique les souliers des .- 
et les armes qui défendent ces poltrons indifférons ; ils 
vont le soir dans les lieux publics se plaindre du gouver- 
nement. Si j'étois ministre, dit celui ci ; si j'étois le maître:, 
dit celui-là, toutiroit mieux. Hier ils eloient dans l'opprobre 
et déshonorés. La compassion les a comblés de biens ; lis 
ne sont point assouvis. Il faut une révolte pour leur pro- 
curer les oiseaux du Phase. 

Considérez tous ceux qui se plaignent du temps; ils ne 
sont [joint les plus malheureux : la médiocrité se plaint 
beaucoup moins. Dans le département de la Haute-Vienne 
et de la Corrèze , on a toujours vécu de châtaignes; dans 
le département du Puy-de-Dôme , le peuple vil de pain 
et de légumes dans l'huile. Cet usage est antique dans ce 
heureux par ses mœurs , toutes les campagnes rs 
rivent que de fruits, et les bestiaux qu'elles élèvent comme 
des Ilotes, ne sont ni pour les nourrir, ni pour les vèhV. 
Le commerce leur revend au poids de l'or la toison dont 



(i6) 

ils ont pi îs soin. Ce sont ceux qui ont le plus qui insultent 
le plus le peuple en vivant à ses dépens. Quel mérite 
avez-vous a être patriotes, lorsque vous êtes comblés de 
biens, lorsqu'un pamphlet vous rapporte trente mille livres 
de rente, que vous opprimez les citoyens, et que vous 
êtes libres et puissans ? 

Comme l'amour de la fortune , l'amour des réputations 
aura fait de martyrs! c'est encore un piège que rêtfànger 
tend aux âmes foibJes : c'est ainsi que s'est grossi le nombre 
des conjurés. Il est tel homme qui, comme Eroslrate le 
fit à Delphes . brûleroit plutôt le temple de la Liberté que 
de ne point faire parler de lui. Delà ces orages soudain 
formés. L'un est le meilleur et le plus utile des patriotes ; 
il prétend c\v\e la révolution est iinie, qu'il faut donner 
une amnistie à tous les scélérats. Une proposition si offi- 
cieuse est accueillie par toutes les personnes intéressées , 
et voilà un héros! L'autre prétend que la révolution n'est 
point à sa hauteur: chaque folie a ses trétaux. L'un porto 
le gouvernement à l'inertie, l'autre veut le porter à l'extra- 
vagance ; et le dessein de tous les deux est de devenir 
chef d'opinion , et d'arriver à la renommée suprême. 

Voilà la vérité : s'occuper du peuple modestement , est 
une chose trop obscure , sans doute. Mettez donc la justice 
dans tous les cœurs et la justesse dans tous les esprits, afin 
que le gouvernement soit garanti. 

Toiu le monde veut gouverner , personne ne veut être 
citoyen. Où donc est la cité , elle est presqu'usurpée par 
les fonctionnaires. 

Dans les assemblées, ils disposent des suffrages et des 
emplois , et dans les sociétés populaires , de l'opinion. Tous 
se procurent l'indépendance et le pouvoir le plus absolu , 
sous prétexte d'agir révolutionnai rement , comme si le 
pouvoir révolutionnaire résidoit en eux. Tout pouvoir 
révolutionnaire oui s'isole est un nouveau fédéralisme qui 
contribue, sans doute , à la disette. Le gouvernement est 
révolutionnaire , mais les autorités ne le sont pas intrin- 
séquemment : elles le sont parce qu'elles exécutent les 
mesures révolutionnaires qui leur sont dictées • si elles 
agissent révolutionnairemenl d'elles-mêmes , voilà la 
tyrannie 1 , voilà la cause du malheur du peuple. 

précises donc aux autorites leurs bornes, car^ l'esprit 
humain a ks siennes : le monde aussi a les siennes - 

au-delà 



( H) 

au-delà desquelles est la mort et le néant. La sagessô 
même a les siennes; au-delà de la liberté est l'esclavage, 
comme au-delà de la nature est le chaos. Quoi ! veut-on 
que la nature nous abandonne? Un œil hagard en écrit 
sans naïveté, mais sombre et guindé, où, par un piège 
tendu peut-être depuis longtemps, la liberté est burlesque, 
est-ce donc là tout le mérite du patriotisme? C'est l'étranger 
qui sème ces travers: et lui aussi est révolutionnaire contre 
le peuple , contre la vertu républicaine. Il est révolution- 
naire dans le sens du crime. Pour vous, vous devez l'être 
dans le sens de la probité et du législateur 

Affermissez le gouvernement républicain , c'est au- 
jourd'hui l'intérêt le plus cher du peuple et de la liberté: 
soyez profonds dans vos desseins, comme l'est votre amour 
de l'humanité. Car vous n'avez rien fait en immoLnt le 
tyran , si vous n'immolez la corruption , par laquelle le 
parti de l'étranger vous ramène à la royauté. L'immoralité 
est un fédéralisme dans Fétat civil. Far elle , chacun sacri- 
fieroit à soi tous ses semblables , et ne cherchant que son 
bouheur particulier , s'occupe peu que son voisin soit 
heureux et libre ou non. 

J'ai parcouru notre situation générale, et développé les 
causes secrètes qui sans cesse altèrent la vigueur du corps 
social 5 nous avons parcouru par la pensée tous les chemins 
secrets par lesquels la conjuration a marché ; un pressenti- 
ment était dans l'opinion publique, qu'un grand complot 
étoit ourdi : les convulsions des coupables depuis quel- 
ques jours , qui semblent éperdus de la froideur et du main- 
tien du gouvernement , les nuages répandus sur les fronts 
suspects ; tout présage l'exemple qui sera bientôt donné du 
supplice des criminels. 

Les rois d'Europe regardent à leur montre en ce moment 
eu la chute de notre liberté et la parte de Paris leur étoient 
promises. Vous adhérerez aux mesures sévères qui vous 
seront proposées; vous soutiendrez la dignité de la nation; 
vous serez dignes de vous-mêmes dans cette circonstance ? 
et par la sagesse et par la force que vous déploierez. Il 
est une vérité qu'il faut reconnoitré, c'est que si nous 
nous contentons d'exposer des principes , comme nous 
ne l'avons fait que trop souvent, sans les appliquer, nous 
n'en tirerons aucune force contre les ennemis du peuple. 

B 



( i8) 

£)ue peuvent des paroles contre des conjurés qui se déguisent 
jusqu'au moment où ils éclatent? 

I ne oraison véhémente éveille un moment tons les cœurs , 
les conjurés nous laissent dire : ils sont de votre avis pendant 
les courts instans où l'opinion est frappée. Bientôt api es 
ils se rendent d'autant plus- audacieux qu'on lès soupçonne 
moins. 

II faut donc que j'achève de vous poindre la faction portée 
de l'étranger , qui tend à la destruction du gouvernement 

frçésent) pour lui substituer un cllêf unique. Par-tout où 
'étranger trouve un homme foibic ou corrompu , il le 
caresse, il lui promet tout : peu lui importe , pourvu que, 
sous l'appât d'un grand pouvoir, dont il aura su flatter 
quelques imbéciles, cet empire tombe en lambeaux aux 
pieds de l'Europe asservie. .Peu importe à la tyrannie ce 
que nous serons, pourvu qu'elle soit vengée et débarrassée 
oe l'exemple que Votre existence donne à la terre. Ceux- 
ci travaillent pour l'Angleterre ; ceux-là pour les Bourbons, 
qui adhérent a tout ce qu'on leur propose^ Si la liberté étoit 
ici détruite, ceux même qui auraient prête leur main 
impie à l'exécution de ee complot , seraient les premiers 
égorgés comme les plus suspects et les plus dangereux par 
la puissance de perversité qu'ils auraient fait paraître. La 
réaction de la tyrannie contre une révolution qui aurort 
tout ose pour établir le mal, et le peuple viendrait un jour 
pleurer sur les tombeaux de ses amis inutilement regrettés. 

Est-il donc un patriote qui puisse balancer aujourd'hui 
à soutenir l'Ordre présent dès choses contre ses ennemis, et 
qui ne conjure avec nous contre les conjurés. 

Après avoir développé la marche criminelle et ténébreuse 
(Je la faction de l'étranger; après avoir montré les pièges 
tendus à la liberté par la destruction de tous les sentimens 
de la nature, de la justice, de la morale ; après, a voir 
caractérisé les divers genres de corruption, il faut expli- 
quer ce problème , en apparence inconcevable de la discor- 
dance des diverses factions. 

C'est l'étranger qui arlise rcs fa-clions , qui les fait se 
déchirer par un jeu de sa politique, et pour tromper l'ceii 
observateur de la justice populaire. Par-là il s'établit une 
sorte de procès devant le tribunal de l'opinion ; l'opinion 
bientôt se divise, la République en est bouleversée. Ce, 
nie-yen Ole à la représentation nationale et à ses décrets 



( *s ) 

suprême influence dans l'état, parce que les ravages de 
la corruption dont j'ai parlé rendent la curiosité plus sensible 
aux débats dos partis , et détournent tous les cœurs et tontes 
lés pensées de l'amour et de l'intérêt sacrés de la patrie. 
Ces partis divers ressemblent a plusieurs orages dans le 
môme borison, qui se Heurtent et qui mêlent leurs éclairs 
et leurs coups jour frapper le peuple. L'étranger créera, 
doue-, le plus de filetions qu'il pourra. Peu lui importe qu'elles 
elles soient; pourvu que nous ayons la guerre civile. L'étran- 
ger soufflera même, comme je l'ai dit, la discorde entre- 
les partis q u'M aura l'ait naître , afin de les grossir et de laisser 
la révolution isolée. Tout parti est donc criminel , parce 
qu'il est un isolement du peuple et des sociétés populaires, 
et une indépendance de gouvernement. Toute faction est 
donc criminelle, parce qu'elle tend à diviser les citoyens. 
TotUe faeliôfi est donc criminelle , parce qu'elle neutralise 
la puissance de la vertu publique. 

La solidité de notre République est dans la nature même 
des choses. La souveraineté du peuple veut qu'il soit uni 5 
elle est donc opposée aux factions : toute faction est clone 
un attentat à la souveraineté. 

Les factions étoient un bien pour isoler le despotisme 
et diminuer l'influence de la tyrannie. Elles sont un crime? 
aujourd'hui, parce qu'elles isolent la liberté et diminuent 
l'mrmence du peuple. 

Voilà l'esprit dos factions : l'étranger a médité les causés 
du rênvérsernenf de la tyrannie parmi nous, et veut les : 
employer pour renverser la République; 

Çiifôyens de toute la France, si vous avez un cœur né 
peur le bien et pour sentir la vérité, vo ù s concevrez main- 
tenant les pièges de vos ennemis, vous vous unirez en état 
de souverain 5 pour résister a tous lés partis. 

Il ne tant point de parti dans un état libre, pour qu'il 
puisse se maintenir 5 il faut que le peuple et je gouverne- 
ment les répriment, parla seule raison qu'ils sont favo- 
rables aux projets de l'étranger , comme je l'ai. dit. Repré- 
sentans du peuple , c'est à vous de saisir d'une main hardie 
Te timon de Petat ,• dé gouverner avec fermeté , et d'en) 
imposer aux factions scélérates. Ceux qui font (.'es révo- 
lutions ressemblent au premier navigateur instruit par son 
audace. L'étranger ne sait pas "jusqu'où nous sommes sus- 
cept'ibiêS de porter finfrépid-ité: H fera chaque jour et-auiour- 

B 2 



( 20) 

d'hui même, après ce rapport , la triste expérience des vertus 
el du courage que sa férocité nous impose : en vain ii 
aura tenté de tout corrompre parmi nous , il nous aura été 
nos vices, à force de crimes et de supplices, et nous rendra 
plus puiss&fcs , parce que nous serons devenus des hommes , 
et que l'Europe aura conservé son avarice jees lems difficiles 
passeront. Voyez-vous la tombe de ceux qui conspiraient 
hier ? la voyez-vous déjà auprès de celle du dernier de 
nos tyrans? L'Europe sera libre à son tour, elle sentira 
le ridicule de ses rois : nous lui devrons quelques vertus, 
elle en aura l'exemple , elle honorera nos martyrs. Nous 
saurons nous accoutumer aux privations : mais si son com- 
merce cesse un moment d'assouvir son avidité , que devien- 
drai elle? Voyez-vous aussi les tombes des rois qui nous 
font la guerre i Voyez l'Europe ébranlée les poursuivre. 
Nous aurons avant elle une génération élevée dans la liberté, 
source éternelle de prépondérance, qui l'aidera à s'affran- 
chir de ces rois sauvages : et ne sont-ils point des sauvages 
ceux qui attaquent notre indépendance et qui ourdissent 
tant de crimes ? 

Les relations que nous nous sommes ménagées, nous 
ont appris que Les alliés n'ouvriroient point la campagne , 
pour ne point distraire le peuple , par les évènemens de 
ïa guerre, des mouvemens qu'il prépare dans l'intérieur et 
dans Paris. C'est une campagne de crimes, une campagne 
de troubles, de corruption , de famine qu'on nous prépare. 
Pour voiler ce dessein, le colonel Mack doit faire des 
menaces continuelles, qui, sans danger pour les alliés, 
les feront redouter. Pendant ce teins, il s'ouniissoit une 
conjuration pour renverser le gouvernement actuel et Ja 
représentation, pour y substituer une régence qui auroit 
inenâ'gé et a voit promis le retour des Bourbons. On a remar- 
qué de la joie parmi les émigrés répandus en Europe. 
L'étranger aevpit ensuite proposer la paix à la régence 
usurpatrice et aristocratique, etrecormoitresonautorile.il 
y a pour trois milliards d'assignats imprimés à Bruxelles 
et à Francfort, et affectés sur les biens des patriotes de 
France , avec lesquels on devoit établir des bureaux 
d'échange des assignats républicains dans tous les districts. 
Les moyens d'exécution étoient la destruction de la repré- 
sentation, d'abord par le scandale et le dégoût des hommes 
corrompus ; ensuite par le fer ; les nobles et les étrangers 



(21 ) 

sont dans le complot. Il y a dans Paris des émigrés, on 
en a arrêté au palais de l'Egalité, on en arrête tous les 
jours, ils ont troublé Paris ces jours derniers; ils letrouble- 
roient de nouveau , si vous n'extirpiez le mal dans sa racine. 
Allez chercher ces scélérats chez les banquiers : ils sont en 
pantalons, leurs propos sont révolutionnaires; on n'est jamais 
à leur hauteur; ils concluent toujours par un trait délicat 
dirigé avec douceur contre la patrie. Un patriote est celui qui 
soutient la République en masse ; quiconque la combat en 
détail , est un traître. 

Des mesures sont déjà prises pour s'assurer des coupa- 
bles , il sont cernés. Il reste à prendre des mesures pour 
arrêter le plan de corruption plus pernicieux que les fureurs 
des conjurés mêmes 5 ces mesures, nous vous les propose- 
rons dans une loi sévère , mais juste. Rendons grâce au génie 
du peuple français de ce que la liberté est sortie victorieuse 
de l'un des plus grands attentats que Ton ait médités 
contre elle. Le développement de ce vaste complot, la 
terreur qu'il va répandre , et les mesures qui vous seront 
proposées, débarrasseront la République et la terre de tons 
les conjurés; que tous les citoyens veillent sur la sûreté, 
du peuple, en même teins que le gouvernement poursuivra. 
lés conspirateurs. La guerre sera continuée avec fureur. 
Elus de repos que les ennemis de la révolution et du peuple 
français ne soient exterminés ; plus de pitié , plus de 
foiblesse pour les coupables qui osent attenter à la. liberté 
de leur patrie. 

Nous vous rendrons un compte honorable des périls dont 
nos devoirs nous auront environnés, les conjurés bravent 
la vertu , nous les bravons eux-mêmes. Agrandissons nos 
âmes pour embrasser toute l'étendue du bonheur que nous 
devons au peuple français: tout ce qui porte un cœur sensible 
sur la terre respeclera notre courage. On a le droit d'être 
audacieux , inébranlable , inflexible , lorsqu'on veut le bien. 

Peuple , punis quiconque blessera la justice, elle est la 
garantie du gouvernement libre : c'est la justice qui rend 
les hommes égaux. Les hommes corrompus sont esclaves lés 
uns des autres; c'est le droit du plus fort qui fait la loi 
entre les médians : que la justice et la probité soient à 
Pordre du jour dans la Republique française ; le gouver- 
nement désormais ne pardonnera plus de crimes. Peuple, 
n'écoute plus les voix indulgentes, ni les voix insensées^ 

È 3 



( » )' 

chéris la morale: juge par toi-même, soutiens tes défenseurs, 
(Élève les enfuis dans la pudeur ef dans l'amour de ia 
fatrie: sois en payp avec toi-même, eu guerre avec les 

rois; c est pour ie ralentir conlre les rois, qu'on veut le 
mettre en guerre contre toi -m "me. Quoi ! l'on a pu te destiner 
à languir sous une régence de tyrans qui t'auroit rendu les 
ÏÏauioow ! Quoi! tout le sang de tes enfans morts pour la 
iiber:e auroit été perdu ! Quoi ! tu tffaurois plus osé les 
pleurer ni prononcer leur nom ! La statue de la filent auroit 
été détruite , et cette enceinte souillée par le resle impur des 
l'oya'is'.es et des rebelles de la Vendée ! Les cendres de 
ie> défenseurs auroienl éié jetées au vent! Loin de toi ce 
tableau ! ce n'esi plus que le songe de la tyrannie ; la "Répu- 
blique est encore une fois sauvée. Prenez votre élan vers 
la gloire; nous appelons à partager ce moment sublime 
tous les ennemis secrels de la tyrannie qui , dans l'Europe et 
flans le inonde, portent le couteau de Brut us snuy. leur liabit. 

Il vous sera tait dans quelques jours un rapport sur les 
personnages qui ont conjuré contre la Patrie : les factions 
primineîles seront démasquées ; nous les environnons. L'in- 
térêt du peuple et de la justice ne permet pas qu'on vous 
en dise d'avantage , et ne permet toit pas qu'on vous en dit 
moins 3 parce que la loi que je vais vqus proposer eto.it 
insianîe , et devoit être motivée. 

Je vous propose le décret suivant. 



DECRET. 

Portant que le Tribunal révolutionnaire, continuera 
a r informer contre les. auteurs et complices de la 
conjuration ourdie contre le" Peuple français et ta 
liberté , et fera pomptement arrêter les prévenu > et 
les mettra en jugement, 

La convention nationale , après avoir entendu le rapport 
de son comité de salut public, décrète: 

Le tribunal révolutionnaire commuera d'informer conlre 



(23) 

les auteurs et complices cle la conjuration ourdie contre le 
peuple français et sa liberté ; il fera promptement arrêter les 
prévenus et les mettra en jugement. 

Sont déclarés traîtres à la patrie , et seront punis comme 
tels , ceux qui seront convaincus d'avoir , de quelque 
manière que ce suit, favorisé dans la République le plan 
de corruption des citoyens, de subversion des pouvoirs et 
de l'esprit public; d'avoir excité des inquiétudes, à dessein 
d'empêcher l'arrivage des denrées à Paris : d'avoir donné 
asjle aux émigrés : ceux qui auront tenté d'ouvrir les pri- 
ions 1 ceux qui auront introduit des armes dans Paris , dans 
le dessein d'assassiner le peuple et la li-berté ; ceux qui au- 
ront tenté d'ébranler ou d'altérer la forme du gouvernement 
républicain. 

La convention nationale étant investie par le peuple 
français de l'autorité nationale, quiconque usurpe son pou- 
voir, quiconque attente à sa sûreté ou à sa dignité , directe- 
ment ou indirectement, est ennemi du peuple, et sera puni 
de mort. " 

La résistance au gouvernement révolutionnaire et répu- 
blicain , dont la convention nationale est le centre, est un 
attentat contre la liberté publique : quiconque s'en sera 
rendu coupable , quiconque tentera, par queîqu'acte que 
ce soit, de l'avilir, de le détruire ou de l'entraver, sera 
puni de mort. 

Le comité de salut public destituera , conformément à la 
loi du 14 frimaire, tout fonctionnaire public qui manquera 
d'exécuter les décrets de la convention nationale, ou les 
arrêtés du comité, ou qui se sera rendu coupable de préva- 
rication ou de négligence dans l'exercice de'ses fonctions ; il 
le fera poursuivre selon la rigueur des loix, et pourvoira 
provisoirement à son remplacement. 

Les autorités constituées ne peuvent déléguer leurs- pou- 
voirs ; elles ne pourront envoyer aucuns commissaires an- 
dedans ni au-debors de îa République, sans l'autorisation 
expresse du comité de salut public 5 les pouvoirs ou com- 
missions qu'elles peuvent avoir donnés jusqu'à ce moment, 
sont annuliés dès-à-présent ; ceux qui, après la promulga- 
tion du présent décret, aseroient en continuer l'exercice, 
seront punis de vingt ans de fers- Les agëns des commissions 
des subsistances, des armes et poudres, continueront pro- 
visoiremeni leurï fonctions.. 

B 4 



( 24) 

Il sera nommé six commissions populaires pour juger 
prompteraenl les ennemis de la ré^ iluti no détenus dans les 
prisons. Los comités de sûreté générale et de salut public se 
concerteront pour les former et les organiser. 

Les prévenus de conspiration contre la République 9 qui 
se seront soustraits à L'examen de la justice , sont mis hors 
de la loi. 

Les comités de surveillance qui auront laissé en liberté les 
individus notés d'incivisme dans leurarrondis*ement, seront 
destitués et remplacés. 

Tout citoyen est tenu de dénoncer les conspirateurs et les 
individus mis hors de la loi , lorsqu'il a connoissance du lieu 
où ils se trouvent. 

Quiconque les recèlera chez lui ou ailleurs, sera regardé 
et puni comme leur complice. 

Les individus arrêtés pour cause de conspiration contre 
la République, ne pourront communiquer avec qui que 
ce soit, ni verbalement, ni par écrit, sous la responsabilité 
capitale de ceux qui sont préposés à leur garde et à celle 
des prisons ; quiconque aura participé ou aidé a ces commu- 
nications , sera puni comme leur complice. 

Le comité de salut public est chargé de veiller sévèrement 
à l'exécution du présent décret. Il en rendra compte à la 
Convention selon la loi. L'insertion au bulletin tiendra lieu 
de promulgation. 



PROCLAMATION 

De la Convention Nationale , sur la conjuration 
découverte ; au Peuple Français , présentée par le 
comité de Salut Public, décrétée dans la séance du 
2 germîiiàl, Fan second de la République française , 
une et indivisible. 



Au Peuplï Français, 

Au moment où la nation s'élève par des victoires à ses 
glorieuses destinées \ au moment ou elle prépare de nou- 



( 2 5) 

Vfaux. combals contre les tyrans de l'Europe, leurs vils 
suppôts, déguisés au milieu de nous, alloieut assassiner la 
liberté , et précipiter le peupla clans l'infortune et l'esclavage. 

Le plan d'une contre-révolution sanglante éloit préparé. 

La représentation nationale devoit disparoi tre sous le fer 
des assassins. 

Le sang des patriotes devoit être prodigué à la fureur 
des conjurés. 

Le gouvernement républicain devoit être anéanti, pour 
y substituer les crimes de la tyrannie. 

Les armées dévoient être livrées à l'incertitude des évc- 
nemens 3 ou ôla perfidie de quelques chefs 3 et quand la 
tyrannie auroit été établie dans l'intérieur, les armées 
étrangères auraient consommé l'attentat. 

Cette horrible conspiration , profonde dans ses moyens, 
immense dans ses ramifications, s'est ourdie chez l'étranger ^ 
s'est organisée à côté de nous. Le succès de cette conju- 
ration étoij confié aux ennemis connus de la révolution , 
aux prisonnniers criminels, et à de> hypocrites qui trom- 
poieut le' peuple en jouant le patriotisme. 

En un jour , en quelques heures , à un signal donné ^ 
tous les contre - révolutionnaires étoient réunis , tous les 
scélérats armés, toutes les prisons ouvertes , tous les assas- 
sins déchaînés, et la Convention entourée tout-à-coup dé 
ruines, de cadavres et du sang des patriotes. 

En vain nos efforts constans av oient soutenu le gouver- 
nement révolutionnaire. D'un côté on lui avoit imprimé 
une inertie fatale ; de l'autre , toutes les mesures étoient 
contre-révolu tionnees. 

Depuis quelques jours les spectacles étoient remplis d'a- 
ristocrates, et les rues couvertes de conjurés. Les femmes 
insultoient par un luxe intense à la misère publique, et 
la voracité des égoïstes appeloit la famine au- dedans, tandis 
que des stipendiés la préparoient au-clehors. 

Tous les vents portoient l'orage sur la représentation 
nationale et sur les patriotes , tandis que la calomnie et la 
trahison inondoient les départemens et les armées de fausses 
nouvelles. 

Dans l'un , on publioit orne l'ennemi étoit à six lieues 
de Paris; dans l'autre , on disoit qu'il y avoit eu un projet 
de prendre la cocarde blanche ; plus loin , on racontoit çue 
Paris étoit cerné par les troupes étrangères. 



(26) 

A Paris, on insinuoit, pour effrayer le peuple, que la 
Vendée s'étoit grossie, et l'opinion déchirée recevoit à chaque 
instant des impressions funestes à la liberté. 

Dans quelques villes, on avoit voilé d'un crêpe funèbre 
la déclaration des droits de l'homme, et l'on déroboit à la 
vue des citoyens les hases éternelles de la République. 

Par-tout on arrêtoh Les subsistances qu« le commerce 
appoite à la population immense oie Paris, et l'on jetoit 
dans la rivière où l'on laissoit avarier les subsistances qui 
y étoient ramassées. 

Pendant que certains conjurés excitoient le peuple à 
l'insurrection, Ronsin, l'un d'eux, placé à la tête d'une 
parf'e de la force armée , âvoient apparu avec quelques 
officiers dans toutes les prisons , comme pour y faire la 
revue d'autres conjurés. Ainsi donc, quelques intrigans , 
masqués en patriotes , àvoient conçu le projet insensé de faire 
rentrer la plus belle révolution dans le chaos d'où tant de 
sacrifices ou peuple, tant de travaux de ses représentais , 
tant de courages de ses armées, l'ont fait éclcio. 

Non , citoyens , leurs vœux impies ne seront pas remplis. 
Les conjures sonj saisis: ils sont déjà en présence de la 
justice. 

Connoissez les projets exécrables qu'ils avoient médités; 
vous n'aurez encore qu'une foiblé idée des maux qu'ils vous 
rjservoiciit. 

Il falloit préparer par la famine une crise forte pour 
anéantir la liberté publique 5 il falloit r amener les citoyens 
à un excès de besoin et de malheur, pour l'empêcher do 
s'effrayer du despotisme. Ignorant la vertu cm peuplé qu'ils 
n'aimèrent jamais, et ne mesurant que le désespoir qu'ils 
voulaient exciter en lui, ils osoient espérer de lui donner 
un tyran sous un nom déguisé:; et les marches du nouveau 
trône, relevé par \a main sanglante du crime, étoient les 
cadavres des républicains. 

Combien de moyens étoient déjà employés ! Des déta- 
chemens nombreux d'hommes dévoués à la conjuration 
étoient répandus par-tout. 

Des amas d'armes, de boulets et de munitions étoient 
préparés 5 on en retrouve chaque jour dans la Seine. 

Des aides-de-camp cfe l'infâme Charetîe , des chevaliers 
du poignard reconnus dans b. journée du 10 août, et des 



(27) 

.émigrés , étoient rentrés impunément dans Paris ; des dé- 
serteurs autrichiens étoient entassés dans des casernes. 

Des listes de proscriptions étoient faites , le choix des 
victimes étoit indiqué ; le déchaînement des aristocrates 
détenus étoit le prix de leur atroce complicité avec les 
conjurés ; la destruction de la représentation nationale étoit 
provoquée- la perte des plus ardens défenseurs des droits 
du peuple étoit jurée ; et tout coïncidoit pour commettre 
ce grand attentat. 

0éjà un grand nombre de satellites des conjurés nous 
environnoient. Il en arrivoit tous les jours. Les contre- 
révolutionnaires accouroienl de toutes paru. 

Déjà le service des troupes préposées à l'arrivée des 
subsistances^^ paralysé, ou recevoit une fausse direction, 
les subsistances étoient arrêtées ou cachées , et les moyens 
d'approvisionnement , atténués ou anéantis. On s'assuroit 
de toutes les communications • on intercsptoit tous les 
passages. 

La monnoie et la trésorerie nationale dévoient être 
pillées^ et Pou osoit croire qu'en distribuant des métaux 
et des assignats, on trompferôiï, on séduiroit le peuple. Atï! 
qu'ils te connoissent mal , ces vils conspirateurs , s'ils pensent 
qu'il puissent exister pour toi un trésor plus précieux que 
ta liberté ! ils ne voient donc pas les sacrifices journaliers 
que tu fais pour elle, ton sang prodigué aux années, tes 
sueurs irpantlu es pour fertiliser les campagnes , et tes bras 
toujours eu activité pour fabriquer des salpêtres et forger 
des ai- m es. 

Citoyens , plusieurs factions , qui seront successivement 
punies, trempoient dans la même conjuration , tant le parti 
de l'étranger, qui tient à sa solde tous les vices de la 
royauté et tous les crimes de l'avarice, avoit jeté parmi 
nous de profondes racines. 

Vnv faction a été chargée d'avilir la représentation 
nationale par la corruption des richesses; une autre devoit 
l'assassiner par l'impulsion violente d'une famine factice; 
une iroi.-ième cherchait a dégoûter par toutes les calomnies, 
le peuple, de ses représentans , et par tous les dangers, 
les représentans, de la représention même; et toutes en- 
semble avaient reçu Perdre d'entraver sans cesse le gou- 
vernement , de contre -révolutiormer ses mesures » et 



(*8) 

fl'anéantir insensiblement le peuple par les hypocrites , 
el la liberté par la licence. 

Eh quoi ! lorsque la République s'élance , du sein des 
orages et des trahisons , vers les institutions qui doivent 
assurer la liberté ; quand les représenlans du peuple font 
des lois populaires cpii terrassent l'aristocratie , et qui 
distribuent les richesses des conspirateurs aux patriotes peu 
fortunés ; quand le fléau de la mendicité va disparoître 
devant une plus juste distribution de la fortune , de viles 
passions et de basses intrigues s'opposeroient à sa grandeur! 
Je crime et l'assassinat Parréleroient dans son essor , et 
raffermissement de la République seroit plus diiiicile que 
le rétablissement du despotisme ï 

Loin de nous, ciloj'ens, une aussi affligeante pensée. 
S'il pouvoit exister encore 5 au milieu de la révolution, 
de ces hommes modérés, égoïstes ou indifférens , fléaux des 
républiques , la stabilité des lois nouvelles devroit du moins 
les intéresser , comme le gage utile de leur sûreté per- 
sonnelle. 

Ce n'est pas au milieu des guerres civiles , dans la 
dégradation des droits du peuple , dans l'anéantissement 
de sa représentation , que ces modérés imprudens , ces 
égoisies barbares et ces propriétaires orgueilleux, jouiroient 
de leur fortune ou de leur indifférence. Ce n'est pas 
lorsqu'un grand nombre d'assassins salariés se répandroient 
dans les villes , que des troupes indisciplinée» inonderoient 
les campagnes, que les ciioj-ens provoqués par la faim et 
divisés par le tyran se détruiraient entr'eux ; ce n'est pas 
lorsque toutes les propriétés seroient incertaines , la vie de 
chacun menacée, et la terreur ou les larmes dans toutes 
les familles , que nous pourrions résister aux armées 
ennemies , préserver nos ports , garantir nos foyers de 
l'incendie , et le nom français d'une honte éternelle. 

Que cette conjuration dévoilée et punie serve- donc à 
nous rallier tous , à nous unir, à nous serrer les uns contre 
les autres :. que toute la République imite Paris; son esprit 
public parvenu à la plus grande hauteur dans ces circons- 
tances terribles , nous pressage tous les succès de la liberté. 

Avec quelle rapidité et quel sentiment patriotique les 
citoyens de Paris se sont portés autour de la représentation 
nationale ; avec quelle touchante énergie ils viennent de 
se montrer pour la défense de la République et le sûreté 



( 29 ) ' 

des représentai ! Aujourd'hui des hommes qui avoîenf 
usurpé une réputation de patriotisme , sont mis en juge- 
ment ; hier , c'étoit un jour de tête civique autour de la 
Convention et dans Paris. Aujourd'hui on s'occupe de 
punir les traîtres de l'intérieur 5 hier on portoit du salpêtre 
pour les assassins du dehors. 

Quel moment pour déployer toutes les ressources na- 
tionales , pour réclamer les secours et invoquer l'union 
indissoluble de toutes les parties de la République ! La 
Convention vient d'arrêter par son courage cette terrible 
secousse qui devoit bouleverser toutes les idées , diviser 
les citoyens , introduire des armées étrangères , et faire 
périr la République. 

