THE LIBRARY
The Ontario Institute
for Studies in Education
Toronto, Canada
LIBRARY
MAY 26 1971
THE ONîAaiO iW^TITUTE
. ^TUDi S m ÉDUCATION
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5\ncien iJnterne elTmédecine et en chirurgie
jYtention honorable de la faculté de médecine de Par»
Ôffi/ier de r3nstruction publique
de la Mutualité
DES PUfilTIOflS
CHEZ LES EflFflflTS
OUVRAGE AYANT OBTENU
LE PREMIER PRIX (MÉDAILLE D'OR)
AU Concours (1909)
DE LA Société de l'Hyoïène de L'Enfance
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i- \
■^70
EnveRtechezrAateiir
%, Rue du Mont-Tliabor, Paris.
IMPRIMERIE
WARIS-DEBRET
^^ nJ/ AVIZE >|f ->Jf
Af vV 19 11 ^V 4-
DU MÊME AUTEUR
Hygiène et Physiologie du cycliste, in Journal La Bicyclette, 1894,
1895, 1896, 1897. j . »
L'anesthésie locale par le Gaïacol et par le Gaïacyl (mention hono-
rable de la Faculté de médecine de Paris) in-8o, OUier Henrv,
Paris 1897.
Le gaïacol, Communication au 5e Congrès dentaire national, in-So
Majesté (Ghâteauroux).
Les aliments d'épargne : alcool, café, kola, maté, etc., in-12 Jouve
(Paris).
L'antisepsie, les plaies, les pansements antiseptiques, in-12 Jouve
(Paris).
Le transport rapide des blessés (avec ii figures) in-12 Jouve (Paris).
Sur le traitement de deux cas de névralgie faciale, tic douloureux de
la face, m thèse Gaumerais, in-8o, Jouve (Paris).
Secours médicaux aux marins pêcheurs (en coUab. avec H. Goudal).
Diplôme d'honneur au Congrès de Sauvetage 1889. In-S» Ollier
Henry (Paris).
Hygiènedes magasins et ateliers (modes, couture, nouveautés), en col-
lab. avec H. Goudal, in-S», Daix (Glermont).
Cours de massage, in-12, F. Laur (Paris).
Du Pansement immédiat. Communication à la Société française
d'Hygiène, 8 juin 1900.
Bicyclette et organes génitaux avec 3fig. Préface de M. le Dr Lucas-
Championnière, membre de l'Académie de médecine, in-12, Bail-
lière (Paris).
Alcoolisme et grands magasins. Communication à la Société fran-
çaise d'Hygiène, 14 décembre 19(X).
Alimentation et Sport, in-12, P. Dupont (Paris 1900).
Hygiène des Employés de Commerce et d'administration, in-12,
A. Munier (Paris 1901).
De l'emploi de la farine de céréales dans l'alimentation des enfants,
des nourrices, des débilités et des affaiblis en général. Mémoire
présenté à l'Académie de Médecine.
L'administration des Postes et Télégraphes au point de vue de l'hy-
giène, in Journal d'Hygiène, 25 juin, 25juillet, 25 août, 25 septem-
bre, 25 octobre 1901.
La selle de bicyclette au point de" vue anatomique et physiologique.
Communication à la Société médicale des Praticiens, 19 juillet 1901
Du traitement chez l'homme de l'uréthrite suppurée par les lavages
intravésicaux d'eau oxygénée. Communication à la Société médi-
cale des Praticiens^ 48 octobre 1901.
La pierre de \erre,inJournald'Hygiêne, 25 février et 25 mars 1902.
Dyspepsie et constipation chez la femme, m Le Correspondant mé-
dical, 28 février 1902.
Influence du corset sur le thorax et la fonction respiratoire. Commu-
nications à la Société médicale des Praticiens et à la Société fran-
çaise d'Hygiène (1903).
Les Hôpitaux de Londres, in La Revue Médicale, (19 octobre 1904).
Le Placenta chez les animaux. Les huîtres et la fièvre typhoïde. Tuber-
culose bovine et tuberculose humaine. La culture du coton au Cam-
bodge. Le ColeusDazo du Haut-Oubanghi, etc., in Gazette agri-
cole et vétérinaire de France et des Colonies (1904).
Des injections de sérum marin isotonique, in Journal d'Hygiène-,
Eevue médicale, Archives de Biothérapie, 1905.
Une visite à la colonie des Douaires. Communication à la Société
française d'Hygiène, 7 juillet 1905.
L'habillement du nouveau-né. Communication à la Société d'Hy-
giène de l'Enfance el à la Société française d'Hygiène, 1905.
Le corset, tome L Etude historique; préface de M. P. Ginisty, in-18
orné de 199 figures et 7 planches hors texte. Maloine (Paris 1905).
Les écoles de massage, m Ze Courrier Médical, imn i90b. Commu-
nication au ier Congres pour la répression de l'exercice illégal de
la médecine .
Influence du corset sur les muscleschezTenfantet chez la jeune fille.
Communication à la Société française d'Hygiène, avril 1906.
Le sérum marin, in-8o Alcan-Lévy (Paris 1906).
Hypodermie aseptique. Perfectionnements apportés à la technique
opératoire, in Revue médicale, février 1907.
Le Corset, tome II. Etude médicale ; préface de M. le Di" Lion, méde-
cin de l'Hôpital delà Pitié, in-8o orné de 143 figures et 4 planches
hors texte, Maloine (Paris 1910) .
L'internat scolaire, ses avantages, ses inconvénients, Mémoire pré-
senté au Concours (1908) de la Société d'Hygiène de l'Enfance et
ayant obtenu la i"^^ médaille d'argent.
Zomothérapie et Viande crue; préface de M. le Dr Monin, ia-8o
Waris-Debret (Avize 1910).
DES PUfllTIOfiS
CHEZ LES EflFflflTS
Ce livre est
à ma femme
biet} affectueusement dédié.
Paris. 12 Janvier 19.11.
Cher Monsieur^
Merci de votre charmant volume. En vous lisant je
me disais: au lieu de fustiger les enfants, les bien traiter,
étudier leurs petites âmes, les redresser avec douceur, faire
appel à leurs qualités pour combattre leurs défauts, bref
les comprendre et les aimer... tout cela nous parait simple.
Il a fallu des siècles pour en faire accepter Vidée. Avant-
hier encore, dans toutes les écoles, c'était la verge, le cachot,
le fouet, et hier, fai connu le piquet, les retenues de
promenades . . . Mais ne nous hâtons pas de maudire ces
vieilles disciplines. Elles avaient du bon, car elles ont
formé nos pères, qui étaient de fort braves gens et s'en
souvenaient sans rancune. Pourtant, je conviens avec vous
quà des moyens sans doute efficaces, mais à coup sûr un
peu rudes, il est heureux de voir que nos modernes
pédagogues s'efforcent de substituer du tact, de Vimagination
de la finesse psychologique, de la tendresse, de Vart enfin.
De cette conception nouvelle du rôle de l'éducateur
est née toute une littérature d'observation pédagogique {je
pense à '^ la Maternelle " de M. Léon Frapié et à tant de
beaux contes.) Votre livre apporte à cette littérature une
contribution précieuse. Je vous en fais mon compliment
sincère et bien cordial.
Maurice BARRÈS.
EXTRAIT DES PROGÈS-VERBflOX
Dz un.
SOCIÉTÉ D'HYGIÈNE DE li'EJlFflllGE
L'Assemblée ayant été consultée sur le sujet du prochain
Concours choisit la question suivante : Des punitions chez
les Enfants.
{Extrait du procès-verbal de la séance de
la Société du /«'* Février 1909).
Les manuscrits seront reçus jusqu'au 31 Décembre 1909.
Passé cette date, aucun mémoire ne sera admis.
Ils devront être inédits et écrits en français, allemand, anglais,
italien ou espagnol.
Ils ne seront pas signés, mais porteront en tête une devise
ou épigraphe reproduite sur une enveloppe cachetée, contenant
le nom et l'adresse de l'auteur.
Tout auteur qui se fera connaître sera exclu du Concours.
Les mémoires ne sont pas rendus; même non primés, ils
deviennent la propriété de la Société et ne peuvent être publiés
par leurs auteurs. La Société se réserve de tirer des meilleurs
travaux, la matière d'une brochure de propagande et d'ensei-
gnement.
[Extrait du règlement du Concours annuel).
Le Conseil examine les résultats des opérations du jury
d'examen du Concours de 1909. Après pointage des notes
données à chaque ouvrage et le calcul de la moyenne des points
obtenus par les 53(*> ouvrages déposés, le résultat suivant est
proclamé :
(1 ) Sur ces 53 ouvrages, cinq venaient d'Ariemagnc, un d'Espagne, un de Grèce, un de Suisse,
un d'Angleterre, un de la Hongrie, dtuxd'Itaiio et un deKussie. (Extrait du Rapport sur le
Concours de 1909).
/er prix, ouvrage n° 12, ayant pour devise ; « Toute la force
de Téducation est dans une discipline bien entendue >>, ayant
obtenu 19 points sur 20
Les enveloppes contenant les noms des auteurs des ouvrages
primés seront ouvertes à la prochaine séance mensuelle, les
autres seront détruites sans être ouvertes, conformément aux
précédents et au règlement du concours.
(Extrait du procès-verbal de la séance du
Conseil d'Administration du i 1 mai 1910.)
Une médaille d'or sera attribuée au premier prix.
[Extrait du procès-verbal de la séance du
Conseil d'A dministration du 24 mai 1910).
L'ordre du jour appelle Touverture des enveloppes scellées
contenant les noms des lauréats du concours de 1909 ; le résultat
de ce concours est proclamé comme suit :
7^'' prix, ouvrage no 12, ayant pour devise: « Toute la force
de l'éducation est dans une discipline bien entendue », ayant
oiitenue 19 points sur 20.
M. le D*" O'FoLLowELL, membre titulaire de la Société, 8, rue
du Mont-Thabor, à Paris, Médaille d'or (déjà Lauréat de la
Société).
Après délibération, l'assemblée décide que, bien que d'après
les conditions du concours, les ouvrages soumis au Jury
soient la propriété de la Société, M. le D'O'Follgwell est autorisé
exceptionnellement à faire imprimer le travail dont il est l'auteur
et qui a obtenu le premier prix au Concours de 1909.
[Extrait du procès-verbal de la séance du 6 juin 1910).
DES PUniTIOlSlS
CHEZ L.ES ErlFfll^TS
Toute la force de Téducation est
dans une discipline bien entendue.
(Platon).
CHAPITRE 1er.
^"iSnî^lî^w'îr^ Élever un enfant, faire son éducation,
1 éducation dun / '
enfant. c'ggt dévclopper SOU âme et son corps
de la façon la plus complète pour le
perfectionnement et le bonheur de
l'individu, pour l'utilité et la prospérité
de la Société.
C'est dans ce problème de l'éducation,
dit Kant dans son traité UberPàdagogik^
que gît le grand secret du perfectionne-
ment de l'humanité. . . Il y a deux choses
qu'on peut regarder comme étant tout
ensemble les plus importantes et les plus
difficiles pour l'humanité : l'art de gou-
verner les hommes et celui de les élever.
Cette noble tâche qu'est l'éducation
d'un enfant ne va pas sans difficultés, car
il faut des soins constants pour « lutter
Nécessité d'ime
discipline
— 12 —
avec de jeunes enfants dont l'inexpé-
rience, la légèreté, la mobilité etla viva-
cité de caractère réclament une surveil-
lance, une attention de tous les ins-
tants. » (Df Boullet).
Tandis que Jacotot (1770-1840) sup-
prime le professeur, estimant que tout
homme a reçu de Dieu la faculté de
pouvoir s'instruire lui-même, Victor
CoNsmÉRANT, disciple exalté de son
maître Fourier et l'auteur de YEdiica-
tio II naturelle et attrayante, imagine
pour réformer l'éducation d'y supprimer
toute discipline, estimant que « l'enfant
ne sera jamais désobéissant parce qu'on
ne lui commandera jamais rien. »
Ce sont là des utopies, en effet, quel
que soit le mode d'éducation choisi pour
l'enfant, que celui-ci demeure dans sa
famille ou qu'il devienne élève d'un
établissement scolaire « le but auquel
on tend est atteint par certains moyens
dont il importe d'assurer l'efïîcacité ;
par exemple les exercices doivent être
convenablement répartis, un temps
déterminé doit leur être consacré, de
judicieux intervalles sont nécessaires
— 13 —
pour les séparer, en un mot, il faut
établir l'ordre dans le travail puis veiller
à l'exécution de ce travail. Toutes les
prescriptions, ordres ou défenses sont
renfermées dans un code nommé règle-
ment auquel se conforment maîtres,
parents et élèves. C'est la loi commune,
égale pour tous, protectrice de tous et
que tous ont un égal intérêt à respecter
et à maintenir. »
L'éducation doit discipliner les hom-
mes, écrit Kant ; les discipliner, c'est
chercher à empêcher que ce qu'il y a
d'animal en eux n'étouffe ce qu'il y a
d'humain... La discipline consiste donc
simplement à les dépouiller de leur
sauvagerie.
N'est-ce pas l'afTirmation de Platon
qui, dans ses Lois, établissait que : toute
la force de l'éducation est dans une dis-
cipline bien entendue.
Au point de vue général et philoso-
phique on peut dire de la discipline
comme de toute l'éducation : il y a deux
méthodes en présence, la méthode
autoritaire et la méthode libérale; il y a
une discipline qui agit surtout du dehors
mer
— 14 —
et une autre surtout au dedans; l'une
prescrit et défend au nom du droit qu'a
le maître, elle ne souffre ni résistances ni
exceptions, elle s'impose comme règle
indiscutable; l'autre lient plus encore à
se faire comprendre qu'à se faire obéir,
à être approuvée qu'à être suivie ; c'est
l'élève plutôt que le maître qui l'établit
et son empire dépend plus de la persua-
sion que de Fautorité. (de Resbecq).
''mSS?p'?i- Le but de l'éducation morale, dit
venir, répri- Herbert Spencer, cst de former un être
apte à se gouverner lui-même, non un
être apte à être gouverné par les autres;
d'où cette conséquence : le système de
discipline qui conviendrait le mieux à
l'enfant serait celui qui lui apprendrait
le mieux à se contrôler lui-même, ce
serait en quelque sorte la discipline
spontanée.
C'est là une conception bien difficile
à réaliser du moins pour les jeunes
enfants, aussi semble -t -il plus sage
d'appliquer une discipline qui remplisse
ces trois fonctions principales : « main-
tenir, prévenir, réprimer. Le soin de
ne laisser rien de coupable sans correc-
15
Comme sanction
de son droit d'é-
ducation, le père
a le droit de cor-
rection.
tion est le soin de la discipline répres-
sive; le soin d'écarter les occasions
dangereuses est l'œuvre delà discipline
préventive ; le soin de montrer en tout
temps et en tous lieux la route à suivre
est l'office de la discipline directive. Il
vaut incomparablement mieux prévenir
que réprimer... de là l'importance très
inférieure quoique nécessaire de la
discipline répressive qui châtie. » (M^r
DUPANLOUP).
Il est en réalité difficile de séparer
l'idée d'amélioration de l'idée de châti-
ment.
Aussi le droit de correction est-il pour
le père de famille, ainsi que le droit de
garde, le corollaire et le complément
nécessairedudroitd éducation. «Comme
sanction de son droit d'éducation, le père
a sur son enfant deux moyens de cor-
rection. L'un peu grave, salutaire et
légitime quand il ne dépasse pas les limi-
tes d'une sage modération non prévue
par le Code civil parce qu'il est en quel-
que sorte dicté par la nature, mais dont
la loi du 14 Juillet 1889 et principalement
celle du 19 Avril 1898 ont prévu les abus :
— 16 —
nous voulons parler des réprimandes,
punitions et châtiments corporels.
L'autre, plus grave, « subsidiaire,
mettant en jeu l'appareil judiciaire qui
est la détention par mesure de correc-
tion. Sans entrer dans l'étude historique
et législative du droit de correction
manuelle, il nous faut cependant cons-
tater que ce système n'est point nouveau.
On pourrait en trouver l'origine pre-
mière dans cette constitution de l'em-
pereur Alexandre: « Si ton fils manque
au respect qu'il doit à son père, tu auras
le droit de le châtier en vertu de la
puissance paternelle ; s'il persévère dans
sa désobéissance, tu pourras le conduire
devant le Président de la Province qui
devra confirmer la sentence que tu auras
rendue toi-même. »
Le Code limite le Qr, cc droit de corrcctiou manuelle
droit de correc-
tion paternelle, existe-t-il encore de nos jours? Assuré-
ment le Code civil est muet sur ce point,
mais la loi de 1898 n'en autorise-t-elle
pas implicitement l'usage, par cela
même qu'elle en réprime les abus ?
Les parents, disent MM. Aubry et Rau,
sont, en vertu de leur droit d'éducation,
17
Les punitions cor-
porelles dans la
famille sont-
elles légitimes?
autorisés à infliger à leurs enfants, dans
un but d'amendement moral, des puni-
tions domestiques.
Et M. Demolombe, après avoir posé
le principe du droit de correction, s'ex-
prime ainsi : Il ne s'agit pas ici^, bien
entendu, de ces punitions que le père et
la mère peuvent infliger à leurs enfants
dans l'intérieur de leu r famille (in domo)^
la législation ne pouvait que s'en remet-
tre aux mœurs et aux usages qui ont
consacré les règles de la discipline
domestique. On peut dire d'ailleurs qu'il
les consacre tacitement lui-même en pla-
çant l'enfant sous l'autorité des pères et
mères, à la condition toutefois que cette
autorité ne deviendra pas oppressive ou
violente.
Sous cette dernière condition^ il nous
semble donc qu'en droit, les corrections
manuelles sont parfaitement légitimes,
d'abord parce qu'aucun texte ne les
prohibe et qu'ensuite elles sont inscri-
tes par la nature dans le cœur du père
pour en apprécier la mesure et la légiti-
mité.
— 18 —
^en /ait?'^"^'' ^^^^ ^"^ valeiil Cil fait, se demande
M. Delegorgue, ces corrections physi-
ques? Il y a quelques années, les châti-
ments corporels étaient considérés,
même en France et de la part des
meilleurs esprits, comme ayant seuls
une efficacité réelle, non pas seulement
au sein de la famille mais encore dans
les écoles. Dans les familles, des châti-
ments corporels légers, « consistant
plutôt dans la crainte de la douleur que
dans la douleur elle-même, des mises
au cachot noir pendant un temps court,
ou encore le pain sec pour toute nour-
riture pendant un ou deux repas »,
étaient fort usités pour corriger les
mauvais instincts des enfants, les
astreindre au travail, les éloigner des
mauvaises fréquentations, leur inspirer
la crainte du mal et les façonner au
bien. C'étaient des punitions inoffensi-
ves que l'on trouvait toutes naturelles
et qui ne semblaient diminuer en rien
Tafifection pour les parents. Elles étaient
alors dans les mœurs courantes; elles
sont considérées aujourd'hui par cer-
tains philanthropes, dont l'affection
Faut-il les main-
tenir ?
— 19 -
pour l'enfant dégénère en une sensi-
blerie peut-être exagérée, comme une
épave des idées romaines et un restant
de barbarie.
Et cependant la peine du fouet pour-
rait être réappliqiiée avantageusement
au moins à certains enfants, car il faut
tenir compte ici du tempérament et du
caractère de celui que l'on corrige et ne
pas éveiller chez lui des sentiments de
rancune et de vengeance-
Cette peine, qui réunit au minimum
de répression le maximum d'intimida-
tion, produirait sur certains enfants
d'excellents résultats pourvu qu'elle soit
entourée de toutes les précautions dési-
rables, comme savent le faire les Anglais.
Et il n'y a pas qu'en Angleterre que la
peine du fouet soit encore en honneur ;
dans certains pays, la Suède, par exem-
ple, le père n'a pas à sa disposition
d'autre moyen de correction : s'il croit
avoir des sujets de plainte à l'égard de
son enfant, il le fait châtier à domicile
par la police. C'est simple, expéditif et
on s'en contente. (Communication de
M. Olivécrona, conseiller à la Cour
suprême de Stockolm).
20
Qui doit les admi-
nistrer ?
Diftérence de l'é-
ducation fami-
liale et de l'édu-
cation collec-
tive.
En tous cas, si au sein de la famille,
chez quelques enfants et dans certaines
circonstances, il parait bon d'admettre
la punition corporelle, nous estimons,
pour notre part, que les parents doivent
punir eux-mêmes ; il serait imprudent,
si sûr que l'on soit d'un tiers, de lui délé-
guer le droit de châtier. Il semble bien
qu'autrefois on n'ait pas eu cette crainte.
Dans ma ville natale, raconte M. Joly,
il y avait, en 1789, au collège, comme
dans tous les collèges d'alors, un fonc-
tionnaire spécialement chargé de donner
le fouet. îl allait en ville, les familles le
demandaient et l'usage était que l'enfant
fouetté remit lui-même, à genoux, les
honoraires dûs pour la correction.
La nature des punitions et des châti-
ments au sein de la famille parait avoir
peu varié depuis de longues années et,
d'autre part, il apparaît fort difficile
d'établir des règles générales lorsqu'il
s'agit de l'éducation des enfants en par-
ticulier. Il en va tout autrement lorsqu'il
s'agit de l'éducation collective par l'ins-
tituteur, car les travaux scolaires, les
punitions réglementaires et les récom-
— 21 —
penses, l'honneur, l'émulation sont des
moyens dont l'école use avec avantage
pour la discipline et que la famillen'a pas
ou n'a que peu à sa disposition.^^) Cette
discipline scolaire s'est à travers les âges
souvent et considérablement modifiée et
ce sont ces transformations si curieuses
que nous allons maintenant étudier.
