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Full text of "Deux gentilhommes-poètes de la cour de Henry VIII"

HANDBOLND 
AT THE 



DEUX 

GENTILSHOMMES-POÈTES 

DE LA COU! DE HENRY VIII 



PARIS. — I II [' l\ I M E 1! I E G E NE li À I. E L A 11 L P. E 

9 , Il G E DE F I. F. CRUS, 9 



DEUX 






GENTILSHOMMES-POÈTES 



i>i: lv cour ni-: iiknkv vin 



P \ R 

EDMOND BAPST 

Secrétaire d'Ambassade 







PARIS 

LIBRAIRIE PLÛN 

!.. I'I.n.V MU RRIT et <:■% IMPRUIEl RS-ÉDITEI RS 

li DE CAR AN CIÈRE , 10 

I 8 fl I 
Tou s dro il s réser vés 



DEUX 

GENTILSHOMMES-POÈTES 

DE LA COUR DE BENRY VIII 



C'est une opinion assez répandue mit le continent 
qu'en Angleterre les rangs de la noblesse s'ouvrent 
sans trop grandes difficultés devant celui qui se fait 
valoir par un mérite quelconque; et, pour nous borner 
à un cas spécial ayanl rapport à la présente étude, 
nombre de gens croient que les souverains anglais sont 
les seuls qui, réalisant le vœu de Napoléon I er1 , récom- 
pensent par des titres nobiliaires le talent littéraire. 
Certainement, à l'appui de cette opinion, on peul allé- 
guer l'exemple de Sackville 8 , de Bacon 3 , de Granville*, 

1 « Si Corneille avait vécu de mon temps, je l'aurais fait prince. » 
- Thomas Sackvillo, poète du xvi siècle, créé lord Buckhurst par la reine 

Kli/abeth et comte de Dorsel par Jacques I : de lui descendent par les 

femmes le comte de la Warret lord Sackville. 

3 François Bacon, chancelier de Jacques I ' et auteur du Novum Organum 
(1561-1026); créé successivement lord Verulam et vicomte de Saint- 
Alhans. 

4 George Granville (4667-1755), poète, créé vicomte de Lansdowi 
la reine Anne. 

ItF.CX c. l:\1ll -Ih.MMI 5-POl - I 



2 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

de Bulwer 1 , de Macaulay 2 , de Tennysson 3 , et d'autres 
encore, qui, grâce à leurs écrits, sont entrés dans la 
Chambre des Lords; mais tous ces auteurs, abstraction 
laite de leurs productions, étaient susceptibles d'obte- 
nir la pairie, en raison soit de leur grande fortune, soit 
de la position sociale qu'ils occupaient, soit encore de 
leur participation aux choses de la politique. Un écri- 
vain qui n'a que son seul bagage littéraire ne parvient 
pas à la noblesse, pas plus en Angleterre qu'ailleurs 1 . 
Ce qui est vrai, c'est qu'en Angleterre la classe élevée 
de la société s'occupe — ou, pour parler plus exacte- 
ment, s'occupait jadis — de littérature avec une activité 
qu'ignorait la classe analogue dans les autres pays' 1 ; 
telle est la raison qui a fait compter tant d'écrivains 
parmi les membres de la Chambre des Lords. Au 
siècle dernier, Horace Walpole, qui lui-même appartint 
a cette Chambre, a publié un catalogue des Lords an- 
glais qui avaient été auteurs littéraires ; or ce cata- 
logue comprend quatre volumes! Sans doute, Walpole 
est trop généreux; il pèse peu les titres de ceux qu'il 
admet dans sa liste, mais il n'y admet que des Lords 



1 Edward Bulwer, romancier et auteur dramatique, créé lord Lytlon 
par la reine Victoria ; il est le père du comte de Lytton, actuellement Am- 
bassadeur d'Angleterre à Paris. 

2 Macaulay, historien et essayst, créé lord Macaulay par la reine Vic- 
toria. 

3 Alfred Tennysson, le présent poète lauréat de la Cour d'Angleterre, 
créé lord Tennysson en 1884. 

4 Ainsi, parmi les romanciers, Bulwer et Baillie-Cochrane (lord La- 
mington) sont devenus pairs du Royaume, tandis que Dickens et Thackeray 
restaient simples eommoners; de même, chez les poètes, on peut citer 
Milnes-Monckton (lord lloughton) et Tennysson en regard de Shelley et de 
Swinburne. 

5 La même assertion s'applique dans une certaine mesure à l'Ecosse; 
elle est tout à fait hors de mise pour l'Irlande. 

G Horace WalpoleEarl of Orford's Catalogue of royal and noble authors. 



DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUB DE HENRI Mil 

ou lout an moins des gens auxquels ta courtoisie accorde 
ce titre (Lords by courtesy); combien eût-il composé de 

volumes, s'il avait également énuméré les baronets, 1rs 
honourables, les chevaliers qui furent aussi auteurs 1 ? 

Disons-le en passant, ce goûl pour la littérature que 
témoignait autrefois la haute société anglaise •'■tait loul 
à son éloge, étant donné que chez elle les idées de déro- 
geance n'ont jamais eu que peu de cours et qu'elle pou- 
vait se livrer à toutes sortes d'autres occupations. \u 
xvi e siècle, si l'on ne voyait pas à Londres les grands sei- 
gneurs devenir loueurs de voitures et les grandes dames 
devenir modistes, ainsi que le sont aujourd'hui tels et 
telles de leurs descendants, on voyait un duc de Norfolk 
se l'aire courtier en marchandises 3 ; et certes personne 
ne songea à le moins considérer à cause de sou négoce. 

Une des époques où les gentilshommes se sont peut- 
être le plus adonnés à la littérature est le règne de 
Henry VIII. Bien que la noblesse fût alors fort réduite 
par suite des grands carnages de la guerre des Deux 
lloses, elle produisit en peu d'années toute une pléiade 
d'auteurs, lord Berners 3 , lord Rochford, sir Thomas 



1 Les temps sont changés : il y a quelques années, le Times a relevé le nom 
des auteurs qui faisaient alors partie de La Chambre Hante; la liste esl bien 
maigre. (Times, n°du 10 août 1886. — The authors in (lie Huuse of Lords.) 

- Thomas Howard, duc de Norfolk, père de lord Surrev dont nous racon- 
tons la vie. En 1524, il trafiquait en Belgique (Archives du Record Office 
de Londres. — Letlers and Papers foreign and domestic edited by 
S. Breirer and J. Gaivdner, vol. IV, n° 647); en 1535, dans les îles de 
l'Archipel, particulièrement à Chio (Richard Hakluyt's The principal navi- 
gations, voyages, trafiques and discoveries oftheEngîish nation, vol. IV. — 
Anoiher voyage to the isles ofCandia and Scio niade by Matlhcw Gonson 
about Ihc year 1555). Les entreprises commerciales du duc de "Norfolk ne 
détournèrent pas son fils de la poésie. 

3 John Bourchier, lord Berners, fils de sir Bumphrey Bourchier et 
d'Elizabeth Tilney. 11 traduisit en anglais la chronique de Froissai! et les 
romans d'Arthur et de Hugues de Bordeaux. Il mourut en 1532. 



4 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Wyat 1 , sir Francis Bryan 2 , lord Stafford 5 , lord Morley 4 , 
lord Yaux s , lord Surrey 6 . Horace Walpole en nomme 
d'autres encore 7 . 

1 Sir Thomas Wyat (1505-1542), fils du trésorier de Henry VIII, sir 
Henry Wyat; il a laissé un volume de poésies encore très estimées de nos 
jours. Nous reparlerons de sir Thomas Wyat au cours de cette étude. (Vie 
de lord Surrey.) 

2 Sir Francis Bryan, fds de sir Thomas Bryan et de Marguerite Bour- 
chier, et neveu de lord Berners que nous venons de citer. Voici ce que 
Drayton dit de lui (Of pocls and poesy) : 

Bryan had a share 

With the two former (Wyat and Surrey), whi'ch accounted are 
That time's best makers and the authors were 
Of those small poems winch the tille hear 
Of songs and sonets. 
Les poésies de Bryan publiées dans le TotteVs Miscellany sans nom d'au- 
teur et jièle-mêle avec celles de lord Rochford, lord Vaux, etc., n'ont pu 
jusqu'à ce jour être discernées. Sir Francis Bryan mourut en 1548. 

3 Henry, lord Stafford, fds d'Edward Stafford, duc de Buckingham : 
« Vir multarum rerum ac disciplinaruin notitià ornatus, e latino in an- 
glicum sermonem eleganter vertit : Utriusque poleslalis differentiam, 
unum librum quein Edwardus Fo\us, Herefordensis episcopus, edidisse 
fertur. » (Baie, Scriplorum illustrium Majoris Britannix cataloyus.) Il 
fut aussi poète; nous aurons l'occasion de citer une de ses pièces. (Vie de 
lord Surrey, chap. i.) Il mourut en 1558. 

4 Henry Parker, lord Morley : « Air litteris clarus ac generis nobilitate 
conspicuus, in anglico sermonc edidit : comœdias et tragœdias, libros 
plures; Vitas sectariornm, librum unum; rhythmos quoque plures. Cla- 
ruit senex anno 1540. » (liale, opère cilalo.) 

'■'' Thomas, 2 e lord Vaux of Ilarrowden (1510-1557), a écrit des pièces 
de vers qui se trouvent perdues dans le Toltel's Miscellany, le Mirrour 
for maaislrates et autres recueils contemporains. On a pu établir l'identité 
de deux ou trois de ses poésies; ainsi il est l'auteur de la chanson que 
Shakespeare met dans la bouche de son fossoyeur au cinquième acte de 
Hamlet. Lord Vaux actuel descend du poète par les femmes. 

6 Presque tous ces auteurs étaient parents les uns des autres. Ainsi les 
deux dont nous racontons la vie, lord Bochford et lord Surrey, étaient 
cousins germains; leur grand'mère commune, la comtesse de Burrey, était 
par son premier mariage avec sir Iluinphrey Bourchier la mère de lord 
Berners et la grand'mère de sir Francis Bryan. En outre, la femme de lord 
Rocliford était la petite-fille de lord Morley; et la mère de lord Surrey 
était sœur de lord Stafford. 

7 A savoir Edward Seymour qui devint successivement lord Beauchamp, 
comte de Hertford et duc de Somerset; son frère sir Thomas Seymour 
qui devint lord Seymour of Sudeley; H lord Sheffield. 



DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE I \ COUR DE HENRI VIII. 

Ces gentilshommes cultivèrent de préférence la poésie 
et le genre élégiaque; choix qui s'explique aisément. 
Vivant sous la domination tyrannique de Henrj Mil, 
forcés de s'astreindre à lotîtes sortes de dissimulations 
el de bassesses pour ne pas éveiller les soupçons du 
maître, ils aimaient à détourner de leur espril la pensée 
de la servitude el à tromper par les fictions de leur ima- 
gination les tristes réalités du moment. Toujours sous 
le coup de supplices que quelques-uns d'entre eux subi- 
rent effectivement, ils ne parlèrenl qu'< ts couverts 

des misères qu'ils avaienl sous les yeux; et, au con- 
traire, se créant, à la manière de Pétrarque, «les maî- 
tresses plus ou moins imaginaires, ils en célébrèrenl 
les charmes ou en déplorèrent les rigueurs. 

Entiv ces gentilshommes-poètes, nous avons choisi 
les ilcnx qui brillèrent d'un éclat [tins vif à la Cour de 
Henry Mil et dont la vie peut être considérée comme le 
type de celle que menèrent tous leurs émules. Le pre- 
mier de ces deux poète-, lord Rochford, n'a pas jus- 
qu'ici, à notre connaissance, été l'objet d'aucune étude ; 
dire ce qu'il a fait n'est donc pas tout à lait oiseux. La 
vie du second, d'autre part, quoique contée maintes 
lois, ne Ta encore jamais été avec exactitude; dans le 
principe, on a fait de lui un héros fantastique 1 ; et 
depuis, lorsque la légende édifiée sur son nom a été 
détruite, les biographes ont travesti sou caractère el -nu 
rôle, le posant tantôt comme un philosophe en avance 
sur son siècle et un propagateur de la Réforme en 
Angleterre', tantôt comme un révolutionnaire rétro- 



1 Voir notre dernier chapitre sur I' 1 comte de Surrey. 

- Voir la biographie que le D r Nott a un-'' en tête de son édition des 
œuvres de Surrev : Works of Henry Howard, Karl of Surrey, ediled by 
Y. C. Nott. 



G DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

grade et un conspirateur désireux de renverser du trône 
la dynastie des Tudors pour la remplacer par sa propre 
famille 1 . Il nous a paru utile de rétablir les faits et de 
montrer à l'aide des documents contemporains ce que 
fut vraiment le comte de Surrey. 

Isaac d'Israël i, le père du grand ministre anglais lord 
Beaconsfield, a écrit ces lignes : « S'il était possible de 
reconstituer la vie ou, pour mieux dire, l'histoire 
psychologique de ce poétique comte de Surrey, nous 
aurions devant les yeux le spectacle vivant d'un génie 
brillant, de passions élevées et d'un enthousiasme 
romantique. Malheureusement nous ne connaissons 
que peu de chose sur le Comte, seulement la part qu'il 
eut à quelques événements publics. Mais l'empreinte 
de ses pas montre quelle était sa taille; et quoique 
ignorant presque tout de lui, nous devinons sa supé- 
riorité". » 

L'ouverture au public des archives des divers pays a 
révélé sur lord Surrey bien des détails ignorés du temps 
d'Isaac d'Israëli et dont la connaissance permet d'écrire 
la biographie qu'il souhaitait. Avons-nous réussi à 
produire le brillant portrait qu'évoquait le critique 
anglais? le lecteur en jugera. 

1 C'est ainsi qu'il est dépeint par Fronde (History of England from llic 
fait of Wolsey to the defcat of'the Spanish Armada, vol. IV, passitn). 

- Isaac d'Israëli's Amenities of literature (llie Earl of Surrey and 
Thomas Wyat) : « Could the life, or wliat we hâve of late called flic psy- 
chological history of tliis poetic Earl of Surrey he now writtén, il would 
assuredly open a vivid display of fine genius, high passions and romanlic 
enthusiasm. Lit t!e is known, save a few puhlic events; hut the print of 
•he footsteps show their dimension. We trace the excellence, while we 
know hut liltle of tlic person. » 



GEORGE BOLEYN 

Vicomte ROCHFORD 



CHAPITRE PREMIER 

Origines de la famille Boleyn. — Enfance de George Boleyn. 
Son caractère. 



La famille à laquelle appartenait George Boleyn 
n'était pas d'illustration très ancienne. Le premier du 
nom qui soil mentionné dans les archives est son 
arrière-grand-père Geoffrey Boleyn, marchand de la 
Cité de Londres. Celui-ci sut faire assez brillamment 
son chemin dans le monde; par son mariage avec la fille 
d'un Pair du Royaume, il prépara l'admission de ses 
descendants dans la Chambre des Lords, et lui-même 
devint Lord-Maire et chevalier. Après lui, la situation 
de la famille fut embellie par suite d'une alliance 
heureuse que contracta son fils William avec une fille 
d'un seigneur irlandais, Thomas Butler, cousin du 
comte d'Ormond; en effet, le jeu de la mort lit bientôt 
passer les titres et les biens fort considérables de ce 
Comte entre les mains de son cousin Thomas Butler, et 
comme ce dernier n'avait pas de fils, ses filles notam- 



8 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY YIIl. 

ment la femme de sir William Boleyn, se trouvèrent 
tout d'un coup destinées à recueillir un jour une fortune 
inattendue. Grâce à cette circonstance, le fils aîné de 
sir William Boleyn, Thomas, put facilement épouser 
lady Elizabeth Howard, fille du comte de Surrey 1 . 

Lady Elizabeth n'était pas, au point de vue pécuniaire, 
un bien beau parti, les Howards ayant été ruinés, à 
l'issue de la guerre des Deux Roses, par le triomphe de 
la maison de Lancastre; mais, au point de vue politique, 
Thomas Boleyn n'aurait pu faire un meilleur choix. 
Son beau-père, le comte de Surrey, était grand trésorier 
du Royaume et le conseiller très écouté de Henry VU; 
l'aîné de ses beaux-frères, lord Thomas Howard, venait 
d'épouser la propre sœur de la Reine; un autre, lord 
Edward Howard, était grand amiral. Thomas Boleyn 
était donc sûr de trouver dans sa nouvelle famille de 
puissants appuis. 

Son mariage avec lady Elizabeth Howard dut se 
célébrer dans les dernières années du xv" siècle et leur 
fils George dut naître dès le début du xvi e . Comme c'est 
le cas pour presque tous les personnages de cette 
époque, la date précise de la naissance de ce dernier 
ne nous est donnée par aucun texte, de sorte qu'on 
peut seulement la déterminer approximativement à 
l'aide d'inductions. Heureusement nous savons qu'avant 
d'avoir complété sa vingt-septième année, George Boleyn 
fut appelé à remplir une charge dans la Chambre du 
Roi 2 ; et nous savons aussi qu'au mois de juin 1528 il 



1 On trouvera dans la seconde partie de cet ouvrage tous les détails 
nécessaires sur la famille Howard. 

2 « My Soveraign Lord in his Chamber did me assay 

Or yeres thryes nine my life had past away. » 
(George Cavendish's Metrical visions. — Lord Rochford.) 



ORIGINES DE I \ ! MILLE BOLEYN. y 

était attaché, depuis quelque temps déjà, à la personne 
de Henry VIII ou qualité d'écuyer du corps [squire <>u 
esquire of the bodyY . En rapprochanl l'une de l'autre 
ces deux données, on est amené à rapporter la 
naissance <l*' George Boleyn à l'année 1500 ou à 
l'année 1501*. 

l'eu de chose est connu sur l'enfance de notre héros. 
Son instruction dut être soignée : car il a lai^-sr chez 
ses contemporains une réputation tic bon littérateur 3 , 
et non- possédons trois ou quatre pages entièrement 
écrites de sa main 4 qui dénotenl chez lui une régularité 
de style et une consistance orthographique bien rares à 
eelte époque chez le- Anglais. En dehors do sa langue 



1 II est mentionné pour [a première fois avec le titre de squire of the 
body dans <li*- lettres patentes datées 'lu 26 septembre 1528 I Record I Iffice, 
Patents 20 Henry VIII,part 1 ', membrane 20 lh ); mais il exerçai! certaine- 
ment ces fonctions au mois de juin précédent. (Lettre de Henry \ III à Anne 
Boleyn, juin 1528. — Love letters, n .". publication de H.-A. Crapelet. 
Le service du squire of the bwly de va il peu différer de celui du gentleman 
ofthe Chamber; car Henry Mil ayanl à traduire en français le premier de 
ces titres, se sert de l'expression : gentilhomme delà Chambre, C'est ainsi 
qu'il qualifiait George Boleyn dans une lettre adressée au grand maître de 
la Maison de François I ', le S octobre 1529. (Bibliothèque nationale, Fonds 
français, 5005, fol. 25): et pourtant les fonctions remplies à cette époque 
par Boleyn dans l'hôtel de Henry Mil étaient bien celles de squire oftltc 
body, puisque le mois précédent il en avait reçu le traitement d'avance 
pour toute une année à courir. (Comptes de la Chambre du Roi conservés 
au Record Office el publiés dans les Letters and Papers, vol. \ . pages 503 

el suivantes.) Ce payement en septembre 1520 du traite ni annuel de 

Boleyn indiquerait-il que sa nomination avait été faite une des années pré- 
cédentes également en septembre? En i e cas elle daterait de 15 v 27. 

- M. Paul Friedmann (Anne Boleyn, chap. i'i dit qu'Anne Boleyn était 
plus âgée que son frère; si cette assertion est exacte, Sanders (Vera et 
sincera historia schismatis Anglicani) a donné la vraie dal • de la nais- 
sance d'Anne en indiquant I 199. 

5 Voir à ce sujet le dernier chapitre. 

' Il existe, il est vrai, dans les divers dépôts d'archives un assez grand 
nombre de lettres signées par lord Rochford; mais elles ne sont pas de sa 
main; deux seulement sont holographes. La première, écrite en fé- 
vrier 1550, se trouve nu Record Office; elle a et cataloguée par M. Brewer, 



Kl DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

maternelle, George Boleyn connaissait à fond le fran- 
çais, ainsi que le prouvent les ambassades incessantes 
que, même en ses temps de disgrâce, il fut chargé, de 
préférence à tout autre, de remplir dans notre pays; 
il entendait aussi le. latin et l'italien, mais de son 
propre aveu, n'était capable de les écrire correctement 1 . 

Si l'instruction de George Boleyn fut bonne, on ne 
saurait en dire autant de son éducation proprement 
dite. Dès l'âge de quatorze ans, peut-être avant, il 
devait prendre part à ces mascarades que Henry VIII 
aima toujours à organiser, mais dont ce Roi, encore 
mal assuré dans la débauche, se servait alors pour 
satisfaire avec moins de contrainte, à l'aide d'un dégui- 
sement, ses amours adultères. C'est ainsi que le jour de 
Noël 1514, il figura dans une mascarade où Henry VIII 
tenait un rôle à côté de sa maîtresse du moment, 
Élizabeth Blounl 2 . 

Mais les scandales de la Cour ne constituaient que 
la moindre partie des mauvais exemples que le jeune 
Boleyn avait sous les yeux; chaque jour dans sa propre 
famille il devait contempler le spectacle de la corruption 
la plus éhontée. Son père, Sir Thomas Boleyn 3 , carac- 
tère vil et intéressé, ne reculait devant aucune bassesse, 
dès qu'il s'agissait de faire un profit quelconque, soit 

mais rapportée par lui à une fausse date. (Lelters amlPapcrs, etc., vol. V 
n° (3559). La seconde, du 14 novembre 1554, est au British Muséum, dans 
la collection' Cotton. (Vespasian F. XIII, fol. 108.) Nous les citerons toutes 
les deux dans notre récit. 

1 Lord Rochford à X..., février 1550 (c'est précisément la première 
des deux lettres mentionnées dans la note précédente) : « I can nether 
Avright latin nor ilalian well. » 

- Accounls of revels drawn up at the King's order (Record Office) 
publiés in exlenso par M. Brewer. (Letters and Papers, etc., vol. II. 
n°1501.) 

"■ Il avait été créé chevalier en 1500 à l'avènement de Henry VIII. 



ORIGINES 1H: LA FAMILLE BOLEYN. Il 

en argent, soit en honneurs. On l'a accusé d'avoir 
prostitué >a femme à Henry VIII; le l'ail n'est pas claire- 
mont établi, mais il n'esl que Irop certain qu'il aban- 
donna successivement ses deux Biles au caprice «In Roi 
et qu'il se lit même largeménl récompenser de leurs 
turpitudes. Quand on livre ses enfants, on peut bien 
livrer son épouse 1 . 

A la suite d'une pareille éducation, quel homme 
pouvait être George Boleyn? Certes la nature l'avait 
richement doué; non seulement il possédait à un très 
liant degré les avantages physiques"; ses qualités mo- 
rales étaient pins remarquables encore : imagination 
brillante, esprit vit' et plein de ressources, caractère 
énergique et entreprenant, cœur ardent, grande force 
d'âme, volonté tenace sans pourtant être opiniâtre; que 
manquait-il à George Boleyn pour devenir un des per- 
sonnages les plus influents de son époque? Hélas! il lit 
le plus souvent un triste usage de ces beaux dons, les 
employant surtout à contenter les appétits de débauche 
([n'avaient fait naître en lui de très bonne heure les 
pernicieux exemples dont il était entouré. George Boleyn 
mit sa gloire et son étude à être le séducteur le pins 
heureux de la Cour d'Angleterre, et il ne réussit que 

i Dans le ms. Cleopatra E. IV (fol. 99) de la collection Cotton (British 
Muséum) se trouvent relevées certaines paroles prononcées à ce sujet par 
une (hune de la Cour : « Item she rehersed my lady Anne (Boleyn) shold 
be hurnvd, for she is a harlot... and lliat llie Kinge had kept both llic 
mother and tlie dowghters and lliat my Lorde of Wiltshire (sir Thomas 
Boleyn) was bawde both to bis wifand bis two dowghters. «Voir aussi une 
lettre de sir George Throgmorton à Henry VIII conservée au Record Office 
et publiée par M. Brewer dans son introduction au IV volume des Lelters 
and Papers (page 324). 

- « God gave me grâce; dame Nature did lier pari. 
Endewed me with gyfls of uatural qualifies. 
(George Cavendish's Melrical visions. — Lord Rochford.) 



12 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

trop bien dans cette tâche 1 . Telle fut, jusque vers la 
fin de l'année 15"29, l'occupation presque exclusive du 
jeune homme. A partir de cette date, il eut de temps 
en temps un champ plus noble ouvert à son activité et 
à plusieurs reprises il se distingua comme diplomate. 
Avec l'âge qui l'eût mûri et calmé, il serait vraisembla- 
blement devenu homme d'État et aurait pris une part 
considérable au gouvernement de son pays; malheu- 
reusement la tyrannie de Henry Y1II abrégea sa carrière; 
il lui fut, du moins, donné de mourir avec dignité et 
de racheter par ses derniers moments tous les déborde- 
ments de sa vie. 



1 « My lyfe not chaste, my lyving bestyall; 

I forced wydowes, maydens I did deflower; 

AU was oon to me, I spared none at ail ; 

My appetite was ail women lo devoure, 

My study was both day and howr 

My onleafull lechery how I might fulfill, 

Sparyng no woman to hâve on hyr my wyll. » 
(Ibidem.) Cavendish qui, en qualité de secrétaire du cardinal Wolscy, 
premier Ministre de Henry VIII, avait été durant plusieurs années le spec- 
tateur de tous les événements de la Cour, pouvait parler en connaissance 
de cause des bonnes fortunes de George Boleyn dont, sans doute, il avait 
vu les débuts dans le monde. 



CHAPITRE 11 

Jeunesse de George Boleyn. — Son mariage. 
Il devient vicomte Rochford. 



De même que sur son enfance, nous connaissons peu 
de chose sur la première jeunesse de George Boleyn. 

Kn IM!>, son père fut nommé Ambassadeur en 
France: il s'agissait de préparer l'entrevue que devaient 
avoir et qu'eurent, en effet, l'année suivante, François I" 
et Henry VIII, et qui est connue dans l'histoire sous le 
nom d'Entrevue du Camp du Drap d'or. Comme il fal- 
lait régler de tous points le cérémonial à observer, les 
négociations furent longues, et sir Thomas Boleyn resta 
en France durant près d'un an. Son Fds l'accompagnait- 
il'.' L'hypothèse est fort probable; elle donne, en tout 
cas, une explication de cette connaissance parfaite de 
notre langue par laquelle George Boleyn se distinguait 
el qu'il eut difficilement acquise s'il n'était venu pour 
la première fois dans notre pays qu'à l'âge de près de 
trente ans. 

Mais, hâtons-nous de le dire, aucun texte ne con- 
firme cette supposition. Au surplus, les documents con- 
temporains sont presque absolument muets sur le 
compte de George Boleyn jusqu'à l'année 152G; ils ne 
le mentionnent qu'à l'occasion de quelques donations 



14 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE lll.M'.V VIII. 

que lui fit le Roi dans le but d'acheter ou de payer sa 
complaisance. Henry VJ1I, nous l'avons déjà dit, fut 
successivement l'amant des deux misses Boleyn; et, 
d'abord pour gagner leurs faveurs, ensuite pour les en 
récompenser, il sema les largesses autour d'elles. Leur 
père, sir Thomas Boleyn, prit des deux mains tout ce 
qu'on lui offrit; leur frère n'eut guère plus de ver- 
gogne. Appelé, en vertu du droit successoral anglais, à 
recueillir un jour tous les biens fonciers que les séduc- 
tions de ses sœurs obtenaient pour son père, il accepta 
encore des donations directes du Roi. C'est ainsi qu'au 
mois d'avril 1522 il reçut la survivance de trois charges 
lucratives, mais viagères, données à sir Thomas dans la 
mouvance royale 1 , à savoir : la sénéchaussée et la capi- 
tainerie des chasses du manoir de Tunbridge, le bail- 
liage du château de Brasted, et l'intendance de celui de 
Penshurst 2 . Deux ans plus tard, un nouveau présent 
plus considérable fut fait à George par Henry VIII : 
c'était le manoir de Grymston dans le comté de Norfolk". 
Ces faveurs étaient dues à Mary Boleyn, la sœur 
cadette de George. Mariée le 4 février 1520 à un gentil- 
homme de la Chambre, William Carey, elle avait depuis 
lors habité les palais royaux toutes les fois que son 
mari était appelé à prendre son service. Ainsi elle se 
trouvait souvent à portée des regards du Roi, et elle fut 
bientôt admirée par lui. C'en était fait désormais de la 



1 Record Office, Patents 14 Henry VIII, part 1", membrane 2i'\ 

2 Ces trois châteaux situés dans le comté de Kent existent encore. Pens- 
hurst, aliéné par Edward VI à la famille Sidney, est resté depuis lors en 
la possession de celle-ci et appartient aujourd'hui à son chef lord de l'isle. 
Brasted a été illustré parle passage de Napoléon III; c'est de là qu'il 
partit pour son expédition de Boulogne. 

5 2 juillet 15'24. (Record Office, l'atents 16 Henry 17//, part 2 nd , 
membrane 15 ,h .) 



JEUNESSE DE GEORGE UOJ l \ S IJ> 

passion de Henrj pour Ëlizabeth Blount; il s'en débar- 
rassa m la 1 1 la lia m ( au loin à un gentilhomme obscur 
du Lincolnshire, sir Gilbert Talboys; ri il lui (oui entier 
à l'amour de M w Carey donl la résistance ne paraît pas 
avoir été longue. M™ Garej était une femme d'humeur 
facile ei de caractère faible; elle pécha par sensualité, 
mu) par cupidité m par ambition; il faut même dire, à 
sa décharge, qu'elle n'abusa point de sa domination sur 
le Roi; (die semble n'avoir rien demandé pour elle- 
même 1 , ei si les sien>, notamment son père', obtinrenl 
quelque chose, c'esl qu'ils surent exploiter une situa- 
tion donl elle ne proOtail pas. 

Tout autre que .Mary Boleyn étail sa sieur aînée Anne. 
qui la remplaça dans l'esprit de Henry'. Emmenée en 
France en 1514 par la princesse Marj Tudor qui allait \ 
épouser le roi Louis XII. (die était restée dans notre pays 
alors que sa royale maîtresse, devenue \euve, regagnait 
l'Angleterre. La Cour de François 1 er n'était pas une 
bonne école pour apprendre la vie à une jeune lille; 
ahandonnée au milieu d'une société dissolue, Anne 
perdit tout sens moral et développant les germes mau- 
vais que la nature avait s;ms doute mis en elle, elle 
devint non seulement sensuelle comme tous ceux de 



1 Nous verrons qu'après la mort de son mari, William Carey, fil' 1 se 
trouva dans la gêne. 

- Sir Thomas Boleyn fui successivement nommé Trésorier de la Maison 
du Roi (24 avril 1522), sénéchal el capitaine des chasses à Tunbridge, 
bailli ii Brasted, intendant à Penshurst (29 avril 1522); gardien des parcs 
de Thundersley dans le comté d'Essex el de Westwood dans celui de 
Nottingham (1523); sénéchal de Swaffham dans le Norfolk (1524), enfin 
pair d'Angleterre avec le litre de vicomte Rochford (là juin 1525). 

: ' La date de la naissance d'Anne demeure incertaine; mais depuis les 
publications de M r Friedmann | [nne Boleyn, appendix A) el de M' Round 
[Early life of Anne Boleyn), il est hors de doute qu'elle étail plus âgée 
que mi sœur. 



16 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

sa race, mais artificieuse et intéressée. Enfin, en jan- 
vier 1522, au bout de près de huit ans de séjour en 
France, elle fut contrainte par les menaces de guerre 1 
de revenir en Angleterre; c'était au moment où son 
père, par suite de sa nomination aux fonctions de Tré- 
sorier de la Maison du Roi (Treasurer ofthe household), 
allait obtenir un logement à la Cour 2 . Anne n'étant pas 
mariée devait habiter avec lui, et ainsi elle fut bientôt 
connue de Henry. On se tromperait en croyant que dès 
le premier abord elle captiva le cœur de celui-ci; il 
était lent, en effet, k considérer chez une femme autre 
chose que les attraits physiques 3 ; or Anne n'était pas 
belle 4 , et il fallut que plusieurs années s'écoulassent 
avant que le charme incontestable de ses manières et 
de son esprit eût fait impression sur le Roi. D'après 
Shakespeare, qui dans sa tragédie de Henry VIII a 
reproduit les dires de la tradition populaire, ce serait 
seulement vers la fin de l'année 4525 qu'au cours d'un 
bal masqué chez le cardinal Wolsey le monarque amou- 
reux se serait déclaré à Anne 5 ; en l'absence de toutes 
autres données, nous pouvons nous en tenir à celles 
très vraisemblables que nous fournit le poète et accepter 
notamment la date qu'il nous indique. 



1 La rupture entre les deux pays eut lieu le 29 mai suivant. 

2 La nomination de sir Thomas est du 24 avril 1522. 

7 > Sa conduite vis-à-vis d'Anne de Clèves en est la meilleure preuve; au 
bout de quelques mois de mariage, il répudia cette princesse dont la lai- 
deur lui répugnait; puis, le divorce prononcé, il découvrit chez elle un 
certain charme et il la garda près de lui jusqu'à la fin de son règne. 

1 Sans parler des portraits peints qui restent d'elle, nous trouvons dans 
les révélations de George Wyat, le petit-fils de son amant (Extracts frotn 
the lij'c. of Queen Anne Boleyn), la confirmation de tout ce que Sanders a 
écrit sur son physique. (Vera et sinecra historia schismatis Anglicani.) 

5 Henry VIII, acte I, scène îv. — Le père d'Anne étant appelé vicomte 
Rochford, la scène se passe après le 18 juin 1525. 



JEUNESSE DE GEORGE BOLEYN. 17 

Henry croyait trouver dans Anne Boleyn une per- 
sonne de composition aussi facile que sa sœur Mary; il 
fut déçu. Ce n'est pas que la nouvelle favorite eut des 
scrupules; elle était certainement alors, bien que la 
liaison fût cachée avec soin, la maîtresse du poète 
Thomas Wyat 1 , et sa sensualité la disposait à prêter 
l'oreille aux avances d'autres amants*. Mais ayant vu 
de quelle manière cavalière Henry VIII avait traité 
Elizabeth Blount, quoique celle-ci lui eût donné un 
fils, et ayant encore sous les yeux l'exemple de sa 
propre sœur Mary qui chaque jour s'enfonçait davan- 
tage dans l'oubli et l'obscurité, elle ne voulait pas 
s'exposer à un sort semblable et entendait ne se livrer 
qu'après s'être assuré, pour le jour de sa disgrâce, une 
belle situation indépendante. S'étant tracé cette règle 
de conduite, elle ne s'en écarta pas une minute, et elle 
marchanda au Roi la moindre faveur : d'abord, pen- 
dant plus d'un an, elle affecta de ne pas croire à la sin- 
cérité des déclarations de Henry; puis, quand celui-ci 
devint plus pressant, elle joua la vertueuse et pour se 
défendre invoqua sa prétendue pudeur de jeune fille. 
Dans le principe, sans aucun doute, elle n'avait d'autre 
but que de mettre le plus possible à profit les senti- 
ments du Roi ; mais bientôt reconnaissant que l'amour 
de celui-ci croissait de jour en jour, l'entendant même 
dire que pour elle il divorcerait avec son épouse légi- 
time Catherine d'Aragon, elle se demanda pourquoi 
elle ne le prendrait pas au mot et ne s'assiérait pas à 



1 Outre les révélations déjà citées de George Wyat, on peut voir à ce 
sujet Nicolas Harpsfield's Treatise on tlie pretended divorce beiween 
Henry VIII and Kalharine of Aragon. (Edited hy the Camden Society.) 

- Nous supposons que vis-à-vis de sir Henry Percy, qu'elle désira un 
moment épouser (en 1522 ou 1525), Anne ne faillit pas à la morale. 

DEUX GEKTILSHOMîreS-POi u - - 



18 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

côté de lui sur le trône à la place de cette dernière. 
L'entreprise était hardie et exigeait, de la part de celle 
qui la tentait, une rare habileté; il est vrai qu'aveuglé 
par l'amour, Henry ne considérait ni les difficultés, ni 
les conséquences d'un divorce avec la tante de l'Empe- 
reur 1 et d'un mariage avec une simple sujette, — cir- 
constance qui facilitait beaucoup la tâche d'Anne; — 
mais il fallait encore que jusqu'au dénoûment elle sût 
se maintenir sans rivale et toute-puissante dans le 
cœur de l'homme le plus capricieux qui fût au monde, 
et aussi qu'elle le persuadât, en dépit de sa conduite 
passée, que jamais en dehors du mariage elle ne céde- 
rait à des poursuites amoureuses. L'adresse que déploya 
Anne pour arriver à ses fins fut admirable : faisant 
taire sa nature, elle mena pendant plusieurs années la 
conduite d'une femme vertueuse, et cependant par des 
coquetteries sagement réglées elle ne cessa d'activer 
chaque jour la passion de Henry. 

Ce jeu rapporta beaucoup à la famille Boleyn; le Roi 
la comblait de faveurs, lâchant ainsi de se rendre 
agréable à Anne. Nous mentionnerons seulement ici 
ce que recul George Boleyn : en 1526, il fut nommé 
échanson 2 , charge peu importante, mais qui conférait 
la bouche de cour, c'est-à-dire le droit d'être logé et 

1 Catherine d'Aragon était sœur de Jeanne ta Folle, mère de Charles- 
Quint. .. 

■ Pièces diverses coneernanl la Maison du Roi publiées dans le recueil : 
Letters and Papcrs (vol. III, n° 1959, parag. 14). « Yong Bolleyn to hâve 
XX" yeerlv above the profits lie hath gottyn lo hym and hys wyfe to lyve 
herapon, and also to admvt hym to Le one of the kupberers when the 
Kyng dvnyth owt. » La date de cette pièce est donnée parce qu'elle 
mentionne la nomination au poste de Trésorier de Calais de sir Richard 
Weston qui succédait à lord Sands, nommé lui-même lord Chambellan 
le 26 février 1526. (Record Office, Patents 17 Henry VIII, part \\ mem- 
brane 2"'.) 



JEUNESSE DE GEORGE BOLEYN. I!» 

nourri dans les résidences royales 1 ; ensuite, proba- 
blement l'année suivante, il devinl écuyer «In corps 
[squire ofthe body)*; puis, grand veneur (master of the 
buckhounds)*. Il obtenait, en outre, des sinécures lucra- 
tives dans divers châteaux royaux, avec un certain droil 
d'usufruit sur ceux-ci*, el était armé chevalier 3 . En 
octobre 1529, il fui envoyé en France comme Ambas- 
sadeur avec un gros traitement 6 . Enfin, en lô,">l), il fui 
convoqué personnellement comme baron Rochford à la 
Chambre des Lords; en vertu des règles de la courtoisie 
anglaise il portait le titre de vicomte Rochford depuis 
le mois de décembre précédent, époque à laquelle son 
père avait été élevé à la dignité de comte de Wiltshire 
el (l'Ormond". 



1 Dans le manuscrit n ' ." 1 de la collection Lansdowne | Brilish Muséum), 
do trouve des détails curieux sur ce droit. 

- Voir pi tis liant, page .">. 

■"• Il est mentionné pour la première fois en cette qualité à la date de 
Noël l.')28. (Compte-; de la Chambre du Roi conservés au Record Office el 
publiés dans les Letlers and Papers, vol. V, pages 505 et suivantes.) 

• Nous donnons en anglais d'après les Lettcrs and Papers les noms des 
charges bizarres qu'il reçut : « Keeper of the palace of Beaulieu and of 
tlie manor and mansion of Newhall, Essex; gardener and keeper of the 
garden and orchard ofNewhall; warrener and keeper of the warren in the 
Baid manor; keeper ofthe wardrobe in the palace of Beaulieu and in the 
manors of Newhall, Derham, Walkefare Hall, and Powers, Essex; with 
tertain daily fées in each office and the power of leasing the said manor. 
foi- bis lifetime. (15 novembre 1528. — Record Office, Patents 20 
Henry 17//. part 1 ', membrane 25 ,h .) t Chief steward ofthe palace ,,r 
Beaulieu and ail possessions annexed to it by autborit] of Parliament or 
Blherwise; keeper of the new park there. il février 1529. Patents 20 
Henri Mil.) Le 27 juillet suivant, il fui aussi nommé gouverneur <ïun 
hospice a Londres. (Patent» 21 Henry Mil. part 1", membrane 26 ,h .) 

■ Il est mentionné comme tel dans une donation que lui lit le cardinal 
vVolsey vers la fin de l'année 1529. (Record Office, Lelters ami Papei . 
roi. IV. n° 6115.) 

'• Il était pavé deux livres par jour. (Comptes de la Chambre du Moi. - 
I Office, Lelters and Papers. vol. V. pages 303 et suivantes | 

7 La promotion de sir Thomas Boleyn au titre de Comte est du î 
cemhre 1 529. 



20 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Entre temps, George Boleyn s'était marié : il avait 
épousé Jane Parker, petite-fille de lord Morley le poète. 
La date de ee mariage ne nous est pas connue. Nous 
voyons bien qu'une personne désignée sous le nom de 
M r> Parker prit part le 4 mars 1522, en compagnie 
d'Anne Boleyn et de M" Carey, à une mascarade qui 
eut lieu en barques sur la Tamise 1 ; s'agirait-il là de 
Jane Parker et se trouvait-elle adjointe à ses deux 
futures belles-sœurs comme étant déjà la fiancée de 
George Boleyn? Le mariage, en tout cas, avait certai- 
nement eu lieu quand, en 1526, le jeune Boleyn fut 
nommé échanson de Henry VIII; car cette nomina- 
tion était accompagnée de la constitution d'une rente 
annuelle de vingt livres en faveur de lui et de sa 
femme 2 , et un autre document de la même époque, 
émané de la main du cardinal Wolsey, premier Ministre 
de Henry, nous apprend que non seulement George 
Boleyn, mais aussi son épouse, jouissait alors du droit 
de bouche de cour 7 '. 

Si nous ignorons la date précise du mariage, nous 
en connaissons du moins les conditions. La dot que dut 
apporter Jane Parker fut de deux mille marcs 1 ; ce 
chiffre, élevé pour l'époque, avait évidemment été fixé 
par sir Thomas Boleyn qui entendait que son fils fit 
une bonne affaire, et qui ne voulut rien rabattre de ses 
prétentions; or Henry Parker, le père de la fiancée, 
n'était pas dans un état de fortune qui lui permît de 
se dessaisir d'une telle somme; il ne put en verser 

1 Comptes de la Chambre du Roi, année 1522, die citato. (Record 
Oflice, Lettcrs and Papers, vol. II.) 
i Voir plus haut, page 6, note 2. 

3 Record Oflice, Leltcrs and Papers, vol. III, n° 1959, paragraphe 4. 
* Environ treize cenls livres. 






Jll NESSE DE GEORGE BOLEYN. '21 

qu'une partie, et ce fut Henry VIII lui-même qui, sous 
l'influence de Mary ou plus probablement d'Anne 
Boleyn. parfit la différence'. 

Les Qouveaui époux semblent avoir vécu sans aucune 
intimité. Il existe au Britisb Muséum un poème ma- 
nuscrit français intitulé : Tourmens de mariage, sur 
le premier feuillet duquel est écrit de la main 
de George Boleyn : « Ce livre est à moi, 1526* »; 
cette mention indique-t-elle que, à la date donnée, 
c'est-à dire fort peu de temps après son mariage, 
George Boleyn regrettait déjà d'avoir perdu sa liberté? 
Cette induction est pleinement confirmée par ce que 
nous savons du caractère des époux; lui, il est vrai, 
pouvait s'éprendre sincèrement, mais ses ardeurs s'étei- 
gnaient vite et il n'était pas homme à se laisser enchaîner 
par la bienséance à une personne qu'il n'aimait plus; 
quant à Jane Parker, elle n'avait aucun sens moral, 
— elle le prouva bien plus tard, en aidant, au milieu 
des circonstances les plus répugnantes, aux amours de 
la reine Catherine Howard 3 ; — comment aurait-elle 
pu se croire liée par des devoirs envers un mari qui la 
négligeait? Toutefois aucun texte précis n'autorise à 
dire que la mésintelligence entre les époux ait jamais 

1 Ces détails sont rapportés par lady Rochford dans une lettre adressée, 
après la mort de son mari, au Secrétaire d'État |Cromwell et dans laquelle 
elle réclame son douaire de veuve; cette pièce a été publiée par Ellis. (Ori- 
ginal letlers, \" série, n° 124.) 

2 « Thys boke ys myn, 1526. B (Royal ms., 20 B, xxi.) 

s D'après L'ambassadeur de Fiance Marillac (Dépêche au Roi du 22 no- 
vembre 15-41), lady Rochford faisait le guet pendant les rendez-vous que 
Catherine Howard donnait à son amant « en la garderobbe où elle se 
retiroit à ses affaires. » Marillac, dans la même dépêche, dil de lady 
Rochford qu'elle « a esté assez mal nommée toute sa vie de ne faire grant 
estime de son honneur. » (Correspondance politique de MM. de Caslillon 
et de Marillac publiée par M Kaulek avec la collaboration de MM. Farges 
et G. Lefèvre-Pontalis.) 



2'2 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

pris des proportions scandaleuses 1 ; aucun surtout ne 
vient à l'appui de l'opinion exprimée par plusieurs 
auteurs 2 que lady Rochford contribua à la perte de son 
mari. Au contraire, quand celui-ci eut été arrêté par 
l'ordre de Henry VIII, au moment où chacun effrayé de 
la colère du Roi ne songeait qu'à renier toute ancienne 
relation avec le prisonnier, elle seule lui donna un 
témoignage public de sympathie et implora sa grâce r> . 
Comme autre incident particulier au cours des jeunes 
années de George Roleyn, nous n'avons plus à signaler 
que la maladie dont il fut atteint au printemps de 1528. 
C'était une fièvre éruptive fort dangereuse, nommée la 
suette, qui exerçait alors de grands ravages en Angleterre 
et dont l'Ambassadeur de France, Jean du Bellay*, fai- 



1 II semble même qu'elle correspondait avec son mari durant les nom- 
breuses absences que celui-ci fit en France. Sir Edward Baynton, vice- 
chambellan d'Anne Boleyn devenue alors Beine, écrivant en juin 1533 à 
lord Rochford, fait allusion à la conduite du duc de Suffolk, mais s'abstient 
de donner des détails parce que, dit-il, lady Rochford a dû déjà raconter 
es faits dans ses lettres : « Yf it may please you to shewe hym (le duc de 
Norfolk, chef de l'Ambassade anglaise dont faisait partie lord Rochford) 
that my Lord of Suffolk is looth to lett faite a noble, onlesse he toke up a 
rvall for it. The matier doeth probably appere in a letre by mv lady your 
wife (to you), or els by sum other, I am sure, that hath advertised 
hym (the duke of Norfolk) by their letters, » (Sir Edward Baynton à lord 
Rochford, 9 juin 1553. — Record Office, Letters and Papers, vol. VI, 
n° 015.) 

- Notamment par Burnet (History of the Reformation, part l s ',book III). 

5 Sir William Kingston, lieutenant de la Tour de Londres, au Secrétaire 
d'Étal Croinwell, mai 1556 : « M. Caro (le grand écuyer de Henrj VIII) 
and Matser liryan commanded hym (a gentleman usher) in the Kyngs name 
to my Lord of Botchfort from my lady hys wyf : she wold humbly sut 
unto the Kyngs hynes fur hyr husband; and so he gave hyr thanks. » Ce 
document qui se trouve au Biïtish Muséum (Collection Cotton, Othon C.X, 
fol. 222), a été fort mutilé par un incendie; on le reconstitue grâce à 
une transcription presque littérale qu'en avait faite auparavant Strype. 
(Memorials ecclesiastical, livre I, chap. xxxvi.) 

4 Jean du Bellay, évéque de Bayonne, frère de Guillaume et Martin du 
Bellay, les auteur* des Mémoires. 



JEUNESSE DE GEORGE BOLBYN. 23 

sait «mi ces termes la description 1 : Ce mal de suée esl 
une maladie qui est survenue ie\ depuis quattre jours, 
« la plu— aisée du momie pour mourir; on .1 ung peu 
de mal do teste et de cueur, souldain on se mecl à 
suer. Il n'v fault point de médecin*; car qui se 
découvre le moins du momie ou qui se couvre ung 
peu trop, en quattre heures, aulcunes foys ou deux 
'< ou troys, est depesché sans languir. Il y a douze ans 
que telle chose advint"', dont il mourut dix mil per- 
sonnes en dix ou douze jour-; mai- elle n'estoil -i 
aspre que à eeste heure elle commence. » 
Henry VIII avoit grand'peur de celle maladie. Il 
était alors avec toute sa Maison installé au château de 
Greenwich et taisait sans succès sa cour à Anne Boleyn. 
Tout à coup le 16 juin, <■<• une des filles de chambre » 
de cette dernière fui atteinte par le mal. aussitôt le Tloi 
jugea sa favorite infectée et l'éloignant en hâte de lui, 
il la renvoya chez son père à [lever dan- Je comté de 
Kent: lui-même s'empre--ait en même temps de « Ai-^- 
loger » de Greenwich et cherchait à se garantir de la 
contagion en franchissant la Tamise et en gagnanl 
Waltham dans le comté d'Essex*. Vaine précaution : à 

1 Jean du Bellay au grand maître Anne de Montmorency, 18 juin 1528. 
(Bibliothèque nationale, Komis français, ."iiiTT. lui. 71.) 

- Du Bellay veut dire qu'il était inutile d'appeler des médecins; il- 
arrivaient trop tant et trouvaient le patient ou mort, ou hors de danger. 

3 Du Bellay se trompe; la précédente épidémie avait eulieu en 1518. 

• Du Bellay au grand maître Arme de Montmorency, 18 juin 1528 [loco 
cilato) : — Une des filles de chambre de HademoyseÛe de Boula n se trouva 
mardy acteinte de la suée. A granl haste le Roj deslogea et alla à douze 
miles d'icy (de Londres); et m'a-t-on dict que la damoyselle lui envoyée 
par le Sussect au vicomte (de Bochfonll son père qui est en Cainct. d 

5 11 faut dire, pour être juste, qu'il devait en tout état île cause se rendre 
à Waltham (Heneage au cardinal Wolsey, 11 juin 1528. — Henry 17// 
Slate Papers, vol. I, partie 1 , n' 144); le déplacement fut seulement 
avance. 



24 DEUX GENTILSHOMMES-rOÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

peine était-il arrivé dans cedernicrchAteau que la suette 
commença à faire rage autour de lui; un grand nombre 
des officiers de sa Maison furent frappés, entre autres 
George Boleyn et son beau-frère William Carey qui tous 
deux étaient à ce moment de service auprès de Henry, 
l'un comme écuyer, l'autre comme gentilhomme de la 
Chambre 1 . Carey succomba à la maladie 2 ; Boleyn, au 
contraire, résista et au bout de peu de jours, il fut en 
état de suivre le Roi qui, toujours harcelé par la peur, 
se retirait à Hunsdon dans le Hertfordshire 5 . 

Eniin, l'épidémie cessa; désormais Henry VIII pou- 
vait, sans inquiétude, revoir Anne Boleyn, bien qu'elle 
eût été, elle aussi, atteinte par la suette dans sa 
retraite à Hever. À la fin de juillet, elle rejoignit son 
royal prétendant au château de Ampthill; et la Cour 
d'Angleterre reprit son genre de vie habituel. 



1 Henry VIII à Anne Boleyn, juin 1528 (Love letters n° 5, publication 
de G.-A. Crapelet; les mêmes lettres ont été éditées dans le Harlcian Mis- 
cellany) — : « Vous estant à Waltam, deuxusshyrs, deux verlès de chambre, 
vostre frère, mestre tresorere (sir William Fitzwilliam) ont tombé malades ; 
et sont d'asteure du tout sains; et depuis nous nous sommes reboutés en 
nostre meson de Honsdon. » 

2 William Carey mourut le 22 juin. (Brian Tuke à Wolsey, 23 juin; 
Henry VIII Slale Papers, vol. I, partie l re , n° 147.) 

3 Le Roi était déjà à Hunsdon le 2 1 juin. (Brian Tuke à Wolsey, 21 juin ; 
Henry VIII State Papers, vol I, partie l rc , n° 146.) 



CHAPITRE III 

Première Ambassade de lord Rochford en France. 



L'année 1520 est, dans tout le règne de Henry VIII, 
celle qui marque le pins; c'est, en effet, durant son 
cours que se produisirent les événements qui détermi- 
nèrent immédiatement la rupture entre l'Angleterre et 
le Saint-Siège. 

Fatigué des résistances d'Anne Boleyn, Henry s'était 
décidé à demander au pape Clément VII l'annulation 
de son mariage avec Catherine d'Aragon; il alléguait 
comme motif que, malgré les dispenses accordées par 
Jules II, il n'avait pu contracter une union valable avec 
une femme qui était la veuve de son frère 1 , l'Eglise 
n'ayant point le droit d'autoriser un mariage entre per- 
sonnes alliées à ce degré. Clément VII, après d'assez 
longues hésitations, avait consenti à envoyer à Londres 
un Légat pour statuer, de concert avec le cardinal 
Wolsey, sur la demande du Roi. Déjà les deux prélats 
siégeaient et la sentence allait être rendue, conformé- 
ment, sans doute, aux désirs de Henry, quand Cathe- 
rine d'Aragon récusa les juges et formula un appel 



1 Catherine d'Aragon avait été mariée en premières noces au fils aîné 
de Henry VII, le prince Arthur. 



26 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

direct à Clément VII en cour de Rome. Aussitôt les 
Légats interrompirent la procédure, et le Pape faisant 
droit à la réclamation de la Reine, évoqua la cause 
devant le Collège des Cardinaux. Ainsi Anne se trouvait 
frustrée dans ses espérances, au moment même où elle 
croyait toucher au but; le divorce, dont elle ne doutait 
plus, devenait incertain et était, en tout cas, rejeté à 
une date lointaine. Furieuse, elle se vengea de cette 
déception inattendue sur le cardinal Wolsey qui n'avait 
pas, croyait-elle, soutenu ses intérêts avec assez d'ar- 
deur. Henry VIII était las de la domination de ce Mi- 
nistre impérieux et hautain; Anne n'eut donc pas de 
peine à consommer sa disgrâce. Le malheureux Cardi- 
nal, privé de ses charges et relégué à la campagne, tenta 
bien d'apaiser sa puissante ennemie; il se dépouilla en 
faveur des parents et amis de celle-ci de ce que le Roi 
lui avait laissé; dans cette distribution, George Roleyn 
eut sa part, il reçut une annuité de c 200 livres à perce- 
voir sur les revenus du diocèse de Winchester et une 
autre de 200 marcs sur ceux de l'abbaye de Saint- 
Albans 1 . Ces largesses furent inutiles : Anne ne par- 
donna pas, et on ne sait quel sort aurait encouru 
Wolsey, si la mort ne s'était hâtée de l'enlever. 

Quand ces présents lui furent faits, George Boleyn 
n'était pas en Angleterre; il était parti pour la France 
afin de s'acquitter de cette Ambassade que lui avait 
procurée l'influence de sa sœur. Quelle était la Mission 
confiée à ce jeune homme qui débutait dans la diplo- 
matie et qui jusqu'alors ne s'était fait connaître que 



1 L'acte de donation est au Record Office (Lettcrs and Papers, vol. IV. 
n° 6115); il est postérieur en date au 8 décembre 1529, puisqu'il qua- 
lifie George Bolevn de vicomte Rornford. 



PREMIÈRE AMBASSADE UV. LORD ROCHFORD EN FRANI l î't 

par ses bonnes fortunes? Il s'agissail tout simplemenl 
de gagner aux vues de Henry \ III sur la question de son 
divorce la Cour el les l niversités de France el d'amener 
ces dernières à proclamer, contrairement aux doctrines 
qu'elles professaient, que le Souverain Pontife n'a pas 
le pouvoir de dispenser de l'observation des règles cano- 
niques et, en particulier, d'autoriser le mariage de 
quelqu'un avec la veuve de son frère; tâche, on le voit, 
assez ardue pour un novice qui, vraisemblablement, oe 
s't'tait encore jamais occupé de théologie 1 . 

Aussi Henry avait-il adjoint à Boleyn an antre 
Ambassadeur réputé compétent, John Stokesley, qui 
bientôt après devint Evêque de Londres. Ce dernier 
n'était que second plénipotentiaire; mais, dans la 
pensée du Roi, il devait travailler seul à l'accomplisse- 
inent de la Mission; c'était lui spécialement que les 
instructions chargeaient de négocier avec les Univer- 
sités françaises-, el bien que Boleyn eût pleins pouvoirs 
pour traiter avec François I er la question du divorce, il 
('tait sous-entendu qu'il n'agirait que de concert avec 
son collègue et se rangerait toujours à -on avis"'. Nous 



1 C'est probablement à la suite de cette ambassade qu'il commença à 
s'occuper des questions religieuses. Il semble avoir f;iit alors une étude 
approfondie de la Bible, à en juger par 1rs paroles qu'il prononça au 
moment de mourir : « Ken do common and saye lhat I bave bene a 
settar forth of the worde of God and one that natb favored the Ghospele ol 
Christ; and bycause Iwould not that God's word shuld be slaundered l • > 
me, I sav unto you ail that yf 1 had followed God's worde in ded ■ as 1 dyd 
rede it and set it forth to niv power, 1 had not ruine to tins. >< [Chronicle 
uf Calais, edited by the Camden Society.) Nous donnons au chap. x une 
antre version analogue de ces paroles. 

- instructions données aux deux Ambassadeurs. (Henni Mil Stale 
Papas, vol. VII. n 26 i.) 

"• L'Ambassadeur de France à Londres, Jean du Bellay, donne ce même 
détail, mais attribue à un autre personnage le rôle rempli par Stokesley. 
« l'enisson que cognoissez, Iuy est baillé (à Boleyn) pour luy tenir com- 



2.8 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

allons voir que le jeune homme trompa tous ces calculs 
et qu'il fut, en réalité aussi bien que nominalement, le 
chef de l'Ambassade. 

C'est au commencement d'octobre que Boleyn, 
accompagné de son mentor Stokesley, quitta l'Angle- 
terre; il emmenait avec lui un train de maison assez 
considérable qui, joint à son gros traitement, lui don- 
nait le moyen de faire figure à la Cour de France 1 . 
Car, il faut bien le dire, c'était à cette seule fin qu'il 
avait été choisi comme Ambassadeur; Anne Boleyn, 
toujours désireuse de faire briller les siens afin de se 
rehausser elle-même, s'était dit que la propagande à 
entreprendre auprès des Universités offrait l'occasion 
de mettre son frère en relief, et elle avait pris ses 
mesures pour que sa mission fût environnée de plus 
d'éclat que celle d'un envoyé ordinaire. Henry VIII, 
sous la pression de sa favorite, avait même dû écrire 
au grand maître de la Maison de François I er , Anne de 
Montmorency, pour le prier de donner « faveur et 
support » à Boleyn 2 ; par convenance, il recommandait 
dans sa lettre ses deux plénipotentiaires; mais la cor- 
respondance de l'Ambassadeur de France à Londres 
montre clairement que c'était pour Boleyn seul que 
Henry désirait des prévenances et des honneurs 3 . 

pagnie et servir d'adresseur. » (Du Bellay à Montmorency, \ octobre 1529. 
Bibliothèque nationale, Fonds français, 5077, fol. 125.) Penizon était 
un de ces nombreux agents subalternes dont Henry VIII aimait à se servir. 

1 Du Bellay à Montmorency, 4 octobre (loco citato) : « D'icy à trois 
ours part maistre Boulan qui maine le docteur Stocles avec luy et va fort 

bien en ordre. » 

2 Henry VIII à Anne de Montmorency, 8 octobre 1529. (Bibliothèque 
nationale, Fonds fiançais, 5005, fol. 25.) 

r > Jean du Bellay à Montmorency, & octobre 1529 (loco cilalo) : « Ceulx 
qui l'envoyent (Boleyn) ont grant envye qu'on luy fasse ung bien bon 
recueil et plus d'honneur que l'ordinaire ne requiert.... Je vous ay bien 
voulu advertir que le recueil qu'on luy fera sera fort poisé. » 



l'REMIKRK AMBASSADE DE LORD ROCHFORD EN ! RANI I . 10 

François I er , dans le fond de >a conscience, devait 
probablement trouver assez immoral le divorce réclamé 
par Henry Mil; pourtant il ne pouvait, à cause de la 
raison d'Etat, refuser à ce dernier son concours; il était 
l'obligé du roi d'Angleterre qui venait de promettre 
d'avancer les sommes nécessaires pour la rançon de 
-es deux fils aînés détenus alors comme prisonniers en 
Espagne', et il aurait couru le risque, en n'appuyant 
pas les prétentions de ce Souverain, de le voir retirer 
son offre généreuse. 

Dans ces circonstances, Boleyn ne pouvait manque] 
de rencontrer auprès de François \" T un accueil des plus 
favorables; ce prince s'empressa de lui déclarer qu'il 
allait tenter tous ses efforts pour que Henry Mil attei- 
gnît son but au plus vite; et de fait, sur son ordre, le 
grand maître de sa Maison, Anne de Montmorency, se 
mit immédiatement en campagne, aidant Stokesley el 
les autres agents anglais* à gagner l'Université de Paris 3 . 
Seulement, tout en prenant parti pour Henry VIII, Fran- 
çois I er tenait à conserver les apparences de la plus 
stricto neutralité, de manière que ni le Pape ni surtout 
Charles-Quint ne pussent rien trouver à redire à sa 
conduite; aussi de grandes précautions furent-elles 
prises pour dissimuler le rôle joué par certains fonc- 
tionnaires de la Cour dans les intrigues qui se tra- 
maient autour de la Sorbonne', el, on particulier, 

1 C'est au Traité de Cambrai que Henrj VIII Ht cette promesse. 

1 Parmi ces agents on est étonné de trouver Reginald Pôle, qui bientôt 
après, par un changement complet de front, devint le plus actif champion 
anglais du Saint-Siège et mourut cardinal. 

~ An sujet du rôle de Montmorency à cette époque, voir l'ouvrage de 
M. Francis Décrue : Anne de Montmorency, à la cour, nus aimées et au 
conseil de François J cr , chap. iv. 

4 On peut juger de ces précautions par la lecture d'un passa-e d'une 
lettre écrite à Montmorency par un des principaux agents Français qui tra- 



30 DEUX GEXmSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIIÎ. 

presque toutes les pièces relatives à ces intrigues furent 
détruites avec soin. 

Tout d'abord, la propagande entreprise au profit de 
Henry VIII sembla marcher à souhait; Boleyn et Sto- 
kesley avaient même écrit à leur maître qu'une consul- 
tation favorable à ses vues allait incessamment être 
rendue par l'Université de Paris 1 . Mais les bonnes 
paroles qu'avaient données certains docteurs ne con- 
stituaient pas un engagement ferme, ainsi que le 
croyaient les deux Ambassadeurs anglais; ils eurent 
bientôt lieu de s'apercevoir de leur méprise. 

Pas plus que Henry VIII, la reine Catherine d'Aragon 
ne négligeait ses intérêts. Voyant les efforts tentés par 
son mari pour gagner les Universités, elle aussi s'était 
mise en campagne dans le but d'empêcher ces der- 
nières de se prononcer contre elle. A Paris, ce fut un 
théologien espagnol nommé Pierre Garray qui vint sou- 
tenir la cause de la Reine; il arriva vers la Noël et il 
eut la bonne chance de trouver aussitôt un allié résolu 
dans le syndic de la Faculté de théologie, Noël Beda, 



vaillaient pour Henry VIII (Guillaume du Bellay à Montmorency, 27 jan- 
vier 15."0. Bibliothèque nationale, Fonds français, 5079, fol. 65) : — « Il 
n'y aura mal qu'en passant à Paris je trouve une lettre du Roy addressante 
à miiy pour en reparler encores (du divorce) à messieurs nos maistres (les 
docteurs de la Sorbonne), affin qu'ils ne pensent que je le fasse sans com- 
mission, et j'en scauray user avecques discrétion qu'elle ne sera veue en 
lieu qu'il en puisse venir nouvelles à l'Empereur; et quand (même) il 
scaura, ores que je m'en sovs trop fort empesché, le Roy me pourra désa- 
vouer et nyer qu'il m'en ayt donné charge ne commission. » 

1 Jean du Bellay au grand maître Montmorency, 29 décembre 1520 
(Bibliothèque nationale, Fonds français, 5070, fol. 29) : — « Jen'ay encores 
veu ce Roy (Henry Mil) ne ceulx qui ont le crédit envers luy en si bon 
train qu'ilz sont ; à quoy a merveilleusement aydé ce que voz théologien^ 
ont laid, selon l'advis qui estvenu des Ambassadeurs (Boleyn et Stokesley). f) 
El du Bellay, croyant déjà la négociation heureusement terminée, ajoutait : 
" Les dietz Ambassadeurs seront en brief révoqués, à ce que je voy. » 



PREMIERE AMBASSADE DE LORD ROCHFORD EN FRAN ! . 51 

qui, malgré les admonestations du grand maître Mont- 
morency, persistait à enseigner que le Souverain Pon- 
tife a le pouvoir absolu d'autoriser le mariage d'un 
homme avec la veuve de son frère. Beda avait déjà 
rédigé une consultation dans ce sens el l'avait fait 
signer par quelques-uns de ses amis, membres de la 
Faculté. 11 la remit à Garray, et celui-ci, en la colpor- 
tant parmi les autres docteurs, put en peu de jours 
recueillir un grand nombre de oouvelles signatures 1 ; 
même il réussit à ramener plusieurs de ceux qui ve- 
naient de montrer i\*'< dispositions favorables à Henry*. 
Ainsi, au commencement de l'année 1 5Ô0, tandis que 
Stokesley, malgré l'aide de Montmorency, n'avait encore 
obtenu pour son maître que des encouragements sans 
valeur, une déclaration écrite assurait Catherine d'Ara- 
gon du concours de la majorité de la Sorbonne 3 . 

1 Stokesley au comte de Wiltshire, llî janvier 1550 [Henri 17// State 
Papers, vol. VII, n° 267) : — (i The unlernyd Spanyard doctour Petre 
Garray by his importune Mile and bering abowte to certaine simple doc- 
tours a byll, whiche the saide Beda, notwiths tondiug the Greate Maisteris 
monition, ha th with his adhérentes sith Christmas signed and delwered 
to the saide Spanyard against our opinion, hath circumvented a fewe of 
the docteurs. 

- L'Ambassadeur impérial à Londres raconte en ces termes ce que le 
sieur de Langey (Guillaume du Bellay), alors Ambassadeur extraordinaire 
de France en Angleterre, lui avait dit sur l'embauchage oui se pratiquait 
à la Sorhonne : g Voyant Monsieur de Langey les conjectures que luy met- 
toi> en avant, il fut contraint de se descouvrir; il scavoit bien pour vray 
que le docteur Stocler avoit demandé l'advis de plusieurs docteurs entre 
lesquieui il s'en estoit trouvé de ceux qu'il tenoit certainement debvoir 
escrire en sa faveur, qu'avoient opiné du contraire. » (Chapuis à l'Empe- 
reur, 6 février 1530, — Archives de la Burg, Hep. P, fasc. c. 226.) Langey, 
pour amoindrir l'importance de cet aveu, ajoutait contrairement à la 
vérité, que « le mesme (échec) auss] esteil advenu à un docteur byspagnol 
demeurant en Sorhonne qui >ollicitoi t de l'autre cousté en faveur de la 
Royne ». 

3 Une liste des docteurs de l'Université de Paris avant promis leur voix 
à Catherine se trouve à Vienne, aux archives de la Burg. (Rep. P, fasc. 
c 226, 2 partie, fol. 28. 



32 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Henry VIII, averti de cette situation, conçut un vif 
mécontentement qu'il témoigna ouvertement à un Am- 
bassadeur extraordinaire de François 1 er ; peu s'en fallut 
même qu'il n'accusât ce dernier de trahison 1 . De fait, 
malgré les assurances de bonne volonté recueillies à 
la Cour de France, toute la campagne entreprise par 
Henry dans ce pays paraissait condamnée à un échec 
certain. Alors lord Rochford — George Boleyn avait 
pris ce titre au mois de décembre quand son père avait 
été élevé au comté de Wiltshire — alors, disons-nous, 
lord Rochford se révéla. François I er venait de quitter 
Paris et voyageait dans l'est de son Royaume; Rochford 
résolut d'aller le trouver et de réclamer de lui un ordre 
précis enjoignant aux docteurs de la Sorbonne de se 
rétracter et d'émettre une nouvelle opinion favorable à 
Henry YIII. 11 était à prévoir que François se montre- 
rait choqué d'une telle exigence se produisant sans 
préparation; mais peu importait; Rochford serait pres- 
sant, impérieux même, et comme, après tout, François 
avait besoin de l'argent de Henry, il finirait par céder*. 
Seulement, afin de ne pas perdre ses apparences d'im- 



1 Guillaume du Bellay à Montmorency. 27 janvier 1550 (Bibliothèque 
nationale, Fonds français, 5070, fol. 65) : — « Je vous asseure que la bonne 
response qui est venue à ce Roy (Henry VIII) des docteurs et Universités 
de Italye, luy a faict trouver fort mauvoisque' ceuk deParis ayent tenu si 
peu de compte de luv aider, et ne se povovl persuader que ce ne fust par 
faulte que le Boy (François I er ) ou vous, messieurs de son Conseil, ne leur 
eussiez assez affectueusement recommandé l'affaire. » 

2 Stokesley dans une lettre fort intéressante dont nous avons déjà cité 
un passage (Henry VIII State Papers, vol. VII, n° 267), expose au père de 
lord Rochford le plan de celui-ci : « If my lorde (of Rochford) spede of 
our desyres, we shall révoque their subscriptions (of the Doctors) aud 
bryng them to our bandes, and sett those simple Doctours agayne at their 
libertie, withoutc brute or suspicion of anv partialitie on the Frenche 
Kynges partie; and, if the Kvng and his Counsell denye our requestes, my 
Lorde your sonne will spent hym somwhat streightlye. » 



PREMIERE AMBASSADE Dl LORD ROCHFORD E> FRANCI 

partialité, il pourrait se servir d'un intermédiaire pour 
faire entendre sa volonté aux docteurs; et eel intermé- 
diaire serait le Premier Président du Parlement de 
Paris, Pierre Lizet, que lord Rochford savait disposé 
;i seconder les idées il»' Henrj Mil. Lizel possédait un 
puissanl moyen d'action sur la Sorbonne; tout récem- 
ment, il avait . i i < 1 < * celle-ci à gagner un procès, il lui 
était aussi facile <!•' la desservir à la prochaine occa- 
sion. En outre, l'intervention de Lizel offrait ce grand 
avantage, que, comme il passait pour partisan de la 
suprématie du Saint-Siège, elle n'éveillerait aucun 
soupçon 1 . 

\\;nil ainsi arrêté son plan, lord Rochford quitta 
l';iri> le 15 janvier et partit hit la roule tir Bour- 
gogne ;i la poursuite fie François l rr '. Nous ignorons 
en quel endroit il l'atteignit el s'il eut avec lui de 
vives discussions, toutes les pièces relatives à ces 
négociations ayant été détruites avec le plus grand 
soin. Mais, ce <jui osl hors de doute, c'est que Roch- 
ford obtint gain <lr cause complet; voici, en effet, 



1 Slokeslei au comte de Wiltshire, 16 janvier 1550 (Henni VIII Slate 
l'apcrs. vol. Vlli : — « Monsieur Lysot înaynleigncd the Facultic moche laie 
lu ,i certayne debale tbal thej liad, and hatfa many ol them al his dévo- 
tion, tic i^ Ihowgfal moche papale and ;i mcrvellous grealc dissembler; 
ami therfor we <1« m 1> t e how to use bym, but ycl wc trusl bj a (rend ol 
his, onc of our doctours, to knowe his opinion and affection in our ma- 
tier. Aud oone of our devises thaï niv Lorde your sonne doth no\\ sollicite, 
is to bave veraj effectuall letter to bym as well from the Frencb Kyng a^ 
t roi ii the admirait his promotour. h (C'était !<■ grand amiral de France, 
Chabot de Brion, qui, usant do son influence auprès de François I . avail 
l'ait nommer son ami Lizel Premier Président du Parlement de Paris.) 

- Stokesley à Wiltshire (Ibidem) : — d Ycstreda] the !.'>"' ofthis montb, 
iny veray especiall Lorde your sonne in goode and prosperous Indih and 
estate look hisjourney with his honorable trayne towardes the Frenche 
Kyngc now beyng ten teeges beyond Troies in his journej towardes Di- 
gion. » 

Dl IX M Mil 5HOMMI 5-POl II-- ~ 



7>i DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE IIENKY VIII. 

la lettre que le Roi adressa au Président Lizet 1 : 
<< Monsieur le Président, j'ay amplement esté adverty 
du mauvais offiee que ont dernièrement faict Beda et 
quelques aultres à la congrégation et assemblée des 
théologiens faicte en ma ville de Paris pour opiner sur 
le faict du divorce du roy d'Angleterre, mon bon frère 
et perpétuel allié, chose que j'ay trouvée et trouve si 
estrange qu'il ne seroit possible de plus. Et pour autant 
que je désire singulièrement, pour l'obligation que j'ay 
envers mondict bon frère, de porter et favoriser ses 
affaires en tous les endroictz que besoing sera comme 
les miennes propres, sans blesser mon honneur ni ma 
conscience; à cesle cause, je veulx et vous ordonne que, 
incontinent ces lettres receues, vous faictes venir devers 
vous ledict Beda pour luy l'aire entendre le malconten- 
tement que à bonne et juste cause j'ay de luy, et luy 
déclare/ ouvertement de par moy, en luy nionstrant la 
présente aflin que adjouste plus de foy à ce que vous 
luy direz, que s'il ne rhabille promptement la faulte et 
erreur qu'il a faicte et commise en cesle matière, je le 
feray chaslier de sorte qu'il congnoistra par efifect que 
luy ne eeulx de sa qualité ne se devront mesler si avant 
des affaires d'un roy de France. Et s'il vous vient à 
remonstrer et alléguer qu'il est question d'affaire d'im- 
portance et qui louche à la conscience, au moyen de 
quoy il est besoing d'en avertir nostre Saincl-Père avant 
que passer [dus oultre, vous luy deffendrez de ma pari 
et pareillement à tous aultres que verrez estre besoing, 
— sur tant qu'ils craignenl à me désobéir et desplaire 



1 L'original de cette lettre a dû être détruit; mais une copie en fut 
envoyée à Henry VIII et se trouve aujourd'hui au Record Office. (Lellers 
and Papers, vol. V, n" Oiôil.) 



PREMIÈRE AMBASSADE DE LORD ROCHFORD IN FRANCE. 

el destre pugniz de sorte que ce sera exemple à tous 
aultres, qu'ilz n'ayenl non seulemenl ù envoyei 

devers notredicl Sainct-Père pour cesl effect, mais de 
tenir plus aucun propoz de ce faire : d'aultanl que ce 
seroil totallement contre les droiclz, privillèges el aucto- 
ritez de mon royaume, lesquelz pour rions je ne voul- 
droys souffrir ne laisser aucunement diminuer, actendu 
mesmemenl que si je venoys par c\ ;i|>ii's à avoir la 
guerre avec mondicl Sainct-Père ou ses successeurs 
(que Dieu ne vueille!), il n'\ a chose en mondicl 
royaume de quo\ je me voulsisse myeulx deffendre, en 
vertu de sesdicts privillèges, que du concilie gallican 
de In Faculté <lr théologie. Et que, au demeurant, sans 
plus de dillation, luy (Beda) el ses compagnons ayenl 
à opiner sur lous les poinclz el articles que leur uni 
esté ou seronl baillez par les Ambassadeurs de mondicl 
liiui frère el à mectre parescripl leurs dictes oppinions 
pour les m'envoyer affin de les bailler après à <|ui hou 
me semblera ' ". 

En même lemps que cette lettre, lord Kochford 
arracha encore au Roi la promesse que Beda sérail 
expulsé de France, s'il persistai! à mettre obstacle à 
raccomplissemenl des désirs de lleni\ VIII 2 . C'était, 

1 La pièce conservée au Record Office porte la date du I" juin 1550; 
mais cette date doil être celle à laquelle la copie fui envoyée < 1 « * France à 
Henry VIII, el non celle à laquelle la lettre originale fui écrite. « Les Ain 
bassadeurs » anglais mentionnés par François I ' soûl évidcmmenl Roch- 
ford et Stokesley, puisque, après la cessation de leur mission, Henry VIII ne 
fut plus représenté en France que par un seul Ambassadeur à la fois; or. 
on va le voir. Stokesley quitta la France en février el Rochford en mars. 

a Ceci ressort d'une lettre écrite dois ans plus lard, le il janvier 1555, 
parle duc <!e Norfolk au grand maître Montmorency (Bibliothèque natio- 
nale, Fonds français, 5040, fol. i) : — d Dadvantagc je m'esbahis gran- 
dement comme Reda, exprès calomniateur de la matière du Roy mou 
maistre, — et veu que le Roy vostre maistre avoil promys à Monsieur de 



56 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

011 le voit, pour le jeune Ambassadeur un succès com- 
plet, cl il l'avait remporté en un 1res court espace de 
temps; dès avant le 5 février il était rentré à Paris, car 
il put audit jour se rendre à Saint-Denis au-devant de 
son père le comte de Wiltshire qui traversait la France 
pour aller en Italie représenter Henry VIII à une 
entrevue que le pape Clément VII était sur le point 
d'avoir à Bologne avec l'empereur Charles-Quint 1 . 

Revenu à Paris, lord Rochford commença à appeler 
de ses vœux le moment où il pourrait retourner en 
Angleterre; aussi bien la besogne qui lui incombait 
dorénavant était ingrate et peu l'aile pour lui. 11 fallait, 
tout comme si rien n'eût été convenu avec François 1", 
continuer la discussion avec la Sorbonne, a lin que la 
consultation que celle-ci allait être forcée de donner 
put paraître le résultat de la persuasion. Or Rochford 
devait soutenir seul cette discussion; son collègue 
Stokesley, en effet, venait d'être détaché de lui et par- 
tait pour l'Italie à la suite du comte de Wiltshire 2 . 
Nécessairement le jeune Lord, peu versé dans le droit 
canon, faisait triste ligure dans ses entreliens avec les 



Rochford que, encore qu'il n'y eusl eu aultre cause sinon que iceluv 
Beda estoit ennemy tic la juste matière, non seullement il le vouldroit 
îjanyr «le Paris, mais aussy de tout son royaume, — a esté si soudainement 
rappelle; qui est chose fort loing de l'exnectation de mondict maistre et 
de son conseil. » 

1 Neufville à Montmorency, 6 février 1550 (Bibliothèque nationale, 
Fonds français, '2976, fol. 80) : — « Hier arriva en cesle ville (Paris) 
Monsieur le comte de Vuicliir. Monsieur Boullan (lord Roeliford), Mon- 
sieur de Castres et moy bien accompaignez allasmes au-devant jusques 
à la chappelle du Lendit. » 

- Dès le 21 janvier 1550, l'envoi de Stokesley en Italie était chose 
décidée. (Rymer's F<rdcra, vol. XIV, die dicto.) Seulement il ne partit de 
Paris qu'au commencement de lévrier; le 15 de ce mois il était encore à 
la Charité-sur-Loire. (Ghinucci à Croke, 1" mars 1550. — British Muséum, 
Cotlon ms. Vilellius. 15. VIII, fol. 46.) 



PREMIÈRE AMBASSADE DE L0RI1 ROCHFORD IN FRANCE. 57 

docteurs parisiens; ceux-ci ne le prenaient |us au 
sérieux el éludaient d'entrer en argumentation avec 
lui; el ainsi, n'ayant aucune occasion de constater 
chez eux un revirement d'opinion, il ne parvenait 
même pas à reconnaître si l'intervention de Fran- 
çois I rr s'exerçait déjà*. En homme intelligent, Roch- 
ford souffrait de la situation fausse dans laquelle il 
se trouvait placé, el il souhaitait vivement qu'un autre 
|ihiv compétent \ini prendre sa place. Il faut dire 
aussi qu'il avait soif des passetemps alors en Paveur 
m la Cour d'Angleterre et qu'il étail difficile de se pro- 
curer à Paris dans un milieu tel que celui des théo- 
logiens de la Sorbonne*; il soupirail après 1rs chasses 
à courre, les parties de paume, les jeux de hasard 5 . 
Poussé par ces deux motifs tout différents, lord 
Rochford sollicita son rappel et il l'obtint prompte- 
nit'iit. Le li mars, Henry Mil désigna, pour le rem- 

1 Lord Rochford à un des membres de la mission de son père, lin 
lëvri.'i 1550 (Record Office, Lelters and Papers, vol. V, n" 6549) : — « I 
wold 1 could send you some newes from hens thaï shuld do you plcasour. 

I eau kimw i ie any waj ili.il I cm work ; tbey ofthis countn say nothing, 

whether it be because 1 1 1 • - y cannol or els they will not, I cannol tell. • 
Olte lettre o'esl pas signée; mais le fond comme la forme révèlenl l'au- 
teur; M. Brewer, <'ii la cataloguant, l'a bien attribuée à lord Rochford, 
seulement il l'a rapportée à une fausse date, au mois d'août 1550. Lord 
Rochford était alors depuis longtemps de retour en Angleterre. Il esl à 
regretter que, par suite de la perte de la clef, toute la partie chiffrée de 
cette lettre -<>it jusqu'à ce jour restée intraduisible. 

- Lord Rochford au même (loco citato) : — « I can send you noone ws) 

from home; ther i- no good felow woll take Ihe payne to wright, they be 
-il ini'iy as a good felow said to me the other day . < lur countryfolks bave so 
maiiA passtymes they bave no leysour to wright. I trusl in shorl space to 
be at home to pass tyme as other of mj frends dothe; wether I shall forge, 
in wright or no, I cannol tell. » 

"• Dans le recueil des Privy Purse expences of King Henry the Eighthi 
[550-1552 [publié par Nicholas II. Nicolas), on trouve un grand nombre 
d'articles relatant les sommes payées à Rochford par Henry VIII à la suite 
de paris ou malches perdus dans des jeux d'adresse et de hasard. 



58 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

placer un gentilhomme de la Chambre, John Wellis- 
bourne 1 . Ce fut durant la mission de celui-ci que les 

audits de François I er , exécutant les promesses laites à 
Rochford, extorquèrent do la Sorbonne la consultation 
qui donnait raison à Henry Mil 2 . Le jeune Lord était 
depuis longtemps en Angleterre quand cet événement 
préparé par lui so produisit''; aussitôt relevé de sa 
Mission diplomatique, il s'était hàlé de quitter Paris 
sans même attendre l'arrivée de son successeur 4 ; et 
avant voyagé avec la promptitude qui le caractérisait, il 
avait pu reprendre avant le 5 avril son service d'écuyer 
auprès de Henry MU'. 



1 Treasurer <>/' Chamber's accounts année 1550 (publiés in extenso 
dons les Letters and Papers, vol. V. pages 505 et suivantes). 

- Voira ce sujet le. récit de M. Francis Décrue. [Anne de Montmorency, 
chapitre i\ .) 

r ' La dite n'en est pus exactement connue, toutes les pièces avant été 
falsifiées, mais M. Décrue la place évidemment trop tard, eu indiquant le 
22 juin 1551. Rymer (Fœdera, vol. XIV), d'autre part, la place peut-être 
trop tôt, le 25 niai 1550. 

1 Jean-Joachim de Vaux, Ambassadeur de Fiance en Angleterre à Fran- 
çois I', "28 mais 1550 (Bibliothèque nationale, Fonds français. 5126, fol. 
106): — « Monsignor de Wenlesbron, gentilhomo délia caméra de questa 
Maestà et suo Amltasciatoie deputato ver Vostra Maestà, fia Ire o quatro 
giorni partira pervenirsene da Ley. » 

1 l'ru'ii Purse expences of'Kinge llennj theEighth (die dicto). 



en \imtiu; l\ 

Henry VIII épouse Anne Boleyn. 
Deuxième Ambassade de lord Rochford en France. 



On se souvienl que, sur la récusation élevée au mois 
de juillet précédenl par Catherine d'Aragon contre les 
Légats siégeanl à Londres, le pape Clémcnl VII avail 
évoqué à Rome la cause intentée parHenn Mil; ce qui 
nécessitait la comparution de ce dernier, en personne 
ou par mandataire, «levant le tribunal de la Rote. Mais 
comment lui Paire tenir une assignation? Il ne pouvail 
T'iic question d'envoyer une pièce de celte nature en 
Angleterre, elle eûl été interceptée avant de parvenir à 
sa destination. La venue du comte de Wiltshire en 
Italie avec la qualité d'Ambassadeur permit de résoudre 
la difficulté; celui à lui, représentant de Henn Mil. que 
la citation fui remise, au cours d'une audience que lui 
avait accordée à Bologne l'empereur Charles-Quint. 
Décontenancé par la présence de celui-ci qui certai- 
nement avail conseillé ou toul au moins approuvé le 
subterfuge employé par le Pape, lord Wiltshire n'osa 
pas refuser la pièce, el Henn VIII dut se considérer 
comme régulièrement assigné. 

Ce mauvais tour le mécontenta forl : il se hâta d'y 
répondre en faisant rédiger par la Chambre des Lords 



40 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES HE LA COUR HE HENRY VITE 

un véritable ultimatum à l'adresse de Clément Vil. 
C'étail une lettre où les Lords menaçaient ce Pontife 
d'un schisme de l'Angleterre, s'il ne prononçait à brève 
échéance, et sans procédure contradictoire, la nullité 
du mariage ayant existé entre Henry et Catherine 
d'Aragon. Pour augmenter l'effet moral que ce docu- 
ment devait produire, le Roi exigea qu'il fût signé par 
tous les Lords temporels ou spirituels qui se trouvaient 
à portée; et pour grossir encore le nombre des signa- 
tures, il créa de nouveaux Pairs parmi ceux qui étaient 
favorables aux visées d'Anne Boleyn ; de ce nombre fut 
lord Rochford 1 . 

dette lettre de la Chambre des Lords, tout comme 
les consultations qu'on pouvait arracher aux Univer- 
sités, n'était pas de nature à émouvoir Clément Vil. 
Il fallait d'autres attaques pour triompher de la force 
(l'inertie du Saint-Père. Celui-ci n'avait qu'une tac- 
tique : temporiser; pressé par l'Empereur, il s'était, 
il esl vrai, décidé à citer Henry devant son Tribunal; 
mais il n'avail agi que pour l'aire plaisir à Charles- 
Quint, et il n'avail aucune intention de poursuivre 
la procédure. Au fond Clément VII se méprenait sur 
la nature des relations qui existaient entre Henry VIII 
el Anne Boleyn; il croyait que depuis longtemps déjà 
celle-ci s'abandonnail au Roi, et connaissant le carac- 
tère capricieux de Henry, il ne doutait pas que ce der- 
nier ne se lassât bientôt de sa maîtresse actuelle el 
ne la mil dédaigneusement à l'écart comme un objet 
(pii a cessé de plaire. Alors l'instance en nullité de 
mariage n'aurait plus de raison d'être; Henry, de 
lui-même, la laisserait tomber. 

1 Rymer's Fœdera, vol. XIV, 15 iuiïlet 1550. 



HENRY VIII ÉPODSE \NNT. BOI EYN. il 

Malheureusement, si Clémenl VII étail bien au fail 
du caractère «lu Monarque anglais, il ignorait abso- 
lument ce qu'était Anne Boleyn. L'année 1530, 
puis l'année 1551 se passèrent, el la favorite ne fai- 
blit pas un moment dans sa résistance ; et pèndanl 
ce temps l'amour du Roi, toujours avivé, jamais salis- 
fait, se montait peu à peu jusqu'à la fureur. Dans 
son impatience de posséder Aune, il en \iut à pro- 
jeter sérieusement de mettre à exécution les menaces 
de s es Lords, c'est-à-dire de rompre, sans plus 
attendre, avec le Saint-Siège el de faire prononcer 
par le clergé de son Royaume, qui dès lors formerait 
une Eglise à part, la nullité de m>h mariage avec 
Catherine d'Aragon. Seulement, avanl de mettre ce 
plan à exécution, Henry, qui redoutait le ressen- 
timent <le l'Empereur, neveu do Catherine, voulut 
s'assurer le concours de François l r ; comme <■<■ 
dernier s'était toujours montré disposé n contester 
l'autorité du Souverain Pontife sur les princes tem- 
porels, il \ avail quelques chances qu'il consentit à 
seconder le roi d'Angleterre; el Henry, dans le luit 
de se le concilier, sollicita de lui une entrevue. 

Le principe de celle-ci fui admis suis difficulté 
par François | r ; niais, une fois cette première réponse 
obtenue, il fallait régler le détail, el ce fui un tra- 
vail qui occupa les hommes d'Etal des deux pays 
pendant près de dix mois'. Henry Mil, en effet, se 
considérait comme l'égal du roi de France el ne vou- 
lait pas lui céder le pas; d'autre part. François I" 
entendait ne rien abdiquer île la prééminence que 



1 L'entrevue, décidée au 1 1»< >i -> de janvier 1552, n'eul lieu iju'au mois 
d'octobre. 



i-J DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE U COUR DE HENRY VIII. 

sos prédécesseurs avaient toujours eue sur les rois 
d'Angleterre, leurs anciens vassaux. A In fin, après 
bien des pourparlers, Henry VIII se résigna à des 
concessions 1 ; il ferait la première visite el aban- 
donnerait la droite à François. Le programme de 
l'entrevue put alors être arrêté ainsi qu'il suit : le 
roi d'Angleterre commencerait par se rendre sur le 
territoire français où il ferait à Boulogne une visite 
de trois jours à François 1 er ; puis celui-ci le recon- 
duirait jusque sur le territoire anglais el lui rendrai! 
incontinent à Calais une visite de durée égale. 

La question d'étiquette vidée, il restait à en traiter 
une autre, peut-être encore plus délicate. Anne 
Boleyn avait manifesté le désir d'être présente à 
l'entrevue, et Henry VIII avait aussitôt sollicité pour 
elle de François I er une invitation à venir à Boulogne. 
L'invitation fut envoyée, mais dans des conditions 
qui furent particulièrement déplaisantes à la favorite. 
Elle avait espéré qu'elle serait considérée par la Cour 
de France comme la future reine d'Angleterre et 
qu'elle serait reçue, sinon par la reine de France 
elle-même", au moins par la reine de Navarre'; mal- 
heureusement François I" ne voulut pas que sa 
femme ou sa sieur se compromissent inutilement 
dans la société de la maîtresse du roi d'Angleterre, 

1 A l;i précédente entrevue «lit Camp du Drap d'or en 1520, les choses 
avaient élé disposées de manière que les deux Souverains fussent sur un 
pied d'égalité parfaite; François I". <|iii n'avait p;is eu à se féliciter de -a 
condescendance en celle occasion, voulut en 1552 affirmer ses droits. 

- Éléonore d'Autriche,' sœur de Charles-Quint; veuve en premières 
noces d'Emmanuel I '. km de Portugal, elle avait élé promise à François I ■ 
pai le Traité de Madrid et l'avait épousé en 15511. 

r ' Marguerite de Valois, sieur de François 1 r : veuve en premières noces 
du duc d'Alencon, elle avait épousé en 1527 le roi de Navarre Henri 
d'Alhret. 



HENRY VIII EPOUSE WM B01 BYN. 

cl il n'offril «le mener ;t Boulogne, en contre- 
charge » d'Anne Boleyn, une la seule duchesse fie 
Vendôme 1 , personne de réputation lâcheuse el de 
mœurs faciles, <|ui n'avait, par conséquent, aucune 
dignité à sauvegarder*. Anne sentil la dérision d'un 
tel choix, el elle préféra ne pas se rendre ;i Boulogne; 
elle al tendra il tranquillement à Calais le moment où 
son amanl y reviendrait accompagné par François. 

Toutes les difficultés ayanl enfin été aplanies, 
Henry VIII pul se mettre en rouir; le I I octobre, il 
débarquait ;i Calais .ivre Anne Boleyn, et, dix jouis 
après, il allait suis elle faire l\ François I er à Boulogne 
la visite convenue. Parmi les nombreuses personnes qui 
avaient passé le détroil en même temps que le Boi, se 
trouvaient lord el lady Bochford. Celte dernière, ainsi 
que les autres dames commandées pour tenir compa- 
gnie ;i Anne, demeura ;'i Calais; son mari, ;m contraire, 
qui |>;ir la force des circonstances, el ;mssi grâce à ses 
qualités naturelles, étail devenu un des favoris de 
Henry, suivit ce prince à Boulogne el ne le quitta pas 
durant tout son séjour sur le continent. Il assista ;tinsi 
;i loui»^ les fêtes qui furent données tant «lu côté fran- 
çais que tin côté anglais, el suis doute il n'y perdil 
|t;i^ si réputation de séducteur heureux. Deux années 
s'étaient écoulées depuis <|ii'il étail revenu de son 
Ambassade en France, deux années pendanl lesquelles 
il n'avait eu pour exercer son activité que ses emplois 



1 Françoise d'Alençon, épouse de Charles de Bourbon, duc de Vendôme. 

s Chapuis ;i l'Empereur, I ' octobre 1552 (Vienne, Archives de la 
Burg) : — « Ceulx c\ (les Anglais) ae se contentent, disant que comme 
la dicte dame de Vandosme a été autresfois bonne compagne, qu'elle aura 
quelque compagnie correspondante au temps passé el de maie réputation, 
que sera une honte et injure pour les dames de par deçà. » 



44 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUP, DE HENRY VIII. 

de Cour et les rares délibérations qui se produisaient à 
la Chambre des Lords; pour un homme tel que Roch- 
ford, c'était le désœuvrement; aussi, afin de s'occuper, 
s'était-il adonné avec ardeur à la galanterie 1 et il avait 
renouvelé les exploits de sa première jeunesse. 

Cependant Henry Mil exposait à François I" le grand 
projet qu'il avait formé de briser les liens qui atta- 
chaient l'Angleterre au Saint-Siège, puis de faire pro- 
nonce!' par le clergé de son Royaume la nullité de son 
mariage avec Catherine d'Aragon, et enfin d'épouser 
Anne Boleyn. Probablement François I" fut surpris par 
ces confidences; toutefois il ne désapprouva pas le 
plan de conduite qui lui était soumis; même il semble 
avoir encouragé Henry dans son dessein de faire 
monter Anne sur le trône. Mais quel besoin y avait-il 
de rompre brusquement avec Rome? Une entente avec 
le Saint-Père n'était pas impossible. Justement Fran- 
çois I er venait de consentir au mariage de son second 
fils le duc d'Orléans avec la cousine préférée du Pape. 
Catherine de Médicis. C'était pour une famille de 
banquiers florentins une alliance tout à fait inespérée 
et qui flattait vivement la vanité de Clément VII; 



1 On peul juger de la vie des courtisans de Henry VIII par cet extrait 
d'une lettre que lord Rochford reçut d'un de ses amis l'année suivante 
alors qu'il était absent d'Angleterre (sir Edward Baynton à lord Rochford, 
9 juin 1535. Lctters and Papers, vol. VI, n° 613) : — « Asforpasse tyme, 
in the Quenes (Anne Boleyn's) chamber was never more. Vf any of you 
that bee now departed, hâve any ladies that ye thought favoured you and 
somwhat would moorne at parting of their servaunts, I can no whit per- 
eeyve the saine by their daunsing and passetyme they do use hère, but 
that others take place as ever liatli heen the custume; saving only ther is 
a hawke that is called a merlyon, that 1 do thinke is nat yel redy to flye 
al the larkes in this countrey. o II serait curieux de connaître le nom de 
ce aovice que sir Edward Baynton qualifie de faucon avide de proie, mais 
encore incapable de prendre des alouettes. 



HENRI Mil EPOUSE ANNE BOl EYN. i". 

aussi pouvait-on être sûr qu'il accédera il dans la 
mesure du possible à t < m i > les désirs de François, de 
peur qu'un refus n'amenai ce dernier à retirer son 
consentement. D'autre part, il n'y avail pas lieu de 
redouter que l'influence de l'Empereur, «j u i était ;'i 
même de trouver un autre parti brillant pour Cathe- 
rine de Médicis, ne \ini à s'exercer sur Clément Ml à 
l'encontre des efforts de François 1°' ; car celui-ci allait 
inviter le Pape à venir en France pour y bénir l'union 
de sa parente, et là, seul à seul avec lui, il saura il 
bien obtenir celle sentence que le roi d'Angleterre 
sollicitai! vainement depuis plusieurs années. 

(les paroles de François I" inspirèrent à Henry la 
plus grande confiance ou, pour mieux dire, la plus 
grande présomption. Ne doutant plus de voir bientôt 
annuler son premier mariage, il n'hésita pas à devancer 
le moment où il serait déclaré libre de ses liens conju- 
gaui, et aussitôt rentré en Angleterre, il épousa Anne 
Boleyn 1 . Il mi de soi que celle union hàli\e devait être 
tenue strictement secrète jusqu'à ce que le Pape eut 
rendu la sentence désirée; aussi la cérémonie nuptiale 
se célébra-t-elle dans le plus profond mystère; deux ou 
trois personnes seulement, parmi lesquelles on nomme 
lord Rochford, y furent présentes*. En commettant un 



1 II. hir<liii.mii (Anne Boleyn, chap. v el appendice lh soutient, à l'aide 
d'arguments assez plausibles, que le mariage de Uenrj VIII et d'Anne 
Boleyn c'eut lieu que le 25 janvier 1553. VEdinburgh Review, en faisant 
l'analyse de mui ouvrage (n" de jamier 1881»), oppose ii M. Friedinanii 
d'autres arguments ets'en tient a la date du 14 novembre 1552, indiquée 
pur Hall. (The Union of Ihe famelies of Lancaslre and Yorke.) Nous croyons 
que la revue écossaise a raison. 

- Cbapuis à l'Empereur, 27> février \'.)">. (Archives de la Burg.) — ■ 
Martin du Bellay. (Mémoires, livre IV.) — Huniers History of the Refor- 
malion (pari 5"\ book VI). 



46 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

acte aussi hardi, Henry Mil ne s'inquiétait que de 
posséder enfin sa récalcitrante maîtresse; le malheu- 
reux n'avait pas suffisamment pesé les conséquences de 
son amour. Certes il comptai! bien que sa nouvelle 
épouse lui donnerait quelque jour un fils: mais il 
n'avait pas supposé que sa fécondité se manifesterait si 
vite. A peine mariée, Anne devint grosse. 

Cel événement malencontreux détruisait tout le plan 
édifié par François I er . Impossible désormais d'attendre 
la venue du Saint-Père en France; vu son Age, celui-ci 
ne se mettrait pas en route avant la belle saison et la 
situation d'Anne ne pourrait se dissimuler jusqu'à 
celte époque. Dans ces conditions, que faire? Henry Mil 
pensa qu'à lui seul il avait le moyen de forcer la main 
au Pape: il allait faire voter par le Parlement des 
mesures agressives contre l'autorité du Saint-Siège, 
et devant la menace d'un schisme, Clément VII que, 
d'un autre côté l'hérésie, luthérienne tourmentait 
beaucoup, sériait contraint de se montrer complai- 
sant. 

Tel était le projet auquel Henry avait déjà donné un 
commencement d'exécution en convoquant le Parle- 
ment', quand vers la fin de février 1555 arriva en 
Angleterre un Ambassadeur extraordinaire de Fran- 
çois I er , le sieur de Langey 2 . Celui-ci venait annoncer 
(pie le Souverain Pontife avait accepté de se rendre 
en France au mois d'août suivant; en outre, il était 
chargé d'inviter Henry à se l'aire représenter aux négo- 



1 La convocation esl du 5 février 1535. (Record Office. Lellcrs and 
Papers, vol. VI. u" 125.) 

- Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, frère aîné de Jean du 
Bellaj ; il avait déjà été envoyé eu Angleterre eu Tj.~>0. 



DEUXIEME VMBASSADE DE LORD ROCHFORD E!i FRANCE. 17 

ciations que François engagerai! alors en sa faveur 
avec Clémenl \ II. 

Henrj VIII lui embarrassé par celte communication ; 
certainement elle témoignait de l'obligeance <lr Fran- 
çois; mais que dirait celui-ci quand il apprendrait 
que, tandis <|u'il travaillait à Rome pour le*- intérêts 
de son allié, ce même allié tenait en Angleterre une 
conduite inconsidérée et <lc nature à ruiner tous les 
résultats péniblement acquis? Ë tait-il, d'ailleurs, rai- 
sonnable <lc supposer que le Roi très chrétien conti- 
nuerait à soutenir la cause d'un Prince qui entrait 
résolument dans la voie du schisme? Ileni\ était trop 
présomptueux pour concevoir le moindre doute à cet 
égard ; loutefois après réflexion il préféra ne pas révé- 
ler la vérité à Lange} ; un diplomate anglais s'acquit- 
terait, à coup sur, beaucoup mieux qu'un Français, 
de la délicate Mission qui consistait à dire au roi de 
France qu'on s'était joué de lui, mais que néanmoins 
on comptait toujours sur son assistance dans l'avenir. 

Lange\ fut donc seulement chargé «le dire à Fran- 
çois qu'à l'entrevue convenue entre lui el le Pape, 
il verrait venir comme représentant de llenn \lll 
un «les principaux hommes d'Etal anglais, soit !<• 
duc de Norfolk, soi i le comte de Wiltshire. Puis 
Langev parti, lord Rochford se mil presque aussitôt en 
roule à sa Miile; c'était à ce dernier que Henry s'était 
décidé à confier le soin de justifier sa conduite el de 
réclamer le concours de la France pour obtenir la 
ratification de son mariage secret par le Saint-Siège. 

Les instructions remises à Rochford en cette 
occasion 1 sont curieuses; l'Ambassadeur impérial à 

1 Ces instructions ont été publiées dans les Slale Papers, vol. Ml, 
u° 548. 



48 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VI11. 

Londres, Chapuis, qui répétait les bruits de Palais, 
disait qu'elles étaient « fondées en beauleoup de 
diableries et choses extravagantes 1 » : de fait, elles 
montrent d'une manière piquante à quel degré de 
présomption et d'aveuglement le roi d'Angleterre en 
était venu sous l'influence de son fol amour. 

Henry VIII commençait par engager François 1 er à 
ne plus donner son lils à la nièce du Pape. « Eu 
« esgard au bas lieu, sang et maison dont est 
« extraicte ladicte niepee du Pape et le très noble et 
« très illustre sang, progenie et Maison royale de 
« Fiance (dont est extrait) noslre très cher et très 
« a nié cousin et tilleul le duc d'Orléans, ledict ma- 
te riage seroit fort dispar et inequel. » Toutefois, re- 
prenait Henry, ce ce même mariage deviendrait accep- 
te table si par ce moyen nostre dict bon frère le roy de 
« France obtenoit quelque grand profit, commodité 
« et avantage qui redundast au bien, utilité et hon- 
« neur tant de luy que de nous. » Mais quel était 
ce grand profit? les instructions le disaient : il faudrait 
que Clément \II « admisl et allouast nostre excusa- 
« leur et exoine de non comparoir (à Rome) et qu'il 

s'abstint de procéder en la matière (de notre grande 
« cause) à l'encontre de nous, nos royaulines et sub- 
« jects. ^ Henry, on le voit, se servait du pluriel, 
comme si François F r eût été solidaire de lui. Le roi 
d'Angleterre continuait sur ce Ion, en demandant à 
« son bon frère >» de retirer l'invitation qu'il avait 
adressée au Saint-Père, si celui-ci faisait mine de se 
montrer récalcitrant. 

