Skip to main content

Full text of "Dictionnaire de locutions proverbiales"

See other formats


L.-M.-E. GRAN'DJEAN 



DICTIONNAIRE 



DE 



LOCUTIONS 



PROVERBIALES 



Oovraoe ootJlic m les soins de la Moolcipalilé de la Ville de Tooloii (Var) 



TOME SECOND 



TOULON 

IMPRIMERIE RÉGIONALE 

Romain LIAUTAUD & C" 

^6, Boulf'i'crd de Strasbourg, 5-6 
• •• — 
■1899 



^ 



DICTIONNAIRE 



DE 



LOGUTIOiNS PROVERBIALES 



IMPRIMERIE REGIONALE Romain LIAUTAUD el C' 

56, Boulevard de Strasbourg, 56 



/. 



L.-M.-E. GRANDJEAN 



DICTIONNAIRE 



DE 



LOCUTIONS 



PROVERBIALES 



Oovrage publié par les soins de la Monicipalité de la Ville de Toolon (Var) 



TOME SECOND 



TOULON 

IMPRIMERIE RÉGIONAIiE 

Romain LIAUTAUD & O" 

)6, Boulevard de Strasbourg, 56 

1899 



.-s r tCCl 






#"^ 






ERRATA 



Page i()7, 4'- ligne. — Lire 

— 270, 2« ligne. — Lire 

— 323, 20« ligne. — Lire 

— 349, G'' ligne. — Lire 

— ^71, 39'- iigne. — Lire 

— 382, l't' ligne. — Lire 

— 400, ^'^ ligne. — Lire 

— 497, 35'= ligne. — Lire 
~ 497, SG"-' ligne. — Lire 

— 527, 7" ligne. — Lire 

— 5GL il'' ligne. — Lire 



(la haut (le leur, au lieu de w. 
prête, au lieu de prête, 
repas, au lieu de repos, 
par, au lieu de pour, 
possessions, au lieu de possession. 
Novare, au lieu de Navarre, 
tomber, au lieu de tomlter. 
diijnitaire, au lieu de dignité, 
patriarche, au lieu de jjalriarcliat. 
clitellas, au lieu de citellas. 
tentés, au lieu de tentées. 



DICTIONNAIRE DE LOCUTIONS 



M 



Macabre (danse) : aiiciomiement danse mncnlré. 

Variante du nom propre Machahée. peut-être le nom d'un 
[leintre. 

Suite d'images que l'on peignait, au Moyen-Age, sur les murs des 
églises et des cimetières. Elles représentaient la Mort entraînant à 
sa suite des personnages de toutes les "conditions. 

Macaire (Robert), origine littéraire. 

Filou sinistre, escroc. 

Héros de YÂuberye des Adrets, qui fut joué avec grand succès 
par Frédéric Lemaître, vers 1830. et vulgarisé par Daumier dans 
une suite de caricatures : Les cent et un Robert Macaire. 

Wacaronique (stylej ; de l'italien macaroniro, dérivé plaisant 
de niucaronl. 

Poésie Iturlesque écrite en mots vulgaires latinisés. (Voy. Jntin 
de cuisine.) 

Exemples : Morto insecto, poudre insecticide : dito, ce ([ui a été 
dit ; in fjlobo, en masse, sans examiner les détails. 

IVlacédoine, nom géograplil(iue. 

— Mets composé de ditTérents légumes. 

Par assimilation, ouvrage où plusieurs genres sont mêlés sans 
ordre. 

Vient peut-être de ce cpie l'empire de Macédoine, ou d'Alexandre, 
était formé de nombreux morceaux. 

Machiavélisme, origine bistorique. 

Doctrine détestable du Florentin Macliiavel, qui justifie le succès 
obtenu par les moyens les plus coupables. Elle se trouve dévelop[)ée 



2 MAI) 

dans le rrhire, qui cnsoinno aux tyrans les moyens de rriissir, 
même au mépris de la justice et de l'Iiumanilé. 

— Maclùacélhtne est devenu synonyme de rum' cl ({'(isincc. et 
les lliéories du Prince ont été fort discutées. Il présente tout un 
système violent, mais vrai, allant droit au hiit, sans se soucier des 
moyens, mais au bout durpiel le prince acquiert la jïloire et le peuple 
le l»ien-ètre. 

Pour ju.uci- saiuemeul un livre, il l'aul se reporter à l'époque où il 
a été écrit : c'est ce que n'ont pas fait la plupart des contemporains, 
et les ennemis poslhumes de Macliiavel. 

La postérité a lini par rendre justice à cet écrivain iionnéte et 
convaincu, à ce firand homme d'État ; mais le nom de machîavé- 
lisme, donné à son système, par ses détracteurs, a pris place dans 
tous les dictionnaires avec le sens odieux de politique déloyale, 
d'art de relouer despotiquement. 

Mâchicoulis ou mû'checoulis , origine inconnue. 

Galerie saillante et ajourée des anciennes fortifications, d'où l'on 
jetait sur les assaillants des projectiles et des liquides bouillants. 

Littré donne l'étymologie inarhicoUamentuw, VicWow déverser 
des liquides chauds ; ce qui explique coulis, en laissant inexpliquée 
la première partie du mot. 

Mâchoire, dérivé de mdclicr: latin masticcn^e. 
Jouer de la mâchoire : manaer. 

(Di(lon) (lil son licnrdidtc 
I^uis on joua de la luâclioiiv. 

(ScAiiRON, Virgile travesti.) 

— Mâcher à vide : n'avoir rien â manger. 

Madelonnettes. Filles de Madeleine, 3Iagdalena. 
Religieuses instituées au xiv^ siècle, dont les maisons servaient 
de refuge aux péclieresses. 

Mademoiselle, ma et demoiselle. 
, On donnait, avant la Révolution, le nom de demoiselle, aux 
femmes de la bourgeoisie, mariées ou non. Cet usage s'est conservé 
en Provence, où les femmes de la classe ouvrière sont appelées 
w /.se, qui est l'équivalent provençal de mademoiselle, hç XWyq Ao, 
7nadame n'appartenait qu'aux femmes de la classe noble. 

Encore aujourd'hui, dans l'usage, on distingue fe?mne et dame. 

\\ a été publié â La Haye, en 1712, in-8", un hvret intitulé : Satire 
contre les femmes Ijoargeoises qui se font appeler madame. 



MÂG 3 

lYladras, étymologie historique. 

Im)iiI;ii-(1s (le coton f;iliri(|iirs priiniliveuieiit ,'i .M;ulr;is, et dont la 
cliaiiie élail en soie. 

(^oilViiiT lui'iiirr d'iiii de ces loidards. 

IVîadré, ancien français iiKulro: oriiiine uernianicine. 
Mdndi'i' est le nom languedocien du renard. 

Un ronartt, jiMuic encor, (|iu)i(iue des plus niailrôs. 

(L\ FoNTAINF.) 

Madrigal, d"ori,uine italienne, madv'ujale. 
Ihit'l le lait venir des habitants des Martignes en Provence, très 
\ersés dans la gaie science, an Moyen-Age. 
Le madrigal, au dire de Boileau (.4;'^ poétique), 
Respire la (loiiecur, la tendresse et raiiioiir. 

La concision et la grâce en sont les principaux mérites : la fadeur 
en est le défaut ordinaire. 

(lu peut citer comme modèle les vers suivants de Lemierre, c(ui 
accoiupaguaient l'envoi d'un éxenlail : 

Dans le temps des chaleurs extrêmes. 
Heureux d'amuser vos loisirs, 
.le saur.'ii [irès de vous ap|)eler les zéphyrs : 
Les amours y viendront d'eux-mêmes. 

(Voy. ('venlail, ces vers avec quelques variantes.) 

IVIage, ou mieux maje ; du provençal uidjé: anciennement 
inajer, qui est le latin major. 

Ou disait autrefois la « place mage » jtour la place principale, la 
grande place. 

Il y avait à Carcassoune le « juge mage ». 

La Châtre a sa « place Mage! ». comme Madrid la « place Major ». 

...Et tomba c{Mnme une grenouille sur le ventre, en la place 
Mage de la dicte ville. (Rabelais, 11, %).) 

lYlagie, du grec marjeùi, par le latin niayta. 

La magie noire, celle ([ui su[)pose rinler\eution du diable. La 
magie blanche ne l'ait intervenir que l'adresse. 

— La d ici nation s'a[)pelle de dill'érenls noms, selon les moyens 
qu'elle emploie : 

Les Ainispices inspectent les entrailles des victimes. 

La Biblio/nancie se fait par le sort d'un passage de la Bible. 

La Céroniuncie. par l'inspection de la cire fondue vei'sée dans 
l'eau chaude. 



4 MAH 

]/,{ Chiromanrln, ]»;ir rins|)f'cti()n dos li^iios de 1;i iii;iiii. 
La Nécromancie, par révocation des iiioris. 
XJOrnithoscopie, par le vol des oiseaux. 
]JUranosropip, par riiispection du ciel. 
IJf/roscopie, par rins[ie(iioii des urines. 

Magnan, de incKjmts nens, «irand fileur : on plnUM du participe 
du vérité roman wjr/r/w'Vdévorer, noui |»ro\('n(al du ver à soie. 
D'où inaijnnnevie. 

Magnificat, origine latine et religieuse. 

C'est le premier mot du cantique d'actions de grâces de la Vierge, 
dans rÉvangile. 

Dans ce cantique, qui se chante à la lin des vêpres, la Vierge, 
répondant aux iélicitations de sa cousine Elisabeth, remercie Dieu 
de l'avoir choisie pour être la mère du Sauveur. 

Magnifier s'est dit pour louer. 

Nous avons encore magnifique. 

— Il ne faut pas chanter Magnifu-at à Matines : se glorifier avant 
le temps. 

— Corriger le Magnificat : corriger à tort et à travers. 

lYlagot : 1*' gros singe, imago Jiominis. (Huet.) 

Peut-être. /;/ 0/70(7, nom bibhque(?), owmacctis, acteur bouffon, 
qui jouait les rôles de niais (?). 

2" Tas d'argent, trésor caché. 

On disait autrefois mugot. 11 semble s'être modifié sous l'influence 
de magaut, poche, bourse. 

— Il est difficile d'admettre qu'il soit une altération de imago. 
qui serait une allusion aux effigies ou têtes qui figurent sur les 
monnaies trouvées. 

Mahomet ferme les yeux ! disent les mahométaus quand ils 
boivent du vin, qui leur est interdit par le Coran. 

— Dieu envoya sur la terre deux anges, Arot et Marot, pour 
enseigner aux liommes à s'abstenir de toute sorte d'excès. Mais ils 
s'enivrèrent, dans la compagnie d'une belle femme, qui apprit 
d'eux, pendant leur ivresse, le moyeu de monter au ciel. Elle en 
usa aussitôt, et Dieu la changea en l'étoile du matin, qu'on nomme 
Lucifer ou Aurore. Les deux anges furent punis, et Dieu interdit 
aux hommes l'usage du vin. (Voy. vérité.) 

— Le Commissaire des subsistances de la Marine, à Toulon, a 
remplacé, en 18G0, les ouvriers liltres du magasin des liquides, qui 



MAI S 

s'enivraient journellement, par des galériens arajjes, qui observent 
ri,L!Oiireusenient la défense du Coran. 

lYlai, du latin inniiun, de 3Iaia (mère de Mercure) ; ou de 
majores, mai étant consacré à la vieillesse, comme juin à la jeu- 
nesse. 

Cest floréal dans le calendrier républicain. 

— Mariage de mai : union formée sous de mauvais ausjjices. 

Au mes de mai 
Si mariilc que leis aïs. 

(Pi-ovcrbc pi'OVfiu;al.) 

Dans l'ouest de la France, le mois de mai passe pour être défa- 
>orahle aux mariages; on croit qu'il leur porte mallieur, comme 
s'il n'était composé que de vendredis. 

Ce préjugé vient des Romains, qui célébraient en nuii des céré- 
monies funèbres en l'bonneur de Rémus. 

Nec vidud' ta'dis eailon nec virr/inis apla 

Tempnra ; quœ nupsit, non diulurna fuit. 
Hac quoqiie de causa (si te proverbia tanyunt), 

Mense ni(das Maio nubere vulgus ait. 

(OviDK, Fastes.) 

Maigre, du laliu macrum. 

— Maigre comme une arête, ...un coucou, ...un eccc homo, ...un 
échalas, ...un bareng, ...une baridcUe. 

— Maigi'eur ostéologique (E. Sue) ; maigreur diapliane (T. Gau- 
tier) ; monofjramrni dii (Cicéron) : des ombres de dieux (des dieux 
dont les contours seuls sont dessinés). 

— Femme maigre. La célèbre danseuse Gaimard était très 
maigre ; sa bonne amie Sopbie Arnould l'avait surnommée « Sque- 
lette des Grâces ». 

lYlaille, du latin nietalliani, dérivé de melallum. 

C'est une autre forme de médaille. 

Ancienne petite monnaie de cuivre, valant un demi-denier. Elle 
était cari'ée et, selon quelques-uns, devait son nom à sa ressemblance 
avec une maille de filet {macula). 

Selon d'autres, maille remonterait à malleolus, petit marteau, 
à cause de l'ancien procédé usité [lour frapper les monnaies. 

— N'avoir ni sou ni maille : être très [)auvre, n'avoir rien. 

La maille étant carrée, le sou rond, l'expression signilie: n'avoir 
de monnaie d'aucune sorte. 

— Avoir maille à partir avec quelqu'un : un dilTérend. 

Vu sa valeur infinie, la maille était indivisible : aussi deux i)er- 



6 MAI 

sonnos fjiii en ;iviiionl iino ;i p.-ii-lir '|i;irl;i!Jor"^. |i()ii\;ii(!iil se (|iici'<'ll('r 
élcnicllciiu'iit. le i);irl;i^<' (''Uiiil iiiiiiossililc 

\'.\ I nii \()iis \(iil sans cesse ;i\ (tir niaillr a partii-. 

(.M)i.iKriK, Étourdi.) 

— Un |)inc(Viii;iill(' : un ;i\;ir('. un 'jri|»|i('-?oii. (jiii rerliorchc les 
pelits profils. 

lYlaillechort, nom crinvcnlcnrs, de Mailloi vA (Ihovlbir, (Icnx 
ouvriers do Lyon, qui ont inventé cet ailiîige très dur. noniiné 
aussi nrçjenian. Sa coniposilinn est : cuivre oo, nickel ^o. zinc 17. 
)o«' 3, étain 2. 

lYlain, du latin /tif/niun. Provençal iiiaii. 

De là : maintenir, nianclie, manier, manille, nianixelle. 

Synonymes : Les quatre doigts et le pouce ; le peigne des Alle- 
mands (Rabelais) : la fourchette du père Adam ; les cinq sardines : 
la girollée à cinq feuilles. 

— Main-levée. Acte qui lève rempèclienient d'une saisie, du ne 
opposition, d'une inscription. 

— Main-morte (biens de). Se dit des biens appartenant aux 
établissements, aux communautés... qui, n'étant pas soumis aux 
droits de mutation après décès, sont astreints à une taxe annuelle 
au profit du Trésor. 

— On dit d'un homme qui a les extrémités grossièrement confor- 
mées, qu'il'a les abatis canailles (trivial) ; par opposition à mains 
effilées, aristocratiques. 

— Mains sales : gantées de crasse. 

— Avoir une main de fer : traiter durement ses inférieurs. 

On citait chez Laffitte le mot de Napoléon, que, pour gouverner les 
Français, il faut avoir des mains de fer gantées de velours. « C'est 
vrai, dit quelqu'un, nuiis il oubliait souvent ses gants. » 

— Demander la main de...- ; accorder sa main... 

Cette locution très ancienne nous vient des bords du Gange. La 
jonction des mains a toujours été le signe de la consécration du 
mariage. 

— Je m'en lave les mains. (Mathieu XXYII. 24.) Je n'en suis point 
responsable. 

Chez les anciens, celui qui voulait prouxer son innocence d une 
faute dont on l'accusait, se lavait les mains devant témoins. C'est 
ce que lit Ponce-Pilate. quand le peuple le contra i.ianit à condamner 
Jésus-Christ. 



MAI 7 

On dit aussi dans U» même sens : a\nir los mains noitos d'une 
chose. 

— Autrefois, on ne se uietlail pas à table sans se laveries mains : 
des tromi)ettes sounaicnl 1 lieiirt' du diner: cela s'appelait corner 
l'eau. (VoY. lacer.) 

Sur ce point on se lavo, et clianin à son rang 
Se irlet dans mu' eliaise ou s'assied sur un banc. 

(Ki;(;.Mi;ii, Sfll. X.) 

— .l'eu iiKMlcais ma main au IVii : j'en suis cei'taiu. 

...Kt les pauvres sots, quand en quelque compa.unie parlent 
d'elles, jurent qu'ils nu'ttraient leur doigt au feu sans brusler, pour 
soutenir qu'elles sont femmes de bien. {Heptaméron, Nouv. XX.) 

— .le n'eu mettrais pas la main au feu: je n'en voudrais pas 
jurer. 

Je n'en vouldroys pas tenir ung fer cliauld. (Hal)elais.) 

,\Jinsion à l'ancienne coutume du Moyen-Age, qui soumettait les 

accusés aux épreuves de l'eau bouillante ou du feu ai-dent. On 

pensait que l'innocent serait préservé par Dieu. 
La science moderne a prouvé que l'on pouvait iuqjunément 

plonger la main dans l'eau ou l'huile bouillante et nu^me dans des 

mélauv en fusion, apivs l'avoir préalablement enduite d'eau, d'alcool, 

d'éther... 

— Jeux de mains, jeux de vilains. Ce proverbe doit remonter à la 
[''éodalité, où les jeux des nobles étaient les tournois, les chasses, 
les exercices miUtaires : tandis que ceux des serfs consistaient dans 
l'adresse de la main et les exercices corporels. 

11 n'y a plus de vilains, mais il y a encore des villageois qui ont 
conservé l'habitude de plaisanter en se donnant des tape.'i, ce qui 
amène souvent des disputes et des coups sérieux. 

Et dirent là une grand tétanie 

De plaisants mots et jeux sans vilainie. 

(.Marot.) 

— La bonne main. La main a été l'étalon primitif du calcul duo- 
décimal, parce que, déployée, elle présente les douze phalanges des 
quatre doigts articulés à sa paunu». D'où la locution : compter sur 
ses doigts. 

Dans le commerce, on Unit par faire remise du treizième, qui est 
l'appoint du quarteron, représenté par le pouce, ce qu'on donne 
par dessus le marché. D'oi'i l'expression : il n'y en a pas treize à la 
douzaine, en parlant d'une chose de prix. 



8 MAI 

On ;ii)|)('lle rel iis,'i,uï' I;i ho/me ma in. puni' (|in' I;i iii.iiii > est 
tout enliôro. 

J3ans le langage du pt'niilc. le jkhkc siLiiiilic toujours un sim rnit. 
une anumcntation : Il en a liiv Irois ccnls francs... ot le ponce 
Y nielU'c les (piatrc doigts... cl le poiico. rV'sl-à-dire la nuiin 
entière. (C Nodier, //>i;/itis/////ir.) 

— On appelle ;iiissi bonne tn<iin nnr uraliliralion (Idiiiirc à un 
inférieur. 

On dit également : donner des gants. 

— Poignée de main, (l'est un signe d'amitié et de honno intelli- 
gence. 

Deux mains jointes, en blason, signifient bonne foi. 

— De marchand à marchand, il n'y a que la main : c'est-à-dire 
entre gens de bonne foi, il suffit de se toucher dans la main pour 
engager sa parole. 

— L'usage de se serrer la main en se rencontrant, est une impor- 
tation anglaise, qui date de 1793. 

La Hochefoucauld-Doudcauville raconte dans ses Mémoires 
qu'ayant émigré à Londres, il y rencontra un ami, qu'il voulut em- 
brasser selon l'usage. « Que faites-vous, mon cher, s'écria celui-ci ; 
vous allez scandaliser tout Londres! On ne s'embrasse phis, on se 
serre la main. » Et joignant l'exemple au précepte, il me prit la 
main, qu'il me serra à me faire crier, et me secoua le bras à me le 
démettre. 

— Une main froide me gène: une main humide me répugne: 
une main saccadée m'irrite ; une main qui me prend par le bout des 
doigts me fait peur ; mais une main souple et cliaude. qui presse la 
mienne du contact de sa paume, m'inspire une conliauce et une 
sympathie subites. (G. Sand.) 

— Revers de main : soufflet. 

Pour châtier son insolence extrême. 
Il faut que je lui donne un revers de ma main. 

(Jlol.lÉIiE.) 

— Les mains me démangent ! Purjnl pnirlunt. (Plante.) 

— Une main lave l'autre, et les deux mains lavent le visage. 
Mantfs maninn lavât. (Pétrone.) 

Maintenant, adverbe; demain et tenant (proposition absolue). 

— On disait autrefois : à cette heure. 

Cette locution, atTectionnée et abrégée par Montaigne, valait 
mieux que maintenant qui la remplacée. 



MAI 

— Le pied romphice quelquefois l;i niaiu, daus les locutions 
adverbiales : 

De pied ferme: an pied levé. 
Ou a dit aussi : en un tenant. 

Trois fois nie nasiiie cil im loïKiiit. 

iliomnn de la Rose.) 

— Eu provençal, ou emploie adês. 

Maison, du latin mansionem, de inrnipro, rester. 

Du mrme radical \icuiu'nl : masure, manoii'. manant. 

Synonynn:;s: un Louvre (une belle maison): Villa (maison de 
campagne) ; Arcbe de Xoé (.urande et très liabitée): lionfiounière 
(jolie); Baraque, bicoque, cassine (maison peu confoi-table, uuil 
tenue). 

J'ai là-bas une petite cassine, au bout de votre grand pré, qui est 
sur la rivière. {Moyen de parvenir.) 

Bouge : habitation dont les murs sont faits dun mortier mclé 
de paille hachée, qu'on appelle 7>/.sy'. 

Taudis : petit logement malpropre. 

Petites-maisons : hôpital des fous. 

Maître, du latin macjhtrum, de magls ter. 

Pasquier dit que le titre de maître qu'on donne aux ofliciers 
ministériels, vient de ce que, à la fin de leurs études, lorsque les 
écoliers de l'Université recevaient le bonnet de docteur, c'était pour 
montrer qu'ils avaient acquis toute liberté, et n'étaient plus sujets à 
la verge des supérieurs ; de même que les Romains donnaient le 
bonnet (de liberté) aux esclaves qu'ils atfranchissaient. 

^ Petits-tnaUres. Jeunes fats de toutes les époques : la (leur des 
pois des désœuvrés du grand monde. Espèce neutre : ni hommes, 
ni femmes,, ni auvergnats. 

Le prince de Condé avait une sorte de cour, qui, réunie à celles 
du prince de Conti et du duc de Longueville, forma contre le 
cardinal Mazarin le parti qu'on appela « des Petits-maîtres », parce 
qu'ils voulaient renverser le ministre et s'emparer du gouvernement. 
(Voltaire.) 

Ce nom est resté aux jeunes fats, et s'est même étendu jusqu'aux 
femmes capricieuses et vaines, qu'on appelle « petites-maîtresses ». 

— Il est curieux d'examiner la succession des noms exprimant la 
même idée depuis plusieurs siècles. 

Du temps de la Chevalerie, il y avait les preu-x. Leur règne a 
duré aussi longtemps que l'honneur a dominé en France. 



■10 MAI 

Sons FiMiirois I''"", on voit hi?,)niif/i/pfs : les ra/'/iruia el les ni/'r/nons 
sous Cliarlos IX ot Honri III. 

Sons Louis XIII. ils s';i|i|i<'lleiit /ip/ifs-mof/res : l:i Fronde iinciito 
pour les désigner, le nom i\' imporlaiils. 

Le règne de Louis XIV amène {^smarquis, si moqués par Molière, 
et qui furent remplar(''S par les rour/isf/ns. 

La Régence eul les roués: Louis XV, les f/ois du hrl tnr: 
Louis XVI, les freluquets. 

La Révolution créa les incroi/dhh's. les tnxscadins. la Jeunesse 
dorée. 

Le Consulat vit les mcrreilleux : l'Empire, les ftishionubles : la 
Restauration, les daudi/s, les élégatits, les fjnndins. 

Nous avons (18()0) \v^ petits crevés. 

Les lions ont fort luultiplié, et nous avons aussi des lionnes 
depuis que Musset a dit : 

C'csl ma iiiailressi", ma lioiiiio... 

Les deux sexes se font fort remarquer par la reclierclie de leur 
toilette, et la singidai'ité, pour ne pas dire le sans-gène, de leurs 
liahitudes. Les lions et les gandins sont donc les descendants des 
preux! Vous en seriez-vous douté ? 

La passion toute féminine des petits-maîtres pour les parfums et 
les pommades explique les noms de marjolet, de mirliflor. de 
nuKjuet, de miiseadin. de narcisse, qu'on leur applique. 

De là aussi l'acception de vaniteux donné au moi puant. 

— Maître d'études : pion, chien de cour. 

— Maître-Jacques : domestique de campagne propre à tout faire. 
Tripoteur d'atîaires. 

~ Jurer sur la parole du maître : 

...Jurare in verba in(i(/islri. 

(Horace.) 

— Le commencement du talent est le respect des maîtres. 

— Cliarhonnier est maître chez lui. (Voy. charbonnier.) 

— Tel maître, tel valet. Diynus domino servus. (Plante.) 

Maîtresse, dérivé de niait re. 

Amante, ainsi dite de l'empire quelle exerce sur celui qui laime. 

Liberlas qunniain nnlli juni rcslal oiiinnli, 
XhIIus liber rrit, -s/ (jiils (imarc volet. 

(l'iiUl'KUCE.) 

Maîtrise, dérivé de maiire. 



MAL II 

Qiinlilé dp niaîtro dnns los jmcienncs corporations de nu'-liors. On 
no rolitonait que i)ar un concours. Les maîtres veillaient, dans 
chaque corporation, à lexécution des règlements, jugeaient les 
dilVérends. etc. 

— Maîtrises et jurandes. Lr iiiailre, ou ,uarde, était un ol'licier 
cliarué de réprimer les a luis (|ni se commettaient dans les corpora- 
tions de marchands: le juré exerçait le même office à l'égard des 
cor|mralions d'ouN riers. 

lYlajesté, du latin iiuijcsidlcm. de //iaJoi\ 

Sancli-isima ilicitidrum 

Majcilds... 

(.IiiVKNAL, Satire I, lli.) 

— Gondemar, roi des Visigoths, qui régnait en Espagne, vers 
(310, est le plus ancien souverain qui ait pris le nom de Majesté. 

Il a été donné aux rois de France par ordonnance de Henri II, 
du () mai lo48. Auparavant, le titre usité était Altesse, Excellence. 

lYlajolique, ou mnioluiue. de inajoUca, pour mnjovica, de 
Majortiuc. 

Faïence imitée de celle qu'on lahriiiuait à Majorque, d'après les 
procédés arabes. Elle est à fond uniforme d'un émail stannifère 
hlanc. dur, opaque, sur lequel sont peints des sujets. 

IVIajor de table d'hôte. Espèce de chevalier d'industrie, se don- 
nant des allures militaires, portant un grade, des titres, des 
décorations qui ne lui ont jamais appartenu. (L. Larchey.) 

Majorât, du latin majornlum: de major, aîné. 

Titre inaliénable de propriété immobilière, attaché à la posses- 
sion d"un titre de noblesse, et qui passe avec lui à l'héritier mâle 
du titulaire. 

Mal, du latin inaluni et maie. 

Mahim signifie aussi pomme : c'est de la pomme qu'est venu le 
malheur du genre humain. 

En provençal tnau., qui se retrouve dans : maudit, Jiiauvietle 
{malam, avem), oiseau malfaisant ; maussade. 

Maf se dit quelquefois i)Our maladie : mal caduc : tomber du 
haut mal (nom ancien de l'épilepsie). Rabelais {Prol. lir. II) l'appelle 
mau de terre, parce qu'il jette à terre. 

— Mal de tète veut dormir ou paître. Ce proverbe, inventé sans 
doute par un gourmand, ne doit être accepté que sous réserve ; 



12 MAL 

("ir si r.il)Slin('iico poiil qiiolfiiicfois ciiiiser le rii;il do tcHo, il iirrive 
plus souvent qu'il est dû ;'i des e-inharnis piistrifjues, et. d;ins ce 
(•;is, la diète est le seul remède eflicace. 

— Mal d'aulrui ne nous touche qu'à demi. — Ou n'est i)as 
insensible au niallieur de ses amis, mais le jnal qui nous an-iveà 
nous-mêmes, nous aiïecte bien davantage. 

— Le mal est i)resqi)e loujours suivi de son correctif : c'est ainsi 
que la fatuité ius[)ire la risée ; limpudeuce. le mépris : l'audace, le 
dégoût; le charlatanisme, la défiance et l'incrédulité. 

Malade, du grec malnhos, mou(?): ou bien pbi!(it de uinle 
(iplLim, mal disposé : jadis malajife. 

es maliiptes, o allre prc ta les. 

{Piii'-mp de liotcK.) 

(Ou il est malade, ou un autre le tient prisonnier.) 
Provençal nialaout. 



Pcr son joi pot iniihiid: (jitrrir. 

(Par sa grâce elle peut guérir les malades.) 

Per (jtierir innicuilia de peccal. 



(Le comte L'F. l'orntiis.) 



[Vices et Vertus, f" 79.) 



(Pour guérii' la maladie du péché.) 

— Bien malade qui en meurt. Quelqu'un dit à une paysanne, qu'il 
n'avait pas vue depuis longtemps : « Ali ! mon Dieu, ma l)onn6 
femme ! je vous croyais morte. — C'est ma sœur qui est morte, 
répondit-elle ; mais c'est moi qui ai été la plus malade. » 

Maladie, dérivé du précédent. 

— Les maladies viennent à cheval et s'en retournent à pied. 
Les maladies sont, en elîet, très lentes à guérir ; mais on est 

souvent prévenu de leur arrivée par des symptômes qui permettent 
de les combattre et de les écarter. Il en est de même de nos 
alïections morales, auxquelles notre raison doit résister, pour les 
empêcher de nous subjuguer. 

Princijjiis nlislti : scro mcdieina paratur, 
(jnn main ]icr lonijiis invalnere 7noras. 

(Oviiii:.) 

(Combattez les premières atteintes : il est trop tard de remédier 
au mal, quand il s'est fortifié longtemps.) 
Facilius cadinitis quam resurcjunus. 
La vie n'a qu'une porte, et la mort en a mille. 



MAL 13 

Malgré, mot ('oni|»os('' do f/ra/m/i. piV'. Provoiu;;il fjfaf. (Kinidar 
(plaire). 

iMluivniit à : do iiiiiiivais .uiv. 

On a dit aussi maufjré, qui se retrouNe dans DKiiujvi'cr. 

C'est Estrade, qui s'est fait connestaiile du roy Fraiiçovs uiau.trré 
lui. (D'Aubiané.) 

— iMdiKjrchieu, pour : malgré Dieu. Kn provençal tnfUKjvahuou. 
On disait aussi, dans le sens opposé : <iu (jr il Dieu, c'est-à-dire à 

la volonlé de Dieu ! 

Malheur, du latin malam horam (f). Ou plutôt de mal et heirr 
{niujuriinn) : anciennement etir, opposé à bonheur. 

— Le malheur produit sur l'âme le même elîet que le feu sur 
l'encens, dont on ne connaîtrait pas le parfum, si la llamme ne le 
dégageait. 

La myrrhe ne coule que par les incisions faites à l'arhre qui la 
produit. 

Du raisin éc-rasé sous le pressoir, jaillit la liqueur qui réjouit le 
cteur de l'homme. 

La pluie, qui attriste la nature, féconde la terre et fait naître les 
fleurs et les fruits. 

— A quelque chose malheur est bon. 

Les livres saints ont appelé le malheur « un trésor de miséri- 
corde céleste », parce qu'il ramène l'homme à la vertu : Misère 
humaine à Dieu ramène. 

Heureux ceux qui pleurent. (Mathieu, Y, 4.) 

Res sacra miser. (Sénèque.) 

Le malheur, loin de dégrader l'homme, l'élève, s'il n'est pas un 
lâche. (Silvio Pellico.) 

Dans le malheur, l'âme égarée se retire en elle-même, s'assied 
toute pensive, et admet en silence la salubrité des réflexions. 
(Sterne.) 

Pour un liomme énergique, les grandes douleurs et les grandes 
joies sont comme de hautes montagnes, d'où il découvre le cours 
de la vie. (J.-P. Richter.) 

La coupe de la vie serait douce jusqu'à la fadeur, s'il n'y tombait 
quelques larmes amères. (Pythagore.) 

Ces idées, en apparence paradoxales, sur le malheur, ont été 
empruntées par le Christ à la morale de l'antiquité. Les dieux 
indulgents du paganisme étaient les dieux de l'homme heureux : 
pas un pli sur leur front, pas une ride de tristesse sur leur physio- 



Vt MAL 

iiomif. ()i',(Oiix qui soiilTiciil nciiIciiI (|ii(' Inirs di(MJ\ S(iiiHV('iit usée 
eux: loi est le secret du (li\iii |);ir;i(l(t\(' (le rKvanf{ile : «Heureux 
roux qui ]ilouroiit ! « M;iis los liiMuds nioriilisle.s païous avniont 
préparé los voies du (llii-ist bien avaut sa venue. Socralo, Pvtlia^oro. 
IMaton, avaient déjà disposé le clianip qui devait recevoir la houno 
soinence ; et Viraile avait mis dans la houclic de Didon ce \oi's, (pii 
est devenu la devise des âmes S(;nsililes : 

lldud ù/iuird tmili, uilseris succurrere lUsrn. 

[Knriih. 11. IVV.) 

MylliC'iirciisc, j'iipijris il |il;iiii(ln' le luylliiMir. 

(Cil.Iii hi.l ' 

Delillc a reproduit littéralement dans sa traduction : 
Je connais lo malliour, cl j'y sais compatir. 

Ali ! qui vorsa des pleurs treuililc d'en voir couler, 
lit, plus on a souffert, mieuv on sait consoler. 

(Du BKl.i.nv.) 

A raconter ses maux souvent on les soulage. 

(Cohnkii.i.k', Pohjeiifip. I, 3.) 

Charles Nodier a dit : « Les mallieiireiix aiment mieux » : et 
Déranger : « Le plaisir rend l'âme si honne ! » 

Ce n'est pas le plaisir qni rend l'âme bonne, comme font dit. 
après Béranger, les dévots de la matière ; ce qui rend lame honne, 
c'est la douleur. On est hon, il est vrai, tant qu'on est sous le 
charme d'une joie nouvelle: mais l'hahitude du honheur n'est pas 
l'école de la charité. Le malheur, au contraire, rend hon et compa- 
tissant, développe la vertu et rintelligeuce. 

Vexât io dat intolJectum. (Isaïe, XXVIII, 19.) 

Inijeniam mnld ■so'pe movent. 

(OVIDR.) 

Mathêmata, path(}mata. (Les malheurs sont des leçons.) 

— Presque toutes les hiographies des grands artistes commencent 
par ces mots : « Né de parents pauvres... » La gène et les priva- 
tions semhlent nécessaires pour féconder le génie. 

C'était du moins l'avis de Charles IX, qui disait : « Les artistes 
ressemhlent aux chevaux, qui deviennent mous dans la trop grande 
ahondance : il faut les nourrir, mais non les engraisser. » 

Poussin dit à un gentilhomme qui lui montrait un tableau de sa 
composition : « Il ne vous manque. Monseigneur, pour devenir un 
grand artiste, qu'un peu de pauvreté. » 

J'eus le malheur pour maître, il ma beaucoup appris. 

(Traduit de CoNFfcirs.) 



MAL 1') 

— Les K.iiyplioiis ont rc'itrésenté Mercure (la raison) arracliani 
les nerfs à Typhon (le mal), pour en faire les cordes de sa lyic 
divine. 

— Les iniif()i'niistt!S de Konie ont pris pour eniblèine un fei' Itatln 
par un inartcaii. siii' une enclnnie, avec ces mots : 

...hll iliiiit rnliirrii furinnm 

pour signifier que le malheur fortifie Tàme, la façonne. 

— Le malheur rend hon, dit rÉcriture; mais la misère mène 
souvent à l'incoiidiiite. 

— l'n malheur ne vient jamais seul. 

l'n iiialhiiir loiijiMii's Iniiin' un iiiallieui" après soi. 

(Piisox, (luxtnve.\ 

Aliiid ex (ilio maliuii. 

('l'KriFNCK.) 

— C'est un petit malheur : je ne le regrette pas heaiicoup. 
Malheur d'autrui ue déplait rpi'à demi. 

Malheureux, dérivé du précédent. 
Malheureux comme les pierres. 

Mes maux suffiraient à faire plusieurs miséral)les ; comme mou 
malheur est sans remède, ma douleur est sans consolations. 

— La consolation des malheureux, est d'avoir des seml)Ial)les. 
Le coeur humain est ainsi fait, qu'il se réjouit parfois moins d'un 

honheur qui lui arrive, que de l'infortune qui frappe le voisin. Cette 
triste vérité porte à croire que l'espèce humaine w été appelée ainsi 
par antiphrase. 11 est plus consolant de penser que c'est par un 
sentiment instinctif que nous applaudissons au malheur, comme 
ser\ant de haume apjdiqué par la Providence sur les plaies de 
l'orgueil humain. 

Quand La Rochefoucauld dit •: « Nous avons tous assez de force 
pour supporter les maux d'autrui «^ il paraît supposer, en pessi- 
miste qu'il est, que dans ce sentiment il y a d'abord le retour sur 
soi-même, et aussi l'attrait d'une curiosité malsaine... 

Lenis est consolatio ex miseriis aliorum. (Cicéron.) 

— Je suis le plus malheureux des hommes ! Locution hyperbo- 
lique, si l'on veut bien regarder au-dessous de soi. 

— Pour se consoler de tout ce qu'on soutTre, il faut songer à tout 
ce qu'on ne soulïre pas. (Clairon.) 

— Toutes les fois que j'éprouve le besoin de me plaindre, je 
pense à la dure existence des cochers d'omnibus, dont la journée, 



IC. MAL 

passée cnlrc r'n'\ cX lerro, diirt^ (h; s<',[)l lifiiiT'S ;'i iiiiiiiiit, ...cA j<} 
l'ciifoiico ma [ilainto. 

IVIalitorne, du laliii //i////' fonu/fm/i. 

Mal luiinié, Jiial l'ail, mal Itàli. 

Horace a dit, en parlant de vers mal laits : 

Kl imilr lornntos inciuli raldurc rersiis. 

Scarron se sert de mnlplaisant dans le sens de malHornp : 

11 no kit jamais créature 

De plus malplaisante tournure. 

C'est le plus jirand malitornc et le plus sot dadais. (Molière.) 

lYlalle, du l»as-Iatin mahi : .uermaniqiic mahaJa. 
Synonymes : mademoiselle Manette (Vidocq), jeu de mots sur 
malle et manne (corbeille) ; Savoyarde. 

. lYlalo (Saint-). 

Il a été à Saint-Malo, les chiens lui ont mangé les mollets. 

Vers le xi« siècle (?) les habitants de Saint-Servan, exposés aux 
attaques des pirates, se réfugièrent dans l'île d'Aaron, et y fon- 
dèrent une ville, qu'ils nommèrent Saint-Malo, du nom de leur 
évèque. Pour éviter d'être surpris la nuit, ils lâchaient autour des 
remparts une troupe do chiens, qui dévoraient les étrangers. 

Albert le Grand, dominicain, dit : « La garde de Saint-Malo était 
commise toute la nuit à la fidélité de certains dogues, qui faisaient 
bonne et sure patrouille. » 

Chateaubriand {Mémoires, tome I), dit : « Ces chiens furent 

condamnés à la peine capitale, pour avoir eu le malheur de manger 

inconsidérément les jambes à un gentilhomme, ce qui donna lieu à 

la chanson : 

Bon voyage, monsieur Dumollel... 

On se moque de tout. » 

— Le couplet final du vaudeville de Désaugiers : le Départ pour 

SatiU-iMalo. joué en 1809, au théâtre des Variétés, par Brunet, est 

resté très populaire : 

Bon voyage, 

Monsieur Duniollet, 

A Saint-Malo, déiianiuez sans naufrage ; 

Bon voyage, 

Monsieur Duniollet, 

Et revenez si le pays vous plaît. 

Ce Dumollet est, dans la pièce de Désaugiers, une sorte de 
Pourceaugnac, de prétendant niais, que l'on éconduit après force 



MAN 17 

iii\stili(;ilioiis. Ca' type urolesqno. njouté à l;i ,u;ilcrie des Jocrisse 
cl dos (];id('l-H()iiss('l. (Mil le plus ,ur;iiid succès ;'i ct'tto ôpoipie. 

— Ce (pioliliel siippliipie. ou plaisantant, aux personnes dépour- 
vues do inollols: uiais il nosi plus auère en usape, aujourd'hui 
(pion 110 porto plus do ciilollos coiirtos. et (pie U' port du pantalon 
(lissiuiulo lo |ihis ou moins (rouihoupoiut do la janihe. 

lYlalotru, du lalin /iki/p ins/nir/us. (Ménage.) Ou |)liil()t do ma/ 
et de asfrc. coniine rin(li((iient l'ancienne forme t/ialas(ru, et le 
proven('al fnalas(re,uè sous nnc mauvaise étoile. (F. Génin.) 

Asfria-, en provençal, signifie qui a les astres favorables. 

A l'origine, malotru n'emporte rpie l'idée de mallieui'eux digne 

do compassion ; mais, d(''s le xiv siècle, il est pris comme injure, 

par suite de la tendance déplorable que nous avons à passer de la 

jiilié au mépris. 

Collo-ci lit un choiv ((u'oii n'aïu'ail jamais cru, 

So trouvant à la lin loni aise et tout Ihmivouso 

De renconlrci' un malotru. 

(La F(l^rAl^•E, la Fille.) 

lYlaltôte, du latin harhare mala tolla. maudite taille. D'où 
uialtàlicr. 

lYlamamouchi^ mot forgé plaisamment par Molière, dans le 
Boarijcois f/enfi//ioi/uiie. Ce mot n'appartient à aucune langue: 
)nais on s'en est servi depuis pour désigner un' homme bizarrement 
accoutré. 

Mamelle, du latin aiainillam. Diminutif do mammam : d'où 
maman {'.), l'omau papa. 

A'nlha nutra hcstia lia popai^ cf P'C!/-'', •^'''^ liomfi fil éléphanl. 
[Elucida ri de las proprielas, f° oO.) 

Nulle autre béte n'a les mamelles à la poitrine, sinon homme et 
éléphant. 

Manant, du latin manenlem, qui demeure. Anciennement 
manent. domicilié, riche (?). 

Le sens premier s'est altéré, et le mot en est venu à signifier un 
campagnard, un vilain, un homme grossier. 

Au mémo radical se rattachent: manoir, ménage, mesnie, mesnil. 

De (letil l'a mis au grant, 
El (ic povri; l'a lait manant. 

(Roman de In Rose, vers 2,858.) 

Même mésaventure est arrivée à paij.uui et à rilain, qui signi- 
fiaient habitant du pays ou de la métairie. 



48 M AN 

lYlanceau, dérivé du Mîins. nom ,t:éo,Lrr;ii)liiqii('. 

Tu M.iiiccMii vjiiit un Xor-ni;in(l cl demi, (^elle locution, qui 
ressenddc ;i une siiliro, s'est éluhlie sur ce que les monnaies du 
Miiine valaienl mollit'' plus (|ut' c(;iles de Normandie. 

Manche, lalin numirain. de mnnus. main. 
1" Partie du V(Menient (jui enveloppe le bras. 
2° Partie d'un iuslrumml par laqueli(! on le saisit (piaud rm veut 
s'en servir. S'apptdie luunpc, quand il s'ai^it d'une lance. 

— Au temps où l'on se mouchait sur sa inanciie..., c'est-à-dire 
au temps jadis, quand on était très simple. 

Il paraît qu'on portait autrefois un mouchoir sur la manche, pour 
se moucher ou pour s'essuyer le visa.ae. 

La pièce du costume ecclésiastique qu'on appelle audarimn, ou 
manipulum , mappuhi, en français fanon, manipule, en est une 
preuve. C'était un linge que les prêtres (à l'autel) portaient pour 
essuyer les larmes qu'ils versent pendant la consécration, en pen- 
sant aux péchés du peuple. Ils récitent, en revêtant cet ornement, 
la prière suivante : Merear, Domine, portave manipulum fletiis 
et do loris. 

— Se faire tirer la manche : se faire prier. 

Les Latins disaient : scindere pœnulam. Déchirer le manteau, 
c'est-à-dire retenir quelqu'un par son manteau. 

Horum vix eijo attiyi pœnulam. (Gicéron.) Je les ai à peine 
engagés à rester. 

— Jeter le manche après la cognée : désespérer trop vite, 
abandonner une a Claire. (Rabelais. Prol. liv. IV.) 

Manchot, vieux français manc, du lalin mancum. 
Il n'est pas manchot : il a de l'adresse, de la force. 
Non manci fuere milites. (Tite-Live, VIII, 31.) 

Mandarin, du portugais mandar. corruption du sanscrit man- 
trim, conseiller. 

Nom des lettrés de la Chine, parmi lesquels sont choisis les 
employés de l'État. Ce sont les fonctionnaires de l'ordre administratif 
et judiciaire. Ils forment dix-liuit classes et sont plus de cent mille. 

J.-J. Rousseau dit : « S'il suffisait, pour devenir le riche héritier 
d'un homme qu'on n'aurait jamais vu, dont on n'aurait jamais 
entendu parler, et qui habiterait le fin fond de la Chine, de presser 
sur un bouton pour le faire mourir, ...qui de nous presserait sur ce 
bouton ? )) 



MAN 19 

Mangeoire, dérivé do t/iaiif/er. 

Toiinifr le cul ,'i I;i iii;iii,ueoirc : refuser les moyens de gagner 
s;i vie. 

In cluirhiliin. ;'i In foire, annonçait (pi'il faisait voir un cheval qui 
a\;iit la tète où les autres avaient la quene. C'était un cheval qu'il 
iivait attaché à la mangeoire par la queue. 

Manger, anciennement manyier. du latin manducore. 

Synonymes : jouer de la mâchoire, boulier, boustifailler (trivial), 
gobichonner, branler le menton : cotonner le moule de son pour- 
point (Rabelais) : s'en donner jusqu'à la garde, faire bombance, 
faii'e ripaille. 

— Oli ! lu seras ainsi tenu pour un {loltron. 

— Suit. poiirMi (|ni' toujours je liranlc le mouton. 

|M<ilih;k, Di'fiit, v, 1.) 

— Manger avidement, boutVer, bâfrer, bauffrer : Après les pre- 
mières baiilTreures. (Rabelais.) 

.Manger comme un ogre. 

— Manger peu : du hout des dents. Dente supcrho (Horace) : 
d'une dent dédaigneuse, pour peindre le dédain avec lequel le rat 
de ville goûtait au repas du rat des champs. 

— Manger comme un oiseau, l/oiseau ne mange qu'un grain à 
la fois ; mais ces giains se succèdent sans interruption toute la 
journée. Tout en mangeant peu à la fois, les oiseaux consomment 
plus que les mammifères. 

— Le public se rue sur les buliets avec un empressement qui 
ra|)pelle les navrants épisodes du naufrage de la 3Iéduse. 

(lu la p/ui'cs qufDii (jhKJlnx porbnli : l'intempérance tue plus 
de gens que l'épée. 

— Depuis Milon de Crotone. qui assommait un l)œuf d'un coup 
de poing et le mangeait tout entier, il n'y a point eu peut-être de 
plus gros mangeur qu'un Saxon, qui dévorait tout ce qu'on lui 
présentait : un mouton, un veau, un cocbon, deux boisseaux de 
cerises avec leurs noyaux, etc. Il vint à bout, un jour, d'avaler une 
éci'itoire. les plumes, l'encre et le sable. Des témoins ont afllrmé le 
fait devant le Sénat de Wirtemberg. 

L'histoire de cet ogre a été publiée, au xviif- siècle, sous ce titre : 
De pobjpJuKjo Wirteinberfjen>ii disserlatlo. 

— Les Grecs et les Romains ne mangeaient qu'une fois par 
jour ; ne faisaient qu'un grand repas. 

Les Gotbs ont introduit l'usage de deux repas. 



20 MAN 

— Tout It' iiioiidc iiiiuij:»'. riioiiiiiic d'cspi-il seul s;iil iiKiii.ucr. 
(Brillât-Savarin.) 

— Il faut nian.tinr' poiii" Nivrc cl non |ias \i\it' |ii»iir niaiijrer. 
(Molière, Aroî-c, III, rj.) 

C'est la lonniilt' ('■cononiiiiiic, et liygiéniqiie des Latins : fj/r ni 
vivas, ne vivas ut erlas, (Mionréo en abrétié sons cette forme : 
E. V. V. N. V. V. E., et qu'Harpagon trouve si Itelle qu'il la vent 
faire graver en lettres d'or sur la clieminée de sa salle à manger. 

— Bourdaloue disait à son médecin qu'il ne faisait qu'un repas 
par jour. « Ne le dites pas, reprit le docteur, vous nous ôteriez 
toutes nos pratiques. « 

Vivilur pnrvo bene. 

(UORACF.) 

(On vit l)ien de peu.) 

...Me pascimt olicœ. 
Me cichorea, lecesque malvœ. 

(HonACE, Odes, I, 31.) 

(Des olives, de la cliicorée, des herlies tendres, voilà ma nour- 
riture.) 

— Qui veut vivre sain, dîne peu et soupe moins. 

— Les Touaregs, habitants du Gtiat (désert du Sahara), géants 
très robustes, ne mangent ordinairement que de deux jours l'un. 

— Manger à la même écuelle. Dans les festins du Moyen-Age, 
chaque homme se trouvait placé à côté d'une dame. Un seul couvert 
était destiné à chaque couple : verre, assiette, tout était commun. 
Cela s'appelait « manger à la même écuelle ». 

Et si n'y eut celuy qui n'eust dame à son escuelle. (Roman du 
xiii<' siècle.) 

Ainsi aura chascun une mienne niepce à son escuelle à souper. 
{Percef'orest, vol. I, cli. 144.) Pour ce jour, j'ay à ce manger mangé 
à son escuelle. (Ch. suivant.) 

— Manger en commun est une grande cause d'intimité. C'est la 
satisfaction en commun d'un besoin matériel : et, quand on y 
cherclie un sens plus élevée c'est une communion. (Xo}'. ami de 
table.) 

— Manger à plusieurs râteliers : tirer profit de plusieurs emplois. 
Il y a des gens qui, moins embarrassés que l'àne de Buridan, 
mangent à deux ràtehers, et s'en trouvent bien. 

— Manger son blé en herbe : dépenser d'avance son revenu. 
Achetant cher, vendant à bon marché, et mangeant son blé en 

herbe. (Molière, Arat^e, H, 1.) 



MAN 21 

Molièro a oinpnintô ce passage à Rabelais fliv. III, 2). 
Les Latins ilisaieiit •.Boniini suinn rona)fiuere{Vè[Yowç:.) Ebibere 
rem (Horace.) Decorare pecunia/n (Cicéroii.) 

