-■ï^:*;^'^ï^'^
.ï'S^'t
DICTIONNAIRE
D'ARGOT MODERNE
DU MEME AUTEUR
Dictionnaire du Jargon parisien. — L'Argot ancien et
l'Argot moderne. {Épuisé.)
Dictionnaire des lieux communs de la conversation, du
style épistolaire, du théâtre, du livre, du journal, de la
tribune, du barreau, de l'oraison funèbre, etc., nouvelle
édition. Un beau volume grand in-i8. Prix. . . 6 fr.
DICTIONNAIRE
D'ARGOT MODERNE
PAR
LUCIEN RIGAUD
NOUVELLE EDITION AVEC SUPPLEMENT
^"Él-
PARIS
r^i'^
PAUL OLLENDORFF, EDITEUR
28 bis, RUE DE RICHELIEU, 28 blS
i' 1888
Tous droits réservés
\^
Pc
S74I
lin
L'auteur se proposait de faire précéder ce volume de
quelques lignes dans lesquelles, sans étudier, comme il
l'avait fait en tête du Dictionnaire du jargon parisien , l'ori-
gine et les transformations de l'argot, il aurait expliqué au
public que son livre est un ouvrage de linguistique, un tra-
vail de recherches longues et laborieuses, un exposé vrai et
consciencieux des termes étranges, souvent pittoresques,
parfois très décolletés qui, sous leurs formes multiples, cou-
rent les ateliers, les bureaux de rédaction, les théâtres, les
casernes, pour tomber dans Y Assommoir^ rebondir sur
le trottoir, au milieu des filles et de leurs satellites et, delà
tout naturellement, circuler dans les maisons centrales et
les bagnes.
Il aurait prié les lecteurs de ne pas s'effrayer de la
hardiesse, de la crudité, de la trivialité de certaines locu-
tions. Les retrancher était impossible : c'eût été retirer
au livre son cachet d'originalité, de vérité, d'actualité et
M. nigaud voulait avant tout justifier le titre d'Argot
moderne. Il fallait passer outre quand même.
Voilà ce que l'auteur se disposait à dire, lorsque la mort
est venue le surprendre, la veille de l'apparition de ce vo-
lume, le lendemain delà publication de son autre ouvrage :
le Dictionnaire des lieux communs.
En ces circonstances, nous ne pouvons, sans nous étendre
davantage sur ce sujet, que rappeler qu'il s'agit ici d'un
recueil oîi les choses s'appellent par leur nom, d'un travail
utile aux études des savants, des chercheurs, des curieux,
d'un dictionnaire enfin, qui est à sa place dans la biblio-
thèque d'un homme, mais qui n'est pas destiné à l'éduca-
tion des jeunes filles.
{Note de l'éditeur.)
DICTIONNAIRE
D'ARGOT MODERNE
I
Abatage. Action d'abattre son
jeu sur la table, en annonçjiut
sou point, — dans le jargon des
joueurs de baccarat. II y a aba-
tage, toutes les t'ois qu'un joueur
a d'emblée le point de neuf ou
de huit. — Bel abatage, fré-
quence de coups de neuf et de
huit. — II y a abatage sur toute
la ligne, lorsque le banquier et
les deux tableaux abattent si-
multanément leurs jeux. « Les
abatages se succédaient entre
ses mains, drus comme grêle. »
(Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Abatage. Développement du
bras, haute stature d'un joueur
de billard. C'est un avantage
qui lui permet de caramboler
avec facilité et de se livrer, en
été, à des eilets de biceps.
Abatage. Ouvrage vivement
exécuté. — Graisse d^abatage,
ardeur à l'ouvrage.
Abatage. Forte réprimande.
— Ecoper un abatage, recevoir
une forte réprimande, — dans
le jargon des ouvriers. « Le
lendemain, tout le monde sur
le tas. Avant de commencer,
j'ai écopé mon abatage. » (Le
Sublime).
Abatage (Vente à 1'). Vente
sur la voie publique. Aujour-
d'hui presque tous les grands
magasins de nouveautés prati-
quent la vente à V abatage et en-
combrent les trottoirs avec des
marchandises plus ou moins dé-
fraîchies.
Abatis. Pieds, mains et, par
extension, les autres membres.
S'applique en général aux ex-
trémités grosses et communes.
— Avoir les abatis canailles.
« Tu peux numéroter tes aba-
tis. » [La Caricature du 7 fév.
1880.)
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Abat-joucs. Les joues de ce \
second visage qu'il n'est pas j
bienséant do montrer en public, j
Abattis. Nombreuses révoca-
tions dans un personnel admi-
nistratif. — Hécatombes de
fonctionnaires de l'Etat que la
cos"née ministérielle abat com-
me la cognée du bûcheron abat i
les arbres d'une forêt. « C'est
pour affirmer... que le journal
de M. Decazes a collaboré à
Vabattis, en quelques semaines,
de o4 préfets, de 38 secrétaires
généraux et de 425 sous-pré-
fets. » (Aug. Vacquerie, le Rap-
pel du 23 octobre 1877.)
Abattoir. Cellule des condam-
nés à mort à la Roquette.
Abattre. Faire beaucoup d'ou-
vrage en peu de temps. J'e7i ai-
Vy abattu !
Abattre. Etaler son jeu sur la
table, en style de joueur de
baccarat. — Méry, qui cultivait
pour le moins autant ce jeu que
la Muse, avait érigé en axiome le
distique suivant :
« Quand on a bien dîné, qu'on est plein
[comme un œuf,
» Il faut après un huit toujours abattre
[un neuf. »
Abattuci. Abatage, — dans le
jargon des joueurs de baccarat,
par similitude de nom. Encore
un abattuci! c'est un abonnement.
Abbaye. Carrière à plâtre,
four à plâtre, domicile ordinaire
des vagabonds de Paris.
Abbaye de Monte -à-Regret.
L'ancienne guillotine, — dans
le langage classique de feu les
pères ignobles de l'échafaud.
Terrible abbaye sur le seuil de
laquelle le condamné se sépa-
rait du monde et de sa tète.
Abbaye de Saint-Pierre. Nom
que donnaient à la guillotine,
il y a une quinzaine d'années,
les lauréats de Cour d'assises;
jeu de mots sur saint Pierre et
cinq pierres, par allusion aux
cinq dalles qui formaient le
plancher de l'échafaud. Depuis
qu'il est à ras de terre, c'est la
Plaine rouge, le Glaive ou en-
core la Veuve Razibus.
Abbaye de s'offre à tous. Mai-
son de tolérance du temps ja-
dis.
Aborgner (S'). Regarder avec
attention, ouvrir Tœil, — dans
le jargon des voleurs.
Abouler. Donner, compter.
Abouler de la braise, donner de
l'argent. « Ecoppé, ma vieille!
aboule tes cinq ronds. » (Al.
Arnaud, les Zouaves, acte 1, 1 856.)
— Aller, venir, abouler à la
taule, abouler icigo, aller à la
maison, venir ici. M. (^h. ÏN'isard
fait sortir abouler d'afïouler, ac-
coucher avant terme ; M. Fr.
Michel le tire avec plus de rai-
son d'advolare, bouler à, d'où
ébouler dans la langue régu-
lière.
Aboyeur. Employé chargé,
dans une prison, d'appeler les
prisonniers au parloir. — Indi-
vidu qui crie des imprimés dans
les rues. — Crieur dans les ven-
tes publiques, dans les bals de
barrière, devant la porte de cer-
tains bazars. A l'Hôtel Drouot,
le célèbre Jean, de grimaçante
mémoire, est resté comme le
type du parfait aboyeur. — Dans
les réunions publiques , les
aboyeurs sont ceux qui empê-
chent par leurs cris l'orale iir
de parler ou de continuer. {Le
Sublime.)
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Abracadabrant. Etonnant ,
merveilleux, cocasse. D'abraca-
dabra, mot cabalistique auquel
on attribuait des vertus magi-
ques pour guérir la fièvre, en le
portant au cou écrit d'une cer-
taine manière, t Je n'avais ja-
mais lu ces pièces qui m'avaient
tant réjoui à la scène; je me
figurais, comme bien d'autres,
qu'elles avaient besoin du jeu
abracadabrant de leurs inter-
prètes. » (E. Augier, Préface du
théâtre complet de Labiche ,
1878.)
Abracadabrantisme. Art d'é-
crire, de dire des choses éton-
nantes, insensées. « 11 faut bien
que je me tienne au courant de
y abracadabrantisme. » (A. Del-
vau. Le Grand et le petit trot-
toir.)
Abrutir sur (S'). Faire traîner
un ouvrage en longueur; même
signification que s'endormir sur
le rôti, mais plus courte et plus
énergique.
Abs. Absinthe , par apocope.
— A son lit de mort , un vieil
ivrogne, frappé de paralysie, dé-
menait sa bouche en d'affreuses
grimaces, pour arrivera expec-
torer de minute en minute une
série de abs, abs désespérés. On
crut qu'il demandait l'absolu-
tion, eton lui dépêchaun prêtre.
A cette vue, la paralysie semble
battre en retraite, tout le monde
croit qu'un miracle va s'opérer. . .
Le vieux biberon a poussé un
grand cri, il se lève sur son séant
et, par un suprême effort du
gosier, il lâche un formidable
« N. D. D. l'absinthe ! » retombe
sur l'oreiller et meurt. C'était
de l'absinthe qu'il demandait.
Absinthage. Habitude de boire
de Tabsinthe. Cultiver Vabsin-
thage, se livrer à Vahsinthage.
Absinthe (Faire son). Pour les
profanes, c'est verser au hasard
de l'eau dans un verre conte-
nant un ou deux doigts de li-
queur d'absinthe; pour les fidè-
les, c'est la laisser tomber de
haut, doucement, avec convic-
tion, tantôt au mifieu, tantôt
près des bords du verre. Ils ap-
pellent cela «battre l'absinthe. »
C'est insulter un buveur d'ab-
sinthe que de lui offrir de « faire
son absinthe. » Presque tous les
dilettanti de la liqueur verte la
boivent debout. Est-ce par res-
pect, est-ce par suite d'une ha-
bitude contractée devant le
comptoir du marchand de vin?
Absinthe en parlant (Faire 1').
Lancer, en parlant, de petits
jets de salive, — dans le jargon
des piliers de café. L'étymolo-
gie est anecdotique. « Pelloquet
est là, et demande une absinthe,
qu'on lui sert, sans lui apporter
en même temps la carafe d'eau.
Il parle — comme il parlait
toujours — la pipe à la bouche,
et postillonnant dans son verre...
— Eh bien? demande-t-il tout à
coup, et la carafe ? — Ne vous
dérangez pas, garçon, crie une
habituée : l'absinthe est faite. »
(Maxime Rude, Tout Paris au
café.) « Et avec cela, quand elle
ouvrait la bouche pour jaser,
elle faisait l'absinthe! » (Huys-
mans, les Sœurs Vatard.)
Absinthe (L'heure de F). Avant
dîner, entre quatre et cinq heu-
res. Heure à laquelle on se rend
au café pour prendre des apé-
ritifs. Tel donne rendez-vous à
un ami, à l'heure de l'absinthe,
qui n'a jamais pris d'absinthe
DlGllONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
de sa vie. Dans les cafés litté-
raires, c'est l'heure où l'on a
coutume de se réunir pour
prendre langue. «(Elle) cstd'é-
closion toute récente ; elle date
de l'épanonisscment et de la
splendeur de la petite presse. .
Vhcure de Vabsinthe est la ré-
sultante logique des édios de
Paris et de la chronique. » (J.
Guillemot, Le Bohème, ^868.) —
« C'était le temps où le timbre
des pendules a commencé à
sonner cette iieure particulière,
qui en dure deux ou trois, et
qu'on a appelée l'heure de l'ab-
sinthe. >^ (Maxime Rude.)
Absinther (S'). Boire de l'ab-
sinthe.
Absintheur. Buveur d'absin-
the. Privât d'Anglemont, une
autorité, donne « absinthier »
dans le môme sens.
Absinthisme. Maladie parti-
culière aux buveurs d'absmthe.
Nom donné par le docteur Lu-
ncl à l'aiTection chronique ré-
sultant de l'abus de cette liqueur
L'absinthisme conduit ses vic-
times à l'hystérie, l'épilepsie,
1 idiotisme et la mort.
Académicien. Terme de pro-
fond mépris lancé par les roman-
tiques de 1830 à la tète de tous
les bourgeois qui s'habillaient à
peu près comme tout le monde
pensaient et vivaient à peu près
comme tout le monde. « Quelle
injure, alors ! tout homme à tête
chauve était académicien de
droit, et, àce titre, subissait, etc.»
(J. Clarctie, Pelrus Borel le Ly-
canthropc.) « Il lui fit voir l'é-
chelle ascendante et descen-
dante de l'esprithumain... Com-
ment ensuite l'on ne comptait
plus, et que l'on arrivait par la
filière d'épithètes qui suivent:
ci-devant, faux-toupet, aile de '
pigeon, perruque, étrusque,
mâchoire, ganache, au dernier
degré de la décrépitude, à l'épi-
thète la plus infamante : Aca-
démicien et membre de l'Insti-
tut 1 > (Th. Gautier, Les Jeunes-
France.)
Acajou. Crâne chauve. —
Avoir un acajou^ un bel acajo^i
bien luisant.
A cherche. A rien ; pas un
point ; c'est-à-dire qui cherche
à faire un point. Terme de
joueurs d'écarté. Nous sommes
trois à cherche.
Accent, Arçon. Signe d'intel-
ligence entre voleurs. — Signal
de reccon naissance. Avoir de
V accent y signifie être reconnu
pour un voleur à certains si-
gnes.
Accommoder quelqu'un à la
sauce piquante. Relever les ri-
dicules de quelqu'un avec le filet
de vinaigre delà parole, comme
les cuisinières relèvent une
sauce avec un filet de vinaigre
plus ou moins d'Orléans. Déjà
au xviii® siècle, accommoder
avait le sens de maltraiter. —
Je Vai pas mal accommode à la
sauce piquante. — Ça ne m'étonne
pas, ilest assez cornichon pour ça.
Accordéon. Chapeau à claque,
chapeau sur lequel on s'est assis
avec ou sans intention. « T'es
pas un frère ! tu m'as mis mon
chapeau en forme d'accordéon.»
(Le Triboulet du 22 fév. J880.)
Accordeur delà camarde. Le
bourreau, lorsqu'il procède à la
toilette du condamné à mort.
Accordeur de piano^. Liber-
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
tin qui prend la taille des fem-
mes pour un clavier, et qui
pince, tapote et palpe comme
s'il promenait ses doigts sur les
touches d'un piano.
Accoucher. Se décider à par-
ler. — Mettre au monde une
œuvre d'art, souvent d'autant
plus mauvaise que l'accouche-
ment a été plus laborieux.
Accroche-cœurs. Mèche de
cheveux que les souteneurs de
barrière portent plaquée sur la
tempe, coiffure qu'ils affection-
nent: d'où le surnom donné au
souteneur lui-même.
Accrocher un paletot. Mentir
— dans le jargon du peuple.
L'ouvrier qui a accroché son pa-
letot au Mont-de-Piélé n'an-
nonce pas toujours bien exac-
tement à sa ménagère le prix
de l'engagement. 11 escamote
souvent une petite pièce au pro-
fit du marchand de vin.
Accrocher. Mettre un objet
au Mont-de-Piété. Il est accro-
ché au clou.
Acoquiner (S'). Vive en état
de concubinage. Mot à mot :
vivre avec une coquine. « 11 se
faisait pitié maintenant à lui-
même, en pensant qu'il avait
élé jusque-là assez bon enfant
pour rester acoquiné avec une
ouvrière. » (Vast-Ricouard. Le
Tripot, 1880.)
Acre. Paix 1 Silence ! Excla-
mation lancée à l'atelier, soit
pour avertir les camarades de
se taire ou de se méfier, soit
pour annoncer l'entrée du pa-
tron. — Quand 11 y a de locré^
ça va mal, le patron n'est pas
content. C'est une abjéviation
de sacré nom d'un chien ou Je
sacré nom de n'importe quoi.
Addition. Carte à payer chez
le restaurateur, le total des ob-
jets de consommation. « Les
gens qui suivent les modes di-
sent Vaddition. » (Eug.Wœstyn,
Physiologie du dîneur.) « On n'a
jamais souffert que le mot addi-
tion fût prononcé au Café de
Paris. C'est ce que les gens bien
élevésappellent la carte. » (Nes-
tor Roqueplan, Paiisine.) Mal-
gré l'indignation de Nestor Ro-
queplan, le mot addition a pré-
valu ; il est généralement em-
ployé par quatre-vingt-dix-neuf
consommateurs sur cent.
Adjoint. Valet de bourreau,
par euphémisme. « M. Roch
(l'exécuteur des hautes œuvres)
dit : Mon adjoint. » (Imbert.)
Adjudant de manège. Garde
manège, par ironie, dans le
jargon des soldats de cavalerie.
Aff (Eau d'). Eau-de-vie,
« Uaffe pour la vie est de la
plus haute antiquité. Troubler
Vaffre a fait les atfres, d'où vient
le mot affreux, dont la traduc-
tion est ce qui trouble la vie. »
(Balzac, La Dernière incarnation
de Fatf^n«.) D'après M.Lorédan
Larchey, aff est l'abréviation de
pa/", qui désignait autrefois
l'eau-de.vie.
Affaire. Vol en perspective.
— Affaire à la manque, procès.
Affaire (Faire son). Avoir
reçu une blessure grave. —
Etre complètement soûl.
Affaire (Faire son). Battre
quelqu'un, le tuer. « En atten-
dant que Golo te fasse ton af-
faire. » (H. Crémieu et E Tré-
feu, Ge7ieviève de Brabant.]
Au xvui" siècle on disait : ses
6
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
affaires sont faites, pour : il est
perdu, il est ruiné.
Affaires (Avoir ses). Avoir ses
menstrues.
Affaires (Manquer ses). Per-
dre son temps avec un amant
de cœur et négliger les amants
sérieux, — dans le jargon des
filles galantes.
Affaler (S'). S'échouer, s'é-
tendre. S'affaler sur le pieu, se
coucher, dans le jargon du
peuple. C'est un mot emprunté
au vocabulaire des marins.
Affranchi. Voleur que les re-
mords n'empêchent pas de dor-
mir, c'est-à-dire affranchi de
tout scrupule.
Affranchir. Donner des leçons
de vol à un novice. Pousser
quelqu'un au vol, corrompi'e un
témoin.
Affres. Reproches, blâme.
Affurage, Affure. Bénéfice,—
dans le jargon des voleurs.
Affure. Avance d'argent sur
un ouvrage, — dans le jargon
des ouvriers. — La variante est :
Avoir du poulet.
Affurer. Voler, réaliser un
bénéfice, — dans l'ancien argot.
Du latin fur, voleur.
Affût (Etre d'). Etre malin. —
Un d'affût, un homme malin.
Futé est resté dans le langage
régulier.
Affûter. Embaucher. — S'af-
fûter, s'habiller. — Affûter ses
pincettes, se préparer à sortir.
Affûter ses meules. Bien
manger, bien jouer des mâ-
choires. Les meules sont les
dents qui servent à broyer les
aliments. Chez les misérables,
elles broient trop souvent dans
le vide. La variante est : Grais-
ser ses meules.
Aganter. Attraper au vol;
mot emprunté au provençal.
C'est enganter avec changement
de syllabe. — Aganter une cla-
que, attraper un soufflet.
Agobilles. Outils, — dans le
jargon des voleurs.
Agrafe. Main. — Serrer les
agrafes, serrer les mains.
Agrafer, agriffer. Arrêter.
Dérivé de griper, prendre avec
avidité, agriper et agraper.
Agrément de banque. Béné-
fice réalisé dans la même jour-
née à la Bourse. [Argot de la
Bourse.)
Agrément (Avoir de 1') . Terme
de coulisses pour signifier l'ac-
tion d'être applaudi. « Made-
moiselle Mars n'a pas eu d'açjré-
ment en voulant s'initier prê-
tresse de la muse tragique. »
[Vêtit dictionnaire des coulisses,
1835.)
Agrément (Se pousser de F).
1 S'amuser, passer un moment
agréable. Quand on a massé toute
la semaine, il faut bien un peu se
pousser de l'agrément le dimanche.
Aguicher. Attirer, — dans le
jargon des voleurs. — Aguicher
un sinve pour le dégringoler, at-
tirer un imbécile pour le voler.
Aides (Aller à la cour des).
Une femme va à la cour des
aides, lorsqu'elle donne un ou
plusieurs collaborateurs à son
mari. L'expression date du dix-
huitième siècle.
Aiguille. Clé — Barbe de huit
jours, — dans le jargon des
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
voleurs. Elle pique comme une
aiguille.
Aiguiller. Aiguiller la brème.
Disposer, corner une carte de
façon à ce qu'elle dépasse légè-
rement les autres; cela facilite
le coupage dans le pont. La carte
ainsi disposée s'appelle l'aiguille.
Elle conduit au pont la main de
celui qui coupe, comme une ai-
guille de chemin de fer conduit
un train sur telle ou telle voie.
Aiguilleur. Grec qui a l'habi-
tude d'aiguiller la carte. Mot
emprunté au vocabulaire des
chemins de fer.
Aile. Bras. Attrapez mon aile
pour la ballade' Donnez-moi le
bras pour la promenade.
Aileron. Pied, main. « Qu'est-
ce, qui bronche ici? que je lui
abatte un aileron. » (E, de La
Bé^l<ollièt'e, Les Industriels.)
Aimant (Faire de 1'). Cher-
cher à attirer l'attention, comme
l'aimant attire le fer.
Aimer comme la colique. Dé-
tester.
Aimer comme ses petits
boyaux. Ressentir une vive af-
i'ection.
Air (Se donner de 1'). Se sau-
, ver. Les variantes sont : Se
pousser de l'air, jouer la fille de
l'air. (( Allons, môme, pousse-
toi de l'air! » (X. de Montépin,
Les Viceurs de Paris.)
Alarmiste. Chien de garde.
Albinos. Couleur blanche d'un
jeu de dominos.
Album. Chapeau à haute for-
me, — dans le jargon des char-
Ibonniers.
I"" —
Ivrogne imbu des principes al-
cooliques, saturé de trois-six,
récipient humain à absinthe, —
dans le jargon des médecins.
La passion de l'alcool est telle-
ment impérieuse chez certains
ivrognes, qu'ils arrivent, faute
de mieux, à absorber de l'alcool
camphré. On en a vu même, en
extase devant la boutique des
pharmaciens, faire lesyeux doux
aux bocaux à fœtus et à vers
solitaires.
Aligner (S'). Avoir affaire à,
— dans le jargon du régiment.
S'emploie surtout dans l'expres-
sion : Allez donc vous aligner
avec des types pareils ! c'est-à-
dire : allez raisonner avec de
pareilles brutes !
Aligner sur la pancarte (Se
faire). C'est mot à mot, dans
l'argot du régiment : Se faire
aligner sur la pancarte des hom-
mes punis.
Aller de (Y). Payer. Y aller de
ses dix francs. — Y aller d'une,
de deux, de trois, payer une
bouteille, deux bouteilles, etc.
— Y aller de sa goutte, de sa
larme, pleurer, être ému jus-
qu'aux larmes. — Y être allé de
son voyage, avoir fait une dé-
marche inutile. — Y aller gai-
mar, faire quelque chose gaie-
ment.
Aller avec un homme. Se
prostituer à un homme, — dans
le jargon des filles et de leurs
souteneurs. — a C'est-y grossier
ces nouvelles couches sociales ! dit
une fille en s'écartant, comment
peut-il y avoir des femmes qui
aillent avec ça? » (F. d'Urville,
Les Ordures de Paris.)
Aller où le roi n'envoie per-
8
DIGTIONNAIEIE D AUGOT MODERNE.
sonne. Aller aux lieux d'aisan-
ces. La variante est : Aller où
le roi va à piad.
Alliance. Poucettes.
Allonger, Allonger de l'ar-
gent, s'Allonger, Donner de
l'argent, c'est-à-diro allonger le
bras pour payer.
Allonger (S'). Se laisser tom-
ber dans la rue. — S'étirer les
bras en bâillant.
Allumage. L'un des premiers
degrés du thermomètre de l'i-
vresse.
Allumé. Légèrement pris de
vin. — Enthousiasmé.
Allumer. Regarder avec soin,
observer, — dans le jargon du
peuple. « Tais-toi, Pivoine, le
républicain nous allume » (A.
Joly, Fouyou au Lazary, Chans.)
— Dans i'argot des camelots et
des marchands forains, allumer
a le sens de surveiller l'ciche-
teur, de veiller à ce qu'il ne
chipe rien. — Allumer le faute.
— Allumer le mistou. On disait
au xvni® siècle éclairer dans le
même sens; c'est le aliquem spe-
culari de Cicéron.
Allumer. Enthousiasmer, ex-
citer l'admiration, surexciter.
— « Avec un costume neuf elle
allumerait une salle. » (Huys-
mans, Marthe.) — Allumer le
•pingouin, exciter l'enthousias-
me du public, dans le jargon
des saltimbanques.
Allumer. Stimuler un cheval
à coups de fouet. — « Le pauvre
gars apparut, tout piètre encore,
et se hissa péniblement dans la
voiture. Après lui, madame y
monta, puis, en route, allume ! »
(L. Cladel, Ompdrailles,Le Tom-
beau-des-lutteurs.)
Allumes . Morceaux de bois sec,
— dans le jargon des boulangers.
Allumette ronde (Attraper
une). Ressentir les premiers ef-
fets de l'ivresse ; une des nom-
breuses métaphores pour dési-
gner la manière d'être d'un
homme soûl. A des degrés di-
vers, on dit : Avoir sa cocarde,
avoir son plumet, être dans les
vignes, dans les brindezingues,
avoir son compte, so7i affaire, sa
pointe, un coup de soleil, un coup
de jus,^ un coup de sirop, être
tout chose, émèché, parti, lancé,
paf, pochard, soûlot, soulard,
gavé, poivre, poivrot, raide comme
balle, raide comme la justice.
Voici, d'après M. Denis Poulot
{le Sublime), les marches de
l'échelle alcoolique, dans l'ar-
got des ouvriers mécaniciens :
10 Attraper une allumette ronde:
il est tout chose; 2° Avoir son
allumette de marchand de vin : il
est bavard et cxpansif; o^^ Pren-
dre son allumette de campagne,
ce bois de chanvre soufré des
deux bouts : il envoie des pos-
tillons et donne la chanson ba-
chique; 4o II a son poteau kilo-
métrique : son aiguille est af-
folée, mais il retrouvera son
chemin ; 5» Enfin le poteau télé-
graphique, le pinacle : soulo-
graphie complète, les roues
patinent, pas moyen de démar-
rer; le bourdonnement occa-
sionné par le vent dans les
faïences est cause du choix.
Allumettes. Jambes longues
et maigres. Prends garde, tes al-
lumettes vont prendre feu.
Allumeur. Juge dinstruction,
— dans le jargon des voleurs.
11 éclaire l'aliaire, il porte la
lumière sur l'aliaire.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
9
Allumeur. Entraîneur, com-
, p re dans les bazars, les ventes
publiques, les théâtres forains.
« Les allumeurs sont des em-
.>ployés aux gages des saltim-
^ banques, qui entraînent le pu-
blic à leur suite, en donnant
l'exemple. « (G. Escudier, Les
Saltimbanques.)
« Exploiteur du public crédule,
» Fripons exerçant leurs talents,
). Depuis la fausse somnambule
» Jusqu'à l'allumeur de chalands. »
(A. Pommier, Pai'is,iS61.)
AUumeuse. Femme payée par
l'administration d'un bal public
pour danser et avoir l'air de
beaucoup s'amuser. — Femme
dont le métier consiste k attirer
l'attention des hommes, à faire
de l'œil, sur la voie publique,
dans les théâtres, en chemin de
fer et ailleurs. Elle cherche à
allumer sa victime, à l'incendier
de son regard.
Alpa. — Vêtement. Abrévia-
tion d'alpaga. Se payer un alpa
sijstème Jardinière ou système
Godchau.
Alphonse. Joli jeune homme
qui reçoit de l'argent des fem-
mes séduites par sa beauté et
[ ses complaisances. Type d'un
personnage d'une comédie de
M. Dumas fiis. Fort à la modo
un moment, le mot a déjà
\ vieilli. Alphonse de barrière. Sou-
teneur de barrière. Le nom
d'Alphonse, pour désigner un
homme qui vit des générosités
d'une femme, paraît èlre bien
antérieur à la comédie de
M. Dumas fils. Il y a une ving-
".tnino d'années, il devait avoir
cours au quartier latin, s'il faut
en croire l'exemple suivant :
« L'an dernier, elle avait un
Alphonse pour lequel elle tra-
vaillait du matin au soir et
souvent du soir au matin. L'Al-
phonse est parti. » [Petits Mys-
tères du quartier latin, 1800.)
Altèque. Beau , excellent.
D'altar, d'où dérivent les mots
altier, altitude.
Amadouage. Mariage, — dans
le jargon des voleurs.
Amandes de pain d'épice.
Grandes dents d'anglaise. Pour
que rien ne se perde dans la
langue métaphorique de l'argot,
on appelle, par contre, « dents
d'anglaise » les amandes de
I pain d'épice.
I Amar, Amarre. Camarade,
I par abréviation, — dans le jar-
I gon des ouvriers. — Un amarre
d'attaque, un ami dévoué.
Amateur. Mot à mot : ama-
teur du beau sexe, entreteneur
éphémère. « Si ce n'est pas sa
femme (la femme du Sublime)
qui est trop vieille et trop laide,
c'est sa fille qui aura été ven-
due et que sa mère instruira
dans l'art de rançonner l'ama-
teur. » {LeSublime.)En peinture.,
en littérature, Vaynateur est un
monsieur à qui sa fortune per-
met de cultiver les beaux-arts
sans chercher à en tirer un pro-
fit quelconque. — Travailler en
amateur c'est, en style d'artiste,
travailler peu et faire mauvais.
Ambassadeur. Cordonnier, —
dans le jargon des voyous.
(A. Delvau.) — Souteneur bien
vêtu. Le bal qu'ils fréquentent
est d'ailleurs très connu sous le
nom « d'ambassade. » — « Al-
lons à l'ambassade » disent les
artistes du quartier Pigalle qui
veulent s'encanailler ou qui
cherchent des sujets d'études
1.
10
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
immorales. — Autrefois c'était
un tt ambassadeur d'amour. »
« C'est un ambassadeur d'amour. »
(Molière, Georges Dandin.)
Ambes. Jambes. — Suppres-
sion de la première lettre.
Ambulante. Fille publique.
Allusion aux marches et contre-
marches auxquelles ces demoi-
selles se livrent, avant de se li-
vrer au public. Le mot remonte
au siècle dernier. « Une belle
soirée qu'elles étaient assises
au pied d'un arbre, et interro-
geaient les passants, s'ils vou-
laient s'amuser (c'est le terme
technique avec lequel ces am-
bulantes expriment sous une
image honnête l'acte de leur
métier le plus malhonnête). »
{Anecdotes sur la comtesse Du
Barri, 1776.)
Amendier fleuri. Régisseur,
— dans le jargon des acteurs.
Cet employé est chargé de dis-
tribuer les amendes ; d'où le
jeu de mots.
Amener (S'). Venir, se rendre
à, — dans le jargon du peuple.
— « Amène-toi ce soir à ma
boîte. » (Le Triboulet du 9 mai
1880.)
Amer. Bitter. Cette liqueur a
le double désavantage d'être
amère et corrosive.
Américain (L'). Chemin de fer
américain. Omnibus qui roule
sur des rails ; le précurseur des
tramways en France. L'Améri-
cain dessert encore les lignes
du Louvre à Versailles, Saint-
Cloud et Sèvres et la ligne de
Rueil à Marly.
Américain (Œil). (Ei\ auquel
rien n'échappe. Dans une ronde
des bagnes, on parle de cet œil
américain qui luit le succès des
char rieur s.
« Pour être un' voleur aigrefin
Il faut un œil américain.
Pour détrousser un citadin,
Ah ! vive un œil américain. »
(Léon Paillet, Voleurs et Volés.)
Américain (Œil). Œil fasci-
nateur. Dans le monde de la
galanterie, longtemps l'Améri-
cain a passé pour avoir le dou-
ble mérite de posséder de l'ar-
gent et d'être généreux. Lors-
qu'un homme paraissait réunir
les conditions de générosité re-
quises, il ne manquait pas de
plaire à ces dames qui lui trou-
vaient Vail américain. « Oh !
voilà deux petites femmes qui
s'arrêtent... Elles s'asseyent de-
vant nous... La brune me l'ait
un œil américain, n (Paul de
Kock, Le Sentier aux prunes.)
Aujourd'hui, quand une femme
dit à une autre : un tel a Vœil
américain, traduisez : Méfie-
toi, ou méfions-nous, c'est un
floueur. Elles en ont tant vu de
toutes les couleurs et de tous
les pays, qu'elles ne croient plus
ni aux Russes, ni aux Améri-
cains.
Américaine (Vol à V). Vol au
change, un des vols les plus
pratiqués à Paris, où il y a tant
d'imbéciles à qui l'on fait accep-
ter des rouleaux de plomb doré
pour des rouleaux d'or, tant
d'imbéciles qui se laissent pren-
dre à des pièges encore plug
grosrjiers.
Ami. Voleur émérite, d'après
Balzac. Voleur qui professe un
culte pour son métier, et ne
met rien au-des6us du vol.
Amînche, Amunche. Ami. Les
voleurs disent encore avec re-
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
11
doublement : Aminchemince ,
aminchemar, quand ils ne sont
pas pressés. — Aminche d'aff,
complice. Mot à mot, ami d'af-
faire. Dans le jargon des vo-
leurs, affaire veut dire vol.
Amocher. Donner des talo-
ches; pour moucher.
Amour de. Charmant, ravis-
sant, fait pour plaire, a 11 por-
tait un amour de redingote
noire. » (J. Barbey d'Aurevilly,
Les Diaboliques f -1874.)
Amoureux de carême. Amou-
reux timide. Le peuple disait
autrefois proverbialement :
Amoureux de carême, qui a
peur de toucher à la chair.
Amoureux (Papier). Papier
qui boit l'encre, — en terme
d'imprimerie.
Amuser à la moutarde (S').
Perdre son temps à des bêtises.
« Grande colère du père Du-
chène de voir les sans-culottes
s'amuser à la moutarde. » {Le
père Duchène.)
Anastasie. Nom donné par les
journalistes au bureau de la
censure littéraire. Les dessina-
teurs la représentent toujours
une paire de ciseaux menaçants
à la main, fer aussi cruel pour
les œuvres de l'esprit que le ra-
soir du chanoine Fulbert pour
l'amant infortuné de l'infortu-
née Héloise. — Un dessin de la
Revue parisienne du 9 août 1877
représente une soirée chez Anas-
tasie, avec cette légende : « Le
domestique annonçant: MM. X.,
Y., Z., journalistes, dessina-
teurs. — Madame Anastasie (à
un invité) : Soyez donc assez
aimable pour voir si on a servi
les glaces aux amendes et aux
suspensions. »
Anchois (Yeux bordés d').
Yeux dont les paupières rougies
et tuhîéfiées figurent des laniè-
res d'anchois. Quand on a vu
une fois de pareils yeux, on est
dégoûté des anchois pour la vie.
Ancien. Elève de deuxième
année ou de première division
dans une école militaire. (Saint-
Patrice.)
Ancienne. Ancienne maîtresse
— Cest une ancienne.
Ancienne. Ancienne fille ga-
lante exerçant un commerce. —
« La propriétaire, une «Ticienne,
fait la causette avec elle. »
(F. d'Urville, Les Ordures de
Paris.) — {< Certaines tables
d'hôte souvent tenues par une
ancienne. » {Idem.)
Anderlique. Homme dégoû-
tant, sale, malpropre, celui qui
dit ou écrit des saletés. Allusion
à l'anderlique, petit tonneau
employé en vidange pour rece-
voir les résidus de la fosse. (Le
Sublime.)
Andouille . Personne sans
énergie. Grand défendeur d'an-
douilleSf individu de haute
taille, un peu sot. Les andouil-
les sont pendues au plafond. 11
faut être grand pour les dépen-
dre, et ce travail ne demande
pas beaucoup d'intelligence. —
<^ Le grand dépendeur d'an-
douilles, qui l'endormait, aaussi
disparu. » (Huvsmans, Gaulois
du 26 juin 1880".)
Ane. Terme de relieur, boîte
où tombent les rognures. Est-ce
une allusion aux livres, qui, la
plupart, contiennent tant d'â-
neries ?
12
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Ange garijUen. Accumpagna-
leiu' d'ivrognes. Avant l'an-
nexion des anciennes barrières,
un grand nombre de marchands
de vin avaient attaché à leurs
établissements « des ang-es gar-
diens » chargés d'accompagner
les ivrognes à domicile, de veil-
ler à leur sûreté et de leur évi-
ter le désagrément d'être déva-
lisés par les voleurs au poivrier.
Industrie disparue aujourd'hui.
Anges pissent (Les). Il pleut.
Anglais. Créancier. Avoir un
tas d'anglaifi à ses trousses. Par
suite d'une vieille antipathie de
race, le débiteur a octroyé au
créancier le surnom d'anglais,
ennemi.
Anglais. Menstrues. Allusion
à l'uniforme rouge des soldats
anglais. — Avoir ,"es anglais,
_Les ttvglais sont débarqués.
Anglaise. Jeu de sous à pile î
ou face, jeu favori des voyous.
Anglaise (S'esbigner à, pis-
ser à r). Quitter une société
sans rien dire à personne. Cela
évite des salutations et des ser-
rements de main qui n'en iini-
raient plus.
Anglaise (Faire une). Se co-
tiser pour aller boire bouteille
chez le marchand de vin, —
dans le jargon des ouvriers. —
C'est ce que les Italiens appel-
lent faire une Jiomainey se réga-
ler à la Romaine.
Angliche. Etranger, Après la
restauration des Bourbons, les
étrangers étaient dos angliches
pour le Parisien. — Homme
dur. " Ça n'a pas de cœur, ce
merlan-là, grommela-t-il, c'est
un angliche. >» (V. Hugo.)
Angoulème. Bouche, du vieux
mol goule, gueule. — 8e caresi^cr
iangouléme, laii-c bonne chère.
Anguille de buisson. Couleu-
vre. Plus délicate, au dire des
amateurs, que l'anguille de ri-
vière, de même que le chat est
plus aimable à l'estomac que le
lapin domestique.
Anisette de barbillon. Eau.
Annuaire sous le bras (Pas-
ser 1'). M Quand un officier est
promu à l'ancienneté, on dit
qu'il passe l'annuaire sous le bras
ou bien avec la protection de la
veuve Berger-Levrault, laquelle
est l'éditeur de l'annuaire. »
(Fr. de Rcillenberg, La Vie de
garnison y 1863.)
Annoncier. Ouvrier typogra-
I phe chargé de la quatrième
page du journal, des annonces.
Un bon annoncier est très ap-
précié.
Anquilleuse, ou voleuse à la
mitaine. Voleuse à la détourne
qui s'attaque aux magasins de
nouveautés. Habile à faire tom-
ber un coupon d'étoffe, elle se
sert de ses pieds, chaussés de
bas en forme de mitaine, pour
cacher la marchandise entre ses
jambes, quilles, ce qui ne l'em-
pêche ni de marcher, ni même
de courir, quand elle sent la po-
lice à ses trousses.
Anse. Bras.
Anse du panier (Faire danser
1'). Gagner sur la dépense du
ménage. L'expression remonte
à l'an 103ti. (La Response des
servantes.) Faire danser est pri.s
dans le sens de faire sauter,
voler. C'est donc mot à mot :
i faire sauter uno partie de i'ar-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
13
p'ont destiné à l'acliat des pro-
visions que protéf^^e l'anse du
panier.
Anses (Panier à deux) . Homme
qui se promène avec une femme
pendue à cliacun de ses bras,
cL qui doit regretter de ne pas
en avoir une troisième, tant il
semble heureux et fier. Les mi-
litaires non gradés et nos bons
villageois font souvent le panier
à deux anses.
Anspezade. — Elève de pre-
mière classe à l'école de Saint-
Cyr.
Antif, Antiffe Chemin. —
Battre Vantif, battre le payé, le
chemin. Au dix-huitième siècle,
on disait dans le môme sens :
Battre la calaln'e, par altération
pour calade, montée.
Antif (Battre 1'). Espionner;
par altération pour anlitle. « Je
me défie maintenant des railles
qui entrent ici pour battre Van-
tif. » (Imbert, A travers Varis-
2/tco«/iu.) C'est-à-dire mot à mot:
fréquenter Téglise. faire métier
de cafard, de jésuite.
Antif le, Antenne,
dans l'ancien argot.
Antifier. Marier, — dans le
jargon des voleurs.
Antique. Personnage à idées
arriérées, mis à la mode du
temps jadis. L'opposé de mo-
derne.
Apic, Aspic. Œil, — dans le
jargon des voleurs. C'est-i-dire
as de -pique, allusion de forme,
si l'on veut.
Apiéceur. Ouvrier tailleur qui
fait la grande pièce, c'est-à-dire
le paletot, la redingote, l'habit.
Eglise,
Aplatir. Réduire au silence,
confondre son contradicteur. Le
superlatif est : Aplatir comme
une punaise.
Apoplexie de templier. Trans-
port au cerveau par suite d'excès
alcooliques. — Les templiers
n'étaient pas précisément re-
nommés pour leur sobriété. On
a dit, pendant longtemps, boire
comme un templier
Apostrophe. Souftlet, coup de
poing sur le visage. (Dict. des
homonymes, Hurtaut, 1775.)
Apôtre. Doigt, — dans le
jargon des voleurs. Les doigls
ont la mission de dérober avec
zèle.
Appuyer. Faire monter un
décor, — dans le jargon des
machinistes.
Appuyer sur la chanterelle.
Répéter, insister de manière à
agacej". Inutile d'appuyer sur la
chanterelle, j'ai compris.
Aquarium. Réunion de soute-
neurs. — Estrade d'un bal pu-
blic de Paris qui leur est af-
fectée.
Aquilin (Faire son). Faire la
mine. C'est-à-dire faire son nez
aquilin.
Arabe. Avare, usurier. (Hur-
taut, t/io^ des homonymes. 1775.)
Araigne. Crochet en fer dont
se servent les bouchers pour
accrocher la viande. Primitive-
ment ces crocs à plusieurs
branches avaient la forme de
pattes d'araignées.
Araignée. Voiture montée sur
roues très-hautes et pourvue
seulement d'un siège. Elle a des
airs de faucheux ; d'où son nom.
14
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Elle sert spécialement aux ma-
quignons pour essayer les che-
vaux.
Araignée de comptoir. Mer-
cier, — dans le jargon des cou-
turières. Le mercier est tou-
jours blotti derrière son comp-
toir comme l'araignée derrière
sa toile. Envoyer le rouffion chez
Varaignée de comptoir.
Araignée de bastringue. Fille
qui tend ses toiles dans les bals
publics". {Riche-en-gueule ou le
nouveau Vadé 1824.) Les voyous
d'aujourd'hui appellent les lilles
qui raccrochent : des araignées
de pissotière. Quœrens quem de-
voret.
Araignée dans le plafond
^Avoir une). Extravaguer par
instant. Le plafond figure le
crâne ; l'araignée y file sa toile
et empêche les idées de sortir
claires et nettes.
Arbalète. Croix à la Jean-
nette, qui est devenue plus tard
la fameuse croix de ma mère,
dont les dramaturges ont fait
une consommation effrayante.
(V. les œuvres complètes de
M. Dennery.)
Arbalète de chique, d'an-
tonne, de priante. Croix d'é-
glise, — dans le jargon des vo-
leurs.
Arbi. Arabe, — dans le jar-
gon de nos soldats d'Afrique.
« Eh l'arbi ! combien ta viande? »
(Ant. Camus, Les Bohèmes du
drapeau.)
Arcasien. Malin, — dans l'an-
cien argot.
Arcasineur. Mystificateur dou-
blé d'un filou. Se dit aujour-
d'hui de celui qui exerce la
mendicité à domicile.
Arcat (Monter un). Mystifier
dans le but de voler. — Il y a
une dizaine d'années, plusieurs
personnes reçurent des lettres
d'arcat, écrites par des prison-
niers espagnols et dans lesquel-
les, en retour d'une certaine
somme, on s'engageait à révé-
ler l'endroit où l'impératrice
Eugénie, en quittant la France,
avait caché ses bijoux. Arcat
vient d'arcane, mystère. —
« Cette fois c'est Midhat-Pacha
qui, exilé, avant de s'embar-
quer pour Brindisi, confia à
l'auteur de la lettre, son pré-
tendu secrétaire, une cassette
contenant une dizaine de mil-
lions. C'est toujours le même
roman de la cassette enterrée,
des plans qui serviront à la re-
trouver et qui sont dans une
malle saisie qu'il faut dégager
et qui exige une certaine somme
qu'on demande aux destina-
taires de la lettre. » [Petit
Journal du 14 sept. 1878.)
V arcat ou lettre de Jérusalem
était pratiquée au xviii<= siècle,
avec tout autant de succès que
de nos jours. Nous en trouvons
un exemple relaté dans le Paris
métamorphosé de Nougaret, (an
VII.)
Arcavot. Mensonge, — dans
le jargon des marchands juifs.
— Il est probable que Vorcat
des voleurs vient d'arcavot. Il
se sera rencontré un voleur de
juif qui aura propagé le mot.
Arche (Fendre 1'). Impor- }.
tuner.
Arche (Aller à 1'). E're en
quête d'argent, courir après
des débiteurs récalcitrants.
Ardent. Chandelle, — dans
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
15
Tancien argot. — Ardents, yeux.
Ardoise (Avoir 1'). Avoir un
compte ouvert dans une gar-
g-ote, chez un marchand de vin,
où le grand-livre est représenté
par une planche d'ardoise.
Ardoise. Tête. — Chapeau. —
Se fourrer dans V ardoise, se
mettre dans la tête,
Argoter. Parler argot. Argo-
tier, celui qui connaît et parle
l'argot comme un académicien
est censé connaître et parler la
langue française.
Argoteur. Celui qui parle
l'argot comme certains faiseurs
de romans font parler leurs
personnages.
Argousin. Contre-maître, —
dans le jargon des ouvriers qui
comparent l'atelier à une ga-
lère.
Arguche. Argot, avec chan-
gement de la dernière syllabe.
Arguche. Niais, — dans le
jargon des voleurs.
Aria. Embarras, obstacle, éta-
lage de toilette. En patois cham-
penois haria signifie tapage.
Aristo. Aristocrate — Pour
l'ouvrier, un aristo est le mon-
sieur qui porte des gants gris-
perle ; pour le voyou, c'est l'ou-
vrier qui se paye un cigare de
dix centimes; pour le pégriot,
c'eat le voyou qui vient de ra-
masser un cigare à moitié fumé.
Arlequin. Epaves de victuail-
les recueillies pêle-mêle dans
les restaurants, dans les grandes
maisons, et débitées aux pauvres
gens. La variante est : Bijou.
* En elfet, c'est une chose af-
freuse que les arlequins... une
chose aflfreuse, puisqu'elle a
empoisonné deux hommes, la
semaine dernière, l'un en vingt-
quatre heures. » (Le Titl, du
17 janv. 1879.) — Ça un arle-
quin^ la petif mère ! vous vous
foutez de moi... c'est tout au plus
du dégueulis.
Arme à gauche (Passer V).
Mourir, — dans le jargon des
troupiers.
Armoire à glace. Quatre d'un
jeu de cartes.
Armoire à poils. Sac de sol-
dat d'infanterie.
Arnache, Arnac Tromperie.
— Jouer Varnache, duper.
Arnache, Arnac. Agent de
police, — dans le jargon des
voleurs.
Arnau. Braillard, individu
qui se répand en criailleries,
dès qu'il s'aperçoit qu'on veut
lui faire du tort, qui renaude,
— dans le jargon des voyous.
C'était, autrefois, le pante ar-
nau, la dupe braillarde et ré-
calcitrante. — Pourquoi avez-
vous assassiné cet homme? —
Dame! mon président, il était
aussi par trop arnau.
Arpète. Apprenti, — dans le
jargon des ouvriers. Par alté-
ration d'arpenté. L'apprenti, en
etïet, est toujours par monts et
par chemins. 11 arpente l'ate-
lier et les rues, à ses moments
perdus, quand on ne l'emploie
pas à des travaux qui le voue-
ront plus tard à Torthopédiste
et au fabricant de bandages.
Arpion. Argot des chiffon-
niers.
Arpion. Pied. D'arpion, gritfe ;
d'où harponner. Plomber des
16
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
arpions, sentir mauvais des
pieds.
Arquepincer. Dérober adroi-
teinent. — Prendre, surprendre
avec adresse. — Un voleur ar-
qucpince un porte-monnaie, un
agent survient qui arquepince le
voleur.
Arracher du chiendent. At-
tendre en vain en plein air. —
Le Don Juan de comptoir qui,
les pieds dans la boue, attend
sa belle pour calmer les élans
de l'amour, le voleur qui, au
coin d'une rue, attend une pra-
tique convenable pour calmer
les élans de la faim, arrachent,
l'un et l'autre, du chiendent. Le
trop confiant créancier, qui at-
tend chez lui la visite d'un dé-
biteur, arrache du chiendent en
chambre.
Arracher un pavé. Se livrer
au travail d'Onan, — dans le
jargon des voyous.
Arrangemaner. Tromper, du-
per. Le grec arrange mane sa
dupe en la dépouillant de tout
son argent. Arrangemaner aux
petits oignons, duper d'une ma-
nière tout à fait hors ligne. —
Arrangemaner unaminche, trahir
un camarade.
Arrondissement (Chef-lieu d').
Femme dans un état de gros-
sesse avancée.
Arrondir (S'). Mettre de l'ar-
gent de côté. Mot à mot : ar-
rondir sa fortune.
Arrosage. A- compte donné à
un créancier.
Arroser. Donner un à-compte
à un créancier. t( A quoi bon
arroser ces vilaines lleurs-là? »
(V. Hugo, Ruy-Blas.)
Arroser. — Ajouter de l'ar-
gent à une somme engagée
après un coup gagné à la ponte.
— Risquer une nouvelle mise
en banque après décavage, —
dans le jargon des joueurs.
Ordinairement, à la ponte, on
arrose après le premier coup
de gain. C'est mot à mot : ar-
roser le tapis avec de l'argent
tiré de la masse. A force d'arro-
ser sans succès, on finit par
être à sec.
Arroseur de Verdouze. Ma-
raîcher.
Arrosoir (Coup d'). Verre de
vin, tournée sur le comptoir du
marchand de vin, opération qui
arrose l'estomac.
ArsenaL Arsenic. Change-
ment de la dernière syllabe.
Arsonner. Fouiller, — dans le
jargon des voleurs.
Arsouille. Individu qui a le
genre et les goûts canailles.
Arsouiller (S'). Se compro-
mettre avec des arsouilles, fré-
quenter des gens crapuleux.
Article de foi. Petit verre
d'eau-de-vie, — dans le jargon
des ivrognes du dix-huitième
siècle.
Article (Faire 1'). Faire valoir
une marchandise, faire ressor-
tir les qualités d'une personne.
Le boutiquier et la fille s'enten-
dent mieux que personne à
faire l'article.
Article (Porté suri'). De com-
plexion amoureuse. Mot à mot :
porté sur l'article femme, dont
le Parisien fait une si grande
consommation.
Artie. Pain, — dans l'ancien
argot. — Artie savomié, pain
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
17
blanc; artie du Gros- Guillaume^
pain noir.
Artilleur. Ivrogne. Allusion
aux canons des marchands de
vin où les ivrognes allument
leurs mèches.
Artilleur de la pièce humide.
Inlirmier militaire. — Pompier.
Artiste. Vétérinaire, — dans
le jargon des voyous.
As. Les restaurateurs et les
limonadiers désignent sous ce
nom la table qui porte le nu-
méro 1, et, par extension, le
consommateur assis à cette
table. (Test ordinairement la
plus proche de la porte d'entrée.
« Dans l'enceinte gastronomi-
que, vous devenez un chilire,
un numéro... un pied de cochon
à l'as; enlevez chaud! » (Léo
Lespès, Paris dans un fauteuil.)
As percé. — As seul de sa
couleur, — dans les mains d'un
joueur de bouillotte. Les joueurs
prudents n'engagent jamais le
jeu avec un as percé.
As de carreau. Ruban de la
Légion d'honneur. — Sac de
soldat d'infanterie.
As de carreau dans le dos
(Avoir r). Etre bossu, — dans
l'argot du régiment.
As de pique. Le fondement.
— Ecusson en drap noir apposé
au collet de la capote des sol-
dats du bataillon d'Afrique
As de pique (Fichu comme 1').
Mal bâti, mal mis. Un individu
fichu comme Vas de pique, un in-
dividu mal bâti ou mal mis. —
Ouvrage fichu comme l'as de pi-
que, ouvrage bousillé.
As (Etre à 1'). Avoir la poche
bien garnie d'argent, — dans
le jargon des voleurs. A la plu-
part des jeux, l'as est la plus
belle carte.
Asphaltais. Flâneur, celui qui
se promène sur l'asphalte. « Ma-
demoiselle Hélène est la plus
charmante blonde qui, de mé-
moire d'asphaltais, etc. » (J. No-
riac.) La variante plus pari-
sienne est : Polisseur d'asphalte.
Asseoir (Allez vous). En voilà
assez , laissez-moi tranquille.
Formule empruntée à celle dont
se servent les présidents de
chambre lorsqu'un témoin a
terminé sa déposition.
Asseyez-vous dessus. Faites-
le taire à tout prix. Mot à mot :
étouffez ses cris, au besoin, en
vous asseyant sur lui. Se dit
surtout , dans le monde des
voyous , lorsqu'un enfant au
maillot piaille. Asseyez-vous des-
sus, et que ça finisse.
Assiette au beurre (Avoir 1').
Etre un des heureux de ce
monde, — dans le jargon du
peuple. — Ceux qui détiennent
V assiette au beurre ont toutes
les jouissances que procure la
fortune et celles que procure
une haute situation. — C'est
donc toujours les mêmes quau-
ront l'assiette au beurre ?
Assoce. — Associée, — dans
le jargon des couturières. Dans
les grands ateliers de couture,
les ouvrières travaillent deux à
deux, et elles s'appellent « as-
sociées. » La première associée
fait les garnitures des corsages
et la seconde associée les acces-
soires : boutonnières, doublu-
res, etc.
Assommoir. Débitde liqueurs,
18
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
comptoir de marchand de vin.
« Les assommoirs sont des mi-
nes à poivre ou boîtes à poi-
vre. » {Le Sublime.) « J'entrerai
en face , au petit assommoir. »
(Ad. d'Ennery, Les Drames du
cabaret j 1864.)
Assommoir (Poivre d'). Eau-
de-vie débitée par un marchand
de vin de dernier ordre. « L'eau-
de-vie servie dans les assom-
moirs est du... oui vitriol. Il est
incroyable que l'estomac puisse
supporter ce liquide. » [Le Su-
blime.)
Âstic. Polissoir, — dans Je
jargon des cordonniers.
Asticot. Maîtresse d'un sou-
teneur.
Asticot. Vermicelle, — dans
le jargon des voleurs.
Asticot de cercueiL Verre de
bière, — dans l'argot des étu-
diants, que les jeux de mots de
ce cahbre ne dégoûtent pas.
Astique (Faire 1'). Astiquer
son fourniment, faire son lit,
cirer ses bottes, — dans le jar-
gon de Saint-Cyr. — « V astique^
une science très amusante de
la grande manœuvre en plu-
sieurs tableaux, qui se joue entre
les quatre murs de l'Ecole. »
(B. Maizeroy, La Vie moderne,
2 août 1879.)
As-tu fini ! C'est-à-dire : as-
tu fini de faire des embarras,
as-tu fini de nous ennuyer !
Atelier. Chambre à coucher,
— dans le jargon des femmes
entretenues. — Venez visiter
mon atelier.
Atigé. Malade.
atigés, hôpital.
Planque aux
Atiger. Malmener, frapper.
— Atiger cher, défigurer.
Atout. Courage. — Avoir de |l
V atout, avoir du courage.
Atout. Contusion ; coup de
poing. Retourner atout, donner
une gitle.
Attache. Attachement, afi"ec-
tion ; se trouve dans le diction,
des homonymes d'Hurtaut, 1775.
Attaque (D'). Avec ardeur,
avec courage. — JJn d'attaque,
c'est-à-dire un homme d'atta-
que, déterminé, courageux, bon
travailleur. — Etre d'attaque,
ne pas bouder à l'ouvrage. « Il
est arrivé de province, c'est un
de nos pays qui est d'attaque. »
(Le Sublime.)
Attelage (Double). Quatorze
de rois au jeu de piquet.
Attignole. Boulette de char-
cuterie cuite au four. Le déjeu-
ner de bien des pauvres diables.
Attrapage. Réprimande. —
Dispute. — Critique bruyante
et souvent injuste de public à
acteur. — « Ça va mal, dit Mi-
gnon, radieux à Steiner, un
joli attrapage, vous allez voir! »
(Zola, Nana.)
Attrape - Science . Apprenti
cordonnier. Pour laver la tête à
l'apprenti, les ouvriers la lui
plongent plus d'une fois dans
le baquet de science, le baquet
où trempent les cuirs.
Attraper. Réprimander. —
Critiquer à haute voix, avec une
malveillance marquée, soit une
pièce, soit un acteur en scène.
Au xviii^ siècle, on disait entre-
prendre dans le même sens. —
S'attraper, se disputer.
DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE,
19
^ Attraper le lustre. Ouvrir
une lar^e bouche sans pouvoir
produire la note voulue, — dans
le jargon des chanteurs.
Attraper la fève. Payer pour
autrui. — Recevoir un coup
destiné à un autre.
Attrapeur. Critique malveil-
lant, bruyant et ignorant. L' at-
trapeur s'attaque à la pièce, aux
auteurs, aux décors, au souffleur
au besoin. C'est presque tou-
jours un ami de l'auteur ou un
impuissant ou un quidam entré
au théâtre avec un billet de fa-
veur.
Attrimer les robaux. Faire
courir les gendarmes. {Mémoires
d'un forçat ou Vidocq dévoilé,
glossaire d'argot, 1829.) Attri-
mer est un augmentatif de tri-
mer.
Aubade (Donnerl'). Faire un sa-
crifice matinal à Vénus. (xvii« siè-
cle.) C'est mot à mot : donner
l'aubade amoureuse. Félix qui
■potuit.
Aumônier. Variété de voleur
à la détourne. Un gentleman
est, chez un joaillier, en train
de choisir dans un fort lot de
bagues à brillants, lorsqu'une
tête de mendiant apparaît à la
porte. L'acheteur met la main
à la poche et glisse au pauvre
diable, avec deux ou trois sous,
une ou deux magnifiques ba-
gues de la collection. Le gent-
leman est un filou, le mendiant,
un compère.
Aiis. — « Chaque saison a
ses articles défraîchis, et même
démodés, ses aixs, dans la lan-
gue de magasin. » {Commis et
demoiselles de magasin, i868.)
— AùSy dans le même jargon,
signifie encore une personne
qui ne sait pas au juste ce qu'elle
veut acheter, un tatillon qui
tourne, retourne la marchan-
dise, f<Ht tout étaler et s'en va
comme il était venu; la ter-
reur des commis de magasin.
Aujourd'hui, aiis n'est usité que
dans ce dernier sens.
Autant. Mot très employé au
régiment, et qui a plusieurs ac-
ceptions. Signifie : je me trom-
pe, c'est-à-dire. Ex. : « Qu'a dit
le pied, de banc? Il n'a rien dit...
autant, il a dit comme ça que les
hommes de corvée seraient de cor-
vée. » — Veut dire encore : à
recommencer. — Ça ne va pas ce
mouvement, autant. Se dit, aussi,
très souvent, dans le sens de :
tout comme moi, moi aussi. —
« Peux-tu m' avancer mon prêt, je
n'ai pas le rond ? — Autant. »
Autel de besoin. Fille publi-
que, — dans le jargon du peu-
ple.
Autor et d'Achar (D'). D'au-
torité et avec acharnement.
Terme employé par les joueurs
d'écarté, lorsqu'ils jouent sans
aller aux cartes. Jouer d' autor
et d'achar. — Faire de l'autor.
Prendre des airs autoritaires.
Au trot. Vite, dépêchez-vous,
— dans le jargon des soldats
de cavalerie. — Allez me seller
mon cheval, au trot. — A la
charge. A toute vitesse, prompt
comme l'éclair. Aussitôt le coup
fait, je pars à la charge.
Autre (L'). Nom que, sous la
Restauration, donnaient à Na-
poléon P"" les militaires restés
fidèles à leur empereur, qu'ils
appelaient aussi l'Ancien, c'est-
à-dire l'autre souverain. — L'au-
20
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
tre, cet autre, désigne une per-
sonne qu'on ne veut pas nom-
mer ou citer : « Mais feignant
de croire, comme dit l'autre,
qu'il (le corps humain) est né
de sa propre puissance. » (L.
Veuillot.) Pour un homme ma-
rié, Vautre c'est sa maîtresse,
l'autie femme. Pour la femme
niaiiée, c'est l'amant. — Être
Vautre, être dupe. « Vous criez
quand les garçons demandent
de l'argent, vous dites qu'il dé-
rangent la partie: avec tout ça,
c'est moi qui suis Vautre. » (A.
de Gaston.)
Auvergnat (avaler 1'). Com-
munier.
Auverpinches. Gros souliers
<iomme en portent les Auver-
gnats.
Avale -tout -cru. Voleur qui
exploite les bijoutiers. Il est
myope, paraît-il, car il examine
de si près les diamants non
montés, qu'il lui arrive toujours
d'en avaler un ou deux parmi
les plus beaux. Mais il les rend...
chez lui, avec ou sans le secours
d'un purgatif, suivant qu'il est
plus ou moins pressé.
Avaler sa gaffe. Mourir, dans
le jargon des marins. — « D'un
jour à l'autre on peut avaler sa
galfe. » (E. Sue. Atar-Gutl,
1832.)
Avaler son poussin. Être ren-
voyé, — dans le jargon des
peintres en bâtiments.
Avaler la douleur. Boire un
petit verre d'eau do vie. « Al-
lons, dégourdi, avale la dou-
leur! » (A. de Liancourt, le Bi-
deau levé sw/* /es mystères de
Paris, 18i4.)
Avaler son absinthe. Faire
contre mauvaise fortune bon
visage, endurer avec résigna-
tion quelque désagrément.'
Avaler le goujon, mourir; ex-
pression populaire, plus usitée
au commencement du siècle
que de nos jours.
« Mais si j'tenions sur mon bord
» Monsieur Pitt, par la vcntrediennc !
» Oui j'ii frais faire un plongeon,
» Oui j'Ii frais avaler le goujon. »
(Pus, Chans., 1803.)
Avaloir, Avaloire. Gosier, —
Quel avaloir l Quel mangeur in-
trépide!
Avant-postes. — Seins. « Il
y en eut un qui, tenté par ses
maîtres avant-postes de chair
vive, voulut prendre des lihci-
tés avec elle. » (J. Barbey d'Au-
revilly, Les Diaboliques, i874.)
Avant-scènes. Seins qui tour-
nent au majestueux.
Avoine. Eau-de-vie, — dans
le jargon des troupiers. C'est la
ration d'eau-de-vie qu'o:i dis-
tribue aux soldats en campa-
gne.
Avoir encore (L'). Avoir ce
qu'inie jeune fille doit perdre
seulement le jour de son ma-
riage.
Avoir quelqu'un quelque part.
Mépriser quelqu'un profondé-
ment, se moquer complètement
des observations de quelqu'un.
Les variantes sont : Avoir quel-
qu'un dans le derrière, avoir
quelqu'un dans le cul.
Aze. Ane, homme qui n'est
pas au courant de son métier.
Mot très usité aux xvn" et xvhi«
DICTIONNAIRE d'aRGO MODERNE.
21
siècles et emprunté au proven-
çal.
« Un barbier y met bien la main,
» Qui bien souvent n'est qu'un vilain,
» Et dans son métier un grand aze. »
(ScAURON, Jodelet maître et valet.)
Azor (Appeler). — Siffler, —
dans le jargon du théâtre. —
« Qu'est-ce que c'est? est-ce
qu'on appelle Azor? » {Musée
Fhilipon.)
Baba. — Pour ébahi, — dans
le jargon du peuple ; en ôtant
la première et les deux derniè-
res lettres et doublant la syllabe
BA.
Babillard. Journal. — Griffon-
neur de babillards, journaliste.
Babillarde. Lettre.
Babillarde. Montre, pendule.
Babouin. Petit bouton qui
vient sur les lèvres, après avoir
bu dans un verre malpropre ou
après quelqu'un de malsain ou
simplement parce qu'on est
malsain soi-même. — Chez
beaucoup de femmes, signe
précurseur de l'indisposition
mensuelle. Vient du vieux mot
français 6a6oM, jeu d'enfants
qui consistait à faire la moue.
Babouine. Bouche. Babouincr,
manger.
Bac. Baccarat, nom d'un jeu
de cartes. « Ce serait bien le
diable s'il parvenait à organiser
de petits bacs à la raffinerie. »
(Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Bacchantes (Les). La barbe et
principalement les favoris, ~
dans le jargon des voleurs.
(Rien des prêtresses de Bac-
chus.) C'est un jeu de mots un
Il peu forcé sur bâche et dont a
t été formé bacchantes; mot à
Bâchasse. Travaux forcés, —
dans l'ancien argot.
Bâche. Casquette. Elle couvre
la tête comme la bâche couvre
la marchandise.
Bâche. Enjeu, — dans l'an-
cien argot des Grecs. — Faire
les bâches, bachotter, établir dos
paris entre compères dans le
but d'exploiter des dupes. Allu-
sion à la grosse toile nommée
bâche qui sert à garantir une
marchandise. La bâche garantit
le tloueur contre les mauvaises
chances du jeu.
Bâche. Drap, — dans le jar-
gon des troupiers, qui ne cou-
chent pas précisément dans de
la batiste. — Se bâcher, se mctlre
dans la bâche^ se coucher.
Bacho. Baccalauréat. — Ba-
chelier. — Passer son bachOy
passer son baccalauréat. — Pio-
cher son bacho, travailler à son
baccalauréat.
Bachotier. Préparateur au
baccalauréat.
Bachotteur. Grec, floueur. —
Dans une partie de cartes ou
de billard, le bachotteur rem[i\[i
le rôle de compère. Il tlattc la
dupe, la conseille et contribue
à la faire plumer.
Bacreuse. Poche, — dans le
jargon des ouvriers.
22
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
Badigeon. Fard. — C'est le
pigmentum de Pline, le fucus de
Cicéron. — Se coller du badi-
georiy se farder.
Badigeonner. Mettre du fard.
C'est ce que Racine appelle :
« Réparer des ans l'irréparable
outrage. » — Se badigeonner, se
farder.
Badigeonner la femme au
puits. Mentir. Mot à mot : far-
der la vérité au moyen d'un
coup de badigeon. La femme
au puits, c'est la vérité, — dans
le jargon des voleurs qui se
sont quelque peu frottés au mur
de la littérature.
Badigoince. Joue. — Se caler
les badigoinceSy manger.
Badines. Jambes. « Un gros
terrier, sortant d'une porte co-
chère, avait voulu lui boulotter
les badines. » (La Petite Lune,
4879.)
Badinguet, Badingue. Sobri-
quet donné à Louis Napoléon.
11 paraît que c'était le nom du
maçon sous les habits duquel le
prince s'évada du fort de Ham.
« Ce fut dans cet accoutrement
qu'il traversa trois cours, des
haies de soldats, des groupes
de geôliers et de maçons. Au
moment de sortir, il avait ex-
cité la curiosité assez inquiète
de deux de ces derniers, qui pa-
raissaient étonnés de ne pas le
connaître, quand l'un d'eux dit
à l'autre : Non, ce n'est pas
Berton, c'est Badinguet. Et c'est
de là qu'est venu ce nom depuis
si populaire. » (Ph. Audebrand,
Illustration du i^^ septembre
1877.)
Badinguiste. Terme de mépris
dont se servent les ennemis du
régime impérial pour désigner
un partisan de Napoléon III,
quand ils ont l'aménité de ne
pas lui donner du « badinyouin,
du badingueusard ou du badin-
goinfre. » « Le 4 septembre ne
fut-il pas pour les badiiigoinfres,
la plus inespérée des solutions. »
(G. Guillemot, le Mot d'Ordre du
5 septembre 1877.)
Badouillard. Viveur, épicu-
rien, ami des plaisirs, de la
bonne chère et des bals publics.
Le Badouillard, une des nom-
breuses incarnations du Bousin-
got, s'est épanouidc iSiO à 18o0.
La société des Badouillards fut,
dans le principe, composée d'é-
tudiants. Pour faire partie de
cette société, il fallait subir ho-
norablement certaines épreuves.
Il y avait celle du dîner, de
l'ingurgitation du Champagne,
du punch et des liqueurs fortes,
de l'engueulejp.ent, du duel,
des nuits passées, du bal. Celui
qui sortait triomphant de cette
série d'épreuves, dont la santé
et souvent la raison étaient les
enjeux, celui-là était proclamé :
« Badouillard. » — « Le foyer
de l'Opéra était envahi par une
multitude de charmants cureure
d'égouts, de délicieux badouil-
lards. » {Musée Philipon, les bals
masqués.) — « Grande charte des
badouillards. Art. 2. — Tout
badouillard qui ne sera pas ivre
en entrant au bal, sera privé de
ses droits civils. » {Physiologie
du Carnaval, 1842.)
Badouillarde. Femelle du ba-
douillard. « Toute badouillarde
devra prouver à la société que,
des pieds à la tête, elle ne pos-
sède aucune infirmité. » (Phy-
siologie du Camavalf 1842.J
DICTIONNAIRE DE L ARGOT MODERNE.
23
Badouille. Homme qui, dans
son ménage, ne porte culotte
que nominalement.
Badouiller. Courir les bals
publics, les lieux de débauche,
— dans le jargon des viveurs
d'il y a trente ans.
Baffre. Soufflet. — Coller une
baffre, donner un soufflet.
Bafouiller. Bredouiller.
Bafouilleur. Bredouilleur. —
Baf'ouillcuse, bredouilleuse.
Bagatelle (La). Sacrifice à
Vénus. — Faire la bagatelle,
sacrifier à Vénus.
Bagnole. Petite chambre mal-
propre.
Bagou. Facilité d'élocution
pour ne rien dire, éloquence
factice qui en impose aux sots.
Les charlatans ont du bagou,
soit qu'ils parlent sur la place
f)ublique, soit qu'il« débitent
eurs boniments du haut d'une
tribune. Le bagou n'est que la
fausse monnaie du véritable
esprit de repartie. Il a été dé-
trôné par sa sœur la blague.
Bagou, Bague. Nom propre,
— dans le jargon des^ voleurs.
Baguenaude. Poche. — Ba-
guenaude à sec, poche vide. —
Baguenaude ronflante, poche
garnie d'argent.
Baguenauder. Se promener,
Jlâner, paresser, — dans le
jargon des voyous. C'est-à-dire
avoir les mains dans les bague-
naudes, dans les poches.
Bahut. Ecole, pensionnat, —
dans le jargon des écoliers. —
Ecole de Saint-Cyr. « On est
heureux en sortant du bahut
d'avoir sa chambre, son ordon-
nance, son cheval. » (V*® Richard,
Les Femmes des autres, 1880.)
Bahut. Mobilier. — Bazarder
tout le bahut, vendre tout le
mobilier.
Bahutée (Tenue). Tenue très
soignée, tenue élégante, — dans
le jargon des troupiers.
Bahuter. Faire du tapage.
Au xvn** siècle, ce mot signifiait
faire plus de bruit que de be-
sogne, par allusion aux ouvriers
bahuteurs ou layetiers, « les-
quels, après avoir cogné un
clou, donnent plusieurs coups
de marteau inutiles, avant d'en
cogner un autre. » (Ch. Nisard,
Parisianismes.)
Bahuteur. Ecolier turbulent,
mauvais écolier que Ton change
souvent de pension.
Baigne-dans-le-beurre. Sou-
teneur de filles. Allusion au
beurre dont le maquereau est
friand, à ce que prétendent les
gourmets.
Baignoire à Bon-Dieu. Calice.
Bailler au tableau. « Terme
de coulisses qui s'applique à un
acteur, qui voit au tableau la
mise en répétition d'une pièce
dans laquelle il n'a qu'un bout
de rôle. (A. Bouchard, La Lan-
gue théâtrale, 1878.)
Baillive. — Nom donné an-
ciennement à une maîtresse de
maison de filles. Les variantes
de l'époque étaient : Supérieure,
maman, abbesse, maquerelle. La
dernière a surnagé jusqu'à
nous.
Bain-de-pied. Excédant qui
tombe d'un petit verre de li-
queur dans la soucoupe. — Ex-
cédant de café qui inonde la
24
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
soucoupe. — Une demi-tasse,
sans bain-de-pied.
Bain qui chauffe. Soleil ar-
dent qui sera suivi de pluie.
Bain (Prendre un). Boire
beaucoup, — dans le jargon
des ivrognes. C'est un amarre
que f attends pour aller prendre
un bain. Nous avons pris un fa-
meux bain.
Baiser (Se faire). Se laisser
tromper grossièrement, se lais-
ser voler. — Etre baisé, être
trompé, avoir le dessous dans
une affaire d'amour, dans une
affaire quelconque, dans une
partie de jeu. « — Capitaine!
— Commandant? — Vous allez
faire la partie de la colonelle;
attention ! pas de blagues, pas
de mots risqués. — Ayez pas
peur... je veux que le tonnerre
de N. I). D. m'emporte si... »
On joue : Le capitaijie (annon-
çant :) — « Le roi, [entre ses
dents :) un foutu gueux. » — La
colonelle : « La dame de pique. »
— Le capitaine : « Je lui fends
le c... (d'une voix de stentor :)
atout, ratatout, le poil de mes...
moustaches et je prends tout...
vous êtes 6aisée, m a petite mère. »
Baiser le cul de la vieille. Ne
pas marquer un seul point dans
une partie de cartes.
Baisser la tête. Perdre au jeu,
être vaincu dans une partie de
caries. {Jargon des marins.) —
Baisse la tête, tu as perdu.
Bal. Prison. — Poteaux de bal,
amis de prison. Bal est l'apo-
cope de ballon qui a la même
signification en argot.
Bal (Donner le). — Donner
une volée de coups. « M™^' An-
got : — Ouin, quand j' t'aurons
encore donné 1' bal. » (Le nou-
veau Vadé.)
Balade. Promenade, flânerie.
« .Je m'aboulc pour une balade. »
(Huysmans, Les sœurs Vatard,
1879.) — Faire la balade, être
en balade, se promener.
Balader, se balader. Marcher,
se promener. Ce mot avait, il y
a quelques années, le sens de
ne rien faire, se croiser les bras.
Autrefois on appelait baladina-
ges les danses du peuple.
Balader. Choisir, chercher, —
dans le jargon des voleurs.
Baladeur. Flâneur. — Bala-
deuse, coureuse de plaisirs.
Baladeuse. Voiture de bimbe-
lolier forain. (L. Larchey.)
Balai. Dernier omnibus qui
rentre au dépôt, — dans le jar-
gon des conducteurs d'omnibus.
Ils appellent l'avant-dernière
voiture : le manche.
Balai. Gendarme, agent de
police, — dans le jargon dos
camelots et des marchands am-
bulants.
Balai de l'estomac. Epinard.
Balai neuf (Faire). Etre rem-
pli de zèle; bien faire son ser-
vice ; contenter ses maîtres les
premiers jours, — en parlant
d'un nouveau domestique.
Balancer. Jeter au loin,
renvoyer, envoyer promener.
« Quand votre femme vous en-
nuie... Toc! on la hakmcc. » (E.
Grange etLamberr-Thiboust. La
Mariée du Mardi-Gras.)
Balancer sa canne. Passer du
vagabondage au vol.
Balancer les châssis. Regar-
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
25
der (îc tous les côtés, jeter les
yeux à droite et à gauche, —
dans le jargon des voleurs.
Balancer le chiffon rouge.
Parler. Le chiffon rouge figure
la langue. Allusion de cou-
leur. Mot à mot : lancer la lan-
gue.
Balancer ses halènes. Se re-
tirer du commerce du vol. Mot
àmotijeterses/ta/ewesjsesoutils.
Balancer la tinette. Vider le
baquet aux excréments , —
dans le jargon de-; troupiers. —
Quitter un endroit, vider les
lieux, jeu de mots facile à sai-
sir.
Balancer le chinois (Se). Se
livrer à l'onanisme.
Balanceur de braise. Chan-
geur.
Balançoire. Mensonge, mys-
tification.
u Tout est ici balançoire ou ficelle.
» Sages Mentors, ne* vous en offensez;
» Depuis lehautjusqu'aubas de récheUe,
» Nous balançons ou sommes balancés. »
{Les Balançoires de la jeunesse, 1861.)
Envoyer à la balançoire, en-
voyer au diable.
Balançon. Marteau de fer, —
dans le jargon des voleurs.
Balandrin. Balle de colpor-
teur.
Balayer les planches. Jouer
dans une pièce qui sert de lever
de rideau, — dans le jargon des
comédiens. « Ayez donc du ta-
lent... pour balayer les plan-
ches. » (Ed. Brisebarre et Kug.
Nus, La Route de Brest, acte IV,
scène 1.)
Balayeuse. Jupe à traîHc dont
la mode a suivi celle des crino-
lines. Fausse jupe garnie de
dentelles et cousue après la
robe, — mode de 1876-1879.
Balayeuse. Femme qui porte
une longue jupe de robe dont
elle balaie le pavé. On les a
aussi appelées : « La joie des ba-
layeurs. »
Balcon (Il y a du monde au).
Locution qui sert à désigner
une femme avantagée sous le
rapport de la gorge.
Balconnier. Orateur qui parle
du haut d'un balcon à une foule
plus ou moins en délire; vo-
cable dont, pendant quelque
temps, ont abusé les adversaires
politiques de M. Gambetta pour
le désigner.
Balconnière. Demoiselle sans
préjugés qui, du haut de sa fe-
nêtre, appelle le client.
Ballabile. Art de mettre en
scène des masses chorégraphi-
ques, et d'en composer la figu-
ration. « Perrot était de pre-
mière force sur le ballabile. »
(Ch. de Boigne.)
Baleine. Lame, vague de la
mer. « Veux-tu fermer la bou-
che, braillard, lui dit Simon, ou
tu avaleras la première baleine
qui tombera à bord. » (E. Sue,
Atar-Gull, 1832.)
Baleine (Rire comme une).
Rire à gorge déployée, en mon-
trant une large bouche.
Ballade. Goguette ballade use.
« C'est la chanson courant de
salle en salle, sans domicile fixe,
s'installant aujourd'hui là, de-
main ici, évitant avec soin la
périodicité et l'œil des agents.»
(Eug. Imbert, La Goguette et les
goguetiers, 1873.)
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Balladeuses (Les). Testes, —
dans l'arg-ot des barrières.
Ballant. Bras, — dans le jar-
gon des barrières. Les voyous
marchent les bras ballants; d'où
Je surnom.
Balle. Ballet.
Balle. Secret. i( S'il crompe sa
Madeleine, il aura ma balle, » s'il
sauve sa Madeleine, il aura mon
secret. (Balzac.) Mot à mot; ce
qui est caché dans ma balle,
dans ma tête. — Faire la balle
de quelqu'un, suivre les instruc-
tions de quelqu'un. « Fais sa
balle, dit Fil-de-Soie. » (Balzac,
La Dernière incarnation.)
Balle. Figure, tête, physiono-
mie. K Oh c'tte balle! » (Th. Gau-
thier, Les Jeunes-France.)
Balle. Pièce d'un franc. JJne
balle, un franc. Cinq balles, cinq
francs.
Balle. Occasion. Rater sa
balle, manquer une bonne occa-
sion.
Balle (Rond comme). Pleine-
ment repu. Être rond comme
balle, c'est avoir à peine la force
de bouger, tant on a bu et
mangé.
Ballon. Derrière. — Enlever
le ballon, donner un coup de
pied au derrière.
Ballon (Gonfler son). Com-
mencer à donner des signes de
grossesse. — Quand ma tortue
aura fini de gonfler son ballon.
Ballon. Postiche en crinoline
qui avantage les femmes par
derrière. « On a beau dire, Pa-
méla; femme sans ballon, oi-
seau sans plume. » (Grévin.)
Ballon. Prison. — Être en bal-
lon, être en prison. C'est une va-
riante d'être emballé, et une al-
lusion à l'état de l'aéronaute
entre ciel et terre, c'est-à-dire
mis dans l'impossibilité de s'é-
chapper de la nacelle.
Ballon, le ballonné. « C'est la
danse qui bondit et rebondit,
qui vole, c'est Taghoni. « (Ch.
de Boigne.)
Ballon (Carguer son). Relever
ses jupes. Les jours où il lans-
quine, il y a un tas de pantes à re-
luquer les flûtes des gonzesses qui
carguent leurs ballons. Les jours
de pluie, il y a un tas d'imbéci-
les occupés à regarder les jam-
bes des femmes qui relèvent
leurs jupes.
Ballon (Monter en). C'est une
vexation qu'au régiment on fait
subir à un nouveau venu. Dans
les régiments de cavalerie, les
litssont adossés à une cloison en
planches, appelée le bas-flancpur
analogie avec lescloisonsde bois
qui séparent les chevaux; cette
cloison ne monte pas jusqu'au
plafond. Pendant la nuit, on en-
toure le lit du patient au moyen
de deux cordes à fourrages qui
font nœud coulant, puis au si-
gnal : « Comptez-vous quatre, »
quatre hommes tirent les cordes
passées sur le bas-flanc, et la
victime enlevée se trouve bien-
tôt suspendue à deux ou trois
mètres, quelquefois le lit sens
dessus dessous; ce qui ne laisse
pas d'être fort 'amusant.'., pour
ceux qui ont organisé cette ai-
mable farce.
Ballonné. Emprisonné. —
Soufflé par les roublards et bal-
lonné à la pointue, pris par les
agents de pohce et enfermé au
dépôt de la préfet^t^re.
DICTIONNAiriE D ARGOT MODERNE.
27
Ballot, Ballottage. Manque
d'ouvrage, — dans le jargon des
tailleurs. — Il y a du ballot, il
n'y a pas d'ouvrage.
Balloter. Manquer d'ouvrage.
Balloter. Jeter, — dans le
jargon des voleurs. — Balloter
un client avalant, jeter un
homme à l'eau après l'avoir
volé. Avalant vient d'aval; le
corps suit le cours de l'eau.
Balochard. Personnage de
carnaval, à la mode dans les bals
masqués de 1840 à 1850. « C'é-
tait une variété de chicard avec
un feutre défoncé pour casque.»
(L. Larchey. ) « Chicard, le
grand Chicard, l'empereur du
carnaval, le protecteur de la
confédération des flambards et
balochards. » [Musée Philipon.)
Balocher. Courir les bals àTé-
poque où fleurissaient balo-
chards et balocheuses.
Balocher. Dérober, faire des
affaires illicites.
Balouf. Excessif. C'est, sans
doute, une altération de balourd.
— Une raclée balouf, — dans le
jargon des voleurs.
* Balthazar. Festin, grand re-
pas.
Baluchon. Petit paquet. —
[* Enlever le baluchon. « Voyons,
laisse là ton baluchon. » (Huys-
mans, Marthe.)
Banban. Boiteux, boiteuse. Le
banban, la banban.
Banc (Pied de). Sergent, —
dans le jargon des troupiers.
Banc du ciel. En terme de
carrier, c'est le lit de pierre
d'en haut.
Banc(Envoyer au). Congédier,
renvoyer. (F. Envoyer au blanc.)
Bande d'air. Frise peinte en
bleu pour figurer le ciel dans
les décors de théâtre.
Bande à l'aise. Homme mou,
sans énergie. Homme froid avec
les femmes, celui qui marque
au thermomètre de l'amour.
« Non possumus, » voilà leur
devise, à eux aussi.
Bande (Coller sous). Mettre
quelqu'un dans une situation
difficile, — réduire son contra-
dicteur au silence. — Allusion
à l'embarras du joueur de bil-
lard dont la bille touche la
bande.
Bander la caisse. — Se sauver
en emportant la caisse. — Allu-
sion à la bande de papier que
les directeurs de théâtre font
coller sur les affiches pour cause
de relâche.
Bannette. Tablier.
Bannière. Chemise. Quand tu
auras fini de te promener en ban-
nière. On dit également : ban-
nière volante.
Banque. Troupe de théâtre,
— dans l'ancien argot des co-
médiens. « Le gonze quiest àvotre
ordre est-il de la banque ? Celui
qui est à côté de vous est-il un
comédien? » (Mémoires de Du-
mesnil.)
Banque. — Ruse, frime. —
« C'est une banque. » (Scribe,
Vhonneur de ma fille, 1836.)
Banque. Métier du saltimban-
que.
Banque. Association entre es-
crocs. Art de tlouer son prochain.
Faire une banque, combùier une
escroquerie.
28
DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE.
Banque. Paye des ouvriers
typographes.
Banque (Etre de la). Être de
complicité dans un vol; avoir
droit, comme complice, aux di-
videndes provenant d'une es-
croquerie.
Banque (Faire la). Faire mous-
ser la marciiandise, — dans le
jargon des camelots.
Banque blèche (Faire). — Ne
pas toucher de banque (paye), —
dans le jargon des typographes.
Banquette. Menton. — Allu-
sion à la forme du menton.
Banquiste. Saltimbanque.
Tout individu dont le commerce
n'est établi qu'en vue de faire
des dupes est un banquiste. Le
grand rendez-vous desbanquis-
tes est à la Bourse.
Baquet de science. Baquet
dont se servent les cordonniers,
les forgerons. « Si tu ne veux
pas marcher mieux que ça, je
te f. . dans ]q baquet de science, n
{Le Sublime.)
Baquet insolent. Baquet de
blanchisseuse. — La blanchis-
seuse elle-même. — Habituées
à voir tant de saletés, ces da-
mes ne se privent pas d'en dire,
et leurs insolences sont capiton-
nées de grossièretés ordurières.
Barant. Ruisseau, — dans
l'ancien argot.
Baraque. Terme de mépris
pour désigner une maison, un
magasin, un établissement. Ba-
raque, la magasin dont le pa-
tron paye mal ses commis; 6a-
raque, l'administration qui sur-
mènr ^es employés; baraque, la
maison où les domestiques ne
peuvent pas volera leur aise.
Baraque. Chevron, — dans
le jargon du régiment. Par
abréviation de baraquement ,
campement. — U71 vieux pied de
banc à trois baraques.'
Baraque. Pupitre d'écolier. —
« Sa baraque, en étude, res-
semble à ces sacs-bazars qui
donnaient tant d'originalité à
nos zouaves de l'expédition de
Crimée. » {Les Institutions de
Paris, 1858.)
Barbaudier, barbotier. Gui-
chetier. — Barbaudier de castu,
concierge d'hôpital. 11 est char-
gé de fouiller, barboter les visi-
teurs.
Barbe. Ivresse, dans le jargon
des ouvriers. — Prendre Une
barbe, se griser. Avoir sa barbe,
être soûl.
Barbe (Vieille). Et vieille bar-
be démocratique, pour désigner
un vétéran de la démocratie.
Raspail a été souvent appelé
« vieille barbe » par ses adver-
saires politiques. Ennemie de
toute inovation comme de
toute transaction , la vieille
barbe repousse l'opportunisme
et ne connaît que le caté-
chisme des républicains de 1818.
Elle n'a jamais voulu se laisser
raser par aucun des gouverne-
ments qui se sont succédé de-
puis cette époque. — « M. Ma-
dier-Montjau lutte comme une
vieille barbe qu'il est, à coups
de théories déclamatoires . »
Fiyaro du 21 janvier 1879.) —
Vieille barbe est synonyme de
ganache.
« Invitez là tous les fossiles
» Remis à neuf et rempaillés
» Les vieilles barbes indociles,
» Fourbus, cassés, crevés, rouilles, m
{Le Triboulet, du 29 fév. 1880.)
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
« C'est encore ce vieux père
Blanqui, qui sera toujours le
modèle des vieilles barbes. »
{Le Triboulet, du 6 juin 1880.)
Barbe (Avoir de la). Locution
usitée dans le jargon des gens
de lettres, pour désigner une
vieille histoire qui a couru toute
la Presse. — Histoire qui a une
barbe de sapeur, histoire très
vieille, très connue.
Barbeau, barbillon. Soute-
neur de filles. Encore un mot
emprunté à l'ichthyologie pour
désigner cette intéressante classe
d'industriels.
Barbéque. Viande, — dans le
'argon des voleurs.
Barbet (Le). Le diable, —
dans le jargon des voleurs.
Barbillons de Bauce. Légu-
mes. — Barbillons de Varennc,
navets.
Barbiste. ~ Elève de l'insti-
tution Sainte-Barbe. « Il va
sans dire que les anciens bar-
bistes font élever leurs fils à
Sainte-Barbe. » (Scribe, Mau-
rice.)
Barbiste. — Ouvrier typogra-
phe qui -prend souvent des bar-
bes , c'est-à-dire qui se grise
souvent; ouvrier qui procède
pur séries soulographiques, —
dans le jargon des typographes.
Barbot, vol au barbet. Vol
exécuté dans les poches du pro-
chain. — Faire le barbot, fouil-
ier dans les poches.
Barbote. Visite pratiquée sur
la pcrsoinie des détenus, au
moment de leur incarcération.
Barboter. Fouiller dans les
poches du voisin ou de la voi-
sine. Les voleurs barbotent
29
beaucoup dans les omnibus. Ils
fouillent dans la poche d'autrui
comme les canards dans les
ruisseaux.
Barboteur, barboteuse. Ce-
lui, celle qui cultive l'art du
barbot. — Barboteur de campa-
gne, voleur de nuit.
Barbue. Plume.
Baril de moutarde. Derrière.
Baron de la Crasse. Se disait
au xvni« siècle d'un homme gro-
tesque et ridicule dans sa mise,
d'un homme qui singeait les
gens de qualité. Poisson a laissé
une comédie sous le titre du
Baron de la Crasse.
Barre (Compter à la, tenir
sa comptabilité à la). Ce genre
de comptabilité, encore en usa-
ge chez quelques marchands de
vins, consiste à marquer chaque
objet de consommation au
moyen d'une barre faite à la
craie sur une ardoise. Au noble
jeu de tourniquet , l'ardoise
marche un train d'enfer , et
quelquefois, dans sa précipita-
tion, le marchand de vin ali-
gne quelques barres de plus.
Barre. Aiguille.
I Barrer. Quitter son ouvrage.
— Réprimander. Se ôarrer, s'en
aller, — dans le jargon des ou-
vriers.
Barres (Se rafraîchir les).
Boire, — dans le Jargon des
soldats de cavalerie.
Bas du cul (Monsieur, Ma-
dame). Homme noué, femme
nouée. Celui, celle dont le buste
trop long est disproportionné
I avec les jambes. On dit encore :
' A'coir le derrière dans les talons.
30
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Bas percé. Sans le sou.
Bas-off. Bazof. Adjudant sous-
oflicier de l'Ecole polytechni-
que; c'est-à-dire bas-officier,
par apocope dont les élèves
lont grand usage. Ainsi : bibli,
biblo, pour bibliothèque; colo,
gêné, corri, salle de récité, am-
•phi, pour colonel, général, cor-
ridor, salle de récréation, am-
phithéâtre. — « Les sept punis,
roulés dans leurs draps, ainsi
que des fantômes d'opérette,
emboîtant le pas du bazof. »
(R. Maizeroy, La Vie moderne,
45 sep. 1879.)
Bas de soie à un cochon (Ça
lui va comme des). Locution
populaire qui veut dire : Ça ne
lui va pas du tout, ça produit
sur lui le plus mauvais effet. —
Le sifflet d'ébènc, rien que ça de
chic! ça te va comme des bas de
soie à un cochon.
Bas quelque part (Avoir un
vieux). Avoir des économies.
Les gens de la campagne pla-
cent encore leurs économies
dans des bas; de là l'expres-
sion.
Bas de buffet (Vieux). Vieil-
lard ridicule, vieille femme à
prétentions.
Bascule. Guillotine. — Bascu-
ler, guillotiner.
Basse. Terre. Elle est surtout
basse pour les paysans. — « La
terre est basse,, ;> dit-on, pro-
verbialement dans le Midi, lors-
qu'un travail exige beaucoup
de fatigue.
Bassin, Bassinoire. Individu
ennuyeux, qui a le talent de
vous agacer les nerfs.
Bassiner. Ennuyer fortement.
La conversation de quelqu'un
qui vous bassine produit sur les
nerfs le mouvement monotone
de la bassinoire passée et re-
passée sur les draps de lit pour
les chauffer. — Dans le glossaire
genevois de M. J. Humbert. ce
mot et le précédent ont la niêuie
signification que chez nous. A
qui la paternité : à Genève ou à
Paris ?
Bassinet (Cracher au). Don-
ner de l'argent de mauvaise
grâce. Autrefois à l'église, et
encore aujourd'hui, les offran-
des, au moment de la quête,
sont déposées dans un plat de
métal, dans un bassin. — Cra-
cher au bassinet. Avouer, se
décider à parler. — « Une
fois! deux fois! tu ne veux
pas cracher au bassinet? » (J.
Lerniina , Les Chasseurs de
femmes, 1879.)
Bassinoire. Montre d'argent
très large et très épaisse, mon-
tre de paysan.
Bastimage. Travail, — dans
le jargon des voleurs.
Bastinguer (Se). Se cacher,
— dans le jargon des marins.
Bastringue. Vacarme. — Fai-
re du bastringue.
Bastringue. Lime, scie. —
Etui dans lequel les récidivistes
serrent les outils nécessaires à
leur évasion, tels que lime, scie,
ressort de montre. De là l'ha-
bitude qu'on a dans les prisons,
lors de la visite, au moment de
l'arrivée du prévenu ou du con-
damné, de le faire complète-
ment déshabiller et de lui ad-
ministrer une forte claque sur
le ventre, dans le but de s'as-
à
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
31
surer s'il a un bastringue'sous
lui.
Bastringuer. Danser, courir
les hais. — Bastringueur, ba&-
trijiyiieusc, coureur , coureuse
de bals publics.
Bataille des Jésuites. Exer-
cice de l'onanisme. La variante
est : Cinq contre un.
Bâte, batif, bative. Beau,
belle, joli, jolie. Tout ce qui est
bien est bâte pour le peuple.
C'est une déformation de beau.
C'est rien bâte, c'est très joli. —
Etre de la bâte, être dans une
bonne position, être heureux ;
on disait autrefois : être de la
fête, être de la bonne. — Lorsque
les filles soumises sont envoyées,
après la visite, à Saint-Lazare,
pour y être soignées, elles ont
coutume de dire : Le printemps
est de la bâte, tout est en fleur.
Bâte (Du). -- Matière d'or ou
d'argent, bijou de prix, — dans
l'argot des voleurs. — Ton oi-
gnon est en toc. — ISon, c'est du
bâte.
Bâte (Faire). Arrêter, — dans
le jargon des voleurs. C'est-à-
dire « faire beau » pour... la
police.
Bateau. Soulier très large. —
Avec de pareils bateaux, vous
pouvez traverser l'eau sans
crainte, dit-on aux gens chaus-
sés de larges souliers.
Bateau (Monter un). Faire
une mauvaise plaisanterie, cher-
clier à tromper, — dans le jar-
gon des voyous; formule em-
pruntée aux saltimbanques. C'est
une déformation de l'ancien
batte, battage qui veut dire en
argot menterie. La variante
mener en bateau est plus parti-
culièrement usitée chez les vo-
leurs dans un sens analogue,
c'est-à-dire donner le change,
chercher à égarer la justice en
Uii faisant prendre une fausse
piste.
Batelage. Fourberie, menson-
ge; d'où est dérivé la batterie
des voleurs modernes. « Ce-
pendant, par ce batelaye, ils
amassèrent quantité d'argent. »
(Ablancourt, Dialogues de Lu-
cien, 1637.) Batelage est resté
dans la langue réguhère pour
désigner le métier de bateleur.
Batelée. Foule, réunion de
gens qui ne se connaissent pas.
Batelier. Battoir de blanchis-
seuse, — dans le jargon des vo-
leurs.
Bâti de boue et de crachat.
— Bâti à la bâte, sans solidité,
en parlant d'une maison, d'une
bicoque, d'un ouvrage de ma-
çonnerie. On devrait bien éten-
dre l'expression jusqu'à certains
personnages politiques.
Batiau. Préparation au salé.
— Aligner son batiau, s'arran-
ger pour obtenir une bonne
paye, — dans l'argot des typo-
graphes. (A. Delvau.) Parler ba-
tiau, c'est parler des choses de
sa profession, c'est-à-dire des
choses de l'imprimerie. (Bout-
my. Les Typographes parisiens,
1874.)
Bâtiment (Être du). Exercer
la même profession. « Il (le ra-
pin) conquiert le droit de trai-
ter avec mépris tout individu
qui n'est pas du bâtiment. »
(L. Leroy, Artistes et rapins.)
Bâtir. Mettre en page. —
Bâtir la deux, caser sur la forme
32 DICTIONNAIRE d'
les paquets qui constitueront la
seconde page d'un journal.
Bâtir sur le devant. Prendre
du ventre.
Bâton de cire, Bâton de chaise.
Jambe, — dans le jargon des
voleurs, et bâton de tremplin chez
les saltimbanques.
Bâton merdeux. Personne
sans cesse de mauvaise humeur.
— C'est un bâton merdeux, on ne
sait par quel bout le prendre.
Batouze. Toile. — Batouzier,
tisserand, — dans le jargon des
voleurs.
Battage, batte. Menterie. —
Monter un battage, mentir.
Battage. — Abordage commis
par malveillance; bordée d'in-
jures lancées d'un canot à l'au-
tre, farces de mauvais goût
faites aux paisibles bourgeois
en pleine Seine, — dans le jar-
gon des canotiers.
Battant. Neuf, luisant de pro-
preté. La langue régulière a le
mot « battant neuf. »
Battant. Cœur. — Estomac.
Battante. Cloche. — Langue.
Batterie de cuisine. L'appa-
reil de la mastication et de la
déglutition.
Batteur d'antif . Indicateur de
vols, courtier en vols.
Batteur de beurre. Agent de
change, — dans l'argot des vo-
leurs.
Batteur, batteuse de dig-dig.
Faux épileptique, fausse épiiep-
tique, qui simule une attaque
chez un bijoutier ou simplement
surlavoie publique, pour exploi-
ter la charité des passants.
ARGOT MODERNE.
Battoirs. Mains. — Faire (ri-
mer les battoirs, applaudir
bruyamment, à la manière des
claqueurs, comme si l'on se ser-
vait de battoirs pour le linge.
Battre. Dissimuler, — dans
le jargon des saltimbanques.
Battre comtois. Servir de
compère, — dans le même jar-
gon. — Prêcher le faux pour
savoir le vrai, — dans le jargon
des voleurs.
Battre le beurre. Vendre et
acheter à la criée les fonds pu-
blics à la Bourse, — dans le
jargon des voyous. — Est-ce
une allusion au bruit de la ba-
ratte? Est-ce une assimilation
du terme : faire son beurre, re-
tirer un profit de. En effet les
agents de change font le beurre
des spéculateurs, sans oublier
de faire aussi le leur.
Battre le briquet. Heurter la
lettre au composteur avant de
l'y laisser tomber, — argot des
typographes. (Boutmy.)
Battre le briquet. Marcher
les genoux en dedans.
Battre Job. Faire le niais.
Job estpour jobard, par apocope.
Battre le Job. Ne pas savoir
son rôle, perdre la mémoire, —
dans le jargon du théâtre. (Ma-
nuel des coulisses, 1826.)
Battre sa flemme. Flâner. La
variante est : Battre la semelle.
Battre de l'œil. Agoniser,
Battre l'œil (S'en). S'en mo-
quer.
Battre la caisse. Etre en
quête d'argent.
Battre la couverte. Lormir,
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
33
— dans le jargon des troupiers,
G'csL-à-dire : rabattre la cou-
verte.
Battre la muraille. En terme
soiilograpliique « battre la mu-
raille » annonce un état d'ivresse
plus prononcé que celui qui se
Iraduitpar le festonnar/e. L'ivro-
gne heurte tantôt la muraille,
tantôt il piétine dans le ruis-
seau. Le trottoir, quelquefois la
rue, n'est pas assez large pour
lui.
Battre son quart. Aller et ve-
nir sur la voiy publipue pour
raccrocher, — dans le jargon
des filles.
Battre un quart. Dire des
sornettes, faire de.-; contes à
endormir, — dans l'ancien ar-
got.
Battre en ruine. Visiter, —
dans l'argot des voleurs. Battî^e
en ruine ta cambuse, visiter la
cliambre. Les voleurs visitent
dans le but de dévaliser.
Battre des ailes. Faire de
grands gestes sans mesure , —
dans le jargon du théAtre. —
« Saint-Léger est doué d'un
aplomb sterling... et il bat des
ailes... faut voir! » {Musée Phi-
! lipon, théâtre de Bourg -en- Bresse.)
Battre la générale, battre le
tambour. Trembler, — claquer
des dents. — Oudin {Curiosités
françaises) donne : Battre le
tambour avec les dents.
Battre les fesses (S'en). —
S'en moquer. C'est le précur-
aeur de s'en battre la paupière.
« Le roi dit : Je m'en bats les
fesses. » (Scarron, Virgile tra-
vesti, L. 7.) On disait aussi : S'en
brimbaler les fesses.
Battre la semelle. — Courir
le monde. « Je pris une ferme
résolution de m'en aller battre
la semelle. » {Buscon.) Les ou-
vriers cordonniers se sont, les
premiers, servis de cette expres-
sion, pour dire aller travailler
de ville en ville. (V. Saint-Cré-
pin.)
Baucher (Se). Se moquer.
C'est le verbe se gausser estro-
pié pour les besoins de l'argot.
Baude. Maladie vénérienne.
Ce qui reste de la fréquentation
des ribaudes.
Baudrouillard. Fuyard. — Bau-
drouillcr, fuir.
Bauge. Ventre.
Baume d'acier . Instrument
de chirurgie.
Bausse, bausseresse. Patron,
patronne. — Bourgeois, bour-
geoise.
Bausse fondu. Chef d'établis-
sement qui a fait de mauvaises
aifaires.
Bausser. Travailler, — dans
le jargon des maçons.
Bavarde. Langue, bouche. —
Boucler sa bavarde^ remiser sa
bavarde, coucher sa bavarde^ se
taire
Bavaroise aux choux. Un
verre d'absinthe et orgeat mê-
lés.
Baver. Bavarder, bredouiller,
s'embrouiller dans ses discours.
— Le mot date de 1754.
Baver. Railler, médire, —
dans le jargon des filles.
Bazar. Maison de tolérance.
— Terme de mépris pour dési-
gner une maison, un établisse-
34
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
ment quelconque. Envoyer -pro-
mener tout le bazar, envoyer
promener toute la maison.
Bazar. Mobilier, vêtements. —
Laver tout le bazar, vendre tout
'le mobilier.
Bazar. Or étranger, or à bas
titre, — dans le jargon des bi-
joutiers.
Bazarder. Se défaire d'un
objet. — Bazarder so7î mobilier,
vendre son mobilier. — Dans
l'argot du régiment, bazarder^
c'est vendre ses effets de linge
et de chaussures. — « Au ba-
taillon d'Afrique, la fréquence
de ce délit en fait une vertu de
corps. Tout conscrit doit, au
moms, vider une fois son ha-
vre-sac. » (A. Camus, Les Bohè-
mes du drapeau.)
Bazardier. « C'est le petit
commerçant qui loue à la jour-
née le rez-de-chaussée d'un im-
meuble à peine achevé, moyen-
nant une redevance générale-
ment assez modique, qui varie
suivant le quartier. » (Elie Fré-
bault, Les Industriels du maca-
dam, 1868.)
Bé, Berri. Hotte de chiffon-
nier. C'est le terme générique
dont se servent les chiffonniers
pour désigner leur hotte.
Beau temps tombe par mor-
ceaux (Le), il pleut, — dans le
jargon des troupiers.
Bec. Bouche, langue, lan-
'gage, visage.
Quand ma muse est échauffée
« Elle n'a pas tunt mauvais bec. »
(St-An)and.)
Passer devant le bec, ne pas
participer à. Les bons morceaux
lui passent devant le bec. —
Trùuilloter du bec, sentir mau-
vais de la bouche. Et les va-
riantes : Schlinguer, puer, re-
pousser du bec, — avoir la rue
du bec mal pavée , manquer de
dents. — Se rincer le bec, boire.
— River le bec, imposer silence.
— Taire son bec, ne plus parler.
« Voyons M'me Rabat-Joie, tais
ton bec !... et qu'on vienne bai-
ser son vainqueur! » (Gavarni.)
Bec, Beq. Bois à graver, —
dans le jargon des graveurs sur
bois. — Ourler le bec, finir un
travail.
Bécane. Machine à va,peur.
Locomotive, — dans le jargon
des ouvriers du fer.
Bécasse. Femme sotte.
Becfigue de cordonnier. Oie,
dinde.
Bêcher. Dire du mal. On bê-
che surtout ses amis. — Mot à
mot : travailler quelqu'un ou
quelque chose comme on tra-
vaille la terre, à coups de bêche.
Bêcheur, bêcheuse. Excellent
petit camarade, bonne petite
camarade, qui ne perd pas une
occasion de dire du mal des
amis et connaissances.
Bêcheur. Avocat chargé de
soutenir l'accusation, — dans le
jargon des voleurs.
Becquant. Poulet, — dans le
jargon des voleurs.
Becqueter, Béquiller. Man-
ger. — Mot à mot : jouer du
bec.
Bègue. Avoine, — dans le
jargon des voleurs.
Bègue, bèze. Bczigue, jeu de
cartes. — Jouer au bègue, qua-
rante de bègue, jouer au bczi-
gue, quarante de bczigue.
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
35
Béguin. Tête. C'est la tête
prise pour le bonnet. Caprice
amoureux. — Avoir un béguin^
être épris de. « Moi, monsieur,
j'ai un béguin pour les hommes
rassis et pas trop spirituels...
Aussi vous me plaisez. » Alma-
nach du Charùari, 1880.)
Beigne. Soufflet, contusion.
— Donner, flanquer, recevoir^
encaisser une beigne. « A une
lettre près, c'est ainsi qu'on
écrivait ce mot au xvi" siècle, et
il avait la même sig-nilicalion.
On disait mieux : bigne. » (Cb.
Nisard, de VEtymologie fran-
çaise.) — Se me dévoyé au
iront faire une beigne. » (An-
ciennes poésies françaises, Eglo-
gue sur le retour deBacchus.)
Belêt. Cheval destiné à Té-
quarisseur, — dans le jargon
des maquignons.
Belge. Pipe en terre fabri-
quée en Belgique. « C'était le
long des murs de la chambre,
le plus beau musée de belges et
de marseillaises culottées. « (Ed.
et J. de Concourt, Une Voiture
de masques.)
Belgique (La fuite en). Départ
précipité à l'étrangerpourcause
de soustraction. La plupart des
caissiers infidèles, les banque-
routiers, s'en vont à tire-d'aile
vers des climats hospitaliers.
La Belgique, pays limitrophe, a
été choisie de préférence.
Bélier. Mari trompé. Délicate
allusion aux cornes du bélier.
. Belle de nuit. Rôdeuse de
pavé, coureuse de bastringues.
Celle (La). Troisième partie,
Eartie décisive aux cartes, au
. illard, à un jeu quelconque,
lorsque chacun des adversaires
est manche à manche. — Faire la
belle. — « Il est essentiel qu'il
(le commis-voyageur) laisse ga-
gner la belle à son antagoniste. »
{Code du commis voyageur, iS30 )
Belle-petite. «On ne dit plus :
cocotte, en parlant des impures,
on dit : belle-petite : c'est le vo-
cable récemment adopté. » {Fi-
garo du 23 août 1878.)
Bénard. Pantalon, — dans le
jargon des Desgrieux de bar-
rière, du nom du tailleur. —
J'aurai besoin d'un bénard neuf
dimanche pour aller guincher à
Idalie.
Bénédiction de parade. Coup
de pied au derrière. Allusion
aux coups de pied dont se gra-
tifient MM. les saltimbanques,
au moment de la parade.
Bénef. Bénéfice. — Se retirer
du jeu avec du bénef. — Avoir
un petit bénef dans une affaire.
Bènisseur. Père de comédie,
père noble. Ce n'est pas un
homme, c'est un ruisseau.
Bènisseur. Faux-bonhomme
à qui les promesses et leséloges
ne coûtent rien, mais incapable
de rendre jamais le moindre
service à personne. Les bénis-
seurs forment une nombreuse
classe dans la société, et qui-
conque a eu besoin sérieuse-
ment d'un service, s'est heurté
neuf fois sur dix à des bénis-
seurs.
Béquet. Petite planche à gra-
ver, ouvrage de peu d'impor-
tance, — dans le jargon des
graveurs sur bois.
Béquet. Retouche faite à une
pièce ou à un acte, raccord, — •
dans le jargon des acteurs.
3(3
DICTIONNAIRE D AMGOT MODEIINE.
Boi-
Béquillard. Vieillard,
teux.
Béquillard. Bourreau. Béquil-
larde, guillotine.
Bercycotier. Marchand de vin
à B3rcy, trafiquant de vins à
Bercy, courtier en vins.
Berdouillard . Ventru . Ber-
douille, ventre.
Berge. Année, — dans Targot
des voleurs.
Berline de commerce. Petit
commis de magasin. Berline de
comme, par abréviation.
Berlu. Aveugle.
Berlue. Couverture.
Bernard (Aller voir). Aller aux
lieux d'aisance. Allusion irrévé-
rencieuse à saint Bernard, re-
présentéordinairementavec des
tablettes à la main. Parti du sé-
minaires le mot s'est répandu
dans le monde de la bourgeoi-
sie. Par altération, les person-
nes du sexe faible disent volon-
tiers : « Aller voir madame Ber-
nard, aller voir comment se porte
madame Bernard. »
Berribono. Naïf, — dans le
jargon des voleurs.
Berry. Capote d'étude des
élèves de l'école polytechnique.
Bertelo. Pièce d'un franc.
Berzélius. Montre, — dans le
jargon des élèves du cours de
mathématiques spéciales.
Besouille. Ceinture, — dans
le jargon des voleurs.
Bête. Floueur qui, dans une
partie de cartes ou de billard,
allèche la dupe, en perdant
quelques coups. Il fait la bête.
Bête. Vache, — dans le jar-
gon des bouchers. « Un bou-
cher ne dit jamais : j'ai acheté
une vache , mais bien : j'ai
acheté une bête. » (E. De La
Bédollière.)
Bête-à-pain. Bête au superla-
tif. On dit encore : bête comme
un chou, bète comme ses pieds,
bête comme les pieds de cet homme,
bête àmangerdu foin, bête à payer
patente.
Bête à cornes. Fourchette, —
dans le jargon des voleurs.
Bête rouge. Républicain
avancé, l'ancien démoc-soc, le
radical de nos jours, ainsi dési-
gné par ceux qu'il appelle des
réac. — « Le correspondant de
ï Univers, que l'on n'accusera pas
d'être une « bête rouge », écrit
à son journal, etc. » {Petit Pari-
sien, du 22 août 1877.)
Bettander. Mendier.
Betterave. Nez gros et rouge,
nez d'ivrogne.
Beuglant. Café-concert . Le
premier café-concert auquel on
a infligé ce surnom fut le café
des Folies- DaupJdne, fréquenté
par les étudiants. — « Nous
voici au café beuglant, ainsi
nommé dans le quartier parce
que, dans le principe, les ar-
tistes beuglaient leurs chan-
sons. » (Marc Constantin, Hist,
des cafés-concerts.)
Beugler. Pleurer.
Beurlot. Maître cordonnier,
d'une petite maison. — Bcurlo-
qiiin, patron d'une maison de
chaussures de dernier ordre.
Beurre. Argent.
Beurre (Comme un, c'est un).
Parfait, très bon, très bien.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
87
Beurre (Faire son). Tirer pro-
fit de; gagner. — Pour l'em-
ployé, c'est une bonne place
qui lui permet de prélever un
bénéfice plus ou moins lici-
te ; pour l'administrateur d'une
grande compagnie, ce sont « les
tours de bâton », c'est le « pot
de vin » ; pour la cuisinière,
c'est lie résultat de la danse du
pallier; pour la fille entretenue,
c'est le fruit de la générosité
de « Monsieur ».
Beurre (Gros comme deux
liards de). Tout petit, avorton.
— C'est gros comme deux liards
de beurre et ça pense déjà aux
femmes.
Beurre noir (Œil au). (XCil
poché. Allusion à la couleur
d'un œuf au beurre noir.
Beurre sur la tête (Avoir du).
Avoir la conscience cliargée de
crimes. — Les voleurs juifs di-
sent en hébreu : « Si vous avez
du beurre sur la tête, n'allez
pas au soleil ; il fond et tache. »
(Vidocq.)
Beurre (Au prix où est le).
Dans un moment où tout est si
cher. D'abord employée pour
désigner la cherté de certains
vivres dont la préparation culi-
naire exige beaucoup de beurre,
l'expression s'est étendue à tout
objet d'un prix trop élevé pour
la bourse de l'acheteur.
Beurre demi-sel. Demoiselle
qui n'a eu encore que deux ou
trois amants.
Beurre d'oreilles. Sécréloin
des oreilles.
Beurrier. Banquier, financier.
Bezef Beaucoup, — dans le
jargon des troupiers retour d'A-
frique,
Bi-annuel. Poêle, ainsi nommé
par les troupiers parce que,
dans certains régiments, une
chambrée de quarante hommes
n'a droit aux bienfaits du poêle
que tous les deux ans. Les pelo-
tons de rangs pairs peuvent se
chauffer les années paires, et les
pelotons de rangs impairs, les
années impaires. Il y en a ainsi
pour tout le monde... en atten-
dant un peu.
Bibarder. Vieifiir dans la mi-
sère. (A. Delvau,)
Bibassier, Biberon. Vieil ivro-
gne. A aussi le sens de mania-
que, grognon, méticuleux, tatil-
lon, — dans le jargon des typo-
graphes. M. Décembre-Alonnier
(Typographes et gens de lettres)
orthographie bibacier. — Bibe-
ron est un vieux mot français.
« A loi gentil Anacréon,
» Doit son plaisir le biberon,
» Et Bacchus te doit ses bouteilles. »
(Ronsard, Ode gauloise.)
Bibelot. Objet de peu de vo-
lume et peu de valeur. Objet de
peu de volume et de beaucoup
de valeur. En général, tous les
menus objets, plus ou moins ar-
tistiques, depuis les bijoux an-
cicnsjusqu aux vieilles seringues
prétendueshistoriques.prennent
la dénomination très élastique
de « bibelots ». « J'ai été aussi
fort bousculé par mon proprié-
taire, auquel je dois deux ter-
mes, et il m'a fallu vendre
toutes sortes de bibelot'^ pour
m'acquitter d'un. » (H. Murger,
Lettres.) Les deux peuples les
plus passionnés, aujourd'hui,
pour les bibelots sont le Français
et le Chinois, — signe de déca-
3
38
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
dence, — prétendent les philoso-
phes. Pour satisfaire à toutes les
exigences, il s'est établi des fa-
briques de vieux neuf qui déver-
sent journellement leurs pro-
duits k rhôLel Drouot.
Bibelot âge. Petit trafic,
échange de marchandises.
Bibelotter (Se). Se soigner.
Bibi.Nom d'amitié donné in-
distinctement aux gens et aux
bêtes, ou qu'on s'octroie à soi-
même. — « C'est à Bibi ça. » —
« J'aime pas qu'on fasse des
manières avec Bibi. « (X. de
Montépin, Le Fiacre n° 13.)
Bibi. Fausse clé de petit cali-
bre.
Bibi (A). A Bicêtre. On en-
voie à Bibi , asile des ahénés
non payants, celui qui, dans
la conversation , lance quel-
que grosse bêtise, tient un
propos extravagant.
Bibi. Chapeau haute forme,
— dans le jargon des ouvriers.
La mode exige aujourd'hui que
les chapeaux d'hommes soient
pourvus de très petits bords ou,
mieux, soient dépourvus de
bords. — J'ai lâché le bibi, j'ai
arboré le chapeau haute forme.
Bibi. Nom donné aux cha-
peaux de femmes, vers la fin du
règne de Louis-Philippe, parce
que ces coiftures étaient très
petites. « Dans le vieux patois
bourguignon, on désignait par
bibi un petit objet, de quelque
nature que ce soit, servant d'a-
musette aux enfants. » (Ch. Ni-
sard.)
Bibine. Sœur de charité, —
dans le jargon des voleurs.
Bibine. Bière, — dans le jar-
gon des voyous.
Bibine. Cabaret. Espèce de
taverne où vont manger et
boire les pauvres diables qui
n'ont que trois ou quatre sous à
dépenser par jour. Bibine signi-
fie débine. « On en compte plu-
sieurs sur la rive gauche, aux
environs de la place Maubert...
Il est des bibines aristocratiques.
Rue de Bièvre, à la Taverne an-
glaise : la canette y coûte dO
centimes. » (Imbert, A travers
Paris inconnu.)
Biblot. Outil d'ouvrier.
Biblot. Les militaires nom-
ment « biblot» tout ce qui leur
sert au régiment, depuis l'ai-
guille à coudre jusqu'au fusil à
aiguille. Le biblot, c'est l'attirail
du troupier. Quand son biblot
est au grand complet dans son
sac, qu'il est en tenue de cam-
pagne, il dit qu'il porte « tout le
tremblement ».
Bibloter, Bibeloter. Avoir la
manie du bibelot, en acheter,
faire des échanges. — Dans
l'argot des marchands, c'est tra-
fiquer, c'est vendre un jour un
article, le lendemain un autre,
vendre une foule d'articles dis-
parates ; c'est encore se conten-
ter d'un petit bénéfice. — Lei
ouvriers appellent « bibeloter »
s'ingénier, travailler à temps
perdu. « Il Ut chez lui (l'ouvrier),
dessine ou bibelote une inven-
tion qui souvent réussit. » {Le
Sublime.)
Bicamériste. Partisan du par-
tage du pouvoir législatif en-
tre les deux Chambres :
le Sénat et la Chambre des
députés. « Quoique le mode
d'élection du Sénat donnât
prise àbeaucoup de justes criti-
ques, même de la part des bica-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
39
méristes les plus déterminés. »
(Em. de Girardin, la France, du
31 oct. 1877.)
Biche, Bichette, nom d'ami-
tié donné à la femme aimée,
qui, souvent, en retour, vous dé-
signe à ses amis sous le nom de
daim.
Biche. Une des nombreuses
appellations des coryphées de la
prostitution élégante et élevée. . .
comme tarif. Ainsi nommées
parce qu'on les rencontre gé-
néralement au Bois où elles
courent le daim. — « Les biches
sont des demoiselles plus que
douteuses. « (L. Gozlan.) — En
1869 « à l'époque de l'Exposi-
tion universelle, on l'appelait le
guide de l'étranger dans Paris. »
(Jules de Vernay.)
Biche (Forte). Premier sujet
du monde galant ; fille à dia-
mants, hôtel, laquais et voiture.
Biche (Ça). Ça va bien, ça
marche, en parlant d'un travail,
d'un commerce, d'une ajffaire;
mot à mot : ça va comme vont
les jambes d'une biche. Quand
deux personnes ne sont pas bien
ensemble, on dit : ça ne biche
pas.
Bicherie. Le monde de la ga-
lanterie. Hautebicherie, le grand
monde de la galanterie, le
monde des femmes qui, à qua-
rante ans, vendent à prix d'or
et de diamants ce qu'à vingt
ans elles donnaient pour un dî-
ner de trente sous.
Bichon. Ephestion de trottoir.
Bichon. — Terme d'amitié.
Nom de diminutif qui veut
dire petite Elizabeth, petite Ba-
bet. (Hurtaut, Dict. des homony-
mes.) Ne serait-ce pas plutôt
une forme altérée de l'ancien
mot bouchon, terme d'amitié,
d'où est venu bouchonner?
« Sans cesse, nuit et jour, je te caresserai,
» Je te bouchonnerai, t)aiserai, mangerai. »
(Molière, École des femmes.)
Bichot. Evoque, — dans l'an-
cien argot; de l'anglais bishop.
Bidet. Ficelle qui sert à trans-
porter d'un étage à l'autre la
correspondance clandestine des
prisonniers.
Bidoche. Viande, — dans le
jargon du peuple. — Morceau
de bœuf bouilli, l'ordinaire du
soldat, — dans le jargon des
troupiers. Il faut joliment tirer
sur la bidoche, pour la démolir.
Bien faire (En train de). En
train de manger. — « A toutes
les tables, dans les environs, des
soupeurs déjà en train de bien
faire. » (F. d'Urville, Les Ordu-
res de Paris.)
Biffe (La). Le métier de chif-
fonnier.
Biffer. Exercer le métier de
chitionnier.
Biffeton. Contre-marque, —
dans le jargon des ouvriers. —
Lettre, procès-verbal, — dans
le jargon des voleurs.
Biffin , Biffine. Chiffonnier,
chiffonnière. Tout ce qui porte
la hotte est connu dans la cor-
poration des chiffonniers sous
le nom de « biffin ».
Biffin. Soldat d'infanterie de
ligne, — dans le jargon des
soldats des autres armes. —
Son crochet à lui c'est son fu-
sil.
Biffre Nourriture. Dérivé de
I bâfrer. Passer à biffre, man-
40
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
ger. Passer à biffre train ex-
press, dévorer, manger comme
un atfamé.
Bifteck de grisette. Saucisse
plate, morceau de charcuterie
pris dans la boîte du charcu-
tier.
Bifteck à Maquart. Sale in-
dividu, sale femme, — dans le
jargon des voyous. — Maquart
est le nom d'un équarrisseur
bien connu.
Bifteck (Faire du). Monter
sur un cheval qui trotte dur et
mortifie, comme s'il s'agissait
d'un bifteck, la partie de l'in-
dividu qui repose sur la selle.
(L. Larchey.)
Bigard. Trou, — dans le jar-
gon des voleurs.
Bige, Bigeois, Bigois. Imbé-
cile, — dans le jargon des vo-
leurs.
Bigorgnion. Mensonge , —
dans le jargon des voyous.
Lancer des bigorgnions, débiter
des mensonges.
Bigorne. Argot. — Dans la
langue régulière, une bigorne
est une enclume à deux bouts,
dont l'un finit en pointe. L'ar-
got est une langue à double
tranchant, à deux bouts, comme
la bigorne. — Jaspiner bigorne,
rouscailler bigorne comme daron
et daronne, parler argot comme
père et mère.
Bigorneau. Soldat d'infante-
rie de marine, — dans le jar-
gon des marins.
Bijou d'Amérique. Vagabond,
voleur ayant fait élection de
domicile dans les carrières d'A-
mérique.
Bijou de Saint-Laze. Fille
qui fait son temps à la prison
de Saint-Lazare.
Bijouter. Voler adroitement,
enlever des bijoux avec adresse.
Bijouterie. Avance d'argent.
Bijoutier. Regratticr, mar-
chand d'arlequins ; celui qui
débite, pêle-mêle, la desserte
des grands restaurants.
Bijoutier en cuir. Savetier.
— Bijoutier sur le genou, même
signification.
Bijoutière. Voleuse qui pos-
sède l'art d'escamoter les bi-
joux avec adresse. — Voleuse
qui rançonne les bijoutiers.
Bilboquet. Personne trapue.
Bilboquet. Menues impres-
sions, telles que prospectus,
couvertures, têtes de lettres, —
dans le jargon des typographes.
(A. Delvau.)
Bilboquet. Litre de vin. « Une
jeune tille à l'œil égrillard qui
acceplaitunbilboquetàquinze. »
(Léon Paillet, Voleurs et Volés.)
Billancer. Faire son temps,
payer sa dette à la justice, —
dans le jargon des voleurs. i
Billancher, Biller. Payer. — [
Billanchage, payement. ^
Bille. Tête, — dans ie jargon 1
des voleurs, et, principalement,
tête de dupe. — Faire une drôle
de bille.
Bille. Monnaie de cuivre, dans
le jargon des revendeurs. — Le
mot avait la signification d'ar-
gent aux xvii° et xviiie siècles.
« Ne pouvant pas s'empêcher
M Pour de la bille attraper. »
[Parnasse des Muses.)
Bille de bœuf. Saucisson, —
dans le jargon des voleurs.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
41
Billemuche. Billei.
Billet de cent, de cinq, de
mille. Billet de cent francs, de
cinq cents francs , de mille
francs, — dans le jargon des
gens pour qui le temps est de
l'argent. — « Il savait trop, paj-
expérience, ce qu'un seul louis,
que l'on veut gagner ou rattra-
per, coûte souvcjît, par la suite,
de billets de cent et même de
billets de mille. »(Vast-Ricouard,
Le Tripot.)
Billet d'aller et de retour.
Paire de gilles, soufflet à ré-
pétition, appliqué sur chaque
joue pour ne pas faire de ja-
louse.
Bine. Hotte de chiffonnier.
— Hotte d'aide-couvreur.
Binelle, Binellelof. Faillite,
banqueroute, — dans le jargon
des voleurs. Vo ut débine.
Binette à la désastre. Tête du
créancier impayé. {Almanach
des débiteurs, cité par L. Lar-
chey.)
Biographe \Se faire). Etre
ditfainateur (Max. Parr), — dans
le jargon des gens de lettres
qui n'ont pas été satisfaits de
leurs biographies. — L'expres-
sion a été créée à l'époque où
Paris a été inondé de biogra-
phies de grands et de petits-
liommcs. ^
Birbe,Birbesse. Vieux, vieille,
de l'italien birio. Pour donner
plus de force au mot, qui, en
général, n'est usité qu'au mas-
culin, on dit avec un pléonastme:
Vieux birbe, ou, encore, afjreux
birbe. « Un coup de jus, mon
vieux birbe, et une croûte de
brignolet! » (Huysmans, Mar-
the.)
Birlibi. Jeu de dés, — dans
le jargon des truqueurs; c'est
une variante de biribi. Passer
au birlibiy jouer une partie, un
coup de dés. — Rincé au birlibi,
qui a perdu au birlibi.
Birmingham (Etre de). Etre
très ennuyeux. — Mot à mot :
être un rasoir de Birmingham,
ville célèbre par ses rasoirs.
Bisard. Soufflet de forge ,
soufflet .'i feu. C'est un dérivé
de bise, -- dans le jargon des
voleurs.
Biscaye. Bicêtre. — Biscayen,
pensionnaire de Bicêtre.
Biscuit (Recevoir un). « Un
biscuit, dans les ténébreux sym-
bolismes des prisons, signitic rien
à faire. » (V. Hugo, Les Miséra-
bles.)
Bise. Baiser, caresse, — dans
le jargon des enfants et des
femmes qui aiment à s'entendre
appeler « des chattes ». — Bi-
serj embrasser. — Dise-moi^ mon
chéri !
Biset. Garde national en cos-
tume de ville et en képi.
« Oui, je suis biset, moi,
•) Qu'importe la forme ?
•• On peut bien aimer son roi
>• Sans être en uniforme. »
(Scribe et Poirson, Une Nuit de la garde-
nationale, scène 1. — 1815.)
Bissard. Pain bis. Passer au
bissard, manger du pain bis.
Bistot. — Apprenti commis
en nouveautés. « Un employé,
tlairant une bonne commande,
met tous les bistots en campa-
gne. » (Louis Noir, Le Pavé de
Paris.)
Bitume (Fouler le). Se pro-
mener, flâner. — Faire le bitu-
me, faire le bit, faire le trot-
42 DICTIONNAIRE D'
loir, — dans le jargon des filles.
Biture. Béatitude bachique,
nourriture copieuse. — Se flan-
quer ^ s'administrer une biture
soiijnée.
Biturer (Se). Bien manger et
bien boire.
Bitter cuirassé. Bitter mé-
langé avec du curaçao, — dans
le jargon des gens adonnés aux
cuirs-, ceux qui parlent à peu
près correctement disent bit-
ter-curaçao.
Blafard. Matière d'argent :
TJne toquante en blafard, une
montre d'argent. — Monnaie
d'argent : TJn blafard de vingt
ronds, une pièce d'un franc.
Blague. Mensonge, bavarda-
ge, plaisanterie, verve. « Ils (les
malthusiens) demandent ce que
c'est que la morale. La morale
est-elle une science ? Est-elle
une étude? Est- elle une bla-
gue? » (L. Veuillot, Les Odeurs de
Paris.) — M. F. Michel fait venir
blague de l'allemand balg, ves-
sie à tabac, avec transposition
de l'avant-dernière lettre. M. Ni-
sard soutient que le mot des-
cend de bragar, braguar, qui
servait à désigner soit une per-
sonne richement habillée, soit
un objet de luxe. Quant àM.Lit-
tré, il le fait remonter à une
origine gaélique ; d'après lui,
blague vient de blagh^ souffler,
se vanter. Quoi qu'il en soit, le
mot a été employé d'abord et
propagé par les militaires, vers
les premières années du siècle,
dans le sens de gasconnade ,
raillerie, mensonge (V. Dict. de
Dhautel, 1806, Cadet Gassicourt,
1809, Stendhal, 1817). Sans re-
monter aussi loin, il ne faut|
ARGOT MODERNE.
voir dans le mot blague qu'un
pendant que nos soldats ont
donné au mot carotte.
Blague dans le coin. Plaisan-
terie à part, sérieusement par-
lant. Les raffinés ne craignent
pas de dire dans le même sens :
Blague sous les aisselles.
Blagues (Plastron à). Individu
qui sert de point de mire à des
plaisanteries de société, à des
plaisanteries de régiment.
Blague d'acier (Avoir une).
Avoir la langue bien pendue.
Blagues à tabac. Seins qui,
selon l'expression d'une de nos
plus volumineuses actrices, pour-
raient passer dans un anneau
de rideau, et même dans un
anneau de mariage. '
Blaguer. Mentir, railler, par-
ler beaucoup.
Blagueur, Blagueuse. Bavard,
menteur, vantard. C'est un joli
blagueur. — La femelle, la bla-
gueuse , n'est souvent qu'une
gueuse qui a delà blague.
Blair. Nez, — dans le jargon
des voleurs. — Se cingler le
blair, se soûler.
Blaireau. Conscrit. — C'est-à-
dire préposé au blaireau « ba-
lai », parce que les nouveaux
venus au régiment ont plus que
les autres droit aux honneurs
du balayage.
Blaireau. Balai, — dans le
jargon du régiment. Etre de
garde au blaireau, être de cor-
vée au balayage.
Blaireauteau. Individu pourvu
d'un grand nez ; c'est un dérivé
de blair,— (jargon des voyous.)
Blanc. — Terme de libraire :
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
43
livre en feuille non encore bro-
ché.
Blanc. Partisan de la monar-
chie héréditaire. Allusion à la
couleur du drapeau des anciens
rois de France.
« Dans les trois jours de baccanal!
» Les blancs n'étaient pas à la noce
» Tandis que moi j'étais t'au bal. »
(L. Festeau, Le Tapageur.)
Blanc, Blanche. Eau-de-vie
de marc, u Le blanc est une af-
freuse eau-de-vie composée de
je ne sais trop quoi. » (Im-
bert.)
Blanc (Verre de, Un de). Verre
de vin blanc.
Blanc (N'être pas). Etre com-
promis, craindre d'être répri-
mandé.
Blancsale. Chiffon commun,—
dans le jargon des chiffonniers.
Blanc d'Afrique. Les six et
les cinq d'un jeu de dominos,
— dans le jargon des joueurs
de dominos.
Blanc (Jeter du). Interligner,
intercaler entre les lignes com-
posées à l'imprimerie de petites
lames de plomb, afin de donner
du jour et de favoriser le coup
d'œil typographique.
Blanc (Faire du). Faire le joli
cœur, l'empressé auprès d'une
femme. C'estmot àmot: « faire
les yeux blancs, les yeux amou-
reux », — dans le jargon des
voyous. — Quand t'auras fini de
faire du blanc, faudra le dire.
— On dit aussi faire le blanc,
pour le blanc de l'œil.
Blanc (Envoyer au). Envoyer
promener, — dans le jargon des
voyous ; par altération pour
« envoyer au banc », c'est-à-
dire envoyer s'asseoir. Adressée
à une femme, l'expressionprend
le sens de « envoyer raccro-
cher », et fait partie du vocabu-
laire des souteneurs. L'étymo-
logie est la même que dans
mangeur de blanc.
Blanche (Dame). Bouteille de
vin blanc, — dans le jargon des
ivrognes, à qui le chef-d'œuvre
de Boïeldieu a laissé des souve-
nirs.
Blanchisseuse de tuyaux de
pipes. Femme qui crée des re-
fuges insolites à la dépravation.
Blanquette. Argenterie , —
dans le jargon des voleurs.
Blasé. Enflé, boursouflé, —
dans le jargon des voleurs ; de
l'allemand blasen, souftler.
Blavin. Mouchoir, — - dans
l'ancien argot.
Blavin. Pistolet de poche, —
dans le jargon des voleurs.
Blaviniste. Voleur de mou-
choirs; et, par extension, voleur
qui s'attaque à des objets de
peu d'importance.
Blèche. Laid, désagréable. —
Faire blèche, amener un coup
nul. (L. Larchey.)
Bleu. « C'est le conscrit qui a
reçu la clarinette de six pieds;
les plus malins (au régiment)
ne le nomment plus recrue ; il
devient un bleu. Le bleu est
une espérance qui se réahse au
bruit du canon. » (A. Camus.)
En souvenir des habits bleus
qui, sous la Révolution, rempla-
cèrent les habits blancs des sol-
dats. (L. Larchey.)
Bleu. Manteau; à l'époque où
l'homme au petit manteau-bleu
était populaire
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE,
Bleu, Petit bleu. Mauvais vin
qui tache la nappe en bleu. —
Mettre le piton dans le bleu, boire
du vin au litre. — Voué au bleu,
ami de la bouteille.
Bleu (Gros). Gros vin du mi-
di, vin dont on se sert pour les
coupages.
Bleu (Etre). Eprouver une
grande surprise. — Elle est bleue
celle-là! cette nouvelle est diffi-
cile à croire. — Faire des bleus,
pincer de manière à laisser la
signature des doigts sur la chair.
— Passer au bleu, avoir perdu
un objet, se consoler d'une
perte. — En faire voir des bleues,
causer des contrariét6s. — Co-
lère bleue, violente colère.
Blézimarder. Se couper mu-
luellement la réplique, empo-
cher le voisin de dire sa phrase,
émonder le dialogue comme un
jardinier émonde un arbre à
grands coups de serpe, — dans
le jargon des acteurs. {Uigaro
du 31 juillet 1876, cité par Lit-
tré.) C'est sans doute une alté-
ration toute moderne de blési-
narder, qui voulait dire flâner,
musarder. « Ce verbe, dit M. Du-
llot, vient de Blésinard, un des
types de Grasset, personnage
flâneur, débraillé et sans soucis,
dans la Vénus à la fraise, *
Blindé. Ivre au superlatif, —
dans le jargon des ouvriers. —
blindé! pour avoir étouffé cinq ou
six perruches! fes donc pas un
homme?
Blindé. C'est un des noms que
le peuple a donnes aux nou-
veaux urinoirs successeurs des
rambuteaux. Les variantes sont :
Les cuirassés, les tourne- autour ,
les introuvables.
Blindocher (Se). Se griser lé-
gèrement. C'est le diminutif
d'être blindé, — dans le jargon
du peuple. — Je me blindoche le
dimanche et je suis blindé le
lundi.
Bloc. Prison, salle de police,
— dans le jargon des troupiers.
« Encore deux jours de bloc
pour cette chienne de théorie. »
(Randon, Croquis militaires.) —
« Pourquoi es-tu au bloc, mon
pauvre vieux? » (Vto Richard,
Les Femmes des autres.) — Mettre,
fourrer au bloc, consigner.
Blonde Vin blanc, bouteille
de vin blanc. Etre porté sur la
blonde, peloter la blonde, aimer
le vin blanc. Se coller une ou
deux blondes dans le fanal pour
tasser les imbéciles, boire une ou
deux bouteilles de vin blanc
pour arroser les huîtres. —
Courtiser la brune et la blonde,
boire alternativement, au cours
d'un repas, du vin blanc et du
vin rouge.
Blonde. Maîtresse, amante. Se
dit surtout en parlant de la
maîtresse d'un homme marié.
C'est Vautre, le numéro deux,
quelle que soit d'ailleurs la
nuance de ses cheveux. Le blond
est une couleur tendre et la
blonde représente la tendresse
en ville. — Etre chez sa blonde,
Aller voir sa blonde.
u — Si j'vas dîner aveu ma blonde,
» Je n'sais pourquoi, je fuis tout l'monde ;
» Avec sa femm' pas tant d'façon,
! » On est très bien, mêm' dans l'salon. »
(Meinfred, Le Garçon converti., clians.)
Bloquer. Mettre en prison, au
bloc, — dans le jargon des trou-
piers.
Bloquer. Abandonner, — dans
le jargon des voleurs.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
45
Bloquer. Faire défaut, faillir,
— dans le jargon des typogra-
phes; allusion au terme d'im-
primerie bloquer qui a le sens
de mettre provisoirement un
caractère au lieu et place d'un
autre. (L. Larcliey.) Bloquer le
mastroquet, ne pas payer le
marchand de vin.
Bloquir. Vendre. — Bloquis-
seur, bloquisseuse , marchand,
marchande, — dans le jargon
des voleurs.
Blot. Chose, affaire qui con-
vient. « Ça fait mon blot », ça
fait mon affaire. C'est simple-
ment le mot lot augmenté d'un
B. « L'as-tu enfin le sénat de
tes rêves?.. Voyons, cette fois-ci,
ça fait-il ton blot? » {Le Titi,
1879.)
Bloiim. Chapeau haute forme,
— dans le jargon dev voyous.
Allusion au bruit pr^jduit par
un coup de poing appliqué sur
un chapeau haute forme; le
renfoncement est un genre de
plaisanterie très goûté dans le
monde des voyous.
Blouse blanche. Faux ouvrier
vêtu d'une blouse blanche et
fortement soupçonné d'appar-
tenir à la police On a reproché
au dernier gouvernement impé-
rial d'avoir, en 1870, favorisé
la bruyante manifestation des
blouses blanches en faveur de la
guerre. On les a vues parcourir
Je boulevard aux cris de : « A
Berlin! à Berlin ! »
Blousier. Individu vêtu d'une
blouse; se prend, le plus sou-
vent, en mauvaise part, pour
désigner un voyou.
Bobèche, Bobe, Bobéchon.
Tête. Se monter le bobe, se monter
le bobéchon^ se passionner pour.
Bobelin. Botte, — dans le
jargon des revendeurs.
Bobine. Tête, physionomie. —
Bobine dévidée, crâne chauve.
La variante est : Bille d'ivoire.
« Comme ta bille d'ivoire velmil
disait à Murger une Aspasie au
rabais. — Je crois bien, je fais
venir le frotteur une fois par
semaine. »
Bobine, Bogue. Montre, —
dans le jargon des voleurs. —
Bobine à la manque^ montre en
cuivre.
Bobinskoff. Entreteneur sé-
rieux, — celui qui tient la bo-
bine de la destinée d'une fem-
me, — dans le jargon des filles
entretenues, chez qui la mode,
pour le moment, est de russifier
certains noms. C'est ainsi que
Machinscoff signifie le premier
venu, Machin, et Beguinskoff\
celui qui est l'objet d'un caprice,
béguin.
Bobinette (Jeu de la). Jeu do
dés tenu dans les foires par les
truqueurs. « Jeu franc et loyal »
comme ils disent. Lisez : « Un
jeu de dupes ».
Bobonne. — Bonne, servante.
« Tout au plus si les petits gar-
çons qui marchaient en tête ris-
quèrent une observation sur la
bobonne d'Emma. » (Ed. About,
Trente et quarante j 18G5.)
Bobosse. Bosse. — Bossue.
(L. Larchey.) Elle est un peu bo-
bosse. Avoir une bobosse dans
Vestomac, être enceinte.
Bocal. Vitre, — dans le jargon
des voleurs. — Camelotte en bO'
cal, marchandise sous vitrine.
Bocal. Estomac. Bocal vide,
46
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
estomac à jeun. Emplir le bocal,
manger. — Se rincer le bocal,
boire.
Boche (Tête de). Tête dure,
individu dont l'intelligence est
obtuse, c'est-à-dire tête de bois,
— dans le jargon du peuple.
Dans le patois de Marseille une
boule à jouer est une boche.
Bock. Verre de bière, plus
grand que la chope. De l'alle-
mand bockbier, bière nouvelle,
mot à mot : bière de bouc.
Bocker. Prendre des bocks.
« Ne pas bocker le soir! mais
mon chat, pourquoi ne m'en-
voies-tu pas en province tout de
suite? » (Darjou, Croquis pari-
siens.)
Bocotter. Grogner, ne pas
être content.
Bocson. Maison de tolérance,
lieu mal famé.
Bœuf. Enorme, colossal. —
JJîi succès bœuf, un aplomb bœuf;
n'est guère employé qu'avec ces
deux mots.
Bœuf. Roi d'un jeu de cartes.
Bœuf. Second ouvrier cor-
donnier. — Ouvrier tailleur qui
fait les grosses pièces. — Petit
bœuf, ouvrier qui commence une
pièce, qui l'ébauche.
Bœuf. — Mauvaise humeur,
emportement, colère. Dans le
jargon des typographes, ce mot
est synonyme de chèvre. —
Prendre un bœuf, gober son bœuf,
avoir son bœuf, se mettre en co-
lère, être en colère.
Bœuf (Faire un). — Rempla-
cer momentanément à la beso-
gne un compagnon qui est allé
relever un factionnaire, par exem-
ple, — dans le jargon des typo-
graphes.