Puis, ces prémisses posées, Henry arrivait à l'aveu 

1 Chapuis à l'Empereur, .11 mars 1555. 



DEUXIÈME AMBASSADE DE LORD ROCHFORD EN FRANCE. 

par lequel il eû1 été mieux de débuter : « Nous avons 
o effectuellemenl procédé à l'accomplissement el con- 
sommation de Qostre mariage »; el il ajoutait <j u«- 
maintenant François devait se bâter d'agir afin d'ob- 
tenir la ratification de ce mariage par le Saint-Siège. 
Pour atteindre ce but, il riait nécessaire de menacer, 
el sans vergogne Henry envoyait au roi de France le 
texte d'une lettre que ce dernier aurait à transcrire el 
à adresser à Clément VII : 

« Très Sainct-Père, » tels élaienl 1rs propres 
termes que Henn voulait voir adopter, « Vostre 
« Saincteté esl piécà bien advertye du grand scrupule 
« de conscience auquel se trouve le roy d'Angleterre, 
« mon lion frère el perpétuel allié, peur le visage 
•• du mariage où il es! à présent. Il a dempuys 
« naguère, derechef faict remonstrer à Vostre Saine- 
o teté et faict supplier Icelle qu'il l.u\ plaise ladicte 
" cause l'aire terminer par les moyens qu'il a faict 
« proposer lesquels je trouer si honnestes, justes et 
" raisonnables, fondés sue si bonne é<jnitr et raison 1 , 
« que là où Vous ne les accepterez, il me semble que 
« luy ferez cognoistre évidentement et aussj à tout 
« le monde que Vous voulez monstrer aultre envers 
« luy que ne mérite la révérence qu'il a jusques 
• icy portée non seullement à Vostre personne, 
« mais à Vos prédécesseurs Papes. Je ne puis, Très 
« Sainct-Père, faire moins que de très instanlemcnl 
'<■ Vous prier (pie vueillez prester l'oreille aux de- 
« mandes de mon l»on frère, qui me semblent justes*, 



1 Dans la minute, ers mots sont soulignés, el 1<' Secrétaire de Crouxwell, 
Wriothesley, a écrit en marge : « Thèse words be mater ial. >• 
- En marge, Wriothesle\ a encore «'•crit : a Thèse words be material. » 

UEl'X GENTILSHOMMES-POÈTES. 4 



50 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

« cl comme telles les lui accorder. Et combien je 
« ne fasse aulcun double que Voslre Saincteté re- 
« quise de telz deux Princes Vous portant telle 
c< amour el tant syncère el liliale dévotion, ne soii 
c< pour Soy condescendre à noz requestes; néanmoins, 
« là où icelle Vostre Saincteté divertie par aullres 
« persuasions — lesquelles toutefoiz je ne pourrois 
« bonnement comprendre ne imaginer — auroit 
« délibéré de nous en esconduyre et totallement re- 
(c fuser, lors force seroit de pourvoir au dict affaire 
« par aultres voies et recours* qui, pcult estre, ne 
« Vous seroint guère aggréables 2 . » 

Ce n'est pas tout; après avoir ainsi dicté au roi 
de France une lettre à envoyer au Saint-Père, 
Henry VIII l'invitait à donner l'ordre à ses deux 
Ambassadeurs 3 de conformer leur conduite à celle 
que tiendraient les agents subalternes anglais chargés 
de traiter ou plutôt d'intriguer à Rome : « Après, » 
disait Henry, « que nous serons résoluz et déterminez 
« sur la publication de nostre mariage (avec Anne 
« Boleyn), alors qu'en manderons nostre plaisir à 
« nos Ambassadeurs 4 estans à Piome, nous prions 
« nostre bon frère que, alors et non point devant, 

1 Ici Wriothcslcy avait écrit : « Thèse wordes be round and pikaunte 
and, the Pope' s nature considered, be also material; for with doulce and 
swi'lc wordes lie is nothing moved. » 

- dette minute, de lettre est imprimée dans les Slate Papers, à la suile 
îles instructions de lord Rochford. 

3 Les cardinaux de Gramont et de Tournon. Gabriel de Gramont. 
d'abord évêque de Conserans, puis de Tarbes, et Cardinal; il devint en 
1552 évêque de Poitiers, en 1555 archevêque de Toulouse et mourut le 
26 mars 1534. François de Tournon, archevêque d'Embrun, puis de 
Bourges, et Cardinal depuis 1550; il devint dans la suite archevêque de 
Lyon et mourut le 22 avril 1502. 

* Malgré le titre que leur donne ici Henry Vllf. ni Bennel, ni Bonner 
ne semblent avoir eu la qualité d'Ambassadeur. 



DEUXIÈME AMBASSADE DE LORD ROCflFORD EN FRANCK. M 

selon ce donl qous L'advertyrons, il Luy plaise 
a d'en peseripre à ses Ambassadeurs el agenz par 
« delà affin qu'ilz aidenl aux nostres. » 

Telles étaient les instructions ou pour mieux dire 
le mémorandum que Rochford emportail el qu il 
devait communiquer à François I". Comme la gros- 
sesse d'Anne avançait, il importait de se hâter; I Am- 
bassadeur sut être rapide. Parti le 15 mais de 
Londres', il était le 16 à Coucy auprès du roi de 
France*, el aussitôt il commença su lâche avec une 
vive ardeur. François ne semble pas s'être beaucoup 
récrié contre le mariage hâtif de Uenr\ VIII; mais 
il ne put admettre les moyens qu'indiquail celui-ci 
pour obtenir la ratification du Saint-Siège. Rochford 
avait demandé, en premier lieu, la rupture de l'en- 
trevue convenue avec le Pape; à celte demande, 
François opposa une lin absolue de uon-recevoir : 
« Le faict de la veue d'entre Vostre Sainct-Père et 
« moy, répondit-il « esl de tous poinclz conclud el 
« arresté, chose qui s'est faicle par l'advis et conseil 
« de mon bon frère (le roi d'Angleterre). Il scail 
« très bien que, nous eslans dernièrement ensemble 
« (à Boulogne et Calais), il fut d'opinion que je devoys 
« depescher les cardinaulx de Tournon el <lo Grâ- 
ce mont pour aller devers Sa Saincteté aGn d'essayer 

entre aultres choses de La tirer el fère condescendre 
c< ;i accorder ladicte veue, à ce que par ce moyen 



1 Chapuis à l'Empereur, 15 mars 1535 (Archives de la Burg) : — « Le 
seigneur de Rocheffort partit d'yci en poste il y a deux jours, i 

- Le grand maître Montmorency à l'Ambassadeur de France en Vngle- 
tefre Jean de Dinteville, 17 mars 1535. (Bibliothèque nationale, Fonds 
Dupuy, .".17. fol. 21 i.) Martin du Bellay [Mémoires, livre l\ i se trompe en 
disant que Rochford arriva auprès de François I e ' le \ avril. 



52 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

« l'on peust disjoindre Sadicte Saincteté d'avec l'Em- 
« pereur et rendre l'affaire d'icelluy mon bon frère 
« plus faeille el, aysée à vuyder. Et de mectre à 
« présent chose en avant que, de mon cousté, la 
« peust rompre ou mectre en nouvelle dispute, c'est 
« chose que pour rien je ne vouldroys faire, actendu 
« qu'il y va de mon honneur qui est la plus précieuse 
« chose que j'aye en ce monde 1 . » 

Battu sur ce premier point, Rochford en attaqua 
un autre; il s'eflbrça d'amener François à écrire la 
lettre préparée par Henry VIII. Devant une telle propo- 
sition, le roi de France eut un mouvement d'indigna- 
tion, et il déclara qu'il ne saurait s'approprier de 
pareils termes. Rochford néanmoins tint bon; il avait 
reconnu, trois ans auparavant, lors de sa précédente 
Ambassade, combien François était chatouilleux sur la 
question des privilèges de l'Église Gallicane; il lui fut 
donc assez facile de persuader au Roi, que le Saint-Père 
empiétait en évoquant devant le Tribunal de la Rote la 
cause d'un Souverain temporel. L'Ambassadeur avait 
compté qu'en inquiétant ainsi les susceptibilités jalouses 
de François, il le déciderait à réclamer officiellement 
du Saint-Siège la cassation du mariage de Henry avec 
Catherine d'Aragon; il insistait donc, disant « qu'il 
« avoit charge de son maistre de riens changer ni muer 
« au contenu de la lettre 2 ». A la fin, cependant, il lui 
fallut rabattre ses prétentions et se contenter d'une 
transaction : François composa une nouvelle lettre qu'il 



1 François I" à Jean de Dinteville, 20 mars 1555. (Bibliothèque natio- 
nale. Fonds Dupuy, 547, fol. 221.) Dans cette lettre, François relate à son 
Ambassadeur ce qu'il a « faict entendre au sieur de Rochefort. » 

-' Le même au même, ibidem. 



DEUXIÈME AMBASSADE Dl LORD ROCHFORD EN FRANCE 55 

adressa, non plus directement au Pape, mais aux 
Ambassadeurs français à Rome, el par laquelle il 

ordonnait à ceux-ci <lc demander à Clémenl \II non 
pas de prononcer le divorce, mais simplement de re- 
tirer l'assignation donnée à Benry devant le Tribunal 
de la Rote*. 

Messeigneurs », telle était la teneur de cette oouvelle 
lettre, « le roy d'Angleterre mon bon frère et perpétuel 
« allié a ic\ envoyé devers mo\ Monsieur le Visconte 
o de Rochefbrt, lilz du conte de Wiltsliire que bien 

cognoissez', tant pour me faire entendre de sa bonne 
« prospérité nouvelles, que aussy pour me raconter — 
>< comme fraternellement esl accoustumé entre nous — 
« l'estal de ses affaires. Entre lesquelz il m'a amplement 
« déclaré, et bien j'appercoj l'injure qui ;i luy, à moy 
« et tous aultres Princes chrestiens -croit faicte en cas 
« que nostre Sainct-Père le Pape ne luy vouldroit 
« admettre son excusateur el exoine. Sur quoy il me 
. semble expédient vous rescripre que. de ma pari, 
« veuillez prier nostredict Sainct-Père que Sa Saincteté, 
« monstrant le bon désir et affection qu'il nous porte, 
« veuille admettre et recepvoir l'excusateur et exoine 

de mondict bon frère ;i ne pas comparoir en per- 
ce sonne ne par procuration en l'affaire de son [ma- 
« riage]. En quoy Sa Saincteté non seullement fera 

droict et justice et conservera les privillèges de mon- 
« dict bon frère et d'aultres Prince-, mai- aussy le 
<.< plaisir me sera très acceptable et singulier et me 



1 .Martin du Bellaj se trompe encore quand il dit [Mémoires, livre I\ ) 
(luo François envoya à Clément VII « unes lettres forl affectionnées dont 
le roy d'Angleterre mesmeshry avoil envoyé la minute 

- Le comte de Wiltsliire ainsi que uous l'avons dit, avait été envoyé 
par Henry VIII comme Ambassadeur auprès du Pape en 1530. 



54 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

« donnera occasion de Lny porter faveur en Ions se 
« affaires, que je feray 1res volontiers. A qnoy si Sa 
« Saincteté faisoit aulcune difficulté, vous L'instan- 
ce lercz continuellement et L'adhorterez de ma part si 
« affectueusement que faire pourrez, qu'il veuille bien 
a penser comme Jl refuserait l'excusation de mondicl 
« bon frère, chose que les Papes paravant n'ont jamais 
<c desnyée ni refusée, et qui touche si haultement tant 
« lny (pie moy que tous aultres Princes. Et au temps 
(( présent II peult bien penser que à grand payne les 
« Princes souffriraient que Sa Saincteté usurpast ne 
« entreprist sur leurs privilèges et préhéminences, et 
« que, desnyant à mondict bon frère l'admission de 
« son excuse, il leur semblerait que Sa Saincteté vonl- 
« droit entreprendre pour plus en plus les subjuguer; 
ce par qnoy 11 ne doibt point refuser de luy admettre 
« son excuse. 

ce Et en cas que vous ne pourriez, en façon ne 
ce manière qui soit, induyre Sa Saincteté à accorder 
- ladite admission, Le supplierez que à mon inter- 
cc cession II ne veulle point procéder à lny desnyer 
ce ladite excuse ne autrement attempter ne innover 
« aulchune chose sur icelle ne aussy sur la matière 
ce de mondicl bon frère ne au préjudice de lny; ainsi 
ce plustost s'en desporter, suspendre et laisser ladicle 
« matière en l'entier estât qu'elle est, à tout le moins 
ce entre cy et la veue qui se fera entre nous deux, 
ce ;i laquelle se pourra amplement parler de ladicle 
ce matière. 

ce Et j'ay confiance que Sa Saincteté ne me vouldra 
ce point refuser. Toulesfois, s'il advenoit que Le trou- 
ée vassiez dur à s'y accorder, remonslrez à Sa Saincteté 
ce qu'il veulle bien adviser comme II procéderait, en ce 



DEUXIÈME AMBASSADE DE LORD ROCHFORD ES FRANCE 55 

u cas de si grande importance, à Paire desplaisir à 

u mondicl bon frère; car pour la conjunction et union 

h de ses affaires el tics miens que je ne repute que une 
mesme chose, je prendroys le desplaisir qui iny seroil 

« faicl autant à cueur que s'il estoil faicl à moy 

« mesmes; déclarant aussy qu'il n'est pas temps, ne 

a que les affaires de Sa Saincteté ne requèrent qu'il 

« irrite mondict bon frère, moy et les aultres princes 

« qui sont ses amys et Lui veullent ions bien et sup- 

« port et L'entendent maintenir en ses affaires, pourveu 

« qu'il ne leur donne occasion du contraire par tel 

ret'uz 1 .. » 

François I er remit cette lettre à lord Rochford en le 
chargeant de la soumettre à Henry VIII; cl il lui con- 
venu que h elle ('-lait « trouvée bonne » par ce der- 
nier, elle serait envoyée sans relard aux Ambassadeurs 
français ;i Rome 1 . 

Ce résultat avait été obtenu par lord Rochford en 
moins de quatre jouis"; mais il avait dû, pour triom- 
pher des répugnances du roi de France, déployer une 
audace el uni' obstination peu communes. Les hommes 
d'Etat français qui avaienl été mêlés à la négociation, 
restaient ébahis; l'un d'eux, Jean du Bellay, mécontent 
du succès relatif remporté par le jeune Lord, épancha sa 
liile dans une lettre adressée à l'Ambassadeur de France 



1 Record Office, Letlers and Supers, vol. VI. n 255. Cette pièce est 
mu' copie, probablement celle qui fui envoyée de France à flenn VIII par 
lord Rochford. 

- François I ii .Iran de Dinteville, 20 mai- 1533 (loco cilato) : 
n II (Rochford) a accepté tadicte lettre pour l'envoyer à mon bon frère, 
afin que s'il la trouve bonne, il la renvoyé incontinent, cl je la depes- 
cheraj et envoyerai en diligence aux Cardinaux (île Tournon el de Gra- 
nionl). )) 

5 Le 20 mars, en effet, François 1 pouvait rendre compte île toute la 
négociation a Dinteville (dépêche déjà citée). 



56 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

à Londres et qui nous a été conservée 1 : « Jusques à ce 
« jour, » écrivit-il, « je ne vis onc homme si des- 
« raisonnable : je croy que ledict Rocheford mandera 
« que je suys bien mauvais Angloys pour ce que je ne 
« luy ay voulu accorder les pires raisons et les plus 
«jeunes qui passèrent onc la mer; » mais, au milieu 
de ses critiques, l'évêque de Paris ne peut s'empêcher 
de prononcer un mot d'éloge sur l'habileté avec la- 
quelle Rochford a soutenu toute la discussion : « 11 a 
« esté le plus fort à ferrer qu'il est possible. » 

Sa mission terminée, l'Ambassadeur anglais ne se 
pressa pas de retourner auprès de son royal beau- 
frère; il pensait, sans doute, que celui-ci serait mé- 
diocrement satisfait du résultat obtenu, et il ne tenait 
pas à essuyer les premiers accès du dépit que Henry, 
déçu dans ses calculs présomptueux, ne manquerait 
pas de concevoir. Envoyant donc en avant par un 
courrier le texte de la lettre ({lie François I er proposait 
d'écrire, lord Rochford prit son temps pour regagner 
l'Angleterre : il mit plus de deux semaines pour 
faire un chemin qu'il avait, à l'allée, parcouru en 
moins de trois jours 2 . 

Bref, il ne fut de retour en Angleterre que vers 
le 8 avril : or avant le 28 mars, le roi de France avait 



1 .Iran du Bellay à Jean de Dinteville, '20 mars 1555. (Bibliothèque 

national,', Fonds Dupuy, 547, fol. 218.) 

- Ghapuis à l'Empereur, 51 mars 1555 : « On m'a diet île bonne part 
que Rochefort estoit, il y a desja quelques jours, party de la Court de 
France sans exploit du inonde. » Le même an même, 15 avril 1555 : « 11 
y a huit jours que le seigneur de Rochefort revint de France. » Chapuis fut 
très mal renseigné sur le but et les détails de la mission de lord Rochford ; 
dans ses dépêches, il se fait simplement l'écho des bruits populaires, 
bruits souvent stupides; au surplus, il avouait lui-même son ignorance : 
(i Sire, je n'ay pu entendre la particularité de la charge de Rochefort. » 
(Dépèche à l'Empereur du 51 mars 1555.) 



DEUXIÈME AMBASSADE DE LORD ROCHFORD EN FRANCE. 57 

appris par son Ambassadeur à Londres' que Henrj \lll 
se contentait de l'envoi aux cardinaux de Tournon el 
de Gramonl «1«- la lettre composée à Coucy. Celle-ci, 
dès que l'assentimenl du roi d'Angleterre fui connu, 
dut être expédiée à sa destination*; el les Cardinaux 
français, se conformant aux instructions de leur 
maître, s'efforcèreni d'amener Clémeni VII à annuler 
la citation remise à Henry Mil. Ce lui (teint' inu- 
tile; Clément, qui probablement avail appris le second 
mariage de Henrj el qui voyail la campagne entreprise 
en Angleterre contre l'autorité du Saint-Siège, ae vou- 
lait pas se montrer condescendant à l'égard d'un Sou- 
verain qui le bravait ouvertement; il resta donc sourd 
à toutes les instances des Cardinaux français. Ceux-ci 
n'obtinrent de lui que quelques paroles aimables ;i 
l'adresse de François 1 er , paroles vagues connue 
savait en prodiguer le Pontife, el qui ne l'en- 
gageaient à rien; les Cardinaux malheureusement 
eurent le tort d'exagérer la portée de celles-ci el 
d'en conclure que le Pape s'interdisail tout nouvel 
acte de procédure contre Henry VIII jusqu'au momenl 
de sa rencontre projetée avec François I r . Tournon 
écrivit dans ce -eus en France 3 , el ses assurances 

1 François I à Jean de Dinteville, 28 mars 1533 (dépèche publiée pai 
Nicolas Camusat, Veslanges historiques) : — <i J'aj esté très ayse d'entendre 
que le ii i v d'Angleterre ayl trouvé la lettre que j'avoys faicl dresser pour 
les cardinaux de Tournon el île Gramont, bonne. 

- 11 ne s'est pas conservé de trace à notre connaissance «le son envoi. Au 
Record Office existe la copie d'une autre lettre adressée par François I 
au cardinal de Tournon seul et dont le sens est analogue. Celle copie 
porle la date <\r mai 1533 sans indication de jour. 

3 Le cardinal de Tournon à François I r , sans date (Camusat, Veslanges 
historiques) : — « Je pense estre tout asseuré que Noslre Sainct-Père vous 
complaira touchant la requeste que lu\ avez faicte en faveur de vostre bon 
frère et qu'il ne se innovera aucune chose en son affaire qui luy puisse 
aucunement nuire entre cv et la veue. » 



58 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LÀ COUR DE HENRY Vlll. 

furent aussitôt transmises en Angleterre, et en des 
termes qui les rendaient plus affirmatives encore. 
Nous verrons pins loin quelle suite fâcheuse eut ce 
malentendu. 

En somme, le petit succès que lord Rochford avait 
remporté en France n'eut aucun effet pratique : le 
Souverain Pontife, qu'on avait voulu intimider, demeu- 
rait inébranlable. 



Gfl IPITRE V 

Troisième Ambassade de lord Rochford en France 



Puisque l'enlrevue du Souverain Pontife avec Fran- 
çois [ er ne pouvait être empêchée, il étail de l'intérêl 
de Henry VIII de s'j faire représenter, afin de veiller à 
ce que sa cause ne fui |>a^ perdue de vue par son 
allié. A cel effet, il choisil dans son entourage quel- 
ques seigneurs qu'il croyail agréables au roi de France 
e1 <|ni en même temps étaienl des partisans (l'Anne 
Boleyn; ce furenl d'abord des parents de celle-ci, son 
oncle le duc de Norfolk qui fui le chef de la mission, 
M»n frère lord Rochford el son cousin sir Francis 
lîryan 1 , ces deux derniers bien connus de François 
auprès duquel ils avaienl déjà été Ambassadeurs ; puis 
des amis personnels de Henry, sir William Paulet, 
contrôleur de l'hôtel (complroller of the household), el 
sir Anthony BrowneV A ces hauts personnages furenl 

1 C'est le poète dont nous avons parié dans notre introduction; il avail 
été Ambassadeur ordinaire d'Angleterre en France de 1528 à 1532, saul 
pendant le temps de la mission de Rocheford el de Stokeslej et de 
celle de Wellisbourne. 

- Sir William Paulel devinl successivemenl lord Saint-John (1539), 
lord Présidenl du Conseil (1545), comte de Wiltshire (1550) el marquis 
de Winchester (1551); il est l'ancêtre direct du marquis de Win 
actuel. — Sir Anthony Browne fut nommé grand écuyer [master of the 
horsé) en 1539 : il mourut en avril 1548. 



00 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

adjoints plusieurs docteurs en vue de discussions pos- 
sibles sur des points de théologie 1 . 

Primitivement l'entrevue devait avoir lieu au com- 
mencement de juillet 1555 dans une ville non déter- 
minée du midi de la France, de sorte qu'étant données 
la lenteur et la difficulté des communications à cette 
époque, il était nécessaire aux Ambassadeurs de Henry 
de partir d'Angleterre environ un mois à l'avance; 
pour bien faire, ils devaient même se mettre en route 
plus tôt, afin d'avoir le temps de se concerter avec 
François I er avant l'arrivée du Saint-Père. Cependant 
on touchait déjà à la mi-mai et le départ de l'Ambas- 
sade anglaise n'était pas signalé. Le roi de France, 
étonné de cette inaction, chargea son Ambassadeur à 
Londres 2 d'en connaître la cause 3 . Ce n'était pas, ainsi 
qu'on serait porté à le penser, le fait d'un caprice de 
Henry VIII; le retard provenait du duc de Norfolk qui 
n'était pas disposé à partir si vite. 

Pour expliquer la conduite du Duc, il faut dire que 



1 Mémoire pour le faiet (Ventre le Pape et le roy d'Angleterre auquel 
le Roy (de France) s'estoit entremis, escript de la main du cardinal du 
Bellai (Bibliothèque nationale, Fonds Dupuy; 33, fol. 52 et suivants) : — 
(i Ledict Roy (Henry VIII) envoya ceuh qui luy estoyent de plus près 
d'entencte, alliance, familiarité et crédict, entre les aultresle due de Nor- 
foch, le frère de sa nouvelle femme, le trésorier, etc., accompagnés des 
plus scavans personnages de son Royaulme et qui myeulx estoient pour 
desbattre ses raisons. » 

- .Iran de Dinh'ville, seigneur de Polizi, bailli de Troyes, maître d'hôtel 
du Roi ; il était Ambassadeur ordinaire en Angleterre depuis l'année pré- 
cédente. 

3 François là Dinteville, 15 mai 1555. (Bibliothèque nationale, Fonds 
Dupuy, 726, Fol. 95.) Le même jour, le grand maître Montmorency écri- 
vait dans le mêmesensà Dinteville (Fonds Dupuy, 547, fol. 25(3) : — «Bien 
vous advise que le Roy espère estre à Lyon dans le XXII ou XXIII de ce 
mois; par quoy sera bon que Monsieur le duc de Norfort s'en parte pour 
s'achemyner à s'en venir le plus tost qu'il pourra, comme je vous prye 
luy dire et faire entendre de ma part. » 



TROISIÈME AMBASSADE DE LORD ROCHFORD l.\ FRANCE. 61 

l'évidence de la grossesse d'Anne Boleyn venait de con- 
traindre le Roi ;i avouer au public son mariage avec 
elle; dès lors, n'ayanl plus d'apparences à sauvegar- 
der, Henrj avail donné l'ordre à l'archevêque de Can- 
terbury, personnage Loul dévoué à sa cause, de pronon- 
cer la nullité ah initio de son union avec Catherine 
d'Aragon, el il avait décidé qu'aussitôl cette sentence 
rendue 1 , Anne serait solennellement couronnée Heine. 
La cérémonie devait avoir lieu le l ep juin; or il était 
bien certain qu'à cette occasion des charges el des 
laveurs de toutes sortes allaient être distribuées par le 
Roi. Le duc de Norfolk, comme oncle d'Anne, était tout 
désigné pour en avoir sa part; mais il savait i|uo les 
absents onl toujours tort el préférait ne pas s'éloigner 
en un pareil moment. Il temporisait donc, éludant de 
répondre aux instances de l'Ambassadeur de France. 
Enfin, le 28 mai, il recul le présenl qu'il attendait, 
le bâton de Maréchal de la noblesse {Karl Marshall); 
cl le jour même il quitta Londres. Le 50 mai, toute 
l'Ambassade anglaise se trouva réunie à Calais d'où 
elle se mit en route le 2 juin pour rejoindre François*. 
Justement suc ces entrefaites, le Saint-Père, effrayé 
par la perspective d'un long voyage à entreprendre au 
cœur de l'été, demandait à François [ er de renvoyer 
leur entrevue à l'automne, et le roi de France s'em- 
pressail d'accéder au désir du vieillard 3 . Le dur de 
Norfolk et ses compagnons furent informés de cette 
nouvelle, comme ils arrivaient à Amiens: ils s'imagi- 



1 Elle fut rendue par Cranmer le 25 mai. 

- Chronicle of Calais in Ihe reigns of Henry 17/ and Henry VIII to 
the year 1540, edited bj John Gough Nichols (Camden Society). 

3 Montmorency écrivit le '2'J mai 1555 à Dinteville pour l'avertir de ce 
changement de date. (Bibliothèque nationale. Fonds Dupuy, 726, fol. '-'T.' 



62 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

lièrent que le délai apporté à l'entrevue était le résultat 
de quelque difficulté survenue entre la Cour pontificale 
et celle de France et qu'il présageait à brève échéance 
un contre-ordre final; suspendant, en conséquence, 
leur voyage, ils écrivirent à leur maître pour lui 
demander s'il ne convenait pas, dans ces circonstances, 
de revenir purement et simplement en Angleterre. 

Mieux instruit que ses Ambassadeurs du véritable 
état des choses, Henry VIII leur répondit qu'ils 
devaient poursuivre leur route pour rejoindre Fran- 
çois I er , tout comme si rien n'avait été changé dans 
le plan primitif; mais, quand ils seraient auprès de 
ce Prince, ils renouvelleraient les efforts tentés naguère 
par lord Rochford pour le détourner de se rencontrer 
avec Clément VII; s'ils ne pouvaient atteindre ce 
résultat, ils assisteraient à l'entrevue et feraient alors 
de leur mieux pour obtenir quelque arrangement rati- 
fiant le mariage de Henry avec sa favorite 1 . 

Ayant reçu ces instructions, les Ambassadeurs 
gagnèrent Paris. François I er ne s'y trouvait pas; il y 
avait déjà longtemps qu'il était parti, s'avançant à 
petites journées à travers son Royaume, pour aller à 
la rencontre du Saint-Père. Seule de la Cour de France, 
la reine de Navarre était restée dans la capitale; les 
l'alignes d'une grossesse l'avaient empêchée de suivre 
son frère. Or, la reine Marguerite portait alors intérêt 
à Henry VIII comme, en général, à tous ceux qui fai- 
saient échec au Saint-Siège; elle accueillit donc avec 
une grande bienveillance les Ambassadeurs anglais, et 
dans les conversations qu'elle eut avec le duc de Nor- 



1 Uenry VIII à Norfolk, Rochford, Paulet, Browneel Bryan, Il juin 1555. 
[Stale Papers, vol. VII, q° r>65.) 



TROISIÈME AMBASSADE DE LORD ROCHFORD EN FRANCE. 63 

folk cl Ion! Rochford, elle se montra convaincue que 
son frère leur prêterait un concours efficace el qu'ils 
finiraient par arracher au Pape une solution conforme 
aux souhaits <lc Henrj '. 

Le 10 juillet, le Duc cl ses compagnons rejoignirenl 
François l' r à Riom, el de là ils se rendirent avec lui 
à Clermont el à Vic-le-Comte. Quatre jours se pas- 
sèrent ainsi, pendant lesquels le Roi se montra fort 
prévenanl et affable; mais tous les efforts que Grenl 
les représentants de Henry Mil pour rompre l'entrevue, 
demeurèrent inutiles; elle aurait lieu, en toul étal de 
cause, au mois de novembre 2 . En attendant ce moment, 
les Ambassadeurs anglais n'avaient pas besoin de 
suivre François dans la tournée <|u'il allait faire en 
Languedoc; mieux valait pour eux séjourner à Lyon où 
les chaleurs de l'été seraient moins pénibles, el ils 
n'iraient qu'à la veille de l'entrevue retrouver le Roi à 
Avignon. 

« Si », raconte à ce sujet Jean du Bellay 3 , « ordonna 
le llo\ grosse et notable compagnie de ses serviteurs 
pour les accompaigner ; et chef d'entre eulx l'évesque 
de Paris 1 ; tous, leurs amis el familiers donl ne j avoil 
que n'eusl esté ambassadeur en Angleterre el à <|u\ ilz 

1 La reine de Navarre à Jean de Dinteville, 2"2 juin 1533 (Bibliothèque 
nationale, Fonds Dupuy, 726, fol. 98): — « J'ay esté merveilleusement ayse 
de scavoir de ses bonnes nouvelles (d'Anne Boleyn) par Messieurs de V>r 
fort el d"' Rochefort « j i ■ • - j';i\ icj veuz et très voulontiers, ainsi que vou 
aurez pu scavoir. » — ■ Dans une lettre conservée au Record Office (Letlers 
and Papers, vol. VI, n° 692), le duc de Norfolk rend compte d'un long 
entretien qu'il eut alors ;i Paris avec la reine de Navarre. 

- Sir William Paulet à Cromwell, 15 juillet 1533. [Henry VIII, State 
Papers, vol. VII, n° 368.) Nous reparlerons avec plus de détails de ces 
négociations dans la seconde partie de ce travail. 

" Mémoire, etc. (Bibliothèque nationale, loco citalo). 

' C'est-à-dire Jean du Bellay lui-même; du siège épiscopal de Bayonnc 
il venait de passer à celui de Paris. 



64 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VITT. 

n'eussent priva ulté 1 ; et leur ordonna que partout où 
ilz (les envoyés anglais) passeroyent, ilz fussent traictez 
et honorez comme eust esté la propre personne de 
Monseigneur le Dauphin. » 

Le 14 juillet au matin, le duc de Norfolk et les 
autres représentants de Henry VIII prirent donc congé 
de François I er2 ; et, suivant l'avis de ce dernier, ils se 
rendirent à Lyon où ils arrivèrent le 21 , sans qu'aucun 
incident bien notable se fût produit durant le trajet 3 . 

Au bout de quelques jours, le gouverneur de la ville, 
voulant leur faire honneur, organisa pour eux une 
entrée triomphale. Alors les Ambassadeurs sortirent de 



1 François I er à Dinteville, 15 juillet 1555 (Bibliothèque nationale, Fonds 
Dupuy, 547, fol. 250) : — « Pour l'accorapaigner (le duc de Norfolk) je luy 
ay baillé l'évesque de Paris, les sieurs de Morette, de Vaulx, de la Ilar- 
gerye el aultres bons personnages qui ne l'abandonneront point. » Charles 
de Solier, seigneur de Morette, avait été chargé de missions en Angle- 
terre en 152b' et 1528; Jehan Joachim de Passano, seigneur de Vaux, 
avait été Ambassadeur dans ce même pays en 1525, puis de nouveau 
en 1550. 

- Sir William Paulet à Cromwell, 15 juillet 1555 (loco citalo) : « We 
came to hym (François I er ) thursday the X of tins inonlh.... We left with 
the said Kinge frora Riom to Monferran... and came to hym saturday 
night to the duke of Albany's castell in Overnois (Auvergne) called Vuict 
and there taried sunday and monday till VIII on clock, and then the King 
departed to do bis jorney towards Nostre Dame de Puis (le Puy) and so to 
Tullous, and we to Crepior (Courpière) towards Lyons. » 

r ' Sir Anthony Browne raconte seulement dans une lettre à Cromwell 
(24 juillet, Record Office, Lctters and Papers, vol. VI, n° 891), qu'un 
arbre sous lequel ils avaient fait collation, fut frappé de la foudre une 
demi-heure après : « Also, Sir, you shaull understand that the XXI daye 
of this month we aryved at this towen (Lyon) and before our aryvaull, III 
leggs of, at a vylage caulyd Griesves, my lord of Norfolk dynyd and bys 
eoumpane, and ail with hym the bisshope of Parys, Mounser Morrent, with 
dyverse others; and after dyner, becawes the wether was whett, were 
under a gret tre, and sat there and had a collasyon with frewetts and 
drynke; and so departyd; and within hnlf a hower after, rose a gret 
thunder and brent the same tre; and allso at the sain tym was brunt on of 
the Fiench Kyng's archers, wyech stode within III yards of hym, with the 
thunder, and no else, llianks be to (îod. >-. 



TROISIÈME AMBASSADE DE LOttD ROCHFORD EN FRANCE. 

Lyon, ci an cortège imposa ni vinl aussitôt les chercher 
pour les reconduire à leur domicile. Le défilé était 
déjà commencé quand tout à coup survint un messager 
porteur d'une nouvelle imprévue qui jeta la conster- 
nation parmi la mission anglaise : le pape Clément VII, 
irrite de ce que Henry VIII avait fait directement pro- 
noncer par l'archevêque de Canterbury l'annulation de 
son mariage avec Catherine d'Aragon, venait de casser 
cette sentence et avait en plein consistoire sommé ce 
Prince, sons peine d'excommunication, de se séparer 
d'Anne Boleyn pour reprendre sa première épouse*. On 
juge de l'effet que produisit cette nouvelle arrivant 
inopinément au milieu d'une cérémonie publique. 

<c Ainsi -, nous raconte un témoin oculaire. Jean du 
Bellay 5 , « que les députez d'Angleterre entroyent dedans 
la ville de Lyon, les accompagnans les gens de ladicte 
ville et gouverneuren grand honneur, voycj ung gentil- 
homme <jui venoyl do Rome en poste et extrême dili- 
gence devers le roy d'Angleterre, qui vient dire en 
l'oreille au duc de Norfolk qu'il s'en alloyl signifier 
audict rov d'Angleterre comment sentence avoyl esté- 
donnée contre luy par pape (dément : et luy en baille 
une petite lettre dont le pouvre Duc demoure si estonné 
que souldaynement cuyda deffaillir; et ayant dict ceste 
nouvelle à l'évesque de Paris, après s'estre le myeuh 
rasseuré qu'il peult, se retirent (les Ambassadeurs 
anglais et l'évêque de Paris) secrètement au logys et 
commencent à communiquer par ensemble quel remède 
se pourroyt trouver en cote affaire. •• 

1 Le consistoire, où Clément Vil s'était ainsi prononcé, avait été' tenu 
le 11 juillet; l'entrée officielle des Ambassadeurs à Lyon doit avoir eu lieu 
le 25. 

* Mémoire déjà cité. 

DEUX GKXTIISHOMMES-POÈTES. 5 



66 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

« Les Anglois », continue du Bellay, « disoyent que, 
après que leur maistre avoyt receu une telle honte que 
d'estre condamné par le Pape et déclaré excommunié, 
il ne seroyt honneste qu'eulx se trouvassent avec le Roy 
(de France) comme supplyans vers ledict Pape, et 
disoyent que s'ils avoyent faict une telle faulte, leur 
vie seroyt envers luy (Henry VIII) en très grant dan- 
gier. Et de faict, n'eust esté l'asseurance que leur bail- 
loyt l'évesque de Paris que cette sentence qu'il pré- 
supposoyt avoir esté donnée par contumace, se pourroyt 
réparer par l'ordre de droict à l'entreveue (de Fran- 
çois 1 er avec le Pape), et une façon de protestes qu'il 
feist à l'encontre d'eulx en nom du Roy (de France) si 
ils s'en alloyent si souldainement, — desquelles pro- 
testes ils se pouvoyent couvrir envers leur maistre, 
ils rompoyent dès l'heure toute pratique de paction et 
s'en retournoyent souldainement en Angleterre après 
qu'ils auroyent prins ou faict prendre congé du Roy 
(de France). » 

Enfin, après une longue discussion, les Ambassa- 
deurs, se laissant persuader par Jean du Bellay, con- 
sentirent à un accommodement provisoire : le duc de 
Norfolk ne quitterait pas Lyon et ne prendrait aucune 
résolution jusqu'au moment où un des membres 
de son Ambassade, qu'il allait envoyer auprès de 
Henry VIII pour l'avertir de ce qui s'était passé, serait 
revenu lui apportant des instructions définitives'. 



« Mémoire, etc. (loco citato) : — « L'évesque de Paris qui suyvant et sa- 
chant l'intention de son maistre estre que pour le bien de la chrestiente 
la chose si bien commencée se continuast, feist tant envers ledict Duc et 
aultres Députez qu'après plusieurs disputes ils se contentèrent que, sans 
suyvre leur première opinion qui estoyt d'aller en poste prendre congé 
du Roy (de France) pour retourner devers leur maistre, le frère de la Royne 



TROISIÈME AMBASSADE DE LORD ROCUFORD EN FRANCE. 07 

Comme le Hue ne voulait pas rester longtemps dans 
l'incertitude, il choisit entre ses compagnons celui qui 
savait être le plus expéditif, c'est-à-dire lord Rochford, 

et il le lit partir séance tenante pour l'Angleterre. En 
trois jours. Rochford put accomplir le voyage; le 
28 juillet, il était à Windsor auprès de Henry VIII. 
Celui-ci, qui ne doutait plus d'obtenir de Clément Ml 
l'approbation de sa conduite, l'ut fort désagréablement 
surpris par le message «pie lui apportait son beau- 
frère; il ne s'emporta cependant pas outre mesure et 
eut même la présence d'esprit île tenir cachée à Anne 
l'arrivée de Rochford, de peur que la nouvelle de la 
sentence prononcée par le Tape ne fit subir à celle-ci 
un choc trop violent et ne « dommaigeasl ce qu'elle 
pourtoit ». Faisant donc immédiatement partir son 
beau-frère pour Guildford avant qu'il eût été vu par 
Anne, Henry se rendit lui-même en cet endroit « sous 
ombre d'aller à la chasse »; et là ils purent, sans que 
la Reine fût prévenue, discuter quelle ligne de con- 
duite il convenait d'adopter 1 . 

La résolution de Henry VIII fut vile prise; dès le 
lendemain, Rochford reprenait la route de Lyon. Les 
instructions qu'il rapportait à son oncle le duc de Nor- 
folk. 2 , prescrivaient à celui-ci de rejoindre le plus vite 
possible François I er afin de l'inviter à s'unir résolu- 

(Anne Boleyn) seulement y iroyl (vers Benry VIIIi en poste el extrême dili- 
gence pour scavoir ce qu'il lu\ plairoyl qu'ils feissent, ri Bryant iroyt \<i~ 
le Roy (de France) pour l'advertir aussi de ce qui leur estoyl survenu >'t 
se plaindre de l'outraige du Pape. » 

1 Chapuis à l'Empereur, 50 juillet 1553 (Archives de la Burg). 

8 Rochford ne devait rire porteur que d'instructions orales: la pièce 
écrite que nous possédons {State Paper s, vol. VU, n° 573) ne fut com- 
posée que plusieurs jours après son départ; elle est datée du 8 août et le 
duc de Morfolk n'attendit pas qu'elle lui fût parvenue, pour se conformer 
aux intentions de Henrv VIII. 



08 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

ment à Henrv VIII pour tirer vengeance de l'affront 
infligé à ce dernier par Clément VU; la première chose 
que François devrait faire dans ce but était de 
dénoncer l'entrevue convenue, et le duc de Norfolk 
avait l'ordre d'insister vigoureusement auprès du Roi 
de France pour qu'il donnât au Saint-Père cette 
marque de mécontentement. Confiant dans les engage- 
ments qu'il avait reçus de son « bon frère », Henry 
espérait bien que celui-ci accéderait à son désir; 
cependant il avait aussi prévu le cas où le duc de 
Norfolk se heurterait à un refus, et il avait, en consé- 
quence, décidé que, si malgré tout l'entrevue devait 
avoir lieu, ses Ambassadeurs ne s'y rendraient pas, 
mais prendraient immédiatement congé du roi de 
France et reviendraient en toute hâte en Angleterre. 
Henry ne voulait plus avoir de représentants de sa 
personne officiellement accrédités près du Pape 1 . 

La marche de lord Rochford a son retour d'Angle- 
terre fut-elle moins précipitée qu'à l'allée? ou le duc 
de Norfolk, après l'arrivée de son neveu à Lyon, 
tarda-t-il à se mettre en route? Le fait est que la 
mission anglaise ne dut quitter cette ville que vers 
le 10 août 2 ; et ensuite, elle ne se pressa pas d'aller 
signifier à François les décisions de Henry VIII. 
Le 14 août, les Ambassadeurs anglais étaient encore 

i Sir John Wallop, Ambassadeur ordinaire en France, pouvait accom- 
pagner François I" à l'entrevue; il n'était pas accrédité, comme le duc de 
Norfolk, auprès du Pape. La dépèche de Henry VIII du 8 août, déjà citée 
{State Papers, VII, n 373), dit aussi que sir Francis Bryan pourra suivre 
le roi de France; mais il ne devait plus avoir de caractère officiel. 

s François l"à Dinteville, 12 août K.35 (Bibliothèque nationale, Fonds 
Uupuv 547, fol. 258) : — « J'ay entendu le retour d'Angleterre de Mon- 
sieur de Rochefort devers Monsieur de Nortfolk. lequel sieur de ^rlfolk 
est depuis partv de Lvon pour me venir trouver, afin de me faire entendre 
ce que iceluy s'ieur de Rochefort a rapporté, de son maistre. » 



raOlSIÈME AMBASSADE DE LORD ROCHFORD EN FRANC1 69 

à Nîmes 1 ; d'où nous pouvons conclure que ce fui 
seulement le I<> qu'ils se rencontrèrenl à Montpellier 
avec le roi de France. 

François I er , qui prenait alors ses dernières dispo- 
sitions pour la célébration du mariage de son second 
fils avec une parente de Clémenl VII, n'était pas <li^- 
posé, <>n le pense bien, ;i se brouiller avec ce dernier à 
la -.nie lin de plaire au roi d'Angleterre; il n'accueillit 
donc pas la requête que lui présentait !<• duc de Nor- 
folk; mais, tout en la rejetant, il chercha à démontrer 
aux représentants de Henry qu'il avait toujours à cœur 
le- intérêts de celui-ci : « Quand l'entrevue n'auroil 
o étéarrestée, » dit-il au duc de Norfolk, c< sy debvroil 
« achepter le Roi mou bon frère bien chèremenl une 

telle occasion, actendu que je ne veoys ung seul 
« autre moyen peur rhabiller son affaire. » Car, ajou- 
tait François, durant celle entrevue « je m'employerai 
« pour l'affaire de mondict bon frère de telle sorte que 
« ung chacun pourra congnoistre et toucher au doygt 
« que je tiens et reppute sondicl affaire n'estre avec 
« les miens que une mesme chose*. » 

Et pendant deux jours, François ne cessa de re- 
« monstrer » au duc de Norfolk et à ses compagnons 
« le bien qui povoit réussyr pour leur maistre «lu 
« faiet d'icelle veue »; et il s'efforça de les décidera 
assistera celle-ci. 

1 Montmorency àDinteville, 1 I août 1533 (Bibliothèque nationale, Fonds 
Dupuy, 726, fol. 101) : — « A mon arryvée ycy (à Nîmes) aj trouvé Mon- 
sieur de Norfort qui désireroit bien tant faire que de rompre l'entreprinse 
de la veue. » 

3 François I er à Dinteville, 27 août 1533. (Bibliothèque nationale, Fonds 
Dupuy, 547. fol. 255). Dans cette lettre le Roi informe son ambassadeur 
à Londres de tout ce qui s'est passé à Montpellier entre lui et le duc de 
Norfolk. 



70 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES HE LA COUR DE HENRY VIII. 

Les Ambassadeurs anglais semblent s'être laissé 
émouvoir par le langage du roi de France 1 ; malheu- 
reusement ils avaient des ordres trop formels pour 
qu'il leur fût loisible de demeurer. Tout ce qu'ils pu- 
rent faire fut d'exprimer la confiance que Henry YIIÏ, 
quand il connaîtrait les arguments de François, con- 
sentirait à envoyer à l'entrevue « quelque bon et notable 
personnage avec pouvoir suffisant pour traicter, s'il en 
estoit besoing 2 ». Et, afin que son maître fût mieux à 
même de juger la valeur des assurances données par le 
roi de France, le duc de Norfolk obtint de ce dernier 
la remise d'une pièce où elles se trouvaient consignées 
par écrit 3 . 

1 Fnmçois I" à Dinteville,27 août 1555 (loco citato) : — « Le lendemain, il 
(le duc de Norfolk) revint derechef devers moy tant content et tant satisfait 
des bons et honnestes propoz que je luy avois tenuz qu'il ne se;oit pos- 
sible de plus. Et s'il avoit le jour de devant trouvé mon advis bon, il 
le trouva cncores meilleur le jour d'après. » Jean du Bellay dans son 
Mémoire (Fonds Dupuy, vol. 55, loco citato) attribue au duc de Norfolk 
les mêmes sentiments : « Il sentoyl qu'il y en avoit autour de son maistre 
qui ne demandoyent que occasion de le faire si bien rompre (avec le Pape) 
que plus n'y eust de retour; et luy (Norfolk) monstroyt, avec aulcuns 
aultres des plus grans du pays, ne désirer aultre chose sinon d'empescher 
que les choses n'en tombassent où elles sont à présent tombées. » D'après 
les paroles de Jean du Bellay, il est permis de douter que lord Bochford 
ait absolument suivi en cette occasion la conduite de son oncle : « À la 
(in, » dit-il, « retourna (d'Angleterre) le frère de la Royne (Anne Boleyn) 
avec les plus grandes quérimonies du monde, voulant, s'il eust pu, tirer 
le Roy (François I er ) de son costé (du côté de Henry VIII) contre le Pape, 
monstrant que luy (le Pape) avoit rompu sa foi et promesse, desprisé le Roy 
(de France), etc. » 

- C'est ce que Henry consentit à faire; il envoya à l'entrevue l'évêque 
de Winchester Stephen Gardiner. 

3 François I er à Dinteville, 27 août (loco citato) : — « Sur ce propoz pria 
le duc de Norfolk) ceulx de mon Conseil que l'on luy voulsist bailler par 
mémoire, pour plus elèrement le fere entendre à son maistre, ce qui leur 
sembloil que l'on pourroit fère pour rhabiller la sentence et ce qui estoit 
nécessaire que sondict maistre feist pour parvenir à cella. Sur quoy luy 
ont esté baillez les articles dont je vous envoyé le double. » Ces articles 
ne se retrouvent plus. 



TROISIÈME AMBASSADE DE LORD ROCHFORD F.N FRANCE. 71 

Cela fait, les Ambassadeurs prirent congé de Fran- 
çois et « usant de toute extresme diligence >• retour- 
nèrent en Angleterre 1 . Lord Rochford put ainsi arriver 
à Greenwich avant le 7 septembre, jour de la naissance 
de sa nièce Élizabeth, la future Heine; et le H> du même 
mois il prit part dans l'église des Observantins de 
Greenwich au baptême de cette Princesse; il portait un 
des coins du dais sons lequel elle était tenue 2 . 

' Ils durent quitter Montpellier le 18 août, et nous savons par Chapuis 
que le 50 ils étaient arrivés en Angleterre. 

2 Harleian, m-. 543, loi. 128 (British Muséum). Voir aussi le récit fait 
par Hall : The union ofthe two noble and illustre famelies of Lancastre 
and Yorhe. 



CHAPITRE VI 

Quatrième et cinquième Ambassades de lord Rochford en France. 



Devenu frère de la Reine, lord Rochford devait 
désormais avoir un état de maison considérable. Pour 
satisfaire plus aisément à cette obligation, il demanda 
et obtint de son beau-frère Henry VIII, au mois 
d'octobre 1555, l'autorisation de s'établir au château 
royal de Beaulieu dans le comté d'Essex. En d'autres 
circonstances, la démarche de lord Rochford eut paru 
pleinement justifiée, puisque depuis plusieurs années 
il était sénéchal de Beaulieu 1 et qu'il était de toute 
raison qu'un sénéchal habitât le domaine qu'il admi- 
nistrait. Mais Beaulieu était aussi la résidence affectée 
à Mary Tudor, la fille du premier mariage de Henry; 
et pour permettre à lord Rochford de « dresser son 
ménage » dans le château, il fallut reléguer la Prin- 
cesse dans les communs 2 . Or, quelques jours aupa- 



1 11 avait été nommé a cette charge le I e ' février 1529, remplaçant sou 
beau-frère William Carey, mort le 22 juin de l'année précédente. 

â Chapuis à l'Empereur, 16 octobre 1555 (Archives de la Burg) : — « Jl 
n'est survenu chose nouvelle, fors que le Roy a faict deslouger la Princesse 
d'une sienne très belle maison où elle estoit, et réside maintenant en une 
bien mal propice pour le temps; et que plus est, ledict seigneur Roy a 
baillé la première, ne scay si en donation ou aultre tiltre, au seigneur de 
Rochefort, frère de la dame, qui desjà y a faict dresser son ménage. » 



QUATRIÈME ET CINQUIÈME AMBASSADES DE LORD ROCHFORD. 73 

pavant, celle-ci avait refusé .ivre une grande énergie 
d'abandonner à sa sœur nouveau-née Elizabeth son 
titre ilf Princesse héritière 1 ; la déloger pour faire 
place à lord Rochford semblait donc un acte de ven- 
geance et un acte bien mesquin. Les événements qui 
allaient suivre montrèrent que ces apparences n'étaient 
pas trompeuses el que Henry Mil, dominé par A.nne 
Boleyn, était prêt, en réalité, à exercer toutes sortes 
de rigueurs contre sa fille aînée pour la forcer de 
renoncer à ses droits au trône*. 

A. Beaulieu, quoique ayanl dû émigrer du château 
dans une habitation plus modeste, Mary avait conservé 
son établissement de Princesse. Mais, du moment qu'on 
voulait la dépouiller de son titre, on ne pouvait lui 
en laisser les attributs. Un prétexte quelconque se 
présenta : peut-être lord Rochford réclama-t-il le libre 
usage de toutes les dépendances du château qu'il 
occupait; bref, il fut décidé que dorénavant Mary 
n'aurait plus de résidence spéciale, et de Beaulieu, 
elle fut, au mois de décembre, transférée dans le 
Hertfordshire, à Hatfield 3 qui était la demeure affectée 
à la princesse Elizabeth. Ainsi Mary se trouvait désor- 
mais l'hôte et, par conséquent, la subordonnée de sa 
sœur; mais ce n'esl pa>> tout : tandis que celle der- 
nière était, malgré son bas âge, entourée d'un per- 
sonnel nombreux, les serviteurs dévoués dont Cathe- 



1 Marj Tudor a Benrj VIII, 2 octobre 1553 (lettre publiée par Heylin, 

Ecclesia restaura lu). 

- Voir à ce sujet Froude's Eistory of England, chap. mi. et miss 
Everett Wood's Letlers of royal and illustrions Indus, vol. II, n° '.'T. 

5 Ce domaine royal existe encore aujourd'hui; donné par Elizabeth au 

grand trésorier lord Burleigh, il est resté depuis dans la possession de la 
famille de celui-ci et appartient aujourd'hui au marquis de Salisbury; le 
château, seulement, a été reconstruit au commencement du ira sied '. 



74 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

rine d'Aragon avait composé la maison de sa fille 1 , 
furent licenciés, et, en leur place, Mary n'eut plus, 
comme attachée spécialement à son service, qu'une 
seule gouvernante choisie parmi les ennemis les 
plus acharnés de sa mère : c'était lady Shelton, 
la propre tante d'Anne Boleyn et de lord Roch- 
ford 2 . 

Il va de soi que cette gouvernante ne devait pas être 
particulièrement tendre pour la jeune fille soumise à 
sa direction; cependant deux mois ne s'étaient pas 
écoulés, et déjà les amis de la nouvelle Reine, ne 
voyant pas se produire la renonciation que l'on voulait 
arracher à Mary, accusaient hautement lady Shelton 
d'être trop déférente pour cette dernière. Lord Rochford 
notamment, d'après les dires de l'Ambassadeur impé- 
rial, aurait eu à ce sujet une vive discussion avec sa 
tante et lui aurait reproché 1' « honnesteté et huma- 
nité » dont elle usait à l'égard de la « hastarde J ». 
Telle était l'épi thète que, dans l'entourage d'Anne 
Boleyn, on osait maintenant appliquer à la princesse 



1 Les principaux étaient : la comtesse de Salisbury, gouvernante; et 
lord Hussey, chambellan. Margaret Plantagenet, comtesse de Salisbury in 
her own right, était fille du duc de Clarence et la dernière représentante 
directe de la maison d'York; elle avait épousé sir Geofl'rey Pôle. Lord 
Hussey était un Lord de création récente. 

2 Anne Boleyn, épouse de sir Jolm Shelton, était sœur du comte de 
Wiltshire. 

3 Chapuis à l'Empereur, '21 février 1554 (Archives de la Burg) : — 
« Elle (la princesse Mary) est maintenant plus tenue de court, et n'est 
question de riens faire sans le congié de la seur du père de ladicte Anne 
de Boullans (lady Shelton) qui a en charge ladicte Princesse, a laquelle 
gouvernante le duc de Xorforch et le frère de ladicte Anne dirent 
naguyères beaucoup de grosses parolles a cause qu'elle usoit trop d'hon- 
nesteté et humanité, a leur semblant, envers ladicte Princesse, laquelle, 
comme ils disoient, ne devoit estre honnorée ni traictée que comme une 
bastarde qu'elle estoit. » 



QUATRIÈME KT CINQUIÈME AMBASSADES DE LORD ROCHFORD. 75 

Mary, sans que son père pensât à s'en choquer; bien 

loin de là, un mois plus tard, il donnait raison à 
l'insolence dos Boleyns en faisant voter par le Par- 
lement une loi aux termes de laquelle, son mariage 
avec Catherine d'Aragon ayant été mil, la Glle issue 
de ce mariage était déclarée illégitime et privée, par 
conséquent, au profit de sa sœur cadette, de ses droits 
à la succession royale'. 

Par une coïncidence singulière, le joui' même où 
la Chambre des Lord-, y compris lord Rochford, volait 
la déchéance de Mary, un consistoire solennel tenu 
à Rome par Clément Vil décidait que l'union de 
Henry VIII avec Catherine d'Aragon avait été vala- 
blement contractée et qu'il n'existait aucun motif 
pour la casser. Ainsi tous les efforts déployés par 
François I" r pour faire sanctionner par le Saint-Siège 
le second mariage de Henry VIII avaient, en lin de 
compte, abouti à un échec. 

Qu'allait résoudre le roi d'Angleterre, à la réception 
de cette nouvelle? Ne serait-il pas porté à accuser son 
« bon frère » de France d'avoir soutenu sa cause 
avec trop de mollesse? et ne témoignerait-il pas -on 
mécontentement par la rupture de son alliance avec 
François I"? C'était i éventualité que celui-ci redou- 
tait grandement : car elle le laisserait seul en présence 
de l'Empereur, avec lequel les hostilités menaçaient, 
précisément alors, de recommencer. Heureusement 
les circonstances permirenl de conjurer tout éclal 
fâcheux de la part de Henry VIII. 

1 l'Art of succession, introduit le 20 mars 1534 à la Chambre '1rs 
Lords, v fut voté en troisième lecture le 25 (Lords' Journal). 

- A cause de l'assassinat sur le territoire milanais d'un envoyé fran- 
çais, Maraviglia. 



76 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LÀ COUR DE HENRY VIII. 

Le courrier que l'Ambassadeur de France à Rome 1 
avait dépêché à son maître, pour lui faire connaître 
la sentence rendue par le consistoire, avait voyagé 
avec une célérité telle que ce Prince, après avoir pris 
le temps de la réflexion, put encore envoyer à Londres 
un homme de confiance qui réussit à devancer les 
agents anglais et qui le premier informa Henry VIII 
de la nouvelle 2 . Grâce à cette précaution et aux ména- 
gements que sut employer l'envoyé français, le roi 
d'Angleterre, au moins tout d'abord, ne ressentit pas 
vivement la condamnation prononcée contre lui en 
Cour de Rome ; il la considérait même comme un 
événement heureux, à la suite duquel les liens qui 
naguère encore attachaient l'Angleterre au Saint-Siège 
demeuraient définitivement rompus. Tout entier à cette 
pensée, il oublia de demander à l'envoyé français de 
quelle manière s'était exercée l'intervention du roi 
de France 3 . Ce ne fut que quelques jours plus tard, 
après avoir été instruit par ses propres agents de ce 
qui était passé à Rome, que Henry VIII s'avisa que 
les efforts actifs dont se targuait son « bon frère », 
s'étaient en fait réduits à bien peu de chose. Entre 
tous les Cardinaux français*, pas un seul ne s'était 



1 Jean du Bellay, dont nous avons eu déjà l'occasion de parler plusieurs 
fois. 

"- C'était Gilles de la Pommcraye, maître d'hôtel du roi de France, qui 
avait élé déjà Ambassadeur en Angleterre en 155:2. Il arriva à Londres le 
5 avril 1554, c'est-à-dire onze jours après le prononcé de la sentence à 
Rome. 

r> La Pommeraye resta fort peu de temps en Angleterre; son passeport 
pour retourner en France est daté du 7 avril (Lettcrs and Papers, vol. VII, 
n° 587). Nous n'avons d'autres détails sur sa mission que par Chapuis. 
(Lettres à l'Empereur des i et 12 avril 155L — Archives de la Burg.) 

4 En ne comptant pas Gramont qui mourut le 26 mars 1554, il y avait 
alors huit cardinaux français, à savoir : les cardinaux de Bourbon, de 



QUATRIÈME ET CINQUIÈME AMBASSADES DE LORD ROCHFORD. 71 

rendu au consistoire : leur abstention aurait-elle été 
conseillée ou même commandée par François? 

Agité par ce soupçon cl désireux de s'assurer qu'il 
n'avait pas été joue par son allié, Henry fit sur-le- 
champ partir pour la France deux Ambassadeurs qui 
devaient réclamer de François une preuve non équi- 
voque de ses sentiments. Selon les paroles de Henry, 
« il fallait que le roi de France cessai de se laisser 
abuser et aveugler par l'évêque de Rome, et que, se- 
couant résolument le joug de celui-ci, il fil cause com- 
mune contre lui avec le roi d'Angleterre 1 ». Et pour 
sceller cette nouvelle alliance, Henry demandait à Fran- 
çois une entrevue. 

Comme de raison, lord Rochford était encore l'un 
des Ambassadeurs envoyés en France; il avait cette fois 
comme collègue sir William Fitzwilliani, trésorier de 
la Maison du Roi*. Tous deux mirent à la voile le 
16 avril pour traverser le Pas de Calais; ee jour-là le 
vent étail violent et soufflail du nord-est; aussi malgré 
leurs efforts, ils ne purent aborder à Calais et lurent 

Lorraine, Duprat, de Tournon, Le Veneur, de Boulogne, de Givrj et de 
Châtillon, Ces quatre derniers avaient été nommés au mois de novembre 
précédent lors de l'entrevue de Clément Vil et de François I". 

1 a Yc shall mi oui- behalf hertelye praye our sayd g 1 brother thaï he 

ws 11 not be persuadyd wilb anj new abuses to be practysyd witb hym by 
ihe bisshou ofRome nor any other.... We now trust that our good bro- 
Iher Gfeling, knowing and understanding tbe trewthe of the saide bisshop 
of Rome by expérience as be doth, will wilhdraw himself from Ibe same, 
esteemvn^ liis owne honour as apparlaynytb and not to be herefter blyndyd 
as he hath bene, but nowe will adhère unto us and shew himself, as we 
hâve ever trusted and yet do firmeh liust. our most assured ffrend and 
allie. » (Instructions aux Ambassadeurs, avril 1534. — British Muséum, 
Cotton ms. Nero B. 111, fol. 105.) Le commencement de cette pièce a été 
détruit. 

- Sir W. Fitzwilliani ileviut en 1536 Grand Amiral, en 1537 comte de 
Southampton, en 1Ô4Û lord du Sceau Privé. Il mourut en 1542 sans posté- 
rité. C'est d'un de ses collatéraux que descend le comte Fitzwilliani. 



78 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

jetés de l'autre côté du cap Gris-Nez près d'un village 
nommé Audresselles, situé à environ huit milles 
et demi au nord de Boulogne 1 . Ayant réussi à débar- 
quer en cet endroit, ils gagnèrent directement Coucy- 
le-Chàtel où se trouvait alors François I er et où ils 
arrivèrent le 21 avril 3 . 

L'accueil le plus gracieux fut fait par la Cour de 
France aux deux Ambassadeurs; pour eux François se 
hâta d'organiser des fêtes. Ces attentions extraordi- 
naires cachaient un artifice; prévoyant qu'il aurait à 
éconduire Rochford et Fitzwilliam sans avoir pu leur 
donner une satisfaction suffisante, le Roi voulait atté- 
nuer par ses prévenances le mauvais effet que produi- 
rait sur Henry l'échec de leur mission; en outre, en 
les occupant sans relâche à des réjouissances, peut-être 
cherchait-il à les étourdir et à les empêcher ainsi de 
lui présenter dans toute leur rigueur les exigences de 
leur maître. Malheureusement François avait en face 
de lui lord Rochford; et ce diplomate, blasé sur les 
plaisirs, n'était pas homme a se laisser distraire par 
eux des affaires sérieuses. 11 trouva, en dépit des faux- 
fuyants du roi, le moyen de lier conversation avec lui 
sur la lutte engagée entre Henry Mil et le Saint-Siège 
et sur le rôle inutile qu'avait tenu la France entre les 



1 Lord Rochford el sir W. Fitzwilliam au vicomte Liste, député de 
Henry VIII à Calais, 17 avril 1554 (Letters and Papeis, vol. VII, H 505) : 
— « \esterday \ve toke passage at Dover wilh a very stout wynde to hâve 
landed at Calays. Howbeit, when we were somcwhat off the shore, the 
wynde uttered at north-est, soo as we could not fetche Calays, but were 
forced to lande at a villaige V miles from Uns towne (Boulogne-sur-Mer) 
called Utterselles. > Les Ambassadeurs se trompent au sujet de la distance 
entre Boulogne et Audresselles. 

2 Martin Vallès, secrétaire de l'Ambassade d'Espagne en France au 
grand commandeur de Léon, 24 avril 1554. (Brilisb Muséum, Addit. ms. 
2858(î, fol. 244.) 



QUATRIÈME ET CINQUIÈME AMBASSADES DE LORD ROCHFORD. 79 

deux rivaux; alors, enlranl résolument dans le vif de 
la question, il imila François à décréter dans son 
Royaume des mesures analogues à celles que Henry 
avait l'ait voici' par son Parlement, à savoir : la sup- 
pression des annales el du denier de Saint-Pierre, la 
nomination directe et définitive dos évêques |>ar le 
Souverain seul, enfin l'abolition de la juridiction papale 
dans le pays*. Cette communication délicate faite, le> 
Ambassadeurs anglais purent parlera loisir de l'entre- 
vue désirée par leur maître el dos antres sujets acces- 
soires qu'il les avait chargés de traiter. 

Rochford et Fitzwilliam réclamaient une prompte 
réponse; François leur donna satisfaction sur ce 
point. Le '2 i avril, c'est-à dire trois jours après leur 
arrivée à Coucy, il leur remit un mémorandum où 
il discutait une à une les différentes demandes pré- 
sentées par Henry'. 

« Premièrement, quant au propoz que Messieurs 
les Ambassadeurs ont tenu au Roy (de France) de 
vouloir ^abandonner le Pape, ledicl Seigneur a res- 
pondn qu'il n'a nulle alliance avecques luy; par quoy 
n'estanl on nulle sorte son allié, il ne penll et ne 
scauroit riens rompre en cet endroit. 

« Touchant les nouvelles ordonnances faicles par 
ledict seigneur Roy d'Angleterre en son Royaume, 
ledict seigneur Roy (de France) son bon frère a très 



1 Los principales l'ois votées par le Parlemenl anglais dans le but de 
rompre avec If Saint-Siège étaienl : the Annules acts (25 Henry VIII. 
c 20, el 25 Benry VIII. c. 20), the Art af appeah (24 Henry VIII. "c. 12) 
et the Ad against the payment of Peler''* pence (25 II tirj VIII. c. 21). 

- " Mémoire des responces que le Roy faict sur aucuns articles donl 
luy ont parlé messieurs les Ambassadeurs du roy d'Angleterre. » (Biblio- 
thèque nationale. Fonds français, 5005, fol. 129.) Nous passons dans ce 
document tout ce qui a trait aux affaires d'Ecosse nu de Milanais. 



80 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

bien entendu ce que lesdictz Ambassadeurs luy en 
ont dict; et vcu qu'il n'y a riens (en elles) contre le 
droict divin et (vcu) l'oultrage qu'on a faict à icelluy 
son bon frère, il ne les scauroit trouver maulvaises; 
et luy semble bien qu'il (le roi d'Angleterre) n'eust 
sceu faire de moins". Mais quant à luy de faire le 
semblable, veu qu'il n'a pareille occasion et que ce 
seroit se perturber et travailler, actendu qu'il est en 
repoz, il luy semble ne le devoir faire. 

« Sur le l'aict de la veue dont lesdicts Ambassa- 
deurs ont semblablement parlé au Roy de la part de 
leur maistre, ledict Seigneur respond que l'une des 
choses de ce monde qu'il a tousjours autant désirée, 
c'est de povoir veoir souvent sondict bon frère pour 
l'amour et affection singulière qu'il luy porte; mais il 
fault entendre une chose, c'est qu'il ne seroit moins 
malcontent', s'il failloit qu'il se trouvast en lieu où il 
ne peust satisfaire sondict bon frère entièrement de tout 
ce qu'il vouldroit. Ce néantmoins, en l'asseurant de 
tout ce qu'il a dict auxdicls Ambassadeurs, il sera 
tousjours prest de faire la dicte veue quand sondict 
bon frère vouldra. » 

On le voit, malgré toutes les amabilités qu'elle con- 
tenait à l'adresse du roi d'Angleterre, cette réponse 
ne pouvait être interprétée comme favorable; le roi 
de France ne voulait pas suivre « son bon frère » dans 
le schisme, et même il se montrait peu disposé à lui 
accorder une nouvelle entrevue. Pourtant Henry VIII 
affecta d'être content du résultat obtenu. 

Ainsi, quelques jours après le retour de Rochford 



1 Singulière rédaction : François I e ' veut dire qu'il ne serait pas toul 
à fait content, si etc. 



QUATRIEME ET CINQUIÈME AMBASSADES DE LORD F.OCHFORD. si 

el de Filzwillîam, il donna loul exprès un grand dîner 
«le cour et « devant toute l'assistance » il proclama 
« qu'il estoit bien tenu de rendre grâces à Dieu de luv 
avoer si entièrement et parfaictement concilié ung si 

bon livre et si singulier amy que le roy de France, 
qu'esloit tousjours prest de courir la mesme fortune 
et soy confourmer à sa voulouté el intention. » Et 
l'Ambassadeur impérial, auquel nous empruntons ces 
détails, ajoute que « les sieurs de Rocchefort et Tré- 
sourier (sir W. Fitzwilliam) qui là estoient présens, 
sur ce interroguez par le seigneur Roy, confirmèrent 
et asseurèrent le tout 1 ». 

En même temps, Henry chargeait son Ambassadeur 
en France, sir John Wallop*, de remercier chaudement 
François des réponses « si sages et si amicales » qu'il 
venait de lui adresser". 

En agissant ainsi, Henry VIII faisait bonne mine 
à mauvais jeu : car au fond, il était cruellement dépité. 



1 Cbapuisà l'Empereur, 14 mai 1534 (Archives de la Burg) : — « Estant 
arrivés de relounl de France les sieurs de Rochefort et trésourier, oeres 
que (bien que) le jour fust extraordinaire, toutesfoys ce Roy et sa mie 
disnèrent eu publicq; el l'apprès-disné, en présence de toute l'assistance, 
ledit t seigneur Roy commença à dire qu'il estoit bien tenu de donner 
loange el rendre grâces ;i Dieu, » etc. 

2 Gentilhomme de la Chambre, il remplissait depuis le commencement 
de l'année 155'2 les fonctions d'Ambassadeur ordinaire en France. 

3 Henry VIII à sir John Wallop, mai [534 (Record Office. Lellcrs and 
Papcrs. vol. VII, n° CGI) : — « Truslie and right welbeloved, we grete 
you well, signefieng unto you that, perceyving by the report of our right 
trustie ami right welbeloved counsaillours the lorde Rochford and sir 
William Fitzwilliam knight, treasourer of our Household, the hertie zèle, 
propence good mynde and wyll of our good brother the Ffrench King 
towards us and our reaime mynistered and shewed in suche brotherlike 
and ffrendlie sorte as nolhing unto us eau bc more joyous ne acceptable, 
ye shall on our behalf gyve our said good brother our most entier and 
hertie tbanks for the saine. And touching bis gentyll, lovyng, mosl pru- 
dent and amycable answers in ail tliynus by us incommended and gyven 

hl 1 \ GEXT1I SHOjnil 5-rOÈTES. G 



82 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUP. DE HENRY VIII. 

Probablement il n'aurait pu dissimuler longtemps ses 
sentiments véritables, et il aurait bientôt éclate en 
reproches contre François I er , si celui-ci ne s'était hâté 
de l'amadouer par une démarche conciliante. Avant 
la fin de mai, un Ambassadeur extraordinaire, le sieur 
de la Guiche 1 , arriva en Angleterre pour proposer de 
la part de François I" r de fixer au mois d'août suivant 
l'entrevue désirée par Henry. Cette communication 
remplit de joie celui-ci; pourtant François prenait soin 
de dire que sa proposition n'annonçait nullement un 
changement dans les relations entre la France et le 
Saint-Siège, et qu'il n'avait, pas plus que le mois pré- 
cédent, l'intention d'édicter dans son royaume des 
règlements analogues aux lois que venait de voter le 
Parlement anglais 2 . Mais peu importait : Henry se 
flattait que, seul face à face avec son « bon frère », 
il saurait bien l'amener à adopter ses vues; et puis, 
il était enchanté d'avoir une occasion de déployer ses 
goûts de faste. 

Ce fut évidemment sous l'influence de son contente- 



in charge to our said counsaillours, aswell concerning our meting as 
otherwise, ye shall déclare to our saide gond brother that the same arc 
unto us so grate, thankfull and so hertlie desired ou ourc part, that 
nothing can Le to our prêter joye, comforte and contcntacion. » Le ton de 
ces instructions est évidemment ironique; mais Wallop dut en employer 
un autre en faisant à François I er la communication prescrite. 

1 Pierre, seigneur de la Guiche et de Chaumont, gentilhomme de la 
Chambre, bailli d'Autun et de Màcon, mort en LY44. L'Ambassadeur ordi- 
naire en Angleterre au mois de mai 1534 était Charles de Solier, seigneur 
de Morette. 

- Au sujet de l'Ambassade du sieur de la Guiche, que M r Fronde con- 
fond avec le duc de Guise (Hislory of England, chap. vu), on peut von 
les lettres de Chapuis à l'Empereur en date des 29 mai et 7 juin 1554, les 
articles rapportés d'Angleterre par ledit sieur de la Guiche (Hemy VIII 
Siate Papers, vol. VII, n" 404) et enfin une lettre de Henry VIII à Fran- 
çois I e ' écrite en juin peu après le départ de l'Ambassadeur (Henry VIII 
State Papers. vol! VII. n° 405). 



QUATRIÈME ET CINQUIÈME AMBASSADES DE LORD ROCHFORD. 83 

nient que Henry pensa tout à coup à récompenser 
lord Rochford de sa dernière mission : le 16 juin, il 
le nomma Connétable du château de Douvres el gardien 
des Cinq-Ports (Constable of Dover castle and warden 
ofthe Cinque Poils)'. 

Les deux Rois s'étanl mis d'accord, il paraissail 
certain que l'entrevue aurait lieu à Calais vers la 
fin de L'été 8 ; mais on avait compté sans Anne Boleyn 
qui, sur ces entrefaites, se trouva enceinte. Or, d'une 
part, elle entendail être présente à la réunion des deux 
Souverains et y figurer comme reine d'Angleterre; ri, 
d'autre part, elle ne voulait pas. duranl le temps de 
sa grossesse, s'exposer aux conséquences d'un double 
voyage en mer''. Devant la volonté de son épouse, Henry 
ne pouvait que s'incliner; il était contrarié toutefois 
de ce qu'un caprice de femme l'obligeai do demander 
à son allié le changement >\f tous 1rs arrangements 
qu'ils venaient de prendre d'un commun accord; aussi 
ne s'exécuta-t-il qu'à son corps défendant cl chercha- 
t-il à pallier, à l'aide de petites rus,.>. ] ;l faiblesse donl 
il faisait preuve vis-à-vis d'Anne. 

Voilà pourquoi lord Rochford, qui, à cette occasion, 
fut pour la cinquième fois envoyé comme Ambassadeur 



1 Patents 26 Henry MU. part T", memb. 28 ,h . Les ports fortifiés dési 
gnés sous le nom des Cinq-Ports étaienl Sandwich, Dover, Hythe, Romne> 
<-t Bastings; on leur adjoignait Rye et Winchelsea. 

1 C'était sur le désir de Henrj VIII que l'entrevue avail été définitive- 
ment fixée au mois de septembre (lettre à François 1 .juin 1534 
State Papers, vol. VII, a" 405); il voulait qu'on eût eu le temps nécessaire 
pour préparer des moyens de défense contre une attaque possible de la 
flotte impériale lors de la traversée du Pas de Calais. 

3 Selon les termes des instructions remises à lord Rochford (State 
Papers, vol. Vil. n° 406), Anne n'était •> pus en état d'être transportée 
sur les mers roulantes » (not being mêle tu Le conveyed over the tombe- 
ling sees). 



84 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

en France, le fut sous couleur d'avoir à traiter des 
affaires toutes différentes. Ses instructions lui prescri- 
vaient même de ne point parler à François I or de la 
remise de l'entrevue : c'était à la sœur de ce Prince, 
à la reine de Navarre, qu'il devait déclarer, à titre 
tout à fait privé et comme s'il eût été chargé direc- 
tement par Anne de cette commission, le désir qu'avait 
cette dernière de voir remettre au printemps suivant 
a rencontre des deux Rois; la reine de Navarre, qui 
voulait du bien «à Anne, trouverait sans doute que le 
souhait de celle-ci était fondé et elle s'empresserait 
de le recommande]' à son frère. Alors Rochford pour- 
rait, s'il en était besoin, aborder la question avec 
François, mais en ayant soin de bien lui marquer 
qu'elle touchait Anne seule et que Henry s'en désin- 
téressait complètement 1 . 

Lord Rochford était mieux qualifié que tout autre 
pour mener à bien cette mission compliquée. Les 
bonnes relations que lors d'une de ses précédentes 
ambassades 2 il avait nouées avec la reine de Navarre 
lui permettaient de solliciter de prime abord et sans 



1 D'après M r Friedmann (Anne Boleyn, chap. ix), qui écrit sur la foi de 
Chapuis (lettre à l'Empereur du 23 juin 1554), Henry VIII aurait désiré 
(|ue l'entrevue n'eût pas lieu, dans la crainte qu'Anne Boleyn, restée 
comme régente en Angleterre, ne se livrât à quelque extrémité contre 
Catherine d'Aragon et Mary. Cette opinion est peu plausible; on ne voit 
pas pourquoi Henry VIII, qui ne devait aller qu'à Calais, aurait institué 
une Régence pour le temps d'une si courte absence ; en 1552, lors de la 
précédente entrevue, aucune mesure de ce genre n'avait été prise. De 
plus, bien que le joug d'Anne Boleyn commençât à lui peser, Henry ne 
pensait guère à la mettre en balance avec Catherine et Mary; et loin de 
craindre pour le sort de ces dernières, il avait peur, au contraire, que 
leurs partisans ne profitassent de son absence pour troubler le Royaume au 
préjudice d'Anne et de sa fille Élizabetb. (Articles remis à M. de la Guiche. 
juin 1554. State Papers, vol. VII, n° 404.) 

1 Voir au chapitre v. 



QUATRIÈME ET CINQUIÈME AMBASSADES DE LORD ROCIIFORD. 8b 

ambages l'assistance de cette Princesse; en outre, 
il était d'un esprit assez délié el assez ingénieux, pour 
pouvoir poursuivre avec une grande ardeur le résultai 
souhaité par sa sœur, sans pourtant compromettre 
à aucun degré Henry Mil. En fait, il réussit en fort 
peu de jours à s'acquitter avec succès de sa mission. 
Parti d'Angleterre le 10 juillet 1 , il y était de retour 
avant le w 27 do ce mois et il rapportait la nouvelle que 
François I er , pour satisfaire au désir d'Anne, consen- 
tait à renvoyer l'entrevue au mois d'avril de l'année 
suivante*. 



1 Ghapuis à l'Empereur. 10 juillet loô 4 (Archives de la Burg) : — 
« Depuis six jours esl d'icj party en grande diligence le seigneur de 
Rochefort pour aller eu France. ») 

2 Chapuis à l'Empereur, 27 juillet 1534 : « Ce l!"\ a esté joyeux des 
nouvelles que lui a rappourtées de France Rochefort entre lesquelles est la 
dilation de la veue jusques au mois d'avril, et dient ceulx-ci estre la 
(•«use que la Dame de Iîouhms y veult entrevenir, ce que n'est pos-ible à 
cause de sa pourtée. » 



CHAPITRE VII 

Lord Rochford tombe en défaveur. — Négociation d'une alliance 
anglo-française. — Rôle rempli par lord Rochford dans cette 
négociation. 



Lord Rochford était à peine rentré en Angleterre, 
que sa sœur Anne Boleyn lit une fausse couche; 
accident qui n'avait rien d'extraordinaire et dont 
la malheureuse n'était certes pas responsable, mais 
tort bien grave aux yeux de Henry VIII qui attendait 
avec impatience la naissance d'un tils. Cette décon- 
venue éveilla chez lui une vive rancune contre son 
épouse 1 , et dans son dépit, il commença à la négliger 
pour donner ses faveurs à une autre femme. Celle- 
ci, dont l'histoire ne nous a malheureusement pas 
conservé le nom, était « une très belle et très 
adroicte demoyselle » qui portait à Catherine d'Aragon 
et à sa fille Mary une affection sincère : aussi pro- 
fita-t-elle de l'influence qu'elle exerçait sur le Roi 
pour tacher d'améliorer le sort de ces dernières 2 . 

1 M 1 ' Friedmann (Anne Boleyn, chap. ix) no croit pas qu'Anne ait fait 
alors une fausse couche; d'après lui, elle se serait imaginé à tort qu'elle 
était enceinte et aurait annoncé sa grossesse à Henry; puis avec le temps 
ayant reconnu son erreur, elle aurait dû détromper celui-ci. De toute 
manière, il y eut déconvenue pour le Roi. 

2 Chapuis à l'Ambassadeur impérial en France, Hannart, 15 octobre 1554 



LORD ROCHFORD TOMBE EN DÉFAVEUR. 

Nécessairement la nouvelle liaison de Henrj inquié- 
tait fort les Boleyns; ils savaienl par expérience 
que celui-ci se plïail assez facilement à la volonlé 
de ses maîtresses, el voyant leur crédit journellement 
battu en brèche par la « demoyselle », ils ; i j » | » i ■ « ''— 
hend aient une ruine prochaine. Ce n'est pas tout; 
une aventure malencontreuse qui se produisit à ce 
moment même dans leur famille et qui les mil aux 
prises avec le ridicule, vint encore ajouter à leur 
inquiétude : ils avaient, en effet, tout lieu de 
craindre qu'un monarque aussi goguenard que Henry 
ne s,- rangeai du côté des rieurs et ne se donnât 
le malin plaisir de donner à ses anciens favoris le 
coup de pied de l'âne. 

Voici ce qui s'était passé. La dernière fille du 
comte de Wiltshire, Mar\ Boleyn, était tombée, après 
la mort de son époux William Carey, dans un état 
de pénurie voisin de la misère; son père, dent nous 
connaissons le caractère sordide, n'avait rien l'ail 
pour elle et l'on ne sait ce qu'elle lût devenue, si 



(Vienne, Archives de la Burg) : — « Ce Roj depuis quelques jours a commence 
d'eslre amoureux d'une très belle ri Lrèsadroicte demoyselle, et va journel 

lement croissant l'amour (d'ell i le crédicl et la braveté de la concubine 

(Anne Boleyn) descroissant; el y ;i quelque bon espoir que, continuant 
ladicte amour, les affaires il'- la Royne (Catherine) et Princesse (Mary), aux- 
quelles ladicte demoyselle est 1res affectionnée se pourleronl bien, i 
Jusqu'à ses dernières années, les Anglais désireux 'le faire il»' Henrj Mil 
un grand roi el (prétention singulière) nu mi moral supprimaient, mil ml 
que possible, toutes les traces de ses faiblesses; ainsi se sonl peraus les 
noms de celles de ses maîtresses dont le règne fut passager. D'après un 
manuscrit français publie par M. Pocock | Records of the Reformation, 
n' 359), une sœur de sir Anthony Browné aurait été, du vivant d'Anne 
Boleyn, l'objet des faveurs royales. Serait-ce la la « demoiselle, i donl 
parle Chapuis? Sir Anthony avait deux sœurs; l'aînée Elisabeth ayant été 
mariée avant loôi au comte de Worcester, il ne pourrait s'agir ici que de 
la cadette Lucy qui épousa plus lard sir Thomas Clifford. 



HX DEUX GEXTILSHOMMES-POETES DE LA COUP. DE HENRY VIII. 

Henry VIII lui-même, mû par un sentiment géné- 
reux, n'avait enjoint à ce père égoïste de recueillir 
sa fille abandonnée 1 . Depuis, Mary Boleyn avait 
vécu à la Cour dans l'établissement de ses parents, 
mais sans faire aucun bruit, négligée et ignorée de 
tous. Enfin après cinq ans d'oubli, elle avait attiré 
les regards d'un des huissiers de la Chambre du 
Roi (gentleman usher); il était jeune, des ardeurs 
couraient encore dans le sang de Mary; ils s'aimè- 
rent et, à l'insu de tous, conclurent un mariage 2 . 
Ce n'était pas, à proprement parler, une mésalliance 
pour elle : son nouvel époux était Stafford et appar- 
tenait, par conséquent, à une race plus ancienne 
et plus illustre que les Boleyns 5 ; mais l'infériorité 
de son emploi, et surtout son manque absolu de 
fortune lui interdisaient de prétendre à la main 
de la sœur de la Reine. Bientôt les conséquences 
de leur imprudence furent visibles. Mary Boleyn 
était grosse. Alors ce fut dans toute la Cour une 
explosion de réprobation; en vain, la malheureuse 
déclara son mariage, personne n'ajoutait foi à ses 
paroles et l'on continuait à lui jeter la pierre, comme 
si parmi les dames de la Cour aucune auparavant 

1 Henry VIII à Anne Boleyn, année 1529. (Love Letters, n° 9, publication 
de G. -A. Crapelet.) 

i Dans une lettre écrite peu après au Secrétaire d'État Cromwell, 
Mary Boleyn expose en ces termes les raisons de son mariage : a But one 
thing, good master secretary, consider that he was young and love over- 
came reason. And l'or my part I saw so much honesty in him. that I loved 
him as well as he did me. » (Miss Everett YYood's Letters of royal and 
ill ustrious ladies, vol. II, n" 80.) 

3 La famille Stafford qui avait compté plusieurs ducs de Buckingham el 
dont le chef était alors Henry Stafford le poète, s'éteignit dans les mâles en 
1057 ; par suites d'alliances, le nom passa dans la famille des Howard s, 
puis dans celle des Jerninghams dont le chef porte encore aujourd'hui le 
titre de lord Stafford. 



LORD ROCHFORD TOMRE EN DEFAVEUR. 80 

n'avait péché. Ainsi que «I»' raison, les Boleyns qui 
craignaienl que le scandale ne rejaillît sur eux 
et qui voulaient séparer nettement leur cause de 
celle de Mary, criaient, plus fort que les autres, 
haro sur elle; et lord Rochford, en particulier, se 
montrait acharné contre sa sœur, a 11 a été si cruel 
pour moi et mon époux », disait-elle de lui quelque 
temps après 1 . Cependant il importail aux Boleyns que 
le silence se lit au plus vite sur cette regrettable 
affaire; ils demandèrent donc au Roi que Mary, 
cause de tout le bruit, fût bannie de la Cour; le 
Roi ne crut pas devoir leur refuser cette satisfac- 
tion, et avant la fin de septembre Mary s'était 
éloignée 8 . 

Somme toute, le scandale causé par cette dernière 
n'avait pas nui aux Boleyns dans la considération 
de Henry; mais restait le danger qui provenait 
du fait de la nouvelle favorite. Comment se pré- 
munir contre les attaques de celle-ci? Anne pensa 
qu'elle aurait raison d'elle par la calomnie, et, 
cette arme choisie, elle entreprit avec sa helle-so'iir 
lady Rochford une campagne dont l'issue devait 
être le renvoi de sa rivale par Henry. Probablement 
Anne et lady Rochford manœuvrèrent mal, et la 
« demoyselle » qui, nous le savons, était « adroicte », 
sut déjouer leurs trames; bref, ce ne l'ut pas cil»' 



1 MaryBoleyn àCromwell (loco cituto) : — » \lso [praj you, désire m y 
lord of Norfolk and my lord my brother lo be good lo us. 1 dure not write 
to thein; they are so cruel against us. i 

* Chapuis à l'Empereur, 19 décembre 1534 (Vienne, archives de la 
Burg] : — « La seur de ladicte dame (Anne Boleyn) a esté puis trois mois 
bannye de la Court; mais il convenoit aiusi l'ère, car oultre qu'elle avoit 
esté trouvée en maléfice, il n'eust esté honnorablc ne duisant la veoir 
ensninctc par la Court. 



90 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COCR DE HENRY VIII. 

qui au mois d'octobre fut expulsée de la Cour, 
mais bien lady Rochford 1 . Ainsi Anne, à sa grande 
confusion, n'avait réussi qu'à augmenter l'ascen- 
dant de sa rivale sur le Roi et le mécontentement 
de celui-ci contre elle-même et contre sa famille. 

Lord Rochford lit bientôt l'épreuve de la vivacité 
des sentiments de Henry. Il avait avec son cousin 
sir Francis Bryan une discussion dont nous igno- 
rons la nature, mais qui parait avoir été assez grave; 
c'était, eu tout cas, une affaire personnelle dans 
laquelle le Roi n'avait pas à intervenir; cependant, 
il tint à prendre parti et il donna raison à sir 
Francis". 

On pourrait s'étonner que, dans ces circonstances, 
lord Rochford ait été choisi le mois suivant pour 
aller à Douvres recevoir au nom de Henry VIII 
l'Amiral de France Chabot 5 qui arrivait en Ambas- 
sade extraordinaire. Mais le fait d'avoir été désigné 
pour cette mission n'indiquait pas que Rochford 
était rentré en grâce; seulement Henry, en cette 
occasion, avait eu le mérite de ne pas se laisser 
diriger par ses sentiments. Il avait considéré que 

1 Chapuis à Hannart, i3 octobre 1534 (lococilato) : — « Ung homme de 
la Princesse (Mary) me vient de dire que le Roy avoit faict vuider de la 
Court la femme du seigneur de Rochefort, pour ce qu'elle avoit conspiré 
avec la concubine (Anne Doleyn) de procurer et tenir main de par ung 
moyen ou autre faire vuider de Court la demoiselle. » — Dans une lettre pos- 
térieure adressée à l'Empereur (19 décembre 1554, loco cilalo), Chapuis 
confirme la nouvelle : — « Bien est vray que la femme de Rocchefort fut 
renvoyée de Court [tour le respect que j'ay cy-devant escript. » 

2 Chapuis à l'Empereur, 19 décembre 1554 (lococitalo) : — « Et aledict 
roy naguères monstre disfaveur audict Rocchefort en quelque question 
qu'il avoit avec maislre Bryan. » 

3 Philippe Chabot, seigneur de Brion, comte de Buzençais et de Charny, 
amiral de France depuis 152(3; il est l'ancêtre direct de la famille Rohan- 
Chabot. 



LORD ROCHFORD TOMBE EN DÉFAVEUR. '-'I 

lonl Rochtord, grâce à sa parfaite connaissance de 
la langue française el à ses expériences de la Cour 
de François I er , ferai! auprès de l'Amiral meilleure 
Ggure tint' D/importe quel autre Seigneur anglais; 
.■t. en conséquence, il l'avail envoyé à Douvres 
u avec groz appareil » pour y recevoir dignement 
cei Ambassadeur el l'escorter ensuite jusqu'à 
Londres 1 . 

Débarqué en Angleterre le Il novembre, Chabol 
fut long à se rendre auprès de Henry. La raison 
de sa lenteur nous esl donnée par lord 11 oc h lord 
dans une lettre qu'il adresse de Douvres à son oncle 
le due de Norfolk; l'Amiral, désireux de repré- 
senter honorablemenl sou maître, ne voulait pas 
s'avancer sans avoir avec lui tout son train de 
maison : or celui-ci était difficile à mouvoir*. Enfin, 
le 20 novembre, Chabot fut à Londres"', et axant 



1 L'Empereur à Uannart, 8 décembre [554 {Papiers d'État du car 
dinalde Granvelle, vol. II. n 18: — « L'admirai, comme avons entendu 
par tertres de uostie Ambassadeur audicf Angleterre, se actendoit avec 
groz appareil pour le recueillir el bien traicter. 

- Lord Rochford au duc de Norfolk, 11 novembre 1554 [Letlers and 
Papers, vol. VII. a" 1416) - Tins mj letter shalbe toadverlyse ïbur 
Lordship that tbe àdmyrale arryvyd thys day ;ii tenne of the clocke al the 
Dowuvs, and ther I, with suche gentylmen a- be commaunded by the 
Kyngs Grâce to geve ther attendaunce to accompany nie, met with hyra 
at hys coming to land, and from hensvre broughl loin to Dover, wherehe 
restytb for thys fyrsl nyght; ami the oexl day to Canterbury, ami ther be 
bathe desyred that be may tary frydaj ail day. so that bys trayne maj 
niete with bym Hier, whiche be nowskatryd sum al Dover, sum at Saud- 
wyche and somme in other places. » 

3 Dans une lettre holographe écrite de Canterbury à Henry YI11 le 
Il novembre, lord Rochford donne l'itinéraire suivi par l'Amiral (British 
Muséum, Cotton ms. Vespasian F. XIII, fol. I08 h ) : — h Upon munday 
(10 novembre)! wyll bryng hyin (Chabot) to Sytyngbourne Ibère to remayn 
that nyght, for that yt uould be to sore a journey to bryng les cariage to 
Rochester in a daye; on twesday from thénce to Rochester; on wensday to 
Dartford; and ou thursday by XII of the clocke at none, to Blache Uclh 



92 DEUX GENTILSIIOMMES-rOÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

clé aussitôt reçu en audience par le Hoi, il déclara 
le Im l de sa mission : il venait demander pour le 
Dauphin 1 l'a main de Mary Tudor. 

Ce projet d'union élait venu à l'esprit de Fran- 
çois I er , à la suite d'une suggestion que lui avait 
adressée l'empereur Charles-Quint au mois d'août 
précédent 2 . Indigné des déchéances infligées en 
Angleterre a sa tante Catherine d'Aragon et à 
sa cousine Mary, l'Empereur cherchait à « faire 
pour elles quelque bonne œuvre », c'est-à-dire à 
ruiner leur ennemie Anne Boleyn ; et dans cette 
pensée, il s'efforçait de former une ligue menaçante 
qui ne cesserait de traquer Henry Mil jusqu'à ce 
qu'il eût rendu justice à son épouse légitime et à 
sa fille. Mais comment intéresser d'autres, souve- 
rains au sort de ces malheureuses princesses? 
Charles-Quint s'était dit que, si Mary épousait 
un Prince étranger, le pays auquel appartiendrait 
ce Prince prendrait forcément fait et cause pour 
elle contre Anne Boleyn; et l'Empereur, étant alors 
eu pourparlers avec le roi d'Ecosse Jacques V, lui 
avait proposé Mary 3 . Mais, tout considéré, l'Ecosse 
était un faible auxiliaire; et de plus son animosité 



whereas my lord of Norffolk ys appointyd by Vour Grâce lo niete hym. I 
would not liave had hym remayn so long in this towne, but that hymself 
was very desyrous so to doo, bycause that he would corne with hys trayne 
hole together ; which 1 thoughl I myght not for Your Grâces honnor gain- 
saye. » 

1 François, dauphin de France, ué le "28 février 1518, mort sans 
alliance le 10 août 1556. 

2 Instructions de l'Empereur à Henri, comte de .Nassau, son Ambassadeur 
extraordinaire en France, 12 août 1554. (Papiers iVÊtat du cardinal de 
Granvelle, vol. II, n° 28.) 

5 Charles-Quint à Jacques V, 4 avril 1554. (British Muséum, Royal ms. 
18 15 VI, fol. 212.) 



NÉGOCIATION D'UNE ALLIANCE ANGLO-FRANÇAISE. 03 

contre l'Angleterre était telle qu'on pouvait toujours 
compter sur son concours en cas (l'une guerre avec 
cette dernière Puissance, même si Jacques \ n'avail 
aucune raison personnelle d'en vouloir à Henrj VIII. 
Gagner l'appui de la France était beaucoup plus 
important; aussi, quand, quelque temps après, Fran- 
çois I er , subitement animé du désir de terminer à 
l'amiable ses différends avec Charles-Quint, parla de 
s'unir avec lui « par alliances de mariages 1 », celui-ci 
n'hésita pas, malgré les offres qu'il venait de faire 
à Jacques Y, de proposer encore Mary au roi de 
France |>our son troisième tils le duc d'Angoulème*. 
Kn mettant en avant cette combinaison, l'Empereur 
espérait arriver à rompre définitivement cette inti- 
mité menaçante qui s'étail manifestée à diverses 
reprises entre la Cour de France et Anne Boleyn; 
et, d'autre part, il ne s'exposait guère au danger 
de voir réunies sur la même tète les deux couronnes 
de François I' r et de llenrv VIII; car si 1,- dur 
d'Angoulème pouvait être appelé du chef de sa 
future femme à régner un jour sur l'Angleterre, 
il n'avait aucune chance appréciable de succéder 
à son père en France, ses droits au trône de ce 
pa\s étant primés par ceux de deux livres aînés 
dont l'un était déjà marié'. 

Malheureusement Charles-Quint avait compté sans 



1 L'Empereur a Hannnrt son Ambassadeur ordinaire en France, 

51 juillet 1534. [Papiers (C État du cardinal de Granvelle, vol. Il, n°25.) 
- Instructions de l'Empereur au comte de Nassau, ^<>n Ambassadeur 

extraordinaire près de François I '. 1-2 août 1534. [Papier» d'Etal du car- 
dinal de Granvelle, vol. 11. n° 28.) — Charles, duc d'Angoulème, né le 

52 janvier 1522, mourut sans alliance le 8 septembre 1545. 

3 Le duc d'Orléans avait épousé Catherine de Médicis à Marseille le 
25 octobre 1553. 



94 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COIR DE HENRY VIII. 

les subtilités de François. Celui-ci affecta de ne 
pas goûter la proposition impériale; môme il la 
« rebuta fort » dans les divers entretiens qu'il eut 
à ce sujet avec les Ambassadeurs impériaux 1 ; il 
faisait fi, à en juger par ses paroles, de la princesse 
Mary*. Mais en s'exprimant ainsi, François n'était 
pas sincère; car en réalité il ne lui déplaisait pas 
de s'unir par le sang avec Henry VIII; seulement 
il entendait se donner vis-à-vis de ce Prince l'air 
d'avoir conçu de lui-même, en debors de toute 
inspiration de Charles-Quint, l'idée d'une telle 
union; et surtout, ayant décidé de demander Mary 
pour le Dauphin et non pour le duc d'Angoulème, 
et comprenant bien que ce changement de desti- 
nation ne pouvait laisser l'Empereur indifférent, il 
usait de toutes les dissimulations possibles à l'égard 
de celui-ci. Voilà pourquoi au moment où il envoyait 
Chabot négocier en Angleterre le mariage du Dauphin 
avec Mary Tudor, il demandait à Charles-Quint la 
main de sa fille l'infante Marie pour ce même 
Dauphin, avec l'intention bien arrêtée de retirer sa 
demande si elle venait à être agréée 3 . 



1 II v avait à ce moment en France deux Ambassadeurs impériaux 
l'un, extraordinaire, était Henri, comte de Nassau, marquis de Zenette, 
Grand Chambellan de l'Empereur; l'autre, ordinaire, était Jean Hannart, 
vicomte de Lombeke et baron de Liedekerke. La famille de Liedekerke, 
comme celle de Nassau, se sont perpétuées jusqu'à nos jours. 

2 Nous trouvons tous ces détails dans un mémoire que composa le 
Chancelier impérial Granvelle vers la mi-novembre 1554 : Arraisonnement 
sur ce à quoi/ le roij de France parsiste pour parvenir à eslablissemenl de 
paix. Ce document a été publié par M. Ch. Weiss. (Papiers d'État du 
cardinal de Granvelle, vol. II, n° 44.) 

3 II n'avait pas beaucoup à redouter d'être pris au mot et en tout cas il 
avait le temps pour se dédire, l'infante Marie n'ayant alors que six ans. 
Elle épousa, par la suite, son cousin germain qui devint l'empereur Maxi- 
milien II. 



NÉGOCIATION DINE ALLIANCE ANC I.O-I RAM. AISE. 95 

11 esl facile de s'imaginer l'émoi <|iii s'empara 
d'Anne Boleyn el de tous les siens, quand ils con- 
çurent l'objet de la mission de Chabot. Henry Mil, 
qui depuis plusieurs années recherchait si assidûment 
l'alliance française, allait-il s'exposer à la perdre, 
en répondant à l'Amiral par un refus? N'allait-il 
pas, au contraire, saisir cette occasion de s'attacher 
plus étroitement < son bon frère » <le France et 
se hâter de lui accorder la main de Mary? Cette 
dernière éventualité était bien redoutable pour les 
Boleyns, car il était certain que le mariage de Mary 
sérail accompagné de sa réintégration dans ses 
droits à la Couronne: el ce premier pas fait, Henry 
SOUS la douille pression de la lassitude que lui 
causait le commerce d'Anne l'oleyn et de l'influence 
qu'avait prise sur lui sa nouvelle maîtresse, ne 
serait-il pas amené à se rapprocher de sa première 
épouse Catherine d'Aragon? El alors que deviendrait 
Anne? que deviendraienl les Boleyns? 

Heureusement pour eux, en même temps que la 
proposition de mariage, Chabot avait à présenter à 
Henrj deux demandes connexes qui ne furent pas 
du goûl de celui-ci. D'abord, François voulait être 
exempté de toutes les pensions que les derniers 
traités 1 l'obligeaient à servir chaque année en 
Angleterre; puis, probablement parce qu'il cherchai! 
à se rendre agréable au Souverain Pontife récem- 
ment élu en remplacement de Clément VII*, il invi- 
tait Henry à faire à Home de nouvelles démarches 



1 A savoir, te traité de Londres *1 ti 50 août 1525, celui d'Amiens du 
IS août lù'_'7, et celui de Cambrai du 5 août 1529. 

2 Clément Vit était mort le 26 septembre; et à sa place le cardinal 
Farnèse avait été élu Pape le 12 octobre, sous le nom de Paul III. 



96 DEUX GESTILSIIOMMES-TOETES DE LA COUR DE UENRY VIII. 

en vue de régulariser sa position personnelle et de 
renouer les anciennes relations de l'Angleterre avec 
le Saint-Siège. 

Henry se montra fort choqué de ces deux exigences, 
surtout de la seconde. Il se révoltait devant l'idée d'un 
acte qui pourrait à un degré quelconque être con- 
sidéré comme une rétractation de sa conduite passée, 
et il n'admettait une réconciliation avec le Saint- 
Siège qu'à la condition que celui-ci lui donnerait 
raison de tout point. Or une expérience récente 
l'avait convaincu que cette solution ne se produirait 
jamais; au moment où Clément VII se mourait, 
Henry avait donné l'ordre à l'agent officieux qu'il 
conservait encore à Rome, de tâcher d'obtenir, soit 
du moribond lui-même, soit de son successeur, 
la révocation des sentences rendues contre lui : 
mais ni Clément VII, ni Paul III n'avaient accédé 
à la hautaine requête du monarque anglais. Et 
depuis, celui-ci, bien résolu a ne rien céder, s'était 
coupé toute retraite en se faisant proclamer par le 
Parlement « chef suprême de l'Eglise anglaise » 
(the only suprême head in earth of the Church of 
England); la loi qui lui octroyait ce titre avait été 
promulguée à Londres deux jours avant l'arrivée de 
Chabot 1 . 

Les Boleyns, qui grâce à d'anciennes relations 
avec l'agent de Henry VIII à Rome, avaient été tenus 
par lui au courant des derniers pourparlers*, con- 

• Acl of supremacy, k 2li Henry VIII, cl. 

- L'agent anglais à Home était un Italien, sir Gregorio da Casale. Nous 
ne savons où lord Hochefort l'avait rencontré; mais leurs relations dataient 
de loin; nous trouvons, en effet, ce passage dans une lettre écrite par 
Hocliford en février 1550 durant sa première mission en France : « I do 
not direct my other letres to the bisshop of Worcester nor sir Gregorio, 



NÉGOCIATION DTJNE ALLIANCE ANGLO-FRANl \1SI.. >J1 

naissaient à fond la situation el surent en tirer 
parti pour écarter le danger qui les menaçait; ils 
furent, d'ailleurs, aidés par un puissant auxiliaire, 
le Secrétaire d'Etat Cromwell, c'est-à-dire l'homme 
(jui dirigeait toute la politique religieuse de l'Angle- 
terre*. Jusqu'alors Cromwell avait prôné l'alliance 
française; mais il était bien décidé à se passer d'elle, 
s'il fallait, pour la conserver, faire la moindre con- 
cession au Saint-Siège. Aussi, en même temps que 
les Boleyns 2 , encouragea-t-il Henry à opposer une 
lin de non-recevoir à la demande de François rela- 
tive à nue reprise des relations avec le Saint-Siège. 
Si vraiment, disait Cromwell, le roi de France 
désire un accommodement entre nous et le pape 
Paul III, il faut qu'il commence par obtenir de 
celui-ci la cassation des deux sentences rendues 
par Clément VII contre Henry VIII; et ensuite nous 
pourrons aviser à ce qu'il conviendra de faire. 

Ce langage, que Henry s'empressa d'adopter vis-à- 
vis de Chabot, était de nature à rassurer pleinement 
Anne Boleyn et ses partisans; car il rendait mora- 
lement impossible le mariage de Mary Tudor avec 
le Dauphin. Comment, en effet, parler encore de 

because I can aetherwrighl latin aor italian well. o [Letler* and Papers, 
vol. \, ii° 0559.) — En 1530, sir Gregorio avait fait partie de l'ambas- 
sade du comte de Wiltshire en Italie, et c'est à celui-ci qu'était certaine- 
ment destinée sa lettre du 15 octobre 1534 sur les pourparlers engagés à 

Rome, bien que l'adresse porte le de lord Rochford (State Papers, 

vol. Ml. ic 120); sir Gregorio, peu au courant des promotions dans la 
noblesse anglaise, désignait le comte de Wiltshire par sud ancien titre. 

1 Thomas Cromwell était Secrétaire d'État depuis le mois d'octobre 1535. 

- Grâce aux circonstances, il- faisaient de nouveau entendre leur voix 
à Henry; l'Ambassadeur impérial, leur ennemi, le reconnaissait lui-même : 
« Quant à l'instigacion de ce Roy contre l>'s parans de la dame, il ne s'en 
appert autrement. » (Chapuis à l'Empereur, 19 décembre 1555. Archives 
de la Burg.) 

DEIX GE.NTILSHOMMES-rOKTES. 7 



98 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

donner comme lemme au futur roi de France une 
fille issue d'une union dont on se plaisait à pro- 
clamer devant l'Ambassadeur de ce pays la nullité 
et le caractère incestueux'.' Chabot, sans doute, ne 
renouvela pas sa proposition et, de son côte, Henry 
s'abstint d'une offre qui eût pu être considérée 
comme un outrage. 

Cependant, l'alliance française tenait toujours au 
cœur à Henry; aussi fut-il très heureux d'un expé- 
dient qui lui donnait l'espoir de la conserver et qui 
probablement lui fut indiqué par quelqu'un des 
Jjoleyns ; il s'agissait de substituer à la fille de 
Catherine, Mary, la fille d'Anne, Élizabeth. Cette 
dernière, il est vrai, n'avait qu'un an, de sorte que 
ses fiançailles avec le Dauphin qui en avait seize, 
auraient paru ridicules; mais pourquoi ne pas la 
proposer pour le duc d'Angoulème qui n'avait que 
douze ans? Celui-ci attendrait bien sans incon- 
vénient une dizaine d'années, afin d'épouser la 
fille du roi d'Angleterre 1 . 

Telle fui la contre-proposition que Henry Ylll 
chargea Chabot de transmettre à François I er el 
pour laquelle il demanda une prompte réponse; 



1 Tout ce que dil Chapms mu- ta négociation qui aurait alors eu lieu, 
d'un mariage entre Marj ci le duc d'Angoulème, est absolument inexact; 
'l'Ambassadeur impérial avoue lui-même qu'il n'avait ses renseignements 
que de troisième main: « C'est ce que m'a rapporté ung home de bien qu 
a sceu, comme il affirme, de personne qui a teneu et leu les instructions 
•Je l'Admirai. » (Lettre à l'Empereur du 19 décembre 1534.) — Cha- 
puis est un guide sûr. quand il s'agit des nouvelles de Cour; mais il 
n'avait pas assez de flair pour suivre dans tous ses détails une négociation 
secrète, et il prétait trop l'oreille aux on-dit. L'Empereur, plus clairvoyant 
que --on Ambassadeur, connut exactement l'objet delà mission de l'Amiral. 
(Lettre à Hannart des 5 et 10 janvier 1555. — Papiers d'Etal du cardinal 
de Granvrlle. voi.ii, n° 56.) 