Quel est le Français qui oseroit supporter l'idée même 
d'un pareil avenir? 'Ne serions-nous plus cette nation libre 
guerrière , qui a abattu dans la même année la tôle du tyran , 
et proscrit toutes les aristocraties; qui a terrassé l'hydre 
du fédéralisme ; qui a chassé les Anglais de Dunkerque , 
les Espagnols de Toulon, les Prussiens de Landau, les 
Autrichiens de Maubeuge, et les brigands royalistes de la 
Loire et de la Vendée? 

Non , non ; les cris des victimes du patriotisme ne protes- 
teront jamais contre nous; nous sauverons la République et 
Jes républicains. De mesures promptes et terribles sont prises 
dans l'intérieur; les armées ne respirent que la haine des 
tyrans, et brûlent de les vaincre. Ainsi, du centre aux 
frontières, peuple, soldats, législateurs, tous Votent la 
rjiort dss traîtres, et l'anéantissement absolu çles fac- 
tions criminelles ; tous votent une campagne terrible contre 
1er hordes étrangères , le bannissement prochain des enne- 
mis de la révolution 4 la marche du gouvernement révolu- 
tionnaire et l'affermissement de la République. 

Citoyens, nous ne cesserons de vous répéter cette vérité ; 
le gouvernement d'un peuple libre n'a d'autre garantie que 
la justice et la vertu du peuple. Il est donc vrai que ceux 
qui cherchent à altérer la justice et à corrompre sa vertu, 
ôtentau gouvernement sa garantie, et.au peuple son gou- 
vernement. Ils doivent donc périr plutôt que la Répu- 
blique* 

La convention nationale ne veut et ne peut vouloir que 
la République , parce que le peuple a voulu et veut la 
République. Ceux qui corrompent ou détruisent la garantie 



( 3o ] 

du gouvernement, ne veulent donc pas la République ; il 
faut donc aussi que les corrupteurs périssent, ou la Répu- 
blique ne sera jamais affermie. Méconnoitre ces vérités, 
c'est (aire renaître l'espérance des conspirateurs, établir 
l'impunité des traitres , rallier les conjures du dehors, et 
faire courir de nouveaux dangers au peuple et à la liberté. 

Mais telle la Convention nationale s'est montrée, lors- 
qu'il s'est agi de punir les fédéralistes et le tyran, telle 
elle se montrera toujours pour punir les faux patriotes et 
les traîtres. Quand eile pense aux biens de tout genre qui 
doivent résulter des loix républicaines pour les Français , 
elle ne peut s'empêcher de leur rappeler que le plus grand 
des forfaits est de s'opposer à l'aile nui sse meut de la Répu- 
blique , et de rejeter la nation dans les chaînes qu'elle a 
brisées. 

La Convention nationale invite tous les citoyens à dé- 
masquer les charlatans en patriotisme, et à dénoncer les 
traîtres, à maintenir la dignité du peuple français, et à 
étendre le principe politique de l'unité de la République à 
l'unité des t spiiis et des coeurs. 

Elle ne cessera de poursuivre tous les attentats contre la 
liberté, toutes les injustices, toutes les négligences des fonc- 
tionnaires publics , elle punira leur orgueil, et les forcera 
de se renfermer dans les bornes de leurs foncions; elle fera 
cesser, par tous les moyens que la puissance du peuple a 
remis dans ses mains, tous les abus par lesquels en s'est 
etîorcé de corrompre ou de paralyser le gouvernement révo- 
lutionnaire.. 

Et vous, 'soldats de îa République, suive/ le cours de 
vos victoires ; c'est pour vos succès que noies travaillons, 
en faisant tomber les têtes conspiratrices : ce sont des train- 
sons que nous éloignons de vos camps, des intelligences que 
nous détruisons dans les places , des dénotes que nous 
épargnons à votre courage. Ce sont vos amis, vos frères , 
vos familles que nous défendons en détruisant; les factions de 
l'intérieur , comme vous les défendez eu exterminant les 
armées de l'étranger. 

La Convention nationale rappelle à tous les citoyens et 
à tous les fonctionnaires , que la justice et la probité sont à 
l'ordre du jour dans la République française. 

Ta t .io en , président; Leyris , "Pey ssARD , Ch. Pottier , 
33e z a ni) , Baudot ,. S. E. M&nnél , secrétaires. 



(3i ) 



JUGEMENT 

Rendu par le Tribunal révolutionnaire , établi par la loi 
du io mais 1793, séant au palais, à Paris, 

Qui sur la décratèon du Jury du jugement ^ portant : ce Qu'il 
n est constant ^ i°. qt? il a existé une coitëpiralion. contre 
11 /« liberté et la sûreté du Peuple. Franc ad s ^ tendant à 
v troubler VEtal par uns guerre civile* en armant les 
55 citoyens les uns contre les autres et centre P exercice 
51 de l'autorité légitime; pur suite de laquelle' , dans te 
55 courant de Ventcsë demie»* , des conjurés dévoient 
55 dissoudre la représentation nationale , assass/ner sas 
n membres et les pat/'iotes .; détruire le gouvernement répu- 
?i llicain , s'emparer de la souveraineté du Peuple , et 
55 donner un tyran à l 1 'Ptai '3 2° 77/tf Jacques-P.ené Hébert , 
55 Charles-Philippe Ronsiri , Fiançais '^Nicolas , Vincent, 
»5 Antoine-François Moîïioro , Frédéric- Pierre Ditcrcr- 
i! quel, Jean-Con racle Kock , Michel Laumur ^ Jean- 
u Charles Bourgeois, Jean^-Buptisle ft£yztîgl, Jean- 
51 Êùptisté Ancard, Armand Hubert - Leclerc , Jacob 
?» Pereyra , Marie-Anne Lâtrêilîe , J'emme Oaeiinoî . 
îi Clootz , dit Anacharsis ^ Francoi-s DesSeux , Antoine 
5» Bescombes , Jean- Antoine - Florent Armant , Paul- 
t.i F/7r/« Dubuisson, Pierre- Jean Bêrthold -Proîy, jorcÉ 
•* convaincus d i étre les auteurs ou les complices de cette 
»i conspirateurs; 
î» Condamne tesdifs Hébert, Ronsin , Vincent, Momoro . 
»i Ducroquet , Kock , Laumur , Bourgeois, Mazuei , 
si A ncard, Hubert'-Leulérc , Pereyra,, lajemms Quetînot, 
jj Clootz , Desfieux , Descombes , Armant, Dubuissôn 
♦ » Rartbold-Proly , « ta peine de mert 5 cir.yf orme ment à 
5î Az /o/ tf« ,yc/ze Décembre 5 »2f7 ,re/f< c^rc/ qualie-ringt-* 
55 douze. 

Vu q germinal , /'an deuxième de la Ré oubli que franc ai se . 
une et indivisible. 

Au nom £u Peuple Français , le tribunal révolutionnaire 
a rendu te jugement suivant: 
Vu parle tiibunal ré^Iiuionnaire , établi à Pari;. paV 



( 30 

décret de la Convention nationale , du 10 mars 1793 , 
l'an deuxième de la République , sans aucun recours au 
Tribunal de cassation ; l'acte d'accusation dressé par l'Ae- 
cusateurpubiic, près iceîui, contre Jacques -Ré né Hébert, 
âgé de 35 .u.cs , né à Alencon, département de l'Orne, 
demeurant à Paris, rue -Neuve-de-l'Egalité, substitut de 
l'agent national de la commune de Paris; 

Charles-Philippe Ronsin , âgé de 42 ans, né à Soissons , 
département de l'Aine, demeurant à Paris, boulevard 
Montmartre, n°. 27 ; avant la révolution! homme de lettres , 
puis commissaires des guerres , puis ordonnateur, puis ad- 
joint du ministre de la guerre , et général de l'armée révo- 
lutionnaire; 

Antoine-François Momoro , âgé de 38 ans, né à Besan- 
çon , département du Doubs, demeurant a Paris, rue de 
la Harpe, n°. 171 , imprimeur- libraire et administrateur 
du département de Paris ; 

François-Nicolas Vincent, âgé de 27 ans, né à Paris, 
y demeurant, rue des Citoyennes, section du Mulius- 
Sccevola , ci-devant clerc de procureur, puis membre de 
la commune, et actuellement secrétaire-général du dépar- 
tement de la guerre ; 

Michel Laumur,àgé de 63 ans, né à Paris, y demeurant, 
rue Croix-des-PetiLs-Ciiamps,n°.42; ci-devant lieutenant- 
colonel de Marine, et colonel d'infanterie, au sixième 
régiment, dans l'armée du Nord, et enfin général de bri- 
gade; 

Jean Conrade Kock , âgé de 38 ans, né à Ulm, en Hol- 
lande , habitant en France depuis 1787 , demeurant à Passy 
près Paris , et encore à Paris, rue Neuve- de-PEgaU té , 
n*. 314, banquier; 

Pierre- Jean Prory , âgé de 42 ans, né à Bruxelles; en 
France depuis 1782, demeurant à Paris , rue \ ivienne , 
n°. 7 , négociant , depuis rédacteur d'un journal ; 

François Desfieux , âgé de 39 ans, né à Bordeaux, de- 
meurant à Paris , rue des Fiilcs-Saint-Thomas, n°. 20, 
marchand de vin en gros; 

Anacharsis Cloots, ( Jean Baptiste ) se disant âgé de 38 
ans, né de Clèves, dans la Belgique, habitant la France 
depuis 27 ans, demeurant à Paris, rue des Mehars^ n°. 663 , 
homme-de-lctiresj ci-devant député à la Convention natio- 
nale. 

Jaçok 



( 33 ) 

O.K-oh Pereyra, âgé de 5i ans, né à Bayonue , cjêparr 
temefit des Ba'ssés-Pyrènnées , manufacturier de tabac, de- 
meurant à Paris, rue Saint-Denis, n?. 413., sectiqu cle 

13oii-Consei! ; 

Marie- An ne-Catherine Latreille, femme Queiinot, ag£g 
de 34 ans, née à Montreuii-Bellay , département de Maine 
et Loire , demeurante depuis six mois à Paris , rue et maison, 
de Bussy ; 

Jean-Antoine-Florent Armand, élève en chirurgie, âge 
de 26 ans, né à Chaylar , département de PArdcche, de- 
meurant à Paris depuis un an, rue et maison de Bussy; 

Jean-Baptiste Ancard, âgé de 52 ans, né à Grenoble, 
département de L'Isère , demeurant à Paris, rue des Mau- 
vais-Garoons-Saint-Germain, coupeur de gants,, journalier , 
et actuellement employé au comité des recherches du dé- 
partement de Paris ; 

Frédéric-Pierre Ducroquet, âgé de 31 ans , né à Amiens, 
département de la Somme , ci-devant perruquiér-çoëlïëur 
et parfumeur, actuellement commissaire aux accaparement 
de la section Marat, demeurant à Paris , rue du Paon, 
section Marat, n°. 2 ; 

Arnaud-Hubert Leclerc, âgé de 44 ans, né à Cnuy, dé- 
partement de Seine- inférieure, ancien archiviste de l'B- 
vêché de Beau vais, chef de division au bureau de la guerre , 
demeurant à Paris, rue Grange- batelière, n°. 10 ; 

Jean-Charles Bourgeois, âgé dé 26 ans, né à Paris, 
y demeurant rue des Sans-Culottes, ci-devant Guisarde , 
section Mucius-Scœvola 5 avant la révolution, menuisier, 
employé c.ans les bureaux de la guerre, commandant dw 
]a force armée de sa section 5 

Albert Mazuel, âgé de 28 ans, né à Commune- AJfran- 
çhie, ancien cordonnier, puis brodeur, ensuite aide-de- 
camp de Boucholte, ministre de la guerre, chef d'escadron 
de la cavalerie révolutionnaire 5 commandant temporaire 
de la ville de Beauvais; 

Antoine Descombes, âgé de 29 ans, né à Besancon ? 
nepartement du Doubs, demeurant à Paris, rue Sainte- 
Croix-de-îa-Breionnerie, ancien garçon épicier; 

Picrrc-Ulric "Dubuisson, âgé de 48 ans, né à Laval , dé- 
partement de la Mayenne, demeurant à Paris , rue Saint- 
Moiioiv, n°. 1447, homme de les 1res 9 nommé à différentes 

G 



(34) 

époques commissaire du conseil exécutif, dont la teneur 
:suit : 

Antoine-Quentin Fofquieti , Accusateur public du 
Tribunal révolutionnaire 4 établi à Paris par la loi du io 
mars 1793, Km deuxième de la République, sans aucun 
recours au Tribunal de cassation, et encore en verlu des 
pouvoirs a lui donnés par ! 'article II d'un autre décret 
de la Convention, du 5 avril suivant, portant: « Que 
» PAccusafcu ' public dudit Tributial est autorisé à faire 
•» am'ter , phursiïïvre et juger , sur ta dénonciation des auto- 
i) rites constituées ou des citoyens ». 

Expose que, par décret de la Convention du 16 Ventôse, 
î 'Accusateur public est charge d'informer, saris délai , contre 
les auteurs et distributeurs des pamphlets, manuscrits ré- 
pandus dans les halles et marc bes, et qui sont attentatoires 
a la liberté du peuple français , et à la représentation na- 
tionale ; et de rechercher en mème-tems les auteurs et agens 
des conjurations formées contre la sûreté du peuple, et les 
auteurs de là méfiance inspirée à ceux qui apportent des 
denrées et des subsistances a Paris;- 

Qu'en exécution de ce décret , il a été procédé à des 
informations et auditions de témoins; qu'en conséquence du 
résultat de ces dépositions et Ca^s pièces remises, l'Accu- 
sateur public a décerné mandat d'arrêt et traduit au Tri- 
bunal té volutionnaire ; 

i°. Charles-Philuppe Rojisin , âgé de 42 ans, natif de 
Soissons , département de l 'Aisne ,' demeurant à Paris, 
boulevard Mont-Martre , commandant de l'armée révolu- 
tionnaire ; 

2. . Jacques-René Hébert, âgé de 35 ans, natif d'Alençon, 
département de l'Oaie 3 agent national près la commune 
de Paris ; 

3 . François-Nicolas Vincent, âgé de 27 ans, secrétaire 
Général du'depa. tement de la guerre, natif de Paris, y 
demeurant rue dés Citoyennes, section de Mutius-Sccevola ; 

4 . Antoine -François Momoro , âgé de 38 ans , né à 
Besançon , département du Doues , demeura ni à Paris, rue 
de la Harpe, n°. 171 , imprimeur-libraire et administra- 
teur du département de Paris ; 

5°. Frédéric - Pierre Ducroquet, Agé de 31 ans, né à 
Amiens , ci-devant paiTiiquier-coeileur et commissaire aux 
accaparemciis de la action de Marat, rue duPacn, n 3 . 2: 



( 35 ) 

6°. Jean-Conrade Kock , âgé de 38 ans , né à Ulm en 
Hollande, banquier, demeura nt à Passy ; 

«7*. Michel Lawnur, âgé de 63 ans, né a Paris , ci-devant 
colonel d'infanterie , maintenant gouverneur de Pbndichéry , 
demeurant rue Croix-des-Petits-Champs ; 

o°. Jean-Charles Bourgeois , âgé de 26 ans, demeurant 
à Paris, rue des Sans -Culottes , section de Mutins- 
Scœvol- ; 

9 . Jean-Baptiste Mazuel , âgé de 28 ans, né à Ville- 
Affranchie, chef d'escadron dans L'armé^ révolutionnaire, 
demeurant à Versailles , boulevard de l'Égalité 5 

ic°. Jean-Baptiste Laboureau âge de 41 ans, natif de 
Arnay- sur- Arçon, département de la Côte-d'Or, médecin 
et premier commis au conseil de santé, demeurant rue de 
la Harpe ; 

ii°. Jean-Baptiste Ancard, âgé de 52 ans, employé au 
département; au bureau des recherches des émigrés, natif 
de Grenoble , demeurant à Paris , rue des Mauvais- 
Garçons ; 

12°. Armand Hubert-Le clerc , ci-devant chef de division 
au bureau de la guerre, demeurant à Paris, rue Grange- 
Batelière; 

13 . Jacob Pereyra, âgé de 5l ans, natif de Bayonne, 
département des Basses-Pyrennées } manufacturier de tabac, 
demeurant rue Saint-Denis , n Q . 55 ; 

14 . Marie- Anne Latrcille, femme Quetinof , âgée de ^ 
ans, née a Montreùil-Bellày ', près Saumur . eî-deyant culu- 
vatrice, demeurant à Paris , rue Rohan, chez la citoyenne 
Corbay , et depuis rue et maison de jBussy 3 

i5°. Anacharsis Cloots , âgé de 38 ans, né à Cîèves, dans 
la Belgique, demeurant à Paris, rue de Mesnars, n«. 563, 
section Lepeiletier , ci- devant député a la Convention, 
homme de lettres; 

16 . François Desfieux, âgé de 39 ans, né à Bordeaux, 
département de la Gironde , demeurant a Paris , rue dea 
Filles-Saint-Ï bornas , marchand de vin de Bordeaux; 

179. Antoine Descombes , âgé de 29 ans, ne a Besançon , 
département du Doubs,. demeurant a Pans, rue Croix-de-* 
la-Bretonuerie, section des Droits-de-l'Homme 5 

1&°. Jean-Autoine-Florent Armand , âgé de 26 ans i natif 
de Cuaylar, département de l'Ardèche , eiève en chirurgie, 
demeurant à Pans , rue et maison Bussy ; 

c % 



(3C) 

&9*. ¥cL\\\-V\ncDubuisson , âgé de 48 ans, né à Lavât 7 
département de la Mayenne, demeurant a Paris , rue Saint- 
Honoré, section de la Montagne, homme de lettres; 

20°. Pierre-Jean 'BertJiold Praly, âgé de 42 ans, né à 
Bruxelles , demeurant à Paris . rue Vi vienne , n°. 7. 

Qu'examen fait, tant des interrogatoires subis par les pré- 
venus, que des pièces et charges, il en résulte que jamais il 
n'a existé contre la souveraineté du peuple français et sa 
liberté, de conjuration plus atroce dans son objet, plus vaste, 
plus immense clans ses rapports et ses détails, que cette 
ourdie par les prévenus, et que l'active vigilance de la 
convention vient de faire échouer, en la dévoilant, et en 
livrant au Tribunal ceux qui paraissent en avoir été les ins- 
-trumens principaux. 

En effet, cette exécrable conspiration, dirigée par des 
incividus qui avoient trompé la nation entière par les dehors 
les plus spécieux du patriotisme , avoit pour objet principal 
-cl 'anéantir à jamais la souveraineté du peuple, la liberté 
fra-ncaise, et de rétablir le despotisme et la tyrannie, en 
usant de ions les moyens , pour priver ce même peuple des 
Subsistances, et en projetant de massacrer et faire massacrer 
les représentans du peuple les plus énergiques et les plus 
zélés défenseurs de la liberté. 

Le tyran indiqué pour asservir le peuple français , ne de- 
voit d'abord lui être présenté que sous le titre de grand 
juge, ainsi que la preuve en est établie dans les informa- 
tions. 

La représentation nationale devoit être anéantie, et dis- 
paraître avec les représentans du peuple, qui auraient, en 
périssant sous les poignards des conjurés, expié le crime 
impardonnable pour les féroces agens de la tyrannie, d'avoir 
soutenu courageusement les droits du peuple. 

Le gouvernement anglais , et les puissances coalisées 
contre la Républiq ue,sont les véritables chefs de cette con- 
juration-, dont les perfides agens, masqués d'une profonde 
hypocrisie , tes uns étFangers, et les autres sortis du sein de 
quelques autorités, revêtus de la confiance du peuple, qu'ils 
avoient usurpée , se replioient en tout sens pour faire illu- 
sion-: comblés de ses faveurs, élevés pour la plupart aux 
foncions publiques, des Motif in, des Hébert, Momoro, Vin, 
cent, des corrupteurs par état, des banquiers étrangers, des 
généraux 3 etoient le* intermédiaires entre ces chefs et les 



(37) 

açens % qui ne vouloient de la révolution que des honneurs 
et des places, pour satisfaire leur ambition , et sur-tqut des? 
richesses, avec lesquelles, à l'instar des tyrans, ils par- 
vinssent à entretenir leurs vices, et à alimenter leurs dé-n 
bauch.es, en insultant au généreux sacrifices du peuple pour 
la liberté. 

Cette conjuration méditée , suivie depuis long-tems sous, 
les dehors du patriotisme , touchait à son exécution, au 
moment où elle a éenoué. Plusieurs factions , qui seront rap- 
prochées dans le cours de l'instruction , usaient au même, 
instant des mêmes moyens , excitoient les mêmes troubles y 
pour arriver les uns et les autres à la destruction du gou- 
vernement républicain , de la représentation nationale, et à 
la ruine des meilleurs défenseurs du peuple. 

Il paroit que c'est chez le banquier hollandais Kock, à 
Passy, que se rendoient les principaux conjurés, Ronsin y 
Hébert, Vincent et Laumur; que là , après avoir médité 
dans Pombre leur révolte cnflinelle et le moyen d'y par- 
venir , les conspirateurs se livroient dans Pespoir d'un 
succès complet, a des orgies poussées fort avant dans la 
nuit. 

Il paroît que les conjurés s'étaient distribués chacun leur 
rôle. On voit Ronsin parcourir de son autorité privée toutes 
les maisons d'arrêt de Paris, avec Pun des sous -comman- 
dant, Mazuel ; on les voit faire désistes dans les mêmes 
prisons , contenant les noms de ceux des détenus qu'ils 
croyoient propres à exécuter leurs infâmes complots. On. 
voit Hébert et Vincent dénoncer tantôt les mauvais citoyens,, 
tantôt les courageux défenseurs du peuple, pour égarer 
L'opinion publique, et confondre dans une ruine commun© 
la représentation nationale et tous les patriotes, comme 
auteurs de la diseitc des subsistances , tandis qu'il est prouvé 
qu'eux seuls, de concert avec leurs complices, Ronsin et*. 
Mazuel tenoient dans Pinaciion la plus coupable , une par- 
tie de l'armée révolutionnaire; ou voit les mêmes conjurés 
et leurs complices Momoro , Ducroquet, Laboureau, An- 
card et Bourgeois , leur proposer de porter une main par- 
ricide sur ce qu'ily a de plus sacré , sur les droits dePhefirame,,. 
de les couvrir d'un \ oile fuuèbre :.on les voit enfin dans tous 
les lieux publics et particuliers . avilir la repré senfation r*a- 
tiouale, en calomniant les patriotes les plus énergiques £' 
oser même les qualifier d'hommes use: -; Propositions faites- 

C s 



(38) 

et suivies sous toutes les formes par l'aristocratie ; on les 
voM eidin calomnier également et avec Un acharnement 
criminel, sous tous les rapports, les membres des comités 
de salut public et de sûreté générale, et se permettre en 
un mot de demander le renouvellement de la représenta- 
t oi ,i .. l£onale;ne calculantque le - ir oit ils auroient 
conduit: le peuple, et méconnoissant sa vertu supérieure à 
tous lés ^ers, ils formoient lespoir |^criiè^e de lui faire 
demande l'esclavage : c'est a ce pi, m de conjuration qu'il 
faut àttribUer les manœuvres employées par Ducroquct , 
ses agens et ses complices, pour empêcher, par tous les 
genres d'oppressions, les approvisionnemens , soit en dé- 
pouillant les vendeurs , soit en arracha ni des mains des 
acheteurs* soit en laissant corrompre partie des denrées 
qu'il avojt induement saisies, soil en s'appropriant les 
autre-,. 

Le système d'affamer Paris- en écartant les approvision- 
nemens de son enceinte, efrsuivi et exécuté par tous les 
complices dans le même temps, et des fonctionnaires pu- 
blics font les défenses les plus sévères de laisser passer les 
provisions destinées pour Paris ; des arrêtés pris par diilé- 
renk-s communes, prononçant même des amendes contre 
quiconque apporterait des denrées à Paris, prouvent jusqu'à 
quel point les conjures avoient porte l'excès des mesures 
qui pourvoient prépalfer et amener la crise effroyable qui 
devait reproduire le despotisme et la tyrannie. 

L'on voir aussi que le projet de Pvousiiï et de ses com- 
plices, étoit moins de faire servir lYaance révolutionnaire 
pour L'iïiffafèi g< nierale de la république, que de la réserver 
pou- l'é» ■'■•>■• de leurs affreux complots 5 si, comme* le 
discît R ■ • lui-même, st il parveucit à por ter l'armée ré- 
s' \ .ire à cent mille hommes, au lieu de six. » Ce 

plan d-'àne fo ce armée aussi considérable, de la part de 
RonsHi e! de ses complices, qui maniiesloit hautement le 
fîesii d'éfra un Cr&mvrel^ ne J*cit-ce que peur 2 ingl-quatrc 
l. . rfltf, démontre qu'il vouîoit, ainsi que tous les usurpa- 
t :,: , fonder sa domination sur les armes et les crimes de 
tous les genres. 

Aussi s'est-on apperçu bientôt de^ progrès rapides que 
faisait chaque jour ce système de dise! le factice, imaginé 
par des conjurés, pour arriver plutôt à l'exécution de leurs 
noirs complote. 



(39) 

Les conjurés, suivant avec la plus active perversité le 
cours de leurs traînes, en tiraient le parti le plus utile à 
leurs projets \ tandis qu'ils aigrissoient le peuple sur ses 
besoins journaliers, ils en attribuoient la cause a ses repré- 
sentons, contre lesquels seuls ils dirigeoient leurs coups* 

Vincent n'a pas craint de déclarer qu'il se proposoit 
d'habiller des mannequins en représentant du peuple , et 
qu'il les.pïaceroit dans les Xhuilcri.es en appelant le peuple 
autour de lui., .et en disant: T'oyez les beaux veprésenùns 
que voua avez , ifs vous, prêchent la simplicité , et voilà 
comme il&se harnachent ; projet qui lient évidemment au 
système d'avilissement de la représentation nationale, formé 
par Vincent et ses complices, suivant les vues des despotes 
coalisés* 

D'autres conjurés , les Besfieiix , les Pereyra , Prali , 
les Descombes, etc. préparoient aussi de leur côté, par 
l'avilissement de la représentation nationale, sa dissolution , 
et ne craignoient pas de publier leurs projets assassins , en 
désignant les rèprésentans du peuple qu'ils se proposoient 
de Lire tomber sous leurs coups meurtriers. 

Ces conjurés commençaient par jeter les Brandéns de la 
discorde entre les membres des deux sociétés populaires 
réunies jusqu'à ce jour , pour écraser les traîtres et les 
despotes, et delà ils tentèrent les mêmes manoeuvres dans 
d'autres endroits, soit publics, soit particuliers. 

Dans le moment où ces conjurés formoient le projet de 
la révolte criminelle contre la souveraineté du peuple et 
le gouvernement révolutionnaire, leurs émissaires se répan- 
doient de toutes parts à Paris et dans les communes envi- 
ronnantes , pour exciter , par des placards incendiaires , 
la rébellion envers la représentation nationale et les autorités 
constituées. 

De tous cotés, des pamphlets, des écrits dislribués dans 
les balles, marchés et autres endroits publics, provoquaient 
le peuple au retour de la tyrannie , dont le rétablissement 
étoit préparé par cette borde de conjurés , eu demandant 
hautement l'ouverture des prisons , pour renforcer le 
nombre de leurs complices, arriver plus promptement et 
plus sûrement au massacre des rèprésentans du peuple : 
déjà même tout indiqué que de nouveaux instrument de 
mort se préparaient.' 

A cette fin, de fausses patrouilles dévoient égorger les 

C 4 



(4o) 

citoyens àje carde aux maisons d'arrêt. Le trésor public et 
la maison de la monnoié dévoient devenir la première 
proie des conjurés et dé leurs corriplices. Il est à remarquer 

que le moment où cette conspiration a éclaté , est celui 
où la Convention a voit rendu un décret sévère contre les 
conspirateurs } et assuroit leurs biens aux malheureux. 

C'est ainsi que les conspirateurs , dont les forfaits dévoient 
surpasser ceux mêmes des despotes coalises contre le peuple 
français, se proposorent de rétablir la tyrannie et anéantir, 
si jamais il eût été possible, la liberté qu'ils n'avaient paru 
défendre que pour l'assassiner plus sûrement. 

D'après l'exposé ci-dessus, l 'accusateur public a dressé 
3a présente accusation contre Charles-Philippe lionsin 5 
Hébert , Momoro , Vincent , Laumur , Kock , ProÎY , 
Desiieux, Anacharsis Cloots , Pereyra , Descornbes , la 
iemme Qtietinot, Armand, Ancard, Bucroquct, Leeiere , 
Mazuel, Laboureau , Dubuisson et Bourgeois, pour avoir 
conspiré contre la liberté du peuple français et la repré- 
sentation nationale • pour avoir tenté de renverser le 
gouvernement républicain , pour v substituer un pouvoir 
monarchique; pour avoir ouvôi le complut d'ouvrir 1rs 
prisons , afin de livrer le peuple et la représentation na- 
tionale à la fureur des scélérats détenus ; pour avoir 
co-inéidé rntr'eux à la même époque , dans le.> moyei s 
et le but de détruire. la représentation nationale, d'anéantir 
îé gouvernement, et livrer la République aux horreurs 
*\c la guerre civile et de la servitude , par la diffamation , 
par la révolte , par la corruption des mœurs , par le 
renversement des principes sociaux, et par la famine qu'ils 
vouloienl introduire dans Paris 5 pour avoir suivi un système 
de perfidie qui tendoit à tourner contre le peupla et le 
régime républicain, les moyens par lesquels le peuple s'est 
affranchi de la tyrannie. 

En conséquence, l'Accusateur public requiert qu'il lui 
soit donné aeie de ladite accusation : qu'il soit ordonné qu'à 
sa diligence, et par un huissier du Tribunal, porteur de 
1 -ordonnance à intervenir, lesdir - Ronsin , Hébert} Momoro s 
Vincent , Laumur , Kock , Proly , Desfîeux , Cloots , 
Pereyra , la femme Québec t, Ancard, Descombes, Du- 
croquet, Leclerc , Mazuel, Laboureau, Dubuisson et; 
Bourgeois , seront arrêtas., pus au corps, et écroués sur les 
1 -très de îa maison d'arrêt de la Conciergerie , où Us, 



(4i ) 

sont détenus , pour y rester comme en maison de justice; 
comme ;uissi, que Lad té ôrdonriàncè^se'ra notifiée tdttt aux 
en cusés qu'à la municipalité de Paris. Fait au cabinet de 
l'Accusateur public, 'e trente "Ventôse, Pan deuxième de 
la République française , une et indivisible. 

Signé, A. O. FOÛQUIER. 

Le Tribunal , faisant droit sur le réquisitoire de l'Accu- 
sateur public, lui donne acte de l'accusation par lui portée 
contre Ilousin , Hébert , Momoro , Vincent , Laumur , 
Kqçk, Proly, Desfleux , Anachars'is Cloots , Pereyra . la 
femme Quetinot , Armand , Ancard , Descombes , Du- 
croquet , Leclerc , Mazuel , Laboureuu , Dubuisson et 
Bourgeois 3 en Conséquence, ordonne qu'à la diligence du 
requérant , et par un huissier du Tribunal, porteur de la 
présente ordonnance , lesdits susnommés , actuellement 
détenus en la maison d'arrêt de la Conciergerie, seront 
écroués sur les registres d'icelle, pour 3- rester comme on 
maison de justice; comme aussi, que la présente ordon- 
nance sera notifiée tant aux accusés qu'à la municipalité 
de Paris. 

Fait et jugé au Tribunal , le trente Ventôse , l'an 
deuxième de la République française , une et indivisible, 
par les citoyens Armand-Martial Hep. m an , président ; 
René- François Dumas, Pierre -André Cor piquai 5 
Claude-Emmanuel Dobsen, Etienne Foucault , Etienne 
Masson , Antoine -Marie Maire , Jean Akdouin , 
Cabricl Deliège , Toussaint-Gabriel Sellier , François - 
Joseph Denizot , Pierre -Noël Sublevuas « Marie- 
Emmanuel-Joseph Lanne , Charles Ha'rny et Charles 
Blavetif, tous juges , qui ont signe la minute du présent. 

L'ordonnance de prise-de-corps , rendue le même jour 
par le Tribunal , contre Hébert , Ronsin , Vincent D 
Momoro, Dueroquet, Kock, Laumur, Bourgeois , Maziie!, 
Ancard, Hubert Leclerc , Pereyra, îa fem.ne Quetinot, 
Cloots , Deslieux , Descombes r Armand , gDtibuissop , 
Berihold Pr.ôly. 

Le procès-verbal de remise de leurs personnes en la niai- 
son d'arrêt de la Cohsjergerïe. 

La déclaration du jury portant, qu'il est constant qu'il a 
existé une conspiration contre la liberté et la sûreté du 
peuple français, tendant à troubler l'état par une guerre 
civile, en armant les citoyens les uns contre les autres, 



contre l'exercice de l'autorité légitime , pir suite de laquelle, 
dans le courant de Ventôse dernier, des conjures dévoient 
dissoudre la représentation nationale, assassiner ses ^Bn- 
bres et les patriotes, détruire le gouvernement républicain, 
s'emparer de la souveraineté du peuple, et donner un tyran 
à l'éttrt. 