Bœuf (Etre le). Payer pour les
autres, avoir tous les désagré-
ments d'une affaire, supporter,
seul, les conséquences d'une
entreprise qui a mal tourné.
Bœuffer. Ramer, — dans le
jargon des canotiers de la Seine.
C'est-à-dire se fatiguer autant
qu'un bœuf.
Boguiste. Horloger, —. dans
le jargon des voleurs. — Ma to-
quante a le trac, faudrait la
mettre en pension chez le boguiste;
ma montre est détraquée, if
faudrait la confier à l'horloger.
Bohême. « Une société com-
posée de toutes les sociétés,
bizarre, monstrueux assemblage
de talent et de bêtise, d'ivresse
et de poésie, d'avenir et de
néant, et qu'on nomme la bohè-
me. » (H. Maret, Le Tour du
monde parisien.) — « C'est un
vice de nature qui fait le bo-
hème. Il naît de la paresse et de
la vanité combinées. Tant qu'il
y aura des paresseux et des va-
niteux, il y aura des bohèmes. »
(G. Guillemot, Le Bohême, 1868.)
Boire de l'encre. — Arriver
lorsqu'une tournée a été déjà
absorbée ou qu'il ne reste plus
rien dans un litre. {Argot des
typographes.)
Boire du lait. Etre content
par suite d'un succès, par suite
de louanges; éprouver de la sa-
tisfaction.
Boire une goutte. Etre sifflé.
— Payer une goutte, siffler, —
dans le jargon des acteurs.
Boire dans la grande tasse.
Se noyer, être noyé. (L. Lar-
chey.)
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
47
Bois blec. Toupie d'un sou,
— dans le jargon des enfants.
Mot à mot : toupie en bois blec:
blec pour blanc.
Bois (Mettre du). En style de
vaudevilliste, c'est envoyer des
amis çà et là, un peu à toutes
les places, pour réchauffer l'en-
tlidusiasme du public engourdi
par le froid de certaines pièces.
Le rôle des amis consiste à s'é-
crier : « Admirable! sublime!
comme c'est trouvé!... Quel ta-
lent!... C'est du Molière! » Goût
à l'auteur : un souper à base de
choucroute ou de volaille froide,
selon que la pièce est en un
acte ou en cinq actes.
Boisé (Etre). Etre trompé par
sa femme.
Boisseau. Schako. — Cha-
peau haute forme.
Boisseau. Litre de vin. —
Demi-boisseau, demi-litre.
Boite. Atelier, maison, maga-
sin, établissement quelconque
« Dans l'argot domestique, tout
ce qui n'est pas une bonne mai- 1
son est une boîte. Une bonne
maison est celle où les maîtres
ne sont pas regardants et où
l'on peut s'arrondir sans être
inquiété. «(Bernadille, Esquisses
et Croquis parisiens.)
Boîte au lait. Nourrice dans
l'exercice de ses fonctions. —
Sein de femme qui allaite.
Boîte aux ordures. Derrière.
Boîte à cailloux. Prison. Lé
mot date du xvni*^ siècle. Au-
jourd'hui les soldats appellent
simplement boite^ la salle de
police. La variante est : boite
aux réflexions.
Boîte à cornes. Chapeau
d'homme.
Boîte à violon. Grand soulier,
grand pied.
Boîte d'échantillons, boîte
aux échantillons. Tonnjau de
vidange, — dans le jargon des
vidangeurs. Dans ce tonneau, il
y a de la marchandise de toutes
provenances et de toutes cou-
leurs.
Boite à dominos, boîte à do-
che. Cercueil. Le corps y est
serré comme des dominos dans
leur boîte. La variante boîte à
doche offre un jeu de mots sur
à mère et amère. Doche en ar-
got veut dire mère; c'est-à-dire
la boîte à mère pour amère.
Boîte à asticots. Cercueil, —
« Ah ! tu veux rire, satané pi-
lier de beuglant! mais attends
un peu que je sorte de ma boîte
à asticots, et tu verras! » (Saint-
Patrice, Aventure de Nabuchodo-
nosor JSosebreaker.)
Boîte à Jouanne. — Ventre,
— dans le jargon des voyous.
Jouanne est le nom d'un célèbre
marchand de tripes à la mode
de Caen, le Napoléon de la tripe.
Boite aux dégelés, Boîte aux
refroidis. La Morgue.
Boîte à puces. Lit, — dans le
jargon des voyous. — « Puis
chacun songea à regagner sa
boîte à puces. » [La Caricaturej
7 fév. 1880.)
Boîte à marquer. Sergent.
Ce sont les sergents qui ont la
garde des boîtes à matricules.
Boîte (Faire sa). — Distri-
buer les caractèresd'imprimerie
dans la casse. — {Jargon des ty-
pes.)
48
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Boîte (Fermer la). Fermer la
Louche, se taire.
Bolduc. Faveur qui attache
les sacs de bonhons, — dans
l'argot des bonbonniers. C'est
un grand art que de bien savoir
faire les bolducs.
Bombe. Demi-setier, quart de
litre de vin, — dans le jargon
des ouvriers.
Bombe (Partir en). C'est l'ex-
pression dont se servent les mi-
litaires qui vont courir une bor-
dée... de plaisirs, comme dit le
peuple.
Bombé. Bossu, — dans le jar-
gon du peuple. // est bossue —
Non, il est bombé.
Bon. Agent des mœurs, —
dans l'argot des filles et des vo-
leurs. Le bon me fiole, l'agent des
mœurs me dévisage.
Bon (C'est). En voilà assez,
inutile d'en dire davantage.
Bon (C'est un). C'est un bon
républicain, c'est un pur. L'ex-
pression était à la mode en i 848.
Bon là (Etre). Etre capable, être
bon ouvrier, — dans le jargon
des ateliers. — Etre des bons,
être classé parmi les bons ou-
vriers, parmi les meilleurs. Au
dix-huitième siècle, pour dési-
gner quelqu'un de solide, on
disait : Il est des bons.
Bon sort de bon sort (Sacré) !
Exclamation qui exprime le dés-
appointement ou la colère. La
variante est : Coquin de bon sort!
Bon sang de bon sang! Autre
exclamation poussée en appre-
nant une nouvelle surprenante.
(L. Larchey.)
Bon motif Mariage, — dans
le jargon des bourgeois. Faire
la cour pour le bon motif, viser
au mariage « Ce ne peut pas
être pour le bon motif. » (E.
Augier , Les FourchambauUf
1878.)
Bon endroit. Derrière. (L.
Larchev.) Attraper au bon en-
droit, donner du pied au der-
rière.
Bon (Avoir du). Avoir de la
composition non portée sur son
bordereau et qu'on garde, pour
la compter à la prochaine ban-
que. C'est le contraire du salé.
(Boutmy.)
Bon pour Bernard Imprimé,
journal, papier quelconque qui
ne finira pas dans la hotte du
chiffonnier, c'est-à-dire : bon
j^our les lieux d'aisances.
Bonaparteux. Bonapartiste,
— dans le jargon des adversai-
res politiques des bonapartistes.
Bonbon à liqueur. Furoncle,
bouton pustuleux. — Bonbon an-
glais, petit bouton sec, — dans
le jargon des voyous.
Bonbonnière. Tinette à vi-
dange, — dans le jargon des
vidangeurs.
Bonbonnière. Elégante petite
chambre, petit appartement
meublé avec goût. — Elégante
petite salle de spectacle où l'on
croque des bonbons aux avant-
scènes et des sucres d'orge aux
galeries
Bonbonnière à filous. Omni-
bus. (Cûlombey.)
Bondieusard. Marchand d'ob-
jets de dévotion. Le quartier St-
Sulpice est peuplé de bondieu-
sards. — Enlumineur d'images de
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
49
sainteté. — «Un bondieusard ha-
bile pouvait faire ses six douzai-
nes en un jour. Un bondieusard
passable, ni trop coloriste ni
trop voltairien, pouvait gagner
son salut dans l'autre monde et
ses quarante sous dans celui-
ci. » (J. NqWqs, LesRéfractaires.)
— Le mot a été créé par Gus-
tave Courbet, qui l'employait
souvent pour désigner soit un
peintre de sujets religieux, soit
un de ces peintres qui sem-
blent s'inspirer des enlumineurs
d'estampes. Par extension les
libres-penseurs donnent du « bon-
dieusard » à quiconque croit en
Dieu, à quiconque lait montre
de sentiments religieux.
Bondieusarderie. Dévotion,
pratique religieuse, hommage
à la religion, — dans le jargon
des libres-penseurs.
Bondieuserie. Métier du bon-
dieusard. — Commerce d'objets
de sainteté, — dans le jargon
des peintres réalistes. — « C'é-
taient ces nombreuses bouti-
ques, ces innombrables bon-
dieuseries, dont la rue est plei-
ne. » (Huysmans, Les sœurs Va-
tard, 1879.)
Bondieutisme. Pratique reli-
gieuse intermittente à l'usage
des gens frileux. « J'en ai
connu plusieurs qui, à l'époque
des grands froids, se réfugiaient
dans les bras de la religion,
près du réfectoire, autour du
poêle. Ils engraissaient là dans
l'extase ! Quand ils avaient deux
mentons, et qu'ils voyaient à
travers les barreaux de la cel-
lule revenir les hirondelles, ils
sortaient et allaient prendre
l'absinthe ancaboulot. » (J. Val-
lès, Les Ré/'ructaires.)
Bondy (Refouler à). Envoyer
promener quelqu'un d'autant
plus grossièrement que c'est k
Bondy qu'on refoule l'engrais
parisien.
Bonhomme. Personnage, sta-
tue de saint, en terme d'atelier.
— Votive bonhomme n'est pas d'a-
plomb.
Bonhomme (Entrer dans la
peau du). Dans le jargon du
théâtre, c'est s'identifier avec
son rôle. — Dans le jargon des
peintres, c'est se bien pénétrer
de son sujet. — « L'autre (le
peintre de sujets religieux) a be-
soin de s'entraîner pour se met-
tre à la hauteur d'une transfi-
guration, et l'on comprend qu'il
lui soit interdit (i'e/i^rcr dans la
peau du bonhomme. » (L. Lero}'',
Artistes et rapins.) L'expression
est de l'acteur Bignon.
Bonhomme (Creuser son).
Creuser son rôle, l'approfondir.
— « Pendant des années il a,
comme on dit, creusé son bon-
homme. » {Figaro, du 14 juil-
let 1880.)
Bonicard. Vieux. — Boni-
carde, vieille, — dans le jargon
des voleurs.
Boniment. Annonce que fait
le pitre sur les tréteaux pour
attirer la foule ; de bonir, ra-
conter. — Discours débité par
un charlatan, discours destiné à
tenir le public en haleine, à le
séduire, coup de grosse caisse
moral. Depuis le député en tour-
née électorale, jusqu'à l'épicier
qui fait valoir sa marchandise,
tout le monde lance son petit
boniment. — « C'était le pro-
dige du discours sérieux appelé
le boniment : boniment a passé
50
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
dans la langue politique où il
est devenu indispensable. » (L.
Veuillot,Les Odeurs de Paiis.) —
,Lecoup du boniment, le moment,
l'instant où le montreur de phé-
nomènes, le banquiste, lance sa
harangue au public. — Y aller
de son boniment, lâcher son boni-
ment, dégueuler, dégoiser, dégobil-
ler son boniment.
Bonir. Parler, raconter, affir-
mer, avertir avec emphase,
chercher à persuader. — Bo-
nir au ratichon, se confesser.
— N'en bonir pas une, garder le
silence ; mot à mot : ne pas pro-
noncer une parole, ■ — dans le
jargon des voyous.
Bonir. Se taire, — dans Tar-
ot des marbriers de cimetière.
A. Delvau.)
Bonisse (Etre en). Etre très
loquace, bavarder beaucoup,
être très expansif. Vient de 60-
nir, raconter. — Veut dire encore
se répandre en invectives.
Bonisseur. Pitre chargé du
boniment. — Candidat à la dé-
putation en tournée électorale.
Bonisseur delà batte. Témoin
à décharge. — Mot à mot : di-
seur, de bonnes choses.
Bonjour. — Sacrifice matinal
à Vénus, — dans le jargon des
bourgeois. — Dire bonjour à sa
moitié. — Bonsoir, sacrifice noc-
turne à la môme Vénus. — Un
bon mari doit le bonjour et le
bonsoir à sa femme.
Bonjourier, voleur au bon-
jour. Voleur qui exerce dans les
chambres dont on a négligé d'en-
lever les clés. Il est matinal et
peubruyant parce qu'il sait qu'il
ne faut pas réveiller le chat qui
dort. Si on lui demande où il
va, ce qu'il veut, il en est quitte
pour donner un prétexte; il
s'excuse, souhaite le bonjour,
s'esquive et va voir à l'étage au-
dessus s'il sera plus heureux.
Bonjourière. La femelle du
bonjourier. C'est une drôlesse
qui, au bal, à la promenade, in-
cendie une dupe de ses regards,
se fait conduire au domicile
de la dupe et la dévalise
pendant la nuit. Combien de
niais, croyant à une bonne for-
tune, se sont réveillés, le len-
demain, allégés de leur montre,
de leur argent et quelquefois
de leurs vêtements!
Bonne, bien bonne (Une). Une
bonne histoire, une bien bonne
plaisanterie. « Impossible de se
lâcher, quand, après quelque
farce de sa façon, il vous disait
avec sa grosse voix : Elle est
toujours bien bonne ! » (Vicomte
Richard, ies Femmes des autres.)
— • En dire une bonne, en racon-
ter une bien bonne^ et, avec un
déplorable jeu de mots : une
bien bonne d'enfants.
Bonne (A la). — Franche-
ment, sans tricher, — dans l'ar-
got des grecs. — Flanchons-nous
une manche à la bonne ?
Bonne pour un homme (Avoir
été). S'être livrée à un homme,
— dans le jargon des bour-
geoises qui ne savent rien re-
fuser.
Bonne (Avoir à la). Avoir en
grande estime, faire grand cas
de. — Etre dans ses bonnes, être
de bonne humeur.
Bonne grâce. Toilette en lus-
. trine à l'usage des tailleurs.
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE,
Bonnet. Coterie autoritaire
dans un atelier typographique.
« Le bonnet est tyrannique, in-
juste et égoïste. » (Boutmy.)
Bonnet d'évêque. Loge des
quatrièmes en forme de mitre,
d'où le nom. — Train de der-
rière d'une volaille découpée de
façon à ce qu'il ligure la mitre.
C'est un des morceaux les plus
délicats, et, à table, chez d'hon-
nêtes bourgeois, l'objet d'aima-
bles plaisanteries.
Bonnet jaune. Pièce d'or, —
dans le jargon des filles.
Bonneteau. Toute espèce de
jeux de cartes tenus dans les foi-
res, où le public est naturelle-
ment dupe. L'antique jeu de
bonneteau consiste à faire devi-
ner une carte parmi trois que
manie avec une maladresse af-
fectée le bonneieur. On ne de-
dne jamais, grâce à une subs-
titution.
Bonneteur. Industriel, doublé
i'un filou, tenant un jeu de bon-
leteaii.
51
dans
parlant des vieillards,
le jargon des filles.
Bordée (Tirer une). Quitter
son travail sans motif, sans per-
mission, déserter la maison
pour aller courir de mauvais
lieux en mauvais lieux, avec
stations obligatoires chez le mar-
chand de vin.
Bordel. Bruit, vacarme. —
Faire un bordel d'enfer, faire
beaucoup de bruit.
Bordel. Petit fagot de deux
sous, — dans le jargon des char-
bonniers. — Petit paquet de
linge sale, — dans le jargon
des blanchisseuses. — Faire un
bordel^ laver un paquet de linge
à soi appartenant.
Borgne. Le fondement.
tes
Borgne. As d'un jeu de car-
Bonneton. — Commis em-
)loyéau rayon de-la bonneterie,
- dans le jargon de la nou-
eauté.
Bonnichon. Bonnet.
Borda. — Ecole navale.
Bordeaux (Petit). Cigare d'un
ou. Le plus petit de tous les ci-
ares d'un sou, fabriqué à Bor-
éaux et à Tonneins.
Bordé (Etre). Avoir renoncé
ux plaisirs de l'amour. Mot à
lût : être couché dans son
t, les couvertures bordées.
- Ne pas être encore bordé, ne
^s avoir dit adieu à Vénus, en
Borgniat. — Borgne, — dans
le jargon du peuple.
Bosco, Boscotte. Bossu, bos-
sue.
Bossard. De travers, louche,
qui n'est pas droit; dérivé de
bosse. « Maintenant, comme tout
est bossard dans cette affaire
I là. » {La petite Lune, 1879.)
Bossoirs. Seins exagérés. Al-
lusion au bossoir d'un navire.
Bosse (Se flanquer une)' Faire
un excès quelconque. Manger
et boire outre mesure, c'est-à-
dire : devenir bossu par devant
et par derrière à force de bois-
son et do victuailles. — Se flan-
quer une bosse de rire. Rire énor-
mément, rire comme un bossu.
Bosselard. Chapeau haute
forme, — dans le jargon du
collège; pour bosselé. Allusion
52
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
à l'état ordinaire des chapeaux
des collégiens. (L. Larchey.)
Bossus (Il y a des). — On
sitlle dans la salle. (Argot des
comédiens de l'ancien boule-
vard du Crime. — V. Les secrets
des coulisses de J. Dutlot, 1865.)
Botter. Donner un ou plu"
sieurs coups de pied au derrière.
Botter. Convenir. Cette femme
me botte. — Aller bien, en par-
lant d'un objet de toilette. —
Ce chapeau me botte^ cette paire
de gants le botte.
Bottes de neuf jours. Souliers
dont les semelles se disjoignent.
Bottes (Graisser ses). S'ap-
prêter à faire le grand voyage
de l'autre monde.
Bouhouille. Cuisine sans pré-
tention. La véritable boubouille
se fait sur un fourneau en terre,
placé, le plus souvent, sur le
carré de l'escalier. C'est le der-
nier mot de la cuisine du pauvre
et de la pauvre cuisine.
Bouc. Barbiche, impériale
très fournie, — dans l'argot du
régiment. Mot à mot : barbe de
bouc.
Bouc. Mari trompé. Allusion
aux cornes, emblème des maris
malheureux.
Boucan. Tapage. Faire da
boucan. — Donner un boucan,
gronder en élevant très fort la
voix, à grand bruit, c C'est un
lieu de débauche, dans les pe-
tites rues, écarté du grand
monde ; les chambres y sont obs^
cures et malpropres, parce que
les jeunes gens qui y vont, et
qui ont gagné quelques faveurs,
c* est-à-dire du mal, y font sou-
vent tapage, et jettent tous les
meubles par la fenêtre; c'es^
pourquoi les pourvoyeuses ont
grand soin de ne garnir leur
académie que de quelques chai-
ses avec quelques paillasses. » (Le
Roux, Dict. comique.) Tout se re-
trouve. Nos troupiers appellent,
aujourd'hui, une maison de to-
lérance « un b.ouG » par abrévia-
tion de boucan.
Boucanade. Faux témoignage.
Action de corrompre, d'acheter
un témoin. — Coquer la bouca-
nade, corrompre un témoin,
acheter un témoignage.
Boucaner. Sentir mauvais,
faire concurrence au bouc
comme odeur.
Boucaner. Faire du bruit.
Dérivé de boucan. Boucaner la
pièce, siffler une pièce de théâtre,
empêcher qu'on entende les ac-
teurs, — dans le jargon du
théâtre. « On m'assure que tou-
tes vos pièces vont être désor-
mais ôoucanées. » (L'£'^n7/É?,1879.)
Boucaneur. Pilier de lieux de
débauche, celui qui se plaît au
milieu du vacarme. Boucanier c,
au féminin.
Boucard. Koutique. Les vo-
leurs disent aussi boutogue.
Boucardier. Marchand. —
BoucardiergambilleurfïnaiYchsLnd
ambulant.
Boucardier. Voleur qui ex-
ploite les boutiques. Le boucar-
dier opère la nuit avec le con-
cours du pégriot. Le pégriot est
un gamin ou un voleur de pe-
tite taille qui s'est primitivement
introduit dans la boutique, et
qui, à l'heure convenue, vieni
ouvrir au boucardier.
Bouche l'œil. Gratification.
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
53
Promesse de gratification sous
forme d'une pièce d'or ou d'ar-
g-ent placée sur l'œil en guise de
monocle, — dans le jargon des
filles.
Bouche en cul de poule. Pe-
tite bouche à grosses lèvres re-
levées en bourrelets, et affec-
tant la forme d'un 0.
Bouche-trou. Article de jour-
nal sans aucune valeur, mis en
réserve pour les jours où la co-
pie manque. —' Acteur jouant
toutes sortes de rôles sans im-
portance.
Boucher un trou. Payer une
dette lorsqu'on en compte plu-
sieurs.
Boucher. Chirurgien, — dans
le jargon du peuple.
Boucherait le trou du cul
avec un grain de sable (On lui).
Se dit en parlant de quelqu'un
que la peur paralyse, parce
que, alors, selon l'expression
vulgaire, il serre les fesses.
Bouchon. Bourse, — dans le
jargon des voleurs.
Bouchon d'évier. Souillon de
cuisine, laveuse de vaisselle.
Bouchonner. Donner des coups
ae poing, — dans le jargon des
cochers.
Bouclage. Cadenas. — Arres-
tation.
Boucler. Arrêter. — Boucler
un poivrot, arrêter un ivrogne.
Boucler. Fermer. — Bouder
la lourde, fermer la porte. —
Boucler la position, fermer la
malle.
Bouder aux dominos. Avoir
des dents de moins. Les varian-
tes sont : Bouder à la dent, être
chauve de la gueule, manquer de
chaises dans la salle à manger.
Bouder au cheveu. Commen-
cer à être chauve.
Bouder contre son ventre.
S'abstenir d'une chose dont on
a envie.
Boudin. Verrou.
Boudin. Doigt épais et rouge.
Boudin (Faire du). One an-
cienne et très pittoresque ex-
pression qui avait le sens de
répandre du sang.
Boudiner. Mal dessiner les
extrémités, — dans le jargon
des peintres.
Boudiner. Réveillonner le jour
de Noël, manger du boudin. —
Le repas de boudin s'appelle le
boudinaqe.
Bouffarde. Pipe. « Un peintre
dit volontiers ma bouffarde en
parlant de sa pipe. » {Paris-
fumeur.)
Bouffarder. Fumer la pipe.
Bouffe. Soufflet. — Figure. —
H avait ce dernier sens en IG49.
Bouffe la balle. Joufflu. —
Gourmand.
Bouffer. Manger gloutonne-
ment.
Bouffer. Bouder, dissimuler
sa mauvaise humeur (xvni° siè-
cle). Aujourd'hui, c'est piper.
Bouffer le nez (Se). Se dispu-
ter de très près, face à face,
^ comme si on voulait se manger
j le nez.
Bouffeter. Bavarder. — Bouf-
feteur, bavard, bouffeteuse, ba-
varde.
Bouffeur de kilométras. So-
54
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
briquet du chasseur de Vincen-
iiGs, le plus intrépide marcheur
de l'infanterie française. Il
bouffie, il avale les kilomètres.
Bougie. Bâton d'aveug-le. 11
lui sert de bougie, il guide sa
marche. — Bougie grasse, chan-
delle, — dans le jargon des
chiffonniers.
Bougre à poils. Homme déter-
miné, solide, courageux. —
C'est un bougre à poilSy qui n'a
pas froid aux yeux.
Bouif. Faiseur d'embarras,
orgueilleux. — Mauvais ouvrier,
celui qui connaît mal son mé-
tier. — Faire du bouif, faire des
embarras, prendre de grands
airs.
Bouillon. Exemplaires non
vendus d'un journal. Dans cer-
tains journaux on reprend le
bouillon ; dans d'autres il reste
au compte du marchand. Rendre
le bouillon, rendre les exemplai-
res non vendus.
Bouillon. Restaurant où les
portions semblent taillées par
un disciple d'Hahnemann, oh
Ton paye la serviette, où la
nappe brille par son absence,
mais où les prix ne sont pas
plus élevés qu'ailleurs.
Bouillon d'onze heures. Em-
poisonnement; par allusion aux
fameux bouillons administrés
par la Brinvilliers et qu'elle
appelait « un pistolet dans du
bouillon. ^) — Faire boire un
bouillon d'onze heures à quel-
qu'un, empoisonner quelqu'un.
Bouillon de canard. Eau.
Bouillon pointu. Glystère.
Bouillon (Boire un). Subir
une perte d'argent, prmcipale-
ment à la suite d'une opération
financière. — « Ce trafic de
loges ne se fait pas sans quel-
que danger pour les marchands
de billets. Un orage qui éclate,
un caprice de public ou de dan-
seuse... il n'en faut pas davan-
tage pour leur coûter, en une
seule soirée, mille ou quinze
cents francs... c'est ce qu'ils
appellent boire un bouillon, »
(Ch. de Boigne.)
Bouillonner. Rester pour
compte; ne pas vendre, eri par-
lant de livres, de journaux. —
On tire à 40,000, on bouillonne
de 2,000 bien souvent.
Bouillonner. Manger dans un
bouillon-restaurant.
Bonis. Maison de tolérance,
— dans l'ancien argot.
Bouis-bouis. Café-concert,
petit théâtre à femmes, petit
restaurant, où ces dames, aux
jours d'épreuves, vont prendre
leur nourriture. Dans le jargon
des voleurs, un bouis est une
maison de tolérance, et le nom
vulgaire de la maison de tolé-
rance a également la significa-
tion de bruit, tapage; d'où
bouis-bouis, pour désigner un
endroit à femmes, un endroit
où régnent le vacarme et les
mauvaises mœurs.
Bouis-bouis. Marionnette.
« Ensecréter un bouis-bouis, con-
siste à lui attacher tous les fils
qui doivent servir à le faire
mouvoir. » (Privât d'Angle-
mont.)
Boulage. — Mauv 'se hu-
meur, refus. — Boidci , refuser,
envoyer promener, gronder, —
dans le jargon des ouvriers, qui
disent encore : envoyer bouler,
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
55
envoyer à la boule, c'est-à-dire
envoyer rouler comme une
boule.
Boulange. Boulangerie. —
Faire dans la boulange, exercer
le métier de boulanger.
Boulange aux faffes. Banque
de France, — dans le jargon
des voleurs. Mot à mot : bou-
langerie aux papiers.
Boulanger. Le diable. Il en-
fourne les âmes des damnés.
Boule. Chien boule-dogue,
boule-terrier.
Boule. Foire, — dans le jar-
gon des voleurs.
Boule. Tête, visage. — Boule
de siam, visage grotesque. —
Boule de singe, personne laide.
Boule de neige. Nègre, mori-
caiid, — dans le jargon du peu-
ple. Il est rare qu'un voyou en
belle humeur ne salue pas un
nègre du sacramentel : a Ohé !
boule de neige! »
Boule de son. Pain de muni-
tion.
Boule-Miche. Boulevard Saint-
Michel, — dans le jargon des
étudiants.
Bouleau, Bîiche. Batterie, —
dans le jargon des voyous. Y
va y avoir du bouleau, on va se
battre. Dans certains bals de
barrière, il n'y a pas de bonnes
soirées sans bouleau, au moins
à la sortie ; cela fait partie du
programme.
Bouler. Tromper. — Du vieux
mot boule : astuce. (L. Larchey.)
Envoyer bouler. (V. Boulage.)
Boules de loto. Yeux à fleur
de tête.
Boulet à queue. Melon.
Boulette de poivrot. Raisin.
« — Je ne bois pas mon vin en
pilules, répondit un ivrogne à
qui l'on offrait du raisin. »
Bouleur, houleuse. Doublure
des premiers rôles, — dans le
jargon des acteurs.
Boulevard du Crime. Boule-
vard du Temple, à l'époque oti
les théâtres s'y épanouissaient
en nombre.
Boulevardier. Fidèle habitué
des boulevards, qui, pour lui,
commencent sur le trottoir du
grand café de la Paix et finis-
sent à l'angle de la rue du Fau-
bourg-Montmartre. Là est tout
le Paris du boulevardier, avec
ses cafés, ses restaurants et ses
drôlesses. Il dédaigne le trot-
toir d'en face qu'il abandonne
aux provinciaux et aux gens en
course.
Boulevardier, boulevardière.
Qui a rapport aux boulevards
de Paris, qui exhale le parfum,
qui porte le cachet des boule-
vards. « Génie de la gargote
boulevardière, qui sait faire ava-
ler des bisques, des huîtres, des
quenelles fantastiques à des
gens qui n'ont pas encore di-
géré. » (Ed. Siebecker, Petit Pa-
risien du iO août 1877.) Le mot
est de M. L. Veuillot.
Boulevardière. Fille libre qui
continue sur les boulevards le
commerce que faisait sa mère
sous les galeries du Palais-
Royal.
Boulevetade. Comédie , —
dans l'argot des anciens comé-
diens. « Combien refile-t-ou de
loyagne pour allumer la bouleve^
56
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
tade? combien paie-t-ou pour
entrer à la comédie ? » [Mémoi-
res de Dumesnil.)
Bouline. — Quête simulée
faite dans les foires entre tru-
queurs pour chauffer le zèle des
badauds.
Bouliner.— Feindre une que te
pour entraîner le public, — dans
le jargon des saltimbanques.
Bouliner. Voler en pratiquant
un trou à Taide du vilebrequin,
bouiinoire, — dans le jarj^on
des voleurs.
Bouliner, boulinguer. Déchi-
rer, — dans le jargon des vo-
leurs. — Diriger une affaire. —
Se boulinguer , savoir se con-
duire.
Boulonnaise. Voiture qui des-
sert le Bois de Boulogne. ;
Boulonnaise. Nymphe publi- j
que du Bois de Boulogne, elle
attend la fortune, sous les traits |
du premier venu, le long des
contre-allées du bois, tout près
des taillis, tout près des mysté-
rieux ombrages. La boulonnaise,
une variété de la marneuse, est
vêtue comme une ouvrière mi-
sérable, et porte ordinairement
un panier, à l'instar des femmes
de ménage.
Boulotter. Manger. — liou-
votter de l'argent, manger de
l'argent.
Boulotter. N'aller ni bien ni
mal, marcher doucement, en
parlant de la santé, des affai-
res. — Ça boulotte.
Bouquet. La fin d'un événe-
ment important, d'une conver-
sation. — Cest le bouquet, c'est
le plus beau, le plus surprenant 5
de l'affaire ; par allusion au bou-
quet final d'un feu d'artifice.
Bouquet. Gratification de vo-
leur à voleur.
Bouquin. Tout hvre que l'on
vend après l'avoir lu ou même
sans l'avoir lu est un bouquin,
dans le jargon des hommes de
lettres. — Livre de peu d'im-
portance au point de vue de la
vente, — dans le jargon des li-
braires.
Bouquin (Sentir le). Sentir
fort des ai.sselles, sentir le bouc.
L'expression date de la plus
haute antiquité et elle est du
plus pur classique; on trouve
déjà dans ïérence : « Apage te a
me, hircum oies, éloignez-vous,
vous sentez le bouquin. ^>
Bourbe (La). L'hospice de
l'Accouchement, — dans le jar-
gon du peuple. Ainsi nommé
en souvenir de la rue de la
Bourbe où cet hospice était pri-
mitivement situé. — Aller pon-
dre à la Bourbe. — Aller faire
dégonfler son ballon à la Bourbe,
aller accouchera la Bourbe.
Bourdon. Fille de joie, -~
dans le jargon des voleurs.
Bourdonniste. Ouvrier typo-
graphe s uj et aux 6owrcions, c'est-
à-dire aux omissions de mots
ou de phrases.
Bourgeois. Imbécile, homme
sans goût, — dans le jargon
des peintres qui sont restés des
rapins, — Voyageur, — dans le
jargon des cochers. — Individu
dans la maison duquel un ou-
vrier travaiffe. — Maître de la
maison dans laquelle est placé
un domestique.
Bourgeois. Anti-artistique, —
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
57
dans le jargon des artistes.
Ameublement bourgeois.
Bourgeois (Faire son). Faire
de la dépense, — dans le jar-
gon des ouvriers.
Bourgeoise. Femme légitime,
— dans le jargon des ouvriers
qui ont du respect pour leurs
femmes.
Bourgeron. Petit verre d'eau-
de-vie, ration accordée aux ma-
rins.
Bourlingue. Congé donné à
un ouvrier.
Bourlinguer. Renvo^/^er , —
dans le jargon des ouvriers.
Bourlingueur. Patron, con-
tre-maître, qui met sans cesse
le marché en main à l'ouvrier.
Bourrache. Cour d'assises.
Comme la plante de ce nom,
la Cour d'assises est pour le vo-
leur un puissant sudoritique;
elle lui procure une de ces émo-
tions qui trempent des chemi-
ses. En outre, par quasi-homo-
nymie, le mot rappelle celui de
bouiYade et offre à l'oreille une
corrélation avec ceux de bour-
tique et de bourrcur de pègres,
sous lesquels le voleur désigne
les agents de la sûreté et le
code pénal. — Marguillier de
bourrache. Juré. Le banc du jury
présente une analogie avec le
banc des marguilliers.
Bourre-boyaux, Bourboyaux.
Gargote.
Bourre-coquins. Haricots.
Bourrer le canon. Manger
vite, beaucoup et longtemps.
Bourreur de pègres (Le). Le
code pénal. 11 ne ménage pas
les voleurs.
Bourreur de lignes. Ouvrier
typographe qui compose parti-
culièrement des lignes pleines
ou courantes, telles que celles
des journaux, des labeurs, des
brochures, etc. (Boutmy.)
Bourriche. Sorte d'ollapodr Ida
bibhographique. « Un feuille-
ton, un article aux quatre-vingt-
cinq compartiments, dans lequel
on fait entrer bon gré, mal gré,
toutes sortes de livres, comme
des harengs dans une caque. On
octroie à chacun de ces livres
deux ou trois lignes de criti-
que. » (Paris-Journaliste, 1854.)
Bourrichon. Tête. — Se mon-
ter le bourrichon, se monter la
tête.
Bourrique. Agent de police,
— dans le jargon des voleurs.
L'agent de police bourre le vo-
leur, d'où le surnom de bour-
rique. « Nous sommes tous les
victimes des bourriques. » (La
France, du 13 mars 1879.)
Bourrique a tourné le foiron
(La). La mauvaise chance a
tourné ; c'est-à-dire : a tourné
le derrière.
Bourser (Se). Se coucher.
Boursicot. Argent mis de
côté.
Boursicoter. Faire des éco-
nomies.
Boursicoter. Tripoter sur les
fonds publics.
Boursicotier. Individu qui
tripote à la Bourse sur les fonds
publics.
Boursier. Celui qui travaille
à la Bourse, depuis le plus gros
agent de change jusqu'au plus
mince coulissiei-.
58
DICTIONNAIRE t> ARGOT MODERNE.
Bouscailleur. Balayeur.
Bousculeur de pékin. Ouvrier
qui a horreur du bourgeois,
qui cherche à le vexer. — Le
maçon qui, en passant, racle son
sac de plâtre sur la redingote
du bourgeois, est un bousculeur
de pékin; bousculeur de pékin,
le cantonnier qui vous arrose
avec intention ; bousculeur de
pékin, le cocher qui fait piaffer
ses chevaux dans le ruisseau
quand vous passez ; bousculeur
de pékin, le charlDonnier qui
vous heurte de son sac de char-
bon, etc., etc.
Bouse de vache. Epinards.
Bousin. Tapage. C'est un dé-
rivé de bouis.
Bousin, bousingot. Boutique,
cale borgne, débit de vin.
Bousingot. Epithète injurieuse
qu'on adressait aux républicains
en 1830 et 1832. —Partisan des
idées littéraires à la mode à
cette époque. — Romantiques
par opposition aux classiques,
dont ils étaient les ennemis ju-
rés. « Il (Pétrus Borel) passait,
vêtu de son costume de bou-
singo: le gilet à la Robespierre,
sur la tête le chapeau pointu
et à large boucle des conven-
tionnels, les cheveux ras à la
Titus, la barbe entière et lon-
gue au moment où personne
encore ne la portait ainsi. »
(J. Claretie, Pétrus Borel le Ly-
canthrope.) En un mot les bou-
singots comme les Jeunes- France
étaient « des poseurs ». M. Ch.
Nisard fait venir bousingot de
l'argot anglais Bowsingken, mai-
son où. l'on boit. Pourquoi pas
de l'ancien bouis, maison vouée
à Vénus publique, qui a fait
bousin et bouis-bouis ? — Parce
que c'était trop naturel et trop
simple.
Boussole. Tête, cervelle. —
Perdre la boussole, déraisonner,
devenir fou. « Au moyen âge les
médecins comparaient la tête
de l'homme à un vaisseau dont
le sinciput était la proue et
l'occiput la poupe. La tête re-
présentant un navire, la cer-
velle fut prise pour la boussole,
pour guide. » (Ch. Nisard.)
Boussole de singe. Pain de
fromage de Hollande. On dit
aussi boussole de refroidi, tête
de mort.
Boustifaille. Repas copieux
composé de mets vulgaires. —
Du lapin sauté, de l'oie aux
marrons, du gigot aux haricots,
de la dinde bourrée de chair à
saucisse, des pommes de terre
au lard, voilà de la boustifaille.
Bout coupé. Cigare d'un sou
coupé aux deux bouts.
Bout coupé. Juif.
Bout (Recevoir son). Etre con-
gédié. — Flanquer son bout,
quitter un patron, — dans le
jargon des tailleurs.
Bout-de-cul. — Gamin, hom-
me de petite taille, — dans le
jargon des voyous. — Nous ver-
rons bien si un bout-de-cul comme
toi me fera aller.
Boutange, boutroUe. Bouti-
que. — Courteau de boutange,
commis de magasin.
Bouteille. Nez, — dans le
jargon des voleurs.
Bouteille. Latrines, — dans
le jargon des marins.
Bouteille (Coup de). Ivrvjsse.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
59
Mot à mot : coup que le con-
tenu de la bouteille produit sur
la tête. « 11 avait un coup de
bouteille comme à l'ordinaire. »
(E. Zola.) — Ecraser une bou-
teille^ vider une bouteille.
Bouterne. Tablette , plateau
sur lequel sont exposés les lots
destinés à attirer les amateurs
de porcelaine, autour des lote-
ries foraines. La bouterne se
joue au tourniquet. Il y a de
gros lots en vue, que personne
ne gagne jamais, naturelle-
ment,
Bouternier, bouternière. Ce-
lui, celle qui tient une bouterne.
Boutique (La). La préfecture
de police, en termes d'agents de
police et d'employés de la pré-
fecture de police.
Boutique (Et toutela).Et tout
le reste, et tout le monde. En-
voyer promener toute la boutique.
Boutique (Montrer toute sa).
Faire voir ce que fit voir la
jeune Hébé en tombant dans la
salle à manger de l'Olympe. —
Se dit également d'un homme
qui, pour un motif ou pour un
autre, en montre autant et même
davantage.
« II montre toute sa boutique. »
{Parnasse satirique'.)
Bouton. Passe-partout , —
dans le jargon des voleurs.
Bouton. Pièce d'or, — dans
le jargon des maquignons.
Bouton de guêtre. Pièce de
cinq francs en or.
Bouton de pieu.. Punaise, ~
dans le jargon des voleurs.
C'est-à-dire : bouton de lit.
Bouture de putain. Enfant de
père inconnu, — dans le jargon
des jardiniers.
Boy. Garçon de salle dans un
collège. — Anglicisme familier
aux collégiens qui suivent le
cours d'anglais.
Boyaux en détresse, boyaux
vides (Avoir les). Etre à jeun,
avoir faim.
Bracelet. Menottes.
Brader. Vendre à vil prix, —
dans le jargon des marchands
de bric-à-brac. (A. Delvau.)
Braise. Argent qu'on vient de
recevoir. — Il est tout chaud,
chaud comme de la braise.
Brancard. Courtière en pros-
titution.
Brancard. Main, jambe. Ser-
rer le brancard, serrer la main.
— Brancard de laine, boiteux.
Branche (Ma vieille). Terme
d'amitié. L'amitié représente un
arbre solide dont les amis for-
ment les branches.
Brandillante , brandilleuse.
Sonnette. — Bi^andilleuse enrhu-
mée, sonnette fêlée.
Branlante. Chaîne d'or.
Branleuse de Gendarme. Re-
passeuse. — La plupart des fers
à repasser portent la marque de
la maison « Gendarme. »
Bréchet. Estomac. C'est l'an-
cien brichet. — « Ce mot qui
sert à désigner le creux gui
est au haut de l'estomac dérive
de l'allemand brechen, rompre,
couper. » (Ménage.) « En glieu
de pourpoint, de petites bras-
sières, qui ne leu venont pas
jusqu'au brichet. » (Molière, Le
fcatin de Pierre, acte II, scène i.)
60
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Bréchet mouche, mauvais esto-
mac. — Avoir le bréchet dans les
iiadins, avoir l'estomac dans les
talons.
Breda-street. Le quartier
Notre-Damc-de-Lorette chanté
par Gavarni. Les dames de Bre-
da-street déjeunent chez la cré-
mière, dînent quelquefois, et
soupent presque toujours dans
les restaurants à la mode.
Breloque. Pendule.
Breloque (Battre la). Dérai-
sonner, en parlant d'un malade
en proie au délire.
Brème. Permis de prostitu-
tion. C'est la carte délivrée par
la préfecture de police aux filles
soumises. « Elles la portent le
plus souvent dans leurs bas, afin
d'éviter d'en révéler l'existence,
si elles n'y sont pas absolument
forcées. »" (Flévy d'Urville, Les
Ordures de Paris.)
Brème. Carte à jouer. — Al-
lusion à la brème, poisson très
plat. — Maquiller les brèmes,
jouer aux caries, — dans le jar-
gon des tricheurs. — Tiranger
la brème, tirer les cartes. Tira?î-
geur de brèmes, tirangeuse de
brèmes, tireur, tireuse de car-
tes.
Brème (Etre en). Etre sous
la surveillance de la police, —
dans le jargon des voleurs.
Bric-à-brac. Vieilleries artis-
tiques, non artistiques, pseudo-
artistiques : vieux chandeliers,
vieilles soupières, poteries, cuirs,
cuivres, meubles des temps pas-
sés. — Commerce de vieux ob-
jets disparates. Les marchands
de bric-à-brac sur une grande
échelle s'instituent volontiers
marchands de curiosités, mar-
chands d'antiquités.
Bricabracologie. Commerce
de bric-à-brac. Passion des an-
tiquailles qui pousse les bour-
geois à encombrer leurs mai-
sons de vieilles poteries et de
vieux tessons de bo
plupart sans valeur.
Bricage. Grand nettoyage
d'un navire, — dans l'argot de
la marine.
Bricheton. Pain, — dans le
jargon des ouvriers. — Briche-
ton d'attaque, pain de quatre li-
vres.
Bricole. Travail de peu d'im-
portance ; travail mal rétribué,
lait à temps perdu. « Le soir
même, le zingueur amena des
camarades, un maçon, un menui-
sier, unpeintre, de bons zigs, qui
feraient cette bricole-Vd. après
leur journée. » (E. Zola.) — Au
xviiie siècle, ôncofe avait le sens
de mauvaise excuse, menterie.
Bricoler. Accommoder, mettre
en œuvre, d'où est dérivé la
bricole de nos jours. « Com-
ment!.. Est-ce donc que cela se
bricole? » (Poisson, Les Foux
divertissans.)
Bricul. Officier de paix, —
dans le jargon des voleurs.
Bride. Chaîne de montre, —
dans le jargon des voyous. —
Si j'avais seulement une bride
pour attacher mon oignon.
Briffe. Gras-double. (L. Lar-
chey.) — Nourriture. Passer à
briffe, manger.
Brigadier. Pour brigadier-
fourrier, gindre, premier garçon
boulanger chargé du four. On
a dit d'abord fournier puis four-
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
61
rier par corruption. Dès le xiii»
siècle, «Le droitpayé pour faire
cuire à ces fours banaux s'ap-
pelait tournage et les ouvriers
qui y étaient employés se nom-
maient fourniers. » (Pierre Vin-
çart, Les ouvriers de Paris, 1863.)
Brig-four. Brigadier-fourrier,
par apocope, — dans l'argot
des soldats de cavalerie.
Erigeante. Perruque, — dans
le jargon des voleurs.
Brignolet. — Pain. « Pas
de brignolet use coller entre les
mandibules. » {Le sans-culotte.)
Briller. Allumer. La briller,
allumer la lampe ou la chan-
delle, — dans le jargon des vo-
leurs gui emploient beaucoup
les articles « la et le « devant
un verbe en sous-enlendant le
substantif.
Brimade. Epreuve vexatoire,
charge d'écoliers que les anciens
infligeaient aux nouveaux venus
dans les écoles militaires. Cet
usage tend à disparaître tous
les jours.
Brimer. Rire aux dépens d'au-
trui, vexer. « M*** honorait
Perpignan de ses sarcasmes, et
Perpignan se laissait brimer. »
(Ch. de Boigne.)
Brindezingues (Etre dans les,
se mettre dans les). Etre, se
mettre en état d'ivresse.
Bringue (Grande). Femme
grande et maigre. « Rosine, dite
la Vache, une grande bringue
qui avait des ornières aux épau-
les et des dents en moins. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Briqueman. Briquet, sabre de
cavalerie.
Brisque. Année, — dans le
jargon des voleurs.
Brisque. Les dix et les as, au
jeu de bezigue.
Brisque. Chevron. — « Est-ce
que vous attendez un larbin,
par hasard, pour ranger votre
case '/grommela un vieux sergent
àplusieurs brisques. » (R.Maize-
roy, La Vie moderne, 2 août iSl 9.)
Brisquart. Sergent. C'est-à-
dire celui qui porte les brisques.
Briser (Se la). Se sauver,
partir.
Briseurs. Mot à mot : voleurs
qui se la brisent. Ce sont des
faiseurs d'affaires qui disparais-
sent avec la marchandise que
des négociants imprudents leur
ont confiée.
Brisure. Suspension momen-
tanée de travail accordée aux
compositeurs des journaux vers
le milieu de leur
(Boutmy.)
Brocante. Vieux soulier en-
core bon pour la vente, — dans
lejargon des chiffonniers, c'est-
à-dire soulier qu'on peut bro-
canter.
Brocante. Bague, — dans le
jargon des voieurs.
Brocante. Brocantage. —
Marchandise sans valeur, — dans
le jargon des revendeurs.
Toute sorte de petits travaux
qui se rattachent plusoumoinsà
l'art et que l'artiste exécute
faute de mieux. Les brocantes des
artistes sont les bricoles des
ouvriers. — « Je vais faire des
brocantes, une corbeille de ma-
riage, des groupes en bronze.»
Balzac, La Cousine Batte.)
6
besogne.
62
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Broches. Dents, — dans le
jargon des voleurs. — Broches
rouillées, dents gâtées.
Brodancher. Broder. —
Ecrire.
Brodancheur en cage. Ecri-
vain public. — Brodancheur à
la cymbale, brodancheur aux ma-
carons, notaire, huissier, — dans
le jargon des voleurs.
Brodeuse. Homme-femme, —
dans le jargon des voleurs.
Bronque. Ministre, — dans le
jargon des voleurs.
Broque. Centime. — Cinq
broques font un rond ; vingt
ronds font une balle; cinq balles
font uueroue de derrière ou forte
thune.
Broquillage,vol àlabroquille.
Vol à la substitution. Vol qui
consiste à substituer un objet
sans valeur à un objet de prix :
le cuivre à l'or, le stras au dia-
mant.
Broquille. Minute.
Broquille. Boucle d'oreiiles.
Broquilleur , broquilleuse.
Celui, celle qui se livre au 6ro-
quillage. Plus d'une femme du
monde est broquilleuse. C'est
celle qui, pour satisfaire une
passion, la plupart du temps
mavouable, vend, à l'insu de
son mari , une parure en brillants
qu'elle remplace par une parure
de stras, exactement semblable.
D'autres fois c'est le mari qui
procède à cette combinaison, et
porte la parure en brillants chez
sa maîtresse. — 11 y a encore
les broquillcurs do tableaux qui
substituent dès copies aux ori
giaaux.
Brossée. Victoire remportée
à coups de poing sur un ennemi
intime. — Victoire remportée à
coups de fusil sur des ennemis
en bataille rangée. — Donner,
recevoir une fameuse brossée.
Brosser. Battre, vaincre son
adversaire.
Brosser le ventre (Se), Jeû-
ner, contraint et forcé. On se
brosse le ventre otl'on danse de-
vant le buffet. — « Quand les
cartes me font des mistouiles,
il ne me reste plus qu'à me
brosser le ventre. )> (Vast-Ri-
couard, Le Tripot.)
Brouillards (Etre dans les).
Etre en état d'ivres.se. — Chas-
ser le brouillard, inaugurer la
journée par un verre de n'im-
porte quoi. — Au xviii^ siècle
l'expression : Etre dans le brouil-
lard équivalait, en style de gens
de lettres, à être dans le mal-
heur.
Broutiller. Mot parlemen-
taire. Il signifie qu'on a li-
quidé une série de petits projets
de loi, moins intéressants les uns
que les autres. {Figaro du 22
janvier 1879.)
Bruge. Serrurier, — dans
l'ancien argot.
Brûle-gueule. Pipe courte et
noircie par l'usage.
Brûlé. Démasqué. Drôle dont
les filouteries sont percées à
jour, usées. — Par contre, un
créancier brûlé e.st celui dont
on ne peut plus rien tirer. On
l'a trop fait fiamber.
Brûlée (Affaire). Affaire ratée,
affaire qui n'a pas réussi.
M Larchey donne brùlê tout
court dans le même sens.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
63
Brûler. — Retirer de la main
en les jetant au panier, après en
avoir annoncé le nombre, une
ou plusieurs cartes avant de com-
mencer une partie de baccarat
en banque. Ce droit du ban-
quier ne s'exerce plus que dans
les cercles de bas étage.
Brûler (Se). Etre connu, dé-
masqué. « Aussi je commençais
à me brûler. » (F. Mornand.)
Brûler le cul. Faire banque-
route. L'expression date de
1789.
Brûler le pégriot. Faire dis-
paraître les traces d'un vol.
Brûler du sucre. Etre ap-
jjaudi, — dans le jargon des
acteurs.
Brûler à la rampe (Se). Jouer
f)Our soi, sans se préoccuper de
a pièce, — dans le même jar-
gon. (A. Delvau.)
Brûler les planches. — Jouer
avec entrain, déployerbeaucoup
de chaleur, — dans le jargon
des comédiens. « Monvel est
l'acteur pour lequel a été in-
ventée cette expression de cou-
lisses. » (V. Couailhac, La Vie
de théâtre.)
Brûlot. Terme de joueur. —
Baccarat à toute vapeur; on
donne une seule carte et le ta-
pis compte pour dix. Il y a des
gens qui ne savent qu'imaginer
pour perdre plus vite leur ar-
gent.
Brunir. Nettoyer à fond, —
dans le jargon du régiment. —
Brunir ïa chambre^ la cour du
quartier. ^
Brutal. Canon, — dans le jar-
gon des troupiers. « panel : Le
canon 1 — d u r i v r a u , (a vec joie) :
Le brutal î... c'est donc vrai que
l'Empereur marche sur Troyes? »
(Alph. Arnault et L . Judicis, Les
Cosaques, 1853.)
Bu (Etre). Etre dans un état
absolu d'ivresse. — L'ancienne
langue française avait le mot
boite dans le même sens. « Crois-
tu que je suis boite ! » (Hautero-
che, Crispin musicien:)
Bûche. Les figures et les dix
d'un jeu de cartes, — dans le jar-
gon des joueurs de baccarat. —
Tirer une bûche, tirer une figure
ou un dix, carte qui assomme
celui qui la reçoit. — « Il n'y a
plus que des bûches au talon. »
{Figaro du 5 mars 1880.)
Bûche. Bois à graver, — dans
le jargon des graveurs sur bois.
Bûche. Grande pièce de drap :
paletot, redingote ou habit fait
par l'appiéceur. — Coller sa bii-
che au grêle, livrer une pièce au
patron.
Bûches flambantes. Allumet-
tes chimiques. — Bûches plom-
bantes, anciennes allumettes
qu'on trempait dans une com-
position chimique pour obtenir
du feu.
Bûcher. Travailler avec ar-
deur. — Se bûcher, se battre.
Bûcherie. — Batterie, scène
de pugilat.
Bûcheur. Travailleur assidu,
celui qui se donne autant de
mal qu'un homme qui fend des
bûches.
Buffet. Ventre. ' — Buffet
garni, ventre plein. — Avoir le
buffet vide, être à jeun.
Buffet. Orgue. — Bémoulcur de
buffet^ joueur d'orgue.
64
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Bul. ChilFon bleu, — dans le
jargon des chiffonniers et des
marchands de chiffons.
Bull-parck. Jardin Bullier,
— dans le jargon des étudiants
à qui l'anglais est moins étran-
ger que le Code.
Bnquer. Voler en changeant
de l'argent.
Buquer. Frapper; pour 6m-
cher. « Vous avez dit dans votre
interrogatoire devant M. le juge
d'instruction : j'ai buqué avec
mon marteau. » (Gazette des Tri-
bunaux du 10 août d877.)
Burettes. Paire de pistolets
d'arçon. Des burettes qui, à elles
seules, chantent Ja messe... des
morts.
Burelingue. Bureau. le hurlin-
(5fMees^6oMc/e,ie bureau est fermé.
« Clicz r pèr' Jacob, pour le jour de sa
[fête,
• A son bur' lingue il voulait l'envoyer. »
{La France, du 13 mars 1879.)
Bustingue. Chambre garnie,
— dans le jargon des saltim-
banques,
Bute, bute à regret. Guillo-
tine. Buter, guillotiner, tuer, as-
sassiner; du vieux mot : buter ^
frapper, renverser; d'où culbu-
ter, dans la langue officielle.
Butre. Plat, — dans le jar-
gon des voleurs
Butteur, burlin. Bourreau.
— dans l'ancien argot.
Buvaillon. Apprenti buveur
qu'un verre de vin grise.
Buverie. Brasserie. — Endroit
où l'on se réunit pourboire, du
vieux mot beuverie.
Buveur d'encre. Comptable,
— dans le jargon des troupiere.
« L'expression de buveurs d'en-
cre ne s'applique strictement
qu'aux engagés volontaires
qu'on emploie dans les bureaux,
où ils échappent aux rigueurs
du service, sous prétexte qu'ils
ont une main superbe. » (Fréd.
de Reilfenberg, La Vie de gar-
nison.)
Ça (Pas). Rien, pas le sou. —
La locution se souligne en fai-
sant claquer l'ongle du pouce
sm* une des dents de devant. —
C'est un peu ça! c'est très bien.
— Comme c'est ça! comme c'est
vrai, comme c'est naturel! —
Pas de ça ! pas de plaisanteries,
ne nous émancipons pas ! —
dans le jargon des Lucrèces de
boutique.
Ça (Avoir de). Avoir de l'ar-
gent. — Avoir du courage, en
accompagnant l'expression d'un
coup de poing à l'endroit du
cœur. — Regorger de trésors
cachés sous le corsage, en par-
lant d'une femme.
Cab, Cabot. Chien, vilain chien
qui n'appartient à aucune race.
— Cabot vient declabaud, crieur,
braillard, d'où ciabauder, dans
la langue régulière. En hébreu
clab veut dire chien ; ciabauder
est formé de clab.
Cabanon. Salle de police in-
I
^» fligée aux convalescents, — ar-
■[[ got des soldats d'infanterie de
■T marine.
~ Cabande , Cabombe. Chan-
delle, — dans le jargon des ou-
vriers. — Estourbir la cabande,
soufller la chandelle. — Tape-
à-la mèche, honneur à la cabande,
souflle la chandelle, — dans le
jargon des chilTonniers. On di-
sait autrefois : camoufle et ca-
mouflet, chandelier.
Cabasseur. Bavard. — Caboê-
ser, bavarder, tromper.
Cabasson. Vieux chapeau de
femme, chapeau démodé.
Cabermont, Cabermuche. Ca-
baret, — dans le jargon des vo-
leurs.
Cabestan. Officier de paix.
Cabillot. Soldat de passage
sur un navire, — dans le jar-
gon des marins.
Cabinet. Atelier des dessina-
teurs et graveurs pour étoffes.
Cabinet des grimaces. Lieux
d'aisances.
Cabinet de lumière. « Le
sanctuaire du magasin (de nou-
veautés.) C'est une petite pièce
carrée, sans aucune fenêtre :
comme meubles, un divan de
velours vert ou grenat, souvent
une psyché au lieu de glace ;
au milieu, un guéridon où l'on
fait chatoyer sous la lumière du
lustre les nuances tendres ou
vives qui feront fureur de-
main. » {Commis et demoiselles
de magasin, 1868.) C'est dans ce
cabinet que les élégantes jugent
de l'effet que produiront aux
lumières les robes d'apparat.
Câble. Mari, — dans le jargon
DICTIONxNAlRE d'aRGOT MODERNE.
65
des voyous ; par allusion au câ-
ble du ballon captif de la cour
des Tuileries, une des curiosités
de l'Exposition de 1878. Aujour-
d'hui une gloire crevée comme
tant d'autres.
Cabo. Caporal, — dans l'ar-
got du régiment.
Cabochard. Chapeau, — dans
le jargon du peuple.
Caboche, Cabèce. Forte tête.
C'est la tête de l'homme intelli-
gent. Une caboche à X, une tête
à mathématiques.
« D'un petit tonnerre de poche
» Lui frêle toute la caboche. »
(ScaiTon, Gigaiitomachie, chap. 5.)
Cabochon. Caractère d'impri-
merie très usé; vignette etfa-
cée, détériorée.
Cabochon. Taloche, choc, con-
tusion. — Se cabochonner, se
battre.
Cabot, Cabotin. Acteur sans
talent et sans dignité. D'après
M. Ed. Fournier, Cabotin était
le nom d'un célèbre opérateur
nomade, qui, en même temps
que tous les gens de son mé-
tier, étai t, tout ensemble , impré-
sario et charlatan, vendait des
drogues et jouait des farces.
{Chanson de Gauthier-Garg aille,
préface.)
Cabotinage. Le ca6o^ma^6 con-
siste à savoir se passer de ta-
lent, à se montrer plus souvent
au café que sur les planches,
à préférer les petits verres sur
le comptoir aux alexandrins des
classiques et même à la prose
de M. Anicet-Bourgeois. — « Le
cabotinage est aussi la basse
diplomatie des coulisses; cabo-
tincr c'est faire des affaires
théâtrales comme certains cour-
66
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
tiers font des affaires de bourse,
écouter aux portes d'un comité
pendant qu'un confrère lit son
drame, et porter au théâtre
voisin l'idée de l'ouvrage qu'on
vient de surprendre, mendier
ou acheter des tours de faveur,
monter une cabale contre un
ouvrage, tout cela est du cabo-
tinage. » {Petit dict. des coulisses,
1835.)
Cabotine. Actrice qui, sans
plus de talent que le cabotin,
possède une corde de plus à
son arc. Elle se sert du théâtre
comme d'un bureau de place-
ment pour ses charmes. —
Terme de mépris pour désigner
une actrice quelconque dont on
a à se plaindre ou qu'on veut
blesser. « IJ (le marquis de
Caux) l'insultait (la marquise
de Caux, la Patti)... Ainsi il a
dit plusieurs fois : Maudit soit
le jour où j'ai épousé une ca-
botine comme toi ! » [Liberté du
6 août 1877, Compte rendit du
procès Caux-Patti.)
Cabotiner. Jouer comme un
mauvais acteur; jouer partout,
mal et sans succès.
Caboulot. Débit de liqueurs
servies par des femmes aima-
bles, trop aimables. Les fruits à
l'eau-de-vie et l'absinthe y tien-
nent le preffiicr rang. — v Mot
pittoresque du patois franc-
comtois, qui a obtenu di'oit de
cité dans l'argot parisien. Il
désigne un trou, un lieu de
sordide et mesquine apparence,
par extension petit bazar, petit
café. Le caboulot de la rue des
Cordiers, qui est le plus ancien
de tous, s'ouvrit eu 1852. »
{Ces dames, 1860.) — « Le ca-
boulot, c'est-à-dire le débit de
la prune et du cliinois, du ci-
tron confit à l'état de fœtus
dans l'esprit-de-vin, le tout cou-
ronné par une femme à peu
prè.s vêtue , belle comme la
iDcauté diabolique d'Astarté...
et elle rit et elle chante et elle
trinque, et elle passe ensuite
derrière le rideau... et le ca-
boulot a multiplié comme la
race d'Abraham. « (Eug. Pelle-
tan, La Nouvelk Babylone.)
, Caboulote. Hébé de caboulot.
La caboulote tient à la fois du
garçon de café et de la fille de
maison. Elle est chargée de
verser à boire, de pousser à la
consommation et le client à
la porte, par les épaules, s'il
fait trop de tapage. « Voici des
actrices, des modèles, des ca-
boulotes, des marchandes de bou-
quets et de plaisir. » (Ed. Ro-
bert, Petits mystères du quar-
tier latin, 1860.)
Caboulottière. Même signifi-
cation que ci-dessus. — « L'an
dernier, ayant écrit un entre-
filet des plus virulents contre
les caboulo.ttières, nous avons
reçu les cartes de 876 de ces
demoiselles. » [Tam-Tam du
6 juin 1880.)
Cabrio. Chapeau de femme,
à l'époque ofi les femmes por-
taient de larges chapeaux; c'est
l'apocope de cabriolet. « Je
n'ai pas moins changé mon
cabrio contre une paire de bot-
tines à talons de cuirassier. «
(H. de Lynol, Encore une indus-
trie inconnue.) Le cabrio semble
vouloir revenir à la mode; juste
retour des choses d'ici-bas.
Cabriole. Chambre , cham-
brée, — dans le jargon des vo-
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
67
leurs; c'est une déformation de
cambrioUe. Choper une cabriole
au rendéve des espagnols, louer
une chambre dans un hôtel
garni de dernier ordre ; c'qsL
mot à mot : louer une chambre
au rendez-vous de Ja vermine.
Cabriolet. Hotte de chiffon-
nier, — dans le jargon du peu-
ple.
Cabriolet. Corde à nœuds,
longue de vingt-cinq centimè-
tres et munie, aux deux extré-
mités, de deux morceaux de bois.
C'est à l'aide de cette corde que
les agents de police lient les
mains des détenus. « Ainsi
nommée parce qu'en la serrant
on fait cabrioler le patient. »
(F. du Boisgobey.)
Caca. Double quatre d'un jeu
de dominos. Les joueurs de do-
minos, pour varier et animer
le jeu, disent encore « Bazaine »,
qu'ils alternent avec Caca.
Cacade, Cagade. Bêtise. —
Faire une cagade, se tromper
grossièrement.
Cachan (Aller à). Se cacher.
Jeu de mots sur le village de
Cachan, près d'Arcueil. (L'ex-
pression date du xviii® siècle.)
Cachemire (Coup de). Coup
de serviette, — dans le jargon
des habitués de café. On ré-
clame ordinairement un coup de
cachemire pour approprier le
marbre de la table, avant de se
livrer aux émotions du domino.
Cachemire d'osier. Hotte de
madame la chiffonnière, — dans
le jargon du peuple.
Cache-folie. Postiche en che-
veux. En terme de coiffeur, le
cache- folie comprend tout ce
qui se rattache à l'art du pos'
tiche en cheveux.
Cache-Misère. Vêtement am-
ple et surtout très long, qui a
la prétention de couvrir la dé-
tresse des guenilles et l'absence
de linge. Le mac-farlane, pour
les hommes , le waterproof ,
pour les femmes, sont des ca-
che-misère par excellence. —
Un bohème avait adopté pour
cache-misère une vieille robe de
chambre, dans laquelle il est
mort sur un banc du Pont-
Neuf.
Cachemite. Cachot; avec chan-
gement de la dernière syllabe.
Les lettrés de Mazas disent éga-
lement cachemar , cachemuche,
cachemince, selon qu'ils parlent
en uche, mince ou mar.
Cachet de la mairie. Témoi-
gnage laissé à une chemise par
une personne qui a, peut-être,
manqué de papier. On dit aussi
le cachet de M. le maire, la mar-
que de fabrique.
Cadavre. Corps humain vi-
vant. Promener son cadavre, se
promener. — Aller se refaire le
cadavre, aller manger. — Tra-
vailler le cadavre de quelqu'un,
rouer quelqu'un de coups.
Cadavre (Jouer le). S'achar-
ner après un banquier en dé-
veine, en argot de joueurs. —
« Ils jouaient le veinard, abso-
lument c ïïime d'uuives jouaient
le cada'-e, s'acharnant contre
le banquier, qui était dans une
période malheureuse. » (Vast-
Ricouard, Le Tripot.)
Cadavre (Connaître le, Sa-
voir où est le). Connaître une
particularité de la vie de quel-
qu'un qu'il a intérêt à tenir
68
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
secrète. C'est grâce à la con-
naissance de certains cadavres,
qu'il est donné à tant de chan-
teurs d'exploiter tant de monde.
— Il y a un cadavre : il y a com-
plicité. Le cadavre est une inti-
mité inexpliquée entre deux ou
plusieurs personnes de position
et de rang différents et qu'on
soupçonne d'avoir trempé dans
quelque mauvaise action.
Cadavre (Piétiner sur le).
Médire d'une personne récem-
ment décédée, diffamer un mort
de la veille, — dans le jargon
des gens de lettres. — «Atten-
dez au moins qu'il soit froid »,
dit-on, quand la médisance est
par trop hâtive.
Gadène. Chaîne, — dans l'an-
cien argot; du latin catena.
Cadet. Pince à l'usage des vo-
leurs, petite pince.
Cadet. Apprenti maçon.
Cadet. Demère. — Baiser ca-
det, se conduire ignoblement. —
Baise cadet , apostrophe inju-
rieuse à l'adresse d'un impor-
tun, d'un ennuyeux personnage ;
locution autrefois très répandue
dans le grand monde des halles
où, pour un rien, Cadef était sur
le tapis et quelquefois à l'air.
Cadichon. Montre, — dans le
jargon des voleurs.
Cador. CJiien, — dans le jar-
gon des voleurs.
Cador du quart. Secrétaire
du commissaire de police. Mot
à mot : ciiien du commissaire.
Cadran solaire. Derrière. —
Endommager le cadran solaire,
donner du pied dans le derrière.
Cadratin. Chapeau haute for-
me, — dans le jargon des ty-
pographes. Au propre, le cadra-
tin est un petit morceau de
fonte qui sert à maintenir les
caractères d'imprimerie. Les
ouvriers, pour se distraire, ont
combiné un jeu avec les cadra-
tins.
Cadre. « Le personnel du bal-
let et des comparses se classe
par rang de taille. C'est ce qu'on
appelle le cadre. » (A. Bou-
chard, La langue théâlrale.) Les
vieux habitués de l'Opéra se
plaisent assez à rompre la glace
de ce cadre.
Cafard. Ecolier rapporteur,
petit espion de collège, — dans
le jargon des collégiens.
Cafarde. Lune, — dans le jar-
gon des voleurs. — Cafarde
ouatée, lune à demi cachée par
les nuages.
Cafarder. Rapporter aux maî-
tres les fautes de ses condisci-
ples, espionner ses camarades.
Cafarder. Protéger, patron-
ner, — en terme d'Ecole mili-
taire. Un ancien qui cafarde un
melon, le prend sous sa protec-
tion. « Vous savez que je ca-
farde M. de Sartône ; je le re-
commande à vos bons soins. »
(Saint-Patrice , Mémoires d'an
gommeux.)
Café (Prendre son). S'amuser
aux dépens de quelqu'un. —
Yort de café, très fort, peu sup-
portable. Misérable jeu de mots
comme on en commettait tant, ^
il y a quelques années ; de la ^
même famille que : « Elle est
bonne d'enfants », pour dire
qu'une chose est amusante. Fort
de café est pour fort en café,
trop chargé en café, expression
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
69
empruntée aux amateurs de café
au lait.
Café d'abbé. Café très clair.
C'est-à-dire du café comme de-
vraient en prendre les abbés
pour ne pas être agités.
Cafetière. Tête, figure, —
dans ]e jargon des charbonniers.
— ({ Ring! en plein sur la cafe-
tière ! » (Tam-tamy du 23 mai
1880.)
Cage. Prison. — Oiseau en
cagCf prisonnier. — Mettre en
cage, mettre en prison. « Ce
fut peut-être le maréchal de
Matignon qui mit Philippe de
Comines en cage. » (Du Puv,
Thuana, 1G69.)
Cage. Atelier de composition ;
des ouvriers typographes. j
Cage à lapins. Chambre pe- 1
lite, mais sale. j
Cage (Ne plus avoir de mou-
ron sur la). Etre chauve, —
dans le jargon du peuple, qui
dit aussi : Ne plus avoir de a^es-
son sur la fontaine.
Cagne. Le comble de la pa-
resse. Plus forte que la flemme ,
qui présente un état passager,
la cagne est constitutionnelle ;
c'est carogne, par suppression j
de deu2 lettres. « Vénus, la
bonne cagne, aux paillards ap- '
petits. )» (Saint- Amand, Le Me- '
Ion.) — Avoir la cagne, faire la
cagne.
Cagne. Agent de police. C'est
une variante de cogne.
Cagne. Cheval, — dans le
jargon des voleurs. « Avec ça
qu'il est chouette ton cagne l W a
une guibolle cassée. » (Canler.)
Cagnotte en détresse. Prosti-
tuée qui exploite les abords des
cercles, guettant la sortie des
joueurs heureux, généreux et
amoureux... de la première
venue. Elle sait qu'il y a des
joueurs qui ont le gain^tendre.
Cagou, cagoux. Dignitaire à
la cour du grand Coësra; di-
gnité disparue, dignitaire éclip-
sé aujourd'hui. Dans le royaume
argotique, les cagoux étaient
des professeurs d'argot au dou-
ble point de vue de la théorie
et de la pratique. Ils portaient
le titre d'archi-suppôts. D'après
Grandval, le cagou était un vo-
leur qui opérait seul : misan-
thropie et escamotage.
Caillé. Poisson,
dans l'an-
cien argot. Il est couvert d'écail-
les, d'où le nom.
Caillou. Figure.
Se sucei' le
caillou, s'embrasser. — Avez-
vous fini de vous sucer le caillou ?
Caillou. Nez, — dans le jar-
gon des voyous. (A. Delvau.)
— Avoir son caillou, être légè-
rement pris de vin.
Caisse d'épargne. Bouche. —
Mettre à la caisse d'épargney
manger.
Caisse (Sauver la). Se sauver
avec la caisse, fuir en empor-
tant un dépôt d'argent. Entre
caissiers : — Encore un de nos
confrères qui vient de se sau-
ver. — Le pauvre homme!., et
il a gagné la frontière? — Non,
on l'a [lincé. — Pincé!., le Uoi-
sième depuis cette semaine....
c'est à vousdégoi\ter du métier!
Caisse (Se taper sur la). Ne
rien avoir à manger. Les ou-
vriers disent dans le même
sens : Se taper sur la barat^ue.
70
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
Caisse (Battre la grosse).
Faire beaucoup de réclame pour
quelque chose ou pour quel-
qu'un. — Allusion aux coups
de grosse caisse de MM. les sal-
timbanques.
Caisson. Tête. ~ Se faire
sauter le caisson, se faire sauter
la cervelle avec une arme à
feu.
Calabre. Teigne, — dans le
jargon des voleurs.
Calancher. Mourir.
Calande. Promenade, — dans
le jargon des voleurs. — Se
pousser la calande, se prome-
ner.
Calandriner, caler le sable.
Traîner la misère, — dans le
jargon des souteneurs.
Calé. Riche, cossu. Rien de
tel que l'argent pour vous ca-
ler; c'est-à-dire pour vous met-
tre d'aplomb et vous donner de
l'aplomb.
Calége. Fille richement en-
tretenue, — dans le jargon des
voleurs. C'est-à-dire fille calée,
par altération.
Calence. Manque d'ouvrage,
— dans le jargon des ouvriers.
Caler. Maltraiter, corriger à
coups de poing, — dans le jar-
gon des voyous.
Caler. JN'avoir rien à faire, se
croiser les bras en attendant de
l'ouvrage.
Caler des boulins. Faire des
trous.
Caler sabiture. Sacrifier à la
compagnie Lesage.
Caler les amygdales (Se).
Mançer. Et les variantes : 6'e
caler les soupapes, se caler les
joues, se les caler.
Caleter. Décamper, — dans
le jargon des truqueurs. Lors-
que le bonneteur ou l'un de ses
compères a aperçu de loin le
képi d'un sergent de ville, tout
ce monde de filous qui entoure
les jeux de hasard se sauve à la
débandade au mot d'ordre de :
Tronche à la manque, Plaine et
Norvège, ciletez fort, caletez bien!
La police! Sauvez-vous vite,
sauvez-vous bien de tous les
côtés !
Caleur. Garçon, de l'allemand
Kellner, — dans l'ancien argot.
Caleur. Ouvrier typographe
qui attend de la copie, que le
manque de copie force à se croi-
ser les bras. Dans les ateliers
de composition, ce mot n'a
plus le sens, qu'il avait autrefois,
de mauvais ouvrier, fainéant et
ivrogne.
Caliborgne. Borgne.
Calinot. Type du naïf, pfitit-
fils de La Palisse et frère de
Jocrisse. Découvert par MM. Ed.
et J. de Concourt dans : Une
Voiture de Masques, Calino a été
mis en pièce par MM. Barrière
et Fauchery. L'orthographe pri-
mitive de MM. de Concourt
donne Calinot par un t', aujour-
d'hui l'on écrit Calino sans t,
probablement par économie,
puisque Calinot a fait calinota-
des.
Calinotade. Naïveté digne de
Calino.
Calinte. Culotte, — dans le
jargon des voyous. — Ta calinte
bâille, ta culotte est déchirée.
Galique. Commis de magasin
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
71
de nouveautés. C'est une va-
riante de calicot.
Calme et inodore (Etre). Se
tenir tranquiJle. Les personnes
qui ont une teinture de chimie
ne manquent pas d'ajouter :
inattaquable par les acides.
Calot. Dé à coudre, parce
qu'il a la forme d'une calotte
microscopique.
Calot. Képi, — dans le jargon
de Saint-Cyr. — « Récompense
honnête à qui rapportera le
calot 3H8. » {La Vie moderne,
30 août 1879.)
Calot. Vieillard, vieille femme
ridicule, — dans l'ancien jargon
des clercs de notaire. « Quant
aux farces d'étude, c'est ordi-
nairement sur de vieilles ga-
naches, sur ce que les clercs ap-
pellent des calots, qu'ils les
exercent. » (Le Peintre des cou-
lisses, 1822.) Dans le jargon
moderne des commis de la nou-
veauté, un calot désigne un
acheteur qui borne ses achats
à un objet de peu d'importance,
à une paire de gants à 29 sous
par exemple.
Calot, callot. Sujet de la Cour
des Miracles. Les calots étaient
des mendiants chargés du rôle
de teigneux.
Calots. Coquilles de noix. —
Gros yeux à fleur de tête, —
dans le jargon des voleurs.
Calots (Ribouler des). Re-
garder avidement, ouvrir de
grands yeux étonnés, écarquil-
1er les yeux, — dans le jargon
des voyous. « Riboulant des ca-
lots à chaque devanture de bou-
langer. » [Le sans-culotte, 1878.)
Calotin. Prêtre ; celui qui
porte la calotte. — « On a été
prodigue avec eux : ils ont cha-
cun un caiotin. » (H. Monnier,
Scènes populaires.)
Calottée. Boîte en fer-blanc
où les pêcheurs à la ligne ren-
ferment les asticots, leur espé-
rance.
Calotte. Assiette à soupe, —
dans le jargon des voleurs. —
« Et il déposa sur la table un
saladier de faïence écorné, ba-
lafré, rapiécé, une douzaine de
morceaux de sucre dans une
calotte. » (P. Mahalin, Les Mons-
tres de Paris.)
Calouquet. Etudiant en mé-
decine. A cause de l'ancien bé-
ret, nommé calouquet, qui ser-
vait de coiffure aux étudiants.
« Les grisettes du pays latin
ne disent pas Carabin, c'est
Calouquet. » (Les Voleurs et les
volés, 1840.)
Calvin. Raisin. — Calvigne,
vigne, — dans l'ancien argot.
Camarde (La). La mort. Epou-
ser la camarde, trépasser.
« Une vieille vous dit : — Holà!
» Il faut épouser la camarde...
» N'parlons pas d'ça. »
{Dîners de Vanc. cercle dramatique )
Camaro, Camarluche. Cama-
rade. — « Eh! Bourdeau, eh!
las-d'aller! lève-toi, c'est ton
camarluche qui t'appelle ! »
(Huysmans, Marthe, 1879.) —
« Les deux cents camaros se
connaissaient, se tutoyaient. »
(R. Maizerov, La Vie moderne^
6 sept. 1879!)
CambrioUe. Chambre. La va-
riante est : Cambrouse.
CambrioUeur. Voleur qui
opère d. ns les chambres, dans
les appartements.
72
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Cambrouse. Pensionnaire
d'une maison de tolérance, —
dans l'ancien argot.
Cambrouse. Campagne. Cam-
brousier, ' paysan, — dans le
jargon des marchands forains.
Cambrousier. Voleur de cam-
pagne, — dans l'ancien argot.
Cambrousier. Ouvrier peintre-
vitrier attaché à un petit éta-
blissement de peinture-viti'erie,
— dans le jargon des peintres
en bâtiment.
Cambrousier. Revendeur qui
tenait un peu de tout, — dans
l'ancien argot du Temple. Le
cambrousier a été le précurseur
du brocanteur.
Cambroux. Valet de chambre,
garçon d'hôtel. — Cambrouse,
femme de chambre. — Mastroc
de cambrouse, aubergiste.
Cambrure. Savate, — dans le
jargon des chiffonniers.
Cambuse. Petite chambre mal
meublée.
Cambuse aux potins. Cham-
bre des députés. — Cambuse des
genoux. Sénat.
Cambuse à merde. Derrière,
— dans le jargon des marins.
Camelot. Marchand ambulant,
porte-balle, étalagiste sur la
voie publique. Le soir, le came-
lot ouvre les portières, ramasse
les bouts de cigares, mendie des
contre-marques, donne du feu,
fait le mouchoir et môme la
montre s'il a de la chance.
Camelotte. Mauvaise mar-
chandise, objet sans valeur. Le
camelot est une étoffe très
mince et d'un mauvais usage,
faite de poils de chèvre, de ,
laine, de soie et de coton de re- \
but, d'où camelotte. — Tout l' ar-
ticle-Paris qui se fabrique vite,
ma], à très bas prix, est de la
camelotte. <( Ah! ce n'est pas de
la camelotte, du colifichet, du
papillotage, de la soie qui se (
déchire quand on la regarde. »
(Balzac, Vlllustre Gaudissard.)
Camelotte. Toute espèce de
marchandise, — dans le jargon
des voleurs. — Camelotte savon-
née, marchandise volée. — Ba-
lancer la camelotte en se débinant,
jeter un objet volé quand on
est poursuivi. — Les revendeurs,
les truqueurs, les petits étala-
gistes, désignent également leur
marchandise sous le nom de
camelotte. — J'ai de la bonne
camelotte, j'ai de la bonne mar-
chandise.
Camelotte. Le contenu en
bloc de la hotte, — dans le jar-
gon des chitibnniers. Au mo-
ment du triquage, du triage,
chaque objet est classé sous sa
dénomination. Ainsi, les os gras
sont des chocottes ; les os desti-
nés à la fabrication, des os de
travail; le cuivre, du rouget; le
plomb, du mastar; le gros pa-
pier jaune, du papier goudron;
le papier imprimé, du bouquin ;
la laine, du mérinos; les rognu-
res de drap, les rognures de
velours, des économies; les croû-
tes de pain, des roumies; les
têtes de volaille, des têtes de
titi; les cheveux, des douilles
ou des plumes; les tissus laine
et coton, des gros; les toiles à
bâche et les toiles à torchon,
des gros-durs; les rebuts de
chiffons de laine, des gros de
laine ou engrais.
à
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
73
Camelotte. Prostituée de bas
étage.
Camelotte en pogne. Flagrant
délit de vol. Mot à mot : mar-
chandise dans la main, la. pogne.
Camionner. Accompagner ,
promener. — Camionner une
grue, promener une femme, —
dans le jargon des voyous.
Camisard en bordée. Soldat
des compagnies de discipline.
Camouflement. Déguisement.
— Se camoufler, se déguiser, —
dans le jargon des voleurs. Vient
de l'italien camuffare, se cacher
la tête.
Camoufler. Falsifier. — Ca-
moufler la bibine et le pive, fal-
sifier la bière et le vin.
Camouflet. Chandelier.
Camuse. Carpe, — dans l'an-
cien argot. A cause de son mu-
seau aplati.
Camp des six bornes. Endroit
d'un cimetière où les marbriers
font la sieste aux jours de grande
chaleur. (A. Delvau.) Piquer une
romance au camp, dormir. —
Lever le camp, se réveiller et
retourner au travail.
Campage, Campe. Evasion,
départ précipité, poudre d'es-
campette, — dans le jargon des
voleurs. Déformation d'escam-
pette. Camper, se sauver en
toute hâte; pour décamper.
C'est le mot français camper,
quitter, à peine détourné de son
acception.
Campagne (Neuf de). « Le
grec escamote des neuf sur le
tapis ou en apporte dans ses
poches (pour le triomphe du
baccarat). Ces neuf dits de
campagne lui serviront à abattre
contre le banquier. » (A. Ca-
vaillé.)
Camphre. Eau-de-vie extra-
commune.
Camphrier. Débit de vins et
liqueurs d'un ordre tout à fait
inférieur. La variante est :
Alambic au camphre.
Canage. Agonie. — Peur.
Canapé. Lieu de promenade
ordinaire, sorte de petite Bourse
des émigrés de Gomorriie et
des Ephestions de trottoir. —
Sous la Restauration et sous le
gouvernement de Juillet, les
quais, depuis le Louvre jusqu'au
Pont-Royal, la rue Saint-Fiacre,
le boulevard entre les rues Neu-
ve-du-Luxembouig et Duphot
étaient, d'après Vidocq, des ca-
napés très dangereux. Aujour-
d'hui le passage JoufFroy et les
Champs-Elysées sont devenus
les lieux de prédilection de ces
misérables dévoyés.
Canard, Couac. Fausse note,
— note qui ne sort pas du go-
sier du chanteur. Quand l'émis-
sion du son commande plus
d'une note, le canard prend le
nom d'oie. Uautruche est un ca-
nard considérable, tout ce qu'il
y a de plus fort en couacs, —
dans le jargon des chanteurs.
Canard. Mensonge, fausse
nouvelle. — Au dix-septième
siècle, donner des canards à
quelqu'un avait le sens de lui
enfaire accroire, lui enimposer.
(Ch. Nisard, Parisianismes.)
Canard. Méchant petit jour-
nal, imprimé sans valeur. «Ne
s'avisa-t-il pas de rimer toutes
ses opinions en vers libres, et
5
74
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
de les faire imprimer en façon
de canard ? » (Ed. et J. de Con-
court.)
Canard. Mauvaise gravure sur
bois, — dans le jargon des gra-
veurs sur bois.
Canard. Cheval, — dans le
jarcron des cochers, fai un bon
canard, bourgeois, nous marche-
rons vite. Ainsinomméparce que
la plupart du' temps, à Paris, à
l'exemple du canard, le cheval
patauge dans la boue.
Canard . Morceau de sucre
trempé dans du café. Comme
le canard, il plonge pour repa-
raître aussitôt. Rien qu'un ca-
nard, un petit canard. On donne
aussi ce nom à un morceau de
sucre trempé dans du cognac.
Canarder. Tromper. — Plai-
santer. (L. Larchey.)
Canardier. Ouvrier typogra-
phe attaché à la composition
d'un journal ou canard. Pour
les typographes, tous les jour-
naux, depuis le Journal officiel
jusqu'au Journal... des chiffon-
niers, sont des canards
Canasson. Mauvais cheval.
Chapeau de femme, coiffure dé-
modée. On prononce can'son
canasson est une forme dé ca-
nard. — Vieux canasson : Mot
d'amitié. (L. Larchey.)
Cancan. La charge de la
danse, une charge à fond de
train... de derrière.
Cancaner. Danser le cancan.
Canelle. Chaîne de gilet, —
dans le jargon desvoleuis. « Tu
d'vrpjs bien m* donner ton pe«
(il û?da qu' l'as au bout de la
canelle de ton bogue. » (Canler.)
Caner . Agoniser , mourir ,
tomber. — Sacrifier à Richer.
— Reculer, avoir peur, par al-
tération, du vieux mot ca/e^r qui
avait la même signification.
Dans le supplément à son dic-
tionnaire, M. Littré donne caler
pour reculer, comme ayant
cours dans le langage popu-
laire. Pour ma part, je ne l'ai
jamais entendu prononcer dans
aucun atelier. — « C'est un art
que les canes posssèdent d'ins-
tinct... Cette expression se ren-
contre souvent dans les écrivains
des seizième et dix-septième
siècles, principalement dans les
poètes comiques et burles-
(|ues. » (Ch. N isard, Curiosités
àe VEtymologie française.) Déjà
dans Rabelais, nous relevons
l'expression de : faire la cane,
expression équivalente à notre
caner : « Parbleu qui fera la
cane de vous autres, je le fais
moine en mon lieu. » (L. 1.)
Caner la pégrenne. Mourir
de faim.
Caneur. Poltron.
Caniche. Ballot carré dont la
toile d'emballage figure, aux
quatre coins, des oreilles de
chien.
Canne. Démission donnée à
un rédacteur de journal. Mot à
mot: lui offrir sa canne pour
le voir partir.
Canne. Surveillance de la
haute police. « Il y a la canne
majeure et la canne mineure. »
(L. Larchey.) — Etre en camie,
résider dans une localité dési-
gnée ; se dit d'un libéré.
Canne à pêche. Individu très
maigre.
Canon. Verre, de vin. Il y aie
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
75
canon du broc et le canon de la
bouteille. Selon nous, c'est un
mot du jargon des francs-maçons
enlré dans le domaine de l'ar-
j,^ol du peuple. — D'après M. Gé-
nin, canon qu'il faut écrire can-
no}i, est le diminutif de la ca?z/ie,
mesure pour les liquides. C'est
un mot saxon conservé dans
l'anglais et dans l'allemand.
« Tant va la canne à l'eau qu'il li convient
(briser. »
Vieux proverbe que nous avons
rajeuni par le : « Tant va la
cruche à l'eau qu'à la fin elle
se brise. » — Siffler un canon
sur le zinc, boire un verre de vin
sur le comptoir.
Canonner. Boire des canons
de vin — « A l'heure od Paris
canonne, alors que la France ou-
vrière s'imbibe en lisant la
feuille de la rue du Croissant. »
(Vaudin, Gazetiers et Gazettes.)
Canonner. Tirer le canon. Sa-
crifier à crepitus ventris. Canon-
nade, série d'oiïvandes à crepitus
ventris.
Canonnière. Derrière. — Char-
ger la canonnière, manger. —
Gargousse de la canonnière, na-
vets, choux, haricots. (A. Del-
?au.)
Canton. Prison, — dans l'an-
cien argot.
Cantonnier. Prisonnier,
Canulant. Tannant.
Canule. Personnage ennuyeux,
celui qui obsède son semblable
et ciierche à s'insinuer.
Canuler. Obséder, ennuyer,
tanner.
Clant. Argot des voleurs an-
glais.
Caoudgi. Café, — dans l'ar-
got de l'armée. Mot importé
par nos soldats retour d'Afrique.
Caoutchouc. Mont-de-Piété, —
dans le jargon des voyous. Jeu
de mots sur les qualités du
caoutchouc et du Mont-de-Piété
qui prêtent également l'un et
l'autre, chacun à sa manière.
L'immortel auteur des Pensées
d'un emballeur avait déjà émis
cette réflexion, empreinte d'une
certaine mélancolie: « Le Mont-
de-Piété prêterait davantage
s'il était en caoutchouc. »
Caoutchouc. Clown qui sem-
ble en caoutchouc, tant il &si
souple. (Littré.) — « Travail
extraordinaire de M. Schlan ,
1 homme serpent , premier
caoutchouc et gymnaste du mon-
de. » {Indépeniance belge, i i sept.
1868.)
Capahuter. Assassiner son
complice et l'alléger de sa part
de butin. C'est, paraît-il, un
nommé Capahut qui a mis, au-
trefois, ce procédé violent à la
mode. A part quelques escarpes
érudits, qui connaît aujourd'hui
Capahut? La gloire n'est qu'un
mot!
Cape. Ecriture, — dans l'an-
cien argot. — Capine. écritoire.
— Capir, écrire.
Capiston. Capitaine, — dans
le jargon des troupiers, — Capis-
ton bêcheur, capitaine adjudant-
major.
Capitaine de la soupe. Se dit
ironiquement pour désigner un
capitaine qui n'a jamais vu le
feu, et qui n'a gagné son grade'
qu'au tour d'ancienneté. "
Capitole. — Nom donné par
les écoliers au cachot, repré*
76
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
sente le plus souvent par un
grenier, dans les écoles. On dit :
« monter au Capitole », par al-
lusion classique. (L. Larchey.)
Capitulard. Pendant la guerre
de 1870-71,le peuple, qui veut le
succès à n'importe quel prix,
avait décerné ce sobriquet à
tout général qui capitulait. Au
plus fort de nos revers, il vit des
capitulards partout, et quand
Bazaine livra Metz auxPrussiens,
il fut salué : Roi des capitulards.
Caporal. Tabac à fumer. Ainsi
désigné primitivement par les
soldats pour le distinguer du
tabac de cantine. Le caporal est,
pour le soldat, du tabac supé-
rieur, du tabac gradé, d'où le
surnoni.
Caporal (Le petit). Surnom
que les soldats de la garde
avaient donné à Napoléon I".
Les invalides, qui ont fait les
gueiTes du premier Empire, le
désignent encore sous ce nom et
aussi sous celui du Petit Tondu.
Capot. Trou du souffleur, pour
capote; par allusion à la forme
de cette boîte dont le couvercle
rappelle la capote de cabriolet.
Capote anglaise. Pour les
voyageuses via Cythère, c'est
un préservatif contre le mal de
mer; pour les voyageurs, c'est
une sorte de ceinture de sauve-
tage. — Les Italiens ont donné
à ce petit appareil le nom d'un
de leurs meilleur^ auteurs comi-
ques; ils l'ont nommé goldoni.
Peut-être l'auteur du Bourru
bienfaisant passait-il pour un
homme de précaution?
Capouls. Coiffure d'bomme, à
bandeaux en cœur, inaugurée
en 1874 par le ténor Capoul,
placée sous son patronage et
adoptée par les jeunes élégants,
les garçons coiffeurs et les com-
mis de magasin qui visent à l'é-
légance.
Câpre. Chèvre. — Câpres, crot-
tes de chèvre.
Capsule .Chapeau haute forme ,
— dans le jargon du peuple. —
Schako d'infanterie. (L. Lar-
chey.)
Captif (Enlever le). Donner du
pied au derrière ; variante de :
enlever le ballon ; mot à mot : en-
lever le ballon captif, par allusion
à feu l'aérostat de l'ingénieur
Giffard.
Capucin. Lièvre, en terme de
chasseurs. — « H y avait même
quelques vieux capucins dont il
voulait faire son profit à la
barbe de ses compagnons de
chasse. » [Musée Philipon.)
Capucine (Jusqu'à la troisiè-
me). Enormément, à fond. —
S'ennuyer jusqu'à la troisième
capucine.
Carabine. Demoiselle du quar-
tier latin vouée aux étudiants
en médecine, rM^ôfO «carabins».
Carabiné. Violent, très fort ;
mot emprunté au vocabulaire
des marins. Une déveine carabi-
née, une forte déveine.
Carabiner. Jouer de peur,
jouer la carotte aux jeux de ha-
sard.
Carafe. Gosier, — dans le
jargon des voyous. Fouetter de
la carafe, sentir mauvais de la
bouche.
Carafes (Faire rire les). Dé-
rider les personnes les plus
graves, à force de dire des bê-
tises.
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
77
Caramboler. Sacrifier à Vé-
nus, — dans le .jargon des
voyous.
Garante. Table, — dans l'ar-
got des voleurs.
Carapater (Se) . Se cacher. — Se
sauver pour ne pas être vu ou
reconnu, — «Surveillés de près,
comme nous le serions certai-
nement, nous n'aurions plus la
chance de nous carapater. » (X.
de Montépin, Le Fiacre n° 13.)
Carbeluche galicé. Chapeau
haute forme, — dans l'ancien
argot.
Carcagne. Usurier, — dans
l'ancien argot des bagnes.
Carcan. Cheval, — dans lejar-
gon des soldats de cavalerie, qui
se vengent par cette épithète
des soins assidus qu'il leur faut
donner à la plus noble conquête
que l'homme ait faite. — Mau-
vais cheval, — dans le jargon
du peuple. — Femme maigre.
C'est un vieux carcan.
Carcasse. Corps humain. Ne
savoir que faire de sa carcasse,
être désœuvré.
Carcasse (Etats de). Reins,—
dans le jargon des voleurs.
Prends garde que je te fasse une
descente à coups de salaire dans
les environs des Etats.
Cardinale. Lune, — dans l'an-
cien argot. Allusion àl'intluence
périodique qu'on lui attribuait
sur certaine indisposition fémi-
nine, indisposition en faveur de
laquelle Michelet a écrit un ro-
man.
Care. Echange. — Vol à la
care, vol à l'échange; vol au
change de monnaie.
Careur. Voleur à la care.
Carge. Balle, ballot.
Caricature (Faire la). A l'é-
cole (des Beaux-Arts), une fois
par semaine, les élèves s'assem-
blent, un d'eux sert de modèle,
son camarade le pose et l'enve-
loppe ensuite d'une pièce d'é-
toile blanche, le drapant le
mieux qu'il peut; et c'est ce
qu'on appelle « faire la carica-
ture ». (Didier, 1821, CEuvres
complètes, cité par Littré.)
Carline. La mort, - dans
l'ancien argot.
Carme. Argent. — Carmer^
donner de l'argent. — Carme à
l'estoque, ou carme à Vestorgue,
fausse monnaie.
Carne. Basse viande. — Ita-
lianisme. — Sale et méchante
femme ; pour carogne. « Ah !
la carne! voilà pour ta crasse.
Débarbouille-toi une fois en ta
vie. )) (E. Zola.)
Caron. Vieux papiers destinés
aux fabricants de carton, —
dans l'argot des chiffonniers.
Carotier. Individu qui vit
d'expédients, qui tire des carot-
tes. Dans le Jura ceux qui font
la contrebande du tabac sont
connus sous le nom de tabaticrs
ou carotiers. « L'ivrognerie et la
débauche sont leurs moindres
vices; le vol leur est aussi fa-
milier que la fraude, et les in-
cendiaires ne sont pas rares
parmi eux. » (Ch. Toubin, Les
Contrebandiers de Noirmont.) Au
régiment, ou donne le nom de
carotier à celui qui se fait por-
ter malade, et qui n'est que ma-
lade imaginaire , à «celui qui
cherche un prétexte pour évi-
78
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
ter une corvée. — Il y a une
légère nuance entre le caroticr
et le carotteur : le premier s'ins-
pire plus particulièrement des
circonstances pour arriver à ses
iins ; ciiez l'autre c'est une ha-
bitude invétérée, un sacerdoce.
Carottage. Art de tirer des
carottes, de soutirer de l'argent
sous un faux prétexte.
Carotte. Mensonge fabriqué
dans le but de soutirer de l'ar-
gent. — Cultiver la carotte. —
Tirer une carotte de longueur. —
Les premiers, les militaires se
sont servis de cette expression.
C'est là, sans doute, une allu-
sion aux carottes de tabac. Lors-
que les militaires demandent
de l'argent, c'est presque tou-
jours pour acheter, soi-disant,
du tabac, du tabac à chiquer,
vulgo carotte.
Carotte. Roux ardent. Couleur
de cheveux qui rappelle les tons
de la carotte, couleur fort à la
mode pendant les années 1868,
69 et 70. Les femmes se firent
teindre les cheveux « blond ar-
dent », avant de s'appliquer la
teinture « beurre rance. »
Carotte dans le plomb (Avoir
une). Chanter faux.
Carotter. Se contenter d'un
léger bénéfice en cxposant'peu.
— Carotter à la Bourse, dans les
affaires. — Jouer très serré,
jouer petit jeu, — dans le jar-
gon des joueurs.
Carottes cuites. (Avoir ses).
Etre près de mourir, — dans
le jargon du peuple.
Carouble. Fausse clé, — dans
l'ancien argot.
Carouble. Soir, nuit, ~ dans
le jargon des voleurs. — Etre
vu à la carouble, être arrêté le
Caroubleur. Voleur qui opère
à l'aide de fausses clés. — Ca-
roubleur au fric- frac, voleur avec
effraction au moyen d'un ciseau
à froid, d'un clou, d'une pince.
Carre. Cachette. — Carre du
paquelin , Banque de France.
Mot à mot : cachette du pays.
Les voleurs prononcent car7^e du
patelin, par corruption.
Carre. Dans l'argot des tail-
leurs, la carre est la mesure en-
tre les épaules, par abréviation
pour carrure.
Carreau. Œil, — dans le jar-
gon des voleurs. — Carreau
brouillé, œil louche. — Carreau
à la manque, borgne. — Affran-
chir le carreau, surveiller, ou-
vrir l'œil ; et par abréviation :
franchir le carreau.
Carreaux brouillés. Maison
de tolérance. « De par le règle-
ment, les volets doivent être
fermés , les carreaux dépolis
dans ces dépotoirs à gros nu-
méros. » {Le Sublime.)
Carreau (Aller au). Aller pour
se faire engager. C'est la place
de Grève des inusiciens de bar-
rière. « Chaque dimanche (ils)
ont l'habitude de se réunir sur
le trottoir de la rue du Petit-
Carreau, oîi les chefs d'orches-
tre savent les rencontrer. » (A.
Delvau.)
Carré des petites gerbes. Po-
lice correctionnelle, — dans le
jargon des voleurs. Mot à mot :
chambre des petits jugements.
Les clients du tribunal coitcc-
tionnel qui ne sont pas forcés
de savoir que « gerbe » est un
I
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
79
substantif féminin disent volun-
tiers : carrés des petits gerbes.
Carré du rebectage. Cour de
cassation, Mot à mot : chambre
de la médecine.
Carrée. Chambre, — dans le
jargon des ouvriers.
Carrefour des écrasés. Car-
refour formé par le boulevard
^Montmartre, la rue Montmartre
et la rue du Faubourg-Mont-
martre. C'est un des endroits
deParis les plus dangereux pour
les piétons, à cause de la quan-
tité de voitures qui s'y croisent
et de la pente du boulevard
Montmartre qui ne permet pas
aux cochers d'arrêter leurs che-
vaux à temps. Le nombre des
personne écrasées, chaque an-
née, en cet endroit, lui a valu
la lugubre dénomination de
« Carrefour des écrasés. »
Garrelure du ventre. Repas
copieux. — « Je croyais refaire
mon ventre d'une bonne carre-
lure. » (Molière, Le médecin vo-
lant ^ scène m.)
Carrer (Se). Se garer de, se
sauver. — Se carrer de la dé-
bine, sortir de la misère.
Cartaude. Imprimerie. — Car'
taudé, imprimé. — Cartaudier,
imprimeur. — Gartauder, im-
primer, — dans l'ancien argot.
Carte (Être en). Être inscrite
à la préfecture de police sur le
livre des filles soumises. L'ad-
ministration remet à toute fille
soumise une carte où est ins-
crit son nom. A chaque visite,
cette carte est frappée d'un
timbre et la fille est tenue de
la montrer à la première réqui-
sition des agents; d'où le mot:
(( Etre en carte »,
Carte (Piquer la). Marquer
d'un léger coup d'ongle, d'un
signe microscopique les cartes
dont on a besoin de se souve-
nir, et principalement les rois,
à l'écarté... lorsqu'on veut cor-
riger le sort et mériter le nom
de grec. Ce système est bien dé-
modé aujourd'hui, parce qu'il
a été trop pratiqué jadis et qu'il
est trop connu. Aux jeux de
commerce, les grecs s'en tien-
nent au télégraphe, et, aux jeux
de hasard, ils opèreift à l'aide
de la portée.
Carte de géographie. Impres-
sions... sur toile d'un voyage au
pays des rêves.
Carton. Carte à jouer. Manier,
patiner, tripoter le carton, jouer
aux cartes.
Carton (De). Qui n'est pas sé-
rieux, qui ne connaît pas son
métier. Se place toujours, dans
ce sens, immédiatement après
un substantif. — Un michet de
carton, un entreteneur pour
rire. — Un avocat de carton, un
mauvais avocat. — Un cuisinier
de carton, un cuisinier sans au-
cune espèce de connaissances
culinaires.
Cartonner. Jouer aux caries.
Passer sa vie à cartonner.
Cartonnier. Celui qui aime à
jouer aux cartes, qui joue habi-
tuellement aux cartes.
Cartonnier. Ouvrier qui n'est
pas bien au fait du métier qu'il
exerce : pour ouvrier de carton.
Cartouche (Avaler sa). Mou-
rir, — dans le jargon militaire.
(A. Camus. )
Gamche. Cachot, — dans le
jargon des voleurs.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Casaqain (Travailler le). Mot
à mot : travailler sur la casa-
que de quelqu'un à coups de
poing. — Le vêtement est pris
pour la personne elle-même. —
Variante : Prendre mesure d'un
casaquin. — « Tiens, v'ià Made-
leine et Marie-Jeanne qui vont
s' prendre mesure d'un casa-
quin. » (E. Bourget, La Reine
des Halles, clians.)
Cascade. Bouffonnerie. —
Fredaine.
Gascader. Faire des folies, se
livrer à des bouffonneries. Dire
de grosses plaisanteries. — En
style de théâtre, charger un
rôle, ajouter au rôle des facé-
ties d'un goût souvent douteux ;
improviser des bouffonneries.
Cascadeur. Farceur qui pro-
fesse la cascade.
Cascadeuse. Femme qui court
les lieux où l'on s'amuse. —
Farceuse qui de la cascade n'a
que la chute.
Casimir. Gilet.
Casin. Jeu de la poule au
billard. — Jouer le casin.
Casoar. Plumet du shako des
élèves de Saint-Cyr ; par exten-
sion, toute volaille servie sur la
table de l'Ecole est saluée du
nom de casoar.
Casque. Talent oratoire du
saltimbanque. — Avoir du cas-
que^ rappeler feu Mangin par
les belles manières et la facilité
d'élocution. — Il y a des hom-
mes politiques qui ont du casque,
presque autant que ce fameux
marchand de crayons.
Casque (Avoir le). C^est ce
que les filles traduisent par
avoir un caprice pour un hom-
me. Mot à mot : être solide-
ment coiffé de quelqu'un, avoir
quelque chose comme un bé-
guin d'acier.
Casque (Avoir le). Eprouver
une douleur névralgique à la
calotte de la tête, le lendemain
d'un excès bachique. — Avoir
son casque de pompier, avoir la
tête très lourde par suite d'i-
vresse, comme si Ton portait un
casque.
Casque-à-mèche. Apprenti
commis dans un raagasm de
bonneterie.
Casquer. Donner de l'argent
de mauvaise grâce. — Allusion
au casque de Bélisaire dans le-
quel les âmes sensibles de l'é-
poque déposaient leurs aumô-
nes. — Celui à qui Ton tire une
carotte « casque ». — « C'est pas
tout ça! Casques-tu, oui ou
non? » (Vast-Ricouard, Le Tri-
pot.)
Casquette. Ivre. Etre cas-
quette.
« Un peu casquette,
» Plus d'un buveur
» Dehors rejette
» La divine liqueur. »
(L. Festeau, Un jour de fête à la barrière.
Casse (la). Porcelaines ou
cristaux cassés par maladresse
dans un café ou dans un res-
taurant. Dans la plupart de ces
établissements, les garçons sont
responsables de la casse. Dans
d'autres, elle est l'objet d'un for-
fait. On retient tant par mois à
chacun des garçons pour la
couvrir.
Casse-Gueule. Bal public fré-
quenté par des gentilshommes
du ruisseau qui, à la moindre
contestation, ponctuent le vi-
sage de leurs contradicteurs.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
81
Casse-Gueule. Eau-de-vie tout
à fait inférieure. « Elle regarda
ce que buvaient les hommes,
du casse- gueule^ qui luisait pa-
reil à de l'or dans les verres. »
(E. Zola.) On dit aussi casse-poi-
trine.
Casse-Tête. Vin très capiteux.
Mot à mot : vin qui casse la
tête.
Cassé la patte à Coco (Ne pas
avoir). Ne pas être malin, —
dans le jargon des soldats de
cavalerie. — Coco est pris dans
le sens de cheval. Pour expri-
mer la môme idée, on dit dans
le civil : IS'aooir pas inventé le
fil à couper le beurre.
Casser. Manger. Le mot date
du xviii® siècle. On dit, dans le
langage courant : « Casser une
croûte », pour manger un mor-
ceau. — Casser le cou à un lapin,
manger un lapin.
Casser. — Chiffonner un sac
de bonbons en le préparant, —
dans le jargon des confiseurs.
Casser. Dire du mal, par
abréviation de casser du sucre.
Casser. Frapper, battre. — Je
te vas casser. — Casser la gueule^
casser la margoulette, casser la
figure.
Casser sur. Dénoncer.
Casser du sucre. Dire du mal.
— Casser du sucre à la rousse,
dénoncer un complice.
Casser la marmite. Etre rui-
né, avoir fait de mauvaises af-
faires, — dans le jargon des
souteneurs pour qui les femmes
sont des marmites.
Casser la ficelle. S'évader.
(L. Larchey.) Se sauver des
mains des agents.
Casser du grain. Désobéir, —
dans le jargon des voleurs.
Casser le goulot à une bou-
teille. Vider une bouteille en
un clin d'œil. — Lorsqu'ils sont
pressés... de boire, et faute de
tire-bouchon, les ivrognes cas-
sent le goulot de la bouteille,
c'est ce qu'ils appellent : « Guil-
lotiner la négresse. »
Casser les os de la tête. Em-
brasser avec effusion, — dans
le jargon du peuple.
Casser sa chaîne. Devancer
l'heure de sortie de l'atelier.
Cassersacane. Dormir. Quand
elle dort, le cou reployé sous
l'aile, la cane paraît être cassée
en deux.
Casser une canne. Se sauver,
— dans le jargon des voleurs.
Casser la pièce. Entamer,
changer une pièce d'argent ou
d'or. Casser la roue de derrière,
entamer la pièce de cent sous,
— dans le jargon des ouvriers.
Casser le nez (Se). Ne trou-
ver personne, trouver porte
close.
Casser la gueule à son por-
teur d'eau. Avoir ses menstrues,
— dans le jargon des voyous,
(A. Delvau.)
Casser (Se la). Quitter un
endroit où Ton s'ennuie. — A
tout casser, énorme, prodigieux,
auquel rien ne résiste. — Un
succès à tout casser. Ne s'emploie
guère qu'en parlant d'un suc-
cès, par allusion à ceux de théâ-
tre, où le pubHc manifeste son
enthousiasme en frappant à
coups de talons de bottes, à
coups de petits bancs, au risque
de tout casser.
82
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Casserolage. Accusation nou-
velle, — dans l'ancien argot
des voleurs. — Dénonciation, —
dans l'argot moderne.
Casserole. Tout dénonciateur
auprès de la police, homme ou
femme, est une « casserole », —
dans le jargon des voleurs qui
prononcent de préférence caste-
role. — C'est également le nom
donné aux agents de police.
Passer à casserole, se voir dé-
noncer.
Casserole. Etudiant de dixiè-
me année, qui n'a jamais étudié
que l'absinthe et la pipe, qui a
pris ses inscriptions dans tous
les caboulots, qui a soutenu des
thèses d'amour avec toutes les
filles du quartier latin, — dans
le jargon des étudiantes de 1860.
Casserole (Passer à la). Trai-
ter par des sudorifiques les
blessures de l'amour.
Cassés (Des). Débris de mar-
rons glacés, débris de pâtisse-
rie. Les gamins font une grande
consommation de cassés.
Cassin, Cassine. Boutique,
magasin de dernier ordre. —
Terme de mépris pour désigner
un établissement quelconque.
— Dérivés du vieux mot fran-
çais case. — « Finablement les
mena banqueter dans une cas-
sine hors la porte. » (Rabelais,
L. IV.)
Cassine. Salle d'étude, quar-
tier, — dans le jargon du col-
lège. (Albanès.)
Cassolette (Ouvrir la). Parler
avec la contre-partie de la
bouche.
Castu. Hôpital, — dans l'an-
cien argot.
Castus. — Cachot, — dans
l'ancien argot.
Cataplasme. Capitaine de
place, — dans le jargon du ré-
giment. Le mot se renverse ;
c'est ainsi qu'on dit : Le cata-
plasme m'a donné deux jours de
planche. Et : Le major m'a fait
coller deux capitaines de place
au ventre.
Cataplasme. Soupe très
épaisse. — Homme lourd, épais
au moral. — Cataplasme de Ve-
nise, soufflet.
Cato, Catiche. Catin. — Gerbe
des catiches, bureau des mœars.
Cauchemar, Cauchemardant.
Personne ennuyeuse, impor-
tune.
Caucliemarder. Ennuyer, tan-
ner. « Où vas-tu? D'où viens-tu?
Où as-tu été? Pour être sans
cesse cauchemardée comme ça,
ah! nom d'un chien, autant
prendre un vrai mari tout de
suite 1 » (Grévin.) — Se cauche-
marder, s'inquiéter.
Cavale. Départ précipité, fuite,
évasion, — dans le jargon des
voleurs. Jouer la cavale, s'enfuir.
Cavaler (Se). Se sauver avec
une vitesse qui rappelle celle
du cheval.
Cavaler au rebectage. Se
pourvoir en cassation. Mot à
mot : courir à la médecine. —
Cavaler cher au rebectage, se
pourvoir en grâce. Mot à mot :
courir très vite à la médecine.
Cave. Eglise, — dans l'ancien
argot.
Cave. Dupé, mystifié, — dans
le jargon des voleurs.
Cayenne. Atelier, usine, —
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
83
dans le jargon des ouvriers,
pour qui le travail est un sup-
plice.
Cayenne. Ancien cimetière de
Saint-Ouen, au delà du boule-
vard Ornano. — Surnom du
village qui avoisine ce cime-
tière; ainsi nommés parce que
l'un et l'autre sont très éloi-
gnés.
Censure (Passer la). C'est la
visite faite chaque jour au dé-
pôt par les agents du service
de sûreté pour s'assurer s'ils ne
reconnaîtront pas quelques ré-
cidivistes. En style de police,
cela s'appelle faire le dépôt.
(V. Mémoires de Canler.)
Central. Détenu faisant son
temps dans une maison cen-
trale de force et de correction.
Centrale. Ecole Centrale, —
dans le jargon des collégiens. —
Je peme entrer à Centrale si je
suis reto^ué à VX, je pense en-
trer k l'Ecole Centrale, si je suis
refusé à l'École Polytechnique.
Centre. Nom. — Centre à l'es-
iorgue, faux centre, faux nom,
sobriquet, — dans le jargon
des voleurs.
Centré (Etre). Avoir fait de
mauvaises affaires, — dans le
jargon des ouvriers du fer.
Cerbère. Sergent de ville, —
dans le jargon des gamins. —
Portier, en souvenir du portier
dos enfers, ou parce que la plu-
Sart des maisons de Paris sont
es enfers.
Cercle (Pincer au demi). Sur-
prendre quelqu'un dans un mo-
ment psychologique. Un mari
qui rentre de la chasse et qui
trouve sa femme dans le feu
d'une conversation avec son
cousin ou tout autre, la pince au
demi-cercle. Repincer au demi-
cercle, se revancher, rendre la
réciproque.
Cerf (Se déguiser en). Se sau-
ver avec la vitesse d'un cerf.
Cerf -Volant (Le). Vol pratiqué
sur les petites filles, un genre
de vol bien ancien et toujours
nouveau. « Boulevard Picpus,
une femme restée inconnue a
abordé une petite fille de quatre
ans, qui jouait devant la mai-
son de ses parents, lui a donné
dix centimes et lui a décroché
ses boucles d'oreilles d'une va-
leur de quinze francs. » [Vêtit
Journal du 14 août 1877.) — La
virtuose de ce genre de vol se
nomme la cerf-volant, parce
qu'après le vol, elle file avec la
vitesse du cerf.
Cerises (Marchand de). Ou-
vrier en bâtiment qui travaille
extra muros, — dans le jargon
des ouvriers en bâtiment de
Paris.
Chabannais. Bruit, tapage,
dispute. Faire un joli chaban-
nais. — « Tout le monde, y
compris N. savait qu'il y aurait
le soir du chabannais. » {Figaro,
du 14 juillet 1880.)
Chacal. « Est un petit nom
d'amitié que le maréchal Bu-
geaud donnait aux zouaves dans
ses moments de bonne humeur,
et que nous avons gardé, entre
nous, comme signe de rallie-
ment. » (A. Arnault, Les Zoua-
ves, acte 1.)
Chagrin (Noyer le). Boire.
« C'est à la cantine, en noyant
le chagrin, que l'on attrape les
buveurs d'encre. » (Fréd. de
Reiffenberg,La Vie de garnison.)
84
DIGTIONiNAIRE D ARGOT MODERNE.
Chahut. Cancan poussé à ses
dernières limites, l'hystérie de
la danse. On dit également le
ou la chahut. — « Un d'eux,
tout à fait en goguette, se lais-
sera peut-être aller jusqu'à la
cliahuf. » [Physiologie du Car-
naval.)
Chahut. Bruit, tapage. Faire
du chahut.
Chahuter. — Bousculer, faire
du vacarme. ■— Chahuteur, cha-
huteuse, danseur, danseuse de
chahut, tapageur, tapageuse.
Chahuter. Danser la chahut.
« Chahuter, pincer le cancan,
• Sur l'abdomen coller sa dame ;
» Voilà le danseur à présent, »
(P. J. Charrin, Les Actualités.)
Chaillot (A). Mot à mot : allez
vous promener à Chaillot. On
envoie à Chaillot, pour s'en dé-
barrasser, les imbéciles, les
niais, les gêneurs, ceux qu'un
rien étonne, les décrépits de
l'intelligence. « Est-ce à cause
des hôtes de Sainte-Perrine —
ruines humaines pour la plu-
part — qu'il est de bon goût,
depuis quelques années, de
crier : A Chaillotl toutes les
lois que dans la conversation
quelqu'un dit une sottise ou
émet une proposition extrava-
gante?» (A. Delvau, Uist. anec-
dotique des barrières de Paris.)
Chaillot (Ahuri, abruti de).
Celui qu'un rien étonne, sorte
d'idiot. — Une des nombreuses
parodies de Taconnet, acteur
et fournisseur ordinaire de Ni-
colet, porte pour titre : Les
Ahuris de Chaillot ou Gros-Jean
Bel-esprit.
Chaîne (Doubler la). Dans le
jargOD des régiments de cava-
lerie a la signification de tenir
serré, de couper les vivres; al-
lusion aux chevaux auxquels on
double la chaîne lorsqu'ils sont
sujets à se détacher. — Le
vieux me double la chaîne , mon
père me tient serré. — Autre-
fois l'officier me donnait la per-
mission de dix heures, mais de-
puis que je me suis si bien cuite,
il a doublé la chaîne.
Châlier. Commis de magasin
préposé à la vente des châles,
— dans le jargon de la nou-
veauté.
Chaloupe (Faire la). Exécuter
un pas de cancan à l'aide d'un
tangage furieux du train de
derrière. — « Vous faites la
chaloupe, et c'est une variété du
cancan. » {Physiologie du Car-
naval, 1842.)
Chalouper. Marcher en ba-
lançant les épaules. « Quant à
Henri de Car... tête de dogue
aussi sur des épaules trapues et
un corps chaloupant!...» (M. Ru-
de, Tout Paris au café.)
Chambert, Chambertin. Indis-
cret, — dans l'argot des voleurs.
— Chambertage, indiscrétion. —
Chamberter, commettre une in-
discrétion. Allusion au bon vin,
au vin de Chambertin, qui délie
la langue et fait parler.
Chambre (La). C'est, dans le
jargon des revendeurs, la salle
qui leur est affectée à l'hôtel
Drouot, la salle no 16 où se font
les ventes des objets apportés
par les brocanteurs. Peureux,
c'est la Chambre par excellence,
comme f/r6s était la ville, Rome
pour les Romains. — Faire ven-
dre à la chambre. — Acheter à
la chambre.
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
85
Chambre (Etre en). Ne pas
être dans ses meubles; mot à
mot : être en chambre meublée,
— dans le jargon des appren-
ties femmes galantes.
Chambre des comptes. Cham-
bre conjugale, — dans le jargon
des bourgeois.
Chambre des pairs. On appe-
lait ainsi au bagne le côté des
galériens condamnés à perpé-
tuité. Les condamnés à temps
formaient le côté désigné sous
le nom de : Chambre des dépu-
tés. (L. Larchey.)
Chambre à louer (Avoir une).
Avoir un grain de folie. Allu-
sion à la tête dont les idées
saines sont parties.
Chamberlan, Chambrelan. Ou-
vrier en chambre.
Chameau. Homme sans déli-
catesse. — Terme de mépris à
l'adresse d'une femme. — Fem-
me de mauvaise vie qui roule
sa bosse comme le chameau la
sienne. « La femme est un cha-
meau qui nous aide à traverser
le désert de la vie » a dit mi
insolentdont le nom m'échappe.
Champ de navets. Cimetière
des suppliciés, cimetière d'Ivry.
Champagnes (Les). Société de
touristes parisiens, excursion-
nistes. (Imbert, A travers Paris
inconnu.)
Champ. Vin de Champagne;
par abréviation. — Voulez-vous
un verre de champ'? — Je m'en
sens Montebello à la bouche. . .
Chançard, Chançarde. Celui,
celle qui a de la chance. — « On
n'est pas chançard tous les
jours. » (Hennique, La Dévouée.)
Chance au bâtonnet (Avoir
de la). Réussir. « La chance l'y
tourne, comme si elle avait joué
au bâtonnet avec moi. » {Amu-
sements à la grecque^ 1764.)
Chandelier. Nez, — dans le
jargon des voyous; un nez qui
laisse couler beaucoup de chan-
delles.
Chandelière. Femme qui tient
une table d'Iiôte et des tables
de jeu à l'adresse des grecs, à
la plus grande gloire du des-
sous du chandelier et au détri-
ment des pigeons.
Chandelle. Mucosité nasale
trop indépendante et brouillée
avec le mouchoir. Souffler sa
chandelle^ se moucher avec les
doigts, après renillement.
Chandelle. Litre de vin, bou-
teille. Elle est chargée d'allumer
l'ivrogne.
Chandelle. Baïonnette. — - Se
ballader entre quatre chandelles^
marcher entre quatre soldats
qui vous mènent au poste.
Change. Trousseau fourni par
les maîtresses de maison de to-
lérance à leurs pensionnaires,
— dans le jargon des filles.
Rendre son change, laisser ses
nippes quand on passe d'une
maison dans une autre.
Changer son poisson d'eau.
Uriner.
Changeur. Filou partisan du
libre échange qui, dans les res-
taurants, les cafés, troque son
affreux pardessus contre un
pardessus tout tlambant neuf.
En été cet honnête industriel
en est réduit à l'échange du
chapeau.
Changeur. Loueur de costu-
mes pour messieurs les voleurs.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Le changeur tenait une garde-
robe variée , grâce à laquelle
sa clientèle pouvait se travestir
selon les besoins du crime. En-
core une industrie disparue ,
encore un industriel sur le pavé.
Chantage. Mise en demeure
d'avoir à donner de l'argent
sous peine de révélation. « Le
chantage est un vol pratiqué
non plus à l'aide du poignard
ou du pistolet, mais d'une ter-
reur morale, que l'on met sur
la gorge de la victime qui se
laisse ainsi dépouiller sans ré-
sistance. » (A. Karr, les Guêpes,
1845.) « L'inventeur du chantage
est TArétin , un très grand
homme d'Italie, qui imposait
les rois, comme de nos jours
tel journal impose tels acteurs. »
(Balzac, Un grand homme depro-
vince à Paris.)
Chanter. Payer pour obtenir
le silence de quelqu'un.
Chanter (Faire). Battre mon-
naie à l'aide d'un secret. — Aux
xvii^ et xviii^ siècles l'expres-
sion avait le sens de soumettre,
faire entrer en composition.
« Porteront le fer et le feu au
cœur de la France et la feront
chanter. » (Lucien, trad. Per.
d'Ablancourt.) Les voleurs mo-
dernes emploient le verbe « char-
rier » dans le sens de faire chan-
ter.
Chanteur. Misérable gredin
qui exerce l'art du chantage. Le
prototype du chanteur est celui
qui exploite les passions hon-
teuses des émigrés de Gomorrhe,
qu'il sait faire financer sous
menace de révéler leurs turpi-
tudes. Quelquefois des compè-
res interviennent sous les espè-
ces de faux agents des mœurs.
— Le nombre des chanteurs
est infini, et le chantage s'exerce
sur toutes les classes de la .so-
ciété.
Chanteur-recette. Artiste ly-
rique dont le nom sur l'afficiic
attire le public dans un théâ-
tre. « Et cependant Û 11 prez était
toujours le chanteur-recette de
l'Opéra. » (Ch. de Boigne.)
Chantier. Embarras, compli-
cation ; par allusion à l'encom-
brement des chantiers. (L. Lar-
chey.)
Chapardage. Maraudage. En
Afrique les soldats des compa-
gnies de discipline pratiquent
un chapardage bien entendu.
Chapardeur. Maraudeur. —
Soldat en maraude. — Mari qui
trompe sa femme.
Chapelle. Comptoir de mar-
chand de vin. Une chapelle où
les ivrognes vont faire leurs dé-
votions.
Chapelle (Préparer sa petite).
Ranger dans le sac tous les ob-
jets d'équipement, — dans le
jargon des troupiers.
Chapelle (Faire). Se chauffer
à un feu de cheminée ou devant
un poêle, en relevant ses jupes
de manière à montrer un peu
plus que la couleur des jarre-
tières. — Faire chapelle ardente,
se chauffer comme il est dit ci-
dessus, mais sans jupes.
Chapelle (Rester en). Se dit
en terme d'équarrisseur, des
chevaux qui attendent, attachés,
le moment fatal. « Leurs cri-
nières et leurs queues sont cou-
pées ras. Autrefois un cheval
restait ainsi quelquefois plu-
sieurs jours en chapelle^ et peu-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
87
dant ce temps-là on ne lui don-
nait pas à manger. » (Paris en
omnibus, 1854.)
Charabia. Auvergnat, char-
bonnier, porteur d'eau. C'est le
langage de l'Auvergnat pris
pour l'Auvergnat lui-même.
D'autres fois on appelle l'Auver-
gnat un fouchtra^ par allusion
à son juron favori.
Charbonnier (Faire comme
le, faire). Observer les préceptes
matrimoniaux de Malthus.
Charcuter. Faire une opéra-
tion chirurgicale, — dans le
jargon du peuple.
Charcutier, Charcuitier. Chi-
rurgien, qui estropie le patient.
— Ouvrier qui estropie l'ou-
vrage.
Charenton. Absinthe. — Uii
Charenton, un train direct pour
Charenton^ un verre d'absinthe,
— dans le jargon du peuple qui
sait que l'absinthe conduit à la
folie, etquien boit quand même.
Chargé (Avoir). Etre enceinte,
— dans le jargon du peuple. La
femme qui a chargé porte un
voyageur de neuf mois. — En-
core une qui a chargé. Hé! la
p'tite mère, vous en avez chargé
un de taille!
Charger. Enlever un décor,
— dans le jargon du théâtre.
« Chargez là-haut... les bandes
d'air... Chargez encore... là...
bien. » (Ed. Brisebari'e et Eug.
Nus, la Route de Brest , 1857.)
Charger. Prendre un voya-
geur, — dans le jargon des
cochers de fiacre. — Avoir
trouvé acquéreur, — dans celui
des filles.
Charger des petits produits.
Travailler, — dans le jargon
des chiffonniers.
Charger la brème. Filouter
au jeu, marquer une carte, sub-
stituer une carte à une autre,
— en terme de grec. — C'est un
fameux travailleur gui charge
rudement la brème et qui a tou-
jours l'air de flancher à la bonne.
Charger en ville. Une très
pittoresque expression des ré-
giments de dragons qui veut
dire sortir en ville.
Chargez ! Versez et faites bon-
ne mesure ! Commandement
des ivrognes sous le feu des ca-
npns.
Charlemagne. Sabre-baïon-
nette.
Charlemagne (Faire). Quitter
une partie de cartes au moment
où l'on vient de réaliser un bé-
néfice. — « La comtesse fait
Charlemagne à la bouillotte. »
(Victor Ducange, Léonide ou la
vieille de Suresnes, 1830.) — « Si
je gagne par impossible, je fe-
rai Charlemagne- sans pudeur,
et je ne me reprocherai point
d'emporter dans ma poche le
pain d'une famille. » (Ed. About,
Trente et quarante.) Les étymo-
logisfes ont voulu faire remon-
ter l'origine du mot jusqu'à
l'empereur Charlemagne, parce
que cet empereur a quitté la
vie en laissant de grands biens.
Comme tous les noms propres
familiers aux joueurs, le nom
de Charlemagne a été , sans
doute, celui d'un joueur appelé
Charles. On a dit : faire comme
Charles, faire Charles et ensuite
faire Charlemagne. On appelle
bien, dans les cercles de Paris,
la dame de pique : « la veuve
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Chapelle », du nom d'un joueur.
On a bien donné au second
coup de la main au baccarat en
banque, le nom de « coup Gi-
raud », nom d'un officier mi-
nistériel , d'un notaire. Les
joueurs ne connaissent rien que
le jeu, rien que les joueurs et
leurs procédés. La vie pour eux
est toute autour du tapis vert.
S'ils ont appris quelque chose ,
ils l'ont bientôt oublié, et ils
professent le plus grand mé-
pris pour tout ce qui ne se rat-
tache pas directement au jeu.
Ils se moquent bien de l'empe-
reur Charlemagne et de tous les
autres empereurs! En fait de
monarque, ils ne connaissent
que les monarques de carton.
Chariot. Nom anciennement
donné au bourreau par le peu-
ple de Paris.
Charmante. La gale, — dans
le jargon des voleurs.
Charogneux (Article). Article
sur la vente duquel un commis
en nouveautés n'a pas de béné-
fice à attendre, article d'affiche.
Une sale boîte où il n'y a que des
articles charogneux.
Charriage. Le mot charriage,
dans la langue des voleurs est
un terme générique qui signifie
voler un individu en le mysti-
fiant. (Vidocq.)
Charrier. Servir de compère ;
tricher au préjudice de ses as-
sociés pour faire gagner un
compère, — dans le jargon des
grecs, qui disent également me-
ner en double.
Charrier (Se). Aller, venir
d'un côté, de l'autre , sans but
précis, — dans le jargon du ré-
giment. — Qu'est-ce que Vas à
te charrier comme ça depuis une
heure'i
Charrier droit. Obéir, mar-
cher droit. « Il (Louis XI) estoit
maistre avec lequel il falloit
charrier droit. » {M.èmoires de
Ph. de Gommynes.)
« Et qu'il fera bien s'il me croit
» Désormais de charrier droit. »
(Scarron, Gigantomachie, ch. 1.)
La locution date de loin, mais
elle n'en est pas moins très usi-
tée de nos jours, et particulière-
ment parmi la classe ouvrière.
Charrier à la mécanique.
Avoir la précaution d'étiangler
un peu et même tout à fait le
patient, tandis qu'un camarade
le dépouille.
Charrieur, Charron. Voleur
qui est adonné au charriage. —
Les charrieurs exploitent, pres-
que toujours, la bêtise d'un fri-
pon.
Charrieur. Compère, — dans
le jargon des grecs.
Charrieur. Curieux, — dans
l'argot des voleurs. — Charria-
ge, curiosité. — J'aime pas le
charriage, moi.
Charrue complète. Quinte ,
quatorze et le point au jeu de
piquet.
Chartron. Position des ac-
teurs vers la fin de la pièce.
Former le chartron, ranger les
acteurs en ligne courbe devant
la rampe, au moment du cou-
plet final. (A. Delvau.)
Chasse. Semonce. — Flanquer
une chasse.
Chasse à courre. Verte répri-
mande qui se termine par un
congé en bonne forme.
DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE.
Châsse, Châssis. Œil. Y aller
d'un coup de châsse, jeter un
coup d'œil, — dans le jargon
du peuple. — Se foutre tapôtre
dans la châsse, se tromper, s'il-
lusionner; mot à mot se mettre
le doigt dans l'œil.— Fermer /es
châssis j dormir.
Châsse d'occase. Œil louche.
— Châsse à Vestorgue, œil de
verre.
Chasse-coquin. Bedeau, suis-
se ; vieux mot français ; c'était
celui qui chassait les gueux de
l'église.
Chasse-marais. Pour chasse-
mar, c'est-à-dire chasseur avec
la terminaison argotique mar;
surnom du chasseur d'Afrique.
Chasse (Marquer de). Mar-
quer d'une raie transversale les
côtes d'un animal qu'on envoie
à l'abattoir, — dans le jargon
des bouchers.
Châsses, Châssis. Lunettes.
Chasublard. Prêtre, celui qui
porte la chasuble. « Vit-on un
seul royaliste, un seul cagot, un
seul chasublard, prendre les ar-
mes pour la défense du trône
et de l'autel? » (G. Guillemot,
le Mot d'Ordre, du 6 septembre
1877.)
Chat. Pudenda mulierum.
Chat. Couvreur. Comme le
chat, il passe la moitié de sa
vie sur les toits.
Chat. Guichetier , — dans
l'ancien argot.
Chat .Enrouement subit éprou-
vé par un chanteur.
Chat dans la gouttière. Enroue-
ment persistant éprouvé par un
chanteur.
Chat. Greffier, employé aux
écritures, — dans le jargon du
régiment. Et admirez les cbas-
sez-croisez du langage argoti-
que : les truands appelaient un
chat un greffier et les troupiers
appellent un greffier un chat.
Tout est dans tout, comme di-
sait Jacotot.
Chateaubriand. Bifteck très
épais, bifteck à triple étage, —
dans le jargon des restaurants.
— Un Chateaubriand aux pom-
mes.
Château-Campèche. Mauvais
vin 'îoloré avec du bois de
Gampèche ; par opposition iro-
nique à Château-Laffite.
Chatouiller le public. Char-
ger un rôle, ajouter à la prose
de l'auteur des facéties dans
l'espoir de faire rire le public.
{Jargon des coulisses.)
Chatouilleur marron. C'est le
romain, le claqueur de fonds
publics. Son rôle consiste à
chauffer une émission, à stinm-
1er le zèle des souscripteurs,
comme le rôle des chevaliers
du lustre consiste à chauffer la
pièce, à entretenir le feu sacré
des acteurs. (Jargon de ■ la
Bourse.)
Chaud! chaud I Vite! vite!
Chaud (Etre). Se tenir sur
ses gardes.
Chaud de la pince. Luxu-
rieux. On disait jadis : chaud de
reins.
« Oùles centaures saouz,au bourg Af racien
» Voulurent, chauds de reins, faire nopocs
[de chien. »
(Régnier, satire x.)
Chaud (Avoir). Avoir peur,
— dans le jargon des voyous.
— Le saisissement causé par la
90
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
peur détermine souvent la
tranpiration.
Chaud (Mettre le petit au).
Sacrifier à Vénus, — dans le
jargon des troupiers.
Chaudière à boudins blancs,
Partner des émigrés de Gomor-
rhe.
Chaudron. Vieux ef mauvais
piano.
Chauffer. Faire l'empressé
auprès d'une femme. — Stimu-
ler, pousser, jeter feu et flam-
me. Chauffer des enchères, chauf-
fer une affaire. — Chauffer une
entrée, saluer d'une salve d'ap-
plaudissements un acteur à son
entrée en scène. La mission de
la claque est de chauffer le en-
trées et les sorties des acteurs
en vedette.
Chauffer. Battre ; arrêter,
dans le jargon des voyous. Se
faire chauffer y se faire arrêter.
— Se faire chauffer par un cer-
bère, se faire arrêter par un
sergent de ville.
Chauffer la scène. « Se re-
muer, s'agiter, s'évertuer pour
faire rendre à un rôle plus qu'il
ne contient. De chauffer à brider
les planches, il n'y a qu'un
pas,, » (A. Bouchard, La Langue
théâtrale.)
Chauffer le four. Boire beau-
coup. — Ce n'est pas pour lui que
le four chauffe, le profit, l'agré-
ment ne sera pas pour lui.
Chaufournier. Garçon chargé
de verser le café.
Chausser. Convenir. Vieux
mot ; autrefois oa disait se
chausser au point, en parlant de
deux amoureux.
« Toutes en fait d'amour se chaussent en
[un point.
(Régnier.)
Chaussettes de deux parois-
ses. Chaussettes dépai-eiliées.
Chaussettes. (Essence de).
Puanteur des pieds. Le pcuplo
qui aime à plaisanter ne man-
que pas de dire que la meil-
leure essence de chaussettes
doit sortir des bottes d'un gen-
darme ou des souliers d'un fac-
teur rural. — La plaisanterie
de l'essence de chaussettes, de
l'excellent fromage recueilli
dans les bottes d'un bon gen-
darme, et autres du même par-
fum, date de loin. On trouve
dans les adages français du
xvi« siècle : « Talons de gen-
darmes, talon de fromage. »
— Au xvni° siècle, on disait
couramment : Sentir le pied de
messager. (Hurtaud, Dict. des
homonymes.)
Chauvin. Ultra-patriote. —
Type de soldat en 1830.
Chauvinisme, Amour exagéré
de la patrie. « Le chauvinisme
a fait faire plus de grandes
choses que l'amour de la patrie
dont il est la charge. » (J. No-
riac. Le iOi'^ régiment.) — Tout
sentiment excessif peut tourner
au chauvinisme.
Chef de cuisine. Contre-maî-
tre dans une brasserie.
Chef d'attaque. Chef d'une
bande de voleurs. — Abadie
était un chef d'attaque.
Chelinguer, Schelinguer.
Puer. — Schelinguer du goulot,
schelinguer du couloir, sentir
mauvais de la bouche — Sche-
DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE.
91
linguer des arpions, puer des
pieds.
Chemin de fer. Baccarat où
chaque joueur tient à son tour
les cartes, et fait office de ban-
quier. Ainsi nommé parce qu'il
va plus vite que le baccarat en
banque. — « Le démon du bac-
carat du lansquenet et du che-
min de fer exerçait partout ses
ravages. » {Les Joueuses, i8H8.)
— On nomme encore chemin de
fer un jeu où chaque intéressé,
peut à sa volonté, lorsqu'il aies
cartes en main, jouer soit le
baccarat, soit le lansquenet, soit
le vingt-un.
Chemise. « Dans les tripots,
la chemise est la carte que le
banquier est tenu de mettre en
sens inverse sous le paquet de
cartes qu'il a en main, afin d'en
cacher la dernière. Dans les
cercles, on se sert à cet etîet
d'une carte noire et épaisse. »
(A. Cavaillé, Les Filouteries du
jeu.) Cette carte a reçu le nom
de <c négresse » par allusion à
sa couleur. C'est avec la né-
gresse que l'on fait couper.
Chemises de conseiller. Linge
volé.
Chemises (Compter ses). Vo-
mir.
Chenapan. Eau-de-vie. C'est
une déformation de schnap. —
C'est ce geux de chenapan qui
m'a tapé sur la coloquinte.
Chêne. Homme bien mis. Le
chêne n'est pas le premier venu
pour le voleur. — Faire suer un
chêne, tuer un homme.
Chenu, Chenue. Bon, bonne,
beau, belle. — Du temps de la
bande à Cartouche, le mot che-
nu était déjà, depuis longtemps,
dans le courant argotique. On
le trouve dans les Fourberies de
■Cartouche, pièce de Legvand. —
Chenareluit, bonjour, chenu sor-
gue^ bonsoir, — dans l'ancien
argot.
Cher. Beaucoup, énormément,
— dans le jargon des voleurs;
se place après le verbe qu'il,
modifie. Se cavaler cher, courir
ventre à terre.
Chétif. Enfant de Limousin
qui accompagne son père à
Paris et l'aide dans ses travaux.
— [Jargon des maçons.)
Cheulard. Gourmand, ivro-
gne; par altération pour gueul-
lard.
Cheval. Les figures et les dix
au jeu de baccarat. — Il n'y a
donc que des chevaux au tirage.
Cheval (Jouer à). « C'est ris-
quer (au baccarat en banque)
une somme moitié sur chaque
tableau, de sorte que, si un ta-
bleau perd et que l'autre gagne,
le coup est nul. » (A. Cavaillé.)
— Faire le reste de la banque à
cheval. — On dit également
jouer le cheval.
Cheval de retour. Ancien for-
çat. — Récidiviste, celui qui a
la nostalgie de la prison.
Chevalier de la courte lance.
Savetier, par allusion au tian-
chet; le mot date de 1G49.
Chevalier de la grippe. Filou
(1821) ; paur V agrippe.
Chevaux à double semelle.
Jambes.
Cheveu. Entrave, obstacle. —
Lorsqu'une alfaire ne marche
pas bien, l'on dit : » il y a un
cheveu, » — Avoir un cheveu
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
92
dans S071 existence^ avoir un cha-
grin qu'on ne saurait oublier.
— Avoir un cheveu pour quel-
qu'un, ressentir un caprice pour
quelqu'un. « Elle a un cheveu
pour lui, voilà tout... comme
cela se dit dans notre monde. »
(A. Delvau, Le Grand et le petit
trottoir.)
Cheveux (Trouver des). Faire
des observations pour la moin-
dre chose ; trouver à reprendre
sur tout. « Vous trouvez des
cheveux à tout ce que je dis. »
(Grévin.)
Cheveux (Bouder aux). Com-
mencer à être chauve.
Cheveux (Avoir mal aux).
Eprouver une douleur à la ra-
cine des cheveux. C'est l'état de
bien des ivrognes le lendemain
des fêtes bachiques. I^es che-
veux font mal parce que la tête
est très sensible par suite de
l'excès de la veille.
Cheveux (Se faire des). S'im-
patienter, se morfondre, se faire
de la bile. — Se faire des che-
veux gris, même signification,
— dans le jargon du peuple.
« Mais pourquoi qu'a m'fait des ch'veux
[gris?
» Faudrait qu j'y fout' l'argent d'mes
[s'maiues.
» J'ai beau y coller des châtai'nes,
» A r'pique au tas tous les samedis. »
{La Muse à Bibi, nocturne, 1879.)
Chevillard. — Revendeur en
gros et en demi-gros de viande
dépecée, en terme de boucher;
c'est celui qui vend à la che-
ville.
Chevilles. Pommes de terre
frites, — dans le jargon des vo-
leurs. Elles bouchent le trou
qu'a fait la faim.
Chèvre (Prendre la, gober
la). Etre en colère. Vieille ex-
pression remise dans la circula-
tion par les typographes et que
l'on rencontre déjà dans Ré-
gnier.
« Et n'est Job, de despit, qui n'en eust
[pris la chèvre. »
(Sat. X.)
Chevrotin. Ouvrier irascible,
celui qui prend facilement la
chèvre, — dans le jargon des
typographes.
Chiade. Bousculade, — dans
le jargon des écoles. (L. Lar-
chey.)
Chiailler. Pleurer ; pour piail-
ler, — dans le jargon des vo-
leurs.
Chiarder. Travailler, — dans
le jargon des collégiens.
Chic, Chique. Le suprême de
l'élégance, de la perfection. « Il
absorbe à lui seul une foule de
sens. Ce qu'on nommait le
goût, la distinction, le comme il
faut, la fashion, la mode, l'élé-
gance, se fondent dans le chic. »
(N. Roqueplan, Parisine.) — Le
mot avait au xvii« siècle à peu
près le sens qu'il a aujourd'hui,
comme on peut le voir par
l'exemple suivant :
« J'use des mots de l'art, je mets en marge
[hic.
» J'espère avec le temps que j'entendrai
[le chic. »
{Les Satyres de Du Lorens.)
En terme d'atelier « le chic, mot
affreux et bizarre et de moderne
fabrique signifie : absence de
modèle et de nature. Le chic
est l'abus de la mémoire; en-
core le chic est-il plutôt une
mémoire de la main qu'une
mémoire du cerveau. » (Bau-
delaire, Salon de 1846.) — Faire
de chic, c'est travailler sans le
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
93
secours du modèle. — Etre
pourri de chic, être très bien
mis, avoir beaucoup de distinc-
tion. — Femme chiquée, élégante
mise à la dernière mode. —
Dans le grand chic, dans le grand
genre. — C'est du monde chic,
c'est du monde très bien. Pour
ces dames, une connaissance
chic, c'est un homme généreux.
« Un vieux monsieur de la
Bourse, ou ce qu'on appelle une
connaissance chic. » (Bertall,
Petite étude sur le chic parisien.)
Chicard. Costume carnavales-
que mis à la mode, pendant la
période de 1830 à 1850, par une
célébrité chorégraphique qui lui
donna son nom ou plutôt son
surnom. Les chicards ont révo-
lutionné les bals publics et, pen-
dant vingt ans, ils ont imprimé
une grande vogue à la descente
de la Courtille. — La danse de
Chicard, leur maître, n'a jamais
été ni bruyante, ni extravagante.
11 procédait à pas serrés, mi-
mant, grimaçant, roulant ses
gros yeux en boule de loto.
Grande fut sa gloire. On a dit
le « pas chicard » pour rappe-
ler sa manière, chicarder, dan-
ser comme Chicard. On a créé
les vocables chicandar, chicocan-
dar, pour désigner quelque
chose de très chic comme l'in-
venteur du fameux pas qui, lui-
même, a dû son sobriquet au
chic qui le caractérisait. Chicard
a passé, son pas n'est plus, seul
le mot chic, le radical, a sur-
vécu.