NÉGOCIATION D'UNE ALLIANCE ANGLO-FRANÇAISE. 90 

l'Amiral devait, en même temps, déclarer à son 
maître la résolution bien arrêtée du roi d'Angle- 
terre <l< i ne point composer avec le l'api 1 ; quanl 
à l'extinction des différentes pensions servies pin- 
la France, il n'en lui point l'ait mention 1 . 

Chabol ayant quitté Londres le 2 décembre, Fran- 
çois lui certainement informé, dans les dix jours 
ipii suivirent*, du projet nouveau mis en avant 
par Henry et du vif désir qu'avail celui-ci de rece- 
voir une réponse au plus vite. .Mais le roi de France 
était embarrassé pour prendre une décision. En 
agréant la princesse Élizabetb comme épouse pour 
son lils, n'encourrait-il pas le mécontentement du 
Pape? En outre, l'alliance anglaise valait-elle l'alliance 
impériale que la France pouvait alors très facilement 
gagner au moyen des fiançailles du Dauphin avec 
l'infante Marie'.' Pendant un mois, François I er 
balança; enfin, de nouvelle- causes de dissentiment 
étant survenues entre lui et Charles-Quint, il se 
détermina à donner suite à la proposition de 
Henry Mil, mais avec la ferme intention de faire 
payer du plus haut prix possible son acceptation 
du mariage d'Elizabeth. Dans ce but, il envoya 
en Angleterre, vers la lin de janvier, un secrétaire 
de l'amiral Chabol nommé Palamède Gontier 3 , en le 
chargeant de poser à Henry les conditions suivantes : 



1 Réponse de Hem v VIII j l'amiral Chabot de Brion. (State Papers, 
vol. VII, n« il 7.) 

- Chabot fut de retour à Calais le 9 décembre. (Chronicle of Calais m 
the reigns of Henri/ Vil and Henri/ VIII to the i/car 1540, edited by 
John G. Nichols. — Cainden Society.) 

5 Palamède Gontier, trésorier et receveur général des finances de Bre- 
tagne; au mois de juillet suivant, probablement en récompense de sa mis- 
sion en Angleterre, il devint Secrétaire des commandements de François I r . 



100 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VUE 

Tout d'abord, François qui ignorait apparemment 
la loi de succession votée par le Parlement l'année 
précédente, exigeait qu'Elizabelh Fût déclarée « seule, 
unique el vraye fille et héritière » de Henry, de 
sorte qu'à la mort de celui-ci, au cas où il n'aurait 
pas eu de (ils dans l'intervalle, elle fût appelée à 
recueillir « sans aucun empeschemenl ne contra- 
diction » la couronne d'Angleterre. En second lieu, 
estimant que la dol d'Élizabeth équivaudrait à un 
revenu de cinquante mille écus, François deman- 
dait qu'au lieu de verser effectivement celte dot, 
Henry consentît à la réduction, jusqu'à concurrence 
dudit revenu, des pensions que la France, en vertu 
des derniers traités, servait chaque année en Angle- 
terre; quant au restant de ces pensions, soit soixante 
mille écus par an, François, sans plus de façons, 
prétendait en être déclaré absolument quitte 1 . 

On se souvient que Chabot, au mois de novembre 
précédent, avail demandé de même à Henry Vlïf une 
décharge de toutes ces pensions. Henry alors n'avait 
rien répondu; el le silence observé par lui à cel 
égard, au momenl où il rejetait 1res vivemenl une 
autre proposition française, permettait de penser 
que, toul en ne goûtant pas la requête de François I er , 
il se résoudrai! pourtant celle fois à y faire droit. 
Néanmoins, afin d'être plus assuré de sa condes- 
cendance, François s'occupa de le flatter dans sa vanité. 
Depuis la dernière ambassade de lord Rochford en 
France, il n'avail plus été question de celle entrevue 



1 Ces conditions sont énumérées dans une lettre de Palamède Couder à 
L'amiral Chabot, du 5 février Ioô.'j. (Publiée par Leloboureur, Additions 
aux Mémoires de Michel de Casielnau. vol. I. livre II.) 



NÉGOCIATION D'UNE ALLIANCE ANGLO-FRANÇAISE. loi 

que Henry avait naguère tanl sollicitée; mais en 
l'absence de contre-ordre, elle restait ûxée au mois 
d'avril 1535. Gontier fui chargé de parler de nouveau 
d'elle ri d'annoncer que François \ mènerail non 
seulement sa sœur la reine de Navarre, mais ses 
deux filles les princesses Madeleine et Marguerite 1 , afin 
qu'elles se rencontrassent toutes avec Anne Boleyn. 

dette attention du roi «le France toucha peu Henry, 
vu (|ue de jour en jour il se détachait davantage 
de sa femme; et il ne fut, par conséquent, nulle- 
ment disposé par celte nouvelle à accueillir plus 
favorablement les communications de Gontier. Quand 
celui-ci lui eut déclaré l'objet de sa mission, Henn 
commença |>;ir se plaindre de ce que François eût 
tardé si longtemps à lui répondre; puis il demanda 
ce que signifiaient <• ers pratiques <|ui se menoient 
« du costé d'Espagne suc le mariage de la fille de 

l'Empereur avec Monsieur le Daulphin. > — • - (lu 
voudroil », disail Henry, ■ joindre le mariage de 
Monsieur le Daulphin et faire aussi (oui d'un train 
celui de la Princesse (Elizabeth) pour profiter et 
s'appuyer des deux costés. » Mais ce double jeu ne 
plaisait pas à l'Angleterre; il fallait choisir entre 
son alliance et celle de l'Empereur, et tant que Fran- 
çois I er ne se sciait point déterminé dans un sen^ 
ou dan- l'autre, Henry conserverait sur la valeur 
de ses propositions de ci merveilleux soupçons » cl 
il se garderait de « parler ne s'avancer* >>. 



1 Madeleine de Valois, née le 10 août 1520, épousa te 1" janvier 1537 
le roi d'Ecosse Jacques V el mourut le 7 juillet suivant. Marguerite de 
Valois, née à Saint-Germain-eo-Laye le 5 juin 1523, épousa ru 1559 le duc 
de Savoie Philibert-Emmanuel. 

-' Palamèdc Gontier à l'amiral Chabot, 5 février loôo [loco cilato). 



102 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA C0UK DE I1ENUY VIII. 

Cette objection n'avait pas été prévue par Fran- 
çois I er ; mais peu importait; Gontier avait le moyen 
de démontrer que son maître était plus près de 
déclarer la guerre à l'Empereur que de s'unir avec 
lui par un mariage. Les explications données satis- 
firent Henry, et la discussion des diverses conditions 
posées par François commença aussitôt. La décla- 
ration que demandait ce dernier Prince concernant 
les droits d'Élizabeth, ne pouvait susciter aucunes 
difficultés; Henry accepta encore le chiffre de la dot 
fixé d'autorité par François I e ' et le mode de paye- 
ment stipulé par lui; mais il ne put admettre que 
le restant des pensions dues à l'Angleterre tut sup- 
primé d'un trait de plume, et il menaçait de rompre 
toute la négociation si cette prétention n'était pas 
abandonnée 1 . 

Or Gontier n'avait pas l'autorisation de relâcher 
quoi que ce fût dans ses instructions; il aurait donc 
été obligé de retourner en France en laissant les 
choses en l'état, si à ce moment même il ne s'était 
produit dans les affections de Henry un changement 
qui le fit départir de son obstination. Après une 
domination d'environ quatre mois, la « demoiselle », 
amie de Catherine d'Aragon, dont le Roi s'était épris, 
cessa de lui plaire, et il la congédia. Ce ne fut pas, 
il est vrai, pour se rapprocher d'Anne Boleyn ; mais 
la maîtresse qu'il prit était la cousine germaine de 
cette dernière, Margaret Shelton, fille de cette gou- 
vernante de la princesse Mary dont nous avons eu 
l'occasion de parler plus haut 2 . La nouvelle favo- 

1 Réponse remise à fiontier vers le commencement de février. [Stale 
Papers, vol. VII, n" 422.) 

* Chapuis à l'Empereur, 25 février 15."5 (Archives de la Burg) : — 



NEGOCIATION D'UNE ALLIANCE VNGLO-FRANÇAISI 105 

rite, "'il bonne parente 1 el surtout en vue d'assurer 
son avenir personnel, chercha aussitôl à raffermir 
la position ébranlée de sa famille. Wanl ce bul 
devant les yeux, comment aurait-elle laissé échapper 
le mariage de sa petite-cousine Élizabeth avec un 
lil> de France' Elle <lui évidemment presser son 
royal amant de consentir quelques concessions; et, 
de Fait, nous voyons qu'au boul de peu de jours 
Henn se montra pin» conciliant; il n'opposa plus 
de refus catégorique à la suppression des pensions 
el réclama seulement, en termes généraux, un examen 
contradictoire des demandes que, de part et d'autre, 
on avait à s'adresser au sujet du mariage d'Elizabeth; 
à cet effet, François I er et lui-même pourraient 
désigner des commissaires qui se réuniraient à Calais, 
à mi-route entre les deux capitales*, et qui achève- 
raient le pins vite possible la discussion des points 
litigieux . 

Outre cette proposition, dentier fut chargé d'em- 
porter en France, pour la faire signer par Fran- 
çois I er , une déclaration attestant que des deux mariages 
contractés par Henrj VIII, celui avec \nne Boleyn 
était le seul valide el que, par conséquent, la fille née 



La demoiselle qu'estoil aaguières en faveur il»' ce Roj ne l'est plus, cl 
.1 succédé en -ou lieu une cousine germaine de la concubine, qu'esl fille de 
la moderne gouvernante de la Princesse. 

1 D'après M 1 Friedmann (Anne Boleyn, ebap. xn, ce seraieul les 
Boleyns qui auraient mis Margarct Shclton devant les yeux du Roi, avec 
l'espoir qu'elle le séduirait. Celle hypothèse n'est pas improbable; toute- 
rois aucun document contemporain ne mentionne cette intrigue. 

2 François I er passa à Paris tout l'hiver de 155Ô 

r > llenry VIII à Chabot, fin février ou mais 1535. (State Papers, \ol. VII, 
n ils.) — Les pièces publiées dans ce recueil touchant les négociations 
du mariage sonl mal classées; l'ordre chronologique n'a pas été suffisam- 
ment observé. 



lOi DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

de celte union était pour le moment le seul enfant 
légitime de ce Prince 1 . Cette déclaration, rédigée 
d'après les ordres de Henry VIII dans le but d'éta- 
blir d'une manière incontestable aux yeux de 
l'étranger les droits d'Elizabeth à sa succession, 
n'indiquait pas un retour en faveur d'Anne Boleyn. 
Au contraire, la répugnance qu'elle inspirait à son 
époux n'avait pas diminué, malgré l'influence conci- 
liante de Margaret Shelton ; et il ne craignait pas de 
donner sans cesse la preuve de ses sentiments. 

Si au lieu de se rendre lui-même à Calais pour 
s'y rencontrer au mois d'avril avec François I er , 
ainsi qu'il avait été convenu, il proposait mainte- 
nant d'y envoyer des commissaires, c'est qu'il voulait 
éviter une entrevue où il serait obligé de paraître 
avec Anne et de lui témoigner en public des égards 
et une déférence qu'il avait pris l'habitude de lui 
refuser. De même, la répugnance qu'il éprouvait pour 
son épouse le dirigea dans le choix des commissaires 
à envoyer à Calais; lord Rochford avait tous les 
litres pour être désigné; mais sa proche parenté 
avec Anne le fit exclure, et les commissaires dont 
Henry soumit les noms à François I er furent le Secré- 
taire d'État Cromwell, le duc de Norfolk 2 et sir 
William Fitzwilliam 5 . 



1 Stale Papers, vol. VII, n° 4 k 2i. François 1 r ne signa pas ce texte; il 
ne lui plaisait pas qu'un Prince étranger lui dictât les termes dont il de- 
vait se servir; mais il fit dresser en latin une déclaration analogue, qui 
a été publiée par Pocock. (Buruct's History of the Reformation, part. 5 r \ 
book II.) 

- Le duc de Norfolk était bien l'oncle d'Anne; mais, voyant la défaveur 
où elle tombait, il avait jugé bon de la délaisser. 

r ' Henry VIII à Chabot, fin février ou commencement de mars 1555. 
K State Papers, loco citalo.) 



NÉGOCIATION D'UNE ALLIANCE ANGLO-FRANÇAISE. 105 

Gontier quitta l'Angleterre au commencemenl de 
mars et se rendit directement à Paris auprès de 
François qui accepta volontiers la procédure pro- 
posée par le roi d'Angleterre 1 . Si Gontier avait tardé 
quelques jours de plus à Londres, il \ aurait élé 
témoin d'un nouveau changement chez Henrj Mil, 
et il aurait pu, à sou arrivée en France, annoncer 
à son maître que, malgré tout, lord Rochford sérail 
un des commissaires anglais envoyés à Calais. En 
effet, Cromwell ayant été atteint, durant le courant 
de mars, d'une ûuxion de poitrine assez grave, il 
avait fallu songera le remplacer; et, grâce à Margarel 
Shelton qui ne ralentissait pas ses efforts auprès 
du Uni pour relever le crédit de sa famille, sou cousin 
germain lord Rochford fut à la lin désigné*. 



1 Goutirr arriva à Paris le 11 mars. — Le Nonce du Pape en France au 
Secrétaire d'État pontifical, 11 mars 1555. (British Muséum, Addit. m-. 
S7i:>, lot. 28.) 

- John (lus-. \ à lord Liste, \ mai 1535. (LellersandPapers, vol. VIII. 
n°665.) - Chapuis à l'Empereur, s mai 1535 (Archives de la Burg) : — 
« Les députez du Roy pour la diète de Callais doibvent partir à \1 de ce 
mois, où, en lieu de Monsieur Cremuel, ira le seigneur de Rochefort, frère 
de la dame. 



CHAPITRE VIII 

Mission de lord Rochford à Calais. 



Quoique Henry VIII désirât hâter l'échange de 
vues convenu entre lui et François I er , leurs délégués 
ne furent en mesure de se rendre à Calais qu'au 
milieu de mai; et ce délai fut cause qu'avant son 
départ de Londres lord Rochford, complètement 
rentré en faveur, dut y remplir, sur l'ordre du 
maître, de tristes fonctions. 

Henry Y1II, nous l'avons dit, s'était fait proclamer 
par son Parlement « Chef suprême de l'Eglise d'Angle- 
terre »; puis, comme il entendait que cette déclara- 
tion ne restât pas lettre morte, il exigea que le clergé 
de son Royaume le reconnût officiellement en sa 
nouvelle qualité. Quelques résistances se manifestèrent, 
surtout dans le clergé régulier; pour les briser, 
Cromwell qui venait d'être nommé Vicaire Général 
du roi dans les questions ecclésiastiques (Vicar 
General of the King in ail matters ecclesiastical), 
résolut de frapper un grand coup; il choisit quatre 
des plus importants parmi les réfractaires, à savoir 
trois prieurs de couvents de Chartreux 1 et un moine 

1 John Houghton, prieur de la Chartreuse de Middlesex à Londres; 
Augustin Webster, prieur de celle d'Axholme en Lincolnshire ; et Robert 
Lawrence, prieur de celle de Beauvale eu Nottinghumshiie. 



MISSION DE I OUD IIOCII1 ORD \ CAI AIS 107 

brigittin du monastère de Sion 1 ; el il les lii passer 
en jugement comme coupables de trahison el lèse- 
majesté. 

La procédure s'ouvrit le w 24 avril, quand un 
premier jury décréta, à la façon de nos Chambres 
actuelles des mises en accusation, que les charges 
portées contre les quatre religieux étaienl suffisantes 
pour justifier les poursuites (a true bill was [ou ml). 
Le jour même, l'ut tiré au sort un second jury qui 
devait statuer sur le bien-fondé de ces charges; une 
commission spéciale {spécial commission of oyer and 
terminer que le Roi avait nommée dès la veille" et 
dans laquelle il avait fait entrer lord Rochford, 
prononcerait ensuite la sentence selon les conclusions 
adoptées par le jury. 

Le 28 avril, eut lieu la comparution des accusés 
devant le tribunal siégeant à Westminster. Après les 
interrogatoires, les jurés, dont la conviction était 
faite, inclinaient à rendre un verdict de non-culpa- 
bilité; mais intimidés par l'altitude des commissaires 
qui insistaient pour une condamnation, ils n'eurent 
pas le courage de prendre avec tant de promptitude 
une détermination si notoirement contraire aux désirs 
de Cromwell et ils remirent leur décision au 
lendemain". 



1 Le monastère de Sion étail situé dans le Middlesex auprès de Isleworlh . 

- Toutes le> pièces de la procédure sont au Record Office. (Baga de 
secrelis, pouch VII, bundle I".) — On voit que Henry avait choisi les 
Juges sans attendre l'arrêt de mise en accusation; il étail d'avance cer- 
tain du résultat. 

3 Voir tout le récit du procès dans Francis A. Gasquet's Henry VIII and 
Ihe English monasteries, chap. vi. Les autorités citées par Dom Gasquet 
sont deux comptes rendus contemporains. (British Muséum, Arundel ins. 
15*2, fol. 508, et Maurice Chauncy's Commentariolus de vitx raiione et 
martyrio octodecim Carlusianorum.) 



108 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

A cette nouvelle, Cromwell fut surpris, n'ayant 
pu s'imaginer que des jurés anglais hésiteraient à se 
plier à sa volonté; et vite, il envoya auprès d'eux 
un messager pour s'enquérir de la cause de cet ater- 
moiement inattendu. Le jury répondit qu'il n'avait 
pas cru possible de déclarer coupables de trahison 
des hommes aussi intègres que les accusés, et il 
laissa entendre que, si aucune charge nouvelle ne 
venait à être articulée contre eux, il les acquitterait 
le lendemain. Alors la fureur de Cromwell ne connut 
plus de bornes; il commença par écrire aux jurés, 
les menaçant de la mort s'ils n'obtempéraient pas 
sur l'heure a ses injonctions; puis ayant réfléchi que 
sa présence serait le plus efficace moyen d'action, il 
accourut au milieu d'eux à Westminster et les foira 
de rendre séance tenante un verdict de culpabilité 1 . 

Les commissaires royaux, dont le rôle était analogue 
à celui de nos conseillers de Cour d'appel dans les 
assises, n'avaient plus qu'à prononcer la peine, et 
les quatre accusés furent condamnés à la mort que 
la loi réservait aux traîtres. 

Dans aucun des récits contemporains de cette 
lugubre intrigue, lord Rochford n'est nommément 



1 Chauncy's Commenfariolus, etc. — « [nterea Vicarius Régis, suspec- 
tam habens integritatem illorum duodecim virorum (des jurés), sub ves- 
peram pridie illius diei quo sententiam pronuueiaturi erant, misit ail eos ad 
sciscitandam causant tantae dilationis. III i significarunl se lain sanctos 
virosnon esse ausos ut malefactores morti adjudicare. Hoc respouso ac- 
cepte, ipse ira inflammatus rcnunciavit : « si », inquieus, « cos culpà 
« vacuos nec obuoxios morti judieavcrilis, recidet id in caput vestrum cl 
k vos ipsi mortciu transgressorum subibitis ».... Vicarius illico ad illos lotus 
furibundus ac veluti in rabiem versus advolavit crudelioribusque minis eos 
compulit ul tandem innocentes Paires reos criminis kesse inajestatis cou- 
dcinnarent. » Tous ces faits semblent s'être passés daus la nuit du 28 au 
29 avril; le jugement, en tout cas, fut prononcé ce dernier jour. 



MISSION DE I.OIU) ROCHFORD k CALAIS. 109 

mentionné; il reste confondu dans la masse des 
commissaires el ne parait point, par conséquent, 
avoir contribué d'une manière plus active que ses 
collègues au fatal dénoûment. Au contraire, il est cité 
comme un des grands seigneurs <|iii le \ mai se 
rendirent à Tyburn pour assister au supplice : « (!;i a 
esté chose nouvelle », écrivait quelques jours après 
l'Ambassadeur impérial, « que les ducs de Riche- 
mont 1 et Norphoc, le comte de Vulchier (Wiltshire), 
son filz (lord Rochford) et plusieurs autres Seigneurs 
el Gentilshommes de Courl se suint trouvez en ladicte 
exécution à la descouverte et toul auprez des patiens*». 
Mais il fallait complaire au Roi et à son redoutable 
Vicaire, el une abstention aurait pu être interprétée 
comme une critique delà politique religieuse inaugurée 
par eux; moins que toul autre, Rochford qui sortait 
à peine de défaveur, pouvait s'exposer à ce danger. 

Le supplice fut affreux. En voici la description, 
toujours d'après l'Ambassadeur impérial : >< Traînez 
jusques s,,iil>s [ e gibet, l'on feisl monter les con- 
damnés ung à nng sur une charette, par la rémotion 
de laquelle ils demeuroient penduz; el tout incon- 
c« tinent estoit couppée la corde', et après, estoienl 
« constituez debout eu lieu approprié pour les soubs- 
- tenir ;iinsy el leur eslre couppez les génitoires et 
« mys au l'eu: ils estoient ouverts et leur tiroit l'on 
« les entrailles ; et depuis, avoinl la leste couppée 
« et le corps estoit mis en carliers*. » 

1 Henry Fitzroy, <ltic de Richmond, fils naturel de Uenry Mil; nous 
porterons souvent de lui dans la seconde partie de ce volume. 
- Chapuis a l'Empereur. 8 mai 1555. (Archives de la Burg.) 

3 De telle manière que l'étranglement n'ait pas eu le temps île m- pro- 
duire. 

4 Chapuis à Granvelle, 8 mai 1535. (Archives île la Burg.) 



110 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Après avoir été spectateur de cette boucherie, 
lord Rochford partit pour Calais; il y arriva le 
20 mai, un jour après sou oncle le duc de Norfolk, 
mais deux jours avant l'amiral Chabot qui était le 
principal des délégués français 1 . 

Cette fois les questions d'argent ne furent pas 
la pierre d'achoppement : ou François avait renoncé 
à obtenir la suppression des pensions, ou Henry 
l'avait accordée; en tout cas, ce sujet ne semble pas 
avoir été abordé. Mais Henry voulait que le duc 
d'Angouléme, puisqu'il pouvait être appelé en vertu 
de son futur mariage à régner sur l'Angleterre, 
vînt tout de suite en résidence fixe dans ce pays, 
afin qu'il en adoptât la langue et les habitudes et 
qu'il dépouillât, son jeune Age aidant, tout sentiment 
français; en outre, Henry demandait que les apanages 
de ce Prince fussent détachés de la Couronne de 
France. 

Quand Chabot entendit le duc de Norfolk énoncer 
ces prétentions, il ne put se contenir. « A quoi bon, 
riposta-t-il, examiner des propositions qui étaient de 
tout point inacceptables? Mieux valait rompre les 
conférences sans entrer en discussion. » Et l'Amiral 
déclara qu'il allait immédiatement quitter Calais et 
retourner auprès de son maître pour l'informer des 
exigences outrecuidantes du roi d'Angleterre. 

Le duc de Norfolk fut fort ému de cet emportement 
de Chabot. Il se demandait avec inquiétude ce que 
penserait Henry VIII à la nouvelle que des pour- 
parlers qui semblaient en bonne voie, avaient reçu 
un dénoûment aussi brusque. Craignant la colère 

1 Chronicle of Calais. 



MISSION DE LORD ROCHFORD A CALAIS III 

royale, le Duc pria Ghabol de temporiser : peut-être 
Hem\ n'avaii-il pas dil son dernier mol el consenti- 
rait-il à rabattre ses prétentions; au surplus, lord 
Rochford allait retourner à Londres pour lui exposer 
la situation, el comme le jeune Lord étail très désireux 
que le mariage »le sn nièce se conclût, il ferail en 
sorte de rapporter bientôl de nouvelles instructions 
« I ni seraient davantage du goûl de l'Amiral. Celui-ci 
l'ut sensible à ces bonnes paroles et, en conséquence, 
il demeura à Calais. 

Cependant Rochford accomplissait avec la rapidité 
(jui le caractérisait le voyage entre Calais el Londres. 
C'est le 24 mai que l'Amiral avait menacé de son 
départ le duc de Norfolk, et le 25 au soir Rochford 
était déjà à Londres 1 . 

« Avant que parler au Roj », raconte l'Ambas- 
sadeur impérial qui, sachant son maître très inquiet 
de la tentative d'alliance entre la France et l'Angle- 
terre, observait avec soin toutes les phases tle la 



1 Chapuis ii l'Empereur, 5 juin Kj."5 (Archives de la Burg) : — Sire, 
après les deux premières communications entre les députez de ces deux 
Roys, le seigneur de Rocheforl partit de Callais el arriva icy le XX\ du 
mois passé, a En route, entre Douvres el Londres, Rochforl rencontra 
sir William FitzwiUiam, le troisième délégué anglais qui étant en retard, 
se rendait seulement alors à Calais; el le soir sir William écrivit de bou- 
rres a Cromwell en ces termes (25 mai 1535. Record Office, Lellersand 
Papers, vol. VIII. a" 760) : — This daye I met my lord of Rochford by 
theweye, who shewed me pari of bis charge. And surely, Sir. I nol oonl; 
cannot a little marvaille to hère thaï th'Admirall arryved at Calays on Sa- 
lerday (22 mai) and was redy to départe from thens again upon Mondaye. 
and thaï he maketh soo lighl of the matier; but also moche more mar- 
raille that he shuld in effecl aunswere to ail the points of our charge. And 
we had instructions to procède witb hym oy degrees and to make :i 
pawse at the furst, and yf il were for a day or two. And when we had 
brought hym to the pointe of desperacion in that behalf, then he and we 
to devise the beste remédies we coulde, and therupon to déclare the Kings 
pleasour in the second'- degré . 



H2 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENKY VIII. 

négociation, « avant que parler au Roy, le seigneur 
« de Rochefort s'adressa «à la dame sa sœur et devisa 
« bien longuement avec elle, et ne lui deust rapporter 
« de Callais chose qui lui agreast. Car et lors, et 
« maintes fois depuis, ainsi que m'a dict le grand 
« escuyer 1 , elle a maulgrée et dict mille maulx et 
« opprobres du Roy de France et généralement de 
« toute la nation. Le XXV 2 et le XXYII qui fust le jour 
« du Corps de Dieu (la fète-Dieu), le Roy et son 
ce Conseil fuient merveilleusement enbesongnés à con- 
cc sulter sur ce que ledict Rochefort avoit apporté, et 
« ne scavaienl tant dissimuler ledict Roy et ses con- 
cc seillers que l'on ne s'apperceust elèrement de la 
ce grande fascherie et merveilleux mescontentement 
« qu'ilz avaient/'. » 

Henry était déçu dans son attente; qu'allait-il ré- 
pondre? Pour bien comprendre les hésitations qui 
l'agitèrent alors, il faut être au fait de certains pour- 
parlers engagés récemment avec l'Empereur et dont 
plusieurs membres du Conseil désiraient le succès. 
Dans le courant du précédent hiver, l'Ambassadeur 
de Henry VIII à Paris, sir John Wallop 4 , avait de 
son propre mouvement signalé à son collègue im- 
périal Ilannart les regrets que causait à une grande 
partie du peuple anglais la substitution de l'alliance 
française à celle de Charles-Quint; et les deux diplo- 



1 Sir Nicholas Carew, nommé grand écuyer {inaster of ihe horse) en 
1527. Il était un des adversaires les plus résolus des Boleyns. Il fut déca- 
pité le 5 mars 1559 comme coupable de conspiration. 

- Le texte dit bien le 25; mais le secrétaire a dû commettre une erreur, 
et c'est le 20 qu'il faut lire. 

3 Chapuis à l'Empereur, 5 juin 1535. 

4 Sir Jolin Wallop, gentilhomme de la Chambre, avait remplacé sir Fran- 
cis Iîrvan comme Ambassadeur ordinaire en France à la fin de 1555. 



MISSIO» DE LORD ROCHFORD A CALAIS. 113 

mates, se mettant à l'unisson, avaient célébré les 
avantages qui résulteraient u" « une ferme amytié » 
contractée par leurs maîtres en opposition à la France. 
Tous deux ensuite avaient rapporté leur conversa- 
tion, non pas directement à leurs Souverains res- 
pectifs, mais — ce qui revenait au même — aux 
principaux conseillers de ceux-ci 1 ; et ils n'avaient pas 
été blâmés de s'être si librement communiqué l'un 
à l'autre leurs sentiments intimes. 

Nous ne savons pas exactement pour quel motif 
Cromwell, en Angleterre, adopta les idées de Wallop; 
ce qui est certain, c'est que, par un changement inat- 
tendu, il ressentit alors pour l'alliance impériale une 
vive inclination 2 , et peut-être fut-ce cette inclina- 
tion, plus encore que sa maladie du mois de mars, 
qui le détourna de se rendre aux conférences de 
Calais". 

Quant à Charles-Quint qui, à ce moment, s'enga- 



1 Hannart fit son rapport au chancelier impérial Granvelle, et Charles- 
Quint lui répondit lui-même le 26 févrie 1555. (Papiers d'Étal du car- 
dinal de Granvelle, livre II, n° 63.) La dépêche de Wallop ne subsist- 
pas;maison ne peut mettre en doute qu'elle ait été écrite; elle fut adressée 
à « quelqu'un dont il se confiait », probablement à Cromwell. (Voir à ce 
sujet la lettre précitée de Charles-Quint à Hannart, et une autre du même 
au même en date du 18 avril 1535. — Ibidem, vol. II. n° 66.) 

- On voit, grâce à la lettre que lui adressa de Douvres le 25 mai sonamc 
sir W. Fitzwilliam, combien Cromwell était disposé à favoriser l'alliance 
impériale au détriment de celle de France : « I hertelye heseche you to 
use youre wisedome in this weighty matier, and, though percaas they 
the (French) cannot by wisedome and coldenesse be brought to the Kings 
pourpose, vet for the love of God let us use ail the gentilnes that maye 
bee at departing; for I wold not that we shuld brekc with theym for 
nothing, till we hère further from th'Emperour. Sir, I am bolde to write 
playnly to you my mynde in thèse matiers, trusting that ye will accept the 
same in good part, o (Lelters and Paper s, vol. VIII, n° 760.) 

3 Le 8 mai 1555, Chapuis écrivait à l'Empereur : — « Plusieurs présu- 
ment que Cremuel se soit excusé de la charge (d'aller à Calais), désespé- 
rant de l'issue et bon exploit des matières qu'ilz ont à traicter. i 

DEIX GENTILSHOMMES-POÈTES. 8 



114 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

geait dans une expédition contre Tunis, il était trop 
inquiet de « la mauvaise volonté tant obstinée » du 
roi de France et de ses « apprestes si approuvantes 
à retourner en guerre », pour ne pas accueillir 
l'idée de n'importe quel expédient propre à empêcher 
le roi d'Angleterre de « favoriser ne assister audil 
roy de France )>. Deux graves raisons, il est vrai, 
mettaient obstacle à un rapprochement entre Charles- 
Quint et Henry VIII : c'étaient, d'une part, les dé- 
chéances et les mauvais traitements infligés à Cathe- 
rine d'Aragon et à sa iîlle Mary, et d'autre part, la 
lutte violente engagée par Henry contre le Saint- 
Siège. -Mais l'Empereur pensait avoir le moyen de 
concilier ses intérêts avec sa conscience : sur ses 
instances, le pape Paul 111 consentirait bien à con- 
voquer un Concile auquel serait soumise de nouveau 
la question de la validité du premier mariage de 
Henry, et, en outre, il abandonnerait volontiers à 
ce dernier tous les revenus ecclésiastiques récem- 
ment sécularisés par le Parlement anglais; en 
échange de ces concessions, Henry s'engagerait à 
« se soumettre d'observer ce qui seroit ordonné par 
le Concilie » touchant son mariage, et il « se rédui- 
rait à l'union et obéissance de l'Eglise romaine et 
du Saint-Siège apostolique ». Tel est le plan étrange 
que conçut l'imagination de l'Empereur et qu'il exposa 
en détail à son ambassadeur Hannart dans une 
longue lettre où il lui enjoignait de poursuivre les 
pourparlers engagés avec Wallop*. En même temps. 
Charles avertissait Chapuis, son Ambassadeur près 

1 L'Empereur à Hannart, 26 février 1555 (loco cilalo); voir encore 
les lettresdu même au même en date des 18 avril et 50 mai 1555. 
Papiers d'État du cardinal de Granvelle. vol. II. n°* 66 et 75.) 



MISSION DE LORD ROCHFORD \ I M US. US 

de Henry Mil. du tangage que venait de tenir Wallop, 
et il lui recommanda il de • assentir el s'informer o 
auprès des h mes d'Etal anglais >i ce langage 

i DOC 

était l'expression d'une opinion influente el s'il \ 
aurait < quelque bonne occasion d'induire le roy 
d'Angleterre et ses ministres à soj retirer des pra- 
ticques el assistance du rn\ de France 1 ». 

Cromwell n'était pas disposé, on le pense bien, 
à donner satisfaction aux vœux de l'Empereur, surtout 
en ce qui concernait un retour de l'Angleterre à 
l'obéissance au Saint-Siège; néanmoins, il recueillit 
des divers entretiens qu'il eul alors avec Chapuis, 
l'impression qu'uni' entente était possible, el il con- 
tinua de prôner en face de son maître l'alliance avec 
l'Empereur. Etant dan- ces sentiments, il devait 
forcément désirer la rupture de la négociation pour- 
suivie à Calais; aussi pouvons-nous affirmer que, 
dans les conseils qui furent tenus par llenn VIII 
immédiatement après l'arriver de lord Rochford, il 
se prononça avec énergie pour le maintien des exi- 
gences dont s'étaicnl offensés les délégués français, 
el que Lui-même peut-être avail engagé son maître 
à présenter, dan- l'espoir qu'elles amèneraienl une 
rupture. 

■ Il me dit », écrivait Chapuis le 5 juin à l'Empe- 
reur, « que actendanl quelques nouvelles du couslé 
de Vostre Majesté, il avoil icj faict surjourner le 
seigneur de Rouchefforl au grand regrel de l'Admirai 
de Franco, el que, espéranl finablemenl quelque 

* La dépêche de l'Empereur à Chapuis ue se retrouve plus; hcureusi - 
ment Charles-Quint lui-même en a donné l'analyse dans sa lettre a Han- 
nart du :>fj février 1555; ce sont les termes de cette dernière pièce que 
nous reproduisons. 



110 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

bon fruict des choses dont nous avions pourparlé 
ensemble, il tiendroit main que ledict Roucheffort 
ne retourneroit si tost à Callais et surtout qu'il ne 
se traicteroit chose au désavantage de Vostre Majesté 1 . » 

Contrecarrant les efforts de Cromwell, les Boleyns, 
appuyés par Margaret Shelton, agissaient de leur 
côté sur le Roi; et celui-ci, tiraillé en deux sens con- 
traires, se trouvait fort empêché à prendre un parti. 
A la fin, il se décida pour une demi-mesure; il con- 
sentit à rabattre la première de ses prétentions, mais 
maintint la seconde. Voici les nouvelles conditions 
que lord Rochford remporta à Calais 2 : 

Le duc d'Angoulême ne serait plus astreint à 
résider en Angleterre d'une manière fixe; il suffirait 
qu'il y passât les six mois qui précéderaient la célébra- 
tion de son mariage. Par contre, Henry VIII persis- 
tait à demander que les apanages de ce prince fussent 
distraits du reste de la France 3 . Enfin, — exigence 
toute nouvelle et qui dénote bien l'inspiration de 
Cromwell, — François I er devait s'engager à ne con- 
clure aucune alliance avec Charles-Quint sans l'assen- 
timent de Henry VIII. 

Il va de soi que les délégués français ne pouvaient, 
à aucun prix, admettre l'idée que le duché d'Angou- 



1 Chapuis à l'Empereur, 5 juin 1555. (Archives de la Burg.) 

2 « Articles and instruxious conteyning the Kings Hieghnes resolucion 
and f'ull pleasure in his gracous affaires to be cxecuted by his right trustie 
and right welbeloved cousin and counsaillour the duke of Norfolk and his 
collèges the Kinges Arabassadours and cominissioners now résident at 
Calais. » (Slale Papers,' vol. VII, n° 427.) 

3 « His dukedom of Angolesme and ail other his domynyons, landes, 
and possessions wilhin the reaime of Fraunce or elleswhere in any of the 
Frensh kinges domvnvons, shalbe clerely exonerated and frely discharged 
by the consent of theirParliamentesfiomall exactions, servytutes, homages 
and feaities. » 



MISSION l)E LORD ROCUFORD A CALAIS. Il" 

lême pût devenir un Qel de la couronne d'Angle- 
terre; personne en France n'avait oublié les compli- 
cations terribles qu'avait produites une combi- 
naison analogue faite lors «lu mariage d'Eléonore 
de Guyenne avec l'héritier du trône d'Angleterre, 
Henry Plantagenet. Mais l'amiral Chabot el ses col- 
lègues s'imaginèrent que les instructions rapportées 
par Rochford enjoignaienl aux délégués anglais de 
commencer par demander le plus pour se contenter, 
à la lin, du moins'; et, dans celle pensée, ils accep- 
tèrent la discussion et même se laissèrent entraîner 
à la soutenir pendant plusieurs semaines. Lord 
Rochford, en effet, était revenu d'Angleterre dès le 
commencement de juin 2 , et ce fut seulement vers 
le 20 de ce mois, et après de longs débats contra- 
dictoires, que les représentants de François l' r se 

1 Chabot au cardinal du Bellay, 8 juin 1535 (Bibliothèque nationale. 
Fonds Dupuy, 263, fol. 71) : — « Je ne voj pas ceste compagnie (les 
commissaires anglais) estre jusques là « ! i -> } > < • s < * i ■ ne les choses sj appro- 
chées pour soj séparer encores. S\ me semble il qu'il lui hier plus ouver- 
tement parlé de leur rouslé qu'on n'avoil jusques icj faict, el m'en a pieu 
la journée plus que 1rs autres précédentes. Vous entendrez le tout par ce 
qu'en escrips au Roy présentement, vous asseurant, Monseigneur, que j'en 
vouldrovs bien estre despéché pour la tiicquotterie el mode estrange de 
marchander qu'on nous lient, qui n'esl poinl mon naturel. » 

- Voici comment le Nonce accrédité près de François I "' racontait au 
Secrétaire d'État pontifical le voyage de lord Rochford el ses efforts auprès 
de Henry VIII (Lettre à A.mbrogio, 22 juin 1535. Brilish Muséum, Addit. 
ms. 8715, fol. 76 h ) : — « Aucor che di pochissimi giorni avanti il par- 
tire, fosse publica voce che havesse (les délégués français) a passar in In- 
ghil terra, non dimeno non passo altri menti, ma bene \i anda Monsignore 
di Ricciafort fratello di quella nuova Regina; quai stette circa otto giorni 
a ritornare; e in quel tempo non si uegotio (à Calais) cos' alcuna che si 
vedesse. 11 quai Ricciafort, sol per esse fratello di quella, è inlervenuto a 
tutto, havendo quel Rc, per quanln si conosce. pochissimi in chi si fida; 
onde, passando quasi tutti li negotii di quel regno hora per mano di gcnlc 
che dipendono da quella nuova Regina, pare che Decessariamente li con- 
clusioni debbono esser conforme al presuposto di quella. » Le Nonce paraîl 
ne ras avoir connu l'influence, pourtant bien manifeste, de Cronvwell. 



118 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIN. 

rendirent compte de leur erreur et reconnurent 
qu'ils n'avaient plus à attendre aucune concession. 
Alors, vexés d'avoir pu être mystifiés pendant si 
longtemps, ils rompirent brusquement les confé- 
rences, et prirent congé, en termes assez aigres, 
des trois délégués anglais 1 . 

Désormais, les Ambassadeurs de Henry VIII n'avaient 
plus rien à faire à Calais' 2 ; ils s'embarquèrent le 
24 juin 3 et durent arriver à Londres le 27*. 

A peine de retour dans cette ville, le 1 er juillet, lord 
Rochford dut siéger une seconde fois à Westminster 
pour y juger sir Thomas More, ancien chancelier 
d'Angleterre, qui se refusait à reconnaître le Roi 
comme Chef suprême de l'Eglise nationale et qui 
depuis plus d'un an était enfermé à la Tour 3 . Certes, 



1 Chapuis à l'Empereur, 2(3 juin 15Ô5 (Archives de Vienne) : — « Il n'y 
a poinct deux jours que l'Ambassadeur de France (Morette) disoitque l'as- 
semblée dureroit encores vingt jours. Je ne scay la cause du raccourcis- 
sement Se dict entre le commung qu'ilz (les délégués) sont partis mal 

coûtons les ungs des autres. » De son côté, le Nonce en France écrivait le 
2(3 juin au Secrétaire d'État pontifical (loco citato) : — ■ « Non volendo 
quello (l'amiral Chabot) consentire che Monsignore d'AngoIennne havesse a 
stare in Inghilterra per haver poi, quando la figlia fosse in eta, a consu- 
mare il matrimonio, ne volendo discendere in alcun modo contra la Chiesa o 
declaratione del Concilio, hanno disconcluso senza far altro, e cosi ad imo 
tratto si sono paititi, e per ogn' uno si è conosciuto che non solo non si è 
concluso il parentado, ma che si son partiti cou poca satisfatione. » 

- Le duc de Norfolk et sir \Y. Fitzwilliam avaient été, il est vrai, chargés 
de profiter de leur séjour à Calais pour examiner les fortifications et l'ar- 
mement de cette place (sir W. Fitzwilliam à Cromwell, 25 mai 1555. — 
Record Office, Letlers and Papers, vol. VIII, n° 700) ; mais cette inspec- 
tion devait être terminée depuis longtemps. 

r ' Chronicle of Calais. 

4 Chapuis à l'Empereur, 26 juin 1555 : — « Sire, l'on attend icy (à 
Londres) de heure à autre le duc de Norphocq et les autres députez de ce 
Roy pour rassemblée de Callais. » 

5 11 fut emprisonné le 16 avril 1554. — Thomas More, né à Londres eu 
1480, fut un des hommes les plus distingués de son époque; il composa 

plusieurs ouvrages fort estimés, entre autres Ulopia et the Historu of Ri- 



MISSION DE I.OHD ROCHFORD À CALAIS. ||0 

d'après nos idées modernes sur l'impartialité néces- 
saire dans l'exercice de la justice, Rochford aurait 
dû être exclu de la commission (commission of oyer 
and terminer) chargée de prononcer le sort de 
l'accusé 1 : car au mois d'avril précédent, il avait 
reçu et accepté le manoir de Southe 2 que Henry Mil. 
avant toute condamnation, venait de confisquer sur 
sir Thomas, et il avait, par conséquent, un intérêt 
matériel à ce qu'une sentence d'acquittement ne vînt 
pas réintégrer ce dernier dans ses anciens droits. 
Mais cette considération n'était pas de nature à loucher 
Henry VIII ; il demandait à ses tribunaux des ser- 
vices, et non des arrêts. Quant à Rochford, il appar- 
tenait à celte génération d'Anglais « trop soumis », 
auxquels Bossuet, un siècle plus lard, reprocha si 
éloquemment « d'avoir mis sous le joug leur foi 
même et leur conscience r ' »: comment eût-il osé 
se récuser, quand le maître lui ordonnait de siéger? 
Cependant, les juges désignés par le Roi répu- 
gnaient à condamner une personne d'aussi haute et 
aussi pure réputation que sir Thomas More; et 
jusqu'à la fin, ils espérèrenl obtenir de lui une suite 
de rétractation qui eût rendu possible un acquit- 
tement. Même, quand se conformant aux conclu- 
sions des jurés, ils eurent prononcé- la sentence 
fatale, ils offrirent encore au condamné de la rap- 



chard III. Si nous n'avons pas cité son nom dans notre introduction, 
c'est qu'il lut le premier de s;i nue qui obtint les honneurs de la cheva- 
lerie, 

1 Toutes les pièces de la procédure sont au Record Office. [Third Report 
of'lhe Deputy Keeper of the public records, âppendix II, page -110.) 

2 Record Office, patents 26 Henry VIII, part I''. membrane 5'2' h .<> ma- 
noir était situé dans le comté de Kent. 

"• Oraison funèbre d'Henriettr-Marie de France. 



l'20 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUH DE HENRY VIII. 

porter et de rouvrir l'audience, s'il consentait à revenir 
sur ses professions de foi. Mais More se borna à 
leur répondre en ces termes : « J'espère bien à la 
« divine bonté et miséricorde que, ainsi que sainct 
« Paul persécuta tousjours sainct Eslienne et que 
a maintenant ils sont amis en paradis, ainsi nous, 
« combien que nous ayons discorde en ce monde, 
« en l'autre nous serons ensemble unis avec parfaite 
« charité; et sur ce, je prie Dieu qu'il vous veuille 
« sauver 1 . » Étonnant souhait que, moins d'un an 
après, les circonstances durent rappeler au sou- 
venir de lord Rochford. 

Après la condamnation de sir Thomas More, Roch- 
ford fut choisi entre les membres du Conseil Privé 2 
ainsi que son oncle le duc de Norfolk pour accom- 
pagner le Roi dans une tournée à travers les comtés 
de l'est et du centre de l'Angleterre. Les fonctions 
que les deux Lords avaient à remplir étaient préci- 
sément celles dont sont chargés aujourd'hui les 
Ministres anglais qui, à tour de rôle, résident à la 
campagne auprès de la Reine; ils devaient préparer 
la signature et transmettre les instructions de 
Henry VIII à leurs collègues du Conseil Privé demeurés 
à Londres. C'est ainsi que de Langley, château situé 



1 Récit de la mort de sir Thomas More. (Lelaboureur, Additions aux 
Mémoires de Michel de Castelnau, vol. I, chap. n.) Les mêmes détails se 
trouvent clans l'histoire de la vie de sir Thomas écrite par son petit-fds : 
More's Life of More. Cf. Froude's Historu of England, ch. ix. 

' 2 Nous ne savons pas à quel moment lord Rochford fut appelé à faire 
partie du Conseil Privé; mais jamais un homme aussi jeune n'avait reçu 
cet honneur. 

« It hath not beeri knowen nor seldom seen 
That any of my yeres byfore this day 
Into the Privy Councill preferred hath been. » 
Cavendish's Metrical visions. — Lord Rochford.) 



MISSION DE LORD ROCHFORD A CALAIS. 121 

dans le Norfolk, lord Rochford, conjointement avec 

son oncle, adressa le '2li juillet à Cromwell une 
longue lettre où était exposée en détail toute la 
politique à suivre vis-à-vis des princes protestants 
d'Allemagne 1 . 

Avoir été désigné pour suivre le Roi et veiller, 
auprès de lui, à l'expédition des affaires publiques, 
était un gage certain de sa faveur; et, d'autre part, 
\inie qui, elle aussi, accompagnait Henry VIII, 
avait repris son empire sur lui el se trouvait 
enceinte; de nouveau les Boleyns semblaient maîtres 
de la situation. Vaine apparence; ce voyage triomphal 
ne devait pas se terminer, sans avoir amené une 
rencontre qui fut cause de leur désastre. 



1 Le duc de Norfolk et lord Rochford li Cromwell, 'Jo' juillet 1535. 

(Publié par M. Pocock dans sou édition do, Burnet's History of the 

Reformation. — .1 collection of records, part ."> rd , book lit, n i-.i 



CHAPITRE IX 

Disgrâce, condamnation et supplice de lord Rochford. 



Le 10 septembre 1555, Henry VIII, poursuivant 
sa tournée à travers son royaume, arrivait dans le 
Wiltshire au château de Wolfhall; là il fut reçu 
par le seigneur du lieu sir John Seymour 1 et par 
sa fille Jane. Celle-ci était probablement déjà connue 
du Roi; car elle avait été demoiselle d'honneur de 
la reine Catherine d'Aragon. Mais il ne semble pas 
que, durant son premier séjour à la Cour, elle ait 
été particulièrement remarquée : de fait, elle n'était 
remarquable ni par sa beauté, ni par sa grâce, ni 
par son esprit; la seule chose qui frappât en elle, 
était la pâleur extraordinaire de son teint. Est-ce 
cette qualité étrange qui, à Wolfhall, fit une impres- 
sion irrésistible sur Henry VIII? Ce qui est certain, 



1 D'après les Peerages, sir John descendait directement d'une illustre 
famille normande Saint-Maur, et Seymour serait la contraction anglaise 
de ce nom. Nous verrons, dans la vie de lord Surrey, qu'au temps de 
Henry VIII, les Howards et les autres représentants des familles d'an- 
cienne noblesse ne considéraient les Sevmours que comme des parvenus ; 
leur anoblissement n'aurait daté que de l'année 1515, époque à laquelle 
sir John fut armé chevalier banneret par Henry VIII. Une branche des des- 
cendants de sir John, celle des ducs de Somerset, a adopté comme nom 
patronymique Saint-Maur de préférence à Seymour. 



DISGRACE, CONDAMNATION ET SUPPLICE DE I.OHD ROCBFORD. 123 

c'est qu'il tomba immédiatement amoureux de Jane 
et qu'elle le suivit à la (Jour. 

L'effet il»' la nouvelle passion du Roi ne fui pas 
long à se manifester. Dès le mois suivant, les Am- 
bassadeurs de France 1 annonçaient au Grand Maître 
Montmorency que. distancée par Jane Seymour, Mar- 
garet Shelton ne pouvait plus faire le jeu de sa cou- 
sine Anne ci que, par Miite, l'influence récemment 
reconquise par les Boleyns allait pour la seconde 
fois en déclinant : « L'affection que le Roy porte à 
la daine (Anne) », écrivaient les deux Ambassadeurs, 
<c est beaucoup moindre qu'elle n'a esté et diminue 
tous les jours, veu qu'il y a nouvelles amours, comme 
vous scavez*. » 

Tout d'abord les Boleyns crurent que Jane Seymour 
roulait, à l'instar d'une des précédentes maîtresses 
du Roi, user de son pouvoir sur celui-ci pour amé- 
liorer la situation de la Reine déchue Catherine d'A- 
ragon et même, si c'était possible, pour la replacer 
sur le trône. Comme le parti de Catherine s'était 
renforcé dans les derniers temps de personnages con- 
sidérables 3 , comme, d'autre part, il s'augmentait de 



1 11 v av;iit eu octobre 1555 deux ambassadeurs de France en Angle- 
terre : l'un, résident, était Au lui ne de Castelnau, évèque de Tarbes; l'autre, 
extraordinaire, était Jean de Dinteville, dont nous avons déjà parlé. 

3 Castelnau et Dinteville à Montmorency, octobre 1555. (Bibliothèque 

nationale, Fonds Dupuy, ai", fol. 200.) M. Froude, qui s'estservi de celte 
lettre pour ses travaux, l'a toujours mal décrite; dans son Histoire 
(chap. xn). il la lait adresser par Dinteville au cardinal de Tournon en 
novembre \b~>ô: dans son édition du PUcjiim (note B), il la date d'oc 
lobre 1554 et la dit écrite par Dinteville à l'évèque de Tarbes, qui à l'époque 
susmentionnée était Castelnau lui-même. 

3 M' Friedmann [Anne Boleyn, chap. xm) cite comme s'élanl déclarées 
alors contre les Boleyns lad\ Rochford elle-même et sa tante lady William 
Howard; il appuie son assertion sur ce que les noms de lord Rochford el 
lord W. Howard sont mentionnés par Castelnau et Dinteville. dans leur 



124 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

tous ceux qui, pour des motifs divers, étaient mécon- 
tents du gouvernement de Henry 1 , il y avait, sem- 
blait-il, pour Anne et les siens un danger très sérieux 
à ce que leurs adversaires, déjà assez redoutables par 
eux-mêmes, pussent faire encore valoir directement 
auprès du Roi leurs réclamations et leurs plaintes 
par une voix aussi autorisée que celle de sa maî- 
tresse. Grande était donc l'appréhension des Boleyns, 
en voyant la faveur de Jane Seymour s'accroître de 
jour en jour; et, par contre, grande également fut 
leur joie quand le 7 janvier suivant la mort les 
délivra de Catherine. Du coup, ils s'imaginèrent que 
dorénavant ils étaient garantis contre toute dis- 
grâce; et ils ne surent pas modérer leurs transports 2 . 

dépêche précitée, en marge de ce passage : — « Dernièrement (à la fin 
de mars 1555) quand la Princesse (Mary) fut remuée de Grenewich, une 
grande troupe de femmes tant bourgeoyses que autres, au desecu de leurs 
maris, luv furent au devant en pleurant et criant que nonobstant tout ce 
qu'avoitesté faict, elle estoit Princesse; et en furent mises les plus grandes 
en la Tour, toujours persistant dans leur opinion. » D'après nous, la men- 
tion, faite en marge, des noms de lord Rocbford et de lord W. Howard 
n'indique pas qu'ils aient été les maris « des plus grandes » des femmes en 
question, mais plutôt qu'ils avaient mis au courant des faits rapportés les 
deux Ambassadeurs. D'ailleurs, un emprisonnement de dames aussi en vue 
que ladv Rocbford et lady W. Howard aurait été enregistré dans d'autres 
documents de l'époque; or on n'en trouve point de trace. Enfin, nous 
savons que peu de mois auparavant, lady Rocbford était encore fort hostile 
à Catherine d'Aragon et à Mary; un retour si brusque serait étonnant. 

1 Castelnau et Dinteville à Montmorency, octobre 1555 [loco citalo) : — 
« Tout le peuple est merveilleusement mal content ; les ungs, et quasi 
tous hormis les par en s de la Royne qui est à présent (Anne Roleyn), pour 
raison des daines (Catherine d'Aragon et Mary); les autres pour la sub- 
version de la religion ; les autres, craignans la guerre et voyans que l'en- 
trecours des marchandises cessera tant dedans le royaume que dehors. » 

- Chapuis à l'Empereur, 21 janvier 1556 (Archives de la Rurg) : — 
« Sire, il n'est à penser la joye que ce Roy et les faulteurs de ce concubi- 
nage (avec Anne) ont monstre de la mort de ladicte bonne Royne, spécia- 
lement le comte de Vulcher (Wiltshire) et son fils (lord Rocbford) que 
deurent dire que estoit dommaige que la Princesse (Mary) ne luy tinst 
compagnie. » 



DISGRACE, CONDAMNATION ET SUPPLICE DE l.nRU ROCUFORD. 12S 

.Mais ils avaient mal jugé Jane Seymour; celle-ci, 
loin d'avoir jamais travaillé pour Catherine, n'avait. 
en devenant la maîtresse du Roi, considéré que son 
intérêt personnel'. Bientôt les Boleyns eurent lieu 
de s'apercevoir de leur erreur; la situation d'Anne 
ne se raffermissait pas et leur crédit chancelant me- 
naçait davantage ruine. 

Avant la un de janvier, Anne qui, dans le courant 
de l'été précédent, était devenue enceinte, lit une 
fausse couche. Après deux accidents de cette nature, 
il devenait assez probable qu'elle n'aurait plus d'en- 
fants; or Henry, nous le savons, était buté à l'idée 
d'avoir un fils. Aussi si résolution fut-elle vile prise; 
il se mit à chercher le moyen de se débarrasser 
d'Anne, afin d'être libre de prendre une autre épouse; 
et cette épouse serait Jane Seymour. 

Henry n'était p;i^ homme à dissimuler sa mal- 
veillance. Il ne se contenta plus de négliger Anne, 
il se mil à la traiter avec rudesse 2 , tandis qu'au 
contraire il redoublait ses égards pour Jane Seymour 
et la rapprochait de lui en la faisant habiter dans 
l'hôtel royal"'. En même temps, il ne laissait passer 



1 M r Friedmann [Anne Boleyn, chap. un, sur la foi de Chapuis, dil 
({Lie Jane Seymour, suivant la même tactique que naguère Anne, tint 
rigueur au Roi jusqu'au moment de leur mariage. Le fait est peu vraisem- 
blable: Jane Seymour n'était ni assez intelligente ai assez énergique pour 
concevoir et exécuter un plan aussi hardi. 

1 Chapuis à l'Empereur. 24 février 1536 (Archives de la Burg) : — 
« Sire, j'entends de plusieurs de ceste Court mfil y a passé trois mois que 
ce Roy n'a parlé dix fois à la concubine; et quand elle abortit, il ne luy 
tint guayres aultres propoz, synon qu'il voyoit bien que Dieu ne luy vouloi 
donner enfans masles.... Ces jours de feste et bonne chière (c'était le mo- 
ment du Carnaval), \1 est yci là Londres) et l'autre (Anne) à Grinuich là 
où autresfois ne la pouvoit hahandonner une hem 

3 Le frère aîné de Jane, Edward Seymour, fut nommé gentilhomme de 
la Chambre à la fin du mois de février 155(3: il reçut alors un logement 



126 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE IA COUR DE HENRY VIII. 

aucune occasion de montrer aux Bolêyns qu'il était las 
d'eux. Ainsi à la Saint-George suivante (le 25 avril}, il 
devait pourvoir à une vacance survenue dans l'ordre de 
la Jarretière; lord Rochford avait été désigné au Roi 
par le chapitre des chevaliers comme un candidat 
méritant; et sa nomination paraissait d'autant plus 
assurée que déjà l'année précédente, lors d'une autre 
élection, il avait été sur le point d'être choisi par 
Henry et n'avait été écarté que pour faire place au 
roi d'Ecosse'; mais ces titres n'étaient pas suffisants 
pour que Henry surmontât ses préventions; la stalle 
vacante fut donnée au grand écuyer sir Nicholas Carew, 
un des fauteurs les plus zélés de Jane Seymour et, 
par conséquent, un adversaire déclaré des Boleyns'. 
« Ça a esté », écrivait quelques jours après l'Am- 
bassadeur impérial, « un grand crève-cueur pour 
le seigneur de Kochefort, mais encore plus pour la 
concubine que n'a eu le crédict le faire donner 
(l'ordre de la Jarretière) à son frère \ » Il est juste 
d'ajouter que le roi de France patronnait la candi- 
dature de Carew* et que Henry, malgré le relâche- 
ment de ses relations avec ce prince, ne pouvait 



dans les résidences royales tant a Greenwich qu'à Londres, et sa sœur vint 
y habiter avec lui. 

1 Jacques Y tut nommé chevalier de la Jarretière le 20 janvier 1555. 
(Anstis's Regislrum Gcuierii.) 

- 11 était pourtant par alliance cousin germain d'Anne Boleyn et de lord 
Rochford, avant épousé la sœur de sir Francis Bryan (voir introduction 
page 4, note 6.) Au sujet de l'élection du 25 avril 1556, voir Anstis's Re- 
gistrum Garterii. 

'• Chapuis à l'Empereur, 29 avril 1556. (Archives de la Burg.) Et Cha- 
puis continue ainsi : — « Ne tiendra audict escuyer que laedile concu- 
bine, quelque cousine qu'elle luy soit, ne soit désarçonnée; et ne cesse de 
conseiller maistressc Semel (Seymour) avec autres conspirateurs de luy faire 
une venue. 9 

4 Celui-ci avait rempli une ambassade en Fiance en 1551. 



DISGItACE. CONDAMNATION ET SUPPLICE DE LORD KOCIIFOIW. 127 

oublier qu'il avait promis de tenir compte de s;i 
recommandation 1 . 

Cependant le dénoûmenl approchait; il a été ra- 
conté mainte- fois el avec des détails auxquels il oe 
peste rien à ajouter*. C'est le 1 ' mai 1536 au sortir 
d'un tournoi donné à Greenwich pour fêter le retour 
«lu printemps, que Renry Mil frappa le grand coup 
qu'il méditait depuis plusieurs mois et dont l'exécu- 
tion avait été soigneusement préparée par le Secré- 
taire d'Éta! Cromwell. 

Revenant à cheval ver- Londres, Henry, au milieu 
du chemin, appela près de lui un di'> gentilshommes 
de sa Chambre, Henrj Norris 3 , <|ni faisait partie de 
son escorte el qui avait été, dans la journée, avec 
lord Rochford un des champions au tournoi'; el 



1 Voici ce que Palamède Gontier écrivait le ."> février 1535 à l'amiral 
Chabot (Additions aux Mémoires de Michel de Castelnau, lococilalo) : — 
« Je luv présenta] (à Henr] Mlh la lettre pour le Grand Escuyer 
d'Angleterre, laquelle il lut de mut à autre, et me dit que la place 
de chevalier de son Ordre estoit remplie de la personne du Roi 
d'Escosse son neveu, auquel il l'avoit ces jours derniers envoyée, et que 
pour n'excéder jamais le nombre de sondicl Ordre qui sont vingt-quatre, 
et qu'il n'y eu a point d'autres vaquant, il oe peul complaire ne gratifier 
au Roy son frère pour ceste fois en cela; mais que, advenanl la première 
vacance, il aura ledict Grand Escuyer en souvenance el en recommanda- 
tion, t 

- Le dernier en date le ces récits esl celui de M Friedmann Anne 
Bolcyn, chap. wu el wm el appendice F.) qui a su fondre en un toul 
complet les éléments divers fournis par \<^ documents du temps. 

3 Les véritables fonctions de Norris dans la Chambre du Roi étaicnl 
celle- de groom of (lie stole (grand maître de la garde-robe). Son 61s 
llenn Norris ou Norreys fut crée Lord par Élizaheth; le titre passa par le< 
femmes dans la famille Bertie et est porté aujourd'hui par le fils aîné du 
comte d'Abingdon. 

* Il avait été jusqu'alors un des principaux favoris de Henry Mil, « le 
plus privé et familier sommellier de corps de ce Roy, » disait Chapuis 
lettre à l'Empereur du 2 niai 1556). Il n'avait jamais eu un rôle bien actif: 
M r Friedmann se trompe en faisant de lui un de ceux qui travaillèrent le 
plus activement à la ruine du cardinal Wolsey; le secrétaire de celui-ci 



128 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUK DE HENRY VIII. 

le Roi, à brûle-pourpoint, reprocha à Noms d'avoir 
commis un adultère avec Anne Boleyn. L'accusation, 
on peut le dire hardiment, n'avait aucun fonde- 
ment sérieux; Norris, au vu de tous, était amou- 
reux non pas d'Anne, mais de Margaret Shelton, l'an- 
cienne maîtresse de Henry, qui, malgré la brusque 
terminaison de sa faveur, n'avait pas quitté la Cour 
et appartenait toujours à la maison de la Reine; 
même Norris, qui était veuf, venait peu de temps 
auparavant de se fiancer avec elle. Seulement il 
avait omis de demander au préalable l'assenti- 
ment du Roi; peut-être fut-ce cet acte d'indépen- 
dance qui indisposa contre lui Henry et amena ce 
dernier à prêter l'oreille à ces propos de vale- 
taille que depuis quelques jours Cromwell recueil- 
lait avec soin et qui représentaient le brillant gentil- 
homme comme l'amant de la Reine. Norris nia 
énergiquement ce dont Henry l'accusait ; mais ses 
dénégations ne lui servirent de rien; il fut arrêté 
sur l'heure et conduit à la Tour de Londres. 

Le lendemain, au palais de Westminster, ce fut 
le tour de lord Rochford; les gardes du Roi se sai- 
sirent de lui vers midi et il fut aussitôt conduit 
par la Tamise à la Tour. Sa sœur, arrêtée à Greenwich, 
l'y suivit cinq heures plus tard. 

L'accusation portée contre Anne et son frère était 
celle d'inceste. Anne était, en outre, chargée d'un 
nombre considérable d'adultères, dont un commis 



Cavendish raconte, au contraire (Life of cardinal Wolsey), que Norris l'ut 
plein d'égards pour le ministre disgracié. 

1 II avait épousé la fille de Thomas lord Dacre of the South. Lord Dacre 
fut condamné à mort et exécuté en 4541 pour avoir tué un paysan par 
accident à la chasse. Lord Dacre est l'ancêtre du vicomte Hampden. 



DISGRACE, CONDAMNATION ET SUPPLICE DE LORD KOCill'ORD. I.'.i 

avec un des musiciens de la chapelle royale 1 . Nous 
oe prétendons pas défendre ici l'innocence de la 
Reine; nous avons déjà signalé sa liaison avec Tho- 
mas Wyat s ; mais certainemenl elle était trop intel- 
ligente cl trop maîtresse de ses sens pour risquer 
sa couronne et sa vie en échange d'une jouissance 
d'amour. Nous n'hésitons donc pas à dire et à 
répéter que si Henry, qui l'avait épousée malgré 
tous les antécédents qu'il lui connaissait 3 , la con- 
damna comme infidèle, c'esl uniquemenl parce qu'il 
s'en était dégoûté et que, après (rois ans de vie 
commune, elle ne lui avait pas donné le lils qu'il 
désirait. 

Quant à l'accusation portée contre lord H oc h tord, 
elle était absurde; il n'y avait pas eu entre lui et 
sa sœur plus que de la familiarité. Mais il impor- 
tail de faire disparaître un homme énergique, opi- 



1 Ce musicien, comme Mark Smeton, faisait aussi partie de la Chambre 

du Roi comme officier subalterne {groom of (lie Chambcr). Il fut arrêté le 
premier le 50 avril 1556, sur une dénonciation venue de la maison de la 

Reine; mis probable rit à la torture, il tildes déclarations qui aidèrent 

beaucoup Cromwell. Un document du temps [Cronica del Rey Enrico 
de Ingalaterra) dit que le dénonciateur fut sir Thomas Percy; mais celui-ci 
ne paraît pas avoir fait partie de la maison de la Reine. Ce rôle convien- 
drait plutôt à sir Edward Baynton, vice-chambellan d'Anne, qui après 
l'arrestation de celle-ci se distingua par les interrogatoires auxquels il 
soumit le personnel domestique. | Voir sa lettre du 5 ou i mai à sir William 
Fitzwilliam. British Muséum, Cotton ms. Otho C. X. fol. 2U9 k .) 

- Wyat, quoi qu'en dise M' Friedmaim {Anne Boleyn, chap. r et xvn) 
n'était nullement cousin d'Anne; la mère de Wyat n'était pas Howard, 
elle était fille d'un propriétaire du comté de Surrey nommé John Skinner. 

3 II parait certain que Wyat, avant le mariage d'Anne, avertit Henrj Vlil 
de ses anciennes relations avec elle. (Nicholas Rarpsfield's Trealise on the 
prelended divorce belween Henri/ VI II and Katherine of Aragon. — Cro- 
nica del Reij Enrico de Ingalaterra. éditée par le marquis de Molins; cette 
dernière chronique, il est vrai, fourmille d'erreurs; elle a cependant sa 
valeur, parce qu'elle reproduit exactement les opinions et les rumeurs qui 
avaient cours dans la Cité de Londres.) 

DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES. 9 



150 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

niâlre et plein de ressources qui, après la condam- 
nation de sa sœur, n'eût pas manqué de faire au 
Roi la guerre la plus active. Si le comte de Wiltshire 
avait eu le même caractère que son fils, il n'eût pas 
davantage échappé à la mort'. 

La volonté de Henry étant connue de tous, le 
procès fut vite instruit. Un arrêt de mise en accu- 
sation fut rendu par des « grands jurys 2 » le 
10 mai dans Middlesex et le 11 dans Kent, c'est-à- 
dire dans les deux comtés où les faits incriminés 
avaient dû se passer. Puis le 15 du même mois, 
un jury spécial convoqué à Westminster déclara 
coupables quatre des personnages de rang infé- 
rieur qui étaient accusés d'avoir entretenu avec 
Anne des relations adultères 7 ' ; la peine prononcée 
fut la mort 4 . 

Anne et son frère, elle comme Reine, lui comme 
Pair d'Angleterre, étaient justiciables de la seule 
Chambre des Lords; mais les formalités judiciaires 
ne furent pas plus longues à remplir à leur égard 
qu'à celui des autres accusés. Le 15 mai, le duc 
de Norfolk choisi par le Roi, malgré sa parenté, 
peut-être à cause d'elle, pour présider au procès 

1 II dut seulement, le 18 juin suivant, se démettre de ses fonctions de 
Lord du sceau privé qui furent données à Cromwell le 29 juin. Lord Wilt- 
shire mourut dans la retraite deux ans plus tard. 

2 Les grands jurys, composés de vingt-quatre membres, étaient chargés 
de décider s'il y avait lieu de renvoyer les accusés devant une autre juri- 
diction analogue à nos Cours d'assises. 

3 C'étaient avec Norris et Smeton, sir Francis Weston et William Bre- 
reton, tous deux gentilshommes de la Chambre. Sir Richard Page, égale- 
ment gentilhomme de la Chambre, et Thomas Wyat avaient aussi été 
arrêtés; mais ils ne passèrent pas en jugement et furent bientôt relâchés. 

4 Le comte de Wiltshire faisait partie de la commission judiciaire (com- 
mission ofoijer and terminer) qui prononça la peine. Cet homme était prêt, 
pour se maintenir, à s'abaisser à toutes les besognes. 



DISGRACE, CONDAMNATION ET SUPPLICE DE LORD ROCHFORD. 131 

«■il qualité de Grand Sénéchal, convoqua vingt-six 
pairs à se trouver à la Tour dru\ jours après; et, 
«•h effet, le 15 mai Anne ei lord Rochford compa- 
rurent dans la salle uommée Kim/s /util devant ce 
haut tribunal. 

« La p ne son frère », raconte Chapuïs 1 , « ne 

furent menez à Westmaestre comme ions les 
c< autres cryminels, ains furent jugez dans la Tour 
o et ne fut pourtant la chose faicte secrètement, car 
ils s'y trouvèrent passé deux mille homme-.... 
Hz furent jugez séparément et ne s'entreveirent 
1 ung l'autre. La concubine fut condempnée pre- 
mièrement..... Ce principalement dont elle fut 
chargée estoit d'avoir cohabité avec son frère et 
« autres complices, qu'il y avoit promesse entre 
« elle et Norris de se espouser après le trépas du 
« Roy qui dénotait qu'ils luy désiroient la mort*, 
■ et qu'elle avoit reçu et donné certaines médailles 



1 Lettre à l'Empereur du 19 mai 1536. (Archives de la Burg.) 
* Tout enfiévrée el hors de sens, Anne le lendemain de son empri- 
sonnement se confia inconsidérément à une des femmes de service auprès 
d'elle el lui lit d'une conversation qu'elle avait eue avec Norris, un récit 
qui donna lieu à cette accusation inattendue : comme bine n'était pas alors 
'■n état de 5e rendre compte de ce qu'elle disait, on peut être certain qu'elle 
parla d'abondance de coeur et déclara la vérité. Voici en quels termes le 
connétable de la Tour, immédiatemenl avisé pai la femme de service, rap- 
port;) à Cromwcll les confidences d'Anne : — « Shc said that once (proba- 
blement au commencement d'avril 1536) she asked Norris whj he did not 
go ou with Lis marriage (avec ttargaret Shelton); who answered lier that 
he would yettarrj some time. To which she replied : e You look for dead 
« men's shoes; for ifaughtcome to theKing but good, you would look to 
<i hâve me. » He answered, if he had anj such thought, be would his head 
were cul off. Opon which she said she could undo bim, if she pleased. 
And Ihereuponshe fell ont withhim. n (Sir William Kingston à Cromwell, 
." mai 1556. British .Muséum. Colton ms. Otho C. X. fol. 225. Cette lettre 
a été imprimée par Singer dans son édition des œuvres de Cavendish.) 
Même telles qu'elles étaient rapportées par des gens avant intérêt à les 
travestir, les paroles d'Anne el surtout de Norris étaient bien innocentes. 



132 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

« audict Norris qui se pouvoient ainsi interpréter 
« qu'elle avoit faict empoisonner la l'eue Royne et 
« masehyné de faire le mesme à la Princesse (Mary) 1 . 
« Lesquelles choses elle nya totellement et à chacune 
ce donnoit assez colorée réponse — Il luy fut aussy 
ce objecté, et (plus tard) au frère aussy, qu'ilz 
ce s'estoient mouqués du Roy et de ses habillemens, 
ce et qu'elle en plusieurs façons démonstroit ne 
ce ayraer ledict Roy, ains estre ennoyée de lui 2 . » 

Uàttorney gênera! Christophe Haies et Cromwell 
lui-même soutinrent l'accusation au nom du Roi 5 . 
Comment des seigneurs serviles auraient-ils pu ne 
pas se plier à la volonté du maître? Les vingt-six 
pairs, opinant l'un après l'autre, déclarèrent qu'Anne 
était coupable, et le duc de Norfolk dut prononcer la 
sentence de mort. 

Vint alors le tour de lord Rochford. ce II fut chargé 
ce d'avoir cohabité avec sa sueur, par présomption 
ce qu'il s'estoit trouvé une fois longtemps avec elle 4 , 

1 A supposer qu'Anne ait participé à un empoisonnement de Catherine, 
il est évident qu'elle n'aurait pas fait un aveu écrit de son crime à Norris. 

- Il est bon de remarquer que c'est là le langage d'un ennemi déclaré 
d'Anne. 

5 La récompense ne se lit pas attendre. Cromwell fut nommé Lord du 
sceau privé le 25 juin et élevé à la pairie sous le titre de lord Cromwell le 
10 juillet. Haies le remplaça comme Maître des rôles [Master of ike rolls) 
le 29 juin. 

4 D'après les arrêts de mise en accusation rendus par les grands jurys 
de Middlesex et de Kent, lord Rochford aurait au moins commis deux 
incestes, le 5 novembre 1558 à Westminster et le 22 décembre de la 
même année à Eltham; il fallait constater un inceste dans chaque comté. 
Les deux arrêts, du reste, prêtent à rire; d'après eux, il se serait pioduit 
successivement dans chacun des deux comtés une scène de séduction entre 
a Reine et chaque accusé, et l'accomplissement de l'adultère aurait suiv 
chacune de ces scènes à une distance moyenne de huit jours; et des dates 
sont données au hasard. (Record Office, Baga de secretis, pouches Mil 
and IX. — Toutes les pièces de la procédure sont imprimées à la fin du pre- 
mier volume de la chronique de Yv'riothesley éditée par la Camden Society.) 



DISGRACE, CONDAMNATION ET SUPPLICE DE LORD ROCHFORD. 133 

i ri de certaines autres petites folies. Kl au tout 
« il respondit si bien que plusieurs des assistans 
« voulurent gaiger dix pour ung qu'il seroil absolu, 
« mesmes que contre luy, ne aussy contre elle (Anne) 
« ne furent produiclz nulz tesmoings comme il 
« est de coutume, surtout quand le rée 1 nye ce 
« dont il est accusé. Je ne veulx omectre, » con- 
tinue l'Ambassadeur impérial, « comme entre autres 

choses il luy fut objecté pour cryme que sa seur 
« avoit dit à sa femme (lady Rochford) que le Roy 
«' n'estoit habile en cas de soy copuler avec femme 
« et qu'il n'avoit ne vertu ne puissance 8 : et ce ne 
« luy voulut l'on dire devant le inonde, mais luy 
« fut monstre par escrip! avec protestes qu'il ne le 

récitas!; mais tout incontinent il déclaira l'affaire 
« au grand despit de Crumvel el aucuns autres (qui 
« craignaient) qu'il ne voudroit en cet endroit en- 
« gendrer suspicion que pourrait préjudycier à la 
« lignée que ledict Roy prétend avoir 7 '. » 

On pensa à l'époque que ce fut ce trait malin 
qui perdit Rochford'; nous ne le croyons pas; 
son sort était fixé d'avance. Les vingt-cinq pairs 
présents — le vingt-sixième qui était le comte de 
Northumberland, l'ancien fiancé d'Anne 5 , s'était 



1 C'est le mot latin reits, dont la signification exacte esl : celui qui est 
actionné devant un tribunal. 

2 Lady Rochford répéla-t-elle ce propos avec l'intention de nuire ii son 
époux et à sa belle-sœur? cela est peu probable, elle n'avait rien à gagner 
à la ruine de cette dernière. 

3 Lettre à l'Empereur du 19 mai 1556. (Archives delà Rurg.) 

4 Mémorial from George Constanlijne, publié dans le vingt-troi- 
sième volume de VArcluvoIogia. 

3 Le mariage de sir Henry Percy (le futur sixième comtr de Northum- 
berland) avec Anne Boleyn semble avoir été au printemps de 15"J." une 
chose tout a fait convenue; mais le mariage fut empêché par Henry VII 



134 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

retiré après la condamnation de celle-ci sous le 
coup d'un malaise causé par sa vive émotion, — 
les vingt-cinq pairs présents, disons-nous, décla- 
rèrent tous que Rochford était coupable, et ils pro- 
noncèrent contre lui la terrible peine que lui-même 
avait prononcée naguère contre les prieurs chartreux 
et sir Thomas More. 

Quand la sentence eut été lue par le duc de 
Norfolk, lord Rochford reçut la permission de 
parler. Alors, tout en maintenant avec énergie 
son innocence du crime pour lequel il était con- 
damné 1 , il reconnut que sa mauvaise vie passée 
lui avait bien mérité la mort et il exprima le désir 
que, malgré la confiscation de ses biens (consé- 
quence forcée du jugement), ses dettes fussent payées 
à l'aide du produit de ceux-ci 2 . 

Quajid Rocheford entendit qu'il estoit 
A mort jugé et que plus ne restoit 
Que de pourveoir et disposer son asme, 

et le cardinal VYolsey qui voulaient réserver Anne pour un de ses cou- 
sins d'Irlande Sir James Butler, la politique faisant paraître cette der- 
nière alliance comme avantageuse a l'Etat. (Voir à ce sujet Round's Ihe 
early life of Anne Bolcyn.) Sir Henry Perey épousa vers la fin de 152." 
ladv Mary Talbot, fille du quatrième comte de Shrewsburv. 

1 Ceux qui ont dit le contraire se sont trompés. Le 16 mai, lendemain 
du jugement, le connétable (conslable) de la Tour Sir William Kingston 
écrivait encore à Cromwell (British Muséum, Harleianms. 285, fol. loi) : 
— (i Tbe Kvng supposelh tbe gentelmen to dy to-morrow and my lorde of 
Rochford with Ihe resydew of gentelmen, and as zit withyout confession, 
weche I loke for. » Au surplus, sauf Smeton qui avoua tout ce qu'on 
voulut dans l'espérance d'obtenir son pardon, tous les accusés nièrent les 
faits dont ils étaient chargés. (Voir 1rs pièces de la procédure, Baga de 
secretis, pouches Mil and IX.) 

- D'après le relevé officiel qui fut fait à ce moment, le revenu annuel de 
lord Rochford se montait à 4 i i £ 10 sh. 9d. ; sa fortune, d'après ce même 
relevé, était de beaucoup inférieure a celle de Brereton et même (chose 
étrange) de Smeton. (Record Office, Letters and Papers, vol. X n° 878.) 



DISGRACE, CONDAMNATION ET SUPPLICE DE LORD ROCHFORD. 135 

Jl ne s'esmeut ni les juges ne blasme, 
Mais seullemenl les prie de lanl Paire 
Envers le Roy qu'il veuille satisfaire 
A ses amis qui lu\ avoienl preste 
De leur argenl à sa nécessité 1 . 

Reconduil aussitôt après à la Tour, il fui dès | r 
lendemain prévenu que le jour suivant il serait 
exécuté : alors il demanda au connétable sir Wil- 
liam Kingston la laveur de recevoir les sacrements, 
demande qu'on n'attendait guère de sa part et qui 
ne semble pas lui avoir été accordée*. 

Le 17 mai, lord Rochford et les quatre autres 
accusés qui avaient été condamnés à mort comme 
coupables d'adultères commis avec la Reine, lurent 

extraits de la T • et menés sur cette esplanade 

nommée Tower hill qui s'élève en pente douce 
vers la talé'. I.e Roi avail décidé qu'on n'appliquerait 
pas la sentence dans toute s,-, rigueur; au lieu d'être 
traînés ^\iv la (laie jusqu'à Tyburn et là d'être 
pendus, éventrés et écartelés, les condamnés seraienl 
seulement décapités aux portes mêmes de leur prison. 
Selon l'usage, il leur l'ut permis de parler; et Lord 
Rochford qui, conscrvanl jusque dans | ;) morl sa 
préséance de baron, devail être exécuté le premier, 
fit un assez long discours, dont un grand nombre 

1 Histoire en vers de Anne de Bnilant. (Deux exemplaires de ce 
poème se trouvent à la Bibliothèque nationale, Fonds français, roi, 1742 
et -JÔTO.) 

2 Sir W, Kingston à Cromwell, 10 mai l.')5G {loco citato) : — ■ I hâve 
told my lord of Rocheford that he be in a redyness to-morrow to suffer 
executyon, and so he accepts it very well and will do tiis bcA to be 
redy. Notwithstandyng he woldhave reysayvedhis ryghts, weche hathe not 
been used (pour les condamnés) and in especiall hère. 



136 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

de résumés sont parvenus jusqu'à nous 1 ; nous don- 
nons ici une version contemporaine française qui 
concorde, d'ailleurs, assez l>ien avec les autres 
encore existantes : 

« Mes frères, je ne suys pas venu icy pour 
prescher, mais pour mourir. Je vous prie, par la 
pitoyable mercy de Dieu que vous priiez pour moy. 
J'ay déservy {deserved) la mort, encores que je eusse 
vingt vies, et mourir à plus grant honte que l'on 
ne seauroit dire. Je suys un pécheur misérable qui 
ay misérablement péché; je ne cognois homme si 
mauvois; et de racompter mes péchez ouvertement, 
ne vous seroit poinct de plaisir de les oyr ne aussi 
à moy de les racompter. Mais Dieu cognoist tout. » 

« Pourtant je vous prye tous, mes frères, vous gar- 
der; et spéciallement messeigneurs et gentilzhommes 
de la Court avec lesquelz j'ay conversé, prenez garde 
à moi tous et gardez-vous de tomber 2 . Je prye le 
Père, et le Fils, et le Sainct-Esprit, troys personnes en 
ung, que ma mort vous puisse estre exemple à tous 
de vous garder de choir en la vanité de ce monde. » 

« Aussi voluntairement que je vouldroys que 
Dieu me pardonnas!, si j'ay offencé aucun qui ne 
soit poinct icy, je suis prest leur demander pardon. 
Si vous en voyez aucun d'entre eulx, je vous prye 



1 Wriothesley's Chronicle (Camden Society). — Chronicle of Calais 
(Camden Society). -- Exccucion criminal hecha en Inglatierra el 17 
de Mayo 1556. (Vienne, archives de la Burg). — Lettre, de Chapnis à 
l'Empereur du 19 niai 1556. (Ibidem.) — Lettre d'un gentilhomme portu- 
gais sur l'exécution d'Anne Holevn. (Une traduction française a été publiée 
en 185'2 par Francisque Michel; Bentley en a publié une anglaise dans 
ses E.rcerpta liistorica; l'original portugais est au couvent d'Alcobaçt, 
tns. n° 475.) 

2 Ce passage laisse présumer que plusieurs seigneurs de la Cour assis- 
taient à l'exécution. 



DISGRACE, CONDAMNATION ET SUPPLICE DE LORD ROCHFORD. 137 

leur demander pardon en mon nom pour l'honneur 
de Dieu. » 

« J'ay encores une chose à vous dire. L'on dit 
communément que j'ay esté annonceur de la Saincte 
Evangille de Jésus Crist; pour ce que je voul- 
droys que la parolle de Dieu ne i'ust point scan- 
dalle pour moy, je vous diz à tous que, si je eusse 
ensuyvi la parolle de Dieu de faict, quand la lysoys 
cl annoncoys à mon pouvoir, je ne lusse pas venu 
au cas où je suys. -le lysoys I'Évangille de Jésus 
Crist, mais je ne l'ensuyvoys pas. Si je l'eusse faict, 
je eusse encores vescu avec vous. » 

« Pour ce, Messieurs, tous pour l'amour de Dieu, 
tendez bien à la vérité et l'ensuyvez; car bien l'ensuy- 
veur vault myeulx que troys lyseurs. Dieu saulve le 
Roy et adieu'. » 

\donc, » continue le récit français, « s'age- 
Doilla et fut descapité. » 

Sa tête oe fui pas exposée sur le pont de Londres 2 ; 
ou la réunit au corps dans nue bière qui fut immé- 
diatement déposée dans 1rs caveaux de la chapelle 
de Saint-Pierre à la Tour 5 . 



1 Ce que dist Millor de Rochefort, frère de la Royne d'Angleteire, sur 
l'eschaffaultàsamort. (Bibliothèque nationale, FondsDupuy, 57.1, loi. 1 1 r.) 
Chapuis dans su lettre a l'Empereur du 19 mai fausse peut-être le sens des 
paroles de lord Rochford : — « Ledicl Rochefort », écrit l'Ambassadeur, 
u s'est desculpé de tout ce dont il avoil esté chargé, confessant bien avoir 
mérité la mort pour avoir esté si (restant contaminé de ces nouvelles 
sectes (protestantes, et en ayant infecté plusieurs, et que pour cela Dieu l'avoit 
mené à la juste pugnition. Pour quoj il pryoil tout le inonde se desporter 
de telles hérésies et se rengier à la vraye foi et religion; lesquels propoz 
seront cause de faire amender et convertir innumérables personnes. » 

* Contrairement à ce qui est dit dans The chronicle ofthe Grcij Friars 
of London (edited by the Camden Societv . 

3 British Muséum, Egerton ms. 2146 fol. li\ — Wi iothesley's Chro- 
nicle. 



CHAPITRE X 

Œuvres de lord Rochford. 



Et les poésies de lord Rochford? est-on en droit 
de demander, où sont-elles? N'avez-vous pas dit 
qu'il fut poète? 

Oui certes, il le fut. Aucun doute ne peut exister 
à cet égard en présence des témoignages nombreux 
qu'ont décernés à Rochford ses contemporains. « Il 
écrivit », nous dit le chroniqueur Hollinshed, « divers 
chants et sonnets 1 . » — « Il publia en anglais », 
suivant le polémiste Raie, « des vers très élégants 
et de genres différents 2 . » — « Le vieux 3 Rochford », 
proclame de son côté un poète du temps, « monta 
jusqu'au trône majestueux que les Muses possèdent 



1 « Lorde Iiochford wrote dyvers songs and sonettes. » (Hollinshed's 
Chronicles of Englande Scotlandc and Irelandc, 1577.) 

- « Georgius Bullevn, cornes Rochefordiae et Annœ Reginœ frater, 
diversi generis in anglico sermone edidit rhythmos elegantissimos. )» 
(B;de's Scriplorum ïllustrium majoris Britannise calalocjiis.) « Liber 
unus », ajoute. Baie. 

3 Pourquoi cette épithète de vieux appliquée à lord Rochford? Il mourut 
jeune; et, d'autre part, il n'était pas né assez longtemps avant Wyat, 
Bryan et les autres poètes en vogue au xvi° siècle r pour être considéré 
comme leur ancien? Celte épithète indiquerait-elle que le genre de lord 
Bochford était plutôt archaïque. 



Œl VRES DE LORD ROCB1 ORD. 139 

,111 commet de l'Hélicon 1 . o — Enfin, George Cavendish, 
le secrétaire du cardinal Wolsey, évoquanl dans une 
de ses poésies l'ombre de lord Rochford mort, lui 
prête ces paroles : « Dame Eloquence m'enseigna 
l'art de faire en ver- de charmants morceaux 1 ». 

Malheureusement les œuvres de lord Rochford ne 
l'uicnt pas imprimées en un tout complet; selon 
l'usage «lu temps, on les colportail en copies manu- 
scrites 3 , ri c'esl seulemenl vingt ans après la mort 
de leur auteur que plusieurs d'entre elles (on ne 
saurait en fixer le nombre) furent admises à figurer 
dans ces recueils imprimés de poésies choisies, 
qu'aimait le \m siècle*. Or dans ers recueils les 
seuls noms d'auteurs <|ui soienl mentionnés sont 
rrux de lord Surrey, de sir Thomas Wyat et de 
Nicholas Grimald 5 ; ainsi les vers de Rochford .se 
trouvent confondus dans la masse de ceux de lord 



1 « Olde Rochibrl clambe the statelie throne 
Whiche Muses bold in Helicone. 
[Commendatory verses prefixed by Richard Smith to Gascoig né 's poésies. 
- Dame Eloquence also taught me the arle 
In meter and verse lo make pleasaunl ditlii 
adish's Uetrical visions. — Lord Rochford.} 
' Le passage de Baie que nous avons cité à la page précédente, indique 
bien que les œuvres de lord fiochford avaient été publiées en volume; mais 
ce devait être un volume manuscrit; autrement il subsisterai! quelque 
trace d'une édition imprimée. 

4 Les recueils où il doit se trouver des poésies de lord Rochford sont 
TotteVs miscellany (les deux premières éditions sonl de 1557) el \ myr- 
rour for magistrates (publiéen 1559). Les recueils postérieurs, The para- 
disc of dainty devises il.">7'i-. A gorgious gallery of galant inventions 

. A handefull of pleasaunt délites { 1584 . etc., ne doivenl plus con- 
tenir beaucoup de pièces datant du règne de Benrj VIII. 

5 Nicholas Grimald, né vers 1519, mort ver- 1562, lui le chapelain de 
l'évoque Thirlby ijui occupa su :cessivement les sièges épiscopaux de West- 
minster, Norwich, et Ely. Grimald est l'auteur de quarante petits poèmes 
publiés dans To'.teïs miscellany; il traduisit aussi en anglais le De officiis 
de Cicéron. 



140 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII- 

Vaux, de sir Francis Bryan, du page de lord Surrey 
Churchyard, du fou de Henry VIII Heywood, de vingt 

autres encore 1 . 

Comment dans ce mélange reconnaître ce qui 
appartient à chacun? la plupart des pièces publiées 
ont pour sujets des lieux communs : des plaintes 
d'amant déplorant les rigueurs de son adorée, des 
éloges de la vie simple et tranquille, des descrip- 
tions de l'inconstance de la fortune; toutes com- 
positions qui convenaient bien à l'esprit de ces 
personnages de Cour fatigués de tyrannie et de 
bassesse. Dans toutes ces pièces, la forme et le style 
se ressemblent; d'ailleurs, que servirait, à l'égard 
de lord Rochford, de constater des différences? Nous 
n'avons aucun élément de comparaison qui puisse 
nous aider à soutenir que tels ou tels vers seraient 
de lui; et en outre, Baie nous a appris qu'il a 
cultivé plusieurs genres. 

Rarement dans les recueils poétiques du xvf siècle 
les morceaux ont trait à des faits particuliers ou aux 
choses du moment, Quand tel est le cas, il y a 
toujours dans le corps du morceau un trait qui 
prouve d'une manière certaine que lord Rochford 

i Grâce à des indications contenues aux fol. 100 et 108 du nu. 1705 
delà collection Harléienne (British Muséum), on sait que lord Vaux et que 
John Hevwood sont chacun l'auteur d'une pièce anonyme contenue dans 
Totters miscellamj. Un passage de Puttenham ( The arte ofEnghsh poésie) 
permet aussi d'attribuer à lord Vaux le chant du fossoyeur de Hamlet qui 
se trouve également sans nom d'auteur dans le même recueil Churchyard 
personnellement (Churchyardes Challenge) a réclamé sa part de composi- 
tion dans Tottel's miscellanij. « Many things in the boofcc of songs and 
sonets printed then (sous le règne de Mary Tudor) were of my making. » 
Enfin Dravton (voir plus haut page A, note 2) a rangé Bryan parmi ceux 
qui contribuèrent, avec Surrey et Wyat, aux « Songs and sonnets » (tel était 
le nom primitif de TotteVs miscellany). 



OEUVRES DE LORD ROCHFORD. 141 

n'en est pas l'auteur. Un critique anglais 1 a voulu 
lui attribuer une sorte de ballade adressée à la Mort 
par un prisonnier qui attend son supplice; ce serait 
durant sa captivité à la Tour que lord Rochford 
aurait composé celle poésie; malheureusement elle 
contient des vers tels que ceux-ci : « Mort, fais 
sortir de ma poitrine soucieuse ma très innocente 
àme ! . » Or nous savons que, dans ses derniers jours, 
lord Rochford proclama, au contraire, que son aine 
était fortement souillée. 

Il ne reste plus, pour établir l'identité de quelque 
œuvre de lord Rochford, que la chance de trouver 
une indication utile dans un document contempo- 
rain. Horace Walpole a cru en découvrir une"' : dans 
les manuscrits d'un certain John Harrington, ama- 
teur de littérature qui vivait au xvi" siècle, existait 
une copie d'une élégie traitant le sujet rebattu d'un 
amant qui se plaint de la rigueur de celle qu'il aime; 
et cette copie qui portait la date de 1564 indiquait 
lord Rochford comme étant l'auteur de l'élégie*. 
Cette donnée paraissait concluante; car si Harrington 
ne se fait pas scrupule de s'attribuer des pièces 
composées par autrui', là où il ne se met pas en 
cause, il n'y a pas de raison de contester la véracité 



1 Ritson's Ancient songs front the time of Henry III to the Révolution. 
- « Let passe m y verye giltless goste 
Out of my carefull brest. » 
La pièce débute par ce vers : death, rocke me on slepe. 

3 Horace Walpole Earl of Orford's Catalogue of royal and noble auihors 
(the Yiscount Rochford). 

4 Les manuscrits de Harrington ont été imprimés sous le nom de Nugse 
antiquœ. On trouvera l'élégie en question avec les indications susmen- 
tionnées au troisième volume de ce recueil (My lute, awahe, etc.). 

s Par exemple, il se donne pour l'auteur de l'élégie : happy dames, 
thut may embraie, etc.. qui est incontestablement de lord Surrey. 



142 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

de ses dires. Malheureusement cette môme élégie se 
trouve publiée dans Tottels miscellany au milieu 
des pièces de sir Thomas Wyat; faut-il penser que 
c'est par suite d'une erreur de classement? La ques- 
tion reste indécise'. 

En tout cas, cette élégie représente bien l'œuvre 
d'un gentilhomme de la Cour de Henry VIII; elle 
évoque l'idée d'un de ces personnages à la fois déli- 
cats et serviles, qui revenant d'assister à quelque 
supplice, éprouvaient re besoin de dissiper leurs sou- 
venirs sanglants et leurs appréhensions horribles par 
la composition de vers affétés. Si lord Rochford n'a 
pas écrit cette élégie, il en a écrit de semblables; 
et c'est pourquoi nous n'hésitons pas à la repro- 
duire ici comme un exemple de sa manière 2 . 

« Éveille-toi, mon luth! accomplis le dernier 
travail que loi et moi nous ferons en vain; com- 
plète ce que je viens de commencer; et quand ce 
chant aura été terminé et chanté, o mon luth! 
reste silencieux; car c'en est fait. 

« Comment se faire entendre là où il n'y a point 



1 Le D r Nott, dans son édition des poètes de sir Thomas Wyat, prétend 
qu'il a vu l'original de l'élégie écrit et signé de la main de sir Thomas. 
Mais les assertions du l>' Nott ne méritent aucune créance, nous aurons 
souvent l'occasion de le montrer en racontant la vie de lord Surrey. 

- My lute, avake, performe the last 
Labour thatthoù and I shall waste- 
And end that I hâve now begonne. 
And when this song is song and pasl, 
My lute, be styll, for I hâve donc. 

As to be heard where eare is none; 
As lead to grave in niarble stone; 
My song may pearse lier hait as sone. 
Should we then sigh? or singe? or moue? 
No, no, my lute, for I hâve done. 



(LIVRES DE LORD ROCIIFORD. 143 

d'oreille? commenl graver une dalle de marbre avec 
du plomb? Il n'est pas pins facile à mon chant de 
percer le cœur de l'insensible. Devrions-nous sou- 
pirer? ou chauler? ou nous lamenter? Non, non, 
mon luth! car c'en est fait. 

« Les brisants ne repoussent pas les vagues avec 
une plus cruelle persistance, qu'elle ma poursuite et 
mon affection; ainsi mon mal est sans remède; c'esl 
pourquoi pour mon lulli et pour moi c'en est t'ait. 

« Orgueilleuse de la ruine des cœurs simples que 
tu as obtenue grâce à la ûèche de l'Amour, ne pense 
pas, cruelle, que cet \mour par qui lu les a vaincus, 
ait oublié l'usage de son arc; ne le pense pas, bien 
que pour mon luth et pour moi c'en soit tait. 

« La vengeance tombera sur tes dédains, à toi qui 
te fais un divertissement de mon ardente peine; ne 
pense pas que seule sous le soleil lu puisses, sans 
crainte du lendemain, faire gémir tes amants; ne 
le pense pas, bien que pour mon luth et pour moi 
c'en soit t'ait. 



The rockes do not so cruelly 
Rqiulsf the waves contioually. 
As she i ii x sute and affeclion ; 
So that I am pas! remedy; 
Wherebj my lu te ami I hâve done. 

Proude of the spoile that thou hast gotte 
Of simple haïtes through love's >hot; 
By whom, unkinde, thou hast themwonne, 
Thinke not he hath his bov* forgot, 
Although my lute ami t hâve done. 

Vengeaunce shall fall on thy disdaine 
That makest but gaine on earnest payne. 
Thinke not alone under the sunne 
Unquit to cause thy lovers plaine, 
Although inv lute and I hâve done. 



144 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

a II pourra l'arriver plus tard de gîre vieille et 
desséchée, dans ces nuits d'hiver qui sont si froides, 
exhalant en vain tes plaintes à la lune. Tu n'oseras 
plus à ce moment exprimer tes désirs. Prends garde 
alors à qui t'écoute; car pour moi, c'en est fait. 

« Et en ces jours il pourra t' arriver de regretter 
le temps que lu as perdu et dépensé à faire sou- 
pirer et tomher en faiblesse tes amants. Tu connaî- 
tras alors que la beauté n'est qu'un prêt; et tu auras 
des désirs, et tu feras des souhaits comme j'en ai 
fait. 

« Maintenant cesse, ô mon luth; voilà le dernier 
travail que toi et moi nous aurons accompli en vain; 
ce que nous avions entrepris est terminé. Voilà 
que ce chant est achevé et chanté; ô mon luth, sois 
silencieux, car c'en est fait. » 



May chance thee lie witherd and olde, 
In winter nightes that arc so colde, 
Playning in vaine unto the mone; 
Thy wishes then dare not be tolde; 
Care then who list, for I hâve done. 

And then may chance thee to repent 
The time that thou hast lost and spent 
To cause thy lovers sigh and swowne. 
Then shaltthou know beauty but lent, 
And wisn and want as I hâve done. 

Now ccase, my lute; this is the last 
Labour that thou and I shall wast; 
And ended is what we begonne. 
Now is this song both song and past. 
My lute, be still; for I bave done. 



HENRY HOWARD 

Comte de SURREY 



CHAPITRE PREMIER 

Origines de la famille Howard. — Mariage et caractère 
des parents du poète. 



Notre intention u'esl pas de remonter, avec les 
Peerages, jusqu'aux premiers temps de l'histoire 
d'Angleterre pour y chercher les origines de la fa- 
mille Howard; toutefois il importe, pour la clarté de 
notre récit, de dire quelques mots de la généalogie 
de cette famille el d'exposer notamment quels liens 
elle avait avec la Maison royale des Plantagenets. 

(Test au commencement du xv e siècle que loul d'un 
coup les Howards se trouvèrent élevés d'une situation 
modeste à un rang brillant par suite du mariage de 
l'un d'entre eux, Robert Howard, avec lady Margarel 
Mowbray. Ce n'était pas, en effet, un parti ordinaire 
que cette dernière; elle était plusieurs fois issue de 
sang royal; par son père elle descendait de Thomas de 
Brotherton comte de Norfolk cl maréchal de la no- 
blesse anglaise (Earl Marshall), dernier lils du roi 
Edward I er et de sa seconde femme, Marguerite de 



110 DEUX GEKTILSHOMMES-POETES DE LA COUR I»E HENRY VIII. 

France; par sa mère elle descendail du même Edward, 
mais cette ibis du premier lil de ce Roi avec Eléo- 
nore de Castille. Un mariage, qui donnai! ainsi à une 
famille de province une alliance avec trois Maisons ré- 
gnantes, était déjà, par ce fait seul, assez enviable; mais 
il devait bientôt rapporter aux Howards d'autres avan- 
tages plus positifs; grâce à lui, la plus grande partie 
des biens de la famille Mowbray allait leur revenir. 

Or ces biens étaient considérables. Héritier de Tho- 
mas de Brotberton, lord Mowbray, père de lady Mar- 
garet, avait reçu du roi Richard U les dignités qu'avait 
possédées son ancêtre, même il les avait reçues ampli- 
fiées par la faveur royale; ainsi il obtint à titre héré- 
ditaire le bâton de grand maréchal que Thomas de 
Brotberton n'avait ou qu'à litre viager, et pour lui le 
comté de Norfolk fut érigé en duché. 

Au bout d'un siècle environ, en 1185, la famille 
Mowbray s'clant éteinte, les alliés les plus proches 
furent appelés à sa succession', et parmi eux se trou- 
vait John lord Howard. Dans le partage qui eut lieu, 
il reçut le duché de Norfolk et le bâton de grand ma- 
réchal; en même temps le comté de Surrey était donné 
à son lils Thomas. Telle est l'origine de ces divers 
litres dans la famille de notre poète 2 . 

Le nouveau duc de Norfolk ne jouit pas longtemps 
de sa liante fortune : partisan de la Rose Blanche et 
du roi Richard III, il fut tué près de ce prince en 148;i 

1 Celle succos.siou, à proprement parler, était in abeyance, c'est-à-dire 
qu'elle devait rester en suspens entre les collatéraux du degré le plus 
proche jusqu'au momenl où le Roi l'attribuerai) ii l'un d'eux; dans le cas 
présent, Richard III, qui voulait s'attacher des partisans, la partagea entre 
les Howards et les Berkeleys. 

-' Londres. Kccord Office : Patents I Richard III, part 1"', membrane 
18'\ — Cartularium 1 Richard III. membrane 1*. 



ORIGINES DE I \ I s M M I I HOWARD. 117 

;i In bataille de Bosworth. Quanl ;i son fils le comte 
de Surrey, fait prisonnier par le vainqueur Henn 
Tudor, il lui enfermé à la l'our de Londres ri Frappé 
de morl civile (ftttainde)')', du coup il perdait ses biens 
cl litres personnels, ainsi que loul droil à la succes- 
sion de son père défunl . 

Heureusement Henrj Tudor, quand il eul été cou- 
ronné Roi el qu'il vil le parti de la Rose Blanche réduil 
à l'impuissance, se relâcha vile de ses rigueurs; dès 
I 186, il remit en liberté Thomas Howard et, trois ans 
après, il lui restitua son comté de Surrev. Puis par 
un retour extraordinaire, l'ancien proscrit devint le 
favori du proscripteur ; il lui nommé grand trésorier du 
Royaume (High Treasurer) ci obtint pour son lils aîné, 
nommé Thomas ainsi que lui-même 1 , la main de la 
propre sœur 'le la Reine, lady Anne Plantagenet. 

L'avènement de Henry VIII, qui succéda à son père 
m 1509, no fit |»;i-- déchoir le comte <lc Surrey. Au 
contraire, l'année suivante, il recevait le bâton de 



1 Thomas Howard, comle il» 1 Surrej el plus lard, en 1514, duc de 

.Norfolk, se maria deus fois el eul un grand nombre d'enfants; i - 

n'énumérons ici que ceux que nous aurons occasion il»' mentionnei dans 
la suite. Il épousa en premières noces, le ."il avril 1 172, Élizabeth Tilney, 
veuve »1»' sir Humphrej Bourchier el eul d'elle : Thomas, qui devinl 
comte de Surrey et duc de Norfolk; Edward, qui fui grand amiral 
d'Angleterre >■( péril en 1515 dans un combat livré .'i la flotte française 
auprès de Brest; Edmond, qui lui le père de la reine Catherine Howard; 
Elizabeth, qui épousa Thomas Boleyn ri fui la mère de lord Rochford; 
Mniii'l, qui fut mariée successivement à John Grej vicomte Lisle el ii sir 
[liomas Knyvet. De son second mariage avec Agnès Tilney, cousine de sa 
première femme, Thomas Howard »'iil : William, qui devinl lord Howard 
ofEffingham, tige des comtes actuels d'Efflngham; un autre Thomas, donl 
nous parlerons pins loin; Anne, qui épousa John, 14 comte d'Oxford; 
Dorothée, qui épousa Edward Stanlcv, 5' comte deUerb> : une autre Eliza 
l'i'lh. qui épousa Henry Ratclifle, comte de Susses; et Catherine, mariée 
d'abord à un seigneur gallois, nommé \\\\\> ap Thomas el ensuite ii Henn 
Baubeuey, comte de Bridgewater. 



b 



148 DEUX GEMUSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

"ranci maréchal, puis nommé commandant en chef 
d'une armée envoyée contre les Écossais, il obtenait 
à la fin de la campagne comme récompense de sa vic- 
toire de Flodden (9 septembre L513) la restitution du 
duché de Norfolk 1 . 11 transmit alors à son fils Thomas 
son comté de Surrey; et ainsi les Howards se trouvè- 
rent replacés, au point de vue des litres et dignités 
exactement dans la situation dont ils jouissaient à la 
veille de Bosworth. 

Malheureusement, au point de vue de la richesse, 
leur situation était tout autre; les terres que leur avait 
jadis données Richard III ne leur avaient pas fait 
retour. Henry VU n'était pas, en eiïet, d'un naturel 
généreux, et, outre >on avarice, il avait un mobile 
[dus noble qui le poussai! à ne pas aliéner les biens 
coniisqués et réunis au domaine de la Couronne; la 
guerre des Deux Roses avait épuisé le Trésor public, 
il importait de le remplir au plus vite; or rendre aux 
anciens proscrits les biens qu'ils avaient possédés eût 
été priver l'État d'un revenu considérable et assuré. 
Bref, Henry VU quand il restitua le comté de Surrey, 
n'attacha à ce titre que le patrimoine originaire de 
la famille Howard; et dans la suite il ne se départit 
guère de sa parcimonie ni à l'égard de son grand tré- 
sorier le comte de Surrey. ni à l'égard du iîls de celui- 
ci, Thomas Howard, qui pourtant était devenu son 
beau-frère 2 . D'autre part, à cause de la haute situa- 
tion qu'ils occupaient h la Cour et dans le Royaume, 



• I e ' février 1514. Record Office, Patents 5 Henry VIII. part 2", mem- 
brane 15 th . 