Do grand train, — sur l'eslrain (la paille). 
.•\ trraïKk' ciiisiiK', — pauvreté voisine. 

Trou trop soineut ouvei't sous le nez, fait porter souliers 
décJiirés. 

On apprend plut(U à nianuer son i)ain qu'à le gagner. (Proverl)e 
russe.) 

— ÂNoir mangé son pain blanc le premier: avoir été plus 
benreux qu'on ne l'est. 

— Gbapon de buit mois, manger de roi. 

— Il me mange dans la main : il est trop familier. 

— La vie est attelée à deux mauvais cbevaux : le Ijoire et le 
manger. 

— Manger s'emploie aussi poui' mar((uer le désir, l'affection : 
manger de caresses, manger des yeux. 

On dit aussi : jolie à croquer. 

Mangeur, dérivé du précédent. 

(irand mangeur : glouton, goinfre, gouliafre, grandgosier, ogre. 
Autrefois : fripe-lipe. 

D'un grand mangeur on dit qu'il a toujours dix aunes de boyaux 
vides. 

Il a la maladie du renard, qui mange une poule et un canard. 
Il avalerait la marmite des cordeliers. 

Manichéisme, mot bistorique, doctrine de Manès. 
Hérésie du m*' siècle, qui admettait deux principes opposés : 
celui du bien et celui du mal ; la lumière et les ténèbres. 

Manie, du grec mania, folie, égarement d'esprit : d'où maniaque. 
Synonymes : dada, marotte, tic, toquade. 
En grec, mainesthai sianifie être en fureur. 

— Une manie occupe comme une passion, et n'en a pas les tour- 
ments. 

Manière, du latin maniim. 

Le vieux français avait l'adjectif manier, qui a la main babile. 
A donné l'adjectif maniéré, plein de manières, d'affectation. 
Être maniéré, faire des grâces, poser. Se dit d'une personne qui 



22 M AN 

force son tiilciil, (•oiiiiue rfiiic de l;i lahlc <>r. r;iHf(i;iiiiiii est In 
caricature du naturel. 

Manigance, du l;iliii nuinira. inaiiclic (IJicz). La iii;iiicli<' est 
très utile aii\ faiseurs de tours. 

Quelques-uns le font venir de ///y//(.7o///--o, nwKjnignouner, fardi-r : 
de maii(/(>, uiarcliaud d'esclaves, ayant riuihitude de les farder, di' 
dissimuler leurs défauts. 

IntriLiiie, tromperie. 

Le nui là ne se doute pas de la inaniuance. (Molière, Gcorijcs 
Dandin.) 

lYlanique, du latin mnniram, mitaine. 

Morceau de cuir dont les cordonniers se iiarnissenl la |)aiune de 
la main poui' ne pas se blesser. 
Parler uiani([ue. Parler de ce qui concerne sa profession. 

Tractant fal)rilia faliri. 

(HoilACE.) 

(Chacun parle de son métier.) 

Manne, de l'hébreu nuin. 

Manna dans l'Évangile : Manducaverunt patres vestri manna. 

Nourriture que Dieu donna aux Israélites dans le désert, [)endant 
quarante ans. C'était un petit grain blanc et arrondi, qui tombait 
tous les matins, excepté le jour du sabbat. i^Exode XYI, 4 : 
Psamnes LXXVII, 15.) 

— La manne est une substance mielleuse, qui se produit encore 
au Sinaï, et que les moines mangent. Selon Bertholet, elle serait 
due à la piqûre d'un insecte sur les feuilles du tamaris mannif'era. 
L'analyse, faite par Bertholet, a donné : oo de sucre de canne, 
25 de sucre interverti, 20 de dextrine. 

— La manne céleste : la parole de Dieu (terme mystique). 

Manquer, du latin m an eu m, manchot. 

Se dit absolument, dans le sens de : faire faillite. 

Dans les autres cas, manquer est toujours accompagné d'un 
complément. 

Bilboquet. Bref, Cabochard est en déconliture : il a manqué. — 
Atala. De combien manque-t-il ? — Bilbooikt. Il manque de tout... 
et le reste est pour les créanciers. {Les Saltiinbanques. 11, 4.) 

Mansarde, nom historique. 

Mansard, célèbre architecte du xvii« siècle, introduisit ce senre 



MAN 23 

do roniltles. invoiilé on Il.ilio. C'osI au Louvre que cette innovation 
fut nppliquôo pour la prcuiirro l'ois par P. Lesf'ol. 

Manteau, du latin nuinti'Unm. 

Isidore de Sô\illo dit : Mnulollmn ll'u^jianl rocdut, qnod manus 
tcfjcbdt tanhun, es/ cniin brccis (unirhis. 
C'était le nom de la niante coui'te des Kspaunols. 

Marliii aiira mou grand manteau 
Oui' mautc à eau j\'tymo!ogi.sais. 

(S.VHIIAZIX ?) 

— Manteau d'Ai-le(piin. Draperie davant-scène, qui masque les 
bords du rideau de rlKupie côté du théâtre. 

C'est par cette draperie (pie, dans la comédie italienne, Arlequin, 
personnage principal, entrait et sortait. 

— Le manteau de l'erreur, de la religion, de la vertu, de l'ano- 
nyme, etc. 

Se couvrir du manteau de la vertu : cacher ses vices sous l'appa- 
rence de la vertu. La même image se'troiive dans pallier ses fautes 
(palliuî/i, manteau). 

C'est s'e.xcuser humhlement, se couvrir du masque de l'humilité, 
comme font les hypocrites. 

Mea me lirlute involvo. 

(IloUACE.) 

(Je m'enveloppe de ma vertu.) 

Que l'imposteur sait IMen, de traîtresse manière, 
Se faire un beau manteau de tout ce qu'on révère ! 

(MoLifciiE, l'art u/fe.) 

Se draper dans le manteau de la gloire ou dans les haillons du 
vice. (G. de Nerval.) 

— Le manteau d'Aiitisthène. — Antistliène était un philosophe 
cynique, qui, pour se distinguer, portait un manteau troué. Socrate 
lui dit : « U Antistliène, j'aperçois ton orgueil à travers les trous 
de ton manteau. » 

L'école cynique porte aujourd'hui le nom de « Bohême ». A côté 
de ces fanfarons de la guenille, il y a aussi les vaniteux, à qui l'on 
pourrait dire : « Sous les plis de ton riche manteau, j'aperçois... 
que tu n'as pas... d'habits. » 

— Le manteau de Joseph. — Ou emploie cette locution dans un 
sens satirique, pour se moquer du chaste Joseph. 

Un dit même que la Putiphar devait être une femme hargneuse, 



24 MAQ 

Uirdéc oi sur lo roloiii' ; quo, s'il on aviiit éUi ;iiilrciiieiil, le jeune 
Joseph se perdiiit... et sauvait son manteau. 

— I.e nianlOMU d'Klie faisait des miracles... 

l'Uie fut enhué au ciel sur un char lire par des che\an\ d*; feu. 
à la vue de son disciple Elisée, à (pii il laissa son manteau pour 
gape du don de pro[)liéties et de miracles. 

M. Villemaiu a dil, en parlant de Rernardin de Saiul-Pierrc : 
« C'était une espèce d'Elisée, (pii aNail reçu le manteau de .leau- 
Jaccpies. » 

Maquereau, du latin nuiruldni. tache. 

1" Poisson tacheté. 

2' Au llgiiré et très lihrement : entremetteur, proxénète, soute- 
neur, Monsieur Alphonse, Desgrieux de has étage, Mercure galant. 

A son féminin maquerelle. 

Dans ce sens ligure, le mol semble venir du llamand nxdkeUuir. 
de mockciK trallquer. 

Maquignon, anciennement maquillon. A la même oriuine que 
maquereau (?). 

Se rapproche de maquUlnye, à cause des ruses employées par 
les maquignons pour dissimuler les défauts des chevaux qu'ils 
mettent en vente. 

Maquillage, de fnacuia?n(^.), tache. 

Peut-être faut-il chercher l'étymologie à la même source que 
pour maquignon ? 

— Se maquiller, c'est se farder avec force carmin, hlanc de 
perle ou poudre de riz : se faire des grains de beauté avec une 
épingle rougie au feu ; s'agrandir démesurément les yeux avec du 
Itouchon brûlé ; se carminer les lèvres avec du rouge liquide. 

Four rt'parer dos ans rirréparable outrage. 

(Racine.) 

De cette manière, on arrive à faire illusion aux hommes peu 

clairvoyants. 

On trouve dans Gaultier de Coincy. poète du xiii" siècle, les vers 

suivants : 

Telle se faiçt nioull remanier 
Par senblanchir, par se farder, 
Que plus est laide et plus est lilesme 
(Jue péchiez mortelz en caresme. 

Maquis. Nom donné, en Corse et en Italie, aux petits bois, ou 
plutôt aux Ueux incultes couverts d'arbrisseaux^ tels que myrtes, 



MAR 2o 

arlioiisiers. lauriers, etc.. qui formont des fourrés oi'i l'on se cache 
aisément. 

Map. Désinence fantaisiste, née vers 18'i0, (lu'on ajoiiiait à la lin 
(l'un mot. (Ml l;i sulistituaul à la dernière syllabe : épicier, épiceniar. 

lYlarabout, de l'arahe marabath, lié à Dieu, l'rétre musulman. 
S'emploie aussi pour désigner un homme très laid, ou une cafe- 
tière à £tros ventre. 

Maraud, ori.iiine \\\iiç\:\A\\\^. Maraudeur, pour marnais nUlcur ? 

Ména.ue le dériNe de riiéiu-<'u nuiroud. ,uueu\(?). 

D"a|)rès Génin. il viendrait plul(U de maroulh'. rustre, manant, 
(pii n'est lion à rien qu'à manier la marre, sorte de houe [)Our 
hécher. 

Vous êtes un sot, un maraud, un cocpiin. (Molière, Avare.) 

Mais l'origine de maroujh' n'est pas plus connue que celle de 
maraud. 

Marc, de l'allemand mark, qui a donné aussi marche. 
.Monnaie de compte, qui a varié selon les époques. 
C'était à l'origine un poids de huit onces, la demi-livre ancienne 
de Paris. 

Marcellus. (Tu Marcel/us eris.) Commencement d'un vers de 
Virgile, qui a servi d'occasion à un tableau d'Ingres. 

Auguste se plaisait à se faire réciter par Virgile lui-même des 
morceaux de Y Enéide. Le peintre a représenté l'impression pro- 
duite sur ce prince et sur Octavie, par l'éloge du jeune Marcellus. 
Octavie s'évanouit, dit-on, à ce passage, et, voulant marquer au 
poète sa reconnaissance, elle lui fil compter dix grands sesterces 
par vers : environ o2.000 francs. 

Marchand, du latin mercatiun. marché. 

D'autres le dérivent du bas-latin merc«û?«re; quelques-uns vont 
jusqu'à y voir une transforiliation de marcheur pour mereatorem . 

Au radical mei'c, se rattachent : mercantile, mercenaire, mer- 
cerie, commerce. 

Il se rapporte aussi à Mercurius, Mercure, dieu du commerce 
(et du vol). On représentait ce dieu avec des ailes, une bourse à la 
main, pour indiquer que la fortune est la récompense de l'activité. 
Le caducée, qu'il tient dans l'autre main, est le symbole de la paix 
et de la prospérité : le bâton marque le pouvoir ; les deux serpents, 
la prudence : les ailes, la diligence ; l'olivier, emblème de la paix, 



2fi MAR 

s'onroulo autour du caducée avec les scr|)(;nls. pour luoulrer (jue, 
si la ruse est rembléme du roniiuerce, la paix le fait prospérer. 

Oe Mercure vient aussi tiicrrurlaJc, lixaliou oflicielle du jirix 
des denrées sur les- uiai-cliés. 

L'acception marrhcur. (pii représciilc l'idée dacti\ilé. a |»résidé 
à la création des noius des piaucipaics fonctions couiuiercialos. 
Ainsi de inènie {\\wW marrlunitl uiarclie (le vrai iiiarcliand primitif 
a été colporteur) : ['a;/çn/ d'alTaires mène les choses avec activité ; 
le néfjoriant (ncr otlum) ne pi'cnd pas de repos : le traficant 
va acheter une marchandise pour la transporter au loin. 

— Néfjoce et trafic prennent également un sens péjoratif. 

Le nom de courtier, provençal courratier, est fait d'un fi'équen- 
tatif, (pii siiiuille une agitation perpétuelle. 

Le nom de courtaut de boutique, que nos pères donnaient au 
modeste commis de magasin, pourrait bien avoir la même origine. 

A courlaut vieilli a succédé (jnlopin, puis trottin, saute-ruis- 
seau, qui ont une signification analogue. 

Commis vient aussi de cbmmittei'e, envoyer ou préposer. 

— De marchand à marchand, il n'y a que la main. 
La bonne foi doit suffire dans le commerce. 

Chasser les marchands du temple. (xMathieu, XXI, 12 ; Luc, XIX, 
45; Jean. Il, lo.) 

Marchander. Hésiter. Jadis bafjuifjner, barguigner. 

Marchandise, dérivé de marchand. 
Vanter sa marchandise : faire l'article. 
Marchandise d'occasion ou de basard : bric à brac. 
Marchandise démodée : rossignol. 
Marchandise de mauvaise qualité : camelote. 
Marchandises en magasin : stock. 

Marche, du latin marchia, frontière d'un pays. 
Pays frontière, c'est-à-dire situé à une journée de marche d'un 
autre pays. 

Un lionrat baron qu'era do la marca de Proensa. 

(Po.N* DE CaPDEUIL.) 

. (Un baron distingué, qui était de la marche de Provence.) 

En roman, marcar, confiner, démarcation. 

Las terras del roi de Fransa que marcaron ab las terras d'en 
Richart. (Bertrand de Born.) Les terres du roi de France qui 
confinaient avec celles de Richard. (Voy. marquis.) 



MAR 27 

Marché, l.ilin movratuni. 

Ht'iiiiioii (le mardiaiids et de iii;nrliandises. Acliat. 

— Il n'y a que les lions marcliés qui ruinent. 

On n'a jamais Iton marrlié d'une mauvaise nianiiandise. C"est,-;i- 
dire ^\\\\^\\ pair tonjotics trop cher ce qui est mau\ais ou ce dont 
on u"a pas besoin. 

— Par dessus le manlié. (Vo\ . la bonne main.) 

Un paysan achète une prosse montre en argent, et, avant de 
conclure, en aperccvani une petite, en or, il dit à riiorloger : « Vous 
me donnerez i)ien celle-là i)ar dessus le marclié. » 

Marcher, du latin nicrcari, les marchands étant obligés d'aller 
et de venir pour leui' commerce. 

D'après Diez, ce serait passer d'une marche à une autre. 

Rabelais dit démarcher : s'en aller, partir, mot fait comme 
l'ancien verbe départir. 

Démarcher ne se dit plus, mais se retrouve dans démarche. 

Synonymes: aller à pied, ...pedibus cum Jambis, ...se servir de 
la voiture de M. Soulier, ...piler du poivre (route, en argot, se dit 
poirrière). 

Marcher en frottant les jambes : l)attre le briquet. 

Marcher de travers : aller de guingoi. 

Marcher droit : faire son devoir. 

— Le poète Pope était bossu et avait les jambes torses. Le roi 
d'Angleterre dit un jour, en le voyant à la cour : « Je voudrais bien 
savoir à quoi nous sert ce petit homme qui marche tout de travers. » 
Le poète répliqua : « A vous faire marcher droit. » 

Marcotte, serait plus exactement écrit margotte. de l'italien 
margoita, du latin tnergore, plonger. 

Branche tenant encore à la plante mère et qui, recourbée et mise 
en terre, y pousse des racines, et qu'on sépare du tronc quand elle 
a une végétation suffisante. Le marcottage doit toujours précéder 
de quelques jours l'ascension de la sève dans les végétaux. 

Mardi-Gras. 

Synonymes : Carêmentrant, le dieu des andouilles (Rabelais). 

Maréchal, vieux français mare.^caf, bas-latin marescalcus. 

Celui qui soigne les chevaux. 

Le maréchal de France était, à l'origine, chargé, avec le conné- 
table, ou comte de l'étable, d'entretenir en bon état les che\aux 
du roi. 



28 MAR 

M;iré(li;)l de Friincc. iiiîiiï;rliiil de niinp, iii;ir(''cli;il des lo;:is, 
signiliaieiit iii!in|(ieiii' de <;iiii|), de lofrenients; c'est-à-dire que ces 
gens mesuraieiil remplacement et l'espace de terniiii ijne devaient 
occnpor le camp ou le logement des troupes. 

Maréchaussée, de niaréchfnin, forme ancienne de maréchal 
(\n\ se Iroine <li(>z Villehardouin, et encore aujourd'hui dans le 
j)atois de certaines provinces. 

— Ancienne juridiction des maréchaux de France. 

— Corps de gens à cheval, très ancien en France, qui servait à 
maintenir la sûreté pui)lique. et qu'on a remplacé, en 1793, par la 
gendarmeries 

lYlarée, d'un adjectif itiarcus: du latin mure, mer. 

Mouvement alternatif et quotidien des eaux de la mer, qui cou- 
vrent et ahandonnent successivement le rivage. 

C'est l'ensemble des phénomènes connus sous le nom de flux et 
de reflux. 

— On appelle aussi marée le poisson de mer. D'où l'expression : 
arriver comme iiiarée en carême, fort à propos. 

Margot, diminutif de Marguerite. 
Surnom populaire de la pie ou agasse. 

Marguillier, du latin mafrlcularlum : celui qui tient le registre 
des pauvres. Autrefois marinier. 

Marguillier serait donc la corruption (non, mais la forme popu- 
laire) de matrlculler, fabricien gardien des registres matricules 
dans les églises. C'étaient, avant 1792, des fonctions importantes, 
parce que, depuis 1539 (sous François I^r), ils inscrivaient les 
naissances des enfants catholiques apportés au baptême. 

La loi du 20 septembre 1792 coulia aux maires la tenue des 
registres de l'Etat-Civil. (Voy.) 

Mariage, de marltatlcum, dérivé. de marltum, mari. 

Dans la mythologie /igmen, usité en poésie. 

On le représentait sous les traits d'un beau jeune homme cou- 
ronné de marjolaine. 

Synonymes: duel à coups de canif; conjungo: amour permis (style 
des Précieuses) : savonnette à vilain, quand il s'agit de l'union d'un 
roturier avec une tille nolde: un livre ennuyeux avec une belle 
préface. 

— Les Romains désignaient le mariage légitime sous le nom de 



MAH 29 

ronJiKjiuin, jnslii' nupliif. Los ciilnnls issus de co mariage s'appe- 
laient .//^s7/ libori : tandis (pio les enfants du conculiinat étaient dits 
Uhcri na/ura/es. Auguste avait été forcé de donner au concnbinat 
un lilie légal. Quant aux enfants nés d'une union défendue jtar la 
loi, ils s'appelaient }}of/ii ou spiii'/t. 

La femme qui avait des rapports avec un iionime marié s'appelait 
pellex (peau). Il y avait, en dehors de ces deux états, la courtisane, 
la louve, mise sous la protection de la Vénus vulgaire. 

— Aujoiird'liui, les mariages sans légalité s'appellent: mariage 
de Jean des Vignes. ...en détrempe, ...sous la cheminée. 

On dit aussi : marié au xiii" arrondissement: parce qu'avant 
l'annexion des banlieues, en 18G0, Paris ne contenait qne douze 
arrondissements ou mairies. 

C'est un moiifip, le monde prospère 

Des époux sans épouse et des enfants sans père, 
Où l'estime s'égare, où s'égare l'amour : 
Et si grand, si nombreux, qu'il faudra (piehiiie jour, 
Comme ont fait les Humains pour le concubinage. 
Annexer forcément ce faubourg au ménage. 

(I'aii.i.krox, les Faux Mcnngox, 1868.) 

— Il y a encore la variété de mariage appelée morfianatujne 
(Voy.) de la main gauclie, ou incognito, contracté par un prince 
avec une personne de rang inférieur, à laquelle il donne son nom, 
mais qu'il ne reconnaît pas officiellement comme sa femme. Dans ce 
mariage, le mari donne la main gauche à sa femme, au lieu de la 
droite. Les enfants ipii en naissent ne jouissent pas de tous les 
droits de la légitimité. 

Moryanalique vient de l'allemand nK^njengahe, don du matin, 
présent fait à la femme le matin qui suit le jour des noces. 

— Les lois civiles fixent l'époque du mariage : 

En France, à 17 ans pour les hommes, lo ans pour les femmes. 
En Autriche, 20 et 16. 
La loi Romaine, lo et 13. 
Lycurgue, 37 et 17. 
Platon, 30 et 20. 

— On a vu des rois épouser des bergères. 

Caribert. dit l'abbé Velly, répudia sa femme légitime pour épouser 
Theudégilde, fille d'un berger. 

Louis XIY épousa M^e de Maintenon, qui se plaignait un jour de 
n'être pas heureuse. « C'en est trop pour une pauvre femme dont 
la vie est déjà pleine d'amertume. Je ne peux plus vivre delà sorte, 



:iO MAR 

et j'iiiiiic mieux luoiiiir tout ;i riiciiic! — Mourir! Madîiiiic, i't''|)!irtil 
d'AiiliiuiK''. d'un ;iir |(I;iis;iiit cl iiicrrdnir. niicllc f;irit;iisi(! \oiiS|(reii(l 
donc de mourir? Vous avez donc iiromesse d'épouser Dieu le l'ère 
en troisièmes noces ? » 

— Mnriape d'argent : celui qui se fait dans des Mies d intérêt. 

Un mariage daiyent on de raison, opposé àinaiMaged'iiicliiiation, 
est lin mariage sans raison, jjarce qu'il se fait sans amour : c'est un 
crime contre le hon sens...; mais c'est dn pain sur la plauflie. 

Oui se marie par amour, 

A bonnes nuits et mauvais jours. 

Qui se marie par argent, 

A jour et nuit le cœur dolent. 

Celui (pii prend la vieille fenmie. 
Aime mieux l'argent (pie la dame. 

Fol et hors de sens. 
Qui prend femme pour son argent. 

Un homme qui avait épousé une femme très laide, mais fort riche, 
disait pour excuser son choix : « Je l'ai prise au poids, non à la 
façon. » 

La fortune est un fard qui eml)ellit les plus laides. 

Une demoiselle disait en regardant la riche corheille que lui 
envoyait son vieux fiancé : « Je préfère le présent au futur. » 

Quant aux mariages d'inchnation, il y a le proverhe: 

Amours qui commencent par anneaux , 
Finissent par couteaux. 

— Dans le mariage, la femme doit apporter le déjeuner, et le 
mari le dîner. C'est-à-dire que les conditions et les fortunes doivent 
être équivalentes, truand les époux n'ont rien ni l'un ni l'autre, 
on dit : « C'est la faim qui épouse la soif. » 

— Le fond des choses, dans le mariage, c'est la crémaillère, et, 
à hieii prendre, c'est même à cela que se réduit cette admirahle 
institution. 

— Dans le mariage, l'homme doit acquérir, la femme doit con- 
server. (Aristote.) 

Ce précepte est pratiqué à rehours dans la haute société de Paris, 
où l'on peut dire que le mariage est une raison sociale où le mari 
représente la recette, et la femme la dépense. 

Marier, du latin mnrltare, de mnritum, mari. 

— Se marier: en finir avec la vie de garçon ; prononcer le grand 
oui: faire une fin. 



MAR :u 

On dit : ôtaltlii' s;i lillo.(]'ost l;i Ir.uliiclioiulii latin Collocdro lUiani 
tilii'til. (Téronce.) 
Marie-toi dans ta nie si tu veux, dans ta maison si tn pcnx. 

(jui \a Inin se marier. 
Sera trompé ou veut trouiper. 
Iluiiimi' (le passajito, 
N'attnipr feiimie sage. 

Les amants peuvent s'aimer avant de se connaître: les époux 
doivent se connaître avant de s'aimer. 

Aller à la ^{uerre ou se marier, 
Ne doit se conseiller. 

Mariez-vous, vous ferez bien : ne vous mariez pas, vous ferez 
mieux. 

Les jeunes .aens ne doivent pas se nuirier encore, et les vieillards 
ne le doivent jamais. (Diogène. ) 

— Qui non litlgat, cœlebs est. C'est le célibataire qui n'a point 
de disputes. (Gem. Varus). 

(^e proverbe est cité par saint Jén'ime. Ainsi, il est décidé par 
l'autorité même d'un Père de l'Église que la femme apporte le 
trouble dans la uiaison ; mais, dit Montaigne, il est pbis facile 
d'accuser un sexe que d'excuser l'autre. 

— La Genèse a dit : « Il n'est pas bon que l'bomme soit seul, 
donnons-lui une compagne à sou image. » 

— Qui se marie à la bâte, se repent à loisir. 

Le mariage est. en etîet, un acte si important, qu'il demande de 
grandes réflexions avant de prendre une résolution définitive. 
Un vieux proverbe dit: « Aujourdbui mari, demain marri. » 
Melius est nubere quani iiri. (Saint Paul, I, Cor., YII, 9.) Mieux 
vaut se marier que brûler. 

Marin, du latin marinum, de 7nare (mer). 

Le mauvais marin est un marin d'eau douce ; le bon marin est 
un loup de mer : ce qui sous-entend parfois un bomme i)rutal et 
grossier. 

— Les loups de mer ont fait leur temps. Les marins ne jurent 
plus par mille sabords, et le jour où l'étiquette sera bannie de tous 
les salons, elle se retrouvera à bord des navires de guerre. (E. Al)Out, 
Le buste.) 

— Femme de marin, femme de cbagrin. 

Marine, même origine. 



32 MAR 

— L'Aiiic (le, l'liiiiii;iiiit('' ;i bien Ljc;iii(li (l('|iiiis rcxpéditioii des 
Aruoniiiilcs jiis(iir;'i ccthMlc (llirisloplic (^)loiiil): et do l'Arche de' 
No6 jiisiiiriiii (ircdl Easlurn, il y ;i un pi'ojirrs iiiiiiieiise. 

Après les informes essais de constructions navales parles sauvages 
creusant des troncs d'arhres, viennent successivement: la galère 
ou trirème ; les ualions do Saint-Louis: les caraques; les caravelles 
deChristO[»]ieColoml) : les vaisseaux de Louis XIY. peints par Vanloo, 
sculptés par Puuet, et commandés par les Jean-liart, les Duquosne, 
etc. ; les bàtimonls à vapeur, pa(piol)ots, cuirassés, etc. 

Il y a aussi les navires desinictcurs : hi-i'ilnls, liomhardes, machines 
infernales, etc. 

Les navires d'apparat, de plaisance. La .calère sur laquelle Cléo- 
pàtre alla rejoindre Antoine ; les mystérieuses jonques lleuries des 
villas chinoises; les yachts anglais : les gondoles de Venise. 

Citons encore les bateaux amphibies hollandais, nmnis de voiles 
et de roues pour la locomotion terrestre. 

Le tvideiil de Neptune est le sceptre du monde. 

(Lkmiriihe.) 

La domination des mers fait la force et la prospérité des nations. 
Les États qui ont obtenu de grands succès par leur marine avaient 
un port de mer pour capitale. On peut citer comme exemples dans 
l'antiquité : Tyr, Carthage, Athènes, Alexandrie, Marseille : dans 
les temps plus rapprochés : Venise, Gênes, Amsterdam, Londres. 

Marionnette, diminutif de A/aî'ion. venant de Marie. 
(juelques-uus y voient la forme mariole, anciennement petite 
figure de la Vierge. 

— Il y avait à Venise une célèbre procession, où l'on finit par 
substituer des poupées de bois aux nobles Vénitiennes qui, à l'origine, 
faisaient sous le nom de Marie, l'ornement de cette solennité. 

— Horace appelle les marionnettes : alienis nervis mobile 
ligniun. 

— Jean Brioché, vers le milieu du xvii'^ siècle, a introduit en 
France les marionnettes. Son tils les perfectionna. 

— On appelle inarionnette ou pantin, un homme sans volonté, 
sans énergie, qu'on fait mouvoir comme on veut. 

Marivaudage, de Mariraux, écrivain du xviir siècle. 
On devrait plutôt dire marivaaxage (?). 

Désigne la manière et le style précieux, la recherche afïectée de 
l'expression, la subtilité du sentiment. 



MAR 33 

— (In ;i dit de .M;iri\iiii\ : ( Il conuMit les petits sentiers ((iii 
mènent au cœur, mais il iuiiore la lii-ande route. » 

On a dit aussi qu'il s'amusait à peser des œufs de mouches dans 
des Itaianres de toile d'araiuuée. 

Piflarjoiet, de marjoldine (?), ou plut(U de maviolet. 

Une des nonilirciises \ai'iétés du petit-uiailre : nu petit homme 
qui lait le galant. 

Rabelais emploie mavioh't. 

L'ori.tiine marjolaine aurait en sa faveur le i'a|)proclienient de 
niiKjuet et de narcisse. 

Marmite, étymolouie ti-ès iucertaiue. Peut-être marnior : les 
anciennes marmites étaient de marbre. 

La marmite des Invalides... que tous les provinciaux vont voir, à 
cause de ses dimensions ,ui,iiautes(iues. 

Cette marmite a hérité de la célébrité de celle des Cordeliers de 
Paris, qui était en grande réputation, de même qu'un gril monté 
sur quatre roues ; aussi disait-on d'un gros mangeur : « Il avalerait 
la marmite des Cordeliers. » 

Marmot, marmaille, marmouset. 

Petit garçon. 

De Laurière le dérive du vieux français merme, très petit, myr- 
midon. D'autres le tirent de marmot, singe; ou encore du grec 
mormô, épouvantait, figure grotesque. Enlin Géuin y voit le mas- 
cidin de mar'motte. 

I^aut-il tiLiun iiiariuouset, qu'un maudit étourneau... 

(MoLIÈRK.) 

— Croquer le marmot : attendre longtemps. 

On dit aussi maronner, pour maugréer ou marmonner . 
Marmonnant de la langue : mon, mon, mou, von, von, comme 
un marmot. (Rabelais, IV, lo.) 

Marmotter, onomatopée. 

Reniuea' les lèvres, munuurer des mots indistinctement. 

Uue marniottoz-\oiis là, petite imperlineule ? 

(Mol.lKliK.) 

Marotte, pour mariotte, ou pour mérotte, petite mère, petite 
poupée. 

Espèce de sceptre surmonté dune tète de folie, avec des grelots, 
qui est l'attribut de la folie et de Momus. 

3 



34 MA h 

— Los fous (le cdiir iiorl.iicnl l;i iiuirolU-, l*;ii- .siiilf. on ;i ;ijjpr'lé 
marolto touto iiiiinic, loiilc ;iHcrli()ii (l(''réjiié(3. 

CliMciiii ;i s;i m.'irollc. son (l;i(l;i. 

Si/i/s ci/if/itr (ill rihnl IIS l'sl crnir. (il.'iloii.) 

-- Tons les fous ne portent p;is lu inîirott(!. 

Marque, on rnau:he, de r.-illeniiind uuirck. 

D'où : inarue, marécluil, marqnis; niarclie d'Aucône. 

Marqne snr l'épaule: armes de Gascogne. (Rabelais.) 

iVlarquis, jadis mnrrhU : de marche, frontière. 

V\\ marijnis était un oflicicr préposé à la garde d'une marche, ou 
frontière d'un État, pour la défendre et la protéger, en chasser les 
ennemis. D'où: lettres de marque, ou droit accordé de passer la 
frontière d'un autre Etat et d'y exercer la piraterie. 

— Les anciens appelaient le commandant d'un pays frontière 
nomardm, du grec nomofi, division, arche, pouvoir. 

— On appelle marquise (auvent), nne couverture protectrice, 
sorte d'ahri pour garantir les marches d'un perron, le seuil de la 
porte. 

— Dans les mots marquant, (jens de marque, le sens est 
détourné et exprime l'idée de noblesse, de haute dignité, qui était 
attachée au titre de marquis. 

Marronnier, origine incertaine. 

— Le marronnier du 20 mars. Le 20 mars, Napoléon rentra à 
Paris, venant de l'ile d'Elbe, et le marronnier des Tuileries fleurit, 
comme pour exprimer sa sympathie aux Castagniers. On fit cette 
remarque, parce qu'à cette époque, les bonapartistes étaient dési- 
gnés à Marseille sous le nom de castagniers (châtaigniers), par 
allusion à la Corse, patrie de Napoléon, où le châtaignier croît en 
abondance. 

— Le marronnier du 20 mars donne de rombre aux pi-onieueurs. 
et de l'ombrage au Gouvernement (1851). 

Mars, origine mythologique. 

Mois consacré au dieu Mars parRomulus. 

Mars arrive comme un lion, et s'en va comme un mouton. 

Mars jette la bar-que en terre, et dit que ce n'est pas lui. (Pro- 
verbe provençal). Gest-à-dire que pendant l'équinoxe de printemps, 
un calme subit succède souvent à une grande tempête. 

Marteau, anciennement marfel, du diminutif inusité m«/Ve//////^, 
du latin mar/ulum. 



MAS 35 

— M<n'U'l s'est ilil ;i\aiit iiKirlc.iii. coiiiiih' 'A^/Ve/ avant cliùleaii. 
(lii le retrouve dans iiKirlch'r. nxirlohujc. 

— (]liai'los-.Mart('l. iiiaiiv du palais, père de IV'pin-lo-Brcf, aïeul 
de Cliarleiiiauiie. icciil son sniMioni à canse de sa \aleni', (jni écrasa 
les SaiTa/.ins cuninie a\ec nn inarlean. el les chassa de France. 

— A\()ir niarlel en tète : nn ,urand sonci. 

Mais j'ai iiiarli'l en liMi-, ri Idiil aiili-c laiirail. 

(H.MnKiiocui:, Cri.tjiin.) 

M'a donné martel in lesle. (D'Aiihiuné. Fa'no^lr.) 

Mienlv \ault eslre niai'leaii (prenclunie. (Uahelais.) 

.Mienx \aiit élre haltan! ([ue lialtii : être dn C(Hé du nianclio. 

Martin (Lété de la Saint-). La fête se trouve le M novembre. 

— 1! y a plus d'un âne à la foire qui s'appelle Martin. Dicton 
trivial, par liMpiel on s'evciise dune errenr produite par une sin)i- 
litnde de noms. 

IVIartingaie, oriuine incertaine. 

.loner à la martiniiale : doubler sa mise, dans resjioir de re.eaoner 
ce qu"on vient de perdre. 

Martyr, du oroc marfui\ témoin. 

Celui qui endure la mort ou les supplices pour rendre témoignage 
de la vérité. 

Le martyr est la victime: le martyre /wr/;V/y;v'('//yo est le supplice. 
Mavh'oy est le lieu du supplice. 

— Il faut deux personnes pour faire un martyr : une victime et 
nn bonri-eaii. 

— Souffrir le uiartyre, comme un martyr : soullrir beaucoup. 

Je ci'ois volontiers les histoires dont les témoins se font égorger. 
(Pascal. Pensées.) 

— Le mot inarlijre exprime une soulfrance subie pour une cause 
juste. L'errenr peut avoir ses victimes, quelquefois très dignes de 
pitié ; la vérité seule a ses martyrs. C'est ce que les Pères de l'Église 
ont exprimé pai' ces mots : Causa, non pœna, facit martijriuni. 

Les idées végètent de sang humain. Les révolutions descendent 
des échafauds : toutes les religions se dixiniseut par le martyre. 
(Lamartine.) 

— Être du commun des martyrs : n'avoir rien de remarquable. 
Cette locution est prise de l'office de l'Église : De ronunuul mar- 

Ujrinn, office général des martyrs. 

ftlas, l'adical niansion,. demeurer. 



36 MAS 

l"ji l;iii.L!ii('(l(i(icii si,L!iiili(' /iia/soN. 

Au iiK'iiic i"i(lic;il se i';i|i|iorl('iil : iiiiiisoii. iii;isiin'. iik'-imI. 

Mascaret, ('lyiiioloj'ic doiitiMisc 

U('llii\ viulciit (le la mer dans la (laroinic cl. \i:w rxiciisioii. dans 
reniltoncliurc, des autres j'ivirres. 

Quel(iut'S-uiis y voient le nom de Saint-Macaii'e (I), ainicUalion de 
la localité où l'enioiitent les eaux de la Gironde à neuf lieues de son 
enihouchure. 

iVlasque, ilalien tiun^rhcrd, i\\\\ reproduit l'ai'alKr nKisrlituuii . 
houiïon. 
D'où : mascarade, mascarille. 

— Va\ provençal mascd siiiiiilie sorcière, que Diez tire de masti- 
care, màclier, paire cjue les sorcières passent pour man.iier les 
petits entants, comme le Manduciis des Latins. 

De celte acception de sorcière, masque en est venu à celle de 
faux visage, destiné à faire peur. On pourrait peut-être le rapporter 
au provençal mascarar, noircir, màchurer, barbouiller le visage. 

— Emmascar, en provençal, est synonyme d'envoûter. 
L'envoûtement est une praticjue de sorcellerie qui s'accomplit en 

fabricpiant une ligurine de la personne contre laquelle on veut 
tourner le malétice, et en soumettant cette figurine à des conjura- 
tions. On plante des épingles à l'endroit du cœur ou en d'autres 
parties du corps, en articulant des imprécations. 
Quant à envoûter, il vient du latin vultum, visage, effigie. 

— Rabelais appelle le masque un cachelet (1, 13), pour cache-laid, 
les femmes laides s'en servant volontiers. 

— Jeter le masque, personam deponere (Gicéron) : se montrer 

dans ses vraies dispositions, à visage découvert. 

Le masque tombe, riioiiime reste, 
Et le héros s'évanoiiil. 

I.I.-H. ROLSSKAC.) 

...Eripilnr pcrsona, manel res. 

(Fa"crkck, UI. 57.) 

— Mercutius dit, en entrant au bal des Gapulets : « Masque sur 
masque. » 

Masse, du latin massam, monceau, amas. 
U'où : massif, a.îiasser. 
Masse informe et grossière : 

...Ttiidis inilificst(iqi(e moles. 

(Ovide.) 



.MAT 'M 

Matamore, oriuino lilléraire. De resp;i,iinol inatamorDs. 

F.iiif.iron. faux lirave. 

PcrsonnauP de la coméilie espauiiole, qui l'ait le uraïul pourfen- 
deur de .Maures (de f/infar, tuer, ipie l'ou reli'OU\e dans inniiidor.) 

C'est le pendant de X'HorrihilirrlhUf'ax des Allemands : du 
SjKtrriili) milanais : du capitaine Fracasse». 

Tous desccndenl du Pi/rtioiioliiniccs de Piaule, le soldai fan- 
faron. 

IVIatassin, de l'espa.iinol inntaclùn. 
Aul reluis danseur hoiilVon. 

Mater, du persan mat, mort. 

Soumettre à la discipline. Expression empruntée au jeu d'échecs. 
011 le roi est mat quand il ne peut plus bouger sans être pris. 

Mathieu (Fesse-) : avare, usurier. 

('elle locution semble venir de fe^t ('-Mathieu (21 septembre), 
parce que saint Mathieu avait été publicain et est fêté par les 
usuriers. 

— En 1700. lors de la suppression des titres de nohlesse, Mathieu 
de Montmorency parla en faveur du décret. Les nobles, mécontents 
de son apostasie, lui décernèrent l'épithéte injurieuse de « Fesse- 
Mathieu ». 

Mathusalem, nom bibliipie. 

Pati'iarclie, aieid de Xoé. lils d'Fuoch. Il eut un lils à l'âge de 
187 ans, et deux hlles à 782 ans. Il mourut en 1344 avant Jésus- 
Christ, à l'âge de 9G9 ans. {Genèse, Y, 21.) 

D'où l'expression : vieux coiume Mathusalem. Le peuple dit : 
Mathieu salé. 

Matin, du latin matiiliinim {tcmpns). 

On dit : demain au matin, et demain matin. La première manière 
est plus correcte, uiais l'usage a l'ait prévaloir la seconde. 

— Matineux se dit de celui qui a rha!)itude de se lever matin : 
matinal de celui qui s'est levé matin. 

— Matin s'est présenté aussi sous la forme main (manc). 

— Tels rit au inaia, iiiii le soir pleure ; 
Et tels est au soir courroueiés 

Qui le niaiu est joians et liés. 

— -Merci, sire, dist le vilain : 

Tel rit au main qui le soir plore... 

— Je suis vostre homme et soir et main. 



38 MAT 

Main ('\isl(' riicdrc (l;iiis ilciiidin. (|iii est pour fli' nidfiii. cl (hiiis 
Icinlrmiiin (coiTiiiilioii de riiiiciiMiiir liiriiic l' cndiniuiiu). ;iiissi 
ridiciilo f|iio, scr.iil Icxprcssioii le Uijtvojiox. 

Cctlo t;iii(r (le i"(''(lii|)lic;ili()ii de r;ii'liclt' n'est |i;is l;i S(;iil(' (|ui 
oxislo d;iiis l;i hinuiic l'i';mç;iis<'. Ainsi, le mol lu'rvc, v<Mi;inf de 
hcdcra. a d'aitord élé /i/'crrc, l'Iiiorrc. Inscnsihiciiioiil on sonda 
l'ailiclc an sniislanlif. en sn|i|ii'inianl 17/,: jinis, d<'\ant le mol ainsi 
modilié, on plaça de noiiNcan larlirlo. I^os l*n»\rncaii\ disent 
Vhierri, poni" le liei're. 

— Se lever matin : se lev(>r dès jxih-on minet. (Voy/^ 
Se lever à l'anlhe des monsclics. (Ha hélais, IV, î).) 
Au desjucher (Rabelais, III, !^), c'est-à-dire lorsque la \olaille 
descend de la perche on elle s'était juchée pendant la unit, on 
jurlioir. antrefois jue. 

Cliîiiilons Noi'l tnnt an ^eir (|ir;in (|fsjiici|. 

i.Mmioi. Bdlliiilo dit jour de Norl.\ 

Déjurher s'est dit aussi du départ des troupes pendant la unit. 

IViâtin, autrefois inastin. Italien iiiasiuio: du l)as-lalin iiKisnnin. 
nuuson, ferme. 
Chien de garde, gros chien, chien de berger. 
Oui a bon voisin, a bon mâtin. 

Matines, du latin matuiinas ijioras). 

Première partie de l'office, qui se disait après minuit, à la pre- 
mière heure de la journée. On les dit de grand matin, quelquefois 
(dans les couvents), à minuit, ou même la veille. On les appelle 
alors nocturneft ou r///«Ms\ Elles ont été introduites dans la liturgie 
par saint Ambroise. (Voy. lieures.') 

On se rappelle les vers de Boileau : 

Les cloL'liOs, dans ios airs, (K' leurs voix aruviilim-s. 
Appelaient à grand bruit les cliaiilrrs à nialines. 

— On a appelé « Matines Françaises » la Sainl-Bartliélemy, le 
massacre des protestants, qui commença à l'heure des matines, 
par opposition aux Yèpres Siciliennes. 

Matois, origine incertaine. Quehpies-uns le tirent de nuite. nom 

d'une place de Paris, où s'assemltlaient les liions, appelés alors 

« enfants de la mate ». 

Entants (|ui sont de la uiaîe 
Savent jouer de la {lattc 

.le suis un lin matois. (Molière, Georrjes Daiidi/}.') 



MAX 39 

lYlatrimonium, innt latin, qui sijinilic maruif/f. 

Miii'li|iii' ;iiili-(', suiis espoir de mnlrimuiiiiiiii, 
/^lll■;lit (iiimtI l'oi-cilli' ;i l;i Icnhilimi. 

(.Xiol.lKllK, ljl'-J)it, 11, \,\ 

Matrone, du l;iliii ma/ro/K/m. (laine. 

1*^11 jiiris|)ni(li'nc(' modrnic de iiuMlcriiK^ lépale, juatroue sionilje 
sauv-fcmmc. 

Vigiles de nialronos : examen (pie loni siihir les sa.ues-feinnies, 
[lar ordre de la jiislice. à une l'einino on à nne 1111e. 

lYSaures, du latin niaiiros (do eoulenr foncc(^). 
Xoiii (jiie les Homains donnaient anx habitants de la Mauritanie, 
pays de r.Vfriqiie du Nord, qui comprenait le Maroc et Aluer. 
!)e là : architecture moresque. 

iViausolée, du nom de Mausole, roi de Carie, mort en 3o3. Son 
(!'[)0use Arlémise lui lit (Hever un tombeau tellement magnitique, 
(pTil passa pour une des sept merveilles du monde, et que 3jau- 
so/c'c (^st de\enii synonyme de riche tomheau. 

IVlaussade, mot composé de maa, pour mal, et de sade, vieille 
l'orme venant de sapulmii. qui a du goût. 
Signilie donc peu agréable. 
Des plus génies et des plus sades. (Rabelais, Prol. II.) 

Mauvais, anciennement ma/cais, origine incertaine. 
En tout pays il y a une lieue de mauvais chemins. C'est-à-dire : 
en toute chose il y a des difficultés. 

Maxime, latin maximam (sentent ia m). 

Maxime, sentence, aphorisme , apophtegme : tous ces mots 
s"em|iloient pour désigner une pensée, un précepte exprimé avec 
bri('\eté, concision et netteté. iSéanmoins, le mot maxime s'emploie 
plus ordinaireuient pour désigner une règle de morale pratique ; 
le mot sentence s'emploie dans le même sens ; aphoi'isme est 
propre aux langues scientillques ; quant à apopfite(jme, il désigne 
une sentence attribuée à quelque personnage célèbre. 

— Une maxime est une proposition générale, qui contient une 
vérité p l'a tique. 

Qiiiiiquiil [ti-u'cipie-Sj eslo brci:is. 

(IIoKACK, Art pocliqiie, 335.) 

(Les uuiximes doivent être courtes.) 
Maximum, mot latin : superlatif, très grand. 



40 MI'C 

Valeur la plus tiraudc! f(ti(' [iiiissc allfindiv un olijcl. 
Les mathématiciens eniploieiii Ir pluiicl iiifi.riina. 

iVlayeux. 

En 1(S;}(), MaycMx. illiisln"' |)ar le crayon do Traviès, élait un type 
de bossu lilicrlin, vaniteux, spiritnel. so taruiiant aussi de l)ra\oure 
cl do patriotisme. Mayeux olilinl une iii-aiide noliiio de ridicule. 

IVlazette, étyniolouie incertaine. 

Petit on mauvais cheval, qui n'obéit ni au fouet ni à l'éperon. 

Depuis Imit jours ontiers, avec nos longues traites, 
Nous sommes à pifjuer nos cliiennes (Je mazetles. 

(Moi.lKliE.) 

— Au tlgnré, mazette désiane : une personne sans force, sans 
énergie; un joueur inlial)ile. 

Mea culpa, expression latine : par ma faute. 
Faire son mon eulpa : reconnaître ses torts. 
Faire son mea culpa sur la poitrine d'un autre : accuser les aulre> 
d'une faute dont on est soi-même coupalde. 

Méandre, nom historique. Rivière de l'Asie-Mineure. très 
sinueuse. 

— Au figuré, chose remplie de détours, de difficultés. 
Dialecticœ menndri. (A. Gelle). Les su1)tilités de la dialectique. 

— Plutarque, dans son livre Des Rivières, dit que le Méandre 
s'appelait autrefois Anulxiinôn, c'est-à-dire qiii retourne sur ses 
pas. 

Le nom de Méandre lui vint du lils de Gercapbus et d'Anaxibie. 
Les anciens croyaient qu'on trouvait toutes les lettres de ral[)haliei 
grec dans les sinuosités que l'orme le Méandre pour se rendre dans 
l'Archipel. 

C'est ainsi que le Yar, latin Varus. courbé, doit son nom à son 
cours oblique et serpentant ; et la Seine, au celte ^<?^/<rt«, serpent 
On voit sur les anciennes monnaies de Paris un serpent, emblème 
de la Seine, qui entourait l'ancienne Lutèce. 

— Dans les arts, on appelle méandres, des ornements suivant 
une ligne qui revient plusieurs fois sur elle-même. 

lYlécène, latin Mecœnas, nom d'homme. 

Mécène, ministre et favori d'Auguste, s'est immortalisé par la 
protection qu'il accorda aux gens de lettres. Il protégea surtout 
Virgile, et, avant de mourir, écrivit à Auguste pour lui i-ecom- 



MEC 41 

mnndor Tloi'.iciv Vii'iiilc lui dôdia ses Gi'-orîi'Kiuon. ol. Iloriu-c 
plusieurs Oïli's. 

Lu Mi'C('iii' nisriiiriil pciil faire dos Virj^'ili's. 

Aujourd'hui, il u'y ;i plus de Mécènes : iu;iis il n'y a pas heaiiciiiiii 
d'Horaces et de Viiyiles. 

Méchant, ancien français inesclK'dnl (rcussissiuil mal), de 
minus rtitlcnlcm. — .Méchéance: calamité. 
Autrefois, on employait dhiI, maie : 

Suit l"a(l\rntiin' Ikhiiu' ou malo, 
liirc, pliir, (Ml (•(iiii'nuiv mi yale (joie). 

(Al, AIN ClIMlIlKl;.) 

JA/Z.dans ce sens, est resté dans les composés : malheur, malade, 
malheureux, malechauce, uialepeste. 
En provençal, mari, marias. D'où le vieux mot marisson. 
Il cùl de marisson pli'iirr roninip une vache. 

(RÈG^iF.n, Satire III.) 

— Méchant comme la ,uale, ...comme la orèle, ...comme un âne 
rouge. 

— Sur mille hommes, il n'y en a pas un de hon. (Ecclésiasle.) 

Riiri ({niijpe boni : numéro vix sunl lotidcm (juni 
T/iclinrnm porta-, rcl ilicilis ostia Nili. 

(JrVK.NAI., Xm. L'O.I 

(IjCs gens de hien sont rares : à peine en pourrait-on com[)ter 
autant que Thèbes a de portes, ou le Nil d'embouchures.) 

— De même que l'or est plus rare que le ter : qu'il y a plus de 
chardons que de roses ; plus de vermine que de bétail ; de même 
les méchants sont plus nombreux que les bons. (Scharayl.) 

Le l)oniieiir des méchants comme un torrent s"écoulo. 

(R.vcixt;, Athalie.) 

Les méchants sont buveurs d'eau. La chanson ajoute : « C'est 
bien prouvé depuis le déluge. » 

Escbine, pour accuser Démosthène de méchanceté, lui reprocha 
d'être buveur d'eau. 

La méchanceté se troiiNc plus sou\ent a\ec la sottise qu'avec 
l'esprit. (Duclos.) 

J'aime mieux les méchants que les imbéciles, parce qu'ils se 
reposent. 

lYlèche, origine incertaine. On a proposé micca, venant de 
mixKs. morve. 



42 .Mi:i) 

— Clioz los ancioiis, qui poétisiiiciit (oui. I;i iii;ili(''i'o iikmiio, les 
vases en potorio élaienl fails à l'iiiiilatioii de l;i foiiiio liiiinaiiie et 
des (linérontes parties du corps. 