Chicardot. PoH.
Chicorée. Réprimande.
Chie dessus. Chislehurst, —
dans l'argot des voyous qui trou-
vent la prononciation anglaise
trop difficile, sans doute.
Chie-tout-debout. Veston. C'é-
tait autrefois le : Ne te gêne pas
dans le parc.
Chié (Tout). Parfait de res-
semblance. — C'est son portrait
tout chié.
Chié sa graisse (Avoir). Avoir
considérablement maigri, —
dans le jargon du peuple.
Chié dans le panier de quel-
qu'un jusqu'à l'anse (Avoir).
Avoir donné à quelqu'un de gra-
ves sujets de mécontentement;
ne plus inspirer aucune espèce
de confiance. C'est, mot à mot :
avoir rempli le panier de quel-
qu'un de l'ordure des mauvais
procédés.
Chien, Sacré-Chien. Eau-de-
vie aussi mauvaise que forte. —
On disait et l'on dit encore. dur
comme du chien, pour désigner
soit un liquide qui x'acle la gorge
au passage, soit une denrée co-
mestible rebelle à la mastica-
tion. 11 n'est donc pas étonnant
que l'eau-de-vie très forte ait
été désignée sous le nom de
sacré-chien et chien par abré-
viation.
Chien. Homme dur, exigeant;
s'emploie principalement en
parlant d'un supérieur, — dans
le jargon des employés. — Sé-
vère, — dans le jargon des col-
légiens. — «Notre pion est dia-
blement chien. » (Albariè.s, Mys-
téres du collège, 1845.)
Chien. Avare. « Dis donc, pe-
tite sœur; il est rien chien ton
m'sieur: y m' prend un cigare
et du feu et y m' donne que
deux ronds. » (A. Tauzin, Cro-
quis parisiens.)
94 DICTIONNAIRE D
Chien. Compagnon du devoir,
en terme de compagnonnage.
Chien. Lettre tombée sous la
forme. — dans le jargon des
typographes.
Chien (Du). Du soigné. — Du
dur, des coups. « Voilà du chien,
attends 1 apprête ton linge salel ^>
(E. Zola.)
Chien (Du). Verve endiablée,
élégance originale. — « Eh
bien, ma chère, nous leurs fe-
rons tourner la tête... toi avec
ton insolente beauté, moi avec
mes petites facultés, avec ce
je ne sais quoi qui m'est propre,
et qu'on appelle communément
— du « chien. » (Oct. Feuillet,
Le journal d'une femme, i 878.)
Chien (De). Enorme, colossal,
très fort. Une soif de chien, une
faim de chien, une peur de chien.
Chien vert. Terme d'amitié à
l'adresse de filles entretenues,
Mon petit chien vert.
Chien du quartier. Adjudant
sous- officier, — dans le jargon
du régiment. La variante est :
Chien du régiment.
Chien du commissaire. Secré-
taire du commissaire de police.
— « Chaque coup de sonnette
lui semblait le coup de sonnette
du chien du commissaire. »
(E. de Concourt, La fille Elisa.)
Chien (L'autre, cet autre).
L'autre individu, cet autre indi-
vidu, celui dont, par mépris, on
ne veut pas prononcer Je nom.
Chien de magasin. Sergent
d'habillement, — dans le jar-
gon du régiment.
Chien courant. Garde-frein,
employé chargé de fermer les
ARGOT MODERNE.
portières et de crier les stations,
— dans le jargon des mécani-
ciens des chemins de fer.
Chien (Voilà le). Voilà la dif-
ficulté. La variante est : Voilà
le chiendent.
Chien (Faire du). Faire un
ouvrage payé d'avance. Parce
qu'on ne le fait qu'au dernier
moment et qu'on travaille dur
quoique à contre cœur, l'argent
étant mangé depuis longtemps.
Chien pour un homme (Avoir
un). Etre éprise d'un homme,
— dans le jargon des filles.
Chien coiffé (S'éprendre du
premier). S'éprendre de la pre-
mière femme venue. On disait
autrefois pour exprimer la même
idée : Cet homme aimerait une
chèvre coiffée. (Le Roux, Dict.
comique.)
Chiens crevés, Chiens écras-
sés. Faits divers qui sont en ré-
serve sur le marbres d'une im-
primerie et qui servent à justi-
fier une page quand il manque
de la copie, — dans le jargon
des journalistes.
Chiens (Ce n'est pas pour les).
Ce n'est pas à dédaigner ; c'est
fait pour le genre humain —
« L'hôpital n'est pas fait pour
les chiens, » disent les gens du
peuple, qui pourtant ne redou-
tent rien tant que l'hôpital.
Chier dur. Travailler avec
ardeur. — Prendre une prompte
et énergique détermination.
Chier (Envoyer). Envoyer au
diable.
Chier (Faire). Horripiler quel-
qu'un à force de stupidités. iJot
à mot : débiter des drogues par-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
95
lées qui procure le dévoie-
inenL
Chier dans la main. Se mon-
trer très familier.
Chier du poivre. Rester sourd
à la demande d'un service ;
quitter un ami lorsqu'il a be-
soin de vous.
Chier sur le mastic. Envoyer
le travail au diable, — dans le
jargon du peuple J'en ai assez
du turbin, je chie sur le mastic,
à la fin des fins. La variante :
Chier sur la besogne a en outre
le sens de s'endormir sur le tra-
vail, travailler avec noncha-
lance.
Chier dessus. Renoncer par
découragement. Abandonner
après efi'orts infructueux.
Chier dans le cassetin aux
apostrophes. Quitter le métier,
avoir assez du métier, — dans
le jargon des typographes.
Chier de grosses crottes (Ne
pas). — En présence d'un triste
repas, d'une maigre chère, on
dit très vulgairement : Nous ne
chierons pas de grosses crottes.
Chier des yeux. Pleurer.
« Mais patience passe science, il
ne fautpas tant chier des yeux.»
{La Comédie des proverbes.)
Chierie. Grand ennui, déran-
gement. Quelle chierie \ quel en-
nui!
Chieur d'encre. Employé de
bureau. — Homme de lettres.
Chiffarde, Chiffonnière. Pipe
dont le tuyau est cassé presque
à la naissance du fourneau.
Chiffarde. Papier timbré, as-
signation.
Chiffe (La). Le métier du
chiffonnier ; c'est chiffon par
abréviation. — Zig de la chiffe,
chifferton, chiffonnier.
Chiffe. Langue, — dans le
jargon des voyous qui disaient
autrefois chiffon rouge. — Faire
crosscr la chiffe, parler. Mot à
mot : faire sonner la langue ;
c'était autrefois dans le même
sens : Balancer le chiffon rouge,
— Avaler sa chiffe, mourir.
Chifferlinde. Eau-de-vie, —
dans le jargon des chiffonniers
qui disaient autrefois c/ii/fer<on.
— Boire une chifferlinde, boire
la goutte.
Chiffon, Chiffornion, Mou-
choir.
Chiffonner, Taquiner amou-
reusement une femme, la pin-
cer amoureusement.
« Et lorsqu'ils sont pochards, ils chiffon-
nent les bonnes »
(L. Huart. Ulysse ou les porcs vengés)
Chiffonnier. Voleur de mou-
choir, — dans l'ancien argot.
Chigner. Bouder ; gronder.
— Chignard,ho\iàQ\ïv, grognon.
Chigner, Chigner des yeux
Pleurer. « Ah ! ses largues doi-
vent joliment chigner desyeux! »
(Balzac.)
Chimique. Allumette chimi-
que. — Briller une chimique au
f'alzar, allumer une allumette
contre le pantalon.
Chiner. Critiquer, se moquer
de.
Chiner. Crier dans les rues,
— dans le jargon des marchands
d'habits ambulants. Quand ils
parcourent la ville, au cri de :
« habits à vendre l » ils chinem,
ils vont à la chine.
96
DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE.
Chiner. Porter un paquet sur
le dos ; trimballer de la mar-
chandise, — dans le jargon des
marchands ambulants : c'est
une abréviation de s'échiner.
Chineur. Marchand d'habits
ambulant qui va déverser ses
achats sur le carreau du Temple.
— Marchand qui va otfrir à do-
micile des objets souvent volés.
— Filou qui vole en augmen-
tant frauduleusement la valeur
apparente des objets. « LeMont-
de-Piété n'a guère à se défendre
que contre deux sortes de filous
parfaitement catégorisés : les
chineurs et les piqueurs d'once.
il ne faut pas croire que cette
fraude s'arrête aux objets pré-
cieux ; on chine tout. « (Alaxime
du Camp, "Revue des Deux-Mon-
des, 1873 ) Un des procédés du
chineur consiste à forer les
chaînes, les bracelets, pour en
extraire l'or qu'il remplace par
du cuivre. Les employés du
Alont-de-Piété ont été, plus d'une
fois, victimes de ce genre de
vol. -- Dans le jargon des chif-
fonniers, un c^meitrest un mar-
chand, un commerçant quel-
conque.
Chinoiser jaspin. Parler ar-
got. (P. Mahalin, Les Monstres
de Paris, 1880.)
Chipe (La). Vol d'un objet de
peu de valeur.
Chiquage. Mensonge, bavar-
dage. — Planche au chiquage,
confessionnal.
Chique. Eglise, — dans l'an-
cien argot des voleurs ; vient de
l'italien chiésa.
Chique (Couper la). Couper
la parole ; svnonyme de couper
le sifflet.
Chique (Ça ne vaut pas une).
Ça ne vaut rien. « Au xiv^ siècle,
on appelait cMgwe en Dauphiné
une pièce de monnaie de cette
province qui était la plus petite
et avait le moins de valeur . »
(Gh. Nisard.) Il faut plutôt cher-
cher l'étymologie dans la chique
de tabac qui n'est pas d'une
grande valeur.
Chique de pain.. Croûton de
pain.
Chique (poser sa). Mourir. —
Se tairo. — Pose ta chique et fais
le mort. Tais toi et ne bouge
pas.
Chiqué. Fait avec chic. —
S'emploie en parlant des choses :
un tableau chiqué.
Chiquer,Chiquer les légumes.
Manger, — dans le jargon du
peuple.
Chiquer. Battre. — Se chiquer,
s'invectiver, en venir aux mains.
— Chiquerie, rixe.
Chiquer, Chiquer comte. Men-
tir, simuler, — dans le jargon
des voleurs. Com^eestpour com-
tois. — Les saltimbanques se
servent aussi de cette expres-
sion.
Chiqueur, Chiqueur de blanc.
Fainéant ; souteneur de filles.
Chiqueur. Peintre sculpteur
qui fait de chic, « Un tas de
chiqueurs et de chiqueuses font
de petites ordures. »(Le Tribou-
let, du 6 juin 1880.)'
Chirurgie (Etre en). Etre en
traitement dans un hôpital pour
une affection chirurgicale. —
Etre enmédecine, être, en qualité
de malade, dans le service de
la médecine, — dans le jargon
des hôpitaux.
DICTIONNAIRE d'ARGOT MODERNE.
97
Chirurgien envieux. Savetier.
(A. Delvau.)
Chislehurstienner. Fêter un
anniversaire bonapartiste. Vient
de Cliislehurst, résidence de
l'ancienne famille impériale.
« Plusieurs centaines de per-
sonnes s'étaient réunies aux
abords de l'église Saint-Augus-
tin, les unes pour Chislehurstien-
ner, les autres pour voir Chisle-
hurstienner. » {Rappel du 18
août 1877.)
Chnic. Eau-de-vie.
Choléra. Zinc, zingueur, —
dans le jargon des couvreurs.
Choléra. Viande malsaine,
viande de qualité inférieure, —
dans le jargon des bouchers.
(A. Delvau.)
Cholette. Ghopine, demi-liti'e.
Choper. Voler, prendre. —
Chopin, vol. — Choper une
boite, arrêter un logement, se
loger, — dans le jargon des
voleurs.
Chopin. Profit, réussite, bonne
aubaine, — dans le jargon des
voleurs.
Chopine en bois. Broo. de bois
à l'usage des marchands de vin.
Chopper. Fauter, faire un
premier faux-pas hors du sen-
tier de l'honneur, trébucher, —
en parlant d'une jeune fille. —
« Ma sœur ne clioppera pas, je
suis là. ï (Huysmans, Les sœurs
Vatard.)
Choquotte (C'est delà). C'est
très bien, très agréable, d'un
excellent rapport. Dans le jar-
gon des chiffonniers chocotte
signifie « os gras. » {V. Came-
lotte.)
« S' mett'e un p'tit brin en ribole
n Et, dans l'coin d'un caboulot,
» Genliment s'rincer le goulot
» Sans o' pendant sortir soûlot,
» C'est de la choquotte. »
[La Muse à Bibi.)
Chose de (Avoir la). Avoir la
délicatesse de, avoir l'avantage
de, faire montre d'un bon pro-
cédé. Et, en abrégeant : Avoir ce-
lui de. — Avoir quelque chose
pour quelqu'un, ressentir de
l'affection pour quelqu'un. —
Tout chose, embarrassé, pe-
naud.
Chose, Machin, Un tel. Terme
de mépris lorsqu'on ne veut pas
désigner quelqu'un par son
nom. — Celui dontle nom nous
échappe s'appelle aussi Chose,
Machin. « Comment, Nana, ce
sont (tes amis, et tu ne sais
seulement pas comment ils se
nomment? — Ma foi, non; moi,
je les appelle toujours: Ohé!
Machin!... ou bien : Dis donc,
Chose ! et ils entendent très
bien. » (Grévin.)
Chou. Résultat des fouilles
nasales, — dans le jargon des
collégiens.
Chou pour chou (Aller). Suivre
exactement la copie imprimée.
(Boutmy, Les Typographes pa-
risiens.) C'est une réminiscence
du proverbe : Chou pour chou^
AuberviUiers vaut bien Paris.
« Autrefois le terrain du village
d' AuberviUiers était presque en-
tièrement planté de choux qui
passaient pour meilleurs que
ceux des autres endroits. De là
ce proverbe dont on se sert
pour égaler sous quelque rap-
' port deux choses dont l'une a
été trop rabaissée, ou pour si-
gnifier que chaque chose a une
qualité qui la rend recomman-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
dable. » (Quitard, Dict. des Pro-
verbes.)
Chouchouter. Choyer, dor-
loter. Le mot est de Balzac et
n'a guère été employé que par
lui. « Au lieu de vous chouchou-
ter, elle vous a fait aller comme
un valet. » (Balzac, Un Ménage
de garçon )
Chouette. Beau, excellent.
Chouette, alors ! — très bien
alors! Femme chouette, belle
femme. Repas chouette, bon re-
pas.
Chouette. Malin. (Le Sublime.)
— Faire la chouette, jouer à l'é-
carté, à l'impériale, seul contre
plusieurs adversaires qui pren-
nent les cartes à tour de rôle
et qui parient de concert.
Chouflik, Chouflique, Chou-
mak, savetier. « Le chouflik a
du sang gauloisdans les veines;
il tient à son indépendance; il
est né savetier, il mourra sa-
vetier... jamais cordonnier.»
[Petit Journal pour rire.)
Choufliquer. Faire mal un
ouvrage. Mot à mot : travailler
comme un chouflique, un save-
tier. — En terme de journa-
liste, c'est introduire beaucoup
de blanc, de remplissage, de ré-
jouissance dans le corps d'un
article.
Chouia-Chouia. Comme ci,
comme ça ; tout doucement, —
Aller son bonhomme de che-
min, chouia-chouia, — dans le
jargon des soldats retour d'Afri-
que.
Choula. Synagogue, temple
israélite.
Chourin. Couteau; pour surin.
Chouriner. Frapper à coups
de couteau.
Chourineur. Tueur de chevaux
— dans l'ancien argot. Celui
qui se sert du chourin. Type
d'un des principaux personna-
ges des Mystères de Paris.
« Ainsi ce boucanier, ainsi ce chourineur
)' A fait d'un jour d'orgueil un jour de
[déshonneur. »
(V. Hugo, Châtiments.)
Choux (Etre daus les). Ne pas
avoir accompli la tâche qu'un
typographe est tenu de faire
dans un temps donné, être en
retard dans son travail.
Chuter. Pour une demoiselle,
c'est tomber... dans les bras d'un
amoureux.
Chyle (Se refaire le). Faire
un bon dîner. « Quand il dîne
au restaurant, l'ouvrier dit qu'il
va se refaire le chyle. »(Léo Les-
pès, Paris dans un fauteuil.)
Cibiche. Cigarette, — dans le
jargon des voyous. Mot dont on
n'a conservé que la première
syllabe.
Ciel, mon mari ! « Les actrices
de cette dernière catégorie(celles
que les entreteneurs mettent au
théâtre) ont reçu une dénomi-
nation particulière. On les ap-
pelle, dans l'argot des coulisses,
des «ciel, mon mari! » Leurrôle
se borne généralement à pro-
noncer cette phrase tradition-
nelle, avec un chapeau de satin
et une robe de velours épingle,
lorsqu'elles voient paraître par
la porte du fond l'acteur qui est
censé les prendre en flagrant
délit d'infidélité. » (Paris-actri-
ce, iS^^.)
Cierge. Sergent de ville en
faction dans la rue, — dans le
jargon des voyous.
Cierge est éteint à Saint- Jean
de Belleville (Le). Les ouvriers
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
qui habitent Belleville se servent
de cette expression lorsqu'en
jouant aux cartes ils n'ont pas
d'as dans leur jeu. — Pour en
avoir, il faut faire brûler un
cierge à saint Jean -Baptiste.
{Le Sublime.)
Cig. Apocope de cigale qui,
dans le jargon des voleurs, a la
signification de pièce d'or, pièce
de vingt francs. « Entends-tu 6a-
biller les cig chez le balanceur de
braise ? entends-tu sonneries piè-
ces de vingt francs chez le chan-
geur?
Cigale. Chanteuse ambulante.
Cigogne. — Palais de justice.
Ainsi nommé par les voleurs
par allusion à la flèche de la
Sainte-Chapelle.
Cinq centimados, Cinq centi-
madorès. Cigare de cinq centi-
mes. « Un cinq centimados ! c'est
bien la peine de le suivre une
demi-heure !... Filou, va... et ça
fait le gentilhomme!» (Dénoue
et Damourette, Croquis -pari-
siens.)
Cinq et trois font huit. Boi-
teux.
Cinquième. Cinquième partie
du litre, l'équivalent d'un ca-
non. Par altération, cintiême est
beaucoup plus usité. — « On
étoutfe tranquillement un cin-
tiême. » (L'art de se conduire
daiis la soc. des pauvres bougres.)
Cinquième rêne. Crinière de
cheval. — Attraper la cinquième
rêne, attraper la crinière de
peur de tomber quand un che-
val se cabre ou trotte trop dur,
— dans le jargon des soldats de
cavalerie.
Cintrer. Tenir. Etre cintréy
99
être maintenu, être dans l'im-
possibilité de bouger.
Cipal. Municipal, soldat do la
garde municipale, aujourd'hui
garde républicaine.
Cire (Vol à la). Ce vol était cul-
tivé avec un certain succès dans
les restaurants de premier or-
dre, avant l'invention du ruolz.
Un voleur s'attablait, escamotait
un ou deux couverts d'argent,
les collait sous la table au moyen
d'un emplâtre de poix ou de
cire, et un compère était char-
gé de verdir les recueillir. De-
puis, le même procédé s'est re-
nouvelé, avec une variante, dans
les établissements où le ruolz
n'avait pas encore remplacé
l'argenterie. Les filous se char-
geaient de la substitution. Au-
jourd'hui que tous les restau-
rants emploient le ruolz, ces
aimables industriels ont dû cher-
cher autre chose. Ils n'ont pas
été loin. Ils emportent le ruolz.
Cire aux yeux (Avoir de la).
Ne pas être clairvoyant, pers-
picace. — « Mais n'ayant pas de
la cire aux yeux, il continua
simplement à voir clair » (Cla-
àaX.Ompdr ailles, Le Tombeaudes
lutteurs, 1879.)
Ciré Nègre, — dans le jargon
du peuple.
Cirer en fourrier (Se). Frotter
ses souliers entre les planches
de son lit et sa paillasse, afin de
leur donner une apparence de
propreté, — dans l'argot du ré-
giment. (Bernadille, Le Fran-
çais.)
Ciseaux (Rédacteur aux) .
Journaliste chargé du décou-
page des journaux. C'est celui
qui prend aux auti'es feuilles,
100
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
en les citant ou ne les citant
pas, ce qu'il y trouve de plus
saillant, de plus en rapport avec
la nuance de son journal. —
«Messieurs, disait un rédacteur
en chef à ses collaborateurs,
vous êtes tous les mêmes, vous
ne lisez du journal que ce que
vous faites. — Pas toujours, ré-
ponditun des interpellés, quand
nous coupons, nous ne lisons
jamais. »
Citron. Tête, — dans le jar-
gon des voleurs.
Citrouillard. Dragon, par al-
lusion à la couleur de la tuni-
que.
Civade. Avoine, — dans le
jargon des maquignons; vient
du provençal civade.
Clafot. Jeu de Colin-Maillard,
— dans le jargon des enfants.
Clair. Œilj — dans le jargon
des voleurs. — Souffler ses clairs,
dormir.
Clapoter. Chavirer, — dans
le jargon des canotiers de la
Seine; et par altération cra-
pauter.
Clapoter. Manger, — dans le
jargon des voyous.
Claque (Mecdela). Claqueur,
— dans le jargon des voyous.
Claque, Claquedent. Maison de
tolérance, — dans le jargon des
voleurs. — Dans le jargoa des
voyous, claque s'entend par ex-
tension d'une fille de maison
publique ; ils disent également :
les gonzesscs de la claque. «Quand
les gonzcsses de la claque vont à
Montretout^ily a toujours du ra-
biot pourSaint-Lago. Quand les
filles de maison passent à la vi-
site, il y a toujours du profit
pour St-Lazare. » — Claquedent
se prend encore dans le sens de
mauvais lieu quelconque, caba-
ret borgne ou tripot. « Si
parmi les joueurs, quelques
honnêtes gens s'étaient four-
voyés, tous, du moins, fréquen-
taient le claquedent pour des
motifs plus ou moins avouables.»
(Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Claque (En [avoir sa). En avoir
sa charge; en avoir assez.
Claquer. Mourir.
Claquer. Manger; et claquer
des bajouettes, — dans le jargon
des blanchisseuses.
Claquer. Dépenser. — ^voir
tout claqué^ avoir tout dépensé.
Claquette. Bavard.
Clarinette, Clarinette de six
pieds. Fusil d'infanterie. —
Jouer de la clarinette, se battre
à coups de fusil, — dans le jar-
gon des troupiers. « Nous allons
être obligés de jouer un trio de
clarinette. » (A. Camus.)
Classe dirigeant (Un). C'est-
à-dire une personne apparte-
nant aux classes qui ont la pré-
tention de diriger les autres,
l'opposé du prolétariat.
« V'ià r carêm' : le class' dirigeant,
» Qu'est él'védans les « bons principes»,
» Va fair' pénitence en n' mangeant
» Plus d' pieds d' cochon truffés ni d' tri-
[pes. »
aa Petite Lune, i^9.)
Classe (Etre de la). N'avoir
plus qu'une année de service à
faire, — dans le jargon des
troupiers. (Bernadille.) — Ohé!
la classe, viens-tupayer un dur?
Claude. Imbécile, — dans le
Jargon des voyous.
Clémentine. Petite calotte de
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
101
velours ou de drap qui ne cou-
vre que le sommet de la tête.
Cliabeau. Médecin, — dans le
jargon des filles en traitement
à Saint-Lazare. C'est-à-direbeau
client, par corruption et par
ironie.
Cliclie. Diarrhée. — Avoir la
cliché. Le petit viu d'Argenteuil
donne la cliché.
Cliché (Sortir son). Se répé-
ter sans cesse , rabâcher la
même histoire, donner toujours
le même prétexte lorsque le
prote fait une observation, —
dans le jargon des typogra-
phes.
Clichy (Aller à). Avoir le dé-
voiement. — Jeu de mots sur
cliché et le village de Clichy.
Client. Individu ; individu
volé ou exploité. — Dans le
jargon des voleurs, des filles
et des souteneurs, le mot client
a remplacé le mot « pante. »
Clignette. Jeu de cligne-mu-
sette, — dans le jargon des en-
fants. — Jouer à la clignette.
Cliquettes. Yeux, — dans le
jargon des bouchers.
Cloche de bois (Déménage-
ment à la). Déménagement
furtif. — Déménager à la cloche
de bois, déménager sans bruit
et sans payer. — « Pendant ces
vingt ans, il a déménagé à la
cloche de bois, c'est-à-dire qu'il
est sorti de ses diverses rési-
dences sans acquitter le prix
de son terme. » (Maxime Parr.)
Cloporte. Portier. Jeu de
mots : celui qui clôt la porte.
Cloque. Crcpitus ventris. Clo-
quer, sacrifier au petit crepitus,
— dans l'argot des barrières.
— Lâcher une cloque renversante.
Clou. Mont-de-Piété. —Mot
emprunté par le peuple au jar-
gon du régiment où clou signi-
fie prison. Le Mont-de-Piété est
la prison aux bardes. — Hos-
pice des Enfants-Trouvés.
Clou. Prison, — dans le jar-
gon des troupiers. — « Vous y
êtes pour deux jours de clou. »
(Randon, Croquis militaires.)
Clou. Ouvrier qui travaille
mal.
Clou. Baïonnette, — dans le
jargon des soldats.
Clou. Objet détérioré ou de
peu de valeur, — dans le jargon
des marchands de bric-à-brac.
Pousser des clous, mettre des
enchères sur des objets sans va-
leur.
Clou. Scène à effet, scène ca-
pitale, scène où les auteurs
comptent accrocher le succès,
- dans le jargon du théâtre.
« Je lui ai donné la réplique et
nous avons répété* sa grande
scène du deux!... c'est le clou
de la pièce. » (Figaro du 6 juil-
let 1878.)
Clous. Outils de graveur sur
bois.
Clous (Petits). Caractères
d'imprimerie. Lever les petits
clous, c'est être typographe-pa-
quetier. (Boutmy.)
Clous, Têtes de clou. Carac-
tères d'imprimerie très vieux,
hors d'usage. — En terme de
typographie , on dit d'un ou-
vrage mal imprimé : c'est im-
primé avec des tètes de clou. —
(' Ce ]<apier, jauni parle temps,
était de ceux dits à chandelle,
dont eu se sert pour imprimer
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
102
— à renfort de têtes de clou
— ces canards qui...» (P. Maha-
lin , Les Monstres de Paris ,
1880.)
Clubbable. « L'Anglais est le
seul peuple véritablement club-
bahle, c'est-à-dire fait pour la
vie du club. » (Ed. ïexier, Les
Choses du temps présent.)
Coaguler (Se). Se griser, bre-
douiller par suite d'ivresse.
« M. Lebon, à force de boire,
parvint à se coaguler. » [La
Mystification, 1838.)
Cocarde. Tête. — Excès de
boisson. Avoir sa cocarde, être
ivre. L'homme qui a sa cocarde
en est à la gaieté bachique. Se
pousser une cocarde soignée.
Cocarder (Se). Se griser.
Cocardier. « Le commandant
du bataillon était ce que les
troupiers appellent un coca7'-
dier, c'est-à-dire qu'il mettait
une importance extrême à ce
que ses hommes brillassent par
leur tenue soignée et sévère. »
(Louis Noir-, Souvenirs d'un
zouave.) Le maréchal de (ias-
tellane, qui prenait son bain,
ayant, sur une chaise à côté de
lui, le grand cordon de la légion
d'honneur, est resté comme le
type le plus réussi du cocardier.
Cochemar. Cocher ; forma-
tion argotique par la terminai-
son mar.
Cochon. Avare. — « C'est un
cochon )), dit une femme en
parlant d'un homme dont elle
a à se plaindre sous le rapport
de la générosité.
Cochon. Libre dans ses pro-
pos, raffiné en lubricité. — Elle
n'est pas jolie, jolie, mais elle est
ti cochonne.
Cochon (Gros). Homme gros
et bouffi de graisse, bien rente
et sans souci. « A bas les Bour-
bons, et ce gros cochon de
Louis XVIII ! » (V. Hugo, Les
Misérables.)
Cochon (Costume). Costume
dont l'indécence voulue doit
exciter les désirs des amateurs.
Les costumes des féeries sont
d'autant plus réussis qu'ils sont
plus cochons.
Cochon malade. Personne
malpropre et malsaine.
Cochon (Soigner son). Soi-
gner son corps sous le rapport
de la nourriture.
Cochonnaille, Cochonnaille-
rie. Charcuterie, la base de la
cuisine des pauvres gens
Cochonnerie. Ratatouille. Ali-
ments de mauvaise qualité, sa-
lement préparés et mal servis.
— Dire des cochonneries, tenir
des propos très libres. — Faire
des cochonneries, passer des pa-
roles à l'action.
Coco. Tête; allusion défor-
me. Se monter le coco, s'illusion-
ner, se monter la tête.
Coco. Individu , particulier.
Ne s'emploie guère qu'accolé
au mot joli, dans un sens iro-
nique : C'est un joli coco.
Coco. Pour eau-de-vie, avait
déjà cours au siècle dernier.
« Elle lui fit payer du coco, o
(Cabinet satirique.) — Aujour-
d'hui on entend par coco, de la
mauvaise eau-de-vie, de l'eau-
de-vie fortement additionnée
d'eau. — Marchand de coco ,
marchand de vin. Allusion à
l'eau que le débitant met dans
le vin et lés liqueurs.
DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE.
103
Coco. Gosier. — Se passer
quelque chose par le coco, man-
ger, boire.
Cocons. Camarade de pre-
mière année à l'Ecole polytech-
nique. Mot à mot : co-cons-
crit. (L. Larcliey.)
Cocodès. Variété du Petit-
Crevé et variante de Coco.
Cocodète. Femelle du Cocodès.
Les cocodètes sont, en général,
des femmes du monde de la
bourgeoisie, affectant une toi-
lette et des goûts incompatibles
avec leur modeste position. Une
véritable grande dame, si ex-
centrique qu'elle soit dans sa
toilette, ne sera jamais une co-
codète. Il y a des cocodètes
parfaitement honnêtes. Ne pas
le paraître, voilà leur rêve.
Cocotte. Dans le monde ga-
lant, la cocotte tient sa place
entre la femme entretenue et
la prostituée. Elle forme en
quelque sorte le parti juste-mi-
lieu, le centre de ce monde.
La cocotte aime à singer les
allures de la femme honnête,
mariée , malheureuse en mé-
nage, ou veuve, ou séparée de
son mari, ou à la veille de plai-
der en séparation. Toute cette
petite comédie, elle la joue jus-
qu'au dernier acte, pourvu que
le dénouement y gagne ou, plu-
tôt, pourvu qu'elle gagne au dé-
nouement. — Le mot cocotte
n'est pas nouveau, il est renou-
velé de i789. {Cahier de plain-
tes et doléances.)
Cocottes (Faiie des). Se li-
vrer en chantant k des lîoritu-
res improvisées.
Cocu. Mari trompé ; source
4j4'é.tern elles plaisanteries. Bien
que le mot soit absolument
français , puisqu'on le trouve
dans tous les bons auteurs du
xvii« siècle, chez madame de
Sévigné comme chez Molière et
chez La Fontaine, quile tenaient
de leurs devanciers, nous n'a-
vons pas hésité à lui donner
l'hospitalité dans le but de re-
lever une erreur d'étymologie.
Sur l'autorité de Pline, on pré-
tend que le mot cocu répond à
une allusion au coucou, lequel
est réputé pour toujours pon-
dre dans le nid d'autrui. C'est
une erreur. Cocu, qui devrait
s'écrire co-cu,est formé de deux
syllabes co pour cum. Le cocu
est un homme qui a un ou
plusieurs coadjuteurs à l'œuvre
matrimoniale, un ou plusieurs
confrères qui travaillentle môme
champ, champ désigné par la
dernière syllabe du mot. De là
cocu. L'art de faire des cocus
remonte à l'origine du monde,
si loin que le premier homme
a été cocu par un serpent. Pour-
quoi par un serpent? Parce
(|u'à ce moment il n'y avait pas
un second homme dans l'uni-
vers, s'il faut s'en rapporter à
la Bible. — M. H. de Kock a
écrit l'histoire des Cocus célè-
bres.
Gocuage. « Le cocuage pour-
suivi par les lois, réprouvé par
la morale, toléré par la bonne
compagnie, est si profondément
entré dans nos mœurs qu'il est
devenu presque une institu-
tion. » (Paris un de plus.) Des
maris indignes de ce nom n'ont
pas craint de dire du cocuage,
dans un accès de cynisme, qu'il
est comme les dents, qui com-
mencent à vous faire souffrir
quand elles poussent, et qui, par
104
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
la suite, vous aident à manger.
Cocufier. — Tromper son
mari, tromper un mari. « On
est tellement trompé dans la
vie, disait une dame, qu'on ne
sait plus à qui se cocufier. n
Cœur d'amadou. « Prompt à
prendre feu au moindre con-
tact, cœur impressionnable que
la plus légère étincelle embra-
se. » (J. Duflot, Dict. d'amour,
1846.)
Cœur d'artichaut. Se dit d'un
homme qui aime indistincte-
ment toutes les femmes. {Idem,
ibid.) On dit proverbialement :
cet homme a un cœur d'arti-
chaut, il en offre une feuille à
chaque femme.
Cœur sur du carreau (Mettre
du). Vomir. — Jeu de mots :
c'est rendre à force d'efforts
son cœur sur le parquet (car-
reau.)
Coffin. Table volante pour le
travail, — dans le jargon des
élèves de l'école polytechnique ;
nom donné en souvenir du gé-
néral C-offinières.
Coffre. Estomac. — Se garnir,
se remplir le coffre, manger.
Coffre à beurre. Tête.
Coffre-fort. Voiture cellulaire,
— dans le jargon des voleurs;
autrefois pâmer à salade. En fer
comme un coffre-fort, elle cof-
fre fortement les voleurs diri-
gés sur le dépôt de la préfec-
ture de police.
Cogne, Cognac. Agent de po-
lice, — dans le jargon des vo-
leurs ; et Cognard, gendarme.
Cogne. Cognac. — Prendre un
petit cogne, histoire de se rincer
la dent, prendre un petit verre
de cognac, pour se rafraîchir la
bouche. « Viens pitancher un
verre de cogne! » (Huysmans,
Marthe.)
Cogner. Donner des coups.
— Tais-toi ou je cogne. — Co-
yner dur, frapper fort.
Coin sans i. Imbécile. —
D'autres ne prononcent mcme
pas Yi. — « Espèce de c... bête
comme un c. »
Col (Se pousser du). Porter
un col de chemise haut, bien
blanc et bien empesé. — Au
figuré, c'est énumérer les qua-
lités qu'on croit avoir, c'est les
faire ressortir comme si on les
exhibait du col de la chemise
que la main tire en haut.
Colabre, Colas. Cou. Hafraî-
chir colas, guillotiner. — Aller
faire rafraîchir colas, sortir de
prison pour monter sur l'écha-
faud.
Collage. Union illégitime de
vieille date.
Collant, Collante. Homme,
femme dont on ne peut se dé-
barrasser facilement, qui s'at-
tache à vous comme de la colle.
— Dans l'antiquité, Phèdre a
été un beau modèle de femme
collante.
Collant. Pantalon collant. Le
collant a contribué au succès de
bien des acteurs auprès des
femmes sensibles qui jugent du
fond sur la forme. — « Est-ce
là, oui ou non, le triomphe du
fascinateur des femmes, la vé-
ritable ovation de l'homme qui
a su exploiter à son profit le
fanatisme du beau sexe pour le
collant? » (Paris-Faublas.)
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
105
Gollardé. Prisonnier ; c'est
une variante de collé. Mastroque
des collardéSj cantine de prison.
Collationner les textes. Sa-
crifier à Vénus, — dans le jar-
gon des savants.
Colle. Mensonge. Au xvii® siè-
cle, on disait ficher la colle pour
conter des mensonges. On dit
aujourd'hui fiche?' une colle. •
Colle. Examen préparatoire,
— dans le jargon des écoles.
Collé un gosse (Avoir). —
Dans le jargon des voyous, —
c'est avoir rendu une femme
enceinte.
Collège. L'ancien bagne, —
dans l'ancien argot.
Coller. Dans une controverse,
c'est embarrasser son interlo-
cuteur jusqu'au mutisme. —
Dans un examen scolaire, c'est
convaincre un élève d'ignoran-
ce. — Coller sous bande, mettre
dans un grand embarras; ex-
pression empruntée aux joueurs
de billard.
Coller. Donner; coller une
danse, donner des coups. Coller
du carme, donner de l'argent.
Collerunpaing, donner un souf-
flet.
Coller. Mettre; coller au 6/oc,
mettre en prison. Coller son
ognon au clou, mettre sa montre
au Mont-de-Piété.
Coller. Raconter; coller des
blagues, raconter des menson-
ges.
Coller. Confisquer, — dans
le jargon des collégiens. « Le
pion m'a collé ma traduction
d'Homère. » (Albanès.) — Met-
tre en retenue, — dans le même
jargon. — Je suis collé pour di-
manche.
Coller (Se). Arriver à vivre en
état de concubinage.
Coller (Se). Absorber, avaler.
« J'ai pris du Tokai... à six
francs la bouteille : je m'en suis
collé deux. » (E. Labiche et Ph.
Gille , Les Trente millions de
Gladiator.) — a Colle-toi ça dans
le fusil. » (V. Hugo.)
Coller un rassis (Se). Faire
de la peine au docteur Tissot,
— dans le jargon des collégiens.
Colleur. Examinateur dans
une institution.
Collier. Cravate. Le collier de
chanvre désignait autrefois la
corde de justice.
Colo. Colonel; par apocope.
Colombe. Dame d'un jeu de
cartes. Quatorze de colombes,
quatorze de dames.
Colombes- les- Mouches. Le
village de Colombes ; ainsi sur-
nommé à cause du grand nom-
bre de mouches qui l'assiègent.
Colonne (Faire sa). Faire le
fier, se redresser avec orgueil.
Mot à mot : faire sa colonne
Vendôme. — « T'as pas bientôt
fini de faire ta colonne Vendô-
me! » (P.MahaUn, Les Monstres
de Paris.)
Colonne (Avoir chié la). Etre
très malin, très adroit dans son
métier, — jargon des ouvriers du
fer. — C'est pas toi qu'a chié la
colonne, gros malin. — ISon, c'est
ta sœur!
Colonne (Se polir la). Se li-
vrer au culte d'Onan.
Coloquinte . Tête. — Coloquinte
défraîchie, tête de vieux.
106
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
Coltiger. Arrêter, — dans
l'ancien argot.
Coltin. Vigueur corporelle. —
Fort de la halle.
Coltiner. Faire un métier de
cheval en tirant sur la bricole
d'une charrette à bras; et, par
extension, faire de gros ouvra-
ges.
Coltineur, Coltineuse. Celui,
celle qui s'attelle à une char-
rette. — Marchand des quatre-
saisons. — Ouvrier qu'on em-
ploie à de gros ouvrages.
Combergeante. Confession. —
Comberge, confessionnal.
Comberger. Compter, — dans
le jargon des voleurs.
Combre. Chapeau. C'est le
sombrero espagnol avec chan-
gement de la première lettre et
l'apocope si fréquente en argot.
Et par corruption, combe.
Combrier. ChapeUer.
Comédie (Etre à la). Chômer,
— dans le jargon des ouvriers.
Comestaux. Comestibles. Tout
ce qui se vend à la cantine des
prisons est connu sous le nom
de comestaux, le fromage aussi
bien que le saucisson. Se pous-
ser deux ou trois comestaux,
manger deux ou trois objets de
consommation. Il y a des comes-
taux depuis un jusqu'à trois pé-
tards.
Comète. Individu réputé
pour porter la déveine au
joueur derrière lequel ou à
côté duquel il se place pendant
une partie. La comète ne joue
pas, elle regarde. Il y a des
joueurs qui, voyant à leurs côtés
une comète, quittent illico la
table.
Commander à cuire. Envoyer
à l'échafaud. (A. Delvau.)
Commandite. « Association
d'ouvriers pour la composition
d'un travail quelconque. Los
grands journaux de Paris sont,
à peu d'exception près, tous
faits en commandite. Les ou-
vriers élisent leur metteur en
pages et se partagent chaque
semaine la somme qui leur re-
vient d'après le tarif, en faisant
toutefois un léger avantage au
metteur. » (Boutmy.)
Comme if. Comme il faut,
distingué, — dans le jargon des
ouvriers. Tas rien l'air comme
if'
Comme s'il en pleuvait. Beau-
coup, à foison. — Verser du
Champagne comme s'il en pleu-
vait. La variante est : Gomme si
ça ne coûtait rien.
Commettre le péché. Mot à
mot commettre le péché de la
chair. « Il était naturel que le
voisinage du Val d'Amour de
Glatigny fût envahi de préfé-
rence (xui® siècle) par les ri-
baudes, qui y allaient commet-
tre le péché, suivant les termes
des anciens édits. » (Pierre Du-
four, Hist. de la prostitution,
1852.)
Commissaire. Petit broc de
vin. S'arrêter pour dire deux
mots au commissaire, entrer chez
le marchand de vin.
Commissaire du quartier. Ad-
judant sous-officier, — dans le
jargon des troupiers.
Commode. Cheminée, — dans
l'argot des voleurs qui se ser-
vent de l'âtre comme d'une
commode.
DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE.
107
Commode (Remuer la). Chan-
ter. — dans le jargon du peu-
ple. Pourrappelerironiquement
le bruit désagréable produit par
un meuble qu'ion change de
plate. En v'ià un qui vous bas-
sine, à remuer la commode ses dix
heures par jour !
Communard, Communarde.
Affihé, affiliée à la Commune.
Partisan de la Commune en
1871. «Donc M. Viollet-Le-Duc,
l'architecte devenu communard,
a été chargé de faire un plan
d'amusement. » (Paul de Cassa-
gnac, Pays du 21 mai 1878.)
Commune (Faire une). Es-
sayer d'atténuer l'effet d'une ■
mauvaise opération. Ex. : ache-
ter 100 obligations turques à 60 |
francs, quand on en a 200, qui j
vous reviennent à 150 francs, j
— dans le jargon de la Bourse.
Compas dans l'œil (Avoir le).
Avoir le coup d'oeil juste.
Compas (Ouvrir le). Faire de
grandes enjambées. — Fermer
le compas, s'arrêter. Un des
types d'avare de ce siècle ou-
vrait toujours démesurément le
compas. Cet esprit observateur
avait remarqué que les grandes
enjambées usent moins les cu-
lottes.
Complet. Vêtement complet,
c'est-à-dire veston, gilet et pan-
talon levés sur la môme pièce.
« 11 se sent plus à l'aise sous sa
veste blanche que sous les com-
plets que lui expédient les bons
faiseurs de Londres. » {Figaro,
d" 11 déc. 1878.)
comprendre (La). Voler. Mot
à mot : comprendre la vie de
voleur.
Compte. Comptoir de mar-
chand de vin. Prendre un canon
sur le compte.
Comte de caruche. -eôlier.
— Comte de castu, infirmier, —
dans l'ancien argot.
Comtoi, Batteur de comtois.
Compère ; et par abréviation
comte, com. Sous ce nom « sont
désignés les compères que cha-
que baraque entretient au pied
de l'escalier pour animer le leu
et entretenir la partie. On lc3
reconnaît à la carrure de leurs
poitrines, au balancement des
épaules, à l'éraillure de la
voix. » (J. Vallès.)
Gonasse. Femme stupide. —
Les filles de maison appliquent
cette épithète aux femmes hon-
nêtes aussi bien qu'aux filles
insoumises qui, d'après ces
cloîtrées de la prostitution, ne
comprennent pas mieux leurs
intérêts les unes que les autres.
Pour elles, hors de la maison»
pas de salut, pas d'esprit de
conduite. « Devant les étrangers
et surtout devant des jeunes
gens ou des hommes à conver-
sation libre et plaisante, elles
(les filles publiques) vantent
leur savoir-faire, elles repro-
chent à leurs camarades leur
impéritie, et leur donnent ains'
le nom de conasse, expression
par laquelle elles désignent or-
dinairement une femme hon-
nête. » (Parent-Duchatelet, De
la Prostitution.)
Concierge. Nom que donne
à son passe-partout Touvrier
qui loge dans une maison où il
a la chance de ne pas avoir de
portier.
Concubin. Celui qui vit avec
une femme sans être marié avec
elle.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
108
Concubiner. Vivre en état de
concubinage. « Lui qui concu-
binait avec une servante dans
sa propre maison. » (J. Barbey
d'Aurevilly, Les Diaboliques,
1874.)
Condé. Jeu autorisé sur la voie
publique. — L'autorisation elle-
môme. C'est une déformation
de congé, permission. Par ex-
tension se dit de ceux qui oc-
troient les permis de stationne-
ment sur la voie publique, tels
que maires, adjoints, préfets.
Condé. Maire. — Demi-condé,
adjoint. — Grand-condé, préfet
de police.
Condition. Maison, — dans
le jargon des voleurs. Faire une
co?idi<zon, voler dansunemaison.
Mot emprunté au jargon des do-
mestiques qui disent être en con-
rf^ï^on,pour être placé dans une
maison.
Conditions (Dans les). C'est-
à-dire, dans de bonnes condi-
tions, comme il convient. Ce qui
semble bon ou bien fait est
dajîs les conditions. {Jargon du
peuple).
Conduite de Grenoble. Ce fut
primitivement un terme de
compagnonnage. — Cette con-
duite se fait dans une société à
un de ses membres qui a volé
ou escroqué. — « J'ai vu au mi-
lieu d'une grande salle peuplée
de compagnons un des leurs à
genoux; tous les autres compa-
gnons buvaient du vin à l'exé-
cration des voleurs ; celui-là bu-
vait de l'eau ; et quand son es-
tomac n'en pouvait plus recevoir,
on la lui jetait sur le visage. Puis
on brisa le verre dans lequel
il avaitbu, on brûla ses couleurs
à ses yeux; le rcMeur lefitlever,
le prit par la main et le pro-
mena autour de la salle; chaque
membre de la société lui donna
un léger soufflet ; enfin la porte
fut ouverte, il fut renvoyé, et
quand il sortit, il y eut un pied
qui le toucha au derrière. Cet
homme avait volé. » (Agricol
PerdigLiier, Du Compagnonnage).
Conduite de Grenoble (Faire
la). Econduire. Accompagner un
orateur, un personnage politi-
que en le couvrant de huées.
Réminiscence du terme de com-
pagnonnage expliqué plus haut.
Conduite en règle. « Quand un
compagnon aimé quitte une
ville, on lui fait la conduite en
règle, c'est-à-dire que tous les
membres de la société l'accom-
pagnent avec un certain ordre.»
{Almanach des métiers, 1852.)
C'est l'opposé de la conduite de
Grenoble.
Conduite (Acheter une). Me-
ner une conduiteplus régulière.
Conférencier. Individu qui
parle sur un sujet quelconque,
devant un pubHc quelconque,
dans une salle quelconque. Lors-
que le conférencier est une
dame, alors c'est une conféren-
cière. Ordinairement elle parle
en faveur de la revendication
des droits de lafemmeet s'étend
longuement sur le chapitre des
mœurs publiques : La Roche-
foucauld en jupon. Vulgaire-
ment on appelle le mâle et la
femelle « des endormeurs en
boite. »
Conférencier. Faire des con-
férences. Parler devant un pu-
blic plus ou moins nombreux
de ce qu'on n'a eu ni le temps,
I
DlCTiONNAïaE D ARGOT MODERNE.
ni la patience, ni la force d'é
109
crire pour un journal.
Confessionnal à deux roues
de Chaiiût Casse-Bras. Surnom
que le peuple de Paris avait
donné à la charrette du bour-
reau (1750).
Confirmer Souftleter.
Confiture d'abricot. Sécrétion
des oreilles, — dans le jargon
des collégiens qui ne rêvent que
confiture.
Confortable. Maillot rembour-
ré. « Décidément, pas plus tard
que demain, je m'oil're un petit
confortable. » (Grévin, Au Théâ-
tre.)
Confrère de la lune. Mari
trompé avant, pendant et après.
Coniller. Chercher des pré-
textes pour se soustraire à un
danger, ou pour éviter la société
des gens ennuyeux.
Conjungo. Mariage. « A cela
près, hâtez le covjimgo. (Pois-
son.)
Connais (Je la). Mot à mot :
je connais ce que vous me ra-
contez. Cherche-t-on à en impo-
ser à quelqu'un qui est au cou-
rant des manœuvres parisiennes,
il ne manquera pas de répon-
dre : Celle-là je la connais^ il ne
faut pas me la faire, c'est moi
qui l'ai inventée.
Connaissance. Amant, maî-
tresse; fiancé, fiancée, — dans
le jargon des ouvriers, des mi-
litaires et des bonnes d'enfants.
« T'nez M'sieu, j'aime mieux
vous r dire tout d' suite, j'ai
z'une connaissance. » (Grévin.)
Connaître (La). Etre au cou-
rant de, au l'ait de. Les anciens
durégiment disent proverbiale-
ment : « Il ne suffit pas de la
connaître, il faut la pratiquer. »
Primitivement l'expression si-
gnifiait : connaître la théorie ;
par la suite on a abrégé et on a
dit : la comiaître. Le mot a pris
de l'extension et s'applique à
beaucoup d'autres choses.
Connaître le menu. Pour les
gourmets, c'est se réserver pour
les meilleurs plats; pour les
vieux libertins, c'est avoir pris
au moins une collation servie
par l'amour chez madame ou
mademoiselle une telle.
Connobre. Connaître, recon-
naître, — dans le jargon des
voleurs.
Conquête. Triomphe de l'a-
mour, d'homme à femme. —
Triomphe de l'argent, de femme
à homme. Faire des conquêtes ^
séduire un certain nombre de
femmes, être aimé du beau sexe,
lui plaire.
Conscience. Ventre, estomac.
Se mettre un verre de vin sur la
conscience, ingurgiter un verre
de vin.
« Puis quand il eut mis sur sa conscience
» Broc de vin blanc. »
(Le Roux, Dict. comique.)
Conscience. Travail à la jour-
née, en terme de typographe.
— L'atelier des typographes
payés à la journée. Homme de
conscience, typographe payé à
la journée.
Conseiller (Vaiselle de). Ar-
genterie volée, — dans l'ancien
argot.
Conserves, légumes conser-
vés. Répertoire classique. —
Dans l'argot des romantiques,
les soirs où le Théâtre-Français
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
110
exhibait les conserves, étaient
les soirs réservés à l'ancien ré-
pertoire.
Conservatoire. Mont-de-Piété.
Le conservatoire des bardes et
autres.
Conservatoire de la Villette
(Elève du). Expression dont se
sert le peuple pour désigner un
mauvais chanteur.
Consigne. Tringle de fer qui
sert à attiser le feu d'un poêle ;
tisonnier, — dans le jargon des
troupiers.
Consolation.Débit de liqueurs.
— L'eau-de-vie est la consola-
tion des ivrognes.
Consomme. Consommation.
Conspiration du silence. En-
tente tacite de la presse, — la
seule peut-être qui existe —
dans le but d'étoulïer un nou-
veau journal sous le poids du
silence, un silence plus préju-
diciable que les critiques les
plus acerbes. En vain pour le
faire rompre, le nouveau venu
passe-t-il de la flatterie aux in-
vectives et des invectives à la pro-
vocation : Nouvelles à sensation,
premiers-Paris remarquables,
articles originaux, autant d'encre
perdue. Les vétérans du journa-
lisme demeurent muets ; puis,
un beau jour, la feuille infortu-
née rend le dernier soupir sans
que le public se soit seulement
douté de son existence; et un
autre beau jour, les articles ori-
ginaux morts-nés, légèrement
démar(jués,obtiennentun succès
prodigieux dans la feuille d'un
des conspirateurs sans déUca-
tesse.
Contre-Basse. Derrière, ~
dans le jnrgon des voyous. —
Travailler la contre-basse^ porter
des coups de pied au derrière.
Sauter sur la contre- basse, même
signification.
Contre-coup. Contre-maître.
— Contre-coup de la boite, con-
tre-maître de l'usine, de l'ate-
lier.
Contre-marque du Père-La-
chaise. Médaille de Sainte-Hé-
lène. Cette médaille a été ac-
cordée sous Napoléon III à tous
les anciens soldats du premier
Empire. Elle a été saluée éga-
lement du sobriquet de médaille
en chocolat, par allusion à sa
couleur.
Convalescence. Surveillance
de la haute police. Sortir de con-
valescence, ne plus être sous la
surveillance de la police.
Copain. Camarade de collège.
— « Le vrai mot est compaiîi ou
compaing, qui, du temps de nos
bons aïeux, signifiait compa-
gnon, qui lui-même vient de
cum et panis, qui mange le
même pain. » (Albanès, Mystè-
res du collège.)
Copeau. Langue, — dans le
jargon des filles et de leurs che-
valiers.
Copie (Pisseur de). Journa-
liste qui fait de l'abondance
avec sa plume. — Un bon pis-
seur de copie écrit d'abondance
et avec abondance sur n'im-
porte quel sujet.
Copie sur quelqu'un (Faire
delà). Diredu mal de quelqu'un,
— dans le jargon des typogra-
phes qui savent mieux que per-
sonne que la copie des journa-
listes est, souvent, loin d'être à
l'eau de rose.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
111
Coquage. Dénonciation, —
dans le jargon des voleurs.
Coquard. Œil; et les varian-
tes : Cocarde, coquillard. S'en
tamponner le coquillard, s'en
moquer. Mot à mot : s'en battre
Vœil, comme dit encore le peu-
ple.
Coquer. Dénoncer. C'est le
mot croquer moins l'R. En ar-
got manger le morceau aie même
sens.
Coquer. Donner. Coquer le
poivre, donner du poison.
Coquer. Mettre. Coquer le ri'
fie, mettre le feu.
Coqueur. Dénonciateur qui,
à chaque dénonciation, touche
une prime à la préfecture de
police. — Le coqueur qui est
compagnon de prison d'un ac-
cusé s'appelle mouton ou musi-
cien. Son rôle consiste à capter
la contiance des accusés dont la
justice attend des révélations.
Les variantes sont : Coq et co-
quin.
Coqueur de billes. Banquier,
changeur, bailleur de fonds. Et
la variante : Coqueur de braise.
Coquine. Ephestion de trot-
toir, — dans le jargon des vo-
leurs. Mot ti'ès usité pour le
moment.
Corbeau. Prêtre. — Allusion
à la couleur noire de la robe.
Corbeau, a On appelait, au-
trefois, de ce nom ceux qui, en
temps de peste, cherchaient les
corps morts pour les enterrer,
qui ensuite nettoyaient les mai-
sonsinfectées de cette maladie. »
(Le Roux, Dict. comique.) Au-
jourd'hui les porteurs des pom-
pes funèbres ont hé .té de ce
sobriquet.
Corbillard à deux roues. Per-
sonne triste. « Dis donc, ma
fille, quitte donc ce corbillard à
deux roues et viens avec nous,
qui sommes de francs loupeurs!»
(Philibert Audebrant.)
Corbillard à nœuds. Prosti-
tuée ignoble et malsaine, —
dans le jargon des voyous.
Corbuche. Plaie, ulcère, —
dans l'ancien argot.
Corde de pendu (Avoir de la).
Réussir dans tout ce que l'on
entreprend. — Le peuple dit,
en parlant de quelqu'un qui a
beaucoup de chance, qu'il a
de la corde de pendu. Une très
vieille superstition populaire at-
tache à la corde de pendu la
propriété de porter bonheur à
ceux qui en possèdent un frag-
ment. Pour que son efficacité
soit réelle, il faut qu'elle pro-
vienne d'un pendu par autorité
de justice. L'autre, celle des
pendus par conviction, ne vaut
rien. Faute de mieux, pourtant
bien des vieilles femmes s'en
contentent, et lorsqu'il y a un
pendu dans une maison, c'est à
qui s'arrachera un bout- de la
corde. Tout le monde ne peut
pas être en relation avec le
bourreau de Londres.
Corder. S'accorder ; par abré-
viation.
Cordes, Câbles (Faire des).
Faire un séjour prolongé aux
lieux d'aisances.
Cornant. Bœuf. — Cornante,
vache. — Cornichon, veau.
Cornard. Mari infortuné qui
est coiffé d'une paire de cornes.
112
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
Pour donner une idée de la
hauteur de certaines cornes, on
dit de celui qui en est orné : Il
ne passerait pas sous la porte
Saint-Denis. « Sans pitié, sans
regret me ferais-tu cornard ? »
(Belle-Isle. Mariage de la reine de
Monôme.) Cornard fait allusion
aux cornes du bouc, animal qui
ne se formalise jamais des assi-
duités d'un autre bouc auprès
d'une chèvre commune. Les
Grecs désignaient sous le nom
de fils de chèvre les enfants illé-
gitimes. Le Vidcanus corneus
des Latins n'était autre que notre
cornard.
Cornard (Faire). Faire bande
à part, en terme d'école mili-
taire.
Cornemuse (Se rincer la).
Boire. La cornemuse a le sens de
gosier.
Corner. Puer, —dans le jar-
gon du peuple. — Cornage,
puanteur.
Corniche. Ecole de Saint-Cyr.
Cornichon. Aspirant à l'Ecole
militaire de Saint-Cyr.
Corridor. Gosier. — Astiquer
le corridor, manger et boire. Le
peuple prononce généralement
colidor.
Corset. Nojrt que le peuple
avait donné aux assignats pen-
dant la Révolution ; du nom d'un
des signataires des assignats.
Corvée (Aller à la). Se livrer
au travail professionnel, — dans
le jargon des filles de maison.
Cosaque. Poêle à chauffer. En
souvenir des bonnets à poils des
Cosaques.
Cesser. Dépenser. Cosser son
carme, dépenser son argent,
— dans l'argot des voyous.
Costières. Rainures destinées
à faire glisser les portants sur
le plancher d'un théâtre. (A.
Delvau.)
Costières. Poches de côté
dont les grecs se servent pour
placer des portées, afin de
pouvoir les saisir facilement.
Costume. Ensemble de toilette
de femme dont les tons sembla-
bles vont en se dégradant de-
puis le chapeau jusqu'aux botti-
nes. — Costumes bleus, verts,
mauveSy etc.
Côte (Etre à la). Avoir échoué
sur le rivage de la misère.
Cote (Frère de la). Commis
d'agent de change ; par allusion
à la cote de la Bourse.
Côté cour, Côté jardin. Côté
cow\ les coulisses à la droite du
spectateur, côté jardin^ les cou-
lisses de gauche. « Autrefois, et
jusqu'à Louis XVIIl, on dési-
gnait ces mêmes côtés par les
noms de côté de la Reine et
côtéduRoi.Leducd'Angoulême,
traversant la scène pour se
rendre k sa loge, entendit un
ordre que donnait, à ses
hommes d'équipe, le chef ma-
chiniste : Chargez le Roi, disait
celui-ci : Appuyez sur la Reine.
Le lendemain, sur l'ordre du
duc, on baptisa côté cour le côté
qui donnait sur la cour des Tui-
leries et côté jardin celui qui
donnait sur le jardin. » (E.
Montagne, Le Manteau d'Arle-
quin).
Côte-nature. Côtelette de
mouton au naturel. — dans le
jargon des garçons de restau-
rant.
Côté des caissiers. CôLc de la
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
113
I
gare du Nord où Ton délivre
les billets pour la Belgique.
Côté qui n'est pas vrai. Mau-
vais côté, — dans le jargon du
régiment. « Mariés du côté qui
n'est pas vrai. — Honnête du
côté qui n'est pas vrai. » On dit
également dans le même sens :
côté hors montoir. C'est le côté
opposé à celui où l'on monte à
cheval. Mariage du côté hors mon-
toir. »
Cotelard. Melon; allusion à
ses côtes. C'est un mot d'ancien
argot. Aujourd'hui, quand un
voyou voit passer un quidam
avec un melon sous le bras, il
s'écrie : « M'sieu est en famille, »
ou encore: «Env'làunqui vient
de chercher sa photographie »
ou autres plaisanteries du
môme genre.
Côtelette (Avoir sa). Obtenir
un succès, — en terme de théâ-
tre.
Côtelette polonaise. [Crotte
du nez.
Côtelette de menuisier. Mor-
ceau de fromage de Brie.
Coterie. Assemblée d'ouvriers.
— Les tailleurs de pierres et les
charpentiers se disent co^ene;
tous les compagnons des autres
états se disent pays. — Les
compagnons remplacent le mot
monsieur par celui de coterie.
(Agr. Perdigmerj Du Compagnon-
nage.)
Côtes en long (Avoir les). Ne
pas aimer le travail. Celui qui
aurait les côtes en long ne pour-
rait ni se baisser ni faire aucun
ouvrage fatigant. Autrefois, on
disait avoir les bras rompus;
c était le adineros pagados bran-
cos quebrantados des Espagnols.
Cotillon (Aimer le). Aimer les
femmes.
Coton. Rixe. — Besogne dif-
ficile. — Donner du coton, don-
ner du mal à faire, en oarlant
d'un ouvrage.
Coton (Avaler du). Etre pris
pour dupe. « Je veux par mes
propres yeux vérifier si oui ou
non on m'a fait avaler du co-
ton. » (Saint-Patrice, Aten^wres
de ^^abuGhodonosor Nosebreaker.)
Cotret. Forçatlibéré. Variante
de fagot. Les forçats étaient ac-
couplés comme des cotrets.
Cotret (Jus de). Coups de bâ-
ton.
Couac. Prêtre, — dans le jar-
gon des voyous, par allusion au
cri du corbeau, un des sobri-
quets du prêtre.
Couche (Il y). Se dit de quel-
qu'un qui reste longtemps dans
un endroit, de quelqu'un qui
passe ses journée dans un en-
droit. — Encore au café ? — Il
y couche.
Couché (Etre). En terme de
commis de magasin, c'est se
voir — pour cause de retard —
couché sur le carnet du surveil-
lant avec une amende de vingt-
cinq centimes.
Coucou à répétition. Gonor-
rhée — dans le jargon des vo-
leurs; allusion à la persistance
de la maladie.
Coude (Lâcher le). Quitter. —
Vous m'ennuyez, lâchez-moi le
coude. — Lever le coude, boire.
— Huile de coude, vigueur du
bras, travail manuel fatigant.
Couenne. Niais. « Est-il
couenne^ cepetitN... dcD... là..,
114
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
ça lui fait de la peine quand on
bat les autres. » (Eug. Sue. Mi-
sères des enfants trouvés.)
Couenne. Peau. — Se racler
la couenne, se raser.
Couette de cheveux. Petites
mèches de cheveux au bord des
tempes et derrière le cou.
C... es au cul (Avoir des). Etre
brave, ne pas se laisser intimi-
der, — dans le jargon du peu-
ple.
Couillon. Poltron. Vient de
Coilly ou Gouilly, petit village
de la Brie Champenoise, au-
jourd'hui dans le département
de Seine-et-Marne, arrondisse-
ment de Meaux. Un vieux qua-
train recueilli dans les adages
français donne une haute idée
du courage des gens de Couilly,
les Couillyons.
« Mil cinq cent vingt et quatre
» Coilli fut pris sans combattre ;
» Et les blés furent engelés
» Et maints gens déshonorés. »
Couiner. Parler en larmoyant.
Coulage, coule. Gaspillage
par suite de mauvaise adminis-
tration, — en terme de com-
merce.
Coule (Etre à la). Ne pas avoir
de préjugés, tout savoir et tout
connaître en fait de ruses. —
Etre au courant d'un métier,
d'une chose. Mettre à la coule,
mettre au courant.
Coulé. Perdu, ruiné, — en
terme de commerce.— Etre
coulé dans l'opinion de quel-
qu'un, avoir perdu la confiance
de quelqu'un. — Commerciale-
ment parlant : n'avoir plus ni
crédit, ni rr -sources.
Couler quelqu'un. Faire per-
dre de l'argent à quelqu'un. —
Ruiner un commanditaire. —
Perdre quelqu'un de réputation.
Couler douce (La). Mot à mot :
couler la vie doucement, mener
une existence heureuse.
Couleur. Ruse, mensonge.
« Laissez donc, ça fait comme
ça la sainte n'y touche, pour s'
faire r'garder ; on connaît ces
couleurs-là. » (Mars et Raban,
Les Cuisinières). — Etre à la
couleur, ne pas se laisser trom-
per ; deviner un mensonge. C'est-
à-dire savoir quelle est la cou-
leur qui retourne.
Couleur. Soufflet, coup de
poing sur le visage, appliquer
une couleur, donner un souftlet.
— Passer à la couleur, se faire
administrer des claques.
Coulissier. Courtier spécula-
teur en vieilles nippes, — dans
le jargon du Temple.
Couloir. Gosier, bouche. —
Repousser du couloir, sentir mau-
vais de la bouche.
Couloir à airs. Chanteuse, —
dans le jargon des voyous. —
Gosier. — Ferme ton couloir à
airs.
Coup. Manœuvre faite dans le
but de tromper. On dit : il m'a
fait le coup, il m'a trompé; c'est
le coup du suicide, c'est un faux
suicide annoncé pour attendrir
la dupe. (L. Larchey.)
Coup du tablier (Le). Quand
une domestique est, depuis
quelque temps, dans une mai-
son où elle sait qu'elle fait l'af-
faire des maîtres, elle donne
de temps à autre le coup du ta-
blier, c'est-à-dire qu'elle de-
mande son compte soit pour se
faire apprécier davantage, soit
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
115
pour avoir de l'augmentation.
Coup (Bon). Dans le vocabu-
laire de la galanterie, c'est le
plus bel éloge qu'un homme
puisse faire d'une femme pour
la manière dont elle tient les
cartes au jeu de l'amour. — Par
contre, mauvais coup sert à dési-
gner la femme qui n'entend
rien à ce jeu, ou que ce jeu
laisse froide.
Coup (Montage de). Mensonge
préparé de longue main. —
Monter le coup, en imposer, con-
ter un mensonge. — Se monter
Ze coup, s'illusionner. — Monter un
coup, combiner un vol. — Mon-
teur de .coups, celui qui ment,
par iiabitude, dans un but in-
téressé.
Coup de soleil. Ivresse; illu-
mination faciale causée par un
excès de boisson.
Coup de bouteille. Rougeur
du visage, coup de sang occa-
sionné par l'ivrognerie. (A. Del-
vau.)
Coup de feu de société. Le
pinacle de la soulographie, —
dans le jargon des typographes.
Coup de télégraphe. Dépêche
électrique. — Donner un coup de
télégraphe, expédier une dépê-
che télégraphique, — en terme
d'employés du télégraphe.
Coup de rifle. Ivresse. Mot à
mot : coup de feu.
Coup de vague. Vol d'inspi-
ration, vol à l'aventure; c'est le
contraire du poupon oupoupart.
Pousser un coup de vague, com-
mettre un vol à l'aventure.
Coup dur. Evénement impré-
vu et fâcheux. — Carambolage
<i revenir lorsqu'une des billes à
toucher est collée sous bande.
Coup du médecin. Deux doigts
de vin pur après la soupe.
Coup de sirop. Légère ivresse,
après avoir bu du vin aussi
écœurant que du sirop; après
avoir trop siroté.
Coup d'encensoir. Coup de
poing sur le nez, — dans le
jargon des voyous qui ont servi
la messe.
Coup de marteau. Grain de
fohe. Mot à mot : coup de mar-
teau qui a fendu le crâne. Au-
trefois on disait dans le même
sens « coup de hache. » Celui
qui avait reçu un coup de hache
étaitréputéaux trois quarts fou.
« Oui, il aime à bouffonner; et
l'on dirait parfois, ne v's en dé-
plaise, qu'il a quelque petit
coup de hache à la tête. » (Mo-
lière, Le Médecin malgré lui, acte
II. se. 1.)
Coup de fourchette. Coup de
doigts dans les yeux. Ce coup
très dangereux est particulier
aux voyous. Il consiste à porter
dans les yeux de l'adversaire le
médius et l'index de l'une ou
de l'autre main écartés en for-
me de V.
Coup de pied. Avance d'ar-
gent, — dans le jargon des tail-
leurs. Donner un coup de pied au
grêle, demander une avance au
patron.
Coup de casserole. Dénon-
ciation. (L. Larchey.)
Coup du lapin. Coup mortel.
— Premières atteintes de la
vieillesse. — Recevoir le coup
du lapin, commencer à vieillir.
« Un commencement de calvi-
tie et d'obésité indiquait qu'il
116
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
avait reçu ou qu'il était bien
près de recevoir Je coup du la-
pin. » (A. Delvau, Le Grand et
le petit trottoir.)
Coup de torchon. Duel au
sabre, en terme de régiment.
Se flanquer un coup de torchon.
Coup de figure. Repas soigné.
— Se Jlanqmr un coup de figure^
faire un bon repas.
Coup d'acre. Extrême-onc-
tion, — dans le jargon des vo-
leurs. Mot à mot : coup de Sa-
crement.
Coup de la Chancellerie. Une
des passes de la lutte à main
plate. C'est tenir, sous le bras,
la tête de son adversaire. Si
celui qui le porte est habile, le
coup de la chancellerie amène la
chute de l'adversaire et doit le
tomber sur les deux épaules. —
« On trembla pour lui, qui, la
tête prise sous l'une dos aissel-
les et froissée aux coudes angu-
leux du faraud, un retors aussi!
résistait assez mal au rude coup
de la chancellerie. » (Gladel,
Ompdrailles, le Tombeau des lut-
teurs.)
Coup de pouce. Faux poids
obtenu au moyen d'une légère
et vive application du pouce
sur celui des plateaux de la ba-
lance où repose la marchandise.
— Etre fort sur le coup de pouce,
avoir l'habitude de vendre à
faux poids.
Coup de pouce. Effraction, —
dans le jargon des voleurs.
Coup de pistolet. Pièce, acte
ou scène d'un caractère très
hardi, — en terme de théâtre.
— Œuvre d'art dont l'origina-
lité voisine de l'extravagance
n'a d'autre but que de forcer
l'attention publique.
Coup de pistolet. Engage-
ment à coups irréguliers d'une
forte somme d'argent, — en
terme de joueur.
Coup du (Le). L'heure, le
moment, l'instant. — Le coup
de l'absinthe, le coup de l'emprunt,
le coup de l'attendrissement.
Coup de pied de Vénus. Ma-
ladie que l'on traite comme on
traite les glaces de Saint-Go-
bain. Ce qui a fait dire à un
de nos plus célèbres spécialis-
tes, en estropiant un hémistiche
bien connu de Virgile : Mercu-
rium ayitat molcm.
Coup de peigne. Batterie. —
Se donner un coup de peigne, se
battre, en venir aux mains.
« Ça ne peut pas marcher, c'est
impossible, on se donnera un
coup de peigne. » (L^s farces
et les bamboches populaires de
May eux, 1831.)
Coup Giraud. Dans le jargon
des joueurs, c'est le second coup
d'une main au baccarat en
banque, coup, paraît-il, très dé-
favorable au banquier. Un no-
taire de Marseille qui ne jouait
jamais que ce coup-là lui a lé-
gué son nom. Il a laissé quel-
ques imitateurs.
Coup de manche. Mendicité à
domicile avec lettres fabriquées
pour émouvoir les âmes chari-
tables.
Coup de vieux (Recevoir un).
Toucher à la quarantaine, en
parlant d'une femme, — dans
le jargon des hommes de let-
tres et des artistes.
Coupe. Action d'allonger les
j
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
117
bras en nageant, de couper
l'eau. « Voyons, de la grâce,
Balochet, du moelleux dans la
coupe, songe que du haut de ce
pont quarante Parisiens nous
contemplent. » (Daumier.)
Coupe-sifflet. Couteau, —
dans le jargon des voleurs.
Coupe-ficelle. Artificier mi-
litaire.
Coupe-lard. Couteau.
Coupe-cul (A). Sans revan-
tlie, — dans le jargon des
joueurs.
Coupe (Saut de). Action méca-
nique, exécutée avec les doigts,
laquelle a pour résultat de re-
placer un jeu comme il était
avant la coupe de l'adversaire.
— <( L'on parle de l'adresse des
g7-ecs à faire sauter la coupe,
mais il n'y en a pas un sur cent
qui sache et surtout qui ose la
faire sauter. » (A. de Caston,
Les Tricheurs.)
Coupe tout ce qu'il voit. Se
dit d'un mauvais couteau, d'un
couteau qui ne coupe pas du
tout. On dit encore : il coupe
comme le genou à ma grand'
c'est-à-dire comme le genou à
ma grand'mère.
Coupe (Tirer sa). Nager. —
Signifie encore dans le langage
du peuple, parëir, se sauver.
« Pignouf, tu ferais mieux de
me donner ma paperasse, pour
que ic tire ma coupe au galop. »
[Le Petit Badinguet.)
Coupé (Etre). Etre sans ar-
gent, — dans le jargon des ty-
pographes.
Couper (Y). Ne pas savoir
faire une chose, n'y rien con-
naître, ou ne pas vouloir la
faire. Etes-vous fort sur le cal-
cul? — J'?/ coupe. A au régiment
à peu près la môme significa-
tion. C'est éluder une corvée
ou une punition. Je coupe à aller
prendre Jules par les oreilles. A
quelqu'un qui veut éviter une
corvée, les camarades disent :
Tu n'y couperas pas plus qu'un
vieux renard. — Dans le même
jargon, équivaut au célèbre: Tu
peux te fouiller. « Tu voudrais
bien te rincer la trente- deuxième^
mais tu y coupes. «Réminiscence
du jeu d'écarté.
Couper à la marche. Se faire
exempter d'une corvée, — dans
le jargon des troupiers.
Couper le sifflet. Interloquer.
— Ça te la coupe. Mot à mot : ça
te coupe la parole. — Ça vous
coupe la gueule à quinze pas^ ça
sent mauvais de loin. Lorsque
quelqu'un vous parle, qui a
mangé de l'ail, du fromage de
Gruyère, bu quelques verres de
vin et fumé une ou deux pipes
par là-dessus, ça vous coupe la
gueule à quinze pas.
Couper dans le pont. Tomber
dans un piège. « En terme de
gi^ec, le pont c'est le bombage
de la partie supérieure du jeu
destiné à amener l'adversaire à
couper les cartes de façon à ai-
der le tricheur. Mais personne
ne coupe plus dans le pont. »
(A. de Caston.)
Couper dans la pommade.
Tomber dans le panneau, — er
terme populaire.
Couper le trottoir. Marcher
comme si l'on était seul sur un
trottoir, bousculer tout le monde
en marcJiant.
Couplet. Tout ce qu'un acteur
7.
118
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
a à dire, prose ou vers, se nom-
me littérairement couplet. (A.
Bouchard.)
Coupolard. Membre de l'Insti-
tut; allusion à la coupole du
Palais-Mazarin. « On n'est pas
plus athénien que le bon vieux
coupolard N. » [Tam-Tam du
2 juin 1878)
Coups d'encensoir. Mouve-
ments réitérés par lesquels un
cheval fait aller sa tête de bas
>sn haut.
Coups de pied (Ne pas se
donner de). Se faire valoir. —
Et encore : Ne pas se donner de
coups de pied au derrière. —
« Tu ne te donnes pas de coups
de pied au derrière. » (Henni-
que, La Dévouée.)
Courageux. Qui ne boude pas
à l'ouvrage. « C'est un zigue
rien courageux et d'attaque. »
Courant d'air dans l'œil (Se
fourrer un). S'illusionner, se
tromper grossièrement. C'est
une forme nouvelle de : Se four-
rer le doigt dans Vœil.
Courante. Diarrhée. — Se
payer une courante, % ^ sauver au
galop.
CoTiirbe. Epaule, — dans le
jargon des voleurs.
Courer (Se). Se garer; pren-
dre des précautions, — dans le
jargon des voleurs.
Courer (La). Ennuyer. — Tu
me la coures, tu m'ennuies.
Coureuse. Machine à coudre,
— dans le jargon des voleurs.
Courir (Se la). Se sauver.
Court-bouillon (Le grand).
1,11 mer, — dans le jargon des
,oleurs. C'est-à-dire, sans in-
version, le grand bouillon qui
court.
Courtange. La Courtille.
Courte. Alias cauda; et ssepe
dicitur in caudd venenum.
Courte et bonne. Devise des
Epicuriens modernes qui préten-
dent dire par là que la vie doit
être courte et semée de plaisirs.
Cousin. Nom d'amitié que les
clowns se donnent entre eux
devant le public. — Nom d'a-
mitié que se donnent les grecs
qui ont formé une association.
Couturasse. Couturière. Le
mot date du xviii® siècle et
avait aussi le sens de femme
grêlée.
Couture de ses bas (Montrer
la). Quitter un lieu, s'en aller.
Couvrante. Casquette, — dans
le jargon des ouvriers.
Couvre -amour. Chapeau
d'homme.
Couvreur. Chapelier, — dans
le jargon des voyous. Couvreur
delà haute, chapelier di primo
cartelo.
Couyon comme la lune. Enor-
mément stupide; hébété par la
stupéfaction. La lune jouit d'une
réputation de bêtise qu'elle
doit, peut-être, à sa rotondité.
Couyonnade en bâton. Bêtise,
propos stupide, niaiserie.
Couyonner. Plaisanter. —
Couyonner le service, ne pas
faire sa besogne, ne pas faire
un service commandé. Un bon
troupier ne doit jamais couyon-
ner le service.
Crac. Gagne-pain d'une fdle
de joie, — dans le jargon des
souteneurs.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
119
Cracher. Faire des aveux en
justice.
Cracher sur (Ne pas). Aimer,
faire cas de. — Au xvi® siècle
on disait, d'un ivrogne, il ne
crache pas le vin^ et ne pas cra-
cher le vin avait le sens d'aimer
à boire; aujourd'hui on dit : il
ne crache pas sur le vin.
Cracher dans le sac. Etre
guillotiné.
Cracher sur les quinquets.
Se donner en scène, un mal
énorme et ne produire aucun
effet, — dans le jargon des
coulisses.
Cracher blanc. Avoir soif.
« Ils ne faisaient que cracher
blanc comme cotton de Mal-
the. » (Rabelais, 1. IL) — Cra-
cher des pièces de dix sous, res-
sentir une soif ardente, ne plus
avoir de salive, tant la soif est
forte. C'est mot à mot : cracher
des crachats petits comme des
pièces de dix sous.
Crachoir. Revolver, — dans
le jargon du régiment. Il cra-
che la mort. Tenir le crachoir,
être armé d'un revolver.
Crachoir (Tenir le). Pérorer.
Bien jouer da crachoir, bien par-
ler.
Crachoter sur quelqu'un.Trai-
ter avec mépris. « Dans ses rap-
ports a\ec le soldat, la fille se
sent presque toujours sa maî-
tresse ; avec les autres, elle n'est
qu'une mécanique d'amour, sur
laquelle c'est souvent plaisir de
crachoter. « (E. de Concourt.)
Cracovie. Craque, mensonge.
— Avoir des lettres de Cracovie,
signifiait autrefois, débiter des
mensonges ; et venir de Cracovie,
mentir. Expressions du xvin«
siècle; démodées aujourd'hui.
Cramer une sèche. Fumer
une cigarette, — dans le jargon
des rhétoriciens, qui devraient
dire avec plus de raison : cré-
mer; mot à mot : opérer la
crémation d'une cigarette.
Crampe. Fuite, évasion. —
Tirer sa crampe, fuir. — Sacri-
fier à Vénus, — dans le jargon
des voyous.
Cramper. Synonyme de tirer
sa crampe, — dans le jargon
des voyous.
Cramper avec la veuve. Etre
guillotiné. C'est une variante
d'épouser la veuve. Mot à mot :
faire l'amour avec la guillotine.
Cramper en cerceau. Figurer
un cerceau avec le corps. Cet
exercice de haute dislocation
consiste à s'arc-bouter sur les
pieds et à projeter peu à peu la
tête en arrière jusqu'à ce qu'elle
vienne toucher les talons, de
manière à ce que le corps for-
me un cercle ou cerceau. {Jar-
gon des saltimbanques.)
Crampon. Maîtresse trop fi-
dèle, amant trop assidu, qui se
cramponne à votre existence, et
dont vous ne pouvez vous dé-
barrasser. Par extension tout
individu tenace.
Cramser. Mourir — dans le
jargon des employés des pom-
pes funèbres.
Cran (Avoir son). Etre en co-
lère, — dans le jargon des ty-
pographes.
Cran (Lâcher d'un). Quitter.
On lâche d'un cran, les gens qui
ennuient ou déplaisent.
120 DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE
Crâner. Faire le rodomont.
Crapaud. Cadenas, — dans le
jargon des voleurs. — Entant,
— dans celui des ouvriers, qui
disent aussi : crapoussin. —
Bourse, — dans celui des trou-
piers : — « Mon crapaud est
percé, i) aura filé dans mes guê-
tres. » (A. Arnault, Les Zouaves,
actl. 1856.)
Crapaud (Faire). Boire seul,
se régaler en sournois, — dans
le jargon des troupiers. C'est le
synonyme de faire suisse.
Crapules, crapuladorès. Ci-
gare d'un sou ; cigare de la cra-
pule. Crapuladorès esila. parodie
de cazadorès, une des meilleures
marques de cigares de la Ha-
vane. L'un est Valpha, et l'autre
V oméga, du tabac à fumer.
Crasse. Mauvais procédé. —
Crasse de collège, pédantisme,
bégueulerie pédantesque.
Cravate de chanvre. Corde
de pendu.
Créature. Femme de rien.
Pour une bourgeoise, la maî-
tresse de son mari est une créa-
ture. Pour la grande dame dont
le mari est l'amant d'une bour-
geoise, la bourgeoise est une
créature.
Credo. Crédit, avec change-
ment de finale. — « Prêtez-moi
donc vingt sous, cette vieille fi-
celle-là m'a coupé mon credo. »
(Le Sublime.)
Créer un juif. Sacrifier à Do-
mange, — dans le jargon des
troupiers.
Crémerie. « Un de ces éta-
blissements singuliers où l'on
vend du café, du bouillon, du
vin et de la viande. » (Pierre
Mazerolle, la Misère de Paris,
1875.)
Crêpage de chignon. Batterie
entre femmes. Elles se prennent
ordinairement aux cheveux.
Crêper le chignon (Se). Se
battre entre femmes. « T'es-Ui
crêpé le chignon avec une ca-
marade? » (Huysmans, Marthe.)
Crépine. Bourse, — dans le
jargon des voleurs.
Crépons. Petits paquets de
faux-cheveux roulés. Les crépons
se fabriquent avec les résidus
des cheveux détachés du peigne,
jetésàlarue et collectionnés par
les chiifonniers. Les cheveux
ainsi recueillis se vendent cinq
francs la livre.
Creuser son rôle. Souligner
chaque phrase, — dans le jar-
gon des comédiens, comme si
le public n'était pas jugé capa-
ble de saisir les beautés du rôle.
Creux. Maison. — Voix. —
Jvoirunboncreux,iiyo'ir\ineyo\x
bien timbrée, sonore.
Crevaison (Faire sa). Mourir.
Crevant. Triste, navrant.
Crevard. Enfant mort-né.
Crevé, petit-crevé. —
Jeune elieminé d'une mai-
gre élégance. « A plusieurs
époques on a observé qu'une
certaine partie de la jeunesse
afiectait des airs d'épuisement,
s'eiieminait dans le langage et
se livrait à la folie en toussant...
],espetits-crevés n'atfectent rien.
Ils sont bien réellement cre-
vés... Leur voix est nasillarde,
leurs muqueuses sont pâles, si-
gnes de constitution épuisée et
refaite par l'iode. » (Nestor Ro-
queplan.)
DlGTIONNAmE U ARGOT MODERNE. 121
cer à un confrère en vol l'arri-
vée de la police.
Cribleur de verdouze. Mar-
chand des quatre saisons. — Cri-
bleur de frusques, marchand
d'hahits ambulant. — Cribleur
de malades, employé chargé
d'appeler les détenus au parloir.
— Cribleur de r)iachabées, gar-
dien de cimetière qui sonne la
cloche pour annoncer l'arrivée
d'un convoi funèbre. — Cribleur
Creve-faim. Engagé militaire.
On dit communément au régi-
ment en parlant d'un engagé
volontaire : La planche à pain
était trop haute.
Crever. Congédier, renvoyer,
— dans le jargon des typogra-
|ihes. — Le prote vient de me
crever.
Crever, crever à la ligne.
Dans certains journaux où l'on
f>aie tant la ligne, les quarts de
ignés et les demi-lignes ne
comptent pas. C'est ce que les
journalistes appellent crever à la
ligne. Dans certains recueils pé-
riodiques on crève après deux
feuillets.
Crever la paillasse. Assommer
de coups, donner des coups de
fùed au ventre. Lapaillasse, c'est
e ventre.
Crever la pièce de dix sous
Sacrifier au dieu deSodome,—
dans l'argot des marins.
Crever (Tu t'en ferais). For-
mule négative et voyoucralique
équivalente à : jamais.
Crevette. Femelle du petit-
crevé. Le peuple appelle crevet-
tes les demoiselles qui portent
des robes courtes et de couleur
voyante (1868-09). — Femme
galante. Viens-tu souper, il y
mira de la crevette. 11 y aura des
femmes.
Criarde. Lime, scie. — Son-
nette. — Tirer la criarde, son-
ner.
Criblage. Cri; appel désespéré.
Cribler. Crier. — Cribler au
charron, crier au voleur. —
Cribler à la grive, crier d'une
certaine manière pour aunon-
de beurre, agent de change.
Cric, crik, crique. Eau-de-vie.
Cric-croc. A ta santé, — dans
l'ancien argot.
Crier à la garde. Se plaindre
à propos de rien. — Crier au
vinaigre, crier au secours. Crier
aux petits pâtés, faire entendre
les cris qui accompagnent l'ac-
couchement. — (' Notre voisine
a crié aux petits pâtés. » {Par-
nasse satirique.) — Oudin [Cu-
riosités françaises) donne : Crier
des petitspâiés avec le sens d'ac-
coucher.
Crigne. Viande, — dans l'an-
cien argot.
Crin (Etre comme un). Etre
de très mauvaise humeur. A tous
crins, exagéré dans ses opinions,
dans ses paroles, dans sa mise.
Crinoline. Dame d'un jeu de
cartes.
CrinoUier, crioUier, Boucher,
— dans le jargon des voleurs.
Crins. Cheveux.
Cris de merluche. Cris for-
midables poussés dans le but
d'ameuter le monde ; cris
comme en font entendre les
femmes corrigées à tour de bras
par leurs maris.
122
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Cristalliser (Se). Ne rien faire,
—dans le jargon des troupiers.
Croche. Main. Apocope de
« accroche. » Les mains du vo-
leur accrochent tout ce qu'elles
peuvent.
Crocher, crosser. Sonner. —
Faire crosser sa braise, faire son-
ner son argent. — Se crocher, se
hattre, pour se crocheter.
Crocomolle. Eau-de-vie, —
1771 de crocomolle y un verre d'eau-
de-vie, — dans le jargon des
voleurs.
Croix. Pièce de cinq francs,
— dans l'argot des fripiers.
Cromper. Sauver. — Cromper
sa bille du glaive, sauver sa tête
de l'échafaud.
Crompir. Pomme de terre.
Cronée. Plat ; assiette, — dans
le jargon des voleurs.
Croquenot. Soulier neuf ; pour
craqueneuf, les souliers neufs
craquent lorsqu'on marche. —
Croquenots vernos, souliers ver-
nis,
Croquaillon. Mauvais croquis.
Crosse, crossin. Receleur.
Crosse, Grosseur. Ministère
public. — Sonneur de cloches.
Crotte. Misère, dégradation
morale. — Rouler, tomber, se
carrer dans la crotte.
Crotté (Etre). Manquer d'é-
toffe pour une pièce à façon. —
Ne pas avoir assez d'étoile pour
prélever la gratte, — en terme
de tailleur. — Etre misérable.
Croume. Crédit, — dans le
jargon des voleurs.
Croupier. Associé d'agent de
change, — dans le jargon de la
Bourse.
Croupière (Allonger la). Aug-
menter une punition, — dans
le jargon des soldats de cavale-
rie. Le cayiston allongera la
croupière de quatre jours et ça
fera le compte.
Croupir dans le battant. Sta-
tionner sur l'estomac, se refu-
ser à circuler, préluder à une
indigestion. Ces coquins dégonfle-
bougres croupissent dans le bat-
tant.
Croustiller. Manger du pain
sec. Avaitjadis le sens de man-
ger.
« J'étais occupé
» A croustiller là-bas le reste du soupe. »
(Le Grand.)
Croûton de pain derrière une
malle (3 ennuyer comir.o un).
S'ennin r énormément. Les
adages iraiiçais (xvi*
icle)
donnent dans le môme sens
S'ennuyer comme un brocket dans
le tiroir d'une commode.
Crucifix, crucifix à ressort.
Pistolet. — Crucifix à l'esbroufe^
revolver, — dans le jargon des
voleurs.
Cueillir. Arrêter sans bruit,
lestement sur la voie publique.
— C'est rien, c'estun poivrot que
les sergots viennent de cueillir. —
« J'irai les cueillir au point du
jour. » (X. de Montépin.)
Cuiller à pot. Grand compos-
teur, — dans le jargon des ty-
pographes.
Cuiller à pot. — Poing. Un
coup de cuiller à pot, un coup
de poing, — dans le jargon des
voyous. — Trois coups de cuiller
àpot et sa soupe est trempée, trois
coups de poing et il en a assez
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
123
Cuir. Peau. — Se racler, sera-
tisser le cuir, se raser.
Cuir de poule (Gants en).
Gants de qualité inférieure,
gants fabriqués avec des peaux
trop lînes ou de mauvaise qualité.
Cuir de brouette (Escarpin
en). Sabot.
Cuirassé. Urinoir blindé dont
les premiers modèles ont paru
sur les grands boulevards en
1877.
Cuirassier. Celui qui, en par-
lant, applique mal les liaisons,
fait des cuirs, c'est-à-dire se li-
vre à des liaisons dangereu-
ses pour la grammaire.
Cuire dans son jus. Avoir très
chaud, fournir une transpiration
abondante. Si l'on veut cuire
dans son jus, l'on n'a qu'à aller
un dimanche soir, dans un théâ-
tre de Paris, aux troisièmes
galeries.
Cuire dans son jus. Concen-
trer sa douleur et retenir son
élan naturel, — dans le jargon
des comédiens. L'expression,
qui estde mademoiselle Contât,
est restée dans le dictionnaire
du théâtre. (V. Couailhac, La
Vie de théâtre.)
Cuisine. Préfecture de police.
— Vesto de la cuisine, agent de
la sûreté, — dans le jargon des
voleurs.
Cuisine, cuisine de Journal.
Classement des articles, surveil-
lance de la mise en page, en
un mot tout ce qui com{)rend
l'art d'accommoder un journal
L .it au point de vue littéraire
qu'au point de vue typographi-
que. — Cuisine d'ari,explications
précises d'un art. « Rapin aussi
celui qui parle sans cesse cuisine
d'art, qui explique comme quoi
il obtient tel ton, en appliquant
telle couleur, en frottant, en
grattant, en étalant, en empâ-
tant, etc. » {Paris-Rapin.)
Cuisiner. Espionner un dé-
tenu, — dans le jargon des pri-
sons.
Cuisinier. Espion, agent de
la police secrète. — Rédacteur
chargé de la cuisine d'un jour-
nal.
Cuite. Forte ivresse. — « Ces
bonnes cuites sans façon qu'elle
se donnait avec Anatole. » (Huys-
mans, Les Sœurs Vatard.) —
Cuite sénatoriale, très forte ivres-
se, cuite présidentielle, le nec plus
ultra de l'ivresse, tout ce qu'il y
a de mieux dans le genre. —
Attraper une cuite, se soûler.
Cuver une cuite, chercher dans
un sommeil réparateur à dissi-
per les fumées de l'alcool et les
ressentiments d'une nourriture
trop copieuse.
Cuiter (Se). Se soûler à fond,
c'est-à-dire prendre une cuite.
Le besoin d'ajouter un nouveau
verbe à la liste des vingt-cinq
ou trente qui existaient déjà
pour exprimer cette idée, se
faisait, paraît-il, vivement sentir.
« Vous redescendrez avec les
coteries finir la soirée chez no-
tre troquet afin de vous cuiter
carrément. (Le Sans-Culotte ^
^879.)
Cuites. Pommes cuites que
l'on vend dans les rues et sous
les portes. — Herbes cuites que
débitent les fruitières.
Cuivres (Les). Instruments de
musique en cuivre. — Travailler
dans le cuivre, jouer d'un ins-
124
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
truraent de musique en cuivre.
Cul. Homme stupide. Tour-
nure de femme au dix-huitième
siècle. Aujourd'hui on dit /"aî^a?-
rM/.« En entrant dans la première
salle, chaque femme était obli-
gée de quitter son cul, sa bouf-
fante, ses soutiens, soncorps.son
faux chignon, et de vêtir une lé-
vite blanche avec une ceinture
de couleur. » {Lettre d'un garde
du roi, pour servir de suite aux
Mémoires de Cagliostro, 1786.)
Cul et chemise (Etre). Etre
très intime. Le cul et la che-
mise sont, pour ainsi dire, insé-
parables et vivent en bonne in-
telligence.
Cul (Montrer son). Faire fail-
lite. Le banqueroutier qui se
sauve ne présente pas son visage
à ses créanciers.
Cul (Etre à). Etre ruiné. C'est-
à-dire être à cul nu. L'expres-
sion est vieille. Signifiait primi-
tivement être à bout d'argu-
ments. D'après La Monnoye,
l'expression dérive d'acculer,
coller contre lemur, le cul con-
tre le mur. « Il tint contre tous
les régents et orateurs et les
mit de cul. » (Rabelais, Li-
vre, 11.)
Cul (Avoir quelqu'un dans
le). Etre ennuyé par quelqu'un
au point de ne plus pouvoir le
soulfrir. — Se moquer absolu-
ment des observations de quel-
qu'un. — Mépriser profondé-
ment. Les joyeuses commères
de la rue Mouffetard accompa-
gnent l'expression d'une forte
claque sur les fesses dans la
crainte que leurs paroles n'aient
pas assez d'éloquence.
Cul (Enlever le). Administrer
un coup de pied au derrière.
Cul levé (Jouer à). Céder sa
place à un autre chaque fois
qu'on a perdu une partie d'é-
carté ou d'impériale.
Cul de plomb. Bureaucrate
sans activité, sans intelligence.
— Couturière.
Cul (Rire comme un). Rire
sans desserrer les dents. On dit
notre âne.
Culbute. Culotte, — en ter-
me de tailleur.
Culbute. Faillite. Faire la cul-
bute, suspendre ses paiements.
Culottage. Action de culotter
une pipe. — Se livrer avec pas-
sion au culottage. — Obtenir de
beaux effets de culottage.
Cîulotte. Perte sérieuse à la
Bourse, au jeu. — « Levardet
raillait sans pitié ces triples
niais de pontes qui venaient de
setlanquerunesi jolie culotte.»
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) —
Se flanquer une culotte à pont,
perdre beaucoup d'argent. Al-
lusion à l'ancienne culotte de
nos pères qui montait très haut.
— Attraper, se flanquer une cu-
lotte, veut dire encore se griser
à fond. Mot à mot: se culotter
de vin.
Culotte (Grosse). Ouvrier
qu'on rencontre plus souvent
chez le marchand de vin qu'à
l'atelier.
Culotte (Jouer la). Les joueurs
de dominos jouent la culotte,
quand ils cherchent à fermer
le jeu dans l'espoir de marquer
un grand nombre de points.
Le domino qui opère ce tour de
4
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
125
force a reçu le surnom de do-
mino-culotte.
Culotté (Nez). Nez d'ivrogne,
nez qui arlDore les tons chauds
d'une pipe culottée.
Culottée (Pipe). Pipe noircie
par l'usage du tabac.
Culotter. Noircir le fourneau
d'une pipe selon les règles de
l'art du fumeur.
« ... Sans vider le brûlot
Chargez, chargez toujours sur le même
[culot.
Fumez-le lentement, sans brutale secousse,
Vous le verrez bientôtprendre une teinte
[rousse,
Assombrir par degrés son cordon régulier,
Jusqu'à ce que, formant un superbe collier.
Il étale à la fois sa couleur blanche et
noire,
La culotte d'ébène et le lurban d'ivoire.
{Paris-Fumeur.)
Culottée (Toile) En terme
d'atelier, une toile culottée est
une toile aux tons sombres. Les
Rembrandt, les Ribeira sont des
modèles de culottés.
Culotter (Se). Perdre beau-
coup d'argent au jeu. — Com-
mencer à connaître la vie, le
monde. — S'enivrer.
Culotteur de pipes. Client fi-
dèle d'un estaminet.
Cure-dents. Sabre-baïonnette
de l'infanterie, — dans le jar-
gon du régiment. Ton cure-dent
qui f... le camp.
Curé. Sac de charbon. Allu-
sion à la forme de la robe du
prêtre et à la couleur du vête-
ment. — (Jargon des voyous.)
Curés (Il va tomber des). Le
ciel est tout noir, il va pleuvoir
à torrents.
Curieux. Commissaire de po-
lice. — Juge d'instruction.
Cyclope. Derrière. — Faire
trimer, faire travailler le cyclope,
aller à la selle. — Se prend
aussi pour l'etiet, la chose elle-
même. Vroduire son cyclope dans
le monde.
Cyclope. Chapeau haute for-
me, — dans le jargon des vo-
leurs.
Cylindre (Aliser son). Etre
très malade, — dans le jargon
des ouvriers du fer.
Cymbale. Pleine lune.
Cymbales. Panonceaux, —
dans le jargon du peuple.
Cygne. Pièce de vingt francs.
Ces tune forme nouvelle de l'an-
cien ciguë, cigale.
Dab, Dabe. Dieu, père, maî-
tre, roi. — Frangin dab, oncle.
Dab de la cigogne. Procureur
général, procuieur de la Répu-
blique. D'après M. L. Larchey
le mot dab et ses composés
viennent de l'ancien damp, sei-
gneur.
Dabe. Maîtresse, amante, —
dans le jargon des souteneurs.
« Ma dabe vient m'assister et
me voir deux fois par semai-
ne. )) (Max. Du Camp, Paris, la
Prostitution, t. m, 1875.)
Dabe d'argent. Spéculum, —
dans le jargon des filles. —
Cramper avec le dab d'argent,
passer à la visite; mot à mot
faire l'amour avec le spéculum.
126
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Dabérage. Bavardage, com-
mérage. — Babérer, bavarder,
raconter, — dans le jargon des
marchands juifs.
Dabesse. Reine.
Dabicule, Dabmuche. Petit
patron, fils de patron.
Dabot. Préfet de police.
Dabuche. Patronne, maîtres-
se, mère. — Dabuchette, belle-
mère, jeune mère. — Dabuge,
dame, lîourgeoise. — Frangine
dabuche, tante.
Dache. Diable. — Envoyer à
dache, envoyer au diable.
Daim. Personnage dont le
rôle, dans la comédie humaine,
consiste à jouer les grandes
premières dupes auprès des
femmes. Le daim est générale-
ment riche, bien mis et stu-
pide.
Daim hupé. Homme riche et
d'une exploitation facile.
Dalle. Gosier, bouche. — Se
rincer la dalle, boire.
Dalle en pente. Solide appé-
tit. Mot à mot : gosier en pen-
te. — « Que ceux qui ont un
vaste estomac, de gros boyaux,
la dalle en pente, engloutissent
des platées énormes et vident
des brocs, rien de plus juste. »
{La Petite Lune, janvier 1879.)
La variante est : Gargouenne en
pente.
Dalzar. Pantalon, — dans le
jargon des ouvriers; par abré-
viation de pantalzar.
Danaïdes (Faire jouer les).
Battre une femme, — dans le
jargon des voleurs. (L. Paillet.)
Dandiller. Sonner. — Le car-
me dandille dans la fouilleuse,
l'argent sonne dans la poche.
Dandillon. Sonnette. Taquiner
le dandillon, pincer le dandillon,
tirer la sonnette.
Dandinage. Raclée soignée ,
— dans le jargon des voleurs.
Il va y avoir du dandinage.
Dandiner uu pànte. Battre,
maltraiter quelqu'un qui vous
déplaît, — dans le jargon des
voleurs.
Dandines (Coller des). Porter
des coups. — Encaisser des dan-
dines, recevoir des coups. —
Une grêle de coups de poing
fait dandiner celui qui les re-
çoit; d'où le mot dandines.
Danse. Batterie, bataille. —
Etape militaire, marche forcée,
— dans le jargon des troupiers.
Danser. Sentir mauvais; prin-
cipalement en parlant du fro-
mage.
Danser de. Payer; générale-
ment employé dans le sens de
payer pour un autre. — Danser
d'une demi- douzaine de consom-
mes au cafemar , payer une
demi-douzaine de consomma-
tions au café.
Danser (Faire). Donner des
coups. — La danser, recevoir
des coups. — Etre congédié, per-
dre sa place. — Payer pour un
autre.
Danser devant le buffet. N'a-
voir rien à se mettre sous la
dent. — Pour égayer la situa-
tion on danse devant le bulfet,
comme David dansait devant
l'arche.
Danseur. Dindon. — Par al-
lusion, sans doute, à la danse
des dindons, danse obtenue à
l'aide d'une plaque de tôle
qu'on chauffe par degrés et sur
DICTIONNAIRE D ARGOT
laquelle un imprésario a préa-
lablement posé les Taglioni à
plumes.
Dard. — Glaive qui ne donne
pas la mort, au contraire.
Dardant, le petit dardant.
L'amour, — dans le jargon des
voleurs.
Dar délie. Pièce de deux sous.
Dare-Dare. Vite, tout de
suite. — Décaniller dare-dare.
Partir au plus vite.
Dar on, Daronne. Maître, maî-
tresse. — Père, mère. — Daron
de la raille, de la rousse, préfet
de police. — Baronne du Mec
des Mecs, daronne du grand Avre
ou Havre, la mère de Dieu, —
dans l'ancien argot.
Dariole. Coup, contusion.
Daube. Cuisinière , souillon
de cuisine, par allusion au ra-
goût désigné sous le nom de
daube.
Daubeur. Forgeron qui bat
le fer,
Daucbe, Doche. — Père, mè-
re. Mon doche, mon père. Ma
doche, ma mère, — dans le jar-
gon des voyous. C'est le mot
moderne.
Dauffe, Dauffin. Pince, ciseau
à froid, fausse clé, — dans
l'ancien argot.
Dauphin. Souteneur; le dos
vert d'autrefois, — dans l'ancien
argot.
De (Se pousser du). Faire
sonner avec ostentation la par-
ticule nobiliaire qu'on tient de
ses aïeux ou qu'on s'est octroyée
à soi-même.
Dé. Oui, — dans l'argot des
MODERNE. 127
de cimetière. (A*
marbriers
Delvau.)
Dé, Dé à coudre. Verre à
boire. — Locution employée
par les ivrognes pour désigner
un verre de petite capacité.
Est-ce que vous vous fichez de
nous, que vous nous donnez des
dés à coudre ?
Débàcleuse de mômes. Sage-
femme.
Débâcle. Accouchement, —
dans le jargon des voleurs.
Débâcler, accoucher.
Débâcler. Ouvrir. — Débàcler
la guimbarde, ouvrir la porte.
Débagouliner. Raconter avec
volubilité tout ce qu'on a sur le
cœur. — Se répandre en inju-
res, injurier avec bagou. C'est
une variante de débagouler.
Déballage. Opération qui ,
pour une femme, con.siste à
s'aifranchir de ses appas d'em-
prunt et à se montrer sous un
jour plus naturel. — Perdre au
déballage, perdre à être vue dans
le simple appareil. — Gagner au
déballage, tenir plus qu'on ne
promet. — Etre volé au débal-
lage, c'est mettre la main sur
un Ary Scheffer alors qu'on
croyait trouver un Rubens.
Déhallage. Linge de femme.
« Tout ce coin où traînait le
déballage des dames du quar-
tier. (E. Zola.)
Déballer. Déshabiller, enle-
ver l'arsenal des faux-chignons,
tournures, soutien des faibles,
faux râteliers, et tous les trom-
pe-l'œil de la toilette féminine.
Déballer. Sacrifier à Doman-
ge, — dans le jargon des vo-
leurs.
128
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Débarbouiller (Se). Se tirer
d'alfaire. — Se sauver, quitter
une société à la hâte.
Débarbouiller à la potasse.
Frapper au visage. — Avoir
l'avantage sur son adversaire,
soit dans une scène de pugilat,
soit à un jeu quelconque.
Débardeur. Personnage car-
navalesque à la mode en 1840.
Le costume dn débardeur mâle,
comme celui du débardeur fe-
melle, consistait en un large
pantalon de toile ou de velours,
serré à la taille par une cein-
ture, chemise bouffante, per-
ruque et chapeau gris haute
forme. Le débardeur femelle
remplaçait le chapeau par le
bonnet de police, et naturelle-
ment la chemise était aussi
échancrce que le permettait l'in-
décence.
Débarquer (Se). Renoncer à.
Débaucher. Congédier. Par
opposition à embaucher , —
dans le jargon des typographes.
— Se débaucher, s'octroyer son
congé.
Débinage. Propos malveillant.
— Fuite.
Débinance. Médisance. C'est
une forme nouvelle de débinage.
Mince de débinance.
Débine. Grande misère, mi-
sère noire.
Débiner. Dire du mal. — Dé-
précier. Mot à mot : mettre
quelqu'un ou quelque chose
dans la débine, l'appauvrir mo-
ralement.
Débiner (Se). Se sauver.
Débiner (Se). S'affaiblir, se
sentir malade, perdre ses for-
ces, — dans le jargon du peu-
ple. — Se débiner des fumerons^
ne pas être solide sur ses jam-
bes. (L. Larchey.)
Débineur. Celui qui débine.
Les amis sont des débineurs par
excellence.
Débonder (Se). Sacrifier à la
compagnie Lesage.
Déboucher une rue. Payer les
dettes qu'on a dans une rue.
Les dettes bouchent la rue et
empêchent le débiteur timide
d'y passer.
Déboucler. Rendre un pri-
sonnier à la liberté. — Ouvrir.
— Déboucler une guimbarde à
coups de sorlotSf ouvrir une
porte à coups de pied.
Déboulonnage. Action de dé-
boulonner.
Déboulonner. Enlever les pla-
ques de métal qui recouvrent
la maçonnerie de certains mo-
numents. — Le peintre Cour-
bet voulait seulement déboulon-
ner la colonne Vendôme. Sa
pensée, paraît-il, fut mal inter-
prétée, et la colonne fut renver-
sée.
Déboulonner. Vendre, écou-
ler, — dans le jargon des librai-
res. — Déboulonner dix mille
exemplaires d'un ouvrage.
Déboulonneur. Amateur du
déboulonnage, individu qui .i
pris part au renversement de
la Colonne. — Longtemps, sur
les murs de Paris, le nom de
« Courbet » fut accolé à l'épi-
thète de « déboulonneur. »
Débourrer sa pipe. Faire ses
nécessités, — dans le jargon
des ouvriers.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
129
Débouscailler. Décrotter. —
Bébouscailleur, décrotteur.
Débrider. Crocheter une ser-
rure, ouvrir. — Débrider la mar-
goulette, manger. — Débrider
les chasses, ouvrir l'œil, faire
attention.
< Débridoir. Clé, — dans le
jargon des voleurs.
Débris (Vieux). Homme vieux,
cassé, femme vieille, cassée.
Débrouillard. Celui que rien
n'embarrasse, qui sait toujours
se tirer d'affaire. « Un grand
garçon, ancien militaire, ex-
cuirassier de Reiscliolfen, très
honnête et très débrouillard,
comme on dit au régiment. »
{Figaro du 17. juillet 1877.) « Ils
étaient jeunes , bien tournés,
débrouillards. » (Vicomte Ri-
chard, Les Femmes des autres.)
Décadener. Retirer les me-
nottes à un voleur.
Décalitre.
forme.
Décaniller. Partir. — <( Dé-
canillons et presto! (G. Marot,
l'Enfant de la Morgue 1880.)
Décapité parlant. Imposteur.
— Petit homme à grosse tête.—
Le décapité parlant est un tour
d'escamotage qui consiste à
présenter au public une tête
numaine sur une table recou-
verte d'une draperie. La tête
répond aux questions qu'on lui
adresse. Le tour s'exécute au
moyen d'un système de miroirs
combinés.
Décarcassé. Sans charpente,
sans solidité, en parlant d'une
pièce dramatique. (L. Larchey.)
Décarcasser (Se). Se donner
Chapeau haute
beaucoup de mal; se démener.
— Se décarcasser le boisseau, se
tourmenter,
Décarrade. Fuite précipitée,
fuite du voleur qui a la police
à ses trousses. — La grande dé-
carradej la décarrade de la fin^ la
mort.
Décarre. Acquittement.
Décarrer. Acquitter en jus-
tice. — Se sauver. — Décarrer
à la batSf s'évader. — Décarrer
cher, avoir fait son temps de
prison.
Décartonner (Se). Vieillir; se
dit principalement des femmes.
Bien des femmes sont comme
certains livres qui, à force d'a-
voir passé de main en main,
finissent par perdre le carton-
nage.
Décati. Usé, vieilli, flétri, en
parlant des personnes. Allusion
aux étoffes décaties, c'est-à-dire
qui ont perdu leur apprêt.
Décavage. Misère, ruine.
Décavé. Ruiné. Allusion aux
joueurs de bouillotte décavés.
Décembraillard. Partisan du
coup d'Etat du 2 décembre 1851.
Nom donné aux partisans de la
dynastie napoléonienne par
leurs adversaires politiques.
Déchanter. Etre désenchanté,
par abréviation.
Déchard. Pauvre, misérable;
celui qui est en proie à la dèche^
— dans le jargon du peuple,
(c Eh bien, ces déchards-là, s'ils
ne payent pas leur terme... on
les fout sur le pavé sans pitié. »
(le Père Duchéne, 1879.)
Dèche. Misère momentanée.
La dèche est moins forte, moins
130
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
soutenue que la débine, et sur-
tout que la panne. — Dans une
pièce militaire de Ferdinand
Laloue, l'acteur chargé de don-
ner la réplique à l'Empereur et
de répondre : k Hélas! quel
échec, mon Empereur! >> se
troubla. Destiné aux rôles muets,
il parlait pour la première fois ;
son émotion fut si grande que,
bredouillant, ilrépondit: « Quelle
déche,mon Empereur ! » Le mot
fit fortune, la presse s'en em-
para, et, lors de l'impression
de sa pièce, Ferdinand Laloue
le substitua au mot primitif.
(Rapporté par Privat-d' Angle-
mont, Fans-Inco7inu.)
Déchiré (Pas trop). Pas trop
mal, assez gentil. — Se dit du
physique d'une personne. Cette
femme n'est pas trop déchirée.
Déchirer de la toile. Faire
du bruit avec l'antipode de la
bouche. — Tirer un feu de pe-
loton.
Déchirer la cartouche. Man-
ger, — dans le jargon des trou-
piers.
Déclaquer. Dire ce qu'on a
sur le cœur.
Déclouer, Décrocher. Déga-
ger un objet du Mont-de-Piété.
Décognoir. Nez de forte taille,
— dans le jargon des typogra-
phes. Au propre, en terme de
métier,on nomme « décognoir »
le morceau de bois dont on fait
usage pour chasser les coins
avec lesquels on serre les for-
mes.
Décoller. Quitter un endroit
où l'on se trouve depuis long-
temps.
Découdre (En). Se battre à
l'arme blanche. Mot à mot : dé-
coudre la peau. Il faudra en dé-
coudre.
Découvrir saint Pierre pour
couvrir saint Paul. Contracfor
une dette pour en payer une
autre. (Oudin, Curiosités fran-
çaises.) L'expression est encore
fort de mise.
Décroche-moi ça. Fripier. —
Terme générique donné à toutes
les friperies dont des spécimens
sont accrochés au-dessus de la
porte du revendeur à la toilette :
chapeaux pour les deux sexes,
souliers, bottines, habits, vestes,
culottes et robes, autant de dé-
croche-moi ça, de décrochez-moi
ça.
Décrocherses cymbales. Mou-
rir dans l'exercice des fonctions
notariales, — dans le jargon
des ouvriers. Les clercs de no-
taires et les clercs d'huissiers
disent, dans une langue plus
rel .vée, pour exprimer la même
idée : Décrocher ses panonceaux.
Décrocher les tableaux. Pra-
tiquer des fouilles dans l'édifice
nasal.
Dedans (Mettre). Tromper.
— Emprisonner.
Dédire cher (Se). Etre à l'a-
gonie, — dans le jargon des
voleurs.
Défaits. Ce sont, en terme de
libraire, les feuilles d'un livre
qui ne sont pas suivies et qui
servent à compléter celles qui
peuvent manquer.
Défalquer. Faire ses nécessi-
tés, — dans l'ancien argot.
Défiler la parade Mourir, —
dans le jargon des troupiers.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Défourailler. Courir. — Tom-
ber. — Sortir de prison.
Défrusquer , Défrusquiner.
Déshabiller. — Voler des vête-
ments.
Dégazonner (Se). Perdre ses
cheveux.
Dégel. Mort. — Dégelé, cada-
vre. — Dégeler, mourir. — Se
dégeler, se suicider.
Dégelée. Série de coups. —
Flanquer une dégelée soignée.
Dégobillage. Matières rejetées
hors de l'estomac. — Dégobiller,
vomir. — Pratiquer sa cambrure
dans un fort dégobillage escra-
houillé sur le trot. Mettre le pied
dans un fort dégobillage aplati
sur le trottoir.
Dégommage. Perte d'emploi.
— Misère. Allusion aux timbres-
poste qui, faute de gomme, ne
tiennent pas.
Dégommé. Usé, vieilli, flétri.
— Comme elle est dégommée. —
Infortuné qui a perdu sa place.
— Préfet dégommé.
« C'est moi qui du coin d' la rue,
» J'ta 1' premier trognon de laitue
» A c' pouvoir qu'est dégommé. »
(L. Festeau, Le Gamin 1834.)
Dégommer. Surpasser. — Des-
tituer.
Dégorger. Avouer. — « Il de-
vait en jauger plus c[u'il n'avait
voulu certainement en dégor-
ger. » (L. Cladel, Ompdrailles,
Le Tombeau des lutteurs.)
Dégottage. Supériorité mo-
rale ou physique.
Dégottage. Trouvaille.
Dégotter. Surpasser. — Pren-
dre la place d'un autre — Trou-
ver. Dégotter une roue de der-
131
rière, trouver une pièce de cinq
francs. — « D'ailleurs, l'affaire
est à moi. Je l'ai dégottée et,
de plus, j'ai donné le coup. »
(G. Marot, V Enfant de la Mor-
gue.)
Dégotter (La). Faire figure,
représenter. Il la dégotte mal, il
a mauvaise tournure, argot du
peuple.
Dégouler. Baisser, diminuer,
ralentir, s'en aller. « Le travail
dégoule, n — dans le jargon des
ouvriers. C'est l'opposé d'abou-
ler.
Dégoulinage. Larmes silen-
cieuses; eau qui tombe goutte
à goutte.
Dégouliner. Couler douce-
ment goutte à goutte. Les larmes
dégoulinent le long des joues. —
.Dégouliner ce qu'on a sur le cœur,
dire sa façon de penser, se sou-
lager par l'aveu d'un secret. Le
mot date de la fin du xviii« siè-
cle. — (( Céline baissa la tête,
alors l'autre baissa aussi la tête
et une grosse larme lui dégou-
lina des cils. » (Huysmans, Les
Sœurs Vatard.)
Dégoutation. Personnification
dégoûtante. (L. Larchey.) Une
dégoutation d'homme.
Dégoûté (N'être pas). Savoir
apprécier, montrer du goût. —
Yous aimez les jolies femmes, vous
n'êtes pas dégoûté.
Dégraisser. Faire perdre de
l'argent. — Dégraisser le bausse,
faire perdre de l'argent au pa-
tron.
Dégraisseur. Filou, usurier,
— dans le jargon des voyous.
— Envoyer une bobine chez le
dégraisscur voler une montre.
oO
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Dégrimonner. S'agiter, se
tourmenter, — dans l'argot des
bourgeois. (L. Larchey.)
Dégringolade. Vol. — Dégrin-
golade à la /lùtey vol commis par
une fille publique sur la per-
sonne d'un client.
Dégringoler. Voler. Dégrin-
goler un aminche, voler un ca-
marade.
Dégringolé du c. de Marie la
salope. Enfant de père inconnu.
Dégrouper (Se). Se retirer
d'un endroit, quitter une so-
ciété, — dans le jargon du peu-
ple. Dégroupons, faut aller pion-
cer. — J"' vas te faif dégrouper
et p'us vite que ça, vadrouilleux.
Dégueulas. Dégoûtant.
Dégueulatif. Etre, objet dé-
goûtant, dont la vue fait vomir.,
— « Vos pareils ont l'habitude
vraiment dégueulative d'atten-
dre les fdles du peuple à la sor-
tie des ateliers. » {L'art de se
conduire dans la société des pau-
vres bougres, 1879.)
Dégueulbite, Dégueulboche.
Dégoûtant, — dans le jargon
des voyous. Dérivés de dégueulis.
Dégueulis. Matières rejetées
hors de l'estomac. Mot à mot :
au delà de la gueule.
Déguismar. Déguisement. Va-
riantes : Déguis, déguisemuche,
déguisemince.
Déjeté. Homme courbé par le
malheur ou la maladie, affaissé
moralement ou physiquement.
Femme déjetée, femme sur le
retour.
Déjeuner de soleil. Objet de
peu ae durée: s'emploie surtout
en parlant d'une étoile mauvais
teint. « Cest un déjeuner de so-
leil. »
Délirant. Charmant. « Je ne
vous connaissais pas ce bracelet,
Cydalise; il est délirant. » (Al.
Karr, Les Femmes.)
Déluber. Commencer, débu-
ter. C'est la dislocation de ce
dernier mot.
Démantibuler (Se). Se battre,
chercher à se casser un ou plu-
sieurs membres.
Démaquiller. Décommander,
défaire, renoncer à, — dans le
jargon des voleurs.
Démarquage de linge. » 11
s'est adonné tout bonnement à
un genre d'exercice qu'en argot
du métier (de journaliste) nous
appelons un démarquage delinge.
Il a taillé, coupé, rogné dans
notre article sans nous citer. »
(H. de Villemessant, Figaro du
6 août 1877.)
Démarquer le linge. Se parer
des plumes, non, de la plume
d'un confrère en journalisme.
Démarqueur de linge. Jour-
naliste qui s'approprie l'article
d'un confrère en changeant
quelquefois un peu la rédaction.
Par laconisme on dit démar-
queur. « M. de P. est ce qu'on
peut appeler un de nos bons
démarqueurs. » (H. de Villemes-
sant, Figaro du 6 août 1877.) —
Dans une autre acception, dé-
marqueur sert à désigner celui
qui ôte les marques d'un objet
dans un but de tromperie ou de
vol. (Littré, Supplément au Dict.
franc.)
Démtrrer. Quitter un lieu
après une longue station. Les
soiilo'iS démarrent péniblement de
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
133
chez le mastroc, les ivrognes s'en
vont avec peine de chez le mar-
ciiand de vin.
Déménager. Déraisonner. « Je
craignais que dans le change-
ment de domicile sa tête n'eût
('^ménagé la première. » (E.
l'elletan, La Nouvelle Babylone.)
Demi-snpe, demi-supérieure.
I-cini-boutuille de vin de qua-
lité supérieure, vin d'extra.
Demi-stroc. Demi-setier.
Demi-vertu. Personne du sexe
faible dont la vertu a subi, une
fois au moins, le feu des en-
chères de l'amour.
Démoc-soc. Démocrate so-
cialiste. En 1848, les démocs-
socs étaient ce que sont aujour-
d'hui les radicaux, l'épouvantail
de la bourgeoisie.
Demoiselle. Bouteille. Foutre
un soufflet à la demoiselle, qu'on
lui en voit le derrière, vider une
bouteille d'un coup en buvant à
la régalade.
Demoiselles (Ces). Nom gé-
nérique donné à toutes les fem-
mes qui, de près ou de loin,
touchent au métier ou à l'art
de la prostitution. « Ces demoi-
selles ont été successivement
appelées : Lorettes, Filles de
marbre, Dames aux camélias,
Biches, Cocottes, autant de mots
que l'on chercherait en vain
dans le dictionnaire de l'Aca-
démie. » (G. Claudin, Parais et
V Exposition.) Le succès de la
Dame aux camélias, pièce de
M. A. Dumas fils, valut à ces
demoiselles l'honneur d'un nou-
veau baptême. En souvenir de
l'héroïne de la pièce — qui mé-
ritait mieux — elles furent sa-
crées : dames aux camélias. Le
prototype a existé sous le nom
de Marie Duplessis tf Re-
marquablement jolie, grande,
médiocrement faite, ignorante,
sans esprit, mais riche d'ins-
tinct. Ex-paysanne normande,
elle s'était composé une généa-
logie nobiliaire, et, de son au-
torité, rapprochait d'un nom
historique son nom légèrement
modifié. » (N. Roqueplan, Pa-
risine.)
Démonétiser. Perdre quel-
qu'un de réputation. — Se dé~
monétiser, ne laisser à personne
autre qu'à soi-même le soin de
se perdre de réputation.
Démorfillage. Action de dé-
marquer une carte, c'est-à-dire
enlever les signes, traits d'on-
gles, points de repère que les
grecs font aux cartes qu'ils veu-
lent reconnaître. « Je vas leur
z\j en coller du démorfillage. »
(A. de Gaston, Les Tricheurs,)
Démorfiller. Démarquer une
carte, — dans le jargon des
grecs.
Démurger. Sortir de prison.
— Démurger sans caserne, sortir
de prison sans savoir où aller
coucher.
Denaille "(Saint). Saint-Denis.
Dent creuse (Ne pas en avoir
pour sa). Avoir très peu de
chose à manger; avoir une très
petite porV.on sur son assiette.
(Oudin.) li >. pilon de volaille,
merci, fin .« /seulement pas pour
ma dent creuse. N'a pas cessé
d'être usité.
Dentelle (De la). Billets de
banque. — C'est un girondin
calé qu'a de la dentelle à faire
péter son porte-mince,
8
134
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Dents (Avoir toutes ses). Etre
à l'âge de raison, à cet âge où
l'on peut mordre son voisin et
au besoin sa voisine.
Dents ne lui font plus mal
(Les). Il est mort depuis long-
temps.
Déparler. Avoir le délire, —
dans le jargon des garde-ma-
lades.
Département dubas-rein.Par-
tie de l'être humain qui a quel-
quefois besoin de ronds hygié-
niques comme certains yeux ont
besoin de lunettes. — La cible
à tant de plaisanteries suran-
nées.
Dépenser sa salive. Parler-
On dit de quelqu'un de taci-
turne : En voilà un qui a peur de
dépenser sa salive.
Dépiauter. Battre fortement.
Mot à mot : enlever la peau
comme à un lapin; faute de
mieux, se contenter d'enlever
les vêtements.
Déplanquer. Retirer un objet
caché, — dans le jargon des
voleurs.
Déplanquer son faux centre.
Etre condamné sous un nom
d'emprunt.
Déplumé. Sénateur. La cam-
buse aux déplumés, le sénat, —
dans le jargon du peuple.
Déplumer (Se). Perdre ses
cheveux. — Déplumé, chauve.
Déponner, Dépousser. Sacri-
fier à Domange, — dans l'an-
cien argot.
Déporter. Renvoyer, — dans
le jargon des ouvi^ers. — Etre
déporté j être renvoyé de l'ateher.
Déposer un kilo. Faire SCS né-
cessités, — dans le jargon des
ouvriers qui disent encore, sans
respect pour le suffrage univer-
sel : Déposer son bulletin^ déposer
un bulletin dans l'urne.
Dépôt. Dépôt de la préfecture
de police. « Dans le siècle der-
nier, ce dépôt (spécialement af-
fecté aux prostituées) portait le
nom de salle ou de maison
Saint-Martin; il était situé rue
du Verbois, au coin de la rue
Saint-Martin. » (Parent-Ducha-
telet.) En 1785 les prostituées
furent dirigées sur l'hôteJ de
Brienne dit la Petite-Force. De-
puis 1798 elles sont consignées
au dépôt général de la préfec-
ture de police. — On envoie au
Dépôt les individus mis en état
d'arrestation par ordre du com-
missaire de police. On les trahs-
porte du violon au Dépôt dans
le panier à salade. Ils y restent
jusqu'à ce que le juge d'instruc-
tion ait statué sur leur sort.
Dépôts & consignations
(Caisse des). Lieux d'aisances,
en style d'employés des grandes
compagnies financières.
Dépotoir. Confessionnal, —
dans le jargon des voleurs.
Dépotoir. Pot de chambre.
Dépuceleur de femmes encein-
tes. Fanfaron en fait de galan-
terie, don Juan grotesque.
De quoi (Avoir). Avoir de quoi
vivre.
Dérailler. Sortir de son sujet,
perdre le fil d'un discours —
Dans le vocabulaire de l'amour,
c'est... dame, c'est difficile à
dire, quoique le sens soit le
même.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
135
Dérondiner. Payer, — dans
l'ancien argot.
Déroyaliser. Renverser un
souverain de son trône. Enlever
à un roi la couronne de dessus
la tête, et quelquefois la tête,
avec la couronne.
Derrière (Enlever le). Donner
un coup de pied au derrière.
Derrière le premier (Se lever
le). Se lever de mauvaise hu-
meur. — Etre de mauvaise hu-
meur dès le matin.
Désargoter. Déniaiser, —
s'ingénier, — dans le jargon des
voleurs. — Désargoté, malin.
Descendre. Faire tomber;
tuer d'un coup de fusil. — Des-
cendre la garde, mourir.
Descendre son crayon sur la
colonne. Administrer une volée
de coups de canne, — dans le
jargon des voyous.
Désenflaquer. Se tirer d'une
situation difficile. Mot à mot : se
tirer d'une flaque.
Désennuyeur. Terme réservé
qu'emploient les souteneurs de
filles pour se désigner. Ils dé-
sennuient ces dames.
Desentiflage. Séparation en-
tre époux. — Etre désentifléj vi-
vre séparé de sa femme.
Desfoux. Enorme casquette de
soie, bouffante, casquette à tri-
ple étage, casquette àtroisponts,
particulière aux Desgrieux de
barrière. Vient du nom du four-
nisseur. On dit une desfoux,
comme dans un autre monde,
un gibus. Je viens de me fendre
d'une desfoux un peu chouette,
cinq tailles!
Desgenais en chambre. Mora-
liste qui entend la plaisanterie
et la noce. Moraliste bon enfant.
— Allusion au type d'un des
personnages des Filles de mar-
bre. Expression un peu démodée
comme la pièce. Faire son Des-
gênais, faire de la morale.
Desgrieux. Aimable et joli
souteneur de filles, le frère aîné
de M. Alphonse. En souvenir du
nom du héros du roman de Ma-
non Lescaut.
Désosse. Misère, ruine, —
dans le jargon des barrières. —
Jouer la désosse, être ruiné.
Désossé. Qui est sans argent,
— dans le jargon des voyous.
Os veut dire argent ; désossé, c'est
donc celui qui n'a pas d'os.
Désosser. Tomber sur quel-
qu'un à grands coups de poing.
— Je f vas désosser.
Dessalée. Femme rusée, co-
quine délurée, femme sans mo-
ralité ni tenue. La dessalée était
la gourgandine de nos pères. Ce
n'était primitivement qu'une
épithète accrochée au vocable
« morue. » On disait sous Louis
XV « morue dessalée » pour don-
ner plus de force à l'injure. Au-
jourd'hui tout est si cher, même
les mots du bas langage, que
d'une injure on en a fait deux,
et voilà pourquoi l'on dit iimo-
rue » pour désigner une femme
sale, repoussante, et pourquoi
« dessalée » dans le sens de flUe
de joie. — « Vous paraissez
toutes deux assez dessalées. ii{Les
Souffleurs.)
Dessaler. Noyer. Dessaler le
client à la faux, noyer quelqu'un
après l'avoir volé.
Dessaler (Se). Boire,— dansle
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Viens -tu
136
jargon des voyous.
nous dessaler'?
Dessaler (Se). S'acquitter
d'une avance faite, — dans le
jargon des typographes. C'est
mot à mot : restituer son salé.
Les avances d'argent ont reçu
le nom de salé, par abréviation
de salaire.
Dessaler (Se). Tomber malade,
— dans le jargon des voleurs.
Allusion aux conserves qui s'a-
mollissent lorsqu'elles perdent
leur sel.
Dessinandier. Dessinateur.
Dessous (Tomber dans le troi-
sième). Etre complètement rui-
né, tomber dans la misère. —
Au théâtre on entend par des-
sous les étages pratiqués sous
la scènepour les besoins des dé-
cors. On dit d'une pièce qui a
échoué qu'elle est tombée dans
le troisième dessous.
Détacher un transfert, un
transferrement. Détacher un
solide coup de pied. « Je déta-
che un transferrement au cab avec
mon rigodon à clous. » [La Petite
Lune, 1879.)
Détacher le bouchon. Aller à
la selle. — Les anciens tireurs
employaient cette expres.sion
dans le sens de voler la bourse.
Détaffer. Remonter le moral ;
donner du courage. Mot à mot:
enlever le taf, enlever la peur.
Détail (C'est un). Ce n'est rien.
Mot que le scepticisme moderne
devait appliquer auxévénements
les plus graves et qu'ordinaire-
ment on souligne par un .> .'/•
rire. — Vous êtes en deuil? —
Ma femme est morte. — C'est
un détail. Un tel a fait faillite
et ruine plus de cent familles.
— C'est un détail, je n'avais pas
un sou chez lui.
Détail (Faire le). Couper sa
victime en morceaux d'après la
méthode Billoir, — dans le jar-
gon des voyous.
Détaroquer. Démarquer, —
dans l'ancien argot des grecs;
c'est, mot à mot : effacer les
marques des tarots.
Dételer. Dételer le char de
l'amour, pour parler la langue
académique. — Se retirer des
joies de ce monde, parce qu'on
est vieux, infirme et désillusion-
né. — « A cette heure il avait
dételé, mais il aimait encore la
société des femmes folles de
leur corps. » (E. de Concourt,
La Fille Èlisa.)
Détente (Dur, dure à la). Ce-
lui, celle qui ne délie pas faci-
lement les cordons de sa bourse.
« Leur famille est riche, mais
elle est également dure à la dé-
tente, ce qui est l'expression
consacrée . » ( Adrien Paul ,
Floueurs et Floués.)
Détourne (Vol à la). Vol qui
se pratique dans l'intérieur des
magasins.
Détourneur. Voleur à la dé-
tourne, (c II y a des voleurs à la
détourne de trois classes : les
aristos, les bourgeois et les
voyous. Les premiers ne travail-
lent qu'en équipage et ne font
que la pièce de soie, de velours,
ou le cachemire des Indes ; ils
ont des laquais avec des galons
d'argent et des jambes torses
comme les colonnes d'un lit
Louis XIII. » (L. Paillet, Voleurs
et Volés.)
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
137
Dette de cœur (Payer une).
Faire honneur à un engagement
souscrit par le cœur au profit
des sens, — dans l'argot des
grandes dames. Dans le monde
faubourien, où l'on n'enguir-
lande pas les expressions, les
femmes disent: « S'exécuter à la
bonne franquette. »
Deuil (Grand). Café avec co-
gnac. — Demi-deuil, café sans
cognac. (L. Larchey.)
Deuil (Il y a du). Ça marche
mal dans le ménage.
Deuil de sa blanchisseuse
(Porter le). Porter du linge très
sale.
Deux fois. Expression très
usitée dans les régiments de ca-
valerie et qui équivaut à une
négation. Le sous-off de garde
dît : Tiens, tiens, tiens! vous avez
des bretelles deux fois demi-tour
sur les hanches. — J'ai planché
non pas deux fois, mais une
bonne. — Quelquefois cette ex-
pression s'emploie dans le sens
de « plus souvent : » Veux-tu
me prêter cinq ronds ? — Deux
fois.
Dévidage. Promenade dans
le préau d'une prison. (L. Lar-
chey.)
Dévidage. Long discours.
Dévidage à l'estorgue. Men-
songe. — Acte d'accusation.
Dévider. Parler. C'est dévider
le iil d'un discours dans le lan-
gage métaphorique et précieux.
— Dévider le jars ^ parler argot.
Dévierger. Enlever la tleur
de l'innocence à une jeune fille,
ainsi qu'on s'exprime sous la
coupole de l'Institut les jours où
il n'y a pas de prix de vertu à
décerner. — C'est, en bon fran-
çais, peut-être, faire une femme
avant la lettre... de faire part
du mariage
Dévisser. Estropier, casser
un ou plusieurs membres. —
« Tu veux donc te faire dévis-
ser? » (L. Cladel, Ompdraillcs,
le Tombeau des lutteurs.)
Dévisser son billard. Mourir,
— dans le jargon des piliers de
café. Et par abréviation : dévis-
ser. — Que devient f Machin ? Il a
dévissé.
Dévisser le coco. Tordre le
cou, étrangler.
Dévisser la pétronille (Se.) Se
mettre en frais d'imagination,
se creuser la cervelle, — dans
le jargon des voyous.
Dévorant. Pour dévoirant,
compagnon du devoir. « Terme
du compagnonnage qui nous a
légué une petite ménagerie as-
sez intéressante ; il y avait le
singe, le lapin, le renard de li-
berté, le loup, etc.. c'est assez
logique d'avoir le dévorant, »
{Le Sublime.)
Dévoyé. Acquitté; renvoyé
des fins de la plainte, — dans
le jargon des voleurs.
Diable. Agent provocateur.
(Moreau-Christophe.)
Diable en prendrait les ar-
mes (Que le). Exorbitant. Dire,
faire une chose étonnante, tenir
un propos tellement extrava-
gant, donner de telles preuves
de courage... en paroles, que le
diable, elfrayé, en prendrait les
armes, s'il les entendait.
Diamant. Clou de soulier, —
dans le jargon des troupiers.
Prends garde d'useï' les diamants
6,
138
DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE.
de tes godillots. Prends garde
de trop marcher.
Diamant. Pavé. (L. Larchey.)
Dieu (Il n'y a pas de bon).
Mot à mot : il n'y a pas de bon
Dieu qui puisse m'empêcher de
faire ce que je veux faire.
Dieu (Manger le bon). Com-
munier. — Mangeur, mangeuse
de bon Dieu, celui, celle qui
s'approche souvent de la Sainte
Table.
Digue-Digue. Attaque d'épi-
lepsie, — dans le jargon des
voleurs.
Digue. Femme, dans l'ancien
argot du Temple. « Vieux mot
fort usité parmi les pitres et les
queues rouges du xvii» siècle. »
(V. Hugo.)
Dinde. Femme sotte.
Dindonner. Duper. « Je lui ai
démontré qu'il était dindonné,
ce que nous appelons refait au
môme. » (Balzac.)
Dindornier. Infirmier.
Dinguer. Lancer , frapper ,
laisser tomber, onomatopée du
bruit d'un objet qui tombe à
terre. — Envoyer dinguer, en-
voyer promener. — En terme
de théâtre un objet qui dingue
est un objet mal "équilibré, qui
menace de tomber.
Dire quelque chose. Eveiller
la sensualité, — dans le jargon
des libertins. — Ne rien dire,
laisser froid, indifférent. Cette
femme ne me dit rien.
Dix-huit. Soulier remis à
neuf avec de vieux cuirs prove-
nant de vieux souliers. Jeu de
mot sur deux fois neuf — Dans
l'argot des tailleurs un dix-huit
est un vêtement retourné. —
Dans le supplément à son dio-
tionnaire français , M. Littré
donne à « se mettre sur son
dix-huit » le sens de « mettre
ses plus beaux habits. » Je n'ai
jamais entendu à Paris cette
expression. M. Littré n'aurait-il
pas confondu avec « ' se mettre
sur son trente-et-un ? »
Doigt dans l'œil (Se fourrer
le). Se tromper. — Se fourrer
le doigt dans V œil jusqu'au coude,
se tromper grossièrement, s'a-
buser au dernier point. — Faire
partie de la société du doigt dans
l'œil, s'illusionner sur son pro-
pre compte.
Doigts de mort. Salsifis, -—
dans le jargon du peuple. Al-
lusion à la ressemblance entre
des doigts de mort et des sal-
sifis épluchés.
Dominos. Dents, — Jouer des
dominos, manger.
Donner (S'en) . S'amuser beau-
coup. — Donner du cambouis,
railler, tromper.
Donner. Pour donner dans le
piège; abonder, — dans le jar-
gon des filles. — « Vous les re-
trouverez, si les hommes ne don-
nent pas , arpentant le terrain
jusqu'à deux heures du ma-
tin. » (F. d'Urville, Les Ordures
de Paris, 1874.)
Donner dans. Fréquenter :
Donner dans la canaille. — Avoir
du goût pour : Elle donne dans
le militaire.
Donner (Se la). Se battre.
Mot à mot : se donner la volée
de coups.
Donner (La). Regarder, dans
le jargon des voleurs. — Le
I
I
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
roublard la donne sur nos fioles,
l'agent regarde nos physiono-
mies. — La donne souffle mal, le
regard d'un tel n'est pas franc,
locution employée par les vo-
leurs lorsqu'ils se sentent devi-
nés soit par un agent, soit par
n'importe qui. — La donner sur
la croustille, n'avoir que du
pain ■ à manger ; c'est-à-dire
tomber sur le pain.
. Donner (La). Chanter , —
dans l'argot des baiTières. C'est-
à-dire : donner de la voix. —
Entends-tu comme le yossier la
donne? entends-tu comme le
particulier chante ?
Donner sur le biffeton. Lire
l'acte d'accusation et dévoiler
les antécédents de l'accusé.
Donner de l'œil dans la pers-
pective. Avoir l'œil au guet,
— dans le jargon des truqueurs.
« En ce moment arrivent deux
agents, que les associés de Mi-
chon n'avaient pas vus, bien
que donnant de l'œil dans la
perspective. » {Paris-Vivant , le
Truqueur, 1858.)
Dormir en gendarme. Ne
dormir que d'un œil.
Dos (Scier le). Ennuyer. —
En avoir plein le dos, manière
d'exprimer son mécontente-
ment , lorsque quelqu'un ou
quelque chose vous ennuie
énormément.
Dos vert, Dos d'azur. Soute-
neur de filles. Allusion aux
écailles vertes dun poisson
sous le nom duquel les soute-
neurs sont généralement dési-
gnés. — « C'est aussi un dos
vert de la plus belle espèce. »
(Vast-Ricouard, Le Tripot.)
139
Dossière. Poche assujétiedans
toute la longueur du dos d'un pa-
letot etparticulière aux voleurs
à la détourne qui s'en servent
comme d'une besace. — « Tous
ces objets (un coupon de soie,
un portefeuille, une tabatière
en argent , une douzaine de
mouchoirs) étaient dissimulés
dans une poche pratiquée dans
le dos du pardessus. » {Petit
Journal du 30 juin 1880.)
Dossière. Prostituée qui ga-
gne sa vie à genoux. Fellatrix.
Dossière de satte. Chaise.
Douanier. Absinthe. — Allu-
sion à la couleur verte du cos-
tume des douaniers.
Doublage, Doublé. Vol; men-
songe. — Monter un doublé, en
imposer.
Double. Gardien-chef, — dans
le jargon des prisons. Le mot est
également en usage au régiment
pour désigner un sergent-ma-
jor. Allusion aux doubles galons.
Double-six. Poseur. Fat sans
cesse occupé à étudier ses po-
ses, à faire valoir ses avantages.
Au jeu de dominos la première
pose est au joueur qui a le
double-six ; d'où le surnom
donné au poseur, au fat.
Doubler. Tromper; voler.
Doubler le cap. Faire un dé-
tour. On double le cap lorsqu'on
prend le chemin le plus long
afin d'éviter de passer devant
la porte d'un créancier.
Doubleur, Doubleuse. Men-
teur , menteuse; voleur, vo-
leuse.
Doublon. Répétition dumême
mot ou de la mrme phrase, —
140 DICTIONNAIRE d'aRGOT
dans le jargon des typographes.
Douce. Soie, — dans le jar-
gon des voleurs.
Douce (Aller à la). Aller dou-
cement, se porter assez bien. —
« Aline : Et mon oncle com-
ment va-t-il? — L'homme : A la
douce, à la douce. » (Jean Rous-
seau, Paris-Dansant.) Faire quel-
que chose à la douce, ne pas se
presser.
Douceur (Le mettre en).
Tromper quelqu'un avec de
douces paroles; voler quelqu'un
en le flattant.
Douillard, Douillarde. Hom-
me riche, femme riche.
Douille. Argent. — Bouille
fraîche, argent qu'on vient de
recevoir.
Douiller, Douiller du carme.
Donner de l'argent, payer, —
dans le jargon des voleurs. En-
core un qui ne douille pas sou-
vent avec les aminches : faut tou-
jours lui rincer le bec !
Douilles, Douillets. Cheveux.
La partie de la tête que recou-
vrent les cheveux est très sen-
sible; d'où le mot douillet. « Y
veut s' garantir les douillets. »
(Le Parfait catéchisme poissard.)
— Douilles savonnés, cheveux
blancs. Piger les douilles, pren-
dre aux cheveux, tirer les che-
veux.
MODERNE.
Douillet, Douillette. Crin, —
dans le jargon des voleurs.
Douillet, Douille-mince (Ja-
mais). Innocent, — dans le jar-
gon des voleurs.
Douillettes. Figues, en terme
des halles.
Douleur (Papier à). Papier
timbré, protêt, congé par huis-
sier, — dans le jargon du peu-
ple.
Douloureuse. Dans le «pitto-
resque argot parisien de bas
étage, la douloureuse est tout
simplement la carte à payer,
autrement dit Vaddition. )>(X. de
Montépin, Le Fiacre n° 13.)
Dousse. Fièvre, — dans l'an-
cien argot.
Doussin. Plomb. Doussiner,
plomber, — dans l'ancien ar-
got.
Doux (Du). Liqaeur douce.