2 llenry Vil donna seulement deux manoirs au comte de Surrey. (Slalutc 
Book, 11 Henry VII, c. 40.) Les arrangements faits lors du mariage de 
lord Thomas Howard et de ladv Anne l'hmtagcnct n'attribuaient aux deux 



ORIGINES DE LA FAMILLE HOWARD. 149 

les Howards étaienl obligés h des dépenses forl 
lourdes; bientôt ils furenl gravement endettés el 
bien que Henry Mil, plus généreux que son père, 
les ail souvent comblés de largesses, comme leurs 
charges croissaient en proportion de l;i munificence 
du maître, ils ne purent jamais, duranl toute la pé- 
riode que nous allons examiner, se tirer complète- 
ment de la gêne 1 . 

Lorsque, au mois de février 1514, lord Thomas 
Howard' recul le titre de comte de Surrey, il étail 
veuf de l;nly Aune Plantagenet; elle était morte vers 
la lin de l'année 1511, el aussiiùi après, lord Thomas, 
dont le caractère étail avant tout intéressé, avail 
cherché à la remplacer par un parti qui lui procurai 
de l'argent et l'aidât à faire son chemin dans les con- 
seils du Roi. 

11 n'était pas facile d'atteindre à la fois ces deux 
buts. Les dots alors étaient minimes el un père de 
famille ne consentait même à en constituer une (pie 
moyennant la constitution simultanée d'un douaire 
(jointure) beaucoup plus considérable qui devail rire 
attribué à l'épouse en cas de prédécès du mari. On 
conçoit combien cette condition gênail lord Thomas 
qui ne désirail rien moins que d'immobiliser une 
partie de son faible avoir. D'autre part, où trouver 

époux qu'un revenu annuel de 120 livres, (Stalute Book, 11 Henry VII, 
c, il el 42, el 5 Henry VIII, c. lti. — Madox's Formulare Anglicanum, 
II" 191.) 

1 A i 1 1 s j , .m mois de novembre 1515, le duc de Norfolk fui obligé de 
se retirer pour un temps à la campagne parce qu'il ne pouvait soutenir 
son rang ;i la (loin-. (Lord Herbert of Cherbury's Life and rcigue ofKinye 
Henry VIII.) 

- A cette époque, tous les lils de Comtes paraissent avoir porté le titre 
de Lords; aujourd'hui, s;mt' les aines i[ui portent un nom spécial, ils ne 
sont que « honourables ». 



150 \)KV\ GENTILSHOMMES-POETES l>E LA COUR flE HENRY VIII. 

une jeune lille qui pûl servir de marchepied pour 
arriver aux bonnes grâces du Roi? Henry Yllf, encore 
jeune et passablement vertueux, ne subissait pas alors 
facilement les influences féminines. 

Enfin, lord Thomas crut avoir trouvé ce qu'il cher- 
chait, dans une des tilles dn duc de Ijuckingham 1 . Ce 
Duc, le seul qui existât à ce moment en Angleterre, 
était après le Roi la première personne du Royaume; il 
passait pour jouir auprès de Henry d'un grand crédit, 
cl de pins il possédait une grosse fortune; sans doute 
d'après la loi anglaise, celle-ci devait tout entière 
revenir an lils lord Slafford 2 , cependant il était certain 
qu'à la mort du Duc les gendres ne s'en iraient pas 
les mains vides. En l'ail, lady Élizabeth Slafford que 
lord Thomas épousa, lui apporta en dot une somme 
de 1500 livres 7 ', et plus lard à la mort du Duc, le 
bénéfice que recueillirent les Howards fut considé- 
rable; mais, nous le dirons, ce fut en raison d'évé- 
nements que personne ne se serait hasardé à prévoir 
au moment du mariage. 

Il eut été difficile de conclure une union dans des 
conditions pins défavorables. Depuis trois ans déjà, 
lady Élizabeth Stafford était fiancée à lord Ralph 
Nevill, petit-tils du comte de Westmoreland* ; tous 
deux s'aimaient et leur mariage devait se célébrer aux 



1 Edward Stafford, duc de Buckingham, descendait par son père du 
roi Edward III. 

- C'est l'auteur que nous avons mentionné d;ius l'introduction. 

3 Pour l'époque, celte dot n'était pas si modeste que nous sommes 
portés à le croire. En 1520, le duc de Norfolk, c'est-à-dire le père de 
lord Thomas, constituait par testament à chacune de ses filles non mariées 
une dot de 300 livres; on voit la différence. (Nicholas Nicolas's Testamenta 
vêtus ta.) 

4 Halph Nevill succéda à son grand-père en 1525 comme A" comte de 
Westmoreland. 



ORIGINES DE I \ I Ulll LE lln\\ \lili. IM 

approches de la .Noël suivante. Le duc de Buckingham 
nui désjrnit voir sa fille heureuse, aurail bien voulu 
que lord Thomas Howard fil chois d'une des sœurs 
cadettes; mais celui-ci préférait ladj Êlizabeth el le 
Duc à contre-cœur se résigna à la donner 1 . A cette 
époque de haines et de rancunes féroces, on ne pou- 
vait éconduîre un prétendant qui étail à la t'ois le 
fils du grand trésorier et le père du grand amiral. 
iinsi le mariage fut célébré au débul du printemps 
de l'année 1512, h le pauvre Ralph Nevill, frustré 
dans son amour, dul se rabattre sur la seconde sœur, 
jadj Catherine Stafford. 

Après ii 1 1 pareil début, il ne fallail pas s'attendre 
;i trouver chez la nouvelle comtesse de Surrej ' un 
sentiment d'affection bien \ 1 1" pour son mari; lui, 
de son côté, devait presque forcémenl perdre l'amour 
passager qu'avaient allumé en lui les charmes phy- 
siques de si femme, car celle-ci n'avait aucune des 
qualités propres à captiver un homme ambitieux et 
intéressé. Très honnête, très consciencieuse, mais 
ayant malheureusement un esprit étroit el un carac- 
tère emporté, elle jugeait que puisqu'elle remplissait 
exactement son devoir envers tous, elle avait le droit 
absolu d'exiger d'aulrui le même traitement, el elle 
ne supportait pas sans colère qu'un se rendit coupable 
envers elle du plus léger manquement 3 . Cette suscep- 



1 Tous ces détails M,ni donné- * 1 : 1 1 1 - les lettres de lady Êlizabeth, devenue 
alors duchesse île Norfolk, à lord Cromwell, et particulièrement dans cellr 
datée du 27 octobre 1557. (British Muséum, Cotlonms. Titus B. 1. fol. 585 
et suivants.) Ces lettres, ramenées à l'orthographe moderne, ont été publiées 
par mi-< Everett \Y 1. [Letters of royal and illustrions ladies, vol. II.) 

- C'est ainsi qu'elle doit être nommée à partir du i ' février 1514. 

" Tel esl bien le caractère que l'on retrouve dépeint, malgré le ton 
élogieux, dans l'épitaphe en vers que lord Stafford composa à sa sœur; 



152 DEUX GENTILSHOMMES-POETES T)E LA COIT, DE HENRY VIII. 

tibilité ombrageuse la servit ma] auprès d'un mari 
sceptique que les scrupules embarrassaient peu et qui 
n'était guère disposé à accorder à une épouse gênante 
une tidélité et des égards qui ne pouvaient plus rap- 
porter aucun avantage. Car, il faut le dire, le Comte 
qui avait espéré trouver une aide dans sa compagne, 
n'v trouva qu'une entrave; non seulement les événe- 
ments le privèrent bientôt de l'appui de son beau- 
père le duc de Buckingham, appui sur lequel il avait 
édifié en partie ses rêves d'avenir; mais, ce qui est 
plus grave, l'intelligence bornée, la noire ignorance, 
et surtout les emportements déraisonnes de sa femme, 
durent taire subir à cet homme raffiné plus d'une 
mortification'. 

Tel est le ménage disparate qui donna le jour à 
Henry Howard le poète. 



celte épitaphe a été publiée par Aubrev. (Natural history and anliquities 
ofSurrey. — Lambeth.) 

1 Le II' Notl et Alex. Dyce (The poetical works of John Skellon) ont 
prétendu que la comtesse de Surrey avait été une femme instruite; ils se 
fondent sur un vers de Skelton dans lequel celui-ci se nomme le d clerc » 
de la Comtesse [Garlande of laurell, vers 777); le raisonnement paraît 
peu concluant. Au surplus, Skelton, qui fait en un autre endroit (ibidem, 
vers 836 et suivants) un long éloge d'elle, ne parle que de ses vertus 
domestiques et ne mentionne aucunement ses goûts littéraires. A l'appui 
de notre assertion, nous n'avons qu'à citer les lettres mêmes de la Com- 
tesse; on trouvera dans le Gcntleman's magazine (n° de mars 1845) un 
spécimen correctement reproduit de son orthographe; elle défie toute 
imagination. Il est étonnant qu'Isaac Disraeli qui donne, lui aussi, un 
spécimen du slvle de la Comtesse (Amenities of literature — Orthography 
and orthoepy), ait pu ensuite la proclamer « une des femmes les plus 
accomplies du xvi siècle » (one. of the most accomplished ladies of the 
xvi lh century). 



CHAPITRE II 

Naissance et éducation de lord Henry Howard. Il prend 
le titre de comte de Surrey. 



Henry était le troisième des cinq enfants qu'eurent 
le comte »•! la comtesse de Surrey 1 . Il naquit en 1518, 
à une date indéterminée, mais uni ne peul avoir été 
antérieure au l!l janvier, ni de beaucoup posté- 
rieure au 15 février. Voici les faits sur lesquels 
nous fondons notre calcul. 

Il existe au château d'Arundel, en la possession 
ilu duc actuel de Norfolk, u ii laltleau représentant 
lord Henry Howard devenu alors comte de Surrey) 
et portant peinte sur la toile même l'inscription : 
< Sut super est. Mtatis A A/A' »; ce qui signifie 
qu'au moment de sa mort survenue le 19 jan- 
vier 1547, le poêle était encore dans si vingt-neu- 
vième année". D'autre part, notre récit prouvera 



1 Ces cinq enfants furent : lad] Muriel, ladj Catherine, lord Henry, 
lord Thomas et ladj Mary. Ton- apparaîtront dans I'- cours de notre récit. 

- l'ai 1 abréviation pour : aetatis suse anno vicesimo nnno. 

3 Le D' Nott prétend que ce tableau fut exécuté eu 1546 après l'échec 
du comte de Surrej devant Boulogne et il appuie son opinion sur ce pas- 
sage d'une pétition adressée par un îles fil- du poète à la reine Élizabeth : 
« Sat superest. as once niv l'allier wrote upon the breach ofa distressed 
hope. » (Lambeth Palace uis. 711, fol. 20. V Ces termes font plutôt penser 



[54 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DR LA COU» DE HENRY VIII. 

qu'il fut marié aussitôt que la loi anglaise le per- 
mit, c'est-à-dire aussitôt qu'il eut accompli sn qua- 
torzième année; or son contrai de mariage fui 
rédigé le 15 février 155'2'. Qu'on fasse les sous- 
tractions voulues, el l'on arrivera à délimiter comme 
nous le laps de temps pendant lequel put se pro- 
duire la naissance de lonl Henry. 

II est plus difficile de déterminer l'endroit où 
cette naissance eut lieu 2 . La présence du comte de 
Surrey dans un des châteaux de la famille à l'époque 
marquée sciait assurément un indice sérieux; mal- 
heureusement 1rs archives contemporaines qui d'or- 
dinaire nous renseignent presque jour par jour sur 
les mouvements du Comte, restent muettes à son 
égard durant tout le commencement de l'année 1.5-1 8 3 . 
Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est que lord 
Henry ne naquit ni à Londres, ni dans les envi- 
rons immédiats de cette ville; car la suette y sévis- 
sait alors, et tous ceux qui eu avaient le moyen 
s'étaient réfugiés au loin à la campagne 4 . 



.i une condamnation à morl qu'à un échec militaire réparable. Notre opi- 
nion a pour elle l'autorité de Strype [Ecclesiasticai Memorials of King 
Edward VI. chap. \\\i el de Horace Walpole (Anecdotes of painting, 

cll(lj). vi). 

' Statute Book 23 Henry VIII, r. 29. 

- Le I)' Noll affirme nue ce fut Kenninghall, par la raison que dans.cer 
tains documents publics lord Henry est désigné comme lord Henry Howard 
of Kenninghall ; cette raison n'est pas valable; en anglais l'apposition d'un 
nom de lieu à un nom de personne n'indique pas que cette personne e^i 
née dans ee lien, mais seulement qu'elle j a son principal établissement. 

3 Nous ne le retrouvons ijue le 23 avril à Woodstock, château royal 
^itné dans l'Oxfordshire ; il s'y était rendu pour assister au chapitre des 
chevaliers de la Jarretière. (Anstis's Registrvm Garterii.) 

• Polydori Virgilii Historiée, lil). XXVII. Voir aussi les dépêches de 
l'ambassadeur vénitien Sebastiano Giusliniani. (Fuur years at (lie Court 
of Henry 17//, edited hy Rawdon Brown.) 



NAISSANC1 II IMi ITIO.N DE I.ORU lll.\T,\ HOWARD. 153 

Iléjà campagnard par naissance, Ion) llenrj le 
lui encore par éducation. En effet, son père n'avait 
I>;in d'établissement à Londres; à dire vrai, il n'en 
avait nulle part, — apparemmenl par suite de pé- 
nurie d'argent 1 , — et il faisait habiter sa famille 
dans le^ châteaux paternels, lanlôl dans celui-ci, 
tantôt <l;in> celui-là. Lui-même étail le plus sou- 
vent absent, axant été, depuis la naissance • !•• son 
(ils aîné, employé à guerroyer pour le service de 
lit-un \lll en France, en Irlande, puis sur la fron- 
tière d'Ecosse*; el quand il revenait de ses com- 
mandements, il ilcvail passer à la Cour la majeure 
partie de ^m temps". Au contraire, la Comtesse, 
bien <|uVllr eût une charge dans la Maison de la 
reine Catherine*, paraît avoir rarement quitté ses 



1 En 1520, le comte qui étail lieutenant du Roi en Irlande, ne cesse de 
se plaindre de -a gène. [Henry \ III State Papers, vol. II, n .V 13, etc.) 
En 1525, lorsqu'il commande sui la frontière d'Ecosse, même refrain : 

1 .un clereh decayde in m] pourse . écrit-il à Wolscy. i I oi lobre 1525. 
— Record Office, Letter&and Papers, edited l>vS. Brewer and I. Gairdner, 
vol. III. n" 5584.) Cependant il touchait alors comme solde cinq livres par 
jour. 

- Bagwell [Ireland under the Tudors) prétend <in- !«• comte de Surrej 
emmena toute >a famille en Irlande quand il j alla prendre son comman- 
dement en 1520; cet auteui se fonde sur une lettre de ll<-m\ \lll publiée 
dans les State Papers (vol. II. n 2). Mais le mot relinue, dont se sert le 
Roi, m- peut s'entendre que des serviteurs, non de l'épouse el des entants. 
D'ailleurs, la comtesse de Surrej témoigne elle-même qu'elle ne fui pas 
en Irlande. \l\ husbande , écrivit-elle plus tard à lord Cromwell, hatb 
hen from me more t ln*n a vere on tli ■ Kinges warrys. (Lettre du 'JiJ juin 
1538. Cotton ms. locu citato.) Or la seule fois où le comte de Surre) resta 
sans interruption absent d'Angleterre pendant plus d'un an, esl précisé- 
ment pendant sa lieutcnance en Irlande : il l'exerça pendant vingt mois. 

3 Sa correspondance, très soigneusement cataloguée par MM. Brewei 
el Gairdner [Letlers ami Papers, vol. Il el III), nous permet de suivre -^ 
allées et venues. 

* i I wa-j da\l\ waitor in the Courtt \Yl yeres together. (Lettre à lord 
Cromwell, du -Jo juin 1558. Cotton ms. locu citato.) Ayant perdu sa charge 
au mois de mai 1551 elle devait l'avoir obtenue eu làlû. 



15G DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

enfants et seulement pour de courts intervalles. 
.Nous savons pertinemment que les choses se pas- 
sèrent ainsi au moins durant l'année 1525, grâce 
à la chance étrange qui a fait parvenir jusqu'à nous 
le livre de dépenses tenu par le maître d'hôtel 
(butler) de la Comtesse 1 . Ce livre mentionne non 
seulement les menus servis à celle-ci et à son fils 
aîné lord Henry, mais indique exactement leurs 
mouvements. Par lui nous apprenons que la fa- 
mille passa la première partie de l'année à Stoke 
Hall dans le Suffblk 2 , puis que le 20 octobre elle 
s'en vint à Hunsdon dans le comté de Hertford 3 . 
Ces jours d'enfance de lord Henry furent assom- 
bris par un bien lugubre événement. Son grand- 
père, le duc de Buckingham, fut condamné à mort, 
el exécuté le 21 mai 1521. Très orgueilleux de son 
origine royale et très accessible à la flatterie, le Duc 
avait prêté une oreille complaisante aux prédictions 
insensées d'un moine malade qui lui promettait sa 
prochaine élévation au trône à la place de Henry Mil ; 
affolé par cette espérance chimérique, le pauvre Duc 
laissa échapper en public quelques paroles impru- 
dentes qui furent aussitôt rapportées au Hoi ; or 
prétendre même de loin à la succession de Henry 
était un crime que celui-ci ne pardonna jamais, 
et le Duc, accusé de trahison et de lèse-majesté, 
fut traduit devant la juridiction extraordinaire du 
Grand Sénéchal (Hhjh Steward). Cette juridiction 

1 Ce livre est à Cheltenham, Thirlestaine House (sir Thomas l'hilips's 
m--. n° ÔS il). 

- Stoke Hall taisait partie du patrimoine primitif des Howards. 

3 Hunsdon avait ét^ donné par leltces patentes au duc de Norfolk lors -de 
sa- promotion au titre ducal, le 1" février 1514. (Record Office, Patents 
5 Henry VIII, part v 2 0d , memb. I5 ,b .) 



NAISSANCE ET EDUCATION DE LORD IILNKY HOWARD. 157 

était tombée en désuétude depuis quelque temps 
déjà; même la charge <1<' Grand Sénéchal n'était 
plus remplie. Quelle raison poussa le Roi à remettre 
en usage cette institution du passé, alors surtout que 
la Chambre des Lords élail pleinement compétente? 
La réponse est facile ;i trouver. Henry, qui n';i\;iif 
pas encore fait l'expérience do la servilité de ses 
Lords, craignit de rencontrer chez eux trop d'impar- 
tialité, el il leur préféra un tribunal d'exception com- 
posé de peu de membres el auquel il pouvait, pur 
conséquent, imposer plus facilement sa volonté. 

A qui allaient être confiées les fonctions de Grand 
Sénéchal? Pour présider au jugemenl d'un Duc 
il fallait un Duc : Henry en avait nu sous la main, 
son beau-frère le duc «le Suffolk 1 ; il le laissa de 
côté et choisit à dessein le duc de Norfolk*; le 
monarque gouailleur trouvait plaisant que l'accusé 
fût condamné par quelqu'un qui lui tenait de près. 

Le duc de Norfolk pleura, nous dit-on, quand 
il prononça l'arrêl de mort 3 ; il sentait l'iniquité de 
son rôle; mais comment résister aux ordres du 
Roi? Le Grand Sénéchal lit donc taire sa con- 
science, el il la lit même si bien taire, qu'il 
n'éprouva aucun scrupule à être payé <ln service 
rendu el à rerevoir une bonne pari des biens COn- 
lisqués à la victime'. 



* Charles Brandon, créé duc de Suffolk en 1514, avail épousé Man 
Tmlor. sœur de Henry VIII el veuve du roi de France Louis XII. 

s Celte nomination était faite spécialement pour le procès du duc de 
Buckingham et n'eut plus d'elle! aussitôt après. 

" Ilall's The union of (lie families <>f Lancastre and Yorke. 

* Il reçut cinq manoirs d'un revenu annuel de 91 livres. Voir l'inven- 
taire des biens laisses par le duc de Norfolk, qui se trouve ;i Londres au 
Collège ofarms. (Ârundel ms. n° 55, fol. 250.) 



158 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Lord Henry était trop jeune pour se rendre 
compte du drame qui se jouait et saisir l'ironie 
de ce spectacle : l'un de ses grands-pères con- 
damné à mort par l'autre. Il ne connut les laits 
que longtemps après, el il les connut tels que 
Henry VIII avait intérêt à les faire présenter. Il 
crut doue, comme la masse de ses contemporains, 
que le due de Buckingham s'était rendu coupable 
d'autre chose que de bêtise et d'indiscrétion; seu- 
lement, pour excuser son aïeul, il rejetait toute la 
responsabilité du crime sur le moine Hopkins et 
c'est, croyons-nous, dans un retour d'indignation 
contre ce dernier que plus tard il s'interrompait au 
milieu de la paraphrase d'un psaume pour lancer 
l'apostrophe suivante : 

« Moine, dont la malice et la langue me rap- 
pellent la race scélérate de ces loups fallacieux qui 
cachent leurs rapines sous leurs capuces ! ils me 
jurent par le ciel, escabeau du Seigneur, qu'ils n'ont 
point louché à ma vie, mais leur violence a ruiné 
mon bon renom : je hais cette obséquiosité peu 
ingénieuse qui nourrit de mensonges les heureux 
de ce inonde 1 . >> 

Le "21 mai 1524, le juge du duc de Buckingham, 
le duc de Norfolk, vint à mourir, et de mort natu- 
relle, ce qui était assez remarquable pour un grand 
seigneur à cette époque'. Selon le droit héréditaire 

' Fiiiiui , whose liarine and toungue présent Ihe wicked sort 
Ofthose l'aise wolves, witli cooles whicli duo their ravin hyde; 
Thaï sweare to me by heav'n, the fotestoole of the Lorde, 
Though force had linrl niy l'aine, Ihey did not toncli my lyfc. 
Such patching rare I lothe. as feeds the welth with lyes. 
(Œuvres de lord Surrc; : Give car to my suit, etc.) 

- D'après le o registre du prieuré de Butlcy » (Oxford, Bcfdleian Library, 



SAISSANI I l I 1 l'i I MliiN DE I "U> III Ma HOWARD. 159 

anglais, l<>n^ ses biens, à l'exception <lu douaire 
réservé ;i la Duchesse veuve el de quelques manoirs 
donnés viagèremenl à ses fils cadets, descendirenl 
immédiatemenl à son Gis aine I»' comte de Surrej 
(lui aussitôt changea de nom el devinl à son tour 
duc de Norfolk 1 . Le titre <!<• comte de Surrej 
passa alors ;i lord Henrj Howard; mais c'élail une 
appellation toute de courtoisie; I»' nouveau Comte 
ne fui pas Pair d'Angleterre ainsi que l'avail été 
son père, <i il ne recul aucun des biens qui avaient 
été attribués à ce dernier en 1514 en même temps 
que le litre*. 

Somme toute, en dehors du nom, rien ne fui 
changé dans l'existence <!«• notre héros par le décès 
de son aïeul; il resta à la campagne, bien que ^<ui 
père fûl désormais possesseur de deux maisons à 
Londres 3 , el il \ continua Lranquillemenl son édu- 
cation. Son précepteur élail un certain John Clerke*, 

Tanuei uis. m DO), le Duc sérail morl le IN mai. Malgré l'aulorité qui 
s'attache au registre d'un prieuré donl le Duc élail patron, nous ne 
croyons pas devoir accepter la date donnée par lui, el préférons celle qui 
se trouve indiquée dans un acte authentique, l'inventaire el la liquidation 
de la Fortune du défunt. (Collège of anus. Arundcl ms. loco vitato.) 

' D'après la coinpulalion d'alors, il étail le second duc de Norfolk, 
Henry VIII considérant que le titre n'avail pris naissance qu'en 1514, au 

jour où lui-inê l'avail conféré. Km 1664, quand les llowards qui avaient 

été de nouveau mis hors la lui, furent restitués dans leurs anciens titres, le 
Parlement déclara que les ducs de Nntïolk devaient être comptés à partir 
de 1483, date où le Duché lui donné pour la première fois à un Howard : 
selon cette règle qui est encore appliquée aujourd'hui, \>- Duc dont nous 
parlons ici, doil être compté comme le troisième. 

- Record Office, Patents .'• Henry VIII. part. '1"'. memb. 20 . 

3 L'une étail à Lamheth (dans l'inventaire fait après le décès du prcmici 
Duc eUe r>i indiquée comme se trouvant à Southwark); l'autre était dans 
la Cité même à l'endroit nommé Brokcuwharf, elle fut vendue en 1540 
[Lords 'Journal, tliclo anno). 

'* Il ne tant pas le confondre avec son homonyme l'évèque 'le Balh, qui 
fui Ambassadeur de Henry VIII auprès du Saint-Siège. 



160 DEliX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

qui, entre les érudits de ce temps-là, avait cette 
particularité que, tout en ayant été nourri dans 
l'étude et l'amour des langues anciennes, il préfé- 
rait la littérature italienne 1 . D'ailleurs, c'était un 
catholique fervent qui mérita, sous le règne 
d'Edward VI, d'être enfermé dans la Tour de 
Londres pour avoir fait trop ouvertement profession 
de ses croyances religieuses 2 . 

Voilà tout, ce que nous savons de John Clerke; 
c'est peu de chose assurément ; toutefois ce peu 
suffit pour permettre de se rendre compte du genre 
d'instruction qu'il donna à son élève. Sans négliger 
l'étude du latin, que le jeune Comte apprit à écrire 
assez élégamment, il le dirigea principalement 
vers les auteurs italiens et s'efforça de lui incul- 
quer l'admiration des poètes de celte nation. Mal- 
heureusement Clerke procédait sans discernement et 
négligeait dans ses leçons de distinguer le bon grain 
de l'ivraie; il en résulta que l'élève admira tout 
de confiance, que notamment il prit goût aux raf- 
finements alors à la mode dans la Péninsule et 
que, travaillant sur des modèles souvent mauvais, 
il se forma un style bizarre, enchevêtré, quel- 
quefois obscur, qui dépare plusieurs de ses poésies 
et rend excessivement fatigante la lecture de sa 

1 II a laissé plusieurs traites (voie Thomas YVhaiton's Hislorn of Eiujlish 
jiot'tnj, liv. ]|, section 57); mais nous n'avons pu en rencontrer qu'un 
seul, qui est dédié au comte de Surrey : Opusculwn plane divinum de 
morluorum resurredione et extremo judieio (Britisli Muséum). Dans ce 
volume le texte est reproduit en quatre langues, celles apparemment que 
le Comte connaissait, latin, anglais, français et italien. 

•i Au sujet de Clerke, voir : Anthony à Wood's Athenx Oxonienses 
(art. Clerke). — Richard Pace's De fruclu qui ex doctrine percipiiur liber. 
— Dodd's Cltiirch hislonj of England (livre 11, Edward VI; art. v, sccular 
clergy). 



NAISSANCE ET ÉDUCATION DE LORD HENRY HOWARD, 161 

prose*, Mais, ce défaul constate, il faul recon- 
naître que lord Surrej lui à son époque un des 
hommes les plus distingués par son -avoir litté- 
raire*, et que sous ce rapport il lit grand Inmneur 
à son précepteur. 

Nous n'userions dire que Glerke eûl lieu de se 
trouver aussi satisfait «lu résultai de sa direction 
morale. Sans doute vers la lin de sa vie, le comte 
de Siiiivv se montra, sinon tout à l'ail partisan de 
l'autorité du Saint-Siège, au moins très opposé aux 
doctrines protestante-": mais jusque-là, il avait vécu 
en espril fort 4 et sa conduite dut plus d'une lois être 



1 Nous donnerons plusieurs fois des extraits de lettres de lord Surréy-; 

le lecteur pourra ainsi juger en connaissance de .mus,' de l'exactitude de 

notre appréciation. 
- Tous les témoignages des auteurs du temps concordent à cet égard. 

John Leland, entre autres, dit que le Comte était « elegantis litteraturœ 

plane studiosistimus » (Lcland's Itinerary. - Syllabus adjunctus geneth- 
liaco Edwardi Cambrùe Principis). 

'• Ses contemporains, tant les catholiques que les réformés, s'accordent 
sur ee point. Voici, par exemple, deux témoignages de ministres protes- 
tants : « There was a certain nobleman, commonlj cailed the dûké of 
.Norfolk, who was a mosl bitter enemj lo the word of God and who with 
his son (the Earl of Surrey) and others made a secret attempt lo restore 
the dominion of the Pope and the monks. n [Original letters relating to the 
English Reformation, edited l>\ the Parker society. — Lettre 295, John 
BuckleràHen ry BuUinger, 51 décembre 1546.) — ■ Theduke of Norfolk, 
whom together with his son the King commit ted lo prison for having, as 
ihej say, endeavoured to restore the Pope's supremacy.... [Ibidem, 
lethc 117. Richard Milles à Benrj Bullinger, k Ju' janvier 1547.) Dans 
l'autre camp. Sanders s'exprime ainsi : (i Filium ?ero majorem natu 
Henricum, qui Surriae Cornes dicehatur, virum magnarum doturn praes- 
tantiâ singularem, fïex securi percussit; inagis ad hoc ah haereticis 
iuductus, qui viros catholicos tain eximiae potentiae llennci manu auferri 
volebant, quam quod ille quicquam deliquerat. » i Vera et sincera hi&toria 
sehismatis anglicani, livre I.) 

4 En 1556, un ecclésiastique partisan de la Réforme formait le vœu 
que lord Surrey, en qui il voyait un homme de mérite, pût être envoyé 
en Allemagne afin de prendre auprès du monde luthérien de meilleures 
règles de conduite et des principes religieux plus solides, o for that he 

DEUX GESTILSHOMMES-POÈTES. ]l 



162 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE IlE.NRV VUE 

une cause de scandale pour son ancien précepteur 1 . 

Au surplus, le Comte ne paraît pas avoir gardé 
de celui-ci un excellent souvenir; le « bâton » dont 
Glerke se servait pour lui inculquer la science hanta 
longtemps sa mémoire, et il v fit allusion dans ses 
vers : 

>• Je voyais », nous dil-il dans une pièce char- 
mante où il évoque successivement tous les âges de 
la vie humaine, < je voyais le petit garçon; que do 
fois il a demandé à Dieu la grâce de devenir un 
grand jeune homme afin d'échapper au bâton 8 ! » 

Quant à des incidents particuliers au milieu de 
cette période studieuse, il ne paraît pas s'en être 
produit de bien saillants. En 152r>, il est vrai, les 
comtés de Suffolk et de Norfolk entre lesquels se 
partageait alors l'existence du Comte', furent trou- 
blés par une petite sédition; les artisans de cette 
région, accablés par la pauvreté , se refusaient à 
acquitter « les dons de bonne volonté » (benevo- 
lences) que Henry VIII venait d'imposer à tout son 
peuple afin Ai' pouvoir faire la guerre à la France, 



shoulde there be fullv instructed in Godes worde and expérience. » 
i Mémorial from Georqe Constant yne lo Thomas lord Cromwcll. — Archseo- 
logia, vol. XXIII.) 

1 Cependant Clerke ne se détacha jamais complètement de son élève; 
ainsi en 1545, an moment où lord Surrey.dans tout l'éclat de sa fortune, 
devait le moins se soucier des choses de la religion, il lui dédiait son 
ouvrage, que nous avons cité plus haut, sur le Jugement dernier. 
- I saw the lytle boy, in thought how oft that he 
Did wish of God, to scape the rod, a lall yong man to be. 
Œuvres de lord Surrey : Laid in mij quiet bed. etc.) 

r> En vertu d'arrangements particuliers avec le Roi, Hunsdon lit retour 
à celui-ci en 1525. (Rymer's Fœdera, vol. XIV, 10 et 17 juillet 1525.) 
Les châteaux où la famille du duc de Norfolk habitait alors furent Stoke 
Mail, Framlingham, et surtout Kenninghall; ce dernier château devint 
même bientôt la résidence habituelle et presque exclusive de la famille. 



NAISSANCE ET ÉDUCATION DE LORD HENK\ HOWARD. IG3 

• ■1 ils s'étaient soulevés contre les percepteurs 
royaux. Le duc de Norfolk, chargé de réprimer les 
mutins, eul vite raison de leur résistance; el 
comme il n \ eul en somme ni sang versé, ni 
grands dégâts commis, on peul afûrmer que le 
jeune Surrey n'encourut aucun désagrément. 

Pour la première fois, enfin, en 1529, le nom 
«lu Comte apparaît dans un document public; nous 
lisons dans le registre du prieuré de Bulley que le 
'23 juillet de cet!.' année il accompagna son père qui 
venait débattre avec le Prieur une question d'in- 
térêt*. C'est là. dira-l-on. nu incident il- bien peu 
d'importance; en lui-même, sans doute; mais peut- 
être ce petil voyage du jeune Comte marque-t-il sa 
sortie du ■ nursery » et sa première initiation à la 
vie du monde. Le temps approchait où, malgré son 
jeune âge, lord Surrey allait quitter le foyer pa- 
ternel; il était destiné à devenir bientôt le com- 
pagnon du bâtard du roi, du due de Richmond'. 



1 rj DuxNorfolciac 23' die, scilicet die Jovis, mensisjulii anno Domin 
1529 hic toit ad cœnara circa decimam horam noctis cumjuvene comité 
Blio suo Comité de Surrey, cum suis servientibus ad nestimationem 24, 
el m crastinâ recessit;qui vendidil Staverton Part Priori Butleiensi CCX1 
libras 24 , ° Februarii eodem anno. - — Butlej esl situé dans te comté 
de Suffolk, non loin de Framlingham. d'où devaient venir le duc <\r 
Norfolk et son lils. 

- Henry Fitzroy, fils illégitime >{>■ Hcnn VIII et d'Élizabelh Blount 
était né le 18 juin 1519. 



CHAPITRE III 

Séjour de lord Surrey au château de Windsor. 
Son mariage. 



Surrey avait seize mois de plus que le duc de 
Riehmond ; et peut-être dut-il à cette circonstance 
d'être choisi comme compagnon de celui-ci; Henry VIII 
put, en effet, penser que les facultés de son bâtard 
se développeraient plus vite au contact d'un enfant 
en avance de plus d'une année. 

C'est en décembre 1529 que nous avons pour la 
première fois vent du projet du Roi, grâce à un char- 
mant récit que l'Ambassadeur impérial à Londres, 
Eustache Ghapuis, nous a laissé d'une « collation » 
à laquelle il fut invité par le duc de Norfolk. « Estant 
à table », raconte Chapuis 1 , « le Duc me monstra 
une lettre que son filz luy avoit escrit en très élé- 
gant latin, me demandant que m'en sembloit; et 
me dit qu'il estoit fort ayse que son filz eust si bien 
proufité en lettres et qu'il venoit bien appoint qu'il 
l'ust en bon commencement de vertu, pour la cause 
qu'il me desclayreroit après. » Suit une description 



1 Chapuis à l'Empereur, 9 décembre 1529. (Vienne, Archives de la 
Burg. Rep. P, fasc. c. 225, n° 29.) 



SÉJOUR DE LORD SURRE\ Al' CHATEAU DE WINDSOR. 165 

du repas, puis l'Ambassadeur reprend : « Partant 
du lougis, qu'estoieni près de douze heures, el 
layssant les Ambassadeurs du Pape el de France 1 , 
il me prinl et sortismes ensemble; et combien qu'il 
eust chemin plus court*, toutesfoys \l voulut passer 
par devant mon lougis; et en allant, il me dil : Je 
« vous av dit qu'estoys bien joyeux que mon fîlz se 
« appliquait à vertu pour quelque respecz, el puys 

que l'on doibl communiquer de ses affères avec 
« ses amys, je le vous veux bien dire, c'esl à cause 
« que le Roy m'a remis le gouvernemenl de son 

lilz baslard due de Richemonl dont mon lilz en 
« pourra estre le précepteur ou incitateur pour 
« parvenir à science et vertu, el l'amitié entre eux 
« ainsv commancée en sera beaucoup! plus ferme 

el plus intrinsèque. » 

Au moment où avail lieu cette conversation, le 
duc de Richmond se trouvail depuis près de cinq ans 
au château de Sheriff Hutton près de York, où il 
étail censé exercer l<^ fonctions de lieutenant royal 
sur les marches d'Ecosse 3 ; mais Henry VIII, auquel 
cet enfant étail très cher (c'était alors le seul fils 
qui lui restât), avait bâte de le rapprocher de lui. 
Il le releva donc bientôt de ses fonctions nominales, 
et le '2 avril suivant nous trouvons le jeune hue au 
château du More auprès de son père '. 



1 Le nonce étail alors le baron de! Borgo; l'ambassadeur de France 
étail le sieur de Vaux. 

- Le Duc avail donc traité ses in\iié> dans une hôtellerie? 

"' Au sujet du duc do Richmond, voir le mémoire publié sur sa vie 'Lui- le 
troisième volume du Camden miscellany (published bj he Camden Society). 

> Le More, château royal situé dans le comté d'Essex. — Joachim de 
Vaux. Ambassadeur de France, ii François I ', 2 avril 1530 (Bibliothèque 
nationale, Fonds français. n° 3019, fol. 126). — i Qua (au More) si trova 



166 DEFX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Le royal bâtard ne lit en cet endroit qu'un court 
séjour; de là il se rendit à Windsor affecté doré- 
navant à sa résidence. Henry VIII dut lui faire la 
conduite; car, le "25 avril suivant, nous les voyons 
assister tous deux dans la chapelle de Saint-George 
an chapitre tenu à l'occasion de la tète de ce Saint 
par les chevaliers de l'ordre de la Jarretière 1 . 

Bien probablement Snrrey avait rejoint an More 
le duc de Richniond, et leur existence commune 
avait aussitôt commencé. Elle se prolongea à Wind- 
sor pendant plusieurs années sans être jamais coupée 
par de bien longs intervalles 2 , et elle parait avoir 
été animée par la pins grande cordialité. Snrrey 
lui-même nous a décrit dans ses vers ce qu'était 
leur genre de vie; ramené plus tard à Windsor et 
dans des circonstances toutes dillerentes — puis- 
que alors il était prisonnier et que son ami le Due 
venait de mourir — il Taisait un triste retour sur 
les heureux jours [tassés en ce lieu et s'écriait avec 
angoisse 5 : 

« Pourrait-il exister, hélas! une prison aussi cruelle 
que l'orgueilleuse Windsor? C'est là que, dans le 
plaisir et la joie, j'ai passé mes années d'enfance 

Messcr do Richemont, belissimo e costumatissimo c anche litterato 
figliolo, per la sua forma, discrezione e bon costumi molli» caro a queslo 
Serenissimo Rc, che de Iorch, ove cou honorato stato c spesa l'Iia tenuto 
liormai cinque continui anni, qua l'ha fatlo venirc. » 

1 \nstis's Regislruni Garlcrii (anno 22 d:i Henrici VI II). 

2 Un manuscrit conservé au British Muséum (Extracts from accounl- 
boolcs of sir Thomas Lestramjc, Addit. ms. 27-449, fol. I 1) el reproduit en 
pallie dans Y Archwulogia (vol XXV), semble dire que le 20 juillet 1550 
le coinle de Surrey se trouvait à Kenninghall. Le fait est possible et ne 
vienl pas à l'encontre de notre assertion; Surrey pouvait être allé passer, 
en vacances, quelques jours à la campagne chez son père. 

r ' So cruell prison howc côuld helide, alas! 
As proude Windsor? where I in lusl and joyc 



SÉJOUR DE LORD SURRK1 M' CHATEAl DE WINDSOR. 16"! 

avec un (ils de I\'»i, au milieu de fêtes plus grandes 
que n'en eurent à Troyc les fils de Priam. aujour- 
d'hui tous ces endroits naguères si doux ont une 
saveur pleine d'amertume. Je revois les larges pe- 
louses, où nous avions coutume d'errer, les yeux 



With a Kinges sonne m\ childisfa yeres dit] pass 
lu greater feasl than Priara's sonnes ofTroye; 
Whcre eche swete place raturas .1 taste fui] sowr : 
The larger geene courtes, where we werc wonl lo hove 
With eyes casl up into Ihe maydens tower 
And easj sighes suche as folke drawe in love; 
The stately seats; the ladies brighl ofbewc; 
The daunces shorte, long taies of grel delight 
With wordes and lokes thaï tygers could but rewe, 
Where eche of n> did pleade the others righl : 

The pâli play, where, ilispoylcd for the gaine, 

With dazed eyes ofl we by gleames oflove 
Bave misl the bail and gol sighl of our dam.'. 
To baite her eyes whiche kept the leads ahove; 
The gravell grounde, with sleves tyed on th i helra, 
On fomynge horse, with swordes and frendlye harle 
With chère as though one should another whelm, 
Where wc bave foughl and chased ofl with dartes; 
With silver droppes the meade yel spred for rutbe, 
In active games of nimblenes and strenglh 
Where we did straine, trayned with swarms of youlhe, 
Our tender lymmes, thaï yel shol up in length; 
The secrele groves which ofl we made resounde 
Ofpleasaunl playnl and ofour ladies prayse, 

Recordyng ofte whal grâce ech ic bad founde, 

What hope ofspede, whal dreade oflong délayes; 
The wilde foresl, the clothed holtes with grene, 
With rayns availed and swift y-breathed horse, 
With crye of bounds and merrj blasts betwene, 
Where we did chase the fearfuU harte of force; 
The voyd walles eke lhat harboured us eche nighl, 
Wherewith alas! reviveth in un bresl 
Tlie swet accorde, suche slepcs as yel delight, 
The pleasaunt dreames, the quiet bed of rest, 
The secrète thoughtes imparted with such trust, 
The wanton talke, the divers change of play, 
The frendship sworne, eche promise kept so jusl 
Wherewith we past the winter nightes away. 



108 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

levés vers la tour où habitaient les jeunes filles, et 
poussant des soupirs faciles, ainsi que le sont ceux 
des amoureux; je revois les majestueuses demeures; 
les daines au teint brillant, les danses courtes, et 
les longs entretiens si délicieux accompagnés de mots 
et de regards dont les tigres eux-mêmes auraient eu 
regret; alors chacun de nous plaidait la cause de 
l'autre. Voici le jeu de paume, où, après nous être 
dévêtus pour la partie, mais ayant notre vue éblouie 
par les rayons de l'amour, nous avons souvent 
manqué la balle; au lieu d'elle, nous cherchions à 
prendre le regard de notre dame qui se tenait en 
haut sur la terrasse afin de repaître ses yeux du 
spectacle. Voici l'arène ensablée où, portant à notre 
casque des manches prises à notre mie et montés 
sur des chevaux écumants, nous combattions à l'épée, 
avec des cœurs amis certes ! mais une mine farouche 
comme si l'un de nous devait tuer l'autre; là encore 
nous luttions au javelot. Voici la prairie; bien 
qu'elle fût encore semée de gouttes d'argent qui 
semblaient . demander grâce pour elle, nous nous y 
livrions activement à des jeux d'agilité et de force, 
et, nous exerçant avec des essaims de jeunes gens, 
nous entraînions nos corps délicats qui croissaient 
encore en taille. Voici les secrets bosquets que nous 
avons fait si souvent retentir de nos douces plaintes 
et de l'éloge de nos dames; nous rappelions sou- 
vent quelles faveurs chacun de nous avait obtenues, 
quel espoir nous avions d'une prompte réussite, 
quelle crainte de délais prolongés. Voici la forêt sau- 
vage et les collines vêtues de verdure, où courant à 
bride abattue sur des chevaux haletants, nous for- 
cions la biche craintive, au milieu des cris des 



SÉJOUR DE LORD SURRKY M CHATEAU DE WINDSOR. 169 

chiens qu'entrecoupaient de joyeuses sonneries do 

trompe. El voici enfin ces murailles aujourd'hui 
vides qui nous abritaient chaque nuit; leur vue, 
hélas! l'ait revivre en mon cœur le souvenir de 
notre doux accord, de ces sommeils tranquilles dont 
l'idée est encore délicieuse, de ces rêves plaisants, 
de ce paisible lit de repos, de nos pensées secrètes 
communiquées avec tant de confiance, de nos cau- 
series enjouées, de nos jeux si variés, de notre amitié 
jurée, de nos promesses si exactement tenues; c'est 
avec tout cela que nous venions à boul des longues 
nuits d'hiver. » 

^>ilà, dira-t-on, la description d'un genre de vie 
qui n'est pas celui d'enfants de onze et douze ans; 
et si vraiment ils ont vécu à Windsor de 1530 à 
1532 1 , il l'a ni admettre que Surrey a tracé de leur 
existence un tableau tout imaginaire. Celle obser- 
vation n'est juste qu'en ce qui touche les sentiments 
d'amour que le poêle s'est attribués à lui-même ainsi 
qu'à son compagnon; les Anglais s'éveillenl lard à 
celle passion et nous ne craignons pas de nous 
tromper en alïirmanl que les deux amis ne l'avaient 
pas encore ressentie quand ils quittèrent Windsor 
au commencement de l'automne de 1532. D'après 
nous, si Surrev, contrairement à la vérité, a fait 



1 II oe peut \ avoir de limite h cet égard, quoi qu'on eu ait dit. Les 
Lcllers and Papers de M' Gairdner perraeltenl de suivre la vie du din- 
de Richiuond à partir d'octobre 1532, et l'un vi.it qu'après cette date il 
ne vint à Windsor qu'une -cuir lois au mois d'avril 1534 pour tenir à la 
place du Roi un chapitre de la Jarretière (Anstis's Regislrum Gartcriï). 
Lord Herbert of Cherbun dans sou histoire (Life and raigne of Kinge 
Henri/ 17//, voirie passage sur la mort du duc de Richmond) avait exac- 
tement indiqué le moment du séjour du Dur à Windsor; il élail inutile de 
chercher ù corriger cet historien. 



170 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

intervenir l'amour dans sa description, c'est qu'il 
ne sut pas s'affranchir, au moment opportun, de 
l'habitude qu'avaient alors presque tous les poètes 
anglais d'en parler dans leurs vers — habitude que 
dans l'introduction à cette étude, nous avons notée 
comme étant la caractéristique de l'époque. 

Cette remarque faite, nous croyons que les deux 
amis se livrèrent exactement à tous les passetemps 
dépeints par Surrey; comme lous les jeunes Anglais 
des temps passé et présent, ils avaient été habitués 
aux exercices du corps, et ayant vécu jusqu'alors 
en plein air à la campagne, ils avaient dû acquérir, 
relativement à leur âge, une grande adresse et une 
grande vigueur. Nous le savons pertinemment pour 
le duc de Richmond grâce au témoignage de l'Am- 
bassadeur de France qui l'avail vu faire des armes 
au Morr' et nous pouvons le supposer pour lord 
Surrey qui lut plus tard un des jouteurs les plus 
renommés dans les tournois. Nous savons encore 
qu'à peine arrivés à Windsor les deux enfants 
commencèrent leurs jeux; car nous voyons clans 
le Livre des dépenses privées de Henry VIII que le 
C JI avril 155U, le lendemain du chapitre des che- 
valiers de la Jarretière, le Roi eut à payer à son 
fabricant de flèches une somme d'une livre {tour 
fournitures faites au duc de Richmond 2 . 

Tandis qu'ils séjournaient à Windsor, les deux amis 



1 Jean Joachin de Vaux à François l or , 2 avril 1550 (Bibliothèque na- 
tionale, iovu cilato) : d E me l'ha [il re] non solo mostralo, ma faftolo 
giocar' molti «ioclii d'arme c d'altro; è certo che per un puto de dieci 
anni egli è rarissima cosa. » 

- PrivypurseexpensesofHennj VIII from nov. 1529*6 rfec. 1552, edited 
b\ Nicholas H. Nicolas. 



SÉJOUR DP: LORD SDRRE\ A! CHATEAU DE WINDSOR. 171 

croissaient en âge, el c csl ainsi nue le eommence- 
menl de I.'»-"-.' vil s'accomplir la quatorzième année 
du comte de Surrey. C'était une date importante 
ilan> sa vie; il devenait nubile; peut-être lui-même 
n avait-il encore jamais songé au mariage, mais il 
(lui s'incliner devanl une volonté irrésistible. 

Pour mi homme aussi intéressé nue le due de 
Norfolk, le mariage <!<• ses enfants élail une sorte de 
transaction commerciale, donl il devait retirer un 
profil à la fois pécuniaire el politique; leur donner 
le moins d'argent possible el les établir dans des 
familles influentes el capables de l'assister lui-même, 
tel était l'objectit du Duc. Il lui fallait donc, d'une 
part, unir ses tilles à des seigneurs ayant une for- 
tune suffisante pour ne pas rechercher une grosse 
dot, et, (I autre pari, trouver pour ses lils des héri- 
tières indépendantes. Pour parvenir à ses lins, il 
se mit en campagne de bonne heure, el il se servi I 
• I un moyeu qui de im^ jours semblerait bien 
étrange : il acheta du [loi, auquel appartenaient de 
droit les tutelles de tous les orphelins du Royaume, 
celles de plusieurs enfants, héritiers de belles for- 
tunes et de grandes situations. Il faut dire qu'une 
tutelle conférait alors à relui qui en était chargé, 
non seulement la pleine jouissance des biens du 
pupille, mais le droit d'imposer à ce dernier tel ou 
tel mariage; si le pupille refusait d'obtempérer à 
l'injonction, il était condamné à paver au tuteur une 
forte amende, el s'il avail la prétention de se marier 
à sa seule guise, l'amende était double. On conçoil 
qu'en présence d'une pareille législation, les pupilles 
s'enhardissaient rarement à résister à la volonté de 
leur tuteur; el le due de Norfolk se servil avantageu- 



472 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

sèment (on va le voir) de l'autorité qu'il put acquérir 
à prix d'or sur plusieurs enfants. 

Dès 1525, tandis qu'il guerroyait en Ecosse, il 
s'adressait au cardinal Wolsey afin d'être admis à 
acheter du Roi la tutelle du jeune lord Mounteagle 1 
qu'il désirait — il n'en faisait pas mystère — ma- 
rier à une de ses filles 2 ; or l'aînée de celles-ci, lady 
Muriel Howard, pouvait avoir à peine achevé sa dixième 
année 3 . L'union projetée s'étant conclue dès que les 
deux parties eurent atteint l'âge légal (douze ans pour 
les filles et quatorze pour les garçons) \ le Duc recom- 
mença en 1526 une opération semblable dans l'in- 
térêt, cette fois, de son fils aine le comte de Surrey. 

Lord Marney 8 se mourait; or c'était un homme 



1 Thomas Stanley, 2° lord Mounteagle, fils de sir Edward Stanley qui 
avait été créé lord Mounteagle en 1514 pour sa belle conduite à Flodden : 
sir Edward Stanlev était lui-méine fils du premier comte de Derby. 

2 Le duc de Norfolk à Wolsey, 1 5 avril 1 523 (Record Office, Scottish Slalc 
l'apers, vol. II, n° 7). — « I beseech Your Grâce to be gode Lord unto 
me concernyng the office of the late lord Mounteagle and to move the 
King's Grâce that for my mony paying, as another wold, I myght bave 
the youug man to marry unto one of m y dogblers. 1 tbink bis londe 
shalbe little above ni' marks a yere, with wicb I wold be well contented, 
not myndyng to marry my doghters no hier. » 

3 Lady Muriel Howard devait être née en 1515; elle avait certainement 
plusieurs années quand le poète Skelton la vit vers 1520 à Sheriff Ilutton, 
autrement il ne lui eût pas dédié un couplet dans son « Garlandeoflauvell » 
(vers 878-891). 

4 La réalité de ce mariage ressort clairement de ce passage d'une lettre 
écrite le 50 juin 1528 par Jean du Bellay, alors Ambassadeur de France en 
Angleterre, au grand maître Aune de Montmorency (Bibliothèque nationale, 
Fonds français, 5078, fol. 45) : « Depuis mes lettres écrites ai été averti 
que, pour eslre mort souldain chez Monsieui le Légat (Wolsey) le frère 
du comte d'Erby et un gendre du duc de Norfolk, il (Wolsey) s'est desrobé. » 
Oui serait ce gendre du duc de Norfolk sinon lord Mounteagle? En 1528, 
ni l'une ni l'autre des deux autres filles du Duc n'était mariée. 

5 John, 2 e lord Marney n'a aucunement marqué dans l'histoire. Il avait 
succédé, en 1522, à son père Henry 1 er lord Marney qui avait été lord du 
Sceau Privé 



SÉJOUR DE LOUl) SURREY AL' CHATEAU DE WINDSOR. 175 

riche qui ne laissait que deux lilles mineures. Vite, 
sans attendre le décès du moribond, le Duc écrivit 
à Wolsey pour le prier de solliciter pour lui la pré- 
férence du Roi, dans le ras où celui-ci, devenu tuteur 
des deux jeunes ladies Marney, ^T;iit disposé à 
aliéner ses droits 1 . Henry VIII accueillit favorablement 
cette requête, el la tutelle de l'aînée des doux orphe- 
lines, lady Elisabeth Marney, lui vendue au Due 2 . 
En fait, ladj Elisabeth épousa le second Qls de son 
tuteur, lord Thomas Howard 3 , mais dans le principe 
elle avail certainement éié destinée à lord Surrey. 
L'intention du duc de Norfolk à cet égard ne peul 
être mise en doute; lui-mémo la déclarai! à l'Am- 
bassadeur impérial Chapuis durant cette soirée de 
décembre 1529 où — nous l'avons raconté — ■ il était 
en humeur de faire des confidences. « Il me dit », 
écrivait quelques jours après Chapuis à l'Empereur, 
« que le Roy, à la coustume d'icy, lu\ avoil vendu 
une bien riche damoyselle pour son ûlz*. Sur ce, 

1 Le du-- de Norfolk à Wolsey, 1 avril 1526 [Letters and Papers, vol. IV. 
n" I24t ) : (i Pleas il Youre Grâce to be advertised thaï worde is comyn to 
me thaï m\ lord Marne} is in suche hardecace thaf of liklyhode he shall no t 
escape. Wherefore mosl humbl} I beseche Your Grâce, if il shall fortune hyin 
lo départe out of tins life before my retourne (le Duc était alors à Ken 
ninghall), tohelp h\ youregood meanesthatifanyothers wold desireofthe 
Kingis Highnes to hâve therewle of suche tandis as shall corne lo His Grâce 
by reason of the none-age of his twoo doughters, thaï I mought hâve the 
préféraient thereof before anj other, considering thaï M i -> Highnes hathe 

promised i f his said doughters, whichematire eftsones most bum- 

lilv I beseche Your Grâce to hâve for me m your g I remembrance. » 

'- Le '26 mai 1526 [Letters and Papers, vol. IV, n 2205). 

r ' Le mariage se célébra en 1553; le contrat conservé à Norfolk House 
porte la date du 14 mai de cette année: mais il j avait eu fiançailles avec 
lord Thomas dès le courant de 1530; il existe au Record Office une dona- 
tion faite en vue du mariage et datée du 11 décembre 1530 [Patents 22 
Henry VIII, pari 2 Dd , membrane 10 th ). 

* Le contexte que nous avons cité plus haut (page 165) prouve bien qu'il 
s'agit ici du comte de Surrev et non de lord Thomas Howard. 



174 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE L\ COUR DE HENRY VIII. 

Sire, pour espier si pourrès appercevoer quelque 
chose du mariage dont avès escrit à Yostre Majesté, 
c'est à scavoir de la Princesse (Mary Tudor), je luy 
dis que son filz ne voudroit avoer lelz reprouches 
qu'il eust ascheté une famme, comme s'il ne pouvoit 
trouver de bien grandes maystresses qui l'asehetteroient 
luy-mesmes. A ce yl ne me respondit riens 1 , car 
nous arrivasmes sur la porto de mon lougis et yl 
falloit, quelque tard qu'il fust, qu'il allast encore 
jusques à son lougis plus de grosse demye lieue 2 . » 
Nous voyons par ce récit de Chapuis que vers la 
fin de 1529, bien que le duc de Norfolk déclarât 
toujours son intention de marier Lady Elizabelh 
Marney au comte de Surrey, il courait cependant 
un bruit d'après lequel ce dernier allait être appelé 
à conclure une alliance beaucoup plus haute, à 
épouser la propre fille du Roi. Ce bruit, recueilli 
par l'Ambassadeur impérial, n'était pas dépourvu de 
tout lbndement : Anne Boleyn, la nouvelle favorite 
de Henry VIII et la cousine germaine de Surrey, avait 
vraiment formé le dessein de marier celui-ci à la 
fille <le son amant. Désireuse de renverser du trône 
Catherine d'Aragon cl de s'y mettre en sa place, elle 
niellait loul en œuvre pour empêcher que le Roi, 



1 Le Duc venait tout récemment de faire une troisième opération sem- 
blable pour -a seconde fdle lady Catherine Howard: il avait obtenu du Roi 
la cession gratuite de la tutelle du comte de Derby ('21 février 1529 — 
Record Office, Patents 21 Henri/ VII [.part 2° J . membrane 25 lh ). Le ma- 
riage eut lieu peu de temps après, le 15 mai 1529, ainsi que le prouve 
mie note dans un manuscrit de la Bibliothèque bodléienne d'Oxford 
( Vshmole ms. n" 1115, fol. 50 b j ; celle note seulement intervertit les rôles : 

The l.V 1 ' ol' jnay was maryed th'erle ofSurrey's son (daughter) to tb'erle 
of Derby's doughter (son). » 

- Chapuis à l'Empereur, 9 décembre 1529. (Vienne, archives de la 
Burg, loco ciîato.) 



SÊJOI R [)E LORD SI \A'A.\ Al CIIATEA1 DE WINDSOR. 175 

revenant à la raison, ne se réconciliai avec >a femme 
et n'abandonnai l'idée du divorce, l'n jour Anne 
s'avisa (|ut' son triomphe futur ne pourrait plus être 
contrarié si elle réussissail à unir plusieurs de ses 
parents aux enfants du Roi; l'élévation des siens 
préparerait et assurerait la sienne. Dans cette pensée, 
elle imagina le double mariage de son cousin ger- 
main le comte de Surrey avec la fille de Henn VIII 
\larv Tudor, et de sa cousine germaine lady .Mary 
Howard, dernière fille du dm- de Norfolk, avec le 
bâtard du Roi le duc de Richmond. 

.Nous ne s, rions pas surpris ^i un jour, égaré 
par sou amour pour Anne, Henry s'était vraiment 
engagé envers elle à donner sa fille à lord Surrey 1 . 
Le monarque anglais n'élail pas avare de pro- 
messes: déjà, bien que --a fille fûl encore très 
jeune", il l'avait accordée, de par des traités, à 
une demi-douzaine de princes étrangers 3 ; el toutes 
ces stipulation- contradictoires ne paraissaient pa- 
le gêner. Pourquoi se serait-il l'ait scrupule d'accéder 
au \ieii de celle qu'il aimait? Mais, s'il promit, 
ce fut avec la réserve mentale qu'il ne tiendrai! 
pas. En effet, la princesse Mary était alors l'héri- 
tière de la couronne: celui qu'elle épouserai! acquer- 
rait, dan- une certaine mesure, des droits à la suc- 



1 Chapuis à l'Empereur, 8 octobre 1529 (Archives de In Burg, Rep. P, 
rase. c. 225, n 22) : L'un m'a envoyé tout maintenant de bon lieu dire 
que le Roy estoit tant aveuglé el abusé de cette dame (Anne Boleyn) que, 
à sa persuasimi. il estoit réduit de vouloir traicter I • mariage de la Prin 
cosse avec le til/ du iluc de Norforch -nn parent (d'Anne . 

- Elle était née en 1516. 

3 Au dauphin de France en 1518, au roi d'Espagne (le futur empereur 
Charles-Quint) en 1519, au roi d'Ecosse Jacques V en 1525, au roi île 
France François 1 ' en 1526, et enfin au due d'Orléans, second fils de ce 
dernier, en 1527. 



170 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

cession de Henry VIII; peut-être chercherait-il à 
les faire valoir du vivant même de son beau-père. 
Or une telle pensée révoltait Henry toujours soup- 
çonneux et fort jaloux de son autorité; lui qui ne 
se décida jamais à accepter tout de bon un Prince 
étranger pour gendre, dans la crainte de se susciter 
un compétiteur, ne pouvait à plus forte raison 
s'en choisir un dans son royaume dans la personne 
d'un représentant d'une famille puissante et tout 
à portée pour lui faire échec. 

Quoi qu'il en soit, l'espérance d'un mariage 
royal miroita pendant plusieurs mois aux yeux des 
Howards 1 ; et, comme à cette époque de même 
qu'aujourd'hui, il n'était pas extraordinaire qu'une 
princesse de la Maison d'Angleterre épousât un 
simple sujet 2 , le projet prit assez de corps pour 
que Chapuis demandât à l'Empereur qui était cousin 
germain de Mary Tudor et passait pour s'intéresser 
vivement à son avenir, quelle attitude il fallait 
tenir en face des efforts d'Anne. D'après l'Ambas- 
sadeur, le mariage de la princesse Mary avec 
lord Surrey serait plutôt favorable à Catherine 
d'Aragon ; car le duc de Norfolk abandonnerait 
aussitôt le parti de sa nièce et emploierait doré- 
navant toute son influence pour le profil de la 
mère de sa belle-fille. Il est vrai que le Duc, 
en homme avisé, ne paraissait pas souhaiter vive- 

1 Le 14 septembre 1550. Chapuis écrivait encore à l'Empereur : « Les 
autres disent que le Rov. désirant marier la Princesse en ce Royaulme, à 
scavoir au filz du duc de No-rphoc, vouloit estre quitte des promesses qu'il 
avoit faicles au Roy très chrestien pour le duc d'Orléans. » 

2 On venait d'en avoir une preuve dans le mariage de Mary Tudor, 
sieur de Henry Mil et veuve du roi de France Louis XII, avec le duc de 
Sufl'olL 



SEJODR DE LORD SURREY Aï CHATEAU DE WINDSOR. ITT 

ment une aussi haute fortune pour son (ils; mais 
Chapuis, qui ne doutait jamais du succès de ses 
combinaisons, saurait bien décider le Duc : « Je 
lui ferai . disait-il dans son langage pittoresque, 
« engorger le mariage de la Princesse 1 . » 

L'Empereur répondit-il à la suggestion de son 
Ambassadeur? S'il le lit 2 , il perdit sa peine : car 
toul d'un coup, peut-être paire qu'elle fut informée 
de> conceptions de Chapuis, Anne changea ses 
batteries; au lieu de pousser encore au mariage 
de lord Surrej avec Mary, elle exigea que celui-ci 
épousai le plus tôt possible une autre femme. Le 
duc de Norfolk se plia à cette exigence de sa 
nièce, et dès le mois d'octobre 1530 il avait 
arrangé une union entre son (ils et lady Frances 
de Vere, lille du comte d'Oxford, Grand Cham- 
bellan héréditaire 3 . Certes la famille de Vere, une 
des plus anciennes du Royaume, était riche et 
puissante; pourtant n'eût été Anne Boleyn qui lui 
désignail impérieusement lady Fiances, jamais le 

1 Chapuis à l'Empereur, 13 décembre 1529 (Vienne, archives de la 
Burg, Rep, P, fasc. c. 227 n 50) : — Aussj me sembloit-il que pour 
gaignerle duc de Norphoc (à la causede Catherine d'Aragon), il seroil bon 
et propice que de moy-mesmesje lui feisse engorger le mariaige de la 
Princesse pour son filz; do quo} pourrès prendre occasion sur le bruyl 
qui en court communément par icy, el lui pourrès remonstrer les commo- 
dités qu'il en auroit pluslosl d'un cousté que d'autre, qui sont assez évi- 
dentes. 

8 Ce dont nous doutons; voir au chapitre n ce qu'il répondit à son 
Ambassadeur à Rome à l'occasion d'une suggestion semblable. 

•"John de Vere, 15 e comte d'Oxford, avail succédée son cousin en 1526 
Voici ce que disait de lui en l.V.I l'Ambassadeur Vénitien Lodovico 
Falien (Alberi, Relazioni degli Ambasciaton Veniti, série prima) : 
guita il Gran Ciamberlano, che è l'illuslrissimo conte de Voofl'oi t, capitano 
dell'isola (nous ne savons quelle charge Falien indique par ces mots), 
uoino valoroso e di autorità, con entrata di ducati venticinque mila, solito 
sempre di cavalcare con dugento cavatli. 



178 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY Vlll. 

duc de Norfolk n'aurait accepté cette dernière comme 
bru. Il nourrissait eu effet des sentiments un peu 
amers contre le comte d'Oxford, avec lequel il avait 
eu jadis des difficultés assez graves 1 ; il le savait 
avide et intéressé cl ne pouvait s'empêcher de 
craindre que la dot promise par un tel homme ne 
fui pas régulièrement payée. En outre, lad\ Frances 
n'avait aucune intelligence 2 ; elle était timide, non- 
chalante, et en somme ne répondait nullement aux 
aspirations du duc de Norfolk qui désirait que ses 
belles-filles aidassent leurs maris dans la vie. 
Aii^si déclarait-il tout haut « qu'en d'autres cir- 
constances il n'eût point donné pour femme à son 
lils lady Fiances de Vere, même si elle avait eu 
en dot trente mille écus de plus" ». 

Mais devant la volonté d'Anne il fallait s'incliner; 
avant un mois, on eut donc conclu des fiançailles 
et le mariage se célébra aussitôt que les quatorze 
ans du liancé furent accomplis. 

D'après les termes du contrat de mariage dressé 
le 15 février 1552 4 , la dot de lad\ Fiances était de 



1 Au sujel tlu règlement de la situation de lady A.nne Howard, sœur 
i!n duc di' Norfolk cl veuve du 11" comte d'Oxford, voir miss Everet 
Wood's Lellers of royal and illustrions ladies vol. Il, lettres 5 et 6. 

- Plus tard le |> écepteur de ses enfants la traitait irrévérencieusement 
île « dinde » (alba gallina). Voir la lettre adressée par Junius lladiiauus 
au marquis t\r Dorset le '2 janvier 1546 [Junii Hadriani epistolw. — Mar- 
chioni Anglo) et dans laquelle il décrit l'ennui qu'il éprouve à kenning- 
hall. 

3 Chapuis ii l'Empereur, 51 octobre 1530 (Vienne, Archives de la Burg. 
Hep. P. fasc. c. "i L 2(i, n" 14) : — « Ledicl Duc me dit aussy que pour esviler 
la suspicion du inonde qui pense qu'il taschc à la Princesse pour son fil/., 
qu'il le manient (fiancera) avant ung moys à femme que sans ladicle 
occasion et considération ne luv eusl voulu donner pour XX\ m escus da- 
vantage qu'elle n'a. n 

* L'original de l'acte est ;i Londres. Ii Norfolk llouse. 



SEJOUB DE LOMJ SURREÏ Al CHATEA1 DE WINDSOR. 170 

quatre mille marcs (plus de 2500 livres), somme 
fort considérable pour l'époque el qui notammenl 
dépassail de beaucoup le chiffre de l'apporl fail 
naguère par la duchesse de Norfolk à son mari; 
mais il laui remarquer que le comte d'Oxford 
stipulait de longs termes pour le payement de 
( ' ,,|I,É dot, ce qui laissait des doutes sur sa réalité. 
De son côté, le due de Norfolk donnait à son fils 
quelques manoirs dont le revenu fui évalué à trois 
n ' nls livres 1 el qui lurent affectés au douaire de 
la future épouse pour le cas de prédécès du mari 2 . 
Entre ces stipulations, colles qui avaient trait 
à des biens fonciers furenl incontinent soumises 
au Parlement, nous ne -avons pas exactemenl pour 
quel motif; bientôt approuvées par lui 3 , elles reçu- 
rent sans retard l'assentiment du Roi*. En l'espace 
d'un mois, toutes ces formalités furenl remplies, 
et le mariage se célébra aussitôt après 8 . Nous ne 



1 L'usufruit seul de ces biens fut, selon l'usage d'alors, donné aux 
époux, qui, par suite, ne pouvaient aliéner; la nue propriété restai! entre 
les mains de dix-sept fidéicommissaires énumérés dans le contrai de 
mariage. Cette disposition devint caduque en 1535 par suite de la pro- 
mulgation d'une loi nouvelle sur les usufruits [de usibus); .n vertu de 
cette loi, la propriété fiduciaire fut abolie et les usufruitiers acquirent ipso 
facto la pleine propriété (Statute Buok, 11 Beorj VIII, c. 10). 

s D'après l'inventaire dressé en 1 52 i à la mort du premier duc de 
Norfolk, les manoirs donnés à Surrey devaient rapporter davantage 

r> Statute Booh, 25 Henry VIII, c. 29. 

* Lords' Journal, anno 23"° Henrici VIII. 

s le l(j avril 1552, dans une lettre à l'Empereur (Archives de la Burg. 
Hep. P, fasc. c. 227, n° 16). Chapuis parle du mariage connue dune 
chose déjà ancienne : « J'ay r\ devant escripl à Vostre Majesté comme Je 
duc de Norphoc m'avoit plusieurs foys dit qu'il vouloil bienlosl marier 
son filz pour osier la sospicion du monde qu'il ne voulsist lascher à la 
Princesse. 11 a ces jours comply la promesse; et fault bien qu'il avl ce 
fait pour ladicle ou autre urgente cause; car le lîlz ne sera encoures 
habile à marriage de troys ans et la fille n'est de grands biens ne grands 



180 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUK DE HENRY VIII. 

savons où il eut lieu; mais il est certain qu'après 
la cérémonie Surrey retourna immédiatement à 
Windsor, car il avait été convenu entre les deux 
pores que les époux ne se réuniraient pour mener 
la vie commune qu'au bout de trois années. CVsl 
grâce à cette disposition que Surrey. resté le com- 
pagnon du duc de Richmond, fut mêlé aux événe- 
ments qui allaient se dérouler en France. 



alliance. Lon m'a donné à entendre que la dame Anne a esté celle qui a 
sollicité cl contraint le dict Duc à ce fère, doublant qu'il ne taschast à 
ladicté Princesse et par ce moyen et du crédit qu'il a desjà qu'il ne la 
déchaussast. » Se laissant aller à son penchant, Ghapuis, on le voit, empire 
la situation de larlv Franccs. 



CHAPITRE IV 

Séjour de lord Surrey en France. 



Nous avons «lit, en racontant lu vie de lord 
Rochford, que, dans le cours de l'automne de 1552, 
Henry VIII eul avec François I er une entrevue <\r 
sept jours doni la première moitié se passa à Bou- 
logne sur territoire français, el la seconde à Calais 
sur territoire anglais. Le duc de Richmond fut, en 
cette occasion, emmené par son père; el comme 
de raison, le comte de Surrey suivit son compa- 
gnon. Tous deux débarquèrent à Calais, en même 
temps que Henry, le I I octobre; c'était la pre- 
mière fois que les jeunes Lords posaient le pied 
sur le continent. 

(lomme, d'après les arrangements convenus d'avance, 
les tils du roi de France ne devaient pas venir avec 
leur père à Calais, il était juste que le bâtard du 
roi d'Angleterre ne fût pas du voyage de Boulogne. 
11 demeura donc à Calais avec Anne Boleyn cl les 
dames anglaises 1 . Le comte de Surrey, an con- 

1 L'Ambassadeur vénitien auprès île Henn VIII. Carlo Capello, dit <lan> 
une de ses dépèches à la Seigneurie que le duc de Richmond -unit x'ii 
père à Boulogne (Venise, Palazzo Ducale, Sanuto Diarii, vol. LV1I, 
page I l'2 b ); mais Capello ne parlait pas de visu, étant resté en Angleterre 



182 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII- 

traire, abandonnant pour quelques jours son com- 
pagnon d'éducation, suivit Henry VIII à Boulogne 
le '21 octobre, et il fut certainement présent à la 
cérémonie qui eut lieu dans la matinée du 25, 
quand son père le duc de Norfolk reçut de Fran- 
çois I er le collier de l'ordre de Saint-Michel 1 . 

Ce même jour les deux Uois se mirent ensemble 
en route pour Calais; et c'est à deux milles de 
cette ville qu'ils trouvèrent le duc de Hichmond 
venu à leur rencontre. Des fêtes eurent lieu à 
Calais durant trois jours, mais il est douteux que 
lord Surrey ait pu y prendre part, car il fut 
attaqué à ce moment par une lièvre paludéenne 2 . 

Le 29 octobre, l'entrevue se termina; et Fran- 
çois I er , quittant Calais, rentra en France; Henry YJ1I, 
au contraire, ne retourna pas immédiatement dans 
son Royaume; le mauvais temps qui régnait sur mer 
l'empêcha de s'embarquer avant le 15 du mois 
suivant. Son fils bâtard n'avait pas attendu cette 
date pour se séparer de lui; il était parti l'avant- 
veille, en compagnie de Surrey, se rendant à la 
Cour de France conformément à des arrangements 
qui venaient d'être pris entre les deux Mois. En 

durant tout le temps de l'entrevue. La même erreur touchant le duc de 
Richmond se trouve dans la relation publiée par Camusat (Meslanges his- 
toriques, page 106). Les auteurs anglais, au contraire, s'accordent tous 
pour laisser le Duc à Calais; voir notamment : The maner of Ihe triumph 
ut Calluis and Boulogn, printed hv Wynkeu de Worde, nov. 1532 (repro- 
duit par Edward Arber dans le recueil Enulish Garner, vol. II). 

1 Hall's Chroniclc. 

2 Voici ce qu'écrivait quelques jours après un mentor donné au 
duc de Richmond et au comte de Surrey (Richard Tate à Cromwell, 
11 décemhre 155 k 2. British Muséum, Cotton ms. Galig. E. 1. loi. 47) : — 
« My Lorde of Surrey which had a spece of an agews hefore hys departing 
from Calleys, bis seid seckness somewlial lias put him in remembrance 
sith his comyng fourth, but as I verry well trust, the worslr is pasl. » 



SÉJOI H DE LORD SURItEY EU I RANCE. 185 

effet, Henry VIII avail demandé à François I r de 
vouloir bien recevoir à si Cour le Ain- de Richmond, 
afin que celui-ci s'y formai aux belles manières donl 
l'Angleterre n'étail pas alors une bien bonne école; 
el François, accédant au vœu de son allié, avail 
promis de garder le Due auprès de lui el de veiller 
;i sou éducation mondaine. 

Au sortir de Calais, les deux jeunes Lords, qu'accom- 
pagnaienl seulement un aumônier el quelques ser- 
viteurs 1 , gagnèrenl directement Chantilly, où Fran- 
çois [" s'étail arrêté chez le grand maître de s;i 
maison, Anne de Montmorency. La venue de ces 
deux Lords avail été signalée; car partout sur le 
chemin ils furent traités avec des égards peu ordi- 
naires; à chaque relais, racontait quelques jours 
après leur aumônier, « ils recevaient des cadeaux 
de vins avec autres gentilles offres ' ». 

L'accueil, à Chantilly, fui encore plus cordial; 
François I" embrassa affectueusement le duc de 
Richmond : « C'est un quatrième lils qui m'ar- 
rive », dit-il; et le présentant au Dauphin et à 
ses deux autres fils 3 , il déclara que le jeune Duc 
anglais serait dorénavant logé avec eux et traité 



1 Le duc de Richmond à un prieur de monastère, lu oovembre 1552 
(Record Office, Letters andPapers, vol V, n" 1529) : — « Il is the pleasure 
of th.' King's Highness that ! v.iih ;i smal] number ol mj servaunts to- 
morrow shall repair from hence into the parties of Ffraunce, there to 
demore during his gracions pleasure. » 

- Richard Tate à Cromwell, II décembre 1532 (loco citalo) : — « M\ 
lorde of Richemond and inv lorde of Surrey in ail their journey toward 
the Frenche Courte have benc very well welcomed and in ail places 
hâve had présents of wynes with other genteU offres. » 

5 Les fils de François 1 er étaient : François, dauphin de France, né le 
28 lévrier IMS; Henri, duc d'Orléans, né le 51 mars 1519; et Charles, 
duc d'Angoulême, ne le 22 janvier 1522. 



184 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENKY VIII. 

à leur égal 1 . Cette promesse fut scrupuleusement 
exécutée; le Duc, au retour de la Cour à Paris, 
fut installé au Palais dans l'appartement du Dau- 
phin, et il vécut durant tout l'hiver en commun 
avec les enfants de France. Lord Surrey bénéficia 
de l'accueil fait à son compagnon; il fut « nourri », 
lui aussi, avec les fils de François 1 er -. 

Entre ces cinq jeunes gens vivant ainsi cote à 
côte, la confiance et même l'amitié semblent être 
vite venues. Nous n'avons, il est vrai, de la part 
des deux Lords aucun témoignage à cet égard; mais 
nous savons, par contre, que les Princes français 
conservèrent longtemps un excellent souvenir de 
leurs compagnons. Ainsi, en 1540, le duc d'Or- 
léans (devenu alors Dauphin par suite du décès de 
son frère aîné) et le duc d'Angoulème (devenu duc 
d'Orléans par suite du même événement) ayant 
noué un jour conversation avec l'Ambassadeur 
d'Angleterre, parlèrent en termes émus de la mort 
prématurée du duc de Richmond, survenue il y 
avait déjà plus de quatre ans; puis, s'enquérant 
du comte de Surrey, ils firent l'éloge de son intel- 



1 Tate à Oomwell, 11 décembre 1552 (loco citato) : — « At our arryvail 
at the Courte, which was at a howse of (lie Greate Maister cauled Chantely, 
the King at the furst raeting of my Lorde embracing hym inade hym grete 
chère, saing that lie thought hymselve nowe to hâve IlII sonnes and 
extimed hym no lesse. And likewise the Daulphin and his two hrethren, 
with ail other noblemen after, embraced my Lorde, and (he) was taken 
and brought to the King's pryvey chamher, the King s;iing unlo hym that 
lie shoulde alwayes he there.... So that nowe, syns the King's coininyng to 
Parys, my Lorde hath lodging l'or hymselfe in the Daulphin's owne lodging 
and dinelli and souppeth daily with the Daulphin and his hrethren. » 

- Le grand maître Montmorency à l'évèque d'Auxerre, Ambassadeur à 
Rome, 8 décembre 1552 (Bibliothèque nationale, Fonds Dupuy, 547. 
loi. 172) : — « Le roy d'Angleterre a envoyé ycy (à Paris) son filz bastard 
et le filz de M. de Norfort qui sont nourriz avec les enffans du Roy. » 



SÉJOUR DE LORD SURREY K.N FRANCE. [85 

ligence, de son caractère réfléchi 1 , et aussi de 
ses connaissances variées*. François I er lui-même 
conçu! pour le jeune Comte une sympathie réelle, 
el il en donna publiquement une preuve écla- 
tante quand ce dernier fut tombé dans l'adver- 
sité; en 1546, lorsque l'Ambassadeur d'Angleterre 
Nicholas Wolton vint annoncer à François que le 
Comte allait passer en jugemenl pour cause de tra- 
hison, ce Roi parut surpris et répondil à la com- 
munication de l'Ambassadeur, en lui demandant 
d'un air sceptique si les chefs d'accusation étaient 
bien fondés*; le souvenir que le Roi avait gardé 
du Comte s'accordail mal, en effet, avec l'idée que 
celui-ci venait de commettre un crime °rave. 

Appartenant désormais à la maison du roi de 
France, les deux jeunes Anglais devaient le suivre 



1 Cesl un fait curieux qu'on ait pu considérer Surrej comme un homme 
< ; ''""' el réfléchi; peut-être cependanl paraissait-il le] en comparaison 
avec ses compagnons. Le Dauphin, il esl vrai, était u froid, tempéré et 
pose i (Brantôme, Vies des hommes illustres et grands capitaines fran- 
çais. Discours XLYI), mais -es deus frères étaient « prompts el bouil- 
lants » {Ibidem). Quanl au duc de Richmond, voici ce que nous lisons 
dans le récit de (a rie d'un de ses pages qui t'avail suivi en Frace [The 
legend of sir Nicholas Trockmorlon, edited by John Gough Nichols) : 

A brolher fourlh and far from hope of land, 

By parent's liest I served as a page 

Tn Richmond's Duke and waited still al hand 

Forfeare ofblowes thaï happ'ned in his rage. 

In France wilh him I lived mosl careleslv 

And learned the longue, though nothing readily. 
- Sir John Wallopà Henry VIII, 24 décembre 1540 (Henry VIII State 
Papers, vol. VIII, u< 649) : - a Ile (le dauphin Henri) began to speke of 
nn Lorde of Richemond lamenting his death greatly, and so did 
M. d Orléans likewise; they both then asking for my Lorde of Surrey 
givmg great praise unto hym as well for his wisdom and soberness as also 
good learning. d 

3 Nicholas Wotton à Henry VIII, 24 décembre 154(3. (Henri, VIII. State 
Papers, vol. XI. o° 1462.) 



186 ItEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

dans ses déplacements. C'est ainsi qu'ils se ren- 
dirent avec lui à Fontainebleau, où ils tirent un 
assez long séjour. Là eut lieu le 25 avril 1555, 
à l'occasion de la fête de Saint George, patron de 
l'ordre de la Jarretière 1 , une cérémonie dans laquelle 
le duc de Richmond remplit un rôle important : 
entre tous les chevaliers de l'Ordre ayant été régu- 
lièrement intronisés à Windsor, il était le seul avec 
François I er qui fût alors présent en France, et en 
celte qualité il assista ce Roi qui remettait leurs 
insignes au grand maître Montmorency et au grand 
amiral Chabot de Brion, les deux Français que 
Henry VIII avait désignés l'automne précédent à 
Calais pour faire partie de son Ordre 2 . 

Le lendemain même de celle cérémonie, la Cour 
entreprit un long voyage; il s'agissait de gagner 
la Provence où François I er devait se rencontrer 
avec le pape Clément VII au mois de juillet sui- 
vant. On voit que François n'était pas pressé par 
le temps; mais il s'était à dessein mis en roule 
de bonne heure, afin de pouvoir s'arrêter dans 
toutes les localités importantes situées sur le che- 
min et de se rendre compte sur place de l'étal du 
pays. H n'avançait donc qu'à petites journées; néan- 
moins il était déjà parvenu à Lyon à In mi-mai, 



1 François I "' avait été nommé chevalier de la Jarretière le 21 oc- 
tobre 1527. 

- Marino Giustiniani, Ambassadeur de Venise, à la Seigneurie, 
22 avril 15Ô5 (Venise, Palais Ducal, Sanulo Diarii, vol. LV11I, page 02) : 
- « Eri arriva à questa Corte un araldo di Anglia a portai' li habiti del 
ordine che quella Maestà dette a lo illustrissimo gran maestro et al armi- 
raio a Bologna di Pichardia a lo abochamento fu fato; la quai festa questa 
Maestà célébrera con gran ceriiuonie, e intervenira il signor duca di Rize- 
mont tiol natural del lie anglico, quai lia il medesimo ordine, » 



SÉJOUR DE LORD SI WMA I..N FRANCE. 187 

quand il recul du Pape une requête tendanl à ce que 
I entrevue lût renvoyée à l'automne. François agréa la 
demande de Clémenl VII et, mettant à profit ce nou- 
veau délai, il décida d'aller visiter ses provinces d'Au- 
vergne cl de Languedoc. La Cour alors se divisa; 
tandis que François, en quittant Lyon, se dirigeait 
vers le centre de son Royaume, la reine Éléonorej 
accompagnée de ses trois beaux-fils, se rendit dans le 
Midi, à Nîmes, où elle lii une entrée triomphale. Dans 
ce partage, les doux Lords suivirent François l". 

A ce moment arrivait d'Angleterre le père de lord 
Surrey, le duc de Norfolk, que Henry VIII, nous 
lavons raconté, avait désigné comme Ambassadeur 
extraordinaire pour le représenter à l'entrevue; le duc 
rejoignit la Cour do France à Riom le 10 juillet. Au 
dovanl do lui, pour lui faire honneur ot lui servir 
d'escorte, le Roi avait envoyé les quatre plus grands 
d entre les seigneurs qui l'avaienl suivi en Auvergne, 
à savoir : le duc de Vendôme 1 et son frère le coude de 
Saint-Pol 2 , le duc de Nevers 3 et le duc d'Albany*. 
Comme de raison, le comte de Surrey et le duc de 
Richmond s'étaient joints à ces seigneurs; seulement, 
n'étant pas tenus comme eux par un cérémonial 
fixé d'avance, ils ne ^'arrêtèrent pas quand ils 
se trouvèrent à un mille de Riom, mais pour- 
suivirent dans la direction d'Aigueperse jusqu'au 

1 Charles de Bourbon, duc de Vendôme, pair de France. 
- François de Bourbon, comte de Saint-Paul, épousa l'année suivante 
Mlle d'Estouleville cl fut, à cette occasion, créé duc d'Estouteville. 

3 François de Clèves, d'abord comte, puis en 1528 duc de Nevers, pair 
de France. 

4 Jean Stuart, duc d'Albany, de ta Maison royale d'Ecosse, était, par 
suite de son mariage avec la fille du dernier comte d'Auvergne, le person- 
nage le plus influent de celle province. 



188 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

moment où ils rencontrèrent le due de Norfolk 1 . 

Accompagné de cet imposant cortège, le Duc se 
rendit aussitôt auprès du Roi, avec lequel il eut ce 
même jour un premier entretien de deux heures. 
Durant les quatre jours qui suivirent, tous deux 
furent souvent ensemble et discutèrent longue- 
ment : François, toujours affable, se montrait 
plein de prévenance, mais il refusa péremptoire- 
ment de renoncer à son entrevue avec le Saint- 
Père, ainsi que le désirait Henry VIII. 

Cependant le moment était venu de partir pour 
Toulouse, où François avait donné rendez-vous ;i 
la reine Fléonore pour les derniers jours du mois. 
Or il ne voulait pas être suivi par le duc de Nor- 
folk, dont les instances le fatiguaient; il déclara 
donc à celui-ci qu'un voyage en Languedoc par 
les grosses chaleurs de l'été serait particulièrement 
pénible et dangereux pour un homme qui souffrait 
de la fièvre, et qu'en conséquence, il ferait mieux 
de gagner Lyon, ville d'un climat tempéré, où il 
pourrait attendre tranquillement le moment de 
l'entrevue" 2 . Surrey, tout aussi bien que son père, 
était sujet aux fièvres; il eût donc été tout naturel 
qu'il accompagnât ce dernier à Lyon. Il n'en fut rien 



1 Robert Aldrydge à Cromwell, 15 juillet 1553 (British Muséum, Cotton 
ms., Calig. E. I. II. lit, fol. 105) : — « Abowlh a myle and di. without th 
towne niete with livin (the duke of Norfolk) the duke ofRichmond and 
m\ lorde of Surrev ; wythyn (half?) a myle aller mete with hym the Dukes 
of Al ban y ami Yandom and comité Saynl Poule, and so brought hym into 
the towne where he dyned with duke d'Albany. After dynner went to yc 
King and there abood abowth two hours. » — Cf. sir William Paulet à 
Cromwell, 15 juillet 1533. [Hem-y VIII Siate Papas, vol. III, n° 568.) 

2 François I er à Jean de Dinteville, son Ambassadeur à Londres, 15 juil- 
let 1533 (Bibliothèque nationale, Fonds Dupuy, n° 547, fol. 250) : — « Je 
vous adveiïis qu'il y a quatre ou cinq jours que Monsieur le duc de Norffolz 



SFJOIR DE LORD SORREY EN FRANCE. 189 

cependant; on lit ce raisonnement plaisant qu'ayanl 
passé l'hiver et le printemps dans le aord el le 
centre de la France, il devait s'être aguerri contre 
les chaleurs qui en été sévissenl dans le Midi, 
el, en conséquence, il resta, ainsi que lr due de 
Richmond, dans lr cortège de François l' M . 

Il n'esl pas douteux que ci' li<»i n'ait voulu se 
débarrasser à toute force de la présence du due de 
Norfolk; mais le prétexte employé pour éloigner 
celui-ci n'était pas sans valeur. Cette année-là, la 
chaleur fui excessive dans le Languedoc; nous le 
vivons par un homme qui pouvait se prononcer à 
cet égard en connaissance do cause, par l'Ambassa- 
deur vénitien qui suivait François dans son voyage*. 

El suis aucun doute, Surrev soutînt des rigueurs 
• le la saison; car ayanl plus tard à mentionner la 
France dans une pièce de vers, il en lit un pays ■< où 

est avec moj rous advisanl que j'a\ esté tant ayse de si venue il. 'vers 

uooj que plus ne pourroys estre; ••! pour autant qu'il m'ennuyroil mer 
veilleusemenl de le veoir travailler de sorte que sa personne en peusl pis 
valloir, actendu mesmemenl la malladie qu'il a eue par cy devant, j';i\ esté 
rt advis qu'il s'en aille à Lyon pour là demourer jusques ace que j'ave 
faici mon voyage à Thoulouse. Kl à mon retour, il me pourra venir trouver 
en Avignon pour s'en venir à Nice à ladicte vcue. » 

' Mémoire pour le faict il' mire le Pape et le Un, d'Angleterre duquel 
le Roy [de France) s'estoil entremis (Bibliothèque nationale, Fonds Dupuy, 
mi|. XWIII.inl. ,vj el suiv.): — - Après plusieurs propozel quelques journées 
qu'ils eurent esté ensemble, sembla audict Seigneur (roi de France) pour 
I incommodité qu'eussenl eu lesdicts sieurs (l'Ambassade extraordinaire 
d'Angleterre) qui estoyent venuz à grans journées et de pays loingtain *\w 
leur meilleur seroyt, avant mesmement que s'enfoncer el descendre en 
pays dr Languedoc qui est pays fort chaull cl à eux non accoustumé, vu 
aussi que leurs gens ci chevaulx commencoyenl forl a se lasser, le meil- 
leur seroyl qu'ils laissassent aulcuns d'eulx des plus familiers de nostre 
Court avec les Ambassadeurs (ordinaires) vers le Roy ci qu'eulx irovent 
reprendre le chemin de Lyon, i) 

- Relation de Marin Giustinian à la Seigneurie sur sou Ambassade en 
France (Alberi, Relazioni degli Ambasciatori Veneli, yol. II) : — «Andassimo 
in Avergna eLinguedoca per quelli eceessivi caldi. » 



190 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

la flamme brûlante du soleil ravage toutes choses 1 ». 

Sauf cette saillie d'humeur, on ne trouve, clans 
tout l'œuvre encore existant du poète, pas un seul mol 
sur la France; çà et là nous rencontrons quelques 
gallicismes qui nous font penser à son séjour auprès 
de François \ eri , mais pas une appréciation, pas une 
remarque. Ce silence est à regretter; car un esprit 
aussi vif et aussi ouvert que celui de Surrey dut 
concevoir bien des idées nouvelles à la vue d'un pays 
dont les usages et les goûts différaient beaucoup de 
ceux qui étaient alors en honneur en Angleterre. 

.Mais, quelles qu'aient été les pensées que son 
voyage en France ait fait germer chez notre poète, 
il esl bien certain que son imagination ne put 
soupçonner le projet qui en ce moment môme se 
tramait à Rome à son sujet. Le Souverain Pontife, 
irrité de la sentence que Henry VIII venait de 
faire rendre par l'archevêque de Canterbury pour 
annuler son mariage avec Catherine d'Aragon, cher- 
chait par tous les moyens possibles à réduire ce 
Prince à se soumettre au Saint-Siège; non seule- 
ment donc Clément VII se préparait à casser la 
sentence dictée par Henry et à sommer celui-ci, 
avec menace d'excommunication, de se séparer au 



1 And now tliough on the sunne I drive 
YVhose fervent dame ail thinges decaies.... 
(Œuvres de Lord Surrey : Si/ns fortunes wrath, etc.) 

- Par exemple, dans sa pièce sur le duc de Richmond écrite en 1557, 
nous relevons ces loculions : With rayns availed, the palme play, the 
swete accorde, etc., qui sont à peine anglaises et qui correspondent, au 
contraire, au français de cette époque : A resnes avallées, jeu de paulme, 
doux accord. Dans une autre pièce composée en 1543 [The storms are 
pa.st, etc.), il lui arrive de se servir d'un juron français : 

Of liugring doutes such hope is sprong, pardie! 
That nought 1 find displeasaunt in my siglit. 



SEJOUR DE LORD SURREY EN FRANCK. I'.»l 

plus vite d'Anne Boleyn; il songeait aussi à fomenter 
des troubles en Angleterre, et dans ce but voulant 
gagner les Howards, il avait repris le projet, prôné 
jadis par Chapuis, «le marier le comte de Surrey 
avec Mar\ Tudor. A la vérité, le Comte était l'époux 
d'une autre femme, niais son union avec elle 
n'avail pas été librement contractée; H puis le 
mariage n'avait eu lieu <|iie par paroles de futur 
et ne s'était pas consommé; on pouvait donc le 
considérer comme ne liant pas définitivement Surrey. 
L'Ambassadeur impérial à Rome fui chargé par 
le Pape de soumettre ce plan à Charles-Quint 1 , 
mais ce dernier, auquel les difficultés d'exécution 
ne pouvaient échapper, goûta peu la proposition 
de Clément VII. •< Que le Saint-Siège, répondit-il 
à son Ambassadeur, commence d'abord par tran- 
cher en faveur «le Catherine d'Aragon, l'instance 
en nullité de mariage qu'a intentée contre elle 
lleiir\ MU; puis nous aviserons à ce qu'il con- 
viendra de faire pour ma cousine Mary; quant 
au comte de Surrey, il n'a qu'à ne pas consommer 
son union avec lady l'rances de Yere, el ainsi il 
sera toujours, le cas échéant, en mesure d'épouser 
la Princesse'. - On le voit, tout cm n'encourageant 
pas la suggestion du Saint-Père, Charles-Quint ne 

1 Le comte do Cyfuentes à l'Empereur, .'> juillet 1553 (British Muséum, 
Addit. ms. 28, 585, Fol. 509): — «Tambien le dixoelPapa, sivernia Vostra 
Magestad encasar ;i la princesa 'le Inglaterra cou el duque de Norfolch 
(l'Ambassadeur veut dire le comte de Surrey, ainsi que le prouve la suite), 
porque, aunque esta desposado en fnglaterra, lo lii/o por miedo y por 
palabras de futuro, y podria no haver lugar. » 

- « Mo quiere Su Magestad entremeterse en esto,basta que se vea lajus- 
ticia de la causa : y entretanto, pues fueron las palabras de futuro, podra 
entretener. » Ces observations de l'Empereur sont consignées en marge delà 
dépêche précitée de Cyfuentes (British Muséum, Addit. ms. loco citato). 



192 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUK DE HENRY VIII. 

la rejetait cependant pas encore d'une manière 
absolue; ce ne fut qu'au bout de quelques jours, 
qu'ayant examiné plus attentivement les circon- 
stances, il se prononça nettement : « Le mariage 
mis en avant par le Pape ne saurait se faire avec 
avantage; il produirait mauvais effet sur l'opinion 
publique en Angleterre et nuirait par là même à 
la cause de la Heine ma tante 1 . » N'étant pas appuyé 
par Charles-Quint, Clément VU ne pouvait songer 
à donner suite à son projet, et il paraît n'en plus 
avoir parlé à l'Ambassadeur impérial 2 . 

Cependant le voyage de François I er se poursui- 
vait. Après avoir visité le Puy, il avait gagné Rodez. 
Là, il fut inopinément rejoint par un des mem- 
bres de l'Ambassade du duc de Norfolk, sir Francis 
Bryan, qui venait pour se plaindre d'un prétendu 
manque de foi du Saint-Père; celui-ci, qui s'était, 
disait Bryan, engagé à suspendre jusqu'après son 
entrevue avec François I er toute procédure contre 
Henry VIII, avait néanmoins le 11 juillet cassé la 
sentence rendue par l'archevêque de Canterbury en 
faveur de ce dernier Prince, et en plein consistoire 
l'avait sommé publiquement de reprendre sa pre- 
mière épouse Catherine d'Aragon 3 . Bryan ajouta 



1 Ibidem : « No conviene, autes lo contrario, por guardar el favor y 
volunlad do los del Reyno e por olras razones que ya son escriptas. » 

2 Le bruit d'un mariage possible entre le comte de Surrey et Mary Tudor 
continua toutefois à courir. Ainsi, le 4 juin 1555, l'évèque de Faenza, nonce 
du Pape en France, écrivait encore au secrétaire d'État papal (British Mu- 
séum, Addit. ms. 87 1 5, loi. 84") : — « Ella (Anne Boleyn) gia e suo fratello 
e altri suoi adherenti sono entrati in suspicione del duca di Norfort, che 
non aspira a far Re suo ligliuolo a qualclie leinpo, e darli per moglie la 
figliuola légitima di quel Re. » 

r - « Sententia rfiffuiiliva démentis Papœ septimi pro mairimonio 
Uenrici Octavi Anglise Régis cumCatharinâ et contra secundas ejusdem 



SÉJOUR DE LORD SLIlKLY EN FRANCE. 193 

qu'à la réception de ces nouvelles, le dur de Nor- 
folk avait dépêché son neveu lord Rochford en 
Angleterre afin de savoir de Henrj VIII s'il fallait, 
malgré l'outrage reçu, assister à l'entrevue du Pape 
el du roi de France. 

Pareille démarche auprès de François l" r étail 
assez intempestive; absorbé dans son voyage qu'il Tai- 
sait aussi agréable et aussi pompeux que possible 1 , 
ce Prince entendait ne pas être troublé par les récri- 
minations anglaises; il avait dans ce but éloigné le 
duc de Norfolk; comment aurait-il subi la présence 
d'un personnage secondaire, tel que sic Francis 2 ? 
Il se hâta donc de répondre à celui-ci que pour le 
moment il était impossible de prendre la moindre 
décision, el qu'il fallait attendre le retour de lord 
Rochford; mais qu'au surplus, quoi que ce dernier 
pûl rapporter d'Angleterre, lui François ne renon- 
cerai! pas à se rencontrer avec le Pape. Là-dessus, 
il congédia sir Francis cl se remit en route vers 
Toulouse". 

Que devenaient cependant le duc de Richmond 
cl le comte de Surrev? Certainement ils faisaient 



nuptias ami Anna Bolenâ. i (Nicholas Pocock's Records ofthe Reforma- 
tion, vol. II. appendis n° 54. 

1 Le grandmaître Monl rencj à Jean du Bellay . 22 juillet 155." (Biblio- 
thèque nationale, Fonds Dupuy,n°265, fol. 232) : — Au demeurant je vous 
advise que le Boy ;i l'ail si bonne dilligence depuis que l'avez l;iis-«* il.- 
I i juillet à Vic-le-Comte) qu'il ;i couru aujourd'hui le cerf à Ambrac. o 

- Sir Francis Bryan occupai! bien une place importante à la Cour de 
Ilonrv VIII. et avait été précédemment ambassadeur près de François I r ; 
mais il n'en est pas moins vrai qu'il suivait alors, en sous-ordre, le duc de 
Norfolk. 

3 François I" donne lui-même un résumé de son entretien avec sir 
Francis dans une dépêche postérieure adressée à son Ambassadeur à 
Londres. (27 août 1555. — Bibliothèque nationale. Fonds Dupuy, n° 547 
fol. 255.) 

DEUX GEN"TILSIIOMMES-POÈTKS. 13 



191 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

toujours partie de la suite du roi de France; mais 
nous ne serions pas surpris que celui-ci, se trou- 
vant, obsédé par les envoyés anglais, n'ait désor- 
mais tenu un peu à l'écart les deux jeunes Lords. 
Ainsi ils ne sont mentionnés dans le récit d'aucune 
des l'êtes qui marquèrent l'entrée de François I er à 
Toulouse' et à Béziers 2 ; pourtant les enfants de 
France avaient alors rejoint leur père, et si les 
arrangements de naguère avaient été encore ob- 
servés, le duc de Iiiebmond tout au moins, sinon 
le comte de Surrey, aurait dû se trouver aux cotés 
du Daupbin et de ses frères. 

C'est seulement à Montpellier, vers la mi-août, que 
nous entendons de nouveau parler des deux Lords. 
Le duc de Norfolk, sur des instructions reçues 
d'Angleterre, était venu de Lyon pour annoncer 
à François I" qu'il avait l'ordre de Henry VIII de 
ne pas se rencontrer avec le Pape et de retourner 
immédiatement à Londres; le Duc avertit, en même 
temps, François que Henry VIII rappelait le duc de 
llicbmond. Cette dernière décision n'était pas mo- 
livée, ainsi qu'on l'a cru 3 , par la méfiance qu'aurait 
éprouvée Henry à laisser son bâtard auprès d'un Sou- 
verain plus ami du Saint-Siège que de l'Angleterre; 
la vraie raison était celle que donna le duc de Nor- 
folk : il s'auissait de marier le duc de llicbmond 4 . 



1 Histoire du Languedoc, par Dom Devic et Dom Vaisète. 

'-' Louis Domairon : Entrée de François I e ' dans la ville de Béziers. 

r ' Martin du Bellay, Mémoires, livre IV. 

4 Marin Giustinian à la Seigneurie, 25 août Iî>"> (Venise, Palais Ducal, 
Sanuto diarii, vol. LVIU, page 218) : — « Vene qui il duca di Norfolch per 
tuor licentia dal Re cliristianissimo per tornar in Anglia di ordine dal suo 
Ke. Mena con se il duca di Richimonl, fiol natural di quel Re, solto specie 
di andar a consumai' il inalrinionio con uun sua fiola. )) 



SEJOUR DE LORD SURREY EN FRANCE. 195 

Il n'y avait pas, dira-t-on, péril en la demeure, 
puisque le futur époux n'avait que quatorze ans; 
peut-être tel était l'avis de Henry Mil lui-même, 
mais il était alors sous le joug d'Anne Boleyn 
qui pensait autrement. Nous avons dit que vers 
la lin de 1529 celle-ci avait formé le projet d'unir 
si cousine germaine la<l\ Mar\ Howard, dernière 
Bile du duc de Norfolk, avec le duc de Richmond, 
cl depuis ce temps elle n'avail pas cessé de désirer 
l'accomplissement di' celle union. Ses sentiments à 
cet égard étaient sincères, et elle en avait même 
donné une preuve non équivoque à son oncle le 
duc de Norfolk 1 ; néanmoins celui-ci v,. méfiait; il 
avait vu sa nièce anéantir tout d'un coup les belles 
espérances qu'elle lui avait données d'un mariage du 
comte de Surre\ avec la princesse Mary Tudor, et il 
appréhendait pour sa lille une déception semblable. 
Aussi, comme cette dernière étail devenue nubile, il 
n'avait pas hésité, au moment de son départ pour la 
France, à la fiancer à lord Bulbeck, le frère de la 
comtesse de Surrey*; et le mariage devait se célébrer 
aussitôt <pie le duc de Norfolk sérail revenu de 
son Ambassade. Anne Boleyn, quand elle apprit 
cette nouvelle, fut fort mécontente; elle ne pou- 
vait admettre que ses désirs fussent contrecarrés 
par son oncle; s'adressant donc au Roi, elle obtint 
de celui-ci un ordre formel enjoignant au duc de 
Norfolk de se délier vis-à-vis de lord Bulbeck el 
de donner sa fille au duc de Richmond, dont le 
retour immédiat de France était en même temps 

1 Voir au chapitre suivant. 

2 John de Vere, qui devint le 16" comte d'Oxford. Le titre de tord 
Bulheek qu'il portait alors dérivait de la ville normande de Bolhec. 



196 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA CUIR DE HENRY VIII. 

décidé 1 . Il est inutile d'ajouter qu'en vrai cour- 
tisan, le duc de Norfolk se hâta d'obéir. 

Quand il eut l'ait à François I er les communica- 
tions prescrites, le duc de Norfolk se retira, et, 
c< usant de toute extrême diligence », il put arriver 
à Londres le 30 août. Son futur gendre et son fils 
furent moins expéditifs; ils employèrent un peu plus 
d'un mois pour gagner Calais 8 , et là ils séjournèrent 
encore quelques jours chez le lord Député", qui leur 
fit bonne chère 4 . Somme toute, ils étaient demeurés 
sur le continent pendant un peu moins d'une année". 



1 On lit clans une lettre postérieure du Duc à lord Cromwell (22 no- 
vembre 1536. — Record Office, Lctlers and Papers, vol. XI. n° 1158) : 
— « The marriage (of the duchess of Riclnuond) was made by his (the 
King's) commaundment, without that ever I made sute therfor, or vel 
thought thereon, being fully coneluded then witb my Lorde of Oxford 
(lord Bulbeck's father). » La duchesse de Norfolk confirme ce récif, dans 
ses lettres à Cromwell (Voir miss Everett Wood's Letters of royal and 
illustrions ladies, vol. Il, lettres 147 et suivantes); elle écrit notamment 
le 24 octobre 1 T>37 : « Quene An gatl tbe maryage (of my dogter ofl 
Rechemond) clere for my lord my husband, when sbe dvd favour mv lorde 
mv husband. )> 

- Ils y furent le 25 septembre. (Chronicle of Calais, ediled b\ the 
Camden Society.) 

3 Arthur Planlagenet, vicomte Lisle, fils naturel d'Edward IV; il resta 
lord Député de Calais jusqu'en 15i0; il l'ut alors enfermé à la Tour de 
Londres où il mourut. 

4 II existe au Record Office (Letters and Paper*, vol. VU n" 7(i el 156) 
deux lettres du duc deRichmond datées des 15 janvier et 4 févrierde l'an- 
née suivante el par lesquelles il remercie lord et lady Lisle de leur réception. 

