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Full text of "Dictionnaire d'argot moderne. Nouv. éd., avec supplément"

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DICTIONNAIRE 

D'ARGOT MODERNE 



DU MEME AUTEUR 



Dictionnaire du Jargon parisien. — L'Argot ancien et 
l'Argot moderne. {Épuisé.) 

Dictionnaire des lieux communs de la conversation, du 
style épistolaire, du théâtre, du livre, du journal, de la 
tribune, du barreau, de l'oraison funèbre, etc., nouvelle 
édition. Un beau volume grand in-i8. Prix. . . 6 fr. 



DICTIONNAIRE 



D'ARGOT MODERNE 



PAR 



LUCIEN RIGAUD 



NOUVELLE EDITION AVEC SUPPLEMENT 




^"Él- 



PARIS 



r^i'^ 



PAUL OLLENDORFF, EDITEUR 

28 bis, RUE DE RICHELIEU, 28 blS 
i' 1888 

Tous droits réservés 



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S74I 

lin 



L'auteur se proposait de faire précéder ce volume de 
quelques lignes dans lesquelles, sans étudier, comme il 
l'avait fait en tête du Dictionnaire du jargon parisien , l'ori- 
gine et les transformations de l'argot, il aurait expliqué au 
public que son livre est un ouvrage de linguistique, un tra- 
vail de recherches longues et laborieuses, un exposé vrai et 
consciencieux des termes étranges, souvent pittoresques, 
parfois très décolletés qui, sous leurs formes multiples, cou- 
rent les ateliers, les bureaux de rédaction, les théâtres, les 
casernes, pour tomber dans Y Assommoir^ rebondir sur 
le trottoir, au milieu des filles et de leurs satellites et, delà 
tout naturellement, circuler dans les maisons centrales et 
les bagnes. 

Il aurait prié les lecteurs de ne pas s'effrayer de la 
hardiesse, de la crudité, de la trivialité de certaines locu- 
tions. Les retrancher était impossible : c'eût été retirer 
au livre son cachet d'originalité, de vérité, d'actualité et 



M. nigaud voulait avant tout justifier le titre d'Argot 
moderne. Il fallait passer outre quand même. 

Voilà ce que l'auteur se disposait à dire, lorsque la mort 
est venue le surprendre, la veille de l'apparition de ce vo- 
lume, le lendemain delà publication de son autre ouvrage : 
le Dictionnaire des lieux communs. 

En ces circonstances, nous ne pouvons, sans nous étendre 
davantage sur ce sujet, que rappeler qu'il s'agit ici d'un 
recueil oîi les choses s'appellent par leur nom, d'un travail 
utile aux études des savants, des chercheurs, des curieux, 
d'un dictionnaire enfin, qui est à sa place dans la biblio- 
thèque d'un homme, mais qui n'est pas destiné à l'éduca- 
tion des jeunes filles. 

{Note de l'éditeur.) 



DICTIONNAIRE 
D'ARGOT MODERNE 



I 



Abatage. Action d'abattre son 
jeu sur la table, en annonçjiut 
sou point, — dans le jargon des 
joueurs de baccarat. II y a aba- 
tage, toutes les t'ois qu'un joueur 
a d'emblée le point de neuf ou 
de huit. — Bel abatage, fré- 
quence de coups de neuf et de 
huit. — II y a abatage sur toute 
la ligne, lorsque le banquier et 
les deux tableaux abattent si- 
multanément leurs jeux. « Les 
abatages se succédaient entre 
ses mains, drus comme grêle. » 
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) 

Abatage. Développement du 
bras, haute stature d'un joueur 
de billard. C'est un avantage 
qui lui permet de caramboler 
avec facilité et de se livrer, en 
été, à des eilets de biceps. 

Abatage. Ouvrage vivement 
exécuté. — Graisse d^abatage, 
ardeur à l'ouvrage. 



Abatage. Forte réprimande. 

— Ecoper un abatage, recevoir 
une forte réprimande, — dans 
le jargon des ouvriers. « Le 
lendemain, tout le monde sur 
le tas. Avant de commencer, 
j'ai écopé mon abatage. » (Le 
Sublime). 

Abatage (Vente à 1'). Vente 
sur la voie publique. Aujour- 
d'hui presque tous les grands 
magasins de nouveautés prati- 
quent la vente à V abatage et en- 
combrent les trottoirs avec des 
marchandises plus ou moins dé- 
fraîchies. 

Abatis. Pieds, mains et, par 
extension, les autres membres. 
S'applique en général aux ex- 
trémités grosses et communes. 

— Avoir les abatis canailles. 
« Tu peux numéroter tes aba- 
tis. » [La Caricature du 7 fév. 
1880.) 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Abat-joucs. Les joues de ce \ 
second visage qu'il n'est pas j 
bienséant do montrer en public, j 

Abattis. Nombreuses révoca- 
tions dans un personnel admi- 
nistratif. — Hécatombes de 
fonctionnaires de l'Etat que la 
cos"née ministérielle abat com- 
me la cognée du bûcheron abat i 
les arbres d'une forêt. « C'est 
pour affirmer... que le journal 
de M. Decazes a collaboré à 
Vabattis, en quelques semaines, 
de o4 préfets, de 38 secrétaires 
généraux et de 425 sous-pré- 
fets. » (Aug. Vacquerie, le Rap- 
pel du 23 octobre 1877.) 

Abattoir. Cellule des condam- 
nés à mort à la Roquette. 

Abattre. Faire beaucoup d'ou- 
vrage en peu de temps. J'e7i ai- 
Vy abattu ! 

Abattre. Etaler son jeu sur la 

table, en style de joueur de 
baccarat. — Méry, qui cultivait 
pour le moins autant ce jeu que 
la Muse, avait érigé en axiome le 
distique suivant : 

« Quand on a bien dîné, qu'on est plein 

[comme un œuf, 

» Il faut après un huit toujours abattre 

[un neuf. » 

Abattuci. Abatage, — dans le 
jargon des joueurs de baccarat, 
par similitude de nom. Encore 
un abattuci! c'est un abonnement. 

Abbaye. Carrière à plâtre, 
four à plâtre, domicile ordinaire 
des vagabonds de Paris. 

Abbaye de Monte -à-Regret. 

L'ancienne guillotine, — dans 
le langage classique de feu les 
pères ignobles de l'échafaud. 
Terrible abbaye sur le seuil de 
laquelle le condamné se sépa- 
rait du monde et de sa tète. 



Abbaye de Saint-Pierre. Nom 

que donnaient à la guillotine, 
il y a une quinzaine d'années, 
les lauréats de Cour d'assises; 
jeu de mots sur saint Pierre et 
cinq pierres, par allusion aux 
cinq dalles qui formaient le 
plancher de l'échafaud. Depuis 
qu'il est à ras de terre, c'est la 
Plaine rouge, le Glaive ou en- 
core la Veuve Razibus. 

Abbaye de s'offre à tous. Mai- 
son de tolérance du temps ja- 
dis. 

Aborgner (S'). Regarder avec 
attention, ouvrir Tœil, — dans 
le jargon des voleurs. 

Abouler. Donner, compter. 
Abouler de la braise, donner de 
l'argent. « Ecoppé, ma vieille! 
aboule tes cinq ronds. » (Al. 
Arnaud, les Zouaves, acte 1, 1 856.) 
— Aller, venir, abouler à la 
taule, abouler icigo, aller à la 
maison, venir ici. M. (^h. ÏN'isard 
fait sortir abouler d'afïouler, ac- 
coucher avant terme ; M. Fr. 
Michel le tire avec plus de rai- 
son d'advolare, bouler à, d'où 
ébouler dans la langue régu- 
lière. 

Aboyeur. Employé chargé, 
dans une prison, d'appeler les 
prisonniers au parloir. — Indi- 
vidu qui crie des imprimés dans 
les rues. — Crieur dans les ven- 
tes publiques, dans les bals de 
barrière, devant la porte de cer- 
tains bazars. A l'Hôtel Drouot, 
le célèbre Jean, de grimaçante 
mémoire, est resté comme le 
type du parfait aboyeur. — Dans 
les réunions publiques , les 
aboyeurs sont ceux qui empê- 
chent par leurs cris l'orale iir 
de parler ou de continuer. {Le 
Sublime.) 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Abracadabrant. Etonnant , 
merveilleux, cocasse. D'abraca- 
dabra, mot cabalistique auquel 
on attribuait des vertus magi- 
ques pour guérir la fièvre, en le 
portant au cou écrit d'une cer- 
taine manière, t Je n'avais ja- 
mais lu ces pièces qui m'avaient 
tant réjoui à la scène; je me 
figurais, comme bien d'autres, 
qu'elles avaient besoin du jeu 
abracadabrant de leurs inter- 
prètes. » (E. Augier, Préface du 
théâtre complet de Labiche , 
1878.) 

Abracadabrantisme. Art d'é- 
crire, de dire des choses éton- 
nantes, insensées. « 11 faut bien 
que je me tienne au courant de 
y abracadabrantisme. » (A. Del- 
vau. Le Grand et le petit trot- 
toir.) 

Abrutir sur (S'). Faire traîner 
un ouvrage en longueur; même 
signification que s'endormir sur 
le rôti, mais plus courte et plus 
énergique. 

Abs. Absinthe , par apocope. 
— A son lit de mort , un vieil 
ivrogne, frappé de paralysie, dé- 
menait sa bouche en d'affreuses 
grimaces, pour arrivera expec- 
torer de minute en minute une 
série de abs, abs désespérés. On 
crut qu'il demandait l'absolu- 
tion, eton lui dépêchaun prêtre. 
A cette vue, la paralysie semble 
battre en retraite, tout le monde 
croit qu'un miracle va s'opérer. . . 
Le vieux biberon a poussé un 
grand cri, il se lève sur son séant 
et, par un suprême effort du 
gosier, il lâche un formidable 
« N. D. D. l'absinthe ! » retombe 
sur l'oreiller et meurt. C'était 
de l'absinthe qu'il demandait. 

Absinthage. Habitude de boire 



de Tabsinthe. Cultiver Vabsin- 
thage, se livrer à Vahsinthage. 

Absinthe (Faire son). Pour les 
profanes, c'est verser au hasard 
de l'eau dans un verre conte- 
nant un ou deux doigts de li- 
queur d'absinthe; pour les fidè- 
les, c'est la laisser tomber de 
haut, doucement, avec convic- 
tion, tantôt au mifieu, tantôt 
près des bords du verre. Ils ap- 
pellent cela «battre l'absinthe. » 
C'est insulter un buveur d'ab- 
sinthe que de lui offrir de « faire 
son absinthe. » Presque tous les 
dilettanti de la liqueur verte la 
boivent debout. Est-ce par res- 
pect, est-ce par suite d'une ha- 
bitude contractée devant le 
comptoir du marchand de vin? 

Absinthe en parlant (Faire 1'). 
Lancer, en parlant, de petits 
jets de salive, — dans le jargon 
des piliers de café. L'étymolo- 
gie est anecdotique. « Pelloquet 
est là, et demande une absinthe, 
qu'on lui sert, sans lui apporter 
en même temps la carafe d'eau. 
Il parle — comme il parlait 
toujours — la pipe à la bouche, 
et postillonnant dans son verre... 
— Eh bien? demande-t-il tout à 
coup, et la carafe ? — Ne vous 
dérangez pas, garçon, crie une 
habituée : l'absinthe est faite. » 
(Maxime Rude, Tout Paris au 
café.) « Et avec cela, quand elle 
ouvrait la bouche pour jaser, 
elle faisait l'absinthe! » (Huys- 
mans, les Sœurs Vatard.) 

Absinthe (L'heure de F). Avant 
dîner, entre quatre et cinq heu- 
res. Heure à laquelle on se rend 
au café pour prendre des apé- 
ritifs. Tel donne rendez-vous à 
un ami, à l'heure de l'absinthe, 
qui n'a jamais pris d'absinthe 



DlGllONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



de sa vie. Dans les cafés litté- 
raires, c'est l'heure où l'on a 
coutume de se réunir pour 
prendre langue. «(Elle) cstd'é- 
closion toute récente ; elle date 
de l'épanonisscment et de la 
splendeur de la petite presse. . 
Vhcure de Vabsinthe est la ré- 
sultante logique des édios de 
Paris et de la chronique. » (J. 
Guillemot, Le Bohème, ^868.) — 
« C'était le temps où le timbre 
des pendules a commencé à 
sonner cette iieure particulière, 
qui en dure deux ou trois, et 
qu'on a appelée l'heure de l'ab- 
sinthe. >^ (Maxime Rude.) 

Absinther (S'). Boire de l'ab- 
sinthe. 

Absintheur. Buveur d'absin- 
the. Privât d'Anglemont, une 
autorité, donne « absinthier » 
dans le môme sens. 

Absinthisme. Maladie parti- 
culière aux buveurs d'absmthe. 
Nom donné par le docteur Lu- 
ncl à l'aiTection chronique ré- 
sultant de l'abus de cette liqueur 
L'absinthisme conduit ses vic- 
times à l'hystérie, l'épilepsie, 
1 idiotisme et la mort. 

Académicien. Terme de pro- 
fond mépris lancé par les roman- 
tiques de 1830 à la tète de tous 
les bourgeois qui s'habillaient à 
peu près comme tout le monde 
pensaient et vivaient à peu près 
comme tout le monde. « Quelle 
injure, alors ! tout homme à tête 
chauve était académicien de 
droit, et, àce titre, subissait, etc.» 
(J. Clarctie, Pelrus Borel le Ly- 
canthropc.) « Il lui fit voir l'é- 
chelle ascendante et descen- 
dante de l'esprithumain... Com- 
ment ensuite l'on ne comptait 
plus, et que l'on arrivait par la 



filière d'épithètes qui suivent: 
ci-devant, faux-toupet, aile de ' 
pigeon, perruque, étrusque, 
mâchoire, ganache, au dernier 
degré de la décrépitude, à l'épi- 
thète la plus infamante : Aca- 
démicien et membre de l'Insti- 
tut 1 > (Th. Gautier, Les Jeunes- 
France.) 

Acajou. Crâne chauve. — 
Avoir un acajou^ un bel acajo^i 
bien luisant. 

A cherche. A rien ; pas un 
point ; c'est-à-dire qui cherche 
à faire un point. Terme de 
joueurs d'écarté. Nous sommes 
trois à cherche. 

Accent, Arçon. Signe d'intel- 
ligence entre voleurs. — Signal 
de reccon naissance. Avoir de 
V accent y signifie être reconnu 
pour un voleur à certains si- 
gnes. 

Accommoder quelqu'un à la 
sauce piquante. Relever les ri- 
dicules de quelqu'un avec le filet 
de vinaigre delà parole, comme 
les cuisinières relèvent une 
sauce avec un filet de vinaigre 
plus ou moins d'Orléans. Déjà 
au xviii® siècle, accommoder 
avait le sens de maltraiter. — 
Je Vai pas mal accommode à la 
sauce piquante. — Ça ne m'étonne 
pas, ilest assez cornichon pour ça. 

Accordéon. Chapeau à claque, 
chapeau sur lequel on s'est assis 
avec ou sans intention. « T'es 
pas un frère ! tu m'as mis mon 
chapeau en forme d'accordéon.» 
(Le Triboulet du 22 fév. J880.) 

Accordeur delà camarde. Le 

bourreau, lorsqu'il procède à la 
toilette du condamné à mort. 
Accordeur de piano^. Liber- 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



tin qui prend la taille des fem- 
mes pour un clavier, et qui 
pince, tapote et palpe comme 
s'il promenait ses doigts sur les 
touches d'un piano. 

Accoucher. Se décider à par- 
ler. — Mettre au monde une 
œuvre d'art, souvent d'autant 
plus mauvaise que l'accouche- 
ment a été plus laborieux. 

Accroche-cœurs. Mèche de 
cheveux que les souteneurs de 
barrière portent plaquée sur la 
tempe, coiffure qu'ils affection- 
nent: d'où le surnom donné au 
souteneur lui-même. 

Accrocher un paletot. Mentir 
— dans le jargon du peuple. 
L'ouvrier qui a accroché son pa- 
letot au Mont-de-Piélé n'an- 
nonce pas toujours bien exac- 
tement à sa ménagère le prix 
de l'engagement. 11 escamote 
souvent une petite pièce au pro- 
fit du marchand de vin. 

Accrocher. Mettre un objet 
au Mont-de-Piété. Il est accro- 
ché au clou. 

Acoquiner (S'). Vive en état 
de concubinage. Mot à mot : 
vivre avec une coquine. « 11 se 
faisait pitié maintenant à lui- 
même, en pensant qu'il avait 
élé jusque-là assez bon enfant 
pour rester acoquiné avec une 
ouvrière. » (Vast-Ricouard. Le 
Tripot, 1880.) 

Acre. Paix 1 Silence ! Excla- 
mation lancée à l'atelier, soit 
pour avertir les camarades de 
se taire ou de se méfier, soit 
pour annoncer l'entrée du pa- 
tron. — Quand 11 y a de locré^ 
ça va mal, le patron n'est pas 
content. C'est une abjéviation 
de sacré nom d'un chien ou Je 



sacré nom de n'importe quoi. 

Addition. Carte à payer chez 
le restaurateur, le total des ob- 
jets de consommation. « Les 
gens qui suivent les modes di- 
sent Vaddition. » (Eug.Wœstyn, 
Physiologie du dîneur.) « On n'a 
jamais souffert que le mot addi- 
tion fût prononcé au Café de 
Paris. C'est ce que les gens bien 
élevésappellent la carte. » (Nes- 
tor Roqueplan, Paiisine.) Mal- 
gré l'indignation de Nestor Ro- 
queplan, le mot addition a pré- 
valu ; il est généralement em- 
ployé par quatre-vingt-dix-neuf 
consommateurs sur cent. 

Adjoint. Valet de bourreau, 
par euphémisme. « M. Roch 
(l'exécuteur des hautes œuvres) 
dit : Mon adjoint. » (Imbert.) 

Adjudant de manège. Garde 
manège, par ironie, dans le 
jargon des soldats de cavalerie. 

Aff (Eau d'). Eau-de-vie, 
« Uaffe pour la vie est de la 
plus haute antiquité. Troubler 
Vaffre a fait les atfres, d'où vient 
le mot affreux, dont la traduc- 
tion est ce qui trouble la vie. » 
(Balzac, La Dernière incarnation 
de Fatf^n«.) D'après M.Lorédan 
Larchey, aff est l'abréviation de 
pa/", qui désignait autrefois 
l'eau-de.vie. 

Affaire. Vol en perspective. 
— Affaire à la manque, procès. 

Affaire (Faire son). Avoir 
reçu une blessure grave. — 
Etre complètement soûl. 

Affaire (Faire son). Battre 
quelqu'un, le tuer. « En atten- 
dant que Golo te fasse ton af- 
faire. » (H. Crémieu et E Tré- 
feu, Ge7ieviève de Brabant.] 
Au xvui" siècle on disait : ses 



6 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



affaires sont faites, pour : il est 
perdu, il est ruiné. 

Affaires (Avoir ses). Avoir ses 
menstrues. 

Affaires (Manquer ses). Per- 
dre son temps avec un amant 
de cœur et négliger les amants 
sérieux, — dans le jargon des 
filles galantes. 

Affaler (S'). S'échouer, s'é- 
tendre. S'affaler sur le pieu, se 
coucher,  dans le jargon du 
peuple. C'est un mot emprunté 
au vocabulaire des marins. 

Affranchi. Voleur que les re- 
mords n'empêchent pas de dor- 
mir, c'est-à-dire affranchi de 
tout scrupule. 

Affranchir. Donner des leçons 
de vol à un novice. Pousser 
quelqu'un au vol, corrompi'e un 
témoin. 

Affres. Reproches, blâme. 

Affurage, Affure. Bénéfice,— 
dans le jargon des voleurs. 

Affure. Avance d'argent sur 
un ouvrage, — dans le jargon 
des ouvriers. — La variante est : 
Avoir du poulet. 

Affurer. Voler, réaliser un 
bénéfice, — dans l'ancien argot. 
Du latin fur, voleur. 

Affût (Etre d'). Etre malin. — 
Un d'affût, un homme malin. 
Futé est resté dans le langage 
régulier. 

Affûter. Embaucher. — S'af- 
fûter, s'habiller. — Affûter ses 
pincettes, se préparer à sortir. 

Affûter ses meules. Bien 
manger, bien jouer des mâ- 
choires. Les meules sont les 
dents qui servent à broyer les 
aliments. Chez les misérables, 



elles broient trop souvent dans 
le vide. La variante est : Grais- 
ser ses meules. 

Aganter. Attraper au vol; 
mot emprunté au provençal. 
C'est enganter avec changement 
de syllabe. — Aganter une cla- 
que, attraper un soufflet. 

Agobilles. Outils, — dans le 
jargon des voleurs. 

Agrafe. Main. — Serrer les 
agrafes, serrer les mains. 

Agrafer, agriffer. Arrêter. 
Dérivé de griper, prendre avec 
avidité, agriper et agraper. 

Agrément de banque. Béné- 
fice réalisé dans la même jour- 
née à la Bourse. [Argot de la 
Bourse.) 

Agrément (Avoir de 1') . Terme 
de coulisses pour signifier l'ac- 
tion d'être applaudi. « Made- 
moiselle Mars n'a pas eu d'açjré- 
ment en voulant s'initier prê- 
tresse de la muse tragique. » 
[Vêtit dictionnaire des coulisses, 
1835.) 

Agrément (Se pousser de F). 

1 S'amuser, passer un moment 
agréable. Quand on a massé toute 
la semaine, il faut bien un peu se 
pousser de l'agrément le dimanche. 

Aguicher. Attirer, — dans le 
jargon des voleurs. — Aguicher 
un sinve pour le dégringoler, at- 
tirer un imbécile pour le voler. 

Aides (Aller à la cour des). 
Une femme va à la cour des 
aides, lorsqu'elle donne un ou 
plusieurs collaborateurs à son 
mari. L'expression date du dix- 
huitième siècle. 

Aiguille. Clé — Barbe de huit 
jours, — dans le jargon des 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



voleurs. Elle pique comme une 
aiguille. 

Aiguiller. Aiguiller la brème. 

Disposer, corner une carte de 
façon à ce qu'elle dépasse légè- 
rement les autres; cela facilite 
le coupage dans le pont. La carte 
ainsi disposée s'appelle l'aiguille. 
Elle conduit au pont la main de 
celui qui coupe, comme une ai- 
guille de chemin de fer conduit 
un train sur telle ou telle voie. 

Aiguilleur. Grec qui a l'habi- 
tude d'aiguiller la carte. Mot 
emprunté au vocabulaire des 
chemins de fer. 

Aile. Bras. Attrapez mon aile 
pour la ballade' Donnez-moi le 
bras pour la promenade. 

Aileron. Pied, main. « Qu'est- 
ce, qui bronche ici? que je lui 
abatte un aileron. » (E, de La 
Bé^l<ollièt'e, Les Industriels.) 

Aimant (Faire de 1'). Cher- 
cher à attirer l'attention, comme 
l'aimant attire le fer. 

Aimer comme la colique. Dé- 
tester. 

Aimer comme ses petits 

boyaux. Ressentir une vive af- 
i'ection. 

Air (Se donner de 1'). Se sau- 
, ver. Les variantes sont : Se 
pousser de l'air, jouer la fille de 
l'air. (( Allons, môme, pousse- 
toi de l'air! » (X. de Montépin, 
Les Viceurs de Paris.) 

Alarmiste. Chien de garde. 

Albinos. Couleur blanche d'un 
jeu de dominos. 

Album. Chapeau à haute for- 
me, — dans le jargon des char- 
Ibonniers. 
I"" — 



Ivrogne imbu des principes al- 
cooliques, saturé de trois-six, 
récipient humain à absinthe, — 
dans le jargon des médecins. 
La passion de l'alcool est telle- 
ment impérieuse chez certains 
ivrognes, qu'ils arrivent, faute 
de mieux, à absorber de l'alcool 
camphré. On en a vu même, en 
extase devant la boutique des 
pharmaciens, faire lesyeux doux 
aux bocaux à fœtus et à vers 
solitaires. 

Aligner (S'). Avoir affaire à, 

— dans le jargon du régiment. 
S'emploie surtout dans l'expres- 
sion : Allez donc vous aligner 
avec des types pareils ! c'est-à- 
dire : allez raisonner avec de 
pareilles brutes ! 

Aligner sur la pancarte (Se 
faire). C'est mot à mot, dans 
l'argot du régiment : Se faire 
aligner sur la pancarte des hom- 
mes punis. 

Aller de (Y). Payer. Y aller de 
ses dix francs. — Y aller d'une, 
de deux, de trois, payer une 
bouteille, deux bouteilles, etc. 

— Y aller de sa goutte, de sa 
larme, pleurer, être ému jus- 
qu'aux larmes. — Y être allé de 
son voyage, avoir fait une dé- 
marche inutile. — Y aller gai- 
mar, faire quelque chose gaie- 
ment. 

Aller avec un homme. Se 

prostituer à un homme, — dans 
le jargon des filles et de leurs 
souteneurs. — a C'est-y grossier 
ces nouvelles couches sociales ! dit 
une fille en s'écartant, comment 
peut-il y avoir des femmes qui 
aillent avec ça? » (F. d'Urville, 
Les Ordures de Paris.) 

Aller où le roi n'envoie per- 



8 



DIGTIONNAIEIE D AUGOT MODERNE. 



sonne. Aller aux lieux d'aisan- 
ces. La variante est : Aller où 
le roi va à piad. 
Alliance. Poucettes. 

Allonger, Allonger de l'ar- 
gent, s'Allonger, Donner de 
l'argent, c'est-à-diro allonger le 
bras pour payer. 

Allonger (S'). Se laisser tom- 
ber dans la rue. — S'étirer les 
bras en bâillant. 

Allumage. L'un des premiers 
degrés du thermomètre de l'i- 
vresse. 

Allumé. Légèrement pris de 
vin. — Enthousiasmé. 

Allumer. Regarder avec soin, 
observer, — dans le jargon du 
peuple. « Tais-toi, Pivoine, le 
républicain nous allume » (A. 
Joly, Fouyou au Lazary, Chans.) 

— Dans i'argot des camelots et 
des marchands forains, allumer 
a le sens de surveiller l'ciche- 
teur, de veiller à ce qu'il ne 
chipe rien. — Allumer le faute. 

— Allumer le mistou. On disait 
au xvni® siècle éclairer dans le 
même sens; c'est le aliquem spe- 
culari de Cicéron. 

Allumer. Enthousiasmer, ex- 
citer l'admiration, surexciter. 

— « Avec un costume neuf elle 
allumerait une salle. » (Huys- 
mans, Marthe.) — Allumer le 
•pingouin, exciter l'enthousias- 
me du public, dans le jargon 
des saltimbanques. 

Allumer. Stimuler un cheval 
à coups de fouet. — « Le pauvre 
gars apparut, tout piètre encore, 
et se hissa péniblement dans la 
voiture. Après lui, madame y 
monta, puis, en route, allume ! » 
(L. Cladel, Ompdrailles,Le Tom- 
beau-des-lutteurs.) 



Allumes . Morceaux de bois sec, 

— dans le jargon des boulangers. 

Allumette ronde (Attraper 
une). Ressentir les premiers ef- 
fets de l'ivresse ; une des nom- 
breuses métaphores pour dési- 
gner la manière d'être d'un 
homme soûl. A des degrés di- 
vers, on dit : Avoir sa cocarde, 
avoir son plumet, être dans les 
vignes, dans les brindezingues, 
avoir son compte, so7i affaire, sa 
pointe, un coup de soleil, un coup 
de jus,^ un coup de sirop, être 
tout chose, émèché, parti, lancé, 
paf, pochard, soûlot, soulard, 
gavé, poivre, poivrot, raide comme 
balle, raide comme la justice. 
Voici, d'après M. Denis Poulot 
{le Sublime), les marches de 
l'échelle alcoolique, dans l'ar- 
got des ouvriers mécaniciens : 

10 Attraper une allumette ronde: 
il est tout chose; 2° Avoir son 
allumette de marchand de vin : il 
est bavard et cxpansif; o^^ Pren- 
dre son allumette de campagne, 
ce bois de chanvre soufré des 
deux bouts : il envoie des pos- 
tillons et donne la chanson ba- 
chique; 4o II a son poteau kilo- 
métrique : son aiguille est af- 
folée, mais il retrouvera son 
chemin ; 5» Enfin le poteau télé- 
graphique, le pinacle : soulo- 
graphie complète, les roues 
patinent, pas moyen de démar- 
rer; le bourdonnement occa- 
sionné par le vent dans les 
faïences est cause du choix. 

Allumettes. Jambes longues 
et maigres. Prends garde, tes al- 
lumettes vont prendre feu. 

Allumeur. Juge dinstruction, 

— dans le jargon des voleurs. 

11 éclaire l'aliaire, il porte la 
lumière sur l'aliaire. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



9 



Allumeur. Entraîneur, com- 
, pre dans les bazars, les ventes 
publiques, les théâtres forains. 
« Les allumeurs sont des em- 
.>ployés aux gages des saltim- 
^ banques, qui entraînent le pu- 
blic à leur suite, en donnant 
l'exemple. « (G. Escudier, Les 
Saltimbanques.) 

« Exploiteur du public crédule, 
» Fripons exerçant leurs talents, 
). Depuis la fausse somnambule 
» Jusqu'à l'allumeur de chalands. » 

(A. Pommier, Pai'is,iS61.) 

AUumeuse. Femme payée par 
l'administration d'un bal public 
pour danser et avoir l'air de 
beaucoup s'amuser. — Femme 
dont le métier consiste k attirer 
l'attention des hommes, à faire 
de l'œil, sur la voie publique, 
dans les théâtres, en chemin de 
fer et ailleurs. Elle cherche à 
allumer sa victime, à l'incendier 
de son regard. 

Alpa. — Vêtement. Abrévia- 
tion d'alpaga. Se payer un alpa 
sijstème Jardinière ou système 
Godchau. 

Alphonse. Joli jeune homme 
qui reçoit de l'argent des fem- 
mes séduites par sa beauté et 
[ ses complaisances. Type d'un 
personnage d'une comédie de 
M. Dumas fiis. Fort à la modo 
un moment, le mot a déjà 
\ vieilli. Alphonse de barrière. Sou- 
teneur de barrière. Le nom 
d'Alphonse, pour désigner un 
homme qui vit des générosités 
d'une femme, paraît èlre bien 
antérieur à la comédie de 
M. Dumas fils. Il y a une ving- 
".tnino d'années, il devait avoir 
cours au quartier latin, s'il faut 
en croire l'exemple suivant : 
« L'an dernier, elle avait un 
Alphonse pour lequel elle tra- 



vaillait du matin au soir et 
souvent du soir au matin. L'Al- 
phonse est parti. » [Petits Mys- 
tères du quartier latin, 1800.) 

Altèque. Beau , excellent. 
D'altar, d'où dérivent les mots 
altier, altitude. 

Amadouage. Mariage, — dans 
le jargon des voleurs. 
Amandes de pain d'épice. 

Grandes dents d'anglaise. Pour 
que rien ne se perde dans la 
langue métaphorique de l'argot, 
on appelle, par contre, « dents 
d'anglaise » les amandes de 
I pain d'épice. 

I Amar, Amarre. Camarade, 
I par abréviation, — dans le jar- 
I gon des ouvriers. — Un amarre 
d'attaque, un ami dévoué. 

Amateur. Mot à mot : ama- 
teur du beau sexe, entreteneur 
éphémère. « Si ce n'est pas sa 
femme (la femme du Sublime) 
qui est trop vieille et trop laide, 
c'est sa fille qui aura été ven- 
due et que sa mère instruira 
dans l'art de rançonner l'ama- 
teur. » {LeSublime.)En peinture., 
en littérature, Vaynateur est un 
monsieur à qui sa fortune per- 
met de cultiver les beaux-arts 
sans chercher à en tirer un pro- 
fit quelconque. — Travailler en 
amateur c'est, en style d'artiste, 
travailler peu et faire mauvais. 

Ambassadeur. Cordonnier, — 
dans le jargon des voyous. 
(A. Delvau.) — Souteneur bien 
vêtu. Le bal qu'ils fréquentent 
est d'ailleurs très connu sous le 
nom « d'ambassade. » — « Al- 
lons à l'ambassade » disent les 
artistes du quartier Pigalle qui 
veulent s'encanailler ou qui 
cherchent des sujets d'études 

1. 



10 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



immorales. — Autrefois c'était 
un tt ambassadeur d'amour. » 

« C'est un ambassadeur d'amour. » 
(Molière, Georges Dandin.) 

Ambes. Jambes. — Suppres- 
sion de la première lettre. 

Ambulante. Fille publique. 
Allusion aux marches et contre- 
marches auxquelles ces demoi- 
selles se livrent, avant de se li- 
vrer au public. Le mot remonte 
au siècle dernier. « Une belle 
soirée qu'elles étaient assises 
au pied d'un arbre, et interro- 
geaient les passants, s'ils vou- 
laient s'amuser (c'est le terme 
technique avec lequel ces am- 
bulantes expriment sous une 
image honnête l'acte de leur 
métier le plus malhonnête). » 
{Anecdotes sur la comtesse Du 
Barri, 1776.) 

Amendier fleuri. Régisseur, 

— dans le jargon des acteurs. 
Cet employé est chargé de dis- 
tribuer les amendes ; d'où le 
jeu de mots. 

Amener (S'). Venir, se rendre 
à, — dans le jargon du peuple. 

— « Amène-toi ce soir à ma 
boîte. » (Le Triboulet du 9 mai 
1880.) 

Amer. Bitter. Cette liqueur a 
le double désavantage d'être 
amère et corrosive. 

Américain (L'). Chemin de fer 
américain. Omnibus qui roule 
sur des rails ; le précurseur des 
tramways en France. L'Améri- 
cain dessert encore les lignes 
du Louvre à Versailles, Saint- 
Cloud et Sèvres et la ligne de 
Rueil à Marly. 

Américain (Œil). (Ei\ auquel 
rien n'échappe. Dans une ronde 
des bagnes, on parle de cet œil 



américain qui luit le succès des 
char rieur s. 

« Pour être un' voleur aigrefin 
Il faut un œil américain. 



Pour détrousser un citadin, 
Ah ! vive un œil américain. » 

(Léon Paillet, Voleurs et Volés.) 

Américain (Œil). Œil fasci- 
nateur. Dans le monde de la 
galanterie, longtemps l'Améri- 
cain a passé pour avoir le dou- 
ble mérite de posséder de l'ar- 
gent et d'être généreux. Lors- 
qu'un homme paraissait réunir 
les conditions de générosité re- 
quises, il ne manquait pas de 
plaire à ces dames qui lui trou- 
vaient Vail américain. « Oh ! 
voilà deux petites femmes qui 
s'arrêtent... Elles s'asseyent de- 
vant nous... La brune me l'ait 
un œil américain, n (Paul de 
Kock, Le Sentier aux prunes.) 
Aujourd'hui, quand une femme 
dit à une autre : un tel a Vœil 
américain, traduisez : Méfie- 
toi, ou méfions-nous, c'est un 
floueur. Elles en ont tant vu de 
toutes les couleurs et de tous 
les pays, qu'elles ne croient plus 
ni aux Russes, ni aux Améri- 
cains. 

Américaine (Vol à V). Vol au 
change, un des vols les plus 
pratiqués à Paris, où il y a tant 
d'imbéciles à qui l'on fait accep- 
ter des rouleaux de plomb doré 
pour des rouleaux d'or, tant 
d'imbéciles qui se laissent pren- 
dre à des pièges encore plug 
grosrjiers. 

Ami. Voleur émérite, d'après 
Balzac. Voleur qui professe un 
culte pour son métier, et ne 
met rien au-des6us du vol. 

Amînche, Amunche. Ami. Les 
voleurs disent encore avec re- 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



11 



doublement : Aminchemince , 
aminchemar, quand ils ne sont 
pas pressés. — Aminche d'aff, 
complice. Mot à mot, ami d'af- 
faire. Dans le jargon des vo- 
leurs, affaire veut dire vol. 

Amocher. Donner des talo- 
ches; pour moucher. 

Amour de. Charmant, ravis- 
sant, fait pour plaire, a 11 por- 
tait un amour de redingote 
noire. » (J. Barbey d'Aurevilly, 
Les Diaboliques f -1874.) 

Amoureux de carême. Amou- 
reux timide. Le peuple disait 
autrefois proverbialement : 
Amoureux de carême, qui a 
peur de toucher à la chair. 

Amoureux (Papier). Papier 
qui boit l'encre, — en terme 
d'imprimerie. 

Amuser à la moutarde (S'). 

Perdre son temps à des bêtises. 
« Grande colère du père Du- 
chène de voir les sans-culottes 
s'amuser à la moutarde. » {Le 
père Duchène.) 

Anastasie. Nom donné par les 
journalistes au bureau de la 
censure littéraire. Les dessina- 
teurs la représentent toujours 
une paire de ciseaux menaçants 
à la main, fer aussi cruel pour 
les œuvres de l'esprit que le ra- 
soir du chanoine Fulbert pour 
l'amant infortuné de l'infortu- 
née Héloise. — Un dessin de la 
Revue parisienne du 9 août 1877 
représente une soirée chez Anas- 
tasie, avec cette légende : « Le 
domestique annonçant: MM. X., 
Y., Z., journalistes, dessina- 
teurs. — Madame Anastasie (à 
un invité) : Soyez donc assez 
aimable pour voir si on a servi 



les glaces aux amendes et aux 
suspensions. » 

Anchois (Yeux bordés d'). 

Yeux dont les paupières rougies 
et tuhîéfiées figurent des laniè- 
res d'anchois. Quand on a vu 
une fois de pareils yeux, on est 
dégoûté des anchois pour la vie. 

Ancien. Elève de deuxième 
année ou de première division 
dans une école militaire. (Saint- 
Patrice.) 

Ancienne. Ancienne maîtresse 
— Cest une ancienne. 

Ancienne. Ancienne fille ga- 
lante exerçant un commerce. — 
« La propriétaire, une «Ticienne, 
fait la causette avec elle. » 
(F. d'Urville, Les Ordures de 
Paris.) — {< Certaines tables 
d'hôte souvent tenues par une 
ancienne. » {Idem.) 

Anderlique. Homme dégoû- 
tant, sale, malpropre, celui qui 
dit ou écrit des saletés. Allusion 
à l'anderlique, petit tonneau 
employé en vidange pour rece- 
voir les résidus de la fosse. (Le 
Sublime.) 

Andouille . Personne sans 
énergie. Grand défendeur d'an- 
douilleSf individu de haute 
taille, un peu sot. Les andouil- 
les sont pendues au plafond. 11 
faut être grand pour les dépen- 
dre, et ce travail ne demande 
pas beaucoup d'intelligence. — 
<^ Le grand dépendeur d'an- 
douilles, qui l'endormait, aaussi 
disparu. » (Huvsmans, Gaulois 
du 26 juin 1880".) 

Ane. Terme de relieur, boîte 
où tombent les rognures. Est-ce 
une allusion aux livres, qui, la 
plupart, contiennent tant d'â- 
neries ? 



12 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Ange garijUen. Accumpagna- 
leiu' d'ivrognes. Avant l'an- 
nexion des anciennes barrières, 
un grand nombre de marchands 
de vin avaient attaché à leurs 
établissements « des ang-es gar- 
diens » chargés d'accompagner 
les ivrognes à domicile, de veil- 
ler à leur sûreté et de leur évi- 
ter le désagrément d'être déva- 
lisés par les voleurs au poivrier. 
Industrie disparue aujourd'hui. 

Anges pissent (Les). Il pleut. 

Anglais. Créancier. Avoir un 
tas d'anglaifi à ses trousses. Par 
suite d'une vieille antipathie de 
race, le débiteur a octroyé au 
créancier le surnom d'anglais, 
ennemi. 

Anglais. Menstrues. Allusion 
à l'uniforme rouge des soldats 
anglais. — Avoir ,"es anglais, 
_Les ttvglais sont débarqués. 

Anglaise. Jeu de sous à pile î 
ou face, jeu favori des voyous. 

Anglaise (S'esbigner à, pis- 
ser à r). Quitter une société 
sans rien dire à personne. Cela 
évite des salutations et des ser- 
rements de main qui n'en iini- 
raient plus. 

Anglaise (Faire une). Se co- 
tiser pour aller boire bouteille 
chez le marchand de vin, — 
dans le jargon des ouvriers. — 
C'est ce que les Italiens appel- 
lent faire une Jiomainey se réga- 
ler à la Romaine. 

Angliche. Etranger, Après la 
restauration des Bourbons, les 
étrangers étaient dos angliches 
pour le Parisien. — Homme 
dur. " Ça n'a pas de cœur, ce 
merlan-là, grommela-t-il, c'est 
un angliche. >» (V. Hugo.) 



Angoulème. Bouche, du vieux 
mol goule, gueule. — 8e caresi^cr 
iangouléme, laii-c bonne chère. 

Anguille de buisson. Couleu- 
vre. Plus délicate, au dire des 
amateurs, que l'anguille de ri- 
vière, de même que le chat est 
plus aimable à l'estomac que le 
lapin domestique. 

Anisette de barbillon. Eau. 

Annuaire sous le bras (Pas- 
ser 1'). M Quand un officier est 
promu à l'ancienneté, on dit 
qu'il passe l'annuaire sous le bras 
ou bien avec la protection de la 
veuve Berger-Levrault, laquelle 
est l'éditeur de l'annuaire. » 
(Fr. de Rcillenberg, La Vie de 
garnison y 1863.) 

Annoncier. Ouvrier typogra- 
I phe chargé de la quatrième 
page du journal, des annonces. 
Un bon annoncier est très ap- 
précié. 

Anquilleuse, ou voleuse à la 

mitaine. Voleuse à la détourne 
qui s'attaque aux magasins de 
nouveautés. Habile à faire tom- 
ber un coupon d'étoffe, elle se 
sert de ses pieds, chaussés de 
bas en forme de mitaine, pour 
cacher la marchandise entre ses 
jambes, quilles, ce qui ne l'em- 
pêche ni de marcher, ni même 
de courir, quand elle sent la po- 
lice à ses trousses. 

Anse. Bras. 

Anse du panier (Faire danser 

1'). Gagner sur la dépense du 
ménage. L'expression remonte 
à l'an 103ti. (La Response des 
servantes.) Faire danser est pri.s 
dans le sens de faire sauter, 
voler. C'est donc mot à mot : 
i faire sauter uno partie de i'ar- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



13 



p'ont destiné à l'acliat des pro- 
visions que protéf^^e l'anse du 
panier. 

Anses (Panier à deux) . Homme 
qui se promène avec une femme 
pendue à cliacun de ses bras, 
cL qui doit regretter de ne pas 
en avoir une troisième, tant il 
semble heureux et fier. Les mi- 
litaires non gradés et nos bons 
villageois font souvent le panier 
à deux anses. 

Anspezade. — Elève de pre- 
mière classe à l'école de Saint- 
Cyr. 

Antif, Antiffe Chemin. — 
Battre Vantif, battre le payé, le 
chemin. Au dix-huitième siècle, 
on disait dans le môme sens : 
Battre la calaln'e, par altération 
pour calade, montée. 

Antif (Battre 1'). Espionner; 
par altération pour anlitle. « Je 
me défie maintenant des railles 
qui entrent ici pour battre Van- 
tif. » (Imbert, A travers Varis- 
2/tco«/iu.) C'est-à-dire mot à mot: 
fréquenter Téglise. faire métier 
de cafard, de jésuite. 

Antif le, Antenne, 

dans l'ancien argot. 

Antifier. Marier, — dans le 
jargon des voleurs. 

Antique. Personnage à idées 
arriérées, mis à la mode du 
temps jadis. L'opposé de mo- 
derne. 

Apic, Aspic. Œil, — dans le 
jargon des voleurs. C'est-i-dire 
as de -pique, allusion de forme, 
si l'on veut. 

Apiéceur. Ouvrier tailleur qui 

fait la grande pièce, c'est-à-dire 
le paletot, la redingote, l'habit. 



Eglise, 



Aplatir. Réduire au silence, 
confondre son contradicteur. Le 
superlatif est : Aplatir comme 
une punaise. 

Apoplexie de templier. Trans- 
port au cerveau par suite d'excès 
alcooliques. — Les templiers 
n'étaient pas précisément re- 
nommés pour leur sobriété. On 
a dit, pendant longtemps, boire 
comme un templier 

Apostrophe. Souftlet, coup de 
poing sur le visage. (Dict. des 
homonymes, Hurtaut, 1775.) 

Apôtre. Doigt, — dans le 
jargon des voleurs. Les doigls 
ont la mission de dérober avec 
zèle. 

Appuyer. Faire monter un 
décor, — dans le jargon des 
machinistes. 

Appuyer sur la chanterelle. 

Répéter, insister de manière à 
agacej". Inutile d'appuyer sur la 
chanterelle, j'ai compris. 

Aquarium. Réunion de soute- 
neurs. — Estrade d'un bal pu- 
blic de Paris qui leur est af- 
fectée. 

Aquilin (Faire son). Faire la 
mine. C'est-à-dire faire son nez 
aquilin. 

Arabe. Avare, usurier. (Hur- 
taut, t/io^ des homonymes. 1775.) 

Araigne. Crochet en fer dont 
se servent les bouchers pour 
accrocher la viande. Primitive- 
ment ces crocs à plusieurs 
branches avaient la forme de 
pattes d'araignées. 

Araignée. Voiture montée sur 
roues très-hautes et pourvue 
seulement d'un siège. Elle a des 
airs de faucheux ; d'où son nom. 



14 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Elle sert spécialement aux ma- 
quignons pour essayer les che- 
vaux. 

Araignée de comptoir. Mer- 
cier, — dans le jargon des cou- 
turières. Le mercier est tou- 
jours blotti derrière son comp- 
toir comme l'araignée derrière 
sa toile. Envoyer le rouffion chez 
Varaignée de comptoir. 

Araignée de bastringue. Fille 
qui tend ses toiles dans les bals 
publics". {Riche-en-gueule ou le 
nouveau Vadé 1824.) Les voyous 
d'aujourd'hui appellent les lilles 
qui raccrochent : des araignées 
de pissotière. Quœrens quem de- 
voret. 

Araignée dans le plafond 
^Avoir une). Extravaguer par 
instant. Le plafond figure le 
crâne ; l'araignée y file sa toile 
et empêche les idées de sortir 
claires et nettes. 

Arbalète. Croix à la Jean- 
nette, qui est devenue plus tard 
la fameuse croix de ma mère, 
dont les dramaturges ont fait 
une consommation effrayante. 
(V. les œuvres complètes de 
M. Dennery.) 

Arbalète de chique, d'an- 
tonne, de priante. Croix d'é- 
glise, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Arbi. Arabe, — dans le jar- 
gon de nos soldats d'Afrique. 
« Eh l'arbi ! combien ta viande? » 
(Ant. Camus, Les Bohèmes du 
drapeau.) 

Arcasien. Malin, — dans l'an- 
cien argot. 

Arcasineur. Mystificateur dou- 
blé d'un filou. Se dit aujour- 
d'hui de celui qui exerce la 
mendicité à domicile. 



Arcat (Monter un). Mystifier 
dans le but de voler. — Il y a 
une dizaine d'années, plusieurs 
personnes reçurent des lettres 
d'arcat, écrites par des prison- 
niers espagnols et dans lesquel- 
les, en retour d'une certaine 
somme, on s'engageait à révé- 
ler l'endroit où l'impératrice 
Eugénie, en quittant la France, 
avait caché ses bijoux. Arcat 
vient d'arcane, mystère. — 
« Cette fois c'est Midhat-Pacha 
qui, exilé, avant de s'embar- 
quer pour Brindisi, confia à 
l'auteur de la lettre, son pré- 
tendu secrétaire, une cassette 
contenant une dizaine de mil- 
lions. C'est toujours le même 
roman de la cassette enterrée, 
des plans qui serviront à la re- 
trouver et qui sont dans une 
malle saisie qu'il faut dégager 
et qui exige une certaine somme 
qu'on demande aux destina- 
taires de la lettre. » [Petit 
Journal du 14 sept. 1878.) 
V arcat ou lettre de Jérusalem 
était pratiquée au xviii<= siècle, 
avec tout autant de succès que 
de nos jours. Nous en trouvons 
un exemple relaté dans le Paris 
métamorphosé de Nougaret, (an 
VII.) 

Arcavot. Mensonge, — dans 
le jargon des marchands juifs. 
— Il est probable que Vorcat 
des voleurs vient d'arcavot. Il 
se sera rencontré un voleur de 
juif qui aura propagé le mot. 

Arche (Fendre 1'). Impor- }. 
tuner. 

Arche (Aller à 1'). E're en 
quête d'argent, courir après 
des débiteurs récalcitrants. 

Ardent. Chandelle, — dans 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



15 



Tancien argot. — Ardents, yeux. 

Ardoise (Avoir 1'). Avoir un 
compte ouvert dans une gar- 
g-ote, chez un marchand de vin, 
où le grand-livre est représenté 
par une planche d'ardoise. 

Ardoise. Tête. — Chapeau. — 
Se fourrer dans V ardoise, se 
mettre dans la tête, 

Argoter. Parler argot. Argo- 
tier, celui qui connaît et parle 
l'argot comme un académicien 
est censé connaître et parler la 
langue française. 

Argoteur. Celui qui parle 
l'argot comme certains faiseurs 
de romans font parler leurs 
personnages. 

Argousin. Contre-maître, — 
dans le jargon des ouvriers qui 
comparent l'atelier à une ga- 
lère. 

Arguche. Argot, avec chan- 
gement de la dernière syllabe. 

Arguche. Niais, — dans le 
jargon des voleurs. 

Aria. Embarras, obstacle, éta- 
lage de toilette. En patois cham- 
penois haria signifie tapage. 

Aristo. Aristocrate — Pour 
l'ouvrier, un aristo est le mon- 
sieur qui porte des gants gris- 
perle ; pour le voyou, c'est l'ou- 
vrier qui se paye un cigare de 
dix centimes; pour le pégriot, 
c'eat le voyou qui vient de ra- 
masser un cigare à moitié fumé. 

Arlequin. Epaves de victuail- 
les recueillies pêle-mêle dans 
les restaurants, dans les grandes 
maisons, et débitées aux pauvres 
gens. La variante est : Bijou. 
* En elfet, c'est une chose af- 
freuse que les arlequins... une 



chose aflfreuse, puisqu'elle a 
empoisonné deux hommes, la 
semaine dernière, l'un en vingt- 
quatre heures. » (Le Titl, du 
17 janv. 1879.) — Ça un arle- 
quin^ la petif mère ! vous vous 
foutez de moi... c'est tout au plus 
du dégueulis. 

Arme à gauche (Passer V). 
Mourir, — dans le jargon des 
troupiers. 

Armoire à glace. Quatre d'un 
jeu de cartes. 

Armoire à poils. Sac de sol- 
dat d'infanterie. 

Arnache, Arnac Tromperie. 

— Jouer Varnache, duper. 

Arnache, Arnac. Agent de 
police, — dans le jargon des 
voleurs. 

Arnau. Braillard, individu 
qui se répand en criailleries, 
dès qu'il s'aperçoit qu'on veut 
lui faire du tort, qui renaude, 

— dans le jargon des voyous. 
C'était, autrefois, le pante ar- 
nau, la dupe braillarde et ré- 
calcitrante. — Pourquoi avez- 
vous assassiné cet homme? — 
Dame! mon président, il était 
aussi par trop arnau. 

Arpète. Apprenti, — dans le 
jargon des ouvriers. Par alté- 
ration d'arpenté. L'apprenti, en 
etïet, est toujours par monts et 
par chemins. 11 arpente l'ate- 
lier et les rues, à ses moments 
perdus, quand on ne l'emploie 
pas à des travaux qui le voue- 
ront plus tard à Torthopédiste 
et au fabricant de bandages. 

Arpion. Argot des chiffon- 
niers. 

Arpion. Pied. D'arpion, gritfe ; 
d'où harponner. Plomber des 



16 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



arpions, sentir mauvais des 
pieds. 

Arquepincer. Dérober adroi- 
teinent. — Prendre, surprendre 
avec adresse. — Un voleur ar- 
qucpince un porte-monnaie, un 
agent survient qui arquepince le 
voleur. 

Arracher du chiendent. At- 
tendre en vain en plein air. — 
Le Don Juan de comptoir qui, 
les pieds dans la boue, attend 
sa belle pour calmer les élans 
de l'amour, le voleur qui, au 
coin d'une rue, attend une pra- 
tique convenable pour calmer 
les élans de la faim, arrachent, 
l'un et l'autre, du chiendent. Le 
trop confiant créancier, qui at- 
tend chez lui la visite d'un dé- 
biteur, arrache du chiendent en 
chambre. 

Arracher un pavé. Se livrer 
au travail d'Onan, — dans le 
jargon des voyous. 

Arrangemaner. Tromper, du- 
per. Le grec arrange mane sa 
dupe en la dépouillant de tout 
son argent. Arrangemaner aux 
petits oignons, duper d'une ma- 
nière tout à fait hors ligne. — 
Arrangemaner unaminche, trahir 
un camarade. 

Arrondissement (Chef-lieu d'). 
Femme dans un état de gros- 
sesse avancée. 

Arrondir (S'). Mettre de l'ar- 
gent de côté. Mot à mot : ar- 
rondir sa fortune. 

Arrosage. A- compte donné à 
un créancier. 

Arroser. Donner un à-compte 
à un créancier. t( A quoi bon 
arroser ces vilaines lleurs-là? » 
(V. Hugo, Ruy-Blas.) 



Arroser. — Ajouter de l'ar- 
gent à une somme engagée 
après un coup gagné à la ponte. 
— Risquer une nouvelle mise 
en banque après décavage, — 
dans le jargon des joueurs. 
Ordinairement, à la ponte, on 
arrose après le premier coup 
de gain. C'est mot à mot : ar- 
roser le tapis avec de l'argent 
tiré de la masse. A force d'arro- 
ser sans succès, on finit par 
être à sec. 

Arroseur de Verdouze. Ma- 
raîcher. 

Arrosoir (Coup d'). Verre de 
vin, tournée sur le comptoir du 
marchand de vin, opération qui 
arrose l'estomac. 

ArsenaL Arsenic. Change- 
ment de la dernière syllabe. 

Arsonner. Fouiller, — dans le 
jargon des voleurs. 

Arsouille. Individu qui a le 
genre et les goûts canailles. 

Arsouiller (S'). Se compro- 
mettre avec des arsouilles, fré- 
quenter des gens crapuleux. 

Article de foi. Petit verre 
d'eau-de-vie, — dans le jargon 
des ivrognes du dix-huitième 
siècle. 

Article (Faire 1'). Faire valoir 
une marchandise, faire ressor- 
tir les qualités d'une personne. 
Le boutiquier et la fille s'enten- 
dent mieux que personne à 
faire l'article. 

Article (Porté suri'). De com- 
plexion amoureuse. Mot à mot : 
porté sur l'article femme, dont 
le Parisien fait une si grande 
consommation. 

Artie. Pain, — dans l'ancien 
argot. — Artie savomié, pain 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



17 



blanc; artie du Gros- Guillaume^ 
pain noir. 

Artilleur. Ivrogne. Allusion 
aux canons des marchands de 
vin où les ivrognes allument 
leurs mèches. 

Artilleur de la pièce humide. 

Inlirmier militaire. — Pompier. 

Artiste. Vétérinaire, — dans 
le jargon des voyous. 

As. Les restaurateurs et les 
limonadiers désignent sous ce 
nom la table qui porte le nu- 
méro 1, et, par extension, le 
consommateur assis à cette 
table. (Test ordinairement la 
plus proche de la porte d'entrée. 
« Dans l'enceinte gastronomi- 
que, vous devenez un chilire, 
un numéro... un pied de cochon 
à l'as; enlevez chaud! » (Léo 
Lespès, Paris dans un fauteuil.) 

As percé. — As seul de sa 
couleur, — dans les mains d'un 
joueur de bouillotte. Les joueurs 
prudents n'engagent jamais le 
jeu avec un as percé. 

As de carreau. Ruban de la 
Légion d'honneur. — Sac de 
soldat d'infanterie. 

As de carreau dans le dos 
(Avoir r). Etre bossu, — dans 
l'argot du régiment. 

As de pique. Le fondement. 
— Ecusson en drap noir apposé 
au collet de la capote des sol- 
dats du bataillon d'Afrique 

As de pique (Fichu comme 1'). 

Mal bâti, mal mis. Un individu 
fichu comme Vas de pique, un in- 
dividu mal bâti ou mal mis. — 
Ouvrage fichu comme l'as de pi- 
que, ouvrage bousillé. 

As (Etre à 1'). Avoir la poche 



bien garnie d'argent, — dans 
le jargon des voleurs. A la plu- 
part des jeux, l'as est la plus 
belle carte. 

Asphaltais. Flâneur, celui qui 
se promène sur l'asphalte. « Ma- 
demoiselle Hélène est la plus 
charmante blonde qui, de mé- 
moire d'asphaltais, etc. » (J. No- 
riac.) La variante plus pari- 
sienne est : Polisseur d'asphalte. 

Asseoir (Allez vous). En voilà 
assez , laissez-moi tranquille. 
Formule empruntée à celle dont 
se servent les présidents de 
chambre lorsqu'un témoin a 
terminé sa déposition. 

Asseyez-vous dessus. Faites- 
le taire à tout prix. Mot à mot : 
étouffez ses cris, au besoin, en 
vous asseyant sur lui. Se dit 
surtout , dans le monde des 
voyous , lorsqu'un enfant au 
maillot piaille. Asseyez-vous des- 
sus, et que ça finisse. 

Assiette au beurre (Avoir 1'). 
Etre un des heureux de ce 
monde, — dans le jargon du 
peuple. — Ceux qui détiennent 
V assiette au beurre ont toutes 
les jouissances que procure la 
fortune et celles que procure 
une haute situation. — C'est 
donc toujours les mêmes quau- 
ront l'assiette au beurre ? 

Assoce. — Associée, — dans 
le jargon des couturières. Dans 
les grands ateliers de couture, 
les ouvrières travaillent deux à 
deux, et elles s'appellent « as- 
sociées. » La première associée 
fait les garnitures des corsages 
et la seconde associée les acces- 
soires : boutonnières, doublu- 
res, etc. 

Assommoir. Débitde liqueurs, 



18 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



comptoir de marchand de vin. 
« Les assommoirs sont des mi- 
nes à poivre ou boîtes à poi- 
vre. » {Le Sublime.) « J'entrerai 
en face , au petit assommoir. » 
(Ad. d'Ennery, Les Drames du 
cabaret j 1864.) 

Assommoir (Poivre d'). Eau- 
de-vie débitée par un marchand 
de vin de dernier ordre. « L'eau- 
de-vie servie dans les assom- 
moirs est du... oui vitriol. Il est 
incroyable que l'estomac puisse 
supporter ce liquide. » [Le Su- 
blime.) 

Âstic. Polissoir, — dans Je 
jargon des cordonniers. 

Asticot. Maîtresse d'un sou- 
teneur. 

Asticot. Vermicelle, — dans 
le jargon des voleurs. 

Asticot de cercueiL Verre de 
bière, — dans l'argot des étu- 
diants, que les jeux de mots de 
ce cahbre ne dégoûtent pas. 

Astique (Faire 1'). Astiquer 
son fourniment, faire son lit, 
cirer ses bottes, — dans le jar- 
gon de Saint-Cyr. — « V astique^ 
une science très amusante de 
la grande manœuvre en plu- 
sieurs tableaux, qui se joue entre 
les quatre murs de l'Ecole. » 
(B. Maizeroy, La Vie moderne, 
2 août 1879.) 

As-tu fini ! C'est-à-dire : as- 
tu fini de faire des embarras, 
as-tu fini de nous ennuyer ! 

Atelier. Chambre à coucher, 
— dans le jargon des femmes 
entretenues. — Venez visiter 
mon atelier. 



Atigé. Malade. 
atigés, hôpital. 



Planque aux 



Atiger. Malmener, frapper. 
— Atiger cher, défigurer. 

Atout. Courage. — Avoir de |l 
V atout, avoir du courage. 

Atout. Contusion ; coup de 
poing. Retourner atout, donner 
une gitle. 

Attache. Attachement, afi"ec- 
tion ; se trouve dans le diction, 
des homonymes d'Hurtaut, 1775. 

Attaque (D'). Avec ardeur, 
avec courage. — JJn d'attaque, 
c'est-à-dire un homme d'atta- 
que, déterminé, courageux, bon 
travailleur. — Etre d'attaque, 
ne pas bouder à l'ouvrage. « Il 
est arrivé de province, c'est un 
de nos pays qui est d'attaque. » 
(Le Sublime.) 

Attelage (Double). Quatorze 
de rois au jeu de piquet. 

Attignole. Boulette de char- 
cuterie cuite au four. Le déjeu- 
ner de bien des pauvres diables. 

Attrapage. Réprimande. — 
Dispute. — Critique bruyante 
et souvent injuste de public à 
acteur. — « Ça va mal, dit Mi- 
gnon, radieux à Steiner, un 
joli attrapage, vous allez voir! » 
(Zola, Nana.) 

Attrape - Science . Apprenti 
cordonnier. Pour laver la tête à 
l'apprenti, les ouvriers la lui 
plongent plus d'une fois dans 
le baquet de science, le baquet 
où trempent les cuirs. 

Attraper. Réprimander. — 
Critiquer à haute voix, avec une 
malveillance marquée, soit une 
pièce, soit un acteur en scène. 
Au xviii^ siècle, on disait entre- 
prendre dans le même sens. — 
S'attraper, se disputer. 



DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE, 



19 



^ Attraper le lustre. Ouvrir 
une lar^e bouche sans pouvoir 
produire la note voulue, — dans 
le jargon des chanteurs. 

Attraper la fève. Payer pour 
autrui. — Recevoir un coup 
destiné à un autre. 

Attrapeur. Critique malveil- 
lant, bruyant et ignorant. L' at- 
trapeur s'attaque à la pièce, aux 
auteurs, aux décors, au souffleur 
au besoin. C'est presque tou- 
jours un ami de l'auteur ou un 
impuissant ou un quidam entré 
au théâtre avec un billet de fa- 
veur. 

Attrimer les robaux. Faire 

courir les gendarmes. {Mémoires 
d'un forçat ou Vidocq dévoilé, 
glossaire d'argot, 1829.) Attri- 
mer est un augmentatif de tri- 
mer. 

Aubade (Donnerl'). Faire un sa- 
crifice matinal à Vénus. (xvii« siè- 
cle.) C'est mot à mot : donner 
l'aubade amoureuse. Félix qui 
■potuit. 

Aumônier. Variété de voleur 
à la détourne. Un gentleman 
est, chez un joaillier, en train 
de choisir dans un fort lot de 
bagues à brillants, lorsqu'une 
tête de mendiant apparaît à la 
porte. L'acheteur met la main 
à la poche et glisse au pauvre 
diable, avec deux ou trois sous, 
une ou deux magnifiques ba- 
gues de la collection. Le gent- 
leman est un filou, le mendiant, 
un compère. 

Aiis. — « Chaque saison a 
ses articles défraîchis, et même 
démodés, ses aixs, dans la lan- 
gue de magasin. » {Commis et 
demoiselles de magasin, i868.) 
— AùSy dans le même jargon, 



signifie encore une personne 
qui ne sait pas au juste ce qu'elle 
veut acheter, un tatillon qui 
tourne, retourne la marchan- 
dise, f<Ht tout étaler et s'en va 
comme il était venu; la ter- 
reur des commis de magasin. 
Aujourd'hui, aiis n'est usité que 
dans ce dernier sens. 

Autant. Mot très employé au 
régiment, et qui a plusieurs ac- 
ceptions. Signifie : je me trom- 
pe, c'est-à-dire. Ex. : « Qu'a dit 
le pied, de banc? Il n'a rien dit... 
autant, il a dit comme ça que les 
hommes de corvée seraient de cor- 
vée. » — Veut dire encore : à 
recommencer. — Ça ne va pas ce 
mouvement, autant. Se dit, aussi, 
très souvent, dans le sens de : 
tout comme moi, moi aussi. — 
« Peux-tu m' avancer mon prêt, je 
n'ai pas le rond ? — Autant. » 

Autel de besoin. Fille publi- 
que, — dans le jargon du peu- 
ple. 

Autor et d'Achar (D'). D'au- 
torité et avec acharnement. 
Terme employé par les joueurs 
d'écarté, lorsqu'ils jouent sans 
aller aux cartes. Jouer d' autor 
et d'achar. — Faire de l'autor. 
Prendre des airs autoritaires. 

Au trot. Vite, dépêchez-vous, 
— dans le jargon des soldats 
de cavalerie. — Allez me seller 
mon cheval, au trot. — A la 
charge. A toute vitesse, prompt 
comme l'éclair. Aussitôt le coup 
fait, je pars à la charge. 

Autre (L'). Nom que, sous la 
Restauration, donnaient à Na- 
poléon P"" les militaires restés 
fidèles à leur empereur, qu'ils 
appelaient aussi l'Ancien, c'est- 
à-dire l'autre souverain. — L'au- 



20 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



tre, cet autre, désigne une per- 
sonne qu'on ne veut pas nom- 
mer ou citer : « Mais feignant 
de croire, comme dit l'autre, 
qu'il (le corps humain) est né 
de sa propre puissance. » (L. 
Veuillot.) Pour un homme ma- 
rié, Vautre c'est sa maîtresse, 
l'autie femme. Pour la femme 
niaiiée, c'est l'amant. — Être 
Vautre, être dupe. « Vous criez 
quand les garçons demandent 
de l'argent, vous dites qu'il dé- 
rangent la partie: avec tout ça, 
c'est moi qui suis Vautre. » (A. 
de Gaston.) 

Auvergnat (avaler 1'). Com- 
munier. 

Auverpinches. Gros souliers 
<iomme en portent les Auver- 
gnats. 

Avale -tout -cru. Voleur qui 
exploite les bijoutiers. Il est 
myope, paraît-il, car il examine 
de si près les diamants non 
montés, qu'il lui arrive toujours 
d'en avaler un ou deux parmi 
les plus beaux. Mais il les rend... 
chez lui, avec ou sans le secours 
d'un purgatif, suivant qu'il est 
plus ou moins pressé. 

Avaler sa gaffe. Mourir, dans 
le jargon des marins. — « D'un 
jour à l'autre on peut avaler sa 
galfe. » (E. Sue. Atar-Gutl, 
1832.) 

Avaler son poussin. Être ren- 
voyé, — dans le jargon des 
peintres en bâtiments. 

Avaler la douleur. Boire un 
petit verre d'eau do vie. « Al- 
lons, dégourdi, avale la dou- 
leur! » (A. de Liancourt, le Bi- 
deau levé sw/* /es mystères de 
Paris, 18i4.) 



Avaler son absinthe. Faire 
contre mauvaise fortune bon 
visage, endurer avec résigna- 
tion quelque désagrément.' 

Avaler le goujon, mourir; ex- 
pression populaire, plus usitée 
au commencement du siècle 
que de nos jours. 

« Mais si j'tenions sur mon bord 
» Monsieur Pitt, par la vcntrediennc ! 
» Oui j'ii frais faire un plongeon, 
» Oui j'Ii frais avaler le goujon. » 

(Pus, Chans., 1803.) 

Avaloir, Avaloire. Gosier, — 
Quel avaloir l Quel mangeur in- 
trépide! 

Avant-postes. — Seins. « Il 
y en eut un qui, tenté par ses 
maîtres avant-postes de chair 
vive, voulut prendre des lihci- 
tés avec elle. » (J. Barbey d'Au- 
revilly, Les Diaboliques, i874.) 

Avant-scènes. Seins qui tour- 
nent au majestueux. 

Avoine. Eau-de-vie, — dans 
le jargon des troupiers. C'est la 
ration d'eau-de-vie qu'o:i dis- 
tribue aux soldats en campa- 
gne. 

Avoir encore (L'). Avoir ce 
qu'inie jeune fille doit perdre 
seulement le jour de son ma- 
riage. 

Avoir quelqu'un quelque part. 
Mépriser quelqu'un profondé- 
ment, se moquer complètement 
des observations de quelqu'un. 
Les variantes sont : Avoir quel- 
qu'un dans le derrière, avoir 
quelqu'un dans le cul. 

Aze. Ane, homme qui n'est 
pas au courant de son métier. 
Mot très usité aux xvn" et xvhi« 



DICTIONNAIRE d'aRGO MODERNE. 



21 



siècles et emprunté au proven- 
çal. 

« Un barbier y met bien la main, 
» Qui bien souvent n'est qu'un vilain, 
» Et dans son métier un grand aze. » 
(ScAURON, Jodelet maître et valet.) 



Azor (Appeler). — Siffler, — 
dans le jargon du théâtre. — 
« Qu'est-ce que c'est? est-ce 
qu'on appelle Azor? » {Musée 
Fhilipon.) 



Baba. — Pour ébahi, — dans 
le jargon du peuple ; en ôtant 
la première et les deux derniè- 
res lettres et doublant la syllabe 
BA. 

Babillard. Journal. — Griffon- 
neur de babillards, journaliste. 

Babillarde. Lettre. 

Babillarde. Montre, pendule. 

Babouin. Petit bouton qui 
vient sur les lèvres, après avoir 
bu dans un verre malpropre ou 
après quelqu'un de malsain ou 
simplement parce qu'on est 
malsain soi-même. — Chez 
beaucoup de femmes, signe 
précurseur de l'indisposition 
mensuelle. Vient du vieux mot 
français 6a6oM, jeu d'enfants 
qui consistait à faire la moue. 

Babouine. Bouche. Babouincr, 
manger. 

Bac. Baccarat, nom d'un jeu 
de cartes. « Ce serait bien le 
diable s'il parvenait à organiser 
de petits bacs à la raffinerie. » 
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) 

Bacchantes (Les). La barbe et 
principalement les favoris, ~ 
dans le jargon des voleurs. 
(Rien des prêtresses de Bac- 
chus.) C'est un jeu de mots un 

Il peu forcé sur bâche et dont a 
t été formé bacchantes; mot à 



Bâchasse. Travaux forcés, — 
dans l'ancien argot. 

Bâche. Casquette. Elle couvre 
la tête comme la bâche couvre 
la marchandise. 

Bâche. Enjeu, — dans l'an- 
cien argot des Grecs. — Faire 
les bâches, bachotter, établir dos 
paris entre compères dans le 
but d'exploiter des dupes. Allu- 
sion à la grosse toile nommée 
bâche qui sert à garantir une 
marchandise. La bâche garantit 
le tloueur contre les mauvaises 
chances du jeu. 

Bâche. Drap, — dans le jar- 
gon des troupiers, qui ne cou- 
chent pas précisément dans de 
la batiste. — Se bâcher, se mctlre 
dans la bâche^ se coucher. 

Bacho. Baccalauréat. — Ba- 
chelier. — Passer son bachOy 
passer son baccalauréat. — Pio- 
cher son bacho, travailler à son 
baccalauréat. 

Bachotier. Préparateur au 
baccalauréat. 

Bachotteur. Grec, floueur. — 
Dans une partie de cartes ou 
de billard, le bachotteur rem[i\[i 
le rôle de compère. Il tlattc la 
dupe, la conseille et contribue 
à la faire plumer. 

Bacreuse. Poche, — dans le 
jargon des ouvriers. 



22 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 



Badigeon. Fard. — C'est le 
pigmentum de Pline, le fucus de 
Cicéron. — Se coller du badi- 
georiy se farder. 

Badigeonner. Mettre du fard. 
C'est ce que Racine appelle : 
« Réparer des ans l'irréparable 
outrage. » — Se badigeonner, se 
farder. 

Badigeonner la femme au 
puits. Mentir. Mot à mot : far- 
der la vérité au moyen d'un 
coup de badigeon. La femme 
au puits, c'est la vérité, — dans 
le jargon des voleurs qui se 
sont quelque peu frottés au mur 
de la littérature. 

Badigoince. Joue. — Se caler 
les badigoinceSy manger. 

Badines. Jambes. « Un gros 
terrier, sortant d'une porte co- 
chère, avait voulu lui boulotter 
les badines. » (La Petite Lune, 
4879.) 

Badinguet, Badingue. Sobri- 
quet donné à Louis Napoléon. 
11 paraît que c'était le nom du 
maçon sous les habits duquel le 
prince s'évada du fort de Ham. 
« Ce fut dans cet accoutrement 
qu'il traversa trois cours, des 
haies de soldats, des groupes 
de geôliers et de maçons. Au 
moment de sortir, il avait ex- 
cité la curiosité assez inquiète 
de deux de ces derniers, qui pa- 
raissaient étonnés de ne pas le 
connaître, quand l'un d'eux dit 
à l'autre : Non, ce n'est pas 
Berton, c'est Badinguet. Et c'est 
de là qu'est venu ce nom depuis 
si populaire. » (Ph. Audebrand, 
Illustration du i^^ septembre 
1877.) 



Badinguiste. Terme de mépris 
dont se servent les ennemis du 



régime impérial pour désigner 
un partisan de Napoléon III, 
quand ils ont l'aménité de ne 
pas lui donner du « badinyouin, 
du badingueusard ou du badin- 
goinfre. » « Le 4 septembre ne 
fut-il pas pour les badiiigoinfres, 
la plus inespérée des solutions. » 
(G. Guillemot, le Mot d'Ordre du 
5 septembre 1877.) 

Badouillard. Viveur, épicu- 
rien, ami des plaisirs, de la 
bonne chère et des bals publics. 
Le Badouillard, une des nom- 
breuses incarnations du Bousin- 
got, s'est épanouidc iSiO à 18o0. 
La société des Badouillards fut, 
dans le principe, composée d'é- 
tudiants. Pour faire partie de 
cette société, il fallait subir ho- 
norablement certaines épreuves. 
Il y avait celle du dîner, de 
l'ingurgitation du Champagne, 
du punch et des liqueurs fortes, 
de l'engueulejp.ent, du duel, 
des nuits passées, du bal. Celui 
qui sortait triomphant de cette 
série d'épreuves, dont la santé 
et souvent la raison étaient les 
enjeux, celui-là était proclamé : 
« Badouillard. » — « Le foyer 
de l'Opéra était envahi par une 
multitude de charmants cureure 
d'égouts, de délicieux badouil- 
lards. » {Musée Philipon, les bals 
masqués.) — « Grande charte des 
badouillards. Art. 2. — Tout 
badouillard qui ne sera pas ivre 
en entrant au bal, sera privé de 
ses droits civils. » {Physiologie 
du Carnaval, 1842.) 

Badouillarde. Femelle du ba- 
douillard. « Toute badouillarde 
devra prouver à la société que, 
des pieds à la tête, elle ne pos- 
sède aucune infirmité. » (Phy- 
siologie du Camavalf 1842.J 



DICTIONNAIRE DE L ARGOT MODERNE. 



23 



Badouille. Homme qui, dans 
son ménage, ne porte culotte 
que nominalement. 

Badouiller. Courir les bals 
publics, les lieux de débauche, 

— dans le jargon des viveurs 
d'il y a trente ans. 

Baffre. Soufflet. — Coller une 
baffre, donner un soufflet. 

Bafouiller. Bredouiller. 

Bafouilleur. Bredouilleur. — 
Baf'ouillcuse, bredouilleuse. 

Bagatelle (La). Sacrifice à 
Vénus. — Faire la bagatelle, 
sacrifier à Vénus. 

Bagnole. Petite chambre mal- 
propre. 

Bagou. Facilité d'élocution 
pour ne rien dire, éloquence 
factice qui en impose aux sots. 
Les charlatans ont du bagou, 
soit qu'ils parlent sur la place 

f)ublique, soit qu'il« débitent 
eurs boniments du haut d'une 
tribune. Le bagou n'est que la 
fausse monnaie du véritable 
esprit de repartie. Il a été dé- 
trôné par sa sœur la blague. 

Bagou, Bague. Nom propre, 

— dans le jargon des^ voleurs. 

Baguenaude. Poche. — Ba- 
guenaude à sec, poche vide. — 
Baguenaude ronflante, poche 
garnie d'argent. 

Baguenauder. Se promener, 
Jlâner, paresser, — dans le 
jargon des voyous. C'est-à-dire 
avoir les mains dans les bague- 
naudes, dans les poches. 

Bahut. Ecole, pensionnat, — 
dans le jargon des écoliers. — 
Ecole de Saint-Cyr. « On est 
heureux en sortant du bahut 
d'avoir sa chambre, son ordon- 



nance, son cheval. » (V*® Richard, 
Les Femmes des autres, 1880.) 

Bahut. Mobilier. — Bazarder 
tout le bahut, vendre tout le 
mobilier. 

Bahutée (Tenue). Tenue très 
soignée, tenue élégante, — dans 
le jargon des troupiers. 

Bahuter. Faire du tapage. 
Au xvn** siècle, ce mot signifiait 
faire plus de bruit que de be- 
sogne, par allusion aux ouvriers 
bahuteurs ou layetiers, « les- 
quels, après avoir cogné un 
clou, donnent plusieurs coups 
de marteau inutiles, avant d'en 
cogner un autre. » (Ch. Nisard, 
Parisianismes.) 

Bahuteur. Ecolier turbulent, 
mauvais écolier que Ton change 
souvent de pension. 

Baigne-dans-le-beurre. Sou- 
teneur de filles. Allusion au 
beurre dont le maquereau est 
friand, à ce que prétendent les 
gourmets. 

Baignoire à Bon-Dieu. Calice. 

Bailler au tableau. « Terme 
de coulisses qui s'applique à un 
acteur, qui voit au tableau la 
mise en répétition d'une pièce 
dans laquelle il n'a qu'un bout 
de rôle. (A. Bouchard, La Lan- 
gue théâtrale, 1878.) 

Baillive. — Nom donné an- 
ciennement à une maîtresse de 
maison de filles. Les variantes 
de l'époque étaient : Supérieure, 
maman, abbesse, maquerelle. La 
dernière a surnagé jusqu'à 
nous. 

Bain-de-pied. Excédant qui 
tombe d'un petit verre de li- 
queur dans la soucoupe. — Ex- 
cédant de café qui inonde la 



24 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



soucoupe. — Une demi-tasse, 
sans bain-de-pied. 

Bain qui chauffe. Soleil ar- 
dent qui sera suivi de pluie. 

Bain (Prendre un). Boire 
beaucoup, — dans le jargon 
des ivrognes. C'est un amarre 
que f attends pour aller prendre 
un bain. Nous avons pris un fa- 
meux bain. 

Baiser (Se faire). Se laisser 
tromper grossièrement, se lais- 
ser voler. — Etre baisé, être 
trompé, avoir le dessous dans 
une affaire d'amour, dans une 
affaire quelconque, dans une 
partie de jeu. « — Capitaine! 

— Commandant? — Vous allez 
faire la partie de la colonelle; 
attention ! pas de blagues, pas 
de mots risqués. — Ayez pas 
peur... je veux que le tonnerre 
de N. I). D. m'emporte si... » 
On joue : Le capitaijie (annon- 
çant :) — « Le roi, [entre ses 
dents :) un foutu gueux. » — La 
colonelle : « La dame de pique. » 

— Le capitaine : « Je lui fends 
le c... (d'une voix de stentor :) 
atout, ratatout, le poil de mes... 
moustaches et je prends tout... 
vous êtes 6aisée, m a petite mère. » 

Baiser le cul de la vieille. Ne 

pas marquer un seul point dans 
une partie de cartes. 

Baisser la tête. Perdre au jeu, 
être vaincu dans une partie de 
caries. {Jargon des marins.) — 
Baisse la tête, tu as perdu. 

Bal. Prison. — Poteaux de bal, 
amis de prison. Bal est l'apo- 
cope de ballon qui a la même 
signification en argot. 

Bal (Donner le). — Donner 
une volée de coups. « M™^' An- 



got : — Ouin, quand j' t'aurons 
encore donné 1' bal. » (Le nou- 
veau Vadé.) 

Balade. Promenade, flânerie. 
« .Je m'aboulc pour une balade. » 
(Huysmans, Les sœurs Vatard, 
1879.) — Faire la balade, être 
en balade, se promener. 

Balader, se balader. Marcher, 
se promener. Ce mot avait, il y 
a quelques années, le sens de 
ne rien faire, se croiser les bras. 
Autrefois on appelait baladina- 
ges les danses du peuple. 

Balader. Choisir, chercher, — 
dans le jargon des voleurs. 

Baladeur. Flâneur. — Bala- 
deuse, coureuse de plaisirs. 

Baladeuse. Voiture de bimbe- 
lolier forain. (L. Larchey.) 

Balai. Dernier omnibus qui 
rentre au dépôt, — dans le jar- 
gon des conducteurs d'omnibus. 
Ils appellent l'avant-dernière 
voiture : le manche. 

Balai. Gendarme, agent de 
police, — dans le jargon dos 
camelots et des marchands am- 
bulants. 

Balai de l'estomac. Epinard. 

Balai neuf (Faire). Etre rem- 
pli de zèle; bien faire son ser- 
vice ; contenter ses maîtres les 
premiers jours, — en parlant 
d'un nouveau domestique. 

Balancer. Jeter au loin, 
renvoyer, envoyer promener. 
« Quand votre femme vous en- 
nuie... Toc! on la hakmcc. » (E. 
Grange etLamberr-Thiboust. La 
Mariée du Mardi-Gras.) 

Balancer sa canne. Passer du 
vagabondage au vol. 

Balancer les châssis. Regar- 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



25 



der (îc tous les côtés, jeter les 
yeux à droite et à gauche, — 
dans le jargon des voleurs. 

Balancer le chiffon rouge. 

Parler. Le chiffon rouge figure 
la langue. Allusion de cou- 
leur. Mot à mot : lancer la lan- 
gue. 

Balancer ses halènes. Se re- 
tirer du commerce du vol. Mot 
àmotijeterses/ta/ewesjsesoutils. 

Balancer la tinette. Vider le 
baquet aux excréments , — 
dans le jargon de-; troupiers. — 
Quitter un endroit, vider les 
lieux, jeu de mots facile à sai- 
sir. 

Balancer le chinois (Se). Se 
livrer à l'onanisme. 

Balanceur de braise. Chan- 
geur. 

Balançoire. Mensonge, mys- 
tification. 

u Tout est ici balançoire ou ficelle. 
» Sages Mentors, ne* vous en offensez; 
» Depuis lehautjusqu'aubas de récheUe, 
» Nous balançons ou sommes balancés. » 
{Les Balançoires de la jeunesse, 1861.) 

Envoyer à la balançoire, en- 
voyer au diable. 

Balançon. Marteau de fer, — 
dans le jargon des voleurs. 

Balandrin. Balle de colpor- 
teur. 

Balayer les planches. Jouer 
dans une pièce qui sert de lever 
de rideau, — dans le jargon des 
comédiens. « Ayez donc du ta- 
lent... pour balayer les plan- 
ches. » (Ed. Brisebarre et Kug. 
Nus, La Route de Brest, acte IV, 
scène 1.) 

Balayeuse. Jupe à traîHc dont 
la mode a suivi celle des crino- 
lines. Fausse jupe garnie de 



dentelles et cousue après la 
robe, — mode de 1876-1879. 

Balayeuse. Femme qui porte 
une longue jupe de robe dont 
elle balaie le pavé. On les a 
aussi appelées : « La joie des ba- 
layeurs. » 

Balcon (Il y a du monde au). 

Locution qui sert à désigner 
une femme avantagée sous le 
rapport de la gorge. 

Balconnier. Orateur qui parle 
du haut d'un balcon à une foule 
plus ou moins en délire; vo- 
cable dont, pendant quelque 
temps, ont abusé les adversaires 
politiques de M. Gambetta pour 
le désigner. 

Balconnière. Demoiselle sans 
préjugés qui, du haut de sa fe- 
nêtre, appelle le client. 

Ballabile. Art de mettre en 
scène des masses chorégraphi- 
ques, et d'en composer la figu- 
ration. « Perrot était de pre- 
mière force sur le ballabile. » 
(Ch. de Boigne.) 

Baleine. Lame, vague de la 
mer. « Veux-tu fermer la bou- 
che, braillard, lui dit Simon, ou 
tu avaleras la première baleine 
qui tombera à bord. » (E. Sue, 
Atar-Gull, 1832.) 

Baleine (Rire comme une). 
Rire à gorge déployée, en mon- 
trant une large bouche. 

Ballade. Goguette ballade use. 

« C'est la chanson courant de 
salle en salle, sans domicile fixe, 
s'installant aujourd'hui là, de- 
main ici, évitant avec soin la 
périodicité et l'œil des agents.» 
(Eug. Imbert, La Goguette et les 
goguetiers, 1873.) 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Balladeuses (Les). Testes, — 
dans l'arg-ot des barrières. 

Ballant. Bras, — dans le jar- 
gon des barrières. Les voyous 
marchent les bras ballants; d'où 
Je surnom. 

Balle. Ballet. 

Balle. Secret. i( S'il crompe sa 
Madeleine, il aura ma balle, » s'il 
sauve sa Madeleine, il aura mon 
secret. (Balzac.) Mot à mot; ce 
qui est caché dans ma balle, 
dans ma tête. — Faire la balle 
de quelqu'un, suivre les instruc- 
tions de quelqu'un. « Fais sa 
balle, dit Fil-de-Soie. » (Balzac, 
La Dernière incarnation.) 

Balle. Figure, tête, physiono- 
mie. K Oh c'tte balle! » (Th. Gau- 
thier, Les Jeunes-France.) 

Balle. Pièce d'un franc. JJne 
balle, un franc. Cinq balles, cinq 
francs. 

Balle. Occasion. Rater sa 
balle, manquer une bonne occa- 
sion. 

Balle (Rond comme). Pleine- 
ment repu. Être rond comme 
balle, c'est avoir à peine la force 
de bouger, tant on a bu et 
mangé. 

Ballon. Derrière. — Enlever 
le ballon, donner un coup de 
pied au derrière. 

Ballon (Gonfler son). Com- 
mencer à donner des signes de 
grossesse. — Quand ma tortue 
aura fini de gonfler son ballon. 

Ballon. Postiche en crinoline 
qui avantage les femmes par 
derrière. « On a beau dire, Pa- 
méla; femme sans ballon, oi- 
seau sans plume. » (Grévin.) 

Ballon. Prison. — Être en bal- 



lon, être en prison. C'est une va- 
riante d'être emballé, et une al- 
lusion à l'état de l'aéronaute 
entre ciel et terre, c'est-à-dire 
mis dans l'impossibilité de s'é- 
chapper de la nacelle. 

Ballon, le ballonné. « C'est la 
danse qui bondit et rebondit, 
qui vole, c'est Taghoni. « (Ch. 
de Boigne.) 

Ballon (Carguer son). Relever 

ses jupes. Les jours où il lans- 
quine, il y a un tas de pantes à re- 
luquer les flûtes des gonzesses qui 
carguent leurs ballons. Les jours 
de pluie, il y a un tas d'imbéci- 
les occupés à regarder les jam- 
bes des femmes qui relèvent 
leurs jupes. 

Ballon (Monter en). C'est une 
vexation qu'au régiment on fait 
subir à un nouveau venu. Dans 
les régiments de cavalerie, les 
litssont adossés à une cloison en 
planches, appelée le bas-flancpur 
analogie avec lescloisonsde bois 
qui séparent les chevaux; cette 
cloison ne monte pas jusqu'au 
plafond. Pendant la nuit, on en- 
toure le lit du patient au moyen 
de deux cordes à fourrages qui 
font nœud coulant, puis au si- 
gnal : « Comptez-vous quatre, » 
quatre hommes tirent les cordes 
passées sur le bas-flanc, et la 
victime enlevée se trouve bien- 
tôt suspendue à deux ou trois 
mètres, quelquefois le lit sens 
dessus dessous; ce qui ne laisse 
pas d'être fort 'amusant.'., pour 
ceux qui ont organisé cette ai- 
mable farce. 

Ballonné. Emprisonné. — 
Soufflé par les roublards et bal- 
lonné à la pointue, pris par les 
agents de pohce et enfermé au 
dépôt de la préfet^t^re. 



DICTIONNAiriE D ARGOT MODERNE. 



27 



Ballot, Ballottage. Manque 
d'ouvrage, — dans le jargon des 
tailleurs. — Il y a du ballot, il 
n'y a pas d'ouvrage. 

Balloter. Manquer d'ouvrage. 

Balloter. Jeter, — dans le 
jargon des voleurs. — Balloter 
un client avalant, jeter un 
homme à l'eau après l'avoir 
volé. Avalant vient d'aval; le 
corps suit le cours de l'eau. 

Balochard. Personnage de 
carnaval, à la mode dans les bals 
masqués de 1840 à 1850. « C'é- 
tait une variété de chicard avec 
un feutre défoncé pour casque.» 
(L. Larchey. ) « Chicard, le 
grand Chicard, l'empereur du 
carnaval, le protecteur de la 
confédération des flambards et 
balochards. » [Musée Philipon.) 

Balocher. Courir les bals àTé- 
poque où fleurissaient balo- 
chards et balocheuses. 

Balocher. Dérober, faire des 
affaires illicites. 

Balouf. Excessif. C'est, sans 
doute, une altération de balourd. 
— Une raclée balouf, — dans le 
jargon des voleurs. 

* Balthazar. Festin, grand re- 
pas. 

Baluchon. Petit paquet. — 
[* Enlever le baluchon. « Voyons, 
laisse là ton baluchon. » (Huys- 
mans, Marthe.) 

Banban. Boiteux, boiteuse. Le 

banban, la banban. 

Banc (Pied de). Sergent, — 
dans le jargon des troupiers. 

Banc du ciel. En terme de 
carrier, c'est le lit de pierre 
d'en haut. 



Banc(Envoyer au). Congédier, 
renvoyer. (F. Envoyer au blanc.) 

Bande d'air. Frise peinte en 
bleu pour figurer le ciel dans 
les décors de théâtre. 

Bande à l'aise. Homme mou, 
sans énergie. Homme froid avec 
les femmes, celui qui marque 
au thermomètre de l'amour. 
« Non possumus, » voilà leur 
devise, à eux aussi. 

Bande (Coller sous). Mettre 
quelqu'un dans une situation 
difficile, — réduire son contra- 
dicteur au silence. — Allusion 
à l'embarras du joueur de bil- 
lard dont la bille touche la 
bande. 

Bander la caisse. — Se sauver 
en emportant la caisse. — Allu- 
sion à la bande de papier que 
les directeurs de théâtre font 
coller sur les affiches pour cause 
de relâche. 

Bannette. Tablier. 

Bannière. Chemise. Quand tu 
auras fini de te promener en ban- 
nière. On dit également : ban- 
nière volante. 

Banque. Troupe de théâtre, 
— dans l'ancien argot des co- 
médiens. « Le gonze quiest àvotre 
ordre est-il de la banque ? Celui 
qui est à côté de vous est-il un 
comédien? » (Mémoires de Du- 
mesnil.) 

Banque. — Ruse, frime. — 
« C'est une banque. » (Scribe, 
Vhonneur de ma fille, 1836.) 

Banque. Métier du saltimban- 
que. 

Banque. Association entre es- 
crocs. Art de tlouer son prochain. 
Faire une banque, combùier une 
escroquerie. 



28 



DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE. 



Banque. Paye des ouvriers 
typographes. 

Banque (Etre de la). Être de 
complicité dans un vol; avoir 
droit, comme complice, aux di- 
videndes provenant d'une es- 
croquerie. 

Banque (Faire la). Faire mous- 
ser la marciiandise, — dans le 
jargon des camelots. 

Banque blèche (Faire). — Ne 
pas toucher de banque (paye), — 
dans le jargon des typographes. 

Banquette. Menton. — Allu- 
sion à la forme du menton. 

Banquiste. Saltimbanque. 
Tout individu dont le commerce 
n'est établi qu'en vue de faire 
des dupes est un banquiste. Le 
grand rendez-vous desbanquis- 
tes est à la Bourse. 

Baquet de science. Baquet 
dont se servent les cordonniers, 
les forgerons. « Si tu ne veux 
pas marcher mieux que ça, je 
te f. . dans ]q baquet de science, n 
{Le Sublime.) 

Baquet insolent. Baquet de 
blanchisseuse. — La blanchis- 
seuse elle-même. — Habituées 
à voir tant de saletés, ces da- 
mes ne se privent pas d'en dire, 
et leurs insolences sont capiton- 
nées de grossièretés ordurières. 

Barant. Ruisseau, — dans 
l'ancien argot. 

Baraque. Terme de mépris 
pour désigner une maison, un 
magasin, un établissement. Ba- 
raque, la magasin dont le pa- 
tron paye mal ses commis; 6a- 
raque, l'administration qui sur- 
mènr ^es employés; baraque, la 
maison où les domestiques ne 
peuvent pas volera leur aise. 



Baraque. Chevron, — dans 
le jargon du régiment. Par 
abréviation de baraquement , 
campement. — U71 vieux pied de 
banc à trois baraques.' 

Baraque. Pupitre d'écolier. — 
« Sa baraque, en étude, res- 
semble à ces sacs-bazars qui 
donnaient tant d'originalité à 
nos zouaves de l'expédition de 
Crimée. » {Les Institutions de 
Paris, 1858.) 

Barbaudier, barbotier. Gui- 
chetier. — Barbaudier de castu, 
concierge d'hôpital. 11 est char- 
gé de fouiller, barboter les visi- 
teurs. 

Barbe. Ivresse, dans le jargon 
des ouvriers. — Prendre Une 
barbe, se griser. Avoir sa barbe, 
être soûl. 

Barbe (Vieille). Et vieille bar- 
be démocratique, pour désigner 
un vétéran de la démocratie. 
Raspail a été souvent appelé 
« vieille barbe » par ses adver- 
saires politiques. Ennemie de 
toute inovation comme de 
toute transaction , la vieille 
barbe repousse l'opportunisme 
et ne connaît que le caté- 
chisme des républicains de 1818. 
Elle n'a jamais voulu se laisser 
raser par aucun des gouverne- 
ments qui se sont succédé de- 
puis cette époque. — « M. Ma- 
dier-Montjau lutte comme une 
vieille barbe qu'il est, à coups 
de théories déclamatoires . » 
Fiyaro du 21 janvier 1879.) — 
Vieille barbe est synonyme de 
ganache. 

« Invitez là tous les fossiles 
» Remis à neuf et rempaillés 
» Les vieilles barbes indociles, 
» Fourbus, cassés, crevés, rouilles, m 
{Le Triboulet, du 29 fév. 1880.) 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



« C'est encore ce vieux père 
Blanqui, qui sera toujours le 
modèle des vieilles barbes. » 
{Le Triboulet, du 6 juin 1880.) 

Barbe (Avoir de la). Locution 
usitée dans le jargon des gens 
de lettres, pour désigner une 
vieille histoire qui a couru toute 
la Presse. — Histoire qui a une 
barbe de sapeur, histoire très 
vieille, très connue. 

Barbeau, barbillon. Soute- 
neur de filles. Encore un mot 
emprunté à l'ichthyologie pour 
désigner cette intéressante classe 
d'industriels. 

Barbéque. Viande, — dans le 
'argon des voleurs. 

Barbet (Le). Le diable, — 
dans le jargon des voleurs. 

Barbillons de Bauce. Légu- 
mes. — Barbillons de Varennc, 
navets. 

Barbiste. ~ Elève de l'insti- 
tution Sainte-Barbe. « Il va 
sans dire que les anciens bar- 
bistes font élever leurs fils à 
Sainte-Barbe. » (Scribe, Mau- 
rice.) 

Barbiste. — Ouvrier typogra- 
phe qui -prend souvent des bar- 
bes , c'est-à-dire qui se grise 
souvent; ouvrier qui procède 
pur séries soulographiques, — 
dans le jargon des typographes. 

Barbot, vol au barbet. Vol 
exécuté dans les poches du pro- 
chain. — Faire le barbot, fouil- 
ier dans les poches. 

Barbote. Visite pratiquée sur 
la pcrsoinie des détenus, au 
moment de leur incarcération. 

Barboter. Fouiller dans les 
poches du voisin ou de la voi- 
sine. Les voleurs barbotent 



29 

beaucoup dans les omnibus. Ils 
fouillent dans la poche d'autrui 
comme les canards dans les 
ruisseaux. 

Barboteur, barboteuse. Ce- 
lui, celle qui cultive l'art du 
barbot. — Barboteur de campa- 
gne, voleur de nuit. 

Barbue. Plume. 

Baril de moutarde. Derrière. 

Baron de la Crasse. Se disait 
au xvni« siècle d'un homme gro- 
tesque et ridicule dans sa mise, 
d'un homme qui singeait les 
gens de qualité. Poisson a laissé 
une comédie sous le titre du 
Baron de la Crasse. 

Barre (Compter à la, tenir 
sa comptabilité à la). Ce genre 
de comptabilité, encore en usa- 
ge chez quelques marchands de 
vins, consiste à marquer chaque 
objet de consommation au 
moyen d'une barre faite à la 
craie sur une ardoise. Au noble 
jeu de tourniquet , l'ardoise 
marche un train d'enfer , et 
quelquefois, dans sa précipita- 
tion, le marchand de vin ali- 
gne quelques barres de plus. 

Barre. Aiguille. 

I Barrer. Quitter son ouvrage. 
— Réprimander. Se ôarrer, s'en 
aller, — dans le jargon des ou- 
vriers. 

Barres (Se rafraîchir les). 

Boire, — dans le Jargon des 
soldats de cavalerie. 

Bas du cul (Monsieur, Ma- 
dame). Homme noué, femme 
nouée. Celui, celle dont le buste 
trop long est disproportionné 
I avec les jambes. On dit encore : 
' A'coir le derrière dans les talons. 



30 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Bas percé. Sans le sou. 

Bas-off. Bazof. Adjudant sous- 
oflicier de l'Ecole polytechni- 
que; c'est-à-dire bas-officier, 
par apocope dont les élèves 
lont grand usage. Ainsi : bibli, 
biblo, pour bibliothèque; colo, 
gêné, corri, salle de récité, am- 
•phi, pour colonel, général, cor- 
ridor, salle de récréation, am- 
phithéâtre. — « Les sept punis, 
roulés dans leurs draps, ainsi 
que des fantômes d'opérette, 
emboîtant le pas du bazof. » 
(R. Maizeroy, La Vie moderne, 
45 sep. 1879.) 

Bas de soie à un cochon (Ça 
lui va comme des). Locution 
populaire qui veut dire : Ça ne 
lui va pas du tout, ça produit 
sur lui le plus mauvais effet. — 
Le sifflet d'ébènc, rien que ça de 
chic! ça te va comme des bas de 
soie à un cochon. 

Bas quelque part (Avoir un 
vieux). Avoir des économies. 
Les gens de la campagne pla- 
cent encore leurs économies 
dans des bas; de là l'expres- 
sion. 

Bas de buffet (Vieux). Vieil- 
lard ridicule, vieille femme à 
prétentions. 

Bascule. Guillotine. — Bascu- 
ler, guillotiner. 

Basse. Terre. Elle est surtout 
basse pour les paysans. — « La 
terre est basse,, ;> dit-on, pro- 
verbialement dans le Midi, lors- 
qu'un travail exige beaucoup 
de fatigue. 

Bassin, Bassinoire. Individu 
ennuyeux, qui a le talent de 
vous agacer les nerfs. 

Bassiner. Ennuyer fortement. 



La conversation de quelqu'un 
qui vous bassine produit sur les 
nerfs le mouvement monotone 
de la bassinoire passée et re- 
passée sur les draps de lit pour 
les chauffer. — Dans le glossaire 
genevois de M. J. Humbert. ce 
mot et le précédent ont la niêuie 
signification que chez nous. A 
qui la paternité : à Genève ou à 
Paris ? 

Bassinet (Cracher au). Don- 
ner de l'argent de mauvaise 
grâce. Autrefois à l'église, et 
encore aujourd'hui, les offran- 
des, au moment de la quête, 
sont déposées dans un plat de 
métal, dans un bassin. — Cra- 
cher au bassinet. Avouer, se 
décider à parler. — « Une 
fois! deux fois! tu ne veux 
pas cracher au bassinet? » (J. 
Lerniina , Les Chasseurs de 
femmes, 1879.) 

Bassinoire. Montre d'argent 
très large et très épaisse, mon- 
tre de paysan. 

Bastimage. Travail, — dans 
le jargon des voleurs. 

Bastinguer (Se). Se cacher, 
— dans le jargon des marins. 

Bastringue. Vacarme. — Fai- 
re du bastringue. 

Bastringue. Lime, scie. — 
Etui dans lequel les récidivistes 
serrent les outils nécessaires à 
leur évasion, tels que lime, scie, 
ressort de montre. De là l'ha- 
bitude qu'on a dans les prisons, 
lors de la visite, au moment de 
l'arrivée du prévenu ou du con- 
damné, de le faire complète- 
ment déshabiller et de lui ad- 
ministrer une forte claque sur 
le ventre, dans le but de s'as- 



à 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 



31 



surer s'il a un bastringue'sous 
lui. 

Bastringuer. Danser, courir 
les hais. — Bastringueur, ba&- 
trijiyiieusc, coureur , coureuse 
de bals publics. 

Bataille des Jésuites. Exer- 
cice de l'onanisme. La variante 
est : Cinq contre un. 

Bâte, batif, bative. Beau, 
belle, joli, jolie. Tout ce qui est 
bien est bâte pour le peuple. 
C'est une déformation de beau. 
C'est rien bâte, c'est très joli. — 
Etre de la bâte, être dans une 
bonne position, être heureux ; 
on disait autrefois : être de la 
fête, être de la bonne. — Lorsque 
les filles soumises sont envoyées, 
après la visite, à Saint-Lazare, 
pour y être soignées, elles ont 
coutume de dire : Le printemps 
est de la bâte, tout est en fleur. 

Bâte (Du). -- Matière d'or ou 
d'argent, bijou de prix, — dans 
l'argot des voleurs. — Ton oi- 
gnon est en toc. — ISon, c'est du 
bâte. 

Bâte (Faire). Arrêter, — dans 
le jargon des voleurs. C'est-à- 
dire « faire beau » pour... la 
police. 

Bateau. Soulier très large. — 
Avec de pareils bateaux, vous 
pouvez traverser l'eau sans 
crainte, dit-on aux gens chaus- 
sés de larges souliers. 

Bateau (Monter un). Faire 
une mauvaise plaisanterie, cher- 
clier à tromper, — dans le jar- 
gon des voyous; formule em- 
pruntée aux saltimbanques. C'est 
une déformation de l'ancien 
batte, battage qui veut dire en 
argot menterie. La variante 
mener en bateau est plus parti- 



culièrement usitée chez les vo- 
leurs dans un sens analogue, 
c'est-à-dire donner le change, 
chercher à égarer la justice en 
Uii faisant prendre une fausse 
piste. 

Batelage. Fourberie, menson- 
ge; d'où est dérivé la batterie 
des voleurs modernes. « Ce- 
pendant, par ce batelaye, ils 
amassèrent quantité d'argent. » 
(Ablancourt, Dialogues de Lu- 
cien, 1637.) Batelage est resté 
dans la langue réguhère pour 
désigner le métier de bateleur. 

Batelée. Foule, réunion de 
gens qui ne se connaissent pas. 

Batelier. Battoir de blanchis- 
seuse, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Bâti de boue et de crachat. 

— Bâti à la bâte, sans solidité, 
en parlant d'une maison, d'une 
bicoque, d'un ouvrage de ma- 
çonnerie. On devrait bien éten- 
dre l'expression jusqu'à certains 
personnages politiques. 

Batiau. Préparation au salé. 

— Aligner son batiau, s'arran- 
ger pour obtenir une bonne 
paye, — dans l'argot des typo- 
graphes. (A. Delvau.) Parler ba- 
tiau, c'est parler des choses de 
sa profession, c'est-à-dire des 
choses de l'imprimerie. (Bout- 
my. Les Typographes parisiens, 
1874.) 

Bâtiment (Être du). Exercer 
la même profession. « Il (le ra- 
pin) conquiert le droit de trai- 
ter avec mépris tout individu 
qui n'est pas du bâtiment. » 
(L. Leroy, Artistes et rapins.) 

Bâtir. Mettre en page. — 
Bâtir la deux, caser sur la forme 



32 DICTIONNAIRE d' 

les paquets qui constitueront la 
seconde page d'un journal. 

Bâtir sur le devant. Prendre 
du ventre. 

Bâton de cire, Bâton de chaise. 

Jambe, — dans le jargon des 
voleurs, et bâton de tremplin chez 
les saltimbanques. 

Bâton merdeux. Personne 
sans cesse de mauvaise humeur. 
— C'est un bâton merdeux, on ne 
sait par quel bout le prendre. 

Batouze. Toile. — Batouzier, 
tisserand, — dans le jargon des 
voleurs. 

Battage, batte. Menterie. — 
Monter un battage, mentir. 

Battage. — Abordage commis 
par malveillance; bordée d'in- 
jures lancées d'un canot à l'au- 
tre, farces de mauvais goût 
faites aux paisibles bourgeois 
en pleine Seine, — dans le jar- 
gon des canotiers. 

Battant. Neuf, luisant de pro- 
preté. La langue régulière a le 
mot « battant neuf. » 

Battant. Cœur. — Estomac. 

Battante. Cloche. — Langue. 

Batterie de cuisine. L'appa- 
reil de la mastication et de la 
déglutition. 

Batteur d'antif . Indicateur de 
vols, courtier en vols. 

Batteur de beurre. Agent de 
change, — dans l'argot des vo- 
leurs. 

Batteur, batteuse de dig-dig. 
Faux épileptique, fausse épiiep- 
tique, qui simule une attaque 
chez un bijoutier ou simplement 
surlavoie publique, pour exploi- 
ter la charité des passants. 



ARGOT MODERNE. 

Battoirs. Mains. — Faire (ri- 
mer les battoirs, applaudir 
bruyamment, à la manière des 
claqueurs, comme si l'on se ser- 
vait de battoirs pour le linge. 

Battre. Dissimuler, — dans 
le jargon des saltimbanques. 

Battre comtois. Servir de 
compère, — dans le même jar- 
gon. — Prêcher le faux pour 
savoir le vrai, — dans le jargon 
des voleurs. 

Battre le beurre. Vendre et 
acheter à la criée les fonds pu- 
blics à la Bourse, — dans le 
jargon des voyous. — Est-ce 
une allusion au bruit de la ba- 
ratte? Est-ce une assimilation 
du terme : faire son beurre, re- 
tirer un profit de. En effet les 
agents de change font le beurre 
des spéculateurs, sans oublier 
de faire aussi le leur. 

Battre le briquet. Heurter la 
lettre au composteur avant de 
l'y laisser tomber, — argot des 
typographes. (Boutmy.) 

Battre le briquet. Marcher 
les genoux en dedans. 

Battre Job. Faire le niais. 
Job estpour jobard, par apocope. 

Battre le Job. Ne pas savoir 
son rôle, perdre la mémoire, — 
dans le jargon du théâtre. (Ma- 
nuel des coulisses, 1826.) 

Battre sa flemme. Flâner. La 
variante est : Battre la semelle. 

Battre de l'œil. Agoniser, 

Battre l'œil (S'en). S'en mo- 
quer. 

Battre la caisse. Etre en 
quête d'argent. 

Battre la couverte. Lormir, 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



33 



— dans le jargon des troupiers, 
G'csL-à-dire : rabattre la cou- 
verte. 

Battre la muraille. En terme 
soiilograpliique « battre la mu- 
raille » annonce un état d'ivresse 
plus prononcé que celui qui se 
Iraduitpar le festonnar/e. L'ivro- 
gne heurte tantôt la muraille, 
tantôt il piétine dans le ruis- 
seau. Le trottoir, quelquefois la 
rue, n'est pas assez large pour 
lui. 

Battre son quart. Aller et ve- 
nir sur la voiy publipue pour 
raccrocher, — dans le jargon 
des filles. 

Battre un quart. Dire des 

sornettes, faire de.-; contes à 
endormir, — dans l'ancien ar- 
got. 

Battre en ruine. Visiter, — 
dans l'argot des voleurs. Battî^e 
en ruine ta cambuse, visiter la 
cliambre. Les voleurs visitent 
dans le but de dévaliser. 

Battre des ailes. Faire de 
grands gestes sans mesure , — 
dans le jargon du théAtre. — 
« Saint-Léger est doué d'un 
aplomb sterling... et il bat des 
ailes... faut voir! » {Musée Phi- 
! lipon, théâtre de Bourg -en- Bresse.) 

Battre la générale, battre le 
tambour. Trembler, — claquer 
des dents. — Oudin {Curiosités 
françaises) donne : Battre le 
tambour avec les dents. 

Battre les fesses (S'en). — 
S'en moquer. C'est le précur- 
aeur de s'en battre la paupière. 
« Le roi dit : Je m'en bats les 
fesses. » (Scarron, Virgile tra- 
vesti, L. 7.) On disait aussi : S'en 
brimbaler les fesses. 



Battre la semelle. — Courir 
le monde. « Je pris une ferme 
résolution de m'en aller battre 
la semelle. » {Buscon.) Les ou- 
vriers cordonniers se sont, les 
premiers, servis de cette expres- 
sion, pour dire aller travailler 
de ville en ville. (V. Saint-Cré- 
pin.) 

Baucher (Se). Se moquer. 
C'est le verbe se gausser estro- 
pié pour les besoins de l'argot. 

Baude. Maladie vénérienne. 
Ce qui reste de la fréquentation 
des ribaudes. 

Baudrouillard. Fuyard. — Bau- 

drouillcr, fuir. 

Bauge. Ventre. 

Baume d'acier . Instrument 

de chirurgie. 

Bausse, bausseresse. Patron, 
patronne. — Bourgeois, bour- 
geoise. 

Bausse fondu. Chef d'établis- 
sement qui a fait de mauvaises 
aifaires. 

Bausser. Travailler, — dans 
le jargon des maçons. 

Bavarde. Langue, bouche. — 
Boucler sa bavarde^ remiser sa 
bavarde, coucher sa bavarde^ se 
taire 

Bavaroise aux choux. Un 

verre d'absinthe et orgeat mê- 
lés. 

Baver. Bavarder, bredouiller, 
s'embrouiller dans ses discours. 

— Le mot date de 1754. 

Baver. Railler, médire, — 
dans le jargon des filles. 

Bazar. Maison de tolérance. 

— Terme de mépris pour dési- 
gner une maison, un établisse- 



34 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



ment quelconque. Envoyer -pro- 
mener tout le bazar, envoyer 
promener toute la maison. 

Bazar. Mobilier, vêtements. — 
Laver tout le bazar, vendre tout 
'le mobilier. 

Bazar. Or étranger, or à bas 
titre, — dans le jargon des bi- 
joutiers. 

Bazarder. Se défaire d'un 
objet. — Bazarder so7î mobilier, 
vendre son mobilier. — Dans 
l'argot du régiment, bazarder^ 
c'est vendre ses effets de linge 
et de chaussures. — « Au ba- 
taillon d'Afrique, la fréquence 
de ce délit en fait une vertu de 
corps. Tout conscrit doit, au 
moms, vider une fois son ha- 
vre-sac. » (A. Camus, Les Bohè- 
mes du drapeau.) 

Bazardier. « C'est le petit 
commerçant qui loue à la jour- 
née le rez-de-chaussée d'un im- 
meuble à peine achevé, moyen- 
nant une redevance générale- 
ment assez modique, qui varie 
suivant le quartier. » (Elie Fré- 
bault, Les Industriels du maca- 
dam, 1868.) 

Bé, Berri. Hotte de chiffon- 
nier. C'est le terme générique 
dont se servent les chiffonniers 
pour désigner leur hotte. 

Beau temps tombe par mor- 
ceaux (Le), il pleut, — dans le 
jargon des troupiers. 

Bec. Bouche, langue, lan- 
'gage, visage. 

Quand ma muse est échauffée 

« Elle n'a pas tunt mauvais bec. » 

(St-An)and.) 

Passer devant le bec, ne pas 
participer à. Les bons morceaux 
lui passent devant le bec. — 
Trùuilloter du bec, sentir mau- 



vais de la bouche. Et les va- 
riantes : Schlinguer, puer, re- 
pousser du bec, — avoir la rue 
du bec mal pavée , manquer de 
dents. — Se rincer le bec, boire. 

— River le bec, imposer silence. 

— Taire son bec, ne plus parler. 
« Voyons M'me Rabat-Joie, tais 
ton bec !... et qu'on vienne bai- 
ser son vainqueur! » (Gavarni.) 

Bec, Beq. Bois à graver, — 
dans le jargon des graveurs sur 
bois. — Ourler le bec, finir un 
travail. 

Bécane. Machine à va,peur. 
Locomotive, — dans le jargon 
des ouvriers du fer. 

Bécasse. Femme sotte. 

Becfigue de cordonnier. Oie, 
dinde. 

Bêcher. Dire du mal. On bê- 
che surtout ses amis. — Mot à 
mot : travailler quelqu'un ou 
quelque chose comme on tra- 
vaille la terre, à coups de bêche. 

Bêcheur, bêcheuse. Excellent 
petit camarade, bonne petite 
camarade, qui ne perd pas une 
occasion de dire du mal des 
amis et connaissances. 

Bêcheur. Avocat chargé de 
soutenir l'accusation, — dans le 
jargon des voleurs. 

Becquant. Poulet, — dans le 
jargon des voleurs. 

Becqueter, Béquiller. Man- 
ger. — Mot à mot : jouer du 
bec. 

Bègue. Avoine, — dans le 
jargon des voleurs. 

Bègue, bèze. Bczigue, jeu de 
cartes. — Jouer au bègue, qua- 
rante de bègue, jouer au bczi- 
gue, quarante de bczigue. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



35 



Béguin. Tête. C'est la tête 
prise pour le bonnet. Caprice 
amoureux. — Avoir un béguin^ 
être épris de. « Moi, monsieur, 
j'ai un béguin pour les hommes 
rassis et pas trop spirituels... 
Aussi vous me plaisez. » Alma- 
nach du Charùari, 1880.) 

Beigne. Soufflet, contusion. 
— Donner, flanquer, recevoir^ 
encaisser une beigne. « A une 
lettre près, c'est ainsi qu'on 
écrivait ce mot au xvi" siècle, et 
il avait la même sig-nilicalion. 
On disait mieux : bigne. » (Cb. 
Nisard, de VEtymologie fran- 
çaise.) — Se me dévoyé au 
iront faire une beigne. » (An- 
ciennes poésies françaises, Eglo- 
gue sur le retour deBacchus.) 

Belêt. Cheval destiné à Té- 
quarisseur, — dans le jargon 
des maquignons. 

Belge. Pipe en terre fabri- 
quée en Belgique. « C'était le 
long des murs de la chambre, 
le plus beau musée de belges et 
de marseillaises culottées. « (Ed. 
et J. de Concourt, Une Voiture 
de masques.) 

Belgique (La fuite en). Départ 
précipité à l'étrangerpourcause 
de soustraction. La plupart des 
caissiers infidèles, les banque- 
routiers, s'en vont à tire-d'aile 
vers des climats hospitaliers. 
La Belgique, pays limitrophe, a 
été choisie de préférence. 

Bélier. Mari trompé. Délicate 
allusion aux cornes du bélier. 
. Belle de nuit. Rôdeuse de 
pavé, coureuse de bastringues. 

Celle (La). Troisième partie, 

Eartie décisive aux cartes, au 
. illard, à un jeu quelconque, 
lorsque chacun des adversaires 



est manche à manche. — Faire la 
belle. — « Il est essentiel qu'il 
(le commis-voyageur) laisse ga- 
gner la belle à son antagoniste. » 
{Code du commis voyageur, iS30 ) 

Belle-petite. «On ne dit plus : 
cocotte, en parlant des impures, 
on dit : belle-petite : c'est le vo- 
cable récemment adopté. » {Fi- 
garo du 23 août 1878.) 

Bénard. Pantalon, — dans le 
jargon des Desgrieux de bar- 
rière, du nom du tailleur. — 
J'aurai besoin d'un bénard neuf 
dimanche pour aller guincher à 
Idalie. 

Bénédiction de parade. Coup 
de pied au derrière. Allusion 
aux coups de pied dont se gra- 
tifient MM. les saltimbanques, 
au moment de la parade. 

Bénef. Bénéfice. — Se retirer 
du jeu avec du bénef. — Avoir 
un petit bénef dans une affaire. 

Bènisseur. Père de comédie, 
père noble. Ce n'est pas un 
homme, c'est un ruisseau. 

Bènisseur. Faux-bonhomme 
à qui les promesses et leséloges 
ne coûtent rien, mais incapable 
de rendre jamais le moindre 
service à personne. Les bénis- 
seurs forment une nombreuse 
classe dans la société, et qui- 
conque a eu besoin sérieuse- 
ment d'un service, s'est heurté 
neuf fois sur dix à des bénis- 
seurs. 

Béquet. Petite planche à gra- 
ver, ouvrage de peu d'impor- 
tance, — dans le jargon des 
graveurs sur bois. 

Béquet. Retouche faite à une 
pièce ou à un acte, raccord, — • 
dans le jargon des acteurs. 



3(3 



DICTIONNAIRE D AMGOT MODEIINE. 



Boi- 



Béquillard. Vieillard, 
teux. 

Béquillard. Bourreau. Béquil- 
larde, guillotine. 

Bercycotier. Marchand de vin 
à B3rcy, trafiquant de vins à 
Bercy, courtier en vins. 

Berdouillard . Ventru . Ber- 
douille, ventre. 

Berge. Année, — dans Targot 
des voleurs. 

Berline de commerce. Petit 
commis de magasin. Berline de 
comme, par abréviation. 

Berlu. Aveugle. 

Berlue. Couverture. 

Bernard (Aller voir). Aller aux 
lieux d'aisance. Allusion irrévé- 
rencieuse à saint Bernard, re- 
présentéordinairementavec des 
tablettes à la main. Parti du sé- 
minaires le mot s'est répandu 
dans le monde de la bourgeoi- 
sie. Par altération, les person- 
nes du sexe faible disent volon- 
tiers : « Aller voir madame Ber- 
nard, aller voir comment se porte 
madame Bernard. » 

Berribono. Naïf, — dans le 
jargon des voleurs. 

Berry. Capote d'étude des 
élèves de l'école polytechnique. 

Bertelo. Pièce d'un franc. 

Berzélius. Montre, — dans le 
jargon des élèves du cours de 
mathématiques spéciales. 

Besouille. Ceinture, — dans 
le jargon des voleurs. 

Bête. Floueur qui, dans une 
partie de cartes ou de billard, 
allèche la dupe, en perdant 
quelques coups. Il fait la bête. 



Bête. Vache, — dans le jar- 
gon des bouchers. « Un bou- 
cher ne dit jamais : j'ai acheté 
une vache , mais bien : j'ai 
acheté une bête. » (E. De La 
Bédollière.) 

Bête-à-pain. Bête au superla- 
tif. On dit encore : bête comme 
un chou, bète comme ses pieds, 
bête comme les pieds de cet homme, 
bête àmangerdu foin, bête à payer 
patente. 

Bête à cornes. Fourchette, — 
dans le jargon des voleurs. 

Bête rouge. Républicain 
avancé, l'ancien démoc-soc, le 
radical de nos jours, ainsi dési- 
gné par ceux qu'il appelle des 
réac. — « Le correspondant de 
ï Univers, que l'on n'accusera pas 
d'être une « bête rouge », écrit 
à son journal, etc. » {Petit Pari- 
sien, du 22 août 1877.) 

Bettander. Mendier. 

Betterave. Nez gros et rouge, 
nez d'ivrogne. 

Beuglant. Café-concert . Le 
premier café-concert auquel on 
a infligé ce surnom fut le café 
des Folies- DaupJdne, fréquenté 
par les étudiants. — « Nous 
voici au café beuglant, ainsi 
nommé dans le quartier parce 
que, dans le principe, les ar- 
tistes beuglaient leurs chan- 
sons. » (Marc Constantin, Hist, 
des cafés-concerts.) 

Beugler. Pleurer. 

Beurlot. Maître cordonnier, 
d'une petite maison. — Bcurlo- 
qiiin, patron d'une maison de 
chaussures de dernier ordre. 

Beurre. Argent. 

Beurre (Comme un, c'est un). 
Parfait, très bon, très bien. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



87 



Beurre (Faire son). Tirer pro- 
fit de; gagner. — Pour l'em- 
ployé, c'est une bonne place 
qui lui permet de prélever un 
bénéfice plus ou moins lici- 
te ; pour l'administrateur d'une 
grande compagnie, ce sont « les 
tours de bâton », c'est le « pot 
de vin » ; pour la cuisinière, 
c'est lie résultat de la danse du 
pallier; pour la fille entretenue, 
c'est le fruit de la générosité 
de « Monsieur ». 

Beurre (Gros comme deux 
liards de). Tout petit, avorton. 
— C'est gros comme deux liards 
de beurre et ça pense déjà aux 
femmes. 

Beurre noir (Œil au). (XCil 
poché. Allusion à la couleur 
d'un œuf au beurre noir. 

Beurre sur la tête (Avoir du). 
Avoir la conscience cliargée de 
crimes. — Les voleurs juifs di- 
sent en hébreu : « Si vous avez 
du beurre sur la tête, n'allez 
pas au soleil ; il fond et tache. » 
(Vidocq.) 

Beurre (Au prix où est le). 
Dans un moment où tout est si 
cher. D'abord employée pour 
désigner la cherté de certains 
vivres dont la préparation culi- 
naire exige beaucoup de beurre, 
l'expression s'est étendue à tout 
objet d'un prix trop élevé pour 
la bourse de l'acheteur. 

Beurre demi-sel. Demoiselle 
qui n'a eu encore que deux ou 
trois amants. 

Beurre d'oreilles. Sécréloin 
des oreilles. 

Beurrier. Banquier, financier. 
Bezef Beaucoup, — dans le 



jargon des troupiers retour d'A- 
frique, 

Bi-annuel. Poêle, ainsi nommé 
par les troupiers parce que, 
dans certains régiments, une 
chambrée de quarante hommes 
n'a droit aux bienfaits du poêle 
que tous les deux ans. Les pelo- 
tons de rangs pairs peuvent se 
chauffer les années paires, et les 
pelotons de rangs impairs, les 
années impaires. Il y en a ainsi 
pour tout le monde... en atten- 
dant un peu. 

Bibarder. Vieifiir dans la mi- 
sère. (A. Delvau,) 

Bibassier, Biberon. Vieil ivro- 
gne. A aussi le sens de mania- 
que, grognon, méticuleux, tatil- 
lon, — dans le jargon des typo- 
graphes. M. Décembre-Alonnier 
(Typographes et gens de lettres) 
orthographie bibacier. — Bibe- 
ron est un vieux mot français. 

« A loi gentil Anacréon, 
» Doit son plaisir le biberon, 
» Et Bacchus te doit ses bouteilles. » 
(Ronsard, Ode gauloise.) 

Bibelot. Objet de peu de vo- 
lume et peu de valeur. Objet de 
peu de volume et de beaucoup 
de valeur. En général, tous les 
menus objets, plus ou moins ar- 
tistiques, depuis les bijoux an- 
cicnsjusqu aux vieilles seringues 
prétendueshistoriques.prennent 
la dénomination très élastique 
de « bibelots ». « J'ai été aussi 
fort bousculé par mon proprié- 
taire, auquel je dois deux ter- 
mes, et il m'a fallu vendre 
toutes sortes de bibelot'^ pour 
m'acquitter d'un. » (H. Murger, 
Lettres.) Les deux peuples les 
plus passionnés, aujourd'hui, 
pour les bibelots sont le Français 
et le Chinois, — signe de déca- 
3 



38 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



dence, — prétendent les philoso- 
phes. Pour satisfaire à toutes les 
exigences, il s'est établi des fa- 
briques de vieux neuf qui déver- 
sent journellement leurs pro- 
duits k rhôLel Drouot. 

Bibelot âge. Petit trafic, 
échange de marchandises. 

Bibelotter (Se). Se soigner. 

Bibi.Nom d'amitié donné in- 
distinctement aux gens et aux 
bêtes, ou qu'on s'octroie à soi- 
même. — « C'est à Bibi ça. » — 
« J'aime pas qu'on fasse des 
manières avec Bibi. « (X. de 
Montépin, Le Fiacre n° 13.) 

Bibi. Fausse clé de petit cali- 
bre. 

Bibi (A). A Bicêtre. On en- 
voie à Bibi , asile des ahénés 
non payants, celui qui, dans 
la conversation , lance quel- 
que grosse bêtise, tient un 
propos extravagant. 

Bibi. Chapeau haute forme, 
— dans le jargon des ouvriers. 
La mode exige aujourd'hui que 
les chapeaux d'hommes soient 
pourvus de très petits bords ou, 
mieux, soient dépourvus de 
bords. — J'ai lâché le bibi, j'ai 
arboré le chapeau haute forme. 

Bibi. Nom donné aux cha- 
peaux de femmes, vers la fin du 
règne de Louis-Philippe, parce 
que ces coiftures étaient très 
petites. « Dans le vieux patois 
bourguignon, on désignait par 
bibi un petit objet, de quelque 
nature que ce soit, servant d'a- 
musette aux enfants. » (Ch. Ni- 
sard.) 

Bibine. Sœur de charité, — 
dans le jargon des voleurs. 

Bibine. Bière, — dans le jar- 
gon des voyous. 



Bibine. Cabaret. Espèce de 
taverne où vont manger et 
boire les pauvres diables qui 
n'ont que trois ou quatre sous à 
dépenser par jour. Bibine signi- 
fie débine. « On en compte plu- 
sieurs sur la rive gauche, aux 
environs de la place Maubert... 
Il est des bibines aristocratiques. 
Rue de Bièvre, à la Taverne an- 
glaise : la canette y coûte dO 
centimes. » (Imbert, A travers 
Paris inconnu.) 

Biblot. Outil d'ouvrier. 

Biblot. Les militaires nom- 
ment « biblot» tout ce qui leur 
sert au régiment, depuis l'ai- 
guille à coudre jusqu'au fusil à 
aiguille. Le biblot, c'est l'attirail 
du troupier. Quand son biblot 
est au grand complet dans son 
sac, qu'il est en tenue de cam- 
pagne, il dit qu'il porte « tout le 
tremblement ». 

Bibloter, Bibeloter. Avoir la 
manie du bibelot, en acheter, 
faire des échanges. — Dans 
l'argot des marchands, c'est tra- 
fiquer, c'est vendre un jour un 
article, le lendemain un autre, 
vendre une foule d'articles dis- 
parates ; c'est encore se conten- 
ter d'un petit bénéfice. — Lei 
ouvriers appellent « bibeloter » 
s'ingénier, travailler à temps 
perdu. « Il Ut chez lui (l'ouvrier), 
dessine ou bibelote une inven- 
tion qui souvent réussit. » {Le 
Sublime.) 

Bicamériste. Partisan du par- 
tage du pouvoir législatif en- 
tre les deux Chambres : 
le Sénat et la Chambre des 
députés. « Quoique le mode 
d'élection du Sénat donnât 
prise àbeaucoup de justes criti- 
ques, même de la part des bica- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



39 



méristes les plus déterminés. » 
(Em. de Girardin, la France, du 
31 oct. 1877.) 

Biche, Bichette, nom d'ami- 
tié donné à la femme aimée, 
qui, souvent, en retour, vous dé- 
signe à ses amis sous le nom de 
daim. 

Biche. Une des nombreuses 
appellations des coryphées de la 
prostitution élégante et élevée. . . 
comme tarif. Ainsi nommées 
parce qu'on les rencontre gé- 
néralement au Bois où elles 
courent le daim. — « Les biches 
sont des demoiselles plus que 
douteuses. « (L. Gozlan.) — En 
1869 « à l'époque de l'Exposi- 
tion universelle, on l'appelait le 
guide de l'étranger dans Paris. » 
(Jules de Vernay.) 

Biche (Forte). Premier sujet 
du monde galant ; fille à dia- 
mants, hôtel, laquais et voiture. 

Biche (Ça). Ça va bien, ça 
marche, en parlant d'un travail, 
d'un commerce, d'une ajffaire; 
mot à mot : ça va comme vont 
les jambes d'une biche. Quand 
deux personnes ne sont pas bien 
ensemble, on dit : ça ne biche 
pas. 

Bicherie. Le monde de la ga- 
lanterie. Hautebicherie, le grand 
monde de la galanterie, le 
monde des femmes qui, à qua- 
rante ans, vendent à prix d'or 
et de diamants ce qu'à vingt 
ans elles donnaient pour un dî- 
ner de trente sous. 

Bichon. Ephestion de trottoir. 

Bichon. — Terme d'amitié. 
Nom de diminutif qui veut 
dire petite Elizabeth, petite Ba- 
bet. (Hurtaut, Dict. des homony- 



mes.) Ne serait-ce pas plutôt 
une forme altérée de l'ancien 
mot bouchon, terme d'amitié, 
d'où est venu bouchonner? 

« Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai, 

» Je te bouchonnerai, t)aiserai, mangerai. » 

(Molière, École des femmes.) 

Bichot. Evoque, — dans l'an- 
cien argot; de l'anglais bishop. 

Bidet. Ficelle qui sert à trans- 
porter d'un étage à l'autre la 
correspondance clandestine des 
prisonniers. 

Bidoche. Viande, — dans le 
jargon du peuple. — Morceau 
de bœuf bouilli, l'ordinaire du 
soldat, — dans le jargon des 
troupiers. Il faut joliment tirer 
sur la bidoche, pour la démolir. 

Bien faire (En train de). En 

train de manger. — « A toutes 
les tables, dans les environs, des 
soupeurs déjà en train de bien 
faire. » (F. d'Urville, Les Ordu- 
res de Paris.) 

Biffe (La). Le métier de chif- 
fonnier. 

Biffer. Exercer le métier de 
chitionnier. 

Biffeton. Contre-marque, — 
dans le jargon des ouvriers. — 
Lettre, procès-verbal, — dans 
le jargon des voleurs. 

Biffin , Biffine. Chiffonnier, 
chiffonnière. Tout ce qui porte 
la hotte est connu dans la cor- 
poration des chiffonniers sous 
le nom de « biffin ». 

Biffin. Soldat d'infanterie de 
ligne, — dans le jargon des 
soldats des autres armes. — 
Son crochet à lui c'est son fu- 
sil. 

Biffre Nourriture. Dérivé de 
I bâfrer. Passer à biffre, man- 



40 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



ger. Passer à biffre train ex- 
press, dévorer, manger comme 
un atfamé. 

Bifteck de grisette. Saucisse 
plate, morceau de charcuterie 
pris dans la boîte du charcu- 
tier. 

Bifteck à Maquart. Sale in- 
dividu, sale femme, — dans le 
jargon des voyous. — Maquart 
est le nom d'un équarrisseur 
bien connu. 

Bifteck (Faire du). Monter 
sur un cheval qui trotte dur et 
mortifie, comme s'il s'agissait 
d'un bifteck, la partie de l'in- 
dividu qui repose sur la selle. 
(L. Larchey.) 

Bigard. Trou, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Bige, Bigeois, Bigois. Imbé- 
cile, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Bigorgnion. Mensonge , — 
dans le jargon des voyous. 
Lancer des bigorgnions, débiter 
des mensonges. 

Bigorne. Argot. — Dans la 
langue régulière, une bigorne 
est une enclume à deux bouts, 
dont l'un finit en pointe. L'ar- 
got est une langue à double 
tranchant, à deux bouts, comme 
la bigorne. — Jaspiner bigorne, 
rouscailler bigorne comme daron 
et daronne, parler argot comme 
père et mère. 

Bigorneau. Soldat d'infante- 
rie de marine, — dans le jar- 
gon des marins. 

Bijou d'Amérique. Vagabond, 
voleur ayant fait élection de 
domicile dans les carrières d'A- 
mérique. 

Bijou de Saint-Laze. Fille 



qui fait son temps à la prison 
de Saint-Lazare. 

Bijouter. Voler adroitement, 
enlever des bijoux avec adresse. 

Bijouterie. Avance d'argent. 

Bijoutier. Regratticr, mar- 
chand d'arlequins ; celui qui 
débite, pêle-mêle, la desserte 
des grands restaurants. 

Bijoutier en cuir. Savetier. 
— Bijoutier sur le genou, même 
signification. 

Bijoutière. Voleuse qui pos- 
sède l'art d'escamoter les bi- 
joux avec adresse. — Voleuse 
qui rançonne les bijoutiers. 

Bilboquet. Personne trapue. 

Bilboquet. Menues impres- 
sions, telles que prospectus, 
couvertures, têtes de lettres, — 
dans le jargon des typographes. 
(A. Delvau.) 

Bilboquet. Litre de vin. « Une 
jeune tille à l'œil égrillard qui 
acceplaitunbilboquetàquinze. » 
(Léon Paillet, Voleurs et Volés.) 

Billancer. Faire son temps, 
payer sa dette à la justice, — 
dans le jargon des voleurs. i 

Billancher, Biller. Payer. — [ 
Billanchage, payement. ^ 

Bille. Tête, — dans ie jargon 1 
des voleurs, et, principalement, 
tête de dupe. — Faire une drôle 
de bille. 

Bille. Monnaie de cuivre, dans 
le jargon des revendeurs. — Le 
mot avait la signification d'ar- 
gent aux xvii° et xviiie siècles. 

« Ne pouvant pas s'empêcher 
M Pour de la bille attraper. » 

[Parnasse des Muses.) 

Bille de bœuf. Saucisson, — 
dans le jargon des voleurs. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



41 



Billemuche. Billei. 

Billet de cent, de cinq, de 
mille. Billet de cent francs, de 
cinq cents francs , de mille 
francs, — dans le jargon des 
gens pour qui le temps est de 
l'argent. — « Il savait trop, paj- 
expérience, ce qu'un seul louis, 
que l'on veut gagner ou rattra- 
per, coûte souvcjît, par la suite, 
de billets de cent et même de 
billets de mille. »(Vast-Ricouard, 
Le Tripot.) 

Billet d'aller et de retour. 
Paire de gilles, soufflet à ré- 
pétition, appliqué sur chaque 
joue pour ne pas faire de ja- 
louse. 

Bine. Hotte de chiffonnier. 
— Hotte d'aide-couvreur. 

Binelle, Binellelof. Faillite, 
banqueroute, — dans le jargon 
des voleurs. Vo ut débine. 

Binette à la désastre. Tête du 
créancier impayé. {Almanach 
des débiteurs, cité par L. Lar- 
chey.) 

Biographe \Se faire). Etre 
ditfainateur (Max. Parr), — dans 
le jargon des gens de lettres 
qui n'ont pas été satisfaits de 
leurs biographies. — L'expres- 
sion a été créée à l'époque où 
Paris a été inondé de biogra- 
phies de grands et de petits- 
liommcs. ^ 

Birbe,Birbesse. Vieux, vieille, 
de l'italien birio. Pour donner 
plus de force au mot, qui, en 
général, n'est usité qu'au mas- 
culin, on dit avec un pléonastme: 
Vieux birbe, ou, encore, afjreux 
birbe. « Un coup de jus, mon 
vieux birbe, et une croûte de 
brignolet! » (Huysmans, Mar- 
the.) 



Birlibi. Jeu de dés, — dans 
le jargon des truqueurs; c'est 
une variante de biribi. Passer 
au birlibiy jouer une partie, un 
coup de dés. — Rincé au birlibi, 
qui a perdu au birlibi. 

Birmingham (Etre de). Etre 
très ennuyeux. — Mot à mot : 
être un rasoir de Birmingham, 
ville célèbre par ses rasoirs. 

Bisard. Soufflet de forge , 
soufflet .'i feu. C'est un dérivé 
de bise, -- dans le jargon des 
voleurs. 

Biscaye. Bicêtre. — Biscayen, 
pensionnaire de Bicêtre. 
Biscuit (Recevoir un). « Un 

biscuit, dans les ténébreux sym- 
bolismes des prisons, signitic rien 
à faire. » (V. Hugo, Les Miséra- 
bles.) 

Bise. Baiser, caresse, — dans 
le jargon des enfants et des 
femmes qui aiment à s'entendre 
appeler « des chattes ». — Bi- 
serj embrasser. — Dise-moi^ mon 
chéri ! 

Biset. Garde national en cos- 
tume de ville et en képi. 

« Oui, je suis biset, moi, 
•) Qu'importe la forme ? 
•• On peut bien aimer son roi 
>• Sans être en uniforme. » 
(Scribe et Poirson, Une Nuit de la garde- 
nationale, scène 1. — 1815.) 

Bissard. Pain bis. Passer au 
bissard, manger du pain bis. 

Bistot. — Apprenti commis 
en nouveautés. « Un employé, 
tlairant une bonne commande, 
met tous les bistots en campa- 
gne. » (Louis Noir, Le Pavé de 
Paris.) 

Bitume (Fouler le). Se pro- 
mener, flâner. — Faire le bitu- 
me, faire le bit, faire le trot- 



42 DICTIONNAIRE D' 

loir, — dans le jargon des filles. 

Biture. Béatitude bachique, 
nourriture copieuse. — Se flan- 
quer ^ s'administrer une biture 
soiijnée. 

Biturer (Se). Bien manger et 
bien boire. 

Bitter cuirassé. Bitter mé- 
langé avec du curaçao, — dans 
le jargon des gens adonnés aux 
cuirs-, ceux qui parlent à peu 
près correctement disent bit- 
ter-curaçao. 

Blafard. Matière d'argent : 
TJne toquante en blafard, une 
montre d'argent. — Monnaie 
d'argent : TJn blafard de vingt 
ronds, une pièce d'un franc. 

Blague. Mensonge, bavarda- 
ge, plaisanterie, verve. « Ils (les 
malthusiens) demandent ce que 
c'est que la morale. La morale 
est-elle une science ? Est-elle 
une étude? Est- elle une bla- 
gue? » (L. Veuillot, Les Odeurs de 
Paris.) — M. F. Michel fait venir 
blague de l'allemand balg, ves- 
sie à tabac, avec transposition 
de l'avant-dernière lettre. M. Ni- 
sard soutient que le mot des- 
cend de bragar, braguar, qui 
servait à désigner soit une per- 
sonne richement habillée, soit 
un objet de luxe. Quant àM.Lit- 
tré, il le fait remonter à une 
origine gaélique ; d'après lui, 
blague vient de blagh^ souffler, 
se vanter. Quoi qu'il en soit, le 
mot a été employé d'abord et 
propagé par les militaires, vers 
les premières années du siècle, 
dans le sens de gasconnade , 
raillerie, mensonge (V. Dict. de 
Dhautel, 1806, Cadet Gassicourt, 
1809, Stendhal, 1817). Sans re- 
monter aussi loin, il ne faut| 



ARGOT MODERNE. 

voir dans le mot blague qu'un 
pendant que nos soldats ont 
donné au mot carotte. 

Blague dans le coin. Plaisan- 
terie à part, sérieusement par- 
lant. Les raffinés ne craignent 
pas de dire dans le même sens : 
Blague sous les aisselles. 

Blagues (Plastron à). Individu 
qui sert de point de mire à des 
plaisanteries de société, à des 
plaisanteries de régiment. 

Blague d'acier (Avoir une). 
Avoir la langue bien pendue. 

Blagues à tabac. Seins qui, 
selon l'expression d'une de nos 
plus volumineuses actrices, pour- 
raient passer dans un anneau 
de rideau, et même dans un 
anneau de mariage. ' 

Blaguer. Mentir, railler, par- 
ler beaucoup. 

Blagueur, Blagueuse. Bavard, 
menteur, vantard. C'est un joli 
blagueur. — La femelle, la bla- 
gueuse , n'est souvent qu'une 
gueuse qui a delà blague. 

Blair. Nez, — dans le jargon 
des voleurs. — Se cingler le 
blair, se soûler. 

Blaireau. Conscrit. — C'est-à- 
dire préposé au blaireau « ba- 
lai », parce que les nouveaux 
venus au régiment ont plus que 
les autres droit aux honneurs 
du balayage. 

Blaireau. Balai, — dans le 
jargon du régiment. Etre de 
garde au blaireau, être de cor- 
vée au balayage. 

Blaireauteau. Individu pourvu 
d'un grand nez ; c'est un dérivé 
de blair,— (jargon des voyous.) 

Blanc. — Terme de libraire : 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



43 



livre en feuille non encore bro- 
ché. 

Blanc. Partisan de la monar- 
chie héréditaire. Allusion à la 
couleur du drapeau des anciens 
rois de France. 

« Dans les trois jours de baccanal! 
» Les blancs n'étaient pas à la noce 
» Tandis que moi j'étais t'au bal. » 
(L. Festeau, Le Tapageur.) 

Blanc, Blanche. Eau-de-vie 
de marc, u Le blanc est une af- 
freuse eau-de-vie composée de 
je ne sais trop quoi. » (Im- 
bert.) 

Blanc (Verre de, Un de). Verre 
de vin blanc. 

Blanc (N'être pas). Etre com- 
promis, craindre d'être répri- 
mandé. 

Blancsale. Chiffon commun,— 

dans le jargon des chiffonniers. 

Blanc d'Afrique. Les six et 
les cinq d'un jeu de dominos, 

— dans le jargon des joueurs 
de dominos. 

Blanc (Jeter du). Interligner, 
intercaler entre les lignes com- 
posées à l'imprimerie de petites 
lames de plomb, afin de donner 
du jour et de favoriser le coup 
d'œil typographique. 

Blanc (Faire du). Faire le joli 
cœur, l'empressé auprès d'une 
femme. C'estmot àmot: « faire 
les yeux blancs, les yeux amou- 
reux », — dans le jargon des 
voyous. — Quand t'auras fini de 
faire du blanc, faudra le dire. 

— On dit aussi faire le blanc, 
pour le blanc de l'œil. 

Blanc (Envoyer au). Envoyer 
promener, — dans le jargon des 
voyous ; par altération pour 
« envoyer au banc », c'est-à- 



dire envoyer s'asseoir. Adressée 
à une femme, l'expressionprend 
le sens de « envoyer raccro- 
cher », et fait partie du vocabu- 
laire des souteneurs. L'étymo- 
logie est la même que dans 
mangeur de blanc. 

Blanche (Dame). Bouteille de 
vin blanc, — dans le jargon des 
ivrognes, à qui le chef-d'œuvre 
de Boïeldieu a laissé des souve- 
nirs. 

Blanchisseuse de tuyaux de 
pipes. Femme qui crée des re- 
fuges insolites à la dépravation. 

Blanquette. Argenterie , — 
dans le jargon des voleurs. 

Blasé. Enflé, boursouflé, — 
dans le jargon des voleurs ; de 
l'allemand blasen, souftler. 

Blavin. Mouchoir, — - dans 
l'ancien argot. 

Blavin. Pistolet de poche, — 
dans le jargon des voleurs. 

Blaviniste. Voleur de mou- 
choirs; et, par extension, voleur 
qui s'attaque à des objets de 
peu d'importance. 

Blèche. Laid, désagréable. — 
Faire blèche, amener un coup 
nul. (L. Larchey.) 

Bleu. « C'est le conscrit qui a 
reçu la clarinette de six pieds; 
les plus malins (au régiment) 
ne le nomment plus recrue ; il 
devient un bleu. Le bleu est 
une espérance qui se réahse au 
bruit du canon. » (A. Camus.) 
En souvenir des habits bleus 
qui, sous la Révolution, rempla- 
cèrent les habits blancs des sol- 
dats. (L. Larchey.) 

Bleu. Manteau; à l'époque où 
l'homme au petit manteau-bleu 
était populaire 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE, 



Bleu, Petit bleu. Mauvais vin 
qui tache la nappe en bleu. — 
Mettre le piton dans le bleu, boire 
du vin au litre. — Voué au bleu, 
ami de la bouteille. 

Bleu (Gros). Gros vin du mi- 
di, vin dont on se sert pour les 
coupages. 

Bleu (Etre). Eprouver une 
grande surprise. — Elle est bleue 
celle-là! cette nouvelle est diffi- 
cile à croire. — Faire des bleus, 
pincer de manière à laisser la 
signature des doigts sur la chair. 
— Passer au bleu, avoir perdu 
un objet, se consoler d'une 
perte. — En faire voir des bleues, 
causer des contrariét6s. — Co- 
lère bleue, violente colère. 

Blézimarder. Se couper mu- 
luellement la réplique, empo- 
cher le voisin de dire sa phrase, 
émonder le dialogue comme un 
jardinier émonde un arbre à 
grands coups de serpe, — dans 
le jargon des acteurs. {Uigaro 
du 31 juillet 1876, cité par Lit- 
tré.) C'est sans doute une alté- 
ration toute moderne de blési- 
narder, qui voulait dire flâner, 
musarder. « Ce verbe, dit M. Du- 
llot, vient de Blésinard, un des 
types de Grasset, personnage 
flâneur, débraillé et sans soucis, 
dans la Vénus à la fraise, * 

Blindé. Ivre au superlatif, — 
dans le jargon des ouvriers. — 
blindé! pour avoir étouffé cinq ou 
six perruches! fes donc pas un 
homme? 

Blindé. C'est un des noms que 
le peuple a donnes aux nou- 
veaux urinoirs successeurs des 
rambuteaux. Les variantes sont : 
Les cuirassés, les tourne- autour , 
les introuvables. 



Blindocher (Se). Se griser lé- 
gèrement. C'est le diminutif 
d'être blindé, — dans le jargon 
du peuple. — Je me blindoche le 
dimanche et je suis blindé le 
lundi. 

Bloc. Prison, salle de police, 
— dans le jargon des troupiers. 
« Encore deux jours de bloc 
pour cette chienne de théorie. » 
(Randon, Croquis militaires.) — 
« Pourquoi es-tu au bloc, mon 
pauvre vieux? » (Vto Richard, 
Les Femmes des autres.) — Mettre, 
fourrer au bloc, consigner. 

Blonde Vin blanc, bouteille 
de vin blanc. Etre porté sur la 
blonde, peloter la blonde, aimer 
le vin blanc. Se coller une ou 
deux blondes dans le fanal pour 
tasser les imbéciles, boire une ou 
deux bouteilles de vin blanc 
pour arroser les huîtres. — 
Courtiser la brune et la blonde, 
boire alternativement, au cours 
d'un repas, du vin blanc et du 
vin rouge. 

Blonde. Maîtresse, amante. Se 
dit surtout en parlant de la 
maîtresse d'un homme marié. 
C'est Vautre, le numéro deux, 
quelle que soit d'ailleurs la 
nuance de ses cheveux. Le blond 
est une couleur tendre et la 
blonde représente la tendresse 
en ville. — Etre chez sa blonde, 
Aller voir sa blonde. 

u — Si j'vas dîner aveu ma blonde, 
» Je n'sais pourquoi, je fuis tout l'monde ; 
» Avec sa femm' pas tant d'façon, 
! » On est très bien, mêm' dans l'salon. » 
(Meinfred, Le Garçon converti., clians.) 

Bloquer. Mettre en prison, au 
bloc, — dans le jargon des trou- 
piers. 

Bloquer. Abandonner, — dans 
le jargon des voleurs. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



45 



Bloquer. Faire défaut, faillir, 

— dans le jargon des typogra- 
phes; allusion au terme d'im- 
primerie bloquer qui a le sens 
de mettre provisoirement un 
caractère au lieu et place d'un 
autre. (L. Larcliey.) Bloquer le 
mastroquet, ne pas payer le 
marchand de vin. 

Bloquir. Vendre. — Bloquis- 
seur, bloquisseuse , marchand, 
marchande, — dans le jargon 
des voleurs. 

Blot. Chose, affaire qui con- 
vient. « Ça fait mon blot », ça 
fait mon affaire. C'est simple- 
ment le mot lot augmenté d'un 
B. « L'as-tu enfin le sénat de 
tes rêves?.. Voyons, cette fois-ci, 
ça fait-il ton blot? » {Le Titi, 
1879.) 

Bloiim. Chapeau haute forme, 

— dans le jargon dev voyous. 
Allusion au bruit pr^jduit par 
un coup de poing appliqué sur 
un chapeau haute forme; le 
renfoncement est un genre de 
plaisanterie très goûté dans le 
monde des voyous. 

Blouse blanche. Faux ouvrier 
vêtu d'une blouse blanche et 
fortement soupçonné d'appar- 
tenir à la police On a reproché 
au dernier gouvernement impé- 
rial d'avoir, en 1870, favorisé 
la bruyante manifestation des 
blouses blanches en faveur de la 
guerre. On les a vues parcourir 
Je boulevard aux cris de : « A 
Berlin! à Berlin ! » 

Blousier. Individu vêtu d'une 
blouse; se prend, le plus sou- 
vent, en mauvaise part, pour 
désigner un voyou. 

Bobèche, Bobe, Bobéchon. 

Tête. Se monter le bobe, se monter 



le bobéchon^ se passionner pour. 

Bobelin. Botte, — dans le 
jargon des revendeurs. 

Bobine. Tête, physionomie. — 

Bobine dévidée, crâne chauve. 
La variante est : Bille d'ivoire. 
« Comme ta bille d'ivoire velmil 
disait à Murger une Aspasie au 
rabais. — Je crois bien, je fais 
venir le frotteur une fois par 
semaine. » 

Bobine, Bogue. Montre, — 
dans le jargon des voleurs. — 
Bobine à la manque^ montre en 
cuivre. 

Bobinskoff. Entreteneur sé- 
rieux, — celui qui tient la bo- 
bine de la destinée d'une fem- 
me, — dans le jargon des filles 
entretenues, chez qui la mode, 
pour le moment, est de russifier 
certains noms. C'est ainsi que 
Machinscoff signifie le premier 
venu, Machin, et Beguinskoff\ 
celui qui est l'objet d'un caprice, 
béguin. 

Bobinette (Jeu de la). Jeu do 

dés tenu dans les foires par les 
truqueurs. « Jeu franc et loyal » 
comme ils disent. Lisez : « Un 
jeu de dupes ». 

Bobonne. — Bonne, servante. 
« Tout au plus si les petits gar- 
çons qui marchaient en tête ris- 
quèrent une observation sur la 
bobonne d'Emma. » (Ed. About, 
Trente et quarante j 18G5.) 

Bobosse. Bosse. — Bossue. 
(L. Larchey.) Elle est un peu bo- 
bosse. Avoir une bobosse dans 
Vestomac, être enceinte. 

Bocal. Vitre, — dans le jargon 
des voleurs. — Camelotte en bO' 
cal, marchandise sous vitrine. 

Bocal. Estomac. Bocal vide, 



46 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



estomac à jeun. Emplir le bocal, 
manger. — Se rincer le bocal, 
boire. 

Boche (Tête de). Tête dure, 
individu dont l'intelligence est 
obtuse, c'est-à-dire tête de bois, 
— dans le jargon du peuple. 
Dans le patois de Marseille une 
boule à jouer est une boche. 

Bock. Verre de bière, plus 
grand que la chope. De l'alle- 
mand bockbier, bière nouvelle, 
mot à mot : bière de bouc. 

Bocker. Prendre des bocks. 
« Ne pas bocker le soir! mais 
mon chat, pourquoi ne m'en- 
voies-tu pas en province tout de 
suite? » (Darjou, Croquis pari- 
siens.) 

Bocotter. Grogner, ne pas 
être content. 

Bocson. Maison de tolérance, 
lieu mal famé. 

Bœuf. Enorme, colossal. — 
JJîi succès bœuf, un aplomb bœuf; 
n'est guère employé qu'avec ces 
deux mots. 

Bœuf. Roi d'un jeu de cartes. 

Bœuf. Second ouvrier cor- 
donnier. — Ouvrier tailleur qui 
fait les grosses pièces. — Petit 
bœuf, ouvrier qui commence une 
pièce, qui l'ébauche. 

Bœuf. — Mauvaise humeur, 
emportement, colère. Dans le 
jargon des typographes, ce mot 
est synonyme de chèvre. — 
Prendre un bœuf, gober son bœuf, 
avoir son bœuf, se mettre en co- 
lère, être en colère. 

Bœuf (Faire un). — Rempla- 
cer momentanément à la beso- 
gne un compagnon qui est allé 
relever un factionnaire, par exem- 



ple, — dans le jargon des typo- 
graphes. 

Bœuf (Etre le). Payer pour les 
autres, avoir tous les désagré- 
ments d'une affaire, supporter, 
seul, les conséquences d'une 
entreprise qui a mal tourné. 