En suivant l'évolution des châtiments
dans les diverses doctrines d'éducation,
en notant les opinions de ceux qui ont
prôné tel ou tel système pédagogique
disciplinaire, nous nous armerons pro-
giessivcment des arguments propres à
élaver nos conclusions.
(1) Certaines considérations générales s'appliquant
aussi bien à l'éducation familiale qu'à l'éducation
collective, nous avons cru, pour éviter des redites,
devoir ne pas formuler ici certaines règles concer-
nant les punitions que le lecteur trouvera, en diflé-
i«nts endroits de ce livre, à propos de l'étude des
punitions à l'école.
— 22 —
CHAPITRE II.
Transmission de
l'autorité pater-
nelle au maître
d'école.
Etude de l'évolu-
tion des châti-
ments corporels
dans les diverses
doctrines péda-
gogiques.
Avec la charge d'élever les enfants^
le maître d'école reçut en même temps
du père de famille la transmission de
ses prérogatives correctionnelles et il
semble bien que la correction corporelle
prit en outre le caractère didactique.
Dans l'antiquité, au moyen-âge et jusque
dans la période moderne, les tantes de
grammaire ont valu peut-être plus de
coups aux écoliers que leurs solécismes
de conduite.
Il est certain, dit M. Bain, en parlant
des punitions corporelles, que c'est le
châtiment favori de toutes les époques
et de toutes les races de l'humanité.
Point n'est besoin de rechercher bien
loin les causes de l'universalité de ce
procédé empirique : le père ou le maître
réunissant, vis-à-vis de l'enfant ignorant
et faible, la sagesse et la force, est porté
naturellement à mettre l'une au service
de l'autre dans la répression des fautes
et In facilité de l'exécution fait qu'il
justifie au besoin la seconde par la
première. Aussi ]ongtcm|)s que l'éduca-
tion a consisté tout entière dans la
— 23
1" PERIODE.
Les châtiments
corporels sont
universellement
employés.
Mencius.
Les lois de Manou
correction extérieure, les sages ont
recommandé au peuple l'emploi vigou-
reux de la verge.
Pourquoi, demandait un disciple au
philosophe Mencius, un homme supé-
rieur n'instruit- il pas lui-même ses
enfants. Le sage chinois répondit : parce
qu'il ne peut employer la force sans
blesser les sentiments de tendresse d'un
fils pour son père. Aussi les anciens
confiaient-ils leurs fils à d'autres pour
les instruire et faire leur éducation.
Que le Dwid'jà (fliomme pur pour
les Hindous), disent les lois de Manou,
ne lève jamais son bâton sur un autre
par colère et n'en frappe personne à
l'exception de son fils ou de son élève.
Il peut les châtier pour leur instruction,
c'est même le devoir de tout homme
digne du titre de brahmane, et lorsqu'ils
commettent quelque faute, qu'il les
corrige avec une corde ou une tige de
bambou, mais toujours sur la partie
postérieure du corps et jamais sur les
parties nobles ; celui qui frappe d'une
auti e manière est passible de la même
peine qu'un voleur.
— 24 —
^^Sif.^ ^^^^' ^^ P^^^ trouver des indications sur
les doctrines pédagogiques des temps
antérieurs au x^ siècle avant notre ère
grâce aux travaux de Champollion et
de ses successeurs qui nous ont fait
connaître tant de choses intéressantes
sur la civilisation égyptienne.
« Le bâton joue un grand rôle dans
l'éducation égyptienne et il paraît que
les fautes n'avaient pas besoin d'être
bien graves pour en attirer l'application .
Parfois le maître indigné s'écrie : « tu
es comme un âne qu'on bâtonne verte-
ment chaque jour, tu es pour moi
comme le nègre stupide qu'on mène
sous les coups. On fait couver les
pigeons, on apprend à chasser à l'éper-
vier, je ferai de toi un homme, méchant
garçon, sache le bien». Et une autre
fois « il y a un dos chez le jeune homme
il écoute quand il est frappé ».
Il ne semble pas du reste si l'on s'en
rapporte à M. Mougel, directeur de
l'Ecole Normale du Caire que les pro-
cédés pédagogiques de l'enseignement
arabe soient plus doux dans l'Egypte
musulmane et contemporaine.
Le figi ou maître d'école sait se ser-
vir de la baguette quand un des enfants
auxquels il apprend les versets du Coran
manque de docilité. Dans les cas d'insu-
bordination ou de récidive, le figi use de
punitions d'une barbarie révoltante. La
plus cruelle est la falagaquise pratique
au mo}'cn d'un solide bâton auquel est
att cliée par les deux bouts une corde
lâche. Les pieds de l'enfant sont passés
entre la corde et le bâton ; on enroule
la corde autour des pieds puis un mou-
vement de rotation du bâton amène
une torsion de la corde et une pression
qui fait pousser des cris terribles aux
malheureux supplicié. Quelquefois la
falaga se complique d'une bastonnade
administrée sur la plante des pieds. Les
efforts de feuDoR-BEY, inspecteur géné-
ral des écoles égyptiennes, n'ont pas
réussi à supprimer complètement ces
procédés barbares dignes de l'inquisi-
tion.
Un tel système de correction ne peut
convenir qu'en Orient ou de tout temps
la courbache a été en honneur.
Elevés avec les Egyptiens rien d'éton-
— 26 —
nant à ce que les Juifs nesesoientdans
l'ancien temps appropriés ce moyen
d'éducation qui évite la dépense des
paroles au maître et à ce que Salomon
ait mis sous forme de sentences les
idées qui avaient cours de son temps.
^'uébrl^I^^ ^^^ ^^ C'est pourquoi nous avons un intérêt
direct à relever les prescriptions énon-
cées à ce sujet dans les textes sacrés de
la Synagogue juive devenue partie inté-
grante de la Bible chrétienne. L'ancien
Testament est certainement de tous les
livres sacrés de l'Orient celui où il est
fait le plus mention des châtiments et
le mot verge lui-même est répété au
propre ou au figuré près de cinquante
fois. Les proverbes tels que : Qui bene
amat bene castigat ; ou : la folie est liée
au cœur de l'enfance et la verge de la
discipline l'en chassera, sont restés
classiques dans toute la force du terme
et ont été pendant des siècles les maxi-
mes fondamentales de l'éducation à
laquelle les docteurs conducteurs du
peuple juif attachaient tant d'impor-
tance comme moyen de défense et de
conservation de la nationalité juive. »
— 27 -
Le premier devoir prescrit par la loi
mosaïque est le respect dû au père et à la
mère. La voix divine dicte ce comman-
dement du haut du Sinaï : « Honore
ton père et ta mère, afin que tu vives
longtemps sur la terre, que l'Eternel ton
Dieu te donne ». (Eccode, XX, 12). On
inspirait ensuite aux enfants l'amour
du travail, la honte de la paresse, la
répugnance pour les plaisirs malsains,
la bonté envers les pauvres et les mal-
heureux et surtout la crainte de Dieu,
commencement de toute sagesse.
Le père et la mère cherchaient à leur
inculquer ces sentiments, soit par des
instructions directes, soit par des sen-
tences empruntées aux sages, soit par
des paraboles. La bienveillance, la
douceur présidaient à ces leçons qui
étaient données dès la plus tendre
enfance. Car, selon le précepte de la
Bible, « il faut diriger l'enfant, dès les
premiers pas, dans la voie où il doit
marcher devenu homme(Prov. XX//,6).
Si l'enfant se monlre rebelle aux
leçons de ses parents et prouve, par sa
conduite, qu'elles n'ont fait aucune
~ 28 -
impression sur son âme, on ne craint
pas d'avoir recours aux châtimenls cor-
porels pour le ram.ener dans la bonne
voie. « Qui épargne la verge, hait son
fils, disent les sages ; qui l'aime, lui
administre la correction ». (Prov. XIII,
2^). Et plus loin : « N'épargne pas le
châtiment à ton enfant ; si tu lui don-
nes la verge, il n'en mourra pas, et tu
arracheras son âme à la perdition jo.
(Prov. XXIII, 13, U).
Il était pourtant défendu de pousser
la rigueur jusqu'à causer par des coups
la mort de l'enfant. « Châtie ton fils,
tant qu'il y a espoir, mais ne te laisse
pas aller jusqu'à le tuer ». (Prov. XIX,
18).
Le père, en effet, n'avait pas sur
celui-ci droit de vie et de mort. Lors-
que conseils, remontrances, châti-
ments, étaient restés infructueux et que
l'enfant par des vices précoces, mena-
çait de devenir un homme pervers,
c'est devant le juge que le père et la
mère devaient le traduire. « Quand un
homme aura un fils méchant et rebelle
n'obéissant pas à la voix de son père
29
Les Grecs: Cbry-
sippe.
Aristophane.
ni à la voix de sa mère et qu'ils l'auront
châtié et que nonosbtant cela, il ne les
écoutera pas, son père et sa mère s'en
saisiront et le traîneront vers les anciens
de la ville et ils leur diront: « Notre fils
que voici, est indocile et rebelle, il
n'obéit point à notre voix, il est dissolu
et ivrogne ». Et tous les gens de la
ville le lapideront, et ainsi tu ôteras le
mal du milieu de toi» (Deuter. XXI, 18.
21).
Le Talmud prétend que cette loi dra-
conienne ne fut jamais appliquée,
Cela peut être. Il n'en est pas moins
vrai que le législateur de la Bible consi-
dérait comme méritant d'être retranché
de la société l'enfant d'une nature
vicieuse et incorrigible.
En Grèce où la pédagogie était en
honneur il ne semble pas que les
maîtres qui s'inspiraient de la philoso-
phie platonicienne eussent en horreur
les corrections physiques qui étaient
formellement approuvées par un des
chefs du stoïcisme, Chrysippe.
Et au mot école qui d'après l'étymo-
logie signifie temps de loisir, Aristo-
— 30 —
PHANE substituait phrontistère, c'est-à-
dire lieu de tourment.
^piS.^'"^' Chez les Romains il n'y a pas de
doute à avoir sur l'existence des châti-
ments corporels dans les Ecoles.
Plaute dans sa comédie des Bacchis,
met dans la bouche d'un de ses per-
sonnages ces mots : « Assis auprès de
ton précepteur, tu lisais et s'il t'arrivait
de manquer une syllabe, ta peau était
aussitôt bigarrée comme le manteau de
la nourrice y). {Acte 3, Se, IV).
Une peinture murale retrouvée à
Pompeï et dont M. G. Boissier a donné
la description (Revue des Deux Mondes
du 15 Mars 188^4^) représente un écolier
récalcitrant dépouillé de tous ses vête-
ments. Maintenu par deux camarades,
il reçoit les verges des mains d'un troi-
sième personnage.
Ajoutons pour être juste que l'élève
rendait parfois au quadruple si l'on en
croit Plaute les coups que lui avait
donnés son pédagogue (généralement
un esclave) car dans cette même comé-
die des Bacchis citée plus haut, on lit :
Aujourd'hui, avant qu'un marmot ait
— 31 —
sept ans si on a le malheur de le tou-
cher du doigt il casse la tête de son
maître avec sa tablette.
Au livre II de ses Epîtres, Horace a
porté jusqu'à nous le nom de son maî-
tre Orbilius en le stigmatisant par ces
mots : Meminiquœ(carmina)plagosum
mihi parvo Orbilium dictare. Je me
souviens des vers que me dictait, à moi
tout enfant, Orbilius, prodigue de coups.
Contre cet usage général, contre
cette pédoplégie^^>, Quintilien, rhéteur
latin du l^r siècle de notre ère (42-120)
osa faire entendre une protestation qui
sera souvent invoquée dans la suite par
les partisans de la suppression des
châtiments corporels à l'école. Loin de
nous, dit-il, le châtiment ignominieux
qu'on inflige aux enfants, quoique
l'usage l'autorise. Et l'auteur du Traité
de VInstitution oratoire, ouvrage qui
devint dès son apparition le code des
maîtres et des élèves, ajoute : Je
condamne absolument l'usage du fouet.
(1) Manie de frapper les écoliers, les enfants
pour les instruire et les améliorer.
32
Plutarqus.
Les Pères de
l'Eglise.
Les écoles monas-
tiques.
D'abord c'est un châtiment honteux etser-
vile, l'écolier que les réprimandes ne cor-
rige pas s'endurcira bientôt aux coups
comme les plusvils esclaves. Le maître ne
doit pas avoir besoin de recourir à de tels
moyens pour assurer son autorité. C'est
par l'ascendant de son caractère qu'il
aura surtout de l'empire sur ses élèves.
Et de cette façon si nouvelle d'enten-
dre ia pédagogie sur celle question des
punitions nous rapprocherons cette
opinion de Plutarque : C'est par la
douceur, la persuasion qu'il faut porter
au bien la jeunesse: les mauvais trai-
tements et les coups ne conviennent
qu'à des esclaves et dégradent des hom-
mes libres. A ce régime, l'enfant devient
comme hébété.
Toutefois les premiers chrétiens qui
devaient faire du fouet un instrument
de piété se conformèrent sur ce pointa
l'usage universel que consacraient les
Proverbes, on en trouve maintes preu-
ves dans les écrits de S^ Paul, S^ Chry-
sostôme, St Augustin, etc..
Si tels étaient les usages dans les éco-
les de l'antiquité; au sein d'une civilisa-
— 33 — ^
tion souvent raffinée, on s'étonne moins
des monstruosités auxquelles est arrivée
la pédoplégie pendant le moyen-âge.
Rudes étaient les mœurs des popu-
tion qui sur les ruines du monde antique
se formaient lentement à la vie civilisée,
dans les Gaules, la Germanie, en Espa-
et en Italie, aussi l'éducation était-elle
dure et cruelle comme la législation. Il
y avait un intérêt social impérieux à
soumettre aux nouvelles conditions
d'existence les natures les plus rebelles
et cette tâche incombait à la fois au
bourreau et au maître d'école. Ceux qui
ont dit de nos jours : « Ouvrir une école,
c'est fermer une prison » n'ont fait que
donner une formule précise et un peu
absolue à une vérité dont le moyen-âge
avait eu un vague sentiment.
La verge, instrument de supplice, était
aussi un instrument de salut. Dans cer-
tains endroits les enfants étaient tenus
de la baiser avec révérence et jusqu au
milieu du xvnie siècle l'usage s'était
conservé dans un village de la Hesse
de faire prononcer aux élèves cette
invocation à la verge qui ne laisse pas
— 34 —
d'être touchante dans sa naïveté : «
du liebe Rutli-Macli du micli gut-Mach
du mich fromm - Das ich nicht zum
Henker komm! » (0 toi, verge cliérie,
rends-moi bon, rends-moi sage, pour
que le bourreau ne me prenne pas).
Pour les moines, le dogme de la tache
originelle et la conception du châtiment
comme d'une expiation conservèrent à
la discipline sa rigueur impitoyable, et
sanctifièrent la correction corporelle
qui macérait la chair de péché .
A quelles monstruosités ces idées
préconçues peuvent donner naissance
au milieu de populations ignorantes et
grossières, c'est ce qu'on peut juger par
cette anecdote macabre que nous em-
pruntons à un chroniqueur du xn^ siècle,
cité par le D"" Zappert.
Une mère, ayant perdu son fils, vou-
lut l'enterrer dans la même tombe où,
deux ou trois ans auparavant^ un autre
de ses enfants avait été déposé. A la
grande terreur des assistants, le cada-
vre découvert apparut parfaitement
conservé. La mère se jeta aux pieds du
bienheureux abbé Wirnton, le suppliant
— 35 —
de lui donner l'explication de ce fait
merveilleux, et, pressée de questions,
elle finit par avouer qu'un jour cet
enfant, d'ailleurs fort sage, l'avait frap-
pée à la tête avec un morceau de bois.
A-t-il été puni pour ce péché? demanda
le saint homme, et la mère ayant
répondu négativement, il lui ordonna
de prendre des verges et de frapper le
cadavre. L'abbé se mit en prière et la
pauvre femme, après un moment d'hé-
sitation, flagella le cadavre de son
enfant jusqu'à ce qu'il fût réduit en
poussière.
Ce trait de mœurs n'est que curieux;
c'est dans les règlements monastiques
tels que ceux de S^ Benoit (543), S*
Pachome, S^ Isidore, S^ Fructueux (vers
656), qu'il faut rechercher les maximes
de la pédoplégie.
« Comprimer » la vivacité des enfants,
les « enchaîner » sous une étroite disci-
pline qui ne « laisse à la légèreté de
leur âge aucune occasion de tomber
dans le péché », voilà le résumé exact
de l'éducation monacale, et il faut
avouer que le meilleur moyen d'obtenir
— 36 —
la docilité désirée était bien l'emploi
continu des corrections corporelles
dont l'efTet déprimant, constaté de
bonne heure est confirmé par la science
moderne. Aussi voyons-nous les divers
procédés pédoplégiques universelle-
ment prescrits dans les ordres religieux
avec l'adjonction très bien entendue du
jeûne prolongé. .
M. d'Arvert nous apprend que la
correction manuelle fût parfois soumise
à une réglementation dans les monas-
tères. On poussa même quelquefois la
précaution jusqu'à interdire tout contact
du vêtement du maître avec celui de
l'élève (1). Le même règlement de
Cluny interdit aussi au maître de cha-
pelle de frapper sur la bouche et lui
permet seulement de tirer les cheveux,
capillos execuiere. En général, il était
ordonné de se servir d'un instrument.
Ce fût l'âge d'osier de la pédagogie. La
(1) Summopere tamen observât tum ipse (le
maître de chapelle) quam alii quando eos verberat,
non solum ne tangant carnem eorum cum manu,
sed etiam ne vestis ejus eorum adhoerat vesti-
bus.
— 37 —
verge simple, le bâton, le martinet de
brins d'osier, de bouleau, de coudrier,
devinrent les intermédiaires réglemen-
taires entre la main du moine et la peau
des écoliers. Les Coutumes de Cluny
recueillies au xi^ siècle, nous montrent
que les élèves étaient littéralement
menés à la baguette : pueri flagellantur
consuetudinaliter. Le matin au point du
jour, comme le soir après compiles, le
principal devait se tenir auprès d'eux
(( la verge à la main ». Mettent-ils de la
lenteur à se lever, immédiatement la
verge s'abat sur le dos (continua est
virga super eos). Après matines, ils se
remettent au lit en présence d'un maî-
tre qui tient la verge de la main droite
et la chandelle de la main gauche (ver-
gam in dextrâ manu, candelam in lœvà).
Les coups pleuvaient et le magister ne
décolérait pas : furiosus prœceptor, cette
expression, déjà employée par Saint
Jérôme, est devenue courante au moyen-
âge pour désigner un maître d'école (1).
(4) Luther, pour citer un exemple célèbre, fut
battu quinze fois dans une même matinée.
— 38 —
On. a peine à se représenter comment
déjeunes enfants, la tête enfiévrée par
lés coups, l'attention plus troublée
qu'excitée par la crainte d'une correc-
tion toujours imminente, arrivaient à
apprendre le latin.
Aussi ne faut-il pas s'étonner que
l'évêque Ratherius (974) ait appelé :
Spara dorsum, c'est-à-dire protège dos,
une grammaire latine qui, dans sa pen-
sée, facilitait aux élèves par sa composi-
tion l'étude de leurs leçons (1).
C'est le dos (en dehors du visage) qui
est la partie du corps la plus frappée .
La fessée proprement dite semble avoir
été inconnue dans les écoles monasti-
ques et, primitivement, le patient gar-
dait sa chemise. A partir du xi^ siècle,
il n'en fut plus de même et, dans des
ouvrages du xiv^ et du xv^ siècle^ les
écoliers sont représentés complètement
nus devant le maître qui les châtie ; ils
(4) A la fin du ixe siècle, on montrait encore à
Rome le fouet dont le pape Grégoire le Grand se
servait de sa propre main lorsqu'il instruisait les
enfants de chœur.
— 39 —
n'étaient hors verges que vers la sei-
zième année.
A une telle discipline les enfants ne
s'amélioraient guère et cependant cette
discipline était plus cruelle encore, hors
du cloître, dans les écoles des villes el
des villages. Aussi l'autorité civile dût
s'occuper de mettre un frein à la fureur
des verges. L'usage licite des punitions
corporelles nous laisse deviner ce qu'é-
tait l'abus. Jugez-en parce qu'écrit Vin-
cent DE Beauvais dans son traité de
V Education des Princes où il énumère
comme moyens de répression : les répri-
mandes, les objurgations, les verges, la
férule, les coups de pied, de poing, les
pincements, les tiraillements des che-
veux et des oreilles.
La scolastique du moyen-âge n'a
guère mieux compris les moyens que le
but de l'éducation. Elle a exagéré la
discipline et employé sans scrupules
les punitions matérielles. Le fouet est à
la mode au xv^ siècle^ comme au xiv^.
Il n'y a d'autre différence, dit Monteil,
dans son Histoire des Français des divers
Etats y sinon que les fouets du quinzième
— 40 —
siècle sont deux fois plus longs que
ceux du quatorzième.
Gerson. Toutcfois parmi les maîtres qui com-
prirent, dès le moyen-âge, la nécessité
de la douceur, de la bonté, parmi les
éducateurs dans le vrai sens du mot, la
postérité ne doit pas oublier Gerson,
de son nom Jean Gharlier, chancelier
de l'Université de Paris (1363-1429), et
l'un des auteurs présumés de l'Imitation
de Jésus-Ghrist. Dans son livre De
parvulis ad Christum trahendis, il
recommande aux maîtres la patience
en ces termes : blanditiis magis quam
terroribus parvuli capiuntur, c'est plus
par les caresses que par la crainte que
les petits enfants se laissent prendre. Et
ailleurs il demande que le professeur
ait pour ses élèves une tendresse de
père et n'emploie pas les châtiments
corporels.