Que Hébert , Ronsin , Vincent, Momoro , Ducroquet, 
Kok , Laumur , Bourgeois , Mazuel, Ancard , Hubert- 
Leelerc, Pereyra, femme Çuetinot , Cloolz, Desiieux, Des- 
combes, Armand, Dubuisson, Berthol-Proly , sont con- 
vaincus d'être les auteurs ou complices de ladite conspi- 
ration. 

Le tribunal , après avoir entendu l'Accusateur public sur 
l'application delà loi, condamne Hébert, Ronsin, Vincent, 
Momoro , Ducroquet , Kock , Laumur , Bourgeois , Mazuel, 
Ancard, Hubert -Leclerc , Perevra, la femme Quetinot, 
Clootz, dit Anacbarsis^ Desfieux, Descombes , Armand, 
Dubuisson et Berthôl-Proly ,* à la peine de mort, confor- 
mément à l'article II de la «deuxième section du litre pre- 
mier de la deuxième partie du code pénal , dont lecture 
a été faite, lequel est ainsi conçu : 

tt Toutes conspirations et complots, tendans à troubler 
5» bler l'état par une guerre civile, en armant les citoyens 
55 les uns contre les autres, ou contre l'exercice de l'àu- 
55 torité légitime, seront punis de mort.» Et encore con- 
formément à l'article V de la loi du 16 décembre 1792, 
dont il a été pareillement fait lecture , lequel est ainsi 
conçu : 

u 'La Convention nationale décrète, que quiconque pro- 
55 posera ou tentera de rompre l'unité de la République 
5î française , ou d'en détacher des parties intégrantes, pour 
55 les unira un territoire étranger , sera puni de mort. 55 

Déclare les biens desdits condamnés acquis à la Répu- 
blique , conformément à l'article II du titre II de la loi 
du 10 mars dernier, dont il a aussi été fait lecture, laquelle- 
est ainsi conçue : et Les biens de cêhx qui seront condamnés 
55 à la peine de mort, seront acquis à la République, et il 
55 sera pourvu à la subsistance des veuves jL't des enians, 
55 s'ils iront pas de bien d'ailleurs. 5.5 

Ordonne qu'à la diligence de l'Accusateur public , le pré- 
sent jugement sera mis à exécution dans les vingt-quatre 
iicures, sur La place de la Révolution de cette ville, im- 



(43) 

Erimé , publié et affiché dans toute l'étendue de la Repu- 
lique. 

Fait et prononcé à l'audience publique du tribunal j le 
4 Germinal, l'an second de la République française, où 
éloient présens les citoyens René-François Dumas, Vice- 
président 5 Etienne Foucault, Etienne Massok , Charles 
Biiavet et Pierre Subleyras, Juges, qui ont signé la 
minute du présent jugement avec le gretèier. 

Au nom du peuple Français, il est ordonné à tous huis- 
siers, sur ce requis, de faire mettre ledit jugement a exé- 
cuti n; aux commandans et olRcïers de la force publique, 
de prêter main-forte lorsqu'ils en seront légalement requis, 
et aux commissaires du pouvoir exécutif, d'y tenir la mai». 
En foi de quoi, le présent jugement a été signé par le pré- 
sident du tribunal et par le greiiier. 

Signé y Dumas, Vicc-prétideni. 

N. J. Fa b r i c i u s , Greffier. 

R A P P O R T 

Tait à la Convention nationale , au nom des Comités 
de Salut public et de Sûreté générale, par SAINT- 
Just ,- sur £ arrestation de Hérault - Sic kclks et 
Simcnd , le 27 Ventôse. 



Saint- Just, au nom du Comité de Salut Public' 

Les comité? de Salut public et de Sûreté générale me 
chargent de vous rendre compte de l'arrestation de Hérault- 
Sécheiîes et Simond, membres de cette assemblée. Ils sont 
prévenus de complicité avec les ennemis de la République, 
et ont encouru votre sévérité par un outrage éclatant fait 
à la loi rendue, le 4 de ce mois, contre les conspirateurs. 
•Quintidi dernier, le comité révolutionnaire de la section 



(44) 

iLepetyetier'j qui depuis quelques jours faisoit poursuivre 

un homme prévenu cl 'émigration , l'atteignit dans la mai- 
son et dans l'appartement d'HéraultrSéphellesj cet homme 
y fut saisi , et conduit en arrestation. 

Hérault et Simond, le jour même, se présentèrent dans 
le lieu fù Ton a voit déposé le prévenu, et percèrent à 
travers les gardes pour lui parler. Ils autorisèrent cette 
violence de leur rjualité de députés. En vain on leur objecta 
que la loi interdisoit toute communication avec* les prévenus 
de conspiration, à peine d'être traités comme leur com- 
plice; en vain on leur objecta que le comité de salut public 
etoit saisi de cette affaire : ils persistèrent , et parvinrent 
auprès du prévenu. 

Simond nie ce fait dans la lettre qu'il vous a écrite , 
mais il est constate. 

JNous avons pensé qiu3 dans une circonstance telle que 
celle où nous nous trouvons, la Convention nationale devoit 
être inflexible, s'honorer de faire respecter ses décrets par 
ses membres avec la même rigueur dont elle useroit envers 
tout autre. 

Si l'on réfléchît sur l'intention de la démarche d'Hérault 
et de Simond auprès d'un prévenu , et qu'on cherche à 
l'approfondir , ils ne peuvent être considérés que comme 
des complices qui vouloient donner au coupable le mot 
d'ordre dans l'instruction de son procès. 

Si l'on examine la conduite antérieure de ces deux 
hommes , ils nous étoient déjà suspects : le comité de salut 
public avoit déclaré , depuis environ quatre mois , au 
ier , qu'il ne dcHbéreroit plus en sa présence , qu'on 
e rogardoit comme un ami de l'étranger et comme suspect , 
pour avoir réclamé , les larmes aux yeux, la liberté de 
Proly , s'être saisi des papiers diplomatiques du comité, 
les avoir compromis de manière qu'ils ont été imprimés dans 
les journaux et répandus au dehors. 

Si l'on examine la conduite de Simond , il n'est point 
sûr qu'il ait été du parti populaire dans la Savoie, sa pa- 
irie. Il étoit vicaire .général de l'evêque de Strasbourg, et 
l'ami et le partisan de Schnœder , prêtre autrichien, accu- 
sateur putrfic du Bas-Rhin , qui aujourd'hui est détenu à 
l'Abbaye pour ses attentats, et qu'on a découvert hi^r 
comme étant à la tête da mouvement qui. devoit ouvrir 
\ss prisons. 



ï 



(4-5) 

Il vouloit parler ; il hésitoit. Nous avons une lettre 
entre les mains , écrits par Hérault à un prêtre réfrac- 
taire , clans laquelle il parle d'une manière indécente 
de la révolution, et promet à ce prêtre de l'emploi. Ce 
prêtre a été guillotiné depuis. 

Simond fut le collègue d'Hérault dans sa mission du 
Mont-Blanc 5 leur liaison en ce moment atteste qu'ils 
n'ont jamais cessé d'agir de concert depuis, et qu'ils 
sont complices. 

Vous avez dit que la justice et la probité étoient à 
l'ordre du jour dans la République française ; l'un et: 
l'autre vous commandent une roideur inflexible contre 
tous les attentats; si vous voulez établir la liberté, l'une 
et l'autre vojis commandent d'immoler toute considération 
à l'intérêt public. 

Quelle estxette audace de franchir une loi terrible qui 
punit de mort ses violateurs, ou plutôt quelle épouvante 
et quel désespoir de la part des coupables ont pu les 
porter à cet acte de témérité? ne se sont-ils point juges 
eux-mêmes ? 

Voilà donc le fruit des crimes que tant de gouverne- 
mens se sont épuisés à ourdir. Tous les trésors dès rois 
sont vuides , tous les forfaits sont épuisés, et la liberté 
triomphe , et vous êtes plus grands que vous n'avez 
jamais été. 

Le sénat de Rome fut honoré par la vertu avec laquelle 
il foudroya Catiiina , sénateur lui-même. En vain les rois 
avoient préparé l'avilissement, vous ne pouvez être plutôt 
alteints des insultes de l'étranger , que la Providence des 
imprécations de l'impie. Hérault et Simond sont prévenus 
de complicité dans la conspiration- 

Je vous ai rendu un compte préliminaire. Les Comités 
de sûreté générale et de salut public vous proposeront 
demain le décret et l'acte d'accusation entièrement motivés 
contre eux. 

L'Assemblée confirme l'arrestation des députés Hérault 
«t Simond. 



(46) 
EXTRAIT 

Du Rapport tfAmar sur Faire, etc. 



Araar, au nom du Comité de Salut Public et de Sûreté 
Générale. 

Corrompre plusieurs de nous, nous diviser, nous 
avilir, dissoudre la représentation nationale H nous donner 
un roi, tel étoit le but des cours étrangères, jalouses de 
notre gloire et de nos succès ; mais le complot ne sera 
point exécuté. Le peuple aime la vérité , nous allons lui 
démasquer les intngans qui ont voulu se mettre entre lui 
et vous , et qui faisoient un infâme trafic du patriotisme. 

Nous avons énoncé les motifs qui nous ont fait demander 
l'arrestation de Chabot } "Bazire , Delaunay d'Angers, Julien 
de 'Tculouse et ITabre d'Eglantines ; nous les avons inter- 
roges séparément; ces interrogatoires offrent, les uns des 
contradictions, les autres jettent un grand Jbur.sur le plan 
de corruption 5 c'est Chabot et Baziae ^ir-tout qui vous ont 
découvert celte horrible intrigue. 

"Vous savez, citoyens, les plans de conspiration formés 
par nos ennemis, et exécutes en partie l'année dernière : 
nos villes ont été livrées, nos plans de campagne commu- 
niqués aux brigands, etc. Aujourd'hui c'étoit principale- 
ment un plan de corruption qui avoit été concerté. 

v gèus corrompus parmi nous, se sont attachés des 
émissaires des puissances coalisées, des banquiers anglais, 
des juifs autrichiens, etc. Ils ont prononcé l'exécrable mot 
banqueroute , cl l'agriculteur épouvanté s'est empressé 
d'acheter des grains. Delà les accaparement , l'agiotage. 
C'est a L'agiotage qu'est dû l'emprisonnement de quelques- 
uns de nos collègues : les uns ont écouté les banquiers 
étrangers , d'autres ont eu des relations honteuses avec les 
administrateurs des compagnies de finances. Voila leur. c 
crimes. Voyons quels hommes se sont lies à eux. L'on 



. (47) 

compte dans le nombre Proly , le baron de Frey 3 beau- 
fivre de Chabot, Gusman , espagnol, tons vendus à nos 
ennemis. 

Prolv, fils naturel de Kannitz , dévoué à la plus basse. 
débauche , étoit l'ami des (ruade t, des Brissot. 

Le baron de Frev , dont là famille a été annoblie par 
Marie-Thérèse, el auquel Chabot s'est lié par les liens 
du sang , a trois frères au service de l'empereur. 

Chabot nous a avoué qu'ils ne lui avoient donné leur 
sœur que pour se faire une réputation de patriotisme, eu 
la mariant au premier révolutionnaire de l'Europe. Chabot 
a ajouté que ses beaux-frères avoient été pendus en eir.gie 
à Tienne, que leurs biens avoient été saisis, et qu'ils étoient 
ruines. 

Quoi, Chabot! vos beaux-frères sont ruinés, et ils vous 
donnent leur sœur avec 200 mille livres ! quoi î vous vous 
alliez avec les ennemis de la France ! Vous connoissez leurs 
desseins; ils veulent se faire une réputation de patriotisme.,, 
et vous les secondez dans leur projet de servir l'Autriche j 
l'homme libre ne fut jamais te partisan de la tyrannie. 

Deux autres intrigaris qui ont trempé dans cette affaire 
sont, le baron de Bauoc , ex -constituant , et Benoîte. 

Tous ces individus formoient une association qui jouoit 
à la hausse ei à la baisse , et se partageait le prohi. Le 
baron de Bauce et Benoîte, hahiîes dans l'art de ragi'ôfage 
et de la corruption, étoient entremetteurs. Le but de ces 
hommes vils etoit de faire renchérir les denrées , et de 
porter le peuple a s'en procurer par la violence. 

Chabot, pour faire connaître l'immoralité de ces Indi- 
vidus, témoigna quelques scrupules sur les moyens peu 
délicats que l'association employoit pour s'enrichir. Je ne 
sais pas , lui répondit Benoîte, comment en France on peut 
se refusera faire foi tune; en Angleterre ou achète publi- 
quement les membres du parlement. Je crus alors, ajoute 
Chabot dans son interrogatoire, qu'il me pariait au nom 
de Pitt. . * . . Quoi! Chabot! vous connoissiez ces âmes 
infâmes, et vous restiez dans l'association! Le crime est 
dévoilé; la Convention eu fera justice. {On applaudit.) 

Aroar parle ici de ce' qui est relatif à la compagnie des 
Indes aux compagnies financières , et à la falsification du 
décret de la Convention ; il rappelle {l'abord les différences 
lois qui astreignent toutes les actions financières au ôroit 



f 48) . 

o 'enregistrement , qui prescrivent que les actions ne pou '- 
ro.rft être cédées , sans que la cession et le cession oa ire 

ne soient inscrits sur l'aclion même. I! fait voir ensuite 
comment les agioteurs avoieut trouvé le moyen d'éluder 
la loi. on imaginant les reconnoissanees et les transferts. 

Bazire , continue le rapporteur , nous a rapporté une 
conversaticuiqu'il eut avecDelannay d'Angers , dans laquelle 
on voit la perversité de Pitt mise en action. Pourquoi , 
lui disoil Deiaunay, ne pas imiter les membres du par- 
lement anglais, qui vendent leur conscience? c'est un 
moyen certain d'atteindre la fortune: il âjouloit, pour 
éloigner les doutes qu'élevoit Bazire, il ne s'agit que de 
faire baisser tous les effets des compagnies financières, 
profiter de cette baisse pour acheter, provoquer ensuite 
une hausse Subite, pour remettre ces mômes actions sur 
la place. 

Mais avec quels fonds, dit Bazire ^ faire ces acquisi- 
tions? Bien de plus facile que de s'en procurer, répond 
Delaunay ; l'abbé d'E,-pagnac réclame 4 millions $ il abai- 
dennera pour un certain temps la jouissance , si on lui 
procure son paiement. 
Julien de Toulouse disoit à Bazire ,que tandis que Delaunay 
►résenteroh des mémoires pour faire baisser les effets publics , 
ui , Julien , feroit peur aux administrateurs , aux banquier^ , 
pour favoriser l'association et ses profits ;, qu'on ne demandoit 
à Bazire que de se taire*et délaisser faire, et que Delaunay 
feroit exactement à tous leur part de béiiéficeV. 

Nous reprochons donc aux membres de l'association de 
Delaunay d'Angers, d'avoir suivi, pour perdre le crédit 
national, les mêmes moyens que Brissot et ses complices 
employoient pour perdre la liberté ; d'avoir interprète les 
lois justes de la Convention pour favoriser les gains des 
co-:^socie$ 5 d'avoir substitué aux décrets des representans 
du peuple leurs arrères particuliers, en changeant le texte 
des décrets. 

Bazire a su tous 1 es complots; on lui a offert 100 mille 
livres pour se tri il s'est tu, et en laissant commettre 
le crime, il le commettoil îni-meme. 

Amar passe au faux matériel qui a été commis par les 
accusés , membres de la commission des finances , en 
changeant le texte du décret qui supprime les compagnies 
de finance:". Il a ! les manoeuvres employées par 

eus 



l 



(49) 

«ux ponr empêcher l'exécution, de l'article de ce décret^ 
qui ordonne à ces compagnies de finances de verser au 
trésor public les 8 millions qu'elles devoienl à l'Etat 

Il a cité le trait suivant de Chabot : 5oo mille livres en 
actions de la compagnie des Indes furent déposées chez 
un des accusés pour favorise 1 ," l'inexécution du décret sur 
la restitution des huit millions. 

On parloit de donner sur cette somme 5o mille étuis à 
Chabot. Non pas ^ a-t-il dit, je suis resté pur jusqu'à 
présent , je ne veux point de celte somme. Sous partagerons 
le tout au même instant-^ afin que nous ne paroissiens pas 
plus fripons les uns que les autres. 

Le rapporteur , après avoir redit tout ce que Chabot 
avoif déclaré pour s ? erforcer dé taire croire que son intention 
avoit été 'le ne suivre la marche des conspirateurs que pour 
mieux les Taire arrêter tous au même instant, a détruit le sys- 
tème de cet accusé , et donne toutes les raisons que le comité 
de sûreté générale avoit de croire que Chabot étoit lui- 
même un conspirateur. 

Auiar, avant de terminer son rapport, ajoute que des. 
renseignemens certains prouvent que Delaunay et Chabot 
avoient reçu des sommes considérables pour intriguer dans 
l'affaire des 21 députés décapités , et sauver Fonfrède et 
Ducos. C'est Bazixfi q.ui a dénonce ces manœuvres de Chabot 
et He Delaun y. 

Le rapporteur résume les faits , et conclut au décret 

d'accusation contre Chabot , Delaunay d'Angers , Julien 

de Toulouse el Eabrç d'Eglanliues comme auteurs.de la. 

conspiration 5 et contre Bazire , comme complice, et à leur 

s pi devant le tribunal révolutionnaire , pour y être,)jugés 

iformement aux lois. 



D 



(5o) 



RAPPORT 

Fait à la Convention nationale , au nom de ses comités 
de Sûreté générale et de Salut public , sur la Conjuration 
ourdie depuis plusieurs années, par les Factions crimi* 
utiles pour absorber la Révolution française dans 
u?ichaugnnenidedynastie;ctcontriFabTc-dij'?\2intine, 
Danton , Pliilippeaux , Lacroix, et Camille-Des- 
■ moulins, prévenus de complicité dans ces Factions 
et d autres délits personnels contre la Liberté; pw 
Saint-Just. 

Séance du n GerminaL 



CITOYENS, 

La révolution est dans le peuplo ; et non point dans 
Ja renommée de quelques personnages. Cette idée vtàlp 
est la source de la justice et de l'égalité dans un état libre: 
elfe est la garantie du peuple contre les hommes artificieux 
qui s'érigent en quelque sorte en praticiens , par leur audace 
et leur impunité. 

Il y a quelque chose de terrible dans l'amour sacré de 
la patrie; il est tellement exclusif, qu'il immole tout sans 
pitié , sans frayeur, sans respect humain, %à l'intérêt public; 
jil précipite Manlius ; il immole ses affections privées ; il 
entraîne Régulus à Cartilage , jette un Romain dans un 
abîme, et met Marat au Panthéon, victime de son dévoue- 
ment. 

Vos comités de Salut public 9t de Sûreté générale, pleins 
£e ce syjitimeut, m'ont eh*rg? de vous demander justice 



(5i ) 

au nom de la patrie , contre des hommes qui trahissent 
depuis long-tems la cause populaire , qui vous ont fait la 
guerre avec tous les conjurés, avec d'Orléans, avecBrissot, 
avec Hébert , avec Hérault et leurs complices , et conspirent 
en ce moment avec les rois ligués contre la République ; 
qui ont favorisé le projet de vous détruire et de confondre 
le gouvernement républicain , ont été -les défenseurs de» 
traîtres et vos ennemis déclarés, et qui , pour échapper à 
la justice, prétendent que l'on vous attaque en eux. fis a» 
témoignoient point cet intérêt pour vous, lorsqu'ils dema ru- 
doient l'impunité de vos assassins et votre renouvellement, 
qui eût été suivi de votre perte et de celle de la liberté*. 
Puisse cet exemple être le dernier que vous donnerez de 
votre inflexibilité envers vous-mêmes ! Puissiez-vous, après 
les avoir réprimés, voir toutes \c^ factions éteintes, et jouir 
en paix de la plénitude de votre puissance légitime , et 
du respect que vous inspirez! 

On a tenté depuis long-temps devons avilir, s'il étoit 
possible : vous avez marché entre la factjon des faux 
patriotes et celles des modérés que vous devez abattre. 
Ces factions , nées avec la révolution , l'ont suivie dans 
son cours, comme les reptiles suivent le cours des torrens. 
Il faut quelque courage pour vous parler encore de sévé-» 
jité , ap^ès tant de sévérité : l'aristocratie dit : I/s vont 
s'entre-detruire. Mais l'aristocratie ment à son propre coeur ï 
c'est elle que nous détruisons , elle le sait bien. La liberté 
ne fut point compromise par le supplice de Brissot et de 
Ronsin , reconnus royalistes. N'écoutez point la voix de 
ceux qui, tremblant devant la justice, s'efforcent de lier 
leur cause à l'illusion du patriotisme : la justice ne peut 
jamais vous compromettre , mais l'indulgence doit vous 
perdre. 

Je viens donc dénoncer les derniers partisans du royalisme, 
ceux qui, depuis cinq ans, ont servi les factions, et n'ont 
& uivi la liberté que comme un tigre suit sa proie. Je vais 
analyser rapidement ce qui s'est passé, puis j'achèverai 
de vous dépeindre la conjuration , et vous désignerai ses- 
derniers complices. 

Les conjurations instruisent les gouvernemens à veiller 
*ur les mœurs et à conserver la pureté des principes sur 
lesquels repose la législation : elles sont un signe certain 
tiu'on a négligé de corriger beaucoup d'abus, et sur-tout 

D % 



C 5a ) 

de punir l'injustice ; que L'insensibilité des lois pour le 
inaltieùr el peur les rnécontentemeîis légitimes, a grossi 
les factions, et que l'indulgence pour les méchans 3 ou la 
corruption des fonctionnaires, a découragé les cœurs et loi 
a rendus inclinerons pour la patrie. 

Nous avons passé par lous (es orages qui accompagnent 
ordinairement les vastes desseins. -"Une révolution est uno 
entreprise héroïque , dont les auteurs marchent entre les 
périls et l'immortalité: la dernière vous est acquise si vous 
savez immoler les factions ennemies. 

Elles sont le dernier espoir de la tyrannie 5 elles ont leur 
source dans la passion ordinaire de tourner a son! avantagé 
personnel la réputation que l'on s'est faite 3 elles ont une 
autre source dans l'opposition étrangère. C'est ainsi quo 
les gouvernemens européens ont corrompu , depuis cinq ans, 
un grand nombre de ceux qui avoient joué un rôle dans 
la révolution. Beaucoup de gens ont assez d'esprit pour 
faire le bien; peu de gens ont un cœur propre à le vouloir 
opiniâtrement. Qu'on ne s'étonne plus de la chute de tant 
de tréfaux ; ce fut chez tous les peuples la marche de 
l'esprit humain , et c'est ce qui. nous est resté de la monar- 
chie. Tout ce que les tyrans nous reproche de mal nous 
vient d'eux-mêmes , et l'Europe serait heureuse s'ils n'y 
ïégnoient point. 

Plaise au ciel que nous ayons vu le dernier orage de 
la K&erté, et que l'expérience nous ait appris qu'il faut 
une garantie au gouvernement libre . f C'esî ce que je me 
propose de démontrer encore , en vous offrant dans ses 
détails, dans sa marche , ses moyens et son but, la con- 
juration ourdie depuis plusieurs années contre la révolution. 

Vous aviez négligé de préciser la garant ie du peuple et 
la votre contre l'influence des pouvoirs intermédiaires. Les 
hommes revêtus de ces. pouvoirs s'uuissant pour vous 
accabler, le gouvernement était trop foible contre eux, 
parce qu'ils étoient livrés à l'intrigue et résistoient au bien 
public : delà la marche convulsive des affaires. Vous ne 

Ï:ouviez atteindre immédiatement tous les abus, les agenS 
es favorisoient. .Rappelez-vous qu'ils ont tour-à-tour été 
livrés à Lafayette , à Dumouriez , . au fédéralisme. Le 
caractère personnel de quelques-uns de leurs membres a 
sauvé la patrie dans les crises et dans les trahisons 5 mais 
la majorité de ces agens parut toujours livrée aux attentais. 



(5 3 ) 

L'étranger avoit calculé toutes les conséquences d'un 
régime où les derniers fonctionnaires coalisés se réndoient 
plus puissans que le gouvernement même. Deux relisons 
énervoient les institutions ; dans les uns , l'envie de sortir 
de l'honnête otecurité ; dans les autres, la perfidie et la 
complicité avec les ennemis de la patrie, Lue troisième 
raison renversoît sans cesse l'harmonie suprême d'action 
dans le corps politique : c'étôit l'usurpation constante do 
rinlluence de la représentation nationale et du gouverne- 
ment républicain émané d'elle. 

Nous allons voir quel parti les factions surent tirer dé 
ses vices de notre complexion; nous allons voir comment 
tous les crimes , forcés à dissimuler pur la violence du 
penchant du peuple vers la liberté , fermentèrent pell ;- 
melle avec la révolution ; nous allons démasquer tous les 
visages , nous allons suivre pas à pas l'étranger. 

Depuis le commencement de la révolution, l'Angleterre 
et les goùvernémens ennemis du peuple français ont per- 
pétué parmi nous un parti composé cfe diverses factions 
co-incidentes , mais quelquefois inconnues les unes aux 
autres ; l'une d'entr'elîes étoit-elle abattue , les autres 
étoient mises en mouvement par la crainte , et venoieut 
intercepter le cours de la législation et de la justice qu'elles 
redoutaient,. 

Le parti d'Orléans fut le premier constitué ; il eut des 
branches, dans toutes les autorités et dans les trois législa- 
tures. Ce parti criminel , mais dénué d'audace , s'est toujours 
revêtu des prétextes de circonstances et des couleurs domi- 
nantes : de-là est venue sa ruine ; car, dissimulant toujours 
et ne brusquant pas, il étoit emporté par l'énergie des 
hommes de bonne foi et par la force de la vertu du peuple 
et suivoit toujours le cours de la révolution, se voilant sans 
cesse , et n'osant jamais rien. 

C'est ce qui fit croire au commencement que d'Orléans 
n'avait aucune ambition; car, dans les circonstances les 
mieux préparées, il manqua de courage et de résolution. 

Ces convulsions secrètes des partis qui dissimuloient , 
ont été les causes des malheurs publics. La révolution 
popularie étoit la surface d'un volcan de conjurations 
étrangères. L'assemblée constituante, sénat lo jour, eloitla 
nuit un ramas de factions qui préparoient la politique et 
les artifices du lendemain. Les affaires avoient toujours un© 



D 3 



(5 4 ) 

double intention : l'une ostensible et colorée arec grâce ; 
l'autre secrète, et qui menait à des résultats cachés et con- 
traires à l'intérêt du peuple. 

On fit la guerre à la noblesse, amie coupable des Bour- 
bons pour applanir le chemin du trône à d'Orléans. On 
voit à chaque pas les efforts de ce parti pour ruiner la 
cour, son ennemie, et conserver la royauté ; mais la perte 
de l'une entraînoit l'autre, aucune royauté ne peut se 
passer de patriëiat. 

On avoit compté sur l'ascendant de Mirabeau pour con- 
server le trône sans patricien. Lui mort, on essaya dans la 
révision de constituer ce problème : on ne le put pas. La 
législation étant impuissante pour favoriser ce parti , on 
se jeta dans la politique et dans l'intrigue. Une nouvelle 
scène s'ouvre ; les crimes du tyran avoient fait abhorrer 
la royauté , que Brissot , Vergniaud, Petion et leurs com- 
plices vouloient maintenir pour d'Orléans : l'opinion du 
peuple étoit tellement opposée à la monarchie; qu'il n'y 
avoit aucuns moyens de la maintenir ouvertement. Alors 
on voit le parti d'Orléans dissimuler de nouveau; c'est lui 
qui propose quelquefois le bannissement des Bourbons , et 
c'est lui qui veut les remettre sur le trône ;• c'est lui qui 
veut rétablir la royauté, et qui la proscrit en apparence ; 
c'est lui qui tous les soirs se retrouve avec d'Orléans; c'est 
uiqui te dénonce et le persécute en apparence. 

Celle conduite devoir foire paroître les partisans secrets 
cle Ja tyrannie les meilleurs amis de la liberté , et leur con- 
cilier l'opinion de manière à ce que , le parti républicain 
étant renversé et la confiance sans bornes en eux, ils 
pussent tout tenter parmi l'enthousiasme qu'ils auroient 
inspiré. 

Celle politique ne put résister à l'énergie des partisans de 
là République. Dumouriez., l'ami des rois et le chef de la 
faction d'Orléans; Dumourie« , qui ne s'étoit déclaré contre 
Lafayeite que parce que celui-ci étoit l'homme de la cour ; 
Dumouriez, qui vouloit le bannissement du roi, mais 
non sa mort 3 pour lui subslituer une autre dynastie; Du- 
mouriez, l'homme de d'Orléans et de Brissot, éclate. La 
politique de Brissot et ses complices est découverte; c'etoit 
un roi de la famille d'Orléans que l'on avoit voulu. Tout 
est rapproché, les liaisons sont découvertes, d'Orléans est 
exécute , il est puni de ses prétentions criminelles. Mais 



(55) 

les factions qui avoient ourdi son parti lui survivent ; 
elles survivent , les factions amies de Dùmourîez : peuvent- 
elles aimer la République ? Non. N'espérez doue de paix 
dans l'eiat que lorsque le dernier partisan de d'Orléans , 
que lorsque la faction des iudulgens qui protège l'aristo- 
cratie . que lorsque les derniers amis de Dumouriez, et 
ceux qui ont trempé dans les trahisons sans être découverts 
jusqu'aujourd'hui , seront morts : tout cela compose la 
conjuration dé l'étranger. Il a conspiré sans cesse au milieu 
de nous (depuis 5 ans) en corrompant les orateurs pour 
nous donne*- des conseils funestes, que les circonstances 
amenées ne permettoient pas de combattre , en avilissant 
nos monuoies , en bouleversant nos colonies, en achetant 
les généraux et les pouvoirs, en détruisant notre commerce , 
en interceptant la circulation des denrées, et en constituant 
chaque département, chaque district, chaque commune, 
chaque section même, eu fédéralisme de fait et en autorité 
indépendante de la représentation nationale. Il a moins 
espéré de la force des armes que de l'imprévoyance des 
Français , et notre conduite n'a que trop justifié cet 
espoir. 

Un régime nouveau s'établit difficilement, sur-tout dans un 
grand empire, où la multiplicité des rouages, cjies rapports 
et des dangers , fait que la plupart des abus échappent a la. 
justice et résistent à la sagesse. Comment démêler les in- 
trigues qui rompent tous les fils et confondent l'attention ? 
Comment faire écouter la voix tranquille dn bon sens, au 
m lieu des pièges qui lui sont tendus par l'esprit ? 

Mais enfin les périls auxquels la Liberté vient d'échap- 
per, ont rendu les citoyens plus attentifs. Que le passé nous 
instruise. L'étranger n'a pas résolu sans doute de nous 
laisser en paix : c'est à nous à dévoiler tous les partis qu'il 
a formés, tous les partisans qui lui restent, et les trames 
qu'on a tissues: c'est avec les débris de^ factions échappées 
au supplice, qui craignent l'avenir, qu'on en créeroit de 
nouvelles. 

Les division de Mirabeau etdesLameih, qui éloient du 
même parti ; les divisions des Lameth et de Lafayelle qui 
soutenoient la royauté 5 celles de Brîssot et de d'Orléans, 
qui ctoient secrètement amies 5 tout nous cotivainc qu«* 
l'étranger forma ûu favorisa de tous temps divers partis 

D 4 



(56) 

pour ourdir les mêmes complots et potir les rendre inex- 
tric\-:l les. 

Tout récemment Hébert , le partisan couvert de la 
royauté^ déclamoit contre les banques, et soupoit tous les 
"Soirs c liez les banquiers ; i! parut l'ennemi déclaré de 
Chabot , et, le jour de L'arrestation de Chabot , Hébert et 
sa femme y dévoient souper. Bien plus, pendant l'arresta- 
tion de' Ch,. bol , Hébert îfa cessé de déclamer contre lui, 
et il et oit son partisan. 

Ronsin yoy'oît les étrangers Frey, beau-frères de CUabot. 
Le banquier Co'onknoff ; Hollandais , avoit été l'ami de 
Dùmdurîez et le confident de tous ses desseins ; il rédigeoit 
le journal du Batave avec Clootz , qui aimoit l'uni Vers , 
excepté la France; et jamais on ne se douta de ces points 
de côntract entre Ronsin, Chabot, Hébert et Clootz ., qui 
même sembloient divisés. 