Bœuffer. Ramer, — dans le 
jargon des canotiers de la Seine. 
C'est-à-dire se fatiguer autant 
qu'un bœuf. 

Boguiste. Horloger, —. dans 
le jargon des voleurs. — Ma to- 
quante a le trac, faudrait la 
mettre en pension chez le boguiste; 
ma montre est détraquée, if 
faudrait la confier à l'horloger. 

Bohême. « Une société com- 
posée de toutes les sociétés, 
bizarre, monstrueux assemblage 
de talent et de bêtise, d'ivresse 
et de poésie, d'avenir et de 
néant, et qu'on nomme la bohè- 
me. » (H. Maret, Le Tour du 
monde parisien.) — « C'est un 
vice de nature qui fait le bo- 
hème. Il naît de la paresse et de 
la vanité combinées. Tant qu'il 
y aura des paresseux et des va- 
niteux, il y aura des bohèmes. » 
(G. Guillemot, Le Bohême, 1868.) 

Boire de l'encre. — Arriver 
lorsqu'une tournée a été déjà 
absorbée ou qu'il ne reste plus 
rien dans un litre. {Argot des 
typographes.) 

Boire du lait. Etre content 
par suite d'un succès, par suite 
de louanges; éprouver de la sa- 
tisfaction. 

Boire une goutte. Etre sifflé. 
— Payer une goutte, siffler, — 
dans le jargon des acteurs. 

Boire dans la grande tasse. 

Se noyer, être noyé. (L. Lar- 
chey.) 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



47 



Bois blec. Toupie d'un sou, 
— dans le jargon des enfants. 
Mot à mot : toupie en bois blec: 
blec pour blanc. 

Bois (Mettre du). En style de 
vaudevilliste, c'est envoyer des 
amis çà et là, un peu à toutes 
les places, pour réchauffer l'en- 
tlidusiasme du public engourdi 
par le froid de certaines pièces. 
Le rôle des amis consiste à s'é- 
crier : « Admirable! sublime! 
comme c'est trouvé!... Quel ta- 
lent!... C'est du Molière! » Goût 
à l'auteur : un souper à base de 
choucroute ou de volaille froide, 
selon que la pièce est en un 
acte ou en cinq actes. 

Boisé (Etre). Etre trompé par 
sa femme. 

Boisseau. Schako. — Cha- 
peau haute forme. 

Boisseau. Litre de vin. — 
Demi-boisseau, demi-litre. 

Boite. Atelier, maison, maga- 
sin, établissement quelconque 
« Dans l'argot domestique, tout 
ce qui n'est pas une bonne mai- 1 
son est une boîte. Une bonne 
maison est celle où les maîtres 
ne sont pas regardants et où 
l'on peut s'arrondir sans être 
inquiété. «(Bernadille, Esquisses 
et Croquis parisiens.) 

Boîte au lait. Nourrice dans 
l'exercice de ses fonctions. — 
Sein de femme qui allaite. 

Boîte aux ordures. Derrière. 

Boîte à cailloux. Prison. Lé 
mot date du xvni*^ siècle. Au- 
jourd'hui les soldats appellent 
simplement boite^ la salle de 
police. La variante est : boite 
aux réflexions. 



Boîte à cornes. Chapeau 
d'homme. 

Boîte à violon. Grand soulier, 
grand pied. 

Boîte d'échantillons, boîte 
aux échantillons. Tonnjau de 
vidange, — dans le jargon des 
vidangeurs. Dans ce tonneau, il 
y a de la marchandise de toutes 
provenances et de toutes cou- 
leurs. 

Boite à dominos, boîte à do- 
che. Cercueil. Le corps y est 
serré comme des dominos dans 
leur boîte. La variante boîte à 
doche offre un jeu de mots sur 
à mère et amère. Doche en ar- 
got veut dire mère; c'est-à-dire 
la boîte à mère pour amère. 

Boîte à asticots. Cercueil, — 
« Ah ! tu veux rire, satané pi- 
lier de beuglant! mais attends 
un peu que je sorte de ma boîte 
à asticots, et tu verras! » (Saint- 
Patrice, Aventure de Nabuchodo- 
nosor JSosebreaker.) 

Boîte à Jouanne. — Ventre, 
— dans le jargon des voyous. 
Jouanne est le nom d'un célèbre 
marchand de tripes à la mode 
de Caen, le Napoléon de la tripe. 

Boite aux dégelés, Boîte aux 
refroidis. La Morgue. 

Boîte à puces. Lit, — dans le 
jargon des voyous. — « Puis 
chacun songea à regagner sa 
boîte à puces. » [La Caricaturej 
7 fév. 1880.) 

Boîte à marquer. Sergent. 
Ce sont les sergents qui ont la 
garde des boîtes à matricules. 

Boîte (Faire sa). — Distri- 
buer les caractèresd'imprimerie 
dans la casse. — {Jargon des ty- 
pes.) 



48 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Boîte (Fermer la). Fermer la 
Louche, se taire. 

Bolduc. Faveur qui attache 
les sacs de bonhons, — dans 
l'argot des bonbonniers. C'est 
un grand art que de bien savoir 
faire les bolducs. 

Bombe. Demi-setier, quart de 
litre de vin, — dans le jargon 
des ouvriers. 

Bombe (Partir en). C'est l'ex- 
pression dont se servent les mi- 
litaires qui vont courir une bor- 
dée... de plaisirs, comme dit le 
peuple. 

Bombé. Bossu, — dans le jar- 
gon du peuple. // est bossue — 
Non, il est bombé. 

Bon. Agent des mœurs, — 
dans l'argot des filles et des vo- 
leurs. Le bon me fiole, l'agent des 
mœurs me dévisage. 

Bon (C'est). En voilà assez, 
inutile d'en dire davantage. 

Bon (C'est un). C'est un bon 
républicain, c'est un pur. L'ex- 
pression était à la mode en i 848. 

Bon là (Etre). Etre capable, être 
bon ouvrier, — dans le jargon 
des ateliers. — Etre des bons, 
être classé parmi les bons ou- 
vriers, parmi les meilleurs. Au 
dix-huitième siècle, pour dési- 
gner quelqu'un de solide, on 
disait : Il est des bons. 

Bon sort de bon sort (Sacré) ! 

Exclamation qui exprime le dés- 
appointement ou la colère. La 
variante est : Coquin de bon sort! 

Bon sang de bon sang! Autre 
exclamation poussée en appre- 
nant une nouvelle surprenante. 
(L. Larchey.) 

Bon motif Mariage, — dans 



le jargon des bourgeois. Faire 
la cour pour le bon motif, viser 
au mariage « Ce ne peut pas 
être pour le bon motif. » (E. 
Augier , Les FourchambauUf 
1878.) 

Bon endroit. Derrière. (L. 
Larchev.) Attraper au bon en- 
droit, donner du pied au der- 
rière. 

Bon (Avoir du). Avoir de la 
composition non portée sur son 
bordereau et qu'on garde, pour 
la compter à la prochaine ban- 
que. C'est le contraire du salé. 
(Boutmy.) 

Bon pour Bernard Imprimé, 
journal, papier quelconque qui 
ne finira pas dans la hotte du 
chiffonnier, c'est-à-dire : bon 
j^our les lieux d'aisances. 

Bonaparteux. Bonapartiste, 
— dans le jargon des adversai- 
res politiques des bonapartistes. 

Bonbon à liqueur. Furoncle, 
bouton pustuleux. — Bonbon an- 
glais, petit bouton sec, — dans 
le jargon des voyous. 

Bonbonnière. Tinette à vi- 
dange, — dans le jargon des 
vidangeurs. 

Bonbonnière. Elégante petite 
chambre, petit appartement 
meublé avec goût. — Elégante 
petite salle de spectacle où l'on 
croque des bonbons aux avant- 
scènes et des sucres d'orge aux 
galeries 

Bonbonnière à filous. Omni- 
bus. (Cûlombey.) 

Bondieusard. Marchand d'ob- 
jets de dévotion. Le quartier St- 
Sulpice est peuplé de bondieu- 
sards. — Enlumineur d'images de 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



49 



sainteté. — «Un bondieusard ha- 
bile pouvait faire ses six douzai- 
nes en un jour. Un bondieusard 
passable, ni trop coloriste ni 
trop voltairien, pouvait gagner 
son salut dans l'autre monde et 
ses quarante sous dans celui- 
ci. » (J. NqWqs, LesRéfractaires.) 
— Le mot a été créé par Gus- 
tave Courbet, qui l'employait 
souvent pour désigner soit un 
peintre de sujets religieux, soit 
un de ces peintres qui sem- 
blent s'inspirer des enlumineurs 
d'estampes. Par extension les 
libres-penseurs donnent du « bon- 
dieusard » à quiconque croit en 
Dieu, à quiconque lait montre 
de sentiments religieux. 

Bondieusarderie. Dévotion, 
pratique religieuse, hommage 
à la religion, — dans le jargon 
des libres-penseurs. 

Bondieuserie. Métier du bon- 
dieusard. — Commerce d'objets 
de sainteté, — dans le jargon 
des peintres réalistes. — « C'é- 
taient ces nombreuses bouti- 
ques, ces innombrables bon- 
dieuseries, dont la rue est plei- 
ne. » (Huysmans, Les sœurs Va- 
tard, 1879.) 

Bondieutisme. Pratique reli- 
gieuse intermittente à l'usage 
des gens frileux. « J'en ai 
connu plusieurs qui, à l'époque 
des grands froids, se réfugiaient 
dans les bras de la religion, 
près du réfectoire, autour du 
poêle. Ils engraissaient là dans 
l'extase ! Quand ils avaient deux 
mentons, et qu'ils voyaient à 
travers les barreaux de la cel- 
lule revenir les hirondelles, ils 
sortaient et allaient prendre 
l'absinthe ancaboulot. » (J. Val- 
lès, Les Ré/'ructaires.) 



Bondy (Refouler à). Envoyer 
promener quelqu'un d'autant 
plus grossièrement que c'est k 
Bondy qu'on refoule l'engrais 
parisien. 

Bonhomme. Personnage, sta- 
tue de saint, en terme d'atelier. 

— Votive bonhomme n'est pas d'a- 
plomb. 

Bonhomme (Entrer dans la 
peau du). Dans le jargon du 
théâtre, c'est s'identifier avec 
son rôle. — Dans le jargon des 
peintres, c'est se bien pénétrer 
de son sujet. — « L'autre (le 
peintre de sujets religieux) a be- 
soin de s'entraîner pour se met- 
tre à la hauteur d'une transfi- 
guration, et l'on comprend qu'il 
lui soit interdit (i'e/i^rcr dans la 
peau du bonhomme. » (L. Lero}'', 
Artistes et rapins.) L'expression 
est de l'acteur Bignon. 

Bonhomme (Creuser son). 

Creuser son rôle, l'approfondir. 

— « Pendant des années il a, 
comme on dit, creusé son bon- 
homme. » {Figaro, du 14 juil- 
let 1880.) 

Bonicard. Vieux. — Boni- 
carde, vieille, — dans le jargon 
des voleurs. 

Boniment. Annonce que fait 
le pitre sur les tréteaux pour 
attirer la foule ; de bonir, ra- 
conter. — Discours débité par 
un charlatan, discours destiné à 
tenir le public en haleine, à le 
séduire, coup de grosse caisse 
moral. Depuis le député en tour- 
née électorale, jusqu'à l'épicier 
qui fait valoir sa marchandise, 
tout le monde lance son petit 
boniment. — « C'était le pro- 
dige du discours sérieux appelé 
le boniment : boniment a passé 



50 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



dans la langue politique où il 
est devenu indispensable. » (L. 
Veuillot,Les Odeurs de Paiis.) — 
,Lecoup du boniment, le moment, 
l'instant où le montreur de phé- 
nomènes, le banquiste, lance sa 
harangue au public. — Y aller 
de son boniment, lâcher son boni- 
ment, dégueuler, dégoiser, dégobil- 
ler son boniment. 

Bonir. Parler, raconter, affir- 
mer, avertir avec emphase, 
chercher à persuader. — Bo- 
nir au ratichon, se confesser. 
— N'en bonir pas une, garder le 
silence ; mot à mot : ne pas pro- 
noncer une parole, ■ — dans le 
jargon des voyous. 

Bonir. Se taire, — dans Tar- 
ot des marbriers de cimetière. 
A. Delvau.) 

Bonisse (Etre en). Etre très 
loquace, bavarder beaucoup, 
être très expansif. Vient de 60- 
nir, raconter. — Veut dire encore 
se répandre en invectives. 

Bonisseur. Pitre chargé du 
boniment. — Candidat à la dé- 
putation en tournée électorale. 

Bonisseur delà batte. Témoin 
à décharge. — Mot à mot : di- 
seur, de bonnes choses. 

Bonjour. — Sacrifice matinal 
à Vénus, — dans le jargon des 
bourgeois. — Dire bonjour à sa 
moitié. — Bonsoir, sacrifice noc- 
turne à la môme Vénus. — Un 
bon mari doit le bonjour et le 
bonsoir à sa femme. 

Bonjourier, voleur au bon- 
jour. Voleur qui exerce dans les 
chambres dont on a négligé d'en- 
lever les clés. Il est matinal et 
peubruyant parce qu'il sait qu'il 
ne faut pas réveiller le chat qui 



dort. Si on lui demande où il 
va, ce qu'il veut, il en est quitte 
pour donner un prétexte; il 
s'excuse, souhaite le bonjour, 
s'esquive et va voir à l'étage au- 
dessus s'il sera plus heureux. 

Bonjourière. La femelle du 
bonjourier. C'est une drôlesse 
qui, au bal, à la promenade, in- 
cendie une dupe de ses regards, 
se fait conduire au domicile 
de la dupe et la dévalise 
pendant la nuit. Combien de 
niais, croyant à une bonne for- 
tune, se sont réveillés, le len- 
demain, allégés de leur montre, 
de leur argent et quelquefois 
de leurs vêtements! 

Bonne, bien bonne (Une). Une 

bonne histoire, une bien bonne 
plaisanterie. « Impossible de se 
lâcher, quand, après quelque 
farce de sa façon, il vous disait 
avec sa grosse voix : Elle est 
toujours bien bonne ! » (Vicomte 
Richard, ies Femmes des autres.) 
— • En dire une bonne, en racon- 
ter une bien bonne^ et, avec un 
déplorable jeu de mots : une 
bien bonne d'enfants. 

Bonne (A la). — Franche- 
ment, sans tricher, — dans l'ar- 
got des grecs. — Flanchons-nous 
une manche à la bonne ? 

Bonne pour un homme (Avoir 
été). S'être livrée à un homme, 
— dans le jargon des bour- 
geoises qui ne savent rien re- 
fuser. 

Bonne (Avoir à la). Avoir en 
grande estime, faire grand cas 
de. — Etre dans ses bonnes, être 
de bonne humeur. 

Bonne grâce. Toilette en lus- 
. trine à l'usage des tailleurs. 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE, 



Bonnet. Coterie autoritaire 
dans un atelier typographique. 
« Le bonnet est tyrannique, in- 
juste et égoïste. » (Boutmy.) 

Bonnet d'évêque. Loge des 
quatrièmes en forme de mitre, 
d'où le nom. — Train de der- 
rière d'une volaille découpée de 
façon à ce qu'il ligure la mitre. 
C'est un des morceaux les plus 
délicats, et, à table, chez d'hon- 
nêtes bourgeois, l'objet d'aima- 
bles plaisanteries. 

Bonnet jaune. Pièce d'or, — 
dans le jargon des filles. 

Bonneteau. Toute espèce de 
jeux de cartes tenus dans les foi- 
res, où le public est naturelle- 
ment dupe. L'antique jeu de 
bonneteau consiste à faire devi- 
ner une carte parmi trois que 
manie avec une maladresse af- 
fectée le bonneieur. On ne de- 
dne jamais, grâce à une subs- 
titution. 

Bonneteur. Industriel, doublé 
i'un filou, tenant un jeu de bon- 
leteaii. 



51 

dans 



parlant des vieillards, 
le jargon des filles. 

Bordée (Tirer une). Quitter 
son travail sans motif, sans per- 
mission, déserter la maison 
pour aller courir de mauvais 
lieux en mauvais lieux, avec 
stations obligatoires chez le mar- 
chand de vin. 

Bordel. Bruit, vacarme. — 
Faire un bordel d'enfer, faire 
beaucoup de bruit. 

Bordel. Petit fagot de deux 
sous, — dans le jargon des char- 
bonniers. — Petit paquet de 
linge sale, — dans le jargon 
des blanchisseuses. — Faire un 
bordel^ laver un paquet de linge 
à soi appartenant. 

Borgne. Le fondement. 



tes 



Borgne. As d'un jeu de car- 



Bonneton. — Commis em- 
)loyéau rayon de-la bonneterie, 

- dans le jargon de la nou- 
eauté. 

Bonnichon. Bonnet. 

Borda. — Ecole navale. 

Bordeaux (Petit). Cigare d'un 
ou. Le plus petit de tous les ci- 
ares d'un sou, fabriqué à Bor- 
éaux et à Tonneins. 

Bordé (Etre). Avoir renoncé 
ux plaisirs de l'amour. Mot à 
lût : être couché dans son 
t, les couvertures bordées. 

- Ne pas être encore bordé, ne 
^s avoir dit adieu à Vénus, en 



Borgniat. — Borgne, — dans 
le jargon du peuple. 

Bosco, Boscotte. Bossu, bos- 
sue. 

Bossard. De travers, louche, 

qui n'est pas droit; dérivé de 

bosse. « Maintenant, comme tout 

est bossard dans cette affaire 

I là. » {La petite Lune, 1879.) 

Bossoirs. Seins exagérés. Al- 
lusion au bossoir d'un navire. 

Bosse (Se flanquer une)' Faire 
un excès quelconque. Manger 
et boire outre mesure, c'est-à- 
dire : devenir bossu par devant 
et par derrière à force de bois- 
son et do victuailles. — Se flan- 
quer une bosse de rire. Rire énor- 
mément, rire comme un bossu. 

Bosselard. Chapeau haute 
forme, — dans le jargon du 
collège; pour bosselé. Allusion 



52 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



à l'état ordinaire des chapeaux 
des collégiens. (L. Larchey.) 

Bossus (Il y a des). — On 
sitlle dans la salle. (Argot des 
comédiens de l'ancien boule- 
vard du Crime. — V. Les secrets 
des coulisses de J. Dutlot, 1865.) 

Botter. Donner un ou plu" 
sieurs coups de pied au derrière. 

Botter. Convenir. Cette femme 
me botte. — Aller bien, en par- 
lant d'un objet de toilette. — 
Ce chapeau me botte^ cette paire 
de gants le botte. 

Bottes de neuf jours. Souliers 
dont les semelles se disjoignent. 

Bottes (Graisser ses). S'ap- 
prêter à faire le grand voyage 
de l'autre monde. 

Bouhouille. Cuisine sans pré- 
tention. La véritable boubouille 
se fait sur un fourneau en terre, 
placé, le plus souvent, sur le 
carré de l'escalier. C'est le der- 
nier mot de la cuisine du pauvre 
et de la pauvre cuisine. 

Bouc. Barbiche, impériale 
très fournie, — dans l'argot du 
régiment. Mot à mot : barbe de 
bouc. 

Bouc. Mari trompé. Allusion 
aux cornes, emblème des maris 
malheureux. 

Boucan. Tapage. Faire da 
boucan. — Donner un boucan, 
gronder en élevant très fort la 
voix, à grand bruit, c C'est un 
lieu de débauche, dans les pe- 
tites rues, écarté du grand 
monde ; les chambres y sont obs^ 
cures et malpropres, parce que 
les jeunes gens qui y vont, et 
qui ont gagné quelques faveurs, 
c* est-à-dire du mal, y font sou- 
vent tapage, et jettent tous les 



meubles par la fenêtre; c'es^ 
pourquoi les pourvoyeuses ont 
grand soin de ne garnir leur 
académie que de quelques chai- 
ses avec quelques paillasses. » (Le 
Roux, Dict. comique.) Tout se re- 
trouve. Nos troupiers appellent, 
aujourd'hui, une maison de to- 
lérance « un b.ouG » par abrévia- 
tion de boucan. 

Boucanade. Faux témoignage. 
Action de corrompre, d'acheter 
un témoin. — Coquer la bouca- 
nade, corrompre un témoin, 
acheter un témoignage. 

Boucaner. Sentir mauvais, 
faire concurrence au bouc 
comme odeur. 

Boucaner. Faire du bruit. 
Dérivé de boucan. Boucaner la 
pièce, siffler une pièce de théâtre, 
empêcher qu'on entende les ac- 
teurs, — dans le jargon du 
théâtre. « On m'assure que tou- 
tes vos pièces vont être désor- 
mais ôoucanées. » (L'£'^n7/É?,1879.) 

Boucaneur. Pilier de lieux de 
débauche, celui qui se plaît au 
milieu du vacarme. Boucanier c, 
au féminin. 

Boucard. Koutique. Les vo- 
leurs disent aussi boutogue. 

Boucardier. Marchand. — 
BoucardiergambilleurfïnaiYchsLnd 
ambulant. 

Boucardier. Voleur qui ex- 
ploite les boutiques. Le boucar- 
dier opère la nuit avec le con- 
cours du pégriot. Le pégriot est 
un gamin ou un voleur de pe- 
tite taille qui s'est primitivement 
introduit dans la boutique, et 
qui, à l'heure convenue, vieni 
ouvrir au boucardier. 

Bouche l'œil. Gratification. 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



53 



Promesse de gratification sous 
forme d'une pièce d'or ou d'ar- 
g-ent placée sur l'œil en guise de 
monocle, — dans le jargon des 
filles. 

Bouche en cul de poule. Pe- 
tite bouche à grosses lèvres re- 
levées en bourrelets, et affec- 
tant la forme d'un 0. 

Bouche-trou. Article de jour- 
nal sans aucune valeur, mis en 
réserve pour les jours où la co- 
pie manque. —' Acteur jouant 
toutes sortes de rôles sans im- 
portance. 

Boucher un trou. Payer une 
dette lorsqu'on en compte plu- 
sieurs. 

Boucher. Chirurgien, — dans 
le jargon du peuple. 

Boucherait le trou du cul 
avec un grain de sable (On lui). 
Se dit en parlant de quelqu'un 
que la peur paralyse, parce 
que, alors, selon l'expression 
vulgaire, il serre les fesses. 

Bouchon. Bourse, — dans le 
jargon des voleurs. 

Bouchon d'évier. Souillon de 
cuisine, laveuse de vaisselle. 

Bouchonner. Donner des coups 
ae poing, — dans le jargon des 
cochers. 

Bouclage. Cadenas. — Arres- 
tation. 

Boucler. Arrêter. — Boucler 
un poivrot, arrêter un ivrogne. 

Boucler. Fermer. — Bouder 
la lourde, fermer la porte. — 
Boucler la position, fermer la 
malle. 

Bouder aux dominos. Avoir 
des dents de moins. Les varian- 
tes sont : Bouder à la dent, être 



chauve de la gueule, manquer de 
chaises dans la salle à manger. 

Bouder au cheveu. Commen- 
cer à être chauve. 

Bouder contre son ventre. 

S'abstenir d'une chose dont on 
a envie. 

Boudin. Verrou. 

Boudin. Doigt épais et rouge. 

Boudin (Faire du). One an- 
cienne et très pittoresque ex- 
pression qui avait le sens de 
répandre du sang. 

Boudiner. Mal dessiner les 
extrémités, — dans le jargon 
des peintres. 

Boudiner. Réveillonner le jour 
de Noël, manger du boudin. — 
Le repas de boudin s'appelle le 
boudinaqe. 

Bouffarde. Pipe. « Un peintre 
dit volontiers ma bouffarde en 
parlant de sa pipe. » {Paris- 
fumeur.) 

Bouffarder. Fumer la pipe. 

Bouffe. Soufflet. — Figure. — 
H avait ce dernier sens en IG49. 

Bouffe la balle. Joufflu. — 
Gourmand. 

Bouffer. Manger gloutonne- 
ment. 

Bouffer. Bouder, dissimuler 
sa mauvaise humeur (xvni° siè- 
cle). Aujourd'hui, c'est piper. 

Bouffer le nez (Se). Se dispu- 
ter de très près, face à face, 
^ comme si on voulait se manger 
j le nez. 

Bouffeter. Bavarder. — Bouf- 
feteur, bavard, bouffeteuse, ba- 
varde. 

Bouffeur de kilométras. So- 



54 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



briquet du chasseur de Vincen- 
iiGs, le plus intrépide marcheur 
de l'infanterie française. Il 
bouffie, il avale les kilomètres. 

Bougie. Bâton d'aveug-le. 11 
lui sert de bougie, il guide sa 
marche. — Bougie grasse, chan- 
delle, — dans le jargon des 
chiffonniers. 

Bougre à poils. Homme déter- 
miné, solide, courageux. — 
C'est un bougre à poilSy qui n'a 
pas froid aux yeux. 

Bouif. Faiseur d'embarras, 
orgueilleux. — Mauvais ouvrier, 
celui qui connaît mal son mé- 
tier. — Faire du bouif, faire des 
embarras, prendre de grands 
airs. 

Bouillon. Exemplaires non 
vendus d'un journal. Dans cer- 
tains journaux on reprend le 
bouillon ; dans d'autres il reste 
au compte du marchand. Rendre 
le bouillon, rendre les exemplai- 
res non vendus. 

Bouillon. Restaurant où les 
portions semblent taillées par 
un disciple d'Hahnemann, oh 
Ton paye la serviette, où la 
nappe brille par son absence, 
mais où les prix ne sont pas 
plus élevés qu'ailleurs. 

Bouillon d'onze heures. Em- 
poisonnement; par allusion aux 
fameux bouillons administrés 
par la Brinvilliers et qu'elle 
appelait « un pistolet dans du 
bouillon. ^) — Faire boire un 
bouillon d'onze heures à quel- 
qu'un, empoisonner quelqu'un. 

Bouillon de canard. Eau. 
Bouillon pointu. Glystère. 
Bouillon (Boire un). Subir 
une perte d'argent, prmcipale- 



ment à la suite d'une opération 
financière. — « Ce trafic de 
loges ne se fait pas sans quel- 
que danger pour les marchands 
de billets. Un orage qui éclate, 
un caprice de public ou de dan- 
seuse... il n'en faut pas davan- 
tage pour leur coûter, en une 
seule soirée, mille ou quinze 
cents francs... c'est ce qu'ils 
appellent boire un bouillon, » 
(Ch. de Boigne.) 

Bouillonner. Rester pour 
compte; ne pas vendre, eri par- 
lant de livres, de journaux. — 
On tire à 40,000, on bouillonne 
de 2,000 bien souvent. 

Bouillonner. Manger dans un 
bouillon-restaurant. 

Bonis. Maison de tolérance, 
— dans l'ancien argot. 

Bouis-bouis. Café-concert, 
petit théâtre à femmes, petit 
restaurant, où ces dames, aux 
jours d'épreuves, vont prendre 
leur nourriture. Dans le jargon 
des voleurs, un bouis est une 
maison de tolérance, et le nom 
vulgaire de la maison de tolé- 
rance a également la significa- 
tion de bruit, tapage; d'où 
bouis-bouis, pour désigner un 
endroit à femmes, un endroit 
où régnent le vacarme et les 
mauvaises mœurs. 

Bouis-bouis. Marionnette. 
« Ensecréter un bouis-bouis, con- 
siste à lui attacher tous les fils 
qui doivent servir à le faire 
mouvoir. » (Privât d'Angle- 
mont.) 

Boulage. — Mauv 'se hu- 
meur, refus. — Boidci , refuser, 
envoyer promener, gronder, — 
dans le jargon des ouvriers, qui 
disent encore : envoyer bouler, 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



55 



envoyer à la boule, c'est-à-dire 
envoyer rouler comme une 
boule. 

Boulange. Boulangerie. — 
Faire dans la boulange, exercer 
le métier de boulanger. 

Boulange aux faffes. Banque 
de France, — dans le jargon 
des voleurs. Mot à mot : bou- 
langerie aux papiers. 

Boulanger. Le diable. Il en- 
fourne les âmes des damnés. 

Boule. Chien boule-dogue, 
boule-terrier. 

Boule. Foire, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Boule. Tête, visage. — Boule 
de siam, visage grotesque. — 
Boule de singe, personne laide. 

Boule de neige. Nègre, mori- 
caiid, — dans le jargon du peu- 
ple. Il est rare qu'un voyou en 
belle humeur ne salue pas un 
nègre du sacramentel : a Ohé ! 
boule de neige! » 

Boule de son. Pain de muni- 
tion. 

Boule-Miche. Boulevard Saint- 
Michel, — dans le jargon des 
étudiants. 

Bouleau, Bîiche. Batterie, — 
dans le jargon des voyous. Y 
va y avoir du bouleau, on va se 
battre. Dans certains bals de 
barrière, il n'y a pas de bonnes 
soirées sans bouleau, au moins 
à la sortie ; cela fait partie du 
programme. 

Bouler. Tromper. — Du vieux 
mot boule : astuce. (L. Larchey.) 
Envoyer bouler. (V. Boulage.) 

Boules de loto. Yeux à fleur 

de tête. 



Boulet à queue. Melon. 

Boulette de poivrot. Raisin. 
« — Je ne bois pas mon vin en 
pilules, répondit un ivrogne à 
qui l'on offrait du raisin. » 

Bouleur, houleuse. Doublure 
des premiers rôles, — dans le 
jargon des acteurs. 

Boulevard du Crime. Boule- 
vard du Temple, à l'époque oti 
les théâtres s'y épanouissaient 
en nombre. 

Boulevardier. Fidèle habitué 
des boulevards, qui, pour lui, 
commencent sur le trottoir du 
grand café de la Paix et finis- 
sent à l'angle de la rue du Fau- 
bourg-Montmartre. Là est tout 
le Paris du boulevardier, avec 
ses cafés, ses restaurants et ses 
drôlesses. Il dédaigne le trot- 
toir d'en face qu'il abandonne 
aux provinciaux et aux gens en 
course. 

Boulevardier, boulevardière. 

Qui a rapport aux boulevards 
de Paris, qui exhale le parfum, 
qui porte le cachet des boule- 
vards. « Génie de la gargote 
boulevardière, qui sait faire ava- 
ler des bisques, des huîtres, des 
quenelles fantastiques à des 
gens qui n'ont pas encore di- 
géré. » (Ed. Siebecker, Petit Pa- 
risien du iO août 1877.) Le mot 
est de M. L. Veuillot. 

Boulevardière. Fille libre qui 
continue sur les boulevards le 
commerce que faisait sa mère 
sous les galeries du Palais- 
Royal. 

Boulevetade. Comédie , — 
dans l'argot des anciens comé- 
diens. « Combien refile-t-ou de 
loyagne pour allumer la bouleve^ 



56 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



tade? combien paie-t-ou pour 
entrer à la comédie ? » [Mémoi- 
res de Dumesnil.) 

Bouline. — Quête simulée 
faite dans les foires entre tru- 
queurs pour chauffer le zèle des 
badauds. 

Bouliner.— Feindre une que te 
pour entraîner le public, — dans 
le jargon des saltimbanques. 

Bouliner. Voler en pratiquant 
un trou à Taide du vilebrequin, 
bouiinoire, — dans le jarj^on 
des voleurs. 

Bouliner, boulinguer. Déchi- 
rer, — dans le jargon des vo- 
leurs. — Diriger une affaire. — 
Se boulinguer , savoir se con- 
duire. 

Boulonnaise. Voiture qui des- 
sert le Bois de Boulogne. ; 

Boulonnaise. Nymphe publi- j 
que du Bois de Boulogne, elle 
attend la fortune, sous les traits | 
du premier venu, le long des 
contre-allées du bois, tout près 
des taillis, tout près des mysté- 
rieux ombrages. La boulonnaise, 
une variété de la marneuse, est 
vêtue comme une ouvrière mi- 
sérable, et porte ordinairement 
un panier, à l'instar des femmes 
de ménage. 

Boulotter. Manger. — liou- 
votter de l'argent, manger de 
l'argent. 

Boulotter. N'aller ni bien ni 
mal, marcher doucement, en 
parlant de la santé, des affai- 
res. — Ça boulotte. 

Bouquet. La fin d'un événe- 
ment important, d'une conver- 
sation. — Cest le bouquet, c'est 
le plus beau, le plus surprenant 5 



de l'affaire ; par allusion au bou- 
quet final d'un feu d'artifice. 

Bouquet. Gratification de vo- 
leur à voleur. 

Bouquin. Tout hvre que l'on 
vend après l'avoir lu ou même 
sans l'avoir lu est un bouquin, 
dans le jargon des hommes de 
lettres. — Livre de peu d'im- 
portance au point de vue de la 
vente, — dans le jargon des li- 
braires. 

Bouquin (Sentir le). Sentir 
fort des ai.sselles, sentir le bouc. 
L'expression date de la plus 
haute antiquité et elle est du 
plus pur classique; on trouve 
déjà dans ïérence : « Apage te a 
me, hircum oies, éloignez-vous, 
vous sentez le bouquin. ^> 

Bourbe (La). L'hospice de 
l'Accouchement, — dans le jar- 
gon du peuple. Ainsi nommé 
en souvenir de la rue de la 
Bourbe où cet hospice était pri- 
mitivement situé. — Aller pon- 
dre à la Bourbe. — Aller faire 
dégonfler son ballon à la Bourbe, 
aller accouchera la Bourbe. 

Bourdon. Fille de joie, -~ 
dans le jargon des voleurs. 

Bourdonniste. Ouvrier typo- 
graphe s uj et aux 6owrcions, c'est- 
à-dire aux omissions de mots 
ou de phrases. 

Bourgeois. Imbécile, homme 
sans goût, — dans le jargon 
des peintres qui sont restés des 
rapins, — Voyageur, — dans le 
jargon des cochers. — Individu 
dans la maison duquel un ou- 
vrier travaiffe. — Maître de la 
maison dans laquelle est placé 
un domestique. 

Bourgeois. Anti-artistique, — 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



57 



dans le jargon des artistes. 
Ameublement bourgeois. 

Bourgeois (Faire son). Faire 
de la dépense, — dans le jar- 
gon des ouvriers. 

Bourgeoise. Femme légitime, 
— dans le jargon des ouvriers 
qui ont du respect pour leurs 
femmes. 

Bourgeron. Petit verre d'eau- 
de-vie, ration accordée aux ma- 
rins. 

Bourlingue. Congé donné à 
un ouvrier. 

Bourlinguer. Renvo^/^er , — 
dans le jargon des ouvriers. 

Bourlingueur. Patron, con- 
tre-maître, qui met sans cesse 
le marché en main à l'ouvrier. 

Bourrache. Cour d'assises. 
Comme la plante de ce nom, 
la Cour d'assises est pour le vo- 
leur un puissant sudoritique; 
elle lui procure une de ces émo- 
tions qui trempent des chemi- 
ses. En outre, par quasi-homo- 
nymie, le mot rappelle celui de 
bouiYade et offre à l'oreille une 
corrélation avec ceux de bour- 
tique et de bourrcur de pègres, 
sous lesquels le voleur désigne 
les agents de la sûreté et le 
code pénal. — Marguillier de 
bourrache. Juré. Le banc du jury 
présente une analogie avec le 
banc des marguilliers. 

Bourre-boyaux, Bourboyaux. 

Gargote. 

Bourre-coquins. Haricots. 

Bourrer le canon. Manger 
vite, beaucoup et longtemps. 

Bourreur de pègres (Le). Le 
code pénal. 11 ne ménage pas 
les voleurs. 



Bourreur de lignes. Ouvrier 
typographe qui compose parti- 
culièrement des lignes pleines 
ou courantes, telles que celles 
des journaux, des labeurs, des 
brochures, etc. (Boutmy.) 

Bourriche. Sorte d'ollapodr Ida 
bibhographique. « Un feuille- 
ton, un article aux quatre-vingt- 
cinq compartiments, dans lequel 
on fait entrer bon gré, mal gré, 
toutes sortes de livres, comme 
des harengs dans une caque. On 
octroie à chacun de ces livres 
deux ou trois lignes de criti- 
que. » (Paris-Journaliste, 1854.) 

Bourrichon. Tête. — Se mon- 
ter le bourrichon, se monter la 
tête. 

Bourrique. Agent de police, 
— dans le jargon des voleurs. 
L'agent de police bourre le vo- 
leur, d'où le surnom de bour- 
rique. « Nous sommes tous les 
victimes des bourriques. » (La 
France, du 13 mars 1879.) 

Bourrique a tourné le foiron 

(La). La mauvaise chance a 
tourné ; c'est-à-dire : a tourné 
le derrière. 

Bourser (Se). Se coucher. 

Boursicot. Argent mis de 
côté. 

Boursicoter. Faire des éco- 
nomies. 

Boursicoter. Tripoter sur les 
fonds publics. 

Boursicotier. Individu qui 
tripote à la Bourse sur les fonds 
publics. 

Boursier. Celui qui travaille 
à la Bourse, depuis le plus gros 
agent de change jusqu'au plus 
mince coulissiei-. 



58 



DICTIONNAIRE t> ARGOT MODERNE. 



Bouscailleur. Balayeur. 

Bousculeur de pékin. Ouvrier 
qui a horreur du bourgeois, 
qui cherche à le vexer. — Le 
maçon qui, en passant, racle son 
sac de plâtre sur la redingote 
du bourgeois, est un bousculeur 
de pékin; bousculeur de pékin, 
le cantonnier qui vous arrose 
avec intention ; bousculeur de 
pékin, le cocher qui fait piaffer 
ses chevaux dans le ruisseau 
quand vous passez ; bousculeur 
de pékin, le charlDonnier qui 
vous heurte de son sac de char- 
bon, etc., etc. 

Bouse de vache. Epinards. 

Bousin. Tapage. C'est un dé- 
rivé de bouis. 

Bousin, bousingot. Boutique, 
cale borgne, débit de vin. 

Bousingot. Epithète injurieuse 
qu'on adressait aux républicains 
en 1830 et 1832. —Partisan des 
idées littéraires à la mode à 
cette époque. — Romantiques 
par opposition aux classiques, 
dont ils étaient les ennemis ju- 
rés. « Il (Pétrus Borel) passait, 
vêtu de son costume de bou- 
singo: le gilet à la Robespierre, 
sur la tête le chapeau pointu 
et à large boucle des conven- 
tionnels, les cheveux ras à la 
Titus, la barbe entière et lon- 
gue au moment où personne 
encore ne la portait ainsi. » 
(J. Claretie, Pétrus Borel le Ly- 
canthrope.) En un mot les bou- 
singots comme les Jeunes- France 
étaient « des poseurs ». M. Ch. 
Nisard fait venir bousingot de 
l'argot anglais Bowsingken, mai- 
son où. l'on boit. Pourquoi pas 
de l'ancien bouis, maison vouée 
à Vénus publique, qui a fait 



bousin et bouis-bouis ? — Parce 
que c'était trop naturel et trop 
simple. 

Boussole. Tête, cervelle. — 
Perdre la boussole, déraisonner, 
devenir fou. « Au moyen âge les 
médecins comparaient la tête 
de l'homme à un vaisseau dont 
le sinciput était la proue et 
l'occiput la poupe. La tête re- 
présentant un navire, la cer- 
velle fut prise pour la boussole, 
pour guide. » (Ch. Nisard.) 

Boussole de singe. Pain de 
fromage de Hollande. On dit 
aussi boussole de refroidi, tête 
de mort. 

Boustifaille. Repas copieux 
composé de mets vulgaires. — 
Du lapin sauté, de l'oie aux 
marrons, du gigot aux haricots, 
de la dinde bourrée de chair à 
saucisse, des pommes de terre 
au lard, voilà de la boustifaille. 

Bout coupé. Cigare d'un sou 
coupé aux deux bouts. 

Bout coupé. Juif. 

Bout (Recevoir son). Etre con- 
gédié. — Flanquer son bout, 
quitter un patron, — dans le 
jargon des tailleurs. 

Bout-de-cul. — Gamin, hom- 
me de petite taille, — dans le 
jargon des voyous. — Nous ver- 
rons bien si un bout-de-cul comme 
toi me fera aller. 

Boutange, boutroUe. Bouti- 
que. — Courteau de boutange, 
commis de magasin. 

Bouteille. Nez, — dans le 
jargon des voleurs. 

Bouteille. Latrines, — dans 
le jargon des marins. 

Bouteille (Coup de). Ivrvjsse. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



59 



Mot à mot : coup que le con- 
tenu de la bouteille produit sur 
la tête. « 11 avait un coup de 
bouteille comme à l'ordinaire. » 
(E. Zola.) — Ecraser une bou- 
teille^ vider une bouteille. 

Bouterne. Tablette , plateau 
sur lequel sont exposés les lots 
destinés à attirer les amateurs 
de porcelaine, autour des lote- 
ries foraines. La bouterne se 
joue au tourniquet. Il y a de 
gros lots en vue, que personne 
ne gagne jamais, naturelle- 
ment, 

Bouternier, bouternière. Ce- 
lui, celle qui tient une bouterne. 

Boutique (La). La préfecture 
de police, en termes d'agents de 
police et d'employés de la pré- 
fecture de police. 

Boutique (Et toutela).Et tout 

le reste, et tout le monde. En- 
voyer promener toute la boutique. 

Boutique (Montrer toute sa). 
Faire voir ce que fit voir la 
jeune Hébé en tombant dans la 
salle à manger de l'Olympe. — 
Se dit également d'un homme 
qui, pour un motif ou pour un 
autre, en montre autant et même 
davantage. 

« II montre toute sa boutique. » 
{Parnasse satirique'.) 

Bouton. Passe-partout , — 
dans le jargon des voleurs. 

Bouton. Pièce d'or, — dans 
le jargon des maquignons. 

Bouton de guêtre. Pièce de 
cinq francs en or. 

Bouton de pieu.. Punaise, ~ 

dans le jargon des voleurs. 
C'est-à-dire : bouton de lit. 

Bouture de putain. Enfant de 



père inconnu, — dans le jargon 
des jardiniers. 

Boy. Garçon de salle dans un 
collège. — Anglicisme familier 
aux collégiens qui suivent le 
cours d'anglais. 

Boyaux en détresse, boyaux 
vides (Avoir les). Etre à jeun, 
avoir faim. 

Bracelet. Menottes. 

Brader. Vendre à vil prix, — 
dans le jargon des marchands 
de bric-à-brac. (A. Delvau.) 

Braise. Argent qu'on vient de 
recevoir. — Il est tout chaud, 
chaud comme de la braise. 

Brancard. Courtière en pros- 
titution. 

Brancard. Main, jambe. Ser- 
rer le brancard, serrer la main. 
— Brancard de laine, boiteux. 

Branche (Ma vieille). Terme 
d'amitié. L'amitié représente un 
arbre solide dont les amis for- 
ment les branches. 

Brandillante , brandilleuse. 

Sonnette. — Bi^andilleuse enrhu- 
mée, sonnette fêlée. 

Branlante. Chaîne d'or. 

Branleuse de Gendarme. Re- 
passeuse. — La plupart des fers 
à repasser portent la marque de 
la maison « Gendarme. » 

Bréchet. Estomac. C'est l'an- 
cien brichet. — « Ce mot qui 
sert à désigner le creux gui 
est au haut de l'estomac dérive 
de l'allemand brechen, rompre, 
couper. » (Ménage.) « En glieu 
de pourpoint, de petites bras- 
sières, qui ne leu venont pas 
jusqu'au brichet. » (Molière, Le 
fcatin de Pierre, acte II, scène i.) 



60 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Bréchet mouche, mauvais esto- 
mac. — Avoir le bréchet dans les 
iiadins, avoir l'estomac dans les 
talons. 

Breda-street. Le quartier 
Notre-Damc-de-Lorette chanté 
par Gavarni. Les dames de Bre- 
da-street déjeunent chez la cré- 
mière, dînent quelquefois, et 
soupent presque toujours dans 
les restaurants à la mode. 

Breloque. Pendule. 

Breloque (Battre la). Dérai- 
sonner, en parlant d'un malade 
en proie au délire. 

Brème. Permis de prostitu- 
tion. C'est la carte délivrée par 
la préfecture de police aux filles 
soumises. « Elles la portent le 
plus souvent dans leurs bas, afin 
d'éviter d'en révéler l'existence, 
si elles n'y sont pas absolument 
forcées. »" (Flévy d'Urville, Les 
Ordures de Paris.) 

Brème. Carte à jouer. — Al- 
lusion à la brème, poisson très 
plat. — Maquiller les brèmes, 
jouer aux caries, — dans le jar- 
gon des tricheurs. — Tiranger 
la brème, tirer les cartes. Tira?î- 
geur de brèmes, tirangeuse de 
brèmes, tireur, tireuse de car- 
tes. 

Brème (Etre en). Etre sous 
la surveillance de la police, — 
dans le jargon des voleurs. 

Bric-à-brac. Vieilleries artis- 
tiques, non artistiques, pseudo- 
artistiques : vieux chandeliers, 
vieilles soupières, poteries, cuirs, 
cuivres, meubles des temps pas- 
sés. — Commerce de vieux ob- 
jets disparates. Les marchands 
de bric-à-brac sur une grande 
échelle s'instituent volontiers 



marchands de curiosités, mar- 
chands d'antiquités. 

Bricabracologie. Commerce 
de bric-à-brac. Passion des an- 
tiquailles qui pousse les bour- 
geois à encombrer leurs mai- 
sons de vieilles poteries et de 
vieux tessons de bo 
plupart sans valeur. 

Bricage. Grand nettoyage 
d'un navire, — dans l'argot de 
la marine. 

Bricheton. Pain, — dans le 
jargon des ouvriers. — Briche- 
ton d'attaque, pain de quatre li- 
vres. 

Bricole. Travail de peu d'im- 
portance ; travail mal rétribué, 
lait à temps perdu. « Le soir 
même, le zingueur amena des 
camarades, un maçon, un menui- 
sier, unpeintre, de bons zigs, qui 
feraient cette bricole-Vd. après 
leur journée. » (E. Zola.) — Au 
xviiie siècle, ôncofe avait le sens 
de mauvaise excuse, menterie. 

Bricoler. Accommoder, mettre 
en œuvre, d'où est dérivé la 
bricole de nos jours. « Com- 
ment!.. Est-ce donc que cela se 
bricole? » (Poisson, Les Foux 
divertissans.) 

Bricul. Officier de paix, — 
dans le jargon des voleurs. 

Bride. Chaîne de montre, — 
dans le jargon des voyous. — 
Si j'avais seulement une bride 
pour attacher mon oignon. 

Briffe. Gras-double. (L. Lar- 
chey.) — Nourriture. Passer à 
briffe, manger. 

Brigadier. Pour brigadier- 
fourrier, gindre, premier garçon 
boulanger chargé du four. On 
a dit d'abord fournier puis four- 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



61 



rier par corruption. Dès le xiii» 
siècle, «Le droitpayé pour faire 
cuire à ces fours banaux s'ap- 
pelait tournage et les ouvriers 
qui y étaient employés se nom- 
maient fourniers. » (Pierre Vin- 
çart, Les ouvriers de Paris, 1863.) 

Brig-four. Brigadier-fourrier, 
par apocope, — dans l'argot 
des soldats de cavalerie. 

Erigeante. Perruque, — dans 
le jargon des voleurs. 

Brignolet. — Pain. « Pas 
de brignolet use coller entre les 
mandibules. » {Le sans-culotte.) 

Briller. Allumer. La briller, 
allumer la lampe ou la chan- 
delle, — dans le jargon des vo- 
leurs gui emploient beaucoup 
les articles « la et le « devant 
un verbe en sous-enlendant le 
substantif. 

Brimade. Epreuve vexatoire, 
charge d'écoliers que les anciens 
infligeaient aux nouveaux venus 
dans les écoles militaires. Cet 
usage tend à disparaître tous 
les jours. 

Brimer. Rire aux dépens d'au- 
trui, vexer. « M*** honorait 
Perpignan de ses sarcasmes, et 
Perpignan se laissait brimer. » 
(Ch. de Boigne.) 

Brindezingues (Etre dans les, 
se mettre dans les). Etre, se 
mettre en état d'ivresse. 

Bringue (Grande). Femme 
grande et maigre. « Rosine, dite 
la Vache, une grande bringue 
qui avait des ornières aux épau- 
les et des dents en moins. » 
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.) 

Briqueman. Briquet, sabre de 
cavalerie. 



Brisque. Année, — dans le 
jargon des voleurs. 

Brisque. Les dix et les as, au 
jeu de bezigue. 

Brisque. Chevron. — « Est-ce 
que vous attendez un larbin, 
par hasard, pour ranger votre 
case '/grommela un vieux sergent 
àplusieurs brisques. » (R.Maize- 
roy, La Vie moderne, 2 août iSl 9.) 

Brisquart. Sergent. C'est-à- 
dire celui qui porte les brisques. 

Briser (Se la). Se sauver, 
partir. 

Briseurs. Mot à mot : voleurs 
qui se la brisent. Ce sont des 
faiseurs d'affaires qui disparais- 
sent avec la marchandise que 
des négociants imprudents leur 
ont confiée. 

Brisure. Suspension momen- 
tanée de travail accordée aux 
compositeurs des journaux vers 
le milieu de leur 
(Boutmy.) 

Brocante. Vieux soulier en- 
core bon pour la vente, — dans 
lejargon des chiffonniers, c'est- 
à-dire soulier qu'on peut bro- 
canter. 

Brocante. Bague, — dans le 
jargon des voieurs. 

Brocante. Brocantage. — 
Marchandise sans valeur, — dans 
le jargon des revendeurs. 
Toute sorte de petits travaux 
qui se rattachent plusoumoinsà 
l'art et que l'artiste exécute 
faute de mieux. Les brocantes des 
artistes sont les bricoles des 
ouvriers. — « Je vais faire des 
brocantes, une corbeille de ma- 
riage, des groupes en bronze.» 
Balzac, La Cousine Batte.) 

6 



besogne. 



62 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Broches. Dents, — dans le 
jargon des voleurs. — Broches 
rouillées, dents gâtées. 

Brodancher. Broder. — 
Ecrire. 

Brodancheur en cage. Ecri- 
vain public. — Brodancheur à 
la cymbale, brodancheur aux ma- 
carons, notaire, huissier, — dans 
le jargon des voleurs. 

Brodeuse. Homme-femme, — 
dans le jargon des voleurs. 

Bronque. Ministre, — dans le 
jargon des voleurs. 

Broque. Centime. — Cinq 
broques font un rond ; vingt 
ronds font une balle; cinq balles 
font uueroue de derrière ou forte 
thune. 

Broquillage,vol àlabroquille. 

Vol à la substitution. Vol qui 
consiste à substituer un objet 
sans valeur à un objet de prix : 
le cuivre à l'or, le stras au dia- 
mant. 

Broquille. Minute. 

Broquille. Boucle d'oreiiles. 

Broquilleur , broquilleuse. 

Celui, celle qui se livre au 6ro- 
quillage. Plus d'une femme du 
monde est broquilleuse. C'est 
celle qui, pour satisfaire une 
passion, la plupart du temps 
mavouable, vend, à l'insu de 
son mari , une parure en brillants 
qu'elle remplace par une parure 
de stras, exactement semblable. 
D'autres fois c'est le mari qui 
procède à cette combinaison, et 
porte la parure en brillants chez 
sa maîtresse. — 11 y a encore 
les broquillcurs do tableaux qui 
substituent dès copies aux ori 
giaaux. 



Brossée. Victoire remportée 
à coups de poing sur un ennemi 
intime. — Victoire remportée à 
coups de fusil sur des ennemis 
en bataille rangée. — Donner, 
recevoir une fameuse brossée. 

Brosser. Battre, vaincre son 
adversaire. 

Brosser le ventre (Se), Jeû- 
ner, contraint et forcé. On se 
brosse le ventre otl'on danse de- 
vant le buffet. — « Quand les 
cartes me font des mistouiles, 
il ne me reste plus qu'à me 
brosser le ventre. )> (Vast-Ri- 
couard, Le Tripot.) 

Brouillards (Etre dans les). 

Etre en état d'ivres.se. — Chas- 
ser le brouillard, inaugurer la 
journée par un verre de n'im- 
porte quoi. — Au xviii^ siècle 
l'expression : Etre dans le brouil- 
lard équivalait, en style de gens 
de lettres, à être dans le mal- 
heur. 

Broutiller. Mot parlemen- 
taire. Il signifie qu'on a li- 
quidé une série de petits projets 
de loi, moins intéressants les uns 
que les autres. {Figaro du 22 
janvier 1879.) 

Bruge. Serrurier, — dans 
l'ancien argot. 

Brûle-gueule. Pipe courte et 
noircie par l'usage. 

Brûlé. Démasqué. Drôle dont 
les filouteries sont percées à 
jour, usées. — Par contre, un 
créancier brûlé e.st celui dont 
on ne peut plus rien tirer. On 
l'a trop fait fiamber. 

Brûlée (Affaire). Affaire ratée, 
affaire qui n'a pas réussi. 
M Larchey donne brùlê tout 
court dans le même sens. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



63 



Brûler. — Retirer de la main 
en les jetant au panier, après en 
avoir annoncé le nombre, une 
ou plusieurs cartes avant de com- 
mencer une partie de baccarat 
en banque. Ce droit du ban- 
quier ne s'exerce plus que dans 
les cercles de bas étage. 

Brûler (Se). Etre connu, dé- 
masqué. « Aussi je commençais 
à me brûler. » (F. Mornand.) 

Brûler le cul. Faire banque- 
route. L'expression date de 
1789. 

Brûler le pégriot. Faire dis- 
paraître les traces d'un vol. 

Brûler du sucre. Etre ap- 
jjaudi, — dans le jargon des 
acteurs. 

Brûler à la rampe (Se). Jouer 

f)Our soi, sans se préoccuper de 
a pièce, — dans le même jar- 
gon. (A. Delvau.) 

Brûler les planches. — Jouer 
avec entrain, déployerbeaucoup 
de chaleur, — dans le jargon 
des comédiens. « Monvel est 
l'acteur pour lequel a été in- 
ventée cette expression de cou- 
lisses. » (V. Couailhac, La Vie 
de théâtre.) 

Brûlot. Terme de joueur. — 
Baccarat à toute vapeur; on 
donne une seule carte et le ta- 
pis compte pour dix. Il y a des 
gens qui ne savent qu'imaginer 
pour perdre plus vite leur ar- 
gent. 

Brunir. Nettoyer à fond, — 
dans le jargon du régiment. — 
Brunir ïa chambre^ la cour du 
quartier. ^ 

Brutal. Canon, — dans le jar- 
gon des troupiers. « panel : Le 
canon 1 — d u r i v r a u , (a vec joie) : 



Le brutal î... c'est donc vrai que 
l'Empereur marche sur Troyes? » 
(Alph. Arnault et L . Judicis, Les 

Cosaques, 1853.) 

Bu (Etre). Etre dans un état 
absolu d'ivresse. — L'ancienne 
langue française avait le mot 
boite dans le même sens. « Crois- 
tu que je suis boite ! » (Hautero- 
che, Crispin musicien:) 

Bûche. Les figures et les dix 
d'un jeu de cartes, — dans le jar- 
gon des joueurs de baccarat. — 
Tirer une bûche, tirer une figure 
ou un dix, carte qui assomme 
celui qui la reçoit. — « Il n'y a 
plus que des bûches au talon. » 
{Figaro du 5 mars 1880.) 

Bûche. Bois à graver, — dans 
le jargon des graveurs sur bois. 

Bûche. Grande pièce de drap : 
paletot, redingote ou habit fait 
par l'appiéceur. — Coller sa bii- 
che au grêle, livrer une pièce au 
patron. 

Bûches flambantes. Allumet- 
tes chimiques. — Bûches plom- 
bantes, anciennes allumettes 
qu'on trempait dans une com- 
position chimique pour obtenir 
du feu. 

Bûcher. Travailler avec ar- 
deur. — Se bûcher, se battre. 

Bûcherie. — Batterie, scène 
de pugilat. 

Bûcheur. Travailleur assidu, 
celui qui se donne autant de 
mal qu'un homme qui fend des 
bûches. 

Buffet. Ventre. ' — Buffet 
garni, ventre plein. — Avoir le 
buffet vide, être à jeun. 

Buffet. Orgue. — Bémoulcur de 
buffet^ joueur d'orgue. 



64 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Bul. ChilFon bleu, — dans le 
jargon des chiffonniers et des 
marchands de chiffons. 

Bull-parck. Jardin Bullier, 
— dans le jargon des étudiants 
à qui l'anglais est moins étran- 
ger que le Code. 

Bnquer. Voler en changeant 
de l'argent. 

Buquer. Frapper; pour 6m- 
cher. « Vous avez dit dans votre 
interrogatoire devant M. le juge 
d'instruction : j'ai buqué avec 
mon marteau. » (Gazette des Tri- 
bunaux du 10 août d877.) 

Burettes. Paire de pistolets 
d'arçon. Des burettes qui, à elles 
seules, chantent Ja messe... des 
morts. 

Burelingue. Bureau. le hurlin- 
(5fMees^6oMc/e,ie bureau est fermé. 

« Clicz r pèr' Jacob, pour le jour de sa 
[fête, 
• A son bur' lingue il voulait l'envoyer. » 
{La France, du 13 mars 1879.) 

Bustingue. Chambre garnie, 



— dans le jargon des saltim- 
banques, 

Bute, bute à regret. Guillo- 
tine. Buter, guillotiner, tuer, as- 
sassiner; du vieux mot : buter ^ 
frapper, renverser; d'où culbu- 
ter, dans la langue officielle. 

Butre. Plat, — dans le jar- 
gon des voleurs 

Butteur, burlin. Bourreau. 

— dans l'ancien argot. 
Buvaillon. Apprenti buveur 

qu'un verre de vin grise. 

Buverie. Brasserie. — Endroit 
où l'on se réunit pourboire, du 
vieux mot beuverie. 

Buveur d'encre. Comptable, 

— dans le jargon des troupiere. 
« L'expression de buveurs d'en- 
cre ne s'applique strictement 
qu'aux engagés volontaires 
qu'on emploie dans les bureaux, 
où ils échappent aux rigueurs 
du service, sous prétexte qu'ils 
ont une main superbe. » (Fréd. 
de Reilfenberg, La Vie de gar- 
nison.) 



Ça (Pas). Rien, pas le sou. — 
La locution se souligne en fai- 
sant claquer l'ongle du pouce 
sm* une des dents de devant. — 
C'est un peu ça! c'est très bien. 
— Comme c'est ça! comme c'est 
vrai, comme c'est naturel! — 
Pas de ça ! pas de plaisanteries, 
ne nous émancipons pas ! — 
dans le jargon des Lucrèces de 
boutique. 

Ça (Avoir de). Avoir de l'ar- 
gent. — Avoir du courage, en 



accompagnant l'expression d'un 
coup de poing à l'endroit du 
cœur. — Regorger de trésors 
cachés sous le corsage, en par- 
lant d'une femme. 

Cab, Cabot. Chien, vilain chien 
qui n'appartient à aucune race. 
— Cabot vient declabaud, crieur, 
braillard, d'où ciabauder, dans 
la langue régulière. En hébreu 
clab veut dire chien ; ciabauder 
est formé de clab. 

Cabanon. Salle de police in- 



I 

^» fligée aux convalescents, — ar- 
■[[ got des soldats d'infanterie de 
■T marine. 

~ Cabande , Cabombe. Chan- 
delle, — dans le jargon des ou- 
vriers. — Estourbir la cabande, 
soufller la chandelle. — Tape- 
à-la mèche, honneur à la cabande, 
souflle la chandelle, — dans le 
jargon des chilTonniers. On di- 
sait autrefois : camoufle et ca- 
mouflet, chandelier. 

Cabasseur. Bavard. — Caboê- 
ser, bavarder, tromper. 

Cabasson. Vieux chapeau de 
femme, chapeau démodé. 

Cabermont, Cabermuche. Ca- 
baret, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Cabestan. Officier de paix. 

Cabillot. Soldat de passage 
sur un navire, — dans le jar- 
gon des marins. 

Cabinet. Atelier des dessina- 
teurs et graveurs pour étoffes. 

Cabinet des grimaces. Lieux 

d'aisances. 

Cabinet de lumière. « Le 

sanctuaire du magasin (de nou- 
veautés.) C'est une petite pièce 
carrée, sans aucune fenêtre : 
comme meubles, un divan de 
velours vert ou grenat, souvent 
une psyché au lieu de glace ; 
au milieu, un guéridon où l'on 
fait chatoyer sous la lumière du 
lustre les nuances tendres ou 
vives qui feront fureur de- 
main. » {Commis et demoiselles 
de magasin, 1868.) C'est dans ce 
cabinet que les élégantes jugent 
de l'effet que produiront aux 
lumières les robes d'apparat. 

Câble. Mari, — dans le jargon 



DICTIONxNAlRE d'aRGOT MODERNE. 



65 



des voyous ; par allusion au câ- 
ble du ballon captif de la cour 
des Tuileries, une des curiosités 
de l'Exposition de 1878. Aujour- 
d'hui une gloire crevée comme 
tant d'autres. 

Cabo. Caporal, — dans l'ar- 
got du régiment. 

Cabochard. Chapeau, — dans 
le jargon du peuple. 

Caboche, Cabèce. Forte tête. 
C'est la tête de l'homme intelli- 
gent. Une caboche à X, une tête 
à mathématiques. 

« D'un petit tonnerre de poche 
» Lui frêle toute la caboche. » 
(ScaiTon, Gigaiitomachie, chap. 5.) 

Cabochon. Caractère d'impri- 
merie très usé; vignette etfa- 
cée, détériorée. 

Cabochon. Taloche, choc, con- 
tusion. — Se cabochonner, se 
battre. 

Cabot, Cabotin. Acteur sans 
talent et sans dignité. D'après 
M. Ed. Fournier, Cabotin était 
le nom d'un célèbre opérateur 
nomade, qui, en même temps 
que tous les gens de son mé- 
tier, étai t, tout ensemble , impré- 
sario et charlatan, vendait des 
drogues et jouait des farces. 
{Chanson de Gauthier-Garg aille, 
préface.) 

Cabotinage. Le ca6o^ma^6 con- 
siste à savoir se passer de ta- 
lent, à se montrer plus souvent 
au café que sur les planches, 
à préférer les petits verres sur 
le comptoir aux alexandrins des 
classiques et même à la prose 
de M. Anicet-Bourgeois. — « Le 
cabotinage est aussi la basse 
diplomatie des coulisses; cabo- 
tincr c'est faire des affaires 
théâtrales comme certains cour- 



66 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



tiers font des affaires de bourse, 
écouter aux portes d'un comité 
pendant qu'un confrère lit son 
drame, et porter au théâtre 
voisin l'idée de l'ouvrage qu'on 
vient de surprendre, mendier 
ou acheter des tours de faveur, 
monter une cabale contre un 
ouvrage, tout cela est du cabo- 
tinage. » {Petit dict. des coulisses, 
1835.) 

Cabotine. Actrice qui, sans 
plus de talent que le cabotin, 
possède une corde de plus à 
son arc. Elle se sert du théâtre 
comme d'un bureau de place- 
ment pour ses charmes. — 
Terme de mépris pour désigner 
une actrice quelconque dont on 
a à se plaindre ou qu'on veut 
blesser. « IJ (le marquis de 
Caux) l'insultait (la marquise 
de Caux, la Patti)... Ainsi il a 
dit plusieurs fois : Maudit soit 
le jour où j'ai épousé une ca- 
botine comme toi ! » [Liberté du 
6 août 1877, Compte rendit du 
procès Caux-Patti.) 

Cabotiner. Jouer comme un 
mauvais acteur; jouer partout, 
mal et sans succès. 

Caboulot. Débit de liqueurs 
servies par des femmes aima- 
bles, trop aimables. Les fruits à 
l'eau-de-vie et l'absinthe y tien- 
nent le preffiicr rang. — v Mot 
pittoresque du patois franc- 
comtois, qui a obtenu di'oit de 
cité dans l'argot parisien. Il 
désigne un trou, un lieu de 
sordide et mesquine apparence, 
par extension petit bazar, petit 
café. Le caboulot de la rue des 
Cordiers, qui est le plus ancien 
de tous, s'ouvrit eu 1852. » 
{Ces dames, 1860.) — « Le ca- 
boulot, c'est-à-dire le débit de 



la prune et du cliinois, du ci- 
tron confit à l'état de fœtus 
dans l'esprit-de-vin, le tout cou- 
ronné par une femme à peu 
prè.s vêtue , belle comme la 
iDcauté diabolique d'Astarté... 
et elle rit et elle chante et elle 
trinque, et elle passe ensuite 
derrière le rideau... et le ca- 
boulot a multiplié comme la 
race d'Abraham. « (Eug. Pelle- 
tan, La Nouvelk Babylone.) 

, Caboulote. Hébé de caboulot. 
La caboulote tient à la fois du 
garçon de café et de la fille de 
maison. Elle est chargée de 
verser à boire, de pousser à la 
consommation et le client à 
la porte, par les épaules, s'il 
fait trop de tapage. « Voici des 
actrices, des modèles, des ca- 
boulotes, des marchandes de bou- 
quets et de plaisir. » (Ed. Ro- 
bert, Petits mystères du quar- 
tier latin, 1860.) 

Caboulottière. Même signifi- 
cation que ci-dessus. — « L'an 
dernier, ayant écrit un entre- 
filet des plus virulents contre 
les caboulo.ttières, nous avons 
reçu les cartes de 876 de ces 
demoiselles. » [Tam-Tam du 
6 juin 1880.) 

Cabrio. Chapeau de femme, 
à l'époque ofi les femmes por- 
taient de larges chapeaux; c'est 
l'apocope de cabriolet. « Je 
n'ai pas moins changé mon 
cabrio contre une paire de bot- 
tines à talons de cuirassier. « 
(H. de Lynol, Encore une indus- 
trie inconnue.) Le cabrio semble 
vouloir revenir à la mode; juste 
retour des choses d'ici-bas. 

Cabriole. Chambre , cham- 
brée, — dans le jargon des vo- 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



67 



leurs; c'est une déformation de 
cambrioUe. Choper une cabriole 
au rendéve des espagnols, louer 
une chambre dans un hôtel 
garni de dernier ordre ; c'qsL 
mot à mot : louer une chambre 
au rendez-vous de Ja vermine. 

Cabriolet. Hotte de chiffon- 
nier, — dans le jargon du peu- 
ple. 

Cabriolet. Corde à nœuds, 
longue de vingt-cinq centimè- 
tres et munie, aux deux extré- 
mités, de deux morceaux de bois. 
C'est à l'aide de cette corde que 
les agents de police lient les 
mains des détenus. « Ainsi 
nommée parce qu'en la serrant 
on fait cabrioler le patient. » 
(F. du Boisgobey.) 

Caca. Double quatre d'un jeu 
de dominos. Les joueurs de do- 
minos, pour varier et animer 
le jeu, disent encore « Bazaine », 
qu'ils alternent avec Caca. 

Cacade, Cagade. Bêtise. — 
Faire une cagade, se tromper 
grossièrement. 

Cachan (Aller à). Se cacher. 
Jeu de mots sur le village de 
Cachan, près d'Arcueil. (L'ex- 
pression date du xviii® siècle.) 

Cachemire (Coup de). Coup 
de serviette, — dans le jargon 
des habitués de café. On ré- 
clame ordinairement un coup de 
cachemire pour approprier le 
marbre de la table, avant de se 
livrer aux émotions du domino. 

Cachemire d'osier. Hotte de 
madame la chiffonnière, — dans 
le jargon du peuple. 

Cache-folie. Postiche en che- 
veux. En terme de coiffeur, le 
cache- folie comprend tout ce 



qui se rattache à l'art du pos' 
tiche en cheveux. 

Cache-Misère. Vêtement am- 
ple et surtout très long, qui a 
la prétention de couvrir la dé- 
tresse des guenilles et l'absence 
de linge. Le mac-farlane, pour 
les hommes , le waterproof , 
pour les femmes, sont des ca- 
che-misère par excellence. — 
Un bohème avait adopté pour 
cache-misère une vieille robe de 
chambre, dans laquelle il est 
mort sur un banc du Pont- 
Neuf. 

Cachemite. Cachot; avec chan- 
gement de la dernière syllabe. 
Les lettrés de Mazas disent éga- 
lement cachemar , cachemuche, 
cachemince, selon qu'ils parlent 
en uche, mince ou mar. 

Cachet de la mairie. Témoi- 
gnage laissé à une chemise par 
une personne qui a, peut-être, 
manqué de papier. On dit aussi 
le cachet de M. le maire, la mar- 
que de fabrique. 

Cadavre. Corps humain vi- 
vant. Promener son cadavre, se 
promener. — Aller se refaire le 
cadavre, aller manger. — Tra- 
vailler le cadavre de quelqu'un, 
rouer quelqu'un de coups. 

Cadavre (Jouer le). S'achar- 
ner après un banquier en dé- 
veine, en argot de joueurs. — 
« Ils jouaient le veinard, abso- 
lument c ïïime d'uuives jouaient 
le cada'-e, s'acharnant contre 
le banquier, qui était dans une 
période malheureuse. » (Vast- 
Ricouard, Le Tripot.) 

Cadavre (Connaître le, Sa- 
voir où est le). Connaître une 
particularité de la vie de quel- 
qu'un qu'il a intérêt à tenir 



68 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



secrète. C'est grâce à la con- 
naissance de certains cadavres, 
qu'il est donné à tant de chan- 
teurs d'exploiter tant de monde. 
— Il y a un cadavre : il y a com- 
plicité. Le cadavre est une inti- 
mité inexpliquée entre deux ou 
plusieurs personnes de position 
et de rang différents et qu'on 
soupçonne d'avoir trempé dans 
quelque mauvaise action. 

Cadavre (Piétiner sur le). 
Médire d'une personne récem- 
ment décédée, diffamer un mort 
de la veille, — dans le jargon 
des gens de lettres. — «Atten- 
dez au moins qu'il soit froid », 
dit-on, quand la médisance est 
par trop hâtive. 

Gadène. Chaîne, — dans l'an- 
cien argot; du latin catena. 

Cadet. Pince à l'usage des vo- 
leurs, petite pince. 

Cadet. Apprenti maçon. 

Cadet. Demère. — Baiser ca- 
det, se conduire ignoblement. — 
Baise cadet , apostrophe inju- 
rieuse à l'adresse d'un impor- 
tun, d'un ennuyeux personnage ; 
locution autrefois très répandue 
dans le grand monde des halles 
où, pour un rien, Cadef était sur 
le tapis et quelquefois à l'air. 

Cadichon. Montre, — dans le 
jargon des voleurs. 

Cador. CJiien, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Cador du quart. Secrétaire 
du commissaire de police. Mot 
à mot : ciiien du commissaire. 

Cadran solaire. Derrière. — 
Endommager le cadran solaire, 
donner du pied dans le derrière. 

Cadratin. Chapeau haute for- 



me, — dans le jargon des ty- 
pographes. Au propre, le cadra- 
tin est un petit morceau de 
fonte qui sert à maintenir les 
caractères d'imprimerie. Les 
ouvriers, pour se distraire, ont 
combiné un jeu avec les cadra- 
tins. 

Cadre. « Le personnel du bal- 
let et des comparses se classe 
par rang de taille. C'est ce qu'on 
appelle le cadre. » (A. Bou- 
chard, La langue théâlrale.) Les 
vieux habitués de l'Opéra se 
plaisent assez à rompre la glace 
de ce cadre. 

Cafard. Ecolier rapporteur, 
petit espion de collège, — dans 
le jargon des collégiens. 

Cafarde. Lune, — dans le jar- 
gon des voleurs. — Cafarde 
ouatée, lune à demi cachée par 
les nuages. 

Cafarder. Rapporter aux maî- 
tres les fautes de ses condisci- 
ples, espionner ses camarades. 

Cafarder. Protéger, patron- 
ner, — en terme d'Ecole mili- 
taire. Un ancien qui cafarde un 
melon, le prend sous sa protec- 
tion. « Vous savez que je ca- 
farde M. de Sartône ; je le re- 
commande à vos bons soins. » 
(Saint-Patrice , Mémoires d'an 
gommeux.) 

Café (Prendre son). S'amuser 
aux dépens de quelqu'un. — 
Yort de café, très fort, peu sup- 
portable. Misérable jeu de mots 
comme on en commettait tant, ^ 
il y a quelques années ; de la ^ 
même famille que : « Elle est 
bonne d'enfants », pour dire 
qu'une chose est amusante. Fort 
de café est pour fort en café, 
trop chargé en café, expression 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



69 



empruntée aux amateurs de café 
au lait. 

Café d'abbé. Café très clair. 
C'est-à-dire du café comme de- 
vraient en prendre les abbés 
pour ne pas être agités. 

Cafetière. Tête, figure, — 
dans ]e jargon des charbonniers. 
— ({ Ring! en plein sur la cafe- 
tière ! » (Tam-tamy du 23 mai 
1880.) 

Cage. Prison. — Oiseau en 
cagCf prisonnier. — Mettre en 
cage, mettre en prison. « Ce 
fut peut-être le maréchal de 
Matignon qui mit Philippe de 
Comines en cage. » (Du Puv, 
Thuana, 1G69.) 

Cage. Atelier de composition ; 
des ouvriers typographes. j 

Cage à lapins. Chambre pe- 1 
lite, mais sale. j 

Cage (Ne plus avoir de mou- 
ron sur la). Etre chauve, — 
dans le jargon du peuple, qui 
dit aussi : Ne plus avoir de a^es- 
son sur la fontaine. 

Cagne. Le comble de la pa- 
resse. Plus forte que la flemme , 
qui présente un état passager, 
la cagne est constitutionnelle ; 
c'est carogne, par suppression j 
de deu2 lettres. « Vénus, la 
bonne cagne, aux paillards ap- ' 
petits. )» (Saint- Amand, Le Me- ' 
Ion.) — Avoir la cagne, faire la 
cagne. 

Cagne. Agent de police. C'est 
une variante de cogne. 

Cagne. Cheval, — dans le 
jargon des voleurs. « Avec ça 
qu'il est chouette ton cagne l W a 
une guibolle cassée. » (Canler.) 

Cagnotte en détresse. Prosti- 



tuée qui exploite les abords des 
cercles, guettant la sortie des 
joueurs heureux, généreux et 
amoureux... de la première 
venue. Elle sait qu'il y a des 
joueurs qui ont le gain^tendre. 

Cagou, cagoux. Dignitaire à 
la cour du grand Coësra; di- 
gnité disparue, dignitaire éclip- 
sé aujourd'hui. Dans le royaume 
argotique, les cagoux étaient 
des professeurs d'argot au dou- 
ble point de vue de la théorie 
et de la pratique. Ils portaient 
le titre d'archi-suppôts. D'après 
Grandval, le cagou était un vo- 
leur qui opérait seul : misan- 
thropie et escamotage. 



Caillé. Poisson, 



dans l'an- 



cien argot. Il est couvert d'écail- 
les, d'où le nom. 



Caillou. Figure. 



Se sucei' le 
caillou, s'embrasser. — Avez- 
vous fini de vous sucer le caillou ? 

Caillou. Nez, — dans le jar- 
gon des voyous. (A. Delvau.) 
— Avoir son caillou, être légè- 
rement pris de vin. 

Caisse d'épargne. Bouche. — 
Mettre à la caisse d'épargney 
manger. 

Caisse (Sauver la). Se sauver 
avec la caisse, fuir en empor- 
tant un dépôt d'argent. Entre 
caissiers : — Encore un de nos 
confrères qui vient de se sau- 
ver. — Le pauvre homme!., et 
il a gagné la frontière? — Non, 
on l'a [lincé. — Pincé!., le Uoi- 
sième depuis cette semaine.... 
c'est à vousdégoi\ter du métier! 

Caisse (Se taper sur la). Ne 
rien avoir à manger. Les ou- 
vriers disent dans le même 
sens : Se taper sur la barat^ue. 



70 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



Caisse (Battre la grosse). 

Faire beaucoup de réclame pour 
quelque chose ou pour quel- 
qu'un. — Allusion aux coups 
de grosse caisse de MM. les sal- 
timbanques. 

Caisson. Tête. ~ Se faire 
sauter le caisson, se faire sauter 
la cervelle avec une arme à 
feu. 

Calabre. Teigne, — dans le 
jargon des voleurs. 

Calancher. Mourir. 

Calande. Promenade, — dans 
le jargon des voleurs. — Se 
pousser la calande, se prome- 
ner. 

Calandriner, caler le sable. 

Traîner la misère, — dans le 
jargon des souteneurs. 

Calé. Riche, cossu. Rien de 
tel que l'argent pour vous ca- 
ler; c'est-à-dire pour vous met- 
tre d'aplomb et vous donner de 
l'aplomb. 

Calége. Fille richement en- 
tretenue, — dans le jargon des 
voleurs. C'est-à-dire fille calée, 
par altération. 

Calence. Manque d'ouvrage, 
— dans le jargon des ouvriers. 

Caler. Maltraiter, corriger à 
coups de poing, — dans le jar- 
gon des voyous. 

Caler. JN'avoir rien à faire, se 
croiser les bras en attendant de 
l'ouvrage. 

Caler des boulins. Faire des 
trous. 

Caler sabiture. Sacrifier à la 
compagnie Lesage. 

Caler les amygdales (Se). 
Mançer. Et les variantes : 6'e 



caler les soupapes, se caler les 
joues, se les caler. 

Caleter. Décamper, — dans 
le jargon des truqueurs. Lors- 
que le bonneteur ou l'un de ses 
compères a aperçu de loin le 
képi d'un sergent de ville, tout 
ce monde de filous qui entoure 
les jeux de hasard se sauve à la 
débandade au mot d'ordre de : 
Tronche à la manque, Plaine et 
Norvège, ciletez fort, caletez bien! 
La police! Sauvez-vous vite, 
sauvez-vous bien de tous les 
côtés ! 

Caleur. Garçon, de l'allemand 
Kellner, — dans l'ancien argot. 

Caleur. Ouvrier typographe 
qui attend de la copie, que le 
manque de copie force à se croi- 
ser les bras. Dans les ateliers 
de composition, ce mot n'a 
plus le sens, qu'il avait autrefois, 
de mauvais ouvrier, fainéant et 
ivrogne. 

Caliborgne. Borgne. 

Calinot. Type du naïf, pfitit- 
fils de La Palisse et frère de 
Jocrisse. Découvert par MM. Ed. 
et J. de Concourt dans : Une 
Voiture de Masques, Calino a été 
mis en pièce par MM. Barrière 
et Fauchery. L'orthographe pri- 
mitive de MM. de Concourt 
donne Calinot par un t', aujour- 
d'hui l'on écrit Calino sans t, 
probablement par économie, 
puisque Calinot a fait calinota- 
des. 

Calinotade. Naïveté digne de 
Calino. 

Calinte. Culotte, — dans le 
jargon des voyous. — Ta calinte 
bâille, ta culotte est déchirée. 

Galique. Commis de magasin 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



71 



de nouveautés. C'est une va- 
riante de calicot. 

Calme et inodore (Etre). Se 
tenir tranquiJle. Les personnes 
qui ont une teinture de chimie 
ne manquent pas d'ajouter : 
inattaquable par les acides. 

Calot. Dé à coudre, parce 
qu'il a la forme d'une calotte 
microscopique. 

Calot. Képi, — dans le jargon 
de Saint-Cyr. — « Récompense 
honnête à qui rapportera le 
calot 3H8. » {La Vie moderne, 
30 août 1879.) 

Calot. Vieillard, vieille femme 
ridicule, — dans l'ancien jargon 
des clercs de notaire. « Quant 
aux farces d'étude, c'est ordi- 
nairement sur de vieilles ga- 
naches, sur ce que les clercs ap- 
pellent des calots, qu'ils les 
exercent. » (Le Peintre des cou- 
lisses, 1822.) Dans le jargon 
moderne des commis de la nou- 
veauté, un calot désigne un 
acheteur qui borne ses achats 
à un objet de peu d'importance, 
à une paire de gants à 29 sous 
par exemple. 

Calot, callot. Sujet de la Cour 
des Miracles. Les calots étaient 
des mendiants chargés du rôle 
de teigneux. 

Calots. Coquilles de noix. — 
Gros yeux à fleur de tête, — 
dans le jargon des voleurs. 

Calots (Ribouler des). Re- 
garder avidement, ouvrir de 
grands yeux étonnés, écarquil- 
1er les yeux, — dans le jargon 
des voyous. « Riboulant des ca- 
lots à chaque devanture de bou- 
langer. » [Le sans-culotte, 1878.) 

Calotin. Prêtre ; celui qui 



porte la calotte. — « On a été 
prodigue avec eux : ils ont cha- 
cun un caiotin. » (H. Monnier, 
Scènes populaires.) 

Calottée. Boîte en fer-blanc 
où les pêcheurs à la ligne ren- 
ferment les asticots, leur espé- 
rance. 

Calotte. Assiette à soupe, — 
dans le jargon des voleurs. — 
« Et il déposa sur la table un 
saladier de faïence écorné, ba- 
lafré, rapiécé, une douzaine de 
morceaux de sucre dans une 
calotte. » (P. Mahalin, Les Mons- 
tres de Paris.) 

Calouquet. Etudiant en mé- 
decine. A cause de l'ancien bé- 
ret, nommé calouquet, qui ser- 
vait de coiffure aux étudiants. 
« Les grisettes du pays latin 
ne disent pas Carabin, c'est 
Calouquet. » (Les Voleurs et les 
volés, 1840.) 

Calvin. Raisin. — Calvigne, 
vigne, — dans l'ancien argot. 

Camarde (La). La mort. Epou- 
ser la camarde, trépasser. 

« Une vieille vous dit : — Holà! 
» Il faut épouser la camarde... 
» N'parlons pas d'ça. » 

{Dîners de Vanc. cercle dramatique ) 

Camaro, Camarluche. Cama- 
rade. — « Eh! Bourdeau, eh! 
las-d'aller! lève-toi, c'est ton 
camarluche qui t'appelle ! » 
(Huysmans, Marthe, 1879.) — 
« Les deux cents camaros se 
connaissaient, se tutoyaient. » 
(R. Maizerov, La Vie moderne^ 
6 sept. 1879!) 

CambrioUe. Chambre. La va- 
riante est : Cambrouse. 

CambrioUeur. Voleur qui 
opère d. ns les chambres, dans 
les appartements. 



72 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Cambrouse. Pensionnaire 
d'une maison de tolérance, — 
dans l'ancien argot. 

Cambrouse. Campagne. Cam- 
brousier, ' paysan, — dans le 
jargon des marchands forains. 

Cambrousier. Voleur de cam- 
pagne, — dans l'ancien argot. 

Cambrousier. Ouvrier peintre- 
vitrier attaché à un petit éta- 
blissement de peinture-viti'erie, 

— dans le jargon des peintres 
en bâtiment. 

Cambrousier. Revendeur qui 
tenait un peu de tout, — dans 
l'ancien argot du Temple. Le 
cambrousier a été le précurseur 
du brocanteur. 

Cambroux. Valet de chambre, 
garçon d'hôtel. — Cambrouse, 
femme de chambre. — Mastroc 
de cambrouse, aubergiste. 

Cambrure. Savate, — dans le 
jargon des chiffonniers. 

Cambuse. Petite chambre mal 
meublée. 

Cambuse aux potins. Cham- 
bre des députés. — Cambuse des 
genoux. Sénat. 

Cambuse à merde. Derrière, 

— dans le jargon des marins. 

Camelot. Marchand ambulant, 
porte-balle, étalagiste sur la 
voie publique. Le soir, le came- 
lot ouvre les portières, ramasse 
les bouts de cigares, mendie des 
contre-marques, donne du feu, 
fait le mouchoir et môme la 
montre s'il a de la chance. 

Camelotte. Mauvaise mar- 
chandise, objet sans valeur. Le 
camelot est une étoffe très 
mince et d'un mauvais usage, 



faite de poils de chèvre, de , 
laine, de soie et de coton de re- \ 
but, d'où camelotte. — Tout l' ar- 
ticle-Paris qui se fabrique vite, 
ma], à très bas prix, est de la 
camelotte. <( Ah! ce n'est pas de 
la camelotte, du colifichet, du 
papillotage, de la soie qui se ( 
déchire quand on la regarde. » 
(Balzac, Vlllustre Gaudissard.) 

Camelotte. Toute espèce de 
marchandise, — dans le jargon 
des voleurs. — Camelotte savon- 
née, marchandise volée. — Ba- 
lancer la camelotte en se débinant, 
jeter un objet volé quand on 
est poursuivi. — Les revendeurs, 
les truqueurs, les petits étala- 
gistes, désignent également leur 
marchandise sous le nom de 
camelotte. — J'ai de la bonne 
camelotte, j'ai de la bonne mar- 
chandise. 

Camelotte. Le contenu en 
bloc de la hotte, — dans le jar- 
gon des chitibnniers. Au mo- 
ment du triquage, du triage, 
chaque objet est classé sous sa 
dénomination. Ainsi, les os gras 
sont des chocottes ; les os desti- 
nés à la fabrication, des os de 
travail; le cuivre, du rouget; le 
plomb, du mastar; le gros pa- 
pier jaune, du papier goudron; 
le papier imprimé, du bouquin ; 
la laine, du mérinos; les rognu- 
res de drap, les rognures de 
velours, des économies; les croû- 
tes de pain, des roumies; les 
têtes de volaille, des têtes de 
titi; les cheveux, des douilles 
ou des plumes; les tissus laine 
et coton, des gros; les toiles à 
bâche et les toiles à torchon, 
des gros-durs; les rebuts de 
chiffons de laine, des gros de 
laine ou engrais. 



à 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



73 



Camelotte. Prostituée de bas 

étage. 

Camelotte en pogne. Flagrant 
délit de vol. Mot à mot : mar- 
chandise dans la main, la. pogne. 

Camionner. Accompagner , 
promener. — Camionner une 
grue, promener une femme, — 
dans le jargon des voyous. 

Camisard en bordée. Soldat 
des compagnies de discipline. 

Camouflement. Déguisement. 
— Se camoufler, se déguiser, — 
dans le jargon des voleurs. Vient 
de l'italien camuffare, se cacher 
la tête. 

Camoufler. Falsifier. — Ca- 
moufler la bibine et le pive, fal- 
sifier la bière et le vin. 

Camouflet. Chandelier. 

Camuse. Carpe, — dans l'an- 
cien argot. A cause de son mu- 
seau aplati. 

Camp des six bornes. Endroit 
d'un cimetière où les marbriers 
font la sieste aux jours de grande 
chaleur. (A. Delvau.) Piquer une 
romance au camp, dormir. — 
Lever le camp, se réveiller et 
retourner au travail. 

Campage, Campe. Evasion, 
départ précipité, poudre d'es- 
campette, — dans le jargon des 
voleurs. Déformation d'escam- 
pette. Camper, se sauver en 
toute hâte; pour décamper. 
C'est le mot français camper, 
quitter, à peine détourné de son 
acception. 

Campagne (Neuf de). « Le 
grec escamote des neuf sur le 
tapis ou en apporte dans ses 
poches (pour le triomphe du 
baccarat). Ces neuf dits de 



campagne lui serviront à abattre 
contre le banquier. » (A. Ca- 
vaillé.) 

Camphre. Eau-de-vie extra- 
commune. 

Camphrier. Débit de vins et 
liqueurs d'un ordre tout à fait 
inférieur. La variante est : 
Alambic au camphre. 

Canage. Agonie. — Peur. 

Canapé. Lieu de promenade 
ordinaire, sorte de petite Bourse 
des émigrés de Gomorriie et 
des Ephestions de trottoir. — 
Sous la Restauration et sous le 
gouvernement de Juillet, les 
quais, depuis le Louvre jusqu'au 
Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre, 
le boulevard entre les rues Neu- 
ve-du-Luxembouig et Duphot 
étaient, d'après Vidocq, des ca- 
napés très dangereux. Aujour- 
d'hui le passage JoufFroy et les 
Champs-Elysées sont devenus 
les lieux de prédilection de ces 
misérables dévoyés. 

Canard, Couac. Fausse note, 
— note qui ne sort pas du go- 
sier du chanteur. Quand l'émis- 
sion du son commande plus 
d'une note, le canard prend le 
nom d'oie. Uautruche est un ca- 
nard considérable, tout ce qu'il 
y a de plus fort en couacs, — 
dans le jargon des chanteurs. 

Canard. Mensonge, fausse 
nouvelle. — Au dix-septième 
siècle, donner des canards à 
quelqu'un avait le sens de lui 
enfaire accroire, lui enimposer. 
(Ch. Nisard, Parisianismes.) 

Canard. Méchant petit jour- 
nal, imprimé sans valeur. «Ne 
s'avisa-t-il pas de rimer toutes 
ses opinions en vers libres, et 

5 



74 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



de les faire imprimer en façon 
de canard ? » (Ed. et J. de Con- 
court.) 

Canard. Mauvaise gravure sur 
bois, — dans le jargon des gra- 
veurs sur bois. 

Canard. Cheval, — dans le 
jarcron des cochers, fai un bon 
canard, bourgeois, nous marche- 
rons vite. Ainsinomméparce que 
la plupart du' temps, à Paris, à 
l'exemple du canard, le cheval 
patauge dans la boue. 

Canard . Morceau de sucre 
trempé dans du café. Comme 
le canard, il plonge pour repa- 
raître aussitôt. Rien qu'un ca- 
nard, un petit canard. On donne 
aussi ce nom à un morceau de 
sucre trempé dans du cognac. 

Canarder. Tromper. — Plai- 
santer. (L. Larchey.) 

Canardier. Ouvrier typogra- 
phe attaché à la composition 
d'un journal ou canard. Pour 
les typographes, tous les jour- 
naux, depuis le Journal officiel 
jusqu'au Journal... des chiffon- 
niers, sont des canards 

Canasson. Mauvais cheval. 
Chapeau de femme, coiffure dé- 
modée. On prononce can'son 
canasson est une forme dé ca- 
nard. — Vieux canasson : Mot 
d'amitié. (L. Larchey.) 

Cancan. La charge de la 
danse, une charge à fond de 
train... de derrière. 

Cancaner. Danser le cancan. 

Canelle. Chaîne de gilet, — 
dans le jargon desvoleuis. « Tu 
d'vrpjs bien m* donner ton pe« 
(il û?da qu' l'as au bout de la 
canelle de ton bogue. » (Canler.) 



Caner . Agoniser , mourir , 
tomber. — Sacrifier à Richer. 
— Reculer, avoir peur, par al- 
tération, du vieux mot ca/e^r qui 
avait la même signification. 
Dans le supplément à son dic- 
tionnaire, M. Littré donne caler 
pour reculer, comme ayant 
cours dans le langage popu- 
laire. Pour ma part, je ne l'ai 
jamais entendu prononcer dans 
aucun atelier. — « C'est un art 
que les canes posssèdent d'ins- 
tinct... Cette expression se ren- 
contre souvent dans les écrivains 
des seizième et dix-septième 
siècles, principalement dans les 
poètes comiques et burles- 
(|ues. » (Ch. N isard, Curiosités 
àe VEtymologie française.) Déjà 
dans Rabelais, nous relevons 
l'expression de : faire la cane, 
expression équivalente à notre 
caner : « Parbleu qui fera la 
cane de vous autres, je le fais 
moine en mon lieu. » (L. 1.) 

Caner la pégrenne. Mourir 

de faim. 
Caneur. Poltron. 

Caniche. Ballot carré dont la 
toile d'emballage figure, aux 
quatre coins, des oreilles de 
chien. 

Canne. Démission donnée à 
un rédacteur de journal. Mot à 
mot: lui offrir sa canne pour 
le voir partir. 

Canne. Surveillance de la 
haute police. « Il y a la canne 
majeure et la canne mineure. » 
(L. Larchey.) — Etre en camie, 
résider dans une localité dési- 
gnée ; se dit d'un libéré. 

Canne à pêche. Individu très 
maigre. 

Canon. Verre, de vin. Il y aie 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



75 



canon du broc et le canon de la 
bouteille. Selon nous, c'est un 
mot du jargon des francs-maçons 
enlré dans le domaine de l'ar- 
j,^ol du peuple. — D'après M. Gé- 
nin, canon qu'il faut écrire can- 
no}i, est le diminutif de la ca?z/ie, 
mesure pour les liquides. C'est 
un mot saxon conservé dans 
l'anglais et dans l'allemand. 

« Tant va la canne à l'eau qu'il li convient 
(briser. » 

Vieux proverbe que nous avons 
rajeuni par le : « Tant va la 
cruche à l'eau qu'à la fin elle 
se brise. » — Siffler un canon 
sur le zinc, boire un verre de vin 
sur le comptoir. 

Canonner. Boire des canons 
de vin — « A l'heure od Paris 
canonne, alors que la France ou- 
vrière s'imbibe en lisant la 
feuille de la rue du Croissant. » 
(Vaudin, Gazetiers et Gazettes.) 

Canonner. Tirer le canon. Sa- 
crifier à crepitus ventris. Canon- 
nade, série d'oiïvandes à crepitus 
ventris. 

Canonnière. Derrière. — Char- 
ger la canonnière, manger. — 
Gargousse de la canonnière, na- 
vets, choux, haricots. (A. Del- 
?au.) 

Canton. Prison, — dans l'an- 
cien argot. 

Cantonnier. Prisonnier, 

Canulant. Tannant. 

Canule. Personnage ennuyeux, 
celui qui obsède son semblable 
et ciierche à s'insinuer. 

Canuler. Obséder, ennuyer, 
tanner. 

Clant. Argot des voleurs an- 
glais. 



Caoudgi. Café, — dans l'ar- 
got de l'armée. Mot importé 
par nos soldats retour d'Afrique. 

Caoutchouc. Mont-de-Piété, — 
dans le jargon des voyous. Jeu 
de mots sur les qualités du 
caoutchouc et du Mont-de-Piété 
qui prêtent également l'un et 
l'autre, chacun à sa manière. 
L'immortel auteur des Pensées 
d'un emballeur avait déjà émis 
cette réflexion, empreinte d'une 
certaine mélancolie: « Le Mont- 
de-Piété prêterait davantage 
s'il était en caoutchouc. » 

Caoutchouc. Clown qui sem- 
ble en caoutchouc, tant il &si 
souple. (Littré.) — « Travail 
extraordinaire de M. Schlan , 
1 homme serpent , premier 
caoutchouc et gymnaste du mon- 
de. » {Indépeniance belge, i i sept. 
1868.) 

Capahuter. Assassiner son 
complice et l'alléger de sa part 
de butin. C'est, paraît-il, un 
nommé Capahut qui a mis, au- 
trefois, ce procédé violent à la 
mode. A part quelques escarpes 
érudits, qui connaît aujourd'hui 
Capahut? La gloire n'est qu'un 
mot! 

Cape. Ecriture, — dans l'an- 
cien argot. — Capine. écritoire. 
— Capir, écrire. 

Capiston. Capitaine, — dans 
le jargon des troupiers, — Capis- 
ton bêcheur, capitaine adjudant- 
major. 

Capitaine de la soupe. Se dit 

ironiquement pour désigner un 
capitaine qui n'a jamais vu le 
feu, et qui n'a gagné son grade' 
qu'au tour d'ancienneté. " 

Capitole. — Nom donné par 
les écoliers au cachot, repré* 



76 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



sente le plus souvent par un 
grenier, dans les écoles. On dit : 
« monter au Capitole », par al- 
lusion classique. (L. Larchey.) 

Capitulard. Pendant la guerre 
de 1870-71,le peuple, qui veut le 
succès à n'importe quel prix, 
avait décerné ce sobriquet à 
tout général qui capitulait. Au 
plus fort de nos revers, il vit des 
capitulards partout, et quand 
Bazaine livra Metz auxPrussiens, 
il fut salué : Roi des capitulards. 

Caporal. Tabac à fumer. Ainsi 
désigné primitivement par les 
soldats pour le distinguer du 
tabac de cantine. Le caporal est, 
pour le soldat, du tabac supé- 
rieur, du tabac gradé, d'où le 
surnoni. 

Caporal (Le petit). Surnom 
que les soldats de la garde 
avaient donné à Napoléon I". 
Les invalides, qui ont fait les 
gueiTes du premier Empire, le 
désignent encore sous ce nom et 
aussi sous celui du Petit Tondu. 

Capot. Trou du souffleur, pour 
capote; par allusion à la forme 
de cette boîte dont le couvercle 
rappelle la capote de cabriolet. 

Capote anglaise. Pour les 

voyageuses via Cythère, c'est 
un préservatif contre le mal de 
mer; pour les voyageurs, c'est 
une sorte de ceinture de sauve- 
tage. — Les Italiens ont donné 
à ce petit appareil le nom d'un 
de leurs meilleur^ auteurs comi- 
ques; ils l'ont nommé goldoni. 
Peut-être l'auteur du Bourru 
bienfaisant passait-il pour un 
homme de précaution? 

Capouls. Coiffure d'bomme, à 
bandeaux en cœur, inaugurée 
en 1874 par le ténor Capoul, 



placée sous son patronage et 
adoptée par les jeunes élégants, 
les garçons coiffeurs et les com- 
mis de magasin qui visent à l'é- 
légance. 

Câpre. Chèvre. — Câpres, crot- 
tes de chèvre. 

Capsule .Chapeau haute forme , 
— dans le jargon du peuple. — 
Schako d'infanterie. (L. Lar- 
chey.) 

Captif (Enlever le). Donner du 
pied au derrière ; variante de : 
enlever le ballon ; mot à mot : en- 
lever le ballon captif, par allusion 
à feu l'aérostat de l'ingénieur 
Giffard. 

Capucin. Lièvre, en terme de 
chasseurs. — « H y avait même 
quelques vieux capucins dont il 
voulait faire son profit à la 
barbe de ses compagnons de 
chasse. » [Musée Philipon.) 

Capucine (Jusqu'à la troisiè- 
me). Enormément, à fond. — 
S'ennuyer jusqu'à la troisième 
capucine. 

Carabine. Demoiselle du quar- 
tier latin vouée aux étudiants 
en médecine, rM^ôfO «carabins». 

Carabiné. Violent, très fort ; 
mot emprunté au vocabulaire 
des marins. Une déveine carabi- 
née, une forte déveine. 

Carabiner. Jouer de peur, 
jouer la carotte aux jeux de ha- 
sard. 

Carafe. Gosier, — dans le 
jargon des voyous. Fouetter de 
la carafe, sentir mauvais de la 
bouche. 

Carafes (Faire rire les). Dé- 
rider les personnes les plus 
graves, à force de dire des bê- 
tises. 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



77 



Caramboler. Sacrifier à Vé- 
nus, — dans le .jargon des 
voyous. 

Garante. Table, — dans l'ar- 
got des voleurs. 

Carapater (Se) . Se cacher. — Se 
sauver pour ne pas être vu ou 
reconnu, — «Surveillés de près, 
comme nous le serions certai- 
nement, nous n'aurions plus la 
chance de nous carapater. » (X. 
de Montépin, Le Fiacre n° 13.) 

Carbeluche galicé. Chapeau 
haute forme, — dans l'ancien 
argot. 

Carcagne. Usurier, — dans 
l'ancien argot des bagnes. 

Carcan. Cheval, — dans lejar- 
gon des soldats de cavalerie, qui 
se vengent par cette épithète 
des soins assidus qu'il leur faut 
donner à la plus noble conquête 
que l'homme ait faite. — Mau- 
vais cheval, — dans le jargon 
du peuple. — Femme maigre. 
C'est un vieux carcan. 

Carcasse. Corps humain. Ne 
savoir que faire de sa carcasse, 
être désœuvré. 

Carcasse (Etats de). Reins,— 
dans le jargon des voleurs. 
Prends garde que je te fasse une 
descente à coups de salaire dans 
les environs des Etats. 

Cardinale. Lune, — dans l'an- 
cien argot. Allusion àl'intluence 
périodique qu'on lui attribuait 
sur certaine indisposition fémi- 
nine, indisposition en faveur de 
laquelle Michelet a écrit un ro- 
man. 

Care. Echange. — Vol à la 
care, vol à l'échange; vol au 
change de monnaie. 



Careur. Voleur à la care. 

Carge. Balle, ballot. 

Caricature (Faire la). A l'é- 
cole (des Beaux-Arts), une fois 
par semaine, les élèves s'assem- 
blent, un d'eux sert de modèle, 
son camarade le pose et l'enve- 
loppe ensuite d'une pièce d'é- 
toile blanche, le drapant le 
mieux qu'il peut; et c'est ce 
qu'on appelle « faire la carica- 
ture ». (Didier, 1821, CEuvres 
complètes, cité par Littré.) 

Carline. La mort, - dans 
l'ancien argot. 

Carme. Argent. — Carmer^ 
donner de l'argent. — Carme à 
l'estoque, ou carme à Vestorgue, 
fausse monnaie. 

Carne. Basse viande. — Ita- 
lianisme. — Sale et méchante 
femme ; pour carogne. « Ah ! 
la carne! voilà pour ta crasse. 
Débarbouille-toi une fois en ta 
vie. )) (E. Zola.) 

Caron. Vieux papiers destinés 
aux fabricants de carton, — 
dans l'argot des chiffonniers. 

Carotier. Individu qui vit 
d'expédients, qui tire des carot- 
tes. Dans le Jura ceux qui font 
la contrebande du tabac sont 
connus sous le nom de tabaticrs 
ou carotiers. « L'ivrognerie et la 
débauche sont leurs moindres 
vices; le vol leur est aussi fa- 
milier que la fraude, et les in- 
cendiaires ne sont pas rares 
parmi eux. » (Ch. Toubin, Les 
Contrebandiers de Noirmont.) Au 
régiment, ou donne le nom de 
carotier à celui qui se fait por- 
ter malade, et qui n'est que ma- 
lade imaginaire , à «celui qui 
cherche un prétexte pour évi- 



78 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



ter une corvée. — Il y a une 
légère nuance entre le caroticr 
et le carotteur : le premier s'ins- 
pire plus particulièrement des 
circonstances pour arriver à ses 
iins ; ciiez l'autre c'est une ha- 
bitude invétérée, un sacerdoce. 

Carottage. Art de tirer des 
carottes, de soutirer de l'argent 
sous un faux prétexte. 

Carotte. Mensonge fabriqué 
dans le but de soutirer de l'ar- 
gent. — Cultiver la carotte. — 
Tirer une carotte de longueur. — 
Les premiers, les militaires se 
sont servis de cette expression. 
C'est là, sans doute, une allu- 
sion aux carottes de tabac. Lors- 
que les militaires demandent 
de l'argent, c'est presque tou- 
jours pour acheter, soi-disant, 
du tabac, du tabac à chiquer, 
vulgo carotte. 

Carotte. Roux ardent. Couleur 
de cheveux qui rappelle les tons 
de la carotte, couleur fort à la 
mode pendant les années 1868, 
69 et 70. Les femmes se firent 
teindre les cheveux « blond ar- 
dent », avant de s'appliquer la 
teinture « beurre rance. » 

Carotte dans le plomb (Avoir 
une). Chanter faux. 

Carotter. Se contenter d'un 
léger bénéfice en cxposant'peu. 
— Carotter à la Bourse, dans les 
affaires. — Jouer très serré, 
jouer petit jeu, — dans le jar- 
gon des joueurs. 

Carottes cuites. (Avoir ses). 
Etre près de mourir, — dans 
le jargon du peuple. 

Carouble. Fausse clé, — dans 
l'ancien argot. 

Carouble. Soir, nuit, ~ dans 



le jargon des voleurs. — Etre 
vu à la carouble, être arrêté le 



Caroubleur. Voleur qui opère 
à l'aide de fausses clés. — Ca- 
roubleur au fric- frac, voleur avec 
effraction au moyen d'un ciseau 
à froid, d'un clou, d'une pince. 

Carre. Cachette. — Carre du 
paquelin , Banque de France. 
Mot à mot : cachette du pays. 
Les voleurs prononcent car7^e du 
patelin, par corruption. 

Carre. Dans l'argot des tail- 
leurs, la carre est la mesure en- 
tre les épaules, par abréviation 
pour carrure. 

Carreau. Œil, — dans le jar- 
gon des voleurs. — Carreau 
brouillé, œil louche. — Carreau 
à la manque, borgne. — Affran- 
chir le carreau, surveiller, ou- 
vrir l'œil ; et par abréviation : 
franchir le carreau. 

Carreaux brouillés. Maison 
de tolérance. « De par le règle- 
ment, les volets doivent être 
fermés , les carreaux dépolis 
dans ces dépotoirs à gros nu- 
méros. » {Le Sublime.) 

Carreau (Aller au). Aller pour 
se faire engager. C'est la place 
de Grève des inusiciens de bar- 
rière. « Chaque dimanche (ils) 
ont l'habitude de se réunir sur 
le trottoir de la rue du Petit- 
Carreau, oîi les chefs d'orches- 
tre savent les rencontrer. » (A. 
Delvau.) 

Carré des petites gerbes. Po- 
lice correctionnelle, — dans le 
jargon des voleurs. Mot à mot : 
chambre des petits jugements. 
Les clients du tribunal coitcc- 
tionnel qui ne sont pas forcés 
de savoir que « gerbe » est un 



I 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



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substantif féminin disent volun- 
tiers : carrés des petits gerbes. 

Carré du rebectage. Cour de 
cassation, Mot à mot : chambre 
de la médecine. 

Carrée. Chambre, — dans le 
jargon des ouvriers. 

Carrefour des écrasés. Car- 
refour formé par le boulevard 
^Montmartre, la rue Montmartre 
et la rue du Faubourg-Mont- 
martre. C'est un des endroits 
deParis les plus dangereux pour 
les piétons, à cause de la quan- 
tité de voitures qui s'y croisent 
et de la pente du boulevard 
Montmartre qui ne permet pas 
aux cochers d'arrêter leurs che- 
vaux à temps. Le nombre des 
personne écrasées, chaque an- 
née, en cet endroit, lui a valu 
la lugubre dénomination de 
« Carrefour des écrasés. » 

Garrelure du ventre. Repas 
copieux. — « Je croyais refaire 
mon ventre d'une bonne carre- 
lure. » (Molière, Le médecin vo- 
lant ^ scène m.) 

Carrer (Se). Se garer de, se 
sauver. — Se carrer de la dé- 
bine, sortir de la misère. 

Cartaude. Imprimerie. — Car' 
taudé, imprimé. — Cartaudier, 
imprimeur. — Gartauder, im- 
primer, — dans l'ancien argot. 

Carte (Être en). Être inscrite 
à la préfecture de police sur le 
livre des filles soumises. L'ad- 
ministration remet à toute fille 
soumise une carte où est ins- 
crit son nom. A chaque visite, 
cette carte est frappée d'un 
timbre et la fille est tenue de 
la montrer à la première réqui- 
sition des agents; d'où le mot: 
(( Etre en carte », 



Carte (Piquer la). Marquer 
d'un léger coup d'ongle, d'un 
signe microscopique les cartes 
dont on a besoin de se souve- 
nir, et principalement les rois, 
à l'écarté... lorsqu'on veut cor- 
riger le sort et mériter le nom 
de grec. Ce système est bien dé- 
modé aujourd'hui, parce qu'il 
a été trop pratiqué jadis et qu'il 
est trop connu. Aux jeux de 
commerce, les grecs s'en tien- 
nent au télégraphe, et, aux jeux 
de hasard, ils opèreift à l'aide 
de la portée. 

Carte de géographie. Impres- 
sions... sur toile d'un voyage au 
pays des rêves. 

Carton. Carte à jouer. Manier, 
patiner, tripoter le carton, jouer 
aux cartes. 

Carton (De). Qui n'est pas sé- 
rieux, qui ne connaît pas son 
métier. Se place toujours, dans 
ce sens, immédiatement après 
un substantif. — Un michet de 
carton, un entreteneur pour 
rire. — Un avocat de carton, un 
mauvais avocat. — Un cuisinier 
de carton, un cuisinier sans au- 
cune espèce de connaissances 
culinaires. 

Cartonner. Jouer aux caries. 
Passer sa vie à cartonner. 

Cartonnier. Celui qui aime à 
jouer aux cartes, qui joue habi- 
tuellement aux cartes. 

Cartonnier. Ouvrier qui n'est 
pas bien au fait du métier qu'il 
exerce : pour ouvrier de carton. 

Cartouche (Avaler sa). Mou- 
rir, — dans le jargon militaire. 
(A. Camus. ) 

Gamche. Cachot, — dans le 
jargon des voleurs. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Casaqain (Travailler le). Mot 
à mot : travailler sur la casa- 
que de quelqu'un à coups de 
poing. — Le vêtement est pris 
pour la personne elle-même. — 
Variante : Prendre mesure d'un 
casaquin. — « Tiens, v'ià Made- 
leine et Marie-Jeanne qui vont 
s' prendre mesure d'un casa- 
quin. » (E. Bourget, La Reine 
des Halles, clians.) 

Cascade. Bouffonnerie. — 
Fredaine. 

Gascader. Faire des folies, se 
livrer à des bouffonneries. Dire 
de grosses plaisanteries. — En 
style de théâtre, charger un 
rôle, ajouter au rôle des facé- 
ties d'un goût souvent douteux ; 
improviser des bouffonneries. 

Cascadeur. Farceur qui pro- 
fesse la cascade. 

Cascadeuse. Femme qui court 
les lieux où l'on s'amuse. — 
Farceuse qui de la cascade n'a 
que la chute. 

Casimir. Gilet. 

Casin. Jeu de la poule au 
billard. — Jouer le casin. 

Casoar. Plumet du shako des 
élèves de Saint-Cyr ; par exten- 
sion, toute volaille servie sur la 
table de l'Ecole est saluée du 
nom de casoar. 

Casque. Talent oratoire du 
saltimbanque. — Avoir du cas- 
que^ rappeler feu Mangin par 
les belles manières et la facilité 
d'élocution. — Il y a des hom- 
mes politiques qui ont du casque, 
presque autant que ce fameux 
marchand de crayons. 

Casque (Avoir le). C^est ce 
que les filles traduisent par 
avoir un caprice pour un hom- 



me. Mot à mot : être solide- 
ment coiffé de quelqu'un, avoir 
quelque chose comme un bé- 
guin d'acier. 

Casque (Avoir le). Eprouver 
une douleur névralgique à la 
calotte de la tête, le lendemain 
d'un excès bachique. — Avoir 
son casque de pompier, avoir la 
tête très lourde par suite d'i- 
vresse, comme si Ton portait un 
casque. 

Casque-à-mèche. Apprenti 
commis dans un raagasm de 
bonneterie. 

Casquer. Donner de l'argent 
de mauvaise grâce. — Allusion 
au casque de Bélisaire dans le- 
quel les âmes sensibles de l'é- 
poque déposaient leurs aumô- 
nes. — Celui à qui Ton tire une 
carotte « casque ». — « C'est pas 
tout ça! Casques-tu, oui ou 
non? » (Vast-Ricouard, Le Tri- 
pot.) 

Casquette. Ivre. Etre cas- 
quette. 

« Un peu casquette, 
» Plus d'un buveur 
» Dehors rejette 
» La divine liqueur. » 
(L. Festeau, Un jour de fête à la barrière. 

Casse (la). Porcelaines ou 
cristaux cassés par maladresse 
dans un café ou dans un res- 
taurant. Dans la plupart de ces 
établissements, les garçons sont 
responsables de la casse. Dans 
d'autres, elle est l'objet d'un for- 
fait. On retient tant par mois à 
chacun des garçons pour la 
couvrir. 

Casse-Gueule. Bal public fré- 
quenté par des gentilshommes 
du ruisseau qui, à la moindre 
contestation, ponctuent le vi- 
sage de leurs contradicteurs. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



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Casse-Gueule. Eau-de-vie tout 
à fait inférieure. « Elle regarda 
ce que buvaient les hommes, 
du casse- gueule^ qui luisait pa- 
reil à de l'or dans les verres. » 
(E. Zola.) On dit aussi casse-poi- 
trine. 

Casse-Tête. Vin très capiteux. 
Mot à mot : vin qui casse la 

tête. 

Cassé la patte à Coco (Ne pas 
avoir). Ne pas être malin, — 
dans le jargon des soldats de 
cavalerie. — Coco est pris dans 
le sens de cheval. Pour expri- 
mer la môme idée, on dit dans 
le civil : IS'aooir pas inventé le 
fil à couper le beurre. 

Casser. Manger. Le mot date 
du xviii® siècle. On dit, dans le 
langage courant : « Casser une 
croûte », pour manger un mor- 
ceau. — Casser le cou à un lapin, 
manger un lapin. 

Casser. — Chiffonner un sac 
de bonbons en le préparant, — 
dans le jargon des confiseurs. 

Casser. Dire du mal, par 
abréviation de casser du sucre. 

Casser. Frapper, battre. — Je 
te vas casser. — Casser la gueule^ 
casser la margoulette, casser la 
figure. 

Casser sur. Dénoncer. 

Casser du sucre. Dire du mal. 
— Casser du sucre à la rousse, 
dénoncer un complice. 

Casser la marmite. Etre rui- 
né, avoir fait de mauvaises af- 
faires, — dans le jargon des 
souteneurs pour qui les femmes 
sont des marmites. 

Casser la ficelle. S'évader. 
(L. Larchey.) Se sauver des 
mains des agents. 



Casser du grain. Désobéir, — 
dans le jargon des voleurs. 

Casser le goulot à une bou- 
teille. Vider une bouteille en 
un clin d'œil. — Lorsqu'ils sont 
pressés... de boire, et faute de 
tire-bouchon, les ivrognes cas- 
sent le goulot de la bouteille, 
c'est ce qu'ils appellent : « Guil- 
lotiner la négresse. » 

Casser les os de la tête. Em- 
brasser avec effusion, — dans 
le jargon du peuple. 

Casser sa chaîne. Devancer 
l'heure de sortie de l'atelier. 

Cassersacane. Dormir. Quand 
elle dort, le cou reployé sous 
l'aile, la cane paraît être cassée 
en deux. 

Casser une canne. Se sauver, 

— dans le jargon des voleurs. 

Casser la pièce. Entamer, 
changer une pièce d'argent ou 
d'or. Casser la roue de derrière, 
entamer la pièce de cent sous, 

— dans le jargon des ouvriers. 

Casser le nez (Se). Ne trou- 
ver personne, trouver porte 
close. 

Casser la gueule à son por- 
teur d'eau. Avoir ses menstrues, 

— dans le jargon des voyous, 
(A. Delvau.) 

Casser (Se la). Quitter un 
endroit où Ton s'ennuie. — A 
tout casser, énorme, prodigieux, 
auquel rien ne résiste. — Un 
succès à tout casser. Ne s'emploie 
guère qu'en parlant d'un suc- 
cès, par allusion à ceux de théâ- 
tre, où le pubHc manifeste son 
enthousiasme en frappant à 
coups de talons de bottes, à 
coups de petits bancs, au risque 
de tout casser. 



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DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Casserolage. Accusation nou- 
velle, — dans l'ancien argot 
des voleurs. — Dénonciation, — 
dans l'argot moderne. 

Casserole. Tout dénonciateur 
auprès de la police, homme ou 
femme, est une « casserole », — 
dans le jargon des voleurs qui 
prononcent de préférence caste- 
role. — C'est également le nom 
donné aux agents de police. 
Passer à casserole, se voir dé- 
noncer. 

Casserole. Etudiant de dixiè- 
me année, qui n'a jamais étudié 
que l'absinthe et la pipe, qui a 
pris ses inscriptions dans tous 
les caboulots, qui a soutenu des 
thèses d'amour avec toutes les 
filles du quartier latin, — dans 
le jargon des étudiantes de 1860. 

Casserole (Passer à la). Trai- 
ter par des sudorifiques les 
blessures de l'amour. 

Cassés (Des). Débris de mar- 
rons glacés, débris de pâtisse- 
rie. Les gamins font une grande 
consommation de cassés. 

Cassin, Cassine. Boutique, 
magasin de dernier ordre. — 
Terme de mépris pour désigner 
un établissement quelconque. 
— Dérivés du vieux mot fran- 
çais case. — « Finablement les 
mena banqueter dans une cas- 
sine hors la porte. » (Rabelais, 
L. IV.) 

Cassine. Salle d'étude, quar- 
tier, — dans le jargon du col- 
lège. (Albanès.) 

Cassolette (Ouvrir la). Parler 
avec la contre-partie de la 
bouche. 

Castu. Hôpital, — dans l'an- 
cien argot. 



Castus. — Cachot, — dans 
l'ancien argot. 

Cataplasme. Capitaine de 
place, — dans le jargon du ré- 
giment. Le mot se renverse ; 
c'est ainsi qu'on dit : Le cata- 
plasme m'a donné deux jours de 
planche. Et : Le major m'a fait 
coller deux capitaines de place 
au ventre. 

Cataplasme. Soupe très 
épaisse. — Homme lourd, épais 
au moral. — Cataplasme de Ve- 
nise, soufflet. 

Cato, Catiche. Catin. — Gerbe 
des catiches, bureau des mœars. 

Cauchemar, Cauchemardant. 
Personne ennuyeuse, impor- 
tune. 

Caucliemarder. Ennuyer, tan- 
ner. « Où vas-tu? D'où viens-tu? 
Où as-tu été? Pour être sans 
cesse cauchemardée comme ça, 
ah! nom d'un chien, autant 
prendre un vrai mari tout de 
suite 1 » (Grévin.) — Se cauche- 
marder, s'inquiéter. 

Cavale. Départ précipité, fuite, 
évasion, — dans le jargon des 
voleurs. Jouer la cavale, s'enfuir. 

Cavaler (Se). Se sauver avec 
une vitesse qui rappelle celle 
du cheval. 

Cavaler au rebectage. Se 

pourvoir en cassation. Mot à 
mot : courir à la médecine. — 
Cavaler cher au rebectage, se 
pourvoir en grâce. Mot à mot : 
courir très vite à la médecine. 

Cave. Eglise, — dans l'ancien 
argot. 

Cave. Dupé, mystifié, — dans 
le jargon des voleurs. 

Cayenne. Atelier, usine, — 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



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dans le jargon des ouvriers, 
pour qui le travail est un sup- 
plice. 

Cayenne. Ancien cimetière de 
Saint-Ouen, au delà du boule- 
vard Ornano. — Surnom du 
village qui avoisine ce cime- 
tière; ainsi nommés parce que 
l'un et l'autre sont très éloi- 
gnés. 

Censure (Passer la). C'est la 
visite faite chaque jour au dé- 
pôt par les agents du service 
de sûreté pour s'assurer s'ils ne 
reconnaîtront pas quelques ré- 
cidivistes. En style de police, 
cela s'appelle faire le dépôt. 
(V. Mémoires de Canler.) 

Central. Détenu faisant son 
temps dans une maison cen- 
trale de force et de correction. 

Centrale. Ecole Centrale, — 
dans le jargon des collégiens. — 
Je peme entrer à Centrale si je 
suis reto^ué à VX, je pense en- 
trer k l'Ecole Centrale, si je suis 
refusé à l'École Polytechnique. 

Centre. Nom. — Centre à l'es- 
iorgue, faux centre, faux nom, 
sobriquet, — dans le jargon 
des voleurs. 

Centré (Etre). Avoir fait de 
mauvaises affaires, — dans le 
jargon des ouvriers du fer. 

Cerbère. Sergent de ville, — 
dans le jargon des gamins. — 
Portier, en souvenir du portier 
dos enfers, ou parce que la plu- 

Sart des maisons de Paris sont 
es enfers. 

Cercle (Pincer au demi). Sur- 
prendre quelqu'un dans un mo- 
ment psychologique. Un mari 
qui rentre de la chasse et qui 
trouve sa femme dans le feu 
d'une conversation avec son 



cousin ou tout autre, la pince au 
demi-cercle. Repincer au demi- 
cercle, se revancher, rendre la 
réciproque. 

Cerf (Se déguiser en). Se sau- 
ver avec la vitesse d'un cerf. 

Cerf -Volant (Le). Vol pratiqué 
sur les petites filles, un genre 
de vol bien ancien et toujours 
nouveau. « Boulevard Picpus, 
une femme restée inconnue a 
abordé une petite fille de quatre 
ans, qui jouait devant la mai- 
son de ses parents, lui a donné 
dix centimes et lui a décroché 
ses boucles d'oreilles d'une va- 
leur de quinze francs. » [Vêtit 
Journal du 14 août 1877.) — La 
virtuose de ce genre de vol se 
nomme la cerf-volant, parce 
qu'après le vol, elle file avec la 
vitesse du cerf. 

Cerises (Marchand de). Ou- 
vrier en bâtiment qui travaille 
extra muros, — dans le jargon 
des ouvriers en bâtiment de 
Paris. 

Chabannais. Bruit, tapage, 
dispute. Faire un joli chaban- 
nais. — « Tout le monde, y 
compris N. savait qu'il y aurait 
le soir du chabannais. » {Figaro, 
du 14 juillet 1880.) 

Chacal. « Est un petit nom 
d'amitié que le maréchal Bu- 
geaud donnait aux zouaves dans 
ses moments de bonne humeur, 
et que nous avons gardé, entre 
nous, comme signe de rallie- 
ment. » (A. Arnault, Les Zoua- 
ves, acte 1.) 

Chagrin (Noyer le). Boire. 
« C'est à la cantine, en noyant 
le chagrin, que l'on attrape les 
buveurs d'encre. » (Fréd. de 
Reiffenberg,La Vie de garnison.) 



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DIGTIONiNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Chahut. Cancan poussé à ses 
dernières limites, l'hystérie de 
la danse. On dit également le 
ou la chahut. — « Un d'eux, 
tout à fait en goguette, se lais- 
sera peut-être aller jusqu'à la 
cliahuf. » [Physiologie du Car- 
naval.) 

Chahut. Bruit, tapage. Faire 
du chahut. 

Chahuter. — Bousculer, faire 
du vacarme. ■— Chahuteur, cha- 
huteuse, danseur, danseuse de 
chahut, tapageur, tapageuse. 

Chahuter. Danser la chahut. 

« Chahuter, pincer le cancan, 
• Sur l'abdomen coller sa dame ; 
» Voilà le danseur à présent, » 

(P. J. Charrin, Les Actualités.) 

Chaillot (A). Mot à mot : allez 
vous promener à Chaillot. On 
envoie à Chaillot, pour s'en dé- 
barrasser, les imbéciles, les 
niais, les gêneurs, ceux qu'un 
rien étonne, les décrépits de 
l'intelligence. « Est-ce à cause 
des hôtes de Sainte-Perrine — 
ruines humaines pour la plu- 
part — qu'il est de bon goût, 
depuis quelques années, de 
crier : A Chaillotl toutes les 
lois que dans la conversation 
quelqu'un dit une sottise ou 
émet une proposition extrava- 
gante?» (A. Delvau, Uist. anec- 
dotique des barrières de Paris.) 

Chaillot (Ahuri, abruti de). 

Celui qu'un rien étonne, sorte 
d'idiot. — Une des nombreuses 
parodies de Taconnet, acteur 
et fournisseur ordinaire de Ni- 
colet, porte pour titre : Les 
Ahuris de Chaillot ou Gros-Jean 
Bel-esprit. 

Chaîne (Doubler la). Dans le 
jargOD des régiments de cava- 



lerie a la signification de tenir 
serré, de couper les vivres; al- 
lusion aux chevaux auxquels on 
double la chaîne lorsqu'ils sont 
sujets à se détacher. — Le 
vieux me double la chaîne , mon 
père me tient serré. — Autre- 
fois l'officier me donnait la per- 
mission de dix heures, mais de- 
puis que je me suis si bien cuite, 
il a doublé la chaîne. 

Châlier. Commis de magasin 
préposé à la vente des châles, 
— dans le jargon de la nou- 
veauté. 

Chaloupe (Faire la). Exécuter 
un pas de cancan à l'aide d'un 
tangage furieux du train de 
derrière. — « Vous faites la 
chaloupe, et c'est une variété du 
cancan. » {Physiologie du Car- 
naval, 1842.) 

Chalouper. Marcher en ba- 
lançant les épaules. « Quant à 
Henri de Car... tête de dogue 
aussi sur des épaules trapues et 
un corps chaloupant!...» (M. Ru- 
de, Tout Paris au café.) 

Chambert, Chambertin. Indis- 
cret, — dans l'argot des voleurs. 
— Chambertage, indiscrétion. — 
Chamberter, commettre une in- 
discrétion. Allusion au bon vin, 
au vin de Chambertin, qui délie 
la langue et fait parler. 

Chambre (La). C'est, dans le 
jargon des revendeurs, la salle 
qui leur est affectée à l'hôtel 
Drouot, la salle no 16 où se font 
les ventes des objets apportés 
par les brocanteurs. Peureux, 
c'est la Chambre par excellence, 
comme f/r6s était la ville, Rome 
pour les Romains. — Faire ven- 
dre à la chambre. — Acheter à 
la chambre. 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



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Chambre (Etre en). Ne pas 
être dans ses meubles; mot à 
mot : être en chambre meublée, 
— dans le jargon des appren- 
ties femmes galantes. 

Chambre des comptes. Cham- 
bre conjugale, — dans le jargon 
des bourgeois. 

Chambre des pairs. On appe- 
lait ainsi au bagne le côté des 
galériens condamnés à perpé- 
tuité. Les condamnés à temps 
formaient le côté désigné sous 
le nom de : Chambre des dépu- 
tés. (L. Larchey.) 

Chambre à louer (Avoir une). 

Avoir un grain de folie. Allu- 
sion à la tête dont les idées 
saines sont parties. 

Chamberlan, Chambrelan. Ou- 
vrier en chambre. 

Chameau. Homme sans déli- 
catesse. — Terme de mépris à 
l'adresse d'une femme. — Fem- 
me de mauvaise vie qui roule 
sa bosse comme le chameau la 
sienne. « La femme est un cha- 
meau qui nous aide à traverser 
le désert de la vie » a dit mi 
insolentdont le nom m'échappe. 

Champ de navets. Cimetière 
des suppliciés, cimetière d'Ivry. 

Champagnes (Les). Société de 
touristes parisiens, excursion- 
nistes. (Imbert, A travers Paris 
inconnu.) 

Champ. Vin de Champagne; 
par abréviation. — Voulez-vous 
un verre de champ'? — Je m'en 
sens Montebello à la bouche. . . 

Chançard, Chançarde. Celui, 
celle qui a de la chance. — « On 
n'est pas chançard tous les 
jours. » (Hennique, La Dévouée.) 

Chance au bâtonnet (Avoir 



de la). Réussir. « La chance l'y 
tourne, comme si elle avait joué 
au bâtonnet avec moi. » {Amu- 
sements à la grecque^ 1764.) 

Chandelier. Nez, — dans le 
jargon des voyous; un nez qui 
laisse couler beaucoup de chan- 
delles. 

Chandelière. Femme qui tient 
une table d'Iiôte et des tables 
de jeu à l'adresse des grecs, à 
la plus grande gloire du des- 
sous du chandelier et au détri- 
ment des pigeons. 

Chandelle. Mucosité nasale 
trop indépendante et brouillée 
avec le mouchoir. Souffler sa 
chandelle^ se moucher avec les 
doigts, après renillement. 

Chandelle. Litre de vin, bou- 
teille. Elle est chargée d'allumer 
l'ivrogne. 

Chandelle. Baïonnette. — - Se 
ballader entre quatre chandelles^ 
marcher entre quatre soldats 
qui vous mènent au poste. 

Change. Trousseau fourni par 
les maîtresses de maison de to- 
lérance à leurs pensionnaires, 
— dans le jargon des filles. 
Rendre son change, laisser ses 
nippes quand on passe d'une 
maison dans une autre. 

Changer son poisson d'eau. 
Uriner. 

Changeur. Filou partisan du 
libre échange qui, dans les res- 
taurants, les cafés, troque son 
affreux pardessus contre un 
pardessus tout tlambant neuf. 
En été cet honnête industriel 
en est réduit à l'échange du 
chapeau. 

Changeur. Loueur de costu- 
mes pour messieurs les voleurs. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Le changeur tenait une garde- 
robe variée , grâce à laquelle 
sa clientèle pouvait se travestir 
selon les besoins du crime. En- 
core une industrie disparue , 
encore un industriel sur le pavé. 

Chantage. Mise en demeure 
d'avoir à donner de l'argent 
sous peine de révélation. « Le 
chantage est un vol pratiqué 
non plus à l'aide du poignard 
ou du pistolet, mais d'une ter- 
reur morale, que l'on met sur 
la gorge de la victime qui se 
laisse ainsi dépouiller sans ré- 
sistance. » (A. Karr, les Guêpes, 
1845.) « L'inventeur du chantage 
est TArétin , un très grand 
homme d'Italie, qui imposait 
les rois, comme de nos jours 
tel journal impose tels acteurs. » 
(Balzac, Un grand homme depro- 
vince à Paris.) 

Chanter. Payer pour obtenir 
le silence de quelqu'un. 

Chanter (Faire). Battre mon- 
naie à l'aide d'un secret. — Aux 
xvii^ et xviii^ siècles l'expres- 
sion avait le sens de soumettre, 
faire entrer en composition. 
« Porteront le fer et le feu au 
cœur de la France et la feront 
chanter. » (Lucien, trad. Per. 
d'Ablancourt.) Les voleurs mo- 
dernes emploient le verbe « char- 
rier » dans le sens de faire chan- 
ter. 

Chanteur. Misérable gredin 
qui exerce l'art du chantage. Le 
prototype du chanteur est celui 
qui exploite les passions hon- 
teuses des émigrés de Gomorrhe, 
qu'il sait faire financer sous 
menace de révéler leurs turpi- 
tudes. Quelquefois des compè- 
res interviennent sous les espè- 
ces de faux agents des mœurs. 



— Le nombre des chanteurs 
est infini, et le chantage s'exerce 
sur toutes les classes de la .so- 
ciété. 

Chanteur-recette. Artiste ly- 
rique dont le nom sur l'afficiic 
attire le public dans un théâ- 
tre. « Et cependant Û 11 prez était 
toujours le chanteur-recette de 
l'Opéra. » (Ch. de Boigne.) 

Chantier. Embarras, compli- 
cation ; par allusion à l'encom- 
brement des chantiers. (L. Lar- 
chey.) 

Chapardage. Maraudage. En 
Afrique les soldats des compa- 
gnies de discipline pratiquent 
un chapardage bien entendu. 

Chapardeur. Maraudeur. — 
Soldat en maraude. — Mari qui 
trompe sa femme. 

Chapelle. Comptoir de mar- 
chand de vin. Une chapelle où 
les ivrognes vont faire leurs dé- 
votions. 

Chapelle (Préparer sa petite). 

Ranger dans le sac tous les ob- 
jets d'équipement, — dans le 
jargon des troupiers. 

Chapelle (Faire). Se chauffer 
à un feu de cheminée ou devant 
un poêle, en relevant ses jupes 
de manière à montrer un peu 
plus que la couleur des jarre- 
tières. — Faire chapelle ardente, 
se chauffer comme il est dit ci- 
dessus, mais sans jupes. 

Chapelle (Rester en). Se dit 
en terme d'équarrisseur, des 
chevaux qui attendent, attachés, 
le moment fatal. « Leurs cri- 
nières et leurs queues sont cou- 
pées ras. Autrefois un cheval 
restait ainsi quelquefois plu- 
sieurs jours en chapelle^ et peu- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



87 



dant ce temps-là on ne lui don- 
nait pas à manger. » (Paris en 
omnibus, 1854.) 

Charabia. Auvergnat, char- 
bonnier, porteur d'eau. C'est le 
langage de l'Auvergnat pris 
pour l'Auvergnat lui-même. 
D'autres fois on appelle l'Auver- 
gnat un fouchtra^ par allusion 
à son juron favori. 

Charbonnier (Faire comme 
le, faire). Observer les préceptes 
matrimoniaux de Malthus. 

Charcuter. Faire une opéra- 
tion chirurgicale, — dans le 
jargon du peuple. 

Charcutier, Charcuitier. Chi- 
rurgien, qui estropie le patient. 

— Ouvrier qui estropie l'ou- 
vrage. 

Charenton. Absinthe. — Uii 
Charenton, un train direct pour 
Charenton^ un verre d'absinthe, 

— dans le jargon du peuple qui 
sait que l'absinthe conduit à la 
folie, etquien boit quand même. 

Chargé (Avoir). Etre enceinte, 

— dans le jargon du peuple. La 
femme qui a chargé porte un 
voyageur de neuf mois. — En- 
core une qui a chargé. Hé! la 
p'tite mère, vous en avez chargé 
un de taille! 

Charger. Enlever un décor, 

— dans le jargon du théâtre. 
« Chargez là-haut... les bandes 
d'air... Chargez encore... là... 
bien. » (Ed. Brisebari'e et Eug. 
Nus, la Route de Brest , 1857.) 

Charger. Prendre un voya- 
geur, — dans le jargon des 
cochers de fiacre. — Avoir 
trouvé acquéreur, — dans celui 
des filles. 

Charger des petits produits. 



Travailler, — dans le jargon 
des chiffonniers. 

Charger la brème. Filouter 
au jeu, marquer une carte, sub- 
stituer une carte à une autre, 
— en terme de grec. — C'est un 
fameux travailleur gui charge 
rudement la brème et qui a tou- 
jours l'air de flancher à la bonne. 

Charger en ville. Une très 
pittoresque expression des ré- 
giments de dragons qui veut 
dire sortir en ville. 

Chargez ! Versez et faites bon- 
ne mesure ! Commandement 
des ivrognes sous le feu des ca- 
npns. 

Charlemagne. Sabre-baïon- 
nette. 

Charlemagne (Faire). Quitter 
une partie de cartes au moment 
où l'on vient de réaliser un bé- 
néfice. — « La comtesse fait 
Charlemagne à la bouillotte. » 
(Victor Ducange, Léonide ou la 
vieille de Suresnes, 1830.) — « Si 
je gagne par impossible, je fe- 
rai Charlemagne- sans pudeur, 
et je ne me reprocherai point 
d'emporter dans ma poche le 
pain d'une famille. » (Ed. About, 
Trente et quarante.) Les étymo- 
logisfes ont voulu faire remon- 
ter l'origine du mot jusqu'à 
l'empereur Charlemagne, parce 
que cet empereur a quitté la 
vie en laissant de grands biens. 
Comme tous les noms propres 
familiers aux joueurs, le nom 
de Charlemagne a été , sans 
doute, celui d'un joueur appelé 
Charles. On a dit : faire comme 
Charles, faire Charles et ensuite 
faire Charlemagne. On appelle 
bien, dans les cercles de Paris, 
la dame de pique : « la veuve 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Chapelle », du nom d'un joueur. 
On a bien donné au second 
coup de la main au baccarat en 
banque, le nom de « coup Gi- 
raud », nom d'un officier mi- 
nistériel , d'un notaire. Les 
joueurs ne connaissent rien que 
le jeu, rien que les joueurs et 
leurs procédés. La vie pour eux 
est toute autour du tapis vert. 
S'ils ont appris quelque chose , 
ils l'ont bientôt oublié, et ils 
professent le plus grand mé- 
pris pour tout ce qui ne se rat- 
tache pas directement au jeu. 
Ils se moquent bien de l'empe- 
reur Charlemagne et de tous les 
autres empereurs! En fait de 
monarque, ils ne connaissent 
que les monarques de carton. 

Chariot. Nom anciennement 
donné au bourreau par le peu- 
ple de Paris. 

Charmante. La gale, — dans 
le jargon des voleurs. 

Charogneux (Article). Article 
sur la vente duquel un commis 
en nouveautés n'a pas de béné- 
fice à attendre, article d'affiche. 
Une sale boîte où il n'y a que des 
articles charogneux. 

Charriage. Le mot charriage, 
dans la langue des voleurs est 
un terme générique qui signifie 
voler un individu en le mysti- 
fiant. (Vidocq.) 

Charrier. Servir de compère ; 
tricher au préjudice de ses as- 
sociés pour faire gagner un 
compère, — dans le jargon des 
grecs, qui disent également me- 
ner en double. 

Charrier (Se). Aller, venir 
d'un côté, de l'autre , sans but 
précis, — dans le jargon du ré- 
giment. — Qu'est-ce que Vas à 



te charrier comme ça depuis une 
heure'i 

Charrier droit. Obéir, mar- 
cher droit. « Il (Louis XI) estoit 
maistre avec lequel il falloit 
charrier droit. » {M.èmoires de 
Ph. de Gommynes.) 

« Et qu'il fera bien s'il me croit 
» Désormais de charrier droit. » 

(Scarron, Gigantomachie, ch. 1.) 

La locution date de loin, mais 
elle n'en est pas moins très usi- 
tée de nos jours, et particulière- 
ment parmi la classe ouvrière. 

Charrier à la mécanique. 
Avoir la précaution d'étiangler 
un peu et même tout à fait le 
patient, tandis qu'un camarade 
le dépouille. 

Charrieur, Charron. Voleur 
qui est adonné au charriage. — 
Les charrieurs exploitent, pres- 
que toujours, la bêtise d'un fri- 
pon. 

Charrieur. Compère, — dans 
le jargon des grecs. 

Charrieur. Curieux, — dans 

l'argot des voleurs. — Charria- 
ge, curiosité. — J'aime pas le 
charriage, moi. 

Charrue complète. Quinte , 
quatorze et le point au jeu de 
piquet. 

Chartron. Position des ac- 
teurs vers la fin de la pièce. 
Former le chartron, ranger les 
acteurs en ligne courbe devant 
la rampe, au moment du cou- 
plet final. (A. Delvau.) 

Chasse. Semonce. — Flanquer 
une chasse. 

Chasse à courre. Verte répri- 
mande qui se termine par un 
congé en bonne forme. 



DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE. 



Châsse, Châssis. Œil. Y aller 
d'un coup de châsse, jeter un 
coup d'œil, — dans le jargon 
du peuple. — Se foutre tapôtre 
dans la châsse, se tromper, s'il- 
lusionner; mot à mot se mettre 
le doigt dans l'œil.— Fermer /es 
châssis j dormir. 

Châsse d'occase. Œil louche. 
— Châsse à Vestorgue, œil de 
verre. 

Chasse-coquin. Bedeau, suis- 
se ; vieux mot français ; c'était 
celui qui chassait les gueux de 
l'église. 

Chasse-marais. Pour chasse- 
mar, c'est-à-dire chasseur avec 
la terminaison argotique mar; 
surnom du chasseur d'Afrique. 

Chasse (Marquer de). Mar- 
quer d'une raie transversale les 
côtes d'un animal qu'on envoie 
à l'abattoir, — dans le jargon 
des bouchers. 

Châsses, Châssis. Lunettes. 

Chasublard. Prêtre, celui qui 
porte la chasuble. « Vit-on un 
seul royaliste, un seul cagot, un 
seul chasublard, prendre les ar- 
mes pour la défense du trône 
et de l'autel? » (G. Guillemot, 
le Mot d'Ordre, du 6 septembre 
1877.) 

Chat. Pudenda mulierum. 

Chat. Couvreur. Comme le 
chat, il passe la moitié de sa 
vie sur les toits. 

Chat. Guichetier , — dans 
l'ancien argot. 

Chat .Enrouement subit éprou- 
vé par un chanteur. 

Chat dans la gouttière. Enroue- 
ment persistant éprouvé par un 
chanteur. 



Chat. Greffier, employé aux 
écritures, — dans le jargon du 
régiment. Et admirez les cbas- 
sez-croisez du langage argoti- 
que : les truands appelaient un 
chat un greffier et les troupiers 
appellent un greffier un chat. 
Tout est dans tout, comme di- 
sait Jacotot. 

Chateaubriand. Bifteck très 
épais, bifteck à triple étage, — 
dans le jargon des restaurants. 
— Un Chateaubriand aux pom- 
mes. 

Château-Campèche. Mauvais 
vin 'îoloré avec du bois de 
Gampèche ; par opposition iro- 
nique à Château-Laffite. 

Chatouiller le public. Char- 
ger un rôle, ajouter à la prose 
de l'auteur des facéties dans 
l'espoir de faire rire le public. 
{Jargon des coulisses.) 

Chatouilleur marron. C'est le 
romain, le claqueur de fonds 
publics. Son rôle consiste à 
chauffer une émission, à stinm- 
1er le zèle des souscripteurs, 
comme le rôle des chevaliers 
du lustre consiste à chauffer la 
pièce, à entretenir le feu sacré 
des acteurs. (Jargon de ■ la 
Bourse.) 

Chaud! chaud I Vite! vite! 

Chaud (Etre). Se tenir sur 
ses gardes. 

Chaud de la pince. Luxu- 
rieux. On disait jadis : chaud de 
reins. 

« Oùles centaures saouz,au bourg Af racien 
» Voulurent, chauds de reins, faire nopocs 
[de chien. » 
(Régnier, satire x.) 

Chaud (Avoir). Avoir peur, 

— dans le jargon des voyous. 

— Le saisissement causé par la 



90 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



peur détermine souvent la 
tranpiration. 

Chaud (Mettre le petit au). 

Sacrifier à Vénus, — dans le 
jargon des troupiers. 

Chaudière à boudins blancs, 

Partner des émigrés de Gomor- 
rhe. 

Chaudron. Vieux ef mauvais 
piano. 

Chauffer. Faire l'empressé 
auprès d'une femme. — Stimu- 
ler, pousser, jeter feu et flam- 
me. Chauffer des enchères, chauf- 
fer une affaire. — Chauffer une 
entrée, saluer d'une salve d'ap- 
plaudissements un acteur à son 
entrée en scène. La mission de 
la claque est de chauffer le en- 
trées et les sorties des acteurs 
en vedette. 

Chauffer. Battre ; arrêter, 
dans le jargon des voyous. Se 
faire chauffer y se faire arrêter. 
— Se faire chauffer par un cer- 
bère, se faire arrêter par un 
sergent de ville. 

Chauffer la scène. « Se re- 
muer, s'agiter, s'évertuer pour 
faire rendre à un rôle plus qu'il 
ne contient. De chauffer à brider 
les planches, il n'y a qu'un 
pas,, » (A. Bouchard, La Langue 
théâtrale.) 

Chauffer le four. Boire beau- 
coup. — Ce n'est pas pour lui que 
le four chauffe, le profit, l'agré- 
ment ne sera pas pour lui. 

Chaufournier. Garçon chargé 
de verser le café. 

Chausser. Convenir. Vieux 
mot ; autrefois oa disait se 



chausser au point, en parlant de 
deux amoureux. 

« Toutes en fait d'amour se chaussent en 

[un point. 
(Régnier.) 

Chaussettes de deux parois- 
ses. Chaussettes dépai-eiliées. 

Chaussettes. (Essence de). 

Puanteur des pieds. Le pcuplo 
qui aime à plaisanter ne man- 
que pas de dire que la meil- 
leure essence de chaussettes 
doit sortir des bottes d'un gen- 
darme ou des souliers d'un fac- 
teur rural. — La plaisanterie 
de l'essence de chaussettes, de 
l'excellent fromage recueilli 
dans les bottes d'un bon gen- 
darme, et autres du même par- 
fum, date de loin. On trouve 
dans les adages français du 
xvi« siècle : « Talons de gen- 
darmes, talon de fromage. » 
— Au xvni° siècle, on disait 
couramment : Sentir le pied de 
messager. (Hurtaud, Dict. des 
homonymes.) 

Chauvin. Ultra-patriote. — 
Type de soldat en 1830. 

Chauvinisme, Amour exagéré 
de la patrie. « Le chauvinisme 
a fait faire plus de grandes 
choses que l'amour de la patrie 
dont il est la charge. » (J. No- 
riac. Le iOi'^ régiment.) — Tout 
sentiment excessif peut tourner 
au chauvinisme. 

Chef de cuisine. Contre-maî- 
tre dans une brasserie. 

Chef d'attaque. Chef d'une 
bande de voleurs. — Abadie 
était un chef d'attaque. 

Chelinguer, Schelinguer. 
Puer. — Schelinguer du goulot, 
schelinguer du couloir, sentir 
mauvais de la bouche — Sche- 



DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE. 



91 



linguer des arpions, puer des 
pieds. 

Chemin de fer. Baccarat où 
chaque joueur tient à son tour 
les cartes, et fait office de ban- 
quier. Ainsi nommé parce qu'il 
va plus vite que le baccarat en 
banque. — « Le démon du bac- 
carat du lansquenet et du che- 
min de fer exerçait partout ses 
ravages. » {Les Joueuses, i8H8.) 
— On nomme encore chemin de 
fer un jeu où chaque intéressé, 
peut à sa volonté, lorsqu'il aies 
cartes en main, jouer soit le 
baccarat, soit le lansquenet, soit 
le vingt-un. 

Chemise. « Dans les tripots, 
la chemise est la carte que le 
banquier est tenu de mettre en 
sens inverse sous le paquet de 
cartes qu'il a en main, afin d'en 
cacher la dernière. Dans les 
cercles, on se sert à cet etîet 
d'une carte noire et épaisse. » 
(A. Cavaillé, Les Filouteries du 
jeu.) Cette carte a reçu le nom 
de <c négresse » par allusion à 
sa couleur. C'est avec la né- 
gresse que l'on fait couper. 

Chemises de conseiller. Linge 
volé. 

Chemises (Compter ses). Vo- 
mir. 

Chenapan. Eau-de-vie. C'est 
une déformation de schnap. — 
C'est ce geux de chenapan qui 
m'a tapé sur la coloquinte. 

Chêne. Homme bien mis. Le 
chêne n'est pas le premier venu 
pour le voleur. — Faire suer un 
chêne, tuer un homme. 

Chenu, Chenue. Bon, bonne, 
beau, belle. — Du temps de la 
bande à Cartouche, le mot che- 
nu était déjà, depuis longtemps, 



dans le courant argotique. On 
le trouve dans les Fourberies de 
■Cartouche, pièce de Legvand. — 
Chenareluit, bonjour, chenu sor- 
gue^ bonsoir, — dans l'ancien 
argot. 
Cher. Beaucoup, énormément, 

— dans le jargon des voleurs; 
se place après le verbe qu'il, 
modifie. Se cavaler cher, courir 
ventre à terre. 

Chétif. Enfant de Limousin 
qui accompagne son père à 
Paris et l'aide dans ses travaux. 

— [Jargon des maçons.) 

Cheulard. Gourmand, ivro- 
gne; par altération pour gueul- 
lard. 

Cheval. Les figures et les dix 
au jeu de baccarat. — Il n'y a 
donc que des chevaux au tirage. 

Cheval (Jouer à). « C'est ris- 
quer (au baccarat en banque) 
une somme moitié sur chaque 
tableau, de sorte que, si un ta- 
bleau perd et que l'autre gagne, 
le coup est nul. » (A. Cavaillé.) 

— Faire le reste de la banque à 
cheval. — On dit également 
jouer le cheval. 

Cheval de retour. Ancien for- 
çat. — Récidiviste, celui qui a 
la nostalgie de la prison. 

Chevalier de la courte lance. 

Savetier, par allusion au tian- 
chet; le mot date de 1G49. 

Chevalier de la grippe. Filou 
(1821) ; paur V agrippe. 

Chevaux à double semelle. 

Jambes. 

Cheveu. Entrave, obstacle. — 
Lorsqu'une alfaire ne marche 
pas bien, l'on dit : » il y a un 
cheveu, » — Avoir un cheveu 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



92 

dans S071 existence^ avoir un cha- 
grin qu'on ne saurait oublier. 

— Avoir un cheveu pour quel- 
qu'un, ressentir un caprice pour 
quelqu'un. « Elle a un cheveu 
pour lui, voilà tout... comme 
cela se dit dans notre monde. » 
(A. Delvau, Le Grand et le petit 
trottoir.) 

Cheveux (Trouver des). Faire 
des observations pour la moin- 
dre chose ; trouver à reprendre 
sur tout. « Vous trouvez des 
cheveux à tout ce que je dis. » 
(Grévin.) 

Cheveux (Bouder aux). Com- 
mencer à être chauve. 

Cheveux (Avoir mal aux). 
Eprouver une douleur à la ra- 
cine des cheveux. C'est l'état de 
bien des ivrognes le lendemain 
des fêtes bachiques. I^es che- 
veux font mal parce que la tête 
est très sensible par suite de 
l'excès de la veille. 

Cheveux (Se faire des). S'im- 
patienter, se morfondre, se faire 
de la bile. — Se faire des che- 
veux gris, même signification, 

— dans le jargon du peuple. 

« Mais pourquoi qu'a m'fait des ch'veux 
[gris? 
» Faudrait qu j'y fout' l'argent d'mes 
[s'maiues. 
» J'ai beau y coller des châtai'nes, 
» A r'pique au tas tous les samedis. » 
{La Muse à Bibi, nocturne, 1879.) 

Chevillard. — Revendeur en 
gros et en demi-gros de viande 
dépecée, en terme de boucher; 
c'est celui qui vend à la che- 
ville. 

Chevilles. Pommes de terre 
frites, — dans le jargon des vo- 
leurs. Elles bouchent le trou 
qu'a fait la faim. 

Chèvre (Prendre la, gober 



la). Etre en colère. Vieille ex- 
pression remise dans la circula- 
tion par les typographes et que 
l'on rencontre déjà dans Ré- 
gnier. 

« Et n'est Job, de despit, qui n'en eust 
[pris la chèvre. » 
(Sat. X.) 

Chevrotin. Ouvrier irascible, 
celui qui prend facilement la 
chèvre, — dans le jargon des 
typographes. 

Chiade. Bousculade, — dans 
le jargon des écoles. (L. Lar- 

chey.) 

Chiailler. Pleurer ; pour piail- 
ler, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Chiarder. Travailler, — dans 
le jargon des collégiens. 

Chic, Chique. Le suprême de 
l'élégance, de la perfection. « Il 
absorbe à lui seul une foule de 
sens. Ce qu'on nommait le 
goût, la distinction, le comme il 
faut, la fashion, la mode, l'élé- 
gance, se fondent dans le chic. » 
(N. Roqueplan, Parisine.) — Le 
mot avait au xvii« siècle à peu 
près le sens qu'il a aujourd'hui, 
comme on peut le voir par 
l'exemple suivant : 

« J'use des mots de l'art, je mets en marge 

[hic. 

» J'espère avec le temps que j'entendrai 

[le chic. » 

{Les Satyres de Du Lorens.) 

En terme d'atelier « le chic, mot 
affreux et bizarre et de moderne 
fabrique signifie : absence de 
modèle et de nature. Le chic 
est l'abus de la mémoire; en- 
core le chic est-il plutôt une 
mémoire de la main qu'une 
mémoire du cerveau. » (Bau- 
delaire, Salon de 1846.) — Faire 
de chic, c'est travailler sans le 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



93 



secours du modèle. — Etre 
pourri de chic, être très bien 
mis, avoir beaucoup de distinc- 
tion. — Femme chiquée, élégante 
mise à la dernière mode. — 
Dans le grand chic, dans le grand 
genre. — C'est du monde chic, 
c'est du monde très bien. Pour 
ces dames, une connaissance 
chic, c'est un homme généreux. 
« Un vieux monsieur de la 
Bourse, ou ce qu'on appelle une 
connaissance chic. » (Bertall, 
Petite étude sur le chic parisien.) 

Chicard. Costume carnavales- 
que mis à la mode, pendant la 
période de 1830 à 1850, par une 
célébrité chorégraphique qui lui 
donna son nom ou plutôt son 
surnom. Les chicards ont révo- 
lutionné les bals publics et, pen- 
dant vingt ans, ils ont imprimé 
une grande vogue à la descente 
de la Courtille. — La danse de 
Chicard, leur maître, n'a jamais 
été ni bruyante, ni extravagante. 
11 procédait à pas serrés, mi- 
mant, grimaçant, roulant ses 
gros yeux en boule de loto. 
Grande fut sa gloire. On a dit 
le « pas chicard » pour rappe- 
ler sa manière, chicarder, dan- 
ser comme Chicard. On a créé 
les vocables chicandar, chicocan- 
dar, pour désigner quelque 
chose de très chic comme l'in- 
venteur du fameux pas qui, lui- 
même, a dû son sobriquet au 
chic qui le caractérisait. Chicard 
a passé, son pas n'est plus, seul 
le mot chic, le radical, a sur- 
vécu. 

Chicardot. PoH. 

Chicorée. Réprimande. 

Chie dessus. Chislehurst, — 
dans l'argot des voyous qui trou- 



vent la prononciation anglaise 
trop difficile, sans doute. 