:; L'auteur du Mémoire sur la vie du duc de Richmond (Camden mis- 
cellany, vol. III) prétend que ce jeune seigneur fut présent à Windsor le 
•J7 mai 1555 ii un chapitre de l'ordre de la Jarretière; l'auteur a mal cal- 
culé quelle était la 26 e année du règne de Henry VIII, et il a rapporté à 
1555 ce qui s'est passé en 1534 (Anstis's Registrum Garierii). Quant au 
docteur Nott, qui fait assisler le comte de Surrey au couronnement d'Anne 
lioleyn le 1" juin 1535, il l'a confondu avec le comte de Sussex. (Voir le 
iiiiuiuscrit cité par le II'. Heralds' Collège WY, fol. 691.) 



CHAPITRE V 

Mésintelligence entre le duc et la duchesse de Norfolk. 
Conduite de lord Surrey envers sa mère. 



Durant le temps que lord Surrej ;i\uil passé 
bors de si famille, à Windsor d'abord, \n\\< en 
France, il s'était produit entre ses parents des 
démêlés graves qui avaient amené plusieurs es- 
clandres. .Nous avons dil que le «lue et la duchesse 
de Norfolk n'avaient jamais formé un ménage bien 
uni; toutefois dans les premières années du ma- 
riage les rapports entre les époux avaient été con- 
venables 1 ; \r< absences fréquentes du Duc l'aidaient, 
en effet, à supporter l'humeur difficile de sa femme. 



1 Nous ne croyons pas aux scènes de brutalité donl la Duchesse pré- 
Lendit plus tard avoir été victime de la pari de son mari en 1520 lors- 
qu'elle venait d'accoucher de sa dernière fille. <■ She hatb untrewly 
slandered me in writing and saying that, when ^\\r had ben in chyld-bed 
of niy doghter of Ricbmond il nyghts and a day, I shuld draw her oui ol 
her bed by the hère of the hed aboul the lions»: and with mj dager geve 
her a wonde in the hed. » (Le duc de Norfolk à lord Cromwell, en 1537. 
— British Muséum. Cotton ms. Titus 11. I. fol. 585.) — La Duchesse pre- 
nait volontiers ses imaginations pour la réalité: d'ailleurs, le Duc était 
trop avisé pour être brutal sans motif. 11 explique en ces termes la cica- 
trice qu'avait sa femme : « She had the scar in her hed W moneths 
hefore she was delyverd of my seid doghter. and the same was cutt h\ 
a surgeon of London for a swellyng she had in her hed of drawyng ol 
11 telh. » 



198 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

La situation devint plus délicate quand il fut appelé 
à prendre part à l'administration intérieure du 
Royaume; à partir de 1525, il dut presque conti- 
nuellement vivre à proximité de la Duchesse, et la 
diversité de leurs caractères fit dès lors prévoir 
une scission. 

Jusque vers le milieu de l'année 1550, grâce à 
la souplesse du Duc, les apparences turent sauves; 
à cette époque, un triste événement de famille 
amena un éclat. La comtesse de Derby, seconde 
tille du Duc et de la Duchesse, était morte au 
mois de mars de ladite année'; vile l'époux veuf 
— il n'avait été marié qu'un an — s'occupa de 
convoler en secondes noces; ce que voyant, son 
beau-père, qui ne désirait pas perdre l'alliance 
d'un grand seigneur aussi riche et influent-, songea 
à lui donner sa dernière fille, lady Mary Howard 3 . 
La Duchesse, de son côté, était favorable à ce 
projet. Mais Anne Boleyn, nous l'avons dit, avail 
d'autres visées pour lady Mary; elle la réservait 
au bâtard de son royal amant, au duc de Richmond. 
Klle fit entendre sa volonté au duc de Norfolk, et 
celui-ci, qui ne voulait pas mécontenter ia favorite, 



1 Chapuis à l'Empereur, 10 mars 1530 (Vienne, Archives de la Burg, 
Hep. I'., l'asc. c. 220, n° 20) : — « Sa fille aysnée (lady Mounteagle était 
déjà morte), femme du seigneur Dalby, mourut hier de la peste en une 
mayson de son mary près d'icy; que luy sera (au duc de Norfolk) l'ung 
des plus grans regrectz que luy sceust advenyr. » — Edward Stanley, 
5° comte de Derby, avait succédé à son père en 1522; il est l'ancêtre 
direct du comle de Derby actuel et de lord Stanley of I'reston. 

- D'après Chapuis (lettre à l'Empereur du 9 décembre 1529), lord 
Derby était « le plus grand seigneur plus puyssant de pays et de gens 
qu'il y eust dans tout le royauhnc ». 

3 Lady Mary Howard n'était pas encore nubile; elle devait être née à la 
fin de 1319 ou au commencement de 1320. 



LE DUC l.l LA DUCHESSE DE SORFOLK. 109 

s'empressa de renoncer à sa première idée; au 
lieu de >a ûlle, il proposa à lord Derby, qui accepta 
la substitution, sa sœur ladj Doroth\ Howard*. Ce 
dénouement n'étail pas pour plaire à la duchesse 
de Norfolk; elle avait travaillé «le toutes ses forces 
à l'empêcher; vaincue, elle conçu! un violenl dépit, 
el comme elle ne savai! pas garder pour elle 
seule ses sentiments, elle se soulagea eu disant 
à Anne « de très grosses parolles, donl elle fusl 
en dangier de vuyder la Court 2 ». Le Duc, cela va 
de soi, eut aussi sa part des invectives auxquelles 
se laissa emporter sa femme; mais pour l'émou- 
voir, il fallait plus que des paroles; la Duchesse 
eu! lu torl «l'en venir aux actes et à des actes <|ui 
auraient gravemenl compromis son mari, >i celui-ci 
n'avait pris le soin de les condamner manifeste- 
ment. 

La Duchesse jusqu'alors avait été forl hostile à 
Catherine d'Aragon; elle en voulait à cette mal- 
heureuse Heine de lui avoir strictement appliqué 
les règles «le la préséance anglaise et d'avoir déclaré 
que dans toutes 1rs fêtes de Cour elle devait céder 
le pas à sa belle-mère la Duchesse douairière de 

1 Elle n'étail que la sœur consanguine du Duc : elle était née du second 
mariage du premier Duc avec Vgnès Tilney. 

- Chapuis à l'Empereur, 15 octobre 1550 (Vienne, Archives de la Burgj 
Rop. I'. fasc. c. 226, o 12) : - i Le duc de Norphocq a prié le Nouer 
luy faire avoer une dispensation pour donner à femme une sienne seui 
;m comte Dalbi qu'a eu eppouse sa Mlle. El n'a garde ledicl Duc de laissci 
couUer telle alliance; car il n'y en a point en ci' Royaume donl il se puisse 
mieux fortimer. El croyenl plusieurs que, quant il n'eust eu seur poui 
luy baillier à famme, qu'il luy eust baillié son autre fille qu'est promise 
au duc de Richmont. Et dit-Ion que la duchesse de Norphoc en vouloit 
ainsy à toute force; et pour ce que dame Anne tenant pour ledicl duc de 
Richemonl y contrarioit ladicte duchesse, luy dit «le très grosses parolles 
dont elle fust en dangier de vuyder la Court. 



200 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Norfolk. L'esprit étroit de la jeune femme avail 
pris eette décision pour une injure grave; elle, 
fille de Due, s'effacer devant la fille d'un simple 
chevalier! Et elle n'avait pas cessé, par la suite, 
de se montrer très acrimonieuse à l'égard de la 
Reine 1 . Après son altercation avec Anne, elle ou- 
blia tout d'un coup sa rancune, et sans transition, 
elle adressa à Catherine de bruyantes protestations 
de dévoûment 2 . Dans l'exubérance de sa passion, 
elle s'exprimait si hautement et si outrageusement 
sur le compte de la favorite qu'à la fin, au mois 
de mai 1551, elle fut tout de bon bannie de la 
Cour 7 '. Certainement le duc de Norfolk approuva 
cette mesure; on peut même supposer qu'il en 
fui l'instigateur; car étant, par raison d'intérêt, 
partisan d'Anne, il ne voulait pas s'exposer à lui 
devenir suspect en laissant la Duchesse embrasser 
impunément la cause de Catherine d'Aragon. Un 
autre motif le poussait aussi à désirer l'éloigne- 
ment de sa femme; fatigué du caractère acariâtre 
de celle-ci, il avait trouvé un délassement auprès 

1 Chapuis à l'Empereur, 15 décembre 1529 (Vienne, Archives de la 
Hurg. Rep. P, fasc. c. 257, n° 50) : — « Il (le duc de Norfolk) pense 
qu'elle (la reine Catherine) lu y veuille mal à cause de quelques grosses 
parolles que luy et sa famine dirent à ladicte Royne pour ce qu'elle ne 
voulsist jamais permestre que la famine dudict Duc marchast devant sa 
belle-mère. De quoy ils se sentent fort injuriés et aggravés, spéciallement 
la famme qui tient de condition et de race l'ancienneté. » 

2 Le même au même, 51 janvier 1 55 1 (Ibidem, Hep. P, fasc. c. 227, 
n° 7) : — « Ilver la duchesse de .Norphoc envoya dire à la Royne que 
ceulx de la partie adverse la praticquoient pour la convertir en leur partie, 
mays que quant tout le monde s'y mettroit, qu'elle seroit tousjours de son 
eousté; et davantage avertisssoit ladicte Royne qu'elle print bon cueur. » 

3 Le même au même, 14 mai 1551 (Ibidem, Rep. P, fasc. c. 227, 
n° 25) : — « A l'appétit aussi de ladicte dame (Aime Boleyn) la duchesse 
(b' Norphoc a esté envoyée en sa mayson, pour ce qu'elle parloit tropt 
libérallement et se desclayroil plus qu'ils ne voulloien pour la Royne. » 



LE DUC KT LA DUCHESSE DE NORFOLK. 201 

d'une certaine Élizabeth Holland qui n'étail autre 
que la gouvernante de ses lilles', el comme les 
marques d'attachement qu'il prodiguai! à celle der- 
nière avaient bientôl révélé la uature de leur liaison 8 , 
la Duchesse, blessée dans sa dignité d'épouse, ne 
cessait plus de le quereller el de faire un esclandre 
fâcheux. 

Le Due avait espéré que dans la solitude, n'ayanl 
plus devanl les yeux ni Anne Boleyn ni Elizabeth 
Holland, sa femme se calmerait; il n'en fui rien. 
A la campagne de même qu'à la ville, elle con- 
tinua à se poser, aussi bruyammeul qu'elle le pou- 
vait, en épouse outragée el à faire à toul venanl 
le récit très exagéré des torts de son mari. Il esl 
peu probable que le mariage de lord Surrey, qui 
se célébra sur ces entrefaites, ail amené la Duchesse 
à faire trêve; une union imposée par Anne Boleyn 
ne pouvait lui agréer; elle du! donc s'abstenir de 
paraître ;i la cérémonie el même d'envoyer à son 
lils le moindre compliment affectueux. La lin du 
délai pendanl lequel il lui était enjoinl de rester 
;i la campagne ne fut pas davantage pour la 



1 A en croire la Duchesse (lettre à lord Cronrwell, 50 décembre 1536, 
British Muséum» Cotton ms, Titus Iî. I, fol. 334), Élizabeth Holland 
n'aurai I été qu'une simple bonne d'enfants, faisan! la lessive el les gros 
ouvrages dans I*' nursery : « She was bull washer of my nurscrj VIII 
yeres. o Dans une autre lettre (à lord CromweU, 26 juin l ."►58. Ibidem, 
fol. 583), la Duchesse se contente de dire qu'Élizabelfa Holland étail de 
sang roturier : « Sche ys bul a churles dogter and off no gentyll blod, 
bul tliat my lorde m y busbande hath sett hyin (her father) up for hyr 
sake. » Élizabeth Holland était parente de lord Hussey; mais celui-ci étail 
un Lord de création toute récente, que la duchesse de Norfolk considérai! 
comme un intrus dans la noblesse. 

- D'après la Duchesse (lettre à lord Cromwell, 26 juin 1538, loco 
ùitato), cette liaison aurait pris naissance dès l'année 1527 : o "N 1 1 ys a XI 
vere sins mv lorde mv husbandc l'ell in love wvth hvr. » 



202 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Duchesse une occasion de renoncer à sa conduite 
inconsidérée; revenue à Londres, elle recommença 
;'i donner des scènes au public et à le faire juge 
entre elle et son mari. 

Ce dernier voyait avec un vif déplaisir les secrets 
de sa vie privée étalés au grand jour et livrés aux 
appréciations de la malveillance; il redoutait sur- 
tout que le mariage de son second fils, dont la 
date était prochaine 1 , ne fournît à la Duchesse la 
facilité d'augmenter le scandale. 11 chercha donc 
à éloigner de nouveau celle-ci. A cet effet, il 
s'adressa à son beau-frère Henry Stafford 2 et le 
pria, avec une insistance qui de la part du Grand 
Trésorier pouvait paraître menaçante, de vouloir bien 
emmener dans ses terres la Duchesse sa sœur". 
Stafford qui, depuis la condamnation de son père 
le duc de Buckingham, n'était pas rentré en grâce 
auprès de Henry VIII, n'avait aucune inclination à 
prendre à demeure chez lui une personne aussi 
compromettante que sa sieur qui, à tout moment 
et sans propos, pouvait se laisser emporter à des 
sorties violentes contre Anne Boleyn. Il refusa 
donc catégoriquement de la recueillir et même i\v 
tenter auprès d'elle la moindre démarche pour l'en- 



1 Le contrat de mariage de lord Thomas Howard est du I i mai 1555; 
;i cérémonie dut suivre de près. 

- Par suite de la mort civile {ail ai n '1er) prononcée contre sou père le 
duc de Buckingham en 1521, lord Stafford avait perdu son titre de baron; 
il ne le recouvra qu'en 1547 à l'avènement d'Edward M. 

3 Henry Stafford au duc de Norfolk, 13 mai 1555 (Record Oflice, 
Letlers and Papers, vol. VI. n° 474) : — « Please it Your Grâce tu 
understand that this daye I receavyd your letter, wherbye I perçoive Your 
Grace's desyre again concernyng tlic takyng of my ladye your wif into my 
bouse. » Dans cette lettre, Stafford qualifie les instances de son beau-frère 
île « mauvais procédé o (unkindness). 



LE DOC El LA in CHESSE DE NORFOLK. 203 

gager au silence 1 . Ainsi le Duc resta pour lors en 
butte à la fureur de sa femme. 

Celle-ci aurait pu s'adoucir quand, à quelque temps 
de là. il partit pour la France afin d\ remplir la 
mission extraordinaire dont nous avons parlé au 
chapitre précédent*; cette absence, en effet, le sépa- 
rait d'Élizabeth Holland el taisait, par conséquent, 
cesser l'étal de choses qui révoltail la fierté de 
la Duchesse. Malheureusement au même momenl 
inisv Holland ('■tait désignée puni' faire partie de la 
maison d'Anne Boleyn qui vouait d'être déclarée 
reine d'Angleterre. Cette désignation, qui évidem- 
ment avait été laite sur l'indication du duc de Nor- 
folk, tut considérée par la Duchesse comme une 
nouvelle offense, et elle tmi rigueur ;i son mari 
quand celui-ci. revenant do France où il avait eu 
le temps de faire sur son inconduite des réflexions 
salutaires, \ouluf reprendre la vie conjugale. 

Cependant le duc de Richmond «'tait sur le 



1 Le même au même (Ibidem) : — « I perceive ye wold conslrayne me 
'" speke further Ihen I Ibought lii lu hâve Joon, or els I musl grant 
thaï, tliat shuld be iny utter undoing. Wbiche i- to pul ïour Grâce in 
remembrante ofher acustomyd wild langaige whiche il lyethe nol in inv 
power to stope, wherebye so greate daunger myghi insue to me and ail 
inyne. » Le duc il.' Norfolk avail chargé Cromwell de présenta à StafTord 
la même demande; a celui-ci Stafford répond encore plus explicitement 
[Letlers and Papers, roi. VI, n 175):— • Towchingthetakiogofmy ladie 
of Norfolk into my house, ye reckyne thaï by my good counsaill a quie- 
tnes and tranquilylie bytwene my Lords Grâce (the Duke) and lin myghl 
insue and eontynew. Sir. to be assuryd of that, I wold nol onlye receyve 
her into my house, bul I wold fetche her nu my fête ai London and 
induré also a greatter payne if nede were. tint the redresse of this ? lan- 
dythe not in the advertysemenl of her kynne.... I trust you nor olher 
my good frind wil nol rekyne that in thismatier 1 myght do good, luit 
rather to put myself in grete joperdye to match. • myself with her that bj 
her wild langwaige myght undo me and ail myni . 

2 Le Duc partit de Londres le 28 mai 1 553. 



204 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COCU DE HENRY VIII. 

point d'arriver en Angleterre et son mariage avec 
lady Mary Howard devait, suivant la volonté d'Anne 
Boleyn, être célébré aussitôt après son retour. Celle 
cérémonie allait-elle encore faire éclater aux yeux 
de tous le désaccord qui divisait la famille Howard? 
Plutôt que d'encourir cette triste éventualité, le Due 
préféra s'humilier devant sa femme; s'adressant à 
un autre de ses beaux-frères, lord Abergavenny 1 , il 
le pria de porter à la Duchesse une proposition de 
réconciliation; aux termes de celle-ci, il s'engageait 
d'une manière générale à être « bon mari » et en 
particulier, à rompre avec miss Holland que son ser- 
vice auprès d'Anne Boleyn avait, au surplus, déjà fait 
sortir du cercle de la famille; de son côté, la Duchesse 
devait oublier le passé et réintégrer le domicile con- 
jugal. Nous l'avons dit, cette femme emportée avait le 
cœur bon; elle se laissa toucher, et la réconciliation 
venait justement d'avoir eu lieu, quand lord Surrey 
et le duc de Richmond rentrèrent en Angleterre 2 . 
Grâce à cette heureuse conclusion, le mariage 
de lady Mary Howard put être célébré en famille 
le 25 novembre suivant". Cet événement aurait 



1 George Nevill, 5' lord Abergavenny, avait épousé la dernière lîlle du 
duc de Buckingham, lady Mary Stafford. C'est de son frère cadet que 
descend le présent marquis d'Ahergavenny. 

- Chapuis à l'Empereur, v 27 septembre 1553 (Archives de la Burg. 
Rep. I', l'asc. c. '■DIH, n° 55) : — « Je cuydois qu'il (lord Abergavenny) 
eust esté appelé en Court pour quelque affère d'importance; mais ce 
n'estoil que pour une folie, à scavoir pour l'envoyer vers la duchesse, de 
Norphoc qu'est seur de sa femme pour l'ère l'appointement entre elle et le 
Duc son mary; lequel elle ne vouloit veoir ne ouyr, à cause qu'il est 
amoureux d'une demoiselle de la concubine du Boy qui s'appelle Hollande. 
A ceste cause, depuis son retour de France, n'estoit osé aller veoir ladicte 
Duchesse jusques après l'ambassade dudict seigneur de Burgany, qui alla 
toul ii point, en promectant que ledicl Duc seroit désormais bon mary. » 

3 Le même au même, 24 novembre 1535 (Ibidem, n° 60) : — « Autre 



LE DUC ET LA DUCHESSE DE NORFOLK. 205 

jni ce pas mettre lin à l'association du duc de Rich- 
hkiikI el de Lord Surrey; car le nouvel époux, qui 
était seulemenl âgé de quatorze ans, devait, loul 
comme son beau-frère el ami, attendre trois ans 
avanl d'entrer en ménage 1 . Mais Henry VIII, qui 
avail déjà nommé son bâtard grand amiral et vice- 
roi d'Irlande, VOulail suis plus larder le produire 
devant s;i Cour el le mêler aux affaires publiques 2 ; 
un Compagnon de jeux el d'études tel que Surrey 
n'avait plus dès lors --a place marquée auprès du 
Hue; el ainsi les deux jeunes amis furenl séparés 
au inonienl même où ils devenaient beaux-frères 3 . 

Que devint ensuite le comte de Surrey'.' Vu la 
rareté des textes le concernant, il esl a>>se/. difficile 
de reconstituer son existence. Il semble être loul 
d'abord reste à proximité de la Cour, probablemenl 
;i Lambeth dans la maison de son père; car il esl 
indiqué comme ayanl reçu du Roi le I" janvier 
suivanl une buire d'argent*; c'était là, de la part dr 
Henry Mil. un cadeau d'autant plus remarquable 
ipic. se prévalant de son jeune âge, Surrey ne 



chose n'v ;i in de nouveau sauf que demain se doibvenl soleranizer les 
noupees du duc de Richemont avec la fille du duc de Norphoc. » 

1 On lit dans Wriothesley's Chronicle au sujet de la morl du dur de 
Richmond survenue moins de trois ans après : « The said yonge Duke 
had neaver layne In his wife, and so she is maide, wife and nov a 
widowe. i 

- A partie de ce moment, d prit part très régulièrement aux séances de 
la Chambre des Lords. (Lords' Journal, années 1534-1536.) 

r> On suit dans les Lelti'rs and Papers {vol. VII, VIII el IX| les mou- 
vements du duc de Richmond à partir de cette époque jusqu'à sa mort; 
à côté de sou nom on trouve quelquefois mentionné celui de son beau- 
père le duc de Norfolk, jamais celui de son beau-frère. 

4 Liste des présents faits par Henry VIII au 1 er janvier 1534. (Letters 
and Papers, vol. VII, n° 9.) La buire donnée à Surrey était l'œuvre d'un 
ciseleur nommé Trappes. 



'20G DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII 

s'était pas encore conformé à l'usage qui imposait aux 
seigneurs de la Cour l'obligation de donner au Roi 
un riche présent à l'occasion de chaque nouvelle 
année. 

Bientôt après, le Comte dut s'installer à Kenning- 
hall, le grand château que possédait son père dans 
le comté de Norfolk; c'est là, en tout cas, que nous 
le trouverons le plus souvent par la suite, et c'est là 
notamment qu'au mois de mars 1554 il fut témoin de 
la séparation définitive de ses parents. Que s'était-il 
passé entre ceux-ci pendant les six mois qui s'étaient 
écoulés depuis leur réconciliation? Peut-être le Duc, 
dans un de ces voyages qu'il devait faire fréquem- 
ment afin d'assister aux séances du Conseil Privé 
ou de la Chambre des Lords, avait-il renoué son 
ancienne liaison avec miss Holland ; ou peut-être 
l'imagination effrénée de la Duchesse attribua-t-elle 
à son mari une faiblesse dont il n'était pas cou- 
pable. Ce qui est certain, c'est qu'un jour, en l'absence 
du Duc, elle ordonna tout à coup non seulement 
au père d'Élizabeth Holland 1 , mais à tous les autres 
serviteurs qui, à un degré quelconque, étaient alliés 
à celle-ci 2 , d'avoir à quitter au plus vite Kenninghall 3 . 

1 La Duchesse dans ses lettres ne l'appelle jamais que le proxénète 
(bawd). Il devait remplir des fonctions importantes à Kenninghall : 
« My Lorde my husbande hath selt hym up for hyr (miss Holland' s) sake, » 
écrivait de lui la Duchesse, « hy cauce he was so nye a kin to my Lorde 
llussv (gros propriétaire du voisinage) that was the hed of that drabho 
Hess Itoland's hlod. » (Lettre à Cronrwell du 28 juin 1558, loco citalo.) 

- La Duchesse les nomme dans sa lettre du 10 novembre 1537; nous 
ne relevons ici que les noms de Thomas Ilussey et Richard Southwell, 
dont nous aurons occasion de reparler. Ilussey devait être secrétaire 
du Duc; Southwell était un homme d'armes. 

3 La Duchesse à lord Oomwell, 24 octobre 1537 : « Ile (the Duke) can 
lay nothvng to mv charge, but for hycause I wold not be content to suffer 
the bawd and the baiiots to be styll in the bouse. » 



LE DUC ET LA DUCHESSE DE NORFOLK. 207 

Cette exigence imprévue el les accès de colère qui, 
^' lls aucun doute, transportèrent alors la Duchesse, 
amenèrenl une révolte dans le personnel du château; 
le Duc prévenu, peut-être par son fils, accourut en 
hâte, el à son arrivée il donna raison à ses serviteurs 
contre sa femme. Los scènes de violence dont, à 
en croire ses lettres, la Duchesse aurait été victime 
;| ce moment de la part do ses domestiques, ne se 
s,ml très probablement jamais passées que dans 
son imagination 1 , ou huit au moins, s'il y a dans 
ses récits une part de vérité, elle est assez res- 
treinte*. Quoi qu'il en soit, le fait certain est que, 
le 25 mars 1534 3 , la Duchesse l'ut chassée de 
Renninghall |»ar son mari et que reléguée par lui 
à Redbourn, dans | e Hertfordshire, elle j vécut 
dorénavant loin des siens avec une modeste pension. 
Le comte de Surrey el sa sieur la duchesse 
de Richmond, présents à ces tristes incidents. 
prirent tous deux le parti de leur père el res- 

,', Ll duchesse à lord Cromwell, 24 octobre 1537) [loco cilato) : — 
i rhey bound me and pynnaculled me and satl on m v bresl t x II I spitl 
blod, which I haveben worsc foreversyns; and ail for speking againsl the 
woman m the Courte, Bess Boland. Therefore he pul me out al the doors 
and kepys the bawd and the harlots styll in his bouse. » — La même au 
même, 26 juin 1538 : — » Ile soit bys women to bynde me tyll blod 
came oui att my Qngars endes, and (they) pynnacullyl me and satt on un 
bresl tyll I spett blod and he never ponyshed them, and ail thys was doné 
for Besse Holond's sake. » 

- Il ne serait pas impossible, après tout, qu'on ail lié la Duchesse 
pour l'empêcher de tout briser. 

"• Dans ses premières lettres, la Duchesse précise le jour : « I hâve 
l'en fro my Lord my husband, corne the tuesday in the Passion weche, n. 
yeres. » (50 décembre 1556.) — o Yt ys I\ yeres corne the tewesdaj in the 
Passyon weke, thaï he came rydyng ail nyghl and lockyl me up in a 
chamberandtokeawaj ail my joeUs and ail myapparel. » (24 octobre 1557.) 
Dans ses lettres postérieures la Duchesse, parlant d'une manière moins 
detime, indique Pâques comme la date de la séparation. 



'208 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA. COUR DE HENRY VIII. 

tèrent avec lui à Kenninghall après le départ de là 
duchesse de Norfolk; faut-il les en blâmer? Il semble 
que non, puisque leur mère, quoique réellement à 
plaindre, put à peine trouver quelque sympathie dans 
sa propre famille, chez les Staffords 1 . Mais, inca- 
pable de se rendre compte de l'alternative où s'étaient 
trouvés son fils aîné et sa fille 2 , elle les condamna 
sans ménagement pour ne l'avoir pas soutenue contre 
son mari et les traita d'enfants ingrats et déna- 
turés". 

Plus lard, les reproches que la Duchesse for- 
mula contre lord Surrey furent malheureusement 
mieux fondés. La mort de Jane Seymour au mois 
d'octobre 1557 avait amené la dissolution de la 
maison de la Reine; libre désormais de ses fonc- 
lions de cour', Élizabeth Holland vint alors habiter 
Kenninghall sous couleur de servir de dame de com- 
pagnie à la duchesse de Richmond devenue récem- 
ment veuve" : en réalité elle venait pour être la 

' Nous avons déjà cité Henry Stafibrd comme blâmant sa sœur. La 
comtesse de Huntingdon, tante de la Duchesse, lui fit aussi des remon- 
trances (voir la lettre de la duchesse du 50 décembre 1536, loco citato). 
Seul le coinle de Westmoreland, l'ancien fiancé de la Duchesse, semble 
avoir pris sou parti contre son mari. (La Duchesse au comte de Westmo- 
reland, H avril 1541, lettre publiée par miss Ev. Wood, Letlers of royal 
and illustrions ladies, vol. III, n° 74.) 

s La Duchesse dans ses lettres ne parle pas une fois nommément de son 
second fils lord Thomas Howard; celui-ci devail avoir quitté la maison pa- 
ternelle au moment de son mariage et, riche par sa femme, il eut toujours 
une existence indépendante de son père. 

- La Duchesse à Cromwell, 30 décembre 1550 : — « I was bourne in 
an unhappv howr to be matched with such a ungracius husband aud so 
ungracious a sonne and a doughter. » — Au même, 29 janvier 1540 : — 
« There was never woman, that bare so ungracyus a eldyst sonne or so 
unçracvus a dawlerand unnaturall as I bave donc. )> 

* Jusqu'à la fin de l'année 1557, la Duchesse désigne miss Holland 
comme : « Ihe woman in Ihe Courte ». 

s Ceci ressort de la lettre de la duchesse de Norfolk en date du 



LK M'C F.T LA DDCHESSE DE NORFOLK 209 

maîtresse incontestée du château; elle y resta neul 
ans de suite, ju^i|ii', ; i la disgrâce du «lue de Norfolk 
«•' pendanl loul ce temps elle fui entretenue par 
lui dans un luxe qui faisait un contraste choquanl 
avec la pénurie où languissaienl Surrej el si sœur'. 
La Duchesse, bien instruite de ce qui s,- passail à 
Kenninghall, accusa alors son fils cl sa fille d'encou- 
rager par leur altitude complaisante l'inconduite 
de leur père*. Il faut, hélas! reconnaître qu'aucun 
doute n'était possible sur le motif de la présence 
de miss Rolland 3 ; pourtant, duranl les neuf années 
qu'elle occupa la place de la duchesse de Norfolk, 
Surrej séjourna souvent à Kenninghall el il i fil 
résider d'une manière presque constante sa femme 
et ses enfants. Pressé de délies, il étail sans cesse 
(>l)li<ié de recourir à la bourse de son père: et pour 
ne pas se \.»ir refuser le- subsides donl il avait 
besoin, il préféra tolérer le scandale en silence. 
La seule chose que l'on puisse dire ;i sa décharge 

26 juin 1538 : -- Bysyde that, my dogtcr off Richemonde, and Besse 
Soland ys commen ii|> wyth hvr. » 

1 Rapport des commissaires envoyés à Kenninghall pour \ faire une 
perquisition judiciaire en décembre 1546. [Henry VIII State Papcrs vol I 
partie II. n 264.) 

1 La duchessede Norfolk à lord Cromwell, 26 juin 1558 : — « lie (the 
Duke) hepys liyr (miss Rolland) in hys house, and hys childer mayntane 
the matter. » 

~ '•'' précepteur des enfants de lord Surrey rendait compte, en ces 
termes, le 2 janvier 1546, de In vie qu'il menait à Kenninghall : - Summo 
fastidio secessus iste me afficit, uhi nimirum nihil in bonos mores, niliil 
inexcmplum trahi potest; ul.i ambitio et fucosa amicitia omnem integri- 
tati vilain intercludit; aderapta cum sincero amico conferendi occasio, 
dubia et suspecta omnia, nuRa de litteris mentio, illitëraUe fabulx, insolen- 
tiumjuvehum procaces et praîcipites ausus (loquor de istius albœ gallinœ 
fihis), présente isthic Duce, cuncta seorsura deorsumque agunt; absente 
illo. rursus injucunda et tristis propemodum solitudo dos obsidel : it;i utrin- 
queancepsesl malum, iUic contagione turpiludinis permoveor, hic abatr;e 
bilis incursu non lève periculum est. • 

DEIX GENTILSHOMMES-POÈTES. | j 



210 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

sur ce triste chapitre, c'est que jamais, même dans 
ses moments de plus grande gêne, il ne voulut être 
redevable de quoi que ce fût à miss Uolland 1 . 

Lord Surrey revit-il sa mère? Nous ne le croyons 
pas; la Duchesse n'aurait pas admis un partage 
d'affection entre elle et le Duc, et Surrey, nous le 
savons, ne pouvait rompre avec son père. A coup 
sûr, quoiqu'elle protestât d'avoir gardé pour ses 
enfants des sentiments très tendres", la Duchesse 
dul avoir de la peine à se départir de la colère 
qu'elle avait conçue contre son fils; et si elle 
désarma, ce fut seulement devant la mort. Dans son 
testament écrit après le supplice de Surrey, elle 
institua comme légataires deux des cinq enfants 
laissés par celui-ci'; faut-il voir dans ces legs la 
preuve qu'elle avait pardonné 1 '.' 



1 Daûs l'automne de 1 545, Surrey, en quête d'expédients, avait con- 
sulté Thomas Hussey, le secrétaire de son père; celui-ci qui connaissait les 
sentiments du Comte, In! répondit : « My Lorde (the duke of Norfolk) is 
so straight girt thaï there wilbe gottyne nothing of hym, except il be l>\ 
M Holland, whome I think ye wil nol trowble. » (Th. Hussey à lord 

Surrey, 6 novembre 1 545. — Record Office, State Papers -r=^« ) 

l ■>.) j 

- Ainsi dans sa lettre du 10 novembre 1537, elle d'il : (i Thogh my 
chyldren are unnatural to me, I hâve allways love unto thein. » 

r ' A savoir : le fils aîné et la seconde fille. (Wills of eminent pevsoim 
proved in the Prérogative Court of Canterbury, edited by tlie Camden 
Societv. ) 

* l.a duchesse de Norfolk mourut en 1558, onze ans après son fils. 



CHAPITRE VI 

Malheurs qui frappent la famille Howard. 
Rôle du comte de Surrey dans le Pèlerinage de Grâce. 



L'année 1555 amenai! la fin du délai de cinq ans 
qui avail été fixé par le duc de Norfolk et le 
comte d'Oxford comme devant s'écouler avanl la 
réunion de Surrey avec sa femme. La vie conjugale 
commença donc alors pour ces derniers, el quoi- 
qu'ils se fussenl installés à Kenninghall chez le 
duc de Norfolk <le manière à s'éviter les dépenses 
d'un établissement particulier, ils eurent vite épuisé 
les ressources de leurs revenus el furent obligés 
de recourir à des emprunts. Des le mois de juin 1535, 
à un moment où le due de Norfolk absent d'Angle- 
terre 1 ne pouvait assister son fils, nous voyons 
celui-ci s'adresser à deux reprises an prieur de 
l'abbaye voisine de Burj Sainl-Edmund el lui de- 
mander d'abord trente livres, puis vingt*. Ce 

1 Le Duc avail été envoyé à Calais pour négocier un mariage entre la 
princesse Élizabeth el le duc d'Angoulême. Les pourparlers, il est vrai, 

avaient été rompus le 14 juin; néanmoins à la date du 215 le Duc n'était 
pas encore de retour à Londres. Voir à ce sujet la vie de lord Rochford, 
chapitre vin. 

2 Le comte de Surrey au prieur de Bury Saint-Edmund, lettre datée de 
Kenninghall le 29 juin 1555 (British Muséum, Addit. m-. 24495, fol. 234): 



212 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUP, DE HENRY VITE 

n'étaient pas assurément de bien grosses dettes 
que contractait ainsi Surrey; mais, si minimes 
qu'elles fussent, elles indiquaient que le Comte 
était sur une pente fatale et laissaient prévoir les 
difficultés financières dans lesquelles il se trouva 
bientôt plongé et donl il ne put être délivré que 
par la mort. 

Surrey lit-il à cette époque quelques apparitions 
à la Cour? Nous n'oserions nous prononcer à cet 
égard (Tune manière catégorique. Ce qui esl cer- 
tain, c'est qu'aucun des documents contemporains 
existant encore aujourd'hui et ayant Irait aux évé- 
nements publics qui se déroulèrent entre janvier 1554 
et mai 1550, ne mentionne le nom du Comte, cl 
celui de la Comtesse se rencontre une seule fois; 
une dépêche de l'Ambassadeur impérial la rite 
comme ayant assisté à Peterborough le 27 janvier 1551» 
aux funérailles de Catherine d'Aragon 1 . Faut-il 
inférer de ce silence que Surrey habita alors Ken- 
ninghall d'une manière continue? 

Quoi qu'il en soit, les malheurs qui se préparaient 
à tondre sur sa famille, allaient le faire sortir 
malgré lui de son obscurité. En l'espace de trois 
mois durant l'année 1550, il vit à trois reprises 

— *« My Lorde, notwithstaunding that aforetirae I hâve borrowed of you 
lo tlie sum of XXX' pound sterling, having not yet repaie! it, yet by very 
need and extrême necessity 1 am again constrayned, my known gode 
Lorde, at this présent affectuously to désire you to shew yourself so mucli 
my cordial friend as to lend some over and above XX" pound, in suche 
haste as I may hâve it hère to-morrow by VIII of the clock. » Au verso de 
celte lettre le prieur inscrivit la mention : « My lord of Surre X\" and, 
besides that, XXX" ». 

1 Chapuis à l'Empereur, 29 janvier 1536. (Archives de Vienne, P. c. 
l 2ô(l, partie première, fol. l 22.) La comtesse de Surrey pouvail avoir gagné 
directement Peterborough de Kenninghall. 



MALHEURS QD1 FRAPPENT LA FAMILLE HOWARD. 213 

la disgrâce, ou La mort, ou toutes deux ensemble, 
frapper inopinément à côté de lui. 

Ce lui d'abord au mois de mai quand, — pour 
emprunter le moi célèbre <l<' Bossuet, — c< retenti! 
toul à coup comme un éclal de tonnerre celle éton- 
nante nouvelle » : Anne Boleyn et son livre lord Roch- 
Ford viennent d'être enfermés à la Tour de Londres 
sur l'ordre <lu Roi el sous le coup d'une accusa- 
lion capitale. La condamnation de ces deux prison- 
niers suivit bientôt, prononcée par le duc de Norfolk 
que le Roi avait encore eu soin de choisir pour 
présider à la ruine el à la dégradation des siens. 
En une occasion aussi solennelle que le jugement 
de la Reine, Henry VIII voulail que tous les hauts 
dignitaires de la Couronne fussent présents es 
qualités; or le duc de Norfolk, désigné pour remplir 
extraordinairement les fonctions de grand sénéchal, 
ne pouvait les cumuler avec celles de maréchal de 
la noblesse (Earl Marshall) qui lui appartenaienl 
depuis plusieurs années 1 : il délégua donc ces 
dernières à son lils aîné lord Surrey, et c'est ainsi 
que le 1 > mai, celui-ci, assis aux pieds de son 
père et tenant à la main le bâton, insigne de ses 
fonctions provisoires, assista au jugement de sa 
cousine Anne Bolevn et de son cousin lord Rochford*. 



1 11 avait été nommé Earl Marshall le 28 mni 1533. 

* Voir les récits de Hall et de Wriothesley. Ilans un manuscrit <|iii appar- 
tint au comte de Surrey (The maner, ciislum and usaige of Gilbert de 
Stragillis, which lie had and used in ye office of Marshall, Oxford, 
Bodleian Library, Rawlinson nis. I!, n° 1 ili, fol. 81), on trouve cette 
description des fonctions à' Earl Marshall : a Andfirst ofyat Earles parte 
[ta be) at everie coronatione, or création ofDewkes or Earles. or al prin- 
sepall feasts, at mareaige or imbasedores being at ye Courte, and ail other 
tunes when it shall plese ye King. )■ 



214 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Au sortir de ce lugubre procès, deux mois pas 
encore écoulés, le 5 juillet, nous trouvons, par un 
singulier revirement des choses humaines, Surrey 
prenant part à des réjouissances de mariage tenues 
à Holywell chez le comte de Rutland 1 . Un oncle 
de Surrey, le comte de Westmoreland, celui-là 
même qui avait prétendu autrefois à la main de 
la duchesse de Norfolk, mariait en un seul jour 
sos trois enfants, un fils et deux filles; le fils 
lord Novill épousait la tille du comte de Rutland 2 
■et c'est pour cette raison que les fêtes avaient lieu 
à Holywell; l'aîné des filles épousait lord Bulbeck, 
le frère de la comtesse de Surrey, qui, on ne l'a 
pas oublié, avait été un moment destiné à la 
duchesse de Richmond; et la fille cadette épousait 
lord de Ros, fils aussi du maître de maison lord 
Rutland. Uni aux fiancés par tant de liens, Surrey 
devait prendre une part importante dans la cérémonie 
nuptiale; il ramena solennellement une de ses cou- 
sines, la nouvelle lady de Ros, de l'église au château. 
Le soir, un grand banquet réunit les invités; il tou- 
chait à sa fin, quand une mascarade de gens costumés 
eu Turcs lit tout à coup irruption dans la salle; 
c'étaient le Roi lui-même et quelques-uns de ses 



1 Holywell se trouvail en pleine campagne à l'endroit qu'occupe aujour- 
d'hui le quartier de Londres nommé Shoreditch. Thomas Manners, 1 er comte 
de Rutland et 15 e baron de Ros, est l'ancêtre direct du duc de Rutland, 
du vicomte Canterbury et de lord Manners. La baronie de Ros, dont son 
lils aîné portait alors le titre, étant transmissible aux iillcs. a passé suc- 
cessivement dans plusieurs familles et appartient aujourd'hui à un Fitz- 
gerald. 

s Du mariage de lient v lord Nevill (futur 5 e comte de Westmoreland) 
avec lady Anne Manners naquit, entre autres, lord Charles Nevill (futur 
6 e comte de Westmoreland) qui épousa plus tard lady Jauc Howard, la tille 
aînée du comte de Surrey notre héros. 



MALHEURS QUI I liAIMT.M LA FAMILLE HOWARD. 215 

favoris accourus à cheval de Westminster; Henrj \lll 
n'avail pu laisser échapper une aussi bonne occa- 
sion il» 1 revêtir un déguisement el de faire une 



- 



ripaille . 

On peut dire de ce jour de réjouissances qu'il 
fut un jour intercalaire dans la triste période 
que traversai! alors la famille de uotre Comte. En 
effet, deux semaines après, le 18 juillet, lord Thomas 
Howard, frère du duc de Norfolk, était jeté à la 
Tour; |>ui> le 22 du même mois, le duc de Rich- 
miiii. I, l'ami el beau-frère de lord Surrey, mourail 
au palais de Saint-James. 

Lord Thomas Howard n'avait pas commis d'autre 
crime que d'être tombé amoureux d'une nièce du 
Roi, lad} Margarel Douglas 1 ; el celle-ci avant, par 
malheur pour lui, agréé ses vœux, ils avaient, d'eux- 
mêmes el sans s'inquiéter de l'assentimenl de 
Henry Ylll. arrêté leur prochain mariage. Le bruil 
de leur dessein parvinl aux oreilles du soupçon- 
neux monarque; or, oser sans son autorisation 
prétendre à la main de >a nièce étail à se- yeux un 
crime de lèse-majesté qui ne pouvail rester impuni. 
Lord Thomas fui donc mis à la Tour, el le Parlèmenl 
appelé à le juger, le condamna, sur le désir de Henry, 
à une prison perpétuelle qui fui h rigoureuse que 
le malheureux, donl la santé était assez mauvaise, 
succomba à la peine l'année suivante 3 . Moyennanl 



1 Wriolhesley's Chronicle. 

- Elle ('lait fille de la reine d'Ecosse Margarel Tudor par son second 
mariage avec Archibald Douglas, ii comte d'Angus. 

3 II mourut à la Tour le r,l octobre 1537. Outre la chronique de Hall, 
voir au sujet de sa condamnation Lords Journal, anno 28" el Statule 
Bookr2$ Henry MU, c. '2i. 



216 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

une renonciation formelle à la main de lady Mar- 
garet, lord Thomas eût obtenu sa grâce; mais il 
ne voulut jamais taire ce sacrifice et prêtera attendre 
dans les l'ers l'avènement de jours meilleurs. Lord 
Surrcy fut très ému par la disgrâce et la mort 
de son oncle; six ans après, il les déplorait encore 
dans ses vers : 

« Vous avez entendu — ce n'est pas si ancien — 
■ < comment l'amour fut cause qu'un des lions de ma 
c< race 1 termina sa vie dans la douleur; ayant été, 
« en punition de sa fidélité constante, enfermé dans 
<< une haute et forte tour, il y dépensa son àme en 
« pleurs. Hélas! qu'il fut à plaindre! Cette noble 
c< bêle mourut ainsi; rien ne put le détourner de 
c< perdre volontiers sa vie, du moment qu'il avait 
« perdu celle qu'il aimait 2 . » 

Le même sentiment de douloureuse tendresse se 
manifeste dans celte pièce de vers déjà citée par 
nous, que Surrey composa un an après la mort 
de son beau-frère h; duc de Kichmond, et dans 
laquelle il évoque le souvenir des années passées 
avec ce dernier au château de Windsor : « 
« Windsor, naguère lieu de délices, mais qui 



1 Dans celle apostrophe adressée à la comlesse de Herlford née Stan- 
hope, lord Surrey oppose sa propre famille à celle des Stanhopes; et se 
servant des emblèmes héraldiques de chacune d'elles, il représente allé— 
goriquemenl les Howard s comme des lions et les Stanhopes comme des 
loups. 

- « For you yourself hâve lieard, it is not long agoe, 

i' Silli thaï for love one of the race did end his life iu woe 

« In tower strong and hie for his assured truthe, 
« Whereas in teares lie spent his hrealh, alas! the more (lie ruthe. 

« This gentle heast so dyed, whom nothing could remove 
« But willingly lo lèse his life for lusse of tiis true love. » 
(Œuvres de Surrey : Eclic beast can chose hijs fere, etc.) 



HALHE1 RS QG1 FRAPPENT LA FAMILLE HOWARD. 217 

« aujourd'hui renouvelles i»>us mes chagrins, dis- 
moi où est mon noble ami; lui que chaque nuil 
lu renfermais dans les murailles. Aux autres il 
■ plaisait, mais c'est à moi <|u'il étail le plus cher. 
Hélas! l'écho, qui a pitié de mon chagrin, me 
« répond seul en me renvoyanl !•• son assourdi 
o d'une plainte 1 . » 

A la suite de tous ces malheurs, Surrej étail cer- 
tainement retourné à Kenninghall, pour assister aux 
funérailles de son beau-frère qui fui enseveli vers 
la lin d'aoûl dans l'église voisine de Thetford*. 
après cette cérémonie, le jeune Lord resta, semble- 
t-il, dans le château paternel; il s'y trouvait toul 
mu moins en octobre suivant, quand des événements 
graves le firent de nouveau sortir de l'inaction. 

La lutte que Henry VIII avait entreprise contre 
le Saint-Siège était allée s'envenimanl d'année en 
année. Ainsi on 1555, le Roi avait l'ait voler par 
le Parlement, à l'encontre «le l'autorité papale, une 
loi Âct of supremacy) qui If déclarait chef de l'Eglise 
chrétienne en Angleterre (suprême head m earth 
of tlte Church ofEngland) et lui soumettait au point 
de vue religieux non seulement le clergé séculier 
du pays, mais mémo tout le clergé régulier, bien 



1 » o place of bliss, renewer of mj woes, 

« Geve me accompl where is my noble fere; 

ii Whora in ili\ walles thou didst eche oighl enclose, 

(i To others leefe, l>ut unto me mosl dere. 

« Echo, alas! thaï doth my sorrow rewe, 

(i Keturns therto ;i hollow sounde ofplaynte. » 
(Œuvres de Surrey : So crucll prison, etc.) 

- Castelnau, Ambassadeur do France en Angleterre, à Jean du Bellay, 
24 août IÔ3G (Bibliothèque nationale, Fonds Dupuy, 265, fol. 108) : 
— « Monsieur do Norfor est depuis quelques jours allé eu sa maison pour 
faire enterrer Monsieur de Hicheinout. o 



218 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COL'.R DE HENRY VIII. 

que ce dernier eût toujours été considère comme 
n'ayant aucun lien avec la hiérarchie anglaise et 
comme relevant directement de Rome 1 . Alors, usant 
des pouvoirs qui venaient de lui être conférés, 
Henry Vlll avait envoyé à travers les comtés des 
inquisiteurs chargés d'examiner la tenue et les con- 
ditions d'existence de chaque couvent, et de signaler 
les abus et excès qui, disait-on, s'y commettaient 
impunément tous les jours. Ces inquisiteurs, sachant 
qu'en chargeant les religieux ils répondraient au 
vœu de Henry, ne se firent pas faute de lui adresser 
sur ces derniers les rapports les plus défavorables; 
et la conséquence fut que le Roi, sans s'inquiéter 
.de contrôler si les accusations portées étaient fondées 
ou non, enjoignit à son Parlement de prononcer la 
sécularisation et la réunion au domaine de la Cou- 
ronne de tous les monastères dont le revenu annuel 
était inférieur à deux cents livres. La mise à exécution 
de cette mesure, qui fut votée par le Parlement au 
mois de mars 155(3 2 , mit le comble au méconten- 
tement des populations de l'est et du nord du 
Royaume; celles-ci, en effet, liés attachées aux tradi- 
lions et à l'autorité de l'Église romaine, voyaient 
avec un vif déplaisir les attaques dirigées contre 
l'ancien ordre de choses; elles voulurent arrêter 
Henry sur la voie qu'il suivait et pour ce faire, elles 
n'hésitèrent pas à recourir aux moyens violents, lue 
grande sédition éclata au mois d'octobre 1556 dans 
les comtés de l'est el du nord. 

lie fut le Lincolnshire qui prit feu le premier, 



1 Statute Book, 26 Henry MIL c. 1. 
- Ibidem, Ti Henry Vlll, c. 28. 



PELERINAGE DE GRACE. 213 

Le soulèvement s'j produisit à ['improviste à un 
moment où le Roi, qui u'appréhendaii rien de sem- 
blable, n'avail sous la main aucune- troupes; pour 
tenir tête aux insurgés, il (lui s'adresser aux grands 
seigneurs du voisinage el leur donna l'ordre de faire 
au plus vite une levée d'hommes sur leurs domaines; 
lui-même, de son côté, se hâterai! de former une 
armée el l'enverrait se joindre aux troupes des Lords. 
Entre ceux qui répondirent avec le plus d'entrain 
à l'appel de Henrj se trouvait le due de Norfolk; 
il ne croyait, sans doute, pas à la gravité de la sédi- 
tion et voulait éviter à tout prix qu'on put le soup- 
çonner d'avoir favorisé celle-ci par son inaction ou 
sa tiédeur. Aussi en peu de jours il eul réuni sa com- 
pagnie d'hommes d'arme-, et avec son fils aîné 
lord Surrey il se mil en marche vers Lincoln. A ce 
moment, Henry VJ1I qui venait de décider de lui con- 
fier lo commandement des forces royales, le manda 
auprès de lui à Ampthill 1 ; le Due dut doue quitter 
immédiatement se- hommes, laissant à son lil- le 
soin de les conduire. 

Celui-ci avait déjà atteint Cambridge quand un 
message adressé à -on père par le Conseil Privé 
lui fut reini^; c'était un contre-ordre que le Roi 
donnait au due de .Norfolk. En effet, sur la nou- 
velle que lo calme -'('-lait rétabli, Henry avait 
cru la sédition terminée; el là-dessus, ne supposant 
pas que le Duc lut déjà sur la route d'Ampthill, il 
lui taisait savoir qu'il n'avail pas à se déplacer pour 
venir prendre le commandement de l'armée royale 
et que même il devait arrêter la marche en avant 

1 Château royal situé dans le comté de Bcdford. 



2'20 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

de sa compagnie 1 . Surrey, qui prit connaissance de 
ce message, avait-il des renseignements particuliers 
qui l'autorisaient à penser que le Roi se trompait 
et que l'insurrection, loin d'être éteinte, allait prendre 
un immense développement? Le fait est qu'il se 
garda de divulguer le contenu de la lettre du Conseil 
Privé et que, tout en demeurant stationnaire à Cam- 
bridge, il maintint ses hommes en tenue de combat 2 . 
Bien en prit au jeune Comte; car, à ce moment 
même, tout le comté d'York, le plus vaste d'Angle- 
terre, s'était à son tour soulevé et la sédition se 
répandant au loin gagnait les comtés voisins de 



1 La lettre ilu Conseil Privé en date du 14 octobre 1556 se trouve au 
Record Office. (Letters and Papers, vol. XI, n° 701.) 

2 Le comte de Surrey au duc de Norfolk, 15 octobre 1530 (Letters and 
Papers, vol. XI, n° T27) : — « It raay pleas Your Grâce to bc advertysed 
that tins Sonday al nyght abowle IX of the clokke I hâve receyved letres 
from niy lord Prive Sealc (Cromwell) aud others of the Privy Counsavll 
directed unlo Your Grâce from Wyndesor the \IIll"' day of this présent 
moneth; whiche — knowyng your pleasure that I shold so doo in your 
absence, — I bave incontinentlv unclosed, and for that the sa me, decla- 
ryng the submission of the more parte of the Iraytours with therc retyre 
lo ther howses, dothe comport a cominaundeinent of stay of your com- 
panv in that place where the same at this présent is, — whiche undoub- 
Icdly ys soorely a company of so hablemen and so goodly personage as 1 
do thynke the like in sutche nombre upon so soden warnyng asseml)led 
balb nul ben seen, as those hère do juge whiche hâve seen many mos- 
lers, — I hâve witbout revelyng the same to any others than to my friend 
M r Soulhwell and to the treasurer of your howse, — leste the same opened 
to many mygbt percase gyve occasion to the companye lo withdrawe before 
the Kyngs determynate pleasure knowen, — consulted with them oonly, 
and so thought il moche nedefull to hold lh' appoyutment of moslers hère 
to-moiTowe accqrdvug to your coinmaundement in your former lelres aud 
lo sende to Your Grâce with ail basle to advertise you of the thyugs doon 
in this the Kinges affavre hère svns your departure, to th' entent that, 
accordyng to th' eslate of the same, you shall may, the Kinges pleasure 
knowin, directe your coinmaundement uuto me aud sutche others as shall 
seine good unto you. » Nous avons tenu à citer en entier cette longue 
tirade pour donner un spécimen exact de la prose contournée et diffuse de 
lord Surrev, 



PÈLERINAGE DE GRACE. 221 

Durham, de Northumberland, de Cumbcrlnnd el de 
Westmoreland. En l'espace de < j n * • I » | w t --> jours, vingl 
mille insurgés en armes s'amassèrenl sur les bords 
<lii Don el a leur tète vinrenl se placer les principaux 
seigneurs il u pays. C'esl le grand mouvemenl popu- 
laire qui est connu dans l'histoire mhi>- le nom de 
Pèlerinage il»' Grâce (Pilgrimage of Grâce . 

Pour avoir raison de ce soulèvemenl redoutable, 
ce lui encore le «lue de Norfolk que le roi désigna; 
choix étrange! car le Duc passait pour être favorable 
;ni\ insurgés el pour désirer leur succès. Les récla- 
mations que ceux-ci formulaienl étaient au nombre 
de quatre : que l'Angleterre lui replacée -«ni-- l'auto- 
rité spirituelle <lu Saint-Siège; que la princesse Mary, 
naguère déclarée illégitime 1 , fui rétablie dans ses 
(ledits et proclamée héritière du trône; que les monas- 
tères récemmenl sécularisés fussenl rouverts; el enfin 
que llciin éloignât de lui les hommes d'extraction 
roturière donl il s'était entouré, notamment le nou- 
veau lord du Sceau Privé (lord Privy Seal), Thomas 
Cromwell*. Toutes ces réclamations étaient conformes 
aux vœux «lu duc de Norfolk; celui-ci, il est vrai. 
durant tout le temps qu'Anne Boleyn avait dominé le 
Roi, s'était montré l'ennemi résolu du Pape aussi 
bien que <le Catherine d'Aragon; mais il agissait alors 
par intérêt afin de ne pas perdre la faveur royale: 
après la chute de la favorite, il n'avait plu^ les 
mêmes raisons pour cacher ses sentiments, el il rom- 



1 Elle avait élé déclarée telle par le Parlement au mois de mais 1554. 
i.lr/ of succession.) 

i Thomas Cromwell était devenu lord Privy Seal à la plaie du comte 
de Wiltshire le 29 juin précédent; et il avait élé créé lord Cromwell le 

'J juillet. 



2-22 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

mença à chercher les moyens de ramener le Roi vers 
l'alliance impériale et par suite vers l'entente avec le 
Saint-Siège. Or voici qu'il trouvait des auxiliaires 
inattendus dans les insurgés du nord; el ceux-ci vou- 
laient, en outre, lui rendre l'éminenl service de le 
débarrasser de son rival d'influence lord Cromwell. 
Comment le Hue n'appuya-t-il pas leurs prétentions 
auprès du Roi? Comment surtout accepta-t-il la mis- 
sion de les écraser? 1! Tant le dire, il manqua de har- 
diesse; toujours cauteleux, il préféra ne pas résister 
ouvertement à un ordre de Henry VIII et se réserva 
seulement d'user des circonstances pour favoriser de 
tout son pouvoir la cause des séditieux. 

Lord Surrey était-il dans les mêmes sentiments 
que son père? Certes, personne ne désirait plus 
vivement que lui le renversement de lord Cromwell; 
très orgueilleux de son origine royale et entiché 
de l'opinion que les gens de vieille noblesse avaient 
seuls le droit de s'occuper des affaires de l'Etat, 
il déplorait que Henry VHI eût pu appeler dans son 
Conseil des hommes d'extraction roturière, et il 
considérait lord Cromwell comme un intrus qui 
s'était emparé d'une place réservée à un autre 
plus digne. Mais étant en même temps ardent el 
batailleur, Surrey oubliait ses antipathies, en voyant 
se présenter la chance d'un combat; peu lui impor- 
tait ce que réclamaient les insurgés: ils étaient des 
traîtres [traitours) qu'il fallait punir au plus vite; 
et tout joyeux il mena en avant la compagnie qu'il 
avait maintenue en armes à Cambridge 1 . 



1 Wriothesley à Cromwell, 22 octobrr \h7>6. (Henry VIII State Papers, 
vol. I, part m, n" 52.) • 



PÈLERINAGE DE GRACE. 225 

Comme bien l'on pense, le duc de Norfolk n'était 
pas disposé ; *i livrer bataille. Il lit semblant de croire 
que les instructions royales l'autorisaienl à négocier 
avec ses adversaires el il se mil sans tarder en <•< >i m — 
munication avec eux. Puis, les pourparlers engagés, 
il annonça à llenrj \lll la résolution qu'il venait 
de prendre; l'issue d'une lutte, disait-il, lui avail 
paru trop incertaine, il avail préféré parler raison 
aux insurgés, el somme toute ceux-ci se contente- 
raient de concessions qui pouvaient, à son avis, 
leur rire accordées sans inconvénient. Toul cela lui 
exposé avec la finesse exquise que possédait le hue. 
el le Roi, malgré l'opposition de Cromwell, se Inissi 
persuader. \u commencement de décembre, il octroya 
à tOUS le< rebelles une amnistie pleine el entière 
et leur promil qu'un Parlement spécial se réunirait 
à York dans le couranl de l'année suivante peur 
examiner leurs réclamations et \ faire droit dans 
la mesure du possible. En même Lemps, comme 
pour mettre le sceau à la réconciliation, le Uni 
invitait à se rendre auprès de lui à Windsor les 
principaux chefs de la rébellion; un seul, Robert 
Aske'. se reudil à l'appel de Henry; encore ses 
amis ne le laissèrent-ils partir qu'après s'être fait 
donner des otages par le duc de Norfolk. Celui-ci, 
toujours complaisant pour les insurgés, n'avail 
pas hésité à accéder à leur exigence, bien qu'elle 

lui peu llalleilse pour le lîoi donl elle mettait 011 

doute la parole: il livra, pour répondre de la 



1 Robert Aske était natif du Yorkshirc, mais exerçait ;i Londres même 
la profession d'avocat. Voir la lettre que lui adressa llenn \lll le l.*> dé- 
cembre. {Henni Mil State l'apcrs. vol. I. |i;nt 'l ri .) 



224 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY MIT. 

sûreté d'Aske, six seigneurs appartenant à l'armée 
royale : dans ce nombre étaient ses deux fils, 
lord Surrey el lord Thomas Howard, et un de ses 
livres, lord William Howard 1 . 

Au bout de quelques semaines, Aske revint sain 
et sauf de Windsor; les otages, alors, lurent 
relâchés, et Surrey, quittant son père qui restait 
avec quelques troupes dans le Yorkshire pour pré- 
venir un réveil éventuel des troubles, regagna le 
sud du royaume. 



1 Cronica ciel rey Enrico Olavo de Ingalaterra, éditée par le marquis 
de Molins (chapitre xvn). Cette chronique est le seul document qui men- 
tionne la livraison d'otages aux insurgés; peut-être cette autorité n'est- 
elle pas suffisante pour permettre d'affirmer le fait. 



CHAPITRE VII 

Disgrâce de lord Surrey. — Sa relégation à Windsor. 
Sa retraite à Kenninghall. 



De retour de cette inactive campagne dans le 
Yorkshire, le Comte dut, au moins de temps en 
temps, vivre à la Cour, et s'initier à la vie déréglée 
[rakekell life) et aux plaisirs bruyants qui y ('[aient 
à la mode 1 . En tout cas, à la tin de juin 1557, il se 
trouvait auprès du Roi à Hampton Court, attendu 
qu'il s'attira dans ce lieu une affaire désagréable donl 
les conséquences eussent pu lui être bien funestes. 

Surrey tenait beaucoup du caractère de sa mère. 
Sincère au point de dire la vérité en face à tous, 
même pour son propre désavantage; généreux envers 
ses inférieurs; serviable; chevaleresque; large et, 
on peut le dire, très désintéressé si on le compare 
aux gens de Cour de cet âge : il avait le malheur 
d'être affligé d'un orgueil intraitable et d'une vio- 
lence déraisonnée; ainsi, d'une part, il s'imaginail 
que, de par sa naissance, il était supérieur à tous 
ceux de ses compatriotes qui descendaient de moins 
bonne race, et il se croyait lésé par l'arrivée au 

1 Voir la poésie du Comte, citée ci-après : Wlwn Windsor icalles, etc. 

PECX GENTILSHOMMES-POÈTES. 15 



22G DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE IIE311Y. VIII. 

pouvoir de tous ces hommes de basse extraction 
que le caprice de Henry VIII faisait sans cesser 
entrer dans la vie publique; et, d'autre part, il 
ne pouvait supporter le moindre semblant d'injure, 
surtout venant d'un des parvenus récents, sans 
chercher à en tirer vengeance 1 . 

Or voici ce qui se passa à Hampton Court à la 
fin de juin. Il faut savoir qu'après l'apaisement 
de la grande insurrection du précédent aulomne, 
quelques égarés, reprenant follement les armes, 
avaient essayé en janvier de se saisir des villes 
de Hull et de Beverley; leur tentative avait complè- 
tement échoué, mais elle avait donné à Henry VIII 
et à Cromwell un prétexte pour sévir, et s'auto- 
risant des prétendues sympathies qu'avaient dû avoir 
pour les auteurs de ces derniers mouvements les 
chefs du Pèlerinage de Grâce, le Roi et son digne 
Ministre avaient annulé l'amnistie octroyée à ces 
derniers au mois de novembre et les avaient livrés 
aux jurys, c'est-à-dire à la mort. Parmi ceux qui 
par suite de ce manque de foi subirent le supplice, 
se trouvait lord Darcy 2 ; et ce vieux seigneur, 

1 Une tlos meilleures peintures du caractère de lord Surrey se trouve 
dans un dialogue tenu par deux ecclésiastiques dans le cours de l'été 1 539 
et publié dans le vingt-troisième volume de YArcluvologia (Mémorial from 
George Constantyne to lord Cromivell) : — « The dean : « lt ys the most 
« folisb prowde boy that ys in Englande. » — George Constantyne : « What, 
(t num, lie hath a wife and a childe (il en avait même deux), and ye call 
« him boye. » — The dean : « By God's mercy, methinks he exceadeth. » 
« — George Constantyne : « What then, lie ys vvise for ail that, as I 
« heare ; and as for pride, expérience will correcte well enough. No mer- 
(( veil, though, a yonge man so noble a man's sonne and heir apparanle 
« be prowde; for we be too prowde ourselves without those qualities. » 

- Thomas lord Darcy ofTemplehurst, chevalier de la Jarretière et homme 
de guerre distingué ; il était un des adhérents les plus fidèles de la prin- 
cesse Mary. 11 fut décapité à Tower Hill le ~>0 juin 1537. 



DISGRACE DE LORD SURREY. 22Î 

entraîné, avant de mourir, à faire quelques révé- 
lations sur le Pèlerinage de Grâce, avail laissé 
entendre que lord Surrey, toul en ayant alors 
servi dans les troupes royales, avail pourtant été 
acquis de cœur à la cause des insurgés*. Quel- 
qu'un de l'entourage immédiat de la nouvelle reine 
Jane Seymour*, probablement son frère le nouveau 
vicomte Beauchamp 3 , répéta cette insinuation ; ses 
paroles furent, connue de raison, aussitôt rap- 
portées à lord Surrey; et celui-ci, déjà fort mal 
disposé pour les Seymours, qu'il considérait comme 
ih'< intrus dans la noblesse anglaise, et craignant, 
en outre, qu'une pareille rumeur, en s' accréditant, 
ne vînt ;i lui nuire dan-- l'esprit du Roi, se 
laissa emporter par la colère et frappa celui qui 
avait tenu le propos. La scène, par malheur, se 
passait dans le parc royal de Hampton Court, c'est- 
à-dire dans un endroit privilégié où toute voie 
de fait était rigoureusement défendue et exposait 
quiconque s'en était rendu coupable à être puni 
de l'amputation de la main droite 1 . Tel était le 



1 Le duc de Norfolk h lord Cromwell, 5 juillet 1537 : — « 1 eannot 
express how moche I tliink myself bownde to you for your most kynd 
handlvng of ail my causis and now of late consernyng the lord Darcy and 
mv son, his fais surmyse made against hym as 1 tliink. » M. Gairdner (Let- 
ters and Papers, vol. XI, Q° 21) rapporte à tort cette lettre au mois de 
juillet 1556: il y est question des difficultés qu'éprouvait la duchesse 'I" 
Richmond à se faire payer son douaire; m elle ae devint veuve que le 
-22 juillet 1556. 

* Le k 20 mai 1556, lendemain du supplice d'Anne Bolevn, Henrv VIII 
avait épousé Jane Seymour. 

3 Edward Seymour, frère aîné de Jane, avait été créé vicomte Beauchamp 
le 6 juin 1556. 

4 Le duc de Norfolk à lord Cromwell, 8 août 1557 [Henry VIII State 
Papers, vol. V, n° 525) : — « 'What chawnees of informations hath ben 
of my son falsely ymagined, no man knoweth better then ve. And imw to 



'228 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

danger qui menaçait Surrey, s'il ne réussissait pas 
à se disculper devant le Conseil Privé qui l'avait 
aussitôt cité à comparaître; or c'était une rude 
tâche, étant donné que l'accusateur était le propre 
frère de la Reine, et que le duc de Norfolk toujours 
retenu par son commandement clans le Yorkshire, 
n'était pas là pour plaider la cause de son fils. 

Le Due protestait bien par lettres que ce dernier 
n'avait pu être assez insensé pour commettre une 
offense aussi sévèrement défendue; mais les absents 
ont souvent tort; et l'on ne sait ce qui serait 
advenu à Surrey, si son père ne s'était avisé 
d'implorer les bons offices de l'homme qu'il avait 
jusqu'alors le plus jalousé et combattu, du tout- 
puissant lord Cromwell. 

Celui-ci en cette occasion se montra généreux 1 : 
il accéda «à la requête de son rival, peut-être 
avec le secret espoir de se le concilier pour l'avenir, 
et il parvint à tirer Surrey du mauvais pas où 
il était engagé. Aucune condamnation ne fut pro- 
noncée contre ce dernier 5 ; le Conseil Privé se 

amende the same in my hert. by chawnce of lightlihode lo be maymed of 
bis rightarme. » Cette peine de l'amputation de la main droite a été rendue 
célèbre par un roman de sir Walter Scott. Nigel. 

1 Cromwell était un sectaire, prêt à faire triompber par tous les moyens, 
bonnêtes ou malhonnêtes, la politique qu'il professait; mais dans les rela- 
tions privées il se montrait humain et charitable; les archives du temps 
relatent à son actif un grand nombre d'actes de bienfaisance. 

2 II n'y en a pas de trace dans les documents contemporains; d'ailleurs, 
si le Comte avait été condamné alors par le Conseil Privé, il n'aurait pas 
pu cinq ans plus tard adresser à ce même Conseil une lettre où se ren- 
contre ce passage (Lord Surrey au Conseil Privé, 5 juillet 1542, British 
Muséum, Ilarleian ms. 78, fol. 24) : — « VVheare myghte I, wilhowte 
vaunte, lay before you the quyet conversation of my passed lvfe, winch 
'.indcstavned with anye unbonest touche unscmyng in such a man as'hath 
pleased God and the Kynge to make me, myght perfectly promise newe 
amendaient of mine offence. » 






SA RELÉGATION A WINDSOR. 220 

borna à le reléguer à Windsor, afin que l'on ne 
pût pas dire que l'ordre avait été impunément 
troublé dans l'enceinte d'un domaine royal. Ce 
n'était pas pour le Comte an emprisonnement 
véritable; il restait libre de ses mouvements dans 
le château et le parc y aliénant; seulement il 
avait la défense do s'éloigner. 

Ce fut évidemment durant le temps de sa relé- 
gation à Windsor que lord Surrey s'adonna pour 
la première fois d'une manière sérieuse à la 
poésie 1 . Hanté par le souvenir des jours heureux 
qu'il avait passés plusieurs années auparavant 
dans ce même endroit en la compagnie du duc 
de Richmond, il composa notamment sa pièce de 
vers à la mémoire de celui-ci. 

« Windsor », s'écriail-il, « jadis lieu de 
délice, mais dont la vue renouvelle aujourd'hui ma 
douleur, rends-moi compte où est mon noble 
ami; lui que chaque soir tu renfermais dans tes 
murs. Aux autres il plaisait, niais c'est à moi 
qu'il était le [dus cher. L'écho, hélas! qui a pitié 
de mon chagrin, me répond par le bruit sourd d'une 
plainte. C'est ainsi que seul, en ce château où 
a grandi tente ma liberté, je languis captif dans 
l'asservissement et la contrainte; et pour bannir 
de ma pensée mes ennuis actuels, je ne leur 



1 La première pièce composée par lord Surrey paraît être sa traduction 
de la onzième ode du deuxième livre d'Horace : Of thy lyfe, Thomas, 
this compassé well marke. Celte pièce que nous croyons dédiée par le 
poète à son frère lord Thomas Howard, et nullement à sir Thomas Wyat, 
est composée d'après un système que Surrey n'a pas suivi une seconde 
fois; il a cherché simplement à faire des vers de dix syllahes, san> s'in- 
quiéter de l'accent ni de la mesure : c'est évidemment l'œuvre d'un 
débutant. 



233 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY: VIII. 

trouve comme diversion principale que le souvenir 
de la peine bien plus amère que m'a causée la 
perte de mon ami 1 . » 

Dans une autre poésie également composée à 
Windsor 8 , lord Surrey évoque le souvenir des jours 
qu'il vient de passer à la Cour : « Les murailles 
de Windsor soutenaient mon bras fatigué, et sur 
ma main j'appuyais mon menton, afin de reposer 
ma tète inquiète; et mes yeux découvraient au 
loin les plaines plaisantes que la chaleur avait 
revêtues de verdure, les branches épanouies sous 
l'action du joyeux printemps, les prairies couvertes 
de fleurs, et les oiseaux qui cette année ont célébré 
si tard leur union 3 . Alors se présentent à ma pensée 
les gais chagrins de cœur, les querelles courtes où 
la haine n'a pas de part, et toute cette vie déré- 
glée qu'entraînent les plaisirs d'amour 4 . » 



Oplace of blisse, renuer of my woes, 

Geve me accompt, where is my noble fere; 

Whomin thv walles thou didst eche night enclose; 

To others leefe, but unto me most dere. 

Echo, alas! that dothe my sorrow rewe, 

Returns therto a hollow sounde of playnte. 

Thus I alone, where ail my fredome grewe, 

In prison pvne, with bondage and restrainte, 

And with remembraunce of the greater greefe 

To banishe the lesse, I find my chief releefe. 
(Œuvres de lord Surrey : So cruell prison, etc.) 

- Au dernier chapitre nous citerons une troisième pièce écrite par 
Surrey à Windsor. 

r > L'hiver de 153(1-1057 avait été fort long et fort rigoureux; la Tamise 
resta longtemps gelée entre Londres et Greenwich. 

4 Wh en Windsor walles susteyned my wearied arme, 

Mv hand my chin, to ease my restlesse hed; 

The pleasant plot revested green with warme, 

The blossom'd bowes with lusty ver yspred, 

The flowred meades, the wedded birdes so late 

M vue eves discover. And to my minde resorte 



Sv RELEUATION A WINDSOR. 231 

Combien de Lemps dura la relégation du Comte 
à Windsor? nous ne le savons pas exactement; 
niais tout porte à croire qu'elle fut assez prolongée 1 , 
car le Comte en rapporta, contre les Seymours qui 
en avaient été la cause, une rancune profonde qu'il 
conserva jusqu'à sa mort*. 

Lorsqu'il eut recouvré sa pleine liberté, le Comte 
ne revint pas à la Cour; probablement même il 
reçut l'ordre de n'y point paraître. Car le Roi, 
auquel la reine Jane venait de donner le lils 
tant désiré 5 , favorisait de plus en plus les Sey- 

Thejoh woes, thehatelesse shorte debale, 
The rakehell lyfe that longes to loves disportc. 
La suite devient d'un mauvais goût extraordinaire : « Alors la lourde 
charge de soucis amassée dans mon cœur s'échappe, contre mou gré, en 
soupirs enfumés qui obscurcissent les airs; et mes yeux humides distillent 
tant de larmes amères que là où elles tombent, elles vivifient la source tran 
quille ; et moi, je me penche à demi pour me jeter avec elles dans cette 
source. » 

Wherewith alas! the heavj charge of care 
Heapt in mv brest breakes forth, agairist un will, 
In smokv sighs thaï overcast the ayer. 
M\ vapored eves suche drer\ Icare* dislill, 
The tender spring whiche quicken where they fall; 
And I halfe bent to throwne me downe withall. 
Il est heureux pour la réputation de Surrey qu'il n'ait pas commis beau- 
coup de vers de ce genre. 

* Le D r Nott, dans son édition des oeuvres de Surrey, place durant 
l'année 1546 la relégation du Comte à Windsor. Mais une nature aussi 
mobile et sensible aui impressions du moment que celle de Surrey, 
n'aurait pas pu produire des vers tellement touchants sur la mort du duc de 
Richmond dix ans après l'événement; en outre, il serait étonnant qu'un 
emprisonnement du Comte (car d'après Nolt ce fut un véritable emprison- 
nement qu'il subit à Windsor) passa complètement inaperçu dans les docu- 
ments du temps. 

s Lord Herbert of Cherbury [Life and raigne of Kitige Henry W//i. fait 
dater l'animosité de Surrey contre les Seymours du temps où il fut relégué 
à Windsor (voir le passage relatif à la mort du Comte). 

5 Le prince Edward, qui succéda à son père sous le nom d'Edward \I, 
naquit le 12 octobre 1537; la Reine mourut des suites de ses couches le 
24 du même mois. 



232 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

inours * et n'était pas, par conséquent, en humeur 
de témoigner la moindre bienveillance à quiconque 
les avait offensés 2 . 

Surrey se rendit donc directement de Windsor 
à Kenninghall, et c'est de ce dernier château que 
le premier janvier suivant il envoya au Roi, comme 
cadeau du nouvel an, trois coupes d'argent doré 3 : 
donner au Roi des étrennes était un usage presque 
obligatoire pour les seigneurs anglais, et Surrey 
pouvait, moins que tout autre, s'en affranchir, 
lui qui se trouvait en disgrâce. 

Deux mois après, le 10 mars 1558, toujours à 
Kenninghall, il naquit au Comte un fils, auquel 
il donna le nom de Thomas 4 , nom de prédilection 
dans la famille 5 . Comme bien des personnes à 



1 Le 18 octobre, le vicomte Beauchamp fut nommé comte de Herlford, 
et son frère Thomas Seymour fut armé chevalier. 

2 Le D r Nott prétend que lord Surrey fut armé chevalier le 18 octohre et 
qu'il assista le 12 novemhre aux funérailles de la Reine à Windsor. Surrey 
ne fut pas, en réalité, armé chevalier avant le mois de mars 1541 (voir 
plus loin, chap. VIII) ; et tous les récits des cérémonies qui suivirent la nais- 
sance du prince Edward ne le mentionnent pas une seule fois parmi les 
divers assistants. (British Muséum, Egertonms. n° 985, fol. 57°, 58 et40\) 
Le D r Nott, à l'appui de ses dires, cite un manuscrit qu'il a mal compris 
(Gotton ras. Claudius, c. III, catalogue des chevaliers armés sous Henry Vil 
et Henry VIII) et un autre qui n'existe pas. 

5 « Three gilt holles with a cover having therupon a dohle rose, the 
sliankes of the holles chased upright and the ffeet graven in one..., gevcn 
hy th'erle of Surrey on IS'ewyeres daye anno XXI\°° (Henrici regnantis), 
weying LXIX oz. :> (Ms. of the Society of antiquaries, Invenlorij of 
Henry VIII jewels, « Boîles of sylver guylt. ») 

4 De ce lord Thunias Howard qui devint le 5° duc de Norfolk (ancienne 
compulation) descendent en ligne directe quatre membres actuels de la 
Chambre des Lords : le duc de Norfolk, le comte de Suffolk, le comte de 
Carlisle et lord Howard of Glossop. 

s Non seulement le père et l'aïeul de lord Surrey avaient reçu ce pré- 
nom, mais encore son frère et un de ses oncles ; ce dernier, enfermé à la 
Tour de Londres, était mort le 51 octobre précédent; c'est peut-être en 
souvenir de lui que le Comte nomma son fils Thomas. 



SA RETRAITE A KENNINGHALL. 233 

cette époque, le Comte croyait à l'astrologie; il 
avaii même étudié celte prétendue science; 1 aussi 
ne sommes-nous pas surpris de voir que dans 
la soirée du I<> mars, tandis que là Comtesse était 
sur le point d'accoucher, il s'occupait de faire 
tirer, ou de tirer lui-même l'horoscope de reniant 
qui allait naître. On trouve à Oxford, à la Bibliothèque 
bodléienne, la reproduction de cet horoscope 2 ; mais 
il est facile de voir d'après les commentaires qui 
sont adjoints au thème de nativité, que les calculs 
faits au moment de la naissance de lord Thomas 
ont été modifiés après coup, pour les faire concorder 
avec les incidents de sa vie. 

L'année suivante le 24 février, la naissance d'un 
second fils 3 donna au comte de Surrey l'occasion 
de l'aire encore une expérience d'astrologie; cette 
fois, nous le savons, l'horoscope fut dressé par 
un praticien italien que le Comte avait recueilli 
dans sa maison et avec lequel il semble avoir étudié 
pendant assez longtemps*. 



1 Sun page, le poète Churcbyard, ;i dit de lui : 
« His knowledge crept beyond tlie stars and raught to Jovcs hie tronc... 
Aimost he had foresight to knowe, ère things should come to passe. » 
(Œuvres de Thomas Churchyard, Churchyardes Charge.) 

- Ashmole mis. n" 394, fol. 93-98 : « Calculus genethliacus Tfiomse 
illusli -issimi quondam Norfolcix Ducis, post mortem in ipsius musseo 
vepertus. » 

3 Lord Henry Howard ne naquit pas à Kenninghall, mais dans un châ- 
teau voisin, à Shotcsham; ce château n'était pas un domaine de la famille 
Howard; on esl donc porté à supposer que la comtesse de Surrey, en visite 
chez des amis, accoucha chez eux prématurément. Au sujet de la nais- 
sance de lord Henry Howard, voir David Lloyd's State worthies (Lord 
Henry Howard) et Daniel Lyson's Environs of London (vol. IV, Grccn- 
wich). Lord Henry, qui fut un homme d'État assez remarquable, fut créé 
en 1005 comte de Northampton; il mourut sans alliance. 

* Lors du procès du comte de Surrey en décembre 1540, son cousin 
germain sir Edmund Knyvet, témoin a charge, lui reprocha d'avoir eu 



234 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

En dehors de l'astrologie, Surrey, dans sa retraite, 
avait une autre occupation plus noble : la poésie. 
Dressé par son éducation à admirer les auteurs 
italiens, il traduisit en vers anglais quelques sonnets 
de Pétrarque et un poème de Boccace 1 ; puis, tirant 
de son propre fonds, il composa non pas exactement 
à la manière de Pétrarque, mais plutôt de ses suc- 
cesseurs, un assez grand nombre de sonnets 2 . 
Enfin, il mit en vers anglais deux chants de Y Enéide 
de Virgile, le deuxième et le quatrième 3 . 

Entreprise par Surrey dans le seul but de tromper 
les ennuis de son exil loin de la Cour, cette dernière 
traduction est une œuvre hâtive 4 , ainsi que le 



auprès de lui cet astrologue italien (voir chap. XIV) ; il faut dire que l'astro- 
logie était alors assimilée à la sorcellerie et pouvait être punie de mort. 

1 De Pétrarque, les sonnets : Amor chc nel pensier mio vive e régna 
{Love Huit livclh and reigneth in my ihought) et Pommi ove 7 Sol uccide 
i fiori Verba (Set me whereas the sun doth pardi the green) ; de 
Boccace, Epistola, o vero lectera mandata a messer Pino de Rossi con- 
forlatoria. (La traduction de cette dernière pièce est perdue.) 

2 Surrey, dans ses sonnets, n'imite Pétrarque que pour le nombre des 
vers ; on ne trouve chez lui ni les tercets, ni le retour des rimes à cer- 
tains intervalles constants, mis en usage par le poète italien. 

5 Faut-il rapporter quelques-unes des poésies de Surrey au temps de 
son séjour à Kenninghall avant son départ pour la campagne dans le York- 
shire? Quant à celles qu'il composa à Windsor, elles sont facilement 
reconnaissables, elles sont le reflet fidèle des sentiments que les événe- 
ments venaient de faire naître en lui. 

4 Tel n'est pas l'avis d'fsaac d'Israëli (Amenilies of lilcrature). Ce cri- 
tique pense que Surrev composa d'abord sa traduction en vers hexa- 
mètres, puis que, n'étant point satisfait du résultat, il la réduisit en vers 
de cinq pieds. Ce qui paraît justifier cette opinion est le passage suivant 
d'un traité composé par William YVebhe en 1580 (A discourse of english 
poetrie) : « The first lhat attempted to practise thys verse (liera metrum 
epicum) in english would seeme to be the earle of Surrey, who translated 
some part of Virgill into verse indeede, but without regard of true quan- 
tity of syllabes. » Mais Webbe ne dit pas positivement que ce soit dans sa 
traduction de Y Enéide que Surrey ait employé le vers hexamètre; et nous 
avons du Comte une pièce écrite suivant cette mesure : 

Give car to my suit, Lord! fromward bide not thy face. 



SA RETRAITE A KBNNINGIIAL1 235 

prouvent les aombreux emprunts (on pourrait dire 
plagiats) faits au poète écossais Gavrin Douglas 
qui avait peu d'années auparavant mi>, cgalemenl 
en vers anglais, Y Enraie tout entière 1 ; mais elle 
a le mérite d'être écrite en ïambes non rimes, inno- 
vation 1 dont l'idée fut sans doute fournie à Surrey 
par quelque poète italien 3 et qui était en toul cas 
destinée à un brillant avenir en Angleterre. 

Comme associé à ses travaux poétiques, lord Surrey 
— ce trait montre qu'il n'était pas si hautain pour 
ses subordonnés* — avait pris un de ses pages chez 
lequel il avait discerné des dispositions heureuses; 



1 Gawin Douglas, évèque de Dunkeld, fils d'Àrchibald Dou-las, .">- comte 
d'Angus. Banni d'Ecosse par le duc d'Albany, Gawin Douglas se réfugia en 
Angleterre où il mourut, à Londres, en 1522. 

- Les anciens vers anglais, vei - à allitérations, n'étaient pas rimes; mais 
avant Surrey une pièce de poésie composée à la fois sans allitérations et 
sans rimes était chose inconnue, ainsi que le prouve le titre mis en tète 
d'une des premières éditions de sa traduction de l'Enéide : « The foorth 
boke of Virgill translatée! into englishe and drawne inlo a straunge meter 
l>\ Henry earle of Surrey. » 

" Les vers blancs [teiolti versi) étaienl certainement 6n usage alors en 
Italie; mais M. Witcomb (On the structure of cnglish verse) se trompe en 
indiquant comme les modèles suivis par Surrej la traduction du deuxième 
livre de Y Enéide publiée en 1539 par le cardinal Hippolyte de Uédicis 
et celle du quatrième publiée en 1540 par Carlo Piccolomini; l'essai de 
Surrey devait déjà être terminé quand ces deux publications purent parvenir 
à sa connaissance. 

* Lord Surre] a dépeint lui-même la nature de sa fierté et de son into- 
lérance en les comparant à celles de ses rivaux 1rs Seymours : 
....Lîehold our kyndes how tbal we differ farre. 
I seke inv focs; and you your frendes do tbreten -till with warre. 

I fawne where I am Ûed; you slay Lhal sekes to you. 
I can devour no yelding prej ; you kilt where you subdue. 

M\ kinde is to désire the honoure of the Beld; 
And you with hloode to slake your thirst on such as to you yeld. 
(Œuvres de lord Surrey : Krhe beast can chose hys [ère, etc.) 
A notre avis, ces vers de lord Surrey donnent bien l'idée de son carac- 
tère; quant au portrait qu'il fait des Seymours, il n'est évidemment pas 
flatté. 



23G DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

pendant quatre ans il le tint à son école et se donna 
la peine de former ce jeune homme qui, simple fils 
de fermier, devint, grâce aux soins de son maître, 
un poêle assez distingué 1 . 

Cependant le duc de Norfolk souffrait de l'éloigne- 
ment et de l'oubli dans lesquels vivait son fils; il 
souffrait aussi de voir sa fille la duchesse de Rich- 
mond devenue presque une déclassée par suite de 
son veuvage prématuré 2 . 11 chercha à mettre fin à 
cette triste situation de ses deux enfants et, dans 
cette pensée, il conçut le projet d'un mariage de sa 
lille avec sir Thomas Seymour. L'idée était heureuse, 
car par cette union avec l'un des oncles du Prince 
Héritier, la duchesse de Richmond recouvrerait à la 
Cour une position brillante, et son entrée dans la 
famille Seymour amènerait, d'autre part, presque for- 
cément, entre son frère lord Surrey et son beau-frère 
le comte de Ilertford, un accommodement dont l'effet 



1 Le page Thomas Churchyard nous a lui-même raconté son histoire 
dans son recueil de poésies nommé Clmrchijardes charge (A staric trans- 
lated oui of franche) ; il transporte seulement en France les faits relatés : 

In old tyme paste in Picardie there dwelt an honest man; 

À wife lie had, a house he helde, as farmers use to doo.... 

....for to chère mrweldie âge, faire children God hym sent 

Of whiche he had one moste in minde, a lad of livly spreete. .. 

A maister ol'no mean estate, a mirrour in ihose dayes, 

llis happië fortune thon hym gale (to the lad).... 

....Tins yong' man served this maister twice twoo ycre 

And learned therein suche fruitfull ski 11 as long he held full dere, 

And used the penne as he was taught and other gifts also, 

Whiche made hym hold the capp on hed where some do croch full low. 

2 Le duc de Richmond était mort à dix-sept ans avant d'avoir con- 
sommé son mariage conclu seulement en paroles de futur. Là-dessus, 
Henry VI11 prétendait que le contrat de mariage ne pouvait sortir son effet 
et ipie la veuve n'avait pas droit au douaire. Voir à ce sujet une lettre de 
la Duchesse à Cromwell en date du 2 janvier 1558. (Miss Everett Wood's 
Letters of royal and illuslrious laclics, vol. II, n" loi.) 



SA RETRAITE A KENNINGHALL. 257 

Beràil de tirer de la retraite le premier de ces deux 
rivaux. Jl y avail bien pour contrarier le projet du 
duc de Norfolk l'obstacle de la mésalliance, mais le 
Duc c'avait pas à cet égard les mêmes sentiments que 
son lils; il se faisait une raison, en se disant phi- 
losophiquement que « le mélange de deux sangs 
de haute noblesse ne produit rien do lion 1 ». Ce 
tut par ce propos qu'il débuta quand il soumit à 
Henry Mil la combinaison qu'il venail d'imaginer. 
Le Rôi, qui avait un intérêl matériel à ce que la 
duchesse de Richmond convolât en secondes noces*, 
s'empressa d'approuver les vues du due de Norfolk 
et même il s'occupa personnellement de les faire 
réussir. 

Il n'était pas difficile d'obtenir le consentement 
de sir Thomas Seyniour; ne partageant pas l'aui- 
mosité de son frère Hertford contre Surrey, il ne 
pouvait qu'être flatté par la proposition d'une alliance 
avec les Howards, et puis, en véritable courtisan, 
il considérait un désir du Roi comme un ordre. 
Persuader la duchesse de Richmond était plus 
malaisé; femme d'un caractère décidé et indépen- 
dant, elle avait, semble-t-il, pris fort à cœur la 
querelle de son frère aîné avec lord Hertford, et 
elle éprouvait, par conséquent, une certaine répu- 



1 - No good came bj the conjonction of highe blodes together. » En 
parlant ainsi, le Duc pensait-il à ses démêlés avec mi femme? D'ailleurs, 
les Howards n'avaient pas lieu d'être si délicats sur le chapitre des mésal- 
liances; car, après tout, ils n'avaient acquis leur éminente position que 
parce que d'autres, les Mnwbrays, avaient bien voulu se mésallier à eux. 

4 Henry VIII. sur les instances de lord Cromvvell, venait d'accorder à la 
duchesse de Richmond a titre viager le douaire qu'elle réclamait depuis 
près de deux ans; mais il l'aurait repris en cas du second mariage de 
celle-ci. 



238 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

gnance à devenir l'épouse d'un Seymour 1 ; néan- 
moins peut-être eût-elle cédé aux raisonnements de 
lord Cromwell qui avait été chargé par Henry VIII 
de lui transmettre la proposition 2 ; car elle avait 
de la considération pour ce Ministre dont elle était 
l'obligée, et elle savait qu'il ne parlait pas par affec- 
tion pour les Seymours, avec lesquels il était en 
termes assez froids 3 . Mais sur ces entrefaites, la 
Duchesse, nous ne savons pour quel motif, quitta 
la Cour et retourna à Kenninghall; là, elle trouva 
son frère, et nous ne croyons pas nous tromper 
en affirmant que celui-ci, dont la rancune n'était 
pas éteinte, mit tout en œuvre pour détourner sa 
sœur du mariage rêvé par leur père; ses efforts 
réussirent; et la conséquence fut que la duchesse 
de Puchmond resta veuve, que lui-même continua 
de languir dans l'isolement et que sir Thomas Sey- 
mour, vexé de l'issue des choses, voua à l'intrai- 
table Comte une inimitié aussi résolue que celle que 
lui portait déjà le comte de Hertford. 

1 Avec le temps, elle devait changer de sentiments, on le verra au cha- 
pitre xiv. 

- Le duc de Norfolk ne dut faire directement aucune ouverture 'a sa 
fille; il n'aurait pas été écouté. Pendant deux ans il avait empêché celle-ci 
de venir à la Cour dans la crainte qu'elle n'importunât le Roi par ses 
réclamations et ne nuisît par son insistance à toute la famille; cette rigueur 
n'avnit pas été pardonnéepar la Duchesse. 

3 Ralph Sadleyr, secrétaire du Roi, à lord Cromwell, 14 juillet 1558 
(Henry State Papers, vol. I, partie II, a" 107) : — « The Kinges Highness 
not onely noting a certen zèle, love and trust to he in the saide sir Thomas 
Seymour towards Your Lordeship. but also estemyng him for his honeslie, 
sadnes and other good qualities, as one that is nothing addict to his 
brothers affections, to he right mete and worthie of the said maryage, 
hath commaunded me to write unto Your Lordeship. i) 



CHAPITRE Vil! 

Lord Surrey rentre en grâce. — Mariage et divorce 

de Henry VIII avec Anne de Clèves. — Mariage de Henry VIII 

avec Catherine Howard. — Désastre de la famille Howard. 



En 1550, enfin, des événements graves qui se 
passaient sur le continent el qui étaient une menace 
sérieuse à l'adresse de l'Angleterre, ûrenl sortir 
lord Surrey de sa retraite. 

Le 15 décembre 1558, le pape Paul III s'était 
décidé à lancer contre Henry VIII la bulle d'excom- 
munication qu'il tenait en suspens depuis l'année 
1535; puis, pour donner effet à cette bulle qui 
prononçait la déposition de Henry, le Souverain 
Pontife avait envoyé un légal auprès de l'Empereur 
Charles-Quint pour le prier d'attaquer sans tarder 
le Roi excommunié. Ce légat était un Anglais de 
haute race, Reginald Pôle 1 , <jui, après avoir soutenu 
autrefois les intérêts de Henry Mil contre Catherine 
d'Aragon, s'était soumis à l'autorité du Saint-Siège 
et depuis avait mérité par son zèle et son dévouement 



1 Par sa mère Margaret Plantagenet, comtesse de Salisbury, il était 
petit-neveu du roi Edward IV, et se trouvait ainsi cousin issu de germain 
du roi lienrv VII l dont l.i mère était fille d'Edward IV. 



240 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

le chapeau de cardinal. Intelligent et actif, Pôle fit 
sur Charles-Quint une impression profonde; et ce 
fut sous son impulsion que, oubliant les intérêts 
commerciaux de ses sujets, ce prince consentit à 
prendre, en faveur du Saint-Père, une attitude 
hostile à l'égard de l'Angleterre et de son souverain. 

Successivement, en l'espace d'un seul mois, 
l'Empereur rappela son Ambassadeur 1 , fit mettre 
par sa sœur la Reine Régente des Pays-Ras 2 l'em- 
bargo sur tous les navires anglais abordés dans 
les ports flamands, et ordonna la réunion à Anvers 
d'une flotte de guerre imposante. Ces menaces étaient 
d'autant plus inquiétantes que Charles-Quint dans 
le courant de l'été précédent s'était réconcilié avec 
le roi de France' et que celui-ci, en rappelant 
également son Ambassadeur'*, venait de donner à 
Henry VIII une marque de mauvais vouloir. Ainsi 
Henry avait lieu de redouter une coalition de l'Empe- 
reur et du roi de France et il était sûr que le jour 
où les hostilités s'ouvriraient, il verrait encore s'atta- 
quer à lui le roi d'Ecosse Jacques V, la plupart des 
chefs de clans irlandais et tous ceux en Angleterre 
que l'influence de Pôle pourrait entraîner. 

Eu présence d'un aussi grand danger, Henry ne 
pouvait rester inactif. Déjà, aidé par le terrible Crom- 
well, il avait fait une hécatombe des parents et 

1 11 est vrai que dès le commencement d'avril suivant, Chapuis fut rem- 
placé par un nouvel Ambassadeur, Philippe Majoris, doyen de Cambrai. 

- Marie d'Autriche, veuve de Louis II, roi de Hongrie, avait été nommée 
par son frère régente des Pays-Bas au mois d'août 1551. 

" Par le traité de Nice. 

* Louis de Perreau, seigneur de Castillon, fut brusquement rappelé au 
mois de février 1559; son successeur, Charles de Marillac, n'arriva à 
Londres qu'après un intervalle de six semaines, le 28 mars. 



LORD Sl'HREY RENTRE EN GRACE. 241 

principaux amis du cardinal Pôle 1 , de manière à 
frapper d'impuissance toutes les menées de celui-ci 
à l'intérieur du Royaume. Maintenant il s'occupa 
de mettre en bon étal de défense les côtes îles comtés 
du sud et do l'est, sur lesquelles une descente 
ennemie pouvait être à craindre. A cet effet lui- 
même se rendit dans le Kent, et il envoya les prin- 
cipaux seigneurs de sa Cour, chacun dans un district 
spécial, avec la mission d'y faire exécuter les travaux 
de fortification el d'armement nécessaires*. En cette 
occasion, le comte de Surre] fut, malgré son éloigne- 
menl, mis comme les autres à contribution par le 
Roi; il fut chargé d'organiser la défense dans le 
Norfolk'. Celle tâche lui convenait mieux que toute 
antre, puisque, ayanl depuis son enfance presque 
toujours habité ce comté, il en connaissait à fond 
les ressources et les points faibles. 

Probablement le zèle qu'il déploya pour s'acquitter 
de sa mission l'aida à rentrer en grâce auprès de 



1 Le 9 décembre 1558, te frère aine du Cardinal, lord Montaigu [<<u 
Hountacute) el ses deux cousins le marquis d'Exeter et sir Edward Nevill 
furent décapités à Tower lliil. La comtesse de Salisbury, mère du Cardinal, 
el la marquise d'Exeter furent emprisonnées. Les exécutions se poursui- 
virent le .". mars 1559 parcelle du Grand Ecuyer sii Nicholas Carew. La 
comtesse de Salisbury, quoique condamnée à mort durant cette même 
saison, ne lut décapitée que le 27 mai 1541. 

' L'Ambassadeur de France Marillac au connétable de Montmorency 
(Bibliothèque nationale, Fonds français, n° 2955, fol. Il) : — « On per- 
sévère afortiffier en toute diligence les lieux principaulx de leurs frontières 
et à faire monstres de toutes parts de tous ceulx qui peuvent, pour lequel 
effect les princes de Norforl el Suffort, qutfsi tous les aullres seigneurs 
principaulx de ceste Courl sont dispersés el envoyés en divers beux à 
tout ce qu'est besoing et nécessaire à la seureté du pays. n 

3 M r Fraude qui nous donne ce renseignement [History of England, 
chap. xv), l'a évidemment puisé dans les archives du Record Office; mal- 
heureusement il a omis d'indiquer la cote de la pièce, et nous n'avons pu 
retrouver celle-ci. 

DEUX GESTH.SHOMMES-POl PKS. 1 ti 



242 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Henry VIII, car au mois de juin suivant nous voyons 
qu'il fut convoqué à Londres pour assister aux 
cérémonies funèbres que le Roi fit célébrer pour le 
repos de l'âme de l'impératrice Isabelle 1 ; malgré 
la tension de ses rapports avec Charles-Quint, 
Henry Mil trouvait bon de lui donner un témoi- 
gnage éclatant de sympathie à l'occasion de son 

deuil 2 . 

Nous ne savons si l'Empereur fut touché de cette 
attention inattendue; mais, ce qui importait davan- 
tage, il se rendit compte, d'après toutes les nou- 
velles venues d'Angleterre, qu'une descente armée 
dans ce pays ne serait pas une entreprise facile à 
mener à bien; et dès lors il cessa de s'occuper de 
la mise à effet de la bulle du Pape. 

A. partir de cette époque, lord Surrey, quoique 
n'étant pas en grande faveur auprès du Roi, est 
cependant convoqué à la Cour pour toutes les solen- 
nités; aussi bien ses adversaires les Seymours ont 
nécessairement perdu du terrain depuis que le Roi 
a décidé de se remarier et a arrêté son choix, suivant 
le conseil de Cromwell, sur la princesse Anne de 
Clèves 3 . Certes une alliance du Roi avec la sœur 
d'un prince luthérien d'Allemagne n'était pas du 
goût du duc de Norfolk qui désirait un rapproche- 

» Isabelle de Portugal, fille du roi Emmanuel le_Grand, mariée à l'em- 
pereur Charles-Quint en 10-2(5, morte le 1 er mai 1559. 

ï Wriothesle^ fait dans sa Chronique une longue et minutieuse descrip- 
tion des cérémonies qui curent lieu à Saint-Paul les 7 et 8 juin. Aoir 
aussi la lettre ,1e l'Ambassadeur français Marillac au connétable Montmo- 
renq en date du 9 juin 1551). (Correspondance politique de MM. de Cas- 
tillan et de Marillac, publiée par M. Kaulek avec la collaboration de 
MM. Farges et Germain Lefèvre-Pontalis.) 

* Anne, tille de Jean III, duc de Clèves, Berg et Juhers. Au duc 
Jean 111, récemment mort, avait succédé son fils Guillaume. 



LORD SURREY RENTRE EN GRACE. 243 

ment avec l'Empereur, mais elle satisfaisait Surrey 
qui s'inquiétait fort peu des calculs diplomatiques 
de son père, et qui las de sa récente disgrâce ne 
songeait alors qu'à ne pas s'attirer un nouveau 
bannissement de la Cour. Comment, dans cette situa- 
lion d'esprit, aurait-il pu ne pas applaudir au choix 

du Uni 1 .' 

Ce fut le w 27 décembre 1559 qu'Anne de Clèves, 
amenée de Flandre par le Grand Amiral, débarqua 
à Douvres. Pour la recevoir dignement, Henry VU! 
avait convoqué tous les Seigneurs du royaume à 
se rendre au-devant d'elle: ils riaient échelonnés 
sur la route de Douvres dans tous les bourgs 
importants; et quand la future Heine passerait, ils 
devaient, après l'avoir saluée, se joindre à son escorte 
et l'accompagner jusqu'à Greenwich où Henry l'atten- 
dait. Dans celte grande répartition de la noblesse 
anglaise, Surrey lut un de ceux qui restèrent à 
Greenwich auprès du Roi*. 

Tel était l'ordre fixé pour la réception d'Anne; 
il fut modifié d'une manière inattendue par suite 
de l'impatience de Henry qui, brûlant du désir 



1 Un ecclésiastique anglais à tendances luthériennes disait à ce moment 
en parlant de Surrey : — « lf there sbuld be an] pledges sende into Cleif, 
in good faitli, I wolde the earle "■ Surraye shulde be one ut' them.... I 
wold wish that he shuld Le une tu be sende thither, for that he shoulde 
there be fully instructed in Gods worde and expérience, i [Mémorial from 
George Constaniy ne. Archœologia, vol. XXIII.) Cette dernière phrase pour- 
rait laisser supposer que Surrey penchai) ver.- les doctrines luthériennes; 
tel n'était pas le cas. Le Comte s'était probablement exprimé en termes 
très favorables sur le mariage du Roi avec Anne de Clèves; el Constantyne, 
auquel ces paroles avaient été redites, avait cru à tort qu'elles étaient in- 
spirées par un sentiment religieux. 

- « A book containing tbe naines of them which should receive the 
lailie Anne Cleave and waile on tbe kinge Henry VIII. » (British Muséum, 
Harleianms. 296, fol. 171.) 



2Ï4 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

de connaître sa future épouse, ne put se con- 
traindre à attendre son arrivée à Greenwich. Le 
1 er janvier 1540, donc, il monta à cheval avec 
plusieurs seigneurs, et masqué, ainsi qu'il aimait à 
être, il courut à bride abattue jusqu'à Rochester où 
Anne se trouvait depuis la veille au soir. Lord 
Surrey faisait-il partie de cette cavalcade? c'est peu 
probable, il n'était pas assez avant dans les bonnes 
grâces de Henry pour avoir été pris par lui comme 
compagnon de cette équipée 1 . 

Les historiens nous disent que le Roi à la 
vue d'Anne de Clèves eut une violente désillusion, 
qu'il la trouva laide et malgracieuse, et qu'en 
revenant de Rochester il la traitait de « jument 
flamande »; ils ajoutent qu'il célébra son mariage 
avec la plus grande répugnance et qu'il ne put 
jamais se résoudre à vivre maritalement avec sa 
nouvelle épouse. Tout cela est vrai; néanmoins 
pendant plusieurs mois les apparences furent heu- 
reusement sauvegardées et Anne de Clèves fut 
traitée extérieurement par Henry avec des égards 
au moins égaux à ceux qu'en leurs temps de 
laveur avaient reçus de lui les Reines précédentes. 

C'est ainsi qu'au commencement de mai, quand 
arriva le moment de fêler selon l'usage le retour du 
printemps, personne ne put remarquer, durant 
les tournois qui furent alors tenus, qu'Anne était 
victime du dédain de son mari. Au contraire, la 



' Un seul des compagnons du Roi est connu, sir Anthony Browne, qui 
avait remplacé comme grand écuyer sir Nicholas Carew. (Déposition de 
sir Anthony au procès de lord Cronrwell, — Record Office.) Les diverses 
relations ne sont même pas d'accord sur le nombre des personnes qui 
furent à Rochester avec le Roi; Hall dit huit, Wriothesley seulement cinq. 



MARIAGE DE BENIN Vlll AVEC ANNE DE CLÈVES. 245 

présence de la uouvelle Reine fut, semble-t-il, la 
raison qui tit donner à ces fêtes un éclat inaccou- 
tumé. Cette année-là, les étrangers par une décision 
spéciale furent admis à descendre dans la lice à 
Westminster pour lutter contre les champions 
anglais; el ceux-ci, choisis parmi les plus renommés 
jouteurs du royaume, lancèrent au loin leurs déli> 
en France, en Ecosse, dan- les Pays-Bas et jusqu'en 
Espagne, afin d'attirer le plus de combattants pos- 
sible" 

Lord Surrey n'était pas homme à laisser échapper 
pareille occasion de déployer sa force et son adresse; 
et deux fois de suite, le 1 er mai pour la joute à 
la lance, et le 3 pour la joute à l'épée, il fut le 
premier qui se mesura avec les champions 1 . Aucun 
détail ne nous est connu sur la manière dont il 
combattit à la lance; mais non- savons par une 
chronique du temps* que dans la joule à l'épée 
il courut contre sir .lohn Dudley 3 el que tous deux 
frappèrent «les coups si rudes qu'ils se brisèrent 
l'un à l'autre leurs gantelets de fer. 