Un verre de doux.
Dragée. Nez, — dans lejargon
des voyous. Se piquer la dragée,
se griser. « Y li a foutu un va-te-
laver sur le mufle qui lui a es-
carbouillé la dragée et dévissé
trois dominos. »
Dragée. Balle, — dans le jar-
gon des troupiers. Des dragées
qu'on distribue aux baptêmes
de feu.
Dragiste. Ouvrier confiseur
spécialement chargé de la fa-
brication des dragées.
Dragons (Aller voir défiler
les). Jeûner forcément. A l'heu-
re du déjeuner, les ouvriers qui
n'ont ni argent ni crédit chez
îe ..ifuchand de vin disent :
« Nous allons les voir défiler. »
Drague. Fonds de commerce
de saltimbanque; le métier de
banquiste lui-même. « Il avait
pris des associés et monté une
drague. » (J. Vallès.)
Dragueur. Saltimbanque.
Drapeau. Serviette, — dans
le jargon des francs-maçons.
— Grand drapeau, nappe.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
141
Drapeau. Drap de lit. Etre
sous les drapeauXj être couché.
Drapeau (Etre de garde au).
« Dans le jargon pittoresque
des garnisons, on a donné à
cette expression une acception
que les règlements militaires
n'avaient point prévue. Un of-
ficier est de garde au drapeau
quand il est aux arrêts. On dit
aussi qu'un camarade est de
garde au drapeau lorsqu'il ne
paraît pas le soir à la pension,
et qu'il y envoie clierclier par
son ordonnance un dîner pour
deux. » (Fr. de Reiiienberg, La
Vie de garnison.) Dans le mon-
de de la bourgeoisie, on dit du
mari qui est obligé d'accompa-
gner sa femme en soirée ou de
rester à la maison auprès de
madame, qu'il est de garde au
drapeau.
Dringue. Pièce de cinq francs,
— dans le jargon des voleurs.
Une dringue tarte refroidie sur
le zinc du mastroc, une fausse
pièce de cinq francs clouée sur
ie comptoir du marchand de
vin.
Drive (Etre en). Tirer une
bordée, prolonger de son auto-
rité une permission, — dans
l'argot de la marine. Drive est
par altération pour dérive.
Drogue. Coquine, méchante
femme. — Petite drogue, petite-
coureuse.
Droguer. Mendier. (1829.)
Droguer. Attendre depuis
longtemps , faire le pied de
grue. — Faire droguer, faire
attendre.
Drogueur de la haute. Es-
croc qui exploite la crédulité I
publique au moyen de préten-
dues souscriptions financières
ou patriotiques, de quêtes, de
loteries, d'indulgences, de faus-
ses eaux de Lourdes, etc., etc..
Droguiste. Escroc, filou qui
exerce à domicile en cherchant
à apitoyer les âmes aussi sen-
sibles que crédules. C'est une
forme nouvelle de drogueur.
Droite (Aller à, être à). Aller
aux cabinets d'aisances, être
aux cabinets d'aisances, — dans
le jargon des employés de com-
merce.
Dromadaire. Femme de mau-
vaise vie , c'est une variante
pour ne pas toujours dire : cha-
meau.
Duce. Signes conventionnels
et indicatifs que pratiquent au
jeu les grecs entre eux. C'est ce
qu'ils nomment encore la télé-
graphie. Vient de dux^ ducere
conducteur, conduire. Le duce
règle la conduite du grec au
jeu. « Le dusse (sic) se varie à
l'intlni, et les grecs qui, dans
une partie, craignent d'avoir
été remarqués , changent de
système pour le lendemain. »
(A. Cavaillé, Les Filouteries du
jeu.)
Duchêne (Passer à). Payer,
— dans le jargon des barrières.
C'est-à-dire se faire arracher
une dent. Duchêne est le nom
d'un très populaire et très ha-
bile dentiste, le Calvin de la
mâchoire. Maintenant que nous
avons bouffé, faut passer à Du-
chêne] garçon! la craie.
Dur. Vente difficile d'un li-
vre, — en terme de libraire. Ce
n'est pas un mauvais ouvrage,
mais c'est dur.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
dans le jargon
142
Dur. Fer, —
des voleurs.
Dur. Eaii-de-vie.
Dur (Au). Travaux forcés.
Dur à cuire. Individu qui ne
se laisse ni attendrir, ni intimi-
der facilement. — Vieux dur à
cuire; par allusion aux légumes
secs qui ne cuisent pas facile-
ment.
Dur (Etre dans son). Etre très
assidu à l'ouvrage, être dans le
feu du travail. {Argot des typo-
graphes.)
Dure. La terre. La grande
langue a l'expression « coucher
sur la dure, » c'est le nuda hu-
ma cubât de Virgile.
Dure (La). Maison centrale
de force et de correction.
Dure (Vol à la). Vol qui con-
siste à étourdir d'un coup de
poing ou d'un coup de bâton
celui qu'on veut dépouiller. La
variante est : Vol à la rencon-
tre. Faire le client à la dure,
étourdir d'un coup de bâton un
homme et le voler.
Durême. Fromage, — dans
l'ancien argot.
E
I
Eau de moule. Absinthe très
claire coupée avec beaucoup
d'eau; elle arbore la couleur
vert-clair de l'eau dans laquelle
nagent les moules cuites.
Ebasir, Esbasir. Assommer.
Mot à mot : renver.-;er de la
base. C'est sans doute une dé-
formation d'aôassir, abattre,
démolir, renverser.
Ecarbouiller (S'). Se sauver.
Ecarter du fusil. Lancer, en
parlant une petite pluie de sa-
live. Les brèche-dents, ceux qui
zézaient, écartent ordinairement
du fusil. Le synonyme est : pos-
tillonner. Jadis on disait : Ecar-
ter la dragée.
Echalas, Echasses. Jambes
longues et maigres.
Echappé de capote. Petit
gommeux maigre et mal bâti, —
dans l'argot des voyous. — Au
xviii^ siècle on désignait un
bossu sous le sobriquet d'échappé
d'Esope. — Eh! va donc, échappé
de capote, avec ta gueule à chier
dessus.
Echauder. Surfaire. — Etre
échaudé, payer un objet au-des-
sus d3 sa valeur.
Echigner. Abîmer, éreinter.
— Critiquer à outrance, mal-
mener en paroles. — « Quand
un client ne tient pas à gagner
sa cause, mais à echigner son
adversaire, il choisit M'' Chaix-
d'Est Ange ou Me Léon Duval. »
{Paris- Avocat.) — S' echigner,
s'excéder de fatigue.
Echigneur, Echineur. Criti-
que acerbe. — « Comme avocat
éreinteur et echigneur M'^ Hébert
dame le pion h ces deux athlè-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
143
tes du pugilat judiciaire. »
{Paris- Avocat, 1854.)
Echoppe. Atelier, — dans le
jargon des ouvriers.
Eclairage. L'argent qu'on
étale sur le tapis pour alimenter
une partie s'appelle V éclairage.
— Les Joueurs appellent éclai-
rage au gaz l'apparition devant
un joueur d'unetrè.^ forte somme
d'argent. Donnez-vous le coiq^?
Oui, mais où est l'éclairage.
Eclairer. Mettre l'argent sur
le tapis, — dans le jargon des
joueurs. — Payer d'avance, —
dans le jargon des filles.
Eclaireur. Compère du gfrtc,
chargé de dénicher des dupes.
On le nomme également pistcnr.
La première des conditions
pour faire un bon éclair cur et
pour gagner des appointements
convenables, c'est d'avoir de
belles connaissances dans le
monde.
Eclaireurs. Seins fiers comme
Artaban qui font saillie sur le
corsage, — dans le jargon des
voyous. En v'ià une paire d'é-
claireurs solides au poste.
Ecluses (Lâcher les). Pleurer.
— Uriner.
Ecopage. Choc, coup léger.
Ecopage. Réprimande.
Ecopage. Petit profit. — Art
d'arriver dans une maison à
l'heure des repas et de s'y faire
inviter.
Ecoper. Boire, — dans le
jargon des typographes.
Ecoper. Recevoir. — Rece-
voir un coup, se heurter. —
« On se rencontre dans la rue,
on se saute dessus, on se tape,
il y en a un qui écope. » (A.
Bouvier, Mademoiselle Beau-Sou-
rire, i880.)
Ecopeur. Fine mouche qui
arrive chez les autres h l'heure
du dîner. Le véritable écopear,
sans jamais rien demander, ne
sort jamais d'une maison sans
avoir retiré un petit profit de sa
visite. Il a un tlair particulier
pour arriver aux bons moments.
Uécopeur porte un coup à ceux
qu'il va voir et l'on n'ose pas
reconduire.
Ecorcher. Faire payer un ob-
jet deux ou trois fois sa valeur;
c'est la qualité dominante chez
la plupart des boutiquiers de
Paris dont les boutiques sont
placées, sans doute, sous le pa-
tronage de saint Barthélémy.
Ecornage (Vol à 1'). Vol au
boulon. Ce vol consiste à s'ap-
proprier, au moyen d'un fil de
fer passé par le trou du boulon,
des objets renfermés dans une
montre ou en étalage. (L. Pail-
let.) Le même résultat s'obtient
encore en pratiquant, à l'aide
d'un diamant, une ouverture
dans l'angle inférieur d'une vi-
tre de magasin. (L. Larchey.)
Ecorné. Accusé qui comparaît
devant le tribunal. L'accusé
semble déjà être en mauvais
état.
Ecorner. Injurier; du vieux
mot français escharnier, mo-
quer, railler.
Ecorner. Fracturer. — Ecor-
ner un boucard, fracturer une
boutique.
Ecorneur. Avocat chargé de
soutenir l'accusation.
Ecornifler, Ecornifler à la
144
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
passe. Tuer. « J'aperçois un
garde royal qui ajustait d'une
lenfîlre La Platine, j' le lorgne,
pan ! à bas, il fait la culbute ;
c'était le douzième depuis mardi
que j'écorniflais. » [Les farces
et les bamboches populaires de
May eux, 1831.) — Lui, il a
trouvé le moyen à'écornifler à
la passe sept personnes. (Jean
Richepin, Les Morts bizarres.)
Ecosseur. Employé chargé
d'ouvrir les lettres dans une ad-
ministration.
Ecot (Paysr son). « Dans un
pas de trois, la danseuse qui
exécute son solo paye son écot. »
(J. Dutlot, Les Secrets des cou-
lisses^ 1865.)
Ecoute (Je t'). Oui, — dans
le jargon des troupiers.
Ecoute s'il pleut. Expression
dont les ouvriers se servent à
l'atelier pour essayer de faire
taire un bavard. On espère qu'il
ne pourra pas écouter et parler
à la fois.
Ecraser un grain. Boire un
verre de vin, quelquefois la
bouteille. — « Viens-l'en plutôt
écraser un grain avec moi. »
(Huysmans, Marthe, 1879.)
Ecraser des tomates. Avoir
ses menstrues. Et la variante :
Faille la sauce tomate.
Ecrevisse. Cardinal, à ce que
dit M. Fr. Michel, dans son dic-
tionnaire de l'argot comparé.
C'est une aimable plaisanterie
à laquelle il se sera laissé pren-
dre, sans songer que ce cardi-
nal-là descend en ligne directe
du « cardinal des mers », dont
a parlé Jules Janin et dont a
tant ri Nestor Roqucplan.
Ecrevisse de boulanger. Ca-
fard.
Ecrevisse de rempart. Fan-
tassin, — dans le jargon des
soldats de cavalerie.
Ecrevisse dans la tourte
(Avoir une). Dire, faire des ex-
travagances .
Ecume. Etain, — dans le jar-
gon des voleurs.
Ecurer le chaudron. Faire
des aveux ; se confesser.
Ecumoire. Visage ravagé par
la petite vérole.
Ecureuil. Pauvre diable qui
faisait tourner une roue dans un
atelier de mécanicien, moyen-
nant une haute paye de six
sous par heure. — Les machines
à vapem% en se propageant, ont
porté le coup de la mort à l'é-
cureuil, devenu aujourd'hui un
objet de curiosité.
Edredon (Faire 1'). Dépouiller
un étranger, — dans le jargon
des filles.
Edredon de troispieds. Paille.
Effacer. Faire disparaître en
absorbant. — On efface un plat,
on efface une bouteille, en ne
rien laissant du plat, en buvant
la bouteille jusqu'à la dernière
goutte.
Effaroucher. Chiper; par al-
tération du vieux verlîe fran-
çais frogier, frouger, profiter,
gagner. — « Qu'est-ce qu'a ef-
farouché ma veste? » (H. Mon-
nier. Scènes populaires.)
Effets de poche. Faire sonner
son argent, le compter en pu-
blic, sortir deux cents francs en
or pour acheter un cigare d'un
sou, tout cela : eîTcLs de poche.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
145
— C'est un des plus sûrs moyens
de se faire voler. — Les jours
de paye les ouvriers font volon-
tiers des effets de 'poche. Celui
qui n'est pas habitué à avoir de
l'argent se livre généralement
k des effets de poche.
Effets de biceps. Exhibition de
force musculaire. (L. Larchey.)
Egayer. Sifller, — dans le
jargon des acteurs. — Egayer
l'ours, siffler la pièce.
« De la rampe la lumière
» Eclaire un drame inédit :
» On l'égaie, à la première ;
» La claque seule applaudit. »
(E. de La BédoUière. Dîners de Vanc.
cercle.)
Egnaffer. Surprendre, éblouir,
émerveiller. — Etreégnaffé, être
émerveillé. C'e.st le successeur
direct à' épater ^ — dans le jar-
gon des ouvriers.
Egnolant. Ennuyant, — dans
le jargon des voyous. Dans celui
des ouvriers, il a plutôt le sens
d'étonnant, d'extraordinaire.
Egnoler. Ennuyer, — dans le
jargon des voyous ; mot à mot :
rendre gnole. YHà une heure que
le client m'égnole, fen ai ma cla-
que, je calète, voilà une heure
que cet individu m'ennuie, j'en
ai assez, je file.
Egout (Prima dona de 1').
Chanteuse de chansons ordu-
riôres dans les cafés-concerts.
{Le Sublime.)
Egout (Tierce à 1'). Tierce
basse, tierce au neuf, au jeu de
piquet.
Egrugeoir. Chaire à prêcher,
— dans le jargon du peuple.
« Lorsque dans son egrugeoir,
» Ce champion de l'éleignoir
» Fait à la foule béante,
» Des histoires de servante. »
(L. Fesicau, Les Anes.)
Egyptien. Mauvais acteur ;pai
allusion à la troupe du Khédive.
Mot à mot : acteur retour d'E-
gypte, — dans le jargon du
Ûiéâtre.
Elastique. Qui sait se prêter
aux circonstances, qui sait faire
des concessions à propos. « N'est-
ce pas, cher directeur, que nous
sommes plus élastiques que ça?»
(J. de Concourt.)
Eléments. Cartes préparées
en vue d'une passe ; mot à mot:
éléments de gain, — dans l'ar-
got des grecs. Dans le monde
des joueurs le mot : « éléments »
désigne des ponteurs capables
d'alimenter une partie. Faisons-
nous un petit bac ? — Il n'y a pas
d'éléments.
Elève-martyr. Elève-briga-
dier, — dans le jargon des ré-
giments de cavarerie.
Elixir de hussard. Ëau-de-
vie.
Emballer. Terminer promp-
temeht. — L'ouvrage est em-
ballé.
Emballer. Mettre en prison.
— Emballez-moi ce particulier.
Emballer (S'). S'emporter, se
fâcher. On dit d'un cheval qui
s'emporte, qu'il « s'emballe » ;
d'où s'emballer en parlant des
personnes.
Emballeur. Agent de police.
Emballeur de refroidis. Por-
teur des pompes funèbres, vul-
go « croque-mort ».
Embauder. Violenter, pren-
dre de force, — dans le jargon
des voleurs.
Emberlificoter. Entortiller ,
embrouiller, embarrasser. Avec
146
tous vos raisonnements, vous cher-
chez à m' emberlificoter y vous.
{Jargon des bourgeois.)
Embêter (Ne pas s'). Ne pas
être g-auche, emprunté; savoir
tirer parti de tout.
Embêter. (Ne pas se laisser).
Ne se laisser ni influencer, ni
intimider.
Emblémer
Emblèmes
songes!
Emboîter.
de poing, —
barrières.
DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE.
biner un vol. C'est la variante
de nourrir un poupard.
Emmaillotteur. Tailleur.
Emmanché. C'est l'équivalent
d'empoté, de maladroit, — dans
le jargon du peuple. Une bouge
pas plus qu'une lame emman-
chée. C'est un emmanché. — Es-
pèce d'emmanché, remue-toi doncl
Emmargouillis. Propos mal-
honnêtes , orduriers. « Aussi
fallait voir comme on s'en payait
des tartines et des potins, et des
calomnies et des emmargouil-
lis, contre cette loterie de mal-
heur ! » [Le Titi, 1879.)
Emmener. Dénoncer. Des
tronches à la manque à emmener
le travailleur. De sales physio-
nomies capables de dénoncer
le voleur.
Tromper.
(Des)I Des
men-
Donner un coup
dans le jargon des
Emboîter. Constituer le point
de dix ou de vingt, au moyen
d'une carte tirée, — dans le
jargon des joueurs de baccarat.
— Exemple ; un sept sur un
trois, un huit sur un dix et un
deux. Etre emboîté, avoir pris
au tirage une carte qui consti-
tue le point de dix ou de vingt,
c'est-à-dire baccarat , zéro, le
plus mauvais point.
Emboîter. Gagner les bonnes
grâces de quelqu'un, l'engager
à faire quelque chose en votre
faveur, — dans le jargon du
régiment. Y a pas moyen de
f emboîter pour t'en faire payer
pour deux sous.
Emboucaner. Sentir mauvais.
Embrouillarder (S'). Sentir
les premières vapeurs alcooli-
ques monter au cerveau.
Eméché (Être). Eprouver les
premiers eliéts de l'ivresse.
Emigré de Gomorrbe. Homme
dépravé comme on l'était à Go-
morrbe, aux temps bibliques.
Emmaillotter un môme. Com-
Emmerdement. Ennui extrê-
me. C'est le spleen des Fran-
çais. — Emmerdement sur toute
la ligne, le nec plus ultra de l'en-
nui.
Emmerder. Ennuyer à l'ex-
cès. — Mépriser au dernier
point. — Injure que le peuple
a sans cesse à la bouche.
Emmieller. C'est le mot pré-
cédent adouci. Cela se pronon-
ce : Em... m... m... ieller, en
appuyant fortement sur les m,
afin qu'il n'y ait pas de doute
possible sur le sentiment expri-
mé. La variante est : Em... me-
ner à la campagne.
Emos. Emotion.
Empaffe. Drap de ht, — dans
l'ancien argot.
Empaffer. Griser; c'est un dé-
rivé de paf.
Empaillé. Homme gauche.
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
47
Empêcheur de danser en rond .
Importun ; celui qui vient, mal
à propos, se mêler à une con-
versation, troubler une réunion
intime. — Allusion à la défense
faite, — sous la Restauration,
par les curés de campagne, —
de danser en plein air.
Empereur. Vieux soulier. Les
empereurs sont des souliers la-
mentables achetés chez un sa-
vetier, près des Halles, surnom-
mé « le père l'Empereur » par
MM. les chiffonniers, dont il est
le fournisseur ordinaire. Chez
le père l'Empereur, les sous va-
lent des francs. Ainsi, quand
un client demande le prix d'une
paire de souliers et que le père
l'Empereur répond : douze
francs, le client donne douze
sous sans hésiter.
Empétarder. En user comme
Jupiter envers Ganymède, com-
me Phœbus contre Hyacinthe,
Achille sur Briséïs , Pompée
sur Julie.
Empiffrage. Gloutonnerie.
Empiffrer (S'). Mettre les bou-
chées doubles. C'est faire passer
les bouchées sous le pif, avec
autant de promptitude qu'un
prestidigitateur fait passer la
muscade.
Emplanquer. Arriver, — dans
le jargon des voleurs.
Emplâtre. Empreinte à lacire.
Emplâtre. Portée de cartes
dont se servent les tricheurs.
Faire un emplâtre ou placard,
placer une série de cartes dans
un ordre déterminé. Les grecs
cachent l'emplâtre dans une ta-
batière à double fond, sous l'ais-
selle. Aulansquenetet au bacca-
rat, choisissant le moment pro-
pice, le tricheur place adroi-
tement Vemplâtre sur le pacjuet
de cartes qu'il tient ostensible-
ment à la main. Il faut se mé-
fier d'un individu qui tire de sa
poche. soit son mouchoir, soit
sa tabatière ou tout autre objet
en gardant les cartes à la main.
Il faut surveiller également ce-
lui qui, ayant posé les cartes
sur le tapis, les couvre un ins-
tant avec une tabatière. Il y a
cent à parier contre un que la
tabatière est à double fond. Le
double fond recèle un emplâtre
que la pression du doigt fera
descendre sur le paquet de car-
tes.
Emplâtre de Thapsia. Cravate
à plastron ; cravate de cocher
piquée avec l'épingle en fer à
cheval et adoptée par les sports-
men, moins l'épingle.
Empoigner. Critiquer sans
mesure. — Se moquer à haute
voix d'un acteur en scène.
Empoigner. Charmer,séduire,
émouvoir. — Une scène, un ro-
man qui vous empoigne.
Empoisonneur. Nom d'amitié
donné par les ivrognes au mar-
chand de vin. — Débitant
de vins et liqueurs de qualité
très inférieure. — (?argotier
dont la cuisine ne laisse rien
à désirer sous le double rapport
de la malpropreté et de l'exé-
crable.
Emporter le morceau. Dire
une méchanceté d'une grande
portée. Mot à mot : mordre si
fort que le morceau reste après
les dents. C'est le : emporter le
nez à belles dents, du xvii« siècle,-
Bien avant, Plante avait dit :
Os nu denasavit mordicus.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
148
Emporter la gueule. Mettre
la houche en feu. Un mets
trop épicé ou une liqueur trop
forte vous emporte la gueule.
Emporteur. Filou (jui vit au
détriment des magasins. Après
avoirfait un achat d'importance,
V emporteur se fait accompagner
par un garçon de magasin, qu'il
doit payer à domicile. Une fois
en route, sous un prétexte quel-
conque, il écarte le garçon en
ayant eu la précaution de se
faire remettre la marchandise.
Les hôtels garnis, les passages,
les maisons à deux issues, favo-
risent beaucoup le jeu de l'em-
porteur.
Emporteur à la côtelette. Es-
croc qui fréquente les cafés pour
y faire des dupes en proposant
des parties de cartes. Il gagne
d'abord une consommation, en-
suite le déjeuner, et, de partie
en partie, de revanche en re-
vanche, il arrive au dépouille-
ment complet de sa victime.
Empousteur. Autre variété de
filou. Celui-là sait allécher les
entrepositaires par des dépôts
de marchandises, qu'achètent
très avantageusement des com-
pères. Lorsqu'il a gagné la
confiance des entrepositaires,
V empomteur fait de forts dépôts
qui mi sont, en partie, payés
comptant. Le tour est joué : la
marchandise est invendable.
« Un empousteur poussa l'audace
jusqu'à vendre à plusieurs mar-
chands • de la rue Saint-Denis
plus de mille douzaines de faux-
cols en papier et de voilettes en
papier dentelle. » (L. Paillet,
Voleurs et volés.)
Emposeur. Pédéraste, — dans
Tancien argot.
Emprunter un pain sur la
fournée. Prendre un acompte
sur le mariage. Expression très
usitée au xvine siècle.» Qui peut-
être, comme l'on dit, avez em-
prunté quelques pains sur la
fournée. » {Pièces comiques.)
Emu, légèrement ému. Celui
que le vin rend tendre et lar-
moyant.
Enc... par corvée. Bête bru-
te, conscrit stupide, -— dans le
jargon du régiment, où cette
expression ordurière se dit sans
malice, sans comporter aucune
idée obscène.
Encarade. Entrée. Lourde d'en-
carade, porte d'entrée, ou en-
carade tout court.
Encarrer. Entrer. Encarrer à
la taule, entrer à la maison.
Enceintrer. Rendre une
femme enceinte; forme mo-
derne denceinturer, usité au
xvme siècle.
Encible. Ensemble.
Encloué. Mou, sans énergie.
— Individu qui a des passions
contre nature.
Encrotter. Enterrer, — dans
le jargon des journaux ennemis
de l'enterrement civil.
Endormeur. Voleur au narco-
tique. — L'endormeur attire sa
victime chez un marchand de
vin, la fait boire, lui verse un
narcotique et la dépouille.
• Endormi. Juge. (F. Michel.)
Endormir du coup. Tuer, as-
sommer.
Endosse. Epaule. — Raboter
l'endosse, porter, des coups dans
le dos.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
149
Endroit. Restaurant, — dans
le jargon des employés du
commerce de la nouveauté en
gros. Mot à mot : endroit où
l'on va prendre ses repas, en-
droit d'où l'on fait venir un plat.
J'ai envoyé chercher à l'endroit
une portion de tripes.
Endurer. Tenir la rame immo-
bile, — dans le jargon des ca-
notiers de la scène.
Enfant de chœur. Demi-setier
de vin rouge; par allusion à la
robe rouge des enfants de chœur.
« Un pauvre bougre qui pouvait
à peine se mettre un enfant de
chœur sur la conscience pourra
boire, etc. » (Le Père Duchène.)
Enfant de chœur. Pain de su-
cre, — dans l'ancien argot.
Enfant de chœur de guillo-
tine. Gendarme, — dans l'argot
des voleurs.
Enfant de giberne. Enfant de
troupe, — dans le jargon du
régiment.
Enfant de la balle. Celui qui
a appris et qui exerce le même
métier que son père. L'expres-
sion est particulièrement ré-
pandue dans le monde des cou-
lisses.
Enfant (Décrocher un, faire
couler un). Déterminer un avor-
tement , — dans le jargon du
peuple. « Oui, oui, t'as décroché
un enfant à la fruitière. » (E.
Zola, ï Assommoir.)
Enfer (D'). Enorme. Un appé-
tit d'enfer, un courage d'enfer.
Enfer. Sous-sol d'une impri-
merie. C'est l'endroit où se cli-
ché et se tire le journal. Il y
tait aussi chaud qu'il doit faire
en eul'er.
Enfigneur. Emigré de Go-
morrhe, — dans le jargon des
voleurs.
Enfilage. Pertes successives
au jeu. — Celui qui court après
son argent risque Venfilage.
Enfilage. Arrestation en fla-
grant déUt. — Avoir écopé à
l'enfilage. Enfilé, pris en flagrant
délit de vol. Enfilé par les rou-
blards au moment de dégraisser
une bobine en jonc. Se faire en-
fler, être arrêté. Pas d' chance,
vlà trois fois c'tte année que je
m' fais enfiler.
Enfiler (S'). Perdre successi-
vement plusieurs coups de car-
tes. — S'être enfilé, avoir beau-
coup perdu dans une partie,
dans une soirée. « Ce qui ne
l'avait pas empêché quelques
minutes auparavant, de jouer
contre Servet, et de se faire en-
filer. )) (Vast-Ricouard, Le Tri-
pot.)
Enfiler des briques (S"). Jeû-
ner, contraint et forcé, — dans
le jargon du peuple. ^
Enfiler des perles. Travailler
avec nonchalance.
Enfileur. Joueur qui profite
de sa veine pour pousser son
adversaire à jouer contre lui,
pour Venfiler.
Enflacquer. Emprisonner.
Enflaneller (S'). Absorber
une boisson chaude. Mot à mot :
une boisson qui remplace le
gilet de flanelle. « Une nuit de
mardi gras, je m'assis à une
table, — dans la galerie en face
de l'orchestre, — sur laquelle
le Temps et Cybéle venaient de
s' enflaneller de deux grogs amé-
ricains. »
masqué.)
(P. Mahalin, Au Bal
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
150
Enflée. Vessie, — dans le jar-
gon des voleurs.
Enflé (Ohé ! L') ! Apostrophe
voyoucrati(jue à l'usage des
quidams qui prennent de grands
airs, qui font les orgueilleux,
que l'orgueil enfle.
Enfoncer. Tromper. « Papa
vous a bien enfoncé dans l'affaire
des suifs. » (Gavarni.) — Sur-
passer, être supérieur à. « Une
telle imitation du vent enfonce
cruellement les fameuses gam-
mes chromatiques de la Pasto-
rale de Beethoven. » (H. Berlioz,
Les Grotesques de la musique.)
Enfonceur. Faiseur. (Vidocq.)
— Critique violent. — Enfonceur
de portes ouvertes. Celui qui fait
plus de bruit que ''ô besogne.
— Homme qui cherche à faire
croire qu'il a inauguré les fa-
veurs d'une femme, et qui, en
réalité, n'a été admis que bien
longtemps après l'inauguration.
Enfourailler. Arrêter, — dans
le jargon des voleurs.
Enfrimer. Regarder quelqu'un
de très près.
Enganter. Prendre, voler; du
provençal aganter, attraper, sai-
sir.
Engraissé à lécher les murs
(Ne s'être pas). Se dit d'une
personne qui étale un de ces
visages rubiconds et prospères
dénotant le bien-être et les dou-
ceurs de l'existence. — La va-
riante est : N'être pas gras d'a-
voir léché les murs.
Engueulage, Engueulade. Sé-
rie d'injures débitées en criant.
Quelque chose de plus fort que
Venquriilrment, Dans Vengueule-
ment, au milieu d'une ondée
d'invectives, il peut se rencon-
trer quelques saillies, quelques
moLsheureux. BansV engueulo.ge,
c'est la grossièreté pure qui fait
tous les frais de la conversation
criée.
Engueulement. Avalanche
d'mjures. Langage particulier
aux dames des halles du temps
jadis. Les bals masqués sont des
écoles à! engueulement.
Engueuler. Crier des injures.
— '^'engueuler, se battre à coups
de gros mots. Sous prétexte de
polémique, certains journalistes
ne font que s'engueuler.
Engueuleur. Individu qui a
un goût particulier pour Ven-
gueulage. — Journaliste qui pra-
tique la polémique à l'emporte-
pièce et à l'eau-forte.
Enlevé. Réussi : Article de
journal enlevé. — Vivement fait:
Ouvrage enlevé. — Vivement
mené, — dit avec entrain : Une
scène enlevée. — S'enlever, s'em-
porter. — S'enlever cher, être
tourmenté par la faim, — dans
le jargon des voleurs.
Enlevé (Etre). Plaire beaucoup
au public, — dans le jargon du
théâtre. — « (Les bravos re-
doublent.) Il paraît qu'il est
enlevé. » {Musée Philipon, Théà'
tre de Bourg-en-Bresse.)
Enquiller. Caser, pourvoir
d'une place. — Cacher entre ses
cuisses un objet volé. Enquiller
une thune de camelotte, cacher
sous ses jupons une pièce d'é-
toffe. — Arriver, entrer. « Faut
espérer que le démoc enquil-
lera. » {La Patrie, du 2 mars
d852.)
Enquiquiner. Ennuyer, aga-
\
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
151
cer, porter sur le système ner-
veux.
Enrayer. Renoncer aux amours
et même à l'amour.
Enrhumer. Ennuyer, — dans
l'ancien argot.
Ensecreter. Introduire dans
un joujou le mécanisme qui le
fait mouvoir.
Enterrement. Bout de char-
cuterie, tranche de gras-double,
rogaton quelconque interné
diins un morceau de pain. C'est
le déjeuner de bien des pauvres
gens. On voit beaucoup d'enter-
rements dans le quartier des
halles à l'heure de midi, alors
que l'oreille de morue crépite
dans la poêle et que la moule
nage dans un bain gris-ver-
dâtre.
Enterrement. Ouvrage abîmé
par un apprenti ou par un ou-
vrier, — dans le jargon des cor-
donniers.
Enterrement. Petite super-
cherie pratiquée par les soldats
de cavalerie, laquelle consiste à
cacher le crottin sous la paille,
au lieu de le ramasser dans la
vanette et de le porter au fu-
mier. Ça s*est-y bien tiréj ta garde
d'écurie ? — Ma foi, tu sais, avec
des enterrements.
Enterrement de première
classe. Critique empreinte d'un
faux attendrissement. Elle pro-
cure en moyenne cent cinquante
lignes de copie à son auteur et
le plaisir de conduire une œuvre
— le plus souvent l'œuvre d'un
ami — à sa dernière demeure,
l'oubli éternel.
Entière. Lentille. — dans
l'ancien argot.
Entonner. Boire. Entonner
comme un chantre, boire énor-
mément.
Entonnoir. Gosier de puis-
sante envergure. Entonnoir en
zinc, palais habitué aux liqueurs
fortes.
Entortillé. Maladroit. (L. Lar-
chey.)
Entortillé. Polisson qui fait,
comme il peut, concurrence
aux femmes galantes.
Entraîner (S'). Faire de l'exer-
cice pour combattre l'obésité
naissante. Terme emprunté à
l'argot du sport. — « Ah çà !
mais dis donc, mon gaillard, tu
t'arrondis. — Oui... j'ai besoin
de m'entraîner un peu. » (V.
Sardou, Daniel Rochat, ac. 1.
se. II.)
Entravage. Idée, intelligence,
compréhension.
Entraver. Parler, compren-
dre, — dans le jargon des vo-
leurs. — Entraver le jars, par-
ler argot.
Entraverse. Aux travaux for-
cés à perpétuité.
Entrechater. Battre des en-
trechats, en terme de choré-
graphie.
Entrecôte delingère. Morceau
de fromage de Brie.
Entrée des artistes. Le der-
rière. — La porte des artistes a
généralement son entrée sur les
derrières du théâtre.
Entrée (Faire 1'). Applaudir
un acteur à son entrée en scène.
Ce sont les claqueurs qui fout
152
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
l'entrée. « Auguste a fait pen-
dant quinze ans Ventrée de ma-
demoiselle Lise Noblet. » (Gh.
de Boigne.)
Entrelardé (Un). Un morceau
de bœuf maigre avec un peu de
gras. (L. Larchey.) On dit de
même un maigre et un gras, —
dans l'argot des bouillons et
des crémeries. {Id.)
Entremetier. Celui qui fait
les entremets froids, chauds ou
sucrés, — dans le jargon des
pâtissiers.
Entrer aux Quinze-Vingts.
Aller se coucher, fermer les
yeux.
Entre-sort. « On appelle ainsi
dans le monde des saltimban-
ques, le théâtre en toile ou en
Slanche, voiture ou baraque,
ans laquelle se tiennent les
monstres, veaux ou hommes,
brebis ou femmes; le mot est
caractéristique, le public monte,
le phénomène se lève, bêle ou
parle, mugit ou râle. On entre,
on sort, voilà. » (J. Vallès.)
Entripaillé. Homme doué
d'un ventre poussé à la dernière
puissance.
Envoyer. Pour envoyer le
mot, la phrase à l'acteur. C'est
le rôle du souffleur. Un souffleur
qui envoie bien est précieux.
Envoyer. Dire, répondre, lan-
cer la répli(jue. C'est rien en-
voyé 1 c'est bien répondu.
Epargneur. Celui qui pratique
répargne d'une manière intel-
ligente. — « Nous sommes un
peuple de paysans, un peuple
d'épargneurs. » (Gambetta. Bis-
cours prononcé au Cercle national,
24 mai 1878.)
Epatant. Etonnant. Chic épa-
tant. — Chance épatante. —
Nouvelle épatante. — Binette
épatante.
Epate. Embarras, manières.
— Faire son épate, ses épates,
des épates, se donner des airs
importants. Les mots épater,
épates et leurs dérivés viennent
de épenter, qui, au xvin^ siècle,
avait le sens de : intimider. L'e-
pateur cherche à intimider son
public en l'étonnant.
Epatement. Stupéfaction.
Etonnement prolongé.
Epater. Etonner profondé-
ment. La prétention des artis-
tes en 1830 était d'épater les
bourgeois.
Epateur, Epateuse. Faiseur
d'embarras. Celui, celle qui
cherche à produire de l'effet,
soit par sa mise, soit par ses
paroles, soit par ses actions.
Epée de savoyard. Coup de
poing.
Epicemar. Epicier. C'était au-
trefois : épice-vinette.
Epicier. Nom que donnent
leâ collégiens à ceux de leurs
camarades qui se destinent au
commerce. — « A l'élève bifur-
qué se rattache V épicier ou epi-
cemar, élève de français. »
[Les Institutions de Paris, 1858.)
Epiler la pêche (Se faire). Se
faire raser, — dans le jargon
des ouvriers.
Epinards (Aller aux). Recevoir
ses émoluments en qualité de
souteneur d'une fille publique
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
153
Epinards (Plat d'). Bouse de
vache rencontrée en plein
champ; c'est un beau sujet d'é-
tude pour un peintre réaliste,
Epinards (Plat d'). Paysage
d'uii vert trop cru, — dans le
jargon des peintres.
Epinards (Graine d'). Epau-
lette d'officier supérieur.
Epitonner (S'). Avoir du cha-
grin. — Les variantes sont : Se
faire viocque, se faire antique.
Eponge. Maîtresse d'un sou-
teneur. — « Mais, pardon, tiens,
que je te fasse voir mon éponge,
Î)oursuivit-il, en tirant à lui Cé-
ine. » (Huysmans, Les Sœurs
Va tard.)
Eponge à mercure. Prostituée
malsaine. {Le nouveau Vadé.)
Innombrables sont les variantes
usitées au xvin« siècle et au
•commencement du xix», dont
rcertaines ont survécu. En voici
quelques échantillons : Bou-
teille à poissoHy donneuse de nou-
velles à la main^ matelas d'inva-
lide, magneuse de tuyaux de pipe,
voirie ambulante, coffre à grail-
lon, remède d'amour, volaille res-
sucée, gibier à bistouri, pot cassé
d'onguent gris, porteuse de viande
pourrie , asticot d*équarrisseur,
mangeuse d'étrons sans four-
chette, reliquat de fistule gan-
grenée.
Epoques. Menstrues, — dans
le jargon des bourgeoises.
Epouse. Lafemelle de l'époux.
Quand les femmes de ménage,
les ouvrières et les fournisseurs
parlent à l'amant de la femme
avec laquelle il vit, ils disent :
« Votre épouse ». Entre eux,
c'est la chipie du quatrième ou
du cinquième, la grue ou le
crampon, suivant les qualités
dominantes de l'épouse.
Epouser la fourcandière. Je-
ter un objet volé quand on est
poursuivi, — dans l'ancien ar-
got.
Epoux. Celui qui vit marita-
lement avec une femme à demi-
entretenue. — Les maîtresses
de piano à deux francs le cachet,
les demoiselles de magasin qui
ont été à l'école jusqu'à douze
ans, les anciennes élèves de
Saint-Denis, les petites bour-
geoises séparées de leurs maris
pour cause d'adultère, disent gé-
néralement « mon époux » en
parlant de leurs amants.
Equerre. Jambe. « Numéro
un, je vous réitère que votre
équerre est trop ouvert. » (Ran-
don. Croquis militaires.)
Ereintement. Critique à fond
de train.
Ereinter. Critiquer fortement,
maltraiter.
Ereinteur. Critique grincheux
et sans aucune espèce de ména-
gements.
Ergot (Se fendre F). Prendre
la fuite; et, par abréviation, se
le fendre.
Ernest. Nom de baptême que
les journalistes ont donné à
l'émanation ministérielle dite
« communiqué », cette seule et
unique signature que l'adminis-
tration juge à propos de mettre
au bas des notes rectificatives
qu'elle adresse aux journaux,
dans l'intérêt de la vérité, et que
les journaux sont tenus d'insé-
9.
154
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
rer en tête de leur première
f)age, toujours dans l'intérêt de
a vérité. Pour donner un peu
de vitalité à ce nom de « com-
muniqué » aussi sec que la
prose officielle, on a imaginé de
lui adjoindre le doux prénom
d'Ernest.
Es. Escroc, — dans l'ancien
argot; le mot sert aujourd'hui
à désigner un tricheur, vulgo
grec.
Esbalonner (S*). S'évader. (L.
Larchey.)
Esbattre dans la tigne (S').
Chercher à voler dans la foule.
(Fr. Michel.)
Esbigner (S'). Se sauver. Celui
qui s'esbigne, se sauve pour ne
pas rendre un service, ou pour
ne pas être reconnu.
Esbigner, Esbignonner. Voler,
faire disparaître un objet, —
dans le jargon du peuple. C'est-
à-dire faire partir un objet. —
« Laronneux, n'crois pas m'es-
bignonner mon maquereau. »
{Le Nouveau Vadé.) — Esbigner
un porte morningue dans la pro-
fonde d'un girondin.
Esblinder. Etonner, stupéfier,
— dans le jargon des ouvriers.
— « Inutile de faire le savant
pour esblinder le prolétaire. »
{L*art de se conduire dans la so-
ciété des pauvres bougres.)
Esbroufe (Vol à 1'). Vol à la
bousculade. — Dans la rue,
quelqu'un vousheurte fortement
et disparaît avec votre montre
ou votre porte-monnaie; vous
êtes volé à l'esbroufe. Le vol à
V esbroufe est une variété du vol
à la tire.
Esbroofenr. Voleur à l'es- voyous
broufe. L'esbroufeur exploite de
préférence les abords de la
Banque de France et des gran-
des compagnies financières.
Quand on vient de toucher de
l'argent dans ces parages, il est
prudent de se boutonner, de
serrer les coudes et de tenir le
milieu de la chaussée. Le garçon
de recette est le rêve de Ves-
broufeur.
Esbrouffe. Embarras, jactan-
ce. Faire de Vesbrouffe, des es-
brouffeSj son esbrouffe, faire des
es, faire des embarras. « Ce
Prussien était donc là, le nez
en l'air, lorgnant les bombes
lumineuses et faisant son es-
brouffe. » (E. de La Bédollière.)
Esbrouffer. Faire des embar-
ras. -— Chercher à étonner, à
éclipser. Esbrouffer son monde.
Esbrouffeur, Esbrouffeuse.
Faiseur, faiseuse d'embarras.
Escaffe. Coup de pied au der-
rière. — , Escaffer, donner du
pied au derrière.
Escaffignon, Esclot. Soulier,
— dans le jargon des chiffon-
niers, qui disent aussi gant, et
gant de pied.
Escaner. Oter, — dans l'an-
cien argot.
Escanne (A 1'). Fuyons. (Fr.
Michel.)
Escarcher, Escracher. Regar-
der, — dans l'ancien argot.
Escare. Contre-temps. — ES'
carer, empêcher.
Escargot. Vagabond. — Lam-
pion, — dans l'ancien argot.
Escargo* de trottoir. Sergent
idr» Aille, -- dans le jargon des
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Escarpe. Voleur doublé d'un
assassin qui travaille en plein
air et va en ville. — Nom gé-
nérique de tous ceux qui assas-
sinent pour voler. Les variantes
sont : Escape^ escapouche, esca-
pouchon, mais escarpe est plus
classique.
Escarper. Assassiner pour vo-
ler. D'escharpsTf mettre en piè-
ces.
Escarpin de Limousin. Sabot.
Escarpin renifleur. Soulier
qui prend l'eau; et la variante :
Qadins qui renâclent.
Escoffier. Tuer au moyen
d'une arme à feu.
Escrache. Papiers; passe-port.
— Escrache tarte, escrache à Ves-
torgiie, faux passe-port. — Es-
cracher, exhiber son passe-port ;
montrer ses papiers.
Escrabouiller, Escarbouiller.
Ecraser; aplatir.
« Imbibé de petits verres
» Je porte une botte aux grands ;
M Quand je suis entre deux bières,
» J'escaroouille les tyrans ! ! »
(L. Festeau, VEmeutier.)
Escrime. Employé aux écri-
tures, — dans le jargon du ré-
giment. C'est une déformation
du mot scribe.
Escrimer du derrière (S').
Sacrifier avec ardeur à Vénus.
Esganacer. Rire; de l'italien
sganasciare, rire à gorge dé-
ployée; dérivé de ganascia,
mâchoire. En terme populaire,
une mâchoire, une vieille mâ-
choire, veut dire une ganache.
Esgourde. Oreille. — Débri-
der Vesgourde, esgourder, écou-
ter.
Espagnol. Pou, vermine. Est-
155
ce parce que la vermine abonde
en Espagne, que les grands de
première classe ont le privilège
de rester couverts devant le
roi?
Espalier. Figurant, figurante.
Celui, celle qui, dans un théâ-
tre, contribue à l'aspect géné-
ral de la mise en scène. Les
chanteuses de cafés-concerts,
assises en fer-à-cheval au fond
de la scène, s'appellent « espa-
liers. » — C'était autrefois :
espalier d'opéra. « Elle était
alors simple espalier d'opéra,
c'est-à-dire chanteuse et dan-
seuse de chœurs. » (La Gazette
noire, 1789.) Par allusion aux
arbres plantés en espalier.
Esquinte. Abîme, — dans le
jargon des voleurs. En effet un
abîme est un endroit qui vous
esquinte (vous abîme) pour peu
qu'on s'y laisse tomber.
Esquintement. Lassitude. —
Effraction.
Esquinter. Harasser. — Abî-
mer. Enfoncer. ?]squinter une
lourde, enfoncer une porte. —
Battre, donner des coups de
bâton. — Esquinter un pante,
frapper un particulier. — S'es-
quinter le tempérament, travail-
ler au delà de ses forces, se
créer des. ennuis.
Esquinter les tripes (S').
Travailler ferme, — dans le
jargon des voyous. C'est une
variante de s'esquinter le tempé-
rament.
« Les bourgeois, ce sont tous des types
» Qui s'ièv'nt jamais avant midi,
» Pendant que l'peup's'esquint' les tripes;
» Pour eux tous les jours, c'est lundi, m
{La petite Lune, 1879.)
Esquinteur. Voleur avec ef-
156
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
fraction. Un esquinteur chouette
qui vous la met en dedans aux
petits oignes. — Vol à l'esquinte,
vol avec effraction.
Essence de parapluie. Eau,
— dans le jargon du peuple.
De l'essence de parapluie j merci,
n'en faut pas; c' enrhume le pic-
ton.
Esses (Faire des). Marcher en
faisant des zigzags à la ma-
nière des ivrognes, comme si
Ton traçait des S sur la chaus-
sée.
Essuyer les plâtres. Habiter
une maison nouvellement cons-
truite. Lorsqu'on eût bâti le
quartier Saint-Georges.les loyers
des maisons y furent cotés à
très bas prix, pour attirer les
locataires. Les filles plus ou
moins entretenues s'y réfugiè-
rent, furent baptisées lorettes
et essuyèrent pas mal de plâ-
tres. De cette époque date la
locution. Aujourd'hui , l'essuyage
des plâtres est plus cher : il s'o-
père rue Maubeuge avec le con-
cours des lorettes du jour, nom-
mées biches, cocottes, etc.. —
Essuyer les plâtres signifie en-
core, en termes galants, obte-
nir les premières faveurs d'une
belle.
Estaffion, Estaffier. Chat, —
dans le jargon des voleurs.
Estafon. Chapon, — dans
l'ancien argot.
Estampiller. Souffleter avec
force, laisser la marque du
souftlet sur la figure. Souffleter
avec les poings. Autrefois on es-
tampillait les criminels on les
marquant d'un fer rouge à l'é-
paule. L'estampille, c'était la
marque.
Estaphle, Estable. Poule, —
dans le jargon des voleurs.
Estasi. Ivre, — dans le jargon
du peuple. C'est-à-dire extasié,
qui est en extase, que le peuple
prononce estase. L'homme es-
tasi est celui qui a Tivresse con-
templative, portée à la rêverie.
Estoc, Estoque. Malice, —
dans le jargon des voleurs.
Estomac. Courage, intrépi-
dité, — dans l'argot des joueurs.
— « Avoir de l'estomac au jeu,
c'est poursuivre la veine sans
se déconcerter, sans broncher,
dans la bonne ou la mauvaise
fortune. » {Les Joueuses, 1868.)
— « Peu de joueurs étaient
aussi crânes, avaient un pareil
estomac! » (Vast-Ricouard, Le
Tripot, 1880.) — « Beau joueur,
Grandjean, et quel estomac ! »
(Figaro du 5 mars 1880.) On dit
d'un joueur très intrépide qu'il
a un estomac d'enfer.
Estomaqué. Emu au point de
ne pouvoir parler. Mot à mot :
étouffé par la contraction de
l'estomac.
Estorgue. Fausseté, malice,
méchanceté, — dans le jargon
des voleurs.
Estourbir. Etourdir; assom-
mer à coups de poing, à coups
de bâton.
Estrangouillade. Etrangle-
ment. Mot importé par MM. les
Auvergnats, porteurs d'eau.
Estrangouiller. Etrangler; du
catalan estrangolar. — Estran-
gouiller un litre, boire un litre
de vin. Mot à mot : étrangler
un litre.
Estropier un anchois, un ha-
reng. Manger un morceau sur
le pouce.
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
157
Etalage (Vol à 1'). Il faut être
deux pour opérer et choisir le
moment où un marchand est
seul dans sa boutique. L'un des
voleurs s'empare de quelques
ohjlts à l'étalag-e et se sauve;
après quoi le compère entre,
prévient le marchand et lui dé-
signe un paisible promeneur.
Tandis que le boutiquier court
après le promeneur,le compère,
à son tour, fait son choix et se
sauve. Ce genre de vol a reçu
encore le nom de vol à la ca-
rambole, c'est-à-dire vol au ca-
rambolage.
Etaler (S'). Se laisser tomber
de tout son long dans la rue.
Etalon (Royal). Le mari de la
reine, le prince-époux dans les
pays qui n'ont pas l'équivalent
de notre loi sahquc, — dans
l'argot des cours.
Etamer. Condamner pour ré-
cidive. — Etamé, récidiviste. —
Etamage, récidive. Aller se faire
éiamer aux petits gerbes.
Et cœtera de notaire et qui-
proquo d'apothicaire. Chose,
événement funeste. Un vieux
proverbe dit : « Dieu vous garde
d'un et cœtera de notaire et d'un
quiproquo d'apothicaire! »
Eteignoir. Préfecture de po-
lice; Palais de Justice; double
allusion aux tours de la Con-
ciergerie terminées en forme
d'éteignoir, et à la situation de
l'accusé qui est éteint, qui est
enlevé à la clarté du jour.
Etcrnuer dans le sac, dans le
son. Etre guillotiné. Allusion au
sac de son destiné à étancher le
5ang du supplicié.
Etouifage. Action de cacher
de l'argent sur soi, d'empocher
sans être vu une partie du gain,
— dans le jargon des joueurs.
Etouffage. Escamotage d'ar-
gent opéré, au jeu, soit par un
garçon, soit par un joueur, lia
fait plus de dix fois le coup de
Vétouffage.
Etouffe, Etouffoir. Tripot,
maison de jeu clandestine, table
d'hôte où l'on joue l'écarlécom-
me d'autres jouent du couteau.
Etouffer, Etrangler. Avaler.
— Etouffer un perroquet, étraU'
gler un perroquet^ avaler un
verre d'absinthe.
Etouffer. Cacher de l'argent
sur soi. En terme de joueur, on
étouffe lorsqu'on met sournoi-
sement en poche une partie de
l'argent gagné et qu'on conti-
nue le jeu. — « On le soupçon-
nait même de se réserver, quand
il avait été heureux, la plus
grande partie du gain, de l'é-
touffer, au lieu d'en remettre,
comme il eût été juste, la moi-
tié à son associé. » (Vast-Ri-
couard, Le Tripot.)
Etouffeur. Libraire, éditeur,
qui connaît mal son métier.
Celui qui lance mal, qui ne sait
pas lancer un ouvrage. Faute
de quelques réclames dans les
journaux, V etouffeur voit moisir
les éditions au fond de sa bou-
tique.
Etouffeur, Etouffeuse. Celui,
celle qui cache de l'argent sur
soi. 11 y a beaucoup d'étouffeurs
pai'mi les ouvriers, les jours de
paye. On cache l'argent dans le
collet de la redingote, dans les
bas, dans la coitfe de la cas-
quette, pour que la ménagère
ne prenne pas tout.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
158
Etourdir. Solliciter. Etourdis-
seur, solliciteur. — Etourdisse-
ment, demande de service.
Etrangère (Piquer 1'). Proies^
ter, les armes à la main, contre
le livre du docteur Tissot, —
dans le jargon des collég-iens.
Etrangler la chandelle. Reni-
fler fortement pour finir par
expectorer.
Etre à. Indique une disposi-
tion d'esprit ou de caractère
quelconque. C'est ainsi qu'on
dit : Etre à la cabcade, pour être
d'humeur joviale ; être à V enter-
rement, pour être d'un caractère
triste ; être à la roublardise^ pour
avoir la réputation d'un homme
rusé, etc., etc.
Etre (En). Etre de la police.
— L'expression sert aussi àsous-
entendre un vice, une turpitude
quelconque.
Etre avec. Vivre maritale-
ment avec. — Etre avec une
femme.
Etre encore (L'). Etre encore
vierge.
Etrenner. Mal commencer la
journée; recevoir une répri-
mande en arrivant à l'atelier,
— dans le jargon des ouvriers.
— Recevoir une correction, —
dans le jargon des mères de
famille : Si tu n'es pas sage, tu
vas etrenner.
Etroite (Faire 1'). Faire la
prude, la mijaurée, se faire
prier.
« Tu frais pas tant l'étroite à c't' heure
» Si j't'aurais laissé t'fout* dans l'eau. »
[La Muse àBlbi, Nocturne.)
Etron de mouche. Cire, —
dans le jargon des voleurs.
Eudozie. C'est, en style de
troupier, le synonyme, pour le
moment usité, du vieux Thowm
et de Jules, aliàs pot de cham-
bre, tinettes, latrines portati-
ves.
Evanouir (S'). Quitter un lieu
avec précipitation, décamper.
La variante est ; S'évaporer. Il
paraît que le caissier s'est éva-
poré.
Evanouissement. — Départ
précipité. — L'évanouissement
d'un caissier.
1
Evaporer.
adroitement.
Filouter, voler
Eventail à bourrique. Bâton.
Evêque de campagne. Pendu.
— Allusion aux gigottements
du pendu qui figurent la béné-
diction épiscopale. L'expression
n'est plus usitée depuis que les
bienfaits de la guillotine se font
sentir en France.
Exécuter. En terme de Bourse,
c'est mettre en état de faillite
platonique le spéculateur qui
ne peut pas payer ses différen-
ces. L'entrée de la Bour.se lui
est interdite, son nom est si-
gnalé chez les agents de change,
tous les remisiers le connaissent,
et, jusqu'au jour où il a payé, il
ne peut spéculer ; c'est pourquoi
il fait l'impossible pour arriver
à payer.
Exécution. Mise en état de
faillite platonique d'un spécula-
teur.
Exhiber. Regarder, — dans
le jargon des voleurs.
Expédier. Tuer. C'est, mot à
mot : expédier pour l'autre
monde. — En terme de gastro-
nomie, c'est ne rien laisser dans
un plat, c'est nettoyer un plat.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
159
( Ensuite il n'a aucun scrupule,
même après qu'on a servi fro-
mage et fruits, de garder sur
la table un morceau de viande
jusqu'à ce qu'il l'ait, comme on
dit, expédié. » (L. Dépret, La
Cuisinière poétique.)
Extinction de chaleur natu-
relle (Jusqu'à). Tant que les
forces le permettront, jusqu'à
ce qu'on n*en puisse plus. Faire
la noce jusqu'à extinction de cha-
leur naturelle. Boire jusqu'à ex-
tinction de chaleur naturelle.
Extra, Garçon d'extra. Garçon
que les restaurateurs, et, prin-
cipalement, les restaurateurs de
la banlieue, s'adjoignent le di-
manche. Les garçons d'extra
n'ont que les pourboires. La
plupart du temps ils doivent se
contenter, pour nourriture, de
la desserte de leurs clients et,
pour boisson, d^s fonds de bou-
teille. Un extra qui connaît son
métier, s'entend avec le chef
afin de donner des portions co-
pieuses. 11 y en a qui maquillent
la carte à payer avec autant
d'art que le plus habile des
grecs les cartes à jouer.
Extrait de garni. Sale indi-
vidu, sale femme, — dans le
jargon des barrières. Allusion
à la vermine des hôtels garnis
de dernier ordre.
F (Etre de 1'). Etre perdu,
ruiné. G'est-à-dire être flambé^
frit, fricassé, fichu^ foutu, fumé,
au choix, FF étant la première
lettre de chacun de ces mots
qui expriment la même idée.
Fabricant de tabatières.
L'homme, lorsqu'il fait une res-
titution d'aliments par les voies
légales. Allusion délicate aux
tabatières en carton dont la vue
fait pousser des cris d'horreur
aux personnes qui ne croient
pas que ça porte bonheur... en
imitation. — Fabricant de mou-
tarde, enfant qui opère la même
restitution.
Fabrication (Passer àla).Etre
arrêté. Variantes : Etre fabri-
qué, être ferré, — dans le jar-
gon des voleurs. — Etre trom-
pé, être exploité par un maître
chiffonnier, — dans le jargon
des ciiitibnniers.
Façade. Figure, — dans le
jaigon des voyous. Démolir la
façade, porter des coups au vi-
sage. — Un coup de tampon à
démolir la façade.
Façade (Faire sa). Se maquil-
ler, — dans le jargon des filles.
— Quand f auras fini de faire ta
façade.
Face du grand Turc. Derriè-
re; par allusion au nez camus
des petits chiens dits turqiiets ;
on disait , autrefois : camus
comme un turquet.
Faces. Argent monnayé et
principalement pièces de cinq
francs. Il paraît quil a des fa-
ces. Les faces sont les effigies
des pièces d'argent.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
160
Factionnaire (Relever un).
Courir de l'atelier chez le mar-
chand de vin, boire à la hâte
un verre de n'importe quoi
qu'un camarade a fait verser à
votre intention, et retourner au
travail.
Factionnaires. File de taba-
tières naturelles alignées le long
des murs de ronde, le long des
fossés des fortifications. — Elles
semblent monter la garde.
Fadage. Partage, — dans
l'ancien argot.
Fade. Part ; paye, — dans le
jargon des ouvriers. — Fader,
partager, faire la paye, comp-
ter. — Toucher son fade, tou-
cher sa paye. C'est un mot de
l'ancien argot des voleurs, passé
dans le vocabulaire des ou-
vriers. — M. Fr. Michel veut
qu'il vienne indubitablement
du fourbesque far de sei, quand
il serait si simple et bien plus
naturel de voir une apocope de
fardeau ; /'ac^e, ipour farde, char-
ge, part.
Fade (Etre). Etre soûl. Mot à
mot : avoir son compte, sa
charge de boisson.
Faffe à roulotter. Papier à
cigarette. Mot à mot : papier à
rouler. (A. Belot.)
Faffes. Faux papiers.
Fafiot. Papier. — Fafiot sec,
passe-port en règle.
Fafiot. Soulier d'occasion.
(L. Larchey.)
Fafiot garaté. Billet de ban-
que, — dans le jargon des vo-
leurs. Mot à mot : papier de
Garât, l'un des signataires des
billets de banque. — Fafiot mâ-
le, billet de banque de mille
francs. — Fafiot femelle, billet
de banque de cinq cents francs.
— Fafiot en bas âge, billet de
banque de cent francs.
Fafioteur. Papetier. — Nom
d'amitié que les savetiers se
donnent entre eux. En effet le
cuir qui sort de leurs boutiques
n'a guère plus de consistance
que le fafiot.
Faflard. Passe-port, papiers.
— Faflard d'emballage, mandat
d'amener, mot à mot : papier
d'arrestation, — dans le jargon
des voleurs.
Fagot. Vieillard. — Forçat.
(Vidocq, F. Michel, Colombey.)
— Ancien forçat. (V. Hugo ,
L. Larchey.) — Elève des eaux
et forêts. — Femme habillée
sans goût, comme est lié un
fagot. Dans la langue régulière
fagoter exprime la même idée.
Fagoter. Travailler sans goût.
Fagots. Niaiseries.
Faiblard. Faible, dans le sens
de médiocre.
Faïence, Poterie. Tuile, —
dans le jargon des couvreurs.
' Faignant. Fainéant, — dans
le jargon du peuple. « Il existe
dans la musique un poste fort
envié, c'est celui de porteur de
grosse caisse. Le faignant qui
l'obtient espère, etc.» (J. Noriac,
Le 101° régiment.)
Faire. Exploiter , duper. —
Faire faire, trahir. Il m'a fait
faire, — dans le jargon des vo-
leurs.
Faire. Séduire. — « La puis-
sante étreinte de la misère qui
mordait au sang Vaicrie, le jour
où, selon l'expression de Mar-
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
161
inetFe, elle avait fait Hulot. »
(Balzac, La Cousine Bette.) —
t( L'artiste qui, la veille, avait
voulu faire madame Marneffe. »
(Idem.) Faire une femme^ c'est
mot à mot : faire la conquête
d'une femme. — « Le temps de
faire deux bébés que nous ra-
mènerons souper ; j'ai le sac. »
(Jean Rousseau, Paris- Dansant.)
— Quand une femme dit qu'elle
a fait un homme, cela veut
dire qu'elle fonde des espéran-
ces pécuniaires sur celui qu'elle
a séduit, qu'elle a fait une af-
faire avec un homme. — Les
bals publics sont des lieux où
les femmes vont faire des hom-
mes, mot à mot : le commerce
des hommes.
Faire. Parcourir un quartier
au point de vue de la clientèle,
— dans l'argot des filles. Elles
font le Boulevard, le Bois, les
Champs-Elysées , comme les
placières font la place.
Faire. Dérober. — Faire le
mouchoir, fair". la montre. L'ex-
pression date de loin. M. Ch.
Nisard l'a relevée dans Apulée.
« Vous êtes de ces discrets vo-
leurs, bons pour les filouteries
domestiques, qui se glissent dans
les taudis des vieilles femmes
pour faire quelque méchante
loque. (Scutariam facitis.) »
Faire. Distribuer les cartes,
— dans le jargon des joueurs
de whist. — Jouer des consom-
mations, soit aux cartes, soit au
billard. Faire le café en vingt
points, — dans le jargon des
piliers de café.
Faire. Tuer, — dans le jar-
gon des bouchers : faire un
bœuf, tuer un bœuf et le dépe-
cer.
Faire. Vaincre, terrasser, —
dans l'argot des lutteurs. —
« Il ajouta qu'en se glorifiant
d'avoir fait le Crâne-des-Crâ-
nes, certains saltimbanques en
avaient menti. » (Gladel, Omp-
drailles, Le Tombeau des lut-
teurs.)
Faire. Guillotiner, — dans le
langage de l'exécuteur des hau-
tes-œuvres. « M. Roch (le bour-
reau de Paris) se sert d'une ex-
pression très pittoresque pour
définir son opération. Les cri-
minels qu'il exécute, il les fait. »
(Imbert.)
Faire. Faire le commerce
de; être employé dans une
branche quelconque du com-
merce. — Faire les huiles, les
cafés, les cotons. Mot à mot :
faire le commerce des huiles,
des cotons, etc.
Faire (Se). Sebonifîer, en par-
lant du vin, de l'eau-de-vie. Le
vin se fait en bouteille, l'eau-
de-vie se fait en fût.
Faire (La). S'applique à une
infinité de choses, dans le sens
de chercher à en imposer par
une attitude , un sentiment ,
vouloir faire croire à tel senti-
ment. Ainsi, on la fait à la di-
gnité, à Vinsolence, à la vertu, à
la modestie, à la tendresse, etc.
Faire au même. Tromper. —
Se faire baiser, se laisser trom-
per, se faire remettre à sa
place.
Faire de la musique. Se grat-
ter au point de se faire saigner,
ce qui rend la chair assez sem-
blable à une page de musique.
[Argot des hôpitaux.)
Faire dessous (Se). Tomber
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
162
en enfance, radoter. — Faire
sous soi, même signification.
Faire Godard. Creverdefaim,
— dans le jargon des voleurs.
C'est la variante de s'enlever
cher. Allusion au ballon Godard
qui s'enlève dans l'air.
Faire belle (La). Etre heu-
reux; avoir une bonne situa-
tion, à n'importe quel degré
de l'échelle sociale on appar-
tienne. D'un grec heureux, les
gi^ecs disent : Il la fait belle ;
d'un souteneur qui nage dans
de hautes eaux, les souteneurs
disent : Il la fait belle. D'un ou-
vrier qui gagne de bonnes jour-
nées, ses camarades disent : Il
la fait belle. C'est une dés locu-
tions les plus répandues pour
le moment, et qui s'applique à
n'importe qui réussit dans n'im-
porte quoi.
Faire du suif. Tricher, —
dans le jargon des grecs.
Faire aller. Se moquer, mys-
tifier.
Faire une scène, un air. Fai-
re réussir, souligner par des
applaudissements un air, une
scène, — en terme de théâtre.
« On peut faire tous les airs et
presque tous les duos des Hu-
guenots. » (Ch. de Boigne.)
Faire la souris. Dévaliser un
client dans le feu de la conver-
sation, — dans le jargon des
filles.
Faire la tortue. Jeûner; imi-
ter, contraint et forcé, la sobrié-
té de la tortue.
aire une maison entière.
Assassiner tous les habitants
d'une maison, et faire main
basse sur tout ce qui s'y trouve,
— dans le jargon des voleurs.
Faire la grande soûlasse. As-
sassiner par profession.
Faire cbibis. Se sauver de
prison.
Faire Jacques Déloge. S'en-
fuir. — Déménager en oubliant
de payer son propriétaire. L'ex-
pression est démodée.
Faire un peigne , faire le
peigne. Prendre la clef des
champs, — dans l'ancien jargon
du peuple. Peigne ou pigne, si-
gnifie clef.
Faire au cold-cream (Le).
Tromper, séduire quelqu'un en
le flattant. {Jargon des files.)
Le mot a un autre sens trop
intime pour que nous puissions
le préciser.
Faire des fonctions. Aider à
la mise en pages, — dans le
jargon des typographes.
Faire des poivrots, des gavés.
Dévaliser des ivrognes. La va-
riante est : La faire au père
François. Les voleurs secouent
l'ivrogne endormi sur un banc.
Ils l'appellent « père François. »
— « Hé! père François, réveil-
lez-vous. )) Et tout en lui par-
lant, ils le dépouillent.
Faire des yeux de hareng.
Crever les yeux à quelqu'un, —
dans le jargon des voleurs.
Faire à la fenêtre (La). Ap-
peler les hommes par la fenê-
tre, — dans le monde des filles.
Faire la barbe. Railler; trom-
per.
Faire des yeux de carpe
frite. Contourner les yeux à la
manière des gens qui se pâ-
ment.
DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE.
i63
Faire nonne. Etre complice
d'un vol, faciliter un vol.
Faire le bon fourrier. Faire
les portions égales, dans un re-
pas.
Faire la vie. Faire de la vie
une noce perpétuelle. Racine a
dit pour exprimer la même
idée :
« De fleurs en fleurs, de plaisirs en plaisirs,
» Promenons nos désirs. »
Faire du foin. — Faire du
bruit; danser, — dans le jargon
des voyous, qui ne sont pas pré-
cisément silencieux durant cet
exercice.
Faire le plongeon. Faire fail-
lite. — Renier ses principes, se
parjurer.
Faire femme. Au régiment,
le troupier qui a l'habitude de
sortir avec la même femme ,
celui qui, dans une maison de
tolérance, consomme habituel-
lement avec la même Dulcinée,
« fait femme ». La variante est :
Avoir une femme en consigne.
Faire le balancier. Aller et
venir sur un trottoir en atten-
dant quelqu'un.
Faire un revers. Tricher en-
tre grecs, faute de mieux. La
lutte s'engage, ordinairement,
dans les villes d'eaux entre grecs
du Midi et grecs du Nord qui se
détestent et se font une grande
concurrence. Naturellement l'un
d'eux, le plus souvent un grec
de première année, ignore à
qui il a affaire. Au lieu d'une
dupe facile à plumer, il trouve
son maître, un vieux professeur
aussi rompu aux tricheries que
Mithridate aux poisons.
Faire pleurer son aveugle.
Uriner.
Faire une heure. Dormir une
heure, — dans le jargon du ré-
giment. Mot à mot : faire une
heure de sommeil. — Faire une
sacrée heure, dormir longtemps.
Faire la chambre. Faire le
compte-rendu des débats de la
Chambre dans un journal. « Je
fais la Chambre comme adjoint
à un vieux rédacteur sténogra-
phe nommé Millot. » {Figaro du
8 janvier 1879.)
Faire à l'oseille (La). Faire
une plaisanterie de mauvais
goût, une mauvaise charge, se
moquer de quelqu'un. « D'abord
les pions sont en vacance, et
s'ils ne sont pas contents, on la
leur fait à l'oseille, » (Bertall,
Les Courses de la saison.) D'a-
près M. Jules Richard {Journal
l' Epoque yiS%6, cité par M. L. Lar-
chey), cette expression aurait
vu le jour dans un gargot du
boulevard du Temple, à la suite
d'une contestation culinaire
entre la patronne et un client.
Ce dernier ne trouvant pas assez
verte une omelette aux fines
herbes, la nymplje du gargot
s'écria : « Fallait-il pas vous la
faire à Voseille? » Sans compter
qu'il faut accueillir avec beau-
coup de réserve les étymologies
anecdotiques, l'expression « la
faire à l'oseille » ne ferait-elle
pas plutôt allusion à l'acidité de
l'oseille qui, pour beaucoup de
personnes, n'a rien d'agréable
au goût.
Faire des petits pains. Cour-
tiser avec attouchements, genre
TartulFe. — Qu'est-ce que tu fai-
sais avec la bonne du capiston^
tu faisais des petits pains? —
Probable.
Faire les cours. Etre par-
164
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
quées par catégories dans des
quartiers séparés avec défense
de communiquer, — dans le
t' argon des détenues de Saint-
jazare.
Faire de la toile. Perdre la
mémoire, oublier le texte et
improviser, en attendant le se-
cours du souffleur, — dans le
jargon des coulisses. Frederick
Lemaître faisait souvent de la
toile, et il faut avouer que, pres-
que toujours, sa version était
préférable à celle de l'auteur.
Un jour, à la répétition géné-
rale d'une pièce de Barrière,
comme il faisait de la toile :
« Faites attention, lui dit le col-
laborateur de madame de Pré-
bois, vous marchez dans ma
prose. » Frederick s'arrête, le
toise, et avec cette ampleur de
geste qui le caractérisait : « On
prétend, répond-il, que ça porte
iDonheur. »
Faire faux-col. Laisser passer
un bout du col de la chemise,
— en terme de régiment.
Faire l'esque, l'esgard. S'ap-
proprier la part de vol d'un
complice. C'est manquer de dé-
licatesse entre voleurs. « On
disait autrefois escarter, dans le
sens de s'approprier le bien
d'autrui. » (F. Michel.)
Faire le mouchoir. Voler
l'idée d'une pièce de théâtre,
d'une œuvre littéraire, sorte de
vol trop pratiqué par les gens
de lettres sans aucune espèce
de scrupule.
Faire à la main. Pratiquer
l'onanisme. Terme de métier
des filles de joie.
Faire papa, maman. Appren-
dre à battre du tambour, —
dans le jargon des élèves-tam-
bours. Onomatopée des baguet-
tes frappant à tour de rôle la
caisse.
Faire le gros. Faire ses néces-
sités. — Faire le petit, urinor.
Faire le Jacques. Faire l'im-
bécile , faire quelque chose
d'humiliant, de pénible, — dans
le jargon du régiment. Jacques
exprime la même idée que l'an-
cien Jeannot. As-tu fini de faire
le Jacques ? Pendant trois heures
nous avons fait les Jacques dans
la cour, nous avons fait l'exer-
cice; expression surtout em-
ployée par les cavaliers pour
les classes à pied.
Faire le garçon, faire la fille
(Pour). Avoir de l'argent mignon
pour s'amuser.
Faire le monôme. Marcher
dans les rues à la queue-leu-leu
et aller prendre des prunes
chez la mère Moreau, à l'issue
d'un des examens d'admission
à l'Ecole polytechnique, — dans
le jargon des candidats à cette
école. « Hier, à une heure de
l'après-midi, a eu lieu la pro-
menade annuelle, le monôme
traditionnel, des candidats de
l'Ecole polytechnique. » (Petit
Journal du 2 juillet 1880.) La
variante est ; File indienne.
Faire la salle. Chercher, un
soir de première représentation,
à se rendre le public favorable
en semant des billets de faveur
au ban et à l' arrière-ban de ses
amis et connaissances, de ses
fournisseurs, de ses créanciers;
chercher à composer une salle
d'amis et de gens bienveillants.
Il y a encore des auteurs assez
naïfs pour compter sur l'enthou-
siasme des camarades, 11 n'y a
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE,
165
encore rien de tel que le zèle
et la conviction et l'enthousias-
me des créanciers. L'auteur qui
pourrait en bouder une salle
obtiendrait un rude succès... le
premier soir.
Faire feu des dents. Manger
gloutonnement. (xvii« siècle.)
Une très pittoresque image dont
on ne se sert plus aujourd'hui.
Faire comptoir. C'est, dans le
jargon des saltimbanques, une
forme nouvelle de : faire com-
fQls^ _ « Le soir ensuite vous
avez « fait comptoir, » c'est-à-
dire que vous entriez dans la
loge foraine et en ressortiez en-
core pour « allumer » les spec-
tateurs récalcitrants. » [Cours
d'assises de la Seine, aud. du 29
août 1879, interrog, de M. le
Prés, de Vienne.)
Faire sa dame. L'expression
était fort en usage parmi le
peuple au commencement du
xviii^ siècle, et signifiait comme
• aujourd'hui : prendre du bon
temps, se prélasser, s'amuser.
Faire les cabinets. Aller de
cabinet en cabinet particulier à
la recherche du client, — dans
le jargon des soupeuses. « Ça
m'amuse ensuite de faire les
cabinets. » (Ces Petites dames,
1862.)
Faire aux cabinets (La). Cer-
taines habituées des bals pu-
blics, dans le but de réaliser
une petite recette en dehors de
celle que pourront leur procu-
rer leurs charmes, vont de l'un
à l'autre en demandant 50 cen-
times pour un besoin urgent.
C'est ce qu'on appelle « la faire
aux cabinets. » Il y en a qui
récoltent ainsi leur pièce de
cinq francs par soirée.
Faire un poulain. Tomber de
cheval, — dans le jargon des
régiments de cavalerie; jeu de
mot hippique; c'est-à-dire :
mettre bas son cavalier.
Faire la paire. Se sauver, —
dans l'argot du peuple. Mot à
mot : faire la paire de jambes.
— Faire la paire en fringue, se
sauver d'une maison de tolé-
rance en emportant les bardes
prêtées par la matrone.
Faire du genou, faire du pied.
Frotter son genou, frotter son
pied, contre le genou, contre le
pied d'une femme. Petite po-
lissonnerie innocente, quelque
chose comme les bagatelles de
la porte en espérant le lever du
rideau.
Faire sa nouveauté. C'est,
dans le jargon des filles, se pro-
duire sur un nouveau trottoir,
montrer un nouveau visage aux
dilettanti de la prostitution.
Faire boum. Sacrifier à Vénus,
— dans le jargon des ouvrières.
(( Il n'ignorait certainement
pas comment se pratique cette
agréable chose que les petites
ouvrières appellent : « faire
boum. » (Huysmans, Les Sœurs
Vatard.)
Faire (Celle-là il ne faut pas
me la). C'est-à-dire mot à mot :
cette plaisanterie il ne faut pas
me la Taire.
Faire le sert, le serre. Faire
le guet. En argot de voleur,
sert veut dire « signal. » C'est
une abréviation, sans doute, de
service. Faire le sert ou le serre,
c'est donc faire le service, sur-
veiller.
Fais (J'y). Je le veux bien, —
■ dans le jargon du peuple.
166
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Fais mal (Comme tu me) !
Gomme tu me lais pitié avec tes
raisonnements, comme tu m'a-
gaces !
Faiseur. Terme générique
servant à qualifier tout com-
merçant qui brasse toutes sortes
d'alîaires, qui se jette à tort et
à travers dans toutes sortes
d'entreprises. — Exploiteur,
banquiste raffiné. Le vrai fai-
seur trompe en général tout le
monde ; il fait argent de tout ;
un jour il est à la tête du pa-
vage en gutta 'percha, le lende •
main il a obtenu la concession
des chemins de fer sous-marins
ou celles des mines de pains à
cacheter. Les gogos sont les
vaches laitières des faiseurs.
Dans la finance, ils sont les sal-
timbanques de la banque. Ils
font des affaires comme au be-
soin ils feraient le mouchoir. Il
existe des faiseurs dans tous les
métiers qui touchent au com-
merce, à i'art, à l'industrie, à
la finance. « Il a été dernière-
ment commandé à Lélioux un
roman par un faiseur; j'y tra-
vaille avec lui. » (H. Miirger,
Lettres.) On a l'exemple de fai-
seurs parvenu? à la fortune, à
une très grande fortune : déco-
rés, administrateurs de chemin
de fer, députés, plusieurs fois
millionnaires. Féroce alors pour
ses anciens confrères, le faiseur
les traite comme le sous-officier
qui a obtenu l'épaulette traite
le soldat, comme traite ses ser-
vantes la domestique qui a
épousé son maître.
Faiseuse d'anges. Femme qui Fane (Le verre se). Le verre
détermine des avortements. — j est vide; et, par abréviation, il
Elle fait des anges pour le j se fane, en désignant un verre
ciel. ' vide. Les ivrognes poétiques
Fait pas (Ça uy). Ça n'y fait
rien, — dans le jargon du' peu-
ple. — Ça n'y fait pas, nous
sommes amis tout de même.
Faites -la passer, qu'on la
voie ! Locution particulière aux
gommeux. — Dans un dîner, au
bal, lorsqu'une femme fait sa
tête, lorsqu'une femme vient de
dire une grosse bêtise, ces
mes.sieurs ne manquent pas de
s'écrier : Faites-la passer qu'on
la voie ! comme s'il s'agissait
d'un objet mi^ en vente sur la
table des enchères à l'hôtel
Drouot.
Faitré (Etre). Etre perdu, —
dans le jargon des voleurs.
Falot. Képi d'ordonnance.
Falourde. Double six d'un jeu
de dominos.
Falourde. Repris de justice,
malfaiteur. — Falourde engour-
die, cadavre d'un malfaiteur.
Falzar. Cotte, pantalon de
travail. Le falzar est le panta-
lon de toile que l'ouvrier met
par-dessus son autre pantalon.
Ce dernier est plus ordinaire-
ment désigné sous le nom de
dalzar.
Fameux. Excellent, supérieur.
— Fameux vin, fameuse soupe.
Fanandel. Camarade, collè-
gue en vol, — dans l'ancien ar-
got. — Entre eux les voleurs se
donnaient du fanandel, comme
les hommes de lettres, les no^
taires, les avocats se traitent de
« cher confrère, d'illustre et
cher confrère. »
DICTIONNAIRE d'aRQOT MODERNE.
167
comparent le verre à une tleur
que Ja sécheresse fane.
Fanfe, Fonfière. Tabatière.
— Fanfouiner, priser, fanfoui-
ncur, priseur; f an f ouineus e, pri-
seuse.
Fantabosse. Dans les régi-
ments, on ne désigne pas au-
trement les troupiers n'ayant
pas d'éperons. Fantabosse ou
fente à bosse est un aimable jeu
de mots pour dire fantassin :
fente à sein, un jeu de mots de
lu force de quatre hommes et
d'un caporal.
Fantaisie (Faire). N'être pas
babillé suivant l'ordonnance, —
dans le jai'gon des troupiers.
Fantaisien. Commis en nou-
veautés chargé de la vente de
l'article fantaisie.
Fantassin. Traversin, — dans
le jargon des soldats de cava-
lerie; par allusion à la petite
taille des fantassins.
Faraud. Monsieur, — dans
l'ancien argot. — En patois
provençal, faraud désigne un
homme bien mis. — Faraude,
faraudesse, madame. — Farau-
dette, mademoiselle.
Farcher, Faucher dans le
pont. Tomber dans un piège.
Mot à mot : couper dans le
pont.
Farfouiller dans les buissons.
Invoquer Vénus polyglotte.
Farfouiller dans le tympan
(Se le). Se communiquer quel-
que chose. — Qu'on se le far-
fouille dans le tympan, qu'on se
le communique.
Fargue. Charge contre un
accusé. — Farguement, témoi-
gnage à charge. — Rougeur
causée par la honte.
Farguer. Rougir. — Charger
devant la justice. Fargueur, té-
moin à charge.
Faridon. Misère. — Etre à la
faridon, être sans le sou, —
dans le jargon des voyous. —
« J'peux pas t'camionner à la
Reine-Blanche, j'suis c'soir à la
faridon. » {Journal des Abrutis,
du 10 oct. 1878.)
Faste-en-poil. Jardin du
Luxembourg. Jeu de mots par
synonymie. — Faire son petit
ourson au faste-en-poil, faire son
ourson au faste- en-poil, faire
son petit tour, faire son tour au
Luxembourg, — dans l'argot
des Ecoles.
Faubert. Epaulette, — dans
le jargon des soldats d'infante-
rie de marine. Allusion aux
fauberts, paquets de ficelles
qui servent à éponger les na-
vires.
Faubourg (Le). Le faubourg
Saint-Antoine, et, plus démocra-
tiquement, le faubourg Antoine,
le faubourg par excellence. —
Le noble faubourg, le faubourg
Saint-Germain.
Faubourg. Derrière, dans le
jargon du peuple. — Détruire le
faubourg, donner des coups de
pieds au derrière. — « Si vous
ne me payez pas, je vous fiche-
rai une couleur sur la figure,
je vous détruirai le faubourg à
coups de botte. » (Huysmans,
Les Sœurs Vatard.)
Faubourg souffrant. Arron-
dissement où réside la popula-
tion indigente de Paris. Le
douzième arrondissement avait
168 DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
primitivement reçu ce surnom.
Fauchants, Faucheux. Ci-
seaux, — dans l'ancien argot.
Fauche-ardant. Mouchettes,
— dans l'ancien argot.
Faucher. Guillotiner. — Cou-
per. — Faucher le grand pré,
être aux galères, — dans l'an-
cien aj'got. -
Faucher. Tromper; voler, —
dans l'argot des camelots et des
truqueurs. Le mec est fauché^
l'individu est dépouillé.
Faucheur. Bourreau. — Cou-
pe-bourse, — dans l'ancien ar-
got. — La faucheuse, la guillo-
tine, — dans l'argot moderne.
Fausse-mauche. Sorte de
blouse en grosse toile bleue que
portent à l'étude les élèves de
l'école de Saint-Cyr. (Saint-
Patrice.)
Fausse-couche. Avorton, in-
dividu débile, — dans le jargon
du peuple.
Fauter. Faire une faute. Le
peuple dit d'une fille qui a pris
un amant qu'elle « a fauté ».
Fauvette â tête noire. Gen-
darme, — dans l'argot moder-
ne; allusion aux tricornes noirs
des gendarmes. — Etre filé par
les fauvettes à tête noire, être
conduit par les gendarmes.
Faux-col. Mousse qui se pro-
duit au-dessus d'un verre de
bière, lorsque le garçon n'a pas
eu la précaution de le remplir
doucement. Le faux-col est un
trompe-l'œil, moins sale que le
soulier de l'Auvergnat, mais
qui tient, lui aussi, de la place.
Le faux-col fait le désespoir des
amateurs de bière. Aussi, dans
toutes les brasseries, entend-oi
cette recommandation plus dé
cent fois répétée par jour : « ui
bock et sans faux-col! »
Fayots (Avoir bouffé des)
Etre enceinte, — dans l'argc
des marins. C'est une locutioi
provençale répandue parmi 1(
matelots. Mot à mot : avoi
mangé des haricots. Allusion
la réputation qu'ont les haricot
de gonfler celui qui en mange]
Fée. Jeunq fille, demoiselle!
— dans le jargon des voleura]
— Ma fée, ma fille.
Fêlé (Avoir le coco). Avoir 1^
cerveau dérangé.
Femme. Fusil, — dans l'argol
des soldats d'infanterie de ma]
rine. « Le temps de donner ui
coup d'astiqué à ma femme ».
Femme sérieuse. Femme ga^
lante qui pense à l'avenir, qi
la pensée de l'hôpital elîraye e^
qui thésaurise.
Femme de Régiment. Gross
caisse, — dans le jargon d(
troupiers.
Femme à la mendicité Fem-
me dont les faveurs sont cotéeg
à bas prix, — dans le jargoi
des élégantes de la prostitution;
Femme de terrain. Prostituée :
de dernier ordre. « Les piei
reuses ou femmes de terraii
sont des créatures repoussantes'
de laideur ; elles ne sortent que
la nuit et rôdent dans les lieux
sombres et retirés... Elles pra-
tiquent l'onanisme. » {Paris-
vivant, Tm Fille.)
Femme de l'adjudant. Salle
de police, — dans le jargon des
soldats de cavalerie. — Coucher
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
169
avec la femme de l'adjudant,
coucher à la salle de police.
Les soldats désignent aussi la
salle de police sous le sobriquet
de la jument de V adjudant, et ils
trouvent qu'elle trotte sec, cette
jument.
Fendante. Porte, — dans le
jargon des voleurs. « Entrez ou
n'entrez pas, mais refermez la
fendante. >> (P. Mahalin, Les
Monstres de Paris, 1880.)
Fendre (Se). Faire de la dé-
pense en dehors de ses habitu-
des ; se livrer à une prodigalité
inusitée. Les avares se fendent
lorsqu'ils offrent quelque chose.
« Je vous paye un exemplaire
de ce groupe^ mille écus. Ohl
oui, sapristi! mille écus, je me
fends. » (Balzac.)
Fendre l'oreille. Mettre à la
retraite dans le jargon des trou-
piers. « Dire qu'ils vont lui
fendre l'oreille! un crâne sol-
dat, qui vous vernit un meuble
comme un garçon ébéniste. »
(Fr. de Reifi'enberg, La Vie de
garnison, 1863.) Allusion aux
chevaux réformés aux(juels on
fend l'oreille. — On dit égale-
ment couper Voreille.
Fendre le cul. Primer une
carte, — dans l'argot desjoueurs
d'écarté. Quand une carte est
supérieure à celle de l'adver-
saire, au lieu de dire : Je la
prends, quelquesjoueurs disent,
dans l'intimité, je lui fends le
cul.
Fenêtre. (Eil, — dans le jar-
gon des voyous. Boucher une fe-
nêtre, crever un œil.
Fenêtre (Mettre la tête à la).
Monter à l'échafaud.
Fenin. Centime, — dans l'an-
cien argot.
Fenouse. Prairie, — dans le
jargon des voleurs.
Ferlampier. Pauvre diable;
misérable à perpétuité. — Vo-
leur du plus bas étage. Le fer-
lampier est au voleur de la
haute pègre ce que la pierreuse
est à la cocotte. C'est une alté-
ration de frélampier ou frère
lampier. « Autrefois, celui qui
avait la charge d'entretenir et
d'allumer les lampes dans les
églises s'appelait frère lampier ;
et comme cette charge était
dévolue à des hommes dti bas
étage, quand on voulait parler
d'un homme de peu, on disait :
C'est un frélampier ou un frère
lampier. » (Le Roux de Lincy,
Le Livre des Proverbes français.)
Ferlingante. Objet en verre;
objet fragile.
Ferloque. Loque dans toute
sa dégradation, — dans le jai'-
gon des brocanteurs. « Ah ! je
ne m'étonne plus à présent que
vous m'apportiez des ferloques. »
(Champtleury, La Mascarade de
la vie parisienne.)
Ferme. Décor de fond, avec
portes, — en terme de théâtre.
Fermer son parapluie. Mou-
rir, — dans le jargon des chif-
fonniers, qui disent encore
« ployer son jonc. »
Fermer Maillard. Dormir ;
avoir envie de dui...ir.
Fermeture Maillard. Som-
meil. — Etre terrassé par Mail-
lard, tomber de sommeil; par
allusion au nom de l'inventeur
des fermetures en fer à cou-
lisses.
iO
170
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Ferraille. Monnaie de cuivre.
— Faire crossersa ferraille^ faire
sonner un régiment de gros
sous. — Le peuple désigne en-
core sous ce nom quelques pe-
tites pièces d'argent perdues au
milieu d'un tas de sous.
Fertillante. Plume, — dans
l'ancien argot.
Fertille, Fertanche. Paille. —
Fertanche appartient à l'ancien
argot.
Fesse. Femme, — dans le
jargon des voyous.
Fessier. Derrière, — dans le
jargon du peuple. — « Celui-là
lui gaula le fessier à coups de
botte. » (Huysmans, Les Sœurs
Vatard,)
Festillante. Queue. Allusion
à la queue du chien qui fait fête
à son maître.
Festonnage. Manière de mar-
cher particuhère aux ivrognes.
Festonner. Marcher en faisant
des zigzags, à la manière des
ivrognes. — Voir tout tourner
autour de soi.
Fête (Etre de la). Etre en
belle humeur. — Fête du bou-
din, La Noël.
Fêteur, Fêteuse. Celui, celle
qui fête un anniversaire, qui
souhaite une fête. « Et quel
spectacle joyeux que tout ce
monde de fêtews pressés, sillon-
nant le boulevard avec des bou-
quets éclatants, des joujoux en-
luminés et des paquets soigneu-
sement ficelés. » {Fetit Parisien
du 17 août 1877.)
Feu (Faire). Terme de la
vieille école du mélodrame et
de la tragédie, signifiant et ex-
primant le geste de l'acteur qui
marque la fin de chaque phrase
d'un coup de talon vigoureuse-
ment frappé sur les planches ;
l'acteur qui faisait feu à la plus
grande satisfaction du public,
fut sans contredit le célèbre
Tautin. {Petit dict. des coulisses.)
Feu à la cheminée (Avoir mis
le). S'être mis le gosier en feu
pour avoir mangé des viandes
trop épicées, pour avoir bu des
liqueurs trop fortes.
Feuille de chou. Méchant pe-
tit journal, journal sans impor-
tance.
Feuille de chou, Feuille de
platane. Mauvais cigare, cigare
d'un sou.
Feuille de chou. Guêtre, —
dans le jargon des troupiers.
Feuille de chou. Oreille, —
dans l'argot des rôdeurs de bar-
rière. Je l'ai pris par ses feuil-
les de chou et je l'ai sonné.
Feuille de chou. Surnom
donné au marin, par les soldats
des autres armes. Allusion aux
grands cols des marins.
Feuille de rose. « On voit
bien que vous n'avez pas ac-
coutumé de parler à des visa-
ges. » (Molière, Le Malade ima-
ginaire.)
Feuille à l'envers (Voir la).
S'asseoir avec une dame, à la
campagne, au pied d'un arbre,
et deviser des choses les plus
tendres à la manière de Jusion
et de Cérès. — « Attendez-moi,
n'avez-vous jamais vu les feuil-
les à l'envers?» {Aiic. Théâtre
Italien.)
Feuilleton. Supplément écrit
à la main que quelques restau-
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
171
rateurs ajoutent à la liste des
plats indiqués sur la carte im-
primée. Ce supplément s'ap-
pelle on ne sait pourquoi : Feuil-
leton. (Ch. Monselet, La Cuisi-
nière poétique.)
Feux de file (Ne pas s'em-
brouiller dans les). Conserver
son sang-froid.
Fiacre. Train de chemin de
fer, — dans le jargon des mé-
caniciens.
Fiacre (Jouer comme un).
Aux xvii« et xvni® siècles, fiacre
désignait un cocher de carrosse
public. Jouer comme un fiacre
était donc jouer comme un co-
cher. « Et les fiacres qui mènent
ces carrosses sontla plupart des
maquereaux, qui connaissent
tous les lieux de débauche de
Pans. » (Le Roux, Blet, comique,
1750.) L'expression jouer comme
un fiacre s'est conservée jusqu'à
ce jour.
Fiacre (Remiser son). Se ran-
ger ; mener une vie plus régu-
lière.
Ficelé. Habillé. Bien ficelé, mal
ficelé, bien mis, mal mis; par
allusion à la ficelle qui habille
les saucissons.
Ficeler (Se). S'habiller avec
soin, se vêtir de ses plus beaux
habits. — Suis-je assez propre-
ment ficelé ?
Ficeler. Suivre, — dans le
jargon des voleurs; c'est une
variante de filer.
Ficelle. Filou prudent. Un
homme ficelle se prête à toutes
les malhonnêtetés qui échap-
pent à l'action de la loi.
Ficelle. Mensonge transpa-
rent, petite ruse. — Ruses d'un
métier. « A la ville, ficelle si-
gnifie une ruse combinée mala-
droitement. — Au théâtre, /iC6?//e
exprime un moyen déjà em-
ployé, connu, usé, qui sert à
amener une situation ou un dé-
noiiment quelconque mais pré-
vu. » (J. Noriac, Un Paquet de
ficelles.) — Tous les métiers ont
leurs ficelles. Connaître toutes
les ficelles d'un métier, c'est le
connaître à fond, en connaître
toutes les ruses, tous les fils qui
le font mouvoir.
Fichant. Extrêmement con-
trariant. (L. Larchey.) — Très
fâcheux.
Fichard (Va-t'en au). Va te
faire fiche.
Ficher une colle. Débiter un
mensonge. — Ficher s'emploie
honnêtement à la place du
verbe qui commence par la
même lettre et dont a tant
abusé le père Duchêne.
Ficher comme de coller un
tampon (S'en). S'en moquer
complètement ; c'est la variante
de « s'en ficher comme de co-
lin tampon. »
Fièvre cérébrale. Accusation
capitale, — dans l'ancien argot.
— Aujourd'hui dans le monde
des voleurs, fièvre typhoïde et
vérole noire ont le même sens.
— Redoublement de fièvre céré-
brale, nouveau témoignage très
grave à la charge de l'accusé.
Fiferlin. Soldat, •— dans le
jargon des voyous. — Faire la
paire au fiferlin, être tombé au
sort.
Fiferlin. Canotier novice, —
dans le jargon des canotiers.
Fifi. Vidangeur. Le mot a
172
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
plus d'un siècle de circulation
dans la bouche du peuple.
Figariste. Rédacteur du jour-
nal le Figaro, celui qui appar-
tient à la rédaction de ce jour-
nal, — dans le jargon des petits
journaux que le succès du Fi-
garo empêche de dormir.
Figer (Se). Faire une station
prolongée n'importe où, soit
chez le marchand de vin, soit
sur l'autel de Uomange, — dans
le jargon des voyous.
Fignard. Le fondement; c'est
troufignard, par abréviation.
Fignoleur, Fignoleuse. Celui,
celle qui cherche à se distinguer
par sa mise, par ses manières.
Figure. Tête de veau dans le
baquet du boucher.
Figure. Personne, individu.
— Ce n'est pas pour ta figure,
ce n'est pas pour toi. — Cest
pour ma figure, c'est pour moi.
Figure de vesse. Figure pâle
et boursouflée; physionomie de
chloro tique.
Figure de culotte. Visage
^os et rouge. — DèHcate allu-
sion au visage que cache la cu-
lotte.
Figure à hommes. Figure qui
plaît aux hommes. C'est pour
ces dames un excellent capital
qui rapporte de bonnes rentes
dans le monde de la galante-
rie.
Figure comme le cul d'un
pauvre homme (Avoir une).
Montrer un visage rouge, ani-
mé, pétillant de graisse et de
santé. Des physionomistes ont,
paraît-il, été jusqu'à observer
que c'était au derrière des pau-
vres gens que se réfugiait la
santé.
Fil. — Au théâtre, toutes les
cordes ont reçu le nom de fils.
— Descendre un fil, descendre
une corde qui supporte les
amours dans les féeries.
Fil (Avoir le). Etre adroit,
finaud, rusé, — dans le jargon
des voyous; allusion au fil d'un
couteau, d'un rasoir. — « Je
suis nabot, mais j'ai le fil. »
(P. Mahalin, Les Monstres de
Paris.)
Fil (Prendre un). Prendre un
verre d'eau-de-vie. Mot à mot :
un verre de fil-en-quatre.
Fil sur la bobine (Ne plus
avoir de). Ne plus avoir de che-
veux sur la tête.
Fil à couper le beurre (N'a-
voir pas inventé le). Etre naïf,
être niais. Les amis d'une douce
plaisanterie disent également :
N'avoir pas découvert la mine de
pains à cacheter.
Filage, File, Filature. Action
de suivre quelqu'un, — en terme
de police. — Lâcher de la fila-
ture, suivre. — Les voleurs di-
sent : Ces messes nous lâchent de
la filature, ces messieurs nous
suivent.
Filage. Action, art de filer la
carte, de ne pas engager le jeu,
à la bouillotte.
Filard. Terme de joueur de Â
bouillotte. Celui qui file ciiaque T
fois qu'il n'a pas un très beau
jeu, comme trente-un en main,
ou quarante de face ou vingt-
un et as premier.
Filasse. Morceau de bœuf
bouilli. — La variante est :
Balle élastique.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
173
Filateur, Fileur. Tricheur qui
opère au moyen du /liage de la
carte, c'est-à-dire en distribuant
une carte pour une autre.
Fil-en-quatre. Apprenti com-
mis mercier.
Fil-en-quatre. Eau-de-vie.
Filer. Sacrifier à la compa-
gnie Lesage.
Filer Suivre à la piste. La
police file à pied, en voiture et
en chemin de fer.
Filer. Ne pas engager le jeu,
— dans le jargon des joueurs
de bouillotte. Faire filer ^ intimi-
der son adversaire qui, alors,
n'engage pas le jeu, ou qui paye
son premier engagement.
Filer. Faire l'école buisson-
nière, — dans le jargon des
collégiens. « Les élèves de Louis-
le-Grand filent, soit aux Ours,
(le jardin des Plantes) soit au
Luxembourg. » (Aibanès, Mys-
tères du collège.)
Filer raide. — Marcher très
vite.
Filer doux. — Se montrer
soumis, obéissant.
Filer (Faire). Dérober. Mot à
mot : faire filer un objet de la
poche de quelqu'un.
Filer la comète. Coucher en
piein air, coucher à la belle
étoile, — dans le jargon des
voleurs.
Filer la carte. « Changer la
première carte qui est dessus le
jeu, celle qu'on doit donner à
son adversaire, contre la deuxiè-
me carte. Le filage de carie est
une opération très délicate et
difficile à exécuter. » (A. de
Gaston.) Les joueurs honnêtes
du baccarat se servent de l'ex-
pression filer la carte, filer pour
désigner l'action de découvrir
par degrés, très lentement, une
des deux cartes qu'ils ont en
main; c'est un moyen comme
un autre de se procurer une
émotion, et l'on sait que le
joueur vit d'émotions.
Filer une pousse. Repousser,
culbuter, — dans le jargon des
voyous. — Y veut m' coller un
coup de sorlot dans les accessoi-
res y je Vy file une pousse et f
fl envoie dinguer sur le trime où.
il prend un potage à la julienne.
Filet bien coupé (Avoir le).
Parler beaucoup. On dit prover-
bialement, en parlant de quel-
qu'un qui parle beaucoup :
« Celle qui lui a coupé le filet
a bien gagné ses cinq sous. »
Filets (Tendre les). « Cette
besogne consiste à étaler sur
les comptoirs les pièces (d'étolfe)
qui ont de lœil et qui doivent
attirer l'attention, forcer le re-
gard des clientes passant d'un
rayon à la caisse. » (L. Noir, Le
Favé de Paris.)
Fileur. « On nomme fileur^
un homme qui, du matin au
soir, un pinceau à la main, fait,
au moyen d'un tour lancé avec
rapidité, ces filets d'or, azur ou
chocolat, qui entourent les as-
siettes, les tasses ou les bols. »
(J. Noriac.)
Fileur. Elève qui a l'habitude
de suivre ses classes en jouant
aux billes ou en allant faire de
petites excursions extra-muros.
Fileur de plato. Second et
troisième amoureux, — dans
le jargon des coulisses. Mot à
10.
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
fileur d'amour platoni
174
mot :
que.
Pileuse. Exploiteur de filous.
La flleuse fait chanter le voleur
qu'elle a suivi et vu à Tœuvre.
Sous menace de révélations, elle
se fait remettre soit une petite
part du vol, soit une somme
correspondante en argent, pro-
bablement en vertu de l'axiome
qu'il faut que tout le monde
vive.
Pillasse. Femme qui a vieilli
dans la prostitution ; c'est le su-
perlatif de fille de joie.
Pille, Grande fille. Bouteille
de vin. « Allons étrangler une
grande fille, ce qui signifie :
Allons boire une bouteille. »
{Petit Parisien, du 16 août 1877.)
Pille. Dans le jargon des
joueurs de rams, ce sont les
cartes du talon qui restent sur
le tapis à la disposition du pre-
mier en cartes. — Quand un
ramseur échange son jeu contre
celui qui est sur le tapis, il a
coutume de dire : « Voyons le
cul de la fille ou voyons le der-
rière de la fille. »
Pille insoumise. Fille qui
exerce la prostitution sans pri-
vilège ni estampille de la po-
lice. — On dit, par abréviation :
Insoumise.
Pille remisée. Fille retirée de
la prostitution. Ancienne fille
qui a acheté un fonds de com-
merce.
Pillette. Petite bouteille de
vin cacheté, demi-bouteille.
Piloche. Bourse. — Filoche à
jeun, bourse vide. — Filoche du
trèpe, la Bourse de Paris. Mot à
mot : bourse de la foule.
Pilou. Rusé, malin.
Pilsange. Filoselle, — dans le
jargon des voleurs.
Pils-de-fer. Jambes longues
et maigres.
Pin de la soupe. Guillotine.
Pin (Paire une). Se marier,
en parlant d'un homme. C'est
souvent une triste fin.
Pinancer. Payer, payer pour
un autre. — L' entreteneur fi-
nance.
Pine. Fine Champagne, par
abréviation. — Un verre de fine.
Pine-galette. Elève sans ga-
lons, — dans le jargon des
Saint-Cyriens.
Pine pégrenne (Etre en). Etre
au plus mal, — être perdu sans
ressources, dans le jargon des
voleurs.
Pini (Homme). Homme ruiné,
perdu moralement ou matériel-
lement. — « Moi fini et pleuré
de vos beaux yeux, l'ermite, mon
père, pourrait bien vous récla-
mer. » (Maynard de Queilhe,
Outre-Mer, 1835.)
Pinition. Achèvement. — Fi-
nition du Louvre. (Balzac.)
Piole. Tête, figure, — dans le
jargon des voleurs. Fiole à cii-
bêbe, à copahu, physionomie
malsaine, figure de syphiliti-
que.
Pioler. Envisager. — Qu'est-
ce qu'il a ce pante^ à me fioler?
Pioler. Boire.
Pion. Elégance. — Coup de
fion, dernier coup de main don-
né à un ouvrage.
Pionner. Faire le fat; être
coquet, — dans le jargon du
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
175
collège. — « Depuis qu'Ernest
a une paire de bottes, regarde
un peu comme il fîonne ! » ( Al-
banès, Mystères du collège, { 845.)
Fionneur. Ouvrier, collégien
endimanché.
Fiquer. Frapper à coups de
poignard, à coups de couteau,
— dans le jargon des voleurs.
Fish. Souteneur. — Un mot
qui a passé la Manche et qui
veut dire poisson en anglais.
Fiston. Pour fils ; terme d'a-
mitié. « Tu t'es laissé embobeli-
ner, voilà tout... tu es jeune,
mon fiston. » (A. Theuriet, La
Revanche du mari.)
Fixé. Assez, — dans le jargon
des voyous qui disent aussi :
Bliurô, par abréviation d'a-
marré.
Fia. Une des notes du tam-
bour. Il y a le fla^ le ra et le
roulement, a Votre fia est si
moelleux, si séduisant, si doux!
c'est du miel! » (H. Berlioz,
Les Grotesques de la musique.)
« Et il n'y en a pas un pour
pincer un roulement comme
moi. Ce n'est pas moi qui pren-
drai un /^a pour un 7T?*a. » (Scribe
et Poirson, Une Nuit de la Garde
nationale, se. m, 1815.)
Flac, Flacul. Sac. — Lit. —
Argent, — dans le jargon des
voleurs.
Flacon. Botte, et particulière-
ment botte de vidangeur ou de
cureur d'égouts. Des flacons qui
renferment « l'essence de chaus-
sette ». — Déboucher ses flacons,
ôter ses bottes. — « Ça doit
rien schelwguer quand il dé-
bouche ses flacons. » (Réflexion
d'un voyou à la vue d'un cu-
reur d'égouts.)
Flafla. Embarras, manières.
— Faire du flafla, faire des em-
barras. — Un objet qui a du
flafla, c'est du clinquant.
Flageolets. Jambes maigres.
(L. Larchey.) Allusion au cliétif
instrument de musique de ce
nom.
Flairer au foyer. Se dit in-
distinctement d'un auteur ou
d'un acteur. « L'acteur vient le
soir au foyer pour regarder si
le tableau d'annonces porte son
nom sur une distribution de
rôles. L'auteur vient savoir si
on joue le lendemain ou si on
répète. >> (J. Duflot, Les Secrets
des coulisses, 1865.) Par exten-
sion, signifie faire de la diplo-
matie auprès des directeurs et
des artistes pour obtenir des
représentations fréquentes ou
nouvelles d'un ouvrage. (Petit
Dict. des couHsses.)
Flambant. Artilleur à cheval.
Flambant. Neuf, luisant de
propreté.
Flambard. Poignard ; couteau-
poignard.
Flambarde. Lampe ; chan-
delle.
Flambarde. « La flambarde
est la pipe du canotier. » (Paris-
Fumeur.)
Flambe, Flamberge. Epée, sa-
bre de cavalerie.
Flamber, Fluber. Jouer la co-
médie, — dans le jargon des
saltimbanques. « De quoi pou-
vais-tu avoir peur, lui dis-je...
tu n'avais jamais mieux flambé. »
(E. Sue, Les Misères des Enfants
trouvés.) — Briller. « Ces créa-
tures aiment à flamber. » (Bal-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE
et Misères des
176
zac, Splendeurs
courtisanes.)
Flan (Du)! Non, jamais. —
Exclamation particulière aux ga-
mins qui ajoutent souvent et de
la galette. Du flanl et de la ga-
lette l sans doute en souvenir des
pâtisseries populaires mais in-
digestes de ce nom.
Flanche. Jeu; ruse; plaisan-
terie. — Atï'aire. — Reculade.
— Grande flanche, jeu de la rou-
lette, jeu du trente et quarante.
Flancher. Jouer aux cartes.
« Est'ce que des pantes à la man-
que ont flanché au bègue avec ces
brèmes ? Est-ce que de faux hon-
nêtes joueurs ont joué au bezi-
gue avec ces cartes? » (A. de
Gaston, Les Tricheurs.)
Flancher. Plaisanter.— Par Ze^-
iu sérieusement ou flanches-tu ?
Flancher. Faiblir , reculer ,
avoir peur. — « Tu flanches,
pitchou ! » (L. Cladel, Ompdrail-
les.)
Flanchet. Part, participation,
— dans le jargon des voleurs.
Flancheur, Flanchard.
Joueur. — Flancheuse^fiancharde,
joueuse.
Flâne. V\^ne\if.C*estune flâne.
— Flânerie. Faire flâne^ flâner.
Flanelle. Flâneur, — dans le
jargon des lilles de maison.
Faire flanelle, perdre son temps
à flâner.
Flànocher. Flâner un peu,
diminutif de flâner. Flânocheur,
celui qui flâne un moment, par
instant.
Flanquage à la porte. Congé.
Flaque. Sac de femme, —
dans l'ancien argot.
^
Flaquer, Flasquer. Faire ses
nécessités. — Accoucher, dans
l'ancien argot. — Flaquer des
châsses, pleurer. — Faire flas-
quer. Synonyme de faire ch...r;
c'est-à-dire ennuyer, horripiler.
Flaquet. Gousset.
Flèche. Sou, dans le jargon
des ouvriers. — Deux flèches de
semper, deux sous de tabac.
Flémard. Paresseux, mou, lâ-
che. — Flémer, paresser; déri-
vés de flemme, mot du patois
d'Auvergne acclimaté à Paris.
— « Ce flémard ne viendra pas
aujourd'hui, parce qu'il a peur
de moi ; c'est un lâche ! >> (L. Cla-
del, Ompdr ailles.)
Flemme. Paresse. •— Pares-
seux. « Tas de flemmes! val pas
même 1' courage d' s' déranger
pour venir boire un coup ! »
(Grévin.)
Fleur de mari. Virginité. Mot
à mot ; fleur dont on fait pro-
sent au mari. — v Elle gardait
sa fleur de mari, très décidée à
ne la laisser prendre que pour
le bon motif. » Huysmans, Les
Sœurs Vatard.)
Fleurs rouges. Menstracs.
Flihocheuse. Variété de fille
publique, fille prjhJique du genre
rapace. « Les fllbocheuses, êtres
hybrides, moitié femmes, moi-
tié éponges, qui sont de tous
les dîners, de tous les soupers
et de tous les réveillons , chi-
pant tout, rinçant tout, lavant
tout. » {Paris à vol de canard.)
C'est un dérive de flibustier.
Flic flac (Faire le). Forcer une
serrure.
Flic-flaquer. Marcher en sa-
vates.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
177
Flique, Flique à dard. Com-
missaire de police, agent de po-
lice, — dans le jargon des filles.
Flingart. Soldat d'infanterie
de ligne. Il porte le flingot, fu-
sil. Les flingarts sont de bons
zigs.
Flingot. Fusil de boucher.
Flingot. Fusil, — dans le jar-
gon des troupiers. — « On lui
mettait un tlingot entre les
doigts et là, au soleil, à la pluie,
au vent, il devait s'évertuer à
jongler avec. » (Huysmans, Les
Sœurs Vatard.) — « Ricornot,
navré, faisait l'exercice dans la
cour, ayant le sac au dos et le
ilingot sur l'épaule. » (Vicomte
Richard, Les Femmes des autres.)
Flingot (Cinq ans de forcés
au). Cinq ans de service mili-
taire, — dans le jargon du peu-
ple. Et par abréviation : cinq
ans de flingot, c'est-à-dire cinq
ans de fusil.
Flingue. Fusil. Cette dernière
forme est particulière aux ma-
rins.
Flirtation. Action de filer, ou
mieux de filtrer le sentiment,
de raffiner l'art de faire la cour.
« Dans les affaires de cœur, les
Françaises ne connaissent pas
de milieu entre l'amour et l'in-
différence; elles peuvent avoir
des hommes pour amis, mais la
flirtation leur est inconnue. »
(Lady Morgan, La France, 4817.)
Le mot n'est guère répandu que
depuis d 875. C'est M. Sardou qui
l'a lancé dans la circulation pa-
risienne :
«Robert : — Ah!... je la con-
nais maintenant leur flirtation;
mc.is pour la pratiquer sans s'^
brûler... juste Dieul ces Améri-
caines... en quoi sont-elles? >»
{V Oncle Sam, acte m, se. vu.)
Flirter. Filtrer le sentiment;
courtiser avec raffinement; mot
d'importation américaine. « On
commence par flirter avec une
jolie fille. » (E. Augier, Les Four-
chambault.)
Flopée, Flou. Foule. •— Grêle
de coups.
Floquot. Tiroir, — dans le
jargon des voleurs.
Flottant. Poisson.
Flottant. Bal de souteneurs.
Flottard. Aspirant à l'école
navale. (L. Larchey.)
Flotte. Provision d'argent du
mois, du semestre, arrérages.
— « La fiotte est arrivée, pour
dire qu'on a reçu de l'argent,
après avoir attendu quelque
temps. Par allusion aux hottes
des Indes. » (Le Roux, Dict. go~
mique.) Le mot n'est plus guère
usité depuis une vingtaine d'an-
nées.
Flotte. Nombreuse société.
Flotter. Nager. — Faire flot-
ter, noyer.
Flou, Flotiére. Rien, — dans
l'ancien argot.
Flou-chipe. Floueur-chipeur.
On dit flou-chipe, comme on
dit : démoc-soc.
Flouer. Jouer, en terme de
grecs. — Filouter au jeu.
Flouerie. Vol adroit; espiè-
glerie doublée de vol.
Floueur. Terme générique ser-
vant à désigner tout escroc, tout
voleur qui exerce adroitement
et sans employer la violence.
— Dans le jargon des filles,
178 DICTIONNAIRE D* ARGOT
c'est l'individu qui, après avoir
promisbeaucoup, ne donne rien.
Flûte! Je m'en moque.
Fliite (Jouer de la). Prendre
un clystère. — Joueur de flûte,
flûtiste, infirmier. C'était autre-
lois jîw/Jewcw/, qui avait également
le sens d'apothicaire. — « Peste
du courtaud de boutique et du
Uûtencul! » [Pièces comiques.)
Flûter (Envoyer). Envoyer
promener. — « Ah! elle en-
voyaitjoliment/ïîifer le monde. »
vE. Zola.)
Flûtes. Jambes et principale-
ment jambes maigres. — Se ti-
rer des flûtes, se sauver. — « Faut
s' tirer des flûtes. » (G. Marot,
L'Enfant de la Morgue, 1880.)
Flûtiez (C'est comme si vous).
C'est comme si vous ne disiez
rien. C'est la variante de : C'est
comme si vous chantiez.
Flux (Avoir le). Avoir peur.
Fluxion. Peur, — dans le jar-
gon des voleurs. — Pincer une
fluxion, avoir peur.
Fœtus. Elève de première an-
née à l'école de chirurgie mili-
taire. (L. Larchey.)
Foirade, Foire. Peur. — Foi-
rer, avoir peur. — Foireux, foi-
reuse, poltron, poltronne.
Foire d'empoigne (Acheter à
la). Voler. Revenir de la foire
d'empoigne, rentrer les poches
pleines d'objets volés.
Foisonner. Répandre une
odeur iafecte soit personnelle-
ment, soit impersonnellement,
— dans le jargon des voyous.
Ce doit être quelque fioriture
du mot foiré, fuire, ou encore
une déformation du mot « em-
MODERNE.
poisonner » par le retranche
ment des deux premières let-
tres et la substitution de i'F au P.
Folle du logis. Imagination;
caprice. Le mot est de sainte
Thérèse.
Foncer. Payer, compter. On
disait autrefois pour exprimer
la même idée : Foncer à l'ap-
pointement. « C'est une cou-
tume fort établie à Paris, où la
plupart des femmes coquettes
font foncer leurs maris vieux et
goutteux à l'appointement, pour
entretenir de jeunes godelu-
reaux qui leur repassent le bu-
lle. » (Le Roux, Dict. comique,
1750.)
Fond de cale (Etre à). Ne plus
avoir le sou.
Fondant. Beurre, — dans l'an-
cien argot.
Fondre. Disparaître, se sau-
ver, — dansle jargon des voyous.
Fondre la cloche. Vendre un
objet dont on partage le prix
entre camarades ; avait aux xvn^
et xvm*' siècles le sens de ter-
miner une affaire en train.
Fondrelatrappe (Faire). C'est,
en terme de coulisses, ouvrir et
baisser une ti'appe.
Fondrière. Poche, — dans le
jargon des voleurs.
Fonts de baptême (Se mettre
sur les). Etre eugagé dans une
affaire dont on voudrait bien
sortir.
Forage (Vol au). Vol qui con-
siste à enlever une certaine
quantité d'or aux bijoux et à la
remplacer par du plomb ou du
cuivre, en laissant intactos l'en-
veloppe et les marques du poin-
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
179
çon. — Ce genre de vol est par-
ticulier aux chineurs qui lui ont
donné le nom de vol à la graisse.
Forcir. Grandir, se renforcer,
— en parlant d'un enfant, —
dans le jargon du peuple. Il for-
cit à vue d'œil.
Foresque. Marchand forain,
dans le jargon des voleurs;
changement de la dernière syl-
labe. (
Forêt noire. Nom d'un des
anciens carrés du Temple. On
désignait ainsi le quatrième
carré aifecté aux marchands de
savates et aux fripiers. — Les
trois autres se nommaient : Le
Carré du Palais-Royal, et com-
prenait les objets de toilette à
l'usage des femmes; le Pavillon
de Flore : literie et hardes; en-
fin le Pou-Volatit: chiifons, vieille
ferraille et friperies sans nom.
Forfante. Charlatan, fourbe,
hâbleur. (F. Michel.) C'est un
dérivé de forfanterie. Le mot
appartient à l'ancien argot.
Forger. Terme de maréchal-
ferrant; se dit d'un cheval qui,
en marchant, frappe les extré-
mités du fer de devant avec la
pointe des pieds de derrière.
Forgerie. Mensonge. — Faux;
faux document; c'est-à-dire
pièce forgée.
Formiste. Peintre ou sculp-
teur qui soigne la forme, —
dans le jargon des artistes.
Fort. Pour fort de la halle.
C'est ainsi qu'on dit par abré-
viation encore : fort aux pois-
sons , fort aux blés , fort au
beurre.
« Je descends les barqu's, j'vends des
[contre-marques]
» Et je suis fort au beurre. »
(A. Remy, L'homme incomparable, chaus.)
Fort que de jouer au bouchon
(C'est plus). Se dit ironique-
ment d'une chose dont l'exécu-
tion ne demande ni force ni
adresse.
Fortanche. Fortune, — dans
le jargon des voleurs. — Bonne
fortanche^ bonne fortune.
Fortification. Bande de bil-
lard; allusion de forme. — Etre
protégé par les fortifications, être
collé sous bande.
Fortin. Poivre. — Fortinière,
poivrière, — dans l'ancien ar-
got.
Fosse à Bidel. C'est un en-
droit assez obscur (à la préfec-
ture de police) où il y a des
prisonniers. [Lanterne du 26 jan-
vier 1879.) Allusion aux fauves
du dompteur Bidel.
Fosse commune. Table d'hôte
à bon marché, Yarchc de Noé du
XIX® siècle. — « Il sort de la
table d'hôte à quarante sous.
En gastronomie on appelle cela,
en terme de métier, la
commune. » (L. Lespès.)
Fou (Etre). Etre perdu, —
dans le jargon des voleurs qui
ne se donnent pas la peine de
prononcer le tu final.
Fouailler. Manquer d'énergie,
craindre, manquer son effet.
Fouataison. Canne, — dans
le jars"on des voleurs. — Foua-
taison lingrée, canne à épée. —
Fouataison mastarée ^canne plom-
bée.
Fouatter. Puer. — Fouatter
du goulot, sentir mauvais de la
bouche.
Foucade. Caprice amoureux.
Fouiller (Tu peux te). Tu
180
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
n'obtiendras rien, il n'y a rien
pour toi. — « Veux-tu me ren-
dre un service ? — Tu peux te
fouiller. » Mot à mot : tu peux
regarder dans tes poches pour
voir si tu peux te le rendre. —
Cette expression est encore
prise dans le sens de : tu te
trompes; s'il croit que je Vai-
me, il peut se fouiller. « Et
Giianiptleury, Sarcey, Scholl,
Zola, etc.. etc. peuvent se
fouiller. » {L'Etrille, janvier
1879.)
Fouilles (Des). Des bêtises!
— Non; jamais.
Fouillouse. Poche. — Bourse.
— Vieux mot en usage au xiv«
siècle. La poche est l'endroit
où l'on fouille.
Fouinard, Fouine. Poltron ;
fuyard.
Fouiner. Avoir peur; décam-
per. — Espionner.
Fouineur, Fouinard. Rappor-
teur; petit espion de collège.
Foulage. Travail pressé. —
Foulage de la rate, ardeur au
travail. — Il y a du foulage, la
besogne marche.
Fouler (Ne pas se la). En
prendre à son aise. C'est mot à
mot : ne pas se fouler la rate.
Foultitude. Multitude; foule.
— Foultitude de monde.
Four. Avant-scène des qua-
trièmes à l'Opéra. Elle est ex-
clusivement réservée aux figu-
rantes et il y fait chaud comme
dans un four.
Four. Gosier. — Chauffer le
four, boire.
Four. Omnibus; parce qu'on
y enfourne les gens comme des
pains.
Four. Insuccès ; chute d'une
pièce de théâtre. — M. J. Duflot
écrit fourre, du verbe se fourrer
dedans. — Faire four, ne pas
réussir, en être pour ses frais.
Au théâtre une pièce fait four
lorsqu'elle ne réussit pas. — Un
homme fait four auprès d'une
femme, lorsqu'il en est pour ses
frais d'amabilité et même pour
ses frais d'argent. Celui qui
s'est flatté de raconter une his-
toire bien amusante et qui ne
fait rire personne, fait four
Fourbi. Petite filouterie ; pec-
cadille; maraudage; pour four-
berie. — Connaître le fourbi,
connaître une foule de petites
ficelles, de trucs à l'usage des
militaires peu scrupuleux, — en
terme de troupiers.
Fourbis. Métier. — Jeu.
« A c'fourbis-là, mon vieux garçon,
» — Qu'vous m'direz — on n'fait pas for-
[tune,
» Faut un' marmite, — et n'en faut qu'une;
» Y a pas d'fix' pour un paillasson. »
{La Muse à Bibi, Le Paillasson.)
Fourche à faner. Soldat de
cavalerie ; ainsi nommé dans le
jargon des voleurs, parce que
les soldats de cavalerie marchent
ordinairement les jambes écar-
tées par suite de l'habitude du
cheval.
Fourchette. Voleur à la tire.
Fourchette. Baïonnette, —
dans le jargon des troupiers. —
Fourchette du père Adam, les
doigts. — Se servir de la four-
chette du père Adam, manger
avec les doigts.
Fourchette (Belle). Convive
de bel appétit. — « Belle four-
chette!... Mes compliments! »
(Sardou. Daniel Rachat, acte m,
se. 1.)
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
181
'^rchette (Avaler sa). Mou-
rir, — dans le jargon du peuple.
« Et comme on dit vulgairement,
» L'pauvre homme avala sa fourchette. »
(A. Dalès, Les trois maris de
madame Gobillard, chans.)
Fourchette (Marquer à la).
Entier un compte, comme si on
l'inscrivait avec les quatre dents
d'une fourchette.
Fourchu. Bœuf, — dans le
jargon des voleurs.
Fourgat, Fourgue. Receleur.
Fourgature. Objet volé dont
on fait de l'argent.
Fourguer. Vendre à un rece-
leur.
Fourline. Voleur habile. —
Association de malfaiteurs.
Fourliner. Voler avec adresse.
Fourlineur. Voleur à la tire.
Ce sont les successeurs des an-
ciens tirelaines. (Canler, 1862.)
Fourlourd. Malade, — dans
le jargon des forçats. — Ces
messieurs appelaient fourlourde
l'infirmerie du bagne.
Fourlourer. Assassiner. —
Fourluureur, assassin, — dans le
jargon des voleurs.
Fourmillante. Foule. — Four-
miller , marcher dans la foule.
Fourmilion. Marché. — Four-
milion à gayetSj marché aux
chevaux, fourmilion à cabots,
marché aux chiens, fourmilion
au beurre, la Bourse.
Fournaliste. Ouvrierconfiseur
qui travaille au fourneau et fa-
brique pralines, sucres d'orge
et sirops.
Fourneau. Imbécile, — dans
le jargon des voyous.
Fourneau, Fourneau philan-
thropique. Misérable, — dans
le jargon des voyous, qui ont
remarqué que ce n'étaient pas
précisément les millionnaires,
qui faisaient la queue devant la
porte des fourneaux économi-
ques.
Fournil. Lit, — dans le jar-
gon des voleurs.
Fournier. Chef de cuisine
dans un café. « Il faut savoir
bien manipuler le café et faire
la cuisine. On est chargé de
préparer les déjeuners, d'ap-
prêter et servir le café aux con-
sommateurs. )> (Le Livre des
métiers faciles^ 1855.)
Fournir Martin. Porter une
grande pèlerine de fourrure à
l'usage des cochers et des valets
de pied de grandes maisons. —
Quand les voyous rencontrent
un de ces domestiques ainsi
couverls, ils disent : Encore un
qui fournit Martin, c'est-à-dire,
qui fournit à l'ours Martin sa
fourrure.
Fourrager. Chiffonner... la
collerette.
Fourrageur. Particulier qui
aime à chiffonner... la colle-
rette.
Fourrer (S'en). Se bourrer de
nourriture. — S'en fourrer jus-
qu'au coude, manger outre me-
sure. — Se fourrer de bons mor-
ceaux par le bec, faire bonne
chère.
Fourrier. Elève reçu dans les
premiers numéros à l'Ecole po-
lytechnique.
Fourrier. Garçon de café pré-
posé aux demi-tasses; gany-
mède en tablier blanc.
Il
182
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Foutaises. Niaiseries, propos
en l'air, objets sans valeur.
Foutimacer. Dire des niaise-
ries; ne rien faire qui vaille.
Foutimacier, Foutimasseur.
Diseur de niaiseries. Mauvais
ouvrier. — Et foutimacière au
féminin.
Foutre du peuple (Se). Se
moquer du monde. Quand
quelqu'un dit une grosse bêtise
avec assurance, ou débite un
gros mensonge, quand quel-
qu'un livre un ouvrage par trop
mal fait, il court le risque de
s'entendre dire : « Est-ce que
vous vous foutez du peuple ? »
Foutre un coup (N'en pas).
Fainéanter, ne pas faire œuvre
de ses dix doigts, — dans le
jargon des ouvriers. Il n'en fout
pas un coup depuis deux jours.
Foutriquet. Homme nul ;
homme de très petite taille.
« Petit foutriquet «, sobriquet
donné par le maréchal Soult
en pleine Chambre, à un de
nos plus petits hommes d'Etat,
sous le rapport de la taille.
Foutu. Perdu, ruiné. Mauvais.
— Mal foutu, mal fait, mal ha-
billé.
Frac. Paletot, redingote, —
dans le jargon des voleurs. Tout
ce qui n'est pas une blouse est
un frac pour eux.
Fracassé. Vêtu d'un paletot,
— dans le même jargon.
Fraîche. Gave, — dans le
jargon des voleurs.
Fraiche (Aller à la). Avoir
froid, subir une température
très froide. — Nous avons été
bien à la fraîche Vhiver dernier.
Frais (Etre). Etre dans une
mauvaise situation ; craindre
un danger.
Frais (Arrêter les). Ne pas
aller plus loin dans une entre-
prise, arrêter, réduire ses dé-
penses. Allusion au terme « d'ar-
rêter les frais » emprunté au
langage des huissiers.
Frais (Mettre au). Emprison-
ner.
Franc. Complice. — Endroit
fréquenté par des voleurs. Ta-
pis /ranc, cabaret fréquenté par
des voleurs. — Franc de campa-
gne, affilié à une bande de vo-
leurs et chargé d'aller aux ren-
seignements, à la découverte
des affaires.
Franc de maison. Logeur de
voleurs. C'est un receleur qui
tient une sorte de bureau de
placement à l'usage des filous
et des escarpes. Dans les gran-
des occasions, il met la main à
la pâte et va travailler avec ses
pensionnaires.
Franc-bourgeois. Voleur qui
exploite les hautes classes de la
société.
Franc-fileur. Nom donné à
celui qui, pour échapper au
siège, avait quitté Paris pen-
dant la guerre de 1870. Par op-
position à franc-tireur.
France qui pleure (Cheveux
à la). Coitture adoptée par les
femmes après la guerre de 1 870-
71 : cheveux coupés de manière
à couvrir presque entièrement
le front, en figurant la calotte.
Francilien. Français jp-anciT-
lonne, française.
Frangin, Frangine. Frère,
sœur. — Frangine, sœur de cha-
J
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
183
rite, — ■ dans le jargon des dé-
tenues qui les appellent encore :
« Nonnes ». — Frangin da6,
oncle; frangine dahesse, dabus-
che, tante.
Frappart (Père). Marteau.
Frappe-devant. Marteau de
forgeron, (c Bras nus et le frappe-
devant à la main, des ouvriers
forgent des vélocipèdes. » (Maxi-
me du Camp, Paris, t. III, 1875.)
Fraternellados, Inséparables.
Cigares à trois sous les deux.
La régie les appelle des esqui-
chados parce qu'ils sont aplatis.
Frégate. Emigré de Gomor-
rhe, — dans le jargon des vo-
leurs.
Frémion. Violon, — dans
l'ancien argot.
Frêne. Toupie de deux sous,
•^ dans le jargon des enfants.
Fréquenter (Se). Se livrer à
l'onanisme.
Frère. Typographe qui fait
pai Lie de la société typographi-
que.
Frère et ami. Coreligionnaire
en démocratie. — Faubourien,
— dans le jargon des bourgeois
réactionnaires. — « Quelquefois
un frère et ami, possédant déjà
un plumet bien senti, s'égare
dans un de ces cafés. » (F. d'Ur-
ville, Les Ordures de Paris.) —
« Aussi les frères et amis veu-
lent essayer, le soir, d'y oppo-
ser la leur (leur manifesta-
tion). » (L'UniverSy 1*' juillet
1880.)
Frérot de la cuque. Frère en
vol; terme d'amitié de voleur à
voleur; frérot est pour petit
frère.
Friauche. Condamné à mort
qui s'est pourvu en cassation.
Fric-Frac. Effraction.
Fricassé. Ruiné, perdu.
Fricassée, Fricassée de mu-
seaux. Embrassade, — dans le
jargon des paysans de la ban-
lieue de Paris."
Fricasser. Dépenser. — Fri-
casser tout son argent.
Fricasseur. Celui qui mange
sa fortune, son patrimoine.
Celui qui fricassé sa fortune
dans la casserole des plaisirs
parisiens.
Frichti. Repas de famille. —
Ragoût de ménage. Les gens
qui n'ont pas d'argot emploient
à tort frichti dans le sens de
grand dîner.
Fricoter. S'amuser; tripoter
à la Bourse, dans le commerce.
— Dans le jargon des typogra-
phes, c'est le synonyme de chi-
quer des sortes. — Fricoter de
l'argent, dépenser de l'argent.
Fricoteur. Typographe qui
prend des lettres dans la casse
des autres.
Fricoteur. Soldat qui aime à
faire bombance aux dépens des
autres, à manger et à boire
avec l'argent des camarades, —
dans le jargon des troupiers.
Frigousse. Fricot ; cuisine ;
repas. -- Frigousser, faire la
cuisine; manger.
Frileux, Frileuse. Poltron,
poltronne.
Frimage. Confrontation
Frime, Frimousse. Figure,
physionomie. — Frime à la
manque^ borgne, défiguré.
184
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Frimer. Regarder. — Faire
figure. (L. Larchey.) Faire fri-
mer, confronter, — dans le jar-
gon des voleurs,
Frimousseur. Tricheur. —
Frimousser, tricher. C'est mot à
mot : se donner les figures,
« frimousses, » du jeu.
Fringue. Toilette, vêtement
dé luxe, — dans le jargon des
voleurs.
Fringuer. Habiller. — Se frin-
guer, s'habiller. — Bien fringvé,
bien mis. — Lésebombe bien
fringuée, fille publique bien
mise, — dans le jargon des vo-
leurs.
Fripe. Cuisine. — Pique-ni-
que. — JFnpe sauce, marmiton.
— Faire la fripe, faire la cui-
sine; c'est cuisiner dans une
poêle ou dans un poêlon.
Friper. Manger. — Dépenser
mal à propos.
Friperie. L'ensemble des vê-
tements qui couvrent une per-
sonne et, par extension, le corps
lui-même. « Gare une irruption
sur notre friperie ! » (Molière,
Dépit amoureux.) — Se jeter sur
la friperie de quelqu'un, battre,
maltraiter quelqu'un; particu-
lièrement usité au xvn® siècle.
Fripier. Verre. (Fr. Michel.)
Fripouille. Vaurien. — C'est
de la fripouille, se dit d'un objet
sans valeur. — Dérivé de fripe,
friperie.
Friques. Vieilles hardes, —
dans l'ancien argot, pour frus-
ques.
Friquet. Mouchard.
Frire. Manger. — Bien à frire,
rien à manger.
Frire des œufs. Préparer un
méchant tour. (L. Larchey.)
Frire un rigolo. Voler à l'ac-
colade, voler à la méprise. —
« Eh ! ce cher ami, comment
va-t-il, que je l'embrasse... Ah!
pardon, monsieur, je vous pre-
nais pour un tel. » A la faveur
d'une étreinte bien sentie, la
dupe est volée, le rigolo est frit.
Frisé. Juif, — dans l'ancien
argot. Allusion aux cheveux de
la race hébraïque qui frisent
naturellement.
Friser à plat. Ne pas friser
du tout; porter les cheveux
longs et plats.
Frises (Toucher les) . Déployer
un très grand talent dans une
scène. C'est le sic itiir ad astra.
Les frises sont les bandes de
toile qui figurent soit des nua-
ges, soit un plafond. Frederick!
Lemaître touchait souvent les]
frises.
Frit (Etre). Etre condamné.
— Etre perdu, ruiné. — Allu-J
sion aux flammes éternelles
dont lesprédicateurs efFrayaienI
le peuple. « Vecy deux dyablcs
qui portent une poëlle, afin qu(
je sois frit dedans en pardura*
bleté. » {La Fleur des comman-*
déments de Dieu, extrait d'un ser-^
mon de Pierre de Cluny, cité
par Ch. Nisard.)
Frites. Pommes de terre fri-1
tes. — Pour deux ronds de frites.,
Frocard. Congréganiste. —
« Quatre gendarmes pour met-
tre lesfrocards dehors et fermer
la porte, cela suffit. » [Lanterne
du 5 mai 1880.)
Froid aux yeux (Ne pas
avoir). Avoir du courage.
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
185
Froisseux, FroUand. Médisant,
traître.
Froller, FroUer sur la balle.
Médire; maltraiter.
Fromage (Manger du). Bis-
quer, rager. Les enfants disent
entre eux en ratissant un de
leurs doigts sur l'autre : Tu bis-
ques, tu rages, tu manges du
fromage. — « Victoire! foutre !
victoire! aristocrates, que vous
allez manger du fromage! » (Le
père Duciiêne.)
Fromage (Il nous fera man-
ger du). Il est à toute extrémité ;
nous irons à son enterrement.
Allusion à lacollation que prend,
chez le marchand de vin, le
peuple, au sortir du cimetière,
collation composée de pain et
de fromage arrosés de quelques
litres.
Fromgi. Fromage, — dans le
jargon du peuple.
Front dans le cou (Avoir le).
Ne pas avoir de cheveux.
Fretin. Billard. — Coup de
frotin, partie de billard.
Frotte (La). Traitement de la
gale à l'hôpital Saint-Louis où
les galeux se frottent mutuelle-
ment avec de la pommade sou-
frée, suivant le précepte de la
maison : « Frottez-vous les uns
les autres ». Passer à la frotte,
suivre le traitement antigaleux.
Frou-Frou. Passe-partout, —
dans le jargon des voleurs.
Frousse. Peur, — dans l'an-
cien argot.
Fruges. Bénéfices, prélève-
ments sur la vente, — dans le
jargon des employés de com-
merce.
Fruit sec. Elève d'une école
spéciale qui n'a pas réussi à ses
derniers examens. — Sortir
fruit sec de l'Ecole Polytechni-
que. — Fruit sec se dit par ex-
tension pour désigner celui qui,
n'ayant pas réussi dans une pro-
fession libérale, en a embrassé
une autre, ou qui est allé gros-
sir le bataillon des déclassés.
Frusque, Frusquin. Vête-
ment. — Frusques boulinées, vê-
tements usés, déchirés. — Plan-
quer ses frusques j engager ses
effets au Mont-de-Piété.
Frusquiner (Se). S'habiller.
— Frusquincur, tailleur.
Fume et qui ne crache pas
(Un qui). Tabatière humaine
sortant du four.
Fumé (Etre). Ne plus rien
posséder; être volé. « Faut pas
accorder ta confiance au pre-
mier venu ! le second serait
fumé. » (Gavarni.)
Fumé une pipe neuve (Avoir).
Etre malade par suite d'ivres.se.
Fumelle, Fume. Femme; par
altération pour femelle.
Fumer sans tabac. Etre en
colère; s'impatienter.
Fumer à froid. Aspirer, souf-
fler dans une pipe culottée dont
le tabac est absent. — Faire le
simulacre de fumer, quand on
n'a pas de quoi acheter du ta-
bac.
Fumeron. Hypocrite.
Fumerons. Jambes.
Fumier. Sale femme; horri-
ble créature. Va donc, fumier!
Fimiiste. Mauvais plaisant. —
Farce de fumiste, plaisanterie
de mauvais goût.
186
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Fumiste. Tout individu qui ne
Forte pas un uniforme, — dans
argot des polytechniciens. —
Etre en fumiste, être habillé en
civil, avoir endossé des habits
de ville.
Fumisterie. Mauvaise farce,
plaisanterie de fumiste. Les fu-
mistes n'étant pas en général
parfaitement éduqués, il s'en-
suit que leurs plaisanteries ne
sont pas toujours d'un goût très
délicat.
Fuseaux. Jambes de femme,
minces du bas et fines du haut.
Fusée. Résultat de l'indiges-
tion. Violente projection de la
nourriture congédiée par l'es-
tomac ; elle part au loin comme
une fusée.
Fuser. Restituer un purgatif.
Fusil d'épaule (Changer son).
Changer d'opinion pohtique. —
Tenir un langage opposé à celui
qu'on avait tenu.
Fusil. Gosier. — Se rincer le
fusil, boire. N'avoir rien à se
mettre dans le fusil^ n'avoir rien
à manger.
Fusil de toile. Sac à argent.
— Aller à la chasse avec un fusil
de toile, aller à l'encaissement.
Fusiller. Dépenser. Fusiller
le fade, dépenser le produit d'un
vol, — dans le jargon des vo-
leurs. Fusiller son pèse, dépen-
ser son argent, — dans le jar-
gon des ouvriers.
Fusiller. Faire pleuvoir de
petits jets de salive en parlant.
— Donner un mauvais dîner. Il
a fusillé ses invités.
Fusiller le pavé. Se moucher
en comprimant alternativement
l'une et l'autre narine avec l'in-
dex.
G (La cote). Objets insigni-
fiants qu'un clerc de notaire
s'approprie pendant les inven-
taires. (Littré.) — G pour j'aj, —
dans le jargon de MM. les clercs,
amis du calembour.
Gabari (Passer au). Perdre,
perdre aujeujêtre vaincu, —dans
le jargon des ouvriers du fer.
Avoir passé un camaro au gabari,
avoir gagné une partie de cartes
à un camarade.
Gabatine. Raillerie, plaisan-
terie, tromperie; vieux mot
français.
« La gabatine est franche et la ruse sub-
[tile. ..]
{Le Docteur amoureux, comédie.)
« Il est vrai, notre nation
» Donne souvent la gabatine. »
(Scarron, Poésies.)
« Galans fiéfés, donneurs de gabatine. »
(Deshouiières.)
Gabegie. Fraude; cachotterie.
Gâchage. Désordre, gaspil-
lage. — Gâcheuse, gaspilleuse.
Gâcher serré. Travailler avec
ardeur; terme emprunté aux
maçons.
Gâcher du gros. Sacrifier à
la compagnie Lesage.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
187
Gadin. Bouchon, — dans l'an-
cien argot.
Gadin. Chapeau délai)ré, cha-
peau qui arbore des tons roux.
Gadin. Soulier; abréviation
de riijadin.
Gadoue. Sale femme. Mot à
mot : femme qui se traîne dans
la yadoue, la boue.
Gaffe. Balourdise. Faire gaffe
sur gaffe.
Gaffe. Patrouille; gardien,
guichetier. — Gaffe des mâcha-
bées, gardien de cimetière. —
Gaffe à gayet, garde municipal à
cheval. — Gaffe de sorgue, gar-
dien de nuit dans un marché.
— Etre en gaffe, être en fac-
tion.
Gaffe. « Cette main est ter-
rible, c'est-à-dire dans l'argot
significatif du jeu, une vraie
gaffe! » (A. Cavaillé.) Elle tire
tout l'argent des pontes vers le
banquier comme ferait une
gaffe.
Gaffer, Faire gaffe. Surveil-
ler. — Gaffer la mirette, ouvrir
l'œil.
Gaffeur, Gaffeur de braise.
Caissier, — dans le jargon des
voleurs. Mot à mot : celui qui
garde l'argent.
Gaffier. Voleur qui rôde aux
halles centrales pour faire ré-
colte de porte-monnaie dans la
poche des ménagères et des
bonnes.
Gaga. Pour gâteux, crétin.-—
Tiens! Amanda et son gaga.
Gahisto. Diable, — dans l'an-
cien argot, du basque gaiztoa,
mauvais.
Gai. Légèrement gris. Mot à
mot : mis en gaieté par la bois-
son.
Gail, Gayet. Cheval, -^ dans
l'ancien argot. Remis en circu-
lation depuis quelque temps,
principalement par les maqui-
gnons.
Gaillon. Cheval. C'est une
forme nouvelle de gail, gaye.
Les cochers de fiacre appellent
leurs chevaux tantôt d es gai7/o/2S,
tantôt des canards.
Galapiat, Galapiau. Galopin,
mauvais drôle, — dans le jar-
gon du peuple.
Gaïbeux. Qui a du galbe, de
l'élégance, — dans le jargon des
f)eintres. « Rien ne vaut encore
e bon gommeux disant, avec
son accent à lui, du vaudeville
qu'on vient déjouer: « C'est ex-
cessivement galbeux, tout ce
qu'il y a de plus galbeux! »
{Figaro du 5 nov. 1878.) — Le
mot galbeux, parti des ateliers
d'artistes, est un mot qui a fait
son chemin. Il est très fré-
quemment employé, non seule-
ment par les gommeux, mais
encore par les ouvriers.
Gale (Mauvaise). Femme aca-
riâtre, mauvaise langue.
Galérienne. « Sous les som-
bres galeries qui bordent, au
rez-de-chaussée , la salle de
danse du Casino, se tiennent
volontiers des femmes grasses
et maquillées... On les appelle
Galériennes, parce qu'elles font
galerie. » [Ces Dames du Ca-
sino, 1862.)
Galette. Grand, complet, —
dans le jargon des Saint-Gy-
riens.
188
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Galette. Argent. Boulotter sa
galette, manger son argent, —
dans le jargon des voyous.
Galette. Individu sans intel-
ligence.
Galette. Mauvais petit mate-
las aplati comme une galette.
Galettes. Souliers ramassés
dans la rue par les chiffonniers
et vendus deux sous la paire
aux ribouiseurs.