Les anses étaient les oreilles : (piel([iies-nnes poêlaient des 
anneaux, qni Jignraient des pendeknpies. Certains vases n'avaient 
pas d'anses, ce qui jnslilie la lociilion : sourd comme un [lot. 
L'orifice du vas(^ ét;iil la honclie, dont les lèvres sont les bords : le 
buveur et son vei're s'end)rassent mutuellement. Le vase avait un 
col, un ventre ou i)anse. La lampe avait son nez. et lorscpi'elle était 
à deux becs, on les com[)arail mu\ narines : le mot latin nast/ftvia, 
\ase à trois nez. s'appli{piail à roMioclié. dont l'oi-ilice a la forme 
d'une feuille de trèlle. La mèche, mixta, d'une lampe, par suite de 
ranalouie, constituait la mucpunise de ce vase, et nous disons 
« moucher une chandelle >». 

lYlédaille, du latin ini'lnlhnn, mêlai, par riutermédiaire de 
l'italien incdatjlia. (Mènui mot que maille.) 
Synonyme : la monnaie de la gloire. 

— Chaque médaille a son revers: 11 n'y a pas de viande sans os. 
pas de rose sans épines. 

Ce proverbe-calembour fait allusion à la double signilication du 
mot revers, et signifie que tout événement heureux a son mauvais 
côté. C'est exact, car il n'y a pas au monde de perfection absolue, 
ni de bonheur parfait. 

— Médaillon : collret aux sou\enirs, tii'e-lire du cœur. 

IVIIédard, nom de saint. 

S'il pleiil lo jour de saini MétlarU (x juim. 
Il pknit (|uaraiilc j()ur.s plus tard. 

Saint Médard, prédestiné par son nom, qui rappelle le verbe 
latin madère (mouiller), reçut en partage les orages et la grande- 
maitrise des déluges. Le Moyen-Age l'appelait marjister dilu.ru. 

Il est probable que le proverbe remonte plus haut que l'étabbsse- 
ment du calendrier grégorien, qui l'a dépossédé de sa prérogative. 
On a avancé de douze jours les fêtes de tous les saints : avant cette 
époque, la Saint-Médard correspondait au solstice d'été (20 juin). 
Il est donc probable que le proverl)e s'appliquait plutôt au solstice 
qu'à la Saint-Médard. Saint Gervais, au contraire, monta à la place 
de saint Médard (19 juin), et hérita de son influence. (Voy. ."mainte 
Liice.) 

— Le !«'' mai 17i27, fut enterré dans l'église de Saint-Médard le 



M Kl) 43 

diacre Paris, (pii acipiil une nMioiiiinéo itoslliiimc |»ar los prcHondiis 
niiracles (iiii s'accomjilissaienl sur sou loiulieaii. Louis XV, [loiir 
iiiellro fin aux scandales causés par les Conru/sioiuiairr.s, lit 
feiiuer le ciiutMit're : ce qui donna lieu au distique connu : 

De |i;ii- II' l{(>i. (léfcnso ;i Dieu 
l)i' l;iiiv iiiii';icl(^ en ce licii. 

l/éplise Saiul-Médard. située rue .MoulVetard, a été dé.ua.fjée en 
1801). des constructions qui ['entouraient. Elle possède un tableau 
de sainte Geneviève par Watleau. 

Médecin, du latin meiliciiunn : de //ict/'r/. d"oii aussi reuiède : 
d(^ uu'uie (pie curare, avoir soin, a donné curé, médecin de rànie. 

— Synonymes : carabin, vieux nom des garçons barbiers, au 
temps où les barbiers ex.erçaient la cbirurgie et se servaient de la 
seringue, comparée ironitpiemeut à une carai)ine. 

On a appelé aussi les apoliiicaires les carabiniers de la Faculté. 
{Théâtre de Glierardi, t. YI. ) 

Suppôt de saint C('tme : mauvais médecin. 

Marcliand de mort subite : médecin des cbèvres : docteur en 
soupe salée. 



Fi (If la pille nuMli'ciiie 

Oui l'iiomrao en la mort acheiiiiiie ! 



Les médecins et les marécliaiu 
Tuent les liommes et les chevaux. 

.Médecins de Valence, 
Longue robe, courte science. 



...K.) 



Médecin, guéris-toi toi-même. (Saint Luc, IV, 23.) 

.Médecin, tu fourmilles d'ulcères. 

L'eau, l'exercice, la diète sont trois grands médecins. 

La médecine guérit quelquefois, soulage souvent, console tou- 
jours. 

Médecine est une l'arce à trois personnages : le malade, la 
maladie et le médecin. (Rabelais.) 

Osiris a inventé la médecine en Egypte : Esculape n'a lait que la 
perfectionner. 

Caton le Censeur cliassa de Rome et de l'Italie tous les médecins. 

Rœrbave disait : « Tenez-vous la tète fraîcbe, les pieds cliauds, 
le ventre libre, et moquez-vous des médecins. » 

L'École de Salerne recommande trois grands médecins : res[irit 
gai et tranquille, l'exercice modéré, la diète. 



44 .Mi:iJ 

— K(iil;i|>li(; de iiiédcciii : 

...llir ]irr i/iirin loi jncufiT jticel. 

I';ii- sa liiiiili', j)ai- sa sulislancc, 
\a' lail dàiii'sse a n'fail ma sanir ; 
Kt je (lois plus, en ci-llc circniislancf, 

Aii\ àiii'S (|ir;i la Kaciillr. 

Médiocrité, du l;iliii incdiocfis (mriliiix. inilicii). 
L;i iii(''di(»cril('' csl l;i reine du monde. 
L;i iiiédioci'ilé est le ti'ésor dt'S sa.ucs. (N'olt.'iii-e.) 
On doit désirer nne heureuse niédioci-ilé. (|ui soil ;iu-dessiis du 
mépris, et ;iu-dessous de l'envie. (S;nnl-K\reniond.) 

...0 iiU'diocrili' ! 
MÎTc lies lidiis ('S|)rils, compa^'iii' du repos. 

(La I'.imaim:, YM, 6.) 

Aitirmii t(iiis<jnr iiirrliorrihilrni ililii/il. 

(UoiiAiK, Car/Il., U, 10.) 

La médiocrilé dans les arts est lembarcadère de la prétention. 
(Burlesque.) 

Très médiocre : minée, de peu de valeur. On dit de même, fami- 
lièrement : il n'y en a pas épais. 

Médire, du latin /ninus diccre (mes, dire). 
Synonymes : casser du sucre, débiner, éreinter. 

Médisant, jadis tnalc bouche. 

Et ce (pio faire en secret on in-rlcnd. 
En plein marché maie itouelic l'entend. 

iMahot.) 

— L'écoutant fait le médisant. Le premier a le diable dans 
l'oreille, et le second l'a sur la langue, a dit saint Bernard. 

On devrait pendre le médisant par la langue, et l'écoutant par 

les oreilles. 

Ne seroient nulz mesdisans 
S'it n'estoit des escoutans. 

Celui qui souffle le feu s'expose à ce que les étincelles lui sautent 

au visage. 

Je dis du liien partout de toi. 

Tu dis du mat partout de moi : 

Quet mallieur est le nôtre ! 

On ne croit fun ni fautre. 

La médisance est la francliise des méchants. 
Méduse, nom mythologique. 



\ii;l 43 

— (y^st la h'Ic lie .Mi'iliist' : (iii ohjct t'IlVayaiit. 

— Môdiisc. la plus crlrhrr des Ooi'.uoncs, était, dans sa jeuiiosse, 
lin iiiodt'le de i)eaiit(' : sa cluncliire était adiiiirahlc .MIiumnc. 
jalouse de sa heanté, {■Jiaiiiiea ses cheveux en serpents, et donna à 
SCS yeu.v la propriété de pétriller ceuv qu'elle regardait. Persée, 
pour délivrer la terre de ce Iléaii d'un nouveau uenre, lui coiiiia la 
tète, et s'en servit depuis pour |)étriliei' ses ennemis. 

(Voy. maïujer c(uiinit' un naufragé de la Méduse.) 

lYleeting, oi-iiiine anglaise, participe présent du verhe lo iiicd , 
se renconti'er. 

Réunion [lopiilaire. 

Méfiance, siibslantif \ei-hal de iné/lev: racine /?r/e.s\ 

l>a iiiéliancc est l'excès de la déllance, et se prend en mauvaise 

l)art. La déliance est souvent coiirmandée par les circonstances: la 

métiance est presque toujours un défaut. 
On liait méliant. ou de\i('iil déliant. 

1! élciil exjiériiiieiilé. 
Et savait que la nu'fiaiico 
Ksi xwbvi' de la sùrcti'. 

(I.A Fo.NTAI.NK, l'(ihli;>:, m, IS.) 

Mégère, oi-iuine mytliolo.uiqiie. 

Nom d'une des Furies. Elle avait pour im'ssion de tourmenter les 
méchants après leur mort. 

— Au li.uuré : inécliante femme. 

Meilleur, du iatiii incliorctn. compai'alif irrégulier de bonus, 
lion. 
Correspond à l'adverbe iiiimix. 

Mélancolique, du "rec //n'/tis, noir, f/iofr, bile, liiiinciir. 
Synonymes : rêveur, una.acux, vaporeux. 

— Les mélancoliques sont les \oloiitaires de la tristesse. 

Mélodrame, du grec //ic/os, chant, draina, drame. 

Autrefois, sorte de drame où la musique instrumentale annonçait 
l'entrée ou la sortie des personnages importants. Aujourd'hui, .sorte 
de tragédie populaire, où la musique ne ligure pas. 

— On pourrait croire que nie/os est pour mêlas, et expliquer 
« drame noir » ; car ces pièces sont d'ordinaire remplies d'intrigues 
ténébreuses, de meurtres, capables de causer dos émotions vio- 
lentes. 



46 MEN 

Melon, (lu l);is-l;iliii iiichnicm, liiriiic s«'iis. 

Au lif,Miré : inilK''cil('. 

Dnns Xlluulc (11, t'M)), Tli<'isilt' apjM'Ilc, 1rs (irecs inchms 
(|h''|)(>ii(;s). l'^l Tcrdilicn a dit : Pcj)()neni cordh loto luthcre : A\uir 
un melon ;'i la place du rœur. 

On eni|)loie cornichon dans le même sens. 

McJo sif forinosiis. Irjirosii.^. /■ofundus el pondcrosiia. (Maxime 
oastronoiiii(iii('.) 

lYlélusine (l'aire des rris de). 

Mi'hisinc (»st pour nicre lucine (nia/er Jji</iia), déesse des 
accoiicliciiK'iils. 

A moins quon ne le tire de Méliisine. mauicienne ou fée des 
contes celtiques (nie/n.s, chant, femme qui (liante). 

Cette fée est célèbre dans nos romans de chevalerie. Par son 
mariape avec Raymondin, comte de Poitou, elle devint la tige des 
Lusignan. Jean d'Arras a écrit son histoire, au xiv" siècle. Elle 
revenait annoncer par de grands cris, sur les ruines du château de 
Lusignan, la mort des rois de France. 

Une comtesse de Lusignan, du nom de Mélnsine, avait une sirène 
sur son sceau. 

IVlême, anciennement mesme, me'isjne : Aw latin metipshnum. 
Autrefois on employait l'adverbe mémement, qui se trouve dans 
les commandements de l'Église. 
Mèmement. il pillait les églises. (Biblioth. Bleue, Rohcr/ le Diabh.) 

Mémoire, du latin memoriam. 

Mémoire de lièvre : qui se perd en courant. 

Une bonne mémoire est d'ordinaire le signe d'un mauvais juge- 
ment. (Montaigne, I, 9.) 

Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint 
de son jugement. (La Rocliefoucauld.) 

Il y a des gens qui apprennent sans retenii* : c'est la digestion 
mécanique du canard de Yaucanson. 

— Mémoire d'apothicaire. (Voy. allonger les S.) 

Ménage, du bas-latin masna(ic/tni, maison. 
Il y a lirouille dans le ménage : le torchon brûle. 

— De là ménager, user comme dans un bon ménage. 
Ménager la chèvre et le chou. (Voy. chèvre.) 

Q\\\ vont voyjiucr loin, moiia.u'o sa monture. 

(Racine. Plaic/fiirs. I, 1.) 



MEN 47 

lYlendiant, \ci'li;il de mmdifr. 
Autrefois: IriKiiid. cjiiiiiaiul. ht'lilrc. 

— Les (iiKitre iiieiidiaiils : dessert composé de quatre sortes de 
fruits sers : noisettes, ainandes, limies, raisins. 

Les quatre oi'dres de moines mendianis étaient les Cai'ines, les 
Dominicains, les Franciscains et les Aii.uiistins. Ils vivaient d'an- 
nxines qu'ils (|nétaient de porte en poi'te, et ne pouvaient posséder 
aucune rente. llsa\aienl aussi pris le nom des ([uatre ordres de 
Bélîtres. 

Les Capncins, KécoUels, Miniuies, sont aussi des ordres uiendiants, 
mais de création plus moderne. 

Les Derviches et les Fakirs sont des religieux maliométans qui 
font aussi vceu de pauvreté. 

A un huis deux mendiants. (Proverhe espagnol.) 

— Les mendiants italiens vous accaltlentdetitres en vous tendant 
la uiain : Votre Excellence, mon Prince!... 

Mendier, liu latin moiulicdrc (de inenda, faute?). 
Autrefois : co(juiner, Irucher. 

— Mendier de l'encens, des louanges, des applaudissements. 

— Homère, Le Tasse, Bélisaire ont mendié leur pain. 

...Crottù jiis(iu'à fécliine. 
Va nu'iulicr son pain de cuisine en cuisine. 

(Boir.EAu.) 

lYîener, du latin manu arjcre. conduire avec la main : ou liien 
plut('it du latiii [topulaire m/'/iare. 

La main mène, r(eil guide, la tète conduit. 

On conduit une voiture, on guide un voyageur, on mène un 
enfant, une dame. 

C\'<[ lin iiiimnie, entre mius, à mener par le nez. 

(.Moi.iù;i;. TarlulTv.) 

Ménestrel, ou nx'ncsirii'r. du latin minislerialem, homme au 
service d'un autre. 

Poète qui composait des mélodies et les chantait de château eu 
château. 

Ou appelle encore inéiiriricrs, les joueurs de violon <pii fout 
danser dans les villages. 

Ménil, anciennement incsnll, à rapprocher de mesnle. 
Désignait une petite maison d'habitation avec terre attenante. 
C'est un diminutif, du latin barbare f/iansioni/em. 



48 MEN 

On lii (l;ins lo lioman de liciuirl : 

La l)()iiiir (l'iiiiiK- ilii tiicsiiil 
A (iii\('i't l'Iiiiis (le siiM coiirlil. 

Pitr Cdiioixln' Il (/ru, fiml idir ilaim liir iiicsuil. 

— Mrsnic. //i/'siii/. si.uiii(i;ii('iil ;iiissi l.i fîiiiiillc. cl (jiitîlqdofois 
r;i,ii-.uIoiii(''r;ilioii des li;iltil;iiits d'un vilhi.uc. 

Il en est vonii Ix'iuicoiip de noms de lieux on de personnes: 
Dinnesnil, Ménilinontiint. I;i l'ue Mironiesnil, etc. (Voy. ar/rf/i/ùi.) 

IVIenippée (Siitire). du nom du [)liiloso[ilie Ménipoe, (jni étidl Irrs 
niordanl. 
Satire mêlée de prose et de vers. 

Ménisque, mot <j:rGc (uiénis/ios, croissant). 

Plaques surmontées de pointes, que l'on ir.ettait sur la tète des 
statues des dieux alin d'empêcher les oiseaux de s'y reposer. C'est 
de là que ^iennent les auréoles qn'ou rei)résente autour de la tète 
des saints. 

Menotte, diminntif tendre et familier de main. 

Donne ta menotte, que je la baise. (Molière, Geoï'fjes /Jandin.) 

Mensonge, substantif masculin, autrefois féminin. 
Sylvius le tire de mentis soin ni a m, songe de l'esprit. 
Le provençal messongea le rapprocherait de mes, ([ui signilie 
erreur. D'où : songe, mensonge. 
Les étymologistes sont fort embarrassés à cause de la désinence. 

— Synonymes : bourde, canard, colle, craque, couleur, frime, 
gausse. 

Cette lille, qui le voyait tant beau et bien parlant, crut sa men- 
songe. (^Heptaméron, nouv. 18.) 

— En provençal ^nessongea, en italien mensongia, sont féminins. 

— Mensonge pieux : fait dans une intention charitalde. 

— Le mensonge est l'ingrédient le plus nécessaire au maintien 
des relations sociales. 

Menteur, substantif de mentir : du latin mentiri. 
Synonymes: blagueur, craquetier, hâbleur. 
« Mon beau-père, vous êtes un vieux blagueur », dit Robert 
Macaire au baron de Worms-Spire. 

— Menteur, voleur : le mensonge est un vol en parole, comme le 
vol est un mensonge en action. 

— Menteur comme un arracheur de dents. Les dentistes sont 



MEN 49 

oldipés de iiiciilir [loiir drleniiiiior loiirs clients ;'i subir une opé- 
r.ilion (lonloureuse; mais leurs mensonges, comme ceux des médecins, 
sont excusaltles par leur intention. Le proverbe s'applique plutôt à 
ceux (pii mentent à leur [)i'olit t't au détriment des autres. 

On dit aussi : menteur comme un chasseur, ...comme une épitaplie, 
...comme un laquais. 

— Menteur dliiver. — Aussi bien peut-on mentir en liberté de 
conscience deux fois par an ; l'une en été, disant : « Je n'ai pas 
soif» : l'autre en hiver, disant : « Je n'ai pas froid ». {Motjen de 
parvenir, ch. 41.) 

— A menteur, menteur et demi. 

— J'ai vu, (lit-il, un cliou plus liTanil ([u'une maison. 

— Et moi, (lit laulre, un pot aussi ^vznA ({u'uno ét;liso. 
Le premier se mo(iuant, l'autre reprit : — Tout doux. 

On le fit pour cuire vos choux. 

(La Fo>tai>e. IX, 1.) 

l'n liomuie prétendait voir une mouche au haut d'un clocher. 
« Je n'ai pas la vue aussi bonne que vous, lui répondit-on : mais j'ai 
l'ouïe excellente, si je ne vois pas votre mouche, je l'entends mar- 
clier. » 

Mendacem oportet essemetnorctn. (Apulée.)Iliaut qu'un menteur 
ait de la mémoire. 

— Un menteur n'est pas écouté, même quand il dit la vérité. 
(Aristote.) 

Mendad homlni ne verinn quldem dicenti credere solemus. 
(Cicéron, <le Dlcinat., 14().) 

Mentir, du latin nienliri, de mens, esprit, imagination, parce 
que mentir c'est imaginer. (Littré.) 
A beau mentir qui vient de loin. (Il ne craint pas d'être démenti.) 
Longs voyages, longs mensonges. 

Mentor, origine httéraire. 

Personnage de YOdi/ssée, auquel Fénelon a donné, dans son 
Telemaque. un rôle considérable. C'était le plus fidèle ami d'Ulysse, 
qui lui UN ait confié le soin de sa maison, sous les ordres de Laërte. 

Minerve prit souvent ses traits pour instruire Télémaque. {Odys- 
sée, IL 224.) 

— Au figuré : homme sage et de bon conseil. 

Menu-vair... Fourrure recherchée au Moyen-Age et réservée 

à la noblesse. 



50 MEH 

Appelée ;iiij()iir(l'liiii « iiclil-'jris ■ . 

Les paiiloiilles de rcrrc de (Iciidrilloii m t''l;iiciit f.'iites. 

Mépris, (le minus preliuni, iiioiiidi'e estime. 
Le mépris est la rallonj-e du Code pénal. 

Vous avez beau entasser injure sur injure, vous irarriNcrc/ jamais 
à la hauteur de mon mépris, ((iiiizol.) (Du dédain '.). 
Mi'prhé a pour synonyme conspué : couvert de (rachats. 

lYler, du latin mare; provençal mar ; celtique mor, d'où : Armor, 
Armorique. 

— La mer est à tous et à personne, parce qu'elle a sui- la tei-re 
un immense avantage; c'est d'échapper par son indivisihihté au 
fractionnement de la propriété individuelle. Elle ne peut recevoir 
de divisions tracées, de fossés, de barrières : elle est sans frontières 
et presque sans limites, s'ensemence d'elle-même et produit sans 
culture. 

Mare natura omnihus patet, (Ulpien.) 

— Le golfe Persique a été appelé « mer Bleue », nom qui convien- 
drait si bien à la Méditerranée. 

La mer de Marmara est la « mer de Marbre » (aux îles blanches). 
La mer Noire, ou Pont-Euxin, à cause de ses épais brouillards et 
de ses fréquents naufrages. 
La mer Vermeille se trouve entre le Mexique et la Californie. 

— Mer de sable. « La mer aréneuse » (Rabelais, V, 27). Ce sont 
les déserts de l'Arabie Pélrée, entre l'Egypte et la Palestine. Comme 
en mer, on ne peut y voyager sans boussole, et les tourbillons de 
sable menacent les voyageurs tout autant que les vagues de la mer. 

— La brise marine. Le voisinage de la mer rend la température 
plus égale, en diminuant le froid en hiver et la chaleur en été, 
parce que l'eau est mauvais conducteur de la chaleur. 

La brise marine se fait surtout sentir vers le soir, parce que la 
terre s'échaulïant plus que l'eau, attire l'air de la mer, qui se trouve 
plus frais. Il est aussi plus pur, et dégagé des miasmes du sol haliité, 
et rend la promenade sur le rivage très salutaire. 

L'inverse a lieu pendant la nuit, où, la terre se refroidissant, la 
brise va de celle-ci à la mer, qui est alors plus' chaude. 

— La mer occupe à peu près les trois quarts de la surface du 
globe. En outre, les parties submergées sont plus creuses que les 
parties sèches, îles ou continents, ne sont saillantes. 

On peut avoir une idée de la profondeur de la mer du Nord, en 



MKft 51 

Son,uo;iiil qu'il siitTir;iit d'\ jcicr une des pyrainiilcs d'Épypte pour 
y l'aire un «'ciieil. On peiil de iiiénie prendre une idée de la profon- 
deur de l'ocraii l'aciliipie. en Songeant (lue le somiuet du Mont-Blanc 
y lonnerait un ilol. Mais, landis (pie sur les continents les hauteurs 
éiiales à celles du .Monl-lilanc sont de rares exceptions, dans l'océan 
Pacifique les profondeurs de cette nature sont plutôt la règle. 

l.aplace. d'après de liantes considérations matliématiques, avait 
cru pouvoir aflirnu'i- qiu' les profondeurs de la mer, sur notre 
planète, étaient comparables à la hauteur des montagnes, et les 
prévisions de la science ont été réalisées lorsqu'on s'est occupé de 
sonder la mer pour l'immersion des cftbles électriques vers 1830. 

— La uier est le seul spectacle qui soit toujours varié et toujours 
le même. 

— C'est la mer à hoire : une chose très difficile à faire. 

Si jappiviiais flu'IuTU, les sciences, l'iiistoire ? 
Tout cela, c'est la mer à boire. 

(La Fo.ntaim:, VUl, 25.) 

— Ésope disait qu'il boirait la mer, si l'on parvenait à détourner 
tous les fleuves qui s'y jettent. 

~ Si tu veux apprendre à prier, va sur la mer. — La peur rend 
dévot, et les dangers perpétuels de la mer tiennent, pour ainsi dire, 
la piété en haleine. 

— Mal de mer. (Voy. nausée.) 

Merci, du latin inercede?n, récompense, grâce, faveur. 
Merres, comme merx, se rattache à mereri, mériter. 
Du sens de faveur, prix, merci en est venu à l'idée de rachat, 
rançon, pardon; d'où reconnaissance. 

— Au Moyen-Age, le vaincu était à la "merci du vainqueur, c'est- 
à-dire qu'il était réduit à se racheter. 

A^oir merci du vaincu, c'était recevoir le prix de son rachat. D'où 
l'expression : Qui crie merci, aura pardon. 

— Les frères de la Merci, encore à la lin du xvin" siècle, rache- 
taient les chrétiens captifs des infidèles. 

— Se libérer, c'est de même racheter sa liberté en payant: et 
paijer (provençal pagar), vient de pacare, apaiser. 

Le latin quietm a fait (juilte (tranquille). 

— Merci était féminin, il est devenu masculin (dans le sens de 
témoignage de gratitude), à cause de la locution « grand merci », 
où l'on prit grand [)0ur le masculin. En provençal gramaci. 



«2 MF.n 

Mercier, du l;iliii popiilnirt; nn'rridriinn. de nitn-.r. iii;ii'cli;iii- 
dise. 

IV/( 1(1 i/icrs j)tis fjifi' no /v//. Vend l;i iii;ir(li;iiidisr plus (|ii'('ll(' 
no vaut. 

Nonrjun non conijn'iird phix /as tnerres de lor. Nid irMclirtcra 
plus leurs iiiarcliandises. (Trailiidion de YA/iora/ij/jsf, rli. 18.) 

En l'oman nicrcddaria, niai'cliaiidiso ; incrcadier. niarcliand : 
mcrcat, jnarcher ; mercandejar, marchander. 

— On appelait les merciers porte-paniers. D'où le proverbe : 
A petit mercier petit panier. 

— Dans le Berry, on appelle mercelot un petit mercier ambu- 
lant, porte-balle, dont le commerce est peu important, un colpor- 
teur. Il y a aussi le berloJier ou bretelller, qui traîne sa petite 
voiture avec une bretelle. 

— Avant 1789. Paris avait six corps ou communautés de mar- 
chands. Les merciers formaient le troisième corps. Cette corporation 
se divisait en vingt classes, et embrassait une infinité d'arti(des de 
fabrication diverse, tels que les draps, les toiles, pelleteries, la 
chaudronnerie, les tableaux, etc. 

IVlercure, du latin iMercurius, dieu des marchands et des 
voleurs. (Voy. marchand.) 

Mercuriale, dérivé du précédent. 

On appelait mercuriale une assemblée du Parlement, qui se 
tenait le premier mercredi après la Saint-Martin et après Pâques, 
pour réformer les abus de l'administration judiciaire. On y faisait 
des discours pour rappeler aux magistrats les devoirs de leur 
profession. Comme c'étaient parfois des remontrances sévères, on 
■ étendit le sens du mot à toute espèce de réprimande. 

Aujourd'hui on appelle mercuriale (a mercium cura) la fixation 
officielle du prix du blé dans les marchés publics. 

Merde, latin merdam. 
Terme grossier, ordurier. 
Synonyme : le mot de Cambronne. 

Raltelais l'a souvent employé. Les gens grossiers s'en servent, 
comme Cambronne, pour marquer un refus. 

— Le Temps, du 16 août 1872, donne la relation officielle d'un 
procès de cour d'assises où l'accusé s'est obstiné à ne répondre que 
par ce mot aux questions du président. 

— M. Vatout avait l'amabilité un peu Cambronne -. la chanson 



MER 53 

qu'il pivlcrail ô\;\\{ colli» ([ii'il ii\;iit écrite sur le iiiairo d'Eu. (Com- 
tesse de Bass:invilU>. 186G.) 

Mère, du latin utnircm. Provençal maire. 

A la mémo racine se l'apportent : mamelle, maman, marraine. 

Une mère est la seule peisonne dont on puisse être sûr d'être 
aimé. 

Le cœur d'une uit-rc est un aliime au fond duquel on trouve 
toujours le pai'don. 

Les blessures des mères n'ont pas de cicatrices. 

La mort d'une mère est le premier cliaiirin qu'on pleure sans elle. 

Mérite, du latin mcrituni. Provençal niérit. 

Le mérite excite l'envie : on jette des pierres à l'arhre chargé de 
fruits. 

La personne dont on médit le [dus est quelquefois la meilleure, 
de même que souvent le fruit le plus exquis d'un arbre est cellii 
que le l)ec des oiseaux a le plus impitoyal)lement déchiré. (Swift.) 

L'envie et la cabale ne peuvent rien contre le vrai mérite. On 
peut éteiiuli'e une chandelle, mais non le soleil. (Weiser.) 

Mériter, dérivé de mérite, gagner, acquérir. 
Emeritus miles. Soldat qui a obtenu son congé. 
Synonymes : il l'a bien mérité ; il ne l'a pas volé ; c'est pain 
bénit. 

Merlan. Ce nom trivial donné aux perruquiers date du .wii^ 
siècle. Jusqu'à 1800, on mettait de la poudre sur les cheveux : les 
coiffeurs en étaient littéralement couverts, et ressemblaient à des 
merlans que l'on a roulés dans la farine pour les frire. 

...Les perruquiers qu'on appelle merlans parce qu'ils sont blancs. 
(Journal de Berlin, 18o2.) 

Merle, du latin merulam. oiseau noir. 

Le merle est, en effet, d'un beau noir; mais les merles blancs ne 
sont pas aussi rares que pourrait le faire supposer le dicton popu- 
laire : « Si tu fais cela, je te donnerai un merle blanc », en parlant 
d'une chose qui parait impossible. 

Les Latins disaient : Alhu aris, une l'ai'eté, pour désigner une 
Lucrèce, une Pénélope, tout ce qui est difficile à rencontrer. 

— On sait maintenant qu'il y a des merles blancs en Auvergne et 
en Savoie : tout comme on trouve des cygnes noirs. 

— C'est un dénicheur de merles : un fin merle : un homme rusé. 



— A d'niilres, dénirlieiirs de merles ! Cest-;'i-dire : vous n«; incn 
rontoroz pas. 

Un jeune vilUijiCois se confessa à son cnrc d'avoir rompu la liaie 
du voisin pour reconnaître un nid de merles : « — Et les avez-vous 
pris? — Non, ils étaient trop pelils : mais samedi soir, j'irai les 
prendre poni- les fricasser le lendemain. « Le <iiré les dénicha le 
samedi malin. Le paysan, rpd s'en doiila. se promit d'être pins 
discret à l'avenir. [/anné<'. sni\ante il reloiii-na à confesse: « — Mon 
père, dit-il, je m'accuse d'aimer n\u\ jenne lille, et je vais la voir 
quand tout le monde dort. — Quel à,ue a-t-elle ? — Qnin/.e ans. 
— Belle? — La plus jolie du villa.tie. — Et dans quelle maison 
demeure-t-elle ? — A d'antres, dénicheur de merles, répliqua le 
manant : on ne m'attrape pas deux fois. » — A curé finaud, paysan 
madré. 

Merluche, dn latin mai'is lifcius, hrochet de mer (ou du même 
radical que merle). 

On l'a appelée aussi, dans l'antiquité, nne de mer. 

Les Hollandais out nommé une sorte de morue très desséchée 
slock-fich (poisson-hois), à cause de sa dureté, ou parce qu'on la 
ramollit à coups de Ijàton avant de la mantier. 

IVlerveille, dn latin mirabilia, devenu ynirU)ilia. 

— C'est la huitième merveille du monde I c'est-à-dire chose digne 
de figurer à côté des sept merveilles des anciens. 

Les sept merveilles étaient : les Pyramides: les .lardins suspendus 
de Babyloue; le Tombeau de Mausole : le Temple de Diane à 
Éphèse ; la Statue de Jupiter Olympien, de Phidias ; le Colosse de 
Rhodes ; le Phare d'Alexandrie. 

IVIés, du latin minits, moins ; me. devant une consonne. 
Préfixe de valeur diminutive, devenu péjoratif : méuarde, méses- 
timer, mésuser, mépriser. 

•. iVIess, uiot anglais, emprunté lui-même au français inefs. 
Réunion d'individus mangeant ensemble. 
Dîner des officiers. (La popote est celui des sous-officiers.) 
Le glossaire de Ducange donne : Prendre Metc, manger ensemble 

pendant les travaux de la moisson. (De l'an 1447.) 

lYlessaline, nom historique. 

C'est une Messaline : une femme dél)auciiée. 

Messaline, célèbre par ses débauches, était issue de la nolile 



MKS o5 

f;iiiiill(' dos M('ss;il;i. Kllc épousa Claude, souilla la (•oiiclic- iiui)ériale, 
l't alla jusipi'à (''[xuisci' publiquement, du \i\anl de sou luari, le 
jouue Siliiis. I^lle a eu le triste prix i lé et! de laisser sou uoui pour 
désieuer loulc feuiiue livrée à la déhauclie et au\ déiwrdeuieuts des 
passions. 

lYlesse, de riiél)reu missah, oiïrande. 

Ou le lait louiiuiiuément venir de /nensa. Mais il vient plut(U du 
latin ecclésiastique missa, action de congédier. 

— La formule : ifr. //tissa est était primitivement : ite, me/isa 
csi, à cause des agapes que les premiers chrétiens taisaient dans 
les églises après le service divin. 

Mi'/isas f'arii'hri/\t co/n//ii(/ies, et perarla sinaxi post sacra- 
//ie/ifo/'/(//i cn/iu/i/i/iio/ie//i, i/iiha/it roiHHcium. (J. Chrysostome, 
Ho)/iélie. 27.) 

— De //lissa ad /ne/isa//i. Proverbe claustral, pour dire que les 
moines passent de l'église au réfectoire. 

— Chez les Grecs, à la lin de la cérémonie, le prêtre disait: 
« Oue le peuple se retire. » 

— Chez les Romains, un crieur [)ublic [)rononçait le mot ex te//iple, 
qui est Tabréviation de exire e templo (?), et qui, dans la langue 
avait pris la signification adver]»iale : sur le champ, aussitôt {ex 
tez/ipulo). 

— M. de Chevalet dit que //lissa, en bas-latin, a été dit pour 
7/iissio, permission de se retirer, congé. D'après lui, la formule 
qui termine l'office divin signifierait : « Allez, c'est permis » ; ce 
sei-ait par ignorance de la signification de ce mot 7)iissa que l'office 
a pris le nom de messe, et que l'on a traduit dans les paroissiens : 
« Allez- vous-en, la messe est dite. » 

— Messe basse : dite par un seul prêtre, sans accompagnement 
de chant. 

Messe noire : messe des morts. 

Messe rouge : celle que l'on célèbre lorsqu'une cour de justice est 
installée pour la première fois dans ses fonctions. 
Messe sèche : sans communion. 

— Messe de chasseur, de saint Hubert : dite à la hâte. 

— Messe paresseuse (Moye/i de p<i/'ae/ii7\. ch. 80). On appelait 
ainsi la messe qui se disait entre onze heures et midi. 

11 y avait à Notre-Dame un autel, distingué, dans les anciens 
titres, sous le nom de alta/'e pi<j/-oru//i, autel des paresseux, où se 
disait la dernière messe de la journée. 



m MET 

— Messe de commères : de relevnilles, dans le Berry. 

— Cliiimpfort raconte que le cardinal Maury, éUint jeune et du 
peuple, disait des messes à G sous. Un curé les avait eues à 20, les 
avait cédées à un aumônier pour 12, et l'ahhé Maury les avait eues 
de «eliii-ci à (J. 

Mesure, du latin inenaiiram : d'où aussi : diincusion. 

— Les inesures romaines, dont on s'est ser\i iuscpTcn 1840, 
étaient empruntées aux diverses parties du corps humain : le [)ied, 
le palme, le doi,ct, le pas. la coudée, la brasse, etc. 

— Les mesures de lon.aiieur, chez les Romains, sont exprimées 
dans les cinq vers suivants : 

Qiialtuor ex granis dii/iliis coinpnnUur uniis ; 

K-sl iinalcr in jjahiio liifiUus ; qualer in pedc pabnu-'s ; 

Qhin(iue pedes pasmiin fnciunl, passas qunque cenlunt 

Vi(/inli (juinque stadium dant ; <it miliare 

Orlo dahant stadia; (lioc ?) diiplicritum dot Ubi leucam. 

Ce qui signitie que le doigt se partageait en quatre grains, (pie le 
palme était de quatre doigts, le pied de quatre palmes, et que cinq 
pieds formaient le pas. Le stade était de 125 pas : huit stades for- 
maient le mille, et deux milles la lieue. 

Le mille était exprimé par inil/e passus, ou M. P., ou niiUtire 
(sous-entendu saxum), ou miliarius (sous-entendu lapis). 

— C'est pour étabhr un type unique et universel de mesures que 
l'on a pris pour point de départ les dimensions de la Terre. 

Meta, mot grec devenu préfixe et marquant succession, change- 
ment, transformation. 

Métaphore, mot grec ;/?c/ff7>Ao/Y^ transposition : de meta et 
de phéro. 

Figure de grammaire, qui consiste à transporter le sens d'un 
objet à un autre, par suite d'une comparaison. Ordinairement elle 
a pour but de donner au discours plus de vivacité et de brièveté : 
c'est un lion, se dit pour : il est courageux comme un lion. 

Le langage primitif n'exprime que des sensations. Comme les 
mots sont moins nombreux que les idées, il a fallu, pour exprimer 
toutes les formes de la pensée, se servir dolijets matériels dési- 
gnant des idées abstraites. 

Tous les mots abstraits ont commencé par désigner un objet 
tangible, un acte matériel, une qualité physique : ainsi les diffé- 
rentes opérations de l'esprit qui concernent la pensée sont toutes 
exprimées par des mots indiquant un acte matériel. 



MET 57 

Dans le mot réfléchir^ l'esprit est comparé à mie surface plane 
et polie où les objets se rélltHenl comme dans un miroir, et l'image 
qui en résulte est la l'éllexion morale. 

Penser, du latin jtensare, nous montre l'esprit pesant les objets 
comme dans une balance. 

Délibérer, répondre, dérivent aussi de l'idée de poids et de 
l.ialance. 

Décider, c'est tranclu'r. couper un nœud, une difliculté. 

Apprenilre, c'est saisir une idée, l'appréhender au col, s'en 
emparer. 

Distinguer, c'est teindre de diverses nuances : comme désigner 
les choses, c'est les dessiner. 

De même enseigner, montrer par signes. 

Voilà pourquoi la personnitlcation est chose si commune dans le 
langage ; voilà pourquoi l'on dit : la croupe, les flancs, les gorges, 
le pied d'une montagne; les entrailles de la terre; les bras, les 
bouches d'un fleuve ; le sein des flots. 

Jésus-Christ a été appelé VAgneaif, parce qu'il avait toute la 
douceur d'un agneau. 

lYlétaphysique, du grec tneta et phgsica. 

Science qui a pour objet l'étude de l'âme, des facultés de l'enten- 
dement humain, des idées. C'est ce qui dépasse les choses de la 
nature ou physiques. 

La métaphysique est le roman de l'esprit. (Voltaire.) 

IVlétathèse, du grec métathésis, déplacement. 
C'est la transposition d'une lettre dans un mot. 
Ainsi, de l'allemand Hunover, nous avons fait Hanovre ; berbis 
est deveuu brebis, et beurrage, breuvage. 

IVlétayer, du bas-latin medietarium, de ?7iedietatem, moitié. 
Fermier qui garde pour lui la moitié de la récolte et donne l'autre 
moitié au propriétaire. 

Métempsycose, du grec métempsychosis, de niéta, change- 
ment, et de empsgchoùn, animer. 

Transmigration des âmes d'un corps dans un autre. Cette 
doctrine est une ébauche imparfaite de celle de l'immortalité de 
l'âme. 

Lucrèce appelle cette croyance un officieux mensonge, qui délivre 
des frayeurs de la mort, et rassure l'esprit, qui espère revivre 
dans un autre corps. 



58 mi<:t 

l*\lli;i.L!()r(' iiv.'iil pris rcWt' opinion dos aiicii'iis hiMliiii.iiics : clk' 
existe encore dans l'Inde et en Chine. 

— Les Eoypiiens nietl;iient dans les tombeaux nn scarabée, 
parce que le scarabée meurt et renaît trois fois comme la chenille, 
et qu'ils pensaient (|ue J)ieu ne peut pas faire moins pour l'Iiomme 
qu'il ne fait poui- rinsede. 

lYlétier, du lalin ininislcriiim. métier. ^a;:iie,-pain. 

— (ihacun son métier <'t les vaches seront bien .!i<''irdées.-(Voy. 
rnche..) 

Tout va bien, lorsque l'on ne l'ait que ce que l'on doit et que l'on 
sait faire. 

Prover])e Irivial, mais (rès vrai, à une époque où lout le monde 
se croit propre à tout, excepté à i^arder les vaches. 

Aijc qnnd agifi. 

(Tkhknck.) 

(Occupez-vous de votre métier.) 

In propria pelle quicsrcre. 

(Rester dans sa spécialité.) 

iVe, sutor. nlfra crepidnm. Pline {Uisl. nat., lioj cite cet ancien 
proverbe attribué à Apelle. 

Celui qui est tout entier à son métier, devient un prodige., s'il a 
du génie ; s'il n'en a [)as, il est impossible qu'il ne s'élève lias 
au-dessus de la médiocrité. Heureuse la société où chacun serait à 
sa chose, et ne serait qu'à sa chose ! (Diderot.) 

Ne fît-on que des épingles, il faut être enthousiaste de son état 
pour y exceller. 

Qunm scit quisque libens ccnscbo crcrceat arlem. 

(Hou ACE.) 

(Je suis d'avis que chacun exerce le métier qu'il connaît.) 

Navila de venlis, de tauris narrât arator ; . 
Enuinerat miles ruinera, pasior ores. 

(PUOPERCK, I, 43.) 

Quand Hippocrate escrit, il n'escrit pas de musique. (Montaigne.) 

— Maître André, perruquier de Voltaire, qui n'avait pas inventé 
la poudre, s'avisa de faire une tragédie en cinq actes : fe Tremble- 
ment de terre de Lisbonne (^1736, in-8°). 11 la dédia à l'illustre et 
célèbre poète, M. de Voltaire, qu'il appelle « Monsieur et cher 
confrère ». Voltaire, qu'il avait consulté, s'était borné à lui 
répondre : « Maître André, faites des perruques. » 



MKT o9 

— En 1818. on nomma sous-piTtVt ;'i ('laiiiccy un incnnisier 
parfaitement incapable romnic adininisiralciir. I)ii|iin aiiir. à ipii 
les lialiitants adressaient leurs plaintes, leur répondit avec un 
sonrire ironique : o Votre anioiii-propre est fi'oissé d'avoii' un 
sous-préfet inennisicr. Je le comprends : vous eussiez préféi-é un 
éiiénisle : mais, les ébénistes, on les aarde pour les préfectures. « 

— [*res(pie tous les métiers eviaent une vertu, une qualité parti- 
culière : le soldat doit être brave: le diplomate, mystérieux: le 
médecin, .urave : le prêtre, ciiasle: le notaire, probe... 

— Faire métier dune chose : la faire babituellcment. 

(Ju'im Imiiiiièto lidiuiae une fuis en sa \ ie 
Fasse un sonnet, une odv, une élégie, 

Je le crois liion : 
Mais iine lun ail la tète hien rassise. 
Quand on en fait métier et niarciiandise, 

.le n'en crois rien. 

— il faut avoir tué père et mère, poui' faire un |)areil métier. ?e 
dit d'un métier très pénible. 

On dit aussi : il n'y a pas de sot métier ; mais les métiers on l'on 
sue sont moins aimables que ceux où l'on ne sue pas. 

— On reprochait à d'Argenson de n'employer, comme agents do 
police, que des fripons et des coquins : « TrouAez-moi, dit-il. des 
honnêtes gens, qui veuillent faire ce métier-là. >' 

— Chaque profession aune maladie particulière : riiomme trouve 
une cause de mort dans le travail qui le fait vivre. (Legouvé.) 

Il faut gagner sa vie, dût-on en mourir ! Chaque minute de 
travail m'enlève une heure de vie, disait un ouvrier en mercure. 

— Il n'y a si petit métier qui ne nourrisse son homme. 
Sua cuùjue ars pi'o viatico est. (Proverbe latin.) 

— Un nis à qui son père n'avait pas fait apprendre un métier, 
était dispensé, par la loi de Selon, de le nourrir dans sa vieillesse. 

— Le Coran recommande à tous, même aux fils des rois, 
d'apprendre un métier et dy travailler quehpies heures chaque 
jour : « Prends un rabot ; c'est une arme qui te fera combattre 
cette maladie de l'âme, cet aflreux poison de la vie qu'on appelle 
l'ennui. » 

— 11 y a des métiers si modestes, si infimes, (pi'ils ne i)eu\ent 
s'exercer, même exceptionnellement, que dans des \illes comme 
Paris. 

Tels sont ceux de : fabiicauts de devises pour confiseurs, ...de 



60 MEU 

pr-iinellcs poiiryoïix crevés, ...de trous pour écuraoires, ...de verres 
noircis pour les éclipses. Il y ;i forcément du cliômajre. 

— Quand le raniasseur de bouts de cigares a K^Koé vingt sous 
par jour à son métier, il s'estime heureux; mieux vaut être agent 
de change. 

— Il n'y a pas de sot métier, il n'y a cpie de sottes gens. 

La seconde partie de ce proverbe est une leçon un peu vive à 
l'adresse de ceux qui oublient, dans leur dédaigneuse vanité, que le 
travail ennoblit toul, et qu'en présence du devoir, il n'y a ni grand 
ni petit métier, mais qu'il y a [loiir tous un égal mérite à remplir 
sa lâche. 

Métis, du bitin mixlitlua (pour mîxliis, mêlé). 
Se dit (le riiomme et des animaux issus de deux races. 
Se dit aussi, par analogie, des végétaux nés de deux espèces 
différentes. 

— En espagnol, meiico désigne l'enfant né d'un Espagnol et 
d'une Américaine, ou d'une Américaine et d'un Européen. 

Créole s'emploie de même. 
(Yoy. mulet, hybride.) 

Métonymie, mot grec : changement de nom. 

Cette tîgure emploie la cause pour l'effet, et vice versa, le signe 
pour la chose signifiée ; le contenant pour le contenu : la partie 
pour le tout, etc. 

Dans ce vers de Boileau : 

Faire trembler Mempliis et pâlir le Croissant, 

il y a deux métonymies. Mempbis est pris pour les Égyptiens et le 
Croissant pour les Musulmans. 

lYlètre, du grec métron, mesure. 

La dix millionnième partie du quart du méridien terrestre, 
compris entre le pôle et l'équateur : l'équivalent de 3 pieds 11 lignes 
296 millièmes. 

iVIétromanle, de métroji. mesure, mania, folie. 
La manie des vers. Mot créé par Piron pour servir de titre à sa 
comédie en cinq actes, représentée le 10 janvier 1738. 

Meunier, ancien français molinier : latin molinarium ; pro- 
vençal molinier, mounier. 
En argot, on appelle les meuniers gripis. Ce mot est synonyme 



MÏI) ' 61 

(lo \()l('iii'. f,ts iiKMiniers jcissaiciil [tour IVipons. Comme les proru- 
l'ciirs et aiilrcs .ueiis de loi, (IIMUi ;i|i|»t'l,iil (ji-djiiyndns. 

Fidèle comme un meunier, dit iroMi(iiiement Oiidiu dans ses 
Cil rioa ités f'ni n <^a ises . 

Rabelais (111, 2) les ranpe paiini les gens soumis à Mercure. 

La chose la jdus hardie du monde, (-"esl la ciiemise dun meusnier, 
...parce (pi'elie prt.Mul tous les joiii-s un larron au collet. {Tnbdrin.) 

— En aruot. le diable est appelé bonl/nnjev, soit parce que le 
diable met au four de l'enfer, soit i)lut('»t parce que, au Moyen-Aoe, 
le boulaniier était, coinnu^ le meuniei', 4'épulé voUïur, fripon lielTé. 

— Devenir d'évèque meunier, ou d'évêque aumônier. 

Les Latins disaient : ah cqiiis ad asino.t : passer des chevaux 
aux ânes. C'est passer d'une condition élevée à une condition 
intime. 

Proverhi'S analogues : Aujourd'hui chevalier^ demain vacher. 
Aujourd'hui en chère, demain en bière. Cent ans bannière, cent 
ans civière. 

Épiphane, évèque de Nevers, en 1547, s'enfuit à Genève avec 
une femme dont il était épris, quitta rÉglise, et se fit meunier pour 
vivre. 

L'abbé Torme, archevêque de Bourges, ayant renoncé à l'état 
ecclésiastique, en 1764, s'est marié et a fait valoir un moulin. 
{Chronique de l'Œil-de-Bœuf.) 

Meurtrières, de meurtrir : origine germanique. 

Feules praliijuées dans l'épaisseur des murs des fortifications, 
pour tirer sur l'ennemi. 

On les appelait autrefois barbacanes, petit canal, à cause de leur 
ressemblaïu'c avec les ventouses que l'on fait dans les murs pour 
récoulement des eaux. 

Mezzetin, personnage boulVou de l'inti'igant, dans l'ancienne 
comédie italienne. 

Miauler, onomatopée qui exprime le cri du chat, ou miaou. 

Micmac, de l'allemand mischmasch, de mischen, mêler. 
Intrigue secrète et embrouillée, dans le but de nuire. » 

Midas, nom mythologique. 

— Midas, roi de Phrygie, avait obtenu de Bacchus de changer 
en or tout ce qu'il toucherait. Les mets qu'il portait à sa bouche se 
changeant aussi en or, il pria le dieu de lui retirer ce funeste don. 



Vd MIE 

Le dieu lui ordoniiii iilor^' de se Iciitirici" d;iiis le P;iftolo, (jiii depuis 
r()iil;i dii s.ihle d'or'. 

— Les oreilles de Midas. (^e iiicnie priiict;, choisi coiiiiiic jiiL''e 
dans un dél)at enlre Apollon et le dieu Fan, adjnuea soIlcuMMit le 
prix de la iuiisi(pie au dernier. Apollon l'en punit en ralliihlanl 
d'oreilles d'àuc 

Celte faille a donné lieu au proverbe. (|ni s'appliipie à la sotte 
présomption des ignorants (pii iuoentce (piils ne comprennent pas. 

IVlidl, niedius et dies, le milieu du jour. So/e iiydio. 

Va\ provençal miejorn. On disait autrefois mi'ili. 

Ilui au matin estions en nos maisons, aisés et manants, et à niédi 
en suivant, sommes conrnie gens en exil, quérant noti'e pain. 
{Journal d'un bourfjeols de Pains.) 

— Midi vrai. Comme le soleil parcourt les 360 degrés de la sphère 
en des temps inégaux, selon les saisons, le midi vrai, qui est 
l'instant précis où le soleil passe an méridien d'un lieu, retarde sur 
le midi moyen de 14' 32" le 11 février, et avance de 16' 18" le 
3 novembre. 

Le soleil est d'accord avec l'heure moyenne des liorloges à quatre 
époques de l'année : lo avril, 13 juin, i^^ septembre et 23 décembre. 
(Voy. chercher midi à quatorze heures.) 

IVliel, du latin mel, grec inélL 

De là aussi : mélisse, mélasse, Malte (abondante en miel). 

— Le miel est appelé par Virgile : Cœleste donum. 
Pythagore en faisait sa nourriture. 

Pline dit qu'un certain Yedius Pollion était arrivé à l'âge de pins 
de cent ans, sans infirmité, en se nouri'issant de miel et se frottant 
d'huile : Intiis nielle, extra oleo. 

— Le mont Hymette, près d'Athènes, était très célèbre à cause 
de l'excellent miel qu'on y recueillait. 

De là son nom, Hymelton, en grec, signifiant miel. 
Horace (\\, 2, lo) se moque d'un homme délicat qui refuserait de 
l)oire du vin de Falerne s'il n'était adouci par le miel de l'Hymette. 

Nid Hymeltia mella Falerno 
Ne biberis diluta. 