Chie-tout-debout. Veston. C'é- 
tait autrefois le : Ne te gêne pas 
dans le parc. 

Chié (Tout). Parfait de res- 
semblance. — C'est son portrait 
tout chié. 

Chié sa graisse (Avoir). Avoir 
considérablement maigri, — 
dans le jargon du peuple. 

Chié dans le panier de quel- 
qu'un jusqu'à l'anse (Avoir). 
Avoir donné à quelqu'un de gra- 
ves sujets de mécontentement; 
ne plus inspirer aucune espèce 
de confiance. C'est, mot à mot : 
avoir rempli le panier de quel- 
qu'un de l'ordure des mauvais 
procédés. 

Chien, Sacré-Chien. Eau-de- 
vie aussi mauvaise que forte. — 
On disait et l'on dit encore. dur 
comme du chien, pour désigner 
soit un liquide qui x'acle la gorge 
au passage, soit une denrée co- 
mestible rebelle à la mastica- 
tion. 11 n'est donc pas étonnant 
que l'eau-de-vie très forte ait 
été désignée sous le nom de 
sacré-chien et chien par abré- 
viation. 

Chien. Homme dur, exigeant; 
s'emploie principalement en 
parlant d'un supérieur, — dans 
le jargon des employés. — Sé- 
vère, — dans le jargon des col- 
légiens. — «Notre pion est dia- 
blement chien. » (Albariè.s, Mys- 
téres du collège, 1845.) 

Chien. Avare. « Dis donc, pe- 
tite sœur; il est rien chien ton 
m'sieur: y m' prend un cigare 
et du feu et y m' donne que 
deux ronds. » (A. Tauzin, Cro- 
quis parisiens.) 



94 DICTIONNAIRE D 

Chien. Compagnon du devoir, 
en terme de compagnonnage. 

Chien. Lettre tombée sous la 
forme. — dans le jargon des 
typographes. 

Chien (Du). Du soigné. — Du 
dur, des coups. « Voilà du chien, 
attends 1 apprête ton linge salel ^> 
(E. Zola.) 

Chien (Du). Verve endiablée, 
élégance originale. — « Eh 
bien, ma chère, nous leurs fe- 
rons tourner la tête... toi avec 
ton insolente beauté, moi avec 
mes petites facultés, avec ce 
je ne sais quoi qui m'est propre, 
et qu'on appelle communément 

— du « chien. » (Oct. Feuillet, 
Le journal d'une femme, i 878.) 

Chien (De). Enorme, colossal, 
très fort. Une soif de chien, une 
faim de chien, une peur de chien. 

Chien vert. Terme d'amitié à 
l'adresse de filles entretenues, 
Mon petit chien vert. 

Chien du quartier. Adjudant 
sous- officier, — dans le jargon 
du régiment. La variante est : 
Chien du régiment. 

Chien du commissaire. Secré- 
taire du commissaire de police. 

— « Chaque coup de sonnette 
lui semblait le coup de sonnette 
du chien du commissaire. » 
(E. de Concourt, La fille Elisa.) 

Chien (L'autre, cet autre). 

L'autre individu, cet autre indi- 
vidu, celui dont, par mépris, on 
ne veut pas prononcer Je nom. 

Chien de magasin. Sergent 
d'habillement, — dans le jar- 
gon du régiment. 

Chien courant. Garde-frein, 
employé chargé de fermer les 



ARGOT MODERNE. 

portières et de crier les stations, 

— dans le jargon des mécani- 
ciens des chemins de fer. 

Chien (Voilà le). Voilà la dif- 
ficulté. La variante est : Voilà 
le chiendent. 

Chien (Faire du). Faire un 
ouvrage payé d'avance. Parce 
qu'on ne le fait qu'au dernier 
moment et qu'on travaille dur 
quoique à contre cœur, l'argent 
étant mangé depuis longtemps. 

Chien pour un homme (Avoir 
un). Etre éprise d'un homme, 

— dans le jargon des filles. 

Chien coiffé (S'éprendre du 
premier). S'éprendre de la pre- 
mière femme venue. On disait 
autrefois pour exprimer la même 
idée : Cet homme aimerait une 
chèvre coiffée. (Le Roux, Dict. 
comique.) 

Chiens crevés, Chiens écras- 
sés. Faits divers qui sont en ré- 
serve sur le marbres d'une im- 
primerie et qui servent à justi- 
fier une page quand il manque 
de la copie, — dans le jargon 
des journalistes. 

Chiens (Ce n'est pas pour les). 

Ce n'est pas à dédaigner ; c'est 
fait pour le genre humain — 
« L'hôpital n'est pas fait pour 
les chiens, » disent les gens du 
peuple, qui pourtant ne redou- 
tent rien tant que l'hôpital. 

Chier dur. Travailler avec 
ardeur. — Prendre une prompte 
et énergique détermination. 

Chier (Envoyer). Envoyer au 

diable. 

Chier (Faire). Horripiler quel- 
qu'un à force de stupidités. iJot 
à mot : débiter des drogues par- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



95 



lées qui procure le dévoie- 
inenL 

Chier dans la main. Se mon- 
trer très familier. 

Chier du poivre. Rester sourd 
à la demande d'un service ; 
quitter un ami lorsqu'il a be- 
soin de vous. 

Chier sur le mastic. Envoyer 
le travail au diable, — dans le 
jargon du peuple J'en ai assez 
du turbin, je chie sur le mastic, 
à la fin des fins. La variante : 
Chier sur la besogne a en outre 
le sens de s'endormir sur le tra- 
vail, travailler avec noncha- 
lance. 

Chier dessus. Renoncer par 
découragement. Abandonner 
après efi'orts infructueux. 

Chier dans le cassetin aux 
apostrophes. Quitter le métier, 
avoir assez du métier, — dans 
le jargon des typographes. 

Chier de grosses crottes (Ne 
pas). — En présence d'un triste 
repas, d'une maigre chère, on 
dit très vulgairement : Nous ne 
chierons pas de grosses crottes. 

Chier des yeux. Pleurer. 
« Mais patience passe science, il 
ne fautpas tant chier des yeux.» 

{La Comédie des proverbes.) 

Chierie. Grand ennui, déran- 
gement. Quelle chierie \ quel en- 
nui! 

Chieur d'encre. Employé de 
bureau. — Homme de lettres. 

Chiffarde, Chiffonnière. Pipe 
dont le tuyau est cassé presque 
à la naissance du fourneau. 

Chiffarde. Papier timbré, as- 
signation. 

Chiffe (La). Le métier du 



chiffonnier ; c'est chiffon par 
abréviation. — Zig de la chiffe, 
chifferton, chiffonnier. 

Chiffe. Langue, — dans le 
jargon des voyous qui disaient 
autrefois chiffon rouge. — Faire 
crosscr la chiffe, parler. Mot à 
mot : faire sonner la langue ; 
c'était autrefois dans le même 
sens : Balancer le chiffon rouge, 

— Avaler sa chiffe, mourir. 

Chifferlinde. Eau-de-vie, — 
dans le jargon des chiffonniers 
qui disaient autrefois c/ii/fer<on. 

— Boire une chifferlinde, boire 
la goutte. 

Chiffon, Chiffornion, Mou- 
choir. 

Chiffonner, Taquiner amou- 
reusement une femme, la pin- 
cer amoureusement. 

« Et lorsqu'ils sont pochards, ils chiffon- 
nent les bonnes » 
(L. Huart. Ulysse ou les porcs vengés) 

Chiffonnier. Voleur de mou- 
choir, — dans l'ancien argot. 

Chigner. Bouder ; gronder. 

— Chignard,ho\iàQ\ïv, grognon. 

Chigner, Chigner des yeux 

Pleurer. « Ah ! ses largues doi- 
vent joliment chigner desyeux! » 
(Balzac.) 

Chimique. Allumette chimi- 
que. — Briller une chimique au 
f'alzar, allumer une allumette 
contre le pantalon. 

Chiner. Critiquer, se moquer 
de. 

Chiner. Crier dans les rues, 

— dans le jargon des marchands 
d'habits ambulants. Quand ils 
parcourent la ville, au cri de : 
« habits à vendre l » ils chinem, 
ils vont à la chine. 



96 



DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE. 



Chiner. Porter un paquet sur 
le dos ; trimballer de la mar- 
chandise, — dans le jargon des 
marchands ambulants : c'est 
une abréviation de s'échiner. 

Chineur. Marchand d'habits 
ambulant qui va déverser ses 
achats sur le carreau du Temple. 

— Marchand qui va otfrir à do- 
micile des objets souvent volés. 

— Filou qui vole en augmen- 
tant frauduleusement la valeur 
apparente des objets. « LeMont- 
de-Piété n'a guère à se défendre 
que contre deux sortes de filous 
parfaitement catégorisés : les 
chineurs et les piqueurs d'once. 
il ne faut pas croire que cette 
fraude s'arrête aux objets pré- 
cieux ; on chine tout. « (Alaxime 
du Camp, "Revue des Deux-Mon- 
des, 1873 ) Un des procédés du 
chineur consiste à forer les 
chaînes, les bracelets, pour en 
extraire l'or qu'il remplace par 
du cuivre. Les employés du 
Alont-de-Piété ont été, plus d'une 
fois, victimes de ce genre de 
vol. -- Dans le jargon des chif- 
fonniers, un c^meitrest un mar- 
chand, un commerçant quel- 
conque. 

Chinoiser jaspin. Parler ar- 
got. (P. Mahalin, Les Monstres 
de Paris, 1880.) 

Chipe (La). Vol d'un objet de 
peu de valeur. 

Chiquage. Mensonge, bavar- 
dage. — Planche au chiquage, 
confessionnal. 

Chique. Eglise, — dans l'an- 
cien argot des voleurs ; vient de 
l'italien chiésa. 

Chique (Couper la). Couper 
la parole ; svnonyme de couper 
le sifflet. 



Chique (Ça ne vaut pas une). 

Ça ne vaut rien. « Au xiv^ siècle, 
on appelait cMgwe en Dauphiné 
une pièce de monnaie de cette 
province qui était la plus petite 
et avait le moins de valeur . » 
(Gh. Nisard.) Il faut plutôt cher- 
cher l'étymologie dans la chique 
de tabac qui n'est pas d'une 
grande valeur. 

Chique de pain.. Croûton de 
pain. 

Chique (poser sa). Mourir. — 

Se tairo. — Pose ta chique et fais 
le mort. Tais toi et ne bouge 
pas. 

Chiqué. Fait avec chic. — 
S'emploie en parlant des choses : 
un tableau chiqué. 

Chiquer,Chiquer les légumes. 

Manger, — dans le jargon du 
peuple. 

Chiquer. Battre. — Se chiquer, 
s'invectiver, en venir aux mains. 
— Chiquerie, rixe. 

Chiquer, Chiquer comte. Men- 
tir, simuler, — dans le jargon 
des voleurs. Com^eestpour com- 
tois. — Les saltimbanques se 
servent aussi de cette expres- 
sion. 

Chiqueur, Chiqueur de blanc. 

Fainéant ; souteneur de filles. 

Chiqueur. Peintre sculpteur 
qui fait de chic, « Un tas de 
chiqueurs et de chiqueuses font 
de petites ordures. »(Le Tribou- 
let, du 6 juin 1880.)' 

Chirurgie (Etre en). Etre en 
traitement dans un hôpital pour 
une affection chirurgicale. — 
Etre enmédecine, être, en qualité 
de malade, dans le service de 
la médecine, — dans le jargon 
des hôpitaux. 



DICTIONNAIRE d'ARGOT MODERNE. 



97 



Chirurgien envieux. Savetier. 

(A. Delvau.) 

Chislehurstienner. Fêter un 
anniversaire bonapartiste. Vient 
de Cliislehurst, résidence de 
l'ancienne famille impériale. 
« Plusieurs centaines de per- 
sonnes s'étaient réunies aux 
abords de l'église Saint-Augus- 
tin, les unes pour Chislehurstien- 
ner, les autres pour voir Chisle- 
hurstienner. » {Rappel du 18 
août 1877.) 

Chnic. Eau-de-vie. 

Choléra. Zinc, zingueur, — 
dans le jargon des couvreurs. 

Choléra. Viande malsaine, 
viande de qualité inférieure, — 
dans le jargon des bouchers. 
(A. Delvau.) 

Cholette. Ghopine, demi-liti'e. 

Choper. Voler, prendre. — 
Chopin, vol. — Choper une 
boite, arrêter un logement, se 
loger, — dans le jargon des 
voleurs. 

Chopin. Profit, réussite, bonne 
aubaine, — dans le jargon des 
voleurs. 

Chopine en bois. Broo. de bois 
à l'usage des marchands de vin. 

Chopper. Fauter, faire un 
premier faux-pas hors du sen- 
tier de l'honneur, trébucher, — 
en parlant d'une jeune fille. — 
« Ma sœur ne clioppera pas, je 
suis là. ï (Huysmans, Les sœurs 
Vatard.) 

Choquotte (C'est delà). C'est 

très bien, très agréable, d'un 
excellent rapport. Dans le jar- 
gon des chiffonniers chocotte 
signifie « os gras. » {V. Came- 
lotte.) 



« S' mett'e un p'tit brin en ribole 
n Et, dans l'coin d'un caboulot, 
» Genliment s'rincer le goulot 
» Sans o' pendant sortir soûlot, 
» C'est de la choquotte. » 

[La Muse à Bibi.) 

Chose de (Avoir la). Avoir la 
délicatesse de, avoir l'avantage 
de, faire montre d'un bon pro- 
cédé. Et, en abrégeant : Avoir ce- 
lui de. — Avoir quelque chose 
pour quelqu'un, ressentir de 
l'affection pour quelqu'un. — 
Tout chose, embarrassé, pe- 
naud. 

Chose, Machin, Un tel. Terme 

de mépris lorsqu'on ne veut pas 
désigner quelqu'un par son 
nom. — Celui dontle nom nous 
échappe s'appelle aussi Chose, 
Machin. « Comment, Nana, ce 
sont (tes amis, et tu ne sais 
seulement pas comment ils se 
nomment? — Ma foi, non; moi, 
je les appelle toujours: Ohé! 
Machin!... ou bien : Dis donc, 
Chose ! et ils entendent très 
bien. » (Grévin.) 

Chou. Résultat des fouilles 
nasales, — dans le jargon des 
collégiens. 

Chou pour chou (Aller). Suivre 
exactement la copie imprimée. 
(Boutmy, Les Typographes pa- 
risiens.) C'est une réminiscence 
du proverbe : Chou pour chou^ 
AuberviUiers vaut bien Paris. 
« Autrefois le terrain du village 
d' AuberviUiers était presque en- 
tièrement planté de choux qui 
passaient pour meilleurs que 
ceux des autres endroits. De là 
ce proverbe dont on se sert 
pour égaler sous quelque rap- 
' port deux choses dont l'une a 
été trop rabaissée, ou pour si- 
gnifier que chaque chose a une 
qualité qui la rend recomman- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



dable. » (Quitard, Dict. des Pro- 
verbes.) 

Chouchouter. Choyer, dor- 
loter. Le mot est de Balzac et 
n'a guère été employé que par 
lui. « Au lieu de vous chouchou- 
ter, elle vous a fait aller comme 
un valet. » (Balzac, Un Ménage 
de garçon ) 

Chouette. Beau, excellent. 
Chouette, alors ! — très bien 
alors! Femme chouette, belle 
femme. Repas chouette, bon re- 
pas. 

Chouette. Malin. (Le Sublime.) 
— Faire la chouette, jouer à l'é- 
carté, à l'impériale, seul contre 
plusieurs adversaires qui pren- 
nent les cartes à tour de rôle 
et qui parient de concert. 

Chouflik, Chouflique, Chou- 
mak, savetier. « Le chouflik a 
du sang gauloisdans les veines; 
il tient à son indépendance; il 
est né savetier, il mourra sa- 
vetier... jamais cordonnier.» 
[Petit Journal pour rire.) 

Choufliquer. Faire mal un 
ouvrage. Mot à mot : travailler 
comme un chouflique, un save- 
tier. — En terme de journa- 
liste, c'est introduire beaucoup 
de blanc, de remplissage, de ré- 
jouissance dans le corps d'un 
article. 

Chouia-Chouia. Comme ci, 
comme ça ; tout doucement, — 
Aller son bonhomme de che- 
min, chouia-chouia, — dans le 
jargon des soldats retour d'Afri- 
que. 

Choula. Synagogue, temple 
israélite. 

Chourin. Couteau; pour surin. 

Chouriner. Frapper à coups 
de couteau. 



Chourineur. Tueur de chevaux 
— dans l'ancien argot. Celui 
qui se sert du chourin. Type 
d'un des principaux personna- 
ges des Mystères de Paris. 

« Ainsi ce boucanier, ainsi ce chourineur 
)' A fait d'un jour d'orgueil un jour de 
[déshonneur. » 
(V. Hugo, Châtiments.) 

Choux (Etre daus les). Ne pas 
avoir accompli la tâche qu'un 
typographe est tenu de faire 
dans un temps donné, être en 
retard dans son travail. 

Chuter. Pour une demoiselle, 
c'est tomber... dans les bras d'un 
amoureux. 

Chyle (Se refaire le). Faire 
un bon dîner. « Quand il dîne 
au restaurant, l'ouvrier dit qu'il 
va se refaire le chyle. »(Léo Les- 
pès, Paris dans un fauteuil.) 

Cibiche. Cigarette, — dans le 
jargon des voyous. Mot dont on 
n'a conservé que la première 
syllabe. 

Ciel, mon mari ! « Les actrices 
de cette dernière catégorie(celles 
que les entreteneurs mettent au 
théâtre) ont reçu une dénomi- 
nation particulière. On les ap- 
pelle, dans l'argot des coulisses, 
des «ciel, mon mari! » Leurrôle 
se borne généralement à pro- 
noncer cette phrase tradition- 
nelle, avec un chapeau de satin 
et une robe de velours épingle, 
lorsqu'elles voient paraître par 
la porte du fond l'acteur qui est 
censé les prendre en flagrant 
délit d'infidélité. » (Paris-actri- 
ce, iS^^.) 

Cierge. Sergent de ville en 
faction dans la rue, — dans le 
jargon des voyous. 

Cierge est éteint à Saint- Jean 
de Belleville (Le). Les ouvriers 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



qui habitent Belleville se servent 
de cette expression lorsqu'en 
jouant aux cartes ils n'ont pas 
d'as dans leur jeu. — Pour en 
avoir, il faut faire brûler un 
cierge à saint Jean -Baptiste. 
{Le Sublime.) 

Cig. Apocope de cigale qui, 
dans le jargon des voleurs, a la 
signification de pièce d'or, pièce 
de vingt francs. « Entends-tu 6a- 
biller les cig chez le balanceur de 
braise ? entends-tu sonneries piè- 
ces de vingt francs chez le chan- 
geur? 

Cigale. Chanteuse ambulante. 

Cigogne. — Palais de justice. 
Ainsi nommé par les voleurs 
par allusion à la flèche de la 
Sainte-Chapelle. 

Cinq centimados, Cinq centi- 
madorès. Cigare de cinq centi- 
mes. « Un cinq centimados ! c'est 
bien la peine de le suivre une 
demi-heure !... Filou, va... et ça 
fait le gentilhomme!» (Dénoue 
et Damourette, Croquis -pari- 
siens.) 

Cinq et trois font huit. Boi- 
teux. 

Cinquième. Cinquième partie 
du litre, l'équivalent d'un ca- 
non. Par altération, cintiême est 
beaucoup plus usité. — « On 
étoutfe tranquillement un cin- 
tiême. » (L'art de se conduire 
daiis la soc. des pauvres bougres.) 

Cinquième rêne. Crinière de 
cheval. — Attraper la cinquième 
rêne, attraper la crinière de 
peur de tomber quand un che- 
val se cabre ou trotte trop dur, 
— dans le jargon des soldats de 
cavalerie. 

Cintrer. Tenir. Etre cintréy 



99 

être maintenu, être dans l'im- 
possibilité de bouger. 

Cipal. Municipal, soldat do la 
garde municipale, aujourd'hui 
garde républicaine. 

Cire (Vol à la). Ce vol était cul- 
tivé avec un certain succès dans 
les restaurants de premier or- 
dre, avant l'invention du ruolz. 
Un voleur s'attablait, escamotait 
un ou deux couverts d'argent, 
les collait sous la table au moyen 
d'un emplâtre de poix ou de 
cire, et un compère était char- 
gé de verdir les recueillir. De- 
puis, le même procédé s'est re- 
nouvelé, avec une variante, dans 
les établissements où le ruolz 
n'avait pas encore remplacé 
l'argenterie. Les filous se char- 
geaient de la substitution. Au- 
jourd'hui que tous les restau- 
rants emploient le ruolz, ces 
aimables industriels ont dû cher- 
cher autre chose. Ils n'ont pas 
été loin. Ils emportent le ruolz. 

Cire aux yeux (Avoir de la). 

Ne pas être clairvoyant, pers- 
picace. — « Mais n'ayant pas de 
la cire aux yeux, il continua 
simplement à voir clair » (Cla- 
àaX.Ompdr ailles, Le Tombeaudes 
lutteurs, 1879.) 

Ciré Nègre, — dans le jargon 
du peuple. 

Cirer en fourrier (Se). Frotter 
ses souliers entre les planches 
de son lit et sa paillasse, afin de 
leur donner une apparence de 
propreté, — dans l'argot du ré- 
giment. (Bernadille, Le Fran- 
çais.) 

Ciseaux (Rédacteur aux) . 

Journaliste chargé du décou- 
page des journaux. C'est celui 
qui prend aux auti'es feuilles, 



100 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



en les citant ou ne les citant 
pas, ce qu'il y trouve de plus 
saillant, de plus en rapport avec 
la nuance de son journal. — 
«Messieurs, disait un rédacteur 
en chef à ses collaborateurs, 
vous êtes tous les mêmes, vous 
ne lisez du journal que ce que 
vous faites. — Pas toujours, ré- 
ponditun des interpellés, quand 
nous coupons, nous ne lisons 
jamais. » 

Citron. Tête, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Citrouillard. Dragon, par al- 
lusion à la couleur de la tuni- 
que. 

Civade. Avoine, — dans le 
jargon des maquignons; vient 
du provençal civade. 

Clafot. Jeu de Colin-Maillard, 

— dans le jargon des enfants. 

Clair. Œilj — dans le jargon 
des voleurs. — Souffler ses clairs, 
dormir. 

Clapoter. Chavirer, — dans 
le jargon des canotiers de la 
Seine; et par altération cra- 
pauter. 

Clapoter. Manger, — dans le 
jargon des voyous. 

Claque (Mecdela). Claqueur, 

— dans le jargon des voyous. 

Claque, Claquedent. Maison de 
tolérance, — dans le jargon des 
voleurs. — Dans le jargoa des 
voyous, claque s'entend par ex- 
tension d'une fille de maison 
publique ; ils disent également : 
les gonzesscs de la claque. «Quand 
les gonzcsses de la claque vont à 
Montretout^ily a toujours du ra- 
biot pourSaint-Lago. Quand les 
filles de maison passent à la vi- 



site, il y a toujours du profit 
pour St-Lazare. » — Claquedent 
se prend encore dans le sens de 
mauvais lieu quelconque, caba- 
ret borgne ou tripot. « Si 
parmi les joueurs, quelques 
honnêtes gens s'étaient four- 
voyés, tous, du moins, fréquen- 
taient le claquedent pour des 
motifs plus ou moins avouables.» 
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) 

Claque (En [avoir sa). En avoir 
sa charge; en avoir assez. 

Claquer. Mourir. 

Claquer. Manger; et claquer 
des bajouettes, — dans le jargon 
des blanchisseuses. 

Claquer. Dépenser. — ^voir 
tout claqué^ avoir tout dépensé. 

Claquette. Bavard. 

Clarinette, Clarinette de six 
pieds. Fusil d'infanterie. — 
Jouer de la clarinette, se battre 
à coups de fusil, — dans le jar- 
gon des troupiers. « Nous allons 
être obligés de jouer un trio de 
clarinette. » (A. Camus.) 

Classe dirigeant (Un). C'est- 
à-dire une personne apparte- 
nant aux classes qui ont la pré- 
tention de diriger les autres, 
l'opposé du prolétariat. 

« V'ià r carêm' : le class' dirigeant, 
» Qu'est él'védans les « bons principes», 
» Va fair' pénitence en n' mangeant 
» Plus d' pieds d' cochon truffés ni d' tri- 
[pes. » 
aa Petite Lune, i^9.) 

Classe (Etre de la). N'avoir 
plus qu'une année de service à 
faire, — dans le jargon des 
troupiers. (Bernadille.) — Ohé! 
la classe, viens-tupayer un dur? 

Claude. Imbécile, — dans le 
Jargon des voyous. 

Clémentine. Petite calotte de 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



101 



velours ou de drap qui ne cou- 
vre que le sommet de la tête. 

Cliabeau. Médecin, — dans le 
jargon des filles en traitement 
à Saint-Lazare. C'est-à-direbeau 
client, par corruption et par 
ironie. 

Cliclie. Diarrhée. — Avoir la 
cliché. Le petit viu d'Argenteuil 
donne la cliché. 

Cliché (Sortir son). Se répé- 
ter sans cesse , rabâcher la 
même histoire, donner toujours 
le même prétexte lorsque le 
prote fait une observation, — 
dans le jargon des typogra- 
phes. 

Clichy (Aller à). Avoir le dé- 
voiement. — Jeu de mots sur 
cliché et le village de Clichy. 

Client. Individu ; individu 
volé ou exploité. — Dans le 
jargon des voleurs, des filles 
et des souteneurs, le mot client 
a remplacé le mot « pante. » 

Clignette. Jeu de cligne-mu- 
sette, — dans le jargon des en- 
fants. — Jouer à la clignette. 

Cliquettes. Yeux, — dans le 
jargon des bouchers. 

Cloche de bois (Déménage- 
ment à la). Déménagement 
furtif. — Déménager à la cloche 
de bois, déménager sans bruit 
et sans payer. — « Pendant ces 
vingt ans, il a déménagé à la 
cloche de bois, c'est-à-dire qu'il 
est sorti de ses diverses rési- 
dences sans acquitter le prix 
de son terme. » (Maxime Parr.) 

Cloporte. Portier. Jeu de 
mots : celui qui clôt la porte. 

Cloque. Crcpitus ventris. Clo- 
quer, sacrifier au petit crepitus, 
— dans l'argot des barrières. 



— Lâcher une cloque renversante. 
Clou. Mont-de-Piété. —Mot 
emprunté par le peuple au jar- 
gon du régiment où clou signi- 
fie prison. Le Mont-de-Piété est 
la prison aux bardes. — Hos- 
pice des Enfants-Trouvés. 

Clou. Prison, — dans le jar- 
gon des troupiers. — « Vous y 
êtes pour deux jours de clou. » 
(Randon, Croquis militaires.) 

Clou. Ouvrier qui travaille 
mal. 

Clou. Baïonnette, — dans le 
jargon des soldats. 

Clou. Objet détérioré ou de 
peu de valeur, — dans le jargon 
des marchands de bric-à-brac. 
Pousser des clous, mettre des 
enchères sur des objets sans va- 
leur. 

Clou. Scène à effet, scène ca- 
pitale, scène où les auteurs 
comptent accrocher le succès, 
- dans le jargon du théâtre. 
« Je lui ai donné la réplique et 
nous avons répété* sa grande 
scène du deux!... c'est le clou 
de la pièce. » (Figaro du 6 juil- 
let 1878.) 

Clous. Outils de graveur sur 
bois. 

Clous (Petits). Caractères 
d'imprimerie. Lever les petits 
clous, c'est être typographe-pa- 
quetier. (Boutmy.) 

Clous, Têtes de clou. Carac- 
tères d'imprimerie très vieux, 
hors d'usage. — En terme de 
typographie , on dit d'un ou- 
vrage mal imprimé : c'est im- 
primé avec des tètes de clou. — 
(' Ce ]<apier, jauni parle temps, 
était de ceux dits à chandelle, 
dont eu se sert pour imprimer 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



102 

— à renfort de têtes de clou 

— ces canards qui...» (P. Maha- 
lin , Les Monstres de Paris , 
1880.) 

Clubbable. « L'Anglais est le 
seul peuple véritablement club- 
bahle, c'est-à-dire fait pour la 
vie du club. » (Ed. ïexier, Les 
Choses du temps présent.) 

Coaguler (Se). Se griser, bre- 
douiller par suite d'ivresse. 
« M. Lebon, à force de boire, 
parvint à se coaguler. » [La 
Mystification, 1838.) 

Cocarde. Tête. — Excès de 
boisson. Avoir sa cocarde, être 
ivre. L'homme qui a sa cocarde 
en est à la gaieté bachique. Se 
pousser une cocarde soignée. 

Cocarder (Se). Se griser. 

Cocardier. « Le commandant 
du bataillon était ce que les 
troupiers appellent un coca7'- 
dier, c'est-à-dire qu'il mettait 
une importance extrême à ce 
que ses hommes brillassent par 
leur tenue soignée et sévère. » 
(Louis Noir-, Souvenirs d'un 
zouave.) Le maréchal de (ias- 
tellane, qui prenait son bain, 
ayant, sur une chaise à côté de 
lui, le grand cordon de la légion 
d'honneur, est resté comme le 
type le plus réussi du cocardier. 

Cochemar. Cocher ; forma- 
tion argotique par la terminai- 
son mar. 

Cochon. Avare. — « C'est un 
cochon )), dit une femme en 
parlant d'un homme dont elle 
a à se plaindre sous le rapport 
de la générosité. 

Cochon. Libre dans ses pro- 
pos, raffiné en lubricité. — Elle 
n'est pas jolie, jolie, mais elle est 
ti cochonne. 



Cochon (Gros). Homme gros 
et bouffi de graisse, bien rente 
et sans souci. « A bas les Bour- 
bons, et ce gros cochon de 
Louis XVIII ! » (V. Hugo, Les 
Misérables.) 

Cochon (Costume). Costume 
dont l'indécence voulue doit 
exciter les désirs des amateurs. 
Les costumes des féeries sont 
d'autant plus réussis qu'ils sont 
plus cochons. 

Cochon malade. Personne 
malpropre et malsaine. 

Cochon (Soigner son). Soi- 
gner son corps sous le rapport 
de la nourriture. 

Cochonnaille, Cochonnaille- 
rie. Charcuterie, la base de la 
cuisine des pauvres gens 

Cochonnerie. Ratatouille. Ali- 
ments de mauvaise qualité, sa- 
lement préparés et mal servis. 
— Dire des cochonneries, tenir 
des propos très libres. — Faire 
des cochonneries, passer des pa- 
roles à l'action. 

Coco. Tête; allusion défor- 
me. Se monter le coco, s'illusion- 
ner, se monter la tête. 

Coco. Individu , particulier. 
Ne s'emploie guère qu'accolé 
au mot joli, dans un sens iro- 
nique : C'est un joli coco. 

Coco. Pour eau-de-vie, avait 
déjà cours au siècle dernier. 
« Elle lui fit payer du coco, o 
(Cabinet satirique.) — Aujour- 
d'hui on entend par coco, de la 
mauvaise eau-de-vie, de l'eau- 
de-vie fortement additionnée 
d'eau. — Marchand de coco , 
marchand de vin. Allusion à 
l'eau que le débitant met dans 
le vin et lés liqueurs. 



DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE. 



103 



Coco. Gosier. — Se passer 
quelque chose par le coco, man- 
ger, boire. 

Cocons. Camarade de pre- 
mière année à l'Ecole polytech- 
nique. Mot à mot : co-cons- 
crit. (L. Larcliey.) 

Cocodès. Variété du Petit- 
Crevé et variante de Coco. 

Cocodète. Femelle du Cocodès. 
Les cocodètes sont, en général, 
des femmes du monde de la 
bourgeoisie, affectant une toi- 
lette et des goûts incompatibles 
avec leur modeste position. Une 
véritable grande dame, si ex- 
centrique qu'elle soit dans sa 
toilette, ne sera jamais une co- 
codète. Il y a des cocodètes 
parfaitement honnêtes. Ne pas 
le paraître, voilà leur rêve. 

Cocotte. Dans le monde ga- 
lant, la cocotte tient sa place 
entre la femme entretenue et 
la prostituée. Elle forme en 
quelque sorte le parti juste-mi- 
lieu, le centre de ce monde. 
La cocotte aime à singer les 
allures de la femme honnête, 
mariée , malheureuse en mé- 
nage, ou veuve, ou séparée de 
son mari, ou à la veille de plai- 
der en séparation. Toute cette 
petite comédie, elle la joue jus- 
qu'au dernier acte, pourvu que 
le dénouement y gagne ou, plu- 
tôt, pourvu qu'elle gagne au dé- 
nouement. — Le mot cocotte 
n'est pas nouveau, il est renou- 
velé de i789. {Cahier de plain- 
tes et doléances.) 

Cocottes (Faiie des). Se li- 
vrer en chantant k des lîoritu- 
res improvisées. 

Cocu. Mari trompé ; source 
4j4'é.tern elles plaisanteries. Bien 



que le mot soit absolument 
français , puisqu'on le trouve 
dans tous les bons auteurs du 
xvii« siècle, chez madame de 
Sévigné comme chez Molière et 
chez La Fontaine, quile tenaient 
de leurs devanciers, nous n'a- 
vons pas hésité à lui donner 
l'hospitalité dans le but de re- 
lever une erreur d'étymologie. 
Sur l'autorité de Pline, on pré- 
tend que le mot cocu répond à 
une allusion au coucou, lequel 
est réputé pour toujours pon- 
dre dans le nid d'autrui. C'est 
une erreur. Cocu, qui devrait 
s'écrire co-cu,est formé de deux 
syllabes co pour cum. Le cocu 
est un homme qui a un ou 
plusieurs coadjuteurs à l'œuvre 
matrimoniale, un ou plusieurs 
confrères qui travaillentle môme 
champ, champ désigné par la 
dernière syllabe du mot. De là 
cocu. L'art de faire des cocus 
remonte à l'origine du monde, 
si loin que le premier homme 
a été cocu par un serpent. Pour- 
quoi par un serpent? Parce 
(|u'à ce moment il n'y avait pas 
un second homme dans l'uni- 
vers, s'il faut s'en rapporter à 
la Bible. — M. H. de Kock a 
écrit l'histoire des Cocus célè- 
bres. 

Gocuage. « Le cocuage pour- 
suivi par les lois, réprouvé par 
la morale, toléré par la bonne 
compagnie, est si profondément 
entré dans nos mœurs qu'il est 
devenu presque une institu- 
tion. » (Paris un de plus.) Des 
maris indignes de ce nom n'ont 
pas craint de dire du cocuage, 
dans un accès de cynisme, qu'il 
est comme les dents, qui com- 
mencent à vous faire souffrir 
quand elles poussent, et qui, par 



104 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



la suite, vous aident à manger. 

Cocufier. — Tromper son 
mari, tromper un mari. « On 
est tellement trompé dans la 
vie, disait une dame, qu'on ne 
sait plus à qui se cocufier. n 

Cœur d'amadou. « Prompt à 
prendre feu au moindre con- 
tact, cœur impressionnable que 
la plus légère étincelle embra- 
se. » (J. Duflot, Dict. d'amour, 
1846.) 

Cœur d'artichaut. Se dit d'un 
homme qui aime indistincte- 
ment toutes les femmes. {Idem, 
ibid.) On dit proverbialement : 
cet homme a un cœur d'arti- 
chaut, il en offre une feuille à 
chaque femme. 

Cœur sur du carreau (Mettre 
du). Vomir. — Jeu de mots : 
c'est rendre à force d'efforts 
son cœur sur le parquet (car- 
reau.) 

Coffin. Table volante pour le 
travail, — dans le jargon des 
élèves de l'école polytechnique ; 
nom donné en souvenir du gé- 
néral C-offinières. 

Coffre. Estomac. — Se garnir, 
se remplir le coffre, manger. 

Coffre à beurre. Tête. 

Coffre-fort. Voiture cellulaire, 
— dans le jargon des voleurs; 
autrefois pâmer à salade. En fer 
comme un coffre-fort, elle cof- 
fre fortement les voleurs diri- 
gés sur le dépôt de la préfec- 
ture de police. 

Cogne, Cognac. Agent de po- 
lice, — dans le jargon des vo- 
leurs ; et Cognard, gendarme. 

Cogne. Cognac. — Prendre un 
petit cogne, histoire de se rincer 



la dent, prendre un petit verre 
de cognac, pour se rafraîchir la 
bouche. « Viens pitancher un 
verre de cogne! » (Huysmans, 
Marthe.) 

Cogner. Donner des coups. 

— Tais-toi ou je cogne. — Co- 
yner dur, frapper fort. 

Coin sans i. Imbécile. — 
D'autres ne prononcent mcme 
pas Yi. — « Espèce de c... bête 
comme un c. » 

Col (Se pousser du). Porter 
un col de chemise haut, bien 
blanc et bien empesé. — Au 
figuré, c'est énumérer les qua- 
lités qu'on croit avoir, c'est les 
faire ressortir comme si on les 
exhibait du col de la chemise 
que la main tire en haut. 

Colabre, Colas. Cou. Hafraî- 
chir colas, guillotiner. — Aller 
faire rafraîchir colas, sortir de 
prison pour monter sur l'écha- 
faud. 

Collage. Union illégitime de 
vieille date. 

Collant, Collante. Homme, 
femme dont on ne peut se dé- 
barrasser facilement, qui s'at- 
tache à vous comme de la colle. 

— Dans l'antiquité, Phèdre a 
été un beau modèle de femme 
collante. 

Collant. Pantalon collant. Le 
collant a contribué au succès de 
bien des acteurs auprès des 
femmes sensibles qui jugent du 
fond sur la forme. — « Est-ce 
là, oui ou non, le triomphe du 
fascinateur des femmes, la vé- 
ritable ovation de l'homme qui 
a su exploiter à son profit le 
fanatisme du beau sexe pour le 
collant? » (Paris-Faublas.) 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



105 



Gollardé. Prisonnier ; c'est 
une variante de collé. Mastroque 
des collardéSj cantine de prison. 

Collationner les textes. Sa- 
crifier à Vénus, — dans le jar- 
gon des savants. 

Colle. Mensonge. Au xvii® siè- 
cle, on disait ficher la colle pour 
conter des mensonges. On dit 
aujourd'hui fiche?' une colle. • 

Colle. Examen préparatoire, 
— dans le jargon des écoles. 

Collé un gosse (Avoir). — 
Dans le jargon des voyous, — 
c'est avoir rendu une femme 
enceinte. 

Collège. L'ancien bagne, — 
dans l'ancien argot. 

Coller. Dans une controverse, 
c'est embarrasser son interlo- 
cuteur jusqu'au mutisme. — 
Dans un examen scolaire, c'est 
convaincre un élève d'ignoran- 
ce. — Coller sous bande, mettre 
dans un grand embarras; ex- 
pression empruntée aux joueurs 
de billard. 

Coller. Donner; coller une 
danse, donner des coups. Coller 
du carme, donner de l'argent. 
Collerunpaing, donner un souf- 
flet. 

Coller. Mettre; coller au 6/oc, 
mettre en prison. Coller son 
ognon au clou, mettre sa montre 
au Mont-de-Piété. 

Coller. Raconter; coller des 
blagues, raconter des menson- 
ges. 

Coller. Confisquer, — dans 
le jargon des collégiens. « Le 
pion m'a collé ma traduction 
d'Homère. » (Albanès.) — Met- 
tre en retenue, — dans le même 



jargon. — Je suis collé pour di- 
manche. 

Coller (Se). Arriver à vivre en 
état de concubinage. 

Coller (Se). Absorber, avaler. 
« J'ai pris du Tokai... à six 
francs la bouteille : je m'en suis 
collé deux. » (E. Labiche et Ph. 
Gille , Les Trente millions de 
Gladiator.) — a Colle-toi ça dans 
le fusil. » (V. Hugo.) 

Coller un rassis (Se). Faire 
de la peine au docteur Tissot, 
— dans le jargon des collégiens. 

Colleur. Examinateur dans 
une institution. 

Collier. Cravate. Le collier de 
chanvre désignait autrefois la 
corde de justice. 

Colo. Colonel; par apocope. 

Colombe. Dame d'un jeu de 

cartes. Quatorze de colombes, 
quatorze de dames. 

Colombes- les- Mouches. Le 

village de Colombes ; ainsi sur- 
nommé à cause du grand nom- 
bre de mouches qui l'assiègent. 

Colonne (Faire sa). Faire le 
fier, se redresser avec orgueil. 
Mot à mot : faire sa colonne 
Vendôme. — « T'as pas bientôt 
fini de faire ta colonne Vendô- 
me! » (P.MahaUn, Les Monstres 
de Paris.) 

Colonne (Avoir chié la). Etre 
très malin, très adroit dans son 
métier, — jargon des ouvriers du 
fer. — C'est pas toi qu'a chié la 
colonne, gros malin. — ISon, c'est 
ta sœur! 

Colonne (Se polir la). Se li- 
vrer au culte d'Onan. 

Coloquinte . Tête. — Coloquinte 
défraîchie, tête de vieux. 



106 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



Coltiger. Arrêter, — dans 
l'ancien argot. 

Coltin. Vigueur corporelle. — 
Fort de la halle. 

Coltiner. Faire un métier de 
cheval en tirant sur la bricole 
d'une charrette à bras; et, par 
extension, faire de gros ouvra- 
ges. 

Coltineur, Coltineuse. Celui, 
celle qui s'attelle à une char- 
rette. — Marchand des quatre- 
saisons. — Ouvrier qu'on em- 
ploie à de gros ouvrages. 

Combergeante. Confession. — 
Comberge, confessionnal. 

Comberger. Compter, — dans 
le jargon des voleurs. 

Combre. Chapeau. C'est le 
sombrero espagnol avec chan- 
gement de la première lettre et 
l'apocope si fréquente en argot. 
Et par corruption, combe. 

Combrier. ChapeUer. 

Comédie (Etre à la). Chômer, 
— dans le jargon des ouvriers. 

Comestaux. Comestibles. Tout 
ce qui se vend à la cantine des 
prisons est connu sous le nom 
de comestaux, le fromage aussi 
bien que le saucisson. Se pous- 
ser deux ou trois comestaux, 
manger deux ou trois objets de 
consommation. Il y a des comes- 
taux depuis un jusqu'à trois pé- 
tards. 

Comète. Individu réputé 
pour porter la déveine au 
joueur derrière lequel ou à 
côté duquel il se place pendant 
une partie. La comète ne joue 
pas, elle regarde. Il y a des 
joueurs qui, voyant à leurs côtés 
une comète, quittent illico la 
table. 



Commander à cuire. Envoyer 
à l'échafaud. (A. Delvau.) 

Commandite. « Association 
d'ouvriers pour la composition 
d'un travail quelconque. Los 
grands journaux de Paris sont, 
à peu d'exception près, tous 
faits en commandite. Les ou- 
vriers élisent leur metteur en 
pages et se partagent chaque 
semaine la somme qui leur re- 
vient d'après le tarif, en faisant 
toutefois un léger avantage au 
metteur. » (Boutmy.) 

Comme if. Comme il faut, 
distingué, — dans le jargon des 
ouvriers. Tas rien l'air comme 
if' 

Comme s'il en pleuvait. Beau- 
coup, à foison. — Verser du 
Champagne comme s'il en pleu- 
vait. La variante est : Gomme si 
ça ne coûtait rien. 

Commettre le péché. Mot à 

mot commettre le péché de la 
chair. « Il était naturel que le 
voisinage du Val d'Amour de 
Glatigny fût envahi de préfé- 
rence (xui® siècle) par les ri- 
baudes, qui y allaient commet- 
tre le péché, suivant les termes 
des anciens édits. » (Pierre Du- 
four, Hist. de la prostitution, 
1852.) 

Commissaire. Petit broc de 
vin. S'arrêter pour dire deux 
mots au commissaire, entrer chez 
le marchand de vin. 

Commissaire du quartier. Ad- 
judant sous-officier, — dans le 
jargon des troupiers. 

Commode. Cheminée, — dans 
l'argot des voleurs qui se ser- 
vent de l'âtre comme d'une 
commode. 



DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE. 



107 



Commode (Remuer la). Chan- 
ter. — dans le jargon du peu- 
ple. Pourrappelerironiquement 
le bruit désagréable produit par 
un meuble qu'ion change de 
plate. En v'ià un qui vous bas- 
sine, à remuer la commode ses dix 
heures par jour ! 

Communard, Communarde. 
Affihé, affiliée à la Commune. 
Partisan de la Commune en 
1871. «Donc M. Viollet-Le-Duc, 
l'architecte devenu communard, 
a été chargé de faire un plan 
d'amusement. » (Paul de Cassa- 
gnac, Pays du 21 mai 1878.) 

Commune (Faire une). Es- 

sayer d'atténuer l'effet d'une ■ 
mauvaise opération. Ex. : ache- 
ter 100 obligations turques à 60 | 
francs, quand on en a 200, qui j 
vous reviennent à 150 francs, j 
— dans le jargon de la Bourse. 

Compas dans l'œil (Avoir le). 
Avoir le coup d'oeil juste. 

Compas (Ouvrir le). Faire de 
grandes enjambées. — Fermer 
le compas, s'arrêter. Un des 
types d'avare de ce siècle ou- 
vrait toujours démesurément le 
compas. Cet esprit observateur 
avait remarqué que les grandes 
enjambées usent moins les cu- 
lottes. 

Complet. Vêtement complet, 
c'est-à-dire veston, gilet et pan- 
talon levés sur la môme pièce. 
« 11 se sent plus à l'aise sous sa 
veste blanche que sous les com- 
plets que lui expédient les bons 
faiseurs de Londres. » {Figaro, 
d" 11 déc. 1878.) 

comprendre (La). Voler. Mot 
à mot : comprendre la vie de 
voleur. 

Compte. Comptoir de mar- 



chand de vin. Prendre un canon 
sur le compte. 

Comte de caruche. -eôlier. 
— Comte de castu, infirmier, — 
dans l'ancien argot. 

Comtoi, Batteur de comtois. 
Compère ; et par abréviation 
comte, com. Sous ce nom « sont 
désignés les compères que cha- 
que baraque entretient au pied 
de l'escalier pour animer le leu 
et entretenir la partie. On lc3 
reconnaît à la carrure de leurs 
poitrines, au balancement des 
épaules, à l'éraillure de la 
voix. » (J. Vallès.) 

Gonasse. Femme stupide. — 
Les filles de maison appliquent 
cette épithète aux femmes hon- 
nêtes aussi bien qu'aux filles 
insoumises qui, d'après ces 
cloîtrées de la prostitution, ne 
comprennent pas mieux leurs 
intérêts les unes que les autres. 
Pour elles, hors de la maison» 
pas de salut, pas d'esprit de 
conduite. « Devant les étrangers 
et surtout devant des jeunes 
gens ou des hommes à conver- 
sation libre et plaisante, elles 
(les filles publiques) vantent 
leur savoir-faire, elles repro- 
chent à leurs camarades leur 
impéritie, et leur donnent ains' 
le nom de conasse, expression 
par laquelle elles désignent or- 
dinairement une femme hon- 
nête. » (Parent-Duchatelet, De 
la Prostitution.) 

Concierge. Nom que donne 
à son passe-partout Touvrier 
qui loge dans une maison où il 
a la chance de ne pas avoir de 
portier. 

Concubin. Celui qui vit avec 
une femme sans être marié avec 
elle. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



108 

Concubiner. Vivre en état de 
concubinage. « Lui qui concu- 
binait avec une servante dans 
sa propre maison. » (J. Barbey 
d'Aurevilly, Les Diaboliques, 
1874.) 

Condé. Jeu autorisé sur la voie 
publique. — L'autorisation elle- 
môme. C'est une déformation 
de congé, permission. Par ex- 
tension se dit de ceux qui oc- 
troient les permis de stationne- 
ment sur la voie publique, tels 
que maires, adjoints, préfets. 

Condé. Maire. — Demi-condé, 
adjoint. — Grand-condé, préfet 
de police. 

Condition. Maison, — dans 
le jargon des voleurs. Faire une 
co?idi<zon, voler dansunemaison. 
Mot emprunté au jargon des do- 
mestiques qui disent être en con- 
rf^ï^on,pour être placé dans une 
maison. 

Conditions (Dans les). C'est- 
à-dire, dans de bonnes condi- 
tions, comme il convient. Ce qui 
semble bon ou bien fait est 
dajîs les conditions. {Jargon du 
peuple). 

Conduite de Grenoble. Ce fut 

primitivement un terme de 
compagnonnage. — Cette con- 
duite se fait dans une société à 
un de ses membres qui a volé 
ou escroqué. — « J'ai vu au mi- 
lieu d'une grande salle peuplée 
de compagnons un des leurs à 
genoux; tous les autres compa- 
gnons buvaient du vin à l'exé- 
cration des voleurs ; celui-là bu- 
vait de l'eau ; et quand son es- 
tomac n'en pouvait plus recevoir, 
on la lui jetait sur le visage. Puis 
on brisa le verre dans lequel 
il avaitbu, on brûla ses couleurs 



à ses yeux; le rcMeur lefitlever, 
le prit par la main et le pro- 
mena autour de la salle; chaque 
membre de la société lui donna 
un léger soufflet ; enfin la porte 
fut ouverte, il fut renvoyé, et 
quand il sortit, il y eut un pied 
qui le toucha au derrière. Cet 
homme avait volé. » (Agricol 
PerdigLiier, Du Compagnonnage). 

Conduite de Grenoble (Faire 
la). Econduire. Accompagner un 
orateur, un personnage politi- 
que en le couvrant de huées. 
Réminiscence du terme de com- 
pagnonnage expliqué plus haut. 

Conduite en règle. « Quand un 
compagnon aimé quitte une 
ville, on lui fait la conduite en 
règle, c'est-à-dire que tous les 
membres de la société l'accom- 
pagnent avec un certain ordre.» 
{Almanach des métiers, 1852.) 
C'est l'opposé de la conduite de 
Grenoble. 

Conduite (Acheter une). Me- 
ner une conduiteplus régulière. 

Conférencier. Individu qui 
parle sur un sujet quelconque, 
devant un pubHc quelconque, 
dans une salle quelconque. Lors- 
que le conférencier est une 
dame, alors c'est une conféren- 
cière. Ordinairement elle parle 
en faveur de la revendication 
des droits de lafemmeet s'étend 
longuement sur le chapitre des 
mœurs publiques : La Roche- 
foucauld en jupon. Vulgaire- 
ment on appelle le mâle et la 
femelle « des endormeurs en 
boite. » 

Conférencier. Faire des con- 
férences. Parler devant un pu- 
blic plus ou moins nombreux 
de ce qu'on n'a eu ni le temps, 



I 



DlCTiONNAïaE D ARGOT MODERNE. 

ni la patience, ni la force d'é 



109 



crire pour un journal. 

Confessionnal à deux roues 
de Chaiiût Casse-Bras. Surnom 
que le peuple de Paris avait 
donné à la charrette du bour- 
reau (1750). 

Confirmer Souftleter. 

Confiture d'abricot. Sécrétion 
des oreilles, — dans le jargon 
des collégiens qui ne rêvent que 
confiture. 

Confortable. Maillot rembour- 
ré. « Décidément, pas plus tard 
que demain, je m'oil're un petit 
confortable. » (Grévin, Au Théâ- 
tre.) 

Confrère de la lune. Mari 
trompé avant, pendant et après. 

Coniller. Chercher des pré- 
textes pour se soustraire à un 
danger, ou pour éviter la société 
des gens ennuyeux. 

Conjungo. Mariage. « A cela 
près, hâtez le covjimgo. (Pois- 
son.) 

Connais (Je la). Mot à mot : 
je connais ce que vous me ra- 
contez. Cherche-t-on à en impo- 
ser à quelqu'un qui est au cou- 
rant des manœuvres parisiennes, 
il ne manquera pas de répon- 
dre : Celle-là je la connais^ il ne 
faut pas me la faire, c'est moi 
qui l'ai inventée. 

Connaissance. Amant, maî- 
tresse; fiancé, fiancée, — dans 
le jargon des ouvriers, des mi- 
litaires et des bonnes d'enfants. 
« T'nez M'sieu, j'aime mieux 
vous r dire tout d' suite, j'ai 
z'une connaissance. » (Grévin.) 

Connaître (La). Etre au cou- 
rant de, au l'ait de. Les anciens 



durégiment disent proverbiale- 
ment : « Il ne suffit pas de la 
connaître, il faut la pratiquer. » 
Primitivement l'expression si- 
gnifiait : connaître la théorie ; 
par la suite on a abrégé et on a 
dit : la comiaître. Le mot a pris 
de l'extension et s'applique à 
beaucoup d'autres choses. 

Connaître le menu. Pour les 
gourmets, c'est se réserver pour 
les meilleurs plats; pour les 
vieux libertins, c'est avoir pris 
au moins une collation servie 
par l'amour chez madame ou 
mademoiselle une telle. 

Connobre. Connaître, recon- 
naître, — dans le jargon des 
voleurs. 

Conquête. Triomphe de l'a- 
mour, d'homme à femme. — 
Triomphe de l'argent, de femme 
à homme. Faire des conquêtes ^ 
séduire un certain nombre de 
femmes, être aimé du beau sexe, 
lui plaire. 

Conscience. Ventre, estomac. 
Se mettre un verre de vin sur la 
conscience, ingurgiter un verre 
de vin. 

« Puis quand il eut mis sur sa conscience 
» Broc de vin blanc. » 

(Le Roux, Dict. comique.) 

Conscience. Travail à la jour- 
née, en terme de typographe. 
— L'atelier des typographes 
payés à la journée. Homme de 
conscience, typographe payé à 
la journée. 

Conseiller (Vaiselle de). Ar- 
genterie volée, — dans l'ancien 
argot. 

Conserves, légumes conser- 
vés. Répertoire classique. — 
Dans l'argot des romantiques, 
les soirs où le Théâtre-Français 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



110 

exhibait les conserves, étaient 
les soirs réservés à l'ancien ré- 
pertoire. 

Conservatoire. Mont-de-Piété. 
Le conservatoire des bardes et 
autres. 

Conservatoire de la Villette 
(Elève du). Expression dont se 
sert le peuple pour désigner un 
mauvais chanteur. 

Consigne. Tringle de fer qui 
sert à attiser le feu d'un poêle ; 
tisonnier, — dans le jargon des 
troupiers. 

Consolation.Débit de liqueurs. 
— L'eau-de-vie est la consola- 
tion des ivrognes. 

Consomme. Consommation. 

Conspiration du silence. En- 
tente tacite de la presse, — la 
seule peut-être qui existe — 
dans le but d'étoulïer un nou- 
veau journal sous le poids du 
silence, un silence plus préju- 
diciable que les critiques les 
plus acerbes. En vain pour le 
faire rompre, le nouveau venu 
passe-t-il de la flatterie aux in- 
vectives et des invectives à la pro- 
vocation : Nouvelles à sensation, 
premiers-Paris remarquables, 
articles originaux, autant d'encre 
perdue. Les vétérans du journa- 
lisme demeurent muets ; puis, 
un beau jour, la feuille infortu- 
née rend le dernier soupir sans 
que le public se soit seulement 
douté de son existence; et un 
autre beau jour, les articles ori- 
ginaux morts-nés, légèrement 
démar(jués,obtiennentun succès 
prodigieux dans la feuille d'un 
des conspirateurs sans déUca- 
tesse. 

Contre-Basse. Derrière, ~ 
dans le jnrgon des voyous. — 



Travailler la contre-basse^ porter 
des coups de pied au derrière. 
Sauter sur la contre- basse, même 
signification. 

Contre-coup. Contre-maître. 

— Contre-coup de la boite, con- 
tre-maître de l'usine, de l'ate- 
lier. 

Contre-marque du Père-La- 
chaise. Médaille de Sainte-Hé- 
lène. Cette médaille a été ac- 
cordée sous Napoléon III à tous 
les anciens soldats du premier 
Empire. Elle a été saluée éga- 
lement du sobriquet de médaille 
en chocolat, par allusion à sa 
couleur. 

Convalescence. Surveillance 
de la haute police. Sortir de con- 
valescence, ne plus être sous la 
surveillance de la police. 

Copain. Camarade de collège. 

— « Le vrai mot est compaiîi ou 
compaing, qui, du temps de nos 
bons aïeux, signifiait compa- 
gnon, qui lui-même vient de 
cum et panis, qui mange le 
même pain. » (Albanès, Mystè- 
res du collège.) 

Copeau. Langue, — dans le 
jargon des filles et de leurs che- 
valiers. 

Copie (Pisseur de). Journa- 
liste qui fait de l'abondance 
avec sa plume. — Un bon pis- 
seur de copie écrit d'abondance 
et avec abondance sur n'im- 
porte quel sujet. 

Copie sur quelqu'un (Faire 
delà). Diredu mal de quelqu'un, 

— dans le jargon des typogra- 
phes qui savent mieux que per- 
sonne que la copie des journa- 
listes est, souvent, loin d'être à 
l'eau de rose. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



111 



Coquage. Dénonciation, — 
dans le jargon des voleurs. 

Coquard. Œil; et les varian- 
tes : Cocarde, coquillard. S'en 
tamponner le coquillard, s'en 
moquer. Mot à mot : s'en battre 
Vœil, comme dit encore le peu- 
ple. 

Coquer. Dénoncer. C'est le 
mot croquer moins l'R. En ar- 
got manger le morceau aie même 
sens. 

Coquer. Donner. Coquer le 
poivre, donner du poison. 

Coquer. Mettre. Coquer le ri' 
fie, mettre le feu. 

Coqueur. Dénonciateur qui, 
à chaque dénonciation, touche 
une prime à la préfecture de 
police. — Le coqueur qui est 
compagnon de prison d'un ac- 
cusé s'appelle mouton ou musi- 
cien. Son rôle consiste à capter 
la contiance des accusés dont la 
justice attend des révélations. 
Les variantes sont : Coq et co- 
quin. 

Coqueur de billes. Banquier, 
changeur, bailleur de fonds. Et 
la variante : Coqueur de braise. 

Coquine. Ephestion de trot- 
toir, — dans le jargon des vo- 
leurs. Mot ti'ès usité pour le 
moment. 

Corbeau. Prêtre. — Allusion 
à la couleur noire de la robe. 

Corbeau, a On appelait, au- 
trefois, de ce nom ceux qui, en 
temps de peste, cherchaient les 
corps morts pour les enterrer, 
qui ensuite nettoyaient les mai- 
sonsinfectées de cette maladie. » 
(Le Roux, Dict. comique.) Au- 
jourd'hui les porteurs des pom- 



pes funèbres ont hé .té de ce 
sobriquet. 

Corbillard à deux roues. Per- 
sonne triste. « Dis donc, ma 
fille, quitte donc ce corbillard à 
deux roues et viens avec nous, 
qui sommes de francs loupeurs!» 
(Philibert Audebrant.) 

Corbillard à nœuds. Prosti- 
tuée ignoble et malsaine, — 
dans le jargon des voyous. 

Corbuche. Plaie, ulcère, — 
dans l'ancien argot. 

Corde de pendu (Avoir de la). 
Réussir dans tout ce que l'on 
entreprend. — Le peuple dit, 
en parlant de quelqu'un qui a 
beaucoup de chance, qu'il a 
de la corde de pendu. Une très 
vieille superstition populaire at- 
tache à la corde de pendu la 
propriété de porter bonheur à 
ceux qui en possèdent un frag- 
ment. Pour que son efficacité 
soit réelle, il faut qu'elle pro- 
vienne d'un pendu par autorité 
de justice. L'autre, celle des 
pendus par conviction, ne vaut 
rien. Faute de mieux, pourtant 
bien des vieilles femmes s'en 
contentent, et lorsqu'il y a un 
pendu dans une maison, c'est à 
qui s'arrachera un bout- de la 
corde. Tout le monde ne peut 
pas être en relation avec le 
bourreau de Londres. 

Corder. S'accorder ; par abré- 
viation. 

Cordes, Câbles (Faire des). 

Faire un séjour prolongé aux 
lieux d'aisances. 

Cornant. Bœuf. — Cornante, 
vache. — Cornichon, veau. 

Cornard. Mari infortuné qui 
est coiffé d'une paire de cornes. 



112 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 



Pour donner une idée de la 
hauteur de certaines cornes, on 
dit de celui qui en est orné : Il 
ne passerait pas sous la porte 
Saint-Denis. « Sans pitié, sans 
regret me ferais-tu cornard ? » 
(Belle-Isle. Mariage de la reine de 
Monôme.) Cornard fait allusion 
aux cornes du bouc, animal qui 
ne se formalise jamais des assi- 
duités d'un autre bouc auprès 
d'une chèvre commune. Les 
Grecs désignaient sous le nom 
de fils de chèvre les enfants illé- 
gitimes. Le Vidcanus corneus 
des Latins n'était autre que notre 
cornard. 

Cornard (Faire). Faire bande 
à part, en terme d'école mili- 
taire. 

Cornemuse (Se rincer la). 
Boire. La cornemuse a le sens de 
gosier. 

Corner. Puer, —dans le jar- 
gon du peuple. — Cornage, 
puanteur. 

Corniche. Ecole de Saint-Cyr. 

Cornichon. Aspirant à l'Ecole 
militaire de Saint-Cyr. 

Corridor. Gosier. — Astiquer 
le corridor, manger et boire. Le 
peuple prononce généralement 
colidor. 

Corset. Nojrt que le peuple 
avait donné aux assignats pen- 
dant la Révolution ; du nom d'un 
des signataires des assignats. 

Corvée (Aller à la). Se livrer 
au travail professionnel, — dans 
le jargon des filles de maison. 

Cosaque. Poêle à chauffer. En 
souvenir des bonnets à poils des 
Cosaques. 

Cesser. Dépenser. Cosser son 
carme, dépenser son argent, 
— dans l'argot des voyous. 



Costières. Rainures destinées 
à faire glisser les portants sur 
le plancher d'un théâtre. (A. 
Delvau.) 

Costières. Poches de côté 
dont les grecs se servent pour 
placer des portées, afin de 
pouvoir les saisir facilement. 

Costume. Ensemble de toilette 
de femme dont les tons sembla- 
bles vont en se dégradant de- 
puis le chapeau jusqu'aux botti- 
nes. — Costumes bleus, verts, 
mauveSy etc. 

Côte (Etre à la). Avoir échoué 
sur le rivage de la misère. 

Cote (Frère de la). Commis 
d'agent de change ; par allusion 
à la cote de la Bourse. 

Côté cour, Côté jardin. Côté 
cow\ les coulisses à la droite du 
spectateur, côté jardin^ les cou- 
lisses de gauche. « Autrefois, et 
jusqu'à Louis XVIIl, on dési- 
gnait ces mêmes côtés par les 
noms de côté de la Reine et 
côtéduRoi.Leducd'Angoulême, 
traversant la scène pour se 
rendre k sa loge, entendit un 
ordre que donnait, à ses 
hommes d'équipe, le chef ma- 
chiniste : Chargez le Roi, disait 
celui-ci : Appuyez sur la Reine. 
Le lendemain, sur l'ordre du 
duc, on baptisa côté cour le côté 
qui donnait sur la cour des Tui- 
leries et côté jardin celui qui 
donnait sur le jardin. » (E. 
Montagne, Le Manteau d'Arle- 
quin). 

Côte-nature. Côtelette de 
mouton au naturel. — dans le 
jargon des garçons de restau- 
rant. 

Côté des caissiers. CôLc de la 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



113 



I 



gare du Nord où Ton délivre 
les billets pour la Belgique. 

Côté qui n'est pas vrai. Mau- 
vais côté, — dans le jargon du 
régiment. « Mariés du côté qui 
n'est pas vrai. — Honnête du 
côté qui n'est pas vrai. » On dit 
également dans le même sens : 
côté hors montoir. C'est le côté 
opposé à celui où l'on monte à 
cheval. Mariage du côté hors mon- 
toir. » 

Cotelard. Melon; allusion à 
ses côtes. C'est un mot d'ancien 
argot. Aujourd'hui, quand un 
voyou voit passer un quidam 
avec un melon sous le bras, il 
s'écrie : « M'sieu est en famille, » 
ou encore: «Env'làunqui vient 
de chercher sa photographie » 
ou autres plaisanteries du 
môme genre. 

Côtelette (Avoir sa). Obtenir 
un succès, — en terme de théâ- 
tre. 

Côtelette polonaise. [Crotte 

du nez. 

Côtelette de menuisier. Mor- 
ceau de fromage de Brie. 

Coterie. Assemblée d'ouvriers. 
— Les tailleurs de pierres et les 
charpentiers se disent co^ene; 
tous les compagnons des autres 
états se disent pays. — Les 
compagnons remplacent le mot 
monsieur par celui de coterie. 
(Agr. Perdigmerj Du Compagnon- 
nage.) 

Côtes en long (Avoir les). Ne 
pas aimer le travail. Celui qui 
aurait les côtes en long ne pour- 
rait ni se baisser ni faire aucun 
ouvrage fatigant. Autrefois, on 
disait avoir les bras rompus; 
c était le adineros pagados bran- 
cos quebrantados des Espagnols. 



Cotillon (Aimer le). Aimer les 
femmes. 

Coton. Rixe. — Besogne dif- 
ficile. — Donner du coton, don- 
ner du mal à faire, en oarlant 
d'un ouvrage. 

Coton (Avaler du). Etre pris 
pour dupe. « Je veux par mes 
propres yeux vérifier si oui ou 
non on m'a fait avaler du co- 
ton. » (Saint-Patrice, Aten^wres 
de ^^abuGhodonosor Nosebreaker.) 

Cotret. Forçatlibéré. Variante 
de fagot. Les forçats étaient ac- 
couplés comme des cotrets. 

Cotret (Jus de). Coups de bâ- 
ton. 

Couac. Prêtre, — dans le jar- 
gon des voyous, par allusion au 
cri du corbeau, un des sobri- 
quets du prêtre. 

Couche (Il y). Se dit de quel- 
qu'un qui reste longtemps dans 
un endroit, de quelqu'un qui 
passe ses journée dans un en- 
droit. — Encore au café ? — Il 
y couche. 

Couché (Etre). En terme de 
commis de magasin, c'est se 
voir — pour cause de retard — 
couché sur le carnet du surveil- 
lant avec une amende de vingt- 
cinq centimes. 

Coucou à répétition. Gonor- 
rhée — dans le jargon des vo- 
leurs; allusion à la persistance 
de la maladie. 

Coude (Lâcher le). Quitter. — 
Vous m'ennuyez, lâchez-moi le 
coude. — Lever le coude, boire. 
— Huile de coude, vigueur du 
bras, travail manuel fatigant. 

Couenne. Niais. « Est-il 
couenne^ cepetitN... dcD... là.., 



114 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



ça lui fait de la peine quand on 
bat les autres. » (Eug. Sue. Mi- 
sères des enfants trouvés.) 

Couenne. Peau. — Se racler 
la couenne, se raser. 

Couette de cheveux. Petites 
mèches de cheveux au bord des 
tempes et derrière le cou. 

C... es au cul (Avoir des). Etre 
brave, ne pas se laisser intimi- 
der, — dans le jargon du peu- 
ple. 

Couillon. Poltron. Vient de 
Coilly ou Gouilly, petit village 
de la Brie Champenoise, au- 
jourd'hui dans le département 
de Seine-et-Marne, arrondisse- 
ment de Meaux. Un vieux qua- 
train recueilli dans les adages 
français donne une haute idée 
du courage des gens de Couilly, 
les Couillyons. 

« Mil cinq cent vingt et quatre 
» Coilli fut pris sans combattre ; 
» Et les blés furent engelés 
» Et maints gens déshonorés. » 

Couiner. Parler en larmoyant. 

Coulage, coule. Gaspillage 
par suite de mauvaise adminis- 
tration, — en terme de com- 
merce. 

Coule (Etre à la). Ne pas avoir 
de préjugés, tout savoir et tout 
connaître en fait de ruses. — 
Etre au courant d'un métier, 
d'une chose. Mettre à la coule, 
mettre au courant. 

Coulé. Perdu, ruiné, — en 
terme de commerce.— Etre 
coulé dans l'opinion de quel- 
qu'un, avoir perdu la confiance 
de quelqu'un. — Commerciale- 
ment parlant : n'avoir plus ni 
crédit, ni rr -sources. 

Couler quelqu'un. Faire per- 
dre de l'argent à quelqu'un. — 



Ruiner un commanditaire. — 
Perdre quelqu'un de réputation. 

Couler douce (La). Mot à mot : 
couler la vie doucement, mener 
une existence heureuse. 

Couleur. Ruse, mensonge. 
« Laissez donc, ça fait comme 
ça la sainte n'y touche, pour s' 
faire r'garder ; on connaît ces 
couleurs-là. » (Mars et Raban, 
Les Cuisinières). — Etre à la 
couleur, ne pas se laisser trom- 
per ; deviner un mensonge. C'est- 
à-dire savoir quelle est la cou- 
leur qui retourne. 

Couleur. Soufflet, coup de 
poing sur le visage, appliquer 
une couleur, donner un souftlet. 
— Passer à la couleur, se faire 
administrer des claques. 

Coulissier. Courtier spécula- 
teur en vieilles nippes, — dans 
le jargon du Temple. 

Couloir. Gosier, bouche. — 
Repousser du couloir, sentir mau- 
vais de la bouche. 

Couloir à airs. Chanteuse, — 
dans le jargon des voyous. — 
Gosier. — Ferme ton couloir à 
airs. 

Coup. Manœuvre faite dans le 
but de tromper. On dit : il m'a 
fait le coup, il m'a trompé; c'est 
le coup du suicide, c'est un faux 
suicide annoncé pour attendrir 
la dupe. (L. Larchey.) 

Coup du tablier (Le). Quand 
une domestique est, depuis 
quelque temps, dans une mai- 
son où elle sait qu'elle fait l'af- 
faire des maîtres, elle donne 
de temps à autre le coup du ta- 
blier, c'est-à-dire qu'elle de- 
mande son compte soit pour se 
faire apprécier davantage, soit 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



115 



pour avoir de l'augmentation. 

Coup (Bon). Dans le vocabu- 
laire de la galanterie, c'est le 
plus bel éloge qu'un homme 
puisse faire d'une femme pour 
la manière dont elle tient les 
cartes au jeu de l'amour. — Par 
contre, mauvais coup sert à dési- 
gner la femme qui n'entend 
rien à ce jeu, ou que ce jeu 
laisse froide. 

Coup (Montage de). Mensonge 
préparé de longue main. — 
Monter le coup, en imposer, con- 
ter un mensonge. — Se monter 
Ze coup, s'illusionner. — Monter un 
coup, combiner un vol. — Mon- 
teur de .coups, celui qui ment, 
par iiabitude, dans un but in- 
téressé. 

Coup de soleil. Ivresse; illu- 
mination faciale causée par un 
excès de boisson. 

Coup de bouteille. Rougeur 
du visage, coup de sang occa- 
sionné par l'ivrognerie. (A. Del- 
vau.) 

Coup de feu de société. Le 

pinacle de la soulographie, — 
dans le jargon des typographes. 

Coup de télégraphe. Dépêche 
électrique. — Donner un coup de 
télégraphe, expédier une dépê- 
che télégraphique, — en terme 
d'employés du télégraphe. 

Coup de rifle. Ivresse. Mot à 
mot : coup de feu. 

Coup de vague. Vol d'inspi- 
ration, vol à l'aventure; c'est le 
contraire du poupon oupoupart. 
Pousser un coup de vague, com- 
mettre un vol à l'aventure. 

Coup dur. Evénement impré- 
vu et fâcheux. — Carambolage 
<i revenir lorsqu'une des billes à 



toucher est collée sous bande. 

Coup du médecin. Deux doigts 
de vin pur après la soupe. 

Coup de sirop. Légère ivresse, 
après avoir bu du vin aussi 
écœurant que du sirop; après 
avoir trop siroté. 

Coup d'encensoir. Coup de 
poing sur le nez, — dans le 
jargon des voyous qui ont servi 
la messe. 

Coup de marteau. Grain de 
fohe. Mot à mot : coup de mar- 
teau qui a fendu le crâne. Au- 
trefois on disait dans le même 
sens « coup de hache. » Celui 
qui avait reçu un coup de hache 
étaitréputéaux trois quarts fou. 
« Oui, il aime à bouffonner; et 
l'on dirait parfois, ne v's en dé- 
plaise, qu'il a quelque petit 
coup de hache à la tête. » (Mo- 
lière, Le Médecin malgré lui, acte 
II. se. 1.) 

Coup de fourchette. Coup de 
doigts dans les yeux. Ce coup 
très dangereux est particulier 
aux voyous. Il consiste à porter 
dans les yeux de l'adversaire le 
médius et l'index de l'une ou 
de l'autre main écartés en for- 
me de V. 

Coup de pied. Avance d'ar- 
gent, — dans le jargon des tail- 
leurs. Donner un coup de pied au 
grêle, demander une avance au 
patron. 

Coup de casserole. Dénon- 
ciation. (L. Larchey.) 

Coup du lapin. Coup mortel. 
— Premières atteintes de la 
vieillesse. — Recevoir le coup 
du lapin, commencer à vieillir. 
« Un commencement de calvi- 
tie et d'obésité indiquait qu'il 



116 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



avait reçu ou qu'il était bien 
près de recevoir Je coup du la- 
pin. » (A. Delvau, Le Grand et 
le petit trottoir.) 

Coup de torchon. Duel au 

sabre, en terme de régiment. 
Se flanquer un coup de torchon. 

Coup de figure. Repas soigné. 

— Se Jlanqmr un coup de figure^ 
faire un bon repas. 

Coup d'acre. Extrême-onc- 
tion, — dans le jargon des vo- 
leurs. Mot à mot : coup de Sa- 
crement. 

Coup de la Chancellerie. Une 

des passes de la lutte à main 
plate. C'est tenir, sous le bras, 
la tête de son adversaire. Si 
celui qui le porte est habile, le 
coup de la chancellerie amène la 
chute de l'adversaire et doit le 
tomber sur les deux épaules. — 
« On trembla pour lui, qui, la 
tête prise sous l'une dos aissel- 
les et froissée aux coudes angu- 
leux du faraud, un retors aussi! 
résistait assez mal au rude coup 
de la chancellerie. » (Gladel, 
Ompdrailles, le Tombeau des lut- 
teurs.) 

Coup de pouce. Faux poids 
obtenu au moyen d'une légère 
et vive application du pouce 
sur celui des plateaux de la ba- 
lance où repose la marchandise. 

— Etre fort sur le coup de pouce, 
avoir l'habitude de vendre à 
faux poids. 

Coup de pouce. Effraction, — 
dans le jargon des voleurs. 

Coup de pistolet. Pièce, acte 
ou scène d'un caractère très 
hardi, — en terme de théâtre. 

— Œuvre d'art dont l'origina- 
lité voisine de l'extravagance 



n'a d'autre but que de forcer 
l'attention publique. 

Coup de pistolet. Engage- 
ment à coups irréguliers d'une 
forte somme d'argent, — en 
terme de joueur. 

Coup du (Le). L'heure, le 
moment, l'instant. — Le coup 
de l'absinthe, le coup de l'emprunt, 
le coup de l'attendrissement. 

Coup de pied de Vénus. Ma- 
ladie que l'on traite comme on 
traite les glaces de Saint-Go- 
bain. Ce qui a fait dire à un 
de nos plus célèbres spécialis- 
tes, en estropiant un hémistiche 
bien connu de Virgile : Mercu- 
rium ayitat molcm. 

Coup de peigne. Batterie. — 
Se donner un coup de peigne, se 
battre, en venir aux mains. 
« Ça ne peut pas marcher, c'est 
impossible, on se donnera un 
coup de peigne. » (L^s farces 
et les bamboches populaires de 
May eux, 1831.) 

Coup Giraud. Dans le jargon 
des joueurs, c'est le second coup 
d'une main au baccarat en 
banque, coup, paraît-il, très dé- 
favorable au banquier. Un no- 
taire de Marseille qui ne jouait 
jamais que ce coup-là lui a lé- 
gué son nom. Il a laissé quel- 
ques imitateurs. 

Coup de manche. Mendicité à 
domicile avec lettres fabriquées 
pour émouvoir les âmes chari- 
tables. 

Coup de vieux (Recevoir un). 
Toucher à la quarantaine, en 
parlant d'une femme, — dans 
le jargon des hommes de let- 
tres et des artistes. 

Coupe. Action d'allonger les 



j 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



117 



bras en nageant, de couper 
l'eau. « Voyons, de la grâce, 
Balochet, du moelleux dans la 
coupe, songe que du haut de ce 
pont quarante Parisiens nous 
contemplent. » (Daumier.) 

Coupe-sifflet. Couteau, — 
dans le jargon des voleurs. 

Coupe-ficelle. Artificier mi- 
litaire. 

Coupe-lard. Couteau. 

Coupe-cul (A). Sans revan- 
tlie, — dans le jargon des 
joueurs. 

Coupe (Saut de). Action méca- 
nique, exécutée avec les doigts, 
laquelle a pour résultat de re- 
placer un jeu comme il était 
avant la coupe de l'adversaire. 
— <( L'on parle de l'adresse des 
g7-ecs à faire sauter la coupe, 
mais il n'y en a pas un sur cent 
qui sache et surtout qui ose la 
faire sauter. » (A. de Caston, 
Les Tricheurs.) 

Coupe tout ce qu'il voit. Se 

dit d'un mauvais couteau, d'un 
couteau qui ne coupe pas du 
tout. On dit encore : il coupe 
comme le genou à ma grand' 
c'est-à-dire comme le genou à 
ma grand'mère. 

Coupe (Tirer sa). Nager. — 
Signifie encore dans le langage 
du peuple, parëir, se sauver. 
« Pignouf, tu ferais mieux de 
me donner ma paperasse, pour 
que ic tire ma coupe au galop. » 
[Le Petit Badinguet.) 

Coupé (Etre). Etre sans ar- 
gent, — dans le jargon des ty- 
pographes. 

Couper (Y). Ne pas savoir 
faire une chose, n'y rien con- 
naître, ou ne pas vouloir la 



faire. Etes-vous fort sur le cal- 
cul? — J'?/ coupe. A au régiment 
à peu près la môme significa- 
tion. C'est éluder une corvée 
ou une punition. Je coupe à aller 
prendre Jules par les oreilles. A 
quelqu'un qui veut éviter une 
corvée, les camarades disent : 
Tu n'y couperas pas plus qu'un 
vieux renard. — Dans le même 
jargon, équivaut au célèbre: Tu 
peux te fouiller. « Tu voudrais 
bien te rincer la trente- deuxième^ 
mais tu y coupes. «Réminiscence 
du jeu d'écarté. 

Couper à la marche. Se faire 
exempter d'une corvée, — dans 
le jargon des troupiers. 

Couper le sifflet. Interloquer. 
— Ça te la coupe. Mot à mot : ça 
te coupe la parole. — Ça vous 
coupe la gueule à quinze pas^ ça 
sent mauvais de loin. Lorsque 
quelqu'un vous parle, qui a 
mangé de l'ail, du fromage de 
Gruyère, bu quelques verres de 
vin et fumé une ou deux pipes 
par là-dessus, ça vous coupe la 
gueule à quinze pas. 

Couper dans le pont. Tomber 
dans un piège. « En terme de 
gi^ec, le pont c'est le bombage 
de la partie supérieure du jeu 
destiné à amener l'adversaire à 
couper les cartes de façon à ai- 
der le tricheur. Mais personne 
ne coupe plus dans le pont. » 
(A. de Caston.) 

Couper dans la pommade. 

Tomber dans le panneau, — er 
terme populaire. 

Couper le trottoir. Marcher 
comme si l'on était seul sur un 
trottoir, bousculer tout le monde 
en marcJiant. 

Couplet. Tout ce qu'un acteur 

7. 



118 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



a à dire, prose ou vers, se nom- 
me littérairement couplet. (A. 
Bouchard.) 

Coupolard. Membre de l'Insti- 
tut; allusion à la coupole du 
Palais-Mazarin. « On n'est pas 
plus athénien que le bon vieux 
coupolard N. » [Tam-Tam du 
2 juin 1878) 

Coups d'encensoir. Mouve- 
ments réitérés par lesquels un 
cheval fait aller sa tête de bas 
>sn haut. 

Coups de pied (Ne pas se 
donner de). Se faire valoir. — 
Et encore : Ne pas se donner de 
coups de pied au derrière. — 
« Tu ne te donnes pas de coups 
de pied au derrière. » (Henni- 
que, La Dévouée.) 

Courageux. Qui ne boude pas 
à l'ouvrage. « C'est un zigue 
rien courageux et d'attaque. » 

Courant d'air dans l'œil (Se 
fourrer un). S'illusionner, se 
tromper grossièrement. C'est 
une forme nouvelle de : Se four- 
rer le doigt dans Vœil. 

Courante. Diarrhée. — Se 
payer une courante, % ^ sauver au 
galop. 

CoTiirbe. Epaule, — dans le 
jargon des voleurs. 

Courer (Se). Se garer; pren- 
dre des précautions, — dans le 
jargon des voleurs. 

Courer (La). Ennuyer. — Tu 
me la coures, tu m'ennuies. 

Coureuse. Machine à coudre, 
— dans le jargon des voleurs. 

Courir (Se la). Se sauver. 

Court-bouillon (Le grand). 
1,11 mer, — dans le jargon des 
,oleurs. C'est-à-dire, sans in- 



version, le grand bouillon qui 
court. 

Courtange. La Courtille. 

Courte. Alias cauda; et ssepe 
dicitur in caudd venenum. 

Courte et bonne. Devise des 
Epicuriens modernes qui préten- 
dent dire par là que la vie doit 
être courte et semée de plaisirs. 

Cousin. Nom d'amitié que les 
clowns se donnent entre eux 
devant le public. — Nom d'a- 
mitié que se donnent les grecs 
qui ont formé une association. 

Couturasse. Couturière. Le 

mot date du xviii® siècle et 

avait aussi le sens de femme 
grêlée. 

Couture de ses bas (Montrer 
la). Quitter un lieu, s'en aller. 

Couvrante. Casquette, — dans 
le jargon des ouvriers. 

Couvre -amour. Chapeau 
d'homme. 

Couvreur. Chapelier, — dans 
le jargon des voyous. Couvreur 
delà haute, chapelier di primo 
cartelo. 

Couyon comme la lune. Enor- 
mément stupide; hébété par la 
stupéfaction. La lune jouit d'une 
réputation de bêtise qu'elle 
doit, peut-être, à sa rotondité. 

Couyonnade en bâton. Bêtise, 
propos stupide, niaiserie. 

Couyonner. Plaisanter. — 
Couyonner le service, ne pas 
faire sa besogne, ne pas faire 
un service commandé. Un bon 
troupier ne doit jamais couyon- 
ner le service. 

Crac. Gagne-pain d'une fdle 
de joie, — dans le jargon des 
souteneurs. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



119 



Cracher. Faire des aveux en 
justice. 

Cracher sur (Ne pas). Aimer, 
faire cas de. — Au xvi® siècle 
on disait, d'un ivrogne, il ne 
crache pas le vin^ et ne pas cra- 
cher le vin avait le sens d'aimer 
à boire; aujourd'hui on dit : il 
ne crache pas sur le vin. 

Cracher dans le sac. Etre 
guillotiné. 

Cracher sur les quinquets. 

Se donner en scène, un mal 
énorme et ne produire aucun 
effet, — dans le jargon des 
coulisses. 

Cracher blanc. Avoir soif. 
« Ils ne faisaient que cracher 
blanc comme cotton de Mal- 
the. » (Rabelais, 1. IL) — Cra- 
cher des pièces de dix sous, res- 
sentir une soif ardente, ne plus 
avoir de salive, tant la soif est 
forte. C'est mot à mot : cracher 
des crachats petits comme des 
pièces de dix sous. 

Crachoir. Revolver, — dans 
le jargon du régiment. Il cra- 
che la mort. Tenir le crachoir, 
être armé d'un revolver. 

Crachoir (Tenir le). Pérorer. 
Bien jouer da crachoir, bien par- 
ler. 

Crachoter sur quelqu'un.Trai- 

ter avec mépris. « Dans ses rap- 
ports a\ec le soldat, la fille se 
sent presque toujours sa maî- 
tresse ; avec les autres, elle n'est 
qu'une mécanique d'amour, sur 
laquelle c'est souvent plaisir de 
crachoter. « (E. de Concourt.) 

Cracovie. Craque, mensonge. 
— Avoir des lettres de Cracovie, 
signifiait autrefois, débiter des 
mensonges ; et venir de Cracovie, 



mentir. Expressions du xvin« 
siècle; démodées aujourd'hui. 

Cramer une sèche. Fumer 
une cigarette, — dans le jargon 
des rhétoriciens, qui devraient 
dire avec plus de raison : cré- 
mer; mot à mot : opérer la 
crémation d'une cigarette. 

Crampe. Fuite, évasion. — 
Tirer sa crampe, fuir. — Sacri- 
fier à Vénus, — dans le jargon 
des voyous. 

Cramper. Synonyme de tirer 
sa crampe, — dans le jargon 
des voyous. 

Cramper avec la veuve. Etre 
guillotiné. C'est une variante 
d'épouser la veuve. Mot à mot : 
faire l'amour avec la guillotine. 

Cramper en cerceau. Figurer 
un cerceau avec le corps. Cet 
exercice de haute dislocation 
consiste à s'arc-bouter sur les 
pieds et à projeter peu à peu la 
tête en arrière jusqu'à ce qu'elle 
vienne toucher les talons, de 
manière à ce que le corps for- 
me un cercle ou cerceau. {Jar- 
gon des saltimbanques.) 

Crampon. Maîtresse trop fi- 
dèle, amant trop assidu, qui se 
cramponne à votre existence, et 
dont vous ne pouvez vous dé- 
barrasser. Par extension tout 
individu tenace. 

Cramser. Mourir — dans le 
jargon des employés des pom- 
pes funèbres. 

Cran (Avoir son). Etre en co- 
lère, — dans le jargon des ty- 
pographes. 

Cran (Lâcher d'un). Quitter. 
On lâche d'un cran, les gens qui 
ennuient ou déplaisent. 



120 DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE 

Crâner. Faire le rodomont. 
Crapaud. Cadenas, — dans le 



jargon des voleurs. — Entant, 
— dans celui des ouvriers, qui 
disent aussi : crapoussin. — 
Bourse, — dans celui des trou- 
piers : — « Mon crapaud est 
percé, i) aura filé dans mes guê- 
tres. » (A. Arnault, Les Zouaves, 
actl. 1856.) 

Crapaud (Faire). Boire seul, 
se régaler en sournois, — dans 
le jargon des troupiers. C'est le 
synonyme de faire suisse. 

Crapules, crapuladorès. Ci- 
gare d'un sou ; cigare de la cra- 
pule. Crapuladorès esila. parodie 
de cazadorès, une des meilleures 
marques de cigares de la Ha- 
vane. L'un est Valpha, et l'autre 
V oméga, du tabac à fumer. 

Crasse. Mauvais procédé. — 
Crasse de collège, pédantisme, 
bégueulerie pédantesque. 

Cravate de chanvre. Corde 
de pendu. 

Créature. Femme de rien. 
Pour une bourgeoise, la maî- 
tresse de son mari est une créa- 
ture. Pour la grande dame dont 
le mari est l'amant d'une bour- 
geoise, la bourgeoise est une 
créature. 

Credo. Crédit, avec change- 
ment de finale. — « Prêtez-moi 
donc vingt sous, cette vieille fi- 
celle-là m'a coupé mon credo. » 
(Le Sublime.) 

Créer un juif. Sacrifier à Do- 
mange, — dans le jargon des 
troupiers. 

Crémerie. « Un de ces éta- 
blissements singuliers où l'on 
vend du café, du bouillon, du 
vin et de la viande. » (Pierre 



Mazerolle, la Misère de Paris, 
1875.) 



Crêpage de chignon. Batterie 
entre femmes. Elles se prennent 
ordinairement aux cheveux. 

Crêper le chignon (Se). Se 

battre entre femmes. « T'es-Ui 
crêpé le chignon avec une ca- 
marade? » (Huysmans, Marthe.) 

Crépine. Bourse, — dans le 
jargon des voleurs. 

Crépons. Petits paquets de 
faux-cheveux roulés. Les crépons 
se fabriquent avec les résidus 
des cheveux détachés du peigne, 
jetésàlarue et collectionnés par 
les chiifonniers. Les cheveux 
ainsi recueillis se vendent cinq 
francs la livre. 

Creuser son rôle. Souligner 
chaque phrase, — dans le jar- 
gon des comédiens, comme si 
le public n'était pas jugé capa- 
ble de saisir les beautés du rôle. 

Creux. Maison. — Voix. — 
Jvoirunboncreux,iiyo'ir\ineyo\x 
bien timbrée, sonore. 

Crevaison (Faire sa). Mourir. 

Crevant. Triste, navrant. 

Crevard. Enfant mort-né. 

Crevé, petit-crevé. — 

Jeune elieminé d'une mai- 
gre élégance. « A plusieurs 
époques on a observé qu'une 
certaine partie de la jeunesse 
afiectait des airs d'épuisement, 
s'eiieminait dans le langage et 
se livrait à la folie en toussant... 
],espetits-crevés n'atfectent rien. 
Ils sont bien réellement cre- 
vés... Leur voix est nasillarde, 
leurs muqueuses sont pâles, si- 
gnes de constitution épuisée et 
refaite par l'iode. » (Nestor Ro- 
queplan.) 



DlGTIONNAmE U ARGOT MODERNE. 121 

cer à un confrère en vol l'arri- 
vée de la police. 

Cribleur de verdouze. Mar- 
chand des quatre saisons. — Cri- 
bleur de frusques, marchand 
d'hahits ambulant. — Cribleur 
de malades, employé chargé 
d'appeler les détenus au parloir. 
— Cribleur de r)iachabées, gar- 
dien de cimetière qui sonne la 
cloche pour annoncer l'arrivée 
d'un convoi funèbre. — Cribleur 



Creve-faim. Engagé militaire. 
On dit communément au régi- 
ment en parlant d'un engagé 
volontaire : La planche à pain 
était trop haute. 

Crever. Congédier, renvoyer, 
— dans le jargon des typogra- 
|ihes. — Le prote vient de me 

crever. 



Crever, crever à la ligne. 

Dans certains journaux où l'on 

f>aie tant la ligne, les quarts de 
ignés et les demi-lignes ne 
comptent pas. C'est ce que les 
journalistes appellent crever à la 
ligne. Dans certains recueils pé- 
riodiques on crève après deux 
feuillets. 

Crever la paillasse. Assommer 
de coups, donner des coups de 

fùed au ventre. Lapaillasse, c'est 
e ventre. 

Crever la pièce de dix sous 

Sacrifier au dieu deSodome,— 
dans l'argot des marins. 

Crever (Tu t'en ferais). For- 
mule négative et voyoucralique 
équivalente à : jamais. 

Crevette. Femelle du petit- 
crevé. Le peuple appelle crevet- 
tes les demoiselles qui portent 
des robes courtes et de couleur 
voyante (1868-09). — Femme 
galante. Viens-tu souper, il y 
mira de la crevette. 11 y aura des 
femmes. 

Criarde. Lime, scie. — Son- 
nette. — Tirer la criarde, son- 
ner. 

Criblage. Cri; appel désespéré. 

Cribler. Crier. — Cribler au 
charron, crier au voleur. — 
Cribler à la grive, crier d'une 
certaine manière pour aunon- 



de beurre, agent de change. 

Cric, crik, crique. Eau-de-vie. 

Cric-croc. A ta santé, — dans 
l'ancien argot. 

Crier à la garde. Se plaindre 
à propos de rien. — Crier au 
vinaigre, crier au secours. Crier 
aux petits pâtés, faire entendre 
les cris qui accompagnent l'ac- 
couchement. — (' Notre voisine 
a crié aux petits pâtés. » {Par- 
nasse satirique.) — Oudin [Cu- 
riosités françaises) donne : Crier 
des petitspâiés avec le sens d'ac- 
coucher. 

Crigne. Viande, — dans l'an- 
cien argot. 

Crin (Etre comme un). Etre 

de très mauvaise humeur. A tous 
crins, exagéré dans ses opinions, 
dans ses paroles, dans sa mise. 

Crinoline. Dame d'un jeu de 
cartes. 

CrinoUier, crioUier, Boucher, 
— dans le jargon des voleurs. 

Crins. Cheveux. 

Cris de merluche. Cris for- 
midables poussés dans le but 
d'ameuter le monde ; cris 
comme en font entendre les 
femmes corrigées à tour de bras 
par leurs maris. 



122 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Cristalliser (Se). Ne rien faire, 
—dans le jargon des troupiers. 

Croche. Main. Apocope de 
« accroche. » Les mains du vo- 
leur accrochent tout ce qu'elles 
peuvent. 

Crocher, crosser. Sonner. — 
Faire crosser sa braise, faire son- 
ner son argent. — Se crocher, se 
hattre, pour se crocheter. 

Crocomolle. Eau-de-vie, — 
1771 de crocomolle y un verre d'eau- 
de-vie, — dans le jargon des 
voleurs. 

Croix. Pièce de cinq francs, 
— dans l'argot des fripiers. 

Cromper. Sauver. — Cromper 
sa bille du glaive, sauver sa tête 
de l'échafaud. 

Crompir. Pomme de terre. 

Cronée. Plat ; assiette, — dans 
le jargon des voleurs. 

Croquenot. Soulier neuf ; pour 
craqueneuf, les souliers neufs 
craquent lorsqu'on marche. — 
Croquenots vernos, souliers ver- 
nis, 

Croquaillon. Mauvais croquis. 

Crosse, crossin. Receleur. 

Crosse, Grosseur. Ministère 
public. — Sonneur de cloches. 

Crotte. Misère, dégradation 
morale. — Rouler, tomber, se 
carrer dans la crotte. 

Crotté (Etre). Manquer d'é- 
toffe pour une pièce à façon. — 
Ne pas avoir assez d'étoile pour 
prélever la gratte, — en terme 
de tailleur. — Etre misérable. 

Croume. Crédit, — dans le 
jargon des voleurs. 

Croupier. Associé d'agent de 



change, — dans le jargon de la 
Bourse. 

Croupière (Allonger la). Aug- 
menter une punition, — dans 
le jargon des soldats de cavale- 
rie. Le cayiston allongera la 
croupière de quatre jours et ça 
fera le compte. 

Croupir dans le battant. Sta- 
tionner sur l'estomac, se refu- 
ser à circuler, préluder à une 
indigestion. Ces coquins dégonfle- 
bougres croupissent dans le bat- 
tant. 

Croustiller. Manger du pain 
sec. Avaitjadis le sens de man- 
ger. 

« J'étais occupé 
» A croustiller là-bas le reste du soupe. » 
(Le Grand.) 

Croûton de pain derrière une 
malle (3 ennuyer comir.o un). 
S'ennin r énormément. Les 



adages iraiiçais (xvi* 



icle) 



donnent dans le môme sens 
S'ennuyer comme un brocket dans 
le tiroir d'une commode. 

Crucifix, crucifix à ressort. 

Pistolet. — Crucifix à l'esbroufe^ 
revolver, — dans le jargon des 
voleurs. 

Cueillir. Arrêter sans bruit, 
lestement sur la voie publique. 
— C'est rien, c'estun poivrot que 
les sergots viennent de cueillir. — 
« J'irai les cueillir au point du 
jour. » (X. de Montépin.) 

Cuiller à pot. Grand compos- 
teur, — dans le jargon des ty- 
pographes. 

Cuiller à pot. — Poing. Un 
coup de cuiller à pot, un coup 
de poing, — dans le jargon des 
voyous. — Trois coups de cuiller 
àpot et sa soupe est trempée, trois 
coups de poing et il en a assez 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



123 



Cuir. Peau. — Se racler, sera- 
tisser le cuir, se raser. 

Cuir de poule (Gants en). 

Gants de qualité inférieure, 
gants fabriqués avec des peaux 
trop lînes ou de mauvaise qualité. 

Cuir de brouette (Escarpin 
en). Sabot. 

Cuirassé. Urinoir blindé dont 
les premiers modèles ont paru 
sur les grands boulevards en 
1877. 

Cuirassier. Celui qui, en par- 
lant, applique mal les liaisons, 
fait des cuirs, c'est-à-dire se li- 
vre à des liaisons dangereu- 
ses pour la grammaire. 

Cuire dans son jus. Avoir très 
chaud, fournir une transpiration 
abondante. Si l'on veut cuire 
dans son jus, l'on n'a qu'à aller 
un dimanche soir, dans un théâ- 
tre de Paris, aux troisièmes 
galeries. 

Cuire dans son jus. Concen- 
trer sa douleur et retenir son 
élan naturel, — dans le jargon 
des comédiens. L'expression, 
qui estde mademoiselle Contât, 
est restée dans le dictionnaire 
du théâtre. (V. Couailhac, La 
Vie de théâtre.) 

Cuisine. Préfecture de police. 
— Vesto de la cuisine, agent de 
la sûreté, — dans le jargon des 
voleurs. 

Cuisine, cuisine de Journal. 

Classement des articles, surveil- 
lance de la mise en page, en 
un mot tout ce qui com{)rend 
l'art d'accommoder un journal 
L .it au point de vue littéraire 
qu'au point de vue typographi- 
que. — Cuisine d'ari,explications 
précises d'un art. « Rapin aussi 



celui qui parle sans cesse cuisine 
d'art, qui explique comme quoi 
il obtient tel ton, en appliquant 
telle couleur, en frottant, en 
grattant, en étalant, en empâ- 
tant, etc. » {Paris-Rapin.) 

Cuisiner. Espionner un dé- 
tenu, — dans le jargon des pri- 
sons. 

Cuisinier. Espion, agent de 
la police secrète. — Rédacteur 
chargé de la cuisine d'un jour- 
nal. 

Cuite. Forte ivresse. — « Ces 
bonnes cuites sans façon qu'elle 
se donnait avec Anatole. » (Huys- 
mans, Les Sœurs Vatard.) — 
Cuite sénatoriale, très forte ivres- 
se, cuite présidentielle, le nec plus 
ultra de l'ivresse, tout ce qu'il y 
a de mieux dans le genre. — 
Attraper une cuite, se soûler. 
Cuver une cuite, chercher dans 
un sommeil réparateur à dissi- 
per les fumées de l'alcool et les 
ressentiments d'une nourriture 
trop copieuse. 

Cuiter (Se). Se soûler à fond, 
c'est-à-dire prendre une cuite. 
Le besoin d'ajouter un nouveau 
verbe à la liste des vingt-cinq 
ou trente qui existaient déjà 
pour exprimer cette idée, se 
faisait, paraît-il, vivement sentir. 
« Vous redescendrez avec les 
coteries finir la soirée chez no- 
tre troquet afin de vous cuiter 
carrément. (Le Sans-Culotte ^ 
^879.) 

Cuites. Pommes cuites que 
l'on vend dans les rues et sous 
les portes. — Herbes cuites que 
débitent les fruitières. 

Cuivres (Les). Instruments de 
musique en cuivre. — Travailler 
dans le cuivre, jouer d'un ins- 



124 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



truraent de musique en cuivre. 

Cul. Homme stupide. Tour- 
nure de femme au dix-huitième 
siècle. Aujourd'hui on dit /"aî^a?- 
rM/.« En entrant dans la première 
salle, chaque femme était obli- 
gée de quitter son cul, sa bouf- 
fante, ses soutiens, soncorps.son 
faux chignon, et de vêtir une lé- 
vite blanche avec une ceinture 
de couleur. » {Lettre d'un garde 
du roi, pour servir de suite aux 
Mémoires de Cagliostro, 1786.) 

Cul et chemise (Etre). Etre 
très intime. Le cul et la che- 
mise sont, pour ainsi dire, insé- 
parables et vivent en bonne in- 
telligence. 

Cul (Montrer son). Faire fail- 
lite. Le banqueroutier qui se 
sauve ne présente pas son visage 
à ses créanciers. 

Cul (Etre à). Etre ruiné. C'est- 
à-dire être à cul nu. L'expres- 
sion est vieille. Signifiait primi- 
tivement être à bout d'argu- 
ments. D'après La Monnoye, 
l'expression dérive d'acculer, 
coller contre lemur, le cul con- 
tre le mur. « Il tint contre tous 
les régents et orateurs et les 
mit de cul. » (Rabelais, Li- 
vre, 11.) 

Cul (Avoir quelqu'un dans 

le). Etre ennuyé par quelqu'un 
au point de ne plus pouvoir le 
soulfrir. — Se moquer absolu- 
ment des observations de quel- 
qu'un. — Mépriser profondé- 
ment. Les joyeuses commères 
de la rue Mouffetard accompa- 
gnent l'expression d'une forte 
claque sur les fesses dans la 
crainte que leurs paroles n'aient 
pas assez d'éloquence. 

Cul (Enlever le). Administrer 



un coup de pied au derrière. 

Cul levé (Jouer à). Céder sa 
place à un autre chaque fois 
qu'on a perdu une partie d'é- 
carté ou d'impériale. 

Cul de plomb. Bureaucrate 
sans activité, sans intelligence. 
— Couturière. 

Cul (Rire comme un). Rire 
sans desserrer les dents. On dit 



notre âne. 

Culbute. Culotte, — en ter- 
me de tailleur. 

Culbute. Faillite. Faire la cul- 
bute, suspendre ses paiements. 

Culottage. Action de culotter 
une pipe. — Se livrer avec pas- 
sion au culottage. — Obtenir de 
beaux effets de culottage. 

Cîulotte. Perte sérieuse à la 
Bourse, au jeu. — « Levardet 
raillait sans pitié ces triples 
niais de pontes qui venaient de 
setlanquerunesi jolie culotte.» 
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) — 
Se flanquer une culotte à pont, 
perdre beaucoup d'argent. Al- 
lusion à l'ancienne culotte de 
nos pères qui montait très haut. 
— Attraper, se flanquer une cu- 
lotte, veut dire encore se griser 
à fond. Mot à mot: se culotter 
de vin. 

Culotte (Grosse). Ouvrier 
qu'on rencontre plus souvent 
chez le marchand de vin qu'à 
l'atelier. 

Culotte (Jouer la). Les joueurs 
de dominos jouent la culotte, 
quand ils cherchent à fermer 
le jeu dans l'espoir de marquer 
un grand nombre de points. 
Le domino qui opère ce tour de 



4 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



125 



force a reçu le surnom de do- 
mino-culotte. 

Culotté (Nez). Nez d'ivrogne, 
nez qui arlDore les tons chauds 
d'une pipe culottée. 

Culottée (Pipe). Pipe noircie 
par l'usage du tabac. 

Culotter. Noircir le fourneau 
d'une pipe selon les règles de 
l'art du fumeur. 

« ... Sans vider le brûlot 

Chargez, chargez toujours sur le même 

[culot. 

Fumez-le lentement, sans brutale secousse, 

Vous le verrez bientôtprendre une teinte 

[rousse, 

Assombrir par degrés son cordon régulier, 

Jusqu'à ce que, formant un superbe collier. 

Il étale à la fois sa couleur blanche et 

noire, 

La culotte d'ébène et le lurban d'ivoire. 

{Paris-Fumeur.) 

Culottée (Toile) En terme 
d'atelier, une toile culottée est 
une toile aux tons sombres. Les 
Rembrandt, les Ribeira sont des 
modèles de culottés. 

Culotter (Se). Perdre beau- 
coup d'argent au jeu. — Com- 
mencer à connaître la vie, le 
monde. — S'enivrer. 

Culotteur de pipes. Client fi- 
dèle d'un estaminet. 



Cure-dents. Sabre-baïonnette 
de l'infanterie, — dans le jar- 
gon du régiment. Ton cure-dent 
qui f... le camp. 

Curé. Sac de charbon. Allu- 
sion à la forme de la robe du 
prêtre et à la couleur du vête- 
ment. — (Jargon des voyous.) 

Curés (Il va tomber des). Le 
ciel est tout noir, il va pleuvoir 
à torrents. 

Curieux. Commissaire de po- 
lice. — Juge d'instruction. 

Cyclope. Derrière. — Faire 
trimer, faire travailler le cyclope, 
aller à la selle. — Se prend 
aussi pour l'etiet, la chose elle- 
même. Vroduire son cyclope dans 
le monde. 

Cyclope. Chapeau haute for- 
me, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Cylindre (Aliser son). Etre 
très malade, — dans le jargon 
des ouvriers du fer. 

Cymbale. Pleine lune. 

Cymbales. Panonceaux, — 
dans le jargon du peuple. 

Cygne. Pièce de vingt francs. 
Ces tune forme nouvelle de l'an- 
cien ciguë, cigale. 



Dab, Dabe. Dieu, père, maî- 
tre, roi. — Frangin dab, oncle. 

Dab de la cigogne. Procureur 
général, procuieur de la Répu- 
blique. D'après M. L. Larchey 
le mot dab et ses composés 
viennent de l'ancien damp, sei- 
gneur. 

Dabe. Maîtresse, amante, — 



dans le jargon des souteneurs. 
« Ma dabe vient m'assister et 
me voir deux fois par semai- 
ne. )) (Max. Du Camp, Paris, la 
Prostitution, t. m, 1875.) 

Dabe d'argent. Spéculum, — 
dans le jargon des filles. — 
Cramper avec le dab d'argent, 
passer à la visite; mot à mot 
faire l'amour avec le spéculum. 



126 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Dabérage. Bavardage, com- 
mérage. — Babérer, bavarder, 
raconter, — dans le jargon des 
marchands juifs. 

Dabesse. Reine. 

Dabicule, Dabmuche. Petit 
patron, fils de patron. 

Dabot. Préfet de police. 

Dabuche. Patronne, maîtres- 
se, mère. — Dabuchette, belle- 
mère, jeune mère. — Dabuge, 
dame, lîourgeoise. — Frangine 
dabuche, tante. 

Dache. Diable. — Envoyer à 
dache, envoyer au diable. 

Daim. Personnage dont le 
rôle, dans la comédie humaine, 
consiste à jouer les grandes 
premières dupes auprès des 
femmes. Le daim est générale- 
ment riche, bien mis et stu- 
pide. 

Daim hupé. Homme riche et 
d'une exploitation facile. 

Dalle. Gosier, bouche. — Se 
rincer la dalle, boire. 

Dalle en pente. Solide appé- 
tit. Mot à mot : gosier en pen- 
te. — « Que ceux qui ont un 
vaste estomac, de gros boyaux, 
la dalle en pente, engloutissent 
des platées énormes et vident 
des brocs, rien de plus juste. » 
{La Petite Lune, janvier 1879.) 
La variante est : Gargouenne en 
pente. 

Dalzar. Pantalon, — dans le 
jargon des ouvriers; par abré- 
viation de pantalzar. 

Danaïdes (Faire jouer les). 

Battre une femme, — dans le 
jargon des voleurs. (L. Paillet.) 
Dandiller. Sonner. — Le car- 
me dandille dans la fouilleuse, 
l'argent sonne dans la poche. 



Dandillon. Sonnette. Taquiner 
le dandillon, pincer le dandillon, 
tirer la sonnette. 

Dandinage. Raclée soignée , 

— dans le jargon des voleurs. 
Il va y avoir du dandinage. 

Dandiner uu pànte. Battre, 
maltraiter quelqu'un qui vous 
déplaît, — dans le jargon des 
voleurs. 

Dandines (Coller des). Porter 
des coups. — Encaisser des dan- 
dines, recevoir des coups. — 
Une grêle de coups de poing 
fait dandiner celui qui les re- 
çoit; d'où le mot dandines. 

Danse. Batterie, bataille. — 
Etape militaire, marche forcée, 

— dans le jargon des troupiers. 

Danser. Sentir mauvais; prin- 
cipalement en parlant du fro- 
mage. 

Danser de. Payer; générale- 
ment employé dans le sens de 
payer pour un autre. — Danser 
d'une demi- douzaine de consom- 
mes au cafemar , payer une 
demi-douzaine de consomma- 
tions au café. 

Danser (Faire). Donner des 
coups. — La danser, recevoir 
des coups. — Etre congédié, per- 
dre sa place. — Payer pour un 
autre. 

Danser devant le buffet. N'a- 
voir rien à se mettre sous la 
dent. — Pour égayer la situa- 
tion on danse devant le bulfet, 
comme David dansait devant 
l'arche. 

Danseur. Dindon. — Par al- 
lusion, sans doute, à la danse 
des dindons, danse obtenue à 
l'aide d'une plaque de tôle 
qu'on chauffe par degrés et sur 



DICTIONNAIRE D ARGOT 



laquelle un imprésario a préa- 
lablement posé les Taglioni à 
plumes. 

Dard. — Glaive qui ne donne 
pas la mort, au contraire. 

Dardant, le petit dardant. 

L'amour, — dans le jargon des 
voleurs. 

Dar délie. Pièce de deux sous. 

Dare-Dare. Vite, tout de 
suite. — Décaniller dare-dare. 
Partir au plus vite. 

Dar on, Daronne. Maître, maî- 
tresse. — Père, mère. — Daron 
de la raille, de la rousse, préfet 
de police. — Baronne du Mec 
des Mecs, daronne du grand Avre 
ou Havre, la mère de Dieu, — 
dans l'ancien argot. 

Dariole. Coup, contusion. 

Daube. Cuisinière , souillon 
de cuisine, par allusion au ra- 
goût désigné sous le nom de 

daube. 

Daubeur. Forgeron qui bat 
le fer, 

Daucbe, Doche. — Père, mè- 
re. Mon doche, mon père. Ma 
doche, ma mère, — dans le jar- 
gon des voyous. C'est le mot 
moderne. 

Dauffe, Dauffin. Pince, ciseau 
à froid, fausse clé, — dans 
l'ancien argot. 

Dauphin. Souteneur; le dos 
vert d'autrefois, — dans l'ancien 
argot. 

De (Se pousser du). Faire 
sonner avec ostentation la par- 
ticule nobiliaire qu'on tient de 
ses aïeux ou qu'on s'est octroyée 
à soi-même. 

Dé. Oui, — dans l'argot des 



MODERNE. 127 

de cimetière. (A* 



marbriers 
Delvau.) 

Dé, Dé à coudre. Verre à 
boire. — Locution employée 
par les ivrognes pour désigner 
un verre de petite capacité. 
Est-ce que vous vous fichez de 
nous, que vous nous donnez des 
dés à coudre ? 

Débàcleuse de mômes. Sage- 
femme. 

Débâcle. Accouchement, — 
dans le jargon des voleurs. 

Débâcler, accoucher. 

Débâcler. Ouvrir. — Débàcler 
la guimbarde, ouvrir la porte. 

Débagouliner. Raconter avec 
volubilité tout ce qu'on a sur le 
cœur. — Se répandre en inju- 
res, injurier avec bagou. C'est 
une variante de débagouler. 

Déballage. Opération qui , 
pour une femme, con.siste à 
s'aifranchir de ses appas d'em- 
prunt et à se montrer sous un 
jour plus naturel. — Perdre au 
déballage, perdre à être vue dans 
le simple appareil. — Gagner au 
déballage, tenir plus qu'on ne 
promet. — Etre volé au débal- 
lage, c'est mettre la main sur 
un Ary Scheffer alors qu'on 
croyait trouver un Rubens. 

Déhallage. Linge de femme. 
« Tout ce coin où traînait le 
déballage des dames du quar- 
tier. (E. Zola.) 

Déballer. Déshabiller, enle- 
ver l'arsenal des faux-chignons, 
tournures, soutien des faibles, 
faux râteliers, et tous les trom- 
pe-l'œil de la toilette féminine. 

Déballer. Sacrifier à Doman- 
ge, — dans le jargon des vo- 
leurs. 



128 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Débarbouiller (Se). Se tirer 
d'alfaire. — Se sauver, quitter 
une société à la hâte. 

Débarbouiller à la potasse. 

Frapper au visage. — Avoir 
l'avantage sur son adversaire, 
soit dans une scène de pugilat, 
soit à un jeu quelconque. 

Débardeur. Personnage car- 
navalesque à la mode en 1840. 
Le costume dn débardeur mâle, 
comme celui du débardeur fe- 
melle, consistait en un large 
pantalon de toile ou de velours, 
serré à la taille par une cein- 
ture, chemise bouffante, per- 
ruque et chapeau gris haute 
forme. Le débardeur femelle 
remplaçait le chapeau par le 
bonnet de police, et naturelle- 
ment la chemise était aussi 
échancrce que le permettait l'in- 
décence. 

Débarquer (Se). Renoncer à. 

Débaucher. Congédier. Par 
opposition à embaucher , — 
dans le jargon des typographes. 

— Se débaucher, s'octroyer son 
congé. 

Débinage. Propos malveillant. 

— Fuite. 

Débinance. Médisance. C'est 
une forme nouvelle de débinage. 
Mince de débinance. 

Débine. Grande misère, mi- 
sère noire. 

Débiner. Dire du mal. — Dé- 
précier. Mot à mot : mettre 
quelqu'un ou quelque chose 
dans la débine, l'appauvrir mo- 
ralement. 

Débiner (Se). Se sauver. 

Débiner (Se). S'affaiblir, se 
sentir malade, perdre ses for- 



ces, — dans le jargon du peu- 
ple. — Se débiner des fumerons^ 
ne pas être solide sur ses jam- 
bes. (L. Larchey.) 

Débineur. Celui qui débine. 
Les amis sont des débineurs par 
excellence. 

Débonder (Se). Sacrifier à la 
compagnie Lesage. 

Déboucher une rue. Payer les 
dettes qu'on a dans une rue. 
Les dettes bouchent la rue et 
empêchent le débiteur timide 
d'y passer. 

Déboucler. Rendre un pri- 
sonnier à la liberté. — Ouvrir. 
— Déboucler une guimbarde à 
coups de sorlotSf ouvrir une 
porte à coups de pied. 

Déboulonnage. Action de dé- 
boulonner. 

Déboulonner. Enlever les pla- 
ques de métal qui recouvrent 
la maçonnerie de certains mo- 
numents. — Le peintre Cour- 
bet voulait seulement déboulon- 
ner la colonne Vendôme. Sa 
pensée, paraît-il, fut mal inter- 
prétée, et la colonne fut renver- 
sée. 

Déboulonner. Vendre, écou- 
ler, — dans le jargon des librai- 
res. — Déboulonner dix mille 
exemplaires d'un ouvrage. 

Déboulonneur. Amateur du 
déboulonnage, individu qui .i 
pris part au renversement de 
la Colonne. — Longtemps, sur 
les murs de Paris, le nom de 
« Courbet » fut accolé à l'épi- 
thète de « déboulonneur. » 

Débourrer sa pipe. Faire ses 
nécessités, — dans le jargon 
des ouvriers. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



129 



Débouscailler. Décrotter. — 
Bébouscailleur, décrotteur. 

Débrider. Crocheter une ser- 
rure, ouvrir. — Débrider la mar- 
goulette, manger. — Débrider 
les chasses, ouvrir l'œil, faire 
attention. 

< Débridoir. Clé, — dans le 
jargon des voleurs. 

Débris (Vieux). Homme vieux, 
cassé, femme vieille, cassée. 

Débrouillard. Celui que rien 
n'embarrasse, qui sait toujours 
se tirer d'affaire. « Un grand 
garçon, ancien militaire, ex- 
cuirassier de Reiscliolfen, très 
honnête et très débrouillard, 
comme on dit au régiment. » 
{Figaro du 17. juillet 1877.) « Ils 
étaient jeunes , bien tournés, 
débrouillards. » (Vicomte Ri- 
chard, Les Femmes des autres.) 

Décadener. Retirer les me- 
nottes à un voleur. 

Décalitre. 

forme. 

Décaniller. Partir. — <( Dé- 

canillons et presto! (G. Marot, 
l'Enfant de la Morgue 1880.) 

Décapité parlant. Imposteur. 
— Petit homme à grosse tête.— 
Le décapité parlant est un tour 
d'escamotage qui consiste à 
présenter au public une tête 
numaine sur une table recou- 
verte d'une draperie. La tête 
répond aux questions qu'on lui 
adresse. Le tour s'exécute au 
moyen d'un système de miroirs 
combinés. 

Décarcassé. Sans charpente, 
sans solidité, en parlant d'une 
pièce dramatique. (L. Larchey.) 

Décarcasser (Se). Se donner 



Chapeau haute 



beaucoup de mal; se démener. 

— Se décarcasser le boisseau, se 
tourmenter, 

Décarrade. Fuite précipitée, 
fuite du voleur qui a la police 
à ses trousses. — La grande dé- 
carradej la décarrade de la fin^ la 
mort. 

Décarre. Acquittement. 

Décarrer. Acquitter en jus- 
tice. — Se sauver. — Décarrer 
à la batSf s'évader. — Décarrer 
cher, avoir fait son temps de 
prison. 

Décartonner (Se). Vieillir; se 
dit principalement des femmes. 
Bien des femmes sont comme 
certains livres qui, à force d'a- 
voir passé de main en main, 
finissent par perdre le carton- 
nage. 

Décati. Usé, vieilli, flétri, en 
parlant des personnes. Allusion 
aux étoffes décaties, c'est-à-dire 
qui ont perdu leur apprêt. 

Décavage. Misère, ruine. 

Décavé. Ruiné. Allusion aux 
joueurs de bouillotte décavés. 

Décembraillard. Partisan du 
coup d'Etat du 2 décembre 1851. 
Nom donné aux partisans de la 
dynastie napoléonienne par 
leurs adversaires politiques. 

Déchanter. Etre désenchanté, 
par abréviation. 

Déchard. Pauvre, misérable; 
celui qui est en proie à la dèche^ 

— dans le jargon du peuple, 
(c Eh bien, ces déchards-là, s'ils 
ne payent pas leur terme... on 
les fout sur le pavé sans pitié. » 
(le Père Duchéne, 1879.) 

Dèche. Misère momentanée. 
La dèche est moins forte, moins 



130 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



soutenue que la débine, et sur- 
tout que la panne. — Dans une 
pièce militaire de Ferdinand 
Laloue, l'acteur chargé de don- 
ner la réplique à l'Empereur et 
de répondre : k Hélas! quel 
échec, mon Empereur! >> se 
troubla. Destiné aux rôles muets, 
il parlait pour la première fois ; 
son émotion fut si grande que, 
bredouillant, ilrépondit: « Quelle 
déche,mon Empereur ! » Le mot 
fit fortune, la presse s'en em- 
para, et, lors de l'impression 
de sa pièce, Ferdinand Laloue 
le substitua au mot primitif. 
(Rapporté par Privat-d' Angle- 
mont, Fans-Inco7inu.) 

Déchiré (Pas trop). Pas trop 
mal, assez gentil. — Se dit du 
physique d'une personne. Cette 
femme n'est pas trop déchirée. 

Déchirer de la toile. Faire 
du bruit avec l'antipode de la 
bouche. — Tirer un feu de pe- 
loton. 

Déchirer la cartouche. Man- 
ger, — dans le jargon des trou- 
piers. 

Déclaquer. Dire ce qu'on a 
sur le cœur. 

Déclouer, Décrocher. Déga- 
ger un objet du Mont-de-Piété. 

Décognoir. Nez de forte taille, 
— dans le jargon des typogra- 
phes. Au propre, en terme de 
métier,on nomme « décognoir » 
le morceau de bois dont on fait 
usage pour chasser les coins 
avec lesquels on serre les for- 
mes. 

Décoller. Quitter un endroit 
où l'on se trouve depuis long- 
temps. 

Découdre (En). Se battre à 



l'arme blanche. Mot à mot : dé- 
coudre la peau. Il faudra en dé- 
coudre. 

Découvrir saint Pierre pour 
couvrir saint Paul. Contracfor 
une dette pour en payer une 
autre. (Oudin, Curiosités fran- 
çaises.) L'expression est encore 
fort de mise. 

Décroche-moi ça. Fripier. — 
Terme générique donné à toutes 
les friperies dont des spécimens 
sont accrochés au-dessus de la 
porte du revendeur à la toilette : 
chapeaux pour les deux sexes, 
souliers, bottines, habits, vestes, 
culottes et robes, autant de dé- 
croche-moi ça, de décrochez-moi 
ça. 

Décrocherses cymbales. Mou- 
rir dans l'exercice des fonctions 
notariales, — dans le jargon 
des ouvriers. Les clercs de no- 
taires et les clercs d'huissiers 
disent, dans une langue plus 
rel .vée, pour exprimer la même 
idée : Décrocher ses panonceaux. 

Décrocher les tableaux. Pra- 
tiquer des fouilles dans l'édifice 
nasal. 

Dedans (Mettre). Tromper. 
— Emprisonner. 

Dédire cher (Se). Etre à l'a- 
gonie, — dans le jargon des 
voleurs. 

Défaits. Ce sont, en terme de 
libraire, les feuilles d'un livre 
qui ne sont pas suivies et qui 
servent à compléter celles qui 
peuvent manquer. 

Défalquer. Faire ses nécessi- 
tés, — dans l'ancien argot. 

Défiler la parade Mourir, — 

dans le jargon des troupiers. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Défourailler. Courir. — Tom- 
ber. — Sortir de prison. 

Défrusquer , Défrusquiner. 

Déshabiller. — Voler des vête- 
ments. 

Dégazonner (Se). Perdre ses 
cheveux. 

Dégel. Mort. — Dégelé, cada- 
vre. — Dégeler, mourir. — Se 
dégeler, se suicider. 

Dégelée. Série de coups. — 
Flanquer une dégelée soignée. 

Dégobillage. Matières rejetées 
hors de l'estomac. — Dégobiller, 
vomir. — Pratiquer sa cambrure 
dans un fort dégobillage escra- 
houillé sur le trot. Mettre le pied 
dans un fort dégobillage aplati 
sur le trottoir. 

Dégommage. Perte d'emploi. 

— Misère. Allusion aux timbres- 
poste qui, faute de gomme, ne 
tiennent pas. 

Dégommé. Usé, vieilli, flétri. 

— Comme elle est dégommée. — 
Infortuné qui a perdu sa place. 

— Préfet dégommé. 

« C'est moi qui du coin d' la rue, 
» J'ta 1' premier trognon de laitue 
» A c' pouvoir qu'est dégommé. » 
(L. Festeau, Le Gamin 1834.) 

Dégommer. Surpasser. — Des- 
tituer. 

Dégorger. Avouer. — « Il de- 
vait en jauger plus c[u'il n'avait 
voulu certainement en dégor- 
ger. » (L. Cladel, Ompdrailles, 
Le Tombeau des lutteurs.) 

Dégottage. Supériorité mo- 
rale ou physique. 

Dégottage. Trouvaille. 

Dégotter. Surpasser. — Pren- 
dre la place d'un autre — Trou- 
ver. Dégotter une roue de der- 



131 

rière, trouver une pièce de cinq 
francs. — « D'ailleurs, l'affaire 
est à moi. Je l'ai dégottée et, 
de plus, j'ai donné le coup. » 
(G. Marot, V Enfant de la Mor- 
gue.) 

Dégotter (La). Faire figure, 
représenter. Il la dégotte mal, il 
a mauvaise tournure, argot du 
peuple. 

Dégouler. Baisser, diminuer, 
ralentir, s'en aller. « Le travail 
dégoule, n — dans le jargon des 
ouvriers. C'est l'opposé d'abou- 
ler. 

Dégoulinage. Larmes silen- 
cieuses; eau qui tombe goutte 
à goutte. 

Dégouliner. Couler douce- 
ment goutte à goutte. Les larmes 
dégoulinent le long des joues. — 
.Dégouliner ce qu'on a sur le cœur, 
dire sa façon de penser, se sou- 
lager par l'aveu d'un secret. Le 
mot date de la fin du xviii« siè- 
cle. — (( Céline baissa la tête, 
alors l'autre baissa aussi la tête 
et une grosse larme lui dégou- 
lina des cils. » (Huysmans, Les 
Sœurs Vatard.) 

Dégoutation. Personnification 
dégoûtante. (L. Larchey.) Une 
dégoutation d'homme. 

Dégoûté (N'être pas). Savoir 
apprécier, montrer du goût. — 
Yous aimez les jolies femmes, vous 
n'êtes pas dégoûté. 

Dégraisser. Faire perdre de 
l'argent. — Dégraisser le bausse, 
faire perdre de l'argent au pa- 
tron. 

Dégraisseur. Filou, usurier, 

— dans le jargon des voyous. 

— Envoyer une bobine chez le 
dégraisscur voler une montre. 



oO 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Dégrimonner. S'agiter, se 
tourmenter, — dans l'argot des 
bourgeois. (L. Larchey.) 

Dégringolade. Vol. — Dégrin- 
golade à la /lùtey vol commis par 
une fille publique sur la per- 
sonne d'un client. 

Dégringoler. Voler. Dégrin- 
goler un aminche, voler un ca- 
marade. 

Dégringolé du c. de Marie la 
salope. Enfant de père inconnu. 

Dégrouper (Se). Se retirer 
d'un endroit, quitter une so- 
ciété, — dans le jargon du peu- 
ple. Dégroupons, faut aller pion- 
cer. — J"' vas te faif dégrouper 
et p'us vite que ça, vadrouilleux. 

Dégueulas. Dégoûtant. 

Dégueulatif. Etre, objet dé- 
goûtant, dont la vue fait vomir., 
— « Vos pareils ont l'habitude 
vraiment dégueulative d'atten- 
dre les fdles du peuple à la sor- 
tie des ateliers. » {L'art de se 
conduire dans la société des pau- 
vres bougres, 1879.) 

Dégueulbite, Dégueulboche. 

Dégoûtant, — dans le jargon 
des voyous. Dérivés de dégueulis. 

Dégueulis. Matières rejetées 
hors de l'estomac. Mot à mot : 
au delà de la gueule. 

Déguismar. Déguisement. Va- 
riantes : Déguis, déguisemuche, 
déguisemince. 

Déjeté. Homme courbé par le 
malheur ou la maladie, affaissé 
moralement ou physiquement. 
Femme déjetée, femme sur le 
retour. 

Déjeuner de soleil. Objet de 
peu ae durée: s'emploie surtout 
en parlant d'une étoile mauvais 



teint. « Cest un déjeuner de so- 
leil. » 

Délirant. Charmant. « Je ne 
vous connaissais pas ce bracelet, 
Cydalise; il est délirant. » (Al. 
Karr, Les Femmes.) 

Déluber. Commencer, débu- 
ter. C'est la dislocation de ce 
dernier mot. 

Démantibuler (Se). Se battre, 
chercher à se casser un ou plu- 
sieurs membres. 

Démaquiller. Décommander, 
défaire, renoncer à, — dans le 
jargon des voleurs. 

Démarquage de linge. » 11 

s'est adonné tout bonnement à 
un genre d'exercice qu'en argot 
du métier (de journaliste) nous 
appelons un démarquage delinge. 
Il a taillé, coupé, rogné dans 
notre article sans nous citer. » 
(H. de Villemessant, Figaro du 
6 août 1877.) 

Démarquer le linge. Se parer 
des plumes, non, de la plume 
d'un confrère en journalisme. 

Démarqueur de linge. Jour- 
naliste qui s'approprie l'article 
d'un confrère en changeant 
quelquefois un peu la rédaction. 
Par laconisme on dit démar- 
queur. « M. de P. est ce qu'on 
peut appeler un de nos bons 
démarqueurs. » (H. de Villemes- 
sant, Figaro du 6 août 1877.) — 
Dans une autre acception, dé- 
marqueur sert à désigner celui 
qui ôte les marques d'un objet 
dans un but de tromperie ou de 
vol. (Littré, Supplément au Dict. 
franc.) 

Démtrrer. Quitter un lieu 

après une longue station. Les 
soiilo'iS démarrent péniblement de 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



133 



chez le mastroc, les ivrognes s'en 
vont avec peine de chez le mar- 
ciiand de vin. 

Déménager. Déraisonner. « Je 
craignais que dans le change- 
ment de domicile sa tête n'eût 
('^ménagé la première. » (E. 
l'elletan, La Nouvelle Babylone.) 

Demi-snpe, demi-supérieure. 

I-cini-boutuille de vin de qua- 
lité supérieure, vin d'extra. 

Demi-stroc. Demi-setier. 

Demi-vertu. Personne du sexe 
faible dont la vertu a subi, une 
fois au moins, le feu des en- 
chères de l'amour. 

Démoc-soc. Démocrate so- 
cialiste. En 1848, les démocs- 
socs étaient ce que sont aujour- 
d'hui les radicaux, l'épouvantail 
de la bourgeoisie. 

Demoiselle. Bouteille. Foutre 
un soufflet à la demoiselle, qu'on 
lui en voit le derrière, vider une 
bouteille d'un coup en buvant à 
la régalade. 

Demoiselles (Ces). Nom gé- 
nérique donné à toutes les fem- 
mes qui, de près ou de loin, 
touchent au métier ou à l'art 
de la prostitution. « Ces demoi- 
selles ont été successivement 
appelées : Lorettes, Filles de 
marbre, Dames aux camélias, 
Biches, Cocottes, autant de mots 
que l'on chercherait en vain 
dans le dictionnaire de l'Aca- 
démie. » (G. Claudin, Parais et 
V Exposition.) Le succès de la 
Dame aux camélias, pièce de 
M. A. Dumas fils, valut à ces 
demoiselles l'honneur d'un nou- 
veau baptême. En souvenir de 
l'héroïne de la pièce — qui mé- 
ritait mieux — elles furent sa- 
crées : dames aux camélias. Le 



prototype a existé sous le nom 
de Marie Duplessis tf Re- 
marquablement jolie, grande, 
médiocrement faite, ignorante, 
sans esprit, mais riche d'ins- 
tinct. Ex-paysanne normande, 
elle s'était composé une généa- 
logie nobiliaire, et, de son au- 
torité, rapprochait d'un nom 
historique son nom légèrement 
modifié. » (N. Roqueplan, Pa- 
risine.) 

Démonétiser. Perdre quel- 
qu'un de réputation. — Se dé~ 
monétiser, ne laisser à personne 
autre qu'à soi-même le soin de 
se perdre de réputation. 

Démorfillage. Action de dé- 
marquer une carte, c'est-à-dire 
enlever les signes, traits d'on- 
gles, points de repère que les 
grecs font aux cartes qu'ils veu- 
lent reconnaître. « Je vas leur 
z\j en coller du démorfillage. » 
(A. de Gaston, Les Tricheurs,) 

Démorfiller. Démarquer une 
carte, — dans le jargon des 
grecs. 

Démurger. Sortir de prison. 
— Démurger sans caserne, sortir 
de prison sans savoir où aller 
coucher. 

Denaille "(Saint). Saint-Denis. 

Dent creuse (Ne pas en avoir 
pour sa). Avoir très peu de 
chose à manger; avoir une très 
petite porV.on sur son assiette. 
(Oudin.) li >. pilon de volaille, 
merci, fin .« /seulement pas pour 
ma dent creuse. N'a pas cessé 
d'être usité. 

Dentelle (De la). Billets de 
banque. — C'est un girondin 
calé qu'a de la dentelle à faire 
péter son porte-mince, 

8 



134 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Dents (Avoir toutes ses). Etre 
à l'âge de raison, à cet âge où 
l'on peut mordre son voisin et 
au besoin sa voisine. 

Dents ne lui font plus mal 

(Les). Il est mort depuis long- 
temps. 

Déparler. Avoir le délire, — 
dans le jargon des garde-ma- 
lades. 

Département dubas-rein.Par- 

tie de l'être humain qui a quel- 
quefois besoin de ronds hygié- 
niques comme certains yeux ont 
besoin de lunettes. — La cible 
à tant de plaisanteries suran- 
nées. 

Dépenser sa salive. Parler- 
On dit de quelqu'un de taci- 
turne : En voilà un qui a peur de 
dépenser sa salive. 

Dépiauter. Battre fortement. 
Mot à mot : enlever la peau 
comme à un lapin; faute de 
mieux, se contenter d'enlever 
les vêtements. 

Déplanquer. Retirer un objet 
caché, — dans le jargon des 
voleurs. 

Déplanquer son faux centre. 

Etre condamné sous un nom 
d'emprunt. 

Déplumé. Sénateur. La cam- 
buse aux déplumés, le sénat, — 
dans le jargon du peuple. 

Déplumer (Se). Perdre ses 
cheveux. — Déplumé, chauve. 

Déponner, Dépousser. Sacri- 
fier à Domange, — dans l'an- 
cien argot. 

Déporter. Renvoyer, — dans 
le jargon des ouvi^ers. — Etre 
déporté j être renvoyé de l'ateher. 

Déposer un kilo. Faire SCS né- 



cessités, — dans le jargon des 
ouvriers qui disent encore, sans 
respect pour le suffrage univer- 
sel : Déposer son bulletin^ déposer 
un bulletin dans l'urne. 

Dépôt. Dépôt de la préfecture 
de police. « Dans le siècle der- 
nier, ce dépôt (spécialement af- 
fecté aux prostituées) portait le 
nom de salle ou de maison 
Saint-Martin; il était situé rue 
du Verbois, au coin de la rue 
Saint-Martin. » (Parent-Ducha- 
telet.) En 1785 les prostituées 
furent dirigées sur l'hôteJ de 
Brienne dit la Petite-Force. De- 
puis 1798 elles sont consignées 
au dépôt général de la préfec- 
ture de police. — On envoie au 
Dépôt les individus mis en état 
d'arrestation par ordre du com- 
missaire de police. On les trahs- 
porte du violon au Dépôt dans 
le panier à salade. Ils y restent 
jusqu'à ce que le juge d'instruc- 
tion ait statué sur leur sort. 

Dépôts & consignations 
(Caisse des). Lieux d'aisances, 
en style d'employés des grandes 
compagnies financières. 

Dépotoir. Confessionnal, — 
dans le jargon des voleurs. 

Dépotoir. Pot de chambre. 

Dépuceleur de femmes encein- 
tes. Fanfaron en fait de galan- 
terie, don Juan grotesque. 

De quoi (Avoir). Avoir de quoi 
vivre. 

Dérailler. Sortir de son sujet, 
perdre le fil d'un discours — 
Dans le vocabulaire de l'amour, 
c'est... dame, c'est difficile à 
dire, quoique le sens soit le 
même. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



135 



Dérondiner. Payer, — dans 
l'ancien argot. 

Déroyaliser. Renverser un 
souverain de son trône. Enlever 
à un roi la couronne de dessus 
la tête, et quelquefois la tête, 
avec la couronne. 

Derrière (Enlever le). Donner 

un coup de pied au derrière. 

Derrière le premier (Se lever 

le). Se lever de mauvaise hu- 
meur. — Etre de mauvaise hu- 
meur dès le matin. 

Désargoter. Déniaiser, — 
s'ingénier, — dans le jargon des 
voleurs. — Désargoté, malin. 

Descendre. Faire tomber; 
tuer d'un coup de fusil. — Des- 
cendre la garde, mourir. 

Descendre son crayon sur la 
colonne. Administrer une volée 
de coups de canne, — dans le 
jargon des voyous. 

Désenflaquer. Se tirer d'une 
situation difficile. Mot à mot : se 
tirer d'une flaque. 

Désennuyeur. Terme réservé 
qu'emploient les souteneurs de 
filles pour se désigner. Ils dé- 
sennuient ces dames. 

Desentiflage. Séparation en- 
tre époux. — Etre désentifléj vi- 
vre séparé de sa femme. 

Desfoux. Enorme casquette de 
soie, bouffante, casquette à tri- 
ple étage, casquette àtroisponts, 
particulière aux Desgrieux de 
barrière. Vient du nom du four- 
nisseur. On dit une desfoux, 
comme dans un autre monde, 
un gibus. Je viens de me fendre 
d'une desfoux un peu chouette, 
cinq tailles! 

Desgenais en chambre. Mora- 



liste qui entend la plaisanterie 
et la noce. Moraliste bon enfant. 

— Allusion au type d'un des 
personnages des Filles de mar- 
bre. Expression un peu démodée 
comme la pièce. Faire son Des- 
gênais, faire de la morale. 

Desgrieux. Aimable et joli 
souteneur de filles, le frère aîné 
de M. Alphonse. En souvenir du 
nom du héros du roman de Ma- 
non Lescaut. 

Désosse. Misère, ruine, — 
dans le jargon des barrières. — 
Jouer la désosse, être ruiné. 

Désossé. Qui est sans argent, 

— dans le jargon des voyous. 
Os veut dire argent ; désossé, c'est 
donc celui qui n'a pas d'os. 

Désosser. Tomber sur quel- 
qu'un à grands coups de poing. 

— Je f vas désosser. 

Dessalée. Femme rusée, co- 
quine délurée, femme sans mo- 
ralité ni tenue. La dessalée était 
la gourgandine de nos pères. Ce 
n'était primitivement qu'une 
épithète accrochée au vocable 
« morue. » On disait sous Louis 
XV « morue dessalée » pour don- 
ner plus de force à l'injure. Au- 
jourd'hui tout est si cher, même 
les mots du bas langage, que 
d'une injure on en a fait deux, 
et voilà pourquoi l'on dit iimo- 
rue » pour désigner une femme 
sale, repoussante, et pourquoi 
« dessalée » dans le sens de flUe 
de joie. — « Vous paraissez 
toutes deux assez dessalées. ii{Les 
Souffleurs.) 

Dessaler. Noyer. Dessaler le 
client à la faux, noyer quelqu'un 
après l'avoir volé. 

Dessaler (Se). Boire,— dansle 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 

Viens -tu 



136 

jargon des voyous. 
nous dessaler'? 

Dessaler (Se). S'acquitter 
d'une avance faite, — dans le 
jargon des typographes. C'est 
mot à mot : restituer son salé. 
Les avances d'argent ont reçu 
le nom de salé, par abréviation 
de salaire. 

Dessaler (Se). Tomber malade, 
— dans le jargon des voleurs. 
Allusion aux conserves qui s'a- 
mollissent lorsqu'elles perdent 
leur sel. 

Dessinandier. Dessinateur. 

Dessous (Tomber dans le troi- 
sième). Etre complètement rui- 
né, tomber dans la misère. — 
Au théâtre on entend par des- 
sous les étages pratiqués sous 
la scènepour les besoins des dé- 
cors. On dit d'une pièce qui a 
échoué qu'elle est tombée dans 
le troisième dessous. 

Détacher un transfert, un 
transferrement. Détacher un 
solide coup de pied. « Je déta- 
che un transferrement au cab avec 
mon rigodon à clous. » [La Petite 
Lune, 1879.) 

Détacher le bouchon. Aller à 
la selle. — Les anciens tireurs 
employaient cette expres.sion 
dans le sens de voler la bourse. 

Détaffer. Remonter le moral ; 
donner du courage. Mot à mot: 
enlever le taf, enlever la peur. 

Détail (C'est un). Ce n'est rien. 
Mot que le scepticisme moderne 
devait appliquer auxévénements 
les plus graves et qu'ordinaire- 
ment on souligne par un .> .'/• 
rire. — Vous êtes en deuil? — 
Ma femme est morte. — C'est 
un détail. Un tel a fait faillite 



et ruine plus de cent familles. 
— C'est un détail, je n'avais pas 
un sou chez lui. 

Détail (Faire le). Couper sa 
victime en morceaux d'après la 
méthode Billoir, — dans le jar- 
gon des voyous. 

Détaroquer. Démarquer, — 
dans l'ancien argot des grecs; 
c'est, mot à mot : effacer les 
marques des tarots. 

Dételer. Dételer le char de 
l'amour, pour parler la langue 
académique. — Se retirer des 
joies de ce monde, parce qu'on 
est vieux, infirme et désillusion- 
né. — « A cette heure il avait 
dételé, mais il aimait encore la 
société des femmes folles de 
leur corps. » (E. de Concourt, 
La Fille Èlisa.) 

Détente (Dur, dure à la). Ce- 
lui, celle qui ne délie pas faci- 
lement les cordons de sa bourse. 
« Leur famille est riche, mais 
elle est également dure à la dé- 
tente, ce qui est l'expression 
consacrée . » ( Adrien Paul , 
Floueurs et Floués.) 

Détourne (Vol à la). Vol qui 
se pratique dans l'intérieur des 
magasins. 

Détourneur. Voleur à la dé- 
tourne, (c II y a des voleurs à la 
détourne de trois classes : les 
aristos, les bourgeois et les 
voyous. Les premiers ne travail- 
lent qu'en équipage et ne font 
que la pièce de soie, de velours, 
ou le cachemire des Indes ; ils 
ont des laquais avec des galons 
d'argent et des jambes torses 
comme les colonnes d'un lit 
Louis XIII. » (L. Paillet, Voleurs 
et Volés.) 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



137 



Dette de cœur (Payer une). 

Faire honneur à un engagement 
souscrit par le cœur au profit 
des sens, — dans l'argot des 
grandes dames. Dans le monde 
faubourien, où l'on n'enguir- 
lande pas les expressions, les 
femmes disent: « S'exécuter à la 
bonne franquette. » 

Deuil (Grand). Café avec co- 
gnac. — Demi-deuil, café sans 
cognac. (L. Larchey.) 

Deuil (Il y a du). Ça marche 

mal dans le ménage. 

Deuil de sa blanchisseuse 
(Porter le). Porter du linge très 
sale. 

Deux fois. Expression très 
usitée dans les régiments de ca- 
valerie et qui équivaut à une 
négation. Le sous-off de garde 
dît : Tiens, tiens, tiens! vous avez 
des bretelles deux fois demi-tour 
sur les hanches. — J'ai planché 
non pas deux fois, mais une 
bonne. — Quelquefois cette ex- 
pression s'emploie dans le sens 
de « plus souvent : » Veux-tu 
me prêter cinq ronds ? — Deux 
fois. 

Dévidage. Promenade dans 
le préau d'une prison. (L. Lar- 
chey.) 

Dévidage. Long discours. 

Dévidage à l'estorgue. Men- 
songe. — Acte d'accusation. 

Dévider. Parler. C'est dévider 
le iil d'un discours dans le lan- 
gage métaphorique et précieux. 
— Dévider le jars ^ parler argot. 

Dévierger. Enlever la tleur 
de l'innocence à une jeune fille, 
ainsi qu'on s'exprime sous la 
coupole de l'Institut les jours où 
il n'y a pas de prix de vertu à 



décerner. — C'est, en bon fran- 
çais, peut-être, faire une femme 
avant la lettre... de faire part 
du mariage 

Dévisser. Estropier, casser 
un ou plusieurs membres. — 
« Tu veux donc te faire dévis- 
ser? » (L. Cladel, Ompdraillcs, 
le Tombeau des lutteurs.) 

Dévisser son billard. Mourir, 
— dans le jargon des piliers de 
café. Et par abréviation : dévis- 
ser. — Que devient f Machin ? Il a 
dévissé. 

Dévisser le coco. Tordre le 
cou, étrangler. 

Dévisser la pétronille (Se.) Se 

mettre en frais d'imagination, 
se creuser la cervelle, — dans 
le jargon des voyous. 

Dévorant. Pour dévoirant, 
compagnon du devoir. « Terme 
du compagnonnage qui nous a 
légué une petite ménagerie as- 
sez intéressante ; il y avait le 
singe, le lapin, le renard de li- 
berté, le loup, etc.. c'est assez 
logique d'avoir le dévorant, » 
{Le Sublime.) 

Dévoyé. Acquitté; renvoyé 
des fins de la plainte, — dans 
le jargon des voleurs. 

Diable. Agent provocateur. 
(Moreau-Christophe.) 

Diable en prendrait les ar- 
mes (Que le). Exorbitant. Dire, 
faire une chose étonnante, tenir 
un propos tellement extrava- 
gant, donner de telles preuves 
de courage... en paroles, que le 
diable, elfrayé, en prendrait les 
armes, s'il les entendait. 

Diamant. Clou de soulier, — 
dans le jargon des troupiers. 
Prends garde d'useï' les diamants 

6, 



138 



DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE. 



de tes godillots. Prends garde 
de trop marcher. 

Diamant. Pavé. (L. Larchey.) 

Dieu (Il n'y a pas de bon). 

Mot à mot : il n'y a pas de bon 
Dieu qui puisse m'empêcher de 
faire ce que je veux faire. 

Dieu (Manger le bon). Com- 
munier. — Mangeur, mangeuse 
de bon Dieu, celui, celle qui 
s'approche souvent de la Sainte 
Table. 

Digue-Digue. Attaque d'épi- 
lepsie, — dans le jargon des 
voleurs. 

Digue. Femme, dans l'ancien 
argot du Temple. « Vieux mot 
fort usité parmi les pitres et les 
queues rouges du xvii» siècle. » 
(V. Hugo.) 

Dinde. Femme sotte. 

Dindonner. Duper. « Je lui ai 
démontré qu'il était dindonné, 
ce que nous appelons refait au 
môme. » (Balzac.) 

Dindornier. Infirmier. 

Dinguer. Lancer , frapper , 
laisser tomber, onomatopée du 
bruit d'un objet qui tombe à 
terre. — Envoyer dinguer, en- 
voyer promener. — En terme 
de théâtre un objet qui dingue 
est un objet mal "équilibré, qui 
menace de tomber. 

Dire quelque chose. Eveiller 
la sensualité, — dans le jargon 
des libertins. — Ne rien dire, 
laisser froid, indifférent. Cette 
femme ne me dit rien. 

Dix-huit. Soulier remis à 
neuf avec de vieux cuirs prove- 
nant de vieux souliers. Jeu de 
mot sur deux fois neuf — Dans 
l'argot des tailleurs un dix-huit 



est un vêtement retourné. — 
Dans le supplément à son dio- 
tionnaire français , M. Littré 
donne à « se mettre sur son 
dix-huit » le sens de « mettre 
ses plus beaux habits. » Je n'ai 
jamais entendu à Paris cette 
expression. M. Littré n'aurait-il 
pas confondu avec « ' se mettre 
sur son trente-et-un ? » 

Doigt dans l'œil (Se fourrer 

le). Se tromper. — Se fourrer 
le doigt dans V œil jusqu'au coude, 
se tromper grossièrement, s'a- 
buser au dernier point. — Faire 
partie de la société du doigt dans 
l'œil, s'illusionner sur son pro- 
pre compte. 

Doigts de mort. Salsifis, -— 
dans le jargon du peuple. Al- 
lusion à la ressemblance entre 
des doigts de mort et des sal- 
sifis épluchés. 

Dominos. Dents, — Jouer des 
dominos, manger. 

Donner (S'en) . S'amuser beau- 
coup. — Donner du cambouis, 
railler, tromper. 

Donner. Pour donner dans le 
piège; abonder, — dans le jar- 
gon des filles. — « Vous les re- 
trouverez, si les hommes ne don- 
nent pas , arpentant le terrain 
jusqu'à deux heures du ma- 
tin. » (F. d'Urville, Les Ordures 
de Paris, 1874.) 

Donner dans. Fréquenter : 
Donner dans la canaille. — Avoir 
du goût pour : Elle donne dans 
le militaire. 

Donner (Se la). Se battre. 
Mot à mot : se donner la volée 
de coups. 

Donner (La). Regarder, dans 
le jargon des voleurs. — Le 



I 



I 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



roublard la donne sur nos fioles, 
l'agent regarde nos physiono- 
mies. — La donne souffle mal, le 
regard d'un tel n'est pas franc, 
locution employée par les vo- 
leurs lorsqu'ils se sentent devi- 
nés soit par un agent, soit par 
n'importe qui. — La donner sur 
la croustille, n'avoir que du 
pain ■ à manger ; c'est-à-dire 
tomber sur le pain. 

. Donner (La). Chanter , — 
dans l'argot des baiTières. C'est- 
à-dire : donner de la voix. — 
Entends-tu comme le yossier la 
donne? entends-tu comme le 
particulier chante ? 

Donner sur le biffeton. Lire 
l'acte d'accusation et dévoiler 
les antécédents de l'accusé. 

Donner de l'œil dans la pers- 
pective. Avoir l'œil au guet, 
— dans le jargon des truqueurs. 
« En ce moment arrivent deux 
agents, que les associés de Mi- 
chon n'avaient pas vus, bien 
que donnant de l'œil dans la 
perspective. » {Paris-Vivant , le 
Truqueur, 1858.) 

Dormir en gendarme. Ne 
dormir que d'un œil. 

Dos (Scier le). Ennuyer. — 
En avoir plein le dos, manière 
d'exprimer son mécontente- 
ment , lorsque quelqu'un ou 
quelque chose vous ennuie 
énormément. 

Dos vert, Dos d'azur. Soute- 
neur de filles. Allusion aux 
écailles vertes dun poisson 
sous le nom duquel les soute- 
neurs sont généralement dési- 
gnés. — « C'est aussi un dos 
vert de la plus belle espèce. » 
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) 



139 

Dossière. Poche assujétiedans 
toute la longueur du dos d'un pa- 
letot etparticulière aux voleurs 
à la détourne qui s'en servent 
comme d'une besace. — « Tous 
ces objets (un coupon de soie, 
un portefeuille, une tabatière 
en argent , une douzaine de 
mouchoirs) étaient dissimulés 
dans une poche pratiquée dans 
le dos du pardessus. » {Petit 
Journal du 30 juin 1880.) 

Dossière. Prostituée qui ga- 
gne sa vie à genoux. Fellatrix. 

Dossière de satte. Chaise. 

Douanier. Absinthe. — Allu- 
sion à la couleur verte du cos- 
tume des douaniers. 

Doublage, Doublé. Vol; men- 
songe. — Monter un doublé, en 
imposer. 

Double. Gardien-chef, — dans 
le jargon des prisons. Le mot est 
également en usage au régiment 
pour désigner un sergent-ma- 
jor. Allusion aux doubles galons. 

Double-six. Poseur. Fat sans 
cesse occupé à étudier ses po- 
ses, à faire valoir ses avantages. 
Au jeu de dominos la première 
pose est au joueur qui a le 
double-six ; d'où le surnom 
donné au poseur, au fat. 

Doubler. Tromper; voler. 

Doubler le cap. Faire un dé- 
tour. On double le cap lorsqu'on 
prend le chemin le plus long 
afin d'éviter de passer devant 
la porte d'un créancier. 

Doubleur, Doubleuse. Men- 
teur , menteuse; voleur, vo- 
leuse. 

Doublon. Répétition dumême 
mot ou de la mrme phrase, — 



140 DICTIONNAIRE d'aRGOT 

dans le jargon des typographes. 

Douce. Soie, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Douce (Aller à la). Aller dou- 
cement, se porter assez bien. — 
« Aline : Et mon oncle com- 
ment va-t-il? — L'homme : A la 
douce, à la douce. » (Jean Rous- 
seau, Paris-Dansant.) Faire quel- 
que chose à la douce, ne pas se 
presser. 

Douceur (Le mettre en). 

Tromper quelqu'un avec de 
douces paroles; voler quelqu'un 
en le flattant. 

Douillard, Douillarde. Hom- 
me riche, femme riche. 

Douille. Argent. — Bouille 
fraîche, argent qu'on vient de 
recevoir. 

Douiller, Douiller du carme. 

Donner de l'argent, payer, — 
dans le jargon des voleurs. En- 
core un qui ne douille pas sou- 
vent avec les aminches : faut tou- 
jours lui rincer le bec ! 

Douilles, Douillets. Cheveux. 
La partie de la tête que recou- 
vrent les cheveux est très sen- 
sible; d'où le mot douillet. « Y 
veut s' garantir les douillets. » 
(Le Parfait catéchisme poissard.) 
— Douilles savonnés, cheveux 
blancs. Piger les douilles, pren- 
dre aux cheveux, tirer les che- 
veux. 



MODERNE. 



Douillet, Douillette. Crin, — 
dans le jargon des voleurs. 

Douillet, Douille-mince (Ja- 
mais). Innocent, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Douillettes. Figues, en terme 
des halles. 

Douleur (Papier à). Papier 



timbré, protêt, congé par huis- 
sier, — dans le jargon du peu- 
ple. 

Douloureuse. Dans le «pitto- 
resque argot parisien de bas 
étage, la douloureuse est tout 
simplement la carte à payer, 
autrement dit Vaddition. )>(X. de 
Montépin, Le Fiacre n° 13.) 

Dousse. Fièvre, — dans l'an- 
cien argot. 

Doussin. Plomb. Doussiner, 
plomber, — dans l'ancien ar- 
got. 

Doux (Du). Liqaeur douce. 
Un verre de doux. 