— 41 —
CHAPITRE III.
Les^ciSSmenilœr- ^^ Rcnaissaiice ct Iq Réforme curent
^e'SloyLTa;; Peu d'influence sur le régime de l'école,
Z'proteimions ^^ coustatc sculcmcnt qu'à l'époque de
rfe"pius"en p?ifs' ^^^^^ rénovatioii littéraire, scientifique
précises. f^i artistique, qu'au temps de ce mou-
vement religieux qui brisa l'unité catho-
lique, les détracteurs des punitions
corporelles se firent plus nombreux et
plus véhéments.
C'est ainsi que des esprits comme
Erasme, Rabelais, Montaigne voulurent
secouer le jong des t3Tannies de l'usage,
proposant plus de modération dans les
traitements infligés aux enfants, deman-
dant pour les écoliers des punitions
moins sévères et moins brutales.
Érasms. Érasme, cc grand humaniste de la
Renaissance (1467-1536), prétendait que
les français usent des coups dans l'édu-
cation plus qu'aucun autre peuple (1).
Il a^ait été en effet, en 1496, envoyé
(1) Louis XI s'élant fait inscrire à la tête des
boursiers du Collège de Navarre, le prix de sa
bourse était consacré à acheter des terges pour le
châtiment des écoliers.
— 42 —
à Paris comme boursier au fameux col-
lège de Montaigu, dirigé alors par Jean
Standonc, qui y faisait régner une dis-
cipline et une sévérité plus que monas-
tiques.
« Toutefois^, les Ecoles d'Allemagne
lui avaient montré la rudesse du moyen-
âge conservée dans toute sa rigueur (1).
On attachait les enfants nus à un poteau
et plus ils niaient la faute qui leur était
reprochée, plus le bourreau redoublait
ses coups. » « C'est à la charrue, s'écrie
Erasme, qu'il faut envoyer de pareils
maîtres, dignes d'effrayer de leur voix
tonnante les bœufs et les ânes. »
Rabelais. Cette brutalité, Rabelais, qui fût,
comme dit E. Gebhart, le novateur le
plus hardi et l'inventeur le plus origi-
nal en matière d'éducation et de culture
intellectuelle de la Renaissance fran-
çaise, l'attaque en la raillant. « Ainsi,
voyez-vous, s'écrie Panurge, de présent
les précepteurs et pédagogues ébranler
(1) C'est volontairement que nous ne parlerons
pas de l'histoire, cependant' si curieuse, des châti-
ments corporels à l'étranger afin de ne pas étendre
outre mesure les dimensions de ce travail.
— 43 —
les têtes de leurs disciples, comme on
fait un pot par les anses, par vellica-
tion et érection des oreilles (qui est,
selon la doctrine des sages Égyptiens,
membre consacré à Mémoire) afin de
remettre leurs sens, lors par avanture,
égarez en pansements étranges et
comme effarouchez par affections abhor-
rentcs en bonne et philosophique disci-
pline. »
Ailleurs, dans Gargantua, Rabelais
critique et réprouve plus vigoureuse-
ment encore cette discipline scolaire.
Montaigne. MONTAIGNE UC SC mOUlrC paS moius
indigné contre les procédés pédoplégi-
ques employés à l'égard de la jeunesse
des écoles. La modération est le carac-
tère dominant des vues de Montaigne
sur l'éducation. Il reconnaît la nécessité
de l'indulgence ferme et forte, égale-
ment éloignée de la complaisance et de
la dureté ; ce qu'il appelle lui-même :
une douceur sévère.
J'accuse, dit l'auteur des Essais, toute
violence en l'éducation d'une âme ten-
dre qu'on dresse pour l'honneur et la
liberté. Il y a, je ne sais quoi de servile,
— 44 —
en la rigueur et en la contrainte et tiens
que ce qui ne peut se faire par la rai-
son et prudence et adresse, ne se fait
jamais par la force. Je n'ai vu autre effet
aux verges sinon de rendre les âmes
plus lâches ou plus malicieusement opi-
niâtres (Essais, Livre II, ch. vin). L'édu-
cation se doit conduire avec une fer-
meté douce. Olez-moi la violence et la
force : il n'est rien à mon avis, qui
abâtardisse et étourdisse si fort une
nature bien née. Si vous avez envie qu'il
craigne la honte et le châtiment, ne l'y
endurcissez pas : endurcissez-le à la
sueur et au froid, au vent^ au soleil et
aux hasards qu'il lui faut mépriser... La
police de la plupart de nos collèges
m'a toujours déplu : on eût failli, à
l'aventure, moins dommageablement,
s'inclinant vers l'indulgence. C'est une
vraie geôle de jeunesse captive : on la
rend débauchée, l'en punissant avant
qu'elle le soit. Arrivez y sur le point de
leur office (au moment du travail dans
les classes), vous n'entendez que
cris et d'enfants suppliciés et de maîtres
enivrés en leur colère. Quelle manière
'- 45 —
pour éveiller l'appétit envers leur leçon
à ces âmes tendres et craintives que de
les y engager avec une trogne effroya-
ble, les mains armées de fouets... Com-
bien leurs classes seraient plus décem-
ment jonchées de fleurs et de feuilles
que de tronçons d'osier sanglants.
{Essais, Livre i, ch. xxv).
On retrouve les mêmes indignations
dans le livre De la Sagesse, de Pierre
Charron un des disciples de Montaigne.
Ilfautseporter, dit-il, vers l'enfant et pro-
céder de façon non austère, mais douce,
riante et enjouée. Pour quoi nous con-
damnons la coutume presque universelle
de battre, fouetter, injurer et crier après
lesenfants,etlestenirengrandecrainteet
sujétion. Car elle esttrès inique et punis-
sable, préjudiciable et toute contraire
au dessein que l'on a qui est de les ren-
dre poursuivant la vertu, sagesse, science
et honnêteté. Or cette façon impérieuse
et rude leur en fait venir la haine,
l'horreur et le dépit, puis les effarouche
et les entête, les abat et décourage tel-
lement que leur esprit n'est plus que
servile, bas et esclave Je veux qu'on
— 46 ~
les traite librement et libéralement en
employant la raison et les douces
remontrances et leur faire naître au
cœur les affections d'honneur et de
pudeur. Il y a je ne sais quoideservile
et de vilain en la rigueur et contrainte,
ennemie de l'honneur et de la vraie
liberté. Il faut tout au contraire leur
grossirle cœur d'ingénuité, de franchise,
d'amour, de vertu et d'honneur.
(( Ces véhémentes protestations, ces
éloquentes invectives ne purent suppri-
mer brusquement ces traitements bar-
barifiques » ; l'abus avait pour lui la
force acquise de la routine et l'autorité
de l'Eglise ou des Saintes Ecritures.
Aussi voit-on dans les établissements
calvinistes qui devancèrent l'Université
dans la voie des réformes et adoptèrent
dès le début le plan d'études de l'huma-
niste Jean Sturm, les corrections corpo-
relles maintenues et en plein xvii»^ siè-
cle on administrait le fouet au milieu
de l'auditoire, non seulement aux éco-
liers des collèges, mais aussi aux étu-
diants en philosophie des académies
protestantes de Saumur, Dié, Montau-
Henri IV et ses
successeurs.
— 47 —
ban, etc., (1) ainsi qu'à Genève et à
Berne.
Du reste l'exemple était venu de haut,
Henri IV prisait fort la punition corpo-
relle qui resta en honneur dans la
famille royale.
Et le bon roi Henri écrivait à la date du
14 novembre 1607, au gouverneur du
futur Louis XIII : Je me plains de vous
de ceque vous ne m'avez pasmandé que
vous aviez fouetté mon fils ; car je veux et
vous commande de le fouetter toutes les
fois qu'il fera l'opiniâtre ou quelque
chose de mal, sachant très bien par moi-
même qu'il n'y a rien au monde qui
lui fasse plus de profit que cela ; ce que
je reconnais par expérience m'avoir
profité; car étant de son âge, j'ai été
fort fouetté.
(1) Il y avait dans certaines localités alle-
mandes des fêtes de la verge, avec procession dans
les rues. Au xviii® siècle un maître souabe
Haûberle pouvait se faire gloire après cinquante
et un ans et sept mois d'exercice d'avoir adminis-
tré 2.227.302 corrections corporelles des plus
variées dont on trouve le détail dans Raûmer. Ce
héros de la pédoplégie (magister plagosus) n'a
peut être pas été dépassé, mais il eut certainement
des émules.
- 48 -
LouisXIII fut donc fouetté comme son
père, comme le sera son fils Louis XIV
et surtout comme le sera son petit-fils le
Dauphin, l'élève de Bossuet, vis-à-vis
duquel son gouverneur le Duc de Mon-
TAUSIER usalargement du droit de correc-
tion dont il avait été investi par nomina-
tion royale.
Il semblerait toutefois qu'il y eut dès
la fin du xvi^ siècle un mouvement plus
précis contre les châtiments corporels,
ils ne sont pas supprimés des écoles mais
ceux qui s'occupent de l'éducation des
enfants tentent de rendre les punitions
moins violentes et moins fréquentes.
La Compagnie de La compaguic dc Jésus vcuait d'être
fondée en 1534 par Ignace de Loyola
et les jésuites avaient ouvert leurs col-
lèges où ils imposaient une règle uni-
forme, stricte et inamovible.
Malgré cette discipline qui faisait res-
sembler leurs écoles à des casernes ou
à des couvents, les jésuites pratiquaient
vis-à-vis de leurs élèves une douceur rela-
tive. Le Ratio atqueinstitulio siudlorum
Societatis Jesu, superiorum pcrmissii
(Tournon 1603) prescrit aux maîtres de
— 49 --
ne recourir à la punition qu'à la der-
nière extrémité. « Que le maître, y est-
il dit, ne se presse pas de punir, qu'ilne
pousse pas l'inquisition trop loin, qu'il
fasse semblant de ne pas apercevoir les
fautes commises, quand il le peut sans
compromettre l'intérêt de l'élève... On
obtiendra plus de bons résultats par
l'espoir de l'honneur et des récompen-
ses et par la crainte du déshonneur que
parles coups ».
Ce n'est pas que les jésuites se soient
interdits les punitions matérielles, seu-
lement par esprit de délicatesse, les
pères ne maniaient pas eux-mêmes le
fouet. Ce soin était réservé à un laïque.
« Un correcteur spécial, attaché à l'éta-
blissement, mais qui ne faisait pas par-
tie de l'Ordre était chargé d'administrer
les châtiments. Les élèves les plus
avancés en âge y étaient soumis comme
les plus petits. S'ils regimbaient, ne
voulant point subir une correction que
l'âge rendait plus particulièrement
ignominieuse, on les excluait du collège.
Ne faisons pas d'ailleurs retomber sur
l'institut desjésuitesl'odieuxd'unrégime
— 50 —
qui était alors consacré par l'usage
général et auquel les anglais n'ont pas
encore renoncé de nos jours ».
En un sens, dit M. G. Compayré, les
jésuites étaient en progrès sur leur
temps puisqu'ils refusaient d'infliger
de leurs mains les corrections physiques.
C'était presque les condamner, car il ne
saurait être conforme à la dignité de
l'enfant de subir des peines qu'il n'est
pas conforme à la dignité du maître
d'appliquer lui-même. De plus, ils
recommandaient de n'user des verges
qu'avec discrétion, ce qu'ils ne firent
pas toujours, si l'on en croit l'histoire
que raconte si malicieusement Saint-
Simon, dans ses Mémoires : « Le fils
aîné du Marquis de Boufflers avait
quatorze ans : il était joli, bien fait, il
réussissait à merveille, il promettait
toutes choses. Il était pensionnaire aux
jésuites avec les deux fils d'ARGENSON.
Je ne sais quelle jeunesse il y fit avec
eux. Les pères voulurent montrer qu'ils
ne craignaient et ne considéraient per-
sonne ei fouettèrent le petit garçon
parce qu'en effet ils n'avaient rien à
— 51 —
craindre du Marquis deBouFFLERS, mais
ils se gardèrent bien d'en faire autant
aux deux autres, quoique également
coupables parce qu'ils avaient à comp-
ter tous les jours avec d'ÀRGENSON, lieu-
tenant de police. Le petit Boufflers fut
saisi d'un tel désespoir qu'il en tomba
malade le jour même. En quatre jours
cela fût fini... Pour les jésuites le cri
universel fut prodigieux, mais il n'en fut
pas autre chose ».
Le Marquis d' Argenson, un des acteurs
du drame, modifie il est vrai des points
essentiels de ce récit peu sympathique.
La « jeunesse » que firent ses fils avec
leurs camarades fut une « conspiration
contre le nez du P. Le Jay », auxquels
ils « soufflèrent des pois avec une sar-
bacane ». Le petit Boufflers, condamné
au fouet, en eut un terrible chagrin et
fut retiré du collège par son père. Mais
il ne tomba malade, dit-on, « que quel-
ques mois après sa sortie de Louis-
le-Grand et sa mort aurait été causée
par la petite vérole et non par la sévé-
rité toute Spartiate du P. Le Jay ».
(( A mesure que la Compagnie de
— 52 —
Jésus devint plus puissante, son person-
nel enseignant recruté avec moins de
soins usa d'autant plus des coups qu'il
était moins capable d'enseigner avec
méthode. Ces Orbilius, se plaisaient
dans certaines régions à administrer le
fouet à leurs élèves. Et c'est contre eux,
c'est contre ce procédé d'enseignement
par les coups que fut publié en 1764,
un pamphlet précédé d'un curieuxfron-
tispice et intitulé : Mémoires historiques
sur Vorbilianisme et les corrections des
Jésuites.
On se rappelle, dit M. Compayré,
le grammairien Orbilius, le maître
d'HoRACE et la fâcheuse réputation que
lui a faite dans ses vers le poëte latin
qui avait suivi ses leçons de grammaire
et reçu ses coups de férule. C'est en sou-
venir de ce pédagogue un peu dur,
plagosus Orbilius, Orbilius le fouetteur,
que le pamphlétaire du xviii^ siècle
essayait de vulgariser le mot orbilia-
nisme, pour exprimer l'usage systéma-
tique des verges comme moyen de cor-
rection. Si le mot n'a pas réussi et ne
figure dans aucun de nos diction-
— 53 —
naires, c'est que la chose a disparu ou
à peu près de nos mœurs; mais il conve-
nait à merveille à l'époque où il fut
inventé , pour désigner le régime du
fouet qui n'était nulle part aussi savam-
ment appliqué, aussi indiscrètement
pratiqué que chez les Jésuites.
L'auteur inconnu du pamphlet de
l'orbilianisme entre dans une multi-
tude de détails sur les moyens employés
dans les collèges de la Compagnie pour
assurer le fonctionnement régulier du
fouet. Malgré les interdictions formelles
des Regalœ, les Pères, en certains
endroits, fouettaient eux-mêmes les
garçons. En Flandre, c'était l'usage
général, dans les collèges des Jésuites,
que le régent fit justice lui-même à
coups de verges. Ailleurs, c'était un cor-
recteur spécial attaché à la maison (1),
un domestique, un cuisinier, un portier;
ailleurs, un pauvre artisan du voisinage
(1) Certains de ces correcteurs sont restés fameux
tel Berger, du collège de Glermont (Louis-le-Grand)
et Tempeste, « grand fouetteur d'escholiers », au
collège de Montagu.
— 54 —
auquel les pères donnaient tant par
mois ou par an pour venir instrumen-
ter dans les classes.
Dans la province de Toulouse, au
collège de Rodez, par exemple, on pro-
cédait autrement. Les Jésuites choisis-
saient un écolier bien planté, gaillard
solide, un pauvre diable du reste, qu'ils
nourrissaient, qu'ils élevaient gratuite-
ment à condition qu'il leur rendit le
service de fouetter ses camarades tou-
tes les fois que le régent le lui ordonne-
rait. C'était, on le voit, sous une forme
spéciale, un commencement d'ensei-
gnement mutuel î La victime était atta-
chée aux barreaux d'une chaise et l'exé-
cution avait lieu en pleine classe sous
les yeux du régent et peut être aussi
des camarades. L'épreuve était fort
dure et fort longue, si nous en croyons
le témoignage de notre pamphlétaire,
témoignage qui a tout l'air d'être fondé
sur le souvenir d'une expérience per-
sonnelle. Le nombre des coups pour
chaque correction était de soixante-dix
à quatre-vingts; on n'en donnait jamais
moins de quarante; quelquefois on allait
I
— 55 —
jusqu'à deux ou trois cents. Il était
défendu au patient de crier, et ordonné
à Texécuteur de mettre quelques secon-
des d'intervalle d'un coup à l'autre^ afin
qu'ils fussent plus sensibles.
Est-il nécessaire de faire remarquer
combien était immorale, en même temps
que cruelle, cette discipline qui, par la
main d'un camarade, sous les yeux des
autres élèves, punissait la faute, quel-
quefois la plus légère, par des violences
brutales, par une expiation toute cor-
porelle, d'où Ton sortait avec beaucoup
d'écorchures et fort peu de contrition,
plutôt avec la rancune et le ressentiment
inévitable en pareil cas avec la rage d'a-
voir subi devant tous une peine désho-
norante ?
L'ormtoire. Malgré CCS cxcès, l'évolution du sys-
tème disciplinaire pour lente qu'elle soit
s'accomplit. C'est ainsi qu'au point de
vue de la discipline, la règle de la
Congrégation de l'Oratoire de Jésus est
relativement douce.
Fondée à Rome, en 1564, par saint
Philippe de Néri, et transportée en
France par le cardinal de Bérulle, la
— 56 —
Congrégation de l'Oratoire vint à pos-
séder en France cinquante-huit maisons
d'éducation. Juilly est resté le plus célè-
bre de ces établissements. Il est sorti de
l'Oratoire des hommes éminents^ com-
me Lami (Bernard), Lecointe, Daunou
et quelques-uns d'illustres comme
Malebranche et Massillon.
Les Entretiens sur les Sciences du père
Lami (Bernard) peuvent donner une idée
du système d'enseignement des Orato-
riens. Sous prétexte de peindre l'idéal
d'une maison d'éducation religieuse, il
analyse tout simplement ce qui se pra-
tique dans les maisons de son ordre.
On a, dit-il dans le V* entretien, un
soin tout particulier de nos jeunes élè-
ves.... Un maître doit avoir des entrail-
les de mère. Un maître sans pitié est
un furieux et ridicule tyran.... Il ne peut
supporter aucun des défauts des enfants.
Un petit mot qui échappe de leur bou-
che, dans le temps qu'il leur avait
commandé de se taire, est puni comme
un blasphème ; un solécisme est un
homicide. — Vous voyez ce régent, plus
coupable que ses écoliers, s'emporter
— 57 —
dans des fureurs, frapper outrageuse-
ment des enfants tendres et délicats, et
vomir des injures qui, outre le dégoût
qu'elles leur donnent de Tétude, leur
sont encore un très méchant exemple.
— Outre la douceur on a besoin de pru-
dence; il y a des temps d'opiniâtreté
où un enfant se ferait plutôt tuer que de
plier. C'est être bien cruel ou bien im-
prudent de ne pas laisser passer ce
mauvais temps Ce n'est pas par le
châtiment qu'on conserve l'ordre, mais
par une grande exactitude H y a
plusieurs autres voies que le fouet, et
pourramenerles enfants à leurs devoirs,
une caresse, une menace, l'espérance
d'une récompense ou la crainte d'une
humiliation font plus d'effet que les
verges. Cependant la férule et le fouet
n'étaient pas défendus et faisaient partie
des (( légitima pœnarum gênera ».
Les petites écoles Postérieurement aux maisons de l'O-
ratoire furent fondées les Petites Ecoles
de Port-Royal, là les Jansénistes, dans
leurs rapports avec la jeunesse, veulent
que la vigilance, la douceur soient les
instruments de discipline: « Alors que
de Port-Royal .
~ 58 —
le fouet était encore une véritable insti-
tution dans tous les établissements
d'instruction, les châtiments étaient
fort rares à Port-Royal et l'on n y recou-
rait qu'après avoir épuisé tous les autres
moyens de répression ou d'excitation.
On recommandait aux professeurs de
supporter patiemment les fautes et les
faiblesses des enfants ».
Et, l'un des maîtres, Varet (1632-
1676), écrivait : « J'estime que la rigueur
recommandée par l'Ecriture sainte
s'exerce bien plus parfaitement et mieux
selon l'Esprit de Dieu par le refus d'un
baiser ou des caresses ordinaires que
par des verges. »
Ne voit-on pas s'accentuer au fur et à
mesure que se poursuit notre étude la
réprobation contre les brutalités scolai-
res, c'est qu'à cette tâche de grands
esprits s'appliquent et nous devons
parmi eux accorder quelque attention
à l'auteur de VEssai sur VEntevdement
humain, au philosophe anglais Locke
(1632-1704), qui a écrit de si jolies cho-
ses sur l'éducation des Enfants.
Locke. « Quel est le principe que Locke a
— 59 —
choisi pour en faire le ressort de l'édu-
cation morale? Ce ne sont pas les senti-
ments tendres et affectueux, l'amour des
parents. C'est encore moins la crainte
des punitions et le sentiment servile de
la terreur. Locke qui peut-être a le tort
de traiter trop tôt l'enfant en homme,
qui ne se rend pas compte suffisamment
de tout ce qu'il y a de faiblesse dans la
nature enfantine. Locke fait appel, dès
le début, au sentiment de l'honneur et
à la crainte de la honte, c'est-à-dire à
des émotions qui par leur noblesse
même sont au-dessus des facultés de
l'enfant. Dans sa hâte d'émanciper celui-
ci, de le traiter en créature raisonnable,
de développer en lui les principes du
self govenunent, Locke a eu tort de
proscrire presque absolument la peur
du châtiment. Dans ses Pensées sur
l Education, il a toutefois écrit sur les
punitions des choses excellentes et c'est
ainsi qu'il a porté sur le fouet le juge-
ment définitif du bon sens : « Le fouet
est une discipline servile qui rend le
caractère servile. » (Gabriel Compayré).