Galfatre. Glouton.
Galifard. Cordonnier.
Galifard, Galifarde. Apprenti,
apprentie, — dans le jargon des
marchands du Temple.
Galiotte (Faire une). Tricher
au détriment de ses associés et
au profit d'un compère. — On
fait généralement la galiotte à
l'écarté : deux grecs tiennent
les cartes; l'un met cinq louis
devant lui, ses associés le ren-
forcent d'une cinquantaine ou
d'une centaine de louis. Le
compère tient tout et gagne
tout, grâce au soin qu'a pris le
premier grec de lui donner un
jeu magnifique.
Galoche. Jeu de bouchon.
Galons d'imbécile. Chevrons
au-dessus du coude servant à
marquer le nombre d'années de
service dans un régiment.
Galopin. Apprenti, terme d'a-
mitié dont se servent les ou-
vriers pour stimuler le zèle de
l'apprenti.
Galopin (Petit). Petite chope
de bière. Le galopin se vend
quinze ou vingt centimes.
Galoubet. Voix. — Avoir un
bon galoubet, avoir une belle
voix. — Galoubet fêléj voix
fausse, éraillée.
Galtos. Gamelle, — dans l'ar-
got des marins. Passer à galtos,
manger à la gamelle.
Galtron. Petit cheval, — dans
l'ancien argot.
Galuche. Galon. — Galucher,
galonner.
Galuchet. Valet d'un jeu de
cartes. « Je donnais jusqu'à
cinq heures du soir et je voyais
flotter sur mon traversin la
grande ombre de Galuchet. «
(Ed. About, Trente et Quarante.)
Galupe. Femme, — dans le
jargon des voyous; c'est-à-dire
peau à gale.
Galure. Chapeau haute forme,
par abréviation de galurin, —
dans le jargon des ouvriers. —
Qui s'est assis sur mon galur'e'?
Qui s'est trouvé mal sur mon ga-
lure ?
Galurin. Chapeau. « Vous
mettez votre galurin? » (Huys-
mans. Les Sœurs Vatard.)
Galvaudage. Flânerie crapu-
leuse, dégradation morale. —
Mauvaise fréquentation. Se li-
vrer au galvaudage, s'encanail-
ler de parti pris.
Galvauder (Se). S'encanailler
à plaisir, se traîner moralement
dans la boue.
Galvaudeux. Vagabond. —
Mauvais sujet. — Homme de
peine qu'on emploie tantôt à
une besogne, tantôt à une
autre.
Galvaudeux. Individu qui se
plaît dans la fréquentation de
la crapule, celui qui s'enca-
naille par goût.
Galvaudeuse. Coureuse;
femme adonnée à la prostitu-
1
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 189
tion subalterne. — « A côté de
ce groupe bruyant de galcau-
deuses, s'en forme un plus sé-
rieux. » (F. d'Urville, Les Or-
dures de Paris.)
Gambettiste. Partisan de la
politique de M. Gambetta; ad-
mirateur de M. Gambetta. —
Fonctionnaire nommé par M.
Gambetta, à l'époque de la
guerre de 1870-71. — Préfet, gé-
néral gambettiste.
Gambillard. Bon marcheur.
Gambille. Jambe.
Gambiller. Danser; sauter. —
GambiUeur, gambilleuse, dan-
seur, danseuse. — GambiUeur,
gambilleuse de tourtouse, dan-
seur, danseuse de corde.
GambiUeur. Bourreau. « L'mê-
me gambilleur qui t'a marqué
sur J'épaule gauche t'a bien
marqué. » [Le nouveau Vadé,
1824.)
Gambilleur. Homme politique
qui saute en l'honneur de tous
les régimes, pourvu qu'il y
trouve quelque avantage.
Gambriade. Danse échevelée.
Gamelage. Dénonciation, —
dans le jargon des voleurs. —
Gamelcr, dénoncer. C'est une
forme nouvelle de l'ancien et
classique manger le morceau: ga-
meler, c'est-à-dire manger dans
la gamelle.
Gamelle. Auge de maçon.
Gamelle (Tremper une). Sy-
nonyme de ti'cmper une soupe,
— dans le jargon des ouvriers;
c'est-à-dire porter des coups,
assommer de coups. — Dans le
jargon des vo ours, l'expression
n'est qu'une variante de yameler
et a également le sens de dé-
noncer.
Gamet. Raisin des environs
de Paris, raisin qui sert à faire
le ginglard.
Gamme (Monter une). Admi-
nistrer une correction à un en-
fant jusqu'à ce qu'il crie. — Les
gosses gueulent à la tortore. —
Monte-z'y leur une gamme et qu'ils
nous f... la paix: — Les enfants
demandent à manger. — Bats-
les et qu'ils nous laissent tran-
quilles. (Fragment d'une conver-
sation faubourienne prise sur le
vif.) Gamme signifiait, au xvii»
siècle, réprimande, récrimina-
tion, comme le prouvent les
exemples suivants :
« Je m'en vais le trouver et lui chanter
[sa gamme. »
(Molière.)
« Avec dame Junon, sa femme,
» Qui souvent lui chante la gamme. »
(Scarrou.)
Gance. Société nombreuse et
mal choisie.
Gandille. Epée, — dans l'an-
cien argot.
Gandin. Duperie, attrape-ni-
gaud. Hisser un gandin à un
go7ise, tromper un individu. —
Monter un gandin, — dans le
jargon des revendeurs du Tem-
ple, signifie chauffer l'article,
harceler le client pour lui faire
acheter quelque chose.
Gandin. Dandy dégénéré.
Homme à la mise recherchée,
prétentieuse et ridicule. D'où
vient-il? Est-ce de gant? Est-ce
de l'ancien boulevard de Gand?
Est-ce du nom d'un des per-
sonnages — Paul Gandin — des
Parisiens de la Décadence, de
Th. Barrière? Est-ce de gandin,
attrape-nigaud, en retournant
il.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
190
la signification : nigaud attrapé?
Est-ce de dandy, avec change-
ment du D en G, addition d'un
N et réintégration de l'Y en I?
Je ne sais. — Le gandin s'étei-
gnit en 1867, en laissant sa suc-
cession au petit-crevé qui creva
en 1873, en léguant son héri-
tage au gornmeux, qui le léguera
à un autre, et ainsi de suite
jusqu'à la consommation des
siècles.
Gandin. Fort, — dans le jar-
gon des barrières. // est rien
gandin.
Gandin d'altèque. Décoration
honorifique; ruban de décora-
tion. Gandin pour gaudin, jeu
de mots argotiques, par à peu
près. Gaudin veut dire peinture
décorative, décoration d'appar-
tements.
Gandisme, Gandinisme. Ma-
nière d'être du gandin. Art
d'élever la toilette à la hauteur
d'une institution. Qt'esidandisme
avec changement de la première
lettre. Dandysme pourrait bien
être la véritable étymologie.
Gandouse. Pour gadoue. Boue
et môme excréments humains.
« Tous les gêneurs qui f... de la
gandouse sur la route de Ma-
rianne. » {Le Titi, 1879.)
Gant jaune. Fashionable de
1840.
Ganter. S'adapter à, en par-
lant d'un vêtement. Cette robe
la gante. — Convenir : Cette
femme le gante. — Ganter juste,
être avare; ganter large, être
généreux, — dans le Jargon des
demoiselles entretenues.
Gants. Pourboire donné à ces
dames; le pourboire de la pros-
titution. — « On donne ce qu'on
veut à la femme pour ses gants. »
(F. d'Urville, Les Ordures de Pa-
ris, 1874.)
Garçon, Garçon de Cambrouse.
Voleur, — dans le jargon des
paysans des environs de Paris.
— Garçon de campagne, voleur
de grand chemin. — Brave gar-
çon, bon voleur. •
Garçon à deux mains. Garçon
boucher qui travaille tantôt à
l'abattoir, tantôt à Fétal. (Vin-
çard.)
Garde nationale (Etre de la).
Faire partie du régiment de
Sapho, avoir un goût prononcé
pour les plaisirs saphiques, —
dans le jargon des filles. — En-
core une qui est de la garde na-
tionale.
Garde-manger. Postérieur. —
Lieux d'aisances.
Gardes nationaux. « C'est ainsi
qu'à Mazas, on a baptisé les ha-
ricots. » (^'igfaro du 1 5 sept. 1880.)
Garé des voitures. Rangé;
retiré du tourbillon des plaisirs.
Gargamelle, Gargouenne, Gar-
gouille. Gosier. « Le froid hu-
mide du dernier voyage m' ayant
enroué la gargamelle comme une
charrette mal graissée. » [Epître
aux curieux , frontispice des
chansons de Gaultier-Garguille.)
Gargariser (Se). Boire la
goutte.
Gargariser (Se). En terme de
théâtre, c'est, pour un artiste
dramatique, faire ronfler les R;
pour un artiste lyrique, c'est
faire rouler les notes. Le mot
est du chanteur Martin.
Gargariser (Se). Se livrer, au
piano, à une débauche d'arpé-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
ges. — « Les joues enluminées,
Ségurola, au piano, déchaînait
une tempête de gammes verti-
gineuses. Aristide lui cria : Dis
donc, auras-tu bientôt fini de te
gargariser? » (Hennique, La Dé-
vouée.)
Gargariser le fusil (Se). Boire
lar goutte, — dans le jargon des
soldats d'infanterie. C'est une
variante du « gargariser » de
Rabelais : « Bâille que je gar-
garise. »
Gargarisme. Petit verre.
Gargarisme, Gargouillade.
Borborygmes; le cri des boyaux
en détresse.
Gargarismes. Débauche d'ar-
pèges.
Gargot. Restaurant de bas
étage.
Gargot. Entrepreneur d'aba-
lage pour bouchers et charcu-
tiers. Celui qui débite de la
viande aux bouchers et aux char-
cutiers.
Gargoter. Faire de la mau-
vaise cuisine, de la cuisine qui
rappelle celle des gargots.
Gargouiller. Crever la faim;
avoir des borborygmes, faire de
la musique avec ses boyaux.
Gargue. Bouche, — dans le
jargon des voleurs. — Ivoires
en gargue, dents blanches.
Garibaldi. Biscuits secs farcis
de raisins de Corinthe. Ce sont
les petits-fours des petits bour-
geois qui donnent de petits thés.
Garibaldi (Coup de). Coup de
tête porté par un malfaiteur
dans le creux de l'estomac de
celui qu'il veut dépouiller. (L.
Larchey.) Ce coup se nomme
191
encore : « Coup de bélier, coup
de la rencontre », et le vol aui
le suit : « Vol à la dure ».
Garnafe. Fermier, — dans
l'ancien argot.
Garnison. Réunion de poux
sur une seule et même tête. —
Collection de vermine dans un
logement.
Garno. Garni, par antiphrase,
sans doute. — Misérable cham-
bre, misérable cabinet dégarni
de meubles; un lit, une chaise
et, quelquefois, une commode,
voilà l'ameublement du garno.
Garno. Hôtel garni. Les gar-
nos de dernier ordre fréquentés
par la crapule de Paris ont reçu
des noms typiques; en voici
quelques-uns : le Pou volant, le
Grand Collecteur, le Chien mort,
la Gouape, la Retape, la Carne,
la Camarde, la Boîte à Domange,
la Débine, le Corbillard, la Loupe,
la Gadoue, V Auberge des Claque-
Dents, la Charmante, la Punaise
enragée, la Ruine, l'Abattoir, la
Pégrotte, la Bérésina, le Choléra,
le Grand-Pré, tous noms qui pré-
sentent une signification sui ge-
neris, qui dégagent une odeur
de crime et de vermine.
Gaspard. Chat, rat, — dans
le jargon des chiffonniers. C'est
le nom du chat et du rat dans
leurs rapports avec la hotte.
Gat. Chat, — dans l'ancien
argot; mot emprunté au pro-
vençal gat, de l'espagnol gato.
Gâteau feuilleté. Soulier dont
la semelle se divise.
Gâteaux. Fragments de nua-
ges apportant dans leurs flancs
des amours de six ans ou des
talismans envoyés du royaume
192
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
des fées, — dans le jargon des
coulisses. (J. Dutlot.)
Gàte-pâte. Lutteur redouta-
ble. (L. CUidel.)
Gâteuse Long pardessus avec
patte derrière formant ceinture,
sorte de robe de chambre à
l'usage des hommes et des fem-
mes depuis 1873. « Que nous
fait, je vous le demande, que le
maréchal Canrobert ait fait son
entrée dans Rome avec une re-
dingote poudreuse et M. Patrice
de Mac-Mahon avec une gâ-
teuse ? » (John Lemoinne, Jour-
nal des Débats^dn \ 8 janvier i 878.)
Gâteux. Très sot, énormément
bête.
Gauche (A la). A la queue, —
dans le jargon des soldats de
cavalerie. Vous arrivez en re-
tard, mettez-vous à la gauche. La
gauche est tout ce qui n'est pas
bon. — Jusqu'à la gauche signi-
fie, dans le même jargon, jus-
qu'à ce que vous n'en puissiez
plus, jusqu'à la mort. Vous trot-
terez jusqu'à la gauche, sHl le
faut.
Gauche (Aller à). Aller pren-
dre ses repas, — dans le jargon
des employés de magasins de
nouveautés. — Dans presque
tous ces magasins, la salle à
manger est à gauche, les lieux
d'aisances sont à droite. De là :
aller à gauche, être à gauche, al-
ler à droite, être à droite, pour
établir la différence des fonc-
tions.
Gaudineur. Peintre en décors.
— Du vieux mot gaudine, bos-
quet.
Gaules de schtard. Barreaux
de fer d'une prison.
Ganz. Poux, vermine. — Es-
tourbir des gaux, tuer des poux.
Gavache. Auvergnat, habi-
tant d'un pays de montagnes.
Gavache. Poltron. « Et moi
plus qu'un enfant, capon, flas-
que, gavache. » (Petrus Borel,
Rhapsodies, 1831.)
Gaviot. Gosier; d'où gavé. —
Avoir le gaviot à sec, être altéré.
Gavot. Compagnon indépen-
dant. — Les Gavots et les Déco-
rants étaient ennemis et se bat-
taient toutes les fois qu'ils se
rencontraient. « Ils se nomment
compagnons du Devoir de Li-
berté, afin précisément qu'on ne
les confonde pas avec vous au-
tres Dévorants, qui n'êtes parti-
sans d'aucune liberté. » (George
Sand, le Compagnon du tour de
France.) Le mot gavot, dans la
bouche d'un Dévorant, était une
injure à l'adresse du compa-
gnon indépendant.
Gavroche. Gamin de Paris.
Le voyou sublime, type créé par
M. V. Hugo dans les Misérables.
Gaz. Eau-de-vie. Prendre un
gaz, prendre un verre d'eau-de-
vie. Le gaz allume l'ivrogne.
Gaz. Yeux. — Allumer son gaz,
regarder avec attention. — Fer-
mer le gaz, dormir.
Gaz dans l'estomac (Avoir une
fuite de). Sentir mauvais de la
bouche.
Gaz (Lâcher le). Faire à voix
basse l'éloge du haricot de Sois-
sons.
Gazier. Celui qui a l'habitude
de lâcher le gaz; le panégyriste
du haricot.
Gazon. Chevelure authenti-
que, — dans le jargon du peu-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
193
pic. — Ne plus avoir de gazon
sur la pelouse, être chauve.
Gazon. Chevelure apocryphe,
perruque « jouant la nature »,
comme s'expriment les prospec-
tus et les traités de littérature
de pissotière. — « Je mets mon
gazon, mes favoris, mon tuyau
de poêle en toile cirée et me
voilà cocher. » (X. deMontépin,
Le Fiacre n° 13.)
Gazouiller. Sentir mauvais.
Le gaz répand une odeur insup-
portable; d'où gazouiller dans
le sens de puer. « Oh! là, là, ça
gazouille, dit Clémence, en se
bouchant le nez. » (E. Zola.)
Geffrard. Double cinq d'un
jeu de dominos; par allusion à
la couleur du président Geffrard.
Geigneur. Pleurnicheur sem-
piternel qui passe sa vie à gein-
dre.
Gendarme. Hareng-saur.
Gendarme. Cigare d'un sou à
bout coupé.
Gendarme. Breuvage composé
de vin blanc, de sirop de gomme
et d'eau; très apprécié des ivro-
gnes les lendemains des jours
de fêtes bachiques. Dans leur
reconnaissance, ils ont nommé
le même mélange : un « protec-
teur ».
Gendarme. Gaillarde qui vaut
un et quelquefois deux hommes.
L'ouvrier parisien appelle vo-
lontiers sa femme « mon gen-
darme, le gendarme », quand elle
est criarde, ou quand elle est
maîtresse au logis, ou quand elle
vient en gesticulant l'arracher
aux douceurs du cabaret.
Gendarme^ déguisé en bour-
geois. Canne à épée. « Ah! lit-il,
en repoussant viyement le poi-
gnard, ton gendarme déguisé en
bourgeois. » (V. Hugo.)
Gendarmes. Moisissures qui
attaquent le vin, lorsqu'une bar-
rique tire à sa fin.
Gêneur. Importun personnage
qui fait de la morale à des gens
qui ne demandent qu'à s'amu-
ser. Le peuple les envoie à Chail-
lot rejoindre tous ceux qui l'en-
nuient. A Chaillot les gêneurs!
Géniteur. Père. « Trois ans se
sont écoulés depuis que mon
géniteur a cessé d'exister et de
gouverner la France. » (Armand
Charlemagne, Les trois B, 1809.)
Genou. Crâne dénudé. —
Homme chauve. — Onvoitbeau-
coup de genoux à l'orchestre de
la Comédie-Française.
Genre (Se donner un). Vou-
loir paraître ce qu'on n'est pas.
— Se donner un genre artiste, mi-
litaire. — Se donner du genre,
singer les grandes manières.
« Ne pas dîner pour s'acheter
des gants. »
Genreux. Elégant, celui qui
fait du genre, — dans le jargon
du peuple. « Une histoire scan-
daleuse, dont potine à cette
heure tout le Paris genreux. »
[Petite Lune, 1879.)
Gens de lettres (Société des).
Chantage par lettre. — Faire
partie de la Société des gens de
lettres, adresser une lettre à
quelqu'un en le menaçant de
mort, s'il ne dépose pas une cer-
taine somme à un endroit dési-
gné. En pareil cas, la marche à
suivre est de porter immédiate-
ment l'épître au commissaire de
police.
194
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
Gerbable. ]\^nacé d'une con-
damnation . — Gerbe, condamné.
Gerbement, Gerbe. Jugement.
' — Gerber, juger; condamner.
— Gerber à la passe, yerber à la
faux, condamner à mort. La
passe, pour le passage de la vie
à la mort. — Gerbier, juge, juré.
— Gerberie, tribunal. — Planque
du gerbe, cour d'assises.
Gerbierres. Fausses clés.
Gerce. Maîtresse,
dans le
jargon des voleurs. C'est garce,
avec changement d'une lettre.
Gérontocratie. Rabâchage ,
routine, idées surannées. M. Ed.
About s'est souvent servi de ce
mot.
Gésier. Gosier. — Se laver le
gésier, boire un coup.
Get, Geti. Jonc, — dans l'an-
cien argot.
Gibus. Chapeau, chapeau à
claque, du nom du fabricant.
Gicler, Gigler, Giscler, Jicler.
Jaillir, rejaillir, couler en jet.
— Le sang giscle d'une blessure.
— JjCs gens qui chiquent gisaient
en crachant. — Manière de cra-
cher particulière aux gens qui
mâchent du tabac.
« Puis, v'ian, par je ne sais quels cribles,
•> Par mille pertuis invisibles,
» Une eau nous jicle sur les pieds. »
(A. Pommier, Paris.)
Gigolette. Apprentie ouvrière
doublée d'une danseuse de bals
publics. Comme son mâle, le gi-
golo, type éteint, la. gigolette est
venue "à l'époque du succès des
Mystères de Paris. C'est Rigolette
encanaillée, bastringueuse, avec
niiangement de la première let-
tre.
Gigolo. Petit commis de ma-
gasin doublé d'un petit amant
de cœur dont le métier, le soir,
était de faire danser la gigolette.
« Si tu veux être ma gigolette,
moi je serai ton gigolo. » {Chan-
son jadis populaire.)
Gigon. A l'Ecole Polytechni-
que toute espèce de supplément
a reçu le nom de gigon, en sou-
venir d'un certain Gigon, le
premier admis dans une liste
supplémentaire. Ainsi on dit
indistinctement : un gigon de
frites et un gigon d'argent. {Gau-
lois du 23 mars 1881.)
Gigot. Jambe humaine. « Elle
n'allait plus que d'un' gigot. »
(Scarron, Gigantomanie.)
Gigots. Cuisses. — Mains lar-
ges, épaisses et rouges. On dit
également pour désigner ce
genre de mains : « Des épaules
de mouton ».
Gigue. Jambe. — Femme
grande et maigre, femme toute
en jambes. Grande gigue.
Gilboque. Billard, — dans l'an-
cien argot.
Gilet en cœur. Elégant. Le
surnom a été donné aux élé-
gants qui portaient, vers 1865-
66, des gilets très échancrés dits
« gilets en cœur », boutonnés à
deux boutons et qui montraient
la chemise en grand étalage sur
la poitrine. Le mot a passé,
mais non la mode. Aujourd'hui
les gilets en cœur bâillent sur la
poitrine des gommeux.
Gilmont. Gilet, — dans l'an-
cien argot.
Gilquin. Coup de poing.
Ginginer. Cligner des yeux.
— Regarder quelqu'un amou-
reusement.
I
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
195
Ginglet, Ginglard, Ginguet.
Par altération de guinguet qu'on
appelait vulgairement au xvii°
siècle « chasse-cousin ». — « En
avalant du vin délicieux, tandis
que vous ne buvez que du gin-
guet. » (P. d'Ablancourt, Dialo-
gues de Lucien, 1637.) Guinguette
est un dérivé de guinguet —
Les vins de Suresnes et d'Ai
genteuil sont les types du gin-
glard. Au xvi^ siècle, on disait
ginguet j pour désigner un vi
vert; le dictionnaire de l'Aca-
démie donne à ginguet la signi-
fication de petit vin faible.
Giries. Manières, embarras.
— Faire des giries.
Girofle. Beau, belle, joli, ai-
mable. — Largue girofle, belle
femme, — dans le jargon des
voleurs.
Girofle (Clous de). Chicots;
dents noires et cassées. « Eii
bien! qu'as-tu donc à me regar-
der si j'ai dans la bouche des
clous de girofle B.n lieu de dents?»
(Balzac, Splendeurs et Misères
des courtisanes.)
Giroflée à cinq feuilles. Souf-
flet. « Oui, qu'on le peut, à
preuve que v'ià une giroflée à
cinq feuilles que j'applique sur
ta joue gauche !»(Jacqu es Arago,
Comme on dine à Paris.) « J'ai
appliqué une giroflée à cinq feuil-
les sur le bec da singe , » sur la
figure du patron. (Le Sublime.)
Vers la fin du xviii« siècle, l'ex-
pression n'était pas moins usi-
tée que de nos jours, parmi le
peuple.
Giroflerie. Amabilité, galan-
terie, — dans l'ancien argot.
Girofletter. Souffleter; mot
créé par Balzac. Je ne l'ai relevé
que dans la Cousine Bette.
Girole, Gy. Oui, — dans l'an-
cien argot; revenu depuis peu
dans le courant argotique.
Girond. Bien mis. - FAre gi-
rond, faire son girond, faire le
beau, poser. C'est un diminutif
de girondin, dans le sens de
beau. {Jargon des voyous.)
Gironde. Jolie femme, belle
temme.
Girondin. Dupe, imbécile, —
dans le jargon des camelots et
des truqueurs. — Le girondin a
donné, l'imbécile s'est laissé plu-
mer.
Gîto (Dans le). Dans le soigné.
— Ouvrage fait dans te gîte, ou-
vrage très bien fait, — dans le
jargon des ouvriers qui savent
"que le morceau du gîte-à-la-noix
est le morceau le plus délicat du
bœuf.
Gitrer. Avoir, posséder, —
dans le jargon des voleurs.
Giverner. Vagabonder pen-
dant la nuit.
Giverneur. Rôdeur de bar-
rière, vagabond nocturne.
Giverneur de refroidis. Co-
cher de corbillard, — dans le
jargon des voleurs.
Glace (Passer devant la).
Perdre au jeu des consomma-
tions dans un café. Autrefois on
annonçait les consommations
et on payait soi-même au comp-
toir. Allusion à la glace qui est
derrière la dame de comptoir,
et devant laqucfle le consom-
mateur était forcé de passer. —
C'est il tort, je crois, que dans
la Fille Elisa, M. E. de Concourt
a donné à l'expression le sens
contraire. D'après lui, passer
devant la glace, c'est « une ex-
196
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
pression qui désigne l'entrée
de faveur accordée, par la
maîtresse d'une maison, à l'a-
mant d'une fille. » Personne
n'ignore que ces demoiselles
corrompent bien des choses,
mais cette expression n'a pas
été corrompue jusqu'ici, môme
en passant par leur bouche.
Glacière pendue. Réverbère,
— dans l'ancien argot. Les vo-
leurs disent également glacis
refroidi.
Glacis, Glassis. Verre à boire,
— dans l'ancien argot.
Glaçon. Personne à l'aspect
froid et sévère.
Glaive. Guillotine, — dans le
jargon des voleurs. — Passer sa
bille au glaive, être guillotiné.
La variante est : Etre glaive ; en
souvenir du fameux et vieux
cliché : « Le glaive de la jus-
tice », si prodigué sous les
voûtes de la Cour d'assises.
Glaviot. Crachat très épais.
Glavioter. Se livrer à une
longue et pénible expectoration
matinale.
Glier, Glinet. Diable, — dans
l'ancien argot.
Glissade. Faute que commet
une demoiselle en glissant dans
les bras d'un amoureux. Faire
des glissades, se laisser tomber
dans une foule de bras tout
prêts à vous recevoir simulta-
nément ou les uns après les
autres.
Glissant. Savon, — dans le
jargon des voleurs.
Glisser (Se laisser). Mourir.
Mot à mot : se laisser glisser
de ce monde dans l'autre.
Glissoire. Patinage dans le
ruisseau. — Ruisseau gelé sur
lequel le voyou se livre au pa-
tinage. C'est son lac du Bois do
Boulogne.
Globe (S'être fait arrondir le).
Etre enceinte, — dans le jargon
des voyous.
« On s'a fait arrondir el'gîobe,
» On a sa p'tit' butte, à ce que je vois...
» Eh! ben, ça prouv' qu'on est pas de
[bois. »
{La Muse à Bibi, Nocturne.)
Gluant. Enfant à la mamelle.
(A. Delvau.) Il est attaché au
sein de la mère comme de la
glu.
Gluau (Lâcher son). Expecto-
rer bruyamment.
Gluau (Poser un). Tendre un
piège à un malfaiteur. Se faire
poser un gluau, se faire arrêter.
— « Mes anciens compagnons
de vol s'étaient fait poser un
gluau. » [Mémoires de Lacenaire,
1836.)
Gnaf, Gniaf . Savetier. La cor-
poration des portiers fournit un
nombreux contingent de gnafs.
— Gnaf du drap, tailleur à fa-
çon, tailleur qui fait les raccom-
modages, autre industrie à la
mode parmi MM. les portiers.
Gnangnan , Gnagne. Mou ,
molle, sans énergie. Gnangnan
est pour fainéant, que le peuple
prononce feignant, avec sup-
pression de la première syllabe
et redoublement de la dernière.
Gnare, Guenard. Porte-car-
nier, rabatteur, en terme de
chasseur.
GnioUe, GnoUe. Taloche. —
Propre à rien.
Gnognotte (De la). Pas grand'
chose, rien de bon.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
197
Gnon. Contusion; coup qui
marque.
Gobage. Amour. Fort gobage,
amour passionné.
Gobbe, Gobelet. Calice, —
dans le jargon des voleurs.
Gobe-mouche. Espion, — dans
l'ancien argot.
Gobe-prune. Tailleur.
Gobelin. Gobelet d'escamo-
teur. — Petit gobelet dont se
servent les robignoleurs pour
escamoter la muscade et faire
des dupes.
Gobelius (Le docteur). Recru-
teur de dupes, pour les mai-
sons de jeu, — dans l'argot des
joueurs du xvin^ siècle. (Fr. Mi-
cliel.)
Gobelottage. Plaisir, amuse-
ment.
Gobelotter. S'amuser, rire,
boire et chanter. — Le diction-
naire de l'Académie le donne
dans le sens de boire à plusieurs
petits coups.
Gobelotteur. Celui (jui aime
à s'amuser, ami du plaisir.
Gober. Trouver bien; trouver
à son goût. Se dit principale-
ment des personnes. Gober
quelqu'un. — Us se gobent, ils
s'aiment, ils se plaisent mu-
tuellement. — Se gober, avoir
une haute opinion de sa per-
sonne, etreinfatué desoi-môme.
Gober (La). Etre dupe; être
victime, ne pas avoir de chance
dans une aftaire, perdre de l'ar-
gent dans une entreprise.
Gober son bœuf. Etre furieux
d'une chose ou contre quelqu'un.
(A. Delvau.)
Gobeson , Gobette. Verre à
boire, — dans l'ancien argot.
Gobeur, Gobeuse. Naïf, naïve,
crédule. Mot à mot : celui qui
go6e,avale tout ce qu'on lui dit.
Gobet. Quartier de viande, —
dans le jargon des bouchers.
Gobet. Vaurien. C'est-à-dire
individu qui gobe, qui trouve
bon... à prendre tout ce qu'il
voit.
Gobichonnage. Amusement,
plaisirs variés. — Gobichonner,
s'amuser, faire un bon repas. —
Gobichonneur, gobichonneuse, ce-
lui, celle qui aime à rire; plai-
sant, plaisante, gourmand, gour-
mande.
Gobilleur. Juge d'instruction,
— dans l'ancien argot.
Gob, Gobin. Bossu. Vieux mot
emprunté au patois picard.
Gobseck. Usurier, avare. Nom
d'un des personnages de La Co-
médie humaine de Balzac. Le
nom seul est une trouvaille,
surtout venant après l'Harpagon
de Molière.
Godaille, Godaillerie. Badi-
nage, badinerie. — Godailler^
rire, faire des farces, aimer à
plaisanter. — Godailleur, celui
qui aime la plaisanterie. — Flâ-
neur. — Godailler, gobelotter, et
gobichonner sont de la même
famille et ont à peu près la
même signification.
Godan. Piège; mensonge,
mensonge inventé pour faire
patienter un créancier. — Mon-
teur de godans, menteur. Mer-
cadet de Balzac, est un monteur
de godans. C'est un dérivé de
goder, se réjouir, gaudcrc, en
198
DICTIONNAIRE d'
latin. Le débiteur qui trompe
son créancier se donne la co-
médie à lui-même, il se réjouit
des bonnes plaisanteries qu'il
débite sérieusement.
Godard. Mari d'une femme
qui accouche. (L. Larchey.)
Godiller. Donner des preuves
de virilité.
Godillot. Conscrit, — dans le
jargon des troupiers.
Godillot. Soulier. Allusion au
nom du fabricant d'habillements
militaires. « C'est pas moi qui
userais les clous de mes godillots
pour une poupée pareille. »
[p. Beyle.)
Goffeur. Serrurier, — dans
l'ancien argot, du celte goff,
forgeron.
Gogo. Niais, nigaud; ajjrévia-
tion et redoublement de la der-
nière syllabe de nigaud. Gogo
pour gaudgaud. — Quelques
écrivains l'ont , par raillerie,
employé comme synonyme d'ac-
tionnaire. C'est le nom d'un
actionnaire récalcitrant dans la
pièce de Robert-Macaire.
Gogoter. Puer, — dans le
jargon des barrières. — Qu'est-
ce qui gogotv comme ça?
Goguenaud Récipient en fer-
blanc remplissant, au régiment,
l'office de tinette; latrines por-
tatives. — Par ironie, les trou-
piers appellent aussi « gogue-
naux » leurs gobelets en fer-blanc
et leurs marmite:» de campagne.
Par extension, sorte de valet de
chambre dans une prison. « Le
goguenau est un homme nom-
mé par le concierge pour main-
tenir la propreté dans le corri-
dor... et porter en certain lieu
les objets odorants de la nuit. »
ARGOT MODERNE.
(Em. Debraux, Voyage à Sainte'
Pélagie, 1823.)
Goguette. Cabaret où l'on,
cultive la chanson inter pocula,
en dînant et après dîner.
Goguetier. Ami de la goguette,
ami de la chanson bachique.
Goinfre. Chantre. 11 ouvre la
bouche comme s'il allait avaler
tout le monde.
Goitreux. Imbécile.
Gomme (La). Manière d'être,
état, genre du gommeux. Classi-
fication des élégants surnom-
més gommeux. Il y a la haute
et la petite gomme. Les commis
de magasin, les seconds clercs
de notaires, les collégiens en
rupture de bancs... de collège,
qui veulent singer les gommeux
du High-Life, font partie de la
petite gomme.
Gomme (Faire de la). Faire
dugenre, faire l'élégant. — «Si
vous allez faire, quand même,
de la gomme chez l'ouvrier, au
moins ne grognez pas si on
vous calotte. » {L'art de se con-
duire dans la société des pauvres
bougres.)
Gommeux. Fashionable qui
se trouve charmant, et que le
bon gros public avec son gros
bon sens trouve ridicule. Le
Figaro a beaucoup contribué à
mettre le mot à la mode. —
« Le gommeux succède au petit-
crevé, qui avait succédé au gan-
din, qui avait succédé au fashio-
nable, qui avait succédé au lion.
qui avait succédé au dandy, qui
avait succédé au freluquet, qui
avait succédé au merveilleux, à
Vincroyable, au muscadin, qui
avait succédé au petit-maitre. »
(Bcrnadille, Esquisses et Croquis
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
parisiens.) « J'ai rencontré tout
à l'heure un gommeux de la plus
belle pâte, ridiculement pré-
tentieux de ton, de manières,
d'allures. » (Maxime Rude.)
Quant à l'étymologie, les opi-
nions sont partagées. Pour les
uns, ils sont empesés, gommés
dans leur toilette, dans leurs
cols, d'où leur surnom. —
D'autres veulent que Fétat mi-
sérable de leur santé, à la suite
d'une série d'orgies, en les ré-
duisant à l'usage du sirop de
gomme, soit la source du so-
briquet. Déjà, avant que le mot
eût fait fortune, les étudiants
appelaient « amis de la gomme,
gommeux », ceux de leurs ca-
marades qui mettaient du sirop
de gomme dans leur absinthe.
Gommeux. Pris adjectivement
a le sens de joli, agréable. (L.
Larchey.)
Gonce, Gonsse. Individu, le
premier venu, homme, passant.
Avait primitivement le sens
d'entreteneur. « Une femme en-
tretenue appelle son entrete-
neur un gonsse. » [Les Voleurs
et les volés, 1840.) Cette accep-
tion de gonsse donnerait à pen-
ser que ce mot a été également
pris dans le sens d'imbécile.
Gondolé (Air). Mauvaise mine.
yÉvoir l'air gondolé, avoir le vi-
sage boursouflé; allusion au
bois gondolé.
Gonfle- bougres. Haricots
blancs.
Gonzesse. Femme, la première
venue. — Amante.
Goret. Coupeur de chaus-
sures; premier ouvrier cordon-
nier.
199
Gorge. Etui, — dans le jargon
des voleurs.
Gorgniat. Homme malpropre,
mal élevé.
Gose. Gosier, par apocope.
Gosse. Enfant, — dans le jar-
gon du peuple, qui dit tantôt
le gosse, tantôt la gosse , se-
lon le sexe. — Dans le jargon
des voyous, une gosse, une gos-
seline, c'est une fillette de quinze
à seize ans ; sert encore à dési-
gner uno amante. 11 est à re-
marquer que mion de gonesse
signifiait, autrefois, petit jeune
homme. (V. Oudin, Cur. franc.)
Gosse pourrait bien être un di-
minutif de mion de gonesse.
Gosse. Mensonge, plaisante-
rie, mauvaise farce.
Gosselin, Gosseline. Nouveau-
né, petite-fille au maillot, —
dans le jargon du peuple.
Gosser. Mentir, — dans le
jargon des collégiens.
Gosseur. Menteur, hâbleur,
Gossier, Gonssier. Homme,
individu. C'est une forme nou-
velle de gonsse^ — dans l'argot
des barrières.
Goteur. Libertin qui se plaît
avec des souillons de cuisine et
des souillons de tous genres,
vulgo : Gothons.
Gouache. Figure, — dans l'ar-
got des barrières; les voyous
prononcent couache, mais ce doit
être une allusion aux portraits
à la gouache.
Goualante. Chanson. Goualer,
chanter. Goualeur, goualeuse^
chanteur, chanteuse. Vient de
gueuler. Goualer à la chienlit,
crier au voleur.
200 DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNB
Gouape (La). Vagabondage,
paresse, débauche et filouterie
mêlés. -— Vagabond, vaurien :
Une gouape.
Gouapeur. Vaurien ; goua-
peuse, vaurienne.
Gouge. Femme de mauvaise
vie, mal élevée. C'est la femelle
du goujat.
Gougnottage. Honteux com-
merce, honteuse cohabitation
d'une femme avec une autre
femme.
Gougnotte, Gougne. Tribade;
femme qui joue les travesties à
huis clos.
Gougnotter. Se livrer au dé-
vergondage entre femmes.
Gouille (Envoyer à la). En-
voyer promener.
Gouine. Guenon. Méchante
femme.
Goujon. Jeune voyou qui vit
aux crochets d'une pierreuse
ou de toute autre prostituée
ignoble,
« Petit poisson deviendra grand
» Pourvu que Dieu lui prête vie. »
Goujon. Petit morceau de fil
de zinc dont les marbriers se
servent, en guise de clou, pour
ajuster les plaques de marbre.
Goujon d'hôpital. Sangsue, —
dans le jargon des voyous.
Goujon (Lâcher son). Vomir.
« T'as lâché ton goujon
» Sur mon baluchon. »
{Chans. pop.)
Goulot. Bouche, gosier. Re-
pousser du goulot, sentir mau-
vais de la bouche.
Goulu. Puits,
fer.
-Poêle à chauf-
Goupine. Tête, allure de vo-
leur; mise dans le goût de celle
de Robert-Macaire.
Goupiner. Voler, s'ingénier à
faire le mal. « En goupinant
seul et dans un pays étranger,
on n'a à craindre ni les mou-
tons ni les reluqueurs. » (J. Hi-
chepin, V Assassin nu.) — Goupi-
ner les poivriers, voler les ivro-
gnes.
Goupillon. Commis au pair,
— dans le jargon des employés
de la nouveauté. C'est, sans
doute, une altération de gous-
pillon, gouspin.
Goupline. Litre de vin, —
dans le jargon des voleurs.
Gourd. Tromperie, mensonge,
filouterie. D'où l'ancien verbe
gourrer.
« Pour gourrer les pauvres gens
» Qui leur babil veulent croirn. »
{Parnasse des Muses.)
Gourdement. Beaucoup, très
bien, — dans l'ancien argot.
Gourer. Duper, filouter.
Gourer (Se). Ne pas observer
la couleur locale, commettre
un anachronisme, — dans le
jargon des comédiens. — « Les
actrices de mélodrame se gou-
rent quand elles courent à tra-
vers la montagne avec de petits
souliers de satin blanc. A Char-
tres, j'ai vu Abraham mettre le
feu au bûcher avec un briquet
de M. Fumade. » [Fetit I)ict. des
coulisses.)
Goureur. Escroc qui exploite
la crédulité ou la bêtise de quel-
qu'un pour lui vendre fort cher
un objet de peu de valeur. —
Goureur de la haute, celui qui
fait des dupes en émettant des
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
201
actions d'une entreprise imagi-
naire, comme, par exemple, les
actions de mines de pains à ca-
cheter.
Gourgandinage. Débauche,
plaisirs crapuleux.
Gourgandine. Femme de
mauvaise vie; coureuse. Au xv^
siècle le mot avait le sens qu'il
a aujourd'hui. On disait encore
gourdinc et gourclane. Les gour-
gandines habitaient l'île de la
Gourdaine dans la Cité, ancien-
nement (au xiii° siècle) l'île aux
Vaches. C'est dans l'île aux Va-
ches que furent brûlés les Tem-
pliers. (P. Dufour. Hist. de la
prostitution, 1852.)
« S'il pouvait devenir cocu
» Epousant une gourgandine. »
(Scarron, Poésies.)
« Et sans sourdines,
» Mener joyeuse vie avec des gourgan-
[dines. X
<V. Hugo, Châtiments.)
Gourgandiner. Courir lesbals,
les soupers et les hommes. —
Des drôlesses qui ne font que
gourgandiner.
Gourgousser. Se plaindre
sans cesse, se répandre en jé-
rémiades, — dans le jargon des
typographes.
Gourgousseur. Celui qui se
plaint sans cesse et à propos de
rien. C'est une allusion au bruit
produit par les borborygmcs,
ces plaintes que font entendre
les boyaux incommodés ou en
détresse.
Gouspin. Petit polisson; pau-
vre diable.
Gouspiner. Vagabonder.
Gousse, Gaupe. Fille pubU-
que, — dans le jargon des
voyous.
Gousset, Gouffier. Manger,
— dans le jargon des voleurs.
Gousset percé (Avoir le). Etre
prodigue, ne pas savoir garder
un sou en poche. — Ne pas
avoir d'argent dans sa poche.
Gousset. Aisselle. — B.ifler du
gousset, transpirer de dessous
les bras.
Goût du pain (Faire passer
le). Tuer.
Goutte. Mesure d'eau-dc-vie
de la capacité d'un décilitre.
Prendre la goutte, boire un verre
d'eau-de-vie. — Bonne goutte,
bonne eau-de-vie. — Pour le
peuple tout bon cognac, fût-il à
vingt francs la bouteille, est de
la bonne goutte.
Goutte (Donner la). Donner à
téter. — Demander la goutte,
demander à téter en piaillant
ou à haute et intelligible voix,
comme font les enfants qui ne
sont pas encore sevrés à deux
ans. La mère dont les mamelles
sont presque taries, ne peut plus
donner qu'une pauvre goutte à
son nourrisson.
Goutte militaire. Souvenir
persistant d'un coup de pied de
Vénus.
Gouttière à merde. Derrière,
— dans le jargon des voyous.
Va donc te laver! ta gouttière à
merde aura crevé, tu foisonnes
trop. — Faudra faire mettre un
i béquet à ta gouttière à merde.
Gouttière (Lapin de). Chat,
— dans le jargon du peuple qui,
chaque fois qu'on lui sert du
lapin à la gargote, renouvelle
Ja plaisanterie, parce qu'il faut
bien rire un peu.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
202
Gouvernement. Dans la bou-
che de l'ouvrier, ce mot est sy-
nonyme de « ma bourgeoise,
mon gendarme. » Quand un
ouvrier parle de sa femme, il
dit volontiers « mon gouverne-
ment». — Hier, j'ai pris un fa-
meux bain avec des camaros, je
me suis cuite dans le gîte, reuse-
ment que mon gouvernement m'a
pas entendu rentrer.
Gouvernement. Epée d'or-
donnance des polytechniciens.
Mot à mot : épée fournie par
le gouvernement.
Goy, Goym. Chrétien, — dans
le patois des marchands juifs.
Râler le goye, tromper le chré-
tien. — Les marchands forains,
mais principalement ceux du
Midi, ont donné le nom de goye
à l'acheteur doté d'une bonne
tête d'imbécile.
Goye. — Boiteux, — dans le
jargon des méridionaux de
Paris.
Graffagnade. Commerce de
mauvais tableaux. — Tableau
• de commerce, — dans le jargon
des marchands de bric-à-brac.
Grafin. Chiffonnier; par allu-
sion au crochet qui agrafe les
épaves échouées le long des
trottoirs.
Grain. Pièce de dix sous, —
dans l'argot du Temple.
Grain, petit grain. Animation
causée par un commencement
d'ivresse.
Grain (Avoir un). Avoir l'es-
prit un peu dérangé. Mot à mot :
un grain de folie.
Graillonner. Converser à
haute voix, d'une cour de pri-
son à l'autre, du dortoir à la
cour.
Graillonner. Cracher avec ef-
fort, tousser gi^as.
Graillonneur, Graillonneuse.
Celui, celle qui graillonne.
« Comme c'est ragoûtant d'avoir
affaire avant son déjeuner à un
graillonneur pareil ! >> (H. Mon-
nier, Scènes populaires.)
Graillonneuse. Blanchisseuse
par occasion. C'est le nom que
donnent les blanchisseuses de
profession aux ménagères qui
vont au lavoir laver le linge de
leur famille, parce que, ne pos-
sédant pas très bien le manie-
ment du battoir, elles éclabous-
senttoutle monde autour d'elles.
Graisse. Argent. L'huile et le
beurre ont également eu la
même signification ; aujourd'hui
ces mots ne sont plus employés
que par quelques vieux débris
des anciens bagnes.
Graisse (Se plaindre de trop
de). Se plaindre mal à propos,
se plaindre quand on ne man-
que de rien. Encore un qui se
plaint de trop de graisse.
Graisser les roues. Boire, —
dans le jargon du peuple. Quand
on graisse les roues, ça accélèiie
le mouvement... des ivrognes.
Graisser ses bottes. Etre à
l'article de la mort. Mot à mot :
graisser ses bottes pour accom-
plir le grand voyage.
Graisser la marmite. Payer
sa bienvenue, — dans le jargon
des troupiers. — Battre sa maî-
tresse, — dans le jargon des
souteneurs.
Graisser le train. Battre,
donner des coups de pied au
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
203
derrière. Mot à mot : graisser
le train de demère, — dans le
jargon des voyous
Grand chef. Préfet de police,
— dans le jargon des agents de
police. — « Allons! allons! le
grand chef a parlé; filez et
plus vite que ça! » {L'Univers
du l" juillet 1880.)
Grand-papa. Surnom donné
par les élèves de l'Ecole Poly-
technique au général comman-
dant l'Ecole.
Graoudjem. Charcutier, —
dans le jargon des voleurs. —
C'est gras-doubïe estropié et
doté de la terminaison jem. —
Faire un graoudjem à la dure,
voler un charcutier, voler du
saucisson.
Gras. Semonce, réprimande,
— dans le jargon des ouvriers.
C'est un frère qu'on a donné au
suif et au savon pris dans le
même sens. Attraper un gras du
contre-coup en aboulant à la boîte,
recevoir des réprimandes du
contre-maître en arrivant à l'a-
telier.
Gras (Avoir son). Etre tué.
(L. Larchey.)
Gras (Il y a). Il y a de l'ar-
gent. « M. Vervelle présentait
un diamant de mille écus à sa
chemise. Fougères regarda Ma-
gus et dit : — Il y a gras! »
(Balzac.)
Gras-bœuf. La soupe et le
bœuf, V ordinaire de l'École Po-
lytechnique, — dans le jargon
des élèves de cette école.
Gras-double. Feuille de plomb,
— dans le jargon des voleurs.
Gras-double. Seins aussi vas-
tes que fugitifs, — dans le jar-
gon des voyous.
Gras-double (Déjeuner du).
Déjeuner de charcuterie insti-
tué le vendredi-saint par les
libres-penseurs, ou mieux pan-
seurs, qui regrettent qu'il n'y
ait pas de gras- triple, pour mieux
protester.
Gras-doublier. Voleur de
plomb.
Grasse. Coffre-fort, — dans
le jargon des voleurs. Esquin-
ter, estourbir la grasse^ forcer
un cotfre-fort.
Grate. Gratification obtenue
pour travail supplémentaire, —
dans le jargon des typographes.
Gratin (Du). Des coups, —
dans le jargon du peuple. « Un
grand sec, en bras de chemise,
ouvre la porte, saute sur l'homme
et lui fout un gratin à le tuer. »
{La petite Lune, iSl 9,) — Refiler
un gratin, donner une gifle for-
midable.
Gratis. Crédit, — dans l'argot
des marchands de vin. Pour eux,
faire crédit, c'est, souvent, don-
ner la marchandise gratis.
Gratouse. Dentelle, — dans
l'ancien argot.
Gratte. Gale. — Avoir pincé
la gratte, avoir attrapé la gale.
Gratte. Excédant d'une mar-
chandise confiée à un ouvrier à
façon, et qu'il croit devoir s'ap-
proprier.
Gratte-couenne. Barbier.
Gratter. Arrêter, — dans
l'ancien argot. — Garder l'ex-
cédant d'une marchandise con-
fiée pour un travail à façon. —
Chiper, retirer un profit illicite.
— Il n'y a rien a gratter dans
cette baraque, il n'y a pas de bé-
204
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
néfices à faire dans celte mai-
son.
Gratter les pavés. Vivre dans
une grande misère.
Gratter au foyer. En terme
de tliéâtre, c'est, pour un au-
teur, attendre le tour de sa
pièce ; pour un acteur, c'est at-
tendre un rôle.
Gratter à la corbeille. Dans
le jargon de la Bourse, c'est ne
plus pouvoir jouer sur les fonds
publics, parce qu'on est dans
l'impossibilité de fournir une
couverture (provisions) à l'agent
de cbange.
Grattoir. Rasoir, — Passer au
grattoir, se faire raser.
Graveur en cuir. Savetier.
Grec. Tricheur. — Dans le
jargon des cochers de fiacre, un
grec est un bourgeois, un voya-
geur gui manque de générosité
ou qui ne donne pas de pour-
boire. Il floue le cocher.
Grèce (La). Classification des
tricheurs, art de tricher. — Tom-
ber dans la Grèce, devenir tri-
che'ur après avoir été dupe au
jeu.
Grécer, Graisser. Tricher.
Etre grécé, être volé au jeu.
Grecque. La femelle du grec.
K 11 y a également à Paris beau-
coup de grecques qui fréquen-
tent certains tripots clandes-
tins. » (L. Paillet.)
Greffer. Souffrir de la faim.
Greffier, Griffard. Chat, —
dans le jargon des voleurs.
Greffir, Griffer. Dérober adroi-
tement, comme fait le chat.
Grêle. Marques de petite vé-
role. — Ne s'être pas fait assu-
rer contre la grêle, être marqué
de la petite vérole.
Grêle, Grelesse. Patron, pa-
tronne d'une petite maison de
tailleur, — dans le jargon des
tailleurs. — Grelasson, patron
d'une maison de dernier ordre.
Grelot. Langue bien affilée.
— Beau parleur dans les réu-
nions publiques.
Grelot (Faire péter son). Par-
ler. Autrefois, c'était « faire pé-
ter la goule (la gueule).
« Car avant que le jour s'écoule
» Nous en ferons peler la goule
» Peut-èlre à monsieur l'avocat. »
(Poisson, Zig-Zag.)
Grelot (Mettre une sourdine
à son). Se taire.
Greluchon. Jeune niais, oisif
ne s'occupant que de toilette et
de plaisirs (1855). « Ces créatu-
res attirent nécessairement une
nuée de jeunes lions, de grclu-
chons aimables, etc. » {Paris-
Faublas.) Autrefois greluchon
avait le sens de souteneur, jeune
souteneur.
Greluchonner. Faire le métier ■
de greluchon.
Grenadier. Pou de forte taille.
Grenasse. Grange, — dans
l'ancien argot.
Grenier à coups de sabro.
Fille à soldats.
Grenier à lentilles. Visage
marqué de petite vérole.
Grenouillard. Grand amateur
de bains froids. <c A Paris, du-
rant tout l'été, le grenouillard se
voit dans les écoles de natation. »
(Ph. Audebrand.)
Grenouille. Femme stupide
et bavarde, — dans le jargon
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
205
du peuple. — « Des propres à
rien qui ne savent faire que
courir la grenouille. » [Le Sans-
Culotte, 1879.)
Grenouille. Somme d'argent
d'une certaine importance. —
Manger la grenouille, dépenser
l'argent confié, soustraire un
dépôt d'argent. On a tant maji-
gé de grenouilles, il y a tant eu
de mangeurs de grenouilles de-
puis une vingtaine d'années,
que l'expression, toute militaire,
d'abord, s'est généralisée. Elle
s'applique à tous ceux qui s'ap-
proprient un dépôt, et principa-
lement aux caissiers infidèles.
Grenouiller. Boire de l'eau.
Grenouillère. Bains froids dans
l'île de Croissy. La Grenouillère
a été très fréquentée par les
grandes pécheresses qui y al-
laient laver leurs péchés.
Grenu. Blé. — Grenuche ,
avoine. — Grenue, farine, —
dans le jargon des voleurs.
Grès. Cheval, — dans l'ancien
argot.
Grève (Prendre un ouvrier à
la). Prendre le premier venu.
Grézillon. Prise de tabac. (A.
Belot.) Les synonymes sont: na-
sée, muffetée.
Griaches. Baquet aux excré-
ments, — dans le jargon des
prisons. {Eist. des prisons, 1797.)
Griffarde, Griffonnante. Plu-
me à écrire, — dans le jargon
des voleurs.
Griffeton. Soldat; pour grive-
ton, — dans le jargon des voyous.
Grigne. Grimace. C'est un dé-
rivé de grigner. On dit qu'un
chien grigne, quand les dents
de la mâchoire inférieure font
saillie.
Griffonner. Jurer, — dans
l'ancien argot.
Grig*nou. Juge, — dans le jar-
gon des voleurs. La physiono-
mie du juge n'a rien d'aimable
pour ces messieurs.
Gril. Premier plancher géné-
ral au-dessus de la scène, après
les corridors du cintre. Son nom
vient de ce qu'il est fait elfecti-
vement comme un gril. (A. Bou-
chard.)
Grillade. Infidélité conjugale,
— dans le jargon des ouvriers.
Grillé (Etre). Etre en prison.
Allusion à la grille de la prison.
Jadis on disait d'une femme qui
prenait le voile : Elle a épousé
la grille. « Vous souhaitez qu'elle
épouse une grille. » (Hautero-
che, Crispin musicien.)
Griller. Faire une infidélité
conjugale. — C'est moi qui ai
grillé la bourgeoise hier soir.
Griller une (En). Fumer une
pipe. — Griller une sèche, f amer
une cigarette.
Grilleuse de blanc. Repas-
seuse.
Grimer (Se). Se griser; avec
changement d'une lettre.
Grimoire mouchique . Code pé-
nal. — Dossier judiciaire.
Grimpant. Pantalon. « Mon
grimpant se détraque et mes
bottes sontbiettes. » (Huysmans,
Marthe.)
Grinchage. Vol, friponnerie;
pour grinchissage. « Un journal
racontait hier que T'Kindt était,
du reste, un vrai artiste en ma-
tière de grinchage, appliqué au
12
206
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
high-life. » (Pierre Véron, Evé-
nement du 9 novembre 1878.)
Grinche. Filou. C'est le terme
générique des voleurs adroits.
Grincheur. Petit filou, ap-
prenti voleur.
Grincher, Grinchir. Voler. —
Grinchir au prix courant, voler
à l'étalage. Les variantes sont :
Grinchir en plein trépe, piocher
dans le tas.
Grinchissage. Filouterie. —
Art de filouter; métierduvoleur,
pratique du vol. — Maronner un
grinchissage, manquer un vol.
(Colombey.)
Gringalet. Individu chétif.
Gringue. Pain, — dans le jar-
gon des ouvriers.
Grinte. Figure désagréable.
— Italianisme : de grinta, ride.
Grippe-Jésus. Gendarme. —
Mot à mot : celui qui prend un
innocent. A l'entendre, le mal-
faiteur est toujours une victime,
un petit saint, un petit Jésus.
Grisaille, la Grise. Sœur grise,
sœur de charité; par allusion à
la couleur de la robe.
Gris, Grise. Cher, chère, ai-
mable.
Gris (Le). Le vent, — dans le
jargon des voleurs.
Gris d'officier. Légère ivresse.
(D' Danet, Moniteur universel,
10 août 1868.)
Grive. Guerre. — Patrouille.
— Garde républicaine.
Grivier. Soldat. — Grimer de
gaffe, sentinelle, soldat en fac-
tion.
Grondin. Porc, — dans le jar-
gon des voleurs.
Gros (Le). Le point de neuf
au jeu de baccarat, — dans le
jargon des joueurs.
Gros (Mon). Nom d'amitié
qu'une femme mal élevée donne
à son amant. C'est-à-dire mon
gros chéri.
Gros pointu. Archevêque, —
dans le jargon des voleurs.
Gros joufflu. Le second visage
d'une personne chargée d'em-
bonpoint.
Gros lolo. Cuirassier, carabi-
nier.
Gros-cul. Chiffonnier à son
aise. Les gros-culs possèdent un
âne et une petite voiture pour
les besoins de leur industrie. Ils
habitent en grande partie le pas-
sage Saint-Charles à Levallois.
Gros légume. Officier supé-
rieur.
I Gros numéro. Maison de tolé-
rance.
Grosse cavalerie. Egoutiers.
— Figurantes de la danse à
l'Opéra. — L'élite, le dessus du
panier des bagnes, la Heur des
scélérats en villégiature à Cay en-
ne. Ainsi nommés parce qu'ils
chargent à fond de train sur
leurs victimes.
Grosse caisse. Prison, — dans
le jargon du régiment.
Grosse tôle. Prison, — dans
l'argot des marins.
Grosse culotte. Ouvrier ivro-
gne et beau parleur. Ouvrier qui
pérore chez le marchand de vin.
Groule, Groulasse. Vaurienne;
petite fille malpropre. Les mar-
chandes à la toilette, les reven-
deuses, appellent leurs appren-
ties « des groules ».
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
207
Grouper. Arrêter, saisir, —
dans le jargon des voleurs. —
Se faire grouper, se faire arrêter.
Grue. Femme sotte et préten-
tieuse. — Dans le dictionnaire
de l'Académie, grue est donné
dans le sens de niais. — Dans
le jargon des comédiens, c'est
une demoiselle qui possède de
la beauté, de l'argent et des
toilettes en quantité suffisante
pour obtenir un bout de rôle où
elle montre ses épaules, ses dia-
mants et sa bêtise. Elle lève les
gentilshommes de l'orchestre,
comme la grue lève les fardeaux ;
d'où son surnom.
Grugeur. Parasite. Celui qui
vit aux dépens de quelqu'un ou
de plusieurs.
Guadeloupe. Bouche, — dans
l'argot des barrières. Le mot
« guadeloupe » rappelle vague-
ment le mot « gueule ». Charger
pour la Guadeloupe, manger.
Guédouze. La mort, — dans
l'ancien argot. — Bu celie guenn-
dw, blanche-noire. (V. Hugo.)
Guelte. Bénéfice accordé à un
placier, à un commis en nou-
veautés sur la vente d'un arti-
cle. « Carpentier a touché ses
deux mille cinq cents balles de
guelte ». (P. Mahalin.)
Guelter. Réaliser un bénéfice
sur une vente, — dans le jargon
des employés de commerce.
Guenon. Femme du patron,
— dans le jargon des ouvriers
quand ils ne l'appellent pas « la
singesse ».
Guérite à calotins. Confes-
sionnal, — dans le jargon du
peuple. Elle est toujours fourrée
dans les guérites à calotins. —
Moi, j'y ficherais des calottes à ta
place.
Guette (Bonne). Bonne garde,
en parlant d'un chien. Cahot rup
pour la guette, bon chien de
garde.
Gueulard. Poêle. — Bissac.
Gueularde. Poche, — dans le
jargon des voleurs. La poche est
la gueule, la bouche du paletot.
Gueule. Bouche. — Fine gueu-
le, gourmet. — Porté sur la
gueule, amateur de bonne chère.
— Fort, forte en gueule, celui,
celle qui crie des injures. —
Gueule de travers, mauvais vi-
sage, mine allongée. — Gueule
de raie, visage affreux. — Gueule
d'empeigne, palais habitué aux
liqueurs fortes et aux mets épi-
cés; laideur repoussante, bou-
che de travers, dans le jargon
des dames de la halle au xviiie
siècle, qui, pour donner plus de
hrio à l'image, ajoutaient : gar-
nie de clous de girofle enchâssés
dans du pain d'épice. — Gueule
de bois, ivresse. — Roulement de
la gueule, signal du repas, —
dans le jargon du troupier. —
Taire sa gueule, se taire. — Faire
sa gueule, être de mauvaise hu-
meur, bouder. Se chiquer la
gueule, se battre à coups de
poing sur le visage. — Crever la
gueule à quelqu'un, lui mettre le
visage en sang. — La gueule lui
en pète, il a la bouche en feu
pour avoir mangé trop épicé.
Gueulent (Les soupapes). Ter-
me des ouvriers du fer, des mé-
caniciens, lorsqu'ils veulent dire
que la vapeur s'échappe parles
soupapes. Au figuré, c'est lors-
qu'un ivrogne donne congé aux
ilôts de liquide qu'il a absorbés.
208
DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE.
Gueuleton. Dîner fin, dîner
de fines gueules. — « De temps
en temps, je me donne la fan-
taisie d'un petit gueuleton. »(Go-
priiard frères, La Chatte blan-
che. ) — Gueuleton à chier par-
tout, dîner succulent et copieux.
Gueuse. Fille publique, maî-
tresse qui vous trompe avec tous
vos amis et même avec vos en-
nemis. « Monsieur est encore
ennuyé à cause de sa gueuse. »
(G. Lafosse.) — Courir la gueuse,
courir les filles.
Gueux. Chaufferette en grès ;
la cliautferette des pauvres fem-
mes.
Gueux (Le). Le froid, — dans
le jargon du peuple. Le gueux
pince dur ; le gueux pince comme
un crabe.
Guibe, Guibon, Guibolle. Jam-
be. — Guibe de satow, jambe de
bois. — Guibe à la manque, boi-
teux. — Jouer des guibolles, dé-
camper.
Guibolles italiques. Jambes
tordues. Se dit des jambes d'un
bancal, — dans le jargon des
typographes. Le caractère dit
italique est uncaractèrepenché,
d'où guibolles italiques i^oar dé-
signer des jambes qui ne sont
pas droites.
Guichemard. Guichetier. Et les
variantes inévitables : Gtiiche-
muchc, guichemince eiguichcmin-
cemar, et guichemincemuche.
Guiches. Cheveux, — dans le
jargon des voleurs, et principa-
lement cheveux collés sur les
tempes. — De là le surnom de
« 7necs de la guiche » ou simple-
ment de « guiches » donné aux
souteneurs. — « Ohé ! la guiche !
tu faisrien tongirond! T'as passé
aux épinards ? Ohé ! le soute-
neur ! tu fais bien des embarras I
tu as reçu de l'argent de ta maî-
tresse ?» — Trifouiller les gui-
ches, peigner.
Guignard. Voué au guignon,
au malheur. « Et semblait, en-
tre les deux tableaux d'une taille,
choisir toujours le plus gui-
gnard. »(Vast-Ricouard, Le Tri-
pot.)
Guigne. Guignon. — Gui-
gnasse, guignon énorme. — Gui-
gnolant, guignolante, désespé-
rant, désespérante.
Guimbard. Voiture cellulaire;
synonyme de panier à salade.
Guimbarde. Voix, parole, —
dans le jargon des halles. —
Couper la guimbarde, imposer
silence.
« Mon gesse et surtout mon n'harangue
» Coupent la guimbarde aux plus forts.»
(L. Festeau, Le Tapageur.)
Guimbarde. Horloge, — dans
le jargon des voyous, « Au mo-
ment juste où douze plombes se
sont décrochées à la guimbarde de
la tôle. » {LePèreDuchéne, 1879.)
Guimbarde. Porte, — dans le
jargon des ouvriers. — Bouscu-
ler la guimbarde, faire claquer
la porte.
Guinal, Guignai. Juif; usurier.
— Le grand guinal, le Mont-de-
Piété. — Les chiffonniers appel-
leniguinal, guignal,\e marchand
de chiffons en gros ou encore
ogre, Abraham, Jouarez.
Guinaliser, Guignaliser. Faire
l'usure. — Acheter à vil prix, —
dans le jargon des chiffonniers.
— Dans l'ancien argot guinali-
ser, avait le sens de circoncire.
Guinche Bal public,— Caba-
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 209
public. Guinche, guincharde, dan-
seuse de bals publics.
Guindal. Verre, — dans Tan-
cien argot.
Guitare. Redite, rabâchage,
doléances. — Jouer de la gui-
tare, rabâcher. — Pincer, jouer
de la guitare, être en prison.
Guitariste. Rabâcheur ; im-
portun.
ret mal famé, — dans le jargon
des voyous. — « A la porte de
cette guinche, un municipal se
dressait sur ses ergots de cuir. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Guinche est une altération de
guinguette. Le mot n'est pas
moderne, mais il est très usité
depuis quelque temps.
Guincher. Danser dans un bal
H! — Exclamation ironique;
par abréviation de hasard, —
dans le jargon des typographes.
« Un poivreau vient-il promener
sa barbe à l'atelier, H ! s'écrient
ses confrères. » (Boutmy, Les
Ty^pographes parisiens.)
Habillé de noir. Avocat; ex-
pression fort usitée au siècle
dernier parmi le peuple.
Habillé de soie. Cochon.
Habiller. — Maltraiter en pa-
roles, médire, réprimander;
c'est une variante de l'ancien
draper. — « C'est moi qui vous
l'a habillé de taffetas noir. »
(A. Dalès, La Mère Vanecdote^
chansonnette.)
Habiller. Préparer un animal
pour l'étal, — dans le jargon
des bouchers.
Habit noir. Menteur.
Habit du père Adam. Nudité
absolue.
Hacher de la paille. Parler
français avec l'accent allemand.
Se dit d'un Allemand qui bara-
gouine le français.
Halènes. Outils de voleur,
tout ce qui sert à l'exploitation
du vol, depuis la pince à effrac-
tion jusqu'à la cire k prendre
les empreintes.
Hallebardes (Il tombe des).
Il pleut à verse.
Halot. Soufflet de forge. —
Halotin, soufflet pour le feu.
Hancher (Se). Se camper sur
la hanche; faire le rodomont.
Hane. Bourse, — dans l'an-
cien argot.
Hanneton. Monomanie, idée
fixe. On dit de quelqu'un qui
est tourmenté d'une idée aussi
fixe que saugrenue : « Encore
son hanneton qui le travaille ».
Celui qui a un hanneton dans le
plafond est hannetonné, c'est-à-
dire qu'il a la tête fêlée.
Happer le taillis. Prendre la
fuite, — dans l'ancien jargon
populaire.
Happin. Chien. — Happiner^
mordre, — dans l'ancien argot.
Hardi à la soupe. Qui n'est
bon qu'à manger, qui ne sait
ou qui ne veut rien faire.
12.
210
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Hareng-saur (Le pas du). Ca-
valier seul exécuté avec batte-
ment d'entrechats. Les mili-
taires pincent agréablement le
pas du hareng-saur. [Jargon des
bals publics.)
Hariadan Barbe-rousse. Jésus-
Christ, — dars l'ancien argot.
Hariadan, pour Havriadan , de
Havre, Dieu, 3t Barbc-rousse,
Ï>ar allusion à la couleur que
es peintres ont donnée à la
barbe du Christ. — Sous le
titre de Hariadan Barbe-rousse^
Corse et V. Ducange ont écrit
une pièce.
Haricot. Pied, — dans le jar-
gon des prisons. Je donne le
mot sur l'autorité de M. A. Be-
lot. (Le roi des Grecs.) Pour ma
part, je ne l'ai jamais entendu
prononcer. A coup sûr ce n'est
pas de l'argot de voleur pari-
sien.
Haricots fHôtel des). Ancienne
prison de 1 ancienne garde na-
tionale. — Primitivement ce
local, sur l'emplacement du-
quel a été bâtie, en 1843, la
bibliothèque Sainte-Geneviève,
fut attecté au collège Montaigu
surnommé plaisamment « le
collège des haricots » par allu-
sion à la maigre cuisine qu'on
y faisait; carie jeûne y était
en permanence. (V. Rabelais,
Gargantua, 1. 1, ch. xxxvii.) « Le
collège des Haricotsîni supprimé
en 1792 et ses bâtiments servi-
rent de prison militaire et de
prison de la garde nationale
pendant la Révolution. » (A. de
Lasalle , Y Hôtel des haricots.)
Après la Révolution, V Hôtel des
haricots émigra à l'hôtel Bazan-
court, rue des Fossés Saint-
Bernard , et fut enfin transféré,
vers 4838, rue de Boulainvil-
1ers, en face le pont de Gre-
nelle ; c'est là qu'il s'éteignit
avec la garde nationale.
Haricotteur. Bourreau, —
dans l'ancien argot, du vieux
mot harigot, pièce, morceau. —
On dit encore haricot de mouton,
ragoût de mouton coupé en
morceaux, pour harigot de mou-
ton.
Harnaché. Habillé. — dans le
jargon des voyous.
Harnais. Vêtement, — dans
le même jargon.
Harnais. Viande coriace.
Harnais de grive. Uniforme
militaire.
Harpe. Barreau de fer, grille,
porte de fer à barreaux. —
Jouer de la harpe, voler à la tire.
Les doigts du voleur se pro-
mènent dans la poche d'autrui
comme les doigts du virtuose
sur les cordes de la harpe. Jouer
de la harpe signifie encore être
en prison, vieille expression qui
s'est conservée ; c'est la variante
de pincer de la guitare.
Haussier. Spéculateur opti-
miste qui joue à la hausse sur
les fonds publics. L'opposé du
baissier. |
Haut-Temps. Grenier, — dans
l'ancien argot.
Haute (La) . La haute société,
le grand ^monde. — Homme,
femme de' la haute. — Etre de
la haute, faire partie de la haute
société. Etre de la haute, être à
la haute, être riche, heureux.
Hauteur (N'être pas à la).
Mot à mot : n'être pas à la hau-
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
211
teur de ]a situation, ne pas
comprendre une chose, ne pas
être capable de la faire, n'être
cas au courant de.
Hautocher. Monter, — dans
l'ancien argot.
Havre, le grand Havre. Dieu.
Herbe à la vache. La couleur
trèfle d'un jeu de cartes.
Herz. Maître, — dans l'ancien
argot; de l'allemand herzog ,
duc.
Hirondelle. Ouvrier tailleur
de nationalité étrangère. Tan-
tôt l'hirondelle vient faire son
apprentissage à Paris et re-
tourne dans son pays, tantôt
elle arrive à la bonne saison
pour repartir au commence-
ment de l'hiver, — Hirondelle
d'hiver, marchand de marrons.
Hirondelle de goguenau. Rac-
crocheuse, — dans l'argot des
voyous. Mot à mot: hirondelle
de latrines.
Hirondelle de la mort. Gen-
darme chargé d'assister à une
exécution capitale.
Hirondelle de potence. Gen-
darme, — dans l'argot des ma-
rins. C'est la forme nouvelle de
Vhirondelle de Grêve^ bien que
la potence ne soit qu'à l'état de
souvenir.
Hisser. Appeler en sifflant.
(P. de Kock.)
Histoire. Le temple de l'a-
mour. Une demoiselle vint trou-
ver, un jour, le peintre David
pour faire faire son portrait. —
Je ne peins que l'histoire, ré-
pondit l'artiste. — Alors, qui
me peindra le reste? demanda
la naïve enfant.
Histoire de. Pour. — Histoire
de rire, histHre de passer le
temps, pour rire, pour passer le
temps,
Histoires. Mensonges, bavar-
dages. — Tout ça, c'est des his-
toires de femmes, ce sont des
commérages.
Histoires (Avoir ses). Avoir
ses menstrues.
Homard. Surnom donné aux
spahis en raison de leur bur-
nous rouge. (A. Camus.)
Homicide. Hiver. Il tue bien
des pauvres diables.
Homme à la mode. Homme
riche, individu bon à voler, —
dans le jargon des barrières. '
Homme de bois. Ouvrier qui
aide le metteur en pages dans
une imprimerie.
Homme de lettres. Faussaire,
— dans le jargon des voleurs.
Honnête. Printemps, — dans
l'ancien argot.
Honnête femme. Manon Les-
caut consciencieuse et qui a du
goût pour son état, — dans le
jargon des demoiselles de trot-
toir.
Hôpital. Prison, — dans l'an-
cien argot.
Horloger de la marine. Celui
qui paye tous les jours, à la
même heure, le tribut à Do-
mange.
Horloger (Avoir sa montre
chez 1'). Avoir mis sa montre
au Mont-de-Piété, — dans le
jargon des artistes qui, la plu-
part du temps, regardent l'heure
à vue de reconnaissance.
Horreur d'homme. Homme
212
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
volage, infidèle. — Homme très ] -- Morceau de bois dont se
entreprenant auprès d'une fem- 1 servent les voleurs avec effrac-
tion.
Hugolâtre. Admirateur pas-
sionné de Victor Hugo.
Hugrement. Beaucoup, —
dans l'ancien argot.
Huile. Soupçon. — Argent.
— Huile de coude, vigueur de la
main, force dans le poignet. —
Huile de cotrets, essence de co-
trets, coups de bâton.
Huile blonde. Bière.
Huile (Voir à 1'). Juger une
pièce, juger un acteur pendant
la représentation. — « Dis donc,
Blinval, toi qui me disais ce
matin à la répétition: faudra
voir à l'huile... Voilà. » {Musée
Philipon, théâtre de Bourg-en-
Bresse.)
Huile (Jeter de 1'). Transpirer
abondamment, — dans le jar-
gon des voyous. — Cest étonnant
comme je jette de l'huile.
Huître. Crachat très épais.
Huître de poitrinaire, crachat
de poitrinaire. — Huître de
Varenne, fève. — Huîtres de
gueux, escargots à la bourgui-
gnonne.
Humecter les amygdales (S').
Boire un coup, se rafraîchir
d'un coup de vin.
Hurepois. Excellent, très
réussi, — dans le jargon des
voyous. C'est un composé de
Hurf, urf, apocope de surfin.
Hurler. « Les tailleurs de
pierre compagnons étrangers,
les menuisiers et les serruriers
du devoir de Liberté ne hurlent
pas, non plus que les tailleurs
de pierre compagnons passants.
me, et dont les privautés ne
déplaisent pas au fond.
Horreurs. Paroles ordurières.
— Dire des horreurs, tenir une
conversation ordurière. — Faire
des horreurs, se livrer à une
pantomime indécente.
Horse-steak. Bifteck de che-
val; mot fabriqué pendant le
siège de. Paris, à l'époque où
l'on mangeait tant de cheval.
Hortensia. Terme chorégra-
phique. « C'est un temps cou-
ché; le danseur a presque tou-
jours une position horizontale;
sa tête comme s'il nageait : c'est
un mouvement de bascule plus
lascif que gracieux. » [Fetit dict.
des coulisses.)
Hosto. Prison. C'est une dé-
formation du mot hôpital, qui,
en argot, a la môme significa-
tion.
Hôtel de la Belle-Etoile (Cou-
cher à r). Coucher dans la rue,
sur un banc, dans les champs,
dans les fossés des fortifications,
partout enfin où l'on a le ciel
pour ciel-de-lit.
Hotteriau. Chiffonnier. Celui
qui porte la hotte.
Houillier. « Ce que les restau-
rants à bas prix fixe ont refusé
de prendre au marché à la vo-
laille est acheté par le houillier.
Le houilher devient alors ce
paysan qui vous aborde dans
la rue et sous les portes, pour
vous proposer, avec des airs
mystérieux, du gibier à bon
marché. » (Eug. Chavette, Res-
taurateurs et restaurés, 1868.)
Houssine (Jean de 1'). Bâton.
i
DICTIONNAIRE d'.
Les ouvriers de tous les autres
corps d'état hurlent, et ils ap-
pellent cela chanter, par la
raison qu'ils articulent ainsi des
mots qu'eux seuls peuvent com-
prendre. » {Almanach des mé-
tiers, 1852.)
ARGOT MODERNE. 213
Hussard à quatre roues. Can-
tinier militaire. — Soldat du
train des équipages.
Hussard de la guillotine.
Garde deParis, gendarme, char-
gé de maintenir la foule les
jours d'exécution capitale.
Icigo, Icicaille. Ici. « A tcigoy
il reconnut Brujon, qui était
rôdeurde barrières et, à icicaz7/e,
Babet, qui, parmi tous ses mé-
tiers, avait été revendeur au
Temple. » (V. Hugo.)
Imbiber (S'). Boire. La va-
riante est : s'imbiber le jabot.
Imbécile à deux roues. Vélo-
cipédiste, — dans le jargon des
voyous.
Immense. Encore un mot
très, trop même répandu dans
le monde des gommeux et des
gommeuses. Purle-t-on d'un ac-
teur célèbre, voilà qu'il est im-
mense. Tient-on un propos éton-
nant, c'est immense. A-t-on as-
sisté à une fête ciiarmante,
c'était jwmense, etc., etc.. — En
signalant les néologismes à la
mode en 1817, l'auteur des
Lettres normandes s'exprime
ainsi : « Le mot immense ob-
tient aussi une grande vogue ;
il n'est pas neuf, mais on le
place d'une manière nouvelle.
Nos journalistes disent d'un ac-
teur qu'il a un talent immense;
nos jeunes gens du bel air di-
sent, en parlant d'une femme :
cette femme est accomplie, elle
a un œil immense. >> Aujourd'hui,
nous disons simplement : « Un
tel est immense. » C'est au vau-
devillisme moderne qu'on doit
cette nouvelle interprétation.
Impératrice. Impériale d'om-
nibus, — dans le jargon du ré-
giment. Pourquoi « impéra-
trice »? — Simplement pour
avoir l'occasion de placer un
déplorable jeu de mots quand
on grimpe sur l'impériale.
Impressionnisme. Ecole de
peinture ultra-réaliste qui, sans
nul souci du dessin et de la
composition, prétend produire
des impressions, et ne produit
que de mauvaises impressions
sur le public.
Impressionniste. — Peintre
ultra-réaliste. Les impressionnis-
tes ou impressionnalistes ne pei-
gnent que l'impression. Ils jet-
tent quelques tons sur la toile
sans s'occuper ni de l'harmonie
des couleurs, ni du dessin, ni
du reste. Leurs œuvres ressem-
ûlent à des esquisses informes.
C'est l'indication, ce n'est pas
le tableau. « Chose singulière !
Duranty qui tient à ce qu'on a
appelé, depuis Champfleury,
l'école duréalisme, ne comprend
pas toujours la peinture de Ma-
net. Faut-il en conclure que,
malgré ce qu*on pourrait pen-
ser, réalistes et impressionnistes
214
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
ne regardent pas avec les mêmes
yeux? » (Maxime Rude.)
Inconnobré. Inconnu, — dans
le jargon des voleurs.
Incurable (Portier des). C'est
sous cette dénomination qu'on
désignait, en 1835, le balcon du
Théâtre-Français. « C'est là que
se réfugie l'opposition vitra
classique des vieux amateurs. »
('Jacques le souffleur, Dict. des
coulisses, 1835.)
Index (Travailler à 1'). Tra-
vailler à prix réduit, — dans le
jargon des ouvriers, qui mon-
trent au doigt les gâte-métiers.
Indicateur. Espion, mou-
chard; terme technique de la
préfecture de police. « La com-
pagnie des allumettes emploie
un certain nombre d'individus
à surveiller les concurrents de
son privilège; elle a des indica-
teurs, etc. » {Petit Journal, du
2 août 1877.)
Indigent. Voyageur d'impé-
riale d'omnibus, — dans le jar-
gon des cochers de fiacre, qui
professent le plus profond mé-
pris pour les gens qui vont en
omnibus.
Induire. Par abréviation pour
induire en erreur. — « J'ai été
bien aise de voir que le citoyen
Zola nous avait induits. » [La
petite Lune, 1879.)
Infante. Maîtresse d'un jour,
femme que l'on courtise, — dans
le jargon des sou.s-officiers.
Infanterie (Entrer dans V).
Etre enceinte.
Infect. Laid, détestable. —
Individu infect, œuvre infecte.
Infectados. Cigare d'un sou.
Inférieur. Personne^ chose
dont on se soucie fort peu. Ça
m'est inférieur, ça m'est égal.
Infirme. Maladroit. Ouvrier
qui gâche l'ouvrage, qui ne fait
rien qui vaille. — « Ils sonnè-
rent tant bien que mal, ces in-
firmes, et les gens accoururent
au tapage. » (L. Cladel, Omp-
dr ailles.)
Ingriste. Peintre de l'école
d'Ingres, qui sacrifie tout au des-
sin. — Peintre qui fait gris, —
en terme de peintres. — Pein-
ture monochrome. — a Ainsi
devant le portrait bleu de
M. Amaury-Duval et bien d'au-
tres portraits de femmes ingris-
tes ou ingrisées. >> (Baudelaire,
Salon de 4846.)
Inquiétudes dans les jambes
(Avoir). Avoir envie d'adminis-
trer un coup de pied au derrière
de quelqu'un ; le prévenir cha-
ritablement de l'envie qu'on a.
Insecte. Toute sorte de vo-
laille et de gibier depuis l'oie
jusqu'à la mauviette.
Insinuant. Apothicaire, infir-
mier.
Insinuante. Seringue.
Insolpé. Insolent, change-
ment de la dernière syllabe.
Inspecteur des pavés. Flâ-
neur. — Ouvrier, commis sans
place et qui cherche une place,
en amateur, en flânant.
Institutrice. Maîtresse d'une
maison de tolérance, — dans le
jargon du peuple.
Intime. « Un autre genre de
billet (de théâtre) est appelé in-
time. Celui-là est donné gratis
par le chef (de claque) au cons-
crit qui fait ses premières ar-
mes. Quand la pièce nouvelle
DtCTlONNAlRE D ARGOT MODERNE.
15
est jouée, le subordonné remet
son billet ou intime au chef, qui
le vend à son profit». {Petit dict.
des coulisses.) — Par extension,
le claqueur a reçu le nom d'm-
time.
Intransigeant. Républicain
par, qui ne transige pas avec
ses opinions extrêmes. Tout
comme bien d'autres, les intran-
sigeants d'aujourd'hui devien-
dront des réactionnaires le joui*
où ils seront à la tête du gou-
vernement. Ils attendront la
sortie des opportunistes pour se
jeter sur les contre-marques. —
Sous le titre de : L'Intransigeant
a paru le 14 juillet 1880 un
journal avec M. Henri Roche-
fort pour rédacteur en chef.
Introuvable. Urinoir public
en forme de rotonde et dont
Taccès n'est pas précisément
facile à découvrir. On les a éga-
lement appelés les « tourne-
autour ». V introuvable est le
successeur direct du rambuteaii.
Invalide. Pièce de quatre sous.
(Fr. Michel.) Fausse pièce de
monnaie.
Invalide du pont des Arts.
Académicien.
Invalo. Invalide.
Isolage. Abandon. — Isoler,
abandonner, — dans l'ancien
argot, du vieux mot asoler.
Italique (Avoir pincé son).
Marcher penché, ne pas mar-
cher droit par suite d'ivresse, —
dans le jargon des typographes,
par allusion au caractère dit ita-
lique.
Itrer. — Avoir, posséder, —
dans l'ancien argot.
Jabot. Estomac. — Se remplir
le jabot, manger.
Jacqueline. Prostituée. — Sa-
bre de cavalerie.
Jacques. — Sou, — dans le
jargon des chilFonniers. — Qui
veut mes chocottes? — Je fen colle
dix Jacques. Qui veut mes os?
— Je t'en donne dix sous.
Jactance. Ravardage. —
ter, bavarder. — J acteur, bavard,
— dans le jargon du peuple.
Jaffe. Soufflet, — dans l'an-
cien argot.
Jaffier. Jardin. — /a/^w, jar
dinier, — dans l'ancien argot.
Jaffle. Soupe, — dans le jar-
gon des voleurs.
Jambe (S'en aller sur une).
Ne pas redoubler une tournée
chez le marchand de vin. — Se
contenter d'un verre de vin sur
le comptoir, quand on est avec
des amis.
Jambe en l'air. Potence, —
dans l'ancien ;irgot.
Jambes en coton. Jambes fai-
bles. — On a les jambes en co-
ton lorsqu'on relève d'une lon-
gue maladie.
Jambon. Violon. — Cuisse de
l'homme.
Jambon (Façonner son, Faire
son). Casser son fusil, — dans
le jargon des troupiers. — Allu-
sion de forme entre un jambon
et la crosse d'un fusil cassé.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
216
« Ah! chenapan, tu casses ton
fusil, tu fais des jambons avec ta
clarinette!» (A. Camus.)
Jambonneau (Ne plus avoir
de chapelure sur le). Ne plus
avoir de cheveux sur la tête.
Jappe. Bavardage. — Japper,
bavarder, crier.
Jardinage. Médisance. — Jar-
diner, médire, parler, synonyme
de médire pour beaucoup de
gens. — Bêchage, bêcher, ont
donné jardinage, jardiner par
assimilation.
Jardiner sur le tap vert. Jouer
aux cartes. Tap vert pour tapis
vert.
Jardinier. Compère du voleur
à V américaine.
Jargolier. Normand. — Jar-
golle, Normandie.
Jarnaffe. Jarretière; change-
ment des deux dernières sylla-
bes.
Jarret (Lever le). Marcher en
colonne, — en terme de trou-
Eier. — Avoir du jarret, être
on marcheur.
Jarretières (Mettre quelque
chose dans les). Donner une
gratification à une fille publi-
que. Les prostituées de maison
placent cet argent dans leurs
bas, sou? la jarretière.
Jars. Argot; apocope de jar-
gon. — Jaspiîier le jars, dévider
le jars, parler argot.
Jasante. Prière. — Jaser,
prier. — Jaseur, prêtre qui dit
la messe.
Jaspin. Oui. — Jaspiner, par-
ler.
Jaune, Jonc. Or. — Jaunet^
pièce d'or.
Jaune. Eté, — dans l'ancien
argot.
Jaune. Eau-de-vie. — Jau-
nier, ivrogne.
Javanais. Langage de conven-
tion qui consistait, il y a une
vingtaine d'années, à intercaler
les syllabes va et av entre cha-
que syllabe. C'était idiot et anti-
euphonique au dernier point.
Les filles parlaient fort couram-
ment le javanais. 11 y eut un
moment une telle fureur de ja-
vanais qu'on vit paraître un
journal entièrement écrit dans
ce langage stupide.
Jean-Jean. Niais. — Conscrit.
Jean de la vigne. Crucifix.
C'était le nom d'un des acteurs
de bois (Jean des Vignes) du
théâtre de marionnettes à l'é-
poque des représentations de la
Passion. (Fr. Michel).
Jean de la suie. Petit ramo-
neur.
Jean foutre. Homme vil, gra-
din fieffé.
Jean-fesse. Avare, malhon-
nête homme. — Le frère ju-
meau de Jean foutre.
Jean (Nu comme un petit
saint). A peine vêtu de mauvai-
ses guenilles, tout nu ; se dit
surtout des enfants. — Faire
son petit Saint-Jean, faire l'in-
nocent, le niais. m
Jean (Faire le saint). Se dé- V
coiffer. C'est un signal convenu
entre voleurs. Lorsqu'ils sont
censés ne pas .se connaître, soit
dans la rue, soit dans un lieu
public, l'un d'eux fait le Saint'
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
217
Jean, Traduction : Ne nous per-
dons pas de vue; au travail,
l'affaire est prête.
Jeanne d'Arc pour le courage.
Demoiselle à qui il manque pré-
cisément ce qui a valu à Jeanne
d'Arc son surnom.
Jeannette. Rouet muni de
plusieurs fuseaux, — dans le
jargon des fileuses. Dans les
filatures anglaises, ce rouet se
nomme une Jenny, nom que lui
a donné l'inventeur Thomas
Highs.
Jérusalem (Lettre de). Lettre
écrite de prison.
Jésus. Innocent, — dans le
jargon des voleurs.
Jésus. Jeune filou. — Tout
jeune Ephestion de trottoir.
Jeté (S'en être). Etre soûl. —
Mot à mot: s'être jeté du liquide
dans l'estomac.
Jeter de la grille. Requérir,
au nom de la loi, contre l'ac-
cusé. Après le discours du mi-
nistère public, les voleurs di-
sent : Le client m'a jeté de la
grille ; c'est-à-dire a jeté sur moi
de la grille de prison.
Jeter un coup de. Aller à.
Mot à mot : jeter un coup de
pied jusqu'à. — {Jargon des ou-
vriers.) — Jeter un coup de Ver-
sailles, un coup de Cherbourg,
aller jusqu'à Versailles, jusqu'à
Cherbourg.
Jeu (Vieux). Vieille école,
ancien régime, vieux système.
— L'écrivain qui emploie dans
un livre des moyens usés, des
rengaines pour charmer ses lec-
teurs : vieux jeu. — L'auteur
dramatique dont les procédés
scéniques, le dialogue rappel-
lent soit l'exagération des ro-
mantiques, soit la monotonie
des classiques : vieux jeu. —
L'avocat, l'orateur qui effeuille
à la barre, à la tribune, les
vieilles fleurs desséchées de la
rhétorique, celui qui dit : « Nos
modernes Hétaïres, le vaisseau
de l'Etat conduit par d'habiles
pilotes, l'honorable organe du
ministère public, l'hydre de l'a-
narchie ose relever la tête... »
vieux jeu. — Celui qui appelle
sa femme « sa moitié » ; celui
qui, en quittant un ami, le prie
de <( mettre ses respectueux
hommages aux pieds de ma-
dame » ; vieux jeu, vieux jeu.
Jeu de dominos. Denture. Un
jeu de dominos complet, bouche
à laquelle pas une dent ne
manque.
Jeu (Le grand). Dans le voca-
bulaire des filles signifie l'usage
des condiments les plus épicés
que Vénus garde pour le ser-
vice des débauchés blasés; terme
emprunté aux tireuses de cartes.
Jeune-France. Variété du
bousingot, — C'était un bousin-
got fatal, à tout poil, à tout
crin. Il y eut des subdivisions
et des variétés du Jeune-France
à l'infini ; depuis le Jeune-France
blasé, jusqu'au Jeune-France éti-
que, le saint Jean -Baptiste pré-
curseur du petit-crevé de nos
jours.
Jeune homme. Mesure de vin
de la capacité de quatre litres.
Avoir son jeune homme, son petit
jeune homme, être ivre, d'après
l'opinion des personnes qui pen-
sent qu'il ne faut pas moins de
quatre litres de vin pour griser
un homme, voire même une
13
218
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
femme. — L'expression s'appli-
que souvent en parlant d'une
femme légèrement prise de vin
et que le vin rend tendre, ex-
pansive comme si elle avait en
tête un petit jeune homme
idéal; d'après l'opinion des gens
qui ne sont pas ennemis d'une
douce poésie.
Jeunesse. Jeune fille.
Job. Niais, dupe. C'est jobard
par apocope. — Se monter le job,
se monter la tête, l'imagination.
Une femme dit d'un homme
qui prétend être aimé pour lui-
même qu'il se monte joliment le
job.
Jobarder. Duper, mystifier,
rire aux dépens de.
Jobarderie, Joberie. Niaise-
rie, bêtise.
Jonc. Or, — dans l'argot des
voleurs. En terme d'orfèvre c'est
un anneau d'or, une bague sans
chaton.
Joncher. Dorer, — dans l'an-
cien argot.
Joncherie. Duperie, men-
songe.
Joncs (Etre sur les). Etre en
prison.
Jordonne (Monsieur, Mada-
me). Homme, femme qui a la
manie de donner des ordres à
tout propos et surtout mal à
propos.
Jome. Jour.
José. Billet de banque; apo-
cope de Joseph, mot à mot : pa-
pier Joseph.
Joseph (Faire son). Jouer au
naturel, soit par timidité, soit
pour toute autre raison, le rôle
du Joseph biblique et pudibond
j à l'endroit de la belle Zuloïska.
— Se faire prier pour faire une
chose. — Refuser. — « Allonsl
\ encore un verre de ce bon vin ! —
I Non vraiment, fen ai assez. —
i Ne fais donc yas ton Joseph. »
Jouer (En). Connaître, savoir
faire une chose. — « Passez-moi
le poulet pour que je le découpe,
je sais comment on en joue. —
Est-il fort sur les mathémati-
ques? — Tl en joue très bien. »
Jouer de. Avoir de l'influence
sur l'esprit de quelqu'un, savoir
prendre quelqu'un par son côté
faible. Mot à mot : jouer de lui
comme d'un instrumentqui nous
est familier. — « En voilà une
i qui peut se vanter de jouer des
I hommes, comme il faut ! »
Jouer du pouce. Dépenser de
' l'argent. {Dict. comique.) Comp-
' ter de l'argent à quelqu'un.
Joues (Se faire des). Manger
avec appétit, engraisser.
Journée (Avoir fait sa). Avoir
gagné l'argent nécessaire aux
dépenses de la journée, — dans
le jargon des filles.
Jouste. Près, — dans l'ancien
argot.
Joyeux. Surnom des zéphirs,
soldats du bataillon d'Afrique.
Judacer, Judaïser. Tromper,
trahir, dénoncer.
Judasserie. Dénonciation;
fausse démonstration d'amitié.
Judas (Le point de). Le nom-
bre treize.
Judée (La petite). La préfec-
ture de police.
Juge de paix. Bâton. — Tour
niquet de marchand de vin oîi
se jouent les consommations.
DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE.
219
Jugeotte. Bon sens ; jugement
sain.
Juguler. Agacer, ennuyer,
horripiler. — « Toi, monsieur le
difficile, si ça te jugule, tu peux
t'en aller. » (E. Scribe, L'Hon-
neur de ma fille.) « Vos invec-
tives commencent à me jugu-
ler. )) (Dumersan et Varin, les
Saltimbanques.) — Jugulant, aga-
çant.
Juif. Usurier; avare.
Jules. Pot de chambre; tinette,
latrines portatives des troupiers.
Jules a remplacé le vieux Tho-
mas, source d'éternelles plai-
santeries. Jules est plus nouveau.
On dit au régiment passer la
jambe à Jules ou pincer l'oreille
à Jules lorsqu'on est de corvée
pour vider les tinettes.
Jumelles. Continuation du
dos.
Juponnier. Celui qui aime les
femmes, le jupon.
Jupière, Jupasse. Couturière
qui fait les jupes des robes.
Jus. Élégance, — dans le jar-
gon des gommeux qui ont voulu
donner un pendant au mot chic.
(V. Juteuse.)
Jus de baromètre. Mercure.
« Te n' sens pas toi-même l' jus
de baromètre, hé non, c'est qu'
je tousse. » (Le Nouveau Vadé.)
Jus de navet dans les veines
(Avoir du). Manquer d'énergie.
Variante : Avoir du sirop d'or-
geat dans les veines.
Jus de chique. Café, — dans
le jargon des troupiers. Allusion
à la couleur du café. La va-
riante est : Jus de chapeau, à
cause de la couleur foncée de la
transpiration mihtaire.
Jus de bâton. Coups de bâ-
ton.
Jus de réglisse. Nègre.
Jus (Coup de). Mot à mot :
coup de jus de raisin. « J'aime
mieux aller chez la mère àMon-
treuil...* et je me collerai un
coup de jus. » (A. Bouvier, la
Lanterne du 19 juillet 1877.)
Jusqu'au boutien (Journal).
Journal qui a soutenu la politi-
que du maréchal deMac-Mahon
après la dissolution de l'Assem-
blée nationale en juin 1877. —
Allusion à la phrase qui figurait
dans l'ordre du jour adressé par
le Maréchal à l'armée, le 9 juil-
let suivant : « J'irai jusqu'au
bout. » — « Les journaux jus-
qu'au boutiens affirment avec
ensemble que, etc. » {La France
du 10 août 1877.)
Juste (La). Cour d'assises.
Abréviation de « la justice. »
Juteuse. Femme élégante,
femme qui a du chic^ — dans le
jargon des gommeux. C'est celle
oui semble toute rempHe du jus
de la distinction. Le mot est
bienvenu et semble être appelé
à un bel avenir. Nous en avons
trouvé un exemple dans un nu-
méro de la Vie moderne, luin
1880.
220
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Képi (Veux-tu mon, Apos-
trophe à l'adresse du soldat qui,
dans la chambrée, a fait enten-
dre un bruit insolite.
Kif-Kif. Quif-Quif. Égal, pa-
reil. — C'est kif-kiff c'est la
même chose. — « Le Réveillon
et les rois, ce n'est pas le moins
du monde kif-ldf. >> {Le Père
DMc/iéne, janvier 1879.) — «Bon!
qu' ça y a coupé le sifflet, qu' ça
l'a fait taire, c'est quif-quif. »
(Hennique, La Dévouée.)
Kilo. Litre de vin.
Kilo. Dernière manifestation
d'un copieux repas. Poser un kilo.
Kilo. Faux chignon. « Attends
que j'aie mis mon kilo. — Tiens 1
voilà mon kilo qui s'en va. » (N.
Roqueplan.)
L. Lettre que les bouchers,
dans leur jargon, -substituent à
la première de chaque mot com-
mençant par une consonne, tan-
dis qu'ils rejettent celle-ci à la
fin en l'accompagnant des dé-
sinences em, é, lem,sem, uche,
fum. Exemple : Louchébem, bou-
cher. — Linvé loussem, vingt
sous. — Loucharmuche, mou-
chard. — Louave^ saoul. — Lé-
sélemfum, fille publique. — D'au-
tres fois, ils placent le mot lésé
entre deux autres comme dans :
linvé lésé loussem, vingt sous;
linvé lésé lousdré, vingt francs.
Labago. Là-bas.
Là-bas. Prison. — Prison de
Saint-Lazare que les filles ap-
pellent encore : La campagne. —
Revenir de la campagne, revenir
de Saint-Lazare.
Lacets (Marchand de). Gen-
darme à la poursuite d'un vo-
leur, — dans l'ancien argot.
Lâchage. Abandon.
Lâche (Saint). Grand pares-
seux.
Lâcher. Sortir un objet, exhi-
ber. — Lâcher le tuyau depoêle,
lâcher le sifflet d'ébène.
Lâcher. Quitter, abandonner.
— «Voilà les femmes!... ça vous
lâche dans le malheur. » (Du-
manoir et d'Ennery, Les Drames
du cabaret, 1864.) — Lâcher le
coude, laisser tranquille. On dit
•• :i ' -^'im qui vous ennuie :
Làcitt-inui le coude. — Lâcher
comme un pet, abandonner sans
vergogne, à f improviste, — dans
le jargon du peuple. — Lâcher
la rampe, mourir. — Lâcher le
paquet, faire des aveux. — Lâ-
\ cher de V argent, payer. — Lâcher
I
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
221
l'écluse^ uriner. — En lâcher un,
sacrifier à crepitus.
Lâcher (Se). Produire en so-
ciélé un bruit trop personnel;
donner le jour à une émanation
trop intime.
Lâcher de (Se). Faire de la
dépense, faire acte de généro-
sité, oiïrir quelque chose. Je me
lâche de deux consommations. —
Je me lâche de cinq francs.
Lâcheur, Lâcheuse. Homme,
femme sur qui l'on ne peut
compter. — « Cet admirable lâ-
cheur qu'on appelle l'Angle-
terre. » (La France, du 8 juin
1878.) — Mauvais, mauvaise ca-
marade. — Celui, celle qui ne
prend pas la défense d'un ami
dont on dit du mal.
Lâcheur. Homme qui n'est
pas partisan des liaisons amou-
reuses de longue durée. « Méfie-
toi, Nini, c'est mon lâcheur de
la semaine dernière. » (Grévin.)
« Tous les maris sont des lâ-
cheurs. )) (ClairvilleetSiraudin,
Le Mot de la fin.)
Lâcheur. « On appelle ainsi
les pilotes qui se chargent de
conduire les bateaux depuis
Bercy jusqu'au Gros-Caillou, en
leur faisant traverser tous les
ponts de Paris. » (E. de La Bé-
doUière.)
Lâchez la commande. Mot à
mot : lâchez le fil commandé,
en terme de machiniste. C'est,
au théâtre, l'ordre d'allumer le
lustre. « Un machiniste est sur
le théâtre; il crie : lâchez la
commande... A cet ordre, un fil
descend du cintre; on y attache
une herse à gaz, et, à un nouvel
ordre, la herse remonte. » (Ch.
de Boigne.J
Lacorbine. Surnom que se
donnent entre eux lesEphestions
de trottoir; nom sous lequel les
désignent généralement les ins-
pecteurs du service des mœurs.
C'est une déformation du mot
« la courbée •».
Lacromuche. Souteneur de
filles. C'est le mot macro « ma-
quereau » par substitution de L
à M et dotation de la désinence
ari,otiqLie muche. Dans l'argot
des bals de la barrière du Trône,
la plupart très poissonneux, la-
cromwc/ie sert à désigner un «gar-
çon », un « jeune homme » quel-
conque.
Lago. Ici, — dans le jargon
des voleurs.
Lago (Saint). La prison de
Saint-Lazare.
Lagout. Eau, — dans Tancien
argot.
Laigre. Fête, foire.
Laine. Drap, — dans le jar-
gon des tailleurs. Avoir de la
laine, avoir de l'ouvrage.
Laine. Mouton.
Laisser pisser le mérinos. Sa-
voir attendre le moment favo-
rable. Attendre patiemment le
résultat d'une affaire.
Lait à broder. Encre, — dans
le jargon des voleurs.
Lait des vieillards. Vin, s'il
faut en croire les vieux ivrognes.
Laïus (Sécher le). Ne pas se
donner la peine de faire le dis-
cours dont le sujet a été donné
par le professeur, — dans le jar-
gon des Ecoles.
Lambert (Ohé) ! As-tu vu
Lambert? Apostrophe, cri, scie
qui s'est produit pour la pre-
222
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
mière fois le 15 août 1864, le
jour de la fête de Napoléon III.
Du bout d'une rue à l'autre, sur
les impériales des omnibus, dans
les gares, dans les wagons, on
n'entendait que le cri de : Ohé
Lambert ! As-tu vu Lambert? Cela.
dura trois ou quatre mois. De-
puis on a passé à d'autres exer-
cices. — Etymologie : Une fem-
me de la campagne, venue à Pa-
ns pour la fête du 15 août, per-
dit ou égara, au débarcadère du
chemin de fer de l'Ouest, son
mari qui s'appelait Lambert; et,
pendant plus d'un quart d'heure,
on entendit cette épouse éplorée
demander à tous les échos :
« Lambert! » Les détracteurs
de l'Empire prétendirent que le
mot était un mot d'ordre venu
de la rue de Jérusalem, et mis
en circulation par la police, à la
seule fin de distraire le peuple
des idées politiques, dont on
trouvait, aux Tuileries, qu'il s'oc-
cupait un peu trop.
Lame (Vieille). Terme d'ami-
tié entre anciens militaires.
Lamine. Le Mans,— dans l'an-
cien argot.
Lampas. Gosier, gosier d'ivro-
gne dont la vocation est de
lamper.
Lampe (Il n'y a plus d'huile
dans la). Il est bien près de la
mort, il n'a plus de forces. Il
s'éteint comme une lampe, à la-
quelle l'huile manque.
Lampe-à-mort. Ivrogne en-
durci, ivrogne que rien ne peut
désaltérer.
Lampion. Bouteille. — n M.
— Chapeau. — Sergent ('u -llo.
Lance. Eau. — Balai. Lancier
du préfetf balayeur, cantonnier.
Lancé. Légèrement pris de
vin.
Lanceqniner, Lansquiner.
Pleuvoir. — Pleurer. — Uriner.
Lancer son prospectus. Jouer
de la prunelle, faire entrevoir
sous le feu des prunelles tout un
monde de voluptés, — dans le
jargon des filles.
Lancer une femme. Produire
une femme dans le monde oh
l'on s'amuse. La lancer sur le
chemin de la fortune, la mettre
à la mode. Les gffmdins pronon-
çaient et les gommeux pronon-
cent : Je la lince. Une femme
^lancée est une femme qui occupe
un certain rang dans la prosti-
tution dorée, un des premiers
sujets du monde galant. « Bien-
tôt on la fêtera, on viendra ver-
ser à ses pieds les richesses du
Potose; on l'habillera de soie,
on emplumera son chapeau...
Alors elle sera lancée. » (Les
Filles d'Hérodiade, 1845.)
Landau. Hotte de chiffonnier.
Landau à baleines. Parapluie.
— « Comme si une poupée et
un landau à baleines c'était
pas la même chose 1 Tous les
deux se retournent et vous lâ-
chent quand il fait mauvais. »
(Huysmans, Marthe.)
Landier. Préposé de l'octroi.
Landière. Boutique foraine.
En souvenir de la célèbre foire
du landit qui se tenait à Saint-
Denis.
Landrenx. Infirme, — dans
l'ancien argot.
Langue verte. Argot des tri-
cheurs, langue irrégulière, bas
langage. Tantôt verte coirime
une pomme au mois d'août,
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
223
tantôt verte comme un gibier
trop faisandé.
Langue fourrée. Allusion li-
bertine au coup fourré de l'es-
crime et appliquée au langage
de l'amour. En latin, lingua du-
plex^ id est quum in basiis lingua
linguœ promiscetur.
Lansq. Lansquenet, nom d'un
jeu de cartes.
Lansquine. Pluie. « Quand je
vois ces pauvres diables sans
turbin... s'en aller sous la lans-
quine. » {Le Sans-cvlotte, 4878.)
Lanterne (Vieille). Femme
galante qui a gagné ses invali-
des.
Lanterne (Radouber la). Ba-
varder.
Lantimèche. Nom d'amitié,
sobriquet tout intime. — Père
Lantimèche, mère Lantimèche. —
Les concierges des deux sexes
se donnent volontiers entre eux
« du Lantimèche ».
Lantiponner. Parler pour ne
rien dire.
Lapin (Fameux). Courageux.
— Lapin ferré, gendarme.
Lapin. Voyageur, — dans le
jargon des conducteurs d'omni-
bus. — En lapin, placé sur le
siège d'une voiture, à côté du
cocher.
Lapin (Etouffer un). Ne pas
sonner une place, — dans le
iargon des conducteurs d'omni-
bus, lorsqu'il leur arrive de
frustrer leur administration de
trente centimes.
Lapin (Coller un). Abuser de
la confiance d'une femme qui
vend l'amour tout fait, en ou-
bliant de la rémunérer.
Larbin. Domestique. « Nous
avons perdu le domestique,
nous avons créé le larbin. Le
larbin est ai\ domestique ce que
le cabotin est au comédien. »
(N. Roqueplan.) — Le mot avait
primitivement le sens de men-
diant. C'est ainsi qu'il est ex-
plique dans le glossaire d'argot
des Mémoires d'un forçat oxm Y i-
docq dévoilé». — D'ailleurs les
domestiques se livrent plus ou
moins à la mendicité vis-à-vis
de leurs maîtres.
Larbin, Larbin savonné. Valet
d'un jeu de cartes. — Quatorze
de tyrans et trois larbins.
Larbine. Servante, bonne à
tout faire.
Larbinerie. Domesticité.
Larcotier. Luxurieux, — dans
l'ancien argot.
Lard. Graisse humaine. Per-
dre S071 lard, maigrir.
Lard (Couenne de). Brosse.
Lardé aux pommes. Raçoût
de pommes de terre au lard. —
Un lardé aux pommes, une por-
tion de pommes de terre au
lard. — « Au prix où sont les
lardés aux pommes aux trente
neuf marmites. » {Tam-Tam,
du 6 juin 4880.)
Larder. Donner un coup d'é-
pée, un coup de couteau.
Lardoire. Ëpée.
Large (Du). Partez; cédez la
place.
Large (Ne pas la mener).
Avoir peur, n'être pas rassuré.
Large des épaules, large du cul,
avare.
Largue. Femme. — Largue
en vidange, femme en couches.
224
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
(Colombey.) — Largue d'altéque,
jeune femme. Largue en panne,
femme abandonnée.
Larguepé. Prostituée, — dans
le jargon des voleurs.
Lartin. Mendiant, — dans
l'ancien argot.
Larton, Lartif. Pain, — dans
l'ancien argot.
Lartonnier. Boulanger.
Las de chier (Grand). Grand
efflanqué, grand molasse, —
dans le jargon des voyous. C'est
l'équivalent moderne de l'an-
cien las-d'aller.
« Ce rongneux las-d'aller se frottait à mes
[bas. »
(Régnier, Satire x.)
Lascailler. Uriner, — dans le
jargon des voleurs.
Lascar. Soldat qui a long-
temps servi, soldat qui connaît
toutes les ficelles du métier. —
« Ah! le lascar! se dit Max, il
est de première force, je suis
perdu. » (Balzac, TJn Ménage de
garçon.)
Latin. Argot, — dans le jar-
gon des voleurs. — Le petit dic-
tionnaire d'argot (Paris, 1827,
imprimé chez Guiraudet) porte
en sous-titre « latin-français »,
c'est-à-dire argot-français.
Latte. Sabre de cavalerie. —
Sabre droit des dragons, —
dans l'argot du régiment.
Lattife. Linge blanc, — dans
le jargon des voleurs.
Laumir. Perdre, — dans l'an-
cien argot.
Laure. Maison de prostitu-
tion, — dans l'ancien argot; du
bas latin, laura^ monastère.
Lavabe. Contre-marque ache-
tée pendant un entr'acte ou
donnée par un spectateur qui
va voir chez lui la suite du spec-
tacle. — Billet à prix réduit.
Lavage. Vente pour cause de
misère.
Lavasse. Soupe ordinaire, —
dans le jargon des prisons. La-
vasse sénatoriale, lavasse minis-
térielle, soupe grasse. Lavasse
présidentielle,soupGénoYmémcni
grasse; mot très rarement em-
ployé, et pour cause.
Lavement. Adjudant, — en
style de régiment. Le mot se
renverse. C'est pourquoi, à l'in-
firmerie, les lavements ont reçu
le nom « d'adjudants ». — Laisse-
moi vite passer, j'ai un adjudant
dans le ventre.
Lavement. Ennuyeux person-
nage, rabâcheur, tannant. —
Pressé comme un lavement, très
pressé, allusion au lavement qui,
une fois absorbé, n'aime pas à
rester longtemps en place.
Laver. Vendre pour cause de
misère ou de gône momenta-
née. « Ma foi ! l'avais une ma-
rine de je ne sais plus qui, je la
décroche, je la fourre dans mon
châle; et je pars laver ça. »
(Ed. et J. de Concourt.)
Laver les pieds (Se). Aller à
Cayenne aux frais de l'Etat. Les
voleurs disaient, dans le même
sens, il y a quelques années :
Prendre un bain de pieds.
Lavette. Langue. — Laveter^
bavarder. — Laveteur, bavard.
Lavoir. Confessionnal. On y
fait la lessive de la conscience',
plus noire, souvent, que le linge
le plus sale.
Lavoir public. Journal, —
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
dans le jargon des filles. « Nous
ne sommes pas venues ici pour
nous engueuler à propos de ces
lavoirs publics. » (H. de Lynol,
Encore une industrie inconnue,
1860.)
Lazagne. Lettre, — dans le
jargon des voleurs. Balanceur
de lazagnes, écrivain public.
Le, La, Les. Articles que mes-
sieurs les maîtres d'hôtel des
maisons qui se respectent —
s'inspirant des traditions de la
Régence, — ne manquent ja-
mais de placer avant le nom de
chaque plat porté sur le ma-
nuscrit gastronomique , vuJgo
menu. Amsi ce sera : Le potage
velours, les filets de sole à la
Joinville, la poularde truffée,
les asperges en branche, la tim-
bale de Bontoux. C'est-à-dire :
le merveilleux potage, les ad-
mirables filets, la succulente
poularde, les énormes asper-
ges, la sans pareille timbale.
Lèche-cul. Adulateur sans ver-
gogne, bas flatteur.
Lèche-curé. Bigot, bigote, —
cans le jargon du peuple..
Léchée (Peinture). Tableau
peint à petits pinceaux, d'une
manière minutieuse.
Lécher le grouin. Embrasser.
{Dict. comique.) Aujourd'hui Von
dit plus fréquemment : sucer, se
sucer le caillou.
Lécheur, Lécheuse. Celui,
celle qui, à tout bout de champ,
trouve moyen d'embrasser. Ce-
lui, celle qui se fond en cares-
ses.
Légitime. Pour femme légi-
time. — Qu'est-ce qu'a vu ma
légitime f
225
Légumier. Cuisinier chargé
du département des légumes,
dans un grand restaurant. « La
truffe n'est pas de son domaine ;
elle appartient en propre au
grand chef, qui la distribue
d'après les Ijesoins... et la suit
de l'œil. » (Eug. Chavette, Res-
taurateurs et restaurés, 1867.)
Léon. Président de Cour d'as-
sises, — dans le jargon des vo-
leurs.
Lesbienne. Femme qui suit
les errements de Sapho; celle
qui cultive le genre de dépra-
vation attribué à Sapho la Les-
bienne.
Lésée, Lésébombe. Fille pu-
blique, — dans le jargon des
voyous. — Les bouchers disent :
lesélem ou lesélumfum, léséslem-
fuch, en ajoutant lem, lumfum,
ou lemfuch; fum et fuch sont
pour fumelle, altération de fe-
melle. — Lésébombe en "purée,
fille publique mal mise, dans la
misère.
Lessive, lessivage. Vente pour
cause de nécessité première,
vente quand même. — Grosse
perte d'argent. — Mauvaise
opération financière. — Plai-
doyer, — dans le jargon des
voleurs.
Lessive du Gascon. Propreté
très superficielle. Un faux-col
retourné, pas de chemise, et les
mains à peine lavées, voilà la
lessive du Gascon.
Lessiveur. Avocat. C'est lui
qui est chargé de laver le linge
sale de l'accusé.
Lest (Jeter son). Rejeter par
en haut le lest de la nourri-
ture, vulgo vomir.
13.
226
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Levage. Séduction facile et
en coupe réglée. — Les filles
font des levages dans les bals pu-
blics à coups de cancan, les
femmes g-alantes, au théâtre, à
coups de lorgnette ; les grandes
cocottes, au bois de Boulogne,
à coups de huit-ressorts, sur la
plage à coups de costume de
naïades, à Monaco à coups de
cartes.
Lève-pieds. Echelle ; escalier.
Levée. Arrestation de filles
publiques; rafle opérée par la
police sur les boulevards, dans
les cafés, dans les hôtels garnis,
chaque fois que le flot de la
prostitution menace de monter
trop haut.
Lever. Séduire facilement.
— Lever une femme. Ce mot,
pris dans cette acception galante,
remonte au siècle dernier. Nous
en trouvons un premier exem-
ple dans les Anecdotes sur la
comtesse Dubarry, publiées en
1776, Londres. « Le comte phi-
losophe, (Lauraguais) ne pou-
vant se passer d'une maîtresse,
fut tout simplement lever une
fille chez la Gourdan^ comme
on va lever une pièce d'étolie
chez un marchand. »
Lever. Tromper, mentir pour
obtenir un service. — Emprun-
ter. — Lever quelqu'un de dix
francs. — Etre levé, se faire le-
ver, être trompé, être volé, se
faire voler. — Pour une fille,
être levée, se faire lever, c'est
avoir séduit un homme, se faire
suivre par un homme qui paraît
animé des meilleures intentions,
très animé.
Lever. Prendre possession
d'un titre, d'une valeur cotée à
j la Bourse, en ternie de Bourse.
— Lever cent Lyon-Méditerranée.
I — « Levez-vous, madame? —
I Non, monsieur, je préfère que
I vous me reportiez n, dit une
{ dame assise à un coulissier. [La
Bourse, dessin par Lefils.)
Lever la lettre. Prendre les
lettres typographiques dans
leurs casses respectives. — Ter-
me de typographe.
; Lever le bras. N'être pas con-
' tent, — dans le jaVgon des ty-
I pographes.
Leveur. C'est le compère du
! voleur à l'Américaine, celui qui
est chargé de lever, c'est-à-dire
de dénicher la dupe et de lier
conversation avec elle. Le leveur
I était autrefois désigné sous le
I nom de jardinier.
\ Leveur (Bon). Compositeur
1 d'imprimerie qui lève vite la
! lettre.
Leveuse. « II y a parmi elles,
j (les femmes des bals publics)
une catégorie de femmes qu'on
a flagellées de l'épithète de le-
veuses. Pour celles-ci, le bal est
un prolongement du trottoir. »
{Ces dames du Casino, 1862.)
Levure. Fuite. Pratiquer une
\ levure, se sauver.
Lézard. Mauvais camarade. —
Paresseux. — Voleur de chiens.
— Industriel qui spécule sur les
récompenses promises pour res-
titutions de chiens perdus. — •
Faire le lézard, lézarder, ne rien
faire.
Léziner. Tricher; hésiter. —
Lézine, tricherie.
Libre (Etre). Dans le jargon
des filles, c'est n'avoir contracté
i
rée et au delà. Liberté ! que de
polissonneries on commet en
ton nom !
Lice. Bas de soie.
Lichade. Embrassade. — Bon
repas, partie fine.
DICTIONNAIRE d'ARGOT MODERNE. 227
aucun engagement pour la soi- posées d'une syllabe ou d'un
" mot de trois ou quatre lettres
qu'il était possible de faire en-
trer dans la ligne précédente
en espaçant moins large. Les
lignes étant comptées pleines,
on conçoit l'intérêt du compo-
siteur à n'avoir qu'un mot à
Liche. Bombance. — Licher, ! mettre dans une ligne. (Typo-
boire en fin connaisseur. | graphes parisiens, Boutmy.)
Licheur, Licheuse. Bu- j Ligore. Cour d'assises.
veur, buveuse. Gourmand, go ur- I Ligotage, Terme de police.
mande. « Le ligotage enchaîne les mains
Liège. Gendarme. (Colom- I au moyen d'une ficelle que l'on
jjgy\ I serre savamment jusqu à ce que
1*. ^ ,,. . , , i le sanff iaillisse. » (Procès de la
Lignante. Vie; - vient de j 2^^^^,^„/ 27 ^anv. 1879, p/a*-
ligne dite a de vie », une des ! ,^omede W Delattrc.) - «Tout
plus importantes au point de i |g ^^^^^^^3 g^^t, depuis M. Jacob
vue de la chiromancie. ; jusqu'au dernier employé de la
Lignard. Soldat d'infanterie ^ préfecture, que les individus qui
de ligne. | ne veulent pas avouer sont at-
Lignard. Rédacteur de jour- j tachés et frappés jusqu'à ce
nal payé à la Ugne. ! qu'ils aient avoué. » {Procès delà
r:.^r,^A T-^r^^^vo^i,^ «i,o,.«A i Lanterne, déposition de M. Crou-
de^^^ lozzi'""' ''''''' \ ^^ér '^ '^ '^'^^ '^
Lignard. Pêcheur à la ligne, î Ligotante! Ligotte. Corde,
- dans le jargon des canotiers , ^^ ^^^-^^ ^^^^J^^ -higotter, lier,
ue la beine. 1 » . ,, , .<., ▼ • . .
,„.,,,, Ligotte de rifle, Ligotte ri-
Ligne (Faire la). Aux heures ! fiarde. Camisole de force. Mot
de la journée où les chentes 1 ^ mot : liens de feu, liens brA-
sont rares, les commis en nou- jants.
veautés se partagent, à tour de i t -li t -h a i -n
rôle, la vente; c'est ce qu'ils i LiU^nge. La ville de Lille,
appellent /"aire la ligne. Lillois. Fil, — dans l'ancien
Ligne d'argent (Pêcher à la), ^^f? * ^ .-^ , -,
Acheter du poisson après une .Limace. Prostituée du der-
pêclie infructueuse. ^^^^ ordre.
Ligne (Tirer a la). Allonger ! Limace, Lime. Chemise. —
un article de purnal payé à I « En faisant son affaire sans
tant la ligne. ' , limace on ne laisse pas de piè-
T- /•n- t. • 1 \ r. 1 • ces à conviction près du mâcha
Ligne (Pécheur a la . Celui | ^^ ^^ ^„ n'a pas de raisiné sui
qui tire à la ligne en écrivant
un article de journal.
Lignes à voleur. Lignes com
pas ae raisiné sur
sa pelure. » (J. Richepin, l'Assos-
sinnu.) — Limacier, chemisier;
limacièref lingère.
228
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Limande. Personne molle,
onséquieuse, plate au moral.
Limande (Faire la). Faire
l'obséquieux, se mettre à plat
ventre devant quelqu'un, s'apla-
tir moralement. Allusion à la
limande, poisson très plat.
Lime sourde. Sournois.
Limer. S'exprimer difficile-
ment. — Rester longtemps sur
un ouvrage.
Limeur. Celui qui s'exprime
avec difficulté. — Lent au tra-
vail.
Limonade. Gilet de tlanelle,
— dans le jargon des voyous.
C'est un dérivé de lime, qui
veut dire chemise.
Limonade. Eau, — dans le
jargon des ivrognes. — Se pla-
quer dans la limonade, se jeter
à l'eau.
Limonade de Linspré. Cham-
pagne, — dans le jargon des
voleurs. C'est mot à mot : li-
monade de prince.
Limonade (Tomber dans la).
Faire de mauvaises affaires; se
ruiner.
Limonadier de postérieurs.
Apothicaire. (Le Nouveau Vadé,
1824.)
Limousin. Maçon, gâcheur de
plâtre.
Limousine. Plomb en feuille;
toit en plomb.
Limousineur. Voleur de
plomb en feuille, de toitures en
plomb.
Linge. Elégante fille publi-
q[ue.
Linge à règles. Personne
d*une malpropreté révoltante.
— dans le jargon des voyous.
Linge convenable. Femme
dont le souteneur n'a qu'à se
louer. Mot à mot : linge, femme
qui convient. — Se payer un
linge convenable, devenir le Des-
grieux d'une élégante Manon.
Linge lavé (Avoir son). Etre
arrêté, — dans le jargon des
voleurs. C'est la variante : d'être
propre.
Linge (Etre). Porter du linge
blanc: avoir une chemise blan-
che.
Lingre. Couteau. Mot à mot :
couteau de Lingres, pour Lan-
gres, patrie de la coutellerie
française. — Lingrerie, coutel-
lerie. — Lingriot, petit couteau,
canif.
Lingrer. Donner des coups de
couteau.
Lingue. Couteau. C'est la for-
me moderne de lingre. Jouer du
lingue.
Linspré. Prince, — dans le
jargon des voleurs. — Mot re-
tourné.
Linvé. Un franc, vingt sous, —
dans le jargon des voyous, par
abréviation de linvé loussem;
emprunté au jargon des bou-
chers. Déformation argotique
en vé et lem.
Lion. Elégant (1840). — Lion,
lionne du jour, homme, femme
à la mode; célébrité éphémère.
Lipète. Prostituée portée sur
sa bouche.
Lipette, Limousinant. Maçon
qui pose les moellons et fait les
murs.
Liquette. Chemise. — Décar-
rer le centre des liquettes^ dé-
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
229
I
marquer du linge. Mot à mot :
faire sortir le nom des cher^ises.
Liquid. Liquidation, — en
terme de Bourse.
Liquide. Toutes sortes de
boissons, l'eau exceptée, — dans
le jargon des ivrognes.
Lisette. Gilet long; gilet de
cocher.
Lit à coups de poing (Faire
un, expédier un). Faire un lit
à la hâte sans retourner les
matelas. On dit également
« faire un lit à Vanglaise ».
Litrer. Posséder, avoir, —
dans l'ancien argot.
Litron. Litre (jui n'a pas la
taille réglementaire.
Litronner. Boire du vin au
litre.
Litronneur. Buveur qui a un
faible pour le vin au litre.
Livre des quatre rois. Jeu de
cartes! (F. Michel.)
Livre rouge. Registre du dis-
pensaire, — dans le jargon des
filles.
Locandier. Voleur qui opère
en visitant les appartements à
louer. Sous prétexte de visiter
un appartement, le locandier
dérobe tout ce qu'il peut, prend
l'empreinte des serrures, exa-
mine la place où il travaillera
plus tard; de l'italien locanda,
maison.
Locatis. Habit en location;
cheval de louage; voiture au
mois et en général tous les effets
mobiliers ou autres qu'on loue
à la journée ou au mois.
Loche. Oreille. — Locher^
écouter, entendre.
Loche (Mou comme une)*
Flegmatique, sans énergie; par
altération de mou comme une
loque.
Locher. N'être pas d'aplomb,
menacer de tomber; c'est clo-
cher en supprimant le G.
Locomotive (Fumer comme
une). Fumer beaucoup et très
vite, — dans le jargon des fu-
meurs.
Loffe, Loffiat. Niais, bêta.
Loffe. Spectateur , — dans
l'ancien argot des comédiens;
c'est-à-dire imbécile, naïf. Le
mot est emprunté à l'argot des
voleurs.
Loffitude. Bêtise, naïveté. —
Bonisseur de lof'fitudes^ pitre,
charlatan. Mot à mot, diseur de
bêtises.
Long. Niais, dupe, — dans
l'ancien argot; mot à mot:
long à comprendre.
Long du mur (Blanchi le). Se
dit d'un employé, d'un domes-
tique, qui n'est'pas blanchi aux
frais de son patron, aux frais
de son maître. L'employé de
commerce qui n'est ni nourri
ni blanchi chez son patron, dit
qu'il est nourri de Vair du temps
et blanchi le long du mur.
Longe. Année, an. — Tirer
une longe f faire un an de prison.
Longuette de trèfle. Tabac à
chiquer, tabac en ficelle.
Longchamp. Cour réservée
aux latrines de l'École Poly-
technique.
Loques. Boutons de culottes
avec lesquels, faute de sous,
jouent les gamins. — Boutons
qui, à la rigueur, servent de
230
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
marques aux joueurs de loto.
Lorcefé. La Force. (Ancienne
prison de Paris.)
Lordant, Lourdier,Lourdière.
Portier, portière.
Lorette. Femme galante,
femme entretenue. M. Prud-
homme l'appelle « la moderne
hétaïre ». Le mot a été créé
en 1840 par Nestor Roqueplan.
« Comme Vénus aphrodite de
l'écume des ilôts, la lorette était
née de la buée des plâtres mal-
sains, là-haut, dans les quartiers
bâtis en torchis élégants, la pe-
tite Pologne des femmes. Ro-
queplan s'était fait son parrain; ;
Balzac son historien; Gavarni |
sa marchande de mots et de i
modes. » [Les Mémoires du bal 1
Mabille.) « Qu'est-ce que la lo- |
rette? G'est la loi du divorce ;
rétablie, et, pour plus d'un mari,
je le dis avec tristesse, la pa- ;
tience du mariage... La lorette
n'est ni fille, ni femme, à pro- ,
prement parler. C'est une pro- i
fession, c'est une boutique. » !
(Eug. Pelletan, La nouvelle Ba- \
hylone.) « Elle a un père à qui i
elle dit: Adieu papa; tu vien-
dras frotter chez moi dimanche.
— Elle a une mère qui prend
son café quotidien sur un poêle
en fonte. » (Ed. et J. de Gon- !
court.) « Il y a mille et une ma- i
nières, en apparence, de deve- !
nir lorette, mais au fond c'est !
la même. Une pauvre fille qu.e }
l'on vend, une pauvre fille que ;
l'on trompe. » [Paris-Lorette.) \
« Une lorette , parlant d'un en- j
treteneur pour lequel elle a du !
goût, dit : « Mon homme » ; :
l'entreteneur qu'elle considère |
et respecte est son monsieur; i
quant à l'entreteneur pur et l
simple, quoi qu'il fasse, et quoi
qu'il donne, il n'est jamais qu'un
mw/îe. » {Idem.) « Aujourd'hui les
lorettes célèbres de 1840 ont
• vieilh. Elles comptent leur dé-
! pense avec leurs cuisinières,
: prennent l'omnibus quand il
j pleut, et élèvent des oiseaux.
j La lorette pure est maintenant
j un type évanoui, une race dis-
1 parue. » [Paris à vol de canard.)
! Lorgne. Borgne; avec chan-
I gement de la première lettre;
I et la variante lorgnebé, — dans
; le jargon des bouchers.
j Lorgne. As, — dans le jargon
j des voleurs. C'est-à-dire borgne.
I L'as est une carte borgne ,
• n'ayant qu'un point au milieu.
; Les ouvriers disent « borgne »
j pour désigner un as. — Quatorze
de borgnes, quatorze d'as. M. Fr.
Michel donne lorgue; ce doit
être une faute d'impression.
Lorquet. Sou, — dans le jar-
gon des voyous; emprunté à
celui des bouchers.
Lou. Pièce manquée, ouvrage
abîmé, en terme d'ouvrier du
fer. — En terme de théâtre, un
lou on loup signifie froid, pour
froid de loup, et sert à désigner
un très court intervalle de temps
pendant lequel, contre toutes
les règles de l'art dramatique,
la scène reste vide; ce qui jette
un froid. « Pendant que je vais
m'habiller, pour éviter un petit
froid, ce qu'au théâtre nous
appelons un lou. » (Clairville et
Siraudin.)
Lou (Faire un). Louter une
pièce. Rendre une pièce im-
propre à sa destination. Terme
des ouvriers du fer.
Louave. Soûl, — dans le jar-
DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE.
231
gon des bouchers. En substi-
tuant, comme dans la plupart
des mots de leur jargon, L à la
première lettre et ajoutant la
désinence ave.
Louave (Faire un). Voler un
ivrogne, — dans le jargon des
voleurs qui prennent leur bien
un peu partout.
Loubion. Bonnet. — Loubion-
nier, loubionnière , marchand,
marchande de bonnets. — Mer-
cier, mercière.
Louche. Main; par allusion à
la cuiller à potage dite «louche ».
Louche (La). La police, —
dans le jargon des voleurs. —
La louche renifle, la police tient
la piste.
Loucher (Faire). Gêner, em-
barrasser. — Faire envie, don-
ner le désir de. — On dit vul-
gairement de quelqu'un qui
regarde beaucoup une femme,
qu'elle le fait loucher. — Une
chose que Ton désire, dont on
a envie, fait loucher.
Louchon, Louchonne. Hom-
me, femme qui louche.
Louffe, Lousse. Pet taciturne.
Louffiat. Mal appris, grossier
personnage.
Loufoque. Fou, — dans l'ar-
got des voleurs ; en remplaçant,
comme dans le jargon des bou-
chers, la première lettre par un
L, et rejetant l'F à la fin avec
addition de la désinence oque.
— « Non, c'est pas le père Du-
chène qui est loufoque, c'e*st
vous autres qui êtes des ahuris.»
(Le père Duchène, 1879.)
Lougé. Agé, — dans Tancien
argot.
Louille. Fille publique, —
dans l'argot des voleurs. Louille
est pour « fouille ».
Louis (La). Abréviation de
Louis XV. — Sous le nom de
« Louis XV » les souteneurs dé-
signent les femmes publiques
aux crochets desquelles ils vi-
vent largement, par allusion à
ce monarque qui passe pour
avoir été très généreux avec ses
maîtresses. — « C'est la meilleure
de toutes les Louis XV que j'ai
eues. » (Max. du Camp. Paris,
\ t. III. — 4875.)
i « J' couch' quéqu'fois sous des voitures;
I » Mais on attrap' du cambouis,
j » J' veux pas ch'linguer la peinture _
1 » Quand j' suc' la pomme à ma Louis, n
(Jean Richepin, Chanson du rôdeur.)
Il convient d'observer qu'à Saint-
Pétersbourg, le peuple appelle
des Louis ceux auxquels en
France on a donné, entre autres
surnoms, celui d'Alphonse.
Louisette, Petite Louison.
Surnom attribué primitivement
à la guillotine. — « Malgré le
triomphe insolent du docteur
Louis, qui n'eut pas honte d'hu-
milier son rival, jusqu'à faire
appeler Petite Louison, l'instru-
ment de mort dont la propriété
se trouvait en litige, Guillotin
ne tarda pas à rentrer dans ses
droits. » (Alph. Cordier, Le
Docteur Guillotin.) Nul n'a songé
depuis à les lui contester, si
bien que le sensible docteur
passe pour être à la fois et le
Christophe Colomb et l'Améric
Vespuce de ce nouveau mode de
décollation.
Loup. Solution de continuité
dans un manuscrit envoyé à
l'imprimerie.
Loup. Dette criarde. Gréan-
232
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
cier nécessiteux que la faim fait
souvent sortir des bornes de la
modération.
Loup (Avoir vu le). SigniHait
au xvn® siècle avoir couru Lien
des dangers; signifie aujour-
d'hui avoir couru bien des
aventures galantes, en parlant
d'une femme. Ces femmes-là
n'ont pas besoin de parler du
loup pour en voir la queue, et
elles courent bien des dangers
en s'abandonnant au premier
venu.
Loup (Faire un). Contracter
une dette, — dans le jargon des
ouvriers. — Viens-tu prendre un
litre? — As-tu du pèse? — Non,
je ferai un loup.
Loupate. Pou, — dans le jar-
gon des voyous; emprunté au
jargon des bouchers. Déforma-
tion argotique en late.
Loupe. Bamboche, paresse,
tlâneric. — Bambocheur, fai-
néant, flâneur. — Camp de la
loupe, réunion de vagabonds.
« C'était, — c'est peut-être en-
core — une guinguette du bou-
levard extérieur, près de la
barrière des Amandiers. Cette
guinguette était flanquée, d'un
côté, par un pâtissier nommé
Laflème, et, de l'autre, par un
marchand de vin nommé Fei-
gnant. » (A. Delvau.)
LoupeL Pouilleux. — Dans le
patois du Midi pel signifie pou;
lou pel le pou.
Loupeur, Loupeuse. Vaurien,
drôlesse ; bambocheur, bambo-
cheuse.
Louper. Vagabonder, pares-
ser, bambocher.
Tirer une
loupe, courir de mauvais lieux
en mauvais lieux.
Loupiau. Jeune, — dans le
jargon des voleurs.
Lourde. Porte. — Débrider la
lourde, ouvrir la porte, boucler
la lourde, fermer la porte.
Lourde. — Hôtel garni, —
dans le jargon des voyous.
Lousse. Gendarmerie dépar-
tementale; soldat de la gen-
darmerie départementale.
Loustaud (Envoyer à). En-
voyer coucher, envoyer au dia-
ble; mot à mot : envoyer à la
maison. Loustaud vient du pro-
vençal Voustal qui veut dire la
maison. La véritable ortho-
graphe devrait être Voustaud.
On envoie à Voustaud, comme on
enverrait « à cette niche ! »
Louvetier. Ouvrier qui doit
partout où on a voulu lui faire
crédit; ouvrier qui demande du
crédit à tout le monde et qui
ne paye personne.
Lucarne. Chapeau de femme.
— Monocle.
Lucque. Faux passe-port,faux
certificat. — Papiers. — Porte-
lucque, portefeuille.
Luctrème. Fausse clé, — dans
le jargon des voleurs. — Filer
le luctrème, ouvrir une porte à
l'aide d'une fausse clé. (L. Lar-
chey.) C'est mot à mot: donner
luctrème onction à une porte ;
luctrème pour l'extrême, par
déformation.
Luisante. Lune. — Chan-
de.lle, dans l'ancien argot.
Luisants. Souliers vernis, —
dans le jargon des ouvriers.
Luisarde, Luisant. Jour. —
Soleil ; surnommé aussi par les
voleurs le grand lumignon.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
233
Lundi (Faire le). Chômer le
lundi, — dans le jargon des ou-
vriers. — La plupart des ou-
vriers travaillent le dimanche
ou une grande partie du di-
manche ; en outre, ce jour-là, ils
s'occupent à mettre de l'ordre
chez eux ; ce jour-là les prix des
chemins de fer sont sensible-
ment augmentés; autant de
raisons qui plaident en faveur
du chômage du lundi. — Le
lundi, c'est le dimanche des
ouvriers, surtout quand la paye
a eu lieu le samedi précédent.
— « A la table voisine de la
sienne, il y avait deux hommes
enhabits d'ouvriers qui faisaient
le lundi. » (P. Mazerolles, La
Misère de Paris.)
Lune, pleine lune. Derrière.
Lunette (Passer en). Nuire,
tromper, ruiner. — Etre passé
en lunette, avoir fait faillite, —
dans le jargon des ouvriers du
fer.
Lunette d'approche. Guillo-
tine, — dans le jargon des
voyous. — Passer à la lunette,
être guillotiné.
Luron. Hostie. — Avaler le
luron, communier, — dans le
jargon des voleurs.
Lusignante. Amante , maî-
tresse légitime.
Lusquin. Charbon, — dans le
jargon des voleurs.
Lusquines. Cendres.
Lustre. Juge, — dans l'ancien
argot. 11 éclaire l'affaire.
Lustre (Chevalier du). Cla-
queur. La place ordinaire des
claqueurs était et est encore,
dans beaucoup de théâtres, au
parterre, sous le lustre.
Lustre. Lampe, — dans le
jargon des voleurs. — Lustre
en toc, lampe de cuivre.
Lustrer. Juger, — dans l'an-
cien argot.
Lustucru. Niais, étourneau.
Lycée. Prison, — Aller au
lycée, aller en prison.
Lyonnaise. Soierie; robe de
soie. — Etre à la lyonnaise, por-
ter une robe de soie, — dans
le jargon des voleurs qui savent
qu'on fabrique beaucoup de
soieries à Lyon.
Mahilien. Elégant qui fré-
quente le bal Mabille.— Coiffeur,
commis de magasin qui danse
à Mabile.
Mabilienne. Demoiselle qui
va au bal Mabille comme les spé-
culateurs sur les fonds publics
vont à la Bourse. « Les mabi-
liennes de 1863 se subdivisent en
plusieurs catégories : La dinde,
la solitaire, la grue. » {Les Mé'
moires du bal Mabille.)
Mabillarde, Grue mabillarde.
Demoiselle qui, au bal Mabille,
fait beaucoup de frais de con-
versation dans l'espoir de se-
234
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
duire un riche étranger, mabi-
licn de passage. — Souvent elle
s'aperçoit trop tard, hélas! que
le riche étranger n'est ni riche
ni étranger.
Mac. Apocope de maquereau,
souteneur de filles; et mecque
avec changement de l'a en e. —
De maque, marchand; d'où ma-
quignon.
Maca. Maquerelle, proxénète.
— Mère maca, macquecée, maî-
tresse d'une maison de tolé-
rance. Maca suiffée, riche ma-
trone.
Macabée. Souteneur; c'est un
dérivé de mac.
Macabée, Machabée. Cadavre
quelconque d'homme ou d'ani-
mal. Se disait autrefois plus par-
ticulièrement du cadavre d'un
homme noyé ou de celui d'un
animal.
« Ce gros machabée, horrible pendu,
» Sur la dalle froide, on vient de l'étendre ;
» Il a les contours accrus d'un scaphandre,
» Et de ses haillons le mur est tendu. »
{Le Pavé, 1879.)
Macabées (Case des). Cime-
tière. Mot à mot : maison des
cadavres. — Le clou des maca-
bées, la Morgue; c'est-à-dire le
Mont-de-Piété des cadavres, l'en-
droit où l'on met les cadavres
en dépôt.
Macabre. Mort. C'est une va-
riante de machabée. — Viens-tu
piger les macabres au musée des
claqués ?
Macadam. Vin blanc nouveau
de Bergerac. Il présente l'aspect
d'une boue liquide et jaunâtre.
— Garçon ! deux macadams.
Macadam. Bière noire an-
glaise, porter.
Macairien. Usé jusqu'à la cor-
de, complètement déformé; ob-
jet de toilette qui rappelle en
partie le costume délabré de Ro-
bert-Macaire. « On y voit une
troupe de malheureux couverts
d'humides et boueux haillons,
le chef orné de chapeaux ma-
cairiens. » (H. Berlioz, Les Gro-
tesques de la musique-)
Macaron. Huissier. Allusion
aux panonceaux qui figurent à
la porte des huissiers. — Dénon-
ciateur.
Macaronnage. Dénonciation
d'un camarade.
Macaronner. Dénoncer, trahir
un camarade, — dans le jargon
des voleurs.
Macaronner, Macaroniser
(Se). Se sauver, filer, — dans le
même jargon; allusion au ma-
caroni qui, lui aussi, file à sa
manière.
Macédoine. Combustible, en
terme de chauffeur de chemin
de fer.
Mâchicoulis. Cachotterie; sub-
terfuge ; mot familier à mesda-
mes les concierges qui pronon-
cent généralement machecoulis.
Machine. Œuvre littéraire ou
artistique. Gra?zdemac/ii7ie, grand
tableau, drame à grand spec-
tacle.
Machine à moulures. Derrière.
Mâchoire (Vieille). Personne
à idées arriérées. L'expression
était très usitée en 1830, au beau
temps de l'Ecole romantique.
Maçon. Pain de quatre livres,
— dans le jargon des voyous. —
C'est une rareté que de ne pas
rencontrer, le matin vers neuf
heures.un maçon sans un énorme
pain sous le bras.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
235
Mac-Mahon. Les dragons ont
donné ce nom à la tête de Mé-
duse qui surmont j leurs casques.
— Tas joliment bien astiqué Mac-
Mahon, ce matin. — D'autres
l'appellent la « République »,
parce qu'ils se figurent que c'est
latête delà République, (comme
si elle avait le don de pétrifier
ses ennemis.) — Je m'en vas
dominer un coup d'astiqué à la Ré-
publique.
Mac-Mahonat. Gouvernement
du maréchal de Mac-Mahon, se-
cond président de la troisième
République française.
Mac-Mahonien. Partisan du
gouvernement du maréchal de
Mac-Mahon. — • Feuille mac-ma-
honienne, journal dévoué à la
politique du maréchal.
Macrotage. Métier du soute-
neur.
Macroter. Faire le métier de
souteneur. Macroter une affaire,
être l'intermédiaire dans une
affaire louche, malpropre, com-
me un prêt usuraire, une com-
binaison financière à l'adresse
des gogos.
Macrotin. Apprenti soute-
neur; souteneur surnuméraire.
Maculature (Attraper une).
Se griser, — dans le, jargon des
ouvriers pressiers.
Madame. Nom que les filles
de maison donnent à la maî-
tresse de l'établissement. — «Ma-
dame, la grasse et bedonnante
Madame. » (E. de Concourt, La
Fille Elisa.)
Madame Manicon. Sobriquet
qu'on donnait aux sages-femmes
au xvin« siècle. (Le Roux, Dict.
comique.)
Madame Canivet. Femme qui
fait mettre tout sens dessus des-
sous dans un magasin de nou-
veautés et s'en va sans rien ache-
ter.
Madame la Ressource. Reven-
deuse à la toilette.