— Un peu. de fiel gâte beaucoup de miel. On est plus sensiljle à 
la moindre critique qu'à des louanges exagérées : un sifflet fait plus 
de mal que cent bravos ne causent de plaisir. 

— Bouche de miel, cceur de liel. On se méfie des gens aux paroles 



MU. (wi 

doucoreiist'S : les .illiii't'S |i;ilt'liiit'S sciiiMciil miiiiiuicim- iiii ciir.iclrrc 
pcriido : ;iii ris(|iii' de se Iroiiipcr. il est [(nidciil de sr tcinr en 
ttardo cdiiliv ces iiiipiinMiccs, 

iVIien, lien, sien : MiiciciiiU' loriiif pour nio/i. /o/i. so/i. 

IVlieux, ;iii('i(Miii(Mii('iil //lic/s: du liiliii //if/ii/s. 

IVlièvre, (tri^iiic iiicerlaiiic. 

Adjectif des doux .ueiires, qui, daiuvs rAcadéiuie, signilio uu 
enfant vif, éveillé, reinuanl. uu peu malicieux. 

— Dans le Malade imaginaire, Diafoirus parlant de sou (ils, dit 
qu"il n"a jamais été uuèvre ni éveillé. 

Les oufans iiui sdiit mièvres 
Ne gaignenl juis les lièvres. 

— Par un malentendu inexplicable, et malgré l'autorité des 
auteurs, et de rAcadénde, on emploie aujourd'hui ce mot dans le 
sens de : faible, malingre, délicat. 

lYlignard, migiion, niignot : vieil allemand minnia, amour. 

Miynard signifie joli, gentil. D'où les dérivés : mignardise, 
menin(j). mioclie(0- 

-- Le grand-père du peintre Mignard s'appelait More. Henri lY le 
voyant entouré de ses six enfants, tous officiers, bien faits, dit : 
« Ce ne sont pas là des Mores ; ce sont des Mignards. » La famille 
prit ce nom. 

iYligraine, du e:rec hêmikTania. 

Doideiir qui u'alïecte cpie la moitié de la tète. 

Rabelais emploie Iléniicraine (iV, 37). 

Milieu, du latin médium lornm, le centre. 

— Il n'y a pas de milieu : il faut choisir entre deux partis. 

Etre [)lacé entre le oui ou le non. Aon est tertium, disaient 
les Latins. 

— Prendre le juste milieu, le moyen terme. Le juste milieu n'est 
ni blanc ni noir, il est gris. 

Le juste milieu, en politique, est un système négatif et sans 
caractère décidé. Cela rappelle l'homme placé entre deux selles ; et 
la pensée de i*ascal disant qu'il n'admire point un homme qui 
possède une vertu dans toute sa perfection, s'il ne possède eu 
même temps, au même degré, la vertu o'pposée, tel qu'était 



64 MIN 

Ëpaminondas, r[iii avait l'oxlrriiio valoiir joiiilf ;'i rcxliviiio lionlé. 
Autrement, ce n'est i»as iiionlor, mais descendre. 

Kst modns in rébus ; sunl ccrli ilcnitjuc fines, 
ijitos ullrii ci truque tiequit consislere rectuin. 

(lloKAci;, Sut. 1, 106.) 

Les choses ont une mesure exacte, chacune a des limites précises 
au-delà et en deçà desquelles la perfection ne saurait exister, 
/n îurdio i^ir/its. La vertu est dans la modération. 

Mrtus est médium vitiorum. 

(nuiiACK. Épitrex I. 18, 9.) 

Dans une étroite couche, le sage au milieu se couche. 

— Le juste milieu en politique n'existe pas. La vérité est que 
2 et 2 font 4 ; l'erreur dit 2 et 2 font 8 ; arrive le parti du jn;ite 
milieu, qui, pour concilier les deux partis, dit 2 et 2 font G. 
(Lafayette.) 

Militaire (vieux). Synonymes : culotte de peau, ou encore dur 

à eu i 1-e. 

lYliltiade. Les trophées de Miltiade l'empêchent de dormir. Se 
dit d'une personne jalouse du succès d'un rival. 

C'est une allusion au mot de Thémistocle, qui était jaloux de la 
gloire que Miltiade avait acquise par ses victoires. 

Mine, honne mine (figure colorée), de minium {V). 

Diez le dérive de minnre, comme geste de f/erere: ce serait la 
contenance, l'allure. 

La mine est l'air qui résulte de la conformation du corps et du 
visage. 

Minois, son dérivé, s'emploie en honne part. 

— On dit famihèrement, de quelqu'un qui a mauvaise mine, qu'il 
est minable. 

Il ne faut pas juger des gens sur la mine. 

C'est peut-être que je paie l'intérêt de ma mauvaise mine. (Molière, 
Critique.) 

— Faire honne mine à mauvais jeu. (Rahelais.) C'est faire contre 
mauvaise fortune hon cœur. 

Minimes, du latin ntinimum, le plus petit. 

Nom d'un ordre religieux fondé au xv« siècle. Les minimes portent 
un costume somhre, hrun marron, qui a donné le nom de « couleur 
minime ». 

Ils furent appelés « Bonshommes », parce que Louis XI appelait 



MIU 05 

'> lionliniiimc " ItMir tniKliilciir l'"r;mc()is de l*;iiilo. Lciii- nom de 
miitliiK's csl lin litre (rimniilili'. 

Les jésuites, moins moclestes.se loni appo.loj' « révérends père? i. 

— Vax Provence, les femmes |)iens(^s. ;'i la suite d'un vœu lait 
pendant nue maladie, portent le minimt' (/on iniiiiine), costume 
lait détoll'e de cette couleui'. 

— L'usage de vouer les enfants au bleu remonte à la môme 
ori.uine. 

— Le nom de Billetles, donné à un autre ordre religieux, et 
venant du vieux mot hille, bllie, chose vile, est l'ait dans le même 
esprit d'humilité (pie celui de niitninea. 

iVlinistre, du latin tnkiifilrnrn. 

Les minislres ont été appelés à l'origine « clercs du secret », 
d'où le nom de « secrétaires d'État ». 

— On cite un mot cruel et malpi'opre du duc de Yilleroy : 
« 11 faut tenir le pot de chambre aux ministres tant qu'ils sont en 
place, et le leur \ersei- sur la tète quand ils sont disgraciés. » 

Minuit, du latin médium noc/is, le milieu de la nuit. 
Synonyme : l'heure du crime. 

— L'usage a lait minuit masculin, quand il devrait être féminin, 
d'abord parce que nuit est féminin, ensuite parce que l'article qui 
précède mi est féminin dans la mi-carème, la mi-août, quoique 
c(i7'(hne et août soient masculins. 

IVlinute, du latin miniiUtm, divisée. 

Les minutes sont la monnaie du tenq^s, qui, selon les Américains, 
est de l'argent. 

IVlinutie, dérivé de minuiia, chose très peu importante. 

De minimis non rurat prœtor. Le préteur ne s'occupe pas des 
minuties. 

Aquild non rupil muscas. L'aigle ne prend pas les mouches, 

Synonymes : s'occuper de minuties ; chercher la petite bête. 

En art, en littérature, chercher la petite bête, c'est se donner 
beaucoiqi de nuil pour ce qui n'en vaut pas la peine. 

lYlioche, de mica, mie, terme familier. 

On peut le rapprocher de tnion, avec idée de mignon, mignard. 

Miracle, du latin miî'acu/um (mot savant). 
Prodige, chose étrange, surprenante, dont la cause est inconnue, 
et théologiquement, surnaturelle. 



66 MIR 

— Jrsiisdlirisl lil son pi'ciiiicc iiiiiMclc ;iii\ iiocos do C;m;i. 

— I^;i iMolIc, (l;iiis son (ioimiic des Ajiùirrs. dil : 

\a' iiiih'I |i;irlc ;iii sourd r'iiiiiin' dr l'iiilrmlrc. 

Yoil;'! deux iiiii-.iclcs hieii exprimés diiiis iiu sci'S. 

— K;iiro des mir-acles : se siiiiialei' dans son art. 

— On appelait « Cour dos Miracles » nn quartier de Paris où 
s'assemblaient les mendiants et les gneiix pour passer la nuit à 
faire bonne chère. Le miracle était que, rentrés le soir à la bauge, 
ces estropiés, ces piètres, ces malingreux, sal)Ouleux, coquillards, 
tous ces mourants étaient soudain rendus à la santé. Après avoir 
mendié tout le jour, ils quittaient leurs emplâtres, leurs béquilles, 
et autres engins d'infirmités simulées. 

Le dernier de cos refuges à truands a disparu sons la pioche en 
1799, à la place où se trouve le passage du Caire. 

IVIirliflore, origine inconmie. Autrefois mirU/ïor. 
Petit-maitre. Peut-être faut-il y voir une altération de mille fleurs, 
parfumé d'eau des mille Heurs ? 

Mirliton, origine inroi>nue. 

Cette caricature de la musique instrumentale, à notre époque où 
la poésie n'est plus dans les mœurs, couvre de sa popularité dés 
vers rimes en spirale, et donne un refuge aux derniers alexan- 
drins (?). 

iVlirobolant, semble tiré plaisamment de myrnbolan, pour 
m\irohalnn, sorte de gland de la famille des myrobolaiiées. 

Ce gland donnait une huile d'où les anciens tiraient un onguent 
très estimé. (Pline, XIL 21 : Horace. OfMs\) 

Rabelais appelle niiroholan un fruit des Indes, halanus ungnen- 
larius, aromatique, astringent... 

— C'est le nom d'un médecin dans la comédie d'Hauteroche, 
Crls))ui médecin . 

Ici, il semblerait composé de mire, médecin en vieux français, et 
du latin bolus, pilule. 

Quelques-uns ont voulu le rapprocher de merveilleux, mirabilis, 
et le font remonter à la même origine que mirabelle. 

— Mirifique s'emploie dans le même sens. 

Rabelais en a souvent fait usage : mais il ne s'emploie plus qu'^n 
style liui'lesque. 

lYliroir, de mirari, contempler. Provençal mirador. 



MIS 67 

Sviioiiyiiit' : iiiircliiid. |i;ii- une .illiisioii iiiMliLiiic ;i celui qui s'y 
\oi!. 

Les Pi'écit'iiscs (se. 5) loiil ;i|>|iolé le coiistMller des Gi-àces : 
« Venez me tendre iei dedans le conseiller des grâces. « 

licls conseillers ah i/ninz' n'ittiiillas 
Aportel lioin docan cnscu... 
A(iiiis pnc quix vol ncoiih-iir. 

(I- tamenca, 380.) 

(Un apporta de\anl cliaciin lieaiix miroirs avec grands vantaux... 

là se peut accoutrer qui veut.") 

Le miroir est Icj troisirme (oil de la femme. (Cap"" Cook.) 

La femme qui s'entend dire constamment qu'elle est jolie, trouve 

plaisir ;'i regariier dans un miroii" les traits sur lesquels elle voit 

tous les yeux s'arrêter. 

Fins (Ir Ih'iiUiI, iniraU d'ataor. 

(AuN. iiK .Markuii..) 

(Fleur de heaiité, miroir d'amour.) 

Iris, cil ce luii'dir loiijuiirs 
Vous pouvez \oii- l'uljjet (juc jaime : 
Je voudrais bien toujours de luèmo 
Y \oir i'oljjet de xos amours. 

(Insi'ri|itiiiii siii' un miroir.) 

— Omnibus omnui. — Nonce le ijisuiii. (Devises écrites sur des 
miroirs.) 

— Les premiers miroirs furent rapportés de Sidon à la lin de la 
(piatriiMiie croisade. Venise s'empara de la découverte, la perfec- 
tionna et en lit longtemps l'objet d'un commerce lucratif. 

Colhert en introduisit la fabrication en France vers lG(î(). 

lYlisérable, latin miserahUeni. 

Synonymes : gueux comme un rat d'église (qui n'a rien à 
manger) : nnnable; penaillon (Rabelais, IV, 24) ; peineux, besogneux. 

Les Romains avaient nomnu'; Ffinon/'us le vent favorable (?). 

Rafale, ruiné par le vent de la mauvaise fortune. 

Cette épitliète est souvent donnée à celui qui est inalbeureux par 
sa faute, par les crimes qu'il a commis. 

IVIisèpe, du latin niheriam. 

La misère est lille de la paresse, et sœur de la médiocrité. Gouime 
la faim, elle est mauvaise conseillère, et souvent devient l'entre- 
metteuse de la prostitution et de la débauche. 

La misère mène quelquefois à l'incondiiite : l'inconduite mène 
plus sou\ent à la uiisère. 



68 MIS 

La iiiisrrc csl une. (•oiis(''(|ii('iir(' de la naliirc liiiniaiiic -. la cliai'iK'' 
est d'insliliitioii (li\iii<'. iDiipanloiiii. iiiai-s \H7'.\.) 

Misrrc i^lall(lais(^ Miscrriinus : riiillirlc aj(»iil<''(' an nom do 
(]|iallcrl(»n snr son (oiiilicaM. à Wcsiiniiistcr. 

L'élégance llélric de la niisrrc en liahils noii's: les haillons de 
ro|)Mlence ; l'associaiion liidensc dn Inxc cl de la inisrre... 

— AJisi'/r, dans l(^ laniiauc du marin, a |)lnl(')l la siiiniliralioii d(; 
fatigue excessive, de péril prolongé, (jmc celle de pénurie et de 
déniiemont. 

Miserere, mol lalin : Ayez pilié. 

C'est le début du psaume oO, le qualrième des psanmes de la 
pénilence. David le composa après que le prophète Nathan hii eut 
reproché le criuie qu'il avait commis avec Bethsabée. 

— Il eu a eu depuis tniserere jusqu'à vUulon'.W a été hieu battu. 
(Rabelais. III, 13.) 

Les uioiues se donuaicut mutuellement la discipline par esprit de 
pénitence, et pendant cette flagellation, on chantait le psaume 
3Iiscrere. La flagellation la plus longue durait du premier mot. 
misci^ere. jusqu'an dernier, qui est i-ilu/os-. 

Miséricorde, du latin miscricordiam, cœur compatissant. 
Étymologie burlesque : miscrc et corde. 

C'est un manteau de miséricorde, d'autant que la misère y est 
évidente, et la corde pareillement. [Les Jeux de l Inconnu, 1645.) 
J\Iisericordia rilhun est. (Sénèque, De la Clémence.) 

Mistral, anciennement maisiral. forme provençale de vinfji^- 
tral. 
Le maistral... silller à travers les antennes. (Rabelais. lY, 18.) 
Vent du nord-ouest. Le balai du ciel. 

— Maître vent. C'est ainsi que Rabelais (lY, 44) appelle le gros 
fessier de Guélot, « d'où le vent punais sortait comme d'une magis- 
trale éolipyle » . 

— Ce vent prend naissance au mont Yentoux, c'est-à-dire venteux; 
Les Grecs l'appelaient A-erA^/os ; les Latins circius : dans quelques 

localités du Midi, on l'appelle encore cers. 

Selon Strabon, le mistral, surtout dans la Cran d'Arles, campus 
lapideus, renversait souvent le cheval et le cavalier : equum et 
ascensorem dejicit. ~ Aulu-Gelle dit qu'il renversait les hommes 
et les chars. Il produit encore aujourd'hui les mêmes effets, et il a 
plus d'une fois renversé des trains de chemin de fer sur la voie ! 



.MOI) 69 

l/tMii|it'i-('iii- AiiLiiislo lui avilit rimé des teniplos à Aiios et. à 
A\iLiiinii. |M»iii' apaiser sdii (•niirroiiv : mais les pi'iri'es et l'encens 
des liiiiiiains n'y en! rien fait : il continue à sévir et a niéiMté d'être 
mis par nos pèi-es an ran.n' des Iléaux de la Provence. Il faut 
con\('nii- c('|MMi(lanl t\\\v son aciion n'est i)as toujours niiisiliie : 
s'il l'eiiMM'se les clieininées, s'il enlève quelques cliapeau.v, s'il 
commet des indiscrétions à l'éuai-d des dames, en re\aiiclie, ce 
liniirru hicnfaisanl l'ail soum'uI la liesoune des balayeurs nninicipaux 
el emporlc hicn îles niiasnies... 

Mitonner, de fn/'/i.s, dou\(0, ou de mie? 

— Miioii se dit, dans certaines provinces, de morceaux de pain 
taillés épais pour la soupe : soupe aux mitons. 

— Un potage mitonné doit rester lonutenqis à cuii-e à petit fcui. 

— L'on.aiient miton-milaine, (pii ne fait ni bien ni mal, serait 
alors un cataplasmi^ de mie de pain. 

— Au ligure, milonner uni' alTaii'(\ c'est en préparer le succès 
de longue main. 

lYlitraille, pour inildillc. diiiiinnlif du \ieu\ français miie^ 
menue nionnaic. 

Se dit encore, dans le lau,uau(^ familiei', de la monnaie de cuivre. 

La tiiUc ou mifdillc, monnaie llanuinde valant quatre oboles, fut 
supprimée par édit de Philip[)e VI, en 1332. Un amas de ces petites 
pièces s'appelait mllrnilla: et l'on a transporté le uoni à la 
feri'aillc formant la charge des canons. 

lYlitron, dérivé de mitre : grec mllra. 

Gai'çon boidanger. La coilTurc des garçons i)0ulangers était un 
bonnet blanc ressemidant à une mitre. 

IVîode, (lu lalin tnnihnn. manière d'être. 

Est du mascidin (M1 philosophie, eu granuuaire, dans les arts: 
du féminin ([uaiid il désigne la fantaisie du jour. 

— Au même l'adical se rapi)ortent : modèle, module, moule, 
mod(''ralion, modestie, moderne, commode, accommoder. 

11 l'sl mil' (IlT'SSC iiicoiisl.'iiilc, iiicDiiinioiJi', 
Hizai'i'c dans ses t;oùls, Idlle ru ses oriiemeiils, 
uni parait, luit, rcvii'iit et iiail dans tous les tonips : 
l'rol ■•(■ (jlail son ik'tc, et son nom est la. mode. 

( Vol.TAlIlh.) 

— La mode est un imp(»t (pie l'industrie du pauvre met sur la 
vanité du riche. 



70 M» >I 

Lo vrleinenl s'csl liicii iicrl'cclioiim'-. (li'piiis l;i feuille de \i'jiie (h> 
nos premiers p.ireiils. 

— Ce qui est (fe mode est destiné ;'i s;itisf;dre ;iii\ cnin-ices de l;i 
mode. Ce qui est rÀ la mode est eu faveur acluelleuienl. L'auteur 
qui clierche les idées de luode. luaufjue d(î sérieux et de solidité: 
celui dont les ouvrages sont à la mode, peut avoir un mérite réel. 

— Mode annoiire un succès de iioùl et de caprice; rof/ne m\ 
succès d'estime et de préférence. La fantaisie fait la mode, l'opiuion 
fait la vomie. Vm^ actrice est à la uiode. un écrivain est en \o,iiue. 

Modeler, de modèle : italien //lodello, dérivé de modulas ; hien 
plutôt que de medullatn, moelle, quoique le Provençal appelle 
moudèle la mie de pain, matière plastique, pouvant se mouler. 

Modeste, dérivé de tnodus : (\m est modéré. 

Modestie, de modesilam. 

La modestie est le lantiage le plus captieux de la vanité. 

La modestie est une vertu d'hypociile. 

Sias humili.s c non vils. 

(Vie (le saint Honorât.) 

(Sois modeste, non vil.) 

La fausse modestie est le dernier ral'lluement de la vanité. (La 

Bruyère.) 

L'excès de modestie est un excès d'orgueil. 

(Chémeu, Nathan.) 

La modestie est à la vertu ce qu'un voile est à la beauté : elle en 
fait ressortir l'éclat. (Petit-Senn.) 

Une enveloppe de modestie couvre nos erreurs, et garantit nos 
talents de l'envie: comme une blouse cache nos méchants habits et' 
protège les bons. 

Mœurs, du latin mores, même sens. 

Le temps moralement nécessaire, c'est-à-dire habituellement, 
raisonnablement. 

Les mœurs sont un colher de perles : ('»tez le nœud, tout défile. 
(Restif de la Bretonne.) 

Moi, du latin me {me est la fornie sourde, moi est la forme 
accentuée). 

La piété chrétienne anéantit le moi humain ; la charité chrétienne 
le cache et le supprime. (Pascal, Pensées.) 

Le moi est haïssable. (Pascal.) 



.M<il 71 

L"Kt;it. (•"est moi. (Louis XIV.) 

IliiiiU' n'est plus dans Uonu', elle es! tonte oiï je suis. 

Comme moi {s/'ci/f cf /los). \... (jiii. sfcut el. nos. cioclie d'un 
(imI. (Lo GamotMis. i 

Moine, du e'i'cc ///o///o.s-. seul : de }/ionos. D'où le hiliii /ikhu/c/u/s. 
l'i'ONtMiral nioiif/c. catalan inonjc 

Co mot. (jiii désignait d'aliord les solitaires, s'applique au\ 
l'énohites. (pii mènent la vie en commun dans les couvents, mais 
séparés du monde. 

Les solitaires s'appellent anachorètes (du urec anarliôrco.) 

— Faute d'un moine l'ahliaye ne mainpie pas. (Voy. (ihhai/c.) 

— L'Iialiit ne lait pas le moine. (Voy. Inibit.) 

Le moine el la liégiiine 
Sont pires (|a"ils n'en ont la mine. 

— Le moine, c'est un personna,e-e sans jière et sans enfants, sans 
passé et sans a\enii'. loul entier an [irésenl el à ses joies maté- 
rielles : (jui ne peut loucher à la femmes qu'i'.n la souillant, el 
accomplir la loi de la nature (pi'eu violant la loi d(; la famille et de 
la société ; mélanue d'i.unorance. d'astuce, de cruauté, de lihertinaiic, 
d'oisiveté crasse, de piété stupide, dont le capuchon est plus fort 
(jue lijen des coiii'onnes. (Xisard, Recia; des Deux-Mondes, 1835; 
reproduit dans Érasme, p. oi.) 

Le moine... ne lahoure, comme le paisant ; ne liuarde le pays, 
comme l'homme de guerre ; ne guarit les malades, comme le 
médecin : ne presche ne endocti"ine le monde, comme le hon 
docteur é\augéli([ue el pédagogue: ne [)orte les commoditez et 
choses nécessaires à la Répul)li(iiie, comme le marchand ; c'est la 
cause ponrquoy de tous sont huez et ahhorrez. (lia hélais, I, 40.) 

Les moines non sunt cnstrati : on leur donne le nom de pères. 

et ils font en sorte (pie leur nom soit hien appliqué. (Érasme, 

(',olloi[ues.) 

Tout paiiout pères on les nomme. 
Kl de faicl, plusieurs fois advient 
Que ce nom très bien leur convient. 

(C. .Ma.;ui.) 

Héi'anger a reproduit cette plaisanterie dans son Roi li Yvelot : 

Ses sujets a\aienl cent raisons 
De le nonuner leur père. 

Hahelais appelle les moines perpéiaous.^ en tant que leurs 
confréi'ies sont perpétuelles. 



72 MOI 

(Ion; (l'Imid. in (jiKî ncino iKisrilnr ncr inoriliiv, ;i dil IMiiKî 
(V, 17) (le. ccrliiiiis |»(M'|)(''Iii()ii.s on onnilrs, ;i|i|)<'l(''S lOssiMiiciis. (jiii 
lialiilaieul dans les (1i'<('i-(< de la J'alcsliiic (]"»'sl ce (jircnlciid 
lia hélais. 

— Moine Itoiirrii : [tréleiidii laiiUniie, dont ou clVrayail les 
enfants. On siiijposail que c'était une ànie en peine, qui [larcoiirait 
les clicmins et maltraitait les passants. On le représentait errant à 
travers les \illes pendant rAvenI, coiiinic l'iiidlipie le passage de 
Uégnier {Salira XIV) : 

Mais après en clicrcliaiil axdir ;iiil;iiil ('(iiini 
Qu'aux Avcnls de Noi'l l'ail le nio\ne bourru. 

— Bailler le moine. Vieux proveri)e cité par Rabelais (I, 4o). 
Signiliait porter giiignon, malheur. En elïet, selon l'opinion du 
xve siècle, la rencontre d'un moine était regardée comme un mau- 
vais présage. 

On disait aussi : 
( Pour faire nette la maison. 

N'y îaut ni moine ni pigeon. 

— Au moine la hesace ! . 

Mes beaux pères religi(>ux. 

Vous dînez pour un grammerci fgrand merci) : 

gens iieureux ! ô demi-dieux ! 

l'ieusl à Dieu que je leisse ainsy ! 

(iiiioiiKAr.) 

Moineau. On en donne plusieurs étymologies. La plus vraisem- 
blable est moisne/, pour moisonel, de muscionellum, proprement 
oiseau-mouche, petit oiseau. 

Ménage le dérive de moine, à cause de la couleur de son plu- 
mage, qui est grise, comme le costume de plusieurs ordres religieux. 
On dit : couleur solitaire. 

Celuy est nommé moimeau, parce qu'il semble porter un froc de 
la couleur des enfumés. (Bolon.) 

— Tirer sa poudre aux moineaux : perdre sa peine. 

Cette locution vient du nom des moineaux ou moyneaulx, sorte 
de guérites en fer, qui, sous Louis XI, servaient d'abri aux soldats 
contre les attaques des ennemis, et contre lesquelles ou tirait 
inutilement, sans atteindre ceux qui s'y cachaient. 

Mois, du latin mensis ; provençal mes ; italien ?nese. Du sanscrit 
tnasa, de mas lune, idée de mesurer. Ce radical se retrouve dani 
trimestre, semestre. 



MON 73 

— Les mois, chez les [{oiiiains, étaient di\isés en (rois parties : 
les ealeiules. les noues et les ides. 

Les calendes étaient le |)reniier de cliaiine mois, (jni connnençail 
avec la nonvelle Inné : elles étaient annoncées au peuple par le 
pontife, an monuMit du le\er de lastre. 

Les noues étaient le nenviènie jour a\anl les ides, et celles-ci 
tomltaient le 13 on le lo du mois, d"un nom étrusque qui signifie 
partage. 

— Les dates d'événenuMits importants sont souvent citées [tour 
révénement lui-même : le 10 août, le 1) tliermidoi'. 

Moitié, du latin tnc/ieia/c/n : pro\ençal ntilaf. 

— Employé pour épouse. Les ralihins disent que le mol liéhreu 
que nous traduisons par côle (Genèse. II. 21) siuiiilie rôle, et (pie 
Dieu forma Eve d'uu des côtés d'Adam; que le premier homme 
était rtn</;'05'y ne. c'est-à-dire réunissait les deux sexes. Dieu n'auiait 
fait que séparer en d(Mix le corps d"Adam, d'où le mol sexe (sexu.-:) 
de seeare, diviser, partager. 

— Platon (i?«n<7«e05 dit aussi que les premiers honunes na(iiiirent 
douhles, et que la force dont ils étaient doués par la duj)/ici(é de 
leurs membres les rendit insolents envers les dieux. Jupiter, pour 
punir leur audace, partagea en deux ces androgynes, et depuis, ces 
deux moitiés ont conservé une forte passion pour se réunir : c'est 
l'altracliou des sexes. 

Môle, du latin moles, masse, d'un grand poids. 
D'où aussi : mola, meule^ molaire, dent qui sert à hi-oyer les 
aliments comme une meule. Molécule, petite masse de matière. 

Mollet, de moles, masse charnue : s'il ne vient pas plut(M de 
mol. adjectif: latin moUem. 

Moment, du latin momentum, mouvement. 

Un simple mouvement, un pas du temps. 

Faire une chose à moments perdus..., ou gagnés. 

Momerie, du ui-ec //lomos. \no(\\nmr: d'où lUomus, dmi de la 
folie. 

Ou plutôt du vieux français momer, d'origine germaui(pu', (pii 
signifiait se déguiser; d'où momon. employé par Molière. 

Monaco, décime, mauvais sou fra|i[)é dans la principauté de ce 
nom. 



74 MON 

La FiMiicc fui iiKiiidrcdr (('lie iiioiifKiic sons le rt'iiTic d'IIonoi'é V, 
mort en ISU. l'ii drci'ct en inlcidit I;i cinnlHlioii à cette époque; 
et, le 9 noveiiihre ISC),';. [);ii' nue coiivciiliijii ■.wvc la Fraiire. le 
prince de Monaco s'obliuea ;'i ne lra[>p('r désormais ses monnaies 
(pi'(m France. 

Monde, du lalin //h/ik/i/s. |iiir. hrilhinl. 

Hesié avec sa siunilicalioii |irt'niiére dans orjre mond? et dans 
('monder, ainsi (jiie dans le iiéyalil' immonde. 

(Jiii \('iil s;i (•(iiiscicncf iiiondr, 
Il ildiht l'iur II' iiKuidr iniiiioïKic. 

Par suite, tont ce cpu; nous apercevons de corps (brillants) dans 
l'espace. 

— Aller au bout du monde : très loin. 

Si la terre avait un bout, elle ne serait pas ronde. (Voy. terre.) 
Les anciens, qui ignoraient la spbéricité de la terre, croyaient 

que Delphes était au centre du monde, dont elle était nommée pour 

cette raison le nombril {umb/J/cns). 
Le poète Claudien a raconté la fable de deux aigles lâchés par 

Jupiter de rOrieut et de l'Occident, et qui se rencontrèrent à 

Delphes. 

— Les premiers chrétiens croyaient que le milieu de la terre 
était la montagne du Calvaire. 

— Lamothe leYayer parle d'un anachorète qui se vantait d'èlre 
allé jusqu'au bout du monde, et qui, arrivé aux extrêmes limites, 
avait été obligé de se courber, à cause de la réunion du ciel et de la 
terre. 

— Hegnard, dans un de ses voyages, pénétra jusqu'à la mer 
Glaciale, et ne sarrèta qu'où la terre lui manqua. Il grava sur un 
rocher cette inscription : 

Gnllia non genujl, vidit nox Africa, (tandem 
Hnusimus, Europanique oculi>t luslr(n'imu>i oiiincm ; 
Ciisihus cl variis acti tcrraque mariquc. 
Hic tandem sletimus, nohis uhi defttil orbis. 

— Le docteur Kaue, dans un voyage à la recherche de Franklin, 
de mai 18oo à août 1855, est parvenu au 82^30" de latitude, par 
76" de longitude, au point nommé Grinnel. le plus rapproché du 
pôle oit Fou fût encore arrivé. Le mercure demeura à 1 état solide 
pendant plus de trois mois, et eu noveuil»re le wisky gelait. 



MON 7o 

— liO tour (lu iikiihIc. ([iii nutrofois exi.uonil Iruis mis ,111 moins, 
se f;ii( aiiidiirdliui tMi moins de trois mois. 

De Paris ;i Ni'w-Vork ^1 joiii-s. 

DeNew-Vork m Siiii-Fniiiciscn (railway). 7 — 

De San-Francisco à Yolvoama (^ bateau). . ^I — 

De Yokoaina à IIoiiji-Kong' (hateau) C» — 

De Hoii.u-Kon.û- à Calcutta (i)ateau) 12 — 

De Calcutta à Bombay (railway) '-\ — 

De Bombay au Caire l't — 

Du Caire à Paris G — 

80 jours. 

— La fin du monde. Il est certain que le monde finira un jour, 
sous peine d'értr/or en rannrd la menace du jugement dci-uicr 
laite par les proplirtcs. 

— La moitié du monde l'il de l'autre moitié. (Sévigné.) 

I.a muilii' des liiunaiiis ril aiiv (i'iicns de l'aiilro. 

(Dkstolches.) 

La société est partagée en deux classes, les tondeurs et les 
tondus. (Talleyrand.) 

— Dans la société, on distingue le petit monde, le demi-monde. 
et le monde et demi, ou grand monde, qui s'appelle aussi le beau 
monde. 

— Se retirer du monde. (Voy. ermite.) 

Vous n'êtes point du monde ; c'est pour cela que le monde vous 
liait. Non estis de miindo, ideo udit ro.v mandas. (Éca/if/i/e de 
saint Jean, XY, 19.) 

Dès que l'on fuit li' inonde, il nous l'iiil à son tour. 

(La Chacsske.) 

H y a des gens qui se retirent du monde, et d'autres dont le 
monde se retire. 

Monnaie, du latin monela : provençal nioneda. 

Celle qui avertit; surnom de Jiinon. C'était dans son temple 
qu'on fabriquait la monnaie. 

Les monnaies sont de véritables monamenfs. d'après lesquels 
nous jugeons des arts et de l'état social des peuples éloignés de 
nous par le temps ou par l'espace. 

— Synonymes : acUetoir, monaco, momieron (argot). 



70 MON 

— Dnns les pfciiiici-s Iciiips, (|ii;iii(l l.'i iiioiiniiic ii'cxisliiil jcis. on 
pesait le iii(''l;il. i|iii v[;\\\ liii-iiK'iiic une iii;ircli;iii(lisc. 

Aliraliam [icsail lOO sicics d'aiyonl aii\ lils de llrili. auxquels il 
vtMiail (racliclci- une pièce de lorro. 

Les Cliinois ont conservé celle Iradilion. e( piilenl avec des 
linpols posés en présence d<^ l'aclieleiir. coNiiiie celui-ci pèse la 
marchandise (pi'il livre en éclianuc. 

De là est resté à certaines monnaies, dans les pays civilisés, le 
nom de poida auti'efois et encore aujoni'd'lini en usage. Le talent, 
dans la Grèce ancienne ; r«.s-, chez les Romains; Vipound, chez les 
Anglais: la lirre, en France, désignaient à la fois des poids et des 
monnaies ; celles-ci pesaient, en effet, nn talent, un as, une livre. 

— La monnaie est une matière ayant une marque légale, qui lui 
assigne une valeur relative, et qui sert jiour les échanges com- 
merciaux. 

— Toute marchandise est une monnaie, et toute monnaie est. 
une marchandise. 

Cette formule, créée par Turgot, n'est vraie que si on considère 
le métal dont la monnaie est faite ; mais, sous la forme de monnaie 
servant d'intermédiaire à l'écliange, elle a des caractères particu- 
liers qui la distinguent essentiellement des autres marchandises. 

Ainsi, si le fer est rare, ceux qui en ont hesoin souffrent, mais 
cette rareté n'agit (jue sur le prix du fer : tandis que, si la monnaie 
est rare, le prix de toutes choses s'en ressent. 

— Le crédit, en multipliant le billet de banque, ou « monnaie 
fiduciaire », provoque les crises financières, si fréquentes à notre 
époque, car dans ce cas, la fortune publique ne s'accroît que ficti- 
vement, et donne à certains produits uiu? valeur exagérée et 
arbitraii'e, tandis que la monnaie est une marchandise tarifée par 
la loi, et d'une valeur in\ariable ayant seule le pouvoir d'éteindre 
toute dette. 

— Fausse monnaie : en argot morn/f/Ie. qui signifie soufllet sur 
la joue, c'est-à-dire soufllet appliqué au roi, dont le [)ortrait ligure 
sur les monnaies. 

— Battre monnaie. Autrefois les pièces de monnaie se faisaient à 
la juain. On façonnait une à une. avec le marteau et la lime, des 
rondelles que l'on plaçait entre deux coins gravés en creux; et le 
coup de marteau qui déterminait la double empreinte, était l'acte 
qui a consacré l'expression, battre moumiie. 

— En 1(52;), un artiste français du nom de Briot, inventa le 



MON 77 

|t,il;in(ii'r. don! on sort iiiijoiirdliiii. cl ([iio l;i Kimiko no voulut pas 
,Hl(»|ilt'r (l'aliiiril. mais ([iii fui accueilli en An.iilctçri'c, on il remplaça 
If iHdnnayaLîc à la main. 

— l'n linuol (lOr d lin million osl conveiii dans les Indcls des 
monnaies (18()()) en conpiiivs de : 

Pièces de 100 Iraïu-s 5.000 francs. 

» 50 » 10.000 )) 

). 20 » 740.000 » 

). 10 » 190.000 ). 

,> 5 ). *. ... 55.000 » 

— Monnaies divei'ses : blanc, hondjoii, cent, croix, denier, liard, 
maille, monnei'on. ohole. para, patar, piastre, pislole, sesterce, 
sterlin. son. si\-hlancs. lésion. Ilialer, etc., etc. 

Monopole, dn grec monos, seul, pôlciii, vendre. 
Tralic exclusif, fait en vertu d'un privilège. 

— Le gouvernement, en France, se réserve certains monopoles, 
tels que ceux du tabac, de la poudre, des cartes à jouer. 

Monotone, du grec inonos, seul, /onos, son. 

Oui est toujours sur le même ton ; par suite, ennnyeux. 

— Heureux celui qui peut parcourir tous les tons de celte belle 
musique, doul aucune note ne reste silencieuse sous sou arcbet ! 
((t. Sand. Ah/o le rhneiir.) 

Monseigneur (Pince-), fausse clef. 

Pince à ertraclion du voleur. 

On disait autrefois daufe (Monseigneur le Dauphin), parce que 
la pince a l'extrémité fourcliue comme la queue du dauphin. 

Monseigneur est un jeu de mots, parce que toutes les portes 
s'ouvrent devant Monseigneur. 

Monsieur est une simplification ou contraction du précédent : 
mon. seigneur, de aeniore/n, plus âgé, à qui on doit le respect. 
Au xvir' siècle, on faisait parfois sonner la Jinale : 

Le ronard sVn saisit, et dit : « Mon hoii luonsiour, 
Apitrenez que tout flaltenr... » 

(La Foxtaink.) 

— Monsieur, tilre doniu'' au frère du roi. Il paraît manquer de 
distinction, pnisipie tout le monde le porte. Cependant, quand on 
parle au frère du roi, on l'appelle Monseigneur. 

Le poète Diicis, eu lui dédiant une tragédie, termine son épître 



78 AULX 

pnr rcttc fnnitiilo l)i/;ir'ro : « .Iti suis, MnnsoiQticiir, de Monsieur le 
(rrs hiiiiililo cl ohôissMiit serviteur, x 

— Les cours (1(; justice \ous lr;iiteiil de .s/V'?^;'; certains majris- 
Iratsse permettent Texpi-ession dédaiuneuse : le nommé X... 

— L'usage de répéter Monsieur siii' l'adresse des lettres est une 
marque de 1res urandt- déférence : il semble porler au superlatif le 
sentiment du res[»ecl. 

Au Moyen-Age, on répétait volontiers le mot scifjnpnr. [loiir faire 
plus d'honneur à la personne. 

Scinijn'en Monid, non rrc i/iie larzn ijairc 
Qu'en ccirtil en lirtiinon, mon seigneur. 

( l..llllllfrli DK lioNANKI,.! 

(Seigneur seigneur Monal, je ne crois pas rpiil tarde guère que 
je ne voie le seigneur Raimond, mon seigneur.) 

En roman, senlier s'abrégeait en en. On se servait aussi de la 
foriiiule de politesse Mosseujnen : Monseigneur, seigneur. 

— Monsieur, madame, sont remplacés, en Italie, par les articles 
le, la : le Tasse, la Mali bran. 

Cet article, parfaitement honorable en Italie, s'ajoute au nom des 
plus grandes dames comme une distinction qui n'est due qu'à elles. 

En France, au contraire, quand nous disions la Gaimard, la 
Clairon, c'était plutôt avec une moue de dédain involontaire, par 
suite de la réprobation morale que l'opinion publique inllioeait 
autrefois aux comédiennes. 

Monstre, du latin monstrum, de inonstrare. 
Quod moneat voluntatem deorum. (Festus.) 

lYl ont-de-pi été. 

Synonymes : le clou, le plan, ma tante (argotj. 

Le r'/oM, parce qu'on suppose que les elïets engagés y sont pendus 
au clou. 

On mettra tout au plan, plutiH que de refuser un cataplasme au 
pauvre chéri. (L. Reybaud.) 

Ma tante est dit par rapprochement de mon oncle, qui' désigne 
un usurier, un prêteur sur gages. 

— L'institution des monts-de-piété date du xv^ siècle. Ce fut un 
moine récollet, Rarnabé de Terni, qui organisa le premier, à 
Pérouse, en 1462. L'œuvre devait être avant tout charitable, et 
c'est à cette idée qu'est dû le nom de mouX-de-piéfé. 

Le premier fut établi à Paris sous Louis XYl, et ouvert le 



.M( )n 71) 

28 (l(M^cinl)ro 1777. ;iii M.ir.iis. nie P,ir;i(lis, ni'i il est iMicnro Miijoiir- 
d'Iiiii. 

Montagne, (h''ri\i'' de nnnil : latin K'io/ifn/i . qui. il'iiprés 
Corssen, .^^c raltaclit' ;'i la raciiu' ui/'/i. de cniinere. 

\a\ iiKinlai^iif CM travail riil'anlc iiiii' souris. 

(Boil.KAC.) 

C'est une li-adiictioii d'IIoi'ace {Art poétique. 39) : 

l'iirhirirnl iiiontr,<i. iKtso'liir rldirnliis tnit'i. 

Monter, dérivé de /no/il, romiue a/nonf. 

Monte?' représente l'idée d'élévation : pour l'idée inverse on dit 
totn/ier, (jiii siuiiitie une cliule brusque, et qui exprime moins liien 
que (léralev, la perle d'une position élevée, qui se fait par un 
abaissement progressif. 

On peut s'ai'rèter quand on monte, jamais quand on desrend. 
(Napoléon.') 

Montjoie Saint-Denis! Cri de guerre sous la première race, 
parce qu'après la victoire, on entassait uii monceau de terre en 
fonne de pyramide, qu'on appelait mont (de) joie. 

S'il ne vient pas plutôt de monge, moine, qui aurait doum; 
« Monjoie Saint-Denis », c'est-à-dire abbaye de Saint-Denis, devise 
de Vorillamme, et cri de guerre des Français. 

Montmartre, de Montem Martis, ou Martijrum. 

Quartier de Paris, sur une bauteur. où il y aurait eu un temple 
de Mars : où. sel )u d'autres, saint Denis et ses compagnons soiif- 
fi'ii-ent le martyre, en 260. 

— Académicien de Montmartre : un àne. 

Un mauvais poète avait acbelé une maison à Montmartre : 
« Ali ! dit Piron. il retourne au pays. » 

— On disait autrefois d'un ignorant qu'il avait étudié à l'académie 
d'Asnières, à cause, sans doute, de la ressemblance de ce nom 
avec àne. 

Monument, du latin monutnentiun, qui sert à avertir. 

Les moninneuts des ai1s sont la véritable écriture des peuples, 
et donnent l'idée la plus exacte de leur civilisation. 

Cicéron disait d'Atliènes, qui était remplie de monuments anciens, 
qu'à cbaque pas ipi'on y faisait, on marcliait sur un souvenir. 

Moquer, du grec mô/càn, ou de mokos, dont les Romains firent 
morosus, acteur comique, satirique et bouffon ; à moins qu'il ne 



80 MOU 

soit lo (Idiililcl (le uioiiclii'i-. Ii;is-I.iliii nnirtirc. coiniiic on dit 
oiicoro : iiioiiclicr <[iicI(|imiii. 

— J(5 111(^1 iiio(|ii(' : j<! suis (lu n\L:iiiiMiI de (>li;iiii|);i!ii)('. 
Je m'en l);i(s Td'il. 

Je m'en soucie coiiiino un [)oissoii (l'niic iioninif. 

— Je me moque de ca, coiiiiiie du Canada. Celle Incnlion remonte 
sans doute an temps de Lonis XIV, oii Ton déportait certains 
conpaliles au Canada. 

Mercier {Taldenu de Paris, cli. ^lo) dit que Louis XIV ordonna 
qu'on ent à sévir contre les membres de la Com]iaunie des œu\res 
fortes, et menaça de les envoyer au Caïuida. 

— Je m'en moque comme de Colin-Tampon (Voy.), ...comme 
de l'an qnarante. 

Au commencement du xi^ siècle, on croyait que la fin du monde 
devait arriver la quarantième année de ce siècle. Le peuple était 
dans la consternation et se convertissait en foule; mais lorsque 
l'an qnarante fut passé, on s'en moqua. 

— La pelle se moque du fourgon. {Fourgon signifie le crochet de 
fer destiné à attiser le feu.) 

Le piètre (pied-bot) se moque du boiteux. 

Se moque cpii cloque : un vicieux ril d'an autre. (Rabelais.) 

Morale, du latin moralem (de mores) qui a rapport aux mœurs. 

— Lord Russel, succédant à lord Palmerston (noveuil)re I8G0), 
dit au l)anquet du lord-maire : « L'application des principes est 
toujours une question de circonstance, de temps et d'opportunité. » 

Cette phrase est l'expression de la politique louche de l'Angle- 
terre, et une paraphrase de l'opinion professée un jour par 
M, Nisard sur la grande et la petite morale. 

— Faire de la morale : emberquiner. Allusion aux ouvrages 
moraux de Berquin. 

lYlorbidezza, mot italien ; de morbiis, maladie. 
A passé du sens de maladie à celui de grâce molle. . . 
Se dit, dans les arts, de l'expression douce, molle, délicate, 
presque maladive, des physionomies. 

lYIopdre, du latin mordere. Radical sanscrit mord, broyer. 

D'où: mors, morA-^-v: morceau, morsel lus : mordicus (avec les 

dents, avec ténacité) : remords. 

...Jiivéïial lie sa mordante pliiino 
Faisait couler îles flots de fiel et d'amertume. 

(BOILEAC.) 



MOR 81 

Morganatique diinriatie). do ralloninnd morgrngnhe, don du 
iiintiii. |irt''S('iit (lu mari à sa l'cmino, au Jondeinaiii des iiores. 

C'est iiuc loi'uic |iarliculiri-t'. el uou auficipée, du présent iU' 
noces, do la corboillo do niaria.ue. (juol(|uofois ce présent était 
considérahlo. ot so composait d'un certain nonil)re de \illos et de 
domaiiios. 

Un ap[)olait aussi ce don osr/e, de osrubniK l)aiser, parce qu'il 
était toujours accompagné d'un haiser. 

— Le mariaiio mor.uanatique, secret et mystérieux, ce mariage 
do la main gaucho ([)arco que ré|)ou\ présente la main gauche), a 
lion entre un prince ot une [)ersoniui de condition inférieure, entre 
un noble et une roturière, à condition que les enfants n'auront ni 
le titre ni certains biens paternels. 

La triste hypocrisie du mariage morganatique est assez fréquente 
en Allemagne, pour préserver les jeunes altesses des petits États 
d'entraînements de ccour irréparables. Qu'il s'agisse d'une étoile de 
théâtre ou d'une honnoto hllo do bonne maison, elle ne ptMit porter 
pul)liquement le nom de son époux ; les enfants ne sont point 
ofliciellement reconnus. Il arrive souvent que le mari est arraché 
au foyer do son choix, i)our épouser une princesse que lui imposent 
dos ordres su[)érieurs. {Revue des Deux-3Iondes, 1876.) 

Morgue, origine douteuse, peut-être du languedocien mor(ja. 
museau. , 

Contenance Hère, hautaine, d'un fonctionnaire : sid'Iisance d'un 
vaniteux. 

— Morguer. dit Lamarre {Traite de police), signifie regarder 
tixemont. 

— Cyrano de Bergerac {Histoire cùmique des États... du Soleil), 
dit : « Je demeurai dans la morgue jusqu'au soir, où chaque 
guichetier, l'un après l'autre, par une exacte dissection des parties 
de mon visage, venait tirer mon tal)leau sur la toile de sa mémoire. » 

Ce passage de Cyrano indique que la morgue était un lieu do 
dépôt dans les prisons, où les agents de police venaient prendre le 
signalement des détenus ou constater leur identité. 

— La Morgue est aujourd'hui un lieu où l'on expose publiquement 
les morts inconnus, afin qu'on puisse les reconnaître. 

Le gamin de Paris, qui va à la Morgue comme à un spectacle, 
appelle les corps exposés des artistes. Lorsque, par hasard, la 
salle d'exposition est vide, il dit qu'il y a relâche. 



82 MOU • 

IVIorniffle, du \i('.iix fr;in(;;iis cl arg(jt )/i(jnios\ hoiiclic sniifllct 
siif l;i joiie, on |)liiU)l sur l;i l)nii('lic. (Voy. monnaie.) 

Morphée, (in f^rcc murplu-. iipparence, à cause des formes si 
variées des songes. 

— Ktre dans les bras de Morpliée : dormir. 

Morpliéo, lils du Sommeil et de la Nuit, était lui-même le dieu du 
sommeil et des songes, le seul qui annonce la vérité. Il était, dit 
Ovide {Mclam. Il), très lialtile à prendre la démarche, le visage, 
l'air et le son de voix de ceux quil voulait représenter ; d'où lui 
serait venu son nom. 

lYlorra, jeu où deux Italiens, en face l'un de l'autre, passent 
souvent la journée, ouvrant et fermant la main, et criant le nombre 
de doigts ouverts ou fermés. 

Mors, du latin morsus, morsure, parce que le cheval le mord. 

— Prendre le mors aux dents : s'emporter. 

Mort, nom et participe, morlem et mortuum. 
1° Divinité infernale, fille de la Nuit, qui la conçut, sans le secours 
d'aucun autre dieu. 
2" Sort, destin ; la iln de relïet chimique. (Gavarni.) 

— Synonymes : la camarde, la dernière heure. 

La camarde, celle qur est sans nez. Cette expression, d'un 
réalisme elîrayant. peint dun trait énergique la sensation d'horreur 
que l'on éprouve à la vue d'un squelette, qui personnilie la mort, 
et l'aspect iiideux que l'absence de nez donne à sa face. 

C'est par la même raison que la mort a été appelée carline, à 
cause de l'absence apparente de nez chez les chiens carlins. (Cf. 
Fr. Michel.) 

— A mort (locution adA^erbiale) : beaucoup, considérablement. 

Il travaille à mort : jusqu'à extinction de chaleur vitale : la^que 
ad mortem. 

— Cela vient trois jours avant la mort : se dit à quelqu'un qui 
s'eft'raie d'une légère indisposition. 

— Il y a remède à tout, excepté à la mort. — On considère la 
mort comme le plus grand des maux parce qu'il est sans remède, 
et l'on dit, pour exprimer le grand déplaisir que quelqu'un a d'une 
chose : c'est sa mort. 

Hoc instar mortis pulat. (Cicéron.) 



M(»K 83 

— L;i vie est iiii mal... iloiil on iiioiiil. 

Dans kiiil berceau k"'1'"1'' "'i'" tombe. 

(V. Huco.) 

— .MiHiiircst lin mal : s'il \]\'\\ élail [las ainsi, les dieux mour- 
raient. (Sa|»li().) 

On n'a poiiil ikhii- la iiku'I de (lis|ienso de Rome. 

(Moi.iKUK, Elourili, H, 5.) 

C'est la ti'adnclion diiii verset de \' Imitation do Jé^iU^-ChriKt : 
Xi'hio itnin'lrare potesl à Tapa hulla.in niinquam mnriondi. 

('/est lin arrêt du ciel, il faut (jue riiomme meure. 

Tel est son parta^^e. et son sort ;. 

Illen n'est |)lus certain ({ue la mort, 
El riiMi plus incertain ({uc cette dernière heure. 

(L'cil)!»'' Tksti-.) 

La MorI a des ri^jueurs à nulle autre pareilles; 

On a beau la prier, 
T.a cruelle ([u'elle est se bouche les oreilles, 

Et nous laisse crier. 

Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre 

Est sujet à ses lois ; 
Et la garde qui veille aux barrières du Louvre 

N'en défend point nos rois. 

(.\[M.iir;iini;, Stances à IJnjjfirricr ; Imilalion d'HoFiAOK.) 

Piillida murs œqno -puisât pedc pciaperuin tubenias 
HcfjmiKjue turres. 

(IIouACR, Odeg, I, IV, 13.) 

La pâle luort heurte d'un pied égal les tours des riches et la 
cahaue du pauvre. 

— A cliaque porc vient sa Saint-Martin. (C'est l'époque on on 
les tue.) 

— La population du jilohe est d'environ un milliard d'habitants. 
11 en meurt un par seconde. 

Ainsi, à chaque minute de notre existence, de nos sourires, de 
nos joies, soixante lioinines expirent, soixante familles gémissent et 
pleurent. La vie est une perte permanente. Cette chaîne de deuils 
et de funérailles (pii nous entortille, ne se hrise point, elle s'allonge, 
nous en formons uous-nuMues un anneau. ((^Iiah'auhriand, J/é''y/<o//r.«, 
tome II.) 

La vie nous tue tous les jours un peu ; ne l'aidons pas à nous 
achever plus vite. On dirait cependant que les hommes ont peur de 
ne pas mourir, à voir tout ce qu'ils iuNentent pour se tuer. (Th. 
Gautier.) 



84 MOR 

— Ln poino do mort, c'ost le tnnno.'iu dos Dnnaï.dcs. avec rette 
dinV'ronco ([lie l'oaii est remplacée par le sann-. (L. Blanc.) 

I.a K"fll<»liii<' tranche la tète, elle ne Iranclie pas la question. 
(G. Sand.) 

— Il ne faut pas compter sur les souliers d'un mort. 

Tous les biens à venir me semblent autant de cIkiiisoiis. Il n'est 
rien tel que ce qu'on lient, el Idn cdiirt grand risque de s'abuser, 
lorsque l'on compte sur le bien (luiiii autre vous garde. La mort 
ii"a pas toujours les oreilles ouvertes aux vœux et aux prières de 
Messieurs les héritiers; et l'on a lé temps d'avoir les dents longues, 
lorsqu'on attend pour vivre le trépas de quelqu'un. (Molière. 
Médecin, II, 2.) 

— Je donnerais ma vie pour deux sous... .le voudrais être mort. 
— Vous n'êtes pas dégoûté, répond A. Karr. 

— Le mort n'a pas d'amis, le malade n'en a qu'un demi. 
C'est-à-dire on oublie vite les morts ; et lorsqu'un malade soufîre 

beaucoup, on dit : il vaudrait mieux qu'il fût mort. 

— Lorsqu'un homme tombe malade, les siens se lamentent les 
huit premiers jours ; les huit suivants ils s'habituent à l'idée de sa 
mort, calculent ses suites et spéculent sur elle ; ensuite ils disent : 
les veilles nous tuent, il serait plus heureux pour tout le monde 
que cela finît. (A. de Vigny.) 

Hourrab ! les morts vont vite. (Bûrger, Ballades.) 

Il est cruel de penser avec quelle facilité l'homme est oublié, 

qu'il repose dans une ui-ne ou sous une pyramide. (.I.-P. Richter.) 
La pierre garde la méiuoire plus longtemps que le cœur ; c'est 

pour cela qu'on grave un nom sur un sépulcre. (Lamartine.) 

— Le mort saisit le vif, c'est-à-dire l'héritier légal remplace celui 
qui meurt, dans tous ses droits à la propriété. 

IVIopte-saison. Pour les médecins, c'est la saison où l'on ne 
meurt pas. 

On pourrait en dire autant des porteurs de morts {corbeaux en 
argot, parce qu'ils vivent de la mort, et qu'ils suivent les corbil- 
lards, comme les corbeaux recherchent les cadavres.) 

On les appelle aussi croque-morts, par une double allusion à leur 
costume noir et aux cadavres qui les font vivre. 

Mortier, du latin mortarium. 
Le mortier à bâtir se pilait. 



MOT 85 

— LacoilTiiro d«^s présidents du |i;irl('iinMi( ;i\;iit l;i forint' diiii 
iiiorlitM" d"a[)Otliic;iii'e ; d'où itrésidcnt ;"i mortier. 

Cette tO(|ue, symhole de la justice souveraine, était une sorte de 
couronne pour les rois de France de la première race, et même des 
suivantes. Saint Louis est représenté avec un mortier sur les 
vitraux de la Sainte (Chapelle. 

Les i-ois de France douiièi-cnt le iiiuriicr au\ jn.iics ([uand ils leui' 
abaudounérenf leur palais poni' v (''(.ililir le temple de la Justice. 

l^Voy. Palfiix <l(> jtislicc.') 

IVIot, du lias-latiu uniilion. de mnilirr. murmurer. 

— Les mots sont les instruments, le moyen de la manifestation 
de nos pensées. Ce sont des si.unes de convention, qui ne siunilient 
rien par eux-mêmes, et varient dans chaque langue pour exprimer 
la même idée: ce qui prouve que les langues sont d'invention 
humaine. 

— C'est la multi[)licité des idées (pii a [irodiiit la mulli[ilicité des 
mots dans les langues. (L'ahhé Girard.) 

Les mots ont plus de contour que les idées. Toutes les idées se 
mêlent par les bords: les mots, non: un certain côté dilTus de 
l'àme leur échappe toujours. L'expression a des frontières, la 
pensée n'en a pas. (V. Hugo, l' flovunc qui ril.) 

— Les mots sont des images : d'où insujnarc, enseigner, 
ap[treudre \yAY des signes. Aussi les mots agissent sur l'esprit 
comme certaines images. Il y en a qui nous émeuvent, il y en a 
qui nous afiligent. qui nous saisissent ou (pii nous élèvent; certains 
mots répugnent et dégoûtent. 

Les mots, comme les peuples,, ont leur origine, leur progrès, 
leurs perfectionnements, leurs transformations, qui se lient à 
l'histoii'e des peuples. 

Horace a dit que les mots sont comme la monnaie, <[ui n'a cours 
que quand elle est marquée au coin du public. Comme la monnaie, 
ils sont créés, vivent un certain temps, vieillissent et meurent. 

Il faut user avec réserve des mots qui ne font que de naître et 
de ceux qui ont vieilli : il en est comme des fruits, qui ne valent 
rien trop verts, ni trop mûrs. 

— Le mot est de la langue ; le terme est du sujet ; l'expression 
est de la pensée. La pureté du langage dépend des mots : sa préci- 
sion dépend des tei'uies ; son élégance dépend des expressions. 

— On dit : la science des mots, et le don de la parole. 

- Les mots grecs et latins introduits dans la langue par les 



86 .Mf)T 

savants pour les hcsoins do la scicnco, sont pou inlolli'.'ililos au 
vulgaire. (|ui se sert i)lus volimlicrs dts mois crrôs p;ir imMiiplioro 
ou par onomatopée. 

Ces mots, véritahlemeni ôlran.uors à la langue, (pji ser\eul eu 
français dans les sciences et les arts, pour représenter des idées 
que la langue populaire serait impuissante à exprimer, ne s'y sont 
pas assimilés, ne servent qu'à expi'imei- une idée isolée: Wf, sont 
frappés de stérilité, ne produisent pas de rejetons. Ils composonl la 
langue savante, mais sont incompris du peuple. 

Nous avons même remplacé des expressions excollcntes. (jiii nous 
appartenaient en propre, par d'autres qui n'ont de mérite que leur 
forme extraordinaire. Ainsi, à clievaurhcv. on a substitué monter 
à cheval, puis cavalcader (?) et cavalaide. 

Mais monter à cheval est un art, pour lequel on a emprunté au 
latin équUntion. Après l'idée d'art, il y a l'idée de science : la 
science du cheval a pris son nom au grec, c'est la science hippi(pie. 
Enfin, on arriva ainsi, en souvenir des traditions héroïques de la 
Grèce, à dire que les sportmen français s'élancent sur la piste d'un 
hippodrome. 

- L'étude de l'antiquité a aussi doté le français dune foule de 
néologismes, tirés du grec et du latin pour donner de nouvelles 
nuances de la pensée ; mais ces uu)ts, tout savants^ sont toujours 
restés en dehors du langage usuel, populaire. 

Tels sont : cécité, à côté d'aveuglement ; virilité, puérilité, servi- 
lité, en regard de force, enfance, esclavage, etc. 

MOTS PRIS ABSOLUMKNT : 

Alcoran, mot arabe : le livre par excellence. 

Anciens (les) : les Grecs et les Romains. 

Art (le grand) : la recherche de la composition de l'or. 

Bible (la), mot grec : le livre par excellence. 

Blé : la graine, la semence par excellence. 

Boire, c'est-à-dire être adonné à l'ivrognerie. 

Bouilli (le), c'est-à-dire le bœuf bouilli. 

Dame (Notre) : la dame par excellence, la Sainte-Vierge. 

Écriture (1') : les livres saints, la Bible. 

Fabricant (un), de fabrum : l'ouM'ier en fer, par suite l'ouvrier. 

JFaculté (la) : le corps médical. 

Froment, de frnmentum : le produit par excellence. 

Gabelle : le triltut. 



MOT 



87 



Globe, c'est-fi-dirc le doho torrestre. 

Lnhourer, laborave : travailler. 

Laiidaniiin, pour Inudnndum (!) : remède digne déloges 

Lieux, pour latrines. 

Mètre, gi'ec f/ielron : la mesure par excellence. 

Nécessités (les) : le liesoin d'aller à la selle. 

Nourrir, pour allaiter. 

Orgue : le roi des instruments. 

Parties (les) : sous-entendu sexuelles. 

Péninsule (la) : sous-entendu Ibérique : IKspagne. 

Pli. pour lettre [iliée, caclietée. 

Provence, c'est-à-dire la province par excellence. 

Seigneur (le), i)our Dieu, le maitre des maîtres. 

Sexe (le) : le sexe le plus beau. 

Simples : Heurs simples. 

Via mie. cire/tda : les vivres, puis la cbair. 



MOIS i:tua.\(;i:hs adoptics i'au la langik fua.ncaise 



Alt lioc vl ;ii) iiiic. hilin. 
Ab intestat, latin. 
Ab irato, latin. 
Abrupto (ex), latin. 
Acarus, latin. 
Accessit, latin. 
Acliéron, grec. 
Adagio, italien. 
Ad boc, latin. 
Ad liominem, latin. 
Ad bonores, latin. 
Ad libitum, latin. 
Ad patres, latin. 
Ad rem, latin. 
Agenda, latin. 
Agnus dei, latin. 
Album, latin. 
Alcool, arabe. 
Alcoran, arabe. 
Algua/Jl. arabe. 
Alibi, latin. 
Allegro, italien. 



Alléluia, bébreu. 
Al|ilia et oméga, grec. 
Alto, italien. 
Amen, bébreu. 
Amoroso, italien. 
Andante. italien. 
Angélus, latin. 
Antbrax, grec. 
A. parte, latin. 
Auto-da-fé, espagnol. 
Ave Maria, latin. 
Belvédère, italien. 
Bis, latin. 
Bravo, italien. 
Budget, anglais. 
Calera (et), latin. 
Campos, latin. 
Carbonaro, italien. 
Casus beUi, latin. 
Catbedra (ex), latin, 
Cborus, latin. 
Cicérone, italien. 



MOT 



Clown, niijilais. 

Club, anglais. 

Codex, latin. 

Cœcnni, latin. 

Coma, groc. 

Comniodo et incoininodo (de), Litii: 

Concerto, italien. 

Confiteor. latin. 

Coram populo, latin. 

Crédit, latin. 

Crescendo, latin. 

Critérium, grec. 

Cubitus, latin. 

Currente calamo, latin. 

Cutter, anglais. 

Ua capo, italien. 

Débet, latin. 

Décorum, latin. 

Déficit, latin. 

Deliquium, latin. 

Delta, gr(5C. 

Desiderata, latin. 

Détritus, latin. 

Dictum, latin. 

Dilettante, italien. 

Distinguo, latin. 

Dito, italien. 

Divan, arabe. 

Dolce, italien. 

Domino, latin. 

Duo, latin. 

Duodénum, latin. 

Duplicata, latin. 

Ecce liomo, latin. 

Eflendi, turc. 

Electron, grec. 

Embargo, espagnol. 

Emir, arabe. 

Épiploon, grec. 

Epitome, grec. 



i'j'rata. latin. 
lOxcal. latin. 
K\-pro(esso, latin. 
Extra-mnros, latin. 
Extremis (in), latin. 
Ex-voto, latin. 
Faciès, latin. 
Fac-siniile, latin. 
Factum, latin. 
Farniente, italien. 
Fatum, latin. 
Fiat lux, latin. 
Finito, italien. 

Florès, latin. 

Folio, latin. 

Forte-piano, italien. 

Fortiori (à), latin. 
' Forum, latin. 

Franco, latin. 

Frater, latin. 

Gaster, grec. 

Gaudeamus, latin. 

Gloria, latin. 

Gluten, latin. 

Goddam, anglais. 

Gratis, latin. 

Groog, anglais. 

Grosso-modo, latin macaronique. 

Haltitus, latin. 

Halte, allemand. 

Harem, arabe. 

Hic. latin. 

Hidalgo, espagnol. 

Hourra, russe. 

Humérus, latin. 

Humour, anglais. 

Humus, latin. 

Ibidem, latin. 

Idem, latin. 

Illico, latin. 



MOT 



89 



ImliroLilio, il.ilit'ii. 
Iniproiuplu. I;itiii. 
Iiicojiiiito. iliilii'H. 
lu pâte, latin. 
Index, latin. 
Inloi'JMi. l;itin. 
Introït. I;ilin. 
Iota, ixvev. 
]|)S0 facto, latin. 
Inito (ah), laliii. 
Ilt'in. latin. 
Jcjnnnin. latin. 
Jubé, latin. 
Junte, espagnol. 
Jury, anglais. 
Kcapsake, anglais. 
Kiosque, turc. 
Kirscli-wasser, allemand. 
Largo, italien. 
Latere (à), latin. 
Lavabo, latin. 
Lazzarone, italien. 
Lazzi, italien. 
Libéra, latin. 
Loch, anglais. 
Lord, anglais. 
Lupanar, latin. 
Macaroni, italien. 
Maestro, it'dien. 
Magnificat, latin. 
Mandat, latin. 
Matador, espagnol. 
Maximum, latin. 
Mea culpa, latin. 
Medianoche, italien. 
Médium, latin. 
Mémento, latin. 
Mémorandum, latin. 
Mérinos, espagnol. 
Mezzo-termine, italien. 



Milord, anglais. 
Minaret, arabe. 
Minimum, latin. 
Miserere. latin. 
Morbidezza. it.ilicn. 
Mordicus, latin. 
Motus, latin. 
Muséum, latin. 
Naturalihus (in\ latin. 
Nec i)lus ultra, latin. 
Nescio vos, latin. 
Noli me tangere, latin. 
Nota hene, latin. 
Numéro, latin. 
Occiput, latin. 
Octavo {\n), latin. 
Odéon. grec. 
Olim, latin. 
Oméga, grec. 
Omnibus, latin. 
Optime, latin. 
Oratorio, italien. 
Oremus, latin. 
Pace (in), latin. 
Palladium, latin. 
Palma cbristi. lalin. 
Parti bus (in), latin. 
Partner, anglais. 
Pater, latin. 
Pathos, grec. 
Pédale, italien. 
Pédum. latin. 
Pensum, latin. 
Petto (in), italien. 
Picador, espagnol. 
Placenta, latin. 
Placet, latin. 
Poco, italien. 
Populeum, latin. 
Populo (coram). lalin. 



00 



MOT 



Posteriori (;V), hilin. 
Post-scripliiiii, l;itin. 
Prosto, liitin. 
Primo, lai in. 
Princeps (édition), l;iliti. 
Priori (à), latin. 
Prorcssns, la lin. 
Prol'osso (ex s la lin. 
Prorata, latin. 
Prospocins. ialin. 
Piil', an.i^lais. 
Punch, aniilais. 
Quaker, an.uiais. 
Quarto (in ^, latin. 
Quartz, allemand. 
Quasi, latin. 
Quasimodo. latin. 
Quatuor, latin. 
Quia, latin. 
Quiliiis. latin. 
Quidam, latin. 
Quiproquo, latin. 
Quoniam bonus, latin. 
Rabl)in, hébreu. 
Uacahoiit, arahe. 
Hadius, latin. 
Rail, anglais. 
Haout ou rout, anglais. ' 
Raphé, grec. 
Rasibds, latin. 
Ratatia, indien. 
Razzia, arabe. 
Rébus, latin.. 
Récépissé, latin. 
Recta, latin. 
Recto, latin. 
Rectum, latin. 
Rem (ad), latin. 
Réméré, latin. 
Requiem, latin. 



nicliis. Ialin. 

liosoliii. ilalicn. 

Sacrum. Ialin. 

Salani. Ii(''br('u. 

Salve, latin. 

Schérif, anglais. 

Schlagiie. allemand. 

Scorbut, hollandais. 

Secundum, latin. 

Sépia, grec-lalin. 

Sérum, latin. 

Sic, latin. 

Sigisbé, italien. 

Silex, latin. 

Sinciput, latin. 

Sine qua non. Ialin. 

Siphon, grec. 

Slop, anglais. 
Sofa, turc. 
Solo, italien. 
Sopor, latin. 
Soprano, italien. 
Spath, allemand. 
Spéculum, latin. 
Spécimen, latin. 
Sperma céti, latin. 
Sphincter, grec. 
Spleen, anglais. 
Statu quo, latin. 
Steamboat, anglais. 
Stentor, grec. 
Sternum, grec-lati-n. 
Stimulus, latin. 
Subito, latin. 
Tacet, latin. 
Talisman, arabe. 
Tampon, celtique. 
Tarif, arabe. 
Te deum. latin. 
Ténor, italien. 



MOT 



Tél;inns, urec 






Yade mecinn. lalin. 


Thorax, tirec. 






Valse, allemand. 


Tihia. latin. 






Varietur (ne), lalin. 


Tullf. lalin. 






Vai'iorum, latin. 


Tory, anulais. 






Verso, latin. 


TosI (toasi). aiiiilais. 




Veto, latin. 


Transit, lalin. 






Vice-versa. lalin. 


Tirnia. mvc 






Villa, latin. 


Trii). ilalitMi. 






Virago, lalin. 


Ti'iiniixir. lalin. 




Visa, visu (de), lalin. 


Tronihonc. ila 


lien. 




Vivat, latin. 


Tu aiiloiii. lalin. 




Volubilis, latin. 


Tuinnlus. lalin 






Wagon, anglais. 


Tunnel, an.iilai 


s. 




Waux hall, anglais. 


Tnlli ({nanti, il 


la lien. 




Wist. anglais. 


UUiniatunu lat 


in. 




Yack, anglais. 


ITtra, latin. 






Zéro, arabe. 


Ut, latin. 






Zinc, allemand. 




MOTS 


HKnOUlJLl':; 


s (onomatopées) : 


Haha. 




Dodo. 


Micmac. 


Bélté. 




Drelin-drelin. Nanan. 


Bonbon. 




Fanfan. 


Papa. 


Bric-à-lirac. 




Flic-llac. 


Passe-passe. 


Caca. 




Flonllon. 


Pioiipiou. 


Cache-cache. 




Froufrou. 


Pipi. 


Cahin-caha. 




Gniangnian. Pompon. 


Clopin-clopant 




Gogo. 


Tata. 


Conci-conci. 




Joujou. 


Tobu-bohu. 


Crin-crin. 




Lolo. 


Tonton. 


Dada. 




Maman. 


Zigzag. 


Dare-dare. 




Mélimélo. 


Etc., etc. 






MOTS COMPOSÉS : 


Adieu. 


à Dieu. 




Cependant, pendant ce. 


Avenir. 


à \enir. 




Chafouin, chat fouine. 


Aujourdlini. 


(voy.). 




Culbute, bute cul. 


Ah()ara\anl. 


(trois mots). 


Depuis. (deux mots) 


Bienheureux. 


bien heureux. 


Désormais, (voy.). 


Bonlieni-, 


lion heur (voy.). 


Embonpoint, (trois motsV 



92 MOT 

Empois. en poix. Mndainr. ma flaiiic. 

Kniin. en lin. .Maiiilciiaiil. la main h-nant. 

Fainéant, l'ail n(''aiil. Midiiclic. n'\ lomlic. 

Fiuneterro, fiimrc de terre. IMaInnd, plal tond. 

flonnis, hors mis. IMiih'il, pins lot. 

.histai]coi'[)S, (trois mots). Oiiiproquo, (ti'ois mots latins). 

Lendemain, le en demain. Toujours, tons jours. 

Licou, lie cou. Traquenard, traque renard. 

Lustucru, Teusses-lu cru (!j. Verjus, vert jus. 

— lion mot : lai-iliole, plaisanterie. 

Régnier a dit d'un satirique (|iril perdrait un ami [dutot qu'un 
l)on mot. 
Horace avait dit a^anl lui : 

...iliiiinnodi) ri.sioi) 
Excniint sUii, non hic ciiiqinnii pdirrl iiinico. 

— Diseur de bous mots : uiauvais caractère. (Pascal.) 

X..., avant de lancer un lion mot dans le monde, le répète à 
quelques amis. Il appelle cela « essayer son feu d'artitlce ». 

— (iros mot : expression peu parlementaire, injure, mot incon- 
venant, énormité. 

Des choses qu'on ne saurait répéter devant vous, mademoiselle. 
— C'est donc bien raide, répUqua l'ingénue. (Figcn^o. cité par 
L. Larchey.) 

Celte locution est très ancienne, et dans une cbarte de Pbilippe- 
le-Bel (1299), on lit : Si quis alicui verha contiuneliosa et (jrossn 
dixarit... 

— Les ignorants, dans leurs disputes, échangent les mots les 
plus violents de leur vocabulaire et éprouvent une grande satisfac- 
tion à renchérir dans leurs expressions, à l'imitation des héros 
d'Homère. 

Mais, si l'un d'eux se sert d'un mot peu usité, que l'autre ne 
comprenne pas, la dispute dégénère en rixe sanglante. C'est ainsi 
que, dans sa dispute avec Paillasse, Arlequin traité de bélître, de 
pendard, de sac à rin, restait indilVéreul et ne se mil en colère 
que lorsqu'il s'entendit appeler <7(^'o^;Y//>//e.' Cela lui parut le plus 
cruel des outrages. 

— Le dictionnaire de l'Académie, pour expiimer qu'un mot est 
bas et tri\ial, dit qu'il est populaire. Ainsi, dire à quelqu'un ([u'il 
est un cochon, un gros cochon, est une expression populaire. Il 



MOT m 

ii'ost ni poli ni jiislc de llrtrir .linsi un îKljcclil' (Irrixi'' du mot 
piMipIr... 

Il on csl (le iiH'inc (le /V///////r/'. (pic r.\c;i(l(''inio rend s\non\nio 
de (ji'ossier. Ainsi, ollo (piniilic do /V/y/////r/-e.v les cxprossions salope, 
tanpe, uonr.uaiuline. ci'élin. ci'apnle. ( rassenx. etc. Quelles sont les 
lainilli'S (on les amitiés) on les auteurs du dictionnaire (mt constaté 
ces fanuliarités '. C'est sans doute dans celles dont ils |)aflent à la 
lettre V. on l'on se sert, pour désianer une l'einnie ((ui a trop d'em- 
lionpoint. de l'expression [(nnHivre : c'est une "rosse vache ! 

— (îrands mots. 

Aiiipiillds pI scsiiuipcdaliu rcrlxi. 

(UoicAiM-:.) 

Racine, dans les Plaideurs, rappelle le précepte d'Horace d'éviter 
les grands mots. Petit-Jean s'exprime ainsi : 

Ils inr l'diil dii'i' ;iiissi dos mots Idii^s (J'uiic toise, 
]>o yraiids nidls. (|iii tiendraient dici jiis(|;u'à Pontoisc. 

Si/pe/-co(/He/ii/ne/ir/cuj\ superlatif burlesque, forpé par Rabelais, 
et imité par ïli. Gautier dans (léllcoquendeuseinent, pour déli- 
cieusement. 

— Mots invariables : ceux qui ne changent point déforme. 
C'est: l'adverbe, la préposition, la conjonction, l'interjection. 

— Mots qu'on peut lire à rel)Ours : Aoyon^ Léon, Noël, ressasser. 

— Pi'eiulre ({uel([u'un au mot. 

.le vous attraperais bien, si je vous prenais an mot, dit nue jeune 
fdie à nu vieillai"d qui la cajolait. 

— Uni entend bien les mots, compreiul bien les choses. (Yarrou.) 
La plupart des erreurs et des discussions viennent de ce que l'on 

ne s'entend pas sur les mots. (Locke.) 

— Entendre à demi-mot. (Voy. entendre.) 

— Se donner le mot : s'entendre, se concerter. 

Ils se sont tous donné le mot pour être blonds. (Burlesque.) 

Motet, de l'italien niolello, diminutif de mollo, mol. 

Sorte de petite composition musicale très courte; de nnMue que 
le sonnet est une petite poésie, un chant de peu d'étendue. 

Presque tons les mots de noli-e lauaue musicale sont enqu'iintésà 
l'italien. 

lYlotif, du laliii moi i tus, propre à mouvoir. 
Signifie au proi)re : qui a la propriété de mouvoir, et a pris le 
sens de : qui fait agir. 



1>4 MOU 

— Nos jugements, lorsqu'ils sont jtrononcés ii\Hc (cj-tinKlc, ont 
ponr motif révidence : qiuiiid ils ne sont (jmc des conjertnres, des 
{irésomptions, ils ont pour motif la proluihilité. 

— L'amour, le plaisir, lintérèt, le devoir, sont lesinoltilesde nos 
actions. 

Reclierclier (une femme) pour le i)on motif: pour le mariage. 

lYlotus! sorte d'interjertion pour imjtoser silence. 
Est probablement une altération de niuiiis. muet. 
Il se dit pour cliiit ! comme st dans Térence. 
Motus! il ne faut pas dire que vous m'avez vii sortir de là! 
i^Molière, (leonjes Dandin, I, 2.) 

...Encore un coup, motus. 
Rouelle eousuf ! 

(La Fontaine, Conifx, IV, 10.) 

Mou, anciennement moJ : du latin mollis. 
Synonyme : andouille : homme sans énergie. 

Mouchard, dérivé de mouche, avec le suffixe péjoratif ard. 

— Au dire de Mézeray. l'inquisiteur Déraocliarès (I06O) se nom- 
mait de Mouchy, du nom d'un village de Picardie, et ses espions 
s'appelaient mouchards. 

Mais on trouvère verbe moucher, pour épier, dans la Légende 
de Pierre Faifeu (1532). 

Mouche s'employait aussi pour désigner des espions qui marchaient 
devant le guet, comme éclaireurs, pour signaler les voleurs. 

L'avocat Barbier, dans son journal (17o2), dit : « On a doublé le 
guet, et on a même répandu des mouches, déguisés en habits bruns. » 

Ménage prétend que les espions sont appelés mouchards, parce 
qu'ils s'introduisent partout comme les mouches, et que de là vient 
la locution : fine moucbe. 

Mouche, du latin musca. 

— Fine mouche: personne rusée. 

Plus fin que maistre Mouche. (Rabelais, II. 16.) 

— En italien, mucceria est le jeu des gobelets, et inaëstro muccio 
est un maître gonin, un menteur, un filou. 

Coquillard a dit, au Monologue des Perruques : 

. Il jouera niieulx (|ue maistre Mouche, 
Qui me prendra en désarroy. 

— On a aussi appelé wo?/(7?c.?, les espions de l'Inquisition d'Espa- 
gne, qui se glissaient partout comme des mouches, même dans les 



MOU ilo 

cacliots, pour li-nhir les iKiiivrcs |ii'is(iiiiii('i-s .-issc/. simples iioiii- ii.' 
se point iik'ticM' d'eux. 

— Prendre l;i niouclio : se fficlier. 

On (lit (le nK'iiie : (jiielie nioiiclie vons iii(jiie ^ 

Omis lu cidrs roluhra" ? 

(l'iAiri;.) 

(Onelles coulenvres vois-tir() 

Les Iliiliens disent : La mnscd ri saf/o (// na.so. 

Ou ne sait bien suuvenl (|iu'lli' iikiiicIh' le |iii|iii'. 

(Boir.KAi-, Satirr IX.) 

(îros-Ri'iK', (lis-iiKii (lum- (iiielle un niche to pique? 

(.Moi.iKitK, Dé/iil.) 

On dit dnns le iiu'nie sens: prendre nn lininie. C'est une des 
nombreuses acceptions dans lesquelles s'emploie le verlie prendre. 

— .La première mouche qui le piquera sera un taon. 

— On prend plus de mouches avec une cuillerée de mic^l qu'avec 
un tonneau de Niiiaiiiiv. 

Moucher, provençal inourar, latin tniiecare, dcuivé de hiucuh, 
morve. 
Par assimilation : moucher une chandelle. 

— Le verbe moucher est employé substantivement par Saint- 
Simon : !■ Le fréquent moucher qu'on entend dans la salle, lorsque 
le public est éjuu par une scène pittoresque. » 

— Moucher quelqu'un : le réprimander. 

Je te moucbei-ni de la h(dle manit're. vieux roupilleur. (Plante.) 

— Au temps (ju'on se mouchait sur sa manche. (Soy. niais.) 

Se moucher sur sa manche est un [leu plus malpropre que se 
moucher dans un mouchoir. Montai.une parle d'un .uentilhomme qui 
se mouchait avec les doigts, sous prétexte de délicatesse, alléguant 
qu'il était malpropre de porter dans sa poche... 

— Il ne se mouche pas du pied, ...du coude: il agit gnindement. 
Il ne fait pas comme ceux qui, s'étant mouchés avec les doigts, fout 
disparaître la trace avec le pied. 

Cuhitn se emungere. (Ad Herennlum.) 

Certes, Monsieur Tartuffe, à liicn prendre la cliose. 
N'est pas un houiiue, non, ipii se nioucfie du pied. 

(Mni.iKiiK.) 

— Les Latins appelaient un homme lin : Homo pinancUp naris, 
c'est-à-dire, homme au nez bien mouché. Ils disaient aussi : Homo 
nasatus, qui a du nez. 



96 MOU 

iïlouchoir, (lt''ri\t'' de nioKcher. avor le siit(i\t' iiislniiiifiil;il. 
Syiioiiyincs: ;is|iir;iiil de ii.irinc ((•.ilciiihdiii-). (|ii;ili-('-c()iiis. 

— J(Ucr 1(; iiioiiclioii'. Va\ Tiiinjiiic cl en l'ci'sc. le iciiiic lioiiiiiic 
qui va se marier nnoic à sa liaiicéc un aiiiu^'aii, une pircf de mon- 
naie et un niouclidir lu-odt''. 

C'est sans donic |)ar suite de. cet. usaue que le sidtan. dans son 
liarcni, jette le nioiiclioir à celle de ses femmes ([u'il vent lioiioi'er 
de ses laveurs. 

— Le don d'un mouclioii- clait une gracieuseté die/, les empereurs 
romains. 

Ipsunujue prunum donasse oraria populo romano r/iii/ji/s 
uforentur in Jarorem. (Vopiscus, Aurélien.) 

Moue, liermaniqiie f/iouw, lèvre inférieure avancée ; plut(')t que 
du jurec inuaô, serrer les lèvres: ou du celtique moua, se fficlier. 
En vieux fi-ançais : museau. 

Moule, du latin modulus. 

— Fait au moule : bien fait. 

On disait aussi: fait de cire, c'est-à-dire comme une liou.uie faite 
'dans un moule. (Cf. fait au toiu\) 

— Ancienne mesure pour le l)ois, valant une demi-corde. 
En provençal mouloun, petit tas. 

Moulin, de moUnus, dérivé barbare de viola, meule. 

— Les moulins remontent à la plus liante antiquité. Moïse et 
Homère en font mention. Les meules étaient mises en mouvement 
par des esclaves ou des animaux. 

— Faire venir l'eau à son moulin : se procurer des profits. 

Ce dicton se prend en mauvaise part, et se dit des gens assez peu 
délicats dans les moyens qu'ils emploient pour réussir. 

— Le mot émolument vient de emolere, moudre, et a désigné le 
profit qu'un meunier lire de son moulin. 

— Se battre contre des moulins à vent : se créer des cbimères à 
combattre. Locution tirée du ronuin de Cervantes, où Don Quicliotfe 
se bat contre des mouUns à vent qu'il prend pour des géants. 

Mourir, du bas-latin morire. 

Presque tous les mots et les péripbrases dont ou se sert pour 
remplacer le mot mourir, expriment l'idée de s'en aller, de sortir 
de la vie. Interire. aller parmi les morts. 

Aller ad patres (voy.) : aller dans l'autre monde. 



MOU i)7 

Aller aii\ sonilnvs hords (d'oi'i sotnhrer, nllei' diins l;i nuit (Her- 
nclk') : lUms le rov;iiiiii(' dcsoiuhros. 

l'^lro ;'i l'iirtichMlc l;i iiiorl : près de iiioiii'ir. 11 est ;i r;ii1icl(> cl 
dernier moment de son décès. (Il;iliel;iis.) 

Décéder, de dercih'rc : se retirei" de l;i vie. 

Délnnl, de f/cfnnc/ifs : (\n\ s'est acquitté (de la vie). 

Descendre la ,uarde. 

Dire bonsoir à la compaiiuie. 

Ensevelir, de sepelire, entourer d'une haie. 

Enterrer-, inluinier: mettre en terre. 

S'éteindre, se dit par métonymie, comme on a dit autrefois tuer 
le feu, tuer la chandelle. 

Faire le i^rand voyage. 

Ktre llajuhé. 

Graisser ses bottes : se préparer à partir, en recevant les saintes 
huiles, comme un voyaiieni- qui va faire nu erand voyage. 

N'avoir plus mal aux dents. 

Manger les pissenlits par la racine. 

Passer, être passé ; passer l'arme à gauche, de ce que, dans les 
convois funèbres, les soldats du cortège passent l'arme sous le bras 
gauche. 

Périr, aller jusqu'au bout (de la vie); fait comme (repasser, aller 
au-delà, faire le grand pas; d'oii péril. 

Rendre l'âme, l'esprit, le dernier soupir. 

Succomber. 

Tourner l'œil : J'aime mieux tourner la salade que tourner l'œil. 
{Tin(a?narre.) 

■ — Mourir de sa belle mort, se dit par opposition à mourir de 
mort violente ou prématurée, car la mort est toujours déplaisante. 

Mourir comme un chien : misérablement. 

Mourir de rire (voy.). 

Mourir en fraude: insolvable. 

Mourir de faim, ou plutôt vivre en ayant faim, se dit de ceux qui 
ont plus d'appétit que de pain. 

— Caml)ronne se fâchait tout rouge quand on lui rappelait son 
mot (?) de Waterloo : « La garde meurt et ne se rend pas ! » — 
C'est d'anlani [iliis bcte, disait-il. que je ne suis pas mort, et que je 
me suis rendu. 

— Nous n'en mourrons pas ! — « Écoutons la sonate, nousl'obli- 



98 MOU 

gérons et nous n'en mourrons p;is ; ...et s'il f;iiil inoiicir, ...IKiilise 
lionore la mémoire des martyrs ! « 

— On ne sait qui meurt ni fini vit. Cela se dit |)Oiir justifier les 
pi'écîiutions que Ton prend pour assurer J'exécMlion dt; certains 
engagements, éviter les mécomptes qui pourraient ai'i-iver par suite 
du hasard ou de la déloyauté humaine, et se placer sous la protec- 
tion de la loi et de la justice. 

Mousquetaire, dérivé de mousquet, arme inventée par les 
Moscovites: ou, bien plutôt du vieux français moschele. de viusca, 
mouche, nom formé comme couleuvrine, bélier, etc. 

— Mousquetaire à genoux : apothicaire. 

Mousquetaire à genoux, c'est ce que le vulgaire 
En langage commun appelle apothicaire, 

(BOURSACI.T.) 

Feu mon grand-père était apothicaire à genoux. (Poisson.) 

Mousse, de l'espagnol mozo, jeune garçon ; en provençal moussi. 

Génin le fait venir de mouche, parce que les mousses voltigent 
dans les cordages comme des mouches ! D'après lui, mousse de 
marine viendrait de musca, et mousse, végétal, de inuscus. Ce 
dernier semble venir de l'allemand jnoos. 

Mousseline; ce nom d'étoffe x'xQwi Aq Mossoul, ville de Méso- 
potamie. 

Ce n'est qu'au commencement du xix*^ siècle que les mousselines 
se sont fabriquées on France, à Tarare et à Saint-Quentin. 

— sainte Mousseline, vierge de la toilette ! sauve, sauve nos 
jeunes tilles^ qui se noient dans des flots de dentelles, ...et dans des 
rivières de diamants ! (Sardou, FainiUe Benbtion.) 

Moutard, de l'ancien proverbe: Les enfants vont à la moutarde: 
pour dire qu'on les envoie faire les petites commissions du ménage. 
Vient plutôt de mustus, jeune, avec le suffixe péjoratif ard. 

Quelques-uns y ont vu une allusion à la malpropreté des petits 
enfants. C'est par la même raison qu'on les nomme mei'dous en 
Provence, et que dans le Berry on appelle une toute petite fdle : 
chici'otte. 

Moutarde, jadis moustarde, qui se dit encore en provençal : du 
latin musfum, moût. Quelques-uns l'exphquent par multum ardet, 
qui brfde beaucoup ! ou par moult me tarde, devise et cri de 
Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, ajoutée aux armoiries de la 



MOU 99 

\ille de Dijon, qui lui ;iv;iit «Mi\oyé, en 1388, un secours de cent 
hommes d'armes. 

l'n in.înusrrit do In liililiotlièqiie de Saint-Germain-des-Prcs, parle 
(le l:i niotilarde de Dijon coninie élant déjà renommée au temps de 
Philippe le Bel (l^28o-i;il4). 

Celte élymolo.iiie, donnée par \c Mercure de France (mars 1734), 
n'est qu'un jeu de mots rapi)orté par Tabourot, danssesZÎ/^rtn"?f;*e5 
en 1581. (jiielques auteurs ont eu tort de la prendre au sérieux. 

— La moutarde lui monte au nez : il s'impatiente. 

Par Castor ! quand il se nourrirait de moutarde, il n'aurait pas 
l'esprit plus colère. (Plante.) 

— C'est de la moutarde après diner : une chose qui vient trop 
tard. 

Ce dicton s'applique à une précaution tardive, à un secours qui 
arrive quand on n'en a plus besoin. 

Il se dit aussi de ceux qui ne savent rien prévoir et qui, par 
exemple, appellent le médecin après la mort du malade. 

Ouand le cheval est sorti, le fou l'ermc l'écurie. 

— S'amuser à la moutarde : être lent. Jeu de mots sur moult 
tarde. 

— Sucrer la moutarde : adoucir un refus. 

Moutardier, dérivé du précédent. 

— Il se croit le premier moutardier du pape : il se donne beau- 
l'oup d'importance. 

Le pape Clément Yil aimait passionnément la moutarde, etPérius 
Valériois, qui nous apprend ce détail, dit que le désir de préparer 
la moiit.irde la meilleure avait développé chez ses cuisiniers une 
émulation terrilile. 

D'autres attribuent cet amour de la moutarde à Jean XXII, pape 
d'Avignon. L'histoire ne dit [)as si elle lui montait tpielquefois au 
nez. 

Mouton, vieux français inolton, l)as-latin multa, bélier châtré. 

— Les moutons de Panurge : serviim pecus. La multitude est 
moutonnière.; c'est-à-dire que chacun fait comme les autres. 

Les moutons s'attroupent, les Uous s'isolent. 

...Comme vous sçavez estre du mouton le naturel, tousjours 
suivre le premier, quelque part qu'il aille. Aussi le dit Aristotc (liv. 
1», Hist. aniinalium) estre le plus sot et inepte animal du monde. 
(Rabelais, IV, 8.) (Voy. Champenois.) 



100 MOY 

— L"liistoire des iiinnlons de hindon.iidt, <|iic P.iniir^c t;iit noyer, 
est cmprMintéc |t;ii" |{;ilt('l;iis ;i Merlin Cocc'iic (Th. Folengo), qni le 
raroule d;inss;i (ItMixirnic Mararoiirc. 

Cuiiiiik; iiii iiiiiiiloii i|ui \;i di'ssiis la fni iraiilnii. 

(I.A l'..>fAiNK, n, 10.) 

An nièmc cluipllrc S du livi'o IV, Hnliclais emploie l'expression 
niouionniùri', dont on se sei't encore pour désigner ccnx (pji, comme 
de vrais moutons, sont incapables de se déterminer à rien par eux- 
mêmes. 

Ces gens qui sont, au dire de Juvénal : 

Verveciun in jxilrid, cra-ssoque sub aère nali. 

— La foule n'est pas intelligente, elle manque dinitiative, elle 
conserve les préjugés et les eml)aume : elle obéit aveuglément à la 
peur de ne pas faire comme tout le monde. 

— Revenons à nos moutons (Rabelais, I, 1, III, 33), c'est-à-dire 
trêve de digressions^ allons au fait. 

Retournons à nos moutons, 
grande Reine, et racontons... 

(ScAiiRox, Virgile travesti.) 

Dans la Ffnxe de Patelin (w" siècle), un marchand plaidant 
contre son berger qui lui a mangé des moutons, s'égare souvent à 
parler du drap que lui a volé Patelin, l'avocat du berger. Le juge 
qui ne comprend rien à ce coq-à-fâne, lui crie plusieurs fois : « Re- 
venons à nos moutons ! » 

Mouvement, dérivé de mouvoir, latin movcre. 

On est étonné de voir réunis les mots imprimer un inouvemenf, 
pour dire donner une impulsion. Imprimer signifie presser sur, et 
contient l'idée d'immobilité forcée, tandis que impulsion a la même 
idée qMQ. mouvement. Il est donc impossible de s'expliquer cette 
alliance de mots. , 

...Tout raarclie animé. 
D'un mouvement commun par moi-même imprimé. 

(C. Delavi(;xe.) 

Nota. — L'expression s'expliquera, si l'on veut se rendre compte 
que imjjrimer signifie d'abord presser sur. C'est donc communiquer 
le mouvement par pression. 

— Le mouvement perpétuel ne pourrait exister que si la matière 
était douée dun pouvoir créateur, ce qui est contredit par la raison. 

lYloyen-Age. Période qui sépare l'antiquité et les temps modernes. 



MUL 101 

On s'accorde à la faire, coiniiieiicer à la cliule de l'Empire d'Occident 
(476], et Unir à la pi'ise de Gonslantinople par les Tares (1433). 
C'est l'époque de la Féodalité. 

IVluet, ancien français inut. du latin //ii/fits : d'oi'i mutisme. 

Et tous iiiiatrc soiin nuits. 

(Jasmin, La Semaine d'un fils.) 

.\ moi seul no soyez pas muéle. 
Fillette jolie, aimalile tunièle. 

— .Muet comiiie un poisson, ...comme une carpe. 

Les cai'pes sont loquaces en comparaison de ce député. 
Muet comme la rancune. (G. Sand, Anton la.) 
Muet comme la tomhe, ...comme une statue. 
Stalua tacilurnlor. (Horace, Ep. II, 2, v. 33.) 

— Les Chartreux, les Trappistes, font vœu de mutisme. 

Les disciples de Pytliagore observaient le silence pendant cinq 
ans. 

lYluette, féminin du précédent. 

— Voilà justement ce qui fait que votre lille est muette. (Molière, 
Médecin, III, 6.) Et plus bas : « Et qui est ce sot-là, qui ne veut pas 
(jue sa femme soit muette ? Plût à Dieu que la mienne eût cette 
maladie ! .le me .uarderais bien de la vouloir guérir. « 

lYluguet, \ieux français mnsfjuet, latin niuscatus^ nnisqué. 

On a dit noix mus-guette, pour noix muscade. (Cf. muscadin.) 

Petit-maitre galant qui se parfume d'odeurs musquées. C'est le 
nom de la tleur même, transporté à ceux qui s'en parfument. 

On lit, au ch. {)2 du Moyen de parvenir, niarjolet pour muguet. 

On dit aussi narcisse. 

Rivarol disait, à propos de la nomination de Gbamfort à l'Académie : 
" C'est une branche de muguet gretïée sur des pavots. » 

IVlule, féminin de )nul, devenu ;y/;//^/.- Latin rnula. 

D'où mulâtre, né d'un blanc et d'une négresse, comme le mulet 
d'un cheval et d'une ânesse, et rice-versa. Le mulet est stérile. 
(Voy. Itijt)ri(te.) 

— Mule, chaussure. (La mule du pape); de tnuUeas, chaussure 
de luxe, que les Romains avaient empruntée aux rois d'Albe. Le 
mulleus était en peau rouge, recouvert de broderies d'or, de 
perles et de pierres précieuses. Les semelles mêmes en étaient 
quelquefois d'or. 



102 Ml'U 

Aurélicn défendit aux liumiiics cette chaussure, dont il réserva 
l'usage à lui et à ses successeurs, et aux dames. 

Transmis par les IU)mains an Bas-lMiipirc il passa des empereurs 
aux papes. 

IVIup, dn latin uiiiruH: prec molva, (pii partage (?). 

— Il n'y a que les sots qui écrivent leur nom sur les murs. 

Nomina slultornm sempnr parielibus ad.sunl. 

F'rançois I^, qui écrivit sur une vitre du château de Chanibord la 
fameuse devise : 

Soin eut foiniiic ^;ll■ie, 
Mal liahil ((iii s\ fie. 

écrivit aussi son nom sur une cloche de Rennes, « sur la plomberie de 
laquelle, si haute qu'homme de nostre aage n'y pourroit atteindre, 
celuy grand de corps et de nom roy François, y escrivit d'ung 
poinçon, l'an 1522, ce mot François, qui y est encore». (Coules 
d'Eutrapel, XIX.) 

— Les murs ont des oreilles. On appelait « oreille de Denis » une 
prison que ce tyran avait fait construire d'après des principes 
d'acoustique tels que, d'un appartement de son palais, il pouvait 
entendre tout ce que disaient les prisonniers. 

— La surveillance mystérieuse et jalouse du Conseil des Dix, à 
Venise, avait fait pratiquer dans les murs et les plafonds des 
appartements du Doge des trous invisibles, par où ils pourraient 
entendre et épier à toute lieure du jour ce qui s'y passait. 

— Un grand nombre de passages de la Bible sont écrits sur les 
murs de Fabbaye de la Trappe ; ce qui a fait dire que, « dans cette 
maison, les murs parlent, et les hommes ne disent mot ». 

— On dit aussi : Sœpe sepes habent aures. Souvent les haies 
ont des oreilles. (Rabelais, Prol. du hvre III.) 

— Les anciens avaient des esclaves appelés ôtakoustés. ou 
espions (qui prête l'oreille). Tel est, aux Tuileries, le personnage 
accroupi, jardinier esclave qui, aiguisant sa serpe,, parait écouter 
attentivement les complots que font deux sénateurs derrière une 
haie. On le connaît sous le nom de Yémouleur. 

Les romanciers modernes ont usé souvent du moyen de démas- 
quer les traîtres, qui consiste à faire écouler ce qu'ils disent. 

— Où mur y a, y a force murmur. (Rabelais, I, o2.) 

Ce jeu de mots en rappelle un autre : Jeannot uuirmure de ce 
que les enfants montent sur les murs, pour cueillir des mûres qui 
ne sont pas mûres. 



MUS mi 

— Kii 1781). les leniiiers géiiénuix:, pour cinpèclicr la contre- 
haiide qui se taisait au dôlriiucnt des octrois de Paris, obtinrent 
de M. de Galonné, minislrc de Louis XVI, de construire le mur 
d'enceinte de Paris. 

On lit le vers sui\ant. pour exprimer le mécontentement public: 

Le mur murant i'aris rciitl Paris nuiriiiiiraiil. 

Et ce quatrain : 

Pdur aiiyrnenti'i' son niunérairc 
Et rcHivcir notre liorizon, 
l.a fcrmo a jufjé nécessaire 
De niellre Paris en jirison. 

Murmurer, du latin munnurdre. 

Lu \icu\ soldat doit souffrir et se taire 
Sans murmurer. 

(SCUICE.) 

lYiusard, du vcrl)e muser. 

Paresseux qui s'arrête en cbemin, au lieu d'aller à son travail. 

De là : s'amuser. 

Muscade, du proven(;al muscada.. latin muscala. 

La noix muscade est produite par un arbre originaire des îles 
Moluques. Elle était très employée en cuisine, dés iriSG, pour 
assaisonner les ragoûts. 

Il paraît qu'elle était moins en faveur du temps de Boileau, 
juiisqu'il dit {Satire III) : 

Aimez-vous la muscade ? on en a mis partout. 

Le muscadier, naturalisé en 1772, à l'île Bourbon, est aussi 
cultivé à Cayenne. 

Muscadin, nom donné, en 1793, aux, jeunes gens eiréminés et 
musqués. 

On appelle muscadin une sucrerie parfumée d'un peu de musc, 
et Pellissou rapporte qu'on mit en question à l'Académie s'il fallait 
dire muscadin ou muscardin. On décida en faveur de muscadin, 
et Voiture lit, par raillerie, le distique suivant : 

C'est au temps des vieux palardins 
Que l'on disait les muscardins. 

Muse, du grec mousa, par le latin musa. 
Synonymes : les neuf sœurs, les doctes pucelles, les filles de 
Mnémosyne (déesse de la mémoire). 



104 MUS 

Ces neuf sœurs se nomment : 

C;iHio|i('., (|ui ;i une belle voi\: niiisn de l;i i»0('si(' iiéroïquo. 

Clio, (jui réiehi-c (Kléon): muse de l'Iiistoire. 

Érato, de éroa, amour; muse de la poésie amoureuse. 

Euterpe, réjouissanle ; muse de la musique. 

Melpomt'ue, qui cliaiite; muse de la Irapédie. 

Polyinnie, qui chante ijeaucoui) ; muse de riiymne suhlime. 

Terpsichore, (jui aime la danse; muse de la danse. 

Tlialie, (lui lleurit ; muse de la comédie. 

Uranie, la céleste ; muse de rastronomic. 

— Musa pede.iitvis : vers qui ressemiilc, à de la prose, tamilicr. 
(Horace.) 

La muse qui n'enfourche pas Pégase. 

— Courtiser les muses: Canere .nhi el ninsis (Cicéron). Mépriser 
le jugement des sots. 

Musée, du grec mouseion. 

Synonyme : nmsée de mauvais tableaux : croutéum i 

— Du ive au X'' siècle, époque de croyance religieuse, l'art fut 
dans les temples ; du xi^ au xviir, il passa dans les palais ; mainte- 
nant il est dans les musées, oii il offre une nomenclature froide et 
un assemblage cpii fatigue l'examen, mais aussi un avantage 
immense, relath^ement à la comparaison et à la publicité. La 
publicité facilite l'étude et fait progresser l'art, et la comparaison 
est la base de l'archéologie. C'est ainsi qu'à l'examen de tous les 
blocs de granit et des inscriptions arrachées à l'Egypte par Bona- 
parte, Cbampollion put décbitïrer l'énigme qui désespérait depuis 
longtemps les savants, et le sphinx s'avoua vaincu. 