Pour les châtiments corporels, écrit
- 60 -
Locke, on a observé constamment qu'ils
ne sont pas d'un fort grand effet lors-
que la douleur qu'ils causent est tout
ce qu'on y craint, ou qu'on y voit, car
reffel qu'ils produisent en ce cas là ne
dure pas davantage que le souvenir de
cette douleur qui s'évanouit en fort peu
de temps. Il y a pourtant un défaut et
qui est l'unique, à mon avis, pour lequel
je crois qu'on doit battre les enfants, c'est
Tobstinalion ou la désobéissance volon-
taire et en cela même je voudrais qu'on
fit eu sorte, si l'on pouvait, que la honte
que les enfants auraient d'être battus
plutôt que la douleur des coups fît la
plus grande partie de la punition.
« C'est à la honte d'avoir mal fait et
au déshonneur dont leur faute est
accompagnée qu'il faut rendre les
enfants sensibles. Mais à l'égard de l'o-
piniâtreté, de la désobéissance volon-
taire et déterminée, il la faut vaincre
par la force et par les coups, car il n'y
a pas d'autre remède à ce mal. Quoique
vous commandiez ou défendiez à votre
enfaut, faites-vous obéir promptement,
sans quartier et sans résistance. (§ VIII,
ch. 80). »
— 61
Malêbrsinche
RoUin .
A côté de Locke, nous citerons, en
France, Malebranche et Rollin, tous
deux blâmaient les punitions corporel-
les chez les enfants, sans les interdire
d'une façon absolue.
Malebranche (1638-1715) estime qu'il
n'y a aucune raison de donner aux
enfants des récompenses sensibles. Par
contre, Fauteur de La Recherche de la
Vérité, conserve par une contradiction
singulière les peines corporelles : « Si
les enfants refusent de faire ce que la
raison leur montre qu'ils doivent faire;
— nous craignons, en vérité, que cela
ne leur arrive souvent — il ne le faut
jamais souffrir et il faut plutôt en venir
à quelque sorte d'excès car, en ces
rencontres, celui qui épargnera son fils
a pour lui, selon le Sage, plus de haine
que d'amour. »
Quant à Rollin (1661-1741), avec son
intelligence profonde de la nature des
eufants, il comprend que le châtiment
corporel abat ou abrutit plutôt qu'il
n'excite ou ne réforme, ce II n'ose pour-
tant pas se prononcer absolument
contre l'usage du fouet, ce qui l'arrête
— 62 —
surtout, ce qui lui donne des scrupules,
ce qui l'empêche d'exprimer un blâme
qui est au fond de son cœur mais qui
n'arrive pas jusqu'à ses lèvres, c'est qu'il
y a des textes de la Bible dont l'interpré-
tation est favorable à l'emploi des ver-
ges. Et, partagé entre ses sentiments de
chrétien docile et ses instincts de dou-
ceur, le bon et timide Rollin, après bien
des hésitations, arrive à conclure que les
châtiments corporels sont permis mais
qu'il ne faut en user que dans les cas
extrêmes quand tout autre moyen est
désespéré.
Nous ne saurions prétendre avoir
étudié d'un peu près cette importante
question des punitions chez les enfants
si nous ne parlions pas ici de l'Institut
des Frères des Ecoles chrétiennes, fondé
en 1680, par J.-B. de la Salle.
Des adoucissements au régime de la
verge, analogues à ceux dont les Jésuites
avaient d'abord donné l'exemple furent
introduits dans les écoles chrétiennes
de l'abbé de la Salle. « Pour l'amour
de Dieu, lit-on dans la Conduite des
Ecoles, n'usez pas de coups de main ».
C'est un conseil non un précepte.
— 63 —
Les statuts des frères des Ecoles chré-
tiennes, visés en 1810 par le Grand Maî-
tre de l'Université, renferment huit
articles rangés sous le titre : « De la
manière dont les frères doivent se com-
porter dans les corrections ».
Les frères devront éviter de punir
«lorsqu'ils se sentiront émus»^ avoir un
très grand soin « de ne point toucher, ni
frapper aucun écolier de la main, du
poing, du pied ou de la baguette », de
ne les frapper point sur le visage, sur la
tête ni sur le dos. Ils se donneront bien
de garde de leur tirer les oreilles, le nez
ou les cheveux.... Ils ne corrigeront pas
les écoliers pendant le catéchisme ni
pendant les prières, à moins qu'ils ne
puissent absolument différer la correc-
tion.
Toutes ces interdictions si précises
supposent autant de pratiques alors en
usage. La punition la plus habituelle est
la férule, punition qu'il ne faut pas
confondre avec le fouet.
La férule, d'après la Conduite des Eco-
les Chrétiennes est un instrument de
. deux morceaux de cuir cousus ensem-
— 64 —
ble ; elle sera longue de dix à onze pon-
ces y compris le manche pour la tenir ;
la paume sera en ovale et aura deux
pouces de diamètre; le dedans de la
paume sera garni afin qu'elle ne soit pas
tout à fait plate, mais en rond pas de-
hors. (Ch. V,art I, sect. II.)
La Conduite des Ecoles chrétiennes
expose minutieusement la façon de don-
ner la férule. « Lorsque le maître vou-
dra donner une férule à un écolier, il
fera le signe ordinaire pour avertir les
écoliers; ensuite il montrera avec le
bout du signal la sentence contre
laquelle l'écolier aura fait faute ; puis il
lui fera signe de venir auprès de soi où
étant arrivé il fera le signe de la sainte
croix et étendra la main. On prendra
garde que la main soit tout à fait éten-
due et bien ferme, et que l'écolier ne
ne la retire pas.
Le maître aura égard quand il don-
nera la férule que l'écolier ne mette
pas le police dans le milieu de sa main,
et qu'il n'ait pas la main à demi ouverte.
Puis, la férule appliquée, il l'obligera à
se croiser les bras et à regagner sa place
-- 65 —
sans pleurer ni crier. S'il pleurait et s'il
criait, il le fera revenir et lui donnera
encore une férule.
Tout est prévu, on le voit, dans cette
réglementation systématique et c'est
avec l'ordre le plus parfait que la férule
était administrée. Elle devait l'être dans
les cas suivants : 1° lorsque l'écolier n'a
pas suivi la leçon ou a badiné ; 2^ lors-
qu'il est venu tard à l'école ; 3o lorsqu'il
n'a pas obéi au premier signe ou qu'il
a commis des tautes qui ne sont pas
trop considérables.
Le châtiment par les verges était
réservé pour les cas plus graves dont
voici rénumération, d'après le texte
même de la Conduite des Ecoles chré-
tiennes.
« On pourra se servir des verges pour
corriger les écoliers, V pour n'avoir pas
voulu obéir; 2" lorsqu'ils se font une
coutume de ne pas suivre dans la leçon
et de ne pas étudier; 3" pour avoir fait
des brouilleries sur leur papier au lieu
d'écrire ; 4^ pour s'être battu dans l'é-
cole ou dans les rues; 5** pour n'avoir
pas prié Dieu dans l'église; 6° pour
— 66 —
n'avoir pas été modestes à la sainte
messe et au catéchisme; 7° pour s'être
absenté de l'école, dej la messe ou du
catéchisme les dimanches et fêtes par
leur faute. »
« Ces corrections doivent être faites
avec une grande modération et présence
d'esprit; il n'en faut donner pour l'or-
dinaire que trois coups et, si quelque-
fois on est obligé de passer ce nombre,
il ne faudra pas aller au-delà de cinq,
sans un ordre particulier du frère direc-
teur. » (Ch. V, art. I, sect. III.)
Les curieux d'historique trouveront,
dans les statuts des frères des écoles
chrétiennes, l'exposé minutieux du céré-
monial à suivre pour appliquer les ver-
ges.
Au reste, férule et verges n'étaient
pas les seules punitions et J.-B. de la
Salle distinguait cinq sortes de correc-
tions: 1° les réprimandes; 2" les pen-
sums; S*" les pénitences; 4*" les férules;
5° les verges.
Depuis 1810, les chapitres généraux et
les supérieurs interdirent toute punition
afflictive, mais il semble bien d'après
— 67 —
des faits trop nombreux que beaucoup
de frères n'eurent jamais connaissance
de cette prohibition.
« En résumé, à la fin du xvme siècle,
les punitions corporelles, bien que leur
emploi soit encore général et accuse
même dans quelques endroits une cer-
taine recrudescence, ne sont plus consi-
dérées, par les pédagogues du moins,
que comme un moyen de correction
auquel on ne doit recourir qu'à la der-
nière extrémité et, dans la pratique,
leur application est restreinte par les
règlements. Ces atténuations du mal ne
pouvaient avoir d'autre effet que de le
conserver en le rendant tolérable. Seule
l'affirmation d'un principe nouveau
amènera une réforme radicale dans l'é-
cole. RoLLiN, nourri de Quintillien et
de Port-Royal, protestecontre un systè-
me « qui avilit et ne corrige pas » (1) ;
(1) Lepiétiste Franke, de Halle (4663), estime
que toute punition doit être un moyen d'amélio-
ration et cependant bien qu'il se rende compte
qu'on ne mène pas les enfants à la vertu à coups
de bâton, il n'ose pas bannir absolument les puni-
tions corporelles de ses établissements.
-. 68 —
mais, en présence d'un usage aussi
général, consacré par l'autorité de
l'Écriture sainte, il se borne à com-
parer le fouet aux poisons dont la
médecine ne se sert qu'à la dernière
extrémité ».
CHAPITRE IV.
3- PÉRIODE Le mérite de J.-J. Rousseau (1712-
""deT^f 'péV 1778) est d'avoir rompu avec la tradi-
sappressL des tiou cn posaut le dogmc nouveau
(d'ailleurs très contestable sous cette
forme absolue) de la bonté native de
l'homme ». (Franck d'Arvert).
Il est bien étrange, dit J.-J. Rousseau,
depuis qu'on se mêle d'élever des
enfants, on n'ait imaginé d'autre ins-
trument pour les conduire que l'ému-
lation, la jalousie, l'envie, la vanité,
l'avidité, la vile crainte, toutes les pas-
sions les plus dangereuses, les plus
promptes à fermenter et les plus propres
à corrompre l'âme même avant que le
corps soit formé.
châtiments cor-
porels. — J.-J.
Rousseau.
— 69 —
A chaque instruction précoce qu'on
veut faire entrer dans leur tête, on plante
un vice au fond de leur cœur ; d'insensés
instituteurs pensent faire des merveilles
en les rendant méchants pour leur
apprendre ce que c'est que la bonté ;
et puis ils vous disent gravement : tel
est l'homme. Oui, tel est l'homme que
vous avez fait.
On a essayé tous les instruments,
hors un, le seul précisément qui peut
réussir : la liberté bien réglée. Il ne faut
point se mêler d'élever un enfant quand
on ne sait pas le conduire où l'on veut
par les seules lois du possible et de l'im-
possible. La sphère de l'un et de l'autre
lui étant également inconnue, on l'é-
tend, on la resserre autour de lui comme
on veut. On l'enchaîne, on le pousse, on
le retient, avec le seul lien de la néces-
sité sans qu'il en murmure : on le rend
souple et docile par la seule force des
choses, sans qu'aucun vice ait l'occa-
sion de germer en lui; car jamais les
passions ne s'animent tant qu'elles sont
de nul effet.
Ne donnez à votre élève aucune
— 70 -
espèce de leçon verbale; il n'en doit
recevoir que de Texpérience ; ne lui
infligez aucune espèce de châtiment,
car il ne sait ce que c'est qu'être en
faute : ne lui faites jamais demander
pardon, car il ne saurait vous offenser.
Dépourvu de toute moralité dans ses
actions, il ne peut rien faire qui soit
moralement mal et qui mérite ni châti-
ment, ni réprimande.
La gêne perpétuelle où vous tenez
vos élèves, irrite leur vivacité ; plus ils
sont contraints sous vos yeux, plus ils
sont turbulents au moment qu'ils
s'échappent : il fautbien qu'ils se dédom-
magent quand ils peuvent de la dure
contrainte où vous les tenez.
De ces théories de l'auteur d'Emile,
la confiance inébranlable du maître
zurichois Pestalozzi (1746-1827) dans
la bonté de la nature humaine ; la sol-
licitude pour la jeunesse d'un Frœbel
(1782-1852), le créateur des jardins
d'enfants; la dictatique nouvelle d'un
autre allemand Basedow (1723-1790)
ont fait entrer le meilleur dans la pra-
tique pédagogique.
- 71 —
Bernardin de S'- L'ami, le Confident, le consolateur de
Pierre. RoUSSEAU, BeRNARDIN DE S^-PlERRE
(1737-1814) mérite d'être compté au pre-
mier rang parmi ses imitateurs et ses
disciples. Les punitions et les récom-
penses sont exclues de ces Ecoles de la
Patrie que rêve l'auteur de Paul et Vir-
ginie. Quant à l'usage du fouet il provo-
que l'indignation de Bernardin de St-
PlERRE.
« J'attribue à ce genre de châtiment
non seulement la corruption physique
et morale des enfants et de plusieurs
ordres de moines mais même de la
nation.;. Ce serait une question intéres-
sante de droit à traiter, savoir si l'Etat
peut laisser le droit d'infliger l'infamie
à des hommes qui n'ont pas droit de
vie et de mort ». Il remarque avec amer-
tume que de toutes les espèces sensi-
bles, l'espèce humaine est la seule dont
les petits soient élevés à force de coups.
L'homme qu'il définit ailleurs un ani-
mal religieux, Bernardin l'appellerait
volontiers un animal qui fouette.
■i\
~ 72 —
Kant. Parmi les autres disciples de Rous-
seau, il faut compter un homme qu'on
ne s'attend guère à trouver ailleuti
qu'au rang des maîtres mais qui, el
matière d'éducation, semble n'avoÉ
voulu être que l'élève de l'écrivain
français, nous voulons dire Tillust
Kant (1724-1804).
C'est avec un profond sentiment de
respect pour la dignité de la personne
humaine qu'il discute la question des
punitions. Il déclare préférera la puni-
tion physique, la punition morale, celle
qui consiste à humilier l'enfant par le
mépris, par la froideur, parle sentiment
de honte qu'on éveille en lui et encore à
la punition artificielle la punition natu-
relle, par exemple l'indigestion qui suit
un excès de table.
Les punitions physiques dit-il, ne doi-
vent servir qu'à remédier àl'insufïisance
des punitions morales. Lorsque les puni-
tions morales n'ont plus d'effet et que
l'on a recours aux punitions physiques,
il faut renoncer à former jamais par ce
moyen un bon caractère. Mais au com-
mencement, la contrainte physique sert
— 73 ~
à réparer dans l'enfant le défaut de
réflexion. Les punitions que l'on inflige
avec des signes de colère portent à faux.
Les enfants n'y voient alors que des
effets de la passion d'un autre et re
se considèrent eux-mêmes que comme
les victimes de cettepassion. En général,
il faut faire en sorte qu'ils puissent voir
que les punitions qu'on leur inflige ont
pour but final leur amélioration.
Et ailleurs : que l'enfant apprenne à
substituer la crainte de sa propre cons-
cience à celle des bommes et des châ-
ments divins ; l'estime de lui-même à
l'opinion d'autrui ; la valeur intrinsèque
des actions à celle des mots (Doctrine
de la vertu : Kant, traduct. Barni).
Règlement, de G'cst de cct csprit nouvcau que s'ins-
^769?^^"^'^^"'' pire le premier règlement rédigé pour
les exercices intérieurs des collèges, le
règlement de Louis-le-Grand 1769 dont
les 240 articles ne renferment aucune
mention des peines corporelles. Les
maîtres y lit-on n'useront de sévérité
qu'après avoir épuisé tous les moyens
qui peuvent faire impression sur une âme
74 —
La Révolution.
Le premier
Empire.
Mme Campan.
honnête et sensible. C'est déjà le lan-
gage de la Révolution.
On chercherait en vain une prescrip-
tion relative à la discipline scolaire dans
les actes des Assemblées révolution-
naires; un projet détruisant l'autre
rendait superflu toute réglementation
de détail. Mais tous ces projets pré-
sentent ce caractère commun qu'ils
donnent pour objet à l'école de faire
« des hommes plus heureux et des
citoyens plus utiles ». (Rapport de Tal-
LEYRAND PeRIGORD (1791).
C'est avec lelangage emphatique dont
Rousseau avait donné le modèle, une
seconde renaissance de l'antiquité
païenne.
Sous le premier Empire une femme
à laquelle vingt-cinq années d'expé-
rience soit à la cour, soit dans le pen-
sionnat de S^-Germain, qu'elle fonda peu
après la chute de Robespierre, soit enfin
dans la maison d'Ecouen dont Napo-
léon I" lui confia la direction, assurent
quelque autorité en matière pédago-
gique, Mme Campan, ancienne femme
de chambre de la Reine Marie-Antoi-
— 75 —
NETTE, adopta un système de récom-
penses et de punitions basé sur Tamour
propre et qui témoigne d'un esprit
ingénieux (1). Cependant plusieurs châ-
timents qui paraissaient puérils durent
être abandonnés tant ils produisaient
d'effet.
C'est encore sous le premier Empire
que fut réalisé un nouveau progrès ; si
le grand Maître de l'Université, Fontanes
en visant les statuts des frères des
Ecoles Chrétiennes dont il a été parlé
plus haut, autorisait (4 Août 1810) indi-
rectement l'emploi de la férule dans les
écoles élémentaires, ce qui entrouvrait
la porte à tous les abus delà pédoplégie,
du moins les punitions corporelles
étaient-elles définitivement bannies des
écoles secondaires.
statut du 19 Sep- Lc Statut du 19 Septembre 1809, repre-
tembre 1809, i i , • . i •
revisant le règle- nant avcc plus dc prccisiou Ics prcscrip-
in-Grand de tious du Rèalemeiit de Loiiis-le- Grand
1 169
de 1769 n'autorise que les punitions
(1) Ainsi la plus grande punition consistait
pour la jeune fille coupable « dans la perte de sa
ceinture », cela se passait comme une sorte de
dégradation publique.
— 76 —
suivantes: 1°) les arrêts (isolement du
coupable dans la cour de récréation);
2°) la table de pénitence ; S"") une tâche
extraordinaire pendant la récréation;
4") la privation de l'uniforme remplacé
par un habit d'étoffe grossière et d'une
forme particulière ; 5°) la prison (art.
92-93-94). Quant aux coups le maître
qui s'en rendrait coupable serait res-
ponsable devant les tribunaux univer-
sitaires.
Loi du 28 Juin Dès quc l'enseignement élémentaire
eut été organisé en France (Loi du 28
Juin 1833) les mêmes réformes furent
introduites et les punitions corporelles
formellement proscrites de la discipline
des écoles primaires.
statut sur les éco- Lc Statut siiv Ics Ecoks primaires
25Aoû?i837.^ élémentaires communales {2^ Août 1834)
dit titre II art. 29: les élèves ne pourront
jamais être frappés.
Les seules punitions dont l'emploi
est autorisé sont les suivantes :
Un ou plusieurs mauvais poip.ls,
La réprimande,
La restitution d'un ou de plusieurs
billets de satisfaction,
77
Règlement du i"
Mars 1842.
Règlement du
Avril 1854.
La privation de tout ou partie des
récréations avec une tâclie extraor-
dinaire.
La mise à genoux pendant une partie
de la classe ou de la récréation.
L'obligalion de porter un écriteau
désignant la nature de la faute.
Le renvoi provisoire de l'école.
Parmi les punitions autorisées celles
qui paraissent les plus pénibles la mise
à genoux pendant une partie de la
classe ou delà récréation et l'obligation
de porter un écriteau ne reparaissent
pas dans le Règlement relatif à radmis-
sion des enfants dans les écoles privées
(1-' Mars 1842.)
Les punitions telles que : la table de
pénitence, la privation de l'uniforme et
la prison ont disparu de bonne heure
et le Règlement du 7 Avril 185^ encore
en vigueur aujourd'hui a finalement
écarté toutes les formes de souffrance
matérielle et réduit les peines à des
privations de satisfaction graduées.
Le Règlement des salles d'asile du 22
Mai 1855 dit à l'article 7 :
« Les enfants ne doivent jamais être
1882.
— 78 —
frappés. Ils sont toujours repris avec
douceur.
« Il ne peut être infligé aux enfants
que les punitions suivantes :
« Les faire lever et tenir debout pen-
dant dix minutes au plus lorsque leurs
camarades sont assis ;
« Les faire sortir du gradin ;
(( Leurinterdire le travailen commun;
« Leur faire tourner le dos à leurs
camarades ».
loi du 28 Mars Enfin pour ce qui concerne l'époque
contemporaine, à la suite de la promul-
gation de la Loi du 28 Mars 1882 établis-
sant l'obligation et la laïcité de l'ensei-
gnement primaire, la même prohibition
des punitions corporelles a été formel-
lement renouvelée. (1) (Règlement sco-
laire, modèle du 18 Juillet 1889,article 17).
Ce n'est donc qu'à l'époque moderne
que furent abolis dans les écoles les
châtiments corporels, ce résultat nous
(1) Les seules punitions dont l'instituteur
puisse faire usage sont : les mauvais points, la
réprimande, la privation partielle delà récréation,
la retenue après la classé sous la surveillance de
l'instituteur, l'exclusion temporaire (celle-ci ne
peut dépasser trois jours, une exclusion de plus
longue durée ne peut être prononcée que par
l'inspecteur d'académie).