Madame la rue (Aller voir).
Aller travailler, — dans le jar-
gon des chiffonniers, pour qui
la rue est f atelier.
Madeleine (Faire suer la).
Faire travailler son argent sur
le tapis vert; avoir de la peine
à gagner en trichant, — dans le
jargon des gracs.
Madrice. Malice. — Madrin^
madrine, malin, mahgne. La
langue régulière a « madré »
dans le même sens.
Magnes. Manières, embarras.
— Faire des magnes. — As-tu
fini tes magnes?
Magneuse , Manieuse , Ma-
gnuce. Dévergondée qui éprouve
un penchant honteux pour les
autres femmes.
Magot. Tabatière en bouleau,
tabatière dite « queue de rat »,
— dans le jargon du peuple.
Magot. Argent économisé.
L'ancien magot se mettait — les
paysans le mettent encore —
dans un vieux bas ; de là, le nom
de magot, bourse grotesque.
Maigre (Du) ! Silence ! — dans
le jargon des voleurs. — « On
aime une femme, on se sacrifie
pour elle, puis il vient un jour
où la femme vous dit : Oh ! du
maigre! va t' asseoir sur le bou-
chon, tu me gênes! » (Huys-
mans, Les Sœurs Vatard.)
Maigre comme un cent de
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
dons. Excessivement maigre.
Les variantes sont : Maigre comme
un coucoUf maigre comme un ha-
reng saur.
Maillocher. Travailler, — dans
le jargon des souteneurs, pour
qui le travail est la surveillance
exercée sur leurs maîtresses dans
le but de les empêcher de per-
dre leur temps, parce que le
temps c'est de l'argent.
Main. La totalité des cartes
constituant une partie , soit au
baccarat, soit au lansquenet. La
main réglementaire est de qua-
tre jeux de cinquante-deux car-
tes.
Main. Série de coups gagnés,
— dans le jargon des joueurs de
baccarat et de lansquenet. —
Avoir la main, tenir les cartes à
son tour. — Prendre la main,
prendre les cartes qu'un joueur
quitte après un ou plusieurs
coups de gain. —Passer sa main,
ne pas prendre les cartes à son
tour. — Passer la main, passer
les cartes après un ou plusieurs
coups gagnés. — Brûler la main,
jeter au panier les cartes du ta-
lon, après avoir gagné, en ban-
que, un certain nombre de coups.
Main chaude (Joner à la).
Etre guillotiné. Allusion à la po-
sition du patient.
Mains-courantes. Souliers, —
dans le jargon des ouvriers.
Maison à partie. Maison de
prostitution clandestine où cer-
taines femmes du monde, cer-
taines actrices en renom, vont
faire concurrence aux filles des
maisons autorisées.
Maison ou l'on est libre. Mai-
son où une lille est libre de re-
cevoir des visites à toute heure
du jour et de la nuit sans en-
courir la moindre observation
de la part du concierge, — dans
le jargon des coryphées du trot-
toir.
Maison (Femme de). Pension-
naire d'une maison autorisée.
— Etre en maison, appartenir à
une maison autorisée, — dans
le jargon des filles.
Maison (Gens de). Messieurs
et mesdames les domestiques.
— Les gens de maison donnent
une fois par an un trèsbeaubal
à la salle Valentino, ce qui leur
procure l'occasion de singer,
une fois par an, les belles ma-
nières de leurs maîtres.
Major. Chirurgien militaire,
— dans le jargon des troupiers.
Major de table d'hôte. Pseu-
do-militaire retraité dont l'em-
ploi consiste à découper la vo-
laille, dans une table d'hôte, et
à tricher au jeu après dîner,
quelquefois en attendant le dî-
ner, quand les dupes abondent.
Majors. Premiers élèves reçus
à l'Ecole Polytechnique. — Ma-
jor de queue, dernier élève reçu
à l'Ecole.
Mal ponr le canal (Pas). Se
dit en parlant d'une femme
laide, en observant un temps
d'arrêt après le mot mal.
Malade. Arrêté; inculpé. —
Maladie, emprisonnement, —
dans le jargon des voleurs.
Malade du pouce. Avare. —
Paresseux.
Maladie! Exclamation des
voyous, quand on leur dit quel-
que chose qui leur déplaît, quand
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
237
ils ne veulent pas faire quelque
ohose.
Maladie de neuf mois. Gros-
sesse. — Ce ne sera rien, c'est
une maladie de neuf mois.
Maladroits (Sonner aux).
« Quand on sonne pour l'exer-
cice à pied, les cavaliers disent
qu'on sonne aux maladroits, parce
que ce travailn'estimposé qu'aux
conscrits. » (Fr. de Reifienberg,
La Vie de garnison.)
Mal-blanchi. Nègre ; mulâtre.
— Superficiellement guéri de la
syphilis.
Mal-sucré. Faux témoin, —
dans le jargon des voleurs.
Maldine. Collège; établisse-
ment scolaire. C'est-à-dire en-
droit où l'on dîne mal.
Malingrer. Souffrir.
Malingreux. Anciens sujets
de la Cour des Miracles, chargés
d'exhiber de fausses plaies.
Maltèses. Ecus, — dans l'an-
cien argot; en souvenir de la
monnaie qui avait cours sur les
galères de Malte.
Maltouse. Contrebande. —
Pastiquer la maltouse, faire la
contrebande.
Maltousier. Contrebandier.
Manche. Partie de cartes, —
dans le jargon des joueurs.
Maman. Vache, — dans le jar-
gon des bouchers qui appellent
« papa )> le taureau; ce qui ne
les empêche pas de vendre tau-
reau et vache pour du bœuf.
Mamours (Faire des). Faire
des amitiés, se répandre en câ-
lineries.
Manche. Patron. Un mot que
le journal le Tam-Tam a lancé
dans la circulation et qu'il pour-
rait bien avoir créé. Le mot lui
plaît, car il n'y a pas de numé-
ros où il ne se trouve répété
plusieurs fois.
Manche. Quête. — Faire la
manche, faire la quête, attraper
le public en faisant la quête, —
dans le jargon des saltimban-
ques.
Manche (Faire la). « Exercer
la mendicité à domicile avec des
allures bourgeoises et quelque-
fois même de grand seigneur,
mais de grand seigneur ruiné. »
{Paris-Vivant,Le Truqueur,\SoS.)
Manche (Se mettre du côté
du). Agir avec prudence, se
ranger à l'opinion du parti le
plus fort, — dans l'argot des
politiciens. Le mot est du duc
de Morny.
Mancheur. « L'espèce de tru-
queur dit mancheur s'introduit,
sous divers prétextes, chez les
gens riches ou qu'il sait géné-
reux, et tâche de les intéresser
à ses malheurs réels ou imagi-
naires. » {Paris-Vivant, Le Tru-
queur, 1858.)
Mancheur. « On appelle man-
chturs ceux (les saltimbanques)
qui n'ont ni baraque, ni tente
en toile, mais simplement la per-
mission, de par le préfet ou le
maire, de se tordre les membres,
de se casser les reins comme ils
l'entendent, dans les carrefours,
sur les places, au coin des rues!
Pour bureau de recette, ils ont
une soucoupe cassée, un vieux
plat d'étain. » (J. Vallès.)
Manchière. Couturière qui fait
les manches des robes.
238
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE,
Mandat (Déposer son). Mou-
rir, — dans le jargon parlemen-
taire. — « Il paraît que l'hono-
rable M. Ma.llet du Gard a déposé
son mandat. C'est l'euphémisme
qu'on emploie à Versailles pour
indiquer qu'un représentant du
peuple a droit à une oraison fu-
nèbre de M. Grévy. » {Fiyaro
du 10 décembre 1878.)
Mandole. Soufflet, — dans
l'argot des marbriers de cime-
tière. (A. Delvau.) Jeter une
mandole^ donner un soufflet.
Mandolet. Pistolet, — dans le
jargon des voleurs.
Manette (Mademoiselle). Pe-
tite malle.
Mange-bénef. Mange béné-
fice; dissipateur.
Mange-merde. Apostrophe
voyoucratique ; homme absolu-
ment vil et méprisable.
Manger, Manger le morceau,
Manger sur. Manger du lard.
Dénoncer un complice, révéler
un secret. — Manger dans la
main, être très familier, ne pas
observer les distances sociales.
— Manger de la misère, manger
de la prison, subir la misère, la
prison. — Manger de la vache
enragée, être misérable. — Man-
ger de la merde, être dans le
dénûment le plus profond, être
abreuvé de soufi'rances physi-
ques et morales. — Manger sur
le pouce, manger à la hâte. —
Manger du drap, jouer au bil-
lard. — Manger du pavé, cher-
cher en vain de l'ouvrage. —
Manger la laine sur le dos de
quelqu'un, vivre aux dépens de
quelqu'un, le ruiner sans le faire
crier. — Ranger du pain rouge.
\ dépenser l'argent provenant
î d'un assassinat. — Manger à tous
! les râteliers, accepter de tous les
côtés, sans scrupules. — Manger
le Bon Dieu, communier. —
Manger du sucre, être applaudi
; au théâtre. — Manger le poulet ^
\ partager un pot de vin, parta-
I ger un bénéfice illicite. — Man-
I ger le gibier, faire sauter l'anse
! du panier de la prostitution, —
i dans le jargon des souteneurs
j qui n'entendent pas la plaisan-
terie sur ce chapitre. — Manger
le pain hardi, être domestique.
— Manger son pain blanc le pre-
mier, dépenser sans compter
avec la misère à venir. — Man-
ger l'herbe par la racine, être
mort depuis longtemps. — 31an-
ger ses mots, parler vite et d'une
manière incompréhensible. —
Manger la consigne, oublier un
i ordre qu'on vous a donné. —
I Avoir mangé la bouillie avec un
\ sabre, avoir une très, grande
• bouche. — Se manger, se manger
I le nez, se disputer vivement de
\ très près, se menacer d'en ve-
I nir aux mains. — Se manger les
\ sangs, s'inquiéter. — Se manger
\ les pouces, s'impatienter.
I Mangeur de blanc. Souteneur
! de filles.
Mangeur de galette. Celui qui
! bat monnaie au moyen de dé-
nonciations. «— Fonctionnaire
ami du pot de vin.
Mangeuse. Gaspilleuse.
; Manigancerie. Petit complot
domestique, mauvaise ruse.
I Manicle (Frère de la;. Con-
i frère en vol.
Manique. Métier,
de compagnon.
en terme
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
239
Manivâl. Charbonnier, — dans
l'ancien argot.
Mannequin. Demoiselle de
magasin sur le dos de laquelle
on essaie les confections, de-
vant les acheteurs, — dans le
jargon des marchands de nou-
veautés.
Mannequin. Cabriolet, voi-
ture à deux roues. — Hotte de
chiffonnier. — Mannequin à ma-
chabées, corbillard, ou encore
mannequin du trimballeur de dé-
gelés, de refroidis, demachabées.
Manque (A la). Mauvais, laid,
défectueux. — Tronche à la
manque, mauvaise mine, phy-
sionomie qui ne dénote rien de
bon, — dans le jargon des vo-
leurs, pour qui tous les agents
de la police ont des tronches à
la manque.
Manque (A la). Absent, sorti, i
— dans le jargon des ouvriers, i
— Etre à la manque, être ab- '
sent. — Ne pas être franc; tra-
hir.
Manquesse. Mauvaise note,
— dans le jargon des voleurs.
— Refiler la manquesse, être mal
noté.
Manuelle. Prostituée décré-
pite qui tend à la débauche une
main secourable quoique sou-
vent couverte de gale. « Ces
filles vieilles, laides, décrépites
et dégoûtantes, appelées pier-
reuses dans l'administration, qui
se désignent sous le nom de
manuelles. » (Parent-Duchatelet,
De la prostitution.)
Maqui. Apocope de maquil-
lage, maquille. Dérivé de mas-
que. — En terme de grecs, le
maquillage consiste à marquer
les cartes qu'on a intérêt à con-
naître. Il y a les maquis au coup
de pouce, au coup d'ongle, au
coup d'épingle, à la mine de
plomb, à la pièce et autres, sui-
vant l'inspiration du grec et la
tête des dupes.
Maquignon. Trafiqueur; so-
phistiqueur.
Maquignonnage. Gredinerie
commerciale ; vente àfaux poids;
falsification de marchandises;
sophistication.
Maquillage. L'art de peindre
et d'orner le visage; action qui
consiste à faire d'une figure hu-
maine un pastel. — Mélange
de vins. — Restauration de ta-
bleau. — Fraude en tout genre.
Maquiller. Faire ; frauder ;
farder; trafiquer. Dérivé de
maquignon.
Maquilleur. Tricheur. Maquil-
leuse, tricheuse.
Maquilleur de gayés. Individu
chargé par un maquignon de
rendre une rosse présentable à
la vente. Le maquillage des gayés
est souvent pratiqué par le ma-
quignon lui-même. Ce maquil-
lage consiste : pour les chevaux
poussifs, à, leur administrer, sous
le nom de potion, une affreuse
drogue qui les guérit... pen-
dant nn jour ou deux; pour les
chevaux couronnés, à coller sur
leurs genoux des poils de che-
vaux morts ; pour l'assortiment
d'un attelage, dans l'emploi de
la teinture. Il y a encore le li-
mage des dents, la taille des
oreilles et une foule d'autres
supercheries inspirées par les
circonstances et l'état de la
bête.
240
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Mar. Désinence argotique.
Ferruquemar, perruquier, poli-
cemar, agent de police; bouti-
quemar, boutiquier. La plupart
des mots de la langue régulière
qui n'ont pas d'équivalents en
argot, se forment au moyen de
la désinence mar^ les autres au
moyen des désinences much ou
mince.
Maraille. Le monde, — dans
le jargon des voleurs.
Marauder. Faire la contre-
bande des voyageurs; prendre
des voyageurs au détriment d'un
client qui a loué une voiture à
la joumée, — dans le jargon
des cochers de remise.
Maraudeur. Cocher qui racole
la pratique, pendant que son
bourgeois fait une visite, pen-
dant qu'il est au cercle, au res-
taurant.
Marbre. C'est, en terme de
journaliste, tout paquet com-
posé qui stationne sur la table
de fonte d'une imprimerie, en
attendant le moment d'être ap-
pelé aux honneurs de la mise
en page. — Etre sur le marbre^
attendre l'insertion d'un article
composé. — Avoir du marbre,
avoir en réserve des faits divers,
des articles « des quatre sai-
sons ». C'est, pour un journal,
avoir du pain sur la planche. —
11 y a toujours sur le marbre un
choix d'articles « Variétés » ; —
ce sont les en-cas, les bouche-
trous réservés pour les jours où
la copie manque, pour les jours
où les annonces faiblissent. Or-
dinairement le dimanche on
écoule le marbre de la semaine,
dans les journaux qui ne lais-
sent rien perdre.
Marc (Un de). Un verre d'eau-
de-vie de marc. — Vn marc ani-
setté, un verre d'eau-de-vie de
marc et anisette mêlées.
Marcassin. Apprenti peintre
d'enseignes.
Marchand d'eau chaude. Li-
monadier.
Marchand d'eau de javeL
Marchand de vin, — dans le jar^j
gon du peuple qui tient, au sei
vice des cabaretiers, un assorti-^
ment d'expressions dont la force i
donne une idée de la nature des
boissons qu'on lui débite.
Marchand de marrons Se dit
d'un officier portant mal l'habit
civil, — dans l'argot militaire.
Marchand de mort subite.
Médecin, — dans le jargon du
peuple. Autrefois l'expression
ne s'appliquait qu'aux charla-
tans. Depuis que tant de méde-
cins ont fait concurrence à tant
de charlatans, elle s'est étendue
jusqu'à ceux-là. — « C'était bien
sûr le médecin en chef... tous
les marchands de mort subite
vous ont de ces regards-là. » (E.
Zola.) — Dans la bouche des
voyous l'expression s'applique
encore à tout individu qui, par
maladresse, peut occeisionner un
accident. Ainsi, un mauvais co-
cher, un chaiTetier imprudent,
sont des mai chauds de mort
subite.
Marchand de sommeil. Te-
neur de chambres et cabinets
garnis... de vermine, la plu-
part du temps; logeur à la nuit
et à la corde.
Marchand de soupe. Maître
de pension; homme juste mais
sévère qui, sous prétexte d'en-
I
DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE.
241
k
seigner le grec et le latin à
l'espoir de la France, tient une
table d'hôte où lleurissent le
haricot, la lentille, la pomme de
terre et le chou.
Marchande de chair humaine.
Nom que donnent, entre elles,
les filles de maison à la pro-
pniétaire de l'établissement. Un
philosophe attardé dans un de
ces antres entendit un mot bien
profond. Comme il s'étonnait
devant une des pensionnaires
du luxe de la maison : « Et dire
que c'est nous qui gagnons tout
ça...! soupira la malheureuse.
Marchandise. Le contenu
d'une fosse d'aisances, — dans
le jargon des vidangeurs.
Marche-à-terre. Soldat d'in-
fanterie de ligne.
Marche de flanc. Repos sur le
lit de camp, — dans le jargon
des troupiers. — Razzia, ma-
raude, — dans le jargon des
soldats du bataillon d'Afrique.
Marche oblique. Sonnerie
qui appelle les cavaliers punis
au corps de garde. Ainsi nom-
mée, parce qu'on ne s'y rend
pas le cœur léger, mais d'un
air piteux, en rasant les murs,
en s'etfaçant, obliquement.
Mar-chef. Maréchal des logis
chef, par abréviation ; et jamais
abréviation ne fut plus justiliée.
Marchfeld. Champ de ma-
nœuvre, — dans l'argot de
Saint-Cyr.
Marcher. Approuver, être du
même avis, — dans le jargon
des typographes. — Je marche
avec lui, je l'approuve.
Marcher dessus. Etre sur une
bonne piste, — dans le jargon
des voleurs.
Marcher au pas. Obéir, être
mené militairement. Faire mar-
cher quelqu'un au pas, contrain-
dre quelqu'un à l'obéissance, le
mener durement.
Marcher sur la chrétienté.
Marcher pieds nus, marcher
avec des souliers qui menacent
à chaque instant de quitter les
pieds.
Marcher sur sa longe. S'obs-
tiner encore à monter sur les
planches malgré que l'âge ait
sonné depuis longtemps l'heure
de la retraite, — en terme de
théâtre. — C'est le défaut de
beaucoup de grands acteurs.
Marcher tout seul. Etre en
état de décomposition, en par-
lant du fromage. Le fromage
qui marche seul est habité par
une colonie de ces petits vers
blancs si vivaces qui sont loin
d'effrayer les amateurs. « Tant
pis pour eux », disent-ils. —
« Apportez-moi du Roquefort »,
demande un consommateur au
garçon d'un garg-ot. — « Appe-
lez-le, monsieur, il marche tout
seul. » — Le fromage est une
source de plaisanteries à l'usage
des personnes qui trouvent
beaucoup d'esprit aux commis
voyageurs.
Marcher dans les souliers
d'un mort. Avoir fait un héri-
tage. — Compter sur les souliers
d'un mort, compter sur un héri-
tage. Le peuple dit : « Celui qui
compte sur les souliers d'un
mort, marche longtemps nu-
pieds. »
Marcheuse. Dame comparse
du corps de ballet, à l'Opéra,
14
242
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Marcheuse. Racoleuse d'une
maison de tolérance. — « Fille
publique qui fait la porte^ c'est-
à-dire qui, du seuil des maisons
de joie, appelle les passants. »
{Paris-Vivant, la Fille, 1858.) —
« C'est-à-dire la femme station-
nant sur le seuil de la porte de
la maison de tolérance. » (Bé-
raud, Les Filles publiques de
Paris, t. II, 1839.) Par ordon-
nance de police, les marcheuses
doivent être âgées d'au moins
quarante ans... Est-ce pour ins-
pirer plus de confiance ?
Margoulette. Visage: — Mar-
goulette de travers, mauvaise
mine, mine fatiguée. — Déboî-
ter la margoulette, porter des
coups au visage.
Margoulin. Petit boutiquier,
marchand d'objets de peu de
valeur. — Mauvais ouvrier, ce-
lui qui n'est pas au courant de
son métier, — dans le jargon
du peuple. — « Tonnerre de
Dieu ! me voilà devenu voya-
geur de commerce : je m'en vais
donc voir ces margoulins. »
{Monsieur Mayeux, voyageur de
commerce, dessin.)
Margoulinage. Etat, métier
du margoulin.
Margouliner. Vendre des
marchandisesdepeu de valeur,
des marchandises défraîchies.
— Faire un tout petit commerce
en boutique.
Margoulis. Grabuge, gâchis.
Mariage. Corde de justice,
corde à étrangler, — dans le
jargon des cordiers des xviF et
xviii* siècles. C'est cette corde
que l'exécuteur des hautes-
œuvres appelait « tourtouse ».
— Tourtouse par extension si-
gnifiait encore gibet, potence.
(Hurtaut, Dict. des homonymes,
1775.)
Mariage en détrempe. Concu-
binage, mariage pour rire. —
La variante est : Mariage à la
parisienne.
Marianne. Prénom de la vraie
Répubfique des faubourgs, |la
République coiffée du bonnet
phrygien, la République aux
« puissantes mamelles » chan-
tée par Barbier. — « C'est la
Marianne qui a pris possession
de l'Elysée et de nos adminis-
trations, et c'est la Marianne
qu'adoptent en ce moment tou-
tes nos municipalités. » {Petite
République Franc. 24 fév. 1880.)
— Ce prénom, si commun chez
les femmes du Midi, lui a été
donné d'abord dans le Midi
comme un hommage et un sou-
venir, puis adopté par toute la
France.
Marie Jordonne. Petite fille
qui, à l'école, aime à comman-
der ses camarades.
Marie salope. Femme sale et
sale femme, par allusion aux
bateaux dragueurs appelés des
maries-salopes.
Marine (La). Première carte
à prendre au talon, — dans le
jargon des joueurs de bezigue.
Je prends pour voir la marine.
Maringotte. Grande voiture
de saltimbanque, sorte de mai-
son roulante où naît et meurt
le saltimbanque, où il fait la
cuisine et l'amour.
Mariol, MarioUe. Coquin ru-
sé, malin. C'est une variante de
marlou.
Marionnette. Soldat. (Fr. Mi-
chel.)
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
243
Marlou. Mauvais drôle, malin.
— Souteneur de filles, — dans
l'ancien jargon du peuple.
Marinier. Berger, — dans
l'ancien argot.
Marmite. Maîtresse d'un sou-
teneur. Elle fait bouillir la mar-
mite.
Marmite à Domange. Voiture
de vidange.
Marmite. C'est ainsi que les
dragons appellent leurs cas-
ques. — Je récure la marmite
pour la revue de demain.
Marmite est renversée (La).
Locution dont se servent les
bourgeois de Paris qui vont faire
un peiil extra au restaurant, ou
qui, ayant donné congé à leurs
bonnes, sont forcés de dîner au
restaurant, ou qui contreman-
dent un dîner.
Marmiteux. Souffrant, pleur-
nicheur. L'épitliète de « mar-
miteux » a été accolée au nom
d'un de nos hommes politiques,
ancien ministre, sénateur, aca-
démicien, orateur disert, mais
larmoyant.
Marmiton de Domange. Vi-
dangeur.
Marmotier. Petit Savoyard.
Allusion aux marmottes que
montrent ces jeunes galopins
lorsque le ramonage des che-
minées a dit son dernier mot.
Marmotte. Femme, — dans
le jargon des souteneurs; par
altération de marmite.
Marmotte. Boîte de placier.
Boîte où les commis voyageurs
mettent les échantillons.
Marmouse. Barbe, — dans
l'ancien argot.
Marmouset, Marmyon. Mar-
mite. — Pot au feu.
Marner, Faire la marne.
Exercer la prostitution le long
d'une berge, tout le long, le
long de la rivière.
Marner. Travailler, — dans
le jargon des ouvriers.
Marneur. Travailleur,ouvrier.
Les pauvres manieurs s'échinent
pour le patron^ k ce qu'ils disent
souvent.
Marneuse. Prostituée qui
guette sa proie au bord de l'eau,
et qui, dans le feu de la conver-
sation, saura lui voler son ar-
gent. La marneuse a les allures
et le langage d'une domestique
dans le malheur.
■ Marottier. Marchand ambu-
lant.
Marquant. Maître. — Ivrogne.
— Souteneur, — dans le jargon
des voleurs.
Marque. Fille publique.
Marque, Marqué. Mois. « Elle
tire six marques à Saint-Laza-
re. » (Ganler.)
Marque de ce , Marquecé.
Femme légitime d'un voleur.
Marque franche, Marquise.
Maîtresse d'un voleur; par abré-
viation de remarque. La maî-
tresse, comme la femme légitime
du voleur la marquecé, est ordi-
nairement employée à un tra-
vail d'observation; elle remar-
que, d'où les mots marquecé et
marque franche. M. Francisque
Michel fait venir marque de l'an-
cien espagnol marca, marquida
et marquisa, femme publique.
Les voleurs ne vont pas cher-
cher aussi loin des étyinologies.
Marquise, la marquise, est un
244
DICTIONNAIRE d'aRQOT MODERNE.
sobriquet très fréquemment
donné à celles des filles de mai-
son qui sont un peu moins com-
munes d'allures et de langage
que leurs compagnes. Beaucoup
de voleurs ont pour maltresses
des filles de cette catégorie.
Marque-mal. Receveur de
feuilles à la machine, — dans le
jargon des typographes.
Marqué au B. Bigle; borgne;
boiteux; bossu, ou bancal. L'ex-
pression était courante au xviii°
siècle ; elle n'a pas cessé d'être
populaire.
Marqué àla fesse. Homme ma-
niaque, méticuleux, ennuyeux.
(A. Delvau.)
Marqué (Quart de). Semaine.
Marquer (Bien). Etre bel
homme. — Avoir belle pres-
tance, avoir une physionomie
qui prévient en votre faveur. —
Marquer mal, avoir mauvaise
mine, mauvaise façon.
Marquer (Ne plus) . Etre vieux.
Marquer le coup. Trinquer.
Marquer les points. Etre troi-
sième dans une partie qui de-
vait être carrée. Assister aux
épanchements de deux cœurs
amoureux.
Marquin. Casquette; chapeau
mou.
Marquis de la bourse plate.
Faiseur d'embarras sans le sou,
pauvre diable qui cache sa mi-
sère.
Marquise Breuvage composé
de vin blanc, de sucre, dé citron
et d'eau de seltz. (L. Larchey.)
Marron. Celui qui exerce illi-
citement un métier. — Paumer,
servir marron f prendre en fla-
grant délit de vol. — Marron
sur le tas, pris en flagrant délit
de vol. Marron est une défor-
mation de marry, ancien mot
qui veut dire contrit.
Marron. Brochure imprimée
clandestinement. — Procès-ver-
bal des chefs de ronde. (A. Del-
vau.)
Marron. Contusion, coup et
principalement coup qui mar-
que le visage; par allusion à la
couleur qu'arbore la partie con-
tusionnée. — Coller des marrons,
attraper des marrons. La variante
est : châtaigne qu'on prononce
châtai'ne.
Marron sculpté. Tête gro-
tesque rappelant celles qu'on
sculpte dans des marrons. (L.
Larchey.)
Marroniste. Marchand de
marrons. « Le marroniste lui-
même, s'est logé chez le mar-
chand de vin. » (Balzac, Paris
et les Parisiens,)
Marrons. Crottins; par allu-
sion de forme, — dans le jar- m
gon des soldats de cavalerie. 9
Marseillaise. Pipe en terre
fabriquée à Marseille. « La pipe
dite marseillaise a eu longtemps
les sympathies exclusives de
tous les fumeurs sincères et con-
vaincus. » [Paris-Fumeur.) Elle
est un peu délaissée aujour-
d'hui ; il parait que les fumail-
Ions trouvent qu'elle ne culotte
pas assez vite. Albert Flocon,
l'ancien membre du gouverne-
ment provisoire en 1 848, ne fu-
mait que dans des « marseil-
laises )). Il contribua beaucoup
à en propager la mode dans les
clubs.
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
245
Marsouin. Contrebandier.
Marsouin. Surnom du soldat
d'infanterie de marine. Le sy-
nonyme est : Gardien de banane.
Mascotte. Fétiche au jeu. —
Porte - chance. — Autant de
joueurs , autant de mascottes.
Tantôt c'est un sou troué, tantôt
un fragment de n'importe quoi,
w\ bouton, une petite épave de
l'amour, une boucle de cheveux.
— Un joueur donne à un pauvre,
mascotte; celui-ci refuse l'au-
mône à un malheureux, mas-
cotte; cet autre se promène jus-
qu'à ce qu'il ait rencontré un
bossu ou un cheval blanc, mas-
cotte; ainsi à l'infini. — Il y a
quelques années, à Monaco, un
petit bossu réalisa d'assez beaux
bénéfices rien qu'à faire toucher
sa bosse aux joueurs supersti-
tieux. Les prix étaient ainsi
fixés : Un simple frottement,
cinq francs; frottement prolon-
gé, dix francs ; droit de station-
nementsurlabosse.vingtfrancs.
La saison finie, notre homme
regagnait Paris et enlevait son
monticule.... C'était un faux
bossu.
Massacre. Ouvrier qui abîme
l'ouvrage.
Massage. Travail, travail fait
avec ardeur.
Massé. Coup de queue de
billard porté perpendiculaire-
ment à la bille.
Masser. Travailler conscien-
cieusement.
Masseur. Ouvrier laborieux;
masseuse, ouvrière laborieuse.
Mastar. Plomb, — dans le
jargon des voleurs. — La faire
au mastary voler du plomb.
Mastaroufleur. Voleur de
plomb.
Mastic. Homme, — dans le
jargon des voleurs.
Mastic. Transposition, confu-
sion dans la mise en page par
suite de mauvaise interposition
d'une galée, — en terme de ty-
pographe.
Mastic. Bredouillement, dis-
cours diffus et embrouillé, —
dans le jargon des typographes;
par allusion au mastic, confu-
sion dans une galée, dans la
mise en page. — Faire un mas-
tic, se perdre dans un tas de
phrases sans pouvoir arriver à
se faire comprendre.
Mastiquer. Manger; c'est-à-
dire se livrer à la mastication.
Mastiquer. « Cacher ingénieu-
sement les avaries et les voies
d'eau d'un soulier, au moyen
d'un enduit spécial de graisse
noire ou autre drogue équiva-
lente. » (F. Mornand, La Vie de
Paris.)
Mastiqueur. Savetier qui
mastique des chaussures. Le
mastiqueur ne rapiote pas.
Mastroquet, Mastroc. Mar-
chand de vin; et troquet, par
abréviation. Par corruption pour
demi-stroc, mi-stroc, demi-setier.
C'est-à-dire le patron du demi-
setier.
Mata. Faiseur d'embarras ;
apocope de matador.
Matelas. Tablier de forgeron.
Matelas ambulant. Fille pu-
blique.
Matricule (User son). Etre
sous les drapeaux. Mot à mot :
246
DICTIONNAIRE D
user le numéro matricule attri-
bué à chaque soldat.
Maubeugienne. Femme ga-
lante qui habite la rue de Mau-
beuge, une rue qui compte
beaucoup d'hétaïres modernes,
comme dirait Joseph Prudhom-
me.
Maugrée. Directeur de prison.
Mauvaise (Elle est). La plai-
santerie est mauvaise, cela n'est
pas de mon goût. Locution mise
à la mode en souvenir d'un
vaudeville de Lambert-Thiboust
et Grange, Le Guide de l'étran-
ger dans Paris (1860), pièce dans
laquelle l'un des personnages
s'écrie à chaque instant : « Elle
est mauvaise. »
Mauve. — Parapluie en co-
ton, — dans le jargon du peu-
ple. — « Il avait de l'eau jus-
que dans les narines et il reni-
tlait, lamentable et grotesque,
avec sa mauve en loques. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Mauviette. Croix d'honneur;
bijou honorifique.
Mazagran. Café servi dans un
verre; une aberration de buvail-
lo7is de café, qui lui enlèvent
ainsi sa principale qualité : l'a-
rome. Ce sont les officiers, re-
tour d'Afrique, qui ont importé
cette mode.
Mazaro. Prison de la rue du
Cherclie-Midi; prison militaire.
Mazette. Conscrit. — Avor-
ton. Propre à rien.
Mec, Meck, Meg. Maître,
monsieur; de magnus^ grand.
— Le meg des megs, Dieu, le
maître des maîtres. — Mec des
gei^bierSf bourreau.
ARGOT MODERNE.
Mec à la colle forte. Gredin
redoutable, homme des plus
dangereux, — dans le jargon
des voleurs.
Mec à sonnettes. Homme ri-
che, — dans le jargon des rô-
deurs de barrière. En argot,
sonnettes signifient « argent »,
ce qui sonne dans la poche.
Mec à la redresse. Bon gar-
çon, honnête homme. Mec à la
manque, méchant homme, —
dans le jargon des voyous.
« L'ignoble gommeux dépravé
» Qui séduit un' fiU' puis la flanque
» Avec un goss' sur le pavé,
» C'est un mec à la manque !
» Mais l'bougre qui — quand il a r'çu
» D'un' jeunesse des preuv's de tendresse,
» L'épous' carrément par là d'ssu,
» C'est un mec à la r'dresse. »
[La Petite Lune, 1879.)
Mécanicien. C'est sous le
pseudonyme de « mécanicien »
que les aides exécuteurs dési-
gnent volontiers leur état. {Fi-
garo du 27 avril 1879.)
Mécanicien. Taquin ; mot à
mot celui qui mécanise, — dans
le jargon des voyous. — M'en
parle pas, un mécanicien qui me
scie le dos tout le jour.
Mécanique (La). La guillo-
tine. C'est le nom officiel que
lui donnent le bourreau et ses
aides.
Mèche. Plus, davantage. —
Combien avez-vousperdu,aumoins
vingt francs ? — Et mèche. Par
allusion à la mèche d'un fouet.
Mèche. Complicité; de moi-
tié. Etre de mèche, être com-
plice, partager, — dans le jar-
gon des voleurs.
Mèche. Moyen. — Y a-t-il mè-
che, y a-t-il moyen? — li n'y a
pas mèche. Beaucoup d'ouvriers,
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
247
I
quand ils demandent à un pa-
tron s'il a de l'ouvrage à leur
donner, disent : « Y a-t-il mè-
che'? »
« J' n'ai plus un rond de c' que j'avais d'
[pécune,
I» Tu vois, ma fille, n'y a plus mèch' de
[lamper. »
(Sénéchal, Le Retour de Croquignet,
chans.)
Médailles. Argent
Médaillon. Derrière. — Décro-
cher le médaillon, donner un fort
coup de pied au derrière.
Médecin. Avocat, — dans le
jargon des voleurs.
Médecin des morts. Ordon-
nateur des pompes funèbres.
Médecine. Conseil. — Plai-
doyer.
Médium. Interprète de l'autre
monde. Celui qui se ciiarge de
, mettre le premier naïf venu en
rapport de conversation avec feu
M. de Voltaire ou avec tout au-
tre grand homme trépassé. Le
médium est le trucheman entre
ce monde et l'autre. Il y a des
gens qui se font des rentes avec
ce métier-là.
Mégo. Bout de cigare, bout
de cigarette. « Des moutards de
treize ans fumaient des mégots
et salivaient. » (Huysmans, Les
Sœurs Vatard.)
Mélasse (Tomber dans la).
Etre sous le coup d'une catas-
trophe financière; avoir fait de
mauvaises affaires.
Mêlé. Mélange d'une liqueur
forte et d'une liqueur douce. —
Mélé-cass, eau-de-vie et cassis
mêlés, le nectar des déesses du
cordon.
Melon. Nouveau venu, élève
de première année à l'école de
Saint-Cyr. — « En ma qualité
de melon, j'avais reçu, comme
ennemi, un nombre prodigieux
de coups de traversin sur la
tête. » (Vicomte Richard, Les
Femmes des autres.)
Melon. Chapeau rond et bas
de forme, à la mode en 1880.
Pareil aux phares à éclipse, le
melon paraît, disparaît et repa-
raît, suivant les caprices de la
mode.
Ménage (Faire le). Mêler les
dominos quand la pose est à
l'adversaire.
Mendigo, Mendigoteur. Men-
diant. — J'aime pas les mendigos
qui pissent des châssis tout le
temps : est-ce qu'il y a pas du tur-
bin pour tout le monde? — Men-
digotage, mendicité.
Mendigoter. Mendier, — dans
le jargon des voleurs. La va-
riante est : Simonner.
Menée. Douzaine. — Uneme-
née de ronds, une douzaine de
sous, — dans le jargon des vo-
leurs.
Mener douce et joyeuse (La).
Mener une joyeuse existence.
« Eh bien! mes petits agneaux,
il paraît qu'on la mène douce
et joyeuse, ici. » (Dumanoir et
A. d'Ennery, Les Drames du ca-
baret.)
Mener pisser. Pousser quel-
qu'un à se battre en duel, —
dans le jargon des troupiers.
Menesse. Prostituée, — dans
l'ancien ai;got. — Femme à vo-
leurs. — Gredine à la Heur de
l'âge. — Fille de maison, — dans
le jargon des troupiers.
248
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Meneur, Meneur en bateau.
Les voleurs désignent sous ce
nom tout acîusé qui cherche à
égarer l'action de la justice, en
l'entraînant sur une fausse piste.
C'est un moyen de gagner du
temps.
Menouille. Argent; monnaie.
« Le samedi, quand on déballe
la menouille de la paye sur la ta-
ble. » {Le Sublime.)
Menteuse. Langue. Les vo-
leurs font souvent acte de diplo-
matie.
Menuisière. Redingote de
« ouvrier endimanché.
Méquard. Maître. — Méquer,
commander; dérivés de mec.
Mer. Décor du fond, au théâ-
tre.
Mercandier. Boucher qui vend
de la basse viande, de la came-
lotte en fait de viande.
Mercanti. Marchand, — dans
le jargon des soldats retour
d'Afrique.
Mercerie (Il a plu sur sa).
Ses affaires vont mal, il est sur
le point de faire faillite. (Le
Roux, Dict. comique.) Peu usitée
à Paris, l'expression est encore
très répandue dans la Province
et principalement en Picardie.
Merde. Le fond de la langue
française parlée par le peuple
des faubourgs qui a toujours ce
mot plein la bouche.
Merde. Exclamation qui sert
à désigner le nec plus ultra de
l'indignation ou de la colère, ou
du découragement. (Voir les Mi-
sérables de V. Hugo.)
Merde. Personne faible de ca-
ractère.
Merde (Faire sa). Se montrer
hautain, faire le fendant, pren-
dre de grands airs.
Merde (Ça ne vaut pas une).
Ça ne vaut rien du tout; c'est
au-dessous de tout ce qu'on peut
imaginer. — Au Salon, combien
de tableaux ne valent fas une
merde !
Merde de chien (C'est delà).
C'est exécrable, très mauvais.
Merde (Peint avec de la). Mal
peint, mauvaise application ries
couleurs, — dans le jargon des
peintres. — Je ne sais pas oii dia-
ble il va chercher ses couleurs,
cet animal-là, c'est peint avec de
la merde.
Merde (Se fondre en). Faire
de fréquentes visites aux lieux
d'aisances, avoir le dévoiement.
— dans le jargon du peuple. — _
Ben sûr que si ça continue, je vas jfl
me fondre en merde. Wi
Merde (Avoir chié les trois ;
quarts de sa). Etre vieux et usé,
avoir perdu à jamais la santé,
être très malade. — Eh! dis
donc, ma vieille, comme fes dé-
catil on dirait que fas chié les
trois quarts de ta merde. \à
Mère d'occase. Pseudo-mère *
d'actrice. Mère de fille galante
qui fait la cuisme, cire les bottes
et débat les prix.
Mère à tous. Vieille courti-
sane, — dans le jargon des fil-
les.
Merlan. Surnom donné autre-
fois à celui qui s'appelle aujour-
d'hui « artiste en cheveux ».
Merlan frit (Yeux de). Jeu de
prunelles qui entrent en pâmoi-
son et montrent le blanc des
yeux.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
249
Merlin. Jambe, — dans le jar-
gon des charpentiers.
Merlousier. Malin ; rusé ; pour
marlou, — dans l'ancien argot.
Merlousière^ fine commère.
Mess. Le mess est un cercle
militaire avec une réfection spé-
cialement affectée aux officiers
d'un même régiment. « Ana-
tole, le garçon du mess, venait
d'apporter la bougie et les ci-
gares. » (Vicomte Richard, Les
Femmes des autres.)
Mess. Agent de la sûreté.
Abréviation de Messieu pour
« monsieur ». Un de ces m,ess me
lâche de la filature, un agent de
la brigade de sûreté me suit.
Messe du diable. Interroga-
toire, — dans le jargon des vo-
leurs.
Messe (Etre à la). Arriver en
retard à l'atelier, — dans l'ar-
got des ouvriers.
Messe (Fesser la). Dire la
messe au galop, — dans le jar-
gon des vieilles dévotes.
Messière, Mézière. Dupe, im-
bécile. — Victime. Messière franc,
bourgeois. — Messière de la
haute, homme riche ou homme
qui paraît riche.
Métier d'enfer (Avoir un).
Etre très habile dans son mé-
tier, — en style d'artiste.
Mettre bien (Se). Avoir les
moyens de se passer toutes ses
fantaisies; faire de la dépense.
Mettre dedans. Tromper. —
Mettre en prison, — Sacrifier à
Vénus, — dans le jargon des
voyous.
Mettre dans le mille. Réus-
sir. — Toucher juste. — Allon-
ger un coup de pied au cul d*uD
indifférent ou d'un ami.
Mettre à quelqu'un (Le).
Tromper quelqu'un, mystifier
quelqu'un.
Mettre à table (Se). Trahir,
dénoncer, — dans le jargon des
voleurs.
Mettre du noir sur du blanc.
Ecrire, — dans l'argot des gens
qui ne savent pas lire.
« Qu'un jeone homme ait, dix ans, dans
[le fond d'un collège,
» Mis du noir sur du blanc, il semble que
[le roi
» Soit chargé de son sort, et lui doive un
[emploi. »
(C. BonjouT, Le Protecteur et le Mari,
acte 1, se. VI.)
Mettre quelqu'un à toutes les
sauces. Employer quelqu'un à
toute sorte de besogne.
Mettre avec (Se). Vivre en
état de concubinage. « Derniè-
rement, je rencontrai une belle
actrice : elle me dit : Je cherche
quelqu'un pour me mettre avec.
Se mettre avec est l'expression
consacrée dans le langage des
coulisses. » {Paris-Comédien.)
Mettre en dedans (La). Forcer
une porte, — dans le jargon des
voleurs.
Mettre sous bande. Enseve-
lir, — dans l'argot des commu-
nautés religieuses.
Mettre une gamelle (Se). Se
sauver de prison. Allusion à la
vitesse avec laquelle détale un
chien à la queue duquel on a
attaché une casserole.
Meublant (C'est). Ça fait de
l'effet et ça tient de la place
comme meuble. Un piano, une
armoire à glace sont meublants,
— dans le jargon des tapissiers.
250
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Meuhle (Vieux).Viei]le femme,
vieille courtisane.
Meulard. Veau, — dans le
jargon des voleurs.
Meurt-de-faim. Petit pain d'un
sou.
Mezière, Mezigue. Moi, —
dans le. jargon des voleurs.
Michaud. Tête, — dans le jar-
gon des voleurs.
Michaud (Faire son). Dormir.
Miche. Dentelle, — dans l'an-
cien argot.
Miche de profonde, Michon.
Argent. — L'argent est le pain
de la poche.
Miche de Saint-Etienne. Pier-
re, par allusion à la lapidation
de saint Etienne.
Miche, Mikel,Miquel. Nigaud;
homme simple, dupe, gobe-
mouche. Monter un miquel, du-
per quelqu'un à qui on avait
promis monts et merveilles.
Michelet, Michelin (Faire le).
C'est, à la faveur d'une cohue,
dans l'obscurifé, apprécier, à la
manière de Tartuffe, l'étoffe de
la robe d'une Elmire quelcon-
que. Il y a des amateurs qui ne
vont au milieu des foules que
pour faire « les michelins ».
Au spectacle de Guignol aux
Champs-Elysées, les soldats font
les michelins auprès des bonnes
d'enfants. Autrefois le grand
rendez-vous des michelins était
au théâtre Comte. Grâce à l'obs-
curité nécessitée par la repré-
sentation des Ombres chinoises,\es
michelins avaient beau jeu. Par-
fois se faisait entendre le cri de
quelque Lucrèce effarouchée;
mais le spectacle n'en était pas
troublé, et des rires étouffés ré-
pondaient seuls à cet appel de
la vertu indignée.
Michelets (Avoir ses). Avoir
ses menstrues, — dans le jar-
gon des femmes qui ont lu le
livre de Michelet sur l'Amour.
Michet. Homme qui paye les
femmes autrement qu'en belles
paroles. Mot connu au xvm® siè-
cle. — Michet sérieux, celui sur
qui une femme peut compter,
celui qui donne beaucoup d'ar-
gent et a passé un bail.
Elles (les pierreuses) tournent la tête, et,
[jetant sur ce type,
« Par dessus leur épaule un regard cu-
[rieux,
» Songent : « Oh ! si c'était un miche sé-
[rieux! »
{La Muse à Bibi, Les Pierreuses.)
Bon Michet, oiseau de passage
généreux. — Michet de carton,
oiseau également de passage,
mais marchandeur, un qui ne
dit pas son nom et qu'on ne
revoit plus.
Micheton.Michet en raccourci.
Jeune homme, rhétoricien, qui
apporte à une femme le peu
d'argent dont il dispose, et qui,
au besoin, en dérobe à sa fa-
mille.
Midi. Trop tard. — Il est midi,
cela n'est pas vrai. — Les ou-
vriers se servent encore de cette
expression dans le sens de : « Mé-
fions-nous », lorsqu'il y a des
étrangers à l'atelier.
Mie de pain. Objet de nulle
valeur. — Individu déplaisant,
— dans le jargon des typo-
graphes. — Pellicules de la tête,
— dans le jargon des enfants.
Miel (C'est un). C'est bon,
c'est amusant, très agréable;
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
251
et par ironie, c'est laid, en-
nuyeux, désagréable.
Mijoter. Combiner avec soin.
— Mijoter une affaire, une intri-
gue. — Mijoter un livre.
Mille millions de milliasse.
Enormément, un nombre infini
de fois, tout ce que l'esprit du
peuple peut concevoir de plus
élevé comme chiffre,
Millerie. Loterie, — dans
l'ancien argot.
Millet, Millot. Billet de ban-
que de mille francs.
« Quarante millets ! Telle était cette au-
[baine. »
(£a France, du 13 mars 1879.)
Milord. Entreteneur, à l'é-
poque où les Anglais passaient
pour être généreux avec les
dames qui vivent de la généro-
sité publique.
Mince. Papier à lettres, billet
de banque, papier. — Le mot
mince pour désigner papier date
de la création des assignats.
Mince de. Beaucoup de; rien
que ça de. Locution employée
par le peuple hors de tout pro-
pos devant un autre mot, pour
en marquer à la fois le nombre
et la bonne qualité. — Mince de
toilette à la clé, mince de politesse,
mince de beurre, mince de ta-
bleaux ^ mince de chic.
Mince, Mince que. Je crois
bien, comment donc, certaine-
ment que. — Mince que je vou-
drais le voir. — Mince qu'il est
bâte. — «Minctî que t'as raison. »
(J. Lermina, Les Chasseurs de
femmes, 1879.) — « Vous avez
des places? — Mince! si j'ai des
places? Une loge de face. » {Le
Gavroche, 1879.) — Les voyous
emploient eniîore le mot mince
comme synonyme du fameux
mot de Cambronne , à la fin
d'une phrase, comme argument
décisif : Ah! mince alors.
Mine à chier dessus. Vilain
visage, — dans le jargon du
peuple. Qu'est-ce qu'il vient vous
emm. . . ielkr, celui-là, avecsamine
à chier dessus ?
Mine revenante. Mine qui re-
vient, visage agréable.
Ministre. Pour le soldat, tout
individu crevant de santé, bien
placé ou bien rente, que rien
n'émeut, content de lui, gros et
gras à lard est un « ministre ».
Il y a, comme on voit, un grand
fond d'observation chez le trou-
pier français. — Gros ministre,
marche donc, si tu peux, ou roule,
si tu peux pas marcher.
Minois, Mine. Nez, — dans
le jargon des voleurs.
Minuit. Nègre. — Enfant de
minuit, voleur.
Mioche, Mion. Petit enfant,
petit garçon. — Mion de gonesse.
Adolescent. — Mion de boule,
voleur.
Minzingue. Marchand de vin.
Et les variantes minzingo, mind-
zingue, manzinguin, qu'on pro-
nonce en faisant sonner forte-
ment le premier N. « La philo-
sophie, vil mindzingue, quand
ça ne servirait qu'à trouver ton
vin bon. » (Gré vin). « Pauvre
Dupuis manzinguin , malheu-
reux. » (Privât d'Anglemont).
Miradou. Miroir; mot em-
prunté au provençal. — La va-
riante est : mirelaid.
Mirecourt. Violon. M. Fr. Mi-
chel assure que c'estparce qu'on
fabrique beaucoup de violons
252
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
dans les Vosges c^ne les voleurs
ont donné au violon le nom
d'une petite ville de ce dépar-
tement. — C'est tout simple-
ment parce que pour jouer du
violon on regarde l'instrument
de très près; l'exécutant le met
pour ainsi dire sous son nez :
mirer de court, regarder de
près, a fait mirecourt.
Mirette. Prunelle de l'œil. —
Sans miretteSj aveugle. Mirettes
en glacis, mirettes glacées, lu-
nettes. Mirette en caouche, téles-
cope; caouche pour caoutchouc.
Mireur. Espion, observateur,
— dans le jargon des voyous.
— Quand ils auront fini de se
hallader, tous ces mireurs !
Mirliton. Voix. — Jouer du
mirliton, parler.
Miroder. Regarder, arranger.
« Elle monta seule et nu-pieds
sur l'échelle et sur l'échafaud et
fut un quart d'heure mirodée,
rasée, dressée et redressée par
le bourreau. » (Madame de Sé-
vigné , Lettres»)
Miroir. Coup d'œil rapide jeté
sur le talon d'un jeu de piquet,
^ur les premières cartes à dis-
tribuer au baccarat, — dans le
jargon des grecs\ une manière
(le connaître le jeu de l'adver-
saire.
Miroir à putains. Joli visage
d'homme à la manière des ttUes
exposées à la vitrine des coif-
feurs.
Mirzale. Boucle d'oreilles.
Mise-bas. Congé que s'octroie
un ouvrier typographe.
Mise à pied. Suppression mo-
mentanée de paye pour un co-
cher, un agent de police. — In-
terdiction momentanée de jou»
faite à un acteur par son direc-
teur, sans suppression d'appoin-
tements.
Mise entrain. Première tour-
née, station matinale chez le
marchand de vin, — dans le
jargon des ouvriers pressiers,
en souvenir de la mise en train
des presses.
Mise (Faire sa). Payer la pa-
tente, — dans le jargon des
filles.
Misérable. Verre de vin du
broc à 15 centimes.
Misloque. Comédie, — dans
le jargon des voleurs. — Flan-
cher la misloque, jouer la co-
médie. — Misloquier, mislo-
quière, acteur, actrice. — Mislo-
quier schpilf très bon acteur.
Misti, Mistigri. Val et de trèfle.
Mistiche. Demi. — Une mis-
fiche, une demi-heure. — Un
mistiche, un demi-setier, —
dans le jargon des voleurs.
Mistick. Voleur étranger. {Mé-
moires d'un forçat, glossaire d'ar-
got, 1829.)
Mistoufle. Mauvais procédé,
taquinerie, méchanceté. — Coup
de mistoufle, combinaison, coup
en dessous, coquinerie.
Mistron. Jeu de trente-et-un,
nom d'un jeu de cartes. — Mis-
tronner, jouer au trente-et-un.
Mite, Mite-au-logis. Sécré-
tion des yeux; déplorable jeu
de mots sur mythologie.
Mite. Violon, prison, — dans
l'argot des voleurs. Soufflé et au
mite, arrêté et au violon.
Mitonner. Embêter. Ça mi-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE
— dans
253
toiine le pauvre monde.
le jargon des voyous.
Mitraille. Une certaine quan-
tité de sous s'appelle de la wi-
traille.
Mitre. Prison. — Mitre, pri-
sonnier.
Moblot. Garde mobile.
Modillon. Apprentie modiste
de deuxième année.
Moderne. Jeune homme qui
suit de très près la mode, par
opposition à antique, qui ne la
suit plus du tout. L'expression
est voyoucratique. — Ëh! va
do7ic, moderne, avec ton châssis
de rechange!
Modiste. Journaliste qui ac-
commodait son esprit au goût
du jour, qui suivait la mode, la
plume ù, la main. Le reporter a
détrôné le modiste.
Moelleux. Coton, dans l'an-
cien argot.
Moine. Endroiteurune forme
qui n'a pas été touché par le
rouleau et qui, par suite, n'est
pas imprimé sur la feuille.
(Boutmy.)
Moisir (Ne pas). Ne pas rester
longtemps dans un endroit; ne
pas occuper longtemps un em-
ploi.
Molanche. Laine, — dans
l'ancien argot.
Molard. Crachat très gras, le
frère du glaviot, — Mularder,
cracher gras.
Molécule. Petit enfant, —
dans l'argot des écoles. (L. Lar-
chey.)
Mollusque. Sot personnage,
imbécile.
Momard. Variante de môme,
usitée au régiment. — « Mais il
faut lui donner un nom à ce
momard!... Il faut le bapti-
ser ! ... » (A. Arnaultjles Zouaves.)
Môme. Enfant. — Dans le pa-
tois poitevin on appelle un jeune
homme, un jeune garçon un
momon, un momeur. — « Les
chants finis, viennent les mo-
mons. Ce sont des garçons qui
portent à la mariée un présent
caché dans une corbeille. » (Ed.
Ourliac, Le Paysan poitevin.) —
Les variantes sont, outre mo-
mard , momacque , momignard,
mignard. — « Ohé! ohé! les
moutards, les moucherons, les
momignards, qui est-ce qui s'
paye le Lazar ? » (A. Joly, Fouyou
au Lazary. Chans.) — Môme d'aï-
têque, jeune homme. — Môme,
jeune fille, amante précoce, —
dans le jargon des voleurs. —
C'est ma môme, elle est ronflante
ce soir. C'est ma maîtresse, elle
a de l'argent ce soir.
Môme noir. Séminariste, —
dans le jargon des voleurs. Va-
riante : Canneurdumec des mecs:
c'est-à-dire qui a peur de Dieu.
Môme (Taper un). Faciliter
une fausse-couche, déterminer
un avortement, commettre un
infanticide, — dans le jargon
des voyous. Les variantes sont :
Faire couler un môme, faire cou-
ler un enfant.
Môme (Taper un). Commet-
tre un vol. (L. Larchey.)
Mômière. Sage-femme, —
dans le jargon des voleurs. Les
variantes sont : Mômeuse, dcbal-
leuse de mômes.
Momignardage. Accouche-
ment; et la variante : Décarrade
15
254
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
du crac. — Momignardage à \ — dans le jargon des pension-
naires de l'établissement. « Mon-
sieur, avec son épaisse barbiche
aux poils tors et gris. » (E. de
Concourt, la Fille Eiisa.)
Monsieur. Nom que la femme
entretenue et sa bonne donnent
à l'entreteneur.
Monsieur. Verre de vin de
cinq sous, verre de vin de la
bouteille servi sur le comptoir
du débitant.
^anglaise, momignardage en pu-
rée, fausse -couche.
Momir. Accoucher. — Momir
pour Vaff. accoucher avant ter-
me; par allusion aux fœtus con-
servés dans l'alcool, l'a//". La
variante est : Décarrer du crac.
Monaco. Pièce d'un sou. —
Avoir des monacos, avoir de
l'argent, — dans l'ancien argot
du peuple.
Monarque. Roi duii jeu de
cartes.
Monarque. Argent, dans le
jargon des filles. — Avoir fait
son monarque, avoir gagné sa
journée.
Monde. Public payant, —
dans le jargon des saltimban-
ques. Ainsi, il peut y avoir foule
autour d'un banquiste, et pas
de monde.
Monde (Petit). Ijoiirgeoisie,
dans le jargon du faubourg
Saint-Germain. — Lentille, —
dans celui des voleurs. .
Monde renversé. Guillotine.
Monfier. Embrasser, — dans
le jargon des voleurs.
Monnaie. — Exemption. —
Faire de la fausse monnaie, faire
des exemptions fausses. (Alba-
nès. Mystères du collège, 1845.)
Monnaie de singe. Payement
en grimaces, en plaisanteries.
"Payer en monnaie de singe.
Monseigneur. Pince à elfrac-
tion. Ainsi nommée parce que
jadis rien ne résistait à celui à
qui l'on donnait du « monsei-
gneur ».
Monsieur. Mari d'une maî-
tresse de maison de tolérance,
Monsieur Vautour. Proprié-
taire qui ne connaît pas d'autre
Dieu que le dieu terme. — Usu-
rier.
Monsieur personne. Individu
sans notoriété, le premier venu,
— dans le jargon des gens de
lettres.
Monsieur, Madame de Péte-
sec. Homme, femme qui s'ima-
gine être sortie de la cuisse de
Jupiter. Personne hautaine,
Iroide, orgueilleuse.
Monsieur Dufour est dans la
salle. Avertissement d'acteur à
acteur lorsqu'un rôle est mal
interprété, lorsque le public est
sur le point de témoigner son
mécontentement.
Monsieur (Faire le, faire^son).
Faire de la dépense, s'endiman-
cher, — dans le jargon des ou-
vriers.
Monstre. Enorme, colossal.
Succès monstre.
Monstre. Canevas d'une pièce
de théâtre, d'un livre. — Bouts-
riniés dont le sens et la rime
importent peu et qu'un compo-
siteur de musique donne au pa-
rolier pour lui indiquer la me-
sure et la coupe des strophes
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
255
qu'il convient d'appliquer à une
mélodie.
Monstre d'homme. Libertin,
partisan du système de l'infidé-
lité à outrance, — dans le jar-
gon des petites dames.
Mont (Le grand). Mont-de-
Piété de la rue des Blancs-Man-
teaux ; le chef-lieu de ce grand
département du prêt sur gages.
Montage. Cartes préparées.
— Un beau montage, cartes pré-
parées qui ont fourni une lon-
gue carrière, — dans l'argot des
grecs.
Montagnard. Cheval de ren-
fort.
Montagnards. — Haricots
rouges. — Je me suis collé une
iitare de montagnards au vin.
Montagne de géant. Potence,
— dans l'ancien ai'got.
Montant. Mur. — Pantalon;
c'est le mur de la décence.
Montant. — Bas. — « Quoi
que ça veut dire? criait une
autre, des montants de soie
dans de vieux ripatons ! » (Huys-
mans, Les Sœurs Valard.)
Montante. Échelle, — dans
le jargon des voleurs.
Monter. Pour monter une
pièce nouvelle, la préparer, —
dans le jargon du théâtre. —
Est-ce qu'on monte quelque chose
liour le mois prochain?
Monter. Exciter quelqu'un à
faire une chose. 7/ a fallu joli-
ment le monter pour arriver à lui
faire dire oui. — L'exciter contre
quelqu'un. Il l'a monté contre son
frère; c'est, mot à mot : monter
la tôte. — Etre monté, être sur- 1
excité, être très en colère. I
Monter en graine. Grandir.
— Votre moutard monte en graine.
Monter d'un cran. Obtenir de
l'avancement.
Monter à l'échelle. S'impa-
tienter, se mettre en colère.
Monter sur la table. Faire
des révélations.
Monter un battage, un ba-
teau. Préparer un mensonge,,
combiner une mystification, —
dans le jargon des voleurs. —
Monter uncoup, le coup. {\.Coup,)
Monter à cheval. Etre atteint
d'une tumeur inilammatoire
dans la région de l'aine, tumeur
désignée sous le nom de « pou-
lain ». [Argot des voyous )
Monter un schtosse. Mentir,
avoir de la malice, chercher à
mystifier. — C'est une variante
de monter le coup, — dans le
jargon des voleurs.
Monter sur le tonneau. Met-
tre de l'eau dans une barrique
de vin. — (Argot des cabaretiers.)
Monter la garde. Aller et ve-
nir sous les fenêtres d'une belle,
devant la porte de son magasin,
ni plus ni moins qu'un soldat
de l'amour en faction.
Monter (Se). Se passionner,
exagérer les choses, s'exalter.
Mot à mot : se monter la tête.
Monteuse de coups. Comé-
dienne en chambre, femme ca-
pable de faire voir à ses amants
la lune en plein midi; femme
qui joue la comédie de l'amour.
Montretout (Aller à). Aller
à la visite, — en terme de fille
soumise.
Montreuil (Du). Pêche de
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
2S6
Montreuil. — J'ai du beau Mon-
treuil.
Monument. Chapeau haute
forme, — dans le jargon des
ouvriers.
Monzu, Mouzu. Mamelles de
nourrice, — dans l'ancien ar-
got.
Morasse. Epreuve d'une page
entière de journal tirée à la
brosse sur la forme. — Il y a la
une, la deux, la trois et la qua-
tre. Vient de : moratio, retard,
attente, en latin, parce qu'on
attend avec impatience la mo-
rasse pour quitter le journal, ou
encore parce que la morasse se
fait souvent attendre.
Morasse, Morace, Moresque.
Danger; ennui. — Battre mo-
race, crier à l'assassin, crier au
voleur.
Morbec. Vermine tenace qui
fait élection de domicile sur
certaines parties du corps hu-
main.
Morceau de pâte ferme. Ecrit,
page de littérature, article de
journal, discours, œuvre d'art,
sans esprit, d'un style lourd,
compassé.
Morceau (Faire le). Réussir
certaines parties d'un tableau,
— dans le jargon des peintres.
Mordante. Lime, scie.
Mordre (Se faire). Se faire
réprimander; recevoir des coups.
Morfe. Repas, — dans l'an-
cien argot.
Morfante,Morfiante. Assiette.
Morfier, Morfiller, Morfiler.
Manger. — Se morfiller le dar-
dan, s'inquiéter.
Morgane, Muron. Sel, ~ dans
l'ancien argot. — Muronner,
saler.
Morganer. Mordre, — dans le
jargon des voleurs.
Moricaud. Broc de vin, broc
en bois pour le vin.
Moricaud. Charbon, ^- dans
l'ancien argot.
Moricaud, Moricaude. Nègre,
négresse.
Mornée, mornos. Bouche,
bouchée, — dans l'ancien argot.
Morne. Mouton. — Mornier,
berger.
Momifie. Soufflet. — Dd/ac/ier
une momifie, donner un soufflet.
Momifie, morningue. Mon-
naie. — Momifie tarte, fausse
monnaie. — Porte-morningue,
porte-monnaie. — Refiler de la
fausse momifie, émettre de la
fausse monnaie. {Jargon des vo-
leurs.) Porte-morningue appar-
tient aussi au vocabulaire du
peuple.
Mornifleur tarte. Faux-mon-
nayeur.
Morpion. Personne dont on
ne peut se débarrasser, impor-
tun qui s'attache à vos pas.
Morpionner. S'attacher aux
pas de quelqu'un, obséder.
Mort. Condamné, — dans le
jargon des voleurs.
Mort. Enjeu augmenté après
coup par le procédé de la pous-
sette. (L. Larchey.)
Morue. Femme qui pue; sa-
lope, — dans le jargon des Hal-
les. Epithète dont ces darnes
gratifient volontiers les bour-
geoises qui déprécient la mar-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
257
chandise ou qui marchandent
trop. Mot à mot : qui pue comme
une morue.
Morue. Lot d'ouvrages ma-
nuscrits que les anciens colpor-
teurs faisaient imprimer à leurs
frais. — Les canards ont eu
raison des morues.
Morviau. Morve. — Petit
morveux.
Motte. Maison centrale de
force et de correction, — dans
le jargon des voleurs. — Dé-
grifujolcr de la motte^ sortir
d'une maison centrale.
Mou enflé (Avoir le). Etre
enceinte, — dans le jargon des
voyous.
Moucaire. Femme laide, —
dans le jargon des voyous. De
l'arabe moukére. (F. ce mot.)
Mouchailler. Regarder à la
dérobée, regarder en dessous.
Mouchard. Portrait à l'huile.
(Delvau).
Mouchard à becs. Réverbère.
Moucharde. Lune, - dans le
jargon des voleurs.
Mouche (La). La police; tout
ce qui relève de la préfecture
de police.
Mouche. Agent de police.
Mouche, Moche, Mouchique.
Laid, mauvais, sans valeur, dès-
agréable. — Toc a succédé à
mouche ai\ec le même sens, etmo-
che, variante de mouche, a battu
en brèche toc, déjà démodé
parmi les voyous. — Etre mou-
chique à la sec, être mal noté
dans son quartier, avoir eu déjà
des démêlés avec le commis-
saire de son quartier. Sec est
mis par abréviation de section.
Moucher. Battre. — Remet-
tre quelqu'un à sa place. — Se
faire moucher, se faire remettre
à sa place.
Moucher (Se). Faire dispa-
raître de l'argent, s'approprier
quelques pièces d'or ou d'ar-
gent prises dans la masse cons-
tituant une banque, — dans
l'argot des garçons de jeu. C'est
ordinairement en se mouchant
que s'exécute ce tour d'escamo-
tage; de là le nom.
Moucher la chandelle. Pour
les collégiens, c'est s'inspirer du
jeune Onan. Pour les hommes
mariés, c'est suivre l'école ma-
trimoniale de Malthus.
Moucheron. Enfant. — Ap-
prenti. « L'an passé, papa a mis
pour moi quinze cents francs à
la tontine, et v'ià déjà trois
moucherons de claqués!... »
(Rando\)
Mouches (Envoyer des coups
de pied aux). Mener une con-
duite déréglée, — dans le jar-
gon des coulisses. C'est ce ([ue
le peuple appelle : Jeter son bon-
net par-dessus les moulins.
Mouches au vol (Tuer les).
Sentir mauvais de la bouche.
La variante est : Tuer les mou-
ches à quinze pas.
Mouche ur de chandelle. Mi-
htant de l'école d'Onan. — Mi-
litant de l'école de Malthus.
Mouchoir. Pistolet de poche.
Mouchoir à bœufs. Cliamp.
« Aujourd'hui la belle est une
maison à quatre étages, une
ferme en Beauce, un mouchoir à
bœufs, un moulin! » (Madame
de Girardin, Correspondance pa-
risieniïc.)
258
Moudre
l'orgue de Barbarie.
Moufflet. Enfant. ,
Mouillante. Morue.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
un air. Jouer de i Moulin à merde. Personne
mal embouchée.
Moulin à vent. Derrière. —
« Et le monde n'en mange
i • /. -Il ..*^ /in«o l'or, i plus que delà mouture de mou-
et aussi bouillante,- dans 1 an- P 4 ^^^^ ^^ ^^^ Putanismo.)
cien argot. i ^ '
... • i Moulin à café. « De temps à
. MomUer. Attraper une pum- j ^^» ^^ j^;^^„^ ^^,j^ ^^^ P^,.
Soupe,
tion, — dans l'argot du régi
ment.
Mouiller (Se). Commencer à
se griser. On se mouille, on s'é-
méche, on se culotte, on se poivre.
«. Mouillez-vous pour sécher, ou
séchez pour mouiller. » (Rabe-
lais, 1. 1.)
Mouillé (Etre). Etre mal noté.
— Etre signalé à la police.
Moukère (Avoir sa). Etre en
bonne fortune, — dans l'argot
du régiment. C'est une expres-
sion d'importation africaine.
En arabe, moukère signifie
femme.
Moule. Imbécile. C'est un
pendant à huître, pris dans le
môme sens. — ■ « Il faudrait être
heureuses créatures inscrites sur
le livre de la police dite des
mœurs, on en fait une cargai-
son qu'on expédie dans une co-
lonie. Les femmes ainsi dépay-
sées sont ce qu'on appelle, en
terme de police , passées au
moulin à café. » {Procès de la
Lanterne, 27 janv. 1879, plai-
doirie de M'' bclattre.)
Moulin à café. Mitrailleuse, —
dans le jargon des soldats. (L.
Larchey.)
Moulinage. Bavardage.
Mouliner. Parler beaucoup;
dire des niaiseries.
Mouloir. Bouche; dent.
Moulure (Faire une)
Faire
Pous-
ser une moulure.
Mouniche. Le sexe d'une
femme.
Mounine. Petite fille grima-
cière, petite espiègle.
^ , , Mourir (Tu t'en ferais)! Tu ne
gaufres. Visage marqué de pe- | le voudrais pas. Cela estau-des-
tite vérole, par allusion aux | sus de tes forces. — Expression
trous des moules à pastilles. i dont le peuple a abusé comme
Moule à melon. Bossu. j de tant d'autres et qu'il mettait
. „ ,. : à toutes sauces. — Voulez-vous
Moule de pipe a Gambier. j j^'embras.ser?demandaitun jeu-
Personne grotesque ; caricature i ne homme timide aune drôlesse.
rudement moule pour trouver j ses nécessités. Variante
qu'on vous a fait perdre votre
temps. » {Tam-Tam du 16 mai
1880.)
Moule de gant. Soufflet.
Moule à merde. Derrière.
Moule à pastilles, moule
Tiié fip. ne- .
Vivante.
Moulin, maison du meunier.
Receleur. — Boutique de rece-
leur. .
j — Tu t'en ferais mourir. — Vou-
lez-vous m'accompagner jusqu'à
la Bastille à pied? — Tu t'en fe-
rais mourir.
DICTIONNAIRE D
Mouscaille, Mousse. Matière
fécalo.
Mouscailler. Se défaire de la
matière lecale.
Mouscailloux. Fantassin,
pour pousse-cailloux.
Mousquetaire gris. Pou.
Moussante. Bière. — Encore
un de ces mots qui n'ont pas
demandé de grands frais d'ima-
gination.
Mousse. Vieux mot injurieux,
très en vogue aux xv»^ et xvi'' siè-
cles, synonyme de bt^aii et au-
quel a' succédé le fameux « mer-
de » de nos jours, qui semble
répondre à toutes les situations
tendues. — « Mousse pour le
guet; bran pour les* sergents. »
(Adages français.)
Mousse (Faire de la). Faire
des embarras, chercher à bril-
ler, faire grand étalage de toi-
lette. — « La dite belle se pro-
menait devant ces agents, fai-
sant le plus de mousse possible
aux yeux des nobles étrangers. »
(F^■(;aro du 28 oct. 1878.)
Mousseline. Fers de prison-
niers. (Larcliey.)
Mousseline. Pièce d'argent.
— Pain blanc. — Sorte de gâ-
teau de Savoie.
Mousser. Etre en colère. —
Exagérer. — Fai7'e mousser, exa-
gérer les ffualités d'une per-
sonne, la valeur d'une chose.
Moût. Beau, — dans le jargon
des voyous.
Moutarde après dîner. Trop
tard, chose inutile, nui n'est pas
venue au moment opportun.
Moutardier. Derrière.
ARGOT MODERNE. 259
Moutardier du pape (Pre-
mier). Sot orgueilleux.
Mouton. Matelas.
Mouton. Homme de compa-
gnie d'un prisonnier, et chargé
par la police de devenir l'homme
de confiance du même prison-
nier.
Moutonner. Espionner.
Muche. Très bon, supérieur.
— Jeune homme timide auprès
des dames de la rue de Mau-
beuge.
Mufle. Mal élevé , grossier
personnage. Le peuple prononce
mufe.
Mufe, Mufle. Maçon.
Mufle (Pain de). Pain de qua-
tre livres fendu, pain que con-
somment généralement les ma-
çons.
Muflée. Quantité, grand nom-
bre. Une muflée de platSy — dans
le jargon des ouvriers.
Mufleman. Mufle ; tournure
anglaise donnée à ce mot. —
« Elle conservaiten même temps
Alfred, un.mufleman de la pire
espèce. » (Huysmans, Les Sœurs
Vatard.)
Mufleton, Muffeton. Apprenti
maçon.
Mulet. Artilleur de marine.
Mulet. Diable. (F. Michel.) —
Metteur en pages en second
dans une imprimerie.
Murer. Battre , porter des
coups. — Je te vas murer.
Musée des claqués. La Mor-
gue, — dans le jargon des vo-
leurs.
Muselé. Propre à rien, mala-
droit.
260
DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE.
Musette. Petit sac à avoine. 1
C'est l'en-cas des chevaux de
fiacre et des chevaux de charroi.
Musicien. Dictionnaire, —
dans le jargon des voleurs.
Musicien. Délateur. — Joueur
qui se répand en plaintes con-
tre le sort.
Musiciens. Haricots.
Musique. Lot de bric-à-brac
acheté à l'Hôtel des Ventes. —
Petit pain, c'est-à-dire flûte.
Musique. Plaintes, doléances
au jeu. — Faire de la musique,
se plaindre d'avoir mauvais jeu,
d'avoir perdu. — « Bisset payait
avec des jurements, des trépi-
gnements, des grognements,
faisait une musique infernale. »
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) —
Petite musique, petit jeu, petite
mise au jeu.
Musique. Grande quantité de i
corrections indiquées sur la j
marge des pages, de telle sorte
que l'épreuve a quelque analo-
gie d'aspect avec une page de
musique. (Boutmy.)
Musique, Petite musique.
Groupe de compositeurs d'im-
primerie qui calent fréquem-
ment par suite de leur incapa-
cité, — dans lejargon des typo-
graphes. Ils se plaignent sou-
vent, ils font ce que vulgairement
on appelle « de la musique »;
de là le surnom.
Musique. Culot de l'auge des
maçons. — Résidu d'un verre,
d'un vase quelconque. (A. Del-
Dénonciation. —
musique, être con-
Musique.
Passer à la
fronté avec un dénonciateur.
Musiquer. Marquer une carte
d'un petit coup d'ongle, d'un si-
gne imperceptible pour les au-
tres, — dans le jargon des grecs.
N
Nageant, Nageoir. Poisson,
— dans le jargon des voleurs.
Nageoires. Bras, mains, en
parlant des bras, des mains d'un
.souteneur, — dans le jargon des
voyous. — A bas les nageoires!
Nageoires. Larges favoris, fa-
voris en côtelette.
Narquois. Mendiants, voleurs,
anciens soldats adonnés à la
mendicité, à l'époque de la Cour
des Miracles. — Les narquois ont
beaucoup contribué à la forma-
tion de l'argot. Parler narquoiSy
c'était parler argot, parler la
langue des gueux.
Naturalisme. Nouvelle cou-
che de littérateurs qui sont en
train de fonder le musée Du-
puytren de la syphilis morale,
en s'atlachant à faire ressortir
dans leurs œuvres les côtés
monstrueux et ignobles de la
nature humaine.
Naturaliste. Romancier qui
fait dans le naturalisme. — « Le
DICTIONNAIRE D^RGOT MODERNE.
261
centre de l'art se déplace. Il est j
vrai que nous avons une école 1
nouvelle : celle des impression- '
nistes, qui dominera prochaine-
ment la république des arts,
comme les naturalistes la répu-
blique des lettres. » (Robert
Mitchell, Chambre des députés,
18 mai 1880.)
Nature. Naturel. — Comme
c'est nature! — Bifteck nature,
bifteck au naturel, — dans le
jargon des restaurateurs.
Navarin. Navet. — Ragoût de
mouton aux pommes. C'est le
vulgaire haricot de mouton ap-
pelé pompeusement « navarin »
par les restaurateurs des boule-
vards.
Navet. Cafard au petit pied ;
escobar domestique.
Navets (Des) ! Non, jamais.
Terme de refus dans le jargon
des voyous qui disent égale-
ment : des nèfles! — « Ohé! les
gendarmes, ohé! des navets! »
(H. Monnier, Scènes pop.)
Naze. Nez. — Figure. —Der-
rière. Telles ont été les diverses
significations de ce mot. — Au-
jourd'hui naze n'est plus em-
ployé que dans le sens de nez,
ainsi que ses dérivés : nazicot,
nazaret. Naze est emprunté au
provençal.
Nazi. Maladie vénérienne, —
dans le jargon des voleurs et
des voyous qui ont été plus j
d'une fois témoins de cas de sy- '
philis tuberculeuse, durant leur
séjour à l'hôpital du Midi.
Neg au petit croche. Chif-
fonnier. Mot à mot : négociant
au petit crochet.
Négresse. Paquet recouvert
de toile cirée noire.
Négresse. Ceinturon, — dans
l'argot des marins.
Négresse. Puce.
« J' sentis bien quand nous étions couchés
» Qui n' manquait pas d' négresses
» Et même de grenadiers. »
(E. Lecart, Une conquête au Prado,
chans.)
« Qu'il s'ra content le vieux propriétaire
» Quand il viendra pour toucher son loyer,
» D' voir en entrant toute la paill' parterre
» Et les négress's à ses jamb's sautiller, »
{Le Déménagement à ta sonnette de
bois, chans.)
Négresse. Bouteille de vin
rouge. — Etouffer, éreinter une
néyr esse, éternuer sur une négresse,
boireunebouteillede vin rouge.
Nénais, Nichons. Seins de
jeune fille; la rose en bouton,
comme disent les poètes.
Nénais de veuve. Biberon, —
dans le jargon des voyous.
Nettoyer. Battre, renversera
coups de poing. Prendre de
force la place de quelqu'un, le
chasser d'un endroit. — Ruiner.
— Nettoyer un établissement,
faire faire faillite à son proprié-
taire. Nettoyer la monnaie, man-
ger l'argent de la paye, — dans
le jargon des ouvriers. — Net-
toyer les plats, ne rien laisser
dans les plats. — Nettoyer ses
écuries, se curer le nez.
Nez (Faire son). Bouder, être
désappointé. — Se piquer tenez,
se griser. — Avoir quelqu'un
dans le nez, détester quelqu'un.
— Montrer le bout de son nez,
faire acte de présence, s'esqui-
ver après une très courte appa-
rition.
Nez (Avoir du). Pressentir les
bonnes occasions, arriver aux
bons moments. On dit égale-
ment : Avoir le nez cireux,
15.
262
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Nez (Prendre dans le). Répri-
mander, faire des observations ;
variante de moucher. — Se faire
prendre dans le nez, s'attirer des
observations.
Nez en pied de marmite. Nez
court et gros du bout.
Nez où il pleut dedans. Nez à
la Roxelane. k Pour un peu plus
on y verrait la cervelle », dit le
peuple, en parlant de ces sortes
de nez.
Nez passé à l'encaustique.
Nez auquel l'usage fréquent de
la boisson a donné une belle
couleur brique-rouge. — On dit
aussi un nez qui a coûté cher à
mettre en couleur, par allusion
au nombre de bouteilles payées
au marcband de vin avant d'ar-
river à la coloration du nez.
Nez de chien. Mélange de
bière et d'eau-de-vie.
Nias. Pour nière; moi; forme
nouvelle. Ça c'est pour mon nias,
— dans le jargon des rôdeurs
de barrière.
Nib, Nibergue. Rien; pas. —
Nib de piaule, sans domicile. —
Nib de braise, nib de carme, pas
d'argent.
Nib. Silence, — dans le jar-
gon des voleurs. — Nib au truc,
pas un mot sur le vol commis,
pas de bavardages.
Nibé. Assez, — dans le même
jargon.
Niber. Regarder. Nibe la gon-
zesse, regarde la femme, — dans
le jargon des rôdeurs de bar-
rière.
Niche (A c'te). Manière aima-
ble et familière de renvoyer
quelqu'un. Nos pères disaient :
Au chenil.
Nière. Maladroit. —Individu,
particulier. — Mon nière, moi,
— dans le jargon des voleurs.
Nière. Complice, — dans le
jargon des voleurs. — Un com-
plice est un autre soi-même. —
Manger son nière, dénoncer son
complice. — Cromper son nière,
sauver son complice. Nière à la
manque, complice sur lequel on
ne doit pas compter.
Niguedouille. Nigaud.
Nielle. Chapeau retapé, vieux
chapeau d'homme. — Niolleur,
marchand de vieux chapeaux
retapés.
NioUe. Niais, maladroit, im-
bécile. — Bougre de niolle.
Niort (Aller à). Nier. — En-
voyer à Niort, refuser quelque
chose, — dans le jargon des vo-
leurs. « Quoique je prisse tou-
jours le chemin de Niort. «
{Aventures burlesques.)
Nisco, Nix. Non, rien. « Tou-
jours donner son nom et son
adresse, sans quoi, nix. » {Tarn-
Tarn, 1880.)
Nivet, Nivette. Chanvre, —
dans l'ancien argot.
Nobrer. Reconnaître; c'est le
diminutif de reconnobrer.
Noce. Amusements; débau-
che. — Faire la noce, faire une
noce, nocer, s'amuser, courir les
femmes, les cabarets, souvent
au détriment du travail.
Noce de bâtons de chaise.
Batterie domestique dans la-
quelle les chaises sont otFertes,
— par l'époux à l'épouse et vice
versa, — à travers la figure.
Noceur, Noceuse. Homme,
femme qui a érigé la noce en
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
263
système, qui se livre habituelle-
ment à ce que les romantiques
appelaient « l'orgie échevelée ».
Noctambule. Celui qui bat le
pavé toute la nuit; celui qui
court les cabarets, les maisons
de débauche , les restaurants
jusqu'au point du jour. Le noc-
tambule donne un iier démenti
au proverbe qui prétend que
lorsqu'on est vertueux on aime
à voir lever l'aurore.
« L'attardé seul, le noctambule,
tt Quand tout dort est encore levé. »
(A Pommier, Paris.)
Noctambuler. Flâner, s'amu-
ser lorsque les honnêtes gens
dorment.
Noctambulisme. Flânerie noc-
turne, courses nocturnes à tra-
vers les cabarets.
Nœud (Et mon) ! Propos que
les voyous ont sans cesse à la
bouche, et qu'ils trouvent plus
énergique, sans doute, que des
navets! du flan! des nèjles! qui
en sont les variantes adoucies.
Noir. Café. — Un noir chic, un
café additionné de beaucoup de
chicorée.
Noir. Plomb, — dans l'argot
des couvreurs. — 'Pierre noire^
ardoise.
Noir de peau, Nègre. Aide-
chilibnnier; pauvre diable à qui
le chiffonnier confie un croc et
fait gagner quelques sous.
Noix (Coquille de). Verre à
boire de petite capacité, — dans
le jargon des ivrognes qui trou-
veraient la botte de I3assom-
pierre encore trop petite.
Nombril de religieuse. As
d'un jeu de cartes.
Nonnant, Nonnante. Ami,
amie. — Compagnon, compa-
gne.
Nonne , Nonneur. Compère
qui assiste le voleur à la tire,
soit en bousculant l'individu bon
à voler, soit en recevant l'objet
volé.
Notaire du coin. Marchand
de vin. C'était autrefois, et en-
core au commencement du
siècle : Notaire à barreaux de
bois, parce que la devanture des
anciens débits de vin était gar-
nie de barreaux de bois. —
« Allons passer z'un contrat
d'un litre, chez le notaire à
barreaux de bois. » [Le Nouveau
Vadé.)
Note (Etre dans la). Etre au
courant de ce qui se dit et se
passe, être dans le mouvement.
— (Jargon des gommeux.)
Nourrir. Combiner. — Nour-
rir un poupon, combiner un vol,
le charpenter comme un dra-
maturge une pièce de théâtre.
Nourrisseur. Charpentier en
vols et assassinats. 11 traite avec
les metteurs en scène suivant
l'importance et la réussite pro-
bable'du drame.
Nouvelle. Pour Nouvelle-Ca-
lédonie. Passer à la Nouvelle^
être condamné à la déporta-
tion, — dans l'argot dés voleurs.
Nouvelle-Calédonie. Second
cimetière de Saint-Ouen ouvert
en 1872.
Nouvelle- couche. Pour nou-
velle couche sociale. Les bas-
fonds du prolétariat. — « On
parle des nouvelles couches, ça
n'est pas Cantagrel, qui est une
vieille barbe. » ' (Bernadille
Esquisses et Croquis parisie7is.)
264
DICTIONNAIllE B ARGOT MODERNE.
Nouzailles. Nous, — dans le
jargon des voleurs. C'est : Nous
avec la désinence aille.
Noyau. Argent, n'est guère
employé qu'au pluriel. // a des
noyaux, et encore est-il très peu
usité.
Noyau. Conscrit; niais, —
dans le jargon des troupiers.
Noyaux de pêche (Rem-
bourré avec des). Horriblement
niai rembourré, très dur ; se dit
d'un siège dont les élastiques
ont rendu l'âme j des banquettes,
et môme des fauteuils d'or-
chestre de certains théâtres.
Numéro. Fille publique, —
dans le jargon des agents de
poHce.
Numéro un. Vêtement, objet
de toilette réservé pour les
grandes occasions, le meilleur
vêtement d'une garde-robe. —
Entreteneur, — dans le langage
de ces demoiselles. « Ça l'amant
d'Amanda !. . . — Oui ! Ah ! mais,
tu sais, chéri, c'est pas son nu-
méro un. » (Grévin , Croquis
parisiens.)
Numéro 100. Lieux d'aisances.
Il y a là un de ces jeux de mots
qui sont une des plus fines ma-
nifestations du vieil esprit gau-
lois.
Numéro de quelqu'un (Con-
naître le). Connaître la mora-
lité de quelqu'un, savoir à quoi
s'en tenir *sur le compte de
quelqu'un.
Numéroter ses os. Se dit pour
appuyer énergiquement la me-
nace d'une volée de coups. — •
Numérote tes os, que je te démo-
lisse !
Nymphe verte. L'absmthe, —
dans le jargon des ivrognes qui
ciierchent la poésie au fond du
verre.
Obéliscal. Grand, sublime, co-
lossal. Le mot s'est dit à propos
de tout ce qui sortait de l'ordi-
naire. Une œuvre était obéliscale,
un homme était obéliscal, en
souvenir de l'obélisque de la
place de la Concorde.
Objet. Femme aimée. Nos
pères se servaient beaucoup de
ce mot, abréviation de : objet
de ma flamme.
Observasse. Observation. Une
vetite observasse en passant.
Occase. Occasion. Un objet
[ d^occase, un objet qui a servi.
— Châsse d' occase, œil de verre,
j Occasion. Chandelier, — dans
j l'ancien argot.
I Odhe. Oreille. L'ocheme cloche,
l'oreille me tinte.
Oculaire astronomique. Ca-
rambolage facile à exécuter, les
j deux billes à toucher étant à
côté l'une de l'autre. Les joueurs
de billard disent également ;
« Une paire de lunettes ».
Œil. Crédit. — L'œil est crevé,
plus de crédit. C'est-à-dire l'œil
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
265
du crédit est crcvo. Une vieille
légende fait mourir Crédit d'un
coup d'épée qu'il a reçu dans
l'œil. Sur les anciennes images
d'Epinal on voit Crédit succom-
bant à sa blessure et au-dessous
cette devise: Crédit est mort, les
mauvais payeurs lui ont crevé
l'œil.
Œil (Avoir!'). Avoir crédit.
> Ma bourse est en deuil,
« Pour faire bombance
« Bien lieiircLix qu'a l'œil. »
(J. Goizet, Bien heureux qu'a l'œil,
Chans.)
Œil (Faire 1'). Vendre à crédit, j
— (( Elle préférerait faire crier
par les rues toutes ses cuites à ;
sa fdle que de faire deux sous
d'œil. » (Privât d'Anglemont.)
Œil (Faire de 1'). Jouer de la
prunelle comme les Espagnoles
jouent de l'éventail.
Œil (Faiseur d'). Homme qui
clierclie à séduire une femme .
au moyen d'oeillades incen- j
diaires. « Le faiseur d'œil n'a
])as de prétention positive et
[)récise. Il promène sur toutes
les femmes son regard de vau-
tour amoureux, ses yeux sont
illuminés d'un feu lîe charbon
de terre; il a toujours l'air d'un
Européen lâché dans un sérail;
sa prunelle s'abaisse, se relève
comme le soufflet d'un accor-
déon. )) (N. Roqueplan, la Vie i
de Paris.) j
Œil d'occase. Œil de verre. |
Œil de verre. Monocle. \
Œil (Mon). Variante de : a des \
navets! des nèfles! du flan! » j
Œil de bœuf. Pièce de cinq j
francs, — dans l'ancien argot, i
Œil qui dit merde à l'autre.
ÛEil allecté de strabisme.
Œil en coulisse. Œil amou-
reux, dont la prunelle va tan-
tôt à droite, tantôt à gauche,
mais toujours dans la direction
de Vobjet convoité, soit qu'il
s'agisse, pour les hommes, d'une
jolie femme, soit qu'il s'agisse,
pour les femmes, d'un bijou de
prix.
Œil (Avoir de V). Avoir bonne
apparence, en parlant des choses
ou des objets de consommation.
— Cette étoffe a de l'œil. — Ce
faisan rôti a de Vœil.
Œil, du cheveu et de la dent
(Avoir de 1'). Etre encore bien,
être d'une beauté très suflisante,
en parlant d'une femme. Elle a
de l'œil, du cheveu et de la denty
les trois beautés théologales.
Œil (Donner dans!'). Plaire à
première vue, en parlant des
personnes. — Avoir envie de,
en parlant des choses. Cette
femme m'a donné dans l'œil. —
Cette bague lui a donné dans
l'œil.
Œil (S'en battre F). S'en mo-
quer. Voir une chose, entendre
une proposition avec indille-
rence. — Je m'en bats l'œilj ça
m'est bien égal. On dit aussi :
s'en battre la paupière.
Œil (Tape à F). Personne dont
la paupière paralysée est com-
plètement fermée.
Œil (Taper de F). Dormir. —
Tourner de l'œil, mourir.
Œil (Tire F). Objet qui attire
l'attention, mais qui n'a pas
une grande valeur. ■— Chn-
quant.
Œuf. Tète, — dans le jargon
des voyous. Et principalement
tête chauve.
266
DICTEONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Œuf sur le plat (Un). Vingt-
cinq francs en un louis d'or et
une pièce de cinq francs en ar-
gent. La pièce d'argent repré-
sente le blanc de l'œuf, la pièce
d'or, le jaune.
Œuf (Casser son). Faire une
fausse couche. (L. Larcliey.)
Œufs sur le plat. Seins petits
et mous, — dans le jargon des
bourgeoises. Un beau corsage, la
femme de l'adjoint. — Taisez-vous!
deux œufs sur le plat!
Officier. « Tous les jolis bon-
bons glacés ou en sucre candi,
exposés aux étalages des mar-
chands confiseurs, sont l'ou-
vrage des officiers. » (P. Vin-
çard, les Ouvriers de Paris.)
Officier. Garçon d'office dans
un café. Il fait chauffer le café,
prépare les grogs et souvent
lave la vaisselle.
Ogre. Ouvrier typographe mo-
dèle. L'ogre travaille à la jour-
née, il est bon père de famille,
bon époux et bon garde natio-
nal au besoin.
Ogre. Chiffonnier en gros,
négociant en chiffons, — Rece-
leur. — Escompteur sans ver-
gogne. — Agent de remplace-
ments militaires mis en dispo-
nibilité par la promulgation de
la loi sur le service obligatoire.
Ogresse. Cabaretière , pro-
priétaire d'un garni à la nuit et
à la corde. — Revendeuse à la
toilette, vendeuse et revendeuse
de chair humaine plus ou moins
fraîche.
Oignon. Montre d'argent
épaisse et large.
Oignon (Il y a de 1'). Ça va
mal, les affaires vont se gâter,
les coups et les pleurs sont à la
tombante.
Oignons (Peler des). Gronder.
Oignons, Oignes (Aux petits).
Excellent, supérieur. L'oignon
joue un grand rôle dans la cas-
serole du peuple de Paris pour
qui le miroton est un plat fon-
damental et patriotique. —
« Eh ben, sergent, trouvez-vous
que je lui aie arrangé ça aux
petits oignons? » (Alph. Arnault
et L. Judicis, Les Cosaques.)
Oignons (Chaîne d'). Les dix
d'un jeu de cartes, — dans le
jargon des ouvriers.
Oiseau. Individu qui sort on
ne sait d'où. — Vilain oiseau,
vilain monsieur, triste sire.
Oiseau. Auge d^ maçon.
Oiseau de cage. Prisonnier,
— dans l'ancien argot.
Oiseau fatal. Corbeau, — dans
le jargon des voleurs qui, une
fois par hasard, se sont inspirés
de l'argot académique.
Oiseau (Faire 1'). Faire la
j bête, l'ignorant, — dans l'an-
cien argot.
Oiseaux (Aux). Parfait, très
soigné. Est-ce une allusion au
célèbre couvent des Oiseaux où
les demoiselles du meilleur
monde, c'est-à-dire du monde
le plus riche, reçoivent une édu-
cation .soignée?
Oiseaux (Se donner des noms
d'). Se donner des noms em-
pruntés au vocabulaire de l'a-
mour. Mon loulou, ma petite
chatte, mon trésor, mon chien
vert, sont des noms d'oiseau.
Mon serin n'est pas un nom
d'oiseau.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
267
Olive de savetier. Navet.
Olives (Changer l'eau des).
Uriner.
Ombre (Foutre àl', faire pas-
ser à r). Tuer. Mettre à l'ombre,
empi isoiiner. — Etre à l'ombre,
être en prison. « Je vous dis,
moi, qu'on s' taise, ou je vous
colloque à l'ombre. » (H. Mon-
nier. Scènes populaires.)
Omnibus. Femme qui a au-
tant et plus de droit à ce sobri-
quet que les voitures de ce
nom.
Omnibus. Verre de vin, verre
d'eau-de-vie , de la capacité
d'un demi-setier. On lit encore
à la devanture de quelques dé-
bits de vin, extra-muros : « Ici
l'on prend l'omnibus. » Rin-
çures de verres, résidu de vin
répandu sur le comptoir et dé-
bité aux consommateurs assez
ivres pour ne plus y regarder
de près.
Omnibus. Garçon d'extra, da.ns
un restaurant, dans un café.
Omnibus. Batteurs de pavé^
« C'est-à-dire des gens que l'on
rencontre sur tous les points de
Paris comme les véhicules dont
ils portent le nom, mais qui
diffèrent de ceux-ci en ce qu'ils
n'ont ni couleur, ni enseigne,
ni lanterne pour indiquer où ils
vont et d'où ils viennent. »
(Paul Mahalin.)
Omnibus. Loges d'avant-scène
au théâtre de l'Opéra. «Excepté
Ja loge de l'Empereur et la loge
voisine réservée pour le service
de Sa Majesté, excepté les deux
loges qui sont en face et les
deux avant-scènes du rez-de-
chaussée, au côté droit, toutes
les loges d'avant-scène jusqu'au
troisième rang non compris,
sont occupées par des hommes
et organisées en omnibus ainsi
qu'on dit à l'Opéra et à Londres. »
(N. Roqueplan.)
Omnibus de coni. Corbillard,
c'est-à-dire omnibus de la mort.
Omnibus (Attendre 1'). At-
tendre qu'on vous verse à boire,
— dans le jargon du peuple. —
Faites passer la négresse, voilà
une heure que nous attendons
r omnibus, par ici.
Omnibusard. Mendiant qui
exploite la charité publique en
omnibus. Voici le procédé :
Tantôt c'est un enfant, tantôt
un vieillard qui, en hiver, la
chair au vent, tout dépoitraillé,
vient s'asseoir près du conduc-
teur. Il sort péniblement, sou à
sou, trente centimes, les tourne,
les retourne, pousse un soupir,
laisse échapper une larme et
grelotte. Les âmes charitables
s'émeuvent, chacun donne quel-
que menue monnaie. L'omnibu-
sard recueille ainsi quinze ,
vingt, quelquefois trente sous,
grelotte, tousse, crache, pleure
d'attendrissement, fait arrêter
la voiture et va, une station
plus loin, recommencer le même
manège, après avoir toutefois
pris de nouvelles forces chez le
marchand de vin.
Omnicroche. Omnibus , —
dans le jargon des voleurs. —
Faire Vomnicroche, monter dans
un omnibus avec l'intention
d'explorer les poches des voi-
sins. — Gaule d' omnicroche, écha-
las d'omnicroche , conducteur
d'omnibus. — Omnicrochemar à
la colle, cocher d'omnibus; à la
colley parce qu'il semble collé
268
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
sur son siège. Les voleurs qui
ont, comme Lacenaire, fait un
peu leurs classes, disent : Om-
iiicochcmar.
Oncle. Concierge de prison.
Sous les verrous, les voleurs,
qui ont de l'imagination, s'assi-
milent aux objets mis en gage.
La prison pour eux est comme
un Mont-de-Piété, tante, où ils
sont accrochés. Celui qui garde
la porte de ma tante, devient le
mari de ma tante « mon oncle ».
Au xvne siècle « oncle » dési-
gnait un usurier. — Avoir un
oncle sur la planche, être héri-
tier d'un oncle. — Manger son
oncle, manger l'héritage laissé
par son oncle. — Rubis sur l'on-
cle, calembour par à peu près
pour dire qu'il ne reste plus
rien de l'héritage avunculaire.
Oncle du prêt (Mon). Mont-
de-Piété, — dans le jargon des
ouvriers qui sont fatigués d'ap-
peler « ma tante, ma tante Da-
mant » cet établissement phi-
lanthropique à onze pour cent.
Onclesse. — Concierge fe-
melle d'une prison, — dans
l'argot des voleurs, qui appel-
lent le concierge mâle « leur
oncle ».
Onguent. Argent, — dans
l'ancien argot.
Opérer. — Guillotiner, —
dans le jargon des prisons.
Opérateur. Bourreau.
Opiumiste. Buveur d'opium ;
parlisan de l'abrutissement par
l'opium. « La Chine se divise
en deux parties bien distinctes :
Les opiumistes et les unli-opium-
istes. » {La Liberté, du 26 août
1«77.)
Opportunisme. Politique ex-
pectante d'un groupe de répu-
blicains qui, sans rien sacrifier...
que les principes des autres, at-
tendent patiemment l'occasion
favorable pour faire prévaloir ;
leurs idées, et trouvent qu'il
est toujours opportun d'occuper
une excellente place, et au be-
soin plusieurs places.
Opportuniste. Réactionnaire
de l'avenir; Orléaniste honteux.
Républicain qui, en attendant le
moment opportun où il pourra
voir triompher sa cause, sait se
contenter d'une bonne place.
Les opportunistes, dont M. Gam-
betta est le chef, ont pour adver-
saires les intransigeants, répu-
blicains trop pressés.
Oranger de savetier. Basilic.
Orange à cochon. Pomme de
terre. La variante est : Orange
de Limousin.
Oranges sur l'étagère. Belle
prestance de la gorge.
Ordinaire. La soupe et le
bœuf, dans les gargots. Le prix
de V ordinaire varie entre 30 et
40 centimes.
Ordinaires. Menstrues.
Ordremoralien. Conservateur,
Partisan de l'ordre moral que
les adversaires politiques des
républicains opposent à la dé-
magogie. Journal ordremoralien,
feuille ordremoralienne .
Ordure. Femme sale au mo-
ral, femme sale au moral et au
physique.
Ordures (Faire ses). Prendre
les trottoirs, la voie publique,
les parquets des appartements
pour des lieux d'aisances, quand
on a le privilège d'être chien ou
chat.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
269
Oreillard. Ane.
Oreille à l'enfant (Avoir fait
une). Avoir fait, en collaborn-
tioii, avec un ou plusieurs ce
qu'il faut pour se croire le père
d'un enfant.
Orfèvre. Marchand qui fait
valoir sa marchandise, personne
qui vante ses qualités, — dans
le jargon des vieux habitués de i
la Comédie-Française. l
Orgue. Homme, — dans le |
jargon des voleurs. — Manger
sur l'orgue, dénoncer un com-
plice.
Orgue. (Mon, ton, son). Moi,
toi, lui, — dans le même jar-
gon. — Tu ne peux pas le faire
avec mon orgue, tu n'es pas de
force à te mesurer avec moi.
Orgue (Jouer de 1'). Roniler.
Orgues. Atiaires, — dans le
jargon des voleurs.
Orient. Or, — dans le jargon
des voleurs.
Orléans. Vinaigre; pour vi-
naigre d'Orléans.
Ornie. Poule. — Ornichon,
poulet. — Ornie de balle, dinde.
— Ornion, chapon. -- Ornière,
poulailler.
Orphelin. Orfèvre.
Orphelin. Bout de cigare,
bout de cigarette réduite à sa
dernière expression.
Orphelins. Bande, association
de malfaiteurs.
Orphelin de muraille. Carte
de visite... de digestion dépo-
sée le long d'un mur.
Orpheline de Lacenaire. Pros-
tituée qui arpente \>' boulevard,
— dans le jargon des gens de
lettres.
Os (De r). De l'argent.
Os à moelle. Nez. — Faire ju-
ter l'os à moelle, se moucher
avec le mouchoir de ses cinq
doigts. Les voyous disent aussi :
« faire dégorger son ulcère. »
Osanore, Osselet. Dent. —
Jouer des osanores, manger.
Oseille. — Argent, — dans
le jargon des voleurs. C'est le
mot os doté de la terminaison
eille. « Les frangins auraient
plutôt acheté quatre exemplai-
res, au lieu d'un, afin de re-
mettre de l'oseille dans ton
porte-monnaie! » (Le petit Ba-
dinguet, 1878.)
Oseille (Scène de 1'). Scène
où l'on exhibe le bataillon de.s
femmes décolletées, dans une
féerie ou autre pièce de même
moralité. Oseille est là comme
variante de persil. On a dit
scène de Voseille comme on au-
rait dit scène du persil, c'est-à-
dire scène de la retape. (V. ces
mots.)
Oseille (Avoir mangé de 1').
Etre de mauvaise humeur, mon-
trer de l'aigreur; allusion à l'a-
cidité de l'oseille.
Otage. Prêtre, ecclésiastique,
par allusion aux otages de la
Commune, — dans lo jargon
des voyous et des voleurs.
Otolondrer. Ennuyer. Otolon-
dreur, importun.
Ouater. Ne pas accuser les
contours en dessinant, peindre
flou, — dans le jargon des
peintres.
Oui, en plume. Tu plaisantes,
— da<is le jargon des typogra-
phes.
Ours. Article de journal qui
270
DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE.
a été offert sans succès dans
plus de vingt journaux, roman
refusé par tous les éditeurs,
pièce de tliéiUre repoussée de
tous les tlicâtres. — On dit d'un
vieil ours « qu'il a de la barbe ».
— Egayer l'ours, siffler une
pièce.
Ours. Bavardage insupporta-
ble, — dans le jargon des typo-
graphes. — Poser un ours, dé-
biter à un camarade des bavar-
dages insipides, lui faire des
contes à dormir debout.
Ours. — Salle de police. —
« Allons, prenez vos draps et
grimpez à l'ours. Vivement. »
{V*e Richard, Les Femmes des
autres.)
Ours. — Ouvrier pressier dans
une imprimerie. — Oie, — dans
le jargon des ouvriers.
Ours (Envoyer à T). Ren-
voyer, envoyer au diable. Au-
trefois, lorsque quelqu'un im-
portunait, on lui disait d'aller
voir l'ours Martin, on l'envoyait
très loin.
Ours (Aller aux). — Aller flâ-
ner au Jardin-des-Plantes, —
dans le jargon des collégiens.
C'est-à-dire aller voir les ours
du Jardin-des-Plantes.
Ourson. Ancien bonnet à poil
de l'ancienne garde nationale.
Oùs' qu'est mon fusil? Expres-
sion employée par le peuple
lorsque quelqu'un vient de dire
une grosse bêtise, de tenir un
propos extravagant, insensé.
Mot à mot : Où est mon fusil,
pour que je te tue? tu es trop
bête pour vivre.
Oùs'que tu demeures? Ré-
ponse à une proposition exor-
bitante ou jugée telle. — Tu
fumes de bons cigares, tu devrais
bien m'en faire cadeau d'une boite.
— Ous'que tu demeures ? — C'est-
à-dire par ironie et sous-en-
tendu : Je les ferai porter à do-
micile.
Oùs'que vous allez sans pa-
rapluie? Expression populaire
dont les équivalentes sont : D'où
venez-vous, que vous êtes si
bête? Vous n'êtes donc au cou-
rant de rien? — Demandez par
exemple, en plein mois de juin,
à une marchande de la Halle si
elle a des épinards, vous aurez
beaucoup de chance pour qu'elle
vous réponde : « Oùs'que vous
allez comme ça sans paraplui e ? »
Outils. Instruments à l'usage
des voleurs.
Ouvrage. Curage des fosses
d'aisances. — Tomber dans l'ou-
vrage, tomber dans la fosse
d'aisances, — en terme de vi-
dangeur.
Ouvrage. Vol, — dans le jar-
gon des voleurs. — Fonds de
commerce de porteur d'eau.
L'ouvrage comprend les usten-
siles nécessaires à la profession,
tels que cheval, voiture, seaux,
bricole, tonneaux, etc.
Ouvrier, Ouvrière. Voleur,
voleuse.
Ouvrière. C'est encore le nom
sous lequel les souteneurs dé-
signent leurs maîtresses, quand
ils ne les appellent pas leuj^s
marmites.
Ouvrir l'œil et le bon. Sur-
veiller avec soin ; faire bien at-
tention à ne pas être trompé.
On disait jadis : Avoir l'œil au
bois.
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
271
Pacant. Paysan,
jargon des voleurs. — Intrus,
"maladroit, lourdaud. — « Mais
ce pacant-\-d va tout gâter. »
(Balzac, Pierre Grassou.)
Paccin. Paquet, — dans Tan-
cien argot.
Pacquelin. Pays. — Brème de
pacquclin, carte de géographie.
— Pacquelin du raboin, pays du
diable, enfer.
Pacquelinage. Voyage. —
Tacqueliner, voyager. — Pacqiie-
lineur, — voyageur.
Paf. Ivre. — Ivrogne gai.
Paf, Paffe. Soulier. Depaffut,
passiit, tranchet. Le mot ■paff^'ut
remonte au xiv<^ siècle.
Paf fer. Enivrer. Rendre paf.
Pagaie ^Mettre en). Farce
qu'au régiment les anciens font
aux conscrits, qui trouvent leurs
lits arrangés en bascule; d'où
desculbdtes et des occasions de
se divertir aux dépens des bleus.
C'est-à-dire mettre un cama-
rade aux prises avec une plai-
santerie qui n'est pas gaie pour
lui.
Page blanche. Innocent. —
Ouvrier instruit et travailleur,
— dans le jargon des typogra-
phes.
Pagne. Don en argent ou en
nature fait à un détenu.
Pagne. Lit, — dans le jargon
des voyous.
dans le ] Paies (C'est tout ce que tu)?
Tu n'as pas quelque chose de
plus agréable à dire? — Et puis.
après car — Expression dont
abusent les voyous quand on
leur fait de la morale à gosier
sec. « Prenez garde, mon fils!
la pente du vice est ghssante;
tel qui commence par une pec-
cadille peut finir sur l'échafaud !
— Cest tout ce que tu paies ? »
(Randon.)
Paillasse. Saltimbanque po-
litique dont les opinions sont
plutôt à vendre qu'à louer. —
Celui qui saute à pieds joints
sur ses promesses.
Paillasse. Fille publique, —
dans le jargon des troupiers.
Paillasse à soldats. Fille à
soldats. — Prostituée sans pré-
tention qui rôdaille autour des
casernes, quœrens quem dcvoret.
Paillasse à coups de poing.
Femme d'ivrogne.
Paillasse (Crever la). Porter
des coups de pied dans le ven-
tre de quelqu'un. — Se faire
crever la paillasse, se faire as-
sommer à coups de pied dans
le ventre.
Paillasse (Bourrer la). Man-
ger. — N'avoir rien à fourrer
dans la paillasse, n'avoir rien à
manger.
Paillasse (Brîiler). Partir en
oubliant de déposer son otfrande
sur le coin de la cheminée d'une
Vénus ambulante.
272
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Paillasse (Manger sa). S'age-
nouiller pour prier au pied de
son lit, — dans le jargon des
troupiers.
Paillasson. Libertin qui ne
craint pus de se frotter à toutes
les paillasses des drôlesses.
• Paillasson, quoi! cœur d'arlichaul.
• C'est mou genre : un' feuill' pour tout
[l'monde.
» Au jour d'aujourd'hui, j'gob' la blonde ;
• Après-d'main, c'est la brun' qu'i m'faut. »
{La Muse à Bifji, Le Paillasson.)
Paillasson. Homme aimé un
moment pour lui-même, — dans
le j.irgon des filles. « Celui avec
lerfuel elle passe un caprice, au-
quel ce se donne sans lui de-
mandei de l'argent, un paillas-
son. » {Paris-vivant, La Fille.
1858.)
Paille. Bombage des cartes
destiné à favoriser le coupage
dans le pont. {Argot des grecs.)
Paille, dans leur jargon, est sy-
nonyme de pont.
Paille (Homme de). Prête-
nom. Individu qui assume sur
lui la responsabilité d'une af-
faire. En gén/u^al l'homme de
paille touche des appointements
fixes et fait tout ce qui concerne
son état : des dettes, des dupes
et de la prison.
Paille de fer (A toi, z' à moi
la). Chacun à notre tour. Ex-
pression dont on se sert pour se
stimuler. Deux ouvriers attelés
à la même besogne, deux for-
gerons, principalement, qui
frappent à tour de rôle sur le
fer sortant de la forge, s'exci-
tent au cri de : A toi, à moi la
paille de fer ! La paille de fer
c'est la barre de fer. — « Tout
d'un coup le drapeau tombe. On
se jette dessus... A toi z' à moi
la paille de fer! » (Alph. Ar-
nault et L. Judicis, Les Cosaques.)
Paille au cul (Avoir la). Etre
vendu ou à vendre comme
homme politique. Le journa-
liste qui veiid sa plume, le dé-
puté qui trafique de son vote,
ont la paille au cul. Allusion au
bouchon de paille que les ma-
quignons mettent au derrière
des chevaux qui sont à vendre.
Paille sur le tahouret (Ne
plus avoir de). — « On dit à
présent en parlant d'un mon-
sieur chauve comme un œuf :
11 n'a plus de paille sur le ta-
bouret. » {Tam-Tam, 1880.)
Pailler. Préparer une paille
en battant les cartes. (L. Lar-
chey.)
Paillot. Paillasson. — Plaquer
la tournante sous le paillot, met-
tre la clé sous le paillasson.
Pain. Soufflet, coup de poing
sur le visage. Le mot pain tra-
duit le bruit produit par un
soufflet bien appliqué. Coller un
pain, donner une gifle. M. Lar-
chey écv'ii paing et donne poing
comme étymologie. Passer chez
paing, recevoir des coups.
Pain raté. Pain entamé par
les rats, pain trop dur. — Pain
ars, pain brûlé. — Pain mé-
tourné, pain trop petit, — dans
le jargon des boulangers. Pain
à grigne, pain fendu. j
Pain. Coussinet en cuir dont M
se servent les graveurs pour
poser la planche à graver.
Pain (ton, son). Réplique qui,
au régiment, équivaut à : « Rien
du tout ». — Je vais t' étriller si
tu m'em... botes. — Tu ries pas
le diable; tu étrilleras ton pain.
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 273
Pain-là (Ne pas manger de
— Le brigadier a dit qu'il te fi-
cherait à l'ours. — Il y f... son
pain; ici, toi, tu commandes ton
pain.
Pain polka. Pain long et plat
de 4 livres, — dans le jargon
des boulangers.
Painà cacheter (Le). La pleine
lune.
Pain à cacheter. Entêté, —
dans le jargon des voyous.
L'iiomme entêté tient à son
idée, comme le pain à cacheter
tient au papier.
Pain à cacheter. Hostie. —
Tortorer le pain à cacheter, com-
munier, — dans le jargon du
peuple.
Pain (Et du)? Et le néces-
saire? Expression à l'adresse des
gens qui font des dépenses peu
en rapport avec leur position.
— Réplique à une proposition
extravcigante sous le rapport de
la dépense. — Demandez à un
ouvrier convalescent pourquoi
il ne mange pas, à tous ses re-
pas, de bons biftecks saignants
arrosés de bon vin de Bordeaux.
Il répondra : Et du pain ?
Pain de la bouche (Oter le).
Empêcher quelqu'un d'obtenir
un emploi, lui faire perdre sa
place.
Pain cuît (Avoir son). Avoir
ce). Rcpoussci' une proposition,
un gain indignes d'un honnête
homme.
Paire de manches (C'est une
autre). C'est bien diliérent.
Paix-là. Huissier-audiencier.
Le cri de l'homme pour l'homme
môme.
Pâle (Du). La couleur blanche
au jeu de dominos. — Les pro-
fesseurs de dominos disent éga-
lement la blancheur en ajoutant
le nom d'une dame blonde de
leur connaissance, délicat hom-
mage à la beauté.
Paletot. Cercueil , — dans
l'argot des marbriers de cime-
tière. (A. Delvau.)
Palette. Grande et large dent.
— Guitare de musicien ambu-
lant.
Palladier. Pré, — dans l'an-
cien argot.
Pallas. Beau, joli, — dans
l'argot des barrières. Déforma-
tion de « pas laid ».
Pallas. Harangne de ban-
quiste. « Ensuite il commence
tout à coup son pallas d'une voix
sourde et vibrante à la fois. »
(V. Fournel, Ce qu'on voit dans
les rues de Paris.)
Pallas (Faire). Faire des em-
des rentes suffisantes pour vi- ! ^^^rras, prendre de grands airs
vre. Mot à mot : avoir sur la comme en prennent les saltim-
planche du pain cuit pour le banques en débitant leurs boni-
restant de ses jours. — Etre
condamné à mort. Mot à mot :
avoir du pain cuit sur la planche
de la guillotine.
Pain (Faire perdre le goût
du). Tuer. — Je te ferai perdre
le goût du pain.
ments.
Pallas (Faiseur de). Faiseur
d'embarras. — Sal II mbanque dé-
bitant son boniment.
Palmarès. Liste des récom-
penses accordées aux lycéens, le
jour de la distribution des prix
274 DICTIONNAIRE D
à la Sorbonne. Dopalma, palme.
Pâlot, Pâlotte. Paysan, pay-
sanne; de palea, paille.
Pâlotte (La). La lune, — dans
le jargon des voleurs.
Palper. Recevoir de l'argent,
toucher ses appointements, —
en terme de bureaucrate.
Palpitant. Cœur, — dans l'an-
cien argot.
Pâmeur. Poisson, — dans le
jargon des voleurs. Hors de l'eau,
il se pâme.
Pamure. Soufflet bien appli-
qué.
Pampine. Sœur de Charité, —
dans le jargon des voleurs.
Pana. Chapeau de paille ; pour
panama, — dans le jargon des
voyous. — Pmia patriothjiie, cha-
peau de paille tricolore.
Panache (Avoir le). Etre gris.
Panachée (Conversation).
Conversation variée. Allusion
aux glaces panachées, fruit et
crème.
Panade. Personne mal mise,
malpropre, laide. — Personne
sans énergie. — Objet de rebut.
En un mot tout ce qui est panne:
homme, femme ou chose.
Panailleux. Marchand de ver-
res cassés, misérable, dénué de
tout.
Panais (Etre en). Etre en che-
mise.
Panais (Des)! Formule néga-
tive, équivalenfe à non, jamais.
On dit en allongeant : Des pa-
nais, Rosalie!
Panama. Bévue énorme, dans
la composition, l'imposition ou
le tirage. [Jargon des typoyra-
ARGOT MODERNE.
j phes, Boutmy.) Allusion aux lar-
I gcs bords des chapeaux ditspa-
nama.
Panaris. Belle-mère. Un pa-
naris fait beaucoup soulî'rir, une
belle-mère aussi. — u Panaris
crevé. Prendre train de plaisir
11 heures 45. » [Tam-Tam, du
16 mai 1880.)
Panas. Epaves d'objets de toi-
lette, vieilleries en tous genres.
Panier, Panier aux ordures.
Lit, — dans le jargon du peuple.
Panier aux crottes. Derrière.
« Et pas de musique au dessert,
bien sûr pas de clarinette pour
secouer le panier aux crottes des
dames. » [L'Assommoir.) C'est
une variante moderne de l'an-
cien « pot aux crottes ». — « Ja-
mais on ne vid si bien remuer le
pot aux crottes ny secouerle jiir-
ret. » [Le facétieux réveille-matin
des esprits mélancho ligues, 1634.)
Panier au pain. Ventre. —
« Au premier atout dans le pa-
nier au pain, faut pas caner. «
(L'art de se conduire dans la so-
ciété des pauvres bougres.)
Fourgon des-
Panier à salade.
tiné au transport des prison-
niers. Le panier à salade va,
deux fois par jour, chercher aux
différents postes de police le
contingent déclaré bon pouf le
dépôt de la préfecture. Le nom
de panier à salade est dû aux
cahots que procure ce véhicule
mal suspendu. Les prisonniers
auxquels le gouvernement ne
peut pas fournir des huit-res-
sorts y sont secoués comme la
salade dans un panier.
Panier (Recevoir le). C'est,
dans le langage des filles en trai-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
•^/o
tement à Saint-Lazare, recevoir
des aliments ou des friandises
apportés du dehors. Mot à mot :
recevoir le panier aux provi-
sions.
Paniotter (Se). Se mettre au
lit, — dans le jargon du peuple ;
c'est-à-dire se mettre dans le
panier. L'expression est égale-
ment usitée au régiment.
Paniquer (Se). Avoir peur,
avoir la panique. {Mémoires d'un
forçat, 1829.)
Panne. Grande misère ; ruine
complète. «Ce fut alors,raadame
Aicide, que commença votre
grande panne. » (Ed. et J. de
Concourt.) — « Ils sont tournés
comme Henri ÏV sur le Pont-
Neuf et m'font l'etlét de n'son-
ger qu'à faire la noce, au risque
d'être dans la panne et de se
brosser le ventre après. » (E. de
la Bédollière, Les Industriels.)
— En terme de théâtre, bout de
rôle. « Plus de rôles à jambes,
et une panne de dix lignes dans
ta nouvelle féerie!.. Ah\ Ernest,
vous ne m'aimez plus. » (J.Pel-
coq, Petit journal amusant.) —
<( Il faut vous dire que tous mes
camarades, étant jaloux de moi,
s'arrangeaient de manière à
avoir les bons rôles, tandis que
moi, on me donnait les pannes...
les bouche-trous!.. » (P. de
Kock, Le Sentier aux prunes.) —
En terme d'atelier, mauvais ta-
bleau. « (}u'est-ce que c'est que
cette panne? C'est assez mal lé-
ché^ merci. » (J. Noriac, Têtes
d'artistes.)
Panne. Ruiné, misérable. «Et
puis ces marchands font les
pannes; mais il ne faut pas les
croire. » (P. d'Anglemont.)
Panne comme la Hollande.
Très pauvre, très misérable d'as-
pect.
Panner. Gagner au jeu, —
dans le jargon des voyous.
Panoteur. Braconnier.
Panoufle. Perruque; de panu-
fle, chausson. En etlet la perru-
que ne chausse-t-elle pas la tête?
Pantalonner. Tendre àla force
du poignet le pantalon de tricot
d'une danseuse. « M. Pointe
pantalonne la volumineuse De-
laquit. » (Charles de Boigne.)
Pantalon garance (Donner
dans le). Aimer les militaires,
avoir un ou plusieurs amoureux
parmi les ofliciers.
Pante, Pantre. Particulier à
l'air bête. — Tout individu dont
la figure, les manières ou les
procédés déplaisent, est un pante
pour le peuple. — Dans le jar-
gon des cochers, un pante est un
voyageur qui a donné un bon
pourboire; c'est celui qu'ils ap-
pellent tout haut « patron ou
bourgeois ». — Autrefois « pante,
pantre » — dans l'argot des vo-
leurs et des camelots, signifiait
dupe. Le pantre arnau, était un
imbécile qui jetait les hauts cris
dès qu'il s'apercevait qu'il était
grugé; le pantre argoté, une
dupe de bonne composition et
le pantre désargoté, un particu-
lier difficile à duper. Aujour-
d'hui les voleurs et les camelots
emploient très peu le mot « pan-
te » qu'ils ont remplacé, les pre-
miers, par client, les seconds,
par girondin.
Pante (Faire le).. Payer pour
un autre, — dans le jargon des
voyous. Mot à mot : faire acte
d'imbécile*
276
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Panthe (Pousser sa). Abrévia-
tion do pousser sa pantlière,
c'est-à-dire se promener d'un
côté, de l'autre, dans l'atelier;
courir une bordée de marchand
de vin en marchand de vin. La
variante est : Faire sa panthère;
par allusion à la panthère du
Jardin-des-Plantes qui n'a d'au-
tre occupation que d'arpenter
sa cage.
Pantière. Bouche, — dans le
jargon des voleurs.
Pantin. Paris, la ville des
pantcs. Et les variantes moins
usitées : Pantruche, pampeluche.
Pantinois. Parisien.
Pantume, Panturne. Femme
dévergondée, — dans l'ancien
argot.
Panloiser, Pantinoiser. Payer
pour un autre, être dupe. C'est-à-
dire faire acte de pante, — dans
l'argot des barrières.
Panufe. Chausson ; chaussette,
un objet de luxe pour MM. les
voleurs.
Panuche. Femme à son aise,
femme heureuse, — dans le jar-
gon des voleurs et des filles.
A Saint-Lazare, les filles insou-
mises appellent ainsi les fem-
mes de maison qui, à leur tour,
les traitent de connasses, connas-
sons, niaises, petites niaises. Aux
yeux de Vinsoumise, le sort de la
panuche en traitement est le sort
le plus beau, le plus digne d'en-
vie. « Madame » s'intéresse à
elle, « madame » lui envoie ar-
gent, vin de Bordeaux et frian-
duses. Et puis, quand Saint-La-
zare lui aura refait une santé,
ne retrouvera-t-elle pas tout de
suite toilettes fraîches, bon sou-
per, bon gîte et le reste?
Papa. Cocher de Iramway, —
dans le jargon des voyous, qui
sont assez mélomanes pour s'être
aperçus que la trompe dont
jouent les cochers de tramway
avec leurs pieds produit une sé-
rie de pa pa pa ^m.
Papa (Ala). Sans façon.
Pape. Imbécile, — dans le
jargon des voleurs. C'est une va-
riante très altérée de pantc.
Pape (Un). Un verre de rhum.
Le mot pape implique l'idée do
Rome, et Rome fournit l'occa-
sion d'un déplorable jeu de mots.
Papelard. Papier; de l'espa-
gnol papel.
Papier. Billet de banque, —
coupon détaché d'un titre de
Bourse.
Papier à chandelle. Mauvais
petit ou grand journal. Mot à
mot : papier bon à envelopper
de la chandelle.
Papillon. Blanchisseur. —
Linge.
Papillon d'auberge. Linge,
vaisselle, batterie de cuisine. —
M. Fr. Michel ne donne pas à
cette expression de signification
normale. M. Ch. Nisard traduit
par coups de poing, sout'llet,
s'appuyant sur l'autorité de qua-
tre vers également cités par
M. Fr. Michel et tirés des tor-
cherons^ ch. m. {Amusemcns rap-
sodi-poétiques, 4773.)
« Bientôt, au défaut de flamberges
» Volent les « papillons d'auberges » ;
» On s'accueille à grands cou[)S de poing
» Sur le nez et sur le grouin. »
M. Ch. Nisard a pu mal inter-
préter l'expression « papillon
d'auberge » en lui donnant le
sens de souftlet, coups de poing.
DICTIONNAIRE D
En argot jxipillon correspond à
linge. Papillon d'auberge serait
donc linge d'auberge et, par ex-
tension, tout ce qui se rapporte
à Ja table.
Papillonner. Voler du linge.
Papillonneur. Voleur de linge,
voleur qui exploite les voitures
de blanchisseurs.
Paquet. Femme habillée sans
goût.
Paquet (Recevoir son). Rece-
voir son congé, être renvoyé.
Paquet (Lâcher le). Tout ré-
véler, faire des aveux.
Paquet de couenne. Garde na-
tional. Allusion au laisser-aller
des couennes à l'étalage du tri-
pier. Le garde national n'a ja-
mais brillé par la correction de
sa tenue.
Paquets (Faire ses petits).
Agoniser. Allusion aux mouve-
ments des moribonds qui ramè-
nent à eux leurs couvertures.
Parade (Défiler la) . Mourir, —
dans le jargon des troupiers.
Parade (Faire la). C'est com-
mencer le spectacle par une pe-
tite pièce sans importance, en
attendant le public. [Petit dict.
des coulisses.)
Paradouze. Paradis; change-
ment de la dernière syllabe pour
obtenir un jeu de mots sur dix
et douze.
Paralance. Parapluie.
Parapher, Détacher un para-
phe. Signer son nom avec la
main sur la joue de quelqu'un.
Paré (Etre). Avoir été coili'é
et attifé par ce terrible perru-
quier-barbier qui répond au
ARGOT MODERNE.
277
nom du bourreau; c'est être
préparé pour l'écliafaud.
Parer. « A chaque morceau
réclamé par ses collègues, le
chef du garde-manger découpe
à même la pièce et 'pare la
viande. Parer un morceau, c'est
en enlever la parure, c'est-à-
dire l'excédant de graisse. Le
boucher reprend à 75 cent, le
kilo la parure (graisse crue),
qu'il revend au fondeur pour
faire des chandelles. » (Kug.
Chavette, Restaurateurs et res-
taurés, 1867.)
Parer (La). Secourir. — la
rien parer à un aminchc, venir
en toute hâte au secours d'un
ami ; c'est-à-dire parer la botte
portée à un ami.
Parfait amour de chiffonnier.
Eau-dc-vie.
Parfonde. Cave. Variantes :
Profonde, prophète. — Pive en
parfonde, vin en cave.
Parisien. Quelles que soient
sa nationalité et sa condition
sociale, tout être humain qui
fa't de la villégiature, soit pen-
dant un jour, soit pendant six
mois est un Parisien, c'est-à-
dire un imbécile bon à duper,
— dans le jargon des paysans
des environs de Paris, qui ont
I le plus profond mépris pour
tout ce qui vient de la ville,
Œufs frais de deux mois, vo-
lailles étiques, asperges à gros-
ses épaulettes, fruits pourris,
! tout ça c'est « bon pour les Pa-
risiens ». Et le Parisien paye
I tout cela très cher, trouve tout
cela exquis et appelle le paysan
« nature simple et primitive ».
Parisien. Sottise la plus
^ grande, la plus injurieuse à un
46
278
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
matelot. Désignation, dans les i par les charmes d'une femme,
bâtiments, d'un pauvre sujet et | sur la pente des folies amou-
quelquefois d'un mauvais sujet, reuses.
(Villaumez, Dict. de marine.) 1 partie (Monter une). Donner,
Parisien. Petite tricherie aux • en bénéficiaire, une représen-
dominos, pose d'un domino non î tation dramatique avec le con-
correspondant au précédent ; i cours gratuit de camarades
par exemple : du quatre sur du
cinq, du trois sur du deux. Quel-
quefois comme « le premier
pas » le parisien se fait sans
qu'on y pense.
Parisien. Rosse caractérisée;
cheval bon pour l'abattoir, —
dans le jargon des maquignons.
Parlementage. Discours, con-
versation. (1824.)
Parlement. Langue. — Ouvrir
le parlement, faire Vouverture du
parlement, parler.
Parloir des singes. Parloir à
double grillage, — dans le jar-
gon des prisons.
Parmezard. Pauvre; pour
parmesan, c'est-à-dire râpé
comme du parmesan, — dans
le jargon des voleurs.
Paroissien. Inconnu de mau-
vaise mine. Paroissien de Saint-
Pierre-aux-Bœiifs, niais.
Paron. Carré, palier d'étage ;
jeu de mots ; pas rond.
Parrain. Témoin, dans l'an-
cien argot. — Parrain fargueiir,
témoin à charge. — Parrain
daltèque, témoin à décharge. —
Parrainage, témoignage.
Partagas. Cigare supérieur
de la Havane; du nom du fa-
bricant. Comme prix, l'antipode
du petit-bordeaux, quelquefois
tout aussi mauvais.
Parti, parti pour la gloire.
Mis en gaîté pur le vin. Excité
dans une salle louée ad hoc.
C'était autrefois à la salle Chan-
tereine que se montaient de pré-
férence les parties; aujourd'hui
c'est à l'Ecole lyrique.
Passade. Changementdeplace
des acteurs en ècène. Régler une
passade, régler le moment et
la disposition du changement
de place.
Passade. Plongeon forcé. « On
appelle passade, dans les écoles
de natation, l'opûration au
moyen de laquelle un nageur
fait passer entre ses jambes le
nageur qui se trouve devant lui,
et, appuyant sa main sur sa tête,
le pousse brusquement au fond
de l'eau. » (H. Berlioz.)
Passacailler. Supplanter; pas-
ser avant son tour.
Passant. Soulier. Les varian-
tes sont : Passe, passade, pas-
side, passif, passifle, paffler,
paffe, — dans le jargon des vo-
leurs, qui ont un si grand choix
de mots pour désigner les sou-
liers et qui, souvent, n'en ont
pas aux pieds.
Passe. Secours, assistance, —
dans le jargon des voleurs. DoU'
ner la passe, faire la passe, se-
courir.
Passe. Guillotine, — dans,
l'ancien argot. — Gerber à la
passe, guillotiner ; c'est le pas-
sage de la vie à la mort.
Passe. Série de coups heu-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
reux, — dans le jarg-on des
joueurs. J^ai eu une passe de dix.
Passe (Maison de). Maison
d'amour de passage, maison de
passage de l'amour à prix di-
vers. Lieu mixte où la prostitu-
tion dresse un autel hâtif. La
misère, la soif du luxe et la dé-
bauche, trois insatiables pour-
voyeuses, jettent dans ces antres
des femmes de toutes les clas-
ses, depuis l'insoumise faméli-
que jusqu'à la grande dame à
qui ia fortune de son mari ne
permet pas de dépenser cin
quante mille francs par an pour
ses toilettes.
Passe (Faire une). Accorder
dans une maison mixte ou chez
soi une courte audience au dieu
de Lampsaque, — dans le jar-
gon des filles.
Passe-crick. Passe-port.
Passe-lacet. Prostituée.
Passe-lance. Bateau.
Passe-singe. Très malicieux;
c'est-à-dire : qui dépasse le singe
en malice.
Passer au dixième. Devenir
fou, — dans l'argot des officiers
d'artillerie.
Passer debout. — Venir à
l'heure au magasin, — dans le
jargon des commis de nouveau-
tés. Par opposition à être cou-
ché. (F. ce mot.)
Passer à la plume. Etre mal-
traité par un agent de la sûre-
té, — dans le jargon des voleurs
qui disaient autrefois, dans le
même sens : Passer à la dure.
La variante est: Passer au tabac.
Passer de belle (Se). Ne rien
trouver à voler, être trompé par
279
un complice au moment de re-
cevoir une part de butin. — Re-
cevoir des conseils au lieu d'ar-
gent.
Passer la jambe à Jules. En-
lever les tonneaux de vidange,
— dans le jargon des troupiers.
Passeur. Pauvre diable qui,
moyennant un peu d'argent,
passe le baccalauréat au lieu et
place de certains jeunes can-
cres.
Passifleur. Cordonnier.
Pastille. — Pièce de dix sous,
— 5ans le jargon des joueurs.
— Plws rien, pas une pastille pour
ponter.
Pastiquer. Passer, — dans
l'ancien argot.
Pastourelle. « Les cavaliers
désignent ainsi la sonnerie des
hommes punis. » (Fr. de Reif-
fenberg.) Les cavaliers pour la
pastourelle, en avant!
Patafioler. Confondre. — Que
le bon Bleu vous pataflole ! —
Enlever. Que le diable le pata-
flole !
Patagueule. Ennuyeux, pas
drôle. « C'est lui qui trouvait ça
I patagueule de jouer le drame
devant le monde! » (E. Zola.)
Patapouf. Homme d'un em-
bonpoint respectable, souftlant,
suant, geignant à chaque pas.
Gros patapouf.
Patard. Pièce de deux sous.
Pâte. Lime. — Patron.
Pâte (Tomber en). Renverser
un ou plusieurs paquets com-
posés. — Forme tombée en pâte,
forme qui se renverse pendant
le trajet de l'atelier de compo-
sition à l'imprimerie, forme qui
280 DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE
n'est pas assez serrée et dont ' ble, la manier grossièrement
les caractères s'éparpillent et " -^ - ^ i
tombent, — • en terme de typo-
graphe.
Pâté. Mauvaise besogne, —
dans le jargon des typographes.
Pâté d'ermite. Noix.
Pâtée (Donner la). Donner
des coups. — Recevoir la pàtcCy
recevoir quelque chose de so-
lide en fait de coups, comme
une pâtée. On dit plus fréquem-
ment : tremper la soupe.
Patente. Casquette de voyou,
casquette de soie plaquée sur
la tempe. C'était, autrefois, la
coiffure typique des souteneurs
de barrière, leur patente. Ils
l'ont remplacée par la desfoux,
encore plus grotesque.
Patiner. Se livrer à des at-
touchements trop libres sur la
personne d'une femme. « Il a
voulu patiner. Galanterie pro-
vinciale qui tient plus du sa-
tyre que de l'honnête homme. »
(Scarron, Tloman comique, U^ par-
tie, ch. X.) — Patiner la dame
de pique, patiner le carton, jouer
aux cartes. — Patiner le trimard,
faire le trottoir.
Patiner (Se). Déguerpir, —
dans le jargon du peuple.
Patineur. Cultivateur en at-
touchements lascifs. « Ah ! dou-
cement! je n'aime point les pa-
tineurs. » (Molière, George Ban-
din.)
Pâtissier, sale pâtissier, f ri-
poteur d'affaires; homme sans
aucune espèce de délicatesse et
sans conscience eri affaires.
atouiller. Tourner et retour-
ner une marchandise comesti-
de manière à la défraîchir.
Patraque. Patrouille.
Patron. Marchand de vin
quand il fait crédit. Lorsqu'il
réclame son argent, c'est un
empoisonneur, un pétroleur, —
dans le vocabulaire des ivro-
gnes.
Patron-Minette. Association
de malfaiteurs, sous le règne de
Louis-Philippe. « Quand le pré-
sident des Assises visita Lace-
naire dans sa prison, il le ques-
tionna sur un méfait que Lace-
naire niait. — Qui a fait cela?
demanda le président. Lace-
naire fit une réponse énigmali-
que pour le magistrat, mais
claire pour la police. — C'est
peut-être Patron-Minette. » (V.
Hugo.)
Patrouille (Etre en). Etre en
tournée nocturne pour cause de
débauche.
Patte. Pied, main, jambe. A
patte, à pied.
Patte-d'oie. Carrefour.
Pattes (Etre sur ses). Etre
debout, être levé. Mot à mot :
être sur ses jambes. — Etre sur
^ses pattes dés patron-minette.
Pattes (Se tirer les). S'en
aller. La variante est : Se tirer
les paturons.
Paume. Perte, insuccès. Faire
une paume, ne pas réussir. —
Paumer, perdre.
Paumer. Dépenser, — dans
le jargon des ouvriers. Paumer
son fade, dépenser l'argent de
sa paye.
Paumer. Arrêter, appréhen-
der au corps. 8. l'aire paumer ;
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
281
mot à mot : se faire mettre la
paume de la main au collet.
Paumer. Perdre, — dans le
jargon des voleurs. — Paumer
L'atoutf perdre courage.
Pauses (Compter des). Dor-
mir à côté de son pupitre, —
dans le jargon des musiciens de
théâtre.
Pavé. Eloge exagéré et si
maladroitement lancé qu'il as-
somme celui qui en est l'objet.
Pave (On). Lorsqu'un débi-
teur prudent ne veut pas passer
dans une rue où il compte un
créancier il dit : qu'on pave.
Quand on possède plusieurs
créanciers dans la même rue :
(i lly a des barricades )>. On dit
encore : la rue est barrée, c'est-
à-dire barrée par les créanciers.
Pavillon, Pavillonne. Fou,
folle. — PaviUonnage, folie. Pa-
mllonner, déraisonner.
Pavoisé. — Mis en gaieté par
le vin, — dans le jargon des
ouvriers. — Se pavoiser, se met-
tre en ribotte. On disait autre-
fois ; pavois, être pavois, par al-
tération, sans doute, de pivois.
Payant. Et, plus fréquemment,
imbécile de payant. Dans le jar-
gon des coulisses tout specta-
teur naïf et enthousiaste a été
baptisé dusobriquetde «payant,
imbécile de payant ».
Payer (Se). Se passer une
fantaisie.
Payer la goutte (Faire). Sif-
fler un acteur.
Payer, Aglaé (Tu vas me le) I
Locution très répandue, il y a
une dizaine d'années, lorsqu'on
était mécontent de quelqu'un,
lorsqu'une proposition parais-
sait extravagante ou déplacée,
une prétention exagérée.
Payot. Forçat cantinier et
comptable, une des places les
plus recherchées des anciens
bagnes. C'était une place accor-
dée ordinairement aux anciens
I notaires, aux agenls de change
! qui avaient eu des malheurs.
j Paysage (Faire bien dans le).
1 Concourir au coup d'œil gér.c-
; rai, produire bon ell>t, reh;.;is-
• ser une toilette. — Pour les
; mondaines, un bracelet en dia-
I mants fait bien dans le paysage,
l les soirs d'Opéra. Pour un ivro-
j gne, une rangée de bouteilles
l sur le dressoir fait bien dans le
i paysage.
i Peau. Prostituée de rebut.
I Peau d'âne. Tambour.
: Peau de bite et balai de crin.
I Môme signilication, — dans l'ar-
got de la marine, que peau de libi
et peau de nœud, — dans celui
de l'armée de terre. C'est une
formule dénégative qui équi-
vaut à : rien, pas le sou, jamais
de la vie.
Peau de libi. Non, ne pas, —
dans le jargon du régiment. Et
les synonymes : peau de balle^
peau de nœud. Se dit souvent
d'une manière ironique. Il est
poli, peau de nœud ! traduisez :
On n'a jamais vu de particuHer
moins poli. — Dans le jargon
des voleurs : Faire peau de balle
signifie avoir manqué un vol,
n'avoir rien trouvé à voler.
Peau de lapin. Nom qu'on
donne aux professeurs les jours
de cérémonie, parce que l'insi-
gne de leur grade est une peau
46.
282
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
d'hermine. (Albanès, Mystêi'es
du collège, 1845.)
Peau de lapin (Faire la).
Agioter sur les contre-marques,
— dans le jargon des voyous.
Peau trop courte (Avoir la).
C'est une aimable plaisanterie
qu'on lance pour s'excuser d'une
incongruité sonore. — Parler,
pendant le sommeil, avec l'an-
tipode de la bouche.
Peau (Traîner sa) . Traîner son
corps de côté et d'autre ; ne sa-
voir que faire de sa personne.
Peausser (Se). Se déguiser.
Pèche à quinze sous. Péche-
resse du dessus du panier... de
la prostitution. — Métaphore
du cru Dumas fils, tonneau du
Demi-Monde. « Je sais bien qu'on
n'a encore aujourd'hui qu'une
médiocre estime pour le panier
des pêches à quinze sous. » (Ed.
Texier, Les Choses du temps pré-
sent.) a N'étaient-elles pas plus
sympathiques, ces filles de Pa-
ris... que toutes ces drôlesses,
pêches à quinze sous de Dumas
fils? » (Maxime Rude.)
Péchon, Peschon de Ruby.
Petit vaurien, enfant; du pro-
vençal pichoun, petit, — dans
l'ancien argot.
Pectoral (S'humecter le).
Boire. {Dict. comique.)
Pécune. Argent.
Pédé, Pédéro. Pédéraste.
Pedzouille. Paysan. — Homme
faible, sans énergie, poltron.
Pégale. Mont-de-Piété, — dans
le jargon des voyous. En argot,
pèse a le sens d'argent. Pégale
doit être un dérivé de pèse et
une déformation de pésale.
Pégoce. Pou. La variante est:
puce d'hôpital. — Pégosier ,
pouilleux.
Pègre. Voleur, de l'italien
pegro, pigro, fainéant.
Pègre (La). Le monde des
malfcuteurs. « Le troisième des-
sous », suivant l'expression de
Victor Hugo. Il comprend les
escarpes et les grinches^ qui se
subdivisent, pour les derniers,,
d'après les spécialités, en bon-
jouriers, caroubleiirs, chanteurs^
cambriolleurs , roulottiers^ chi-
neurs, robignollears , cerfs-vo-
lants, etc. etc. Depuis le pégriot,
qui vole le mouchoir, jusqu'au
drogueur de la haute, qui émet
pour plusieurs centaines de
mille francs d'actions imagi-
naires, depuis le voleur qui
travaille sur la grande route
avec accompagnement de gour-
din, jusqu'à l'assassin de pro-
fession, tout ce qui vit de vol et
d'assassinat fait partie de la
pègre. De même qu'il y a la •
haute et la petite banque, le
haut et le petit commerce, de
même il y a la haute et la pe-
tite pègre. La haute pègre ou les
pègres de la haute, c'est l'aristo-
cratie du vol et de l'assassinat;
la basse pègre ou pégriots, c'est
le prolétariat du crime. « La
haute pègre a ses grands hom-
mes, ses héros. Lacenaire, Ver-
ger, sont les demi-dieux de la
haute pègre. Dumollard n'est
qu'un ignoble pégriot. » (Mo-
re au-Christophe, Le Monde des
coquins.)
Pègre à marteau, Pégriot.
Voleur à qui l'occasion ou l'au-
dace a manqué pour se faire un
nom dans le monde des scé-
lérats; c'est le prolétaire du
DICTIONNAIRE D'AHGOT MODEUNE.
283
vol. — C'est un atireux voyou
doublé d'un voleur.
Pégrenne. Misère, malheur,
faim. Cerner la pégrenne, casser
la pégrenne, mourir de faim.
Fine pégrenne, à toute extré-
mité, — dans l'ancien argot.
Pégrenne. Affamé; très mi-
sérable.
Peigne. Clé. De même que le
peigne débrouille les cheveux,
la clé débrouille la serrure.
Peigne-cul. Mal appris, gros-
sier.