Il y eut une l'action en 1790 pour mettre la couronne 
sur la tête de d'Orléans ; il y en eut une pour la maintenir 
sur la télé des Bourbons; il y eut une autre faction pour 
mettre sur le trône de la France la maison d'Hanovre : 
ces factions furent renversées le 10 août avec la royauté. 
La terreur força à dissimuler plus profondément tous les 
conjurés secrets en laveur de la monarchie ; alorstoulesc.es 
fa étions prirent le masque du parti républicain. Brissot, la 
Gironde et Dumouriez combinèrent la faction d'Orléans ; 
Carra , la fiction d'Hanovre ; Manuel , Lanjuinais et d'au- 
tres, le parti des Bourbons. Ces partis divers qui avoient 
chacun un but politique , 6e confondoient dans la haine du 
parti républicain. Les périls unirent les premiers ; ils 
finirent par combattre tous ensemble. L'étranger favorisa 
ces diverses factions ; il leur donna des armes dans la 
Vendée : avec elles il incendia les arsenaux, par elles il 
disloqua l'empire et le ht tendre au fédéralisme, pour en 
réunir les débris sous le régime monarchique; par elle il 
soutint Dumouriez ; par elle il a tout tenté pour vous 
détruire j pour renverser votre gouvernement , vous amolir 
et vous renouveler. L'étranger employa ces fictions à tous 
les crimes par lesquels il prétendit à relever le trône ; ou à 
nous empêcher de constituer la République. 

II y eut un autre parti qui se joua, et fut de tous les 
autres , qui tantôt voulut usurper , tantôt fut royaliste , 
tantôt voulut des richesses, tantôt songea à se ménager 



(5 7 ) 

une grande autorité quelque régime qu'il survîfif , tantôt 
servit l'étranger : ce parti , comme tous les autres, dénué 
de courage , conduisit la révolution comme une intrigue 
de théâtre. 

Fabre-d'Eglantine fut à la t^te de ce parti ; il n'y fut 
point seul; il fut la cardinal de Retz d'aujourd'hui : pfané^ 
gyriste de d'Orléans , il a été jusqu'au moment de sa déten- 
tion, et même depuis , le continuateur de toutes les factions; 
il usa de toutes les intrigues des autres pour intriguer 
par elles, les dénonçant pour ne point partager leurs périls 
et leurs imprudences: les servant lorsqu'il éfôit sur de no 
se point compromettre ; laborieux , parlant toujours aux 
autres le langage qui étoil dans leur cœur, avec un front 
péniblement sincère , et les conduisant par leur propre» 
penchant 5 cherchant soigneusement tout ce qui se passoife 
pour savoir ou trouver un fripon pour instrument de ses» 
desseins , et connoitre tous les yeux ouverts sur l'intérêt 
de la patrie ; pour les éviter ou les irom per. Il peignit 
faussement Mara't sous quelques-unes de ses propres cou- 
leurs , pour s'attirer une estime secrète ; il joua sur les 
esprits et sur les cœurs , sur les préjugés et les passions., 
comme un compositeur de musique sur les notes d'un 
instrument. 

Fabre fut royaliste de tous tems dans le fond de son* 
cœur ; il dissimula comme les autres 5 parce qu'il étoif. 
lâche. 

Ce fut dans la journée du 10 août que les chefs des 
différens partis royalistes se montrèrent à découvert. Pétiou , 
Carra , Vergniaux , Brissot , s'efforcèrent d'enchaîner le 
torrent du parti républicain; on les vit implorer le peuple 
en faveur du ïyrân et de sa famille. Fabre contribua à 
sauver Duport ; il avoit eu , avant le io août , des intel- 
ligences avec la cour ; il se prétendoil le confident de toutes 
les intrigues des Tuileries ; beaucoup de gens lui ont entendus 
dire qu'il jouoit la cour j il est très - vraisemblable qu'il 
jouoit tout le monde. 

Fabre ne dit presque mot pendant les dix premiers mois 
de la Convention ; il ménagea Dumouriez, Brissot et les 
Jacobins, et attendoit en équilibre que la victoire sa fût 
décidée entre le crime et la vertu. 

Au mois de juin, les intrigues au? h. terreur du 31 mai 
avoit rompues, se renouèrent. Cbiiq'ue facile )ïi avoil un bat 



(58) 

particulier, toutes tendoient à la destruction de la Convention 
et du gouvernement. Chaque faction ayant ses créatures 
et ses dupes, il s'ourdit une conjuration sourde et compliquée 
qui corrompt tellement les pouvoirs et l'esprit public, que 
la Convention nationale et les patriotes de bonne loi restèrent 
isolés. 

Il y eut alors un parti chargé par l'étranger de corrompre 
la Bepublique, d'y lancer la guerre civile par des opinions 
brusquement énoncées et soutenues par la violence. Un 
ami de Chaumeîte dit dans une société populaire de la 
Nièvre , qu'il alloit arriver le lems où l'attachement d'un 
père pour son enfant , où le respect filial seraient punis 
comme des attentats a la liberté naturelle des êtres. 

Une société populaire , livrée à Chaumelte, osa censurer 
votre décret sur les cultes, et loua dans une adresse l'opinion 
d'Iïébert et de Chaumetîe. Fabre soutint ici ces opinions 
artificieuses. On attaqua l'immortalité de l'ame qui consoloit 
Socrate mourant. On prétendoit plus; on s ; efforça d'ériger 
l'athéisme en un cube plus intolérant que la superstition. 
On attaqua l'idée de la providence éternelle , qui sans 
doute a veillé sur nous. On aurait cru que l'on vouloit 
bannir du monde les affections généreuses d'un peuple libre , 
la nature, l'humanité , l'Etre-Supréme , pour n'y laisser 
que le néant, et la tyrannie et le crime. Combien d'en- 
nemis n 'espérai t-on point faire à la liberté, en lui imputant 
ces culrages ! Us sont reconnus aujourd'hui traîtres à la 
patrie et royalistes, les auteurs de ces trames. 

Chaumelte, dans letems de ces prestiges, envoya trente 
mille livres à son père ; il l'averti de n'acheter ni domaines 
nationaux, ni biens d'émigrés. 

Puissent les patriotes qui couvrent la France, s'aimer 
as^ez pour ne rien faire qui attire de nouveaux troubles 
dans la patrie! que les Français honorent la raison, mais 
que la raison n'oublie point la divinité. 

C'est une chose remarquable, et dont la postérité aura 
honte , que l'étranger prît le rétablissement prétendu de 
la religion pour prétexte de la guerre qu'il nous fil, et 
s'efforça en méirfe-tems de nous donner l'athéisme. 

Il y' eut un autre parti chargé de corrompre les repré- 
sentons du peuple , pour faciliter le scandale ef la révolte 
aristocratique que 'Pou méditoit ; ce fut celui de Chabot. 
Un autre ^arti ? initié dans tous les autres, fût chargé 



(5 9 ) 

d'attaquer et de détruire le gouvernement et la représen- 
tation nationale, soit par la force, soit en obtenant son 
renouvellement. 

Les partis criminels, chargés par l'étranger d'attaquer 
la représentation nationale et cle provoquer votre renou- 
vellement, vous ont présentés comme afïoiblis, comme usés 
par dix-huit mois cle travaux : ceux-là n'en ont point dit 
autant des tyrans contemporains qui pèsent sur l'Europe 
depuis un demi - siècle ; ils ne sont point usés ceux qui 
conspirent parmi nous depuis plusieurs années. Le crime 
lasseroil-il moins que la vertu ? 

Est-il une puissance au monde aussi sincère, aussi amie 
du peuple, aussi reconnoissante envers Inique vous Pavez 
été? Est-it beaucoup de gouvernemens dans l'histoire qui 
aient soutenu comme vous le poids de quinze armées, celui 
de tant de trahisons, celui d'un continent entier, devenu il*-» 
justement l'ennemi du peuple français : Vous êtes usés . v et 
vous avez vaincu l'Europe, et vous avez douze cent mille 
combattans ! Vos ennemis ne sauroient payer trop cher 
votre destruction. Est- il rien de plus évident que la mali- 
gnité et la trahison de ceux qui ont voulu renverser la liberté 
eu vous renouvelant? Le peuple français, partout vain- 
queur , ordonne à sa représentation de prendre place au 
premier rang des puissances humaines : c'est le peuple qu'on 
Humilie en vous ; vous lui êtes comptables du dépôt sacré 
de sa grandeur. Le peuple a reconnu sa République ; sa 
Volonté n'a pas besoin de sanction étrangère, et son méprii 
et la victoire, est sa réponse à tous les tyrans, ou bien on 
sait ici mourir! 

Les mêmes hommes qui s'étoient efforcés, dès le com- 
mencement de la révolution, de la borner a un change- 
ment de dynastie, se trouvent encore à la tête de ces fac- 
tions, dont le but étoit ce vous immoler. 

C'est ici que la patience échappe au juste courroux de 
la vérité. Quoi! quand toute l'Fmrope, excepté nous qui 
sommes aveugles, est convaincue que Lacroix et Danton 
ont stipulé pour la royauté; quoi ! quand les renseignement 
pris sur Fabre--cl'EgIantine, le complice de Danton, ne 
laissent plus de doute sur sa trahison; lorsque PamWssa- 
deur du peuple français en Suisse nous mande la conster- 
nation des émigrés depuis la mise en jugement de Fabie, 



(60) 

l'ami de Danton , nos yeux refuseraient encore de s'ou- 
vrir ! 

. et Danton , tu répondras à la justice inévitable , inflexible. 
Voyons ti conduite passée,, el montrorns que depuis le pre- 
mier jour, complice de tous les attentats *, tu fus toujours 
contraire au parti de la liberté , et eue tu conspirais avec 
JMirabeau, avec Dumouriez, avec Hébert, avec Hérault- 
Séch elles. 

u Danton, tu as servi la tyrannie : tu fus, il est vrai, 
opposé à Lafayèïte; mais Mirabeau, d'Orléans, Dumou- 
riez, lui furent opposes c:e même. Oserois-tu nier avoir été 
vendu à ces trois hommes, les- plus v o\ ms :onspira*t6urs 
contre la liberté ? Ce bit o. r lu protection de Mirabeau que 
tu bis nommé administrateur du département de Paris , 
dans le tems où l'assemblée électorale étoit décidément roya- 
liste. Tous les amis de Mirabeau se vantoient hautement 
qu'ils favoient fermés la bouche. Aussi, tant qu'a vécu ce 
personnage affreux , tu es resté presque iïiuéti Dans ce 
tems -la tu reprochas à un patriote rigide, dans un repas, 
qu'il compromettoiî la bonue cause, en s'écartant du che- 
min où marclioient Barnave et Lamefh , qui abandonnoient 
le parti populaire. 

u Dans les premiers éclairs de la révolution , tu montras 
à là edur un iront menaçant 5 tu parlois contre eUe avec 
Véhémence. Mirabeau , qui méditoit un changement de 
dynastie* sentit le prix de ton audace :il te saisit. Tu t'écar- 
t s dès -lors des principes sévères, et l'on n'entendit plus 
parler de toi jusqu'au massacre du Champ-de-Mars. Alors 
tu appuyas aux Jacobins la motion de Laclos, qui fut un 
prétexte funeste et payé par les ennemis du peuple, pour 
déployer le drapeau rouge et essayer la tyrannie. Les pa- 
triotes, qui n'eloieut pas initiés dans ce complot, a voient 
combattu inutilement ton opinion sanguinaire. Tu fus nom- 
mé rédacteur avec Brissot , de la pétition du Champ-de- 
Mars, et vous échappâtes à la fureur de Lafayette, qui 
fit massacrer deux mille patriotes. Brissot erra depuis, pai- 
siblement dans Paris ; et toi , tu fus couler d'heureux jours 
à Arcis sur Aube , si toutefois celui qui conspiroil contre 
sa patrie pouvoit èlve heureux. Le calme de ta retraite à 
Arcis-sur-Aube se conçoit-il? Toi l'un des auteurs de la 
pétition, tandis que ceux qui Favoient signée avoient été, 
les uns chargés de fers, les autres massacres. Brissot et toi 



(6i) 

étiez vous clone des objets de reconnaissance pour la tj- 
rannie, puisque vous n'étiez point pour elle desobjel 
Laine ( f de terreirr? 

ce Que dirai -je de ton lâche et constant abandon rie la 
cause publique eu milieu des crises, ou tu prenois toujours 
le parti de la retraite ? 

a Mirabeau m >rt, tn conspiras avec les ! . ^t tu 

les joutins. Tu restas neutre - ! législa- 

tive, et tu le lus dans la lutte péi ins avec 

Biî's i faction de la Gironde. Tu appu bord 

leur opinion sur la guerre. Pressé ensuite par les reproches 
âes meilleurs citoyens, tu déeîaras que tu ol 'es deux 

partis, et tu te renfermas dans le silence. Lie avec E;i^ot 
au Champ -de-Mars , lu partageas ensuite sa tranquillité 
et ses opinions Iiberticides : alors, livré entièrement à ce* 
parti vainqueur, tu dis de ceux qui s'y refusoient, que? 
puisqu'ils restaient seuls de leur avis sur la guerre, et qus 
puisqu'il se vouloieut perdre , tes amis et toi deviez les 
abandonner à leur sort. Mais quand tu vis l'orage du 10 
août se préparer , tu le retiras encore à Arcis-sur-Aube, 
Déserteur des périls qui entouroient la liberté, les patriotes 
n'espéroient plus te revoir. Cependant, presse par la honte, 
par les reproches, et quand tu sus que la chute de la 
tvrànnie d préparée et inévitable , tu revins à Pa i ï ■ , 

le q . ■ te couchas d.nns cette nuit terrible. Ta section^ 

qui t'avoit nommé son président, t'attendit long-teîns 5 on 
t'arracha d'u'n repos honteux 5 tu présides une h ■::■• ; tu 
quitta le fauteuil à minuit quand le tocsin sonnoit ; au 
même instant les satellites du tyran entrèrent et mirent la 
payonnette sur le cœur de celui qui t'avoit remplacé : loi, 
tu dormois. 

Dans ce moment, que faisoit Fabre, ton complice et ton 
ami? Tu l'as dit toi-même : qu'il parlementait avec la 
cour pour la tromper. Mais la cour ponveit-ebe se fier. à 
Fabre, sans un gage certain de sa v . et sans 1 

actes très-< videns de ;a h ine pour le parti populaire ? 
Quiconque est l'ami d'un homme v ri a j ité avec 

la cour, est coupable de lâcheté. L'esprit a des e 
les erreurs de la conscience sont des crimes. 

» Mais aa'as-tu fuis depuis pour nous prouver que Fabre ? 
tou complice, et toi aviez voulu tromper la cour? Votre 
i nd'uite depuis a été celie de conjurés. Quand tu étais. 



(62) 

ministre, il s'agît d'envoyer un ambassadeur à Londres, 
pour resserrer l'alliance des deux peuples : Noël , jour- 
naliste contre- révolutionnaire, fut offert par le ministre Le- 
brun : tu ne t'y opposa point : on te le reprocha comme une 
faiblesse; tu répondis : je sais que Noël ne vaut rien, mais 
je le fais acompagner par un de mes parens. Quelle a été 
la suite de cette ambassade criminelle? La guerre concertée 
et les trahisons. 

11 Ce fut toi qui fit nommer Fabre et d'Orléans à l'as- 
semblée électorale, où tu dis du second , que prince du 
sang , sa présence au milieu des représentons du peuple, 
leur donneroit plus d'importance aux yeux de l'Europe. 
Chabot vota en faveur de Fabre et d'Orléans. Tu enrichis 
Fabre pendant ton ministère. ïfàbrp professoit alors haute- 
ment le fédéralisme, et disoit qu'on diviseroit la France 
en quatre parties. Roland , partisan de la royauté , voulut 
passer la Lo'ue pour chercher la Vendée : toi, rester à 
Paris où éloit d'Orléans, et où tu favorisois Dumouriez. Tu 
donnas des ordres pour sauver Duport : il s'échappa au 
milieu d'une, emeujte concertée à Melun par tes émissaires , 
pour fouiller une voiture d'armes. Mallouet et l'évéque 
d'Autan étoient souvent chez toi : tu les favorisas. Le parti 
de Brissot accusa Marat ; tu te déclaras son ennemi : lu 
t'isolas de la Montagne dans les dangers qu'elle couroit. 
Tu le iis publiquement un mérite de n'avoir jamais dé- 
noncé Gensonné , Guadet et Brissot; tu leur tendois sans 
cesse l'olivier , gage de ton alliance avec eux contre le 
peuple et les républicains sévères. La Gironde te lit une 
guerre feinte. Pour te forcer à te prononcer, elle te demanda 
des comptes ; elle t'accusa d'ambition. Ton hypoerisisie 
prévoyante concilia tout, et sut se maintenir au milieu des 
partis, toujours prêt à dissimuler avec le plus fort, sans 
insulter au plus foible. Dans les débats orageux , on s 'in- 
dignoit de ton absence et de ton silence; toi, tu parlois de 
la campagne, des délices de la solitude et de la paresse: 
mais tu savois sortir de ton engourdissement pour delendre 
Dumouriez Westermami , sa créature vantée , et les 
généraux, ses complices. Tu envoyas Fabre îen ambassade 
près de Dumouriez, sous prétexte , di: ois-tu, de le récon- 
cilier avec Kellennann. Les traîtres u étoient que trop unis 
pour notre malheur : dans toutes leurs lettres à la Con- 
vention; dans leurs discours à la barre, ils se traitaient 



(63) 

d'amis, et tu étois le leur. Le résultat de l'ambassade de 
Fabre fut le salut de l'armée prussienne, à des conditions 
seciètes, que ta conduite expliqua depuis. 

rt Dumouriez iouoit Fabre-Fona , frère âje Fabre- 
d'Eglantine : peut-on douter de votre concert criminel 
pour renverser la République ? 

» Tu savois amortir le courroux des patriotes ; tu faisois 
envisager nos malheurs comme résultant de la foiblesse de 
nos armées , et tu détournois l'attention de la perfidie des 
généraux , pour l'occuper de nouvelles levées d'hommes. 
Tu t'associas dans tes crimes, Lacroix , dbnspira leur , depuis 
long-jems décrié, avec Pâme impure duquel on ne peut 
être uni que par le nœud qui associe des conjurés. Lacroix 
fut de tout teins plus que suspect : hypocrite et perfide , 
il n'a jamais parlé de bonne-foi dans cetie enceinte ; il 
eut l'audace de louer Miranda ; il eut celle de proposer 
le renouvellement de Ja Convention ; il tint la même 
conduite que toi avec Dumouriez ; votre agitation étoit la 
même pour cacher les mêmes forfaits : Lacroix a témoigné 
souvent sa haine pour les Jacobins. D'où vient le faste qui 
l'entoure? Mais pourquoi rappeler tant d'horreurs, lorsque 
votre; complicité manifeste avec d'Orléans et Dumouriez 
dans la Belgique , surfit à la justice pour vous frapper ? 
» Danton , tu eus , après le io août , une conférence 
avec Dumouriez, ou vous vous jurâtes une amitié à toute 
épreuve , et on vous unîtes votre fortune. Tu as justifié 
depuis cet adieux concordat , et tu es encore son ami au 
moment où je parle. 

>' C'est toi qui , au retour de la Belgique , osas parler 
des vices et des crimes de Dumouriez , avec la même 
admiration qu'on eut parlé des vertus de Caton. Tu t'es 
ellbrcé de corrompre la morale publique, en te rendant, 
dans plusieurs occasions , l'apologiste clés hommes cor- 
lompus , tes complices. C'est toi qui , le premier , dans. 
un cercle de patriotes que tu voulois surprendre, proposas 
le bannissement de Capet ; proposition que tu n'osas plus 
soutenir a ton retour ? parce qu'elle étoit abattue, et qu'elle 
t'eut perdu. 

*j Dumouriez, qui s'était rendu à Paris vers ce même 
tems , dans le dessein d'inlluencer le jugement du tvran , 
n'osa point résister lui même au cri de la justice publique 
qui envoya le tyran à la mort. Quelle conduite tins-tu, 



(6 4 ) 

dans le comité de défense générale ? Tu y recevais les 
complimeus de Guadet et Brissot- et tu les leur rendois ; 
tu disois à Brissol : vous avez de l'esprit , mais vous avez 
des prétentions. Voilà ton indignation contre les ennemis 
r'e la patrie ! Tu consentis à ce qu'on ne fit point part à 
3a Convention de l'indépendance et de la trahison do 
Dumouriez ; tu te trouvois dans des conciabules avec 
AVimpfen et d'Orléans. Dans le môme teins, tu te dé- 
clarôïs pour des principes modérés, et tes formes robustes 
sembloient déguiser la foiblesse de tes conseils; tu disois 
que des maximes sévères feroient trop d'ennemis à la 
^République. Conciliateur banal , tous tes exordes à la 
tribune commençoient comme le tonnerre , et tu finissois 
par faire transiger la vérité et le mensonge. Quelle pro- 
position vigoureuse as-tu jamais Faite contre Brissot et son 
parti dans Fa représentation nationale où je t'accuse? A ton 
retour de la Belgique , tu provoquas la levée en masse 
des patriotes de Paris pour marcher aux frontières. Si cela 
fut alors arrivé, qui auroit résisté à l'aristocratie , qui avoit 
tenté plusieurs soulèvemcns ? Brissot ne désiroit point autre 
chose , et les patriotes mis en campagne n'auroient-ils pas 
été sacrifiés ? Ainsi se trouvoit accompli le vœu de tous 
les tyrans du monde pour la destruction de Paris et de la 
liberté. 

" Tu provoquas une insurrection dans Paris; elle étoit 
concertée avec Dumouriez : tu annonças même que s'il 
falloit de l'argent pour la mire, tu avois la main dans les 
caisses de la Belgique. Dumouriez voulait une révolte dans 
Paris, pour avoir un prétexte de marcher contre cette 
ville de la liberté , sous un titre moins défavorable 
que celui de rebelle et de royaliste. Toi qui restois à 
Arcis~sur-Aube avant le 9 août , opposant ta paresse k 
l'insurrection nécessaire , tu avois retrouvé ta chaleur au 
mois de mars pour servir Dumouriez , et lui fournir un 
prétexte honorable de marcher sur Paris. Desiieux , reconnu 
royaliste et du parti de l'étranger, donna le signal de celte 
fausse insurrection. Le 10 mars, un attroupement se porta 
ciux Cordeliers , de-là à la commune : on lui demanda 
de se mettre à la tête; elle s'y refusa. Fabre alors s'ugiloit 
beaucoup : le mouvement, dit-il à un député, a été aussi 
loin qu'*il le falloit Le but de Dumouriez se trouva rempli : 
il lit de ce .mouvement la. baie de soi» manifeste séditieux. 

et 



(65) 

tet des lettres insolentes qu'il écrivit à la Convention. 
Deslieux , tout en déclamant contre Brissot, reçut de Lebrun , 
complice de Brissot, une somme d'argent pour envoyer 
dans le midi , des adresses véhémentes où la Gironde étoit 
improuvée ; mais qui tendaient à justifier la révolte projettes 
des fédéralisles. Deslieux fit arrêter ses propres courriers 
à Bordeaux : ce qui donna lieu à Gensonné de dénoncer 
la Montagne , et à Guadet de déclamer contre Pasis. Desfieux 
déposa depuis en faveur de Brissot au tribunal. révolu- 
tionnaire. Mais , Danton , quelle contradiction entre cette 
mesure extrême et dangereuse que tu proposas, et la 
modération qui te lit demander une amnistie pour tous les 
coupables, qui te fit excuser Dumouriez , et te fît, dans 
le comité de sûreté générale , appuyer la proposition faite 
par Guadet , d'envoyer Gensonnet vers le général traître? 
Pourrois-tu être aveugle à ce point sur l'intérêt public ? 
Oseroit-on te reprocher de manquer de discernement? 

?» Tu t'accommodois à tout : Brissot et ses complices 
sortoient toujours content d'avec toi. A la tribune, quand 
ton silence étoit accusé, tu leur donnois des avis salutaires 
pour qu'il dissimulassent davantage; tu les menaçais sans 
indignation, mais avec une bonté paternelle, el tu leur 
donnois plutôt des conseils pour corrompre la liberté, 
pour se sauver, pour mieux nous tromper, que tu n'eu 
donnois au parti républicain pour les perdre. La haine, 
disois-tu , est insuportable à mon cœur, et tu nous avois 
dit : je n'aime point Marat. Mais n'est-tu point criminel 
et responsable de n'avoir point ha* les ennemis de la patrie? 
Est-ce par ses penchans privés qu'un homme public déter- 
mine sou indifléreuce ou "sa haine, ou par l'amour de la 
patrie que n'a jamais senti ton cœur? Tu fis le conciliateur , 
comme Sixte-Quint fit le simple pour arriver au but où il 
tendoit. Eclateras-tu maintenant devant la justice du peuple, 
toi qui n'éclatas jamais lorsqu'on attaqua la patrie? Nous 
t'avions cru de bonne foi quand nous accusâmes le parti 
de Brissot 5 mais, depuis, des flots de lumière sont tombés 
surta politique. Tu es l'ami de Eabre ; tu l'as défendu; 
tu n'est pas homme à te compromettre; tuji'as donc pu 
g ue te défendre toi-même dans ton complice. Tu abandonnas 
le parti républicain au commencement de notre session \ 
et depuis , as-tu fait autre chose que nuancer d'hypocrisie 
les délibérations? 



(66} 

ti Fabre et toi fûtes les apologistes de cPOrléans , qu« 
vous vous efforçâtes de faire passer pour un homme simpla 
et très - malheureux : vous répétâtes souvent ce pro; 
Vous étiez sur la Montagne le point de contract et de 
répercussion de la conjuration de Dumou: lez ,. Brissot et 
d'Orléans. Lacroix te seconda parfaitement dans toutes &es 
occasions. 

» Tu vis avec borreurla révolution du 31 mai. Hérault , 
Lacroix et toi demandâtes la tête d'Heuriot , qui avoit servi 
la liberté, et vous lui Htes un crime du mouvement qu'il 
avoit fait pour écbapper à un acte d'oppression de votre 
]>art. Ici, Danton, tu déployas ton hypocrisie : îi'jv.siit pu 
consommer ton projet, tu dissimulas ta fureur: tu regardas 
Henriot en riant, et tu lui dis : JS'aaie pas peur ^ ras toujours 
107ï train; voulant lui faire entendre que tu avois èti l'oir 
de le blâmer par bienséance , mais qu'au fond tu étois 
de son avis. Un moment après tu l'abordas à la buvette' 
et lui présentas un verre d'un air caressant, eu lui disant: 
point de rancune. Cependant, le lendemain tu le calomnias 
de la manière la plus atroce . et tu lui reprochas d'avoir 
voulu t'assassiner. Hérault et Lacroix l'appuyèrent; Mais 
nfas tu pas envoyé depuis un ambassadeur à Péti m et à 
"Wimpfen dans le Calvados? Ne t'es - tu pas opposé à la 
punition des députés de la Gironde? N'âvois-tu pas défendu 
S.ingell, qui avoit fait égorger U. s avant postfes de Tannée 
à Aix-la-Chapelle ? Ainsi , défenseur de tous le^ criminels,' 
tu n'eu as jamais- fait autant pour un patriote. Tu as accusé 
Roland, mais plutôt connue un imbécile acrimonieux . que 
comme un traître ; tu ne trouvois à sa femme que de?, 
prétentions au bel-esprit; tu as jeté ton manteau' sur tous 
les attentas , pour les voiler et les déguiser. 

rt Tes amis ont tout fait pour toi; ils placent Ion nom 
clans tous les journaux étrangers et dans les rapports jour- 
naliers du ministre de l'intérieur. 

tt Les rapports dont je parle, envoyés tous les soirs par 
îe ministre de l'intérieur, te présente comme l'homme 
dont tout Paris s'eiitretit-nt ; tes moindres reflexions y sont 
rendues célèbres. Nous avons recuïisu ; depuis long-tems, 
que tes amis ou toi rédigez ces rapports, 

te Danton, tu fus donc le complice de Mirabeau, de 
d'Orléans, de Dumouriez, de Bris&t. Des lettres de l'am- 
bassadeur d'Espagne a Venise* au duc d'Alondia , disent 



qu'on te sonpçonnoit à Paris d'avoir eu des conférences s*; 
Temple avec la reine. L'étranger est toujours très-instruit 
sur les crimes commis en sa faveur. Ce fait est connu de 
Luillier, et peut s'éclaircir dans la procédure. 

«i L'ambassadeur d'Espagne dit dans la même lettre 
écrite au mois de juin dernier : Ce qui nous fait trembler, 
c'est le renouvellement du comité de salut public. Tu en 
étois, Lacroix; tu en étois, Danton. 

u Mauvais citoyen , tuas conspiré; faux amis, tu disois 
il y a deux jours du mal de Desmoulin, instrument que 
tu as perdu, et tu lui prétois des vices honteux. Méchant 
homme, tu as comparé l'opinion publique à une femme 
de mauvaise vie; tu as dit que l'honneur étoit ridicule 5 
que la gloire et la postérité étoit une sottise : ces maximes 
dévoient te concilier l'aristocratie; elles étoient celles de 
Calilina. Si Fabre est innocent, si d'Orléans, si Durnou- 
riez dirent innocens, tu l'es sans doute. J'en ait trop dit: 
tu répondras à la justice. >» 

Citoyens , la conjuration d'Hébert étant dévoilée , ces 
jours derniers l'étranger s'efforça de verser le scandale sur 
tout ce que la liberté honore : on y impliqua les meilleurs 
défenseurs de la liberté ; on y impliqua m£ni« Marat ; on 
annonça qu'il alioit descendre dif Panthéon. 0-:e son ombre 
en descende pour serrer le cœur des ennemis du peuple , 
et pour les confondre î 

Il a été ourdi depuis six mois un plan de palpitation et 
d'inquiétude dans le gouvernement. Chaque jour on nous 
envoyoit un rapport sur Paris : on nous ld si nu oit avec sou- 
plesse , tantôt dvs conseils imprudent, tantôt des craintes 
déplacées : les tableaux étoi^t calculés sur les senrimens 
qu'il i m port oit de nous faire naître, pour que le gouver- 
nement marchât dans le sens qui convenoit aux complots 
criminels; on y louoit Danton, on y accreditoit Hébert et 
Camille- Desmoulins , l'on y sitpposoit tous leurs projets 
sanctionnés par l'opinion publique, pour nous décourager. 
Ces rapports osèrent nous dire, pendant le procès d'Hébert, 
qu'on parloit d'arracher Marat du Panthéon et d'y mettre 
la Corcîay : ce sont les mêmes plumes qui louoit Danton 
et Desmoulins , qui traçoient ces horreurs. La faction de 
Dumouriez a fut assassiner Marat; ses complices veulent 
encore assassiner ia «mémoire. Ceux qui louèrent les vices 

£ 2 



(68) 

de Dumouriez , étoicnt bien fait pour outrager sa gloira et 
pour immoler la vertu. 

Achevons de peindre ces hommes , qui n'osant se dé- 
clarer, ont conspiré sous la poussière. Ils eurent les qua- 
lités des conspirateurs de tous les tems; ils se louoient mu- 
tuellement, et disoient l'un de l'autre tout ce qui pouvoit 
tromper les jugemens. Les amis du profond Brissot avoient 
dit long-tems de lui qu'il était un inconséquent , un étourdi 
même. Fabre disoit de Danton qu'il étoit insouciant ; que 
son tempérament l'entrainoit à la campagne, aux bains, 
aux choses innocentes. Danton disoit de Fabre que sa tête 
étoit un imbroglio , un répertoire de choses comiques, et 
le présentent comme ridicule , parce que ce n'etoit qu'à 
ce prix qu'il pouvoit ne point passer pour un trailre , par 
le simple apperçu de sa manière tortueuse de se conduire. 
Danton rioit avec Ducos, faisoit le distrait près de d'Or- 
léans , et le familier près de Marat , qu'il détesloit, mais 
qu'il craignait. Hérault éloit grave dans le sein de la Con- 
vention , bouiïbn ailleurs, et rioit sans cesse , pour s'excuser 
de ce qu'il ne disoit rien. 

Il est en outre quelques rapprochemens à faire la con- 
duite de ces hommes en ditlèrens tems. Danton fut un 
lion contre Lafa3^ette, l'ennemi de d'Orléans. Dxinton fut 
plein d'indulgence pour Dumouriez , l'ami de d'Orléans. 
Danton proposoit il y a trois ans , aux Jacobins, la loi de 
V aie ri us , qui ordonnoit aux Romains de tuer sur l'heure 
ceux qui parleraient de Tarquin. Danton ne trouva plus 
ni d'éloquence, ni de sévérité contre Dumouriez, qui tra- 
hissoit ouvertement la patrie, et vouloit faire un roi. Dan- 
ton, comme je l'ai dit, opina d'abord pour le banissement 
du tyran et pour la mort en suite. Il avertit souvent cer- 
tain membres du comité de^falut public, qu'il falloit beau- 
coup de courage pour y rester, parce que l'autorité qu'on 
lui conhoit étoit dangereuse pour eux-mêmes. Ce fut Dan- 
ton qui proposa les ciuquante millions; ce fut Hérault qui 
l'appuya : ce fut Danton qui proposa qu'on érigeai le. co- 
mité en comité de gouvernement; c'était donc un piège 
qu'il eroyoit lui tendre. Danton ayant été expulsé du co- 
mité, dit à quelqu'un : Je ne mejacrie point y je n'ai pas 
de rancune ; mais pai de la mémoire. 