Dragée. Nez, — dans lejargon 
des voyous. Se piquer la dragée, 
se griser. « Y li a foutu un va-te- 
laver sur le mufle qui lui a es- 
carbouillé la dragée et dévissé 
trois dominos. » 

Dragée. Balle, — dans le jar- 
gon des troupiers. Des dragées 
qu'on distribue aux baptêmes 
de feu. 

Dragiste. Ouvrier confiseur 
spécialement chargé de la fa- 
brication des dragées. 

Dragons (Aller voir défiler 
les). Jeûner forcément. A l'heu- 
re du déjeuner, les ouvriers qui 
n'ont ni argent ni crédit chez 
îe ..ifuchand de vin disent : 
« Nous allons les voir défiler. » 

Drague. Fonds de commerce 
de saltimbanque; le métier de 
banquiste lui-même. « Il avait 
pris des associés et monté une 
drague. » (J. Vallès.) 

Dragueur. Saltimbanque. 

Drapeau. Serviette, — dans 
le jargon des francs-maçons. 
— Grand drapeau, nappe. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



141 



Drapeau. Drap de lit. Etre 
sous les drapeauXj être couché. 

Drapeau (Etre de garde au). 
« Dans le jargon pittoresque 
des garnisons, on a donné à 
cette expression une acception 
que les règlements militaires 
n'avaient point prévue. Un of- 
ficier est de garde au drapeau 
quand il est aux arrêts. On dit 
aussi qu'un camarade est de 
garde au drapeau lorsqu'il ne 
paraît pas le soir à la pension, 
et qu'il y envoie clierclier par 
son ordonnance un dîner pour 
deux. » (Fr. de Reiiienberg, La 
Vie de garnison.) Dans le mon- 
de de la bourgeoisie, on dit du 
mari qui est obligé d'accompa- 
gner sa femme en soirée ou de 
rester à la maison auprès de 
madame, qu'il est de garde au 
drapeau. 

Dringue. Pièce de cinq francs, 
— dans le jargon des voleurs. 
Une dringue tarte refroidie sur 
le zinc du mastroc, une fausse 
pièce de cinq francs clouée sur 
ie comptoir du marchand de 
vin. 

Drive (Etre en). Tirer une 
bordée, prolonger de son auto- 
rité une permission, — dans 
l'argot de la marine. Drive est 
par altération pour dérive. 

Drogue. Coquine, méchante 
femme. — Petite drogue, petite- 
coureuse. 

Droguer. Mendier. (1829.) 

Droguer. Attendre depuis 
longtemps , faire le pied de 
grue. — Faire droguer, faire 
attendre. 

Drogueur de la haute. Es- 
croc qui exploite la crédulité I 



publique au moyen de préten- 
dues souscriptions financières 
ou patriotiques, de quêtes, de 
loteries, d'indulgences, de faus- 
ses eaux de Lourdes, etc., etc.. 

Droguiste. Escroc, filou qui 
exerce à domicile en cherchant 
à apitoyer les âmes aussi sen- 
sibles que crédules. C'est une 
forme nouvelle de drogueur. 

Droite (Aller à, être à). Aller 
aux cabinets d'aisances, être 
aux cabinets d'aisances, — dans 
le jargon des employés de com- 
merce. 

Dromadaire. Femme de mau- 
vaise vie , c'est une variante 
pour ne pas toujours dire : cha- 
meau. 

Duce. Signes conventionnels 
et indicatifs que pratiquent au 
jeu les grecs entre eux. C'est ce 
qu'ils nomment encore la télé- 
graphie. Vient de dux^ ducere 
conducteur, conduire. Le duce 
règle la conduite du grec au 
jeu. « Le dusse (sic) se varie à 
l'intlni, et les grecs qui, dans 
une partie, craignent d'avoir 
été remarqués , changent de 
système pour le lendemain. » 
(A. Cavaillé, Les Filouteries du 
jeu.) 

Duchêne (Passer à). Payer, 
— dans le jargon des barrières. 
C'est-à-dire se faire arracher 
une dent. Duchêne est le nom 
d'un très populaire et très ha- 
bile dentiste, le Calvin de la 
mâchoire. Maintenant que nous 
avons bouffé, faut passer à Du- 
chêne] garçon! la craie. 

Dur. Vente difficile d'un li- 
vre, — en terme de libraire. Ce 
n'est pas un mauvais ouvrage, 
mais c'est dur. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 

dans le jargon 



142 

Dur. Fer, — 

des voleurs. 

Dur. Eaii-de-vie. 

Dur (Au). Travaux forcés. 

Dur à cuire. Individu qui ne 
se laisse ni attendrir, ni intimi- 
der facilement. — Vieux dur à 
cuire; par allusion aux légumes 
secs qui ne cuisent pas facile- 
ment. 

Dur (Etre dans son). Etre très 
assidu à l'ouvrage, être dans le 
feu du travail. {Argot des typo- 
graphes.) 

Dure. La terre. La grande 



langue a l'expression « coucher 
sur la dure, » c'est le nuda hu- 
ma cubât de Virgile. 

Dure (La). Maison centrale 
de force et de correction. 

Dure (Vol à la). Vol qui con- 
siste à étourdir d'un coup de 
poing ou d'un coup de bâton 
celui qu'on veut dépouiller. La 
variante est : Vol à la rencon- 
tre. Faire le client à la dure, 
étourdir d'un coup de bâton un 
homme et le voler. 

Durême. Fromage, — dans 
l'ancien argot. 



E 



I 



Eau de moule. Absinthe très 
claire coupée avec beaucoup 
d'eau; elle arbore la couleur 
vert-clair de l'eau dans laquelle 
nagent les moules cuites. 

Ebasir, Esbasir. Assommer. 
Mot à mot : renver.-;er de la 
base. C'est sans doute une dé- 
formation d'aôassir, abattre, 
démolir, renverser. 

Ecarbouiller (S'). Se sauver. 

Ecarter du fusil. Lancer, en 
parlant une petite pluie de sa- 
live. Les brèche-dents, ceux qui 
zézaient, écartent ordinairement 
du fusil. Le synonyme est : pos- 
tillonner. Jadis on disait : Ecar- 
ter la dragée. 

Echalas, Echasses. Jambes 
longues et maigres. 

Echappé de capote. Petit 
gommeux maigre et mal bâti, — 



dans l'argot des voyous. — Au 
xviii^ siècle on désignait un 
bossu sous le sobriquet d'échappé 
d'Esope. — Eh! va donc, échappé 
de capote, avec ta gueule à chier 
dessus. 

Echauder. Surfaire. — Etre 
échaudé, payer un objet au-des- 
sus d3 sa valeur. 

Echigner. Abîmer, éreinter. 
— Critiquer à outrance, mal- 
mener en paroles. — « Quand 
un client ne tient pas à gagner 
sa cause, mais à echigner son 
adversaire, il choisit M'' Chaix- 
d'Est Ange ou Me Léon Duval. » 
{Paris- Avocat.) — S' echigner, 
s'excéder de fatigue. 

Echigneur, Echineur. Criti- 
que acerbe. — « Comme avocat 
éreinteur et echigneur M'^ Hébert 
dame le pion h ces deux athlè- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



143 



tes du pugilat judiciaire. » 

{Paris- Avocat, 1854.) 

Echoppe. Atelier, — dans le 
jargon des ouvriers. 

Eclairage. L'argent qu'on 
étale sur le tapis pour alimenter 
une partie s'appelle V éclairage. 

— Les Joueurs appellent éclai- 
rage au gaz l'apparition devant 
un joueur d'unetrè.^ forte somme 
d'argent. Donnez-vous le coiq^? 
Oui, mais où est l'éclairage. 

Eclairer. Mettre l'argent sur 
le tapis, — dans le jargon des 
joueurs. — Payer d'avance, — 
dans le jargon des filles. 

Eclaireur. Compère du gfrtc, 
chargé de dénicher des dupes. 
On le nomme également pistcnr. 
La première des conditions 
pour faire un bon éclair cur et 
pour gagner des appointements 
convenables, c'est d'avoir de 
belles connaissances dans le 
monde. 

Eclaireurs. Seins fiers comme 
Artaban qui font saillie sur le 
corsage, — dans le jargon des 
voyous. En v'ià une paire d'é- 
claireurs solides au poste. 

Ecluses (Lâcher les). Pleurer. 

— Uriner. 

Ecopage. Choc, coup léger. 

Ecopage. Réprimande. 

Ecopage. Petit profit. — Art 
d'arriver dans une maison à 
l'heure des repas et de s'y faire 
inviter. 

Ecoper. Boire, — dans le 
jargon des typographes. 

Ecoper. Recevoir. — Rece- 
voir un coup, se heurter. — 
« On se rencontre dans la rue, 
on se saute dessus, on se tape, 



il y en a un qui écope. » (A. 
Bouvier, Mademoiselle Beau-Sou- 
rire, i880.) 

Ecopeur. Fine mouche qui 
arrive chez les autres h l'heure 
du dîner. Le véritable écopear, 
sans jamais rien demander, ne 
sort jamais d'une maison sans 
avoir retiré un petit profit de sa 
visite. Il a un tlair particulier 
pour arriver aux bons moments. 
Uécopeur porte un coup à ceux 
qu'il va voir et l'on n'ose pas 
reconduire. 

Ecorcher. Faire payer un ob- 
jet deux ou trois fois sa valeur; 
c'est la qualité dominante chez 
la plupart des boutiquiers de 
Paris dont les boutiques sont 
placées, sans doute, sous le pa- 
tronage de saint Barthélémy. 

Ecornage (Vol à 1'). Vol au 

boulon. Ce vol consiste à s'ap- 
proprier, au moyen d'un fil de 
fer passé par le trou du boulon, 
des objets renfermés dans une 
montre ou en étalage. (L. Pail- 
let.) Le même résultat s'obtient 
encore en pratiquant, à l'aide 
d'un diamant, une ouverture 
dans l'angle inférieur d'une vi- 
tre de magasin. (L. Larchey.) 

Ecorné. Accusé qui comparaît 
devant le tribunal. L'accusé 
semble déjà être en mauvais 
état. 

Ecorner. Injurier; du vieux 
mot français escharnier, mo- 
quer, railler. 

Ecorner. Fracturer. — Ecor- 
ner un boucard, fracturer une 
boutique. 

Ecorneur. Avocat chargé de 
soutenir l'accusation. 

Ecornifler, Ecornifler à la 



144 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



passe. Tuer. « J'aperçois un 
garde royal qui ajustait d'une 
lenfîlre La Platine, j' le lorgne, 
pan ! à bas, il fait la culbute ; 
c'était le douzième depuis mardi 
que j'écorniflais. » [Les farces 
et les bamboches populaires de 
May eux, 1831.) — Lui, il a 
trouvé le moyen à'écornifler à 
la passe sept personnes. (Jean 
Richepin, Les Morts bizarres.) 

Ecosseur. Employé chargé 
d'ouvrir les lettres dans une ad- 
ministration. 

Ecot (Paysr son). « Dans un 

pas de trois, la danseuse qui 
exécute son solo paye son écot. » 
(J. Dutlot, Les Secrets des cou- 
lisses^ 1865.) 

Ecoute (Je t'). Oui, — dans 
le jargon des troupiers. 

Ecoute s'il pleut. Expression 
dont les ouvriers se servent à 
l'atelier pour essayer de faire 
taire un bavard. On espère qu'il 
ne pourra pas écouter et parler 
à la fois. 

Ecraser un grain. Boire un 
verre de vin, quelquefois la 
bouteille. — « Viens-l'en plutôt 
écraser un grain avec moi. » 
(Huysmans, Marthe, 1879.) 

Ecraser des tomates. Avoir 
ses menstrues. Et la variante : 
Faille la sauce tomate. 

Ecrevisse. Cardinal, à ce que 
dit M. Fr. Michel, dans son dic- 
tionnaire de l'argot comparé. 
C'est une aimable plaisanterie 
à laquelle il se sera laissé pren- 
dre, sans songer que ce cardi- 
nal-là descend en ligne directe 
du « cardinal des mers », dont 
a parlé Jules Janin et dont a 
tant ri Nestor Roqucplan. 



Ecrevisse de boulanger. Ca- 
fard. 

Ecrevisse de rempart. Fan- 
tassin, — dans le jargon des 
soldats de cavalerie. 

Ecrevisse dans la tourte 
(Avoir une). Dire, faire des ex- 
travagances . 

Ecume. Etain, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Ecurer le chaudron. Faire 
des aveux ; se confesser. 

Ecumoire. Visage ravagé par 
la petite vérole. 

Ecureuil. Pauvre diable qui 
faisait tourner une roue dans un 
atelier de mécanicien, moyen- 
nant une haute paye de six 
sous par heure. — Les machines 
à vapem% en se propageant, ont 
porté le coup de la mort à l'é- 
cureuil, devenu aujourd'hui un 
objet de curiosité. 

Edredon (Faire 1'). Dépouiller 
un étranger, — dans le jargon 
des filles. 

Edredon de troispieds. Paille. 

Effacer. Faire disparaître en 
absorbant. — On efface un plat, 
on efface une bouteille, en ne 
rien laissant du plat, en buvant 
la bouteille jusqu'à la dernière 
goutte. 

Effaroucher. Chiper; par al- 
tération du vieux verlîe fran- 
çais frogier, frouger, profiter, 
gagner. — « Qu'est-ce qu'a ef- 
farouché ma veste? » (H. Mon- 
nier. Scènes populaires.) 

Effets de poche. Faire sonner 
son argent, le compter en pu- 
blic, sortir deux cents francs en 
or pour acheter un cigare d'un 

sou, tout cela : eîTcLs de poche. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



145 



— C'est un des plus sûrs moyens 
de se faire voler. — Les jours 
de paye les ouvriers font volon- 
tiers des effets de 'poche. Celui 
qui n'est pas habitué à avoir de 
l'argent se livre généralement 
k des effets de poche. 

Effets de biceps. Exhibition de 
force musculaire. (L. Larchey.) 

Egayer. Sifller, — dans le 
jargon des acteurs. — Egayer 
l'ours, siffler la pièce. 

« De la rampe la lumière 
» Eclaire un drame inédit : 
» On l'égaie, à la première ; 
» La claque seule applaudit. » 
(E. de La BédoUière. Dîners de Vanc. 
cercle.) 

Egnaffer. Surprendre, éblouir, 
émerveiller. — Etreégnaffé, être 
émerveillé. C'e.st le successeur 
direct à' épater ^ — dans le jar- 
gon des ouvriers. 

Egnolant. Ennuyant, — dans 
le jargon des voyous. Dans celui 
des ouvriers, il a plutôt le sens 
d'étonnant, d'extraordinaire. 

Egnoler. Ennuyer, — dans le 
jargon des voyous ; mot à mot : 
rendre gnole. YHà une heure que 
le client m'égnole, fen ai ma cla- 
que, je calète, voilà une heure 
que cet individu m'ennuie, j'en 
ai assez, je file. 

Egout (Prima dona de 1'). 
Chanteuse de chansons ordu- 
riôres dans les cafés-concerts. 
{Le Sublime.) 

Egout (Tierce à 1'). Tierce 
basse, tierce au neuf, au jeu de 
piquet. 

Egrugeoir. Chaire à prêcher, 

— dans le jargon du peuple. 

« Lorsque dans son egrugeoir, 
» Ce champion de l'éleignoir 
» Fait à la foule béante, 
» Des histoires de servante. » 

(L. Fesicau, Les Anes.) 



Egyptien. Mauvais acteur ;pai 
allusion à la troupe du Khédive. 
Mot à mot : acteur retour d'E- 
gypte, — dans le jargon du 
Ûiéâtre. 

Elastique. Qui sait se prêter 
aux circonstances, qui sait faire 
des concessions à propos. « N'est- 
ce pas, cher directeur, que nous 
sommes plus élastiques que ça?» 
(J. de Concourt.) 

Eléments. Cartes préparées 
en vue d'une passe ; mot à mot: 
éléments de gain, — dans l'ar- 
got des grecs. Dans le monde 
des joueurs le mot : « éléments » 
désigne des ponteurs capables 
d'alimenter une partie. Faisons- 
nous un petit bac ? — Il n'y a pas 
d'éléments. 

Elève-martyr. Elève-briga- 
dier, — dans le jargon des ré- 
giments de cavarerie. 

Elixir de hussard. Ëau-de- 
vie. 

Emballer. Terminer promp- 
temeht. — L'ouvrage est em- 
ballé. 

Emballer. Mettre en prison. 
— Emballez-moi ce particulier. 

Emballer (S'). S'emporter, se 
fâcher. On dit d'un cheval qui 
s'emporte, qu'il « s'emballe » ; 
d'où s'emballer en parlant des 
personnes. 

Emballeur. Agent de police. 

Emballeur de refroidis. Por- 
teur des pompes funèbres, vul- 
go « croque-mort ». 

Embauder. Violenter, pren- 
dre de force, — dans le jargon 
des voleurs. 

Emberlificoter. Entortiller , 
embrouiller, embarrasser. Avec 



146 

tous vos raisonnements, vous cher- 
chez à m' emberlificoter y vous. 
{Jargon des bourgeois.) 

Embêter (Ne pas s'). Ne pas 
être g-auche, emprunté; savoir 
tirer parti de tout. 

Embêter. (Ne pas se laisser). 

Ne se laisser ni influencer, ni 
intimider. 

Emblémer 

Emblèmes 

songes! 

Emboîter. 

de poing, — 



barrières. 



DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE. 

biner un vol. C'est la variante 
de nourrir un poupard. 

Emmaillotteur. Tailleur. 

Emmanché. C'est l'équivalent 
d'empoté, de maladroit, — dans 
le jargon du peuple. Une bouge 
pas plus qu'une lame emman- 
chée. C'est un emmanché. — Es- 
pèce d'emmanché, remue-toi doncl 

Emmargouillis. Propos mal- 
honnêtes , orduriers. « Aussi 
fallait voir comme on s'en payait 
des tartines et des potins, et des 
calomnies et des emmargouil- 
lis, contre cette loterie de mal- 
heur ! » [Le Titi, 1879.) 

Emmener. Dénoncer. Des 
tronches à la manque à emmener 
le travailleur. De sales physio- 
nomies capables de dénoncer 
le voleur. 



Tromper. 
(Des)I Des 



men- 



Donner un coup 
dans le jargon des 



Emboîter. Constituer le point 
de dix ou de vingt, au moyen 
d'une carte tirée, — dans le 
jargon des joueurs de baccarat. 
— Exemple ; un sept sur un 
trois, un huit sur un dix et un 
deux. Etre emboîté, avoir pris 
au tirage une carte qui consti- 
tue le point de dix ou de vingt, 
c'est-à-dire baccarat , zéro, le 
plus mauvais point. 

Emboîter. Gagner les bonnes 
grâces de quelqu'un, l'engager 
à faire quelque chose en votre 
faveur, — dans le jargon du 
régiment. Y a pas moyen de 
f emboîter pour t'en faire payer 
pour deux sous. 

Emboucaner. Sentir mauvais. 

Embrouillarder (S'). Sentir 
les premières vapeurs alcooli- 
ques monter au cerveau. 

Eméché (Être). Eprouver les 
premiers eliéts de l'ivresse. 

Emigré de Gomorrbe. Homme 
dépravé comme on l'était à Go- 
morrbe, aux temps bibliques. 

Emmaillotter un môme. Com- 



Emmerdement. Ennui extrê- 
me. C'est le spleen des Fran- 
çais. — Emmerdement sur toute 
la ligne, le nec plus ultra de l'en- 
nui. 

Emmerder. Ennuyer à l'ex- 
cès. — Mépriser au dernier 
point. — Injure que le peuple 
a sans cesse à la bouche. 

Emmieller. C'est le mot pré- 
cédent adouci. Cela se pronon- 
ce : Em... m... m... ieller, en 
appuyant fortement sur les m, 
afin qu'il n'y ait pas de doute 
possible sur le sentiment expri- 
mé. La variante est : Em... me- 
ner à la campagne. 

Emos. Emotion. 

Empaffe. Drap de ht, — dans 

l'ancien argot. 

Empaffer. Griser; c'est un dé- 
rivé de paf. 

Empaillé. Homme gauche. 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



47 



Empêcheur de danser en rond . 
Importun ; celui qui vient, mal 
à propos, se mêler à une con- 
versation, troubler une réunion 
intime. — Allusion à la défense 
faite, — sous la Restauration, 
par les curés de campagne, — 
de danser en plein air. 

Empereur. Vieux soulier. Les 
empereurs sont des souliers la- 
mentables achetés chez un sa- 
vetier, près des Halles, surnom- 
mé « le père l'Empereur » par 
MM. les chiffonniers, dont il est 
le fournisseur ordinaire. Chez 
le père l'Empereur, les sous va- 
lent des francs. Ainsi, quand 
un client demande le prix d'une 
paire de souliers et que le père 
l'Empereur répond : douze 
francs, le client donne douze 
sous sans hésiter. 

Empétarder. En user comme 
Jupiter envers Ganymède, com- 
me Phœbus contre Hyacinthe, 
Achille sur Briséïs , Pompée 
sur Julie. 

Empiffrage. Gloutonnerie. 

Empiffrer (S'). Mettre les bou- 
chées doubles. C'est faire passer 
les bouchées sous le pif, avec 
autant de promptitude qu'un 
prestidigitateur fait passer la 
muscade. 

Emplanquer. Arriver, — dans 

le jargon des voleurs. 

Emplâtre. Empreinte à lacire. 

Emplâtre. Portée de cartes 
dont se servent les tricheurs. 
Faire un emplâtre ou placard, 
placer une série de cartes dans 
un ordre déterminé. Les grecs 
cachent l'emplâtre dans une ta- 
batière à double fond, sous l'ais- 
selle. Aulansquenetet au bacca- 
rat, choisissant le moment pro- 



pice, le tricheur place adroi- 
tement Vemplâtre sur le pacjuet 
de cartes qu'il tient ostensible- 
ment à la main. Il faut se mé- 
fier d'un individu qui tire de sa 
poche. soit son mouchoir, soit 
sa tabatière ou tout autre objet 
en gardant les cartes à la main. 
Il faut surveiller également ce- 
lui qui, ayant posé les cartes 
sur le tapis, les couvre un ins- 
tant avec une tabatière. Il y a 
cent à parier contre un que la 
tabatière est à double fond. Le 
double fond recèle un emplâtre 
que la pression du doigt fera 
descendre sur le paquet de car- 
tes. 

Emplâtre de Thapsia. Cravate 
à plastron ; cravate de cocher 
piquée avec l'épingle en fer à 
cheval et adoptée par les sports- 
men, moins l'épingle. 

Empoigner. Critiquer sans 
mesure. — Se moquer à haute 
voix d'un acteur en scène. 

Empoigner. Charmer,séduire, 
émouvoir. — Une scène, un ro- 
man qui vous empoigne. 

Empoisonneur. Nom d'amitié 
donné par les ivrognes au mar- 
chand de vin. — Débitant 
de vins et liqueurs de qualité 
très inférieure. — (?argotier 
dont la cuisine ne laisse rien 
à désirer sous le double rapport 
de la malpropreté et de l'exé- 
crable. 

Emporter le morceau. Dire 
une méchanceté d'une grande 
portée. Mot à mot : mordre si 
fort que le morceau reste après 
les dents. C'est le : emporter le 
nez à belles dents, du xvii« siècle,- 
Bien avant, Plante avait dit : 
Os nu denasavit mordicus. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



148 

Emporter la gueule. Mettre 
la houche en feu. Un mets 
trop épicé ou une liqueur trop 
forte vous emporte la gueule. 

Emporteur. Filou (jui vit au 
détriment des magasins. Après 
avoirfait un achat d'importance, 
V emporteur se fait accompagner 
par un garçon de magasin, qu'il 
doit payer à domicile. Une fois 
en route, sous un prétexte quel- 
conque, il écarte le garçon en 
ayant eu la précaution de se 
faire remettre la marchandise. 
Les hôtels garnis, les passages, 
les maisons à deux issues, favo- 
risent beaucoup le jeu de l'em- 
porteur. 

Emporteur à la côtelette. Es- 
croc qui fréquente les cafés pour 
y faire des dupes en proposant 
des parties de cartes. Il gagne 
d'abord une consommation, en- 
suite le déjeuner, et, de partie 
en partie, de revanche en re- 
vanche, il arrive au dépouille- 
ment complet de sa victime. 

Empousteur. Autre variété de 
filou. Celui-là sait allécher les 
entrepositaires par des dépôts 
de marchandises, qu'achètent 
très avantageusement des com- 
pères. Lorsqu'il a gagné la 
confiance des entrepositaires, 
V empomteur fait de forts dépôts 
qui mi sont, en partie, payés 
comptant. Le tour est joué : la 
marchandise est invendable. 
« Un empousteur poussa l'audace 
jusqu'à vendre à plusieurs mar- 
chands • de la rue Saint-Denis 
plus de mille douzaines de faux- 
cols en papier et de voilettes en 
papier dentelle. » (L. Paillet, 
Voleurs et volés.) 

Emposeur. Pédéraste, — dans 
Tancien argot. 



Emprunter un pain sur la 
fournée. Prendre un acompte 
sur le mariage. Expression très 
usitée au xvine siècle.» Qui peut- 
être, comme l'on dit, avez em- 
prunté quelques pains sur la 
fournée. » {Pièces comiques.) 

Emu, légèrement ému. Celui 
que le vin rend tendre et lar- 
moyant. 

Enc... par corvée. Bête bru- 
te, conscrit stupide, -— dans le 
jargon du régiment, où cette 
expression ordurière se dit sans 
malice, sans comporter aucune 
idée obscène. 

Encarade. Entrée. Lourde d'en- 
carade, porte d'entrée, ou en- 
carade tout court. 

Encarrer. Entrer. Encarrer à 
la taule, entrer à la maison. 

Enceintrer. Rendre une 
femme enceinte; forme mo- 
derne denceinturer, usité au 
xvme siècle. 

Encible. Ensemble. 

Encloué. Mou, sans énergie. 
— Individu qui a des passions 
contre nature. 

Encrotter. Enterrer, — dans 
le jargon des journaux ennemis 
de l'enterrement civil. 

Endormeur. Voleur au narco- 
tique. — L'endormeur attire sa 
victime chez un marchand de 
vin, la fait boire, lui verse un 
narcotique et la dépouille. 

• Endormi. Juge. (F. Michel.) 

Endormir du coup. Tuer, as- 
sommer. 

Endosse. Epaule. — Raboter 
l'endosse, porter, des coups dans 
le dos. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



149 



Endroit. Restaurant, — dans 
le jargon des employés du 
commerce de la nouveauté en 
gros. Mot à mot : endroit où 
l'on va prendre ses repas, en- 
droit d'où l'on fait venir un plat. 
J'ai envoyé chercher à l'endroit 
une portion de tripes. 

Endurer. Tenir la rame immo- 
bile, — dans le jargon des ca- 
notiers de la scène. 

Enfant de chœur. Demi-setier 
de vin rouge; par allusion à la 
robe rouge des enfants de chœur. 
« Un pauvre bougre qui pouvait 
à peine se mettre un enfant de 
chœur sur la conscience pourra 
boire, etc. » (Le Père Duchène.) 

Enfant de chœur. Pain de su- 
cre, — dans l'ancien argot. 

Enfant de chœur de guillo- 
tine. Gendarme, — dans l'argot 
des voleurs. 

Enfant de giberne. Enfant de 
troupe, — dans le jargon du 
régiment. 

Enfant de la balle. Celui qui 
a appris et qui exerce le même 
métier que son père. L'expres- 
sion est particulièrement ré- 
pandue dans le monde des cou- 
lisses. 

Enfant (Décrocher un, faire 
couler un). Déterminer un avor- 
tement , — dans le jargon du 
peuple. « Oui, oui, t'as décroché 
un enfant à la fruitière. » (E. 
Zola, ï Assommoir.) 

Enfer (D'). Enorme. Un appé- 
tit d'enfer, un courage d'enfer. 

Enfer. Sous-sol d'une impri- 
merie. C'est l'endroit où se cli- 
ché et se tire le journal. Il y 
tait aussi chaud qu'il doit faire 
en eul'er. 



Enfigneur. Emigré de Go- 
morrhe, — dans le jargon des 
voleurs. 

Enfilage. Pertes successives 
au jeu. — Celui qui court après 
son argent risque Venfilage. 

Enfilage. Arrestation en fla- 
grant déUt. — Avoir écopé à 
l'enfilage. Enfilé, pris en flagrant 
délit de vol. Enfilé par les rou- 
blards au moment de dégraisser 
une bobine en jonc. Se faire en- 
fler, être arrêté. Pas d' chance, 
vlà trois fois c'tte année que je 
m' fais enfiler. 

Enfiler (S'). Perdre successi- 
vement plusieurs coups de car- 
tes. — S'être enfilé, avoir beau- 
coup perdu dans une partie, 
dans une soirée. « Ce qui ne 
l'avait pas empêché quelques 
minutes auparavant, de jouer 
contre Servet, et de se faire en- 
filer. )) (Vast-Ricouard, Le Tri- 
pot.) 

Enfiler des briques (S"). Jeû- 
ner, contraint et forcé, — dans 
le jargon du peuple. ^ 

Enfiler des perles. Travailler 
avec nonchalance. 

Enfileur. Joueur qui profite 
de sa veine pour pousser son 
adversaire à jouer contre lui, 
pour Venfiler. 

Enflacquer. Emprisonner. 

Enflaneller (S'). Absorber 
une boisson chaude. Mot à mot : 
une boisson qui remplace le 
gilet de flanelle. « Une nuit de 
mardi gras, je m'assis à une 
table, — dans la galerie en face 
de l'orchestre, — sur laquelle 
le Temps et Cybéle venaient de 
s' enflaneller de deux grogs amé- 



ricains. » 
masqué.) 



(P. Mahalin, Au Bal 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



150 

Enflée. Vessie, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Enflé (Ohé ! L') ! Apostrophe 
voyoucrati(jue à l'usage des 
quidams qui prennent de grands 
airs, qui font les orgueilleux, 
que l'orgueil enfle. 

Enfoncer. Tromper. « Papa 
vous a bien enfoncé dans l'affaire 
des suifs. » (Gavarni.) — Sur- 
passer, être supérieur à. « Une 
telle imitation du vent enfonce 
cruellement les fameuses gam- 
mes chromatiques de la Pasto- 
rale de Beethoven. » (H. Berlioz, 
Les Grotesques de la musique.) 

Enfonceur. Faiseur. (Vidocq.) 

— Critique violent. — Enfonceur 
de portes ouvertes. Celui qui fait 
plus de bruit que ''ô besogne. 

— Homme qui cherche à faire 
croire qu'il a inauguré les fa- 
veurs d'une femme, et qui, en 
réalité, n'a été admis que bien 
longtemps après l'inauguration. 

Enfourailler. Arrêter, — dans 
le jargon des voleurs. 

Enfrimer. Regarder quelqu'un 
de très près. 

Enganter. Prendre, voler; du 
provençal aganter, attraper, sai- 
sir. 

Engraissé à lécher les murs 
(Ne s'être pas). Se dit d'une 
personne qui étale un de ces 
visages rubiconds et prospères 
dénotant le bien-être et les dou- 
ceurs de l'existence. — La va- 
riante est : N'être pas gras d'a- 
voir léché les murs. 

Engueulage, Engueulade. Sé- 
rie d'injures débitées en criant. 
Quelque chose de plus fort que 
Venquriilrment, Dans Vengueule- 
ment, au milieu d'une ondée 



d'invectives, il peut se rencon- 
trer quelques saillies, quelques 
moLsheureux. BansV engueulo.ge, 
c'est la grossièreté pure qui fait 
tous les frais de la conversation 
criée. 

Engueulement. Avalanche 
d'mjures. Langage particulier 
aux dames des halles du temps 
jadis. Les bals masqués sont des 
écoles à! engueulement. 

Engueuler. Crier des injures. 
— '^'engueuler, se battre à coups 
de gros mots. Sous prétexte de 
polémique, certains journalistes 
ne font que s'engueuler. 

Engueuleur. Individu qui a 
un goût particulier pour Ven- 
gueulage. — Journaliste qui pra- 
tique la polémique à l'emporte- 
pièce et à l'eau-forte. 

Enlevé. Réussi : Article de 
journal enlevé. — Vivement fait: 
Ouvrage enlevé. — Vivement 
mené, — dit avec entrain : Une 
scène enlevée. — S'enlever, s'em- 
porter. — S'enlever cher, être 
tourmenté par la faim, — dans 
le jargon des voleurs. 

Enlevé (Etre). Plaire beaucoup 
au public, — dans le jargon du 
théâtre. — « (Les bravos re- 
doublent.) Il paraît qu'il est 
enlevé. » {Musée Philipon, Théà' 
tre de Bourg-en-Bresse.) 

Enquiller. Caser, pourvoir 
d'une place. — Cacher entre ses 
cuisses un objet volé. Enquiller 
une thune de camelotte, cacher 
sous ses jupons une pièce d'é- 
toffe. — Arriver, entrer. « Faut 
espérer que le démoc enquil- 
lera. » {La Patrie, du 2 mars 
d852.) 

Enquiquiner. Ennuyer, aga- 



\ 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



151 



cer, porter sur le système ner- 
veux. 

Enrayer. Renoncer aux amours 
et même à l'amour. 

Enrhumer. Ennuyer, — dans 
l'ancien argot. 

Ensecreter. Introduire dans 
un joujou le mécanisme qui le 
fait mouvoir. 

Enterrement. Bout de char- 
cuterie, tranche de gras-double, 
rogaton quelconque interné 
diins un morceau de pain. C'est 
le déjeuner de bien des pauvres 
gens. On voit beaucoup d'enter- 
rements dans le quartier des 
halles à l'heure de midi, alors 
que l'oreille de morue crépite 
dans la poêle et que la moule 
nage dans un bain gris-ver- 
dâtre. 

Enterrement. Ouvrage abîmé 
par un apprenti ou par un ou- 
vrier, — dans le jargon des cor- 
donniers. 

Enterrement. Petite super- 
cherie pratiquée par les soldats 
de cavalerie, laquelle consiste à 
cacher le crottin sous la paille, 
au lieu de le ramasser dans la 
vanette et de le porter au fu- 
mier. Ça s*est-y bien tiréj ta garde 
d'écurie ? — Ma foi, tu sais, avec 
des enterrements. 

Enterrement de première 
classe. Critique empreinte d'un 
faux attendrissement. Elle pro- 
cure en moyenne cent cinquante 
lignes de copie à son auteur et 
le plaisir de conduire une œuvre 
— le plus souvent l'œuvre d'un 
ami — à sa dernière demeure, 
l'oubli éternel. 

Entière. Lentille. — dans 
l'ancien argot. 



Entonner. Boire. Entonner 
comme un chantre, boire énor- 
mément. 

Entonnoir. Gosier de puis- 
sante envergure. Entonnoir en 
zinc, palais habitué aux liqueurs 
fortes. 

Entortillé. Maladroit. (L. Lar- 

chey.) 

Entortillé. Polisson qui fait, 
comme il peut, concurrence 
aux femmes galantes. 

Entraîner (S'). Faire de l'exer- 
cice pour combattre l'obésité 
naissante. Terme emprunté à 
l'argot du sport. — « Ah çà ! 
mais dis donc, mon gaillard, tu 
t'arrondis. — Oui... j'ai besoin 
de m'entraîner un peu. » (V. 
Sardou, Daniel Rochat, ac. 1. 
se. II.) 

Entravage. Idée, intelligence, 
compréhension. 

Entraver. Parler, compren- 
dre, — dans le jargon des vo- 
leurs. — Entraver le jars, par- 
ler argot. 

Entraverse. Aux travaux for- 
cés à perpétuité. 

Entrechater. Battre des en- 
trechats, en terme de choré- 
graphie. 

Entrecôte delingère. Morceau 
de fromage de Brie. 

Entrée des artistes. Le der- 
rière. — La porte des artistes a 
généralement son entrée sur les 
derrières du théâtre. 

Entrée (Faire 1'). Applaudir 
un acteur à son entrée en scène. 
Ce sont les claqueurs qui fout 



152 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



l'entrée. « Auguste a fait pen- 
dant quinze ans Ventrée de ma- 
demoiselle Lise Noblet. » (Gh. 
de Boigne.) 

Entrelardé (Un). Un morceau 
de bœuf maigre avec un peu de 
gras. (L. Larchey.) On dit de 
même un maigre et un gras, — 
dans l'argot des bouillons et 
des crémeries. {Id.) 

Entremetier. Celui qui fait 
les entremets froids, chauds ou 
sucrés, — dans le jargon des 
pâtissiers. 

Entrer aux Quinze-Vingts. 
Aller se coucher, fermer les 
yeux. 

Entre-sort. « On appelle ainsi 
dans le monde des saltimban- 
ques, le théâtre en toile ou en 
Slanche, voiture ou baraque, 
ans laquelle se tiennent les 
monstres, veaux ou hommes, 
brebis ou femmes; le mot est 
caractéristique, le public monte, 
le phénomène se lève, bêle ou 
parle, mugit ou râle. On entre, 
on sort, voilà. » (J. Vallès.) 

Entripaillé. Homme doué 
d'un ventre poussé à la dernière 
puissance. 

Envoyer. Pour envoyer le 
mot, la phrase à l'acteur. C'est 
le rôle du souffleur. Un souffleur 
qui envoie bien est précieux. 

Envoyer. Dire, répondre, lan- 
cer la répli(jue. C'est rien en- 
voyé 1 c'est bien répondu. 

Epargneur. Celui qui pratique 
répargne d'une manière intel- 
ligente. — « Nous sommes un 
peuple de paysans, un peuple 
d'épargneurs. » (Gambetta. Bis- 



cours prononcé au Cercle national, 
24 mai 1878.) 

Epatant. Etonnant. Chic épa- 
tant. — Chance épatante. — 
Nouvelle épatante. — Binette 
épatante. 

Epate. Embarras, manières. 
— Faire son épate, ses épates, 
des épates, se donner des airs 
importants. Les mots épater, 
épates et leurs dérivés viennent 
de épenter, qui, au xvin^ siècle, 
avait le sens de : intimider. L'e- 
pateur cherche à intimider son 
public en l'étonnant. 

Epatement. Stupéfaction. 
Etonnement prolongé. 

Epater. Etonner profondé- 
ment. La prétention des artis- 
tes en 1830 était d'épater les 
bourgeois. 

Epateur, Epateuse. Faiseur 
d'embarras. Celui, celle qui 
cherche à produire de l'effet, 
soit par sa mise, soit par ses 
paroles, soit par ses actions. 

Epée de savoyard. Coup de 
poing. 

Epicemar. Epicier. C'était au- 
trefois : épice-vinette. 

Epicier. Nom que donnent 
leâ collégiens à ceux de leurs 
camarades qui se destinent au 
commerce. — « A l'élève bifur- 
qué se rattache V épicier ou epi- 
cemar, élève de français. » 
[Les Institutions de Paris, 1858.) 

Epiler la pêche (Se faire). Se 

faire raser, — dans le jargon 
des ouvriers. 

Epinards (Aller aux). Recevoir 
ses émoluments en qualité de 
souteneur d'une fille publique 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



153 



Epinards (Plat d'). Bouse de 
vache rencontrée en plein 
champ; c'est un beau sujet d'é- 
tude pour un peintre réaliste, 

Epinards (Plat d'). Paysage 
d'uii vert trop cru, — dans le 
jargon des peintres. 

Epinards (Graine d'). Epau- 
lette d'officier supérieur. 

Epitonner (S'). Avoir du cha- 
grin. — Les variantes sont : Se 
faire viocque, se faire antique. 

Eponge. Maîtresse d'un sou- 
teneur. — « Mais, pardon, tiens, 
que je te fasse voir mon éponge, 

Î)oursuivit-il, en tirant à lui Cé- 
ine. » (Huysmans, Les Sœurs 
Va tard.) 

Eponge à mercure. Prostituée 

malsaine. {Le nouveau Vadé.) 
Innombrables sont les variantes 
usitées au xvin« siècle et au 
•commencement du xix», dont 
rcertaines ont survécu. En voici 
quelques échantillons : Bou- 
teille à poissoHy donneuse de nou- 
velles à la main^ matelas d'inva- 
lide, magneuse de tuyaux de pipe, 
voirie ambulante, coffre à grail- 
lon, remède d'amour, volaille res- 
sucée, gibier à bistouri, pot cassé 
d'onguent gris, porteuse de viande 
pourrie , asticot d*équarrisseur, 
mangeuse d'étrons sans four- 
chette, reliquat de fistule gan- 
grenée. 

Epoques. Menstrues, — dans 
le jargon des bourgeoises. 

Epouse. Lafemelle de l'époux. 
Quand les femmes de ménage, 
les ouvrières et les fournisseurs 
parlent à l'amant de la femme 
avec laquelle il vit, ils disent : 
« Votre épouse ». Entre eux, 



c'est la chipie du quatrième ou 
du cinquième, la grue ou le 
crampon, suivant les qualités 
dominantes de l'épouse. 

Epouser la fourcandière. Je- 
ter un objet volé quand on est 
poursuivi, — dans l'ancien ar- 
got. 

Epoux. Celui qui vit marita- 
lement avec une femme à demi- 
entretenue. — Les maîtresses 
de piano à deux francs le cachet, 
les demoiselles de magasin qui 
ont été à l'école jusqu'à douze 
ans, les anciennes élèves de 
Saint-Denis, les petites bour- 
geoises séparées de leurs maris 
pour cause d'adultère, disent gé- 
néralement « mon époux » en 
parlant de leurs amants. 

Equerre. Jambe. « Numéro 
un, je vous réitère que votre 
équerre est trop ouvert. » (Ran- 
don. Croquis militaires.) 

Ereintement. Critique à fond 
de train. 

Ereinter. Critiquer fortement, 
maltraiter. 

Ereinteur. Critique grincheux 
et sans aucune espèce de ména- 
gements. 

Ergot (Se fendre F). Prendre 
la fuite; et, par abréviation, se 
le fendre. 

Ernest. Nom de baptême que 
les journalistes ont donné à 
l'émanation ministérielle dite 
« communiqué », cette seule et 
unique signature que l'adminis- 
tration juge à propos de mettre 
au bas des notes rectificatives 
qu'elle adresse aux journaux, 
dans l'intérêt de la vérité, et que 
les journaux sont tenus d'insé- 

9. 



154 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



rer en tête de leur première 

f)age, toujours dans l'intérêt de 
a vérité. Pour donner un peu 
de vitalité à ce nom de « com- 
muniqué » aussi sec que la 
prose officielle, on a imaginé de 
lui adjoindre le doux prénom 
d'Ernest. 

Es. Escroc, — dans l'ancien 
argot; le mot sert aujourd'hui 
à désigner un tricheur, vulgo 
grec. 

Esbalonner (S*). S'évader. (L. 

Larchey.) 

Esbattre dans la tigne (S'). 
Chercher à voler dans la foule. 
(Fr. Michel.) 

Esbigner (S'). Se sauver. Celui 
qui s'esbigne, se sauve pour ne 
pas rendre un service, ou pour 
ne pas être reconnu. 

Esbigner, Esbignonner. Voler, 
faire disparaître un objet, — 
dans le jargon du peuple. C'est- 
à-dire faire partir un objet. — 
« Laronneux, n'crois pas m'es- 
bignonner mon maquereau. » 
{Le Nouveau Vadé.) — Esbigner 
un porte morningue dans la pro- 
fonde d'un girondin. 

Esblinder. Etonner, stupéfier, 

— dans le jargon des ouvriers. 

— « Inutile de faire le savant 
pour esblinder le prolétaire. » 
{L*art de se conduire dans la so- 
ciété des pauvres bougres.) 

Esbroufe (Vol à 1'). Vol à la 
bousculade. — Dans la rue, 
quelqu'un vousheurte fortement 
et disparaît avec votre montre 
ou votre porte-monnaie; vous 
êtes volé à l'esbroufe. Le vol à 
V esbroufe est une variété du vol 
à la tire. 



Esbroofenr. Voleur à l'es- voyous 



broufe. L'esbroufeur exploite de 
préférence les abords de la 
Banque de France et des gran- 
des compagnies financières. 
Quand on vient de toucher de 
l'argent dans ces parages, il est 
prudent de se boutonner, de 
serrer les coudes et de tenir le 
milieu de la chaussée. Le garçon 
de recette est le rêve de Ves- 
broufeur. 

Esbrouffe. Embarras, jactan- 
ce. Faire de Vesbrouffe, des es- 
brouffeSj son esbrouffe, faire des 
es, faire des embarras. « Ce 
Prussien était donc là, le nez 
en l'air, lorgnant les bombes 
lumineuses et faisant son es- 
brouffe. » (E. de La Bédollière.) 

Esbrouffer. Faire des embar- 
ras. -— Chercher à étonner, à 
éclipser. Esbrouffer son monde. 

Esbrouffeur, Esbrouffeuse. 
Faiseur, faiseuse d'embarras. 

Escaffe. Coup de pied au der- 
rière. — , Escaffer, donner du 
pied au derrière. 

Escaffignon, Esclot. Soulier, 
— dans le jargon des chiffon- 
niers, qui disent aussi gant, et 
gant de pied. 

Escaner. Oter, — dans l'an- 
cien argot. 

Escanne (A 1'). Fuyons. (Fr. 
Michel.) 

Escarcher, Escracher. Regar- 
der, — dans l'ancien argot. 

Escare. Contre-temps. — ES' 
carer, empêcher. 

Escargot. Vagabond. — Lam- 
pion, — dans l'ancien argot. 

Escargo* de trottoir. Sergent 
idr» Aille, -- dans le jargon des 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Escarpe. Voleur doublé d'un 
assassin qui travaille en plein 
air et va en ville. — Nom gé- 
nérique de tous ceux qui assas- 
sinent pour voler. Les variantes 
sont : Escape^ escapouche, esca- 
pouchon, mais escarpe est plus 
classique. 

Escarper. Assassiner pour vo- 
ler. D'escharpsTf mettre en piè- 
ces. 

Escarpin de Limousin. Sabot. 

Escarpin renifleur. Soulier 
qui prend l'eau; et la variante : 
Qadins qui renâclent. 

Escoffier. Tuer au moyen 
d'une arme à feu. 

Escrache. Papiers; passe-port. 
— Escrache tarte, escrache à Ves- 
torgiie, faux passe-port. — Es- 
cracher, exhiber son passe-port ; 
montrer ses papiers. 

Escrabouiller, Escarbouiller. 

Ecraser; aplatir. 

« Imbibé de petits verres 
» Je porte une botte aux grands ; 
M Quand je suis entre deux bières, 
» J'escaroouille les tyrans ! ! » 

(L. Festeau, VEmeutier.) 

Escrime. Employé aux écri- 
tures, — dans le jargon du ré- 
giment. C'est une déformation 
du mot scribe. 

Escrimer du derrière (S'). 

Sacrifier avec ardeur à Vénus. 

Esganacer. Rire; de l'italien 
sganasciare, rire à gorge dé- 
ployée; dérivé de ganascia, 
mâchoire. En terme populaire, 
une mâchoire, une vieille mâ- 
choire, veut dire une ganache. 

Esgourde. Oreille. — Débri- 
der Vesgourde, esgourder, écou- 
ter. 

Espagnol. Pou, vermine. Est- 



155 

ce parce que la vermine abonde 
en Espagne, que les grands de 
première classe ont le privilège 
de rester couverts devant le 
roi? 

Espalier. Figurant, figurante. 
Celui, celle qui, dans un théâ- 
tre, contribue à l'aspect géné- 
ral de la mise en scène. Les 
chanteuses de cafés-concerts, 
assises en fer-à-cheval au fond 
de la scène, s'appellent « espa- 
liers. » — C'était autrefois : 
espalier d'opéra. « Elle était 
alors simple espalier d'opéra, 
c'est-à-dire chanteuse et dan- 
seuse de chœurs. » (La Gazette 
noire, 1789.) Par allusion aux 
arbres plantés en espalier. 

Esquinte. Abîme, — dans le 
jargon des voleurs. En effet un 
abîme est un endroit qui vous 
esquinte (vous abîme) pour peu 
qu'on s'y laisse tomber. 

Esquintement. Lassitude. — 
Effraction. 

Esquinter. Harasser. — Abî- 
mer. Enfoncer. ?]squinter une 
lourde, enfoncer une porte. — 
Battre, donner des coups de 
bâton. — Esquinter un pante, 
frapper un particulier. — S'es- 
quinter le tempérament, travail- 
ler au delà de ses forces, se 
créer des. ennuis. 

Esquinter les tripes (S'). 

Travailler ferme, — dans le 
jargon des voyous. C'est une 
variante de s'esquinter le tempé- 
rament. 

« Les bourgeois, ce sont tous des types 
» Qui s'ièv'nt jamais avant midi, 
» Pendant que l'peup's'esquint' les tripes; 
» Pour eux tous les jours, c'est lundi, m 
{La petite Lune, 1879.) 

Esquinteur. Voleur avec ef- 



156 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



fraction. Un esquinteur chouette 
qui vous la met en dedans aux 
petits oignes. — Vol à l'esquinte, 
vol avec effraction. 

Essence de parapluie. Eau, 
— dans le jargon du peuple. 
De l'essence de parapluie j merci, 
n'en faut pas; c' enrhume le pic- 
ton. 

Esses (Faire des). Marcher en 
faisant des zigzags à la ma- 
nière des ivrognes, comme si 
Ton traçait des S sur la chaus- 
sée. 

Essuyer les plâtres. Habiter 
une maison nouvellement cons- 
truite. Lorsqu'on eût bâti le 
quartier Saint-Georges.les loyers 
des maisons y furent cotés à 
très bas prix, pour attirer les 
locataires. Les filles plus ou 
moins entretenues s'y réfugiè- 
rent, furent baptisées lorettes 
et essuyèrent pas mal de plâ- 
tres. De cette époque date la 
locution. Aujourd'hui , l'essuyage 
des plâtres est plus cher : il s'o- 
père rue Maubeuge avec le con- 
cours des lorettes du jour, nom- 
mées biches, cocottes, etc.. — 
Essuyer les plâtres signifie en- 
core, en termes galants, obte- 
nir les premières faveurs d'une 
belle. 

Estaffion, Estaffier. Chat, — 
dans le jargon des voleurs. 

Estafon. Chapon, — dans 
l'ancien argot. 

Estampiller. Souffleter avec 
force, laisser la marque du 
souftlet sur la figure. Souffleter 
avec les poings. Autrefois on es- 
tampillait les criminels on les 
marquant d'un fer rouge à l'é- 
paule. L'estampille, c'était la 
marque. 



Estaphle, Estable. Poule, — 

dans le jargon des voleurs. 

Estasi. Ivre, — dans le jargon 
du peuple. C'est-à-dire extasié, 
qui est en extase, que le peuple 
prononce estase. L'homme es- 
tasi est celui qui a Tivresse con- 
templative, portée à la rêverie. 

Estoc, Estoque. Malice, — 
dans le jargon des voleurs. 

Estomac. Courage, intrépi- 
dité, — dans l'argot des joueurs. 

— « Avoir de l'estomac au jeu, 
c'est poursuivre la veine sans 
se déconcerter, sans broncher, 
dans la bonne ou la mauvaise 
fortune. » {Les Joueuses, 1868.) 

— « Peu de joueurs étaient 
aussi crânes, avaient un pareil 
estomac! » (Vast-Ricouard, Le 
Tripot, 1880.) — « Beau joueur, 
Grandjean, et quel estomac ! » 
(Figaro du 5 mars 1880.) On dit 
d'un joueur très intrépide qu'il 
a un estomac d'enfer. 

Estomaqué. Emu au point de 
ne pouvoir parler. Mot à mot : 
étouffé par la contraction de 
l'estomac. 

Estorgue. Fausseté, malice, 
méchanceté, — dans le jargon 
des voleurs. 

Estourbir. Etourdir; assom- 
mer à coups de poing, à coups 
de bâton. 

Estrangouillade. Etrangle- 
ment. Mot importé par MM. les 
Auvergnats, porteurs d'eau. 

Estrangouiller. Etrangler; du 
catalan estrangolar. — Estran- 
gouiller un litre, boire un litre 
de vin. Mot à mot : étrangler 
un litre. 

Estropier un anchois, un ha- 
reng. Manger un morceau sur 
le pouce. 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



157 



Etalage (Vol à 1'). Il faut être 
deux pour opérer et choisir le 
moment où un marchand est 
seul dans sa boutique. L'un des 
voleurs s'empare de quelques 
ohjlts à l'étalag-e et se sauve; 
après quoi le compère entre, 
prévient le marchand et lui dé- 
signe un paisible promeneur. 
Tandis que le boutiquier court 
après le promeneur,le compère, 
à son tour, fait son choix et se 
sauve. Ce genre de vol a reçu 
encore le nom de vol à la ca- 
rambole, c'est-à-dire vol au ca- 
rambolage. 

Etaler (S'). Se laisser tomber 
de tout son long dans la rue. 

Etalon (Royal). Le mari de la 
reine, le prince-époux dans les 
pays qui n'ont pas l'équivalent 
de notre loi sahquc, — dans 
l'argot des cours. 

Etamer. Condamner pour ré- 
cidive. — Etamé, récidiviste. — 
Etamage, récidive. Aller se faire 
éiamer aux petits gerbes. 

Et cœtera de notaire et qui- 
proquo d'apothicaire. Chose, 
événement funeste. Un vieux 
proverbe dit : « Dieu vous garde 
d'un et cœtera de notaire et d'un 
quiproquo d'apothicaire! » 

Eteignoir. Préfecture de po- 
lice; Palais de Justice; double 
allusion aux tours de la Con- 
ciergerie terminées en forme 
d'éteignoir, et à la situation de 
l'accusé qui est éteint, qui est 
enlevé à la clarté du jour. 

Etcrnuer dans le sac, dans le 
son. Etre guillotiné. Allusion au 
sac de son destiné à étancher le 
5ang du supplicié. 

Etouifage. Action de cacher 



de l'argent sur soi, d'empocher 
sans être vu une partie du gain, 

— dans le jargon des joueurs. 

Etouffage. Escamotage d'ar- 
gent opéré, au jeu, soit par un 
garçon, soit par un joueur, lia 
fait plus de dix fois le coup de 
Vétouffage. 

Etouffe, Etouffoir. Tripot, 
maison de jeu clandestine, table 
d'hôte où l'on joue l'écarlécom- 
me d'autres jouent du couteau. 

Etouffer, Etrangler. Avaler. 

— Etouffer un perroquet, étraU' 
gler un perroquet^ avaler un 
verre d'absinthe. 

Etouffer. Cacher de l'argent 
sur soi. En terme de joueur, on 
étouffe lorsqu'on met sournoi- 
sement en poche une partie de 
l'argent gagné et qu'on conti- 
nue le jeu. — « On le soupçon- 
nait même de se réserver, quand 
il avait été heureux, la plus 
grande partie du gain, de l'é- 
touffer, au lieu d'en remettre, 
comme il eût été juste, la moi- 
tié à son associé. » (Vast-Ri- 
couard, Le Tripot.) 

Etouffeur. Libraire, éditeur, 
qui connaît mal son métier. 
Celui qui lance mal, qui ne sait 
pas lancer un ouvrage. Faute 
de quelques réclames dans les 
journaux, V etouffeur voit moisir 
les éditions au fond de sa bou- 
tique. 

Etouffeur, Etouffeuse. Celui, 
celle qui cache de l'argent sur 
soi. 11 y a beaucoup d'étouffeurs 
pai'mi les ouvriers, les jours de 
paye. On cache l'argent dans le 
collet de la redingote, dans les 
bas, dans la coitfe de la cas- 
quette, pour que la ménagère 
ne prenne pas tout. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



158 

Etourdir. Solliciter. Etourdis- 
seur, solliciteur. — Etourdisse- 
ment, demande de service. 

Etrangère (Piquer 1'). Proies^ 
ter, les armes à la main, contre 
le livre du docteur Tissot, — 
dans le jargon des collég-iens. 

Etrangler la chandelle. Reni- 
fler fortement pour finir par 
expectorer. 

Etre à. Indique une disposi- 
tion d'esprit ou de caractère 
quelconque. C'est ainsi qu'on 
dit : Etre à la cabcade, pour être 
d'humeur joviale ; être à V enter- 
rement, pour être d'un caractère 
triste ; être à la roublardise^ pour 
avoir la réputation d'un homme 
rusé, etc., etc. 

Etre (En). Etre de la police. 

— L'expression sert aussi àsous- 
entendre un vice, une turpitude 
quelconque. 

Etre avec. Vivre maritale- 
ment avec. — Etre avec une 
femme. 

Etre encore (L'). Etre encore 
vierge. 

Etrenner. Mal commencer la 
journée; recevoir une répri- 
mande en arrivant à l'atelier, 

— dans le jargon des ouvriers. 

— Recevoir une correction, — 
dans le jargon des mères de 
famille : Si tu n'es pas sage, tu 
vas etrenner. 

Etroite (Faire 1'). Faire la 
prude, la mijaurée, se faire 
prier. 

« Tu frais pas tant l'étroite à c't' heure 
» Si j't'aurais laissé t'fout* dans l'eau. » 
[La Muse àBlbi, Nocturne.) 

Etron de mouche. Cire, — 
dans le jargon des voleurs. 

Eudozie. C'est, en style de 



troupier, le synonyme, pour le 
moment usité, du vieux Thowm 
et de Jules, aliàs pot de cham- 
bre, tinettes, latrines portati- 
ves. 

Evanouir (S'). Quitter un lieu 
avec précipitation, décamper. 
La variante est ; S'évaporer. Il 
paraît que le caissier s'est éva- 
poré. 

Evanouissement. — Départ 
précipité. — L'évanouissement 
d'un caissier. 



1 



Evaporer. 

adroitement. 



Filouter, voler 



Eventail à bourrique. Bâton. 

Evêque de campagne. Pendu. 
— Allusion aux gigottements 
du pendu qui figurent la béné- 
diction épiscopale. L'expression 
n'est plus usitée depuis que les 
bienfaits de la guillotine se font 
sentir en France. 

Exécuter. En terme de Bourse, 
c'est mettre en état de faillite 
platonique le spéculateur qui 
ne peut pas payer ses différen- 
ces. L'entrée de la Bour.se lui 
est interdite, son nom est si- 
gnalé chez les agents de change, 
tous les remisiers le connaissent, 
et, jusqu'au jour où il a payé, il 
ne peut spéculer ; c'est pourquoi 
il fait l'impossible pour arriver 
à payer. 

Exécution. Mise en état de 
faillite platonique d'un spécula- 
teur. 

Exhiber. Regarder, — dans 
le jargon des voleurs. 

Expédier. Tuer. C'est, mot à 
mot : expédier pour l'autre 
monde. — En terme de gastro- 
nomie, c'est ne rien laisser dans 
un plat, c'est nettoyer un plat. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



159 



( Ensuite il n'a aucun scrupule, 
même après qu'on a servi fro- 
mage et fruits, de garder sur 
la table un morceau de viande 
jusqu'à ce qu'il l'ait, comme on 
dit, expédié. » (L. Dépret, La 
Cuisinière poétique.) 

Extinction de chaleur natu- 
relle (Jusqu'à). Tant que les 
forces le permettront, jusqu'à 
ce qu'on n*en puisse plus. Faire 
la noce jusqu'à extinction de cha- 
leur naturelle. Boire jusqu'à ex- 
tinction de chaleur naturelle. 

Extra, Garçon d'extra. Garçon 
que les restaurateurs, et, prin- 
cipalement, les restaurateurs de 
la banlieue, s'adjoignent le di- 



manche. Les garçons d'extra 
n'ont que les pourboires. La 
plupart du temps ils doivent se 
contenter, pour nourriture, de 
la desserte de leurs clients et, 
pour boisson, d^s fonds de bou- 
teille. Un extra qui connaît son 
métier, s'entend avec le chef 
afin de donner des portions co- 
pieuses. 11 y en a qui maquillent 
la carte à payer avec autant 
d'art que le plus habile des 
grecs les cartes à jouer. 

Extrait de garni. Sale indi- 
vidu, sale femme, — dans le 
jargon des barrières. Allusion 
à la vermine des hôtels garnis 
de dernier ordre. 



F (Etre de 1'). Etre perdu, 
ruiné. G'est-à-dire être flambé^ 
frit, fricassé, fichu^ foutu, fumé, 
au choix, FF étant la première 
lettre de chacun de ces mots 
qui expriment la même idée. 

Fabricant de tabatières. 

L'homme, lorsqu'il fait une res- 
titution d'aliments par les voies 
légales. Allusion délicate aux 
tabatières en carton dont la vue 
fait pousser des cris d'horreur 
aux personnes qui ne croient 
pas que ça porte bonheur... en 
imitation. — Fabricant de mou- 
tarde, enfant qui opère la même 
restitution. 

Fabrication (Passer àla).Etre 
arrêté. Variantes : Etre fabri- 
qué, être ferré, — dans le jar- 
gon des voleurs. — Etre trom- 
pé, être exploité par un maître 



chiffonnier, — dans le jargon 

des ciiitibnniers. 

Façade. Figure, — dans le 
jaigon des voyous. Démolir la 
façade, porter des coups au vi- 
sage. — Un coup de tampon à 
démolir la façade. 

Façade (Faire sa). Se maquil- 
ler, — dans le jargon des filles. 
— Quand f auras fini de faire ta 
façade. 

Face du grand Turc. Derriè- 
re; par allusion au nez camus 
des petits chiens dits turqiiets ; 
on disait , autrefois : camus 
comme un turquet. 

Faces. Argent monnayé et 
principalement pièces de cinq 
francs. Il paraît quil a des fa- 
ces. Les faces sont les effigies 
des pièces d'argent. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



160 

Factionnaire (Relever un). 

Courir de l'atelier chez le mar- 
chand de vin, boire à la hâte 
un verre de n'importe quoi 
qu'un camarade a fait verser à 
votre intention, et retourner au 
travail. 

Factionnaires. File de taba- 
tières naturelles alignées le long 
des murs de ronde, le long des 
fossés des fortifications. — Elles 
semblent monter la garde. 

Fadage. Partage, — dans 
l'ancien argot. 

Fade. Part ; paye, — dans le 
jargon des ouvriers. — Fader, 
partager, faire la paye, comp- 
ter. — Toucher son fade, tou- 
cher sa paye. C'est un mot de 
l'ancien argot des voleurs, passé 
dans le vocabulaire des ou- 
vriers. — M. Fr. Michel veut 
qu'il vienne indubitablement 
du fourbesque far de sei, quand 
il serait si simple et bien plus 
naturel de voir une apocope de 
fardeau ; /'ac^e, ipour farde, char- 
ge, part. 

Fade (Etre). Etre soûl. Mot à 
mot : avoir son compte, sa 
charge de boisson. 

Faffe à roulotter. Papier à 
cigarette. Mot à mot : papier à 
rouler. (A. Belot.) 

Faffes. Faux papiers. 

Fafiot. Papier. — Fafiot sec, 
passe-port en règle. 

Fafiot. Soulier d'occasion. 
(L. Larchey.) 

Fafiot garaté. Billet de ban- 
que, — dans le jargon des vo- 
leurs. Mot à mot : papier de 
Garât, l'un des signataires des 
billets de banque. — Fafiot mâ- 



le, billet de banque de mille 
francs. — Fafiot femelle, billet 
de banque de cinq cents francs. 

— Fafiot en bas âge, billet de 
banque de cent francs. 

Fafioteur. Papetier. — Nom 
d'amitié que les savetiers se 
donnent entre eux. En effet le 
cuir qui sort de leurs boutiques 
n'a guère plus de consistance 
que le fafiot. 

Faflard. Passe-port, papiers. 

— Faflard d'emballage, mandat 
d'amener, mot à mot : papier 
d'arrestation, — dans le jargon 
des voleurs. 

Fagot. Vieillard. — Forçat. 
(Vidocq, F. Michel, Colombey.) 

— Ancien forçat. (V. Hugo , 
L. Larchey.) — Elève des eaux 
et forêts. — Femme habillée 
sans goût, comme est lié un 
fagot. Dans la langue régulière 
fagoter exprime la même idée. 

Fagoter. Travailler sans goût. 
Fagots. Niaiseries. 
Faiblard. Faible, dans le sens 
de médiocre. 

Faïence, Poterie. Tuile, — 
dans le jargon des couvreurs. 

' Faignant. Fainéant, — dans 
le jargon du peuple. « Il existe 
dans la musique un poste fort 
envié, c'est celui de porteur de 
grosse caisse. Le faignant qui 
l'obtient espère, etc.» (J. Noriac, 
Le 101° régiment.) 

Faire. Exploiter , duper. — 
Faire faire, trahir. Il m'a fait 
faire, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Faire. Séduire. — « La puis- 
sante étreinte de la misère qui 
mordait au sang Vaicrie, le jour 
où, selon l'expression de Mar- 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



161 



inetFe, elle avait fait Hulot. » 
(Balzac, La Cousine Bette.) — 
t( L'artiste qui, la veille, avait 
voulu faire madame Marneffe. » 
(Idem.) Faire une femme^ c'est 
mot à mot : faire la conquête 
d'une femme. — « Le temps de 
faire deux bébés que nous ra- 
mènerons souper ; j'ai le sac. » 
(Jean Rousseau, Paris- Dansant.) 

— Quand une femme dit qu'elle 
a fait un homme, cela veut 
dire qu'elle fonde des espéran- 
ces pécuniaires sur celui qu'elle 
a séduit, qu'elle a fait une af- 
faire avec un homme. — Les 
bals publics sont des lieux où 
les femmes vont faire des hom- 
mes, mot à mot : le commerce 
des hommes. 

Faire. Parcourir un quartier 
au point de vue de la clientèle, 

— dans l'argot des filles. Elles 
font le Boulevard, le Bois, les 
Champs-Elysées , comme les 
placières font la place. 

Faire. Dérober. — Faire le 
mouchoir, fair". la montre. L'ex- 
pression date de loin. M. Ch. 
Nisard l'a relevée dans Apulée. 
« Vous êtes de ces discrets vo- 
leurs, bons pour les filouteries 
domestiques, qui se glissent dans 
les taudis des vieilles femmes 
pour faire quelque méchante 
loque. (Scutariam facitis.) » 

Faire. Distribuer les cartes, 

— dans le jargon des joueurs 
de whist. — Jouer des consom- 
mations, soit aux cartes, soit au 
billard. Faire le café en vingt 
points, — dans le jargon des 
piliers de café. 

Faire. Tuer, — dans le jar- 
gon des bouchers : faire un 
bœuf, tuer un bœuf et le dépe- 
cer. 



Faire. Vaincre, terrasser, — 
dans l'argot des lutteurs. — 
« Il ajouta qu'en se glorifiant 
d'avoir fait le Crâne-des-Crâ- 
nes, certains saltimbanques en 
avaient menti. » (Gladel, Omp- 
drailles, Le Tombeau des lut- 
teurs.) 

Faire. Guillotiner, — dans le 
langage de l'exécuteur des hau- 
tes-œuvres. « M. Roch (le bour- 
reau de Paris) se sert d'une ex- 
pression très pittoresque pour 
définir son opération. Les cri- 
minels qu'il exécute, il les fait. » 
(Imbert.) 

Faire. Faire le commerce 
de; être employé dans une 
branche quelconque du com- 
merce. — Faire les huiles, les 
cafés, les cotons. Mot à mot : 
faire le commerce des huiles, 
des cotons, etc. 

Faire (Se). Sebonifîer, en par- 
lant du vin, de l'eau-de-vie. Le 
vin se fait en bouteille, l'eau- 
de-vie se fait en fût. 

Faire (La). S'applique à une 
infinité de choses, dans le sens 
de chercher à en imposer par 
une attitude , un sentiment , 
vouloir faire croire à tel senti- 
ment. Ainsi, on la fait à la di- 
gnité, à Vinsolence, à la vertu, à 
la modestie, à la tendresse, etc. 

Faire au même. Tromper. — 
Se faire baiser, se laisser trom- 
per, se faire remettre à sa 
place. 

Faire de la musique. Se grat- 
ter au point de se faire saigner, 
ce qui rend la chair assez sem- 
blable à une page de musique. 
[Argot des hôpitaux.) 

Faire dessous (Se). Tomber 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



162 

en enfance, radoter. — Faire 
sous soi, même signification. 

Faire Godard. Creverdefaim, 
— dans le jargon des voleurs. 
C'est la variante de s'enlever 
cher. Allusion au ballon Godard 
qui s'enlève dans l'air. 

Faire belle (La). Etre heu- 
reux; avoir une bonne situa- 
tion, à n'importe quel degré 
de l'échelle sociale on appar- 
tienne. D'un grec heureux, les 
gi^ecs disent : Il la fait belle ; 
d'un souteneur qui nage dans 
de hautes eaux, les souteneurs 
disent : Il la fait belle. D'un ou- 
vrier qui gagne de bonnes jour- 
nées, ses camarades disent : Il 
la fait belle. C'est une dés locu- 
tions les plus répandues pour 
le moment, et qui s'applique à 
n'importe qui réussit dans n'im- 
porte quoi. 

Faire du suif. Tricher, — 
dans le jargon des grecs. 

Faire aller. Se moquer, mys- 
tifier. 

Faire une scène, un air. Fai- 
re réussir, souligner par des 
applaudissements un air, une 
scène, — en terme de théâtre. 
« On peut faire tous les airs et 
presque tous les duos des Hu- 
guenots. » (Ch. de Boigne.) 

Faire la souris. Dévaliser un 
client dans le feu de la conver- 
sation, — dans le jargon des 
filles. 

Faire la tortue. Jeûner; imi- 
ter, contraint et forcé, la sobrié- 
té de la tortue. 

aire une maison entière. 

Assassiner tous les habitants 
d'une maison, et faire main 
basse sur tout ce qui s'y trouve, 



— dans le jargon des voleurs. 

Faire la grande soûlasse. As- 
sassiner par profession. 

Faire cbibis. Se sauver de 
prison. 

Faire Jacques Déloge. S'en- 
fuir. — Déménager en oubliant 
de payer son propriétaire. L'ex- 
pression est démodée. 

Faire un peigne , faire le 
peigne. Prendre la clef des 
champs, — dans l'ancien jargon 
du peuple. Peigne ou pigne, si- 
gnifie clef. 

Faire au cold-cream (Le). 
Tromper, séduire quelqu'un en 
le flattant. {Jargon des files.) 
Le mot a un autre sens trop 
intime pour que nous puissions 
le préciser. 

Faire des fonctions. Aider à 
la mise en pages, — dans le 
jargon des typographes. 

Faire des poivrots, des gavés. 

Dévaliser des ivrognes. La va- 
riante est : La faire au père 
François. Les voleurs secouent 
l'ivrogne endormi sur un banc. 
Ils l'appellent « père François. » 

— « Hé! père François, réveil- 
lez-vous. )) Et tout en lui par- 
lant, ils le dépouillent. 

Faire des yeux de hareng. 

Crever les yeux à quelqu'un, — 
dans le jargon des voleurs. 

Faire à la fenêtre (La). Ap- 
peler les hommes par la fenê- 
tre, — dans le monde des filles. 

Faire la barbe. Railler; trom- 
per. 

Faire des yeux de carpe 
frite. Contourner les yeux à la 
manière des gens qui se pâ- 
ment. 



DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE. 



i63 



Faire nonne. Etre complice 
d'un vol, faciliter un vol. 

Faire le bon fourrier. Faire 
les portions égales, dans un re- 
pas. 

Faire la vie. Faire de la vie 
une noce perpétuelle. Racine a 
dit pour exprimer la même 
idée : 

« De fleurs en fleurs, de plaisirs en plaisirs, 
» Promenons nos désirs. » 

Faire du foin. — Faire du 
bruit; danser, — dans le jargon 
des voyous, qui ne sont pas pré- 
cisément silencieux durant cet 
exercice. 

Faire le plongeon. Faire fail- 
lite. — Renier ses principes, se 
parjurer. 

Faire femme. Au régiment, 
le troupier qui a l'habitude de 
sortir avec la même femme , 
celui qui, dans une maison de 
tolérance, consomme habituel- 
lement avec la même Dulcinée, 
« fait femme ». La variante est : 
Avoir une femme en consigne. 

Faire le balancier. Aller et 
venir sur un trottoir en atten- 
dant quelqu'un. 

Faire un revers. Tricher en- 
tre grecs, faute de mieux. La 
lutte s'engage, ordinairement, 
dans les villes d'eaux entre grecs 
du Midi et grecs du Nord qui se 
détestent et se font une grande 
concurrence. Naturellement l'un 
d'eux, le plus souvent un grec 
de première année, ignore à 
qui il a affaire. Au lieu d'une 
dupe facile à plumer, il trouve 
son maître, un vieux professeur 
aussi rompu aux tricheries que 
Mithridate aux poisons. 

Faire pleurer son aveugle. 
Uriner. 



Faire une heure. Dormir une 
heure, — dans le jargon du ré- 
giment. Mot à mot : faire une 
heure de sommeil. — Faire une 
sacrée heure, dormir longtemps. 

Faire la chambre. Faire le 
compte-rendu des débats de la 
Chambre dans un journal. « Je 
fais la Chambre comme adjoint 
à un vieux rédacteur sténogra- 
phe nommé Millot. » {Figaro du 
8 janvier 1879.) 

Faire à l'oseille (La). Faire 
une plaisanterie de mauvais 
goût, une mauvaise charge, se 
moquer de quelqu'un. « D'abord 
les pions sont en vacance, et 
s'ils ne sont pas contents, on la 
leur fait à l'oseille, » (Bertall, 
Les Courses de la saison.) D'a- 
près M. Jules Richard {Journal 
l' Epoque yiS%6, cité par M. L. Lar- 
chey), cette expression aurait 
vu le jour dans un gargot du 
boulevard du Temple, à la suite 
d'une contestation culinaire 
entre la patronne et un client. 
Ce dernier ne trouvant pas assez 
verte une omelette aux fines 
herbes, la nymplje du gargot 
s'écria : « Fallait-il pas vous la 
faire à Voseille? » Sans compter 
qu'il faut accueillir avec beau- 
coup de réserve les étymologies 
anecdotiques, l'expression « la 
faire à l'oseille » ne ferait-elle 
pas plutôt allusion à l'acidité de 
l'oseille qui, pour beaucoup de 
personnes, n'a rien d'agréable 
au goût. 

Faire des petits pains. Cour- 
tiser avec attouchements, genre 
TartulFe. — Qu'est-ce que tu fai- 
sais avec la bonne du capiston^ 
tu faisais des petits pains? — 
Probable. 

Faire les cours. Etre par- 



164 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



quées par catégories dans des 
quartiers séparés avec défense 
de communiquer, — dans le 

t' argon des détenues de Saint- 
jazare. 

Faire de la toile. Perdre la 
mémoire, oublier le texte et 
improviser, en attendant le se- 
cours du souffleur, — dans le 
jargon des coulisses. Frederick 
Lemaître faisait souvent de la 
toile, et il faut avouer que, pres- 
que toujours, sa version était 
préférable à celle de l'auteur. 
Un jour, à la répétition géné- 
rale d'une pièce de Barrière, 
comme il faisait de la toile : 
« Faites attention, lui dit le col- 
laborateur de madame de Pré- 
bois, vous marchez dans ma 
prose. » Frederick s'arrête, le 
toise, et avec cette ampleur de 
geste qui le caractérisait : « On 
prétend, répond-il, que ça porte 
iDonheur. » 

Faire faux-col. Laisser passer 
un bout du col de la chemise, 
— en terme de régiment. 

Faire l'esque, l'esgard. S'ap- 
proprier la part de vol d'un 
complice. C'est manquer de dé- 
licatesse entre voleurs. « On 
disait autrefois escarter, dans le 
sens de s'approprier le bien 
d'autrui. » (F. Michel.) 

Faire le mouchoir. Voler 
l'idée d'une pièce de théâtre, 
d'une œuvre littéraire, sorte de 
vol trop pratiqué par les gens 
de lettres sans aucune espèce 
de scrupule. 

Faire à la main. Pratiquer 
l'onanisme. Terme de métier 
des filles de joie. 

Faire papa, maman. Appren- 
dre à battre du tambour, — 



dans le jargon des élèves-tam- 
bours. Onomatopée des baguet- 
tes frappant à tour de rôle la 
caisse. 

Faire le gros. Faire ses néces- 
sités. — Faire le petit, urinor. 

Faire le Jacques. Faire l'im- 
bécile , faire quelque chose 
d'humiliant, de pénible, — dans 
le jargon du régiment. Jacques 
exprime la même idée que l'an- 
cien Jeannot. As-tu fini de faire 
le Jacques ? Pendant trois heures 
nous avons fait les Jacques dans 
la cour, nous avons fait l'exer- 
cice; expression surtout em- 
ployée par les cavaliers pour 
les classes à pied. 

Faire le garçon, faire la fille 
(Pour). Avoir de l'argent mignon 
pour s'amuser. 

Faire le monôme. Marcher 
dans les rues à la queue-leu-leu 
et aller prendre des prunes 
chez la mère Moreau, à l'issue 
d'un des examens d'admission 
à l'Ecole polytechnique, — dans 
le jargon des candidats à cette 
école. « Hier, à une heure de 
l'après-midi, a eu lieu la pro- 
menade annuelle, le monôme 
traditionnel, des candidats de 
l'Ecole polytechnique. » (Petit 
Journal du 2 juillet 1880.) La 
variante est ; File indienne. 

Faire la salle. Chercher, un 
soir de première représentation, 
à se rendre le public favorable 
en semant des billets de faveur 
au ban et à l' arrière-ban de ses 
amis et connaissances, de ses 
fournisseurs, de ses créanciers; 
chercher à composer une salle 
d'amis et de gens bienveillants. 
Il y a encore des auteurs assez 
naïfs pour compter sur l'enthou- 
siasme des camarades, 11 n'y a 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE, 



165 



encore rien de tel que le zèle 
et la conviction et l'enthousias- 
me des créanciers. L'auteur qui 
pourrait en bouder une salle 
obtiendrait un rude succès... le 
premier soir. 

Faire feu des dents. Manger 
gloutonnement. (xvii« siècle.) 
Une très pittoresque image dont 
on ne se sert plus aujourd'hui. 
Faire comptoir. C'est, dans le 
jargon des saltimbanques, une 
forme nouvelle de : faire com- 
fQls^ _ « Le soir ensuite vous 
avez « fait comptoir, » c'est-à- 
dire que vous entriez dans la 
loge foraine et en ressortiez en- 
core pour « allumer » les spec- 
tateurs récalcitrants. » [Cours 
d'assises de la Seine, aud. du 29 
août 1879, interrog, de M. le 
Prés, de Vienne.) 

Faire sa dame. L'expression 

était fort en usage parmi le 

peuple au commencement du 

xviii^ siècle, et signifiait comme 

• aujourd'hui : prendre du bon 

temps, se prélasser, s'amuser. 

Faire les cabinets. Aller de 

cabinet en cabinet particulier à 

la recherche du client, — dans 

le jargon des soupeuses. « Ça 

m'amuse ensuite de faire les 

cabinets. » (Ces Petites dames, 

1862.) 

Faire aux cabinets (La). Cer- 
taines habituées des bals pu- 
blics, dans le but de réaliser 
une petite recette en dehors de 
celle que pourront leur procu- 
rer leurs charmes, vont de l'un 
à l'autre en demandant 50 cen- 
times pour un besoin urgent. 
C'est ce qu'on appelle « la faire 
aux cabinets. » Il y en a qui 
récoltent ainsi leur pièce de 
cinq francs par soirée. 



Faire un poulain. Tomber de 
cheval, — dans le jargon des 
régiments de cavalerie; jeu de 
mot hippique; c'est-à-dire : 
mettre bas son cavalier. 



Faire la paire. Se sauver, — 
dans l'argot du peuple. Mot à 
mot : faire la paire de jambes. 
— Faire la paire en fringue, se 
sauver d'une maison de tolé- 
rance en emportant les bardes 
prêtées par la matrone. 

Faire du genou, faire du pied. 
Frotter son genou, frotter son 
pied, contre le genou, contre le 
pied d'une femme. Petite po- 
lissonnerie innocente, quelque 
chose comme les bagatelles de 
la porte en espérant le lever du 
rideau. 

Faire sa nouveauté. C'est, 
dans le jargon des filles, se pro- 
duire sur un nouveau trottoir, 
montrer un nouveau visage aux 
dilettanti de la prostitution. 

Faire boum. Sacrifier à Vénus, 
— dans le jargon des ouvrières. 

(( Il n'ignorait certainement 

pas comment se pratique cette 
agréable chose que les petites 
ouvrières appellent : « faire 
boum. » (Huysmans, Les Sœurs 
Vatard.) 

Faire (Celle-là il ne faut pas 
me la). C'est-à-dire mot à mot : 
cette plaisanterie il ne faut pas 
me la Taire. 

Faire le sert, le serre. Faire 
le guet. En argot de voleur, 
sert veut dire « signal. » C'est 
une abréviation, sans doute, de 
service. Faire le sert ou le serre, 
c'est donc faire le service, sur- 
veiller. 

Fais (J'y). Je le veux bien, — 
■ dans le jargon du peuple. 



166 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Fais mal (Comme tu me) ! 

Gomme tu me lais pitié avec tes 
raisonnements, comme tu m'a- 
gaces ! 

Faiseur. Terme générique 
servant à qualifier tout com- 
merçant qui brasse toutes sortes 
d'alîaires, qui se jette à tort et 
à travers dans toutes sortes 
d'entreprises. — Exploiteur, 
banquiste raffiné. Le vrai fai- 
seur trompe en général tout le 
monde ; il fait argent de tout ; 
un jour il est à la tête du pa- 
vage en gutta 'percha, le lende • 
main il a obtenu la concession 
des chemins de fer sous-marins 
ou celles des mines de pains à 
cacheter. Les gogos sont les 
vaches laitières des faiseurs. 
Dans la finance, ils sont les sal- 
timbanques de la banque. Ils 
font des affaires comme au be- 
soin ils feraient le mouchoir. Il 
existe des faiseurs dans tous les 
métiers qui touchent au com- 
merce, à i'art, à l'industrie, à 
la finance. « Il a été dernière- 
ment commandé à Lélioux un 
roman par un faiseur; j'y tra- 
vaille avec lui. » (H. Miirger, 
Lettres.) On a l'exemple de fai- 
seurs parvenu? à la fortune, à 
une très grande fortune : déco- 
rés, administrateurs de chemin 
de fer, députés, plusieurs fois 
millionnaires. Féroce alors pour 
ses anciens confrères, le faiseur 
les traite comme le sous-officier 
qui a obtenu l'épaulette traite 
le soldat, comme traite ses ser- 
vantes la domestique qui a 
épousé son maître. 

Faiseuse d'anges. Femme qui Fane (Le verre se). Le verre 
détermine des avortements. — j est vide; et, par abréviation, il 
Elle fait des anges pour le j se fane, en désignant un verre 
ciel. ' vide. Les ivrognes poétiques 



Fait pas (Ça uy). Ça n'y fait 
rien, — dans le jargon du' peu- 
ple. — Ça n'y fait pas, nous 
sommes amis tout de même. 

Faites -la passer, qu'on la 
voie ! Locution particulière aux 
gommeux. — Dans un dîner, au 
bal, lorsqu'une femme fait sa 
tête, lorsqu'une femme vient de 
dire une grosse bêtise, ces 
mes.sieurs ne manquent pas de 
s'écrier : Faites-la passer qu'on 
la voie ! comme s'il s'agissait 
d'un objet mi^ en vente sur la 
table des enchères à l'hôtel 
Drouot. 

Faitré (Etre). Etre perdu, — 
dans le jargon des voleurs. 

Falot. Képi d'ordonnance. 

Falourde. Double six d'un jeu 

de dominos. 

Falourde. Repris de justice, 
malfaiteur. — Falourde engour- 
die, cadavre d'un malfaiteur. 

Falzar. Cotte, pantalon de 
travail. Le falzar est le panta- 
lon de toile que l'ouvrier met 
par-dessus son autre pantalon. 
Ce dernier est plus ordinaire- 
ment désigné sous le nom de 
dalzar. 

Fameux. Excellent, supérieur. 
— Fameux vin, fameuse soupe. 

Fanandel. Camarade, collè- 
gue en vol, — dans l'ancien ar- 
got. — Entre eux les voleurs se 
donnaient du fanandel, comme 
les hommes de lettres, les no^ 
taires, les avocats se traitent de 
« cher confrère, d'illustre et 
cher confrère. » 



DICTIONNAIRE d'aRQOT MODERNE. 



167 



comparent le verre à une tleur 
que Ja sécheresse fane. 

Fanfe, Fonfière. Tabatière. 
— Fanfouiner, priser, fanfoui- 
ncur, priseur; f an f ouineus e, pri- 
seuse. 

Fantabosse. Dans les régi- 
ments, on ne désigne pas au- 
trement les troupiers n'ayant 
pas d'éperons. Fantabosse ou 
fente à bosse est un aimable jeu 
de mots pour dire fantassin : 
fente à sein, un jeu de mots de 
lu force de quatre hommes et 
d'un caporal. 

Fantaisie (Faire). N'être pas 
babillé suivant l'ordonnance, — 
dans le jai'gon des troupiers. 

Fantaisien. Commis en nou- 
veautés chargé de la vente de 
l'article fantaisie. 

Fantassin. Traversin, — dans 
le jargon des soldats de cava- 
lerie; par allusion à la petite 
taille des fantassins. 

Faraud. Monsieur, — dans 
l'ancien argot. — En patois 
provençal, faraud désigne un 
homme bien mis. — Faraude, 
faraudesse, madame. — Farau- 
dette, mademoiselle. 

Farcher, Faucher dans le 
pont. Tomber dans un piège. 
Mot à mot : couper dans le 
pont. 

Farfouiller dans les buissons. 

Invoquer Vénus polyglotte. 

Farfouiller dans le tympan 
(Se le). Se communiquer quel- 
que chose. — Qu'on se le far- 
fouille dans le tympan, qu'on se 
le communique. 

Fargue. Charge contre un 
accusé. — Farguement, témoi- 



gnage à charge. — Rougeur 
causée par la honte. 

Farguer. Rougir. — Charger 
devant la justice. Fargueur, té- 
moin à charge. 

Faridon. Misère. — Etre à la 
faridon, être sans le sou, — 
dans le jargon des voyous. — 
« J'peux pas t'camionner à la 
Reine-Blanche, j'suis c'soir à la 
faridon. » {Journal des Abrutis, 
du 10 oct. 1878.) 

Faste-en-poil. Jardin du 
Luxembourg. Jeu de mots par 
synonymie. — Faire son petit 
ourson au faste-en-poil, faire son 
ourson au faste- en-poil, faire 
son petit tour, faire son tour au 
Luxembourg, — dans l'argot 
des Ecoles. 

Faubert. Epaulette, — dans 
le jargon des soldats d'infante- 
rie de marine. Allusion aux 
fauberts, paquets de ficelles 
qui servent à éponger les na- 
vires. 

Faubourg (Le). Le faubourg 
Saint-Antoine, et, plus démocra- 
tiquement, le faubourg Antoine, 
le faubourg par excellence. — 
Le noble faubourg, le faubourg 
Saint-Germain. 

Faubourg. Derrière, dans le 
jargon du peuple. — Détruire le 
faubourg, donner des coups de 
pieds au derrière. — « Si vous 
ne me payez pas, je vous fiche- 
rai une couleur sur la figure, 
je vous détruirai le faubourg à 
coups de botte. » (Huysmans, 
Les Sœurs Vatard.) 

Faubourg souffrant. Arron- 
dissement où réside la popula- 
tion indigente de Paris. Le 
douzième arrondissement avait 



168 DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



primitivement reçu ce surnom. 

Fauchants, Faucheux. Ci- 
seaux, — dans l'ancien argot. 

Fauche-ardant. Mouchettes, 
— dans l'ancien argot. 

Faucher. Guillotiner. — Cou- 
per. — Faucher le grand pré, 
être aux galères, — dans l'an- 
cien aj'got. - 

Faucher. Tromper; voler, — 
dans l'argot des camelots et des 
truqueurs. Le mec est fauché^ 
l'individu est dépouillé. 

Faucheur. Bourreau. — Cou- 
pe-bourse, — dans l'ancien ar- 
got. — La faucheuse, la guillo- 
tine, — dans l'argot moderne. 

Fausse-mauche. Sorte de 
blouse en grosse toile bleue que 
portent à l'étude les élèves de 
l'école de Saint-Cyr. (Saint- 
Patrice.) 

Fausse-couche. Avorton, in- 
dividu débile, — dans le jargon 
du peuple. 

Fauter. Faire une faute. Le 
peuple dit d'une fille qui a pris 
un amant qu'elle « a fauté ». 

Fauvette â tête noire. Gen- 
darme, — dans l'argot moder- 
ne; allusion aux tricornes noirs 
des gendarmes. — Etre filé par 
les fauvettes à tête noire, être 
conduit par les gendarmes. 

Faux-col. Mousse qui se pro- 
duit au-dessus d'un verre de 
bière, lorsque le garçon n'a pas 
eu la précaution de le remplir 
doucement. Le faux-col est un 
trompe-l'œil, moins sale que le 
soulier de l'Auvergnat, mais 
qui tient, lui aussi, de la place. 
Le faux-col fait le désespoir des 
amateurs de bière. Aussi, dans 



toutes les brasseries, entend-oi 
cette recommandation plus dé 
cent fois répétée par jour : « ui 
bock et sans faux-col! » 

Fayots (Avoir bouffé des) 

Etre enceinte, — dans l'argc 
des marins. C'est une locutioi 
provençale répandue parmi 1( 
matelots. Mot à mot : avoi 
mangé des haricots. Allusion 
la réputation qu'ont les haricot 
de gonfler celui qui en mange] 

Fée. Jeunq fille, demoiselle! 

— dans le jargon des voleura] 

— Ma fée, ma fille. 

Fêlé (Avoir le coco). Avoir 1^ 
cerveau dérangé. 

Femme. Fusil, — dans l'argol 
des soldats d'infanterie de ma] 
rine. « Le temps de donner ui 
coup d'astiqué à ma femme ». 

Femme sérieuse. Femme ga^ 
lante qui pense à l'avenir, qi 
la pensée de l'hôpital elîraye e^ 
qui thésaurise. 

Femme de Régiment. Gross 
caisse, — dans le jargon d( 
troupiers. 

Femme à la mendicité Fem- 
me dont les faveurs sont cotéeg 
à bas prix, — dans le jargoi 
des élégantes de la prostitution; 

Femme de terrain. Prostituée : 
de dernier ordre. « Les piei 
reuses ou femmes de terraii 
sont des créatures repoussantes' 
de laideur ; elles ne sortent que 
la nuit et rôdent dans les lieux 
sombres et retirés... Elles pra- 
tiquent l'onanisme. » {Paris- 
vivant, Tm Fille.) 

Femme de l'adjudant. Salle 
de police, — dans le jargon des 
soldats de cavalerie. — Coucher 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



169 



avec la femme de l'adjudant, 
coucher à la salle de police. 
Les soldats désignent aussi la 
salle de police sous le sobriquet 
de la jument de V adjudant, et ils 
trouvent qu'elle trotte sec, cette 
jument. 

Fendante. Porte, — dans le 
jargon des voleurs. « Entrez ou 
n'entrez pas, mais refermez la 
fendante. >> (P. Mahalin, Les 
Monstres de Paris, 1880.) 

Fendre (Se). Faire de la dé- 
pense en dehors de ses habitu- 
des ; se livrer à une prodigalité 
inusitée. Les avares se fendent 
lorsqu'ils offrent quelque chose. 
« Je vous paye un exemplaire 
de ce groupe^ mille écus. Ohl 
oui, sapristi! mille écus, je me 
fends. » (Balzac.) 

Fendre l'oreille. Mettre à la 
retraite dans le jargon des trou- 
piers. « Dire qu'ils vont lui 
fendre l'oreille! un crâne sol- 
dat, qui vous vernit un meuble 
comme un garçon ébéniste. » 
(Fr. de Reifi'enberg, La Vie de 
garnison, 1863.) Allusion aux 
chevaux réformés aux(juels on 
fend l'oreille. — On dit égale- 
ment couper Voreille. 

Fendre le cul. Primer une 

carte, — dans l'argot desjoueurs 
d'écarté. Quand une carte est 
supérieure à celle de l'adver- 
saire, au lieu de dire : Je la 
prends, quelquesjoueurs disent, 
dans l'intimité, je lui fends le 
cul. 

Fenêtre. (Eil, — dans le jar- 
gon des voyous. Boucher une fe- 
nêtre, crever un œil. 

Fenêtre (Mettre la tête à la). 
Monter à l'échafaud. 



Fenin. Centime, — dans l'an- 
cien argot. 

Fenouse. Prairie, — dans le 
jargon des voleurs. 

Ferlampier. Pauvre diable; 
misérable à perpétuité. — Vo- 
leur du plus bas étage. Le fer- 
lampier est au voleur de la 
haute pègre ce que la pierreuse 
est à la cocotte. C'est une alté- 
ration de frélampier ou frère 
lampier. « Autrefois, celui qui 
avait la charge d'entretenir et 
d'allumer les lampes dans les 
églises s'appelait frère lampier ; 
et comme cette charge était 
dévolue à des hommes dti bas 
étage, quand on voulait parler 
d'un homme de peu, on disait : 
C'est un frélampier ou un frère 
lampier. » (Le Roux de Lincy, 
Le Livre des Proverbes français.) 

Ferlingante. Objet en verre; 
objet fragile. 

Ferloque. Loque dans toute 
sa dégradation, — dans le jai'- 
gon des brocanteurs. « Ah ! je 
ne m'étonne plus à présent que 
vous m'apportiez des ferloques. » 
(Champtleury, La Mascarade de 
la vie parisienne.) 

Ferme. Décor de fond, avec 
portes, — en terme de théâtre. 

Fermer son parapluie. Mou- 
rir, — dans le jargon des chif- 
fonniers, qui disent encore 
« ployer son jonc. » 

Fermer Maillard. Dormir ; 
avoir envie de dui...ir. 

Fermeture Maillard. Som- 
meil. — Etre terrassé par Mail- 
lard, tomber de sommeil; par 
allusion au nom de l'inventeur 
des fermetures en fer à cou- 
lisses. 

iO 



170 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Ferraille. Monnaie de cuivre. 
— Faire crossersa ferraille^ faire 
sonner un régiment de gros 
sous. — Le peuple désigne en- 
core sous ce nom quelques pe- 
tites pièces d'argent perdues au 
milieu d'un tas de sous. 

Fertillante. Plume, — dans 

l'ancien argot. 

Fertille, Fertanche. Paille. — 
Fertanche appartient à l'ancien 
argot. 

Fesse. Femme, — dans le 
jargon des voyous. 

Fessier. Derrière, — dans le 
jargon du peuple. — « Celui-là 
lui gaula le fessier à coups de 
botte. » (Huysmans, Les Sœurs 
Vatard,) 

Festillante. Queue. Allusion 
à la queue du chien qui fait fête 
à son maître. 

Festonnage. Manière de mar- 
cher particuhère aux ivrognes. 

Festonner. Marcher en faisant 
des zigzags, à la manière des 
ivrognes. — Voir tout tourner 
autour de soi. 

Fête (Etre de la). Etre en 
belle humeur. — Fête du bou- 
din, La Noël. 

Fêteur, Fêteuse. Celui, celle 
qui fête un anniversaire, qui 
souhaite une fête. « Et quel 
spectacle joyeux que tout ce 
monde de fêtews pressés, sillon- 
nant le boulevard avec des bou- 
quets éclatants, des joujoux en- 
luminés et des paquets soigneu- 
sement ficelés. » {Fetit Parisien 
du 17 août 1877.) 

Feu (Faire). Terme de la 
vieille école du mélodrame et 
de la tragédie, signifiant et ex- 



primant le geste de l'acteur qui 
marque la fin de chaque phrase 
d'un coup de talon vigoureuse- 
ment frappé sur les planches ; 
l'acteur qui faisait feu à la plus 
grande satisfaction du public, 
fut sans contredit le célèbre 
Tautin. {Petit dict. des coulisses.) 

Feu à la cheminée (Avoir mis 
le). S'être mis le gosier en feu 
pour avoir mangé des viandes 
trop épicées, pour avoir bu des 
liqueurs trop fortes. 

Feuille de chou. Méchant pe- 
tit journal, journal sans impor- 
tance. 

Feuille de chou, Feuille de 
platane. Mauvais cigare, cigare 
d'un sou. 

Feuille de chou. Guêtre, — 
dans le jargon des troupiers. 

Feuille de chou. Oreille, — 
dans l'argot des rôdeurs de bar- 
rière.  Je l'ai pris par ses feuil- 
les de chou et je l'ai sonné. 

Feuille de chou. Surnom 
donné au marin, par les soldats 
des autres armes. Allusion aux 
grands cols des marins. 

Feuille de rose. « On voit 
bien que vous n'avez pas ac- 
coutumé de parler à des visa- 
ges. » (Molière, Le Malade ima- 
ginaire.) 

Feuille à l'envers (Voir la). 

S'asseoir avec une dame, à la 
campagne, au pied d'un arbre, 
et deviser des choses les plus 
tendres à la manière de Jusion 
et de Cérès. — « Attendez-moi, 
n'avez-vous jamais vu les feuil- 
les à l'envers?» {Aiic. Théâtre 
Italien.) 

Feuilleton. Supplément écrit 
à la main que quelques restau- 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 



171 



rateurs ajoutent à la liste des 
plats indiqués sur la carte im- 
primée. Ce supplément s'ap- 
pelle on ne sait pourquoi : Feuil- 
leton. (Ch. Monselet, La Cuisi- 
nière poétique.) 

Feux de file (Ne pas s'em- 
brouiller dans les). Conserver 
son sang-froid. 

Fiacre. Train de chemin de 
fer, — dans le jargon des mé- 
caniciens. 

Fiacre (Jouer comme un). 

Aux xvii« et xvni® siècles, fiacre 
désignait un cocher de carrosse 
public. Jouer comme un fiacre 
était donc jouer comme un co- 
cher. « Et les fiacres qui mènent 
ces carrosses sontla plupart des 
maquereaux, qui connaissent 
tous les lieux de débauche de 
Pans. » (Le Roux, Blet, comique, 
1750.) L'expression jouer comme 
un fiacre s'est conservée jusqu'à 
ce jour. 

Fiacre (Remiser son). Se ran- 
ger ; mener une vie plus régu- 
lière. 

Ficelé. Habillé. Bien ficelé, mal 
ficelé, bien mis, mal mis; par 
allusion à la ficelle qui habille 
les saucissons. 

Ficeler (Se). S'habiller avec 
soin, se vêtir de ses plus beaux 
habits. — Suis-je assez propre- 
ment ficelé ? 

Ficeler. Suivre, — dans le 
jargon des voleurs; c'est une 
variante de filer. 

Ficelle. Filou prudent. Un 
homme ficelle se prête à toutes 
les malhonnêtetés qui échap- 
pent à l'action de la loi. 

Ficelle. Mensonge transpa- 
rent, petite ruse. — Ruses d'un 



métier. « A la ville, ficelle si- 
gnifie une ruse combinée mala- 
droitement. — Au théâtre, /iC6?//e 
exprime un moyen déjà em- 
ployé, connu, usé, qui sert à 
amener une situation ou un dé- 
noiiment quelconque mais pré- 
vu. » (J. Noriac, Un Paquet de 
ficelles.) — Tous les métiers ont 
leurs ficelles. Connaître toutes 
les ficelles d'un métier, c'est le 
connaître à fond, en connaître 
toutes les ruses, tous les fils qui 
le font mouvoir. 

Fichant. Extrêmement con- 
trariant. (L. Larchey.) — Très 
fâcheux. 

Fichard (Va-t'en au). Va te 

faire fiche. 

Ficher une colle. Débiter un 
mensonge. — Ficher s'emploie 
honnêtement à la place du 
verbe qui commence par la 
même lettre et dont a tant 
abusé le père Duchêne. 

Ficher comme de coller un 
tampon (S'en). S'en moquer 
complètement ; c'est la variante 
de « s'en ficher comme de co- 
lin tampon. » 

Fièvre cérébrale. Accusation 
capitale, — dans l'ancien argot. 

— Aujourd'hui dans le monde 
des voleurs, fièvre typhoïde et 
vérole noire ont le même sens. 

— Redoublement de fièvre céré- 
brale, nouveau témoignage très 
grave à la charge de l'accusé. 

Fiferlin. Soldat, •— dans le 
jargon des voyous. — Faire la 
paire au fiferlin, être tombé au 
sort. 

Fiferlin. Canotier novice, — 
dans le jargon des canotiers. 

Fifi. Vidangeur. Le mot a 



172 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



plus d'un siècle de circulation 
dans la bouche du peuple. 

Figariste. Rédacteur du jour- 
nal le Figaro, celui qui appar- 
tient à la rédaction de ce jour- 
nal, — dans le jargon des petits 
journaux que le succès du Fi- 
garo empêche de dormir. 

Figer (Se). Faire une station 
prolongée n'importe où, soit 
chez le marchand de vin, soit 
sur l'autel de Uomange, — dans 
le jargon des voyous. 

Fignard. Le fondement; c'est 
troufignard, par abréviation. 

Fignoleur, Fignoleuse. Celui, 
celle qui cherche à se distinguer 
par sa mise, par ses manières. 

Figure. Tête de veau dans le 
baquet du boucher. 

Figure. Personne, individu. 
— Ce n'est pas pour ta figure, 
ce n'est pas pour toi. — Cest 
pour ma figure, c'est pour moi. 

Figure de vesse. Figure pâle 
et boursouflée; physionomie de 
chloro tique. 

Figure de culotte. Visage 
^os et rouge. — DèHcate allu- 
sion au visage que cache la cu- 
lotte. 

Figure à hommes. Figure qui 
plaît aux hommes. C'est pour 
ces dames un excellent capital 
qui rapporte de bonnes rentes 
dans le monde de la galante- 
rie. 

Figure comme le cul d'un 
pauvre homme (Avoir une). 

Montrer un visage rouge, ani- 
mé, pétillant de graisse et de 
santé. Des physionomistes ont, 
paraît-il, été jusqu'à observer 
que c'était au derrière des pau- 



vres gens que se réfugiait la 
santé. 

Fil. — Au théâtre, toutes les 
cordes ont reçu le nom de fils. 
— Descendre un fil, descendre 
une corde qui supporte les 
amours dans les féeries. 

Fil (Avoir le). Etre adroit, 
finaud, rusé, — dans le jargon 
des voyous; allusion au fil d'un 
couteau, d'un rasoir. — « Je 
suis nabot, mais j'ai le fil. » 
(P. Mahalin, Les Monstres de 
Paris.) 

Fil (Prendre un). Prendre un 
verre d'eau-de-vie. Mot à mot : 
un verre de fil-en-quatre. 

Fil sur la bobine (Ne plus 
avoir de). Ne plus avoir de che- 
veux sur la tête. 

Fil à couper le beurre (N'a- 
voir pas inventé le). Etre naïf, 
être niais. Les amis d'une douce 
plaisanterie disent également : 
N'avoir pas découvert la mine de 
pains à cacheter. 

Filage, File, Filature. Action 
de suivre quelqu'un, — en terme 
de police. — Lâcher de la fila- 
ture, suivre. — Les voleurs di- 
sent : Ces messes nous lâchent de 
la filature, ces messieurs nous 
suivent. 

Filage. Action, art de filer la 
carte, de ne pas engager le jeu, 
à la bouillotte. 

Filard. Terme de joueur de  
bouillotte. Celui qui file ciiaque T 
fois qu'il n'a pas un très beau 
jeu, comme trente-un en main, 
ou quarante de face ou vingt- 
un et as premier. 

Filasse. Morceau de bœuf 
bouilli. — La variante est : 
Balle élastique. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



173 



Filateur, Fileur. Tricheur qui 
opère au moyen du /liage de la 
carte, c'est-à-dire en distribuant 
une carte pour une autre. 

Fil-en-quatre. Apprenti com- 
mis mercier. 

Fil-en-quatre. Eau-de-vie. 

Filer. Sacrifier à la compa- 
gnie Lesage. 

Filer Suivre à la piste. La 
police file à pied, en voiture et 
en chemin de fer. 

Filer. Ne pas engager le jeu, 
— dans le jargon des joueurs 
de bouillotte. Faire filer ^ intimi- 
der son adversaire qui, alors, 
n'engage pas le jeu, ou qui paye 
son premier engagement. 

Filer. Faire l'école buisson- 
nière, — dans le jargon des 
collégiens. « Les élèves de Louis- 
le-Grand filent, soit aux Ours, 
(le jardin des Plantes) soit au 
Luxembourg. » (Aibanès, Mys- 
tères du collège.) 

Filer raide. — Marcher très 
vite. 

Filer doux. — Se montrer 
soumis, obéissant. 

Filer (Faire). Dérober. Mot à 
mot : faire filer un objet de la 
poche de quelqu'un. 

Filer la comète. Coucher en 
piein air, coucher à la belle 
étoile, — dans le jargon des 
voleurs. 

Filer la carte. « Changer la 
première carte qui est dessus le 
jeu, celle qu'on doit donner à 
son adversaire, contre la deuxiè- 
me carte. Le filage de carie est 
une opération très délicate et 
difficile à exécuter. » (A. de 
Gaston.) Les joueurs honnêtes 



du baccarat se servent de l'ex- 
pression filer la carte, filer pour 
désigner l'action de découvrir 
par degrés, très lentement, une 
des deux cartes qu'ils ont en 
main; c'est un moyen comme 
un autre de se procurer une 
émotion, et l'on sait que le 
joueur vit d'émotions. 

Filer une pousse. Repousser, 
culbuter, — dans le jargon des 
voyous. — Y veut m' coller un 
coup de sorlot dans les accessoi- 
res y je Vy file une pousse et f 
fl envoie dinguer sur le trime où. 
il prend un potage à la julienne. 

Filet bien coupé (Avoir le). 

Parler beaucoup. On dit prover- 
bialement, en parlant de quel- 
qu'un qui parle beaucoup : 
« Celle qui lui a coupé le filet 
a bien gagné ses cinq sous. » 

Filets (Tendre les). « Cette 
besogne consiste à étaler sur 
les comptoirs les pièces (d'étolfe) 
qui ont de lœil et qui doivent 
attirer l'attention, forcer le re- 
gard des clientes passant d'un 
rayon à la caisse. » (L. Noir, Le 
Favé de Paris.) 

Fileur. « On nomme fileur^ 
un homme qui, du matin au 
soir, un pinceau à la main, fait, 
au moyen d'un tour lancé avec 
rapidité, ces filets d'or, azur ou 
chocolat, qui entourent les as- 
siettes, les tasses ou les bols. » 
(J. Noriac.) 

Fileur. Elève qui a l'habitude 
de suivre ses classes en jouant 
aux billes ou en allant faire de 
petites excursions extra-muros. 

Fileur de plato. Second et 
troisième amoureux, — dans 
le jargon des coulisses. Mot à 

10. 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 
fileur d'amour platoni 



174 

mot : 
que. 

Pileuse. Exploiteur de filous. 
La flleuse fait chanter le voleur 
qu'elle a suivi et vu à Tœuvre. 
Sous menace de révélations, elle 
se fait remettre soit une petite 
part du vol, soit une somme 
correspondante en argent, pro- 
bablement en vertu de l'axiome 
qu'il faut que tout le monde 
vive. 

Pillasse. Femme qui a vieilli 
dans la prostitution ; c'est le su- 
perlatif de fille de joie. 

Pille, Grande fille. Bouteille 
de vin. « Allons étrangler une 
grande fille, ce qui signifie : 
Allons boire une bouteille. » 
{Petit Parisien, du 16 août 1877.) 

Pille. Dans le jargon des 
joueurs de rams, ce sont les 
cartes du talon qui restent sur 
le tapis à la disposition du pre- 
mier en cartes. — Quand un 
ramseur échange son jeu contre 
celui qui est sur le tapis, il a 
coutume de dire : « Voyons le 
cul de la fille ou voyons le der- 
rière de la fille. » 

Pille insoumise. Fille qui 
exerce la prostitution sans pri- 
vilège ni estampille de la po- 
lice. — On dit, par abréviation : 
Insoumise. 

Pille remisée. Fille retirée de 
la prostitution. Ancienne fille 
qui a acheté un fonds de com- 
merce. 

Pillette. Petite bouteille de 
vin cacheté, demi-bouteille. 

Piloche. Bourse. — Filoche à 
jeun, bourse vide. — Filoche du 
trèpe, la Bourse de Paris. Mot à 
mot : bourse de la foule. 



Pilou. Rusé, malin. 

Pilsange. Filoselle, — dans le 
jargon des voleurs. 

Pils-de-fer. Jambes longues 

et maigres. 

Pin de la soupe. Guillotine. 

Pin (Paire une). Se marier, 
en parlant d'un homme. C'est 
souvent une triste fin. 

Pinancer. Payer, payer pour 
un autre. — L' entreteneur fi- 
nance. 

Pine. Fine Champagne, par 
abréviation. — Un verre de fine. 

Pine-galette. Elève sans ga- 
lons, — dans le jargon des 
Saint-Cyriens. 

Pine pégrenne (Etre en). Etre 
au plus mal, — être perdu sans 
ressources, dans le jargon des 
voleurs. 

Pini (Homme). Homme ruiné, 
perdu moralement ou matériel- 
lement. — « Moi fini et pleuré 
de vos beaux yeux, l'ermite, mon 
père, pourrait bien vous récla- 
mer. » (Maynard de Queilhe, 
Outre-Mer, 1835.) 

Pinition. Achèvement. — Fi- 
nition du Louvre. (Balzac.) 

Piole. Tête, figure, — dans le 
jargon des voleurs. Fiole à cii- 
bêbe, à copahu, physionomie 
malsaine, figure de syphiliti- 
que. 

Pioler. Envisager. — Qu'est- 
ce qu'il a ce pante^ à me fioler? 

Pioler. Boire. 

Pion. Elégance. — Coup de 
fion, dernier coup de main don- 
né à un ouvrage. 

Pionner. Faire le fat; être 
coquet, — dans le jargon du 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 



175 



collège. — « Depuis qu'Ernest 
a une paire de bottes, regarde 
un peu comme il fîonne ! » ( Al- 
banès, Mystères du collège, { 845.) 

Fionneur. Ouvrier, collégien 
endimanché. 

Fiquer. Frapper à coups de 
poignard, à coups de couteau, 
— dans le jargon des voleurs. 

Fish. Souteneur. — Un mot 
qui a passé la Manche et qui 
veut dire poisson en anglais. 

Fiston. Pour fils ; terme d'a- 
mitié. « Tu t'es laissé embobeli- 
ner, voilà tout... tu es jeune, 
mon fiston. » (A. Theuriet, La 
Revanche du mari.) 

Fixé. Assez, — dans le jargon 
des voyous qui disent aussi : 
Bliurô, par abréviation d'a- 
marré. 

Fia. Une des notes du tam- 
bour. Il y a le fla^ le ra et le 
roulement, a Votre fia est si 
moelleux, si séduisant, si doux! 
c'est du miel! » (H. Berlioz, 
Les Grotesques de la musique.) 
« Et il n'y en a pas un pour 
pincer un roulement comme 
moi. Ce n'est pas moi qui pren- 
drai un /^a pour un 7T?*a. » (Scribe 
et Poirson, Une Nuit de la Garde 
nationale, se. m, 1815.) 

Flac, Flacul. Sac. — Lit. — 
Argent, — dans le jargon des 
voleurs. 

Flacon. Botte, et particulière- 
ment botte de vidangeur ou de 
cureur d'égouts. Des flacons qui 
renferment « l'essence de chaus- 
sette ». — Déboucher ses flacons, 
ôter ses bottes. — « Ça doit 
rien schelwguer quand il dé- 
bouche ses flacons. » (Réflexion 
d'un voyou à la vue d'un cu- 
reur d'égouts.) 



Flafla. Embarras, manières. 
— Faire du flafla, faire des em- 
barras. — Un objet qui a du 
flafla, c'est du clinquant. 

Flageolets. Jambes maigres. 
(L. Larchey.) Allusion au cliétif 
instrument de musique de ce 
nom. 

Flairer au foyer. Se dit in- 
distinctement d'un auteur ou 
d'un acteur. « L'acteur vient le 
soir au foyer pour regarder si 
le tableau d'annonces porte son 
nom sur une distribution de 
rôles. L'auteur vient savoir si 
on joue le lendemain ou si on 
répète. >> (J. Duflot, Les Secrets 
des coulisses, 1865.) Par exten- 
sion, signifie faire de la diplo- 
matie auprès des directeurs et 
des artistes pour obtenir des 
représentations fréquentes ou 
nouvelles d'un ouvrage. (Petit 
Dict. des couHsses.) 

Flambant. Artilleur à cheval. 

Flambant. Neuf, luisant de 
propreté. 

Flambard. Poignard ; couteau- 
poignard. 

Flambarde. Lampe ; chan- 
delle. 

Flambarde. « La flambarde 
est la pipe du canotier. » (Paris- 
Fumeur.) 

Flambe, Flamberge. Epée, sa- 
bre de cavalerie. 

Flamber, Fluber. Jouer la co- 
médie, — dans le jargon des 
saltimbanques. « De quoi pou- 
vais-tu avoir peur, lui dis-je... 
tu n'avais jamais mieux flambé. » 
(E. Sue, Les Misères des Enfants 
trouvés.) — Briller. « Ces créa- 
tures aiment à flamber. » (Bal- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE 

et Misères des 



176 

zac, Splendeurs 
courtisanes.) 

Flan (Du)! Non, jamais. — 
Exclamation particulière aux ga- 
mins qui ajoutent souvent et de 
la galette. Du flanl et de la ga- 
lette l sans doute en souvenir des 
pâtisseries populaires mais in- 
digestes de ce nom. 

Flanche. Jeu; ruse; plaisan- 
terie. — Atï'aire. — Reculade. 

— Grande flanche, jeu de la rou- 
lette, jeu du trente et quarante. 

Flancher. Jouer aux cartes. 
« Est'ce que des pantes à la man- 
que ont flanché au bègue avec ces 
brèmes ? Est-ce que de faux hon- 
nêtes joueurs ont joué au bezi- 
gue avec ces cartes? » (A. de 
Gaston, Les Tricheurs.) 

Flancher. Plaisanter.— Par Ze^- 
iu sérieusement ou flanches-tu ? 

Flancher. Faiblir , reculer , 
avoir peur. — « Tu flanches, 
pitchou ! » (L. Cladel, Ompdrail- 
les.) 

Flanchet. Part, participation, 

— dans le jargon des voleurs. 
Flancheur, Flanchard. 

Joueur. — Flancheuse^fiancharde, 
joueuse. 

Flâne. V\^ne\if.C*estune flâne. 

— Flânerie. Faire flâne^ flâner. 

Flanelle. Flâneur, — dans le 
jargon des lilles de maison. 
Faire flanelle, perdre son temps 
à flâner. 

Flànocher. Flâner un peu, 
diminutif de flâner. Flânocheur, 
celui qui flâne un moment, par 
instant. 

Flanquage à la porte. Congé. 

Flaque. Sac de femme, — 
dans l'ancien argot. 



^ 



Flaquer, Flasquer. Faire ses 
nécessités. — Accoucher, dans 
l'ancien argot. — Flaquer des 
châsses, pleurer. — Faire flas- 
quer. Synonyme de faire ch...r; 
c'est-à-dire ennuyer, horripiler. 

Flaquet. Gousset. 

Flèche. Sou, dans le jargon 
des ouvriers. — Deux flèches de 
semper, deux sous de tabac. 

Flémard. Paresseux, mou, lâ- 
che. — Flémer, paresser; déri- 
vés de flemme, mot du patois 
d'Auvergne acclimaté à Paris. 
— « Ce flémard ne viendra pas 
aujourd'hui, parce qu'il a peur 
de moi ; c'est un lâche ! >> (L. Cla- 
del, Ompdr ailles.) 

Flemme. Paresse. •— Pares- 
seux. « Tas de flemmes! val pas 
même 1' courage d' s' déranger 
pour venir boire un coup ! » 

(Grévin.) 

Fleur de mari. Virginité. Mot 
à mot ; fleur dont on fait pro- 
sent au mari. — v Elle gardait 
sa fleur de mari, très décidée à 
ne la laisser prendre que pour 
le bon motif. » Huysmans, Les 
Sœurs Vatard.) 

Fleurs rouges. Menstracs. 

Flihocheuse. Variété de fille 
publique, fille prjhJique du genre 
rapace. « Les fllbocheuses, êtres 
hybrides, moitié femmes, moi- 
tié éponges, qui sont de tous 
les dîners, de tous les soupers 
et de tous les réveillons , chi- 
pant tout, rinçant tout, lavant 
tout. » {Paris à vol de canard.) 
C'est un dérive de flibustier. 

Flic flac (Faire le). Forcer une 
serrure. 

Flic-flaquer. Marcher en sa- 
vates. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



177 



Flique, Flique à dard. Com- 
missaire de police, agent de po- 
lice, — dans le jargon des filles. 

Flingart. Soldat d'infanterie 
de ligne. Il porte le flingot, fu- 
sil. Les flingarts sont de bons 
zigs. 

Flingot. Fusil de boucher. 

Flingot. Fusil, — dans le jar- 
gon des troupiers. — « On lui 
mettait un tlingot entre les 
doigts et là, au soleil, à la pluie, 
au vent, il devait s'évertuer à 
jongler avec. » (Huysmans, Les 
Sœurs Vatard.) — « Ricornot, 
navré, faisait l'exercice dans la 
cour, ayant le sac au dos et le 
ilingot sur l'épaule. » (Vicomte 
Richard, Les Femmes des autres.) 

Flingot (Cinq ans de forcés 
au). Cinq ans de service mili- 
taire, — dans le jargon du peu- 
ple. Et par abréviation : cinq 
ans de flingot, c'est-à-dire cinq 
ans de fusil. 

Flingue. Fusil. Cette dernière 
forme est particulière aux ma- 
rins. 

Flirtation. Action de filer, ou 
mieux de filtrer le sentiment, 
de raffiner l'art de faire la cour. 
« Dans les affaires de cœur, les 
Françaises ne connaissent pas 
de milieu entre l'amour et l'in- 
différence; elles peuvent avoir 
des hommes pour amis, mais la 
flirtation leur est inconnue. » 
(Lady Morgan, La France, 4817.) 
Le mot n'est guère répandu que 
depuis d 875. C'est M. Sardou qui 
l'a lancé dans la circulation pa- 
risienne : 

«Robert : — Ah!... je la con- 
nais maintenant leur flirtation; 
mc.is pour la pratiquer sans s'^ 
brûler... juste Dieul ces Améri- 



caines... en quoi sont-elles? >» 
{V Oncle Sam, acte m, se. vu.) 

Flirter. Filtrer le sentiment; 
courtiser avec raffinement; mot 
d'importation américaine. « On 
commence par flirter avec une 
jolie fille. » (E. Augier, Les Four- 
chambault.) 

Flopée, Flou. Foule. •— Grêle 
de coups. 

Floquot. Tiroir, — dans le 
jargon des voleurs. 

Flottant. Poisson. 

Flottant. Bal de souteneurs. 

Flottard. Aspirant à l'école 
navale. (L. Larchey.) 

Flotte. Provision d'argent du 
mois, du semestre, arrérages. 

— « La fiotte est arrivée, pour 
dire qu'on a reçu de l'argent, 
après avoir attendu quelque 
temps. Par allusion aux hottes 
des Indes. » (Le Roux, Dict. go~ 
mique.) Le mot n'est plus guère 
usité depuis une vingtaine d'an- 
nées. 

Flotte. Nombreuse société. 

Flotter. Nager. — Faire flot- 
ter, noyer. 

Flou, Flotiére. Rien, — dans 
l'ancien argot. 

Flou-chipe. Floueur-chipeur. 
On dit flou-chipe, comme on 
dit : démoc-soc. 

Flouer. Jouer, en terme de 
grecs. — Filouter au jeu. 

Flouerie. Vol adroit; espiè- 
glerie doublée de vol. 

Floueur. Terme générique ser- 
vant à désigner tout escroc, tout 
voleur qui exerce adroitement 
et sans employer la violence. 

— Dans le jargon des filles, 



178 DICTIONNAIRE D* ARGOT 

c'est l'individu qui, après avoir 
promisbeaucoup, ne donne rien. 

Flûte! Je m'en moque. 

Fliite (Jouer de la). Prendre 
un clystère. — Joueur de flûte, 
flûtiste, infirmier. C'était autre- 
lois jîw/Jewcw/, qui avait également 
le sens d'apothicaire. — « Peste 
du courtaud de boutique et du 
Uûtencul! » [Pièces comiques.) 

Flûter (Envoyer). Envoyer 
promener. — « Ah! elle en- 
voyaitjoliment/ïîifer le monde. » 
vE. Zola.) 

Flûtes. Jambes et principale- 
ment jambes maigres. — Se ti- 
rer des flûtes, se sauver. — « Faut 
s' tirer des flûtes. » (G. Marot, 
L'Enfant de la Morgue, 1880.) 

Flûtiez (C'est comme si vous). 
C'est comme si vous ne disiez 
rien. C'est la variante de : C'est 
comme si vous chantiez. 

Flux (Avoir le). Avoir peur. 

Fluxion. Peur, — dans le jar- 
gon des voleurs. — Pincer une 
fluxion, avoir peur. 

Fœtus. Elève de première an- 
née à l'école de chirurgie mili- 
taire. (L. Larchey.) 

Foirade, Foire. Peur. — Foi- 
rer, avoir peur. — Foireux, foi- 
reuse, poltron, poltronne. 

Foire d'empoigne (Acheter à 
la). Voler. Revenir de la foire 
d'empoigne, rentrer les poches 
pleines d'objets volés. 

Foisonner. Répandre une 
odeur iafecte soit personnelle- 
ment, soit impersonnellement, 
— dans le jargon des voyous. 
Ce doit être quelque fioriture 
du mot foiré, fuire, ou encore 
une déformation du mot « em- 



MODERNE. 






poisonner » par le retranche 
ment des deux premières let- 
tres et la substitution de i'F au P. 

Folle du logis. Imagination; 
caprice. Le mot est de sainte 
Thérèse. 

Foncer. Payer, compter. On 
disait autrefois pour exprimer 
la même idée : Foncer à l'ap- 
pointement. « C'est une cou- 
tume fort établie à Paris, où la 
plupart des femmes coquettes 
font foncer leurs maris vieux et 
goutteux à l'appointement, pour 
entretenir de jeunes godelu- 
reaux qui leur repassent le bu- 
lle. » (Le Roux, Dict. comique, 
1750.) 

Fond de cale (Etre à). Ne plus 
avoir le sou. 

Fondant. Beurre, — dans l'an- 
cien argot. 

Fondre. Disparaître, se sau- 
ver, — dansle jargon des voyous. 

Fondre la cloche. Vendre un 
objet dont on partage le prix 
entre camarades ; avait aux xvn^ 
et xvm*' siècles le sens de ter- 
miner une affaire en train. 

Fondrelatrappe (Faire). C'est, 

en terme de coulisses, ouvrir et 
baisser une ti'appe. 

Fondrière. Poche, — dans le 
jargon des voleurs. 

Fonts de baptême (Se mettre 
sur les). Etre eugagé dans une 
affaire dont on voudrait bien 
sortir. 

Forage (Vol au). Vol qui con- 
siste à enlever une certaine 
quantité d'or aux bijoux et à la 
remplacer par du plomb ou du 
cuivre, en laissant intactos l'en- 
veloppe et les marques du poin- 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



179 



çon. — Ce genre de vol est par- 
ticulier aux chineurs qui lui ont 
donné le nom de vol à la graisse. 

Forcir. Grandir, se renforcer, 
— en parlant d'un enfant, — 
dans le jargon du peuple. Il for- 
cit à vue d'œil. 

Foresque. Marchand forain, 
dans le jargon des voleurs; 
changement de la dernière syl- 
labe. ( 

Forêt noire. Nom d'un des 
anciens carrés du Temple. On 
désignait ainsi le quatrième 
carré aifecté aux marchands de 
savates et aux fripiers. — Les 
trois autres se nommaient : Le 
Carré du Palais-Royal, et com- 
prenait les objets de toilette à 
l'usage des femmes; le Pavillon 
de Flore : literie et hardes; en- 
fin le Pou-Volatit: chiifons, vieille 
ferraille et friperies sans nom. 

Forfante. Charlatan, fourbe, 
hâbleur. (F. Michel.) C'est un 
dérivé de forfanterie. Le mot 
appartient à l'ancien argot. 

Forger. Terme de maréchal- 
ferrant; se dit d'un cheval qui, 
en marchant, frappe les extré- 
mités du fer de devant avec la 
pointe des pieds de derrière. 

Forgerie. Mensonge. — Faux; 
faux document; c'est-à-dire 
pièce forgée. 

Formiste. Peintre ou sculp- 
teur qui soigne la forme, — 
dans le jargon des artistes. 

Fort. Pour fort de la halle. 
C'est ainsi qu'on dit par abré- 
viation encore : fort aux pois- 
sons , fort aux blés , fort au 
beurre. 

« Je descends les barqu's, j'vends des 
[contre-marques] 
» Et je suis fort au beurre. » 
(A. Remy, L'homme incomparable, chaus.) 



Fort que de jouer au bouchon 
(C'est plus). Se dit ironique- 
ment d'une chose dont l'exécu- 
tion ne demande ni force ni 
adresse. 

Fortanche. Fortune, — dans 
le jargon des voleurs. — Bonne 
fortanche^ bonne fortune. 

Fortification. Bande de bil- 
lard; allusion de forme. — Etre 
protégé par les fortifications, être 
collé sous bande. 

Fortin. Poivre. — Fortinière, 
poivrière, — dans l'ancien ar- 
got. 

Fosse à Bidel. C'est un en- 
droit assez obscur (à la préfec- 
ture de police) où il y a des 
prisonniers. [Lanterne du 26 jan- 
vier 1879.) Allusion aux fauves 
du dompteur Bidel. 

Fosse commune. Table d'hôte 
à bon marché, Yarchc de Noé du 
XIX® siècle. — « Il sort de la 
table d'hôte à quarante sous. 
En gastronomie on appelle cela, 
en terme de métier, la 
commune. » (L. Lespès.) 

Fou (Etre). Etre perdu, — 
dans le jargon des voleurs qui 
ne se donnent pas la peine de 
prononcer le tu final. 

Fouailler. Manquer d'énergie, 
craindre, manquer son effet. 

Fouataison. Canne, — dans 
le jars"on des voleurs. — Foua- 
taison lingrée, canne à épée. — 
Fouataison mastarée ^canne plom- 
bée. 

Fouatter. Puer. — Fouatter 
du goulot, sentir mauvais de la 
bouche. 

Foucade. Caprice amoureux. 

Fouiller (Tu peux te). Tu 



180 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



n'obtiendras rien, il n'y a rien 
pour toi. — « Veux-tu me ren- 
dre un service ? — Tu peux te 
fouiller. » Mot à mot : tu peux 
regarder dans tes poches pour 
voir si tu peux te le rendre. — 
Cette expression est encore 
prise dans le sens de : tu te 
trompes; s'il croit que je Vai- 
me, il peut se fouiller. « Et 
Giianiptleury, Sarcey, Scholl, 
Zola, etc.. etc. peuvent se 
fouiller. » {L'Etrille, janvier 
1879.) 
Fouilles (Des). Des bêtises! 

— Non; jamais. 
Fouillouse. Poche. — Bourse. 

— Vieux mot en usage au xiv« 
siècle. La poche est l'endroit 
où l'on fouille. 

Fouinard, Fouine. Poltron ; 
fuyard. 

Fouiner. Avoir peur; décam- 
per. — Espionner. 

Fouineur, Fouinard. Rappor- 
teur; petit espion de collège. 

Foulage. Travail pressé. — 
Foulage de la rate, ardeur au 
travail. — Il y a du foulage, la 
besogne marche. 

Fouler (Ne pas se la). En 
prendre à son aise. C'est mot à 
mot : ne pas se fouler la rate. 

Foultitude. Multitude; foule. 

— Foultitude de monde. 

Four. Avant-scène des qua- 
trièmes à l'Opéra. Elle est ex- 
clusivement réservée aux figu- 
rantes et il y fait chaud comme 
dans un four. 

Four. Gosier. — Chauffer le 
four, boire. 

Four. Omnibus; parce qu'on 
y enfourne les gens comme des 
pains. 



Four. Insuccès ; chute d'une 
pièce de théâtre. — M. J. Duflot 
écrit fourre, du verbe se fourrer 
dedans. — Faire four, ne pas 
réussir, en être pour ses frais. 
Au théâtre une pièce fait four 
lorsqu'elle ne réussit pas. — Un 
homme fait four auprès d'une 
femme, lorsqu'il en est pour ses 
frais d'amabilité et même pour 
ses frais d'argent. Celui qui 
s'est flatté de raconter une his- 
toire bien amusante et qui ne 
fait rire personne, fait four 

Fourbi. Petite filouterie ; pec- 
cadille; maraudage; pour four- 
berie. — Connaître le fourbi, 
connaître une foule de petites 
ficelles, de trucs à l'usage des 
militaires peu scrupuleux, — en 
terme de troupiers. 

Fourbis. Métier. — Jeu. 

« A c'fourbis-là, mon vieux garçon, 
» — Qu'vous m'direz — on n'fait pas for- 
[tune, 
» Faut un' marmite, — et n'en faut qu'une; 
» Y a pas d'fix' pour un paillasson. » 
{La Muse à Bibi, Le Paillasson.) 

Fourche à faner. Soldat de 
cavalerie ; ainsi nommé dans le 
jargon des voleurs, parce que 
les soldats de cavalerie marchent 
ordinairement les jambes écar- 
tées par suite de l'habitude du 
cheval. 

Fourchette. Voleur à la tire. 

Fourchette. Baïonnette, — 
dans le jargon des troupiers. — 
Fourchette du père Adam, les 
doigts. — Se servir de la four- 
chette du père Adam, manger 
avec les doigts. 

Fourchette (Belle). Convive 
de bel appétit. — « Belle four- 
chette!... Mes compliments! » 
(Sardou. Daniel Rachat, acte m, 
se. 1.) 




DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 



181 



'^rchette (Avaler sa). Mou- 
rir, — dans le jargon du peuple. 

« Et comme on dit vulgairement, 
» L'pauvre homme avala sa fourchette. » 
(A. Dalès, Les trois maris de 
madame Gobillard, chans.) 

Fourchette (Marquer à la). 
Entier un compte, comme si on 
l'inscrivait avec les quatre dents 
d'une fourchette. 

Fourchu. Bœuf, — dans le 
jargon des voleurs. 

Fourgat, Fourgue. Receleur. 

Fourgature. Objet volé dont 
on fait de l'argent. 

Fourguer. Vendre à un rece- 
leur. 

Fourline. Voleur habile. — 
Association de malfaiteurs. 

Fourliner. Voler avec adresse. 

Fourlineur. Voleur à la tire. 
Ce sont les successeurs des an- 
ciens tirelaines. (Canler, 1862.) 

Fourlourd. Malade, — dans 
le jargon des forçats. — Ces 
messieurs appelaient fourlourde 
l'infirmerie du bagne. 

Fourlourer. Assassiner. — 
Fourluureur, assassin, — dans le 
jargon des voleurs. 

Fourmillante. Foule. — Four- 
miller , marcher dans la foule. 

Fourmilion. Marché. — Four- 
milion à gayetSj marché aux 
chevaux, fourmilion à cabots, 
marché aux chiens, fourmilion 
au beurre, la Bourse. 

Fournaliste. Ouvrierconfiseur 
qui travaille au fourneau et fa- 
brique pralines, sucres d'orge 
et sirops. 

Fourneau. Imbécile, — dans 
le jargon des voyous. 



Fourneau, Fourneau philan- 
thropique. Misérable, — dans 
le jargon des voyous, qui ont 
remarqué que ce n'étaient pas 
précisément les millionnaires, 
qui faisaient la queue devant la 
porte des fourneaux économi- 
ques. 

Fournil. Lit, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Fournier. Chef de cuisine 
dans un café. « Il faut savoir 
bien manipuler le café et faire 
la cuisine. On est chargé de 
préparer les déjeuners, d'ap- 
prêter et servir le café aux con- 
sommateurs. )> (Le Livre des 
métiers faciles^ 1855.) 

Fournir Martin. Porter une 
grande pèlerine de fourrure à 
l'usage des cochers et des valets 
de pied de grandes maisons. — 
Quand les voyous rencontrent 
un de ces domestiques ainsi 
couverls, ils disent : Encore un 
qui fournit Martin, c'est-à-dire, 
qui fournit à l'ours Martin sa 
fourrure. 

Fourrager. Chiffonner... la 

collerette. 

Fourrageur. Particulier qui 
aime à chiffonner... la colle- 
rette. 

Fourrer (S'en). Se bourrer de 
nourriture. — S'en fourrer jus- 
qu'au coude, manger outre me- 
sure. — Se fourrer de bons mor- 
ceaux par le bec, faire bonne 
chère. 

Fourrier. Elève reçu dans les 
premiers numéros à l'Ecole po- 
lytechnique. 

Fourrier. Garçon de café pré- 
posé aux demi-tasses; gany- 
mède en tablier blanc. 

Il 



182 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Foutaises. Niaiseries, propos 
en l'air, objets sans valeur. 

Foutimacer. Dire des niaise- 
ries; ne rien faire qui vaille. 

Foutimacier, Foutimasseur. 

Diseur de niaiseries. Mauvais 
ouvrier. — Et foutimacière au 
féminin. 

Foutre du peuple (Se). Se 
moquer du monde. Quand 
quelqu'un dit une grosse bêtise 
avec assurance, ou débite un 
gros mensonge, quand quel- 
qu'un livre un ouvrage par trop 
mal fait, il court le risque de 
s'entendre dire : « Est-ce que 
vous vous foutez du peuple ? » 

Foutre un coup (N'en pas). 
Fainéanter, ne pas faire œuvre 
de ses dix doigts, — dans le 
jargon des ouvriers. Il n'en fout 
pas un coup depuis deux jours. 

Foutriquet. Homme nul ; 
homme de très petite taille. 
« Petit foutriquet «, sobriquet 
donné par le maréchal Soult 
en pleine Chambre, à un de 
nos plus petits hommes d'Etat, 
sous le rapport de la taille. 

Foutu. Perdu, ruiné. Mauvais. 

— Mal foutu, mal fait, mal ha- 
billé. 

Frac. Paletot, redingote, — 
dans le jargon des voleurs. Tout 
ce qui n'est pas une blouse est 
un frac pour eux. 

Fracassé. Vêtu d'un paletot, 

— dans le même jargon. 

Fraîche. Gave, — dans le 
jargon des voleurs. 

Fraiche (Aller à la). Avoir 
froid, subir une température 
très froide. — Nous avons été 
bien à la fraîche Vhiver dernier. 



Frais (Etre). Etre dans une 
mauvaise situation ; craindre 
un danger. 

Frais (Arrêter les). Ne pas 
aller plus loin dans une entre- 
prise, arrêter, réduire ses dé- 
penses. Allusion au terme « d'ar- 
rêter les frais » emprunté au 
langage des huissiers. 

Frais (Mettre au). Emprison- 
ner. 

Franc. Complice. — Endroit 
fréquenté par des voleurs. Ta- 
pis /ranc, cabaret fréquenté par 
des voleurs. — Franc de campa- 
gne, affilié à une bande de vo- 
leurs et chargé d'aller aux ren- 
seignements, à la découverte 
des affaires. 

Franc de maison. Logeur de 
voleurs. C'est un receleur qui 
tient une sorte de bureau de 
placement à l'usage des filous 
et des escarpes. Dans les gran- 
des occasions, il met la main à 
la pâte et va travailler avec ses 
pensionnaires. 

Franc-bourgeois. Voleur qui 
exploite les hautes classes de la 
société. 

Franc-fileur. Nom donné à 
celui qui, pour échapper au 
siège, avait quitté Paris pen- 
dant la guerre de 1870. Par op- 
position à franc-tireur. 

France qui pleure (Cheveux 

à la). Coitture adoptée par les 
femmes après la guerre de 1 870- 
71 : cheveux coupés de manière 
à couvrir presque entièrement 
le front, en figurant la calotte. 

Francilien. Français jp-anciT- 
lonne, française. 

Frangin, Frangine. Frère, 
sœur. — Frangine, sœur de cha- 



J 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



183 



rite, — ■ dans le jargon des dé- 
tenues qui les appellent encore : 
« Nonnes ». — Frangin da6, 
oncle; frangine dahesse, dabus- 
che, tante. 

Frappart (Père). Marteau. 

Frappe-devant. Marteau de 
forgeron, (c Bras nus et le frappe- 
devant à la main, des ouvriers 
forgent des vélocipèdes. » (Maxi- 
me du Camp, Paris, t. III, 1875.) 

Fraternellados, Inséparables. 

Cigares à trois sous les deux. 
La régie les appelle des esqui- 
chados parce qu'ils sont aplatis. 

Frégate. Emigré de Gomor- 
rhe, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Frémion. Violon, — dans 
l'ancien argot. 

Frêne. Toupie de deux sous, 
•^ dans le jargon des enfants. 

Fréquenter (Se). Se livrer à 
l'onanisme. 

Frère. Typographe qui fait 
pai Lie de la société typographi- 
que. 

Frère et ami. Coreligionnaire 
en démocratie. — Faubourien, 
— dans le jargon des bourgeois 
réactionnaires. — « Quelquefois 
un frère et ami, possédant déjà 
un plumet bien senti, s'égare 
dans un de ces cafés. » (F. d'Ur- 
ville, Les Ordures de Paris.) — 
« Aussi les frères et amis veu- 
lent essayer, le soir, d'y oppo- 
ser la leur (leur manifesta- 
tion). » (L'UniverSy 1*' juillet 
1880.) 

Frérot de la cuque. Frère en 
vol; terme d'amitié de voleur à 
voleur; frérot est pour petit 
frère. 



Friauche. Condamné à mort 
qui s'est pourvu en cassation. 

Fric-Frac. Effraction. 

Fricassé. Ruiné, perdu. 

Fricassée, Fricassée de mu- 
seaux. Embrassade, — dans le 
jargon des paysans de la ban- 
lieue de Paris." 

Fricasser. Dépenser. — Fri- 
casser tout son argent. 

Fricasseur. Celui qui mange 
sa fortune, son patrimoine. 
Celui qui fricassé sa fortune 
dans la casserole des plaisirs 
parisiens. 

Frichti. Repas de famille. — 
Ragoût de ménage. Les gens 
qui n'ont pas d'argot emploient 
à tort frichti dans le sens de 
grand dîner. 

Fricoter. S'amuser; tripoter 
à la Bourse, dans le commerce. 
— Dans le jargon des typogra- 
phes, c'est le synonyme de chi- 
quer des sortes. — Fricoter de 
l'argent, dépenser de l'argent. 

Fricoteur. Typographe qui 
prend des lettres dans la casse 
des autres. 

Fricoteur. Soldat qui aime à 
faire bombance aux dépens des 
autres, à manger et à boire 
avec l'argent des camarades, — 
dans le jargon des troupiers. 

Frigousse. Fricot ; cuisine ; 
repas. -- Frigousser, faire la 
cuisine; manger. 

Frileux, Frileuse. Poltron, 
poltronne. 

Frimage. Confrontation 

Frime, Frimousse. Figure, 
physionomie. — Frime à la 
manque^ borgne, défiguré. 



184 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Frimer. Regarder. — Faire 
figure. (L. Larchey.) Faire fri- 
mer, confronter, — dans le jar- 
gon des voleurs, 

Frimousseur. Tricheur. — 
Frimousser, tricher. C'est mot à 
mot : se donner les figures, 
« frimousses, » du jeu. 

Fringue. Toilette, vêtement 
dé luxe, — dans le jargon des 
voleurs. 

Fringuer. Habiller. — Se frin- 
guer, s'habiller. — Bien fringvé, 
bien mis. — Lésebombe bien 
fringuée, fille publique bien 
mise, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Fripe. Cuisine. — Pique-ni- 
que. — JFnpe sauce, marmiton. 
— Faire la fripe, faire la cui- 
sine; c'est cuisiner dans une 
poêle ou dans un poêlon. 

Friper. Manger. — Dépenser 
mal à propos. 

Friperie. L'ensemble des vê- 
tements qui couvrent une per- 
sonne et, par extension, le corps 
lui-même. « Gare une irruption 
sur notre friperie ! » (Molière, 
Dépit amoureux.) — Se jeter sur 
la friperie de quelqu'un, battre, 
maltraiter quelqu'un; particu- 
lièrement usité au xvn® siècle. 

Fripier. Verre. (Fr. Michel.) 

Fripouille. Vaurien. — C'est 
de la fripouille, se dit d'un objet 
sans valeur. — Dérivé de fripe, 
friperie. 

Friques. Vieilles hardes, — 
dans l'ancien argot, pour frus- 
ques. 

Friquet. Mouchard. 

Frire. Manger. — Bien à frire, 
rien à manger. 



Frire des œufs. Préparer un 
méchant tour. (L. Larchey.) 

Frire un rigolo. Voler à l'ac- 
colade, voler à la méprise. — 
« Eh ! ce cher ami, comment 
va-t-il, que je l'embrasse... Ah! 
pardon, monsieur, je vous pre- 
nais pour un tel. » A la faveur 
d'une étreinte bien sentie, la 
dupe est volée, le rigolo est frit. 

Frisé. Juif, — dans l'ancien 
argot. Allusion aux cheveux de 
la race hébraïque qui frisent 
naturellement. 

Friser à plat. Ne pas friser 
du tout; porter les cheveux 
longs et plats. 

Frises (Toucher les) . Déployer 
un très grand talent dans une 
scène. C'est le sic itiir ad astra. 
Les frises sont les bandes de 
toile qui figurent soit des nua- 
ges, soit un plafond. Frederick! 
Lemaître touchait souvent les] 
frises. 

Frit (Etre). Etre condamné. 
— Etre perdu, ruiné. — Allu-J 
sion aux flammes éternelles 
dont lesprédicateurs efFrayaienI 
le peuple. « Vecy deux dyablcs 
qui portent une poëlle, afin qu( 
je sois frit dedans en pardura* 
bleté. » {La Fleur des comman-* 
déments de Dieu, extrait d'un ser-^ 
mon de Pierre de Cluny, cité 
par Ch. Nisard.) 

Frites. Pommes de terre fri-1 
tes. — Pour deux ronds de frites., 

Frocard. Congréganiste. — 
« Quatre gendarmes pour met- 
tre lesfrocards dehors et fermer 
la porte, cela suffit. » [Lanterne 
du 5 mai 1880.) 

Froid aux yeux (Ne pas 
avoir). Avoir du courage. 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



185 



Froisseux, FroUand. Médisant, 
traître. 

Froller, FroUer sur la balle. 

Médire; maltraiter. 

Fromage (Manger du). Bis- 
quer, rager. Les enfants disent 
entre eux en ratissant un de 
leurs doigts sur l'autre : Tu bis- 
ques, tu rages, tu manges du 
fromage. — « Victoire! foutre ! 
victoire! aristocrates, que vous 
allez manger du fromage! » (Le 
père Duciiêne.) 

Fromage (Il nous fera man- 
ger du). Il est à toute extrémité ; 
nous irons à son enterrement. 
Allusion à lacollation que prend, 
chez le marchand de vin, le 
peuple, au sortir du cimetière, 
collation composée de pain et 
de fromage arrosés de quelques 
litres. 

Fromgi. Fromage, — dans le 
jargon du peuple. 

Front dans le cou (Avoir le). 

Ne pas avoir de cheveux. 

Fretin. Billard. — Coup de 
frotin, partie de billard. 

Frotte (La). Traitement de la 
gale à l'hôpital Saint-Louis où 
les galeux se frottent mutuelle- 
ment avec de la pommade sou- 
frée, suivant le précepte de la 
maison : « Frottez-vous les uns 
les autres ». Passer à la frotte, 
suivre le traitement antigaleux. 

Frou-Frou. Passe-partout, — 
dans le jargon des voleurs. 

Frousse. Peur, — dans l'an- 
cien argot. 

Fruges. Bénéfices, prélève- 
ments sur la vente, — dans le 
jargon des employés de com- 
merce. 



Fruit sec. Elève d'une école 
spéciale qui n'a pas réussi à ses 
derniers examens. — Sortir 
fruit sec de l'Ecole Polytechni- 
que. — Fruit sec se dit par ex- 
tension pour désigner celui qui, 
n'ayant pas réussi dans une pro- 
fession libérale, en a embrassé 
une autre, ou qui est allé gros- 
sir le bataillon des déclassés. 

Frusque, Frusquin. Vête- 
ment. — Frusques boulinées, vê- 
tements usés, déchirés. — Plan- 
quer ses frusques j engager ses 
effets au Mont-de-Piété. 

Frusquiner (Se). S'habiller. 

— Frusquincur, tailleur. 

Fume et qui ne crache pas 
(Un qui). Tabatière humaine 
sortant du four. 

Fumé (Etre). Ne plus rien 
posséder; être volé. « Faut pas 
accorder ta confiance au pre- 
mier venu ! le second serait 
fumé. » (Gavarni.) 

Fumé une pipe neuve (Avoir). 

Etre malade par suite d'ivres.se. 

Fumelle, Fume. Femme; par 
altération pour femelle. 

Fumer sans tabac. Etre en 
colère; s'impatienter. 

Fumer à froid. Aspirer, souf- 
fler dans une pipe culottée dont 
le tabac est absent. — Faire le 
simulacre de fumer, quand on 
n'a pas de quoi acheter du ta- 
bac. 

Fumeron. Hypocrite. 

Fumerons. Jambes. 

Fumier. Sale femme; horri- 
ble créature. Va donc, fumier! 

Fimiiste. Mauvais plaisant. — 
Farce de fumiste, plaisanterie 
de mauvais goût. 



186 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Fumiste. Tout individu qui ne 

Forte pas un uniforme, — dans 
argot des polytechniciens. — 
Etre en fumiste, être habillé en 
civil, avoir endossé des habits 
de ville. 

Fumisterie. Mauvaise farce, 
plaisanterie de fumiste. Les fu- 
mistes n'étant pas en général 
parfaitement éduqués, il s'en- 
suit que leurs plaisanteries ne 
sont pas toujours d'un goût très 
délicat. 

Fuseaux. Jambes de femme, 
minces du bas et fines du haut. 

Fusée. Résultat de l'indiges- 
tion. Violente projection de la 
nourriture congédiée par l'es- 
tomac ; elle part au loin comme 
une fusée. 

Fuser. Restituer un purgatif. 

Fusil d'épaule (Changer son). 
Changer d'opinion pohtique. — 



Tenir un langage opposé à celui 
qu'on avait tenu. 

Fusil. Gosier. — Se rincer le 
fusil, boire. N'avoir rien à se 
mettre dans le fusil^ n'avoir rien 
à manger. 

Fusil de toile. Sac à argent. 

— Aller à la chasse avec un fusil 
de toile, aller à l'encaissement. 

Fusiller. Dépenser. Fusiller 
le fade, dépenser le produit d'un 
vol, — dans le jargon des vo- 
leurs. Fusiller son pèse, dépen- 
ser son argent, — dans le jar- 
gon des ouvriers. 

Fusiller. Faire pleuvoir de 
petits jets de salive en parlant. 

— Donner un mauvais dîner. Il 
a fusillé ses invités. 

Fusiller le pavé. Se moucher 
en comprimant alternativement 
l'une et l'autre narine avec l'in- 
dex. 



G (La cote). Objets insigni- 
fiants qu'un clerc de notaire 
s'approprie pendant les inven- 
taires. (Littré.) — G pour j'aj, — 
dans le jargon de MM. les clercs, 
amis du calembour. 

Gabari (Passer au). Perdre, 
perdre aujeujêtre vaincu, —dans 
le jargon des ouvriers du fer. 
Avoir passé un camaro au gabari, 
avoir gagné une partie de cartes 
à un camarade. 

Gabatine. Raillerie, plaisan- 
terie, tromperie; vieux mot 
français. 



« La gabatine est franche et la ruse sub- 
[tile. ..] 
{Le Docteur amoureux, comédie.) 
« Il est vrai, notre nation 
» Donne souvent la gabatine. » 

(Scarron, Poésies.) 
« Galans fiéfés, donneurs de gabatine. » 
(Deshouiières.) 

Gabegie. Fraude; cachotterie. 

Gâchage. Désordre, gaspil- 
lage. — Gâcheuse, gaspilleuse. 

Gâcher serré. Travailler avec 
ardeur; terme emprunté aux 
maçons. 

Gâcher du gros. Sacrifier à 
la compagnie Lesage. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



187 



Gadin. Bouchon, — dans l'an- 
cien argot. 

Gadin. Chapeau délai)ré, cha- 
peau qui arbore des tons roux. 

Gadin. Soulier; abréviation 

de riijadin. 

Gadoue. Sale femme. Mot à 
mot : femme qui se traîne dans 
la yadoue, la boue. 

Gaffe. Balourdise. Faire gaffe 
sur gaffe. 

Gaffe. Patrouille; gardien, 
guichetier. — Gaffe des mâcha- 
bées, gardien de cimetière. — 
Gaffe à gayet, garde municipal à 
cheval. — Gaffe de sorgue, gar- 
dien de nuit dans un marché. 
— Etre en gaffe, être en fac- 
tion. 

Gaffe. « Cette main est ter- 
rible, c'est-à-dire dans l'argot 
significatif du jeu, une vraie 
gaffe! » (A. Cavaillé.) Elle tire 
tout l'argent des pontes vers le 
banquier comme ferait une 
gaffe. 

Gaffer, Faire gaffe. Surveil- 
ler. — Gaffer la mirette, ouvrir 
l'œil. 

Gaffeur, Gaffeur de braise. 

Caissier, — dans le jargon des 
voleurs. Mot à mot : celui qui 
garde l'argent. 

Gaffier. Voleur qui rôde aux 
halles centrales pour faire ré- 
colte de porte-monnaie dans la 
poche des ménagères et des 
bonnes. 

Gaga. Pour gâteux, crétin.-— 
Tiens! Amanda et son gaga. 

Gahisto. Diable, — dans l'an- 
cien argot, du basque gaiztoa, 
mauvais. 



Gai. Légèrement gris. Mot à 
mot : mis en gaieté par la bois- 
son. 

Gail, Gayet. Cheval, -^ dans 
l'ancien argot. Remis en circu- 
lation depuis quelque temps, 
principalement par les maqui- 
gnons. 

Gaillon. Cheval. C'est une 
forme nouvelle de gail, gaye. 
Les cochers de fiacre appellent 
leurs chevaux tantôt d es gai7/o/2S, 
tantôt des canards. 

Galapiat, Galapiau. Galopin, 
mauvais drôle, — dans le jar- 
gon du peuple. 

Gaïbeux. Qui a du galbe, de 
l'élégance, — dans le jargon des 

f)eintres. « Rien ne vaut encore 
e bon gommeux disant, avec 
son accent à lui, du vaudeville 
qu'on vient déjouer: « C'est ex- 
cessivement galbeux, tout ce 
qu'il y a de plus galbeux! » 
{Figaro du 5 nov. 1878.) — Le 
mot galbeux, parti des ateliers 
d'artistes, est un mot qui a fait 
son chemin. Il est très fré- 
quemment employé, non seule- 
ment par les gommeux, mais 
encore par les ouvriers. 

Gale (Mauvaise). Femme aca- 
riâtre, mauvaise langue. 

Galérienne. « Sous les som- 
bres galeries qui bordent, au 
rez-de-chaussée , la salle de 
danse du Casino, se tiennent 
volontiers des femmes grasses 
et maquillées... On les appelle 
Galériennes, parce qu'elles font 
galerie. » [Ces Dames du Ca- 
sino, 1862.) 

Galette. Grand, complet, — 
dans le jargon des Saint-Gy- 
riens. 



188 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Galette. Argent. Boulotter sa 
galette, manger son argent, — 
dans le jargon des voyous. 

Galette. Individu sans intel- 
ligence. 

Galette. Mauvais petit mate- 
las aplati comme une galette. 

Galettes. Souliers ramassés 
dans la rue par les chiffonniers 
et vendus deux sous la paire 
aux ribouiseurs. 