La chute d'Anne de Clèves suivit de près les fêtes 
de mai. Le 12 juillet 1540, après des formalités 



1 Peut- être cette circonstance ne provenait-elle pas de l'ardeur de 
Surrey, mais tout simplement de sa préséance de fils de l>uc; il est certain 
que parmi les combattants dont les noms sont parvenus jusqu'à nous, 
aucun n'avait le pas sur lui. 

* Wriolhesleifs Chroniclc. (Camden Societ\.i 

r ' Sir John Dudley était fds de Dudley, le ministre du roi Henry VII qui 
aussitôt après l'avènement de Benry VIII fut condamné à mort pour mal- 
versations et exécuté. Sir John tut créé en 1542 vicomte Lisle et devint 
en 1515 Grand Amiral d'Angleterre. Sous Edward VI il fut successivement 
élevé aux titres de comte de Warwick et de duc de Northumberland ; et 
c'est lui qui, a la mort d'Edward, voulut faire monter Jane Grcy sur le 
trône à l'exclusion de Mary Tudor et d'Ëlizabeth. 



240 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

qui n'avaient pas exigé plus de six jours, le Parlement 
cassa le mariage du Roi, sous le prétexte qu'Anne 
ayant été fiancée autrefois au fils aîné du duc de 
Lorraine 1 , n'était plus habile à contracter une union 
légitime. Quant à Cromwell, l'instigateur du mariage, 
dès le 14 juin il avait été jeté à la Tour; et le 
28 juillet il fut décapité. Avoir donné au Roi une 
femme qui ne lui plaisait pas, était un crime qui 
méritait la mort. Henry ne balança pas; mais il 
est hors de doute que sa rancune fut aiguil- 
lonnée par tous les seigneurs d'ancienne noblesse 
qui n'avaient encore pu se résoudre à accepter 
l'élévation de Cromwell et qui tremblaient devant 
l'inflexible sévérité de cet homme. 

Aussi, quand le sort du redouté Ministre eut 
été décidé par le Roi, toute la noblesse se fit un 
plaisir d'insulter à la viclime. On connaît la scène 
qui se passa à Westminster dans la salle du Conseil 
quand, à la vue du lieutenant de la Tour entrant 
avec le mandat d'arrêt signé par Henry, le duc 
de Norfolk mit la main sur Cromwell en s'écriant : 
« Mon seigneur d'Essex 2 , je vous arrête comme 
coupable de haute trahison. » — « Sur quoy, » ra- 
conte l'Ambassadeur de France 3 « après luy avoir esté 
dict par les ungs qu'il estoit traistre, par aultres 



1 C'est-a-dire a François de Loi raine, marquis de Pont-à-Mousson, fds 
d'Antoine, duc de Lorraine, et de Renée de Bourbon. Il était né en 1517 
et c'est en 1527 que son père le due Antoine avait demandé pour lui la 
main d'Anne de Clèves à l'oncle de celle-ci, Charles 1 er , duc de Gueldres. 
Le marquis François succéda à son père comme duc de Lorraine. 

- Lord Cromwell avait été nommé comte d'Essex deux mois auparavant, 
le 18 avril 1540. 

'- Marillac au connétable Montmorency, 25 juin 1540. (Correspondance 
de Mil. de Castillon cl de Marillac.) 



DIVORCE DE HENR\ VIII AVEC ANSE DE CLÊYES. 2« 

qu'il luv convenoil estre jugé selon les loix qu'il 
avoil faictes, le duc de Norfolk luy arracha l'ordre 
de Sainct-George qu'il portoil au col, el l'admirai 
(Sir William Fitzwilliam 1 ), pour se monstrer estre 
auss^ granl ennemi en l'adversité que l'on cuydoit 
qu'il eusl esté amy en la prospérité, luy deslia la 
Jarretière. » Au milieu du déchaînemenl de foutes 
ces haines longtemps comprimées, le comte de Surrey, 
on pouvait s'j attendre, se distingua par son exubé- 
rance. « Le voilà doue mort », criait-il avec joie 
au lendemain de l'exécution de Cromwell, « oui! le 
voilà mort, ce vil manant qui était si altéré du sang 
des autres; à la fin, il est frappé par son propre 
bâton 1 . » En parlant ainsi, le bouillant jeune 
homme oubliait que, -ans l'intervention de ce vil 
manant, il eût été en 1557 la victime du ressen- 
liment drs Seymours; mais la passion n'a point 
île mémoire el Surrey n'avait devant les yeux que 
la revanche de l'ancienne noblesse sur les hommes 
nouveaux". 

Après la disparition de Cromwell, la laveur du 
Roi se concentra presque exclusivement sur le 
grand rival du défunt, le duc de Norfolk; el celui-ci 
sut user si adroitement de sa fortune qu'au bout 
de quelques semaines seulement, le 8 août, Henry 

1 Sir William avail été nommé grand amiral en 1536 en remplacement 
du duc de Richmond. En outre, il avail été créé comte de Southampton 
le 18 octobre 1537 ii L'occasion de la naissancedu prince Edward. 

2 « Nowe is thaï foui churl dead so ambitious of others blode; nowe is 
be stricken bj bis owne staffe. i (Record Office, déposition de sir Edmund 
Knyvet lors du procès criminel de lord Surrey.) 

3 Sir Edmund Knyvet, dans su déposition citée à la note précédente, 
raconte qu'il reprocha au Comte son animosité contre Cromwell mort, et 
que le Comte répondit : « Tbe<.' newly created men would by their willes 
leaveno nobleman in Life. (Cf. Froude's History ofEngland, cb. xi\.) 



2iS DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LV COUR DE HENRY VIII. 

épousa à Hampton Court sa nièce Catherine Howard'. 
Pour la seconde fois lord Surrey se trouvait cousin 
germain de la reine d'Angleterre. 

Celte proche parenté mettait le jeune Comte en 
relief; dorénavant il faisait partie de l'entourage 
immédiat de Henry YIIP et il n'avait qu'à se laisser 
vivre pour que les faveurs royales vinssent s'abattre 
sur lui. Tout d'abord il fut armé chevalier 3 ; c'était 
une dignité sans grande importance en elle-même, 
mais elle était le prélude obligatoire d'une autre 
distinction beaucoup plus haute que le Roi voulait 
conférer au Comte. Trois stalles étaient alors vacantes 
dans le chapitre de la Jarretière; pour qu'elles 
fussent remplies, les chevaliers devaient désigner 
au Roi trois candidats pour chaque stalle, et le Roi 
choisissait les titulaires définitifs parmi ces candi- 
dats 4 . Prévenus du désir qu'avait Henry de nommer 
lord Surrey, les chevaliers eurent soin de porter 
sur leurs listes le nom de celui-ci et il fut aussitôt 
choisi par le Roi. Le 21 mai 1541, il était solen- 
nellement installé à Windsor dans la chapelle de 

1 Elle était fille de lord Edmond Howard et de Joyce Culpeper. 

- 11 existe au British Muséum (Àrundel ms. 97) un livre des dépenses 
faites par l'intendant de la maison royale pendant les années 1539-1541: 
ce livre mentionne les gratifications données à chaque Jour de l'an aux 
domestiques des seigneurs qui se trouvaient en ce moment à la Cour. Aux 
Jours de l'an de 1539 e1 de 1540, le domestique de Surrey ne reçoit rien ; 
en 1541 , au contraire, il a 15 sh. et 4 d. Lord Surrey était pourtant auprès 
de Henry VIII le 1" janvier 1540 (voir plus haut), mais il avait dû se 
trouver si rarement à la Cour durant l'année 1559, que son domestique ne 
parul pas mériter d'élrennes. 

3 Un manuscrit du British Muséum (Cotton ms. Claudius, C. III) donne 
a liste chronologique de tous les chevaliers anglais armés dans le cours 

du x\i siècle; sur cette liste le comte de Surrey suit sir Martin Bowes 
shériff de la Cité de Londres, qui fut armé le 18 mars 1541. 

4 Ou bien si les propositions faites ne lui plaisaient pas, il ajournait 
l'élection. 



MARIAGE DE HENRI Vin AVEC CATHERINE HOWARD. 249 

Saint-George 1 ; exemple unique d'un jeune homme 
non fils ni petit-fils de Roi admis à vingt-trois ans 
dans l'ordre de la Jarretière*. 

Vers la même époque, lord Surrey obtint une 
charge lucrative dans la Chancellerie du duché de 
Lancastre, c'est-à-dire dans l'administration qui 
faisail valoir les domaines privés du ll<»i : '; il lut 
nommé sénéchal de tous ceux de ces domaines 
qui se trouvaient situés dans le comté de Norfolk*. 

Enfin la faveur de Henry VIII le désigna au choix 
de l'Université de Cambridge, alors aussi soucieuse 
que le reste du Royaume de flatter le pouvoir; 
quoique n'ayanl aucune attache avec cette Univer- 
sité, Surrey, conjointement avec son père le din- 
de Norfolk, lui choisi par elle comme Grand Séné- 
chal en remplacement du feu lord Cromwell 6 . 

Probablement, le Comte aurait encore reçu 
d'autres fonctions et dignités, si le règne de sa 



1 Voir tous ces détails dans Anstis's Registrum Garlerii; un manuscrit 
île la Bibliothèque bodléienne d'Oxford (Âshmole ms. 775) confirme les 
dires d'Anstis (voir notamment fol. 28 b ). 

- Le duc de Richmond avait été admis beaucoup plus jeune; mais il 
rentrait dans la catégorie des fils de roi, étant bâtard de Henrj VIII. 

:> Ce nom de duché de Lancastre appliqué auj biens particuliers des 
Tudors vient de ce que leur auteur John de Gaunt. quatrième lils du roi 
Kdward III. était duc de Lancastre. 

1 Surrey remplis-ail cette charge en 1543, ainsi que le prouve une 
pièce judiciaire conservée au Record Office. (Surveys and Pleadings, 
roi. XIII, W. 6.) Or elle ne lui avait certainement pas été conférée en 1542, 
puisque, nous le verrons, il était alors retombé en disgrâce. 

5 La charte de nomination se trouve à Cambridge parmi les manuscrits 
du Bonnet Collège. Le comte de Surrej De dut jamais remplir ses fonctions 
de Grand Sénéchal, son père seul s'en acquittait; en tout cas. ce dernier 
louchait seul les honoraires, qui n'étaient que de quatre livres par an. 
(British Muséum, Vddit. ms. n° 19 598, fol. ho. — Voir aussi D r John Lamb's 
Collection ofletters, statutes and olhcr documents from the 7ns. library 
of Corpus Clirisli Collège.) 



250 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUIt DE HENRY VIII. 

cousine s'était prolongé 1 ; malheureusement la chute 
de celle-ci suivit de bien près son élévation sur 
le trône. Le triomphe des Howards était un sujet 
d'appréhension pour le parti qui favorisait l'intro- 
duction des doctrines luthériennes en Angleterre; et 
bien des personnages importants, notamment l'ar- 
chevêque de Canterbury Cranmer 2 , désiraient ruiner 
l'influence, à leur avis, néfaste, qu'exerçaient sur 
Henry VIII le duc de Norfolk et ses amis. Le travail 
de ces mécontents fut singulièrement facilité par la 
conduite licencieuse de la Reine. Celle-ci, aussi bien 
avant qu'après son mariage, avait entretenu avec de 
jeunes cousins des relations coupables, dont le secret 
finit par être dévoilé à Cranmer. Comme de raison, 
l'archevêque, heureux de cette découverte, s'empressa 
d'en faire part nu Roi ; des preuves purent être réu- 
nies, et Henry, forcé de se rendre à l'évidence, 
consentit à sévir. 

En conséquence, le 15 novembre 1541, la reine 
Catherine, qui venait de rentrer à Hampton Court 
après un voyage triomphal dans le nord de l'Angle- 

1 Hollinshed {The chronicles ofEnglande, Scotlande and Irelanrfe) pré- 
tend que lord Surrey fut envoyé au mois de mai 1541 dans les Marches de 
Calais pour y remplir de concert avec lord Southampton et lord Russell une 
mission diplomatique. Mais Hollinshed doit s'être trompé; car de nom- 
breuses pièces subsistent touchant le voyage de lord Southampton et de 
lord Russell (voir notamment le huitième volume des Stale Papcrs), et 
elles ne font pas une seule fois mention de Surrey. C'est également par 
erreur que les catalogues de la Bibliothèque bodléienne donnent comme 
adressée à Surrey à Calais une lettre de Henry VIII en date du 1 8 mars 1541 
(Rawlinson ms. A. codex 289, fol. 67); cette lettre est écrite au comte de 
Hertforden réponse à celle que de Calais il avait adressée au Roi le 2 mars 
précédent et qui a été publiée dans les State Papers (vol. VIII, n° 064). 

- Une loi que le duc de Norfolk avait vigoureusement contribué à faire 
voter par le Parlement (tlie six articles act) proscrivait le mariage des prê- 
tres; or Cranmer était marié, il courait donc le risque d'être destitué par 
le Roi de son siège archiépiscopal. 



DESASTRE DE LA FAMILLE HOWARD. 251 

terre, fut mandée de par l'ordre de son époux dans 
la grande salle du palais, el là elle s'entendit lire par 
le secrétaire d'Étal sir Thomas Wriothesley 1 , en pré- 
sence de toute sa maison, un rapport détaillé sur les 
débordements donl elle était accusée; après quoi, elle 
fut enfermée à Sion House, dans l'ancien monastère 
des religieuses augustines*. 

Alors, dans tout ce personnel obséquieux et 
lâche de la Cour de Henry Mil, tourbe toujours 
prèle à se courber devant les puissants du jour et 
à piétiner sur les vaincus, il se produisit un revire- 
ment instantané contre les Howards; on les char- 
geait à l'envi et l'on voulait les impliquer tous 
dans les l'an (es de la Reine. Grâce à ces délations, 
des mandats d'arrêt furenl successivemenl décernés 
contre la duchesse douairière de Norfolk 3 , contre 
son fils lord William Howard*, contre sa tille la 
comtesse de Bridgewater 5 , contre sa belle-fille lady 
William Howard 6 , contre d'autres encore 7 qui avaient, 
disait-on, connu les écarts de leur parente Cathe- 

1 Thomas Wriothesley, d'abord secrétaire de Cromwell, étail devenu 
secrétaire d'Etal en 1.M0 et avail été à la même époque armé chevalier. 

2 Ce monastère avait été sécularisé le 25 novembre 1539. 

3 Agnès Tilney, seconde femme du premier <\uc de Norfolk (premier 
d'après la computation du temps), o'étaitque labelle-grand'mère de Cathe- 
rine Howard. 

v Lord YA illiam Howard revenait à ce momenl d'une ambassade en Fiance. 

5 Lady Catherine Howard, mariée en premières noces à sir llh\s apGrif- 
fith (on le trouve aussi nommé Rhys ap Thomas), gentilhomme gallois qui 
avait été décapité à Londres en 1532 pour cause de trahison; en secondes 
noces à Henry lord Daubency qui devint peu après comte de Bridgewater. 

6 Margaret Gamage, fille de sir Thomas Gamage, était la seconde femme 
de lord William Howard; c'esl de leur mariage que descend en ligne 
directe le présent comte d'Effingham. 

7 À savoir la femme du frère aîné de Catherine Howard, puis deux 
femmes de la famille Tilney, et, d'une manière générale, toutes les per- 
sonnes qui habitaient a Lamheth avec la duchesse douairière de Norfolk. 



252 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

rine avant son mariage et n'avaient pas eu la 
charité d'avertir le Roi. On arrêta également lady 
Rochford, la veuve de l'infortuné poète, sous l'in- 
culpation d'avoir favorisé les débauches commises 
par la Reine depuis son mariage. 

Avec Henry VIII la justice était expéditive. Le 
10 décembre, les deux jeunes gens qui avaient été 
les amants de Catherine furent suppliciés 1 . Puis 
le 22 du même mois lord et lady William Howard 
et tous ceux d'entre les accusés qui n'avaient pas 
qualité de Pairs ou Pairesses du Royaume furent 
condamnés à la réclusion perpétuelle et à la con- 
fiscation de leurs biens 2 . 

Restaient la Reine et les trois épouses de pairs 
qui, en vertu de leur dignité, ne pouvaient être 
jugées que par un tribunal extraordinaire. Henry 
les fit passer devant le Parlement comme coupables 
de haute trahison. Le choix de cette juridiction 
fit durer ce dernier procès un peu plus longtemps 
que celui des autres accusés; le bill de condam- 
nation, présenté aux deux Chambres le 21 jan- 
vier 1542, ne put être sanctionné que le 11 février : 
la duchesse de Norfolk et sa fille la comtesse de 
Bridgewater furent condamnées à la réclusion per- 
pétuelle et à la confiscation de leurs biens; la 
Reine et lady Rochford à la mort 3 . 



1 C'était Thomas Culpeper, gentilhomme de la Chambre et cousin 
germain, semble-t-il, de Catherine Howard ; et Francis Derham, également 
parent mais plus éloigné de la Reine. 

2 Toutes les pièces de ces deux procès sont au Record Office. (Baga de 
secrelis, pouch XIII, bundles 1 and 2.) 

3 II n'existe pas de comptes rendus des débats qui eurent lieu à la 
Chambre des Communes; mais nous avons le détail de ce qui se passa à la 
Chambre des Lords. (Lord's Journal, anno 5o tio Henrici Oclavi.) 



DÉSASTRE DE LÀ FAMILLE HOWARD. 253 

C'étaient de bien terribles coups pour les Eïowards; 
néanmoins le duc de Norfolk réussit à se maintenir. 

Il avait compris que s'il ne séparail pas d'une ma- 
nière éclatante sa cause de celle de ses malheureux 
parents, c'en serait l'ail de lui; el il agit en consé- 
quence. Le lîoi, lidèle à ses traditions goguenardes 
avait désigné le Duc comme un des juges qui 
devaient prononcer sur le sort des deux amants de 
Catherine; non seulement le Duc ne déclina pas 
ce mandat, mais il affecta d'éprouver du plaisir 
à le remplir. Durant l'interrogatoire des accusés, 
nous raconte l'Ambassadeur de France, quand il 
se produisait une révélation « concernant le déshon- 
neur de son sang », il « ne se gardoil de rire com 

s'il eust eu cause de s'en resjouyr 1 . » Ce n'était 
pas assez; pour se disculper complètemenl d'une 
parenté compromettante, il se lit le délateur des 
siens et alla rapporter au Roi plusieurs propos 
qu'avait tenus sa belle-mère la duchesse douairière 
de Norfolk; et nous savons par son propre témoi- 
gnage que la connaissance de ces propos ne con- 
tribua pas peu à taire déclarer coupable la Duchesse'. 
D'ailleurs, il occupa régulièrement sa place à la 
Chambre des Lords, quand le procès de ses quatre 
parentes \ fui débattu 3 . Après toutes ces preuves 
de dévouement au Roi, il crut pouvoir se permettre 
de ne pas assister au supplice de ses nièces Cathe- 



1 Uarillac à François I or , 7 décembre 1541. (Correspondance de 
MM. de Castillon et de Marillac.) 

- Le due de Norfolk au Conseil Privé, décembre 1546. (Publié parPocock 
dans ses appendices à Burnet's Hislory of (lie Re formation.) 

3 Ainsi firent lord Bridgewater et le grand-père de lady Rochford, lord 
Horley. 



254 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

rine Howard et lady Rochford; la veille du jour 
fatal, il s'était retiré à Kenninghall. 

Lord Surrey n'imita pas strictement la conduite 
abjecte de son père; mais il devait, lui aussi, 
« donner à congnoistre qu'il ne particippoit pas 
aux délictz de ses parens ; » il fut donc présent au 
procès des amants de sa cousine 1 , et aussi au sup- 
plice de cette dernière et de lady Rochford. 

Voici, d'après l'Ambassadeur impérial 2 , la descrip- 
tion des derniers moments de la Reine : « Le 15 fé- 
vrier, environ les sept heures du matin, ceux du Con- 
seil du Seigneur Roy, saulf le duc de Suffocq qu'estoit 
indisposé et le duc de Norphocq, se trouvaient en la 
Tour et avec eux divers seigneurs et gentilzhommes 
comme le comte de Sorrey filz au duc de Norphocq 
et cousin de la Royne; laquelle bientost après l'arrivée 
desdicts seigneurs fust décapitée en la place mesme 
où l'avoit esté Anne de Boulans. Le corps fust couvert 
et retiré par les dames illec estans. Et puys fust am- 
menée la dame de Rochefort, laquelle avoit monstre 
quelque espèce de frénésie jusques à ce que la mort 
luy fust avancée. La une et l'aultre ne tindrent grands 
propoz sinon de confesser leurs meffaictz et de prier 
pour la prospérité du Seigneur Roy 3 ». 

Est-ce en récompense de son attitude au moment 

1 Voici le passage de Marillac (loco cilato) au sujet du procès de Cul- 
peper et Derham : « Le comte de Sure pareillement y assistoit; et les frères 
de ladite dame Royne (Henry, George et Charles Howard) et de Colpeper se 
promenoienl à cheval par la ville. Telle est la coustume de ce pays, Sire, 
qu'il convient ceulx de mesme sang se mainctenir ainsi et faire force à 
nature, pour donner à congnoistre qu'ilz ne particippent aux délictz de leurs 
parens el d'aultant plus sont iitlelles au Roy leur souverain. » 

- C'était Chapuis revenu comme Ambassadeur en Angleterre au mois de 
juillet 1540. 

3 Chapuis à l'Empereur, 15 février 1542. (Archives de la Burg.) Cette 



DÉSASTRE DE I.A FAMILLE HOWARD. 

de l'arrestation de ses parents que lord Surrey, le 
8 décembre 1541, reçut de Henry VIII pur lettres 
patentes le préseni d'un couvenl sécularisé et de 
divers manoirs >i^ dans les comtés de Norfolk et 
de Suffolk 1 ? Peut-être; mais la dissimulation coû- 
tait au caractère sincère du jeune Comte; au fond 
du cœur, il souffrait du déshonneur infligé aux 
siens, et il semble même qu'il se permit bientôt 
de trouver injustes les peines prononcées contre la 
duchesse douairière de Norfolk et les autres de ses 
parents <jui n'avaient été coupables que de trop de 
discrétion. Nous en jugeons ainsi d'après une de 
ses pièces de vers composée quelques mois plus 
tard*, dans laquelle, après avoir rappelé la triste 
fin de son oncle lord Thomas Howard iniquement 
entériné' à la Tour, il ajoute : « Il y en a d'autres 
dans ma famille, dont la vie languit encore dans la 
peine; ils sont conservés contre leur volonté; ils 
auraient préféré mourir" ». 

lettre ainsi que six autres du même Ambassadeur, toutes relatives au procès 
de Catherine Howard, ont été publiées dans les Comptes rendus de la 
Commission royale d'histoire de Belgique. (Deuxième série, tome VII.) 

1 Record Office, Originalia 33 Henry VIII, pars secunda,rolulus 137. 
— Ce don ne profita guère à Surre] : car en moins de quatre ans il fui 
obligé, parla pénurie de ses ressources, d'aliéner ces diverses acquisitions 
Ainsi il vendit son manoir d'Elveden le 20 mai 1544 (l'acte de vente esl à 
Cambridge, Bakei m-, n 31, fol. 299 : el quant a l'ancien couvent de 

nn I 

Rushworth, il existe au Recoi '1 I Hfice [State Papers — 7 et -^ ) deux lettri s 

SI t.).»/ 

relatives à sa vente et adressées au Comte !<■-; 20 octobre et 6 novembre 1545 
par le secrétaire il*' son père Thomas Hussey. 

a Voir nuire dernier chapitre. 

3 Other there )»■ wbose li\<'- doe linger still in paine, 
Against their willes preserved are, that would hâve died faine. 

(Œuvres de Surre] : Eche beasi can chose hysfere, etc.) — La déten- 
tion des divers membres île la famille Howard dura jusque dans l'été de 
1Ô42 : (i Milord Guillem [William Howard) esl sort] de la Tour », écrivait le 
2 septembre de cette année l'Ambassadeur de France Marillac. 



CHAPITRE IX 

Premier emprisonnement de lord Surrey. 

Il fait campagne en Ecosse. — Son retour à Londres. 

Son second emprisonnement. 



A la suite de ce drame de famille, il était évident 
que le Roi serait peu disposé à pardonner la 
moindre incartade à un membre de la famille 
Howard ; aussi lord Surrey, étant donné son tem- 
pérament turbulent et emporté, eût-il agi sagement 
en se retirant pendant quelque temps à Kenninghall. 
Il fut assez malavisé pour n'en rien faire et resta à 
Londres; bientôt il allait avoir à souffrir de cette 
imprudence. 

En effet, cinq mois s'étaient à peine écoulés 
depuis la mort de la Heine, et Surrey, sur l'ordre 
du Conseil Privé, c'est-à-dire du Roi, était enfermé 
dans une prison de Londres 1 . Ce qu'on lui repro- 
chait n'avait pas grande gravité; il avait eu une 
querelle toute personnelle avec un certain John 



1 Ads of Uie Privii Council (1542-1547). edited by John Roche Dasent : 
« AU Escher the XIIP h of Julye.... A letter was sent to the Warden of the 
Fleeto for to receyvc th'Erle of Surrey to remayne there prisoner during 
the Kinges plesor, having twoo of his servantes to attende upon him and 
to suffer none to resorte to bankett wylh him. » 



PREMIER EMPRISONNEMENT DE LORD SURREY. 25] 

Leigh? et l'avait frappé ou simplement menacé. 
C'était dune une de ces affaires qui, à un autre 
moment, eûl été certainement étouffée; malheur 
reusement, en 1542, le Roi nous l'avons dit, ne 
voulait rien passer à un Howard et la prison du 
fnmic fut a^st'/. rigoureuse. 

Mais quelle raison, peut-on demander, avait lord 
Surrey pour se quereller avec un homme sans noto- 
riété et de condition inférieure 1 ? Le caractère que 
nous connaissons au Comte fournirait à lui seul 
une explication plausible de toutes les altercations 
qu'il put avoir; pourtant dans le cas présent quel- 
ques données précises permettent de proposer sur ce 
sujet une hypothèse assez vraisemblable. Le John 
Leigh malmené par Surrej devait être le même 
qui l'année précédente, à s, m retour d'un voyage en 
Italie, avait été enfermé à la Tour pour avoir eu 
deux entretiens avec le cardinal Pôle; Leigh s'était 
bien vite justifié en présentant au Conseil Privé un 
compte rendu détaillé de tous les propos parfaite- 
ment innocents qu'il avait tenus au Cardinal 2 ; mais 
tandis qu'il se disculpai! lui-même, peut-être en com- 
promit-il d'autres, notamment lord Surrey. Celui-ci 
avait eu autrefois un domestique qui l'avait quille 
pour entrer au service du cardinal Polo; puis. 
quand cet homme au bout de quelque temps étail 



1 Un manuscrit du British Muséum (Harleiao ms. N'J?, loi. ]ii) nous 
apprend qu'un certain sir John Lci^li habitait la paroisse de Lambelh, où il 
mourut fil 1523. Etait-il parenl de celui avec qui lord Surrey se querella? 
dans ce cas, les deui antagonistes pouvaient s'être connus enfants à Lam- 
belh. 

- John Leigh au Conseil Privé. (British Muséum, Cotton ms. Cleopatra 
E. VI, loi. 5 ( j-i.) Voir aussi Henni VIII State Papers, vol. t. part II, 
n°" 154 et 155. 

lillS GENTIl 5H0J1MES-PO1 ri -. 1" 



'258 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

revenu en Angleterre, Surrey l'avait repris 1 . Recueillir 
chez soi un ancien serviteur du traître Reginald 
Pôle était un acte qui suffisait pour éveiller le soup- 
çon chez Henry VIII; et puis, il ne faut pas oublier 
que Surrey avait déjà été signalé par lord Darcy 
comme favorable à la cause romaine. Leigh se per- 
mit-il a cet égard quelque insinuation 2 ? et Surrey, 
irrité d'être de nouveau représenté comme hostile à 
l'autorité spirituelle du Roi, voulut-il par un coup 
de force réduire au silence tous les malveillants? Le 
fait est qu'il commit contre Leigh quelque acte de 
violence et qu'il fut pour cette cause enfermé dans 
la prison du Fleet 5 . 

Celle prison était fort insalubre, de sorte qu'au 
bout de peu de jours le tempérament maladif du 
Comte fut sensiblement affecté. Alors il écrivit au 
Conseil Privé pour solliciter sa grâce ou, au moins, 
sa translation à la campagne dans un endroit, où, 
tout en ne pouvant s'écarter d'un certain rayon, il 
auiail cependant, ainsi que naguère à Windsor, la 
liberté de se mouvoir en plein air*. 



1 Lors du procès de lord Surrey eu 1547, son cousin sirEdmund Knyvet, 
qui voulait sa perte, reseassa cette accusation futile. (Record Office, pièces 
relatives au procès du Comte.) Lord Herbert of Cherbury (Life and raigne 
of Kinge Henry VIII) cite ce grief comme ayant été sérieusement allégué 
contre Surrev. 

- Le nom du Comte n'est point cité dans la pièce écrite que nous possé- 
dons de Leigh (Henri/ VIII State Papers, loco citato) ; mais certainement 
ce dernier donna aussi des explications verbales. 

3 La prison du Fleet se trouvait située au bord de la rivière de ce nom; 
le passage dans Londres de cette rivière aujourd'hui couverte est indiqué 
par la rue : Fleet Street. 

4 Le comte de Surrey au Conseil Privé, juillet 1542. (British Muséum, 
Harleian ms. n" 78, fol. 24.) Cette lettre, quoique écrite dans ce galimatias 
qu'affectionnait Surrey et, par conséquent, assez obscure, vient bien à 
l'appui de l'hypothèse que nous avons avancée: le Comte n'a pas l'air de 



PREMIER EMPRlSO.NNEMhYl DE LORD SDRREY. 259 

Le Conseil Privé, ayant pris l'agrémenl du Roi, 
accéda à la requête du jeune homme; le 29 juillet, 
il envoya au gouverneur du Fleel l'ordre de mener 
le 1 r août le Comte au château de Windsor où se 
trouvait alors Henry VIII ' : et là, au jour dit, après 
s*être obligé par écrit à verser une amende de 
dix mille marcs dans le cas où il se rendrait dans 
l'avenir coupable de quelque violence envers John 
Leigh, le Comte fut remis en liberté*. Sa détention 
n'avait pas été longue. 



considérer comme lu cause réelle de son emprisonnement sa querelle avec 
Leigh; ce n'esl là, à ses yeux, qu'une « erreur de jeunesse, une « inad- 
veriance » {error, oversighte); ce dont il voudrait être lavé, c'est cette 
i vilaine offense, à propos île laquelle il a été mené au Fleel » : — « Letl 
m\ youlh unpractised in duraunce obtayne pardon, allhough for lacke of 
slrenghthe yf yeld nol ytselffe wholye to his gentell chaslisement, whiles 
tlie hcrte is resolved wilh patiens to passe over Ihe same in satysfaction of 
myne error.... I shall humbly desyre you thaï durynge mj affliction, in 
which tyme malyce is mosl redye to sclaunder tlie innocent, Iher mav Le 
made a whole examynationofmy lyfe : wyshing for the belter trial therof, 
rallier to liave tlie tyme of m} duraunce rcdoubeled, and so. declared and 
well Iryed a- unsuspected, In jour medyation to be restored to Ihe Kyng's 
favor, then, condemned in your grave heads, withowl answer or farther 
examynation to lie quiclye delivered, tins beynus offencc alvayes unexcused 
whereupone I was commytted to thys so noysome a pryson wbose peslilenl 
ayers are not unljke to bryng (me) sum altération of bealthe.... Yt may 
pieuse you to he suitors (o the Kyng's Hajestie on my behalfas well for hi- 
tavonr as for my liberly : or els, al Ihe lest, yt' his pleasure be lo punyshe 
lliis oversyghte wilh tlie forhering of lus presens (whiche unto every 
lovyng subject, spécial!^ unto me, from a prince cannol be less counted 
Ihen a lyvyng deallo. vet \t wolde please hym to commaunde me into Ihe 
countrie to sum place ofopen ayer, with lyke restraint of libertye, ther to 
abyde His Grace's pleasure. lionne Walpole a publié la leltreen entier. 
[Catalogue of the royal and noble authors.) 

1 Actsofthe Privy Council : — « Ait Windesour, the \\I\ ,h of julye. 
.V letter was sent to the Warden of the Fleete to repayre to the Court on 
satterday uext ensuing the date hereof, and to bring wyth hym th'erle of 
Surrey. » 

i AeU of the Privy Council : « AU Windesour. the lirst off august. — 
Henricus cornes de Surrey recognosc.it Domino RegiX"' mercas. The condi- 
tion of( this rccognkmce is suche as iff th'abovehnwnden erle of Surrev do 



260 DEUX GENTILSHOMMES-I'OÈTES DE LA COUR DE HENRY Mil. 

Surrey sortait de prison à point nommé pour 
aller faire la guerre. Elle venait de se réveiller avec 
l'Ecosse, sous le prétexte ordinaire de déprédations 
commises sur les frontières, en réalité parce que 
Henry VIII était très irrité de la conduite de son 
neveu Jacques V qui, après lui avoir promis de se 
rendre l'été précédent à une entrevue à York, lui 
avait au dernier moment faussé compagnie. Comme 
la saison s'avançait, il fut décidé par Henry et ceux 
de son Conseil que cette année les troupes anglaises 
ne se lanceraient pas dans de vastes entreprises; 
elles se borneraient à faire dans les Marches d'Ecosse 
une campagne de dévastation. 

Le duc de Norfolk, chargé de l'expédition, reçut 
de Henry l'ordre de réunir à York les forces néces- 
saires, et en conséquence il se mit en route le 
1 er septembre; en même temps que lui partirent de 
Londres lord Surrey et « grant trouppe d'autres sei- 
gneurs 1 »; tous ces jeunes gens étaient enthou- 
siasmés par la perspective de la guerre et ils se pro- 
mettaient de « ranger » bientôt les Ecossais et les 
« faire parler plus doulx ». 

Leurs grandes prévisions furent déçues; le due de 
Norfolk lit bien une expédition en Ecosse; mais ce fut 
une simple promenade militaire qui ne dura que huit 
jours et (pie ne marqua aucun engagement. Fran- 
chissant la frontière le "21 octobre, le Duc remonta 

ether bv himselff, his servauntcs or anj other ;it his procurement any bo- 
dily displesor ether by worde or dede to John a Legh esquier or to any of 
lus. then, etc. » 

1 Maritlacà François I er , 2 septembre 154 k 2 : « Son filz le conte de Sure, 
naguères délivré de prison, et pareillement millord Guillem (William 
Howard) qui est sorty de la Tour, avecques granl trouppe d'autres sei- 
gneurs luy tiennent compaignye. » 



I IMPAGNE DE LORD SI RRE\ I N El OSS1 261 

le Tweed jusqu'à Kelso, brûlanl sur son passage châ- 
teaux, abbayes, villages, moissons, en un mot tout 
ce qui pou va il être la proie des flammes; mais il 
n'osa pas s'aventurer à une distance de plus de deux 
milles dans l'intérieur du pays ennemi, craignant 
d'avoir à se mesurer sur un terrain inconnu avec 
1rs troupes que pouvail avoir réunies lord Huntly, le 
commandant écossais dans ces parages 1 . Puis arrivé 
à Kelso qu'il eut soin d'incendier, le Due ayanl reçn 
l'avis que le roi d'Ecosse s'avançail contre lui à la 
tète d'une armée de trente mille hommes, jugea 
prudent de revenir en arrière, et rentrant sur le 
sol anglais il alla prendre ses quartiers d'hiver à 
Berwick*. On le voit, ça avait été une expédition peu 
honorable, el l'on ne peut dire de Surro\ qu'il \ 
reçut le baptême du feu à moins de faire allusion, 
par un jeu de mois, aux nombreux incendies qu'il 
lui fut donné de contempler. Ef pendant ce temps- 
là. à l'extrémité occidentale de la frontière, d'autres 
plus heureux avaient la gloire de mettre en pleine 
déroute l'armée du roi d'Ecosse, qui quelques jours 
plus tard expirait de chagrin 3 . 

A Berwick, le duc do Norfolk trouva que rien 
n'avait été préparé en vue de l'alimentation des vingt 
mille hommes qu'il amenait; il fut donc obligé de 

1 George Gonlon. i" comte de Huntly, ancêtre direct du présent mar- 
quis de Huntlv. 

- Edward Hall's The union of the royal famelies of Yorke and Lan- 
castre. — John Lesley's History of Scotland. — George Huchanan's 
Rerum seoticarum historia. 

3 Le 25 novembre 1542, dix mille hommes réunis par Jacques \ 
furent défaits sur la bruyère de Sohvav [Solway mots) par quelques cen- 
taines d'Anglais commandés par sir Thomas Wbarton; Jacques, qui était 
resté à l'arrière-garde, conçut un tel chagrin de cette déroute qu'il en 
mourut le 1 1 décembre suivant. 



262 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

licencier au plus vite la majeure partie de ses troupes. 
Lui-même bientôt, voyant le froid qui sévissait depuis 
quelques semaines ne pas discontinuer et en redoutant 
les atteintes pour sa santé, remit le commandement 
à un lieutenant et regagna le sud de l'Angleterre 1 . 

Surrey quitta, en même temps que son père, le 
« royaume de Borée »; c'est ainsi qu'il nomme dans 
ses vers la région où il venait de passer l'automne; 
et à ce propos, il est curieux d'observer que, par suite 
de sa constitution délicate et sensible, l'impression 
dominante que le Comte rapporta de sa campagne en 
Ecosse fut le souvenir du froid qu'il y éprouva, de 
même que de tout son séjour en France, nous l'avons 
dit ailleurs 2 , la seule particularité qu'il ait jugé bon 
de relever dans ses œuvres est la chaleur qu'il en- 
dura pendant l'été de 1553 : « Le dépit amoureux 3 me 
poussa, dit-il, dans le royaume de Borée, là où les 
frimas chenus mordent les fruits; les collines et les 
plaines y étaient alors couvertes du blanc manteau 
du redoutable hiver 4 . » 

En revenant à Londres', Surrey dut apprendre la 

1 Voir les lettres écrites alors par le Duc. (Hayne's Burleigh State Pa- 
pers.) 

2 Chapitre iv. 

■" Nous expliquerons ce mot dans notre dernier chapitre. 
* « Spite diave me into Borias raigne 
Where hory frostes the frutes do bite; 
When billes were spred and every plaine 
With stormy winters mantle white. 
On ne voit pas à quel pays septentrional, sinon à l'Ecosse et au Northum- 
berland, pourrait s'appliquer cette description; les voyages de lord Surrey 
ne furent pas assez nombreux pour permettre une confusion; d'ailleurs, en 
parlant des « fruits gâtés par la gelée », il indique bien qu'il fit le dépla- 
cement en question pendant un automne. 

5 Le 24 novembre, le duc de Norfolk assista à la séance du Conseil 
Drivé à Hampton Court (Acts of tli Privy Council)', son retour devait être 
tout récent. 



IlETOUR DE LORD SURREï A LONDRES. 265 

mort de sir Thomas Wyat, le gentilhomme-poète qui 
avec lui donnait le plus de lustre à la Cour d'Angle- 
terre 1 . Surre] a consacré trois sonnets à déplorer la 
mort de cel auteur, el c'esl de ces hommages répétés, 
remarquables chez un émule en poésie, que l'opinion 
publique a tiré la conclusion que sir Thomas el le 
Comte avaient été amis intimes. A ootre avis, cette 
conclusion n'est nullement amenée par les prémisses; 
elle est, en outre, absolument contraire à la réalité 
des faits. Commenl Surrej aurait-il été l'ami de Wyat? 
Tout d'abord, il \ avait entre eux une différence de 
quinze ans d'âge*; et, quand sir Thomas mourut, le 
Comte était encore trop jeune (il avait vingt-quatre ans) 
pour faire abstraction de cette différence et se lier 
d'amitié avec un homme déjà mûr. En second lieu, Ils 
appartenaient à des partis différents : tandis que Surre) 
tenait pour le maintien des vieilles traditions politi- 
ques et religieuses, Wyal étail absolument dévoué à 
Gromwell et très ardent pour les réformes introduites 
par celui-ci; comment, tant que ce ministre vécut, une 
liaison quelconque se serait-elle produite entre ces 
deux partisans opposés? Si l'on veut, on notera bien 
avant l'année 1540 quelques occasions où ils purenl 
se trouver en présence 3 ; mais leurs sentiments étaient 
trop contraires et ces rencontres fortuites furent, 

1 Sir Thomas Wyal étail morl le In octobre à Sherborne dans le Dorset- 
shire; il se rendait ii Falmouth au-devant d'un Ambassadeur extraordi- 
naire de l'Empereur et sur la route il gagna une tluxion de poitrine à 
laquelle il succomba. 

- Wyat était né en 1503 et Surrey en loi 8. 

3 Par exemple.au Pèlerinage de Grâce tous deux servirent dans l'armée 
royale; puis l'hiver suivant et jusqu'au mois de juin 1537. date du départ 
de Wyat pour une ambassade auprès de l'Empereur, ils purent se voir à 
la Cour. Wyat fut armé chevalier le 28 mars 15."". (Cotton me. Clau- 
dius, c. III.) 



264 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

d'ailleurs, trop rares 1 , pour qu'une entente ait réussi 
à s'établir alors entre eux. 

La mort de Cromwell amena la cessation de l'anta- 
gonisme qui séparait les deux poètes. Ce n'est pas que 
l'un ou l'autre abjurât ses sentiments; le même désac- 
cord d'idées continua de régner entre eux; mais par 
suite d'un concours de circonstances que nous allons 
exposer, Surrey se sentit peu a peu entraîné vers son 
adversaire politique. La réaction qui suit presque iné- 
vitablement la chute de toutes les tyrannies, s'était 
abattue sur Wyat quelques mois après le supplice de 
son protecteur Cromwell; en janvier 1541, il avait été 
enfermé à la Tour sous le coup d'accusations menson- 
gères portées contre lui par le triste évêque de Londres 
Bonner". A cette époque, un ami de Cromwell ne pou- 
vait attendre aucune impartialité de la part de ses 
juges 5 , et si la moindre allégation de Bonner avait pu 
être établie, c'en était fait de Wyat. Heureusement 
il ne perdit pas courage en présence du danger; à 



1 Wyat habitant en général le Kent et le Comte le Norfolk, e'est seule- 
ment à la Cour qu'ils avaient chance de se rencontrer. Or avant 1556 
Surrey venait peu à Londres et Wyat, suspect à Henry VIII par suite de 
son ancienne liaison avec Anne Holeyn, était tenu assez à l'écart de la 
Cour : il subit même un emprisonnement en 1554. De nouveau il fut mis 
à la Tour en mai 1550, au moment où Surrey était appelé à Londres à 
l'occasion du procès de sa cousine Anne Boleyn. Enfin, à partir de 
juin 1557 et jusqu'en mai 1540, Wyat est presque toujours à l'étranger 
comme Ambassadeur près de l'Empereur. 

2 Edmund Bonner, après avoir soutenu très chaudement Henry VIII 
dans sa lutte contre le Saint-Siège, chanta la palinodie et se distingua sous 
le règne de Mary par son zèle de persécuteur. 

r> Marillac à Montmorency, 18 janvier 1541 : « Ledict Hoyet (Wyat) a 
beaucoup de malveillans, comme tous ceulx qui tenoient ligue contre 
Cromuel duquel il estoit le mignon... Et bien que ledit Hoyet fust aussy 
fort aviné par plusieurs grans seigneurs et soit autant plainct et regretté 
que personnaige qu'on ayt prins depuys troys ans en Angleterre, néant- 
moins il n'y a homme qui prenne la hardiesse de dire ung mot pour lui. » 



];l TOUR DE LORD SURREY A LONDR] - 265 

force d'énergie el d'habileté il parvinl à réfuter vïcto- 
rieusemeni toutes les calomnies lancées contre lui. el 
nu bout de lieux mois il sortit sain el sauf de la Tour 1 ; 
Ce furent, semble-t-il, les manœuvres indignes dont 
il venait d'être victime el qu'il sut si bien déjouer, 
qui lui concilièrent Surrej : le jeune gentilhomme, 
que la délation n'avait pas non plus épargné, se révol- 
tait en vovant des anciens amis de Wyat 3 o se mettre 
en embuscade, le couteau du meurtrier à la main, alin 
d'étancher dans le sang innocent du poète leur soif 
impatiente 3 ». El depuis lors, sir Thomas inspira au 
jeune Comte non pas de l'affection, mais de l'intérêt. 
D'ailleurs. |.»rd Surrey, en émule généreux, ne pouvait 
manquer de rendre justice aux qualités littéraires de 
sir Thomas; dans s ;l solitude de Kenninghall il avait 
certainement lu les œuvres de ce poète el apprécié 
l'homme « qui avait indiqué à la jeunesse anglaise la 
roule pour acquérir la renommée par le travail ef lui 
avait appris ce qui peut s,, djiv en vers 1 . » Wyat, nous 
lé savons par un contemporain, fui sensible à l'admi- 



1 Les accusations de Bonner et la défense de Wyal onl été publiées, 
d'après les manuscrits originaux, par John Bruce dans le ouméro de sep- 
tembre 18.")0 du Gentleman'» Magazine. 

- D'après l'Ambassadeur de France Marillac (lettre au connétable de 
Montmorency du 2 février 1540), Bonner était n de la facture el oppinion o 
de Cromwell. 

" Some thaï watched with the murdrers knife 

Witli egre thirsl to drink thy giltlesse bl I, 

Whose practise brake bj happ] ende oflyfe, 

We] nvious teares lo heare thj famé so good. 

(Œuvres de lord Surrey, Epitaphe de Wyat : Dyvers thy dealh, etc.) 
4 A hand thaï taughl what mighl bè sayd in ryme; 
That ivt't Chaucer the glorj of his wit.... 

a worthy guide to bring 

Our English youth by travail unto famé. 
(Œuvres de lord Surrey, autre epitaphe de Wyat : Wyat resteth hère, thaï 
quick could never rcsl. etc.) 



266 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

cation que professait pour lui son jeune rival ' ; et peut- 
ôtre l'amitié réelle aurait-elle succédé à la sympathie, 
si la mort n'était venue à l'encontre. 

Mais si le temps ne permit pas à des relations 
étroites de s'établir entre lord Surrey et sir Thomas 
Wyat, elles existèrent certainement entre le fils de ce 
dernier et le Comte. 11 n'y avait pas entre ces deux 
jeunes gens une différence d'Age sensible 8 ; et comme 
tous deux, étant amis du plaisir et du plaisir bruyant, 
fréquentaient à Londres la société où l'on s'amuse, ils 
se connurent de bonne heure et furent nécessairement 
conduits à mener ensemble la vie joyeuse; les annales 
judiciaires de l'année 1545 nous donnent la preuve de 
cette camaraderie. 

Lord Surrey, de retour de la campagne d'Ecosse, 
n'alla pas résider à Kenninghall auprès de sa femme 
et de ses enfants; il vint à Londres. Et dérogeant à 
son habitude, il ne s'installa pas à Lambeth dans la 
maison de son père; mais, selon cet usage qui depuis 
un temps immémorial a cours en Angleterre, il prit 



1 Accipe, Regnorum cornes illustrissime, carmen 

Quo mea Musa tuum laudavit mœsta Viatum 

Non exspectato sublatum funere terris. 

Nominis ille lui, dum vixit, magnus amator. 

Non modo tu vivum coluisti candidus illum, 

Verum etiam vita defunetum carminé tali 

Collaudasti, quale suum Chaucerus, avitœ 

Dulce decus linguœ, vel juste agnosceret esse. 
(John Leland's Nsenix in moriem Thomas Viati. — Carmen ad Henricum 
Hovartum Regnorum comitem). On le voit, Leland ne parle que d'une con- 
fraternité littéraire entre les deux poètes : Surrey révérait Wyat (coluisti 
candidus) et Wyat en retour favorisait la gloire naissante du jeune Comte 
(nominus fui magnus amator). 

- Thomas Wyat le père s'était, selon l'usage du temps, marié fort jeune; 
il avait épousé en 1520, peut-être même avant, Elizabeth Brooke, fille de 
Thomas Brooke lord Cobham ; son fils, nommé Thomas ainsi que lui-même, 
naquit au plus tard en 1521, plus probablement en 1520. 



RET01 R DE LORD SURRE\ A LOSDRES. l 2(i7 

à la Cité, chez une logeuse en garni, un petit appar- 
tement, ce qu'on appelle aujourd'hui un lodging. Là, 
riant loin des regards des siens, il put sans vergogne 
se livrer à son penchant pour les ribauderies. 

C'est ainsi que le 2 février 1543 il lit, en compagnie 
de Wyat et de plusieurs autres jeunes amis, un grand 
tapage nocturne; pendant trois heures ils parcouru- 
rent les rues de la Cité, chantant, houspillant les pas- 
sants, brisant les vitres des maisons d'habitation et 
des églises. Une autre fois, cette même bande prit des 
barques sur la Tamise et ayant traversé le fleuve 
jusqu'à portée du rivage de Southwark, lieu de ren- 
dez-vous des prostituées d'alors, ils s'amusèrent à ca- 
narder celles-ci à coups d'arbalètes 1 . Des parties de 
ce genre, fréquemment renouvelées, ne pouvaient lais- 
ser indifférents les habitants du quartier; bientôt les 
plaintes affluèrent auprès des magistrats municipaux 
de la Cité; une enquête fut ouverte; et le Comte, Wyat 
et leurs amis, ayant été facilement reconnus comme les 
auteurs de ces désordres, furent appelés à comparaître 
devant le Conseil Privé auquel les magistrats de la 
Cité, vu le rang des prévenus, avaient déféré la con- 
naissance de l'affaire. 

Détail curieux, en plus du tapage nocturne, le 
Comte et ses compagnons étaient encore accusés d'avoir 
enfreint 1rs édits par lesquels le Roi, chef suprême de 
l'Église anglaise, avait interdit l'usage des aliments 
erras durant le Carême 2 . 



1 Tous ces détails se trouvent relatés dans les témoignages recueillis 
durant l'enquête qui suivit ces méfaits. — Les dépositions se trouvent au 
Record Office; elles ont été, en grande partie, reproduites par M r Fronde. 
(History of England, chap. xx.) 

- Acts ofthc Privy Council : « The XXXI" day ofifmarch, the mayour 



268 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY Mil. 

Surrey, dont nous avons plusieurs fois vanté la sin- 
cérité, ne chercha pas à se disculper devant le Conseil 
Privé; dans son interrogatoire qui eut lieu au palais 
de Saint-James, le 1 er avril, il reconnut franchement 
la justesse de toutes les accusations. En ce qui concer- 
nait l'inobservance des édits royaux relatifs à l'absti- 
nence, Surrey allégua bien qu'il avait obtenu une dis- 
pense régulière, mais il se hâta d'ajouter qu'il aurait 
dû en profiler avec plus de discrétion. Quant à ses 
exploits nocturnes, il s'avoua pleinement coupable el 
se soumit d'avance à la peine que le Conseil jugerait à 
propos de lui infliger 1 . 

Cette attitude loyale de lord Surrey paraît avoir 
produit une impression favorable sur ses juges; un 
dissentiment, en tout cas, se produisit dans le Conseil, 
quand il fallut rendre une sentence 2 ; sans doute, 
quelqu'un émit l'avis de faire seulement une répri- 



niid the recordour off London with aldremen exhibited unto the Cownsell 
(an inquisition) conteyning certeyne mis deameanoures and abuses accustu- 
mahly used wythin the Cite towching eating off flesshe in the Lent and 
the breaking off sondryc wyndoWes in the night in diverse places off the 
sayd Cite and the licentious manner off playours. » 

1 Acts of the Privij Council : « Alt Saint-James the first day off aprill... 
Th'erle of Surrey being sent for t'appere before the Cownsell was chargea 
as well off eating off flesshe, as off a lewde and unsemely manner of wal- 
king in the night abowght the stretes and breaking with stonebowes off 
certeyne wyndowes. And towching the eating off flesshe, he alleged a 
licence, albeitt he hadde nott so secretly used the same as apparteyned. 
And towching the stonebowes, he cowlde nott denye butt he hadde verve 
evyll done therein, submitling himselff therefore lo such ponissement as 
sholde to them be thowght good. Whereapon he was committed to the 
Fleet. » 

2 Les conseillers privés qui siégèrent le 1 er avril, étnient : le lord chan- 
celier lord Audley; lord Russell, lord du Sceau Privé; le comte de Hert- 
ford; Stephen Gardiner, évèque de Winchester; Thomas Thirlby, évèque 
de Westminster; lord Saint-John, lord sénéchal; sir John Gage, contrôleurde 
la maison du Roi; sir Anthony Browne, grand écuyer; sir AntonyWingfield, 
vice-ehambellan; et sir Thomas Wriothesley secrétaire d'Etat. 



SECOND EMPRISONNEMENT DE J.OKD SURRBY. 260 

mande au jeune homme e! de lé renvoyer des lins de 
la plainte en le menaçant d'une peine sévère pour le 
cas de récidive; mais Lord Hertford qui en voulait au 
Comte, combattit cet avis el insista pour une condam- 
nation : Une infraction à une loi », alïiriua-t-il. 
(i si elle n'est pas relevée el punit', porte une grave 
atteinte à l'autorité souveraine; or il n'\ a point de 
milieu : cette autorité doil ou rester elle-même en 
n'ayant aucune indulgence, OU cesser d'exister en per- 
mettant tout 1 . Cet argument de lord Hertford con- 
vainquit ses collègues qui inclinaient à la clémence; 
et Surre\ fut pour la seconde fois mis au Fleet. 

\V\al et Pickering*, les deux autres principaux 
prévenus, n'imitèrent pas la franchise de leur ami; 
ils commencèrent par nier: mais confrontés le lende- 
main avec l'écuyer de ce dernier Thomas Clerc' qui 
avait fait des révélations complètes, ils furent obligés 
de se rétracter; leur dissimulation leur valut d'être 
enfermés à h» Tour, pris. m considérée comme plus 
dure que le Fleet, etd'où, à coup sur. on sortait moins 
facilement '. 

Dans sa nouvelle captivité, lord Surrej charma encore 



1 Paroles attribuées conjointement li lord Hertford el ii son frère sir 
Thomas Seyraour (Britisb Muséum, àdditional (Sloane) ms. n° 1525, 
fol. 57) : — « The earle ofSmry aud other nobililj were imprisoned for 
eatingfleshin Lent. — « A secret and unobserved conlempt ofthehvw is 
o ;i close undermining ofaulhority, which must be either itself in indul- 

ging nothing, or be nothing in indulging :ill i>. 

- William Pickering n'a pas marqué dans la chronique du temps; il n'esl 
jamais mentionné que comme un ami >'t compagnon fidèle il' 1 lord Surrej . 

~ Thomas Glere était MU de sir Robert Clere h d'Alice. Boleyn sœur du 
comte «le W iltshire; il était donc cousin germain de la Reine Vnne Boleyn 
el de lord Rochford. Thomas Clere, à -mi tour, fut rais au Fleel le •"> avril. 
ainsi que sou frère aîné sir John Clere, pour avoir mangé de la viande 1'' 
Vendredi-Saint. 

4 Acts of Ihe Privy Council, I el - avril 1545. 



•270 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

ses loisirs par la poésie, mais cette fois ce ne furent 
plus des vers élégiaques qu'il composa; il écrivit une 
satire humoristique contre Londres et ses habitants, 
dont la conduite coupable, prétendait-il, l'avait tel- 
lement scandalisé qu'il n'avait pu retenir son zèle 
vengeur 1 : 

« Londres, m'as-tu accusé d'avoir violé les lois? 
loi, la cause première du tumulte! et moi dont le 
cœur bouillait si fervemment à la vue de ta vie dis- 
solue! Oui, ce soir-là, la haine des crimes qui viennent 
si bien à maturité dans l'intérieur de tes murailles per- 
verses, s'est montée en moi au point que la crainte du 
châtiment n'a pu empêcher son explosion. Londres, 
les prédicateurs savent quel espoir on peut avoir de 
te ramener par la parole; aussi il m'a plu de te faire 
voir par des moyens nouveaux le poids caché que 
j'avais sur le cœur, afin que tes yeux pussent recon- 
naître que le péché même secret excite à son insu 
un ressentiment vengeur. Aucune faute n'échappe 
au bâton de la justice; et ceux qui commettent des 
œuvres d'iniquité dans la plus grande quiétude sont 



' London, hast Ihou accused me 
Of breache of lawes? tbe roote of stryfe! 
\\ ithin whose brest did boyle to see 
(So fervent hotte) thy dissolute lyfe! 
That even, the haie of synnes that groo 
Within thy wicked walles so rife, 
Ffor lo breake forthe did convert su 
That terror could it not represse. 
The which by worde syns prechers know 
Whai hope is left for to redresse, 
By unknown meanes it liked me 
My hidden burden to expresse, 
Wherby yt might appere to the 
That secret synn hath secret spight. 
Ffrom justice'rodd no fault is free. 



SECOND EMPRISONNEMENT DE LORD SL'RREY. 271 

bientôt désagréablement troublés. C'est ainsi que, sans 
peur des conséquences, j'ai été poussé à réveiller, 

dans le silence profond de la nuit, par les carreaux 
de mon arbalète tes fils endormis; j'étais une figure 
du commandement du Seigneur, de celui que les 
Écritures nous montrent armé d'un fouet contre le 
péché. De même que la flamme soudaine de l'éclair 
nous apprend que le redoutable tonnerre va frapper 1 , 
de même le bruit sourd des pierres que je lançais 
pouvait le l'aire voir le fléau terrible de la colère 
divine qui t'environne.... Tes fenêtres ne m'avaient 
pas offensé; mais c'étaient ces hommes orgueilleux, 
inaccessibles à l'idée du revers, revêtus de mensonge 
et de perversité, qui vivent dans l'enceinte de tes mu- 
railles. Tu m'as contraint à me mettre en fureur dans 
un élan de zèle pieux et à accomplir ainsi la mysté- 
rieuse mission que j'avais m-wc, de lutter contre le 
mal. » 



But tbat ;ill such as worke umïghl 
In most qnyet, are nexl ill rest. 
In secret sylence of the nighl 
'I bis made me wilb a reckless bresl 
To wake thy sluggards with m\ b<we; 
\ figure "l Ihe Lord's behest, 
Whose scourge forsynn the scriptures shew. 
Thaï as the fearfull thonder clapp 
|i\ soddayn Qame at band we knowe, 
Of pebble stones the sowndles rapp 
The dredful plage mighl make thee see 
Of God's wratb thaï dotb tbee enwrapp.... 
Thy windowes bad done me no spight, 
Bul prowd people thaï drede no l'ail. 
Clothed witb falsehed and unright, 
Bred in the closures of thy watt. 
Bul wrested to wrathe in fervent zeale 
Thou hast to strife my secret call. 
1 Le Comte, on le voit, n'était pas très versé clans les connaissances 
physiques. 



272 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Après avoir discouru assez longtemps sur ce ton, 
le poète termine par une imprécation sur Londres 1 : 

« Puisse la flamme de la fureur divine tomber sur 
toi! puissent tous tes fils débauchés être frappés misé- 
rablement par la famine et la peste! Puissent tes tours 
superbes et tes tourelles élevées, ennemies de Dieu, 
être détruites de fond en comble ! Que tes idoles, ces 
ouvrières d'iniquité, soient brûlées! Et alors personne 
ne pleurera ta ruine; mais tous, d'un commun accord, 
rendront une immortelle louange au Dieu juste qui 
a ainsi jugé Babylone". » 



1 The flame of wrath shall on thee fall : 

With famyne and pest lamentablye 

Stricken shalbe thy lechers ail ! 

Thy prowde towers and turrets hye 

Eninies to God beat stone from stone! 

Thync idolls burnt, that wrought iniquity! 

When none thy ruine shall beinoane, 

But render unto the rightwise Lord 

That so hath judged Babylone, 

Immortall praise with one accord. 
- Cette pièce de vers, qui ne manque pas de vigueur, n'est, à notre avis, 
qu'une boutade par laquelle Surrey cherchai! à se consoler des suites 
fâcheuses de ses frasques; prendre au sérieux le prétendu zèle pieux du 
poète et s'en autoriser pour poser celui-ci en champion de la Reforme nous 
semble un paradoxe insoutenable. C'est pourtant ce qu'a fait le D' Nott 
en s'appuyant surtout sur ces vers : 

The martyres blood by sword and lire 
In hcav'n and earth for justice call. 
Mais pourquoi vouloir que ces martyrs dont parle Surrey soient les luthé- 
riens suppliciés sous le règne de Henry VIII pour leurs croyances? Ces der- 
niers, d'abord, furent tous exécutés à T yburn, loin de la Cité ; les « martyrs i) 
qui périrent à Tower Ilill, étaient, au contraire, pour la plupart des personnages 
de sang noble et plutôt partisans de la conservation des anciennes doctrines- 
D'ailleurs, le Comte s'intéressait beaucoup plus au sort de ses parents 
et égaux qu'il celui de prédicants qu'il ne fréquenta jamais. Si à cette 
époque (1542-1543) il s'exprima, dans ses poèmes dédiés à la mémoire 
de sir Thomas Wyat, d'une manière assez favorable aux réformateurs anglais, 
c'était sans doute par amitié pour le fils du poète défunt et sous son in- 
fluence. 



SECOMi EMPRISONNEMENT DE I.OUD SURREY. 273 

La captivité de Surrey ne dura certainement pas 

plus d'un mois; car, nous le savons, sa peine devait 
être moins sévère que colle infligée à ses amis Wyal 
cl Pickering; et ceux-ci sortirent de la Tour le -"> mai*. 
Mai^ si courte qu'ait pu être sa prison, le Comte ne 
la pardonna pas aux Seymours, qui en avaient été les 
instigateurs, et sa rancune contre eux en fut violem- 
ment accrue. 

1 Acls of (lie Piivij Council, 3 niai 1543. 



bEUS GENTILSHOMMES-POÈTES, 18 



CHAPITRE X 

Lord Surrey rentre de nouveau en faveur. 
Siège de Landrecies. 



Au moment où lord Surrey sortit de prison, 
l'Angleterre se préparait de nouveau à la guerre. Ce 
n'était plus contre l'Ecosse que les hostilités allaient 
être dirigées; de ce côté, la mort du roi Jacques Y 
avait amené une trêve; c'était à la France que s'atta- 
quait maintenant Henry VIII. Fatigué, en effet, de la 
mauvaise volonté de François I er qui ne cessait d'éluder 
le payement des sommes par lui souscrites en diffé- 
rentes occasions au profit de l'Angleterre, Henry 
venait de se décider à prendre part à la lutte en- 
gagée contre ce souverain par l'empereur Charles- 
Quint depuis l'été précédent; et, en conséquence, le 
11 février de cette année 1545, un traité d'alliance 
offensive contre la France avait été conclu entre 
Charles et Henry'. 

D'après une des clauses du traité, un certain nom- 
bre de troupes anglaises 2 devait, vers la fin du mois 



1 Rymer's Fœdera, vol. XIV. 

2 Martin du Bellay (Mémoires, livre X) dit « huict à dix mille Anglois » ; 
mais Charles-Quint, évidemment mieux informé, ne parle que de « cinq mille 
fantassins » et « six cents chevaulx. » (Lettre à son fils l'infant Philippe, 



SIÈGE DE LANDRECIES. 275 

de juin, aller se joindre dans le comté d'Artois à 
une armée impériale pour manœuvrer ensuite avec 
elle pendant une durée de quatre mois. Surre} avait 
espéré que le commandant de ce contingent sérail 
ou son père même, ou du moins quelque grand sei- 
gneur ami de celui-ci; et dans celle pensée, il se 
taisait une fête d'aller à la guerre. Il eut bientôt une 
déception; le commandant choisi par Henry Mil fut le 
gouverneur de Guines, sir John Wallop', et, ce qui 
pis était, ce général improvisé recul comme adjoint 
dans le commandement sir Thomas Seymour, le frère 
du comte de IIertford\ Celte dernière désignation porta 
un coup violent à Surrey; il se voyait obligé ou de 
renoncer à faire la guerre, ou de servir sous les 
ordres d'un homme qu'il abhorrait. Dure alternative! 
Aussi, pour le moment, le jeune Comte ne prit aucune 
détermination, il se borna à épancher sa bile dans 
une pièce de vers, à laquelle il donna pour titre 
ce passage d'un psaume : « Bonum est, Domine, quod 
humiliasti me 3 > : on va' voir comment le Comte se 
résignait à une humiliation. 

Il commençait par se féliciter d'être heureusement 
sorti de prison : « Les orages sont passés et les 
nuages dissous; une grande rigueur a réprimé mes 



publiée dans le Bulletin de la Commission royale d'histoire de Belgiqve, 
deuxième série, vol. VII.) 

1 C'est le même irai avait été Ambassadeur en France el dont nous avoua 
déjà parlé. 

- Rymer's Fœdera, vol. XV. 7 juillet 1645. 

3 Le texte exact est Bonum mihi, Domine, quia humiliasti me 
(psaume 118); Surrey citait, sans ilmite.de mémoire. Il n'esl pas inu- 
tile de faire observer que h le Comte avait été dévoué à la Réforme, il 
n'eût pas l'ait usage du texte latin de la Vulgate, mais dieu de la traduc- 
tion anglaise de Tvndall ou d'un de ses successeurs* 



270 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY Vlll. 

légères folies L'asservissement du reste du pays 1 

a fait ouvrir les portes de ma prison. Quand le 
danger est bien loin, son souvenir nous cause du 
délice. Après mes appréhensions si longues, l'espoir, 
par Dieu! s'est élevé tellement fort en mon sein que 
je ne trouve plus devant mes yeux aucune perspec- 
tive déplaisante. » 

« Mais, » continue alors le poète, « mon miroir a 
tout à coup présenté à ma vue ma blessure incurable 
qui saigne jour et nuit. Hélas! il me faut penser que 
ce bonheur est accordé à un misérable qui n'a point 
de cœur pour combattre; le bonheur de commander, 
quand sera versé ce sang qui a été tant de fois 
répandu pour la cause de l'Angleterre, ce sang noble 
qui, hélas! est mort désormais 2 . » 

A la longue, cependant, Surrey se résigna à servir 
sous les ordres de sir Thomas Seymour, ou bien 
celui-ci quitta l'armée pour rentrer en Angleterre 3 ; 
en tout cas, nous voyons qu'au commencement de 

1 On voit que celte pièce n'était pas destinée à la publicité ; précisé- 
ment pour cette raison, elle est particulièrement intéressante; car elle 
nous révèle les sentiments intimes qui animaient le poète et qu'il n'osait 
pas manifester au grand jour. 

2 The stormes are past, the cloudes are overblowne ; 

And humble chère great rygour hath represt... 

Thraldoin at large hath made this prison free. 

Danger well past, remembrai, workes delight. 

Of lingring doutes such hope is sprong, pardie ! 

That nouglit I finde displeasaunt in my sight ; 

But vvhen my glassc presented unto me 

The curelesse wound that bledeth day and nyght : 

To tbink, alas! such hap should graunted be 

Unto a -wieteh that hath no hart to fight, 

To spill that blood that hath so oft bene shed 

For Britanne's sake, alas ! and now is ded. 
3 Ce qui tend à continuer cette hypothèse, c'est qu'il cesse bientôt 
d'être mentionné dans les dépèches; le second de sir John Wallop après 
que Surrev eut rejoint l'armée, semble avoir été sir Francis Bryan. 






SIÈGE DE LAKDRECIES. 277 

l'automne suivanl le Comte alla rejoindre en Flandre 
le contingent anglais. 

Le plan des alliés durant la saison de 1543 était 
de reprendre Landrecies, dont les Français s'étaient 
saisis au mois de juin; et à cet effel sir John Wallop 
avait réuni ses troupes à celles de doux généraux 
impériaux, le comte de Rœulx 1 el le duc d'Arschot 1 , 
et tous trois do concert étaient ailes investir la place. 
Comme il était probable que François I er , qui avait 
pris soin ^ fortifier celte conquête de ses armes, 
ferait tous ses efforts pour la conserver 5 , l'Empe- 
reur, qui voulait regagner la ville, avait recom- 
mandé à ses généraux de pousser vivement l'attaque, 
et il leur envoyait sans cesse des troupes fraîches. 
Ainsi, vers la lin de septembre, le vice-roi de Sieile, 
Ferdinand de Gonzague*, amena « un gros renfort », 
et en même temps ou annonça que l'Empereur, qui 
venait de réduire à composition le duc de Clèves 5 , 
s'avançait lui-même avec toute son armée pour pren- 
dre part au siège de la ville. 

1 Adrien de Croy, seigneur de lieauraina el baron de Tienty, fait 
récemment comte de Rœulx par Charles-Quint, de la maison duquel il 
étail grand maître: il exerçai! alors les fonctions de gouverneur de 
Lille, Douai et Orcbies. Le comte de Rœulx ne fil pas une longue lignée; 
à la mort de son dernier descendant, ses titres el seigneuries passèrent à 
une autre branche de la maison de Croy, celle des Comtes, bientôt 
princes de Solre : cette dernière branche s'esl perpétuée jusqu'à nos jours 
dans les princes de Croy-Dùimen. 

2 Philippe de Croy, marquis, puis duc d'Arschot, cousin du précédent. 
5 Mémoires de messire Martin du Bellay, livre \. 

4 Ferdinand de Gonzague, due de Molfetta, vice-roi de Sicile el gouver- 
neur du Milanais; il était IVère de Frédéric de Gonzague, dur régnant 
de Mantoue. Brantôme lui a consacré un Discours dans ses Vies des 
hommes illustres et capitaines estranaers. 

5 Guillaume de la Mark, fils de Jean II. due de Clèves, et de Marie, 
duchesse de Juliers. 11 était frère de l'ex-reine d'Angleterre, Anne de 
Clèves. 



278 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

C'est à ce moment, le 4 octobre, que lord Surrey 
rejoignit le contingent anglais. Il arrivait à Landrecies 
dans de bonnes conditions, ne pouvant rien avoir à 
craindre de l'inimitié de sir Thomas Seymour 1 ; carde 
nouveau il était en pleine faveur auprès de Henry VIII, 
ainsi que le prouve le témoignage insigne de bien- 
veillance qu'il reçut de ce prince à son départ de 
Londres; Henry lui remit une lettre signée de sa main 
et par laquelle il le recommandait tout particulière- 
ment à l'empereur Charles-Quint. Il va de soi que des 
instructions correspondantes avaient été adressées à 
sir John Wallop. 

Un pareil message préparait au jeune Comte une 
réception flatteuse; de fait, les généraux impériaux, 
en l'absence de leur maître qui n'était pas encore 
arrivé, accueillirent Surrey avec les plus grands égards. 
Quant à Wallop, il se fit un devoir de montrer aussitôt 
à son jeune compatriote tous les travaux d'attaque; 
dans ce but il le mena directement du camp dans 
les tranchées qu'ils parcoururent sur une assez grande 
distance autour de la ville 2 . En revenant de cette pro- 
menade d'inspection, ils eurent à essuyer plusieurs 
salves de mousqueterie de la part des assiégés 3 ; mais, 

1 A supposer que celui-ci fût devant Landrecies. 

2 Martin du Bellay donne tous les renseignements désirables sur les 
positions occupées par les alliés devant Landrecies. Leur principal campe- 
ment était sur la rive gauche de la Sambre entre la rivière et la forêt 
de Mormai. Sur la rive droite, ils occupaient le bas de la ville que Fran- 
çois I e ' avait fait abandonner, la partie haute seule ayant été fortifiée. 
(Voir les Mémoires de Martin du Bellay, livre X.) 

3 Sir John Wallop à Henry VIII, 5 octobre 1545 (Record Office, 
State Papers. — Cette lettre qui n'a pas encore été cataloguée par 
M' Gairdner, a été assez correctement transcrite par le D r Nott dans 
son commentaire sur lord Surrey) : — « Yesterday Blage (ami de Surrey) 
who arrived hère witli my lord of Surrey, went with M r Carew to see 
tlie trench and escaped very hardly from a pièce of ordnaunce that was 



SIÈGE DE I INDRI CIES. 279 

malgré le danger auquel il venait ainsi d'être exposé, 
le jeune Lonl ne trouvai! pas dans les opérations régu- 
lières d'un siège des émotions suffisantes pour ses 
goûts aventureux el batailleurs; il manifesta donc 
immédiatement l'intention d'aller rejoindre don Fer- 
dinand de Gonzague qui, quelques jours auparavant, 
avait été détaché du camp devanl Landrecies pour 
tenter un coup de main sur Guise. Les généraux im- 
périaux, désireux de complaire autant que possible 
à un personnage spécialement recommandé à leur 
maître, s'empressèrenl d'approuver le dessein de lord 
Surrey; ils lui formerenl une escorte d'hommes de 
leur armée, el même le comte de Rœulx prit la peine 
de l'accompagner jusqu'à mi-chemin 1 . En vérité, il 
eût été impossible de témoigner plus d'égards à un 
jeune homme de vingt-cinq ans, qui n'était pourvu 
d'aucun commandement. 

Une distance d'environ sis lieues sépare Landrecies 
de Guise; évidemment Surre\ la parcourul en un 
jour, de sorte que le 6 octobre au soir il fut auprès de 
don Ferdinand de Gonzague. C'était le moment précis 
où celui-ci, sous le coup de nouvelles grave», décidait 
la retraite; il venait d'apprendre, en effet, que Fran- 



shot towards him. My saide Lorde I broughl about a grete pari of Ihc 
townc to view the >:mn> : and in his return was somewhat saluted. Their 
powder and shot thev (the Frenck) do bestow amongst u> plentifully, 
and sométimes dothe huit. M\ saide Lordes comyng unto tliis camp \\;i> 
very agreeable unto the Duke (d'Arschot) aud Grete Master (de Rœulx), 
declaring a grete amity ami friendship tliat Voui Majestj beareth to the 
Empereur. » 

1 Sir John Wallop à Benry VIII, o octobre 15 45 : « I was very glad 
that my sayde Lorde (of Surrey) intended to go unto Fernando's camp, 
infonnyng tiyin as thej [le dur d'Arschot el le comte de Rœulx) offered 
hyni sufûcient conduct and the Grete Master hymself to l>nn:_ r hym half 
wav there. » 



280 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

çois I er accourait au secours de Guise et Landrecies 
menacés; or il ne pouvait point sans déraison s'ex- 
poser avec ses seules forces au choc de l'armée du roi 
de France. Le lendemain matin, en conséquence, il 
commença à se replier vers Landrecies. 11 était temps; 
car s'il s'était attardé devant Guise, il eût été ce même 
jour attaqué dans ses lignes par le sieur de Brissac 1 qui 
commandait l'avant-garde royale. 

Ce dernier, se voyant frustré par la retraite préci- 
pitée de don Ferdinand, chercha du moins à la contra- 
rier : d'abord il tâcha de séparer les chevau-légers im- 
périaux du reste de la colonne, en faisant harceler 
celle-ci par de petits partis de cavalerie qui, dès qu'ils 
étaient à portée de l'ennemi, s'empressaient de prendre 
la fuite avec l'espoir d'être poursuivis. Mais, après avoir 
ainsi longuement « escarmouche », Brissac reconnut 
que par cette tactique il n'obtiendrait aucun résultat 
appréciable : les chevau-légers ne voulaient point s'éloi- 
gner de « la grosse trouppe », et celle-ci « pendant les- 
dites escarmouches » continuait de se retirer en bon 
ordre sur le chemin de Landrecies. Alors, continue 
Martin du Bellay, auquel nous empruntons tous ces 
détails, « le seigneur de Brissac, par l'advis des capi- 
taines estans auprès de luy, dépescha cinq cens chevaux 
pour charger l'ennemy à toutes brides; et luy avec 
sa grosse trouppe, se meit à leur suite pour les sous- 
tenir. » Cette « charge gaillarde » que les Impériaux 
ne prévoyaient guère, jeta parmi les cavaliers qui for- 
maient la queue de leur colonne, une grande confu- 

1 Charles de Cossé, seigneur puis comte de Brissac, né en 1505, était 
alors général de la cavalerie légère; il devint en 1550 maréchal de France 
et bientôt après lieutenant du roi en Piémont; il mourut en 1565. Il est 
l'ancêtre direct du duc de Brissac et de tous les comtes de ce nom. 



SIÈGE DE LANDRI CILS. 281 

sion; cl « y en eut plusieurs prinz prisonniers, tuez 
ou portez à lerre ». Mais bientôt, Gonzague, averti de 

l'attaque des Français, lit ferme avec « tous ses ba- 
taillons »; les Impériaux reprirent l'avantage, el les 
chevau-légers de M. de Brissac durent se retirer en 
grande hâte 1 ; ils purenl cependant emmener tous 
louis prisonniers, et notamment don François d'Esté, 
capitaine général de la cavalerie impériale*. 

Où se trouvait lord Surrey durant cette action? 
Evidemment, au moment où l'attaque se produisit, il 
était aux cotés de Gonzague; mais, à peine eut-il su 
que derrière lui on eu ('lait venu aux mains, qu'em- 
porté par m>u ardeur, il tint voler sur le lieu de l'enga- 
gement el y déployer toute sa fougue guerrière. Aucun 
texte, il esi vrai, ne mentionne le Comte comme 
s'étant plus distingué que ses compagnons de retraite 
dans la journée du 7 octobre; notre assertion cepen- 
dant n'est pas tout à fait gratuite; elle se trouve en 



1 11 est impossible de reproduire exactement le récit de Martin du 
Bellay ; celui-ci, comme la plupart des écrivains militaires de l'époque, 
élait ce que nous appelons aujourd'hui un « chauvin ■. el par conséquent 
il m' manque jamais dans ses Mémoires d'exagérer les succès des Fran- 
çais et d'amoindrir leurs revers. 

* François d'Esté, frère du duc régnant de Ferrare Hercule II, était fils 
d'Alphonse I er , duc de Ferrare, et de la célèbre Lucrèce Borgia. En 1597, 
s'éteignit le dernier descendant légitime des ducs de Ferrare; el cette 
ville, saisie par le pape Clément VIII, devint Légation pontificale; Modène, 
au contraire, fut retenue par un (ils naturel de François d'Esté, César, 
tige des Ducs qui régnèrent dans cette ville jusqu'à la lin du siècle der- 
nier. A cette date, se termina dans les mâles la lignée d'Este-Modène ; 
l'héritière de cette Maison en porta les titres et les biens dans la Maison 
impériale d'Autriche, à laquelle ils sont demeurés depuis lors; ils appar- 
tiennent aujourd'hui à S. A. l'archiduc Franz-Ferdinand. Une autre 
branche de la Maison d'Esté qui s'est fondue en Allemagne avec la 
famille des Guelfes, a produit les différents ducs de Brunswick et 
compte aujourd'hui parmi ses principaux rejetons S. M. la reine d'Angle- 
terre qui est Brunsvick-Uanovre. 



282 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

quelque sorte autorisée par les termes de la lettre que, 
quinze jours après, l'Empereur adressa à Henry VI11 
en réponse à eelle qu'il en avait reçue au sujet du 
Comte : 

« Quant à ce que vous nous avez escript en recom- 
mandation du fîlz de nostre cousin le duc de Norfolk 
pour l'endresser aux choses de la guerre, il a si bon 
exemple de vos gens qu'il ne pourra faillir d'en estre 
instnïiet; et tous les nostres le respecteront, comme le 
mérite la valeur du père et le gentil cueur du fîlz ; et 
nous oblige votre recommendation 1 . » Si le 7 octobre, 
Surrey s'était rendu coupable de couardise, l'Empe- 
reur n'aurait pu dès le L 2\ du même mois faire l'éloge 
de son « gentil cueur ». 

Ainsi le Comte se trouvait de nouveau devant Lan- 
drecies spectateur inoccupé des opérations du siège. 
L'arrivée de l'Empereur le 14 octobre 2 avait bien rendu 
celles-ci plus actives, car ce prince désirait avoir pris la 
place, avant que François I er n'eût eu le temps de venir 
à la rescousse, et il jugeait que par l'investissement 
seul il ne réussirait pas à réduire suffisamment vite les 
assiégés. Mais le bombardement qu'il ordonna contre 
la ville ne faisait pas sortir Surrey de l'inaction ; et quoi- 
que au bout de peu de jours le feu de l'artillerie eût ou- 
vert dans les remparts « une brèche plus que raison- 
nable pour assaillir, » le moment de l'assaut ne sonna 
pas, an grand regret de l'impétueux jeune homme 
En effet, le sieur de la Lande, commandant de la 



» Charles-Quint à Henry VIII, 21 octobre 1543. (Henry VIII State Pa- 
pers, vol. IX, n° 920.) Cette lettre est datée d'Avesnes; mais le quartier 
général de l'Empereur était au Quesnoy de l'autre côté de la Sambre. 

* Sir John Wallop à Henry VIII, 21 octobre 1545. (Henry VIII State Pa- 
per s, vol. IX, n" 919.) 



SIÈGE DE LANDRECIES. 28Ô 

place 1 , se voyant condamné à une reddition certaine à 
brève échéance, avait tenté d'avertir de sa situation 
désespérée le roi de France, dont les forces devaient 
avoir m le temps de se concentrer dans la \.allée de 
l'Oise; et l'émissaire sorti de Landrecies avait pu par- 
venir heureusement jusqu'à la Fère auprès de François. 
Celui-ci, qui eût souffert cruellemenl dans son amour- 
propre si Landrecies avait succombé, n'eut pas plus tôt 
reçu le message de la Lande qu'il donna à toutes ses 
troupes l'ordre du départ. Le 20 octobre il quittait la 
Fère, et le 25 il établissait son quartier général au 
Cateau. C'est à dessein qu'il avait choisi cette position : 
en s'installant sur la rive gauche de la Sambre, il 
paraissait se désintéresser du sort de Landrecies qui 
est situé sur la rive droite, et ne chercher qu'à se 
mesurer avec les forces impériales campées en majeure 
partie également sur la rive gauche, et dont les avant- 
postes n'étaient guère séparés du Cateau que par le petit 
ruisseau de la Selle. De fait, Charles-Quint fut dupe 
de la feinte du roi; et voulant engager le combat dans 
les meilleures conditions possible, il se hâta de faire 
passer la Sambre à presque toutes les troupes qui se 
trouvaient dans la tranchée devant Landrecies; il ne 
laissa sur la rive droite que le nombre d'hommes stric- 
tement nécessaire pour empêcher les assiégés d'aller 
s'approvisionner au dehors. C'est ce qu'attendait Fran- 
çois; le 28 octobre, sur son ordre, l'amiral d'Annebaut* 



1 11 était capitaine général des hommes de pied de Picardie. 1! fut récom- 
pensé de sa belle défense de Landrecies par une charge de maître d'hôtel 
du Roi. 

- Claude d'Annebaut, baron de Retz et de la Hunaudaye, maréchal de 
France depuis 1.'>Ô8, venait de remplacer, comme Amiral, Chabot mort 
au commencement de 1545. 



284 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

et le duc d'Estouteville 1 franchissant la Sambre à Ca- 
tillon, rompirent aisément le faible cordon d'Impériaux 
qui défendait les approches de Landrecies, et ravitail- 
lèrent cette place d'hommes, de munitions et de vivres; 
opération que, le 1 er novembre, le sieur de Langey re- 
nouvela avec succès 2 . 

Le but que François I er s'était proposé se trouvait 
atteint. Landrecies pouvait maintenant résister encore 
plusieurs semaines, et l'Empereur n'avait pas le 
loisir de stationner aussi longtemps devant cette 
ville. Le terme des quatre mois, pendant lesquels 
le contingent anglais devait rester à son service, était 
très proche, et, d'autre part, l'hiver allait l'obliger 
à débander ses propres soldats. François était donc 
assuré que Landrecies ne serait point pris cette année; 
dans ces conditions, il préféra ne pas hasarder une 
bataille dont l'issue était douteuse, et il décida de 
lever sans bruit son camp du Cateau pour se replier 
sur Guise. 

De son côté, l'Empereur ne savait que faire; le 
ravitaillement de Landrecies lui ôtait tout espoir de 
s'emparer pour le moment de cette ville; et pour 
terminer brillamment la campagne, il se voyait con- 
traint de tenter quelque autre entreprise. Durant 
toute la journée du 5 novembre, il Ht escarmou- 
cher auprès du Cateau, espérant attirer François dans 
un engagement général; mais ce fut peine perdue; 
le Roi ne bougea pas, et M. de Brissac seul, avec 



1 François de Bourbon, comte de Saint-Pol, créé duc d'Estouteville en 
lô5i à l'occasion de son mariage avec la dernière héritière des sires de ce 
nom. 

2 Martin du Bellay l'auteur des Mémoires, venait de succéder comme 
sieur de Langey à son frère aîné Guillaume du Bellay. 



SIÈG1 01 I \M'l;l CIES. 285 

sa cavalerie légère, s'exposa au Peu de l'ennemi*. 

Contrarié de cette déconvenue, Charles dès le 
lendemain malin appela dan-- sa tente pmir y tenir 
conseil les principaux chefs de l'armée, tant les 
Anglais que les Impériaux; lord Surrej était du 
aombre. Alors on discuta sur ce qu'il convenait de 
faire : Fallait-il, sans plus attendre, attaquer réso- 
lument le roi de France dans ses positions du Cateau? 
fallait-il tenter de le tourner et de le couper de son 
royaume en allant occuper le Catelet et Iiohain? 
C'étaient là des entreprises hardies que la plupart 
des généraux, fatigués de la campagne et effrayés 
des approches de l'hiver, ne pouvaient approuver. 
D'autre part, l'Empereur répugnait à disloquer son 
armée, sans avoir lien achevé de considérahle, et 
lorsque en face de lui se trouvait l'ennemi qui venait 
de le jouer. A la fin, le conseil s'arrêta à un moyen 
terme : il fut décidé que le siège de Landrecies serait 
levé sur l'heure et que les troupes impériales, désor- 
mais toutes disponibles, se masseraient entre la Sambre 
et Solesmes faisant face au Cateau, et présenteraient la 
bataille aux tramais. 

Mais, nous l'avons dit, François I er était satisfait du 
résultat obtenu. Aussi, avant que les ennemis eussent 
pu achever leur mouvement de concentration, le 4 no- 
vembre au soir, il délogea du Cateau à la laveur des 
ténèbres et prit la route de Guise. Averti le len- 



1 Martin du Bellay place au 28 octobre ce qui se passa le " novembre; 
dans toute la partie de son dixième livre, relative à la tin île la campagne 
de Hainaul en l.*>43, il se trompe sur les dates. Voir : l'Empereur à sa 
sœur la reine de Hongrie, i novembre 1545 (Karl Lan/., Correspondent 
des Kaisers Caris des Fûnflen, vol. 11, n° 518) el sir John Wallop à 
Henry VIII, novembre 1545. [Henry VIII State Papers, vol. IX,n°925.) 



286 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

demain malin du départ des Français, Charles-Quint 
voulut les poursuivre, et non content d'envoyer après 
eux Ferdinand de Gonzague avec sa cavalerie, lui- 
même se mit en marche avec un certain nombre 
d'hommes de pied; mais déjà les Français étaient 
trop loin pour que l'Empereur pût les rejoindre; et 
ils accomplirent en bon ordre leur retraite jusqu'à 
Guise, sans autres incidents que des escarmouches 
sans importance entre les chevau-légers de don Fer- 
dinand et ceux de M. de Brissac 1 . 

Cependant il était jusqu'à un certain point permis 
à l'Empereur de dire que François I er avait fui devant 
lui; et fort de cette légère satisfaction d'amour-propre, 
il n'hésita plus à licencier son armée. En consé- 
quence, le 11 novembre, les Anglais reprirent, sous 
les ordres de Wallop, leur commandant en chef, le 
chemin de Calais. Lord Surrey ne les suivit pas immé- 
diatement; il avait eu, durant toute la campagne, 
une situation à part an milieu de ses compatriotes, 
et maintenant il se sépara d'eux, ainsi que son cousin 
sir Francis Bryan, pour demeurer quelques jours 
de plus auprès de l'Empereur. 

De Solesmes celui-ci avait gagné Cambrai où il 
avait imposé à l'Evêque une garnison impériale; il 
se rendit ensuite à Yalenciennes où il retrouva sa sœur 
la Reine Régente des Pays-Bas et où il séjourna 
jusqu'au 20 novembre. C'est en ce dernier endroit 
que Surrey prit congé de Charles-Quint; il fut reçu 
par ce souverain en audience spéciale le dimanche 



1 Marlin du Bellay se trompe encore, quand il place au 2 novembre la 
retraite du Roi; elle n'eut lieu que le 4 au soir. Voir la lettre déjà citée de 
sir John Wallop à Henry Mil en dale du (1 novembre. 



SIÈGE DE 1 \MiRECIES. 281 

18 novembre, et au cours de leur entretien l'Empereur 
lui remit une lettre autographe adressée à Henry Mil 
et dont voici la teneur élogieuse : 

« Très haut, très excellent et très puissant Prince, 
nostre très cher et très amé bon frère et cousin, tant 
et si affectueusement que nous pouvons, à vous nous 
recommandons. Retournant nostre cousin le comte 
de Surrey par delà, nous serons relevé de faire 
longue lettre pour ce qu'il vous dira les occurrants 
de ce cousté. Et seulement adjouterons qu'il a baillé 
bon témoignage, en l'armée, de qui il est iîlz, et 
qu'il ne veult défaillir d'ensuivre son père et ses 
prédécesseurs, et avec m gentil cueur et telle dextérité 
qu'il n'a esté besoing de luy en rien apprendre et 
que vous ne luy commanderez rien qu'il ne saiche 
exécuter 1 . » 

En sortant de chez l'Empereur, Surrey, toujours 
accompagné de son cousin sir Francis Bryan, se rendit 
auprès de la reine de Hongrie, afin de prendre éga- 
lement congé d'elle; et cette Princesse, bien qu'elle 
le connût à peine, ne l'accueillit pas avec moins de 
bienveillance que n'avait fait son frère Charles-Quint*. 
Elle avait sans doute entendu louer la bonne grâce 
et les qualités aimables que le Comte n'avait cessé' 
de déployer pendant les six semaines qu'il venait de 
passer devant Landrecies, et au moyen desquelles il 
s'était concilié l'estime et même l'affection de tous les 
chefs de l'armée impériale 3 . 



' Charles-Quint à Henry VIII, 18 novembre 1543. [Henry Mil State 
Papers, vol. IX, n° 953.) 

- Sir Francis Bryan à Henry VIII, l'J novembre U>i5. (Henry Mil State 
Papers, vol. IX. n° 934.) 

3 Telle est l'origine du bruil rapporte dans un pamphlet du règne 



288 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE IIENBY VI 

A son retour en Angleterre, Surrey se rendit de nou- 
veau à la Cour, et c'est probablement à cette époque 
que Henry VIII le nomma son échanson (cupbearer)* ; 
charge honorifique qui n'était qu'une sinécure, mais 
qui lui donnait enfin la bouche de cour; car, il est 
bon de le remarquer, malgré sa proche parenté avec 
deux des femmes de Henry, Surrey n'avait pas jus- 
qu'alors fait partie de l'hôtel 2 . 

Le 24 décembre 1545, le Comte est à Hampton Court 
où il prend part, comme chevalier de la Jarretière, à 
un chapitre de l'ordre 5 . Puis nous le retrouvons, au 
commencement de février 1544 chargé par le Roi d'aller 
souhaiter la bienvenue à un général espagnol qu'il 
avait connu devant Landrecies. 

Ce général, le duc de Najera\ voulant des Pays-Bas 
regagner l'Espagne et étant empêché par l'état de 
guerre de traverser la France, avait pris la voie d'An- 
gleterre et il désirait en passant rendre ses devoirs à 
Henry VIII; à peine débarqué à Douvres, il avait donc, 
le 7 février, sollicité une audience, comptant repartir 
aussitôt après avoir été reçu. Mais le pauvre Duc ne 
savait pas à qui il avait affaire; Henry, dès qu'il fut 
informé de sa demande, s'empressa de quitter Londres 

d'Edward VI (the Pilgrim, publié en 1861 par M. Froude), suivant leque 
le Comte aurait à Landrecies noué des intelligences avec les généraux im- 
périaux dans le but de se faire aider par eux à usurper le trône d'Angleterre. 
De pareils dires ne sont bons qu'à reléguer dans le carton des fables. 

1 II succédait à son oncle le comte de Derby. 

2 Liste des officiers de la Maison du Roi. (British Muséum, Lansdowne 
ms. n° 2, fol. 54.) On ne comprend pas comment l'auteur de la notice sur 
Surrey publiée eu tète de Védilion aldine de ce poète (Bell and Daldy, 
1806) a pu rapporter à l'année 1526 sa nomination d'échanson; la liste 
précitée montre que celle-ci n'eut lieu qu'après le mariage de Henry VIII 
avec Catherine I'arr, c'est-à-dire après le 12 juillet 1543. 

3 Anstis's Reçfistrum Garterii, anno 55 to Henrici Octavi. 
* Don Juan Estaban Maurique de Lara, 5 e duc de Najera. 



SIÈGE DE LAKDRECIES. 280 

el se rendit àïIamptonCourl : « L'Empereur , » disait-il, 
u trouve ma Cour peu policée; je vais montrer à un 
de ses généraux qu'on sail pourtanl \ observer une 
étiquette sévère. <■ El le Roi (il durant plusieurs jours 
attendre si réponse au Duc, se bornanl l\ lui envoyer. 
;iinvj que rit»ii> l'avons dit, le comte de Surrej pour 
lui faire les honneurs de Londres 1 . Enfin, llcurv se 
décida à revenir à Westminster el à Qxer au I" février 
l'audience < I u Duc. Et, ce jour-là, ce fui encore 
lord Siinv\ qui dut, avec le comte d'Essex, frère de 
la nouvelle reine Catherin^ Pari**, introduire auprès 
du Roi le général espagnol 3 . 

Deux mois [du^ Lard, le jour de la Saint-George, 
Sunv\ assista à Greenwich au chapitre solennel de 
l'ordre de la Jarretière. Mni^ ce ne sont là que de très 
petits incidents au milieu de la vie <lu Comte durant 
cette première moitié de l'année 1544. Ses fonctions 
de coin- semblent l'avoir alors fort peu occupé; son 
intérêt étail ailleurs. 

Il se bâtissait à Saint-Léonard auprès de Norwich 



1 i Sabido por el Rey que el Duque era llegado, se fue otra die de 
mafiana una lega de Londres ;'i ver unas naos que bazia, j de alli envio al 

coude Sorel c tros caballeros â visitarle j â darle de mi parte la tiora- 

buena de su venida. » [Relaciones de Pedro de Gante, sccretario del 
duque de Najera.) Une traduction anglaise de ces relations ;i été publiée 
dans l'Archœologia (vol. XXIII). 

- William lord Pair, créé comte d'Essex le 3 décembre 1543. Sa sœur 
Catherine, veuve en premières noces de lord Latiiner, avait été épousée 
par Henrj Mil le 12 juillet 1543. 

3 « Dendo à quatro ili;i> volvio el Rej ;i palacio domingo 17 de 
febrero.... Este dia vinieron â corner con el Duque j â accompafiarle un 
bermano de la Reyna j el conde de Sorel. n [Relaciones de Pedrode Conte.) 
— Voir aussi Cronica del rey Enrico Otavo de Ingalalérra chap. nu; 
cette dernière chronique qui, en général, fourmille d'erreurs, est assez 
digne de foi quand elle relate des faits concernant quelque personnage 
espagnol. 

DEUX GEN'TILSHOHHES-POÈTES )!l 



290 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR OE HENRY VIII. 

un château dont il espérai! tirer beaucoup d'hon- 
neur 1 . Hélas! dans son désir de faire grand, il ména- 
geail si peu la dépense qu'il eut bientôl absorbé toutes 
ses ressources et épuisé tout son crédit 8 ; et jamais il 
ne lui lut donné d'habiter son château; quand la 
construction fut terminée, l'argent manqua pour 
l'ameublement 7 \ 

In autre sujet qui s'imposait à la pensée du Comte 
était l'éducation de ses deux fils, dont il voulait faire 
des hommes instruits et éclairés. Certainement tous 
deux étaient encore bien jeunes; mais comme, selon 

1 Ce château fui détruit pou après on lot 9 durant une révolte (tans lo 
comté di' Norfolk : « Exin collcmSancti Leonardi urbi Norvicensi ex advef- 
sum cepere (il s'agit dos révoltés); qun in loco cornes Surreius prœclaram 
oxœdificaverat et plenam dignitatis domum... (Juin cliain domum illam 
magnificentissimam homines impurissimi invaserunt. » (Alexander Nevyll'â 
De furoribus Norfolcensium Kello duce, liber unus.) — Voir aussi 
Drayton's EnglanaVs heroical epislles. [The lad y Géraldine lo Henry 
Howard.) La colline où était situé le château du Comte s'appelle encore 
aujourd'hui Mounl Surrey. 

- Saint-Léonard était une mouvance de l'abbaye sécularisée de Thorpe; 
pour acquérir co domaine, Surrey avait dû conclure un échange avec le 
Roi et so. dessaisir entre les mains de celui-ci do plusieurs des manoirs 
qu'il avait reçus de son père au moment de son mariage. Le contrat porte 
la date du 1 er janvier 1544. (Record Office, Cert iorari bundle, Henni Mil, 
n° 1.) 

"• Thomas Hussey au comte de Surrey, 20 octobre 1545 (Record office, 

Domeslic State Papers, —j ) : — « As concernynge the provisions of the 
ol / 

house, this ys committed to Sentill's charge. Allieit the same will uol 

he obtained al my Lord's (the duke ofNorfolk's) hand, we shall practise 

liowe to comme by them by sitche schifte as may be maid upon my crédite 

iu lliys towne (Norwich). » — Il ne fallait pourtant pas un mobilier bien 

somptueux pour satisfaire les goûts de lord Surrey, à en juger, du moins, 

par celui dont il se contentait pour sa chambre à coucher, soit à Kenning- 

hall (voir le rapport des commissaires envoyés eu décembre 1546 pour 

faire une perquisition dans ce château. — Henry VIII State Papers, 

vol.I, part 2 n Vn° 2S4), soit à hVsham (alias Chesworlh), autre château 

que possédai! son père dans le comté de Sussex. (Inventaire dressé après 

la condamnation du hue et publié par le Sussex archseological Society. 

— Sussex archseological collections, vol. XIII.) 



SIIJ.E DE LANDREI [ES '291 

l'usage iiniversellemenl observé à cette époque par la 
noblesse anglaise, ils devaienl dès l'âge de quatorze 
ans être lancés à corps perdu dans la vie politique et 
mondaine, il étail nécessaire qu'ils eussent auparavant 
terminé leurs études, et pour les avoir faites sérieuses 
el profitables, il fallait qu'ils les eussenl commencées 
de très bonne heure. Il devenait donc urgent de leur 
donner un précepteur; le Comte ne l'alla pas chercher 
bien loin; il s'adressa à un homme d'un savoir un peu 
général <i u<' son père le dur de Norfolk, toujours en 
quête de soins et de conseils pour sa santé chancelante, 
avait pris à demeure chea lui comme médecin ordi- 
naire. Ce personnage, dont le vrai nom s'esl perdu, 
ayanl été défiguré selon la mode «lu Lemps par le tra- 
vestis.semenl latin de Hadrianus Junius, étail un de ces 
érudits sans patrie qui couraient alors le momie à la 
recherche d'un Mécène. Par suite de quelles circon- 
stances avait-il été amené au siège de Landrecies? nous 
ne saurions le dire; par contre, nous savons que pen- 
dant les opérations <lr ce siège il se trouvait en relations 
assez intimes avec l'évêque de Londres Bonner qui avait 
suivi Gharles-Quinl jusque dans son camp en qualité 
d'ambassadeur de Henry VIII; el ce fui sur les conseils 
de cel évêque ijui lui promettait en Angleterre monts 
el merveilles, que Hadrianus entra au service du din- 
de Norfolk'. 

Il esi assez remarquable, disons-le en passant, que 

1 Hadrianus Junius au synode épiscopal anglais chargé de poursuivre le 
hérétiques, année 1555 : « Quum Caesar ad Landrisium, Axtesiœ oppi 
iliiui, exercitu circumsessum stativa teneret, consilio el horlatu reveren 
ilissimi Londiniensium Episcopi Edmundi Bonneri, aurcos tantùm non 
Enontes mihi pollicentis, in Angliam fuerara pellectus; mox in familiam 
illustrissimi Norfolcise Ducis adscitus, non ingiorie illic medicinam facli- 
tabam. (Hadriani Junii Epistolx.) 



292 DEUX (iENTILSIIOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

le Duc ait consenti à donner une place dans sa maison 
à une personne de nationalité non anglaise; il ne 
s'était pas, en effet, affranchi, ;i l'instar de son fils, du 
préjugé populaire qui, au xvi e siècle, tenait les étran- 
gers en profonde horreur 1 . Faut-il donc voir dans 
l'entrée de Hadrianus au service du Duc un effet de 
l'influence de Surrey sur son père? Peut-être, bien 
que le Comte n'ait certainement pas connu cet érudit 
devant Landrecies ; il ne songeait guère, durant le 
siège, à se mêler aux gens de cabinet 2 . En tout cas, 
après qu'au printemps de 1544 il eut été mis en 
rapports avec le nouveau médecin de son père, il ne 
tarda pas à l'apprécier : Hadrianus était arrivé à 
Lambeth à In lin de mars 3 , et dès le commencement 
d'août suivant, il était convenu qu'il se chargerait de 
l'instruction des deux fils du Comte 4 . Mais Surrey à 



1 « Egli (le duc de Norfolk) mostra mal'animo verso stranieri, » ainsi 
s'exprimait en 1551 l'Ambassadeur de Venise, Ludovico Faliero, dans le 
rapport général qu'il adressait au Conseil des Dix sur son ambassade en 
Angleterre. (Alberi, Relazioni degli Ambascîatori Vencti, série prima.) 

s Hadrianus lui-même, avant son arrivée en Angleterre, confondait le 
duc de .Norfolk avec son fils le comte de Surrey; il écrivait au premier : 
« Deus Optimus Maximus tuam Excellent iam nobis ac nuisis diutissime 
incolumem conservet. » (Hadrianus au duc de Norfolk, 22 mars 1544.) Le 
Duc, nous le savons, n'eut jamais affaire aux Muses. 

z Hadrianus au duc de Norfolk, 22 mars 1544 (la lettre est datée, en 
réalité, du dixième jour avant les calendes d'avril) : — « Uesterno die, 
illustrissime Domine patrone, Londinium appuli, postquam, vix tenui spe 
vitae (relictâ), submersionem ab atroce maris tempeslate evasi; sed uli 
naufragi ad deorum templa primo se, recipiunt vota uuncupaturi, ila liiœ 
Excellent ia 1 . vividam imaginem accedere dextramque deosculari sta- 
tueram. rt La lettre continue sur ce ton ; on voit que Hadrianus n'était pas 
exempt de pédanterie. 

4 La fille aînée du Comte, lady Jane Howard, était alors certainement 
née; car nous voyons qu'en janvier 1517 sa tante la duchesse de Riclmiond 
la trouvait suffisamment âgée pour pouvoir étudier en même temps que ses 
livres sous la direction du célèbre théologien John Fox. (Vie de John Fox 
écrite pur son fils Thomas cl publiée en tête de son grand ouvrage Acts 



n|| i.l. M I WM'.l.i 11 - 293 

(•> momenl avail de nouveau quitté l'Angleterre : la 
guerre l'avail rappelé de l'autre coté < 1 1 1 Pas t\r Calais. 



a ml monuments. ) Hais en 1544, elle ne pouvait avoir plus de quatre ,m^ ; 
el c'esl 'Mi raison de ce bas âge qu'elle ne fut pas confiée, elle aussi, aux 
soins de Hadrianus ; car, au xw siècle, les filles de famille recevaient en 
Angleterre une éducation littéraire égale, pour ne pas dire supérieure, ii 
celle des fils. La lettre par laquelle Hadrianus accepte d'être précepteur des 
lieux lords Howard esl datée de Horsham où probablemcnl il était auprès 
de la duchesse douairière de Norfolk donl c'était une des résidences 
usuelles. (Hadrianus au comte de Surrey, 8 aoûl 154 i. quinto idus au- 
gusti. — Les lettres d'Hadrianus onl été forl incorrectement imprimées; 
celle-ci entre autres ;i besoin d'une re vision sérieuse.) 



CHAPITRE XI 

Reprise des hostilités contre la France. 
Sièges de Boulogne et de Montreuil. 



D'après des arrangements intervenus dans Je cours 
de l'hiver entre l'Empereur et Henry VIII, les hos- 
tilités devaient se rouvrir contre la France dès le 
retour de la belle saison; et Henry s'était engagé à 
participer à la lutte d'une manière plus active qu'en 
1545. Il tint parole; au lieu d'un simple contingent, 
il envoya sur le continent deux armées complètes, 
et il décida d'aller lui-même se mettre à la tète de 
l'une d'elles, qui, en attendant sa venue, reçut pour 
chef son beau-frère le duc de Sullblk'. 

L'antre armée était placée sous le commandement 
indivis du duc de Norfolk et du lord du Sceau Privé 
lord Hussell 2 ; comme de juste, ce fut dans cette der- 

1 Pour toute la campagne do 1544, voir Henry VIII Slate Papers, 
vol. IX, passim; Edward Hall's The union oftheheo noble and illustre 
famelies of Lancastre and Yorke; John Stow's Annals; et Francis (iod- 
win's Rerum Anglicarum, Henrico Octavo reijnanle, annales. 

2 Sir John Russell, créé Lord en 1531), était, devenu Grand Amiral en 
1540, puis lord dn Sceau Privé le 5 décembre 1542, succédant dans ces 
deux charges au comte de Southampton (sir William Fitzwilliam) . De lord 
Knssell descendent en ligue masculine et directe quatre pairs actuels d'An- 
gleterre: le duc de Bedford, le comte Russell, lord de Glifïbrd, et lord 
Ampthill. 