Que dirai- je de ceux qui se prétendirent exclusivement 
les vieux Gorddiers ? Ils étoient précisément Danton , Fahre, 



C«9j 

Camilïe-Dcsmoulins, et le ministre, auteurs ries rapports 
sur Paris, où Danton , Fabre, Camille et Philippeaux sont 
loués, où tout est dirigé dans leur sens el dans le sens 
d'Hébert. Oue dirai-je de l'aveu fait par Danton , qu'il 
avoit dirigé les derniers écrits de Desmoulins el de Philip- 
pe, aux. 

Vous êtes tous complices du même attentat. Tous , tous 
avea tenté le renversement du gouvernement révolution- 
naire et da la représentation 5 tous, vous avez provoqué 
son renouvellement au dix août dernier; tous, vous avez 
travaillé pour Fétranger, qui jamais ne voulut autre chose 
que le renouvellement de la convention, qui eut entraîné 
la perte de la République. 

Je suis convaincu que cette fa ctiorr des fndulgens est liée 
à toutes les autres, qu'elle lut hypocrite dans tous les 
teins, vendue d'abord à la nouvelle dynastie, ensuite à 
toutes les factions. Celte faciion a abanné Marat , et s'est 
ensuite parée de .a réputation ; elle a tout fait pour dé- 
truire la République, en amolissant toutes les idées de la 
liberté 5 elle eut plus de finesse que les autres , effe attaqua 
le gouvernement avec plus d'hypocrisie , et ne fut que plus 
criminelle. 

Camille-Desmouîins , qui f'-it d'abord dupe, et finit par 
être complice, fut, comme Philippeaux un instrument de 
Fabre et de Danton. On racontoit comme une preuve de 
la bonhommiede Fabre, que celui-ci se trouvant chez Des~ 
moulins, au moment ou il Ifsoit à quelqu'un Pécrit dans 
lequel il demandoit un comité de clémence pour l'aristo- 
cratie, et appelloit la convention la cour de Tibère, Fabre 
se mil à pleurer. Le crocodille pleurer aussi. Comme Camille-- 
DesmouHns rnanquoit de caractère , on se servit de son 
orgueil. Il attaqua en rhéteur le gouvernement révolution- 
naire dans toutes ses conséquences; il paria effrontément 
en faveur des ennemis de la révolution, proposa pour eux 
un comité de clémence; se montra tràs-inclément pour ls 
parti populaire; attaqua, comme Hébert et Vincent, las 
représentais du peuple dans les armées; coniuio Hébert, 
Vincent et Buzot lui-même, il les traita de proconsuls. li 
avoit été le défenseur de l'infâme Dillon, avec la méma 
audace que montra Dillon lui-même, lorsqu'à Maubeuge* 
il ordonna à son armée de marcher sur Paris, et de prêter 
serment de fidélité au roi. Il combattit la loi contre les, 

£3 



(70) 

'Anglais; il en'reçut ries remerciemens en Angleterre, clans 
les journaux de ces teins là. Ayez-vous remarqué c] ne tous 
ceux qui ont été lous dans l'Angleterre, ont ici trahi leur 
patrie ? 

Fabre, plus d'une fois, provoqua l'agrandissement des 
pouvoirs du comité de salut public', soit par lui-même, soit 
par ses amis ; nous f rémimes souvent d?un piège si mé- 
chani. Fabre espéroit que nous succomberions sous le 
fardeau de tant d'affaires , il s'en vantoit : mais le génio 
de la liberté a vaincu pour nous. Celui qui parmi nous 
accepta toujours avec le plus de joie le pouvoir, fut 
Hérault, le complice de Fabre et de l'étranger. Tout se 
lie : après que Fabre eut tout fait pour nous donner une 
jurisdiction , dans le dédoJe de laquelle il espéroit nous 
perdre , alors il fit attaquer les opérations du- gouverne- 
ment. 

Alors Hérault, qui s'étoit placé à la tête des affaires 
diplomatiques, mit iout en usage pour éventer les projets 
du gouvernement. Par lui les délibéra lions les plus secrètes 
du comité sur les affaires étrangères, étoient communiquées 
aux gouvernemens ennemis. Il fit faire plusieurs voyages 
à Dubuisson, en Suisse, pour y conspirer sous le cachet 
même de la République. Hous nous rappelons qu'Hérault 
fut, avec dégoût, îe témoin muet des travaux de ceux qui 
■tracèrent le plan de la constitution , dont il se fit adroitement 
le rapporteur déhonté. 

Nous avons intercepté des lettres de Laas- Casas , am- 
bassadeur d'Espagne a Vienne, dans lesquels il rapporte 
les délibérations diplomatiques du comité au tems d'Hérault. 

C'étoit dans ce même teins., qu'environné de pièges et 
de la responsabilité des succès de quatorze armées, une 
nuée d'ennemis attaqua le gouvernement , c'est-à-dire, vous 
attaqua vous-mêmes. 

Le moment étoit favorable : l'Alsace étoit envahie ; 
Toulon étoit aux mains des Espagnols et des Anglais , 
Perpignan menacé ; nos armées malheureuses dans le 
Nord , dans le Mont-Blanc, dans laVendée, par-tout enfin. 
Alors le parti d'Hébert demandoit l'établissement de la 
constitution , afin que dans ce cahos de dangers et diver- 
sités, dans celte agonie factice delà liberté, le passage du 
'gouvernement révolutionnaire à un régime plus foible que 
ass ennemis 3 fût le passage de la vie au tombeau. L'ela- 



(7* ) 

. bassement de la constitution f uf demandé par Danton, 
l'ami de Fabi e. En méme-Jemps Philippeaux, ou plutôt 
F.ibre , dont le siyfe,, l'hypocrite , les insinuations sonl 
reconryies facilement dans les écrits du premier; en même- 
tems ïMiiiiji; eaux attaqua le gouvernement comme associé 
à 1 . tr j . bison. • 

philippeaux avoit autrefois fS. rit en faveur de Roland 
et de l'appei au peuple, et contre Ma rat. Philippeaux mit 
au jour, dans ces derniers tems , divers écrits, qui sont 
évidemment de différentes plume:;. Le but de ses écrits 
étoit d'en induire la complicité du gouvernement avec ceux 
qui trahissoient la patrie. Philippeaux , auteur quelques 
jours auparavant d'un catéchisme ridicule, étoit devenu 
tout à-coup un homme d'état. Philippeaux es-t Pâme du club 
du- Mans , où *la liberté, la représentation* nationale n'a 
pas un ami , ou l'on a demandé votre renouvellement , où 
l'on a dit que vous étiez usés, dans le tems même que le 
disoit Hébert. • 

Vous av(^ même appris ce matin qu'une révolte avoit 
éclaté au Mans, contre Garnier > représentant du peuple. 
Celte révolte a été fomentée par ceux-là mêmes ejui rédi- 
gèrent une adresse en faveur de Philippeaux.. Ils sont 
arr: tés: le tribunal révolutionnaire va instruire cette affaire. 
"Revenons à notre sujet. . . 

On peut se souvenir que Fabre , en ce tems-là , ne 
quitloit point Camille, ni Philippeaux. Fabre , en même 
tems qu'il dirigeoit ces deux personnages , étoit par-tout. 
Il étoit sans cesse au comité de sûreté générale £ 11 étoit 
dans les grouppes , h la police J à la commune , aux 
jacobins, aux cordeliers \ il se multiplioit , et dictoit divers 
écrits ; il se glissoit auprès 'des patriote^, et ir est prouvé 
que cet homme , qui s'étoit efforcé d'accroître l'autorité du 
comité^ la sappoit dans chacun de ses membres. Au milieu 
des dangers qui environnoient la patrie, on délibéroit, les 
soirs , sur tout ce que chacun de nous avoit remarqué de 
contraire au bien public dans la journée. Il se trouva que 
Fabre disoit à chacun des membres du comité du bien d'eux- 
mêmes, et du mal de chaque autre complice de Chabot. 
Il l'accusa lorsquul le sut accusé, comme Chabot accusa 
ses complices. Fabre s'attachoit sur-tout à prouver que 
tous les complots avaient pour but de perdre Danton. La 
réaction de ses -intrigues adroit été de renverser le go u ver- 

E4 



(72 ) 
nemrnt et la-irSprésentalionJ de ruiner les partis opposés; 
et que serait-il resté'*? Fabre et sa faction. 

Maintenant il faut rapprocher d'autres faits des pré- 
cédent. 

L'été dernier, Hérault cherchant des partisans , ou tâtant 
les esprits , dit que Lullier , procureur-général du dépar- 
tement de Paris , avoit confié qu'il existoit un pani en 
faveur du jeune-erc/v*/, et que si le gouvernement pouvoit 
perdre faveur , et le parti arriver au degré d'influence 
nécessaire , ce serott Danton qui inonireroit au peuple cet 
enfant. ' 

Dans ce fems, Danton dîna souvent rue Grange-Batelière, 
avec des Anglais ; il dinoit avec Gusman , espagnol, trois 
fois par semaine , et avec l'infâme Sainl-Amaranthe , le 
fils de Sartine et Lacroix. C'est là que se sont faits 
quelques-uns des repas à cent écu^ par t<te. 

Il est' clair que le parti qui voulait établir prématurément 
la constitution } celui qui altaquoit le gouvernement, celui 
qui altaquoit la Convention, celui qui corrompoit, celui qui 
vouloit un comité de clémence , avoient tous pour objet 
d'amener le dégoût du régime présent , et il est évident 
que la royauté Cîoit celui qu'on y vouloit substituer. 

Qu'on examine maintenant la conduite de tous ceux dont 
j'ai parlé, leurs liaisons, leurs excuses toujours prêtes en 
Ïa\ eur des hommes tarrés ; on reconnoit à i}cs signes certains 
le parti opposé à la révolution , et qui dissimula toujours, 
Que ceux dont jYi parlé nous disent d'où vient leur fortune ; 
que Lacroix dise pourquoi l'été dernier il faisoit acheter 
de l'or par un banquier. 

Ceux qui depuis quatre ans ont conspiré sous le voile du 
patrr'clisme , aujftird'imi que la justice hs menace , répètent 
ce mot de "Vcrgniaurî : La rriotutfcm est comme Saturne, 
'riïc tftuJùrériÊ feus tes enfant. Hébert répétoit ce mot pen- 
d. ut nfti procès; il est répète par tous ceux qui tremblent 
c t qui se voient démasques. Non , la révolution ne dévorera 
pas ses onfan's . mais ses ennemis, de qt.elque masque im- 
pénétrable qu'il ; se soient couverts! 

Les conjurés gai ont péri étoienl-ils les enfans de la 
liberté . parce qu'ils leur ressemblèrent un moment ? La 
révolution dévorera 'ru^m'au dernier ami de la tyrannie ; 
il ne périra, pas un véritable patriote parla justice a elle 
n'inimiulcra que les factions criminelles. 



(73) 

Citoyens, elles méditent chaque jour votre perte : fous 
les fripons se rallient à elles. Elles s'atlendoient depuis 
quelques jours à être démasquées. Danton , Lacroix, 
disoient : préparons- nous à nous défendre. Ainsi, Hébert, 
déjà poursuivi par l'image de *ow supplice, crioit, il v a 
trois décades : on veut nie perdre, défendez -moi. 

Un innocent parle-t-il de se détendre? a-t-il des près- 
sentira ens de terreur avant qu'on ait parlé de lui ? Les comités 
ont gardé prudemment le silence , et l'opinion et le peuple 
accusoient avant moi ceux que j'accuse. Ils s'accusoient , 
ils se désignoient eux-mêmes, car nous n'avions point parlé 
d'eux ; ils se préréparoient à demander si nous voulons 
détruire la représentation , parce que nous les accusons ; et 
ceux-là nous font-ils un crime d'avoir accusé Brissot, Chabot 
et leurs complices? veut-on les réhabiliter? 

Soyez donc inflexibles : c'est l'indulgence qui est féroce, 
puisqu'elle menace la patrie. 

Quand les restes de la faction d'Orléans, dévoués aujour- 
d'hui à tous les attentats contre la Patrie, n'existeront plus, 
vous n'aurez plus d'exemple à donner ; vous serez paisi- 
bles ; l'intrigue n'abordera plus cette enceinte sacrée ; vous 
vous livrerez à la législation et au gouvernement ; vous 
sonderez ses profondeurs , et vous déroberez le feu du ciel 
pour animer ta République , tiède encore, et enflammer 
l'amour de la Patrie et de la justice : alors il ne restera 
plus que des patriotes ; alors sera détruite l'illusion des 
intrigues., qui, depuis cinq ans, avant pris le masque de 
la révolution , voudroient aujourd'hui leur faire partager 
leur opprobre, en faisant dire que les patriotes seront tous 
déshonorés les uns après les autres. Ainsi donc, parce que 
<\^.s lâches et des ennemis de l'humanité se sont faits pro- 
phètes, )a Divinité en auroii perdu de sa gloire , parcs 
que des hypocrite? auroient usurpé la réputation du patrio- 
tisme , l'éclat du patriotisme serolt obscurci ! Ceux que js 
dénonce n'ont jaunis été patriotes, mais aristocrates adroits 
et plus dissimulés que ceux de Coblenfz. 

Toutes les réputations qui se sont écroulées étoient des 
réputations usurpées par l'aristocratie ou par des factions 
criminelles. Ceux nui notis reprochent notre sévérité , aime- 
roionl-ils mieux que non? fussions injustes? Peu importé 
que le tems ait conduit des vanités diverses à Pécha fa ud, 
au cimetière , au néant , pourvu ejue la liberté reste. On 



;( TA ) 

apprendra à devenir moaesYp; on Avancera vers la sqlîde 
•rr et le soïiffe Bien . tjuî sont la probité obscure. Le 
pep^e français no perdra jimais sa réputation : la trace 
S ' - - ' i'.' et fin génie ne peut être effacé dans l'univers. 
Qjvpirow dans sa vie,, il opprime aptes lui les préjuges 
* i ps tarèrus. Le mrinçFè est viride depuis les Romains; 
et leui mémoire lefemplH , et prophétise encore la liberté. 

Pour vous, après àvô'ft: èmoli ies factions , donnez à cette 
République de douces mœiirs. ÏUHiblissez dans l'état civil 
Périme et le fespeet individuel. Français , soyez heureux 
et libres: aimez-vous , haïssez tous les ennemis de la Répu- 
blique ; mais soyez en paix avec vous mêmes. La liberté 
1 us rappelle à la nature ; et l'on vouloit vous la faire 
abandonner ! n'avez-vous point d'épouses à chérir , d'en fan s 
à élever? Respectez-vous mutuellement. Et vous , repr ■■'- 
sentans du peuple , cli argçz vous du gouvernement suprême, 
et que tout le monde jouisse de la liberté au lieu de gou- 
verner. La destinée de vos prédécesseurs vous avertit de 
terminer votre ouvrage vous-mêmes , d'être sages , et de 
propager la justice sari* courir à la renommée; semblables 
à l'Etre Suprême , qui met le monde en harmonie sans 
se montrer : le bien public est tout, mai* pour la renommée , 
elle nVst rien. 

B mave fut porté en triomphe sous vos fenêtres : où 
esi il? 

Ceux que j'ai' dénoncés n'ont jamais connu de patrie; 
i ; * se sont enrichis par de^ forfaits, et ce n'est point leur 
te te si vous existez. Il n'est point de crime qu'ils n'aient 
protégé, point de traître qu'ils n'aient excusés: avares, 
égoïstes, apologistes des vices, rhéteurs, et non pas amis 
Ôe la liberté , la république est incompatible avec eux ; 
ils ont besoin des jouissances qui s'acquièrent aux 'dépens 
de l'égalité ; ils sont insatiables d'influence. Les rois comptent 
sur eux pour vous détruire : à quelles protestations pour- 
r .-y. -vous croire de la part de ceux qui , pressant la main 
èk rilége de Dumouriez , lui jurèrent une amitié éternelle? 
germent qui fut gardé : la Belgique et l'armée, vous et 
l'Europe , en êtes témoins. 

Il y a donc eu une conjuration tramée depuis plusieurs 
pou> absorber la révolution française dans un chau- 
le dynastie. Les factions de Mirabeau , des Lameth, 
ett« 3 de Brissot, de d'Orléans, de Dumouriez, de 



Carra, d'Hébert ; les factions de Chabot, de Fabre , de 
Da nton j ont concouru progressivement à ce but, par tou$ 
les moyens qui pouvoient empêcher la Republique de s'éta- 
blir , et son gouvernement de s'ûiîèrmir. 

Nous avons cru ne devoir plus temporiser avec les cou- 
pables ? puisque nous avons annoncé que nous détruirions 
toutes les factions; elles pourraient se. ranimer et prendre 
do nouvelles forces ; l'Europe semble ne plus compter que 
sur elles. 11 étoit donc instant de les détruire , afin qu'il ne 
restât dans la République que le peuple et vous, et le gou- 
vernement dont vous êtes le centre in\iolable. 

Les jours du crime sont passés: malheur à ceux qui sou- 
tiendraient sa cause ! La politique est démasquée. Çue tout 
ce qui fut criminel périsse. On ne fait point de républiques 
avec des ménagemens , mais avec ia rigueur farouche, la 
rfgueur inflexible envers tous ceux qui ont trahi. Que les 
complices se dénoncent en se rangeant du parti des forfaits. 
Ce que nous avons dit ne sera jamais perdu sur la terre. 
On peut arracher à la vie les hommes qui, comme nous, 
ont •tout o;é pour* la vérité j on ne peut point leur arracher 
les coeurs, ni le tombeau hospitalier sous lequel ils se dé- 
robent à (esclavage et à la honte d'avoir laissé triompher 
les méchans. 

Voici le projet de décret : 

La Convention nationale, après avoir entendu le rap- 
port de ses comités de sûreté générale et de salut public, 
décrète d'accusation. 

Camille - Desmouîins , Hérault, Danton, Philippeaux , 
Lacroix, prévenus de complicité avec d'Orléans et Dumou- 
riez , aveu Fabre -d'Eglantine et les ennemis de la répu- 
blique ; «l'avoir trempé dani la conspiration tendant à ré- 
tablir la monarchie , a détruire la représentation nationale 
et le gouvernement républicain : en conséquence , ello or- 
donne leur mise en jagérnerit avec Fabre-d'Eglantlne. 



(7<n 



HBH 



RAPPORT 

Fait à la Convention Nationale, le î6 germinal, 
ï an deuxième de la République française ,. relatif 
à la faction découverte dans la commune du Mans , 
Par Garnier de Saintes. 

Imprime par ordre de la Convention Nationale, 



B.EPRÉSENTANS, 

Revêtu rie votre confiance , vous m'avez donné 
l'honorable mission d'aller déjouer les complots de la mal- 
veillance dans divers departemeus , et de développer au 
peuple la pureté de vos principes ; par-tout mes efforts 
ont été secondés par l'énergie des vrais patriotes. . 

La commune seule du Mans a un moment outragé la 
représentation nationale, en la méconnoissant dans ma 
personne. Cinq ou six intrigans qui se quàlÎBoient de rieux 
omis du peuple v quoique parmi eux il y en eût qui n'avoient 
pas ^ingt- quatre ans, après avoir usurpé la confiance , et 
imprimé la terreur à force d'excès, exerçoient un despotisme 
oppresseur dan* cette commune ; et pendant que vous 
déjouèiézja plus perfide des conjurations, cette même 
conjuration ri eu doit ses rameaux jusqnes dans le Mans. 

la Convention nationale , qui depuis dix-huit mois a lutté 
ronlre tous \c> poignards, n'était plus digne de la cor. fiance 
du peuple ; on annonçait publiquement qu'elle et oit vieillie 
et usée ; que si 1rs renés du » ou rémanent restaient long- 
ferni rentre les mêmes mains } la liberté ctoit encore une / ois 
perdue. 

La tribune populaire Ca\ Mans roleniissoil journellement 
•Je «elle alroe« conspiration : // ,/èr// . disait-on , que le 



roi 



(77) 

peuple se Kve de nouveau 5 et se ressaisisse de ses pouvoirs,. 

Le comité de salvt pikbliç , que vous avez entouré de 
votre confiance , et qui l'a conquise par ses services , est 
despotique , parce qu'il veut le despotisme de la volonté 
générale ; il est usurpateur du pouvoir, parce qu'il veut 
que la force unique de l'action du gouvernement se règle 
sur l'étendue de sa garantie. 

Les représentant du peuple envoyés dans les départements 
sont des contre-révolutionnaires 5 parue qu'ils y préparent 
la révolution des mœurs. 

Le miroir de la vertu, dont le charme est de faire tomber 
les masques, met les faux patriotes à nud , et ils ont peur 
eux-mêmes de la laideur de leur propre ligure. 

Cette conjuration combinée étoit celle du vice en revoie 
contre la probité. Les dangers qu'elle présenloit à la 
liberté étoient en proportion des germes destructeurs que 
la monarchie avoit laissés après elle. 

C'est au Mans que j'en ai trouvé les traces pestilentielles. 
On préparoit depuis plusieurs mois le peuple au mécon- 
tentement par la diffamation , et à l'insurrection par la 
famine. 

Il exîstoit un comité secret dans cette société, qui n'éloit 
composé que des chefs de la conjuration: ouvouloit perdre 
Ja représentation dans l'opinion publique; on envoyoit dans 
les sociétés les écrits qui calomuioieut les représentais ; 
mais pendant que le peuple, égare dans la commune du 
Mans , n'enlrevoyoit que des ennemis dans ses intrépides 
défenseurs , il étoit beau de voir Ja société régénérée 
cPAlençon livrer les diatribes (te la société du Mans au 
mépris , et délibérer de se lever en masse pour venir 
entourer de sa force et de son amour lu représentation 
nationale dans ma personne. 

CVloit par la disparu lion des subsistances qu'on comptoit 
faire insurgea- le peuple mécontent et prévenu. Déjà même 
■dans le district de Frénai un mouvement a eu lieu à cet 
égard : j'ai fait arrêter les chefs 5 el dans ce moment le 
tribunal crimhiel du Mans les juge révolu tionnairement. 

Celte diffamation éloit un complot si concerté , que 
lorsqu'on a reproché à un des chefs les dangers de ce 
système, il a répondu : taisez-vous ; vous ne s+vez pas oà 
nous roulons en venir. 

Toute» les convenances sociales étoient violées • les 



(7B) 

opinions les plus saines de la morale étoïent perverties; le 
patriotisme ne consistoif plus que dans des vociférations 
calomnieuses et extravagantes; la vertu républicaine n'étoit 
que l'exercice de toutes les vengences ; l'amour de la patrie. 
eue la spéculation des profits qu'on retiroit d'elle 5 le vol 
1 toit honoré du titre de contribution civique } la liberté 
n'étoit, aux yeux de ces hommes immoraux, que le droit 
de tout violer; et dans leurs mains, elle étoit ce qu'est un 
poignard dc.ns les mains d'un furieux. 

C/éloit dans la perpétuité de l'anarchie qu'ils cherchoient 
jeà alimens de leur sordide ambition ; mais, ainsi que la 
n«;i'.re , la liberté a ses lois , et elles se composent de 
toute* les vertus politiques et privées qui consolident les 
Républiques. 

i)ans la société du Mans, les dénonciations s'achetoient , 
t\ te tarif se régloit sur la qualité des personnes, ou la 
namr- des vengeances qu'on avoit à exercer. 

Le patriotisme n'étoit plus qu'un traite; on en comptoi.t 
le s:>ir le produit, comme le marchand compte le bénéfice 
ce se^ journées. 

patriotes les plus intrépides qui s'élevoient contre 
cet odieux système, et cjui ayoieut le courage d'annoncer 
que diffamer la Convenlion, et enlever au comité de salut 
public une confiance si justement acquise, c'éloit miner la 
Sijberjé', ont été rayés de la société populaire, accuses de 
• >ti>me , et dénoncés comme partisans de Garnier 
ce Saintes. 

Qu'on demande en effet aux tyrans de l'Europe ce qu'ils 
piv.ii -rcroient , ou d'une victoire aussi glorieuse 1 que ceHp 
l'e (iniiiiioppe, ou ck la dissolution des comités de salut 
pi bîîe et de sûreté générale; ils vous répondront : dissolvez 
eîeux comités; les victoires ensuite ne nous manque- 
ront pas. 

îs tel est enfin le destin delà République française, 
que tout ce qui se fait contre elle est pour elle. 

r j rembU^ donc conspirateurs de tous les genres; que's 
aient été vos lalens et votre popularité, en quelque haut 
ue^vous ail élevés la confiance, l'échafaud est la 
use. delà corruption et de l'immortalité. 

Les t rênes ne se soutiennent que par les crimes : ce sont 
les vertu., qui éternisent les républiques , et nous aurons 



(79); . 

8es verlus , et la république française percera les généra- 
tions et les siècles. 

La calomnie, toujours criminelle, publie que la Con- 
vention se décompose en détail. 

Non, méchatifr, ne l'espérez pas : elle se fortifie , car ell«^ 
s'épure. Inexorable envers ses membres, vous ne lui dis- 
puterez plus le droit d'être sévère envers tous, 

Les orages politiques qui viennent de iems en teins nous 
agiter, ressemblent à ces vents qui secouent l'abre qui les 
aiironle. Les fruits viciés tombent ébranlés par les seaouss:s; 
l'œil content ne voit résister que ceux qui sont s^ius et vi- 
goureux : ainsi dégagés de ces productions parasites qui le»' 
desséchoient , ceux qui restent n'en deviennent que plus 
beaux et plus nourrissans. 

Tel est l'exemple de la Conversion. Sa masse unie et 
majestueuse ne va plus présenter aux tyrans étonnas qus 
les elemens de la vertu ; et si jusqu'ici nous Les ayons épou- 
vantés par la vigueur de notre tenue, que iront-ils pas à 
craindre de courage centuplé par la confiance d'une na- 
tion intrépide qui nous entoure de tous ses pouvoirs , à 
mesure que nous l'entourons de foute* les verlus q n'eue 
chérit ! 

Mettons tous sous nos yeux le miroir de nos actions, et 
celui-là sera coupable, qui ternira l'éclat de la glace par 
le souffle de la crainte , car il n'y a que le crime qui tremble 
pour des mesures devant lesquelles la liberté se rassure. 

Que la conspiration de l'avarice amené piir-tout l'insur- 
rection des mœurs, que le peuple par-tout s'indigna contre 
ces hommes fardés, qui n'ont de valeur que par le dis- 
crédit qu'ils impriment sur les amis vertu eux de la literie, 
et qui ne trouvent le titre de leur patriotisme que clans 
le nombre de leurs excès et l'acumuîation de leurs çalousnies. 
Si tu veux trouver leur juste valeur, remonte à leur 
existence politique ou privée avant la révolution ; et tu. 
verras bientôt ce qu'ils ont à attendre de ta justice. 

Si je jette les yeux sur ces patriotes pharisiens», je vois 
quais n'ont été ni bons fils, ui bons pères, ni bons maris; 
je les trouve escrocs , menteurs, dissolus ; et de U- l .s hommes 
veulent persuader au peuple qu'ils sont vertueux dans la 
société, quand ils sont aussi corrompus dans leurs menaces; 

Le masque est tombé ; la vertu est au truuss'j du c:i::aa : • 
il ne lui échappera pas. 



(8o) 

Citoyens 3 soyons Spartiates , puisque nous sommes libres. 
Ce n'est point aux patriotes que nous faisons la guerre, 
mais à ceux-là seuls qui en avoient usurpé le titre 5 nous 
ne mettrons point la main sur les propriétés, comme l'ont 
dit les méchans; mais,' en honorant l'indigence vertueuse, 
nous amènerons l'homme à l'amour de la médiocrité, parce 
qu'elle est la sauve-garde des mœurs. 

C'est à cette morale que les intrigans font la guerre, 
parce que le règne de la sagesse fait disparaître le leur. 

Au Mans, ce langage c-toit repoussé, car la terreur, 
non de la justice du peuple , mais de la vengeance des 
passions , étoit constamment à l'ordre du jour. 

Dans cette commune , citoyens , on avoit organisé un 
système de calomnie si perlide, qu'on y parloit déjà d'une 
législature nouvelle. Un de vos collègues, PhWppeaux , 
y alimentoit l'esprit de désordre et de diffamation. Son 
premier écart fut la sottise qui s'enorgueillit, sa trahison 
fut l'amour-propre qui se venge. 

Il avoit ditfainé le comité de Salut public dans un mémoire 
menteur sur la Vendée , et il fait épouser sa haine aux 
agens de son immoralité. Des lettres interceptées justifient 
qu'il tenoit les fils de cette intrigue conspiratrice que je 
viens de déjouer, au Mans; déjà la vengeance nationale 
est prête à le frapper, et elle ne va frapper qu'un conspi- 
rateur. 

Ainsi finiront tous ceux qui, dans la République, con- 
noitroni d'autres passions que la passion du bien public, 
et d'autres intérêts que l'intérêt de la patrie. 

Quant aux habita ns ci lovons, ils ont méconnu un moment 
leurs plus sincères amis • niais le retour a suivi de pi es 
l'erreur : ils ont déposé dans mou sein les témoignages d*J 
leur confiance et de leurs regrets. 

Dans cette enceinte que le mensonge a souillée un moment , 
puisqu'un des conspirateurs du Mans y a paru , vous avez 
entendu !e langage de leur franchise : vous le savez, le 
peuple ne ment jamais ; aussi vais-je apprendre a ces bons 
citoyens . qui sont venus se rallier autour de vous avec 
leurs frères de Paris, que déjà vous avez oublié leur faute, 
puisqu'ils s'en rappellent encore. 

Ces paroles de consolation vont reporter la joie dans leur 

ame , et doubler l'énergie Sens leur cœur. Mechans , renoncez 

•donc a nous nuire • car vos Complots SDnt des prolits toujours 

nouveaux pour lu liberté! RAPPORT 






(8i ) 



RAPPORT 

Fait à la Convention Nationale , au nom du comité 
de Salut public, par Saint-Just , le i5 germinaL 

6ainl-Just au nom du comilé de Salut Public et de Sûreté 
Générale. 



L'accusateur public du tribunal révolutionnaire a 
mandé que la révoile des coupables avoit fait suspendre 
les débats de la jtisiice jusqu'à ce que la Convention ait 
pris des mesures. Vous avez échappé au danger le plus 
grand qui jamais ait menacé la liberté : maintenant tou^ les 
complices sont découverts , et la révolte des criminels au 
pied de la justice même, intimidés par la Ici, explique le 
secret de leur conscience; leur désespoir, leur fureur, tout 
annonce que la bonbomie qu'ils faisoient paroître étoit le 
piège le plus hypocrite qui eût été rendu à la révolution. 

Quel innocent s'est jamais révolté devant la lui ? Il ne 
faut plus d'autres preuves de leurs attentats que leur au- 
dace. Quoi ! ceux que nous avons accusa d\ tre les complices 
de Dumouriez et de d'Orléans , ceux qui n'ont fait une 
révolution qu'en faveur d'une dynastie nouvelle; ceux-là , 
qui ont conspiré pour le malheur et l'esclavage du peuple, 
mettent le comble à leur infamie ! 

S'il est ici des hommes véritablement amis de la liberté, 
si l'énergie qui convient à ceux qui ont entrepris d'atïran- 
clur leur pays est dans leur cœur, vous verrez qu'il n'y a 
plus de conspirateurs cachés à punir, mais des conspirateurs 
a front découvert , qui, comptant sur l'aristocratie avec 
laquelle ils ont marché depuis plusieurs années, appellent 
sur le peuple la \ engeance du crime. 

Non , la libellé no reculera pas. devant ses ennemis ; leur 
coalition est découverte. Dillon 3 çmi ordouna à son armée 

E 



(82) 

de marcher sur Paris, a déclaré que la femme de Des- 
moulins avoit touché de l'argent pour exciter un mouvement 
pour assassiner les patriotes et le tribunal révolutionnaire. 
Nous vous remercions de nous avoir placés au poste de 
l'honneur, cémme vous ,' nous couvrirons la patrie de nos 
• 

Mourir n'est rien , pourvu que la révolution triomphe ; 
voilà le jour de gloire : voila le jour où le sénat romain 
lui ta contre Catilina ; voila le jour de consolider pour 
jamais la liberté publique. Vos comités vous répondent 
d'une surveillance héroïque. Qui peut vous refuser s\ 
vénération dans ce moment terrible, où vous combattez 
p ir la dernière fois contre la faction qui fut indulgents 
pour vos ennemis, et qui aujourd'hui retrouve sa fureur 
pour combattre Le liberté. 

Vos comités estiment peu la vie ; ils font cas de Thon- 
ïieur. Peuple, tu triompheras $ mais puisse cette expérience 
te faire aimer la révolution par les périls auxquels elta 
expose tes amis. 