Galfatre. Glouton. 

Galifard. Cordonnier. 

Galifard, Galifarde. Apprenti, 
apprentie, — dans le jargon des 
marchands du Temple. 

Galiotte (Faire une). Tricher 
au détriment de ses associés et 
au profit d'un compère. — On 
fait généralement la galiotte à 
l'écarté : deux grecs tiennent 
les cartes; l'un met cinq louis 
devant lui, ses associés le ren- 
forcent d'une cinquantaine ou 
d'une centaine de louis. Le 
compère tient tout et gagne 
tout, grâce au soin qu'a pris le 
premier grec de lui donner un 
jeu magnifique. 

Galoche. Jeu de bouchon. 

Galons d'imbécile. Chevrons 
au-dessus du coude servant à 
marquer le nombre d'années de 
service dans un régiment. 

Galopin. Apprenti, terme d'a- 
mitié dont se servent les ou- 
vriers pour stimuler le zèle de 
l'apprenti. 

Galopin (Petit). Petite chope 
de bière. Le galopin se vend 
quinze ou vingt centimes. 

Galoubet. Voix. — Avoir un 
bon galoubet, avoir une belle 
voix. — Galoubet fêléj voix 
fausse, éraillée. 



Galtos. Gamelle, — dans l'ar- 
got des marins. Passer à galtos, 
manger à la gamelle. 

Galtron. Petit cheval, — dans 
l'ancien argot. 

Galuche. Galon. — Galucher, 
galonner. 

Galuchet. Valet d'un jeu de 
cartes. « Je donnais jusqu'à 
cinq heures du soir et je voyais 
flotter sur mon traversin la 
grande ombre de Galuchet. « 
(Ed. About, Trente et Quarante.) 

Galupe. Femme, — dans le 
jargon des voyous; c'est-à-dire 
peau à gale. 

Galure. Chapeau haute forme, 
par abréviation de galurin, — 
dans le jargon des ouvriers. — 
Qui s'est assis sur mon galur'e'? 
Qui s'est trouvé mal sur mon ga- 
lure ? 

Galurin. Chapeau. « Vous 
mettez votre galurin? » (Huys- 
mans. Les Sœurs Vatard.) 

Galvaudage. Flânerie crapu- 
leuse, dégradation morale. — 
Mauvaise fréquentation. Se li- 
vrer au galvaudage, s'encanail- 
ler de parti pris. 

Galvauder (Se). S'encanailler 
à plaisir, se traîner moralement 
dans la boue. 

Galvaudeux. Vagabond. — 
Mauvais sujet. — Homme de 
peine qu'on emploie tantôt à 
une besogne, tantôt à une 
autre. 

Galvaudeux. Individu qui se 
plaît dans la fréquentation de 
la crapule, celui qui s'enca- 
naille par goût. 

Galvaudeuse. Coureuse; 
femme adonnée à la prostitu- 



1 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 189 



tion subalterne. — « A côté de 
ce groupe bruyant de galcau- 
deuses, s'en forme un plus sé- 
rieux. » (F. d'Urville, Les Or- 
dures de Paris.) 

Gambettiste. Partisan de la 
politique de M. Gambetta; ad- 
mirateur de M. Gambetta. — 
Fonctionnaire nommé par M. 
Gambetta, à l'époque de la 
guerre de 1870-71. — Préfet, gé- 
néral gambettiste. 

Gambillard. Bon marcheur. 

Gambille. Jambe. 

Gambiller. Danser; sauter. — 
GambiUeur, gambilleuse, dan- 
seur, danseuse. — GambiUeur, 
gambilleuse de tourtouse, dan- 
seur, danseuse de corde. 

GambiUeur. Bourreau. « L'mê- 
me gambilleur qui t'a marqué 
sur J'épaule gauche t'a bien 
marqué. » [Le nouveau Vadé, 
1824.) 

Gambilleur. Homme politique 
qui saute en l'honneur de tous 
les régimes, pourvu qu'il y 
trouve quelque avantage. 

Gambriade. Danse échevelée. 

Gamelage. Dénonciation, — 
dans le jargon des voleurs. — 
Gamelcr, dénoncer. C'est une 
forme nouvelle de l'ancien et 
classique manger le morceau: ga- 
meler, c'est-à-dire manger dans 
la gamelle. 

Gamelle. Auge de maçon. 

Gamelle (Tremper une). Sy- 
nonyme de ti'cmper une soupe, 
— dans le jargon des ouvriers; 
c'est-à-dire porter des coups, 
assommer de coups. — Dans le 
jargon des vo ours, l'expression 
n'est qu'une variante de yameler 



et a également le sens de dé- 
noncer. 

Gamet. Raisin des environs 
de Paris, raisin qui sert à faire 
le ginglard. 

Gamme (Monter une). Admi- 
nistrer une correction à un en- 
fant jusqu'à ce qu'il crie. — Les 
gosses gueulent à la tortore. — 
Monte-z'y leur une gamme et qu'ils 
nous f... la paix: — Les enfants 
demandent à manger. — Bats- 
les et qu'ils nous laissent tran- 
quilles. (Fragment d'une conver- 
sation faubourienne prise sur le 
vif.) Gamme signifiait, au xvii» 
siècle, réprimande, récrimina- 
tion, comme le prouvent les 
exemples suivants : 

« Je m'en vais le trouver et lui chanter 
[sa gamme. » 
(Molière.) 
« Avec dame Junon, sa femme, 
» Qui souvent lui chante la gamme. » 
(Scarrou.) 

Gance. Société nombreuse et 
mal choisie. 

Gandille. Epée, — dans l'an- 
cien argot. 

Gandin. Duperie, attrape-ni- 
gaud. Hisser un gandin à un 
go7ise, tromper un individu. — 
Monter un gandin, — dans le 
jargon des revendeurs du Tem- 
ple, signifie chauffer l'article, 
harceler le client pour lui faire 
acheter quelque chose. 

Gandin. Dandy dégénéré. 
Homme à la mise recherchée, 
prétentieuse et ridicule. D'où 
vient-il? Est-ce de gant? Est-ce 
de l'ancien boulevard de Gand? 
Est-ce du nom d'un des per- 
sonnages — Paul Gandin — des 
Parisiens de la Décadence, de 
Th. Barrière? Est-ce de gandin, 
attrape-nigaud, en retournant 

il. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



190 

la signification : nigaud attrapé? 
Est-ce de dandy, avec change- 
ment du D en G, addition d'un 
N et réintégration de l'Y en I? 
Je ne sais. — Le gandin s'étei- 
gnit en 1867, en laissant sa suc- 
cession au petit-crevé qui creva 
en 1873, en léguant son héri- 
tage au gornmeux, qui le léguera 
à un autre, et ainsi de suite 
jusqu'à la consommation des 
siècles. 

Gandin. Fort, — dans le jar- 
gon des barrières. // est rien 
gandin. 

Gandin d'altèque. Décoration 
honorifique; ruban de décora- 
tion. Gandin pour gaudin, jeu 
de mots argotiques, par à peu 
près. Gaudin veut dire peinture 
décorative, décoration d'appar- 
tements. 

Gandisme, Gandinisme. Ma- 
nière d'être du gandin. Art 
d'élever la toilette à la hauteur 
d'une institution. Qt'esidandisme 
avec changement de la première 
lettre. Dandysme pourrait bien 
être la véritable étymologie. 

Gandouse. Pour gadoue. Boue 
et môme excréments humains. 
« Tous les gêneurs qui f... de la 
gandouse sur la route de Ma- 
rianne. » {Le Titi, 1879.) 

Gant jaune. Fashionable de 
1840. 

Ganter. S'adapter à, en par- 
lant d'un vêtement. Cette robe 
la gante. — Convenir : Cette 
femme le gante. — Ganter juste, 
être avare; ganter large, être 
généreux, — dans le Jargon des 
demoiselles entretenues. 

Gants. Pourboire donné à ces 
dames; le pourboire de la pros- 
titution. — « On donne ce qu'on 



veut à la femme pour ses gants. » 
(F. d'Urville, Les Ordures de Pa- 
ris, 1874.) 

Garçon, Garçon de Cambrouse. 

Voleur, — dans le jargon des 
paysans des environs de Paris. 
— Garçon de campagne, voleur 
de grand chemin. — Brave gar- 
çon, bon voleur. • 

Garçon à deux mains. Garçon 
boucher qui travaille tantôt à 
l'abattoir, tantôt à Fétal. (Vin- 
çard.) 

Garde nationale (Etre de la). 

Faire partie du régiment de 
Sapho, avoir un goût prononcé 
pour les plaisirs saphiques, — 
dans le jargon des filles. — En- 
core une qui est de la garde na- 
tionale. 

Garde-manger. Postérieur. — 
Lieux d'aisances. 

Gardes nationaux. « C'est ainsi 
qu'à Mazas, on a baptisé les ha- 
ricots. » (^'igfaro du 1 5 sept. 1880.) 

Garé des voitures. Rangé; 
retiré du tourbillon des plaisirs. 

Gargamelle, Gargouenne, Gar- 
gouille. Gosier. « Le froid hu- 
mide du dernier voyage m' ayant 
enroué la gargamelle comme une 
charrette mal graissée. » [Epître 
aux curieux , frontispice des 
chansons de Gaultier-Garguille.) 

Gargariser (Se). Boire la 
goutte. 

Gargariser (Se). En terme de 
théâtre, c'est, pour un artiste 
dramatique, faire ronfler les R; 
pour un artiste lyrique, c'est 
faire rouler les notes. Le mot 
est du chanteur Martin. 

Gargariser (Se). Se livrer, au 
piano, à une débauche d'arpé- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



ges. — « Les joues enluminées, 
Ségurola, au piano, déchaînait 
une tempête de gammes verti- 
gineuses. Aristide lui cria : Dis 
donc, auras-tu bientôt fini de te 
gargariser? » (Hennique, La Dé- 
vouée.) 

Gargariser le fusil (Se). Boire 
lar goutte, — dans le jargon des 
soldats d'infanterie. C'est une 
variante du « gargariser » de 
Rabelais : « Bâille que je gar- 
garise. » 

Gargarisme. Petit verre. 

Gargarisme, Gargouillade. 

Borborygmes; le cri des boyaux 
en détresse. 

Gargarismes. Débauche d'ar- 
pèges. 

Gargot. Restaurant de bas 
étage. 

Gargot. Entrepreneur d'aba- 
lage pour bouchers et charcu- 
tiers. Celui qui débite de la 
viande aux bouchers et aux char- 
cutiers. 

Gargoter. Faire de la mau- 
vaise cuisine, de la cuisine qui 
rappelle celle des gargots. 

Gargouiller. Crever la faim; 
avoir des borborygmes, faire de 
la musique avec ses boyaux. 

Gargue. Bouche, — dans le 
jargon des voleurs. — Ivoires 
en gargue, dents blanches. 

Garibaldi. Biscuits secs farcis 
de raisins de Corinthe. Ce sont 
les petits-fours des petits bour- 
geois qui donnent de petits thés. 

Garibaldi (Coup de). Coup de 
tête porté par un malfaiteur 
dans le creux de l'estomac de 
celui qu'il veut dépouiller. (L. 
Larchey.) Ce coup se nomme 



191 

encore : « Coup de bélier, coup 
de la rencontre », et le vol aui 
le suit : « Vol à la dure ». 

Garnafe. Fermier, — dans 
l'ancien argot. 

Garnison. Réunion de poux 
sur une seule et même tête. — 
Collection de vermine dans un 
logement. 

Garno. Garni, par antiphrase, 
sans doute. — Misérable cham- 
bre, misérable cabinet dégarni 
de meubles; un lit, une chaise 
et, quelquefois, une commode, 
voilà l'ameublement du garno. 

Garno. Hôtel garni. Les gar- 
nos de dernier ordre fréquentés 
par la crapule de Paris ont reçu 
des noms typiques; en voici 
quelques-uns : le Pou volant, le 
Grand Collecteur, le Chien mort, 
la Gouape, la Retape, la Carne, 
la Camarde, la Boîte à Domange, 
la Débine, le Corbillard, la Loupe, 
la Gadoue, V Auberge des Claque- 
Dents, la Charmante, la Punaise 
enragée, la Ruine, l'Abattoir, la 
Pégrotte, la Bérésina, le Choléra, 
le Grand-Pré, tous noms qui pré- 
sentent une signification sui ge- 
neris, qui dégagent une odeur 
de crime et de vermine. 

Gaspard. Chat, rat, — dans 
le jargon des chiffonniers. C'est 
le nom du chat et du rat dans 
leurs rapports avec la hotte. 

Gat. Chat, — dans l'ancien 
argot; mot emprunté au pro- 
vençal gat, de l'espagnol gato. 

Gâteau feuilleté. Soulier dont 
la semelle se divise. 

Gâteaux. Fragments de nua- 
ges apportant dans leurs flancs 
des amours de six ans ou des 
talismans envoyés du royaume 



192 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



des fées, — dans le jargon des 
coulisses. (J. Dutlot.) 

Gàte-pâte. Lutteur redouta- 
ble. (L. CUidel.) 

Gâteuse Long pardessus avec 
patte derrière formant ceinture, 
sorte de robe de chambre à 
l'usage des hommes et des fem- 
mes depuis 1873. « Que nous 
fait, je vous le demande, que le 
maréchal Canrobert ait fait son 
entrée dans Rome avec une re- 
dingote poudreuse et M. Patrice 
de Mac-Mahon avec une gâ- 
teuse ? » (John Lemoinne, Jour- 
nal des Débats^dn \ 8 janvier i 878.) 

Gâteux. Très sot, énormément 
bête. 

Gauche (A la). A la queue, — 
dans le jargon des soldats de 
cavalerie. Vous arrivez en re- 
tard, mettez-vous à la gauche. La 
gauche est tout ce qui n'est pas 
bon. — Jusqu'à la gauche signi- 
fie, dans le même jargon, jus- 
qu'à ce que vous n'en puissiez 
plus, jusqu'à la mort. Vous trot- 
terez jusqu'à la gauche, sHl le 
faut. 

Gauche (Aller à). Aller pren- 
dre ses repas, — dans le jargon 
des employés de magasins de 
nouveautés. — Dans presque 
tous ces magasins, la salle à 
manger est à gauche, les lieux 
d'aisances sont à droite. De là : 
aller à gauche, être à gauche, al- 
ler à droite, être à droite, pour 
établir la différence des fonc- 
tions. 

Gaudineur. Peintre en décors. 
— Du vieux mot gaudine, bos- 
quet. 

Gaules de schtard. Barreaux 
de fer d'une prison. 
Ganz. Poux, vermine. — Es- 



tourbir des gaux, tuer des poux. 

Gavache. Auvergnat, habi- 
tant d'un pays de montagnes. 

Gavache. Poltron. « Et moi 
plus qu'un enfant, capon, flas- 
que, gavache. » (Petrus Borel, 
Rhapsodies, 1831.) 

Gaviot. Gosier; d'où gavé. — 
Avoir le gaviot à sec, être altéré. 

Gavot. Compagnon indépen- 
dant. — Les Gavots et les Déco- 
rants étaient ennemis et se bat- 
taient toutes les fois qu'ils se 
rencontraient. « Ils se nomment 
compagnons du Devoir de Li- 
berté, afin précisément qu'on ne 
les confonde pas avec vous au- 
tres Dévorants, qui n'êtes parti- 
sans d'aucune liberté. » (George 
Sand, le Compagnon du tour de 
France.) Le mot gavot, dans la 
bouche d'un Dévorant, était une 
injure à l'adresse du compa- 
gnon indépendant. 

Gavroche. Gamin de Paris. 
Le voyou sublime, type créé par 
M. V. Hugo dans les Misérables. 

Gaz. Eau-de-vie. Prendre un 
gaz, prendre un verre d'eau-de- 
vie. Le gaz allume l'ivrogne. 

Gaz. Yeux. — Allumer son gaz, 
regarder avec attention. — Fer- 
mer le gaz, dormir. 

Gaz dans l'estomac (Avoir une 
fuite de). Sentir mauvais de la 
bouche. 

Gaz (Lâcher le). Faire à voix 
basse l'éloge du haricot de Sois- 
sons. 

Gazier. Celui qui a l'habitude 
de lâcher le gaz; le panégyriste 
du haricot. 

Gazon. Chevelure authenti- 
que, — dans le jargon du peu- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



193 



pic. — Ne plus avoir de gazon 
sur la pelouse, être chauve. 

Gazon. Chevelure apocryphe, 
perruque « jouant la nature », 
comme s'expriment les prospec- 
tus et les traités de littérature 
de pissotière. — « Je mets mon 
gazon, mes favoris, mon tuyau 
de poêle en toile cirée et me 
voilà cocher. » (X. deMontépin, 
Le Fiacre n° 13.) 

Gazouiller. Sentir mauvais. 
Le gaz répand une odeur insup- 
portable; d'où gazouiller dans 
le sens de puer. « Oh! là, là, ça 
gazouille, dit Clémence, en se 
bouchant le nez. » (E. Zola.) 

Geffrard. Double cinq d'un 
jeu de dominos; par allusion à 
la couleur du président Geffrard. 

Geigneur. Pleurnicheur sem- 
piternel qui passe sa vie à gein- 
dre. 

Gendarme. Hareng-saur. 

Gendarme. Cigare d'un sou à 
bout coupé. 

Gendarme. Breuvage composé 
de vin blanc, de sirop de gomme 
et d'eau; très apprécié des ivro- 
gnes les lendemains des jours 
de fêtes bachiques. Dans leur 
reconnaissance, ils ont nommé 
le même mélange : un « protec- 
teur ». 

Gendarme. Gaillarde qui vaut 
un et quelquefois deux hommes. 
L'ouvrier parisien appelle vo- 
lontiers sa femme « mon gen- 
darme, le gendarme », quand elle 
est criarde, ou quand elle est 
maîtresse au logis, ou quand elle 
vient en gesticulant l'arracher 
aux douceurs du cabaret. 

Gendarme^ déguisé en bour- 
geois. Canne à épée. « Ah! lit-il, 



en repoussant viyement le poi- 
gnard, ton gendarme déguisé en 
bourgeois. » (V. Hugo.) 

Gendarmes. Moisissures qui 
attaquent le vin, lorsqu'une bar- 
rique tire à sa fin. 

Gêneur. Importun personnage 
qui fait de la morale à des gens 
qui ne demandent qu'à s'amu- 
ser. Le peuple les envoie à Chail- 
lot rejoindre tous ceux qui l'en- 
nuient. A Chaillot les gêneurs! 

Géniteur. Père. « Trois ans se 
sont écoulés depuis que mon 
géniteur a cessé d'exister et de 
gouverner la France. » (Armand 
Charlemagne, Les trois B, 1809.) 

Genou. Crâne dénudé. — 
Homme chauve. — Onvoitbeau- 
coup de genoux à l'orchestre de 
la Comédie-Française. 

Genre (Se donner un). Vou- 
loir paraître ce qu'on n'est pas. 
— Se donner un genre artiste, mi- 
litaire. — Se donner du genre, 
singer les grandes manières. 
« Ne pas dîner pour s'acheter 
des gants. » 

Genreux. Elégant, celui qui 
fait du genre, — dans le jargon 
du peuple. « Une histoire scan- 
daleuse, dont potine à cette 
heure tout le Paris genreux. » 
[Petite Lune, 1879.) 

Gens de lettres (Société des). 

Chantage par lettre. — Faire 
partie de la Société des gens de 
lettres, adresser une lettre à 
quelqu'un en le menaçant de 
mort, s'il ne dépose pas une cer- 
taine somme à un endroit dési- 
gné. En pareil cas, la marche à 
suivre est de porter immédiate- 
ment l'épître au commissaire de 
police. 



194 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 



Gerbable. ]\^nacé d'une con- 
damnation . — Gerbe, condamné. 

Gerbement, Gerbe. Jugement. 
' — Gerber, juger; condamner. 

— Gerber à la passe, yerber à la 
faux, condamner à mort. La 
passe, pour le passage de la vie 
à la mort. — Gerbier, juge, juré. 

— Gerberie, tribunal. — Planque 
du gerbe, cour d'assises. 

Gerbierres. Fausses clés. 



Gerce. Maîtresse, 



dans le 



jargon des voleurs. C'est garce, 
avec changement d'une lettre. 

Gérontocratie. Rabâchage , 
routine, idées surannées. M. Ed. 
About s'est souvent servi de ce 
mot. 

Gésier. Gosier. — Se laver le 
gésier, boire un coup. 

Get, Geti. Jonc, — dans l'an- 
cien argot. 

Gibus. Chapeau, chapeau à 
claque, du nom du fabricant. 

Gicler, Gigler, Giscler, Jicler. 

Jaillir, rejaillir, couler en jet. 

— Le sang giscle d'une blessure. 

— JjCs gens qui chiquent gisaient 
en crachant. — Manière de cra- 
cher particulière aux gens qui 
mâchent du tabac. 

« Puis, v'ian, par je ne sais quels cribles, 
•> Par mille pertuis invisibles, 
» Une eau nous jicle sur les pieds. » 
(A. Pommier, Paris.) 

Gigolette. Apprentie ouvrière 
doublée d'une danseuse de bals 
publics. Comme son mâle, le gi- 
golo, type éteint, la. gigolette est 
venue "à l'époque du succès des 
Mystères de Paris. C'est Rigolette 
encanaillée, bastringueuse, avec 
niiangement de la première let- 
tre. 

Gigolo. Petit commis de ma- 



gasin doublé d'un petit amant 
de cœur dont le métier, le soir, 
était de faire danser la gigolette. 
« Si tu veux être ma gigolette, 
moi je serai ton gigolo. » {Chan- 
son jadis populaire.) 

Gigon. A l'Ecole Polytechni- 
que toute espèce de supplément 
a reçu le nom de gigon, en sou- 
venir d'un certain Gigon, le 
premier admis dans une liste 
supplémentaire. Ainsi on dit 
indistinctement : un gigon de 
frites et un gigon d'argent. {Gau- 
lois du 23 mars 1881.) 

Gigot. Jambe humaine. « Elle 
n'allait plus que d'un' gigot. » 
(Scarron, Gigantomanie.) 

Gigots. Cuisses. — Mains lar- 
ges, épaisses et rouges. On dit 
également pour désigner ce 
genre de mains : « Des épaules 
de mouton ». 

Gigue. Jambe. — Femme 
grande et maigre, femme toute 
en jambes. Grande gigue. 

Gilboque. Billard, — dans l'an- 
cien argot. 

Gilet en cœur. Elégant. Le 
surnom a été donné aux élé- 
gants qui portaient, vers 1865- 
66, des gilets très échancrés dits 
« gilets en cœur », boutonnés à 
deux boutons et qui montraient 
la chemise en grand étalage sur 
la poitrine. Le mot a passé, 
mais non la mode. Aujourd'hui 
les gilets en cœur bâillent sur la 
poitrine des gommeux. 

Gilmont. Gilet, — dans l'an- 
cien argot. 

Gilquin. Coup de poing. 

Ginginer. Cligner des yeux. 
— Regarder quelqu'un amou- 
reusement. 



I 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



195 



Ginglet, Ginglard, Ginguet. 

Par altération de guinguet qu'on 
appelait vulgairement au xvii° 
siècle « chasse-cousin ». — « En 
avalant du vin délicieux, tandis 
que vous ne buvez que du gin- 
guet. » (P. d'Ablancourt, Dialo- 
gues de Lucien, 1637.) Guinguette 
est un dérivé de guinguet — 
Les vins de Suresnes et d'Ai 
genteuil sont les types du gin- 
glard. Au xvi^ siècle, on disait 
ginguet j pour désigner un vi 
vert; le dictionnaire de l'Aca- 
démie donne à ginguet la signi- 
fication de petit vin faible. 

Giries. Manières, embarras. 
— Faire des giries. 

Girofle. Beau, belle, joli, ai- 
mable. — Largue girofle, belle 
femme, — dans le jargon des 
voleurs. 

Girofle (Clous de). Chicots; 
dents noires et cassées. « Eii 
bien! qu'as-tu donc à me regar- 
der si j'ai dans la bouche des 
clous de girofle B.n lieu de dents?» 
(Balzac, Splendeurs et Misères 
des courtisanes.) 

Giroflée à cinq feuilles. Souf- 
flet. « Oui, qu'on le peut, à 
preuve que v'ià une giroflée à 
cinq feuilles que j'applique sur 
ta joue gauche !»(Jacqu es Arago, 
Comme on dine à Paris.) « J'ai 
appliqué une giroflée à cinq feuil- 
les sur le bec da singe , » sur la 
figure du patron. (Le Sublime.) 
Vers la fin du xviii« siècle, l'ex- 
pression n'était pas moins usi- 
tée que de nos jours, parmi le 
peuple. 

Giroflerie. Amabilité, galan- 
terie, — dans l'ancien argot. 

Girofletter. Souffleter; mot 
créé par Balzac. Je ne l'ai relevé 
que dans la Cousine Bette. 



Girole, Gy. Oui, — dans l'an- 
cien argot; revenu depuis peu 
dans le courant argotique. 

Girond. Bien mis. - FAre gi- 
rond, faire son girond, faire le 
beau, poser. C'est un diminutif 
de girondin, dans le sens de 
beau. {Jargon des voyous.) 

Gironde. Jolie femme, belle 
temme. 

Girondin. Dupe, imbécile, — 
dans le jargon des camelots et 
des truqueurs. — Le girondin a 
donné, l'imbécile s'est laissé plu- 
mer. 

Gîto (Dans le). Dans le soigné. 
— Ouvrage fait dans te gîte, ou- 
vrage très bien fait, — dans le 
jargon des ouvriers qui savent 
"que le morceau du gîte-à-la-noix 
est le morceau le plus délicat du 
bœuf. 

Gitrer. Avoir, posséder, — 
dans le jargon des voleurs. 

Giverner. Vagabonder pen- 
dant la nuit. 

Giverneur. Rôdeur de bar- 
rière, vagabond nocturne. 

Giverneur de refroidis. Co- 
cher de corbillard, — dans le 
jargon des voleurs. 

Glace (Passer devant la). 

Perdre au jeu des consomma- 
tions dans un café. Autrefois on 
annonçait les consommations 
et on payait soi-même au comp- 
toir. Allusion à la glace qui est 
derrière la dame de comptoir, 
et devant laqucfle le consom- 
mateur était forcé de passer. — 
C'est il tort, je crois, que dans 
la Fille Elisa, M. E. de Concourt 
a donné à l'expression le sens 
contraire. D'après lui, passer 
devant la glace, c'est « une ex- 



196 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



pression qui désigne l'entrée 
de faveur accordée, par la 
maîtresse d'une maison, à l'a- 
mant d'une fille. » Personne 
n'ignore que ces demoiselles 
corrompent bien des choses, 
mais cette expression n'a pas 
été corrompue jusqu'ici, môme 
en passant par leur bouche. 

Glacière pendue. Réverbère, 

— dans l'ancien argot. Les vo- 
leurs disent également glacis 
refroidi. 

Glacis, Glassis. Verre à boire, 

— dans l'ancien argot. 

Glaçon. Personne à l'aspect 
froid et sévère. 

Glaive. Guillotine, — dans le 
jargon des voleurs. — Passer sa 
bille au glaive, être guillotiné. 
La variante est : Etre glaive ; en 
souvenir du fameux et vieux 
cliché : « Le glaive de la jus- 
tice », si prodigué sous les 
voûtes de la Cour d'assises. 

Glaviot. Crachat très épais. 

Glavioter. Se livrer à une 
longue et pénible expectoration 
matinale. 

Glier, Glinet. Diable, — dans 
l'ancien argot. 

Glissade. Faute que commet 
une demoiselle en glissant dans 
les bras d'un amoureux. Faire 
des glissades, se laisser tomber 
dans une foule de bras tout 
prêts à vous recevoir simulta- 
nément ou les uns après les 
autres. 

Glissant. Savon, — dans le 
jargon des voleurs. 

Glisser (Se laisser). Mourir. 
Mot à mot : se laisser glisser 
de ce monde dans l'autre. 



Glissoire. Patinage dans le 
ruisseau. — Ruisseau gelé sur 
lequel le voyou se livre au pa- 
tinage. C'est son lac du Bois do 
Boulogne. 

Globe (S'être fait arrondir le). 

Etre enceinte, — dans le jargon 
des voyous. 

« On s'a fait arrondir el'gîobe, 
» On a sa p'tit' butte, à ce que je vois... 
» Eh! ben, ça prouv' qu'on est pas de 
[bois. » 
{La Muse à Bibi, Nocturne.) 

Gluant. Enfant à la mamelle. 
(A. Delvau.) Il est attaché au 
sein de la mère comme de la 
glu. 

Gluau (Lâcher son). Expecto- 
rer bruyamment. 

Gluau (Poser un). Tendre un 
piège à un malfaiteur. Se faire 
poser un gluau, se faire arrêter. 

— « Mes anciens compagnons 
de vol s'étaient fait poser un 
gluau. » [Mémoires de Lacenaire, 
1836.) 

Gnaf, Gniaf . Savetier. La cor- 
poration des portiers fournit un 
nombreux contingent de gnafs. 

— Gnaf du drap, tailleur à fa- 
çon, tailleur qui fait les raccom- 
modages, autre industrie à la 
mode parmi MM. les portiers. 

Gnangnan , Gnagne. Mou , 
molle, sans énergie. Gnangnan 
est pour fainéant, que le peuple 
prononce feignant, avec sup- 
pression de la première syllabe 
et redoublement de la dernière. 

Gnare, Guenard. Porte-car- 
nier, rabatteur, en terme de 
chasseur. 

GnioUe, GnoUe. Taloche. — 
Propre à rien. 

Gnognotte (De la). Pas grand' 
chose, rien de bon. 






DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



197 



Gnon. Contusion; coup qui 
marque. 

Gobage. Amour. Fort gobage, 
amour passionné. 

Gobbe, Gobelet. Calice, — 
dans le jargon des voleurs. 

Gobe-mouche. Espion, — dans 
l'ancien argot. 

Gobe-prune. Tailleur. 

Gobelin. Gobelet d'escamo- 
teur. — Petit gobelet dont se 
servent les robignoleurs pour 
escamoter la muscade et faire 
des dupes. 

Gobelius (Le docteur). Recru- 
teur de dupes, pour les mai- 
sons de jeu, — dans l'argot des 
joueurs du xvin^ siècle. (Fr. Mi- 
cliel.) 

Gobelottage. Plaisir, amuse- 
ment. 

Gobelotter. S'amuser, rire, 
boire et chanter. — Le diction- 
naire de l'Académie le donne 
dans le sens de boire à plusieurs 
petits coups. 

Gobelotteur. Celui (jui aime 
à s'amuser, ami du plaisir. 

Gober. Trouver bien; trouver 
à son goût. Se dit principale- 
ment des personnes. Gober 
quelqu'un. — Us se gobent, ils 
s'aiment, ils se plaisent mu- 
tuellement. — Se gober, avoir 
une haute opinion de sa per- 
sonne, etreinfatué desoi-môme. 

Gober (La). Etre dupe; être 
victime, ne pas avoir de chance 
dans une aftaire, perdre de l'ar- 
gent dans une entreprise. 

Gober son bœuf. Etre furieux 
d'une chose ou contre quelqu'un. 
(A. Delvau.) 



Gobeson , Gobette. Verre à 
boire, — dans l'ancien argot. 

Gobeur, Gobeuse. Naïf, naïve, 
crédule. Mot à mot : celui qui 
go6e,avale tout ce qu'on lui dit. 

Gobet. Quartier de viande, — 
dans le jargon des bouchers. 

Gobet. Vaurien. C'est-à-dire 
individu qui gobe, qui trouve 
bon... à prendre tout ce qu'il 
voit. 

Gobichonnage. Amusement, 
plaisirs variés. — Gobichonner, 
s'amuser, faire un bon repas. — 
Gobichonneur, gobichonneuse, ce- 
lui, celle qui aime à rire; plai- 
sant, plaisante, gourmand, gour- 
mande. 

Gobilleur. Juge d'instruction, 
— dans l'ancien argot. 

Gob, Gobin. Bossu. Vieux mot 
emprunté au patois picard. 

Gobseck. Usurier, avare. Nom 
d'un des personnages de La Co- 
médie humaine de Balzac. Le 
nom seul est une trouvaille, 
surtout venant après l'Harpagon 
de Molière. 

Godaille, Godaillerie. Badi- 

nage, badinerie. — Godailler^ 
rire, faire des farces, aimer à 
plaisanter. — Godailleur, celui 
qui aime la plaisanterie. — Flâ- 
neur. — Godailler, gobelotter, et 
gobichonner sont de la même 
famille et ont à peu près la 
même signification. 

Godan. Piège; mensonge, 
mensonge inventé pour faire 
patienter un créancier. — Mon- 
teur de godans, menteur. Mer- 
cadet de Balzac, est un monteur 
de godans. C'est un dérivé de 
goder, se réjouir, gaudcrc, en 



198 



DICTIONNAIRE d' 



latin. Le débiteur qui trompe 
son créancier se donne la co- 
médie à lui-même, il se réjouit 
des bonnes plaisanteries qu'il 
débite sérieusement. 

Godard. Mari d'une femme 
qui accouche. (L. Larchey.) 

Godiller. Donner des preuves 
de virilité. 

Godillot. Conscrit, — dans le 
jargon des troupiers. 

Godillot. Soulier. Allusion au 
nom du fabricant d'habillements 
militaires. « C'est pas moi qui 
userais les clous de mes godillots 
pour une poupée pareille. » 
[p. Beyle.) 

Goffeur. Serrurier, — dans 
l'ancien argot, du celte goff, 
forgeron. 

Gogo. Niais, nigaud; ajjrévia- 
tion et redoublement de la der- 
nière syllabe de nigaud. Gogo 
pour gaudgaud. — Quelques 
écrivains l'ont , par raillerie, 
employé comme synonyme d'ac- 
tionnaire. C'est le nom d'un 
actionnaire récalcitrant dans la 
pièce de Robert-Macaire. 

Gogoter. Puer, — dans le 
jargon des barrières. — Qu'est- 
ce qui gogotv comme ça? 

Goguenaud Récipient en fer- 
blanc remplissant, au régiment, 
l'office de tinette; latrines por- 
tatives. — Par ironie, les trou- 
piers appellent aussi « gogue- 
naux » leurs gobelets en fer-blanc 
et leurs marmite:» de campagne. 
Par extension, sorte de valet de 
chambre dans une prison. « Le 
goguenau est un homme nom- 
mé par le concierge pour main- 
tenir la propreté dans le corri- 
dor... et porter en certain lieu 
les objets odorants de la nuit. » 



ARGOT MODERNE. 

(Em. Debraux, Voyage à Sainte' 
Pélagie, 1823.) 

Goguette. Cabaret où l'on, 
cultive la chanson inter pocula, 
en dînant et après dîner. 

Goguetier. Ami de la goguette, 
ami de la chanson bachique. 

Goinfre. Chantre. 11 ouvre la 
bouche comme s'il allait avaler 
tout le monde. 

Goitreux. Imbécile. 

Gomme (La). Manière d'être, 
état, genre du gommeux. Classi- 
fication des élégants surnom- 
més gommeux. Il y a la haute 
et la petite gomme. Les commis 
de magasin, les seconds clercs 
de notaires, les collégiens en 
rupture de bancs... de collège, 
qui veulent singer les gommeux 
du High-Life, font partie de la 
petite gomme. 

Gomme (Faire de la). Faire 
dugenre, faire l'élégant. — «Si 
vous allez faire, quand même, 
de la gomme chez l'ouvrier, au 
moins ne grognez pas si on 
vous calotte. » {L'art de se con- 
duire dans la société des pauvres 
bougres.) 

Gommeux. Fashionable qui 
se trouve charmant, et que le 
bon gros public avec son gros 
bon sens trouve ridicule. Le 
Figaro a beaucoup contribué à 
mettre le mot à la mode. — 
« Le gommeux succède au petit- 
crevé, qui avait succédé au gan- 
din, qui avait succédé au fashio- 
nable, qui avait succédé au lion. 
qui avait succédé au dandy, qui 
avait succédé au freluquet, qui 
avait succédé au merveilleux, à 
Vincroyable, au muscadin, qui 
avait succédé au petit-maitre. » 
(Bcrnadille, Esquisses et Croquis 






DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



parisiens.) « J'ai rencontré tout 
à l'heure un gommeux de la plus 
belle pâte, ridiculement pré- 
tentieux de ton, de manières, 
d'allures. » (Maxime Rude.) 
Quant à l'étymologie, les opi- 
nions sont partagées. Pour les 
uns, ils sont empesés, gommés 
dans leur toilette, dans leurs 
cols, d'où leur surnom. — 
D'autres veulent que Fétat mi- 
sérable de leur santé, à la suite 
d'une série d'orgies, en les ré- 
duisant à l'usage du sirop de 
gomme, soit la source du so- 
briquet. Déjà, avant que le mot 
eût fait fortune, les étudiants 
appelaient « amis de la gomme, 
gommeux », ceux de leurs ca- 
marades qui mettaient du sirop 
de gomme dans leur absinthe. 

Gommeux. Pris adjectivement 
a le sens de joli, agréable. (L. 
Larchey.) 

Gonce, Gonsse. Individu, le 
premier venu, homme, passant. 
Avait primitivement le sens 
d'entreteneur. « Une femme en- 
tretenue appelle son entrete- 
neur un gonsse. » [Les Voleurs 
et les volés, 1840.) Cette accep- 
tion de gonsse donnerait à pen- 
ser que ce mot a été également 
pris dans le sens d'imbécile. 

Gondolé (Air). Mauvaise mine. 
yÉvoir l'air gondolé, avoir le vi- 
sage boursouflé; allusion au 
bois gondolé. 

Gonfle- bougres. Haricots 
blancs. 

Gonzesse. Femme, la première 
venue. — Amante. 

Goret. Coupeur de chaus- 
sures; premier ouvrier cordon- 
nier. 



199 

Gorge. Etui, — dans le jargon 
des voleurs. 

Gorgniat. Homme malpropre, 
mal élevé. 

Gose. Gosier, par apocope. 

Gosse. Enfant, — dans le jar- 
gon du peuple, qui dit tantôt 
le gosse, tantôt la gosse , se- 
lon le sexe. — Dans le jargon 
des voyous, une gosse, une gos- 
seline, c'est une fillette de quinze 
à seize ans ; sert encore à dési- 
gner uno amante. 11 est à re- 
marquer que mion de gonesse 
signifiait, autrefois, petit jeune 
homme. (V. Oudin, Cur. franc.) 
Gosse pourrait bien être un di- 
minutif de mion de gonesse. 

Gosse. Mensonge, plaisante- 
rie, mauvaise farce. 

Gosselin, Gosseline. Nouveau- 
né, petite-fille au maillot, — 
dans le jargon du peuple. 

Gosser. Mentir, — dans le 
jargon des collégiens. 

Gosseur. Menteur, hâbleur, 

Gossier, Gonssier. Homme, 
individu. C'est une forme nou- 
velle de gonsse^ — dans l'argot 
des barrières. 

Goteur. Libertin qui se plaît 
avec des souillons de cuisine et 
des souillons de tous genres, 
vulgo : Gothons. 

Gouache. Figure, — dans l'ar- 
got des barrières; les voyous 
prononcent couache, mais ce doit 
être une allusion aux portraits 
à la gouache. 

Goualante. Chanson. Goualer, 
chanter. Goualeur, goualeuse^ 
chanteur, chanteuse. Vient de 
gueuler. Goualer à la chienlit, 
crier au voleur. 



200 DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNB 

Gouape (La). Vagabondage, 
paresse, débauche et filouterie 
mêlés. -— Vagabond, vaurien : 
Une gouape. 

Gouapeur. Vaurien ; goua- 
peuse, vaurienne. 

Gouge. Femme de mauvaise 
vie, mal élevée. C'est la femelle 
du goujat. 

Gougnottage. Honteux com- 
merce, honteuse cohabitation 
d'une femme avec une autre 
femme. 



Gougnotte, Gougne. Tribade; 
femme qui joue les travesties à 
huis clos. 

Gougnotter. Se livrer au dé- 
vergondage entre femmes. 

Gouille (Envoyer à la). En- 
voyer promener. 

Gouine. Guenon. Méchante 
femme. 

Goujon. Jeune voyou qui vit 
aux crochets d'une pierreuse 
ou de toute autre prostituée 
ignoble, 

« Petit poisson deviendra grand 
» Pourvu que Dieu lui prête vie. » 

Goujon. Petit morceau de fil 
de zinc dont les marbriers se 
servent, en guise de clou, pour 
ajuster les plaques de marbre. 

Goujon d'hôpital. Sangsue, — 
dans le jargon des voyous. 

Goujon (Lâcher son). Vomir. 

« T'as lâché ton goujon 
» Sur mon baluchon. » 

{Chans. pop.) 

Goulot. Bouche, gosier. Re- 
pousser du goulot, sentir mau- 
vais de la bouche. 



Goulu. Puits, 
fer. 



-Poêle à chauf- 



Goupine. Tête, allure de vo- 
leur; mise dans le goût de celle 
de Robert-Macaire. 

Goupiner. Voler, s'ingénier à 
faire le mal. « En goupinant 
seul et dans un pays étranger, 
on n'a à craindre ni les mou- 
tons ni les reluqueurs. » (J. Hi- 
chepin, V Assassin nu.) — Goupi- 
ner les poivriers, voler les ivro- 
gnes. 

Goupillon. Commis au pair, 
— dans le jargon des employés 
de la nouveauté. C'est, sans 
doute, une altération de gous- 
pillon, gouspin. 

Goupline. Litre de vin, — 
dans le jargon des voleurs. 

Gourd. Tromperie, mensonge, 
filouterie. D'où l'ancien verbe 
gourrer. 

« Pour gourrer les pauvres gens 
» Qui leur babil veulent croirn. » 

{Parnasse des Muses.) 

Gourdement. Beaucoup, très 
bien, — dans l'ancien argot. 

Gourer. Duper, filouter. 

Gourer (Se). Ne pas observer 
la couleur locale, commettre 
un anachronisme, — dans le 
jargon des comédiens. — « Les 
actrices de mélodrame se gou- 
rent quand elles courent à tra- 
vers la montagne avec de petits 
souliers de satin blanc. A Char- 
tres, j'ai vu Abraham mettre le 
feu au bûcher avec un briquet 
de M. Fumade. » [Fetit I)ict. des 
coulisses.) 

Goureur. Escroc qui exploite 
la crédulité ou la bêtise de quel- 
qu'un pour lui vendre fort cher 
un objet de peu de valeur. — 
Goureur de la haute, celui qui 
fait des dupes en émettant des 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



201 



actions d'une entreprise imagi- 
naire, comme, par exemple, les 
actions de mines de pains à ca- 
cheter. 

Gourgandinage. Débauche, 

plaisirs crapuleux. 

Gourgandine. Femme de 
mauvaise vie; coureuse. Au xv^ 
siècle le mot avait le sens qu'il 
a aujourd'hui. On disait encore 
gourdinc et gourclane. Les gour- 
gandines habitaient l'île de la 
Gourdaine dans la Cité, ancien- 
nement (au xiii° siècle) l'île aux 
Vaches. C'est dans l'île aux Va- 
ches que furent brûlés les Tem- 
pliers. (P. Dufour. Hist. de la 
prostitution, 1852.) 

« S'il pouvait devenir cocu 

» Epousant une gourgandine. » 

(Scarron, Poésies.) 
« Et sans sourdines, 
» Mener joyeuse vie avec des gourgan- 
[dines. X 
<V. Hugo, Châtiments.) 

Gourgandiner. Courir lesbals, 
les soupers et les hommes. — 
Des drôlesses qui ne font que 
gourgandiner. 

Gourgousser. Se plaindre 
sans cesse, se répandre en jé- 
rémiades, — dans le jargon des 
typographes. 

Gourgousseur. Celui qui se 

plaint sans cesse et à propos de 
rien. C'est une allusion au bruit 
produit par les borborygmcs, 
ces plaintes que font entendre 
les boyaux incommodés ou en 
détresse. 

Gouspin. Petit polisson; pau- 
vre diable. 

Gouspiner. Vagabonder. 

Gousse, Gaupe. Fille pubU- 
que, — dans le jargon des 
voyous. 



Gousset, Gouffier. Manger, 

— dans le jargon des voleurs. 

Gousset percé (Avoir le). Etre 
prodigue, ne pas savoir garder 
un sou en poche. — Ne pas 
avoir d'argent dans sa poche. 

Gousset. Aisselle. — B.ifler du 
gousset, transpirer de dessous 
les bras. 

Goût du pain (Faire passer 

le). Tuer. 

Goutte. Mesure d'eau-dc-vie 
de la capacité d'un décilitre. 
Prendre la goutte, boire un verre 
d'eau-de-vie. — Bonne goutte, 
bonne eau-de-vie. — Pour le 
peuple tout bon cognac, fût-il à 
vingt francs la bouteille, est de 
la bonne goutte. 

Goutte (Donner la). Donner à 
téter. — Demander la goutte, 
demander à téter en piaillant 
ou à haute et intelligible voix, 
comme font les enfants qui ne 
sont pas encore sevrés à deux 
ans. La mère dont les mamelles 
sont presque taries, ne peut plus 
donner qu'une pauvre goutte à 
son nourrisson. 

Goutte militaire. Souvenir 
persistant d'un coup de pied de 
Vénus. 

Gouttière à merde. Derrière, 

— dans le jargon des voyous. 
Va donc te laver! ta gouttière à 
merde aura crevé, tu foisonnes 
trop. — Faudra faire mettre un 

i béquet à ta gouttière à merde. 

Gouttière (Lapin de). Chat, 

— dans le jargon du peuple qui, 
chaque fois qu'on lui sert du 
lapin à la gargote, renouvelle 
Ja plaisanterie, parce qu'il faut 
bien rire un peu. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



202 

Gouvernement. Dans la bou- 
che de l'ouvrier, ce mot est sy- 
nonyme de « ma bourgeoise, 
mon gendarme. » Quand un 
ouvrier parle de sa femme, il 
dit volontiers « mon gouverne- 
ment». — Hier, j'ai pris un fa- 
meux bain avec des camaros, je 
me suis cuite dans le gîte, reuse- 
ment que mon gouvernement m'a 
pas entendu rentrer. 

Gouvernement. Epée d'or- 
donnance des polytechniciens. 
Mot à mot : épée fournie par 
le gouvernement. 

Goy, Goym. Chrétien, — dans 
le patois des marchands juifs. 
Râler le goye, tromper le chré- 
tien. — Les marchands forains, 
mais principalement ceux du 
Midi, ont donné le nom de goye 
à l'acheteur doté d'une bonne 
tête d'imbécile. 

Goye. — Boiteux, — dans le 
jargon des méridionaux de 
Paris. 

Graffagnade. Commerce de 
mauvais tableaux. — Tableau 
• de commerce, — dans le jargon 
des marchands de bric-à-brac. 

Grafin. Chiffonnier; par allu- 
sion au crochet qui agrafe les 
épaves échouées le long des 
trottoirs. 

Grain. Pièce de dix sous, — 
dans l'argot du Temple. 

Grain, petit grain. Animation 
causée par un commencement 
d'ivresse. 

Grain (Avoir un). Avoir l'es- 
prit un peu dérangé. Mot à mot : 
un grain de folie. 

Graillonner. Converser à 
haute voix, d'une cour de pri- 



son à l'autre, du dortoir à la 
cour. 

Graillonner. Cracher avec ef- 
fort, tousser gi^as. 

Graillonneur, Graillonneuse. 

Celui, celle qui graillonne. 
« Comme c'est ragoûtant d'avoir 
affaire avant son déjeuner à un 
graillonneur pareil ! >> (H. Mon- 
nier, Scènes populaires.) 

Graillonneuse. Blanchisseuse 
par occasion. C'est le nom que 
donnent les blanchisseuses de 
profession aux ménagères qui 
vont au lavoir laver le linge de 
leur famille, parce que, ne pos- 
sédant pas très bien le manie- 
ment du battoir, elles éclabous- 
senttoutle monde autour d'elles. 

Graisse. Argent. L'huile et le 
beurre ont également eu la 
même signification ; aujourd'hui 
ces mots ne sont plus employés 
que par quelques vieux débris 
des anciens bagnes. 

Graisse (Se plaindre de trop 

de). Se plaindre mal à propos, 
se plaindre quand on ne man- 
que de rien. Encore un qui se 
plaint de trop de graisse. 

Graisser les roues. Boire, — 
dans le jargon du peuple. Quand 
on graisse les roues, ça accélèiie 
le mouvement... des ivrognes. 

Graisser ses bottes. Etre à 
l'article de la mort. Mot à mot : 
graisser ses bottes pour accom- 
plir le grand voyage. 

Graisser la marmite. Payer 
sa bienvenue, — dans le jargon 
des troupiers. — Battre sa maî- 
tresse, — dans le jargon des 
souteneurs. 

Graisser le train. Battre, 
donner des coups de pied au 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



203 



derrière. Mot à mot : graisser 
le train de demère, — dans le 
jargon des voyous 

Grand chef. Préfet de police, 

— dans le jargon des agents de 
police. — « Allons! allons! le 
grand chef a parlé; filez et 
plus vite que ça! » {L'Univers 
du l" juillet 1880.) 

Grand-papa. Surnom donné 
par les élèves de l'Ecole Poly- 
technique au général comman- 
dant l'Ecole. 

Graoudjem. Charcutier, — 
dans le jargon des voleurs. — 
C'est gras-doubïe estropié et 
doté de la terminaison jem. — 
Faire un graoudjem à la dure, 
voler un charcutier, voler du 
saucisson. 

Gras. Semonce, réprimande, 

— dans le jargon des ouvriers. 
C'est un frère qu'on a donné au 
suif et au savon pris dans le 
même sens. Attraper un gras du 
contre-coup en aboulant à la boîte, 
recevoir des réprimandes du 
contre-maître en arrivant à l'a- 
telier. 

Gras (Avoir son). Etre tué. 
(L. Larchey.) 

Gras (Il y a). Il y a de l'ar- 
gent. « M. Vervelle présentait 
un diamant de mille écus à sa 
chemise. Fougères regarda Ma- 
gus et dit : — Il y a gras! » 
(Balzac.) 

Gras-bœuf. La soupe et le 
bœuf, V ordinaire de l'École Po- 
lytechnique, — dans le jargon 
des élèves de cette école. 

Gras-double. Feuille de plomb, 

— dans le jargon des voleurs. 
Gras-double. Seins aussi vas- 
tes que fugitifs, — dans le jar- 
gon des voyous. 



Gras-double (Déjeuner du). 

Déjeuner de charcuterie insti- 
tué le vendredi-saint par les 
libres-penseurs, ou mieux pan- 
seurs, qui regrettent qu'il n'y 
ait pas de gras- triple, pour mieux 
protester. 

Gras-doublier. Voleur de 
plomb. 

Grasse. Coffre-fort, — dans 
le jargon des voleurs. Esquin- 
ter, estourbir la grasse^ forcer 
un cotfre-fort. 

Grate. Gratification obtenue 
pour travail supplémentaire, — 
dans le jargon des typographes. 

Gratin (Du). Des coups, — 
dans le jargon du peuple. « Un 
grand sec, en bras de chemise, 
ouvre la porte, saute sur l'homme 
et lui fout un gratin à le tuer. » 
{La petite Lune, iSl 9,) — Refiler 
un gratin, donner une gifle for- 
midable. 

Gratis. Crédit, — dans l'argot 
des marchands de vin. Pour eux, 
faire crédit, c'est, souvent, don- 
ner la marchandise gratis. 

Gratouse. Dentelle, — dans 
l'ancien argot. 

Gratte. Gale. — Avoir pincé 
la gratte, avoir attrapé la gale. 

Gratte. Excédant d'une mar- 
chandise confiée à un ouvrier à 
façon, et qu'il croit devoir s'ap- 
proprier. 

Gratte-couenne. Barbier. 

Gratter. Arrêter, — dans 
l'ancien argot. — Garder l'ex- 
cédant d'une marchandise con- 
fiée pour un travail à façon. — 
Chiper, retirer un profit illicite. 
— Il n'y a rien a gratter dans 
cette baraque, il n'y a pas de bé- 



204 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



néfices à faire dans celte mai- 
son. 

Gratter les pavés. Vivre dans 
une grande misère. 

Gratter au foyer. En terme 
de tliéâtre, c'est, pour un au- 
teur, attendre le tour de sa 
pièce ; pour un acteur, c'est at- 
tendre un rôle. 

Gratter à la corbeille. Dans 
le jargon de la Bourse, c'est ne 
plus pouvoir jouer sur les fonds 
publics, parce qu'on est dans 
l'impossibilité de fournir une 
couverture (provisions) à l'agent 
de cbange. 

Grattoir. Rasoir, — Passer au 
grattoir, se faire raser. 
Graveur en cuir. Savetier. 

Grec. Tricheur. — Dans le 
jargon des cochers de fiacre, un 
grec est un bourgeois, un voya- 
geur gui manque de générosité 
ou qui ne donne pas de pour- 
boire. Il floue le cocher. 

Grèce (La). Classification des 
tricheurs, art de tricher. — Tom- 
ber dans la Grèce, devenir tri- 
che'ur après avoir été dupe au 
jeu. 

Grécer, Graisser. Tricher. 
Etre grécé, être volé au jeu. 

Grecque. La femelle du grec. 
K 11 y a également à Paris beau- 
coup de grecques qui fréquen- 
tent certains tripots clandes- 
tins. » (L. Paillet.) 

Greffer. Souffrir de la faim. 

Greffier, Griffard. Chat, — 
dans le jargon des voleurs. 

Greffir, Griffer. Dérober adroi- 
tement, comme fait le chat. 

Grêle. Marques de petite vé- 
role. — Ne s'être pas fait assu- 



rer contre la grêle, être marqué 
de la petite vérole. 

Grêle, Grelesse. Patron, pa- 
tronne d'une petite maison de 
tailleur, — dans le jargon des 
tailleurs. — Grelasson, patron 
d'une maison de dernier ordre. 

Grelot. Langue bien affilée. 
— Beau parleur dans les réu- 
nions publiques. 

Grelot (Faire péter son). Par- 
ler. Autrefois, c'était « faire pé- 
ter la goule (la gueule). 

« Car avant que le jour s'écoule 
» Nous en ferons peler la goule 
» Peut-èlre à monsieur l'avocat. » 

(Poisson, Zig-Zag.) 

Grelot (Mettre une sourdine 
à son). Se taire. 

Greluchon. Jeune niais, oisif 
ne s'occupant que de toilette et 
de plaisirs (1855). « Ces créatu- 
res attirent nécessairement une 
nuée de jeunes lions, de grclu- 
chons aimables, etc. » {Paris- 
Faublas.) Autrefois greluchon 
avait le sens de souteneur, jeune 
souteneur. 

Greluchonner. Faire le métier ■ 
de greluchon. 

Grenadier. Pou de forte taille. 

Grenasse. Grange, — dans 
l'ancien argot. 

Grenier à coups de sabro. 

Fille à soldats. 

Grenier à lentilles. Visage 
marqué de petite vérole. 

Grenouillard. Grand amateur 
de bains froids. <c A Paris, du- 
rant tout l'été, le grenouillard se 
voit dans les écoles de natation. » 
(Ph. Audebrand.) 

Grenouille. Femme stupide 
et bavarde, — dans le jargon 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



205 



du peuple. — « Des propres à 
rien qui ne savent faire que 
courir la grenouille. » [Le Sans- 
Culotte, 1879.) 

Grenouille. Somme d'argent 
d'une certaine importance. — 
Manger la grenouille, dépenser 
l'argent confié, soustraire un 
dépôt d'argent. On a tant maji- 
gé de grenouilles, il y a tant eu 
de mangeurs de grenouilles de- 
puis une vingtaine d'années, 
que l'expression, toute militaire, 
d'abord, s'est généralisée. Elle 
s'applique à tous ceux qui s'ap- 
proprient un dépôt, et principa- 
lement aux caissiers infidèles. 

Grenouiller. Boire de l'eau. 

Grenouillère. Bains froids dans 
l'île de Croissy. La Grenouillère 
a été très fréquentée par les 
grandes pécheresses qui y al- 
laient laver leurs péchés. 

Grenu. Blé. — Grenuche , 
avoine. — Grenue, farine, — 
dans le jargon des voleurs. 

Grès. Cheval, — dans l'ancien 
argot. 

Grève (Prendre un ouvrier à 

la). Prendre le premier venu. 

Grézillon. Prise de tabac. (A. 
Belot.) Les synonymes sont: na- 
sée, muffetée. 

Griaches. Baquet aux excré- 
ments, — dans le jargon des 
prisons. {Eist. des prisons, 1797.) 

Griffarde, Griffonnante. Plu- 
me à écrire, — dans le jargon 
des voleurs. 

Griffeton. Soldat; pour grive- 
ton, — dans le jargon des voyous. 

Grigne. Grimace. C'est un dé- 
rivé de grigner. On dit qu'un 
chien grigne, quand les dents 



de la mâchoire inférieure font 

saillie. 

Griffonner. Jurer, — dans 
l'ancien argot. 

Grig*nou. Juge, — dans le jar- 
gon des voleurs. La physiono- 
mie du juge n'a rien d'aimable 
pour ces messieurs. 

Gril. Premier plancher géné- 
ral au-dessus de la scène, après 
les corridors du cintre. Son nom 
vient de ce qu'il est fait elfecti- 
vement comme un gril. (A. Bou- 
chard.) 

Grillade. Infidélité conjugale, 
— dans le jargon des ouvriers. 

Grillé (Etre). Etre en prison. 
Allusion à la grille de la prison. 
Jadis on disait d'une femme qui 
prenait le voile : Elle a épousé 
la grille. « Vous souhaitez qu'elle 
épouse une grille. » (Hautero- 
che, Crispin musicien.) 

Griller. Faire une infidélité 
conjugale. — C'est moi qui ai 
grillé la bourgeoise hier soir. 

Griller une (En). Fumer une 
pipe. — Griller une sèche, f amer 
une cigarette. 

Grilleuse de blanc. Repas- 
seuse. 

Grimer (Se). Se griser; avec 
changement d'une lettre. 

Grimoire mouchique . Code pé- 
nal. — Dossier judiciaire. 

Grimpant. Pantalon. « Mon 
grimpant se détraque et mes 
bottes sontbiettes. » (Huysmans, 
Marthe.) 

Grinchage. Vol, friponnerie; 
pour grinchissage. « Un journal 
racontait hier que T'Kindt était, 
du reste, un vrai artiste en ma- 
tière de grinchage, appliqué au 

12 



206 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



high-life. » (Pierre Véron, Evé- 
nement du 9 novembre 1878.) 

Grinche. Filou. C'est le terme 
générique des voleurs adroits. 

Grincheur. Petit filou, ap- 
prenti voleur. 

Grincher, Grinchir. Voler. — 
Grinchir au prix courant, voler 
à l'étalage. Les variantes sont : 
Grinchir en plein trépe, piocher 
dans le tas. 

Grinchissage. Filouterie. — 
Art de filouter; métierduvoleur, 
pratique du vol. — Maronner un 
grinchissage, manquer un vol. 
(Colombey.) 

Gringalet. Individu chétif. 

Gringue. Pain, — dans le jar- 
gon des ouvriers. 
Grinte. Figure désagréable. 

— Italianisme : de grinta, ride. 
Grippe-Jésus. Gendarme. — 

Mot à mot : celui qui prend un 
innocent. A l'entendre, le mal- 
faiteur est toujours une victime, 
un petit saint, un petit Jésus. 

Grisaille, la Grise. Sœur grise, 
sœur de charité; par allusion à 
la couleur de la robe. 

Gris, Grise. Cher, chère, ai- 
mable. 

Gris (Le). Le vent, — dans le 
jargon des voleurs. 

Gris d'officier. Légère ivresse. 
(D' Danet, Moniteur universel, 
10 août 1868.) 

Grive. Guerre. — Patrouille. 

— Garde républicaine. 

Grivier. Soldat. — Grimer de 
gaffe, sentinelle, soldat en fac- 
tion. 

Grondin. Porc, — dans le jar- 
gon des voleurs. 



Gros (Le). Le point de neuf 
au jeu de baccarat, — dans le 
jargon des joueurs. 

Gros (Mon). Nom d'amitié 
qu'une femme mal élevée donne 
à son amant. C'est-à-dire mon 
gros chéri. 

Gros pointu. Archevêque, — 
dans le jargon des voleurs. 

Gros joufflu. Le second visage 
d'une personne chargée d'em- 
bonpoint. 

Gros lolo. Cuirassier, carabi- 
nier. 

Gros-cul. Chiffonnier à son 
aise. Les gros-culs possèdent un 
âne et une petite voiture pour 
les besoins de leur industrie. Ils 
habitent en grande partie le pas- 
sage Saint-Charles à Levallois. 

Gros légume. Officier supé- 
rieur. 

I Gros numéro. Maison de tolé- 
rance. 

Grosse cavalerie. Egoutiers. 
— Figurantes de la danse à 
l'Opéra. — L'élite, le dessus du 
panier des bagnes, la Heur des 
scélérats en villégiature à Cay en- 
ne. Ainsi nommés parce qu'ils 
chargent à fond de train sur 
leurs victimes. 

Grosse caisse. Prison, — dans 
le jargon du régiment. 

Grosse tôle. Prison, — dans 

l'argot des marins. 

Grosse culotte. Ouvrier ivro- 
gne et beau parleur. Ouvrier qui 
pérore chez le marchand de vin. 

Groule, Groulasse. Vaurienne; 
petite fille malpropre. Les mar- 
chandes à la toilette, les reven- 
deuses, appellent leurs appren- 
ties « des groules ». 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



207 



Grouper. Arrêter, saisir, — 
dans le jargon des voleurs. — 
Se faire grouper, se faire arrêter. 

Grue. Femme sotte et préten- 
tieuse. — Dans le dictionnaire 
de l'Académie, grue est donné 
dans le sens de niais. — Dans 
le jargon des comédiens, c'est 
une demoiselle qui possède de 
la beauté, de l'argent et des 
toilettes en quantité suffisante 
pour obtenir un bout de rôle où 
elle montre ses épaules, ses dia- 
mants et sa bêtise. Elle lève les 
gentilshommes de l'orchestre, 
comme la grue lève les fardeaux ; 
d'où son surnom. 

Grugeur. Parasite. Celui qui 
vit aux dépens de quelqu'un ou 
de plusieurs. 

Guadeloupe. Bouche, — dans 
l'argot des barrières. Le mot 
« guadeloupe » rappelle vague- 
ment le mot « gueule ». Charger 
pour la Guadeloupe, manger. 

Guédouze. La mort, — dans 
l'ancien argot. — Bu celie guenn- 
dw, blanche-noire. (V. Hugo.) 

Guelte. Bénéfice accordé à un 
placier, à un commis en nou- 
veautés sur la vente d'un arti- 
cle. « Carpentier a touché ses 
deux mille cinq cents balles de 
guelte ». (P. Mahalin.) 

Guelter. Réaliser un bénéfice 
sur une vente, — dans le jargon 
des employés de commerce. 

Guenon. Femme du patron, 
— dans le jargon des ouvriers 
quand ils ne l'appellent pas « la 
singesse ». 

Guérite à calotins. Confes- 
sionnal, — dans le jargon du 
peuple. Elle est toujours fourrée 
dans les guérites à calotins. — 



Moi, j'y ficherais des calottes à ta 
place. 

Guette (Bonne). Bonne garde, 
en parlant d'un chien. Cahot rup 
pour la guette, bon chien de 
garde. 

Gueulard. Poêle. — Bissac. 

Gueularde. Poche, — dans le 
jargon des voleurs. La poche est 
la gueule, la bouche du paletot. 

Gueule. Bouche. — Fine gueu- 
le, gourmet. — Porté sur la 
gueule, amateur de bonne chère. 
— Fort, forte en gueule, celui, 
celle qui crie des injures. — 
Gueule de travers, mauvais vi- 
sage, mine allongée. — Gueule 
de raie, visage affreux. — Gueule 
d'empeigne, palais habitué aux 
liqueurs fortes et aux mets épi- 
cés; laideur repoussante, bou- 
che de travers, dans le jargon 
des dames de la halle au xviiie 
siècle, qui, pour donner plus de 
hrio à l'image, ajoutaient : gar- 
nie de clous de girofle enchâssés 
dans du pain d'épice. — Gueule 
de bois, ivresse. — Roulement de 
la gueule, signal du repas, — 
dans le jargon du troupier. — 
Taire sa gueule, se taire. — Faire 
sa gueule, être de mauvaise hu- 
meur, bouder. Se chiquer la 
gueule, se battre à coups de 
poing sur le visage. — Crever la 
gueule à quelqu'un, lui mettre le 
visage en sang. — La gueule lui 
en pète, il a la bouche en feu 
pour avoir mangé trop épicé. 

Gueulent (Les soupapes). Ter- 
me des ouvriers du fer, des mé- 
caniciens, lorsqu'ils veulent dire 
que la vapeur s'échappe parles 
soupapes. Au figuré, c'est lors- 
qu'un ivrogne donne congé aux 
ilôts de liquide qu'il a absorbés. 



208 



DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE. 



Gueuleton. Dîner fin, dîner 
de fines gueules. — « De temps 
en temps, je me donne la fan- 
taisie d'un petit gueuleton. »(Go- 
priiard frères, La Chatte blan- 
che. ) — Gueuleton à chier par- 
tout, dîner succulent et copieux. 

Gueuse. Fille publique, maî- 
tresse qui vous trompe avec tous 
vos amis et même avec vos en- 
nemis. « Monsieur est encore 
ennuyé à cause de sa gueuse. » 
(G. Lafosse.) — Courir la gueuse, 
courir les filles. 

Gueux. Chaufferette en grès ; 
la cliautferette des pauvres fem- 
mes. 

Gueux (Le). Le froid, — dans 
le jargon du peuple. Le gueux 
pince dur ; le gueux pince comme 
un crabe. 

Guibe, Guibon, Guibolle. Jam- 
be. — Guibe de satow, jambe de 
bois. — Guibe à la manque, boi- 
teux. — Jouer des guibolles, dé- 
camper. 

Guibolles italiques. Jambes 
tordues. Se dit des jambes d'un 
bancal, — dans le jargon des 
typographes. Le caractère dit 
italique est uncaractèrepenché, 
d'où guibolles italiques i^oar dé- 
signer des jambes qui ne sont 
pas droites. 

Guichemard. Guichetier. Et les 
variantes inévitables : Gtiiche- 
muchc, guichemince eiguichcmin- 
cemar, et guichemincemuche. 

Guiches. Cheveux, — dans le 
jargon des voleurs, et principa- 
lement cheveux collés sur les 
tempes. — De là le surnom de 
« 7necs de la guiche » ou simple- 
ment de « guiches » donné aux 
souteneurs. — « Ohé ! la guiche ! 
tu faisrien tongirond! T'as passé 



aux épinards ? Ohé ! le soute- 
neur ! tu fais bien des embarras I 
tu as reçu de l'argent de ta maî- 
tresse ?» — Trifouiller les gui- 
ches, peigner. 

Guignard. Voué au guignon, 
au malheur. « Et semblait, en- 
tre les deux tableaux d'une taille, 
choisir toujours le plus gui- 
gnard. »(Vast-Ricouard, Le Tri- 
pot.) 

Guigne. Guignon. — Gui- 
gnasse, guignon énorme. — Gui- 
gnolant, guignolante, désespé- 
rant, désespérante. 

Guimbard. Voiture cellulaire; 
synonyme de panier à salade. 

Guimbarde. Voix, parole, — 
dans le jargon des halles. — 
Couper la guimbarde, imposer 
silence. 

« Mon gesse et surtout mon n'harangue 

» Coupent la guimbarde aux plus forts.» 

(L. Festeau, Le Tapageur.) 

Guimbarde. Horloge, — dans 
le jargon des voyous, « Au mo- 
ment juste où douze plombes se 
sont décrochées à la guimbarde de 
la tôle. » {LePèreDuchéne, 1879.) 

Guimbarde. Porte, — dans le 
jargon des ouvriers. — Bouscu- 
ler la guimbarde, faire claquer 
la porte. 

Guinal, Guignai. Juif; usurier. 

— Le grand guinal, le Mont-de- 
Piété. — Les chiffonniers appel- 
leniguinal, guignal,\e marchand 
de chiffons en gros ou encore 
ogre, Abraham, Jouarez. 

Guinaliser, Guignaliser. Faire 

l'usure. — Acheter à vil prix, — 
dans le jargon des chiffonniers. 

— Dans l'ancien argot guinali- 
ser, avait le sens de circoncire. 

Guinche Bal public,— Caba- 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 209 

public. Guinche, guincharde, dan- 
seuse de bals publics. 

Guindal. Verre, — dans Tan- 
cien argot. 

Guitare. Redite, rabâchage, 
doléances. — Jouer de la gui- 
tare, rabâcher. — Pincer, jouer 
de la guitare, être en prison. 

Guitariste. Rabâcheur ; im- 
portun. 



ret mal famé, — dans le jargon 
des voyous. — « A la porte de 
cette guinche, un municipal se 
dressait sur ses ergots de cuir. » 
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.) 
Guinche est une altération de 
guinguette. Le mot n'est pas 
moderne, mais il est très usité 
depuis quelque temps. 

Guincher. Danser dans un bal 



H! — Exclamation ironique; 
par abréviation de hasard, — 
dans le jargon des typographes. 
« Un poivreau vient-il promener 
sa barbe à l'atelier, H ! s'écrient 
ses confrères. » (Boutmy, Les 
Ty^pographes parisiens.) 

Habillé de noir. Avocat; ex- 
pression fort usitée au siècle 
dernier parmi le peuple. 

Habillé de soie. Cochon. 

Habiller. — Maltraiter en pa- 
roles, médire, réprimander; 
c'est une variante de l'ancien 
draper. — « C'est moi qui vous 
l'a habillé de taffetas noir. » 
(A. Dalès, La Mère Vanecdote^ 
chansonnette.) 

Habiller. Préparer un animal 
pour l'étal, — dans le jargon 

des bouchers. 

Habit noir. Menteur. 

Habit du père Adam. Nudité 
absolue. 

Hacher de la paille. Parler 
français avec l'accent allemand. 
Se dit d'un Allemand qui bara- 
gouine le français. 

Halènes. Outils de voleur, 



tout ce qui sert à l'exploitation 
du vol, depuis la pince à effrac- 
tion jusqu'à la cire k prendre 
les empreintes. 

Hallebardes (Il tombe des). 

Il pleut à verse. 

Halot. Soufflet de forge. — 
Halotin, soufflet pour le feu. 

Hancher (Se). Se camper sur 
la hanche; faire le rodomont. 

Hane. Bourse, — dans l'an- 
cien argot. 

Hanneton. Monomanie, idée 
fixe. On dit de quelqu'un qui 
est tourmenté d'une idée aussi 
fixe que saugrenue : « Encore 
son hanneton qui le travaille ». 
Celui qui a un hanneton dans le 
plafond est hannetonné, c'est-à- 
dire qu'il a la tête fêlée. 

Happer le taillis. Prendre la 
fuite, — dans l'ancien jargon 
populaire. 

Happin. Chien. — Happiner^ 
mordre, — dans l'ancien argot. 

Hardi à la soupe. Qui n'est 
bon qu'à manger, qui ne sait 
ou qui ne veut rien faire. 

12. 



210 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Hareng-saur (Le pas du). Ca- 
valier seul exécuté avec batte- 
ment d'entrechats. Les mili- 
taires pincent agréablement le 
pas du hareng-saur. [Jargon des 
bals publics.) 

Hariadan Barbe-rousse. Jésus- 
Christ, — dars l'ancien argot. 
Hariadan, pour Havriadan , de 
Havre, Dieu, 3t Barbc-rousse, 

Ï>ar allusion à la couleur que 
es peintres ont donnée à la 
barbe du Christ. — Sous le 
titre de Hariadan Barbe-rousse^ 
Corse et V. Ducange ont écrit 
une pièce. 

Haricot. Pied, — dans le jar- 
gon des prisons. Je donne le 
mot sur l'autorité de M. A. Be- 
lot. (Le roi des Grecs.) Pour ma 
part, je ne l'ai jamais entendu 
prononcer. A coup sûr ce n'est 
pas de l'argot de voleur pari- 
sien. 

Haricots fHôtel des). Ancienne 
prison de 1 ancienne garde na- 
tionale. — Primitivement ce 
local, sur l'emplacement du- 
quel a été bâtie, en 1843, la 
bibliothèque Sainte-Geneviève, 
fut attecté au collège Montaigu 
surnommé plaisamment « le 
collège des haricots » par allu- 
sion à la maigre cuisine qu'on 
y faisait; carie jeûne y était 
en permanence. (V. Rabelais, 
Gargantua, 1. 1, ch. xxxvii.) « Le 
collège des Haricotsîni supprimé 
en 1792 et ses bâtiments servi- 
rent de prison militaire et de 
prison de la garde nationale 
pendant la Révolution. » (A. de 
Lasalle , Y Hôtel des haricots.) 
Après la Révolution, V Hôtel des 
haricots émigra à l'hôtel Bazan- 
court, rue des Fossés Saint- 
Bernard , et fut enfin transféré, 



vers 4838, rue de Boulainvil- 
1ers, en face le pont de Gre- 
nelle ; c'est là qu'il s'éteignit 
avec la garde nationale. 

Haricotteur. Bourreau, — 
dans l'ancien argot, du vieux 
mot harigot, pièce, morceau. — 
On dit encore haricot de mouton, 
ragoût de mouton coupé en 
morceaux, pour harigot de mou- 
ton. 

Harnaché. Habillé. — dans le 
jargon des voyous. 

Harnais. Vêtement, — dans 
le même jargon. 

Harnais. Viande coriace. 

Harnais de grive. Uniforme 
militaire. 

Harpe. Barreau de fer, grille, 
porte de fer à barreaux. — 
Jouer de la harpe, voler à la tire. 
Les doigts du voleur se pro- 
mènent dans la poche d'autrui 
comme les doigts du virtuose 
sur les cordes de la harpe. Jouer 
de la harpe signifie encore être 
en prison, vieille expression qui 
s'est conservée ; c'est la variante 
de pincer de la guitare. 

Haussier. Spéculateur opti- 
miste qui joue à la hausse sur 
les fonds publics. L'opposé du 
baissier. | 

Haut-Temps. Grenier, — dans 
l'ancien argot. 

Haute (La) . La haute société, 
le grand ^monde. — Homme, 
femme de' la haute. — Etre de 
la haute, faire partie de la haute 
société. Etre de la haute, être à 
la haute, être riche, heureux. 

Hauteur (N'être pas à la). 
Mot à mot : n'être pas à la hau- 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



211 



teur de ]a situation, ne pas 
comprendre une chose, ne pas 
être capable de la faire, n'être 
cas au courant de. 

Hautocher. Monter, — dans 
l'ancien argot. 

Havre, le grand Havre. Dieu. 

Herbe à la vache. La couleur 
trèfle d'un jeu de cartes. 

Herz. Maître, — dans l'ancien 
argot; de l'allemand herzog , 
duc. 

Hirondelle. Ouvrier tailleur 
de nationalité étrangère. Tan- 
tôt l'hirondelle vient faire son 
apprentissage à Paris et re- 
tourne dans son pays, tantôt 
elle arrive à la bonne saison 
pour repartir au commence- 
ment de l'hiver, — Hirondelle 
d'hiver, marchand de marrons. 

Hirondelle de goguenau. Rac- 
crocheuse, — dans l'argot des 
voyous. Mot à mot: hirondelle 
de latrines. 

Hirondelle de la mort. Gen- 
darme chargé d'assister à une 
exécution capitale. 

Hirondelle de potence. Gen- 
darme, — dans l'argot des ma- 
rins. C'est la forme nouvelle de 
Vhirondelle de Grêve^ bien que 
la potence ne soit qu'à l'état de 
souvenir. 

Hisser. Appeler en sifflant. 
(P. de Kock.) 

Histoire. Le temple de l'a- 
mour. Une demoiselle vint trou- 
ver, un jour, le peintre David 
pour faire faire son portrait. — 
Je ne peins que l'histoire, ré- 
pondit l'artiste. — Alors, qui 
me peindra le reste? demanda 
la naïve enfant. 



Histoire de. Pour. — Histoire 
de rire, histHre de passer le 
temps, pour rire, pour passer le 
temps, 

Histoires. Mensonges, bavar- 
dages. — Tout ça, c'est des his- 
toires de femmes, ce sont des 
commérages. 

Histoires (Avoir ses). Avoir 
ses menstrues. 

Homard. Surnom donné aux 
spahis en raison de leur bur- 
nous rouge. (A. Camus.) 

Homicide. Hiver. Il tue bien 
des pauvres diables. 

Homme à la mode. Homme 
riche, individu bon à voler, — 
dans le jargon des barrières. ' 

Homme de bois. Ouvrier qui 
aide le metteur en pages dans 
une imprimerie. 

Homme de lettres. Faussaire, 
— dans le jargon des voleurs. 

Honnête. Printemps, — dans 
l'ancien argot. 

Honnête femme. Manon Les- 
caut consciencieuse et qui a du 
goût pour son état, — dans le 
jargon des demoiselles de trot- 
toir. 

Hôpital. Prison, — dans l'an- 
cien argot. 

Horloger de la marine. Celui 
qui paye tous les jours, à la 
même heure, le tribut à Do- 
mange. 

Horloger (Avoir sa montre 
chez 1'). Avoir mis sa montre 
au Mont-de-Piété, — dans le 
jargon des artistes qui, la plu- 
part du temps, regardent l'heure 
à vue de reconnaissance. 

Horreur d'homme. Homme 



212 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



volage, infidèle. — Homme très ] -- Morceau de bois dont se 
entreprenant auprès d'une fem- 1 servent les voleurs avec effrac- 
tion. 

Hugolâtre. Admirateur pas- 
sionné de Victor Hugo. 

Hugrement. Beaucoup, — 
dans l'ancien argot. 

Huile. Soupçon. — Argent. 
— Huile de coude, vigueur de la 
main, force dans le poignet. — 
Huile de cotrets, essence de co- 
trets, coups de bâton. 

Huile blonde. Bière. 

Huile (Voir à 1'). Juger une 
pièce, juger un acteur pendant 
la représentation. — « Dis donc, 
Blinval, toi qui me disais ce 
matin à la répétition: faudra 
voir à l'huile... Voilà. » {Musée 
Philipon, théâtre de Bourg-en- 
Bresse.) 

Huile (Jeter de 1'). Transpirer 
abondamment, — dans le jar- 
gon des voyous. — Cest étonnant 
comme je jette de l'huile. 

Huître. Crachat très épais. 
Huître de poitrinaire, crachat 
de poitrinaire. — Huître de 
Varenne, fève. — Huîtres de 
gueux, escargots à la bourgui- 
gnonne. 

Humecter les amygdales (S'). 
Boire un coup, se rafraîchir 
d'un coup de vin. 

Hurepois. Excellent, très 
réussi, — dans le jargon des 
voyous. C'est un composé de 
Hurf, urf, apocope de surfin. 

Hurler. « Les tailleurs de 
pierre compagnons étrangers, 
les menuisiers et les serruriers 
du devoir de Liberté ne hurlent 
pas, non plus que les tailleurs 
de pierre compagnons passants. 



me, et dont les privautés ne 
déplaisent pas au fond. 

Horreurs. Paroles ordurières. 
— Dire des horreurs, tenir une 
conversation ordurière. — Faire 
des horreurs, se livrer à une 
pantomime indécente. 

Horse-steak. Bifteck de che- 
val; mot fabriqué pendant le 
siège de. Paris, à l'époque où 
l'on mangeait tant de cheval. 

Hortensia. Terme chorégra- 
phique. « C'est un temps cou- 
ché; le danseur a presque tou- 
jours une position horizontale; 
sa tête comme s'il nageait : c'est 
un mouvement de bascule plus 
lascif que gracieux. » [Fetit dict. 
des coulisses.) 

Hosto. Prison. C'est une dé- 
formation du mot hôpital, qui, 
en argot, a la môme significa- 
tion. 

Hôtel de la Belle-Etoile (Cou- 
cher à r). Coucher dans la rue, 
sur un banc, dans les champs, 
dans les fossés des fortifications, 
partout enfin où l'on a le ciel 
pour ciel-de-lit. 

Hotteriau. Chiffonnier. Celui 
qui porte la hotte. 

Houillier. « Ce que les restau- 
rants à bas prix fixe ont refusé 
de prendre au marché à la vo- 
laille est acheté par le houillier. 
Le houilher devient alors ce 
paysan qui vous aborde dans 
la rue et sous les portes, pour 
vous proposer, avec des airs 
mystérieux, du gibier à bon 
marché. » (Eug. Chavette, Res- 
taurateurs et restaurés, 1868.) 

Houssine (Jean de 1'). Bâton. 



i 



DICTIONNAIRE d'. 

Les ouvriers de tous les autres 
corps d'état hurlent, et ils ap- 
pellent cela chanter, par la 
raison qu'ils articulent ainsi des 
mots qu'eux seuls peuvent com- 
prendre. » {Almanach des mé- 
tiers, 1852.) 



ARGOT MODERNE. 213 

Hussard à quatre roues. Can- 
tinier militaire. — Soldat du 
train des équipages. 

Hussard de la guillotine. 
Garde deParis, gendarme, char- 
gé de maintenir la foule les 
jours d'exécution capitale. 



Icigo, Icicaille. Ici. « A tcigoy 
il reconnut Brujon, qui était 
rôdeurde barrières et, à icicaz7/e, 
Babet, qui, parmi tous ses mé- 
tiers, avait été revendeur au 
Temple. » (V. Hugo.) 

Imbiber (S'). Boire. La va- 
riante est : s'imbiber le jabot. 

Imbécile à deux roues. Vélo- 
cipédiste, — dans le jargon des 
voyous. 

Immense. Encore un mot 
très, trop même répandu dans 
le monde des gommeux et des 
gommeuses. Purle-t-on d'un ac- 
teur célèbre, voilà qu'il est im- 
mense. Tient-on un propos éton- 
nant, c'est immense. A-t-on as- 
sisté à une fête ciiarmante, 
c'était jwmense, etc., etc.. — En 
signalant les néologismes à la 
mode en 1817, l'auteur des 
Lettres normandes s'exprime 
ainsi : « Le mot immense ob- 
tient aussi une grande vogue ; 
il n'est pas neuf, mais on le 
place d'une manière nouvelle. 
Nos journalistes disent d'un ac- 
teur qu'il a un talent immense; 
nos jeunes gens du bel air di- 
sent, en parlant d'une femme : 
cette femme est accomplie, elle 
a un œil immense. >> Aujourd'hui, 
nous disons simplement : « Un 
tel est immense. » C'est au vau- 



devillisme moderne qu'on doit 
cette nouvelle interprétation. 

Impératrice. Impériale d'om- 
nibus, — dans le jargon du ré- 
giment. Pourquoi « impéra- 
trice »? — Simplement pour 
avoir l'occasion de placer un 
déplorable jeu de mots quand 
on grimpe sur l'impériale. 

Impressionnisme. Ecole de 
peinture ultra-réaliste qui, sans 
nul souci du dessin et de la 
composition, prétend produire 
des impressions, et ne produit 
que de mauvaises impressions 
sur le public. 

Impressionniste. — Peintre 

ultra-réaliste. Les impressionnis- 
tes ou impressionnalistes ne pei- 
gnent que l'impression. Ils jet- 
tent quelques tons sur la toile 
sans s'occuper ni de l'harmonie 
des couleurs, ni du dessin, ni 
du reste. Leurs œuvres ressem- 
ûlent à des esquisses informes. 
C'est l'indication, ce n'est pas 
le tableau. « Chose singulière ! 
Duranty qui tient à ce qu'on a 
appelé, depuis Champfleury, 
l'école duréalisme, ne comprend 
pas toujours la peinture de Ma- 
net. Faut-il en conclure que, 
malgré ce qu*on pourrait pen- 
ser, réalistes et impressionnistes 



214 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



ne regardent pas avec les mêmes 
yeux? » (Maxime Rude.) 

Inconnobré. Inconnu, — dans 
le jargon des voleurs. 

Incurable (Portier des). C'est 
sous cette dénomination qu'on 
désignait, en 1835, le balcon du 
Théâtre-Français. « C'est là que 
se réfugie l'opposition vitra 
classique des vieux amateurs. » 
('Jacques le souffleur, Dict. des 
coulisses, 1835.) 

Index (Travailler à 1'). Tra- 
vailler à prix réduit, — dans le 
jargon des ouvriers, qui mon- 
trent au doigt les gâte-métiers. 

Indicateur. Espion, mou- 
chard; terme technique de la 
préfecture de police. « La com- 
pagnie des allumettes emploie 
un certain nombre d'individus 
à surveiller les concurrents de 
son privilège; elle a des indica- 
teurs, etc. » {Petit Journal, du 
2 août 1877.) 

Indigent. Voyageur d'impé- 
riale d'omnibus, — dans le jar- 
gon des cochers de fiacre, qui 
professent le plus profond mé- 
pris pour les gens qui vont en 
omnibus. 

Induire. Par abréviation pour 
induire en erreur. — « J'ai été 
bien aise de voir que le citoyen 
Zola nous avait induits. » [La 
petite Lune, 1879.) 

Infante. Maîtresse d'un jour, 
femme que l'on courtise, — dans 
le jargon des sou.s-officiers. 

Infanterie (Entrer dans V). 
Etre enceinte. 

Infect. Laid, détestable. — 
Individu infect, œuvre infecte. 

Infectados. Cigare d'un sou. 
Inférieur. Personne^ chose 



dont on se soucie fort peu. Ça 
m'est inférieur, ça m'est égal. 

Infirme. Maladroit. Ouvrier 
qui gâche l'ouvrage, qui ne fait 
rien qui vaille. — « Ils sonnè- 
rent tant bien que mal, ces in- 
firmes, et les gens accoururent 
au tapage. » (L. Cladel, Omp- 
dr ailles.) 

Ingriste. Peintre de l'école 
d'Ingres, qui sacrifie tout au des- 
sin. — Peintre qui fait gris, — 
en terme de peintres. — Pein- 
ture monochrome. — a Ainsi 
devant le portrait bleu de 
M. Amaury-Duval et bien d'au- 
tres portraits de femmes ingris- 
tes ou ingrisées. >> (Baudelaire, 
Salon de 4846.) 

Inquiétudes dans les jambes 
(Avoir). Avoir envie d'adminis- 
trer un coup de pied au derrière 
de quelqu'un ; le prévenir cha- 
ritablement de l'envie qu'on a. 

Insecte. Toute sorte de vo- 
laille et de gibier depuis l'oie 
jusqu'à la mauviette. 

Insinuant. Apothicaire, infir- 
mier. 

Insinuante. Seringue. 

Insolpé. Insolent, change- 
ment de la dernière syllabe. 

Inspecteur des pavés. Flâ- 
neur. — Ouvrier, commis sans 
place et qui cherche une place, 
en amateur, en flânant. 

Institutrice. Maîtresse d'une 
maison de tolérance, — dans le 
jargon du peuple. 

Intime. « Un autre genre de 
billet (de théâtre) est appelé in- 
time. Celui-là est donné gratis 
par le chef (de claque) au cons- 
crit qui fait ses premières ar- 
mes. Quand la pièce nouvelle 



DtCTlONNAlRE D ARGOT MODERNE. 



15 



est jouée, le subordonné remet 
son billet ou intime au chef, qui 
le vend à son profit». {Petit dict. 
des coulisses.) — Par extension, 
le claqueur a reçu le nom d'm- 
time. 

Intransigeant. Républicain 
par, qui ne transige pas avec 
ses opinions extrêmes. Tout 
comme bien d'autres, les intran- 
sigeants d'aujourd'hui devien- 
dront des réactionnaires le joui* 
où ils seront à la tête du gou- 
vernement. Ils attendront la 
sortie des opportunistes pour se 
jeter sur les contre-marques. — 
Sous le titre de : L'Intransigeant 
a paru le 14 juillet 1880 un 
journal avec M. Henri Roche- 
fort pour rédacteur en chef. 

Introuvable. Urinoir public 
en forme de rotonde et dont 
Taccès n'est pas précisément 



facile à découvrir. On les a éga- 
lement appelés les « tourne- 
autour ». V introuvable est le 
successeur direct du rambuteaii. 

Invalide. Pièce de quatre sous. 
(Fr. Michel.) Fausse pièce de 
monnaie. 

Invalide du pont des Arts. 

Académicien. 

Invalo. Invalide. 

Isolage. Abandon. — Isoler, 
abandonner, — dans l'ancien 
argot, du vieux mot asoler. 

Italique (Avoir pincé son). 

Marcher penché, ne pas mar- 
cher droit par suite d'ivresse, — 
dans le jargon des typographes, 
par allusion au caractère dit ita- 
lique. 

Itrer. — Avoir, posséder, — 
dans l'ancien argot. 



Jabot. Estomac. — Se remplir 
le jabot, manger. 

Jacqueline. Prostituée. — Sa- 
bre de cavalerie. 

Jacques. — Sou, — dans le 
jargon des chilFonniers. — Qui 
veut mes chocottes? — Je fen colle 
dix Jacques. Qui veut mes os? 

— Je t'en donne dix sous. 

Jactance. Ravardage. — 
ter, bavarder. — J acteur, bavard, 

— dans le jargon du peuple. 

Jaffe. Soufflet, — dans l'an- 
cien argot. 

Jaffier. Jardin. — /a/^w, jar 
dinier, — dans l'ancien argot. 

Jaffle. Soupe, — dans le jar- 
gon des voleurs. 



Jambe (S'en aller sur une). 

Ne pas redoubler une tournée 
chez le marchand de vin. — Se 
contenter d'un verre de vin sur 
le comptoir, quand on est avec 
des amis. 

Jambe en l'air. Potence, — 
dans l'ancien ;irgot. 

Jambes en coton. Jambes fai- 
bles. — On a les jambes en co- 
ton lorsqu'on relève d'une lon- 
gue maladie. 

Jambon. Violon. — Cuisse de 
l'homme. 

Jambon (Façonner son, Faire 
son). Casser son fusil, — dans 
le jargon des troupiers. — Allu- 
sion de forme entre un jambon 
et la crosse d'un fusil cassé. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



216 

« Ah! chenapan, tu casses ton 
fusil, tu fais des jambons avec ta 
clarinette!» (A. Camus.) 

Jambonneau (Ne plus avoir 
de chapelure sur le). Ne plus 
avoir de cheveux sur la tête. 

Jappe. Bavardage. — Japper, 
bavarder, crier. 

Jardinage. Médisance. — Jar- 
diner, médire, parler, synonyme 
de médire pour beaucoup de 
gens. — Bêchage, bêcher, ont 
donné jardinage, jardiner par 
assimilation. 

Jardiner sur le tap vert. Jouer 
aux cartes. Tap vert pour tapis 
vert. 

Jardinier. Compère du voleur 
à V américaine. 

Jargolier. Normand. — Jar- 

golle, Normandie. 

Jarnaffe. Jarretière; change- 
ment des deux dernières sylla- 
bes. 

Jarret (Lever le). Marcher en 
colonne, — en terme de trou- 

Eier. — Avoir du jarret, être 
on marcheur. 

Jarretières (Mettre quelque 
chose dans les). Donner une 
gratification à une fille publi- 
que. Les prostituées de maison 
placent cet argent dans leurs 
bas, sou? la jarretière. 

Jars. Argot; apocope de jar- 
gon. — Jaspiîier le jars, dévider 
le jars, parler argot. 

Jasante. Prière. — Jaser, 
prier. — Jaseur, prêtre qui dit 
la messe. 

Jaspin. Oui. — Jaspiner, par- 
ler. 



Jaune, Jonc. Or. — Jaunet^ 
pièce d'or. 

Jaune. Eté, — dans l'ancien 
argot. 

Jaune. Eau-de-vie. — Jau- 
nier, ivrogne. 

Javanais. Langage de conven- 
tion qui consistait, il y a une 
vingtaine d'années, à intercaler 
les syllabes va et av entre cha- 
que syllabe. C'était idiot et anti- 
euphonique au dernier point. 
Les filles parlaient fort couram- 
ment le javanais. 11 y eut un 
moment une telle fureur de ja- 
vanais qu'on vit paraître un 
journal entièrement écrit dans 
ce langage stupide. 

Jean-Jean. Niais. — Conscrit. 

Jean de la vigne. Crucifix. 
C'était le nom d'un des acteurs 
de bois (Jean des Vignes) du 
théâtre de marionnettes à l'é- 
poque des représentations de la 
Passion. (Fr. Michel). 

Jean de la suie. Petit ramo- 
neur. 

Jean foutre. Homme vil, gra- 
din fieffé. 

Jean-fesse. Avare, malhon- 
nête homme. — Le frère ju- 
meau de Jean foutre. 

Jean (Nu comme un petit 
saint). A peine vêtu de mauvai- 
ses guenilles, tout nu ; se dit 
surtout des enfants. — Faire 
son petit Saint-Jean, faire l'in- 
nocent, le niais. m 

Jean (Faire le saint). Se dé- V 

coiffer. C'est un signal convenu 
entre voleurs. Lorsqu'ils sont 
censés ne pas .se connaître, soit 
dans la rue, soit dans un lieu 
public, l'un d'eux fait le Saint' 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



217 



Jean, Traduction : Ne nous per- 
dons pas de vue; au travail, 
l'affaire est prête. 

Jeanne d'Arc pour le courage. 

Demoiselle à qui il manque pré- 
cisément ce qui a valu à Jeanne 
d'Arc son surnom. 

Jeannette. Rouet muni de 
plusieurs fuseaux, — dans le 
jargon des fileuses. Dans les 
filatures anglaises, ce rouet se 
nomme une Jenny, nom que lui 
a donné l'inventeur Thomas 
Highs. 

Jérusalem (Lettre de). Lettre 
écrite de prison. 

Jésus. Innocent, — dans le 
jargon des voleurs. 

Jésus. Jeune filou. — Tout 
jeune Ephestion de trottoir. 

Jeté (S'en être). Etre soûl. — 
Mot à mot: s'être jeté du liquide 
dans l'estomac. 

Jeter de la grille. Requérir, 
au nom de la loi, contre l'ac- 
cusé. Après le discours du mi- 
nistère public, les voleurs di- 
sent : Le client m'a jeté de la 
grille ; c'est-à-dire a jeté sur moi 
de la grille de prison. 

Jeter un coup de. Aller à. 
Mot à mot : jeter un coup de 
pied jusqu'à. — {Jargon des ou- 
vriers.) — Jeter un coup de Ver- 
sailles, un coup de Cherbourg, 
aller jusqu'à Versailles, jusqu'à 
Cherbourg. 

Jeu (Vieux). Vieille école, 
ancien régime, vieux système. 
— L'écrivain qui emploie dans 
un livre des moyens usés, des 
rengaines pour charmer ses lec- 
teurs : vieux jeu. — L'auteur 
dramatique dont les procédés 
scéniques, le dialogue rappel- 



lent soit l'exagération des ro- 
mantiques, soit la monotonie 
des classiques : vieux jeu. — 
L'avocat, l'orateur qui effeuille 
à la barre, à la tribune, les 
vieilles fleurs desséchées de la 
rhétorique, celui qui dit : « Nos 
modernes Hétaïres, le vaisseau 
de l'Etat conduit par d'habiles 
pilotes, l'honorable organe du 
ministère public, l'hydre de l'a- 
narchie ose relever la tête... » 
vieux jeu. — Celui qui appelle 
sa femme « sa moitié » ; celui 
qui, en quittant un ami, le prie 
de <( mettre ses respectueux 
hommages aux pieds de ma- 
dame » ; vieux jeu, vieux jeu. 

Jeu de dominos. Denture. Un 
jeu de dominos complet, bouche 
à laquelle pas une dent ne 
manque. 

Jeu (Le grand). Dans le voca- 
bulaire des filles signifie l'usage 
des condiments les plus épicés 
que Vénus garde pour le ser- 
vice des débauchés blasés; terme 
emprunté aux tireuses de cartes. 

Jeune-France. Variété du 
bousingot, — C'était un bousin- 
got fatal, à tout poil, à tout 
crin. Il y eut des subdivisions 
et des variétés du Jeune-France 
à l'infini ; depuis le Jeune-France 
blasé, jusqu'au Jeune-France éti- 
que, le saint Jean -Baptiste pré- 
curseur du petit-crevé de nos 
jours. 

Jeune homme. Mesure de vin 
de la capacité de quatre litres. 
Avoir son jeune homme, son petit 
jeune homme, être ivre, d'après 
l'opinion des personnes qui pen- 
sent qu'il ne faut pas moins de 
quatre litres de vin pour griser 
un homme, voire même une 

13 



218 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



femme. — L'expression s'appli- 
que souvent en parlant d'une 
femme légèrement prise de vin 
et que le vin rend tendre, ex- 
pansive comme si elle avait en 
tête un petit jeune homme 
idéal; d'après l'opinion des gens 
qui ne sont pas ennemis d'une 
douce poésie. 

Jeunesse. Jeune fille. 

Job. Niais, dupe. C'est jobard 
par apocope. — Se monter le job, 
se monter la tête, l'imagination. 
Une femme dit d'un homme 
qui prétend être aimé pour lui- 
même qu'il se monte joliment le 
job. 

Jobarder. Duper, mystifier, 
rire aux dépens de. 

Jobarderie, Joberie. Niaise- 
rie, bêtise. 

Jonc. Or, — dans l'argot des 
voleurs. En terme d'orfèvre c'est 
un anneau d'or, une bague sans 
chaton. 

Joncher. Dorer, — dans l'an- 
cien argot. 

Joncherie. Duperie, men- 
songe. 

Joncs (Etre sur les). Etre en 
prison. 

Jordonne (Monsieur, Mada- 
me). Homme, femme qui a la 
manie de donner des ordres à 
tout propos et surtout mal à 
propos. 

Jome. Jour. 

José. Billet de banque; apo- 
cope de Joseph, mot à mot : pa- 
pier Joseph. 

Joseph (Faire son). Jouer au 
naturel, soit par timidité, soit 
pour toute autre raison, le rôle 
du Joseph biblique et pudibond 



j à l'endroit de la belle Zuloïska. 
— Se faire prier pour faire une 
chose. — Refuser. — « Allonsl 
\ encore un verre de ce bon vin ! — 
I Non vraiment, fen ai assez. — 
i Ne fais donc yas ton Joseph. » 

Jouer (En). Connaître, savoir 
faire une chose. — « Passez-moi 
le poulet pour que je le découpe, 
je sais comment on en joue. — 
Est-il fort sur les mathémati- 
ques? — Tl en joue très bien. » 

Jouer de. Avoir de l'influence 
sur l'esprit de quelqu'un, savoir 
prendre quelqu'un par son côté 
faible. Mot à mot : jouer de lui 
comme d'un instrumentqui nous 
est familier. — « En voilà une 
i qui peut se vanter de jouer des 
I hommes, comme il faut ! » 

Jouer du pouce. Dépenser de 
' l'argent. {Dict. comique.) Comp- 
' ter de l'argent à quelqu'un. 
Joues (Se faire des). Manger 
avec appétit, engraisser. 

Journée (Avoir fait sa). Avoir 
gagné l'argent nécessaire aux 
dépenses de la journée, — dans 
le jargon des filles. 

Jouste. Près, — dans l'ancien 
argot. 

Joyeux. Surnom des zéphirs, 
soldats du bataillon d'Afrique. 

Judacer, Judaïser. Tromper, 
trahir, dénoncer. 

Judasserie. Dénonciation; 
fausse démonstration d'amitié. 

Judas (Le point de). Le nom- 
bre treize. 

Judée (La petite). La préfec- 
ture de police. 

Juge de paix. Bâton. — Tour 
niquet de marchand de vin oîi 
se jouent les consommations. 



DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE. 



219 



Jugeotte. Bon sens ; jugement 
sain. 

Juguler. Agacer, ennuyer, 
horripiler. — « Toi, monsieur le 
difficile, si ça te jugule, tu peux 
t'en aller. » (E. Scribe, L'Hon- 
neur de ma fille.) « Vos invec- 
tives commencent à me jugu- 
ler. )) (Dumersan et Varin, les 
Saltimbanques.) — Jugulant, aga- 
çant. 

Juif. Usurier; avare. 

Jules. Pot de chambre; tinette, 
latrines portatives des troupiers. 
Jules a remplacé le vieux Tho- 
mas, source d'éternelles plai- 
santeries. Jules est plus nouveau. 
On dit au régiment passer la 
jambe à Jules ou pincer l'oreille 
à Jules lorsqu'on est de corvée 
pour vider les tinettes. 

Jumelles. Continuation du 
dos. 

Juponnier. Celui qui aime les 
femmes, le jupon. 

Jupière, Jupasse. Couturière 
qui fait les jupes des robes. 

Jus. Élégance, — dans le jar- 
gon des gommeux qui ont voulu 
donner un pendant au mot chic. 
(V. Juteuse.) 

Jus de baromètre. Mercure. 
« Te n' sens pas toi-même l' jus 
de baromètre, hé non, c'est qu' 
je tousse. » (Le Nouveau Vadé.) 

Jus de navet dans les veines 
(Avoir du). Manquer d'énergie. 
Variante : Avoir du sirop d'or- 
geat dans les veines. 



Jus de chique. Café, — dans 
le jargon des troupiers. Allusion 
à la couleur du café. La va- 
riante est : Jus de chapeau, à 
cause de la couleur foncée de la 
transpiration mihtaire. 

Jus de bâton. Coups de bâ- 
ton. 

Jus de réglisse. Nègre. 

Jus (Coup de). Mot à mot : 
coup de jus de raisin. « J'aime 
mieux aller chez la mère àMon- 
treuil...* et je me collerai un 
coup de jus. » (A. Bouvier, la 
Lanterne du 19 juillet 1877.) 

Jusqu'au boutien (Journal). 

Journal qui a soutenu la politi- 
que du maréchal deMac-Mahon 
après la dissolution de l'Assem- 
blée nationale en juin 1877. — 
Allusion à la phrase qui figurait 
dans l'ordre du jour adressé par 
le Maréchal à l'armée, le 9 juil- 
let suivant : « J'irai jusqu'au 
bout. » — « Les journaux jus- 
qu'au boutiens affirment avec 
ensemble que, etc. » {La France 
du 10 août 1877.) 

Juste (La). Cour d'assises. 
Abréviation de « la justice. » 

Juteuse. Femme élégante, 
femme qui a du chic^ — dans le 
jargon des gommeux. C'est celle 
oui semble toute rempHe du jus 
de la distinction. Le mot est 
bienvenu et semble être appelé 
à un bel avenir. Nous en avons 
trouvé un exemple dans un nu- 
méro de la Vie moderne, luin 
1880. 



220 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Képi (Veux-tu mon, Apos- 
trophe à l'adresse du soldat qui, 
dans la chambrée, a fait enten- 
dre un bruit insolite. 

Kif-Kif. Quif-Quif. Égal, pa- 
reil. — C'est kif-kiff c'est la 
même chose. — « Le Réveillon 
et les rois, ce n'est pas le moins 
du monde kif-ldf. >> {Le Père 
DMc/iéne, janvier 1879.) — «Bon! 



qu' ça y a coupé le sifflet, qu' ça 
l'a fait taire, c'est quif-quif. » 
(Hennique, La Dévouée.) 

Kilo. Litre de vin. 

Kilo. Dernière manifestation 
d'un copieux repas. Poser un kilo. 

Kilo. Faux chignon. « Attends 
que j'aie mis mon kilo. — Tiens 1 
voilà mon kilo qui s'en va. » (N. 
Roqueplan.) 



L. Lettre que les bouchers, 
dans leur jargon, -substituent à 
la première de chaque mot com- 
mençant par une consonne, tan- 
dis qu'ils rejettent celle-ci à la 
fin en l'accompagnant des dé- 
sinences em, é, lem,sem, uche, 
fum. Exemple : Louchébem, bou- 
cher. — Linvé loussem, vingt 
sous. — Loucharmuche, mou- 
chard. — Louave^ saoul. — Lé- 
sélemfum, fille publique. — D'au- 
tres fois, ils placent le mot lésé 
entre deux autres comme dans : 
linvé lésé loussem, vingt sous; 
linvé lésé lousdré, vingt francs. 

Labago. Là-bas. 

Là-bas. Prison. — Prison de 
Saint-Lazare que les filles ap- 
pellent encore : La campagne. — 
Revenir de la campagne, revenir 
de Saint-Lazare. 

Lacets (Marchand de). Gen- 



darme à la poursuite d'un vo- 
leur, — dans l'ancien argot. 

Lâchage. Abandon. 

Lâche (Saint). Grand pares- 
seux. 

Lâcher. Sortir un objet, exhi- 
ber. — Lâcher le tuyau depoêle, 
lâcher le sifflet d'ébène. 

Lâcher. Quitter, abandonner. 
— «Voilà les femmes!... ça vous 
lâche dans le malheur. » (Du- 
manoir et d'Ennery, Les Drames 
du cabaret, 1864.) — Lâcher le 
coude, laisser tranquille. On dit 
•• :i ' -^'im qui vous ennuie : 
Làcitt-inui le coude. — Lâcher 
comme un pet, abandonner sans 
vergogne, à f improviste, — dans 
le jargon du peuple. — Lâcher 
la rampe, mourir. — Lâcher le 
paquet, faire des aveux. — Lâ- 
\ cher de V argent, payer. — Lâcher 



I 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



221 



l'écluse^ uriner. — En lâcher un, 
sacrifier à crepitus. 

Lâcher (Se). Produire en so- 
ciélé un bruit trop personnel; 
donner le jour à une émanation 
trop intime. 

Lâcher de (Se). Faire de la 
dépense, faire acte de généro- 
sité, oiïrir quelque chose. Je me 
lâche de deux consommations. — 
Je me lâche de cinq francs. 

Lâcheur, Lâcheuse. Homme, 
femme sur qui l'on ne peut 
compter. — « Cet admirable lâ- 
cheur qu'on appelle l'Angle- 
terre. » (La France, du 8 juin 
1878.) — Mauvais, mauvaise ca- 
marade. — Celui, celle qui ne 
prend pas la défense d'un ami 
dont on dit du mal. 

Lâcheur. Homme qui n'est 
pas partisan des liaisons amou- 
reuses de longue durée. « Méfie- 
toi, Nini, c'est mon lâcheur de 
la semaine dernière. » (Grévin.) 
« Tous les maris sont des lâ- 
cheurs. )) (ClairvilleetSiraudin, 
Le Mot de la fin.) 

Lâcheur. « On appelle ainsi 
les pilotes qui se chargent de 
conduire les bateaux depuis 
Bercy jusqu'au Gros-Caillou, en 
leur faisant traverser tous les 
ponts de Paris. » (E. de La Bé- 
doUière.) 

Lâchez la commande. Mot à 

mot : lâchez le fil commandé, 
en terme de machiniste. C'est, 
au théâtre, l'ordre d'allumer le 
lustre. « Un machiniste est sur 
le théâtre; il crie : lâchez la 
commande... A cet ordre, un fil 
descend du cintre; on y attache 
une herse à gaz, et, à un nouvel 
ordre, la herse remonte. » (Ch. 
de Boigne.J 



Lacorbine. Surnom que se 
donnent entre eux lesEphestions 
de trottoir; nom sous lequel les 
désignent généralement les ins- 
pecteurs du service des mœurs. 
C'est une déformation du mot 
« la courbée •». 

Lacromuche. Souteneur de 
filles. C'est le mot macro « ma- 
quereau » par substitution de L 
à M et dotation de la désinence 
ari,otiqLie muche. Dans l'argot 
des bals de la barrière du Trône, 
la plupart très poissonneux, la- 
cromwc/ie sert à désigner un «gar- 
çon », un « jeune homme » quel- 
conque. 

Lago. Ici, — dans le jargon 
des voleurs. 

Lago (Saint). La prison de 
Saint-Lazare. 

Lagout. Eau, — dans Tancien 
argot. 

Laigre. Fête, foire. 

Laine. Drap, — dans le jar- 
gon des tailleurs. Avoir de la 
laine, avoir de l'ouvrage. 

Laine. Mouton. 

Laisser pisser le mérinos. Sa- 
voir attendre le moment favo- 
rable. Attendre patiemment le 
résultat d'une affaire. 

Lait à broder. Encre, — dans 
le jargon des voleurs. 

Lait des vieillards. Vin, s'il 
faut en croire les vieux ivrognes. 

Laïus (Sécher le). Ne pas se 
donner la peine de faire le dis- 
cours dont le sujet a été donné 
par le professeur, — dans le jar- 
gon des Ecoles. 

Lambert (Ohé) ! As-tu vu 
Lambert? Apostrophe, cri, scie 
qui s'est produit pour la pre- 



222 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



mière fois le 15 août 1864, le 
jour de la fête de Napoléon III. 
Du bout d'une rue à l'autre, sur 
les impériales des omnibus, dans 
les gares, dans les wagons, on 
n'entendait que le cri de : Ohé 
Lambert ! As-tu vu Lambert? Cela. 
dura trois ou quatre mois. De- 
puis on a passé à d'autres exer- 
cices. — Etymologie : Une fem- 
me de la campagne, venue à Pa- 
ns pour la fête du 15 août, per- 
dit ou égara, au débarcadère du 
chemin de fer de l'Ouest, son 
mari qui s'appelait Lambert; et, 
pendant plus d'un quart d'heure, 
on entendit cette épouse éplorée 
demander à tous les échos : 
« Lambert! » Les détracteurs 
de l'Empire prétendirent que le 
mot était un mot d'ordre venu 
de la rue de Jérusalem, et mis 
en circulation par la police, à la 
seule fin de distraire le peuple 
des idées politiques, dont on 
trouvait, aux Tuileries, qu'il s'oc- 
cupait un peu trop. 

Lame (Vieille). Terme d'ami- 
tié entre anciens militaires. 

Lamine. Le Mans,— dans l'an- 
cien argot. 

Lampas. Gosier, gosier d'ivro- 
gne dont la vocation est de 
lamper. 

Lampe (Il n'y a plus d'huile 
dans la). Il est bien près de la 
mort, il n'a plus de forces. Il 
s'éteint comme une lampe, à la- 
quelle l'huile manque. 

Lampe-à-mort. Ivrogne en- 
durci, ivrogne que rien ne peut 
désaltérer. 

Lampion. Bouteille. — n M. 
— Chapeau. — Sergent ('u -llo. 

Lance. Eau. — Balai. Lancier 
du préfetf balayeur, cantonnier. 



Lancé. Légèrement pris de 
vin. 

Lanceqniner, Lansquiner. 

Pleuvoir. — Pleurer. — Uriner. 

Lancer son prospectus. Jouer 
de la prunelle, faire entrevoir 
sous le feu des prunelles tout un 
monde de voluptés, — dans le 
jargon des filles. 

Lancer une femme. Produire 
une femme dans le monde oh 
l'on s'amuse. La lancer sur le 
chemin de la fortune, la mettre 
à la mode. Les gffmdins pronon- 
çaient et les gommeux pronon- 
cent : Je la lince. Une femme 
^lancée est une femme qui occupe 
un certain rang dans la prosti- 
tution dorée, un des premiers 
sujets du monde galant. « Bien- 
tôt on la fêtera, on viendra ver- 
ser à ses pieds les richesses du 
Potose; on l'habillera de soie, 
on emplumera son chapeau... 
Alors elle sera lancée. » (Les 
Filles d'Hérodiade, 1845.) 

Landau. Hotte de chiffonnier. 

Landau à baleines. Parapluie. 
— « Comme si une poupée et 
un landau à baleines c'était 
pas la même chose 1 Tous les 
deux se retournent et vous lâ- 
chent quand il fait mauvais. » 
(Huysmans, Marthe.) 

Landier. Préposé de l'octroi. 

Landière. Boutique foraine. 
En souvenir de la célèbre foire 
du landit qui se tenait à Saint- 
Denis. 

Landrenx. Infirme, — dans 
l'ancien argot. 

Langue verte. Argot des tri- 
cheurs, langue irrégulière, bas 
langage. Tantôt verte coirime 
une pomme au mois d'août, 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



223 



tantôt verte comme un gibier 
trop faisandé. 

Langue fourrée. Allusion li- 
bertine au coup fourré de l'es- 
crime et appliquée au langage 
de l'amour. En latin, lingua du- 
plex^ id est quum in basiis lingua 
linguœ promiscetur. 

Lansq. Lansquenet, nom d'un 

jeu de cartes. 

Lansquine. Pluie. « Quand je 
vois ces pauvres diables sans 
turbin... s'en aller sous la lans- 
quine. » {Le Sans-cvlotte, 4878.) 

Lanterne (Vieille). Femme 
galante qui a gagné ses invali- 
des. 

Lanterne (Radouber la). Ba- 
varder. 

Lantimèche. Nom d'amitié, 
sobriquet tout intime. — Père 
Lantimèche, mère Lantimèche. — 
Les concierges des deux sexes 
se donnent volontiers entre eux 
« du Lantimèche ». 

Lantiponner. Parler pour ne 

rien dire. 

Lapin (Fameux). Courageux. 
— Lapin ferré, gendarme. 

Lapin. Voyageur, — dans le 
jargon des conducteurs d'omni- 
bus. — En lapin, placé sur le 
siège d'une voiture, à côté du 
cocher. 

Lapin (Etouffer un). Ne pas 
sonner une place, — dans le 
iargon des conducteurs d'omni- 
bus, lorsqu'il leur arrive de 
frustrer leur administration de 
trente centimes. 

Lapin (Coller un). Abuser de 
la confiance d'une femme qui 
vend l'amour tout fait, en ou- 
bliant de la rémunérer. 



Larbin. Domestique. « Nous 
avons perdu le domestique, 
nous avons créé le larbin. Le 
larbin est ai\ domestique ce que 
le cabotin est au comédien. » 
(N. Roqueplan.) — Le mot avait 
primitivement le sens de men- 
diant. C'est ainsi qu'il est ex- 
plique dans le glossaire d'argot 
des Mémoires d'un forçat oxm Y i- 
docq dévoilé». — D'ailleurs les 
domestiques se livrent plus ou 
moins à la mendicité vis-à-vis 
de leurs maîtres. 

Larbin, Larbin savonné. Valet 

d'un jeu de cartes. — Quatorze 
de tyrans et trois larbins. 

Larbine. Servante, bonne à 
tout faire. 

Larbinerie. Domesticité. 

Larcotier. Luxurieux, — dans 
l'ancien argot. 

Lard. Graisse humaine. Per- 
dre S071 lard, maigrir. 
Lard (Couenne de). Brosse. 

Lardé aux pommes. Raçoût 
de pommes de terre au lard. — 
Un lardé aux pommes, une por- 
tion de pommes de terre au 
lard. — « Au prix où sont les 
lardés aux pommes aux trente 
neuf marmites. » {Tam-Tam, 
du 6 juin 4880.) 

Larder. Donner un coup d'é- 
pée, un coup de couteau. 

Lardoire. Ëpée. 

Large (Du). Partez; cédez la 
place. 

Large (Ne pas la mener). 
Avoir peur, n'être pas rassuré. 
Large des épaules, large du cul, 
avare. 

Largue. Femme. — Largue 
en vidange, femme en couches. 



224 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



(Colombey.) — Largue d'altéque, 
jeune femme. Largue en panne, 
femme abandonnée. 

Larguepé. Prostituée, — dans 
le jargon des voleurs. 

Lartin. Mendiant, — dans 
l'ancien argot. 

Larton, Lartif. Pain, — dans 
l'ancien argot. 

Lartonnier. Boulanger. 

Las de chier (Grand). Grand 
efflanqué, grand molasse, — 
dans le jargon des voyous. C'est 
l'équivalent moderne de l'an- 
cien las-d'aller. 

« Ce rongneux las-d'aller se frottait à mes 
[bas. » 
(Régnier, Satire x.) 

Lascailler. Uriner, — dans le 
jargon des voleurs. 

Lascar. Soldat qui a long- 
temps servi, soldat qui connaît 
toutes les ficelles du métier. — 
« Ah! le lascar! se dit Max, il 
est de première force, je suis 
perdu. » (Balzac, TJn Ménage de 
garçon.) 

Latin. Argot, — dans le jar- 
gon des voleurs. — Le petit dic- 
tionnaire d'argot (Paris, 1827, 
imprimé chez Guiraudet) porte 
en sous-titre « latin-français », 
c'est-à-dire argot-français. 

Latte. Sabre de cavalerie. — 
Sabre droit des dragons, — 
dans l'argot du régiment. 

Lattife. Linge blanc, — dans 
le jargon des voleurs. 

Laumir. Perdre, — dans l'an- 
cien argot. 

Laure. Maison de prostitu- 
tion, — dans l'ancien argot; du 
bas latin, laura^ monastère. 

Lavabe. Contre-marque ache- 



tée pendant un entr'acte ou 
donnée par un spectateur qui 
va voir chez lui la suite du spec- 
tacle. — Billet à prix réduit. 

Lavage. Vente pour cause de 
misère. 

Lavasse. Soupe ordinaire, — 
dans le jargon des prisons. La- 
vasse sénatoriale, lavasse minis- 
térielle, soupe grasse. Lavasse 
présidentielle,soupGénoYmémcni 
grasse; mot très rarement em- 
ployé, et pour cause. 

Lavement. Adjudant, — en 
style de régiment. Le mot se 
renverse. C'est pourquoi, à l'in- 
firmerie, les lavements ont reçu 
le nom « d'adjudants ». — Laisse- 
moi vite passer, j'ai un adjudant 
dans le ventre. 

Lavement. Ennuyeux person- 
nage, rabâcheur, tannant. — 
Pressé comme un lavement, très 
pressé, allusion au lavement qui, 
une fois absorbé, n'aime pas à 
rester longtemps en place. 

Laver. Vendre pour cause de 
misère ou de gône momenta- 
née. « Ma foi ! l'avais une ma- 
rine de je ne sais plus qui, je la 
décroche, je la fourre dans mon 
châle; et je pars laver ça. » 
(Ed. et J. de Concourt.) 

Laver les pieds (Se). Aller à 
Cayenne aux frais de l'Etat. Les 
voleurs disaient, dans le même 
sens, il y a quelques années : 
Prendre un bain de pieds. 

Lavette. Langue. — Laveter^ 
bavarder. — Laveteur, bavard. 

Lavoir. Confessionnal. On y 
fait la lessive de la conscience', 
plus noire, souvent, que le linge 
le plus sale. 

Lavoir public. Journal, — 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



dans le jargon des filles. « Nous 
ne sommes pas venues ici pour 
nous engueuler à propos de ces 
lavoirs publics. » (H. de Lynol, 
Encore une industrie inconnue, 
1860.) 

Lazagne. Lettre, — dans le 
jargon des voleurs. Balanceur 
de lazagnes, écrivain public. 

Le, La, Les. Articles que mes- 
sieurs les maîtres d'hôtel des 
maisons qui se respectent — 
s'inspirant des traditions de la 
Régence, — ne manquent ja- 
mais de placer avant le nom de 
chaque plat porté sur le ma- 
nuscrit gastronomique , vuJgo 
menu. Amsi ce sera : Le potage 
velours, les filets de sole à la 
Joinville, la poularde truffée, 
les asperges en branche, la tim- 
bale de Bontoux. C'est-à-dire : 
le merveilleux potage, les ad- 
mirables filets, la succulente 
poularde, les énormes asper- 
ges, la sans pareille timbale. 

Lèche-cul. Adulateur sans ver- 
gogne, bas flatteur. 

Lèche-curé. Bigot, bigote, — 
cans le jargon du peuple.. 

Léchée (Peinture). Tableau 
peint à petits pinceaux, d'une 
manière minutieuse. 

Lécher le grouin. Embrasser. 
{Dict. comique.) Aujourd'hui Von 
dit plus fréquemment : sucer, se 
sucer le caillou. 

Lécheur, Lécheuse. Celui, 

celle qui, à tout bout de champ, 
trouve moyen d'embrasser. Ce- 
lui, celle qui se fond en cares- 
ses. 

Légitime. Pour femme légi- 
time. — Qu'est-ce qu'a vu ma 
légitime f 



225 



Légumier. Cuisinier chargé 
du département des légumes, 
dans un grand restaurant. « La 
truffe n'est pas de son domaine ; 
elle appartient en propre au 
grand chef, qui la distribue 
d'après les Ijesoins... et la suit 
de l'œil. » (Eug. Chavette, Res- 
taurateurs et restaurés, 1867.) 

Léon. Président de Cour d'as- 
sises, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Lesbienne. Femme qui suit 
les errements de Sapho; celle 
qui cultive le genre de dépra- 
vation attribué à Sapho la Les- 
bienne. 

Lésée, Lésébombe. Fille pu- 
blique, — dans le jargon des 
voyous. — Les bouchers disent : 
lesélem ou lesélumfum, léséslem- 
fuch, en ajoutant lem, lumfum, 
ou lemfuch; fum et fuch sont 
pour fumelle, altération de fe- 
melle. — Lésébombe en "purée, 
fille publique mal mise, dans la 
misère. 

Lessive, lessivage. Vente pour 
cause de nécessité première, 
vente quand même. — Grosse 
perte d'argent. — Mauvaise 
opération financière. — Plai- 
doyer, — dans le jargon des 
voleurs. 

Lessive du Gascon. Propreté 
très superficielle. Un faux-col 
retourné, pas de chemise, et les 
mains à peine lavées, voilà la 
lessive du Gascon. 

Lessiveur. Avocat. C'est lui 
qui est chargé de laver le linge 
sale de l'accusé. 

Lest (Jeter son). Rejeter par 
en haut le lest de la nourri- 
ture, vulgo vomir. 

13. 



226 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Levage. Séduction facile et 
en coupe réglée. — Les filles 
font des levages dans les bals pu- 
blics à coups de cancan, les 
femmes g-alantes, au théâtre, à 
coups de lorgnette ; les grandes 
cocottes, au bois de Boulogne, 
à coups de huit-ressorts, sur la 
plage à coups de costume de 
naïades, à Monaco à coups de 
cartes. 

Lève-pieds. Echelle ; escalier. 

Levée. Arrestation de filles 
publiques; rafle opérée par la 
police sur les boulevards, dans 
les cafés, dans les hôtels garnis, 
chaque fois que le flot de la 
prostitution menace de monter 
trop haut. 

Lever. Séduire facilement. 
— Lever une femme. Ce mot, 
pris dans cette acception galante, 
remonte au siècle dernier. Nous 
en trouvons un premier exem- 
ple dans les Anecdotes sur la 
comtesse Dubarry, publiées en 
1776, Londres. « Le comte phi- 
losophe, (Lauraguais) ne pou- 
vant se passer d'une maîtresse, 
fut tout simplement lever une 
fille chez la Gourdan^ comme 
on va lever une pièce d'étolie 
chez un marchand. » 

Lever. Tromper, mentir pour 
obtenir un service. — Emprun- 
ter. — Lever quelqu'un de dix 
francs. — Etre levé, se faire le- 
ver, être trompé, être volé, se 
faire voler. — Pour une fille, 
être levée, se faire lever, c'est 
avoir séduit un homme, se faire 
suivre par un homme qui paraît 
animé des meilleures intentions, 
très animé. 

Lever. Prendre possession 
d'un titre, d'une valeur cotée à 



j la Bourse, en ternie de Bourse. 

— Lever cent Lyon-Méditerranée. 
I — « Levez-vous, madame? — 
I Non, monsieur, je préfère que 
I vous me reportiez n, dit une 
{ dame assise à un coulissier. [La 

Bourse, dessin par Lefils.) 

Lever la lettre. Prendre les 
lettres typographiques dans 
leurs casses respectives. — Ter- 
me de typographe. 

; Lever le bras. N'être pas con- 
' tent, — dans le jaVgon des ty- 
I pographes. 

Leveur. C'est le compère du 

! voleur à l'Américaine, celui qui 

est chargé de lever, c'est-à-dire 

de dénicher la dupe et de lier 

conversation avec elle. Le leveur 

I était autrefois désigné sous le 

I nom de jardinier. 

\ Leveur (Bon). Compositeur 
1 d'imprimerie qui lève vite la 
! lettre. 

Leveuse. « II y a parmi elles, 
j (les femmes des bals publics) 
une catégorie de femmes qu'on 
a flagellées de l'épithète de le- 
veuses. Pour celles-ci, le bal est 
un prolongement du trottoir. » 
{Ces dames du Casino, 1862.) 

Levure. Fuite. Pratiquer une 
\ levure, se sauver. 

Lézard. Mauvais camarade. — 
Paresseux. — Voleur de chiens. 

— Industriel qui spécule sur les 
récompenses promises pour res- 
titutions de chiens perdus. — • 
Faire le lézard, lézarder, ne rien 
faire. 



Léziner. Tricher; hésiter. — 

Lézine, tricherie. 

Libre (Etre). Dans le jargon 
des filles, c'est n'avoir contracté 



i 



rée et au delà. Liberté ! que de 
polissonneries on commet en 
ton nom ! 

Lice. Bas de soie. 

Lichade. Embrassade. — Bon 
repas, partie fine. 






DICTIONNAIRE d'ARGOT MODERNE. 227 

aucun engagement pour la soi- posées d'une syllabe ou d'un 

" mot de trois ou quatre lettres 
qu'il était possible de faire en- 
trer dans la ligne précédente 
en espaçant moins large. Les 
lignes étant comptées pleines, 
on conçoit l'intérêt du compo- 
siteur à n'avoir qu'un mot à 
Liche. Bombance. — Licher, ! mettre dans une ligne. (Typo- 
boire en fin connaisseur. | graphes parisiens, Boutmy.) 

Licheur, Licheuse. Bu- j Ligore. Cour d'assises. 

veur, buveuse. Gourmand, go ur- I Ligotage, Terme de police. 

mande. « Le ligotage enchaîne les mains 

Liège. Gendarme. (Colom- I au moyen d'une ficelle que l'on 

jjgy\ I serre savamment jusqu à ce que 

1*. ^ ,,. . , , i le sanff iaillisse. » (Procès de la 

Lignante. Vie; - vient de j 2^^^^,^„/ 27 ^anv. 1879, p/a*- 

ligne dite a de vie », une des ! ,^omede W Delattrc.) - «Tout 

plus importantes au point de i |g ^^^^^^^3 g^^t, depuis M. Jacob 

vue de la chiromancie. ; jusqu'au dernier employé de la 

Lignard. Soldat d'infanterie ^ préfecture, que les individus qui 

de ligne. | ne veulent pas avouer sont at- 

Lignard. Rédacteur de jour- j tachés et frappés jusqu'à ce 

nal payé à la Ugne. ! qu'ils aient avoué. » {Procès delà 

r:.^r,^A T-^r^^^vo^i,^ «i,o,.«A i Lanterne, déposition de M. Crou- 

de^^^ lozzi'""' ''''''' \ ^^ér '^ '^ '^'^^ '^ 

Lignard. Pêcheur à la ligne, î Ligotante! Ligotte. Corde, 
- dans le jargon des canotiers , ^^ ^^^-^^ ^^^^J^^ -higotter, lier, 
ue la beine. 1 » . ,, , .<., ▼ • . . 

,„.,,,, Ligotte de rifle, Ligotte ri- 

Ligne (Faire la). Aux heures ! fiarde. Camisole de force. Mot 
de la journée où les chentes 1 ^ mot : liens de feu, liens brA- 
sont rares, les commis en nou- jants. 
veautés se partagent, à tour de i t -li t -h a i -n 

rôle, la vente; c'est ce qu'ils i LiU^nge. La ville de Lille, 
appellent /"aire la ligne. Lillois. Fil, — dans l'ancien 

Ligne d'argent (Pêcher à la), ^^f? * ^ .-^ , -, 

Acheter du poisson après une .Limace. Prostituée du der- 
pêclie infructueuse. ^^^^ ordre. 

Ligne (Tirer a la). Allonger ! Limace, Lime. Chemise. — 
un article de purnal payé à I « En faisant son affaire sans 
tant la ligne. ' , limace on ne laisse pas de piè- 

T- /•n- t. • 1 \ r. 1 • ces à conviction près du mâcha 

Ligne (Pécheur a la . Celui | ^^ ^^ ^„ n'a pas de raisiné sui 



qui tire à la ligne en écrivant 
un article de journal. 

Lignes à voleur. Lignes com 



pas ae raisiné sur 
sa pelure. » (J. Richepin, l'Assos- 
sinnu.) — Limacier, chemisier; 
limacièref lingère. 



228 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Limande. Personne molle, 
onséquieuse, plate au moral. 

Limande (Faire la). Faire 
l'obséquieux, se mettre à plat 
ventre devant quelqu'un, s'apla- 
tir moralement. Allusion à la 
limande, poisson très plat. 

Lime sourde. Sournois. 

Limer. S'exprimer difficile- 
ment. — Rester longtemps sur 
un ouvrage. 

Limeur. Celui qui s'exprime 
avec difficulté. — Lent au tra- 
vail. 

Limonade. Gilet de tlanelle, 
— dans le jargon des voyous. 
C'est un dérivé de lime, qui 
veut dire chemise. 

Limonade. Eau, — dans le 
jargon des ivrognes. — Se pla- 
quer dans la limonade, se jeter 
à l'eau. 

Limonade de Linspré. Cham- 
pagne, — dans le jargon des 
voleurs. C'est mot à mot : li- 
monade de prince. 

Limonade (Tomber dans la). 
Faire de mauvaises affaires; se 
ruiner. 

Limonadier de postérieurs. 

Apothicaire. (Le Nouveau Vadé, 
1824.) 

Limousin. Maçon, gâcheur de 
plâtre. 

Limousine. Plomb en feuille; 
toit en plomb. 

Limousineur. Voleur de 
plomb en feuille, de toitures en 
plomb. 

Linge. Elégante fille publi- 
q[ue. 

Linge à règles. Personne 
d*une malpropreté révoltante. 



— dans le jargon des voyous. 

Linge convenable. Femme 

dont le souteneur n'a qu'à se 
louer. Mot à mot : linge, femme 
qui convient. — Se payer un 
linge convenable, devenir le Des- 
grieux d'une élégante Manon. 

Linge lavé (Avoir son). Etre 
arrêté, — dans le jargon des 
voleurs. C'est la variante : d'être 
propre. 

Linge (Etre). Porter du linge 
blanc: avoir une chemise blan- 
che. 

Lingre. Couteau. Mot à mot : 
couteau de Lingres, pour Lan- 
gres, patrie de la coutellerie 
française. — Lingrerie, coutel- 
lerie. — Lingriot, petit couteau, 
canif. 

Lingrer. Donner des coups de 
couteau. 

Lingue. Couteau. C'est la for- 
me moderne de lingre. Jouer du 
lingue. 

Linspré. Prince, — dans le 
jargon des voleurs. — Mot re- 
tourné. 

Linvé. Un franc, vingt sous, — 
dans le jargon des voyous, par 
abréviation de linvé loussem; 
emprunté au jargon des bou- 
chers. Déformation argotique 
en vé et lem. 

Lion. Elégant (1840). — Lion, 
lionne du jour, homme, femme 
à la mode; célébrité éphémère. 

Lipète. Prostituée portée sur 
sa bouche. 

Lipette, Limousinant. Maçon 
qui pose les moellons et fait les 
murs. 

Liquette. Chemise. — Décar- 
rer le centre des liquettes^ dé- 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



229 



I 



marquer du linge. Mot à mot : 
faire sortir le nom des cher^ises. 

Liquid. Liquidation, — en 
terme de Bourse. 

Liquide. Toutes sortes de 
boissons, l'eau exceptée, — dans 
le jargon des ivrognes. 

Lisette. Gilet long; gilet de 
cocher. 

Lit à coups de poing (Faire 
un, expédier un). Faire un lit 
à la hâte sans retourner les 
matelas. On dit également 
« faire un lit à Vanglaise ». 

Litrer. Posséder, avoir, — 
dans l'ancien argot. 

Litron. Litre (jui n'a pas la 
taille réglementaire. 

Litronner. Boire du vin au 
litre. 

Litronneur. Buveur qui a un 
faible pour le vin au litre. 

Livre des quatre rois. Jeu de 

cartes! (F. Michel.) 

Livre rouge. Registre du dis- 
pensaire, — dans le jargon des 
filles. 

Locandier. Voleur qui opère 
en visitant les appartements à 
louer. Sous prétexte de visiter 
un appartement, le locandier 
dérobe tout ce qu'il peut, prend 
l'empreinte des serrures, exa- 
mine la place où il travaillera 
plus tard; de l'italien locanda, 
maison. 

Locatis. Habit en location; 
cheval de louage; voiture au 
mois et en général tous les effets 
mobiliers ou autres qu'on loue 
à la journée ou au mois. 

Loche. Oreille. — Locher^ 
écouter, entendre. 



Loche (Mou comme une)* 

Flegmatique, sans énergie; par 
altération de mou comme une 
loque. 

Locher. N'être pas d'aplomb, 
menacer de tomber; c'est clo- 
cher en supprimant le G. 

Locomotive (Fumer comme 
une). Fumer beaucoup et très 
vite, — dans le jargon des fu- 
meurs. 

Loffe, Loffiat. Niais, bêta. 

Loffe. Spectateur , — dans 
l'ancien argot des comédiens; 
c'est-à-dire imbécile, naïf. Le 
mot est emprunté à l'argot des 
voleurs. 

Loffitude. Bêtise, naïveté. — 
Bonisseur de lof'fitudes^ pitre, 
charlatan. Mot à mot, diseur de 
bêtises. 

Long. Niais, dupe, — dans 
l'ancien argot; mot à mot: 
long à comprendre. 

Long du mur (Blanchi le). Se 
dit d'un employé, d'un domes- 
tique, qui n'est'pas blanchi aux 
frais de son patron, aux frais 
de son maître. L'employé de 
commerce qui n'est ni nourri 
ni blanchi chez son patron, dit 
qu'il est nourri de Vair du temps 
et blanchi le long du mur. 

Longe. Année, an. — Tirer 
une longe f faire un an de prison. 

Longuette de trèfle. Tabac à 
chiquer, tabac en ficelle. 

Longchamp. Cour réservée 
aux latrines de l'École Poly- 
technique. 

Loques. Boutons de culottes 
avec lesquels, faute de sous, 
jouent les gamins. — Boutons 
qui, à la rigueur, servent de 



230 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



marques aux joueurs de loto. 

Lorcefé. La Force. (Ancienne 
prison de Paris.) 

Lordant, Lourdier,Lourdière. 

Portier, portière. 

Lorette. Femme galante, 
femme entretenue. M. Prud- 
homme l'appelle « la moderne 
hétaïre ». Le mot a été créé 
en 1840 par Nestor Roqueplan. 
« Comme Vénus aphrodite de 
l'écume des ilôts, la lorette était 
née de la buée des plâtres mal- 
sains, là-haut, dans les quartiers 
bâtis en torchis élégants, la pe- 
tite Pologne des femmes. Ro- 
queplan s'était fait son parrain; ; 
Balzac son historien; Gavarni | 
sa marchande de mots et de i 
modes. » [Les Mémoires du bal 1 
Mabille.) « Qu'est-ce que la lo- | 
rette? G'est la loi du divorce ; 
rétablie, et, pour plus d'un mari, 
je le dis avec tristesse, la pa- ; 
tience du mariage... La lorette 
n'est ni fille, ni femme, à pro- , 
prement parler. C'est une pro- i 
fession, c'est une boutique. » ! 
(Eug. Pelletan, La nouvelle Ba- \ 
hylone.) « Elle a un père à qui i 
elle dit: Adieu papa; tu vien- 
dras frotter chez moi dimanche. 
— Elle a une mère qui prend 
son café quotidien sur un poêle 
en fonte. » (Ed. et J. de Gon- ! 
court.) « Il y a mille et une ma- i 
nières, en apparence, de deve- ! 
nir lorette, mais au fond c'est ! 
la même. Une pauvre fille qu.e } 
l'on vend, une pauvre fille que ; 
l'on trompe. » [Paris-Lorette.) \ 
« Une lorette , parlant d'un en- j 
treteneur pour lequel elle a du ! 
goût, dit : « Mon homme » ; : 
l'entreteneur qu'elle considère | 
et respecte est son monsieur; i 
quant à l'entreteneur pur et l 



simple, quoi qu'il fasse, et quoi 
qu'il donne, il n'est jamais qu'un 
mw/îe. » {Idem.) « Aujourd'hui les 
lorettes célèbres de 1840 ont 

• vieilh. Elles comptent leur dé- 
! pense avec leurs cuisinières, 
: prennent l'omnibus quand il 
j pleut, et élèvent des oiseaux. 
j La lorette pure est maintenant 
j un type évanoui, une race dis- 
1 parue. » [Paris à vol de canard.) 

! Lorgne. Borgne; avec chan- 
I gement de la première lettre; 
I et la variante lorgnebé, — dans 
; le jargon des bouchers. 

j Lorgne. As, — dans le jargon 

j des voleurs. C'est-à-dire borgne. 
I L'as est une carte borgne , 

• n'ayant qu'un point au milieu. 
; Les ouvriers disent « borgne » 
j pour désigner un as. — Quatorze 

de borgnes, quatorze d'as. M. Fr. 
Michel donne lorgue; ce doit 
être une faute d'impression. 

Lorquet. Sou, — dans le jar- 
gon des voyous; emprunté à 
celui des bouchers. 

Lou. Pièce manquée, ouvrage 
abîmé, en terme d'ouvrier du 
fer. — En terme de théâtre, un 
lou on loup signifie froid, pour 
froid de loup, et sert à désigner 
un très court intervalle de temps 
pendant lequel, contre toutes 
les règles de l'art dramatique, 
la scène reste vide; ce qui jette 
un froid. « Pendant que je vais 
m'habiller, pour éviter un petit 
froid, ce qu'au théâtre nous 
appelons un lou. » (Clairville et 
Siraudin.) 

Lou (Faire un). Louter une 
pièce. Rendre une pièce im- 
propre à sa destination. Terme 
des ouvriers du fer. 

Louave. Soûl, — dans le jar- 



DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE. 



231 



gon des bouchers. En substi- 
tuant, comme dans la plupart 
des mots de leur jargon, L à la 
première lettre et ajoutant la 
désinence ave. 

Louave (Faire un). Voler un 
ivrogne, — dans le jargon des 
voleurs qui prennent leur bien 
un peu partout. 

Loubion. Bonnet. — Loubion- 
nier, loubionnière , marchand, 
marchande de bonnets. — Mer- 
cier, mercière. 

Louche. Main; par allusion à 
la cuiller à potage dite «louche ». 

Louche (La). La police, — 
dans le jargon des voleurs. — 
La louche renifle, la police tient 
la piste. 

Loucher (Faire). Gêner, em- 
barrasser. — Faire envie, don- 
ner le désir de. — On dit vul- 
gairement de quelqu'un qui 
regarde beaucoup une femme, 
qu'elle le fait loucher. — Une 
chose que Ton désire, dont on 
a envie, fait loucher. 

Louchon, Louchonne. Hom- 
me, femme qui louche. 

Louffe, Lousse. Pet taciturne. 

Louffiat. Mal appris, grossier 
personnage. 

Loufoque. Fou, — dans l'ar- 
got des voleurs ; en remplaçant, 
comme dans le jargon des bou- 
chers, la première lettre par un 
L, et rejetant l'F à la fin avec 
addition de la désinence oque. 
— « Non, c'est pas le père Du- 
chène qui est loufoque, c'e*st 
vous autres qui êtes des ahuris.» 
(Le père Duchène, 1879.) 

Lougé. Agé, — dans Tancien 
argot. 



Louille. Fille publique, — 
dans l'argot des voleurs. Louille 
est pour « fouille ». 

Louis (La). Abréviation de 
Louis XV. — Sous le nom de 
« Louis XV » les souteneurs dé- 
signent les femmes publiques 
aux crochets desquelles ils vi- 
vent largement, par allusion à 
ce monarque qui passe pour 
avoir été très généreux avec ses 
maîtresses. — « C'est la meilleure 
de toutes les Louis XV que j'ai 
eues. » (Max. du Camp. Paris, 
\ t. III. — 4875.) 

i « J' couch' quéqu'fois sous des voitures; 
I » Mais on attrap' du cambouis, 
j » J' veux pas ch'linguer la peinture _ 
1 » Quand j' suc' la pomme à ma Louis, n 
(Jean Richepin, Chanson du rôdeur.) 

Il convient d'observer qu'à Saint- 
Pétersbourg, le peuple appelle 
des Louis ceux auxquels en 
France on a donné, entre autres 
surnoms, celui d'Alphonse. 

Louisette, Petite Louison. 

Surnom attribué primitivement 
à la guillotine. — « Malgré le 
triomphe insolent du docteur 
Louis, qui n'eut pas honte d'hu- 
milier son rival, jusqu'à faire 
appeler Petite Louison, l'instru- 
ment de mort dont la propriété 
se trouvait en litige, Guillotin 
ne tarda pas à rentrer dans ses 
droits. » (Alph. Cordier, Le 
Docteur Guillotin.) Nul n'a songé 
depuis à les lui contester, si 
bien que le sensible docteur 
passe pour être à la fois et le 
Christophe Colomb et l'Améric 
Vespuce de ce nouveau mode de 
décollation. 

Loup. Solution de continuité 
dans un manuscrit envoyé à 
l'imprimerie. 

Loup. Dette criarde. Gréan- 



232 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



cier nécessiteux que la faim fait 
souvent sortir des bornes de la 
modération. 

Loup (Avoir vu le). SigniHait 
au xvn® siècle avoir couru Lien 
des dangers; signifie aujour- 
d'hui avoir couru bien des 
aventures galantes, en parlant 
d'une femme. Ces femmes-là 
n'ont pas besoin de parler du 
loup pour en voir la queue, et 
elles courent bien des dangers 
en s'abandonnant au premier 
venu. 

Loup (Faire un). Contracter 
une dette, — dans le jargon des 
ouvriers. — Viens-tu prendre un 
litre? — As-tu du pèse? — Non, 
je ferai un loup. 

Loupate. Pou, — dans le jar- 
gon des voyous; emprunté au 
jargon des bouchers. Déforma- 
tion argotique en late. 

Loupe. Bamboche, paresse, 
tlâneric. — Bambocheur, fai- 
néant, flâneur. — Camp de la 
loupe, réunion de vagabonds. 
« C'était, — c'est peut-être en- 
core — une guinguette du bou- 
levard extérieur, près de la 
barrière des Amandiers. Cette 
guinguette était flanquée, d'un 
côté, par un pâtissier nommé 
Laflème, et, de l'autre, par un 
marchand de vin nommé Fei- 
gnant. » (A. Delvau.) 

LoupeL Pouilleux. — Dans le 
patois du Midi pel signifie pou; 
lou pel le pou. 

Loupeur, Loupeuse. Vaurien, 
drôlesse ; bambocheur, bambo- 
cheuse. 

Louper. Vagabonder, pares- 



ser, bambocher. 



Tirer une 



loupe, courir de mauvais lieux 
en mauvais lieux. 



Loupiau. Jeune, — dans le 
jargon des voleurs. 

Lourde. Porte. — Débrider la 
lourde, ouvrir la porte, boucler 
la lourde, fermer la porte. 

Lourde. — Hôtel garni, — 
dans le jargon des voyous. 

Lousse. Gendarmerie dépar- 
tementale; soldat de la gen- 
darmerie départementale. 

Loustaud (Envoyer à). En- 
voyer coucher, envoyer au dia- 
ble; mot à mot : envoyer à la 
maison. Loustaud vient du pro- 
vençal Voustal qui veut dire la 
maison. La véritable ortho- 
graphe devrait être Voustaud. 
On envoie à Voustaud, comme on 
enverrait « à cette niche ! » 

Louvetier. Ouvrier qui doit 
partout où on a voulu lui faire 
crédit; ouvrier qui demande du 
crédit à tout le monde et qui 
ne paye personne. 

Lucarne. Chapeau de femme. 
— Monocle. 

Lucque. Faux passe-port,faux 
certificat. — Papiers. — Porte- 
lucque, portefeuille. 

Luctrème. Fausse clé, — dans 
le jargon des voleurs. — Filer 
le luctrème, ouvrir une porte à 
l'aide d'une fausse clé. (L. Lar- 
chey.) C'est mot à mot: donner 
luctrème onction à une porte ; 
luctrème pour l'extrême, par 
déformation. 

Luisante. Lune. — Chan- 
de.lle, dans l'ancien argot. 

Luisants. Souliers vernis, — 
dans le jargon des ouvriers. 

Luisarde, Luisant. Jour. — 

Soleil ; surnommé aussi par les 
voleurs le grand lumignon. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



233 



Lundi (Faire le). Chômer le 
lundi, — dans le jargon des ou- 
vriers. — La plupart des ou- 
vriers travaillent le dimanche 
ou une grande partie du di- 
manche ; en outre, ce jour-là, ils 
s'occupent à mettre de l'ordre 
chez eux ; ce jour-là les prix des 
chemins de fer sont sensible- 
ment augmentés; autant de 
raisons qui plaident en faveur 
du chômage du lundi. — Le 
lundi, c'est le dimanche des 
ouvriers, surtout quand la paye 
a eu lieu le samedi précédent. 
— « A la table voisine de la 
sienne, il y avait deux hommes 
enhabits d'ouvriers qui faisaient 
le lundi. » (P. Mazerolles, La 
Misère de Paris.) 

Lune, pleine lune. Derrière. 

Lunette (Passer en). Nuire, 
tromper, ruiner. — Etre passé 
en lunette, avoir fait faillite, — 
dans le jargon des ouvriers du 
fer. 

Lunette d'approche. Guillo- 
tine, — dans le jargon des 
voyous. — Passer à la lunette, 
être guillotiné. 

Luron. Hostie. — Avaler le 



luron, communier, — dans le 
jargon des voleurs. 

Lusignante. Amante , maî- 
tresse légitime. 

Lusquin. Charbon, — dans le 
jargon des voleurs. 

Lusquines. Cendres. 

Lustre. Juge, — dans l'ancien 
argot. 11 éclaire l'affaire. 

Lustre (Chevalier du). Cla- 
queur. La place ordinaire des 
claqueurs était et est encore, 
dans beaucoup de théâtres, au 
parterre, sous le lustre. 

Lustre. Lampe, — dans le 
jargon des voleurs. — Lustre 
en toc, lampe de cuivre. 

Lustrer. Juger, — dans l'an- 
cien argot. 

Lustucru. Niais, étourneau. 

Lycée. Prison, — Aller au 
lycée, aller en prison. 

Lyonnaise. Soierie; robe de 
soie. — Etre à la lyonnaise, por- 
ter une robe de soie, — dans 
le jargon des voleurs qui savent 
qu'on fabrique beaucoup de 
soieries à Lyon. 



Mahilien. Elégant qui fré- 
quente le bal Mabille.— Coiffeur, 
commis de magasin qui danse 
à Mabile. 

Mabilienne. Demoiselle qui 
va au bal Mabille comme les spé- 
culateurs sur les fonds publics 
vont à la Bourse. « Les mabi- 



liennes de 1863 se subdivisent en 
plusieurs catégories : La dinde, 
la solitaire, la grue. » {Les Mé' 
moires du bal Mabille.) 

Mabillarde, Grue mabillarde. 

Demoiselle qui, au bal Mabille, 
fait beaucoup de frais de con- 
versation dans l'espoir de se- 



234 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



duire un riche étranger, mabi- 
licn de passage. — Souvent elle 
s'aperçoit trop tard, hélas! que 
le riche étranger n'est ni riche 
ni étranger. 

Mac. Apocope de maquereau, 
souteneur de filles; et mecque 
avec changement de l'a en e. — 
De maque, marchand; d'où ma- 
quignon. 

Maca. Maquerelle, proxénète. 

— Mère maca, macquecée, maî- 
tresse d'une maison de tolé- 
rance. Maca suiffée, riche ma- 
trone. 

Macabée. Souteneur; c'est un 
dérivé de mac. 

Macabée, Machabée. Cadavre 
quelconque d'homme ou d'ani- 
mal. Se disait autrefois plus par- 
ticulièrement du cadavre d'un 
homme noyé ou de celui d'un 
animal. 

« Ce gros machabée, horrible pendu, 
» Sur la dalle froide, on vient de l'étendre ; 
» Il a les contours accrus d'un scaphandre, 
» Et de ses haillons le mur est tendu. » 
{Le Pavé, 1879.) 

Macabées (Case des). Cime- 
tière. Mot à mot : maison des 
cadavres. — Le clou des maca- 
bées, la Morgue; c'est-à-dire le 
Mont-de-Piété des cadavres, l'en- 
droit où l'on met les cadavres 
en dépôt. 

Macabre. Mort. C'est une va- 
riante de machabée. — Viens-tu 
piger les macabres au musée des 
claqués ? 

Macadam. Vin blanc nouveau 
de Bergerac. Il présente l'aspect 
d'une boue liquide et jaunâtre. 

— Garçon ! deux macadams. 

Macadam. Bière noire an- 
glaise, porter. 

Macairien. Usé jusqu'à la cor- 



de, complètement déformé; ob- 
jet de toilette qui rappelle en 
partie le costume délabré de Ro- 
bert-Macaire. « On y voit une 
troupe de malheureux couverts 
d'humides et boueux haillons, 
le chef orné de chapeaux ma- 
cairiens. » (H. Berlioz, Les Gro- 
tesques de la musique-) 

Macaron. Huissier. Allusion 
aux panonceaux qui figurent à 
la porte des huissiers. — Dénon- 
ciateur. 

Macaronnage. Dénonciation 
d'un camarade. 

Macaronner. Dénoncer, trahir 
un camarade, — dans le jargon 
des voleurs. 

Macaronner, Macaroniser 
(Se). Se sauver, filer, — dans le 
même jargon; allusion au ma- 
caroni qui, lui aussi, file à sa 
manière. 

Macédoine. Combustible, en 
terme de chauffeur de chemin 
de fer. 

Mâchicoulis. Cachotterie; sub- 
terfuge ; mot familier à mesda- 
mes les concierges qui pronon- 
cent généralement machecoulis. 

Machine. Œuvre littéraire ou 
artistique. Gra?zdemac/ii7ie, grand 
tableau, drame à grand spec- 
tacle. 

Machine à moulures. Derrière. 

Mâchoire (Vieille). Personne 
à idées arriérées. L'expression 
était très usitée en 1830, au beau 
temps de l'Ecole romantique. 

Maçon. Pain de quatre livres, 
— dans le jargon des voyous. — 
C'est une rareté que de ne pas 
rencontrer, le matin vers neuf 
heures.un maçon sans un énorme 
pain sous le bras. 



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235 



Mac-Mahon. Les dragons ont 
donné ce nom à la tête de Mé- 
duse qui surmont j leurs casques. 
— Tas joliment bien astiqué Mac- 
Mahon, ce matin. — D'autres 
l'appellent la « République », 
parce qu'ils se figurent que c'est 
latête delà République, (comme 
si elle avait le don de pétrifier 
ses ennemis.) — Je m'en vas 
dominer un coup d'astiqué à la Ré- 
publique. 

Mac-Mahonat. Gouvernement 

du maréchal de Mac-Mahon, se- 
cond président de la troisième 
République française. 

Mac-Mahonien. Partisan du 
gouvernement du maréchal de 
Mac-Mahon. — • Feuille mac-ma- 
honienne, journal dévoué à la 
politique du maréchal. 

Macrotage. Métier du soute- 
neur. 

Macroter. Faire le métier de 
souteneur. Macroter une affaire, 
être l'intermédiaire dans une 
affaire louche, malpropre, com- 
me un prêt usuraire, une com- 
binaison financière à l'adresse 
des gogos. 

Macrotin. Apprenti soute- 
neur; souteneur surnuméraire. 

Maculature (Attraper une). 

Se griser, — dans le, jargon des 
ouvriers pressiers. 

Madame. Nom que les filles 
de maison donnent à la maî- 
tresse de l'établissement. — «Ma- 
dame, la grasse et bedonnante 
Madame. » (E. de Concourt, La 
Fille Elisa.) 

Madame Manicon. Sobriquet 
qu'on donnait aux sages-femmes 
au xvin« siècle. (Le Roux, Dict. 
comique.) 



Madame Canivet. Femme qui 

fait mettre tout sens dessus des- 
sous dans un magasin de nou- 
veautés et s'en va sans rien ache- 
ter. 