— Les musées datent du xix'' siècle, car l'Encyclopédie, imprimée 
en 1779, au mot musée, cite celui d'Alexandrie comme un lieu de 
réunion pour les savants, amis de Ptolémée, et non comme une 
collection d'objets d'art. 

Mercier (Tableau de Paris, 1783, ch. 531), en parle d'une 
manière vague, comme d'établissements nouveaux ayant beaucoup 
de peine à réussir. . . 

Après le 10 août 1792, lorsque la Monarchie fut renversée, tous 
les tableaux, statues, bronzes et objets précieux, qui ornaient 
Versailles et les Tuileries, furent transportés dans la grande 
galerie du Louvre. Telle fut l'origine du musée actuel. 

— Le premier musée fut ouvert en France, sous le nom de 



MUS lOo 

Musée tk's Moiiiimonts Irniir.iis, le 24 sppteiiil)i'e 1704:16 Musée 
des Antiques, en 18(Ki : le Musée du Luxemliour,"-, le 24 iivi-il 1818 : 
le Musée d'Auiioul.'iue. le 24 jnilltM 1824: le Musée éuyittien. le 4 no- 
Nt'iulii'e IS27. 

Musicien, lioir»' couiuic un uiiisicieu. (Voy. Ilùlcr, l(iri(jol .) 
La eoi'neniuse ne dit mot, si elle n"a le ventre iilciu. 

— Musicien, clianlcur Iciliile : \ii'(uose. 

Musique, du uitc inousiLi-. par le latin inKsica. 

Moiisilcox, dési.Liuait tout ce (jui concei'ne les muses, les hcaux- 
arts. 

Les Précieuses apiidaient la musique : le paradis des oreilles. 

C'est la langue dans laquelle on écrit les sons. 

La musique est l'art d'émouvoir par la comhinaison des sons. 
(Fétis.) 

La musique, le plus immatériel des arts, traduit les sensations 
par les sentiments les plus élevés de l'âme. 

La mélodie est à l'harmonie ce (pie la Heur des champs est à la 
tleur cultivée. 

Les roulades sont à la musique ce que les pirouettes sont à la 
danse. 

— L'Italie a produit la grande école mélodique et vocale : l'Alle- 
magne la grande école harmonique et symphonique. 

— Musique mauvaise : symphonie en zut. 

— On a abusé de tout temps de la musique : dans l'antiquité, 
elle servit à bâtir les murs de Tiièhes et à renverser ceux de 
Jéricho. 

— Paris, surnommé PinnopolU. est la ville du monde où l'on 
aime le moins la musique, et où l'on en fait le plus. Tous les pianos 
qui y sévissent, tous ces musiciens ambulants avec des harpes, des 
clai'inettes. des violons, qui, entre leurs mains, sont un prétexte 
plutôt qu'un instrument, passent leui"s journées sous vos fenêtres à 
moudre des airs faux, à massacrer vos oreilles avec de la musique 
qui n'est ni de Bach ni d'Olïenliach, ont conduit bien des gens au 
dé.'iespoir. On cite des personnes (pii en sont mortes!... On n'a pas 
le droit de tuer ces tortionnistes... Ou desrait les mettre au violon. 

Si je régnais îui jour eu niaih'o. 
De l'aris jusqu'à LaïuliTiieau, 
Vite au violon je ferais nietlie 
Ceux (jui se mettent au piano. 

Paris, en 1807, a été saturé de musique. Les orpliéouistes de 



106 MYR 

loulc riMirnpc, les |ii;iii()S de ri'lxposilioli. cl iiirine les canons, 
l'ont inondé d'li;irnioiiie. Los Parisiens n'en sont pas morts, mais... 

— Lonis XVIII disait do la musique : '. Je ne la crains pas. « 
Théophile Gantier l'appelle « le phis désagréable et le plus cher 

de tous les hruits » : il appelle « ouragans de musique », ces concerts 
monstres d'invention moderne où l'on réunit jusqu'à deux ou trois 
mille instrumentistes. 

— Après la guillotine, le piano est l'instrument le plus redoutable, 
et encore, le supplice de la guillotine dure moins longtemps. Je ne 
serai heureux que le jour où je verrai le dernier harpiste pendu à 
la dernière corde de sa harpe ! 

C'est ainsi que Voltaire, dérangé de ses études par le bruit des 
cloches, écrivit à 10 ans ce vers contré les sonneurs : 

Persécuteurs du ^n'ure luunain 
Qui sonnez sans miséricorde, 
Oue n'avez-vous au cou la corde 
Que vous tenez dans votre main ! 

— Vous êtes malade?... Je vais essayer de vous guérir par le 
procédé du roi David... — Et elle se mit au piano. 

Mutin, anciennement meulin, déri\é de meute, latin inota. 
On trouve aussi anciennement la forme hufin. Louis le Hutin. 

Mutuel, du latin )nulualls, pour mut uns, de meus tuus. C'est 
\Bjus suum cuique iribuere. C'est-à-dire : fais à autrui ce que tu 
voudrais qu'on te fit ? Application de la justice absolue. 

Myopie, du grec myôps, de mijein, fermer, cligner. 
Quelques-uns le dérivent de myia, mouche, parce que les 
mouches ont l'œil saillant (?). 

— La myopie et la presbytie sont en rapport avec le télescope et 
le microscope. 

Myrmidon, nom historique ou mytliologique. 

La peste ayant ravagé l'île d'Égin^, Éaque, fils de Jupiter et roi 
de cette île, obtint de son père que les fourmis fussent changées en 
hommes et donna à ses nouveaux sujets le nom de myrmidons 
(myrmexj. 

— Individu de peu de force. 

C'est bien à vous, petit ver de terre, petit myrmidon que vous 
êtes. (Molière, Festin de Pierre.) 

Myrobolan. (Yoy. mirobolan.) 



MYS 107 

IVlystère, (lu urcc mi/sférion. piirlt; Inliii /iii/s/i'rii(m,, de iiii/cin, 
sciTiT. ffniit'r. leiiir secret. 

On croit ;iii\ iii\stt''res cl ;iii\ iiiir;icles. d'nprcs ce [)rinci[)C : 
Credo, ([n'ui fihnurdiiiii . 

Mystifier, ct)iii[)usé de//<'ret d'un r.-idical incertiiiii (wiii'- sicclej. 
Ahiiser qiieliiuini en se moquant de sa crédulité. 
Synonymes : faire poser ; — servir de dupe : poser. 
Mystilicalcur : fiiuiisle. 

— Mustilier, niystilier, mots nouveaux parmi nous, el (pi'on ne 
saurait e\[tliquer que par des exemples. (Mercier, Tableau, uli. 1(14.) 

Ou en doit la création au caractère du petit Poinsinet, qui, après 
a\oir fait des opéras-comicpies, se noya par accident dans le 
l'iuadalipiivir. Yersilicateur, bel esprit, mais d'une crédulité 
incroyable, il avait des saillies heureuses, épi.ûrammaliques. et la 
simplicité de son caractère était sans bornes. 

On raconte qu'on lui proposa d'acheter la charge d'écran chez le 
roi, et que, pendant quinze jours, il accoutuma ses jambes à soutenir 
l'ardeur d'un [)rasier. On lui oITrit aussi un jour la place de gouver- 
neur du roi de Prusse : puis on lui assura qu'il serait nommé 
membre de l'Académie de Saint-Pélersbourg, quand il aurait appris 
le russe. 11 crut étudier cette langue, et se trouva avoir appris 
pendant six mois... le bas-breton. 

— L'année 1760, dit Grimm, nous complotâmes avec Diderot, 
l'auteur du roman de la Religieuse, Qi deux ou trois bandits de cette 
trempe, de nos amis, de rappeler à Paris le bon et vertueux marquis 
de Croisemare. ancien officier, qui avait aliandonné depuis doux ans 
la société pour habiter ses propriétés de Caen... Ils lui inspirèrent 
une si vive amitié pour cette religieuse persécutée, riiénuiit' du 
rouum, cet intérêt devint si vif, qu'ils furent forcés, au bout de six 
mois d'une correspondance des plus actives, de la faire mourir, et 
de terminer ainsi brusqueiiiciil un roman (pii avait pour liut de 
rauuMier le sensible marquis au milieu d'eux, en lui otïrant une 
occasion de secourir la vei'tu malbeureuse et de faire une bonne 
action de plus. (Voy. Diderot, édition 1821. tome Yll.) 

— Deux amis de Hacan, ayant appris qu'il avait un rendez-vous 
chez M"'^ de Gournay, récemment arrivée de Gascogne, se présen- 
tèrent tour à tour sous son nom chez elle; de sorte que, lorsque le 
véritable Racan arriva, M"'= de Gournay le prit pour un importun 
et le lit jeter à la porte. 



108 NAR 

Celte anecdote ;i fourni ,'i Hoisfolicrt le siiji^t de sa comédie des 
7Vo/.s' Or on te. 

— Dans nne pièce de !•■'• rron (Don Japliet d'Arménie), il y a 
nne siUiation très comiqne. Les personnaues qui entourent Don 
Japliet lui font croire qu'il est sourd, en ouvrant la houclie sans 
proférer nne parole. 

Mythologie, du .urec mi/z/ios, tiihic, loyos., science. 

Les dieux du paganisme ont dispai-u avec le développement du 
christianisme: mais les lictions de la mytiiolouie ne périront jamais, 
il y aura toiiioiirs des niéf/ères et des /la/'jj/'es dans la lanjiue, parce 
qu'il s'en trouvera dans le beau sexe: des A^a/v/.v.ve.s-, des Adonis, 
des Sdtyres [)armi les hommes ; des Protées dans la politique: des 
oracles dans la médecine, etc. 



N 



Nabot, origine inconnue. Peut-être napus (?), navet. 

Nager, du latin narif/nre, doublet naviguer. 

— Na.uer comme un poisson, ...comme un chien de plomb. 

— La locution : être tout en nage (tout en sueur), est une corrup- 
tion pour : tout en âge (eau). 

Naguère, adverbe, ponr (il) n'a guère, il y a peu de temps. 
Synonymes : orains (Rabelais), tout à l'heure. 

l^uis orains (ju'il vient de la foire. 

[Farce de Patelin.) 

Naïades, du grec nains, naein, couler. 
Divinités païennes qui présidaient aux eaux douces. 

Naïf, du latin nativus, doublet natif. 

La naïveté est sœur de l'innocence, et cousine de la bêtise. 

Naître, du bas-latin nascere, dont la forme complète est gnascere, 
idée de engendrer. 

— Synonymes : être né, bien né : noide. 

Plutarque a dit : « La vanité entend par là né de parents nobles : 
et la raison, né de parents honnêtes. » 

Narcisse, latin narcissus, grec narkissos. Peut-être y a-t-il la 



NAT 109 

111(^1110 l'Mciiic que (\;\n9. tKircofit/in' (ii/n'/,o(h. (nircc (|ii(' |"(»(l('iir de 
ci'llc |il,iiilt' fiiLioiirdit If ccrM'aii. 

— On ;i|»|(rll(' ii.ii'cisst' iiii lu'lil-iii.iilrc (''|)i'is de liii-iiirine. 

— Nai'cissc. jciiiio honiiiié doiir d'imo ui-.ind»' IksiiiU'. doiil il rtait 
si inf;iliM''. (|iril int-prisa rainoiir de la iiMiiplic l'>(li(». (|iii st-clia de 
douleur à caiisr de cette inseiisihililé. 

Ayant vu dans une fontaine sa propre iinaue, il en devint é})er- 
dument amoureux, la prenant i»our une nymphe des eaux, et, 
désespéré de ne pouvoir s'unir à elle, il se donna la mort, et son 
sang produisit la Heur qui porte son nom. 

Narguer, \iendrait. dit-on, de nasarder, donner une nasarde, 
se moquer de quelqu'un à son nez. (Voy. le suivant.) 

Narquois, de nav(juer {narlrare)^ ou de l'argot. 

Esprit rusé, qui trompe les autres, se moque d'eux à leur nez. 

— On appelait jadis drilles et narquois, des membres de l'an- 
cienne famille des gueux et des ti'uands. Ils s'étaient fait une langue 
qu'ils appelaient l'argot, le jargon des gueux, ou simplement le 
jargon. 

Naseau, dérivé diminutif de nec, latin nasus. 

— Fendeur de nazeaux: bravache. [Moyen de parvenir . ç}\. 60.) 
Les quarante-cinq gentilshonniies attachés à la personne de 

Henri III. et (pii n'étaient pour ainsi dire que des assassins à gages, 
furent désignés sous le nom de fendeurs de naseaux. (Voy. pour- 
fendeur.) 

Nasse, du latin nassa. 

Panier d'osier conique, où le poisson entre sans en pouvoir sortir. 

C'est aussi un lilet à prendre les oiseaux. 

— Être dans la nasse est, par suite, une locution analogue à : 
tomber dans le piège, dans le panneau, dans les lilets... 

Les Italiens disent : Lascinre in Nasso, laisser à Naxos, c'est-à- 
dire abandonner quelqu'un dans l'embarras, comme Thésée aban- 
donna Ariane dans l'île de Naxos. (Génin.) 

— Les trois nasses où tout le monde tombe sont le jeu, les femmes 
et le vin. (Dictionnaire de Trévoux.) 

Nation, du latin natio, correspond à nasci, naître. 

Graiule famille, distincte des autres agglomérations humaines. 

— Collège des Ouatre-Nations : le Palais Ma/.arin, où se réunit 
aujoiird'lini l'Insliliit de France. 



110 NAT 

Le cardinal Mazarin légua en lOGl, 2.000.000 de livres et 52.000 
livres de rente, pour fonder un colhVe destiné aux (ils des ^culils- 
liuiiiiues et des hour.ucois de Piunerol, d'Alsare, de Flandre et de 
Uoussillon, quatre provinces nouvellenienl conquises. 

D'où le nom donné, eu Kîdo. ;i l'étahlissenienl, dû à rarcliitecte 
du roi, Louis La\eau. 

Naturalibus (in), expression latine : ;'i létal de nature, r"est-;'i- 

diro nu. 

V(iii(liais-lii \{)\v imm iiiailn- in nulnnilibus ? 

(Kki.naki), Joueur, I, 2.) 

Nature, du latin nafiwa. 

La force qui engendre : l'ensemble de toutes les choses créées. 

On a dit aussi neiure. 

Neture rit comme il samblc 

Quand hic et hœc joignent ensemble. 

— Le mot nature, qui chez nous désigne l'ensemble des êtres 
créés, signifiait cbez les Romains la naissance des êtres. Tel est le 
sens du titre du poème de Lucrèce : De Natura rerum. 

Cbez les Grecs, le mot p/it/sis remonte plus baut que la naissance, 
il signiOe génération. Ainsi le raisonnement conduit du dogmatisme 
à lempirisrae, et de l'idée de génération et de naissance, passe à 
celle d'existence. 

— Nourriture passe nature : l'éducation corrige le naturel. 

Qu'apprend poulain en denture, 
Le veut tenir tant comme il dure. 

— Socrate disait qu'il s'était corrigé d'une nature vicieuse par la 
pbilosopbic et l'éducation. 

Naturel, du latin nnluralis, déUvré de naturn. 

Qui est conforme à la nature. 

Dans certain langage, ou le remplace par nalure : une ci'itelette 
nature, un tableau nature: comme si ce barbarisme devait rencbérir, 
pour exprimer que ce tableau exprime la nature même. 

— Le surnaturel, ou plutôt le contrenaturel, est la violation 
manifeste d'une loi établie par le Créateur. 

— On appelle, substantivement, naturel ou indigène, celui qui 
est né dans un pays. 

— On dit improprement naturaliser. Mieux vaudrait dire : 
donner le droit de cité, de bourgeoisie. 

— Enfant naturel, d'après les Romains, qui appelaient liberi 



NAV 111 

nahirales los onl';iiits iirs du (•(uiciil(iii,it. |i;ii'op[)(>siti()ii ;iii\ t'iilnnls 
Iruitiiiics, lu's sons le réi^iiiH' lt\u;il. 

C.liassi'Z le iialtu'cl, il rc\icii( au j^alop. 

(Dksioit.iiks. (iloripu.r.) 
Xdtuiinii e.iitfUns fuira, luiiifit iixiiuc rmirrct. 

(IIni:\,.K ki.ilrl' \, liv. 1.) 

L'oiiilire dt's hoilciix csl tortue. (Ali.) 

Dans sa peau mourra le renard, l'u/pcs /li/uiii. non niorea 
mutât... (Suétone.) 
Grattez le Russe, vous trouverez le Cosaque. 

Jamais clicval ni iiuriiant lioinnie 
N"aiiU'ii(ia pour aller à Rome. 

(Voy. Rome.) 

Qui fol naquit, jamais ne .uiiarit. 

Qui a bu lioira. 

L'épine en naissant vient la pointe en avant. 

Qao scmel est imbula recens, sercahit udorcm 
Testa diu. 

(Horace. £[,. 1, II, 70.) 

La caque sent toujours le hareng. 

Si liarong put (pue), c'est sa nature ; 
S'il fleure bon, c'est adventure. 

Naufrage, du latin nnufrciQUim, navls. franyo (hris de navire). 

Faire naufraoe au port. 

NaDujare in porta (Térence) : être en sûreté. 

Ex nau /'}'(/ f/io taljula. 

— Mancer-comme un échappé du naufrage de la 3Iédut>e. 

En 1825, la Méditée, conduisant au Sénégal un gouverneur et 
des employés de l'admiiiistration, se i)risa sur des rochers, par 
suite de l'incapacité du commandant. Cent quarante-cinq malheu- 
reux furent al)andonnés sur un radeau, on ils restèrent douze jours 
sans aliments. Le hrick XAi^yua recueillit quinze survivants. 

Géricault a représenté le moment où le hrick est aperçu. Savigny, - 
un des naufragés, est debout adossé au mât: Corréard lui indique à 
l'horizon l'espérance que la Providence leur envoie. 

Nausée, du grec nausia. de nauS; navire. 

L'elTort que l'on fait pour vomir, et qui rappelle le mal de mer. 

Navet, anciennement navenii ; provençal naceoii. 
Lui estoit grand contentement attiser son feu, faire cuire des 
naveaux aux cendres. (Noël du Fail, Pro;jo,ç rustù/ites.) 



112 NEC 

— On (lit, (Ml lanfi'.'i.uc h;is : « Des niivfts ! » C'est imc r(''|)onse 
ironique et néffiitive. On l;i tr()iiv(! (hiiis le Ci/nihaliim inniiili; de 
15. des l'(''i'iers : " Oui (l;"i, des niivets ! " 

Naviguer, du latin narùjare, de nnris : ^i-ei- /laiis. 

— x\a via lier selon le vent, ...selon lèvent et les Aoiles : iiL'ir selon 
les circonstances. • 

Selon II' temps (|iril fait, riuiiiiiiie doit naviguer. 

(Ri^xMER, Satire VI.) 

— On ailriime aux Phéniciens l'invention dn commerce et de la 
navigation au lon,i>- cours. 

Ne, du latin ne, négation, mol (]ui rend une proposition ni^'.uative. 
Forme alTaiblie de non: demande toujours un renforcement. 

Néanmoins, formé de néant et de /noins : en rien moins. 
Corresi»oiid à ne pas mn/jis. 

Nécessaire, du latin necesnarius. 
Celui qui a le nécessaire doit être satisfait. 

Quod salis est cni conl'ujit, is lùhil innpliiis optet. 

(HotiACE.) 

Mendlcllatem nec dii-ilias, sed necessaria. {Provei'bes XXX, 8.) 
Ni l'indigence, ni l'opulence, mais le nécessaire. 

Nécessité, du latin necessifafemiÛG nerf are, nouer, attacher?). 
Ce dont on ne peut se passer, ce à quoi on est attaclié. 

— Nécessité n'a pas de loi. C'est la traduction littérale de ces 
mots de saint Augustin : Legem non habet nécessitas. [Soliloques, 
II, 2.) 

Nécessitas omnetn legem frangit. (Sénèque. Controverses, 
IX. 44.) La nécessité rompt toutes les lois. 

Sd'va nécessitas, ...dira nécessitas. 

(Horace.) 

La nécessité est une ai'iue puissante : Ingens telum nécessitas. 

Besoin fait vieilles trotter. 

Nunc est caldnm m ingère et frigidum potare. (^Pétroue, Saty- 
ricon.) 

Facere de necessitate virtuleni. (Saint Jér()me.) Faire de néces- 
sité vertu, c'est-à-dire faire de bonne grâce une chose qui déplait. 

11 faut faire de nécessité vertu. Le mot vertu ne signifie pas ici 
simplement une résignation passive, mais doit être pris dans 
l'acception que lui donnaient les anciens, de courage héroïque, de 



SIH\ 113 

foiTO. |iniir fo<'Oii(|ii('rir Irs ;i\;iiil;i,!:os (iiic le iii;illM'iir iimis ;i l';iil 
|iri'tli't'. 

Neptar, mol liroc. de nr/ià. liicr. 

Ce serait lo liiviiva^io ([iii tiic le souvenir des choses terrestres, 
le hreiivoiie d'oubli et d'iiiuuort;dit('^. 

Le nectar était la lioisson des dieiiv: Tainliroisie leur nourriture. 

I.o nectar (|iic l\tii s^rl ;iii iiKiilrc ilii Idiiiicriv, 
...('/est la loiiaiiKc, Iris. 

(La I'iimmm:.) 

— I.e poète Iliycus prétend que l'amltroisic était neuf l'ois pins 
douce (|iie le miel. On sc demande où il avait pu y goûter, pour 
éli"e si bien renseigné. 

Néfaste^ de ne et ffiri (terme d'antiquité romaine). 

.lour où les trilmuaux étaient fermés, où les juges ne pronon- 
çaient pas de jugements, ?ion jini dlccbani. où il était défendu par 
la religion de vaquer aux atVaires, où le temps était consacré aux 
sacrilices et aux spectacles. Jour de deuil en mémoire d'un malheur 
public du peuple romain. 

Ver l'as et nefas (Tite-Live) : par toutes sortes de voies. 

///(' nrfaslns eiil, per ijaem tria vcrlja ailenlar. 
Fd'itus erif, pcr qucin leye ticebit uti. 

(OviDii, Fastes.) 

Ces trois mots, dont parle Ovide, constituaient la formule : //o, 
ilico, addlro (je donne, j'ordonne, j'adjuge), que prononçait le 
préteur dans les allaires judiciaires, avant d'accorder le droit de 
faire des poursuites, de désigner un tuteur aux mineurs, d'adjuger 
le fond d'un procès à l'une des parties. 

— Les jours néfastes étaient consacrés au repos, soit pour 
célébrer des fêtes, soit pour célébrer un deuil national, comme la 
défaite de Cannes. 

— Lorsque Lucullus s'apprêtait à attacpier Tigrane, on lui vint 
dire que c'était à pareil jour (jue Cépion avait été battu par les 
Cimbres (() octobre) : « Eh bien ! dit-il, je rendrai ce jour heureux 
pour les Romains. » 

— De nos jours, les gens superstitieux attachent au vendredi une 
intluence funeste, et ne voudraient rien entreprendre ce jour-là. 

Pour les Uusses, le jour néfaste est le lundi. 

Négociant, de néyoce, latin nec otium (sans loisir). 
Nègre, du portugais ne(jro, latin tùgcr : doublet de noir. 



fl4 NEM 

iN(Hii (loiiiu'' ;iii\ peuples de l;i ('(Me occideiidile (l'Al'i-i(iiie p;ir les 
l'orlii.u'.'iis (pii l;i diMuin rii'eiil. el non du Meuve Niger. 

(]f. J/oiwe ( iiiaiiros^ S()iiil)r<'), J-^lhioiticn ffpii senihle lirùlé). 

-- SyiiniiviDcs : hoiilo de nei.ae (p;ir ;iiili[>lir;i>e). comiite on 
appelle « boule de son « une li,uni-e nuirqnée de Uiclies de ronsseur; 
rnid lilnnclii ; honraeois d'KlIiiopie. 

— Traiter quelqu'un romnie un nègre : 1res durement. 

— La traite des nègres est un coniiiierce intei-lope, qui consiste 
à vendre les nègres conmie esclaves dans les colonies. 

Le prix moyen d'un nègre, en Amérique, était, en ISoG, de 
7.(I(K) francs. 

Neige, latin nix, nirem: ancien français nolf: provençal néou. 

— Blanc comme la neige. Le nom de plusieurs montagnes très 
élevées est tiré do la l)lancheur des neiges dont elles sont couvertes. 
Tels sont le Mont-Blanc, le Caucase, les Alpes. 

— Dut nu-om sicut lanam. (Dieu) donne la neige comme la 
laine. (Psaume 147, 16) ; à cause de la ressemblance des deux 
matières, et parce que la neige protège en hiver les végétaux contre 
le froid et la gelée. La neige, en elïet, à cause de sa blancheur, 
étant peu conductrice, empêche la chaleur de la terre de se perdre 
dans l'air froid. 

La neige a encore la propriété bienfaisante de tempérer la 
chaleur excessive de certains lieux, en refroidissant les vents qui 
passent sur le sommet des montagnes. Elle sert aussi, en fondant 
pendant l'été, à alimenter les rivières, qui inonderaient les vallées, 
si la même quantité d'eau leur arrivait subitement sous forme de 
phiie. 

— Année de neige, année de grains. 

— Neige partout, arbres glacés : la terre n'est plus qu'une 
meringue, les arbres sont en sucre candi. (Amiral Page, Revue.) 

— Faire la Itoule de neige. — La boule de neige est le symbole 
de la force de l'association. Alexandre, César, Napoléon, sont 
devenus les plus grands conquérants parce qu'ils ont aggloméré 
autour d'eux des forces considérables. 

La lioule de n.eige. à force de grossir, devient avalanche. 

Némésis, nom mythologique ; du grec nemô., distribuer. 

Divinité infernale, lille de Jupiter et de la Nécessité. C'était la 
déesse de la vengeance : elle punissait le crime et récompensait 
la vertu. 



XEfi lir; 

Nemrod, nom liilili(iiic. 

IN'Iit-lils (If CIliiii. cl arrirrc |M'lil lils do Noé. iisiir|i;i le piTiim'i' 
la iiiiiss.'iiK'O souvoraiiu', à 1 aille ilc jeiinos ^oiis qu'il avait oiuliircis 
au travail par le rude exercice de la chasse aux li('(<s IV'iorcs. 
(Genèse, \. S.) 

Nenni (iKiniJ. de iien pour /ion et i/ : ce n'est pas cela. 

Opposé à ou/ : hoc illiid, c'est cela. 

Cet aiherhe. aujourd'hui peu usité, est resté eu proveucal. 

In il(Mil\ ni'iiiu ;i\i'(' un doulv Sdurirc 
K'^l laiil lioiiiii'sir... 

(('.. .Mauot.) 

l)il('S-\nllS (Ml (»ll iicniii ? 

(RiTF.riKiF, Dit (le l' ErliiTif.) 

Néologisme, du erec /ie().'<, nouveau, hxjos, mol. 
Opjiosé de arclimsinf. 

— Voltaire, parlant de la [laiivreté de la langue Irançaise, et de 
la dillicullé qu'on avait à l'aire adopter des mots nouveaux, dit : 
« j.a langue française est une gueuse lière : il faut lui faire l'auniône 
malgré elle. )> {Me//ioires de l}ar,haunu)nt, mai 1778.) 

Voltaire a dit aussi : « La langue française est une pauvresse qui 
fait rauni('»ne à tout le monde. » 

- On a comparé la langue française à une mendiante orgueil- 
leuse, à qui il faut faire la charité malgré elle ; si orgueilleuse, 
|)onrrait-(ni ajouter, qu'elle ne \eut l'ccevoir que des pièces d'or. 
^Pougens, 1821.> 

— Horace a dit : 

Liiuit seni]icr(jnr liccbil 
Sii/iuitiitii jird'scntr nnln iiroduccrc nomci}... 

11 est permis, il sera toujours [)oruiis de fahriquerun mot marqué 
au coin de l'usage. 

— Les mots, comme les fruits, ne valent rien, ni trop verts, ni 
trop mûrs. 

— Néologismes créés depuis le xviiic siècle : 
Agglomération, agitateur, agrénuMiter, alarmiste, amatrice, 

apprêter, atonie, avachi, avicide (tueur d'oiseaux). 

Baser, bénéficier, hienfaisance, hlémir, boutiquier, hrfderie. 

Camaraderie, caquetage, causerie, cautériser, chaleureux (?), 
conllagration, critique, cuirasser, cupide. 

Démonétisation, désenchanté, désorganisé, dill'usion, dissem- 
blable, dramaturge. 



JIG \i:u 

l'^U'iicor (s'k (''.tiiiliscr, oiidolor-i, ('iilr(',L;('iil. ciiitlioiiic, ('\|);ilri;itiun, 
('\|)l()r;il('iif. cNlr.Klilidii, (•\iilt(''i';iiic('. 

K;i(l;is?(', iV'licilcr, lliicliicr. t'r;iiiris(''. t'i'.irtidiiiicr. fi't'.pionro. 

(■('iH'r.'ilissiiiic (^). .lii'MiKliosc. 

Ilaiiiciix. Ii;iiiiiniiis('i'. hàlil, liiiiiii)risli(|ii('. 

iiii;i,u('' (styi('), iiiiiiiiiiriil. iiiiiiioliiliscr. iinprrssioiiiirr, iiicoliôroiit, 
iiic()iisisl;iiir(% iii(l('\iii;il)l(', iiKMlit. iiit''liicl;il)lt\ iiil';iis;iltl(', iiifcrlilc'O. 
induenccr, infranchissable, inolïcnsif, insaUihriti', insoiilo, instalilc 
insuccès, invendu, investi.uation. irascibilité. 

Jalouser, ju.miler. 

Loreltc. 

Machiavélisme, marasme, métrouianie. rniridque. moraliser. 

A'eigeux. 

Ûhligeance, obscurantisme, obtuse (idée). 

Patauger, paupérisme, populariser, ]u'ogrès, prolétaire, prosé- 
lytisme. 

Regrettable, réorganisation, responsaljilité, romantique. 

Salarié, sapide, sensiblerie, sinueux, soporeux, spoliateur, stéréo- 
type, stipendier, subversif, surluimain. 

Tantaliser, tari, torpeur, tragédien. 

rtiliser. 

Vagissement, vociférer, vomir (des injures), voyou. 

— Néologismes anglais : 

Ballast, convict, express, festival, rail, railway (d'où dérailler), 
sport, steeple-chase, lender, truc, tunnel, turf, ^vagon, ^\llist, etc. 

Népotisme, du latin ncpos, nepolem, neveu, petit-llls. 

Ce mot, inventé pour désigner la faveur excessive que certains 
papes ont témoignée à leurs neveux, a été appliqué par extension à 
toute faveur peu méritée accordée à la sollicitation. 

Nerf^ du latin nervus ; provençal nerri. 
Les ficelles de la femme. 

— Nerveux comme une' guitare. . ' 

Néron, nom historique. 

— C'est un Néron. Racine a bien exprimé l'idée d'horreur 
contenue dans ce mot, quand il fait dire par Agrippine à son fils : 

Et ton nom paraîtra, dans la race fiitiiro, 
Aux plus cruels tyrans une cruelle injure. 

[/iri/iiniiicit.t. V. 6.) 



NEIT 117 

Nescio vos, twiirossiun latine : je ne vous connais pas. C'est 
comme si l'on disait : impossilile, cela ne se peut pas. 

L'expression est em[)i"iintée à la Hilile. 

Dixit pat ri siio ot intlri suw : iiescio ras. (Deulcrunoine, 
XXXIII, 9.) 

Amen diro rohis, nc.srio ros. (Malliieii, XXV, 12.) 

H nie dit (|iril \intlail vous parler un in.slaiit. 
iv (lis : Xcscio os. 

iScAinio.x. Jaihlot, II. 1.) 

niirli|iic aiili'c, dans ri'spnil' du nialriiucninn, 
Aurait ouvert loiTille à la trnlatiuii : 
Mais moi, ncsch vos ! 

(Moi.iiriK, iJrpil, W. \.\ 

.A>,sv'/o ras. dans Piaule, siuiiilie aussi : je ne vous connais pas. 

Neuf, du latin /lorc/n : provençal noc. 

D'où : novemher, novembre; none, noua: nonanle. (piatre- 
vini2t-(li\. 

Kntorn l'ora noua. 

(\'ie (le saint Honorât.) 

(Vers neuf heures.) 

— Neuf iisl le pluséle\é des nombres impairs e\[)rimés par un 
seul cliill're. 

— Los Muses étaient au nuuihrc de neuf. Le ciii-islianisme admet 
neuf chœurs d'an.ues, et recommande les 'neuvaines, pendant 
lesquelles on fait certains ados do piété en riionneur de la Vierge 
ou des saints. La neuvaine de sainte Geneviève se fait à Paris du 
3 au 1^ jauNier. 

— Te///' fournil un moyen de faire la preuve de la multiplication. 

— On a remarqué, sans pouvoir en expliquer la cause, que les 
iiivors les plus rigoureux sont des millésimes en neuf, tels que 
17(10. 011 l'Adriatique gela en décembre. 1789, 1829, 1839, 18.j9, 
18G9... 

Neuf, féminin nrui-c. du latin nori/.s... 

Haiiit tout ballant neuf, du \ieux mot haf/f, neuf? (argot). 

Neutre, du hitin /icufcr, \H)\\y ne i/fcr. ni l'un ni l'autre. 

— Le genre neutre, (pii n'est ni mâle ni femelle, s'appelle en 
sanscrit klicu, eunuque. (Voy. hermaphrodite.) 

In neutrnm partent niocerl (Cicéron), être indilVérenl à tout. 
La neutralité ne fait point d'amis, n'ôte point d'ennemis. 
Neutrahtas necamicos i^arit, nec ifiindcos lollit. (Tite-Live.IX.) 



118 m:z 

Neveu, ancien. Ir;m(;;iis sujet nii's, réuiiiie iwceii, de nrjtos. 

IICjlOlCIII . 

Aït'.v est resté (Inus le iï'ininin itirro. 

— Xe\eii ;'i i;i mode de Bretagne : lils d'iiii cuiisin ,L:enii;iiii nu 
diiiie cousine tierniainc, parce que. en Bretagne, les cousins lier- 
iiiains élait'iil appelés « oncles ■■> par les lils de leurs cousins .■zcrniaiiis. 

Nez, (lu latin iiftsiis : provençal nos. D'où naseaux, nasillard. 
Partie saillante du visage, (jui est le siège de Todoral. 
Les écluses du cerveau, pour les Précieuses. 

— Le nez se prend quelquefois pour le visage : se rencontrer 
nez à nez. 

— Hii'e au nez de quelqu'un, faire une chose à son nez, à sa 
barbe. . 

On s'aime à son nez. on se marie à sa bai'he. (.1. .lanin.) 
I)ispliru/l nnsKs : son nez me déplait, c'est-à-dire son air, sa 
personne. 

— Mettre son nez partout : faire la mouche du coche. 

— Xez rouge, qui a coûté cher à mettre en couleur (trivial), 
parce que c'est souvent l'abus du vin qui lui donne cette couleur. 

Dans le Moyen de parvenir. [ûvà]^. 21), Denost s'informe à un 
médecin comliien il lui demandera pour faire disparaître la rougeur 
de son nez. Le médecin lui demande 200 écus : " Vous ne sauriez, 
répond Denost, pour si peu, d'autant qu'il m'en a coûté plus de 
mille à le rendre ainsi de haute couleur. » 

— Avoir bon nez, le nez lin. du nez : être lin. rusé. 

Homo nnunchr nmi.''- 

C'est-à-dire homme bien mouché, dont les narines sont libres 
pour llairer. 

Xou cuicuiiHjuc ilaliijii est hulierc nasitm. 

(Mai;ti.m,. I. -Vi.i 

(11 n'est pas donné à tout le monde d'avoir du nez.) 

Cette locution est la conséquence du fait physiologique que le nez 
est le siège de l'odorat, du sens qui nous fait connaitre la nature (?) 
des choses. 

Aussi narine (naris) vient-il. selon Festus, de narus ou (jnarus, 
qui sait, qui connaît, qui sent et comprend les choses. D'où encore 
narro. raconter, ig narus, ignorant. 

La trompe de l'éléphant, qui tue un buflle et déracine des arbres, 
est douée d'une sensibilité si exquise, qu'elle semble le siège d'un 



,\EZ 110 

sons qui nmis csl iiK-oniiii. il sent s;i fi'iiit'llc ;'i qii.ilrc Ii'cik's de 
distance. 

— Il a lion nez, se dit an |iro|)i"e du cliien de .i^arde ou de cliasse; 
an liiiuré. de riioninie de .uoi'd déiical. 

Les linesses de resprit sont coniini' une essein'C précieuse que le 
sot laisse é\aporei'. Le sot n'a pas de nez; l'iLinoranl n'a qu'un 
coryza qui peut se guérir avec des soins, tandis que la sottise est 
incuralilt'. 

— Avoir un pied de nez exprime la liontc de n'avoir pas réussi. 
On dit aussi familièrement : faire un nez ; et pour exprimer la 

niiMuc idée, jiar antiphrase : être camus, s'être cassé le nez. 

Il en eut le nez si long, qu'il fut camus. — Mais d'où cuidez-vous 
que cela est venu, que Ton a fait signifier la même chose à deux 
contraires? (.Voi/f/i de jKirrcnii'. v\\. 01.) 

Guy Patin plaida au Parlement contre Renaudot, docteur de 
Montpellier, qui voulait exercer à Paris sans être agrégé au corps 
des nu''decins de cette \ille. Guy Patin gagna, et dit, en sortant, à 
son adversaire, qui aNait un nez très court : « Vous avez gagné en 
perdant. — Comment ? dit Renaudot. — C'est que vous étiez cauius 
en entrant au palais, et que vous en sortez avec un pied de nez. » 

— Faire un pied de nez. C'est placer l'extrémité du pouce sur le 
bout de son nez. en allongeant la main en avant. 

Et (|iiaiiii ils sont cncluiiiu's. 
Vous le;u' lailos un pied de nez. 

(ScAiiiai.N, /'orsirs biir/ps'/i/rs.) 

— Gueux de nez : pauvre de nez, camus. 

On dit aussi ne: en moins, par jeu de mois (nf'fininoinsj. 

— Jamais grand nez n'a gâté figure. Les grands nez sont estimés 
chez certains peuples, tandis que les Maures, les Nègres, les Chinois, 
préfèrent les nez camus. 

Sur tous les nez son nez a ravantajj-e, 

Et jamais un grand nez n'orna mieux un xisago. 

(DlCSIlOL'l.lhliKS.) 

Son nez, liant élevj. semhle faire la ni(ine 
A Ovide Nason, à Scipion .X'asiiine. 

(liiJ.MIM;.! 

Il a quel(iue chose do grand dans la figure : c'est son nez. 
(Sévigné.) 

Salomon, dans le Canlu/ue des Cantiques, compare le nez de 
son épouse à la tour du Liban. 

Dans une épigranime de YAntlioloyle, ou parle d'un nez si long 



120 NIA 

(|ii(' If liiMs n") poiil iillciiulrc |iftiir le iiioikIht. que l'n-il iiimi voit 
pus le boni, (jikî ron'illc ne reiileiid pus éleniiier. 

— Le peuple jippelle jiif \\\\ nez éiioniie. (le iilrc. poiiiiiie de pin 
qui resseiiihle ;'i un ne/, hoiii-iiroiiiK'' d'iN roune. 

Ljiiiln' jour, nie Sniiil-Mjii'lin, 
Voilà (|iiiiii |il;iis;iiil jriimin 
Me (lit en riniil ;iiiv i-cl.ils : 
(ycu(lel-ià, <iiiel iiil' (in'il n ! 

((JLi.NAii), 1830.) 

— Mener quoiqu'un par le nez. Proverhe <2Tec, venu de l'usaire 
de passer un anneau dans les narines des buffles, pour les conduire. 

— Parler du nez, nasiller, nasonner. Il y a des gens si bavards, 
que si on leur fermait la bouclie, ils parleraient du nez. 

— La moutarde lui monte au nez. (Voy. moutarde.) 

— S'il tombait sur le dos, il se casserait le nez. (Voy. fjnirjnon.) 

— Tirer les vers du nez à quelqu'un : bù faire dire la verit(j. 

Ni, ancien fran(;ais ne : du latin ner. 

Cette forme s'est introduite au wr* si(^'cle. Au \\\\'\ ne n'est plus 
nsilé. Aujourd'hui, on ne l'emploie plus que par iilaisanterie, et en 
répétant la phrase < ne plus ne moins » du MhUkJi- imaginaire. 
(Liltré.) 

Ni l'un ni l'autre : ni cliair ni poisson ; ni li.uue ni raisin : ni 
Guelfe ni Gibelin : ni Gautier ni Garuuille. (Voy. neutre.) 

Niais, d'un type nidax. dérivé de nid ut;, nid. 

Synonymes : Niguedouille, Nicodème, Nicaise. 

On employait autrefois niée, du latin nescins. 

Niais se disait particulièrement du jeune faucon pris au nid. Ce 
mot est fait comme na'if, correspondant à natif. Il s'opposait à 
madré, qui était le faucon arrivé à connaître toutes les ruses de la 
volerie. Madré signifiait au propre tacheté, parce que le faïu'ou 
adulte est marqué de taches noires sur le dos. 

Le léopard est madré. On dit aussi : savon madré ou marlu'é. 
Par mou cliief, tu es fol et nice. 

[Roman de la Rose.) 

Tant ne fut nico. eiicor ((ue nice fiil. 
Madame Alix, que ci' jeu ne lui plnl. 

(I.A l'iLMAIM.. I.'u/lles.) 

— Faux niais : faux bonhomme. 

— Niais de Sologne, qui prend des sous pour des liards, et des 
draps de lit pour des mouchoirs de poche. oy- So/or/ne.) 



— Semez de la graine de niais, il poussera des actionnaires. {Len 
Cent et un lîobert Marairc.) 

Niche, lin \it'ii\ mot ///y^'/'. pour n/fjaudcr : ihi latin iiii;/ari, 
jouer au\ iioiv. 

Celte étymolouie est peu vraiseiniilaiilo. A'ic/ic est une autre 
fornu' de nif/itc : faire la iiicpie. et semldo \enir du scandina\e 
iii/r/i. malice, méchanceté. 

Xous lui ferons tant de pièces, nous lui ferons tant de niches sur 
niches, que nous ren\ errons à Limoges M. de Fourceaugnac. 
(Molière. I, 3.) 

— Aiclie, ferme d'ai-chitecture. vient de Fitalien iiicchia, enfon- 
cement en forme de co(piille. 

Nicodème, nom dliomme, d'origine grecque. Pris dans le sens 
de niais. uiLîaud. [)ar analogie phoni({ue avec ce dernier mot. 

Nicolet. De plus en plus fort, comme chez Nicolet. Cette locution 
était la de\ise du théâtre fondé en 1700, houlevard du Temple, par 
>'icolet, où l'on montrait des marionnettes, des danseurs de corde, 
des animaux savants. En 1772, la troupe de Nicolet, appelée à 
Choisy, où était la cour, prit le titre de « grands danseurs du roi ». 

Par suite de la loi de 1791, qui proclamait la lijjcrté des théâtres, 
celui de Nicolet prit, le 22 septemhre 1792, le nom de Théâtre de 
la Caité, qu'il a gardé jus(pr;i ce jour, en dépit des glapissements 
du mélodrame. 

Nicolet, dit Mercier {Tableau, cli. loO), a gagné 50.000 livres de 
rente: et le mallieureiix Taconnet. qui lui a fait une partie de sa 
fortune, est mort à la Charité. Nicolet a acheté une terre, et forcé 
son pasteur, qui lui refusait l'eau liénite, à lui présenter le goupillon. 

Oudinot, rival de Nicolet, (}ui fonda l'Amhigu-Comique (17G9-70), 
(jlilint d'abord beaucoup de succès avec des marionnettes, qui 
étaient des portraits ressemblants des acteurs de l'Opéra-Comique. 

En 1771, il substitua à ses marionnettes ses propres enfants, et 
écrivit sur le rideau de son théâtre le calembour : Sicut infantes 
audi nos. 

Nier, du latin nrt/arc : anciennement noier et nier. 
Ar-ot : ;iller à Nioi'l. 

Nihiliste. Constitution du gouvernement : 
Art. i'i. — Il n'y a plus rien. 

Art. i*. — Personne n'est chargé de l'exécution de la présente 
ordonnance. (N. Roqueplan, 1848.) 



122 XIT 

Nil, nom géogriipliiqiio : du l;itiii A'i/its : tiroc .\ei/os. 

— Inconnu comme les sources du Ml : A'i/us incarlis fonlihuH 
art IIS. CPIine.) 

...Sine leste creulns. 

|( j M lill N.i 

Les sources du Ml, inconnues jusqu';'! nos joui'S. oui excité \i\e- 
lucnl I;i curiosité des hommes de l'antiquité. Camitysc fit de «rrands 
sacrilices poui- celte recliercliejMlM prcuiién' ijuestion (|u"Ale\;indrc 
adressM ;i l'oracle de Jupiter Auiinon fut pour savoir oi'i étaient les 
sources du iVil. 

— Les anciens disaient d'une chose inipossilile : NUI capul 
fjuwrere, chercher la source du .Nil. 

— Le Bernain a enveloppé d'un voile la tête du Xil. 

— En I8oC), le pacha d'Kuypte contia à M. de Lantiire la mission 
de remonter le Nil jusqu'à sa source, et ordonna les préparatifs 
de cette expédition. Des savants spéciaux des pays les plus éclairés 

, du monde devaient en faire partie. Malheureusement elle n'eut pas 
lieu. 

— Les sources du Nil ont été découvertes en 18Gi. 

Nippes, oriiiine fort douteuse. Islandais lineppei^). 
Hardes de peu de valeur. 

— Je me mettrais en g;i!j:e, on un liosoin ui-;,'enl. 

— Sur cette niiipc-là vous aiu'iez peu d'argent. 

(Hiii..N\iu>. Joueur. U. li.l 

Nique (voy. niche), du danois uijkkc, maUce, méchanceté; ou 
de l'allemand nickcn, faire signe de la léte. 

NM(iuait de la tète souvent. 

(G. Chastklai.n, citO pir LilUr.) 

Faire la nique à quelqu'un : s'en moquer. C'est, au propre, 
hausser et haisser le menton, pour narguer quelqu'un. 

Les mots terminés en iquc 

l'^ont au médecin la niiiue. • 

Nitouche (sainte), pour n'y touche. 

Qui alTecte un air sinq)le et hypocrite. 

Un a dit aussi milouche, pour mie toitc/ie, qui n'a pas l'air d'y 

toucher. 

Timide en son aspect, semblait sainte Nitouche. 

. ■ (Rkcmer.) 

Les Provençaux disent : misé pesqui pas, madame presque pas. 



NOB 123 

Niveau, de n/.i-, n/ris, noige, uni roiiuiK." la neiiic. Ou pliitiM de 
lihrd, lijdaiice ; d'où lihel, devenu lucel. 

Nivelle. 

C'est lo cliii'ii (le Jean de Nivi'lli" 
Oui sViifiiit (|iian(l on rapiiellf. 

Jean II de MoiilMKinMic) . atlaclM' à la cansi' de Lduis XI. somma 
5011 lils Jean de M\elle, de venir condiatlre pour le roi de Fr'ance. 
Jean, ci'aiLinant (^l'on ne le retint iirisonnici'. s"enïui( au lieu d'ohéir 
à son père, ce (pii lit dire : « Ce chien de Jean tle Ni\elle... » 

Une Iraili'osso voi.v bk'ii soiiVL'iit vous appelle. 

Ne vous pressez donc nullement. 
Ce n'était pas un sot, non, non, et croyez-nren, 

Que le cliien de Jean de Nivelle. 

(La FoXTAi.xK, II, s.) 

Noble, du latin nnbilis. (pii mérite d'être connu, qui a un nom, 
qui appartient à une classe distint>uée ou privilégiée dans l'Etat, 
par droit de naissance. (Voy. corlioii ) 

Xolile comiiie le roi : noble à 3G carats, à 30 quartiers. 

Noblesse, déri\é du précédent. 

La Ré\oliition avait supprinu'' les titres de noblesse : Napoléon 
les rétablit. 

Après la destruction de la féodalité pai" les rois de France, la 
noblesse s'est rasseml)lée autour du tr(tne, qu'elle ne pouvait plus 
combattre, et qui lavait liuniiliée ; mais les nobles ont conservé 
leur crédit, leur opulence et une foule de privilèges qui ont pesé 
sur la multitude jusqu'à ce que la Révolution de 1793 les ait fait 
rentrer dans le droit. (Mercier, Tabledii, cli. t)49.) 

— Les titres de noblesse, en France, sont ceux de : clievalier, 
baron, vicomte, comte^ marquis, duc. 

Prince désigne les membres de la famille régnante. (Voy. de et 
titres.) 

En Angleterre, on distingue la haute noblesse, nobililij, qui est 
celle des lords, et la basse noblesse, (jcnfry, celle des esquires et 
baronnets. 

En Espagne, la grande noblesse est la ijrandes.^e, la })elile 
noblesse, celle des hidalgos. 

On connaît encore les tnaf/nafs polonais et hongrois, les Ooi/ard.s 
russes, etc. 

— Comte est le plus ancien titre de noblesse, car. 28 ans avant 
Jésus-Christ, les sénateurs formant le conseil d'Auguste portaient 



124 NOB 

le nom tic Ai((/iisfi C'ofiii/rs. (>)iisl;iiiliii lit de ccl oiiiplDi nue 
dignité. 

Le titre do rotule fut rniisoi'\é clic/ les Frnncs, lorstjii'ils siiccc- 
dci'cnt ;'i l;i doiiiiiinliou iuiiimIiic. Les comtés claiciil des divisions 
du territoire, où les comtes rendaient la justice. Les comtes palatins 
étaient cliarués des alTaires du palais. 

La haute dignité du titre de coiiile s'aflirme encore de nos joiii-s. 
puisqu'il est toujonrs donné aux prétendants de race royale. C'est 
ainsi que le comte de Gliambord et le comte de Paris sont les 
prétendants des deux branches des Bourbons en France (1870), et 
que jadis les comtes de Savoie, de Flandre, de Champagne, étaient 
de véritables souverains. 

— Le titre de marquis date de Ciiarlrmagnc. Vi-rs 790. les fron- 
tières appelées marches, fui'ent gardées par des chefs militaires 
appelés margraves (comtes des marclies), d'où est dérivé le mot 
marquis, créé par Louis XU, en faveur des seigneurs de Trans, 
en loOO. 

— JJa/'on, titre d'origine allemande, sigiiilie hrnre. Il date du 
vr siècle, et ne prit de l'importance qu'à partir du xii'". 

— Noblesse nouvelle: parvenus. Homo nocus. 

On dit d'un parvenu : 11 est noble comme un [lapilluii, il a des 
chenilles pour ancêtres. 

— Les rois de France guérissent leurs sujets de la roture à peu 
près comme des écrouelles, à condition qu'il eu restera des traces. 
(Rivarol.) 

Il n'est orgueil (jne de pauvre enrichi. 

Vilain enrichi ne connaît ni parent ni ami. 