~ 79 —
l'avons montré n'a été obtenu que diffi-
cilement parce qu'il était nécessaire de
provoquer chez les pédagogues un chan-
gement dans leur façon de comprendre
l'éducation. « Jadis on punissait l'âme
indocile dans le corps qu'elle gouverne
au lieu de la châtier directement. » (1)
« On était plus préoccupé de l'expiation
de la faute que de l'amélioration du
coupable. Il a fallu d'une part l'adou-
cissement des mœurs et d'autre part
une idée plus exacte, une application
plus saine du châtiment pour reconnaî-
tre qu'il ne doit être ni une cruauté, ni
une vengeance, mais un moyen offert
au coupable de s'amender. »
(1) Lorsqu'au milieu du quinzième siècle le ma-
réchal DE Rays fut condamné à être pendu et brûlé
c( les pères et mères de famille, conte une tradition
vivace, jeûnèrent pendant trois jours pour mériter
au coupable l'indulgence divine et, ajoute-t-on, les
parents ne manquèrent pas, selon la coutume, de
donner à leurs enfants le fouet jusqu'au sang.
« Cette curieuse coutume existait encore au xvie
siècle, Rabelais nous en est garant; lorsqu'un évé-
nement important, tel qu'une exécution capitale,
avait lieu, on fustigeait d'importance les petits en-
fants^ afin qu'ils ne perdissent plus jamais le souve-
nir du crime commis et du châtiment qui l'avait suivi .
On pensait de la sorte inspirer l'horreur du mal par
la crainte du supplice ». (Dr Rondelet.)
— 80 —
CHAPITRE V.
^%fys%7ogfqIede' ^^ ^^"^ Cependant reconnaître que si
^1)reAr^^'°'^^°'^"^^ punition corporelle a été si longtemps
en usage c'est qu'elle semble être le
mode de correction le plus naturel.
Afin de nous documenter mieux encore
pour ou contre les châtiments corporels
examinons donc par quel mécanisme
psycho-physiologique la correction ma-
nuelle est déterminée.
« Le premier châtiment corporel est
ipfligé avec la main. Non moins diH-
gente que la parole, la main se lève au
moment même ou celle-ci formule un
reproche. Un ébranlement nerveux uni-
que parti du cerveau se répand dans
le corps tout entier et détermine simul-
tanément l'ensemble des manifestations
de la colère. La main est tout à la fois
un merveilleux outil au service du
corps et un admirable instrument aux
ordres de l'âme. Ses mouvements ne
sont pas moins variés que ses usages.
Si d'une part elle sert à assurer et à
guider les pas du jeune enfant, elle
devient à l'occasion envers ce même
— 81 ~
enfant un instrument de correction. »
(Hément).
La main en effet, dit M. Franck, a été
de tout temps l'instrument pédoplégi-
que par excellence et il est bien étrange
qu'ARiSTOTE qui a écrit sur tant de
sujets et sur l'éducation en particulier,
qui le premier a vu une des causes de
la supériorité de l'homme sur l'animal
dans la forme de ses membres anté-
rieurs n'ait pas relevé le rôle capital
de la paume et des cinq doigts dans
l'éducation physique, intellectuelle et
morale de la jeunesse. De nos jours on
a négligé de noter l'admirable finalité
avec laquelle la nature en imposant à
l'homme seul parmi tous les animaux
la rude tâche d'élever sa progéniture
pendant de longues années l'a muni en
conséquence d'un instrument ad hoc.
Et quel merveilleux instrument, à la
fois de préhension pour maintenir le
sujets de flagellation pour le châtier !
Pour bien montrer le mécanisme du
soufflet, de la correction, il faudrait une
analyse qui pénétrât jusque dans les
profondeurs de l'organisme et de l'être
— 82 —
moral ; il faudrait montrer comment
l'idée de coups spontanément associée
à l'émotion colérique tend irrésistible-
ment à passer en acte, par suite d'une
circulation plus active du sang et d'une
rapide innervation qui donne à tous les
muscles du corps une tonicité excessive,
douloureuse qu'une décharge de force
peut seule soulager. Ajoutons que cer-
taines figures ou autres surfaces sem-
blent avoir reçu de la nature la propri-
été de provoquer chez l'éducateur cet
état psycho-physique et d'attirer sur
elles les gifles et les claques suivant une
loi aussi fatale que celle qui préside à
la combinaison d'un acide avec une
base quand ils sont mis en présence
dans les conditions voulues.
Parmi les autres circonstances favo-
rables il convient de signaler l'influence
delà saison, du printemps en particu-
lier dont les tièdes effluves ont pour
effet d'accroître la malice des élèves et
d'irriter la sensibilité du maître ; le
séjour prolongé dans un air confiné
chargé d'acide carbonique, en général
une vie trop sédentaire funeste au bon
- 8â-
fonctionnement des organes sécréteurs
et par suite au renouvellement des tis-
sus nerveux ; la nature du travail et
son excès dans la préparation d'un
examen ; enfin l'âge et l'état civil, les
jeunes célibataires frappant par impa-
tience et vivacité, les vieux, chez qui la
mauvaise humeur estinvétérée, par rou-
tine et par paresse. (1)
Il faut bien le reconnaître aussi, l'ha-
bitude est pour beaucoup dans la maes-
tria avec laquelle un vieux maître admi-
nistre les soufflets; et un jeune débutant,
plus brutal peut être, ne saurait préten-
dre à la même précision, à la même
aisance et, pour tout dire, à la même
grâce dans le choix, la distribution et
l'application des infinies variétés de la
correction manuelle. Il y arrive cepen-
dant dans un temps relativement court.
Le plaisir — la fleur de l'acte selon l'ex-
pression poétique d'AmsTOTE — qui
(l) Voir à ce sujet un très intéressant travail
de M. A. Freimund, ancien maître d'école de la
Prusse orientale.
— S4 —
accompagne la décharge de la force
musculaire fait prolonger la correction
et provoque la répétition du premier
coup. Cette sensation agréable qu'é-
prouve le correcteur à répéter les coups
s'explique par le simple jeu des muscles
antagonistes qui s'exerce d'autant plus
mécaniquement que la volonté est plus
obscurcie par la passion; quand le bras
se lève et qu'il a parcouru toute l'éten-
due de son mouvement ascensionnel,
une impulsion prend naissance et se
propage aux muscles fléchisseurs pour
le ramener dans la position opposée;
ce mouvement même provoquant la
réaction des muscles extenseurs, il s'é-
tablit ainsi une alternance, une activité
rhytmée qui décharge peu à peu la force
accumulée dans les muscles et produit
une sensation de soulagement et de
satisfaction. Mais, à ce moment, chez
le prœceptor furiosm, au plaisir qui s'é-
puise, succède son idée avec le désir de
le renouveler. Le besoin réel est rem-
placé pai" un besoin factice qui s'exalte
à la vue des douleurs de l'enfant, à l'ouïe
de ses cris, à ses efforts pour s'échapper
— 85 —
et devient cruel comme une volupté
malsaine; la force naturelle étant épui-
sée, 1 innervation se fait aux dépens de
la substance même des nerfs et la las-
situde vient avant l'assouvissement ;
alors le maître s'arrête de fatigue ou,
rendu ingénieux par le sentiment même
de son impuissance, il s'aide du poing,
du pied ou il arme sa main d'instru-
ments combinés en vue d'en multiplier
la force. Tout cela est monstrueux mais
se comprend très bien. Qui a frappé
frappera. Frapper devient un besoin
périodique même chez le maître qui n'a
donné qu'avec répugnance le premier
coup. Non seulement il se forme dans son
esprit une association de plus en plus
indissoluble entre l'idée de faute et l'idée
de coup, mais l'emploi des coups pro-
duit à son tour une habitude organique
dans les muscles du bras, telle que le
besoin de frapper se fait sentir même
lorsqu'aucune faute n'a été commise.
N'est-ce pas avec raison que nous
avons reproduit cette étude du méca-
nisme psychophysiologique des châti-
timents corporels manuels puisque cette
— 86 —
étude fournit, on ne saurait le nier, de
nouveaux arguments aux adversaires
des punitions corporelles chez les en-
fants.
D'autres considérations sont encore
à faire valoir contre la méthode pédo-
plégique.
Dangers des châti- CommCUt VCUt-OU, a écHt M. HeMENT,
ments corporels ,, -l i ^^ o t •< •
pour l'esprit et quc 1 csprit dc 1 cufaut uc soit pas trou-
venfant^^'^''^ ^ blé par Ics menûccs et les éclats de la
colère, prélude ou accompagnement
ordinaire des brutalités?
La crainte rend l'enfant timide et
sournois ; frapper n'est pas corriger.
L'unique souci de l'enfant sera d'éviter
les coups et pour s'y soustraire il dissi-
mulera ses défauts par le mensonge.
C'est en ce sens surtout que le châtiment
corporel est antiéducatif.
Ce châtiment présente en outre des
dangers sérieux : un maître irrité ne
mesure pas ses coups et parfois il lui
arrivera de dépasser une limite prudente
et de blesser un enfant sans le vouloir.
Un mouvement instinctif du coupable
pour éviter ou parer un coup peut occa-
sionner un accident grave. Si à la rigueur
— 87 —
on use des coups envers les animaux,
c'est qu'il ne nous est pas facile de nous
en faire comprendre d'autant plus que
nous exigeons d'eux des services peu
en rapport avec leurs aptitudes et sou-
vent contre leur gré.
On sait combien l'abus est voisin de
l'usage^ de là les mauvais traitements
que réprime la loi protectrice des ani-
maux, mais l'enfant est un animal rai-
sonnable, il nous comprend. Dès lors,
pourquoi nous priver bénévolement du
concours de ses facultés supérieures et
d'un animal raisonnable ne pas utiliser
la raison.
Les coups sur la tête, le dos ou la face
donnés par une main brutale peuvent
déterminer des complications sérieuses
et le soufflet a de plus un caractère
dégradant. La face humaine, voisine du
cerveau centralisant les organes des
sens, est en rapport direct et intime avec
l'âme. La personne humaine est em-
preinte dans le visage plus que dans
toute autre partie du corps, voilà ce qui
rend le visage digne de respect.
Qui ne voit, en outre, que le maître
— 88 —
qui frappe un élève compromet tout à
la fois sa dignité et son autorité ? S'il
ne se possède pas, s'il s'emporte, quel
déplorable spectacle ne donne-t-il pas
à son élève et, dès lors, quel respect,
quelle estime, quelle afïection peut-il
en attendre? Si, au contraire, il est
calme, comment osera~t-il brutaliser un
enfant ou assister impassible à l'exécu-
tion qu'il aura ordonnée?
Trop souvent la punition corporelle
soulage plus la colère de celui qui
frappe qu'elle ne corrige, la faute de
celui qui la subit ; renonçons donc à
ces procédés qui terrifient l'enfant et le
rendent incapable d'attention. Locke
dit, avec autant d'esprit que de raison,
qu'il est aussi difficile de fixer des idées
nettes sur une âme agitée que de bien
écrire sur un papier qui tremble.
pour remédier à Toutcfois, cutrc Ics partisaus déter-
ce s inconvénients . , , ... ,,
on a proposé de mmcs dcs puuitious corporclles et ceux
laisser un certain . , , i i i a.. ,
temps s'écouler qui rcprouvcut cc modc de châtiment,
entre la faute et .-, . , , . ., . .
le châtiment cor- il CXlStC UnC trOlSlCmC OpiUlOU QUI pCUt
se résumer ainsi : les châtiments cor-
porels ne sont blâmables que parce qu'ils
sont immédiats et appliqués au coupa-
— 89 —
ble aussitôt après la faute et par un maî-
tre en colère; reculez l'heure de l'ex-
piation, le maître se calmera et la cor-
rection, donnée à froid, sera plus
vivement sentie par le coupable.
Faisons justice de cette façon devoir.
Pour nous la gifle est si souvent réflexe
de la faute, qu'il paraît dans certains
cas impossible de séparer l'une de l'au-
tre et si la vengeance, au dire de Tal-
LEYRAND, cst uu mcts qui veut être
mangé froid, la gifle, elle, doit être
servie chaude.
Dans son ouvrage, V Education dômes-
tique, M. Vallée estime aussi que les
corrections à l'occasion des fautes pour
lesquelles un enfant est pris en flagrant
délit, et surtout si ces corrections échap-
pent comme par la force des circons-
tances, peuvent avoir quelque chose de
salutaire. Elles rendent la constatation
des vices plus saillante; elles font sentir
la répulsion qu'elles inspirent; elles
confondent dans les souvenirs la faute
et la peine, et elles produisent une
sorte de situation prédisposante favo-
rable à l'emploi des châtiments ration-
— 90 —
nels qui peuvent être opportuns.
Au contraire, « imposer au maître
l'usage d'un instrument qu'il doit aller
chercher dans une armoire, ralentir de
diverses manières son premier élan et
vouloir en même temps que la correc-
tion conserve son *' caractère paternel "
c'est exiger l'impossible. Toutes ceslon-
gueurs de procédure font perdre à la
correction physique sa saveur morale
et le peu d'efficacité curative qu'elle
possède encore lorsqu'elle est vive,
prompte, immédiate, chaleureuse com-
me une improvisation. J'ai toujours
gardé un souvenir reconnaissant de
deux claques que j'ai reçues à l'âge de
trois ans, un jour que pour effrayer ma
mère j'avais fait semblant de me jeter
par la fenêtre. Ce fut prompt, instan-
tané, foudroyant. Ma mère pâle d'émo-
tion ne dit un mot ni pendant, ni après,
mais j'avais senti pour la vie^, toute la
profondeur de ma sottise. Enlevez- vous
au contraire à la correction physique
ce caractère de répression immédiate,
retirez-vous au maître les pleins pou-
— 91 —
voirs d'un père, il n'est plus qu un exé-
cuteur de basses œuvres. » (1)
C'est ce qu'un auteur moderne déve-
loppait encore autrement dans les
lignes suivantes :
« Les enfants gardent-ils de la ran-
cune contre leurs parents, après avoir
été "corrigés"? Non, ils sont solidaires
des parents, dont ils partagent de bonne
heure les souffrances et '* ils compren-
nent les claques". Ils s'habituent à être
claqués comme on s'habitue à mal
manger : on pourrait même dire que,
parfois, ils y prennent goût : certains
parents ont la taloche gaie, ils rossent
jovialement, pour un peu on provoque-
rait les '* corrections ". Et aussi les
enfants excusent les punitions même
injustes, qui s'abattent d'un coup, par
la vivacité du sentiment ; cela n'a pas
d'importance; on n'y pense plus, de
(1) Et ce caractère de " bourreau " public que
revêt ainsi le maître d'école est surtout humiliant,
remarque avec raison M. Topf, lorsque la peine
ne peut être infligée qu'après délibération du
conseil de surveillance, c'est-à-dire longtemps
après que le délit a été commis.
ou à l'école.
— 92 —
part et d'autre, au bout d'un instant.
La punition réfléchie, celle qui s'ag-
grave, se réglemente, est moins bien
acceptée; les punitions de l'école, assu-
mant un caractère de permanence
pourraient rendre les enfants vindica-
tifs et sournois. » (L. Frapié).
II faut diftérem- Mais tout châtiment corporel, prémé-
ment conclure â ,.., ,„ . „. , ,,. ... ,
propos des châ- dilc OU retlcxe, inflige par 1 instituteur
timents corpo- .11 . rv , 1
reis selon qu'ils cst Ic plus souvcut saus etict moral
dans la famille séricux, il cst autiéducatif et il faut le
proscrire. Il ne faut pas qu'un institu-
teur se laisse aller à des réflexes, mais
il faut qu'il raisonne toujours, autre-
ment il arrive cette chose absurde, le
maître reproche à son élève d'avoir
manqué à la discipline et il prouve en
même temps qu'il ne sait pas se gou-
verner, en d'autres termes, il fait voir
qu'il manque lui-même de discipline.
On doit cependant reconnaître que la
question des corrections corporelles
est complexe. En pédagogie pure elle
n'admet point de solution absolue, il y
a peu de moyens qui ne soient relati-
vement bons en éducation lorsqu'ils sont
appliqués avec mesure, tact et à propos.
— 93 —
« Si dans la pratique de l'éducation
privée les conditions sont diverses et
compliquées, il n'en est pas de même de
l'éducation publique. Un de ses plus
précieux avantages est précisément de
simplifier les conditions de l'éducation
en plaçant le sujet dans un milieu de
culture en partie artificielle.... Ici quel-
que liberté qu'on abandonne à l'initia-
tive du maître, le rôle du règlement est
considérable et dans une large mesure
efficace à la condition que les prescrip-
tions qu'il édicté aient ce caractère
tranché, décisif, absolu que seul peut
imprimer aux traditions et à la routine
une direction nouvelle, et c'est pourquoi
la question des châtiments corporels
dans l'école doit être nettement tran-
chée par l'interdiction catégorique d'une
méthode parfois utilisable dans la fa-
mille. »
Néanmoins, en faveur de l'emploi des
punitions corporelles, on a fait valoir
parfois assez d'arguments pour que cette
conclusion soit plus longuement exami-
née ici, la question en vaut la peine.
Nous nous aiderons pour développer
~ 94 —
cette partie de notre travail des publi-
cations de M. Franck d'Arvers, du rap-
port de M. F. Buisson sur Tinstruction
primaire à l'Exposition universelle de
Philadelphie, des ouvrages de M. Alex.
Bain sur l'éducation.
Les principaux arguments des théori-
ciens du bâton sont : 1°) les textes de
l'Ecriture Sainte ; 2°) le droit de l'insti-
tuteur en tant que délégué du père de
famille ; 3°) la nécessité de la punition
corporelle comme moyen de répression ;
4o) son efficacité comme moyen d'amé-
lioration.
Quelques-uns de ces arguments ont
une valeur relative, vouloir les ériger
en principes absolus est le fait d'une
pédagogie qui veut être profonde et
n'est que pédantesque. Il faut être sim-
ple dans les choses qui concernent
l'enfant : en éducation, les raisons
d'ordre pratique priment toutes les
autres. Sans doute on peut soutenir en
thèse générale, la légitimité et l'efficacité
d'une calotte, appliquée par le père ou
la mère avec mesure, tact et à propos,
pour créer une association d'idées
— 95 —
négative chez un bambin qui n'est encore
qu'un petit animal ; et même l'opinion
publique pourra être indulgente pour
un maître qui, dans un cas d'offense
grave, aura usé de ce procédé pour incul-
quer à un grand garçon le sentiment du
respect dû à tout honnête homme.
Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit
quand on parle des punitions corpo-
relles. On entend par là l'application
systématique, et non accidentelle, de
ce genre de punitions et plus spécia-
lement son application dans les établis-
sements publics.
Cette distinction toute pratique entre
l'éducation domestique et l'éducation
scolaire est selon nous essentielle car
elle réduit à néant les arguments les
plus spécieux invoqués en faveur des
châtiments physiques.
C'est un sophisme que de les confon-
dre, comme on le fait en Allemagne et
aux Etats-Unis ; et toutes les circulaires
pleines d'onction dans lesquelles il est
recommandé au maître d'école alle-
mand de « se conduire comme un père
à l'égard de ses élèves », toutes les
— 96 —
maximes d'ailleurs excellentes formu-
lées en style lapidaire à l'usage des ins-
tituteurs d'Indianapolis subissent le
sort des plus belles choses et tombent
dans la banalité et le lien commun sans
avoir produit aucun effet appréciable.
Le contraire est arrivé à Chicago, où
la défense formelle d'employer des puni-
tions corporelles dans les écoles publi-
ques a été motivée en ces termes remar-
quables : « Si le devoir d'infliger de telles
punitions existe, ce n'est point aux
maîtres qu'il appartient ».
Il est vrai, comme se plaisent à le
rappeler les pédagogues allemands que
la famille délègue son autorité à l'école;
mais ils oublient de considérer que les
circonstances étant changées, cette
autorité subit certaines modifications
que M. Alex. BAiNa fort nettement indi-
quées.
« La comparaison entre ces deux ins-
titutions — la famille et l'école — est
surtout instructive au point de vue de
l'exercice de l'autorité. Le père subvient
à tous les besoins de ses enfants, en mê-
me temps qu'il exerce sur eux une auto-
— 97 —
rite qui est presque sans limites. Cette
autorité est tempérée par l'affection,
laquelle dépend d'un échange de rap-
ports bienveillants et suppose d'ailleurs
un nombre limité d'enfants. »
Le maître n'a point à subvenir aux
besoins de ses élèves ; il est payé de ses
soins pour eux ; sa seule fonction est de
leur donner une certaine instruction
définitive. Les éléments nécessaires à
l'afîection font défaut à son autorité,
parcequc le nombre de ceux sur lesquels
elle s'exerce est trop considérable et
la communauté d'intérêts trop limitée;
malgré cela, l'affection n'est pas abso-
lument exclue des rapports de maître à
élève, et, dans certains cas, bien mar-
qués, elle peut jouer un rôle. »
Il résulte de ces différences, dont on
pourrait allonger l'énumération, que
Tau toril é du père de famille se fonde
sur un droit naturel dont l'exercice est
limité par l'amour paternel (et ajoute-
rions-nous, par le droit de l'enfant) ;
tandis que celle du maître repose sur
un droit contractuel dont l'exercice est
déterminé par les conditions de la mis-
— 98 ^
sion définie qui lui est confiée.
Le père se trouve investi d'un pou-
voir, dans une certaine mesure discré-
tionnaire, parfaitement adapté aux
conditions multiples, complexes, diver-
ses, variables et incessamment ouvertes
à l'imprévu, dans lesquelles se donne —
ou ne se donne pas - l'éducation domes-
tique.