Madame la Ressource. Reven- 
deuse à la toilette. 

Madame la rue (Aller voir). 

Aller travailler, — dans le jar- 
gon des chiffonniers, pour qui 
la rue est f atelier. 

Madeleine (Faire suer la). 

Faire travailler son argent sur 
le tapis vert; avoir de la peine 
à gagner en trichant, — dans le 
jargon des gracs. 

Madrice. Malice. — Madrin^ 
madrine, malin, mahgne. La 
langue régulière a « madré » 
dans le même sens. 

Magnes. Manières, embarras. 

— Faire des magnes. — As-tu 
fini tes magnes? 

Magneuse , Manieuse , Ma- 
gnuce. Dévergondée qui éprouve 
un penchant honteux pour les 
autres femmes. 

Magot. Tabatière en bouleau, 
tabatière dite « queue de rat », 

— dans le jargon du peuple. 

Magot. Argent économisé. 
L'ancien magot se mettait — les 
paysans le mettent encore — 
dans un vieux bas ; de là, le nom 
de magot, bourse grotesque. 

Maigre (Du) ! Silence ! — dans 
le jargon des voleurs. — « On 
aime une femme, on se sacrifie 
pour elle, puis il vient un jour 
où la femme vous dit : Oh ! du 
maigre! va t' asseoir sur le bou- 
chon, tu me gênes! » (Huys- 
mans, Les Sœurs Vatard.) 

Maigre comme un cent de 



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dons. Excessivement maigre. 
Les variantes sont : Maigre comme 
un coucoUf maigre comme un ha- 
reng saur. 

Maillocher. Travailler, — dans 
le jargon des souteneurs, pour 
qui le travail est la surveillance 
exercée sur leurs maîtresses dans 
le but de les empêcher de per- 
dre leur temps, parce que le 
temps c'est de l'argent. 

Main. La totalité des cartes 
constituant une partie , soit au 
baccarat, soit au lansquenet. La 
main réglementaire est de qua- 
tre jeux de cinquante-deux car- 
tes. 

Main. Série de coups gagnés, 
— dans le jargon des joueurs de 
baccarat et de lansquenet. — 
Avoir la main, tenir les cartes à 
son tour. — Prendre la main, 
prendre les cartes qu'un joueur 
quitte après un ou plusieurs 
coups de gain. —Passer sa main, 
ne pas prendre les cartes à son 
tour. — Passer la main, passer 
les cartes après un ou plusieurs 
coups gagnés. — Brûler la main, 
jeter au panier les cartes du ta- 
lon, après avoir gagné, en ban- 
que, un certain nombre de coups. 

Main chaude (Joner à la). 

Etre guillotiné. Allusion à la po- 
sition du patient. 

Mains-courantes. Souliers, — 
dans le jargon des ouvriers. 

Maison à partie. Maison de 
prostitution clandestine où cer- 
taines femmes du monde, cer- 
taines actrices en renom, vont 
faire concurrence aux filles des 
maisons autorisées. 

Maison ou l'on est libre. Mai- 
son où une lille est libre de re- 



cevoir des visites à toute heure 
du jour et de la nuit sans en- 
courir la moindre observation 
de la part du concierge, — dans 
le jargon des coryphées du trot- 
toir. 

Maison (Femme de). Pension- 
naire d'une maison autorisée. 

— Etre en maison, appartenir à 
une maison autorisée, — dans 
le jargon des filles. 

Maison (Gens de). Messieurs 
et mesdames les domestiques. 

— Les gens de maison donnent 
une fois par an un trèsbeaubal 
à la salle Valentino, ce qui leur 
procure l'occasion de singer, 
une fois par an, les belles ma- 
nières de leurs maîtres. 

Major. Chirurgien militaire, 

— dans le jargon des troupiers. 

Major de table d'hôte. Pseu- 
do-militaire retraité dont l'em- 
ploi consiste à découper la vo- 
laille, dans une table d'hôte, et 
à tricher au jeu après dîner, 
quelquefois en attendant le dî- 
ner, quand les dupes abondent. 

Majors. Premiers élèves reçus 
à l'Ecole Polytechnique. — Ma- 
jor de queue, dernier élève reçu 
à l'Ecole. 

Mal ponr le canal (Pas). Se 
dit en parlant d'une femme 
laide, en observant un temps 
d'arrêt après le mot mal. 

Malade. Arrêté; inculpé. — 
Maladie, emprisonnement, — 
dans le jargon des voleurs. 

Malade du pouce. Avare. — 
Paresseux. 

Maladie! Exclamation des 
voyous, quand on leur dit quel- 
que chose qui leur déplaît, quand 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



237 



ils ne veulent pas faire quelque 
ohose. 

Maladie de neuf mois. Gros- 
sesse. — Ce ne sera rien, c'est 
une maladie de neuf mois. 

Maladroits (Sonner aux). 
« Quand on sonne pour l'exer- 
cice à pied, les cavaliers disent 
qu'on sonne aux maladroits, parce 
que ce travailn'estimposé qu'aux 
conscrits. » (Fr. de Reifienberg, 
La Vie de garnison.) 

Mal-blanchi. Nègre ; mulâtre. 
— Superficiellement guéri de la 
syphilis. 

Mal-sucré. Faux témoin, — 
dans le jargon des voleurs. 

Maldine. Collège; établisse- 
ment scolaire. C'est-à-dire en- 
droit où l'on dîne mal. 

Malingrer. Souffrir. 

Malingreux. Anciens sujets 
de la Cour des Miracles, chargés 
d'exhiber de fausses plaies. 

Maltèses. Ecus, — dans l'an- 
cien argot; en souvenir de la 
monnaie qui avait cours sur les 
galères de Malte. 

Maltouse. Contrebande. — 
Pastiquer la maltouse, faire la 
contrebande. 

Maltousier. Contrebandier. 

Manche. Partie de cartes, — 
dans le jargon des joueurs. 

Maman. Vache, — dans le jar- 
gon des bouchers qui appellent 
« papa )> le taureau; ce qui ne 
les empêche pas de vendre tau- 
reau et vache pour du bœuf. 

Mamours (Faire des). Faire 
des amitiés, se répandre en câ- 
lineries. 

Manche. Patron. Un mot que 



le journal le Tam-Tam a lancé 
dans la circulation et qu'il pour- 
rait bien avoir créé. Le mot lui 
plaît, car il n'y a pas de numé- 
ros où il ne se trouve répété 
plusieurs fois. 

Manche. Quête. — Faire la 
manche, faire la quête, attraper 
le public en faisant la quête, — 
dans le jargon des saltimban- 
ques. 

Manche (Faire la). « Exercer 
la mendicité à domicile avec des 
allures bourgeoises et quelque- 
fois même de grand seigneur, 
mais de grand seigneur ruiné. » 
{Paris-Vivant,Le Truqueur,\SoS.) 

Manche (Se mettre du côté 
du). Agir avec prudence, se 
ranger à l'opinion du parti le 
plus fort, — dans l'argot des 
politiciens. Le mot est du duc 
de Morny. 

Mancheur. « L'espèce de tru- 
queur dit mancheur s'introduit, 
sous divers prétextes, chez les 
gens riches ou qu'il sait géné- 
reux, et tâche de les intéresser 
à ses malheurs réels ou imagi- 
naires. » {Paris-Vivant, Le Tru- 
queur, 1858.) 

Mancheur. « On appelle man- 
chturs ceux (les saltimbanques) 
qui n'ont ni baraque, ni tente 
en toile, mais simplement la per- 
mission, de par le préfet ou le 
maire, de se tordre les membres, 
de se casser les reins comme ils 
l'entendent, dans les carrefours, 
sur les places, au coin des rues! 
Pour bureau de recette, ils ont 
une soucoupe cassée, un vieux 
plat d'étain. » (J. Vallès.) 

Manchière. Couturière qui fait 
les manches des robes. 



238 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE, 



Mandat (Déposer son). Mou- 
rir, — dans le jargon parlemen- 
taire. — « Il paraît que l'hono- 
rable M. Ma.llet du Gard a déposé 
son mandat. C'est l'euphémisme 
qu'on emploie à Versailles pour 
indiquer qu'un représentant du 
peuple a droit à une oraison fu- 
nèbre de M. Grévy. » {Fiyaro 
du 10 décembre 1878.) 

Mandole. Soufflet, — dans 
l'argot des marbriers de cime- 
tière. (A. Delvau.) Jeter une 
mandole^ donner un soufflet. 

Mandolet. Pistolet, — dans le 
jargon des voleurs. 

Manette (Mademoiselle). Pe- 
tite malle. 

Mange-bénef. Mange béné- 
fice; dissipateur. 

Mange-merde. Apostrophe 
voyoucratique ; homme absolu- 
ment vil et méprisable. 

Manger, Manger le morceau, 
Manger sur. Manger du lard. 

Dénoncer un complice, révéler 
un secret. — Manger dans la 
main, être très familier, ne pas 
observer les distances sociales. 
— Manger de la misère, manger 
de la prison, subir la misère, la 
prison. — Manger de la vache 
enragée, être misérable. — Man- 
ger de la merde, être dans le 
dénûment le plus profond, être 
abreuvé de soufi'rances physi- 
ques et morales. — Manger sur 
le pouce, manger à la hâte. — 
Manger du drap, jouer au bil- 
lard. — Manger du pavé, cher- 
cher en vain de l'ouvrage. — 
Manger la laine sur le dos de 
quelqu'un, vivre aux dépens de 
quelqu'un, le ruiner sans le faire 
crier. — Ranger du pain rouge. 



\ dépenser l'argent provenant 
î d'un assassinat. — Manger à tous 
! les râteliers, accepter de tous les 
côtés, sans scrupules. — Manger 
le Bon Dieu, communier. — 
Manger du sucre, être applaudi 
; au théâtre. — Manger le poulet ^ 
\ partager un pot de vin, parta- 
I ger un bénéfice illicite. — Man- 
I ger le gibier, faire sauter l'anse 
! du panier de la prostitution, — 
i dans le jargon des souteneurs 
j qui n'entendent pas la plaisan- 
terie sur ce chapitre. — Manger 
le pain hardi, être domestique. 
— Manger son pain blanc le pre- 
mier, dépenser sans compter 
avec la misère à venir. — Man- 
ger l'herbe par la racine, être 
mort depuis longtemps. — 31an- 
ger ses mots, parler vite et d'une 
manière incompréhensible. — 
Manger la consigne, oublier un 
i ordre qu'on vous a donné. — 
I Avoir mangé la bouillie avec un 
\ sabre, avoir une très, grande 
• bouche. — Se manger, se manger 
I le nez, se disputer vivement de 
\ très près, se menacer d'en ve- 
I nir aux mains. — Se manger les 
\ sangs, s'inquiéter. — Se manger 
\ les pouces, s'impatienter. 

I Mangeur de blanc. Souteneur 
! de filles. 

Mangeur de galette. Celui qui 
! bat monnaie au moyen de dé- 
nonciations. «— Fonctionnaire 
ami du pot de vin. 

Mangeuse. Gaspilleuse. 

; Manigancerie. Petit complot 
domestique, mauvaise ruse. 

I Manicle (Frère de la;. Con- 
i frère en vol. 



Manique. Métier, 
de compagnon. 



en terme 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



239 



Manivâl. Charbonnier, — dans 
l'ancien argot. 

Mannequin. Demoiselle de 
magasin sur le dos de laquelle 
on essaie les confections, de- 
vant les acheteurs, — dans le 
jargon des marchands de nou- 
veautés. 

Mannequin. Cabriolet, voi- 
ture à deux roues. — Hotte de 
chiffonnier. — Mannequin à ma- 
chabées, corbillard, ou encore 
mannequin du trimballeur de dé- 
gelés, de refroidis, demachabées. 

Manque (A la). Mauvais, laid, 
défectueux. — Tronche à la 
manque, mauvaise mine, phy- 
sionomie qui ne dénote rien de 
bon, — dans le jargon des vo- 
leurs, pour qui tous les agents 
de la police ont des tronches à 
la manque. 

Manque (A la). Absent, sorti, i 

— dans le jargon des ouvriers, i 

— Etre à la manque, être ab- ' 
sent. — Ne pas être franc; tra- 
hir. 

Manquesse. Mauvaise note, 

— dans le jargon des voleurs. 

— Refiler la manquesse, être mal 
noté. 

Manuelle. Prostituée décré- 
pite qui tend à la débauche une 
main secourable quoique sou- 
vent couverte de gale. « Ces 
filles vieilles, laides, décrépites 
et dégoûtantes, appelées pier- 
reuses dans l'administration, qui 
se désignent sous le nom de 
manuelles. » (Parent-Duchatelet, 
De la prostitution.) 

Maqui. Apocope de maquil- 
lage, maquille. Dérivé de mas- 
que. — En terme de grecs, le 
maquillage consiste à marquer 



les cartes qu'on a intérêt à con- 
naître. Il y a les maquis au coup 
de pouce, au coup d'ongle, au 
coup d'épingle, à la mine de 
plomb, à la pièce et autres, sui- 
vant l'inspiration du grec et la 
tête des dupes. 

Maquignon. Trafiqueur; so- 
phistiqueur. 

Maquignonnage. Gredinerie 
commerciale ; vente àfaux poids; 
falsification de marchandises; 
sophistication. 

Maquillage. L'art de peindre 
et d'orner le visage; action qui 
consiste à faire d'une figure hu- 
maine un pastel. — Mélange 
de vins. — Restauration de ta- 
bleau. — Fraude en tout genre. 

Maquiller. Faire ; frauder ; 
farder; trafiquer. Dérivé de 
maquignon. 

Maquilleur. Tricheur. Maquil- 
leuse, tricheuse. 

Maquilleur de gayés. Individu 
chargé par un maquignon de 
rendre une rosse présentable à 
la vente. Le maquillage des gayés 
est souvent pratiqué par le ma- 
quignon lui-même. Ce maquil- 
lage consiste : pour les chevaux 
poussifs, à, leur administrer, sous 
le nom de potion, une affreuse 
drogue qui les guérit... pen- 
dant nn jour ou deux; pour les 
chevaux couronnés, à coller sur 
leurs genoux des poils de che- 
vaux morts ; pour l'assortiment 
d'un attelage, dans l'emploi de 
la teinture. Il y a encore le li- 
mage des dents, la taille des 
oreilles et une foule d'autres 
supercheries inspirées par les 
circonstances et l'état de la 
bête. 



240 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Mar. Désinence argotique. 
Ferruquemar, perruquier, poli- 
cemar, agent de police; bouti- 
quemar, boutiquier. La plupart 
des mots de la langue régulière 
qui n'ont pas d'équivalents en 
argot, se forment au moyen de 
la désinence mar^ les autres au 
moyen des désinences much ou 
mince. 

Maraille. Le monde, — dans 
le jargon des voleurs. 

Marauder. Faire la contre- 
bande des voyageurs; prendre 
des voyageurs au détriment d'un 
client qui a loué une voiture à 
la joumée, — dans le jargon 
des cochers de remise. 

Maraudeur. Cocher qui racole 
la pratique, pendant que son 
bourgeois fait une visite, pen- 
dant qu'il est au cercle, au res- 
taurant. 

Marbre. C'est, en terme de 
journaliste, tout paquet com- 
posé qui stationne sur la table 
de fonte d'une imprimerie, en 
attendant le moment d'être ap- 
pelé aux honneurs de la mise 
en page. — Etre sur le marbre^ 
attendre l'insertion d'un article 
composé. — Avoir du marbre, 
avoir en réserve des faits divers, 
des articles « des quatre sai- 
sons ». C'est, pour un journal, 
avoir du pain sur la planche. — 
11 y a toujours sur le marbre un 
choix d'articles « Variétés » ; — 
ce sont les en-cas, les bouche- 
trous réservés pour les jours où 
la copie manque, pour les jours 
où les annonces faiblissent. Or- 
dinairement le dimanche on 
écoule le marbre de la semaine, 
dans les journaux qui ne lais- 
sent rien perdre. 



Marc (Un de). Un verre d'eau- 
de-vie de marc. — Vn marc ani- 
setté, un verre d'eau-de-vie de 
marc et anisette mêlées. 

Marcassin. Apprenti peintre 

d'enseignes. 

Marchand d'eau chaude. Li- 
monadier. 

Marchand d'eau de javeL 

Marchand de vin, — dans le jar^j 
gon du peuple qui tient, au sei 
vice des cabaretiers, un assorti-^ 
ment d'expressions dont la force i 
donne une idée de la nature des 
boissons qu'on lui débite. 

Marchand de marrons Se dit 
d'un officier portant mal l'habit 
civil, — dans l'argot militaire. 

Marchand de mort subite. 

Médecin, — dans le jargon du 
peuple. Autrefois l'expression 
ne s'appliquait qu'aux charla- 
tans. Depuis que tant de méde- 
cins ont fait concurrence à tant 
de charlatans, elle s'est étendue 
jusqu'à ceux-là. — « C'était bien 
sûr le médecin en chef... tous 
les marchands de mort subite 
vous ont de ces regards-là. » (E. 
Zola.) — Dans la bouche des 
voyous l'expression s'applique 
encore à tout individu qui, par 
maladresse, peut occeisionner un 
accident. Ainsi, un mauvais co- 
cher, un chaiTetier imprudent, 
sont des mai chauds de mort 
subite. 

Marchand de sommeil. Te- 
neur de chambres et cabinets 
garnis... de vermine, la plu- 
part du temps; logeur à la nuit 
et à la corde. 

Marchand de soupe. Maître 
de pension; homme juste mais 
sévère qui, sous prétexte d'en- 



I 



DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE. 



241 



k 



seigner le grec et le latin à 
l'espoir de la France, tient une 
table d'hôte où lleurissent le 
haricot, la lentille, la pomme de 
terre et le chou. 

Marchande de chair humaine. 

Nom que donnent, entre elles, 
les filles de maison à la pro- 
pniétaire de l'établissement. Un 
philosophe attardé dans un de 
ces antres entendit un mot bien 
profond. Comme il s'étonnait 
devant une des pensionnaires 
du luxe de la maison : « Et dire 
que c'est nous qui gagnons tout 
ça...! soupira la malheureuse. 
Marchandise. Le contenu 
d'une fosse d'aisances, — dans 
le jargon des vidangeurs. 

Marche-à-terre. Soldat d'in- 
fanterie de ligne. 

Marche de flanc. Repos sur le 
lit de camp, — dans le jargon 
des troupiers. — Razzia, ma- 
raude, — dans le jargon des 
soldats du bataillon d'Afrique. 

Marche oblique. Sonnerie 
qui appelle les cavaliers punis 
au corps de garde. Ainsi nom- 
mée, parce qu'on ne s'y rend 
pas le cœur léger, mais d'un 
air piteux, en rasant les murs, 
en s'etfaçant, obliquement. 

Mar-chef. Maréchal des logis 
chef, par abréviation ; et jamais 
abréviation ne fut plus justiliée. 

Marchfeld. Champ de ma- 
nœuvre, — dans l'argot de 

Saint-Cyr. 

Marcher. Approuver, être du 
même avis, — dans le jargon 
des typographes. — Je marche 
avec lui, je l'approuve. 

Marcher dessus. Etre sur une 



bonne piste, — dans le jargon 
des voleurs. 

Marcher au pas. Obéir, être 
mené militairement. Faire mar- 
cher quelqu'un au pas, contrain- 
dre quelqu'un à l'obéissance, le 
mener durement. 

Marcher sur la chrétienté. 

Marcher pieds nus, marcher 
avec des souliers qui menacent 
à chaque instant de quitter les 
pieds. 

Marcher sur sa longe. S'obs- 
tiner encore à monter sur les 
planches malgré que l'âge ait 
sonné depuis longtemps l'heure 
de la retraite, — en terme de 
théâtre. — C'est le défaut de 
beaucoup de grands acteurs. 

Marcher tout seul. Etre en 
état de décomposition, en par- 
lant du fromage. Le fromage 
qui marche seul est habité par 
une colonie de ces petits vers 
blancs si vivaces qui sont loin 
d'effrayer les amateurs. « Tant 
pis pour eux », disent-ils. — 
« Apportez-moi du Roquefort », 
demande un consommateur au 
garçon d'un garg-ot. — « Appe- 
lez-le, monsieur, il marche tout 
seul. » — Le fromage est une 
source de plaisanteries à l'usage 
des personnes qui trouvent 
beaucoup d'esprit aux commis 
voyageurs. 

Marcher dans les souliers 
d'un mort. Avoir fait un héri- 
tage. — Compter sur les souliers 
d'un mort, compter sur un héri- 
tage. Le peuple dit : « Celui qui 
compte sur les souliers d'un 
mort, marche longtemps nu- 
pieds. » 

Marcheuse. Dame comparse 
du corps de ballet, à l'Opéra, 

14 



242 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Marcheuse. Racoleuse d'une 
maison de tolérance. — « Fille 
publique qui fait la porte^ c'est- 
à-dire qui, du seuil des maisons 
de joie, appelle les passants. » 
{Paris-Vivant, la Fille, 1858.) — 
« C'est-à-dire la femme station- 
nant sur le seuil de la porte de 
la maison de tolérance. » (Bé- 
raud, Les Filles publiques de 
Paris, t. II, 1839.) Par ordon- 
nance de police, les marcheuses 
doivent être âgées d'au moins 
quarante ans... Est-ce pour ins- 
pirer plus de confiance ? 

Margoulette. Visage: — Mar- 
goulette de travers, mauvaise 
mine, mine fatiguée. — Déboî- 
ter la margoulette, porter des 
coups au visage. 

Margoulin. Petit boutiquier, 
marchand d'objets de peu de 
valeur. — Mauvais ouvrier, ce- 
lui qui n'est pas au courant de 
son métier, — dans le jargon 
du peuple. — « Tonnerre de 
Dieu ! me voilà devenu voya- 
geur de commerce : je m'en vais 
donc voir ces margoulins. » 
{Monsieur Mayeux, voyageur de 
commerce, dessin.) 

Margoulinage. Etat, métier 
du margoulin. 

Margouliner. Vendre des 
marchandisesdepeu de valeur, 
des marchandises défraîchies. 

— Faire un tout petit commerce 
en boutique. 

Margoulis. Grabuge, gâchis. 

Mariage. Corde de justice, 
corde à étrangler, — dans le 
jargon des cordiers des xviF et 
xviii* siècles. C'est cette corde 
que l'exécuteur des hautes- 
œuvres appelait « tourtouse ». 

— Tourtouse par extension si- 



gnifiait encore gibet, potence. 
(Hurtaut, Dict. des homonymes, 

1775.) 

Mariage en détrempe. Concu- 
binage, mariage pour rire. — 
La variante est : Mariage à la 
parisienne. 

Marianne. Prénom de la vraie 
Répubfique des faubourgs, |la 
République coiffée du bonnet 
phrygien, la République aux 
« puissantes mamelles » chan- 
tée par Barbier. — « C'est la 
Marianne qui a pris possession 
de l'Elysée et de nos adminis- 
trations, et c'est la Marianne 
qu'adoptent en ce moment tou- 
tes nos municipalités. » {Petite 
République Franc. 24 fév. 1880.) 
— Ce prénom, si commun chez 
les femmes du Midi, lui a été 
donné d'abord dans le Midi 
comme un hommage et un sou- 
venir, puis adopté par toute la 
France. 

Marie Jordonne. Petite fille 
qui, à l'école, aime à comman- 
der ses camarades. 

Marie salope. Femme sale et 
sale femme, par allusion aux 
bateaux dragueurs appelés des 
maries-salopes. 

Marine (La). Première carte 
à prendre au talon, — dans le 
jargon des joueurs de bezigue. 
Je prends pour voir la marine. 

Maringotte. Grande voiture 
de saltimbanque, sorte de mai- 
son roulante où naît et meurt 
le saltimbanque, où il fait la 
cuisine et l'amour. 

Mariol, MarioUe. Coquin ru- 
sé, malin. C'est une variante de 
marlou. 

Marionnette. Soldat. (Fr. Mi- 
chel.) 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



243 



Marlou. Mauvais drôle, malin. 
— Souteneur de filles, — dans 
l'ancien jargon du peuple. 

Marinier. Berger, — dans 
l'ancien argot. 

Marmite. Maîtresse d'un sou- 
teneur. Elle fait bouillir la mar- 
mite. 

Marmite à Domange. Voiture 

de vidange. 

Marmite. C'est ainsi que les 
dragons appellent leurs cas- 
ques. — Je récure la marmite 
pour la revue de demain. 

Marmite est renversée (La). 

Locution dont se servent les 
bourgeois de Paris qui vont faire 
un peiil extra au restaurant, ou 
qui, ayant donné congé à leurs 
bonnes, sont forcés de dîner au 
restaurant, ou qui contreman- 
dent un dîner. 

Marmiteux. Souffrant, pleur- 
nicheur. L'épitliète de « mar- 
miteux » a été accolée au nom 
d'un de nos hommes politiques, 
ancien ministre, sénateur, aca- 
démicien, orateur disert, mais 
larmoyant. 

Marmiton de Domange. Vi- 
dangeur. 

Marmotier. Petit Savoyard. 
Allusion aux marmottes que 
montrent ces jeunes galopins 
lorsque le ramonage des che- 
minées a dit son dernier mot. 

Marmotte. Femme, — dans 
le jargon des souteneurs; par 
altération de marmite. 

Marmotte. Boîte de placier. 
Boîte où les commis voyageurs 
mettent les échantillons. 

Marmouse. Barbe, — dans 
l'ancien argot. 



Marmouset, Marmyon. Mar- 
mite. — Pot au feu. 

Marner, Faire la marne. 

Exercer la prostitution le long 
d'une berge, tout le long, le 
long de la rivière. 

Marner. Travailler, — dans 
le jargon des ouvriers. 

Marneur. Travailleur,ouvrier. 
Les pauvres manieurs s'échinent 
pour le patron^ k ce qu'ils disent 
souvent. 

Marneuse. Prostituée qui 
guette sa proie au bord de l'eau, 
et qui, dans le feu de la conver- 
sation, saura lui voler son ar- 
gent. La marneuse a les allures 
et le langage d'une domestique 
dans le malheur. 
■ Marottier. Marchand ambu- 
lant. 

Marquant. Maître. — Ivrogne. 
— Souteneur, — dans le jargon 
des voleurs. 

Marque. Fille publique. 

Marque, Marqué. Mois. « Elle 
tire six marques à Saint-Laza- 
re. » (Ganler.) 

Marque de ce , Marquecé. 

Femme légitime d'un voleur. 

Marque franche, Marquise. 

Maîtresse d'un voleur; par abré- 
viation de remarque. La maî- 
tresse, comme la femme légitime 
du voleur la marquecé, est ordi- 
nairement employée à un tra- 
vail d'observation; elle remar- 
que, d'où les mots marquecé et 
marque franche. M. Francisque 
Michel fait venir marque de l'an- 
cien espagnol marca, marquida 
et marquisa, femme publique. 
Les voleurs ne vont pas cher- 
cher aussi loin des étyinologies. 
Marquise, la marquise, est un 



244 



DICTIONNAIRE d'aRQOT MODERNE. 



sobriquet très fréquemment 
donné à celles des filles de mai- 
son qui sont un peu moins com- 
munes d'allures et de langage 
que leurs compagnes. Beaucoup 
de voleurs ont pour maltresses 
des filles de cette catégorie. 

Marque-mal. Receveur de 
feuilles à la machine, — dans le 
jargon des typographes. 

Marqué au B. Bigle; borgne; 
boiteux; bossu, ou bancal. L'ex- 
pression était courante au xviii° 
siècle ; elle n'a pas cessé d'être 
populaire. 

Marqué àla fesse. Homme ma- 
niaque, méticuleux, ennuyeux. 
(A. Delvau.) 

Marqué (Quart de). Semaine. 

Marquer (Bien). Etre bel 
homme. — Avoir belle pres- 
tance, avoir une physionomie 
qui prévient en votre faveur. — 
Marquer mal, avoir mauvaise 
mine, mauvaise façon. 

Marquer (Ne plus) . Etre vieux. 

Marquer le coup. Trinquer. 

Marquer les points. Etre troi- 
sième dans une partie qui de- 
vait être carrée. Assister aux 
épanchements de deux cœurs 
amoureux. 

Marquin. Casquette; chapeau 
mou. 

Marquis de la bourse plate. 

Faiseur d'embarras sans le sou, 
pauvre diable qui cache sa mi- 
sère. 

Marquise Breuvage composé 
de vin blanc, de sucre, dé citron 
et d'eau de seltz. (L. Larchey.) 

Marron. Celui qui exerce illi- 
citement un métier. — Paumer, 
servir marron f prendre en fla- 



grant délit de vol. — Marron 
sur le tas, pris en flagrant délit 
de vol. Marron est une défor- 
mation de marry, ancien mot 
qui veut dire contrit. 

Marron. Brochure imprimée 
clandestinement. — Procès-ver- 
bal des chefs de ronde. (A. Del- 
vau.) 

Marron. Contusion, coup et 
principalement coup qui mar- 
que le visage; par allusion à la 
couleur qu'arbore la partie con- 
tusionnée. — Coller des marrons, 
attraper des marrons. La variante 
est : châtaigne qu'on prononce 
châtai'ne. 

Marron sculpté. Tête gro- 
tesque rappelant celles qu'on 
sculpte dans des marrons. (L. 
Larchey.) 

Marroniste. Marchand de 
marrons. « Le marroniste lui- 
même, s'est logé chez le mar- 
chand de vin. » (Balzac, Paris 
et les Parisiens,) 

Marrons. Crottins; par allu- 
sion de forme, — dans le jar- m 
gon des soldats de cavalerie. 9 

Marseillaise. Pipe en terre 
fabriquée à Marseille. « La pipe 
dite marseillaise a eu longtemps 
les sympathies exclusives de 
tous les fumeurs sincères et con- 
vaincus. » [Paris-Fumeur.) Elle 
est un peu délaissée aujour- 
d'hui ; il parait que les fumail- 
Ions trouvent qu'elle ne culotte 
pas assez vite. Albert Flocon, 
l'ancien membre du gouverne- 
ment provisoire en 1 848, ne fu- 
mait que dans des « marseil- 
laises )). Il contribua beaucoup 
à en propager la mode dans les 
clubs. 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 



245 



Marsouin. Contrebandier. 

Marsouin. Surnom du soldat 
d'infanterie de marine. Le sy- 
nonyme est : Gardien de banane. 

Mascotte. Fétiche au jeu. — 
Porte - chance. — Autant de 
joueurs , autant de mascottes. 
Tantôt c'est un sou troué, tantôt 
un fragment de n'importe quoi, 
w\ bouton, une petite épave de 
l'amour, une boucle de cheveux. 
— Un joueur donne à un pauvre, 
mascotte; celui-ci refuse l'au- 
mône à un malheureux, mas- 
cotte; cet autre se promène jus- 
qu'à ce qu'il ait rencontré un 
bossu ou un cheval blanc, mas- 
cotte; ainsi à l'infini. — Il y a 
quelques années, à Monaco, un 
petit bossu réalisa d'assez beaux 
bénéfices rien qu'à faire toucher 
sa bosse aux joueurs supersti- 
tieux. Les prix étaient ainsi 
fixés : Un simple frottement, 
cinq francs; frottement prolon- 
gé, dix francs ; droit de station- 
nementsurlabosse.vingtfrancs. 
La saison finie, notre homme 
regagnait Paris et enlevait son 
monticule.... C'était un faux 
bossu. 

Massacre. Ouvrier qui abîme 
l'ouvrage. 

Massage. Travail, travail fait 
avec ardeur. 

Massé. Coup de queue de 
billard porté perpendiculaire- 
ment à la bille. 

Masser. Travailler conscien- 
cieusement. 

Masseur. Ouvrier laborieux; 
masseuse, ouvrière laborieuse. 

Mastar. Plomb, — dans le 
jargon des voleurs. — La faire 
au mastary voler du plomb. 



Mastaroufleur. Voleur de 
plomb. 

Mastic. Homme, — dans le 

jargon des voleurs. 

Mastic. Transposition, confu- 
sion dans la mise en page par 
suite de mauvaise interposition 
d'une galée, — en terme de ty- 
pographe. 

Mastic. Bredouillement, dis- 
cours diffus et embrouillé, — 
dans le jargon des typographes; 
par allusion au mastic, confu- 
sion dans une galée, dans la 
mise en page. — Faire un mas- 
tic, se perdre dans un tas de 
phrases sans pouvoir arriver à 
se faire comprendre. 

Mastiquer. Manger; c'est-à- 
dire se livrer à la mastication. 

Mastiquer. « Cacher ingénieu- 
sement les avaries et les voies 
d'eau d'un soulier, au moyen 
d'un enduit spécial de graisse 
noire ou autre drogue équiva- 
lente. » (F. Mornand, La Vie de 
Paris.) 

Mastiqueur. Savetier qui 
mastique des chaussures. Le 
mastiqueur ne rapiote pas. 

Mastroquet, Mastroc. Mar- 
chand de vin; et troquet, par 
abréviation. Par corruption pour 
demi-stroc, mi-stroc, demi-setier. 
C'est-à-dire le patron du demi- 
setier. 

Mata. Faiseur d'embarras ; 
apocope de matador. 

Matelas. Tablier de forgeron. 

Matelas ambulant. Fille pu- 
blique. 

Matricule (User son). Etre 
sous les drapeaux. Mot à mot : 



246 



DICTIONNAIRE D 



user le numéro matricule attri- 
bué à chaque soldat. 

Maubeugienne. Femme ga- 
lante qui habite la rue de Mau- 
beuge, une rue qui compte 
beaucoup d'hétaïres modernes, 
comme dirait Joseph Prudhom- 
me. 

Maugrée. Directeur de prison. 

Mauvaise (Elle est). La plai- 
santerie est mauvaise, cela n'est 
pas de mon goût. Locution mise 
à la mode en souvenir d'un 
vaudeville de Lambert-Thiboust 
et Grange, Le Guide de l'étran- 
ger dans Paris (1860), pièce dans 
laquelle l'un des personnages 
s'écrie à chaque instant : « Elle 
est mauvaise. » 

Mauve. — Parapluie en co- 
ton, — dans le jargon du peu- 
ple. — « Il avait de l'eau jus- 
que dans les narines et il reni- 
tlait, lamentable et grotesque, 
avec sa mauve en loques. » 
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.) 

Mauviette. Croix d'honneur; 
bijou honorifique. 

Mazagran. Café servi dans un 
verre; une aberration de buvail- 
lo7is de café, qui lui enlèvent 
ainsi sa principale qualité : l'a- 
rome. Ce sont les officiers, re- 
tour d'Afrique, qui ont importé 
cette mode. 

Mazaro. Prison de la rue du 
Cherclie-Midi; prison militaire. 

Mazette. Conscrit. — Avor- 
ton. Propre à rien. 

Mec, Meck, Meg. Maître, 
monsieur; de magnus^ grand. 
— Le meg des megs, Dieu, le 
maître des maîtres. — Mec des 
gei^bierSf bourreau. 



ARGOT MODERNE. 

Mec à la colle forte. Gredin 
redoutable, homme des plus 
dangereux, — dans le jargon 
des voleurs. 

Mec à sonnettes. Homme ri- 
che, — dans le jargon des rô- 
deurs de barrière. En argot, 
sonnettes signifient « argent », 
ce qui sonne dans la poche. 

Mec à la redresse. Bon gar- 
çon, honnête homme. Mec à la 
manque, méchant homme, — 
dans le jargon des voyous. 

« L'ignoble gommeux dépravé 

» Qui séduit un' fiU' puis la flanque 

» Avec un goss' sur le pavé, 

» C'est un mec à la manque ! 

» Mais l'bougre qui — quand il a r'çu 

» D'un' jeunesse des preuv's de tendresse, 

» L'épous' carrément par là d'ssu, 

» C'est un mec à la r'dresse. » 

[La Petite Lune, 1879.) 

Mécanicien. C'est sous le 
pseudonyme de « mécanicien » 
que les aides exécuteurs dési- 
gnent volontiers leur état. {Fi- 
garo du 27 avril 1879.) 

Mécanicien. Taquin ; mot à 
mot celui qui mécanise, — dans 
le jargon des voyous. — M'en 
parle pas, un mécanicien qui me 
scie le dos tout le jour. 

Mécanique (La). La guillo- 
tine. C'est le nom officiel que 
lui donnent le bourreau et ses 
aides. 

Mèche. Plus, davantage. — 
Combien avez-vousperdu,aumoins 
vingt francs ? — Et mèche. Par 
allusion à la mèche d'un fouet. 

Mèche. Complicité; de moi- 
tié. Etre de mèche, être com- 
plice, partager, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Mèche. Moyen. — Y a-t-il mè- 
che, y a-t-il moyen? — li n'y a 
pas mèche. Beaucoup d'ouvriers, 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



247 



I 



quand ils demandent à un pa- 
tron s'il a de l'ouvrage à leur 
donner, disent : « Y a-t-il mè- 
che'? » 

« J' n'ai plus un rond de c' que j'avais d' 

[pécune, 

I» Tu vois, ma fille, n'y a plus mèch' de 

[lamper. » 

(Sénéchal, Le Retour de Croquignet, 

chans.) 

Médailles. Argent 

Médaillon. Derrière. — Décro- 
cher le médaillon, donner un fort 
coup de pied au derrière. 

Médecin. Avocat, — dans le 
jargon des voleurs. 

Médecin des morts. Ordon- 
nateur des pompes funèbres. 

Médecine. Conseil. — Plai- 
doyer. 

Médium. Interprète de l'autre 
monde. Celui qui se ciiarge de 
, mettre le premier naïf venu en 
rapport de conversation avec feu 
M. de Voltaire ou avec tout au- 
tre grand homme trépassé. Le 
médium est le trucheman entre 
ce monde et l'autre. Il y a des 
gens qui se font des rentes avec 
ce métier-là. 

Mégo. Bout de cigare, bout 
de cigarette. « Des moutards de 
treize ans fumaient des mégots 
et salivaient. » (Huysmans, Les 
Sœurs Vatard.) 

Mélasse (Tomber dans la). 

Etre sous le coup d'une catas- 
trophe financière; avoir fait de 
mauvaises affaires. 

Mêlé. Mélange d'une liqueur 
forte et d'une liqueur douce. — 
Mélé-cass, eau-de-vie et cassis 
mêlés, le nectar des déesses du 
cordon. 

Melon. Nouveau venu, élève 



de première année à l'école de 
Saint-Cyr. — « En ma qualité 
de melon, j'avais reçu, comme 
ennemi, un nombre prodigieux 
de coups de traversin sur la 
tête. » (Vicomte Richard, Les 
Femmes des autres.) 

Melon. Chapeau rond et bas 
de forme, à la mode en 1880. 
Pareil aux phares à éclipse, le 
melon paraît, disparaît et repa- 
raît, suivant les caprices de la 
mode. 

Ménage (Faire le). Mêler les 
dominos quand la pose est à 
l'adversaire. 

Mendigo, Mendigoteur. Men- 
diant. — J'aime pas les mendigos 
qui pissent des châssis tout le 
temps : est-ce qu'il y a pas du tur- 
bin pour tout le monde? — Men- 
digotage, mendicité. 

Mendigoter. Mendier, — dans 
le jargon des voleurs. La va- 
riante est : Simonner. 

Menée. Douzaine. — Uneme- 
née de ronds, une douzaine de 
sous, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Mener douce et joyeuse (La). 
Mener une joyeuse existence. 
« Eh bien! mes petits agneaux, 
il paraît qu'on la mène douce 
et joyeuse, ici. » (Dumanoir et 
A. d'Ennery, Les Drames du ca- 
baret.) 

Mener pisser. Pousser quel- 
qu'un à se battre en duel, — 
dans le jargon des troupiers. 

Menesse. Prostituée, — dans 
l'ancien ai;got. — Femme à vo- 
leurs. — Gredine à la Heur de 
l'âge. — Fille de maison, — dans 
le jargon des troupiers. 



248 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Meneur, Meneur en bateau. 

Les voleurs désignent sous ce 
nom tout acîusé qui cherche à 
égarer l'action de la justice, en 
l'entraînant sur une fausse piste. 
C'est un moyen de gagner du 
temps. 

Menouille. Argent; monnaie. 
« Le samedi, quand on déballe 
la menouille de la paye sur la ta- 
ble. » {Le Sublime.) 

Menteuse. Langue. Les vo- 
leurs font souvent acte de diplo- 
matie. 

Menuisière. Redingote de 
« ouvrier endimanché. 

Méquard. Maître. — Méquer, 
commander; dérivés de mec. 

Mer. Décor du fond, au théâ- 
tre. 

Mercandier. Boucher qui vend 
de la basse viande, de la came- 
lotte en fait de viande. 

Mercanti. Marchand, — dans 
le jargon des soldats retour 
d'Afrique. 

Mercerie (Il a plu sur sa). 

Ses affaires vont mal, il est sur 
le point de faire faillite. (Le 
Roux, Dict. comique.) Peu usitée 
à Paris, l'expression est encore 
très répandue dans la Province 
et principalement en Picardie. 

Merde. Le fond de la langue 
française parlée par le peuple 
des faubourgs qui a toujours ce 
mot plein la bouche. 

Merde. Exclamation qui sert 
à désigner le nec plus ultra de 
l'indignation ou de la colère, ou 
du découragement. (Voir les Mi- 
sérables de V. Hugo.) 

Merde. Personne faible de ca- 
ractère. 



Merde (Faire sa). Se montrer 
hautain, faire le fendant, pren- 
dre de grands airs. 

Merde (Ça ne vaut pas une). 
Ça ne vaut rien du tout; c'est 
au-dessous de tout ce qu'on peut 
imaginer. — Au Salon, combien 
de tableaux ne valent fas une 
merde ! 

Merde de chien (C'est delà). 

C'est exécrable, très mauvais. 

Merde (Peint avec de la). Mal 

peint, mauvaise application ries 
couleurs, — dans le jargon des 
peintres. — Je ne sais pas oii dia- 
ble il va chercher ses couleurs, 
cet animal-là, c'est peint avec de 
la merde. 

Merde (Se fondre en). Faire 
de fréquentes visites aux lieux 
d'aisances, avoir le dévoiement. 
— dans le jargon du peuple. — _ 
Ben sûr que si ça continue, je vas jfl 
me fondre en merde. Wi 

Merde (Avoir chié les trois ; 
quarts de sa). Etre vieux et usé, 
avoir perdu à jamais la santé, 
être très malade. — Eh! dis 
donc, ma vieille, comme fes dé- 
catil on dirait que fas chié les 
trois quarts de ta merde. \à 

Mère d'occase. Pseudo-mère * 
d'actrice. Mère de fille galante 
qui fait la cuisme, cire les bottes 
et débat les prix. 

Mère à tous. Vieille courti- 
sane, — dans le jargon des fil- 
les. 

Merlan. Surnom donné autre- 
fois à celui qui s'appelle aujour- 
d'hui « artiste en cheveux ». 

Merlan frit (Yeux de). Jeu de 

prunelles qui entrent en pâmoi- 
son et montrent le blanc des 
yeux. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



249 



Merlin. Jambe, — dans le jar- 
gon des charpentiers. 

Merlousier. Malin ; rusé ; pour 
marlou, — dans l'ancien argot. 
Merlousière^ fine commère. 

Mess. Le mess est un cercle 
militaire avec une réfection spé- 
cialement affectée aux officiers 
d'un même régiment. « Ana- 
tole, le garçon du mess, venait 
d'apporter la bougie et les ci- 
gares. » (Vicomte Richard, Les 
Femmes des autres.) 

Mess. Agent de la sûreté. 
Abréviation de Messieu pour 
« monsieur ». Un de ces m,ess me 
lâche de la filature, un agent de 
la brigade de sûreté me suit. 

Messe du diable. Interroga- 
toire, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Messe (Etre à la). Arriver en 
retard à l'atelier, — dans l'ar- 
got des ouvriers. 

Messe (Fesser la). Dire la 
messe au galop, — dans le jar- 
gon des vieilles dévotes. 

Messière, Mézière. Dupe, im- 
bécile. — Victime. Messière franc, 
bourgeois. — Messière de la 
haute, homme riche ou homme 
qui paraît riche. 

Métier d'enfer (Avoir un). 

Etre très habile dans son mé- 
tier, — en style d'artiste. 

Mettre bien (Se). Avoir les 
moyens de se passer toutes ses 
fantaisies; faire de la dépense. 

Mettre dedans. Tromper. — 
Mettre en prison, — Sacrifier à 
Vénus, — dans le jargon des 
voyous. 

Mettre dans le mille. Réus- 
sir. — Toucher juste. — Allon- 



ger un coup de pied au cul d*uD 
indifférent ou d'un ami. 

Mettre à quelqu'un (Le). 
Tromper quelqu'un, mystifier 
quelqu'un. 

Mettre à table (Se). Trahir, 
dénoncer, — dans le jargon des 
voleurs. 

Mettre du noir sur du blanc. 

Ecrire, — dans l'argot des gens 
qui ne savent pas lire. 

« Qu'un jeone homme ait, dix ans, dans 

[le fond d'un collège, 

» Mis du noir sur du blanc, il semble que 

[le roi 

» Soit chargé de son sort, et lui doive un 

[emploi. » 

(C. BonjouT, Le Protecteur et le Mari, 

acte 1, se. VI.) 

Mettre quelqu'un à toutes les 
sauces. Employer quelqu'un à 
toute sorte de besogne. 

Mettre avec (Se). Vivre en 
état de concubinage. « Derniè- 
rement, je rencontrai une belle 
actrice : elle me dit : Je cherche 
quelqu'un pour me mettre avec. 
Se mettre avec est l'expression 
consacrée dans le langage des 
coulisses. » {Paris-Comédien.) 

Mettre en dedans (La). Forcer 
une porte, — dans le jargon des 
voleurs. 

Mettre sous bande. Enseve- 
lir, — dans l'argot des commu- 
nautés religieuses. 

Mettre une gamelle (Se). Se 
sauver de prison. Allusion à la 
vitesse avec laquelle détale un 
chien à la queue duquel on a 
attaché une casserole. 

Meublant (C'est). Ça fait de 
l'effet et ça tient de la place 
comme meuble. Un piano, une 
armoire à glace sont meublants, 
— dans le jargon des tapissiers. 



250 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Meuhle (Vieux).Viei]le femme, 

vieille courtisane. 

Meulard. Veau, — dans le 
jargon des voleurs. 

Meurt-de-faim. Petit pain d'un 

sou. 

Mezière, Mezigue. Moi, — 

dans le. jargon des voleurs. 

Michaud. Tête, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Michaud (Faire son). Dormir. 

Miche. Dentelle, — dans l'an- 
cien argot. 

Miche de profonde, Michon. 

Argent. — L'argent est le pain 
de la poche. 

Miche de Saint-Etienne. Pier- 
re, par allusion à la lapidation 
de saint Etienne. 

Miche, Mikel,Miquel. Nigaud; 
homme simple, dupe, gobe- 
mouche. Monter un miquel, du- 
per quelqu'un à qui on avait 
promis monts et merveilles. 

Michelet, Michelin (Faire le). 

C'est, à la faveur d'une cohue, 
dans l'obscurifé, apprécier, à la 
manière de Tartuffe, l'étoffe de 
la robe d'une Elmire quelcon- 
que. Il y a des amateurs qui ne 
vont au milieu des foules que 
pour faire « les michelins ». 
Au spectacle de Guignol aux 
Champs-Elysées, les soldats font 
les michelins auprès des bonnes 
d'enfants. Autrefois le grand 
rendez-vous des michelins était 
au théâtre Comte. Grâce à l'obs- 
curité nécessitée par la repré- 
sentation des Ombres chinoises,\es 
michelins avaient beau jeu. Par- 
fois se faisait entendre le cri de 
quelque Lucrèce effarouchée; 
mais le spectacle n'en était pas 



troublé, et des rires étouffés ré- 
pondaient seuls à cet appel de 
la vertu indignée. 

Michelets (Avoir ses). Avoir 
ses menstrues, — dans le jar- 
gon des femmes qui ont lu le 
livre de Michelet sur l'Amour. 

Michet. Homme qui paye les 
femmes autrement qu'en belles 
paroles. Mot connu au xvm® siè- 
cle. — Michet sérieux, celui sur 
qui une femme peut compter, 
celui qui donne beaucoup d'ar- 
gent et a passé un bail. 

Elles (les pierreuses) tournent la tête, et, 

[jetant sur ce type, 

« Par dessus leur épaule un regard cu- 

[rieux, 

» Songent : « Oh ! si c'était un miche sé- 

[rieux! » 

{La Muse à Bibi, Les Pierreuses.) 

Bon Michet, oiseau de passage 
généreux. — Michet de carton, 
oiseau également de passage, 
mais marchandeur, un qui ne 
dit pas son nom et qu'on ne 
revoit plus. 

Micheton.Michet en raccourci. 
Jeune homme, rhétoricien, qui 
apporte à une femme le peu 
d'argent dont il dispose, et qui, 
au besoin, en dérobe à sa fa- 
mille. 

Midi. Trop tard. — Il est midi, 
cela n'est pas vrai. — Les ou- 
vriers se servent encore de cette 
expression dans le sens de : « Mé- 
fions-nous », lorsqu'il y a des 
étrangers à l'atelier. 

Mie de pain. Objet de nulle 
valeur. — Individu déplaisant, 

— dans le jargon des typo- 
graphes. — Pellicules de la tête, 

— dans le jargon des enfants. 

Miel (C'est un). C'est bon, 
c'est amusant, très agréable; 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



251 



et par ironie, c'est laid, en- 
nuyeux, désagréable. 

Mijoter. Combiner avec soin. 
— Mijoter une affaire, une intri- 
gue. — Mijoter un livre. 

Mille millions de milliasse. 

Enormément, un nombre infini 
de fois, tout ce que l'esprit du 
peuple peut concevoir de plus 
élevé comme chiffre, 

Millerie. Loterie, — dans 

l'ancien argot. 

Millet, Millot. Billet de ban- 
que de mille francs. 
« Quarante millets ! Telle était cette au- 
[baine. » 
(£a France, du 13 mars 1879.) 

Milord. Entreteneur, à l'é- 
poque où les Anglais passaient 
pour être généreux avec les 
dames qui vivent de la généro- 
sité publique. 

Mince. Papier à lettres, billet 
de banque, papier. — Le mot 
mince pour désigner papier date 
de la création des assignats. 

Mince de. Beaucoup de; rien 
que ça de. Locution employée 
par le peuple hors de tout pro- 
pos devant un autre mot, pour 
en marquer à la fois le nombre 
et la bonne qualité. — Mince de 
toilette à la clé, mince de politesse, 
mince de beurre, mince de ta- 
bleaux ^ mince de chic. 

Mince, Mince que. Je crois 
bien, comment donc, certaine- 
ment que. — Mince que je vou- 
drais le voir. — Mince qu'il est 
bâte. — «Minctî que t'as raison. » 
(J. Lermina, Les Chasseurs de 
femmes, 1879.) — « Vous avez 
des places? — Mince! si j'ai des 
places? Une loge de face. » {Le 
Gavroche, 1879.) — Les voyous 
emploient eniîore le mot mince 



comme synonyme du fameux 
mot de Cambronne , à la fin 
d'une phrase, comme argument 
décisif : Ah! mince alors. 

Mine à chier dessus. Vilain 
visage, — dans le jargon du 
peuple. Qu'est-ce qu'il vient vous 
emm. . . ielkr, celui-là, avecsamine 
à chier dessus ? 

Mine revenante. Mine qui re- 
vient, visage agréable. 

Ministre. Pour le soldat, tout 
individu crevant de santé, bien 
placé ou bien rente, que rien 
n'émeut, content de lui, gros et 
gras à lard est un « ministre ». 
Il y a, comme on voit, un grand 
fond d'observation chez le trou- 
pier français. — Gros ministre, 
marche donc, si tu peux, ou roule, 
si tu peux pas marcher. 

Minois, Mine. Nez, — dans 
le jargon des voleurs. 

Minuit. Nègre. — Enfant de 
minuit, voleur. 

Mioche, Mion. Petit enfant, 
petit garçon. — Mion de gonesse. 
Adolescent. — Mion de boule, 
voleur. 

Minzingue. Marchand de vin. 
Et les variantes minzingo, mind- 
zingue, manzinguin, qu'on pro- 
nonce en faisant sonner forte- 
ment le premier N. « La philo- 
sophie, vil mindzingue, quand 
ça ne servirait qu'à trouver ton 
vin bon. » (Gré vin). « Pauvre 
Dupuis manzinguin , malheu- 
reux. » (Privât d'Anglemont). 

Miradou. Miroir; mot em- 
prunté au provençal. — La va- 
riante est : mirelaid. 

Mirecourt. Violon. M. Fr. Mi- 
chel assure que c'estparce qu'on 
fabrique beaucoup de violons 



252 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



dans les Vosges c^ne les voleurs 
ont donné au violon le nom 
d'une petite ville de ce dépar- 
tement. — C'est tout simple- 
ment parce que pour jouer du 
violon on regarde l'instrument 
de très près; l'exécutant le met 
pour ainsi dire sous son nez : 
mirer de court, regarder de 
près, a fait mirecourt. 

Mirette. Prunelle de l'œil. — 
Sans miretteSj aveugle. Mirettes 
en glacis, mirettes glacées, lu- 
nettes. Mirette en caouche, téles- 
cope; caouche pour caoutchouc. 

Mireur. Espion, observateur, 

— dans le jargon des voyous. 

— Quand ils auront fini de se 
hallader, tous ces mireurs ! 

Mirliton. Voix. — Jouer du 
mirliton, parler. 

Miroder. Regarder, arranger. 
« Elle monta seule et nu-pieds 
sur l'échelle et sur l'échafaud et 
fut un quart d'heure mirodée, 
rasée, dressée et redressée par 
le bourreau. » (Madame de Sé- 
vigné , Lettres») 

Miroir. Coup d'œil rapide jeté 
sur le talon d'un jeu de piquet, 
^ur les premières cartes à dis- 
tribuer au baccarat, — dans le 
jargon des grecs\ une manière 
(le connaître le jeu de l'adver- 
saire. 

Miroir à putains. Joli visage 
d'homme à la manière des ttUes 
exposées à la vitrine des coif- 
feurs. 

Mirzale. Boucle d'oreilles. 

Mise-bas. Congé que s'octroie 
un ouvrier typographe. 

Mise à pied. Suppression mo- 
mentanée de paye pour un co- 
cher, un agent de police. — In- 



terdiction momentanée de jou» 
faite à un acteur par son direc- 
teur, sans suppression d'appoin- 
tements. 

Mise entrain. Première tour- 
née, station matinale chez le 
marchand de vin, — dans le 
jargon des ouvriers pressiers, 
en souvenir de la mise en train 
des presses. 

Mise (Faire sa). Payer la pa- 
tente, — dans le jargon des 
filles. 

Misérable. Verre de vin du 
broc à 15 centimes. 

Misloque. Comédie, — dans 
le jargon des voleurs. — Flan- 
cher la misloque, jouer la co- 
médie. — Misloquier, mislo- 
quière, acteur, actrice. — Mislo- 
quier schpilf très bon acteur. 

Misti, Mistigri. Val et de trèfle. 

Mistiche. Demi. — Une mis- 
fiche, une demi-heure. — Un 
mistiche, un demi-setier, — 
dans le jargon des voleurs. 

Mistick. Voleur étranger. {Mé- 
moires d'un forçat, glossaire d'ar- 
got, 1829.) 

Mistoufle. Mauvais procédé, 
taquinerie, méchanceté. — Coup 
de mistoufle, combinaison, coup 
en dessous, coquinerie. 

Mistron. Jeu de trente-et-un, 
nom d'un jeu de cartes. — Mis- 
tronner, jouer au trente-et-un. 

Mite, Mite-au-logis. Sécré- 
tion des yeux; déplorable jeu 
de mots sur mythologie. 

Mite. Violon, prison, — dans 
l'argot des voleurs. Soufflé et au 
mite, arrêté et au violon. 

Mitonner. Embêter. Ça mi- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE 

— dans 



253 



toiine le pauvre monde. 
le jargon des voyous. 

Mitraille. Une certaine quan- 
tité de sous s'appelle de la wi- 
traille. 

Mitre. Prison. — Mitre, pri- 
sonnier. 

Moblot. Garde mobile. 

Modillon. Apprentie modiste 
de deuxième année. 

Moderne. Jeune homme qui 
suit de très près la mode, par 
opposition à antique, qui ne la 
suit plus du tout. L'expression 
est voyoucratique. — Ëh! va 
do7ic, moderne, avec ton châssis 
de rechange! 

Modiste. Journaliste qui ac- 
commodait son esprit au goût 
du jour, qui suivait la mode, la 
plume ù, la main. Le reporter a 
détrôné le modiste. 

Moelleux. Coton, dans l'an- 
cien argot. 

Moine. Endroiteurune forme 
qui n'a pas été touché par le 
rouleau et qui, par suite, n'est 
pas imprimé sur la feuille. 
(Boutmy.) 

Moisir (Ne pas). Ne pas rester 
longtemps dans un endroit; ne 
pas occuper longtemps un em- 
ploi. 

Molanche. Laine, — dans 
l'ancien argot. 

Molard. Crachat très gras, le 
frère du glaviot, — Mularder, 
cracher gras. 

Molécule. Petit enfant, — 
dans l'argot des écoles. (L. Lar- 

chey.) 

Mollusque. Sot personnage, 
imbécile. 



Momard. Variante de môme, 
usitée au régiment. — « Mais il 
faut lui donner un nom à ce 
momard!... Il faut le bapti- 
ser ! ... » (A. Arnaultjles Zouaves.) 

Môme. Enfant. — Dans le pa- 
tois poitevin on appelle un jeune 
homme, un jeune garçon un 
momon, un momeur. — « Les 
chants finis, viennent les mo- 
mons. Ce sont des garçons qui 
portent à la mariée un présent 
caché dans une corbeille. » (Ed. 
Ourliac, Le Paysan poitevin.) — 
Les variantes sont, outre mo- 
mard , momacque , momignard, 
mignard. — « Ohé! ohé! les 
moutards, les moucherons, les 
momignards, qui est-ce qui s' 
paye le Lazar ? » (A. Joly, Fouyou 
au Lazary. Chans.) — Môme d'aï- 
têque, jeune homme. — Môme, 
jeune fille, amante précoce, — 
dans le jargon des voleurs. — 
C'est ma môme, elle est ronflante 
ce soir. C'est ma maîtresse, elle 
a de l'argent ce soir. 

Môme noir. Séminariste, — 
dans le jargon des voleurs. Va- 
riante : Canneurdumec des mecs: 
c'est-à-dire qui a peur de Dieu. 

Môme (Taper un). Faciliter 
une fausse-couche, déterminer 
un avortement, commettre un 
infanticide, — dans le jargon 
des voyous. Les variantes sont : 
Faire couler un môme, faire cou- 
ler un enfant. 

Môme (Taper un). Commet- 
tre un vol. (L. Larchey.) 

Mômière. Sage-femme, — 
dans le jargon des voleurs. Les 
variantes sont : Mômeuse, dcbal- 
leuse de mômes. 

Momignardage. Accouche- 
ment; et la variante : Décarrade 

15 



254 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



du crac. — Momignardage à \ — dans le jargon des pension- 
naires de l'établissement. « Mon- 
sieur, avec son épaisse barbiche 
aux poils tors et gris. » (E. de 
Concourt, la Fille Eiisa.) 

Monsieur. Nom que la femme 
entretenue et sa bonne donnent 
à l'entreteneur. 

Monsieur. Verre de vin de 
cinq sous, verre de vin de la 
bouteille servi sur le comptoir 
du débitant. 



^anglaise, momignardage en pu- 
rée, fausse -couche. 

Momir. Accoucher. — Momir 
pour Vaff. accoucher avant ter- 
me; par allusion aux fœtus con- 
servés dans l'alcool, l'a//". La 
variante est : Décarrer du crac. 

Monaco. Pièce d'un sou. — 
Avoir des monacos, avoir de 
l'argent, — dans l'ancien argot 
du peuple. 

Monarque. Roi duii jeu de 
cartes. 

Monarque. Argent, dans le 
jargon des filles. — Avoir fait 
son monarque, avoir gagné sa 
journée. 

Monde. Public payant, — 
dans le jargon des saltimban- 
ques. Ainsi, il peut y avoir foule 
autour d'un banquiste, et pas 
de monde. 

Monde (Petit). Ijoiirgeoisie, 
dans le jargon du faubourg 
Saint-Germain. — Lentille, — 
dans celui des voleurs. . 

Monde renversé. Guillotine. 

Monfier. Embrasser, — dans 
le jargon des voleurs. 

Monnaie. — Exemption. — 

Faire de la fausse monnaie, faire 
des exemptions fausses. (Alba- 
nès. Mystères du collège, 1845.) 

Monnaie de singe. Payement 
en grimaces, en plaisanteries. 
"Payer en monnaie de singe. 

Monseigneur. Pince à elfrac- 
tion. Ainsi nommée parce que 
jadis rien ne résistait à celui à 
qui l'on donnait du « monsei- 
gneur ». 

Monsieur. Mari d'une maî- 
tresse de maison de tolérance, 



Monsieur Vautour. Proprié- 
taire qui ne connaît pas d'autre 
Dieu que le dieu terme. — Usu- 
rier. 

Monsieur personne. Individu 
sans notoriété, le premier venu, 
— dans le jargon des gens de 
lettres. 

Monsieur, Madame de Péte- 
sec. Homme, femme qui s'ima- 
gine être sortie de la cuisse de 
Jupiter. Personne hautaine, 
Iroide, orgueilleuse. 

Monsieur Dufour est dans la 
salle. Avertissement d'acteur à 
acteur lorsqu'un rôle est mal 
interprété, lorsque le public est 
sur le point de témoigner son 
mécontentement. 

Monsieur (Faire le, faire^son). 

Faire de la dépense, s'endiman- 
cher, — dans le jargon des ou- 
vriers. 

Monstre. Enorme, colossal. 
Succès monstre. 

Monstre. Canevas d'une pièce 
de théâtre, d'un livre. — Bouts- 
riniés dont le sens et la rime 
importent peu et qu'un compo- 
siteur de musique donne au pa- 
rolier pour lui indiquer la me- 
sure et la coupe des strophes 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



255 



qu'il convient d'appliquer à une 
mélodie. 

Monstre d'homme. Libertin, 
partisan du système de l'infidé- 
lité à outrance, — dans le jar- 
gon des petites dames. 

Mont (Le grand). Mont-de- 
Piété de la rue des Blancs-Man- 
teaux ; le chef-lieu de ce grand 
département du prêt sur gages. 

Montage. Cartes préparées. 

— Un beau montage, cartes pré- 
parées qui ont fourni une lon- 
gue carrière, — dans l'argot des 
grecs. 

Montagnard. Cheval de ren- 
fort. 

Montagnards. — Haricots 
rouges. — Je me suis collé une 
iitare de montagnards au vin. 

Montagne de géant. Potence, 

— dans l'ancien ai'got. 

Montant. Mur. — Pantalon; 
c'est le mur de la décence. 

Montant. — Bas. — « Quoi 
que ça veut dire? criait une 
autre, des montants de soie 
dans de vieux ripatons ! » (Huys- 
mans, Les Sœurs Valard.) 

Montante. Échelle, — dans 
le jargon des voleurs. 

Monter. Pour monter une 
pièce nouvelle, la préparer, — 
dans le jargon du théâtre. — 
Est-ce qu'on monte quelque chose 
liour le mois prochain? 

Monter. Exciter quelqu'un à 
faire une chose. 7/ a fallu joli- 
ment le monter pour arriver à lui 
faire dire oui. — L'exciter contre 
quelqu'un. Il l'a monté contre son 
frère; c'est, mot à mot : monter 
la tôte. — Etre monté, être sur- 1 
excité, être très en colère. I 



Monter en graine. Grandir. 
— Votre moutard monte en graine. 

Monter d'un cran. Obtenir de 
l'avancement. 

Monter à l'échelle. S'impa- 
tienter, se mettre en colère. 

Monter sur la table. Faire 
des révélations. 

Monter un battage, un ba- 
teau. Préparer un mensonge,, 
combiner une mystification, — 
dans le jargon des voleurs. — 
Monter uncoup, le coup. {\.Coup,) 

Monter à cheval. Etre atteint 
d'une tumeur inilammatoire 
dans la région de l'aine, tumeur 
désignée sous le nom de « pou- 
lain ». [Argot des voyous ) 

Monter un schtosse. Mentir, 
avoir de la malice, chercher à 
mystifier. — C'est une variante 
de monter le coup, — dans le 
jargon des voleurs. 

Monter sur le tonneau. Met- 
tre de l'eau dans une barrique 
de vin. — (Argot des cabaretiers.) 

Monter la garde. Aller et ve- 
nir sous les fenêtres d'une belle, 
devant la porte de son magasin, 
ni plus ni moins qu'un soldat 
de l'amour en faction. 

Monter (Se). Se passionner, 
exagérer les choses, s'exalter. 
Mot à mot : se monter la tête. 

Monteuse de coups. Comé- 
dienne en chambre, femme ca- 
pable de faire voir à ses amants 
la lune en plein midi; femme 
qui joue la comédie de l'amour. 

Montretout (Aller à). Aller 
à la visite, — en terme de fille 
soumise. 

Montreuil (Du). Pêche de 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



2S6 

Montreuil. — J'ai du beau Mon- 
treuil. 

Monument. Chapeau haute 
forme, — dans le jargon des 
ouvriers. 

Monzu, Mouzu. Mamelles de 
nourrice, — dans l'ancien ar- 
got. 

Morasse. Epreuve d'une page 
entière de journal tirée à la 
brosse sur la forme. — Il y a la 
une, la deux, la trois et la qua- 
tre. Vient de : moratio, retard, 
attente, en latin, parce qu'on 
attend avec impatience la mo- 
rasse pour quitter le journal, ou 
encore parce que la morasse se 
fait souvent attendre. 

Morasse, Morace, Moresque. 

Danger; ennui. — Battre mo- 
race, crier à l'assassin, crier au 
voleur. 

Morbec. Vermine tenace qui 
fait élection de domicile sur 
certaines parties du corps hu- 
main. 

Morceau de pâte ferme. Ecrit, 
page de littérature, article de 
journal, discours, œuvre d'art, 
sans esprit, d'un style lourd, 
compassé. 

Morceau (Faire le). Réussir 
certaines parties d'un tableau, 
— dans le jargon des peintres. 

Mordante. Lime, scie. 

Mordre (Se faire). Se faire 
réprimander; recevoir des coups. 

Morfe. Repas, — dans l'an- 
cien argot. 

Morfante,Morfiante. Assiette. 

Morfier, Morfiller, Morfiler. 
Manger. — Se morfiller le dar- 
dan, s'inquiéter. 



Morgane, Muron. Sel, ~ dans 
l'ancien argot. — Muronner, 
saler. 

Morganer. Mordre, — dans le 
jargon des voleurs. 

Moricaud. Broc de vin, broc 
en bois pour le vin. 

Moricaud. Charbon, ^- dans 
l'ancien argot. 

Moricaud, Moricaude. Nègre, 
négresse. 

Mornée, mornos. Bouche, 
bouchée, — dans l'ancien argot. 

Morne. Mouton. — Mornier, 
berger. 

Momifie. Soufflet. — Dd/ac/ier 
une momifie, donner un soufflet. 

Momifie, morningue. Mon- 
naie. — Momifie tarte, fausse 
monnaie. — Porte-morningue, 
porte-monnaie. — Refiler de la 
fausse momifie, émettre de la 
fausse monnaie. {Jargon des vo- 
leurs.) Porte-morningue appar- 
tient aussi au vocabulaire du 
peuple. 

Mornifleur tarte. Faux-mon- 
nayeur. 

Morpion. Personne dont on 
ne peut se débarrasser, impor- 
tun qui s'attache à vos pas. 

Morpionner. S'attacher aux 
pas de quelqu'un, obséder. 

Mort. Condamné, — dans le 
jargon des voleurs. 

Mort. Enjeu augmenté après 
coup par le procédé de la pous- 
sette. (L. Larchey.) 

Morue. Femme qui pue; sa- 
lope, — dans le jargon des Hal- 
les. Epithète dont ces darnes 
gratifient volontiers les bour- 
geoises qui déprécient la mar- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



257 



chandise ou qui marchandent 
trop. Mot à mot : qui pue comme 
une morue. 

Morue. Lot d'ouvrages ma- 
nuscrits que les anciens colpor- 
teurs faisaient imprimer à leurs 
frais. — Les canards ont eu 
raison des morues. 

Morviau. Morve. — Petit 
morveux. 

Motte. Maison centrale de 
force et de correction, — dans 
le jargon des voleurs. — Dé- 
grifujolcr de la motte^ sortir 
d'une maison centrale. 

Mou enflé (Avoir le). Etre 
enceinte, — dans le jargon des 
voyous. 

Moucaire. Femme laide, — 
dans le jargon des voyous. De 
l'arabe moukére. (F. ce mot.) 

Mouchailler. Regarder à la 
dérobée, regarder en dessous. 

Mouchard. Portrait à l'huile. 
(Delvau). 

Mouchard à becs. Réverbère. 

Moucharde. Lune, - dans le 

jargon des voleurs. 

Mouche (La). La police; tout 
ce qui relève de la préfecture 
de police. 

Mouche. Agent de police. 

Mouche, Moche, Mouchique. 

Laid, mauvais, sans valeur, dès- 
agréable. — Toc a succédé à 
mouche ai\ec le même sens, etmo- 
che, variante de mouche, a battu 
en brèche toc, déjà démodé 
parmi les voyous. — Etre mou- 
chique à la sec, être mal noté 
dans son quartier, avoir eu déjà 
des démêlés avec le commis- 
saire de son quartier. Sec est 
mis par abréviation de section. 



Moucher. Battre. — Remet- 
tre quelqu'un à sa place. — Se 
faire moucher, se faire remettre 
à sa place. 

Moucher (Se). Faire dispa- 
raître de l'argent, s'approprier 
quelques pièces d'or ou d'ar- 
gent prises dans la masse cons- 
tituant une banque, — dans 
l'argot des garçons de jeu. C'est 
ordinairement en se mouchant 
que s'exécute ce tour d'escamo- 
tage; de là le nom. 

Moucher la chandelle. Pour 
les collégiens, c'est s'inspirer du 
jeune Onan. Pour les hommes 
mariés, c'est suivre l'école ma- 
trimoniale de Malthus. 

Moucheron. Enfant. — Ap- 
prenti. « L'an passé, papa a mis 
pour moi quinze cents francs à 
la tontine, et v'ià déjà trois 
moucherons de claqués!... » 
(Rando\) 

Mouches (Envoyer des coups 
de pied aux). Mener une con- 
duite déréglée, — dans le jar- 
gon des coulisses. C'est ce ([ue 
le peuple appelle : Jeter son bon- 
net par-dessus les moulins. 

Mouches au vol (Tuer les). 
Sentir mauvais de la bouche. 
La variante est : Tuer les mou- 
ches à quinze pas. 

Mouche ur de chandelle. Mi- 

htant de l'école d'Onan. — Mi- 
litant de l'école de Malthus. 

Mouchoir. Pistolet de poche. 

Mouchoir à bœufs. Cliamp. 
« Aujourd'hui la belle est une 
maison à quatre étages, une 
ferme en Beauce, un mouchoir à 
bœufs, un moulin! » (Madame 
de Girardin, Correspondance pa- 
risieniïc.) 



258 

Moudre 

l'orgue de Barbarie. 

Moufflet. Enfant. , 
Mouillante. Morue. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 

un air. Jouer de i Moulin à merde. Personne 
mal embouchée. 

Moulin à vent. Derrière. — 
« Et le monde n'en mange 

i • /. -Il ..*^ /in«o l'or, i plus que delà mouture de mou- 
et aussi bouillante,- dans 1 an- P 4 ^^^^ ^^ ^^^ Putanismo.) 
cien argot. i ^ ' 

... • i Moulin à café. « De temps à 

. MomUer. Attraper une pum- j ^^» ^^ j^;^^„^ ^^,j^ ^^^ P^,. 



Soupe, 



tion, — dans l'argot du régi 
ment. 

Mouiller (Se). Commencer à 
se griser. On se mouille, on s'é- 
méche, on se culotte, on se poivre. 
«. Mouillez-vous pour sécher, ou 
séchez pour mouiller. » (Rabe- 
lais, 1. 1.) 

Mouillé (Etre). Etre mal noté. 
— Etre signalé à la police. 

Moukère (Avoir sa). Etre en 
bonne fortune, — dans l'argot 
du régiment. C'est une expres- 
sion d'importation africaine. 
En arabe, moukère signifie 
femme. 

Moule. Imbécile. C'est un 
pendant à huître, pris dans le 
môme sens. — ■ « Il faudrait être 



heureuses créatures inscrites sur 
le livre de la police dite des 
mœurs, on en fait une cargai- 
son qu'on expédie dans une co- 
lonie. Les femmes ainsi dépay- 
sées sont ce qu'on appelle, en 
terme de police , passées au 
moulin à café. » {Procès de la 
Lanterne, 27 janv. 1879, plai- 
doirie de M'' bclattre.) 

Moulin à café. Mitrailleuse, — 
dans le jargon des soldats. (L. 
Larchey.) 

Moulinage. Bavardage. 

Mouliner. Parler beaucoup; 
dire des niaiseries. 

Mouloir. Bouche; dent. 

Moulure (Faire une) 



Faire 
Pous- 
ser une moulure. 

Mouniche. Le sexe d'une 
femme. 

Mounine. Petite fille grima- 
cière, petite espiègle. 

^ , , Mourir (Tu t'en ferais)! Tu ne 

gaufres. Visage marqué de pe- | le voudrais pas. Cela estau-des- 
tite vérole, par allusion aux | sus de tes forces. — Expression 
trous des moules à pastilles. i dont le peuple a abusé comme 

Moule à melon. Bossu. j de tant d'autres et qu'il mettait 

. „ ,. : à toutes sauces. — Voulez-vous 

Moule de pipe a Gambier. j j^'embras.ser?demandaitun jeu- 
Personne grotesque ; caricature i ne homme timide aune drôlesse. 



rudement moule pour trouver j ses nécessités. Variante 
qu'on vous a fait perdre votre 
temps. » {Tam-Tam du 16 mai 
1880.) 

Moule de gant. Soufflet. 

Moule à merde. Derrière. 

Moule à pastilles, moule 

Tiié fip. ne- . 



Vivante. 

Moulin, maison du meunier. 

Receleur. — Boutique de rece- 
leur. . 



j — Tu t'en ferais mourir. — Vou- 
lez-vous m'accompagner jusqu'à 
la Bastille à pied? — Tu t'en fe- 
rais mourir. 



DICTIONNAIRE D 

Mouscaille, Mousse. Matière 

fécalo. 

Mouscailler. Se défaire de la 
matière lecale. 

Mouscailloux. Fantassin, 
pour pousse-cailloux. 

Mousquetaire gris. Pou. 

Moussante. Bière. — Encore 
un de ces mots qui n'ont pas 
demandé de grands frais d'ima- 
gination. 

Mousse. Vieux mot injurieux, 
très en vogue aux xv»^ et xvi'' siè- 
cles, synonyme de bt^aii et au- 
quel a' succédé le fameux « mer- 
de » de nos jours, qui semble 
répondre à toutes les situations 
tendues. — « Mousse pour le 
guet; bran pour les* sergents. » 
(Adages français.) 

Mousse (Faire de la). Faire 
des embarras, chercher à bril- 
ler, faire grand étalage de toi- 
lette. — « La dite belle se pro- 
menait devant ces agents, fai- 
sant le plus de mousse possible 
aux yeux des nobles étrangers. » 
(F^■(;aro du 28 oct. 1878.) 

Mousseline. Fers de prison- 
niers. (Larcliey.) 

Mousseline. Pièce d'argent. 
— Pain blanc. — Sorte de gâ- 
teau de Savoie. 

Mousser. Etre en colère. — 
Exagérer. — Fai7'e mousser, exa- 
gérer les ffualités d'une per- 
sonne, la valeur d'une chose. 

Moût. Beau, — dans le jargon 
des voyous. 

Moutarde après dîner. Trop 

tard, chose inutile, nui n'est pas 
venue au moment opportun. 

Moutardier. Derrière. 



ARGOT MODERNE. 259 

Moutardier du pape (Pre- 
mier). Sot orgueilleux. 

Mouton. Matelas. 

Mouton. Homme de compa- 
gnie d'un prisonnier, et chargé 
par la police de devenir l'homme 
de confiance du même prison- 
nier. 

Moutonner. Espionner. 

Muche. Très bon, supérieur. 
— Jeune homme timide auprès 
des dames de la rue de Mau- 
beuge. 

Mufle. Mal élevé , grossier 
personnage. Le peuple prononce 
mufe. 

Mufe, Mufle. Maçon. 

Mufle (Pain de). Pain de qua- 
tre livres fendu, pain que con- 
somment généralement les ma- 
çons. 

Muflée. Quantité, grand nom- 
bre. Une muflée de platSy — dans 
le jargon des ouvriers. 

Mufleman. Mufle ; tournure 
anglaise donnée à ce mot. — 
« Elle conservaiten même temps 
Alfred, un.mufleman de la pire 
espèce. » (Huysmans, Les Sœurs 
Vatard.) 

Mufleton, Muffeton. Apprenti 
maçon. 

Mulet. Artilleur de marine. 

Mulet. Diable. (F. Michel.) — 
Metteur en pages en second 
dans une imprimerie. 

Murer. Battre , porter des 
coups. — Je te vas murer. 

Musée des claqués. La Mor- 
gue, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Muselé. Propre à rien, mala- 
droit. 



260 



DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE. 



Musette. Petit sac à avoine. 1 
C'est l'en-cas des chevaux de 
fiacre et des chevaux de charroi. 

Musicien. Dictionnaire, — 
dans le jargon des voleurs. 

Musicien. Délateur. — Joueur 
qui se répand en plaintes con- 
tre le sort. 

Musiciens. Haricots. 

Musique. Lot de bric-à-brac 
acheté à l'Hôtel des Ventes. — 
Petit pain, c'est-à-dire flûte. 

Musique. Plaintes, doléances 
au jeu. — Faire de la musique, 
se plaindre d'avoir mauvais jeu, 
d'avoir perdu. — « Bisset payait 
avec des jurements, des trépi- 
gnements, des grognements, 
faisait une musique infernale. » 
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) — 
Petite musique, petit jeu, petite 
mise au jeu. 

Musique. Grande quantité de i 
corrections indiquées sur la j 



marge des pages, de telle sorte 
que l'épreuve a quelque analo- 
gie d'aspect avec une page de 
musique. (Boutmy.) 

Musique, Petite musique. 

Groupe de compositeurs d'im- 
primerie qui calent fréquem- 
ment par suite de leur incapa- 
cité, — dans lejargon des typo- 
graphes. Ils se plaignent sou- 
vent, ils font ce que vulgairement 
on appelle « de la musique »; 
de là le surnom. 

Musique. Culot de l'auge des 
maçons. — Résidu d'un verre, 
d'un vase quelconque. (A. Del- 



Dénonciation. — 
musique, être con- 



Musique. 

Passer à la 

fronté avec un dénonciateur. 



Musiquer. Marquer une carte 
d'un petit coup d'ongle, d'un si- 
gne imperceptible pour les au- 
tres, — dans le jargon des grecs. 



N 



Nageant, Nageoir. Poisson, 
— dans le jargon des voleurs. 

Nageoires. Bras, mains, en 
parlant des bras, des mains d'un 
.souteneur, — dans le jargon des 
voyous. — A bas les nageoires! 

Nageoires. Larges favoris, fa- 
voris en côtelette. 

Narquois. Mendiants, voleurs, 
anciens soldats adonnés à la 
mendicité, à l'époque de la Cour 
des Miracles. — Les narquois ont 
beaucoup contribué à la forma- 



tion de l'argot. Parler narquoiSy 
c'était parler argot, parler la 
langue des gueux. 

Naturalisme. Nouvelle cou- 
che de littérateurs qui sont en 
train de fonder le musée Du- 
puytren de la syphilis morale, 
en s'atlachant à faire ressortir 
dans leurs œuvres les côtés 
monstrueux et ignobles de la 
nature humaine. 

Naturaliste. Romancier qui 
fait dans le naturalisme. — « Le 



DICTIONNAIRE D^RGOT MODERNE. 



261 



centre de l'art se déplace. Il est j 
vrai que nous avons une école 1 
nouvelle : celle des impression- ' 
nistes, qui dominera prochaine- 
ment la république des arts, 
comme les naturalistes la répu- 
blique des lettres. » (Robert 
Mitchell, Chambre des députés, 
18 mai 1880.) 

Nature. Naturel. — Comme 
c'est nature! — Bifteck nature, 
bifteck au naturel, — dans le 
jargon des restaurateurs. 

Navarin. Navet. — Ragoût de 
mouton aux pommes. C'est le 
vulgaire haricot de mouton ap- 
pelé pompeusement « navarin » 
par les restaurateurs des boule- 
vards. 

Navet. Cafard au petit pied ; 
escobar domestique. 

Navets (Des) ! Non, jamais. 
Terme de refus dans le jargon 
des voyous qui disent égale- 
ment : des nèfles! — « Ohé! les 
gendarmes, ohé! des navets! » 
(H. Monnier, Scènes pop.) 

Naze. Nez. — Figure. —Der- 
rière. Telles ont été les diverses 
significations de ce mot. — Au- 
jourd'hui naze n'est plus em- 
ployé que dans le sens de nez, 
ainsi que ses dérivés : nazicot, 
nazaret. Naze est emprunté au 
provençal. 

Nazi. Maladie vénérienne, — 
dans le jargon des voleurs et 
des voyous qui ont été plus j 
d'une fois témoins de cas de sy- ' 
philis tuberculeuse, durant leur 
séjour à l'hôpital du Midi. 

Neg au petit croche. Chif- 
fonnier. Mot à mot : négociant 
au petit crochet. 

Négresse. Paquet recouvert 
de toile cirée noire. 



Négresse. Ceinturon, — dans 
l'argot des marins. 

Négresse. Puce. 

« J' sentis bien quand nous étions couchés 
» Qui n' manquait pas d' négresses 
» Et même de grenadiers. » 

(E. Lecart, Une conquête au Prado, 
chans.) 

« Qu'il s'ra content le vieux propriétaire 
» Quand il viendra pour toucher son loyer, 
» D' voir en entrant toute la paill' parterre 
» Et les négress's à ses jamb's sautiller, » 
{Le Déménagement à ta sonnette de 
bois, chans.) 

Négresse. Bouteille de vin 
rouge. — Etouffer, éreinter une 
néyr esse, éternuer sur une négresse, 
boireunebouteillede vin rouge. 

Nénais, Nichons. Seins de 
jeune fille; la rose en bouton, 
comme disent les poètes. 

Nénais de veuve. Biberon, — 
dans le jargon des voyous. 

Nettoyer. Battre, renversera 
coups de poing. Prendre de 
force la place de quelqu'un, le 
chasser d'un endroit. — Ruiner. 

— Nettoyer un établissement, 
faire faire faillite à son proprié- 
taire. Nettoyer la monnaie, man- 
ger l'argent de la paye, — dans 
le jargon des ouvriers. — Net- 
toyer les plats, ne rien laisser 
dans les plats. — Nettoyer ses 
écuries, se curer le nez. 

Nez (Faire son). Bouder, être 
désappointé. — Se piquer tenez, 
se griser. — Avoir quelqu'un 
dans le nez, détester quelqu'un. 

— Montrer le bout de son nez, 
faire acte de présence, s'esqui- 
ver après une très courte appa- 
rition. 

Nez (Avoir du). Pressentir les 
bonnes occasions, arriver aux 
bons moments. On dit égale- 
ment : Avoir le nez cireux, 

15. 



262 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Nez (Prendre dans le). Répri- 
mander, faire des observations ; 
variante de moucher. — Se faire 
prendre dans le nez, s'attirer des 
observations. 

Nez en pied de marmite. Nez 

court et gros du bout. 

Nez où il pleut dedans. Nez à 
la Roxelane. k Pour un peu plus 
on y verrait la cervelle », dit le 
peuple, en parlant de ces sortes 
de nez. 

Nez passé à l'encaustique. 

Nez auquel l'usage fréquent de 
la boisson a donné une belle 
couleur brique-rouge. — On dit 
aussi un nez qui a coûté cher à 
mettre en couleur, par allusion 
au nombre de bouteilles payées 
au marcband de vin avant d'ar- 
river à la coloration du nez. 

Nez de chien. Mélange de 
bière et d'eau-de-vie. 

Nias. Pour nière; moi; forme 
nouvelle. Ça c'est pour mon nias, 
— dans le jargon des rôdeurs 
de barrière. 

Nib, Nibergue. Rien; pas. — 
Nib de piaule, sans domicile. — 
Nib de braise, nib de carme, pas 
d'argent. 

Nib. Silence, — dans le jar- 
gon des voleurs. — Nib au truc, 
pas un mot sur le vol commis, 
pas de bavardages. 

Nibé. Assez, — dans le même 
jargon. 

Niber. Regarder. Nibe la gon- 
zesse, regarde la femme, — dans 
le jargon des rôdeurs de bar- 
rière. 

Niche (A c'te). Manière aima- 
ble et familière de renvoyer 
quelqu'un. Nos pères disaient : 
Au chenil. 



Nière. Maladroit. —Individu, 
particulier. — Mon nière, moi, 

— dans le jargon des voleurs. 

Nière. Complice, — dans le 
jargon des voleurs. — Un com- 
plice est un autre soi-même. — 
Manger son nière, dénoncer son 
complice. — Cromper son nière, 
sauver son complice. Nière à la 
manque, complice sur lequel on 
ne doit pas compter. 

Niguedouille. Nigaud. 

Nielle. Chapeau retapé, vieux 
chapeau d'homme. — Niolleur, 
marchand de vieux chapeaux 
retapés. 

NioUe. Niais, maladroit, im- 
bécile. — Bougre de niolle. 

Niort (Aller à). Nier. — En- 
voyer à Niort, refuser quelque 
chose, — dans le jargon des vo- 
leurs. « Quoique je prisse tou- 
jours le chemin de Niort. « 
{Aventures burlesques.) 

Nisco, Nix. Non, rien. « Tou- 
jours donner son nom et son 
adresse, sans quoi, nix. » {Tarn- 
Tarn, 1880.) 

Nivet, Nivette. Chanvre, — 
dans l'ancien argot. 

Nobrer. Reconnaître; c'est le 
diminutif de reconnobrer. 

Noce. Amusements; débau- 
che. — Faire la noce, faire une 
noce, nocer, s'amuser, courir les 
femmes, les cabarets, souvent 
au détriment du travail. 

Noce de bâtons de chaise. 

Batterie domestique dans la- 
quelle les chaises sont otFertes, 

— par l'époux à l'épouse et vice 
versa, — à travers la figure. 

Noceur, Noceuse. Homme, 
femme qui a érigé la noce en 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



263 



système, qui se livre habituelle- 
ment à ce que les romantiques 
appelaient « l'orgie échevelée ». 

Noctambule. Celui qui bat le 
pavé toute la nuit; celui qui 
court les cabarets, les maisons 
de débauche , les restaurants 
jusqu'au point du jour. Le noc- 
tambule donne un iier démenti 
au proverbe qui prétend que 
lorsqu'on est vertueux on aime 
à voir lever l'aurore. 

« L'attardé seul, le noctambule, 
tt Quand tout dort est encore levé. » 
(A Pommier, Paris.) 

Noctambuler. Flâner, s'amu- 
ser lorsque les honnêtes gens 
dorment. 

Noctambulisme. Flânerie noc- 
turne, courses nocturnes à tra- 
vers les cabarets. 

Nœud (Et mon) ! Propos que 
les voyous ont sans cesse à la 
bouche, et qu'ils trouvent plus 
énergique, sans doute, que des 
navets! du flan! des nèjles! qui 
en sont les variantes adoucies. 

Noir. Café. — Un noir chic, un 
café additionné de beaucoup de 
chicorée. 

Noir. Plomb, — dans l'argot 
des couvreurs. — 'Pierre noire^ 
ardoise. 

Noir de peau, Nègre. Aide- 
chilibnnier; pauvre diable à qui 
le chiffonnier confie un croc et 
fait gagner quelques sous. 

Noix (Coquille de). Verre à 
boire de petite capacité, — dans 
le jargon des ivrognes qui trou- 
veraient la botte de I3assom- 
pierre encore trop petite. 

Nombril de religieuse. As 

d'un jeu de cartes. 

Nonnant, Nonnante. Ami, 



amie. — Compagnon, compa- 
gne. 

Nonne , Nonneur. Compère 
qui assiste le voleur à la tire, 
soit en bousculant l'individu bon 
à voler, soit en recevant l'objet 
volé. 

Notaire du coin. Marchand 
de vin. C'était autrefois, et en- 
core au commencement du 
siècle : Notaire à barreaux de 
bois, parce que la devanture des 
anciens débits de vin était gar- 
nie de barreaux de bois. — 
« Allons passer z'un contrat 
d'un litre, chez le notaire à 
barreaux de bois. » [Le Nouveau 
Vadé.) 

Note (Etre dans la). Etre au 
courant de ce qui se dit et se 
passe, être dans le mouvement. 
— (Jargon des gommeux.) 

Nourrir. Combiner. — Nour- 
rir un poupon, combiner un vol, 
le charpenter comme un dra- 
maturge une pièce de théâtre. 

Nourrisseur. Charpentier en 
vols et assassinats. 11 traite avec 
les metteurs en scène suivant 
l'importance et la réussite pro- 
bable'du drame. 

Nouvelle. Pour Nouvelle-Ca- 
lédonie. Passer à la Nouvelle^ 
être condamné à la déporta- 
tion, — dans l'argot dés voleurs. 

Nouvelle-Calédonie. Second 
cimetière de Saint-Ouen ouvert 
en 1872. 

Nouvelle- couche. Pour nou- 
velle couche sociale. Les bas- 
fonds du prolétariat. — « On 
parle des nouvelles couches, ça 
n'est pas Cantagrel, qui est une 
vieille barbe. » ' (Bernadille 
Esquisses et Croquis parisie7is.) 



264 



DICTIONNAIllE B ARGOT MODERNE. 



Nouzailles. Nous, — dans le 
jargon des voleurs. C'est : Nous 
avec la désinence aille. 

Noyau. Argent, n'est guère 
employé qu'au pluriel. // a des 
noyaux, et encore est-il très peu 
usité. 

Noyau. Conscrit; niais, — 
dans le jargon des troupiers. 

Noyaux de pêche (Rem- 
bourré avec des). Horriblement 
niai rembourré, très dur ; se dit 
d'un siège dont les élastiques 
ont rendu l'âme j des banquettes, 
et môme des fauteuils d'or- 
chestre de certains théâtres. 

Numéro. Fille publique, — 
dans le jargon des agents de 
poHce. 

Numéro un. Vêtement, objet 
de toilette réservé pour les 
grandes occasions, le meilleur 
vêtement d'une garde-robe. — 
Entreteneur, — dans le langage 



de ces demoiselles. « Ça l'amant 
d'Amanda !. . . — Oui ! Ah ! mais, 
tu sais, chéri, c'est pas son nu- 
méro un. » (Grévin , Croquis 
parisiens.) 

Numéro 100. Lieux d'aisances. 
Il y a là un de ces jeux de mots 
qui sont une des plus fines ma- 
nifestations du vieil esprit gau- 
lois. 

Numéro de quelqu'un (Con- 
naître le). Connaître la mora- 
lité de quelqu'un, savoir à quoi 
s'en tenir *sur le compte de 
quelqu'un. 

Numéroter ses os. Se dit pour 
appuyer énergiquement la me- 
nace d'une volée de coups. — • 
Numérote tes os, que je te démo- 
lisse ! 

Nymphe verte. L'absmthe, — 
dans le jargon des ivrognes qui 
ciierchent la poésie au fond du 
verre. 



Obéliscal. Grand, sublime, co- 
lossal. Le mot s'est dit à propos 
de tout ce qui sortait de l'ordi- 
naire. Une œuvre était obéliscale, 
un homme était obéliscal, en 
souvenir de l'obélisque de la 
place de la Concorde. 

Objet. Femme aimée. Nos 
pères se servaient beaucoup de 
ce mot, abréviation de : objet 
de ma flamme. 

Observasse. Observation. Une 
vetite observasse en passant. 

Occase. Occasion. Un objet 



[ d^occase, un objet qui a servi. 
— Châsse d' occase, œil de verre, 
j Occasion. Chandelier, — dans 
j l'ancien argot. 

I Odhe. Oreille. L'ocheme cloche, 
l'oreille me tinte. 

Oculaire astronomique. Ca- 
rambolage facile à exécuter, les 
j deux billes à toucher étant à 
côté l'une de l'autre. Les joueurs 
de billard disent également ; 
« Une paire de lunettes ». 

Œil. Crédit. — L'œil est crevé, 
plus de crédit. C'est-à-dire l'œil 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



265 



du crédit est crcvo. Une vieille 
légende fait mourir Crédit d'un 
coup d'épée qu'il a reçu dans 
l'œil. Sur les anciennes images 
d'Epinal on voit Crédit succom- 
bant à sa blessure et au-dessous 
cette devise: Crédit est mort, les 
mauvais payeurs lui ont crevé 
l'œil. 

Œil (Avoir!'). Avoir crédit. 

> Ma bourse est en deuil, 

« Pour faire bombance 

« Bien lieiircLix qu'a l'œil. » 

(J. Goizet, Bien heureux qu'a l'œil, 
Chans.) 

Œil (Faire 1'). Vendre à crédit, j 
— (( Elle préférerait faire crier 
par les rues toutes ses cuites à ; 
sa fdle que de faire deux sous 
d'œil. » (Privât d'Anglemont.) 

Œil (Faire de 1'). Jouer de la 
prunelle comme les Espagnoles 
jouent de l'éventail. 

Œil (Faiseur d'). Homme qui 
clierclie à séduire une femme . 
au moyen d'oeillades incen- j 
diaires. « Le faiseur d'œil n'a 
])as de prétention positive et 
[)récise. Il promène sur toutes 
les femmes son regard de vau- 
tour amoureux, ses yeux sont 
illuminés d'un feu lîe charbon 
de terre; il a toujours l'air d'un 
Européen lâché dans un sérail; 
sa prunelle s'abaisse, se relève 
comme le soufflet d'un accor- 
déon. )) (N. Roqueplan, la Vie i 
de Paris.) j 

Œil d'occase. Œil de verre. | 

Œil de verre. Monocle. \ 

Œil (Mon). Variante de : a des \ 
navets! des nèfles! du flan! » j 

Œil de bœuf. Pièce de cinq j 
francs, — dans l'ancien argot, i 

Œil qui dit merde à l'autre. 
ÛEil allecté de strabisme. 



Œil en coulisse. Œil amou- 
reux, dont la prunelle va tan- 
tôt à droite, tantôt à gauche, 
mais toujours dans la direction 
de Vobjet convoité, soit qu'il 
s'agisse, pour les hommes, d'une 
jolie femme, soit qu'il s'agisse, 
pour les femmes, d'un bijou de 
prix. 

Œil (Avoir de V). Avoir bonne 
apparence, en parlant des choses 
ou des objets de consommation. 
— Cette étoffe a de l'œil. — Ce 
faisan rôti a de Vœil. 

Œil, du cheveu et de la dent 
(Avoir de 1'). Etre encore bien, 
être d'une beauté très suflisante, 
en parlant d'une femme. Elle a 
de l'œil, du cheveu et de la denty 
les trois beautés théologales. 

Œil (Donner dans!'). Plaire à 
première vue, en parlant des 
personnes. — Avoir envie de, 
en parlant des choses. Cette 
femme m'a donné dans l'œil. — 
Cette bague lui a donné dans 
l'œil. 

Œil (S'en battre F). S'en mo- 
quer. Voir une chose, entendre 
une proposition avec indille- 
rence. — Je m'en bats l'œilj ça 
m'est bien égal. On dit aussi : 
s'en battre la paupière. 

Œil (Tape à F). Personne dont 
la paupière paralysée est com- 
plètement fermée. 

Œil (Taper de F). Dormir. — 
Tourner de l'œil, mourir. 

Œil (Tire F). Objet qui attire 
l'attention, mais qui n'a pas 
une grande valeur. ■— Chn- 
quant. 

Œuf. Tète, — dans le jargon 
des voyous. Et principalement 
tête chauve. 



266 



DICTEONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Œuf sur le plat (Un). Vingt- 
cinq francs en un louis d'or et 
une pièce de cinq francs en ar- 
gent. La pièce d'argent repré- 
sente le blanc de l'œuf, la pièce 
d'or, le jaune. 

Œuf (Casser son). Faire une 
fausse couche. (L. Larcliey.) 

Œufs sur le plat. Seins petits 
et mous, — dans le jargon des 
bourgeoises. Un beau corsage, la 
femme de l'adjoint. — Taisez-vous! 
deux œufs sur le plat! 

Officier. « Tous les jolis bon- 
bons glacés ou en sucre candi, 
exposés aux étalages des mar- 
chands confiseurs, sont l'ou- 
vrage des officiers. » (P. Vin- 
çard, les Ouvriers de Paris.) 

Officier. Garçon d'office dans 
un café. Il fait chauffer le café, 
prépare les grogs et souvent 
lave la vaisselle. 

Ogre. Ouvrier typographe mo- 
dèle. L'ogre travaille à la jour- 
née, il est bon père de famille, 
bon époux et bon garde natio- 
nal au besoin. 

Ogre. Chiffonnier en gros, 
négociant en chiffons, — Rece- 
leur. — Escompteur sans ver- 
gogne. — Agent de remplace- 
ments militaires mis en dispo- 
nibilité par la promulgation de 
la loi sur le service obligatoire. 

Ogresse. Cabaretière , pro- 
priétaire d'un garni à la nuit et 
à la corde. — Revendeuse à la 
toilette, vendeuse et revendeuse 
de chair humaine plus ou moins 
fraîche. 

Oignon. Montre d'argent 
épaisse et large. 

Oignon (Il y a de 1'). Ça va 
mal, les affaires vont se gâter, 



les coups et les pleurs sont à la 
tombante. 

Oignons (Peler des). Gronder. 

Oignons, Oignes (Aux petits). 

Excellent, supérieur. L'oignon 
joue un grand rôle dans la cas- 
serole du peuple de Paris pour 
qui le miroton est un plat fon- 
damental et patriotique. — 
« Eh ben, sergent, trouvez-vous 
que je lui aie arrangé ça aux 
petits oignons? » (Alph. Arnault 
et L. Judicis, Les Cosaques.) 

Oignons (Chaîne d'). Les dix 
d'un jeu de cartes, — dans le 
jargon des ouvriers. 

Oiseau. Individu qui sort on 
ne sait d'où. — Vilain oiseau, 
vilain monsieur, triste sire. 

Oiseau. Auge d^ maçon. 

Oiseau de cage. Prisonnier, 
— dans l'ancien argot. 

Oiseau fatal. Corbeau, — dans 
le jargon des voleurs qui, une 
fois par hasard, se sont inspirés 
de l'argot académique. 

Oiseau (Faire 1'). Faire la 
j bête, l'ignorant, — dans l'an- 
cien argot. 

Oiseaux (Aux). Parfait, très 
soigné. Est-ce une allusion au 
célèbre couvent des Oiseaux où 
les demoiselles du meilleur 
monde, c'est-à-dire du monde 
le plus riche, reçoivent une édu- 
cation .soignée? 

Oiseaux (Se donner des noms 

d'). Se donner des noms em- 
pruntés au vocabulaire de l'a- 
mour. Mon loulou, ma petite 
chatte, mon trésor, mon chien 
vert, sont des noms d'oiseau. 
Mon serin n'est pas un nom 
d'oiseau. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



267 



Olive de savetier. Navet. 

Olives (Changer l'eau des). 

Uriner. 

Ombre (Foutre àl', faire pas- 
ser à r). Tuer. Mettre à l'ombre, 
empi isoiiner. — Etre à l'ombre, 
être en prison. « Je vous dis, 
moi, qu'on s' taise, ou je vous 
colloque à l'ombre. » (H. Mon- 
nier. Scènes populaires.) 

Omnibus. Femme qui a au- 
tant et plus de droit à ce sobri- 
quet que les voitures de ce 
nom. 

Omnibus. Verre de vin, verre 
d'eau-de-vie , de la capacité 
d'un demi-setier. On lit encore 
à la devanture de quelques dé- 
bits de vin, extra-muros : « Ici 
l'on prend l'omnibus. » Rin- 
çures de verres, résidu de vin 
répandu sur le comptoir et dé- 
bité aux consommateurs assez 
ivres pour ne plus y regarder 
de près. 

Omnibus. Garçon d'extra, da.ns 
un restaurant, dans un café. 

Omnibus. Batteurs de pavé^ 
« C'est-à-dire des gens que l'on 
rencontre sur tous les points de 
Paris comme les véhicules dont 
ils portent le nom, mais qui 
diffèrent de ceux-ci en ce qu'ils 
n'ont ni couleur, ni enseigne, 
ni lanterne pour indiquer où ils 
vont et d'où ils viennent. » 
(Paul Mahalin.) 

Omnibus. Loges d'avant-scène 
au théâtre de l'Opéra. «Excepté 
Ja loge de l'Empereur et la loge 
voisine réservée pour le service 
de Sa Majesté, excepté les deux 
loges qui sont en face et les 
deux avant-scènes du rez-de- 
chaussée, au côté droit, toutes 
les loges d'avant-scène jusqu'au 



troisième rang non compris, 
sont occupées par des hommes 
et organisées en omnibus ainsi 
qu'on dit à l'Opéra et à Londres. » 
(N. Roqueplan.) 

Omnibus de coni. Corbillard, 
c'est-à-dire omnibus de la mort. 

Omnibus (Attendre 1'). At- 
tendre qu'on vous verse à boire, 
— dans le jargon du peuple. — 
Faites passer la négresse, voilà 
une heure que nous attendons 
r omnibus, par ici. 

Omnibusard. Mendiant qui 
exploite la charité publique en 
omnibus. Voici le procédé : 
Tantôt c'est un enfant, tantôt 
un vieillard qui, en hiver, la 
chair au vent, tout dépoitraillé, 
vient s'asseoir près du conduc- 
teur. Il sort péniblement, sou à 
sou, trente centimes, les tourne, 
les retourne, pousse un soupir, 
laisse échapper une larme et 
grelotte. Les âmes charitables 
s'émeuvent, chacun donne quel- 
que menue monnaie. L'omnibu- 
sard recueille ainsi quinze , 
vingt, quelquefois trente sous, 
grelotte, tousse, crache, pleure 
d'attendrissement, fait arrêter 
la voiture et va, une station 
plus loin, recommencer le même 
manège, après avoir toutefois 
pris de nouvelles forces chez le 
marchand de vin. 

Omnicroche. Omnibus , — 
dans le jargon des voleurs. — 
Faire Vomnicroche, monter dans 
un omnibus avec l'intention 
d'explorer les poches des voi- 
sins. — Gaule d' omnicroche, écha- 
las d'omnicroche , conducteur 
d'omnibus. — Omnicrochemar à 
la colle, cocher d'omnibus; à la 
colley parce qu'il semble collé 



268 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



sur son siège. Les voleurs qui 
ont, comme Lacenaire, fait un 
peu leurs classes, disent : Om- 
iiicochcmar. 

Oncle. Concierge de prison. 
Sous les verrous, les voleurs, 
qui ont de l'imagination, s'assi- 
milent aux objets mis en gage. 
La prison pour eux est comme 
un Mont-de-Piété, tante, où ils 
sont accrochés. Celui qui garde 
la porte de ma tante, devient le 
mari de ma tante « mon oncle ». 
Au xvne siècle « oncle » dési- 
gnait un usurier. — Avoir un 
oncle sur la planche, être héri- 
tier d'un oncle. — Manger son 
oncle, manger l'héritage laissé 
par son oncle. — Rubis sur l'on- 
cle, calembour par à peu près 
pour dire qu'il ne reste plus 
rien de l'héritage avunculaire. 

Oncle du prêt (Mon). Mont- 
de-Piété, — dans le jargon des 
ouvriers qui sont fatigués d'ap- 
peler « ma tante, ma tante Da- 
mant » cet établissement phi- 
lanthropique à onze pour cent. 

Onclesse. — Concierge fe- 
melle d'une prison, — dans 
l'argot des voleurs, qui appel- 
lent le concierge mâle « leur 
oncle ». 

Onguent. Argent, — dans 
l'ancien argot. 

Opérer. — Guillotiner, — 
dans le jargon des prisons. 

Opérateur. Bourreau. 

Opiumiste. Buveur d'opium ; 
parlisan de l'abrutissement par 
l'opium. « La Chine se divise 
en deux parties bien distinctes : 
Les opiumistes et les unli-opium- 
istes. » {La Liberté, du 26 août 
1«77.) 



Opportunisme. Politique ex- 
pectante d'un groupe de répu- 
blicains qui, sans rien sacrifier... 
que les principes des autres, at- 
tendent patiemment l'occasion 
favorable pour faire prévaloir ; 
leurs idées, et trouvent qu'il 
est toujours opportun d'occuper 
une excellente place, et au be- 
soin plusieurs places. 

Opportuniste. Réactionnaire 
de l'avenir; Orléaniste honteux. 
Républicain qui, en attendant le 
moment opportun où il pourra 
voir triompher sa cause, sait se 
contenter d'une bonne place. 
Les opportunistes, dont M. Gam- 
betta est le chef, ont pour adver- 
saires les intransigeants, répu- 
blicains trop pressés. 

Oranger de savetier. Basilic. 

Orange à cochon. Pomme de 
terre. La variante est : Orange 
de Limousin. 

Oranges sur l'étagère. Belle 
prestance de la gorge. 

Ordinaire. La soupe et le 
bœuf, dans les gargots. Le prix 
de V ordinaire varie entre 30 et 
40 centimes. 

Ordinaires. Menstrues. 

Ordremoralien. Conservateur, 
Partisan de l'ordre moral que 
les adversaires politiques des 
républicains opposent à la dé- 
magogie. Journal ordremoralien, 
feuille ordremoralienne . 

Ordure. Femme sale au mo- 
ral, femme sale au moral et au 
physique. 

Ordures (Faire ses). Prendre 
les trottoirs, la voie publique, 
les parquets des appartements 
pour des lieux d'aisances, quand 
on a le privilège d'être chien ou 
chat. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



269 



Oreillard. Ane. 

Oreille à l'enfant (Avoir fait 

une). Avoir fait, en collaborn- 
tioii, avec un ou plusieurs ce 
qu'il faut pour se croire le père 
d'un enfant. 

Orfèvre. Marchand qui fait 
valoir sa marchandise, personne 
qui vante ses qualités, — dans 
le jargon des vieux habitués de i 
la Comédie-Française. l 

Orgue. Homme, — dans le | 
jargon des voleurs. — Manger 
sur l'orgue, dénoncer un com- 
plice. 

Orgue. (Mon, ton, son). Moi, 
toi, lui, — dans le même jar- 
gon. — Tu ne peux pas le faire 
avec mon orgue, tu n'es pas de 
force à te mesurer avec moi. 

Orgue (Jouer de 1'). Roniler. 

Orgues. Atiaires, — dans le 
jargon des voleurs. 

Orient. Or, — dans le jargon 
des voleurs. 

Orléans. Vinaigre; pour vi- 
naigre d'Orléans. 

Ornie. Poule. — Ornichon, 
poulet. — Ornie de balle, dinde. 

— Ornion, chapon. -- Ornière, 
poulailler. 

Orphelin. Orfèvre. 

Orphelin. Bout de cigare, 
bout de cigarette réduite à sa 
dernière expression. 

Orphelins. Bande, association 
de malfaiteurs. 

Orphelin de muraille. Carte 

de visite... de digestion dépo- 
sée le long d'un mur. 

Orpheline de Lacenaire. Pros- 
tituée qui arpente \>' boulevard, 

— dans le jargon des gens de 
lettres. 



Os (De r). De l'argent. 

Os à moelle. Nez. — Faire ju- 
ter l'os à moelle, se moucher 
avec le mouchoir de ses cinq 
doigts. Les voyous disent aussi : 
« faire dégorger son ulcère. » 

Osanore, Osselet. Dent. — 
Jouer des osanores, manger. 

Oseille. — Argent, — dans 
le jargon des voleurs. C'est le 
mot os doté de la terminaison 
eille. « Les frangins auraient 
plutôt acheté quatre exemplai- 
res, au lieu d'un, afin de re- 
mettre de l'oseille dans ton 
porte-monnaie! » (Le petit Ba- 
dinguet, 1878.) 

Oseille (Scène de 1'). Scène 
où l'on exhibe le bataillon de.s 
femmes décolletées, dans une 
féerie ou autre pièce de même 
moralité. Oseille est là comme 
variante de persil. On a dit 
scène de Voseille comme on au- 
rait dit scène du persil, c'est-à- 
dire scène de la retape. (V. ces 
mots.) 

Oseille (Avoir mangé de 1'). 
Etre de mauvaise humeur, mon- 
trer de l'aigreur; allusion à l'a- 
cidité de l'oseille. 

Otage. Prêtre, ecclésiastique, 
par allusion aux otages de la 
Commune, — dans lo jargon 
des voyous et des voleurs. 

Otolondrer. Ennuyer. Otolon- 
dreur, importun. 

Ouater. Ne pas accuser les 
contours en dessinant, peindre 
flou, — dans le jargon des 
peintres. 

Oui, en plume. Tu plaisantes, 
— da<is le jargon des typogra- 
phes. 

Ours. Article de journal qui 



270 



DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE. 



a été offert sans succès dans 
plus de vingt journaux, roman 
refusé par tous les éditeurs, 
pièce de tliéiUre repoussée de 
tous les tlicâtres. — On dit d'un 
vieil ours « qu'il a de la barbe ». 
— Egayer l'ours, siffler une 
pièce. 

Ours. Bavardage insupporta- 
ble, — dans le jargon des typo- 
graphes. — Poser un ours, dé- 
biter à un camarade des bavar- 
dages insipides, lui faire des 
contes à dormir debout. 

Ours. — Salle de police. — 
« Allons, prenez vos draps et 
grimpez à l'ours. Vivement. » 
{V*e Richard, Les Femmes des 
autres.) 

Ours. — Ouvrier pressier dans 
une imprimerie. — Oie, — dans 
le jargon des ouvriers. 

Ours (Envoyer à T). Ren- 
voyer, envoyer au diable. Au- 
trefois, lorsque quelqu'un im- 
portunait, on lui disait d'aller 
voir l'ours Martin, on l'envoyait 
très loin. 

Ours (Aller aux). — Aller flâ- 
ner au Jardin-des-Plantes, — 
dans le jargon des collégiens. 
C'est-à-dire aller voir les ours 
du Jardin-des-Plantes. 

Ourson. Ancien bonnet à poil 
de l'ancienne garde nationale. 

Oùs' qu'est mon fusil? Expres- 
sion employée par le peuple 
lorsque quelqu'un vient de dire 
une grosse bêtise, de tenir un 
propos extravagant, insensé. 
Mot à mot : Où est mon fusil, 
pour que je te tue? tu es trop 
bête pour vivre. 

Oùs'que tu demeures? Ré- 
ponse à une proposition exor- 



bitante ou jugée telle. — Tu 
fumes de bons cigares, tu devrais 
bien m'en faire cadeau d'une boite. 
— Ous'que tu demeures ? — C'est- 
à-dire par ironie et sous-en- 
tendu : Je les ferai porter à do- 
micile. 

Oùs'que vous allez sans pa- 
rapluie? Expression populaire 
dont les équivalentes sont : D'où 
venez-vous, que vous êtes si 
bête? Vous n'êtes donc au cou- 
rant de rien? — Demandez par 
exemple, en plein mois de juin, 
à une marchande de la Halle si 
elle a des épinards, vous aurez 
beaucoup de chance pour qu'elle 
vous réponde : « Oùs'que vous 
allez comme ça sans paraplui e ? » 

Outils. Instruments à l'usage 
des voleurs. 

Ouvrage. Curage des fosses 
d'aisances. — Tomber dans l'ou- 
vrage, tomber dans la fosse 
d'aisances, — en terme de vi- 
dangeur. 

Ouvrage. Vol, — dans le jar- 
gon des voleurs. — Fonds de 
commerce de porteur d'eau. 
L'ouvrage comprend les usten- 
siles nécessaires à la profession, 
tels que cheval, voiture, seaux, 
bricole, tonneaux, etc. 

Ouvrier, Ouvrière. Voleur, 

voleuse. 

Ouvrière. C'est encore le nom 
sous lequel les souteneurs dé- 
signent leurs maîtresses, quand 
ils ne les appellent pas leuj^s 
marmites. 

Ouvrir l'œil et le bon. Sur- 
veiller avec soin ; faire bien at- 
tention à ne pas être trompé. 
On disait jadis : Avoir l'œil au 
bois. 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



271 



Pacant. Paysan, 
jargon des voleurs. — Intrus, 
"maladroit, lourdaud. — « Mais 
ce pacant-\-d va tout gâter. » 
(Balzac, Pierre Grassou.) 

Paccin. Paquet, — dans Tan- 
cien argot. 

Pacquelin. Pays. — Brème de 
pacquclin, carte de géographie. 

— Pacquelin du raboin, pays du 
diable, enfer. 

Pacquelinage. Voyage. — 
Tacqueliner, voyager. — Pacqiie- 
lineur, — voyageur. 

Paf. Ivre. — Ivrogne gai. 

Paf, Paffe. Soulier. Depaffut, 
passiit, tranchet. Le mot ■paff^'ut 
remonte au xiv<^ siècle. 

Paf fer. Enivrer. Rendre paf. 

Pagaie ^Mettre en). Farce 
qu'au régiment les anciens font 
aux conscrits, qui trouvent leurs 
lits arrangés en bascule; d'où 
desculbdtes et des occasions de 
se divertir aux dépens des bleus. 
C'est-à-dire mettre un cama- 
rade aux prises avec une plai- 
santerie qui n'est pas gaie pour 
lui. 

Page blanche. Innocent. — 
Ouvrier instruit et travailleur, 

— dans le jargon des typogra- 
phes. 

Pagne. Don en argent ou en 
nature fait à un détenu. 

Pagne. Lit, — dans le jargon 
des voyous. 



dans le ] Paies (C'est tout ce que tu)? 

Tu n'as pas quelque chose de 
plus agréable à dire? — Et puis. 



après car — Expression dont 
abusent les voyous quand on 
leur fait de la morale à gosier 
sec. « Prenez garde, mon fils! 
la pente du vice est ghssante; 
tel qui commence par une pec- 
cadille peut finir sur l'échafaud ! 
— Cest tout ce que tu paies ? » 
(Randon.) 

Paillasse. Saltimbanque po- 
litique dont les opinions sont 
plutôt à vendre qu'à louer. — 
Celui qui saute à pieds joints 
sur ses promesses. 

Paillasse. Fille publique, — 
dans le jargon des troupiers. 

Paillasse à soldats. Fille à 
soldats. — Prostituée sans pré- 
tention qui rôdaille autour des 
casernes, quœrens quem dcvoret. 

Paillasse à coups de poing. 
Femme d'ivrogne. 

Paillasse (Crever la). Porter 
des coups de pied dans le ven- 
tre de quelqu'un. — Se faire 
crever la paillasse, se faire as- 
sommer à coups de pied dans 
le ventre. 

Paillasse (Bourrer la). Man- 
ger. — N'avoir rien à fourrer 
dans la paillasse, n'avoir rien à 
manger. 

Paillasse (Brîiler). Partir en 
oubliant de déposer son otfrande 
sur le coin de la cheminée d'une 
Vénus ambulante. 



272 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Paillasse (Manger sa). S'age- 
nouiller pour prier au pied de 
son lit, — dans le jargon des 
troupiers. 

Paillasson. Libertin qui ne 
craint pus de se frotter à toutes 
les paillasses des drôlesses. 

• Paillasson, quoi! cœur d'arlichaul. 

• C'est mou genre : un' feuill' pour tout 

[l'monde. 
» Au jour d'aujourd'hui, j'gob' la blonde ; 

• Après-d'main, c'est la brun' qu'i m'faut. » 

{La Muse à Bifji, Le Paillasson.) 

Paillasson. Homme aimé un 
moment pour lui-même, — dans 
le j.irgon des filles. « Celui avec 
lerfuel elle passe un caprice, au- 
quel ce se donne sans lui de- 
mandei de l'argent, un paillas- 
son. » {Paris-vivant, La Fille. 
1858.) 

Paille. Bombage des cartes 
destiné à favoriser le coupage 
dans le pont. {Argot des grecs.) 
Paille, dans leur jargon, est sy- 
nonyme de pont. 

Paille (Homme de). Prête- 
nom. Individu qui assume sur 
lui la responsabilité d'une af- 
faire. En gén/u^al l'homme de 
paille touche des appointements 
fixes et fait tout ce qui concerne 
son état : des dettes, des dupes 
et de la prison. 

Paille de fer (A toi, z' à moi 

la). Chacun à notre tour. Ex- 
pression dont on se sert pour se 
stimuler. Deux ouvriers attelés 
à la même besogne, deux for- 
gerons, principalement, qui 
frappent à tour de rôle sur le 
fer sortant de la forge, s'exci- 
tent au cri de : A toi, à moi la 
paille de fer ! La paille de fer 
c'est la barre de fer. — « Tout 
d'un coup le drapeau tombe. On 
se jette dessus... A toi z' à moi 



la paille de fer! » (Alph. Ar- 
nault et L. Judicis, Les Cosaques.) 

Paille au cul (Avoir la). Etre 
vendu ou à vendre comme 
homme politique. Le journa- 
liste qui veiid sa plume, le dé- 
puté qui trafique de son vote, 
ont la paille au cul. Allusion au 
bouchon de paille que les ma- 
quignons mettent au derrière 
des chevaux qui sont à vendre. 

Paille sur le tahouret (Ne 
plus avoir de). — « On dit à 
présent en parlant d'un mon- 
sieur chauve comme un œuf : 
11 n'a plus de paille sur le ta- 
bouret. » {Tam-Tam, 1880.) 

Pailler. Préparer une paille 
en battant les cartes. (L. Lar- 
chey.) 

Paillot. Paillasson. — Plaquer 
la tournante sous le paillot, met- 
tre la clé sous le paillasson. 

Pain. Soufflet, coup de poing 
sur le visage. Le mot pain tra- 
duit le bruit produit par un 
soufflet bien appliqué. Coller un 
pain, donner une gifle. M. Lar- 
chey écv'ii paing et donne poing 
comme étymologie. Passer chez 
paing, recevoir des coups. 

Pain raté. Pain entamé par 
les rats, pain trop dur. — Pain 
ars, pain brûlé. — Pain mé- 
tourné, pain trop petit, — dans 
le jargon des boulangers. Pain 
à grigne, pain fendu. j 

Pain. Coussinet en cuir dont M 
se servent les graveurs pour 
poser la planche à graver. 

Pain (ton, son). Réplique qui, 
au régiment, équivaut à : « Rien 
du tout ». — Je vais t' étriller si 
tu m'em... botes. — Tu ries pas 
le diable; tu étrilleras ton pain. 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 273 

Pain-là (Ne pas manger de 



— Le brigadier a dit qu'il te fi- 
cherait à l'ours. — Il y f... son 
pain; ici, toi, tu commandes ton 
pain. 

Pain polka. Pain long et plat 
de 4 livres, — dans le jargon 
des boulangers. 

Painà cacheter (Le). La pleine 
lune. 

Pain à cacheter. Entêté, — 
dans le jargon des voyous. 
L'iiomme entêté tient à son 
idée, comme le pain à cacheter 
tient au papier. 

Pain à cacheter. Hostie. — 
Tortorer le pain à cacheter, com- 
munier, — dans le jargon du 
peuple. 

Pain (Et du)? Et le néces- 
saire? Expression à l'adresse des 
gens qui font des dépenses peu 
en rapport avec leur position. 

— Réplique à une proposition 
extravcigante sous le rapport de 
la dépense. — Demandez à un 
ouvrier convalescent pourquoi 
il ne mange pas, à tous ses re- 
pas, de bons biftecks saignants 
arrosés de bon vin de Bordeaux. 
Il répondra : Et du pain ? 

Pain de la bouche (Oter le). 

Empêcher quelqu'un d'obtenir 
un emploi, lui faire perdre sa 
place. 

Pain cuît (Avoir son). Avoir 



ce). Rcpoussci' une proposition, 
un gain indignes d'un honnête 
homme. 

Paire de manches (C'est une 
autre). C'est bien diliérent. 

Paix-là. Huissier-audiencier. 
Le cri de l'homme pour l'homme 
môme. 

Pâle (Du). La couleur blanche 
au jeu de dominos. — Les pro- 
fesseurs de dominos disent éga- 
lement la blancheur en ajoutant 
le nom d'une dame blonde de 
leur connaissance, délicat hom- 
mage à la beauté. 

Paletot. Cercueil , — dans 
l'argot des marbriers de cime- 
tière. (A. Delvau.) 

Palette. Grande et large dent. 
— Guitare de musicien ambu- 
lant. 

Palladier. Pré, — dans l'an- 
cien argot. 

Pallas. Beau, joli, — dans 
l'argot des barrières. Déforma- 
tion de « pas laid ». 

Pallas. Harangne de ban- 
quiste. « Ensuite il commence 
tout à coup son pallas d'une voix 
sourde et vibrante à la fois. » 
(V. Fournel, Ce qu'on voit dans 
les rues de Paris.) 

Pallas (Faire). Faire des em- 



des rentes suffisantes pour vi- ! ^^^rras, prendre de grands airs 
vre. Mot à mot : avoir sur la comme en prennent les saltim- 
planche du pain cuit pour le banques en débitant leurs boni- 



restant de ses jours. — Etre 
condamné à mort. Mot à mot : 
avoir du pain cuit sur la planche 
de la guillotine. 

Pain (Faire perdre le goût 
du). Tuer. — Je te ferai perdre 
le goût du pain. 



ments. 

Pallas (Faiseur de). Faiseur 
d'embarras. — Sal II mbanque dé- 
bitant son boniment. 

Palmarès. Liste des récom- 
penses accordées aux lycéens, le 
jour de la distribution des prix 



274 DICTIONNAIRE D 

à la Sorbonne. Dopalma, palme. 

Pâlot, Pâlotte. Paysan, pay- 
sanne; de palea, paille. 

Pâlotte (La). La lune, — dans 
le jargon des voleurs. 

Palper. Recevoir de l'argent, 
toucher ses appointements, — 
en terme de bureaucrate. 

Palpitant. Cœur, — dans l'an- 
cien argot. 

Pâmeur. Poisson, — dans le 
jargon des voleurs. Hors de l'eau, 
il se pâme. 

Pamure. Soufflet bien appli- 
qué. 

Pampine. Sœur de Charité, — 
dans le jargon des voleurs. 

Pana. Chapeau de paille ; pour 
panama, — dans le jargon des 
voyous. — Pmia patriothjiie, cha- 
peau de paille tricolore. 

Panache (Avoir le). Etre gris. 

Panachée (Conversation). 
Conversation variée. Allusion 
aux glaces panachées, fruit et 
crème. 

Panade. Personne mal mise, 
malpropre, laide. — Personne 
sans énergie. — Objet de rebut. 
En un mot tout ce qui est panne: 
homme, femme ou chose. 

Panailleux. Marchand de ver- 
res cassés, misérable, dénué de 
tout. 

Panais (Etre en). Etre en che- 
mise. 

Panais (Des)! Formule néga- 
tive, équivalenfe à non, jamais. 
On dit en allongeant : Des pa- 
nais, Rosalie! 

Panama. Bévue énorme, dans 
la composition, l'imposition ou 
le tirage. [Jargon des typoyra- 



ARGOT MODERNE. 

j phes, Boutmy.) Allusion aux lar- 
I gcs bords des chapeaux ditspa- 
nama. 

Panaris. Belle-mère. Un pa- 
naris fait beaucoup soulî'rir, une 
belle-mère aussi. — u Panaris 
crevé. Prendre train de plaisir 
11 heures 45. » [Tam-Tam, du 
16 mai 1880.) 

Panas. Epaves d'objets de toi- 
lette, vieilleries en tous genres. 

Panier, Panier aux ordures. 

Lit, — dans le jargon du peuple. 

Panier aux crottes. Derrière. 
« Et pas de musique au dessert, 
bien sûr pas de clarinette pour 
secouer le panier aux crottes des 
dames. » [L'Assommoir.) C'est 
une variante moderne de l'an- 
cien « pot aux crottes ». — « Ja- 
mais on ne vid si bien remuer le 
pot aux crottes ny secouerle jiir- 
ret. » [Le facétieux réveille-matin 
des esprits mélancho ligues, 1634.) 

Panier au pain. Ventre. — 
« Au premier atout dans le pa- 
nier au pain, faut pas caner. « 
(L'art de se conduire dans la so- 
ciété des pauvres bougres.) 



Fourgon des- 



Panier à salade. 

tiné au transport des prison- 
niers. Le panier à salade va, 
deux fois par jour, chercher aux 
différents postes de police le 
contingent déclaré bon pouf le 
dépôt de la préfecture. Le nom 
de panier à salade est dû aux 
cahots que procure ce véhicule 
mal suspendu. Les prisonniers 
auxquels le gouvernement ne 
peut pas fournir des huit-res- 
sorts y sont secoués comme la 
salade dans un panier. 

Panier (Recevoir le). C'est, 
dans le langage des filles en trai- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



•^/o 



tement à Saint-Lazare, recevoir 
des aliments ou des friandises 
apportés du dehors. Mot à mot : 
recevoir le panier aux provi- 
sions. 

Paniotter (Se). Se mettre au 
lit, — dans le jargon du peuple ; 
c'est-à-dire se mettre dans le 
panier. L'expression est égale- 
ment usitée au régiment. 

Paniquer (Se). Avoir peur, 
avoir la panique. {Mémoires d'un 
forçat, 1829.) 

Panne. Grande misère ; ruine 
complète. «Ce fut alors,raadame 
Aicide, que commença votre 
grande panne. » (Ed. et J. de 
Concourt.) — « Ils sont tournés 
comme Henri ÏV sur le Pont- 
Neuf et m'font l'etlét de n'son- 
ger qu'à faire la noce, au risque 
d'être dans la panne et de se 
brosser le ventre après. » (E. de 
la Bédollière, Les Industriels.) 
— En terme de théâtre, bout de 
rôle. « Plus de rôles à jambes, 
et une panne de dix lignes dans 
ta nouvelle féerie!.. Ah\ Ernest, 
vous ne m'aimez plus. » (J.Pel- 
coq, Petit journal amusant.) — 
<( Il faut vous dire que tous mes 
camarades, étant jaloux de moi, 
s'arrangeaient de manière à 
avoir les bons rôles, tandis que 
moi, on me donnait les pannes... 
les bouche-trous!.. » (P. de 
Kock, Le Sentier aux prunes.) — 
En terme d'atelier, mauvais ta- 
bleau. « (}u'est-ce que c'est que 
cette panne? C'est assez mal lé- 
ché^ merci. » (J. Noriac, Têtes 
d'artistes.) 

Panne. Ruiné, misérable. «Et 
puis ces marchands font les 
pannes; mais il ne faut pas les 
croire. » (P. d'Anglemont.) 



Panne comme la Hollande. 
Très pauvre, très misérable d'as- 
pect. 

Panner. Gagner au jeu, — 
dans le jargon des voyous. 

Panoteur. Braconnier. 

Panoufle. Perruque; de panu- 
fle, chausson. En etlet la perru- 
que ne chausse-t-elle pas la tête? 

Pantalonner. Tendre àla force 
du poignet le pantalon de tricot 
d'une danseuse. « M. Pointe 
pantalonne la volumineuse De- 
laquit. » (Charles de Boigne.) 

Pantalon garance (Donner 
dans le). Aimer les militaires, 
avoir un ou plusieurs amoureux 
parmi les ofliciers. 

Pante, Pantre. Particulier à 
l'air bête. — Tout individu dont 
la figure, les manières ou les 
procédés déplaisent, est un pante 
pour le peuple. — Dans le jar- 
gon des cochers, un pante est un 
voyageur qui a donné un bon 
pourboire; c'est celui qu'ils ap- 
pellent tout haut « patron ou 
bourgeois ». — Autrefois « pante, 
pantre » — dans l'argot des vo- 
leurs et des camelots, signifiait 
dupe. Le pantre arnau, était un 
imbécile qui jetait les hauts cris 
dès qu'il s'apercevait qu'il était 
grugé; le pantre argoté, une 
dupe de bonne composition et 
le pantre désargoté, un particu- 
lier difficile à duper. Aujour- 
d'hui les voleurs et les camelots 
emploient très peu le mot « pan- 
te » qu'ils ont remplacé, les pre- 
miers, par client, les seconds, 
par girondin. 

Pante (Faire le).. Payer pour 
un autre, — dans le jargon des 
voyous. Mot à mot : faire acte 
d'imbécile* 



276 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Panthe (Pousser sa). Abrévia- 
tion do pousser sa pantlière, 
c'est-à-dire se promener d'un 
côté, de l'autre, dans l'atelier; 
courir une bordée de marchand 
de vin en marchand de vin. La 
variante est : Faire sa panthère; 
par allusion à la panthère du 
Jardin-des-Plantes qui n'a d'au- 
tre occupation que d'arpenter 
sa cage. 

Pantière. Bouche, — dans le 
jargon des voleurs. 

Pantin. Paris, la ville des 
pantcs. Et les variantes moins 
usitées : Pantruche, pampeluche. 

Pantinois. Parisien. 

Pantume, Panturne. Femme 
dévergondée, — dans l'ancien 
argot. 

Panloiser, Pantinoiser. Payer 
pour un autre, être dupe. C'est-à- 
dire faire acte de pante, — dans 
l'argot des barrières. 

Panufe. Chausson ; chaussette, 
un objet de luxe pour MM. les 
voleurs. 

Panuche. Femme à son aise, 
femme heureuse, — dans le jar- 
gon des voleurs et des filles. 
A Saint-Lazare, les filles insou- 
mises appellent ainsi les fem- 
mes de maison qui, à leur tour, 
les traitent de connasses, connas- 
sons, niaises, petites niaises. Aux 
yeux de Vinsoumise, le sort de la 
panuche en traitement est le sort 
le plus beau, le plus digne d'en- 
vie. « Madame » s'intéresse à 
elle, « madame » lui envoie ar- 
gent, vin de Bordeaux et frian- 
duses. Et puis, quand Saint-La- 
zare lui aura refait une santé, 
ne retrouvera-t-elle pas tout de 
suite toilettes fraîches, bon sou- 
per, bon gîte et le reste? 



Papa. Cocher de Iramway, — 
dans le jargon des voyous, qui 
sont assez mélomanes pour s'être 
aperçus que la trompe dont 
jouent les cochers de tramway 
avec leurs pieds produit une sé- 
rie de pa pa pa ^m. 

Papa (Ala). Sans façon. 

Pape. Imbécile, — dans le 
jargon des voleurs. C'est une va- 
riante très altérée de pantc. 

Pape (Un). Un verre de rhum. 
Le mot pape implique l'idée do 
Rome, et Rome fournit l'occa- 
sion d'un déplorable jeu de mots. 

Papelard. Papier; de l'espa- 
gnol papel. 

Papier. Billet de banque, — 
coupon détaché d'un titre de 
Bourse. 

Papier à chandelle. Mauvais 
petit ou grand journal. Mot à 
mot : papier bon à envelopper 
de la chandelle. 

Papillon. Blanchisseur. — 
Linge. 

Papillon d'auberge. Linge, 
vaisselle, batterie de cuisine. — 
M. Fr. Michel ne donne pas à 
cette expression de signification 
normale. M. Ch. Nisard traduit 
par coups de poing, sout'llet, 
s'appuyant sur l'autorité de qua- 
tre vers également cités par 
M. Fr. Michel et tirés des tor- 
cherons^ ch. m. {Amusemcns rap- 
sodi-poétiques, 4773.) 

« Bientôt, au défaut de flamberges 
» Volent les « papillons d'auberges » ; 
» On s'accueille à grands cou[)S de poing 
» Sur le nez et sur le grouin. » 

M. Ch. Nisard a pu mal inter- 
préter l'expression « papillon 
d'auberge » en lui donnant le 
sens de souftlet, coups de poing. 



DICTIONNAIRE D 

En argot jxipillon correspond à 
linge. Papillon d'auberge serait 
donc linge d'auberge et, par ex- 
tension, tout ce qui se rapporte 
à Ja table. 
Papillonner. Voler du linge. 

Papillonneur. Voleur de linge, 
voleur qui exploite les voitures 
de blanchisseurs. 

Paquet. Femme habillée sans 
goût. 

Paquet (Recevoir son). Rece- 
voir son congé, être renvoyé. 

Paquet (Lâcher le). Tout ré- 
véler, faire des aveux. 

Paquet de couenne. Garde na- 
tional. Allusion au laisser-aller 
des couennes à l'étalage du tri- 
pier. Le garde national n'a ja- 
mais brillé par la correction de 
sa tenue. 

Paquets (Faire ses petits). 

Agoniser. Allusion aux mouve- 
ments des moribonds qui ramè- 
nent à eux leurs couvertures. 

Parade (Défiler la) . Mourir, — 
dans le jargon des troupiers. 

Parade (Faire la). C'est com- 
mencer le spectacle par une pe- 
tite pièce sans importance, en 
attendant le public. [Petit dict. 
des coulisses.) 

Paradouze. Paradis; change- 
ment de la dernière syllabe pour 
obtenir un jeu de mots sur dix 
et douze. 

Paralance. Parapluie. 

Parapher, Détacher un para- 
phe. Signer son nom avec la 
main sur la joue de quelqu'un. 

Paré (Etre). Avoir été coili'é 
et attifé par ce terrible perru- 
quier-barbier qui répond au 



ARGOT MODERNE. 



277 



nom du bourreau; c'est être 
préparé pour l'écliafaud. 

Parer. « A chaque morceau 
réclamé par ses collègues, le 
chef du garde-manger découpe 
à même la pièce et 'pare la 
viande. Parer un morceau, c'est 
en enlever la parure, c'est-à- 
dire l'excédant de graisse. Le 
boucher reprend à 75 cent, le 
kilo la parure (graisse crue), 
qu'il revend au fondeur pour 
faire des chandelles. » (Kug. 
Chavette, Restaurateurs et res- 
taurés, 1867.) 

Parer (La). Secourir. — la 
rien parer à un aminchc, venir 
en toute hâte au secours d'un 
ami ; c'est-à-dire parer la botte 
portée à un ami. 

Parfait amour de chiffonnier. 

Eau-dc-vie. 

Parfonde. Cave. Variantes : 
Profonde, prophète. — Pive en 
parfonde, vin en cave. 

Parisien. Quelles que soient 
sa nationalité et sa condition 
sociale, tout être humain qui 
fa't de la villégiature, soit pen- 
dant un jour, soit pendant six 
mois est un Parisien, c'est-à- 
dire un imbécile bon à duper, 
— dans le jargon des paysans 
des environs de Paris, qui ont 

I le plus profond mépris pour 
tout ce qui vient de la ville, 
Œufs frais de deux mois, vo- 
lailles étiques, asperges à gros- 
ses épaulettes, fruits pourris, 

! tout ça c'est « bon pour les Pa- 
risiens ». Et le Parisien paye 

I tout cela très cher, trouve tout 
cela exquis et appelle le paysan 
« nature simple et primitive ». 

Parisien. Sottise la plus 
^ grande, la plus injurieuse à un 

46 



278 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



matelot. Désignation, dans les i par les charmes d'une femme, 
bâtiments, d'un pauvre sujet et | sur la pente des folies amou- 
quelquefois d'un mauvais sujet, reuses. 

(Villaumez, Dict. de marine.) 1 partie (Monter une). Donner, 

Parisien. Petite tricherie aux • en bénéficiaire, une représen- 

dominos, pose d'un domino non î tation dramatique avec le con- 

correspondant au précédent ; i cours gratuit de camarades 



par exemple : du quatre sur du 
cinq, du trois sur du deux. Quel- 
quefois comme « le premier 
pas » le parisien se fait sans 
qu'on y pense. 

Parisien. Rosse caractérisée; 
cheval bon pour l'abattoir, — 
dans le jargon des maquignons. 

Parlementage. Discours, con- 
versation. (1824.) 

Parlement. Langue. — Ouvrir 
le parlement, faire Vouverture du 
parlement, parler. 

Parloir des singes. Parloir à 
double grillage, — dans le jar- 
gon des prisons. 

Parmezard. Pauvre; pour 
parmesan, c'est-à-dire râpé 
comme du parmesan, — dans 
le jargon des voleurs. 

Paroissien. Inconnu de mau- 
vaise mine. Paroissien de Saint- 
Pierre-aux-Bœiifs, niais. 

Paron. Carré, palier d'étage ; 
jeu de mots ; pas rond. 

Parrain. Témoin, dans l'an- 
cien argot. — Parrain fargueiir, 
témoin à charge. — Parrain 
daltèque, témoin à décharge. — 
Parrainage, témoignage. 

Partagas. Cigare supérieur 
de la Havane; du nom du fa- 
bricant. Comme prix, l'antipode 
du petit-bordeaux, quelquefois 
tout aussi mauvais. 

Parti, parti pour la gloire. 
Mis en gaîté pur le vin. Excité 



dans une salle louée ad hoc. 
C'était autrefois à la salle Chan- 
tereine que se montaient de pré- 
férence les parties; aujourd'hui 
c'est à l'Ecole lyrique. 

Passade. Changementdeplace 
des acteurs en ècène. Régler une 
passade, régler le moment et 
la disposition du changement 
de place. 

Passade. Plongeon forcé. « On 
appelle passade, dans les écoles 
de natation, l'opûration au 
moyen de laquelle un nageur 
fait passer entre ses jambes le 
nageur qui se trouve devant lui, 
et, appuyant sa main sur sa tête, 
le pousse brusquement au fond 
de l'eau. » (H. Berlioz.) 

Passacailler. Supplanter; pas- 
ser avant son tour. 

Passant. Soulier. Les varian- 
tes sont : Passe, passade, pas- 
side, passif, passifle, paffler, 
paffe, — dans le jargon des vo- 
leurs, qui ont un si grand choix 
de mots pour désigner les sou- 
liers et qui, souvent, n'en ont 
pas aux pieds. 

Passe. Secours, assistance, — 
dans le jargon des voleurs. DoU' 
ner la passe, faire la passe, se- 
courir. 

Passe. Guillotine, — dans, 
l'ancien argot. — Gerber à la 
passe, guillotiner ; c'est le pas- 
sage de la vie à la mort. 

Passe. Série de coups heu- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



reux, — dans le jarg-on des 
joueurs. J^ai eu une passe de dix. 

Passe (Maison de). Maison 
d'amour de passage, maison de 
passage de l'amour à prix di- 
vers. Lieu mixte où la prostitu- 
tion dresse un autel hâtif. La 
misère, la soif du luxe et la dé- 
bauche, trois insatiables pour- 
voyeuses, jettent dans ces antres 
des femmes de toutes les clas- 
ses, depuis l'insoumise faméli- 
que jusqu'à la grande dame à 
qui ia fortune de son mari ne 
permet pas de dépenser cin 
quante mille francs par an pour 
ses toilettes. 

Passe (Faire une). Accorder 
dans une maison mixte ou chez 
soi une courte audience au dieu 
de Lampsaque, — dans le jar- 
gon des filles. 

Passe-crick. Passe-port. 

Passe-lacet. Prostituée. 

Passe-lance. Bateau. 

Passe-singe. Très malicieux; 
c'est-à-dire : qui dépasse le singe 
en malice. 

Passer au dixième. Devenir 
fou, — dans l'argot des officiers 
d'artillerie. 

Passer debout. — Venir à 

l'heure au magasin, — dans le 
jargon des commis de nouveau- 
tés. Par opposition à être cou- 
ché. (F. ce mot.) 

Passer à la plume. Etre mal- 
traité par un agent de la sûre- 
té, — dans le jargon des voleurs 
qui disaient autrefois, dans le 
même sens : Passer à la dure. 
La variante est: Passer au tabac. 

Passer de belle (Se). Ne rien 
trouver à voler, être trompé par 



279 

un complice au moment de re- 
cevoir une part de butin. — Re- 
cevoir des conseils au lieu d'ar- 
gent. 

Passer la jambe à Jules. En- 
lever les tonneaux de vidange, 

— dans le jargon des troupiers. 

Passeur. Pauvre diable qui, 
moyennant un peu d'argent, 
passe le baccalauréat au lieu et 
place de certains jeunes can- 
cres. 

Passifleur. Cordonnier. 

Pastille. — Pièce de dix sous, 

— 5ans le jargon des joueurs. 

— Plws rien, pas une pastille pour 
ponter. 

Pastiquer. Passer, — dans 
l'ancien argot. 

Pastourelle. « Les cavaliers 
désignent ainsi la sonnerie des 
hommes punis. » (Fr. de Reif- 
fenberg.) Les cavaliers pour la 
pastourelle, en avant! 

Patafioler. Confondre. — Que 
le bon Bleu vous pataflole ! — 
Enlever. Que le diable le pata- 
flole ! 

Patagueule. Ennuyeux, pas 

drôle. « C'est lui qui trouvait ça 

I patagueule de jouer le drame 

devant le monde! » (E. Zola.) 

Patapouf. Homme d'un em- 
bonpoint respectable, souftlant, 
suant, geignant à chaque pas. 
Gros patapouf. 

Patard. Pièce de deux sous. 

Pâte. Lime. — Patron. 

Pâte (Tomber en). Renverser 
un ou plusieurs paquets com- 
posés. — Forme tombée en pâte, 
forme qui se renverse pendant 
le trajet de l'atelier de compo- 
sition à l'imprimerie, forme qui 



280 DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE 

n'est pas assez serrée et dont ' ble, la manier grossièrement 
les caractères s'éparpillent et " -^ - ^ i 

tombent, — • en terme de typo- 



graphe. 

Pâté. Mauvaise besogne, — 
dans le jargon des typographes. 

Pâté d'ermite. Noix. 

Pâtée (Donner la). Donner 
des coups. — Recevoir la pàtcCy 
recevoir quelque chose de so- 
lide en fait de coups, comme 
une pâtée. On dit plus fréquem- 
ment : tremper la soupe. 

Patente. Casquette de voyou, 
casquette de soie plaquée sur 
la tempe. C'était, autrefois, la 
coiffure typique des souteneurs 
de barrière, leur patente. Ils 
l'ont remplacée par la desfoux, 
encore plus grotesque. 

Patiner. Se livrer à des at- 
touchements trop libres sur la 
personne d'une femme. « Il a 
voulu patiner. Galanterie pro- 
vinciale qui tient plus du sa- 
tyre que de l'honnête homme. » 
(Scarron, Tloman comique, U^ par- 
tie, ch. X.) — Patiner la dame 
de pique, patiner le carton, jouer 
aux cartes. — Patiner le trimard, 
faire le trottoir. 

Patiner (Se). Déguerpir, — 
dans le jargon du peuple. 

Patineur. Cultivateur en at- 
touchements lascifs. « Ah ! dou- 
cement! je n'aime point les pa- 
tineurs. » (Molière, George Ban- 
din.) 

Pâtissier, sale pâtissier, f ri- 
poteur d'affaires; homme sans 
aucune espèce de délicatesse et 
sans conscience eri affaires. 

atouiller. Tourner et retour- 
ner une marchandise comesti- 



de manière à la défraîchir. 

Patraque. Patrouille. 

Patron. Marchand de vin 
quand il fait crédit. Lorsqu'il 
réclame son argent, c'est un 
empoisonneur, un pétroleur, — 
dans le vocabulaire des ivro- 
gnes. 

Patron-Minette. Association 
de malfaiteurs, sous le règne de 
Louis-Philippe. « Quand le pré- 
sident des Assises visita Lace- 
naire dans sa prison, il le ques- 
tionna sur un méfait que Lace- 
naire niait. — Qui a fait cela? 
demanda le président. Lace- 
naire fit une réponse énigmali- 
que pour le magistrat, mais 
claire pour la police. — C'est 
peut-être Patron-Minette. » (V. 
Hugo.) 

Patrouille (Etre en). Etre en 
tournée nocturne pour cause de 
débauche. 

Patte. Pied, main, jambe. A 
patte, à pied. 

Patte-d'oie. Carrefour. 

Pattes (Etre sur ses). Etre 
debout, être levé. Mot à mot : 
être sur ses jambes. — Etre sur 
^ses pattes dés patron-minette. 

Pattes (Se tirer les). S'en 
aller. La variante est : Se tirer 
les paturons. 

Paume. Perte, insuccès. Faire 
une paume, ne pas réussir. — 
Paumer, perdre. 

Paumer. Dépenser, — dans 
le jargon des ouvriers. Paumer 
son fade, dépenser l'argent de 
sa paye. 

Paumer. Arrêter, appréhen- 
der au corps. 8. l'aire paumer ; 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



281 



mot à mot : se faire mettre la 
paume de la main au collet. 

Paumer. Perdre, — dans le 
jargon des voleurs. — Paumer 
L'atoutf perdre courage. 

Pauses (Compter des). Dor- 
mir à côté de son pupitre, — 
dans le jargon des musiciens de 
théâtre. 

Pavé. Eloge exagéré et si 
maladroitement lancé qu'il as- 
somme celui qui en est l'objet. 

Pave (On). Lorsqu'un débi- 
teur prudent ne veut pas passer 
dans une rue où il compte un 
créancier il dit : qu'on pave. 
Quand on possède plusieurs 
créanciers dans la même rue : 
(i lly a des barricades )>. On dit 
encore : la rue est barrée, c'est- 
à-dire barrée par les créanciers. 

Pavillon, Pavillonne. Fou, 
folle. — PaviUonnage, folie. Pa- 
mllonner, déraisonner. 

Pavoisé. — Mis en gaieté par 
le vin, — dans le jargon des 
ouvriers. — Se pavoiser, se met- 
tre en ribotte. On disait autre- 
fois ; pavois, être pavois, par al- 
tération, sans doute, de pivois. 

Payant. Et, plus fréquemment, 
imbécile de payant. Dans le jar- 
gon des coulisses tout specta- 
teur naïf et enthousiaste a été 
baptisé dusobriquetde «payant, 
imbécile de payant ». 

Payer (Se). Se passer une 
fantaisie. 

Payer la goutte (Faire). Sif- 
fler un acteur. 

Payer, Aglaé (Tu vas me le) I 

Locution très répandue, il y a 
une dizaine d'années, lorsqu'on 
était mécontent de quelqu'un, 



lorsqu'une proposition parais- 
sait extravagante ou déplacée, 
une prétention exagérée. 

Payot. Forçat cantinier et 
comptable, une des places les 
plus recherchées des anciens 
bagnes. C'était une place accor- 
dée ordinairement aux anciens 
I notaires, aux agenls de change 
! qui avaient eu des malheurs. 

j Paysage (Faire bien dans le). 

1 Concourir au coup d'œil gér.c- 
; rai, produire bon ell>t, reh;.;is- 
• ser une toilette. — Pour les 
; mondaines, un bracelet en dia- 
I mants fait bien dans le paysage, 
l les soirs d'Opéra. Pour un ivro- 
j gne, une rangée de bouteilles 
l sur le dressoir fait bien dans le 
i paysage. 

i Peau. Prostituée de rebut. 

I Peau d'âne. Tambour. 

: Peau de bite et balai de crin. 

I Môme signilication, — dans l'ar- 
got de la marine, que peau de libi 
et peau de nœud, — dans celui 
de l'armée de terre. C'est une 
formule dénégative qui équi- 
vaut à : rien, pas le sou, jamais 
de la vie. 

Peau de libi. Non, ne pas, — 
dans le jargon du régiment. Et 
les synonymes : peau de balle^ 
peau de nœud. Se dit souvent 
d'une manière ironique. Il est 
poli, peau de nœud ! traduisez : 
On n'a jamais vu de particuHer 
moins poli. — Dans le jargon 
des voleurs : Faire peau de balle 
signifie avoir manqué un vol, 
n'avoir rien trouvé à voler. 

Peau de lapin. Nom qu'on 
donne aux professeurs les jours 
de cérémonie, parce que l'insi- 
gne de leur grade est une peau 

46. 



282 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



d'hermine. (Albanès, Mystêi'es 
du collège, 1845.) 

Peau de lapin (Faire la). 

Agioter sur les contre-marques, 
— dans le jargon des voyous. 

Peau trop courte (Avoir la). 
C'est une aimable plaisanterie 
qu'on lance pour s'excuser d'une 
incongruité sonore. — Parler, 
pendant le sommeil, avec l'an- 
tipode de la bouche. 

Peau (Traîner sa) . Traîner son 
corps de côté et d'autre ; ne sa- 
voir que faire de sa personne. 

Peausser (Se). Se déguiser. 

Pèche à quinze sous. Péche- 
resse du dessus du panier... de 
la prostitution. — Métaphore 
du cru Dumas fils, tonneau du 
Demi-Monde. « Je sais bien qu'on 
n'a encore aujourd'hui qu'une 
médiocre estime pour le panier 
des pêches à quinze sous. » (Ed. 
Texier, Les Choses du temps pré- 
sent.) a N'étaient-elles pas plus 
sympathiques, ces filles de Pa- 
ris... que toutes ces drôlesses, 
pêches à quinze sous de Dumas 
fils? » (Maxime Rude.) 

Péchon, Peschon de Ruby. 

Petit vaurien, enfant; du pro- 
vençal pichoun, petit, — dans 
l'ancien argot. 

Pectoral (S'humecter le). 
Boire. {Dict. comique.) 

Pécune. Argent. 

Pédé, Pédéro. Pédéraste. 

Pedzouille. Paysan. — Homme 
faible, sans énergie, poltron. 

Pégale. Mont-de-Piété, — dans 
le jargon des voyous. En argot, 
pèse a le sens d'argent. Pégale 
doit être un dérivé de pèse et 
une déformation de pésale. 



Pégoce. Pou. La variante est: 
puce d'hôpital. — Pégosier , 
pouilleux. 

Pègre. Voleur, de l'italien 
pegro, pigro, fainéant. 

Pègre (La). Le monde des 
malfcuteurs. « Le troisième des- 
sous », suivant l'expression de 
Victor Hugo. Il comprend les 
escarpes et les grinches^ qui se 
subdivisent, pour les derniers,, 
d'après les spécialités, en bon- 
jouriers, caroubleiirs, chanteurs^ 
cambriolleurs , roulottiers^ chi- 
neurs, robignollears , cerfs-vo- 
lants, etc. etc. Depuis le pégriot, 
qui vole le mouchoir, jusqu'au 
drogueur de la haute, qui émet 
pour plusieurs centaines de 
mille francs d'actions imagi- 
naires, depuis le voleur qui 
travaille sur la grande route 
avec accompagnement de gour- 
din, jusqu'à l'assassin de pro- 
fession, tout ce qui vit de vol et 
d'assassinat fait partie de la 
pègre. De même qu'il y a la • 
haute et la petite banque, le 
haut et le petit commerce, de 
même il y a la haute et la pe- 
tite pègre. La haute pègre ou les 
pègres de la haute, c'est l'aristo- 
cratie du vol et de l'assassinat; 
la basse pègre ou pégriots, c'est 
le prolétariat du crime. « La 
haute pègre a ses grands hom- 
mes, ses héros. Lacenaire, Ver- 
ger, sont les demi-dieux de la 
haute pègre. Dumollard n'est 
qu'un ignoble pégriot. » (Mo- 
re au-Christophe, Le Monde des 
coquins.) 

Pègre à marteau, Pégriot. 

Voleur à qui l'occasion ou l'au- 
dace a manqué pour se faire un 
nom dans le monde des scé- 
lérats; c'est le prolétaire du 



DICTIONNAIRE D'AHGOT MODEUNE. 



283 



vol. — C'est un atireux voyou 
doublé d'un voleur. 

Pégrenne. Misère, malheur, 
faim. Cerner la pégrenne, casser 
la pégrenne, mourir de faim. 
Fine pégrenne, à toute extré- 
mité, — dans l'ancien argot. 

Pégrenne. Affamé; très mi- 
sérable. 