Il étoit sans exemple que la justice eût été insultée : et 
si elle le fut , ce n'a jamais été que par des émigrés insensés , 
prophétisant la tyrannie. Eh bien, les nouveaux conspira- 
teurs ont récusé la conscience publique. Que faut-il déplus 
ir achever de nous convaincre de leurs attentats? Les 
[heureux! ils avouent leurs crimes, en résistant aux 
loix. Il n'y a que les criminels que l'équité terrible épou- 
vante. Combien étoieut-iU dangereux tous ceux qui , sous 
des formes simples , cachoient leurs complots et leuraudace ! 
lin ce moment on conspiré dans les prisons en leur faveur ; 
en ce moment l'aristocratie se remue : la lettre qu'on va 
vous lire vous démontrera vos dangers» 

Est-ce par privilège que les accusés se montrent inso- 
îens ? Qu'on rappalle donc le tyran, Custines et Brissot du 
tombeau ; car ils n'ont point joui du privilège épou van table 
d'insulter leurs juges. 

3Jar.3 le péril de la patrie, dans le degré de majesté où 
vous a placés le peuple, marquez la distance qui vous 
sépare des coupables ; c'est dans ces vues que vos comités 
vous proposent le décret suivant : 

La convention nationale, après entendu le rapport de 
sps comités de salut public et de sûreté générale , décrète T 
que le tribunal révolutionnaire cominucia l'instruction 



( 



H) 



relative à la conjuration c!e Lacroix, Banlon, Chabot i4 
autres; que le président emploiera tous lesi moyens que la 
loi lui donne pour faire respecter son autorité et ceile dû, 
tribunal révolutionnaire, et pour réprimer toute tentative 
rie la part des accusés pour troubler la tranquillité publique , 
et entraver la marche de l.i justice ; 

Décrété, que tout prévenu de conspiration qui désistera 
pu insultera a la justice nationale 3 sera mis hors des débats 
sur-le-champ. 



mtmawwièi m &w aa^A y aam 



PROCES-VERBAL 

De V Administration de Police de la Commune de 
Paris, adressé au comité de Salut Public., h 
ï5 germinaU 



Nous, administrateurs du dépannent de police, sur 
une lettre a nous écrite par le concierge de la maison 
d'arrêt du Luxembourg, nous nous sommes à l'instant trans- 
portés en ladite maison d'arrêt, et avons fait comparaître 
devant nous le citoyen Laflotte , ci -devant ministre de 
la République, à Florence , détenu en ladite maison , depuis 
environ six jours, lequel nous a déchiré qu'hier , entre 
six et sept heures du soir, étant dans la chambre du citoven, 
Arthur-Billon , que lui déclarant-, à dit, ne connoitre que 
depuis sa détention, ledit Dillon, après l'avoir lire à part 
lui avoit demandé s'il avoit eu connoissance dé ce qui 
avoit eu lieu ce jour au tribunal révolutionnaire; que, sur 
une réponse négative de la part dûdit Laflotte, ledit Dillou 
lui avoit dit que les aCCusës , Danton, Lacroix, Hérault 
avoient déclaré ne vouloir parler qu'en présence des mem- 
bres de la Convention , Robespierre , Barère, Saint- Just 
et autres ; que le Peuple avoit applaudi; que le jury embar- 
rassé avoitécrit une lettre a la Convention , qui étoit passée 
à l'ordre du jour; qu'a îa lecture dudit décret, le FeuTpli 



{ 85 ) 

avoit donné de fortes marques d'iroprobatibtr,qtn s'étoient 
répandues jusquessur le pont; (bruit que ledit Diilon avoit 
eu soin de répandre clans la prison) que sa crainte éloit 
que les comités de salut public et de sûreté générale, ne 
fissent égorger les prisonniers détenus à la Conciergerie , 
ei que le même sort ne fût réservé aux détenus dans les 
autres maisons d'arrêt; qu'il falloir résister à l'oppression; 
que les hommes de télé et de cœur dévoient se réunir; 
que ledit Diîlon dit encore qu'il vouloit la République, 
mais la République libre. 

Diilon ajouta alors qu'il avoit un projet concerté avec 
Simon, député de la Convention , et qui étoit détenu 
dans ladite maison , homme de tête froide et de cœur ehaud ; 
qu'il vouloit le communiquer à lui déclarant ; que lui décla- 
rant sentant l'importance dont il pourroit être de découvrir 
ce projet , pour la chose publique , il prit le parti de 
dissimuler et d'entrer dans ses vues:, que ledit Diilon lui 
dit qu'il viendroit le trouver chez lui; qu'il ameneroit 
Simon, et feroit ensorte aussi d'amener Thouref, aussi 
détenu ; il donna alors à un porte-clef, que lui déclarant 
croit s'appeler Lambert 3 une lettre. Sur l'observaiion du 
porte-clef, ledit Diilon coupa la signature ; qu'il lui dit 
alors , que ladite leftre éloit pour la femme de Desmoulins; 
qu'elle mettoit à sa disposition mille écus, à l'erïèt de pouvoir 
envoyer du monde autour du tribunal révolutionnaire ; 
après quoi il sortit de la chambre; que lui déclarant se 
rendit dans la sienne, et que, réfléchissant sur l'impor- 
tance dont pouvoir être la découverte de leur projet , il 
se décida à avoir l'air de partager leurs idées pour mieux 
connoître leur plan. 

Vers huit heures et demie arrivèrent en effet Diilon et 
Simo.n : après lui avoir tous les deux confirmé les nouvelles: 
que Diilon lui avoit précédemment dites , ils cherchèrent 
à émouvoir en lui toutes les passions qui pouvoient le 
porter a adopter leurs projets , tantôt en éveillant les mécon- 
tent em eus qu'ils lui supposoient de sa détention, tantôt en 
lui faisant voir la gloire à laquelle il pourroit participer 
en travaillant à rétablir la liberté qu'ils disoient perdue, 
tantôt einïu en cherchant à exciter son ambition par l'espé- 
rance des places auxquelles il devoit être porté. Enfin, 
uand ils crurent s'être assurés de sa personne, quand 
i ^'i maillèrent l'avoir associé à leurs infâmes complots 4 



3 



C 85 ) 

iîs lui détaillèrent et discutèrent devant lui d is projets; 

cherchant qu'à gagner du tems et à coi 
complices, lui déclaranl :< : ! à tout; il 
qu'il avait quelaj , quand 

' Fut assu lout , quand il se fui n'ils 

étoieul les seuls quand ils lui 

eurent donné parole de ne point agir avai ; .. ip] 
les nouvelles du lendemain ; il les c< 
s'être acquis une créature. Il éioit v,ev.[' heures du soir ; 
les guichets étoienl fermés, et il i : I : " 

sition sans donner l'alarme dans la prison. 3 ! eut I ; présence 
d'esprit 5 pour ne do .une suspicion à Dillon, de 

rentrer encore dans sa chambre, et d'y rester jusqu'à 
onze heures à une parfis de wicht ; il veilla toute la nuit ; 
el a la pointe du jour , il d il au guichet, dont il 

se lit ouvrir la • orte, et accourut dire au citoyen Coubert, 
qui a la confiance du concierge , ce qui s'éîoit passe la 
veille , afin qu'il en fit son rapport au concierge , pour 
s'assurer des conspirateurs. 

Quant au projet discuté par Simon et Dillon dans sa 
chambre, il se réserve, sous le bon plaisir des comités 
de Sûreté générale et de Salât public , d'aller lui-même 
\enr en faire le rapport, croyant que la prudence l'exige 
ainsi. 

Lecture faîteau citoyen Laflotte, il a dit que la présente 
déclaration contient vérité, et a siané avec nous; ajoutant 
encore le déclarant, que sur l'escalier du citoyen Benoit , 
concierge, ayant rencontré le citoyen Lamiuière , aussi 
à tenu, celui ci lui avoit dit : ce Que le citoyen Arthur 
» Dillon étoit descendu dans les autres chambres , vers les 
» 8 heures ; qu'il lui avoit aussi fait part de ces nouvelles, 
» et de ses craintes, que ledit Laminière avoit traitées de* 
» chimères; et que ledit déclarant lui avoit dit, qu'il alloir 
» voir à en conférer aveelesdits citoyens Simon, Thouret* 
» et lui déclarant a signé. >ï 

Alexandre Laïiottf. 

Sur quoi nous administrateur de police, disons qu'il sera 
à l'instant référé aux comité de Sûreté générale et de Salué 
public , pour par eux être ordonné ce qu'il appartiendra, 

."W 1 1 c h i s 1 1 E 3 <à$LminUtrateur de Police 

X 3 



( 86 ) 
J U G E M E N T 

- pan le Tribunal révolutionnaire , établi, par la loi du 10 mars- 
1 "j3 , séajit à Paris 3 au. Palais, qui , sur la déclaration du 
jure de jugement } portant : Qu'il a, existé une conspiration tendante 
ai établir la monarchie , à détruire la représentation nationale et legou- 
• < ruemeni Républicain ; <;ue Lacroix , Danton , Hérault , Philippeaux , 
Wcsterman , et CamiJle-BcsmouHns , sont convaincus d'avoir trempé 
dans cette conspiration j, qu'il a existé une conspiration tendante a 
amer, à avilir la représentation nationale , et à détruire , par 
ia corruption , le gouvernement Républicain y que Fabrc , Chabot , 
Delaunay , soif convaincus d'avoir trafiqués de leurs opinions , 
comme Représentais du peuple ; que Eazire est complice desdiis. 
Deluunay et Chabot x en ayant gardé le silence , soit sur les 
révélations que lui ont été faites de leurs manœuvres criminelles , 
soit sur les propositions intéressées qui lui ont été faites : Que 
d'EspagnaCj Junius et Emmanuel l'rcy , Gusman et Diderisehcn ,. 
sont convaincus d'avoir trempé dans cette conspiration ; que Lulhc: 
n'est pas convaincu d'avoir trempé dans cette conspiration. 
Condamne les nommés Lacroix , Danton, Camille - Desmoulins % 
rhillippeaux, KerauH-S échelles , "Wcslcrman , Fabie-d'ÉgUnline , 
Delaunay , Chabot , Bazîre , Sahuguet-ci'Espaguac , l'rey , Emmanuel 
Frey , Gusman , Diderischcn à la peine de mort , conferméme i 
la loi du ?3 ventôse dernier , et à l'article VII de la cinquième 
section du titre premier de ta seconde partie du code pénal. 

Du iG çcrnùnal, l'an deuxième de la République français, une et 

indivisible. 



Au nom de- ta République- française, le Tribunal r?vo- 
mu'ire a rendu le jugement du ï.6 Grerraiifel , Pan second 
de lu République, 

par te Tribunal criminel révolutionnaire, feraçpor! 
f&j&k luÇonvçnUQnuaîirjnab, au aoai.de ses comités u> 



(5 7 ) 

salut public et de sûreté générale , par le citoyen Arnarô*, 
le 20 Ventôse dernier, sur la conjuration ourdie contre le 
peuple français et sa liberté ; ladite conjuration tendante- 
a difïainer et à avilir la représention nationale, e! à dé- 
truire, par la corruption , le gouvernement républicain, et 
sur la suppression et la falSilicaVion du décret du 17 Ven- 
démiaire, et le décret étant ensuite 3 et en date du même 
jour , portant accusation contre : 

Joseph Delaunay, âgé de 39 ans, natif d'Angers, dépar- 
tement de Maine et Loire , député de ce département a 
Convention nationale, ci-devant homme de loi, deuieur* 1 ! 
à Paris, boulevard Montmartre. 

François Chabot , âgé c!e 35 ans, né à Saïnt-Gei 
Dor, département de l'Aveyron, ci -devant câpi 
député eu déparlement de Loir et Cher, a la coi 
nationale , demeurant à Paris , rue dàAnjoa S . 

Philippe Français -Nazire Fabre- .' 
ans, né à Çarcassoime, département de l'Aube, 
de lettres, députe (ludepiriemeut de i aris,à la Ce 
nationale, demeurant a Paris, rue Ville-1'J ' 

Glaucje Bazire, âgé de 29 ans, natif de Dij irte- 

ment de la Côte-ci'Or , député de te départèmenj !on- 

vention nationale, ci-devant commis aux des 

Etats de Bourgogne, demeurant a Paris, ru 
Montmartre. 

Julien de Toulouse, député du département de la Haute- 
Garonne, à la Convention nationale, absent 

L'acte d'accusation dressé par PAcousateui : près 

le Tribunal, contre André - Maria Gusman , e a 
banquier, natif de Grenade enEspagne, anc 
la suile de la cavalerie, demeurant rue nea 
tkurins. 

Marc— René Skhjiguet - d'Espagnac , âgé de 
nalif de Brive, département de la Corrèze , 
abbé, et fournisseur des armées, demeurant à : 
de l'Université. 

Jean-Frédéric Didérischen, âgé de 5f ans , avocat, né 
dans les états allemands du roi de Danemark ., danï 
stein, demeurant à Paris, place du Carrousel. 

Segismond-Coottlob Junius-Frey 3 âgé de 36 
Moravie, fournisseur, demeurant à Paris, ru 
faubourg Saint- Honoré. 



(88) 

Emmanuel Frev , âgé de 2^ :m>, fte en Moravie, de- 
meurant susdite rued'Aûjou, et dont la teneur suit: 

Antoine-Quentin Fouquier, Accusateur public du Tri- 
bunal révolutionnaire , établi à Paris par décret de la 
Convention natkmaie, du 10 mars 1793, l'an deuxième de 
la République, sans aucun recours au Tribunal de cassa- 
tion j en vertu du pouvoir à lui donne par l'article II d'un 
autre décret de la Convention, du 5 avril suivant , portant: 
que l'Accusateur public dudit Tribunal est autorisé à faire 
arrêter, poursuivre et juger sur la dénonciation des autorités 
constituées on des citoyens- 
Exposé que, par décret de la Convention nationale , du 
si Ventôse dernier, il a été décrété qu'il y avôit lieu à 
accusation contre Belaunay d'Angers, Julien de Toulouse, 
Fabre-d'Eglantîne, Chabot et Bazire, députés, comme 
prévenus d'avoir participé à la conjure. lion ourdie contre 
le peuple français et sa liberté; ladite conjuration tendante 
à difiamer et à avilir la -représentation nationale, et à 
détruire , par la corruption, le gouvernement républicain, 
et les accusés d'y avoir pris part 3 savoir : lesdils Cî'.abot, 
Deîaunay d'Angers, julien 4e Toulouse et Fabre-d'Êgian- 
tine , en trafiquant de leur opinion, et en devenant auteurs 
ou complices de la suppression et de la falsification dû 
décret du 17 Vendémiaire, concernant la compagnie des 
Indes, et en y substituant, ou en ayant concouru à y substi- 
tuer un faux décret, promulgué sous la date du même jour; 
et ledit Bazire, pour s'être rendu leur complice en gardant 
Je silence, soit sur les révélations qui lui ont été laites de 
leurs manœuvres criminelles, soit sur les propositions in- 
téressées qui lui ont été faites, et a renvoyé les dénommés 
audit décret, au Tribunal, va l'effet d'y être jugés , confor- 
mément aux loix ; en conséquence, elle a décrété que le 
rapport, les pièces a conviction et autres instructions rela- 
tives à cette aflaire, seroient adressées sans délai à l'Accu- 
sateur public. 

Qu'en conséquence, et après l'examen fait du rapport 
des pièces et des interrogatoires subis par lesdits Chabot , 
pelaunay d'Angers, Fabre-d'Egtantine et Bazire, le 22 
Frimaire dernier et jours suivans , pardevant les repré- 
sentais du peuple membres du comité de sûreté générale , 
l'Accusateur public a décerné un mandat d'arrêt, et traduit 
au Tribunal révolutionnaire Jean-Frédéric Diderisclien , 



(8 9 ) 

André-Marie Gusman , Sigismond-Cooltîo]) Junius Freyj 
Emmanuel Frey, tous ciux frères et beaux-frères de Chabol , 
et Marie Sahuguet-d'aTJspâgnac , comme prévenus d'être [es 
auteurs, fauteurs, instigateurs de la trame ourdie pour 
avilir, parla corruption eje quelques-uns de ses membres , 
îa représentation nationale, et parvenir à sa dissolution. 

Qu'en effet, il résulte dudit rapport, pièces et interroga- 
toires desdits Chabot, Bazire et autres, adressés àPAccusa- 
teur public , que la conspiration de l'étranger à. laquelle vient 
d'échapper encore la République française, étoit suivie, 
dirigée par Benoist, Batz, Gûsman, d'Espagnac et les 
frères Erey, qui, ayant su apprécier et connoître le degré 
deperversi lé d'hommes cou verts du masque du patriotisme^ 
el leur insatiable cupidité, leur ont tendu , dans le dessein 
de dissoudre la représentation nationale par l'avilissement 
des représentans du peuple , des pièges cù leur excessive 
dépravation les a fait -donner. On voit dans cet exécrable 
complot , Benoist , avec Delaunay , son compatriote , agent 
de l'ex-baronBa tz, ex-constituant, et l'Espagnol Gusman, 
agens principaux de ce système de corruption $ ils étoient 
lies avec les Julien de Toulouse, Delaunay d'Angers et 
Chabot, par les opérations immorales et contre-révulution- 
naires relatives à la compagnie des Indes; ces agioteurs d@ 
profession poussoient à la hausse, à l'a baisa ; partageoient 
avec Delaunay d'Angers et \es autres associés, tes prolits de 
leurs infâmes spéculations. Batz>suivant l'aveu de Delaunay 
lui-même , avoit travaillé deux projets de décrets ; l'un 
étoit destiné à faire peur à la compagnie, pour! lire baisser 
les effets , dont un certain nombre devoil être ck posé ; l'autre 
devoit faire hausser les effets et donner un bénéfice immense 
à l'essocialion 5 Benoist, émissaire des conspirateurs Lebrun 
et Brissot en Angleterre , y avoit étudié tous les ressorti de 
la Corruption et de îa duplicité la plus audacieuse. Je ne 
sais pas pourquoi 5 disoienl \h . on se refuse à faire fortune 
en Fronce, lorsqu'on le peut en faisant rendre un bon décret: 
en Angleterre , Us s'en vantent en pîain parlement. 

C'étoit aussi Benoist qui étoit, avécBàtz; le diffamateur, 
le calomniateur le plus acharné de la représentation natio- 
nale ; c'était lui qui avoit promis à Cuafeot el a Bazira 
5c,coo livres, pour quais employasse ni leur prétendu crédit 
en faveur des traîtres X)ucos et Eonfrède, el les soustraire 
au châtiment de leurs forfaits iibertieidesj la fuite a dc^)bé 



(90) 

ces deux banquiers conspirateurs au châtiment de leurs for- 
Laits el au glaive de la foi. 

Gusman, banquier, habile dans le sytème de l'agiotage,, 
et en cohupissant toutes les manœuvres et toules les ruses , 
agiotait, intriguait pour l'association, ci faisoit passer chez 
l'étranger les tonds amassés par ie brig. ndage de ces lâches- 
[mandataires du peuple, afin , comme iis ne craignoient pas 
de le dire, de se ménager une ressource daus le cas d'une 
contre-révolution qu'ils préparoient eux-mêmes par leuri 
crimes; c'était lui qui, dans le moment où le peuple exer- 
çoit un grand acte de justice, répandoit l'argent parmi les 
conjurés qu'il avoit introduit parmi le peuple, pour leur 
faire commettre des crimes dont le peuple a empêché 
l'exécution, 

D'Espagnac, agioteur effréné, lié avec le conspirateur 
Proly, ci qui a gagné à cet infâme {rude des sommes énor- 
mes, qu'il partageoit avec ce conspirateur, déjà puni de 
ses crimes, étoit aussi l'un des. corrupteurs, avec d'autant 
plus de raison, nue ce moyen lui avoit déjà réussi pour 
iir sa liberté, en donna ni trois mille livres sterlings à 
Julien de Toulouse. 

Enfin, les frères Frey, ex-nobles et ex-barons, étrangers, 
ageus de l'Angleterre et du cabinet de "Vienne , masques du 
voilé du patriotisme, que Chabot prétend pour avoir été 
pendus en eiiigle à Vienne, avec confiscation de biens, 
afin de pouvoir faire croire à leur amour pour la liberté, 
trouvent le moyen, malgré cette confiscation , de donner en 
dot à leur sœur , la somme de deux cent mille livres, pour 
le déterminer à épouser une étrangère, née dans la classe 
proscrite sous l'empire de l'égalité; jamais aucuns corrupteurs 
n'ont formé leurs trames avec plus d'audace et de scéléra- 
tesse; jamais conspirateurs iront montré plus à découvert la 
véritable but des des ressorts qu'ils faisoient jouer. 

Diderischen, avocat de la tour de Dannemarck, ayant 
demeuré à Vienne , et passé en France en 170,2 , étoit l'ag-mt 
des frères Frey et de leurs manœuvres : toute sa conduite 
ne présente qu'un instrument de complots et de trames 
prétendras n'exister que des secours et de la bieufaisan/e 
dêsdiîs Frey £<eu le voit cependant prêtera différera parti- 
culier-; de ; soimr.es --^zez considérables, dé vélo p perles dehors 
de L.'opuh nce 5 faire des négociations importantes su* l'étran- 
ger avec les banquiers, et enfin vouloir sortir du terriloiç* 



(90 

français avec les sommes qu'il pi iils frères 

Frey , au inuiiie.ni où il voit la < bail • de manœuvres 

brisée et rompue. 

D'après l'exposé ci-dessus , l'Accusateur publie a dressé 
la présente accusation contre d*Espaguàc, les freVes Frey , 
(xnsinan et DiderisChèh, peur avoir partrclpité à la con- 
juration ourdie contre le peuple fiançais et sa liberté , 
fendante à diffamer et avilir là représentation nationiïle , 
et détruire , par la corruption , le gouvernement républicain, 
en achetant et trafiquant de l'opinion de Chabot, Bazire, 
Julien de Toulouse, Deluunay d'Angers et Fabre-d'Eglan- 
ffne, en devenant auteur ou complice des, manoeuvres et 
intelligences pratiquées, à prix convenu, pour opérer la 
suppression et la fabrification du décret du 27 vendémiaire , 
concernant la compagnie des Inde§, pour y substituer un 
faux décret, promulgué sur la date du même mois, c* 
qui vs\ contraire à la loi du 16 ventôse dernier. 

En conséquence j l'Accusateur public requiert qu'il lui 
s'.it donné acte de la présenté accusation, comme aussi 
qu'il soit dit et ordonné que lesdits Gusman, frères Frevj, 
S'ahuguet-d'Espagn'/fc et Pidçqschen , seront pris au corps, 
et éçroués sur les registres de la maison d'arrêt de la con- 
ciergerie , pour y rester comme eu maison de justice, et 
que ladite ordonnance sera notifiée. 

Fait au cabinet dé l'Accusateur public 3 le 9 germinal, 
Pan second de iu. République, une et indivisible. 

Signé , A. Q. ? o u Q u 1 e H. 

L'ordonnance • dé-corps t rendue ledit jour, contre 

ledits sus-nommés : le procès-verbal dV-crou et de remise 
de leurs personnes, en la maison d'arrêt de la Concier- 
gerie, aussi du même jour. 

Autre rapport fait a la Convention nationale, au nom 

des comités de S r.érale et de Salut public, par le 

citoyen Saint- Just , le 11 germinal, présent mois, sur la 

conjuration ourdie depuis plusieurs animées par les factions 

criminelles pour absorber la révolution française dans un 

changement de dynastie, et le décret étant ensuite * et en 

du même jour ; portant accusation contre Fabte- 

glântine, Georges - Jacques Danton, âgé de trente- 

tre ans , né à Arcis, département de l'Aube, ci-devant 

> .ms de loi, et député du département de Paris V à ld 



C y- ) 

Convention nationale .y demeurant ^rue et section Ma rate 
Jean-François Lacroix, âgé de quarante ans, ne à Pont- 1 
Audemer , département de Leure , ri-devant homme de- 
loi, et député dudit département, à la Convention nationale i 
ieurai>t a Paris, vue Saint-Lazare, Chaussée-d'Antin. 
Benoit Camille -Desmoulins , âgé de trente-trois ans, ne 
à Guise, département de l'Aisne, homme de lettres , dépuJé 
de Paris , a la Convention nationale, y demeurant, rue du 
Tli âtre Français. 

Marie-Jean Hérault - Séche-lles , âgé de trente -quatre 
ans, ci-devant avocat-général au parlement, depuis membre 
du tribunal de cassation, cl député à la Convention nation 
nale, demeurant a Paris, rue Basse-dn -Rempart. 

Et Pierre Philippéaux, âgé de trente-cinq arts., né a 
Fémère, département de l'Oise, homme de loi , député 
dudii département, à la Convention nationale, demeurant 
à Paris, rue de l'Échelle. 

Autre acte d'accusation, dressé par ledit Accusateur, 
publie le quatorze dudit présent mois, contre François 
Westerman ,, âgé de quarante-un ans, né à Molseu, dépar- 
tement du Bas-Rhin, général de brigade, demeurant à 
Paris, rue Mesîée , et dont la teneur suit: 

Antoine-Quentin Fouqfuier, Accusateur public du Tri- 
bunal révolutionnaire , établi a Paris , parla loi du 10 mars 
1703, l'an second de la République, sans aucun recours 
au Tribunal de cassation , en vertu du pouvoir à lui donné, 
par l'article II d'un autre décret de la Convention, du 
cinq avril suivant; portant, que l'Accusateur public dudit 
Tribunal est autorise a faire arrêter . poursuivre et juger, 
sur ia dénonciation des autorités constituées ou des ci^-ens. 

Expose, qu'en exécution de mandat d'arrêt par lui 
décerné , le huit germinal présent mois , confirmé par décret 
de la Convention nationale du même jour ; François- 
Joseph Westerman, ci-devant aide-de-camp de Dumou- 
riez, et depuis, général divisionnaire, âgé de quarante ans, 
natif de Tvlolsen, département du Bas-Rhin, a été traduit 
au Tribunal révolutionnaire , comme prévenu de com- 
plicité avec Dumouriez et autres, dans la conspiration 
tendante à rétablir la monarchie, à détruire la représen- 
tation nationale et le gouvernement républicain ;nuVxamen 
fuit de l'interrogatoire subi aujourd'hui par Westerman, 
par-devant le Tribunal et des pièces, il en résulte 3 que 



(93) 

Westerman & secondé de tout son pouvoir , de toutes ses 
facultés, la conspiration de Dumouriez contre le gouver- 
nement républicain, a été l'un de ses agens les plus actifs 
pour en assurer le succès, s'il eût été possible. 

En effet, dans le moment où Dumouriez trahissoït la 
France au camp de Grand-Pré, en faveur de Càpet, et 
négocioit avec Brunswick et Guillaume, rWesterinan éioit 
l'intermédiaire, le négociateur auprès de ces despotes, et 
venoit secrètement à Paris, sous le prétexte de procurer à 
Guillaume les arrêtés de la commune du 10 août, concer- 
nant le tyran et sa famille, concerter avec les chefs de la 
'faction qui conspirait pour les rétablir sur le trône, les 
moyens d'exécution de leurs projets liberttcidesi 

Westerman suivit Dumouriez dans la Belgique , mail 
pour être avec Danton, Lacroix et autres, l'agent et la 
complice de ses trahisons ; aussi étoit-il chargé de ses dé- 
pêches secrètes , et fit-il un grand nombre de voyages à 
Paris, dont l'objet étoit de remettre à Gensonné et autres»! 
conspirateurs, les lettres de Dumouriez, et de se chargeur 
de leurs dépêches pour ce traître ? 

Au mois de décembre 1792 , Dumouriez se rendit à Paris, 
et établi sa demeure à Cîichy, où il tint des conciliabules 
avec les chefs de la faction qui vouloit sauver le tyran, 
tandis que d'un autre côtéil conférait avec l'infâme Orléans, 
pour rétablir pour lui et sa famille, la royauté, et Wester- 
man accompagne Dumouriez ; il est i'ame de tous ses pro- 
jets, le confident de ses plus secrètes démarches, et l'agent 
le plus infatiguable de toutes ses manœuvres 5 il prône; par- 
tout Dumouriez j il cherche à inspirer l'enthousiasme en sa 
■faveur, afin que ses infâmes projets soient moins soup- 
çonnés. 

C'est encore "Westerman que l'on voit figurer chez l'ac- 
teur Talma , après la représentation du drame , intitulé 
(l'entrée de Dumouriez dans la Belgique), dont 'l'infâme 
OJiurpe-de- Gouges se disoit auteur a et dans une orgie *sean- 
Jaleuse, sous tous les rapports, se livrer à tous les excès 
de la plus basse et de la plus vile adulation env(>v-> son 
héros, et lui prodiguer tout ce que la flaterie a de plus dé- 
boutant. 

Enfin , jusqu'au moment où Pumouriea a échoué dans 
son exécrable conspiration, Westerman n'a cessé iïs\r(> sou 
agent 5 sou émissaire, sou courtisan 3 et s'il a eu l'air ds 









rabandonner r! rie 'entrer sur le territoire français, c'est 
qu'il ne pouvr.it plus . r pour lui-même$ 

et que les soldais de la République l'auroient puni sur-le- 
champ de la moindre ; ntative qu/il auroit pu luire pour 
les engager à trahir la patrie^ 

Aussi W>estermaii esi-il, à son tour, devenu le héros de. 
tous les complices de Dumourieï, qui le vantoieni et lé 
prônoient en toute circonstance , Danton , Lacroix 

et autres qui voient intérêt à cire lui-même, pour 

empocher que leurs trames w* fussent dévoilées^ et trop 
évidente pour pou^ ;n doute; 

D'après l'exposé ci-dessu, l'Accusateur public a dressé 
la présente accusation contre 'West 'rw m, pour avoir cons- 
piré , de. complicité avec Orléans^ Dumourie* et Fabre- 
d'Eglantine, et les autres ennemis de la République, pour 
rétablir la monarchie et détruke sentation natio- 

nale et le gouvernement républicain. 

En conséquence , l'Accusateur pub i ef qu'il lui soit 

donné acte de la présente accusation, comme aussi, il soit 
dit et ordonné qu'à sa diligence, et par huissier, porteur 
de l'ordonnance à intervenir, ledit '■>• ian sera pris 

au corps et écroué sur les régis! ' on d'arrêt de 

la ConciergeYie , où il est détenu, pour v rester comme en 
maison de justice, et que l'ordonnance sera notifiée. 

Fait au cabinet de l'Accusati . ■•• ■ ' gerniinaï$ 

Pan deux de la République, une et indivisible. Signé , 
A. Q. Fouquieb.. 

Et enfin, autre acte d'accusation^ en date dm i5 lu pré- 
sent mois, dresse par le même Accusateur, < Louis* 
Marie Lullier , âg&de quarante i9,né-àPa imq 
de loi , procureur général -s jndi - el lional prè» la 
département de Pdris, et dont la teneur sùil : 

Antoine-Quentin Fouqme \ usateur public du Tri- 
bunal révolutionnaire, établi - | la loi du ro mars 
i793,Sciiis aucun recours au 1 
core en vertu des pouvoir? à li 
autre décret delà Convenûo-tt, du 5 ai 
que i'Accasaleur public dudij . faire 
virréier, poursuivre et juger, sur la dénonciation des au- 
torités constituées ou des cikry 

Expose que, par mandwt' d'arrêt déi 
■s&teur public ., le 14 présent m< i, Lullier, - • 



(9^) 

tional près le district, et ci-devant procureur-syndic dit 
département, a été traduit au tribunal révolutionnaire ^ 

comme prévenu de complicité dans la conspiration ourdie 
contre le peuple français, en favorisant dans la République 
le plan de corruption des citoyens, de subversion des pou- 
voirs et de Pesprit public, et en tentant d'ébranler ou al- 
térer la forme du gouvernement français; qu'il résulte dei 
débats qui ont eu lieu cejourd'hui , que Lullier est com- 
plice do cette affreuse conspiration, ourdie contre la Ré- 
publique française, par la faction des étrangers, et dont 
le tribunal s'occupe de saisir tous les fils, de dévoiler tou* 
les ressorts, et de démasquer tous les agens. 

En conséquence , l'Accusateur public a dressé la présent» 
accusation contre Lullier , ci-devant procureur-syndic du 
département de Paris, pour avoir, de complicité avec Be>- 
launay et autres, conspiré contre le peuple Français, en 
favorisant dans la république le plan de corruption des ci- 
toyens , de subversion des pouvoirs et d'avilissement de la 
représentation nationale ? pour anéantir le gouvernement 
républicain , ei rétablir la monarchie. 

En conséquence, l'Accusateur public requiert qu'il lui 
soit donné acte fie la présente accusation; qu'il soit dit et 
ordonné qu'à sa diligence , et par l'huissier , porteur de l'or- 
donnance a intervenir, ledit Lullier sera pris au corps et 
écroué sur les registres de la maison d'arrêt de la Concier- 
gerie , pour y rester comme en maison de justice, et que- 
l'ordonnance sera notifiée. Fait au cabinet de l'Accusateur 
public, le 14 germinal, l'an Cicux de la république, une 
et indivisible. Signé , A. Q. Fouquier. 

Vu pareillement les ordonnances de prise-de-corps ren- 
dues par le tribunal, à l'égard d<2s ci-dessus nommés, et 
les procès- verbaux de remise de leurs personnes en la 
maison de justice. 