Au contraire, un des plus précieux
avantages de l'école publique est préci-
sément de simplifier les conditions de
l'éducation en plaçant le sujet dans un
milieu de culture, en partie artificiel,
et dont le régime intérieur tout spécial
est déterminé par son propre objet.
C'est donc passer d'un genre à un
autre, c'est-à-dire commettre un sophis-
me qualifié, que de conclure du droit
paternel au droit magistral.
Maintenant, faut-il admettre, comme
certains pédagogues, que l'école ne peut
réaliser son objet sans l'emploi des
punitions corporelles, autrement dit,
que la verge est un moyen nécessaire
de répression?
Ici remarquons-le, c'est une question
- 99 -
de fait et non de droit qui est posée,
il faut reconnaître que, par exemple
dans certaines provinces de l'Allema-
gne du nord, dans les écoles déguenil-
lées de Londres, aux Etats-Unis ou trop
souvent l'éducation première fait tota-
lement défaut, la bonne tenue d'une
classe nombreuse suppose chez le maî-
tre des qualités pédagogiques acquises
et naturelles qui honorent des hommes
tels que : Heinicke, Freimund, Cyrus,
etc., mais qui ne se rencontrent pas
au même degré chez tous les membres
d'un vaste personnel enseignant.
D'une manière générale, lorsque : 1^
la population d'une école est de mœurs
grossières ; 2° son organisation maté-
rielle très défectueuse; 3^ son directeur
inexpérimenté ou incapable, il est assez
naturel que de prudents administrateurs
hésitent à désarmer complètement les
maîtres en leur interdisant un moyen
de répression qui est à la portée des
moins capables et leur permet de main-
tenir dans la classe au moins une appa-
rence de discipline.
Mais ces circonstances sont acciden-
— 100 -
telles, locales et temporaires; il est au
pouvoir d'un gouvernement de faire
disparaître rapidement les deux derniè-
res par la construction d'écoles bien
adaptées aux besoins de l'enseignement
et par l'éducation des maîtres dans les
écoles normales.
L'effet de ces réformes sera précisé-
ment de polir et d'adoucir les mœurs
des générations futures.
« Même lorsque les enfants ont été
habitués à être battus chez leurs parents,
il ne s'ensuit pas que le même système
doit être employé pour eux à l'école : les
parents sont souvent maladroits en fait
d'éducation Dans bien des cas, l'é-
cole deviendra un port de refuge pour
les enfants maltraités chez eux et ceux-
ci sauront, par leur bonne conduite^ se
montrer reconnaissants de ce régime
plus doux. » (Al. Bain.)
C'est à l'école, comme on l'a dit aussi,
de préparer l'ancêtre. Les grande éco-
les aristocratiques d'Angleterre qui ne
présentent aucune des trois circonstan-
ces atténuantes que nous avons admi-
ses ne forment qu'une exception appa-
— 101 —
rente ; le jour où le fîogglng ne sera pins
de Iradilion nationale, c'est-à-dire lors-
que son application aura, comme le
désire M. Bain, un effet dégradant, le
jeune gentleman consentira moins faci-
lement à le subir et les peines afïlictives
seront remplacées par les mobiles de
la honte et de l'honneur.
Remarquons, à ce propos, que l'émi-
nent pédagogue anglais que nous venons
de citer n'est pas, comme on pourrait le
croire, un adversaire déclaré des puni-
tions corporelles; loin d'élever contre
leur emploi aucune objection de prin-
cipe, il « entrevoit que c'est dans les
souffrances artificielles graduées, agis-
sant directement sur les nerfs au moyen
de l'électricité que nous pouvons cher-
cher les châtiments corporels de l'ave-
nir qui devront remplacei* le fouet et les
tortures musculaires ».
Cette application de la pile électrique
en pédagogie rappelle, dit M. d'Arvert,
les adoucissements apportés à la peine
de mort par le D' Guillotin.
Ajoutons-y un enregistreur, fermé à
à clef, pour faciliter le contrôle de Tins-
— 102 —
pecteur primaire, et nous aurons tous
les éléments d'une de ces fantaisies
scientifiques dans laquelle excellait
Jules Verne.
Mais si M. Alex. Bain, se plaçant à un
point de vue tout empirique, admet l'u-
tilité relative (non la nécessité) du fouet
comme moyen de discipline, il ne sau-
rait cependant être compté au nombre
de ses partisans. Il juge, en effet, qu'a-
vec toutes les ressources diverses, habi-
lement ménagées dont dispose l'éduca-
teur — émulation, éloge, blâme, humi-
liations, retenue, pensums — la nécessité
des châtiments corporels est presque
annulée.
La manière dont il apprécie l'effica-
cité des châtiments corporels mérite,
en outre, d'être notée : il s'en faut de
beaucoup, d'après lui, qu'ils soient, en
tant que peine physique, la punition la
plus sévère qu'on puisse infliger à l'é-
cole, la souffrance musculaire qu'ils
causent étant bien inférieure à la souf-
france nerveuse qui résulte de l'ennui
de la retenue ou du pensum.
Dans les maisons où on les maintient.
— 103 —
à l'usage des élèves rebelles aux autres
moyens d'action, il faut en faire une
peine morale en y ratlachant l'idée
d'une dégradation pour le coupable,
d'une infamie qui rejaillit jusque sur
ceux qui sont forcés d'en être témoins,
et, par conséquent, les placer « tout au
bout de la liste des punitions », comme
la dernière des peines scolaires, après
laquelle il ne reste plus que l'expulsion
définitive.
M. A. Bain aurait pu condamner plus
catégoriquement ce qu'il appelle ailleurs
« la plus abrutissante des punitions »
mais par lui-même ce commentaire,
pour ainsi dire purement technique de
la pédoplégie,nous paraît être une réfu-
tation très solide des aiguments des
partisans du bâton. A peine est-il besoin
après cela de relever ce qu'il y a d'ab-
surde dans la prétention de faire de la
verge un moyen d'amélioration morale,
î.e fouet n'est bon que pour les escla-
ves et pour les ânes disait, dès 1606, le
règlement de Cobourg; et, en cela, en-
core, son éminent auteur Joh. Gerhard
se trompait-il ^ les éleveurs de bétail
— 104 -
ayant remarqué avant les éleveurs d'en-
fants qu'on obtient davantage de l'élève
pmr la douceur que par les coups.
Sans entrer davantage dans des consi-
dérations morales et psychologiques,
bornons-nous à relever les termes d'une
motion adoptée par une conférence
d'instituteurs réunie à Brème, en 1882,
et qui est ainsi conçue : « Quoiqu'on ne
puisse pas former par le bâton des hom-
mes moralement bons, on peut cepen-
dant par là les habituer au bien ».
Ainsi, les partisans du bâton avouent
qu'ils n'arrivent, par ce moyen violent,
qu'à faire contracter l'habitude tout ex-
térieure du bien, ce qui s'appelle, en
bon français, l'hypocrisie, le vice de
l'esclave, le mal d'Orient qui règne à
l'état général, endémique, chez les peu-
ples élevés dans la peur de l'autorité.
Les jeunes gens, dressés de la sorte,
constituent plus tard, au sein de la so-
ciété, un élément des plus dangereux ;
incapables d'une obéissance intelligente
et volontaire à la loi, ils sont de fait les
pires ennemis des libertés publiques ;
habitués à la férule, ils sont honnêtes
- 105 —
par crainte de la police et ils coûtent
pins en frais de gendarmerie à l'État
que ne valent les services forcés qu'ils
lui rendent.
Enfin, alors même qu'on reconnaîtrait
l'efïicacité éducative de la punition cor-
porelle, surtout dans le tout jeune âge,
ce ne serait pas une raison suffisante
pour investir l'instituteur du droit de
frapper, car il est de notoriété que lors-
qu'une administration accorde ce droit
à un personnel nombreux et, par suite,
mélangé, il arrive inévitablement que
pour un coup autorisé par le règlement,
il y en a dix de donnés par abus. L'ex-
périence montre, en effet, que ce sont
les maîtres les moins capables qui usent
jusqu'à l'excès le plus révoltant de ce
moyen que les bons pédagogues de tous
les pays et de tous les temps se sont tou-
jours refusés d'employer.
Nous connaissons trop la force des
arguments d'autorité pour passer sous
silence celui des Écritures Saintes. La
distinction établie plus haut entre l'é-
ducation domestique et l'éducation sco-
laire trouve encore ici son application :
— 106 —
les passages bibliques en question s'a-
dressent en effet aux pères de famille et
ne renferment aucune prescription rela-
tive au régime intérieur des établisse-
ments d'instruction publique.
Au fond, ce n'est point l'emploi spé-
cial de la verge qui est recommandé aux
parents : comme le fait très judicieuse-
sement remarquer M. Bain, en réponse
à ceux qui invoquent le témoignage
d'un certain nombre d'hommes célèbres
qui ont déclaré que, sans la verge, ils
n'auraient jamais rien fait : « Autrefois,
on ne savait que gâter un enfant ou le
battre; quiconque n'avait pas recours à
la verge était l'ennemi de l'enfant.
De nos jours, au contraire, on connaît
nombre de moyens d'exciter au travail
les enfants intelligents et de les former
au bien ».
Pour moi, dit M. d'Arvert, je crois
que si le sage Salomon, au lieu de régner
en Orient il y a quelque trois mille ans,
avait été membre de la Convention et
avait lu J.-J. Rousseau, plein de solli-
citude pour l'enfant et de respect pour
sa personnalité naissante, il eût para-
— 107 —
phrasé, en corrigeant ce qu'il a de
bizarre et d'outré dans la forme, ce mot
si plein du sentiment du droit et au fond
presque tendre de Saint-Just: « Celui
qui frappe un enfant est banni ».
CHAPITRE VI.
Tant dans la fa- Il cxistc, du rcstc, d'autrcs raisons
mille qu'à l'école , . • i • i • i xa
iiyauneques- serieuscs ct pn3^siologiques de cette
tiott physiologi- . . j • . • j i« x
que qui rend dan- mtcrdlCtlOU dU lOUCt.
gereuse la puni- r^ i i j i j ' • i
tionmanueiie. bu dchors dc la dcprcssiou morale
et de l'affaiblissement de l'impression-
nabilité qu'elles causent, les punitions
corporelles ont une influence nuisible
qu'il importe de signaler.
Lorsqu'on frappe un enfant sur la
région fessière, on irrite une région
riche en vaisseaux et en nerfs : c'est de
ces derniers que prennent leur issue les
vaisseaux et les nerfs des organes géni-
taux. Lorsqu'un afflux de sang considé-
rable a augmenté la pression qui existe
dans les vaisseaux de la région fessière,
la quantité de sang contenue dans les
— 108 —
vaisseaux des organes génitaux aug-
mente également. Il s'ensuit une exci-
tation de ces organes, celle-ci est sur-
tout nuisible pendant que ces organes
sont en voie de développement.
Il n'est du reste pas de personnes qui,
s'occupant de l'éducation des enfants,
ne connaissent ce passage des Confes-
sions de J.-J. Rousseau dans lequel l'au-
teur d'Emile raconte la première cor-
rection manuelle qu'il reçut de Made-
moiselle Lambercïer.
Si la menace de cette punition réser-
vée aux petits enfants l'avait fort efïrayé,
l'exécution lui parut moins terrible
« car, dit-il, j'avais trouvé dans la dou-
leur, dans la honte même, un mélange
de sensualité qui m'avait laissé plus de
désir que de crainte de l'éprouver
derechef par la même main ».
Le résultat de ce châtiment d'enfant
reçu à huit ans par la main d'une fille
de trente fut d'allumer et d'exciter la
sensualité du jeune coupable.
Donc, sous peine d'amener de mau-
vaises habitudes, on ne doit pas frapper
de verges les adolescents. De plus, il
— 109 — <
importe de ne pas oublier que le sque-
lette osseux est d'autant moins résistant
que l'enfant est plus jeune.
Les nombreux points d'ossification
qui se trouvent dans les cartilages inter-
osseux sont formés d'éléments délicats
en voie de formation. Ils sont entou-
rés par des anses vasculaires qui appor-
tent en abondance des matériaux nutri-
tifs. C'est grâce à ces derniers que
le squelette peut prendre du dévelop-
pement et se solidifier. Toute irritation
locale surajoutée en ce point peut ren-
dre aisément ce processus anormal ou
pathologique et amener par là même
des afïections très sérieuses. En résumé,
toutes ces mesures de correction qui ne
correspondent nullement au but que
doit se proposer l'éducation peuvent
avoir pour l'enfant les conséquences les
plus funestes.
cMtnnentsoorpo- Jusqu'ici, il n'a été qucstiou quc de
^i!i%oup7^ ^"^ coups parce que, en général, les coups
seuls en y comprenant les tiraillements
d'oreilles, de cheveux, les pincements
sont regardés comme des châtiments
corporels.
— 110 —
Hâtons-nous d'ajouter que certaines
punitions ont une action mécanique
nuisible à la santé de l'enfant. On pense
en général qu'il est sans importance de
forcer un enfant à se tenir debout au
milieu d'une chambre ou dans un coin.
Il s'en faut pourtant de beaucoup qu'il
en soit ainsi. Un adulte, en effet, peut
garder sans inconvénients cette position
pendant un assez long temps, mais
l'enfant c'est autre chose.
En effet, la colonne vertébrale, qui
sert de point d'appui au tronc, n'a pas
encore acquis chez l'enfant son entier
développement; ce dernier ne saurait
donc se maintenir dans la position de-
bout grâce à l'équilibre seulement des
diverses parties qui composent la
colonne vertébrale. Il faut nécessaire-
ment que l'activité d'un certain groupe
de muscles se mette de la partie. Or,
on sait qu'un travail musculaire uni-
forme occasionne rapidement de la fati-
gue. Celle-ci est suivie naturellement
d'une dépression morale qui met l'en-
fant dans l'impossibilité de faire quoi
que ce soit. C'est donc une fort mau-
— lu —
vaise manière de corriger ce dernier.
On n'y arrive certainement pas en le
fatiguant et en le rendant incapable de
travailler. Qu'on essaie de tenir le bras
élevé dans une position horizontale au
niveau de l'épaule, pendant 15 à 20
minutes, on verra combien la fatigue
musculaire sera pénible. Peu d'adultes
sont capables d'un pareil effort. Celui
qui pourra le faire sera ensuite telle-
ment fatigué qu'il lui sera impossible
de se livrer à un travail. C'est ce qui se
passe chez un enfant qui est resté long-
temps agenouillé. Nous pourrions en
dire autant des autres positions incom-
modes que certains pédagogues s'ingé-
nient à inventer comme punitions. On
a tort d'oublier encore que le corps de
l'enfant est appelé à croître et à se déve-
lopper; il est donc insensé de le priver
de sa nourriture ou de le mettre au pain
et à l'eau. Il faudrait pour être logique
lui demander, en pareil cas, un travail
moindre. Toutes les fois qu'on diminue
l'apport de matériaux nutritifs, en efïet,
il importe de diminuer également la
dépense.
— 112 —
La retenue, la privation de récréation
ou de promenade sont également des
punitions corporelles et des plus péni-
bles pour un être qui a si grand besoin
de mouvement : en outre, ces moyens
de correction vont contre le but qu'on
se propose car, s'il s'agit de réprimer la
turbulence, l'immobilité qu'on impose
à l'enfant ne fait qu'exaspérer le besoin
de mouvement qu'il a^, c'est pour lui un
supplice. Laissez-le, au contraire, épui-
ser son activité afin de le calmer ; qu'il
dépense sa fougue hors de la classe afin
qu'il ne la dépense pas au dedans.
Et, de même, ne lui interdisez pas de
parler au repas, sans trop de bruit, afin
que vous obteniez plus facilement en
classe l'observation du silence.
Si, de plus, vous lui donnez à faire
des pensums, si vous l'assujettissez
à une besogne fastidieuse et stérile,
vous rendez la punition plus dure
encore. Ajoutons enfin qu'il y a toujours
de sérieux inconvénients à donner au
travail le caractère d'un châtiment. On
risque ainsi d'inspirer à l'enfant le
dégoût de l'étude et l'aversion pour le
- 113 -
maître, indépendamment des mauvai-
ses habitudes de travail qu'entraîne Tac-
complissement d'une tâche rebutante.
Dans un excellent opuscule où il pré-
cise ce que peut et doit faire l'instituteur
primaire en ce qui concerne l'éducation
de ses élèves, M. Cligny dit à ce propos :
Le pensum comme tâche a un côté très
défectueux. Lorsqu'on doit mettre le
travail en honneur^ ce n'est guère le
moyen de le faire aimer que de l'em-
ployer comme châtiment : Point de
pensums, point de tâche autre que le
devoir scolaire lui-même. Mais faut-il
désarmer les instituteurs d'un moyen
d'action, regardé généralement comme
le seul qu'il soit possible d'employer
contre la négligence ou la paresse? Non;
établissez d'une manière absolue ce
principe que tout ce qui se fait à l'école
doit être « bien » fait et cette règle que
tout devoir mal fait ne peut être accepté :
et soyez persévérant, tenace même,
pour que l'observation du principe et
de la règle soit toujours respectée. Un
devoir scolaire a été mal fait, nous en-
tendons mal fait au point de vue de ce
- 114 -
dont rélève est capable, ce devoir est
à refaire. N'en donnez pas une ligne de
plus, mais le devoir doit être effectué
dans des conditions satisfaisantes.
La récréation est là qui attend l'en-
fant dès qu'il aura satisfait à l'accom-
plissement de votre règle, mais la récréa-
tion ne passera pas avant cet accom-
plissement.
Proscription abso- Avous-nous bt soiu d'ajoutcr qu'il y
lue de certaines ^. ^ • n
punitions ridi- a licu dc proscrirc d une taçou absolue
cules ou incon- . . . . ,. ,
venantes. ccrtames punitious ridicules ou incon-
venantes, dont il suffit de citer quelques-
unes pour comprendre à quels châti-
ments nous faisons allusion, telles que :
baiser la terre, se recouvrir le visage de
son tablier, faire avec la langue une
croix sur le sol, embrasser un objet sale
ou répugnant, etc.
Si donc, nous pensons que la sévérité
des peines n'est pas une garantie de leur
efficacité, si nous estimons que la sensi-
bilité physique ou morale s'émousse par
l'effet de fhabitude, si nous comprenons
que la soumission silencieuse d'un en-
fant obtenue par la menace dissimule
souvent une révolte intérieure, nous
les enfants ?
a.) Agir aveo dou-
ceur.
-Il5-
sommes d*avis qu'il faut chercher à agir
sur l'enfant pour l'améliorer par d'au*
très moyens.
Comment agir sur Qucls SCrOUt CCS moycnS ?
Eh bien : agissez avec douceur ; usez
avec à propos des éloges et des répri-
mandes ; prêchez d'exemple.
Les enfants, dit une maxime juive,
doivent être punis d'une main et cares-
sés des deux ; et en pédagogie la supé-
riorité de la douceur sur la violence
s'affirme de la façon la plus éclatante.
Pour étayer cette affirmation, considé-
rons tout d'abord les effets de la vio-
lence à l'école, recherchons ensuite les
résultats obtenus par la douceur et
vous pourrez comparer les deux mé-
thodes.
Supériorité de la Les bcaux résultats obtenus dans une
viSce. ^""^ ^^ classe par la crainte ne sont qu'appa-
rents. La discipline établie par un
maître violent est tout extérieure ;
l'obéissance stricte qu'il exige de ses
élèves, leur soumission constante, l'or-
dre et le silence permanents, tout cela
n'est qu'éphémère.
Dès que le maître cesse sa surveil-
— 116 —
lance, tout s'effondre et disparaît. Ainsi
dressés, les élèves accomplissent cer-
tainement leur tâche à Tinslant où le
maître l'ordonne, mais c'est par néces-
sité; ils n'obéissent et ne travaillent
pas plus de leur plein gré que l'animal
évoluant sous le regard du dompteur.
Au contraire, la douceur ouvre à la
fois le cœur et l'intelligence des élèves.
Elle permet au maître de connaître
vraiment les travers, les défauts de cha-
cun des écoliers et par suite lui donne
les moyens de les corriger. Grâce à la
confiance qu'elle inspire aux enfants
pour leur instituteur, celui-ci peut non
seulement convaincre mais encore per-
suader. Au lieu de défendre et de
réprimer, elle pousse à l'action et sti-
mule les bonnes volontés. Cependant
Douceur D'est pas dardons-uous de l'excès. Etre doux cela
synonyDie de fa- *='
miiiarité et de ne vcut pas dire être familier. La fami-
moUesse. ^
liarité n'est peut-être pas mauvaise en
elle-même^ mais elle est dangereuse,
elle peut tuer le respect, elle peut dimi-
nuer l'autorité. Le maître familier qui
en certaines occasions se laisse aller à
de trop grandes concessions n'a plus
— 117 —
ensuite le courage, ni même le pouvoir
de punir certaines fautes.
Sous peine de devenir mollessse, la
douceur doit s'unir à une fermeté rai-
sonnable, sinon elle est aussi funeste
que la violence.
b.) User avec UscT cusuitc avcc à proposdcs éloges
à propos des re- . j../a
proches et des et dCS reprOChCS I C VCUX dit Q UINTILIEN,
réprimandes. , i p i • «x
qu on me donne un entant qui soit
sensible à la louange, que la gloire
enflamme, à qui une défaite arrache
des larmes... Un reproche, une répri-
mande le touchera au vif, le sentiment
de l'honneur l'aiguillonnera.
On obtient plus, dit Plutarque, par
les éloges et les réprimandes que par
les rigueurs si Ton a soin de les em-
ployer tour à tour, celles-ci pour détour-
ner du mal, ceux-là pour encourager
au bien.
Un reproche adressé sans amertume
sinon sans gravité et sans tristesse, pro-
duit une vive impression sur l'enfant,
surtout si en le lui adressant on s'atta-
che à lui faire reconnaître sa faute et
qu'on lui inspire le désir de s'amender.