Peigne. Clé. De même que le 
peigne débrouille les cheveux, 
la clé débrouille la serrure. 

Peigne-cul. Mal appris, gros- 
sier. 

Peignée. Scène de pugilat 
entre dames. La peignée a pour 
synonyme le crêpage de chignons. 

Peigner (Se). Se battre. Ici 
les poings font l'office de peigne 
et démêlent le différend. 

Peiner. Travailler beaucoup, 
se donner beaucoup de mal à 
l'ouvrage; avoir beaucoup de 
peine, beaucoup d'ennui. 

Pékin. Sujet de la cour des 
Miracles qui faisait partie de 
l'armée des croisés, au xii° 
siècle. {Hist. de la prostitution, 
par Pierre Dufour.) 

Pékin, Péquin. Bourgeois , 
tout individu qui ne porte pas 
l'uniforme militaire, — dans le 
jargon destroupiers. Mot à mot : 
habitant de Pékin, Chinois, 
pour exprimer et la distance qui 
sépare le civil du militaire et le 
peu de cas qu'on fait du bour- 
geois au régiment. 

« Les pékins et les militaires, 
» Toujours courant, toujours dehors, 
» Vont et viennent, fiévreuse foule 
» Comme une frémissante houle. » 
(A. Pommier, Paris.) 

Pékin de bahut. Elève de 
Saint-Gyr qui a fini ses études. 



11 est affranchi de l'école, du 
bahut. 

Pélago. Prison de Sainte-Pé- 
lagie, la patronne des journa- 
listes. Les journalistes, qui su- 
bissent une condamnation pour 
délit de presse, sont pension- 
naires de Sainte-Pélagie. Mais, 
il faut tout dire, ils sont séparés 
des malfaiteurs. 

Pelé. Grande route. Elle est 
aussi chauve qu'une demi-dou- 
zaine d'Académiciens. 

Pèlerin. Individu dont on 
ignore le nom, particulier, le 
premier venu. — Quel est ce 

péierin-là ? 

Pèleriner. Faire un pèleri- 
nage. « Sans le 4 septembre, les 
pèlerins ne pèleriner aient pas, 
n'auraient jamais songé à la 
possibilité de pèleriner. « (G. 
Guillemot, Le Mot d'ordre, du 5 
septembre 1877.) 

Pelés et un tondu (Trois). 
Société peu nombreuse. Très 
peu de monde dans une réu- 
nion, dans une soirée, dans une 
salle de spectacle, à une solen- 
nité quelconque. — « Les trois 
pelés et un tondu qui ont ma- 
nifesté ces jours-ci sur la place 
de la Bastille. » {Le Triboulet, 
du 6 juin 4880.) 

Pellard. Foin, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Pélo. Sou, — dans le jargon 
des ouvriers. 

Pelotage. Flatterie. — Lascif 
égarement des mains. « A bas 
les pattes, pas de pelotage, ça 
porte malheur! » ont l'habitude 
de dire les demoiselles qui 
n'ont pas celle de se laisser sé- 
duire par de belles paroles. 



284 DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 

Pelote. Bourse, — dans l'an- 



cien argot. — Economies. Faire 
sa pelote, mettre de l'argent de 
côté. 

Peloter. C'est l'équivalent de 
patiner, mais avec plus de dé- 
licatesse de touche. — Flatter 
quelqu'un pour obtenir un ser- 
vice. — Peloter le carton, pelo- 
ter la dame de pique, jouer aux 
cartes. — Peloter le carme, faire 
les yeux doux aux sébiles des 
changeurs, — dans le jargon 
des voleurs. 

Peloteur. Libertin qui , à 
l'exemple de Tartuffe , se livre 
sur la première Elmire venue à 
des effets de main. Le peloteur 
est au patineur ce que le peintre 
qui peint à petits pinceaux est 
à celui qui peint en pleine pâte. 

Peloteur. Bas flatteur qui 
cherche à obtenir quelque chose. 
— Ouvrier qui fait le bon apôtre 
auprès du patron, qui le flatte 
et l'encense à tout propos. 

Peloton de chasse. Peloton 
de punition. (L. Larchey.) 

Pelure. Habit, redingote, pa- 
letot. — Pelure d'oignon, vête- 
ment très léger, vêtement très 
usé. 

Pénard. Tranquille, — dans 
le jargon des voleurs. 

Pend au nez (Ça vous). Cela 
vous arrivera bientôt, infailli- 



Pendule (Remonter sa). Bat- 
tre sa femme de temps en 
temps, pour ne pas en perdre 
l'habitude, — dans le jargon du 
peuple. 

Péniche. Pied, — dans le 
jargon des voyous. — Il repousse 
des péniches, il sent mauvais 
des pieds. Allusion à la barque 
appelée « péniche ». 

Pépette. Pièce de dix sous, 
— dans le jargon du peuple. 
C'est-à-dire petite pièce; défor- 
mation de piécette. — « Je tope 
dans les gens à remontoir, plus 
de beignes et des pépètee. » 
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.) 

Pépin. Le pépin est un vieux 
parapluie, un parapluie gro- 
tesque, démodé. 

« Mon riflard deviendra pépin 
» Ses ressorts perdront leur souplesse. » 
(J. Gabassol, Ma Femme et mon 
parapluie, chanson.) 

Pépin (Avoir avalé un fa- 
meux). Etre très visiblement 
enceinte. 

Percentage. Synonyme de 
tant pour cent, — dans l'argot 
de la Bourse. 

Perche (Etre à la). Ne pas 

manger tous les jours; crever 
la faim; faire concurrence à 
une perche comme maigreur, — 
dans le jargon des ouvriers. 

Perdre ses légumes. Aller à 



blement. —En épousant une pa- \ la garde-robe, - dans le jargon 

reille femme, il le sera... ça lui ' "" ""^ 

pend au nez. 



Pendante. Boucle d'oreilles. 

Pendu glacé. Réverbère. 

Pendu. Professeur adjoint à 
l'école de Saint-Cyr, — dans le 
jargon des Sainl-Cyriens. 



des ouvriers. 

Perdrix hollandaise. — Pi- 
geon domestique, — dans le 
jargon des chasseurs. Lorsque, 
faute de mieux, le fusil d'un 
chasseur a descendu un pigeon, 
le chasseur dit qu'il a tué une 
perdrix hollandaise. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



285 



Père La Capote. Sergent d'ha- 
billement. 

Père La Tuile (Le). Dieu. 

Père La Violette. Napo- 
léon pr. 

Père Douillard. Entretencur. 
Homme qni a de l'argent, de la 
douille, — dans le jargon des 
filles. 

Père Coupe - toujours. Le 

bourreau, — dans le jargon des 
voyous. 

Père caillou. — Individu in- 
sensible aux avances des grecs; 
celui qui, aussi dur à entamer 
qu'un caillou, résiste à toutes 
les séductions d'une partie de 
cartes, — dans le jargon des 
tricheurs. 

Père éternel à trois francs 
la séance. Modèle d'atelier qui 
pose les têtes de saints, les têtes 
de Dieu le père. — Tête de 
vieillard à barbe blanche. 

Perlot, Perlo. Tabac à fumer. 
— dans le jargon des chitron- 
niers. 

Perlotte. Boutonnière, — dans 
le jargon des tailleurs. 

Permission de dix heures. 

Canne à épée, gourdin, bâton 
ferré. 

Permission trempe (La). Per- 
mission attendue et sur laquelle 
on l'onde peu d'espoir, — dans 
le jargon des troupiers. 

Perpète (A). A perpétuité, — 
dans le jargon des voleurs. — 
Etre à pcrpêlc, être condamné 
c\ perpétuité. 

Perroquet (Un) . Un verre 
d'absinthe. — Etouffer, asphyxier 
un perroquet , boire un verre 
d'alDsinthe. 



Perroquet de savetier. Pie, 

merle, geai. 

Perruche (Une). Un verre 

d'absinthe, ~ dans le jargon 

j des ivrognes qui veulent varier 

! un peu les dénominations et 

préfèrent la femelle, laperruche, 

au mâle, le perroquet. 

Perruque. Vieux, passé de 
mode. Lors de la querelle des 
' classiques et des romantiques, 
I ces derniers traitaient les clas- 
' siquesde « Perruques «. Racine 
I était une « perruque et un po- 
I hsson ». 

I Perruque. Vente clandestine 
I d'objets appartenant à l'Etat ou 
j à une grande administration. — 
; Faire une perruque, vendre clan- 
I destin ement des objets appar- 
tenant à une grande adminis- 
tration. C'est une variante de 
. faire la queue. — En terme d'a- 
j telier, c'est faire un outil pour 
• soi, dans les usines où les ou- 
j vriers sont censés fournir leurs 
I outils. « Le travailleur prend 
j lebois etfaitson outil au compte 
j delà maison. S'il est aux pièces, 
j il remet son désir pour le mo- 
! ment oîi il sera à la journée, » 
' {Le Sublime.) 

Perruquemar. Perruquier. 
Perruquier de la crotte. Dé- 
crotteur. 

Persigner. Enfoncer. Se dit 
au figuré et au propre. — Per- 
signer une lourde, enfoncer une 
porte. Persigner un client^irom.- 
per un individu. 

Persil. Exercice de la pro- 
menade au point de vue de la 
prostitution. « C'était la grande 
retape, le persil au clair soleil, 
le raccrochage des câlins il- 
lustres. )).(E. Zola, Nana.) 



2<S6 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Persil (Aller au). Faire une 

promenade intéressée dans les 
rues et lieux publics, — dans le 
jargon des filles. Les variantes 
sont : Persiller^ faire son persil. 

Persilleuse. Prostituée qui se 
promène pour chercher de l'ou- 
vrage. — Les persilleuses ty- 
piques ou boulonnaises, se tien- 
nent le long des allées, des 
contre-allées du bois de Bou- 
logne, du bois de Vincennes. 
Ces hamadryades entraînent 
dans les taillis les infortunés 
que leurs charmes ont séduits. 
La persilleuse est souvent une 
pséudo-ouvrière ou une ouvrière 
sans ouvrage. Elle va alors au 
persil avec un petit panier à la 
main. Bien des filles du peuple 
font croire à leurs parents 
qu'elles vont à l'atelier et n'ont 
d'autre occupation que de faire 
leur persil. 

Persiennes. Lunettes. 

Pèse. Argent, paye. — Des- 
cendre son pèse, dépenser son 
argent. 

Pessiguer. Soulever; du pro- 
vençal, pessuguer, pincer, voler 
habilement. 

Pessiller (Se). S'emporter, — 
dans le jargon des voleurs. 

Pet, Pétage. Plainte en jus- 
tice. 

Pet à vingt ongles. Nouveau- 
né. A bouler un pet à vingt on- 
gles, accoucher. 

Pet (Curieux comme un). Ex- 
trêmement curieux. Le pet n'est 
pas casanier de son naturel; il 
demande à sortir et à se pro- 
duire. 

Pet (Faire le). Faire faillite. 

Pet (Il y a du).- Attention ! la 



) police est là! — dans le jargon 
I des voleurs. — Attention! le 
patron est de mauvaise humeur, 
il va y avoir de Vabattage, des 
réprimandes, — dans le jargon 
des ouvriers. Il y a du pet, ça 
sent mauvais, quand le patron 
ou le contre-maître fait une ré- 
primande d'ensemble. 

Pet honteux. Exhalaison Ibn- 
dementale sortant sans tambour 
ni trompette. L'éclair sans le 
tonnerre. 

Pétard. Derrière. — Haricot. 
Le haricot est tantôt un musi- 
cien, tantôt un pétard, tantôt 
exécutant, tantôt musique. Al- 
lusion compréhensible, même 
pour les enfants. 

Pétard, Petgi. Esclandre, ta- 
page, scène violente et impré- 
vue; c'est le moment qui suit 
la découverte du pot-aux-roses. 
Lorsqu'un mari revient à l'im- 
proviste de la chasse, et que sa 
femme... il fait un pétard s'il 
ost expansif et verbeux. 

Pétasse. Fille publique, pour 
putasse. 

Pète ou que ça dise pourquoi 
(Il faut que ça) ! Il faut quune 
chose, qu'un ouvrage se fasse à 
n'importe quel prix. 

Péter. Se plaindre en justice. 

Péter dans la soie. Etre vêtue 
d'une robe de soie. 

Péter au point. Perdre au jeu 
de cartes faute d'un point. 

Péter sur le mastic. Aban- 
donner l'ouvrage, envoyer l'ou- 
vrage au diable. 

Péter dans le linge des au- 
tres. Porter des habits d'em- 
prunt, être habillé avec la dé- 
froque d'un autre. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



287 



Péter de graisse. Etre très 
gras. Et la variante: Péter dans 
sa peau. 

Péter dans la main. Laisser 
échapper une bonne occasion, 
rater une affaire au dernier 
moment, voir une place qui 
vous était promise donnée à un 
autre. 

Péter plus haut que le cul. 

Faire plus de dépense que n'en 
comporte la position de fortune. 

Péter la châtaigne (Faire). 
Métamorphoser une fille en 
femme. 

Péteur, péteuse. Plaignant, 
plaignante. 

Péteux. Qui se sent fautif. 

Petit. Amant de cœur, — 
dans le jargon des femmes ga- 
lantes. 

Petit. Bout de cigarette en- 
core fumable, — dans le jargon 
des voyous. — Suivant la lon- 
gueur du bout c'est le mégOj 
V orphelin, le petit. 

Petit (Le). Le point de huit 
au baccarat, — dans le jargon 
des joueurs. — C'est le plus pe- 
tit des deux plus beaux points 
du jeu. ^ 

Petit (Le). Le derrière, — 
dans le jargon des filles. 

Petit (En faire un). Mot à 

mot : faire un petit baccarat, — 
dans le jargon des joueurs. — 
Nous ne sommespas venus ici pour 
enfiler des perles : si nous en fai- 
sions un petit? — « Hé! Zéphi- 
rin, en fait-on un petit, cette 
nuit? » (Cavaillé, Les Filouteries 
du jeu.) 

Petit-noir. Petit ramoneur. 

Petit-noir. Mélange de chico- 



rée et de marc de café vendu 1^ 
et 10 centimes le bol. — a Quel- 
ques ouvriers retardataires fu- 
maient leur pipe en sirotant uji 
petit noir. » (Hennique, La Dé- 
vouée.) — Par extension, débit 
de café pour les ouvriers. — 
« Fonds de commerce à vendre. 
Crémerie. Petit-noir. Loyer neuf 
cents francs. » [Petit Journal y du 
^l'^r juillet 1880.) 

I Petit père noir. Broc de vin. 
I — Litre de vin rouge. 

! Petit blanc. Vin blanc liés 
i ordinaire. 

Petit manteau bleu. Philan- 
thrope. — En souvenir de 
« l'homme au petit manteau 
bleu ». 

Petitmonde. Lentille, — dans 
l'ancien argot. — La petite 
bourgeoisie, Je monde des bou- 
tiquiers, — dans le jargon des 
vieux débris du faubourg Saint- 
Germain. 

Petit bleu. Vin rouge au litre, 
mauvais vin rouge. 

Petit lait (C'est du). Ça ne 

fait pas de mal. On dit d'un vin 
léger, peu fourni en alcool: 
« Ça se boit comme du petit lait». 

Petite dame. Femme plus ou 
moins entretenue. 

Petit-Mazas (Le). Le passage 
du Soleil à Clichy-1 a-Garenne, 
un des quartiers habités par les 
chiffonniers, qui se plaisent à 
donner des noms pittoresques 
à leurs cités, comme ceux de : 
La Cité des Vaches, route de la 
Révolte; La Fosse-aux-Lions, à 
Grenelle; Le Pctit-Bicétre, du 
côté de la barrière de Fontai- 
nebleau; La Batte-aux-Puces i 
quartier des Buttes-Chaumont. 



288 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



fetite-main. Ouvrière lieu- 1 Pharamineux. Fameux, raer- 
liste qui fait les pétales et com- 1 veilleux , éblouissant ; c'est-à- 
mence à gaufrer, — dans le | dire lumineux comme un phare, 
jargon des ileuristes. pj^^re. Lampe, - dans le 

Petite bière (Ce n'est pas de | jargon des typographes, 
la). C'est fameux, c'est impor-| pharos. Gouvernement. — 
tant, pris dans un sens ironique; Ministre. — Préfet et, en géné- 
c'est-à-dire: ça n'est pastameux, I rai, tous les hauts fonctionnaires 
ça ne vaut pas grand chose. ■ • - - 

Petite bête (Chercher la) 
Chercher dans une œuvre les j des phares, 
fautes de détail; rechercher les ! des voleurs. 



. de l'Etat, qui, en grand uni- 
forme, sont éblouissants comme 
dans le jargoa 



petites erreurs qu'a pu com- 
mettre un écrivain. 

De jolis 



Péton. Petit pied. 
petits pétons. 

Pétûuze, Pitroux. Pistolet; 
fusil, — dans l'ancien argot. 

Pétrin (Etre dans le). Etre 
dans l'emljarras, dans la gêne. 

Pétrole. Mauvais vin. — Mau- 1 Philosophe. Misérable, — dans 
vaise eau-de-vie. j l'argot de la police. — Grec 

Pétroler. Incendier les mai- i opérant sans compère. (L. Lar- 
sons et les monuments publics chey.) Dans l'argot des grecs ^ 



Phénomène. Original. 

Philanthrope. Filou, — dans 
le jargon des voleurs. Et la va- 
riante : Philibert. —Jeu de mots 
par changement de finales. 

Philistin. Ouvrier abruti par 
la boisson, — dans le jargon 
des tailleurs. 



au moyen du pétrole comme 
sous la Commune. 

Pétroleur, Pétroleuse. In- 
cendiaire sous la Commune. 
Partisan de la Commune. 

Pétroleur. Marchand de vin, 
— dans le jargon des ouvriers 
qui ont à se plaindre des con- 
sommations ou à qui le mar- 
chand de vin réclame avec 
acharnement de l'argent. 

Pétrousquin. Derrière. Pay- 
san. — Public, dans le jargon 
des saltimbanques. Entortiller le 
pétrousquin en faisant la manche, 
soutirer de l'argent au public 
en faisant la quête. 

Petzouille. Derrière. 
Peu mon neveu (Un)I Oui; 
je crois bien. 



on entend encore, par philoso- 
phe, le tricheur qui se contente 
d'un petit bénéfice et cultive 
les dupes d'un petit rapport. 
C'est sous ce nom que les ma- 
tadors de la Grèce désignent 
leurs confrères en blouse qui 
exercent chez les marchands de 
vin. 

Philosophie. Misère. — Faire 
sa philosophie, être malheureux, 
— dans le jargon des déclassés. 

Philosophes. Vieux souliers. 

Photo. Photographie. Photo- 
graphe. — Aller chez le photo; 
se payer sa photo. 

Photographier (Aller se faire) . 

Aller se faire f...iche, comme 
l'écrivait le père Duchêne. Va- 
riante adoucie. 



J 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



289 



Piaf. Orgueil, amour-propre. 
De piaffer; emprunt au vocabu- 
laire hippique. Le cheval qui 
piaffe témoigne de l'orgueil à sa 
manière, un orgueil mêlé d'im- 
patience. 

Pianiste. Valet de bourreau. 
Celui qui accompagne le bour- 
reau comme un pianiste accom- 
pagne un chanteur; celui qui 
joue une partie accessoire dans 
la représentation de la mort ju- 
ridique, — dans le jargon des 
voyous. 

Piano (Jouer du). Trotter d'une 
manière irrégulière, — dans le 
jargon des maquignons. 

Piano (Vendre son). « Le moin- 
dre récit pathétique, une phrase 
sentimentale, un mot touchant, 
un mouchoir sur les yeux, une 
larme et la croix de sa mère, 
tout cela se traduit par : vendre 
son piano. Depuis le jour où 
Bouffé, dans Pauvre Jacques, fît 
couler des ruisseaux de larmes 
dans une scène où il est forcé de 
vendre son piano, les verbes 
s'attendrir, pleurer, s'apitoyer, 
larmoyer, etc. ont été remplacés 
par : vendre son piano. » (J. Du- 
llot.) 

Pianomane. Infortuné de l'un 
ou de l'autre sexe atteint de la 
manie du piano. « La loge As- 
berg était mélomane, pianomane 
forcenée, en la personne rlc sa 
fille chérie. » (Ch. de Boigiie.) 

Pianotage. Action de mal jouer 
du piano. 

Pianoter. Jouer suffisamment 
du piano pour se faire plaisir à 
soi-même et agacer les autres. 

Pianoter, Jouer du piano. Fi- 
louter , — dans l'argot des 
voyous. 



Piau. Lit. Pincer le piau, gar- 
der, prendre le lit. — « Notre 
auteur a été si fourlour qu'il s'est 
vu contraint de pincer le piau. » 
{La Caricature, journal, dessin 
de Traviès.) 

Piau. Plaisanterie, charge 
d'atelier. — Mensonge, — dans 
le jargon des typographes. 

PiauUe, PioUe. Maison, loge- 
ment, chambre. — Piauler, dor- 
mir. 

Piausser. Se coucher. C'est la 
variante de pioncer et de piau- 
ler, dormir. 

Piausser. Blaguer, mentir, 
plaisanter, faire des charges, — 
dans le jargon des typographes. 
— ' Piausseur, mauvais plaisant, 
conteur de bourdes. 

Picaillons. Pièces de cinq 
francs. — Un certain nombre de 
pièces de monnaie d'argent. 
Avoir des picaillons. « Madame 
Zéphyrin l'aurait plumé , lui 
aussi^ s'il avait eu des picail- 
lons. » (Vast-Ricouard, Le Tri- 
pot.) 

Pichet, Pichnet, Piccolet, Pic- 
colo, Piccolino. Petit vin suret. 
Vin du pays de Suresnes ou d'Ar- 
genteuil, vin d'un pays qui n'a 
jamais été renommé par ses vi- 
gnobles. 

Picorage. Butin provenant 
d'un vol de grand chemin. (Fr. 
Michel.) Le picorage n'est autre 
chose que le grapillage, la ma- 
raude, genre de vol pratiqué 
dans les campagnes au préjudice 
de la récolte. 

Picouse. Haie. — Dé fleurir la 
picouse, voler du linge qui sèche 
en plein air. 

Picter, Pictonner. Boire. — 

il 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



290 

La picter à la douce et la flancher 
au frotin, boire, sans se presser, 
une bouteille de vin et la jouer 
au billard. 
Picton. Petit vin nouveau. 

« Vive le picton 

« Le picton a du bon. » 
(Louis Huart, Ulysse ou les porcs vengés.) 

« Un coup d' picton 

« Moi je m'en fiche; 

« Il faut que j' liche 

« Un coup d' picton, 
« J'aime bien mieux l'huil' que 1' coton. » 
(B. Dorilas, Un coup de picton.) 

Piéçard. Ouvrier qui travaille 
à ses pièces, — dans le jargon 
des carrossiers. 

Pièce. Lentille, — dans le jar- ! 
gon des voleurs. î 

Pièce (Bonne). Mauvais sujet; I 
par ironie. 

Pièce du Pape, Pièce saisse. 

Femme de mauvaise mine. Les 
voyous employaient cette ex- 
pression à Tépoque où la con- 
vention monétaire n'existait pas 
entre la France et les Etats-Ro- 
mains, entre la France et la 
Suisse. Les pièces du Pape et les 
pièces suisses étaient refusées. 

Pièce de résistance. Premier- 
Paris, article d'en-tête d'un jour- 
nal, — dans le jargon des jour- 
nalistes. — Le filet rôti, l'aloyau, 
la dinde, dans un dîner bour- 
geois. 

Pièce à femmes. Exhibition de 
femmes sur un théâtre, dans 
une pièce ott les mollets doivent 
avoir de l'esprit, les épaules de 
la finesse, et les yeux du jeu. 

Pièce à trucs. Féerie, pièce 
où l'auteur s'efface devant le 
machiniste. 

Pièce à tiroirs. Pièce dans la- 
quelle un acteur change plu- 



sieurs fois de rôle. Levassor ex- 
cellait dans les pièces à tiroirs. 
Aujourd'hui c'est Brasseur qui a 
recueilli son héritage. 

Pièce (Tuer une). Abîmer une 
pièce, — dans le jargon des 
charpentiers. 

Pièces (Coupeurs de). « Leur 
métier consiste à abréger les 
mélodrames en vogue et les 
mettre à la portée des théâtres 
de marionnettes qui courent les 
foires. Cette mutilation se paye 
dix francs la pièce. » (Privât 
d'Anglemont.) 

Pied de Cochon. Pistolet. 

Pied de Cochon (Jouer un). 

Mystifier. 

Pied de nez. Pièce d'un sou. 

Pied (En avoir son). En avoir 
assez. 

Pied (Ne pas se moucher du). 

Etre riche, être à son aise. — 
Faire bien les choses. Chez le. 
peuple on se mouchait et l'on se 
mouche encore avec le mou- 
choir de ses cinq doigts; on se- 
coue le résultat et lorsqu'on est 
propre on l'essuie avec le pied. 
Celui qui ne se mouche pas du 
pied a donc le moyen d'acheter 
des mouchoirs, un luxe pour 
beaucoup de gens. L'expression 
est vieille. On la trouve dans les 
Turlupinades recueillies et réu- 
nies en une comédie par Adrien 
de Monluc, prince de Chabanois. 
« La fortune m'a tourné le dos, 
moy qui avais feu et lieu, pi- 
gnon sur rue, et une fille belle 
comme le jour, que nous gar- 
dions à un homme qui ne se 
mouche pas du pied. » {La Comé- 
die des Proverbes.) 
Pied (Etre). Etaler sa bêtise,^ 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



291 



— dans le jargon des collégiens. 

Pieds à dormir debout. Pieds 
longs et larges. 

Pieds de châlits (Avoir les). 

Etre minutieux; ne rien laisser 
traîner, — dans le jargon des 
troupiers. 

Pieds (Se tirer des). Se sau- 
ver, quitter un lieu, une société. 

Pieds dans le plat (Mettre les) . 

Ne plus garder aucune espèce 
de ménagements. 

Pieds nattés (Avoir les). Ne 
pas avoir l'intention ou la possi- 
bilité de sortir. — Ne pas être 
disposé à danser, — dans le jar- 
gon des soldats de cavalerie. — 
Alors, comme ça, Mam'zelle a les 
pieds nattés? "" 

Pieds (Avoir avalé ses). Avoir 
l'haleine fétide. « 

Pieds en avant (Sortir les). 

Sortir de chez soi dans un cer- 
cueil. — « Il arriva donc à la 
maison de Jeolirin et monta 
dans la chambre d'oii la trépas- 
sée ne devait plus sortir que les 
pieds en avant. » (Hennique.) 

Pier. Boire, — dans l'ancien 
argot; d'oil sont venus pionner 
et pictonner. 

Pierre de touche. Confronta- 
tion. 

Pierre à affûter. Pain, — dans 
le jargon des l30uchers, eipierre 
brute^ — dans celui des francs- 
maçons. 

Pierrette. Femelle du pierrot, 
personnage de carnaval. — « Une 
Pierrette qui se respecte, vois-tu, 
n'a jamais qu'un pierrot. — A 
la fois. » (Gavarni.) 

Pierreuse. Misérable prosti- 
tuée qui rôdaille autour des mai- i 



sons en construction, aux abords 
des terrains vagues, sans feu ni 
lieu, et n'a pour alcôve qu'un 
amas de graviers. — Lai pier- 
reuse est souvent doublée d'un 
macrotin qui se tient à di.s!ance 
et surgit à l'improviste, lorsque 
le moment de dévaliser le client 
parait propice. 

Pierrot. Le mâle de la pier- 
rette, personnage de carnaval. 

Pierrot. Au bout d'une année 
de présence sous les drapeaux, 
de « bleu » qu'il était, le soldat 
reçoit le sobriquet de pierrot, 
qu'il conservera jusqu'à la qua- 
trième année, époque à laquelle 
il obtient le surnom de « la 
classe ». 

Pierrot (Un). Un verre de vin 

blanc. 

Piètre. Ancien sujet de la 
Cour des Miracles. Le piètre 
jouait le rôle de faux boiteux 
dans la grande comédie des in- 
firmités pour rire. On dit encore 
en Basse-Normandie piètre, ipour 
boiteux. 

Pieu. Lit; barre; traverse. — 
Rivé au pieu , passionnément 
épris d'une fille, d'une femme 
galante; c'est-à-dire rive au lit. 
« Ce mot terrible, dont l'argot a 
baptisé le lit des sales amours. » 
(Ed. et J. de Concourt, Le Vieux 
Monsieur.) 

Pieuvre. Femme galante. 
Ainsi désignée en 1866, en sou- 
venir de la pieuvre des Travail- 
leurs de la mer de V. Hugo. 

Pif, Piffard, Piton. Nez et 
principalement nez bien en chair 
et haut en couleur, nez d'ivro- 
gne. 

« L'aubergine de leur pif. » 

^. Pommier, Part*.) 



292 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



Piffer (Se). Se bourrer de nour- 
riture ; pour s'empiffrer. 

Pige. Année. — Nombre de 
lignes qu'un typographe doit 
composer dans un temps donné. 

Pigeon. Avance sur un livre, 
sur une pièce de théâtre, — dans 
le jargon des libraires. 

Pigeon voyageur. Fille publi- 
que qui choisit les trains de ban- 
lieue pour exercer son industrie. 
— Le pigeon voyageur va se ré- 
fugier de préférence dans un 
wagon occupé par un monsieur 
seul... A la première station, le 
pigeon passe dans un autre wa- 
gon, et ainsi de suite. Il y en a 
qui poussent de la sorte jusqu'à 
Versailles. 

Pigeons (Elever des). Gagner 
au jeu l'argent des dupes, vulgo : 
pigeons , — dans l'argot des 
grecs. C'est encore tenir une ta- 
ble d'hôte où les imbéciles tom- 
bent victimes de leur passion 
pour le jeu. 

Pigeonner. Tromper. 

Pigeonnier. Le boudoir d'une 
femme galante. 

Piger. Prendre, filouter. — 
Regarder. — Mesurer. ~ On m\i 
pigé mon porte-plume. — <fe te 
pige, va! — Il faut que je pige 
pour lajustifiGation, — en terme 
de typographe. 

Piger. Prendre en flagrant 
délit, — dans le jargon des col- 
légiens. — Le pion m'a pigé à 
cramer une sèche et m'a collé pour 
dimanche. 

Piger. Dépasser, ~ dans le 
jargon des canotiers de la Seine. 
Avec sa périssoire il pige tous les 
canots. 



Piget, Pipet. Château, — dans 
l'ancien argot. 

Pignocher (Se). Se battre. 
C'est une variante de se peigner. 

Pignon! . Apprenti cordonnier. 
— Grossier personnage, mal- 
appris. — En voilà un petit 
pignouf de calicot, qui m'a fait 
boire de la groseille quand 
j'avais demandé du madère ! » 
(G. Lafosse, Vêtit journal amu- 
sant.) — Le Pignouflard, c'est le 
pignouf dans toute sa beauté, la 
dernière expression du goujat. 

Pilche. Etui, — dans l'ancieu 
argot, de l'anglais pi/c/ier, four- 
reau. 

Pile ou face. Exclamation fau- 
Ibourienne usitée lorsque quel- 
I qu'un se laisse tomber ou laisse 
I tomber quelque chose. 

Pile. Volée de coups de poing 
et de coups de pied. — Pile ster- 
ling, forte pile, tout ce qu'il y a 
de mieux en fait de pile. — Flan- 
quer une pile que le diable en 
prendrait les armes, battre avec 
acharnement. 
Piler le poivre. Etre en fac- 

j tion, — dans le jargon des trou- 
piers. 

Piler du poivre. Ne passe te- 
nir d'aplomb à cheval, suivre, à 
contre-temps, le mouvement du 
trot, de façon à ce que le posté- 
rieur s'enlève de la selle et y re- 
tombe avec force, mouvement 
qui rappelle l'action de piler du 
poivre dans les mortiers des di'o- 

j guistes. 

I Pilier. Fidèle habitué d'un 
I endroit. — Pilier de café, pilier 
I de bal public. 

1 Pilier. Commis. — Pilier de 
I boutanche, commis de magasin. 



I 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 293 

gon du régiment. — Voyons 
voir, administrez un coup de pin- 
ceau, et là, vivement! 

Pinceau (Faire). Peindre sa 
flamme sur Ja porte du temple 
de Cytlière avec le pinceau de 
l'amour. 

Pincer. Filouter. — Exécu- 
ter. — Pincer le cancan^ danser 
le cancan. — Vincer de la gui- 
tare, pincer de la harpe, être sous 
les verrous. 



— Pilier de paquelin, commis 
voyageur. — Pilier du creux, 
pilier de la boîte, chef de maison, 
patron d'un établissement. 

Piloche. Dent, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Pilon. Doigt, — dans le même 
jargon. 

Pimpions. Monnaie, — dans 
le jargon des voleurs. 

Pinçant. Ciseaux, — dansl'an- 



Pinçart. En terme de maré- 
cbal-ferrant, un cheval est pin- 
çart quand il marche sur la pince 
du pied. 

Pince. Main, — dans le jargon 
du peuple, « Ne vous essuyez 
pas la pmce à votre mouchoir 
ou à votre paletot. » {L'art de 
se conduire dans la société des 
pauvres bougres.) 

Pince (Tenir à la). Exercice 
acrobatique qui consiste à tenir 
le sommet du crâne de son pai^t- 
ner entre les cinq doigts, — 
dans le jargon des saltimban- 
ques. 

Pince-dur. Adjudant sous-of- 
ficier. 

Pince-sans-rire. Agent de po- 
lice, — dans lejargon des voleurs. 

Pince-cul. Bastringue, où les 
amateurs de la liberté de pincer 

peuvent prendre du plaisir ^ \ hreux ,"pingmnn qras,' public 
pleine mam. « Une fille f(ui res- 1 nombreux. <(Vois-tu le pingouin, 
pecte sa parentelle peut aller i comme il s'allume?... ça n'est 
danser au Banquet d Anacréon : ^ien... A la reprise je vas l'in- 
ou aux Mille Colonnes, seule- i cendier. » (E. Sue, Les Misères 
ment elle ne va pas au bal Gra- ; ^es Enfants-Trouvés.) 
dos. C'est une infamie que ce ! „. ^ ,^ . J. , , 
pince-cul-là! » (Huysmans, Les\ ^^'^^^^' Bo're. Pmte-a-mort. 
Sœurs Vatard.) \ Pioche. Voleur à la tire. 

Pinceau. Balai, — dans le jar- 1 Piocher. 



Pincer pour (En). Etre épris 
de, être amoureux de. — J'en 
pince dur pour la blonde du se- 
cond. 

Pincer (En). — Faire partie 
de, en être, — dans le jargon des 
voleurs. — « Quand je vous ré- 
cidive qu'on en pince et dur. » 
(P. Mahalin, Les Monstres de 
Paris.) 

Pincette (Baiser à la). Baiser 
que donnent les enfants en pin- 
çant de chaque main les joues 
de la personne qu'ils embras- 
sent. 

Pincettes (Se tirer les). Dé- 
camper. Les pincettes, ce sont 
les jambes, qui ont fourni à 
l'argot un assez joli contingent 
de transformations. 

Pingouin. Public, — dans le 
jargon des saltimbanques. Pin- 
gouin maigre^ public peu nom- 



Travailler avec ar- 



294 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



deur. — Battre. — Voler à la 
lire. 

Piocher , Jouer la pioche . 

Avoir recours au talon, chaque 
fois qu'un domino demandé 
manque à l'appel. 

Piocheur. Travailleur sérieux. 

FioUe. Cabaret. — Hôtel garni 
à la nuit, — dans le jargon des 
voyous. — PioUier^ piollière, ca- 
baretier, cabaretière, logeur à 
la nuit. 

Pion. Ivre ; de pier boire. 
Etre pion^ être gris. 

Pion. Maître d'étude. Le souf- 
fre-douleur d'un collège, d'uH 
pensionnat.La pUipartdu temps, 
c'est un pauvre diable de bacho 
qui pioche un examen en fai- 
sant la classe, en menant les 
élèves à la promenade, en al- 
lant les conduire au lycée. — 
« Quelle est l'étymolôgie du 
mot pion? Un collégien nous 
fait savoir que généralement 
on le considère comme un di- 
minutif d'espion » (Albanès, 
Mystère du collège.) 

Pionçage. — Sommeil. De 
pioncer dormïr.Un fort pionçage, 
un sommeil prolongé. 

Pioncer. Dormir. 

Pionne. Sous-maîtresse, souf- 
fre-douleur d'un .pensionnat de 
demoiselles. 

Piote. Insulte de cavalier à 
fantassin. 

Pioupiou. Soldat d'infanterie. 
« L'uniforme blanc des gardes- 
françaises rappel ait un peu leur 
costume, (le costume des Pier- 
rots) aussi le populaire appelait- 
il ces soldats « des Pierrots... » 
Déplus, lorsqu'ils (les Parisiens) 
voyaient passer un garde -fran- 



çaise : — Pioupiou, criaient-ils. 
Cette moquerie eut pour résul- 
tat de faire donner le sobriquet 
de pioupiou aux soldats de l'in- 
fanterie française. » Aug. Chal- 
lamel.) 

Pipe (Casser sa). Mourir. Les 
morts ne fument plus... que la 
terre. — Cette exprassion a, 
sans doute, été consacrée par 
le peuple qui a voulu faire une 
vulgaire allusion à un usage 
emprunté au cérémonial des 
funérailles des évêques. D'après 
le cérémonial, la crosse d'un 
évêque mort estbrisée et figure 
placée sur un coussin, dans le 
cortège funèbre. « On place aux 
pieds du prélat (Ma*" Dupanloup), 
sur un second coussin cramoisi, 
la crosse brisée en trois tron- 
çons. » [Figaro, du 24 octobre 
1878, funérailles de Mgr Dupan- 
loup.) « Nous avons prédit cent 
fois pour une que Dupanloup 
briserait sa crosse sans être car- 
dinal. » (Tam-Tam, du 20 octo- 
bre 1878.) 

Pipe (Fumer sans). Etre en 
colère. — S'impatienter. 

Pipe (C'est bon dans la). Ça 
augmente le bien-être, ça amé- 
liore la situation, — dans le 
jargon des troupiers. C'est l'é- 
quivalent militaire du : Ça met\ 
du beurre dans les épinards. 

Pipelet , Pipelette. Portier,] 
portière. Pipelet est le nom cé-l 
lèbre d'un des personnages des] 
Mystères de Paris, portier typi- 
que qui, depuis le succès de cej 
roman d'Eugène Sue, a servi d( 
parraiu à MM, les concierges. 

Piper. Fumer la pipe, le ci-l 
gare ou la cigarette. -- Pipi 
comme un Turc, fumer beau' 
coup. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



295 



Pipot. Élève de l'École poly- 
technique 

Piquage (Faire un). Voler du 
vin ou de l'alcool à l'aide d'un 
trou, pratiqué dans la barrique; 
genre de vol en usage chez cer- 
tains camionneurs, chez cer- 
tains employés des chemins de 
fer; moyen économique de se 
saouler sans passer par le mar- 
chand de vin. 

Piquante. Epingle. 

Pique-chien. Concierge de 
l'École polytechnique, — dans le 
jargon des élèves de cette école. 

Pique en terre. Volaille; par 
allusion à la manière donl les 
poules cherchent leur nourri- 
ture. 

Piqué des vers (Pas). Très 
frais, très joli. — Elle n'est pcii^ 
•piquée des vers, la bourgeoise! 
on dit aussi dans le même sens : 
Elle n'est pas piquée des z'han- 
netons. 

Piquepou. — Tailleur, — dans 
le jargon du peuple. C'est sans 
doute une déformation de pi- 
queprou, c'est-à-dire pique beau- 
coup, dans l'ancienne langue 
française. Le mot est loin d'être 
jeune. La variante est : Fique- 
prune; prune également mis 
pour prou. 

Piquer une note. Pour le pro- 
fesseur, c'est marquer une note 
à l'élève; pour l'élève, c'est ob- 
tenir une note : piquer un cinq, 
un dix, un dix-sept, — dans le 
jargon des élèves du cours de 
mathématiques spéciales. Vi- 
quer le bâton d'encouragement, 
obtenir la note 1, la plus mau- 
vaise note. Piquer une huître, 



ne pas savoir répondre au pro- 
fesseur, quand on passe au ta- 
bleau en colle. 

Piquer un renard. Restituer 
forcément un bon ou un mau- 
vais repas. 

Piquer le banc. Attendre quel- 
qu'un sur un banc. — Se repo- 
ser sur un banc aux Champs- 
Elysées en attendant un amou- 
reux de rencontre, — dans le 
jargon des filles. 

Piquer en victime. Plonger les 
pieds en avant, le corps raide, 
les mains collées aux cuisses. 

Piquer son chien. Dormir pen- 
dant le jour. — Les tailleurs 
disent avec une variante : Piquer 
sa plaque. 

Piquer son fard, piquer un so- 
leil. Rougir. 

Piquet. Livre de messe. Juge 
de paix, dans le jargon du 
peuple. 

Piqueuse de trains. Raccro- 
cheuse qui attend la pratique 
dans les gares, assise sur un 
banc dans une gare de chemin 
de fer. Elle guette l'arrivée des 
trains. 

Pissat d'âne. Eau-de -vie jaune- 
clair; eau-de-vie coupée d'èau. 
Allusion à la couleur. 

Pisse froid ., Homme méthodi- 
que concentré en lui-même. 

Pisse-huile. Lampiste, — dans 
le jargon du collège. (L. Lar- 
chey.) 

Pissenlits par la racine (man- 
ger les). Etre mort. 

Pissenlits (arroser les). Uriner 
en plein champ. 

Pisser des lames de canif, 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



896 

pisser des clous de sabot. Souf- 
frir en urinant, par suite d'une 
maladie de la vessie, par suite 
d'une maladie vénérienne. 

Pisser au cul. Mépriser pro- 
fondément; faire autant de cas 
de quelqu'un que dune pisso- 
tière, le traiter comme une pis- 
sotière. 

Pisser des lames de rasoir en 
travers (Faire). Ennuyer quel- 
qu'un au dernier point ; le faire 
moralement souffrir à force de 
l'ennuyer. 

Pisser les poules (Mener). 
Donner, en riant, un mauvais 
prétexte pour s'en aller, pour 
quitter l'ouvrage. — Etre oc- 
cupé à ne rien faire, ne pas 
vouloir dire où l'on va. 

Pisser sa côtelette. Accou- 
cher. 

Pisseuse. Petite fille. Femme. 
— La voisine a accouché. — 
Qu'est-ce qu'elle a fait? — Une 
pisseuse. 

Pissin de cheval. Mauvaise 

bière chaude. 

Pistache. Légère ivresse. Pin- 
cer sa pistache, être légèrement 
ivre. Pourquoi pistache? — Est- 
ce que l'ivrogne de la première 
heure arborerait les tons verts 
de la pistache ? 

Pisteur. Homme qui suit les 
femmes à la piste. Il ne faut 
pas confondre le pisteur avec le 
suiveur. Le suiveur est un fan- 
taisiste qui opère à l'aventure. 
Il emboîte le pas à toutes les 
femmes qui lui plaisent, ou, 
mieux, à toutes les jolies jambes. 
Parmi cent autres, il reconnaî- 
tra un mollet qu'il aura déjà 
chassé. Il va, vient, s'arrête. 



tourne, retourne, marche de- 
vant, derrière, croise, coup^, 
l'objet de sa poursuite, qu'il perd 
souvent au détour d'une rue. 
Plus méthodique, \e pisteur sur- . 
veille d'un trottoir à l'autre son 
gibier. Il suit à une distance 
respectueuse, pose devant les 
magasins, sous les fenêtres, se 
cache derrière une porte, re- 
tient le numéro de la maison, 
fait sentinelle et ne donne de 
la voix que lorsqu'il est sûr du 
succès. Le pisteur est, ou un 
tout jeune homme timide, plein 
d'illusions, ou un homme mûr, 
plein d'expérience. — Le pisteur 
d'omnibus est un désœuvré qui 
suit les femmes en omnibus, 
leur fait du pied, du genou, du 
coude, risque un bout de con- 
versation, et n'a d'autre sérieuse 
occupation que celle de se faire 
voiturer de la Bastille à la Ma- 
deleine et vice versa. Cet ama- 
teur du beau sexe est ordinai- 
rement un quinquagénaire dont 
le ventre a, depuis longtemps, 
tourné au majestueux. Il offre 
à tout hasard aux ouvrières le 
classique mobilier en acajou ; 
les plus entreprenants vont jus- 
qu'au palissandi'e. Les paroles 
s'envolent, et acajou et palissan- 
dre restent... chez le marchand 
de meubles. Peut-être est-ce un 
pisteur qui a trouvé le proverbe: 
« Promettre et tenir font deux ». 

Pistole (Grande). Pièce de dix 
francs. — Petite pistole, pièce de 
dix sous, — dans le jargon des 
maquignons et des chiffonniers. 

Pistolet. Demi-bouteille de 
vin de Champagne. 

Pistolet (Drôle de). Original. 

Piston. Importun. — Pislon- 
neTy ennuyer. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Piston. Interne protégé par 
le médecin en chef d'un hôpi- 
tal. 

Piston. Préparateur d'un cours 
de physique. 

Pitaine-Crayon. Garçon de la 
salle de dessin àl'Ecole Polytech- 
nique, — dans le jargon des 
Polytechniciens. Pi(ïame-i07'c/to?i, 
garçon de laboratoire à lamême 
école, 

Pitancher. Boire. Pitancher à 
morty boire jusqu'à plus soif. 

Pitre. Farceur en chambre; 
amuseur de société; celui qui, 
dans une réunion, dans un dî- 
ner, remplit l'office d'un pitre 
de foire, fait rire les enfants et 
qu'on invite parce qu'il coûte 
moins cher qu'un joujou. — 
Servir de pitre, amuser les au- 
tres en faisant rire de soi. 

Pitre de Comme. Mot à mot : 

pitre de commerce. Commis- 
voyageur. On connaît les plai- 
santeries rances des voyageurs 
de commerce, la célébrité qu'ils 
se sont acquise dans les tables 
d'hôte. 

Pivert. Ressort de montre 
dont les prisonniers se servent 
en guise de lime. Allusion à la 
dureté du bec du pivert. 

Pivois, pive, pie, piéton. Vin. 

— « Un certain vin se dit pivois^ 
à cause de la ressemblance de 
son raisin avec la pive, nom pa- 
tois du fruit appelé impropre- 
ment pomme de pin. » (Ch. 
Nodier.) — La pomme de pin 
.sert encore d'enseigne à maint 



cabaret de village. 



Pive à 



quatre nerfs, demi-setier; mot à 
mot : vin à quatre sous. — Pivois 
savonné, vin blanc ; pivots citron^ 



297 



vinaigre, — dans l'ancien ar- 
got. 

Pivoiner. Rougir; par allu- 
sion à la couleur de la pivoine. 

Pivot. Plume à écrire. 

Pivoter. Obéir. Mot à mot : 
tourner au commandement, en 
terme d'école militaire. « Ses 
supérieurs pourront le faire 
pivoter à leur aise. » (Saint- 
Patrice.) 

Placarde. Place publique, — 
dans le jargon des voleurs. 

Place d'armes. Estomac. 

Placeur de lapins. Farceur 
qui fait de la morale, moraliste 
qui vit aux dépens des autres 
et produit ses amis dans le 
monde galant. «Desgenais n'est, 
malgré ses malédictions à fra- 
cas, qu'un simple placeur de la- 
pijis. » (L. Chapron, Gaulois du 
18 août 1877.) 

Plafond (Avoir une araignée 
dans le). Dire, faire des extra- 
vagances. 

Plafond (Se défoncer le). Se 

brûler la cervelle. 

Plan. Mont-de-Piété. Mot à 
mot : la planche où sont les ob- 
jets laissés en nantissement. — 
Mettre au plan, engager au Mont- 
de-Piété ou ailleurs. « M'man, 
j'ai mis ma veste au plan hier 
soir. » (Gavarni.) 

Plan. Prison. — Hospice des 
Enfants-Trouvés. 

Plan. Moyen. // y a plan, il 
n'y a pas plan ; expression dont 
se servent beaucoup d'ouvriers 
lorsqu'ils vont demander de 
l'ouvrage. — Patron, est-ce qu'il 
y a plan ? Mot à mot : est-ce 
qu'il y a moyen de travailler 

17. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



208 

chez vous? — « Oui, il n'y a 
pas plan, murmurait Céline. » 
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.) 

Plan (Mettre en, laisser en). 

Quitter quelqu'un sans le pré- 
venir, planter là. 

Planche. Sabre, — dans le 
jargon des voleurs. 

Planche. Femme très maigre. 

— Femme qui n'a pas que 
l'apparence de la froideur. 

Planche. Tableau noir ser- 
vant aux démonstrations ma- 
thématiques, — dans le jargon 
du collège. — Passer à la plan- 
che, passer au tableau. 

Planche au pain. Banc des 
prévenus. — Lit, — dans le jar- 
gon des filles publiques. 

Planche à tracer. Table à 
manger, — dans le jargon des 
francs-maçons qui disent encore 
atelier. 

Planches (Avoir des). Mot à 

mot : avoir l'habitude des plan- 
ches, jouer la comédie depuis 
longtemps; être sur la scène 
aussi à l'aise que chez soi. Ma- 
dame Thierret avait des plan- 
ches autant qu actrice du monde. 

Planches. Etabli de tailleur. 

— Avoir fait les planches, avoir 
travaillé comme ouvrier avant 
d'être devenu patron. 

Planché. Condamné. 

Plancher. Quitter un ami de 
prison, — dans le jargon des 
voleurs. 

Plancher. Plaisanter. — Par- 
les-tu sérieusement ou planches- 
tu? 

Plancher. — Coucher à la 
salle de police, sur la planche 
du gouvernement. J'ai planché 



deux jours, — dans le jargon du 
régiment. 

Plancher (Débarrasser le). 

S'en aller, lorsqu'on importune 
quelqu'un. Débarrassez-moi le 
plancher. 

Plancherie. Plaisanterie d'un 

goût douteux. 

Plancheur, Plancheuse. Mau- 
vais plaisant, mauvaise plai- 
sante. 

Plançonner. — Bredouiller. 
Dérivé de Plançon, mauvais ac- 
teur de la Gaîté qui bredouillait 
à la fin et souvent au commen- 
cement de chaque tirade. (Argot 
des coulisses.) 

Planque. Lieu, endroit, ca- 
chette. — Poste d'observation 
d'où un agent de police sur- 
veille un malfaiteur. 

Planque des gouâpeurs. Dé- 
pôt de la préfecture de police. 

Planque à plombes. Pendule. 

Planque à tortorer. Restau- 
rant. 

Planque à suif. Tripot. 

Planque à sergots. Poste de 
police. 

Planque à larbins. Bureau de 
placement. 

Planquer. Cacher. — Obser- 
ver. — Mettre de l'argent de 
côté. 

Planquer (Se). Se cacher. — 
Planquer le marmot, cacher un 
objet volé. 

Planter un acte. Veut dire 
que le mouvement général et 
les positions en sont fixés. On 
dit planter la décoratioJi dams le 
même sens. (A. Bouchard.) 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 



299 



Planter nn comparse. Le faire 
grimer, le placer, lui dessiner 
la marche à suivre et lui don- 
ner les indications nécessaires. 
{Musée Philipon, Théâtre de Bourg- 
en-Bresse.) 

Plantes (User ses). Marcher 
. beaucoup. Mot à mot : user les 
^ plantes de ses pieds. 

Plaquer. Quitter. — Remettre 
quefiqu'un à sa place. Invectiver 
avec verve sans laisser à l'ad- 
versaire le temps de la réplique ; 
c'est-à-dire appliquer invectives 
sur invectives, comme on appli- 
que plaque sur plaque. 

Plaquer. Confondre, interlo- 
quer, mettre dans l'impossibilité 
de répondre , aplatir morale- 
ment; c'est le synonyme de 
coller. — As-tu vu comme je te 
l'ai plaqué ? il n'a plus soufflé 
mot. 

Plaquer (Se). Se jeter, se 
précipiter. — Se plaquer dans 
la limonade^ se jeter à l'eau. 

Plat à barbe. Hausse-col d'of- 
ficier. (L. Larchey.) 

Plat du jour. « Il n'est pas de 
cabaret où il ne se confectionne 
chaque jour ce que le restaura- 
teur appelle dans son argot un 
plat du jour, c'est-à-dire un plat 
humain, possible, semblable à 
la nourriture que les hommes 
mariés trouvent chez eux; un 
plat, enfin, que l'on peut man- 
ger sans en mourir. » (Th. de 
Banville, La Cuisinière poétique.) 

Plat d'affiches (Prendre un). 

Ne pas avoir de quoi déjeuner, 
— dans le jargon des ouvriers. 
A l'heure du déjeuner, celui qui 
n'a ni argent, ni crédit, flâne 
comme une âme en peine et 



fait des stations devant les af- 
fiches des théâtres. 

Plateau. Plat, — dans le jar- 
gon des francs-maçons. 

Platine (Bonne). Langue bien 
pendue, loquacité, bavardage. 

Plâtre. Argent. — Montre, 
matière d'argent, — dans le 
jargon des voleurs. 

Plâtre. Pour emplâtre. Mau- 
vais ouvrier typographe, lent 
au travail. 

Plâtre (Être au). Avoir de 
l'argent, -r L'argent est à la 
poche ce que le plâtre est à un 
mur crépi. C'est une figure pour 
dire que celui qui a de l'argent 
n'est pas décrépit. Les voleurs 
ont emprunté cette expression à 
l'argot des maçons. 

Plats à barbe. Grandes oreil- 
les. 

Plein comme un œuf. Repu. 

— Avoir son plein, être repu 

Plein de soupe (Gros). Joufflu. 

— Gros réjoui. 

Pleurant. Oignon. Il pousse 
aux larmes ni plus ni moins que 
certains mélodrames. 

Pleut (II). Formule négative 
pour non, jamais. Voulez-vous 
me rendre un service? — Il pleut. 

Pleut (II). Silence! Attention! 
voici du monde, — dans le 
jargon des typographes. On dit : 
« il pleut » pour avertir un cama- 
rade de se taire ou de parler 
d'autre chose, quandle rédacteur 
en chef, le secrétaire de la ré- 
daction ou un étranger entre à 
l'imprimerie, et qu'on bêche 
quelqu'un de la hoUe. 

Pleuvoir. Uriner, — dans le 
jargon des troupiers. Aller pieu- 



300 DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE 

voîV. _ Si tu savais comme tu me 
fais pleuvoir! 

Pliant. Couteau de poche, — 
dans l'ancien argot. 

Plier son éventail. Faire des 
signes d'intelligence aux mes- 
sieurs de l'orchestre, — dans 
le jargon des demoiselles de 
théâtre. 

Plis (Des)! Des bêtises! Ren- 
gaine de la famille de : « des na- 
vets ! des nèfles ! » — Le mot com- 
porte l'idée d'un sous-entendu 
obscène à l'adresse du sieur 
podex. 

Plomb. Chambre de domes- 
tique ; chambre sous les plombs 
du toit. 

Plomb. Gaz délétère ; gaz hy- 
drogène sulfuré qui se dégage 
des fosses d'aisances. 

Plomb. Gosier. — 'Est-ce que 
c'est ton plomb ou tes pieds qui 
schelinguent comme ça? — C'est 
les deux. 

Plomb. Syphilis. — Etre au 
plomb, avoir gagné la syphilis, 

— dans le jargon des voyous. 

— Manger du plomb, être blessé, 
tué par une arme à feu. (L. 
Larchey.) 

Plombe. Heure. Dix plombes se 
décrochent^ dix heures sonnent. 

Plomber. Sonner. —La g'wim- 
barde ne plombe plus, la pen- 
dule ne sonne plus. 

Plomber. Communiquer la 
syphilis. — Etre plombé, avoir 
du plomb de Vénus dans l'aile. 
^ Sentir mauvais, répandre 
une odeur qui rappelle celle 
des plombs. — Vlomber du gou- 
lot, sentir mauvais de la bouche. 

Plongeur. Pauvre, misérable, 



— dans le jargon des voleurs. — 
Laveur de vaisselle, — dans 
l'argot des hmonadiers et des 
restaurateurs. 
Ployant, Ployé. Portefeuille. 
Plue. Butin, — dans l'ancien 
argot. 

Plumade. Paillasse, — dans 
l'ancien argot. — Et plumarde, 
aujourd'hui. 

Plumard. Lit. Se plumarder, 
se coucher, se mettre au lit, — 
dans l'argot du régiment. 

Plume. Pince à effraction. — 
C'est avec cette plume que les 
voleurs signent leurs noms sur 
les portes. 

Plume. Pelle-racloir dont se 
servent les maçons pour mêler 
la chaux, — dans le jargon des 
maçons. 

Plume de Beauce. Paille, — 
dans l'ancien argot. 

Plume (Tailler une). Mordre 
à pleine bouche au fruit dé- 
feiidu, — dans l'argot des filles 
publiques. 

Plumer. Dépouiller un homme 
dans l'intimité. — Gagner au 
jeu l'argent d'un imbécile. 
L'homme plumé est un pigeon. 
Plumes. Cheveux destinés à 
la hotte, — dans le jargon des 
chiffonniers. 

Plumet (Avoir son). Etre com- 
plètement ivre. C'est être com- 
plet au point de vue de l'ivresse. 
— Pourrait bien être une allu- 
sion au plumet des Suisses, ré- 
putés, comme on sait, buveurs 
intrépides. « Je pense que c'était 
un suisse du quartier, car il 
avait un plumet. » (Aventures 
des bals et des bois, 1745.) 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Plus (Il n'en faut). C'est vieux, 
usé. — En voilà assez. — On ne 
m'y prendra plus. Locution 
qu'on a mise à toutes les sauces. 

— A 6as, les gêneurs, il n'en faut 
plus. — Comment va votre femme'l 

— Il n'en faut plus. — Vous 
m'avez fait poser deux heures, il 
n'en faut plus. — Que dit-on de 
la pièce nouvelle'î — Il n'en faut 
plus. 

Plus souvent. Non, jamais. 
Formule négative. — Plus sou- 
vent que je lui prêterais de l'ar- 
gent. 

Plus-fine. Guano de prove- 
nance humaine. 

Pochard. Ivrogne fainéant et 
ami des plaisirs. M. Fr. Michel 
le fait venir de poisson, poichon, 
poçon, mesure de vin. Pourquoi 
ne viendrait-il pas de pochon, 
coup, contusion dont la figure 
de l'ivrogne induré est généra- 
lement illustrée ? 

Pochards (Le signe de la croix 
des). « Il consiste à prononcer 
« Montparnasse » sur la tête, à 
l'épaule droite « Ménilmonte », 
à l'épaule gauche « La Cour- 
tille », au milieu du ventre 
« Bagnolet », et dans le creux 
de l'estomac, trois fois « Lapin 
sauté. » {Le Sublime.) 

Pocharder. Enivrer. 

Pocharderie. Etat du pochard ; 
ivrognerie. 

Poche. Apocope de pochard. 

« Quand on est poch' on s'en revient 

[cliantant. » 

(LeDéménag. à la sonnette de bois, chans.) 

Pocheté. Imbécile, niais. 

Pochon. Contusion à l'œil. — 
Le pochon marque l'œil, le po- 



301 

et le rend 



che, le boursoufle, 
semblable à un œuf poché. 

Pocker. — Jeu de cartes d'im- 
portation américaine. C'est une 
sorte de bouillotte, moins vivace 
que l'autre, et qui se joue à six. 

Poêle, Poil. Réprimande. — - 
Ficher un poêle, un poil, répri- 
mander. «Le patron nous fichera 
un poêle, si nous ne sommes pas 
rentrés à quatre heures du ma- 
tin. » (J. Rousseau, Paris-Dan- 
sant.) 

Poêle à marrons. Visage grê- 
lé, — dans le jargon du peuple. 

Poétraillon. Mauvais poète. 

Pogne. Voleur, — dans l'an- 
cien argot. 

Pogne, Poigne. Main. — Vi- 
gueur. Préfet à poigne, préfet 
qui montre de la vigueur. — 
Avoir une bonne poigne, avoir la 
main solide. 

Pognon. Argent de poche. — 
Pognon secret, économies, argent 
caché, argent mignon. 

Poignard. Vêtement qui re- 
vient au tailleur, à la couturière 
pour être retouché. — Retouche 
à faire à un vêtement. 

Poignarder. Retoucher un 
vêtement. 

Poignée de viande par la fi- 
gure (Foutre une). Donner un 
coup de poing sur le visage, 
appliquer un maître soufflet, — 
dans le jargon des bouchers. 

Poignet (La veuve). Exercice 
de l'onanisme. 

Poigre, Poique. Poète, litté- 
rateur, — dans le jargon des 
voleurs. Le second mot, poique, 
n'est qu'une déformation mo- 
derne du premier. 



302 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Poil (Bougre à). Homme cou- 
rageux, plein d'énergie. 

^ Poil (Faire le). Surpasser. — 
Tromper. 

Poil (Tomber sur le). Battre. 

— Tomber sur le poil à bras rac- 
courcis exprime le superlatif de 
l'action. 

Poil de sec (Ne pas avoir un). 
Eprouver une vive émotion. Al- 
lusion à la transpiration qu'une 
forte émotion procure à cer- 
taines personnes. 

Poil au 0. (Avoir du). Avoir 
du courage, de l'énergie, — 
dans le jargon du peuple. 

Poil dans la main (Avoir un). 
Etre paresseux, Allusion à un 
poil imaginaire qui empêche de 
travailler celui qui en est dé- 
tenteur. — Avoir un fameux poil 
dans la main, être très pares- 
seux. 

Poils (A). Tout nu. — Se mettre 
à poils, se déshabiller tout nu, 
pour entrer au bain, par exem- 
ple. — Monter à poils, monter à 
cheval sans selle. 

Point. Pièce d'un franc, — 
dans le jargon des brocanteurs. 

Point-de-côté. Créancier. — 
Importun. — Agent des mœurs, 

— dans le jargon des voleurs et 
des Ephestions d'égout. Ces der- 
niers désignent, encore, sous 
ce nom le passant, qui, par sa 
présence, gêne leur honteux 
commerce. 

Pointe (Avoir sa). Ressentir 
les premiers elfets de l'ivresse. 

— Avoir une pointe de gaieté 
causée par les préliminaires de 
l'ivresse. 

Pointé, à point (Etre). Avoir 



bu jusqu'à la lisière de l'ivresse. 
Un verre ou deux de plus, le 
pointé passe à l'état de soûlot; 
le soûlot est le têtard du po- 
chard. 

Pointeau. Employé qui pointe 
le temps dans les usines, — en 
terme d'ouvrier. 

Pointu (Bouillon). Clystère. 

Poire. Tête, figure. — Tam- 
bouriner la poire, porter des 
coups au visage. — « Il se con- 
tentera de vous tambouriner la 
poire, le cul et les côtes. » {Uart 
de se conduire dans la société des 
pauvres bougres.) 

Poire (Faire sa). Se faire prier, 
faire la prude, prendre des airs 
dédaigneux. 

Poireau. Sergent de ville sta- 
tionnant sur la voie publique. 

Poireau (Faire le, Piquer 
son). Attendre, de planton dans 
la rue. — Se croiser les bras. — 
Attendre de l'ouvrage, — dans 
le jargon du peuple. 

Poirette. Figure. Laver la 
poirette, embrasser, — dans le 
jargon des voleurs. 

Poison. Sale femme, femme 
malpropre au physique et au 
moral. — Eh! va donc, poison! 
— C'est une poison. 

Poisse (La). La crapule, la 
voyoucratie, — dans le jargon 
des gommeux, qui ont renvoyé 
la balle aux voyous. 

Poisse. Voleur. Les mains du 
voleur ont l'adhérence des em- 
plâtres de poix de Bourgogne. 

Poissé (Etre). Etre pris, être 
appréhendé au corps. 

Poisser. Voler. — Rattraper, 
prendre sa revanche, — dans 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



303 



le jargon des voyous. — Toi^ je 
fpoisserai! 

Poisser (Se). Se griser. 

Poisseux. Voyou, — dans le 
jargon des gommeux. 

Poisson. Mesure de vin, cin- 
quième du litre. Il y a le grand 
et le petit poisson. 

Poisson. Souteneur. Il nage 
dans les eaux de la prostitu- 
tion. 

Poisson d'eau (Changer son). 

Uriner. 

Poisson souffleur (Faire le). 

Fellare. Aspirer la vie à ses 
sources. 

Poitou. Public, — dans le 
jargon des voleurs. 

Poitou. Précautions. — Peine. 
— Epargner le poitou, prendre 
ses précautions. 

Poitou. Non; rien; formule 
négative. Vieux mot argotique 
remis, depuis peu, en circula- 
tion par les rôdeurs de barriè- 
re qui en ont fait poiton et 
poite. — As-tu vingt ronds? — 
Du poiton. 

Poitriner. — Tenir son jeu 
près de la poitrine pour en dé- 
rober la vue à l'adversaire. 
« Poitrinez donc ! Vous faites 
voir vos cartes. » (A. Cavaillé.) 

Poivrade. Syphilis. {Le Nou- 
veau Vadé, 1824.) — Poivre a la 
même signification. Etre au poi- 
vre, être atteint de la syphihs. 
(Jargon des voyous.) 

Poivre. Poisson. M. Fr. Michel 
donne le mot sans autre expli- 
cation ; il doit être pris dans le 
sens de « poisson », mesure de 
vin, à' ohpoivrier, poivrot f poivre^ 
mine à poivre. 



Poivre. Eau-de-vie. — Un 
poivre, un verre d'eau-de-vie. 

— « De la bière, deux poivres 
ou un saladier? « (P. Mahalin.) 

Poivrement. Paiement , — 
dans le jargon des voleurs. 

Poivrer. Payer, — dans le 
jargon des voleurs. — Surfaire. 

— Falsifier. Poivrer le pive, fal- 
sifier le vin. 

Poivrer. Communiquer le mal 
vénérien, donner un bon à tou- 
cher chez le docteur Ricord. — 
Etre poivré, être dans les condi- 
tions requises pour obtenir une 
entrée à l'hôpital du Midi, payer 
cher un moment de plaisir. 

« Toi louve, toi gueuse, qui m'as si bien 
[poivré, 
» Que je ne crois jamais en être délivré. » 
(Saint-Amand.) 

Poivreur. Payeur, — dans le 
jargon des voleurs. 

Poivrier, Pqivrot, Poivre. 

Ivrogne. — Etre poivre, être 
soûl. — Le poivrot est arrivé au 
dernier degré de l'ivresse. Il 
parle seul, bat la muraille et 
festonne dans les ruisseaux jus- 
qu'à ce que, à bout de forces, 
il s'asseye sur un banc ou qu'il 
s'étale le long d'un trottoir qu'il 
aura pris pour un banc. 

Poivrier (Faire le, Barboter 
le). Voler un ivrogne. Et la va- 
riante plus usitée aujourd'hui : 
Cueillir un poivrot, ou, encore, 
canarder un poivre, allusion au 
canard barboteur. « A nous 
trois, nous avons barboté pas 
mal de poivriers. » (Petit Journal, 
du 22 juillet 1880.) 

Poivrier, mine à poivre. Mau- 
vais débit de vins et liqueurs 
qui brûlent le palais comme le 
poivre le plus incandescent. 



304 DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE. 



Poivrière. Route. Comparai- 
son de la poussière au poivre. 

Poivrot (Vol au). Vol commis 
sur la personne d'un ivrogne. — 
Barboter le poivrot, fouiller un 
ivrogne pour le voler. — Les 
barboteurs de poivrots sont des 
voleurs qui ont la spécialité de 
dépouiller les ivrognes. — Can- 
1er donne poivrier dans le même 
sens. 

Police (Se mettre à la). Se 

faire inscrire sur le registre des 
filles soumises. « Elle donna en- 
suite dans les employés, dans 
les commis, quitta le théâtre 
par paresse et se mit à la po- 
lice. » (Paris-vivant, La Fille, 
1858.) 

Polichinelle. Hostie, — dans 
le jargon des voyous. 

Polichinelle. Verre d'eau-de- 
vie de la capacité d'un double 
décilitre, servi sur le comptoir 
du marchand de vin. « Si mon 
auguste épouse ne reçoit pas sa 
trempée ce soir, je veux que ce 
polichiîielle-lk me serve de poi- 
son. » (Gavarni.) 

Polichinelle dans le tiroir 
(Avoir un). Etre enceinte. 

Polisseuse de mâts de coca- 
gne en chambre. Prostituée de 
la famille des carnassiers, à peu 
de chose près. En latin fellatrix. 

Polisson. Faux appas en crin 
que nos amère-grand'mères 
ne plaçaient pas sur la gorge. 

Polisson. Gentilhomme de la 
Cour des Miracles. Les polissons 
jouaient les déguenillés et tâ- 
chaient d'inspirer la pitié en 
grelottant sous leurs haillons. 

olka. Photographie, dessin 
pornographique. 



Polonais. Petit fer à repasser 
les dentelles, — dans le jargon 
des blanchisseuses. 

Pomaquer. Perdre, — dans le 
jargon des voleurs. 

Pommade de cochon. Sain- 
doux. 

Pommade (Etre dans la, tom- 
ber dans la). Avoir fait de mau- 
vaises affaires. Essuyer une dé- 
bâcle financière. 

Pommade, coup de pommade. 

Flatterie. — Jeter de la pom- 
made, llatter. 

Pommader. Masquer les cre- 
vasses d'un vieux meuble au 
moyen d'un enduit fait de cire 
et de gomme laque. 

Pommadin. Apprenti coiffeur. 
— « Tous des portiers et des 
lampistes, clama-t-il, et avec 
cela des gonsesses en soie et 
des pommadins! » (Huysmans, 
Marthe.) 

Pommard. Bière légère, — 
dans l'ancien argot. 

Pomme à vers. Fromage de 
Hollande. 

Pommes (C'est comme des). 

C'est inutile, ce n'est pas néces- 
saire, — dans l'argot du régi- 
ment. Variante : Cest comme des 
dattes. 

Pommes (Aux). Bâte aux 
pommes. Soigné. — Deux con- 
sommateurs, un habitué et un 
étranger, demandent, dans un 
café, chacun un bifteck, le pre- 
mier aux pommes, le second 
naturel, naaire, dans l'argot des 
restaurateurs. Le garçon chargé 
des commandes voie vers les 
cuisines et s'écrie d'une voix re- 
tentissante : <c Deux biftecks, 
' dont un aux pommes, soigné! » 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



305 



Le mot fît fortune. C'est depuis 
ce jour qu'on dit : « Aux pom- 
mes », pour soigné. 

Pompage. Sacrifice au dieu 
de la bouteille. 

Pompe. Retouche faite à un 
vêtement. 

Pompe. Botte. — Faire les 
pompes auprix-courant^ voler des 
bottes à l'étalage. Le voleur à 
l'étalage, aussitôt le coup fait, 
part en courant. 

Pompe. Travail suivi, — dans 
le jargon des typographes. — 
Avoir de la pompe, avoir beau- 
coup d'ouvrage pressé à faire. 

Pompe. — Officier attaché à 
l'instruction générale, en terme 
d'Ecole de Saint-Cyr. « Ils rem- 
plissent un peu les'fonctions de 
pion. » (Saint-Patrice.) — Corps 
de pompe, les professeurs. — 
« Ceux qui savent quelques bri- 
bes de dessin pochent en quatre 
traits la caricature du général 
ou du corps de pompe. » (R. 
Maizeroy, Souvenirs d'un Saint- 
Cyrien, 1880.) 

Pompe (Messieurs de la). Em- 
ployés des pompes funèbres; et, 
dans le jargon des voyous : les 
mecs de la pompe. 

Pompe aspirante. Soulier dont 
la semelle est à jour. 

Pompe funèbre. Fellatrix. 
Prostituée en contravention 
avec les lois de la nature. 

Pomper. Travailler beaucoup, 
— dans le jargon des typogra- 
phes. — Boire beaucoup. 

Pompette. Légèrement pris 
de vin. — Etre un peu pompette. 

Pompier. — Mélange de ver- 
mout et de cassis, boisson très 



1 appréciée des voyageurs de 
. commerce. 

I Pompier. — Elève qui se pré- 
pare au baccalauréat, — dans 

, le jargon du collège. — Ainsi 
dénommé à cause de la masse 
des connaissances que ses exa- 
mens le forcent d'absorber. (A.1- 
banès.) 

Pompier. Mouchoir. — Pom- 
pier de service, mouchoir très 
sale. 

Pompier. Ouvrier tailleur 
chargé de retoucher les vête- 
ments. « Il y a la grande et la 
petite pompe : la grande pour 
les habits et redingotes, la pe- 
itite pour les pantalons et les 
i gilets. » (R. de Beauvoir, cité 
ipar L. Larchey.) 

1 Pompier. Tapage organisé et 

j accompagné de chants, — dans 

l'argot de l'Ecole. Piquer un 

' pompier, se livrer à une bruyante 

I manifestation. (L. Larchev.) 

I " 

j Pompon. Soldat adonné à 

I l'ivrognerie. Celui qui pompe, 

I — dans le jargon des troupiers. 

j « Le type du vieux pompon de- 

' vient rare. » (B'réd. de Reilïen- 

berg, La Vie de garnison, d863.) 

Pompon (A lui le). A lui la 
gloire, à lui l'honneur, à lui le 
premier rang. Sert à désigner 
une supériorité quelconque. 

Ponante, Ponif, Ponifle, Pou- 
gniffe. Fille publique de la der- 
nière catégorie, — dans le jar- 
gon des voleurs et des voyous. 

Poncer le créateur (Se) . Se 
livrer sur soi-même à une de 
ces manifestations familières à 
Diogène. L'expression a été 
fourbie par feu Grassot du Palais- 
Royal. 



306 

Pondant. Correspondant. Per- 
sonne chargée par une famille 
de la remplacer auprès d'un in- 
terne de collôge. 

Pondeuse (Bonne]. Femme 
qui a beaucoup d'eniants; fem- 
me qui est toujours en état de 

grossesse. 

Poney. Billet de cinq cents 
francs, — dans le jargon des 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 

du matin. » (Flévy d'Urville.) 

Pontonnier. — Grec habile 
dans l'art de faire les ponts. 
(Argot des joueurs.) 

Popote. Cuisine de pauvre et 
pauvre cuisine. — Faire la po- 
pote, se réunir pour faire un 
maigre repas à frais communs. 

Popoter. Faire la popote. 



bookmakers. — Avoir gagné son i Porc-épic. Saint-Sacrement, — 

poney, avoir gagné cinq cents '^"" '" "" ^ ' '' 

francs en pariant aux courses. 



Ponte (La). Réunion de 
joueurs qui jouent contre le 
banquier au baccarat, au trente- 
et-quarante. 

Ponte (Le). Celui qui joue 
contre le iDanqu.ier. Tanti punti, 
tanti coglioni, dit un proverbe 
italien ; autant de pontes, autant 
d'imbéciles. 

Ponter. Jouer contre la ban- 
que. Ponter dur, jouer beaucoup 
d'argent. Ponter sec, jouer de 
grosses sommes à intervalles 
inégaux. 

Pontife. Cordonnier. Ce so- 
briquet date du commencement 
du xviie siècle et il s'est con- 
servé jusqu'à nos jours. Allu- 
sion aux souliers à pont, fort à 
la mode à cette époque. — 
Souverain pontife, maître cor- 
donnier. 



danb le jargon des voleurs. Al- 
lusion aux rayons de métal qui 
environnent l'hostie. (Fr. Mi- 
! chel.) 

I Port d'armes (Laisser au). 
Quitter le service militaire avant 
un camarade, — dans l'argot 
du régiment. Faire attendre et 
ne pas revenir. 

Portanche (Le, La). Portier, 
portière. 

Porte bien (Qui se). Vigou- 
reux, bien appliqué. — Donner 
un soufflet, un coup de pied qui 
se porte bien. 

Portefeuille. Lit. C'est là que 
l'homme serre ce qu'il a de 
plus précieux : sa personne. — 
S'insinuer, se fourrer dans le 
portefeuille, se coucher. — « J' 
souffre moins comme ça, voyez- 
quand j' 



vous, parc que , quana j suis 
étendu dans le portefeuille, je 
m' sens à tout' minute prêt à 

Pontoise (Revenir de). Avoir | '^^^"S'''' " ^^\^^^\''' ^'^^"^" 
ir bêtement étonné ' /^^' ^^^' '' ^^- '' ^^^^■) 

Pontonnière, Pontanniére. ' Portefeuilliste. Ministre. Il a 
Fille publique qui alfectionne le ' un portefeuille ministériel. « Les 
voisinage des ponts; fille pu- 1*''^^^ portefeuillistes, M. de Mar 



l'air 



blique attardée qui prend les 
ponts de Paris pour des ponts 
de navire. « La belle va lever 
sur les ponts... et y fait le quart 
jusqu'à trois et quatre heures 



cère surtout, ont l'air foncière- 
ment satisfaits de leurs maro- 
quins. » (Le Réveil, du 16 dé- 
cembre 1877.) 

Porte-balle. Bossu. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Porte-maillot. Danseuse. 

Porte-manteau (Epaules en). 

Epaules hautes et plates. 

Porte-trèfle. Pantalon. 

Porte-pipe. La bouche, — 
dans le jargon du peuple. — 
Se rincer le po7^te-pipe, boire. 
« Anatole, qui s'était rincé le 
porte-pipe et qui paraissait dis- 
posé à rire. » (Huysmans, Les 
Sœurs Vatard.) 

Porté sur l'article. Amateur 
du beau sexe. Mot à mot : porté 
sur l'article femme. 

Porté sur la liste des élèves 
morts. Porté malade, — dans 
le jargon du régiment. 

Porte-mince. Portefeuille. 

Porter (En). Etre trompé par 
sa femme; c'est-à-dire porter 
des cornes, être coitfé à la ma- 
nière des maris trompés. — La 
femme qui trompe son mari, 
lui en fait porter. 

Porter à la peau. Inspirer des 
désirs amoureux. 

Portez! Remettez! Une des 
expressions les plus usitées dans 
les régiments de cavalerie. Mot 
à mot : « Portez sabre! remet- 
tez sabre! » Exclamation intra- 
duisible et qui se produit chaque 
fois que quelqu'un vient de dire 
une grosse bourde. Cela se pro- 
nonce en élevant la voix et d'un 
ton sévère, comme pour le 
commandement. La même ex- 
clamation retentit lorsqu'un ca- 
valier a commis une incongruité 
plus ou moins bruyante. 

Portier, Portière. Cancanier, 
cancanière; médisant, médi- 
sante. 



307 

dans le jargon des soldats. 
Tomber sur la portion, — c'est-à- 
dire tomber sur la portion de 
viande, suivre avec empresse- 
ment une fille publique. 

Portrait. Figure. — Crever le 
j portrait, endommager le portrait, 
I laisser l'empreinte d'un coup 
j de poing sur la figure. 

i Pose (La faire à la). Chercher 
I à éblouir la galerie, soit par ses 
I manières, soit par sa conversa- 
I tion. 

j Poser. Attendre depuis long- 
i temps. — Etre mystifié, — Se 
j donner de l'importance. — Cher- 
I cher à faire valoir ses avan- 
! tages, soit physiquement, soit 
i moralement, en prenant une 
; attitude étudiée. 

Poser pour le torse. Faire 
^ des effets de plastron. Quand 

on n'est pas très joli garçon, 
I c'est une manière comme une 

autre d'attirer l'attention des 

femmes qui, comme Brid'oison, 

s'attachent à la forme. 

j Poser culotte. Aller aux ca- 
j binets inodores. 

Poser (Faire). Faire attendre 
longtemps, faire attendre en 
j vain. — Mystifier. 

! Poser et marcher dedans. 

■ S'embrouiller, perdre la tête. 

; {Mémoires d'un forçat, i829.) 
C'est mot à mot : après avoir 

! sacrifié à la C'° Lesage, mettre 
le pied en plein dans l'holo- 
causte. 



Poser un lapin. Mystifier, se 

moquer du pauvre monde. — 

i Poseur de lapins, farceur, mysli- 

I ficateur. — « Emile Zola n'est 

I pas un naturaliste, c'est-à-dire 

Portion. Fille publique, — ' un poseur de lapins. » (E. Ber- 



308 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



gerat, La Vie moderne, 21 fév. 
1880.) 

Poser un lapin. Flouer une 
femme. Foseur de lapins, homme 
qui Houe les femmes. 

Poses (Faire des). Interposer 
des cartes préparées dans un 
jeu loyal. 

Poseur, Poseuse. Homme, 
femme, qui alfecte des allures 
ou un langage étudié. — Celui, 
celle qui cherche à produire de 
l'effet au moyen d'une attitude 
étudiée. Au théâtre, le poseur 
fait des effets de torse; il pro- 
jette sa poitrine sur le devant 
d'une loge, lorgne avec affecta- 
tion; au bal, il s'accoude sur le 
marbre de la cheminée; au Bois 
de Boulogne, il fait piatter sa 
monture devant les équipages 
de luxe; dans la conversation, 
il récite avec emphase une ti- 
rade politique lue, le matin, 
dans un journal, ou il traite une 
question d'art étudiée, la veille, 
dans un livre. — La poseuse 
fait des effets de toilette. 

Position. Malle, — dans le 
jargon des voleurs, qui, la plu- 
part, n'ont qu'une malle pour 
tout avoir. 

Possédé. Eau-de-vie, — dans 
le jargon des voleurs. 

Poste aux choux. Canot des- 
tiné, en rade, au service des 
provisions, — dans le jargon 
des marins. 

Poste (chasser au). Faire ap- 
pel à la débauche, du haut d'une 
fe nôtre. 

Postiche. Mensonge; nouvelle 
invraisemblable. Poser un pos- 
tiche, mentir. 

Postiche. Rassemblement or- 



ganisé sur la voie publique par 
des voleurs dans l'intérêt de 
leur commerce. 

Postiche, Postige. Parade de 
saltimbanque. Petites scènes 
jouées en plein air pour attirer 
le public. Bagatelles de la porte 
avec accompagnement de souf- 
flets et de coups de pied au cul. 
C'est le lever de rideau des ar- 
tistes forains. — Les saltim- 
banques donnent encore le nom 
de postiche ou postige aux exer- 
cices qu'ils font sur la voie pu- 
blique : un tapis percé à jour, 
quatre pavés pour retenir le ta- 
pis, un orgue, un plateau pour 
la quête, une chaise pour le 
travail de la dislocation ou des 
poids pour le travail de force, 
voilà la scène et la composition 
du postige. 

Postiger. Faire amasser le 
public, — en terme de camelot 
et de saltimbanque. 

Postillon. Petite pluie de sa- 
live dont le postillonneur as- 
perge, bien innocemment, le 
visage de son interlocuteur. 

Postillon. Boulette de mie de 
pain recelant un billet qu'un 
détenu lance d'une cour à l'au- 
tre, lorsqu'il a quelque commu- 
nication à faire à un camarade. 

— Envoyer le postillon, corres- 
pondre entre prisonniers. 

Postillon. — Carte servant de 
point de repère — peut-être 
vaudrait-il mieux orthographier 
repaire — pour reconnaître soit 
le début, soit la fm, soit la re- 
prise d'une passe au baccarat, 

— dans le jargon des grecs. 
Nommé postillon parce qu'il 
conduit le char de la fortune 
sur le tapis vert. 



i 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Postillon. Insinuation dépla- 
cée. — Faille postillon. 

Postillon d'eau chaude. Mé- 
canicien, chauffeur de locomo- 
tive. — Infirmier militaire. 

Postillonner. Parler en lan- 
çant des postillons. — Con^es- 
pondre entre détenus au moyen 
d'une boulette de mie de pain 
contenant un avis écrit. 

Postillonneur. Lanceur de 
postillons. Un despostillonneurs 
les plus humides lut P., le jour- 
naliste dont on disait: On ne 
peut l'aborder que le parapluie 
à la main. 

Posture (En). Apothicaire, — 
dans l'ancien argot. 

Pot, Cuiller à pot. Cabriolet. 

Pot-bouille. Cuisine sans pré- 
tention. 

Pot de chambre dans la com- 
mode (Avoir laissé le). Avoir 
l'haleine fétide. 

Pot-à-tabac. Personne courte 
et grosse. 

Pot- à-tabac. Agent de la sû- 
reté, — dans le jargon des vo- 
leurs. Ils ont longtemps passé 
au tabac les prévenus. (V. tabac.) 

Pot-à-mûigneaux. Chapeau 
haute forme, — dans le jargon 
du peuple qui prononce moi- 
gneaux pour moineaux. 

Pot-au-feu. Creuset de faux 
monnayeur, — dans l'argot de 
la pohce. 

Pot-au-feu. Casanier, casa- 
nière. 

Pot (C'est dans le). C'est 
manqué, c'est raté, en parlant 
d'un ouvrage, — dans le jargon 
des couturières. — Les tailleurs 



309 

disent, pour exprimer la même 
idée : C'est dans les bottes. 

Potache. Collégien. 

Potage à la julienne dans le 
ruisseau. Chute dans un ruis- 
seau. On fait prendre un potage 
à la julienne à son adversaire, 
quand on l'étalé dans le ruis- 
seau. (Jargon des ouvriers.) 

Potard. Pharmacien. — Elève 
pharmacien. — « Un potard qui 
somnolait, le nez sous des be- 
sicles et sur un livre. » (Huys- 
mans, Les Sœurs Vatard.) 

Potasse, potasseur. Elève stu- 
dieux niais inintelligent; élève 
qui se donne beaucoup de mal 
sans profit. 

Potasser. Préparer, étudier. 
Potasser sa colle, préparer son 
examen. 

Potasser. Travailler avec as- 
siduité. 

Poteau. Camarade dévoué, — 
dans le jargon des voleurs. 

Poteaux. Jambes engorgées, 
grosses jambes. 

Potée. Litre de vin. —Enfiler 
sa potée, boire son litre. 

Potin. Bavardage où un peu 
de vérité est mêlé à beaucoup 
de mensonges; genre de con- 
versation très usitée parmi les 
portières. — Faire des potins, 
faire des cancans. 

Potin. Bruit, vacarme, -- dans 
le jargon du peuple. — Faire 
du potin. 

Potiner. Jacasser en altérant 
la vérité, en se livrant à des 
débauches de suppositions mal- 
veillantes. 

Potinier, Potinière. Celui, 



310 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



celle qui se complaît à bavarder 
sur les moindres faits et gestes 
d'autrui, avec accompagnement 
d'interprétations malveillantes. 

Potiron. — Derrière et potu- 
ron par altération. Allusion de 
rotondité. « L' pied m' glisse, 
et sur 1' poturon j' tombe. » 
(Le Parfait catéchisme poissard.) 

Potiron roulant. Cabriolet. 

Pouce rond (Avoir le). Etre 
adroit. 

Pouchon. Bourse ;pour23oc/ion, 
poche, — dans l'ancien argot. 

Pouf (Faire un). Ne pas payer 
une dette. — Faiseur de poufs, 
celui qui a l'habitude de ne pas 
payer ses dettes. Le faiseur de 
poufs déménage tous les six 
mois en laissant dans tous les 
quartiers des créanciers conster- 
nés, jusqu'au jour où quelque 
escroquerie qualifiée l'envoie 
sur les bancs de la police cor- 
rectionnelle. 

Pouffiace, Peauffiace. Prosti- 
tuée sur le retour, 

Pouio. Rien, — dans l'ancien 
argot. 

Pouiffe. Argent, — dans l'an- 
cien argot. 

Pouilleux. Avare. 

Poulainte. Vol par échange. 

{Fi\ Michel.) 

Poularde. Fille, femme ou 
veuve plus ou moins entrete- 
nue. — « On les appelle pou- 
lardes depuis hier, ce qui est 
plus joli que belles-petites. » {La 
Vie moderne, du 12 juin 1880.) 
Jusqu'à présent, ni l'un ni l'autre 
de ces deux vocables, nés au- 
tour d'une table de rédaction, 
n'a encore dépassé les colonnes 



1 de certains journaux; ni l'un ni 
l'autre ne semble avoir beau- 
} coup de chance de vitalité. 

I Poule d'eau. — Blanchisseuse 
j qui lave sur un bateau-lavoir en 
I Seine. — dans le jargon des 
mariniers. 

Poulet d'Inde. Cheval, — 
dans le jargon des soldats de 
cavalerie. 

Poulailler, Paradis. Les man- 
sardes du théâtre. — Poulailler : 
parce que le public des petits 
théâtres se plaît à imiter parfois 
les cris de certains animaux et 
principalement le chant du coq. 
i — Paradis : parce qu'on y 
] mange beaucoup de pommes, 
d'après la définition de M. Du- 
mas fils. 

Poupée. Soldat, — dans l'an- 
cien argot. 

Poupée. Fille pubhque. 

Poupée. Chiffon qui entortille 
un doigt malade. 

Poupon, Poupard. Vol bien 
combiné, préparé à loisir. — 
Nourrir un poupon, combiner 
un vol, le soigner comme on 
soignerait un enfant gâté. 

! Pour. Peut-être, — dans le 
jargon des voleurs. 

Pour les bas. Pourboire des 
filles de maison, qui font de 
leurs bas une tirelire. 

Pousse (La). La police. Mot 
usité aux xvn® et xviii^ siècles. 
Les pousse-culs, les archers lors- 
qu'ils conduisent en prison. 
(Hurtaud, Dict. des homonymes.) 
— Pousse, agent de l'autorité. 

Pousse-au-vice. Mouche can- 
tharide ; allusion aux propriétés 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



311 



aphrodisiaques de la mouche 
cantharide. 

Pousse-café. Verre d'eau-de- 
vie qui suit le café dans l'esto- 
mac du consommateur. 

Pousse-cailloux. Soldat d'in- 
fanterie de ligne. En marchant 
il pousse les cailloux du chemin. 

Pousse-moulin. Eau, — dans 

le jargon des voleurs. 

Poussée. Ouvrage pressé. 1/ y 
a de la "poussée. 
Pousser sa glaire. Parler. 

Pousser un excellent (Se). 
Manger l'ordinaire de la prison, 
qui est loin d'être excellent; 
mais l'ironie plaît au voleur. 

Pousser son rond. Aller à la 
selle. 

Poussette. Action de pousser 
de l'argent sur le tapis, après 
coup, — dans l'argot des grecs, 
joueurs de baccarat, qui ont en- 
core donné à ce procédé le nom 
de mort. La poussette, quoique 
très surveillée dans les cercles, 
est très fréquente. — « Après 
avoir vu les deux cartes de vo- 
tre partenaire, comme son point 
était bon, vous avez, avec le 
doigt, poussé, en avant de votre 
masse, cinq francs qui ont dou- 
blé votre enjeu. » [Figaro, du 
l®"" août d878.) — « Le grec pra- 
tique également la poussette à 
la bouillotte, mais seulement 
quand il fait son reste; s'il voit 
qu'il a gagné le coup, il lâche 
dans sa masse une pièce qu'il 
tenait cachée dans les deux der- 
niers doigts. » (A. Cavaillé.) — 
La retirette consiste à opérer le 
mouvement contraire pour re- 
tirer tout ou partie de l'argent 
engagé lorsqu'on a mauvais jeu. 



Poussier. Monnaie de cuivre, 
— dans le jargon des voleurs. 

Poussier. Lit, — dans le jar- 
gon du peuple; probablement 
parce qu'il n'est pas fait sou- 
vent. 

Poussier de mottes. Tabac à 
priser; par conformité d'aspect. 

Pontaniou. Prison des marins. 
Faire deux mois de pontaniou. 

Pratique. Vaurien. — Mauvais 
soldat. « Dans un régiment il y 
a autant de types que de sol- 
dats... En commençant par le 
grenadier modèle jusqu'au mi- 
litaire qui sera fusillé; ce der- 
nier est connu sous le nom de 
pratique. » (J. Noriac.) — c Les pu- 
ritains de la discipline ne voient 
dans ces hommes ingouverna- 
bles (les zéphirs) que des mau- 
vaises têtes; la foule les désigne 
sous le nom de pratiques. » (A. 
Camus.) 

Pré, grand pré. Bagne; mai- 
son de secours aujourd'hui dis- 
parue. 

Pré salé. La mer, — dans le 
jargon des voleurs. 

Préfectanche. Préfecture de 
police. Le preu de la préfectan- 
che, le préfet de police, c'est-à- 
dire le premier de la préfecture 
de police. 

Premier. Chef de rayon, pre- 
mier commis de rayon dans un 
magasin de nouveautés. « C'est 
le premier, qui les enrôle et les 
congédie (les commis). » (Eug. 
Muller, La Boutique du marchand 
de nouveautés.) 

Première. Demoiselle de ma- 
gasin qui dirige d'autres em- 
ployées. — Dans les modes les 



312 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



premières garnissent les cha- 
peaux et font les modèles. 

Premier-Paris. Article politi- 
que placé en tête d'un journal. 

— Chapelet de nouvelles politi- 
ques enfilées le plus lourdement 
possible. C'est le plat de résis- 
tance du journal. 

Première. Première représen- 
tation. Fremière à sensation, pre- 
mière représentation qui a pro- 
duit un grand etfet. — Le public 
des premières. — Faire le service 
d'une première. — La première, 
la première maîtresse. 

Prendre la vache et le veau. 

Epouser une fiUe-mère et re- 
connaître l'enfant. 

Prendre des gants. User de 
ménagements pour faire une ob- 
servation; se prend ironique- 
ment. — Ne faut-il pas prendre 
des gants pour lui parler ? 

Prendre un rat par la queue. 
Couper une bourse, — dans l'an- 
cien argot. 

Prendre des temps de Paris. 
« Préparer ce que l'on a à dire 
par une pantomime vive et ani- 
mée, pour en augmenter l'effet. 

— C'est encore sauver son man- 
que de mémoire par une panto- 
mime. C'est Monvel qui, le pre- 
mier, pour venir en aide à sa 
mémoire et attendre le souffleur, 
avait une délicieuse pantomime 
de petit-maître. Il secouait son 
jabot, arrangeait ses manchet- 
tes, etc. » (V. Couailhac, La Vie 
de théâtre.) 

Prendre du souffleur. Tout 
attendre du souffleur. Réciter 
son rôle avec l'aide incessante 
du souffleur, quand on l'a ou- 
blié ou qu'on n'a pas eu le temps 
de l'apprendre, — dans le jar- 



gon du théâtre. C'est-à-dire 
prendre les mots de la bouche 
du souffleur. 

Prendre le train d'onze heu- 
res. Farce de troupiers. Cette 
farce consiste à administrer à la 
victime une promenade noc- 
turne dans son lit, lequel est 
traîné par de facétieux voi-sins 
au moyen de cordes à fourra- 
ges. Cette brimade a encore 
reçu le nom de « rouler en che- 
min de fer ». Le soldat qui a fait 
suisse est sûr qu'il prendra le 
train d'onze heures; mais il n'y 
a qu'un bleu, un conscrit, qui, 
ignorant les usages du régiment, 
puisse commettre un si grand 
délit. 

Prends garde de t' enrhumer! 

Plaisanterie de voyou faite à une 
personne qui sacrifie à Domange 
en plein air. 

Prends garde de casser le 
verre de ta montre ! Apostrophe 
à l'adresse de quelqu'un qui 
vient de tomber pile. 

Prends garde de le perdre ! 

Voilà une chance, une bonne 
aubaine qui ne t'arrivera pas. 
« Si du moins cette chute -là 
pouvait nous faire mettre en ré- 
pétition? — Prends garde de le 
perdre ! c'est la pièce de R... qui 
va passer. » {Paris à vol de ca- 
nard.) 

Prends garde de te décrocher 
la fressure ! Ne marche pas si 
vite. Se dit par ironie en par- 
lant à quelqu'un qui lambine, 
qui marche très lentement. 

Presse (Etre sous). N'être pas 
visible pour cause de travail 
professionnel, — dans le jargon 
des filles de maison. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



313 



Prêt. Avance d'argent, 
du soldat. 



•Paye 



Prêt. Argent qu'une fille pu- 
blique donne à son souteneur. 

Preu. Premier. Le 'preu dans 
un atelier est le meilleur ou- 
vrier de l'atelier. — Premier 
étage. -— « Tiens! v'ià 1' bijou- 
tier du n» 10 qui n' s'embête 
pas, lui; il vous a loué tout son 
preu. » fH. Monnier, Scèneî po- 
pulaires.) 

Preu (Faire le). Donner une 
avance, — dans le jargon des 
peintres en bâtiment. Preu pour 
prêt. — Est-ce aujourd'hui que le 
pâte fait le preu ? 

Prévôt. Chef de chambrée 
dans une prison. 

Priante. Eglise. Messe. 

Principauté. Gale. (Fr. Mi- 
chel.) Jeu de mots sur princi- 
pauté de Galles. {Ancien argot.) 

Prise. Mauvaise odeur. — 
Prendre une prise, une fameuse 
prise, respirer une mauvaise 
odeur, être suffoqué par des 
émanations fétides. 

Prison de Saint-Crépin. Chaus- 
sure trop juste. 

Problème. Chaîne de montre 
tenant au gilet, — dans le jar- 
gon des Ecoles. En effet, un pa- 
reil luxe est un problème qui fe- 
rait croire à la fermeture des 
Monts-dc-Piété. 

Produisante (La). La terre. 

Profonde. Poche. Elle est sou- 
vent d'autant plus profonde qu'il 
n'y a rien dedans. 

Prolonge. Permission de mi- 
nuit, — dans l'argot de l'Ecole 
Polytechnique. 



Promont. Procès. — Promon- 
cerie, procédure. 

Pronier, Pronière. Père , mère, 

— dans l'ancien argot. 

Propre (Etre). Etre impliqué 
dans une mauvaise affaire. 

Proprio. Propriétaire. —«Et 
comme je n'aime pas les pro- 
prios. » {Le Sans-culotte, 1879.) 

Prose, Prouas, Proye. Der- 
rière. — Filer du prouas si gniile 
filer l'amarre de proue. Les la- 
trines des matelots sur les na- 
vires à voiles sont à la proue, 
d'où filer duproye, ou du câble de 
proue pour aller à la selle. — On 
dit vulgairement faire des cor- 
des. Le mot date de loin. Aris- 
tophane l'a employé et, dans ses 
comédies traduites en latin par 
M. Artaud, il fait dire à un per- 
sonnage depuis longtemps en 
fonction : * At tu funem cacas ». 

Prote à tablier. Prote qui, ou- 
tre ses fonctions, lève la lettre 
comme les autres compositeurs 
d'imprimerie. 

Prout! Ça m'est bien égal. 

Proute. Plainte. — Prouteur^ 
prow^ewse, plaignant, plaignante. 

— Proutcr, se plaindre, — dans 
Fancien argot. 

Prudhomme. Personnage sen- 
tentieux, solennel et bête à la 
fois; type créé par Henri Mon- 
nier. Joseph Prudhomme pro- 
fesseur en fait d'écritures, élève 
de Brard et Saint-Omer, expert 
assermenté près les Cours et 
Tribunaux, ancien propriétaire 
des anciens terrains de l'ancien 
Tivoli, ainsi qu'il s'annonce lui- 
même. — Le père des deux 
phrases célèbres : « Ce sabre est 
le plus beau jour de ma vie. — 

18 



314 



DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE. 



« Le cliar de l'Etat navigue sur 
un volcan. » 

Prudhommesque. A la ma- 
nière de M. Prudhomme, dans 
le genre de Prudhomme. 

Prune, pruneau. Balle. Rece- 
voir un pruneau. 

Prune de Monsieur. Boulet de 
canon. 

Pruneau. Excrément humain. 
Poser son pruneau, sacrifier à 
Lesage. Allusion à la couleur et 
à l'aspect des pruneaux dessé- 
chés, lorsque le temps et l'air 
ont passé par là. Variante : Dé- 
poser sa pêche. 

Pruneau. Chique; boulette de 
tabac que les soldats, les marins 
et nombre d'ouvriers promènent 
de l'une à l'autre joue. La chique 
*a la couleur du pruneau, de là 
le surnom. — Passe-moi ton pru- 
neau, fai avalé le mien. — « Sur- 
tout retire le pruneau. » (A. Ca- 
mus.) 

Pruneau. Œil. 

Prunes (Mangeur de). Tail- 
leur. 

Prunot. Débit de liqueurs 
doublé d'un débit de tabac tenu 
par de belles filles. « Ce n'est ni 
un café, ni un estaminet, ni un 
débit de tabac, ni une boutique 
de marchand de vin... C'est un 
buffet, un prunot^ un chinois. 
C'etjt tout à la fois, et café, et 
estaminet, et débit de tabac. » 
{Les Etudiants et les femmes du 
quartier Latin en 1860.) 

Prusse (Travailler pour le roi 

de). Travailler pour rien. — 
Faire un travail qui ne sera pas 
payé. 



Prussien. Derrière. — Exhi- 
ber son prussien, se sauver au 
moment du danger. 

Puant. Hautain, dédaigneux, 
rempli de fatuité et de sot or- 
gueil. 

Public de bois. Public mal 
disposé, — dans le jargon des 
comédiens. 

Puce travailleuse. Femme qui 
en impose matériellement à son 
sexe. 

Puce (Avoir la). Avoir l'éveil, 
se tenir sur ses gardes, — dan.<î 
le jargon des voleurs. C'est mot 
à mot : avoir la puce à l'oreille, 
— La rousse a la puce. 

Puces (Secouer les). Battre. 
Mot à mot : faire tomber les 
puces à quelqu'un à grands 
coups de poing. 

Puer au nez. Etre insuppor- 
table; causer une profonde an- 
tipathie. 

Puer bon. Sentir bon. Avoir 
des odeurs sur soi, — dans le 
jargOQ du peuple. « C'est puir 
que sentir bon. » (Montaigne.) 
Puir est la forme primitive de 
puer. 

Puf f . Réclame exagérée ; char- 
latanisme. 

Puffiste. Charlatan, faiseur de 
réclames extravagantes. 

Pulvériser (Se la). Synonyme 
de se la briser, se déguiser en cerf, 
jouer la fille de l'air, se travestir 
en chamois, s'esbigner, se débiner, 
se cavaler, démarrer, se mettre 
une gamelle, etc., etc. 

Punaise. Sale femme; sale 
fille publique. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



315 



Punaise de boutique. Ecusson 
royal placé à la devanture des 
boutiques des fournisseurs de 
Sa Majesté Charles X ou de 
sa famille. « On abattit d'une 
drôle de manière les punaises 
de boutiques... c'est les tleurs de 
lis. » [LesFarces et les bamboches 
populaires de Mayeux, 1831.) 

Punaisiére. Café borgne. (A. 
Delvau.) 

Pur. Républicain qui ne tran- 
sige pas avec ses opinions. Ré- 
publicain de vieille date. 

Purée. Cidre. Absinthe. Une 
purée^ un verre d'absinthe. 

Purée. Misère, — dans le jar- 
gon des voyous qui, pour en dé- 



signer l'étiage, disent tantôt cZio? 
de purée et tantôt vingt-cinq^ de 
•purée. Etre dans la purée, être 
dans la misère. 

Purée de pois. Absinthe; al- 
lusion de couleur. — Garçon, 
deux purées de pois ! Par abré- 
viation : purée. 

Purger la vaisselle. Faire les 
sauces claires et mauvaises. 
« P't'ôt' ben que je purgerais en- 
core la vaisselle. » (Mars et Ra- 
ban, Les Cuisinières, 1837.) 

Purotin. Misérable, — dans le 
jargon des voleurs. 

Purgation. Plaidoyer. 

Putain comme chausson. Très 
dévergondée. 



Q 



Quai Jammapes (Avoir l'air). 

Avoir l'air d'un imbécile. C'est 
un synonyme décent d'un mot 
ordurier en trois lettres dont la 
première est un G. et la der- 
nière n'est pas un L. 

Quand est-ce (Le) ? Bienve- 
nue que doit payer un ouvrier 
embauché dans un atelier. Mot 
à mot : Quand est-ce que tu 
payes ta bienvenue? 

Quand les poules pisseront. 

Jainais. 

Quarante métiers, cinquante 
malheurs. Locution dont on se 
sert en parlant d'un individu 
qui aentreprisplusieurs métiers 
et qui n'a réussi dans aucun. 

Quart d'agent de change. As- 



socié d'agent de change. — 
N'aurait-il qu'un dixième de 
part dans la charge, c'est tou- 
jours un quart d'agent de change. 

Quart d'auteur. Collaborateur 
de naissance, celui qui n'a ja- 
mais fait une pièce à lui seul. 
Collaborateur qui fait... les 
courses, et ce n'est pas le moins 
utile quelquefois, ni celui qui a 
le moins d'esprit. 

Quart de marqué. Semaine, 
— dans le jargon des voleurs. 

Quart d'oeil. Surnom attribué 
autrefoispar les voleurs au com- 
missaire de police. Aujourd'hui 
les voyous et leurs modèles les 
voleurs donnentindistinctement 
ce nom aux commissaires de 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



316 

police et aux sergents de ville. 
Un élymologiste de la petite 
Roquette que nous avons con- 
suUé nous a affirmé que ce so- 
briquet leur avait été inspiré 
par les allures de ces agents de 
l'autorité, qui les guettent en 
tapinois et ne montrent que le 
quart de l'œiJ. 

Quart (Battre son, faire son). 

Aller et venir d'un trottoir à 
l'autre, à l'exemple de Diogène 
qui cherchait un homme. Les 
filles de maison font à tour de 
rôle, pendant quinze minutes, 
le quart devant leur porte, 
comme des sentinelles. Mot à 
mot : faire le quart d'heure. 

Quartier. Quartier Latin, 
quartier des Ecoles, — dans le 
jargon des étudiants. — Aller 
au quartier. — Femme du quar- 
tier, femme qui habite le quar- 
tier Latin pour j étudier, sur le 
vif, l'étudiant; ce qui lui permet 
d'être restaurée chez Petiau, 
désaltérée à la Source, amusée 
chez Bullier et couchée un peu 
partout. 

Quartier gras. Quartier d'un 
bon rapport pour les chiffon- 
niers. — Quartier maigre, quar- 
tier qui rapporte peu à la hotte, 
— dans le jargon des chiffon- 
niers. 

Quatre-vingt-dix. Loterie fo- 
raine à lots de poicelaine. Elle' 
se tire au moyen d'une grande 
roue munie de 90 numéros ; j 
d'oîi le nom de quatre-vingt-dix. \ 

Quatre-arpents. Cimetière. 
{L'Intérieur des prisons, 1846.) 

Quatrième cantine. Salle de 
police, — dans le jargon des 
soldats de cavalerie. Il y a trois I 



cantines dans les régiments de 
cavalerie. J|| 

Quatuor. Quatre d'un jeu de ■ 
dominos. Les joueurs méloma- 
nes ne manquent pas de dire : 
Quatuor de Beethoven. 

Quelque part (Aller). Aller 
sacrifier à Richer, — dans le 
jargon des petites filles. 

Quenotier. Dentiste, — dans 
l'ancien argot. Aujourd'hui les 
voyous le nomment : Estourbis- 
seur de clous de girofle, de chi- 
cots. 

Queue. La suite d'un parti 
politique, les figurants exaltés 
d'un parti, ceux qui le compro- 
mettent. 

Queue (Faire une). Pour une 

femme, c'est tromper son mari 
ou son amant, par hasard. — 
Faire des queues, tromper son 
mari ou son amant par habi- 
tude. — Pour un homme marié 
ou en puissance de maîtresse, 
c'est courir les filles. 

Queue (Faire la). Tromper en 
matière de payement. 

Queue de morue. — Habit. 
« Il donna un coup de poing 
dans son tuyau de poêle, jeta 
son habit à queue de morue, et 
jura sur son âme qu'il ne le 
remettrait de sa vie. » (Th. Gau- 
tier, Les Jeunes Finance.) 

Queue de la poêle (Tenir la). 

Avoir la responsabilité d'une 
afiaire. A\oirla direction d'une 
maison. 

Quibus. Argent. — «V'ià qu'un 
jour que le quibus répondait à 
l'appel, je dis à Manon la no- 
ceuse... » (Charrin, Unenuitta- 
chique, chans.) 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



317 



Qui va là! (Donner le). Déli- 
vrer un passe-port. — Exhiber 
un passe-port. 

Quiller. — Remettre à leurs 
places respectives les quilles 
abattues au jeu de la poule, au 
billard. Quillez donc, vous autres! 
Chacun son tour de quiller. 

Quiller. — Eprouver des dé- 
sirs amoureux. 

Quilles. Jambes, — dans le 
jargon des gens pour qui la tête 
est une boule. — Jouer des quil- 
les, décamper. — « Inutile de 
jouer des quilles, mon vieux. » 
(X. de Montépin, Le Fiacre, n" 13.) 

Quimper la lance. Uriner. 

Quinquets. Yeux. Allumer ses 
quinquets, regarder. 

Quinte mangeuse. Quinte ma- 
jeure, au jeu de piquet, — dans 
le jargon des ouvriers. Quinte 
mangeuse portant son point dans 
les vitriers, quinte majeure à 
carreau. 

Quinte major. Souftlet bien 
appliqué; allusion à la quinte 
majeure. « Je suis bien tenté de 
te bailler une quinte major, en 
présence de tes parents. » (Mo- 
lière, La Jalousie du barbouillé, 
scène v. — 1663.) 

Quinte , quatorze et le point. 

Gros lot embarrassant gagné à 
la loterie de Cytbère. 

Quinze cents francs. Volon- 
taire d'un an. Tl paie quinze 
cents francs pour son année; 



tandis que les autres, les volon- 
taires de cinq ans, ne paient 
rien du tout; ce qui n'est pas 
précisément correct au point de 
vue démocratique. 

Quinze ans et pas de corset. 

C'est une insinuation féminine 
qui voudrait dire : Jeune et so- 
lide de la ceinture en haut, et 
que les gens d'expérience tra- 
duisent par: ni jeune ni solide. 

Quipe. Homme d'équipe, — 
dans le jargon des employés des 
chemins de fer. 

Quiqui. Poulet et, en général, 
toute sorte de volaille, — dans 
le jargon des chiffonniers. — 
Par extension tout ce qu'ils 
trouvent bon pour leur casse- 
role ou pour celle du gargo- 
tier, morceaux de choix tels 
que : épaves de pâtés, restes de 
poissons, manche de gigot en- 
core fourni de viande, etc. 

Quoniam. Quoniam bonus. 

Gros imbécile. Au xyiip siècle 
on se servait du mot quoniam 
pour désigner le sexe d'uae 
femme. — Le quoniam bonus 
dans le sens d'imbécile, n'est 
qu'un augmentatif d'un mot en 
trois lettres à peu près sembla- 
ble. 

Quoquante. Armoire, — dans 
le jargon des voleurs. 

Ququard. Arbre, — dans le 
même jargon. 

Ququeret. Rideau, — dans 
l'ancien argot. 



iâ. 



318 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Rabateux, Doubleur de sor- 
gue. Voleur de nuit, à l'époque 
où les voleurs de nuit formaient 
une catégorie. Aujourd'hui, ils 
volent de nuit et de jour, quand 
ils peuvent. 

Rabatteuse. Entremetteuse. 
Elle va à la chasse pour le 
compte de la débauche et rabat 
le gibier humain. 

Rabiau. Convalescent qui se 
plaît à donner ses soins à des 
camarades d'hôpital, comme 
M. Jourdain donnait des étoiles 
à ses amis. 

Rabiau, Rabiot. Résidu, restes 
de vin ou de soupe, — dans le 
jargon des troupiers. — Prolon- 
gation de service militaire ; du- 
rée d'une condamnation dans 
une compagnie de discipline. — 
Faire durabiau. Ce mot, qui, au- 
jourd'hui, s'applique à tout ce 
qui comporte l'idée de « sup- 
plément, excédant », a servi 
primitivement à désigner la dis- 
tribution du second quart de 
café faite aux soldats, distribu- 
tion de faveur. 

Rabiauter. Manger et boire 
les restes des autres, — dans le 
jargon des troupiers. 

Rabiboobage. Réconciliation, 
— dans le jargon des enfants. 

Rabibocher. Réparer. — Se 
rabibocher, se réconcilier entre 
enfants. 

Rabonin. Le diable. 



Rabouler. Retourner, rentrer, 
revenir. 

Racaille. Canaille. C'est un 
dérivé du « raca » biblique. Tu 
ne diras pas à ton frère « raca », 
recommande la Bible. 

Raccourcir. Guillotiner. Le 
mot date de la première Répu- 
blique française, époque où l'on 
vit la guillotine s'élever à la 
hauteur d'une institution. — 
Dans un rapport adressé au Di- 
rectoire par le conventionnel 
Dumont de la Sarthe, on lit : 
« J'ai fait lier, incarcérer le par- 
tisan de Louis le raccourci. » 

Rachevage. Individu dépravé ; 
celui qui fait une besogne mal- 
propre; celui qui fait, dit ou 
écrit des obscénités. 

Rachevage (Faire son). Ra- 
masser les résidus de l'anderli- 
que, c'est-à-dire ce qui n'a pas 
pu passer par la pompe à souf- 
flet, lorsqu'on vide une fosse 
d'aisances, — dans le langage 
des vidangeurs. {Le Sublime.) 

Racines de buis. Dents blon- 
des et déchaussées, les cousines 
germaines des clous de girofle. 

Racler. Respirer. « Nous pla- 
çons la vieille sous des fagots. — « 
Elle racle encore, fît ma mai- m 
tresse. » (Gazette des Tribunaux, n^ 
du 27 septembre 1877.) 

Racler du fromage. Jouer du 
violon. Râcleur de fromage y rd- 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



319 



cleur de boyaux, mauvais joueur 
de violon. 

Raclette. Ramoneur. — Agent 
de police. 

Racontar. Racontage. — Ba- 
vardage imprimé dans un jour- 
nal. 

Rade, Radeau, Radin. Tiroir. 

— Comptoir de marchand, — 
dans le jargon des voleurs. 

Radio. Radical, par apocope. 

— « Que que t'as donc fait, 
pour qu'on te foute 500 livres 
sur la daube ! t'as un peu em- 
miellé le radio. » (Le ^etit Ba- 
dinguet.) 

Radicaille. Parti radical. 
Terme de mépris dont le super- 
latif est radicanaille. C'est plai- 
sir à voir comme les hommes 
politiques d'opinions différentes 
se jettent à la tête les épithètes 
de vaticanaille, radicanaille, ré- 
publicoquin, badingueusard, et 
autres aménités. 

Radin. Gousset. — Badin 
fleuri, gousset garni, — dans le 
jargon des voleurs. 

Radiner. Rentrer, revenir, 
retourner. — « Le cousin Gus- 
tave qui radine de la Nouvelle- 
Calédo, me dit que là-bas, la 
veille du jour de l'an, on se 
marie. » {Le père Duchéne, 1879.) 

— « Les badingredins annon- 
cent toujours que leur gosse va 
radiner. » {Le Sans-Culotte, iSl 9.) 

— Radiner à la condition, ren- 
trer à la maison. Radiner est 
sans doute une déformation du 
verbe rabziner qui, dans le pa- 
tois picard, a la même signitî- 
caiion. 

Radis noir. Prêtre, — dans le 
jargon des ouvriers. 



Radis (N'avoir plus un). N'a- 
voir plus le sou. 

Rafale. Misère. La rafale souf- 
fle dur. 

Rafale. Pauvre, misérable, 
mal vêtu; celui qui subit les 
coups de vent de la misère. 

Rafalement. Honte, humilia- 
tion; pauvreté sans dignité. 

Rafaler. Humilier; rendre 
misérable. 

Rafistoler. Donner une tour- 
nure présentable à un vieux vê- 
tement de prix. On rafistole des 
dentelles, un châle, on rapiote 
une vieille culotte. 

Rafraîchir d'un coup de sabre 

(Se). Se battre en duel au sabre, 

— dans le jargon des troupiers. 

Rafraîchir les barres (Se). 
Boire, — dans le jargon des 
soldats de cavalerie qui disent 
encore: se rincer les barres. 

Raffurer. Regagner, — dans 
le jargon des voleurs. 

Rage de dents. Grand appé- 
tit, faim canine. 

Ragot. Conte en l'air, bavar- 
dage. — Faire du ragot, des ra- 
gots, tenir des propos de com- 
mère. 

Ragougnasse. — Mauvais ra- 
goût, et, par extension, tout ob- 
jet de très peu de valeur. C'est 
de la ragougnasse. 

Ragoût. — Peinture vigou- 
reuse, peinture en pleine pâte, 

— dans le jargon des peintres. 

Ragoût de poitrine. Seins. — 
Avoir du ragoût de poitrine sur 
l'estomac. 

Ragoût (Faire du). Eveiller 
les soupçons. « Ne fais pas de 



320 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



ragoût sur ton dab. » N'éveille 
pas les soupçons sur ton maître. 
(Balzac.) 

Raide. Eau-de-vie de qualité 
inférieure. 

Raide comme la justice. Ivre. 
Celui qui est raide comme la 
justice a la conscience de sa po- 
sition; il marche vite, seul or- 
dinairement, se redresse et fait 
tous ses efforts pour ne pas zig- 
zaguer. 

Raide comme balle. Rapide- 
ment. Filer raide comme balle, 
marcher très vite. 

Raille. Police, agent de po- 
lice. — Espion; de rascal, ras- 
calïon, coquin, en anglais. 

Raisiné. Sang, — dans le jar- 
gon des voleurs. — Faire du 
raisiné, avoir un saignement de 
nez. — Faire couler le sang. 

Raisiné, Raisin. Sang; forme 
nouvelle de raisiné, qui n'était 
lui-même qu'une allusion de 
couleur entre le sang et le vin, 
raisiné, jus du raisin. — Il a de 
la raisiné à sa pelure, il a du 
sang sur son habit. — Faudra 
travailler au surin. — Merci,]' ai- 
me pas le raisin. 

Râleur, Râleuse. Celui, celle 
qui marchande sans rien ache- 
ter, ou qui achète après avoir 
longtemps marchandé et obtenu 
une forte diminution. 

Râleur, Râleuse. Menteur, 
menteuse ; trompeur, trompeu- 
se, — dans le jargon des mar- 
chands juifs. 

Râleuse. Femme du Temple 
chargée d'attirer le client dans 
un magasin. C'est un diminutif 
de racoleuse. 



Râler. Tromper, mentir, — 
dans le jargon des marchands 
juifs. 

Rama. Syllabes placées à la 
fin d'un mot pour lui donner 
un cachet bizarre. (V. Le père 
Goriot de Balzac.) Le café de- 
vient le caférama, la viande, la 
viandorama ; le bœuf, le bœufo- 
rama. Remplacé, depuis, par 
les désinences , plus eupho- 
niques, mar, muche et mince, 

Ramamichage. Réconciliation 
entre enfants. — Ramamicher, 
favoriser une réconciliation. Se 
ramamicher, se réconcilier. 

Ramasser. Arrêter sur la voie 
publique ; appréhender au corps. 
Se faire ramasser, se faire arrê- 
ter sur la voie publique, dans 
un bal pubHc. Se dit principa- 
lement en parlant des ivrognes 
et des tapageurs. 

Ramasser (Se). — Conclure, 
résumer, — dans le jargon du 
peuple. — Ramasse-toi, voilà 
une heure que tu bafouilles. 

Ramasser un bidon. Se sauver 
et, principalement, s'évader, — 
dans le jargon des voleurs; sy- 
nonyme de se mettre une ga- 
melle. 

Ramastiquer. Ramasser. 

Ramastiqueur. Filou qui vend 
à une dupe, comme étant de 
l'or, un bijou en imitation, soi- 
disant trouvé sur la voie pu- 
blique. 

Ramastiqueur d'orphelins. 

Négociant qui ramasse les bouts 
de cigarettes, les bouts de ci- 
gares. 

Rambiner. — Raccommoder, 
ressemeler. « Tout le monde 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



321 



Bait que son père rambinait les 
croknaux. » {Tam-Tam, du 2 juin 

1878.) 

Rambuteau. Urinoir public 
en forme de minaret. Gracieuse 
attention de l'ancien préfet de 
la Seine, M. de Rambuteau, qui 
a attaché son nom à ces utiles 
guérites à dôme, aujourd'hui, 
en partie, remplacées par les 
cuirassés. 

Ramener. Garnir tant bien 
que mal le sommet du crâne 
avec quelques rares mèches de 
cheveux empruntées à la nuque. 
C'est ce qu'Alphonse Karr ap- 
pelle : « En emprunter un qui 
vaut dix ». 

Rameneur. Vieux-beau qui 
ramène sur le sommet de sa 
tête, sur les tempes, deux ou 
trois mèches de cheveux qui 
s'égarent sur sa nuque. 

Rameneuse. Fille, femme ou 
veuve qui n'aime pas rentrer 
seule chez elle, le soir, pour une 
cause quelconque. 

Ramolli Imbécile ; hébété ; 
abruti. Celui dont l'intelligence 
est atrophiée par suite d'excès, 
celui dont le cerveau est ramolli. 
Le jeu et les femmes contribuent 
à faire des ramollis. — Tas de 
ramollis ! 

Ramonage. Rabâchage, mur- 
mures réitérés. 

Ramoner. Marmotter; rabâ- 
cher. 

Ramoner, Ramoner la che- 
minée. Administrer un purga- 
tif. — Recourir au dieu Mer- 
cure à l'état de deutochlorure 
pour guérir les blessures faites 
par Vénus. 

Ramoner. Confesser, .— dans 



l'argot des congréganistcs ; c'est- 
à-dire : ramoner la conscience. 

Ramor. Ane, imbécile, — dans 
le jargon des marchands juifs. 

Rampo. Coup nul au jeu de 
billes, aux quilles, et, en géné- 
ral, à tous les jeux d'enfants 

Ramser. Raccrocher, — dans 
l'argot des filles. Pour ramas- 
ser. 

Ranger. Mettre en pâte, par 
ironie. « Lorsqu'un homme de 
conscience laisse échapper de 
ses mains un compartiment de 
casse, un paquet de distribution 
ou tout autre objet, les compa- 
gnons charitables ne manquent 
pas de s'écrier en appuyant sur 
le dernier mot : Ce n'est rien, 
c'est la conscience qui range ». 
(Boutmy.) 

Ranger des voitures (Se). Se 
retirer du monde des plaisirs. 
On dit encore : se retirer de la 
circulation. Cette dernière ex- 
pression signifie également se 
marier. 

Rapapiotage. Réconciliation. 
— Rapapioter, réconcilier. Ha- 
papioteur^ rapapioteuse, celui, 
celle, par l'entremise de qui 
s'est faite une réconciliation. 

Râpe. Dos et, principalemenl , 
dos de bossu, dos bombé en 
forme de râpe. 

Râpé comme la Hollande. 
Très minable. Allusion au fro- 
mage de Hollande râpé. 

Râper. Chanter. (L. Larchey.) 
Et , principalement , chanter 
d'une manière monotone, ou 
chanter une chanson idiote, 
une chanson qui rappelle le 
bruit de la râpe. 

Rapiat. Rapace. Le rapiat 



322 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE, 



n'est pas précisément un voleur. 
11 aime l'argent, il ne néglige 
aucune occasion d'en gagner. 
Pour lui, il n'y a pas de petits 
profits. A la rapacité, il joint 
ordinairement Tavarice ; c'est 
alors le plus beau spécimen du 
genre, le superlatif de rat. 

Rapide (Le). Train rapide sur 
les grandes lignes de chemins 
de fer. Le rapide marche un 
peu plus vite qneVexpress, sans 
plus d'accidents que les trains 
de banlieue. 

Rapiot. Rapiécetage, ravau- 



Rapioter. Repriser, rapiécer, 
raccommoder, — dans le jargon 
des marchands fripiers et des 
savetiers. 

Rapioter. Fouiller un con- 
damné, — dans le jargon des 
voleurs. Autrefois le mot s'ap- 
pliquait à la visite pratiquée 
sur les condamnés en partance 
pour Toulon, Brest et Rochefort. 
— Le grand rapiot^ c'était la 
visite préliminaire qu'on pra- 
tiquait sur les condamnés qui, 
à leur sortie de Bicêtre, étaient 
dirigés sur les bagnes. 

Rapioteur, Rapioteuse. Rac- 

commodeur, raccommodeuse de 
vieilles bardes. « Georges Ca- 
doudal, avant son arrestation, 
avait trouvé asile chez une jeune 
rapioteuse du Temple . » (F. 
Mornand, La Vie de Paris.) 

Rapointi. Maladroit. —Souf- 
fre-plaisir des émigrés de Go- 
morrhey — dans le jargon des 
ouvriers du fer; par réminis- 
cence des déchets de fer nom- 
més rapointis de ferraille. 

Rappliquer. Retourner, reve- 



nir, rentrer. Rappliquer à la 
taule, rentrer à la maison. 

Raser. Ennuyer. — Railler. — 
Ruiner, « Elle s'est essavée sur 
le sieur Hulot qu'elle a"' plumé 
net, oh ! plumé, ce qui s'appelle 
rasé.» (Balzac, La Cousine Bette.) 

Raser. Blaguer, conter des 
bourdes, — dans l'argot des 
marins. 

Raser. Enlever à ses cama- 
rades une vente, faire une vente 
au préjudice d'un camarade, — 
dans le jargon des commis de 
lanouveauté. C'est une variante 
moderne de faire la barbe. 

Raseur. Commis en nou- 
veautés qui procède comme il 
est indiqué ci-dessus. 

Raseur, Rasoir. Bavard, im- 
portun, ennuyeux personnage 
qui vous tanne, qui produit sur 
les nerfs l'effet que produit sur 
la peau un rasoir ébréché. 

Raseuse. La femelle du r;'.- 
seur. — Femme qui importune 
ses anciens amants par des de- 
mandes incessantes d'argent. 

Rasoir de la cigogne. Guillo- 
tine. La variante est : Rasoir à 
Roch. M. Roch était encore en 
i 879 l'exécuteur des hautes œu- 
vres. 

Rasoir (Main, Banque). Main 
qui, à la faveur d'une intermi- 
nable série de coups heureux, 
enlève l'argent des pontes ou 
celui du banquier comme un 
bon rasoir enlève le poil. — 
« Les banques rasoirs, comme 
il les appelait, tombaient tou- 
jours entre les mêmes mains. » 
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) 

Rasoir (Faire). N'avoir plus 
un sou. « Car tu n'as rien, ça 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



323 



fait rasoir. » {Riche en gueule ou 
le nouveau Yadé, 4824.) 

Raspail. Liqueur au camphre 
fabriquée d'après la recette de 
Raspail. 

Rassis. Gâteau rassis, pâtis- 
serie de la veille. Les rassis se 
vendent au rabais, le quart, 
environ, de la pâtisserie du 
jour; quelquefois le même prix; 
alors l'acheteur est volé. 

Rastaquère. Etranger et prin- 
cipalement Brésilien en toilette 
riche et de mauvais goût, — 
dans le jargon des boulevar- 
diers. — « Il y avait à côté 
d'elle un gros monsieur, à cra- 
vate voyante, avec des gants de 
peau de chien extravagants, et 
couvert de bijoux. Ses cheveux 
noir-bleu frisaient sous un cha- 
peau gris qui faisait paraître 
encore plus basanée la figure 
de son possesseur. C'était un 
rastaquère de la plus belle eau. » 
(Vicomte Richard, Les Femmes 
des autres.) 

Rat. Retardataire, par apo- 
cope, — dans le jargon de 
l'Ecole Polytechnique. On est 
rat, lorsqu'on a raté (manqué) 
l'heure de la rentrée. 

Rat, Raton. Petit voleur, vo- 
leur de petite taille, enfant 
dressé au voi. C'est le rapin du 
voleur. L'exiguïté de sa taille 
le rend très utile dans certaines 
expéditions. Elle lui permet de 
se faufiler par les toits de che- 
minées, et de frayer la route 
aux filous de toutes les tailles. 

Rat. Avare. Parce qu'à l'exem- 
ple du rongeur de ce nom il 
rogne tout ce qu'il peut. 

Rat. Apprentie danseuse à 
l'Opéra. — « Le vrai rat, en 



leur langage, est une petite fille 
de sept à quatorze ans, élève de 
la danse, qui porte des souliers 
usés par les autres, des châles 
déteints, des chapeaux couleur 
de suie, se chaufie à la fumée 
des quinquets, a du pain dans 
ses poches et demande dix sous 
pour acheter des bonbons. » 
(N. Roqueplan.) 

Rat de prison. Avocat. 

Rat (Courir le). Voler la nuit, 
dans les maisons meublées, dans 
les hôtels garnis. 

Rata. C'est le ragoût servi 
aux troupiers les jeudis et les 
dimanches; pour ratatouille, 
mauvais ragoût. Rata aux pom- 
mes, ragoût aux pommes de 
terre que les restaurateurs des 
grands boulevards appellent 
pompeusement : « Unnavarin », 
et qu'ils font payer en consé- 
quence. 

Ratafia de grenouilles. Eau, 
— dans le jargon des ivrognes. 

Ratapiaule. Raclée. — « Evi- 
demment la perspective d'une 
ratapiaule vous fera ch...ance- 
1er dans vos calintes. » {Uart de 
se conduire dans la société des 
pauvres bougres.) 

Ratapoil. Type du vieux sol- 
dat du premier Empire. — Vieux 
soldat qui a conservé le culte 
des Napoléon et perdu, le plus 
souvent, au moins un membre. 

Ratatout. Atout redoublé. 
Jouer cœur atout, et ratatout. 

Râteau. Agent de police, — 
dans le jargon des camelots. 

Râteau (Faire son, faire du). 

Faire, comme punition, un ser- 
vice supplémentaire à l'expira- 
tion des vingt-huit jours que, 



824 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



chaque année , les réservistes 
doivent à l'Etat, — dans le jar- 
gon des soldats de la réserve. 
C'est la variante de faire du ra- 
biau. 

Ratiboisé. Ruiné. « J'ai fait 
faillite comme un vrai commer- 
çant; ratiboisé, ma chère. » 
(Huysmans, Marthe.) 

Ratiche. Eglise, — dans le 
jargon dos voleurs. — Blaireau 
de ratiche^ goupillon. — Calot à 
blaireau, donneur d'eau hénite ; 
calot est pour calotin. 

Ratichon. Peigne. Le peigne 
a la forme d'un râteau, et c'est 
en eflet le râteau de ce gazon 
qu'on nomme la chevelure. 

Ratichonner. Peigner. 

Ratichonniére. Communauté 

religieuse. 

Ratissé. Joueur qui a perdu 
son argent au jeu. Celui dont la 
poche a été ratissée par le râ- 
teau du croupier. Etre ratissé 
iusqu'au dernier sou. La variante 
est : Ratiboisé. 

Ratisser. Gagner tout l'argent 
de quelqu'un au jeu, le dépouil- 
ler, le laisser sans un sou. «Ma 
dame Zéphyrin qui les ratissait i 
chaque fois. »> (Vast-Ricouard, 
Le Tripot.) 

Ratisseuse de colabres (La). 

La guillotine. Mot à mot : celle 
qui ratisse les cous. 

Rats (Avoir des). Etre de 
mauvaise humeur, — dans le 
jargon du peuple. 

Rattrapage. Compensation. 

Ravager. Voler du linge dans 
un lavoir public. 

Ravageur. Voleur de linge 



dans un lavoir public, sur les 
bateaux-lavoirs. 

Ravageur. Ramasseur d'épa- 
ves rojetées par la Seine. Au- 
trefois, lorsque les rues de Paris 
n'avaient qu'un seul ruisseau au 
milieu, les ravageurs y exer- 
çaient leur industrie, principa- 
ment les jours de pluie. 

Ravaudage (Faire du). Cour- 
tiser toutes les femmes indis- 
tinctement, courir de l'une à 
l'autre, dans l'espoir d'en trou- 
ver une de sensible. {Jargon des 
bals publics.) 

Raverta. Domestique, — dans 
le jargon des marchands juifs. 
Il ne faut pas dabérer devant les 
ravertaSy il ne faut rien dire de- 
vant les domestiques. 

Ravignole. Récidive. 

Rayon de mieL Dentelle, — 
dans le jargon des voleurs. 

Rayon sur l'œil. Marque sur 
l'œil d'un maître coup de poing. 
C'est le rayon des trente-six 
chandelles. 

Raze, Ratichon. Prêtre. C'est- 
à-dire rasé, ratissé. Le visage du 
prêtre est rasé, — dans le jar- 
j gon des voleurs. 

Raze pour l'af. Acteur, dans 
le même jargon ; c'est-à-dire 
rasé pour faire rire. 

Réac. Réactionnaire. Le réac- 
tionnaire de 1848 est devenu le 
conservateur de 1876. 

Rebâtir. Tuer, — dans l'an- 
cien argot des voleurs. Par alté- 
ration de rabatir, pour rabattre, 
verbe que les matois ont dislo- 
qué comme la plupart des mots 
de leur langue. 

Rébecca. Répondeuse, — dans 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



325 



le jargon du peuple. — Voyez 
un peu cette Bébecca, si elle taira 
son bec ! Dérivé de rebéquer. 

Rébectage. Médecine, — dans 
le jargon des voleurs. 

Rébectage. Cour de Cassation. 
C'est pour le voleur une méde- 
cine (|ui peut atténuer l'elfet du 
jugement. 

Rebecter (Se). Améliorer sa 
position. Reprendre des forces, 

— dans le jargon du peuple. 

Rebecter (Se). Se réconcilier, 

— dans le jargon des voleurs. 

Rebecteur. Médecin. 

Rebiffe. Révolte. — Trimar 
de la rebiffe, route de la Révolte ; 
un des endxoits les plus dange- 
reux de Paris. 

Rebiffe au truc. Récidive. — 
Rebiffer au truc, être en état de 
récidive. 

Rebiffer. Recommencer, — 
dans le jargon du peuple. — 
Tais-toi j t'as ton compte... ou je 
rebiffe. C'est un mot emprunté à 
l'argot des class.es dangereuses. 

Rebiffer (Se). Affecter des airs 
bautuins, redresser la tête avec 

allcclation. 

Rebonnetage. Réconciliation' 

Rebonneter. Flatter, courti- 
ser. 

Rebonneter pour l'af. Mysti- 
fier quelqu'un en le flattant. 

Rebonneteur. Confesseur. 

Rebouis. Cadavre, — dans le 
jargon des voleurs. 

Rebouiser. Tuer. — Regar- 
der, remarquer. — Raccommo- 
der, repriser, ressemeler. — Au 
iYin<^ siècle, le mot avait le sens 
de filouter, déniaiser quelqu'un ; 



c'est ainsi qu'il est expliqué dans 
le dictionnaire comique de Le- 
roux. 

Rebours. Déménagementfur- 
tif. Mot à mot : déménagement 
à rebours. 

Recaler (Se). Refaire sa for- 
tune, améliorer sa position. 

Recarrelure. Repas. Bran- 
tôme s'est servi de l'expression 
de « carreler le ventre » pour 
manger. 

Réchauffante. Perruque. 

Rêche, Rotin. Pièce d'un sou, 
monnaie de cuivre. Les varian- 
tes sont : Pélo, pépette. 

Réclame. Ce qui reste d'une 
bouteille après que chacun a eu 
sa part, — dans le jargon des 
typographes. (Boutmy.) Par al- 
lusion à ce qu'on appelait au- 
trefois la réclame, c'est-à-dire 
un mot ou un demi-mot im- 
primé à la dernière page de cha- 
que feuillet, dans les anciens li- 
vres, pour indiquer le commen- 
cement de la page suivante. 

RecoUardé. Repris, arrêté de 
nouveau. 

Recoller. Relever de maladie. 

Recoller (Se). Se réconcilier 
entre amant et maîtresse, se re- 
mettre ensemble, signer un nou- 
veau bagne. 

Reconduire. Siffler, en terme 
de théâtre. 

Reconduire (Se faire). Etre 

sifflé, être attrapé en scène, — 
dans le jargon des coulisses. Al- 
lusion à la conduite de Grenoble 
des compagnons du Devoir. 

Reconobrer. Recoimaître, — 
dans l'ancien argot. 

49 



326 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Reconnaissancier. Terme du 
Mont-de-Piété. Employé chargé 
de délivrer les reconnaissances. 

Recoquer (Se). Reprendre des 
forces; se rétablir à la suite 
d'une maladie. Mettre des vête- 
ments neufs. 

Recorder. Faire la leçon à 
quelqu'un, lui donner des ins- 
tructions. Mot à mot : le mettre 
d'accord. — Etre recordé, être 
convenu d'une chose. 

Recourir à l'émétique. Escro- 
quer de l'argent à un tiers au 
moyen d'un billet à ordre sous- 
crit au nom d'un compère. — 
Un fils recourt à Vémétique pour 
soutirer de l'argent à son père 
en faisant un billet à un four- 
nisseur de connivence. — Les 
souteneurs emploient le même 
procédé envers leurs maîtresses. 

Recuit. Ruiné de nouveau. 

Récurer (Se). Se purger. — 
On dit encore récurer la casse- 
role^ nettoyer le fusil. 

Redam. Grâce. — Abréviation 
de rédemption. 

Redin, Réduit. Bourse. 

Redoublement de fièvre. Nou- 
velle charge, accusation nou- 
velle contre l'accusé, — dans 
l'ancien argot. 

Redresse. Ruse. Etre à la re- 
dresse^ être rusé, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Redouiller. Rembarrer, frap- 
per, maltraiter . — « Y v eut se r'ie- 
ver, mais j' le r'douille à coups 
de passif .dans les merlins. » [Le 
Parfait catéchisme poissard.) 

Refaire, se refaire le torse. 

Manger, se réconforter. — « C'est 
ça qui vous refait le torse un 



{ 



peu proprement. » (X. de Mon- 
tépin.) 

Refaire, Refaire au même'. M 

Duper. — Etre refait, être dupé, ^ 
payer trop cher. On est refait 
quand on paye, dans un res- 
taurant, un dîner trop cher. — 
On est refait quand on paye, 
dans un magasin, un objet au- 
dessus de sa valeur. Les étran- 
gers sont souvent refaits. 

Refait sans donjon. Repris en 
état de vagabondage. 

Refaite. Repas, réfection. — 

Refaite du matois, déjeuner; re- 
faite de jorne, dîner; refaite de 
sorgue, souper; refaite du séchoir, 
collation prise en sortant du ci- 
metière. 

Refiler. Chercher; suivre, — 
dans l'argot des voleurs. (A. Del- 
vau.) 

Refiler sous le tube (S'en). 

Priser. 

Refiler. Perdre au jeu l'argent 
du bénéfice. — Avoir gagné 20 
louis et les refiler. — Reperdre 
ce qu'on avait gagné au jeu. 

Refiler, Repasser. Céder le ca- 
nevas d'un vol. 

Refiler. Passer, mettre en cir- 
culation. — « Je n'ai refilé que 
cinq roues de derrière. » (X. de 
Montépin, Le Fiacre no Ad.) 

Refondante. Allumette. 

Refouler. Se refuser à. ^ 
Abandonner un ouvrage. — Re- 
fouler au travail, chômer. 

Refroidi. Mort. — Assassiné. 

Refroidir. Tuer. 

Régaler son cochon. S'offrir à 
soi-même une consommation, 
se payer un bon dîner. 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



327 



Régaler son suisse. Ne perdre 
ni ne gagner une consomma- 
tion jouée. 

Régaler ses amis. Se purger. 

Régaler la veuve. Dresser la 

guillotine. 

Regatte. Viande, pour roga- 
ton, — dans l'argot des chiffon- 
niers. — Regater, manger. 

Régiment des cocus (S'enga- 
ger dans le). Se marier. 

Règle de trois. La femme, le 
mari et l'amant réunis dans un 
lieu public et, principalement, 
au théâtre, dans la même loge. 

Réglette (Arroser la). Payer 
sa bienvenue dans un atelier de 
typographes. Quand un paque- 
tier passe metteur en pages, il 
est aussi d'usage qu'il arrose la 
réglette à coups de tournées. 
{Jargon des typographes.) 

Regonser. Suivre à la piste. 
Ces mebses me reyonse7it, dit le vo- 
leur qui est filé par des agents. 

Regout (Faire du). Eveiller les 
soupçons. C'est faire <iu ragoût 
avec changement d'une lettre. 

— Faire duljruit, se disputer. 
Réguisé. Misérable que le 

manque d'argent pousse au 
crime. — Ruiné, maigre. — 
« Tu ne reconnais pas Caroline? 

— Toi 1 Caroline ?... Cristi, ma- 
dame, comme vous êtes régui- 
sée ! >i{Grévin,Croquisparisiens.) 

Réguisé (Etre). Etre miséra- 
ble. — Etre condamné à mort. 

 Etre très malade. — Etre 
trompé d'une manière indigne. 

Réguiser. Ruiner. 

Réjouissance. Etat de mai- 
greur chez une femme. — On 
dit d'une femme dont on voit 



les os percer, qu'elle a plus de 
réjouissance que de viande. 

Releveur de pésoche. Garçon 

de recette. 

Relicher. Vider un verre ou 
une bouteille sans laisser une 
goutte de liquide au fond. Les 
garde-malades s'entendent très 
bien à ce genre de travail. 

Reluquer. Observer, espion- 
ner. — Reluqueur, curieux, es- 
pion. 

Reluit. Jour. — (Eil. Pisser 
des reluits, pleurer, — dans le 
jargon des voyous. 

Remaquiller. Refaire. 

Rembrocable. Reconnaissa- 

ble. 

Rembrocagede parrain. Con- 
frontation avec un témoin. 

Rembrocant. Miroir. 

Rembroquer. Reconnaître. — 
Rembroquer le portrait d'une gon- 
zesse, reconnaître la figure d'une 
femme. 

Remède d'amour. Personne 
très laide. — Pour me guérir 
d'amour' tes yeux sont un re- 
mède. » {Le Docteur amoureux.) 

Remercier son boulanger. 

Mourir, — dans le jargon du 
peuple. C'est la "Variante de 
perdre le goût du pain. 

Remiser. Envoyer au diable. 
— «Je l'ai joliment remisé. « — 
Se faire remiser, se faire re- 
mettre à sa place, — dans le 
jargon des voyous. 

Remiser. Conduire en prison. 

Remisier. Courtier de fonds 
publics ; intermédiaire entre le 
client et un agent de change. Il 



328 DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE 

a» une remise sur toutes les af- 
faires qu'il procure. 

Remone (Faire de la). Faire 
le rodomont, parler très haut 
et cliercher à en imposer, — 
dans le jargon des voyous. — 
Ça Vair de mecs solides, faut pas 
faire de la remone. 
Remonchage. Vengeance. 
Remouclier. Observer. — Se 
venger. 

Renaché. Fromage, — dans 
le jargon des voleurs. 

Renâcler. Reculer, avoir 
peur. — « Quoi de plus propre 
en effet à faire renâcler les poi- 
vrots? » [La petite Lune, 1879.) 
— Renitler, respirer, aspirer 
avec convoitise, convoiter de 
très près. Encore un qui renâcle 
les pruneaux de Vépicemar. 

Renâcleur. Grogneur. —Pol- 
tron. 

Renard. Aspirant au compa- 
gnonnage. 

Renard. Pourboire, — dans 
l'argot des marbriers de cime- 
tière. (A. Delvau.) C'est le résul- 
tat prévu du pourboire. 

Renard, Queue de renard. 
Résultat d'une indigestion. Les 
queues de renard s'étalent les 
samedis de. paye, le soir, le 
long de certains trottoirs. — 
Renarder, vomir. 
Renarderie. Vomissement. 

» Après cette renarderie 
» Qui ne fut qu'une raillerie. » 
( Voyage de Brème.) 

Renaud. Reproche. — Es- 
clandre. — Remords. — Faire 
durenaud, se plaindre, ameuter 
le monde par des cris 



— Reprocher. — Avoir des re- 
mords. 

Renaudeur. Grogneur. 

Rendève. Rendez-vous. 

Rendoublé. Rempli, restauré 
par un bon dîner. 

Rendémi, Vol aurendémi. Vol 
au rendez-moi, vol au préjudice 
d'un marchand qui rend la 
monnaie d'une pièce d'or ou 
d'argent. 

Renfrusquiner (Se). S'habil- 
ler. 

Renfrusquiner pour la sèche. 
Ensevelir; mettre un corps au 
cercueil, — dans le jargon des 
voleurs. 

Rengainer, Renquiller. Ren- 
trer.— Renquiller son complimejitj 
ne pas achever ce qu'on avait à 
dire. 

Rengainer son chiffon. Se 
taire. Mot à mot: rentrer sa 
langue. 

Rengracier. Renoncer au vol. 
—-Rcngraciement^reiourk l'hon- 
nêteté. — Rengraciéj redevenu 
honnête. , 

Renflant. Nez, — dans le 
jargon du peuple. 

Reniflante. Botte percée, 
chaussure hors d'usage. 

Renifleur de camelotte à la 
flan. Voleur s'attaquant aux 
marchandises en étalage, em- 
portant le premier objet qui lui 
tombe sous la main. A la ilan 
est un diminutif de « tlanquette, 
à la bonne tlanquette ». 

Renifler. Boire d'un trait. — 
Pressentir. 

Renommée. Goguette ; caba- 



Renauder. Grogner, refuser. I ret où l'on chante 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



329 



Renquiller (Se). Se rétablir. 
— S'enrichir. 

Renseignement. Verre de vin, 
canon d'eau-de-vie, — dans le 
jargon des canotiers. — Prendre 
un renseignement f faire une halte 
au cabaret. 

Rentré dans ses bois (Etre). 

Porter des sabots. Les voleurs 
disent d'un individu chaussé de 
sabots : Le client est gandin^ il est 
rentré dans ses bois. 

Rentifer. Entrer, — dans 
l'argot des voleurs. C'est « en- 
trer » par amplification argo- 
tique de « rif », désinence ar- 
bitraire, si commune chez MM. 
les escarpes. 

Rentrer bredouille. Rentrer 

ivre-mort. 

Renversant, Etonnant, mer- 
veilleux. Mot à mot: personne, 
chose dont l'aspect fait tomber 
à la renverse; propos, discours 
qui renverse d'étonnement. 

Repas de l'âne (Faire le). Ne 
boire qu'à la fin du repas, — 
dans le jargon du peuple. 

Repasser le cuir. Battre ; mal- 
traiter. Le cuir, c'est la peau. 

Repasser la chemise de la 
bourgeoise. Battre sa femme, 
— dans le jargon du peuple. — 
« Oh! ce lî'est rien! Je repasse 
la chemise de ma femme. » 
(Huysmans, Marthe.) 

Repaumer. Reprendre; rat- 
traper. 

Repérir. Guetter, observer, 
jÉ — dans le jargon des voyous. 
'^ — Je le repère, le dient. 

Repérir. Retrouver, — dans 
le jargon des voleurs. — Repérir 



un aminche rien d'attaque, re- 
trouver un ami si fidèle. 

Repésigner. Arrêter de nou- 
veau. 

Répétition (Aller à la). Faire 
un double sacrifice sur l'autel 
de Vénus. 

Repiger. Prendre sarevanche. 

Repionceuse. Paillasse, — 
dans le jargon des voleurs. 

Repiquer. Se rendormir. C'est- 
à-dire piquer de nouveau son 
chien. 

Repiquer. Redoubler. — jRe- 
piquer sur le rôti; renouve- 
ler une consommation. — Nous 
avons bu trois bocks : si nous re- 
piquions? — Redoubler d'ardeur 
à l'ouvrage après un moment 
de repos. — Rétablir ses affaires, 
recouvrer la santé. 

Réponse des primes. Opéra- 
tion de Bourse qui, à la liqui- 
dation, consiste à abandonner 
la prime ou à maintenir le 
marché. 

Reportage. Chasse aux in- 
formations. — Métier du repor- 
ter. 

Reporter. Journaliste qui va 
à la chasse aux informations, 
aux nouvelles. 11 y a le reporter 
politique et le reporter mondain. 
(V. les Odeurs de Paris de L. 
Veuillot.) Le reporter est une 
importation américaine dont 
certains produits gagnent jus- 
qu'à soixante mille francs par 
an. 

Reposante. Chaise, — dans 
le jargon des voleurs. 

Repoussant. Fusil; allusion 
au recul. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



330 

Repoussoir. Femme très laide 
dont une coquette moins laide 
fait sa société habituelle 
pour mieux faire valoir, par 
la comparaison , ce qui lui 
reste de fraîcheur et de beauté. 
Le rôle du repoussoir est d'ac- 
compagner sa partner au Bois, 
au théâtre, au bal. 

Requinquer (Se). Renouveler 
sa toilette. — « Eh bien, mabonne 
petite, croyez-vous qu'une fem- 
me puisse se requinquer ici? » 
(Champileury, La Mascarade de 
la vie parisienne.) 

Réservoir. Réserviste, — dans 
le jargon des troupiers. 

Restant de mes écus (Le). Se 
dit vulgairement en voyant ar- 
river quelqu'un que l'on n'at- 
tendait pas et dont la présence 
n'est pas précisément agréable ; 
on salue de ces mots l'arrivée 
d'un importun: «Voilà le restant 
de mes écus. » 

Restaurant à l'envors. Lieux 
d'aisances publics. 

Rester dans la salle d'attente 
à reconnaître ses vieuxbagages. 

Rentrer seule, après minuit, — 
dans l'argot des lilles. 

Résurrection (La). La prison 
de Saint- Lazare. 

Retape (Aller à la, Faire la). 

Aller se promener sur la voie 
publique, — dans le jargon des 
filles. 

Retape (Aller à la). Etre en 
embuscade sur la voie publique, 
pour vol ou assassinat. — dans 
le jargon des voleurs. 

Retapé. Rétabli. — Habillé 
de neuf. 

Retapeuse. Fille qui fait la 
retape. 



Retiens (Je te). Mot à mol : 
je retiens ce que tu dis pour 
faire tout le contraire. 

Retiration (Etre en). Avoir 
atteint la cinquantaine, — dans 
le jargon des typographes. Au 
propre, la retiration c'est le verso 
ae la feuille à imprimer, quand 
on tire en blanc. (Boutmy.) 

Retoquer. Refuser à un exa- 
men, en terme de collège. « Rê- 
ver qu'il passe son baccalauréat 
ès-lettres, et qu'il n'est pas re- 
toqué. » [Les Balançoires de la 
jeunesse, 1861.) Les variantes 
donnent : Reca/er, remballer, re- 
quiller. 

Rétréci. Avare. 

Rêve (C'est un) ! C'est excel- 
lent, idéal. C'est-à-dire : une 
chose très agréable, un individu 
très original, dont le souvenir 
nous poursuivra, dont on sera 
capable de rêver. — Cette fem- 
me, c'est un rêveî — Ce pâté de 
grives, un rêve ! — «Un rêve d'hom- 
me, rnis comme un prince. » 
(J. Fleurichamp, Queue d'oseille.) 

Rêve. Objet illusoire, individu 
qu'on ne voit jamais. — Le 
payement de certaines notes, 
un rêve pour bien des fournis- 
seurs. — Dans ce pays les jolies 
femmes, c'est un rêve. — Dans 
ce restaurant, les garçons, un 
rêve. 

Revendre. Révéler; rappor- 
ter une conversation, — dans 
le jargon des voleurs. 

Réverbère. Tête, — dans le 
jargon des voyous. — « Faudrait 
donc alors que je tape sur le ré- 
verbère?» (HuysmanSjXes Sœurs 
Vatard.) 

Revidage. Nouvelles enchères 



•DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



faites entre marchands, d'un 
objet adjugé à l'un d'eux, à 
l'hôtel des ventes. Le revidage 
ou révision tombe sous le coup 
de la loi. 

Revider, Réviser. Se Hvrer 
au revidage. 

Revue de ferrure. Se dit 
dans les régiments de cavalerie 
lorsqu'un cheval lève les quatre 
fers en l'air. 

Revue de pistolet de poche. 

Revue mensuelle de santé dans 
les régiments. C'est l'heure où 
le major doit s'assurer si Mars 
n'aurait point, par hasard, be- 
soin du ministère de Mercure. 

Ribleur. Filou. (Dict. comi- 
que.) — « Non pas un tour de ri- 
bleur. » (Sarrazin.) Il y a entre 
le ribleur d'autrefois et le rou- 
blard de nos jours une grande 
similitude. Roublard me paraît 
une réminiscence légèrement 
modifiée de ribleur. 