— La civilisation enrichit certaines familles comme la culture 
perfectionne certains fruits, et fait une rose d'un églantier, et d'un 
chardon un artichaut. 

Dans l'ordre végétal, la rose serait une marquise, l'artichaut un 
duc, etc. 

Les mots mêmes s'anoblissent : un perruquier se nomme aujour- 
d'hui coiffeur; un apothicaire, pharmacien, etc. 

— Un grand arbre, avec les mots rirga fui. c'est la devise d'un 
parvenu .qui n'oublie pas son huml)lc origine. 

— Agathocle, tyran de Syracuse, était lils d'un potier. Il faisait 
servir sur sa table des vases d'argile parmi des vases d'or, et disait : 
« Ces vases ont été faits du temps que j'étais potier. » 

' — Rollin, lils d'un coutelier, étant devenu recteur de l'Académie, 



lie roiiLîit j;iiii;iis de son oriuiiic. Assislaiil un jour ;'i un dinor do 
(•('(•('UH)ni(\ et s'rliinl nixTcii (|ut' l;i prrsduni' (|ui di'-coup.-iil ;i\;iit 
un iu;iu\;us conU'tiu, il utlVil le sien, on disjinl : « l'roncz colni-ci. 
il v;nit inionx : ot jo nfv ('(Hinnis. jo suis lils d(\ ninilro. » 

— Noitlosso obligo : llonor omia. VÀW ohliuc ;'i ne pas dôro.uor. 
Los liôraiils d'arnios criait'iit dans los loui iidis : « Souvonoz-vous 

ipir \(»iis (Mos lils, ot no foiiisiiic/, point. » 

Noce, jiorfs : lalin tiujiHa'. do iii/hcrf. Noilor. D'où nnbili\ on 
âge dolro niariô. Co/niuhiinii, luaria.iio. 

A Ronio. los jounos lillos ôtaiont condnilos clioz lour ôponx, 
couYcrtos d'tin voilo i)our proh'uor leur [ludciir. 

Alli'Z-\(iMS-en, gens de la iinco... 
est nno chanson (pii dato du mariapo du roi Da.iioliort avor la roine 
Hatlnldc(?). 

Et chacun lit coinnio aux nocos (^s'on alla). (Moijini do pavrcnir, 
chap. 4.').) 

Nocturne, du latin nodupiius. 

Partie de l'oflice divin (pii so chante la nuit, ot dont l'onsoinhle 
s'appollo Matlnos. (Voy. heurca.) 

— Ronianco, à denx voix ordinairement, d"un caractère tendre 
et langonrenx, approchant de la sérénade. 

Noël, du latin natalis : provençal nouvé : jour de naissance. 
Foie de la nativité de Jésus-Christ, ainsi que l'indique son nom. 
douhlet de nafn/. 

— Le jour de la naissance do Jésus-Christ est incertain ; les 
évangélistes ne le fixent pas. 

Saint Luc dit qu'il avait on\iron .'^O ans quand il reçut le haptême 
do Joau-Baplisto. 

Le pape Jules I, au iv^' siècle, a fixé la date au i^o décemhre, jour 
on le soleil commence son cours, de même que Jésus-Christ est 
venu pour éclairer le monde. 

— En Alloinagno, Xool est la foie dos petits onlanls. On dresse 
dans le salon l'arhre du Christ, étincelant de lumière et couvert de 
jouets de toute sorte. 

En Italie, c'est la Béfana, grande poupée, qui est censée 
descendre par la cheminée, à l'heure de la naissance du Christ, 
pour distrihuor récompenses ou punitions aux enfants. 

— Noël, en provençal, s'appelle aussi Galène, prononciation 
modifiée de Ca/endœ ou Calendti, fote. 



m NOE 

l.;i Iclv (le Noël étant fixée au 25 décembre, le liiiitiéme jour des 
ciilfiidcs de jnnvior, re nom de calende fut appl'Kjné dans un sens 
spécial, et [ujiir ainsi dire, par excellrnct'. ;'i la WW. nit'inc. 

A calcixlds In xrliil jor ilr \iuliil. 

(Chron iquf (l'A ries.) 

(A calendes, le saint jour do Norl.) 

E xi s'dfenc cnlorn Xailnl, 
Coin (ijicla ciilcnildH lui. 

(T. Vit>Ai..) 

(Et arriva ainsi au jour de Noël, qu'on appelle la Calende.) 

— On appelait aussi, au Moyen-Age. calonda maia, une chanson 
qu'on chantait au mois de mai. 

CanUin una calenda iiiidn, 
♦ Que di.i : cella domna lien nid 

Que non fni lanf/ni son iimic ! 

{Roman de t Ifimaifd, f- 5(5.) 

(Chantant une calende de mai qui dit : Vive la dame qin ne fait 
pas languir son ami !) 

— De calende, on a fait en provençal cnlendnu, le petit houx, 
arhre de N(iël dont on décorait la tahie du festin. 

Calendau, ca/ignau, cac/wfuec, est aussi le nom de la orosse 
huche qu'on allume la veille au soir, après qu'un enfant a fait trois 
libations avec du vin, en disant : 

Alhjrè, Dion non dli'ijrè, 
Cacliofucc vcn, 
Dioli nous fasse la (jraci de veire l'an que ven. 
Se sian pas mai, que fout/ucn pds men. 

La bûche de Noël est un reste de l'usage antique qui consistait à 
allumer le feu nouveau au solstice d'hiver, renouvellement de 
l'année. 

— Faire Noël, en Provence, signifie faire un grand repas. 

(Irc far Pasca o Nadal 
Quand son XX dans son oslal. 

(lierli'.ind dk i.a Toi:ii.) 

(11 croit faire Pâques ou Noël, quand ils sont vingt dans son lu'itel.) 
Pâques et Noël sont donc deux grandes fêtes « mangeoires ». 

— On cliante tant Noël qu'il vient. Autrefois, longtemps avant 
Noël, on chantait dans les églises des cantiques appelés A^oè'ls, et 
relatifs à la naissance de Jésus-Christ. Au Moyen-Age, le mot A'oid 
devint le cri de joie des Français, et le signal des réjouissances. 



On le l'('|)rl;iit llon-Sciilciiiciil ,i r(''|Mii|iic de l;i X;iti\ilr. lii;iis Clicorc 
d:\u<. toutes les fé tes popiihiires. 

— L'iisn.uo (les trois messes <lu jour de X()("'l est nciiii do Home. 
On enteiidinl l;i première i\ Saiiite-Mni-ie-Mnieiiro, ;'i iniiiiiil : la 
deiixioiiie ;'i Saiiil-Alliaunse. au point du jiuir. cl la troisième à 
Saint-lMori'c. dans la matinée. 

Nœud, du laliii nodns: provençal iiohk. 

— Kilcr son nœud : s'en aller. Eu uiarino. la liiiue de Locli est 
iiarnie de nœuds, de 47 en 47 pieds. iuler\alle qui est la 1 10'' [tartie 
du tiers de la lieue marine, de sorte (ju"en déxidant la corde 
iKMidaul Ironie secondes, ou compic qiu:' le vaisseau l'ail aiilaul de * 
lieues à l'Iieurc. ([ih> Ton a lilé de nieuds en cette deiui-miniite. 
(Yoy. (jordirn.) 

Noir, du latin niyi'v : provençal n('(jr('. 

D'où iioircii', dénifirer, nègre (par le portugais). 

— Noir comme un corbeau, ...comme une taupe : très noir. 

— 11 fait noii' comme dans un four, ...à se crever l'ceil en voulant 
faire le signe de la croix. 

— Le noir, qui est la couleur du. deuil, rappelle l'idée lugubre de 
la nuit éternelle, exprime la tristesse et la douleur. 

Noircir, déi'ivé du précédent. 

— On n'est noirci que i)ar le cliarbon : On n'est sali que par la 
lioue. 

— Le bltinc o.nI la coideur de l'innocence et de la loyauté, comme 
le noir est celle de la méclianceté et de la trahison. 

— Ame noire, projets ténébreux. 

— Dénigrer, noircir quelqu'un : Aiyi'r esl (Horace), c'est un 
méchant. 

Nifjra sonntia (Til)ulle). songes sinistres. 
Alirni uifiununn i)iurere : imprimer à (pu^hpi'un une note 
d'infann'e, comme au fer rouge. 

Noise, du latin noxhi, méfait, querelle. 
Charles IX a écrit à Ronsard : 

Kt crois, si \\\ ne viens nii' Iroiucr à Aiiiiiolso, 
(jiM'iiti'c nous ;iil\ ii'iuira une hicii .m'aiitic iioiso. 

Noix, du latin nux : provençal V^orf'. 

De là, en latin, nurjcp, l+agatcUes, jeux d'enfants. 

A Rome, les nouveaux époux jetaient des noix aux enfants^ 



128 NOM 

pour cxpriiiior qu'ils iciioiiriiiciil ;iii\ jeux |iii(''rils. (Cf. Vir.trile. 
K<jl()<jun, (S.) 

On le rappi'oclic de nofh/s, iuimkL pai'ro que a' friiil n-ssciiiblc ;'i 
iin.nœud (?); cl de /«o(?(?/'e (?), miins parce que roiiihrt^ du noyer 
est inalfaisatile. 

— S'est dit autrefois noue: le clianiieiueiil de oue en oie se 
retrouve dans nombre de mots. I.a fornu^ ixnie est restée dans 
)t(ni(jal . et dans le provençal noufjuier. pour noyer. 

Unira niir proilnsl, norri tillern, trrtin mors r.s'l. 

ll'Vol.- ,1,- Sill.TIlr.) 

(Une noiv est bonne, deux sont nuisibh'S, trois c'est la mort.) 

— A la Sainte-Madeleine, les noiK sont pleines. (2:2 juillet.) 
A la Saint-Laurent, on regarde dedans. (10 août.) 

— Gîte à la noix. Amas de graisse qui se forme sous l'aile de la 
volaille lorsqu'elle est grasse, et à certaine partie de l'épaule des 
animaux de bouclierie. C'est ce que Pline appelle narleus pinfjul- 
fudinis. 

Nom, du latin nomen, pour gnomen, qui se retrouve dans 
rognonien, et que Festus lire de noscimen (a noscendo) : ce qui 
sert à connaître. 

— Avoir un nom: être connu, célèbre. (Voy. inimorl alité.) 

Il est aisé d'avoir un nom, 
La chose ;i gi"uul"|i('iiie peut-on. 

(l'mvt'i-lie e.s;)agnol. vvi<" siècle.) 

— Ça n'a pas de nom : c'est extraordinaire, inouï. 

« Eh liien ! sorcières mystérieuses, noirs fantômes de l'heure de 
minuit, que faites-vous là ? — Une chose qui n'a pas de nom. » 
(Shakspeare, Macbeth, IV, 1.) 

— Les habitants des hôpitaux et des prisons sont désignés par 
des numéros. En fait de noms, ces administrations ne connaissent 
quelles noms denoml)re. 

— Il est arrivé que des ofliciers de l'État-Givil se refusaient à 
inscrire des noms inusités donnés par les parents à leurs enfants 
nouveau-nés, sous prétexte que ces noms ne se trouvaient pas dans 
le calendrier. Les prétentions des maires, en pareil cas, ne semblent 
pas fondées, parce que tous les noms ne figurent pas au calendrier 
et que les saints eux-mêmes, qui sont au nombre de plus de 40.000, 
ne sauraient être contenus tous dans les 3G5 jours de l'année. 

Ce n'est pas la loi, c'est l'usage qui restreint les noms à la liste du 
calendrier: il eu résulte un défaut de variété qui nuit à la distinc- 



NOM 129 

tioii des hi(li\iiliis t'I tend |i;irl'uis à clL-m'ici' on (iiichiiic sorte des 
noms i)ro[ires en ikuiis coiiiiiiiiiis. 

Ainsi le nom de M;ii-iiis est donné, à Marseille, à |)res(iue tons les 
jiairons: à l'appel de ce nom, tons les liahilants mfdes ré[iondent 
comme nn seid homme. Ile joli nom, dont Tanam-ammeest ai/ii sur. 
dérive de ceini de la i)atronne des marins, Marie, on se tronve le 
mol (limer: mais on conviendra ([n'il y a trop de Maries et de 
Marins. 

L"lialiitnde a de même nudli[ilié les Pierres, les Jacques, etc. 

Les noms, qni doivent désigner les individus, les distinguer, 
devraient être aussi nombreux que ces individus eu.x-niènies. 

Nous avons adopté depuis lon,ulenq)S un cci'tain nomlire de noms 
tirés du prec, et (jui doivent à leur origine un son doux et Jiiélodienx. 
Pourquoi ne nudtiplierait-on pas ces emprunts, comme Eulalie, 
Kuplirasie, qui i)arle bien: Eugène, bien né ; Stéplianie, couronnée : 
Adèle, cachée, modeste? 

— Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, 'le nom de 
baptême était seul en usage. Vers le ww siècle, on commença à y 
joindre, pour les personnages illustres, quelques épitbétes qui les 
désignaient spécialement : Charles Martel, Louis le Débonnaire, 
Pépin le Bref, etc. Plus tard, les seigneurs féodaux ajoutèrent à leur 
nom de baptême ceUd de leur terre. 

Vers le xiii« siècle, le surnom devint général dans toutes les 
/ classes. De personnel qu'il était d'al)ord, il iinit par s'appliquer à 
toute la fanùlle, passa du père au Mis et se perpétua dans les géné- 
rations suivantes. 

Les surnoms ont des origines très diverses; on peut di\iser ces 
noms de famille en cinq grandes catégories : 

l"' Ceux d'industriels: Ghaussier, Pelletier, Taillandier, etc. 

2° Ceux de classes agricoles : De la Fontaine, Delavigne, Des- 
cbamps, Dumas, Dupré, Dupuy. 

3*" Ceux des fonctions civiles : Bailly, Maire, Prév('>t. 

4° Ceux qui désignent une qualité physique ou morale : Leblanc, 
Le Canins^ Ledoux, Legrand, Leroux. 

ri" Les noms de baptême: Gervais, Lucas, Martin. 

Mais l'immense variété des noms propres, s'expli([uc par des 
analogies avec : 

L'âge : Laine, Lejeune, Levicnx, Vieil, Vieillard. 

L'amitié : Aimé, Amant, Benticogllo, Lamy. 

Les anges : Chérubin, multitude des sciences : Gabriel, la force 



i:)0 xo.M 

(le Dieu ; Michel, l;i piiissnnce de Dini : I{;i|ili;i("l. lesecoiirsdclJicii : 
Séra()liin, eiiilir;iseineiil (r.'mioiir. 

Les îinimiiiix : (^;ilirul, Cijciioii. Lmsiic, Lasniei'. Li'ImimiI'. Lcveaii. 
IJon, Loiivel, Liiliiii (jeiiii»; loup), Moiilon. 

Les armes: L'ahhé de ll-^pée, Sahraii. 

Les arts et métiers: Barbier, Bouclier. Boiilaiiiici-. Hoyer, Chan- 
delier Chai'pcnlicr, (lordoiinier, (^oin'doiiaii, Coutelier, Coiiliirier, 
Fahre, Faiire, Favre, Fé\re, Foulon, Fournier, Lefehvre (de fabci\ 
forgeron), Lefèvre, Maçon ou Masson, Mercier, Pélissier, Sueur 
[aulor, cordonnier), Tisserand, Tisseui", Tissier ou Teissier, Van- 
nier, etc. — Fal)re le conventionnel avait ajouté à son nom celui 
d'Églantine, iiarce (ju"il avait obtenu une églantine aux jeux Floraux. 
Cette famille a pour devise: .1 Fahi^o Fabrl (arma) fahricunlur : 
Les armes de Fabre sont forgées par Fabre ; parce qu'un de ses 
ancêtres, qui était forgeron, avait obtenu des lettres de noblesse au 
siège de Carcassonne par les Espagnols. 

Les astres : Astruc, né sous un astre favorai>le (voy. malotru), 
L'Étoile, Soleil. 

Le bois : Chapuis (autrefois charpentier, de cJiapulser, travailler 
au charronnage, dégrossir le bois ; provençal chapar), Dubreuil 
(pour Dubois, car, dans le centre de la France, breuil signifie petit 
])ois ; italien bror/llo, d'où de Broglie), Faye, Fayet, Lafaye (de faye, 
nom du hêtre ; provençal fau), La Goudraye (heu planté de cou- 
driers), Sully. — Joiguez-y Boquet, Boquillon, Bosc. Bosquet: Oubois, 
Dubos, Houssaye (lieu planté de houx), etc. 

Le caractère : Allègre, Bonhomme, Hilaire, Joyant (joyeux), Le 
Doux, Malfilàtre (mauvais beau-fils), Marivaux (pour Mal-y-vaut : 
c'est un nom fait à l'inverse de Gendebien ou de Bonhomme), 
Maupertuis (mauvais trou), Mauvoisin, Sauvage. 

La complexion : Fort, Gros, Maigre. Mole (pour moulé ?), Séné- 
quier (gaucher), Yigouroux ou Vigoureux. 

La couleur : Amaury (noir ?), Blanc, Blancard et Blanchard, 
Blanchet, Leblond, Lerouge^ Leroux, Levert, Moreau ou Morel (noirj, 
Rousseau, Roussel. 

Les dignités" : Archer et Larcher ou Larchey, Aul)er (haut 
baron?), Baron, Bedeau, Cardinal, Cliampion, Chapelain, Chapelle, 
Chaptal (chef, capitaine), Châtelain, Ghevaher, Clerc, Duc, Dussei- 
gneur, Labbé, Leclerc, Lecomte, Lécuyer, Lemoyne, Le Prieur, 
Leprince, Leroy, Lévèque, Monge (moine). Prieur, Bornée, Romieu 
(pèlerin qui va à Rome), Seigneur. 



XUM 131 

Les éléments : Ik'llt'l'oiil. Homicfoiit, ncsfonlaincs, l)(!sm;ircs, Des- 
marots, Foii((ii«5 (foii), Kroidcfoiil ou Fonfréde, Lacliaiulcloiit (devenu 
La (^lianx de Fond), Lafon, Lafoiit, Lafoiilaiiie. Larivirro. 

La laniille : Commère, Coiisint', Fille. Fillenl, Frère, Lclils, Le- 
gendre, Neveu, Parent, Père 

Les Meurs : Marguerite, Uosc. 

La force : Briseharre, lirisl'erl, Cassegrain, Lefort. 

Les forets : Forestier, Sylvain, Sylva ndre, Sylvestre. 

La forme: Beaucorps, Beaulils, Heausirc Belliomme, Boiteux, 
Calvet, Lebeau, Lehel, Lel»orgne, Lecorps. Vilain. 

Les fruits: Melon, Meslier (néflier), Olive, Olivier, Orange, Poirier, 
Pommier. 

Les habits: Bonnet, Chaperon, Collet, Soulier. 

L'habitation : Cal)anel, Gastel, Château, Desmaisons, Desmazures, 
Duchateau, Dumas, ïïausmann, Lafenètre, Laporte. 

Les instruments : Arbalète, Bâton, Bourdon, Canon, Lachaise, 
Martel, Mortier. 

Les légum'es : (cbez les Romains) Cé[)ion, Cicéron, Fabius, Len- 
lulus. Pison. 

Les mois: Avril, Février, Janvier, Mars. 

Les nations, provinces : Allemand, Angevin, Anglais, Berryer, 
Breton. Bourgogne. Bourguignon, Champagne, Comtois, Danois, 
Flamand, Fi-ançais, Lenormand, Lombard, Picard, Toulon, Toulouse. 

Les oiseaux: Agasse, Ayasse, Chapon, Corneille, Faucon, Geai ou 
Jay, Lacaille, Laigle, Lecoq, Merle, Pinson, Poule, Rossignol. 

Les pâturages: Berger, Pasteur, Pastoret, Pastoureau. 

Les pierres : Despériers. Lapierre, Peirol. 

Les plantes : Buisson, Delorme, Desnoyers, Duchesne, Dufrêne, 
Dupin, Foret, Fougère, Froment, La Saussaye, Xoyer, Pommier, 
Rosier, Saussier. 

Les poissons : Baleiiu>, (Chabot, l)aii[»liin, Languille. 

Les ponts : Duponchel, Dupont, Poucet, et un grand nomiire de 
noms de localités : Pont-Audemer, Pont-l'Évéque. 

Les repas: Maupas (mauvais repas), Maurepas. 

Les rochers: Larocbefoucauld, Laroque, Rochas, Roche, Roche- 
fort, Roque, Roquebrune, Roquette, Roquevaire. 

La stature: Legrand, Lenain, Lepetit. 

La ser\itude: Gobert, Gombert, Jobard, Jol)erJ[, Jouiiert. — Les 
Italiens disent Gloherti. Ce nom vient du bas-latin ./o/^a</o, esclave 
appliqué à la culture du sol, comme Albert signitie esclave atïran- 



J32 NOM 

clii. (Diicn 11,^0^ Colliln-iii : L. LmtcIk^v. Didlonnairo des noms 
d'/toitinies.) 

La terre : La Coiidainiiie (en i-oiiiaii cIkiuiii, piv sciuiieiii'ial), 
Des Essarls (de essart, terre défrichée). 

Les vallons : Heaiivalloii, Honneval, Devaiix, l)ii\al, i!iilr('\aii\, 
Lavallette, Lavallée. Lavallièi'e, Vallon, Yanclnsr. 

La vertu : Chrétien, Clément, Gentil, llanii, Lesa.ue, Levuillanl. 

Tj'S villes: IJoulo.une, Ciiartres, Paris,. Tonlon. 

Au Moyen-Aiie le mol ri//rt, Icrme, maison des champs, se joi- 
gnait souvent an nom du propriétaire pour désigner un lieu hahilé. 
D'où le grand nombre de noms terminés on lul/c, et aussi en cour!, 
(pii avait à [xmi pCv'S h? même; sens. 

Les noms latins terminés en r/;<;/,s', tels que Cypi'ianiis, Claiidi;inu>. 
(pii ont une voyelle avant celte désinence, donnent icn en français: 
Cyprien, Claudien. S'ils ont une consonne, ils gardent un. L'usage 
a beaucoup varié à cet égard. 

, En Italie, on met l'article le, la, de\aiit les noms projjres des 
personnes célèbres : le Tasse, le Dante, lAriosle, le Titien ; la 
Grisi, etc. 

En Russie, on ne dit guère Monsieur et Madame. En parlant à 
quelqu'un, on l'appelle par son nom de baptême suivi du nom de 
son père, en ajoutant wltcli pour les hommes, icna pour les femmes. 
Ainsi Anastasie Petrowna, pour A. tille de Pierre ; loitch s'applique 
à un noble;; of ou ef l\ un roturier. Alexis Alexiewitch, ou Alexis 
Alexief: le premier est no1)le, le second est roturier. (Cf. P. Mérimée.) 

Les noms anglais terminés en son, sont composés du nom de 
famille et du mot son, qui signifie (ils. Thomson, Janson, Jackson : 
lils de Thomas, de Jean, de Jacques. 

Les noms bretons commencent en ker: les noms angevins finissent 
en ière ; les normands en ville ; les gascons en ac ; les noms des 
langues du Midi se terminent surtout par des voyelles, / ou o. 

— Plus une chose est commune dans un pays, plus on y invente 
de noms pour la désigner. Ainsi les Arabes ont prèâ de trois cents 
noms pour désigner le lion. 

SURNOMS DONNÉS A DES HOMMES OU A DES FEMMES : 

Achille : le Bouillant. Aristide : le Juste. 
Alexandre : le Grand. Arislote : le Prince des philo- 
André del Sarto (sans erreur). sophes. 
Antonin : le Pieux. Attila : le Fléau de Dieu. 



NOM IXi 

Bnltiiiol : lo [iliis savant des plai- Iluniriv : rilliistro avcuoie. 
saiils et It' |tliis plaisant dos llii.ûo : le .liivénal français. 
sa\ants. .1. .lanin : lo Pa.«anini do la proso. 

Balzac : lo Grand rpislulior. Jésuites (le généi-al (h'^) : J'a|K' 

Bai'i'as : lo Pourri. noir. 

Bayai'd : loChevalior sans pcui'... .losopli : lo l^i(]i([ue. 

Boaufort : le Boi dos liallos. Julien : TAposlat. 

Bôranwr : rAnacréon moderne. Lalayettc : le Héros des deux 

Bernis : Bahol la Bouquetière. mondes. 

Bossuet : l'Ai.ulo de M(\iuk. Lamartine : rAmaiif d'Elvire. 

Bouelicr : lo Peintre do la chair. Laurent : lo Ma.uniliquo. 

(^alianel : le Souverain poncif. Littré : lo Pontife de ralliéismo. 

(]alliorine II : la Sémiramis du (Youillot.) 

Xord. Louis IX : le Saint. 

(-ah in : lo Pa[»o do Genève. Louis XII : lo Pore du peuple. 

Charlotte Corday : l'Anuo do Louis XIV : le Boi soleil. 

Tassassinal. Louis XVI : le Boi martyr. 

Cliangarnier : lo uéuéral Borua- Luciou : le Voltaire dcrantiquilé. 

mott(\ Lucrèce : la Ciiaste. 

Grillon : lo Bi'a\o. Maric-Antoinetlo: rAiilrichienno. 

David : lo Boi proplioto. Masséna : lEnfanl chéri do la 

Dolel. : le Libre penseur. vicloii'o. 

Dupanloup : le Fougueux prélat. Messaline : l'Impudique. 

Don Quichotte : lo Chevalier de Moïse : le Législateur des Hé- 
la triste ligure. breux. 

Lsope : rKsclave phrygien. Montaigne : lo Sceptique. 

Fénolon : le Cygne do (Cambrai. Musset (Alfred) : M"" Byron. 

Froissa rd : l'Hérodote du Moyen- / le Grand. 

Ane. ^. , , , ! rOore de Corse. 

n } 1 T ■< Aapoloon 1"^ ,, . . , , 
Ganelon : le I l'ailro. ^ j Bohespiei-rea che- 

. le moderne Cincin- ( val. 

Garibaldi nalus. i lo Pdit. 

riléroïque ganache. Napoléon 111' Badinguol. 
Gay(l)cl()hine): la dixième muse. • / rilommedoSodan. 

F. de Guise : le Balafré. Napoléon (lo in-inco) : Plon-Plon. 

Henri V : TEnfant du miracle. Nestor : lo Sage. 

Henri IV :. lo Gi-and. Ney : le Brave des braves. 

Henri VIII : lo Néron moderne. O'Connell : rAgilaleur. 

llippocrale : le Père de la mé- Ollivier (Emile) : Cœur léger, 

decine. Pascal : l'Aigle de Port-Boval. 



13i 



NOM 



Périclrs : l'Olynipicn. 
.Pedro (Doni) : lo .liistirior. 

Philippe le Bel : le Faux iiioii- 
iiiiyoïir. 

Pliilipl)e de Champagne : le 
Peintre janséniste. 

le Prisonnier du Vatican. 

Pic IX Pater (lo/oi'osus. (Veiiil- 
' lot.) 
i le Cygne de rAcadémie. 

Platon] le Divin. 

( l'Aheille athénienne. 

Plutarquo : la Commère de l'an- 
tiqnilé. 

Poussin : le Peintre des gens 
d'esprit. 

Prnd'hon : le Corrége français. 

Rahelais : l'Homère honlfon. 

Racine : le Tendre. 

Raphaël : le Divin. 

Raspail : le Conspirateur en re- 
traite. 

René d'Anjou : le Ron. 

Rétif de la Rretonne : le Jean- 
Jacques des halles. 

Ricord : le Marivaux de la mé- 
decine. 

Rohespierre : l'incorruptihle. 

Rossini : le Cygne de Pesaro. 

Rothschild : le Roi de la finance. 

Rufini : le Premier des ténors. 

Saint Panl : l'Apôtre des gen- 
tils. 



Saint Pierre : le Prince des 
apôtres. 

Scot (Jean) : le Docteui- suhtil. 

Stacl (.M""^ dej : la Bacchante de 
la Révolution. 

Suzanne : la Chaste. 

Tacite : le Platon de l'histoire. 

Thérèse P" : la Sapho catho- 
lique. 

l Fontriquet(Soult.l8io.) 

Thiers | le Lihérateur du lerri- 
1 toire (1871). 

Thomas d'A(piin : l'Ange de 
l'École. 

Titus : les Délices du genre hu- 
main. 

Trajan : Optimus (très hon). 

Tudor (Marie) : la Sanglante. 

Ulysse : le Prudent. 

Vadé : le Démosthènes de l'en- 
gueulement. 

Yaugelas : le Législateur du heau 
langage. 

Vénus de Milo : Notre-Dame de 
heauté. 

Yicat : l'Attila des punaises. 

Victor-Emmanuel : le Roi galant 

homme. 
Virgile : le Cygne deMantoue. 

Voltaire : le Patriarche de Fer- 

Wellington : le Vainqueur des 
vainqueurs. 



NOMS EMBLEMATIQUES : 

Artémise {h reine) : Fidélité dans Démosthènes : Éloquence. 

le veuvage. Eve : Curiosité. 

Cicéron : Éloquence. Hercule : Force. 

Crésus : Richesse. Joh : Patience ou pauvreté. 

Curtius: Dévouement patriotique, Joseph : Chasteté. 



NOM 135 

Lotli : Iiiresle. (lr|>li(''o : la Miisiqnf. 

.Matliiisalciii : la Loii-irvité. Pfiiulorc : la Ciii'iosité. 

Messalinc : l'Iinpiitlii'ilé. lV'ii('lop(; : la Fitlélilé conjugale. 

Moisc : la Loi. Saloinon : la Sagesse. 

Xéi'on : la Cruauté. Sauisou : la Forx'c. 
Nestor: la Longévité et la Sagesse. Sardanapale : la Débauche. 

Oresic (•! Pyladc : l'Aïuilié. Soci-alo : la Sagesse. 

KI'niIKiKS AJOl -ll-KS AIX NOMS DK PAYS, DE VILLKS, ETC. : 

Acliéi'on : l'Avai'o. 

Allemagne : le Saint-Euipire. 

Angleterre : le Royaume-l'iii, la Vieille Angleterre {OUI Emjland), 
la Perfide Alliion. 

Arles : la Reine des Gaules. (Ausone, iv- siècle.) 

l^i'est : le Pot de clianil)re de la P^rance. 

Bretagne : la Vieille Armoriqiie. 

Bruxelles : le Refugiuni peccatorum de l'Europe. 

Cayenne : Coquinville. 

Cuba : la Perle des Antilles. 

Cliine : le Céleste-Empire, TEmpire du Milieu, le Royaume des 
Fleurs. 

Domingue (Saint-) : la Reine des Antilles. 

Espagne : la Péninsule (ibérique). 

France : la Fille aînée de l'Église. 

Genève : la Rome protestante. 

Irlande : la Pologne anglaise (18G7), la Verte Érin. 

Italie : la Péninsule (italique). 

Madère : la Fleur de l'Océan. 

Marseille : la Cité phocéenne, la Reine de la Méditerranée. 

Mer : le sein d"Anq)hitrite. 

Mer Bleue : le golfe Persique a été appelé ainsi, d'un nom qui 
conviendrait si bien à la Méditerranée, et qui lui a été donné 
sans doute parce que pera signilie bleu. 

Mer Noire : l'ancien Pont-Euxin a reçu ce nom à cause des 
brouillai'ds qui rol)Scurcissent en hiver, ou plutôt à cause des 
fréquents naufrages produits par ses tempêtes. 

Mer Rouge : le golfe Arabique est appelé ainsi, à cause de ses 
bancs de corail. 

Mer Vermeille : se trouve entre le Mexique et la Californie. 

Naples : l'Antique Parthénope. 



m NOM 

l'iilcriiic : l"lI(Miroiiso. 

PiiiMs : la NoiiNcllc Atliriio?, la Moderne lialiyloiie. la (^aiiilajc du 
monde cÎNilisr. 

l'oloune : la France dn iS'oi'd. 

Rome : la Ville des Césars, la Ville élernclle. la Ville aux se[il 
collines, le Palrimoinc de saint Pierre, la Capilale de llnloléi-ancc. 
la Niobé des Nations (Byron), la Vieille Dame (Garibaldi). 

Russie : la Sainte. 

Salamanque : la Mère des Vertus, des Sciences et des Arts. 

Sicile : le Grenier de Rome. 

Taïti : la Nouvelle Gythère. 

Touraine : le Jardin de la France. (Rabelais. II, 0.) 

Venise : la Reine, la Sirène de l'Adriatique, la Réinibliquc séré- 
nissime. 

KlMTHlVi'ES ET SOBRIQUETS DE PEUPLES : 

AUemaiuls : LilTre-lofres (Rabelais), Tètes carrées. 
' Américains du Nord : Yankees : du Sud : Frère Jonatban. 

Anglais : John Bull (Jean Bœuf). 

Bourguignons salés (voy.). 

Français : Jacques Bdnlioinme, nom des paysans avant la Révo- 
lution : Monsieur Prudhomme, le Ijonrgeois du xix'' siècle : Frencb- 
Uog, cbien de Français, disent les Anglais. 

Irlandais : Paddy, Paddyes. 

Lorrain : Vilain, Traitre à Dieu et à son prochain. 

Londres (babitants de) : Cockney. 

Parisiens : Badauds de Paris. Rabelais dit : Crottés de Paris. 

Romains : le Peuple-Roi. 

PSEUDONYMES, NOMS DE CUERRE, S0P.RIQUETS : 

Pendant longtemps, les gens de lettres, comme les acieurs. 
cbangeaient leur nom en paraissant devant le public. 

On employait de même des noms supposés pour désigner les 
dames qu'on célébrait en vers : Iris, Amaryllis, Cbloris, etc. 

De même, au tbéâtre, dans la crainte de rencontrer par basard 
le nom d'une personne ([ui aurait pu s'en formaliser, on employait 
une douzaine de noms, toujours les inèmes. Les amoureux s'appe- 
laient : Valère, Éraste. Clitandre: les pères : Orgon. Géronte : les 
amoureuse* : Isabelle, Léonore, Ébse ; les valets : Frontin, Masca- 
rille, Lallècbe, etc.: les soubrettes : Nérine, Lisette. 

Les Grecs et les Latins composaient les noms des personnages. 



.\().M i:!7 

MoliiTo h'S a imiU's (mi ap^jclanl un apolliicairc Piiruoii, un 
nirclcciii Toiiirs (saignoiir) ou Dosfoiiandrès (tueur d'hoiunios). 

riauto appi'lle un pai-asitt' Arlotro.uue (ron.uo-paiu), un vieillard 
(:iiiriu»''S (i'raclu)ll(Mir). une aiiiouroiiso (llycèrc (douce), un parasite 
(liiallion (uiàciioii-c). un anHiiirciix: l'ain|)hilc. 

Manie, acteur d(> la lV)i-le-Saint-Marlin. se lit apiielcr Vaunoy. 

Auiié signait 0. G. : Déadé. I). A. 1). 

Boniface s'appela Saintine. du village ou il fut éle\é. 

Crucli (Einnia) pi'it le nom de Coi'a l'earl. 

Kroniage devint M. Laui'encin. 

Pasquin prit le i)sendonynie de Valéry. 

Rapenouille se III ap[>eler Lal'on. 

Ross (Uosalie) s'appela M"""' Despréaux, etc. (Voy. dUeilly, 
iJidionnali'f' des Pseudonyinrs, 18()7.) 

— Le maréchal d'Ancre avait changé son nom deConcimi (fumier), 
en celui de Concini (ha([uet... d'ancrc^f) 

Un médecin de François ["''. qui s'apjielait Sans-Malice, traduisit 
son nom en grec, et en lit Akakia. 

Le W Canard, jésuite, latinisa le sien en 1'. Anat. 

Le P. Gonière devint le P. ('onjire. 

Platon se nommait Aristoclès; son sui-nom lui ^int de sa largeur 
d'épaules et de sa force physique. 

— Le nom de (jiierre est le' nom d'emprunt que prenaient les 
soldats en s'enn'tlant. Dans la comédie de la Feimiie Capitaine, 

on lit : 

11 s'est l'ail iiinii [)afi'aiii \\o\\v m'appelei' I.a llosc 

— Le sobriquet est une épithète satirique ou Iturlesque, qui 
s'ajoute au nom. en rappelant quelque défaut physique ou moral de 
rindi\idu. 

Chez les Romains, le surnom ou sohriquet était [)ersonnel et se 
transmettait rarement. Il servait aussi à désigner les individus 
d'une même famille. Ainsi chez les Claudius, il y avait Claudius 
Ciecus, Claudius Pulcher; chez les Scipions, Scipio Africaiius et 
Scipio Nasica. 

Dans les temps modernes, les sohriquets et surnoms ont été peu 
usités chez les peuples du Nord, et furent mis en usage d'ahord |)ar 
les Grecs et les Italiens. Ils sont dus à la llatteiie, ou à la malignité 
qui en est très prodigue. 

Il est peu de personnes, dans certaines classes, qui échappent ;'i 
ce haptème hurlesque. 



138 NOM 

Le mot sohriijuci Nient, dil-nii, du liiliii siihruUciiliin), on de 
l'espagnol sobra, snr (qni s';ippliqiie sur le nom). 

Louis XV ajjpeliiil iMniilirroinont sos filles des noms sni\;inls : l;i 
(grasse Victoire, Coclic; So[diie. Griiille; Louise, CliilTe ; (piant à 
Adélaïde, qui s'appelait elle-même, dans nur lettre, madame 
Torchon, elle avait été surnommée Loque. 

Il parait (pu* ces solu'iquets par tro[) lias étaient à la mode à la 
cour, car M""' de Pompadonr appelait le duc de Clianiues « mon 
cochon » ; M""" d'Amhlemont, mon torchon, etc. 

— Kn France, l'esprit national a déni.iiré ou i'idi( idisé ceitains 
peui)les en leur attribuant tel défaut, tel vice. Ainsi : 

Un Grec est celui qui triche au jeu; un Suisse, un portier: un 
Arabe, un Juif est un usurier: un Bohémien, un va.uabôud ; un 
Romain, un applaudisseur à gages; un Polonais, nn ivrogne; un 
Savoyarii, un homme grossier; un Anglais est un créancier; un 
Chinois, un homme laid ou bizarre ; un Gascon, un menteur. 

NOMS BIZARRES ET RIDICULES, CHANdEMEIVT DE NOM : 

On a vu que tous les noms propres qui signifient une qualité, 
une manière d'être, un état, ne sont que des soliriquets consacrés 
par l'usage. 

Il en résulte parfois de grandes hizarreries. Vous vous appelez 
Lehrun, quoique vwis soyez blond, parce qu'un de vos ancêtres était 
brun. Tel se nomme Vaillant, qu'un lièvre ferait fuir. On peut s'appeler 
Prosper, Félix, Fortuné, et être le plus malheureux des hommes. 

De même on serait dans l'erreur, si l'on écrivait à Liège pour 
avoir des bouchons, à Pau pour avoir des gants, à Mantes pour 
avoir des pastilles. 

M. Bul'fin a i)ul)lié (juillet 18G7) un dictionnaire des familles qui, 
de 180G à 18G7, ont obtenu de la Chancellerie l'autorisation de 
changer de nom. Voici quelques-uns de ces noms abandonnés : 

Beljambe, Bellegueule, Braillard, Caca, Cantaloup, Chameau. Fau- 
chier, Vachier, Cochon, Fromage, Guignon, Mioche, Lamort^ Pipelet, 
Roquet ; sans parler de Louvel et de Papavoine. 

Louis XI autorisa (1474) son valet de chambre 0. Le Mauvais à 
prendre le nom d'Olivier le Daim. 

Le hasard produit parfois des jeux de mots de mauvais goût, et 
des noms « horrificques seulement oyant leur son», dont parle 
Rabelais au prologue du livre IV. 

Nomina sunt ipso pcnc (reinciuhi sono. 



NOM i;)9 

En iiovoniliro 18G8. la Chanrcllorio a autorisé un diacro nommé 
Merda, à allont^er son nom on Mérida. 

Le gendarme qui fracassa d'un coup de pistolet la mâchoire à 
Roltospierre. s'appelait aussi Merda : à cette époque de raccoiii-cis- 
sements, il raccourcit son nom en Méda. 

lii nommé Merde sollicita la permission d'intervertir les syllahes 
de son nom. Le Chancelier ne l'autorisa qu'à prendro la particule. 

Racine, Roileaii, Corneille, on! illustré des noms assez ridicules. 

— On a de tout temps altéré les noms de famille. [)ar intérêt ou 
par Nanité. Molière s'est moqué de cette manie : 

Qni'I aliiis (le (iiiittcr le vrai nom de sos pères, 

l'oiir en vouloir prendre un hàli sur des cliimères! 

De la piu]iarl des f,'eiis c'est la démangeaison ; 

Et, sans \o\\s eml)rasser dans la comparaison. 

Je sais un pajsan (pTon a|)pelait (Iros-I^ierre, 

Qui, n'ayant [lour Idut liien (luun seul (piartier de terre, 

Y fit tout à l'enlour faire un fossé lK)ur])eu\, 

El de Monsieur de i'Isle on prit le nom pompeux. 

{Ecole des Femmes.) 

— La \anilé a aussi contriliué à changer le nom de certaines 
professions. Les portiers sont devenus des concierges ; les apothi- 
caires, des pharmaciens ; les liquoristes, des distillateurs ; les per- 
ruquiers, des coill'eurs et des artistes capillaires. Quand ils sont à la 
retraite, ils font imprimer sur leur carte : X..., coilTeur honoraire. 

— Il y a des noms prédestinés ; le nom semhle avoir une influence 
incontestahle sur la destinée de celui qui le porte. Un général, eût-il 
tout le génie de Napoléon, ne sera jamais maréchal, s'il s'appelle 
Ferrand. 

Cependant Lelièvre défendit héroïquement Mazagran, et l'on ne 
manque pas de dire que c'était un « fameux lapin ». 

Tout le monde s'est extasié sur le caprice du sort qui a nommé 
Gàtechair un célèhre maître d'armes: Lahure, un charcutier. 

— Dans un déhat à la Chamhre, sur les liquides, en 1859, c'est 
M. Pissard qui a pi'is la parole. 

M'"" l^oitrine fut imurrice du premier enfant de Marie-Antoinette. 

M. Léonidas est mort le 13 janvier 1868, passage des Thermopyles, 
à Montrouge. 

M. Pierrot, proviseur du lycée Louis-le-Grand, est mort le Mardi- 
Gras. 

En avril 1869, dans le xx^ arrondissement, M. Cerf épouse 
M"e Biche ...Corne de cerf, ventre de biche ! 



140 XOM 

A Toulon (jionl 18()0). W'" Sclialciii'. l'iio de ril('»|)il;il. î>. ;i (''|iou?(; 
M. Fr;iis. 

Dans lii nirino \illo, par son inariaiir à M. Fille, M"'- Danio est 
devcniio M'"« Fille. Leur tille a é|innsé .M. .Mère, et la fille de ce 
dernier niénapc, M"'' Mère, est morte instilntricc à Toulon, en 1872. 

M. Legras épouse M"'" AUard (janvier 1870). 

M. Ventre ('ponse M"'- Ti'ipe. 

Kn mai 187i, M. (]ucu épouse M"'' Bcanpet : M. Lnmorl. .M"'=Cimc- 
tièi-e. 

— M. de (jnnoul. ministre de riusti'uclion puldirpie (1874). Ce 
nom. sou^ eut interverti, par de mauvais plaisants, sij^iiilie en réalité, 
montagne allongée en forme de coin {cuncu.s 7?ions). M. de Costoii 
lui a consacré quelques lignes de son très curieux livre sur VOr/^/ne 
des noms propres. Voici ce passage: 

« Le nom actuel de la famille de Cumont, connu depuis longtemps, 
sous celui de Montcuq (emprunté à un liourg du Lot. cité i)Our la 
beauté des collines qui renlourent. et dont le nom, J/ons rufjnus 
ou cnne/fs. en latin, veut dire : montagne faite en forme de coin, 
longue coUine). n'a été obtenu qu'en intervertissant l'ordre des 
syllabes. Il n'a rien d'inconvenant à l'oreille, grâce à celte méla- 
morpliose; mais les dames qui babitent le bourg en question, sont 
obligées d'employer des péripbrases souvent embarrassantes, quand 
elles parlent des cbarmes de leur résidence. » (Larcliey, Diction- 
naire des noms.) 

— M. de Forbin-Janson, plaisantant Boileau sur son nom, disait 
qu'il vaudrait mieux s'appeler Boivin. « Lt vous, Monseigneur, dit 
Boileau, quel nom avez-vous cboisi l Janson ! J'aimerais mieux 
m'appeler Jean farine. » 

— Un domestique, au moment d'annoncer M. Cucbeval dans un 
salon, se retourna en bésitant, et lui dit : « Mais, Monsieur, il y a 
des dames. » 

— Alexandre Dumas, pour se débarrasser des imporlunités des 
époux Bombelle, écrivit sur leur album ces vers vengeurs : 

i\iiu'(inni (Idiic ces gens-là .s";u)pel]ent-ils Boiiihellc ? 
l.e ai;iri iirst pas bon, la femme ifesl pas belle! 

— Le nom de Verdi, l'auteur du Trouvère, est formé des initiales 
de Victor Emmanuel, Boi d'Italie. Devise de l'unité italienne, et qui 
a ser\i de cri national à l'époque do la révolution d'Italie. 

— Jides Simon, député de Paris en 18G0, s'appelait Suisse. Il a 
depuis longtemps renoncé à ce nom de famille. Voici dans quelles 



XOM 141 

(iiTonslance?. Il venait déliv nommé snppléanl de V. Consin, au 
Colk\ue lie France : « Mon ami. lui dit Consin, je vous ai fait inscrire 
sous le nom de .Iules Simon, tout coni't. laisse/ donc de c(Ué cet 
alïreux nom de Suisse. Kst-ce qu'on s'appelle Suisse, quand on vent 
arri\er à (iiieliiiie chose ? » 

— Xa|)oléon avait iu)mim'' Bigot ministre des cultes ; La unes, 
colonel des (irisons; Gardanne, ,yoiiverneur des pa.aes ; (lochon. 
préfet des Deu\-Nèthes; .lean Hon, préfet de Ma yeuce. Le général 
Mouton était dans les cliamliellans ! 

— Henoisl est l'anagramme de Incn sot : il a fait benrl. 
Claude a fait les diminutifs ridii'ules (lodiche, (iodiclion. 
La malignité a criblé .Icdii d'épilliétes satiriques. 

On a fait de Thomas le synonyme do pot de chambre, et irqqio- 
crate est l'anagramme de jiot à c... 

— Le changement de nom est très gênant, en ce qu'il dérange 
des habitudes reçues depuis longtemps. 

Ainsi le changement de nom des rues est funeste aux relations 
commerciales, aux intérêts des négociants qui y sont étahlis. 

— L'usage existe aussi en France et en Angleterre, qu'un litre 
conféré abolit le nom de celui qui le reçoit, pour le remplacer par 
celui qui est attaché au titre nouveau. 

En août 187(). d'Israëli ayant été créé pair d'Angleterre, prit le 
nom de Lord Beaconslield. Il en est de même de certains générauv 
du Premier Enqjire, dont on a de la peine à retrouver le nom de 
l'amille sous les titres de Duc de Padoue, de Yicence, de prince 
d'Essling, de V\"agram, etc. (Voy. soldat heureux.) 

NOMS DIMINUTIFS : 

Anne a donné Annette, et, par addition de n, Xanette, Nanon. 
Antoine fait Toine, Tony; Antoinette, Toinette, Toinon. 
Robert, dont le diminutif est Hohertot, a faitBerthe, Bertliaut(?). 

— Les Anglais aiment à contracter les noms de baptême: ainsi 
Robert est devenu Bol) ; Alexandre, Sandy. 

NOMS PROPRES DEVENUS COMMUNS APPELLATIFS : 

Noms d' hommes. — Académie, de Académus : Amphitryon, 
de l'époux d'Alcmêne; Août, d'Auguste; ArcliaUfil d'), nom d'inven- 
teur ; Aristarquc. Barème, Batiste, Benêt, Brioche, Cadogan, Calepin, 
Casimir, Colin, Cretonc, Dédale, Elzévir, Escobar, Espiègle, Fon- 
tange, Gobehus, Guillemet, Guillotine, Herschell, Histrion, Hortensia, 



142 NOM 

Isabelle, .liiillet, Ladre, Lanihiii, l.iaid, Louis, Loveiare, Maradam, 
Machiavélisiiio, Madeleine, Maillard, Mansarde, Marionnette, Mari- 
vaudage, Mansolée. Mentor, Miiiotaure, Mont,u;ol(ière, Napoléon, 
l'asquinade. Patelin, (jninqtiet, liodoniont. Séide, Sillionette, Simonie, 
Sorljonne. SIenlor, Stras, Tonliiic Tiirliipiii, Vernir, Zoïle. 

jYo//)s de paijti. — An.uora, \ille d'Asie. Mineni-e ; Ardoise f/l/v/ ('se 
en Islande) ; Hrette, épée faite, en lirelaaiie ; (lalicot, étoile faite à 
Calicnt ; Camaldules, champ donné pai- Maldule (?); Campanile, de 
Campanie: Carmélite, du mont Carinel: Colchique; Emeri (d'un cap 
d(; l'ile de Naxos) ; Kspa.unolette, Guinée, Iiidiuo, Laconique, Levan- 
tin, Maroquin, Ripaille. 

A'o/ns <le peiijden. — Assassin, nom d'un peuple de Syrie: Basque; 
Bavaroise ; Brigand (des Bri;/nn/cs. peui)les d'Hihernie) ; Cravate 
(de Croate) ; Galoche (de galltca, chaussure gauloise) ; Morion 
(casque tuoi^e) ; Vandale. 

Noms de tu/ /es, lieux, etc. — Atellane, comédie qui prit nais- 
sance à Atella ; Babiller (de Babel) : Baïonnette, Bergamotte, 
Berline, Bougie ; Brugnon, prune de Brignoles : Cachemire, Chalcé- 
doine, Cerise (de Cérnsonte, en Asie Mineure) ; Cognac, Colophane, 
Cordonnier (de Cordoue) ; Damas, Échalotte {(}LAscaIonJ; Faïence, 
Florin, Futaine {ûeFus/ad, l'ancienne Memphis ?) : (ia7.e(de6^«rr/): 
Gruyère, London, Magnétisme (de Magnésie); Malines, Moka, Mous- 
quet, Mousseline (de Mossoul), Nankin, Parchemin (de Pergamé), 
Pistolet (de Pistoie). Pouzzolane, Solécisme (de Soles), Sybarite (de 
Si/bai-is), Tournois (de Tours), Tripoli. 

A'oms d'Nes. — Canari (des Canaries), Candi (de l'île de Candie), 
Craie (de Crète), Cuivre (de Kupros, Cypre). Curaçao, Phare (île 
daP/iaros), Tabac (de Tabago), Topaze. 

Noms d'animaux. — Aroude (queue d'), queue d'hirondelle; 
Camelotte, étolïe en poil de chameau ; Chenet (de chien) : Édredon 
(de Eider) : Hobereau, oiseau de proie ; Sépia {sèche), etc. 

Nomade, du grec nomades, peuples pasteui's. 

Nombre, du latin numerus: grec ne?no. partager. 
— Euclide définit le nombre un assemblage de plusieurs unités. 
Les nombres cardinaux sont : un, deux, dix, cent... 
Les nombres ordinaux : premier (unième), second (deuxième), 
troisième, centième... 
Les nombres collectifs: huitaine, dizaine, centaine... 