Peignée. Scène de pugilat
entre dames. La peignée a pour
synonyme le crêpage de chignons.
Peigner (Se). Se battre. Ici
les poings font l'office de peigne
et démêlent le différend.
Peiner. Travailler beaucoup,
se donner beaucoup de mal à
l'ouvrage; avoir beaucoup de
peine, beaucoup d'ennui.
Pékin. Sujet de la cour des
Miracles qui faisait partie de
l'armée des croisés, au xii°
siècle. {Hist. de la prostitution,
par Pierre Dufour.)
Pékin, Péquin. Bourgeois ,
tout individu qui ne porte pas
l'uniforme militaire, — dans le
jargon destroupiers. Mot à mot :
habitant de Pékin, Chinois,
pour exprimer et la distance qui
sépare le civil du militaire et le
peu de cas qu'on fait du bour-
geois au régiment.
« Les pékins et les militaires,
» Toujours courant, toujours dehors,
» Vont et viennent, fiévreuse foule
» Comme une frémissante houle. »
(A. Pommier, Paris.)
Pékin de bahut. Elève de
Saint-Gyr qui a fini ses études.
11 est affranchi de l'école, du
bahut.
Pélago. Prison de Sainte-Pé-
lagie, la patronne des journa-
listes. Les journalistes, qui su-
bissent une condamnation pour
délit de presse, sont pension-
naires de Sainte-Pélagie. Mais,
il faut tout dire, ils sont séparés
des malfaiteurs.
Pelé. Grande route. Elle est
aussi chauve qu'une demi-dou-
zaine d'Académiciens.
Pèlerin. Individu dont on
ignore le nom, particulier, le
premier venu. — Quel est ce
péierin-là ?
Pèleriner. Faire un pèleri-
nage. « Sans le 4 septembre, les
pèlerins ne pèleriner aient pas,
n'auraient jamais songé à la
possibilité de pèleriner. « (G.
Guillemot, Le Mot d'ordre, du 5
septembre 1877.)
Pelés et un tondu (Trois).
Société peu nombreuse. Très
peu de monde dans une réu-
nion, dans une soirée, dans une
salle de spectacle, à une solen-
nité quelconque. — « Les trois
pelés et un tondu qui ont ma-
nifesté ces jours-ci sur la place
de la Bastille. » {Le Triboulet,
du 6 juin 4880.)
Pellard. Foin, — dans le jar-
gon des voleurs.
Pélo. Sou, — dans le jargon
des ouvriers.
Pelotage. Flatterie. — Lascif
égarement des mains. « A bas
les pattes, pas de pelotage, ça
porte malheur! » ont l'habitude
de dire les demoiselles qui
n'ont pas celle de se laisser sé-
duire par de belles paroles.
284 DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
Pelote. Bourse, — dans l'an-
cien argot. — Economies. Faire
sa pelote, mettre de l'argent de
côté.
Peloter. C'est l'équivalent de
patiner, mais avec plus de dé-
licatesse de touche. — Flatter
quelqu'un pour obtenir un ser-
vice. — Peloter le carton, pelo-
ter la dame de pique, jouer aux
cartes. — Peloter le carme, faire
les yeux doux aux sébiles des
changeurs, — dans le jargon
des voleurs.
Peloteur. Libertin qui , à
l'exemple de Tartuffe , se livre
sur la première Elmire venue à
des effets de main. Le peloteur
est au patineur ce que le peintre
qui peint à petits pinceaux est
à celui qui peint en pleine pâte.
Peloteur. Bas flatteur qui
cherche à obtenir quelque chose.
— Ouvrier qui fait le bon apôtre
auprès du patron, qui le flatte
et l'encense à tout propos.
Peloton de chasse. Peloton
de punition. (L. Larchey.)
Pelure. Habit, redingote, pa-
letot. — Pelure d'oignon, vête-
ment très léger, vêtement très
usé.
Pénard. Tranquille, — dans
le jargon des voleurs.
Pend au nez (Ça vous). Cela
vous arrivera bientôt, infailli-
Pendule (Remonter sa). Bat-
tre sa femme de temps en
temps, pour ne pas en perdre
l'habitude, — dans le jargon du
peuple.
Péniche. Pied, — dans le
jargon des voyous. — Il repousse
des péniches, il sent mauvais
des pieds. Allusion à la barque
appelée « péniche ».
Pépette. Pièce de dix sous,
— dans le jargon du peuple.
C'est-à-dire petite pièce; défor-
mation de piécette. — « Je tope
dans les gens à remontoir, plus
de beignes et des pépètee. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Pépin. Le pépin est un vieux
parapluie, un parapluie gro-
tesque, démodé.
« Mon riflard deviendra pépin
» Ses ressorts perdront leur souplesse. »
(J. Gabassol, Ma Femme et mon
parapluie, chanson.)
Pépin (Avoir avalé un fa-
meux). Etre très visiblement
enceinte.
Percentage. Synonyme de
tant pour cent, — dans l'argot
de la Bourse.
Perche (Etre à la). Ne pas
manger tous les jours; crever
la faim; faire concurrence à
une perche comme maigreur, —
dans le jargon des ouvriers.
Perdre ses légumes. Aller à
blement. —En épousant une pa- \ la garde-robe, - dans le jargon
reille femme, il le sera... ça lui ' "" ""^
pend au nez.
Pendante. Boucle d'oreilles.
Pendu glacé. Réverbère.
Pendu. Professeur adjoint à
l'école de Saint-Cyr, — dans le
jargon des Sainl-Cyriens.
des ouvriers.
Perdrix hollandaise. — Pi-
geon domestique, — dans le
jargon des chasseurs. Lorsque,
faute de mieux, le fusil d'un
chasseur a descendu un pigeon,
le chasseur dit qu'il a tué une
perdrix hollandaise.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
285
Père La Capote. Sergent d'ha-
billement.
Père La Tuile (Le). Dieu.
Père La Violette. Napo-
léon pr.
Père Douillard. Entretencur.
Homme qni a de l'argent, de la
douille, — dans le jargon des
filles.
Père Coupe - toujours. Le
bourreau, — dans le jargon des
voyous.
Père caillou. — Individu in-
sensible aux avances des grecs;
celui qui, aussi dur à entamer
qu'un caillou, résiste à toutes
les séductions d'une partie de
cartes, — dans le jargon des
tricheurs.
Père éternel à trois francs
la séance. Modèle d'atelier qui
pose les têtes de saints, les têtes
de Dieu le père. — Tête de
vieillard à barbe blanche.
Perlot, Perlo. Tabac à fumer.
— dans le jargon des chitron-
niers.
Perlotte. Boutonnière, — dans
le jargon des tailleurs.
Permission de dix heures.
Canne à épée, gourdin, bâton
ferré.
Permission trempe (La). Per-
mission attendue et sur laquelle
on l'onde peu d'espoir, — dans
le jargon des troupiers.
Perpète (A). A perpétuité, —
dans le jargon des voleurs. —
Etre à pcrpêlc, être condamné
c\ perpétuité.
Perroquet (Un) . Un verre
d'absinthe. — Etouffer, asphyxier
un perroquet , boire un verre
d'alDsinthe.
Perroquet de savetier. Pie,
merle, geai.
Perruche (Une). Un verre
d'absinthe, ~ dans le jargon
j des ivrognes qui veulent varier
! un peu les dénominations et
préfèrent la femelle, laperruche,
au mâle, le perroquet.
Perruque. Vieux, passé de
mode. Lors de la querelle des
' classiques et des romantiques,
I ces derniers traitaient les clas-
' siquesde « Perruques «. Racine
I était une « perruque et un po-
I hsson ».
I Perruque. Vente clandestine
I d'objets appartenant à l'Etat ou
j à une grande administration. —
; Faire une perruque, vendre clan-
I destin ement des objets appar-
tenant à une grande adminis-
tration. C'est une variante de
. faire la queue. — En terme d'a-
j telier, c'est faire un outil pour
• soi, dans les usines où les ou-
j vriers sont censés fournir leurs
I outils. « Le travailleur prend
j lebois etfaitson outil au compte
j delà maison. S'il est aux pièces,
j il remet son désir pour le mo-
! ment oîi il sera à la journée, »
' {Le Sublime.)
Perruquemar. Perruquier.
Perruquier de la crotte. Dé-
crotteur.
Persigner. Enfoncer. Se dit
au figuré et au propre. — Per-
signer une lourde, enfoncer une
porte. Persigner un client^irom.-
per un individu.
Persil. Exercice de la pro-
menade au point de vue de la
prostitution. « C'était la grande
retape, le persil au clair soleil,
le raccrochage des câlins il-
lustres. )).(E. Zola, Nana.)
2<S6
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Persil (Aller au). Faire une
promenade intéressée dans les
rues et lieux publics, — dans le
jargon des filles. Les variantes
sont : Persiller^ faire son persil.
Persilleuse. Prostituée qui se
promène pour chercher de l'ou-
vrage. — Les persilleuses ty-
piques ou boulonnaises, se tien-
nent le long des allées, des
contre-allées du bois de Bou-
logne, du bois de Vincennes.
Ces hamadryades entraînent
dans les taillis les infortunés
que leurs charmes ont séduits.
La persilleuse est souvent une
pséudo-ouvrière ou une ouvrière
sans ouvrage. Elle va alors au
persil avec un petit panier à la
main. Bien des filles du peuple
font croire à leurs parents
qu'elles vont à l'atelier et n'ont
d'autre occupation que de faire
leur persil.
Persiennes. Lunettes.
Pèse. Argent, paye. — Des-
cendre son pèse, dépenser son
argent.
Pessiguer. Soulever; du pro-
vençal, pessuguer, pincer, voler
habilement.
Pessiller (Se). S'emporter, —
dans le jargon des voleurs.
Pet, Pétage. Plainte en jus-
tice.
Pet à vingt ongles. Nouveau-
né. A bouler un pet à vingt on-
gles, accoucher.
Pet (Curieux comme un). Ex-
trêmement curieux. Le pet n'est
pas casanier de son naturel; il
demande à sortir et à se pro-
duire.
Pet (Faire le). Faire faillite.
Pet (Il y a du).- Attention ! la
) police est là! — dans le jargon
I des voleurs. — Attention! le
patron est de mauvaise humeur,
il va y avoir de Vabattage, des
réprimandes, — dans le jargon
des ouvriers. Il y a du pet, ça
sent mauvais, quand le patron
ou le contre-maître fait une ré-
primande d'ensemble.
Pet honteux. Exhalaison Ibn-
dementale sortant sans tambour
ni trompette. L'éclair sans le
tonnerre.
Pétard. Derrière. — Haricot.
Le haricot est tantôt un musi-
cien, tantôt un pétard, tantôt
exécutant, tantôt musique. Al-
lusion compréhensible, même
pour les enfants.
Pétard, Petgi. Esclandre, ta-
page, scène violente et impré-
vue; c'est le moment qui suit
la découverte du pot-aux-roses.
Lorsqu'un mari revient à l'im-
proviste de la chasse, et que sa
femme... il fait un pétard s'il
ost expansif et verbeux.
Pétasse. Fille publique, pour
putasse.
Pète ou que ça dise pourquoi
(Il faut que ça) ! Il faut quune
chose, qu'un ouvrage se fasse à
n'importe quel prix.
Péter. Se plaindre en justice.
Péter dans la soie. Etre vêtue
d'une robe de soie.
Péter au point. Perdre au jeu
de cartes faute d'un point.
Péter sur le mastic. Aban-
donner l'ouvrage, envoyer l'ou-
vrage au diable.
Péter dans le linge des au-
tres. Porter des habits d'em-
prunt, être habillé avec la dé-
froque d'un autre.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
287
Péter de graisse. Etre très
gras. Et la variante: Péter dans
sa peau.
Péter dans la main. Laisser
échapper une bonne occasion,
rater une affaire au dernier
moment, voir une place qui
vous était promise donnée à un
autre.
Péter plus haut que le cul.
Faire plus de dépense que n'en
comporte la position de fortune.
Péter la châtaigne (Faire).
Métamorphoser une fille en
femme.
Péteur, péteuse. Plaignant,
plaignante.
Péteux. Qui se sent fautif.
Petit. Amant de cœur, —
dans le jargon des femmes ga-
lantes.
Petit. Bout de cigarette en-
core fumable, — dans le jargon
des voyous. — Suivant la lon-
gueur du bout c'est le mégOj
V orphelin, le petit.
Petit (Le). Le point de huit
au baccarat, — dans le jargon
des joueurs. — C'est le plus pe-
tit des deux plus beaux points
du jeu. ^
Petit (Le). Le derrière, —
dans le jargon des filles.
Petit (En faire un). Mot à
mot : faire un petit baccarat, —
dans le jargon des joueurs. —
Nous ne sommespas venus ici pour
enfiler des perles : si nous en fai-
sions un petit? — « Hé! Zéphi-
rin, en fait-on un petit, cette
nuit? » (Cavaillé, Les Filouteries
du jeu.)
Petit-noir. Petit ramoneur.
Petit-noir. Mélange de chico-
rée et de marc de café vendu 1^
et 10 centimes le bol. — a Quel-
ques ouvriers retardataires fu-
maient leur pipe en sirotant uji
petit noir. » (Hennique, La Dé-
vouée.) — Par extension, débit
de café pour les ouvriers. —
« Fonds de commerce à vendre.
Crémerie. Petit-noir. Loyer neuf
cents francs. » [Petit Journal y du
^l'^r juillet 1880.)
I Petit père noir. Broc de vin.
I — Litre de vin rouge.
! Petit blanc. Vin blanc liés
i ordinaire.
Petit manteau bleu. Philan-
thrope. — En souvenir de
« l'homme au petit manteau
bleu ».
Petitmonde. Lentille, — dans
l'ancien argot. — La petite
bourgeoisie, Je monde des bou-
tiquiers, — dans le jargon des
vieux débris du faubourg Saint-
Germain.
Petit bleu. Vin rouge au litre,
mauvais vin rouge.
Petit lait (C'est du). Ça ne
fait pas de mal. On dit d'un vin
léger, peu fourni en alcool:
« Ça se boit comme du petit lait».
Petite dame. Femme plus ou
moins entretenue.
Petit-Mazas (Le). Le passage
du Soleil à Clichy-1 a-Garenne,
un des quartiers habités par les
chiffonniers, qui se plaisent à
donner des noms pittoresques
à leurs cités, comme ceux de :
La Cité des Vaches, route de la
Révolte; La Fosse-aux-Lions, à
Grenelle; Le Pctit-Bicétre, du
côté de la barrière de Fontai-
nebleau; La Batte-aux-Puces i
quartier des Buttes-Chaumont.
288
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
fetite-main. Ouvrière lieu- 1 Pharamineux. Fameux, raer-
liste qui fait les pétales et com- 1 veilleux , éblouissant ; c'est-à-
mence à gaufrer, — dans le | dire lumineux comme un phare,
jargon des ileuristes. pj^^re. Lampe, - dans le
Petite bière (Ce n'est pas de | jargon des typographes,
la). C'est fameux, c'est impor-| pharos. Gouvernement. —
tant, pris dans un sens ironique; Ministre. — Préfet et, en géné-
c'est-à-dire: ça n'est pastameux, I rai, tous les hauts fonctionnaires
ça ne vaut pas grand chose. ■ • - -
Petite bête (Chercher la)
Chercher dans une œuvre les j des phares,
fautes de détail; rechercher les ! des voleurs.
. de l'Etat, qui, en grand uni-
forme, sont éblouissants comme
dans le jargoa
petites erreurs qu'a pu com-
mettre un écrivain.
De jolis
Péton. Petit pied.
petits pétons.
Pétûuze, Pitroux. Pistolet;
fusil, — dans l'ancien argot.
Pétrin (Etre dans le). Etre
dans l'emljarras, dans la gêne.
Pétrole. Mauvais vin. — Mau- 1 Philosophe. Misérable, — dans
vaise eau-de-vie. j l'argot de la police. — Grec
Pétroler. Incendier les mai- i opérant sans compère. (L. Lar-
sons et les monuments publics chey.) Dans l'argot des grecs ^
Phénomène. Original.
Philanthrope. Filou, — dans
le jargon des voleurs. Et la va-
riante : Philibert. —Jeu de mots
par changement de finales.
Philistin. Ouvrier abruti par
la boisson, — dans le jargon
des tailleurs.
au moyen du pétrole comme
sous la Commune.
Pétroleur, Pétroleuse. In-
cendiaire sous la Commune.
Partisan de la Commune.
Pétroleur. Marchand de vin,
— dans le jargon des ouvriers
qui ont à se plaindre des con-
sommations ou à qui le mar-
chand de vin réclame avec
acharnement de l'argent.
Pétrousquin. Derrière. Pay-
san. — Public, dans le jargon
des saltimbanques. Entortiller le
pétrousquin en faisant la manche,
soutirer de l'argent au public
en faisant la quête.
Petzouille. Derrière.
Peu mon neveu (Un)I Oui;
je crois bien.
on entend encore, par philoso-
phe, le tricheur qui se contente
d'un petit bénéfice et cultive
les dupes d'un petit rapport.
C'est sous ce nom que les ma-
tadors de la Grèce désignent
leurs confrères en blouse qui
exercent chez les marchands de
vin.
Philosophie. Misère. — Faire
sa philosophie, être malheureux,
— dans le jargon des déclassés.
Philosophes. Vieux souliers.
Photo. Photographie. Photo-
graphe. — Aller chez le photo;
se payer sa photo.
Photographier (Aller se faire) .
Aller se faire f...iche, comme
l'écrivait le père Duchêne. Va-
riante adoucie.
J
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
289
Piaf. Orgueil, amour-propre.
De piaffer; emprunt au vocabu-
laire hippique. Le cheval qui
piaffe témoigne de l'orgueil à sa
manière, un orgueil mêlé d'im-
patience.
Pianiste. Valet de bourreau.
Celui qui accompagne le bour-
reau comme un pianiste accom-
pagne un chanteur; celui qui
joue une partie accessoire dans
la représentation de la mort ju-
ridique, — dans le jargon des
voyous.
Piano (Jouer du). Trotter d'une
manière irrégulière, — dans le
jargon des maquignons.
Piano (Vendre son). « Le moin-
dre récit pathétique, une phrase
sentimentale, un mot touchant,
un mouchoir sur les yeux, une
larme et la croix de sa mère,
tout cela se traduit par : vendre
son piano. Depuis le jour où
Bouffé, dans Pauvre Jacques, fît
couler des ruisseaux de larmes
dans une scène où il est forcé de
vendre son piano, les verbes
s'attendrir, pleurer, s'apitoyer,
larmoyer, etc. ont été remplacés
par : vendre son piano. » (J. Du-
llot.)
Pianomane. Infortuné de l'un
ou de l'autre sexe atteint de la
manie du piano. « La loge As-
berg était mélomane, pianomane
forcenée, en la personne rlc sa
fille chérie. » (Ch. de Boigiie.)
Pianotage. Action de mal jouer
du piano.
Pianoter. Jouer suffisamment
du piano pour se faire plaisir à
soi-même et agacer les autres.
Pianoter, Jouer du piano. Fi-
louter , — dans l'argot des
voyous.
Piau. Lit. Pincer le piau, gar-
der, prendre le lit. — « Notre
auteur a été si fourlour qu'il s'est
vu contraint de pincer le piau. »
{La Caricature, journal, dessin
de Traviès.)
Piau. Plaisanterie, charge
d'atelier. — Mensonge, — dans
le jargon des typographes.
PiauUe, PioUe. Maison, loge-
ment, chambre. — Piauler, dor-
mir.
Piausser. Se coucher. C'est la
variante de pioncer et de piau-
ler, dormir.
Piausser. Blaguer, mentir,
plaisanter, faire des charges, —
dans le jargon des typographes.
— ' Piausseur, mauvais plaisant,
conteur de bourdes.
Picaillons. Pièces de cinq
francs. — Un certain nombre de
pièces de monnaie d'argent.
Avoir des picaillons. « Madame
Zéphyrin l'aurait plumé , lui
aussi^ s'il avait eu des picail-
lons. » (Vast-Ricouard, Le Tri-
pot.)
Pichet, Pichnet, Piccolet, Pic-
colo, Piccolino. Petit vin suret.
Vin du pays de Suresnes ou d'Ar-
genteuil, vin d'un pays qui n'a
jamais été renommé par ses vi-
gnobles.
Picorage. Butin provenant
d'un vol de grand chemin. (Fr.
Michel.) Le picorage n'est autre
chose que le grapillage, la ma-
raude, genre de vol pratiqué
dans les campagnes au préjudice
de la récolte.
Picouse. Haie. — Dé fleurir la
picouse, voler du linge qui sèche
en plein air.
Picter, Pictonner. Boire. —
il
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
290
La picter à la douce et la flancher
au frotin, boire, sans se presser,
une bouteille de vin et la jouer
au billard.
Picton. Petit vin nouveau.
« Vive le picton
« Le picton a du bon. »
(Louis Huart, Ulysse ou les porcs vengés.)
« Un coup d' picton
« Moi je m'en fiche;
« Il faut que j' liche
« Un coup d' picton,
« J'aime bien mieux l'huil' que 1' coton. »
(B. Dorilas, Un coup de picton.)
Piéçard. Ouvrier qui travaille
à ses pièces, — dans le jargon
des carrossiers.
Pièce. Lentille, — dans le jar- !
gon des voleurs. î
Pièce (Bonne). Mauvais sujet; I
par ironie.
Pièce du Pape, Pièce saisse.
Femme de mauvaise mine. Les
voyous employaient cette ex-
pression à Tépoque où la con-
vention monétaire n'existait pas
entre la France et les Etats-Ro-
mains, entre la France et la
Suisse. Les pièces du Pape et les
pièces suisses étaient refusées.
Pièce de résistance. Premier-
Paris, article d'en-tête d'un jour-
nal, — dans le jargon des jour-
nalistes. — Le filet rôti, l'aloyau,
la dinde, dans un dîner bour-
geois.
Pièce à femmes. Exhibition de
femmes sur un théâtre, dans
une pièce ott les mollets doivent
avoir de l'esprit, les épaules de
la finesse, et les yeux du jeu.
Pièce à trucs. Féerie, pièce
où l'auteur s'efface devant le
machiniste.
Pièce à tiroirs. Pièce dans la-
quelle un acteur change plu-
sieurs fois de rôle. Levassor ex-
cellait dans les pièces à tiroirs.
Aujourd'hui c'est Brasseur qui a
recueilli son héritage.
Pièce (Tuer une). Abîmer une
pièce, — dans le jargon des
charpentiers.
Pièces (Coupeurs de). « Leur
métier consiste à abréger les
mélodrames en vogue et les
mettre à la portée des théâtres
de marionnettes qui courent les
foires. Cette mutilation se paye
dix francs la pièce. » (Privât
d'Anglemont.)
Pied de Cochon. Pistolet.
Pied de Cochon (Jouer un).
Mystifier.
Pied de nez. Pièce d'un sou.
Pied (En avoir son). En avoir
assez.
Pied (Ne pas se moucher du).
Etre riche, être à son aise. —
Faire bien les choses. Chez le.
peuple on se mouchait et l'on se
mouche encore avec le mou-
choir de ses cinq doigts; on se-
coue le résultat et lorsqu'on est
propre on l'essuie avec le pied.
Celui qui ne se mouche pas du
pied a donc le moyen d'acheter
des mouchoirs, un luxe pour
beaucoup de gens. L'expression
est vieille. On la trouve dans les
Turlupinades recueillies et réu-
nies en une comédie par Adrien
de Monluc, prince de Chabanois.
« La fortune m'a tourné le dos,
moy qui avais feu et lieu, pi-
gnon sur rue, et une fille belle
comme le jour, que nous gar-
dions à un homme qui ne se
mouche pas du pied. » {La Comé-
die des Proverbes.)
Pied (Etre). Etaler sa bêtise,^
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
291
— dans le jargon des collégiens.
Pieds à dormir debout. Pieds
longs et larges.
Pieds de châlits (Avoir les).
Etre minutieux; ne rien laisser
traîner, — dans le jargon des
troupiers.
Pieds (Se tirer des). Se sau-
ver, quitter un lieu, une société.
Pieds dans le plat (Mettre les) .
Ne plus garder aucune espèce
de ménagements.
Pieds nattés (Avoir les). Ne
pas avoir l'intention ou la possi-
bilité de sortir. — Ne pas être
disposé à danser, — dans le jar-
gon des soldats de cavalerie. —
Alors, comme ça, Mam'zelle a les
pieds nattés? ""
Pieds (Avoir avalé ses). Avoir
l'haleine fétide. «
Pieds en avant (Sortir les).
Sortir de chez soi dans un cer-
cueil. — « Il arriva donc à la
maison de Jeolirin et monta
dans la chambre d'oii la trépas-
sée ne devait plus sortir que les
pieds en avant. » (Hennique.)
Pier. Boire, — dans l'ancien
argot; d'oil sont venus pionner
et pictonner.
Pierre de touche. Confronta-
tion.
Pierre à affûter. Pain, — dans
le jargon des l30uchers, eipierre
brute^ — dans celui des francs-
maçons.
Pierrette. Femelle du pierrot,
personnage de carnaval. — « Une
Pierrette qui se respecte, vois-tu,
n'a jamais qu'un pierrot. — A
la fois. » (Gavarni.)
Pierreuse. Misérable prosti-
tuée qui rôdaille autour des mai- i
sons en construction, aux abords
des terrains vagues, sans feu ni
lieu, et n'a pour alcôve qu'un
amas de graviers. — Lai pier-
reuse est souvent doublée d'un
macrotin qui se tient à di.s!ance
et surgit à l'improviste, lorsque
le moment de dévaliser le client
parait propice.
Pierrot. Le mâle de la pier-
rette, personnage de carnaval.
Pierrot. Au bout d'une année
de présence sous les drapeaux,
de « bleu » qu'il était, le soldat
reçoit le sobriquet de pierrot,
qu'il conservera jusqu'à la qua-
trième année, époque à laquelle
il obtient le surnom de « la
classe ».
Pierrot (Un). Un verre de vin
blanc.
Piètre. Ancien sujet de la
Cour des Miracles. Le piètre
jouait le rôle de faux boiteux
dans la grande comédie des in-
firmités pour rire. On dit encore
en Basse-Normandie piètre, ipour
boiteux.
Pieu. Lit; barre; traverse. —
Rivé au pieu , passionnément
épris d'une fille, d'une femme
galante; c'est-à-dire rive au lit.
« Ce mot terrible, dont l'argot a
baptisé le lit des sales amours. »
(Ed. et J. de Concourt, Le Vieux
Monsieur.)
Pieuvre. Femme galante.
Ainsi désignée en 1866, en sou-
venir de la pieuvre des Travail-
leurs de la mer de V. Hugo.
Pif, Piffard, Piton. Nez et
principalement nez bien en chair
et haut en couleur, nez d'ivro-
gne.
« L'aubergine de leur pif. »
^. Pommier, Part*.)
292
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
Piffer (Se). Se bourrer de nour-
riture ; pour s'empiffrer.
Pige. Année. — Nombre de
lignes qu'un typographe doit
composer dans un temps donné.
Pigeon. Avance sur un livre,
sur une pièce de théâtre, — dans
le jargon des libraires.
Pigeon voyageur. Fille publi-
que qui choisit les trains de ban-
lieue pour exercer son industrie.
— Le pigeon voyageur va se ré-
fugier de préférence dans un
wagon occupé par un monsieur
seul... A la première station, le
pigeon passe dans un autre wa-
gon, et ainsi de suite. Il y en a
qui poussent de la sorte jusqu'à
Versailles.
Pigeons (Elever des). Gagner
au jeu l'argent des dupes, vulgo :
pigeons , — dans l'argot des
grecs. C'est encore tenir une ta-
ble d'hôte où les imbéciles tom-
bent victimes de leur passion
pour le jeu.
Pigeonner. Tromper.
Pigeonnier. Le boudoir d'une
femme galante.
Piger. Prendre, filouter. —
Regarder. — Mesurer. ~ On m\i
pigé mon porte-plume. — <fe te
pige, va! — Il faut que je pige
pour lajustifiGation, — en terme
de typographe.
Piger. Prendre en flagrant
délit, — dans le jargon des col-
légiens. — Le pion m'a pigé à
cramer une sèche et m'a collé pour
dimanche.
Piger. Dépasser, ~ dans le
jargon des canotiers de la Seine.
Avec sa périssoire il pige tous les
canots.
Piget, Pipet. Château, — dans
l'ancien argot.
Pignocher (Se). Se battre.
C'est une variante de se peigner.
Pignon! . Apprenti cordonnier.
— Grossier personnage, mal-
appris. — En voilà un petit
pignouf de calicot, qui m'a fait
boire de la groseille quand
j'avais demandé du madère ! »
(G. Lafosse, Vêtit journal amu-
sant.) — Le Pignouflard, c'est le
pignouf dans toute sa beauté, la
dernière expression du goujat.
Pilche. Etui, — dans l'ancieu
argot, de l'anglais pi/c/ier, four-
reau.
Pile ou face. Exclamation fau-
Ibourienne usitée lorsque quel-
I qu'un se laisse tomber ou laisse
I tomber quelque chose.
Pile. Volée de coups de poing
et de coups de pied. — Pile ster-
ling, forte pile, tout ce qu'il y a
de mieux en fait de pile. — Flan-
quer une pile que le diable en
prendrait les armes, battre avec
acharnement.
Piler le poivre. Etre en fac-
j tion, — dans le jargon des trou-
piers.
Piler du poivre. Ne passe te-
nir d'aplomb à cheval, suivre, à
contre-temps, le mouvement du
trot, de façon à ce que le posté-
rieur s'enlève de la selle et y re-
tombe avec force, mouvement
qui rappelle l'action de piler du
poivre dans les mortiers des di'o-
j guistes.
I Pilier. Fidèle habitué d'un
I endroit. — Pilier de café, pilier
I de bal public.
1 Pilier. Commis. — Pilier de
I boutanche, commis de magasin.
I
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE. 293
gon du régiment. — Voyons
voir, administrez un coup de pin-
ceau, et là, vivement!
Pinceau (Faire). Peindre sa
flamme sur Ja porte du temple
de Cytlière avec le pinceau de
l'amour.
Pincer. Filouter. — Exécu-
ter. — Pincer le cancan^ danser
le cancan. — Vincer de la gui-
tare, pincer de la harpe, être sous
les verrous.
— Pilier de paquelin, commis
voyageur. — Pilier du creux,
pilier de la boîte, chef de maison,
patron d'un établissement.
Piloche. Dent, — dans le jar-
gon des voleurs.
Pilon. Doigt, — dans le même
jargon.
Pimpions. Monnaie, — dans
le jargon des voleurs.
Pinçant. Ciseaux, — dansl'an-
Pinçart. En terme de maré-
cbal-ferrant, un cheval est pin-
çart quand il marche sur la pince
du pied.
Pince. Main, — dans le jargon
du peuple, « Ne vous essuyez
pas la pmce à votre mouchoir
ou à votre paletot. » {L'art de
se conduire dans la société des
pauvres bougres.)
Pince (Tenir à la). Exercice
acrobatique qui consiste à tenir
le sommet du crâne de son pai^t-
ner entre les cinq doigts, —
dans le jargon des saltimban-
ques.
Pince-dur. Adjudant sous-of-
ficier.
Pince-sans-rire. Agent de po-
lice, — dans lejargon des voleurs.
Pince-cul. Bastringue, où les
amateurs de la liberté de pincer
peuvent prendre du plaisir ^ \ hreux ,"pingmnn qras,' public
pleine mam. « Une fille f(ui res- 1 nombreux. <(Vois-tu le pingouin,
pecte sa parentelle peut aller i comme il s'allume?... ça n'est
danser au Banquet d Anacréon : ^ien... A la reprise je vas l'in-
ou aux Mille Colonnes, seule- i cendier. » (E. Sue, Les Misères
ment elle ne va pas au bal Gra- ; ^es Enfants-Trouvés.)
dos. C'est une infamie que ce ! „. ^ ,^ . J. , ,
pince-cul-là! » (Huysmans, Les\ ^^'^^^^' Bo're. Pmte-a-mort.
Sœurs Vatard.) \ Pioche. Voleur à la tire.
Pinceau. Balai, — dans le jar- 1 Piocher.
Pincer pour (En). Etre épris
de, être amoureux de. — J'en
pince dur pour la blonde du se-
cond.
Pincer (En). — Faire partie
de, en être, — dans le jargon des
voleurs. — « Quand je vous ré-
cidive qu'on en pince et dur. »
(P. Mahalin, Les Monstres de
Paris.)
Pincette (Baiser à la). Baiser
que donnent les enfants en pin-
çant de chaque main les joues
de la personne qu'ils embras-
sent.
Pincettes (Se tirer les). Dé-
camper. Les pincettes, ce sont
les jambes, qui ont fourni à
l'argot un assez joli contingent
de transformations.
Pingouin. Public, — dans le
jargon des saltimbanques. Pin-
gouin maigre^ public peu nom-
Travailler avec ar-
294
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
deur. — Battre. — Voler à la
lire.
Piocher , Jouer la pioche .
Avoir recours au talon, chaque
fois qu'un domino demandé
manque à l'appel.
Piocheur. Travailleur sérieux.
FioUe. Cabaret. — Hôtel garni
à la nuit, — dans le jargon des
voyous. — PioUier^ piollière, ca-
baretier, cabaretière, logeur à
la nuit.
Pion. Ivre ; de pier boire.
Etre pion^ être gris.
Pion. Maître d'étude. Le souf-
fre-douleur d'un collège, d'uH
pensionnat.La pUipartdu temps,
c'est un pauvre diable de bacho
qui pioche un examen en fai-
sant la classe, en menant les
élèves à la promenade, en al-
lant les conduire au lycée. —
« Quelle est l'étymolôgie du
mot pion? Un collégien nous
fait savoir que généralement
on le considère comme un di-
minutif d'espion » (Albanès,
Mystère du collège.)
Pionçage. — Sommeil. De
pioncer dormïr.Un fort pionçage,
un sommeil prolongé.
Pioncer. Dormir.
Pionne. Sous-maîtresse, souf-
fre-douleur d'un .pensionnat de
demoiselles.
Piote. Insulte de cavalier à
fantassin.
Pioupiou. Soldat d'infanterie.
« L'uniforme blanc des gardes-
françaises rappel ait un peu leur
costume, (le costume des Pier-
rots) aussi le populaire appelait-
il ces soldats « des Pierrots... »
Déplus, lorsqu'ils (les Parisiens)
voyaient passer un garde -fran-
çaise : — Pioupiou, criaient-ils.
Cette moquerie eut pour résul-
tat de faire donner le sobriquet
de pioupiou aux soldats de l'in-
fanterie française. » Aug. Chal-
lamel.)
Pipe (Casser sa). Mourir. Les
morts ne fument plus... que la
terre. — Cette exprassion a,
sans doute, été consacrée par
le peuple qui a voulu faire une
vulgaire allusion à un usage
emprunté au cérémonial des
funérailles des évêques. D'après
le cérémonial, la crosse d'un
évêque mort estbrisée et figure
placée sur un coussin, dans le
cortège funèbre. « On place aux
pieds du prélat (Ma*" Dupanloup),
sur un second coussin cramoisi,
la crosse brisée en trois tron-
çons. » [Figaro, du 24 octobre
1878, funérailles de Mgr Dupan-
loup.) « Nous avons prédit cent
fois pour une que Dupanloup
briserait sa crosse sans être car-
dinal. » (Tam-Tam, du 20 octo-
bre 1878.)
Pipe (Fumer sans). Etre en
colère. — S'impatienter.
Pipe (C'est bon dans la). Ça
augmente le bien-être, ça amé-
liore la situation, — dans le
jargon des troupiers. C'est l'é-
quivalent militaire du : Ça met\
du beurre dans les épinards.
Pipelet , Pipelette. Portier,]
portière. Pipelet est le nom cé-l
lèbre d'un des personnages des]
Mystères de Paris, portier typi-
que qui, depuis le succès de cej
roman d'Eugène Sue, a servi d(
parraiu à MM, les concierges.
Piper. Fumer la pipe, le ci-l
gare ou la cigarette. -- Pipi
comme un Turc, fumer beau'
coup.
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
295
Pipot. Élève de l'École poly-
technique
Piquage (Faire un). Voler du
vin ou de l'alcool à l'aide d'un
trou, pratiqué dans la barrique;
genre de vol en usage chez cer-
tains camionneurs, chez cer-
tains employés des chemins de
fer; moyen économique de se
saouler sans passer par le mar-
chand de vin.
Piquante. Epingle.
Pique-chien. Concierge de
l'École polytechnique, — dans le
jargon des élèves de cette école.
Pique en terre. Volaille; par
allusion à la manière donl les
poules cherchent leur nourri-
ture.
Piqué des vers (Pas). Très
frais, très joli. — Elle n'est pcii^
•piquée des vers, la bourgeoise!
on dit aussi dans le même sens :
Elle n'est pas piquée des z'han-
netons.
Piquepou. — Tailleur, — dans
le jargon du peuple. C'est sans
doute une déformation de pi-
queprou, c'est-à-dire pique beau-
coup, dans l'ancienne langue
française. Le mot est loin d'être
jeune. La variante est : Fique-
prune; prune également mis
pour prou.
Piquer une note. Pour le pro-
fesseur, c'est marquer une note
à l'élève; pour l'élève, c'est ob-
tenir une note : piquer un cinq,
un dix, un dix-sept, — dans le
jargon des élèves du cours de
mathématiques spéciales. Vi-
quer le bâton d'encouragement,
obtenir la note 1, la plus mau-
vaise note. Piquer une huître,
ne pas savoir répondre au pro-
fesseur, quand on passe au ta-
bleau en colle.
Piquer un renard. Restituer
forcément un bon ou un mau-
vais repas.
Piquer le banc. Attendre quel-
qu'un sur un banc. — Se repo-
ser sur un banc aux Champs-
Elysées en attendant un amou-
reux de rencontre, — dans le
jargon des filles.
Piquer en victime. Plonger les
pieds en avant, le corps raide,
les mains collées aux cuisses.
Piquer son chien. Dormir pen-
dant le jour. — Les tailleurs
disent avec une variante : Piquer
sa plaque.
Piquer son fard, piquer un so-
leil. Rougir.
Piquet. Livre de messe. Juge
de paix, dans le jargon du
peuple.
Piqueuse de trains. Raccro-
cheuse qui attend la pratique
dans les gares, assise sur un
banc dans une gare de chemin
de fer. Elle guette l'arrivée des
trains.
Pissat d'âne. Eau-de -vie jaune-
clair; eau-de-vie coupée d'èau.
Allusion à la couleur.
Pisse froid ., Homme méthodi-
que concentré en lui-même.
Pisse-huile. Lampiste, — dans
le jargon du collège. (L. Lar-
chey.)
Pissenlits par la racine (man-
ger les). Etre mort.
Pissenlits (arroser les). Uriner
en plein champ.
Pisser des lames de canif,
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
896
pisser des clous de sabot. Souf-
frir en urinant, par suite d'une
maladie de la vessie, par suite
d'une maladie vénérienne.
Pisser au cul. Mépriser pro-
fondément; faire autant de cas
de quelqu'un que dune pisso-
tière, le traiter comme une pis-
sotière.
Pisser des lames de rasoir en
travers (Faire). Ennuyer quel-
qu'un au dernier point ; le faire
moralement souffrir à force de
l'ennuyer.
Pisser les poules (Mener).
Donner, en riant, un mauvais
prétexte pour s'en aller, pour
quitter l'ouvrage. — Etre oc-
cupé à ne rien faire, ne pas
vouloir dire où l'on va.
Pisser sa côtelette. Accou-
cher.
Pisseuse. Petite fille. Femme.
— La voisine a accouché. —
Qu'est-ce qu'elle a fait? — Une
pisseuse.
Pissin de cheval. Mauvaise
bière chaude.
Pistache. Légère ivresse. Pin-
cer sa pistache, être légèrement
ivre. Pourquoi pistache? — Est-
ce que l'ivrogne de la première
heure arborerait les tons verts
de la pistache ?
Pisteur. Homme qui suit les
femmes à la piste. Il ne faut
pas confondre le pisteur avec le
suiveur. Le suiveur est un fan-
taisiste qui opère à l'aventure.
Il emboîte le pas à toutes les
femmes qui lui plaisent, ou,
mieux, à toutes les jolies jambes.
Parmi cent autres, il reconnaî-
tra un mollet qu'il aura déjà
chassé. Il va, vient, s'arrête.
tourne, retourne, marche de-
vant, derrière, croise, coup^,
l'objet de sa poursuite, qu'il perd
souvent au détour d'une rue.
Plus méthodique, \e pisteur sur- .
veille d'un trottoir à l'autre son
gibier. Il suit à une distance
respectueuse, pose devant les
magasins, sous les fenêtres, se
cache derrière une porte, re-
tient le numéro de la maison,
fait sentinelle et ne donne de
la voix que lorsqu'il est sûr du
succès. Le pisteur est, ou un
tout jeune homme timide, plein
d'illusions, ou un homme mûr,
plein d'expérience. — Le pisteur
d'omnibus est un désœuvré qui
suit les femmes en omnibus,
leur fait du pied, du genou, du
coude, risque un bout de con-
versation, et n'a d'autre sérieuse
occupation que celle de se faire
voiturer de la Bastille à la Ma-
deleine et vice versa. Cet ama-
teur du beau sexe est ordinai-
rement un quinquagénaire dont
le ventre a, depuis longtemps,
tourné au majestueux. Il offre
à tout hasard aux ouvrières le
classique mobilier en acajou ;
les plus entreprenants vont jus-
qu'au palissandi'e. Les paroles
s'envolent, et acajou et palissan-
dre restent... chez le marchand
de meubles. Peut-être est-ce un
pisteur qui a trouvé le proverbe:
« Promettre et tenir font deux ».
Pistole (Grande). Pièce de dix
francs. — Petite pistole, pièce de
dix sous, — dans le jargon des
maquignons et des chiffonniers.
Pistolet. Demi-bouteille de
vin de Champagne.
Pistolet (Drôle de). Original.
Piston. Importun. — Pislon-
neTy ennuyer.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Piston. Interne protégé par
le médecin en chef d'un hôpi-
tal.
Piston. Préparateur d'un cours
de physique.
Pitaine-Crayon. Garçon de la
salle de dessin àl'Ecole Polytech-
nique, — dans le jargon des
Polytechniciens. Pi(ïame-i07'c/to?i,
garçon de laboratoire à lamême
école,
Pitancher. Boire. Pitancher à
morty boire jusqu'à plus soif.
Pitre. Farceur en chambre;
amuseur de société; celui qui,
dans une réunion, dans un dî-
ner, remplit l'office d'un pitre
de foire, fait rire les enfants et
qu'on invite parce qu'il coûte
moins cher qu'un joujou. —
Servir de pitre, amuser les au-
tres en faisant rire de soi.
Pitre de Comme. Mot à mot :
pitre de commerce. Commis-
voyageur. On connaît les plai-
santeries rances des voyageurs
de commerce, la célébrité qu'ils
se sont acquise dans les tables
d'hôte.
Pivert. Ressort de montre
dont les prisonniers se servent
en guise de lime. Allusion à la
dureté du bec du pivert.
Pivois, pive, pie, piéton. Vin.
— « Un certain vin se dit pivois^
à cause de la ressemblance de
son raisin avec la pive, nom pa-
tois du fruit appelé impropre-
ment pomme de pin. » (Ch.
Nodier.) — La pomme de pin
.sert encore d'enseigne à maint
cabaret de village.
Pive à
quatre nerfs, demi-setier; mot à
mot : vin à quatre sous. — Pivois
savonné, vin blanc ; pivots citron^
297
vinaigre, — dans l'ancien ar-
got.
Pivoiner. Rougir; par allu-
sion à la couleur de la pivoine.
Pivot. Plume à écrire.
Pivoter. Obéir. Mot à mot :
tourner au commandement, en
terme d'école militaire. « Ses
supérieurs pourront le faire
pivoter à leur aise. » (Saint-
Patrice.)
Placarde. Place publique, —
dans le jargon des voleurs.
Place d'armes. Estomac.
Placeur de lapins. Farceur
qui fait de la morale, moraliste
qui vit aux dépens des autres
et produit ses amis dans le
monde galant. «Desgenais n'est,
malgré ses malédictions à fra-
cas, qu'un simple placeur de la-
pijis. » (L. Chapron, Gaulois du
18 août 1877.)
Plafond (Avoir une araignée
dans le). Dire, faire des extra-
vagances.
Plafond (Se défoncer le). Se
brûler la cervelle.
Plan. Mont-de-Piété. Mot à
mot : la planche où sont les ob-
jets laissés en nantissement. —
Mettre au plan, engager au Mont-
de-Piété ou ailleurs. « M'man,
j'ai mis ma veste au plan hier
soir. » (Gavarni.)
Plan. Prison. — Hospice des
Enfants-Trouvés.
Plan. Moyen. // y a plan, il
n'y a pas plan ; expression dont
se servent beaucoup d'ouvriers
lorsqu'ils vont demander de
l'ouvrage. — Patron, est-ce qu'il
y a plan ? Mot à mot : est-ce
qu'il y a moyen de travailler
17.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
208
chez vous? — « Oui, il n'y a
pas plan, murmurait Céline. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Plan (Mettre en, laisser en).
Quitter quelqu'un sans le pré-
venir, planter là.
Planche. Sabre, — dans le
jargon des voleurs.
Planche. Femme très maigre.
— Femme qui n'a pas que
l'apparence de la froideur.
Planche. Tableau noir ser-
vant aux démonstrations ma-
thématiques, — dans le jargon
du collège. — Passer à la plan-
che, passer au tableau.
Planche au pain. Banc des
prévenus. — Lit, — dans le jar-
gon des filles publiques.
Planche à tracer. Table à
manger, — dans le jargon des
francs-maçons qui disent encore
atelier.
Planches (Avoir des). Mot à
mot : avoir l'habitude des plan-
ches, jouer la comédie depuis
longtemps; être sur la scène
aussi à l'aise que chez soi. Ma-
dame Thierret avait des plan-
ches autant qu actrice du monde.
Planches. Etabli de tailleur.
— Avoir fait les planches, avoir
travaillé comme ouvrier avant
d'être devenu patron.
Planché. Condamné.
Plancher. Quitter un ami de
prison, — dans le jargon des
voleurs.
Plancher. Plaisanter. — Par-
les-tu sérieusement ou planches-
tu?
Plancher. — Coucher à la
salle de police, sur la planche
du gouvernement. J'ai planché
deux jours, — dans le jargon du
régiment.
Plancher (Débarrasser le).
S'en aller, lorsqu'on importune
quelqu'un. Débarrassez-moi le
plancher.
Plancherie. Plaisanterie d'un
goût douteux.
Plancheur, Plancheuse. Mau-
vais plaisant, mauvaise plai-
sante.
Plançonner. — Bredouiller.
Dérivé de Plançon, mauvais ac-
teur de la Gaîté qui bredouillait
à la fin et souvent au commen-
cement de chaque tirade. (Argot
des coulisses.)
Planque. Lieu, endroit, ca-
chette. — Poste d'observation
d'où un agent de police sur-
veille un malfaiteur.
Planque des gouâpeurs. Dé-
pôt de la préfecture de police.
Planque à plombes. Pendule.
Planque à tortorer. Restau-
rant.
Planque à suif. Tripot.
Planque à sergots. Poste de
police.
Planque à larbins. Bureau de
placement.
Planquer. Cacher. — Obser-
ver. — Mettre de l'argent de
côté.
Planquer (Se). Se cacher. —
Planquer le marmot, cacher un
objet volé.
Planter un acte. Veut dire
que le mouvement général et
les positions en sont fixés. On
dit planter la décoratioJi dams le
même sens. (A. Bouchard.)
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
299
Planter nn comparse. Le faire
grimer, le placer, lui dessiner
la marche à suivre et lui don-
ner les indications nécessaires.
{Musée Philipon, Théâtre de Bourg-
en-Bresse.)
Plantes (User ses). Marcher
. beaucoup. Mot à mot : user les
^ plantes de ses pieds.
Plaquer. Quitter. — Remettre
quefiqu'un à sa place. Invectiver
avec verve sans laisser à l'ad-
versaire le temps de la réplique ;
c'est-à-dire appliquer invectives
sur invectives, comme on appli-
que plaque sur plaque.
Plaquer. Confondre, interlo-
quer, mettre dans l'impossibilité
de répondre , aplatir morale-
ment; c'est le synonyme de
coller. — As-tu vu comme je te
l'ai plaqué ? il n'a plus soufflé
mot.
Plaquer (Se). Se jeter, se
précipiter. — Se plaquer dans
la limonade^ se jeter à l'eau.
Plat à barbe. Hausse-col d'of-
ficier. (L. Larchey.)
Plat du jour. « Il n'est pas de
cabaret où il ne se confectionne
chaque jour ce que le restaura-
teur appelle dans son argot un
plat du jour, c'est-à-dire un plat
humain, possible, semblable à
la nourriture que les hommes
mariés trouvent chez eux; un
plat, enfin, que l'on peut man-
ger sans en mourir. » (Th. de
Banville, La Cuisinière poétique.)
Plat d'affiches (Prendre un).
Ne pas avoir de quoi déjeuner,
— dans le jargon des ouvriers.
A l'heure du déjeuner, celui qui
n'a ni argent, ni crédit, flâne
comme une âme en peine et
fait des stations devant les af-
fiches des théâtres.
Plateau. Plat, — dans le jar-
gon des francs-maçons.
Platine (Bonne). Langue bien
pendue, loquacité, bavardage.
Plâtre. Argent. — Montre,
matière d'argent, — dans le
jargon des voleurs.
Plâtre. Pour emplâtre. Mau-
vais ouvrier typographe, lent
au travail.
Plâtre (Être au). Avoir de
l'argent, -r L'argent est à la
poche ce que le plâtre est à un
mur crépi. C'est une figure pour
dire que celui qui a de l'argent
n'est pas décrépit. Les voleurs
ont emprunté cette expression à
l'argot des maçons.
Plats à barbe. Grandes oreil-
les.
Plein comme un œuf. Repu.
— Avoir son plein, être repu
Plein de soupe (Gros). Joufflu.
— Gros réjoui.
Pleurant. Oignon. Il pousse
aux larmes ni plus ni moins que
certains mélodrames.
Pleut (II). Formule négative
pour non, jamais. Voulez-vous
me rendre un service? — Il pleut.
Pleut (II). Silence! Attention!
voici du monde, — dans le
jargon des typographes. On dit :
« il pleut » pour avertir un cama-
rade de se taire ou de parler
d'autre chose, quandle rédacteur
en chef, le secrétaire de la ré-
daction ou un étranger entre à
l'imprimerie, et qu'on bêche
quelqu'un de la hoUe.
Pleuvoir. Uriner, — dans le
jargon des troupiers. Aller pieu-
300 DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE
voîV. _ Si tu savais comme tu me
fais pleuvoir!
Pliant. Couteau de poche, —
dans l'ancien argot.
Plier son éventail. Faire des
signes d'intelligence aux mes-
sieurs de l'orchestre, — dans
le jargon des demoiselles de
théâtre.
Plis (Des)! Des bêtises! Ren-
gaine de la famille de : « des na-
vets ! des nèfles ! » — Le mot com-
porte l'idée d'un sous-entendu
obscène à l'adresse du sieur
podex.
Plomb. Chambre de domes-
tique ; chambre sous les plombs
du toit.
Plomb. Gaz délétère ; gaz hy-
drogène sulfuré qui se dégage
des fosses d'aisances.
Plomb. Gosier. — 'Est-ce que
c'est ton plomb ou tes pieds qui
schelinguent comme ça? — C'est
les deux.
Plomb. Syphilis. — Etre au
plomb, avoir gagné la syphilis,
— dans le jargon des voyous.
— Manger du plomb, être blessé,
tué par une arme à feu. (L.
Larchey.)
Plombe. Heure. Dix plombes se
décrochent^ dix heures sonnent.
Plomber. Sonner. —La g'wim-
barde ne plombe plus, la pen-
dule ne sonne plus.
Plomber. Communiquer la
syphilis. — Etre plombé, avoir
du plomb de Vénus dans l'aile.
^ Sentir mauvais, répandre
une odeur qui rappelle celle
des plombs. — Vlomber du gou-
lot, sentir mauvais de la bouche.
Plongeur. Pauvre, misérable,
— dans le jargon des voleurs. —
Laveur de vaisselle, — dans
l'argot des hmonadiers et des
restaurateurs.
Ployant, Ployé. Portefeuille.
Plue. Butin, — dans l'ancien
argot.
Plumade. Paillasse, — dans
l'ancien argot. — Et plumarde,
aujourd'hui.
Plumard. Lit. Se plumarder,
se coucher, se mettre au lit, —
dans l'argot du régiment.
Plume. Pince à effraction. —
C'est avec cette plume que les
voleurs signent leurs noms sur
les portes.
Plume. Pelle-racloir dont se
servent les maçons pour mêler
la chaux, — dans le jargon des
maçons.
Plume de Beauce. Paille, —
dans l'ancien argot.
Plume (Tailler une). Mordre
à pleine bouche au fruit dé-
feiidu, — dans l'argot des filles
publiques.
Plumer. Dépouiller un homme
dans l'intimité. — Gagner au
jeu l'argent d'un imbécile.
L'homme plumé est un pigeon.
Plumes. Cheveux destinés à
la hotte, — dans le jargon des
chiffonniers.
Plumet (Avoir son). Etre com-
plètement ivre. C'est être com-
plet au point de vue de l'ivresse.
— Pourrait bien être une allu-
sion au plumet des Suisses, ré-
putés, comme on sait, buveurs
intrépides. « Je pense que c'était
un suisse du quartier, car il
avait un plumet. » (Aventures
des bals et des bois, 1745.)
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Plus (Il n'en faut). C'est vieux,
usé. — En voilà assez. — On ne
m'y prendra plus. Locution
qu'on a mise à toutes les sauces.
— A 6as, les gêneurs, il n'en faut
plus. — Comment va votre femme'l
— Il n'en faut plus. — Vous
m'avez fait poser deux heures, il
n'en faut plus. — Que dit-on de
la pièce nouvelle'î — Il n'en faut
plus.
Plus souvent. Non, jamais.
Formule négative. — Plus sou-
vent que je lui prêterais de l'ar-
gent.
Plus-fine. Guano de prove-
nance humaine.
Pochard. Ivrogne fainéant et
ami des plaisirs. M. Fr. Michel
le fait venir de poisson, poichon,
poçon, mesure de vin. Pourquoi
ne viendrait-il pas de pochon,
coup, contusion dont la figure
de l'ivrogne induré est généra-
lement illustrée ?
Pochards (Le signe de la croix
des). « Il consiste à prononcer
« Montparnasse » sur la tête, à
l'épaule droite « Ménilmonte »,
à l'épaule gauche « La Cour-
tille », au milieu du ventre
« Bagnolet », et dans le creux
de l'estomac, trois fois « Lapin
sauté. » {Le Sublime.)
Pocharder. Enivrer.
Pocharderie. Etat du pochard ;
ivrognerie.
Poche. Apocope de pochard.
« Quand on est poch' on s'en revient
[cliantant. »
(LeDéménag. à la sonnette de bois, chans.)
Pocheté. Imbécile, niais.
Pochon. Contusion à l'œil. —
Le pochon marque l'œil, le po-
301
et le rend
che, le boursoufle,
semblable à un œuf poché.
Pocker. — Jeu de cartes d'im-
portation américaine. C'est une
sorte de bouillotte, moins vivace
que l'autre, et qui se joue à six.
Poêle, Poil. Réprimande. — -
Ficher un poêle, un poil, répri-
mander. «Le patron nous fichera
un poêle, si nous ne sommes pas
rentrés à quatre heures du ma-
tin. » (J. Rousseau, Paris-Dan-
sant.)
Poêle à marrons. Visage grê-
lé, — dans le jargon du peuple.
Poétraillon. Mauvais poète.
Pogne. Voleur, — dans l'an-
cien argot.
Pogne, Poigne. Main. — Vi-
gueur. Préfet à poigne, préfet
qui montre de la vigueur. —
Avoir une bonne poigne, avoir la
main solide.
Pognon. Argent de poche. —
Pognon secret, économies, argent
caché, argent mignon.
Poignard. Vêtement qui re-
vient au tailleur, à la couturière
pour être retouché. — Retouche
à faire à un vêtement.
Poignarder. Retoucher un
vêtement.
Poignée de viande par la fi-
gure (Foutre une). Donner un
coup de poing sur le visage,
appliquer un maître soufflet, —
dans le jargon des bouchers.
Poignet (La veuve). Exercice
de l'onanisme.
Poigre, Poique. Poète, litté-
rateur, — dans le jargon des
voleurs. Le second mot, poique,
n'est qu'une déformation mo-
derne du premier.
302
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Poil (Bougre à). Homme cou-
rageux, plein d'énergie.
^ Poil (Faire le). Surpasser. —
Tromper.
Poil (Tomber sur le). Battre.
— Tomber sur le poil à bras rac-
courcis exprime le superlatif de
l'action.
Poil de sec (Ne pas avoir un).
Eprouver une vive émotion. Al-
lusion à la transpiration qu'une
forte émotion procure à cer-
taines personnes.
Poil au 0. (Avoir du). Avoir
du courage, de l'énergie, —
dans le jargon du peuple.
Poil dans la main (Avoir un).
Etre paresseux, Allusion à un
poil imaginaire qui empêche de
travailler celui qui en est dé-
tenteur. — Avoir un fameux poil
dans la main, être très pares-
seux.
Poils (A). Tout nu. — Se mettre
à poils, se déshabiller tout nu,
pour entrer au bain, par exem-
ple. — Monter à poils, monter à
cheval sans selle.
Point. Pièce d'un franc, —
dans le jargon des brocanteurs.
Point-de-côté. Créancier. —
Importun. — Agent des mœurs,
— dans le jargon des voleurs et
des Ephestions d'égout. Ces der-
niers désignent, encore, sous
ce nom le passant, qui, par sa
présence, gêne leur honteux
commerce.
Pointe (Avoir sa). Ressentir
les premiers elfets de l'ivresse.
— Avoir une pointe de gaieté
causée par les préliminaires de
l'ivresse.
Pointé, à point (Etre). Avoir
bu jusqu'à la lisière de l'ivresse.
Un verre ou deux de plus, le
pointé passe à l'état de soûlot;
le soûlot est le têtard du po-
chard.
Pointeau. Employé qui pointe
le temps dans les usines, — en
terme d'ouvrier.
Pointu (Bouillon). Clystère.
Poire. Tête, figure. — Tam-
bouriner la poire, porter des
coups au visage. — « Il se con-
tentera de vous tambouriner la
poire, le cul et les côtes. » {Uart
de se conduire dans la société des
pauvres bougres.)
Poire (Faire sa). Se faire prier,
faire la prude, prendre des airs
dédaigneux.
Poireau. Sergent de ville sta-
tionnant sur la voie publique.
Poireau (Faire le, Piquer
son). Attendre, de planton dans
la rue. — Se croiser les bras. —
Attendre de l'ouvrage, — dans
le jargon du peuple.
Poirette. Figure. Laver la
poirette, embrasser, — dans le
jargon des voleurs.
Poison. Sale femme, femme
malpropre au physique et au
moral. — Eh! va donc, poison!
— C'est une poison.
Poisse (La). La crapule, la
voyoucratie, — dans le jargon
des gommeux, qui ont renvoyé
la balle aux voyous.
Poisse. Voleur. Les mains du
voleur ont l'adhérence des em-
plâtres de poix de Bourgogne.
Poissé (Etre). Etre pris, être
appréhendé au corps.
Poisser. Voler. — Rattraper,
prendre sa revanche, — dans
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
303
le jargon des voyous. — Toi^ je
fpoisserai!
Poisser (Se). Se griser.
Poisseux. Voyou, — dans le
jargon des gommeux.
Poisson. Mesure de vin, cin-
quième du litre. Il y a le grand
et le petit poisson.
Poisson. Souteneur. Il nage
dans les eaux de la prostitu-
tion.
Poisson d'eau (Changer son).
Uriner.
Poisson souffleur (Faire le).
Fellare. Aspirer la vie à ses
sources.
Poitou. Public, — dans le
jargon des voleurs.
Poitou. Précautions. — Peine.
— Epargner le poitou, prendre
ses précautions.
Poitou. Non; rien; formule
négative. Vieux mot argotique
remis, depuis peu, en circula-
tion par les rôdeurs de barriè-
re qui en ont fait poiton et
poite. — As-tu vingt ronds? —
Du poiton.
Poitriner. — Tenir son jeu
près de la poitrine pour en dé-
rober la vue à l'adversaire.
« Poitrinez donc ! Vous faites
voir vos cartes. » (A. Cavaillé.)
Poivrade. Syphilis. {Le Nou-
veau Vadé, 1824.) — Poivre a la
même signification. Etre au poi-
vre, être atteint de la syphihs.
(Jargon des voyous.)
Poivre. Poisson. M. Fr. Michel
donne le mot sans autre expli-
cation ; il doit être pris dans le
sens de « poisson », mesure de
vin, à' ohpoivrier, poivrot f poivre^
mine à poivre.
Poivre. Eau-de-vie. — Un
poivre, un verre d'eau-de-vie.
— « De la bière, deux poivres
ou un saladier? « (P. Mahalin.)
Poivrement. Paiement , —
dans le jargon des voleurs.
Poivrer. Payer, — dans le
jargon des voleurs. — Surfaire.
— Falsifier. Poivrer le pive, fal-
sifier le vin.
Poivrer. Communiquer le mal
vénérien, donner un bon à tou-
cher chez le docteur Ricord. —
Etre poivré, être dans les condi-
tions requises pour obtenir une
entrée à l'hôpital du Midi, payer
cher un moment de plaisir.
« Toi louve, toi gueuse, qui m'as si bien
[poivré,
» Que je ne crois jamais en être délivré. »
(Saint-Amand.)
Poivreur. Payeur, — dans le
jargon des voleurs.
Poivrier, Pqivrot, Poivre.
Ivrogne. — Etre poivre, être
soûl. — Le poivrot est arrivé au
dernier degré de l'ivresse. Il
parle seul, bat la muraille et
festonne dans les ruisseaux jus-
qu'à ce que, à bout de forces,
il s'asseye sur un banc ou qu'il
s'étale le long d'un trottoir qu'il
aura pris pour un banc.
Poivrier (Faire le, Barboter
le). Voler un ivrogne. Et la va-
riante plus usitée aujourd'hui :
Cueillir un poivrot, ou, encore,
canarder un poivre, allusion au
canard barboteur. « A nous
trois, nous avons barboté pas
mal de poivriers. » (Petit Journal,
du 22 juillet 1880.)
Poivrier, mine à poivre. Mau-
vais débit de vins et liqueurs
qui brûlent le palais comme le
poivre le plus incandescent.
304 DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE.
Poivrière. Route. Comparai-
son de la poussière au poivre.
Poivrot (Vol au). Vol commis
sur la personne d'un ivrogne. —
Barboter le poivrot, fouiller un
ivrogne pour le voler. — Les
barboteurs de poivrots sont des
voleurs qui ont la spécialité de
dépouiller les ivrognes. — Can-
1er donne poivrier dans le même
sens.
Police (Se mettre à la). Se
faire inscrire sur le registre des
filles soumises. « Elle donna en-
suite dans les employés, dans
les commis, quitta le théâtre
par paresse et se mit à la po-
lice. » (Paris-vivant, La Fille,
1858.)
Polichinelle. Hostie, — dans
le jargon des voyous.
Polichinelle. Verre d'eau-de-
vie de la capacité d'un double
décilitre, servi sur le comptoir
du marchand de vin. « Si mon
auguste épouse ne reçoit pas sa
trempée ce soir, je veux que ce
polichiîielle-lk me serve de poi-
son. » (Gavarni.)
Polichinelle dans le tiroir
(Avoir un). Etre enceinte.
Polisseuse de mâts de coca-
gne en chambre. Prostituée de
la famille des carnassiers, à peu
de chose près. En latin fellatrix.
Polisson. Faux appas en crin
que nos amère-grand'mères
ne plaçaient pas sur la gorge.
Polisson. Gentilhomme de la
Cour des Miracles. Les polissons
jouaient les déguenillés et tâ-
chaient d'inspirer la pitié en
grelottant sous leurs haillons.
olka. Photographie, dessin
pornographique.
Polonais. Petit fer à repasser
les dentelles, — dans le jargon
des blanchisseuses.
Pomaquer. Perdre, — dans le
jargon des voleurs.
Pommade de cochon. Sain-
doux.
Pommade (Etre dans la, tom-
ber dans la). Avoir fait de mau-
vaises affaires. Essuyer une dé-
bâcle financière.
Pommade, coup de pommade.
Flatterie. — Jeter de la pom-
made, llatter.
Pommader. Masquer les cre-
vasses d'un vieux meuble au
moyen d'un enduit fait de cire
et de gomme laque.
Pommadin. Apprenti coiffeur.
— « Tous des portiers et des
lampistes, clama-t-il, et avec
cela des gonsesses en soie et
des pommadins! » (Huysmans,
Marthe.)
Pommard. Bière légère, —
dans l'ancien argot.
Pomme à vers. Fromage de
Hollande.
Pommes (C'est comme des).
C'est inutile, ce n'est pas néces-
saire, — dans l'argot du régi-
ment. Variante : Cest comme des
dattes.
Pommes (Aux). Bâte aux
pommes. Soigné. — Deux con-
sommateurs, un habitué et un
étranger, demandent, dans un
café, chacun un bifteck, le pre-
mier aux pommes, le second
naturel, naaire, dans l'argot des
restaurateurs. Le garçon chargé
des commandes voie vers les
cuisines et s'écrie d'une voix re-
tentissante : <c Deux biftecks,
' dont un aux pommes, soigné! »
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
305
Le mot fît fortune. C'est depuis
ce jour qu'on dit : « Aux pom-
mes », pour soigné.
Pompage. Sacrifice au dieu
de la bouteille.
Pompe. Retouche faite à un
vêtement.
Pompe. Botte. — Faire les
pompes auprix-courant^ voler des
bottes à l'étalage. Le voleur à
l'étalage, aussitôt le coup fait,
part en courant.
Pompe. Travail suivi, — dans
le jargon des typographes. —
Avoir de la pompe, avoir beau-
coup d'ouvrage pressé à faire.
Pompe. — Officier attaché à
l'instruction générale, en terme
d'Ecole de Saint-Cyr. « Ils rem-
plissent un peu les'fonctions de
pion. » (Saint-Patrice.) — Corps
de pompe, les professeurs. —
« Ceux qui savent quelques bri-
bes de dessin pochent en quatre
traits la caricature du général
ou du corps de pompe. » (R.
Maizeroy, Souvenirs d'un Saint-
Cyrien, 1880.)
Pompe (Messieurs de la). Em-
ployés des pompes funèbres; et,
dans le jargon des voyous : les
mecs de la pompe.
Pompe aspirante. Soulier dont
la semelle est à jour.
Pompe funèbre. Fellatrix.
Prostituée en contravention
avec les lois de la nature.
Pomper. Travailler beaucoup,
— dans le jargon des typogra-
phes. — Boire beaucoup.
Pompette. Légèrement pris
de vin. — Etre un peu pompette.
Pompier. — Mélange de ver-
mout et de cassis, boisson très
1 appréciée des voyageurs de
. commerce.
I Pompier. — Elève qui se pré-
pare au baccalauréat, — dans
, le jargon du collège. — Ainsi
dénommé à cause de la masse
des connaissances que ses exa-
mens le forcent d'absorber. (A.1-
banès.)
Pompier. Mouchoir. — Pom-
pier de service, mouchoir très
sale.
Pompier. Ouvrier tailleur
chargé de retoucher les vête-
ments. « Il y a la grande et la
petite pompe : la grande pour
les habits et redingotes, la pe-
itite pour les pantalons et les
i gilets. » (R. de Beauvoir, cité
ipar L. Larchey.)
1 Pompier. Tapage organisé et
j accompagné de chants, — dans
l'argot de l'Ecole. Piquer un
' pompier, se livrer à une bruyante
I manifestation. (L. Larchev.)
I "
j Pompon. Soldat adonné à
I l'ivrognerie. Celui qui pompe,
I — dans le jargon des troupiers.
j « Le type du vieux pompon de-
' vient rare. » (B'réd. de Reilïen-
berg, La Vie de garnison, d863.)
Pompon (A lui le). A lui la
gloire, à lui l'honneur, à lui le
premier rang. Sert à désigner
une supériorité quelconque.
Ponante, Ponif, Ponifle, Pou-
gniffe. Fille publique de la der-
nière catégorie, — dans le jar-
gon des voleurs et des voyous.
Poncer le créateur (Se) . Se
livrer sur soi-même à une de
ces manifestations familières à
Diogène. L'expression a été
fourbie par feu Grassot du Palais-
Royal.
306
Pondant. Correspondant. Per-
sonne chargée par une famille
de la remplacer auprès d'un in-
terne de collôge.
Pondeuse (Bonne]. Femme
qui a beaucoup d'eniants; fem-
me qui est toujours en état de
grossesse.
Poney. Billet de cinq cents
francs, — dans le jargon des
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
du matin. » (Flévy d'Urville.)
Pontonnier. — Grec habile
dans l'art de faire les ponts.
(Argot des joueurs.)
Popote. Cuisine de pauvre et
pauvre cuisine. — Faire la po-
pote, se réunir pour faire un
maigre repas à frais communs.
Popoter. Faire la popote.
bookmakers. — Avoir gagné son i Porc-épic. Saint-Sacrement, —
poney, avoir gagné cinq cents '^"" '" "" ^ ' ''
francs en pariant aux courses.
Ponte (La). Réunion de
joueurs qui jouent contre le
banquier au baccarat, au trente-
et-quarante.
Ponte (Le). Celui qui joue
contre le iDanqu.ier. Tanti punti,
tanti coglioni, dit un proverbe
italien ; autant de pontes, autant
d'imbéciles.
Ponter. Jouer contre la ban-
que. Ponter dur, jouer beaucoup
d'argent. Ponter sec, jouer de
grosses sommes à intervalles
inégaux.
Pontife. Cordonnier. Ce so-
briquet date du commencement
du xviie siècle et il s'est con-
servé jusqu'à nos jours. Allu-
sion aux souliers à pont, fort à
la mode à cette époque. —
Souverain pontife, maître cor-
donnier.
danb le jargon des voleurs. Al-
lusion aux rayons de métal qui
environnent l'hostie. (Fr. Mi-
! chel.)
I Port d'armes (Laisser au).
Quitter le service militaire avant
un camarade, — dans l'argot
du régiment. Faire attendre et
ne pas revenir.
Portanche (Le, La). Portier,
portière.
Porte bien (Qui se). Vigou-
reux, bien appliqué. — Donner
un soufflet, un coup de pied qui
se porte bien.
Portefeuille. Lit. C'est là que
l'homme serre ce qu'il a de
plus précieux : sa personne. —
S'insinuer, se fourrer dans le
portefeuille, se coucher. — « J'
souffre moins comme ça, voyez-
quand j'
vous, parc que , quana j suis
étendu dans le portefeuille, je
m' sens à tout' minute prêt à
Pontoise (Revenir de). Avoir | '^^^"S'''' " ^^\^^^\''' ^'^^"^"
ir bêtement étonné ' /^^' ^^^' '' ^^- '' ^^^^■)
Pontonnière, Pontanniére. ' Portefeuilliste. Ministre. Il a
Fille publique qui alfectionne le ' un portefeuille ministériel. « Les
voisinage des ponts; fille pu- 1*''^^^ portefeuillistes, M. de Mar
l'air
blique attardée qui prend les
ponts de Paris pour des ponts
de navire. « La belle va lever
sur les ponts... et y fait le quart
jusqu'à trois et quatre heures
cère surtout, ont l'air foncière-
ment satisfaits de leurs maro-
quins. » (Le Réveil, du 16 dé-
cembre 1877.)
Porte-balle. Bossu.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Porte-maillot. Danseuse.
Porte-manteau (Epaules en).
Epaules hautes et plates.
Porte-trèfle. Pantalon.
Porte-pipe. La bouche, —
dans le jargon du peuple. —
Se rincer le po7^te-pipe, boire.
« Anatole, qui s'était rincé le
porte-pipe et qui paraissait dis-
posé à rire. » (Huysmans, Les
Sœurs Vatard.)
Porté sur l'article. Amateur
du beau sexe. Mot à mot : porté
sur l'article femme.
Porté sur la liste des élèves
morts. Porté malade, — dans
le jargon du régiment.
Porte-mince. Portefeuille.
Porter (En). Etre trompé par
sa femme; c'est-à-dire porter
des cornes, être coitfé à la ma-
nière des maris trompés. — La
femme qui trompe son mari,
lui en fait porter.
Porter à la peau. Inspirer des
désirs amoureux.
Portez! Remettez! Une des
expressions les plus usitées dans
les régiments de cavalerie. Mot
à mot : « Portez sabre! remet-
tez sabre! » Exclamation intra-
duisible et qui se produit chaque
fois que quelqu'un vient de dire
une grosse bourde. Cela se pro-
nonce en élevant la voix et d'un
ton sévère, comme pour le
commandement. La même ex-
clamation retentit lorsqu'un ca-
valier a commis une incongruité
plus ou moins bruyante.
Portier, Portière. Cancanier,
cancanière; médisant, médi-
sante.
307
dans le jargon des soldats.
Tomber sur la portion, — c'est-à-
dire tomber sur la portion de
viande, suivre avec empresse-
ment une fille publique.
Portrait. Figure. — Crever le
j portrait, endommager le portrait,
I laisser l'empreinte d'un coup
j de poing sur la figure.
i Pose (La faire à la). Chercher
I à éblouir la galerie, soit par ses
I manières, soit par sa conversa-
I tion.
j Poser. Attendre depuis long-
i temps. — Etre mystifié, — Se
j donner de l'importance. — Cher-
I cher à faire valoir ses avan-
! tages, soit physiquement, soit
i moralement, en prenant une
; attitude étudiée.
Poser pour le torse. Faire
^ des effets de plastron. Quand
on n'est pas très joli garçon,
I c'est une manière comme une
autre d'attirer l'attention des
femmes qui, comme Brid'oison,
s'attachent à la forme.
j Poser culotte. Aller aux ca-
j binets inodores.
Poser (Faire). Faire attendre
longtemps, faire attendre en
j vain. — Mystifier.
! Poser et marcher dedans.
■ S'embrouiller, perdre la tête.
; {Mémoires d'un forçat, i829.)
C'est mot à mot : après avoir
! sacrifié à la C'° Lesage, mettre
le pied en plein dans l'holo-
causte.
Poser un lapin. Mystifier, se
moquer du pauvre monde. —
i Poseur de lapins, farceur, mysli-
I ficateur. — « Emile Zola n'est
I pas un naturaliste, c'est-à-dire
Portion. Fille publique, — ' un poseur de lapins. » (E. Ber-
308
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
gerat, La Vie moderne, 21 fév.
1880.)
Poser un lapin. Flouer une
femme. Foseur de lapins, homme
qui Houe les femmes.
Poses (Faire des). Interposer
des cartes préparées dans un
jeu loyal.
Poseur, Poseuse. Homme,
femme, qui alfecte des allures
ou un langage étudié. — Celui,
celle qui cherche à produire de
l'effet au moyen d'une attitude
étudiée. Au théâtre, le poseur
fait des effets de torse; il pro-
jette sa poitrine sur le devant
d'une loge, lorgne avec affecta-
tion; au bal, il s'accoude sur le
marbre de la cheminée; au Bois
de Boulogne, il fait piatter sa
monture devant les équipages
de luxe; dans la conversation,
il récite avec emphase une ti-
rade politique lue, le matin,
dans un journal, ou il traite une
question d'art étudiée, la veille,
dans un livre. — La poseuse
fait des effets de toilette.
Position. Malle, — dans le
jargon des voleurs, qui, la plu-
part, n'ont qu'une malle pour
tout avoir.
Possédé. Eau-de-vie, — dans
le jargon des voleurs.
Poste aux choux. Canot des-
tiné, en rade, au service des
provisions, — dans le jargon
des marins.
Poste (chasser au). Faire ap-
pel à la débauche, du haut d'une
fe nôtre.
Postiche. Mensonge; nouvelle
invraisemblable. Poser un pos-
tiche, mentir.
Postiche. Rassemblement or-
ganisé sur la voie publique par
des voleurs dans l'intérêt de
leur commerce.
Postiche, Postige. Parade de
saltimbanque. Petites scènes
jouées en plein air pour attirer
le public. Bagatelles de la porte
avec accompagnement de souf-
flets et de coups de pied au cul.
C'est le lever de rideau des ar-
tistes forains. — Les saltim-
banques donnent encore le nom
de postiche ou postige aux exer-
cices qu'ils font sur la voie pu-
blique : un tapis percé à jour,
quatre pavés pour retenir le ta-
pis, un orgue, un plateau pour
la quête, une chaise pour le
travail de la dislocation ou des
poids pour le travail de force,
voilà la scène et la composition
du postige.
Postiger. Faire amasser le
public, — en terme de camelot
et de saltimbanque.
Postillon. Petite pluie de sa-
live dont le postillonneur as-
perge, bien innocemment, le
visage de son interlocuteur.
Postillon. Boulette de mie de
pain recelant un billet qu'un
détenu lance d'une cour à l'au-
tre, lorsqu'il a quelque commu-
nication à faire à un camarade.
— Envoyer le postillon, corres-
pondre entre prisonniers.
Postillon. — Carte servant de
point de repère — peut-être
vaudrait-il mieux orthographier
repaire — pour reconnaître soit
le début, soit la fm, soit la re-
prise d'une passe au baccarat,
— dans le jargon des grecs.
Nommé postillon parce qu'il
conduit le char de la fortune
sur le tapis vert.
i
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Postillon. Insinuation dépla-
cée. — Faille postillon.
Postillon d'eau chaude. Mé-
canicien, chauffeur de locomo-
tive. — Infirmier militaire.
Postillonner. Parler en lan-
çant des postillons. — Con^es-
pondre entre détenus au moyen
d'une boulette de mie de pain
contenant un avis écrit.
Postillonneur. Lanceur de
postillons. Un despostillonneurs
les plus humides lut P., le jour-
naliste dont on disait: On ne
peut l'aborder que le parapluie
à la main.
Posture (En). Apothicaire, —
dans l'ancien argot.
Pot, Cuiller à pot. Cabriolet.
Pot-bouille. Cuisine sans pré-
tention.
Pot de chambre dans la com-
mode (Avoir laissé le). Avoir
l'haleine fétide.
Pot-à-tabac. Personne courte
et grosse.
Pot- à-tabac. Agent de la sû-
reté, — dans le jargon des vo-
leurs. Ils ont longtemps passé
au tabac les prévenus. (V. tabac.)
Pot-à-mûigneaux. Chapeau
haute forme, — dans le jargon
du peuple qui prononce moi-
gneaux pour moineaux.
Pot-au-feu. Creuset de faux
monnayeur, — dans l'argot de
la pohce.
Pot-au-feu. Casanier, casa-
nière.
Pot (C'est dans le). C'est
manqué, c'est raté, en parlant
d'un ouvrage, — dans le jargon
des couturières. — Les tailleurs
309
disent, pour exprimer la même
idée : C'est dans les bottes.
Potache. Collégien.
Potage à la julienne dans le
ruisseau. Chute dans un ruis-
seau. On fait prendre un potage
à la julienne à son adversaire,
quand on l'étalé dans le ruis-
seau. (Jargon des ouvriers.)
Potard. Pharmacien. — Elève
pharmacien. — « Un potard qui
somnolait, le nez sous des be-
sicles et sur un livre. » (Huys-
mans, Les Sœurs Vatard.)
Potasse, potasseur. Elève stu-
dieux niais inintelligent; élève
qui se donne beaucoup de mal
sans profit.
Potasser. Préparer, étudier.
Potasser sa colle, préparer son
examen.
Potasser. Travailler avec as-
siduité.
Poteau. Camarade dévoué, —
dans le jargon des voleurs.
Poteaux. Jambes engorgées,
grosses jambes.
Potée. Litre de vin. —Enfiler
sa potée, boire son litre.
Potin. Bavardage où un peu
de vérité est mêlé à beaucoup
de mensonges; genre de con-
versation très usitée parmi les
portières. — Faire des potins,
faire des cancans.
Potin. Bruit, vacarme, -- dans
le jargon du peuple. — Faire
du potin.
Potiner. Jacasser en altérant
la vérité, en se livrant à des
débauches de suppositions mal-
veillantes.
Potinier, Potinière. Celui,
310
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
celle qui se complaît à bavarder
sur les moindres faits et gestes
d'autrui, avec accompagnement
d'interprétations malveillantes.
Potiron. — Derrière et potu-
ron par altération. Allusion de
rotondité. « L' pied m' glisse,
et sur 1' poturon j' tombe. »
(Le Parfait catéchisme poissard.)
Potiron roulant. Cabriolet.
Pouce rond (Avoir le). Etre
adroit.
Pouchon. Bourse ;pour23oc/ion,
poche, — dans l'ancien argot.
Pouf (Faire un). Ne pas payer
une dette. — Faiseur de poufs,
celui qui a l'habitude de ne pas
payer ses dettes. Le faiseur de
poufs déménage tous les six
mois en laissant dans tous les
quartiers des créanciers conster-
nés, jusqu'au jour où quelque
escroquerie qualifiée l'envoie
sur les bancs de la police cor-
rectionnelle.
Pouffiace, Peauffiace. Prosti-
tuée sur le retour,
Pouio. Rien, — dans l'ancien
argot.
Pouiffe. Argent, — dans l'an-
cien argot.
Pouilleux. Avare.
Poulainte. Vol par échange.
{Fi\ Michel.)
Poularde. Fille, femme ou
veuve plus ou moins entrete-
nue. — « On les appelle pou-
lardes depuis hier, ce qui est
plus joli que belles-petites. » {La
Vie moderne, du 12 juin 1880.)
Jusqu'à présent, ni l'un ni l'autre
de ces deux vocables, nés au-
tour d'une table de rédaction,
n'a encore dépassé les colonnes
1 de certains journaux; ni l'un ni
l'autre ne semble avoir beau-
} coup de chance de vitalité.
I Poule d'eau. — Blanchisseuse
j qui lave sur un bateau-lavoir en
I Seine. — dans le jargon des
mariniers.
Poulet d'Inde. Cheval, —
dans le jargon des soldats de
cavalerie.
Poulailler, Paradis. Les man-
sardes du théâtre. — Poulailler :
parce que le public des petits
théâtres se plaît à imiter parfois
les cris de certains animaux et
principalement le chant du coq.
i — Paradis : parce qu'on y
] mange beaucoup de pommes,
d'après la définition de M. Du-
mas fils.
Poupée. Soldat, — dans l'an-
cien argot.
Poupée. Fille pubhque.
Poupée. Chiffon qui entortille
un doigt malade.
Poupon, Poupard. Vol bien
combiné, préparé à loisir. —
Nourrir un poupon, combiner
un vol, le soigner comme on
soignerait un enfant gâté.
! Pour. Peut-être, — dans le
jargon des voleurs.
Pour les bas. Pourboire des
filles de maison, qui font de
leurs bas une tirelire.
Pousse (La). La police. Mot
usité aux xvn® et xviii^ siècles.
Les pousse-culs, les archers lors-
qu'ils conduisent en prison.
(Hurtaud, Dict. des homonymes.)
— Pousse, agent de l'autorité.
Pousse-au-vice. Mouche can-
tharide ; allusion aux propriétés
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
311
aphrodisiaques de la mouche
cantharide.
Pousse-café. Verre d'eau-de-
vie qui suit le café dans l'esto-
mac du consommateur.
Pousse-cailloux. Soldat d'in-
fanterie de ligne. En marchant
il pousse les cailloux du chemin.
Pousse-moulin. Eau, — dans
le jargon des voleurs.
Poussée. Ouvrage pressé. 1/ y
a de la "poussée.
Pousser sa glaire. Parler.
Pousser un excellent (Se).
Manger l'ordinaire de la prison,
qui est loin d'être excellent;
mais l'ironie plaît au voleur.
Pousser son rond. Aller à la
selle.
Poussette. Action de pousser
de l'argent sur le tapis, après
coup, — dans l'argot des grecs,
joueurs de baccarat, qui ont en-
core donné à ce procédé le nom
de mort. La poussette, quoique
très surveillée dans les cercles,
est très fréquente. — « Après
avoir vu les deux cartes de vo-
tre partenaire, comme son point
était bon, vous avez, avec le
doigt, poussé, en avant de votre
masse, cinq francs qui ont dou-
blé votre enjeu. » [Figaro, du
l®"" août d878.) — « Le grec pra-
tique également la poussette à
la bouillotte, mais seulement
quand il fait son reste; s'il voit
qu'il a gagné le coup, il lâche
dans sa masse une pièce qu'il
tenait cachée dans les deux der-
niers doigts. » (A. Cavaillé.) —
La retirette consiste à opérer le
mouvement contraire pour re-
tirer tout ou partie de l'argent
engagé lorsqu'on a mauvais jeu.
Poussier. Monnaie de cuivre,
— dans le jargon des voleurs.
Poussier. Lit, — dans le jar-
gon du peuple; probablement
parce qu'il n'est pas fait sou-
vent.
Poussier de mottes. Tabac à
priser; par conformité d'aspect.
Pontaniou. Prison des marins.
Faire deux mois de pontaniou.
Pratique. Vaurien. — Mauvais
soldat. « Dans un régiment il y
a autant de types que de sol-
dats... En commençant par le
grenadier modèle jusqu'au mi-
litaire qui sera fusillé; ce der-
nier est connu sous le nom de
pratique. » (J. Noriac.) — c Les pu-
ritains de la discipline ne voient
dans ces hommes ingouverna-
bles (les zéphirs) que des mau-
vaises têtes; la foule les désigne
sous le nom de pratiques. » (A.
Camus.)
Pré, grand pré. Bagne; mai-
son de secours aujourd'hui dis-
parue.
Pré salé. La mer, — dans le
jargon des voleurs.
Préfectanche. Préfecture de
police. Le preu de la préfectan-
che, le préfet de police, c'est-à-
dire le premier de la préfecture
de police.
Premier. Chef de rayon, pre-
mier commis de rayon dans un
magasin de nouveautés. « C'est
le premier, qui les enrôle et les
congédie (les commis). » (Eug.
Muller, La Boutique du marchand
de nouveautés.)
Première. Demoiselle de ma-
gasin qui dirige d'autres em-
ployées. — Dans les modes les
312
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
premières garnissent les cha-
peaux et font les modèles.
Premier-Paris. Article politi-
que placé en tête d'un journal.
— Chapelet de nouvelles politi-
ques enfilées le plus lourdement
possible. C'est le plat de résis-
tance du journal.
Première. Première représen-
tation. Fremière à sensation, pre-
mière représentation qui a pro-
duit un grand etfet. — Le public
des premières. — Faire le service
d'une première. — La première,
la première maîtresse.
Prendre la vache et le veau.
Epouser une fiUe-mère et re-
connaître l'enfant.
Prendre des gants. User de
ménagements pour faire une ob-
servation; se prend ironique-
ment. — Ne faut-il pas prendre
des gants pour lui parler ?
Prendre un rat par la queue.
Couper une bourse, — dans l'an-
cien argot.
Prendre des temps de Paris.
« Préparer ce que l'on a à dire
par une pantomime vive et ani-
mée, pour en augmenter l'effet.
— C'est encore sauver son man-
que de mémoire par une panto-
mime. C'est Monvel qui, le pre-
mier, pour venir en aide à sa
mémoire et attendre le souffleur,
avait une délicieuse pantomime
de petit-maître. Il secouait son
jabot, arrangeait ses manchet-
tes, etc. » (V. Couailhac, La Vie
de théâtre.)
Prendre du souffleur. Tout
attendre du souffleur. Réciter
son rôle avec l'aide incessante
du souffleur, quand on l'a ou-
blié ou qu'on n'a pas eu le temps
de l'apprendre, — dans le jar-
gon du théâtre. C'est-à-dire
prendre les mots de la bouche
du souffleur.
Prendre le train d'onze heu-
res. Farce de troupiers. Cette
farce consiste à administrer à la
victime une promenade noc-
turne dans son lit, lequel est
traîné par de facétieux voi-sins
au moyen de cordes à fourra-
ges. Cette brimade a encore
reçu le nom de « rouler en che-
min de fer ». Le soldat qui a fait
suisse est sûr qu'il prendra le
train d'onze heures; mais il n'y
a qu'un bleu, un conscrit, qui,
ignorant les usages du régiment,
puisse commettre un si grand
délit.
Prends garde de t' enrhumer!
Plaisanterie de voyou faite à une
personne qui sacrifie à Domange
en plein air.
Prends garde de casser le
verre de ta montre ! Apostrophe
à l'adresse de quelqu'un qui
vient de tomber pile.
Prends garde de le perdre !
Voilà une chance, une bonne
aubaine qui ne t'arrivera pas.
« Si du moins cette chute -là
pouvait nous faire mettre en ré-
pétition? — Prends garde de le
perdre ! c'est la pièce de R... qui
va passer. » {Paris à vol de ca-
nard.)
Prends garde de te décrocher
la fressure ! Ne marche pas si
vite. Se dit par ironie en par-
lant à quelqu'un qui lambine,
qui marche très lentement.
Presse (Etre sous). N'être pas
visible pour cause de travail
professionnel, — dans le jargon
des filles de maison.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
313
Prêt. Avance d'argent,
du soldat.
•Paye
Prêt. Argent qu'une fille pu-
blique donne à son souteneur.
Preu. Premier. Le 'preu dans
un atelier est le meilleur ou-
vrier de l'atelier. — Premier
étage. -— « Tiens! v'ià 1' bijou-
tier du n» 10 qui n' s'embête
pas, lui; il vous a loué tout son
preu. » fH. Monnier, Scèneî po-
pulaires.)
Preu (Faire le). Donner une
avance, — dans le jargon des
peintres en bâtiment. Preu pour
prêt. — Est-ce aujourd'hui que le
pâte fait le preu ?
Prévôt. Chef de chambrée
dans une prison.
Priante. Eglise. Messe.
Principauté. Gale. (Fr. Mi-
chel.) Jeu de mots sur princi-
pauté de Galles. {Ancien argot.)
Prise. Mauvaise odeur. —
Prendre une prise, une fameuse
prise, respirer une mauvaise
odeur, être suffoqué par des
émanations fétides.
Prison de Saint-Crépin. Chaus-
sure trop juste.
Problème. Chaîne de montre
tenant au gilet, — dans le jar-
gon des Ecoles. En effet, un pa-
reil luxe est un problème qui fe-
rait croire à la fermeture des
Monts-dc-Piété.
Produisante (La). La terre.
Profonde. Poche. Elle est sou-
vent d'autant plus profonde qu'il
n'y a rien dedans.
Prolonge. Permission de mi-
nuit, — dans l'argot de l'Ecole
Polytechnique.
Promont. Procès. — Promon-
cerie, procédure.
Pronier, Pronière. Père , mère,
— dans l'ancien argot.
Propre (Etre). Etre impliqué
dans une mauvaise affaire.
Proprio. Propriétaire. —«Et
comme je n'aime pas les pro-
prios. » {Le Sans-culotte, 1879.)
Prose, Prouas, Proye. Der-
rière. — Filer du prouas si gniile
filer l'amarre de proue. Les la-
trines des matelots sur les na-
vires à voiles sont à la proue,
d'où filer duproye, ou du câble de
proue pour aller à la selle. — On
dit vulgairement faire des cor-
des. Le mot date de loin. Aris-
tophane l'a employé et, dans ses
comédies traduites en latin par
M. Artaud, il fait dire à un per-
sonnage depuis longtemps en
fonction : * At tu funem cacas ».
Prote à tablier. Prote qui, ou-
tre ses fonctions, lève la lettre
comme les autres compositeurs
d'imprimerie.
Prout! Ça m'est bien égal.
Proute. Plainte. — Prouteur^
prow^ewse, plaignant, plaignante.
— Proutcr, se plaindre, — dans
Fancien argot.
Prudhomme. Personnage sen-
tentieux, solennel et bête à la
fois; type créé par Henri Mon-
nier. Joseph Prudhomme pro-
fesseur en fait d'écritures, élève
de Brard et Saint-Omer, expert
assermenté près les Cours et
Tribunaux, ancien propriétaire
des anciens terrains de l'ancien
Tivoli, ainsi qu'il s'annonce lui-
même. — Le père des deux
phrases célèbres : « Ce sabre est
le plus beau jour de ma vie. —
18
314
DICTIONNAIRE D' ARGOT MODERNE.
« Le cliar de l'Etat navigue sur
un volcan. »
Prudhommesque. A la ma-
nière de M. Prudhomme, dans
le genre de Prudhomme.
Prune, pruneau. Balle. Rece-
voir un pruneau.
Prune de Monsieur. Boulet de
canon.
Pruneau. Excrément humain.
Poser son pruneau, sacrifier à
Lesage. Allusion à la couleur et
à l'aspect des pruneaux dessé-
chés, lorsque le temps et l'air
ont passé par là. Variante : Dé-
poser sa pêche.
Pruneau. Chique; boulette de
tabac que les soldats, les marins
et nombre d'ouvriers promènent
de l'une à l'autre joue. La chique
*a la couleur du pruneau, de là
le surnom. — Passe-moi ton pru-
neau, fai avalé le mien. — « Sur-
tout retire le pruneau. » (A. Ca-
mus.)
Pruneau. Œil.
Prunes (Mangeur de). Tail-
leur.
Prunot. Débit de liqueurs
doublé d'un débit de tabac tenu
par de belles filles. « Ce n'est ni
un café, ni un estaminet, ni un
débit de tabac, ni une boutique
de marchand de vin... C'est un
buffet, un prunot^ un chinois.
C'etjt tout à la fois, et café, et
estaminet, et débit de tabac. »
{Les Etudiants et les femmes du
quartier Latin en 1860.)
Prusse (Travailler pour le roi
de). Travailler pour rien. —
Faire un travail qui ne sera pas
payé.
Prussien. Derrière. — Exhi-
ber son prussien, se sauver au
moment du danger.
Puant. Hautain, dédaigneux,
rempli de fatuité et de sot or-
gueil.
Public de bois. Public mal
disposé, — dans le jargon des
comédiens.
Puce travailleuse. Femme qui
en impose matériellement à son
sexe.
Puce (Avoir la). Avoir l'éveil,
se tenir sur ses gardes, — dan.<î
le jargon des voleurs. C'est mot
à mot : avoir la puce à l'oreille,
— La rousse a la puce.
Puces (Secouer les). Battre.
Mot à mot : faire tomber les
puces à quelqu'un à grands
coups de poing.
Puer au nez. Etre insuppor-
table; causer une profonde an-
tipathie.
Puer bon. Sentir bon. Avoir
des odeurs sur soi, — dans le
jargOQ du peuple. « C'est puir
que sentir bon. » (Montaigne.)
Puir est la forme primitive de
puer.
Puf f . Réclame exagérée ; char-
latanisme.
Puffiste. Charlatan, faiseur de
réclames extravagantes.
Pulvériser (Se la). Synonyme
de se la briser, se déguiser en cerf,
jouer la fille de l'air, se travestir
en chamois, s'esbigner, se débiner,
se cavaler, démarrer, se mettre
une gamelle, etc., etc.
Punaise. Sale femme; sale
fille publique.
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
315
Punaise de boutique. Ecusson
royal placé à la devanture des
boutiques des fournisseurs de
Sa Majesté Charles X ou de
sa famille. « On abattit d'une
drôle de manière les punaises
de boutiques... c'est les tleurs de
lis. » [LesFarces et les bamboches
populaires de Mayeux, 1831.)
Punaisiére. Café borgne. (A.
Delvau.)
Pur. Républicain qui ne tran-
sige pas avec ses opinions. Ré-
publicain de vieille date.
Purée. Cidre. Absinthe. Une
purée^ un verre d'absinthe.
Purée. Misère, — dans le jar-
gon des voyous qui, pour en dé-
signer l'étiage, disent tantôt cZio?
de purée et tantôt vingt-cinq^ de
•purée. Etre dans la purée, être
dans la misère.
Purée de pois. Absinthe; al-
lusion de couleur. — Garçon,
deux purées de pois ! Par abré-
viation : purée.
Purger la vaisselle. Faire les
sauces claires et mauvaises.
« P't'ôt' ben que je purgerais en-
core la vaisselle. » (Mars et Ra-
ban, Les Cuisinières, 1837.)
Purotin. Misérable, — dans le
jargon des voleurs.
Purgation. Plaidoyer.
Putain comme chausson. Très
dévergondée.
Q
Quai Jammapes (Avoir l'air).
Avoir l'air d'un imbécile. C'est
un synonyme décent d'un mot
ordurier en trois lettres dont la
première est un G. et la der-
nière n'est pas un L.
Quand est-ce (Le) ? Bienve-
nue que doit payer un ouvrier
embauché dans un atelier. Mot
à mot : Quand est-ce que tu
payes ta bienvenue?
Quand les poules pisseront.
Jainais.
Quarante métiers, cinquante
malheurs. Locution dont on se
sert en parlant d'un individu
qui aentreprisplusieurs métiers
et qui n'a réussi dans aucun.
Quart d'agent de change. As-
socié d'agent de change. —
N'aurait-il qu'un dixième de
part dans la charge, c'est tou-
jours un quart d'agent de change.
Quart d'auteur. Collaborateur
de naissance, celui qui n'a ja-
mais fait une pièce à lui seul.
Collaborateur qui fait... les
courses, et ce n'est pas le moins
utile quelquefois, ni celui qui a
le moins d'esprit.
Quart de marqué. Semaine,
— dans le jargon des voleurs.
Quart d'oeil. Surnom attribué
autrefoispar les voleurs au com-
missaire de police. Aujourd'hui
les voyous et leurs modèles les
voleurs donnentindistinctement
ce nom aux commissaires de
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
316
police et aux sergents de ville.
Un élymologiste de la petite
Roquette que nous avons con-
suUé nous a affirmé que ce so-
briquet leur avait été inspiré
par les allures de ces agents de
l'autorité, qui les guettent en
tapinois et ne montrent que le
quart de l'œiJ.
Quart (Battre son, faire son).
Aller et venir d'un trottoir à
l'autre, à l'exemple de Diogène
qui cherchait un homme. Les
filles de maison font à tour de
rôle, pendant quinze minutes,
le quart devant leur porte,
comme des sentinelles. Mot à
mot : faire le quart d'heure.
Quartier. Quartier Latin,
quartier des Ecoles, — dans le
jargon des étudiants. — Aller
au quartier. — Femme du quar-
tier, femme qui habite le quar-
tier Latin pour j étudier, sur le
vif, l'étudiant; ce qui lui permet
d'être restaurée chez Petiau,
désaltérée à la Source, amusée
chez Bullier et couchée un peu
partout.
Quartier gras. Quartier d'un
bon rapport pour les chiffon-
niers. — Quartier maigre, quar-
tier qui rapporte peu à la hotte,
— dans le jargon des chiffon-
niers.
Quatre-vingt-dix. Loterie fo-
raine à lots de poicelaine. Elle'
se tire au moyen d'une grande
roue munie de 90 numéros ; j
d'oîi le nom de quatre-vingt-dix. \
Quatre-arpents. Cimetière.
{L'Intérieur des prisons, 1846.)
Quatrième cantine. Salle de
police, — dans le jargon des
soldats de cavalerie. Il y a trois I
cantines dans les régiments de
cavalerie. J||
Quatuor. Quatre d'un jeu de ■
dominos. Les joueurs méloma-
nes ne manquent pas de dire :
Quatuor de Beethoven.
Quelque part (Aller). Aller
sacrifier à Richer, — dans le
jargon des petites filles.
Quenotier. Dentiste, — dans
l'ancien argot. Aujourd'hui les
voyous le nomment : Estourbis-
seur de clous de girofle, de chi-
cots.
Queue. La suite d'un parti
politique, les figurants exaltés
d'un parti, ceux qui le compro-
mettent.
Queue (Faire une). Pour une
femme, c'est tromper son mari
ou son amant, par hasard. —
Faire des queues, tromper son
mari ou son amant par habi-
tude. — Pour un homme marié
ou en puissance de maîtresse,
c'est courir les filles.
Queue (Faire la). Tromper en
matière de payement.
Queue de morue. — Habit.
« Il donna un coup de poing
dans son tuyau de poêle, jeta
son habit à queue de morue, et
jura sur son âme qu'il ne le
remettrait de sa vie. » (Th. Gau-
tier, Les Jeunes Finance.)
Queue de la poêle (Tenir la).
Avoir la responsabilité d'une
afiaire. A\oirla direction d'une
maison.
Quibus. Argent. — «V'ià qu'un
jour que le quibus répondait à
l'appel, je dis à Manon la no-
ceuse... » (Charrin, Unenuitta-
chique, chans.)
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
317
Qui va là! (Donner le). Déli-
vrer un passe-port. — Exhiber
un passe-port.
Quiller. — Remettre à leurs
places respectives les quilles
abattues au jeu de la poule, au
billard. Quillez donc, vous autres!
Chacun son tour de quiller.
Quiller. — Eprouver des dé-
sirs amoureux.
Quilles. Jambes, — dans le
jargon des gens pour qui la tête
est une boule. — Jouer des quil-
les, décamper. — « Inutile de
jouer des quilles, mon vieux. »
(X. de Montépin, Le Fiacre, n" 13.)
Quimper la lance. Uriner.
Quinquets. Yeux. Allumer ses
quinquets, regarder.
Quinte mangeuse. Quinte ma-
jeure, au jeu de piquet, — dans
le jargon des ouvriers. Quinte
mangeuse portant son point dans
les vitriers, quinte majeure à
carreau.
Quinte major. Souftlet bien
appliqué; allusion à la quinte
majeure. « Je suis bien tenté de
te bailler une quinte major, en
présence de tes parents. » (Mo-
lière, La Jalousie du barbouillé,
scène v. — 1663.)
Quinte , quatorze et le point.
Gros lot embarrassant gagné à
la loterie de Cytbère.
Quinze cents francs. Volon-
taire d'un an. Tl paie quinze
cents francs pour son année;
tandis que les autres, les volon-
taires de cinq ans, ne paient
rien du tout; ce qui n'est pas
précisément correct au point de
vue démocratique.
Quinze ans et pas de corset.
C'est une insinuation féminine
qui voudrait dire : Jeune et so-
lide de la ceinture en haut, et
que les gens d'expérience tra-
duisent par: ni jeune ni solide.
Quipe. Homme d'équipe, —
dans le jargon des employés des
chemins de fer.
Quiqui. Poulet et, en général,
toute sorte de volaille, — dans
le jargon des chiffonniers. —
Par extension tout ce qu'ils
trouvent bon pour leur casse-
role ou pour celle du gargo-
tier, morceaux de choix tels
que : épaves de pâtés, restes de
poissons, manche de gigot en-
core fourni de viande, etc.
Quoniam. Quoniam bonus.
Gros imbécile. Au xyiip siècle
on se servait du mot quoniam
pour désigner le sexe d'uae
femme. — Le quoniam bonus
dans le sens d'imbécile, n'est
qu'un augmentatif d'un mot en
trois lettres à peu près sembla-
ble.
Quoquante. Armoire, — dans
le jargon des voleurs.
Ququard. Arbre, — dans le
même jargon.
Ququeret. Rideau, — dans
l'ancien argot.
iâ.
318
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Rabateux, Doubleur de sor-
gue. Voleur de nuit, à l'époque
où les voleurs de nuit formaient
une catégorie. Aujourd'hui, ils
volent de nuit et de jour, quand
ils peuvent.
Rabatteuse. Entremetteuse.
Elle va à la chasse pour le
compte de la débauche et rabat
le gibier humain.
Rabiau. Convalescent qui se
plaît à donner ses soins à des
camarades d'hôpital, comme
M. Jourdain donnait des étoiles
à ses amis.
Rabiau, Rabiot. Résidu, restes
de vin ou de soupe, — dans le
jargon des troupiers. — Prolon-
gation de service militaire ; du-
rée d'une condamnation dans
une compagnie de discipline. —
Faire durabiau. Ce mot, qui, au-
jourd'hui, s'applique à tout ce
qui comporte l'idée de « sup-
plément, excédant », a servi
primitivement à désigner la dis-
tribution du second quart de
café faite aux soldats, distribu-
tion de faveur.
Rabiauter. Manger et boire
les restes des autres, — dans le
jargon des troupiers.
Rabiboobage. Réconciliation,
— dans le jargon des enfants.
Rabibocher. Réparer. — Se
rabibocher, se réconcilier entre
enfants.
Rabonin. Le diable.
Rabouler. Retourner, rentrer,
revenir.
Racaille. Canaille. C'est un
dérivé du « raca » biblique. Tu
ne diras pas à ton frère « raca »,
recommande la Bible.
Raccourcir. Guillotiner. Le
mot date de la première Répu-
blique française, époque où l'on
vit la guillotine s'élever à la
hauteur d'une institution. —
Dans un rapport adressé au Di-
rectoire par le conventionnel
Dumont de la Sarthe, on lit :
« J'ai fait lier, incarcérer le par-
tisan de Louis le raccourci. »
Rachevage. Individu dépravé ;
celui qui fait une besogne mal-
propre; celui qui fait, dit ou
écrit des obscénités.
Rachevage (Faire son). Ra-
masser les résidus de l'anderli-
que, c'est-à-dire ce qui n'a pas
pu passer par la pompe à souf-
flet, lorsqu'on vide une fosse
d'aisances, — dans le langage
des vidangeurs. {Le Sublime.)
Racines de buis. Dents blon-
des et déchaussées, les cousines
germaines des clous de girofle.
Racler. Respirer. « Nous pla-
çons la vieille sous des fagots. — «
Elle racle encore, fît ma mai- m
tresse. » (Gazette des Tribunaux, n^
du 27 septembre 1877.)
Racler du fromage. Jouer du
violon. Râcleur de fromage y rd-
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
319
cleur de boyaux, mauvais joueur
de violon.
Raclette. Ramoneur. — Agent
de police.
Racontar. Racontage. — Ba-
vardage imprimé dans un jour-
nal.
Rade, Radeau, Radin. Tiroir.
— Comptoir de marchand, —
dans le jargon des voleurs.
Radio. Radical, par apocope.
— « Que que t'as donc fait,
pour qu'on te foute 500 livres
sur la daube ! t'as un peu em-
miellé le radio. » (Le ^etit Ba-
dinguet.)
Radicaille. Parti radical.
Terme de mépris dont le super-
latif est radicanaille. C'est plai-
sir à voir comme les hommes
politiques d'opinions différentes
se jettent à la tête les épithètes
de vaticanaille, radicanaille, ré-
publicoquin, badingueusard, et
autres aménités.
Radin. Gousset. — Badin
fleuri, gousset garni, — dans le
jargon des voleurs.
Radiner. Rentrer, revenir,
retourner. — « Le cousin Gus-
tave qui radine de la Nouvelle-
Calédo, me dit que là-bas, la
veille du jour de l'an, on se
marie. » {Le père Duchéne, 1879.)
— « Les badingredins annon-
cent toujours que leur gosse va
radiner. » {Le Sans-Culotte, iSl 9.)
— Radiner à la condition, ren-
trer à la maison. Radiner est
sans doute une déformation du
verbe rabziner qui, dans le pa-
tois picard, a la même signitî-
caiion.
Radis noir. Prêtre, — dans le
jargon des ouvriers.
Radis (N'avoir plus un). N'a-
voir plus le sou.
Rafale. Misère. La rafale souf-
fle dur.
Rafale. Pauvre, misérable,
mal vêtu; celui qui subit les
coups de vent de la misère.
Rafalement. Honte, humilia-
tion; pauvreté sans dignité.
Rafaler. Humilier; rendre
misérable.
Rafistoler. Donner une tour-
nure présentable à un vieux vê-
tement de prix. On rafistole des
dentelles, un châle, on rapiote
une vieille culotte.
Rafraîchir d'un coup de sabre
(Se). Se battre en duel au sabre,
— dans le jargon des troupiers.
Rafraîchir les barres (Se).
Boire, — dans le jargon des
soldats de cavalerie qui disent
encore: se rincer les barres.
Raffurer. Regagner, — dans
le jargon des voleurs.
Rage de dents. Grand appé-
tit, faim canine.
Ragot. Conte en l'air, bavar-
dage. — Faire du ragot, des ra-
gots, tenir des propos de com-
mère.
Ragougnasse. — Mauvais ra-
goût, et, par extension, tout ob-
jet de très peu de valeur. C'est
de la ragougnasse.
Ragoût. — Peinture vigou-
reuse, peinture en pleine pâte,
— dans le jargon des peintres.
Ragoût de poitrine. Seins. —
Avoir du ragoût de poitrine sur
l'estomac.
Ragoût (Faire du). Eveiller
les soupçons. « Ne fais pas de
320
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
ragoût sur ton dab. » N'éveille
pas les soupçons sur ton maître.
(Balzac.)
Raide. Eau-de-vie de qualité
inférieure.
Raide comme la justice. Ivre.
Celui qui est raide comme la
justice a la conscience de sa po-
sition; il marche vite, seul or-
dinairement, se redresse et fait
tous ses efforts pour ne pas zig-
zaguer.
Raide comme balle. Rapide-
ment. Filer raide comme balle,
marcher très vite.
Raille. Police, agent de po-
lice. — Espion; de rascal, ras-
calïon, coquin, en anglais.
Raisiné. Sang, — dans le jar-
gon des voleurs. — Faire du
raisiné, avoir un saignement de
nez. — Faire couler le sang.
Raisiné, Raisin. Sang; forme
nouvelle de raisiné, qui n'était
lui-même qu'une allusion de
couleur entre le sang et le vin,
raisiné, jus du raisin. — Il a de
la raisiné à sa pelure, il a du
sang sur son habit. — Faudra
travailler au surin. — Merci,]' ai-
me pas le raisin.
Râleur, Râleuse. Celui, celle
qui marchande sans rien ache-
ter, ou qui achète après avoir
longtemps marchandé et obtenu
une forte diminution.
Râleur, Râleuse. Menteur,
menteuse ; trompeur, trompeu-
se, — dans le jargon des mar-
chands juifs.
Râleuse. Femme du Temple
chargée d'attirer le client dans
un magasin. C'est un diminutif
de racoleuse.
Râler. Tromper, mentir, —
dans le jargon des marchands
juifs.
Rama. Syllabes placées à la
fin d'un mot pour lui donner
un cachet bizarre. (V. Le père
Goriot de Balzac.) Le café de-
vient le caférama, la viande, la
viandorama ; le bœuf, le bœufo-
rama. Remplacé, depuis, par
les désinences , plus eupho-
niques, mar, muche et mince,
Ramamichage. Réconciliation
entre enfants. — Ramamicher,
favoriser une réconciliation. Se
ramamicher, se réconcilier.
Ramasser. Arrêter sur la voie
publique ; appréhender au corps.
Se faire ramasser, se faire arrê-
ter sur la voie publique, dans
un bal pubHc. Se dit principa-
lement en parlant des ivrognes
et des tapageurs.
Ramasser (Se). — Conclure,
résumer, — dans le jargon du
peuple. — Ramasse-toi, voilà
une heure que tu bafouilles.
Ramasser un bidon. Se sauver
et, principalement, s'évader, —
dans le jargon des voleurs; sy-
nonyme de se mettre une ga-
melle.
Ramastiquer. Ramasser.
Ramastiqueur. Filou qui vend
à une dupe, comme étant de
l'or, un bijou en imitation, soi-
disant trouvé sur la voie pu-
blique.
Ramastiqueur d'orphelins.
Négociant qui ramasse les bouts
de cigarettes, les bouts de ci-
gares.
Rambiner. — Raccommoder,
ressemeler. « Tout le monde
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
321
Bait que son père rambinait les
croknaux. » {Tam-Tam, du 2 juin
1878.)
Rambuteau. Urinoir public
en forme de minaret. Gracieuse
attention de l'ancien préfet de
la Seine, M. de Rambuteau, qui
a attaché son nom à ces utiles
guérites à dôme, aujourd'hui,
en partie, remplacées par les
cuirassés.
Ramener. Garnir tant bien
que mal le sommet du crâne
avec quelques rares mèches de
cheveux empruntées à la nuque.
C'est ce qu'Alphonse Karr ap-
pelle : « En emprunter un qui
vaut dix ».
Rameneur. Vieux-beau qui
ramène sur le sommet de sa
tête, sur les tempes, deux ou
trois mèches de cheveux qui
s'égarent sur sa nuque.
Rameneuse. Fille, femme ou
veuve qui n'aime pas rentrer
seule chez elle, le soir, pour une
cause quelconque.
Ramolli Imbécile ; hébété ;
abruti. Celui dont l'intelligence
est atrophiée par suite d'excès,
celui dont le cerveau est ramolli.
Le jeu et les femmes contribuent
à faire des ramollis. — Tas de
ramollis !
Ramonage. Rabâchage, mur-
mures réitérés.
Ramoner. Marmotter; rabâ-
cher.
Ramoner, Ramoner la che-
minée. Administrer un purga-
tif. — Recourir au dieu Mer-
cure à l'état de deutochlorure
pour guérir les blessures faites
par Vénus.
Ramoner. Confesser, .— dans
l'argot des congréganistcs ; c'est-
à-dire : ramoner la conscience.
Ramor. Ane, imbécile, — dans
le jargon des marchands juifs.
Rampo. Coup nul au jeu de
billes, aux quilles, et, en géné-
ral, à tous les jeux d'enfants
Ramser. Raccrocher, — dans
l'argot des filles. Pour ramas-
ser.
Ranger. Mettre en pâte, par
ironie. « Lorsqu'un homme de
conscience laisse échapper de
ses mains un compartiment de
casse, un paquet de distribution
ou tout autre objet, les compa-
gnons charitables ne manquent
pas de s'écrier en appuyant sur
le dernier mot : Ce n'est rien,
c'est la conscience qui range ».
(Boutmy.)
Ranger des voitures (Se). Se
retirer du monde des plaisirs.
On dit encore : se retirer de la
circulation. Cette dernière ex-
pression signifie également se
marier.
Rapapiotage. Réconciliation.
— Rapapioter, réconcilier. Ha-
papioteur^ rapapioteuse, celui,
celle, par l'entremise de qui
s'est faite une réconciliation.
Râpe. Dos et, principalemenl ,
dos de bossu, dos bombé en
forme de râpe.
Râpé comme la Hollande.
Très minable. Allusion au fro-
mage de Hollande râpé.
Râper. Chanter. (L. Larchey.)
Et , principalement , chanter
d'une manière monotone, ou
chanter une chanson idiote,
une chanson qui rappelle le
bruit de la râpe.
Rapiat. Rapace. Le rapiat
322
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE,
n'est pas précisément un voleur.
11 aime l'argent, il ne néglige
aucune occasion d'en gagner.
Pour lui, il n'y a pas de petits
profits. A la rapacité, il joint
ordinairement Tavarice ; c'est
alors le plus beau spécimen du
genre, le superlatif de rat.
Rapide (Le). Train rapide sur
les grandes lignes de chemins
de fer. Le rapide marche un
peu plus vite qneVexpress, sans
plus d'accidents que les trains
de banlieue.
Rapiot. Rapiécetage, ravau-
Rapioter. Repriser, rapiécer,
raccommoder, — dans le jargon
des marchands fripiers et des
savetiers.
Rapioter. Fouiller un con-
damné, — dans le jargon des
voleurs. Autrefois le mot s'ap-
pliquait à la visite pratiquée
sur les condamnés en partance
pour Toulon, Brest et Rochefort.
— Le grand rapiot^ c'était la
visite préliminaire qu'on pra-
tiquait sur les condamnés qui,
à leur sortie de Bicêtre, étaient
dirigés sur les bagnes.
Rapioteur, Rapioteuse. Rac-
commodeur, raccommodeuse de
vieilles bardes. « Georges Ca-
doudal, avant son arrestation,
avait trouvé asile chez une jeune
rapioteuse du Temple . » (F.
Mornand, La Vie de Paris.)
Rapointi. Maladroit. —Souf-
fre-plaisir des émigrés de Go-
morrhey — dans le jargon des
ouvriers du fer; par réminis-
cence des déchets de fer nom-
més rapointis de ferraille.
Rappliquer. Retourner, reve-
nir, rentrer. Rappliquer à la
taule, rentrer à la maison.
Raser. Ennuyer. — Railler. —
Ruiner, « Elle s'est essavée sur
le sieur Hulot qu'elle a"' plumé
net, oh ! plumé, ce qui s'appelle
rasé.» (Balzac, La Cousine Bette.)
Raser. Blaguer, conter des
bourdes, — dans l'argot des
marins.
Raser. Enlever à ses cama-
rades une vente, faire une vente
au préjudice d'un camarade, —
dans le jargon des commis de
lanouveauté. C'est une variante
moderne de faire la barbe.
Raseur. Commis en nou-
veautés qui procède comme il
est indiqué ci-dessus.
Raseur, Rasoir. Bavard, im-
portun, ennuyeux personnage
qui vous tanne, qui produit sur
les nerfs l'effet que produit sur
la peau un rasoir ébréché.
Raseuse. La femelle du r;'.-
seur. — Femme qui importune
ses anciens amants par des de-
mandes incessantes d'argent.
Rasoir de la cigogne. Guillo-
tine. La variante est : Rasoir à
Roch. M. Roch était encore en
i 879 l'exécuteur des hautes œu-
vres.
Rasoir (Main, Banque). Main
qui, à la faveur d'une intermi-
nable série de coups heureux,
enlève l'argent des pontes ou
celui du banquier comme un
bon rasoir enlève le poil. —
« Les banques rasoirs, comme
il les appelait, tombaient tou-
jours entre les mêmes mains. »
(Vast-Ricouard, Le Tripot.)
Rasoir (Faire). N'avoir plus
un sou. « Car tu n'as rien, ça
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
323
fait rasoir. » {Riche en gueule ou
le nouveau Yadé, 4824.)
Raspail. Liqueur au camphre
fabriquée d'après la recette de
Raspail.
Rassis. Gâteau rassis, pâtis-
serie de la veille. Les rassis se
vendent au rabais, le quart,
environ, de la pâtisserie du
jour; quelquefois le même prix;
alors l'acheteur est volé.
Rastaquère. Etranger et prin-
cipalement Brésilien en toilette
riche et de mauvais goût, —
dans le jargon des boulevar-
diers. — « Il y avait à côté
d'elle un gros monsieur, à cra-
vate voyante, avec des gants de
peau de chien extravagants, et
couvert de bijoux. Ses cheveux
noir-bleu frisaient sous un cha-
peau gris qui faisait paraître
encore plus basanée la figure
de son possesseur. C'était un
rastaquère de la plus belle eau. »
(Vicomte Richard, Les Femmes
des autres.)
Rat. Retardataire, par apo-
cope, — dans le jargon de
l'Ecole Polytechnique. On est
rat, lorsqu'on a raté (manqué)
l'heure de la rentrée.
Rat, Raton. Petit voleur, vo-
leur de petite taille, enfant
dressé au voi. C'est le rapin du
voleur. L'exiguïté de sa taille
le rend très utile dans certaines
expéditions. Elle lui permet de
se faufiler par les toits de che-
minées, et de frayer la route
aux filous de toutes les tailles.
Rat. Avare. Parce qu'à l'exem-
ple du rongeur de ce nom il
rogne tout ce qu'il peut.
Rat. Apprentie danseuse à
l'Opéra. — « Le vrai rat, en
leur langage, est une petite fille
de sept à quatorze ans, élève de
la danse, qui porte des souliers
usés par les autres, des châles
déteints, des chapeaux couleur
de suie, se chaufie à la fumée
des quinquets, a du pain dans
ses poches et demande dix sous
pour acheter des bonbons. »
(N. Roqueplan.)
Rat de prison. Avocat.
Rat (Courir le). Voler la nuit,
dans les maisons meublées, dans
les hôtels garnis.
Rata. C'est le ragoût servi
aux troupiers les jeudis et les
dimanches; pour ratatouille,
mauvais ragoût. Rata aux pom-
mes, ragoût aux pommes de
terre que les restaurateurs des
grands boulevards appellent
pompeusement : « Unnavarin »,
et qu'ils font payer en consé-
quence.
Ratafia de grenouilles. Eau,
— dans le jargon des ivrognes.
Ratapiaule. Raclée. — « Evi-
demment la perspective d'une
ratapiaule vous fera ch...ance-
1er dans vos calintes. » {Uart de
se conduire dans la société des
pauvres bougres.)
Ratapoil. Type du vieux sol-
dat du premier Empire. — Vieux
soldat qui a conservé le culte
des Napoléon et perdu, le plus
souvent, au moins un membre.
Ratatout. Atout redoublé.
Jouer cœur atout, et ratatout.
Râteau. Agent de police, —
dans le jargon des camelots.
Râteau (Faire son, faire du).
Faire, comme punition, un ser-
vice supplémentaire à l'expira-
tion des vingt-huit jours que,
824
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
chaque année , les réservistes
doivent à l'Etat, — dans le jar-
gon des soldats de la réserve.
C'est la variante de faire du ra-
biau.
Ratiboisé. Ruiné. « J'ai fait
faillite comme un vrai commer-
çant; ratiboisé, ma chère. »
(Huysmans, Marthe.)
Ratiche. Eglise, — dans le
jargon dos voleurs. — Blaireau
de ratiche^ goupillon. — Calot à
blaireau, donneur d'eau hénite ;
calot est pour calotin.
Ratichon. Peigne. Le peigne
a la forme d'un râteau, et c'est
en eflet le râteau de ce gazon
qu'on nomme la chevelure.
Ratichonner. Peigner.
Ratichonniére. Communauté
religieuse.
Ratissé. Joueur qui a perdu
son argent au jeu. Celui dont la
poche a été ratissée par le râ-
teau du croupier. Etre ratissé
iusqu'au dernier sou. La variante
est : Ratiboisé.
Ratisser. Gagner tout l'argent
de quelqu'un au jeu, le dépouil-
ler, le laisser sans un sou. «Ma
dame Zéphyrin qui les ratissait i
chaque fois. »> (Vast-Ricouard,
Le Tripot.)
Ratisseuse de colabres (La).
La guillotine. Mot à mot : celle
qui ratisse les cous.
Rats (Avoir des). Etre de
mauvaise humeur, — dans le
jargon du peuple.
Rattrapage. Compensation.
Ravager. Voler du linge dans
un lavoir public.
Ravageur. Voleur de linge
dans un lavoir public, sur les
bateaux-lavoirs.
Ravageur. Ramasseur d'épa-
ves rojetées par la Seine. Au-
trefois, lorsque les rues de Paris
n'avaient qu'un seul ruisseau au
milieu, les ravageurs y exer-
çaient leur industrie, principa-
ment les jours de pluie.
Ravaudage (Faire du). Cour-
tiser toutes les femmes indis-
tinctement, courir de l'une à
l'autre, dans l'espoir d'en trou-
ver une de sensible. {Jargon des
bals publics.)
Raverta. Domestique, — dans
le jargon des marchands juifs.
Il ne faut pas dabérer devant les
ravertaSy il ne faut rien dire de-
vant les domestiques.
Ravignole. Récidive.
Rayon de mieL Dentelle, —
dans le jargon des voleurs.
Rayon sur l'œil. Marque sur
l'œil d'un maître coup de poing.
C'est le rayon des trente-six
chandelles.
Raze, Ratichon. Prêtre. C'est-
à-dire rasé, ratissé. Le visage du
prêtre est rasé, — dans le jar-
j gon des voleurs.
Raze pour l'af. Acteur, dans
le même jargon ; c'est-à-dire
rasé pour faire rire.
Réac. Réactionnaire. Le réac-
tionnaire de 1848 est devenu le
conservateur de 1876.
Rebâtir. Tuer, — dans l'an-
cien argot des voleurs. Par alté-
ration de rabatir, pour rabattre,
verbe que les matois ont dislo-
qué comme la plupart des mots
de leur langue.
Rébecca. Répondeuse, — dans
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
325
le jargon du peuple. — Voyez
un peu cette Bébecca, si elle taira
son bec ! Dérivé de rebéquer.
Rébectage. Médecine, — dans
le jargon des voleurs.
Rébectage. Cour de Cassation.
C'est pour le voleur une méde-
cine (|ui peut atténuer l'elfet du
jugement.
Rebecter (Se). Améliorer sa
position. Reprendre des forces,
— dans le jargon du peuple.
Rebecter (Se). Se réconcilier,
— dans le jargon des voleurs.
Rebecteur. Médecin.
Rebiffe. Révolte. — Trimar
de la rebiffe, route de la Révolte ;
un des endxoits les plus dange-
reux de Paris.
Rebiffe au truc. Récidive. —
Rebiffer au truc, être en état de
récidive.
Rebiffer. Recommencer, —
dans le jargon du peuple. —
Tais-toi j t'as ton compte... ou je
rebiffe. C'est un mot emprunté à
l'argot des class.es dangereuses.
Rebiffer (Se). Affecter des airs
bautuins, redresser la tête avec
allcclation.
Rebonnetage. Réconciliation'
Rebonneter. Flatter, courti-
ser.
Rebonneter pour l'af. Mysti-
fier quelqu'un en le flattant.
Rebonneteur. Confesseur.
Rebouis. Cadavre, — dans le
jargon des voleurs.
Rebouiser. Tuer. — Regar-
der, remarquer. — Raccommo-
der, repriser, ressemeler. — Au
iYin<^ siècle, le mot avait le sens
de filouter, déniaiser quelqu'un ;
c'est ainsi qu'il est expliqué dans
le dictionnaire comique de Le-
roux.
Rebours. Déménagementfur-
tif. Mot à mot : déménagement
à rebours.
Recaler (Se). Refaire sa for-
tune, améliorer sa position.
Recarrelure. Repas. Bran-
tôme s'est servi de l'expression
de « carreler le ventre » pour
manger.
Réchauffante. Perruque.
Rêche, Rotin. Pièce d'un sou,
monnaie de cuivre. Les varian-
tes sont : Pélo, pépette.
Réclame. Ce qui reste d'une
bouteille après que chacun a eu
sa part, — dans le jargon des
typographes. (Boutmy.) Par al-
lusion à ce qu'on appelait au-
trefois la réclame, c'est-à-dire
un mot ou un demi-mot im-
primé à la dernière page de cha-
que feuillet, dans les anciens li-
vres, pour indiquer le commen-
cement de la page suivante.
RecoUardé. Repris, arrêté de
nouveau.
Recoller. Relever de maladie.
Recoller (Se). Se réconcilier
entre amant et maîtresse, se re-
mettre ensemble, signer un nou-
veau bagne.
Reconduire. Siffler, en terme
de théâtre.
Reconduire (Se faire). Etre
sifflé, être attrapé en scène, —
dans le jargon des coulisses. Al-
lusion à la conduite de Grenoble
des compagnons du Devoir.
Reconobrer. Recoimaître, —
dans l'ancien argot.
49
326
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Reconnaissancier. Terme du
Mont-de-Piété. Employé chargé
de délivrer les reconnaissances.
Recoquer (Se). Reprendre des
forces; se rétablir à la suite
d'une maladie. Mettre des vête-
ments neufs.
Recorder. Faire la leçon à
quelqu'un, lui donner des ins-
tructions. Mot à mot : le mettre
d'accord. — Etre recordé, être
convenu d'une chose.
Recourir à l'émétique. Escro-
quer de l'argent à un tiers au
moyen d'un billet à ordre sous-
crit au nom d'un compère. —
Un fils recourt à Vémétique pour
soutirer de l'argent à son père
en faisant un billet à un four-
nisseur de connivence. — Les
souteneurs emploient le même
procédé envers leurs maîtresses.
Recuit. Ruiné de nouveau.
Récurer (Se). Se purger. —
On dit encore récurer la casse-
role^ nettoyer le fusil.
Redam. Grâce. — Abréviation
de rédemption.
Redin, Réduit. Bourse.
Redoublement de fièvre. Nou-
velle charge, accusation nou-
velle contre l'accusé, — dans
l'ancien argot.
Redresse. Ruse. Etre à la re-
dresse^ être rusé, — dans le jar-
gon des voleurs.
Redouiller. Rembarrer, frap-
per, maltraiter . — « Y v eut se r'ie-
ver, mais j' le r'douille à coups
de passif .dans les merlins. » [Le
Parfait catéchisme poissard.)
Refaire, se refaire le torse.
Manger, se réconforter. — « C'est
ça qui vous refait le torse un
{
peu proprement. » (X. de Mon-
tépin.)
Refaire, Refaire au même'. M
Duper. — Etre refait, être dupé, ^
payer trop cher. On est refait
quand on paye, dans un res-
taurant, un dîner trop cher. —
On est refait quand on paye,
dans un magasin, un objet au-
dessus de sa valeur. Les étran-
gers sont souvent refaits.
Refait sans donjon. Repris en
état de vagabondage.
Refaite. Repas, réfection. —
Refaite du matois, déjeuner; re-
faite de jorne, dîner; refaite de
sorgue, souper; refaite du séchoir,
collation prise en sortant du ci-
metière.
Refiler. Chercher; suivre, —
dans l'argot des voleurs. (A. Del-
vau.)
Refiler sous le tube (S'en).
Priser.
Refiler. Perdre au jeu l'argent
du bénéfice. — Avoir gagné 20
louis et les refiler. — Reperdre
ce qu'on avait gagné au jeu.
Refiler, Repasser. Céder le ca-
nevas d'un vol.
Refiler. Passer, mettre en cir-
culation. — « Je n'ai refilé que
cinq roues de derrière. » (X. de
Montépin, Le Fiacre no Ad.)
Refondante. Allumette.
Refouler. Se refuser à. ^
Abandonner un ouvrage. — Re-
fouler au travail, chômer.
Refroidi. Mort. — Assassiné.
Refroidir. Tuer.
Régaler son cochon. S'offrir à
soi-même une consommation,
se payer un bon dîner.
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
327
Régaler son suisse. Ne perdre
ni ne gagner une consomma-
tion jouée.
Régaler ses amis. Se purger.
Régaler la veuve. Dresser la
guillotine.
Regatte. Viande, pour roga-
ton, — dans l'argot des chiffon-
niers. — Regater, manger.
Régiment des cocus (S'enga-
ger dans le). Se marier.
Règle de trois. La femme, le
mari et l'amant réunis dans un
lieu public et, principalement,
au théâtre, dans la même loge.
Réglette (Arroser la). Payer
sa bienvenue dans un atelier de
typographes. Quand un paque-
tier passe metteur en pages, il
est aussi d'usage qu'il arrose la
réglette à coups de tournées.
{Jargon des typographes.)
Regonser. Suivre à la piste.
Ces mebses me reyonse7it, dit le vo-
leur qui est filé par des agents.
Regout (Faire du). Eveiller les
soupçons. C'est faire <iu ragoût
avec changement d'une lettre.
— Faire duljruit, se disputer.
Réguisé. Misérable que le
manque d'argent pousse au
crime. — Ruiné, maigre. —
« Tu ne reconnais pas Caroline?
— Toi 1 Caroline ?... Cristi, ma-
dame, comme vous êtes régui-
sée ! >i{Grévin,Croquisparisiens.)
Réguisé (Etre). Etre miséra-
ble. — Etre condamné à mort.
Etre très malade. — Etre
trompé d'une manière indigne.
Réguiser. Ruiner.
Réjouissance. Etat de mai-
greur chez une femme. — On
dit d'une femme dont on voit
les os percer, qu'elle a plus de
réjouissance que de viande.
Releveur de pésoche. Garçon
de recette.
Relicher. Vider un verre ou
une bouteille sans laisser une
goutte de liquide au fond. Les
garde-malades s'entendent très
bien à ce genre de travail.
Reluquer. Observer, espion-
ner. — Reluqueur, curieux, es-
pion.
Reluit. Jour. — (Eil. Pisser
des reluits, pleurer, — dans le
jargon des voyous.
Remaquiller. Refaire.
Rembrocable. Reconnaissa-
ble.
Rembrocagede parrain. Con-
frontation avec un témoin.
Rembrocant. Miroir.
Rembroquer. Reconnaître. —
Rembroquer le portrait d'une gon-
zesse, reconnaître la figure d'une
femme.
Remède d'amour. Personne
très laide. — Pour me guérir
d'amour' tes yeux sont un re-
mède. » {Le Docteur amoureux.)
Remercier son boulanger.
Mourir, — dans le jargon du
peuple. C'est la "Variante de
perdre le goût du pain.
Remiser. Envoyer au diable.
— «Je l'ai joliment remisé. « —
Se faire remiser, se faire re-
mettre à sa place, — dans le
jargon des voyous.
Remiser. Conduire en prison.
Remisier. Courtier de fonds
publics ; intermédiaire entre le
client et un agent de change. Il
328 DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE
a» une remise sur toutes les af-
faires qu'il procure.
Remone (Faire de la). Faire
le rodomont, parler très haut
et cliercher à en imposer, —
dans le jargon des voyous. —
Ça Vair de mecs solides, faut pas
faire de la remone.
Remonchage. Vengeance.
Remouclier. Observer. — Se
venger.
Renaché. Fromage, — dans
le jargon des voleurs.
Renâcler. Reculer, avoir
peur. — « Quoi de plus propre
en effet à faire renâcler les poi-
vrots? » [La petite Lune, 1879.)
— Renitler, respirer, aspirer
avec convoitise, convoiter de
très près. Encore un qui renâcle
les pruneaux de Vépicemar.
Renâcleur. Grogneur. —Pol-
tron.
Renard. Aspirant au compa-
gnonnage.
Renard. Pourboire, — dans
l'argot des marbriers de cime-
tière. (A. Delvau.) C'est le résul-
tat prévu du pourboire.
Renard, Queue de renard.
Résultat d'une indigestion. Les
queues de renard s'étalent les
samedis de. paye, le soir, le
long de certains trottoirs. —
Renarder, vomir.
Renarderie. Vomissement.
» Après cette renarderie
» Qui ne fut qu'une raillerie. »
( Voyage de Brème.)
Renaud. Reproche. — Es-
clandre. — Remords. — Faire
durenaud, se plaindre, ameuter
le monde par des cris
— Reprocher. — Avoir des re-
mords.
Renaudeur. Grogneur.
Rendève. Rendez-vous.
Rendoublé. Rempli, restauré
par un bon dîner.
Rendémi, Vol aurendémi. Vol
au rendez-moi, vol au préjudice
d'un marchand qui rend la
monnaie d'une pièce d'or ou
d'argent.
Renfrusquiner (Se). S'habil-
ler.
Renfrusquiner pour la sèche.
Ensevelir; mettre un corps au
cercueil, — dans le jargon des
voleurs.
Rengainer, Renquiller. Ren-
trer.— Renquiller son complimejitj
ne pas achever ce qu'on avait à
dire.
Rengainer son chiffon. Se
taire. Mot à mot: rentrer sa
langue.
Rengracier. Renoncer au vol.
—-Rcngraciement^reiourk l'hon-
nêteté. — Rengraciéj redevenu
honnête. ,
Renflant. Nez, — dans le
jargon du peuple.
Reniflante. Botte percée,
chaussure hors d'usage.
Renifleur de camelotte à la
flan. Voleur s'attaquant aux
marchandises en étalage, em-
portant le premier objet qui lui
tombe sous la main. A la ilan
est un diminutif de « tlanquette,
à la bonne tlanquette ».
Renifler. Boire d'un trait. —
Pressentir.
Renommée. Goguette ; caba-
Renauder. Grogner, refuser. I ret où l'on chante
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
329
Renquiller (Se). Se rétablir.
— S'enrichir.
Renseignement. Verre de vin,
canon d'eau-de-vie, — dans le
jargon des canotiers. — Prendre
un renseignement f faire une halte
au cabaret.
Rentré dans ses bois (Etre).
Porter des sabots. Les voleurs
disent d'un individu chaussé de
sabots : Le client est gandin^ il est
rentré dans ses bois.
Rentifer. Entrer, — dans
l'argot des voleurs. C'est « en-
trer » par amplification argo-
tique de « rif », désinence ar-
bitraire, si commune chez MM.
les escarpes.
Rentrer bredouille. Rentrer
ivre-mort.
Renversant, Etonnant, mer-
veilleux. Mot à mot: personne,
chose dont l'aspect fait tomber
à la renverse; propos, discours
qui renverse d'étonnement.
Repas de l'âne (Faire le). Ne
boire qu'à la fin du repas, —
dans le jargon du peuple.
Repasser le cuir. Battre ; mal-
traiter. Le cuir, c'est la peau.
Repasser la chemise de la
bourgeoise. Battre sa femme,
— dans le jargon du peuple. —
« Oh! ce lî'est rien! Je repasse
la chemise de ma femme. »
(Huysmans, Marthe.)
Repaumer. Reprendre; rat-
traper.
Repérir. Guetter, observer,
jÉ — dans le jargon des voyous.
'^ — Je le repère, le dient.
Repérir. Retrouver, — dans
le jargon des voleurs. — Repérir
un aminche rien d'attaque, re-
trouver un ami si fidèle.
Repésigner. Arrêter de nou-
veau.
Répétition (Aller à la). Faire
un double sacrifice sur l'autel
de Vénus.
Repiger. Prendre sarevanche.
Repionceuse. Paillasse, —
dans le jargon des voleurs.
Repiquer. Se rendormir. C'est-
à-dire piquer de nouveau son
chien.
Repiquer. Redoubler. — jRe-
piquer sur le rôti; renouve-
ler une consommation. — Nous
avons bu trois bocks : si nous re-
piquions? — Redoubler d'ardeur
à l'ouvrage après un moment
de repos. — Rétablir ses affaires,
recouvrer la santé.
Réponse des primes. Opéra-
tion de Bourse qui, à la liqui-
dation, consiste à abandonner
la prime ou à maintenir le
marché.
Reportage. Chasse aux in-
formations. — Métier du repor-
ter.
Reporter. Journaliste qui va
à la chasse aux informations,
aux nouvelles. 11 y a le reporter
politique et le reporter mondain.
(V. les Odeurs de Paris de L.
Veuillot.) Le reporter est une
importation américaine dont
certains produits gagnent jus-
qu'à soixante mille francs par
an.
Reposante. Chaise, — dans
le jargon des voleurs.
Repoussant. Fusil; allusion
au recul.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
330
Repoussoir. Femme très laide
dont une coquette moins laide
fait sa société habituelle
pour mieux faire valoir, par
la comparaison , ce qui lui
reste de fraîcheur et de beauté.
Le rôle du repoussoir est d'ac-
compagner sa partner au Bois,
au théâtre, au bal.
Requinquer (Se). Renouveler
sa toilette. — « Eh bien, mabonne
petite, croyez-vous qu'une fem-
me puisse se requinquer ici? »
(Champileury, La Mascarade de
la vie parisienne.)
Réservoir. Réserviste, — dans
le jargon des troupiers.
Restant de mes écus (Le). Se
dit vulgairement en voyant ar-
river quelqu'un que l'on n'at-
tendait pas et dont la présence
n'est pas précisément agréable ;
on salue de ces mots l'arrivée
d'un importun: «Voilà le restant
de mes écus. »
Restaurant à l'envors. Lieux
d'aisances publics.
Rester dans la salle d'attente
à reconnaître ses vieuxbagages.
Rentrer seule, après minuit, —
dans l'argot des lilles.
Résurrection (La). La prison
de Saint- Lazare.
Retape (Aller à la, Faire la).
Aller se promener sur la voie
publique, — dans le jargon des
filles.
Retape (Aller à la). Etre en
embuscade sur la voie publique,
pour vol ou assassinat. — dans
le jargon des voleurs.
Retapé. Rétabli. — Habillé
de neuf.
Retapeuse. Fille qui fait la
retape.
Retiens (Je te). Mot à mol :
je retiens ce que tu dis pour
faire tout le contraire.
Retiration (Etre en). Avoir
atteint la cinquantaine, — dans
le jargon des typographes. Au
propre, la retiration c'est le verso
ae la feuille à imprimer, quand
on tire en blanc. (Boutmy.)
Retoquer. Refuser à un exa-
men, en terme de collège. « Rê-
ver qu'il passe son baccalauréat
ès-lettres, et qu'il n'est pas re-
toqué. » [Les Balançoires de la
jeunesse, 1861.) Les variantes
donnent : Reca/er, remballer, re-
quiller.
Rétréci. Avare.
Rêve (C'est un) ! C'est excel-
lent, idéal. C'est-à-dire : une
chose très agréable, un individu
très original, dont le souvenir
nous poursuivra, dont on sera
capable de rêver. — Cette fem-
me, c'est un rêveî — Ce pâté de
grives, un rêve ! — «Un rêve d'hom-
me, rnis comme un prince. »
(J. Fleurichamp, Queue d'oseille.)
Rêve. Objet illusoire, individu
qu'on ne voit jamais. — Le
payement de certaines notes,
un rêve pour bien des fournis-
seurs. — Dans ce pays les jolies
femmes, c'est un rêve. — Dans
ce restaurant, les garçons, un
rêve.
Revendre. Révéler; rappor-
ter une conversation, — dans
le jargon des voleurs.
Réverbère. Tête, — dans le
jargon des voyous. — « Faudrait
donc alors que je tape sur le ré-
verbère?» (HuysmanSjXes Sœurs
Vatard.)
Revidage. Nouvelles enchères
•DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
faites entre marchands, d'un
objet adjugé à l'un d'eux, à
l'hôtel des ventes. Le revidage
ou révision tombe sous le coup
de la loi.
Revider, Réviser. Se Hvrer
au revidage.
Revue de ferrure. Se dit
dans les régiments de cavalerie
lorsqu'un cheval lève les quatre
fers en l'air.
Revue de pistolet de poche.
Revue mensuelle de santé dans
les régiments. C'est l'heure où
le major doit s'assurer si Mars
n'aurait point, par hasard, be-
soin du ministère de Mercure.
Ribleur. Filou. (Dict. comi-
que.) — « Non pas un tour de ri-
bleur. » (Sarrazin.) Il y a entre
le ribleur d'autrefois et le rou-
blard de nos jours une grande
similitude. Roublard me paraît
une réminiscence légèrement
modifiée de ribleur.