La déclaration du juré de jugement, faite individuelle- 
ment à haute ^t intelligible voix, a randience pubii [ue du 
tribunal . portant : qu'il est constant qu'il a existé une cons- 
piration tendante à rétablir la monarchie , à détruire la 
représentation nationale et le gouvernement républicain. 
Oue Jean-François Lacroix , nomme da loi , député a la 
convention nationale , est convaincu d'avoir trempé dans 
cette conspiration. 

Oue Georges- Jacques Danton, homme de loi , éép ité é 



îa convention nationale, est convaincu d'avoir trempé clans 
bette conspiration. 

Que Beuoisf Camille-Desmoulins, homme de lettres, dé- 
puté a la convention nationale, est convaincu d'avoir trempé 
dans cette conspiration. ' 

Que Pierre Philippeaiix , homme de loi, député à la 
Convention nationale , est convaincu d'avoir trempe dans 
cette conspiration. 

Que Marie- Jean Hérault-de-Sechelles , ex-avocat au ci- 
devant parlement de Paris , député à la Convention na- 
tionale , est convaincu d'avoir trempé dans cette cons- 
piration. 

Que François-Joseph Westerman , ex-général de bri- 
gade 3 est convaincu d'avoir trempé dans celte conspira- 
lion. 

Il a existé un© conspiration tendante à diUâmer et à 
avil la représentation nationale, et à détruire, par la cor- 
ruption, le gouvernement républicain. 

Que Philippe -François - Nazire Fabre - d'Eglanline , 
homme de lettres, député à la convention nationale, est 
convaincu d'avoir tfaoqué de son opinion, comme repré- 
sent du peuple. 

Que Joseph Dêlaunay, homme de loi, député à la con- 
vention nationale, est convaincu d'avoir trafiqué de son 
Opinion, comme représentant du peuple. 

Que François Chabot, ex-capacin , député à la conven- 
tion nationale, est convaincu d'avoir trafiqué de son opinion , 
comme/représentant du peuple. 

Que Claude Bazire, archiviste des ci-devant états de 
Bourgogne , est convaincu d'être le complice de Chabot 
et Deiaunay , en gardant le silence , soit sur les révélations 
qui lui ont été faites de leurs manœuvres criminelles, soit 
sur les propositions intéressées qui lui ont été faites. 

Que Marie-René Sahuguel-d'Espaguac , ex-abbé, four- 
nisseur (\a armées de îa République 3 i^st convaincu d'avoir 
trempé dans celte conspiration. • 

Que Junius Frey , né en Moravia , domicilié 1 à Vienne en 
,Autriche, el depuis deux ans a Paris, esi convaincu d'avoir 
trempé dans cette conspiration. 

Qu'Emmanuel Frey-, "né en Moravie, frère de Juni'is, 
est convaincu d'avoir trempé dans cette conspiration. 

Que Jean - Frédéric Diderischcn , ne à Tashcnbourg, 

duché 



(91) 

ducllé de ïïoslein , avocat de la cour du foi de Dannemarck , 
est convaincu d'avoir trempé dans cette conspiration. 

Qu'André-Marie Gusinan , né en Espagne , est convaincu 
d'avoir trempé dans cette conspiration. 

Que Louis-Marie Lullier, homme de loi , agent national 
prés le département de Paris > n'est pas convaincu d'avoir 
trempé dans cette conspiration. 

L'ordonnance du président, qui acquitte ledit Lulîicr de 
l'accusation contre lui portée. 

te Tribunal, après avoir entendu l'Accusateur public eu 
sa réquisition sur l'application de la loi, condamne ÎFean- 
François Lacroix., Georges- Jacques Danton, Benoit Càmille- 
Desmoulins, Pierre Philippeaux , Marie; -Jean Hérault- 
Séchelles, François- Joseph Westermann, Phîîippe-Fran- 
çois-Nazire Fâbre-d'jEglantine , Joseph Delaunay , François 
Chabot, Claude Bazire, Marie-René Saliuguet-d'Espagnac, 
JuniusFrey , Emmanuel Frey, Jean-Fréderic Diderischén, 
André-Marie Gusman, à la peine de mort, conformément 
à la loi du 23 Ventôse dernier, dont il a été fait lecture, 
laquelle est ainsi conçue : 

44 Sont déclarés trai 1res à la patrie, et seront punis comme 
tels, ceux qui seront convaincus d'avoir, de quoique manière 
que ce soit, favorisé dans la République le plan de corrup- 
tion des citoyens, de subversion des pouvoirs et dejj'esprlt 
public ; d'avoir excité des inquiétudes k dessein, et d'em- 
pêcher l'arrivage des denrées à Paris 5 d'avoir donné asy'e 
aux émigrés 5 ceux qui auront tenté d'ouvrir les prisons 5 
ceux qui auront tenté d'introduire des armes dans Paris 
dans le dessein d'assassiner le peuple et détruire la liberté -, 
ceux qui auront tenté d'ébranler ou d'aitérer la forme du 
gouvernement républicain. ï? 

Et à l'article VII de la cinquième section du titre premier 
de la deuxième partie du code pénal , ainsi conçu : 

"Tout membre de la législature qui sera convaincu d'avoir, 
moyennant argent, présent ou promesse, trafiqué de son 
opinion , sera puni de mort. >i 

Déclare les biens desdits condamnés acquis à la Répu- 
blique , conformément à l'article ÏI du titre II de la loi du 
10 Mars 1793, aux exceptions portées par icelle. 

Ordonne, qu'à la diligence de l'Accusateur public, le 
• présent jugement sera misa exécution dans les vingt-quatre 
heures, Sur la place de la Révolution de cette ville 3 im- 

G 



(98) 

primé , publié et affiché dans loule l'étendue de la Repu-» 
blique. 

Fait et prononcé, le seizième jour de Germinal, l'an 
second de ta République , à L'audience publique du Tri- 
bunal, à laquelle sîégoient les citoyens Amand-Martial 
Herm a nd, pré 'sident; %i\ en neE Ou c A ult, Charles Bravât, 
François-Joseph P en izot et E*tienne Masson, juges , qui 
ont signé la minute du présent jugement avec le commis- 
greffier; 

Au nom du peuple Français, il est ordonné à tous huis- 
siers, sur ce requis, de faire mettre ledit jugement à exé- 
cuti nj aux commandans et oiïicicrs de la force publique, 
de prêter main- forte lorsqu'ils en seront Légalement requis, 
et aux commissaires du pouvoir exécutif, dy tenir la main. 
En foi de quoi, ledit jugefnenjt a été signa par Le pré- 
sident du tribunal et par le greffier. 

Signé , H e r m and, président. 

N. J. F a e r i c i u s , Greffier. 

« '-'-•"•••• •'—• j> -— '■*—+< - -~ — _ 2t , „ ™ 

CONVENTION NATIONAL E. 



Décret d'accusation contre S 



un on. 



Siiince du io Germinal. 



Le président. Je réçoiè iâ IMris tant une lettre de l'Accusatcu? 
public près le tribunal révolutionnaire, dont il est instar!» 
que la Convention entende la lecture. 

Un secrétaire lit celte lettre , ainsi conçue : 

Paris , 18 Germinal. 

J'ai l'honneur d'informer la Convention qu'il résulte des 
dépositions faites par plusieurs détenus, qu'Arthur Dillmi 
et Si moi t a voient forme le projet de s'emparer des clefs 
du Luxembourg, de se porter au comité de salut public, et 



C 99 ) 

cPen égorger les membres. Dillon devoit eommancler îâ 
force armée, et Simon indiquer les avenues du comité. Le 1 
premier va être mis en jugement; quant à Simon 5 mort 
respect pour la représentation nationale m'ordonne d'at-* 
tendre la décision de la Convention. 

Signé Fouquier. 

A cette lettre étoit jointe une déclaration de Laflolte. 



COPIE 

i 



De la déclaration £ Alexis Lajlotte , Minisire , résident 
de la République , ci-devant à Florence, dont copie 
certifiée conforme par f Accusateur public , près le 
Tribunal Révolutionnaire , a été envoyée à la Cou* 
vent ion nationale, le dix-huit germinal. 



Le quatorze germinal, entre six et sept heures du soir^ 
.étant entré dans une ckambre , occupée par plusieurs 
détenus , et entr'autres par Dilîon ; je trouvai ce dernier 
«ssis a un bureau , occupé à écrire; un quart d'heure après, 
'Dilîon, que je ne conneissois que depuis huit jours, que 
je suis détenu au Luxembourg, s'approcha de moi; et me! 
tirant à part , me demanda si j'avois connoissance de ce 
qui s'étoit passé au Tribunal révolutionnaire. Sur une 
réponse négative de ma part , il me dit alors que Danton , 
Lacroix, Hérault, etc., avoit dit ne vouloir parler qu'en 
présence de Robespierre, Barrère , Saint-.Tusf et autres 
membres, que le peuple avoit applaudi ; m ais que le jury 
ayant écrit a la Convention nationale à ce sujet , elle àvoifc 
passé à l'ordre du jour. Que le peuple , a la lecture du 
décret, avoit donné àcs marques éclatantes d'iniprobation < 
il ajouta, qu'il venoit d'écrire une lettre à la femme de 
Camille JJesmoulins - qu'il metloit mille ecus à sa dispo- 

G z 



( ico ) 

silion , pour pouvoir soudoyer au monde, pour entourer 
le Tribunal révolutionnaire. Il m'ajouta , que ce qu'il 
craignoit ,étoit que les comités de Salul public et de Sûreté 
générale ne lissent enfoncer la Conciergerie, et ne lissent 
assassiner tous les prisonniers j et que delà, on ne se 
portât aux autres prisons pour égorger les dctenus. Qu'il 
îalloit en conséquence que les gens de tête et de ceeur 
prissent des mesures vigoureuses de défense; que le plus 
saint des devoirs étoit de réprimer l'oppression; qu'il fulloit 
la République , mais la République libre; il m'ajouta: 
u J'ai un projet concerté avec Simon le député, qui a 
» une bonne tête; je vous l'amènerai , et je tâcherai aussi 
» de vous amener Thouret î> : prévoyant alors que je' 
pourrois découvrir leur plan , et être utile à la chose 
publique , et peut-être sauver la liberté ; j'eus l'air d'abonder 
clans leur sens. Je convins de me trouver dans ma chambre 
seul à les attendre. Alors Dillon remit au garde-clefs , 
nommé Lambert, la lettre pour la femme de Camille 
Desmoulins , après avoir préalablement coupé sa signature 5 
précaution exigée par le porle-clefs : je sortis de la chambre 
de Dillon , et me retirai dans la mienne pour lesy attendre. 
Là , rendu à mes réflexions, je sentis de nouveau l'im- 
portance qu'il y avoitde surprendre le plan de deux auda- 
cieux , qui n'ayant plus rien à ménager , pouvoient tout 
oser: je me préparai donc à dissimuler, et les attendis. 

A huit heures et demie , entrèrent dans ma chambiv; 
Simon et Dillon, ce dernier me répéta les nouvelles du 
Tribunalrévolulionnaire; il m'ajouta, que vingt-septsections 
demandoient les assemblées primaires , et que l'on erioit 
dans Paris, à bas la dictature , à bas la tyrannie, Simon 
confirma ces nouvelles, et il ajouta, que la femme de 
Chaumeî venoit de passer par le Luxembourg , et y avait 
fait des signes de contentement à son mari, en battant de* 
mains. Alors Dillon , prenant la parole , mit en mauve 
ment toutes les passions qui peuvent fiai ter l'amour-propre ., 
et exciter l'ambition qu'ils me supposoient , sans doute, 
m'appelant le restaurateur de la liberté, na'assuranl que 
Danton et Hérault ne vouloient que la République : quand 
il crut m'avoir bien convaincu , il me dit : u 11 faut que 
m cette nuit décide de notre liberté ??; il ajouta , qu'il a\oit 
deux cens hommes dans la prison à ses ordres, et que 
Siraon en avoit une quarantaine. Je l'interrompis ,, et lui 



C loi ) 

dit, que trop de précipitation gâteroit tout ; qu'un mou- 
vement partiel, dans une prison, ne serviroit qu'a faire 
des vL'tiraies , sans rien opérer ; qu'il falioil pour bien Lire, 
ne forcer la pripbn, que lorsque le mouvement du dehors 
prouj croit que l'on le pouvoil faire avec fruits; et qu'alors, 
o i pourroit se metlre à la tète du peuple. Simon prit la 
paroi?*, et dil : que la chose pouvoif se faire de nuit ; qu'alors, 
nu lieu de se porter vers le Tribunal, il fau.lroit aller 
vers le comité de Salut public, et l'égorger. Il nous détailla 
ensuite son plan. Il fallait d'abord mettre Ta larme dans 
la prison, réunir les prisonniers , leur faire voir l.a Con- 
ciergerie égorgée, les entraîner dehors. Dillon devoit se 
charger de là conduite de la force armée ; il prétendoit 
avoir à lui l'écrivain et un guichetier. Par leur moyen, 
On auroit forcé la garde ? obligé l'officier de déclarer le 
mot de l'ojdre, et marcher sur-le-champ vers le comité ; 
la troupe l'auroit entouré, et gardé les trois issues. Alors, 
Simon entra dans le détail du local j une quantité d'hommes 
déterminés devoit entrer dans la prem ère salle où sont 
les garçons de bureau, passer outre, se disant chargés de 
commissions mïpbr tan t'es, passer également dans la seconde, 
où on pouvoit trouver quelques députés. Enfin, pénétrer 
dans la salle du comité et poignarder les membres qui 
siégeraient ; delà , sortir et crier dans les rues et aux sections : 
Vive les fondateurs de la République , à bas la dictature 
et la tyrannie. Dillon vouloit exécuter ce plan la nuit même ; 
alors a3'ant l'air de combattre quelques idées et d'en approu- 
ver d'autres ; je fis ajourner, le plan au lendemain. Simon 
l'ut de mon avis, et nous nous quittâmes en nous promettant 
un secret inviolable. Le même soir, pour ne pas donner 
de suspicion à Dillon , je suis descendu chez lui , et j'ai 
fait deux robes de wisk. J'ai passé une nuit ti^ès-agitée, 
et l'œil ouvert, craignant qu'il ne prit fantaisie à Dillon 
d'exécuter son plan au milieu de la nuit. Ce malin je me 
suis levé au jour. J'ai été avertir le concierge , par l'en- 
tremise de Caubert, de ce qui se passoii ; la , j'ai su d'un 
autre détenu , nommé Meunier , que Dillon lui avoit débité 
les mêmes nouvelles et l'avoit pressenti ; mais que ne 
l'ayant pas trouvé disposé à l'écouler , il lui avoit dit : 
eli bien! je vais me consulter avec Simon, Thouret et 
1/» flotte fi 1 s. Signé , Alix Latlotte, ministre , résident 
fie la République , ci devant a Florence. 



( 



ï 02 * 



"Pour copie conforme et par duplicata à l'original qu£ 
j'ai entre mes mains. A Paris, ce 21 Floréal, l'an deux 
de la République , une et indivisible. 

L'Accusateur public près le Tribunal révolutionnaire. 

A. Q. F o u q u 1 e R. 

Barrère. Tous ces faits sont déjà connus du comité , puis- 
qu'il a entendu Laflolte; il sait cju"il y avoit des relations 
entre plusieurs détenus au Luxembourg et les coupables qui 
ont expié leurs crimes. Le comité a pensé qu'il devoit laisser 
agir le tribunal, saisi de la conspiration , et quia déjà rendu 
un jugement. 

On demande de nouveau le décret d'accusation contre 
Simon. 

ïl est porte en ces termes : 

La Convention nationale , après avoir entendu la lecture 
d'une lettre qui lui a élé adressée par l'Accusateur public 
pi es le tribunal révolutionnaire, et des pièces qui y sont 
jointes , relativement à Simon , député , détenu au Luxem- 
bourg, comme prévenu de complicité avec les conspira- 
teurs , décrète Simon d'accusation, et le renvoie au tribunal 
révolutionnaire. 

On demande le renvoi de ces pièces au comité de salut 
public. 

Nota, Cette déclaration a été confirmée par celle deMeu. 
niereide Lambert, porte-clefs delà prison du Luxembourg 



JUGEMENT 

Uendu au Tribunal révolutionnaire , établi par la loi du 
io mars Z7.9? . séante au palais , à Paris 5 qui sur la 
déclaration du Juré de jugement , portant , qu*il a existé 
une conspiration centre la liberté , la sûreté et la soude- 
ra itieié dit Peuple , tendante à troubler Vélat par une 
guerre c'n ije , en armant les citoyens les uns contre les 
autres^ et contre l'exercice de l'autorité légittnie , par 
suite de laquelle , dans le courant de ventôse dernier^ 
(tes conjurés dévoient dissoudre la représentation nationale , 
assassiner ses membres et les patriotes , détruire le gou- 
rcrnev.çrd Bépjblicain , s'emparer de la souveraineté du 
'e a rétablir la monarchie. , et donner un tyran à l'état } 



( !03) 

'Çuc Pierre -Gaspard Chaumette , agent national, est 
convaincu d'elle auteur ou complice de cette conspiration ; 
Çue Jean -Baptiste Gobel, é&êque de Paris . est convaincu 
d'être auteur nu complice de cette conspiration ; Çù'Astliùt 
Dillon est convaincu d'être auteur ou complice de celte 
conspiration; Que Philibert "Sinuon , député à la Con- 
vention nationale* est convaincu d'être auteur ou complice 
de cette conspiration; que Marie Marguerite-Françoise 
Goupil, veuve Hébert, est convaincue d'être auteur ou 
ice de cette conspiration ; que Guiliaume-lNicoLis 
Salle, capitaine , est auteur ou complice de celle conspi- 
ration ; que Michel BëYsser , général de brigade , est con- 
vaincu d'être auteur ou complice de cette conspiration ; 
que Jean-Bap liste-Ernest Bûcher, ci-devant porte arque- 
buse du traître d'Artois , est convaincu d'être auteur ou 
complice de cette conspiration ; qu'Edme Rameau , prêtre , 
est convaincu d'être auteur ou complice de cette conspiration ; 
que Jacques Lacombè , rentier^ est com aincu d'être auteur 
ou complice de cette conspiration ; que Maurice-François 
Lebrassc, lieutenant de gendarmerie , près les tribunaux , 
est auteur ou complice de cette conspiration ; que Jean- 
Mu rie Lapalus , assesseur du juge de Paix du canton 
de Tisj , est convaincu .d'être auteur oll complice de cette 
conspiration; que Marie- Sebastien Brulnëau Lacroix, 
membre du comité révolutionnaire de la section de l'Unité^ 
est auteur ou complice de cette conspiration ; que Jc-ari- 
ÏVancois Biîréyier., marchand, de tableaux -, n'est pas con- 
vaincu d'être auteur ou complice de celte conspiration. ; 
que Naurry Grammont père , artiste du théâtre Mon-* 
t ansier , est convaincu d'être auteur ou complice de celte 
conspiration; qu 'Alexandre IN curry Gramrnpnt A jil& , 
officier de cavalerie , est convaincu d'être auteur ou com- 
plice de cette conspiration ; que Jacques Mou tin-Lambin , 
n'est pas convaincu d'être auteur ou complice de cette 
conspiration ; que Jean-François Lambert , porte- clefs de 
la maison d'arrêt du Luxembourg , est convaincu d'être 
auteur ou complice de cette conspiration ; ^'Antoine 
Duret ; adju.dant-général de l'armée des Alpes , est con- 
vaincu d'être auteur ou complice de cette conspiration ; 
que Marie-Marc-Antoiné Barras, ancien administrateur 
du district de Toulouse , est convaincu d'être auteur ou 
complice de celle conspiration ; que Prudent - Antoine 

G 4 



( io 4 ) 

PrangÇjTj comtois à l'administration del'hahillement n'est 
pas convaincu d'être auteur ou complice de cette conspi- 
ration ; que Louis-Barthélémy Chenaux , ci-devant pro~ 
cureur au Châtelet , n'est pas convaincu d'être auteur ou, 
complice de cette conspiration ; que Anne-Philippe-Louise 
Laridon-Duplessis 5 veuve Camille-Desrnoulins, est con- 
ta/nef d'être auteur ou complice de cette conspiration ; 
que Charles Chardin , libraire , n'est pas convaincu d'être 
auteur ou complice de cette Conspiration ; que Claude 
Dumas, caporal -fourrier de l'armée Révolutionnaire , 
n'est pas convaincu d'être auteur ou complice de cette 
conspiration; que René -Antoine Barbe, sergent dans 
V armée Révolutionnaire , n'est pas convaincu d'etre auteur 
ou complice de cette conspiration. 
Condamne lesdits Dillon , Chaumette , Gobel , Simon, 
veuve Hébert, Bûcher, Laoombe , Lasalle , Lapalus , 
Rameau , Bnimeau Lacroix, Grammont père et Grarn- 
moût bis, Duret , Barras, veuve Camilîe-Besmoulins, 
Lebrasse,Beysser, Lambert, à la peine de mort . confor- 
mément -ci l'article II de la deuxième section du titre 
premier de la deuxième partie du code pénal. 



Le 24 germinal, l'an second de la République française, 
une et indivisible. 

Au nom du Peuple français , le Tribunal révolutionnaire 

a rendu le jugement suivant : 

Vu par le Tribunal le décret de la Convention nationale , 
fendu le dix-buit Germinal présent mois , portant accusa- 
tion contre Philibert Simon, natif de Rumilly, départe- 
ment du Mont-Blanc, député à la G n vent ion nationale, 
demeurant à Paris, rue Traversiez -Honoré , comme pré 4 -» 
venu de complicité avec les conspirateurs, le renvoi dudit 
Simon au Tribunal, Pacte d'accusation dressé par l'Accu- 
sateur public près Lelui, contre Arthur Dillon , âgé do 
43 ans, dé en Angleterre , à Braqwick , ci-devaiit général 
ûe division 9 demeurant rue Jacob, N° 28 , maison garnie, 
ci-devant Bourbon; 




( ■*) 

liers en Alsace, département du Haut-Rhin, général cl© 
brigade dans l'armée de l'Ouest , demeurant ordinairement 
à l'Orient; 

Pierre- Gaspard Chmmette , âgé de 31 ans, natif de 
Nevers, agent national de la commune de Paris, et ci-de- 
vant procureur de ladite commune, demeurant à Paris, 
rue de l'Observatoire, aux Visilandines , et avant, rue du 
Paon , section Marat ; 

Marie-Marguerite-Franc.oise Coupil , femme Hébert, 
âgée de 38 ans, native de Paris, y demeurante, rue neuve 
de l'Egalité, tenante une imprimerie; 

Jean - Baptiste - Ernest Bûcher, âgé de 43 ans, natif 
d'Amiens , département de la Somme , sous-lie u tenant dans 
le régiment ci devant de la Reine, dragon , actuellement 
le sixième, commandant de la garde nationale déMesnil- 
Saint- Denis , y demeurant, district de Versailles , dépar- 
tement de Seine et Oise ; 

Marie-Marc-Antoine Barras, âgé de 30 ans ou environ, 
natif de Toulouse, département de la Haute - Garonne, 
ancien administrateur à Toulouse, y demeurant ; 

Jean-Jacques La combe , âgé de 33 ans, natif de Cajac, 
district de Figeac, département du Lot , vivant de ses 
rentes, demeurant à Paris, maison garnie des Français, 
rue de Thionville , N° 30, section Marat; 

Jean-Maurice-François Lebrasse , âgé de 31, natif de 
Rennes, département de Plsle et Vilaine , lieutenant do 
gendarmerie près les tribunaux , demeurant rue Jacques , 
1^27; 

Guillaume Lasaîlé , âgé de 24 ans, natif de Boulogne- 
sur -Mer, district durlit lieu, département du Pas-de- 
Calais, otricier de marine , demeurant maison de France ^ 
rue neuve de l'Egalité • 

Prudent - Antoine Prar.gcy , âgé de 41 ans, natif dÔ 
£aln®d-la-Gran<re. district de Bar-sur- Sein 



'Ï3 W 5 



de l'Aube^ commis principal de l'adminislratien dé PliafôU 
lement des troupes, chargé de la caisse particulière de' 
de ce service, demeurant a Paris , rue Vcrceicl , N° 21 , 
section du Contrat-Social; 

Anne -Philippe- Louise Laridon - Durl^ssis , veuve 
Camille X)e>mculins, âgée de 23 ans , native de Paris, 
demeurant rue du Théâtre Français ; 

Antoine Duret, âgé de 40 ans ou environ , de Rouanne, 



C 106 ) 

rn Forez 5 adjudant-général de l'armée clés Alpes , demeu- 
rant à Monlbrisson , département de la Loire , et lors de son 
arrestation à Seure 5 

Aiexandre-T>oun v Grammont, âgé de 19 ans , natif de 
Limoges, département de la Haute-Vienne , officier dans la 
cavalerie révolutionnaire, ayant employé au' bureau de la 
guerre . demeurant à Paris , passage des Petits-Pères , N° 3 , 
section de Gruill mmo-Tell 5 

Jacques Moulin - Lambin, âgé de 31 ans , natif de 
Cliarny , district audit lieu , département de l'Aisne , 
( officier de santé, actuellement employé au département de 
Paris , membre du comité de bienfaisance de la section 
Cbâlier., demeurant petite rue e*t section Cbâlier, 7S° 433; 
Jean -François Beyreider, âgé de 43 ans, natif de 
Ducey, district d'Avranches, département de la Manche, 
marchand de tableaux et de papiers, demeurant à Paris, 
rue d'Anjou-Thionville , TS° H , section de PUnitê ; 

Nourry Çrrammonl , âgé de 42 ans, natif de la Rochelle , 
département de # la Charente-Inférieure, ci- devant artiste 
du théâtre de Montansier, ensuite adjudant général de 
l'armée révolutionnaire, demeurant à Paris, passage des 
des Petits Pères, sectionne Guillaume-Tell 5 

Jean-Marie Lapalu , âgé de 26 ans , natif de Matame , 
district de Charonne , département de Seine et Loire, asses- 
seur du juge de paix du canton deTissy , commissaire du 
comité de sûreté générai de la convention, juge de la 
commission révolutionnaire de Seure, demeurant ordinai- 
rement à Marclon, district de Ville-Franche , département 
de ïUïjjue et Loire ; _ 

R.ené- Antoine Barbe, Agé de 49 ans, natif de Susthre , 
en Bance , district -de Chartres , département de l'Eure , 
ci-devant faiseur de malelats , sergent dans l'armée révolu- 
tionnaire , demeurant à Paris, section de Mon treuil , fau- 
bourg Antoine ; 

Jean-François Lambert , âgé de 25 ans , natif de Boisne , 
district de Pet'biviers , département duLoiret, porte-ciels au 
Luxembourg, demeurant a Paris, rue de la Convention, 
vis-à-vis îloch; 

Claude Damas , âgé de 5l ans, natif de Paris, ci-devant 
poseur i\~i parquet, actuellement caporal -fourrier dans 
l'année révolu tiqnriaire^ demeurant rue dé Naples, section 
de Montieui! ; 



C 107 ) 

. Charles Chardin , âgé de 5o ans, natif de Monjoy, dé- 
partement du Calvados, marchand mercier, et actuelle- 
ment amateur-libraire, demeurant à Paris , rue Roch , 
section de Brutus ; 

Louis- Bar thelemi Chenaux, âgé de jÔ ans, natif de 
Paris , ci-devant procureur au Clïatelet, membre du con- 
seil-général de la commune provisoire , demeurant rue 
Honoré, N° 3205 

Marie-Sébastien Brumeaux-Lacroix , âgé de 2.6 ans , 
membre du comité révolutionnaire de la section de l'Unité , 
demeurant rue du Colombier, faubourg Germain ; 

Edme Rameau, âgé de 41 ans, natif d'Auxerre , dé- 
partement de l'Yonne, prêtre, demeurant à Paris, rue 
Sauveur; 

Joseph-HofiQré Vallant, agent de Ronsin ; 

El dont ta teneur suit: 

Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public du Tri- 
bunal révolutionnaire 3 établi à Paris, par décret cte la 
Convention nationale, du dix mars 1793, l'an deuxième 
de la République , sans aucun recours au tribunal de cas- 
sation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article II d'un 
autre décret de îa Convention, du 5 avril suivant; por- 
tant , que l'Accusateur public dudit Tribunal est autorisé 
à faire arrêter , poursuivre et juger, sur la. dénonciation des 
autorités constituées ou des citoyens; 

Expose que , par décret de la Convention nationale , 
du 16 Ventôse , l'accusateur public est chargé d'infdr/ 
mer sans délai contre les auteurs et distributeurs de pam- 
phlets et manuscrits répandus dans les balles; et marches , 
et qui sont allentoires à la liberté du peuple français 
et à la représentation nationale , et de rechercher en 
même- tems les auteurs ou age'ris des conspirations for- 
mées contre la sûreté du peuple', et les auîears de la mé- 
fiance inspirée a ceux qui apportent des denrées et des 
subsistances à Paris. 

Que par autre décret de la convention nationale , du 18 
présent mois, Philibert Simon, dépuré à la Convention 
nationale, a été décrété d'accusaiion pour être traduit au 
Tribunal révolutionnaire ; qu'en exécution de ce décret, il 
a été procédé à des informations et auditions de témoins; 
qu'en couséquence des résultats de ces dépositions et des 
pièces remises a l'accusateur public 5 il a décerné mandat 



( io8) 

d-'arr A t r et traduit au Tribunal révolutionnaire AriliurDillon t 

Ç! aumeite,Lacombe , Gobel , Graimnont père , Grammont 
fils, Làsalle, Lnpnlu , Duret, SaVard, Loiseau, Rameau, 
lànesl Buscnèf 3 jGandon -Duplessis, reuve Desmoulins , 
Beysser, Barras - Valland., Dumas , Barbe, Lequesne, 
Prangey, la veuve Hébert 3 Chenaux, Lebrasàe, T., roix, 
Beretler, Lambin et Chardin, ont été traduits au Tribunal 
iluiïonnaire, comme prévenus de Lomplicilé clans la cons- 
piration formée coulre 1 \ liberté et la sû.çlé du peuple fran- 
çais, par Hébert, Ronsin, Cloots , dit Anacharsis , et 
autres, pourdissoudre la représentât ion nationale, assassiner 
se.; membres et les patriotes, détruire le gouvernement 
républicain , s'emparer de la souveraité du peuple et donner 
un tyran à l'état $ qu'examen fait, tant des interrogatoire* 
subis pardevanf le Tribunal par chacun des prévenus, que 
des pièces, il en résulte qu'ils étoiem tous les a gens et les 
complices de l'borrible conspirai! pu dont une partie des 
conjures a déjà subi le châtiment de leurs exécrables 

ftrf.iir&! 

En effet, Gobel, ci-devant évéque de Paris, et Chau- 
mette^ agent national, ont évidemment conspiré avec 1 in- 
fime Ctootz, Hébert , Vincent et autres, contre la Répu- 
blique française, déjà Gobel, lors d'une mission à Poren- 
* : ' l iy ? v a conspiré contre la République française. Les 
preuves de la complicité de Chaumette , avec les autres 
conjurés , résultent de sa conduite dans l'exercice de ses 
fondions de procureur de la commune de Paris, dans son 
affectation à braver et à méconnoîlre les loix et l'autorité 
de la Convention nationale , à s'ériger lui-même par la 
plus criminelle et la plus audacieuse usurpation ; en légis- 
lateur, en provoquant par ses réquisition, Ces arrêtés H-- 
berticides, dont l'objet étoit d'anéantir les loix auxquelles 
ils étoienl contraires. Mais cette complicité est sur-tout prou- 
vée par celte coalition entre Gobel , Clootz, Commette > 
Hébert et consorts , pour er&cer toute idée de la divinité, et 
vouloir fonder le gouvernement français sur l'athéisme , et 
par la Subversion de l'esprit public, afin de donner de la 
consistance aux infâmes calomnies des despotes coalisés 
contre la nation française ; il est démontré que la conduite 
de Chaumette et de ses complices, é toi f un des plus puis- 
s.nis moyens d'exécution de ce vaste plan de conjuration 
qui Yuut d'être dévoilé et déjoué : le but de Chaumette, 



( i°9 

rie Gobel, éfcStj arec Romsin-Cromwel , d'anéantir toute 
epèce de morale, d'étouffer tout principe de vertu, et de 
persuader aux peuples voisins, que la nation française en 
étoit venue au dernier degré de dissolution cù il soit pos- 
sible de parvenir, en détruisant jusqu'à l'idée de l'Etre 
suprême, sons les auspices duquel elle avoit proclamé les 
droits i*n prescriptibles de l'homme et la liberté naturelle 
de tout les cultes. 

« C 'étoit dans ces orgies, dans ces repas à cent écus par 
tête, et poussés fort avant dans la nuit, que se concertait 
ces mesures liberticides, que Cbaumetle a étendu jusques 
dans le déparlement de la Nièvre , où une société popu- 
laire a osé , par ses instigations , méconnoitre l'autorité na- 
tionale et la braver, en refusant d'obéir àla loi sur la liberté 
des cultes. L'or de Pitt payo.it Cbaumelte de son irifarhé 
trahison; aussi écrivoit-il à sou père en lui envoyant trente 
mille livres, de n'acheter ni biens nationaux ni biens d'émi- 
grés, parce (pie cela ne dureroit pas. 