Le châtiment doit être pour celui quia
— 118 —
commis une faute un moyen de se
relever.
Difficulté desavoir Malheureusement peu de gens savent
Ses/^^ ^^^'^°' adresser des reproches, les formuler,
les graduer, prendre le ton nécessaire,
choisir le moment convenable, l'occa-
sion propice, les circonstances favora-
bles. Il y a un art de punir. N'ajoutez
pas l'insulte au reproche comme on le
fait d'ordinaire, car vous aggravez ainsi
la punition et vous en épuisez l'efl'et, si
bien que vous serez désarmé pour
l'avenir; surtout n'y revenez pas à plu-
sieurs reprises comme ces parents qui
à toute occasion renouvellent leurs
plaintes, invitent les parents, les amis,
les étrangers même à s'associer à eux
pour accabler l'enfant. C'est comme une
blessure que vous rouvrez, c'est un
supplice incessamment renouvelé, ce
n'est plus un reproche, mais une suc-
cession de reproches, une série d'hu-
miliations.
De très bonne heure se manifeste
chez l'enfant le désir d'être loué, admiré.
Mettez à profit cette tendance pour
accentuer en lui le sentiment de sa
— 119 —
dignité personnelle et le rendre sensi-
ble à rtiumiliationetà l'éloge. Toutefois
ne dépassez pas la limite dans vos féli-
citations, car, dit Fénelon, la louange
doit animer l'enfant non l'enivrer.
N'abusez pas non plus de l'amour-pro-
pre afin qu'il ne dégénère pas en sotte
vanité. Du reste si important que soit
le secours fourni par l'amour-propre
c'est toujours un mobile étroit et mes-
quin et l'éducateur doit s'efforcer d'in-
culquer aux élèves cette idée qu'il faut
pratiquer le bien sans toujours atten-
dre une récompense et lui apprendre
peu à peu à mettre au-dessus de tout
une félicitation de son père, un baiser
de sa mère, et surtout le témoignage de
sa conscience.
Nous devons développer le sens moral
de l'enfant, le pénétrer de cette idée que
ce n'est pas de la punition mais de la
faute qu'il doit être peiné. Il faut diriger
la volonté de l'enfant de telle sorte
qu'il apporte une collaboration des plus
efficace dans l'éducation qu'on lui
donne. On ne peut être corrigé, perfec-
tionné que par soi-même, l'initiative,
d'exemple.
— 120 —
l'effort personnel, le self-gouernmeni,
sont indispensables car la règle morale
ne doit pas être appliquée du dehors
mais surgir du dedans.
c.; Prêcher Enfin prêcher d'exemple. Ce dernier
précepte apparaît trop naturel pour
qu'il y ait besoin de le développer et
cependant combien c'est la partie déli-
cate de l'éducation.
Je trouve, disait Montaigne, que nos
plus grands vices prennent leur pli dès
notre plus tendre enfance et que notre
principal gouvernement est entre les
mains des nourrices. Et J.-J. Rousseau
dans VEmile écrivait a: l'éducation de
l'homme commence à sa naissance. »
L'enfant, il faut bien le reconnaître,
est d'une logique terrible, c'est un obser-
vateur minutieux et perpétuel. Si donc
l'éducateur se laisse aller en sa présence
à quelque erreur et que pour une faute
du même genre l'écolier un jour soit
puni, alors l'enfant sera tout désemparé.
Il ne comprendra plus pourquoi ce que
le maître fait, lui n'est pas autorisé à le
faire.
Dans tous les âges, l'exemple a un
— 121 —
pouvoir étonnant sur nous, dans l'en-
fance il peut tout (Fénelon, Education
des filles).
Lorsqu'on observe un défaut chez un
enfant, c'est dans cet enfant qu'on en
cherche généralement la cause ; on parle
même quelquefois deméchanceléinnée.
Ceci prouve qu'on est loin de supposer
que les attributs d'un enfant ne sont
que le reflet des attributs des personnes
qui Tcntourent.
La présence d'un enfant dans une
famille devrait forcer ses aînés à tra-
vailler d'une façon sérieuse à leur per-
fectionnement.
C'est pourquoi M*"^ de Rémusat dans
son Essai sur Védiication remarquait :
« Quand on s'occupe de l'éducation on
croît n'avoir affaire qu'aux enfants,
mais, on s'aperçoit bientôt qu'il fau-
drait reprendre celle des parents ».
En outre ce qui constitue la force de
l'exemple c est qu'il est une leçon de
tous les instants; s'il a un bon modèle
sous les yeux, l'enfant cherche à l'imi-
ter et ainsi les occasions de punitions
sont diminuées. C'est là un très beau
— 122 —
résultat pédagogique que d'arriver par
sa douceur, par sa méthode, par son
exemple non seulement à punir juste-
ment mais encore à punir rarement !
CHAPITRE VIÎ.
Quelles punitions Qncllcs scront douc Ics puuitions que
%luquerT'^''^ ^^ maître pourra appliquer? iVu total,
comme moyen d'action, il disposera des
exhortations, des réprimandes, des pen-
sums, des privations de plaisir.
Exhortations. L'cxhortatiou se fera d'abord, en par-
ticulier, d'un ton paternel, affectueux,
puis, s'il faut la renouveler, on em-
ploiera un mode plus grave et plus
sévère.
R.^primandes. ^^s réprimandes on variera la forme
de façon à les rendre plus ou moins
pénibles. On commencera toujours par
faire la réprimande hors la présence
des autres élèves ; mais si la faute a été
grave, la réprimande sera publique.
La réprimande publique doit taire
plus d'impression sur le coupable que
123 —
Le pensum.
Privation d'un
plaisir.
radmonestation adressée en particulier;
néanmoins, dans l'intérêt des autres
élèves, il ne faut pas abuser des puni-
tions publiques, il vaut mieux que les
enfants entendent parler souvent du
bien que des actions répréliensibles.
Le pensum sera d'un excellent em-
ploi sous la réserve expresse que ce pen-
sum sera un travail utile, par exemple,
la copie en une écriture appliquée de
quelque leçon. Car est il rien de plus
grotesque que ces pensums consistant
en trois ou quatre cents lignes et que
l'élève apporte après les avoir rédigées
au moyen de plusieurs plumes fixées
au même porte-plume? Nous nous som-
mes, au reste, déjà expliqué plus haut
sur ce point.
Enfin, la privation d'un plaisir consis-
tera en la suppression d'une promenade
agréable, d'un jeu particulièrement
amusant, d'une friandise superflue, d'un
objet de toilette, d'une leçon d'art d'a-
grément. Aucune de ces privations ne
devant aller jusqu'à nuire au dévelop-
pement physique et intellectuel de l'en-
fant.
gogie.
— 124 —
A Fécole Tiirgot, il y a un mode de
punitions, de récompenses qui consiste
uniquement en une inscription sur le
cahier de notes de l'enfant. Tel élève a
mérité une punition ou une récompense,
on écrit sur son livret: une punition ou
une récompense. C'est la punition sans
châtiment, la récompense sans avantage
matériel. C'est bien là de la vraie et
bonne répression des fautes !
Médecine et péda- Mais pcnscra-t-on ces moyens d'ac-
tion sont bien minimes. C'est suffisant
dirons-nous pour qui saura en user avec
tact, mesure et convenance, en tenant
compte de la gravité plus ou moins
grande de la faute, de la sensibilité
morale plus ou moins vive de l'enfant
et aussi de son état physique plus ou
moins robuste.
Cette question de santé est en réalité
un point des plus importants dans
l'éducation des enfants, aussi est-ce
vraiment une belle œuvre que celle de
leur perfectionnement physique et
moral que poursuit la Société d'Hygiène
de l'Enfance.
— 125 —
On punit certains Quc dc fois, il Bst utilc de demander
enfants comme f i • i i • i i
indociles, alors au medeciiî de donner son avis dans la
qu'ils sont ou !•,><• • » • i> n , *
maïadesouanor- conduitc a tenir vis-a-vis d un entant !
maux.
Que de fois des règles d'hygiène sage-
ment appliquées améliorent rapidement
le caractère d'un enfant qui n'était pas
un rebelle mais un malade I
Dans combien de circonstances un
professeur peut-il sévir à tort contre un
enfant qui n'est pas un indiscipliné, qui
n'est plus qu'un malade qui est, chose
bien triste, un anormal ; et de ces
anormaux que de types variables l'édu-
cateur est appelé à rencontrer sur sa
route !
Certains anormaux sont très calmes,
d'autres très agités, d'autres enfin sont
des types mixtes chez lesquels, dit
Jacquin, l'instabilité, l'agitation, la tur-
bulence n'existent pas toujours de façon
continue et permanente mais procèdent
par bouffées, par intermittences.
Beaucoup de ces enfants anormaux
sont de nature honnête et doués de
bons sentiments mais leur moralité est
bien fragile et leur notion du bien et du
mal reste incomplète.
— 126 —
Aussi que de douceur et de patience
les instituteurs devront-ils avoir avec
ces pauvres petits quand ils en rencon-
treront parmi leurs élèves.
Du reste, il y a lieu d'employer quel-
quefois, même avec des enfants de bonne
constitution cérébrale et physique, des
moyens qui relèvent de l'art de guérir
si nous en jugeons par la page écrite à
ce sujet par un inspecteur d'académie
et qu'on croirait rédigée par un médecin .
Rôiedeiasugges- L'associatiou de l'idée thérapeutique
p?iLandef ^ ' ct dc l'idéc pédagogique dans l'applica-
tion de la punition-réprimande est telle
que le morceau vaut d'être cité :
(( Supposons qu'un enfant ait commis
une faute grave, qu'il se soit attiré une
remontrance exceptionnelle, voici com-
ment nous procédons ; nous le condui-
sons dans un endroit dont il n'a pas
habituellement l'accès et qui en consé-
quence ne lui est pas familier, c'est une
pièce éclairée d'un demi-jour et située
dans un lieu retiré. Nous voulons
exercer sur lui une première impression
par le milieu. Nous prenons un air
grave et resigné. Nous le faisons asseoir
— 127 —
en face de noirs, nous lui prenons les
mains en le fixant avec insistance
dans les yeux, nous lui parlons avec
douceur, lentement d'une manière un
peu monotone afin de l'assoupir peu à
peu. Dans ce demi-sommeil, la volonté
de l'enfant s'affaiblit. Nous lui parlons
alors de la faute qu'il a commise, nous
lui en faisons comprendre la gravité,
nous lui en montrons les conséquences
en lui faisant craindre que la tendresse
de ses parents, la confiance, l'estime, la
sympathie de ses amis et de ses maîtres
ne s'en trouve diminuée . Nous lui ins-
pirons le regret de l'avoir commise, le
désir de se faire pardonner et la réso-
lution de se corriger.
« L'enfant est somnolent, dans son
corps inerte, son esprit vacille pour
ainsi dire, ilsentsavolontélui échapper,
en quelque sorte, c'est alors que mis
dans l'impossibilité de nous résister, il
se trouve tout à fait préparé à recevoir
nos avis et à suivre nos conseils. Nous
ne cherchons pas à substituer notre
volonté à la sienne, mais à le désarmer
pour qu'il ne résiste pas, nous le subju-
— 128 —
guons sans l'anéaiilir. Nous revenons
à la charge à plusieurs reprises et à
chaque fois raniélioration s'accentue.
C'est là un traitement qu'on pourrait
désigner sous le nom d'orthopédie
morale ».
N'est-ce pas quelque chose d'analo-
gue à la méthode dont se sont servis
des médecins pour détruire certaines
habitudes vicieuses, Et n'est-ce pas là
aussi ce qui fait la force des éducateurs
lorsqu'ils prêchent d'exemple. Leur
exemple est comme une sorte de conti-
nuelle suggestion.
La méthode de douceur que nous
recommandons étant employée, le sys-
tème de punitions que nous indiquons
étant adopté, il reste à savoir quels
sont les caractèresd'unebonne punition.
129
CHAPITRE VIII.
Suppression des Tout d'abord noiis éliminerons ce
punitions gêné- , ni -,' f , i
raies. qu On appelle les punitions générales,
parce qu'elles n'ont pas la qualité pri-
mordiale de toute punition : être juste;
parce que si, dans une classe, un maî-
tre n'a pu trouver le vrai coupable, il
vaut mieux que celui-ci ne soit pas puni
que de punir, afin de l'atteindre, tout
un groupe d'innocents; parce que les
punitions générales sont plus pénibles
pour ceux qui n'ont pas commis de
fautes qu'elles ne sont efficaces pour le
coupable.
n y d dès fautes En sccoud Hcu n'oublious pas que,
qu'il ne faut pas . ,.,
punir. pour savoir réprimer, il faut savoir qu il
est des fautes que l'on ne doit pas
punir; fermez les yeux sur les fautes
dues à l'âge et aux manières peu régu-
lières des jeunes enfants ; si un élève a
mal fait son devoir, ne le punissez pas,
donnez-lui son devoir à refaire ; s'il n'a
pas su sa leçon, ne le punissez pas s'il
a fait effort ; s'il a peu de mémoire, il
— 130 —
n'est pas fautif, mais s'il est paresseux
punissez-le; enfin, ne punissez pas l'en-
fant si, ayant fait une faute, sa volonté
n'y a pas pris part.
Et, dit très justement Betzky, lieu-
tenant général de Catherine II, en
1763, dans son livre : Système complet
déducatioii publique, « si les enfants
se blessent en jouant, loin de les en
punir, il ne faut pas même les gronder.
Que de malheurs on préviendra par là.
Combien de personnes faibles et mal
conformées, combien d'autres sont
mortes uniquement pour avoir celé,
dans leur enfance, les coups qu'elles
s'étaient donnés, les chutes qu'elles
avaient faites, par crainte d'être punies!
Des accidents, faciles à guérir dans le
principe, deviennent presque toujours
incurables, quand on n'en connaît pas
à temps la véritable cause. On aura
donc en horreur la conduite atroce de
ces parents, de ces gouverneurs, qui
sont les tyrans de l'éducation, qui pu-
nissent par caprice, par humeur, qui
gourmandent sans cesse les pauvres
enfants confiés à leurs soins pour de
— 131 —
petites espiègleries, pour des distrac-
tions, pour des jeux, des amusements
indispensables et qui importent non
seulement à leur santé, mais même au
bonheur de leur vie. »
Caractères des bon- Dounous maintenant/ selou nous, les
nés punitions. , , , , ... t
Les bonnes puni- caracteres des bonnes punitions. La
tions doivent : ., i.,ri> •,• .i?a
Etre justes première qualité d une punition est d e-
tre juste (cela va de soi et nous pensons
ici qu'une punition injuste ne peut être
que le fait d'une erreur des parents ou
des maîtres), mais encore d'être telle
que l'entant, en son for intérieur, la
reconnaisse juste.
Un écolier, qui n'est jamais atteint
que par une punition juste même si elle
est sévère; pourra l'accepter sans mot
dire et sans en concevoir pour son maî-
tre une de ces haines d'enfants quelque-
fois si longues et si féroces.
J.-J. Rousseau, puni un jour pour une
faute qu'il n'avait pas commise, s'écrie :
« Qu'on s'imagine un enfant qui n'a
pas même l'idée de l'injustice et qui en
éprouve une si terrible de la part pré-
cisément des gens qu'il chérit et qu'il
respecte le plus, quel renversement
— 132 —
Être rares.
Être exactement
subies.
d'idées, quel désordre de sentiments,
quel bouleversement dans son cœur,
dans sa cervelle, dans tout son petit
être intelligent et moral ! »
Les punitions doivent être rares, c'est
une nécessité physiologique. S'il en est
autrement, l'enfant s'y accoutume et elles
n'ont plus d'effet parce que trop multi-
pliées. « Si vous avez envie, dit excellem-
ment Montaigne, au cliap. xxv du Livre I
des Essais, que l'enfant craigne la honte
etle châtiment, ne l'y endurcissez pas. »
La punition infligée doit être exacte-
ment subie. La certitude de la punition
importe bien plus que la rigueur. Réflé-
chissez mûrement avant d'infliger un
châtiment mais, la décision prise, ne
cédez ni aux cris, ni aux supplications,
car, si vous manquez de fermeté une
seule fois, votre autorité est perdue. Dès
que l'enfant se sera aperçu qu'il peut
vous fléchir, en vous lassant, vous n'au-
rez plus d'action sur lui; tandis que s'il
est convaincu de son impuissance, s'il
se désespère de vaincre votre résistance,
il n'essaiera plus de lutter, il se rési-
gnera. « Que tous vos refus soient irré-
— 133 —
vocables, dit Rousseau, que le « non »
prononcé soit un mur d'airain, contre
lequel Tenfant n'aura pas épuisé cinq ou
six fois ses forces qu'il ne tentera plus
de le renverser » (Emile, L. II).
Cependant, s'il faut rester inflexible
quand l'enfant n'a que le désir d'échap-
per à une punition comme on évite une
chose désagréable, on peut être indul-
gent en face d'un repentir sincère de
la faute commise .
Il est toutefois un moyen de modifier
la durée de la punition sans entamer ce
principe qu'une punition donnée doit
être exactement subie, c'est de ne pas
faire toujours connaître par avance à
l'enfant la durée de la punition qui lui
est infligée. « Tandis que pour le devoir
à recommencer, il est bon que l'élève
sache ce qu'il a à faire, car on lui indi-
que que c'est une dette à payer, on peut
au contraire lui cacher la durée du châ-
timent qu'il a mérité. Un esprit obser-
vateur remarque en effet que l'esprit
de l'enfant est ainsi fait que lorsque la
durée est précisée, l'enfant compte les
minutes ou les quarts d'heure, prend
— 134 —
avec plus d'indifférence ou même avec
un sentiment de bravade son parti de
la peine imposée et se regarde comme
quitte envers le maître lorsque le temps
de sa punition est accompli ; tandis que
son esprit reste perplexe en face de
l'incertitude sur la durée de la peine.
« Il sent qu'on n'attend pas seulement
de lui l'accomplissement d'un fait sco-
laire, mais il sent que ses sentiments
intérieurs sont étudiés. L'attente d'une
délivrance ou plus prochaine ou plus
éloignée rend pour lui les minutes plus
longues; la durée de sa punition corré-
lative, non dans sa propre appréciation,
mais dans la pensée du maître, au degré
de sa faute est, par le résultat de l'ex-
pectative, un enseignement à effet bien
plus profond que ne le pourrait être la
fixation immédiate de la peine à subir. »
(M. Cligny).
La punition ne sera jamais modifiée
^un^tie?s^^^ OU Supprimée par un autre que par celui
qui l'a infligée. Est-il chose en effet plus
ridicule que de voir, en présence de l'en-
fant, une mère, quand le père a parlé,
dire que l'écolier ne mérite pas une telle
N'être modifiées ,
ni
par un tiers
— 135 —
punition ou un père trop faible estimer
que la mère châtie trop sévèrement.
L'enfant a vite fait alors de prendre la
déplorable habitude de se jeter dans les
bras de celui de ses parents qui n'a pas
donné la punition et d'en obtenir sa
suppression.
Un accord parfait entre le père et la
mère est, dit avec beaucoup de justesse
Madame Campan, la première base de
l'éducation (De VÉducation des Filles).
Suivre de très près La puuiiion doit sulvrc de très près
la faute et, si c'est possible, résulter de
celle-ci comme une conséquence (sans
aller jusqu'à l'exagération des punitions
conséquences, par exemple laisser tou-
cher le feu à l'enfant et qu'il se brûle).
L'enfant agit et pense rapidement et il
oublie l'instant d'après la faute qu'il a
commise, que le châtiment soit donc
rapide.
Que naturellement la passion et la
colère ne soient pas de la partie car
« ce qui a fait le plus d'impression sur
les enfants, c'est ce qui paraît venir
purement et simplement de la raison
la faute.
— 136 —
de leurs parents ce qu'ils savent très bien
distinguer ». (Locke.)
Être proportion- La punition Sera proportionnée à la
néesàiafaute. ^^^^^ jj ^^ ^^^^^ pas juger la faute de
l'enfant d'après notre jugement, mais
d'après l'expérience ou le rudiment
d'expérience ou de jugement que peut
avoir l'enfant. « L'enfant a des maniè-
res de voir, de penser, de sentir qui lui
sont propres : rien n'est moins sensé
que d'y vouloir substituer les nôtres ».
(J.-J. Rousseau, Emile).
Aussi faut-il distinguer les fautes com-
mises sans dessein, par manque de juge-
ment ou par ignorance, de celles que
peuvent commettre la ruse, l'artifice et
la malice palpable. (Betzky, Système
d'éducation publique).
Être proportion- La punitiou scra proportionnée à la
?S?é dei'Sm sensibilité de l'enfant. Le tempérament,
la complexion, la sensibilité des enfants
sont choses variables. La même puni-
tion est plus ou moins rigoureuse selon
que celui qui la subit est plus ou moins
délicat. Il faut éviter d'humilier l'enfant
au-delà du nécessaire, de le blesser inu-
tilement dans sa dignité et de le rendre
— 137 ~
moralement inférieur à ses camarades,
car la fierté se perd comme le reste, le
sentiment de l'honneur s'ém eusse vite
et il n'est pas de ménagement qu'on
ne doive prendre pour éviter de briser
ce ressort principal de la vie morale.
Avoir égard à l'âge La punitiou aura égard à l'âge du cou-
pable, car s'il est des actes qui sont des
fautes à réprimer lorsque commis par
un enfant déjà grand, ces mêmes actes
ne sauraient être punis, et surtout pu-
nis de la même façon, lorsque commis
par de jeunes écoliers inaptes à discer-
ner le pourquoi de leur action mau-
vaise.