Riboui, Rebouiseur, Ressu- 
ceur. Fripier. — Ressemeleur, 
raccommodeur de savates. Le 
riboui ou ressuceur fait, avec de 
vieux souliers, des chaussures 
qu'il a la prétention d'appeler 
« neuves » et auxquelles on a 
donné le nom de dix-huit. — 
Au xvm® siècle, (1755) donner le 
bouts, c'était achever, perfec- 
tionner, ce qu'on appelle au- 
J'ourd'hui donner le coup de fton. 
^ebuis", qu'on prononçait ôowis, 
était un polissoir dont se servent 
encore quelques savetiers pour 
polir les semelles. De là le sur- 
nom de ribouis donné aux vieux 
souliers, aux souliers restaurés, 
et celui de ribouiseurs et ribouiSy 
par abréviation, aux savetiers. 



Bihouit. C!t<:il. 



Anus. — 



331 

« Ils se fourrent l'index dans le 
ribouit jusqu'à la septième pha- 
lange. » {Le Sans-culotte.) 

Riche. Beau , de bonne 
qualité, — dans le jargon des 
marchands. Voilà un riche pou- 
let. — Vous aurez là, la petite 
mère, de riches asperges. 

Rien. Très, beaucoup, extrê- 
mement. Une des expressions 
les plus courantes parmi le peu- 
ple. — Etre rien chic, être très 
élégant. — Etre rien bâte, être 
très joli. — Etre rien poivre ^ 
être très soûl. 

Riffaudant, Riffondant. Ci- 
gare. — Riffaudante, pipe, — 
dans le jargon des voleurs. 

Riffaudante. Flamme ; incen- 
die. — Riffauder, brûler. — 
Riffaudeur, incendiaire. 

Riffaudeur à perpète. Le 

diable. 

Riffle (Prendre de). Prendre 

sans hésiter. (L. Larchey.) 
Riflard, Rifle. Feu. Coquer le 

rifle, incendier. La jaffle est sur 

le riflard, la soupe est sur le feu. 
Riflard. Riche. — Bourgeois, 

— dans l'argot des voleurs de 

1830. 

Riflard. Parapluie. — D'après 
M. Lorédan Larchey, le nom 
serait dû à une pièce de Picard, 
IdL Petite yiZ/e(1801),où l'acteur 
chargé du rôle de Rillard por- 
tait un énorme parapluie. Le 
nom de Riflard, dit M. Fr. Mi- 
chel, approprié à divers person- 
nages comiques, dans plusieurs 
mystères des xve et xvi® siècles, 
était à lui seul une charge co- 
mique, et avait, à ce qu'il pa- 
raît, auprès du public d'alors, 
un succès des plus marqués. 



332 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Riflard (Compagnon du). Aide- 
maçon. — En terme de maçon, 
le riflard est la pelle dont ils se 
servent; d'où le surnom de com- 
pagnon du riflard. 

Riflards. Vieux souliers qui 
prennent l'eau autant qu'un pa- 
rapluie. 

Riflardise. Morgue bourgeoi- 
se, stupidité bourgeoise, bêtise 
prudiiommesque. 

Rifolard. Amusant; drôle. 

Rigadin. Soulier, — dans le 
jargon des ouvriers. 

Rigolade. Rire; plaisir, amu- 
sement. — Enfilé à la rigolade, 
débauché. 

Rigodon. Soulier. C'est une 
déformation de rigadin. Quel- 
ques linguistes de la voyoucra- 
tie disent également rigodin. 

Rigolhochade. Action de s'a- 
muser, de rire, de danser, d'a- 
près la méthode Rigolbocbe, 
danseuse célèbre debals publics, 
il y a une douzaine d'années. 
Elle aimait beaucoup à rigoler; 
d'où son surnom. 

Rigolboche. Partie de plaisir, 
partie fine, et, en général, toute 
partie où l'on rigole, — dans le 
jargon du peuple. — a On va 
trimbaler sa blonde, mon vieux ; 
nous irons lichoter un rigolbo- 
che à la place Pinel. » (Huys- 
mans. Les Sœurs Vatard.) 

Rigoleur, Rigoleuse. Celui, 
celle qui aime à rire, à boire et 
à chanter. 

Rigolo. Chose drôle. Individu 
amusant. — Etre rien rigolOy 
être très amusant. 



Rigolo. Fausse clé, pince à 
effraction. 

« Le rigolo eut bientôt cassé tout. » 
{La France, du 13 mars 1879.) 

Rincée. Correction manuelle ; 
— petite raclée. 

Rince-pintes. Association sans 
statuts écrits, dont les assem- 
blées générales étaient très sui- 
vies, et dont le but était l'anti- 
pode de la tempérance. Pour 
être un rince-pintes, il fallait 
boire une pinte ou deux en dix 
minutes. (Le Sublime.) 

Rince - crochets. Nom don- 
né par les soldats au troisième 
quart de café, — octroyé dans 
les circonstances extraordinai- 
res. 

Rincer. Dépouiller; voler. 

Rincer la dalle (Se). Se ra- 
fraîchir en buvant. 

Rincer la trente-deuxième 

(Se). Boire la goutte,-- dans le 
jargon du régiment. C'est une 
variante de « se rincer la dent » ; 
mot à mot : se rincer la trente- 
deuxième dent. Combien de 
femmes dans ce monde ne pour- 
raient pas en faire autant? 

Rincette. Petit verre de co- 
gnac pris dans la tasse où l'on 
a bu du café. — Surrincette, se- 
cond, troisi ème , quatrième , etc. , 
petit verre pris dans les mêmes 
conditions. 

Riole. Partie de plaisir. — 
Etre en riole, se mettre en riole, 
faire riole, s'amuser, se mettre 
en gaieté, en ribote. 

Ripa, Ripeur. Ecumeur de la 
Seine. — Vagabond qui vole à 
bord des bateaux. 

Ripatons. Pieds. -^ Vieux 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



333 



souliers, souliers raccommodés. 
Jouer des ripatons, décamper. 

Ripatonner. Remettre à neuf. 
— « On distingue, on reconnaît, 
on évalue tout objet de toilLille 
supprimé, agonie ou ripatonné. » 
{Les Filles d'Hérodiade, 18i-5.) — 
Corriger une œuvre d'art, une 
œuvre littéraire. 

Ripatonneur. Mauvais restau- 
rateur de tableaux. 

Ripioulement. Chambre, — 
dans le jargon des voleurs. 

Ripiouler. Dormir. 

Ripopée. Objet de mauvaise 
qualité, de nulle valeur. Autre- 
fois la ripopée ou vin de Bréti- 
gny était un mauvais petit vin, 
le plus mauvais des vins de 
France. 

Riquiqui. Eau-de-vie. 

Rire à la caisse. Toucher chez 
un agent de change ou recevoir 
des mains d'un spéculateur en 
perte le montant d'une diffé- 
rence ou d'une prime. [Paris- 
Vivant j Le Million.) 

Rivette. Fille de joie à l'au- 
rore de la dépravation. 

Riz-Pain-Sel. Ouvrier d'ad- 
ministration. 

Robignol. Très amusant, très 
réussi. 

Rocambole. Conte en l'air; — 
Objet sans valeur. 

Rococo. Démodé; terme em- 
ployé par les artistes peintres 
de 1830. 

Rochet. Prêtre; évêque. 

Rogner. Guillotiner. Bon à 
rogner, condamné à mort. 

Rognon (Sale). Mot à mot : 
sale créature couverte de rogne, 



— dans le jargon des voyous. 
Rognon est une forme de rogne. 

— Que qu' c'est que cWognon qu'tu 
camionnes à présent ? 

Rognure. Mauvais acteur. 

— Rognures de ferblanc, mau- 
vaise troupe dramatique, — 
dans le jargon des coulisses. 

Roide (C'est). C'est difficile à 
croire. — C'est graveleux. — 
C'est cher. — « Vingt francs! s'é- 
crie le monsieur, c'est roide! » 
(A. Huart.) 

Rôlenr. « Dans toutes les so- 
ciétés, chaque compagnon, à 
tour de rôie, consacre une se- 
maine à embaucher et à lever 
les acquits; de plus, il convoque 
les assemblées, il accueille les 
arrivants, il accompagne les 
partants, en portant sur son 
épaule leur canne et leur paquet 
jusqu'au lieu de séparation. 
Telles sont les fonctions du rô- 
leur. » {Almanach des métiers, 
1852.) 

Romain. Acteur de la Comé- 
die-Française, — dans le jargon 
des acteurs forains du xviii» siè- 
cle. — «Ils déclamaient... en imi- 
tant la diction emphatique et 
monotone des Romains. » (Ch. 
Magnin, Ilist. des Marionnettes 
en France, 1862.) Depuis, le nom 
de Romain a été spécialement 
appliqué auxclaqueurs; c'était, 
primitivement, mot à mot : les 
gens chargés d'applaudir les 
Romains et, par abréviation, les 
Romains. 

Romaine. Semonce; c'est la 
variante de chicorée. — Aller à 
Rome, passer à Rome, recevoir 
une semonce. 

Romaine. Breuvage composé 
19. 



334 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



d'un mélange de rhum et d'or- 
geat. 

Romamichel. Bohémien. Triba 
de bohémiens. — Vagabond, 
coureur de grands chemins, di- 
seur de bonne aventure et vo- 
leur à l'occasion. 

Romagnol. Trésor caché. 

Romancier, Romancière. 

Chanteur, chanteuse de roman- 
ces dans les salons, dans les 
cafés-concerts. 

Ronchon. Grogneur. 

Ronchonner. Grogner; mur- 
murer. 

Rond. Pièce d'un sou. — Pas 
le rond, pas le sou. — Tourner 
rond, ne plus avoir d'argent. 

Rond. Ivre. — Roiid comme 
balle, repu. 

Rond (Faire). Dessiner mou, 
sans vigueur, — dans le jargon 
des peintres. 

Rondin. Résultat d'une visite 
aux cabinets inodores. 

Rondin jaune. Pièce d'or. 

Rondine. Bague. — Canne. 

Rondiner. Sacrifier à Do- 
mange. 

Ronflant. Bien mis. — Gonse 
ronflant, homme bien mis. — 
Gonzesse ronflante, femme bien 
mise. — Dégringoler un ronflant, 
voler un homme bien mis. 

Ronflant. Poêle, calorifère. 

Ronfler. C'est appuyer dans 
la déclamation fortement sur les 
R, surtout quand ces lettres sont 
redoublées. Frenoy et Tautin 
étaient desrontleurs de premier 
ordre. — Ron/ler a pour syno- 
nyme, faire la roue. {Petit dict, 
des coulisses.) 



Ronfler Thomas (Faire). Faire 
à la selle avec fracas. — Va- 
riantes : Ronfler du bourrelet, 
faire ronfler le bourrelet. 



Demi-setier, aliàs 



Ro quille. 

polichinelle. 

Rosière. Ouvrière fleuriste qui 

fait spécialement les roses. 

Rosière de Saint-Laze. Fille 
de joie. Mot à mot : rosière de 
Saint-Lazare. 

Rossaille. Rosse, mauvais che- 
val, — dans le jargon des ma- 
quignons. 

Rosse, Rossard. Fainéant,pro- 
pre à rien. 

Rossignante. Flûte, — dans 
l'ancien argot. 

Rossignol. Marchandise dé- 
fraîchie, passée de mode. 

Roter. Etre étonné, fen rote, 
— dans l'argot du régiment. 

Roteur. Basse-taille, basse- 
chantante, — dans le jargon du 
théâtre. — Chanter les roteurs. 

Rothomago ou Thomas. Petit 
bonhomme en bois dont se ser- 
vent les diseurs de bonne aven- 
ture pour prédire l'avenir aux 
badauds. « On place le magot 
dans une carafe à moitié pleine 
d'eau. Suivant qu'on pose oure- 
tire le doigt, il monte ou des- 
cend. Monsieur Rrho... Rrho... 
Rrho... tomagovanous dire qui 
vous êtes.» (J. Vallès, Le Bache- 
lier géant.) 

Rotin. Sou. Pas un rotin dans 
le porte-morningue, pas un sou 
dans le porte-monnaie. — « Six 
mille francs, pas un rotin de 
plus. » (Hennique, La Dévouée.) 

Rosto. Appareil à gaz, bec de 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



335 



gaz, — dans l'argot des poly- 
techniciens, en souvenir du gé- 
néral Rostolan qui a fait instal- 
ler le gaz à l'école. 

Rôti (S'endormir sur le). Ne 
pas achever un ouvrage, en 
prendre à son aise. — Ne pas 
s'endormir sur le rôti, travailler 
avec assiduité. — Surveiller 
quelqu'un ou quelque chose avec 
soin. 

Roubignoleur. Floueur; ma- 
lin, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Roubion. Fille de joie d'une 
laideur repoussante, — dans le 
jargon des filles. 

Roublage. Témoignage. — 
Roublage à la manque, faux té- 
moignage. — Roubler à la man- 
que, faire un faux témoignage. 

— Roubleur à la manque, Jaux 
témoin. 

Roublard. Laid, défectueux. 

— Blasé, maUn.— Agent de po- 
lice, — dans le jargon des vo- 
leurs. — Riche, c'est-à-dire 
homme aux roubles, — dans le 
jargon des demoiselles de Ma- 
bille. 

Roublard, Roublarde. Heu- 
reux, heureuse. 

Roublardise. MaHce, coquine- 
rie, astuce. — Pour la roublar- 
dise, elle na pas sa pareille. 

Roubler. Se plaindre, — dans 
le jargon des voleurs. 

Rouchi. Gredin; homme de 
rien. 

Rouchie. Sale femme, sale 
prostituée: vaurienne. 

Roue. Juge d'instruction. 

Roue de derrière. Pièce de 
cinq francs en argent. — « Mets 



tes lunettes, mon vieux, c'est 
une roue de derrière. » (X. de 
Montépin, Le Fiacre n° 13.) 

Roue de devant. Pièce de qua- 
rante sous. 

Rouen (Aller à). Etre siftlé, — - 
dans le jargon des comédiens. 
— Courir à sa ruine. — Man- 
quer une vente, — dans le jar- 
gon d es commis de la nouveauté. 

Rouffion. Commis de magasin 
de nouveautés, chargé d'aller 
aux rassortiments. — Rouffionney 
jeune fille qui remplit le même 
emploi. 

Rouflaquette. Mèche de che- 
veux collée aux tempes; accro- 
che-cœurs ; coiffure distinctive 
des rôdeurs de barrière, des sou- 
teneurs de filles. — « Sous des 
casquettes de soie, sortaient des 
mèches collées sur les tempes, 
qu'ils appelaient rouflaquettes. » 
(Vicomte Richard, Les Femmes 
des autres.) 

Rouflée. Volée soignée, — 
dans le jargon des soldats. — JRe- 
cevoir une rouflée que le poste en 
prendrait les armes. 

Rouge (Faire). Répandre du 
sang, — dans le jargon des vo- 
leurs. — Avoir ses menstrues,— 
dans celui des voyous. 

Rouge (Faire tomber le). Avoir 
l'haleine forte. 

Rouge de boudin (C'est). Les 
affaires vont mal, la situation 
est mauvaise, — dans le jargon 
des voleurs. Le rouge de boudin 
tire sur le noir. C'est pour le 
voleur les tempora nubila. 

Rougemont (Pive, Pivois de). 
Vin rouge. 

Rouget. Cuivre, — dans le 
jargon des voleurs. 



33Ô 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Rougets. Menstrues. — « La 
femme qui a les rougets, » 
(Cliollières, Contes.) 

Rougoule. Vol au change, vol 
au rendez-moi. C'est une alté- 
ration de rigole, rigolo^ drôle, 
amusant. Ce genre de vol diver- 
tit fort les voleurs, qui pensent 
à la figure de leurs dupes. 

Rouillarde, Rouille. Bouteille 
de vin caclieté; bouteille de der- 
rière les fagots. 

Rouillarde. Blouse, — dans le 
jargon des voyous. 

Roulance. Roulement produit 
à l'aide des pieds et des com- 
posteurs, lorsque, dans une im- 
primerie, les typographes éprou- 
vent le besoin d'égayer la situa- 
tion. C'est une manière de bat- 
tre aux champs à l'entrée de 
quelqu'un qu'on veut fêter ou 
de quelqu'un dont on veut ^e 
moquer. 

Roulant. Marchand d'habits 
ambulant. 

Roulant vif. Chemin de fer. 

Roulante. Voiture. Tout ce 
qui roule, depuis la voiture à 
bras jusqu'au tramway, est une 
roulante pour le peuple. 

Roulants Pois. 

Roulement (Du). De la vigueur, 

de l'ardeur à l'ouvrage. — Al- 
lons-y y mes enfants, et du roule- 
ment! 

Rouler. Vagabonder. —Trom- 
per grossièrement. — « On ne le 
row/e plus aujourd'hui; il n'est 
plus votre dupe, vous êtes sa 
victime. » (J. Vallès, Le Diman- 
che d'un jeune homme pauvre.) 

Rouleur, Rouleuse. Chiffon- 
nier, chiffonnière. 



Rouleur. Vagabond doublé 
d'un filou. — Parasite effronté. 

— Individu de mauvaise mine 
et étranger à la localité, — dans 
le jargon des paysans delà ban- 
lieue de Paris. Le mot a été em- 
prunté au jargon des pâtissiers.— 
(c En terme de métier, celui qui 
ne reste pas longtemps dans la 
même maison s'appelle rou- 
leur. » (P. Vinçard, Les Ouvriers 
de Paris.) 

Rouleuse, Roulure. Fille qui 
fait un peu de tous les métiers. 
Tantôt elle vend des bouquets 
dans les rues, tantôt de la den- 
telle sous les portes cochères ; un 
jour modèle d'atelier, le lende- 
main vendeuse de parfume- 
rie, etc. — Prostituée de bas 
étage, celle quiroule de quartier 
en quartier. Les roi/Zewses sont des 
filles qui proposent un tour de 
promenade en voiture, les sto- 
res baissés. 'Elles habitent ordi- 
nairement des chenils dans des 
quartiers excentriques, vivent 
avec quelques misérables em- 
ployés ; ou bien encore elles ha- 
l3itent chez leurs parents ; quel- 
quefois elles n'ont aucun domi- 
cile fixe. La plupart d'entre elles 
portent un petit panier sous le 
bras et affectent des airs d'ou- 
vrière en course. 

Roulis (Avoir du). Etre soûl, 

— dans l'argot des marins. 

Roulotage (Vol au). Vol de 

marchandise transportée par ca- 
mion. — Vol dans l'intérieur des 
maisons de roulage. 

Roulotin. Roulier. 

Roulotte. Voiture, charrette, 
camion, voiture de saltimban- 
que. — Grïnnhir une roulotte en 
salade, voler sur une voiture. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



337 



Roulotte à trèpe. Omnibus. 
Mot à mot : voiture de la foule. 
— Roulotte du grand trimar^ che- 
min de fer. 

Roulottier. Voleur qui ex- 
ploite les camions, qui vole la 
marchandise que transportent 
les camions et quelquefois la 
voiture, pour ne rien laisser traî- 
ner. 

Roulure. Celui qui a roulé sa 
bosse un peu partout. — «Ecoute- 
moi bien, c'est un vieux cabotin, 
une roulure de la province et 
de Tétranger qui te parle. » 
(Huysmans, Marthe.) 

« C'est du veau, c'est de la roulure, 
» C'est du veau pour la préfecture. » 
{Chans. populaire.) 

Roumie. Croûte de pain, — 
dans le jargon des chiffonniers. 

Roupie. Punaise. 

Roupiller. Dormir. — « Il rou- 
pille comme ça toute la jour- 
née : le v'ià parti. » (H. Monnier, 
Scènes populaires.) 

Roupiller dans le grand. Etre 
mort. 

Roupilleur. Dormeur. Roupil- 
leuse, dormeuse. 

Rouscaillante. La langue. 

(1829.) 

Rouscailler. Sacrifier sur l'au- 
tel de Vénus. — Parler. 'Rous- 
cailler bigorne^ parler argot. 

Rouscailleur, Rouscailleuse. 

Débauché, libertine. Grand-prê- 
tre, grande-prêtresse de Vénus. 

Rouspant, Rouspont. Proxé- 
nète pour le troisième sexe et 
ses admirateurs. 

Rouspétance. Mauvaise hu- 
meur. — Rouspéter, être de mau- 
vaise humeur, — dans le jargon 
des ouvriers. 



Rouspétance. Agent des 
mœurs, — dans le jargon des 
filles. C'est une variante de 
rousse. 

Rousse, Roussi, Roussin. Mou- 
chard, espion, agent de police. 

— Inspecteur d'une grande ad- 
ministration. — Contrôleur de 
chemin de fer, — dans le jargon 
des mécaniciens. 

Rousse à l'arnac. Service de 
la sûreté. 

Roussin. Mauvaise presse, 
vieille presse ; du nom d un des 
premiers fabricants de presses, 

— dans le jargon des impri- 
meurs. 

Rousti. Ruiné ; c'est-à-dire rôti, 
variante de cuit y flambéy fumé, 
fricassé. 

Roustisseur. Blagueur doublé 
d'un escroc. Parasite éhonté. 

Roustisseuse. Femme qui pi- 
que l'assiette chez des amies, 
qui emprunte de l'argent, des 
robes, qui vit aux crochets de 
ses amies. 

Roustissure. Mauvaise plai- 
santerie. — Objet de nulle va- 
leur. — Bout de rôle, — dans le 
jargon des acteurs. 

Roustir. Tromper; filouter. 

Rubis sur pieu. Argent comp- 
tant, — dans l'ancien jargon des 
filles; c'est-à-dire argent sur le 
lit, ce qu'on appelle aujourd'hui 
« éclairage ». 

Rude. Extraordinaire. — Rude 
aplomb, rude toupet, rude appétit. 

Rue. Au théâtre, en terme de 
machiniste, c'est l'espace qui se 
trouve entre deux châssis ou 
poitants formant coulisse. 



338 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Rue au pain. Gosier. —Avoir 
la rue au painbarrée^ n'avoir pas 
faim. 

Ruelle aux vesses. Derrière. 
L'étymologien'a pas besoin d'ê- 
tre expliquée. — « Un tas de mu- 
tles empaillés, qui ne valent seu- 
lement pas un coup de botte 
dans la ruelle aux vesses! » {Le 
Père Duchêne, 1879.) 

Rupe, Rupin. Riche ; élégant, 
comme il faut. Homme rupe, 
femme rupe. 

Rupin. Malin. 

Rumfort (Voyage à la). Voyage 



véritable ou simulé, entrepris 
dans le but d'échapperauxétren- 
nes du premier de l'an. — Voyage 
économique; allusion à la soupe 
économique dite :•« A la Rum- 
fort ». 

Rusquin. Ecu, — dans le jar- 
gon des voleurs. 

Rural. Nom donné par les sou- 
teneurs de la Commune à qui- 
conque était partisan du gou- 
vernement établi à Versailles. 
Rural était synonyme de « con- 
servateur ». Le mot a vécu. 

Rutiére. Fille et voleuse de 
joie. 



S 



Sabache. Simple, naïf. 

Sable a passé (Le marchand 
de). Locution à l'adresse des 
enfants qui marquent leur en- 
vie de dormir en se frottant les 
yeux. 

Sable (Etre sur le). Etre en 
disponibilité, dans le régiment 
des souteneurs. Allusion aux 
poissons qui ne sont pas préci- 
sément à leur aise sur le sable. 

Sabler. Tuer, étourdir au 
moyen d'une peau d'anguille 
remplie de sable ; procédé em- 
ployé, paraît-il, du temps de 
Vidocq. Aujourd'hui MM. les 
voleurs aveuglent quelquefois 
leurs victimes en les; sablant au 
tabac, avant de les dépouiller. 

Sablon. Cassonade. 

Sabord (Jeter un coup de). 

Vérifier l'ouvrage, — dans le 
jargon des ouvriers opticiens. 



Sabot. Terme d'imprimerie. 
Boîte destinée à recevoir les 
lettres usées qui passeront à la 
refonte. 

Sabot. Petit bateau. — Mau- 
vais violon. — Vieille voiture. 
En général tout vieux meuble, 
tout objet meublant démodé. 
— Matériel hors de service. 



Sabot. Nez, 
des voyous. 

Sabot, Sabourin 

mauvais ouvrier. 



dans le jargon 
Maladroit; 



Saboter. Travailler sans goût, 
abîmer l'ouvrage. Mot à mot : 
travailler comme un fabricant 
de sabots. 

Saboter. Boire à pleins ver- 
res, à grandes rasades, — dans 
le jargon des buveurs. (Blavi- 
gnac, Hist. des enseignes d'hôtel- 
leries, 1878.) 

Sabouler. Maltraiter. — Dé- 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 

crotter. — Sabouleur^ décrot- 
teur. 

Sabouleux, Sabouleuse. Faux 
épileptique, fausse épileptique. 

Sabre. Bâton, — dans l'an- 
cien argot. 

Sabre (Joli coup de). Grande 

bouche. 



839 



Sabrenas, Sabrenot, Salbre- 
naud. Savetier, dans le jargon 
des voleurs. — Mauvais ouvrier. 

■ Sabreur. Ouvrier qui travaille 

vite et mal. 

Sabri, Satou. Forêt, bois, — 
dans l'ancien argot. — Sabrieux, 
voleur de bois. 

Sac. Ventre. — Avoir le sac 
plein, avoir le ventre plein. 

Sac-au-lard. Chemise. 

Sac-à-vin. Ivrogne incorrigi- 
ble. Ordinairement la femme 
du sac-à-vin est une paillasse à 
coups de poing. 

Sac à os. Individu très mai- 
gre. 

Sac à puces. Chien. Les pu- 
ces font élection de domicile 
sur les chiens. 

Sac (Avoir le). Avoir de l'ar- 
gent. C'est le contenant pris 
pour le contenu. On dit égale- 
ment : Etre au sac» 

Sac (Eternuer dans le). Être 
guillotiné. — Variante : Cracher 
dans le sac. 

Sac (Donner à quelqu'un son). 

Renvoyer quelqu'un. Pour don- 
ner plus de force à l'expression 
les ouvriers ajoutent : Avec une 
forte paire de bretelles. — Avoir 
son sac, être renvoyé de l'ate- 
lier. On disait autrefois : donner 
à quelqu'un son sac et ses quil- 



les, pour congédier, casser aux 
gages. — «Si jen'obéispoint, fai 
mon sac et mes quilles. » (Bour- 
sault. Poésies.) 

Sac (Etre dans le). Avoir 
perdu à un jeu quelconque. Il 
faut payer, vous êtes dans le sac. 
— Signifie encore avoir fait de 
mauvaises spéculations, s'être 
ruiné. — Une affaire est dans le 
sac, lorsqu'elle est terminée 
bien ou mal, lorsqu'on n'en 
parle plus. 

Sacqué. Chiffonnier qui se 
sert d'un sac en guise de hotte. 

Sacquer. Congédier. — Ré- 
primander avec menace de 
perte d'emploi. — « Si vous conti- 
nuez à me houspiller de la sorte, 
je vous ferai sacquer par le pa- 
tron. » (Huysmans, Les Sœurs 
Vatard.) 

Sacrer. Affirmer. 

Sacristain. Mari, amant d'une 
matrone de maison ' de tolé- 
rance, — dans l'ancien jargon 
du peuple. 

Sacristie. Lieux d'aisances, - 
dans le jargon des voleurs. 

Safran (Aller au). Dissiper sa 
fortune. 

Saignement de nez. Interro- 
gatoire. ^ Faire saigner du nez, 
interroger. 

Saint- Jean. Elfets. — Outils ; 
c'est un synonyme de Saint- 
Frusquin. 

Saint-Crépin. Argent écono- 
misé. — Se prend souvent dans 
le sens de Saint-Frusquin. Por- 
ter tout son Saint-Crépin, porter 
tout ce qu'on possède. — « Lors- 
que les garçons cordonniers 
vont de ville en ville pour tra- 



340 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE, 



vailler, ce qu'ils appellent entre 
eux battre la semelle, ils portent 
tous les instruments nécessaires 
à leur métier; ils appellent cela 
porter tout leur Saint-Crépin. » 
(Fleuryde Bellingen, Elymologie 
des Proverbes français.) 

Saint-ciboire. Cœur, — dans 
le jargon des voyous. 

Saint Dôme. Tabac à fumer, 
— dans le jargon des ouvriers. 
C'est une abréviation de Saint- 
Domingue, la patrie du tabac. 

Saisissement. Les liens dont 
l'exécuteur lie les bras et les 
jambes des condamnés à mort. 
Le saisissement est une pièce es- 
sentielle de la toilette. (A. Del- 
vau.) 

Salade. Pêle-mêle ; gâchis. 

Salade. Fouet. — Donner la sa- 
lade, fouetter, en terme d'éco- 
lier; l'expression et le mot sont 
vieux et démodés. 

Salade de Gascon. Corde, — 
dans l'ancien argot. 

Salade (Faire la). « Ils re- 
muent le jeu de la manière 
dont on remue les dominos pour 
les mêler, les deux mains éten- 
dues sur le tapis et iniprimant 
aux cartes un mouvement de 
rotation. » (A. Cavaillé, Les Fi- 
louteries du jeu.) 

Saladier. Vin chaud sucré 
servi dans un saladier. C'est le 
vin à la Française dont on fait 
une grande consommation dans 
les bals de barrière. 

Salaire. Soulier, — dans le 
jargon des rôdeurs de barriè- 
re; déformation de soulier. 



Sale coup pour la fanfare. 

Mauvaise situation, mauvaise 

affaire . i 

I 

Salé. Avance d'argent, — dans | 
le jargon des typographes. 

Salé. Bonne amie, connais- 
sance, — dans l'argot des ma- 
rins. — « Oiis'que tu démarres 
comme ça, avec ton salé ? » 

Salé (Morceau de). Enfant en 
bas âge. 

Salé trichineux (Morceau de). 

Petit enfant laid et malsain. 

Salé (Le grand). La mer. 

Saler. Vendre cher. — Répri- 
mander. —Fous allez dîner dans 
ce gargot? c'est mauvais et salé. 

Salière. Cavité plus ou moins 
profonde delà clavicule chez les 
femmes, suivant le degré de 
maigreur. — Avoir des salières à 
y fourrer le poing, se dit d'une 
femme très maigre qui n'a pas 
reculé devant une toilette dé- J| 
colletée. ^ 

Saliveme. Tasse, gamelle, — 
dans le jargon des voleurs. 

Salle de danse. Derrière, — 
dans le jargon des souteneurs 
qui, dans leurs démêlés avec 
leurs maîtresses, les font dan- 
ser à grands coups de pied au 
derrière. 

Salle de papier. Salle de théâ- 
tre où la plupart des specta- 
teurs sont entrés avec des bil- 
lets donnés. 

Salle à manger. Bouche. — 
N'avoir plus que trois ou quatre 
chaises dans la salle à manger, 
n'avoir plus que trois ou quatre 
dents. — La salle à manger se 
démeuble, se dit quand on perd 
ses dents. 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



341 



Salopète. — « Il (le canotier 
de la Seine) porte la salopète, 
cotillon de grosse toiie à tor- 
chon ; la salopète ne se lave pas, 
chaque tache lai est un hon- 
neur. » (E. Briflfault, Paris dans 
l'eau, 1844.) 

Salopiat, Salopiot, Saligot. 

Malpropre, vaurien. — « Puis ne 
voilà-t-il pas qu'un sacré polis- 
son de salopiat de singe, ne le 
voilà-t-il pas, à la fin des fins, il 
vous pisse par une fente sur les 
mignons. » (E. de Goncourt.) 

Salsifis. Doigt. — ^ « J*ai un 
amour d'homme qui ne porte 
pas des culottes mûres et se 
met des gants sur ses salsifis. » 
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.) 

Saluer. Baisser la tête sous 
le feu des projectiles. (L. Lar- 
chey.) 

Salutations à cul ouvert. Sa- 
lutations prolongées, saluta- 
tions cérémonieuses. 

Sang de poisson. Huile, — 
dans le jargon des voleurs. 

Sang (Coup de). Coup de cent 
points au piquet lorsqu'on comp- 
te cent avant de jouer ou en 
jouant la première carte. Ca- 
lembour à la portée des joueurs. 

Sang (Se faire du). C'est-à- 
dire se faire du mauvais sang, 
s'inquiéter. 

Sanglier. Prêtre. Le sanglier 
est sauvage ; le prêtre vit retiré 
du monde comme le sanglier 
au fond des forêts. 

Sangsue (Poser une). Corri- 
ger sur le marbre pour un com- 



pagnon absent, — dans le jar- 
gon des typographes. (Boutmy.j 

Sans beurre. Chiffonnier aris- 
tocrate. 

Sans feuille. Gibet, — dans 
l'ancien argot. 

Sans camelotte ou SoUiceur 
de Zif. Escroc qui se fait avan- 
cer de l'argent sur une mar- 
chandise imaginaire, sur une 
marchandise qu'il ne livrera 
jamais. 

Sans- culotterie. Secte des 

sans-culottes, patriotes terroris- 
tes. — « Trop heureux si ma mort 
f>ouvait être utile à la sans-cu- 
otterie. » {Père Duchène.) 

Sans-cœur. Usurier, Gobseck 
de prison. 

Sans Gondé. Clandestinement, 
sans autorisation, sans permis- 
sion. Pour tenir un jeu dans 
une foire, il est besoin d'une 
permission, d'un condé, ainsi 
nommée parce qu'elle émane 
ordinairement du préfet de po- 
lice, le Grand-Gondé, ou du 
maire, Condé. 

Sansonnet. Mentula, — dans 
le jargon des barrières. 

Santache. Santé, — dans l'ar- 
got des voleurs. — Et cette san- 
tache, comment que ça boulotte ? 
Et cette santé, comment va-t- 
elle? 

Santu. Santé. 

Sapajou (Vieux). Vieux liber- 
tin, vieil lard aussi obscène qu'un 
singe. 

Sapement. Condamnation. — 
dans le jargon des voleurs. 
— Sapement à cinq longes de 



342 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



dure, condamnation à cinq ans 
de travaux forcés. 

Saper. Condamner. — Saper 
au glaive, condamner à mort. 

Sapeur. Cigare presque en- 
tier, — dans l'argot du peuple. 

Sapin. Sap. Fiacre, voiture de 
place. 

Sapin (Redingote de). Cqv- 
cueW. Il est sorti de chez lui, les 
pieds devant^ dans une bonne re- 
dingote de sapin. 

Sapin (Sonner le, Sentir le). 

Etre bien malade. Mot à mot : 
sentir le bois avec lequel on 
fait les cercueils du pauvre. — 
« Elle avait un fichu rhume qui 
sonnait joliment le sapin. » (E. 
7ola 

Sapin des cornants. Pre, 

champ, — dans l'ancien argot ; 
c'est le mouchoir à bœufs de nos 
jours. 

Sapinière. Fosse commune. 

Sardine. Galon de caporal, 
galon de sergent. 

Sardines (Serrer les cinq). 
Serrer la main. 

Sarrasin. Gâte-métier, — dans 
le jargon des typographes; ou- 
vrier qui travaille à prix réduit, 
ouvrier qui ne lait pas partie de 
la société des typographes. 

Satdu. Matériel de saltimban- 
que : décors, planches, toi- 
les, etc. 

Sauce. Réprimande. — Sauce 
poivrade, très forte semonce. 

Sauce, Saucée. Pluie, forte 
pluie, — dans le jargon du peu- 
ple. — Il va tomber de la sauce. 

Sauce tomate. Menstrues, — 
dans le jargon des ûlles. 



Sauce (Allonger la). Ajouter 
de l'eau dans le pot-au-feu, dans 
un ragoût. 

Sauce-là, on mangerait son 
père (A cette). Sauce succu- 
lente. Expression des gastrono- 
mes pour qui rien n'est sacré 
hormis la bonne chère. 

Saucier. Cuisinier chargé de 
la confection des sauces dans les 
grands restaurants. — « Celui- 
là est l'artiste de la maison. « 
(Eug. Chavette, Restaurateurs et 
restaurés, 1867.) 

Saucisse. Fille publique, — 
dans le jargon des voyous. — 
Saucisse plate f fille publique très 
maigre. 

Saucisse municipale. Boulet- 
tes empoisonnées que la muni- 
cipahté faisait jeter dans les 
rues de Paris pendant les gran- 
des chaleurs pour détruire les 
chiens errants. Les boulettes 
municipales ont disparu du jour 
où es. né l'impôt sur les chiens. 
Aujourd'hui ces intéressants qua- 
drupèdes sont, en raison de leur 
qualité de contribuables, bien 
mieux vus que beaucoup de 
gens qui ne payent aucune es- 
pèce de contributions. 

Saucisson de Bologne. Per- 
sonne courte et grosse. La va- 
riante donne : Saucisson à pattes. 

Saumon. Personne riche dé- 
cédée, — dans le jargon des 
croque-morts qui appellent mer- 
lans les trépassés de peu d'im- 
portance. 

Sauter. Sentir mauvais. 

Sauter, Faire le saut. Faire 
danser l'anse du panier au vol, 
— dans le jargon des voleurs. — 
S'approprier les droits d'auteur 



DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE. 



343 



d'un vol fait en collaboration. 
— Filouter ; l'expression, prise 
dans ce dernier sens, date du 
XVII® siècle. — Pour une jeune 
fille, faire le saut, c'est sauter à 
pieds joints sur la vertu, c'est 
prendre un amant; allusion au 
saut de Leucade d'où s'élan- 
çaient les femmes tourmentées 
par l'amour. 

Sauter le pas, Faire le saut. 

Faire faillite. — - S'enfuir. — 
Mourir. 

Sauter le bas-flanc. Sauter 
le mur de la caserne pour aller 
passer la nuit en ville, — dans 
le jargon des régiments de ca- 
valerie. 

Sauter la banque (Faire) . Ga- 
gner l'enjeu qui constitue la 
banque, soit au baccarat, soit à 
la roulette ou au trente-et-qua- 
rante ; c'est le rêve de tous les 
joueurs. 

Sauter sur le casaquin. Tom- 
ber à l'improviste à coups de 
poing sur quelqu'un. 

Sauter la cervelle au plafond 
(Se faire). Se livrer à l'ona- 
nisme. ^ 

Sauterelle.— «On appelle ainsi 
(dans les magasins de nouveau- 
tés) les femmes qui font plier 
et déplier vingt ballots sans 
acheter. » (L. Noir.) — Exécuter 
une sauterelle, se débarrasser 
d'une femme qui n'a envie de 
rien acheter. 

Sauterelle. Sauteuse. Puce. 

Sauteron. Banquier, chan- 
geur, — daîis le jargon des vo- 
leurs qui savent que certains 
banquiers, certains changeurs, 
exécutent des sauts prodigieux 
sur la route de Belgique. 



Sauteur. Personnage politi- 
que dont les opinions sautent 
tiintôt au nord, tantôt au sud, 
tantôt à Test, tantôt à l'ouest, 

— Individu sur la paroleduquel 
on ne peut se fier. — ■ Drôle à 
qui la bonne foi est complète- 
ment inconnue. 

Sauteuse. Drôlesse, voleuse. 

Sauvage (Habillé en). Habillé 
comme un sauvage qui n'est 
pas habillé du tout. 

Sauvette. Petit panier à chif- 
fons, -- dans le langage des 
chiffonniers. 

Savate. Joueur malhabile. — 
Mauvais ouvrier. — Jouer comme 
une savate, jouer mal à un jeu 
d'adresse, jouer mal aux cartes. 

— Jouer comme une paire de sa- 
vates, jouer très mal. 

Savate (Traîner la). Traîner 
la misère. Variante : Traîner la 
groule. 

Savoir lire. Bien connaître le 
métier de voleur, avoir été reçu 
docteur ès-filouteries. 

Savon. Semonce. — Recevoir 
un savon, être réprimandé. — 
Flanquer un savon, répriman- 
der. 

Savonné. Blanc. — Artie sa- 
vonnéfp'din blanc; pivois savonné, 
vin blanc, - dans l'ancien argot. 

Savonner. Voler. — Pavillon 
savonné, linge volé. — Savonner 
une cambuse, voler dans une 
chambre. 

Savonner. Tourmenter, ta- 
quiner, — dans le jargon du 
peuple. — Allusion au linge 
tourmenté par le savonnage. — 
La bourgeoise me savonne depuis 
hier que f en suis bleu, ma femme 



344 



DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE. 



me tourmente tellement depuis 
hier que j'en suis ahuri. 

Savoyard. Grossier person- 
nage ; mal-appris. 

Savoyarde. Malle. — Faire la 
savoyarde, voler les malles sur 
les voitures, dans les gares. 

Scarahomber. Etonner, stupé- 
fier.— Scarabombe, étonnement, 
stupéfaction, — dans le jargon 
des voleurs. 

Scène (Etre en). Ne pas avoir 
de distractions, être tout à son 
rôle, — dans le jargon des cou- 
lisses. 

Schabraque(Vieille). Invalide 
de la prostitution ; par allusion 
à la housse des chevaux de ca- 
valerie. 

Schako. Tête, -- dans le jar- 
gon du régiment, — Son schako 
a un renfoncement, il est un peu 
fou. 

Schelingophone. Derrière. A 
.l'époque où le téléphone et le 
phonographe firent leur appa- 
rition, le schelingophone, a été 
imaginé pour propager dans 
les classes voyoucratiques l'a- 
mour de la désinence phone. — 
Enlever le schelingopho7ie,donn(ir 
du pied au derrière. — « C'est 
moi, si eune dame m'parlait 
ainsi, que j'aurais vite fait d'i 
enlever le schelingophone, l'al- 
ler et le retouret train rapide!» 
(Grévin, Petit Journal pour rire, 
4879.) 

Schloffer. Dormir. — Germa- 
nisme. 

Schnic, Schnapps. Eau- de - 



vie. 



Schpil, Schpile. Beau; réussi, 



bien fait, — dans le jargon des 
ouvriers. 

Scbpiler. Réussir un ouvrage. 

Schtard. Prison. — Schtard 
des poivrots, violon. — Schtard 
aux frusques, Mont-de-Piété. — 
Schtard des lascars, laRoquette. 

— Schtardier, prisonnier. 

Schtoser (Se). Se soûler, — 
dans le jargon des voleurs. 

Scie. Ennui profond causé par 
un travail monotone, par un tra- 
vail fait à contre-cœur. — Ren- 
gaine agaçante.— Monter une 
scie, faire des scies, Lucrèce a 
dit : Serrœ stridentis acerbus 
horror. 

Scier, scier le dos. Ennuver. 

— Fatiguer par des vexations, 
des bavardages. 

Scier du bois. Jouer du vio- 
lon, jouer du violoncelle. 

Scieur de bois. Violoniste. 

Scion (Coupde). Coup de cou- 
teau, — dans le jargon des vo- 
leurs. — Sdownewr, assassin qui 
travaille au couteau. Le scion- 
neur est loin d'être un artiste 
en son' genre. 11 s'y prend à 
plusieurs fois. Son coup n'est 
pas, comme ils disent, un coup 
de surin de dab. 

Scionner. Tuer à coups de cou- 
teau. — a Nous ferons joliment 
notre beurre et tu pourras le 
scionner après. » (F. du Bois- 

gobey.) 

Scrutin deballottage(Âssister 
au). Plonger un œil indiscret 
dans le corsage d'une femme 
qui, hélas 1 n'a que trop de dé- 
veloppement. 

Seau (Etre dans le). Etre 



DICTIONNAIRE d'ARGOT MODERNE. 



345 



sorti pour cause de nécessités 
urgentes, — dans l'argot des 

soldats. 

Sec (En cinq). En cinq points, 
sans revanclie; terme des joueurs 
d'écarté. 

Sec (Etre à). Etre sans le sou. 
Avoir la poche dans un état pa- 
reil au lit du Mançanarez. 

Sec (Faire). Manquer de ra- 
fraîcliissements, — dans le jar- 
gon du régiment. — Quand on 
a soif, il fait sec. — « Il com- 
mence à faire sec ici, et on 
m'attend pour l'heure du bitter. » 
{Le Trihoulet, du 9 mai 1880.) 

Sèche. Cigarette. 

Sèche (La). La mort, — dans 
le jargon des voleurs. — Etre 
sec, être mort. 

Séché (Etre). Avoir échoué 
aans un examen définitif, en 
terme d'Ecole. 

Séché (Etre). Avoir cuvé son 
vin. 

Séché (Etre). Subir une pu- 
nition, — dans l'argot de Saint- 
Cyr. — « Si, de leur temps, on 
avait marché de cette façon, 
TEcole eût été séchée de sortie 
pour trois mois. » {Figaro, du 4 
août 1880.^ 

Sécher. Ennuyer. — « Voilà 
deux heures que vous séchez les 
ouvriers chez eux. » {L'art de 
se conduire dans la société des 
pauvres bougres.) On dit encore 
plus familièrement : Tume sèches 
la tata. 

Sécher un litre. Boire un 
litre jusqu'à l'ultime goutte. — 
« La comtesse revient à son bu- 
reau, allume une bouffarde, 
sèche un litre. » {Idem.) On dit 
dans le même sens : Sécher une 



absinthe, un vermouth^ etc.. etc. 

Sécher le lycée. Aller flâner 
au lieu de se rendre au lycée. 
Il y a vingt ans c'était : tailler 
le collège, et au xviii® siècle, on 
disait : friper ses classes. 

Sécher un devoir. Se dispen- 
ser de faire un devoir. 

Séchoir Cimetière. L'huma- 
nité y sèche et s'y dessèche. 

Seco. Sec, maigre. 

Secours contre la soif. Débit 
de vin. Quelques marchands de 
vin, dans les quartiers excen- 
triques, ont conservé cette en- 
seigne alléchante pour les ivro- 
gnes. D'autres industriels en 
boisson affichent : Assurance 
contre la soif. A l'entrée de la 
rue de Puebla, il existe côte à 
côte un Secours et une Assurance 
contre la soif. 

Secousse (Prendre sa). Mou- 
rir, — dans l'ancien argot. 

Secousse (La faire à la). Faire 
une chose vite et mal, argot du 
peuple. 

Secousse (Donner une). Se 
mettre pour une heure ou deux 
au travail avec ardeur, — dans 
le jargon des ouvriers. — Ré- 
parer le temps perdu en tra- 
vaillant assidûment pendant 
quelques heures. 

Seize-Mayeux. Sobriquet don- 
né aux fonctionnaires nommés 
après le 16 mai, aux partisans 
de la politique réactionnaire 
du 16 mai 1877, qui amena un 
mois après la dissolution de la 
Chambre. — « On s'étonne par- 
fois de l'aplomb de ces Seize- 
May eux. » {Réveil, du 16 décem- 
bre 1877.) — « Et les journaux 
Seize-Mayeux les en glorifient. » 



346 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



{Rappel f du 49 décembre d877.) 
Semer quelqu'un. Se débar- 
rasser d'un importun. — Ter- 
rasser un adversaire. 

Séminaire. Èagne, — dans 
l'ancien argot. 

• Semper. Tabac à fumer. C'est 
une déformation abréviative de 
superfinas, superfin, nom sous 
lequel les soldats désignent le 
caporal ordinaire ; ils ne man- 
quent jamais de dire du sem- 
perfmas et, par abréviation, 
semper. Le mot est aussi courant 
parmi les ouvriers que parmi 
les soldats. 

Sénat. Débit de vin fréquenté 
par des ouvriers d'un même 
corps d'état. — « Depuis long- 
temps, les travailleurs appellent 
les marchands de vin où ils se 
réunissent par spécialité, des 
sénats. » {Le Sublime.) — « Il ne 
faut pas confondre le sénat avec 
les assommoirs. Il y a peu de 
sénats^ tandis qu'il y a plus de 
deux cents assommoirs. Le sénat 
est spécial à une seule partie. 
Le sénat est un diminutif de la 
mère des compagnons. Les ou- 
vriers du fer ayant abandonné 
le compagnonnage formèrent 
des sénats. » {Idem). 

Sénateur. Ouvrier qui fré- 
quente les sénats. — « Dans le 
temps, les tourneurs de roues 
étaient nommés sénateurs; le 
mot s'est généralisé depuis. » 
{Idem) . 

Sénateur. Tout individu vêtu 
d'un paletot ou d'une redin- 
gote, — dans le jargon des 
voyous. 

Sénateur. Taureau, — dans 
le jargon des bouchers qui disent 
également « pacha ». 



Sent mauvais (Ça). Ça va mal 
finir; ça prend une mauvaise 
tournure. 

Sentinelle , Sentinelle per- 
due. Excrément humain, vaga- 
bond sans papiers égaré sur la 
voie publique, dans une allée 
de maison. 

Sentir. Aimer. — Ne pas pou- 
voir sentir, détester. — Se sentir 
les coudes j être unis, se soutenir 
entre camarades. — <c Quand 
ils seront groupés, lorsqu'ils se 
sentiront les coudes, ce sera 
bien plus amusant. » {Figaro, du 
44 juillet 1880.) 

Sentir (Ne plus se). N'éprou- 
ver plus aucune sensation auprès 
du beau sexe, être passé à l'état 
de glaçon. 

Sentir le lapin. Sentir mau- 
vais des aisselles. 

Sept. Chiffonnier. — Crochet 
de chiffonnier. 

Sept. Tige de fil de fer, en- 
veloppée de coton et revêtue 
de papier, figurant des queues 
de fleurs, — dans le jargon des 
fleuristes. — Faire des sept, en- 
rouler du coton et du papier 
autour d'un fil de fer ; c'est TA, 
B, C du métier de fieuriste. 

Sept à neuf. Vêtement du 
matin pour monter à cheval. 
Mot à mot : vêtement que l'on 
met de sept à neuf heures pen- 
dant la promenade à cheval au 
Bois de Boulogne, — dans le 
jargon des sportsmen. — « Quel 
joli sept-à-neuf cela ferait! » 
(Figaro, du 27 mai 1879.) 

Séquence. Grosse portée ajou- 
tée aux cartes, réunion de cartes 
préparées de manière à amener 
une passe soit au baccarat, soit 



I 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



347 



au piquet. Au piquet, elle a 
reçu le nom de séquence inté- 
grale. 

Sergent de vieux. Garde- 
malade. 

Sergent d'hiver. Soldat d'é- 
lite. Le mince galon de laine 
qu'il porte sur les manches est 
censé lui tenir chaud pendant 
l'hiver. ^ 

Sergo. Sergent de ville. 

Série. Réunion de professeurs 
composant le jury d'examen au 
doctorat, — en terme d'Ecole. 

Sérieux (Homme). Homme 
riche et généreux, — dans le 
jargon de ces demoiselles. — 
Femme sérieuse, femme galante 
pleine d'expérience et de pré- 
voyance, la fourmi de la prosti- 
tution. 

Sérieux (Dîner). Dîner bien 
compris, à la fois substantiel et 
délicat. Les femmes sont exclues 
d'un pareil dîner. On ne mange 
pas, on officie pontificalement 
de lamâchoire. La conversation, 
plus sobre que les convives, ne 
doit rouler que sur les fastes 
culinaires. On parle à demi- 
voix pour ne pas s'enlever le 
plaisir de s'entendre mastiquer. 

Sérieux (Livre). Livre en- 
nuyeux. 

Serin. Gendarme départe- 
mental. Allusion au jaune bau- 
drier. 

Seriner. Divulguer, — dans 
le jargon des voleurs. 

Seringue. Personne en- 
nuyeuse, rabâcheur. 

Seringue à rallonges. Téles- 
cope. — « lln'ya pas de planète 
qui tienne, tu m'as promis de 



me montrer Vénus, c'est Vénus 
que je veux voir, ou je te dé- 
molis, toi et ta seringue à ral- 
longes. » (Randon.) 

Seringuinos. Imbécile. 

Serpent. Elève reçu un des 
quinze derniers à l'Ecole Poly- 
technique. Pour sergent. 

Serpent. Crachat, — dans 
l'ancien argot. Le serpent et le 
glaviot étaient synonymes au 
xvi« siècle. Le glaviot seul a ré- 
sisté au temps. 

Faire un serpent. Courir dans 
la cour de récréation en se te- 
nant à la queue leu-leu, — dans 
le jargon des collégiens. (L. Lar- 
chey.) 

Serpentin. Matelas, — dans 
le jargon des voleurs. 

Serpettes. Jambes courtes et 
cagneuses, — « Ces pauvres tour- 
lourous ! ça vous a six pouces 
de serpettes et le dos tout de 
suite. » (Randon, Croquis mili- 
taires.) 

Serpillière à ratichon. Sou- 
tane. 

Serrante. Serrure; par substi- 
tution de finale. 

Serré. Avare. 

Serrebois. Sergent. Il fait 
serrer les rangs. (L. Larchey.) 

Serrer la pince. Serrer la 
main, et, par abréviation, /a ser- 
rer. — Je vous la serre. 

Serrer le brancard. Serrer la 
main. Les variantes sont : Ser- 
rer la cuiller, serrer la phalange. 

Serrer la gargamelle. Etran- 
gler. Variante : Serrer la vis. — 
« Serre-lui la vis, je me charge 



348 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



de le refroidir. » (G. Marot, 
L'Enfant de la Morgue.) 

Serrer la vis. Serrer le frein, 
— dans l'argot des mécaniciens 
des chemins de fer. 

Serrer les fesses. Avoir grand* 
peur et faire tout son possible 
pour ne pas en fournir des 
preuves matérielles. 

Serrure brouillée (Avoir la). 

Eprouver de la difficulté à s'ex- 
primer; bredouiller. « — Je viens 
de recevoir une grande visite 
de votre intendant. La serrure 
était bien brouillée. » (Madame 
de Sévigné, Lettres.) 

Serrure (Avoir laissé la clé à 
la). Avoir manqué à la résolu- 
tion de ne pas ou de ne plus 
avoir d'enfants. 

Serrure (Avoir mis un cade- 
nas à la). Pour une femme, c'est 
vivre dans un état de chasteté 
absolu. 

Sésière, Sésigne, Sésingard. 

Lui, elle, il. 

Sert, Ser. Signal. Signe 
d'intelligence entre un saltim- 
banque et un compère. — Té- 
légraphie employée par les tri- 
cheurs. 

Serviette. Canne. 

Servir. Arrêter. — Monsieur 
est servi. 

Servir les maçons. Remplir 
auprès d'un couple amoureux 
les fonctions du jeune Alectryon 
auprès de Mars et de Vénus. 

Servir de belle. Dénoncer à 

faux. (L. Larchey.) 

Sévère (En voilà une) ! Voilà 
une chose, une nouvelle difficile 
à croire, extraordinaire, inat- 
tendue. 



Sèvres (Passer à). Ne rien re- 
cevoir, — dans le jargon des 
voleurs; c'est-à-dire être sevré 
de sa part de butin. (L. Lar- 
chey.) 

Siamois (Les). Testes, — dans 
le jargon des barrières. Allu- 
sion à l'accouplement, à l'insé- 
parabilité des frères siamois. — 
La verte s'est cavalée chez les sia- 
mois, le dienbeau m'a collé vingt 
asticots en deuil, la gonorrhée 
s'est logée dans les parties, le 
médecin m'a fait poser vingt 
sangsues. 

Siffle. Bouche. 

Siffler. Boire d'un coup, boire 
promptement. 

Siffler la linotte. Attendre 
dans la rue. 

Siffler au disque. Se mor- 
fondre. Allusion à la manœuvre 
des mécaniciens des chemins de 
fer. Avait primitivement le sens 
restreint d'attendre de l'argent. 

Sifflet. Voix, gosier. — CoU' 
per le sifflet, tuer, interrompre, 
faire taire. Étonner au point de 
rendre l'interlocuteur muet. — 
Raboter le sifflet, brûler le go- 
sier. — « Hein ! ça rabote le sifflet! à 
Avale d'une lampée. » (E. Zola.) 5 
— Se rincer le sifflet, boire. 

Sifflet d'ébène. Habit noir. 

Signe, Cigale. Pièce d'or. Son 
chant est plus mélodieux que 
celui de la cigale. 

Silence. Huissier-audiencier. 
(Fr. Michel.) 

Simon. Bourgeois, proprié- 
taire de la maison où l'on vide 
les latrines, — dans le jargon 
des vidangeurs. 

Singe. Apprenti typographe. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Singe. Patron. Nom donné 
primitivement pai' les peintres 
en bâtiment aux bourgeois qui 
les employaient, et, par exten- 
sion, par tous les ouvriers à leurs 
patrons. Aujourd'hui ce sobri- 
quet est trop connu pour qu'il 
soit employé en présence du 
patron ou' du contre-maître. 
Dans la plupart des ateliers on 
choisit un sobriquet qui rap- 
pelle soit les mœurs, soit les 
habitudes, soit une infirmité du 
patron. 

Singe de la rousse. Officier 
de paix, — dans le jargon des 
voleurs. 

Singesse. Patronne, femme 
du patron. — Prostituée, — 
dans le jargon des femmes du 
monde. 

Sinve. Simple, niais. 

Sinverie. Niaiserie. 

Sirop . Vin . — Un coup de sirop . 

Sirop de baromètre. Eau. 
Variante : Sirop de grenouilles. 

Siroter. Goitîer, friser et pom- 
mader avec soin, — dans le 
jargon des coiffeurs. 

Siroter. Boire à petits coups. 
Savourer ce qu'on boit. 

Siroteur, Siroteuse. Celui, 
celle qui boit à petits coups, 
qui déguste ce qu'il boit. 

Sive. Poule. 

Six et trois font neuf. Boi- 
teux. Allusion à l'allure inégale 
des boiteux dont les pas sem- 
blent marquer des nombres 
diliérents. 

Six francs. Planche à repas- 
ser à l'usage des tailleurs. 

Six-quatre- deux (Â la). A la 



diable, en un clin d'oeil. — 
« Elle se cambra sur sa chaise, 
les yeux brillants de la conver- 
sion qu'elle venait d'opérer à 
la six-quatre-deux, le temps de 
pousser un ainsi soit-il. » (Hen- 
nique.) 

Snob, Snoboye. Noble, beau, 
correct, — dans le jargon du 
peuple. 

Sœur (Et ta)? Réplique gros- 
sière, gouailleuse, qui, pendant 
un certain temps, a couru du 
faubourg dans le monde des 
filles et dans les ateliers d'ar- 
tistes. Rengaine débitée à tout 
propos. Mot à mot : ta sœur 
est-elle heureuse ? Allusion à une 
trop fameuse chanson popula- 
cière, chantée sur l'air ae la 
valse de la Fille du régiment : 

« Et ta sœur est-elle heureuse ? 
» A-t-eir z'évu beaucoup d'enfants, 
» Fait-elle toujours la gueuse 
» Pour la somme de trois francs ? » 

C'était une façon de dire à quel- 
qu'un : « Je me moque ae co 
que vous me dites. Si nous par- 
lions d'autre chose? » — Sui- 
vant certains étymologistes, 
l'expression ne serait que la 
parodie de cette phrase banale 
et cérémonieuse usitée parmi 
les bourgeois : a Et madame, 
comment va-t-elle ? et votre 
fille, et votre sœur? » — Peut- 
être, et c'est notre opinion, la 
réplique suivante de V Aïeule de 
MM. d'Ennery et Charles Ed- 
mond a-t-elle inspiré et la chan- 
son citée plus haut et, par contre, 
la si populaire rengaine. 

Jeanne. — Et ta sœur? 

La Douairière. — Ta sœur... 
ta sœur... 

Sœurs blanches (Les). Les 

dents. (Fr. Michel.) Que de sœurs 

20 



350 DICTIONNAIRE d' 

blanches ne sont que des sœurs 

grises ! 

Sœur de charité, Surfine. Vo- 

/euse qui exploite les nécessi- 
teux sous prétexte de leur pro- 
curer des secours. 

Soif (Il fait). Le besoin de 
boire se faire sentir. — « Il fait 
soif, venez boire un coup avec 
moi. » (P. de Kock, Le Sentier 
aux jorunes.) 

Soiffer. Boire beaucoup. 

Soiffeur, Soiffeuse. Buveur, 

buveuse intrépide. 

Soigner l'enfant. Ne pas mé- 
nager les applaudissements, soi- 
gner le succès de la pièce, le 
soir d'une première représenta- 
tion, — dans le jargon du théâ- 
tre. 

Soissonné. Haricot. Un souve- 
nir de reconnaissance à l'adresse 
delà ville de Soissons, patrie des 
haricots, haricots plus célèbres 
cent fois que tous les comtes 
également de Soissons, et qui, 
plus qu'eux, ont fait du bruit 
dans le monde, sans compter 
celui qu'ils feront encore. 

Soixante-neuf. Double con- 
tre-sens qu'a omis de signaler 
Dorât dans son poème des Bai- 
sen. Variante • Musique d'Anti- 
bes. 

Soldat du pape. Mauvais sol- 
dat. Soldat qui préfère le feu de 
la cuisine au feu de peloton. 

Soldats (Des). De l'argent,— 
dans l'ancien argot. 

Soleil. Mise en pâte d'un pa- 
quet, — dans le jargon des ty- 
pographes. Le paquet ordinaire- 
ment se crève au miheu et pré- 
sente, avec un peu de bonne 



ARGOT MODERNE. 

volonté, l'aspect d'un soleil, au 
moins d'un soleil de feu d'arti- 
fice. La variante est : Pâté. 

Solliceur, SoUiceuse. Mar- 
chand, marchande. — Solliceur, 
solliceuse à la pogne, solliceur, 
solliceuse à la trime, au trimard, 
marchand ambulant,marchande 
ambulante. 

Solliceur à la gourre. Filou 
qui vend très cher à des imbé- 
ciles des objets sans valeur. 

Solliceur de lacets. Gen- 
darme. 

Solliceur de loffitudes. Jour- 
naliste. Mot à mot : marchand 
de bêtises, — dans le jargon des 
voleurs. 

SoUicenr de pognon. Ban- 
quier. 

Sollir. Vendre. — Solliçage, 
vente . 

Solitaire. Chevalier du lustre 
qui applaudit en amateur. Le 
solitaire paye demi-place et gros- 
sit la phalange des claqueurs. Il 
n'est pas précisément tenu d'ap- 
plaudir, mais il applaudit tout 
de même, parce qu'il est bien 
élevé et que l'exemple est con- 
tagieux. 

Sombre (La). La préfecture 
de police, — dans le jargon des 
voleurs. Le jour y a été ménagé 
avec parcimonie et la gaieté n'y 
brille pas précisément. 

Sonde. Médecin; parce qu'il 
sonde, interroge le malade. 

Sonder. Espionner. 

Sondeur. Commis d'octroi. — 
Espion. — Libertin qui, soit au 
théâtre, soit au bal, profite de 
l'échancrure des corsa^-es pour 
y plonger un œil indiscret, et 



DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE. 



351 



qui prétexte, quelquefois, que 
le vide attire. 

Sonner. — «Sonner un individu 
c'est le saisir par les oreilles ou 
par les cheveux et lui cogner la 
tête contre un corps dur. r, (P. 
Mahalin, Les Monstres de Paris, 
1880.) — « Ce n'est pas moi qui 
Ta sonné, a-t-il dit au juge. » 
[Affaire de la Villette^ Petit-Jour- 
nal, du 27 octobre 1878.) 

Sonner. Etre à l'agonie, râler, 

— dans le jargon des infirmiers. 

— « Le râle se fit entendre, et 
le veilleuraprès l'avoir arrangé, 
s'en retourna en disant : il sonne 
le premier. » (Jean Journet, Cris 
et soupirs, 1840.) 

Sonner (Se la). Bien dîner, — 
dans le jargon des voleurs. 

Sonner un gosse. Se livrer à 
l'onanisme, — dans le jargon 
des barrières. 

Sonnette. Petit émigré de 
Goniorrhe. 

Sonnettes. Argent, argent qui 
sonne dans la poche. — « T'as 
donc pincé des sonnettes ? » (J. 
Arago.) — « Sur les bords du ca- 
nal, il est dangereux de courir 
passé minuit, quand on a des 
sonnettes en poches. » (Paris à 
vol de canard.) 

Sophie (Faire sa). Se faire 
prier ; faire la sucrée. — Fais 
donc pas ta Sophie, chipie 1 

Sorbonne . Tête. Autrefois , 
c'était la tête sur les épaules, la 
tête qui pense. L'autre, la tête 
coupée, était la tronche. Mes- 
sieurs les assassins, qui ne sont 
jamais sûrs de conserver celte 
partie si essentielle de leur in- 
dividu, avaient créé deux mots 
pour exprimer les deux maniè- 



res d'être, de la tête. Aujour- 
d'hui sorbonne n'est guère plus 
usité. 

Sorgue. Nuit, soir. — Sorga- 
bon, bonsoir, bonne nuit; qui ne 
vient pas du tout du basque 
g'a6o?i5bonsoir,com me l'a avancé 
V. Hugo. Sorgabon, c'est bon 
sorgue retourné. 

Sorlot. Soulier, — danslejar- 
jon des voleurs. — Foutre un 
coup de sorlot dans le tabernacle à 
faire sauter le saint ciboire, don- 
ner un coup de pied dans le 
ventre à décrocher le cœur. 

Sorne. Nuit; pour sorgue. — 
Noir. 

Sorte. Mensonge, bourde,mys- 
tification, — dans le jargon des 
typographes. — Au propre, les 
sortes sont les lettres de même 
caractère, de même sorte. — 
Chiquer des sortes, puiser dans 
la casse du voisin les lettres dont 
on a besoin. 

Sorti (Etre). Avoir l'esprit ail- 
leurs, êti'e distrait. 

Sortie d'hôpital. Longue ca- 
pote en forme de robe de cham- 
bre. Les variantes sont : Gâ- 
teuse, ulster. 

Sortir par le cul. Ennuyer 
superlativement, horripiler à 
l'excès. 

Souche (Fumer une). Etre en- 
terré. 

Soudrillard. Libertin. 

Soufflant. Pistolet, — dans 
l'ancien argot. 11 souille la mort. 

Soufflant. Trompette; égale- 
ment surnommé au régiment : 
Trompion. 

Souffler. Arrêter, mettre en 
prison, — dans le jargon des 



352 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 



filles. — • Pour des riens, pour 
des bêtises, soM/yZéepar les agents 
de police et mise à l'ombre, elle 
avait renoncé à sa liberté. « (E. 
de Concourt, La Fille Elisa.) 

Souffler. Prendre. — Souffler 
une maîtresse. 

Souffler son copeau. Travail- 
ler, — en terme de menuisier 

Souffler sa veilleuse. Mourire 

— dans le jargon des garde- 
malades. 

Souffler mal. Avoir de mau- 
vaises intentions. — Lorsqu'un 
voleur s'aperçoit qu'il a éveillé 
l'attention d'un agent, il dit : La 
donne souffle mal. 

Souffler dans le poireau. i'eZ- 
îare. — Faire une mauvaise ap- 
plication de l'art deTulou. {Jar- 
gon des filles.) 

Souffler des po-S. Dormir en 
soufflant de manière à produire 
une série de : peuh ! peuli ! La 
variante est : Fumer sa pipe. — 
« Le baron ne ronflait pas, mais, 
selon l'expression vulgaire et 
pittoresquement imaigée, il souf- 
flait des pois. » (André Theuriet, 
La Revanche du mari.) — « Un 
homme si bon, si généreux, vous 
n'avez pas craint de le tromper! 

— Monsieur le président, c'est 
que. . . — C'est que quoi ? — C'est 
qu'il souffle des pois, w 

Soufflet à sa pelure (Avoir 
donné un). Porter un vêtement 
retourné. 

Soufrante. Allumette. Allu- 
sion au soufre. 

Soûlasse. Traître, trompeur. 
(Colombey.) 

Soûlasse (La grande). L'as- 
sassinat; l'habitude de Vi sassi- 



nat. — Maquiller la grande soû- 
lasse, faire le métier d'assassin. 

Soûles (Compartiments des 
femmes). Compartiment réservé 
aux femmes seules en chemin 
de fer. [Jargon du peuple.) 

Soulever. Filouter. 

Soulographe. Ivrogne induré. 

Soulographie. Ivrognerie cons 
titutionnelle. 

Soulouque. Cinq et six d un 
jeu de dominos. Allusion à la 
' couleur noire de feu ce potentat. 

Soupape (Serrer la). Cherchei 
à étrangler son adversaire, — 
dans le jargon des ouvriers du 
fer. 

Soupapes (Faire cracher ses). 
Se griser, — dans le même jar 
gon. 

Soupe au lait. Personne iras- 
cible. — S'emporter comme une 
soupe au lait, se mettre en co- 
lère pour un rien, à propos de 
rien. 

Soupe (Tremper une). Corri- 
ger à coups de poing. — Battre 
l'ennemi, dans le jargon des 
troupiers. 

Soupe au poireau (Faire man- 
ger la). Faire attendre. {V .poi- 
reau.) C'est la variante moderne 
de faire le poireau. 

Soupe de ta tranche (Avoir). 
Etre ennuyé par un camarade, 
avoir assez de lui, — dans l'ar- 
got du régiment. — J'ai soupe de 
ta tranche^ tu m'ennuies. — Va- 
riante : Avoir soupe de ta fiole. 

Soupente. Ventre. — Jet' vas 
défoncer la soupente à coups de 
sorlots à diamants. 

Soupente (Vieille). Vieille 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



353 



femme laide et malpropre. — 
« La buraliste t'a appelée vieille 
«oupente? » {Tam-Tam, 46 mai 
1880.) 

Soupeser (Se faire). Se faire 
réprimanf]"r par le patron, — 
dans le jargon des employés de 
commerce. 

Souquer. Rudoyer, frapper. 

Souricière. Dépôt de la pré- 
fecture de police. C'est la partie 
du Palais-de-Justice où se trou- 
vent les prisons affectées aux 
détenus qui attendent l'heure du 
jugement. — « Je fus conduit 
dans un cachot, que l'on nomme 
je crois, souricière, où je passai 
la nuit. » (Jean Journe't, Cris et 
soupirs, 1840.) 

Souricière. Lieu où la police 
opère des râtles. Piège à mal- 
faiteurs. — Débit de vin, garni, 
sous la dépendance de la police 
et où les malfaiteurs viennent se 
faire prendre. 

Sous-off. Sous-offîcier. 

Sous-mdtresse. Femme de 
confiance dans une maison de 
tolérance. — Elle surveille la 
consommation et il lui est dé- 
fendu de consommer. — « Tout 
client, pour pénétrer dans les 
chambres, donne à la sous-maî- 
tresse 1 franc. » (F. d'Urville, 
Les Ordures de Paris.) 

Sous-merde. Moins que rien. 
— Œuvre exécrable. Homme 
d'une incapacité absolue. 

Sous-ventrière. Echarpe de 
M. le maire; écharpe de M. le 
commissaire. 

Sous-ventrière (Tu t'en ferais 
péter la). Ça te rendrait trop 
fier. L'orgueil t'entlerait si fort 
Ique ta sous-ventrière en éclate- 



rait. — Tu présumes trop de tes 
forces. — « Ma chère belle, vou- 
lez-vous accepter ma main... 
pour ce soir? — Tu t'en ferais 
péter la sous-ventrière. » — Les va- 
riantes sont : Tu t'en ferais écla- 
ter le cylindre, tu ten ferais péter 
le nœud. 

Sous verge (En). En second 
dans le commandement. {Argot 
des soldats de cavalerie.) 

Sous-pied. Viande coriace 
qu'on prendrait pour un mor- 
ceau de cuir, — dans le jargon 
des soldats de cavalerie. 

Sous le lit (Etre). Se tromper, 
n'être pas au fait d'un métier. 

Soussouille. Petit souillon. 

Soutenante. Canne. 

Soutirer au caramel. Soutirer 
de l'argent en employant la 
douceur et la persuasion. Le 
peuple dit plus ordinairement : 
« Le mettre en douceur ». 

Soyeux. Commis à la soieWe, 
— dans le jargon des mar- 
chands de nouveautés. Il y a un 
féminin qui, naturellement, fait 

soyeuse. 

Spectre. Ancienne dette qu'on 
avait oubliée et qui surgit à 
rimproviste. 

Spectre de banco. Gros joueur 
ruiné qui se tient debout der- 
rière une table de baccarat sans 
jouer, — dans l'argot des grecs. 

Store. Œil, paupière. — Bais- 
ser les stores, baisser les yeux. 

Stroc. Setier, mesure de vin; 
d'où mastroquet, marchand de 
vin. 

Style. Argent. — « Nous ven- 
drons ce butin à la première 

20 



354 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



occasion, et nos profondes u-u- 
Toni le style qui leur manque.— 
Chez les Zéphirs, où l'esprit est 
une denrée commune, l'argent 
est désigné par ce mot. » (A. 
Camus.) 

Style (Avoir du). Etre bien 
mis, iivoir bon genre. « Mâtin ! 
poursuivit Gavroche, tu as une 
pelure couleur cataplasme de 
graine dé lin et des lunettes 
bleues comme un médecin. Tu 
as du style t parole de vieux ! >> 
(V. Hugo.) 

Stylé. Bien habillé, bien mis. 

Suage. Assassinat. — Maquil- 
ler un suage, combiner un as- 
sassinat. 

Sublime, Sublimisme. Dans 

les ateliers ces mots sont syno- 
nymes de paresse, dégradation, 
avilissement. — « Lèpre capi- 
tale qui ronge les classes labo- 
rieuses. » (V. le très remarqua- 
ble ouvrage du Sublime de M. De- 1 
nis Poulot et V Assommoir de | 
M. Zola, où le Sublimisme a été 1 
dépeint de main de maître.) 

Sublime. Mauvais ouvrier qui 
fait plus de bruit que de beso- 
gne. — « On ne dit plus, en par- 
lant d'un travailleur d'ordre, de 
conduite : c'est un bon ouvrier, 
et du paresseux, violent et ivro- 
gne : c'est un mauvais ouvrier; 
on dit de l'un, c'est un ouvrier, 
de l'autre, c'est un sublime. » 
(Le Sublime.) 

Sublimer. Travailler pen- 
dant la nuit, — dans le jargon 
des polytechniciens. (L. Lar- 
chey.) 

Sublimer (Se). S'avilir, tom- 
ber dans l'avilissement. 

Subtiliser. Subjuguer, sédui- 



re, — dans le jargon des fem- 
mes du peuple qui ont des pré- 
tentions au beau langage. — 
« Pardié ! y font tous comme ça 
les doucereux pour vous subti- 
liser. » (Mars et Raban, Les Cui- 
sinières, 1837.) 

Subtiliser. Dérober. — Qui 

m'a subtilisé mon tire-jus? — 
Faignantjfas donc pas des mains, 
qu'il te faut un tire-jus2 

Suçage de pomme. Embras- 
sade. 

Suce-larbin. Bureau de pla- 
cement pour les domestiques 
des deux sexes. 

Sucer la pomme (Se). S'em- 
brasser. 

Suceur, Suceuse de pomme. 

Celui, celle qui embrasse iré- 
quemment, qui a la manie 
d'embrasser. 

Sucre (C'est un). C'est très 
bon. 

Sucre (Casser du). Dénoncer, 
— dans le jargon des voleurs. 
~ Médire, se moquer de, — 
dans l'argot du peuple. 

Sucre (Manger du). Etre sa- 
tisfait d'un éloge. — Etre ap- 
plaudi, — dans le jargon des 
comédiens. On dit plus fréquem- 
ment aujourd'hui : Boire du lait. 

Sucre à cochon. Sel. 

Sucrer. Maltraiter; gagner 
quelqu'un au jeu et se moquer 
de lui, — dans le jargon des 
grecs. 

Suée. Correction manuelle. 

Suer une (En). Faire une 
valse, un quadrille, — dans le 
jargon des voyous. — « Ohé! 
Titine! viens-tu en suer uue? » 



DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE. 



355 



(V*« Richard, Les Femmes des 
autres.) 

Suer (Faire). Faire donner de 
l'argent, — dans le jargon des 
voleurs. 

Suer (Faire). Ennuyer forte- 
ment. — Faire pitié, en terme 
de mépris. Mot à mot : c'est 
donner chaud à quelqu'un à 
force de débiter des platitudes. 

Suei' Thémis (Faire). Eviter 
de tomber sous le coup de la 
loi, marcher sur les marges du 
Code. Dans le monde des vo- 
leurs, il existe des praticiens ou 
plutôt des pratique s y qui n'exer- 
cent pas d'autre métier. Ils vi- 
vent des conseils qu'ils donnent 
pour faire éviter les rigueurs de 
la loi. 

Suer les cordes (Faire). Jouer 
d'un instrument à cordes. — 
1 Faire suer les cuivres, jouer d'un 
i instrument de musique en cui- 
vre, — dans le jargon des mu- 
siciens. Pour préciser, ils di- 
sent : faire suer le violon, faire 
suer le violoncelle. 

Suer le lustre (Faire). Dé- 
plaire au public, — dans le jar- 
gon du théâtre. C'est-à-dire : 
jouer si mal qu'on fait suer les 
chevaliers du lustre, les cla- 
queurs. — « Quand Valcourt 
joue ici, il fait ordinairement 
suer le lustre. » {Musée Philipon, 
Théâtre de Bourg-en-Bresse.) 

Suffisance (Avoir sa). Avoir 
bu autant qu'on peut noire. — 
« Je crois qu'il a sa suffisance. » 
{Ces dames du Casino, 1862.) 

Suif. Forte réprimande. 

Suiffard. Riche. 

Suif fard. Tricheur, grec. — 



Les suiffards se mettent au vert 
pour charrier des types. 

Suifferie. Tripot. — « Ce qu'on 
sait moins, ce sont les noms des 
cercles dont la spécialité est de 
donner à jouer et de prendre 
pour la cagnotte. Savourez l'é- 
légance de ces noms : La Sui- 
ferie, Gredins'club, les Bonnets 
verts, les Papas « neuf », les 
Frères séquenciers,Chenapan club, 
les Souliers percés. » {Figaro, du 
6nov. 1878.) 

Supitre. Tramway. Par alté- 
ration pour pupitre, et par al- 
lusion aux sièges des cochers de 
tramways qui ressemblent assez 
à des pupitres. (Jargon des 
voyous.) 

Suisse (Faire). — « Ce mot, à 
la caserne, équivaut à une injure 
indélébile. — Faire suisse, c'est 
vivre seul, mesquinement, sans 
relations amicales et sans ap- 
pui ; c'est entasser son prêt, lé- 
siner, thésauriser, s'imposer des 
privations volontaires ou dé- 
penser sournoisement son ar- 
gent loin des autres. » (A. Ca- 
mus.) 

Suissesse. Absinthe coupée 
avec de l'anisette ou de la 
gomme. 

Suivez-moi, jeune homme. 

Longs rubans tlottants, brides 
de soie ou de velours, cfue les 
femmes portaient en 1869-72, 
derrière la tête ou fixés au col 
de leurs pardessus. — « Nous 
avons gardé nos suivez-moi jeune 
homme. » (Grévin.) 

« Ces longues brides, que l'on nomme 
» Aussi des suivez-moi, jeune homme. » 
(A. Pommier, Paris 1867.) 

Suivre le soleil. Aller travail- 
ler à^la journée chez les parti* 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



356 

culiers, — dans l'argot des tail- 
leurs. (A. Delvau.) 

Sur le gril (Etre). Griller 
d'impatience ; cuire dans le jus 
de l'anxiété. — Le condamné 
qui attend le verdict du jury est 
sur le gril. 

Surbine. Surveillance de la 
haute police. 

Sûreté (La). La police de sû- 
reté. 

Surfine. Sœur de charité. 

Surgebé (Etre). Etre condam- 
né en dernier ressort. 

Surgebement. Rejet du pour- 
voi d'un condamné. 

Surin. Couteau, — Suriner, 
tuer à coups de couteau. — Su- 
rineur, assassin qui travaille au 
couteau. Ce sont des dérivés de 
suer, suage. 

Surse (Faire la).— -« Quand on 
s'amuse (au magasin), un des 
commis fait la surse. Faire la 
surse, c'est faire sentinelle. La 
sentinelle veille et observe, et 
dès que le patron apparaît, un 
cri de convention, qui ne peut 
éveiller aucune défiance, reten- 
tit dans le magasin et se répète 
d'un rayon à l'autre. Comme 
par exemple 8.50! ou 9.50! » 
{Commis et demoiselles de maga- 
sin, 1868.) Longtemps le mot 
d'ordre fut sur seize! L'hiver 
dernier, aux magasins du Prin- 
temps, c'était : « Voyez gants 
Suède n° 1 », ou « voyez Suède 

I ». — Nous laissons à de plus sa- 
vants que nous le soin d'éclair- 
cir l'étymologie et d'affirmer .si 
le surse de MM. les calicots vient 
du latin sursum. Pourquoi pas? 

II doit y avoir de bons latinistes 
parmi ces gentlemen. Il y a 



bien un ancien prix d'honneur 
de rhétorique actuelJement co- 
cher de fiacre, et un docteur 
ès-Jettres, chiffonnier. 

Sultan (Le). Le public, — 
dans le jargon des sociétaires 
de la Comédie-Française, fidè- 
les gardiens du beau langage, 
de la tradition et des belles ma- 
nières. 

Sylphider (Se]. Se sauver, — 
dans le jargon au peuple. 

Symbole. Tête; chapeau. 

Symbole. Crédit, compte ou- 
vert chez un marchand de vin, 
un restaurateur, — dans le jar- 
gon des typographes. — Sym- 
bole fait ici allusion au symbole 
des apôtres, au Credo, et credo 
est une forme argotique de 
crédit. Ce jeu de mots n'est pas 
au-dessous des connaissances de 
beaucoup de typographes. — 
Avoir, demander symbole. 

Symphoneries. Bêtises, — 
dans le jargon du peuple. — 
Lâcher des symphoneries, dire 
des bêtises. 

Synagogue (C'est). C'est sy- 
nonyme, — dans le jargon des 
farceurs. 

Système. Un mot fort en cré- 
dit chez les ouvriers qui le met- 
tent devant un autre avec le 
sens de : daîis le goût de, comme 
chez, semblât le à. — Système Jar- 
dinière, habillement complet. 
— Système Finaud, chapeau 
haute forme. — Système ballon, 
grossesse etc., etc. Le champ 
est vaste, aussi est-il très ex- 
ploité. 

Système (Se faire sauter le). 
Se brûler la cervelle. 



DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE 

i-ystéme (Rompre le). Aga- 
cer, porter sur le système ner- 
veux. 



357 



Système (S'en faire péter le). 
Faire, entreprendre une chose 
au-dessus de ses forces. 



Tabac (Manufacture de). Ga- 

.serne. 

Tabac à trois sous labrouette. 

Tahac de cantine, — dans le 
jargon des soldats. 

Tabac (Passage à). Voies de 
faits auxquelles se livraient, en- 
core au commencement de 1879, 
les agents de police envers cer- 
tains prisonniers. 

Tabac (Passer au). Maltraiter, 
brutaliser, bourrer de coups, — 
dans le jargon de la police. 
— « Quand je suis arrivé au ser- 
vice de sûreté, j'ai demandé aux 
anciens la cause des cris que 
poussaient des prisonniers, et 
ils m'ont répondu : Ce sont des 
individus qu'on ligote fortement 
en leur demandant s'ils veulent 
casser du sucre. On appelle cela 
passer au tabac. » {La Lanterne^ 
compte-rendu du procès de la 
Lanterne, déposition de M. Cou- 
sin, inspect. de police, 23 janv. 
1879.)— « M. Tard, inspecteur de 
police, déclare qu'en décembre 
1876, il a vu amener un jeune 
homme de dix-huit à vingt ans 
qui refusait de donner son nom ; 
on lui a lié les mains si forte- 
ment que le sang a coulé, et 
comme il persistait à garder le 
silence, on l'a menacé ae chauf- 
fer une barre de ter et de la lui 
passer sous la plante des pieds. » 
{IderUf idem.) 



Tabac (Donner du, Coller du). 
Battre-. — Réprimander forte- 
ment. 

Tabatière (Ouvrir la). Sacri- 
fier à crepitus ventris. 

Tabernacle. Derrière, — dans 
le jargon des voyous. — Je te vas 
défoncer le tabernacle. — Ouvrir 
le tabernacle, sacrifier à crepitus. 

Table (Faire le tour de la). 

En style de gastronome, c'est 
manger de tous les plats qui 
sont servis dans un dmer. 

Table (Se mettre à). Dénon-; 
cer un complice. 

Tablette. Brique. 

Tablier de cuir. Cabriolet. 

Tablier blanc. Bonne d'en- 
fants. La dame aux Camélias 
du troupier. 

Tafe, Taffe, Taftaf, Taftas. 

Peur ; fuite. — « Le taf est cette 
impression étrange qu'éprouve 
le lièvre devant le chasseur, le 
soldat au premier coup de ca- 
non, et l'acteur au moment d'en- 
trer en scène... Un soir qu'Harel 
le voyait (Frederick Lemaître) 
vider une bouteille dans la cou- 
lisse : — Que diable faites-vous? 
lui demanda-t-il? — Je noie le 
taf, répondit Frederick. » (Pa- 
ris-Comédien.) Un exemple de ce 
mot a été relevé par M. Fr. Mi- 
chel duos les biyarrures et tou- 



358 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



ches du seigneur des Accords , 
1808. — A la Cour des Miracles 
(xii* siècle), on appelait thafurs, 
les vagabonds. Les vagabonds 
n'ont jamais précisément brillé 
parle courage. Pourquoi thafur 
n'aurait-il pas fait taf, peur, et 
taffeur, poltron? 

Taffer. Avoir peur. — TaffeuVy 
tafeuse, poltron, poltronne. 

Taffouilleux. — « Chiffonnier 
de la Seine, écumant ses bords, 
ramassant les épaves et volant 
au besoin. » (F. du Boisgobey.j 
Ce sont les anciens ravageurs 
d'E. Sue. Mot à mot : qui fouil- 
lent dans les tas. 

Taillage. Désertion mo- 
mentanée de l'atelier, fugue 
d'un jour ou deux, — dans le 
jargon des apprentis. — Mot 
emprunté aux collégiens. 

Taille. Terme de maisons de 
jeu. — « Mais comme il (le crou- 
pier) ne peut tenir tout ce pa- 
quet de jeux à la main, il le 
taille ensuite avec de petits car- 
tons en parties à peu près éga- 
les, prenant successivement, en- 
suite, dans le cours du jeu, les 
paquets partiels séparés par ces 
cartons. » [Les Joueuses^ 1868.) 

Tailler. Tenir la banque au 
baccarat. — « Avoir une veine 
pareille et ne pas tailler! » 
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) — 
Bien tailler, gagner à la banque ; 
mal tailler f y perdre, mal con- 
naître le jeu. 

Tailler une basane. Exécuter 
le geste familier aux voyous, 
geste qui consiste à s'adminis- 
trer une claque sur la cuisse et 
à relever vivement jusqu'au bas 
ventre la main, paume ouverte, 
les quatre derniers doigts bat- 



tant l'air. L'expression appar- 
tient aux soldats de cavalerie 
qui ne craignent pas d'exécuter 
ce geste sur la basane de leur 
culotte. 

Tailler une croupière. Sur- 
passer, distancer moralement 
ou physiquement, — dans le 
jargon des soldats de cavalerie. 

Tailler l'école, le collège. 

Faire l'école buissonnière; aller 
galopiner, aller jouer aux billes 
au lieu d'aller en classe. 

Tailleuse de plumes. Fille 
qui boit de l'eau-de-vie à même 
la bouteille. 

Tal. Derrière. — Tapeuse du 
tal, fille publique qui en re- 
montrerait à la femme de Loth. 

— Taper dans le tal, faire rétro- 
grader Efos. 

Talbin. Huissier, — dans le 
jargon des voleurs. 

Talbin, Tailbin. Billet à or- 
dre, — dans le même jargon. 

— Talbin de la carre, billet de 
banque. — Talbin d'encarade, bil- 
let de théâtre; mot à mot : bil- 
let d'entrée. — Talbin de la sèche, 
billet mortuaire. 

Talons courts (Avoir les). Se 
dit d'une femme que le moindre 
souflle de l'amour renverse dans 
la position horizontale. 

Tambouille. Ragoût de mé- 
nage; cuisine sans prétention. 

Tambour. Brigadier-fourrier, 

— dans l'argot des dragons. 

Tambour. Chien. — Battre du 
tambour, aboyer. 

Tampon (Coup de). Coup de 
poing. 

Tamponner. Donner un coup 
de poing. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



359 



Tam-tam. Vacarme; dispute. 
Faire du tam-îam. 

Tangente. Epée, — dans l'ar- 
got des polytechniciens. 

Tanner. Ennuyer par des re- 
dites. — Tanner le cm>, battre. 

Tante. Etre hybride que Bal- 
zac a nommé le troisième sexe, 
et Vidocq la femme des prisons 
d'hommes. — Toutes les tantes 
ne sont pas des assassins, mais 
tous les assassins sont des tantes. 

« Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde, 

[chaque soir, 

• En tous lieux où le gaz épargne un peu 

[de noir, 

« Et ça répond au nom de : La Belle 

[Gug liste. » 

(J. Dementhe,) 

Tante (Ma). Nom donné, plus 
particulièrement, par les étu- 
diants et les commis, au Monl- 
de-Piété. Comme l'argent qu'ils 
retirent d'un gage est presque 
toujours destiné A une partie de 
plaisir, c'est ma tante, la femme 
à mon oncle, qui est censée l'a- 
voir fourni. Les ouvriers qui ne 
s'adressent à cet étabhssement 
que pour pouvoir subvenir aux 
besoins les plus impérieux, lui 
ont donné le sombre nom de 
« clou ». 

Tapage. Séduction exercée sur 
une femme. Est d'un degré plus 
relevé que le levage, en ce sens 
que la femme iapée songe moins 
àses intérêts qu'au plaisir qu'elle 
aura. 

I Tapage. Emprunt.— FoH^apa- 
ge, emprunt d'une forte somme. 

Tape-à-l'œil. Chapeau mou, — 
dans le jargon du peuple. — 
« Ils avaient des tape-à-l'œil 
flambant neufs, des pantalons à 
raies avec des pièces entre les 



cuisses. » {Huysmans, Les Sœurs 
Vatard.) 

Tapé. L'expression si popu- 
laire de « c'est tapé », pour « c'est 
réussi », nous la trouvons déjà 
en 1823 dans le Voyage à Sainte- 
Pélagie, d'Emile Debraux. — «En 
voilà un (un vers) : il m'a don- 
né bien du mal, c'est vrai; mais 
aussi comme c'est tapé! » — 
( Jup ter avait une honnêteté, 
Mars était tapé, n (Zola, Nana). - 
TJn travail tapé, un discours tapé. 

Tapé à l'as. Tout ce qu'il va» 
de plus soigné. — « Je vais vous 
fricoter un dîner, là... tapé à 
l'as. » (A :^ uvier, Auguste Ma- 
nette.) 

Tapée. Foule. Une tapée, un 
tas. — Nous avons boul.tté une 
jolie tapée de moules. 

Taper. Séduire à première 
vue une femme. — Elle est tapée, 
elle en tient. C'est une abrévia- 
tion de taper dans Vœily mais 
applicable seulement a une 
femme. 

Taper dans l'œil. Fascinr, 
produire une vive impression. 
— Cette femme m'a tapé dans 
Vœil. 

Taper. Etourdir, porter au 
cerveau. — Le vin tape sur la 
coloquinte. 

Taper. Emprunter. Pour cer- 
taines gens, an^ demande d'ar- 
gent à laquelle ils ne peuvent 
se soustraire équivaut à un coup 
qui les frappe... d'épouvante; 
de là taper. — « Il songea un 
instant à taper Théophile, mai« 
il était déjà son débiteur de dix 
louis. » (Vast-Ricouard, Le Tri- 

j pot.) 

\ Taper (S'en). Boire énorme- 



360 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



ment. — «Allons-nous nous en ta- 
per!... Je vous donnerai l'exem- 
ple. )) (Scribe, VHonnem- de ma 
fille, 1836.) 

Taper de l'œil. Dormir. 

Taper sur les vivres, sur la 
bitture. Manger avec voracité. 

— Taper sur la boisson, boire 
avec avidité. 

Taper dans le tas. Prendre 
au hasard. — Frapper au ha- 
sard. 

Taper sur le ventre, sur la 
baraque (Se). Sacrifier au jeune 
Onan. 

Taper dans le mille. Réussir. 

— Donner du pied au derrière. 
— Bing ! enplein dans le mille. Al- 
lusion au jeu de Siam, au tir à 
la cible. 

Tapeur, tapeuse. Emprun- 
teur, emprunteuse de profession. 
Il y a des gens qui n'ont pas 
d'autre moyen d'existence. Long- 
temps le passage Jouffroy et la 
partie du boulevard comprise 
entre les rues du faubourg Mont- 
martre et Drouot ont été de 
préférence fréquentés par les 
tapeurs. {V. les Soupeurs de mon 
temps, par Roger de Beauvoir, 
Portrait du marquis de Saint- 
Cricq.) 

Tapette. Faux poinçon ser- 
vant à marquer les objets d'or 
et d'argent. (Fr. Michel.) 

Tapette. Bavard. — Jeune 
tante. De quatorze à vingt ans 
c'est une tapette, de vingt à... 
c'est une tante. 

Tapin, Tape-à-mort. Tam- 
bour. 

Tapis. Auberge, cabaret. — 
Tapis vert, table de jeu. — Ta- 
pis de grives, cantine militaire. 



— Tapis de dégelés, la Morgue. 

— Tapis de refaite, table d'hôte. 

— Tapis bleu, le ciel. 

Tapis, tapis d'endossé. Châle, 

— dans le jargon des voleurs; 
mot à mot : tapis pour le dos. 

Tapis brûle (Le). Terme des 
joueurs lorsqu'ils ont hâte de 
commencer une partie. 

Tapis (Etre au). Ne plus avoir 
le sou pour jouer, regarder les 
autres jouer, •— dans l'argot des 
vieux joueurs. — «Quand nous 
voyons un homme au-dessous 
de toutes affaires, nous le disons 
estre réduit au tapis, manière de 
parler que nous empruntons aux 
joueurs. » (Pasquier, Recherches, 
liv.VIII, ch. 47.)— «L'on en voit 
qui, de pauvres qu'ils ont esté, 
ou par procès, voyages ou guer- 
res, sont au tapis. » (Brantôme, 
Vie des dames galantes.) 

Tapisserie. Figurante du 
grand monde. — Femme que 
l'on invite pour faire nombre, 
femme que l'on n'invite jamais 
à danser. — Faire tapisserie. 

Tapissier, Orgue tapissier. 

Aubergiste, cabaretier, logeur. 

— Tapissière, cabaretière, lo- 
geuse en garni. 

Tapoteur, tapoteuse de piano. 

Joueur, joueuse de piano qui 
martyrise et l'instrument et 
l'auditoire, 

Tapotoir. Piano, — dans 
le jargon des soupeuses. — 
<t Garçon, donnez-nous le cabinet 
du tapotoir. » {Ces dames du 
Casino, 4862.) 

Taqueté. Terme chorégra- 
phique. — « C'est la vivacité, la 
rapidité^ Cô sont les petits temps 



DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 



aei 



sur les pointes : c'est Essier. » 
(Ch. de Boigne.) 

Tarauder (Se). Se disputer. 

Taroque. Marque du linge. 

Taroquer. Marquer du linge. 

Tarre. Pour tire. -- Vol à la 
tarro. (L. Larchey.) 

Tartare. Garçon de salle char- 
gé d'empcchcr de sortir, entre 
deux classes, les élèves externes 
qu'une pension envoie au col- 
lège. 

Tartare. Second ouvrier tail- 
leur, ouvrier qui aide le bœuf. 

Tarte, Tartelette. Mauvais, 
faux, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Tartine. Long couplet de 
prose ou de vers, — dans le jar- 
gon des comédiens. — Long, 
filandreux et soporifique article 
politique, — dans le jargon des 
journalistes. Allusion à la lon- 
gue tranche de pain enduite de 
confiture. 

Tartiner. Ecrire un long ar- 
ticle pour ne rien dire. 

Tartines. Vieux souliers. 

Tartinier. Rédacteur qui fait 
la tartine dans un journal. 

Tartir. Aller à la selle. 
Tas. Personne sans énergie. 
Tas de pierres. Prison. 
Tas (Faire un). Aller copieu- 
sement à la selle. 

Tas (Prendre sur le). Prendre 
en flagrant délit de vol. 

Tasse. Verre de vin, ~ dans 
le jargon des typographes. — Le 
temi[)S d'aller boire une tasse. 

Tasse. Pot- de- chambre, — 



dans le jargon du peuple. — 
« Passez-ieur-z'y une tasse! » 
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.) 

Tasse (la grande). La mer. -- 
Boire, à la grande tasse ^ faire 
naufrage, se noyer. 

Tasseau, Tube. Nez, ~ dans 

le jargon des voyous. — Se 
sécher le tasseau, se vider le tuhe, 
se moucher. — Se piquer le 
tasseau, se coiffer le tube, se 
soLiler. 

Tâte-minette. Sage -femme. 

(L. Larchey.) 

Tâtez-y. Petit bijou en forme 
de cœur que les jeunes personnes 
portent sur la poitrine, à la 



naissance de la gorge. 

Tatouille. Grêle de coups. 

Taudion. Pour taudis; mé- 
chante petite chambre, sale ca- 
binet meublé. — « J'ai tout mis 
au c/oif pour becqueter et payer le 
taudion où nous couchons moi 
et Jenny. » (Encore une industrie 
inconnue.) — « Puis il l'appela et 
la fit monter dans sa chambre, 
un taudion formé de lattis et 
plâtre. » (Huysmans, Marthe.) 

Taule, Toile, ToUart. Bour- 
reau, — dans l'ancien argot. — 
C/«rtr/o^,''sous la Révolution. — 
Bêquillard, après la Révolution. 
— Le Mecque de la camarde^ de 
nos jours. 

Tauper. Travailler. 

Taupe. Maîtresse d'un soule- 



I neur. Terme méprisant à 
! dresse d'une femme. 



l'a- 



Taupage. 

chel.) 



Egoïsme. (Fr. Mi- 



Taupin. Elève du cours des 
mathématiques spéciales. Les 
taupins se divisent en trois 

21 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



302 

classes : le Bizut, élève de pre- 
mière année; le Carré, élève de 
deuxième année, et le Cube, 
élève de troisiènne année. Le 
Carré passe pour être quatre 
fois plus abruti que le Bizut et 
le Cube neuf fois plus, — dans 
le jargon des élèves de mathé- 
matiques spéciales. 

Taupin. Nom donné à l'ar- 
tilleur, — dans le jargon du ré- 
giment. Allusion à la taupe qui 
passe pour avoir la vue basse. 
Nombre d'officiers d'artillerie 
sont dans ce cas et portent lu- 
nettes. M. L, Larchey donne 
encore ce nom de taupin au 
soldat du génie. 

Taupinière. Cours de mathé- 
matiques spéciales, — cours 
préparatoire pour l'admission 
à l'École Polytechnique. 

Te deum raboteux. Scène de 
ménage avec accompagnement 
decoupsde poing. — Faire chan- 
ter un te deum raboteux à la bour- 
geoise, battre sa femme jusqu'à 
ce qu'elle crie. 

Teigne. Méchant, taquin et, 
vulgairement, méchante teigne. 

Teinturier. Manœuvre de let- 
tres, chargé de corriger, de 
faire même l'œuvre d'un autre 
et qu'un autre signera. Voltaire 
a été le teinturier de Frédéric 
le Grand. — « Une espèce de 
petit-collet, teinturier, chargé 
de soumettre le génie de ma- 
dame aux règles delà syntaxe. » 
(Jouy, Guillaume le franc-par- 
teur.) 

Télégraphe sous-marin. Lan- 
gage des pieds en omnibus, au 
théâtre, à table. 

Tempérament (A). Payement 
I)ar fraction de moi.^ en mois. — 



Acheter à tempérament, acheter 
avec la faculté de payer tant 
par mois. Ce genre d'opération 
esttrès usité entre filles galantes 
et marchandes à la toilette. Ces 
dames, qui ont le petit mot 
pour rire, appellent encore ce 
mode de payement : « A tant 
par amant ». — « Elle leur 
avance les sommes nécessaires, 
qu'elles remboursent à tempé- 
rament. » (F. d'Urville, Les Or- 
dures de Paris,) 

Temple. Vêtement d'occasion 
c'est-à-dire acheté au Temple, 

Tenante. Chopine ; et parti- 
culièrement, chopine d' eau-de- 
vie. 

Tenir (En). Etre amoureux. 
— Je crois qu'elle en tient pour 
lui. — Etre trompépar sa femme. 
Mot à mot : tenir des cornes. — 
Et vous dites que sa femme t'au- 
rait.. . Il y a beau jour qu'il 
en tient. 

Tenir la chandelle. Manger 
son pain sec au fumet du bon- 
heur d'un couple. Variante : 
Marquer les points. 

Ternaux. Cachemire qui n'a 
rien à voir avec son frère des 
Indes. Châle français ; le rêve 
des portières, la cauchemar des 
élégantes. 

Terreau. Tabac à priser. 

Terre-Neuve (Banc de). Par- 
tie du boulevard comprise entre 
la Porte Saint-Denis et la Ma- 
deleine, — dans le jargon des 
souteneurs. — « Lcsmacs disent 
par abréviation: Aller au banc; 
c'est aller à la recherche d'une 
femme. Le soir il viendra voir 
ledéfilédubancde Terre-Neuve; 
il trouvera là son affaire dans 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



363 



les prix doux. » (Le Sublime.) 
Le poisson s'est fait pêcheur. 11 
va à Terre-Neuve pêcher une 
morue. — « Les mœurs des ma- 
quereaux sont assez connues 
pour qu'il ne soit pas besoin de 
vous apprendre qu'ils fraient 
de préférence avec les morues. » 
[Tam-Tam du 6 juin 1880.) 

Terrer. Guillotiner. 

Terreur (La). C'est le surnom 
que donnent au plus fort d'entre 
eux les souteneurs d'un même 
quartier. Il j a la Terreur de 
Montrouge. et la Terreur de Vin- 
cennes, Za Terreur de Belleville 
et la Terreur de Grenoble, etc.. 

Tesière. Toi. Et les variantes: 

Tésigo, tésigue, tésingard. 

Tesson. Tête. — Mauvaise tête. 
Faire son tesson^ n'en faire qu'à 
sa tête. 

Têtard. Têtu, entêté. 

Tétasses. Seins de la Vénus 
Hottentote; grands pendards, 
selon l'expression de Voltaire. 

Tête carrée. Allemand. 

Tète de Turc. Dynamomètre 
vivant, soutire-douJeur, mys- 
tifié, bouc émissaire. 

Tête de buis. Crâne dénudé. 

Tête à corvées. Imbécile, 
tête d'idiot, — dans le jargon 
du régiment. 

Tête deveau. Individu chauve. 
— Figure pâle et grasse ; et, en- 
core, tête de veau lavée, par allu- 
sion aux tètes de veau trem- 
pant dans les baquets des bou- 
chers. 

Tête qui dépasse les cheveux 

(Avoir la). Etre chauve. 

Tète (Faire sa). Faire des 



embarras; prendre des airs im- 
portants. — « Ça veut faire sa 
tête et ça ne sait pas seulement 
lire. » (V. Rozier, Les Bals pu- 
blics à Paris.) 

Tête (Se faire une). Se gri- 
mer; prendre la physionomie 
particuhère au personnage que 
l'acteur représente. Les mou- 
chards et les comédiens habiles 
excellent dans l'art de se faire 
une tête. 

Téter. Boire. — Donnez-y 
donc à téter à ce soûlot et qu'il 
ne gueule plus ! 

Téton de satin blanc tout 
neuf. Sein de jeune fille. L'ex- 
pression est de Marot. Elle esten- 
core usitée de nos jours. — «Des 
nichons lui étaient venus, une 
paire de nichons de satin blanc 
tout neufs. » (E. Zola, L'Assom- 
moir.) 

Tétonnière. Femme aux puis- 
santes mamelles. Femme digne 
de jouer les Junons à la ville, au 
théâtre et aux champs. 

Têtue, Tiquante. Epingle. 

Théorie dans les coins (Savoir 

sa). Savoir parfaitement sathéo- 
rie, — dans le jargon des sol- 
dats. 

Thomain. Rôle effacé, bout 
de rôle, — dans le jargon des 
comédiens 

Thomas. Pot-de-chambre 
haute forme. Allusion au verset 
de l'hymne de Pâques : Vide 
Thomas, videpedes, vide manus. 
— La mère Thomas, la veuve 
Thomas, chaise percée. — Avoir 
avalé Thomas, avoir l'haleine 
fétide. 

Thune. Pièce. — Thune de 
cinq balles f pièce de cinq francs. 



364 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



— Thune de camclotte, pièce 
d'étoffe. 

Tiche. Profit, — dans le jar- 
gon des commis de la nouveauté. 

Ticquage. Mouvement de haut 
en bas exécuté avec la main qui 
lient les cartes et aussitôt répri- 
mé. — Le ticquage indique aux 
j autres joueurs que celui qui l'a 
fait a pris le point sept au bac- 
carat pour le point de huit. 

Ticquer, Ticker. Faire le mou- 
vement, aussitôt réprimé, d'a- 
battre ses cartes, — dans le 
jargon des joueurs. — « Une 
émotion violente leur contrac- 
tait le cœur, lorsque, tickant par 
distraction, il faisait le geste 
d'abattre. » (Vast-Ricouard, Le 
Tripot.) 

Tierce. Agents de police en 
nombre, — dans le jargon des 
voleurs. — Caletons, il y a de la 
tierce, sauvons-nous, il y a beau- 
coup d'agents de police. 

Tierce Maj or . Tierce maj eure, 
au jeu de piquet. 

Tigne, Tine. Rassemblement, 
foule, — dans le jargon des 
voleurs. 

Tigner d'esbrouffe. Voler à 
la faveur d'un rassemblement. 

Tigre. Elève de la danse à 
rOpéra, qui a eu la chance 
d'être remarquée sous plus d'un 
rapport. Le tigre est la seconde 
incarnation du m^; c'est un rat 
qui a fait son chemin. 

Tigre. Urinoir des étages dans 
les casernes. — Pourquoi tigre? 
Est-ce parce que ce récipient est 
altéré... d'urine comme le tigre 
est altéré de san^; ou encore 
parce que les parois en sont ta- 
cbctéus i' 



Tigre à cinq griffes. Pièce de ^ 
cinq francs. — « Quand le café 
était pris, un de la bande se 
détachait pour aller à la chasse 
du tigre à cinq griffes. » [Paris- 
Bohême, 1854.) 

Timbale (Décrocher la). Sur- 
passer, remporter un avantage 
sur ses rivaux, sur ses concur- 
rents. — « Celui qui a décroché 
la timbale lyonnaise ne vaut 
pas mieux comme opinion que 
l'ex-pensionnairede Clairvaux.» 
[Le Triboulet, du 13 juin 1880.) | 

Timbre (Salle du). Salle voi- ^' 
sine de la cuisine où la viande 
et le poisson reposent sur des 
dalles maintenues fraîches par 
de la glace. — « Dans les grands 
établissements, le timbre con- 
somme en moyenne trois cents 
livres de glace par jour. » (Eug. 
Chavette, Restaurateurs et res- 
taurés, 1867.) 

Tinelte. Bouche, — dans le 
jargon des voyous. — Couvre ta 
tinette, mets un liège à ta tinette^ 
tais-toi. 

Tinette. Botte. (L. Larchey.) 

Tinteur. Jeune tante, — dans 
l'ancien argot. 

Tique (Soûl comme une). Soûl 
à ne plus pouvoir bouger. — 
«Ils étaient déjà soûls comme des 
tiques. » (E. Zola.) Allusion à 
la tique, petit insecte qui s'at- 
tache aux oreilles des chiens, 
des bœufs et qui se soûle de 
sang. 

Tirage. Difficulté. — « Il y 
aura du tirage. » (E. Augier, 
les Fourchambaultf 1878.) 

Tirage. Action de tirer une 
carte, terme de joueurs de bac- 
carat. — « Le tirage à cinq est 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



365 



un des points les plus contro- 
versés de baccarat. » (Vast-Ri- 
couard, Le Tripot.) — U7i beau 
tirage, prendre une carte qui 
constitue un beau point. 

Tiraillon. Apprenti voleur à 
la tire. — « Vêtus très mesquine- 
ment, souvent même en blouse, 
ils se bornent à fouiller les po- 
ches des habits et des paletots, 
et exploitent ordinairement les 
curieux qu'un événement for- 
tuit rassemble dans les rues ou 
qui forment cercle autour des 
chanteurs ou des saltimban- 
ques. » (Mémoires de Canler, 
1862.) 

Tirante. Jarretière. — Cor- 
don de sonnette. 

Tirants. Bas. — Tirants de 
triînilets, bas de fil. — Tirants 
de fllsange, bas de filoselle. — 
Tirants doux, tirants radoucis, 
bas de soie. 

Tire. Vol exécuté dans la 
poche des autres. 

Tire (Ça se). Cela tire à sa 
fin, — dans le jargon des trou- 
piers. 

Tire à la chicane. Vol prati- 
qué en aifectant une pose na- 
poléonienne, les mains derrière 
le dos. — Vol commis en tour- 
nant le dos à celui dont on al- 
lège les poches. C'est le summum 
de l'art du vol à la tire. 

Tire-bogue. Filou qui a un 
faible pour les montres. 

Tire -fiacre. Viande aussi co- 
riace que de la viande de 
cheval. i 

Tire-gosse, Tire-môme. Sage- 
femme. 

Tire-jus. Mouchoir, — Tire- 
juter, se moucher. 



Tirelire. Derrière. — « S'il a 
envie de se faire coller un atout 
dans la tirelire. )> {Tam-Tam du 
6 juin 1880.) 

Tirelire. Gagne-pain des fiUes 
de joie. 

Tirer. Voler à la tire. 

Tirer. Avoir peu de temps à 
rester au régiment. Mot à mot : 
la fin du service mili- 



à la conscrip- 
le jargon du 



tirer à 
taire. 

Tirer. Tirer 
tion, — dans 
peuple. 

Tirer. Tirer une carte ou de- 
mander une carte au jeu de 
baccarat. 

Tirer. Subir une condamna- 
tion. — Combien que tu tires ? par 
abréviation pour : combien tires- 
tu de longes ? 

Tirer une râpée. Sacrifier à 
Vénus, — dans le jargon du 
régiment. 

Tirer à la ligne. Délayer un 
article de journal, l'allonger, 
non plus avec des alinéas et 
des blancs comme pour le chou- 
fliquage, mais avec des épithè- 
tes, des synonymes, des péri- 
phrases. 

Tirer une dent. Soutirer de 
l'argent sous un faux prétexte. 

Tirer le chausson. Décam- 
per. 

Tirer aux grenadiers. Forger 
une histoire pour emprunter de 
l'argent. 

Tirer au mur. Se passer de, 
se priver, — dans le jargon des 
soldats. (L. Larchey.) 

Tirer une coupe sur le grand 
fleuche. Aller à la Nouvelle- 



366 

Calédonie, - 
des voleurs. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



dans le jargon 



Tirer sa longe. Traîner la 
jambe. — Expression primiti- 
vement appliquée à la démarche 
des forçats libérés. 

Tirer au renard. Pour un 
cheval, c'est lever le nez en 
l'air, quand on le tient par la 
bride ou qu'il est attaché au râ- 
telier, — dans le jargon des 
soldats de cavalerie. — Tirer 
au vent, c'est quand le cheval 
portant son cavalier lève la 
tête. 11 n'y a pas moyen d'arrê- 
ter un cheval emballé qui tire 
au vent. 

Tirer au flanc. Manquer à sa 
parole, ne pas tenir ce qu'on a 
promis, — dans le jargon du 
régiment. 

Tirer ses guêtres, Se la tirer. 

Se sauver, partir. Variantes : 
Tirer sa coiipe^ se tirer des pattes. 

Tirer son plan. Subir un em- 
prisonnement. 

Tirer la ficelle. Sacrifier à 
Onan. 

Tirer la langue d'une aune. 
Etre très altéré. — Etre misé- 
rable. 

Tirer les pattes (Se). Bâiller 
en allongeant les bras au-des- 
sus de la tête. 

Tirer d'épaisseur (Se). Sortir 
d'un mauvais pas. 

Tirer une d'épaisseur (En). 
Mot à mot : tirer une énorme 
carotte. — En tirer une de lon- 
gueur ^ même signification. 

Tireur. Voleur à la tire. 

Tiretaine. Tireur de campa- 
gne. — Voleur à la tire qui fait 



un peu de villégiature. C'est 
dans les loires de village que le 
tiretaine fait de bonnes récol- 
tes. 

Tiroir. Suppression d'une ou 
de plusieurs cartes dans le but 
d'aider la chance. — «Le tiroir se 
pratique à tous les jeux, notam- 
ment au piquet, par l'enlève- 
ment des trois as. » (A. Cavaillé, 
Les Filouteries du jeu.) 

Tiroir de l'œil. Economies 

provenant de la gratte^ — dans 
le jargon des ouvriers et ou- 
vrières à façon. 

Tirou. Petit chemin, chemin 
de traverse, — dans le jargon 
des voleurs. 

Tirer des balladoires (Se).. Se 
sauver; c'est-à-dire : se tirer des 
jambes. Les balladoires, ce sont 
les jambes, qui servent à la 
ballade. 

Titi. Nom intime du gamin 
de Paris. 
Titi. Typographe. 

Titi. Volaille, — dans le jar- 
gon des chiffonniers. 

Toc (Du). Du cuivre, bijou 
en imitation. 

Toc, Toque, Tocasson. Laid, 
désagréable, qui a peu de va- 
leur. — Elle est rien toc cette 
gonzesse ! cette femme est très 
laide. 

Toc, Togue, Toque. Amusant, 
amusante. — Rusé, rusée. 

Tocasse. Méchant, méchante. 

Tocasserie. Méchanceté. 

Tocasson. Femme laide et 
vieille, ridiculement accoutrée. 
— Quel tocasson! 

Toile (Faire de la). Ne pas 



DIGTIONNAIRt: D ARGOT MODERNE. 



manger faute d'argent, — dans 
le jargon des tailleurs. 

Toilette (Faire la). Couper 
les cheveux à un condamné à 
mort pour faciliter la décolla- 
tion. 

Toilette (Faire sa). Vaquer 
aux soins de propreté tout in- 
times, — dans le jargon des 
bourgeoises qui ne craignent 
pas l'eau. 

Toiture. Chapeau d'homme. 

Tôle, taule. Maison. 

Tolède. Excellent, de qualité 
supérieure. Mot dont on a usé 
et abusé lors des beaux jours de 
l'école romantique; aussi dé- 
modé* que l'école elle-même. 
Tout était de Tolède, par allu- 
sion aux fameuses lames si ex- 
ploitées dans les drames du 
temps. — Parapluie de Tolédt', 
femme de Tolède, montre de To- 
lède. Le plus souvent enjoignait 
l'adjectif bon, bonne,pour mieux 
observer la couleur locale. 

Tombage. Emprunt fait au 
jeu et qu'on ne rendra jamais. 

Tombe dur (Ça). Il pleut à 
verse. 

Tomber. Séduire ; obtenir les 
faveurs d'une femme. — <* Pour 
lui faire la cour, pour arriver à 
la tomber, il faut, etc.. On tombe 
sans grand'peine une brune. « 
(Mémoires de Rigolboche.) 

Tomber. Vaincre morale- 
ment, terrasser moralement son 
contradicteur; terme que les 
journalistes ont emprunté à l'ar- 
got des luUeurs. 

Tomber. Retourner en pri- 
son. — Tombé malade, repris. 

Tomber. Aooaraître sur le 



367 

tapis vert, — dans l'argot des 
joueurs. — Quand un joueur 
dit : un louis qui tombe, il an- 
nonce qu'il fait un louis au jeu 
et qu'il va le mettre sur le ta- 
bleau. — « Vingt-cinq louis qui 
tombent! cria Servet en quit- 
tant le gérant, et en se précipi- 
tant à table. » (Vast-Ricouard, 
Le Tripot.) 

Tomber en litharge. Etre au 
secret, par corruption pour : 
tomber en léthargie. 

Tomber en figure. Faire une 
fâcheuse rencontre, se rencon- 
trer nez à nez avec un impor- 
tun, avec un créancier, avec 
une ancienne maîtresse. 

Tomber dans le bœuf. Etre 
réduit à la misère. 

Tomber sur le dos et se faire 
une bosse au ventre. Faire une 
chute amoureuse qui entraîne 
une grossesse. 

Tombeur. Séducteur. — « Le 
grand Lolo, dit le tombeur des 
belles, fouilla, du haut de son 
siège, les deux voyageuses d'un 
petit coup de fouet d'amitié. » 
(E. de Concourt.) 

Tombeur. Celui qui vit d'em- 
prunts au jeu. 

Tombeur. Critique impitoya- 
ble. Polémiste qui l'emporte 
sur son contradicteur. — « Cette 
fois le tombeur de M. Bûcheron 
a pleinement raison. » (E. de 
Girardin, la France du 23 août 
1877.) 

Tombeur. Mauvais acteur avec 
lequel la meilleure pièce court 
le risque de ne pas réussir. 

Tondeur d'œufs. Avare, tra- 
cassier. 



368 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Tondre. Prendre une carte à 
son adversaire, couper, — dans 
le jargon des joueurs. 

TonnQ^u. Acabit. — Etre d'un 
bon tonneau, être grotesque, ri- 
dicule. — Etre d'un fort tonneau, 
6lre fort bête. 

Tonneau diviseur. Fiacre, — 
dans le jargon des voyous. — 
Médcme, faul-y faire avancer 
vof tonneau diviseur ? 

Tonnerre de poche. Crepitus 
ventris. (ScaiTon.) 

Toper. S'accoster en se don- 
nant la main; — terme de com- 
pagnon du devoir. 

Toper. Mettre la main sur 
quelqu'un ou sur quelque chose, 

— dans le jargon du régimont. 
— Lapatromlleatopéunpochard. 

— Un pochard a topé mon mou- 
choir. C'est un mot emprunté à 
l'argot des compagnons du de- 
voir et auquel on a donné un 
sens plus général. 

Topiser. Reconnaître, regar- 
der avec attention, — dans le 
jargon des grecs. 

Topo. Remontrance de pro- 
fesseur à élève, — dans ie jar- 
gon des collégiens; du grec 
topos, lieu commun, discours 
banal. 

Topo. Topographie, par apo- 
cope. 

Topo. Etat-major. — Officier 
d'état-major. 

Toquade. Manie, caprice 
amoureux, amour passager. — 
Avoir des toquades, s'éprendre 
facilement de quelqu'un, avoir 
fortement envie de quelque 
chose. — Elle a des toquades pour 
le premier venu. 



Toquante, Tocante. Montre. 
Allusion au toc-toc du mouve- 
ment. 

Toqué. Maniaque, excentri- 
que. — « Et cependant Carna- 
valho n'était pas fou; il n'était 
que toqué, mais de quoi?» (R. de 
Beauvoir.) — Celui qui est toqué 
a, comme on dit, la tête près 
du bonnet, jadis toque, toquet; 
c'est-à-dire qu'il est extrava- 
gant, un peu fou. 

Toquer. Sonner. 

Toquer (Se). Se passionner 
pour. — « On a trouvé un mot 
très juste pour leurs amours, 
elles se toquent, elles ont des 
toquades. » (Jean Rousseay, Pa- 
ris dansant.) — « Je suis toqué 
de vous. » (Balzac.) 

Torche-cul. Imprimé sans 
valeur, journal méprisable, — 
dans l'argot du peuple. — 
Comptabilité, écritures d'un 
chef de train, — dans le jargon 
des employés du service actif 
des chemins de fer. 

Torcher. Tourner avec grâce 
et facilité un petit travail litté- 
raire; faire dans les mêmes 
conditions une oeuvre d'art sans 
importance. — « Monseletîquia 
si galamment torché le si joli 
sonnet à l'asperge. » (L. Veuil- 
lot.) 

Torcher. Donner des coups, 
battre; d'où l'expression se dou- 
bler un coup de torchon. 

Torcher le cul de (Se). Mé- 
priser profondément quelqu'un; 
ne faire nul cas d'une chose. 

Torchon. Sale fille publique. 
Le torchon est une fille publique 
placée dans l'échelle de la pros- 
titution bien au-dessous du 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



linge. — Cuisinière malpropre, 
souillon de cuisine. 

Torchon, Torchon littéraire. 

Jouriialméprisable,iournaldont 
on no partage pas l'opinion, — 
dans l'argot de la petite presse. 

Torchon (Coup de). Fusillade; 
coups de fusil, coups de sabre. 

— Se donner un coup de torchon, 
se battre en duel à l'arme blan- 
che, se battre contre l'ennemi, 

— dans le jargon des troupiers. 

Torchon brûle (Le). Ça va 
mal dans le ménage. 

Tord-boyaux. Eau-de-vie com- 
mune. 

« La riboteuse qui consomme' 
» Plus de spiritueux qu'un homme 
» Et lampe sans peur le rogomme, 
» Le sacré-chien, le tord-boyaux. » 
(A. Pommier, Paris.) 

Tordre le cou à un lapin, à 
une gibelotte. Manger du lapin. 

— Tordre le cou à une négresse, 
boire une bouteille de vin rouge. 

Tordu. Dupe des mieux ex- 
ploitées, — dans l'argot des 
grecs. C'est-à-dire pigeon au- 
quel on a tordu le cou. 

TorgnoUe. Soufflet. Chique- 
naude. — Allonger une torgnolle. 

Torse (Se velouter le). In- 
gurgiter un petit verre de li- 
queur. 

Tortillante. Vigne, — dans le 
jargon des voleurs. 

Tortillard. Fil de fer, — dans 
le jargon des voleurs. — Boi- 
teux, contrefait. 

Tortillé. Gauche, maladroit. 

— Espèce de tortillé. 

Tortiller. Déterminer une 
mort prompte. — Le poison 
tortille. — Etre tortillé, mourir 



369 
Etre tortillé 



en peu de temps. 
par le choléra. 

Tortiller. Faire des révéla- 
tions, — dans le jargon des vo- 
leurs. 

Tortiller. Manger, manger 
vite, — dans le jargon du peu- 
ple. — Comme tu tortilles! 

Tortiller des fesses. Scander 
sa démarche, se déhancher en 
marchant. — Il n'y a jms à tor- 
tiller des fesses, il ne faut pas 
faire tant de façons, il faut 
prendre un parti; on ajoute, 
pour donner plus de force à 
l'expression : il faut chier dur» 

Tortore. Repas. — Passer à 
la tortore, manger. 

Tortorer. Man'^er. — Torto- 
rer le pain à cacheter, commu- 
nier. 

Tortu. Vin, — dans l'ancien 
argot. Allusion au bois tordu 
de la vigne. 

Tortue. Femme, amante. 

Touche. Tournure; physiono- 
mie. — Avoir une bonne touche, 
avoir une bonne tournure. Fou- 
tue touche, mauvaise tournure. 

Touche (Sainte). La paye, le 
jour de la paye, — dans le jar- 
gon des ouvriers. Une sainte en 
grande vénération, parmi le 
peuple. 

Touches de piano. Dents lon- 
gues et larges. 

Touché (C'est). C'est bien 
fait, en parlant d'une œuvre 
d'art, — C'est bien dit, bien 
répliqué; c'est très bien. 

Toucher (Se). Pratiquer l'ona- 
nisme. Se dit principalement 
en parlant des enfants qui ont 
cette funeste habitude. 

21, 



370 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



Toncher à la marchandise. 

Palper la marchande... de plai- 
sir, — dans le jargon des sou- 
peuses. 

Touiller, Trouiller. Remuer 
avec une cuiller, le fond d'un 
poêlon. — Mêler les dominos, 
battre les cartes. 

Toulabre, Toulmuche. Tou- 
lon. 

Toupet (Se foutre dans le). 
Se mettre dans la tête, s'ima- 
giner. 

Toupet. Aplomb, impudence. 
— Toupet bœuf, aplomb énor- 
me. Toupet de commissaire, im- 
pudence. 

Toupie. Femme de mauvaise 
vie. — Elle tourne comme une 
toupie dans les bras de tous les 
hommes. 

Tour pointue. Préfecture de 
police; et la pointue, par abré- 
viation. — Aller faire un tour à 
la pointue, aller visiter la poin- 
tue, être enfermé au dépôt. 

Tour de cravate (Donner un) . 

Etrangler. 

Tour (Faire voir le). Trom- 
per, mentir avec succès. 

Tour de bête (Au) . Par rang 
d'ancienneté, — dans le jargon 
des troupiers. — (^11 passa capi- 
taine à l'ancienneté, à son tour 
de bête, comme il disait en re- 
chignant. )> (Ed. About, Trente 
et quarante.) 

Tourbe. Misère. — Etre rien 
dans la tourbe, être dans une mi- 
sère profonde. 

Tourier. — Terme de pâtis- 
sier. — « Le premier tourier pré- 
pare la pâte des gâteaux fins et 
leur donne la forme primitive. » 



(P. Vinçard, Les Ouvriers de 
Paris.) 

Tourloure,Tourlourou. Cons- 
crit. 

Tourmente. Colique, — dans 
le jargon des voleurs. 

Tournant. Jeu de baccarat où 
chaque joueur fait, à son tour, 
office de banquier. C'est la va- 
riante de chemin de fer. Variante 
particulièrement usitée dans les 
cercles. — Faire un tournant, un 
petit tournant. 

Tournante. Clé. 

Tourne-autour. Tonnelier. 

Tournée. Politesse à coups de 
canon sur le comptoir du mar- 
chand de vin. Chaque camarade 
offre, à son tour, à la société, 
la consommation; c'est ce qui 
constitue le tour ou tournée; 
puis la tournée recommence. 
D'autres fois elle se joue autour- 
niquet. Certaines tournées du 
lundi, inaugurées à neuf heures 
du matin, ne sont pas termi- 
nées à une heure. — Tournée du 
mastroquet, le moment où le 
mastroquet s'exécute à son tour. 

Tournée de vitriol. Tournée 
d'eau-de-vie. 

Tourner (Faire). Mystifier, se 

moquer. 

Tourner l'œil. Avoir envie de 

dormir. 

Tourner de l'œil. Mourir. 

Tourner le feuillet. Retour- 
ner aux fastes de Sodome. 
Tournevis. Chapeau à cornes. 

(L, Larchey.) 

Tourniquet. Chirurgien mili- 
taire. Il tourne autour des lits. 

Tourniquet. Moulin. 



Tourtouser. 

des cordes. 



DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 371 

Train. Derrière. — Coup de 
pied dans le train. 

Train (En). Sur la pente de 
l'ivresse. Mis en train par la 
gaieté bachique. 

Train (Du). Vite; cjst-à-dire 
bon train. 

Train-train, Tran-tran. Train 
de vie. — Aller son train-train^ 
faire petit à petit son chemi i 
dans le monde, faire un petit 
commerce à peu de frais et 
donnant peu de bénéfices, vi- 
voter. 

Train direct (Un). Un verre 
d'absinthe ; c'est-à-dire un train 
direct pour Charenton. On dit 
encore grande vitesse pour Cha- 
renton. (La petite vitesse sert à 
désigner l'absinthe panachée.) 
Le peuple n'ignore pas que 



Tourte. TtHe. — Ecrevisse 
dans la tourte, grain de folie, 
grande excentricité. Variantes : 
06ms dans la casemate, chauve- 
souris dans la mansarde. 

Tourte. Vieille femme ridi- 
cule. — Chapeau mal fait, gro- 
tesque, — dans le jargon des 
modistes. 

Tourtouse. Corde, corde ser- 
vant à garrotter un prisonnier. 

Attacher 



avec 



Tourtouserie. Corderie. — 
Tourtousier^ cordier. 



Touser. Aller à la selle par 
ordre. Autrefois, pendant le 
voyage de lu chaîne, les argou- 
sins intimaient à leurs pension- 
naires l'ordre de touser. 



Toussaint-Louverture. Dou- 
ble six dun jeu de dominos. 
Allusion à la couleur noire. 



Tousse (C'est que je). For- 
nmlc alTirmative, formule iro- 
nique. C'est-à-dire : j'ai raison, 
c'est ainsi, je m'entends bien. 

Tout Paris. Les douze 
quinze cents personnes en vue 
qu'on rencontre à toutes les so- 
lennités artistiques, dramati- 
ques, littéraires, politiques, fu- 
nèbres et judiciaires. C'est le 
Paris qui a la primeur de tous 
les amusements, la virginité 
de tous les spectacles, la tleur 
de toutes les émotions. 

Trac. Peur. — Flanquer le 
trac, faire peur. 

Tractis. Doux, — dans le jar- 
gon des voleurs. 



j l'absinthe mène à la folie, mais 

I il en boit tout de môme, riant 

et de l'absinthe et de la folie. 



Train direct coupé. — Un 

litre de vin en deux verres, — 
dans le jargon des bouchers. — 
Trai7i direct sec, un litre en un 
vprre. Chez les marchands de 
vin do la Villctte, il existe des 
verres de la capacité d'un demi- 
ou ! litre et même d'un Htre. Quand 
les bouchers viennent de faire 
un bœuf, il leur arrive souvent 
d'absorber, d'un trait, un train 
direct coupé et même un train 
direct sec. A la fin ck; la jour- 
née certains bouchers ont ainsi 
lonné l'hospitalité à six ou sept 



litres de vin. 

Train de charcuterie. Train 
omnibus, — dans le jargon des 
employés des chemins de fer. — 
« Parce que les voyageurs de 
secondes et de troisièmes en ont 
toujours dans leurs paniers, soit 



372 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



pour leur consommation en 
route, soit pour cadeaux appor- 
tés à leurs familles. » (Aymar de 
Flagv, Paris-Journal, du 24 mai 

1878.) 

Train d'onze heures (Prendre 

le). Aller se promener, aller 
llâner, — dans l'argot des em- 
ployés du service actif des che- 
mins de fer. Réminiscence du 
jeu de loto où onze signifie les 
jambes. Le train d'onze heures 
c'est donc le train des jambes. 

Train (Prendre le.) Se sau- 
ver. — À quelqu'un qui vous 
obsède, on dit : Prends le train. 

Train (Manquer le). Manquer 
une bonne occasion. — Arriver 
trop tard. 

Traînante. Serpette de plom- 
bier. 
Traîne-paillasse. Fourrier. 

Traîneau CFaire). Se dit en 
parlant des chiens qui, après 
avoir satisfait aux lois de la na- 
ture, frottent contre terre leur 
train de derrière, parce qu'ils 
n'ont pas l'habitude de se ser- 
vir de papier comme les faibles 
humains. 

Traînée. Coureuse, fille des 
rues. Celle qui traîne ses sava- 
tes dans tous les mauvais lieux. 
— « Je t'ai vu entrer au Grand 
Balcon avec cette traînée d'A- 
dèle. )) (E. Zola.) 

Traîner ses guêtres. Marcher 
à l'aventure, llâner bêtement 
en usant ses souliers et quel- 
quefois les souliers des autres. 

Traîneuse. Fille qui stationne 
dans les gares, attendant les 
trains de voyageurs. La gare 
du Havre est encombrée do 
ti^ainemes. 



Traits (Faire des). Faire des 

infidélités conjugales. 

Tralala (Grand). Grande toi- 
lette, grand étalage de luxe. — 
Grande réception. 

Tram. Tramway, par apo- 
cope. 

Tranche-ardants.Mouchettes. 

Tranche-fromage. Sabre- 
baïonnette, — dans le jargon 
des troupiers. 

Tranquille comme Baptiste. 

Très tranquille. 

Traquer. Trembler, avoir 
peur. 

Traqueur. Poltron, — Tra- 
queuse, poltronne. 

Travail. Vol ; assassinat; com- 
merce de la prostitution, — 
dans le jargon des voleurs et 

des filles. 

Travail. Exercices de saltim- 
banque. — Atelier de modiste. 

Travail. Littérature à la va- 
peur, confection politico-lilté- 
raire à l'usage des revues, — 
dans l'argot des journalistes. 
Le travail consiste à enlever à 
la force du poignet quatre ou 
cinq feuilles de copie dans le 
même numéro. — Grand tra- 
vail sur V extinction du paupéris^ 
me ; grand travail sur les caisses 
d'épargne; grand travail sur les 
enfants assistés ; grand travail sur 
Vinfluence du théâtre, etc., etc. 

Travailler. Voler ; assassiner ; 
se prostituer, — dans le jargon 
des voleurs et des filles. 

Travailler les côtes. Médire. 
— Battre. 

Travailler (Se faire). Etre 
sifflé, — dans le jargon des co- 
médiens. 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



373 



Travailler des mâchoires. 

Manger. 

Travailler pour le roi de 
Prusse. Travailler gratis. Va- 
riantes : Travailler à Vœil, tra- 
vailler pour la gloirSy travailler 
gratis pi^o beo. 

Travailler pour Jules. Man- 
ger dans l'espoir d'une bonne 
et fructueuse digestion. 

Travailler dans le rouge. As- 
sassiner. — « Un meurtre!... 
Travailler dans le rouge ! ... C'est 
grave !. .. » (P. Mahalin, Les Mons- 
tres de Paris.) 

Travailler l'argent. Faire des 
tours d'escamotage à l'aide de 
pièces de cent sous, — dans le 
jargon des escamoteurs. Un es- 
camoteur travaille bien l'argent 
lorsqu'il cueille habilement des 
pièces de cinq francs sur les pa- 
letots, sur les chapeaux, sur le 
nez des spectateurs. 

Travailler dans le bât. Voler 
dans les maisons. Abréviation 
de travailler dans le bâtiment. 

Travailleur. Tricheur, — dans 
le jargon des grecs. 

Traverse. Bagne, — dans l'an- 
cien argot. 

Traversin, Tirebraise. Soldat 
d'infanterie; par allusion à la 
petite taille des fantassins. 

Traviole. Traverse. 

Travioles. Tracas, peines, 
tourments, — dans le jargon 
des voleurs. 

Trèfle, Tréfouin. Tabac à fu- 
mer. 

Trèfle. Derrière. 

Tremblant. Lit de sangle , 
mauvais lit. 



Tremblante. Fièvre, — dans 
le jargon des voleurs. — Il a la 
tremblante : v'ià huit jours quil 
ne décolle pas du pieu. 

Tremblement. Mélange de ver- 
mout, de cassis et d'eau-de-vie. 

— « C'est là (au café des Variétés), 

— entre un bock et un tremble- 
ment, — que s'ébauchent les en- 
gagements de toute sorte. » 
(Monselet, Acteurs et actrices.) 

Tremblement (Le. — Tout le). 
Le reste. Tout le reste. 

« Je voudrais, un jour de goguette, 
» Etre Bon Dieu rien qu'un moment, 
» Pour brouiller comme une omelette, 
» L'eau, la terre et le tremblement. » 
(L. Fcstoau, Le Tapageur.) 

Trembler la volaille morte 
(Faire). Dire une bêtise énorme, 
affecter des prétentions exor- 
bitantes et déplacées. 

Trempage. Ivresse, — dans le 
jargon des ouvriers imprimeurs. 

— Fort trempage, forte ivresse. 

— Empoigner un fort trempage. 
Allusion à la tremperie. 

Trempée, Trempe. Volée de 
coups. — « Madame, si je ne me 
respectais pas, je vous ficherais 
une drôle de trempée! » (Ga- 
varni.) 

Tremplin. La scène, — dans 
le jargon des comédiens. 

Trente-sixième dessous (Etre 
dans le). Etre tombé dans là mi- 
sère aussi bas que possible. — • 
Avoir échoué complètement, en 
parlant d'une œuvre dramati- 
que. 

Trente-et-un (Etre sur son). 
Avoir mis ses plus beaux habits. 
Terme emprunté au jeu de car- 
tes appelé <c trente-et-un ». Le 
point de trente-et-un prime tous 



374 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



les autres, c'est le plus beau du 
jeu. 

Trépe. Foule, — dans le jar- 
gon des voleurs. — Servir de 
trépe, faire ranger la foule. (L. 
Larchey.) 

Trépeligour. Vagabond, — 
dans l'ancien argot. 

Trépignard. Voleur qui pro- 
fite d'un rassemblement, qui, 
au besoin, de complicité avec 
un ou deux compères, fait naître 
un rassemblement à la faveur 
duquel il exercera sa petite in- 
dustrie. En argot, trépe veut dire 
foule, rassemblement. 

Trépignée. Volée de coups. — 
Flanquer une trépignée dans le 
gîte, administrer une volée sri- 
gnée. 

Trie. Réunion, — dans l'an- 
cien argot. — Faire le trie, dé- 
serter, à un signal donné, l'ate- 
lier, pour aller prendre des for- 
ces chez le marchand de vin, — 
dans le jargon des typographes. 
L'expression date de 1764. 

Tricher. Suivre l'école matri- 
moniale de Malthus. 

Tricoter des jambes. Danser; 
se sauver. 

Triffonnière. Tabatière. 

Trifouiller. Fouiller partout, 
embrouiller, mettre tout sens 
dessus dessous en cherchant un 
objet. 

Trifouilleur. Brouillon, sans 
ordre. 

Trimancher. Marcher, courir 
par la ville. Variante de trimer. 
(L. Larchey.) 

Trimar, Grand trimar. Route, 
voie publique, — dans le jargon 



des voleurs, qui disent égale- 
ment : Trime et gr aride tire. 

Trimar. Eventaire^ balle de 
marchand ambulant, boutique 
de marchand forain. 

Trimar (Patiner le). Raccro- 
cher, — dans l'argot des filles. 

Trimar (Aller au). Sortir pour 
voler sur la voie publique, — 
dans le jargon des voleurs. 

Trimarder. Marcher. 

Trimballage. Transport. 

Trimbaler. Marcher en por- 
tant un fardeau, transporter. 

Trimbaler son cadavre. Se 

promener. — Trimbaler son 
crampon, promener sa femme 
ou sa maîtresse légitime. — 
Trimbaler un pante, promener 
un provincial! 

Trimbaleur. Cocher; charre- 
tier, camionneur. 

Trimbaleur d'indigents. Co- 
cher d'omnibus. — « Il y a d'abord 
la grande joie des« trimbaleurs 
d'indigents », autrement dit les 
cochers d'omnibus. » {Evénement, 
du 3 octobre 4878.) 

Trimbaleur de machabées. 

Cocher de corbillard. Désigné 
encore sous les noms de : Trim- 
baleur de conis, trimbaleur de 
refroidis, trimbaleur de carne 
pour la sèche. 

Trimbaleur de piliers de 
boutanche. Filou qui exploite 
les commis de magasin porteurs 
de paquets. Après avoir fait une 
acquisition qu'il doit payer à 
domicile contre livraison , le 
trimbaleur de piliers de boutan- 
che se fait accompagner par un 
commis. Chemin faisant il saura, 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



375 



en usant de ruse, s'approprier 
la marchandise. 

Trime, Trimin. Rue. 

Trimer. Marcher pour placer 
de la marchandise. 

Trimer les mathurins (Faire). 

Manger; c'est-à-dire faire tra- 
vailler les dents, 

Trimoires. Jambes, — dans 
le jargon des porte-balles et des 
marchands ambulants. 

Tringle. Soldat du train des 
équipages militaires. 

« O muse! raconte-nous la grandeui- lic- 

[roïque 

« De cet humble soldat, qui brandissant 

[sa Irique, 

« Monté sur un mulet, cheminant pas à 

[pas, 
« Arrose les lauriers... mais ne les cueille 
[pas. . 
(A. Camus.) 

Trinquer (Faire). Battre, mal- 
traiter, — dans le jargon des 
voleurs. — J'ai-rien fait, trinquer 
le gonse. — Je V vas trinquer le 
godard à coups de sorlot. 

Triomphe. — « Le triomphe 
est une vieille coutume de Saint- 
Cyr, qui consiste à promener 
sur une prolonge d'artillerie les 
vainqueurs du jour (lors de 
l'inspection) tandis, que les élè- 
ves forment dans la cour une 
immense farandole et chantent 
le chœur légendaire de la Ga- 
lettc. »{Figaro,d\i26imUei\Sll .) 

Tripasse. Femme laide et d'un 
embonpoint excessif. 

Triper. Donner le sein. (L. 
Larchey.) 

Tripes. Seins mous et volu- 
mineux. 

Tripière, femme très avan- 
tagée sous le rapport de la poi- 



trine. — Forte tripière, énormé- 
ment bien avantagée. 

Tripoli. Eau-de-vie de très 
mauvaise qualité. 

Tripot. Garde municipal. Dé- 
rivé, de tripotée. 

Tripotée. Arrangement à 
coups de poing; scène de pugi- 
lat domestique. 

Tripotier. Individu qui tient 
un tripot. — Au féminin, tripo- 
tiére, celle qui tient table d'hôte 
et écarté. 

Triquage. Triage de chiffons. 

Trique (Etre en). Etre sous la 
surveillance de la haute police. 
— Casser sa trique^ rompre son 
ban. 

Trique à larder, trique à pico- 
ter. Canne à épée. — Faire flam- 
ber la trique à larder, jouer de la 
canne à épée, porter un coup 
de canne à épée. 

Triquer. Trier le contenu 
d'une hotte de chiffonnier. 

Triqueuse. Trieuse de chif- 
fons chez un chiffonnier en gros. 

Trognon (Mon petit). Terme 
d'amitié, pour mon petit tro- 
gnon de chou. 

Trognade. Gâteaux, fruits, su- 
creries, — dans le jargon des 
collégiens. — Trogner, manger 
des friandises. — Trognerie^ ac- 
tion de trogner. — Trogneur, 
qui mange beaucoup de frian- 
dises. 

Trôler. Rôder. 

Trôleur. Vagabond, rôdeur 
de barrière. — Marchand de 
peaux de lapins. 

Trôleuse. Raccrocheuse. 



376 



DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE. 



Trombille. Bête, — dans le 
jargon des voleurs. 

Trombine. Figure. — Trom- 
hine en dèche, mauvaise mine. 

TromboUer. Aimer, — dans le 
jargon des voyous. — TromboUer 
les gonzesses, aimer les femmes. 

Trombone (Faire). Mettre la 
main au gousset et la retirer à 
plusieurs reprises sans en sortir 
de l'argent. Faire semblant 
d'avoir envie de payer. Les 
doigts qui vont et viennent dans 
la poclie du gilet simulent le 
mouvement du trombone, — 
dans le jargon des troupiers. 

Trompette (Nez en). Nez à la 
Roxelane. 

Trompette, Tirelire. Figure; 
tête. 

Trompette (Jouer de la). Sa- 
crifier à crepitus. 

Tronche. Tête, visage. — Tron- 
che à la manque, sergent de ville, 
agent de police, — dans le jar- 
gon des voleurs; c'est-à-dire vi- 
laine tête. 

Trône. Pot de chambre haute 
form e ; chaise percée. — Aller sur 
le trône, aller aux lieux d'aisan- 
ces. — Etre sur le trône, être 
aux lieux d'aisances. 

Troquet. Pour mastroquet, 
marchand de vin. 

Trot (Aller au). C'est-à-dire 
aller au trottoir, raccrocher, — 
dans le jargon des filles. 

Trottant, Trotteur. Rat. 

Trotter (Se). Déguerpir, — 
dans Je jargon des soldats de 
cavalerie. 

Trotteuse. Locomotive, — 
dans le jargon des mécaniciens 
des chemins de fer. 



Trottignole. Pied , soulier , 
— dans le jargon du peuple. 
Dérivé de trottin. 

Trottin. Garçon de magasin 
qui fait les courses; apprentie 
modiste qui fait les courses. 

Trottin. Pied. 

Trottine. Soulier.— Trottines 
feuilletées, souliers qui plaident 
en séparation de semelles. 

Trottinet. Bottine de femme, 
soulier élégant, — dans le jar- 
gon des ouvriers. 

Trottoir (Femme de). Fille 
publique. 

Trottoir (Le j;iand). Le grand 
répertoire, — dans le jargon 
des comédiens. 

Trou. Prison. Mot à mot : 
trou de la réllexion, — dans le 
jargon des troupiers. 

Trou de bise. Derrière. — 
« Parce qu'il est continuellement 
éventé des vents du trou de bise. » 
(Rabelais, L. i.) — Et les va- 
riantes : Trou de balle^ trou du 
souffleur. 

Trou à la lune. Faillite, dé- 
part précipité pour cause de 
faillite. — Faire un trou à la 
lune, suspendre ses payements 
et prendre le chemin de fer, 
via Bruxelles. 

Trou (Faire son). Faire soi 

chemin dans le monde. 

Trou (Faire un). Boire, ai 
milieu d'un repas, un verre d( 
cognac. Dans les dîners d'appa- 
rat, on fait le trou en se garga- 
risant avec des sorbets au rhum 
ou au kirsch. 

Trou (Etre dans le). Etre en- 
terré. 



I 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



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Trou sous le nez qui coûte 

cher (Avoir un). Avoir l'habitude 
de bien manger et de bien 
boire; faire un dieu de son 
ventre. 

Trou-du-cul. Sot, niais, gros 
imbécile. 

Trou-du-cul (Se démancher 
le). Faire force salutations, se 
confondre en salutations. 

Troubade, Truffard, Truffar- 
din. Soldat. 

Trouée. Dentelle, — dans le 
jargon des voleurs. 

Troufignon, Troufignard. Le 

fondement. 

Trouillarde. Dévergondée. 

Trouille. Souillon de cuisine, 
femme malpropre. 

Trouilloter. Puer, répandre 
une odeur infecte. 

Troupe d'argent. Troupe de 
théâtre qui joue à tour de rôle 
sur deux scènes; par exemple à 
Montmartre et aux Batignolles. 
— La troupe de fer-blanc joue 
tantôt d'un côté, tantôt d'un 
autre, sans théâtre fixe. 

Troussequin. Derrière; pour 

pétrousquin. 

Trouvé. Nouveau, original, — 
dans le jargon des artistes. 

Trouver bonne, mauvaise 

(La). Mot à mot: trouver la 
plaisanterie mauvaise. 

Trouver mal sur (Se). Chiper, 
s'approprier un objet. — Qu'est- 
ce qui s'est trouvé mal sur mon 
trèfle? 

Troyen. Trois d'un jeu de 
dominos. Les dilettanti man- 
quent rarement l'occasion de 
dire : Troyen de Berlioz. 



Truc. Métier, — dans l'argot 
des voleurs. — A la Cour des 
Miracles le truc était un genre 
de vol qui consistait à dépouil- 
ler celui dont on implorait la 
charité. 

Truc. Ruse, mensonge ingé- 
nieux. — « Est-ce que je ne con- 
nais pas toutes les couleurs? 
J'ai le truc de chaque com- 
merce. » (Balzac, Vlllustre Gau- 
dissart.) — « Son chef-d'œuvre est 
l'invention du truc à l'amour. » 
{Mémoires de Thérésa.)— « Ce far- 
ceur de Mes-Bottes avait eu le 
truc d'épouser une dame très 
décatie. » (E. Zola.) 

Truc. Commerce infime en 
plein air, petit trafic de toute 
sorte d'objets sans valeur. — «Le 
gamin de Paris fait tous les 
petits commerces qu'on désigne 
sous l'appellation de trucs. C'est 
sa qualité native. » (Ménetier, 
Les Binettes des cafés-concerts.) 

Truc. Machine servant à pro- 
duire un changement à vue au 
théâtre. — Le changement à 
vue lui-même. Les féeries sont 
des pièces à truc. 

Truc (Grand). Assassinat. C'est- 
à-dire : grand moyen. 

« Puis au grand truc voua marcliez en 
ftafTant. » 
{Mémoires de Lacenaire, 1836.) 

Truc (Repiquer au). Recom- 
mencer. Uécidiver. 

Truc (Donner le). Donner le 
mot d'ordre, dans le jargon des 
voleurs. — Boulotter le truc, ou- 
blier le mot d'ordre; c'est-à-dire 
manger la consigne. 

Truc (Débiner le). Révéler le 
secret d'un métier, les ruses 
d'un métier, la manière d'opé- 
rer. — « .le vois que vous êtes du 



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PICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



métier : ne débinez pas le truc. » 
(G. Escudier, Les Saltimbanques.) 

— Maquiller le truc, organiser 
une affaire. 

Trucage. Art de la fabrica- 
tion du vieux-neuf. 

Trucageur. Fabricant d'anti- 
quités, fabricant de vieux-neuf. 

— <( Et, surtout, défiez-vous du 
trucageur j ô millionnaires!... 
Le trucageur est un artiste mo- 
deste, bien différent des autres 
artistes ses confrères. Il fait du 
vieux avec du neuf, l'innocent. » 
(Ed. Texier.) 

Trucher, Tuner. Mendier, — 
dans l'ancien argot. 
• Trucheur, Tuneur. Men- 
diant. — Trucheuse, tuneuse^ 
mendiante. Truche, mendicité. 

— La faire à la truche, implorer 
la charité. Les mots « trucher, 
trucheur », sont des dérivés 
de l'ancien mot truc. (V. tru- 
quer.) 

Truelle. Composteur, — dans 
le jargon des typographes. 

Truelle , Pelle. Cuillère, — . 
dans le jargon des francs-ma- 
çons, qui appellent encore les 
fourchettes, des pioches; les cou- 
teaux, des glaives; les verres, 
des canons; lés bouteilles, des 
barriques; le vin blanc, poudre 
blanche; le vin rouge, poudre 
rouge; l'eau, poudre faible; les 
liqueurs fortes, poudre fulmi- 
nante; les bougies allumées, 
des étoiles; les mouchettes, 
des pinces; le sel, dn sable; le 
poivre, sable jaune; les chaises, 
stalles; ractiou de manger, mas- 
tiquer. 

Truffard, Truf farde. Heureux, 
heureuse; celui, celle qui a de 
la chance. 



Truffe. Pomme de terre. — 
Gros nez, nez d'ivrogne. 

Truffe de savetier. — Marron. 
Une dinde aux truffes de save- 
tier. 

Truffé. Rempli, bourré. N'est 
guère employé qu'avec le mot 
chic : Truffé de chic, — Dans 
son roman des Quatre sœurs, 
publié dans les Débats, (1842) 
Frédéric Soulié cependant a 
dit, en parlant d'un boudoir, 
qu'il était truffé de meubles. 

Truffière. Femme qui a beau- 
coup d'embonpoint, principale- 
ment dans la région des han- 
ches. 

Trumeau. Femme de mau- 
vaise vie. — Vieux trumeau, 
prostituée hors d'âge. 

Truqueur. Industriel en plein 
vent qui exerce toute sorte de 
petits métiers; vendeur de mon- 
tres à dix sous, de chaînes de 
sûreté, de cartes transparentes, 
de porte-monnaie, etc., etc. — 
Individu qui court de foire en 
foire avec un jeu de hasard. 

Truquer de la pogne. Men- 
dier. Mot à mot : ruser de la 
main. 

Truqueur. Habile, malin. 

Tube. Gosier. — Nez. Se pU 
quer le tube^ se griser. 

Tube à haute pression. Cha- 
peau haute forme, — dans le 
jargon des voyous. 

Tuber. Fumer la pipe. Le 
mot est d'importation méridio- 
nale. — Si nous en tubions une? 

Tué (Etre). Etre r-nme pé- 
trifié par la stupéfajuon, être 
saisi, étonné au point de ne • 
plus pouvoir faire un mouve- 



DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE. 



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ment. — Argot du collège. (L. 
Larchey.) 

Tuer le ver. Boire la pre- 
mière c^outte, le premier verre j 
de vin blanc, le matin à jeun. 
M. Cil. Rozan fait remonter l'o- 
rigine de cette expression au 
temps de François 1er, et cela 
d'après l'autorité du journal 
d'un bourgeois de Paris de cette 
époque, qui prétend qu'un ver 
extrait des intestins d'une noble 
dame passa .de vie à trépas 
dès qu'on lui eut administré du 
pain trempé dansdu vin. — « Par- 
quoi il ensuyt qu'il est expédient 
de prandre du pain et du vin 
au matin, au moings en temps 
dangereux, de peur de prandre 
de ver », conclut ce Prudhomme 
du XVI® siècle. — «J'aime beau- 
coup moi-même à tuer le ver 
sur le zinc, et je me fais un 
plaisir de vous offrir une tour- 
née. » (Bernadille, Esquisses et 
croquis parisiens^ 1876.) — La 
varian