REPRISE DES HOSTILITÉS CONTRE LA FRANCE. 295 

nière, c'est-à-dire sous les ordres de sou père, que 
servit lord Surrey. Cette lois il ne partail plus pour 
la guerre avec là même liberté d'allures donl oaguère 
il avait joui devant Landrecies; il était maréchal de 
bataille (marshall of the field) et, en cette qualité, 
il avait à remplir des fonctions équivalentes à celles 
qui incombent de nos jours aui chefs d'état-majors 
généraux*. 

L'armée du duc de Norfolk el de lord Etussell 
quitta la première l'Angleterre; elle franchit le Pas i\i> 
Calais au commencement de juin 1544*. Henry Mil, 
qui voulait se réserver la gloire de conquérir Bou- 
logne, avail donné comme mission aux deux com- 
mandants d<- s'emparer d'une drs places fortes qui 
flanquaient celte ville, soil d'Ardres, soil de Mon- 
treuil; il laissai! le choix aux deux Lords'; mais 
comme l'une ou l'autre attaque était une entreprise 
difficile <|ui exigeait un grand effort, ceux-ci ne vou- 
lurent se déterminer qu'après avoir consulté les géné- 
raux impériaux chargés de manœuvrer en Boulonnais 

1 << The highe marshall i^ lo appoint the camping place, wherein lie 
musl hâve ordinarie considération foi' woode, water and forrage. He is to 
quarter the campe, assigning to the quarter-maister where the regimentes 
of footemen shall be lodgcd and where tlic horsemen shall likewise hâve 
their places, o (Barnabas Rich's Pathway to military practice, traité 
publié en 1 J87. — Ofthe officers, the lorde highe marshall.) 

- Hall dit que l'armée franchi! le détroit à la Pentecôte, c'est-à-dire le 
1 juin: mais le 5 le duc de Norfolk était encore à Lamheth, où il s'occu- 
pait du dépari de ses troupes. (British Muséum, àddit. ms. n° 27652, 
fol. 3.) Il arriva à Calai- le 8. Voir sa lettre au Conseil Privé en date du I i. 
[Henry VIII State Paper s. vol. IX. n°989.) 

3 Leduc de Norfolk, 1rs lords Russell el Surrey, etc. au Conseil Privé, 

-2ô juin loti (Record Office, Domestic State Papers, —rr 1 : — « Uis 

liajestie's pleasuie i- we shall marche towardes Honslrelland lo lave siège 
lo the same, if we think us to be furnyshed ofhorseman of the straun- 
giers (les Impériaux) for lhat purpose, or ois to laye siège lo Arde. » 



296 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COCR DE HENRY VIII. 

et Picardie de concert avec les troupes anglaises'. Ces 
généraux étaient le comte de Rœulx <|iie nous avons 
déjà vu à l'œuvre an siège de Landrecies, et le grand- 
amiral de Flandres, M. de Retires 2 ; tons deux se 
rendirent à Calais le 2(3 juin pour discuter avec les 
chefs anglais ce qu'il convenait de faire, et tous deux 
opinèrent qu'il fallait de préférence attaquer Mon- 
treuil 3 . Les Anglais se rangèrent à cet avis, et il fut, 
en conséquence, décidé que les deux armées alliées 
se mettraient immédiatement en marche, chacune de 
son côté, pour aller opérer leur jonction devant Mon- 
treuil. 

A Calais, Rœulx et Beures avaient aussi exprimé 
le désir que les troupes anglaises évitassent de faire 
roule par le comté d'Artois, territoire impérial; ils 

1 Le duc de Norfolk, les lords Russell et Surrey, etc., au Conseil Privé, 
25 juin 1544 (loco citaio) : — « The principall causes why we du uol 
incontynently sett lowardes Monstrell is ffurste we knowe not yet wlial 
nombres of the straungiers'horseman shall shortely mêle with us; also l'or 
lacke ut' waggonnes and lymoners; and allso (we are) not yet provyded 
howe lo drawe our ovynes (petits canons) with us, (lie horses sent owt of 
England heiug su cvill that they be not able to drawe one of thcni under 
XIII1 or XV horses. Thies, with other cousyderaciones to longe to wryte, 
dothe make us not fully to determyne what waies to take unto the tyme 
we shall speke with monsieur de lieux, whiche, we doubte not, shall be 
upon wednesdaye (c'est-à-dire le 25 juin). » 

- Adolphe de Bourgogne, seigneur de Beures et de la Vère, grand 
amiral de Flandres, était un descendant illégitime du duc de Bourgogne 
Philippe le l>ou. 

3 Le duc de Norfolk, les lords Bussell el Surrey, etc., au Conseil Privé, 

A A \ 

^li juin là4i (Record Office, State Papers — - - I : — « This présent hour 

Messieurs de Bewres and lieux be hère with us and this nyght will return 
lo Sayuf Omer's.... Th'effecl of the discoursvs we hâve had with them was, 
accordyng lo the saine that I the duke of Norfolk wrote to you upon sa- 
terday was sevennyghte (c'est-à-dire le 14), adviseing in no wise to meddle 
with Arde or Bollyn; and fynallv we hâve concluded with asnioche dili- 
gence as we eau to lave siège to Monstrell. They say they can not asseurc 
us to wynne il, but yet they ar not in dispaire therof. » 



SU GES DE BOULOGNE l l DE MONTR1 I II 101 

jugeaient que, devanl eux-mêmes traverser ce comté, 
ils avaienl l'obligation d'épargner aux habitants le 
passage d'une seconde armée. Le duc de Norfolk el 
lord Russell se rendirent au vœu des généraux alliés, 
ce qui de leur pari était un témoignage de grande 
condescendance ; car en accomplissant leur marche 
par le territoire français, non seulement ils faisaient 
un détour assez long, mais ils s'exposaienl à cire j ni -■ 
en écharpe par le feu île la garnison de Boulogne. 
Cependant, si méritoire que lui leur complaisance, 
ils n'eurent pas lieu de --'en applaudir. N'ayant pas 
de guides, ils avaienl été obligés d'en demander aux 
Impériaux; cl ceux qui leur furenl donnés, ou bien 
n'avaient qu'une connaissance imparfaite du pays, ou 
bien étaient mal intentionnés; bref, ils furenl con- 
duits par les chemins les plu-- difficiles, « chemins 
tels », prétendaient-ils, « que jamais arméen'en suivit 
de pareils ». Ce n'est pas tout; les vivres que les 
Impériaux s'étaienl engagés à fournir aux Anglais du- 
rant leur roule, n'étaient suffisants ni en quantité, 
ni en qualité; surtout il n'y avail pas de lucre, et les 
soldats de llcnn VIII, habitués ;i plus de bien-être 
que ceux de Charles-Quint, supportaient impatiem- 
ment d'être forcés de boire de l'eau. Aussi étaient- 
ils tous fort irrités quand arriva le moment de la 
réunion avec leurs alliés 1 . 



1 Le duede Norfolk, les lords Etussell el Surrey, etc., .m Conseil Privé, 
I juillet 1544 (Henry VIII State Papers, vol. I\, n 996) : < Uavingno 
guides bul suebe a- the] gave us, we hâve been broughl suche waies as 
we thinke never armye passeil, uppe and downe the liills, tborougbe 
hedges, woods aod marresys, and ail h» cause us i<> lodge upon the Fren- 
che grounds, savenge their awne f rendes. Ami besydes that, we hâve been 
sowell kejit fasting from drinking, thaï a good parte of th'army hâve onfly 
drunken water sithe yesterday sevennight. We have not l'orhorn to speake 



jus DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE L\ COUR HE HENRY VIII. 

Cette réunion, d'après le plan primitif, devait avoir 
lieu le 5 juillet; les Anglais au jour dit étaient bien 
à portée de Montreuil, mais une eirconstanee impré- 
vue retarda de vingt-quatre heures l'ouverture des 
opérations contre la ville. Les généraux impériaux qui 
s'arrogeaient, sans aucun tempérament, la haute main 
dans la conduite de l'expédition, avaient marqué d'a- 
vance l'emplacement qu'occuperait le camp anglais. 
En qualité de maréchal de bataille, lord Surrey alla 
reconnaître le terrain choisi par eux et le trouva dé- 
fectueux à différents points de vue; il était notamment 
trop éloigné du théâtre des opérations militaires et 
trop difficile d'accès. Aussi Surrey fit-il à son père 
un l'apport très défavorable; et le Duc, prenant plus 
en considération l'opinion de son lils que celle des 
commandants impériaux, choisit pour installer son 
camp un endroit plus rapproché de Montreuil 1 . Le 
''> juillet, enfin, toutes les forces alliées purent entrer 
en ligne et le siège commença. 



quicklv lu them ; and also 1, the duke of Norfolk, hâve written lo my Iady 
Régent (la reine Marie) two tynies very ijuickly, shewing unto lier (liât 
iinlc-< 1 lie promises inade unto us to Le furnished of victuals be better 
kept than it hath been lo this tyme, 1 i'eare Ilis Majestie in iheir défailli 
shall not be able to accomplish lus promise made lo the Emperour. » 

1 Les mêmes au même, 4 juillet 1544 (loco cilato) : — « Vesterday 
being lu gather wilh us Messieurs de Rcux and Bewers and count de 
Wismes, tliev ail said we sliould liave removed lo a place by them named 
williin Iwo miles of Monstreul. Whereupon being often deeeived, we the 
erle ut' Surrey, Lord Warden (sir Thomas Cheyne) and Poynings went to 
view the ground where was neither grass nor forrage for horses and suche 
hillsand passages thaï it was impossible for th'army to pass thatway; and 
therfor (\\c ) are enforced this day not to go so far, but to take another 
(ground) near hainl. And I, the duke of Norfolk, wilh others of us whose 
naines lie hereto suscribed, with a good bande ofhorsemen, will ride and 
view the camp, where we shall lie to-morrow al niglit, which we trusl 
shall be within a league of Monstrell. Wo be enforced thus to travail lo 
view lue camp without trusting to their reports. And yet, though we speak 



-Il GES DE B01 LOGNE II DE MONTRË1 II. 290 

Le maréchal du Biez, gouverneur de Boulogne 1 , en 
voyanl les biglais passer à la gauche de cette ville sans 
s'arrêter, avaii compris que c'étail à Montreuil qu'ils en 
voulaient; el oe prévoyant pas l'arrivée d'une seconde 
armée ennemie qui s'attaquerail à Boulogne, il avail 
laissé -"ii gendre* « avec cinq cent-, hommes de pied » 
pour garder cette |>lacc, et lui-même s'était hâté «le se 
jeter dans .Montreuil. avec une quantité considérable 
d'hommes et de munitions 3 . Ainsi le siège decette der- 
nière Nille devenait d'autant plus malaisé et menaçait 
de coûter aux alliés beaucoup d'pfforts et de temps. 

Une antre circonstance rendait encore plus labo- 
rieuse la tâche des assiégeants; c'étail la difficulté «le 
se procurer des vivres. Le «lue de Vendôme, gouverneur 
de Picardie*, menait en effet la petite guerre dans les 
environs, interceptant sans merci la plupart des convois 
envoyés des Pays-Bas au camp des alliés 5 . Au— i ces 
derniers, peur se procurer des vivres et du fourrage, 

quickly, we musl of force bandle them with gentlc wordes, or else thej 
m. iv displease us ;it Iheïr pleasure in keeping victuals frora us. > 

1 Oudard du Biez, sénéchal et gouverneur de Boulogne, ;i\;iil été 
aonuné maréchal de France en 1542. 

3 Jacques de Coucy, seigneur de Vervins. 

s Martin du Bellaj [Mémoires, livre X) donne le détail des troupes 
amenées à Montreuil par le Maréchal; elles se montaienl à près de trois 
mille hommes. Voir aussi Guillaume Paradin : Mémorise nosirse libri qua- 
tuor. 

- Antoine de Bourbon, fils de Charles de Bourbon duc de Vendôme el 
de Françoise d'AIençon, avail succédé à sou père en 1538. Il épousa 
Jeanne d'Àlbret, l'héritière du trône de Navarre, el fut le père du roi 
Uenri 1\. 

■ Martin «lu Bellaj raconte notamment comment le duc de Vendôme 
intercepta un advitaillemenl i> venant de Saint-Omer el lire cl rompil 
el mil à vau de routle » un corps ennemi de deux mille hoi is qui fai- 
sait la ■■ conduitte dudicl advitaillement »; u sans les morts, » ajoute 
du Bellay, furent menez dedans Therouenne huit cens prisonniers et j 
turent gagnées quatre enseignes de gens de pied allemans. » Il ne coûte 
rien d'exagérer. 



500 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LÀ COUR DE HENRY VIII. 

étaient-ils obligés de faire de fréquentes incursions 
assez loin dans l'intérieur du pays. Une fois, entre 
autres, à Ja tin du mois d'août, M. de Beures partit 
en expédition avec une troupe assez nombreuse 
dans laquelle se trouvaient lord Surrey et divers autres 
seigneurs anglais; et ils restèrent plusieurs jours 
absents, maraudant dans tous les villages qu'ils traver- 
saient. Leur première étape fut Saint-Riquier, qu'ils 
pillèrent et réduisirent en cendres; de là, ils gagnèrent 
Abbeville, mais la résistance qu'ils rencontrèrent dans 
celle ville les ayant obligés de tourner promptement 
bride, ils purent seulement mettre le feu dans les 
faubourgs du côté de l'ouest. Ils se vengèrent de cet 
insuccès sur Hue et ses environs; là tout ce qui 
pouvait être brûlé devint la proie des flammes. La 
frayeur excitée partout à la ronde par cette bande 
dévastatrice était telle que les habitants du Grotoy 
craignant de la voir fondre sur eux préférèrent incen- 
dier eux-mêmes leur ville. Enfin Beures, Surrey et leurs 
compagnons rentrèrent au camp poussant devant eux 
une quantité suffisante de bétail pour subvenir pendant 
un temps assez long à la nourriture de l'armée 1 . 

1 Le «hic de Norfolk au Conseil Privé, 2 septembre 15ii (Record Office, 
State [><ipers, — ) : — - « This cvenyng Monsieur de Bewres with liis 



817 7 

bande, and my sonne of Surrey, my lorde of Sussex, îny lorde Mountjoye, 
my brotherWyllyam, my lorde Latimer, M. Treasourer (sir Thomas Cheyne) 
and ail llie rest of the noblemen whotn I sent furthe ujipon saterdaye at X 
al nyght, returnyd liitber at Vil a clock without loss of any mail slaync ; 
and hâve made a veray honest journey and bave brent the tovmes of Saynt 
Rikerand Riew, bothe wawlled townes, and also the fawbours of Àbbevyle 
on this syde of the towne, where th'Inglishe horsemen had a right holt 
skyrmysche ; and after the cummynge of the hole armye (du duc de Vendôme) 
retired without losse and burned aïl the contrie. And they of Crotoy, fea- 
ring our men wolde hâve layde siège to the castle, burnyd their awne towne. 
Ourc men hâve brought a verye grete boetye of ail sortes of cattle. » Au 



SIÈGES DE B01 LOGNE ET DE BONTRE1 II. ~0I 

Cependanl Henrj VIII avait, à son tour, franchi le 
Pas «le Calais, el prenanl la tête des troupes confiées 
,111 duc de Suffolk, il étail venu mettre le siège devanl 
Boulogne 1 . Il y avait « l « * j Ti deux mois qu'il étail retenu 
devant cette place quand le I I septembre il recul ;i 
son quartier général la visite de lord Surrey; celui-ci 
suis doute étail envoyé par son père le duc de Norfolk 
pour rendre compte des opérations qui se poursuivaient 
contre Montreuil el demander quelques instructions. 
C'était le moment où Boulogne commençait ;i être aux 
abois; les Anglais, en effet, avaienl pu pousser leurs 
sapes jusque sous les murs de la citadelle et même 
ils avaienl miné celle-ci. Tout était prêt le 1 1 septembre 
quand Surrej arriva au quartier général; il n'eut 
qu'à accompagner le Roi ;i son observatoire, el de là 
il vil mettre le l'en aux poudres, l'explosion s,, produire 
el la citadelle s'écrouler en ensevelissanl sous ses 
décombres nombre de mineurs initiais qui ne s'étaienl 
point assez promptemenl retirés*. 

Boulogne dès lors étail condamnée; cl son comman- 
dant, frappé de découragement, n'essaya pas, malgré 



sujel 'li' cetle expédition on peul voir les récils faits par llollinshed, Slow. 
Paradin, et une lettre du duc de Norfolk au due de Suffolk eu date du 
." septembre 1544. (Henry 17// State Papers, vol. \. n' 1023.) 

1 Pour le siège de Boulogne, il faut consulter les mêmes autorités que 
pour celui de Uontreuil. On peut voir, ni outre. Diarium super viagio 
Régis, obsidione cl caplione Bononise (publié par Rymer, Fœdi ni. vol. M i 
et un poème contemporain d'un certain Antoine Morin (édité en 1866 par 
François Morand). 

- Diarium super viagio Régis, obsidione et captione Bononise ■ o Thurs- 

day ihe 11 11 ' of september in the aftern le the erle of Surrej and Ihe 

lord William Howarde came from Monstrcull to le K i 1 1 ^ " - Majestie; the 
saine daye Ihe trayne of powder was sel to the cas tell, ami the King's 
Majestie accompanied wilh the said erle of Surrey and Ihe lord William 
wenl io hîs standing to see ihe caslell fall; at which l'ail manj ofourc 
men were huit with stones vvhiche lieue ven farre ulV. » 



T>02 PEUX GENTILSHOMMES-POÈTES PE LA COUP, PE HENRY VIW. 

les protestations dos habitants, de prolonger la résis- 
Lance. 11 commença le jour même à parlementer, et 
le lendemain la reddition de la ville était un fail 
accompli 1 : Surrey, qui retournait à Montreuil, en 
porta la nouvelle à son père 2 . 

Le succès remporté par Henry Y11I était pour le 
duc de Norfolk et lord Russell une incitation à ne 
pas demeurer longtemps en reste avec lui; aussi se 
hâtèrent-ils de combiner avec les généraux impériaux 
une attaque contre Montreuil, espérant que la prise 
de celle ville formerait un. digne pendant à celle de 
Boulogne. Mais leurs calculs furent déçus; l'assaut 
donné fut repoussé. Dans son ardeur, lord Surrey 
s'était inconsidérément élancé en avant des siens dans 
les retranchements français; et aussitôt entouré par 
un <jros parti d'ennemis, il allait succomber ou, tout 
au moins, être fait prisonnier; heureusement pour 
lui, son écuyer Thomas Clere vit son danger et accou- 
rant à la rescousse parvint à le dégager; mais Clere 
dans la mêlée reçut une grave blessure, aux suites de 
laquelle il finit par succomber l'année suivante 7 '. Lord 
Surrey a célébré dans une épitaphe en vers le dévoû- 



1 Montluc [Commentaires, livre II) dit que Boulogne fut « laschement 
pendue » par le sieur de Vervins. Martin du Bellay n'est pas plus favorable à 
ce dernier; il termine ainsi son récit du siège : « Il esl certain que s'il 
(Vervins) eust tenu deux jours (de plus), la ville était sauvée; car pour la 
pluye n'y avoit ordre de marcher à l'assaut et cependant Monseigneur le 
Dauphin qui marchoit en diligence pour le secourir, fust approché, qui 
eust fait changer le desseing du roy d'Angleterre. » Malheureusement, 
quoi qu'en dise du Bellay, le Dauphin n'aurait pas pu arriver devant Bou- 
logne avant la fin du mois. Vervins, accusé de trahison quatre ans plus 
lard à cause de sa reddition de Boulogne, fut condamné et décapité; 
en 1575, sa mémoire fut réhabilitée. 

- Le duc de Norfolk à Henry VIII, H septembre 1544. {Hcnnj VIII 
State Papers. vol. X, n° 105(1.) 

Thomas Clere mourut le 14 avril 1545. 



SIÈGE DE BOULOGNE ET Dl MOKTREUIL. 303 

menl de cet écuyer qui l'avait fidèlemenl accompagné 
durant des années el qui poui le sauver s'étail exposé 
à la mort. 

• lu avais choisi Surrej pour ton seigneur. Hélas! 
i.'nii que lu vécus, notre association fui bien douce. 
Suivant mes pas, lu vis Kelso en flammes, Landrecies 
bombardé, el Boulogne battue en brèche forcée de se 
pendre. Aux portes de Montreuil, ayanl perdu loul 
espoir de secours, Ion seigneur à moitié mort remit 
dans tes mains ses dernières volontés; lelle est la 
cause qui l'a procuré celle lente el douloureuse mort, 
avant que lu aies pu achever ion vingt-huitième été 1 . » 

Cependant, tandis que les Anglais guerroyaient dans 
le Boulonnais, l'empereur Charles-QuinI s'étail avancé 
jusqu'au cœur de la Champagne el menaçait Paris, 
tenanl ainsi, pour sa pari, les engagements qui obli- 
geaient les deux souverains coalisés à marcher aussi 
vite que possible sur celle ville. Mais Charles voyait 
avec déplaisir que Henrj Mil n 'observai! pas la même 
fidélité à la parole donnée; il Irouvail mauvais que ce 
Prince s'ailardàl avec toutes ses troupes aux sièges de 
Boulogi i de Montreuil en vue de son intérêt parti- 
culier, au lieu de poursuivre le but commun. Cette 
conduite (pie l'Empereur jugeail indélicate, était, à 
son avis, un motif suffisant puni' lui permettre de se 



1 .... Surrej for lord chou chase; 
\\<- me! whilsl life did last, thaï league was tender 
Tracing whose steps, thou sawesl Kelsal blaze, 
Landrecy burnt, and battered Boulogne render. 
Al Montreuil gâtes, bopeless of ail récure 
Thine Earl, half dead, gave in tliv hand his will; 
Which cause did Ihee lliis pining deatb procure 
Ere summers four times seven thou couldsl lulfill. 
(Œuvres de lord Surrey, Êpitaphe de Thomas Clet\ . 



304 PEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

dégager également de ses obligations; et, en consé- 
quence, se montrant à son tour égoïste, il accepta, 
sans s'inquiéter de Henry VIII, les propositions de paix 
que lui adressa sur ces entrefaites François 1"'. Ceci 
se passait précisément au moment où Boulogne suc- 
combait, circonstance qu'ignorait l'Empereur; or s'il 
venait à apprendre la reddition do la ville avant la 
conclusion définitive du traité, peut-être profiterait-il 
de ce qu'aucune signature n'était encore donnée, 
et remettrait-il tout en question; car il y avait désor- 
mais pleine probabilité que Henry VIII ne se laisserait 
plus arrêter sur la route de Paris et appuierait réso- 
lument la marche en avant de son allié. François, 
qui était informé régulièrement et avec une grande 
rapidité des opérations du siège de Boulogne, sentit 
le danger, et il eut soin de presser les négociations 
avec l'Empereur; quand celui-ci connut le 18 sep- 
tembre la capitulation de M. de Vervins, il ne pouvait 
plus revenir en arrière, et le lendemain même la paix 
l'ut signée à Crespy-en-Laonnais. 

La première conséquence du traité était de laisser 
dorénavant les Anglais seuls face à face avec les Fran- 
çais; et Charles-Quint s'empressa de « mander » au 
comte de Rœulx et à M. de Beures « qu'ils eussent à 
retirer son armée » de devant Montreuil 1 . En même 
temps que les deux généraux impériaux recevaient cet 
ordre, le due de Norfolk était avisé de l'approche du 
Dauphin qui venait de franchir l'Authie et amenait en 
grande hâte l'armée précédemment opposée à l'Empe- 
reur en Champagne 2 . Dans ces conditions, le duc de 



1 Martin du Bellay, Mémoires, livre. X. 

- Le duc de Norfolk, les lords Russidl et Surrey, etc., au Conseil Privé, 



SIÈG] S DE BOI LOGN1 ET DE CA1 Aïs. 305 

Norfolk el lord Russell ne pouvaienl plus continuer 
d'assiéger Montreuil; mais comme Henrj Mil était 
trop vain pour admettre que ses troupes pussenl être 
contraintes de lever un siège, il commanda aux deux 
Lords d'envoyer au maréchal du Biez un héraut 
d'armes avec la charge de dire que si les Anglais se 
retiraient sans avoir pris la ville, c'était un effel de 
sa bonté d'âme; il ne voulait pas par un succès nou- 
veau éveiller chez les Français des sentiments d'amer- 
tume qui seraient un obstacle à la paix tanl désirée 
de toute la Chrétienté 1 . 

Quand ce ridicule message eut été délivré, les 
anglais abandonnèrent leurs lignes et se mirent en 
marche vers Boulogne. Beures avait promis de les 
escorter, afin que leurs mouvements ne fussent |>a> 
inquiétés*; mais, comme de Boulogne Henry Mil 



\ \ \ 

26 septembre 1544 (Record Office, State Papers — J : — « Th'avant- 

garde of the Frenchmen were corne to Au/y 1rs Moines (Auzy-le-Château, 
sur l'Authie) and were making the bridges there and another al Saynt- 
Georgeand the III d ai Jernye, which were broken b] them afore; and 
ail thev were within haulf ;i league of Heysdin; which newes of fheir 
cuuunynge in greate puyssance to Au/\ we hâve bene dyvers tymes adver- 
tised of before h] dyvers others. i 

• La fraction du Conseil Privé étanl auprès de Henrv VIII à Boulogne au 
duc de Norfolk, 26 septembre 1544 [Henry VIII State Papers, vol. X, 
D 1039) : — « The Kinges Majestie having alwayes had more regard to 
the rommon welth of Christendon then to his private commoditye, and 
considering thaï the contynuance of the siège mighl be sumwhal let to the 
good conclusion that might be so benefycial to ail Christendom n 

- Le duc de Norfolk, les lords Russell el Surrey, etc., au Conseil Privé, 
•JC. septembre 1544 (loco cilalo) : — « This daie after dynner we wenl 
ail toMonsieurde Bewres tente to declaire unto hym the removynge of this 
campe, and when we had declaired the same to hym on the besl sorte 
we coulde. we desired hym to gyve us lus advise whiche waye lie 
thought best were for us to deparl liens. Whereunto to make aunsver, he 
pretentedcurtesyea good whyle, sayenge he was a straungier hère at well 
as we were, and knew nothynge wbat th'Emperour had done; but 

DEUX GENTILSMOM.MES-POÈTES. 20 



7)06 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

envoya un corps de troupes pour protéger l'armée en 
retraite 1 , il est probable que les Impériaux ne don- 
nèrent pas suite à leurs offres et qu'ils se retirèrent 
directement vers Saint-Omer. Aussi bien le maréchal 
du Biez, trop heureux d'être débloqué, ne songea pas 
à poursuivre les Anglais; ceux-ci gagnèrent donc Bou- 
logne en toute sécurité, et même quand ils furent, 
aux abords de cette ville du coté d'Hardelot, ils purent 
donner la chasse aux enfants-perdus qui depuis plu- 
sieurs jours avaient commencé à battre le pays 2 . 

A peine maître de Boulogne, Henry VIII avait 
annoncé son intention de conserver celte conquête à 
l'Angleterre, et il s'était empressé d'ordonner divers 
travaux de fortification 3 . Mais il ne lui plaisait pas de 
rester sur le continent pour veiller lui-même à l'exé- 
cution de ses ordres; et le 30 septembre il repartit 
pour l'Angleterre, remettant aux trois commandants de 
la première heure, c'est-à-dire aux ducs de Norfolk 



whalsoever was donc, lie wolde never for tliis jorney refuse us, but lvve 
and dye in takinge suche parte as we dyd. And if th'Emperour had coin- 
poundyd his causes without llie Kings Majestie, per sangue de Dieu! 
lie wolde never after wear harneys in his service; with so many good and 
earnest wordes that we coulde wysche them to be no better. » Il est peu 
croyable que Beures ait exactement tenu les propos que lui attribuent 
dans leur lettre les généraux anglais. 

1 Diarium super viagio Rcrjis, etc. (Rymer, vol. XV) : — « Thursdav 
the twentyfiftb ofseptember tbelorde mershall (dans l'armée de Henry VIII, 
c'est-à-dire le comte d'Arundel), the lorde Saint-John, and M r Comptroller 
(sir John Gage) with the number of VM le men and certain feld peces went 
towards Monstroull. a 

- Ibidem : « Friday (the 26 th ) my lorde of Xorfolk accompanied with 
sertain other lords and gentylmen and a good company oï men of armes 
and footemen went to a wood beyonde the river (la Liane) to chasse sertain 
Frenchcmen whiche were there seen the night before. » 

5 Au sujet des fortifications faites alors par les Anglais, voir L'advis de 
la qualité de ceulx qui sont dedans Boulogne, 1549. (Bibliothèque natio- 
nale. Fonds français, n°5127, fol. 42-44.) 



SIÈGES DE BOULOGNE ET DE CALAIS. 307 

el de Suffolk el à lord Russell le soin de repousser 
les attaques probables du Dauphin. D'après les in- 
structions de Henry, les trois Lords auraienl dû occuper 
• ■il force toute la ligne de plateaux qui s'étend de 
Boulogne à Calais, afin de conserver libres les com- 
munications entre ces deux places; mais les Lords 
pensèrent qu'ils auraienl grand'peine à assurer sur 
celte longue ligne les subsistances nécessaires à leurs 
troupes, et il- prirent le parti d'enfreindre les ordres 
de leur maître: même il- les enfreignirent si bien qu'ils 
abandonnèrent Boulogne, n'y laissant que trois mille 
homme- sous les ordres d'un Capitaine', sir Edward 
PoNin'ngs, et qu'ils nmienèrenl foui le reste de leurs 
deux armées ;i Calais. 

La conséquence de ce recul ne se ni p as long- 
temps attendre. Le Dauphin, parlant d'Hesdin, vint, 
en tournant la Fosse Boulonnaise, tomber à l'impro- 
viste sur Marquise et sépara ainsi -ans coup férir la 
garnison de Boulogne du gros des forces anglaises. 
Rien ne pouvait à ce momenl être plus désagréable 
àHenrj que l'annonce de cet événement; déjà il voyait 
Boulogne, sa conquête, repris,, par les Français, et s ;) 
vanité froissée oe pardonnait pas au due de Norfolk, 
qu'il rendait seul responsable, le retrait des troupes 
sur Calais*. Heureusement pour le Duc. le Dauphin ne 
parvinl pas ;i tirer parti de son premier succès; un,. 
camisade tentée par lui contre Boulogne échoua 3 ; el 
bientôt, l'hiver commençant, il dut licencier son 



1 Capitaine de Boulogne, tel était le titre exact du commandant d'armes 
de la place. 

- Voir Henry Mil State Papers, vol. X, passim. 

3 C'est la camisade racontée par Martin du Bellay (livre X) et Biaise de 
Montluc livre II). 



508 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

armée, et il rentra à Paris. Le duc de Norfolk put 
alors retourner en Angleterre sans avoir à redouter 
le courroux du maître. 

Lord Surrey, nous croyons pouvoir l'affirmer, repassa 
le Pas de Calais en même temps que son père, clans 
les derniers jours d'octobre 15i4. En effet, pourquoi 
serait-il resté sur le continent? Il n'était plus maréchal 
de bataille, puisque, par suite de l'arrivée de l'hiver, 
l'armée paternelle venait d'être dissoute; et aucun 
texte n'indique qu'il ait été alors chargé d'autres fonc- 
tions militaires. Martin du Bellay s'est donc trompé 
en lui attribuant l'honneur d'un succès que, dans le 
cours de l'hiver suivant, la garnison de Boulogne rem- 
porla au Porlel sur le maréchal du Biez; non seule- 
ment la destruction du fortin que ce dernier était en 
train de construire en cet endroit, ne fut pas l'œuvre 
de Surrey, mais c'était son ennemi acharné le comte 
de Hertford 1 qui ce jour-là commandait avec le capi- 
taine de Boulogne les troupes anglaises. On peut être 
certain que Surrey ne servait pas sous les ordres de 
Hertford. 

1 II était lieutenant général du Roi à Calais el Boulogne. 



CHAPITRE XI J 

Guerre maritime avec la France. 
Lieutenance générale de lord Surrey à Boulogne. 



L'hiver de 1545 ne semble pas avoir été marqué, 
en ce qui concerne lord Surrey, par aucun événement 
saillant; le nom «lu Comte n'apparaît même qu'une 
seule fois duranl cette saison; le jour de la Saint-George 
il assista, comme chevalier de la Jarretière, au cha- 
pitre solennel tic l'Ordre tenu au palais de Saint-James 1 . 

Par contre, le retour de la belle saison, en ramenant 
les hostilités avec la France, allait de nouveau mettre 
Surrey en relief. Cette année-là, François I er , qui n'avait 
plus à faire face qu'à un seul ennemi, prit hardiment 
l'offensive et essaya de porter la guerre en Angleterre 
même. Dans ce but, il réunit au Havre, port de con- 
struction toute récente, une flotte très considérable, 
qui mit à la voile pour l'île de Wighl le H* juillet 2 . 

Henry VIII, toujours bien informé de d' qui se pas- 
sait en France, connut de bonne heure les projets de 
François l"; et il cul ainsi le temps nécessaire pour 
organiser la résistance dans son royaume Sur son 



1 Anslis's Reyistrum Garterii. 

- Martin du Bellay donne le 6 juillet comme le jour du départ. 



510 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

ordre, tous les navires de guerre vinrent se masser 
dans la rade de Spithead sous le commandement du 
grand amiral lord Lisle 1 ; puis, lui-même accourut à 
Portsmouth, afin de surveiller de près la défense de 
l'île menacée. 

Parmi les personnes attachées alors à la personne 
du Roi se trouvait lord Surrey, qui remplissait des 
fonctions analogues à celles d'un aide de camp de 
souverain moderne. C'est en cette qualité que le 
21 juillet nous le voyons chargé par Henry d'une 
mission auprès de lord Lisle. Après diverses tentatives 
infructueuses de débarquement dans l'île de Wight, 
les Français, abandonnant leur premier dessein, avaient 
mis à la voile vers l'est et étaient allés jeter l'ancre 
devant Selsea Bill. Lord Lisle, ayant le vent en sa fa- 
veur, pensait à les surprendre dans ce mouillage, et il 
avait soumis son plan d'attaque à Henry, demandant 
une approbation. Mais le Roi, moins résolu que son 
lieutenant, voulut d'abord quelques éclaircissements, 
et ce fut Surrey qui fut dépêché à bord du vaisseau- 
amiral pour les réclamer 2 . La réponse qu'il rapporta 
donna pleine confiance à Henry, qui accorda alors à 
Lisle l'autorisation d'agir; seulement celle-ci arrivait 
trop tard; les Français, mis en soupçon, avaient 
déjà levé l'ancre, et pendant les quelques jours que 

1 11 avait succédé à lord llussell en 1542. 

2 Lord Lisle à Henry VIII, 21 juillet 1545 (Haync's Burleigh State 
Paper.) Le D r Nott prétend que lord Surrey s'engagea sur la flotte comme 
simple matelot et il cite, à l'appui de cette assertion, la phrase suivante 
extraite d'une lettre de Hadrianus Junius : « Herus meus procul abest, 
mare a Gallis regio nomine liberaturus. » (Lettre à Peter ÎS'amnus.) En 
premier lieu, cette lettre de Junius est évidemment postérieure à juil- 
let 1545, elle -,i élé écrite quand Surrey était à Boulogne lieutenant général 
du Roi sur terre et sur mer. En second lieu, les termes dont se sert 
Junius ne font pas penser à un simple matelot. 



GUERRE MARITIME Wl < LA 1 RANCI ."Il 

dura encore la campagne navale, il ne se présenta 
plus aucune occasion de livrer un engagemenl sérieux. 
Henry Mil. par ses tergiversations intempestives, avail 
perdu une victoire qui paraissait assurée. 

^.près l'insuccès de sa flotte devanl l'île de Wight 
el un autre à Seaford dans le comté de Sussex, il était 
impossible à François I" de méconnaître qu'un débar- 
quement à main armée en Angleteterre ('lait une entre- 
prise beaucoup plus ardue qu'il ne l'avail supposé. 
Se rendant à l'évidence, il se décida à abandonner 
l'idée d'une agression directe dans l'île et ;'i concentrer 
tous ses efforts contre Boulogne, qu'il désirai) vivement 
reconquérir. 

Certes le momenl était bien choisi. Les trois mille 
hommes laissés comme garnison dans la ville en 
octobre lôli n'avaient jamais été renforcés; au con- 
traire, ils avaienl été décimés soil par la maladie, soit 
par les hasards des combats. En outre, ils étaient mal 
approvisionnés tant en munitions qu'en vivres; et 
dans ces conditions ils n'avaient pu opposer au maré- 
chal du Biez la même résistance qu'au commencement 
de l'hiver. Celui-ci avait même réussi à réparer brillam- 
ment l'échec qu'il avait naguère subi au Portel ; il 
s'é-iait emparé d'un point stratégique beaucoup plus 
rapproché de Boulogne, des hauteurs d'Outreau, situées 
juste en face de cette ville sur la rive gauche de la 
Liane; et là il avait commencé la construction d'un 
fort dont les feux devaient empêcher l'accès «les navires 
anglais dans l'embouchure de la rivière et, par consé- 
quent, le ravitaillement de la place par mer 1 . 

1 D'après Martin du Bellay, le maréchal du Biez aurait été fautif en pla- 
çant le fort à Outreau; il aurai! (iù le construire à l'embouchure même de 

la Liane, et c'est celte situation que François 1 er avail marquée. Mais le 



312 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA. COUR DE HENRY VIII. 

Lord Poynings 1 , très inquiet de la situation de Bou- 
logne, ne cessait depuis quelque temps de réclamer des 
renforts. Mais Henry VIII n'était pas en humeur de 
l'écouter; toute son attention se dirigeait, en effet, sur 
les côtes méridionales de son royaume que menaçait à 
ce moment la flotte française. Ce ne fut que lorsque 
tout danger sérieux parut écarté de ce côté, que le Roi 
pensa à défendre Boulogne; alors, écoutant enfin Poy- 
nings, il résolut d'envoyer sur le continent une grande 
armée dont le chef serait son beau-frère le duc de Suf- 
tolk; une avant-garde de cinq mille hommes com- 
mandée par le comte de Surrey franchirait immédia- 
tement le détroit 

Dès le 50 juillet, le Comte, à peine revenu de Ports- 
mouth, avait reçu son ordre de départ pour Calais 2 ; et 
il élait sur le point de se mettre en route quand le 
9 août le Conseil Privé lui enjoignit tout à coup de 
surseoir 3 . Ce retour imprévu dans les dispositions du 
Roi n'était pas pour plaire à Surrey: lui qui s'était fait 
une fête de conduire à la guerre un corps considérable 
de troupes, s'imaginait, en se voyant retenu en Angle- 
terre, qu'il avait encouru une nouvelle disgrâce et 
que son commandement allait être donné à un autre. 
Ces appréhensions du Comte n'étaient nullement jus- 
tifiées; la décision du Conseil Privé avait été inspirée 



Maréchal crut devoir contrevenir aux ordres du Roi, « pour ce qu'à la 
poincte ne se trouverait eau et que pour les vents les soldats n'y pourraient 
l'aire demeure ». (Mémoires, livre X.) 

1 Sir Edward Poynings avait été créé Lord à la suite du combat du 
Portel. Il exerçait maintenant les (onctions de lieutenant du Roi, le comte 
de Ilertford ayant été appelé au commandement de l'armée envoyée contre 
l'Ecosse. 

2 Acts ofthe Privij Council, 50 juillet 1545. 
5 Ibidem, 9 août 1545. 






GUERRE MARITIME AVEC LA FRANCE. 313 

par un tout autre motif qu'un caprice royal. La nou- 
velle venait d'arriver que les navires français, ayanl 
été repousses dos ce» tes de Sussex, croisaient main- 
tenant dans le Pas de Calais; or il eûl été bien impru- 
dent d'exposer à leur attaque 1rs transports anglais: 
étant mieux armés et plus rapides que ceux-ci, ils les 
auraient facilement désemparés et coulés bas. Surrey ne 
s'était pas fait ces réflexions, aussi bien elles cessèrent 
vite d'être de saison ; car on apprit au boul de quatre 
jours que la Hotte française avait regagné le Havre et 
que le détroit était libre. 

Le 13 août, en conséquence, le Conseil Privé 
adressa à lord Surrey une seconde lettre rapportant le 
contre-ordre à lui donné le 9 el l'invitant, au contraire, 
à partir en toute hâte 1 . C'est ce que le Comte s'em- 
pressa de faire*, avec un serremenl de cœur peut-être 
au moment où il lui fallut dire adieu à la Comtesse 
qui venait de lui donner une seconde fille 3 . 

D'autres surprises attendaient lord Surrey à Calais. Il 
faut dire que sur ces entrefaites le gouverneur de Bou- 
logne, lord Poynings, et le chef désigné de la grande 
expédition projetée, le duc de Suffolk, furent coup sur 
coup frappés par la mort*. Ces deux décès inattendus 5 

1 Arts of Ihe Privy Council, 13 août 1545. 

- Sa solde lui fut payée a compter du 13 aoûl [Actsofthe Privy Council, 
16 août 1545); ce qui indique une prise effective du commandement à 
cette date. 

3 Celle-ci, tadj Catherine Howard, épousa Henry septième lord Berkeley : 
de cette union est issu le présent comte de Berkeley. 

* Lonl Poynings mourul le 18 août et le duc de Suffolk le 22. (Le secré- 
taire d'État Page) ii lord Hertford, 23 août 1545. —Record Office, Scottish 
coivespondence, vol. Mil, n° 64.) 

5 Le 17 août, le duc de Suffolk assista encore à la séance du Conseil 
Privé tenue à Guildford. Quant à lord Poynings, il était exténué par les 
fatigues de son commandement; mais personne en Angleterre ne soup- 
çonnait l'épuisement dont il était accablé. 



Ô14 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COl'R DE HENRY YI1I. 

jetèrent un certain désarroi dans les projets militaires 
de Henry; au lieu de songer encore à attaquer, il ne 
pensa plus qu'à rester sur la défensive, et pour ce 
faire les cinq mille hommes envoyés avec Surrey de 
l'autre côté du détroit étaient, à son avis, très suf- 
fisants. Il arrêta donc toutes nouvelles levées d'hommes 
en Angleterre et s'occupa seulement de remplacer lord 
Poynings. 

Ici se présente un éclatant exemple de la versatilité 
de Henry. Le 26 août, il envoie à Boulogne lord Grey 
de Wilton 1 , alors gouverneur (captain) de Guines, et 
nomme Surrey au commandement ainsi devenu vacant 
dans cette dernière ville; le Roi ordonne, en même 
temps, à ces deux Lords de se rendre immédiatement 
à leurs nouveaux postes 2 . Cinq jours après, tout est 
changé; lord Grey doit retourner h Guines, et Surrey 
aller à Boulogne pour y être non seulement gouver- 
neur de la place, ainsi que l'était lord Grey, mais — 
honneur bien grand conféré à un homme de vingt- 
sept ans, — lieutenant général du Roi sur terre et 
sur mer pour toutes les possessions continentales de 
L'Angleterre 3 . 

Quoique fixées dès le 31 août, ces dernières déci- 
sions ne furent promulguées par lettres patentes que 
le 5 septembre 1 , et, vu la distance à parcourir, elles ne 



1 Le nom de Grey est encore porté aujourd'hui par la famille baronetale 
Egerton, descendance féminine du lord Grey de Wilton dont nous parlons. 
Le comte de Wilton actuel, dont le fils aîné porte le titre de vicomte 
Grey de Wilton, est Grosvenor; il est propriétaire de ces deux titres grâce 
à un mariage conclu en 1814 par un de ses ancêtres avec la dernière sur- 
vivante de la branche aînée des Egertons. 

2 Acts of the Privy Council, 26 août 1545. 
5 Acts of the Privy Councit, 51 août 1545. 

4 Rvmer's Fœdera, vol. XV, 5 septembre 1545. 



LIF.1 H NANi I. GÉNÉRALE DE LORD SORREY. 315 

parvinrenl à la connaissance des deux Lords qu'elles 
concernaient, que quelques jours plus tard. C'est ainsi 
que le comte de Surrey exerçail encore son comman- 
dement à Guines I» 1 2 septembre, quand il se livra 
aux abords de cette ville un combat assez sérieux entre 
Français et anglais. 

Lord Giv\ qui, selon les ordres de Henry, s'était 
hâté de prendre possession de son poste à Boulogne, 
arrivait de cette place à la tête de quelques cavaliers 
dans l'intention de concerter avec Surrey certaines 
mesures militaires. Avisé du passage de la petite 
troupe anglaise, le baron de Dampierre 1 , lieutenant du 
roi de France à Ardres, trouva l'occasion bonne et, 
sortant avec des forces supérieures*, il tomba à l'im- 
proviste sur lord Grey. L'attaque ne paraît pas, toute- 
fois, avoir été assez rapide pour décontenancer complè- 
tement les Anglais; car tout en faisant lace à l'ennemi, 
ils purent donner l'alarme à Guines et soutenir le 
combat jusqu'à ce que lord Surrey fût accouru à la 
rescousse. Les chances alors passaient du côté des 
Anglais; environné par eux, Dampierre fut tué et ses 
hommes furent contraints de rentrer en fuite dans 
Ardres 3 . 



1 Claude de Clermont, baron de Dampierre en Touraine), colonel des 
Grisons. Ce n'est pas de lui que descend la famille de Dampierre actuelle; 
elle tire son origine d'un autre seigneur qui vécul également sous Fran- 
çois I r . à savoir de Louis Picot, baron de Dampierre (en Champagne), 
premier président de la Cour des Ai les. 

- D*après Martin du Bellay (Mémoires, livre X). le baron de Dampierre. 
prévenu d'avance du dessein de lord Grey. avait d appelé du camp (du 
maréchal du Biez) pour son renfort le seigneur de Tavannes. lieutenant de 
la compagnie de Monseigneur d'Orléans avec icelle com] _ 

3 Le Conseil Privé au comte de Hertford, 5 septembre làiô. Henry VIII 
State Papers. vol. X, n 1210.) — Voir, en outre. Arnoldi Fcrroni Bur- 
digalensis de rébus gestis Gallorum libri note m. 



7,16 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Peu de jours après, Surrey s'installait à Boulogne. 
C'était le moment où le maréchal du Biez changeait 
sa base d'opérations; quittant la rive gauche de la 
Liane où il laissa seulement trois ou quatre mille 
hommes pour protéger la construction du fort d'Ou- 
treau, il alla occuper le mont Lambert, c'est-à-dire 
le plateau qui couronne les hauteurs sur lesquelles 
est échelonnée la ville de Boulogne. 

Pour justifier ce mouvement, le maréchal, nous 
raconte Martin du Bellay, « déclara qu'il avoit adver- 
tissement que l'ennemy s'assembloit à Callais pour 
venir secourir Boulongne par terre », et qu'il était 
nécessaire de se mettre sur son chemin et de l'arrêter 
« en lui donnant la bataille ». Il est plus probable 
que le Maréchal avait pensé que sa présence dans une 
position dominant Boulogne inquiéterait les Anglais 
et que pour le déloger ils se résoudraient à une action 
générale. Quoi qu'il en soit, la nouvelle arriva à la 
Cour de France qu'un grand combat était sur le point 
de s'engager autour de Boulogne; et aussitôt, continue 
Martin du Bellay, « toute la jeunesse qui estoit près 
du Roy, espérant estre à cette journée, deslogea pour 
s'y trouver. Entre autres partirent Monsieur d'Enghien 1 , 
Monsieur d'Aumalle 2 , Monsieur le duc de Nevers 3 , 



1 François de Bourbon, comle d'Enghien, né le 25 septembre 1519. 11 
avait l'année précédente remporté la victoire de Cérisoles; il mourut d'un 
accident à la Rocbe-Gnyon le 25 février 1546. La manière Anguien ne 
devient correcte que quelques années plus tard, après l'érection de la 
seigneurie française de INogeut-le-Rotrou en duché-pairie d'Anguien. Le 
titre que François de Bourbon portait en 1545, dérivait, au contraire, de 
la seigneurie flamande d'Enghien. 

2 François de Lorraine, comte, puis en 1547 duc d'Aumale, et ensuite 
duc de Guise. C'est le premier des Balafrés. 

3 François de Clèves, comte, puis en 1528 duc de Nevers, pair de 
France. 



LIEDTENANCE GÉNÉRALl Dl LORD SURBE\ 311 

lesquels vindrenl trouver le camp au monl Lamberl — 
Ledicl lieu de mont Lamberl est si près de Boulongne 
que coup à coup nostre artillerie donnoil dedans la 
ville et celle de la ville dans nostre camp; el tous les 
jours se faisoyenl de belles escarmouches où en demeu- 
roit el des leurs el des nostres. » 

C'esl dans un de ces engagements que le comte d'Au- 
male recul la terrible blessure qui lui valul son surnom 
de Balafré; un soldai anglais lui donna un coup de 
lance à la naissance du nez. « Le fer », dil Martin du 
Bellay, « entra tout dedans la leste avecques la douille 
cl bien deux doigts du l»oi->; la lance rompit, et luy 
demoura le tronçon dans la teste. Toutefois pour ledicl 
coup, il ne perdit ni les arsons ni l'entendement. 
Esta ni retourné au camp, tous les chirurgiens dou- 
toyenl forl que la force dont il convenoil nser pour 
retirer ledicl tronçon, ne meisl ledicl Prince en hazard ; 
mais il porta la douleur aussi patiemment que qui ne 
luy eust tiré qu'un poil de sa teste. » Quelques années 
[»lus tard, il était réservé ;'i <••' même comte d'Aumale, 

aujourd'hui en danger de morl devant Boulogi ccupée 

par les Anglais, de les chasser de Calais, leur dernier 
asile sur le sol de France. 

Cependant toutes ces petites escarmouches ne pou- 
vaient mener à aucun résultai appréciable; car les An- 
glais ne voulaient point « manger de l;i bataille 1 < ; ils 
se trouvaient bien à l'abri dans Boulogne, el comme If 
forl d'Outreau n'était pas encore en étal d'interdire 
par ses feux l'entrée de la Liane aux convois maritimes, 
ils se souciaient peu de voir intercepter leurs commu- 
nications avec Calais par la voie de terre. Le maréchal 

On a reconnu le langage de Montluc. [Commentaires, livre II.) 



318 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

du Biez sentit qu'il avait mieux à faire que de rester 
en faction devant une place forte; des troupes ennemies 
pouvaient à tout moment survenir de Calais et le 
prendre à dos; le bruit courait même que Henry VIII 
faisait en Allemagne une levée de « dix mille lansque- 
netz et quatre mille chevaulx » dans le but de dégager 
Boulogne 1 . Pour prévenir ce danger, du Biez, après 
avoir pris l'autorisation de François I er , emmena son 
armée dans la Terre d'Oye, riche district agricole situé 
à l'est de Calais et d'où cette ville tirait tous ses appro- 
visionnements; de plus, par là passait la route que 
suivraient certainement des renforts venant d'Alle- 
magne. Le Maréchal avait donc deux motifs graves 
pour ravager ce territoire; et il faut reconnaître qu'il 
accomplit son œuvre de dévastation avec un tel soin 
qu'un ennemi ne pouvait plus dorénavant y trouver 
« de quoi se refreschir ». 

Cela fait, comme l'hiver approchait, du Biez ren- 
voya la plupart de ses troupes; il garda seulement 
quatre mille hommes et revint camper avec eux du 
côté de Montreuil, de façon à être à portée pour pro- 
téger les travaux du fort d'Outreau et hâter leur 
achèvement. 

Tandis que le maréchal était en expédition dans 
la Terre d'Oye, lord Surrey avait tenté un coup de 
main pour s'emparer de ce fort. L'occasion paraissait 
bonne; car la garnison laissée par les Français n'était 
pas très nombreuse, et les travaux pas assez avancés 
pour qu'il fût impossible de monter à l'assaut sans 
échelles. Sortant donc une nuit de Boulogne, Surrey 
s'en vint à l'improviste assaillir le fort. Malheureu- 

1 Ce bruit était absolument faux. 



LIEUTBKANI l Gl M RAI l DE LORD SURRE1 519 

sèment pour lui, les Français, qui -e sentaient Loin 
de toul secours, faisaienl lionne garde. Les Anglais 
purenl bieu arriver, s;ms être arrêtés, jusqu'aux rem- 
parts: c« mais aiusy que furieusemenl ils assaillirent, 
aussi avecques grande asseurance ils furenl recueillis. 
et toul ce qui donna sur le haut fui tué, el le reste 
renversé et mis à vau-de-route' ». 

Est-ce durant cette attaque ou en une autre occa- 
sion* que Surrey, se laissant emporter par sa fougue, 
oublia son devoir de chef d'armée el se risqua comme 
un officier subalterne sur le pont-levis du fort? 
Henry Mil s,, montra mécontent de cet acte incon- 
sidéré du Comte 3 , et lui lit adresser par le secrétaire 
d'Étal Paget 4 une lettre de réprimande 6 . .Mais cette 
incartade lui vite oubliée par le maître; il était alors 
favorablement disposé pour Surrey, et lui aurait passé 
des torts bien plus graves. 

Pour s t . rendre compte des sentiments du Roi, il 

1 Martin du Bellay, Mémoires, livre X. 

- Uontluc, qui ii'' célèbre pas volontiers les succès des Anglais, recon- 
naît pourtant qu'ils réussirent à plusieurs reprises à s'approcher de très 
près du fini d'Oulreau. « Il a'estoil guières jour », dit-il, h que les Anglois 
ne nous vinssent chatoiller sur le descendant de la mer el bien souvent 
ramenner noz gensjusques auprès de nostre artillerie qu'estoit à dix ou 
douze pas du fort. » [Commentaires, livre II.) 

3 Thomas Busse; à lord Surrey, 6 novembre |.'>i:> (Record Office, State 

Papers, ~ 1 : — o The King< - Majestie towke il in v< rye ill pari that 

ye schowld adventure yowre presens in standyn^.- h|h>u ibr hredge of tlie 
fortresse for the better vesyinge of ye same. 

1 Sir William Paget, devenu secrétaire d'Étal en 1545 à la place de 
Wriothesley. 11 fut créé lord Pagel en 1549; de lui descendent le mar- 
quis d'Anglesev et toute la famille Paget actuelle. 

5 Sir William Paget à lord Surrey, fin septembre 1545. Cette lettre fait 
aujourd'hui partie des manuscrits désir Henry Bedingfeld; on en trou- 
vera une analyse dans les rapports officiels sur les collections de manu- 
scrits historiques appartenant à des particulier- anglais. [Appendix to the 
third pari of the Bistorical Ms. Commissioii.) 



320 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

importe de savoir que tout le monde en Angleterre 
commençait à être las de cette guerre, ruineuse pour 
le pays, et soupirait après la paix; or celle-ci était 
facile à conclure, il fallait seulement rendre Boulogne 
à la France. Malheureusement Henry, qui s'était lui- 
môme emparé de la ville, ne voulait point s'en des- 
saisir; sa vanité était trop intéressée à la conservation 
de sa conquête, et il s'impatientait des instances de 
son Conseil Privé qui, faisant pour un moment trêve 
à son obséquiosité, réclamait énergïquement chaque 
jour l'abandon de Boulogne. Cependant Henry, dont 
les facultés commençaient à s'affaiblir, n'aurait pas 
ou la force de résister longtemps à la pression de son 
Conseil, si lord Surrey par ses lettres ne lui avait 
fourni le moyen d'imposer silence à ses contradic- 
teurs. Le jeune Lord, en effet, ne cessait de répéter 
qu'il était en état de tenir dans Boulogne aussi long- 
temps qu'il serait nécessaire, et que les Français se 
lasseraient les premiers d'un siège inutile 1 . 



1 Thomas Hussey à lord Surrey, (i novembre 15i5 (loco citato) : — 
« M y Lorde, to be playne with you, I see my Lord's Grâce (the duke of 
Norfolk) soincwhat offended in seyng jour private letters to the Kinges 
Majeslie of sitche vehemens as towehinge the animatyng of the Kinges 
Majestie for the kepynge of Bowlleyn, and in espeeial consideryng his 
(the duke's) dyvers letters addressed to your Lorschipe to the whiche, as lie 
thynkilh, ye hâve gevyn simple credens. For what his Grâce and the rest 
of the Cownsell workith for the render of Bowleyne and the conclewding 
of a pease in VI dais, ye with your letters sett bake in six owrs, sitche 
ini|)orlanse be your letters in the Kyng's oppinion. Albeit that, my Lorde 
(the duke of Norfolk) conclewdith, ye may by your practissis sowstayn 
Bouleyne for 11 or III mownthes, yett hc Ihinkytb it impossible that it 
may conlinewe VI months, forasmuche as he sertenly knowilh the reaime 
of England not possible to bear the chargis of the saine ; for the proffe 
wherof the Kinges Majeslie is indettid at this hour above four hondride 
thowsand marks (500 000 £), to the levynge wherof ether by sewbsedy 
or other praktisis at this Parlayment ther is nott to be resaived above CC 
thowsand pownde.... To hâve my jugment for Bowlleyne, as I can lerne, 



I.IE1II WNU '.I SERA] l DE LORD SURREY. 321 

En vain le duc de Norfolk engageait son fils à 
changer de ton : « Vous n'avez, o lui écrivait-il, 
rien à gagner à la conservation de Boulogne; toi ou 
tard, vous succomberez devant les efforts des Fran- 
çais; el alors le Roi vous en voudra, et ne vous don- 
nera plus d'emploi. Aujourd'hui, au contraire, si la 
paix se conclut, vous aurez, en compensation de votre 
lieutenance générale qui prendra fin, soil la capitai- 
nerie de Guines, soil la charge <le député du Roi h 
Calais, postes lucratifs el entraînant beaucoup moins 
de dépenses qu'un grand commandement; el cette 
considération ne peul vous laisser indifférent, \n la 
situation obérée de vos affaires privées 1 . » 

Ces conseils du duc de Norfolk à son lils nous 
amènent naturellement à parler des accusations que 
certains auteurs modernes* onl lancées contre Surrev 
au sujet de sa conduite à Boulogne; ils onl prétendu 
qu'en ne se conformant pas aux avis de son père el 
en se montrant si belliqueux, il n'obéissait pas à son 
tempérament, mais cédait à un calcul: il aurait 
espéré qu'avec ce qu'il gagnerait dans l'exercice «le 
ses fonctions, il pourrai! réduire un peu le chiffre de 
ses licites. 

Ces raisonnements ne s'accordent guèreavec lecarac- 



rn\ Cownsellour saithe : » Aw;iy with il » and Ihe Kinge and jour 
Lordschippe sailhe : ■■ \Ve will kepe il ». — Voir aussi la lettre du 
Conseil Privé à Thirlby, ambassadeur de Henry VIII auprès de Charles- 
Quint, H) «.«t. .lue 1545. [Henry Vil 1 State Papers, vol. X. n° 1229.) 

1 Thomas Hussey à lordSurrey, 6 nu\. 1545 (loco citato) : — <i M\ Lorde 
(of Norfolk) thinkith good thaï you be advertised thaï there is no hope 

of anie recompense owte of the Kyng's coflers; wherf if thaï ethere the 

captainship of the castell of Gysnes or the Deputischipe ofCallis myghl 
salisffie you. he wolde prove wli.it inyghl I"' done for your Lordschipe in 
lhat mattier, ifBowlleyne i-- rendride. » 

- Notamment M 1 Froude. (Bhlory of England, chap. sxu.) 

DEUS i,l. Mil 5HOMM1 - rai TES. 21 



322 DEi:X GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

tère droit et plutôt irréfléchi du Comte; en outre, les 
faits démentent qu'ils aient jamais hanté son esprit. 
D'abord, la solde touchée par Surrey n'était pas si 
considérable 1 , étant donné surtout que sa position l'obli- 
geait à de nombreuses et lourdes dépenses 2 . Ensuite, 
ainsi que le lui disait son père, il aurait certainement 
gagné à être relevé d'un commandement scabreux pour 
obtenir en échange un poste sûr et facile. 

Ce qui a pu accréditer, l'opinion que Surrey avait 
tenu à Boulogne une conduite peu scrupuleuse, c'est 
qu'après son rappel de cette ville il eut à essuyer de 
la part de lord Grey de graves imputations. Ce dernier 
n'avait pas pardonné au Comte de l'avoir supplanté 
dans le gouvernement de Boulogne en septembre 1545; 
et quoiqu'il eût été de nouveau en mars 1546 appelé 
à ce môme gouvernement, et cette fois en remplace- 
ment de Surrey destitué, son ressentiment contre celui- 
ci était demeuré si vivace qu'il n'hésita pas à profiter 
d'un moment qu'il jugeait opportun, pour accuser de 
péculat son prédécesseur. Le Comte se défendit fière- 
ment contre cette calomnie; de la campagne où il 
s'était retiré, il adressa au secrétaire d'Etat Paget une 
lettre remarquable par l'élévation du langage et de la 
pensée : « Mylord Grey, en parlant ainsi de moi, ne 
se fera pas beaucoup d'honneur; il y a dans Boulogne 
trop d'hommes de bien pouvant témoigner que Henry 
de Surrey n'a jamais pour son profit particulier connu 

1 Le Comte recevait cinq marcs par jour, environ 65 shillings. (Acls of 
the Privy Council, 10 août 1545.) 

2 Dans une lettre écrite le 14 juillet 1546 au secrétaire d'Etat Paget, 
Surrey raconte qu'il a dû donner plus de 100 ducats à des mercenaires 
étrangers qui avaient servi sous ses ordres à Boulogne : « Their nécessite 
seemed to me suche as it cost me a hundred ducales of myn owne pourse 
and somewhal els. » (British Muséum, Cotton ras. Titus D. Il, fol. 59.) 



UEDTENANI l (,l M RALE DE LORD SDRREY. 

la corruption, el que jamais même il n'a tenu sa 

bourse fermée devant une infortuné ©\ El pour donner 

une preuve frappante de son désintéressement, le 

Comte lit ressortir que durant son commandement 

il avail toujours abandonné à un subalterne les droits 

de port que lord Grey trouvai! lion maintenant de 

s'approprier : > Mylord Grey dil que mes prédécesseurs 

et moi avons joui de ces revenus; sur mon honneur, 

cela est faux 2 . El d'après moi, il es! mesquin pour un 

député du Roi de gratter ainsi sur toutes choses 3 . » 

Si .malgré la sincérité bien connue de lord Surrey, ces 

affirmations n'étaient pas suffisantes pour convaincre, 

nous aurions encore un autre argumenl à alléguer : peu 

de temps après, ainsi que nous le raconterons, il 

fut victime de la tyrannie de Henry VIII el passa en 

jugement; ses ennemis alors ressassèrent contre lui 

toutes les accusations qu'ils purent déterrer; or aucun 

d'eux n'osa reproduire les assertions calomnieuses de 

lord Grey. 

Durant les derniers mois de 1545, toutes [ e s opé- 
rations militaires réussirent à souhait pour lord Surrey, 

1 Lord Surrey à sir William Paget, 14 juillet 1546 (loco citato) : — 
For aunsvrer thafmy saied Lord (Grey) chardgeth me to bave returned 
the same (the passage dues) to m\ pryvat profecte, in his so saying he can 
hâve noue honor; forther be in Boullongne to manj witnessis thaï Henry 
ol Surrey was never corrupt for singular profect nor never yel closed his 
handes. » 

- Il est curieux de voir Surrey faire indirectement l'éloge de son grand 
ennemi le comte de ffertford; celui-ci avait été, en effet, lieutenanl gé- 
néral du Roi à Boulogne durant l'hiver de 1545. 

r ' Lord Surrej à sir W. Pagel (loco ciiato) : — i My lorde Grey to his 
oyra use occupieth the office of ihe passage sayeng that I and my pre- 
dicessors there shuld use the same to ourgayne (which I assure you ujwn 
myn honour is untrew) and that it shuld be parcell of th'interteynement 
of the deputie; whiche in Callayes was never used aud, as me seemeth, 
to mené for a deputy to grate. d 



324 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

bien que, mémo avec les troupes qu'il avait la faculté 
de taire venir de Guines, il n'eût en somme que peu 
de monde à opposer aux Français qui sans cesse étaient 
renforcés. Ainsi un de ses lieutenants put s'avancer 
dans la Fosse Boulonnaise jusqu'à Samer et brûler cette 
petite ville 1 ; un autre, qui suppléait le Comte sur mer 2 , 
détruisit plusieurs transports français à l'embouchure 
de la Somme'; et lui-même, enfin, par des sorties 
incessantes, réussit à empêcher presque absolument le 
ravitaillement du fort d'Outreaû*, de sorte que la gar- 
nison, en proie à la disette et à la maladie et presque 
entièrement coupée du quartier général du maréchal 
du Biez, était véritablement réduite à l'extrémité 5 . 

i Lord Surrey :m Roi, 4 décembre 1545 (Record Office, Sicile Pa- 

„„,.» }®S\ • _ « M' Brvdges burned Samer town and ail the country 

1 ' 185/ ' 

therabought and spoylcd the cattlc of the same. » 

2 Le vice-amiral Thomas Cotton, grand ami du Comte, avec lequel il 
avait été compromis et accusé en 154ô à la suite des désordres commis 
d;ins la Cité de Londres. 

• Lord Surrey à Henry VIII, 7 décembre 1545 (Record Office, State Pa- 

„„,.,. Rl'> \ • _ „ M' Cotton vice-admyrall of Your Majesties fflete, ac- 

cordyng to the direction geven hym from hensse (Boulogne) by thadver- 
tisement of myn espiall lay for theni (les transports français) a sea-boarde 
Some hedd, so that in the morning he might discrye them a XL" sayle; 
and making witb them. the mon of ware that were their conductor fledde 
furst, the victuales escaped uuto Some, saving seven that were passed bye 
which vere taken, wherof six laden with meale and salte beoffe, and 

th'other with wvne. » 

RR \ . 

• Il existe de Surrey au Record Office (State Papers ^ 1 une longue 

lettre diffuse (c'est celle que nous avons citée à la note 1) dans laquelle 
il rend compte d'un engagement heureux près d'tlardelot. 

• Le Conseil Privé se hâtait de transmettre les nouvelles de ces succès 
aux Ambassadeurs anglais à l'étranger, avec la charge de les répandre. 
(Voir une réponse des Ambassadeurs accrédités près de l'Empereur, en date 
du 12 décembre 1545. — Henry VIII State Papers, vol. X, n° 1275). 
Le 15 janvier 1546, Paget faisait a ces mêmes Ambassadeurs le récit 



I.IKI 11 NANI I UAI RALE DE LORD SI RR1 ï. 325 

Telle élail la suite de succès que Surraj pouvait 
mettre à son actif quand vers la mi-décembre il fui 
mandé à Londres par le Roi pour donner devant le 
Conseil Privé, toujours pressé d'acheter l;i |>;ii\ par le 
sacrifice de Boulogne, des explications complètes sur 
la situation <lo celle place 1 . Commenl le Comte aurait- 
il souscrit à la cessation d'une guerre <|in lui avait 
déjà procuré tant de huniers el lui en promettait 
encore d'autres? Il insista donc, au grand contente- 
ment de Henry, pour que l'on conservai Boulogne; 
et le Conseil Privé lui contraint encore une fois de 
se ranger à un avis qu'il réprouvait. 

Le séjour de lord Surrey à Londres «lui être fort 
court; les exigences de son commandement l'obli- 
geaient à ue |>a- s'attarder; cependanl il eut le temps 
de constater la popularité qui s'attache toujours à la 



suivant il' 1 - avantages remportés par le Coinlu : « M\ Lorde of Surrej ba 
ving Qowe of late hade often tymes uni ni successe againsl Ihe ennemies and 
having burnl bolh tlic lowne and ships al Estaples and sens thaï tyme 
dislressed their victuailles often tymes comming towardes Iheir new forte, 
bad brought them in suche miserie ;h parti] for wante of victuals, partly 
for wanl ut' w m ni or other necessaries there bave died above loti person? 
within the same forl within the space of 15 or 16 days. » (Pagel à Gar- 
diner el Thirlby, Henry VIII State Papers, vol, XI, n G 1503). Le secré- 
taire d'Etat exagère certainement les Pièces de Surrey : sauf dans sa lettre, 
nulle part un ne trouve trace d'un incendie d'Etaples. An contraire, la 
description de la misère de la garnison d'Outreau esl très exacte; voir le 
rêcil de Martin du Bellay, qui passa une partie de l'hiver dans ce fort. 

1 Une allusion ii ce voyage de Surrey à Londres se trouve dans une 
lettre qui lui fui adressée le 21 mars 1546 par le Conseil Privé (Record 

Office, Slulc Papers -.-.— ) : « Unon considération of ail of such letters 
159/ 

as hâve been written from thense (Boulogne) and also of such informa- 
lions a^ bath been gyven unto Mis Bighness by mouth hère l > > your 
Lordship. a Ce voyage, ainsi que le prouvenl les Acts ofthe Privy Council, 
ne put avoir lieu qu'entre le 7 décembre, date d'une lettre écrite par 

Surrey de Boulogne, et le liS. date d'une lettre qui lui fut adressée là par 
le Conseil. 



326 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

personne d'un général victorieux, et il eut à essuyer 
bien des flatteries même brutales. Nous en avons un 
exemple dans une harangue latine composée par 
Hadrianus Junius pour lui souhaiter la bienvenue 
à Lambeth dans la maison de son père, et qui lui 
fut lue par son fils aîné lord Thomas Howard au nom 
de tous ses enfants 1 . Lord Thomas, dans ce morceau, 
non seulement exaltait sans réserve le grand cœur 
(magnum animum), l'incroyable courage (incredibi- 
lem fortitudinem)., l'intelligence supérieure (summam 
industriam) du Comte, mais encore « il félicitait le 
royaume d'Angleterre de posséder un général qui 
lui avait acquis une gloire éclatante parmi toutes les 
nations étrangères en ruinant à ce point les Français 
qu'il ne leur avait rien laissé que dépit envieux, déso- 
lation et l'horreur de son nom'" ». 

Junius était d'un caractère malin, et si flatteuse 
que fût sa harangue, il avait su y cacher une pointe 5 : 
« Avec une merveilleuse félicité et pour ta plus grande 



1 Cette harangue a été imprimée parmi les lettres de Junius : Hcnrico 
Cotnili Surranio Bononise, Picardise proregi. 

3 « Quantum nobis liberis luis carissimis pignoribus, quantum illustris- 
sime- heroi patri tuo, quantum inclytœ Ducissae sorori tua?, quantum, 
clarissima3 feminse parenti nostrse liueque eonjugi, quantum denique 
client ibus omnibus familiseque univers» gaudium Unis, pater ornatis- 
sime, ut inexpectatus, ita multo optatissimus reditus attulerit, quo ore, 
quà Imguà queam reddere?... Proinde gratulainur tibi reduci omnes, 
libi patri clementissimo eidemque imperatori fortissimo qui, cœsis toties 
proligatisque Gallis acerrimis Anglici nominis bostibus, victor exstitisti... 
Gratnlamur et toti rcgno quod Henrici invictissimi maximique régis bu- 
meris suffultum et armis defensum, tuà alterius Henrici operà clarissi- 
mum apud exteras nationes nomen conseeutum videatur, dum Gallis 
prœter invidiam, ploratum, tuique borrorem reliquum feceris nibil. » 

5 On a déjà remarqué (voir dans le passage cité à la note précédente) 
que, dans sa distribution de compliments à toutes les personnes de la 
maison, Junius, qui n'aimait pas la comtesse de Suney, la nomme la der- 
nière. 



LIBDTBNANI l. GÉNÉRALE DE LORD SURREY. 327 

gloire . faisait-il dire au Comte par l'innocent lord 
Thomas, tu as dominé les flots de la guerre, jusqu'à 
présent* ». A dessein sûrement, Junius avait rejeté 
à la lin <le >a phrase celle locution adverbiale : jus- 
qu'à présent; il voulail lai— .a- à lord Surre^ le soin de 
rétablir la contre-partie sous-entendue : mais atten- 
dons hl fil'- 

Junius étail sagace; le chapitre suivanl le montrera. 

Bellorum undas mira felicitate, maxiinâ tuâ glom. sustinuisti 
hactenus. 



CHAPITRE XIII 

Échec de lord Surrey à Saint-Étienne. 
Il est rappelé de Boulogne. — Son retour en Angleterre. 



Surrey était à peine de retour à Boulogne qu'il fut 
averti par ses espions que le maréchal du Biez avail 
quitté son camp de Montreuil et s'avançait avec un 
nombre considérable de troupes pour amener à la 
garnison d'Outreau, épuisée par la faim, un important 
convoi de vivres. Aussitôt Surrey résolut d'empêcher 
ce ravitaillement et, sortant de Boulogne le 7 janvier, 
il alla se poster, avec six mille hommes environ, à 
Saint-Étienne, petit village situé sur la rive gauche 
de la Liane et par où devait passer l'ennemi. 

L'ordre de marche adopté par le maréchal du Biez 
('•lait le suivant : les voitures de vivres, escortées par 
quelques centaines de cavaliers, tenaient la gauche, 
suivant le plus près possible le rivage de la mer; 
elles étaient protégées sur la droite par un corps de 
quatre mille mercenaires. Surrey, après avoir reconnu 
ces dispositions, ne laissa pas ses cavaliers attendre à 
Saint-Etienne l'arrivée des Français; il les lança im- 
médiatement vers la mer, avec l'ordre de se tenir 
cachés jusqu'au moment où paraîtrait le convoi, et 
alors de fondre sur lui à francs étriers. Comme 



ÉCHEI DE LORD SI l'.lil A A SAINT Mil NM 329 

les hommes d'armes < [ ■ i î accompagnaient ce convoi se 
croyaient bien garantis pur les mercenaires qui se 
trouvaient à leur droite, ils n'étaient p;is préparés ;t 
une attaque; surpris, ils se débandèrent, abandonnant 
les voitures de vivres, que les cavaliers ; i r 1 ^ I . i i -- com- 
mencèrent à défoncer et à brûler. 

•■ Le maréchal «lu Biez -, raconte Montluc, « fit 
alors acte de vaillant homme »; comme cette surprise 
fâcheuse paraissait inspirer du découragement à ses 
fantassins qui déjà étaient parvenus à Saint-Etienne 
face à face avec l'ennemi, pour leur donner <lu 
cœur, " il s'en vint tout seul se jeter devanl leur 
bataillon et descendit de cheval, prenant une picque 
en la main pour aller au combat 1 . » Son exemple 
ranima ses hommes qui, à sa suite, se précipitèrent avec 
impétuosité contre les Anglais; ce fui un élan de furia 
francese tel, que ces derniers en furent instantanément 
saisis ilf panique, et qu'avant même d'avoir subi le 
premier choc, ils lâchèrent pied et prirent à Loutes 
jambes la fuite vers Boulogne. En vain leurs officiers 
voulaienl les retenir; ils ne furent point entendus et ne 
purent que, se faire tuer sur place*. Emportés par leur 
effroi, les soldats ne s'arrêtèrent même pas dans les ou- 
vrages extérieurs <pii protégeaient Boulogne; ils ne se 
crurenl en sûreté que lorsqu'ils eurent franchi les 
portes île la ville 3 . El pendant cette fuite, nous dit un 



1 Montluc ajoute : Les bistoriens sonl bien desloyaux de laire de 

si beaux actes; celuy-lâ ini-t bien remarquable à ce vieux chevalier. ■ 
[Commentaires, livre II.) 

-' Seize offîcii rs anglais furent lues durant ce combat. 

■" Lord Surrej à Henrj VIII, 7 j;m\ i.i 1546 [Hewy VIII Stale Papers, 
vol. XI, n° 1299) : — (i So stinled they never for any devise thaï we 
could use iill they came to the trenches; and being setteled ther, which 
is sucli a place a-, mav be kept againsl ail their Uhc French's) campe, 



330 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

chroniqueur du temps', « les souldars françois, tant de 
pied que de cheval, estoient si acharnez sur ces mastins 
que si ne se pouvoient-ils saouler de les cogner jusques 
dedans les portes de la ville, et ne s'en faillit guères 
que lesdictes portes ne fussent forcées et la ville 
prinse. » 

La déroute de l'infanterie ne permettait plus à la 
cavalerie de continuer le pillage du convoi français; 
pour ne pas être coupée de Boulogne, elle dut, à son 
tour, s'enfuir avec une grande rapidité et en faisant un 
long circuit pour échapper aux arquehusiers du Maré- 
chal. Ainsi elle n'eut pas le temps de détruire toutes 
les voitures de vivres destinées à Outreau; et plu- 
sieurs demeurées intactes purent être introduites dans 
le fort, où elles furent accueillies avec joie. C'était 
un rude échec pour les Anglais; l'effet de quatre 
mois de succès ininterrompus était perdu en un seul 
jour 2 . 



they forsoke that, and toke the river; whiche gave th'enemye courage to 
followe them. Assuiïng Your Majestie lhat the furv of their flight wassuch 
thaï it boted litell the travail that was taken upon everye straycte to staye 
them, and so seing it not possible to stoppe them, \ve suffered them to 
retire to the towne. » 

1 Guillaume Paradin, Histoire de nostre temps. 

- Hall m- mentionne ce combat que pour dire qu'il y périt seulement 
trois Fiançais; c'est le fait des « chauvins », vexés d'une défaite, d'eu 
exagérer volontiers la portée. Le récit de Martin du Bellay, tout en don- 
nant îles détails utiles, n'est pas non plus exact; il mêle les deux engage- 
ments de la cavalerie el de l'infanterie anglaise : « Partant de son camp 
au-dessus de Monlreuil, le mareschal du Biez print le chemin de Mont- 
Saint-Estienne, auquel lieu il trouva le millor Sorel accompagné de six 
mille Anglois... Ledict Mareschal se trouvant en ce hazard, délibéra par 
l'advis des capitaines de passer oultre et les combattre, encores qu'il fust 
moindre de nombre de deux mille hommes; car >c retirant, il eust perdu 
son charroy et ses vivres. Avant conclud le combat, il marcha droict aux 
ennemis; le combat l'ut long et furieux; mais enfin les Anglois furent ren- 
versez et se retirèrent en ung petit fort, lequel ils ne securent garder. Au- 



ÉCHEC DE LORD SURREÏ \ SAINT ETIENNE. 551 

Lord Surrey, dans smi rapporl au Roi, n'essaya pas 
de pallier s;i défaite 1 ; il raconta tous les incidents de 
la journée, sans réticence, simplement, noblement. 
Mais l'âme «lu jeune homme étail ulcérée par le sen- 
timent de sa défaite; il n'eul pas la force de réagir 
contre le découragemenl qui l'envahissait, et commen- 
<;;mt à douter de lui-même, il ne s'acquitta plu^ qu'avec 
nonchalance et presque à contre-cœur de ses fonctions 
de général en chef. A partir du 7 janvier, il évite de 
hasarder le moindre combal contre les Français 1 ; même 
il néglige de rendre compte ;i llenr\ Mil de la situa- 
lion de llonlogne. 

Ce silence ne pouvait manquer d'étonner en haut 
lieu; au bout de peu de jours, le Conseil Privé envoya 
i\c^ observations au Comte 3 , <pii se résigna alors à 
reprendre la série de ses rapports. Mais il étail facile 
de voir qu'une profonde modification s'était produite 
chez le jeune lord; lui qui naguère voulait veiller per- 



diet combat moururent de > e [ • t h huit cents Anglois. Le millor Sorel se 
sauva avec le reste à la fuitte, el demeurèrent des leurs de sepl à huit 
vingts prisonniers. » 

1 Lord Surre] à Henry VIII, 8 janvier 1546 [loro citato). \u contraire, 
le secrétaire d'État Paget, en faisant pari de l'événement aux ambassa- 
deurs anglais près de Charles-Quint, chercha à en atté r la gravité. 

(Pagel à Gardineret Thirlby, 15 janvier 1541.— Henry Vlll Slate Papers, 
vol. VI. n 1303.) 

- On devait plus tard lui faire un reproche de cette inaction : — On 
l'accuse d'avoir heu moyen de practiquer le chasteau de Hardelol ! 
qu'il i-stoit à Boullongne, el n'en avoir tenu compte, n (M. de Serve, 
Ambassadeur de France, à François I . le 22 décembre 1546. Corres 
pondance de M. de Selve, publiée par M. Germain Lefèvre-Pontalis.) 

3 La lettre du Conseil se trouve au Record Office; elle porte une date 
ajoutée postérieurement, celle du 11 décembre 1545, qui est manifeste- 
ment fausse; car le texte mentionne la mort du capitaine Pollard, qui fut 
tué dans le combat du 7 janvier 1546; probablement cette lettre futécritc 
entre le 20 et le 25 janvier, après celle de sir William l'aget à Surrey, <ti 
date du 18, mie nous citons uu peu plus loin. 



532 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

sonnellement à tout, demandait, dans iino de ses pre- 
mières lettres, à être déchargé sur un lieutenant du 
commandement de la redoute de la Tour d'Ordre, située 
pourtant aux portes mêmes de Boulogne 1 . 

Vers le même moment, Surrey se remet à composer 
des vers, étrange occupation pour un chef d'armée! 
Encore, si c'eussent été des odes guerrières qui sor- 
tirent alors de sa plume! .Non; chagriné d'être séparé 
de la comtesse de Surrey que depuis longtemps il dési- 
rai! avoir auprès de lui à Boulogne 2 , il la représente, 
dans deux élégies différentes 5 , déplorant l'ahsence « de 
son amour et seigneur, de celui en qui consiste toute 
sa richesse et que la fortune, hélas! a envoyé au delà 
des mers au péril de sa santé* ». Dans une autre pièce, 
le poète exprime encore plus ouvertement la lassitude 



1 La lettre du Comte est datée du H» février 1546. — La Tour d'Ordre 
était le nom donné au phare prétendument construit par Jules César et qui 
était situé à l'embouchure de la Liane sur la rive droite. Tour d'Ordre, 
Turris Ordensis, est prohahlement le nom latin Tnrris Ardens dé- 
ligure. 

- Il avait dès le mois d'octobre demandé pour elle la permission de 

venir le rejoindre. (Thomas Hussey à lord Surrey, 26 octohre 1545. - 

RU \ 
Record Office, Slate Papers — ]. Cette demande qui semble avoir néees- 

sité un long examen, lui, à la fin, rejetée. (Sir W. Pagel à lord Surrey, 
s mars 1546. — Record Office.) 

3 happy (lames, etc., et Good ladics, ijc thaï hâve, elc. D'après les 
manuscrits de John Harrington (Nugse Antiqux), la première de ces deux 
élégies aurai! été composée en 1545, c'est-à-dire durant le siège de Lan- 
drecies; mais faut-il ajouter foi à cette indication de Harrington, qui en 
un autre endroit prétend être l'auteur de la pièce? Trompant d'un côté, 
pourquoi dirait-il la vérité de l'autre?— Cette même élégie Ohappy demies 
a élé mise en musique, non pas pai Surrey, ainsi que le dit le D r Nott, 
mais par un certain Tallys dont le manuscrit est au British Muséum. 
(Addit. ms. n" 30 515.) 

4 y My love and lord, alas! in whom consists îny wealth, 

Hatli fortune sent tu passe the seas in hazarde of bis health. » 
(Œuvres île lord Surrev : Good ladies, etc.) 



ÉCHEC Dl LORD SI l;l;n \ SAIN! ETIENNE. 335 

morale à laquelle il esl en proie; il ne fail plus gémir 
si femme sur les rigueurs de la séparation; lui-même 
prend la parole el h- plaint, en termes non équivoques, 
d'être contrainl de séjourner à Boulogne. Il esl vrai 
que dans ses vers Surrej rapporte les tourments donl 
il esl atteint, à un amour malheureux; mais nous 
-avons ce qu'il l'aul penser de la réalité de ces amours, 
donl 1rs gentilshommes-poètes <lu temps étaienl tou- 
jours enclins à parler : « Je me disais à moi-même : 
>■ Hélas! ces jours que lu as employés à courir cette 
c< course si longue, mil été dépensés bien on vain. » Kl 
absorbé dans cette pensée, je vins à rencontrer mou 
guide i|ni me relira du chemin où, égaré, j'errais à 
l'aventure, el me ramena à travers les collines à Bou- 
logne dans la Basse-Ville 1 . C'esl là que je suis main- 
tenant, souffranl d'être forcé d'y rester contre ma 
volonté, mais jouissanl pleinement de ma peine 
d'amour" ». 

Henry Mil, malgré l'ennui que lui avail causé la 
défaite du 7 janvier, n'en avail pas alors voulu à 
Surrey; au contraire, il avail pris soin do lui faire 
écrire par sir \Y. Pagel une lettre rassurante, aimable 
même : Sa Majesté dans son grand sens ... disail le 
secrétaire d'Etal au Comte, s;iji irès bien «pie ceux 
qui jouenl à dos jeux de hasard, doivenl nécessaire- 



1 Boulonne. m> divisai! ;ilors, rumine aujourd'hui, en deux parties, la 
Basse- Ville ei la Haute-Ville; cette dernière étail la place forte. 
- And tu myself 1 said : Alas! those dayes 

In vayn were spent, in runne the race so long. 

And wilh thaï thought, I mel m\ guyde, thaï playn 

Out of the way, wherin I wandred wrong, 

Broughl me amiddes the hyllesin base Bullayn ; 

Where 1 am now as restlesse in remayn 

Againsl m y will, full pleased wilh m\ payn. 
(Œuvres Je lord Surrey. The funsy which Huit l hâve served, etc.) 



33 i DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

ment perdre quelquefois »'. La position de Surrey ne 
paraissait donc pas avoir été ébranlée par le revers; 
malheureusement l'inertie dans laquelle il se laissa 
tomber ensuite, ne pouvait longtemps rester inconnue 
du Roi et elle eut bientôt indisposé ce dernier. Juste- 
ment il venait d'être avisé d'un projet conçu par les 
Français et qui consistait à envoyer des navires prendre 
en force possession d'une crique bien abritée, située 
entre Boulogne et le cap Gris-Nez et d'où il était facile 
d'intercepter tous les convois maritimes anglais 2 . Na- 
guère Surrey eût certainement été chargé de s'opposer 
à l'entreprise signalée; car l'endroit menacé se trouvait 
compris dans les limites de sa lieutenance générale; 
mais à l'heure actuelle il parut trop mou aux yeux du 
Roi et, en conséquence, il reçut l'ordre de céder la place 
;i d'autres jugés plus actifs et plus dignes. Sa lieute- 
nance générale sur terre fut donnée au comte de Hert- 
ford, et celle sur mer au vicomte Lisle". Du même coup 
lord Surrey perdait ses deux grands commande- 
ments. 

11 aurait pu, à la vérité, rester gouverneur de Bou- 
logne, puisque personne n'avait encore été désigné 
pour le remplacer dans ce poste; il lui aurait suffi de 
manifester un désir à cet égard, ainsi que le lui écri- 
vait le secrétaire d'État Paget, qui l'engageait à ne pas 
-i' laisser aller au découragement et à conserver du 



1 Sir William Paget à lord Surrey, 18 janvier 154(3 (Ms. de sir Henry 
Bcdingfeld) : — « His Majesty, like a prince of wisdome, knows that who 
plays ;d a game of chawnce, must sometimes loose. » 

- Stou dans ses Annals la nomme la crique de Saint-Jean; probable- 
ment c'esl le port actuel d'Ambleteuse ou cslui de Wimereux qui corres- 
pond ii cet endroit. 

3 Ces nominations ne furent définitivement promulguées que le 
IN mais; mais dès la mi-février elles étaient décidées. 



RAPPEL DE LORD SURREY. 

service 1 . Mais, après avoir exercé 1»' commandement 
suprême, se trouver placé sous les ordres d'un autre, 
et surtout de lord Hertford, c'était pour le Comte une 
trop pénible perspective. Il ne lit donc aucune dé- 
marche, ft se contenta de se mettre en communication 
avec les deui nouveaux lieutenants généraux de ma- 
nière à ne point prendre, durant le temps qu'il reste- 
rait encore maître à Boulogne, des dispositions < p i i 
fussent contraires à leurs vues . 

La nouvelle de son remplacement n'était pas de 
nature à l'allumer chez lord Surrej sa vivacité el son 
ardeur éteintes. Les premiers rapports qu'il envoya à 
Londres après avoir reçu l'annonce de sa destitution, 
sont empreints d'un pessimisme noir dont il n'avait 
encore jamais donné signe 3 . Les Français, disait-il, 
avaientréussi à armer leur fort d'Outreau; ils j avaienl 
amené notamment un canon d'une portée jusqu'alors 
inconnue, dont les projectiles pouvaient atteindre la 

Baute-Ville de Boulogne. De plus, i flottille française 

était venue s'embosser devanl l'embouchure de la 
Liane et bloquait le port*. Dans ces conditions, la 
reddition de la place ne pouvait plus être qu'une 
question de peu de jours. 

Comment, après avoir lu ces rapports, Henry VIII 
ne rappela-t-il pas sur l'heure un général aussi déses- 

1 Sa William Pagel ;i lord Surrey, 20 février 1546. (Henry VIII State 
Papers, vol. XI, n 1515. i 

2 Lord Surrej déclara, du moins, au l!"i. que telle élail son intention. 
(Lord Surrej à Henrj VIII. 20 février 1546. — Record Offii 

5 Lord Surrej à Benrj VIII. 20 el 21 février 1546. Record Office. 
Ces lettres ont été publiées par le D r .\ott.) 

* Lord Surrey à lord Cobham, député royal à Calais. 2 mars 1545 
(Uritish Muséum, Rarleian ms. n" 283, fol. 555) : -- You shall also 
understand lhat tlie Ffrenche fllete he liere before our haven, wherof 
I hâve ihought mêle I adverlise vou. 



536 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

péré? Énigme que nous n'expliquerons pas 1 . Le fait 
certain est que ce fui seulement le 18 mars que les 
nominations des lords Hertford et Lisle devinrent 
définitives par la promulgation de lettres patentes 
royales 2 , et seulement le 21 que le Conseil Privé envoya 
;'i Surrey l'ordre de quitter Boulogne pour rentrer en 
Angleterre 5 . 

Dans cet intervalle, le Comte se décida enfin à 
seeouer son inertie, et il eut la chance de marquer 
par un succès les derniers jours de son commande- 
ment. Comme, depuis le 7 janvier, les communications 
entre Montreuil et Outreau n'avaient pas un instant 
cessé d'être libres, les Français commençaient à né- 
gliger de faire bonne garde autour de leurs convois- 
Surrey s'aperçut de leur imprudence, et le 15 mars, 
sortant à l'improviste de Boulogne, il surprit un déta- 
chement ennemi qu'il tailla en pièces 4 . 

Ce petit avantage rendit plus aisé le retour du Comte 



1 Lord Herbert (Life and ra'igne of Kinge Henrij (lie Eight) mentionne 
un autre grief que le Roi aurait eu contre Surrey. Après avoir pris Bou- 
logne, Henry VHt avait non pas détruit la cathédrale, ainsi que l'affirment 
à toit la plupart des chroniqueurs du temps, mais l'avait transformée en 
arsenal. (Voir l'histoire de Paridin et surtout VAdvis de la qualité de ceulx 
iiui sont dedans Boulogne, Bibliothèque nationale, Fonds français, n° 5127, 
loi. 4 l 2-ii.) Surrey réédifia dans celle église un autel à la Vierge; mais 
Henry VIII n'avait jamais proscrit le culte de Marie, pour laquelle il avait, 
au contraire, une certaine dévotion. (Voir son testament.) 11 ne put donc 
prendre mal l'acte du Comte. 

- Itymer's Fœdera, vol. XIV, 18 mars 1546. 

r> Le Conseil Privé à lord Surrey, 21 mars '1540. (Record Office, Stale 

Papers, —rj j. — Lord Grey fut nommé gouverneur de Boulogne en rem- 
placement de Surrej par lettres patentes en date du avril 1546. (Rymer's 
Fœdera, vol. XV.) 

4 II existe au Record Office un rapport de lord Surrey sur cet engage- 
ment, daté du jour même, 15 mars 1546. On peut voir aussi ce qu'en dit 
lord Herbert. 



RETOUR DE LORD SI RR] ¥ A LA COUR. "7 

à la Cour. Non seulemenl le Roi l'accueillil sans 
aigreur, m;u> même au boul de très peu de jours il 
lui donna la pleine propriété d'un domaine dont le 
Comte n'avait eu jusqu'alors qu'un usufruit constitué 
sur la tête de son père le duc de Norfolk 1 . 

On le voit, il faut doue rejeter comme sans valeur 
toute la légende d'après laquelle lord Surrey, à sou 
retour de Boulogne, aurait subi un emprisonnement. 
Des auteurs qui ont fait des confusions de temps et de 
personnes . nous racontent que le Comte se serait 
attiré alors les rigueurs du Roi parce qu'il aurait 
trop vivement blâmé le choix de lord Hertford comme 
lieutenant général. San- aucun doute, Surrey n'était 
pas homme à parler en termes élogieux de sou ennemi 
juré; mais dans quel document a-t-on découvert la 
moindre mention de désagréments qu'il aurait alors 
encourus en raison d'exubérance de langage? La lettre 
du duc de Norfolk qu'on a alléguée et par laquelle il 
demandait grâce pour un de ses fils, ne s'applique pas 
au comte de Surrey, mais à son frère lord Thomas 
Howard. Ce dernier, qui était très porté pour les 
doctrines luthériennes, critiquait amèrement et sans 
se contraindre les mesures récentes édictées par 
Henry Mil contre les réformateurs; même il s'étail 
permis de réfuter devanl la reine Catherine Parr tout 
un sermon qu'un prédicateur choisi par Henry Mil 
avait prononcé le joui 1 de Pâques devant la Cour. 



1 Le 7 avril, Sinon i cru t in perpetuum l'ancienne abbaye de Wymondbam 
qu'il n'avait possédée auparavant qa'ad terminum vitœ patris sui. (Record 
Office, Originalia 31 Benry Mil. pars qtiinla, roiulus 115.) 

- Qs rapportent à 1546 ce qui s'est passé en 1537, et à lord Surrej ce 
qui concerne son frère lord Thomas Ilowanl. (Voir notamment le mémoire 
du D Nolt.) 

dix GEXTiLSHOiniES-roi n s. 22 



3Ô8 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE M COUR DE HENRY VIII. 

L'affaire était d'autant plus grave que lord Thomas, 
disait-on, avait réussi à persuader la Reine; crime 
grave que d'infecter d'hérésie la propre épouse de 
Henry ! Aussi le téméraire avait-il été sommé de com- 
paraître devant le Conseil Privé; et peut-être eût-il 
été condamné à une peine sévère, si son père n'avait 
pris sa défense. En l'espèce, lord Thomas échappa 
au prix d'une simple semonce 1 . 

Quelques semaines plus tard, nous retrouvons le 
Comte détruisant avec véhémence un plan ingénieux 
que son père avait longuement médité et dont il souhai- 
tait ardemment la réalisation. Dans le but de mettre 
fin à cette inimitié, fort gênante pour lui, qui séparait 
son fils aîné des Seymours, le duc de Norfolk, fidèle 
ii son système de considérer un mariage comme un 
moyen de faire des affaires, avait non seulement 
repris son ancien projet d'unir sa fille la duchesse 
de Richmond à sir Thomas Seymour, mais avait en- 
core imaginé des alliances entre les trois enfants du 
comte de Hertford et trois des petits enfants que lui 
avaient donnés soit lord Surrey, soit lord Thomas Ho- 
ward 2 . Le 10 juin, il soumit au Roi ces diverses com- 
binaisons, espérant bien que l'approbation de celui-ci 
suffirait pour aplanir tous les obstacles; malheureu- 
sement Surrey devait encore se mettre à la traverse 

1 Ads of llic Privy Council, 2, 7 et 8 mai 1546. Voir aussi les commen- 
taires ajoutés aux procès-verbaux du Conseil par VArch.rologia, vol. XVIII. 

2 Le due de Norfolk a lui-même exposé tout son plan dans une lettre 
qu'il adressaau Conseil Privé en décembre lôili. (Britisb Muséum, Colton 
ms. Titus B. I, fol. 94.) Lord IJerbert donne les mêmes détails; seulement 
par suite de l'erreur d'un copiste ou d'un compositeur d'imprimerie qui 
a sauté un mol, on lit dans son Histoire de Henry VIII qu'il s'agissait de 
marier ;i une des filles de lord Ileitl'ord non pas un fds de Surrey, mais 
Surrey lui-même; si cette erreur est rectifiée, le récit de lord Herbert est 
parfaitement exact. 



RET01 R DE LORD sn;i;l.\ \ I \ COUR. 

des efforts de son père. Il commença par déclarer que, 
lui vivant, jamais un de ses Gis n'épouserai! une Glle 
de lord Bertford; puis comme sa sœur la duchesse 
de Richmond paraissait disposée à accepter sir Thomas 
Seymour comme époux, il lui adressa dos réprimandes 
violentes, injustifiées peut-être 1 : « Concluez vite votre 
mariage, lui dit-il, ce sera une belle farce (the farce of 
a marriagé). Votre futur époux esi en grande faveur; 
profitez de sa situation pour vous insinuer dans les 
bonnes grâces du Roi: devenez la maîtresse de celui-ci 
el jouez ensuite en Angleterre le rôle que tient actuel- 
lement .mi France la duchesse d'Étampes*. » Cette 
sanglante ironie blessa au vif la duchesse de Richmond, 
qui. à supposer qu'elle n'ait pas nourri de desseins 
pervers, rêvail certainement grandeur el influence. 
Elle cessa bien de parler de devenir la femme de sir 
Thomas; mais en cédant à la volonté de son frère, 
elle conçut contre lui une rancune haineuse qui ne 
devait pus tarder à se faire jour 5 . 

Quant au duc de Norfolk, il fut fort vexé de cette 
intervention de Surrey, qui ruinail tous ses projets, et 
il témoigna très ostensiblement son mécontentement à 
celui-ci; |>ui<. au bout de quelques semaines, il oublia 
cette déconvenue et les relations normales se réta- 
blirent entre le Duc et son fils . 

1 D'après la rumeur publique du temps, la duchesse de Richmond mirait 
été une coquette. [Cronica del Rey Enrico VIII de Ingalalerra, ch. 64.) 

- Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, était la maîtresse de François I 
el exerçait sur la politique française une action dirigeante. 

" Voir les dépositions faites contre Surrey au mois de décembre suivant 
par la duchesse de Richmond, sir Gawin Carew el Edward il 
pièces, conservées au Record Office, ontétéen grande partie reproduites par 
M. Froude [History of England, chap. xxiu), mais mal interprétées par lui. 

4 On peut, pour toute cette affaire, s'en rapporter pleinement au récil 
très précis de lord Herbert. [Life and raigne of Kinge Henry the Eighih. 



540 DEUX GENTILblIOMJIES-POÈTES DE LA COUR DE IIEISRY VIII. 

Cependant les pourparlers de paix qui, depuis de 
longs mois, se poursuivaient sous les auspices de 
l'Empereur entre la France et l'Angleterre, avaient 
fini par aboutir; la question de Boulogne était réglée. 
Cette ville faisait retour à la France, mais à la condi- 
tion que dans un délai de dix ans cette Puissance 
aurait payé à l'Angleterre une forte indemnité; et en 
attendant ce payement, l'Angleterre restait en posses- 
sion de la ville. Telles étaient les bases sur lesquelles 
fut signé le traité le 7 juin 1546 * ; dès lors, les hosti- 
lités étant terminées, les rapports devaient être renoués 
entre les deux Cours. A cet effet, Henry VIII et François?' 
s'envoyèrent l'un à l'autre des Ambassades extraor- 
dinaires. Celle qui vint de France en Angleterre fut 
reçue par Henry VIII le 24 août au palais de Ha m p ton 
Court et, pendant les trois jours qui suivirent, traitée 
par lui à grands frais. Pour cette occasion, le Roi avait 
non seulement convoqué les principaux seigneurs du 
pays à venir par leur présenee ajouter à l'éclat de sa 
Cour, mais il avait décidé que chacun d'eux contri- 
buerait pour sa part à l'entretien de l'Ambassade fran- 
çaise; et tous, en conséquence, reçurent une réquisition 
leur enjoignant de fournir un certain nombre de 
chevaux fixé proportionnellement à leur situation de 
fortune; Surrey fut taxé à deux 2 . 

En dehors de l'ennui de remplir cette obligation 
inattendue, le Comte paraît n'avoir trouvé à Hampton 
Court que du plaisir. Il fut de toutes les fêtes, et il 
eut la satisfaction de pouvoir y faire valoir son droit 
de préséance sur lord llertford, bien que celui-ci, chargé 

1 Rymer's Fœdera, vol. XV, 7 juin 1546. 

- Remembraunce for ihc Ambassodors" placing and pastime, août 1546. 
(British Muséum, Cotton ms. Vespasicn C. XIV, première partie, loi. 80-88.) 



RETOI l; DE LORD SI RREÏ A LA COUR. 341 

en sa qualité de Grand Chambellan de régler le céré- 
monial de la réception des ambassadeurs, lût peu dis- 
posé à céder le pas à son jeune rival 1 . 

Ce petil triomphe devait être, hélas! la dernière 
lueur joyeuse dans la vie du Comte. 



1 Une liste (1rs invités aux fêles, avec leur classement par ordre de pré- 
séance, se trouve au I>iiti-li Muséum. (Cotton ms. Appendn 28, fol. 101.) 
Comme Grand-Chambellan [lord Bigh Chamberlain), lord Hertford prenait 
le pas -m tous les Pairs de son degré, c'est-à-dire sur tous les Comtes 
Pairs, niais il devait le céder aux lil- aînés de Ducs el par conséquent à 
Im.l Surrev. 



CHAPITRE XIV 

Arrestation, jugement et supplice de lord Surrey. 



Durant toute sa vie, lord Surrey n'avait jamais cessé 
de se montrer excessivement fier de son origine royale 
et de s'en targuer en toute occasion. Cette vanité devait 
contribuer à sa perte. 

Le 7 octobre, se trouvant à Kenninghall dans le châ- 
teau paternel, il fit peindre sur un panneau dans son 
appartement particulier un écusson qu'il s'était com- 
posé par la réunion des armoiries des principales 
familles nobles dont il descendait. Nous n'avons pas la 
prétention de blasonner ici cet écu qui ne comptait 
pas moins de douze quartiers 1 ; il suffira de dire qu'il 
renfermait et les armes d'Angleterre, et celles qu'une 
tradition évidemment fausse attribuait à Edward le 
Confesseur 2 . 

Assumer dans son blason des emblèmes qui appar- 
tenaient en propre à la famille royale n'était pas une 

1 Le dessin de cet écusson se trouve au British Muséum (Harlcian 
ins. 1455, fol. 6fl); il a été reproduit par Henry Howard of Corby. (Indi- 
calion of memorials ofthe Howard family.) 

- L'art héraldique n'ayant pris naissance qu'au temps des croisades, 
Edward le Confesseur n'avait pas pu avoir d'armoiries véritables. Celles 
qu'on lui prêtait, riaient d'azur à la croix alésée et fleuronnée d'or, accom- 
pagnée de cinq merlettes du même posées en orle. 



ARRESTATION, JUGEMEN1 II SOPPLICE DE LORD SURREY. "i" 

innovation de la pari de Surrey; depuis longtemps, 
il écartelait les eroisettes des Howards des léopards 
d'Angleterre; el cette prétention parfaitement justifiée, 
mais que son père le duc de Norfolk évitait, en cour- 
tisan avisé, il»- Faire valoir, avail été plusieurs fois 
remarquée en des occasions assez publiques pour n'être 
plus ignorée * 1 « - personne. Ainsi, en 1545, durant 
l'enquête ouverte à la suite des désordres survenus 
dans la Cité, — désordres que uous avons racontés plus 
haut 1 , — un témoin avail déposé que Surrey portail 

dans - îcusson des armes qui ressemblaient forl 

à celles du Roi; si cette déclaration avail pu donner 
lieu à un grief quelconque, les magistrats de la Cité 
n'auraient pas manqué d'en faire usage; mais per- 
sonne ne Lrouva alors répréhensible que le Comte se 
servît de son blason pour affirmer son origine royale*. 
Depuis, en 1545, entre son retour de Portsmouth el 
son départ pour Guines . Surrej avait eu à Lambeth 
avec le roi d'armes (kinq al a nus) de l'Ordre de la 
Jarretière, un certain Ghristopher Barker*, une longue 
discussion sur ses droits en matière d'armoiries; Bar- 
ker avait soutenu qu'aucun particulier ne pouvail pré- 
tendre à porter celles du Confesseur; mais Surrey, s'ap- 
puyant sur une charte octroyée à son ancêtre rhomas 
Mowbray «lue de Norfolk par le roi Richard II . avail 
contredit le spécialiste et déclaré qu'il ne modifierai I 



1 Voir chapitre ix. 

- Témoignage porté par la landlady de Surrej (Record Office); celte 
pièce a été transcrite par M Froude. [History of England, ehap. sx.) 

3 \ oir chapitre xu. 

1 Ce Christopher Barker fui n immé chevalier du Bain le 20 février 1547 
immédiatement après la morl de Surrevj dont il avait facilité la condam- 
nation par ses déclarations. 

r> Voir An-t îs's Registntm Garterii, vol. I. page I7.'>. 



544 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

pas son écusson 1 ; certainement le Collège «les hérauts 
d'armes (Heralds' Collège) avait alors été averti par 
Barker de cette discussion; et comme il ne fit pas par 
la suite d'observations au Comte, c'est rjue celui-ci 
n'en méritait pas 2 . En somme, on le voit, Surrey ne 
pouvait s'imaginer commettre un acte tant soit peu 
délictueux en faisant peindre son écusson sur un pan- 
neau 7 '; et cet écusson n'aurait jamais été incriminé, 
si les circonstances n'avaient donné à des ennemis 
l'idée d'en tirer parti pour perdre le Comte. 