Le massacre des représentai du peuple et des patriotes! 
est aussi un des moyens d'exécution de ce complot , et 
Cbaumetle, Savard , Lasalla, le traître Beysser, cet agent 
de l'infâme faction des fédéralistes: Lacroix, fuyant son 
poste a Cîiàlons, à l'approche des satellites des despotes, 
procurant à prrx d'argent de faux certificats de résidence 
à l'iniames Durhâtelat , agent de tous les conspirateurs; 
Bérether 3 ex-noble, banqueroutier, agioteur; Lebrasse , 
cet agent de Ronsin , pour qui le grade de colonel de la 
Gendarmerie devoit être, après le succès de la contre-? 
révolution , le prix des crimes dont il se seroit couvert ; 
Barras- Grammont père et Grammont.fils , dignes associés 
de Ronsin , dont ils étoient les aides-de-camp. Lapalu et 
Duret, détenus, dévoient tous concourir à ces assassinats, 
et recevoir de Mazuel, Ronsin et autres, les armes avec 
lesquelles ils dévoient consommer ces exécrables forfaits. 

u Lutin la femme Hébert, conspiratrice avec sou mari, 
agente immédiate du système de corruption , imaginé par 
la horde des banquiers étrangers , envers quelques indignes 
représentant du peuple, complices de Kok, des Frey ^ des 
Despagnacs; Lambin, agent des conjurés Chaumeîte et 
Héherl., dans la section de Chasîier et dans le départe- 
meiU de la Marne, ainsi que le. constatent des écrits-émâ- 
nis de v lui'; Valland, complice de Ronsfri 



( »o ) 

son prêle-nom , pour les acquisitions qu'il faisoît avec \e 
produit de ses dilapidations; Chardin , agent de l'anglais 
feedfort , recelant sa bibliothèque chez lui ; Lequesne et 
Prangey, faisant disparoitre de la caisse de l'administra- 
tion de L'habillement et de l'équipement, une somme de 
deux cents mille livres, sous l'apparence d'un vol, mais 
dans le fait, pour les employer aux frais de la conjuration 
et à la solde des conjurés. Dumas, Barbe, complices de 
Ronsin dans l'armée révolutionnaire , dévoient tous con- 
courir, suivant les rôles qui leur étoient distribués, à cette 
conjuration , et coopérer au soulèvement contre-révolu- 
tionnaire, dont le voile funèbre, mis sur la déclaration 
des droits de l'homme, étoit le signal. 

îî Les différentes trames et conspirations ourdies par 
Dillon et ses complices n'ont pu échapper à là surveillance 
des représentai du peuple , et doivent être considérées 
comme des branches de ce vaste complot. 

>i En effet, il est constant que depuis le 10 Août 1792 ? 
Dillon n'a cessé de conspirer contre la République 5 c'est 
lui qui , quand le tyran est renversé par le peuple , veut 
forcer les citoyens à lui prêter serment, et essaie d'anéantir 
la victoire de la liberté sur le despotisme 5 c'est lui qui , 
lors de la reprise de Verdun par les défenseurs de la patrie, 
complice des trahisons , des perfidies de Dumouriez , facilite 
aux ennemis la sortie du territoir français , et négocie avec 
les despotes qu'il pouvoit vaincre et anéantir sur le sol 
même qu'ils avoient souillé 5 enfin c'est Dillon qui est l'âme- 
de tous les projets de contre-révolution qui ont été formés i 
et qui ont échoués depuis que la République est établie. 
Le conspirateur Ernest Buscher étoit sur- tout son agent 
dans ce projet de contre-révolution, formé au moment du 
recrutement pour la Vendée , et qui avoit pour objet d'ex- 
citer la guerre civile, d'égorger les représentansdu peuple, 
de rétablir la royauté, en mettant le petit Capet sur le 
trône 5 projet auquel étoit associé le prêtre Rameau et 
autres conjurés, que la fuiie a dérobé à la vengeance 
nationale. 

si C'est encore Dillon que Pitt indique sur les listes trou- 
vées dans la commune de Lille, comme l'un de ses princi- 
paux agens; le Tribunal a encore, trouvé dans les papiers 
du conspira leur Omoran des preuves de ses manœuvres et 
de sv& intelligences avec les ennemis de la République j 






( III ) 

enfin il a mis le comble aux attentats dont il s'est rendu 
coupable par la dernière conspira lion qu'il a ourdie avec 
Simon, député, complice dos traîtres Hérault - Séchclles , 
la femme de Camille-Desmoulins , et le pofte-ciefs Lam- 
bert , leur agent dans la maison d'arrêt où ii's étaient 
détenus, et dont le but étoit d'arracher des bras de la justice 
les infâmes complices de la conspiration de LUI Ion , de mas- 
sacrer les représentais du peuple, et de replacer sur fa 
trône le fils du lyran , en anéantissant pour jamais la liberté; 
soulèvement qui a été tellement combiné, que dans la nuit 
dernière il s'est manifesté, dans différentes maisons d'arrêt 
de Paris, des mouvemens de sédition et de révolte , dans 
lesquels on a crié vive le roi. 

» D'après l'exposé ci-dessus, l'Accusateur public a dressé 
Ja présente accusation contre les nommés Arthur Dillon, 
Castellane, Chaumette , Lacombe , Gobel , Grammont , 
père et Grammont, fils , Lasalle , Lapallu , Duret , Savard, 
Loiseau , Rameau , Ernest-Bucher , Laridon-Duplessis 5 
veuve Camille-Desmoulins , Beysser, -Barras , Valland y 
Dumas, Barbe, Lequesne , Praiigey^ la veuve Hébert, 
Chenaux, Lebrasse, Lacroix, Beretter, Lambin et Chardin, 
pour avoir, de complicité avec les infâmes Hébert , Cloots ., 
dit Anaclwrsis ^ Ronsin , Vincent , Mazuel , Momoro , 
Camiile-Desmoulins , Danton, Lacroix et autres, déjà 
frappés du glaive de la loi , conspiré contre. la liberté et la 
sûreté du peuple français , en voulant troubler l'état par 
nne guerre civile , en armant les citoyens les uns contre les 
autres, et contre l'exercice de l'autorité légitime; par suite» 
de laquelle , dans le courant de ventôse dernier et germinal, 
^présent mois , des conjurés dévoient dissoudre la Repré- 
sentation nationale, assassiner ses membres et les patriotes; 
détruire le gouvernement républicain; s'emparer de la sou- 
veraineté du peuple, et donner un tyran a l'état. 

» En conséquence, l'Accusateur public requiert qu'il lui 
soit donné acte par le Tribunal assemblé de ladite accu- 
sation : qu'il soit ordonné qu'a sa diligence , et par un 
huissier du Tribunal , porteur de l'ordonnance à intervenir, 
lesdits susnommés seront arrêtés, pris au corps , et éeroués 
sur les registres de la maison d'arrêt de la Conciergerie , 
pour y demeurer comme en maison de justice ; comme 
.aussi que ladite ordonnance sera notifiée tant aux accusés 
c[u'à la municipalité. 



( «*) 

» Faitaiu:abinet de l'Accusateur public, le 19 germinal 5 
l'an deuxième de la République , une et indivisibles Signé % A, 

Q. FoUQUIER. » 

L'ordonnance de prise-de-corps rendue par le Tribunal, 
ledit jour 19 germinal, confite les dits susnommés; le procès- 
verbal d'écrou, et remise de leurs personnes en la maison 
de justice de la Conciergerie 3 la déclaration «lu juré, laite 
individuellement à haute et intelligible voix, à l'audience 
publique du Tribunal, portant: 

« Qu'il est constant qu'il a existé une conspiration contre 
la liberté, la sûreté et la souveraineté du peuple, tendantes 
à troubler l'état par une guerre civile, en armant les citoyens 
les uns contre les autres , et contre l'exercice de l'autorité 
légitime, par suite de laquelle, dans le courant de ventôse 
dernier, des conjures dévoient dissoudre la Représentation 
nationale, assassiner ses membres et les patriotes; détruire 
le gouvernement républicain * s'emparer de la souveraineté 
du peuple ; rétablir la monarchie , et donner un tyran à 
l'état ; 

» Que Pierre-Gaspard Cliaiunctle , agent national près 
la commune de Paris, est convaincu d'être auteur ou com- 
plice de cette conspiration ; 

» Que Jean-Baptiste Gobel, ci-devant évêque de Paris, 
est convaincu d'être auteur ou complice de cette conspi- 
ration ; 

»i Qu'Arthur Diîlon , ci-devant général de division , est 
convaincu d'être auteur ou complice de cette conspiration; 

» Que Philibert Simon, députe à la Convention nationale, 
est convaincu d'être auteur ou complice decette conspiration 5 

» Que Marie - Margueritte- Françoise Goupil, veuve 
Hébert , est convaincue d'être auteur ou complice de cette 
conspiration ; 

» Que Michel Beysser, général de brigade , est con- 
vaincu d'être auteur eu complice de cette conspiration ; 

» Que Guillaume-JNicolas Lasalle, capitaine-navigateur, 
est convaincu d'être auteur ou complice de cette conspi- 
ration ; 

îî Que Jean-Baptiste Erneste-Bucher, ci-devant porte- 
arquebuse du traître d'Artois , est convaincu d'être auteur 
ou complice de cette conspiration ; 

» Qu'Edme Rameau , prêtre, esï convaincu d'être auteur 
ou complice de cette conspiration 5 

Que 



("3) 

» Que Jacques Lacombe , rentier, est convaincu d'être 
auteur ou complice de cette conspiration ; 

55 Que Maurice-François Lebrasse, lieutenant de gen- 
darmerie, est convaincu d'être auteur ou complice de cette 
conspiration ; 

55 Que Jean-Marie Lapallu , assesseur du juge de paix 
du canton de Tissy , est convaincu d'être auteur ou com- 
plice de cette conspiration; 

» Que Marie-Sébastien Brumeaù-Lacroix , membre du 
comité révolutionnaire de la section de l'Unité , est con- 
vaincu d'être auteur ou complice de celle conspiration ; 

» Que Jean-François Bercy 1er , marchand de tableaux 
et de papiers, n'est pas convaincu d'être auteur ou com- 
plice de cette conspiration ; 

» Que Nourry-C-ïTummont , père , artiste du théâtre 
Mnnicnsier, est convaincu d'être auteur ou complice do 
celte conspiration ; 

?» Qu'Alexandre IMourry- Grain mont , fils, officier de 
cavalerie, esi convaincu d'être auteur ou complice de celle 
conspiration ; 

» Que Jacques Mautin Lambin , employé au départe- 
ment de Paris , n'est pas convaincu d'être auteur ou com- 
plice de celte conspiration \ 

» Que Jean-François Lambert, porte- clefs de la maison 
d'arrêt du Luxembourg , est convaincu d'être auteur ou 
complice de cette conspiration ; 

* Qu'Antoine Duret , adjudant-général de l'armée des 
Alpes , est convaincu d'être auteur ou complice de cette 
conspiration ; 

*» Que Marie-Marc-Aîitoine Barras, ancien adminis- 
trateur du district de Toulouse, est convaincu d'être auteur 
ou complice de cette conspiration j 

55 Que Prudent-Antoine Prangey, commis à l'adminis- 
tration de l'habillement , n'est pas convaincu d'être auteur 
ou complice de cette conspiration ; 

» Que Louis Bartlielemi Chenèàux, ci-devant procureur 
au CbàMet , n'est pas convaincu d'élre auteur ou com- 
plice de celte conspiration ; 

» Qu'Anne-Pluiippe-Louise Larldon-Buplessis , veuvo 
Cam'ilie-Dësmoulins , esl convaincue d'élre auteur ou .com- 
plice de celte conspiration^ 

11 



C "4) 

» Que Charles Chardin , libraire , n'est pas convaincu 
d'être auîeur ou complice de cette conspiration ; 

» Que Claude Dumas , caporal-fourrier dans l'armée 
révolutionnaire , n'est pas convaincu d'être auteur ou com- 
plice de cette conspiration ; 

» Que René-Antoine Barbe, sergent dans l'armée de 
révolutionnaire , n'est pus convaincu a'etre auteur ou com- 
plice de cette conspiration. » 

LE TRTBl :A :ÂL, après avoir entendu l'Accusateur 
public sut- l'application de la loi, condamne Arthur-Dillon , 
Pi erre-G^pard Cbuumette , Jean -Baptiste Gobel , Philibert 
Simon, Marie-M.rgueritte-Françoise Goupil, veuve Hébert, 
Jean-Baptiste Ernest-Bucher , Jacques Laeombe, Guillaume 
L..salie , Jean-Marie Lapallu , Edme Rameau, Marie- 
S -bcisiien Branëàû- Lacroix/, Nourry-Grammont , père, 
Jean- François- Alexandre-Lambert INourrv-Grammont , 
fils, Antoine L'urei , Marie-JVÏarc-Antoine Barras , Anne-' 
Philippe-Louise Laridon-Duplessis , veuve Camiile-Des- 
moulins , Maurice-François Lebrasse , J ean-Michel Beysser, 
à la peine de mort , coniormement a l'article II de la 
deuxième section du litre premier de la seconde partie du 
code pénal , dont il a été f.it lecture, lequel est ainsi conçu : 
« Toutes conspirations et complots jtendans a troubler l'état 

Ï>ar une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre 
es autres , où contre l'exercice de l'autorité légitime, seront 
punis de mort. »j Et encore conformément a l'article V de 
la loi du 4 septembre 1792, dont il a aussi été fait lecture, 
laquelle est ainsi conçue: La Convention nationale décrète a 
« Que quiconque proposeroit ou teuteroit de rétablir eu 
France la royauté , ou tout autre pouvoir attentatoire à la 
souveraineté du peuple, sous quelque dénomination que ce 
Suit , sera puni de mort. •>■> 

DecL:e les biens desdits condamnés acquis à la Répu- 
blique , conformé ment a l'article II du litre II de la loi 
du 10 mars dernier, dont il a aussi ctc fait lecture, lequel 
est ainsi conçu : et Les biens de ceux qui seront condamnés 
à la peine de mort serjout acquis a la République , et il 
sera pourvu a la subsistance des veuves et ce* emans, s'ils 
n'ont pas de bien d'cilleurs. »i 

Ordonne qu'a la diligence de l'Accusateur public, le 
présent jugement sera mis a éxecution dans les vingt-quatre 
neures , sur la pluc« publique de la Révolution de celte 



( n5) 

viVe; imprimé, publié et aftlciié dans toute l'étendue de la 
République. 

Fait et j r mpncé le 24 germinal , l'âD second de la Répu- 
blique, à l'audience publique du Tribunal, à laquelle 
siégeaient les citoyens René François Dumas , président; 
Etienne Foi c au f .T , Etienne Masson et Joseph François 
Denizot, juges, qui ont signé la minute du présenf juge- 
ment avec le grenier. 

Au nom du Peuple français, il csl ordonné à tous 
huissiers sur ce requis, de faire mettre le présent jugement 
à exécution; aux commandons et officiers de la fo-ce pu- 
blique, de prêter maiu-forte, lorsqu'ils en seront légalement 
requis, et aux commissaires du pouvoir exécutif, dV leuir 
la main. En foi de quoi ledit jugement a été signé par le 
président du Tribunal et par le greffier. 

Signée DUMAS, président. 

J. C. Lecrivain. 



rapport 

Fait à la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité , 
séante aux Jacobins, rue Honoré, à Paris , sur 
les conspirations d'Hébert , Ronsin , Vincent et leurs 
complices ; de Fabre-d 'Eglautine , Chabot , Dclaunay- 
ê Angers , Bazire , Danton , Lacroix, Hérault, 
Camille- Desmoulins , Philippeaux , Westerman et 
leurs complices, par Dumas , Président du Tribunal 
Révolutionnaire , ïun des membres de la Société, 



^ffiSSE**»* 



Séance du 21 germinal 

D r. s brigands, usurpateurs de quelque confiance, ont 
trahi la cause du peuple. La surveillance du gouverne- 

H 2 



( nf) 

ment les a suivis jusqu'aux portes du fombenu qu'ils creu- 
soient a la liberté, et la justice nationale les a précipités 
dans le néant: Ils ne sont plus, et bientôt nous dirons de 
leurs complices : ils ont vécu. 

Exemple terrible, nécessaire, utile! Il montre l'impuis- 
sance du crime, la raison et la force du peuple; il décon- 
certé les complots j il désespère les tyrans. Il fait plus, il 
apprend a l'univers étonné, que la justice et la probité 
éioient a Tordre du jour, lorsque la Convention waiionale 
a proclamé cette vérité consolante pour l'homme de bien. 

Est-ce assez, pour l'intérêt public, que la loi ait frappé 
les coupables? Lst-ce assez que les conjurés, en montant 
à l'échàfaud, aient annoncé le sort de ceux qui ont par- 
ticipé à leurs crimes, de tous ceux qui marcheroient sur 
leurs traces? Sans doute la justice est satisfaite, et déjà la 
terreur punit les complices, les esclaves du crime 5 mais 
l'homme pervers, efirayé, ileviendra-t -il vertueux ? Iden- 
tifié avec les complots , n'en inéditera-t-il pas de nou- 
veaux dans le secret? Si nous vouions rendre utile l'ex- 
périence du passé», dévoilons ces complots p'erfïdesj dessi- 
nons le portrait de nos ennemis, afin que par-tout démas- 
qués , par-tout ils trouvent la mort. La vertu seule vivifie 
l'homme; le crime n'existe que dans des cadavres ; le néant 
doit les engloutir. Nous pouvons contempler sans effroi le 
tableau des trahisons que nous avons punies. Il y a quel- 
que plaisir à se rappeler des maux passés ; l'émotion que 
l'on éprouve , en regardant le précipice que l'on a franchi, 
n'est pas exempte de douceur. 

tes les conspirations ont le même but; elles tendent 
toutes à asservir le peuple , pour l'opprimer et le dépouiller. 
Elles ort le même (caractère ; la perfidie , la cruauté. Elles 
ont ïa même source; la soif de l'or, la fureur de gouver- 
ner. Les moyens d'exécution sont par-tout les mêmes : la 
radation de l'esprit public , le froissemen des intérêts, le 
combat des passions, la disette réelle ou factice, le fana- 
tisme, la guerre civile , la corruption , l'assassinat, la tra- 
hison , la révolte , l'avilissement et la dissolution de la re- 
lation nationale. 

Cet accord étonnant nous démontre qu'une même mais 
ferme et dirige lès conspirations. Et quelle est cette main, 
sinon celle de l'étranger? Ecoutons l'étranger lui-même, 
•tt nous ne douterons plus de .son influence. 



! II7 > 

Dans un ouvrage Imprimé à Coblentz, ayant pour fifre: 
Moyen d'opérer la contre-révolution en France. L'on disoit 
aux émigrés, aux princes, aux puissances coalisées : Vai- 
nement vous rassemblez des troupes, des armes des mu- 
nitions ; quelques cent mille hommes réunis ne serviront 
qu'a montrer votre foiblesse ; la force ne sera pour vous 
qu'un vain simulacre, à moins que vous n'ayez deux 
sentinelles à plaéer aux côtés de chacun des Français, 
encore faudroit-il qu'elles ne dormissent jamais Employez, 
disoit ce traître, employez les manœuvres; ayez des intel- 
ligences, soulevez le fanatisme, aiguisez les poignards, 
formez des partis, allumez la guerre civile, dirigez-là de 
manière que le peuple succombe au poids de sa situation; 
mettez la France dans un tel état , que dix mille hommes 
suffisent pour en prendre possession , et alors la contre- 
révoiulion sera possible : ainsi raisonne, ainsi agit l'étran- 
ger. 

Ils sont donc bien perfides , ceux qui ont feint de ne pas 
crojre à un parti de l'étranger : ceux qui ont affecté de 
méconnaître son bras perfide; ceux qui n'ont voulu voir 
dans les résultats que les effets ordinaires des passions lo- 
cales ! Celui qui n'est pas frappé de l'horreur du crime, 
ne sent pas le prix de la vertu : eelui qui veut dérober à 
nos yeux les crimes de nos ennemis, les a partagés dans 
son cœur, il est leur complice. 

Voyons donc jusqu'à quel point, Hébert, Vincent, 
Ronsin et complices ; Fabre-d'Eglàntiue, Danton , Lacroix, 
Chabot et leurs complices ont servi le parti de l'étranger. 
Ces hommes, discors en apparence , étoient unis dans leurs 
desseins; leurs moyens, opposés dans leurs extrêmes, se 
confondoient dans les résultats. Nous ne verrions pas toute 
l'atrocité de leurs crimes, si de tous leurs crimes nous ne 
formions pas un seul tableau. Votre attention se fixera 
donc encore quelques instants sur cette conjuration, que 
déjà nous avons développée 1 dans celte enceinte. 

Je parle donc encore a r.es hommes iufàmes que le néant 
a dévorés , et dont la mémoire ne vit plus que dans les an- 
nales du crime ; et ce que je leur ai dit, je le dis encore à 
leurs complices. 

Vous avez , par vos discours , vos écrits, vos manœuvres, 
tenté d'avilir la représentation nationale ; vous avez attaqués 
à la fois tous les pouvoirs, pour détruire tout gouvernement. 

H 3 



( Kft> 

Vous avez organisé une disette factice , et flans vos fureurs, 
vous avez redouté le retour de l'ai oudance. Vous avez 
voilé la déclaration cîes droits, provoqué la révolte, sous 
le nom d'insurrection, affiché des placards pour soulever 
le peuple ; vous lui avez ofïèrt l'abondance pour prix de 
sa 'liberté. Vous avez préparé clés armes , rassemblé des 
satellites , enrôlé des conjurés jusques dans les prisons. 
Vous avez appelé à l'exécution de vos projets parricides, 
les hypocrites ambitieux, les faux patriotes, les modérés , 
les fédéralistes, les brigands de l'Ouest, les complices de 

I,|v< .v- 

Ne voit - on pas douze fausses patrouilles égorger les 
gardes, ouvrir les prisons, reunir les traîtres, s'emparer du 
Pont-Neuf, de la commune, de l'arsenal, de la monnoie , 
pu conseil exécutif, du commandant-général? N 'entend-on 
pas ce tocsin qui devoit amener le désordre , rallier les 
conjurés, donner le signal du massacre e[ de l'incendie? 
N'aviez-vous pas préparé jusqu'à votre retraite dans l'isle 
Saint-Louis, où vous espériez , en cas de défaite, vous 
retrancher avec plus de succès que ne l'avoient fait* les 
brigands dans l'isle de Noirmoutiers ? 

Faut il vous demander contre qui vous deviez diriger 
vos poignards, lorsque vous avez voué au fer des assassins 
toute la représentation notionole, excepté vos complices, 
lorsque les flammes dévoient consumer les comités de salât 
public et de sûreté générale; lorsque vous avez calculé froi- 
dement la mort de cent mille patriotes! 

n'est-ce pas pour maître que vous prépariez tant de 
crimes? Vous l'avez annonce dans vos placards sous le 
nom de roi , dans vos discours sous le nom de CromWell , 
dans \<-s combinaisons sous le nom d'un grand-juge, a. m 
de déguiser, s'il eut éié possible, les titres odieux de rois , 
de tyran ?. 

Tous ; \ ez donc été oppressés par la haine du peuple pour 
toutes les tyrannies, et vous avez oublie qu'elle étoit hor- 
rible a les Veux sous Ions les noms, sous toutes les formes? 
Mais Vous n'avez pu vous défendre de l'empire de la vertu 
publique, elle console l'homme de bien, elle tourmente 
rliomme dégradé, elle poursuit et anéantit les tyrans 5 ello 
crée-, eJleàtfërrïxil les républiques. 

Ci y >: vous maintenant que l'on méconnoisse la pui$-$ 
Sauce qui \ous presse, la main qui vous guide? \osintel- 



( "9 ) 

ÏJgences avec l'étranger sont-elles douteuses, lorsque votre 
conduite vous signale plulôt comme ses valels que comme 
ses agens ; lorsque les conférences de vos émissaires sout 
prouvées; lorsque vos correspondances avec Brunswick 
ont été vues sur le bureau d'un général autrichien ; lorsque 
vous avouez vos négociations avec Bumôuriezj la Prusse 
et l'Autriche 5 lorsque des banquiers étrangers, complices 
de Dumouriez, ageiis des tyrans, vous distribûoîent l'or 
corrupteur , et tenoient à votre disposition la caisse des 
conspirations. 

Votre perlidie, vos turpitudes sont dévoilées ; vos crimes 
font horreur; féchafaud y a mis un terme. 

Tandis qu'Hébert et ses complices traînoient Fa Répu- 
blique a sa perte par l'excès de leurs fureurs, que faisiez- 
vous , législateurs infidèles , généraux penicles ; étrangers 
corrupteurs ? 

Vous vendiez à vils prix la fortune publique à nos enne- 
mis ; vous leur disiez : achetez \es repi\ senlaus , et la 
République est à vous. Vous osiez porter vos mains sacri- 
lèges jusques sur la loi pour en faire un instrument de 
crime; et lorsque la justice impatiente vous uppeloit au 
supplice, vos complices vous trouvoient innocens , ils iai- 
soient votre éloge, ils se disoient vos amis, ils prjenoîént 
Votre défense ; et cependant ils vous appeloient des voleurs 
de porte-feuilles. Vous , des voleurs de porte-feuille;; ? Ah ! 
ce mot n'a point trompé la justice. : avides de richesses, 
vous avez été des agens de corruption aussi-tôt que vous 
avez été corrompus. Vous vouliez faire partager votre dé- 
gradation à la représentation nationale, afin qu'odieuse au 
peuple, abjecte aux yeux de l'univers, vendue à nos 
ennemis , elle fut plus sûrement et plus promptemeut 
dissoute. 

Que faisiez-vous, vous qui, protégés et émules de l'im- 
moral Mirabeau , esclaves orgueilleux de d'Orléans, n'av< z 
attaqué que le roi et jamais la royauté; vous quij changés 
des dépouilles de la Bt-lgique, avez prolongé les crimes de 
Durno tiriez et vanté ses forfaits; vous qui uvez toujours cru 
n'avoir pas asse tt fait pour le roi de Prusse, en protégeant 
sa retraite, impossible sans votre concours? Vous caressiez 
les partis t vous ourdissiez des trames, vous calculiez vos 
succès sur les tronble-; publics, vous vous opposiez a la 
punition des fédéiaU» les 3 vous demandiez le renouvelle- 



( 120 ) 

mont de la Convention, et vous saviez bien qua c'était 
demander Ici dissolution de la représenta lion nationale. 

Que faisiez- vous , vous dont l'orgueil insultant ne s'est 
jamais bien caché sous les dehors de l'imposture ou d'une 
affabilité protectrice; vous qui trouvâtes la constitution 
royale trop populaire; vous qui usurpâtes la confiance 
autant par bassesses que par audace ? vous teniez des con- 
seils secrets avec des autrichiens , vous partagiez leurs 
complots, vous les dirigiez; vous étiez le protecteur bannal 
des aristocrates, vous receliez des émigrés, vous employiez 
la séduction en leur faveur près des fonctionnaires publies , 
vous violiez une loi de mort pour les soustraire a la sur- 
veillance des autorités, vous envahissiez les secrets de 
lV-tat pour les communiquer à nos ennemis- vous vouliez 
rétablir les parlemens et la roj r auté sur les ruines du sénat 
français. 

Et vous, autrichiens féroces, espagnols sanguinaires, 
qui n'avez abordez la terre de la liberté que pour la souiller 
de crimes, qui avez supposé des persécutions lorsque vous 
étiez les favoris des tyrans ; vous que vos trésors, vos liai- 
sons, vos intelligences accusent j n'avouez -vous pas que 
vous avez envoyé des émissaires à Londres, les actes pu- 
blics ne déposent-ils pas que vous êtes les premiers agens 
du système de corruption; n'avez- vous pas été les amis, de 
tous les conspirateurs, et j usa lies dans votre prison, n'uvez- 
vous pas entretenu des intelligences, pr s crimes 

pour seconder les crimes médites par Hébert et ses com- 
plices ? Il en est un parmi vous qui se peint d'un s d 
trait. ï] fut l'émissaire. Thommede confiance de D 14 mouriez 
a l'époque de sa trahison ; trois fois, sans mission, sans 
orc 3 prétextes, il fut dans la tenledu roi de Pru— : 

et c'ést-là l'homme que vous appelez votre enfant , votre 
! Ce mot vous est échappé, la justice l'a recueilli. 
Celui-là aussi qui, sortant de la lie de la corruption , devint 
en quelque sorte Paine de Dumouri'z , qui de lY-tat de 
dénuement honteux , parce qu'il étoit le résultat de l'immo- 
ralité, attenta par le fait , et plus encore par sa prétention , 
a la Fortune publique, qui fut insolemment f< clamé par un 
traître, qui voulût avec lui s'isoler de la République , qui 
ourdissoit des plans de corruption de la représentation natio- 
nale^. uYst-il pas jugé de ses crimes, par ses aveux 3 par 
gés écrits , pur ceux de l'infâme Dum.ourk-4 ? 



( 121 ) 

JFa^-yous pas aussi trâyàUfê à la dissolu [Ion do Ta 
ronnsenkition nationale,, aiué'tâbljssement de la monarchie, 
vous dont l'orgueil égale la lâcheté ; qui voulûtes rester 
neutre dans la' unie du qriniè contre Murât . et qui d - 
cernâtes des couronnes ftetnes au traître Roland; qui 
appolliez la guerre civile dans l'appel au peuple; qui avez 
osé donner le signal do la révolte en essayant de bnser io 
ressort du gouvernement! Et vous dont les liaisons con- 
trastèrent presque toujours avec vos' discours , qui n ave2 
•jamais pu expliquer si von» mtes le jouet, l'instrument^ 
l'ennemi ou le complice des intrigues criminelles; qui avez 
osé reléguer l'espoir de la patrie dans un conspirateur ; 
qui avez attaqué avec autant d'insolence qïie ct^ôgihiâtreté 
le peuple français , ses représen tans , ses loix , son gou- 
vernement ; qui déchiriez votre patrie pour sauver ses 
ennemis, et qui ne {Vues jamais seul pour méditer x pour 
exécuter cet attentat.. 

Tels sont les hommes qui osoient se dire patriotes, lau- 
dateurs de la liberté, créateurs de la République ; oui, 
le masque dont vous vous couvrîtes avec soin ; déroba a 
quelques veux vos âmes criminelles : maintenant il est 
arraché, et aux yeux de tous vous n'étiez pins que des 
perfides , des traîtres , avant même que le glaive de la loi 
vous eut frappé. 

Votre attitude en présence de la justice , n'a-t-cîle pas 

été une conspiration soutenue ? Vous eûtes l'indolence du 

âme , et jamais le calme de l'innocence. Vous annonçâtes 

ors que depuis long-tems il n'existoit plus pour vous ni 

itrie, ni Republique, ni Convention, ni gouvernement, 

autorités. Pour vous juger, il eût peut-être suffi de vous 

etlre en jugement. Nous avons vu des innocens que nos 

msciences ont acquittés, aucun ne fut semblable avons; 

mime la femme Roland, vous conspirâtes au lieu de vous- 

éfendre; et pendant que l'on vous jugeoit,. vos complices 

onspiroient encore. 

Il a donc existé ce complot affreux de déchirer la pairie 

et de dissoudre le gouvernement par des excès que la 

raison, la justice et l'intérêt publie condamnent; par des 

excès plus dangereux encore par leur opposition comhi- 

»née, que par leur nature. Avez-vous pu croire que le gou- 

reniement partageroit vos fureurs et voire lâcheté ;({"■? Fe 

peuple ; à votre voix 3 décliireroit son propre ouvrage r lu- 



( 122 ) 

sensés f ce peuple a travaillé pour le bonheur; il sait que 
le bonheur est d$ns le sentiment de )a probité, de la vertu. 
Il sait que l'énergie n'est pas une fureur, que la prudence 
n'est pas une lâcheté*'; il sait quand il doit commander en 
souverain", frapper de sa massue terrible, et quand il lui 
importe de respecter le dépôt qu'il a fait de sa puissance. 
Peuple, il est donc dans ta destinée de vaincre et d'être 
libre! ïé. liberté, fruit de les triomphes, de tes sacrifices; 
de ta confiance , fera ta gloire et ton bonheur. 

D U M A S. 

Tjci société , dans la séance du premier germinal , a 
arrêté l'impression -du présent discours , la distribution à 
ses membres ; et à ceux des tribunes et aux sociétés afiiliées. 

VeàU , député; président; Maillard, rice-président; 
LEQUI5IQ, député; YoiRON 5 L.iSSIS, Leclerc et Poi- 
!DEViaS T 5 secrétaires. 



DE L'IMPRIMERIE PATRIOTIQUE 
ET RÉPUBLICAINE. 



3 ^ 



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