Riboui, Rebouiseur, Ressu-
ceur. Fripier. — Ressemeleur,
raccommodeur de savates. Le
riboui ou ressuceur fait, avec de
vieux souliers, des chaussures
qu'il a la prétention d'appeler
« neuves » et auxquelles on a
donné le nom de dix-huit. —
Au xvm® siècle, (1755) donner le
bouts, c'était achever, perfec-
tionner, ce qu'on appelle au-
J'ourd'hui donner le coup de fton.
^ebuis", qu'on prononçait ôowis,
était un polissoir dont se servent
encore quelques savetiers pour
polir les semelles. De là le sur-
nom de ribouis donné aux vieux
souliers, aux souliers restaurés,
et celui de ribouiseurs et ribouiSy
par abréviation, aux savetiers.
Bihouit. C!t<:il.
Anus. —
331
« Ils se fourrent l'index dans le
ribouit jusqu'à la septième pha-
lange. » {Le Sans-culotte.)
Riche. Beau , de bonne
qualité, — dans le jargon des
marchands. Voilà un riche pou-
let. — Vous aurez là, la petite
mère, de riches asperges.
Rien. Très, beaucoup, extrê-
mement. Une des expressions
les plus courantes parmi le peu-
ple. — Etre rien chic, être très
élégant. — Etre rien bâte, être
très joli. — Etre rien poivre ^
être très soûl.
Riffaudant, Riffondant. Ci-
gare. — Riffaudante, pipe, —
dans le jargon des voleurs.
Riffaudante. Flamme ; incen-
die. — Riffauder, brûler. —
Riffaudeur, incendiaire.
Riffaudeur à perpète. Le
diable.
Riffle (Prendre de). Prendre
sans hésiter. (L. Larchey.)
Riflard, Rifle. Feu. Coquer le
rifle, incendier. La jaffle est sur
le riflard, la soupe est sur le feu.
Riflard. Riche. — Bourgeois,
— dans l'argot des voleurs de
1830.
Riflard. Parapluie. — D'après
M. Lorédan Larchey, le nom
serait dû à une pièce de Picard,
IdL Petite yiZ/e(1801),où l'acteur
chargé du rôle de Rillard por-
tait un énorme parapluie. Le
nom de Riflard, dit M. Fr. Mi-
chel, approprié à divers person-
nages comiques, dans plusieurs
mystères des xve et xvi® siècles,
était à lui seul une charge co-
mique, et avait, à ce qu'il pa-
raît, auprès du public d'alors,
un succès des plus marqués.
332
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Riflard (Compagnon du). Aide-
maçon. — En terme de maçon,
le riflard est la pelle dont ils se
servent; d'où le surnom de com-
pagnon du riflard.
Riflards. Vieux souliers qui
prennent l'eau autant qu'un pa-
rapluie.
Riflardise. Morgue bourgeoi-
se, stupidité bourgeoise, bêtise
prudiiommesque.
Rifolard. Amusant; drôle.
Rigadin. Soulier, — dans le
jargon des ouvriers.
Rigolade. Rire; plaisir, amu-
sement. — Enfilé à la rigolade,
débauché.
Rigodon. Soulier. C'est une
déformation de rigadin. Quel-
ques linguistes de la voyoucra-
tie disent également rigodin.
Rigolhochade. Action de s'a-
muser, de rire, de danser, d'a-
près la méthode Rigolbocbe,
danseuse célèbre debals publics,
il y a une douzaine d'années.
Elle aimait beaucoup à rigoler;
d'où son surnom.
Rigolboche. Partie de plaisir,
partie fine, et, en général, toute
partie où l'on rigole, — dans le
jargon du peuple. — a On va
trimbaler sa blonde, mon vieux ;
nous irons lichoter un rigolbo-
che à la place Pinel. » (Huys-
mans. Les Sœurs Vatard.)
Rigoleur, Rigoleuse. Celui,
celle qui aime à rire, à boire et
à chanter.
Rigolo. Chose drôle. Individu
amusant. — Etre rien rigolOy
être très amusant.
Rigolo. Fausse clé, pince à
effraction.
« Le rigolo eut bientôt cassé tout. »
{La France, du 13 mars 1879.)
Rincée. Correction manuelle ;
— petite raclée.
Rince-pintes. Association sans
statuts écrits, dont les assem-
blées générales étaient très sui-
vies, et dont le but était l'anti-
pode de la tempérance. Pour
être un rince-pintes, il fallait
boire une pinte ou deux en dix
minutes. (Le Sublime.)
Rince - crochets. Nom don-
né par les soldats au troisième
quart de café, — octroyé dans
les circonstances extraordinai-
res.
Rincer. Dépouiller; voler.
Rincer la dalle (Se). Se ra-
fraîchir en buvant.
Rincer la trente-deuxième
(Se). Boire la goutte,-- dans le
jargon du régiment. C'est une
variante de « se rincer la dent » ;
mot à mot : se rincer la trente-
deuxième dent. Combien de
femmes dans ce monde ne pour-
raient pas en faire autant?
Rincette. Petit verre de co-
gnac pris dans la tasse où l'on
a bu du café. — Surrincette, se-
cond, troisi ème , quatrième , etc. ,
petit verre pris dans les mêmes
conditions.
Riole. Partie de plaisir. —
Etre en riole, se mettre en riole,
faire riole, s'amuser, se mettre
en gaieté, en ribote.
Ripa, Ripeur. Ecumeur de la
Seine. — Vagabond qui vole à
bord des bateaux.
Ripatons. Pieds. -^ Vieux
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
333
souliers, souliers raccommodés.
Jouer des ripatons, décamper.
Ripatonner. Remettre à neuf.
— « On distingue, on reconnaît,
on évalue tout objet de toilLille
supprimé, agonie ou ripatonné. »
{Les Filles d'Hérodiade, 18i-5.) —
Corriger une œuvre d'art, une
œuvre littéraire.
Ripatonneur. Mauvais restau-
rateur de tableaux.
Ripioulement. Chambre, —
dans le jargon des voleurs.
Ripiouler. Dormir.
Ripopée. Objet de mauvaise
qualité, de nulle valeur. Autre-
fois la ripopée ou vin de Bréti-
gny était un mauvais petit vin,
le plus mauvais des vins de
France.
Riquiqui. Eau-de-vie.
Rire à la caisse. Toucher chez
un agent de change ou recevoir
des mains d'un spéculateur en
perte le montant d'une diffé-
rence ou d'une prime. [Paris-
Vivant j Le Million.)
Rivette. Fille de joie à l'au-
rore de la dépravation.
Riz-Pain-Sel. Ouvrier d'ad-
ministration.
Robignol. Très amusant, très
réussi.
Rocambole. Conte en l'air; —
Objet sans valeur.
Rococo. Démodé; terme em-
ployé par les artistes peintres
de 1830.
Rochet. Prêtre; évêque.
Rogner. Guillotiner. Bon à
rogner, condamné à mort.
Rognon (Sale). Mot à mot :
sale créature couverte de rogne,
— dans le jargon des voyous.
Rognon est une forme de rogne.
— Que qu' c'est que cWognon qu'tu
camionnes à présent ?
Rognure. Mauvais acteur.
— Rognures de ferblanc, mau-
vaise troupe dramatique, —
dans le jargon des coulisses.
Roide (C'est). C'est difficile à
croire. — C'est graveleux. —
C'est cher. — « Vingt francs! s'é-
crie le monsieur, c'est roide! »
(A. Huart.)
Rôlenr. « Dans toutes les so-
ciétés, chaque compagnon, à
tour de rôie, consacre une se-
maine à embaucher et à lever
les acquits; de plus, il convoque
les assemblées, il accueille les
arrivants, il accompagne les
partants, en portant sur son
épaule leur canne et leur paquet
jusqu'au lieu de séparation.
Telles sont les fonctions du rô-
leur. » {Almanach des métiers,
1852.)
Romain. Acteur de la Comé-
die-Française, — dans le jargon
des acteurs forains du xviii» siè-
cle. — «Ils déclamaient... en imi-
tant la diction emphatique et
monotone des Romains. » (Ch.
Magnin, Ilist. des Marionnettes
en France, 1862.) Depuis, le nom
de Romain a été spécialement
appliqué auxclaqueurs; c'était,
primitivement, mot à mot : les
gens chargés d'applaudir les
Romains et, par abréviation, les
Romains.
Romaine. Semonce; c'est la
variante de chicorée. — Aller à
Rome, passer à Rome, recevoir
une semonce.
Romaine. Breuvage composé
19.
334
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
d'un mélange de rhum et d'or-
geat.
Romamichel. Bohémien. Triba
de bohémiens. — Vagabond,
coureur de grands chemins, di-
seur de bonne aventure et vo-
leur à l'occasion.
Romagnol. Trésor caché.
Romancier, Romancière.
Chanteur, chanteuse de roman-
ces dans les salons, dans les
cafés-concerts.
Ronchon. Grogneur.
Ronchonner. Grogner; mur-
murer.
Rond. Pièce d'un sou. — Pas
le rond, pas le sou. — Tourner
rond, ne plus avoir d'argent.
Rond. Ivre. — Roiid comme
balle, repu.
Rond (Faire). Dessiner mou,
sans vigueur, — dans le jargon
des peintres.
Rondin. Résultat d'une visite
aux cabinets inodores.
Rondin jaune. Pièce d'or.
Rondine. Bague. — Canne.
Rondiner. Sacrifier à Do-
mange.
Ronflant. Bien mis. — Gonse
ronflant, homme bien mis. —
Gonzesse ronflante, femme bien
mise. — Dégringoler un ronflant,
voler un homme bien mis.
Ronflant. Poêle, calorifère.
Ronfler. C'est appuyer dans
la déclamation fortement sur les
R, surtout quand ces lettres sont
redoublées. Frenoy et Tautin
étaient desrontleurs de premier
ordre. — Ron/ler a pour syno-
nyme, faire la roue. {Petit dict,
des coulisses.)
Ronfler Thomas (Faire). Faire
à la selle avec fracas. — Va-
riantes : Ronfler du bourrelet,
faire ronfler le bourrelet.
Demi-setier, aliàs
Ro quille.
polichinelle.
Rosière. Ouvrière fleuriste qui
fait spécialement les roses.
Rosière de Saint-Laze. Fille
de joie. Mot à mot : rosière de
Saint-Lazare.
Rossaille. Rosse, mauvais che-
val, — dans le jargon des ma-
quignons.
Rosse, Rossard. Fainéant,pro-
pre à rien.
Rossignante. Flûte, — dans
l'ancien argot.
Rossignol. Marchandise dé-
fraîchie, passée de mode.
Roter. Etre étonné, fen rote,
— dans l'argot du régiment.
Roteur. Basse-taille, basse-
chantante, — dans le jargon du
théâtre. — Chanter les roteurs.
Rothomago ou Thomas. Petit
bonhomme en bois dont se ser-
vent les diseurs de bonne aven-
ture pour prédire l'avenir aux
badauds. « On place le magot
dans une carafe à moitié pleine
d'eau. Suivant qu'on pose oure-
tire le doigt, il monte ou des-
cend. Monsieur Rrho... Rrho...
Rrho... tomagovanous dire qui
vous êtes.» (J. Vallès, Le Bache-
lier géant.)
Rotin. Sou. Pas un rotin dans
le porte-morningue, pas un sou
dans le porte-monnaie. — « Six
mille francs, pas un rotin de
plus. » (Hennique, La Dévouée.)
Rosto. Appareil à gaz, bec de
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
335
gaz, — dans l'argot des poly-
techniciens, en souvenir du gé-
néral Rostolan qui a fait instal-
ler le gaz à l'école.
Rôti (S'endormir sur le). Ne
pas achever un ouvrage, en
prendre à son aise. — Ne pas
s'endormir sur le rôti, travailler
avec assiduité. — Surveiller
quelqu'un ou quelque chose avec
soin.
Roubignoleur. Floueur; ma-
lin, — dans le jargon des vo-
leurs.
Roubion. Fille de joie d'une
laideur repoussante, — dans le
jargon des filles.
Roublage. Témoignage. —
Roublage à la manque, faux té-
moignage. — Roubler à la man-
que, faire un faux témoignage.
— Roubleur à la manque, Jaux
témoin.
Roublard. Laid, défectueux.
— Blasé, maUn.— Agent de po-
lice, — dans le jargon des vo-
leurs. — Riche, c'est-à-dire
homme aux roubles, — dans le
jargon des demoiselles de Ma-
bille.
Roublard, Roublarde. Heu-
reux, heureuse.
Roublardise. MaHce, coquine-
rie, astuce. — Pour la roublar-
dise, elle na pas sa pareille.
Roubler. Se plaindre, — dans
le jargon des voleurs.
Rouchi. Gredin; homme de
rien.
Rouchie. Sale femme, sale
prostituée: vaurienne.
Roue. Juge d'instruction.
Roue de derrière. Pièce de
cinq francs en argent. — « Mets
tes lunettes, mon vieux, c'est
une roue de derrière. » (X. de
Montépin, Le Fiacre n° 13.)
Roue de devant. Pièce de qua-
rante sous.
Rouen (Aller à). Etre siftlé, — -
dans le jargon des comédiens.
— Courir à sa ruine. — Man-
quer une vente, — dans le jar-
gon d es commis de la nouveauté.
Rouffion. Commis de magasin
de nouveautés, chargé d'aller
aux rassortiments. — Rouffionney
jeune fille qui remplit le même
emploi.
Rouflaquette. Mèche de che-
veux collée aux tempes; accro-
che-cœurs ; coiffure distinctive
des rôdeurs de barrière, des sou-
teneurs de filles. — « Sous des
casquettes de soie, sortaient des
mèches collées sur les tempes,
qu'ils appelaient rouflaquettes. »
(Vicomte Richard, Les Femmes
des autres.)
Rouflée. Volée soignée, —
dans le jargon des soldats. — JRe-
cevoir une rouflée que le poste en
prendrait les armes.
Rouge (Faire). Répandre du
sang, — dans le jargon des vo-
leurs. — Avoir ses menstrues,—
dans celui des voyous.
Rouge (Faire tomber le). Avoir
l'haleine forte.
Rouge de boudin (C'est). Les
affaires vont mal, la situation
est mauvaise, — dans le jargon
des voleurs. Le rouge de boudin
tire sur le noir. C'est pour le
voleur les tempora nubila.
Rougemont (Pive, Pivois de).
Vin rouge.
Rouget. Cuivre, — dans le
jargon des voleurs.
33Ô
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Rougets. Menstrues. — « La
femme qui a les rougets, »
(Cliollières, Contes.)
Rougoule. Vol au change, vol
au rendez-moi. C'est une alté-
ration de rigole, rigolo^ drôle,
amusant. Ce genre de vol diver-
tit fort les voleurs, qui pensent
à la figure de leurs dupes.
Rouillarde, Rouille. Bouteille
de vin caclieté; bouteille de der-
rière les fagots.
Rouillarde. Blouse, — dans le
jargon des voyous.
Roulance. Roulement produit
à l'aide des pieds et des com-
posteurs, lorsque, dans une im-
primerie, les typographes éprou-
vent le besoin d'égayer la situa-
tion. C'est une manière de bat-
tre aux champs à l'entrée de
quelqu'un qu'on veut fêter ou
de quelqu'un dont on veut ^e
moquer.
Roulant. Marchand d'habits
ambulant.
Roulant vif. Chemin de fer.
Roulante. Voiture. Tout ce
qui roule, depuis la voiture à
bras jusqu'au tramway, est une
roulante pour le peuple.
Roulants Pois.
Roulement (Du). De la vigueur,
de l'ardeur à l'ouvrage. — Al-
lons-y y mes enfants, et du roule-
ment!
Rouler. Vagabonder. —Trom-
per grossièrement. — « On ne le
row/e plus aujourd'hui; il n'est
plus votre dupe, vous êtes sa
victime. » (J. Vallès, Le Diman-
che d'un jeune homme pauvre.)
Rouleur, Rouleuse. Chiffon-
nier, chiffonnière.
Rouleur. Vagabond doublé
d'un filou. — Parasite effronté.
— Individu de mauvaise mine
et étranger à la localité, — dans
le jargon des paysans delà ban-
lieue de Paris. Le mot a été em-
prunté au jargon des pâtissiers.—
(c En terme de métier, celui qui
ne reste pas longtemps dans la
même maison s'appelle rou-
leur. » (P. Vinçard, Les Ouvriers
de Paris.)
Rouleuse, Roulure. Fille qui
fait un peu de tous les métiers.
Tantôt elle vend des bouquets
dans les rues, tantôt de la den-
telle sous les portes cochères ; un
jour modèle d'atelier, le lende-
main vendeuse de parfume-
rie, etc. — Prostituée de bas
étage, celle quiroule de quartier
en quartier. Les roi/Zewses sont des
filles qui proposent un tour de
promenade en voiture, les sto-
res baissés. 'Elles habitent ordi-
nairement des chenils dans des
quartiers excentriques, vivent
avec quelques misérables em-
ployés ; ou bien encore elles ha-
l3itent chez leurs parents ; quel-
quefois elles n'ont aucun domi-
cile fixe. La plupart d'entre elles
portent un petit panier sous le
bras et affectent des airs d'ou-
vrière en course.
Roulis (Avoir du). Etre soûl,
— dans l'argot des marins.
Roulotage (Vol au). Vol de
marchandise transportée par ca-
mion. — Vol dans l'intérieur des
maisons de roulage.
Roulotin. Roulier.
Roulotte. Voiture, charrette,
camion, voiture de saltimban-
que. — Grïnnhir une roulotte en
salade, voler sur une voiture.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
337
Roulotte à trèpe. Omnibus.
Mot à mot : voiture de la foule.
— Roulotte du grand trimar^ che-
min de fer.
Roulottier. Voleur qui ex-
ploite les camions, qui vole la
marchandise que transportent
les camions et quelquefois la
voiture, pour ne rien laisser traî-
ner.
Roulure. Celui qui a roulé sa
bosse un peu partout. — «Ecoute-
moi bien, c'est un vieux cabotin,
une roulure de la province et
de Tétranger qui te parle. »
(Huysmans, Marthe.)
« C'est du veau, c'est de la roulure,
» C'est du veau pour la préfecture. »
{Chans. populaire.)
Roumie. Croûte de pain, —
dans le jargon des chiffonniers.
Roupie. Punaise.
Roupiller. Dormir. — « Il rou-
pille comme ça toute la jour-
née : le v'ià parti. » (H. Monnier,
Scènes populaires.)
Roupiller dans le grand. Etre
mort.
Roupilleur. Dormeur. Roupil-
leuse, dormeuse.
Rouscaillante. La langue.
(1829.)
Rouscailler. Sacrifier sur l'au-
tel de Vénus. — Parler. 'Rous-
cailler bigorne^ parler argot.
Rouscailleur, Rouscailleuse.
Débauché, libertine. Grand-prê-
tre, grande-prêtresse de Vénus.
Rouspant, Rouspont. Proxé-
nète pour le troisième sexe et
ses admirateurs.
Rouspétance. Mauvaise hu-
meur. — Rouspéter, être de mau-
vaise humeur, — dans le jargon
des ouvriers.
Rouspétance. Agent des
mœurs, — dans le jargon des
filles. C'est une variante de
rousse.
Rousse, Roussi, Roussin. Mou-
chard, espion, agent de police.
— Inspecteur d'une grande ad-
ministration. — Contrôleur de
chemin de fer, — dans le jargon
des mécaniciens.
Rousse à l'arnac. Service de
la sûreté.
Roussin. Mauvaise presse,
vieille presse ; du nom d un des
premiers fabricants de presses,
— dans le jargon des impri-
meurs.
Rousti. Ruiné ; c'est-à-dire rôti,
variante de cuit y flambéy fumé,
fricassé.
Roustisseur. Blagueur doublé
d'un escroc. Parasite éhonté.
Roustisseuse. Femme qui pi-
que l'assiette chez des amies,
qui emprunte de l'argent, des
robes, qui vit aux crochets de
ses amies.
Roustissure. Mauvaise plai-
santerie. — Objet de nulle va-
leur. — Bout de rôle, — dans le
jargon des acteurs.
Roustir. Tromper; filouter.
Rubis sur pieu. Argent comp-
tant, — dans l'ancien jargon des
filles; c'est-à-dire argent sur le
lit, ce qu'on appelle aujourd'hui
« éclairage ».
Rude. Extraordinaire. — Rude
aplomb, rude toupet, rude appétit.
Rue. Au théâtre, en terme de
machiniste, c'est l'espace qui se
trouve entre deux châssis ou
poitants formant coulisse.
338
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Rue au pain. Gosier. —Avoir
la rue au painbarrée^ n'avoir pas
faim.
Ruelle aux vesses. Derrière.
L'étymologien'a pas besoin d'ê-
tre expliquée. — « Un tas de mu-
tles empaillés, qui ne valent seu-
lement pas un coup de botte
dans la ruelle aux vesses! » {Le
Père Duchêne, 1879.)
Rupe, Rupin. Riche ; élégant,
comme il faut. Homme rupe,
femme rupe.
Rupin. Malin.
Rumfort (Voyage à la). Voyage
véritable ou simulé, entrepris
dans le but d'échapperauxétren-
nes du premier de l'an. — Voyage
économique; allusion à la soupe
économique dite :•« A la Rum-
fort ».
Rusquin. Ecu, — dans le jar-
gon des voleurs.
Rural. Nom donné par les sou-
teneurs de la Commune à qui-
conque était partisan du gou-
vernement établi à Versailles.
Rural était synonyme de « con-
servateur ». Le mot a vécu.
Rutiére. Fille et voleuse de
joie.
S
Sabache. Simple, naïf.
Sable a passé (Le marchand
de). Locution à l'adresse des
enfants qui marquent leur en-
vie de dormir en se frottant les
yeux.
Sable (Etre sur le). Etre en
disponibilité, dans le régiment
des souteneurs. Allusion aux
poissons qui ne sont pas préci-
sément à leur aise sur le sable.
Sabler. Tuer, étourdir au
moyen d'une peau d'anguille
remplie de sable ; procédé em-
ployé, paraît-il, du temps de
Vidocq. Aujourd'hui MM. les
voleurs aveuglent quelquefois
leurs victimes en les; sablant au
tabac, avant de les dépouiller.
Sablon. Cassonade.
Sabord (Jeter un coup de).
Vérifier l'ouvrage, — dans le
jargon des ouvriers opticiens.
Sabot. Terme d'imprimerie.
Boîte destinée à recevoir les
lettres usées qui passeront à la
refonte.
Sabot. Petit bateau. — Mau-
vais violon. — Vieille voiture.
En général tout vieux meuble,
tout objet meublant démodé.
— Matériel hors de service.
Sabot. Nez,
des voyous.
Sabot, Sabourin
mauvais ouvrier.
dans le jargon
Maladroit;
Saboter. Travailler sans goût,
abîmer l'ouvrage. Mot à mot :
travailler comme un fabricant
de sabots.
Saboter. Boire à pleins ver-
res, à grandes rasades, — dans
le jargon des buveurs. (Blavi-
gnac, Hist. des enseignes d'hôtel-
leries, 1878.)
Sabouler. Maltraiter. — Dé-
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
crotter. — Sabouleur^ décrot-
teur.
Sabouleux, Sabouleuse. Faux
épileptique, fausse épileptique.
Sabre. Bâton, — dans l'an-
cien argot.
Sabre (Joli coup de). Grande
bouche.
839
Sabrenas, Sabrenot, Salbre-
naud. Savetier, dans le jargon
des voleurs. — Mauvais ouvrier.
■ Sabreur. Ouvrier qui travaille
vite et mal.
Sabri, Satou. Forêt, bois, —
dans l'ancien argot. — Sabrieux,
voleur de bois.
Sac. Ventre. — Avoir le sac
plein, avoir le ventre plein.
Sac-au-lard. Chemise.
Sac-à-vin. Ivrogne incorrigi-
ble. Ordinairement la femme
du sac-à-vin est une paillasse à
coups de poing.
Sac à os. Individu très mai-
gre.
Sac à puces. Chien. Les pu-
ces font élection de domicile
sur les chiens.
Sac (Avoir le). Avoir de l'ar-
gent. C'est le contenant pris
pour le contenu. On dit égale-
ment : Etre au sac»
Sac (Eternuer dans le). Être
guillotiné. — Variante : Cracher
dans le sac.
Sac (Donner à quelqu'un son).
Renvoyer quelqu'un. Pour don-
ner plus de force à l'expression
les ouvriers ajoutent : Avec une
forte paire de bretelles. — Avoir
son sac, être renvoyé de l'ate-
lier. On disait autrefois : donner
à quelqu'un son sac et ses quil-
les, pour congédier, casser aux
gages. — «Si jen'obéispoint, fai
mon sac et mes quilles. » (Bour-
sault. Poésies.)
Sac (Etre dans le). Avoir
perdu à un jeu quelconque. Il
faut payer, vous êtes dans le sac.
— Signifie encore avoir fait de
mauvaises spéculations, s'être
ruiné. — Une affaire est dans le
sac, lorsqu'elle est terminée
bien ou mal, lorsqu'on n'en
parle plus.
Sacqué. Chiffonnier qui se
sert d'un sac en guise de hotte.
Sacquer. Congédier. — Ré-
primander avec menace de
perte d'emploi. — « Si vous conti-
nuez à me houspiller de la sorte,
je vous ferai sacquer par le pa-
tron. » (Huysmans, Les Sœurs
Vatard.)
Sacrer. Affirmer.
Sacristain. Mari, amant d'une
matrone de maison ' de tolé-
rance, — dans l'ancien jargon
du peuple.
Sacristie. Lieux d'aisances, -
dans le jargon des voleurs.
Safran (Aller au). Dissiper sa
fortune.
Saignement de nez. Interro-
gatoire. ^ Faire saigner du nez,
interroger.
Saint- Jean. Elfets. — Outils ;
c'est un synonyme de Saint-
Frusquin.
Saint-Crépin. Argent écono-
misé. — Se prend souvent dans
le sens de Saint-Frusquin. Por-
ter tout son Saint-Crépin, porter
tout ce qu'on possède. — « Lors-
que les garçons cordonniers
vont de ville en ville pour tra-
340
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE,
vailler, ce qu'ils appellent entre
eux battre la semelle, ils portent
tous les instruments nécessaires
à leur métier; ils appellent cela
porter tout leur Saint-Crépin. »
(Fleuryde Bellingen, Elymologie
des Proverbes français.)
Saint-ciboire. Cœur, — dans
le jargon des voyous.
Saint Dôme. Tabac à fumer,
— dans le jargon des ouvriers.
C'est une abréviation de Saint-
Domingue, la patrie du tabac.
Saisissement. Les liens dont
l'exécuteur lie les bras et les
jambes des condamnés à mort.
Le saisissement est une pièce es-
sentielle de la toilette. (A. Del-
vau.)
Salade. Pêle-mêle ; gâchis.
Salade. Fouet. — Donner la sa-
lade, fouetter, en terme d'éco-
lier; l'expression et le mot sont
vieux et démodés.
Salade de Gascon. Corde, —
dans l'ancien argot.
Salade (Faire la). « Ils re-
muent le jeu de la manière
dont on remue les dominos pour
les mêler, les deux mains éten-
dues sur le tapis et iniprimant
aux cartes un mouvement de
rotation. » (A. Cavaillé, Les Fi-
louteries du jeu.)
Saladier. Vin chaud sucré
servi dans un saladier. C'est le
vin à la Française dont on fait
une grande consommation dans
les bals de barrière.
Salaire. Soulier, — dans le
jargon des rôdeurs de barriè-
re; déformation de soulier.
Sale coup pour la fanfare.
Mauvaise situation, mauvaise
affaire . i
I
Salé. Avance d'argent, — dans |
le jargon des typographes.
Salé. Bonne amie, connais-
sance, — dans l'argot des ma-
rins. — « Oiis'que tu démarres
comme ça, avec ton salé ? »
Salé (Morceau de). Enfant en
bas âge.
Salé trichineux (Morceau de).
Petit enfant laid et malsain.
Salé (Le grand). La mer.
Saler. Vendre cher. — Répri-
mander. —Fous allez dîner dans
ce gargot? c'est mauvais et salé.
Salière. Cavité plus ou moins
profonde delà clavicule chez les
femmes, suivant le degré de
maigreur. — Avoir des salières à
y fourrer le poing, se dit d'une
femme très maigre qui n'a pas
reculé devant une toilette dé- J|
colletée. ^
Saliveme. Tasse, gamelle, —
dans le jargon des voleurs.
Salle de danse. Derrière, —
dans le jargon des souteneurs
qui, dans leurs démêlés avec
leurs maîtresses, les font dan-
ser à grands coups de pied au
derrière.
Salle de papier. Salle de théâ-
tre où la plupart des specta-
teurs sont entrés avec des bil-
lets donnés.
Salle à manger. Bouche. —
N'avoir plus que trois ou quatre
chaises dans la salle à manger,
n'avoir plus que trois ou quatre
dents. — La salle à manger se
démeuble, se dit quand on perd
ses dents.
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
341
Salopète. — « Il (le canotier
de la Seine) porte la salopète,
cotillon de grosse toiie à tor-
chon ; la salopète ne se lave pas,
chaque tache lai est un hon-
neur. » (E. Briflfault, Paris dans
l'eau, 1844.)
Salopiat, Salopiot, Saligot.
Malpropre, vaurien. — « Puis ne
voilà-t-il pas qu'un sacré polis-
son de salopiat de singe, ne le
voilà-t-il pas, à la fin des fins, il
vous pisse par une fente sur les
mignons. » (E. de Goncourt.)
Salsifis. Doigt. — ^ « J*ai un
amour d'homme qui ne porte
pas des culottes mûres et se
met des gants sur ses salsifis. »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Saluer. Baisser la tête sous
le feu des projectiles. (L. Lar-
chey.)
Salutations à cul ouvert. Sa-
lutations prolongées, saluta-
tions cérémonieuses.
Sang de poisson. Huile, —
dans le jargon des voleurs.
Sang (Coup de). Coup de cent
points au piquet lorsqu'on comp-
te cent avant de jouer ou en
jouant la première carte. Ca-
lembour à la portée des joueurs.
Sang (Se faire du). C'est-à-
dire se faire du mauvais sang,
s'inquiéter.
Sanglier. Prêtre. Le sanglier
est sauvage ; le prêtre vit retiré
du monde comme le sanglier
au fond des forêts.
Sangsue (Poser une). Corri-
ger sur le marbre pour un com-
pagnon absent, — dans le jar-
gon des typographes. (Boutmy.j
Sans beurre. Chiffonnier aris-
tocrate.
Sans feuille. Gibet, — dans
l'ancien argot.
Sans camelotte ou SoUiceur
de Zif. Escroc qui se fait avan-
cer de l'argent sur une mar-
chandise imaginaire, sur une
marchandise qu'il ne livrera
jamais.
Sans- culotterie. Secte des
sans-culottes, patriotes terroris-
tes. — « Trop heureux si ma mort
f>ouvait être utile à la sans-cu-
otterie. » {Père Duchène.)
Sans-cœur. Usurier, Gobseck
de prison.
Sans Gondé. Clandestinement,
sans autorisation, sans permis-
sion. Pour tenir un jeu dans
une foire, il est besoin d'une
permission, d'un condé, ainsi
nommée parce qu'elle émane
ordinairement du préfet de po-
lice, le Grand-Gondé, ou du
maire, Condé.
Sansonnet. Mentula, — dans
le jargon des barrières.
Santache. Santé, — dans l'ar-
got des voleurs. — Et cette san-
tache, comment que ça boulotte ?
Et cette santé, comment va-t-
elle?
Santu. Santé.
Sapajou (Vieux). Vieux liber-
tin, vieil lard aussi obscène qu'un
singe.
Sapement. Condamnation. —
dans le jargon des voleurs.
— Sapement à cinq longes de
342
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
dure, condamnation à cinq ans
de travaux forcés.
Saper. Condamner. — Saper
au glaive, condamner à mort.
Sapeur. Cigare presque en-
tier, — dans l'argot du peuple.
Sapin. Sap. Fiacre, voiture de
place.
Sapin (Redingote de). Cqv-
cueW. Il est sorti de chez lui, les
pieds devant^ dans une bonne re-
dingote de sapin.
Sapin (Sonner le, Sentir le).
Etre bien malade. Mot à mot :
sentir le bois avec lequel on
fait les cercueils du pauvre. —
« Elle avait un fichu rhume qui
sonnait joliment le sapin. » (E.
7ola
Sapin des cornants. Pre,
champ, — dans l'ancien argot ;
c'est le mouchoir à bœufs de nos
jours.
Sapinière. Fosse commune.
Sardine. Galon de caporal,
galon de sergent.
Sardines (Serrer les cinq).
Serrer la main.
Sarrasin. Gâte-métier, — dans
le jargon des typographes; ou-
vrier qui travaille à prix réduit,
ouvrier qui ne lait pas partie de
la société des typographes.
Satdu. Matériel de saltimban-
que : décors, planches, toi-
les, etc.
Sauce. Réprimande. — Sauce
poivrade, très forte semonce.
Sauce, Saucée. Pluie, forte
pluie, — dans le jargon du peu-
ple. — Il va tomber de la sauce.
Sauce tomate. Menstrues, —
dans le jargon des ûlles.
Sauce (Allonger la). Ajouter
de l'eau dans le pot-au-feu, dans
un ragoût.
Sauce-là, on mangerait son
père (A cette). Sauce succu-
lente. Expression des gastrono-
mes pour qui rien n'est sacré
hormis la bonne chère.
Saucier. Cuisinier chargé de
la confection des sauces dans les
grands restaurants. — « Celui-
là est l'artiste de la maison. «
(Eug. Chavette, Restaurateurs et
restaurés, 1867.)
Saucisse. Fille publique, —
dans le jargon des voyous. —
Saucisse plate f fille publique très
maigre.
Saucisse municipale. Boulet-
tes empoisonnées que la muni-
cipahté faisait jeter dans les
rues de Paris pendant les gran-
des chaleurs pour détruire les
chiens errants. Les boulettes
municipales ont disparu du jour
où es. né l'impôt sur les chiens.
Aujourd'hui ces intéressants qua-
drupèdes sont, en raison de leur
qualité de contribuables, bien
mieux vus que beaucoup de
gens qui ne payent aucune es-
pèce de contributions.
Saucisson de Bologne. Per-
sonne courte et grosse. La va-
riante donne : Saucisson à pattes.
Saumon. Personne riche dé-
cédée, — dans le jargon des
croque-morts qui appellent mer-
lans les trépassés de peu d'im-
portance.
Sauter. Sentir mauvais.
Sauter, Faire le saut. Faire
danser l'anse du panier au vol,
— dans le jargon des voleurs. —
S'approprier les droits d'auteur
DICTIONNAIRE D'ARGOT MODERNE.
343
d'un vol fait en collaboration.
— Filouter ; l'expression, prise
dans ce dernier sens, date du
XVII® siècle. — Pour une jeune
fille, faire le saut, c'est sauter à
pieds joints sur la vertu, c'est
prendre un amant; allusion au
saut de Leucade d'où s'élan-
çaient les femmes tourmentées
par l'amour.
Sauter le pas, Faire le saut.
Faire faillite. — - S'enfuir. —
Mourir.
Sauter le bas-flanc. Sauter
le mur de la caserne pour aller
passer la nuit en ville, — dans
le jargon des régiments de ca-
valerie.
Sauter la banque (Faire) . Ga-
gner l'enjeu qui constitue la
banque, soit au baccarat, soit à
la roulette ou au trente-et-qua-
rante ; c'est le rêve de tous les
joueurs.
Sauter sur le casaquin. Tom-
ber à l'improviste à coups de
poing sur quelqu'un.
Sauter la cervelle au plafond
(Se faire). Se livrer à l'ona-
nisme. ^
Sauterelle.— «On appelle ainsi
(dans les magasins de nouveau-
tés) les femmes qui font plier
et déplier vingt ballots sans
acheter. » (L. Noir.) — Exécuter
une sauterelle, se débarrasser
d'une femme qui n'a envie de
rien acheter.
Sauterelle. Sauteuse. Puce.
Sauteron. Banquier, chan-
geur, — daîis le jargon des vo-
leurs qui savent que certains
banquiers, certains changeurs,
exécutent des sauts prodigieux
sur la route de Belgique.
Sauteur. Personnage politi-
que dont les opinions sautent
tiintôt au nord, tantôt au sud,
tantôt à Test, tantôt à l'ouest,
— Individu sur la paroleduquel
on ne peut se fier. — ■ Drôle à
qui la bonne foi est complète-
ment inconnue.
Sauteuse. Drôlesse, voleuse.
Sauvage (Habillé en). Habillé
comme un sauvage qui n'est
pas habillé du tout.
Sauvette. Petit panier à chif-
fons, -- dans le langage des
chiffonniers.
Savate. Joueur malhabile. —
Mauvais ouvrier. — Jouer comme
une savate, jouer mal à un jeu
d'adresse, jouer mal aux cartes.
— Jouer comme une paire de sa-
vates, jouer très mal.
Savate (Traîner la). Traîner
la misère. Variante : Traîner la
groule.
Savoir lire. Bien connaître le
métier de voleur, avoir été reçu
docteur ès-filouteries.
Savon. Semonce. — Recevoir
un savon, être réprimandé. —
Flanquer un savon, répriman-
der.
Savonné. Blanc. — Artie sa-
vonnéfp'din blanc; pivois savonné,
vin blanc, - dans l'ancien argot.
Savonner. Voler. — Pavillon
savonné, linge volé. — Savonner
une cambuse, voler dans une
chambre.
Savonner. Tourmenter, ta-
quiner, — dans le jargon du
peuple. — Allusion au linge
tourmenté par le savonnage. —
La bourgeoise me savonne depuis
hier que f en suis bleu, ma femme
344
DICTIONNAIRE D'aRGOT MODERNE.
me tourmente tellement depuis
hier que j'en suis ahuri.
Savoyard. Grossier person-
nage ; mal-appris.
Savoyarde. Malle. — Faire la
savoyarde, voler les malles sur
les voitures, dans les gares.
Scarahomber. Etonner, stupé-
fier.— Scarabombe, étonnement,
stupéfaction, — dans le jargon
des voleurs.
Scène (Etre en). Ne pas avoir
de distractions, être tout à son
rôle, — dans le jargon des cou-
lisses.
Schabraque(Vieille). Invalide
de la prostitution ; par allusion
à la housse des chevaux de ca-
valerie.
Schako. Tête, -- dans le jar-
gon du régiment, — Son schako
a un renfoncement, il est un peu
fou.
Schelingophone. Derrière. A
.l'époque où le téléphone et le
phonographe firent leur appa-
rition, le schelingophone, a été
imaginé pour propager dans
les classes voyoucratiques l'a-
mour de la désinence phone. —
Enlever le schelingopho7ie,donn(ir
du pied au derrière. — « C'est
moi, si eune dame m'parlait
ainsi, que j'aurais vite fait d'i
enlever le schelingophone, l'al-
ler et le retouret train rapide!»
(Grévin, Petit Journal pour rire,
4879.)
Schloffer. Dormir. — Germa-
nisme.
Schnic, Schnapps. Eau- de -
vie.
Schpil, Schpile. Beau; réussi,
bien fait, — dans le jargon des
ouvriers.
Scbpiler. Réussir un ouvrage.
Schtard. Prison. — Schtard
des poivrots, violon. — Schtard
aux frusques, Mont-de-Piété. —
Schtard des lascars, laRoquette.
— Schtardier, prisonnier.
Schtoser (Se). Se soûler, —
dans le jargon des voleurs.
Scie. Ennui profond causé par
un travail monotone, par un tra-
vail fait à contre-cœur. — Ren-
gaine agaçante.— Monter une
scie, faire des scies, Lucrèce a
dit : Serrœ stridentis acerbus
horror.
Scier, scier le dos. Ennuver.
— Fatiguer par des vexations,
des bavardages.
Scier du bois. Jouer du vio-
lon, jouer du violoncelle.
Scieur de bois. Violoniste.
Scion (Coupde). Coup de cou-
teau, — dans le jargon des vo-
leurs. — Sdownewr, assassin qui
travaille au couteau. Le scion-
neur est loin d'être un artiste
en son' genre. 11 s'y prend à
plusieurs fois. Son coup n'est
pas, comme ils disent, un coup
de surin de dab.
Scionner. Tuer à coups de cou-
teau. — a Nous ferons joliment
notre beurre et tu pourras le
scionner après. » (F. du Bois-
gobey.)
Scrutin deballottage(Âssister
au). Plonger un œil indiscret
dans le corsage d'une femme
qui, hélas 1 n'a que trop de dé-
veloppement.
Seau (Etre dans le). Etre
DICTIONNAIRE d'ARGOT MODERNE.
345
sorti pour cause de nécessités
urgentes, — dans l'argot des
soldats.
Sec (En cinq). En cinq points,
sans revanclie; terme des joueurs
d'écarté.
Sec (Etre à). Etre sans le sou.
Avoir la poche dans un état pa-
reil au lit du Mançanarez.
Sec (Faire). Manquer de ra-
fraîcliissements, — dans le jar-
gon du régiment. — Quand on
a soif, il fait sec. — « Il com-
mence à faire sec ici, et on
m'attend pour l'heure du bitter. »
{Le Trihoulet, du 9 mai 1880.)
Sèche. Cigarette.
Sèche (La). La mort, — dans
le jargon des voleurs. — Etre
sec, être mort.
Séché (Etre). Avoir échoué
aans un examen définitif, en
terme d'Ecole.
Séché (Etre). Avoir cuvé son
vin.
Séché (Etre). Subir une pu-
nition, — dans l'argot de Saint-
Cyr. — « Si, de leur temps, on
avait marché de cette façon,
TEcole eût été séchée de sortie
pour trois mois. » {Figaro, du 4
août 1880.^
Sécher. Ennuyer. — « Voilà
deux heures que vous séchez les
ouvriers chez eux. » {L'art de
se conduire dans la société des
pauvres bougres.) On dit encore
plus familièrement : Tume sèches
la tata.
Sécher un litre. Boire un
litre jusqu'à l'ultime goutte. —
« La comtesse revient à son bu-
reau, allume une bouffarde,
sèche un litre. » {Idem.) On dit
dans le même sens : Sécher une
absinthe, un vermouth^ etc.. etc.
Sécher le lycée. Aller flâner
au lieu de se rendre au lycée.
Il y a vingt ans c'était : tailler
le collège, et au xviii® siècle, on
disait : friper ses classes.
Sécher un devoir. Se dispen-
ser de faire un devoir.
Séchoir Cimetière. L'huma-
nité y sèche et s'y dessèche.
Seco. Sec, maigre.
Secours contre la soif. Débit
de vin. Quelques marchands de
vin, dans les quartiers excen-
triques, ont conservé cette en-
seigne alléchante pour les ivro-
gnes. D'autres industriels en
boisson affichent : Assurance
contre la soif. A l'entrée de la
rue de Puebla, il existe côte à
côte un Secours et une Assurance
contre la soif.
Secousse (Prendre sa). Mou-
rir, — dans l'ancien argot.
Secousse (La faire à la). Faire
une chose vite et mal, argot du
peuple.
Secousse (Donner une). Se
mettre pour une heure ou deux
au travail avec ardeur, — dans
le jargon des ouvriers. — Ré-
parer le temps perdu en tra-
vaillant assidûment pendant
quelques heures.
Seize-Mayeux. Sobriquet don-
né aux fonctionnaires nommés
après le 16 mai, aux partisans
de la politique réactionnaire
du 16 mai 1877, qui amena un
mois après la dissolution de la
Chambre. — « On s'étonne par-
fois de l'aplomb de ces Seize-
May eux. » {Réveil, du 16 décem-
bre 1877.) — « Et les journaux
Seize-Mayeux les en glorifient. »
346
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
{Rappel f du 49 décembre d877.)
Semer quelqu'un. Se débar-
rasser d'un importun. — Ter-
rasser un adversaire.
Séminaire. Èagne, — dans
l'ancien argot.
• Semper. Tabac à fumer. C'est
une déformation abréviative de
superfinas, superfin, nom sous
lequel les soldats désignent le
caporal ordinaire ; ils ne man-
quent jamais de dire du sem-
perfmas et, par abréviation,
semper. Le mot est aussi courant
parmi les ouvriers que parmi
les soldats.
Sénat. Débit de vin fréquenté
par des ouvriers d'un même
corps d'état. — « Depuis long-
temps, les travailleurs appellent
les marchands de vin où ils se
réunissent par spécialité, des
sénats. » {Le Sublime.) — « Il ne
faut pas confondre le sénat avec
les assommoirs. Il y a peu de
sénats^ tandis qu'il y a plus de
deux cents assommoirs. Le sénat
est spécial à une seule partie.
Le sénat est un diminutif de la
mère des compagnons. Les ou-
vriers du fer ayant abandonné
le compagnonnage formèrent
des sénats. » {Idem).
Sénateur. Ouvrier qui fré-
quente les sénats. — « Dans le
temps, les tourneurs de roues
étaient nommés sénateurs; le
mot s'est généralisé depuis. »
{Idem) .
Sénateur. Tout individu vêtu
d'un paletot ou d'une redin-
gote, — dans le jargon des
voyous.
Sénateur. Taureau, — dans
le jargon des bouchers qui disent
également « pacha ».
Sent mauvais (Ça). Ça va mal
finir; ça prend une mauvaise
tournure.
Sentinelle , Sentinelle per-
due. Excrément humain, vaga-
bond sans papiers égaré sur la
voie publique, dans une allée
de maison.
Sentir. Aimer. — Ne pas pou-
voir sentir, détester. — Se sentir
les coudes j être unis, se soutenir
entre camarades. — <c Quand
ils seront groupés, lorsqu'ils se
sentiront les coudes, ce sera
bien plus amusant. » {Figaro, du
44 juillet 1880.)
Sentir (Ne plus se). N'éprou-
ver plus aucune sensation auprès
du beau sexe, être passé à l'état
de glaçon.
Sentir le lapin. Sentir mau-
vais des aisselles.
Sept. Chiffonnier. — Crochet
de chiffonnier.
Sept. Tige de fil de fer, en-
veloppée de coton et revêtue
de papier, figurant des queues
de fleurs, — dans le jargon des
fleuristes. — Faire des sept, en-
rouler du coton et du papier
autour d'un fil de fer ; c'est TA,
B, C du métier de fieuriste.
Sept à neuf. Vêtement du
matin pour monter à cheval.
Mot à mot : vêtement que l'on
met de sept à neuf heures pen-
dant la promenade à cheval au
Bois de Boulogne, — dans le
jargon des sportsmen. — « Quel
joli sept-à-neuf cela ferait! »
(Figaro, du 27 mai 1879.)
Séquence. Grosse portée ajou-
tée aux cartes, réunion de cartes
préparées de manière à amener
une passe soit au baccarat, soit
I
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
347
au piquet. Au piquet, elle a
reçu le nom de séquence inté-
grale.
Sergent de vieux. Garde-
malade.
Sergent d'hiver. Soldat d'é-
lite. Le mince galon de laine
qu'il porte sur les manches est
censé lui tenir chaud pendant
l'hiver. ^
Sergo. Sergent de ville.
Série. Réunion de professeurs
composant le jury d'examen au
doctorat, — en terme d'Ecole.
Sérieux (Homme). Homme
riche et généreux, — dans le
jargon de ces demoiselles. —
Femme sérieuse, femme galante
pleine d'expérience et de pré-
voyance, la fourmi de la prosti-
tution.
Sérieux (Dîner). Dîner bien
compris, à la fois substantiel et
délicat. Les femmes sont exclues
d'un pareil dîner. On ne mange
pas, on officie pontificalement
de lamâchoire. La conversation,
plus sobre que les convives, ne
doit rouler que sur les fastes
culinaires. On parle à demi-
voix pour ne pas s'enlever le
plaisir de s'entendre mastiquer.
Sérieux (Livre). Livre en-
nuyeux.
Serin. Gendarme départe-
mental. Allusion au jaune bau-
drier.
Seriner. Divulguer, — dans
le jargon des voleurs.
Seringue. Personne en-
nuyeuse, rabâcheur.
Seringue à rallonges. Téles-
cope. — « lln'ya pas de planète
qui tienne, tu m'as promis de
me montrer Vénus, c'est Vénus
que je veux voir, ou je te dé-
molis, toi et ta seringue à ral-
longes. » (Randon.)
Seringuinos. Imbécile.
Serpent. Elève reçu un des
quinze derniers à l'Ecole Poly-
technique. Pour sergent.
Serpent. Crachat, — dans
l'ancien argot. Le serpent et le
glaviot étaient synonymes au
xvi« siècle. Le glaviot seul a ré-
sisté au temps.
Faire un serpent. Courir dans
la cour de récréation en se te-
nant à la queue leu-leu, — dans
le jargon des collégiens. (L. Lar-
chey.)
Serpentin. Matelas, — dans
le jargon des voleurs.
Serpettes. Jambes courtes et
cagneuses, — « Ces pauvres tour-
lourous ! ça vous a six pouces
de serpettes et le dos tout de
suite. » (Randon, Croquis mili-
taires.)
Serpillière à ratichon. Sou-
tane.
Serrante. Serrure; par substi-
tution de finale.
Serré. Avare.
Serrebois. Sergent. Il fait
serrer les rangs. (L. Larchey.)
Serrer la pince. Serrer la
main, et, par abréviation, /a ser-
rer. — Je vous la serre.
Serrer le brancard. Serrer la
main. Les variantes sont : Ser-
rer la cuiller, serrer la phalange.
Serrer la gargamelle. Etran-
gler. Variante : Serrer la vis. —
« Serre-lui la vis, je me charge
348
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
de le refroidir. » (G. Marot,
L'Enfant de la Morgue.)
Serrer la vis. Serrer le frein,
— dans l'argot des mécaniciens
des chemins de fer.
Serrer les fesses. Avoir grand*
peur et faire tout son possible
pour ne pas en fournir des
preuves matérielles.
Serrure brouillée (Avoir la).
Eprouver de la difficulté à s'ex-
primer; bredouiller. « — Je viens
de recevoir une grande visite
de votre intendant. La serrure
était bien brouillée. » (Madame
de Sévigné, Lettres.)
Serrure (Avoir laissé la clé à
la). Avoir manqué à la résolu-
tion de ne pas ou de ne plus
avoir d'enfants.
Serrure (Avoir mis un cade-
nas à la). Pour une femme, c'est
vivre dans un état de chasteté
absolu.
Sésière, Sésigne, Sésingard.
Lui, elle, il.
Sert, Ser. Signal. Signe
d'intelligence entre un saltim-
banque et un compère. — Té-
légraphie employée par les tri-
cheurs.
Serviette. Canne.
Servir. Arrêter. — Monsieur
est servi.
Servir les maçons. Remplir
auprès d'un couple amoureux
les fonctions du jeune Alectryon
auprès de Mars et de Vénus.
Servir de belle. Dénoncer à
faux. (L. Larchey.)
Sévère (En voilà une) ! Voilà
une chose, une nouvelle difficile
à croire, extraordinaire, inat-
tendue.
Sèvres (Passer à). Ne rien re-
cevoir, — dans le jargon des
voleurs; c'est-à-dire être sevré
de sa part de butin. (L. Lar-
chey.)
Siamois (Les). Testes, — dans
le jargon des barrières. Allu-
sion à l'accouplement, à l'insé-
parabilité des frères siamois. —
La verte s'est cavalée chez les sia-
mois, le dienbeau m'a collé vingt
asticots en deuil, la gonorrhée
s'est logée dans les parties, le
médecin m'a fait poser vingt
sangsues.
Siffle. Bouche.
Siffler. Boire d'un coup, boire
promptement.
Siffler la linotte. Attendre
dans la rue.
Siffler au disque. Se mor-
fondre. Allusion à la manœuvre
des mécaniciens des chemins de
fer. Avait primitivement le sens
restreint d'attendre de l'argent.
Sifflet. Voix, gosier. — CoU'
per le sifflet, tuer, interrompre,
faire taire. Étonner au point de
rendre l'interlocuteur muet. —
Raboter le sifflet, brûler le go-
sier. — « Hein ! ça rabote le sifflet! à
Avale d'une lampée. » (E. Zola.) 5
— Se rincer le sifflet, boire.
Sifflet d'ébène. Habit noir.
Signe, Cigale. Pièce d'or. Son
chant est plus mélodieux que
celui de la cigale.
Silence. Huissier-audiencier.
(Fr. Michel.)
Simon. Bourgeois, proprié-
taire de la maison où l'on vide
les latrines, — dans le jargon
des vidangeurs.
Singe. Apprenti typographe.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Singe. Patron. Nom donné
primitivement pai' les peintres
en bâtiment aux bourgeois qui
les employaient, et, par exten-
sion, par tous les ouvriers à leurs
patrons. Aujourd'hui ce sobri-
quet est trop connu pour qu'il
soit employé en présence du
patron ou' du contre-maître.
Dans la plupart des ateliers on
choisit un sobriquet qui rap-
pelle soit les mœurs, soit les
habitudes, soit une infirmité du
patron.
Singe de la rousse. Officier
de paix, — dans le jargon des
voleurs.
Singesse. Patronne, femme
du patron. — Prostituée, —
dans le jargon des femmes du
monde.
Sinve. Simple, niais.
Sinverie. Niaiserie.
Sirop . Vin . — Un coup de sirop .
Sirop de baromètre. Eau.
Variante : Sirop de grenouilles.
Siroter. Goitîer, friser et pom-
mader avec soin, — dans le
jargon des coiffeurs.
Siroter. Boire à petits coups.
Savourer ce qu'on boit.
Siroteur, Siroteuse. Celui,
celle qui boit à petits coups,
qui déguste ce qu'il boit.
Sive. Poule.
Six et trois font neuf. Boi-
teux. Allusion à l'allure inégale
des boiteux dont les pas sem-
blent marquer des nombres
diliérents.
Six francs. Planche à repas-
ser à l'usage des tailleurs.
Six-quatre- deux (Â la). A la
diable, en un clin d'oeil. —
« Elle se cambra sur sa chaise,
les yeux brillants de la conver-
sion qu'elle venait d'opérer à
la six-quatre-deux, le temps de
pousser un ainsi soit-il. » (Hen-
nique.)
Snob, Snoboye. Noble, beau,
correct, — dans le jargon du
peuple.
Sœur (Et ta)? Réplique gros-
sière, gouailleuse, qui, pendant
un certain temps, a couru du
faubourg dans le monde des
filles et dans les ateliers d'ar-
tistes. Rengaine débitée à tout
propos. Mot à mot : ta sœur
est-elle heureuse ? Allusion à une
trop fameuse chanson popula-
cière, chantée sur l'air ae la
valse de la Fille du régiment :
« Et ta sœur est-elle heureuse ?
» A-t-eir z'évu beaucoup d'enfants,
» Fait-elle toujours la gueuse
» Pour la somme de trois francs ? »
C'était une façon de dire à quel-
qu'un : « Je me moque ae co
que vous me dites. Si nous par-
lions d'autre chose? » — Sui-
vant certains étymologistes,
l'expression ne serait que la
parodie de cette phrase banale
et cérémonieuse usitée parmi
les bourgeois : a Et madame,
comment va-t-elle ? et votre
fille, et votre sœur? » — Peut-
être, et c'est notre opinion, la
réplique suivante de V Aïeule de
MM. d'Ennery et Charles Ed-
mond a-t-elle inspiré et la chan-
son citée plus haut et, par contre,
la si populaire rengaine.
Jeanne. — Et ta sœur?
La Douairière. — Ta sœur...
ta sœur...
Sœurs blanches (Les). Les
dents. (Fr. Michel.) Que de sœurs
20
350 DICTIONNAIRE d'
blanches ne sont que des sœurs
grises !
Sœur de charité, Surfine. Vo-
/euse qui exploite les nécessi-
teux sous prétexte de leur pro-
curer des secours.
Soif (Il fait). Le besoin de
boire se faire sentir. — « Il fait
soif, venez boire un coup avec
moi. » (P. de Kock, Le Sentier
aux jorunes.)
Soiffer. Boire beaucoup.
Soiffeur, Soiffeuse. Buveur,
buveuse intrépide.
Soigner l'enfant. Ne pas mé-
nager les applaudissements, soi-
gner le succès de la pièce, le
soir d'une première représenta-
tion, — dans le jargon du théâ-
tre.
Soissonné. Haricot. Un souve-
nir de reconnaissance à l'adresse
delà ville de Soissons, patrie des
haricots, haricots plus célèbres
cent fois que tous les comtes
également de Soissons, et qui,
plus qu'eux, ont fait du bruit
dans le monde, sans compter
celui qu'ils feront encore.
Soixante-neuf. Double con-
tre-sens qu'a omis de signaler
Dorât dans son poème des Bai-
sen. Variante • Musique d'Anti-
bes.
Soldat du pape. Mauvais sol-
dat. Soldat qui préfère le feu de
la cuisine au feu de peloton.
Soldats (Des). De l'argent,—
dans l'ancien argot.
Soleil. Mise en pâte d'un pa-
quet, — dans le jargon des ty-
pographes. Le paquet ordinaire-
ment se crève au miheu et pré-
sente, avec un peu de bonne
ARGOT MODERNE.
volonté, l'aspect d'un soleil, au
moins d'un soleil de feu d'arti-
fice. La variante est : Pâté.
Solliceur, SoUiceuse. Mar-
chand, marchande. — Solliceur,
solliceuse à la pogne, solliceur,
solliceuse à la trime, au trimard,
marchand ambulant,marchande
ambulante.
Solliceur à la gourre. Filou
qui vend très cher à des imbé-
ciles des objets sans valeur.
Solliceur de lacets. Gen-
darme.
Solliceur de loffitudes. Jour-
naliste. Mot à mot : marchand
de bêtises, — dans le jargon des
voleurs.
SoUicenr de pognon. Ban-
quier.
Sollir. Vendre. — Solliçage,
vente .
Solitaire. Chevalier du lustre
qui applaudit en amateur. Le
solitaire paye demi-place et gros-
sit la phalange des claqueurs. Il
n'est pas précisément tenu d'ap-
plaudir, mais il applaudit tout
de même, parce qu'il est bien
élevé et que l'exemple est con-
tagieux.
Sombre (La). La préfecture
de police, — dans le jargon des
voleurs. Le jour y a été ménagé
avec parcimonie et la gaieté n'y
brille pas précisément.
Sonde. Médecin; parce qu'il
sonde, interroge le malade.
Sonder. Espionner.
Sondeur. Commis d'octroi. —
Espion. — Libertin qui, soit au
théâtre, soit au bal, profite de
l'échancrure des corsa^-es pour
y plonger un œil indiscret, et
DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE.
351
qui prétexte, quelquefois, que
le vide attire.
Sonner. — «Sonner un individu
c'est le saisir par les oreilles ou
par les cheveux et lui cogner la
tête contre un corps dur. r, (P.
Mahalin, Les Monstres de Paris,
1880.) — « Ce n'est pas moi qui
Ta sonné, a-t-il dit au juge. »
[Affaire de la Villette^ Petit-Jour-
nal, du 27 octobre 1878.)
Sonner. Etre à l'agonie, râler,
— dans le jargon des infirmiers.
— « Le râle se fit entendre, et
le veilleuraprès l'avoir arrangé,
s'en retourna en disant : il sonne
le premier. » (Jean Journet, Cris
et soupirs, 1840.)
Sonner (Se la). Bien dîner, —
dans le jargon des voleurs.
Sonner un gosse. Se livrer à
l'onanisme, — dans le jargon
des barrières.
Sonnette. Petit émigré de
Goniorrhe.
Sonnettes. Argent, argent qui
sonne dans la poche. — « T'as
donc pincé des sonnettes ? » (J.
Arago.) — « Sur les bords du ca-
nal, il est dangereux de courir
passé minuit, quand on a des
sonnettes en poches. » (Paris à
vol de canard.)
Sophie (Faire sa). Se faire
prier ; faire la sucrée. — Fais
donc pas ta Sophie, chipie 1
Sorbonne . Tête. Autrefois ,
c'était la tête sur les épaules, la
tête qui pense. L'autre, la tête
coupée, était la tronche. Mes-
sieurs les assassins, qui ne sont
jamais sûrs de conserver celte
partie si essentielle de leur in-
dividu, avaient créé deux mots
pour exprimer les deux maniè-
res d'être, de la tête. Aujour-
d'hui sorbonne n'est guère plus
usité.
Sorgue. Nuit, soir. — Sorga-
bon, bonsoir, bonne nuit; qui ne
vient pas du tout du basque
g'a6o?i5bonsoir,com me l'a avancé
V. Hugo. Sorgabon, c'est bon
sorgue retourné.
Sorlot. Soulier, — danslejar-
jon des voleurs. — Foutre un
coup de sorlot dans le tabernacle à
faire sauter le saint ciboire, don-
ner un coup de pied dans le
ventre à décrocher le cœur.
Sorne. Nuit; pour sorgue. —
Noir.
Sorte. Mensonge, bourde,mys-
tification, — dans le jargon des
typographes. — Au propre, les
sortes sont les lettres de même
caractère, de même sorte. —
Chiquer des sortes, puiser dans
la casse du voisin les lettres dont
on a besoin.
Sorti (Etre). Avoir l'esprit ail-
leurs, êti'e distrait.
Sortie d'hôpital. Longue ca-
pote en forme de robe de cham-
bre. Les variantes sont : Gâ-
teuse, ulster.
Sortir par le cul. Ennuyer
superlativement, horripiler à
l'excès.
Souche (Fumer une). Etre en-
terré.
Soudrillard. Libertin.
Soufflant. Pistolet, — dans
l'ancien argot. 11 souille la mort.
Soufflant. Trompette; égale-
ment surnommé au régiment :
Trompion.
Souffler. Arrêter, mettre en
prison, — dans le jargon des
352
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE.
filles. — • Pour des riens, pour
des bêtises, soM/yZéepar les agents
de police et mise à l'ombre, elle
avait renoncé à sa liberté. « (E.
de Concourt, La Fille Elisa.)
Souffler. Prendre. — Souffler
une maîtresse.
Souffler son copeau. Travail-
ler, — en terme de menuisier
Souffler sa veilleuse. Mourire
— dans le jargon des garde-
malades.
Souffler mal. Avoir de mau-
vaises intentions. — Lorsqu'un
voleur s'aperçoit qu'il a éveillé
l'attention d'un agent, il dit : La
donne souffle mal.
Souffler dans le poireau. i'eZ-
îare. — Faire une mauvaise ap-
plication de l'art deTulou. {Jar-
gon des filles.)
Souffler des po-S. Dormir en
soufflant de manière à produire
une série de : peuh ! peuli ! La
variante est : Fumer sa pipe. —
« Le baron ne ronflait pas, mais,
selon l'expression vulgaire et
pittoresquement imaigée, il souf-
flait des pois. » (André Theuriet,
La Revanche du mari.) — « Un
homme si bon, si généreux, vous
n'avez pas craint de le tromper!
— Monsieur le président, c'est
que. . . — C'est que quoi ? — C'est
qu'il souffle des pois, w
Soufflet à sa pelure (Avoir
donné un). Porter un vêtement
retourné.
Soufrante. Allumette. Allu-
sion au soufre.
Soûlasse. Traître, trompeur.
(Colombey.)
Soûlasse (La grande). L'as-
sassinat; l'habitude de Vi sassi-
nat. — Maquiller la grande soû-
lasse, faire le métier d'assassin.
Soûles (Compartiments des
femmes). Compartiment réservé
aux femmes seules en chemin
de fer. [Jargon du peuple.)
Soulever. Filouter.
Soulographe. Ivrogne induré.
Soulographie. Ivrognerie cons
titutionnelle.
Soulouque. Cinq et six d un
jeu de dominos. Allusion à la
' couleur noire de feu ce potentat.
Soupape (Serrer la). Cherchei
à étrangler son adversaire, —
dans le jargon des ouvriers du
fer.
Soupapes (Faire cracher ses).
Se griser, — dans le même jar
gon.
Soupe au lait. Personne iras-
cible. — S'emporter comme une
soupe au lait, se mettre en co-
lère pour un rien, à propos de
rien.
Soupe (Tremper une). Corri-
ger à coups de poing. — Battre
l'ennemi, dans le jargon des
troupiers.
Soupe au poireau (Faire man-
ger la). Faire attendre. {V .poi-
reau.) C'est la variante moderne
de faire le poireau.
Soupe de ta tranche (Avoir).
Etre ennuyé par un camarade,
avoir assez de lui, — dans l'ar-
got du régiment. — J'ai soupe de
ta tranche^ tu m'ennuies. — Va-
riante : Avoir soupe de ta fiole.
Soupente. Ventre. — Jet' vas
défoncer la soupente à coups de
sorlots à diamants.
Soupente (Vieille). Vieille
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
353
femme laide et malpropre. —
« La buraliste t'a appelée vieille
«oupente? » {Tam-Tam, 46 mai
1880.)
Soupeser (Se faire). Se faire
réprimanf]"r par le patron, —
dans le jargon des employés de
commerce.
Souquer. Rudoyer, frapper.
Souricière. Dépôt de la pré-
fecture de police. C'est la partie
du Palais-de-Justice où se trou-
vent les prisons affectées aux
détenus qui attendent l'heure du
jugement. — « Je fus conduit
dans un cachot, que l'on nomme
je crois, souricière, où je passai
la nuit. » (Jean Journe't, Cris et
soupirs, 1840.)
Souricière. Lieu où la police
opère des râtles. Piège à mal-
faiteurs. — Débit de vin, garni,
sous la dépendance de la police
et où les malfaiteurs viennent se
faire prendre.
Sous-off. Sous-offîcier.
Sous-mdtresse. Femme de
confiance dans une maison de
tolérance. — Elle surveille la
consommation et il lui est dé-
fendu de consommer. — « Tout
client, pour pénétrer dans les
chambres, donne à la sous-maî-
tresse 1 franc. » (F. d'Urville,
Les Ordures de Paris.)
Sous-merde. Moins que rien.
— Œuvre exécrable. Homme
d'une incapacité absolue.
Sous-ventrière. Echarpe de
M. le maire; écharpe de M. le
commissaire.
Sous-ventrière (Tu t'en ferais
péter la). Ça te rendrait trop
fier. L'orgueil t'entlerait si fort
Ique ta sous-ventrière en éclate-
rait. — Tu présumes trop de tes
forces. — « Ma chère belle, vou-
lez-vous accepter ma main...
pour ce soir? — Tu t'en ferais
péter la sous-ventrière. » — Les va-
riantes sont : Tu t'en ferais écla-
ter le cylindre, tu ten ferais péter
le nœud.
Sous verge (En). En second
dans le commandement. {Argot
des soldats de cavalerie.)
Sous-pied. Viande coriace
qu'on prendrait pour un mor-
ceau de cuir, — dans le jargon
des soldats de cavalerie.
Sous le lit (Etre). Se tromper,
n'être pas au fait d'un métier.
Soussouille. Petit souillon.
Soutenante. Canne.
Soutirer au caramel. Soutirer
de l'argent en employant la
douceur et la persuasion. Le
peuple dit plus ordinairement :
« Le mettre en douceur ».
Soyeux. Commis à la soieWe,
— dans le jargon des mar-
chands de nouveautés. Il y a un
féminin qui, naturellement, fait
soyeuse.
Spectre. Ancienne dette qu'on
avait oubliée et qui surgit à
rimproviste.
Spectre de banco. Gros joueur
ruiné qui se tient debout der-
rière une table de baccarat sans
jouer, — dans l'argot des grecs.
Store. Œil, paupière. — Bais-
ser les stores, baisser les yeux.
Stroc. Setier, mesure de vin;
d'où mastroquet, marchand de
vin.
Style. Argent. — « Nous ven-
drons ce butin à la première
20
354
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
occasion, et nos profondes u-u-
Toni le style qui leur manque.—
Chez les Zéphirs, où l'esprit est
une denrée commune, l'argent
est désigné par ce mot. » (A.
Camus.)
Style (Avoir du). Etre bien
mis, iivoir bon genre. « Mâtin !
poursuivit Gavroche, tu as une
pelure couleur cataplasme de
graine dé lin et des lunettes
bleues comme un médecin. Tu
as du style t parole de vieux ! >>
(V. Hugo.)
Stylé. Bien habillé, bien mis.
Suage. Assassinat. — Maquil-
ler un suage, combiner un as-
sassinat.
Sublime, Sublimisme. Dans
les ateliers ces mots sont syno-
nymes de paresse, dégradation,
avilissement. — « Lèpre capi-
tale qui ronge les classes labo-
rieuses. » (V. le très remarqua-
ble ouvrage du Sublime de M. De- 1
nis Poulot et V Assommoir de |
M. Zola, où le Sublimisme a été 1
dépeint de main de maître.)
Sublime. Mauvais ouvrier qui
fait plus de bruit que de beso-
gne. — « On ne dit plus, en par-
lant d'un travailleur d'ordre, de
conduite : c'est un bon ouvrier,
et du paresseux, violent et ivro-
gne : c'est un mauvais ouvrier;
on dit de l'un, c'est un ouvrier,
de l'autre, c'est un sublime. »
(Le Sublime.)
Sublimer. Travailler pen-
dant la nuit, — dans le jargon
des polytechniciens. (L. Lar-
chey.)
Sublimer (Se). S'avilir, tom-
ber dans l'avilissement.
Subtiliser. Subjuguer, sédui-
re, — dans le jargon des fem-
mes du peuple qui ont des pré-
tentions au beau langage. —
« Pardié ! y font tous comme ça
les doucereux pour vous subti-
liser. » (Mars et Raban, Les Cui-
sinières, 1837.)
Subtiliser. Dérober. — Qui
m'a subtilisé mon tire-jus? —
Faignantjfas donc pas des mains,
qu'il te faut un tire-jus2
Suçage de pomme. Embras-
sade.
Suce-larbin. Bureau de pla-
cement pour les domestiques
des deux sexes.
Sucer la pomme (Se). S'em-
brasser.
Suceur, Suceuse de pomme.
Celui, celle qui embrasse iré-
quemment, qui a la manie
d'embrasser.
Sucre (C'est un). C'est très
bon.
Sucre (Casser du). Dénoncer,
— dans le jargon des voleurs.
~ Médire, se moquer de, —
dans l'argot du peuple.
Sucre (Manger du). Etre sa-
tisfait d'un éloge. — Etre ap-
plaudi, — dans le jargon des
comédiens. On dit plus fréquem-
ment aujourd'hui : Boire du lait.
Sucre à cochon. Sel.
Sucrer. Maltraiter; gagner
quelqu'un au jeu et se moquer
de lui, — dans le jargon des
grecs.
Suée. Correction manuelle.
Suer une (En). Faire une
valse, un quadrille, — dans le
jargon des voyous. — « Ohé!
Titine! viens-tu en suer uue? »
DICTIONNAIRE D* ARGOT MODERNE.
355
(V*« Richard, Les Femmes des
autres.)
Suer (Faire). Faire donner de
l'argent, — dans le jargon des
voleurs.
Suer (Faire). Ennuyer forte-
ment. — Faire pitié, en terme
de mépris. Mot à mot : c'est
donner chaud à quelqu'un à
force de débiter des platitudes.
Suei' Thémis (Faire). Eviter
de tomber sous le coup de la
loi, marcher sur les marges du
Code. Dans le monde des vo-
leurs, il existe des praticiens ou
plutôt des pratique s y qui n'exer-
cent pas d'autre métier. Ils vi-
vent des conseils qu'ils donnent
pour faire éviter les rigueurs de
la loi.
Suer les cordes (Faire). Jouer
d'un instrument à cordes. —
1 Faire suer les cuivres, jouer d'un
i instrument de musique en cui-
vre, — dans le jargon des mu-
siciens. Pour préciser, ils di-
sent : faire suer le violon, faire
suer le violoncelle.
Suer le lustre (Faire). Dé-
plaire au public, — dans le jar-
gon du théâtre. C'est-à-dire :
jouer si mal qu'on fait suer les
chevaliers du lustre, les cla-
queurs. — « Quand Valcourt
joue ici, il fait ordinairement
suer le lustre. » {Musée Philipon,
Théâtre de Bourg-en-Bresse.)
Suffisance (Avoir sa). Avoir
bu autant qu'on peut noire. —
« Je crois qu'il a sa suffisance. »
{Ces dames du Casino, 1862.)
Suif. Forte réprimande.
Suiffard. Riche.
Suif fard. Tricheur, grec. —
Les suiffards se mettent au vert
pour charrier des types.
Suifferie. Tripot. — « Ce qu'on
sait moins, ce sont les noms des
cercles dont la spécialité est de
donner à jouer et de prendre
pour la cagnotte. Savourez l'é-
légance de ces noms : La Sui-
ferie, Gredins'club, les Bonnets
verts, les Papas « neuf », les
Frères séquenciers,Chenapan club,
les Souliers percés. » {Figaro, du
6nov. 1878.)
Supitre. Tramway. Par alté-
ration pour pupitre, et par al-
lusion aux sièges des cochers de
tramways qui ressemblent assez
à des pupitres. (Jargon des
voyous.)
Suisse (Faire). — « Ce mot, à
la caserne, équivaut à une injure
indélébile. — Faire suisse, c'est
vivre seul, mesquinement, sans
relations amicales et sans ap-
pui ; c'est entasser son prêt, lé-
siner, thésauriser, s'imposer des
privations volontaires ou dé-
penser sournoisement son ar-
gent loin des autres. » (A. Ca-
mus.)
Suissesse. Absinthe coupée
avec de l'anisette ou de la
gomme.
Suivez-moi, jeune homme.
Longs rubans tlottants, brides
de soie ou de velours, cfue les
femmes portaient en 1869-72,
derrière la tête ou fixés au col
de leurs pardessus. — « Nous
avons gardé nos suivez-moi jeune
homme. » (Grévin.)
« Ces longues brides, que l'on nomme
» Aussi des suivez-moi, jeune homme. »
(A. Pommier, Paris 1867.)
Suivre le soleil. Aller travail-
ler à^la journée chez les parti*
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
356
culiers, — dans l'argot des tail-
leurs. (A. Delvau.)
Sur le gril (Etre). Griller
d'impatience ; cuire dans le jus
de l'anxiété. — Le condamné
qui attend le verdict du jury est
sur le gril.
Surbine. Surveillance de la
haute police.
Sûreté (La). La police de sû-
reté.
Surfine. Sœur de charité.
Surgebé (Etre). Etre condam-
né en dernier ressort.
Surgebement. Rejet du pour-
voi d'un condamné.
Surin. Couteau, — Suriner,
tuer à coups de couteau. — Su-
rineur, assassin qui travaille au
couteau. Ce sont des dérivés de
suer, suage.
Surse (Faire la).— -« Quand on
s'amuse (au magasin), un des
commis fait la surse. Faire la
surse, c'est faire sentinelle. La
sentinelle veille et observe, et
dès que le patron apparaît, un
cri de convention, qui ne peut
éveiller aucune défiance, reten-
tit dans le magasin et se répète
d'un rayon à l'autre. Comme
par exemple 8.50! ou 9.50! »
{Commis et demoiselles de maga-
sin, 1868.) Longtemps le mot
d'ordre fut sur seize! L'hiver
dernier, aux magasins du Prin-
temps, c'était : « Voyez gants
Suède n° 1 », ou « voyez Suède
I ». — Nous laissons à de plus sa-
vants que nous le soin d'éclair-
cir l'étymologie et d'affirmer .si
le surse de MM. les calicots vient
du latin sursum. Pourquoi pas?
II doit y avoir de bons latinistes
parmi ces gentlemen. Il y a
bien un ancien prix d'honneur
de rhétorique actuelJement co-
cher de fiacre, et un docteur
ès-Jettres, chiffonnier.
Sultan (Le). Le public, —
dans le jargon des sociétaires
de la Comédie-Française, fidè-
les gardiens du beau langage,
de la tradition et des belles ma-
nières.
Sylphider (Se]. Se sauver, —
dans le jargon au peuple.
Symbole. Tête; chapeau.
Symbole. Crédit, compte ou-
vert chez un marchand de vin,
un restaurateur, — dans le jar-
gon des typographes. — Sym-
bole fait ici allusion au symbole
des apôtres, au Credo, et credo
est une forme argotique de
crédit. Ce jeu de mots n'est pas
au-dessous des connaissances de
beaucoup de typographes. —
Avoir, demander symbole.
Symphoneries. Bêtises, —
dans le jargon du peuple. —
Lâcher des symphoneries, dire
des bêtises.
Synagogue (C'est). C'est sy-
nonyme, — dans le jargon des
farceurs.
Système. Un mot fort en cré-
dit chez les ouvriers qui le met-
tent devant un autre avec le
sens de : daîis le goût de, comme
chez, semblât le à. — Système Jar-
dinière, habillement complet.
— Système Finaud, chapeau
haute forme. — Système ballon,
grossesse etc., etc. Le champ
est vaste, aussi est-il très ex-
ploité.
Système (Se faire sauter le).
Se brûler la cervelle.
DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE
i-ystéme (Rompre le). Aga-
cer, porter sur le système ner-
veux.
357
Système (S'en faire péter le).
Faire, entreprendre une chose
au-dessus de ses forces.
Tabac (Manufacture de). Ga-
.serne.
Tabac à trois sous labrouette.
Tahac de cantine, — dans le
jargon des soldats.
Tabac (Passage à). Voies de
faits auxquelles se livraient, en-
core au commencement de 1879,
les agents de police envers cer-
tains prisonniers.
Tabac (Passer au). Maltraiter,
brutaliser, bourrer de coups, —
dans le jargon de la police.
— « Quand je suis arrivé au ser-
vice de sûreté, j'ai demandé aux
anciens la cause des cris que
poussaient des prisonniers, et
ils m'ont répondu : Ce sont des
individus qu'on ligote fortement
en leur demandant s'ils veulent
casser du sucre. On appelle cela
passer au tabac. » {La Lanterne^
compte-rendu du procès de la
Lanterne, déposition de M. Cou-
sin, inspect. de police, 23 janv.
1879.)— « M. Tard, inspecteur de
police, déclare qu'en décembre
1876, il a vu amener un jeune
homme de dix-huit à vingt ans
qui refusait de donner son nom ;
on lui a lié les mains si forte-
ment que le sang a coulé, et
comme il persistait à garder le
silence, on l'a menacé ae chauf-
fer une barre de ter et de la lui
passer sous la plante des pieds. »
{IderUf idem.)
Tabac (Donner du, Coller du).
Battre-. — Réprimander forte-
ment.
Tabatière (Ouvrir la). Sacri-
fier à crepitus ventris.
Tabernacle. Derrière, — dans
le jargon des voyous. — Je te vas
défoncer le tabernacle. — Ouvrir
le tabernacle, sacrifier à crepitus.
Table (Faire le tour de la).
En style de gastronome, c'est
manger de tous les plats qui
sont servis dans un dmer.
Table (Se mettre à). Dénon-;
cer un complice.
Tablette. Brique.
Tablier de cuir. Cabriolet.
Tablier blanc. Bonne d'en-
fants. La dame aux Camélias
du troupier.
Tafe, Taffe, Taftaf, Taftas.
Peur ; fuite. — « Le taf est cette
impression étrange qu'éprouve
le lièvre devant le chasseur, le
soldat au premier coup de ca-
non, et l'acteur au moment d'en-
trer en scène... Un soir qu'Harel
le voyait (Frederick Lemaître)
vider une bouteille dans la cou-
lisse : — Que diable faites-vous?
lui demanda-t-il? — Je noie le
taf, répondit Frederick. » (Pa-
ris-Comédien.) Un exemple de ce
mot a été relevé par M. Fr. Mi-
chel duos les biyarrures et tou-
358
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
ches du seigneur des Accords ,
1808. — A la Cour des Miracles
(xii* siècle), on appelait thafurs,
les vagabonds. Les vagabonds
n'ont jamais précisément brillé
parle courage. Pourquoi thafur
n'aurait-il pas fait taf, peur, et
taffeur, poltron?
Taffer. Avoir peur. — TaffeuVy
tafeuse, poltron, poltronne.
Taffouilleux. — « Chiffonnier
de la Seine, écumant ses bords,
ramassant les épaves et volant
au besoin. » (F. du Boisgobey.j
Ce sont les anciens ravageurs
d'E. Sue. Mot à mot : qui fouil-
lent dans les tas.
Taillage. Désertion mo-
mentanée de l'atelier, fugue
d'un jour ou deux, — dans le
jargon des apprentis. — Mot
emprunté aux collégiens.
Taille. Terme de maisons de
jeu. — « Mais comme il (le crou-
pier) ne peut tenir tout ce pa-
quet de jeux à la main, il le
taille ensuite avec de petits car-
tons en parties à peu près éga-
les, prenant successivement, en-
suite, dans le cours du jeu, les
paquets partiels séparés par ces
cartons. » [Les Joueuses^ 1868.)
Tailler. Tenir la banque au
baccarat. — « Avoir une veine
pareille et ne pas tailler! »
(Vast-Ricouard, Le Tripot.) —
Bien tailler, gagner à la banque ;
mal tailler f y perdre, mal con-
naître le jeu.
Tailler une basane. Exécuter
le geste familier aux voyous,
geste qui consiste à s'adminis-
trer une claque sur la cuisse et
à relever vivement jusqu'au bas
ventre la main, paume ouverte,
les quatre derniers doigts bat-
tant l'air. L'expression appar-
tient aux soldats de cavalerie
qui ne craignent pas d'exécuter
ce geste sur la basane de leur
culotte.
Tailler une croupière. Sur-
passer, distancer moralement
ou physiquement, — dans le
jargon des soldats de cavalerie.
Tailler l'école, le collège.
Faire l'école buissonnière; aller
galopiner, aller jouer aux billes
au lieu d'aller en classe.
Tailleuse de plumes. Fille
qui boit de l'eau-de-vie à même
la bouteille.
Tal. Derrière. — Tapeuse du
tal, fille publique qui en re-
montrerait à la femme de Loth.
— Taper dans le tal, faire rétro-
grader Efos.
Talbin. Huissier, — dans le
jargon des voleurs.
Talbin, Tailbin. Billet à or-
dre, — dans le même jargon.
— Talbin de la carre, billet de
banque. — Talbin d'encarade, bil-
let de théâtre; mot à mot : bil-
let d'entrée. — Talbin de la sèche,
billet mortuaire.
Talons courts (Avoir les). Se
dit d'une femme que le moindre
souflle de l'amour renverse dans
la position horizontale.
Tambouille. Ragoût de mé-
nage; cuisine sans prétention.
Tambour. Brigadier-fourrier,
— dans l'argot des dragons.
Tambour. Chien. — Battre du
tambour, aboyer.
Tampon (Coup de). Coup de
poing.
Tamponner. Donner un coup
de poing.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
359
Tam-tam. Vacarme; dispute.
Faire du tam-îam.
Tangente. Epée, — dans l'ar-
got des polytechniciens.
Tanner. Ennuyer par des re-
dites. — Tanner le cm>, battre.
Tante. Etre hybride que Bal-
zac a nommé le troisième sexe,
et Vidocq la femme des prisons
d'hommes. — Toutes les tantes
ne sont pas des assassins, mais
tous les assassins sont des tantes.
« Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde,
[chaque soir,
• En tous lieux où le gaz épargne un peu
[de noir,
« Et ça répond au nom de : La Belle
[Gug liste. »
(J. Dementhe,)
Tante (Ma). Nom donné, plus
particulièrement, par les étu-
diants et les commis, au Monl-
de-Piété. Comme l'argent qu'ils
retirent d'un gage est presque
toujours destiné A une partie de
plaisir, c'est ma tante, la femme
à mon oncle, qui est censée l'a-
voir fourni. Les ouvriers qui ne
s'adressent à cet étabhssement
que pour pouvoir subvenir aux
besoins les plus impérieux, lui
ont donné le sombre nom de
« clou ».
Tapage. Séduction exercée sur
une femme. Est d'un degré plus
relevé que le levage, en ce sens
que la femme iapée songe moins
àses intérêts qu'au plaisir qu'elle
aura.
I Tapage. Emprunt.— FoH^apa-
ge, emprunt d'une forte somme.
Tape-à-l'œil. Chapeau mou, —
dans le jargon du peuple. —
« Ils avaient des tape-à-l'œil
flambant neufs, des pantalons à
raies avec des pièces entre les
cuisses. » {Huysmans, Les Sœurs
Vatard.)
Tapé. L'expression si popu-
laire de « c'est tapé », pour « c'est
réussi », nous la trouvons déjà
en 1823 dans le Voyage à Sainte-
Pélagie, d'Emile Debraux. — «En
voilà un (un vers) : il m'a don-
né bien du mal, c'est vrai; mais
aussi comme c'est tapé! » —
( Jup ter avait une honnêteté,
Mars était tapé, n (Zola, Nana). -
TJn travail tapé, un discours tapé.
Tapé à l'as. Tout ce qu'il va»
de plus soigné. — « Je vais vous
fricoter un dîner, là... tapé à
l'as. » (A :^ uvier, Auguste Ma-
nette.)
Tapée. Foule. Une tapée, un
tas. — Nous avons boul.tté une
jolie tapée de moules.
Taper. Séduire à première
vue une femme. — Elle est tapée,
elle en tient. C'est une abrévia-
tion de taper dans Vœily mais
applicable seulement a une
femme.
Taper dans l'œil. Fascinr,
produire une vive impression.
— Cette femme m'a tapé dans
Vœil.
Taper. Etourdir, porter au
cerveau. — Le vin tape sur la
coloquinte.
Taper. Emprunter. Pour cer-
taines gens, an^ demande d'ar-
gent à laquelle ils ne peuvent
se soustraire équivaut à un coup
qui les frappe... d'épouvante;
de là taper. — « Il songea un
instant à taper Théophile, mai«
il était déjà son débiteur de dix
louis. » (Vast-Ricouard, Le Tri-
j pot.)
\ Taper (S'en). Boire énorme-
360
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
ment. — «Allons-nous nous en ta-
per!... Je vous donnerai l'exem-
ple. )) (Scribe, VHonnem- de ma
fille, 1836.)
Taper de l'œil. Dormir.
Taper sur les vivres, sur la
bitture. Manger avec voracité.
— Taper sur la boisson, boire
avec avidité.
Taper dans le tas. Prendre
au hasard. — Frapper au ha-
sard.
Taper sur le ventre, sur la
baraque (Se). Sacrifier au jeune
Onan.
Taper dans le mille. Réussir.
— Donner du pied au derrière.
— Bing ! enplein dans le mille. Al-
lusion au jeu de Siam, au tir à
la cible.
Tapeur, tapeuse. Emprun-
teur, emprunteuse de profession.
Il y a des gens qui n'ont pas
d'autre moyen d'existence. Long-
temps le passage Jouffroy et la
partie du boulevard comprise
entre les rues du faubourg Mont-
martre et Drouot ont été de
préférence fréquentés par les
tapeurs. {V. les Soupeurs de mon
temps, par Roger de Beauvoir,
Portrait du marquis de Saint-
Cricq.)
Tapette. Faux poinçon ser-
vant à marquer les objets d'or
et d'argent. (Fr. Michel.)
Tapette. Bavard. — Jeune
tante. De quatorze à vingt ans
c'est une tapette, de vingt à...
c'est une tante.
Tapin, Tape-à-mort. Tam-
bour.
Tapis. Auberge, cabaret. —
Tapis vert, table de jeu. — Ta-
pis de grives, cantine militaire.
— Tapis de dégelés, la Morgue.
— Tapis de refaite, table d'hôte.
— Tapis bleu, le ciel.
Tapis, tapis d'endossé. Châle,
— dans le jargon des voleurs;
mot à mot : tapis pour le dos.
Tapis brûle (Le). Terme des
joueurs lorsqu'ils ont hâte de
commencer une partie.
Tapis (Etre au). Ne plus avoir
le sou pour jouer, regarder les
autres jouer, •— dans l'argot des
vieux joueurs. — «Quand nous
voyons un homme au-dessous
de toutes affaires, nous le disons
estre réduit au tapis, manière de
parler que nous empruntons aux
joueurs. » (Pasquier, Recherches,
liv.VIII, ch. 47.)— «L'on en voit
qui, de pauvres qu'ils ont esté,
ou par procès, voyages ou guer-
res, sont au tapis. » (Brantôme,
Vie des dames galantes.)
Tapisserie. Figurante du
grand monde. — Femme que
l'on invite pour faire nombre,
femme que l'on n'invite jamais
à danser. — Faire tapisserie.
Tapissier, Orgue tapissier.
Aubergiste, cabaretier, logeur.
— Tapissière, cabaretière, lo-
geuse en garni.
Tapoteur, tapoteuse de piano.
Joueur, joueuse de piano qui
martyrise et l'instrument et
l'auditoire,
Tapotoir. Piano, — dans
le jargon des soupeuses. —
<t Garçon, donnez-nous le cabinet
du tapotoir. » {Ces dames du
Casino, 4862.)
Taqueté. Terme chorégra-
phique. — « C'est la vivacité, la
rapidité^ Cô sont les petits temps
DICTIONNAIRE d' ARGOT MODERNE.
aei
sur les pointes : c'est Essier. »
(Ch. de Boigne.)
Tarauder (Se). Se disputer.
Taroque. Marque du linge.
Taroquer. Marquer du linge.
Tarre. Pour tire. -- Vol à la
tarro. (L. Larchey.)
Tartare. Garçon de salle char-
gé d'empcchcr de sortir, entre
deux classes, les élèves externes
qu'une pension envoie au col-
lège.
Tartare. Second ouvrier tail-
leur, ouvrier qui aide le bœuf.
Tarte, Tartelette. Mauvais,
faux, — dans le jargon des vo-
leurs.
Tartine. Long couplet de
prose ou de vers, — dans le jar-
gon des comédiens. — Long,
filandreux et soporifique article
politique, — dans le jargon des
journalistes. Allusion à la lon-
gue tranche de pain enduite de
confiture.
Tartiner. Ecrire un long ar-
ticle pour ne rien dire.
Tartines. Vieux souliers.
Tartinier. Rédacteur qui fait
la tartine dans un journal.
Tartir. Aller à la selle.
Tas. Personne sans énergie.
Tas de pierres. Prison.
Tas (Faire un). Aller copieu-
sement à la selle.
Tas (Prendre sur le). Prendre
en flagrant délit de vol.
Tasse. Verre de vin, ~ dans
le jargon des typographes. — Le
temi[)S d'aller boire une tasse.
Tasse. Pot- de- chambre, —
dans le jargon du peuple. —
« Passez-ieur-z'y une tasse! »
(Huysmans, Les Sœurs Vatard.)
Tasse (la grande). La mer. --
Boire, à la grande tasse ^ faire
naufrage, se noyer.
Tasseau, Tube. Nez, ~ dans
le jargon des voyous. — Se
sécher le tasseau, se vider le tuhe,
se moucher. — Se piquer le
tasseau, se coiffer le tube, se
soLiler.
Tâte-minette. Sage -femme.
(L. Larchey.)
Tâtez-y. Petit bijou en forme
de cœur que les jeunes personnes
portent sur la poitrine, à la
naissance de la gorge.
Tatouille. Grêle de coups.
Taudion. Pour taudis; mé-
chante petite chambre, sale ca-
binet meublé. — « J'ai tout mis
au c/oif pour becqueter et payer le
taudion où nous couchons moi
et Jenny. » (Encore une industrie
inconnue.) — « Puis il l'appela et
la fit monter dans sa chambre,
un taudion formé de lattis et
plâtre. » (Huysmans, Marthe.)
Taule, Toile, ToUart. Bour-
reau, — dans l'ancien argot. —
C/«rtr/o^,''sous la Révolution. —
Bêquillard, après la Révolution.
— Le Mecque de la camarde^ de
nos jours.
Tauper. Travailler.
Taupe. Maîtresse d'un soule-
I neur. Terme méprisant à
! dresse d'une femme.
l'a-
Taupage.
chel.)
Egoïsme. (Fr. Mi-
Taupin. Elève du cours des
mathématiques spéciales. Les
taupins se divisent en trois
21
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
302
classes : le Bizut, élève de pre-
mière année; le Carré, élève de
deuxième année, et le Cube,
élève de troisiènne année. Le
Carré passe pour être quatre
fois plus abruti que le Bizut et
le Cube neuf fois plus, — dans
le jargon des élèves de mathé-
matiques spéciales.
Taupin. Nom donné à l'ar-
tilleur, — dans le jargon du ré-
giment. Allusion à la taupe qui
passe pour avoir la vue basse.
Nombre d'officiers d'artillerie
sont dans ce cas et portent lu-
nettes. M. L, Larchey donne
encore ce nom de taupin au
soldat du génie.
Taupinière. Cours de mathé-
matiques spéciales, — cours
préparatoire pour l'admission
à l'École Polytechnique.
Te deum raboteux. Scène de
ménage avec accompagnement
decoupsde poing. — Faire chan-
ter un te deum raboteux à la bour-
geoise, battre sa femme jusqu'à
ce qu'elle crie.
Teigne. Méchant, taquin et,
vulgairement, méchante teigne.
Teinturier. Manœuvre de let-
tres, chargé de corriger, de
faire même l'œuvre d'un autre
et qu'un autre signera. Voltaire
a été le teinturier de Frédéric
le Grand. — « Une espèce de
petit-collet, teinturier, chargé
de soumettre le génie de ma-
dame aux règles delà syntaxe. »
(Jouy, Guillaume le franc-par-
teur.)
Télégraphe sous-marin. Lan-
gage des pieds en omnibus, au
théâtre, à table.
Tempérament (A). Payement
I)ar fraction de moi.^ en mois. —
Acheter à tempérament, acheter
avec la faculté de payer tant
par mois. Ce genre d'opération
esttrès usité entre filles galantes
et marchandes à la toilette. Ces
dames, qui ont le petit mot
pour rire, appellent encore ce
mode de payement : « A tant
par amant ». — « Elle leur
avance les sommes nécessaires,
qu'elles remboursent à tempé-
rament. » (F. d'Urville, Les Or-
dures de Paris,)
Temple. Vêtement d'occasion
c'est-à-dire acheté au Temple,
Tenante. Chopine ; et parti-
culièrement, chopine d' eau-de-
vie.
Tenir (En). Etre amoureux.
— Je crois qu'elle en tient pour
lui. — Etre trompépar sa femme.
Mot à mot : tenir des cornes. —
Et vous dites que sa femme t'au-
rait.. . Il y a beau jour qu'il
en tient.
Tenir la chandelle. Manger
son pain sec au fumet du bon-
heur d'un couple. Variante :
Marquer les points.
Ternaux. Cachemire qui n'a
rien à voir avec son frère des
Indes. Châle français ; le rêve
des portières, la cauchemar des
élégantes.
Terreau. Tabac à priser.
Terre-Neuve (Banc de). Par-
tie du boulevard comprise entre
la Porte Saint-Denis et la Ma-
deleine, — dans le jargon des
souteneurs. — « Lcsmacs disent
par abréviation: Aller au banc;
c'est aller à la recherche d'une
femme. Le soir il viendra voir
ledéfilédubancde Terre-Neuve;
il trouvera là son affaire dans
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
363
les prix doux. » (Le Sublime.)
Le poisson s'est fait pêcheur. 11
va à Terre-Neuve pêcher une
morue. — « Les mœurs des ma-
quereaux sont assez connues
pour qu'il ne soit pas besoin de
vous apprendre qu'ils fraient
de préférence avec les morues. »
[Tam-Tam du 6 juin 1880.)
Terrer. Guillotiner.
Terreur (La). C'est le surnom
que donnent au plus fort d'entre
eux les souteneurs d'un même
quartier. Il j a la Terreur de
Montrouge. et la Terreur de Vin-
cennes, Za Terreur de Belleville
et la Terreur de Grenoble, etc..
Tesière. Toi. Et les variantes:
Tésigo, tésigue, tésingard.
Tesson. Tête. — Mauvaise tête.
Faire son tesson^ n'en faire qu'à
sa tête.
Têtard. Têtu, entêté.
Tétasses. Seins de la Vénus
Hottentote; grands pendards,
selon l'expression de Voltaire.
Tête carrée. Allemand.
Tète de Turc. Dynamomètre
vivant, soutire-douJeur, mys-
tifié, bouc émissaire.
Tête de buis. Crâne dénudé.
Tête à corvées. Imbécile,
tête d'idiot, — dans le jargon
du régiment.
Tête deveau. Individu chauve.
— Figure pâle et grasse ; et, en-
core, tête de veau lavée, par allu-
sion aux tètes de veau trem-
pant dans les baquets des bou-
chers.
Tête qui dépasse les cheveux
(Avoir la). Etre chauve.
Tète (Faire sa). Faire des
embarras; prendre des airs im-
portants. — « Ça veut faire sa
tête et ça ne sait pas seulement
lire. » (V. Rozier, Les Bals pu-
blics à Paris.)
Tête (Se faire une). Se gri-
mer; prendre la physionomie
particuhère au personnage que
l'acteur représente. Les mou-
chards et les comédiens habiles
excellent dans l'art de se faire
une tête.
Téter. Boire. — Donnez-y
donc à téter à ce soûlot et qu'il
ne gueule plus !
Téton de satin blanc tout
neuf. Sein de jeune fille. L'ex-
pression est de Marot. Elle esten-
core usitée de nos jours. — «Des
nichons lui étaient venus, une
paire de nichons de satin blanc
tout neufs. » (E. Zola, L'Assom-
moir.)
Tétonnière. Femme aux puis-
santes mamelles. Femme digne
de jouer les Junons à la ville, au
théâtre et aux champs.
Têtue, Tiquante. Epingle.
Théorie dans les coins (Savoir
sa). Savoir parfaitement sathéo-
rie, — dans le jargon des sol-
dats.
Thomain. Rôle effacé, bout
de rôle, — dans le jargon des
comédiens
Thomas. Pot-de-chambre
haute forme. Allusion au verset
de l'hymne de Pâques : Vide
Thomas, videpedes, vide manus.
— La mère Thomas, la veuve
Thomas, chaise percée. — Avoir
avalé Thomas, avoir l'haleine
fétide.
Thune. Pièce. — Thune de
cinq balles f pièce de cinq francs.
364
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
— Thune de camclotte, pièce
d'étoffe.
Tiche. Profit, — dans le jar-
gon des commis de la nouveauté.
Ticquage. Mouvement de haut
en bas exécuté avec la main qui
lient les cartes et aussitôt répri-
mé. — Le ticquage indique aux
j autres joueurs que celui qui l'a
fait a pris le point sept au bac-
carat pour le point de huit.
Ticquer, Ticker. Faire le mou-
vement, aussitôt réprimé, d'a-
battre ses cartes, — dans le
jargon des joueurs. — « Une
émotion violente leur contrac-
tait le cœur, lorsque, tickant par
distraction, il faisait le geste
d'abattre. » (Vast-Ricouard, Le
Tripot.)
Tierce. Agents de police en
nombre, — dans le jargon des
voleurs. — Caletons, il y a de la
tierce, sauvons-nous, il y a beau-
coup d'agents de police.
Tierce Maj or . Tierce maj eure,
au jeu de piquet.
Tigne, Tine. Rassemblement,
foule, — dans le jargon des
voleurs.
Tigner d'esbrouffe. Voler à
la faveur d'un rassemblement.
Tigre. Elève de la danse à
rOpéra, qui a eu la chance
d'être remarquée sous plus d'un
rapport. Le tigre est la seconde
incarnation du m^; c'est un rat
qui a fait son chemin.
Tigre. Urinoir des étages dans
les casernes. — Pourquoi tigre?
Est-ce parce que ce récipient est
altéré... d'urine comme le tigre
est altéré de san^; ou encore
parce que les parois en sont ta-
cbctéus i'
Tigre à cinq griffes. Pièce de ^
cinq francs. — « Quand le café
était pris, un de la bande se
détachait pour aller à la chasse
du tigre à cinq griffes. » [Paris-
Bohême, 1854.)
Timbale (Décrocher la). Sur-
passer, remporter un avantage
sur ses rivaux, sur ses concur-
rents. — « Celui qui a décroché
la timbale lyonnaise ne vaut
pas mieux comme opinion que
l'ex-pensionnairede Clairvaux.»
[Le Triboulet, du 13 juin 1880.) |
Timbre (Salle du). Salle voi- ^'
sine de la cuisine où la viande
et le poisson reposent sur des
dalles maintenues fraîches par
de la glace. — « Dans les grands
établissements, le timbre con-
somme en moyenne trois cents
livres de glace par jour. » (Eug.
Chavette, Restaurateurs et res-
taurés, 1867.)
Tinelte. Bouche, — dans le
jargon des voyous. — Couvre ta
tinette, mets un liège à ta tinette^
tais-toi.
Tinette. Botte. (L. Larchey.)
Tinteur. Jeune tante, — dans
l'ancien argot.
Tique (Soûl comme une). Soûl
à ne plus pouvoir bouger. —
«Ils étaient déjà soûls comme des
tiques. » (E. Zola.) Allusion à
la tique, petit insecte qui s'at-
tache aux oreilles des chiens,
des bœufs et qui se soûle de
sang.
Tirage. Difficulté. — « Il y
aura du tirage. » (E. Augier,
les Fourchambaultf 1878.)
Tirage. Action de tirer une
carte, terme de joueurs de bac-
carat. — « Le tirage à cinq est
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
365
un des points les plus contro-
versés de baccarat. » (Vast-Ri-
couard, Le Tripot.) — U7i beau
tirage, prendre une carte qui
constitue un beau point.
Tiraillon. Apprenti voleur à
la tire. — « Vêtus très mesquine-
ment, souvent même en blouse,
ils se bornent à fouiller les po-
ches des habits et des paletots,
et exploitent ordinairement les
curieux qu'un événement for-
tuit rassemble dans les rues ou
qui forment cercle autour des
chanteurs ou des saltimban-
ques. » (Mémoires de Canler,
1862.)
Tirante. Jarretière. — Cor-
don de sonnette.
Tirants. Bas. — Tirants de
triînilets, bas de fil. — Tirants
de fllsange, bas de filoselle. —
Tirants doux, tirants radoucis,
bas de soie.
Tire. Vol exécuté dans la
poche des autres.
Tire (Ça se). Cela tire à sa
fin, — dans le jargon des trou-
piers.
Tire à la chicane. Vol prati-
qué en aifectant une pose na-
poléonienne, les mains derrière
le dos. — Vol commis en tour-
nant le dos à celui dont on al-
lège les poches. C'est le summum
de l'art du vol à la tire.
Tire-bogue. Filou qui a un
faible pour les montres.
Tire -fiacre. Viande aussi co-
riace que de la viande de
cheval. i
Tire-gosse, Tire-môme. Sage-
femme.
Tire-jus. Mouchoir, — Tire-
juter, se moucher.
Tirelire. Derrière. — « S'il a
envie de se faire coller un atout
dans la tirelire. )> {Tam-Tam du
6 juin 1880.)
Tirelire. Gagne-pain des fiUes
de joie.
Tirer. Voler à la tire.
Tirer. Avoir peu de temps à
rester au régiment. Mot à mot :
la fin du service mili-
à la conscrip-
le jargon du
tirer à
taire.
Tirer. Tirer
tion, — dans
peuple.
Tirer. Tirer une carte ou de-
mander une carte au jeu de
baccarat.
Tirer. Subir une condamna-
tion. — Combien que tu tires ? par
abréviation pour : combien tires-
tu de longes ?
Tirer une râpée. Sacrifier à
Vénus, — dans le jargon du
régiment.
Tirer à la ligne. Délayer un
article de journal, l'allonger,
non plus avec des alinéas et
des blancs comme pour le chou-
fliquage, mais avec des épithè-
tes, des synonymes, des péri-
phrases.
Tirer une dent. Soutirer de
l'argent sous un faux prétexte.
Tirer le chausson. Décam-
per.
Tirer aux grenadiers. Forger
une histoire pour emprunter de
l'argent.
Tirer au mur. Se passer de,
se priver, — dans le jargon des
soldats. (L. Larchey.)
Tirer une coupe sur le grand
fleuche. Aller à la Nouvelle-
366
Calédonie, -
des voleurs.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
dans le jargon
Tirer sa longe. Traîner la
jambe. — Expression primiti-
vement appliquée à la démarche
des forçats libérés.
Tirer au renard. Pour un
cheval, c'est lever le nez en
l'air, quand on le tient par la
bride ou qu'il est attaché au râ-
telier, — dans le jargon des
soldats de cavalerie. — Tirer
au vent, c'est quand le cheval
portant son cavalier lève la
tête. 11 n'y a pas moyen d'arrê-
ter un cheval emballé qui tire
au vent.
Tirer au flanc. Manquer à sa
parole, ne pas tenir ce qu'on a
promis, — dans le jargon du
régiment.
Tirer ses guêtres, Se la tirer.
Se sauver, partir. Variantes :
Tirer sa coiipe^ se tirer des pattes.
Tirer son plan. Subir un em-
prisonnement.
Tirer la ficelle. Sacrifier à
Onan.
Tirer la langue d'une aune.
Etre très altéré. — Etre misé-
rable.
Tirer les pattes (Se). Bâiller
en allongeant les bras au-des-
sus de la tête.
Tirer d'épaisseur (Se). Sortir
d'un mauvais pas.
Tirer une d'épaisseur (En).
Mot à mot : tirer une énorme
carotte. — En tirer une de lon-
gueur ^ même signification.
Tireur. Voleur à la tire.
Tiretaine. Tireur de campa-
gne. — Voleur à la tire qui fait
un peu de villégiature. C'est
dans les loires de village que le
tiretaine fait de bonnes récol-
tes.
Tiroir. Suppression d'une ou
de plusieurs cartes dans le but
d'aider la chance. — «Le tiroir se
pratique à tous les jeux, notam-
ment au piquet, par l'enlève-
ment des trois as. » (A. Cavaillé,
Les Filouteries du jeu.)
Tiroir de l'œil. Economies
provenant de la gratte^ — dans
le jargon des ouvriers et ou-
vrières à façon.
Tirou. Petit chemin, chemin
de traverse, — dans le jargon
des voleurs.
Tirer des balladoires (Se).. Se
sauver; c'est-à-dire : se tirer des
jambes. Les balladoires, ce sont
les jambes, qui servent à la
ballade.
Titi. Nom intime du gamin
de Paris.
Titi. Typographe.
Titi. Volaille, — dans le jar-
gon des chiffonniers.
Toc (Du). Du cuivre, bijou
en imitation.
Toc, Toque, Tocasson. Laid,
désagréable, qui a peu de va-
leur. — Elle est rien toc cette
gonzesse ! cette femme est très
laide.
Toc, Togue, Toque. Amusant,
amusante. — Rusé, rusée.
Tocasse. Méchant, méchante.
Tocasserie. Méchanceté.
Tocasson. Femme laide et
vieille, ridiculement accoutrée.
— Quel tocasson!
Toile (Faire de la). Ne pas
DIGTIONNAIRt: D ARGOT MODERNE.
manger faute d'argent, — dans
le jargon des tailleurs.
Toilette (Faire la). Couper
les cheveux à un condamné à
mort pour faciliter la décolla-
tion.
Toilette (Faire sa). Vaquer
aux soins de propreté tout in-
times, — dans le jargon des
bourgeoises qui ne craignent
pas l'eau.
Toiture. Chapeau d'homme.
Tôle, taule. Maison.
Tolède. Excellent, de qualité
supérieure. Mot dont on a usé
et abusé lors des beaux jours de
l'école romantique; aussi dé-
modé* que l'école elle-même.
Tout était de Tolède, par allu-
sion aux fameuses lames si ex-
ploitées dans les drames du
temps. — Parapluie de Tolédt',
femme de Tolède, montre de To-
lède. Le plus souvent enjoignait
l'adjectif bon, bonne,pour mieux
observer la couleur locale.
Tombage. Emprunt fait au
jeu et qu'on ne rendra jamais.
Tombe dur (Ça). Il pleut à
verse.
Tomber. Séduire ; obtenir les
faveurs d'une femme. — <* Pour
lui faire la cour, pour arriver à
la tomber, il faut, etc.. On tombe
sans grand'peine une brune. «
(Mémoires de Rigolboche.)
Tomber. Vaincre morale-
ment, terrasser moralement son
contradicteur; terme que les
journalistes ont emprunté à l'ar-
got des luUeurs.
Tomber. Retourner en pri-
son. — Tombé malade, repris.
Tomber. Aooaraître sur le
367
tapis vert, — dans l'argot des
joueurs. — Quand un joueur
dit : un louis qui tombe, il an-
nonce qu'il fait un louis au jeu
et qu'il va le mettre sur le ta-
bleau. — « Vingt-cinq louis qui
tombent! cria Servet en quit-
tant le gérant, et en se précipi-
tant à table. » (Vast-Ricouard,
Le Tripot.)
Tomber en litharge. Etre au
secret, par corruption pour :
tomber en léthargie.
Tomber en figure. Faire une
fâcheuse rencontre, se rencon-
trer nez à nez avec un impor-
tun, avec un créancier, avec
une ancienne maîtresse.
Tomber dans le bœuf. Etre
réduit à la misère.
Tomber sur le dos et se faire
une bosse au ventre. Faire une
chute amoureuse qui entraîne
une grossesse.
Tombeur. Séducteur. — « Le
grand Lolo, dit le tombeur des
belles, fouilla, du haut de son
siège, les deux voyageuses d'un
petit coup de fouet d'amitié. »
(E. de Concourt.)
Tombeur. Celui qui vit d'em-
prunts au jeu.
Tombeur. Critique impitoya-
ble. Polémiste qui l'emporte
sur son contradicteur. — « Cette
fois le tombeur de M. Bûcheron
a pleinement raison. » (E. de
Girardin, la France du 23 août
1877.)
Tombeur. Mauvais acteur avec
lequel la meilleure pièce court
le risque de ne pas réussir.
Tondeur d'œufs. Avare, tra-
cassier.
368
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Tondre. Prendre une carte à
son adversaire, couper, — dans
le jargon des joueurs.
TonnQ^u. Acabit. — Etre d'un
bon tonneau, être grotesque, ri-
dicule. — Etre d'un fort tonneau,
6lre fort bête.
Tonneau diviseur. Fiacre, —
dans le jargon des voyous. —
Médcme, faul-y faire avancer
vof tonneau diviseur ?
Tonnerre de poche. Crepitus
ventris. (ScaiTon.)
Toper. S'accoster en se don-
nant la main; — terme de com-
pagnon du devoir.
Toper. Mettre la main sur
quelqu'un ou sur quelque chose,
— dans le jargon du régimont.
— Lapatromlleatopéunpochard.
— Un pochard a topé mon mou-
choir. C'est un mot emprunté à
l'argot des compagnons du de-
voir et auquel on a donné un
sens plus général.
Topiser. Reconnaître, regar-
der avec attention, — dans le
jargon des grecs.
Topo. Remontrance de pro-
fesseur à élève, — dans ie jar-
gon des collégiens; du grec
topos, lieu commun, discours
banal.
Topo. Topographie, par apo-
cope.
Topo. Etat-major. — Officier
d'état-major.
Toquade. Manie, caprice
amoureux, amour passager. —
Avoir des toquades, s'éprendre
facilement de quelqu'un, avoir
fortement envie de quelque
chose. — Elle a des toquades pour
le premier venu.
Toquante, Tocante. Montre.
Allusion au toc-toc du mouve-
ment.
Toqué. Maniaque, excentri-
que. — « Et cependant Carna-
valho n'était pas fou; il n'était
que toqué, mais de quoi?» (R. de
Beauvoir.) — Celui qui est toqué
a, comme on dit, la tête près
du bonnet, jadis toque, toquet;
c'est-à-dire qu'il est extrava-
gant, un peu fou.
Toquer. Sonner.
Toquer (Se). Se passionner
pour. — « On a trouvé un mot
très juste pour leurs amours,
elles se toquent, elles ont des
toquades. » (Jean Rousseay, Pa-
ris dansant.) — « Je suis toqué
de vous. » (Balzac.)
Torche-cul. Imprimé sans
valeur, journal méprisable, —
dans l'argot du peuple. —
Comptabilité, écritures d'un
chef de train, — dans le jargon
des employés du service actif
des chemins de fer.
Torcher. Tourner avec grâce
et facilité un petit travail litté-
raire; faire dans les mêmes
conditions une oeuvre d'art sans
importance. — « Monseletîquia
si galamment torché le si joli
sonnet à l'asperge. » (L. Veuil-
lot.)
Torcher. Donner des coups,
battre; d'où l'expression se dou-
bler un coup de torchon.
Torcher le cul de (Se). Mé-
priser profondément quelqu'un;
ne faire nul cas d'une chose.
Torchon. Sale fille publique.
Le torchon est une fille publique
placée dans l'échelle de la pros-
titution bien au-dessous du
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
linge. — Cuisinière malpropre,
souillon de cuisine.
Torchon, Torchon littéraire.
Jouriialméprisable,iournaldont
on no partage pas l'opinion, —
dans l'argot de la petite presse.
Torchon (Coup de). Fusillade;
coups de fusil, coups de sabre.
— Se donner un coup de torchon,
se battre en duel à l'arme blan-
che, se battre contre l'ennemi,
— dans le jargon des troupiers.
Torchon brûle (Le). Ça va
mal dans le ménage.
Tord-boyaux. Eau-de-vie com-
mune.
« La riboteuse qui consomme'
» Plus de spiritueux qu'un homme
» Et lampe sans peur le rogomme,
» Le sacré-chien, le tord-boyaux. »
(A. Pommier, Paris.)
Tordre le cou à un lapin, à
une gibelotte. Manger du lapin.
— Tordre le cou à une négresse,
boire une bouteille de vin rouge.
Tordu. Dupe des mieux ex-
ploitées, — dans l'argot des
grecs. C'est-à-dire pigeon au-
quel on a tordu le cou.
TorgnoUe. Soufflet. Chique-
naude. — Allonger une torgnolle.
Torse (Se velouter le). In-
gurgiter un petit verre de li-
queur.
Tortillante. Vigne, — dans le
jargon des voleurs.
Tortillard. Fil de fer, — dans
le jargon des voleurs. — Boi-
teux, contrefait.
Tortillé. Gauche, maladroit.
— Espèce de tortillé.
Tortiller. Déterminer une
mort prompte. — Le poison
tortille. — Etre tortillé, mourir
369
Etre tortillé
en peu de temps.
par le choléra.
Tortiller. Faire des révéla-
tions, — dans le jargon des vo-
leurs.
Tortiller. Manger, manger
vite, — dans le jargon du peu-
ple. — Comme tu tortilles!
Tortiller des fesses. Scander
sa démarche, se déhancher en
marchant. — Il n'y a jms à tor-
tiller des fesses, il ne faut pas
faire tant de façons, il faut
prendre un parti; on ajoute,
pour donner plus de force à
l'expression : il faut chier dur»
Tortore. Repas. — Passer à
la tortore, manger.
Tortorer. Man'^er. — Torto-
rer le pain à cacheter, commu-
nier.
Tortu. Vin, — dans l'ancien
argot. Allusion au bois tordu
de la vigne.
Tortue. Femme, amante.
Touche. Tournure; physiono-
mie. — Avoir une bonne touche,
avoir une bonne tournure. Fou-
tue touche, mauvaise tournure.
Touche (Sainte). La paye, le
jour de la paye, — dans le jar-
gon des ouvriers. Une sainte en
grande vénération, parmi le
peuple.
Touches de piano. Dents lon-
gues et larges.
Touché (C'est). C'est bien
fait, en parlant d'une œuvre
d'art, — C'est bien dit, bien
répliqué; c'est très bien.
Toucher (Se). Pratiquer l'ona-
nisme. Se dit principalement
en parlant des enfants qui ont
cette funeste habitude.
21,
370
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
Toncher à la marchandise.
Palper la marchande... de plai-
sir, — dans le jargon des sou-
peuses.
Touiller, Trouiller. Remuer
avec une cuiller, le fond d'un
poêlon. — Mêler les dominos,
battre les cartes.
Toulabre, Toulmuche. Tou-
lon.
Toupet (Se foutre dans le).
Se mettre dans la tête, s'ima-
giner.
Toupet. Aplomb, impudence.
— Toupet bœuf, aplomb énor-
me. Toupet de commissaire, im-
pudence.
Toupie. Femme de mauvaise
vie. — Elle tourne comme une
toupie dans les bras de tous les
hommes.
Tour pointue. Préfecture de
police; et la pointue, par abré-
viation. — Aller faire un tour à
la pointue, aller visiter la poin-
tue, être enfermé au dépôt.
Tour de cravate (Donner un) .
Etrangler.
Tour (Faire voir le). Trom-
per, mentir avec succès.
Tour de bête (Au) . Par rang
d'ancienneté, — dans le jargon
des troupiers. — (^11 passa capi-
taine à l'ancienneté, à son tour
de bête, comme il disait en re-
chignant. )> (Ed. About, Trente
et quarante.)
Tourbe. Misère. — Etre rien
dans la tourbe, être dans une mi-
sère profonde.
Tourier. — Terme de pâtis-
sier. — « Le premier tourier pré-
pare la pâte des gâteaux fins et
leur donne la forme primitive. »
(P. Vinçard, Les Ouvriers de
Paris.)
Tourloure,Tourlourou. Cons-
crit.
Tourmente. Colique, — dans
le jargon des voleurs.
Tournant. Jeu de baccarat où
chaque joueur fait, à son tour,
office de banquier. C'est la va-
riante de chemin de fer. Variante
particulièrement usitée dans les
cercles. — Faire un tournant, un
petit tournant.
Tournante. Clé.
Tourne-autour. Tonnelier.
Tournée. Politesse à coups de
canon sur le comptoir du mar-
chand de vin. Chaque camarade
offre, à son tour, à la société,
la consommation; c'est ce qui
constitue le tour ou tournée;
puis la tournée recommence.
D'autres fois elle se joue autour-
niquet. Certaines tournées du
lundi, inaugurées à neuf heures
du matin, ne sont pas termi-
nées à une heure. — Tournée du
mastroquet, le moment où le
mastroquet s'exécute à son tour.
Tournée de vitriol. Tournée
d'eau-de-vie.
Tourner (Faire). Mystifier, se
moquer.
Tourner l'œil. Avoir envie de
dormir.
Tourner de l'œil. Mourir.
Tourner le feuillet. Retour-
ner aux fastes de Sodome.
Tournevis. Chapeau à cornes.
(L, Larchey.)
Tourniquet. Chirurgien mili-
taire. Il tourne autour des lits.
Tourniquet. Moulin.
Tourtouser.
des cordes.
DICTIONNAIRE d'aRGOT MODERNE. 371
Train. Derrière. — Coup de
pied dans le train.
Train (En). Sur la pente de
l'ivresse. Mis en train par la
gaieté bachique.
Train (Du). Vite; cjst-à-dire
bon train.
Train-train, Tran-tran. Train
de vie. — Aller son train-train^
faire petit à petit son chemi i
dans le monde, faire un petit
commerce à peu de frais et
donnant peu de bénéfices, vi-
voter.
Train direct (Un). Un verre
d'absinthe ; c'est-à-dire un train
direct pour Charenton. On dit
encore grande vitesse pour Cha-
renton. (La petite vitesse sert à
désigner l'absinthe panachée.)
Le peuple n'ignore pas que
Tourte. TtHe. — Ecrevisse
dans la tourte, grain de folie,
grande excentricité. Variantes :
06ms dans la casemate, chauve-
souris dans la mansarde.
Tourte. Vieille femme ridi-
cule. — Chapeau mal fait, gro-
tesque, — dans le jargon des
modistes.
Tourtouse. Corde, corde ser-
vant à garrotter un prisonnier.
Attacher
avec
Tourtouserie. Corderie. —
Tourtousier^ cordier.
Touser. Aller à la selle par
ordre. Autrefois, pendant le
voyage de lu chaîne, les argou-
sins intimaient à leurs pension-
naires l'ordre de touser.
Toussaint-Louverture. Dou-
ble six dun jeu de dominos.
Allusion à la couleur noire.
Tousse (C'est que je). For-
nmlc alTirmative, formule iro-
nique. C'est-à-dire : j'ai raison,
c'est ainsi, je m'entends bien.
Tout Paris. Les douze
quinze cents personnes en vue
qu'on rencontre à toutes les so-
lennités artistiques, dramati-
ques, littéraires, politiques, fu-
nèbres et judiciaires. C'est le
Paris qui a la primeur de tous
les amusements, la virginité
de tous les spectacles, la tleur
de toutes les émotions.
Trac. Peur. — Flanquer le
trac, faire peur.
Tractis. Doux, — dans le jar-
gon des voleurs.
j l'absinthe mène à la folie, mais
I il en boit tout de môme, riant
et de l'absinthe et de la folie.
Train direct coupé. — Un
litre de vin en deux verres, —
dans le jargon des bouchers. —
Trai7i direct sec, un litre en un
vprre. Chez les marchands de
vin do la Villctte, il existe des
verres de la capacité d'un demi-
ou ! litre et même d'un Htre. Quand
les bouchers viennent de faire
un bœuf, il leur arrive souvent
d'absorber, d'un trait, un train
direct coupé et même un train
direct sec. A la fin ck; la jour-
née certains bouchers ont ainsi
lonné l'hospitalité à six ou sept
litres de vin.
Train de charcuterie. Train
omnibus, — dans le jargon des
employés des chemins de fer. —
« Parce que les voyageurs de
secondes et de troisièmes en ont
toujours dans leurs paniers, soit
372
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
pour leur consommation en
route, soit pour cadeaux appor-
tés à leurs familles. » (Aymar de
Flagv, Paris-Journal, du 24 mai
1878.)
Train d'onze heures (Prendre
le). Aller se promener, aller
llâner, — dans l'argot des em-
ployés du service actif des che-
mins de fer. Réminiscence du
jeu de loto où onze signifie les
jambes. Le train d'onze heures
c'est donc le train des jambes.
Train (Prendre le.) Se sau-
ver. — À quelqu'un qui vous
obsède, on dit : Prends le train.
Train (Manquer le). Manquer
une bonne occasion. — Arriver
trop tard.
Traînante. Serpette de plom-
bier.
Traîne-paillasse. Fourrier.
Traîneau CFaire). Se dit en
parlant des chiens qui, après
avoir satisfait aux lois de la na-
ture, frottent contre terre leur
train de derrière, parce qu'ils
n'ont pas l'habitude de se ser-
vir de papier comme les faibles
humains.
Traînée. Coureuse, fille des
rues. Celle qui traîne ses sava-
tes dans tous les mauvais lieux.
— « Je t'ai vu entrer au Grand
Balcon avec cette traînée d'A-
dèle. )) (E. Zola.)
Traîner ses guêtres. Marcher
à l'aventure, llâner bêtement
en usant ses souliers et quel-
quefois les souliers des autres.
Traîneuse. Fille qui stationne
dans les gares, attendant les
trains de voyageurs. La gare
du Havre est encombrée do
ti^ainemes.
Traits (Faire des). Faire des
infidélités conjugales.
Tralala (Grand). Grande toi-
lette, grand étalage de luxe. —
Grande réception.
Tram. Tramway, par apo-
cope.
Tranche-ardants.Mouchettes.
Tranche-fromage. Sabre-
baïonnette, — dans le jargon
des troupiers.
Tranquille comme Baptiste.
Très tranquille.
Traquer. Trembler, avoir
peur.
Traqueur. Poltron, — Tra-
queuse, poltronne.
Travail. Vol ; assassinat; com-
merce de la prostitution, —
dans le jargon des voleurs et
des filles.
Travail. Exercices de saltim-
banque. — Atelier de modiste.
Travail. Littérature à la va-
peur, confection politico-lilté-
raire à l'usage des revues, —
dans l'argot des journalistes.
Le travail consiste à enlever à
la force du poignet quatre ou
cinq feuilles de copie dans le
même numéro. — Grand tra-
vail sur V extinction du paupéris^
me ; grand travail sur les caisses
d'épargne; grand travail sur les
enfants assistés ; grand travail sur
Vinfluence du théâtre, etc., etc.
Travailler. Voler ; assassiner ;
se prostituer, — dans le jargon
des voleurs et des filles.
Travailler les côtes. Médire.
— Battre.
Travailler (Se faire). Etre
sifflé, — dans le jargon des co-
médiens.
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
373
Travailler des mâchoires.
Manger.
Travailler pour le roi de
Prusse. Travailler gratis. Va-
riantes : Travailler à Vœil, tra-
vailler pour la gloirSy travailler
gratis pi^o beo.
Travailler pour Jules. Man-
ger dans l'espoir d'une bonne
et fructueuse digestion.
Travailler dans le rouge. As-
sassiner. — « Un meurtre!...
Travailler dans le rouge ! ... C'est
grave !. .. » (P. Mahalin, Les Mons-
tres de Paris.)
Travailler l'argent. Faire des
tours d'escamotage à l'aide de
pièces de cent sous, — dans le
jargon des escamoteurs. Un es-
camoteur travaille bien l'argent
lorsqu'il cueille habilement des
pièces de cinq francs sur les pa-
letots, sur les chapeaux, sur le
nez des spectateurs.
Travailler dans le bât. Voler
dans les maisons. Abréviation
de travailler dans le bâtiment.
Travailleur. Tricheur, — dans
le jargon des grecs.
Traverse. Bagne, — dans l'an-
cien argot.
Traversin, Tirebraise. Soldat
d'infanterie; par allusion à la
petite taille des fantassins.
Traviole. Traverse.
Travioles. Tracas, peines,
tourments, — dans le jargon
des voleurs.
Trèfle, Tréfouin. Tabac à fu-
mer.
Trèfle. Derrière.
Tremblant. Lit de sangle ,
mauvais lit.
Tremblante. Fièvre, — dans
le jargon des voleurs. — Il a la
tremblante : v'ià huit jours quil
ne décolle pas du pieu.
Tremblement. Mélange de ver-
mout, de cassis et d'eau-de-vie.
— « C'est là (au café des Variétés),
— entre un bock et un tremble-
ment, — que s'ébauchent les en-
gagements de toute sorte. »
(Monselet, Acteurs et actrices.)
Tremblement (Le. — Tout le).
Le reste. Tout le reste.
« Je voudrais, un jour de goguette,
» Etre Bon Dieu rien qu'un moment,
» Pour brouiller comme une omelette,
» L'eau, la terre et le tremblement. »
(L. Fcstoau, Le Tapageur.)
Trembler la volaille morte
(Faire). Dire une bêtise énorme,
affecter des prétentions exor-
bitantes et déplacées.
Trempage. Ivresse, — dans le
jargon des ouvriers imprimeurs.
— Fort trempage, forte ivresse.
— Empoigner un fort trempage.
Allusion à la tremperie.
Trempée, Trempe. Volée de
coups. — « Madame, si je ne me
respectais pas, je vous ficherais
une drôle de trempée! » (Ga-
varni.)
Tremplin. La scène, — dans
le jargon des comédiens.
Trente-sixième dessous (Etre
dans le). Etre tombé dans là mi-
sère aussi bas que possible. — •
Avoir échoué complètement, en
parlant d'une œuvre dramati-
que.
Trente-et-un (Etre sur son).
Avoir mis ses plus beaux habits.
Terme emprunté au jeu de car-
tes appelé <c trente-et-un ». Le
point de trente-et-un prime tous
374
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
les autres, c'est le plus beau du
jeu.
Trépe. Foule, — dans le jar-
gon des voleurs. — Servir de
trépe, faire ranger la foule. (L.
Larchey.)
Trépeligour. Vagabond, —
dans l'ancien argot.
Trépignard. Voleur qui pro-
fite d'un rassemblement, qui,
au besoin, de complicité avec
un ou deux compères, fait naître
un rassemblement à la faveur
duquel il exercera sa petite in-
dustrie. En argot, trépe veut dire
foule, rassemblement.
Trépignée. Volée de coups. —
Flanquer une trépignée dans le
gîte, administrer une volée sri-
gnée.
Trie. Réunion, — dans l'an-
cien argot. — Faire le trie, dé-
serter, à un signal donné, l'ate-
lier, pour aller prendre des for-
ces chez le marchand de vin, —
dans le jargon des typographes.
L'expression date de 1764.
Tricher. Suivre l'école matri-
moniale de Malthus.
Tricoter des jambes. Danser;
se sauver.
Triffonnière. Tabatière.
Trifouiller. Fouiller partout,
embrouiller, mettre tout sens
dessus dessous en cherchant un
objet.
Trifouilleur. Brouillon, sans
ordre.
Trimancher. Marcher, courir
par la ville. Variante de trimer.
(L. Larchey.)
Trimar, Grand trimar. Route,
voie publique, — dans le jargon
des voleurs, qui disent égale-
ment : Trime et gr aride tire.
Trimar. Eventaire^ balle de
marchand ambulant, boutique
de marchand forain.
Trimar (Patiner le). Raccro-
cher, — dans l'argot des filles.
Trimar (Aller au). Sortir pour
voler sur la voie publique, —
dans le jargon des voleurs.
Trimarder. Marcher.
Trimballage. Transport.
Trimbaler. Marcher en por-
tant un fardeau, transporter.
Trimbaler son cadavre. Se
promener. — Trimbaler son
crampon, promener sa femme
ou sa maîtresse légitime. —
Trimbaler un pante, promener
un provincial!
Trimbaleur. Cocher; charre-
tier, camionneur.
Trimbaleur d'indigents. Co-
cher d'omnibus. — « Il y a d'abord
la grande joie des« trimbaleurs
d'indigents », autrement dit les
cochers d'omnibus. » {Evénement,
du 3 octobre 4878.)
Trimbaleur de machabées.
Cocher de corbillard. Désigné
encore sous les noms de : Trim-
baleur de conis, trimbaleur de
refroidis, trimbaleur de carne
pour la sèche.
Trimbaleur de piliers de
boutanche. Filou qui exploite
les commis de magasin porteurs
de paquets. Après avoir fait une
acquisition qu'il doit payer à
domicile contre livraison , le
trimbaleur de piliers de boutan-
che se fait accompagner par un
commis. Chemin faisant il saura,
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
375
en usant de ruse, s'approprier
la marchandise.
Trime, Trimin. Rue.
Trimer. Marcher pour placer
de la marchandise.
Trimer les mathurins (Faire).
Manger; c'est-à-dire faire tra-
vailler les dents,
Trimoires. Jambes, — dans
le jargon des porte-balles et des
marchands ambulants.
Tringle. Soldat du train des
équipages militaires.
« O muse! raconte-nous la grandeui- lic-
[roïque
« De cet humble soldat, qui brandissant
[sa Irique,
« Monté sur un mulet, cheminant pas à
[pas,
« Arrose les lauriers... mais ne les cueille
[pas. .
(A. Camus.)
Trinquer (Faire). Battre, mal-
traiter, — dans le jargon des
voleurs. — J'ai-rien fait, trinquer
le gonse. — Je V vas trinquer le
godard à coups de sorlot.
Triomphe. — « Le triomphe
est une vieille coutume de Saint-
Cyr, qui consiste à promener
sur une prolonge d'artillerie les
vainqueurs du jour (lors de
l'inspection) tandis, que les élè-
ves forment dans la cour une
immense farandole et chantent
le chœur légendaire de la Ga-
lettc. »{Figaro,d\i26imUei\Sll .)
Tripasse. Femme laide et d'un
embonpoint excessif.
Triper. Donner le sein. (L.
Larchey.)
Tripes. Seins mous et volu-
mineux.
Tripière, femme très avan-
tagée sous le rapport de la poi-
trine. — Forte tripière, énormé-
ment bien avantagée.
Tripoli. Eau-de-vie de très
mauvaise qualité.
Tripot. Garde municipal. Dé-
rivé, de tripotée.
Tripotée. Arrangement à
coups de poing; scène de pugi-
lat domestique.
Tripotier. Individu qui tient
un tripot. — Au féminin, tripo-
tiére, celle qui tient table d'hôte
et écarté.
Triquage. Triage de chiffons.
Trique (Etre en). Etre sous la
surveillance de la haute police.
— Casser sa trique^ rompre son
ban.
Trique à larder, trique à pico-
ter. Canne à épée. — Faire flam-
ber la trique à larder, jouer de la
canne à épée, porter un coup
de canne à épée.
Triquer. Trier le contenu
d'une hotte de chiffonnier.
Triqueuse. Trieuse de chif-
fons chez un chiffonnier en gros.
Trognon (Mon petit). Terme
d'amitié, pour mon petit tro-
gnon de chou.
Trognade. Gâteaux, fruits, su-
creries, — dans le jargon des
collégiens. — Trogner, manger
des friandises. — Trognerie^ ac-
tion de trogner. — Trogneur,
qui mange beaucoup de frian-
dises.
Trôler. Rôder.
Trôleur. Vagabond, rôdeur
de barrière. — Marchand de
peaux de lapins.
Trôleuse. Raccrocheuse.
376
DICTIONNAIRE D*ARGOT MODERNE.
Trombille. Bête, — dans le
jargon des voleurs.
Trombine. Figure. — Trom-
hine en dèche, mauvaise mine.
TromboUer. Aimer, — dans le
jargon des voyous. — TromboUer
les gonzesses, aimer les femmes.
Trombone (Faire). Mettre la
main au gousset et la retirer à
plusieurs reprises sans en sortir
de l'argent. Faire semblant
d'avoir envie de payer. Les
doigts qui vont et viennent dans
la poclie du gilet simulent le
mouvement du trombone, —
dans le jargon des troupiers.
Trompette (Nez en). Nez à la
Roxelane.
Trompette, Tirelire. Figure;
tête.
Trompette (Jouer de la). Sa-
crifier à crepitus.
Tronche. Tête, visage. — Tron-
che à la manque, sergent de ville,
agent de police, — dans le jar-
gon des voleurs; c'est-à-dire vi-
laine tête.
Trône. Pot de chambre haute
form e ; chaise percée. — Aller sur
le trône, aller aux lieux d'aisan-
ces. — Etre sur le trône, être
aux lieux d'aisances.
Troquet. Pour mastroquet,
marchand de vin.
Trot (Aller au). C'est-à-dire
aller au trottoir, raccrocher, —
dans le jargon des filles.
Trottant, Trotteur. Rat.
Trotter (Se). Déguerpir, —
dans Je jargon des soldats de
cavalerie.
Trotteuse. Locomotive, —
dans le jargon des mécaniciens
des chemins de fer.
Trottignole. Pied , soulier ,
— dans le jargon du peuple.
Dérivé de trottin.
Trottin. Garçon de magasin
qui fait les courses; apprentie
modiste qui fait les courses.
Trottin. Pied.
Trottine. Soulier.— Trottines
feuilletées, souliers qui plaident
en séparation de semelles.
Trottinet. Bottine de femme,
soulier élégant, — dans le jar-
gon des ouvriers.
Trottoir (Femme de). Fille
publique.
Trottoir (Le j;iand). Le grand
répertoire, — dans le jargon
des comédiens.
Trou. Prison. Mot à mot :
trou de la réllexion, — dans le
jargon des troupiers.
Trou de bise. Derrière. —
« Parce qu'il est continuellement
éventé des vents du trou de bise. »
(Rabelais, L. i.) — Et les va-
riantes : Trou de balle^ trou du
souffleur.
Trou à la lune. Faillite, dé-
part précipité pour cause de
faillite. — Faire un trou à la
lune, suspendre ses payements
et prendre le chemin de fer,
via Bruxelles.
Trou (Faire son). Faire soi
chemin dans le monde.
Trou (Faire un). Boire, ai
milieu d'un repas, un verre d(
cognac. Dans les dîners d'appa-
rat, on fait le trou en se garga-
risant avec des sorbets au rhum
ou au kirsch.
Trou (Etre dans le). Etre en-
terré.
I
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
377
Trou sous le nez qui coûte
cher (Avoir un). Avoir l'habitude
de bien manger et de bien
boire; faire un dieu de son
ventre.
Trou-du-cul. Sot, niais, gros
imbécile.
Trou-du-cul (Se démancher
le). Faire force salutations, se
confondre en salutations.
Troubade, Truffard, Truffar-
din. Soldat.
Trouée. Dentelle, — dans le
jargon des voleurs.
Troufignon, Troufignard. Le
fondement.
Trouillarde. Dévergondée.
Trouille. Souillon de cuisine,
femme malpropre.
Trouilloter. Puer, répandre
une odeur infecte.
Troupe d'argent. Troupe de
théâtre qui joue à tour de rôle
sur deux scènes; par exemple à
Montmartre et aux Batignolles.
— La troupe de fer-blanc joue
tantôt d'un côté, tantôt d'un
autre, sans théâtre fixe.
Troussequin. Derrière; pour
pétrousquin.
Trouvé. Nouveau, original, —
dans le jargon des artistes.
Trouver bonne, mauvaise
(La). Mot à mot: trouver la
plaisanterie mauvaise.
Trouver mal sur (Se). Chiper,
s'approprier un objet. — Qu'est-
ce qui s'est trouvé mal sur mon
trèfle?
Troyen. Trois d'un jeu de
dominos. Les dilettanti man-
quent rarement l'occasion de
dire : Troyen de Berlioz.
Truc. Métier, — dans l'argot
des voleurs. — A la Cour des
Miracles le truc était un genre
de vol qui consistait à dépouil-
ler celui dont on implorait la
charité.
Truc. Ruse, mensonge ingé-
nieux. — « Est-ce que je ne con-
nais pas toutes les couleurs?
J'ai le truc de chaque com-
merce. » (Balzac, Vlllustre Gau-
dissart.) — « Son chef-d'œuvre est
l'invention du truc à l'amour. »
{Mémoires de Thérésa.)— « Ce far-
ceur de Mes-Bottes avait eu le
truc d'épouser une dame très
décatie. » (E. Zola.)
Truc. Commerce infime en
plein air, petit trafic de toute
sorte d'objets sans valeur. — «Le
gamin de Paris fait tous les
petits commerces qu'on désigne
sous l'appellation de trucs. C'est
sa qualité native. » (Ménetier,
Les Binettes des cafés-concerts.)
Truc. Machine servant à pro-
duire un changement à vue au
théâtre. — Le changement à
vue lui-même. Les féeries sont
des pièces à truc.
Truc (Grand). Assassinat. C'est-
à-dire : grand moyen.
« Puis au grand truc voua marcliez en
ftafTant. »
{Mémoires de Lacenaire, 1836.)
Truc (Repiquer au). Recom-
mencer. Uécidiver.
Truc (Donner le). Donner le
mot d'ordre, dans le jargon des
voleurs. — Boulotter le truc, ou-
blier le mot d'ordre; c'est-à-dire
manger la consigne.
Truc (Débiner le). Révéler le
secret d'un métier, les ruses
d'un métier, la manière d'opé-
rer. — « .le vois que vous êtes du
378
PICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
métier : ne débinez pas le truc. »
(G. Escudier, Les Saltimbanques.)
— Maquiller le truc, organiser
une affaire.
Trucage. Art de la fabrica-
tion du vieux-neuf.
Trucageur. Fabricant d'anti-
quités, fabricant de vieux-neuf.
— <( Et, surtout, défiez-vous du
trucageur j ô millionnaires!...
Le trucageur est un artiste mo-
deste, bien différent des autres
artistes ses confrères. Il fait du
vieux avec du neuf, l'innocent. »
(Ed. Texier.)
Trucher, Tuner. Mendier, —
dans l'ancien argot.
• Trucheur, Tuneur. Men-
diant. — Trucheuse, tuneuse^
mendiante. Truche, mendicité.
— La faire à la truche, implorer
la charité. Les mots « trucher,
trucheur », sont des dérivés
de l'ancien mot truc. (V. tru-
quer.)
Truelle. Composteur, — dans
le jargon des typographes.
Truelle , Pelle. Cuillère, — .
dans le jargon des francs-ma-
çons, qui appellent encore les
fourchettes, des pioches; les cou-
teaux, des glaives; les verres,
des canons; lés bouteilles, des
barriques; le vin blanc, poudre
blanche; le vin rouge, poudre
rouge; l'eau, poudre faible; les
liqueurs fortes, poudre fulmi-
nante; les bougies allumées,
des étoiles; les mouchettes,
des pinces; le sel, dn sable; le
poivre, sable jaune; les chaises,
stalles; ractiou de manger, mas-
tiquer.
Truffard, Truf farde. Heureux,
heureuse; celui, celle qui a de
la chance.
Truffe. Pomme de terre. —
Gros nez, nez d'ivrogne.
Truffe de savetier. — Marron.
Une dinde aux truffes de save-
tier.
Truffé. Rempli, bourré. N'est
guère employé qu'avec le mot
chic : Truffé de chic, — Dans
son roman des Quatre sœurs,
publié dans les Débats, (1842)
Frédéric Soulié cependant a
dit, en parlant d'un boudoir,
qu'il était truffé de meubles.
Truffière. Femme qui a beau-
coup d'embonpoint, principale-
ment dans la région des han-
ches.
Trumeau. Femme de mau-
vaise vie. — Vieux trumeau,
prostituée hors d'âge.
Truqueur. Industriel en plein
vent qui exerce toute sorte de
petits métiers; vendeur de mon-
tres à dix sous, de chaînes de
sûreté, de cartes transparentes,
de porte-monnaie, etc., etc. —
Individu qui court de foire en
foire avec un jeu de hasard.
Truquer de la pogne. Men-
dier. Mot à mot : ruser de la
main.
Truqueur. Habile, malin.
Tube. Gosier. — Nez. Se pU
quer le tube^ se griser.
Tube à haute pression. Cha-
peau haute forme, — dans le
jargon des voyous.
Tuber. Fumer la pipe. Le
mot est d'importation méridio-
nale. — Si nous en tubions une?
Tué (Etre). Etre r-nme pé-
trifié par la stupéfajuon, être
saisi, étonné au point de ne •
plus pouvoir faire un mouve-
DICTIONNAIRE D ARGOT MODERNE.
379
ment. — Argot du collège. (L.
Larchey.)
Tuer le ver. Boire la pre-
mière c^outte, le premier verre j
de vin blanc, le matin à jeun.
M. Cil. Rozan fait remonter l'o-
rigine de cette expression au
temps de François 1er, et cela
d'après l'autorité du journal
d'un bourgeois de Paris de cette
époque, qui prétend qu'un ver
extrait des intestins d'une noble
dame passa .de vie à trépas
dès qu'on lui eut administré du
pain trempé dansdu vin. — « Par-
quoi il ensuyt qu'il est expédient
de prandre du pain et du vin
au matin, au moings en temps
dangereux, de peur de prandre
de ver », conclut ce Prudhomme
du XVI® siècle. — «J'aime beau-
coup moi-même à tuer le ver
sur le zinc, et je me fais un
plaisir de vous offrir une tour-
née. » (Bernadille, Esquisses et
croquis parisiens^ 1876.) — La
varian