Il était devenu évident aux yeux de tous que le Roi 
se mourait; et comme le prince Edward venait seu- 
lement d'achever sa neuvième année, on se deman- 
dait ouvertement à la Cour qui serait régent du 
Royaume durant sa minorité. Lord Surrey ne dis- 
simulait pas son idée que son père comme premier 
duc d'Angleterre 4 devait de droit être choisi; et il 
déclara hautaincment cette opinion devant un de ses 
anciens compagnons d'armes, un certain George Blage, 
qui était loin de la partager 3 . Celui-ci, qui avait em- 

1 Celle discussion, qui eut lieu le 7 août làio, est rapportée dans un 
manuscrit du Heralds' Collège à Londres (ms. L, fol. 14) et dans un autre 
du British Muséum, (llarleian ms. 297, fol. 2i36 b .) 

- Lord Surrey, tout au moins, affirmait durant son procès, qu'il avait 
pour lui l'opinion du Collège des Hérauts : — « The especiallest matter 
wherewith lie was charged, was for bearing certaine armes that were said 
helonged to the Kinge and Prince: the bearing whereof lie justified that, 
;is lie tooke it, lie might beare them as belonging to his ancestors, and 
withall affirmed that lie bad the opinion of the heraults therein. » (John 
Stiiw's Chronicle of England.) 

' Il faut rejeter comme un roman sans valeur tout le récit de la Cro- 
nica del lie y Enrico de Ingalaterra ; le chroniqueur reproduit sans contrôle 
liius les bruits qui avaient cours dans le monde commerçant de la Cité. 

4 11 n'y avait alors que deux ducs en Angleterre, et le second Henry 
Brandon, duc deSuffolk, n'était pas encore adulte. 

■'• Blage ('lait un propriétaire terrien du Kent, a man of [air lands, dit 
Wriothesley. {Chronicle, Caniden Society.) 



ARRESTATION, JUGEMENT ET SUPPLICE DE LORD SUilREY. 345 

brassé les doctrines luthériennes el qui pour cette 
cause avait failli toul pécemmenl subir le supplice 
du feu, ne pouvail pas recevoir d'une oreille indif- 
férente l'annonce que le duc de Norfolk, un des |>lus 
acharnés persécuteurs des réformateurs, allail être 
chargé du pouvoir souverain; aussi riposta-t-il au 
Ci. mie qu'il espérait bien qu'un tel malheur ne se 
produirai I pas, et là-dessus il s'engagea entre eux 
une dispute très chaude dans laquelle ils unirent 
par s'invectiver et se menacer 1 . 

Celte altercation lit quelque bruit, el l'attention publi- 
que fui ainsi appelée sur les aspirations politiques de 
lord Surrey. L'imprudenl se mit davantage en évidence, 
en annonçanl sans aucune circonspection tout ce qu'il 
comptait faire le jour où son père sérail le maître du 
pouvoir : il protégerait celui-ci et ruinerail celui-là 2 . 

De pareille^ déclarations étaient, on le pense bien, 
propagées avec une grande rapidité; et connue de 
raison, tous ceux qui se savaient menacés commen- 
cèrent à chercher les moyens de se garantir en rédui- 
sant le duc de .Norfolk et son ûls à l'impuissance. .Mais 
quel grief alléguer pour indisposer le Roi contre ces 
deux seigneurs? les calommies de lord lire\ étaient 
éventées; en désespoir de cause el le temps pressant, 
on s,- rabattit sur les armoiries du Comte'. 



1 Ces faits sont rapportés dans la déposition faite par un certain Edward 
Hogers lors du procès du Comte. (Record Office.) 

- Déposition de la duchesse de FUchmond (Record Office); la plupart 

des dépositions faites contre le Comte ont été reproduites soit par M r Fi le, 

soit par l'auteur de l'édition aldine des œuvres du poète. 

3 Tous les auteurs du temps s'accordent à dire (nie Surrej fut viclimc 
de la calomnie ; on peul voir notamment ce que disent Churchyard [Chur- 
chyar des charge, îoco citato) el Chaloner [De republicà Anglix instau- 
randâ, livre lit 



7,iï> DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HE.NRY VIII. 

Ce fut un ami d'enfance, sir Richard Southwell, qui 
se chargea de formuler l'accusation 1 ; il alla dénoncer 
au Conseil Prive l'écusson que le Comte avait fait 
peindre à Kenninghall et qui constituait, affirmait-il, 
un véritable acte de conspiration et de lèse-majesté. 
D'après les dires de Southwell, Surrey avait placé les 
armes d'Angleterre dans le premier quartier de son 
écu, ce qui, toujours d'après Southwell, signifiait que 
le Comte se considérait comme ayant un droit direct à 
la Couronne; or le fait était faux, Surrey n'avait placé 
les armes royales qu'au second quartier, et encore il 
avait eu soin de les différencier en colletant les léo- 
pards 2 . Sir Richard voulait voir un autre acte crimi- 
nel dans l'introduction, dans l'écu en cause, des armes 
d'Edward le Confesseur; le Comte — il est vrai, et sir 
Richard le reconnaissait — avait brisé ces dernières 
d'un lambel, mais ce lambel était celui du prince 
Edward, du lils et successeur présomptif du Roi; 
c'était donc une indication bien nette de l'intention 
de lord Surrey de se poser en héritier du trône. 
Pareille accusation nous semble aujourd'hui tout 

1 Dans une ettre datée du 15 octobre 1556 et que nous avons citée au 
chapitre vi, Surrey nomme Southwell « my friend ». Depuis lors, ils 
avaient servi ensemble à Boulogne, où Southwell semble avoir été à la lête 
du service de l'intendance et de la prévôté. (Acts of the Privi/ Council, 
2 et 25 septembre 1545.) Southwell avait été armé chevalier en 1542. 

- D'après les règles héraldiques, dans un écu écartelé le premier quartier 
doit être rempli par les armes des agnats; Surrey s'était conformé à celle loi 
en posant les premières à dextre, les armes des Howards. Mais même s'il 
avait disposé son blason ainsi que le prétendait Southwell, il n'aurait pas 
commis un acte sans précédent. Le comte de Wiltshire, en effet, avait 
porté d'Angleterre au premier quartier. En revanche, on a allégué à tort 
l'exemple du comte de llertford ; celui-ci portait bien les léopards non dif- 
férenciés en cette même place, mais ils étaient relégués dans un canton 
triangulaire posé en chef; cette disposition a été conservée parles descen- 
dants de ce l'air, tant dans la blanche des ducs de Somerset que dans 
celle des marquis de llertford. 



ARRESTATION, JUGEMENT ET SUPPLICE DE LORL si |;l;iv 341 

à l'ait enfantine; el nous sommes étonnés de ce 
qu'elle ait pu être accueillie comme sérieuse par 
le Conseil Privé. Avoir assumé, même indûment, 
des attributs royauj dans son blason étail un délil 
de vanité qu'il était inouï d'assimiler à un crime de 
liante trahison; et pour trouver raisonnables les dé- 
ductions de Southwell, il fallait l'esprit mesquin cl 
ombrageux tic Henry Mil '. 

Le Conseil Privé, qui connaissait les méfiances du 
maître, n'hésita pas sur la conduite à tenir; à peine 
la dénonciation reçue, il manda Surrej de Ken- 
ninghall à Londres et le lit comparaître devanl lui 
le 2 décembre en même temps que Southwell. Le 
Comte ne soupçonnait évidemment pas quel était le 
motif de sa citation; surtoul il ne s'attendait pus à 
s'entendre accuser par un ancien ami. Les imputa- 
tions de sir Richard le mirent hors de lui; au lien 
de se défendre par des arguments positifs, il se livra 
à de violentes récriminations; puis, s'exaspérant de 
plus en plus, il en vint à perdre la notion exacte 
des choses ,.| du lieu, el dans son désir do confondre 
sur l'heure son adversaire, il réclama du Conseil 
un véritable Jugement de Dieu; il voulait (pic séance 
tenante, Southwell et lui se dépouillassent de leurs 
vêtements et engageassent une lutte à la boxe; le 
résultat du combat montrerait de quel côté ('tait le 
bon droit. Le Conseil, on le devine, n'accéda pas ;'i 
cette demande de lord Surrey, el jugeanl que pro- 



1 « Tliey snv thaï both father and son (c'est-à-dire le duc de Norfolk ri 
lord Surrey) had conspired the death of the fcing and our Prince. (John 
llooper to Henry Bullinger, décembre 1540. — Original lelters concerning 
the Reformation, n" 23, Parker Society.) Telle étail bien l'interprétation 
faite par Henn Mil. 



3i8 DEUX f.ENTILSIIOMMES-POÈTES DE LA COUP, DE HENRY VIII. 

lonerer la confrontation des deux adversaires n'aide- 
rait pas à la découverte de la vérité, il ordonna une 
enquête et renvoya le Comte et sir Richard dans une 
maison de détention où ils resteraient jusqu'à ce 
que la lumière eût été faite sur la réalité des actes 
incriminés'. 

Surrey avait offensé trop de gens par sa franchise 
brutale et ses dédains orgueilleux pour que l'annonce 
de l'enquête ne fit pas immédiatement affluer contre 
lui les témoignages à charge. Toutes les rancunes, 
toutes les envies, qui n'avaient pas eu le courage de 
se manifester jusqu'à ce moment, se déchaînèrent 
aussitôt; et le Conseil Privé que lord Hertford semble 
avoir tenu alors à sa dévotion, enregistra avec em- 
pressement les dénonciations les plus absurdes. 

Il est piquant de rapporter entre autres celle que 
vint faire un cousin germain de Surrey, sir Edmund 
Knyvet 2 . Celui-ci avait eu jadis, en 1541, avec Thomas 
Clere, l'écuyer du Comte, peut-être au sujet des pré- 
tendues relations de ce dernier avec le cardinal Pôle, 
une violente altercation, dans laquelle il avait frappé 
jusqu'au sang son adversaire; l'affaire se passait à 
Greenwich dans le Jeu de paume, local privilégié 
où toute voie de fait était rigoureusement interdite; 
suivant la loi en vigueur, Knyvet, à la suite de cette 
infraction, avait été condamné à l'amputation du 

1 Pour tous les détails du procès du Comte, nous suivons comme un 
guide sur lord Herbert of Cherbury. En effet, partout où son histoire peut 
être contrôlée à l'aide de documents contemporains, elle se trouve exacte; 
c'est une forte présomption en faveur de la véracité de l'ouvrage en géné- 
ral. Aussi bien, lord Herbert a eu entre les mains beaucoup de pièces 
authentiques aujourd'bui détruites. 

J Sir Edmund Knyvet était fils de ladv Muriel Howard, sœur du duc de 
N'orfolk. 



ARRESTATION, JUGEMENT ET SUPPLIC] Dl LORD SURREY. 54fl 

poing droit, el peu s'en était fallu qu'il ne subîl 
cette peine; sa grâce lui étail arrivée, lorsqu'il étail 
déjà sur l'échafaud et que le bourreau se préparail 
; "' sa besogne 1 . Depuis, Knyvel en voulait au Comte, 
et I occasion de lui nuire se présentant, il la saisil 
avec un fol empressement. S'en prendre au maître 
du grief qu'on a contre l'écuyer, dénote déjà un 
petit esprit; la dénonciation de sir Edmund va nous 
donner la valeur exacte de l'homme. Il accusa son 
cousin d'avoir entretenu des rapports sociaux avec 
des personnes de nationalité non anglaise', «l'eu avoir 
même accueilli avec amabilité à sa table, d'avoir 
adopté certaines modes étrangères notamment en ma- 
tière «le costume, d'avoir eu à demeure chez lui un 
bouffon italien, et enfin, nous connaissons déjà cette 
histoire, d'avoir pris à son service un ancien domes- 
tique du cardinal Pôle. 

Une accusation plus grave et plus dangereuse fut 
portée par un homme qui était bien au courant de- 
dernier- incidents de la vie de Surrey. Sir Gawin 
Liirew •- travestit le rôle qu'avait tenu ce dernier lors de 
la récente tentative d'un mariage cuire la duchesse 
de Richmond et sir Thomas Seymour; loin d'avoir 
empêché sa sœur de contracter celte union, Surrey, 
daprès sir Gawin, avail énergiquement pressé la 

* Actt of the Privy Council; 27 avril 1541. Voir aussi les récits de 
Wriothesle] [Chronicle, etc.) et de l'Ambassadeur français Marillac. 
(Lettre a François] ' dn 14 juillet 1541. —Correspondance. .■(.-.. publiée 
par MM. Kaulek, Farges et Lefèvre-Pontalis.) 

'-' Il existe une lettre de Junius adressée en 1 5-4! 1546 à L'Ambas 

deur impérial van der Dilft, dans laquelle il exprime à celui-ci le désir 
qu'a lord Surre] de lui être présenté. [Hadriani Junii Epistolx.) 

•' La famille Carew a\ait embrassé les doctrines luthériennes el par con- 
séquent était ennemie du duc de Norfolk et de lord Surrey. 



550 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Duchesse d'accepter l'époux proposé; et rapportant 
comme ayant été des conseils sérieusement donnés ce 
qui n'avait été 'dit que par ironie, Carew prétendit que 
le Comte avait engagé sa sœur à s'insinuer par le 
moyen de sir Thomas Seymour dans les bonnes grâces 
du Roi de manière à devenir la maîtresse de ce dernier 
et à user ensuite de son influence pour favoriser l'élé- 
vation de son frère. 

Chaque jour le nombre des méfaits imputés à Surrey 
allait croissant, et personne ne prenait sa défense. Son 
père était à Kenninghall ; et ceux des conseillers privés 
qui suivaient en général l'impulsion de celui-ci se 
trouvaient absents de Londres, ou se taisaient dans la 
crainte de se compromettre. Bref, le Conseil jugea 
bientôt qu'il avait réuni des éléments d'information 
suffisants pour pouvoir se prononcer en connaissance 
de cause : Southwell fut relâché et des poursuites cri- 
minelles furent décidées contre Surrey 1 . 

Le duc de Norfolk, à la nouvelle que son fils aîné 
était retenu en détention préventive par ordre du Con- 
seil Privé, avait commencé à appréhender quelque suite 
lâcheuse; malheureusement il ne prit pas la peine de 
venir lui-même à Londres pour chercher à tirer Surrey 
d'embarras, et — démarche bien imprudente de la part 
d'un vieil homme d'État — il se borna à écrire à plu- 
sieurs des conseillers sur l'amitié desquels il comptait, 
les priant de s'entremettre en faveur du jeune homme. 
Une de ces lettres qui élait adressée à l'évoque de 



1 Odet de Selve, Ambassadeur de France, à l'amiral d'Anncbaut, 12 dé- 
cembre 1540 (Correspondance politique iVOdet de Selve, publiée par Ger- 
main Lefèvre-Pontalis) : — « Ayant esté accusé par maislre Sodrel, gen- 
tilhomme de la Chambre de ce Roy, lous deux ont esté mietz en prison, 
dont toutcsfovs ledict Sodrel a esté inietz hors comme l'on m'a dicl. » 






ARRESTATION', JUGEMENT ET SUPPLICE DE LORD Ml;l;n 351 

Winchester, Gardiner, tomba, on ne sail comment, 
entre les mains d'un adversaire politique iln Duc 1 ; 
peut-être les termes donl s'étail servi celui-ci étaient- 
ils peu mesurés; en toul cas le fail de prendre parti 
pour un conspirateur éveilla l'attention, el le Duc, 
soupçonné d'être complice de son lils. fui à son tour 
mandé à Londres par le Conseil Privé. 

Obéissanl à cette injonction, il comparu! le 12 dé- 
cembre devanl le lord Chancelier Wriothesle^ J . Nous ne 
savons quel interrogatoire il subit; mais, quoi qu'il 
pût dire, son sort était li\é d'avance, il (levait passer en 
jugement tout comme son fils. En conséquence, il fui 

in îdiatemenl arrêté, el d'Holborn, où se trouvail 

la demeure «lu Chancelier, il fut (•(induit en prison à la 
Tour; seulement, afin d'épargner à un homme d'Etat 
aussi considérable l'humiliation d'avoir à traverser 
tonte la Cité de Londres au milieu d'une escouade 
d'hommes d'armes, on le lit monter en barque à I loi— 
born même; el de là, par le Fleet el la Tamise, il pm 
arriver jusqu'aux escaliers de la Tour, sans avoir été 
exposé à la curiosité du public. 

Les mêmes égards ne furenl pas accordés à lord 
Surrey. Tiré de son lieu de détention 3 , il fut, égale- 
ment le 12 décembre, amené chez lord Wriothesle^ 
de la bouche duquel il apprit que, l'enquête ouverte 
axant révélé contre lui des laits suffisamment graves, 



1 Gardiner sul >îss;i i i alors une petite disgrâce et avait dû s'éloigner de 
Londres; vraisemblablement les lettres qui lui étaient adressées étaient 
interceptées. 

3 Sir Thomas Wriothesley, devenu pair d'Angleterre, avait été nommé 
lord Chancelier le *2 mai 1544 en remplacement de lord Audley, décédé. 

3 Le Comte probablement avait été envoyé au Porter's Lodge, petite 
prison d'attente située à l'entrée du palais de Westminster. On remarque 
l'analogie entre ce nom de Porter's Lodge et celui de notre Conciergerie. 



352 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUB DE HENRI VUI. 

il allait passer en jugement; puis il fut, comme son 
père, conduit à la Tour de Londres, mais à pied et à 
travers toute la Cité. Probablement, les ennemis du 

ate avaient calculé que ce trajet au milieu de quar- 
tiers populeux serait pour celui-ci une épreuve pénible, 
et que tous ceux qui avaient eu naguère à souffrir de 
sa hauteur, s'empresseraient, maintenant qu'il était dé- 
sarmé et voué presque certainement à la mort, pour 
le couvrir de huées ou de quolibets. 11 n'en fut rien. 
Surrey, en effet, quoiqu'il se lût toujours fort peu 
soucié des sentiments du peuple à son égard, se les était 
conquis par ses allures de grand seigneur; on aimait 
à Londres jeune homme si brillant, si fougueux. 
de mine si alticre, de tempérament si chevaleresque; 
aussi, tandis qu'il allait captif par les rues, la foule 
lui témoignait-elle une vive sympathie et proclamait- 
elle tout haut que c'était pitié de mettre à la Tour 
un aussi beau cavalier 1 . 

L'enquête cependant se poursuivait. Pour la faire 

plus complète, le Conseil Privé voulut opérer une 

perquisition à Kern - 11, et à cet effet il délégua 

là-bas trois commissaires spéciaux, armés de pleins 

irs, qui devaient tout mettre en œuvre pour 

i This vere the XIF day of december, the dewke of Norflbke and 

the verte of'Sorre hvs sonne were eomyttyd unto the tower of London: 

and the dewke weni be watler from the Lorde chaunseler's place in Hol- 

borne, and soo downe unto ihe wattersyde and so be watternnto the tower ; 

and hrs sonne the verle of Sorre went thorrow the cytte of London ma- 

etelamentaèion. » iChronicle of the Grey Friarsof London edited 

- Wriolhesley dit. d'autre part : — The 12* daye 

icember the duk S tke and the earle of Surrey his sonne were 

o the towre of London prisoners, the duke going hy uater : but the erle 

from my lord chauneelour's in Holborn through 

London by sir ÀnthonieWi . ipteine of the gard and the lieutenan 

of , s i r Waltei S Wriolhcslci/s Chronkle. Camden 



ARRKST4TI05. JUGEMENT ET SI PF'LICE I 

découvrir de nouveaux îodi - inspiration. Les 

noms des commiss - indique quelle impartialité | - 
sidail a ii x délibérations du Conseil Privé : le premier 
choisi fui sir Richard Soulhwell lui-même, celui qui 
avait dénoncé Surrej et qui certainement était disj 
à tout tenter pour - îin.-: les an s ient 

un certain Wymond Carew, frère ou cousin de 
sir Gawin qui avait si traîtreusement chargé Sun. 
et un scribe nommé John Gale, serviteur 

dévoué de Henn VIII*. 

s trois di . - partirent le 1*J décembi . - - 
à-dire !<• jour même où le duc S s<>n fils 

étaient enfermés à la Tour; mais bien <ju'il- Gssent 
diligence, la nouvelle de l'arrestation du Duc l<-$ avait 
pré - Kenningfa il. Ils trouvèrent donc a leur 
arrivée la j»lus s rnation répandue dan- 

If château; les serviteurs épouvan - s hâtèrent de 
leur ouvrir tou es les - il» purent ainsi, sans 

aucune difficulté, se livrei à des fouilles issi . :._ 
qu'infructueuses. Dans tous les papiers qu'ils saisi- 
rent, il n'y avait rien qui fournit matière à une 
seule char-.- nouvelle 3 . 

i 1 as dans leurs prévisions, lescommiss - épri- 
rent le chemin de Londres; il» ramenaient avec eux. 
conformément aux ordres du Conseil l'iivé. la mai- 
tresse du duc de Norfolk Elizabelb Holland et ai - 



1 Wymond Carew fol armé ch»~ . - 

ford, devenu . 

pen>e:- ceux qui l'avaient d< 

i John Gâte éijit on - - ...ire? que Henn MU. dt-u'Lu in 
de man . - - . ur lui au mo\en d'une 

. vol. \V. 1 • août 154 
' Le ::r. port des trois ... . 

- • 

- 



354 DEUX GENTILSiïOMMES-rOÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

la duchesse de Richmond. Le témoignage de ces 
deux femmes était, en effet, réclamé par les ennemis 
de Surrey qui croyaient avoir de bonnes raisons pour 
attendre d'elles des déclarations terribles contre ce 
dernier 1 . Au contraire, personne n'avait parlé de 
soumettre à un interrogatoire la comtesse de Surrey 
qui se trouvait également à Kenninghall; à quoi 
bon? elle eût cherché à disculper son mari 2 , or ce 
n'était pas de défenseurs qu'on avait alors affaire. 
Les commissaires laissèrent donc la Comtesse à Ken- 
ninghall disant qu'elle avait besoin de repos en raison 
de son état avancé de grossesse 3 . 

En dépit de toutes les suppositions, le témoignage 
d'Elizabeth Holland fut absolument insignifiant; par 
contre, la duchesse de Richmond, donnant cours à 
ses ressentiments, s'efforça de corroborer toutes les 
imputations dont était chargé Surrey. D'abord, elle 
répéta le récit qu'avait déjà fait, peut-être sous son 
inspiration, sir (iawin Carew : ^ Mon frère, » dit- 
elle, c< m'a sérieusement conseillé de travaillera devenir 
la maîtresse du Roi, afin que lui-même pût obtenir 
par mon entremise profit et honneurs. » C'était un 
mensonge habile, car il était impossible à réfuter; et 
si la Duchesse avait borné là sa déposition, non seu- 
lement le Conseil Privé, s'autorisant de sa parole, aurait 

' On savait que le Comte était on mauvais Lermes avec miss Rolland; 
el, d'autre part, sir Gawin Carew, dans sa déposition contre lui, avait du 
laisser entendre qu'il parlait avec l'aveu de la duchesse de Richmond. 

i C'est, du moins, ce qui parait probable. Mais cette femme était trop 
molle pour faire aucun acte de dévouement. Quoique ayant été, au moins 
dans les dernières années, chérie de son époux, elle l'oublia vite et se 
remaria peu de temps après sa mort. 

•• La comtesse de Surrey accoucha en février suivant d'une fille nommée 
Margaret qui épousa plus tard Henry lord Scrope of Bolton. 



ARRESTATION. JUGEMENT II M NI lu. DE LORD SURREY. 

eu entre les mains la meilleure arme pour frapper 
Surrey, mais encore la mémoire de celui-ci sérail 
demeurée ù jamais ternie. Heureusement, cette sœur 
vindicative voulu I encore nuire à son frère, el elle eul 
la maladresse d'ôter toute créance à ses dires, en 
émettant effrontément plusieurs assertions dont la 
fausseté était aisée à prouver. 

Elle parlait maintenant du blason tant reproché à 
Surrey. Le Comte, prétendit-elle, ayant rencontré dans 
un roman de chevalerie un dessin d'armoiries attri- 
buées ;i Lancelot du Lac et avant trouvé celles-ci à son 
goût, n'avait pas hésité à en meubler un des quartiers 
île son grand écusson; inutile de dire que c'était là 
une pure fiction, inventée par la Duchesse dans le seul 
luit de rendre son frère ridicule. Mais elle ajouta, ce 
qui était plus grave, qu'au-dessus de cet écusson il 
avait placé, en guise de cimiers, deux des emblèmes 
royaux, le bonnet de justice (cap of maintenance) 
et la couronne d'Angleterre. Or ce bonnet de justice 
était un simple bonnet fourré d'hermine que tous les 
Howards portaient depuis longtemps au-dessus de leurs 
armoiries 1 , et par lequel ils indiquaient que leurs pre- 
miers auteurs avaienl rempli jadis des charges dans 
l'administration judiciaire du pays. Quant à la cou- 
ronne, ce n'était pas celle d'Angleterre, el Surrej ne 
l'avait pas placée en cimier. A cet égard, il importe 
de savoir que le premier duc de Norfolk*, en récom- 
pense de -a victoire de Flodden sur le roi d'Ecosse 



1 Nous trouvons notamment ce cimier en 1515, c'est-à-dire près de 
cinq ans avant la naissance de Surrey, surmontant les armes de lonl 
KdmunJ Howard. (Brilish Muséum, Cotton ms. Claudius C. III. li-t.- des 
chevaliers armés après la bataille de Flodden.) 

1 Le premier, selon la cnmputation du temps. 



356 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Jacques IV, avait reçu de Henry VIII la permission 
d'ajouter à l'écusson familial un franc canton meublé 
de la partie supérieure des armes d'Ecosse 1 ; le grand- 
père et le père de Surrey avaient chargé de ce canton 
une bande brochant sur les croisettes des Howards; 
le Comte préféra le placer au cinquième quartier, c'est- 
à-dire au centre, de son grand écu. La couronne, dont 
parlait la duchesse de Richmond, était donc celle des 
Stuarts qui surmontait, non pas l'ensemble du blason 
de Surrey, mais uniquement le petit écu contenu dans 
le cinquième quartier; et pour confondre cette cou- 
ronne avec celle des Tudors, il fallait ou une grande 
ignorance, ou une insigne mauvaise foi, attendu que 
la première était une couronne ouverte" et la seconde 
une couronne fermée r '. À la suite de toutes ces décla- 
rations aisément réfulables, il était impossible de pren- 
dre au sérieux aucun des dires de la duchesse de Rich- 
mond; malgré sa partialité, le Conseil Privé ne put se 
refuser à cette conclusion forcée, et il laissa tomber, 
sans en rien relever, toutes les imputations de cette 
femme haineuse. 

Cependant, puisque le procès du duc de Norfolk et 
de lord Surrey était chose décidée, il fallait dresser 
un acte d'accusation, en extrayant du fatras de toutes 
les dépositions quelques griefs présentables. Henry VIII 

1 Certaines différences étaient stipulées; la langue du lion notamment 
devait être traversée d'une Qèche. (Record Office, PatenCs Henry VIII, 
part s " d , membrane 14.) 

- Elle l'était, du moins, en 1 5 1 i, date de la concession faite au duc de 
Nui folk par Henry VIII. (l'est seulement en 1556 que Jacques V, qui par- 
tait pour la France et désirait faire belle ligure dans ce pavs, ferma sa 
couronne. 

r> Tous ces détails héraldiques peuvent être vérifiés sur les dessins que 
nous avons déjà mentionnés. (Uarleian ras. n° 1453, fol. 69, et Henry 
Howard of Corby's Indications of mcnioriclsof (lie Howard family.) 






ARRESTATION, JUGEMENT ET SUPPLICE DE LORD SURREY. 351 

lui-même, si extrême que lût sa faiblesse, voulul s'em- 
ployer à celte tache; il lii rédiger par le lord Chan- 
celier Wriotheslej une sorte de questionnaire qui 
mentionnait les plus sérieuses des allégations portées 
contre Surrey, el auquel auraient à répondre les 
juges; sur la minute de Wriotheslej se li^cni les 
quelques corrections informes que le Roi de sa main 
inerte essaya de faire 1 . L'efforl qu'il s'imposa uous 

montre combien était grande son ani site contre 

les deux accusés. Ombrageux jusque dans la mort, 
Henry crut fermement que le duc de Norfolk el lord 
SiinvN avaient ourdi contre lui une véritable conspi- 
ration*; el jusque dans la mort il eut soif de ven- 
geance. Tel fut certainement le dernier sentiment 
hit'ii net (|ui agita ce tyrannique souverain. 

Dans son questionnaire, lord Wriothesle} avait eu 
soin d'omettre les charges trop futiles ou manifeste- 
ment fausses; cependant le Conseil Privé trouva que 
celle pièce n'étail pas encore telle qu'elle pût sans 
inconvénient être soumise à l'examen d'un jury; e1 
après réflexion, on ne retint qu'un seul chef d'accu- 
sation : lord Surrey el son père s'étaient rendus cou- 
pables de haute trahison, le premier en usurpant les 
armes d'Edward le Confesseur telles que pouvait seul 
les portei' l'héritier du trône, et le second en ne dévoi- 
lant pas cet aele criminel. Tel est l'unique chef inen- 



1 Cette pièce se trouve au Record Office; M Froude l'a transcrite dans 
son histoii e. 

- li avail pris soin de faire officiellement notifier aux divers souverains 
qui ;i\;iient connu les accuses, c'est-à-dire au roi de France, à l'Empe- 
reur el à la Reine Régente des Pays-Bas, le prétendu danger auquel il 
venail d'échapper miraculeusement. Les lettres dans lesquelles les Ambas- 
sadeurs anglais rendent compte de leur démarche, onl été publiées dans 
1rs State Papers (vol. XI, n ' I 159, 1462 el I 165 . 



358 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

lionne dans l'arrêt de mise en accusation qui fui 
rendu le 7 janvier, conformément à l'avis d'un grand 
jury, par des commissaires royaux siégeant à Norwich 1 ; 
or nous pouvons être certains que le grand jury et les 
commissaires, se conformant à la pratique courante, 
reproduisirent intégralement dans l'arrêt l'acte d'accu- 
sation qui leur avait été soumis. 

Il fallait maintenant en venir au jugement. Celui 
du duc de Norfolk qui, comme Pair du royaume, 
n'élait justiciable que d'un tribunal extraordinaire, 
tut déféré au Parlement; Surrey, au contraire, qui 
était simple citoyen (commoner), passa devant un 
jury; aussi dans son cas la procédure fut-elle beaucoup 
plus rapide. Le 10 janvier, trois jours après le pro- 
noncé de la mise en accusation, les juges furent dési- 
gnés par le Roi ou plutôt par le Conseil Privé qui 
désormais dirigeait en son nom toutes les affaires; la 
liste de ces juges est de nature à nous étonner; on 
v voyait figurer à la suite du lord-maire de Londres, 
personnage insignifiant destiné à remplir les fonctions 
de président 8 , tous les membres du Conseil Privé qui 
avaient instruit le procès : d'abord lord Hertford, le 
pire ennemi de Surrey, puis le lord sénéchal Saint- 
John, le lord du Sceau Privé Piussell, le grand amiral 
Lisle, le grand écuyer sir Anthony Browne, le secré- 
taire d'État Paget, en somme tous gens qui ayant déjà 
déclaré le Comte coupable, avaient intérêt à ne pas se 

1 Toutes les pièces de la procédure sout au Record Office. [Baya de se- 
cret is, pouch XIV.) 

- Uenn Hubarthorne, tord-maire de Londres, fut armé chevalier peu 
d • jours après le procès; c'est un fait très significatif que tous ceux qui 
eurent pari à la condamnation de lord Surrey furent récompensés sans 
délai. 



ARRESTATION, JUGEMENT II SUPPLICE DE LORD SURREÏ 550 

contredire en aidant à son acquittement; ci, en outre, 
tous nobles nouveaux ou, pour parler comme Surrey, 
intrus dans la noblesse, qui éprouvaienl un certain 
plaisir à accabler ce gentilhomme hautain dont ils 
avaient si longtemps subi la morgue. 

Il est vrai que dans un procès en Angleterre, le 
pôle le plus important n'appartienl pas aux juges, 
mais aux jurés; car ce sonl ces derniers qui pro- 
noncent sur la culpabilité de l'accusé. Dans l'espèce, 
les faits incrimines s'élanl passés à Kenninghall dans 
le comté <lc Norfolk, les jurés devaient être tirés au 
sorl parmi les habitants de ce comté ayanl le droil 
de vote: or quel résultat donnerait le sort ayant à 
s'exercer dans un pays où les Howards habitaient de- 
puis un temps immémorial el étaient très populaires? 
Le shériff tourna cel écueil; il remplaça le sort par 
le choix, et. cela va de soi, il eut soin de ne dési- 
gner que des jurés absolument surs. Dans son ardeur 
à bien faire, il avait inscrit sur sa liste les noms de 
trois personnes manifestement hostiles à Surrey, no- 
tamment de sir Edmund Knyvel dont nous avons plus 
haut analysé le témoignage; la réflexion venant, il eut 
un scrupule, cl il écrivit aux jmjes pour leur deman- 
der s'il était à propos de porter ces tois personnes 
sur la liste de celles prétendument désignées par le 
sort pour l'aire partie du jury. Les juges eurent la 
pudeur de répondre que ces noms devaient être effacés; 
mais cel incident prouve avec quel soin fut recruté 
le jury; on pouvait compter sur sa servilité 1 . 

Dès lors, tout était prêt pour le jugement, et l'au- 
dience fut fixée au lô janvier au (iuildliall de Londres. 

1 Voit' Haga de iecrelis, pouch XIV. 



360 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Il y avait juste un mois que lord Surrey avait été mis 
à la Tour. Dans cette prison il avait été traité fort ho- 
norablement; afin qu'il ne souffrît pas du froid, sa 
chambre avait été tendue de tapisseries; et ses repas 
lui étaient servis dans de l'argenterie empruntée pour 
son usage à la Trésorerie royale 1 . Au surplus, la capti- 
vité de lord Surrey fut ce que sont presque toutes les 
captivités; aucun incident particulier ne la marqua*. 
Pour s'occuper, le Comte composa des vers; il en 
avait déjà composé en décembre durant sa prison pré- 
ventive. Mais alors, — pour emprunter ses paroles, 
— il ne doutait point que le « Seigneur briserait les 
desseins sanguinaires de ces hommes courroucés qui 
l'épiaient pour l'égorger avec les siens" »; alors il 
était encore le bouillant jeune homme qui ne par- 
donnait pas les injures et dont la colère était si vio- 
lente. Aussi la traduction qu'il entreprit de faire à 
ce moment du 54 e psaume, n'est-elle pas une tra- 
duction véritable : rarement paraphrase fut plus 
libre; le texte sacré n'est pour Surrey qu'un thème 
dont il s'écarte sans cesse pour se répandre en in- 
vectives contre sir Richard Soutlrwell, « l'ami qui 
l'a trahi'' ». A la Tour, le poète changea de ton; dé- 
sormais il avait perdu tout espoir et ne pensait plus 
qu'à se préparer à une mort prochaine: ses vers alors 



1 British Muséum, Addit. ms. n° 5751, fol. 501. Relevé des fournitures 
faites par la Trésorerie royale au gouverneur rie la Tour pour le compte 
du duc de Norfolk et de lord Surrey. 

- La tentative d'évasion donl parle la Cronica del Reij Enrico Olavo 
nous semble une pure fiction. 

3 It was the Lorde that brake the bloody compakts of those 
That preloked on with yre tu slaughter me and myne. 
(Œuvres de lord Surrey. psaume 54.) 

'• Œuvres de Surre\ : Give ear lo my suiL Lord, etc. 



\l;l;l>l \ 1 1 < > n h ( ,i mi \| i i si l'I'l ICI DE LORD SURREY. 361 

revêtent un caractère profondémenl religieux; ils res- 
pirenl le renoncement el la résignation. Comme pièces 
composées par lord Surrej dans sa dernière prison, 
nous citerons la traduction de VEcclésiaste qu'il n'eul 
pas le temps de pousser plus loin que le cinquième 
chapitre 1 , et celle des 72' el < s 7 psaumes. 

Ce qu'il importe de remarquer surtout (Lins ces 
poésies écrites à l'heure suprême, ce sont les deux 
prologues. Celui du 72 psaume esl adressé à George 
Blage, avec lequel le Comte, on s'en souvient, avait 
eu celte querelle, prélude de son malheur; el celui 
du NT' à sir A.nton;j Denny, un confidenl intime de 
Henrj VIII. qui avait dû avoir part à l'arrestation de 
Surrey*. Mais, à la veille de mourir, le poète voulait 
témoigner à ses ennemis qu'il oubliait tous les dis- 
sentiments de ce bas monde et ne s'inquiétait plus 
que de son passage dans l'autre vie : Ma ruine sou- 
daine o, disait-il à Blagc, « me désespérait, el il s'éle- 
vait en moi de-- appréhensions telles que je commen- 
çais à faiblir et à perdre tout courage. Mais maintenant, 
mon cher Blage, grâce à cette lumière bienfaisante 
que me procurent les psaumes du Roi David, je mm- 
quel était mon aveuglement '. 

1 Surre] nous indique lui-même qu'il composa sa traduction de l'J < 
clésiaste durant sa captivité à la Tour: il dit, en effet, au iv' chapitre : 
In prison hâve I teen or this a woful wighl, etc. Précédemment Surrej 
n'avait été enfermé qu'au Fleet; car ses détentions préventives, soit ;i 
Windsor en 1537, soit la dernière subie probablement au Porter's Lodge, 
n'étaient pas considérées comme de véritables emprisonnements. 

- Sir Anton] Denn\ était un des secrétaires délégués pai Henrj Mil 
pour apposer la grille royale sur les actes officiels. 

3 This bred despair; whereofsuche doubts did grovi 
Thaï I gan fainl and ail mj courage l'ail. 
But nowe, mj Blage, myne errour well I see 
Sucb goodly Ûght Kinge David givelh me. 
Œuvres <le lord Surrey, psaume 72.1 



562 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

Tels n'étaient pourtant pas exactement les sentiments 
qui animaient le Comte quand, le 15 janvier, il com- 
parut au Guildhall devant le tribunal. En cette occa- 
sion, sa fierté naturelle se réveilla, et quoique ayant 
déjà fait le sacrifice de sa vie, il ne voulut pas se 
laisser immoler sans avoir proclamé son innocence. 
Peut-être n'est-il pas sans intérêt de rapporter ici 
un petit trait qui indique combien Surrey conserva 
jusqu'au bout le sentiment de sa dignité : désireux 
de se présenter devant ses juges dans une tenue ap- 
propriée aux circonstances, il s'était fait faire un cos- 
tume de couleur sombre, pour le payement duquel 
il dut, vu sa pénurie, recourir à la bourse du lieute- 
nant de la Tour'. 

Le Comte avait été amené au Guildhall à neuf heures 
du matin; et aussitôt, lecture de l'acte d'accusation 
ayant été donnée par le lord Chancelier, l'interrogatoire 
et l'audition des témoins commencèrent. Pendant huit 
beures, Surrey tint tète à toutes les attaques, et il 
réussit plus d'une fois à couvrir de confusion ses accu- 
sateurs dont la plupart certainement connaissaient 
moins bien que lui les règles héraldiques sur lesquelles 
roulait toute la cause". A la fin, le Comte, épuisé 



1 Une reconnaissauce de la somme prêtée est au Bnlish Muséum. (Ad- 
dit. ms. n° 24459, loi. 149.) Ce lieutenant de la Tour était sir YValter 
Stonor; c'est d'un de ses frères que descendent lord Camoys et la famille 
Slonor actuelle. 

' J Voici le récit du chroniqueur Stow : a The King then lying dange- 
rously sick, the carie of Surrey was arraigned in the Guild- liait of London 
before the lord maior, the lord chancelor, and other lords and judges 
being there in commission; soine thinges lie flatly dénie), weakening thé 
crédite of liis accusers by certaine circumstanees; others he excused with 
interprétations of his meanings to prove the same to be far otherwise than 
was alleadged againsl him. » — Le CJironicle of the Grcy Friars dit de 
son roté : (i The 13 lh dav of Januarii was the verle of Sorrev hrowte froni 



ARRESTATION, JCGEMEN1 ET SDPPLIC1 DE LORD SURREY. T>i>~> 

par cette longue épreuve el indigné de l'acharnemeni 
déployé contre lui, perdil un peu son attitude calme. 
Un témoin de basse condition s'élail vanté d'avoir relevé 
vertement des propos séditieui tenus par lui : < Kst-il 
probable, • riposta-t-il, qu'un comte de Surrey se 
soit laissé interpeller par un tel homme, sans lui ré- 
pondre par des coups? \ un autre moment, comme 
sir William Page! le torturait de questions, il infligea 
un affront cruel à la vanité du secrétaire d'Etal en le 
traitant de happe-chair » el <lc digne fils d'huissier 1 . 

Cependant les débats s'étaient assez prolongés; aussi 
bien ils n'étaienl qu'une pure formalité, puisque la 
sentence était arrêtée d'avance. Kn raison du seul fait 
d'avoir assumé les armes d'Edward le Confesseur, 
Surrey lui déclaré coupable de haute trahison ci 
comme tel condamné à être traîné sur la claie jus- 
qu'à Tyburn, éventré, émasculé, h mis en quartiers*. 

Cette sentence ne lui pas exécutée dans toute son 
horreur. Lord Surrey cul le même bénéfice que son 
cousin lord Rochford; il lui seulement décapité le 
10 janvier à Tower IMII. Sun corps ne lui pas non 
plus exposé sur le ponl do Londres; il lui directement 
transporté el enseveli dans l'église voisine de Barking 
consacrée à tous les Saints (.1// Saints')". 



tbe tower "l London unto Ihe yeldehalle of London, and there In- was 
l'i "m IX, unlo \t vas Y at nyght. » 

1 Cronica del Rey Enrico Olaro de ïngalatevra. Le père de Pagel 
avait été huissier (bailiff). 

- Per médium civitatis Londoniœ usque ail fun as de Tyburn Irahalur, 
et ibidem snspendalur et vivens ail terram proslernatur, el interiora sua 
extra ventrem suum capiantur, ipsoque mente comburantur. El quod 
caput ejus amputetur, quodque corpus ejus m quatuor partes dividatur, ac 
quod caput et quarteria illa ponantur ubi Dominus Res ea assiguare vo 
luerit. b \Baija de Secretis, pouch XIV.) 

3 Les restes de lord Surrey furent plus tard transportés à Framlingham. 



364 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

La lenteur de la procédure parlementaire sauva le 
duc de Norfolk; il fut bien condamné à la peine capi- 
tale comme complice de son fils; mais Henry YJII étant 
venu à mourir avant que la griffe royale ait pu être 
apposée sur la sentence, cet événement sauva le vieil 
homme d'Etat, qui fut seulement retenu prisonnier à 
la Tour durant tout le règne d'Edward YI. A l'avè- 
nement de Mary, le Duc fut relâché, et un acte du 
Parlement déclara que la condamnation portée contre 
lui ('tait nul et do nul effet : le môme acte statuait 
que la famille Howard, héritière des Mowbrays, avait 
le droit imprescriptible d'assumer les armes d'Edward 
le Confesseur 1 . Il était impossible de proclamer plus 
nettement que le comte de Surrey avait été injuste- 
ment condamné; sept ans avaient suffi pour amener 
ce revirement. 



1 .1/; acl declarynge the supposée! attainder of Thomas duké of Norfolk 
lo br voyd and of none effect. (Cambridge, University library, Baker 
ms. ." i, n° 281.) 



CM ^PITRE W 

Légende formée sur le nom de lord Surrey. 

Ses relations 

avec lady Elizabeth Fitzgerald et la comtesse de Hertford. 



Voilà, telle que nous avons pu la reconstituer, quelle 
Fut m réalité la vie < 1 « - lord Surrey; il nous reste à 
dire quelques mots de la légende qui, cinquante ans 

environ après sa il. se forma sur son nom el qui 

a en cours sans conteste jusque vers le commence- 
ment de ce siècle. 

Le Comte, racontait-on, étail parti un jour d'An- 
gleterre pour courir le contiuenl en quête d'aventures. 
A Middelbourg en Zélande, il rencontra un magicien 
qui lui lii voir dans un miroir l'image de la Belle 
Géraldine; et aussi t <"> t le Comte, frappé d'enthousiasme, 
tomba éperdument amoureux <\r cette femme. Alors 
il avait traversé toute l'Europe, proclamant les 
charmes incomparables de son adorée e1 défiant au 
combat quiconque ne voulait pas convenir de la supé- 
riorité de Géraldine sur tout son sexe. Déjà à Florence, 
il avait, dans un tournoi, soutenu son assertion la 
lance à la main, contre toul venant; et il se prépa- 
rait à de nouvelles luttes dans d'autres villes d'Italie 
quand il l'ut rappelé en Angleterre par Henry VJIJ. 



566 DEUX GENTILSHOMMES-POETES DE LA COUR DE IIEMIY VIII. 

Tel est le récit fantastique que publia un ingénieux 
romancier de la fin du xvi c siècle, Thomas Nash, en 
le semant de ci et de là de pièces de vers de sa com- 
position qu'il attribuait à lord Surrey 1 . Probablement 
personne n'aurait cru à la véracité de ce récit de Nash, 
— ■ pas plus qu'on ne crut à l'authenticité des vers 
qu'il prêtait à Surrey, — si, bientôt après, le poète 
Michael Drayton n'avait repris le même thème et ne 
l'avait traité avec plus de vraisemblance. Supprimant 
les traits les plus fantastiques du roman de Nash, 
Drayton supposa seulement un échange de lettres 
en Ire Surrey s'attardant en Italie pour faire proclamer 
dans les tournois la beauté supérieure de sa dame, 
el Géraldine languissant en Angleterre dans l'attente 
de son chevalier 2 . Dans ces lettres, — ce qui est 
fâcheux, puisque par là il abusa la crédulité du pu- 
blic, — Drayton donna sur la vie de Surrey plusieurs 
indications exactes dont on peut aujourd'hui encore 
s'autoriser avec profit; mais de même qu'on ne fonde 
pas un travail historique sérieux sur les héroïdes 
d'Ovide, de même on n'aurait pas dû considérer celles 
de Drayton comme un document pleinement probant. 

Nous savons déjà que Surrey n'alla jamais en Italie; 
car un voyage d'Angleterre en ce pays exigeait au 
xvi'' siècle un temps considérable vu la difficulté des 
communications, et il n'aurait certainement pas pu 
s'accomplir dans un de ces intervalles relativement 
courts qui séparent les divers événements relatés 



1 The unfortunate traveller or lift' of Jack Wilton », 15'Ji. — Au 
sujel de Nash, on consultera avec fruit l'ouvrage do M. Jusserand sur le 
roman anglais au temps de Shakespeare. (Voir de préférence l'édition an- 
glaise : The English novel in the lime of Shakespeare.) 

- Draylon's Eiujlamrs heroical epistlrs. 



I ÈGENDE I ORMEE SI R I l SOil DE LORD SI RREY. "..7 

dans le présenl travail 1 . Ainsi la légende édifiée par 
Nash et consolidée par Drayton se trouve pécher par 
la base; de celle conclusion toutefois, il ne ressort pas 
Décessai remeni que tous lt ^ éléments de celle légende 
soient absolument faux: à cotre avis, il sérail même 
extraordinaire que les ûctions de Nash el de Drayton 
n'aient pas eu pour poinl de départ une donnée pré- 
cise. En réalité, celle donnée existe, c'est le poème 
suivant de lord Surrej : 

-< De Toscane vint la noble race de nia dame: la 
belle Florence fut dans l'ancien temps le séjour de --es 
aïeux. L'île don I la côte liante fait l'ace du côté de 
l'Occident aux (alaises du sauvage Gallois, lui donna 
la chaleur vitale; elle fui nourrie avec le lait d'un 
sein irlandais: son père était un Comte, sa mère étail 
de sang princier. Depuis ses tendres années, elle 
réside en Grande-Bretagne auprès d'une ûlle de Roi, 
et là elle goûte la nourriture de l'esprit. Hunsdon la 
présenta pour la première fois à mes yeux; brillant 
est son teint, et elle s'appelle Géraldine. Hampton 
m'enseigna à désirer qu'elle fût à moi et Windsor, 



' Lu passage d'un auteur de la fin du svi siècle paraîtra peut-être con 
Iredire notre assertion (Puttenham's The arte of English poésie, liv. I. 
chap. ôl) : — i. lu the latler nul of the same King's (Henry VIU's) raigne 
(cette indication il'' temps a'esl pas toul à fait exacte), sprong up ;i new 
company of courtlj makers, ofwhom sir Thomas Wyal Ih'elderand llcnrj 
earle of Surrey were ihe tnw chieftaines, who having Iravailed into Italie 
;ni 1 there tasted the sweete and stately measures and stile ni' the [talian 
poésie, etc.... i Hais c'est au Gguré que parle Puttenham;il veuf dire que 

ces gentilshommes-poètes [courtly makers) avaicnl l'ail ui scursion 

dan» la littérature italienne. Dans le cas même où l'on tiendrait à inter- 
préter à la lettre \r- expressions de Pultenham, il sérail loisible de ne pas 
trouver chez lui la contradiction formelle de notre sentiment; il parle, en 
effet, d'une manière générale des poètes de la Cour de Henry Mil el n'af- 
firme pas, [Kir conséquent, que tous sans exception aienl voyagé en Italie; 
de fait, sir Thomas Wvat et sir Francis Brvan tétaient allés. 



568 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

hélas! me bannit de sa vue. Sa beauté lui vient de 
sa race, ses vertus lui viennent d'en haut. Heureux 
celui qui pourra obtenir son amour 1 . » 

Quelle était cette Géraldine, objet de ce joli poème? 
el quelle influence eut-elle sur la vie de lord Surrey? 
Lady Elizabeth Fitzgerald était la fille du comte de Kil- 
dare, un des principaux chefs de clan irlandais 2 ; 
arrachée de son pays natal à la suite d'une révolte diri- 
gée par sa famille contre la souveraineté anglaise, elle 
avait été placée, en raison des liens de parenté que par 
sa mère elle avait avec Henry VIII, dans la maison de la 
petite princesse Elizabeth et elle était élevée auprès de 
celle-ci 3 . Surrey la vit pour la première fois au château de 
Hunsdon dans le cours du printemps de 1557, et il 

1 From Tuskane came my ladies worthy race. 

Faire Florence -\vas soinetyme lier auncient seale. 

The western vie, vvhose pleasaunt shore dothe face 

Wilde Camber's clifs, did geve lier lively heate; 

Fostered she was with milk of Irishe brest ; 

lier sire, an earle; lier dame, of princes' blood. 

From tender yeres in Britain she doth rest 

With kinges childe, where she tasleth ghostly food. 

Honsdon did first présent her to mine yien; 

Bright is lier hewe, and Géraldine she hight. 

Harnpton me taught lo wishe her first for mine, 

And Windsor alas ! dothe chase me from her sighl. 

Her beauty, of kiud; her vertues, from above. 

Happy is lie, thaï can ohtaine lier love. 
(Œuvres de lord Surrey.) 

- Il esl curieux que les commentateurs n'aient pu avant la fin du siècle 
dernier établir l'identité de la belle Géraldine. (Horace Walpole's cata- 
logue of royal and noble aulhors; lord Surrey. — Collins' Supplément to 
llie peerage of England; lord Kildare.) Draylon pourtant avait donné 
vm nom. [England's heroical epislles : tlte lady Géraldine to Henry 
Howard.)kw sujet de lady Elizabeth Fitzgerald on peut consulter Rev. James 
Graves' .1 brief mémoire of the lady Elizabeth Fitzgerald; cet opuscule 
esl l'exposé de toutes les traditions conservées sur la belle Géraldine dans 
h famille Fitzgerald; cette famille, qui s'esl propagée jusqu'à nos jour-, a 
aujourd'hui pour chef le duc de Leinster. 

• Le personnel composant en 1557 les maisons des princesses Mai y et 



LOHD SDRREÏ KT l.\b\ ELIZABETH FITZGERALD. 369 

la revil bientôt après, au commencement de juillet de 
cette même année, à Hampton Court, où elle avait 
accompagné Elizabeth mandée par son père 1 . Lad} 
Elizabetfa Fitzgerald a'avail alors que dix ans; mais 
malgré son bas âge, sa beauté future se révélai! déjà 
et l'imagination du poète pressentit, à la vue do l'en- 
fant, ce que seraient un jour les charmes de la femme. 
L'impression qu'il éprouva fut même assez puissante 
et durable pour que, quelques jours après, alors qu'il 
était relégué à Windsor et, peut-être, encore sous le 
coup d'une peine fort grave, il ait compost' le poème 
que nous avons transcrit. Faire d'une enfant de dix 
ans l'objet d'un sonnet d'amour était bien l'œuvre de 
cette imagination effrénée qui, au même moment, 
faisait dire à Surrey qu'à l'âge de douze et treize ans 
il avait, ainsi que son compagnon le duc de Rieh- 
mond, connu tous les emportements de la passion*. 
L'impression produite parlady Elizabethsur le Comte 
fut, quoi qu'on en ait dit 3 , tout à fait passagère; il 
n'avait pas recouvré sa liberté, et déjà dans sa soli- 
tude il pensait à d'autres amours : « Quand les murs 
de Windsor soutenaient mon bras fatigué ». raconte- 
t-il dans une pièce que nous avons précédemment 
citée, « mon esprit évoquait les joyeuses peines de 
cœur, les querelles courtes et exemptes de haine qu'on 
a avec sa maîtresse et toute celte vie désordonnée qui 



Elizabeth nous est donné dans un manuscrit du British Muséum. (Collcn 
ms. Vespasian C. XIV, part. 1", lot. v J7i.) 

1 On trouvera les indications des déplacements de la princesse Elizabetli 
dans la publication de Frederick Madden (Privy purse expenses of (lie 
Princcss Mary.) 

i Voir chapitre ni, 

5 Le I) r Nott, en particulier, veut que toutes tes poésies de lord Surrey 
aient trait à la belle Géraldine. 

DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES _' i 



370 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUIl DE HENRY VIII. 

esl le propre des plaisirs d'amour »*. Nous voilà loin, 
n'est-il pas vrai? de l'admiration platonique pour la 
belle Géraldine; à l'image de l'enfant a succédé dans 
le souvenir du détenu l'image de femmes faites et 
facilement conquises. 

Plus tard, quand Surrey reparut à la Cour, il y 
retrouva lady Elizabeth 2 ; mais l'impression du premier 
moment ne se renouvela pas, et ce furent d'autres 
charmes qui captivèrent alors le Comte 5 . Si étrange 
que soit le fait, lord Surrey s'enflamma pour la femme 
de son ennemi, pour lady Hertford*; et il nous a laissé 
au sujet de la passion malheureuse dont il brûla pour 
elle des vers qui nous laissent deviner combien ardente 
était cette passion 5 . 



1 Whco Windsor walles susteyned my wcaried arme, 

to my raynde resorte 

The joly woes, thc hatelesse shorte debate, 
Tlie rakehell lyfe that longes to love's disporle. 
(Œuvres de iord Surrey.) 

- Lady Elizabeth Fitzgerald dut rester attachée à la personne de la pnn 
cesse Elizabeth jusqu'au mois de décembre 1542, date de son mariage avec 
le grand écuyer sir Anthony Browne (voir Privy purse expenses of thc 
princess Mary, publication de Frederick Madden); après cette date, elle 
fut retenue à la Cour en raison de la situation de son mari. 

r> Plusieurs des éditions anciennes de Surrey portent, dans le sonnet 
The golden gift, etc., l'apostrophe Now certesse, Garret, au lieu de Now 
cevtesse, ladic; le D 1 Nott, qui veut voir la Géraldine partout, dit que 
Garret est une contraction de Fitzgerald; nous inclinons plutôt à croire 
que c'est une abréviation pour Margarct et que le sonnet est adressé à 
une dame de la Cour ayant ce prénom. D'ailleurs, la pièce n'est pas fort 
amoureuse; il semble que le poète y plaide la cause d'un ami. 

4 Anne Stanhopè, fille de sir Edward Stanhope, mariée vers 1555 à sir 
Edward Seymour, futur comte de Hertford. Au sujet de cette dame, voi r 
l'article publié dans le Gentleman s Magazine (n° d'avril 1845). La famille 
Stanhope s'est perpétuée; elle est aujourd'hui représentée dans la Chambre 
des Lords par trois comtes : le comte de Chesteriield, le comte Stanhope 
et le comte de Harrington. 

:i Drayton (England's heroical epislles) parle très clairement de l'amour 
u Comte pour lady Hertford. 



LORD 51 i\VA.\ ET I \ l OMTESSE DE III l'JI ORU. 371 

Il nous raconte, en particulier, dans mie de ses 
poésies*, une scène qui se passa entre lui et elle au 
mois d'août 1542*. Surrey, d'après ce que nous con- 
cluons des données peu précises qui nous sonl par-- 
•venues, avait sollicite son père de donner à Lambetn 
un bal où serait invitée la comtesse de Hertford 3 ; le 
duc de Norfolk accéda à ce désir, peut-être dans l'espoir 
que cette attention aiderait à la réconciliation de son 
lils avec les Seyniours, ce qui cùl été mi résultai pré- 
cieux à ce moment où Henry VIII, encore (-11111 des 
infidélités de sa plus récente épouse Catherine Howard, 
était disposé à écouter tontes les insinuations lancées 
contre la famille de celle-ci*. Malheureusemenl l'issue 
de la l'été ne lut pas telle que la souhaitait le due de 
Norfolk. La comtesse de Hertford se rendit bien au 
liai à Lambelh; mais Surrey s'étant approché d'elle et 
l'axant engagée à danser, elle se détourna avec dédain, 
en disant qu'il avail vraiment trop de présomption à 
demander une faveur à l'épouse de l'homme donl il 
était l'ennemi acharné 8 . Surrey riposta à cette sortie 
inattendue, et la fête qui devait amener une réconci- 

1 Eche beasl eau chose hys fere, etc. 

s Dans cette poésie, Surrey ilii incidemment que |>tu vi.ur- de ses pa- 
rents sont encore en prison, Otlwr Ihere be whose lues d<> lingre still 
in paine; il s'agit évidemment ici des membres de sa famille qui avaient 
été condamnés a la détention perpétuelle lors du procès de Catherine II"- 
ward ; or ils furent relâchés au mois d'août 1542. Dans une autre pièce 
■(Sans Fortune'» wraih) le Comte nous apprend queceful un dépit d'amour 
qui le fit partir pour la campagne d'Ecosse en septembre de cette même 
année [Spite drave me into lioreas raigne). 

' Myselfwas aucihor of the game, dit Surrey dans la pièce. 

4 Lord Surrey venait de faire l'expérience des sentiments du lîoi;il 
sortait du Fleel où il avait été mis à la suite île son altercation avec John 
Leigh (voir clian. ix). 

5 Le titre donné à la pièce dans ToiteVs mitcellany était : .4 song 
written bij the ravie of Surrey to a ladie thaï refused I" daunce wilh 
liim. - 



372 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

liation, se termina par un esclandre. Voici, au sur- 
plus, les vers de Surrey : 

« Il m'arriva tout récemment de voir un lion aussi 
blanc que la plus blanche neige, qui me parut être 
issu de noble race. » C'est soi-même que le poète 
représente sous la figure d'un lion emblème des Ho- 
wards, de même que la louve emblème des Stanhopes 
lui sert à personnifier lady Hertford née Stanhope 1 . 
« Ce lion s'avançait se cherchant une compagne, et avait 
l'air de se dire : Personne ici ne me rebutera. Cepen- 
dant je pouvais voir aussi une louve aussi blanche que 
l'ivoire; je n'avais jamais rencontré bêle plus belle ni 
d'une plus éclatante couleur; son regard, il est vrai, 
manquait de feu et ses attraits de gaîté. Vers elle se 
dirigea d'un pas rapide ce lion généreux, et il la salua 
en s'inclinant profondément à ses pieds, si humble 
qu'il semblait dire : « Je suis bien indigne de vous. » 
L'expression de mépris dont elle le rétribua fut telle 
que jamais, je crois, pareille n'avait été vue même 
par ceux qui l'eussent méritée; en outre, s'écartant 
d'un pas ou deux, elle commença à parler avec colère 
et grand dédain : « Lion », lui dit-elle, « si tu 
« avais connu mes sentiments, tu n'aurais pas 
« ainsi dépensé tes efforts et perdu ta peine. Je te le 
« fais savoir, tu ne joueras pas avec moi; va-t'en 

1 Les emblèmes (badges), qu'il ne faut pas confondre avec les armoiries 
proprement dites, servent en général de supports à celles-ci: l'écusson 
des Howards est, en fait, supporté par des lions et celui des Stanhopes par 
des loups. Le D r Nott qui, contre toute évidence, veut encore que la Géral- 
dine soit l'objet de cette pièce de Surrey, prétend avoir découvert un 
dessin de l'écusson des Fitzgeralds où les supports seraient des loups; 
ce dessin se trouve au British Muséum (Harleian ms. n° 1584, fol. 51); 
bien qu'il soit assez informe, il suffit d'un coup d'œil pour reconnaître que 
les supports de l'écusson en question ne sont pas des loups, mais des 
-Milles; et tel a été, en effet, de tout temps l'emblème des Fitzgeralds. 






LOHD SlïUŒY ET LA COMTESSE DE HEKTKORD. 573 

« donc rôder ailleurs où tu trouveras une compagne 

« mieux appropriée à ta personne. » 

« À ces mots, le lion battit ses lianes de sa queue; 
ses yeux s'enflammèrent; el je reconnus que son noble 
cœur était violemment ému. Mais je le vis bientôt 
refréner et calmer sa colère, el quand il l'ut maître 
de celle-ci, il s'adressa en ces termes à la louve : 
« Inhumaine, tu me fais affront en m'estimant si peu 
« et en me témoignant sans motif une telle haine en 
« retour de ma bonne volonté.... Je m'aperçois main- 
ce tenant que rien ne te touche, ni ma délicate atten- 
« tion, ni mon gentil cœur, ni mon caractère si loyal. 
— « Adieu donc, cruelle, devant laquelle je me suis 
« incliné et que je salue encore;... du moment que 
« le cœur d'un lion n'est pas une proie digne d'une 
« louve, va, la bouche ensanglantée, assouvir ta soif 

« sur de pauvres brebis Ma colère a troublé celte 

« fête; mais peu importe, puisque c'est pour moi 
« qu'elle était donnée'. » 

Peu de jours après cetle regrettable aventure, lord 
Surrey partit pour faire campagne sous les ordres de 

1 A lion saw I late as white as anv snow, 
lie semed well of noble bluod (o be. 

And as he prauneed before, still sekingfora make. 
As who wold say : There is none hère I Irow will nie forsake; 

I might parceive a wolfe as white as whales bone, 
A fairer beast of fresher hue bebeld I newer oone, 

Save that her lokes were coy and froward eke lier grâce. 
Unto the which this gentlc beast gan him advance apace 

And wilh a beck full lovv be bowed at her feete 
In humble wise as who would sav : I am to faire unmete. 

But such a scornefull chère wherwitb she him rewarded 
Was never sene, I trow, the like to such as well deserved; 

With that she start aside welnere a fote or twaine, 
And unto him thus gan she sav with spite and great disdaine : 

« Lyon », she said, « if thou hadst knowen mv mind before, 
a Thou hadst not spent thy travail thus nor ail thy paine forlore. 



374 DEUX GENTILSHOMMES-POÈTES DE LA COUD DE II.ERM VIII. 

son père dtms les Marches d'Ecosse; probablement 
saisi par cette excitation que produit chez tout jeune 
guerrier une expédition militaire, il perdit alors le 
souvenir de la comtesse de Hertford et de ses 
rigueurs 1 . En tout cas, l'hiver suivant, quand il fut de 
retour à Londres, il mena une vie joyeuse qui n'était 
pas l'indice de cuisantes peines de cœur". 

Après son second emprisonnement au Fleet, lord 
Surrey, croyons-nous, commença à ressentir pour sa 
femme un véritable attachement; et c'est certainement 
celle-ci qui lui inspira ces deux poésies où il chanta 
les plaintes de l'épouse se lamentant de l'absence de 
: 'époux parti en mer 3 : 

« Parfois dans mes rêves effrayants », fait-il dire à 
la Comtesse, « les mers rugissantes m'apparaissent si 
furieuses que je crois voir périr mon cher seigneur. 

« Do way, I let thee wete thou sbalt not play with me ; 
m (lu, range about where thou mayst fiade some meter fere for thee. » 

With Huit, lie bet his taile, his eyes began to flame, 
I might peroeive hvs noble hart nnich moved by the same. 

Yet saw I biin refraine. and eke his wrath aswage; 
And unto lier thus gan lie say when he was past his rage : 

i Cruell, you do me. wrong to set me Ihus so light, 
« Without désert l'or my good will to shew nie such dospight. ... 

« But now 1 du perceive that nought it movethjou 
h My good entent, my gentle hait, nor yet my kind so true.... 
\ml llius farewell, unkinde, to whoni I boni and bow, 

« Sith that a lions hart is l'or a wolfe no pray. 
u With bloody mouth go slake your thirst on simple shepe.... 

« As for because myself was aucthor ofthe game, 
H It booles me not thaï fur my wrath I should disturbe the. same. i> 
1 II semble pourtant, dans sa pièce : Suclic wayward traies halh love 
avoir fait encore allusion à la manière dont il fut rebuté par la comtesse de 
Hertford : Iknoir hoir the lion chastised is by beating of ihe ivhelp. 
- Voir chapitre i\. 

"■ Nous axons déjà cité ces deux complaintes : happij dames that ma y 
embrace thefrute ofgpur delight, et Good ladies, ye that hâve your plea- 
sures in exile. 



I I. ("Mil. l.l I \ COMTESSE Dl SI UREY. :.".". 

Une autre fois, mon rêve me dil : « Il esl venu, çl tu 
« le trouveras jouanl avec son beau petil garçon. 
Alors j'accours en hâte pour jouir de ce doux spectacle, 
Je crois le presser dans mes liras el lui parler : Salut, 
mon seigneur; salut, mon chevalier; salut, mon 
« amour, loi sur qui repose mon bonheur. Ta pré- 
sence m'apporte une trêve avec mes tourments, » 
Et lui me regarde avec tendresse et, me saluanl à 
son tour, il me dit : « Commenl s,- fait-il, ma chère, 
« que vous ayez toute celte peine 1 ? 

Surrey aurait-il pu trouver hors de son foyer domes-< 
tique le secrel de peindre avec d'aussi vives cou- 
leurs le retour «lu père de famille .' 

Peut-être réussirait-on à rapporter encore deux ou 
trois poésies du Comte à quelque dame de la Cour de 
lleiiis VHP; mais, en somme, les pièces qui furent 
inspirées à Surrey par la pensée d'une femme déter- 
minée, sont une exception dans son œuvre. Ses vers 
lui ont été dictés, en thèse générale, par le caprice de 
sa seule fantaisie; il les composait pour passer le 
temps, quand il était relégué dans la solitude ou 

1 Sometime tlie roring seas, me semés, do grow so \^>- 
Th;it iii\ dere Lord, ay me alas! me thinkes I see liim die. 

Another time the same [my dream doth tell me : « Be iscumme 
Ami playing, where 1 shaU hira find with his faire little sonne. » 

Su forth I go apace to see thaï teefsome sight, 
And witli a kisse, me think, I say : g Welcomemy lord, mj knight; 

Welcome, my swete, alas! the stayofmj welfare. 
a Tli\ présence bringeth forth ;i truce atwixt me and my care. o 

Then lively doth be loke, and salueth me againe 
Ami saith : — « My dere, how is it now, thaï you hâve ail thys pain.' ' 
- Le D r Nottveut encore découvrir dans ces complaintes le souvenir de 
lady Elizabeth Fitzgerald, devenue alors, il ne faut pas L'oublier, lady 
Browne. 11 est pourtant bien invraisemblable que lord Surrey se soil apitoyé 
sur l'absence qui séparait sir Anthony de sa femme. 

5 Par exemple, la petite pièce humoristique : Mllioiu/h l had a clieck, 
lo yevc the 'nate is hard, mais il est bien difficile d'établir de quelle daim- 



576 DEUX GENTILSHOMMES POÈTES DE LA COUR DE HENRY VIII. 

enfermé dans une prison; et il chanta l'amour, parce 
que d'une part il avait été nourri des sonnets de 
Pétrarque et s'était choisi ce poète pour modèle, et, 
d'autre part, parce que traiter ce sujet riant lui parais- 
sait un moyen sûr de délivrer sa pensée des sombres 
préoccupations du moment. 

Ainsi nous nous trouvons amené à reproduire à 
la lin de ce travail, pour le cas particulier de lord 
Snrrey, l'opinion que, dans notre introduction, nous 
avons émise sur l'ensemble des gentilshommes-poètes 
de la Cour de Henry VIII; s'ils s'adonnèrent à la poésie 
élégiaque, c'est qu'elle leur offrait un vaste domaine où 
ils étaient libres de se mouvoir, sans avoir à appréhen- 
der d'éveiller les soupçons du tyrannique souverain. 

elle traite. Une autre pièce, Too dearly had 1 bought mij grene and youth- 
full yeres, semble adressée parle Comte à un ami épris d'une dame qui, 
infidèle à ses promesses, avait épousé nu nouveau noble : 

Ànd eke in thy respect I see the base degree 

Of him to whom sbc gave the hart that promised vas to thee. • 
Mais dans ce cas aussi, les détails font défaut. 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



PERSONNAGES BISTORIQUES MENTIONNÉS DANS LE VOLUME' 



Abeiicavenny (lord), voir Nevill (George). 
Albany (duc d'), voir Stuart (Jehan). 

Ale.nçon (Françoise d';, iemme de Charles de Bourbon duc de Vendôme, 12, '299. 
A.ngoclème duc d'), voir Charles de Valois. 
Anne de Clèves, voir Clèves (Anne de). 

Ansebact (Claude d'), maréchal de France, puis amiral, 283. 
Arscuot (duc d'), voir Croy (Pfiilippe de , 
Asee I'obcrt], chef du Pèlerinage de Grâce, 225. 224. 
Aidi.eï i lord , chancelier d'Angleterre, 268, 351. 
Acmale (comte d' , voir Lorraine {François de). 

B 

Barrer (Christopher), roi d'armes de la Jarretière, 543, ■", ; ;. 
Batton (sir Edward . vice-chambellan de la reine Anne Boleyn. 22, ii, 129. 
Beda (Noël), syndic de la Faculté de théologie de Paris, 30. 31, 3 » 35, 36. 
Bellay Guillaume du), seigneur de Langcy, 22, '29, 30, 51, 52, 46, 47, 284.^ 
Bellay (Jean du), évêque de Bayonnc, puis de Paris, et cardinal, 2.'. 23, 27- 

30, 55, 56. 63, 64, 65, 66, 70," 76, 172, 193. 
Bellay (Martin du), seigneur de Laugey, frère des deux précé lents, 22, 51, 53 

274, 278, 280, 281, 284, 285, 286, 299, 302, 308, 516, 317, 525. 



i N.-B. — .Nous n'avons pas fait le relevé des paires où se rencontrent les noms des 
deux poètes qui sont l'objet de ce travail. La même observation s'applique au roi d'An- 
gleterre Ilenry VIU et à lord Thomas Howard 2* duc de .Norfolk, dont les noms revien- 
nent continuellement aans le récit. 



578 INDEX ALPHABETIQUE. 

Berners (lord , voir Bourchier (John). 

Beures 'seigneur de), voir Bourgogne {Adolphe de). 

Biez (Oudart du), maréchal de France, 299, ".05, 506, 308, 311, 316, 318, 324, 

328, 320. 
Blage (George), 278. 344, 545. 561. 
Blount (Élizabeth), femme de sir Gilbert Talboys, maîtresse de Ilenrv VIII, 10, 

15, 17. 
Boleyn (Alice), fille de sir William Boleyn, épouse de sir Robert Clcre, 269. 
Boleïn (Anne), fille de sir William Bolevn, épouse de sir John Shelton, 74, 102, 

103. 
Boleyn (Anne , fille de sir Thomas Boleyn. marquise de Pembrokc, puis reine 
d'Angleterre, 0, 11, 14, 15, 16, 17, 18, 20, 21, 23, 24, 25, 26, 40, 41, 42, 
43, 44, 45. 46, 50, 59, 61, 67, 70, 71, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 92, 
93, 95, 97, 98, 101, 103, 104, 117, 121, 124, 125, 125. 128, 129, 150, 131, 
132, 133, 154, 174, 175, 176, 177, 178, 180, 181, 191, 195, 196, 198, 199. 
200, 201, 205, 20i, 213, 221, 254, 264, 269. 
Boleyn (George), vicomte Bochford, voir la note au bas de la page précé- 
dente. 
Boleyn (lady), voir Howard (lady Elizabeth). 
Boleyn (Mary), fille de sir Thomas Boleyn, épouse de William Carey, puis de 

William Stafford, 11, 14, 15, 17, 20, 21, 87, 88, 89. 
Boleyn 'sir Thomas), vicomte Bochford, puis comte de Wiltshire et d'Ormond, 
fils de sir William Bolevn, 8, 10, 11, 15, 14. 15, 16, 19, 20, 50, 51, 52, 56. 
57, 39, 47, 53, 87, 88, 97, 109, 124, 130, 147, 546. 
Boleyn (sir William), 7, 8. 

Bonner (Edmund), évêque de Londres, 59, 264, 265, 291. 
Bougo (baron dei), nonce de Clément VII, en Angleterre, 165. 
Bourdon (Antoine de), duc de Vendôme, 299. 

Bourbon (Charles de), duc de Vendôme, père du précédent, 45, 187, 188, 299. 
Bourbon (François de), comte de Saint-Pol, puis duc d'Estouleville, frère du pré- 
cédent, 187," 188, 284. 
Boureos (François de), comte d'Enghien, fils dc.-Charles de Bourbon, duc de 

Vendôme, 516. 
Bourchier (sir Humphrey), 5, 4, 147. 
Bourchier (John), lord Berners, fils du précédent, 5, 4. 
Bourgogne (Adolphe de), seigneur de Beures, 296, 297, 298, 500, 504, 505, 

506. 
Brandon (Charles), duc de Suffolk, 22, 157, 241, 254, 294, 501, 507, 512, 513. 
Brandon (lord Henry), duc de Suffolk, fils du précédent, 544. 
Brereton (William), 150, 13 i. 
Bridgewater (comte de), voir Daubcney (Henry). 
Bridgewater (comtesse de), voir Howard [lady Catherine . 
Brissac (seigneur de), voir Cassé (Charles de). 
Browm (sir Anthony), grand écuver de Henry VIII, 59, 00, 61, 62, 65, 64. 05. 

00. 07. 08, 70, 71, 87, 244. 208, 558, 570, 375. 
Browne (Elizabeth), sœur du précédent, épouse du comte de Worcesler, 87. 
Brow.m (lady); voir Fitigerald lady Elizabeth). 
Browm: (Lucy), sœur de sir Anthonv Bro\vne ; épouse de sir Thomas Clif- 

ford, 87. 
Bryan (sir Francis . 4. 30. 00. 01, 02. 03, Gi. 65. 60, 07, 68, 70, 71, 90, 112, 

126, 158, 140, 192, 195. 270. 2S0. 287. 367. 
Bi i mm;mam (due de), voir Stafford (lord Edward ■ 
Bulbeck'. lord), voir Vere {lord John de). 



iM'i \ ALPHABÉTIQUE,. .: i 

C 

Capei.i.o (Carlo!, ambassadeur de Veuisc en Angleterre, 181. 
Carbw ur Gawîn . 539, 349, 359, 353, 354. 

i'.AM.w sir Nicholas . grand écuyer de Henry VIII, 22, 11-, 126, 127, 241. 
Cabew (Wymond . 353. 

Cabei William . gentilhomme de la cbambrc de Henry VIII, II, 24, 72, 87. 
Casalb (Gregorio da , agent anglais à Rome, 96, 97. 

Castbijud Antoine de), évéquc de rarbes, imbassadeur de François I" en An- 
gleterre, 123, 124. 

Lus Louis de Perreau, seigneur de), ambassadeur de François I eo An- 
gleterre, . 19. 
Catherine d'Aragoh, première remme de Henrj VIII. 17. ls, 25, 59, 31,39, in. 
41, 14, 52, 64, 65, 73, Ti. 75, 84, 86, 87. 92, 95, 98, 192, 114, 122, 12". 
124, 125, 13-2, 174. 176 199, 191, 192, 199, 299. 212, 221, 239. 
Catkhdisb (George)', secrétaire du cardinal Wolsey, 12, 128, 139 
Chibot (Philippe), seigneur de Brion, amiral de France, 33, 99, 91, 92, 94, 95, 

96, 97. 98, 99, 199, 119, 111. 115, 117. lis. 186, 283. 
Cbapuis Eustache), ambassadeur de Charles-Quinl en Angleterre, 31, 15, i7. 
48. 5(5. 61, 7'.'. 84, 85, 86, 97, 98, 199, 111. 113, 114, 115, 131, 157, 164, 
173, 174, 176, 177. 179, 189, 191, 249, 254. 
Chablss-Quiht, empereur d'Allemagne, 18, 29, ~>(J. 59, 19, il. 12, 13, 15, 56, 
92, 93, 94, 98, 99, 191, 112, 113, 114, 115, lit). 17:,. 176, 177. 191, 192, 
239, 240, 242, 274, 277. 278. 282, 283, 284, 285, 286, 287, 294, 297, 593, 
594, 305, 306, ."">7. 
Ciurlks de Valois, duc d'Angoulême, puis d'Orléans, 5" lils de François I er , 95, 

94, 98, lin. 116, lis. 183, 184, 185, 187, 191. 194. 515. 
Coran? (sir Thoma-), lord gardien des Cinq-Ports, 298, 509. 
CnoBCBTARD Thomas), page de lord Henry Howard comte de Surrey, lin. 235, 

235, 236, 345. 

Ci.KME.vr VII Jules de Hédicis), souverain pontife, 2a, 26, 34 35, 56, 59, 19, 

41, 44. r>. 16, 17 0, 51, 52, :.".. :.i. :.:.. 57, 58, 59, 69, 61, 62, 

n:.. m;. 67, os. 69, 7:.. 7:». 95, 96, ''7. 186, 1*7, 199, 191, 192, 193, 194. 

Clbbe si i .lnhii , 269. 

Clere (Thomas), frère du précédent, écuyer de lord Henry Howard comté de 

Surrey. 209. 592, 393, 348. 
Clebke [John), précepteur de lord Henry Howard, 159, 169, Mil 162. 
Cu.r.MoNT Claude de), baron de Dampierre, 315. 

Clevbs (Anne de , i lemme de Henry VIII, 16, 242, 243, 244, 245, 246, 277. 
I rançois ^r). comte, puis dm- de Jievers, 18.7, 316. 
- GuiUanrae, dur do . 242, 278 
Côssl (Charles de) 5 seigneur de Brissac, génér.il de la cavalerie légère, pin- ma- 
réchal de France, 289, 281, 284. 
Cotton (Thomas . vice-amiral d'Angleterre, 524. 
ConcY (Jacques de . seigneur de Vervins, 299, 591, 592, 504. 
Charmer [Thomas), archevêque de Cànlerbury, 61, 65, 190, 192. 250. 
Cromwell (Thomas, lord), comte d'Essex. secrétaire d'Etat, puis lord du sceau 
privé, 22. 19,63,64, 88,97, 104, 105; 106, 197, Ins. lin. III, 11:,, lin, 
121. 127. 131, 17,2. 1". 155, 203, 221, 222, 223, 226, 22 ïï 238, 249, 
242, 246, 2i7, 249, 263, 264, 265. 
Groy (Adrien de. comte de Rœulx, 277. 278 Ï79, 
Crov (Philippe de). duc rfArschot, 277. 278, 279. 
Culpeper Joyce . lemme de lord Edmuiid Howard, 248- 



380 INDEX ALPHABÉTIQUE. 

Culpeper (Thomas), gentilhomme de la chamhre de Henry VIII, 252, 253, 254. 
Cyfcentes (comte de), ambassadeur de Charles-Quint à Rome, 191. 192. 



1) 



Dampjerre (baron do), voir Clermonl (Claude de). 
Dabcy (Thomas, lord), 226, 227, 258. 

Daubeney (Henry, lord), comte de Bridgewater, 471 251, 253. 
Dacphix (le) de France, voir François de Valois et Henry de Valois. 
Denny (sir Anthony), secrétaire de Henry VIII, 361. 
Derby (comte de), voir Stanley [lord Edvard). 

Derby (comtesse de), voir Howard (lady Catherine et lady Dorothy). 
Derham (Francis), 252, 253, 254. 

Dilft (van der), ambassadeur de Charles-Quint en Angleterre, 349. 
Dinteville (Jean de), seigneur de Polizi, ambassadeur de François I er en Angle- 
terre, 51, 52, 55. 56, 57, 60, 61, 63, 64, 09, 70, 125, 124, 188. 
Douglas (lord Gawin), évoque de Dunkcld, 255. 
Douglas (lady Margaret), petite-nièce du précédent, 215, 216. 
Dudley (sir John), vicomte Lisle, 245, 510, 534, 355,556, 558. 



E 



Edward Tudor, prince-héritier d'Angleterre, fils de Henry VIII et de Jane Scy- 

mour, 251, 236, 344, 546, 564. 
Éléonore d'AuTRicHE, seconde femme de François I er , 42, 187, 188. 
Elizabeth Tudor, fille de Henry VIII et d'Anne Boleyn, 71, 72, 78, 98, 99, 

100, 101, 102, 103, 104, 368. 
Essex (comte d'), voir Cromwell (Thomas) et Pair (William). 
Este (François d'), capitaine-général de la cavalerie impériale, 281. 
Estouteville (duc d'), voir Bourbon (François de). 
Étampes (duchesse d'), voir Pisseleu (Anne de). 



Farnese (Alexandre, cardinal), voir Paul III. 

Fitzgerald (lady Elizabeth), 

Fitzroy (lord Henry), duc de Richmond, fils naturel de Henry VIII et d'Eliza- 
beth Blount, 17," 109, 163, 164, 165, 166, 167. 168, 169, 170, 175, 180, 
181, 182, 185, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 193, 194, 195, 196, 198, 205» 
204, 215, 216, 217, 229, 256, 249, 569. 

Fitzwilliam (sir William), comte de Southampton, 77, 78, 79, 80, 81, 104, 111, 
113, 118, 243, 247, 250, 294. 

François I", roi de France, 13, 15, 27, 28, 29, 32, 33, 34, 55, 36, 37, 38, 41, 
42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 55, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 
62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 91, 
92, 93, 94, 95, 97, 98, 99, 100, 101, 102, 103. 104, 105, 106, 116,117, 126, 
181, 182, 183, 184, 185, 186, 187, 188, 189, 190, 192, 193, 194, 196, 204, 
277, 280, 282, 283, 284, 285, 286, 504, 309, 511, 512, 318, 357. 



INDEX ALPHABETIQUE. 381 

François de Valois, dauphin de France. G». 92. 93. 9». 97, 09, 101, 183. 184, 
185, 187. 194. 



Gage Sii John . contrôleur de l'hôtel de Henry VIII et connétable de la Tour de 

Londres, 268, 30G. 
Gamage (Muguet), femme de lord William Howard. 123, 124, 251, 252 
Gardiner (Stephen , évè'|ue de Winchester, 70, 208, 351. 
Garray [Pierre), théologien espagnol, 30, 31. 
Gâte (John), secrétaire de Henry VIII, 353. 
Gilstinun Marin , ambassadeur de Venise en France, 189. 
GoNTiEn [Palamède . envoyé français en Angleterre 99, 101, 102, 103, 105, 127. 
Gomugob (Ferdinand de), vice-roi de Sicile, 277. 279, 280, 281, 286. 
Gordon lord George), comte de Huntly, 261. 
Gramont Gabriel, cardinal de), 50, 51, 55, 37. 70. 
Granvelle Nicolas Perrenot, seigneur de), premier ministre de Charles-Quint, 

94, 113. 
Grly de Vii.ton William, lord), 314, 315, 322, 323, 545. 
Grimald (Nicholas '., poète. 139. 
iiiciiE (Pierre, seigneur de la . 82. 81. 



Il 



BiLGS Chrisophe . altorney général, 132. 

Hannart Jean), vicomte de Lombekc et baron de Licdekerke, ambassadeur de 

Charles-Quint en France, 94, 112. 113, 11"). 
Henri de Valois, duc d'Orléans, puis dauphin de France, 48, 93, 183, 184, 

187, 191. 302, 304, 507, 508. 
Henry VII. roi d'Angleterre. 8, 1 17, 1 18. 

Henhï VIII. roi d'Angleterre, voir la noie au bas de la page "','. 
Hertford (comte de), voir Seymour [Edward). 
Hertkokd (comtesse de), voir Slanhopc Anne). 
Holland (Elisabeth), maîtresse du deuxième duc de Norfolk, 201, 203, 204, 

206, 207 208, 209. 210, 353, 354. 
Hocghton (John , prieur de la chartreuse de Londres, 106, 107, 108, 109. 
Howard (lady Anne), fille de lord Thomas Howard 1" duc de Norfolk, épouse 

de lord John de Vere 14 e comte d'Oxford 147, 178. 
Howard lady Catherine), fille de lord Howard I er duc de Norfolk, épouse de 

Henry Daubcney comte de Bridgcwatcr, 147. 251, 252, 253, 255. 
Bowabd lady Catherine . fille de lord Thomas Howard 2" due de Norfolk, épouse 

de lord Edward Stanley 3 e comte de Derby, 133. 17*. 198. 
Howard [lady Catherine . fille de lord Henry Boward comte de Surrcy, épouse 

de Henry "' lord Berkeley. 210, 315. 
Howard Catherine), fille lord Edmund Howard, cinquième femme de Henry VIII. 

21, 24S, 230, 251, 232. 235, 254, 571. 
Uoward lady Dorotbj . lillc de lord Thomas Howard l" duc de Norfolk, seconde 

femme de lord Edward Stanley 3 e comte de Derby, 1 '*'■ 199. 
Howard (lord Edmund), fils de lord Thomas Howard l* r duc de Norfolk. 1*7. 

248. 355. 



jjsj INDEX ALPHABÉTIQUE. 

Howard (lady Edmund), voir Culpepcr (Joyce). 

Howard (lord Edward), fils de lord Thomas Howard l° r duc de Norfolk, 8, 147. 

Howard (lady Elizabelh), fille de lord Thomas Howard 1" duc de Norfolk, épouse 

de Sir Thomas Boleyn comte de Wiltshire, 8, 11. 147. 
Howard (lady Elizabeth), fille de lord Thomas Howard 1 er duc de Norfolk, 

épouse de lord Henry Ratcliffe comte de Sussex, 147. 
Howard (lord Henry), comte de Surrcy, fils de lord Thomas Howard 2° duc de 

Norfolk, voir la note au bas de la page 577. 
Howard (lord Henry), comte de Northampton, fils du précédent, 155, 255, '290, 

291, 292, 295. ' 

Howard (lady Jane), fille de lord Henry Howard comte de Surrey, épouse de lord 

Charles Nevill 6 e comte de Westmorcland, 214, 292, 295. 
Howard (lady Margaret), fille de lord Henry Howard comte de Surrey, épousé 

de Henry lord Scrope of Bolton, 354. 
Howard (lady Mary , fille de lord Thomas Howard 2° duc de Norfolk, épouse de 

lord Henrv Fitzroy duc de Kiclimond 155, 175, 195, 196. 197. 198, 204, 

205, 207. 208, 209, 250, 257, 258, 558, 559, 549, 550, 554, 555, 356. 
Howard (lady Muriel), fille de lord Thomas Howard 1" duc .le Norfolk, épouse de 

sir Thomas Knyvcl, 147. 
Howard (lady Muriel), fille de lord Thomas Howard 2 e duc de Norfolk, épouse de 

Thomas Stanlev 2 e lord Mounteagle 155, 172, 198. 
Howard (lord Thomas), comte de Surrey, puis 1 er duc.de Norfolk, 8, 146, 147, 

148, 149, 156. 157, 158, 159, 252, 555. 
Howard (lord Thomas), comte Surrey, puis 2 e duc de Norfolk, fils du précédent 

voir la note au bas de la page 577. 
Howard lord Thomas), fils de lord Thomas Howard 1" duc de Norfolk, dciui- 

frère du précédent, 147, 215,. 216, 232, 255. 
Howard (lord Thomas), vicomte Dindon, fils de lord Thomas Howard 2 e duc de 

Norfolk, 155, 175. 202. 208, 224, 229, 557, 558. 
Howard (lord Thomas), 5 e duc de Norfolk, fils de lord Henry Howard comte de 

Surrey, 210, 252, 255, 290, 291, 292, 295, 526, 527. 
Howard (lord William), fils de lord Thomas Howard 1 er duc de Norfolk, 125, 124, 

147, 224, 251, 252, 255, 260, 500, 501. 
Howard (lady William), voir Gnmagc [Margaret . 
Hubarthorne (Henry), lord maire de Londres, 558. 
Hintly (comte de), voir Gordon (lord George). 
IIusseï (John lord;, 74. 201, 206. 
Hcssey (Thomas), secrétaire du 2 e duc de Norfolk, 206, 210, 255. 



Isabelle de Portugal, épouse de Charles-Quint, 242. 



Iacjdues V. roi d'Ecosse, 92, 93, 126, 210, 260, 261, 274. 
h mi- Hadriarrus)-, précepteur des enfants de lord Henry Howard comte de 
Surrey, 178, 209. 291, 292. 295. 510. 526, 527, 549. 



INDEX ALPHABÉTIQI B. 583 

K 

Ki\'.«i"\ (-ir William . connétable de la Tour de Londres, 22, 131, l"i. 1".'. 
Katvi i sir Edmund . 233, 247, 238, 348, 349, 339. 
Kwvtr -ir Tlioiii.i - . père du précédent, 1*7. 



Laxde (seigneur de la . maître d'hôtel de François I . 282, 283, 

gneor de , roir Bellay Guillaume et Martin du . 
Labi don Junn de . duede Najera, 288, 289. 

Laurence (Robert . prieur de la chartreuse de Beauvale, 106, 1 (>T . 108, 109 
Logh John), 256, 257, 258, 259, 571. 

ricomte . roir Dudley sir John et Plantagenet [lord Arthur . 
Lizet (Pierre), premier président du Parlement de Paris, 33, r>{. 
Lorraine (Antoine, duc de), 246. 

Lorraine (François de), marquis de Pont-à-Mousson, lils du précédent, 246. 
Lorraine François de . comte d'Aumale, 316, 7>[~, 



M 



Madeleine dk 7alois, fille de François I er , 101. 

Kajoris Philippe), ambassadeur impérial en Angleterre, 'Jio. 

Hahners Thomas . comte de Butland, 214. 

Marguerite de Valois, reine de Navarre, sœur de François I '. 12, 62, Gô, 84, 

85, 101. 
Marguerite de Valois, ûllc de François I ', 101. 
Marie d'Autriche, reine de Hongrie, puis régente des Pays-lias, sœur de Charles-? 

Quint. 240. 286, 287, 298, 357. 
Varie [infante), fille de Charles-Quint. 94, 99. 101. 
Marillac 'Charles de . ambassadeur de France en Angleterre. 21,240, 246, 2">~>. 

254, 255. 
Har.iey lady ElizabeLh . fille du suivant, épouse de lord Thomas Howard vicomte 

Bindon. 17". 
Marney (John 2* lord , 172, 17". ■ . 

Mary Tcdor. fille de Henry VII. femme de Louis XII roi de France, puis dé 

Charles Brandon duc de Sull. il k. 15, l.">7. 
Mary Tudob, tille de Henry VIII et de Catherine d'Aragon, 72, 73, 74, 75', s i 
86, 87, 92, 93, 94, 95, 102, 114, 124, 132, 174, 175, 176, 177. 191, 192", 
195, 221, 564, 368 
Médius [Catherine de). 44, 4.">, 90. 
Montmorency (Anne, baron de , grand-maître, puis connétable de France;, 2"», 

28, 29, 30, 31, 32, 55, 51, 60, 61, 69, 123, 172. 183, 186, 193. 
Mori sir Thomas), chancelier d'Angleterre, Ils. ll'j. 120, l.~»4. 
Morette (Charles de Solier. seigneur de), 64, 82, Ils. 
Mciri.ey lord), voir Parker [Henry). 
Mitnteagle lord , voir Stanley ThotAOs). 
Mounteagle (lady), voir Howard 'Jarfy Muriel . 



584 INDEX ALPHABÉTIQUE. 

N 

Najera (duc de), voir Lara {don Manrique de). 

Nassau (Henri, comte de), 94. 

Navarre (reine de), voir Marguerite de Valois. 

Nevers (duc de), voir Clèves [François de). 

Nevill (George), 5 e lord Abergavenny, 20 k 

Nevill (Henry lord), 5 e comte de Westmorcland, '214. 

Nevill (lord Ralph), 4 e comte de Westmorcland, 150, 151, 208, 214. 

Norfolk (duc de), voir Howard (lord Thomas). 

Norfolk (duchesse de), voir Stafford (lady Elisabeth) et Tilney (Agnes). 

Norris (Henry), sommelier du corps de Henry VIII, 127, 128, 130, 131, 132. 

Northcmberlasd (comte de), voir Percy (lord Henry). 



Orléans (duc d'), voir Charles de Valois et Henri de Valois. 
Oxford (comte d'), voir Vere (lord John de). 
Oxford (comtesse d'), voir Howard (lady Anne). 



Page (sir Richard), gentilhomme de la Chambre de Henry VIII, 130. 

Paget (sir William), secrétaire d'État, 319, 322. 531, 553, 554, 558. 

Parker (Henry), lord Morley, 4, 20, 253. 

Parker (Henry), fils du précédent, 20. 

Parker (Jane), fille du précédent, épouse de George Boleyn, vicomte Rochford, 
18, 20, 21, 22, 43, 89, 90, 123, 124. 135, 252, 255, 254. 

Parr (Catherine), 6 e femme de Henry VIII, 288, 289, 537, 558. 

Paru (William lord), comte d'Essex, 289. 

Paul III (Alexandre Farnèse), souverain pontife, 95, 90, 99, 114, 259, 240. 

Paulet (sir William), lord Saint-John, 59, G0, 61, 05, 04, 65, 66, 67, 68, 70, 
71, 268, 506, 558. 

Penizon (John), agent secret anglais, 27, 28. 

Percy (sir Henry) 1 , comte de Northumberland, 17, 155, 154. 

Percy (sir Thomas), frère du précédent, 129. 

Pickeri.ng (William), 269, 275. 

Pisseleu (Anne de), duchesse d'Étampes, 559. 

Plantagenet (lady Anne), première femme de lord Thomas Howard 2 e duc de 
Norfolk, 147, 148, 149. 

Plantagexet (lord Arthur), vicomte Lisle, 196. 

Plantagenet (lady Margaret), comtesse de Salisbufy, 74, 259, 241. 

Pôle (sir Geoffrey), mari de la précédente, 74. 

Pôle (Reginald, cardinal), fils des deux précédents, 29, 239, 240, 241, 257, 258, 
548, 549. 

Pohmehaïe [Gilles de la), maître d'hôtel de François I er , ambassadeur en Angle- 
terre, 76. 

Poyninqs (Edward lord), 298, 507, 508, 512, 315, 514. 

' Il n'est pas inutile de remarquer qu'au xvi* siècle bien des personnages ayant 
en vertu des règles de courtoisie, le droit de porter le titre de lord, le délaissaient 
quand ils éiaient armés chevaliers, pour prendre celui de sir : ainsi : lord lleury 
Percy et son frère lord Thomas. 



INDEX \l.l'il\l;i Tlnii . 385 

R 

Ratcmffi lord Hcnrj , comte de Susse v, 117, 196,500. 

Rhts \i' Ieohas mi a/; Griffilh), gentilhomme gallois, I i", 251. 

Ricbnoxd [duc de), voir Fitzroy [lord Henry). 

liii iim-\i. I voir Howard [lad y Mary). 

! comte . voir Boleyn (sir Thomas et George). 

RocaroBD vicomtesse . \ ■ m- Parker 'Jane}. 

■ » ! 1 1 1 . ■ de . voir C> '/ Adrien de . 

John lord . 250 - I ■>. 297, 302, 305, 307, 310, 358. 

I',t ihm> [comte de . voir Manners \ Thomas). 



Saiht-Jobh lord . voir Paulel {sir William). 
svim-1'oi. [comte de . voir Bourbon [François de). 
Sausbobi comtesse de ,voir Plantagenet {lad y Margarel). 
Selvi Odcl de . ambassadeur de Fraoce en Angleterre, 531, 350. 
Setmoo3 Edward . vicomte Beauchamp, pi i i - comte de Hertford, fils de sir John 
I 125, 227, i". ." 2">7, 238, 250, 268, 269, 273. 275, 308, 

312, 325, "",;. 335, 356, 337, 338, 559, 540, 341, 346, 358, 370, "1. 
Setxooh Jane), sœur du précédent, troisième femme de Henry VIII. 122, 123 

126, 208, 227. 228, 231. 
Sbtmocr (sir John), 122. 
Sethoub sir Thomas . fils du p . . 232 >3 ■ 237, 238, 269, 273, 27:.. 

" 277, 278, 538, 539, 549, 550, 553. 
Siieltos ladj . voir Boleyn {Anne . 

Shmeltos Hargarcl . fille de la précédente, 102, 103, 104, 105, 116, 128. 
Ssitrox (Mark , 129, 130, 154. 

Soutbanptos comte de), voir Fitzwilliam sir William). 
Suiiiuii.t. (sir Richard ,206, 220, 54 . 347, 348, 350, 355, 360. 
Stafford (lady Catherine . lil< de lord Edward Staftbrd duc de Buckingham, 

épouse de lord Ralph Nevill comte de Westmoreland, 151. 
Stafford lord Edward . duc de Buckingham, i, 150, 151, 152, 156, 157 158, 

:«: 
Stafford (lady Elizabclb . tille du précédent, épouse de lord Thomas Howard 

2« duc de Norfolk, 150, 151, 152, 155, 155, 156, 179, 197, 198, 199, 200, 

201, 202, 203, 204, 206, 207, 208, 209, 210. 
Stafford [Henry lord . Frère de la précédente, i. 88, 151, 202,235. 
Stafford William), i. 88, 151, 202, 203. 
Standope (Anne , épouse de sir Edward Scymour, ite de Hertford, 261, 365, 

370, 371, 372, 373, 374 
Staslei lord Edward), 3" comle de Derby, 157. 171. 198, I 1 ' 1 .'. 288. 
Staxlet Thomas . 2 lord Hounlcagle, 172. 

v John . évéque de Lon 1res, 27. -.s. -J'.». 30, 31, ~>'l. 53, 35, 36, 59. 
Stonor sir Waltcr , lieutenant de la Tour de Londres, 352, 582. 
Stoart Jehan . dm- d'Albany, 1X7. 188. 
Sdffolk duc de . voir Brandon (Charles rt lord Henry . 
Sdffolk [duchesse de), voir Mary Tudor. 
Surrey comte de . voir Howard lord Henry ri lord Thomas . 
Srnr.EY [comtesse de . voir Stafford [lady Elisabeth) et Tilney [Agnes rt 

Elizabeth . 
Sif~tx comte de), voir Ralcliffc {lord Henry). 

DEUX GENTILSHOMMES POÈTES. 25 



586 INDEX ALPHABÉTIQUE. 

T 

Talisoïs (sir Gilbert), 15. 

Taldoys (laily), voir Blount (Elisabeth). 

Tavamœs (Gaspard de Saulx, seigneur de), 315. 

Tiiirlby (Thomas), évêquc de Westminster, ambassadeur près de Charles-Quint, 

17.9, '208. 
Tilney (Agnes), seconde femme de lord Tliomas Howard, premier duc de Norfolk, 

1 17, 199. 200, 251, 252, 255, 255, 293. 
Tilney (Elizabeth), épouse de sir Humplircy Dourclner, puis de lord Thomas 

Howard comte de Surrey et premier duc de Norfolk, 5, 4, 147, 293. 
TonmoN (François, cardinal de), 50, 51, 55, 57. 

V 

Vaux (Jean-Joachim de Passano, seigneur de), ambassadeur de François 1 er en 

Angleterre, 58,64, 105, 179. 
Vaux of Harrowden (Thomas, 2 e lord). 4, 140. 
Vendôme (due de), voir Bourbon [Antoine et Charles de). 
Vendôme (duchesse de), voir Alençon (Françoise a"). 
Vere (lady Frances de), fdlc du suivant, épouse de lord [Henry Howard comte 

de Surrey, 177, 178, 179, 180, 191, 195,211, 212, 214, 235, 313, 520, 332, 

355. 554, 574. 
Vere Mord John de), 15 e comte d'Oxford, 177, 178, 179, 190, 211. 
Vebe (lord John de), lord Bulbeck, puis 10 e comte d'Oxford, fils du précédent, 

195, 214. 
Yervins (seigneur de), voir Coucy (Jacques de). 

w 

Wallop sir John), ambassadeur de Henrv VIII en France, 08, 81, 82, 112. 113, 

114, 115, 184, 185, 275, 277, 278, 280. 
Webster (Augustin), prieur de la chartreuse d'Axholme. 100, 107, 108, 109. 
Wei.usbouhne (John), gentilhomme de la chambre de Henry VIII, ambassadeur 

en France, 58, 59. 
Westmoreland (comte de), voir Nevill (lord Balph). 
Wemmoueland (comtesse de), voir Stafford (lady Catherine). 
Weston (sir Francis), 15(1. 
Weston (sir Richard), père du précédent, 18. 
Wiltsihre (comte de), voir Boleyn (sir Thomas). 
Wiltshire (comtesse de), voir Howard lady Elizabelh). 
Wjsgfield (sir Antonv), vice-chambellan de Henry VIII et capitaine de la garde 

n.yale, 208, 352. 
Woi.sey (cardinal), premier ministre de Henry VIII, 12, 10, 19, 20, 25, 26, 

127, 151, 172, 175. 
WoiroN (Nicholas), ambassadeur de Henry VIII en France, 185. 
Wriotuesley (Thomas lord,) secrétaire d'État, puis chancelier d'Angleterre, 49, 

.".o. 251, 268, 319, 552, 357. 
Wyat (sir Thomas), 4, 17, 129, 150, 158, 139, 142, 229, 203, 264, 265, 266, 

272, 507. 
Wyat (sir Thomas), fils du précédent, 266, 267, 269, 272, 273. 



TAULE DES MATIÈRES 



A TANT-PROPOS I 

GEORGE BOLEYN VICOMTE ROCHFORD. 

Chapitre Premier. — Origines de la famille Boleyn. Enfance de 

George Boleyn. Son caractère 7 

Chapitre II. — Jeunesse de George Boleyn. Son mariage. Il devient 

vicomte Rochford 13 

Chapitre III. — Première ambassade de lord Rochford en France. 25 

Chapitre IV. — Henry VIII épouse Anne Boleyn. Deuxième ambas- 
sade de lord Rochford en France 59 

Chapitre Y. — Troisième ambassade de lord Rochford en France. 59 

Chapitre VI. — Quatrième et cinquième ambassades de lord Roch- 
ford en France 7'2 

Chapitre VII. — Lord Rochford tombe en défaveur. Négociation 
d'une alliance anglo-française. Rôle rempli par lord Rochford 

dans celte négociation 8(3 

Chapitre Mil. — Mission de lord Rochford à Calais 10G 

Ciïapitre IX. — Disgrâce, condamnation et supplice de lord Rochford. 122 
CnAPiTRB X. — Œuvres de lord Rochford 158 

UENRY HOWARD COMTE DE SURREY. 

Chapitre Premier. — Origines de la famille Howard. Mariage et 

caractère des parents du poète 145 

Chapitre II. — Naissance et éducation de lord Henry Howard. 11 

prend le titre de comte de Surrey 133 

CinriTRE III. — Séjour de lord Surrey au château de Windsor. Son 

mariage 164 



588 TABLE DES MATIÈRES. 

Chapitre IV. — Séjour de lord Surrey en France 181 

Chapitre V. — Mésintelligence entre le duc et la duchesse de 

Norfolk. Conduite de lord Surrey envers sa mère 197 

Chapitre VI. — Malheurs qui frappent la famille Howard. Rôle du 

comte de Surrey dans le Pèlerinage de Grâce 211 

Chapitre VII. — Disgrâce de lord Surrey. Sa relégation ii Windsor. 

Sa retraite à Kenninghall 225 

Chapitre VIII. — Lord Surrey rentre en grâce. Mariage et divorce 

de Henry VIII avec Anne de Clèves. Mariage de Henry VIII avec 

Catherine Howard. Désastre de la famille Howard 259 

Chapitre IX. — Premier emprisonnement de lord Surrey. 11 fait 
campagne en Ecosse. Son retour à Londres. Son deuxième 
emprisonnement 256 

Chapitre X. — Lord Surrey rentre de nouveau en faveur. — Siège 

de Landrecies 274 

Chapitre XI. — Reprise des hostilités contre la France. Sièges de 

Roulogne et de Monlreuil 294 

Chapitre XII. — Guerre maritime avec la France. Lieutenance 

générale de lord Surrey h Boulogne 509 

Chapitre XIII. — Échec de lord Surrey à Saint-Ktienne. Il est 

rappelé de Boulogne. Son retour en Angleterre 528 

Chapitre XIV. — Arrestation, jugement et supplice de lord Surrey. 542 

Chapitre XV. — Légende formée sur le nom de lord Surrey. Ses 
relations avec lady Elizabeth Fitzgerald et la comtesse de Hert- 
ford • • • 365 

Index alphabétique des personnages historiques cités dans le volume. 577 



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33/+ Deux gentilhommes-poetes 

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