Et c'est un art véritable que desavoir
trouver une punition qui puisse punir
réellement, quelquefois même sévère-
ment, sans cependant risquer d'attein-
dre trop profondément ou trop dange-
reusement un petit être coupable et dont
le jeune âge nécessite votre indulgence
pour la punition, votre prudence pour
l'application de la punition. Savourez
ces deux courts récits :
« Mademoiselle Bord « est de service
de déjeuner ^o. Nous secourons les tout
— 138 —
petits, nous obtenons qu'ils fourrent
au moins autant de nourriture dans
leur bouche que sur la table et sur
leur serviette.
Je suis captivé par M^^^ Bord, son
aspect, sa voix, tous ses procédés sont
remplis de pédagogie. Je constate que
sa froide et régulière beauté exerce une
souveraine influence sur la gent éco-
lière.
— Quel âge as-tu, toi? demande-t-
elle.
— Quatre ans.
— Eh bien, puisque tu as quitté ta
place sans permission, tu n'as plus que
deux ans; voilà ta punition. Tu as beau
me regarder; je te dis que tu n'a plus
que deux ans, mon bonhomme.
Le bonhomme, navré, suffoquant, suit
mademoiselle avec des yeux de chien
battu.
Autre algarade.
— Mais voyez donc, Rose, celui-là
qui plonge ses mains dans la gamelle !
Toi, pour le coup, tu mangeras tonpr.iii
à l'envers. Tu la vois, ta tartine, je la
retourne à l'envers et, mords dedans
139 —
Tenir compte de
l'état pathologi-
que de l'enfant.
Ne pas être oppri-
mantes.
maintenant. Regardez tous, il mange
son pain à l'envers !
Le malheureux, couvert de honte,
baisse les paupières et mâche avec
amertume. y> (L. Frapié).
La punition devra tenir compte de
l'état pathologique de l'enfant, il nous
suffira pour indiquer l'importance de
cette réserve de rappeler ce cas que
nous avons observé d'une petite fille
très indocile, constamment punie, cor-
rigée, battue par ses maîtres etparents.
Cette écolière n'était qu'une syphilitique
héréditaire dont le père devint fou et
ataxique alors qu'elle avait une dizaine
d'années, à cet âge, l'enfant eut sa pre-
mière crise cérébrale après laquelle elle
s'achemina rapidement vers l'aliénation
mentale.
La punition ne doit pas avoir le carac-
tère d'oppression. A peine l'enfant sera-
t-il abattu qu'il faudra se hâter de le
relever, car rien ne doit durer pour
l'enfant surtout si les fautes qu'il com-
met sont la conséquence de la légèreté,
naturelle à son âge.
— 140 — •
Teu)r compte de La piinilion devra tenir compte de
l'état social de ^y > , . «ij t r x t**
l'enfant. 1 ctat social de 1 enfant. Ici je pense
qu'un exemple fera mieux comprendre
que toute autre explication.... Ecoutez
c'est dans un quartier ouvrier de Paris.
Le directeur avait remarqué que l'élève
Henri, depuis trois jours était en rete-
nue le soir. « Comment encore vous
Henri î mais pourquoi vous faites vous
constamment punir ainsi ? — Monsieur
le Directeur, dit Tadjoint^ cet enfant ne
fait jamais ses devoirs complètement et
ses cahiers sont d'une malpropreté re-
poussante. — Mais voyons, Henri, pour-
quoi salissez-vous ainsi vos cahiers ?
— Monsieur, la table, chez nous, n'est
jamais propre.
Le soir le directeur passe au domicile
d'Henri. Il trouve dans une misérable
chambre, la mère qui faisait des travaux
de couture avec sa fille aînée, Henri qui
épluchait des pommes de terre, et une
autre petite fille de deux ans qui traînait
sur un tapis sordide. Sur une table cras-
seuse, la seule du logement, des assiettes,
des verres, des ustensiles de cuisine, car
l'unique chambre servait à tous les usa-
— 141 —
ges. La mère secourue par le bureau
de bienfaisance travaillait avec achar-
nement pour gagner à peine deux
francs par jour. Elle avait besoin dé
son fils pour garder la petite sœur,
faire les commissions et le ménage.
Henri n'avait pas menti, il était dans
l'impossibilité de faire ses devoirs
complètement et proprement. Combien
de misères semblables dans les grandes
villes ! »
Que sepasse-t-il dans les jeunes cer-
veaux de ces pauvres enfants qui si
jeunes, sont victimes des inégalités
sociales, lorsqu'ils entendent des repro-
ches ou subissent des châtiments immé-
rités.
Je voudrais, dit Léon Frapié dans
son admirable livre « La Maternelle »
remplacer les punitions par du raison-
nement et de l'explication : « Tu as fait
cela, c'est mal, je vais t'expliquer pour-
quoi. Ecoutez vous autres pourquoi
votre camarade a mal agi ».
La pédagogie officielle prône chaleu-
reusement ce système. Mais où trouver
— 142 -~
le temps, le moyen, avec soixante
enfants par maîtresse? •
Et puis, encore, ce procédé est si
dangereux quand on ignore la condi-
tion des élèves, quand on ne tient pas
compte de l'état social de l'enfant.
« Hier matin, aussitôt l'appel terminé
dans la classe, la normalienne à son
son bureau, le visage composé, annonce
d'une voix caustique :
— Je vais vous raconter une histoire
de Mlle Brouillon. Toutes les têtes se
tournent vers Hélène Leblanc.
— M"*" Brouillon, une grande fille de
six ans, habille sa petite sœur. Savez-
vous comment? Elle lui a mis des chaus-
settes dépareillées ! Voilà trois jours
aussi, que M^ie Brouillon néglige de
faire recoudre des boutons à son tablier.
Moi qui suis allée reconduire les
deux petites Leblanc oubliées récem-
ment à l'école, je connais une autre his-
toire. — Leur mère a filé, voilà quatre
jours, abandonnant mari et enfants^
emportant pêle-mêle une partie du
linge; si bien que beaucoup de pièces
se trouvent dépareillées, notamment
— 143 —
des chaussettes, et que les boutons de
tablier restent décousus.
Accablée sous le regard de la classe,
Mlle Brouillon se durcit, dans le senti-
ment du blâme immérité.
Et il y a sa voisine, Léonie Gras —
l'air pas bête et pas commode — qui
sait la fugue de la mère et qui fixe de
singuliers yeux récriminateurs sur la
maîtresse.
Oh ! Oh ! prenez garde au sentiment
de la justice aussi bien chez l'enfant
réprimandé que chez l'enfant témoin.
Pensez donc ! La logique sentimentale
détermine la personnalité présente et fu-
ture : dès les premiers ans, l'enfant se fait
une base de « justice possible » sur
laquelle il appuiera toute sa vie ; et de la
justice rendue à lui-même, il dégage
sa propre dette de bonté.
Analysez M^^ Brouillon, le front
contracté, les yeux sombres, la bouche
serrée ; sa faculté de comparer travaille,
cristaUise, forme du définitif. Prenez
garde ! Sous l'influence de votre admo-
nestation malavisée, M^e Brouillon va
fausser sa conscience. »
- 144 —
Etre modérées. La punition Sera toujours modérée
parce qu'en dépassant le but, le maître
se donnerait tort envers l'enfant et per-
drait infailliblement le meilleur de son
autorité. On doit du reste se rappeler
que dans certains cas, ne pas récom-
penser c'est déjà punir.
Etre réparatrices La punition scra Ic plus possiblc
réparatrice de la faute et devra déve-
lopper dans la conscience de l'enfant
cette idée de réparation.
La punition tiendra compte de la
récidive, l'enfant devant comprendre
qu'il est plus coupable en retombant
dans une faute qu'il a déjà commise.
Tenir compte des Eufm en douuaut uuc puuition, le
IfdTsemi/Te maître n'oubliera pas quelles sont les
façons de voir particulières de l'enfant
car ce qui peut être une punition grave
pour un écolier n'aura aucune impor-
tance au goût et aux yeux d'un autre.
Il se peut qu'un enfant accepte volon-
tiers ce qu'un autre regarde comme une
aggravation de la peine. Tel enfant
attachera plus d'importance à une pro-
menade qu'à la possession d'un objet,
l'enfant.
— 145 —
tandis que tel autre préférera Fobjet à la
promenade.
Souvent les punitions infligées aux
enfants manquent trop cruellement de
mesure.
« Que l'on réfléchisse: la même
punition est bénigne ou monstrueuse
selon la sensibilité et la condition de
l'enfant. Ici encore, avant de senten-
cier, il faudrait envisager la monogra-
phie des administrés.
Parbleu ! cette étude individuelle est
impossible et Féternel résultat se pro-
duit : les peccadilles sont terriblement
châtiées, les grosses fautes sont presque
exonérées. (Ces dernières appartien-
nent aux enfants qui ont de l'estomac et
qui digèrent facilement les fortes répri-
mandes, les premières sont le fait des dé-
licats, émotionnés par des riens). Je ne
demande pas la punition proportion-
nelle des graves fautes : je souhaite la
décharge des peccadilles.
A la récréationdece matin J'ai observé
un petit nouveau qui nécessairement
avait la sensation d'être perdu dans
l'école étrangère ; pour avoir retiré sa
— 146 —
ceinture, on Ta mis, selon l'usage, en péni.
tence, cinq minutes contre le mur, delà
cour face au marronnier, en lui disant :
« Tu vas rester là tout seul, personne ne
s'occupe plus de toi ». Punition excessive
parce que l'enfant était nouveau. Pen-
dant quelques instants il a connu l'in-
fini désespoir de l'abandon total. Contre
son mur, il faisait penser à un aveuglé,
à un asphyxié ; il tâtait le vide à mains
tremblantes, il ouvrait le bec, palpitait
affolé d'être tout seul. Sait-on combien
un enfant se laisse suggestionner? Com-
bien son imagination le peut halluciner?
Les désolations sans cause sontpeut-étre
les plus atroces. .. On ne soupçonne pas
la quantité d'épouvante que peut conte-
nir la carcasse d'un enfant de cinq ans »
(Léon Frapœ).
Et c'est pourquoi les maîtres doivent
éviter qu'on leur adresse le reproche
qu'ALEXANDRE adressait aux écuyers
de son père : Les maladroits, quel che-
val ils ont perdu, faute de savoir le
prendre !
La loi de sursis à II cst cu outrc uuc couccption péda-
gogique qui au point de vue particulier
l'éeole.
— 147 —
des punitions ne nous semble pas à
dédaigner, c'est l'application à l'école de
la loi de sursis.
Un avantage du sursis c'est qu'il en-
lève au châtiment l'apparence vindica-
tive que l'entant est trop souvent porté
à lui attribuer. La vieille expression
scolaire « on m'en veut » n'est plus de
mise en face d'une punition que l'auto-
rité laisse au coupable la iaculté de
racheter. Et par là, l'enfant perd la
tendance fâcheuse qu'il a trop souvent
à se croire persécuté, tendance qui fait
tant d'incorrigibles et d'obstinés.
Ce qu'il faut en réalité développer, ce
n'est pas le « pérlnde ac cadaver » c'est
au contraire la maîtrise de soi, c'est le
self gover liment intime, c'est la notion
de bien et de mal et la volonté de pra-
tiquer l'un et l'autre^ c'est en un mot
l'éclosion dans les cœurs d'une disci-
pline morale intérieure, personnelle et
spontanée. En appliquant la loi de sur-
sis aux punitions il arrive que l'élève
se surveille pour faire annuler la puni-
tion et qu'il prend ainsi l'habitude de
vouloir se maintenir dans la bonne voie
— 148 —
et les récompenses viendront alors
encourager ses efforts.
Peu de puDitions, Si nous avons réduit les punitions à
peu de récompen- . . . i . . .
ses. la privation de certains plaisirs et aux
réprimandes et même à moins que
cela, nous ne serons pas moins sobre
de récompenses. Il suffit de prendre la
contrepartie, de borner les récompen-
ses à certains plaisirs et à des approba-
tions ou à des éloges.
Le bien devrait L'idéal à réaliscr consisterait en un
être fait pour i i r i
ramourdubien. modc dc recompensc sans valeur
vénale ou matérielle dont l'effet concour-
rait à l'éducation de l'enfant c'est-à-dire
à son amélioration morale, car en
matière d'éducation^ nous ne saurions
trop le dire, tout doit servir à l'éduca-
tion. Le bien devrait être fait pour
l'amour du bien et non pour les avan-
tages qu'on en peut retirer, lesquels
viennent par surcroit.
C'est évidemment fort difficile à réa-
liser, cependant on doit essayer avec
l'idée qu'on réussira ainsi à bien diri-
ger l'enfant au mieux de ses intérêts
futurs.
Quel idéal !
— 149 —
Impossibilité de Certes toutes les indications que
régir tous les , , ,
cas particuliers nous venons de donner au cours de ce
par des règles , ., •-:*. • 'ii,
fixes. travail ne sauraient être prises a la let-
tre car il serait absurde de vouloir fixer
à l'avance d'une façon absolue des
règles générales alors qu'il existe tant
de cas particuliers.
« Il n'est pas possible d'indiquer une
peine particulière pour chaque faute,
il faudrait parcourir tous les vices du
cœur et de l'esprit et tous les effets des
passions de l'âme. Les supérieurs et les
surveillants doivent étudier les carac-
tères, les penchants, les défauts des
élèves et se conduire conséquemment
avec eux.... En général il faut punir les
enfants par le côté sensible que l'on
aura observé. » (Betsky, loc. cit.)
C'est en sachant appliquer à propos
les grands principes directeurs de l'édu-
cation que le maître fait preuve d'un
savoir faire si difficile à acquérir et
pour lequel il n'a pas trop de son amour
du travail et de son dévouement à l'en-
fance; ce qu'il faudrait souhaiter c'est
que le maître put appliquer ces princi-
pes non pas seulement selon chaque
— 150 —
cas, mais encore autant que possible
selon chaque enfant.
Il faut étudier le II scrait toutcfois chiniériquc, dit
enfants. M. BuissoN, de demander à nos maîtres
et à nos maîtresses d'école primaire de
traiter chacun de leurs élèves comme
Rousseau veut qu'on traite son Emile :
une analyse psychologique approfondie
et minutieuse qui ferait découvrir dans
le vif détail les nuances de chaque
caractère serait précieuse peut-être,
mais elle est absolument impossible.
En restant dans les limites des efforts
qu'on peut raisonnablemenl attendre de
l'instituteur et de l'institutrice que leur
demande-t-on? D'observer leurs élèves,
de les connaître assez pour approprier
au besoin les procédés de discipline et
d'enseignement aux traits essentiels du
caractère de chaque enfant. Qu'on ne
s'imagine pas que c'est chose secon-
daire ; qu'on ne voie pas dans cet effort
que nous demandons aux maîtres un
excès de zèle, une sorte de superflu. 11
y va du succès de l'éducation intellec-
tuelle et morale. On serait eff'rayé si
l'on pouvait se rendre compte du nom-
~ 151 —
bre d'éducations manquéeâ, dans les
classes populaires surtout, par ce seul
fait que l'on ne s'est pas préoccupé du
caractère de l'élève, que, comme le dit
une expression vulgaire, on n'a pas su
le prendre. Tel n'avait besoin que de
stimulants, l'amour-propre eut triom-
phé de la paresse ; les pensums et les
retenues ont échoué là où quelque
adroite parole d'encouragement aurait
fait merveille. Tel autre est accessible
au raisonnement ou aux bons senti-
ments mais se fait un point d'honneur
de braver les punitions ; il dépend de
vous d'en faire le pire des élèves ou le
meilleur, suivant que vous le gouver-
nerez en raison ou au rebours de son
caractère.
Cette nécessité de connaître le carac-
tère des enfants s'impose non seule-
ment à l'école, mais encore dans la
famille.
Les parents agiront d'autant plus effi-
cacement et d'autant plus facilement
qu'ils auront mieux pénétré Fâme de
leurs petits. Ils sauront punir avec jus-
tice, ils sauront surtout punir avec
— 152 —
mesure et avec à propos. S'il y a plu-
sieurs enfants dans la famille, ils sau-
ront faire en sorte que les punitions
données le soient avec assez de tact et
de justice pour qu'aucun des enfants
puisse se croire, moins aimé que ses
frères ou sœurs.
Aimez les enfants En résumé, aimcz les enfants; aimez
pf fR^jt^s IGUÏ* 31""
mer le travail IcS pOUr CUX pluS qUC pOUr VOUS, étu-
enl'aimantYous- t -, ,. . i i •
même. dicz-lcs patiemment et longuement,
gagnez leur confiance, donnez leur le
bon exemple et vous pourrez, avec peu,
très peu de punitions — ■ tout en évitant,
par suite d'une sensiblerie ridicule et
blâmable, la crainte d'avoir à sévir —
vous pourrez leur inculquer l'amour du
devoir, leur faire comprendre ce que
peu de jeunes gens modernes, veulent
comprendre: qu'il faut d'abord travail-
ler avant de vouloir jouir de la vie.
Vous pourrez en un mot arriver à en
faire des hommes, « après avoir déve-
loppé leur âme et leur corps de la façon
la plus complète pour le perfectionne-
ment et le bonheur de l'individu, pour
Futilité et la prospérité de la Société ».
153 —
Table des Matières
Chapitre I. — Qu'est-ce que faire l'éducation d'un
enfant ? La discipline est nécessaire. Elle doit maintenir, pré-
venir, réprimer. Gomme sanction de son droit d'éducation, le
père a le droit de correction. Le code limite le droit de correc-
tion paternelle. Les punitions corporelles dans la famille sont-
elles légitimes ? Que valent-elles en fait ? Faut-il les maintenir ?
Qui doit les administrer ? Différence de l'éducation familiale et
de l'éducation collective Pa2:e 11 à 21
•^fî'
Chapitre II. — Transmission de l'autorité paternelle au
maître d'école. Etude de l'évolution des châtiments corporels
dans les diverses doctrines pédagogiques. 1®^^ Période : Les
châtiments corporels sont universellement adoptés : Mencius,
Manou ; la pédagogie égyptienne; les livres sacrés des Hébreux ;
les Grecs : Ghrysippe, Aristophane ; les Romains : Plante,
Horace, Quintilien; les premiers chrétiens ; les écoles monas-
tiques ; Gerson Page 22 à 40
Chapitre lîï. — 2*^ Période : les châtiments corporels
sont encore employés mais on les codifie car les protestations
contre eux se font de plus en plus précises : Erasme, Rabelais,
Montaigne, P. Charron, Henri IV et ses successeurs, la Com-
pagnie de Jésus, la congrégation de l'Oratoire, les Petites
Ecoles de Port-Royal, Locke, Malebranche, Rollin, l'Institut des
Frères des Ecoles chrétiennes Page 41 à G8
- 154 —
Chapitre IV. — S*^ Période: transformation des idées
pédagogiques, suppression des châtiments corporels : J.-J.
Rousseau ; Bernardin de S*-Pierre ; Kant ; Règlement de Louis-
le-Grand 1769; la Révolution; le premier Empire ; Madame
Gampan; statut du 19 septembre 1809 revisant le règlement
de Louis-le-Grand de 1769 ; loi du 28 juin 1833 ; statut des
écoles primaires 25 août 1834 ; règlement relatif à l'admission
des enfants dans les écoles privées du 1^^ mars 1842 ; règle-
ment du 7 avril 1834 ; règlement des salles d'asile du 22 mai
1855 ; loi du 22 mars 1882 ; règlement scolaire modèle du 18
juillet 1882. Page 68 à 79
Chapitre V. — Mécanisme psycho-physiologique delà
correction corporelle. Dangers des châtiments corporels pour
Tesprit et pour le corps de l'enfant. Pour remédier à ces incon-
vénients on a proposé de laisser un certain temps, s'écouler
entre la faute et le châtiment corporel. Il faut différemment
conclure à propos des châtiments corporels selon qu'ils sont
appliqués dans la famille ou à l'école . . . Page 80 à 107
Chapitre VI. — Tant dans la famille qu'à l'école il y a
une question physiologique qui rend dangereuse la punition
manuelle. Châtiments corporels autres que les coups. Pros-
cription des châtiments matériels. Gomment agir sur les enfants?
Employer la douceur : supériorité de la douceur sur la vio-
lence, ne pas confondre la douceur avec la familiarité et la
mollesse. User des reproches et des réprimandes : difficulté de
savoir faire des reproches, l'amour-propre. Prêcher d'exemple :
importance des exemples donnés par l'éducateur.
Page 107 à 122
— 155 —
Chapitre VII. — Quelles punitions le maître doit-il appli-
quer ? L'exhortation, la réprimande, le pensum, la privation
de plaisir. Rapport delà médecine et delà pédagogie : on punit
certains enfants comme indociles alors qu'ils sont ou malades
ou anormaux. Rôle de la suggestion dans la réprimande.
Page 122 à 128
Chapitre VIII. — Suppression des punitions générales.
Il y a des fautes qu'il ne faut pas punir. Quels sont les carac-
tères des bonnes punitions? Les bonnes punitions doivent être
justes; rares; exactement subies; ni modifiées, ni supprimées
par un tiers; suivre de très près la faute; être proportionnées à
la faute ; être proportionnées à la sensibilité de l'enfant ; avoir
égard à l'âge du coupable ; tenir compte de l'état pathologique
de l'enfant; ne pas être opprimantes; tenir compte de l'état
social de l'enfant; être modérées; tenir compte des façons de
voir et de sentir de l'enfant. La loi de sursis à l'école. Peu de
punitions, peu de récompenses. Le bien devrait être fait pour
l'amour du bien, quel idéal ! Il y a impossibilité de régir tous
les cas particuliers par des règles fixes. Il faut étudier le carac-
tère des enfants. Aimez les enfants et faites leur aimer le tra-
vail en l'aimant vous-même Page 129 à 152.
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