NON 143 

I.cs iioiiild't's rt''(lii|ilicatil's : doiililc, triple, qii;Klrii[)l<'... 
Les iKiiiihi'es distriliiilil's : un ,'i un, dcnv ;'i doux... 

— Le ii()ii*il)ro d'or cxpi-init' nue année de cycle (^l'ei'de on période 
de dix-neid" ans). (]es nomhres élaienl autrefois écrits en lettres 
d'or dans les calendriers. 

yinutero ilcux iinpdiv gautif.t. 

(Vinr.ii.K, FtjL, Vni.) 

(Les dieux aiment le nonilire impair.) Allusion à la croyance 
po|)idaire des anciens sur les nombres impairs. 

— Dans le systèmes de Pytliauore, Y unité représente; la divinité; 
(k'ii.r, le mainais priuciix' : /?'o/s est le symbole de l'barmonie 
parfaite. 

Nombril, du latin lonbllicus : par soudure de l'article, on a eu 
li))nbril, puis 17 s'est cbangé en n (dissimilation). 

Cicati'ice arrondie, située au milieu de l'abdomen, et par on le 
cordon ombilical s'attachait au fcelus, avant la naissance. 

— Le peintre Santerre a représenté Adam et Eve sans nombril, 
comme ayant été créés par Dieu. 

Nominal, de nominalis. 

— La valeur nominale des monnaies, des titres industriels ou 
commerciaux, est celle qui résulte de l'émission primitive, et non 
de leur valeur réelle, inlrinséquc et immédiatement réalisable. 

Non, du latin non. qui est peut-être pour ne /tonio, comme 
niilli/s pour ne iiniis. 

— Aon est l'élixir du despotisme en trois lettres (?), 
iXon est le verrou qu'une bonnéte tille met à son cœur... 

— Les mots qui servent exclusivement à nier sont très rares. 
Les Latins n'avaient ([u'iine néjiation (simple), tion, qui nous est 

parvenue sans altération. (Jui, est de même la seule aftirmation. 

— lYon, dans la langue romane, était le corrélatif d'oc, oui. 
Qui sol dire oc, or r//r non. (ï. d'Albest.) Qui a coutume de dire 

oui, maintenant dit non. 

Mais la négation s'est très souvent renforcée pour répondre aux 
nomltreuses exigences de la langue. 

A'e. forme réduite, se renforce souvent au moyen de : aucun, 
guère, jamais, mie, goutte, pas, personne, point, rien. 

lYon (réduit à nen) et la conjonction négative /;/, ont formé nenni. 

Nul vient de nullus, pour ne nllua (pas un). 

— La négation s'exprime aussi, au moyen des [i;irlicules a. tirée 



144 NON 

(In isvor. f! in. \\i-vv du liiliii. lAciiipIcs : ;i[);illii('. ;i|);illii(jii('. 
jii(-i'i'l;iiii, iii(';i|i;il)lr. 

/// cliMiiutï S()ii\('iil [);ir ;issiiiiil;i(ioii sîi consonne (1('\ mil /. ///./>. /• ; 
il!('l(i-('', iinpossililc, ininiobilf, irrésislililc 

Il lu siippriiiii' (i('\;iiil ;/ : i-,iinor;iiit, i-.unoblc 

— Lors(iii"()ii MMil ('\primrr un jiiLiciiK'nt. ;iflinii;ilif on nc'vLS'ilif. 
on se sert liiihiliH'liiMiienl (rmic coiiip.iiMisoM. ;ilin de'iloniicr plus 
de force à l'expression. Ainsi l'dn dil : liirlic coimMc (^-ésns: p;inM"C 
comme Joh. 

Ces compiiriiisons sonl snrlonl nondircnscs [lonc t'\pi-iiner la 
négation, et, dans le langage éncrgiqne et lignré du peni)lt'. l;i 
comi)araison négative trace nne image })0ur rendre l'idée [dns 
sensible, et en qnehine sorte matérielle : Cela ne vant pas les 
qnatre fers d'nn chien, ...pas un son, nn liard : je ne reculerai pas 
d'une semelle, d'une ligne. 

Dans ce cas, l'objet est présenté coinme inférienr à un antre, de 
très peu de valeur, auquel on le compare. 

Les Romains ; faisaient aussi usage de ces façons de parler; on 
les rencontre surtout en grand nombre chez leurs poètes comiques, 
dont le style reproduit le langage populaire. 

Floccus, un flocon de laine : pisus, un pois : cireux, la pellicule 
qui sépare les grains de la grenade (de là : chique, chiqnet) : je 
n'en donnerais pas une chique : plmna, plnme ; as, sou : iriobo/us. 
triobole; trioboli Jiomo (Planter un homme de rien ; /tiluni, petit 
point noir de la fève (d'où niliilum, niliil, rien). 

Nous disons : une vétille (voy.), de y/^^a, bandelette : un brin de 
fil ; rien du tout : rien de rien. Mais l'infîniment petit, le minimiun 
des minimorum, c'est encore une partie du tout. 

— On a apprécié une valeur négative en la comparant à une 
ombre, à une idée, à un soupçon de chose. 

On a dit : Donnez-moi un soupçon de \in, une larme, une goutte, 
m\ tout petit peu. 

— Dans les auteurs du Moyeu-Age, les termes de com[(araison 
sont : une noix, une fève, une alizé (fruit de l'alizier). une châ- 
taigne, un gland, un pois, une pelure do pomme, une prune. 

On dit encore : Ce n'est pas pour des prunes. 

Tolz non los preze nn (/hind. 

(C/ironlque d'Arlex.) 

(Je ne les prise tous un gland.) 



NON lio 

Vn lioiiton. lin doiiicr, iino niaillo, iiiio lioi-iiiclc (pdilc cofiiiillc), 
un liloi'liii. un pas, im [»oiiil. un arain. 

Ceste-cy n'est inie la mienne : je n'en voiiK L-rain. ( Uahelais.) 

Los rarhapterez-vous? — Grain. (Id.) 

l'n navet, nn zeste, un eoupeau d'oignon. 

Aujourd'liiii. nos termes de comparaison sont dus souvent à la 
fantaisie on au \oraliulaii"e de l'argot. 

Nous disons faniilièrement. pour expliquer la négation : des 
lunels 1 des nèllcs ! du llau ! Hùtc ! 

Les gens très grossiers euiploieut le mot de Gamhronno. dont 
Rabelais a fait un frécpient usage, ainsi que de bren. 

Nos troupiers ont rapporté d'Algérie macach. 

— .Xe vient de /ter. et non pas de non. 

A'e, devant une voyelle, prenait la forme euphouiiiue nen. 
(En réalité, nec a donné ni: ne et nen sont des formes alTaihlies 

de non.) 

11 lira ;i(l jdic t'ii ce iniiiitl. 

(MAlilK HE FliA.\i:K.) 

iVe et nen étaient aussi conjonction, dans le cas où nous 
employons 7ii, et où les Latins employaient nec. 

Ni'H aiili'c L-liiisc kl' vaille lui sont lienier. 

((JKnAtlD DE VlANK.) 

— .Xenni. ni. Ou a dit neni/ (ou nonUj, composé de ?ien et de //. 
comme aï/ de /toc illud. Xenil de\int nenni, comme oU devint oui. 

— Au! a remplacé le vieux mot nulni. 

Sans niilui avoir inercy. (Rai)elais. IV. 43.) Pitié de personne. 

Et se nus ne mile (Icniamle 
Comment ge voil (jue cilz rommans 
Soit appelez, que ge commans, 
(",e est // lidiniiiitn^ de la Rose, 
Où larl d'amors est tote enclose. 

(li. I)K IjiHlil^.) 

{.Xu/ n'a pas remplacé nu/iii : nu.'^ était le cas sujet, nul le cas 
direct, nului le cas indirect. Coninie autrui pour autre; celui 
pour cil.) 

— Aucun : jadis aùjues, (luque, alques un. 

Lorsqu'il n'est pas suivi de la négation, aucun affirme, comme 
/iliquis eu latin. Aucuns ont dit : quelques-uns ont dit. D'aucuns 
disent. 

— Guère, Jamais, sont aussi des mots affirma tifs (voy.) qui ne 

10 



146 XOX 

peuvent servir ;'i nier (jh'cii Ncrdi (riiiit' ii(''L',iti(iii ('\|(i-iiii(''e uu 
sous-cnlcndue. 

Il ne t;ir'der;i ;iiit''i"(\ c'csl-à-dir-c pys Ikmiicoiii). c esl-ii-dirc peu. 

Gurre \U'\\\, selon J.-J. Ani|)(''i'o, du ludcsquc f/ar, f/nro, hf.'iu- 
coiip. Il ;iv;iit j;idis le sens de hraiicfni/) : inijourd'IiNi c'est le 
contraires (;'i causcï des la néualion sous-cntciiduc). 

Le sens primitif est resté dans fpKdques locutions : Il a disparu, 
sans qu'on sache liuère ce qu'il est devenu. 

— Nayiirre est pour : il n'y a auère de temps, ou n'a Lnière. 

Le provençal a .uardé le sens ancien : A"aï pas gaïre : je n'en ai 
pas beaucoui). 

— Goutte, mie ! La terme de comparaison niinima a été lonçr- 
temps une miette de pain. Il n'y en a mie. 

Ouaiid () fait, mica no s'en ro|K'iil. 

[forme tic IM.c.E.) 

(Quand il le fait, il ne s'en repent mie.) 

Il est tombé en désuétude, et on y a substitué pas et point. 

Mais tous ces mots ne deviennent négatifs que par l'adjonction 
de la négation ne, la seule que possède notre langue. 

Goutte s'emploie encore dans la locution : Je n'y vois goutte ; je 
n'entends goutte à cette atïaire. 

— Pas, point. Pas [passas) a dû être employé pour exprimer 
une négation avec un verbe signifiant mouvement. 

lYoH pas do'^ jors ni Ires. 

(P. D'AuVEIiCNE.) 

(Xi deux jours ni trois.) 

On a pu dire : N'approcbez d'un pas; puis n'approchez pas(?) 
Comme on dit : Je ne comprends mot à ce qu'il dit. 

Pas a fait son chemin, et de sou acception restreinte à l'idée de 
mouvement, il en est arrivé à servir comme explétif d'une manière 
générale dans toutes les propositions négatives. 

Pas remplace quelquefois néant ; pas moins, pour néanmoins. 

On me l'a défendu, pas moins je le ferai. 

Quelquefois, pour donner plus de force à un refus, à une déné- 
gation, on met non pas, que non pas. 

Feriez-vous cela ? Non pas ! Irez-vous chez un tel ? Oh ! que non 
pas ! C'est-à-dire : Je m'en garderai bien. 

— Point (de punctuinj est la trace d'une piqûre ; il désigne 
l'étendue la plus restreinte, la plus petite qu'il soit possible de 



M ).\ 1 M 

concevoir: une partie atomique d'une surface. Il en est venu à 
servir d'explétif, comme y>^/.s-, pour accompagner la négation ?t<.'. 

— Personne, dn latin persona, acteur dramali(pM\ iiiasipu'. a 
[iris ensuite la signilication de homme, iiKli\idu. 

Joint à la négation ne, il prend la valeur du lalin lunno, pour 
ne honio. En provençal <jes, pour yens; : et deyun, nec unus. 

Ainsi employé, pei'soiinc est masculin, tandis qu'il est féminin 
dans son emploi comme substantif. 

On dit : Votre sœur est une personne très heureuse ; mais : Per- 
sonne n'est plus heureux (pie votre sœur. 

La négation est souvent sous-enteudue avec personne, comme 
avec la plupart de ces mots: cela se produit surtout dans les 
réponses. Qui demandez-vous? Personne; c'est-à-dire : .le ne 
demande personne. 

.l//*e remplace personne d-.m?, l'expression : Je ne vois âme qui vive. 

— Rien, du latin rem, chose. 

Aftirmatif comme pas, point, personne, il ne devient négatif 
qu'autant qu'il est accompagné de ne. 

FoiU'(|Uoi consonliez-VDUS à rien prendre de lui 1 

(.Moi.iKRR, TartufJ'e.) 

Ouelquefois même il est négatif avec ellipse de ne. 
La nuit à bien dormir ol le jour à rien îaire. 

(lîOILEAr.) 

J. du Bellay avait dit avant Boileaii : 

Et qui souvent à rien faire 
Sont les plus embesognés. 

Et Rabelais (Y. 15): Nous ne faisons que rêvasser, que rien faire. 

Il est des phrases où l'on peut remplacer rien par chose : Il n'est 
chose que je ne fasse pour vous plaire. Mais, si l'on demande à 
(piebpi'nn ce qu'il fait, et qu'il réponde : rien: c'est une réponse 
elliptique, qui équivaut à : je ne fais rien. 

De même que chose est employé, dans celle locution, au sens 
négatif (par elli[ise), on emploie quelquefois rien comme négatif : 

(]ar, dans le siècle où nous sommes. 
On ne donne rien pour rien. 

(.Moi,;i'.iii:, Ecole de.'! l'emmea. H, 2 ) 

Je ne suis pas un homme à vouloir rien pour rien. 

[1(1.. IV, 4.) 

C'est-à-dire : on ne donne pas quelque cbose pour nulle chose ; 
je ne suis pas homme à vouloir quelque chose pour nulle chose. 



ri 8 IVOT 

Nonce, du hiliii niatfins, ("nvoyé. 

Aiiil);iss;i(l('iii' du pape au près des soiiNcniiiis, pour représenter 
la [tiiissance tein[iorelle du Sainl-Siè.ue; les léjials à hilare sont 
eliarfiés des fondions si)iriluelles dans les pays ratlioli([U('S. 

Nonchalant, de non, cfilenleni, ancien \erl)C rhaUtlr. 
(Icliii (pii n'a souci de rien, que tout laisse froid. 

Nonne, de nonna, lalin du Moyen-Age. 

Désignait au M(nen-A<ie une religieuse d'un âge avancé. 

Terme respectueux, équivalant à grand'nière. 

Noria, mot espagnol, tiré de l'arabe na-ourat, roue hydrauli(|ue 
à irrigation ; de «a«r, lancer, faire jaillir. 

Normand, du germanique norlh nuinn, homme du Nord. 

— Réconciliation normande : peu sincère. 

Répondre en Normand : sans dire ni oui, ni non ; réponse évasive. 

Parole de Normand. Un président de la cour de Rouen haranguait 
Henri IV. Il resta court. Un courtisan dit au roi : « Sire, c'est un 
Normand, il manque de parole. » 

— La coutume normande accordait un délai de \ingt-quatre 
heures pour ratifier ou infirmer une convention, ce qui s'cxpi'imait 
légalement par les inots : avoir son dit et son dédit. C'est là peut- 
être l'origine de la réputation de duplicité faite aux hahitants d'une 
province qui n'est pas moins honorable que les autres. 

Nostalgie, du grec nosfos. retour, a/(/os, mal, ennui. 

Mal du jiays, névrose cérébrale qui est causée par un violent 
désir de revoir du pays. 

La nostalgie n'atteint généralement que les habitants de pays 
ingrats. Les Lapons, les Groëulandais quittent peu le leur ; tandis 
qu'on rencontre partout des Anglais, des Français, des Italiens, qui 
ont quitté leur pays. 

— La nostalgie de la boue. (E. Augier.) 

Notaire, du latin notarius. Provençal notari. 

Synonyme : monsieur mal plaqué (argot). 

Vient des notes tironnieunes qui furent longtemps en usage pour 
écrire les minutes des actes pul)lics. Ces notes étaient une écriture 
abrégée, sorte de sténographie des Romains, inventée par Tiron, 
aiïranchi de Cicéron, et dont la clef n'a pas été retrouvée par les 
philologues. 



NOIT 149 

— (ycsl ("(Hiimo si le ut'tlaire y Mv;ii( p;issé : e'osi clu^so ;issiirée. 

— Dnns le Moi/c/i t/c /irrrroiir {r\\. IW'iiii iiimitIuiiuI. voulant 
l'iro aux dé[)eiis de deux notaires qu'il avait fait appeler, dit à sa 
servante de passeï' devant eux avce des pois, parce (]u'il a\ait 
depuis huiLileiups en\ie de nian.iier des pois passés dexanl notaire 

— l'u notaiiv ayant sur[u-is sa l'euiuu' aver un amant, (•elui-ri 
a\oua. iH' pouvant niei' un fait |)assé devant notaire. 

— l/arucut n"étal>lit de rinéiialité chez les lioninies ((ue [)ar 
devant iiotaii'e (0- 

Nougat, de l'espaLinol nogado. 
Gâteau l'ait do noix ou d'amandes. 

— Le noyer se dit en pi'ovençal iioiiynicr. 

Nourrir, di[ latin nulrire. 

('orps liieu nourri vaut mieux (pu' lioiirse hien rem[)lic. 
BourmiiLinons. Ixnaiix de soie, ventre de velours (qui préfèrent 
la l)(Hine chère aux. beaux vêtements). 
\j\\ helle caue ne nourrit pas l'oiseau. 

Nouveau, du lalin /loivl/it.s. diminutif de noms. 

Au nouveau tout est beau, ou : tout nouveau, tout beau. C'est le 
fjvnîa nocilds des Latins. 

On dit aussi : Balai neuf balaie bien, dans le mémo sous que : 
ferveur de novice. 

il n'y a rien de nouveau sous le soleil : il n'y a (pie des recom- 
mencements. Toute chose a été faite à l'imitation d'une autre; Dieu 
lui-même a fait riiomme à son image. 

Oroire tout découvrir est une erreur ijrofonde : 
C\-st prendre IMiorizon pour les bornes du monde. 

(Li;moim:.) 

Xulluin e-sl JKin iliduin, qnod non diclani sil j^rius. 

{Ti.RKycv..} 

(On no peut rien dire qui n'ait été dit déjà.) 

Il serait plus juste de dire que tout est pensé, mais que tout n'est 
pas dit. 

La cojubiuaisou des mots est infinie ; c'est un art créateur que 
relui de les assortir, de les embellir l'un par l'autre, de donner 
ainsi à la pensée une forme nouvelle. 

L'art consisterait à faire pour rintelligence ce que Guvier a fait 
pour l'histoire naturelle : créer la paléontologie des idées par une 
étude ap[)rofondie des monuments littéraires. 



irio xoY 

Nouveautés (iiiin-cliaiid ilej. 

— Le. palroii s'appelle /o.sr^)// ; les roinmis (appreiilis au pair) 
sont les his/ofs. les roi/ffions: les ronimis ctalaj'isles sont des 
pe/i(/i(!'! : les coinniis [jriiicipaux sont les r/icfs do, rrn/on. 

Va\ liloc, les coniniis. s'appellciil riiUrolx. (le nom Iciii' l'ii! appli- 
qué à la suite de la repi'ésentatiou d'une «dUKMJie de Scrihe : le 
C()mhal(l('!< Moiilaf/ncs (1817), dont le pi'incipal personnage est 
appelé ('alicol. 

— La niarcliandise démodée se {\\[ fni(j<; : ro^sifjnol n'est plus 
guère en usage. Fn/t/c qs[ une ironie: ear ce mot. d'argol signilie 
gain, frnil : cl il l'aiil ici le prendre [tar anti[)lirase. Ce sont les 
frnges qui i-apportent le plus de f/iiclte au\ commis, car la gnelle 
est une prime qui leur est accordée sur la vente des marchandises 
démodées ou déiraîcliies. 

Les proposillons sont des marchandises étalées à l'extérieur, 
avec prix marqués en cliillres usuels, et qui entrent pour un quart 
dans les alTaires des plus grandes maisons. 

— Deux sur dix, prononce à haute voix, signilie : tixez vos deux 
yeux sur les dix doigts ; c'est-à-dire : attention à une cliente 
suspecte. 

— Marchand de nouveautés signifiait autrefois liltraire. 

Nouvelle, adjectif pris suhstantivement au féminin. 
Synonymes : canard, fausse nouvelle : racontar, nouvelle de 
journaux. 

— Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. C'est un proverlie qu'on 
aime à citer dans l'incertitude où l'on 'se trouve parfois sur le sort 
de ceux qu'on aime. Il se rattache à un autre dicton, que les mau- 
vaises nouvelles arri\ent toujours promptement. 

Noyer, du latin nccatw tuer: provençal, nefjar. 
Spécialeme^it faire mourir dans l'eau. 

Feil nc<]<ir son nehul Arias. 

(B. DK BollN.) 

(Fit noyer son neveu Art us.) 

n si. iipfjo en alfja. (Liv. de Sidrac.) 11 se noie en eau. 

Je ne doute pas de votre adresse : mais ce sont les bons nageurs 
qui se noient. 

Vous n'êtes pas indulgent pour lui : il vous aime tant, qu'il se 
jetterait à l'eau pour vous sauver. — Que voulez-vous? Je ne me 
noie jamais, et il m'ennuie toujours. 



ME m 

— St> noyoi' (l;iiis \o vin. Ihnni' oni'hrint lia jioriJiula la raco e 
son oiilcnddini'ii, c rs ai/ss/ ronid najal. l/lioiiiiiic enivré a perdu 
sa raison et son t'iiUMKk'incnl. et est coninic noyr. (Viros et 
Vertus.) 

— So noyer : sonilir/r. Kxprossioii empruntée;'! la Mytholnuie (?): 
Aller dans la nuit éternelle, dans le royannie des ombres. 

Nu, du latin uiidus : provençal ned. D'où dénndé, dénué. 
Synonymes : dans le costume adamique ; in natuvnUhus, décol- 
letée iiis(praii\ jalons : sans feuille devi.une: vêtue de salin naturel. 

Nuage, déi'i\é de nue, nutjes : d'oi'i aussi nunnre. 

— Les nnaues. par leurs formes diverses, leur mobilité, les lian- 
teurs dilTérentes auxquelles ils passent dans ratmosplière, varient à 
tout instant l'aspect du paysa.ue. Ce sont des Protées dont il est 
diflicile di' déci'ii-e les métamoi'pboses. 

Les savants ont essayé néanmoins déclasser métbodiquementces 
va.uabondes vajieurs, et de donner des noms aux ditl'érents états 
sous lesquels elles se présentent. Ils distinouent les cirrus, nuages 
alTectant la fm-me d'un [tinceau de poils onde clieveux crépus (voy.) ; 
les cumulus (voy.) qui ressemblent à des montagnes ; les stratus, 
bandes liorizontales qui se montrent au coucher du soleil; les 
cirro-cumulus, petits nuages arrondis, appelés aussi moutonnés. 

En mars 1873. M. Poov a proposé à l'Académie des Sciences une 
nouvelle classitication, plus intelligible pour le public: Nuage lllé. 
ou stratifié, ou pommelé : nuage en couches ; nuage montagneux; 
nuage p!u\ieux ou venteux. 

— Les gros nuages ne s'élèvent pas au-dessus de 2.500 uuMres, 
tandis qiu3 les cirrus atteignent des altitudes de 12.0t)0. 

Nue, du latin nuljes. 

— Tondier des nues : être très étonné. 

Je suis fout éfiaiiliir, et je lomlic des nues. 

(MuuiijtF, Tar/ii/l'e.) 

— 11 est tomhé des nues : personne ne le connaît. 

(',(('1(1 mii.sas. 

(TinuM.x.l 

(Il est tond lé du ciel.) 

— On a fait le quatrain suivant au sujet de la navigation aérienne : 

Dans les cieux il est glorieux 
D'ouvrir des routes inconnues : 
Il est l)eau de nionler aux deux, 
Mais triste de loniber des nues. 



152 NUI 

— Porlci' ;iii\ mif'S : In aslra lollero. {(avvtqw.) 

Ail siiln-ii fcnr. 

(V'im.ii.K.) 

Nuit, (lu l.iliii noclcni, de nox. 

L;i iXiiil, lillr (lu (llinos, iiirrc de l;i l.iiiiiirfc cl du Jour, qu'elle eut 
de riù'èlie. i'ille eiiucndi'.i seule les l*;ir(jues, les Soiiiics, la Discoi'de, 
la Mort, Mojiius et la Kraude. 

— On écrivait autrefois iiulcl. où la lettre r raitpelle le radical 
latin; on écrivjiit de même Jiuicl, faicl : mais le r supprimé dans 
ces mots est resté dans leurs dérivés : noctuime, octave, faction. 
C'est un exemple des caprices de la langue dans l'ortliograplie de 
certains mots. 

(Il y a ici à faire la distinction entre les mots savants, calqués 
sur le latin, et les mots populaires, dans lesquels certaines lettres 
tombent toujours. Le c en question est déjà représenté par l'inter- 
vention de XL) 

— Les Gaulois et les Francs comptaient par nuits, et non par 
jours, parce que, dit César, ils se prétendaient nés d'un dieu de la 
nuit. 

Tacite en dit autant des Germains : « Ils ne comptent pas comme 
nous par jours, mais par nuits. » 

Il reste des traces de cet usage antique dans certaines campagnes, 
où l'on dit anuit, pour aiijourd'liui. (Mais on trouve les formes ^/?r><Y 
et enhuyt: ce qui supposerait en huL in hoclie?) 

— Pausanias parle d'une statue de la Nuit qui tenait dans ses 
bras ses deux enfants : le Sommeil et la Mort. 

— Nuit blanclie : passée sans dormir. 

L'écuyer qui de\ ait être reçu cbevalier, veillait la nuit qui précé- 
dait sa réception auprès de ses armes, et revêtu de blanc, comme 
les néophytes de l'Église. Cette nuit s'appelait la veillée des armes 
et aussi nuit blanche. 

Qu'uni' nuit parait longue à la dniilciu' ([ui \eiliL' ! 

« Les insomnies ! Vous ne \ ous tigurez pas combien est longue et 
triste une nuit qu'un malheureux passe tout entière sans fermer 
l'u'il, l'esprit fixé sur une situation "affreuse et sur un avenir sans 
espoir..» (X. de Maistre, Le Lépreux.) 

— La nuit tous les chats sont gris. (Yoy. entre chien et loup.) 
La nuit, Hélène n'a aucun avantage sur Hécube. (H. Estienue.) 

— Il ne faut pas se marier seulement pour la beauté de la femme. 



(IHK 153 

IMiil.irquc ' Ira il é des jjrccvjjfcs (/n .yari<i;/rj, rncoiilc (iiriiue 
Itellc femme que Philippe importunait de son amour, lui dit que la 
hcaulé qu'il admirait eu clic s"é\anouissait la uiiil et (pie. les llam- 
lieaux éleints, la i)liis lielle femme du monde ne dill'éfail pas de la 
[ilus laide. (Voy. Conscif.) 

— I.a nuit porle conseil. (Voy. ro/tsf//.) 

Nymphe, du .erec iiijniphr, jeune lilh^ 
l.)i\iuilé des eaux, des bois ou des montagnes. 





0! (les) de Noël, nom pai- lequel on désigne les antiennes qui se 
chantent pendant l'Avent. [)arce qu'elles commencent toutes par 
l'exclamation O! O Af/oiuiï, etc. 

Les lienoitz sainctz de Noël. (Rabelais, IV, lo.) 

AuliTfois, pendant la neuvaine qui précède Noël, on avait coutume 
de chanter en cha^ur ces antiennes. On exposait aussi aux regards 
des fidèles un grand carton sur lequel était peint un (> majuscule en 
or et en couleurs, illustré d'ornements. 

On a vu dans ces de Noël remhlème représcnlant la porte par 
huiiH'lle entra dans le monde le (ils de Dieu fait homme. C'est plut(it 
remhlème de l'œuf orphique, de l'œuf dont le monde est sorti, de 
l'oeuf de Léda, de l'œuf qu'on donnait pour étrennes à Noël, à 
l'époque où cette fête était le comnuîucement de l'année, et qu'on 
ne donne à Pâques que depuis qu'on a daté de l'incarnation. Tout a 
commencé ah ovo, selon les anciens. (Johanneau.) 

— Plus rond que YO de Giotto. (Voy. rond.) 

Obédience, de obcdienlia (ohcdire, obéir). 

Soumission, obéissance que les religieux doivent à leur supérieur. 

— Lettre d'obédience : ordre donné à un religieux ou à une reli- 
gieuse d'exercer l'enseignement. 

Obéir, du latin obedire (oh audirei). 

— Entendre, c'est obéir. (Maxime arabe.) 

— Obéir comme un soldat prussien. C'est l'obéissance passive, 
érigée en principe i)ar saint Ignace, dans la Conq)agnie de Jésus, 
dont la iormule (isi OOserj uiu/n jjerinde ac cadaccr. Soyez obéissant 
comme un cadavre. 



m OBO 

C'est ;iiissi l;i dinisc de l;i (liscipliiic iiiilil;iirT liicn ciiIcikIiio. 

S;iiiil l'aiil ;iii coiiliiiiic. ;i dil : 0/jsc(/n/i///i lysfriim .sit rafiono- 
bilc. One noIic olK-issiiiuc soit siiliordoiinéc ;'i l;i riiisoii. 

(hnnid ini})cri(> cl ohsfujiiio cotislcnit. (Tiicito.) Tout consiste 
dans le conimandeiiient et dans l'ohéissance. 

Il faut avoir ol)éi ])oiir savoir rominaiider. (Solon.) 

Obélisque, du iiv^'v ofjt'/t'.s/.os (de ohi-los, ai.miille). 

L'ulȎlis(]iie a la l'orme d'une pyramide, mais il est d'nne seule 
Itièce. tandis (}ue les pyramides sont foi-mées d'un grand nombre de 
pieri'es li(''es par le mortier. (Voy. ptjrdiuUlc.] 

Obésité, du latin obcsus (du ob edere), eml)on[)oint du à un 
excès do nourriture. 

— L'obésité nuit à la force, en aumuentant le poids de la masse 
à mouvoir, sans au.unienter la puissance motrice. Elle nuit à la 
Ix^iuté. en détruisant l'iiarmonie des proportions bumaines. attendu 
que toutes les parties ne grossissent pas d'une manière égale. Elle 
nuit aussi à la santé, en rendant diflicilesles exercicesgymnastiques. 

On coml)at l'obésité par la sobriété, l'exercice, les veilles, les 
purgatifs, les sudorifiques. 

Objet, du latin objectinu, mis devant les yeux. 
Tout ce qui se présente à la vue. 

— Dans le style poétique, on a souvent appelé la femme : objet 
charmant ; l'objet de ma flamme, ...de mes vœux. Mais cette expres- 
sion prétentieuse est tombée depuis dans le langage trivial, et un 
homme du peuple appelle sa bonne amie : son objet. 

Objurgation, du latin objargare [àc Jiirgiufn. querelle), 
llépriuuinde \\\ù ; mouvement oratoire animé, pour adresser des 
reproches violents. 

Oblat, du latin oblatus, offert. 

Nom donné aux enfants otTerts par leurs parents au service des 
autels. Cet usage est très ancien. Suger, abl)é de Saint-Denis, avait 
été élevé dans ce monastère comme oblat. 

Un donnait aussi ce nom aux frères lais, aux soldats invalides, 
qui étaient nourris dans les monastères où ils étaient chargés des 
services inférieurs. 

Obole, du grec obolos, petite barre. 

Les oboles portaient l'empreinte d'un obéhsque ; ou plutôt on se 
servait d'abord de petites barres d'airain, en guise de monnaie. 



ORS loo 

Pclilo inoiiiiaic f[iii ;i\;iil l;i iin'iiir \;il(^itr que la inaillc. dciiii- 
deiiier. 

Poids el monnaie des Grei'S, le sixième de la draclinio. 

Au xvii« sièclt'. l'obole n'était plus qu'une monnaie de compte, 
conservant sa Nalciir nominale d'un demi-denier. (Voy. maille, 
(jazclte.) 

\a\ itil.r. autre uu)unaie de compte, était encore une \aleur 
moindre que l'obole (M que la maille, i)uisqu'elle ne valait qu'un 
(piart de denier. 11 en fallait quarante-liuit pour faire un sou. 

— L'obole de Hélisaire : l'obole de la veuve. 

L'obole devient médaille en tombant des mains d'une nation. 
(Lamartine, souscr'iptiou nalionale en I808.) 

Obscène, du latin oh, cœnu/n. bourbier ; de mauvais augure. 

Synonymes: style décolleté, sans feuillede vigne ; les immondices 
du langage; nmt ordurier ; un de ces mots que l'on traduit, dans 
la langue écrite, par des initiales et des points. 

A'uda cerba. (Pline.) D'où : voiler, gazer. 

Maculantia verba (Gellius) : mots salissants. 

Buhorc diijnd rerlm. 

(Ovide.) 

Paroles qui font l'ougii*. 

Lipse dit que les ouvrages de Pétrone sont ^^luvi unpurifas : 
pnra à cause du style, ùnpiiritas à cause des obscénités. 

— On a reprocbé à Suétone, l'iiistorien des douze Césars, d'avoir 
été aussi libre dans ses récits, que les empereurs dont il écrit 
l'iiistoire l'avaient été dans leurs actions. 

— X..., après une conversation obscène, dit : « Maintenant lu'ù- 
loiis du sucre ! » 

— L'Académie met le mot cul dans son Dictionnaire, parce qu'il 
est français ; mais il n'est pas nécessaire d'expliquer ce que c'est 
que « baiser le cul à quelqu'un » ; ni le sens moral de ce proverlte, 
« qu'il ne faut pas péter plus haut que le cul ». 

N'est-ce pas le cas de dire, avec la comtesse d'Escarbagnas : 
« Cela s'explique assez de soi. » Le Dictionnaire de l'Académie est 
trop riche de ces superlluités, qui sont les immondices du langage. 

— L'ahbé Terrasson disait du Nouveau (?) Testament du P. 
Ouesnel (édition complète en 4 vol. in-8", Paris, '1695), que c'était 
un bon livre, où le scandale du texte était conservé dans toute sa 
pureté. 



— On ne |)('iil |);is loiil dire, iii;iis on |m'iiI loiil î'crii'c : on peut 
loiil lire. (III 110 pciil tout ("lUciidrc!. (VA\. V(}\ij2;(m?,.) 

— Il y ;i (k's ,i;(Mis (lui. (i.iiis une Liiilerie de lalilo;iii\, ne soiciil 
qiio les niidilrs, cl (|iii. d.uis un li\ro. coiiroiil ;iii\ jcissiijres 
oliscôncs, (•oiiinic un porc ;'i l;i l;ii|iit'. (Th. (j.inlicr.) 

Obstacle, du hiliii ohsi/niilnni (oh, slai'c. se tenir devanl). 

— L'ubsUicIo est, l;i pieirc de touche de la vocation. 

(itisiiian Ile (•(iiiiinil plus (ruitslaclcs : 
(i'csl un (lien qui ;^iii(le ses pas. 

(MortiAiNvii.i.K, te Pii'il iln Mouton.] 

Occasion, du laliii ocras-io (oh, cndcrc, tomber devant). 
On a dit aiilrcfois odioison. 

L'occasion, je sais, fait soini'nt li' larron. 

(Kahhk ii"F.r,r..\NTi.\K, Inlriyiii'.) 

Aussi doit-on éviter avec soin de s'exposer à la tentation de mal 
faire: c'est le moyen le plus sûr de se préserver du danger; car, 
si l'occasion fait le larron, le larron fait plus souvent naitre l'occa- 
sion. 

— Saisir l'occasion aux cheveux : profiter du moment favorable. 
...Sinon il n'y a plus mèche, dit-on familièrement. 

Aiil niinr, aul nu/if/iim/i : maintenant, ou jamais. 
C'est une occasion qu'il faut prendre aux cheveux. (Molière, 
Arore.) 

Ctipcrc occiisioH'')n. 

(Pl.A.TK.) 

(Voy. saisir la balle.) 

— Les anciens représentaient l'Occasion sur un globe, avec des 
aUes aux pieds, le derrière de la tète chauve, pour indiquer qu'il 
faut la saisir quand elle se présente en face, et ne pas la laisser 
passer, parce qu'elle fuit rapidement, et que sa tête, étant dégarnie 
de cheveux par derrière, ne laisse aucun moyen de la ressaisir. 

Frontc ctijjillala c-tl, sed po.st occasio cdlrn. 

{('.Hé dans le Moijen de prirvoiir. rli. 70.) 

Car l'occasion lia tous ses cheveux au front : quand elle oultre- 
passe, vous ne la pouvez plus révoquer ; elle est chaulve par le 
derrière de la teste, et jamais jilus ne retourne. (Rabelais. I. 38.) 

Occulte, du latin nccultum (ocailtare, cacher). 
Sciences occultes, au Moyen-Age : l'alchiinie, la magie, l'évocation 
des morts, etc. 



ODE lo7 

Octroi, ilii l.itiii (iiKioriciirc [auctordrc. ;iiil(iris(M"), siiltslaiilif 
M'rh;il. 

S'est (lit (le tond' coiiression on pi'i\il('uo accordé par le souverain. 
Le roi orti'ovail (1(V> lettres de Qràce. Mii I81'i. Louis XVIll ortroya 
la Charte. 

— Aiijoui'd'liiii : droits que les villes sont autorisées à percevoir. 
Ou l'appela ainsi, parce qu'il était perçu en vertu d'une concession 
octroyée par le souverain, pour subvenir aux dépenses locales. 

L'Etat prélève sur cette taxe le dixième du produit net... 

C'est nu iiupôt analogue à celui que les Rouuiins nommaient 
portoritiin. droit d'entrée et de sortie des marchandises, qui est 
représenté aussi par les douanes. 

('"est en 13o2 que lurent étaldisles octrois en France ; Compièiine 
fut la première ville où cet impôt fut appliqué. 

— Les pi'inci[)aux inconvénients des octrois sont : 

1° La répartition sans proportionnalité des fortunes ; 

2" La diminidiou de la production par la diminution de la 
consommation : 

3" Les frais considérahles de perception ; 

4" Les vexations qui résultent du mode de perception ; 

5" Enfin, on leur reproche d'être <■<■ démoralisants », parce qu'ils 
sont un encouragement à la fraude ; et qu'il [)eut arriver que l'on 
considère le bénéfice illégal de celle-ci comme une défense légitime 
des droits attaqués. 

Odalisque, du turc odaiih. de oda. cband)rc. 
Concubine, lemine du sultan, ou attachée au service de la femme 
ou de la lille du sultan. 

Odeur*, du latin odor. 

— Les corps se comportent avec les odeurs, comme avec la 
lumière et la chaleur, quant à leur pouvoir absorbant et rélléchis- 
sant. 

Si l'on met deux morceaux de drap, l'un noir et l'autre blanc, en 
contact avec un corps odoi'ant, tel que le camphre, le noir s'im- 
prègne fortement de l'odeur, tandis que le blanc n'en absorbe 
presque pas. ou du moins la laisse vite échapper par le rayonnement. 

Le pouvoir absorbant des couleurs pour les odeurs décroit dans 
l'ordre suivant : noir, bleu, vert, rouge, jaune, blanc. 

— Bonne odeur: copia nnrium (Horace). 
Les Anglais disent : nozega\), gaitè du nez. 



138 OKI 

— Il n'est piiscii odeur (le s.iiiilclr : il ii't'sl |i;is en jiriinde estime. 

Odyssée, mot .Lircr, oi-iLiiiic litlt''r;iire. 

Célèhrc poriiic oi'i Homère raconte les voyafics très acridontés 
d'Ulysse, on fJ(/i/ssc//s, foi dltliaqne, errant de contrée en contrée, 
après la tiuerj'e de Troie. |)oiir reloni-ner dans sa patrie. 

— S'emploie familièrement pour désigner un voyape semé d'aven- 
tures : Raconte/.-moi votre odyss(''e. 

Œcuménique, du urec o/7,oi/>nrnr\ la tei're liahitée. 
Se dit des conciles généraux: ou universels, auxquels sont convo- 
'qués tous les évéques de la chrétienté. 

Œdipe, nom dliomme, tiré du grec. 

Personnage qui, d'après la fable, devina l'énigme du Sphinx. 
D'où, au figuré : Il faudrait être un OEdipe, pour deviner ce que 
vous voulez dire. 

Œil, du latin oculns, anciennement oll, ueil. Provençal huelli. 
Fait au pluriel œlU (dans les mots composés) et yeux. 
Le singulier a aussi la forme yeu dans le Berry, où l'on dit yen 
pour œil : Mon yeu me fait mal. (Yoy. aïeul et ciel.) 

— Les yeux sont le miroir de l'àme. 

Le miroir est le troisième œil de la femme. 

— Yeux en houles de loto : ronds et saillants. 

Bordés d'anchois : aux paupières ronges et dépourvues de cils. 

Marécageux : larmoyants. 

Au beurre noir, pochés. Rabelais emploie cette expression 
(liv. IV, c. 7) : « Il resta tout estourdy et meurtry. un œil poché 
au beurre noir. » 

— Coup d'œil. Avoir le coup d'œil juste ; avoir le compas dans 
l'œil. 

Michel-Ange disait qu'il fallait avoir le compas dans l'œil, et non 
dans la main. 

— L'œil du maître. (Yoy. La Fontaine, lY. M.) 
L'œil du fermier vaut fumier. 

— Fermer les yeux sur les fautes de quelqu'un. Un Romain qui 
avait Mécène à souper, s'étant aperçu de la tendresse de sou h<)te 
pour sa femme, eut la complaisance de faire semblant de dormir. 
Un esclave voulut profiter du sommeil de son maître pour boire le 
vin qui était sur la table ; mais le maître lui dit : « Malheureux ! ne 
vois-tu pas que je ne dors que pour Mécène ? » 



OEU 159 

— Yeux d'aigle, d'émerillon, d'argus, de lynx. (Voy.) 

— Ses sourcils sont des arcs et ses coups d'œil des llèclies qui 
vous percent le cceur. (.Ma\inu' arabe. ) 

— Aimer quelqu'un cuinuie la prunelle de ses yeux. 

Aliquem amure oculitits. 

(Pl.AUTK.) 

Sdtic, (>ntli.ssiinc lioino. 

(l'i.AI.TE.) 

Plus DCtilis nifis (iinarcm. 

(Catl-i.i.e, XIV.) 

Ges/at i/ht/n in orulis. Est illi in ociûis. (Gicéron.) 

— Les beaux yeux de ma cassette. (Molière.) 

Cette demoiselle a de fort beaux yeux, mais les yeux de sa 
cassette sont encore plus 'beaux : ou lui donne deux millions. 

— Le langage des yeux : In oculis aniniiis habitat. (Pline.) 
Dans les yeux se fait l'alliance de la matière et de l'esprit. Riva roi 

en écrivant ces mots, se rappelait sans doute le vers de la Ilen- 

riade : 

Lieux où finit le eorps ot commence l'esprit. 

— Faire de l'ceil (argot) : orulis venari. 

Quif ciro.s oculis caprunt. 

(Pl.ArTR.) 

— Se mettre le doigt dans l'œil : se tromper. (Voy. doigt.) 

— Avoir le mauvais œil: porter malbeur. (Jettatui-a.) 

— Voir la paille dans l'œd de son voisin. (Voy. paille.) 

Œuf, du latin ovinn : anciennement nef. 

— L'ceuf de Christopbe Colomb. Quelqu'un cliercbait à rabaisser 
devant Coloml) la découverte du Nouveau-Monde. Colomb, pi-enant 
un œuf, dit que sa découverte était, en effet, très simple, et qu'il 
bii paraissait plus diflicile de faire tenir un œ\\[ sur sa pointe. 
Cbaciiu essaye, sans pouvoir réussir. Alors Colomb cassa le bout 
de l'œuf, et le fit ainsi tenir droit. « Voilà, dit-il ensuite, comment 
les cboses semblent faciles quand elles sont faites. » 

— Dans les sciences, il n'y a rien de si simple que ce qui a été 
trouvé liier, mais rien de si difficile que ce qui sera trouvé demain. 
(Biot.) 

— On peut faii'e tenir debout sur son extrémité la plus large un 
œuf frais, après l'avoir secoué pendant dix uiinutes. 

— Vasari attribue l'anecdote de l'œuf à Filippo Brunellescbi, à 
l'occasion des plans qu'il avait faits pour réunir les quatre nefs de 



S;iiil;i-.M;iri;i-(l('M''i()ri, [);ir iinc, iiiimi'iisc coupole ocIo'joiimIc. smiis 
employer de cli.irijentcs de vofiles. 

En l'i-'^T. il lui vivciiKMit sollirilr |i;ii' les consiils et les iiilendiiiils 
(le roiiiiiiiiiii(|iiei' ses pliiiis (rexéciilioii et son modèle. Il s'y refiis;i. 
et se honiM ;i leur pii'seiiler un iriif (m disîint : « Celui qui le fera 
tenir dehont, ser;i diune de constrnire l;i coupole. » Rrunellesclii 
seul ivsolul le iirohlème : après quoi cliacnn se récria (piil en 
aurait l'ail autant. Filippo leur i-(''pli([Ma en riant (pi'ils saui'aient 
é.ualeinent l'airt; la coupole, s'il leur in(nitrait son niodèh;. 

— OKul's de Pàipies. Avant (Charles IX, l'année en France roni- 
mcneait vers Pâques, à léquinoxe du |iiMnli'uips (!20 mars). On 
donnait à celle occasion des (eul's coloriés, parce ([ue Tceuf est le 
commencement de tonte chose (Cf. ah oro). et que le mois de mars, 
le premier de l'année, se trouve aussi à l'entrée du printemps, 
saison on tout renaît dans la nature ; de même que Pâques est le 
symbole d(5 notre rénovation morale par la résurrection de Jésus- 
Christ. 

Kn Russie, le 20 mars, on donne des œufs teints sur lesquels on 
lit : « Christ est ressuscité. » 

— On attribue aussi l'usage de donner des œufs de Pâques à la 
défense de manger des œufs pendant la Semaine-Sainte. Il en 
résultait de grandes provisions, qu'on distribuait à profusion, le 
jour de Pâques, à ses parents, à ses amis. 

— Les premiers œufs rouges furent vendus à Paris sur le Pont- 
Neuf, et eurent une grande vogue. 

Saint-Simon dit que, la veille de Pâques, on élevait des pyramides 
de CCS teufs dans le cabinet de Louis XIY, qui en faisait don à ses 
courtisans. 

— Les œufs de Pâques, et le peu de valeur de ce présent, à une 
époque où les œufs sont très abondants, ont sans doute donné lieu 
au proverbe : Donner un œuf pour avoir un bœuf : proverbe qui 
s'applique aux gens qui ne rendent que des services iatéressés. 

Œuvre, du latin opéra. 

— A l'œuvre on reconnaît l'ouvrier. 

Kv ungue leonem : à la grilïe on reconnait le lion. 

Ognon, du latin nnionein. L'Académie, 7'^ édition, renvoie â 
oifjnon. 

On n'écrit plus oujnon, quoique l'Académie dise que l'^ sert à 
mouiller le g, mais ne se prononce pas, et empêche de prononcer 



OGN Ifil 

og-noii : iiiiiis ccltt' r;iisou ifcst piis viilalile, (^ir. dans /ror/iio/i ot 
autres mois aiialoLiiies, le // suivi ilc n se iiiouillc sans le seroiirs 
de li. 

(Faii(-il écrii'e aussi poijnel'?) 

— L'o,i>non est originaire trivûvpte. Les Précieuses ont a[i|ielé les 
o.iiuons « lesdien\ éuy[)tiens ». Al[)h. Karra ilit: « Les lis, les lnli[)es, 
les narcisses, les jacinllies sont des ileurs adoraldes, qui me l'ont 
(•om[)ren(lre l'adoration des IvLiVpliens pour les ognons. » 

On voit par là condiien on a peu connu les dieux des Egyptiens. 
La science nouNelle, civée par Cliampollion, a pu redresser une 
foule d'erreurs, telle cpu' la croyance nu culte des Égyptiens pour 
les ognons. Celte o[)inion a lui venir d'un liiéroglyplic mal com|)ris, 
consistant en un carré, qui exprime lidéc de temple, dans le(piel 
est un poireau, endilème de la blancheur; riiiéroglyplio signiliant 
maison lilanclie, et non temide du poireau, comme l'ont pensé les 
Rouuuns. 

Les Égyptiens n'adoraient [»as davantage les animaux, mais bien 
les dieux représentés avec une tète et mémo un corps entier 
d'animal. 

— Regretter les ognons d'Egypte. Allusion aux iïéhreux qui, 
délivrés de la servitude d'Egypte, se plaignaient à Moïse d'être 
privés des ognons qu'ils mangeaient dans ce pays. 

— Il y a de l'ognon : de la brouille. 

E. xMarco Saint-IIilaire, dans ses Souvenirs du temps de /'Em- 
pire, raconte que la maréchale Lefèvre, marquise de Dantzig, 
chanta, dans une réunion chez l'impératrice Joséphine, une chanson 
composée par un de ses cochers, auquel elle avait donné le sobri- 
quet de Poétrillon. Elle avait pour refrain : « Il y a de l'ognon. » 

En voici le premier couplet : 

(In ilit (|uo l'empGreiu' d'Autriclie 
Qui DC'sl pas blanc d' savon, 

11 y a de l'ognon ! 
A vraiment l'air godiche, 
Di-puis qu' nous 1' savonnons. 

Il y a de l'ognon !... 

Ces couplets, tout vulgaires qu'ils étaient, firent fureur à la cour 
et à la ville, sans doute à cause de leur à-propos et du caractère 
hien connu de la maréchale à qui on les attribuait. Ils furent bientôt 
chantés dans tout Paris, et le refrain passa en dicton populaire. 

Mais il existait déjà, au temps de la Ligue ; et « il y a de rognon » 

11 



si,L!iiili;iil : il y ;i du t;i|t;ii;f'. du lii'iiIiiiiiï; ; roimno le |)roiive une 
chanson du Iciiips, (jiii (itc la priorité à la niaivclialo Loiï-vro : 

Que plus on ne brigue 
Être (le la ]A%uc 
De saillie union ; 
Car, ne leur (léjilaise, 
Puisqiron jiend les Seize, 
Il V a de rognon. 

{Sol ire Mi-nip/ivr. p. 381.) 

— Pleurer tous ses ognons : éproiiNoi- nii prand cliafrrin. 
Radicl disait, à bout do souHVances : « Jai (''i»liicli('' tons mes 

ognons. » 

— Se placer en rang d'ognons : |)aniii des gens de distinction 
(ou phit(H sur une iiièuio ligne, ou dans nue assenihlée où l'on n'est 
pas invité). Viendrait d'Artus, baron d'Ognon, maitre des céré- 
monies aux Étals de Blois (1570). 

Cette locution vient sans doute de l'babitude de réunir les ognons 
en chapelets, en tenant les tiges pour en former des rangées qu'on 
appelle en Provence des rels (i^estis, corde). 

Bien des gens se mettent en rang d'ognons, qui ne valent pas une 
écbalotte. 

— Marchand d'ognons se connaît en ciboules. (Voy. connaître.) 

Ogre, de oçjour, nom du peuple dont descendent les Hongrois ; 
ou du danois liungre : affamé, vorace ; ou du latin orcus f 

— Manger comme un ogre : avidement. 

— On appelle ogre.^, dans les contes des fées, des hommes 
voraces qui mangent les petits enfants. 

Cette croyance aux ogres semble venir de la terreur qu'inspirait, 
au Moyen-Age, l'invasion des Hogres ou Ogours, dont la cruauté a. 
laissé dans les souvenirs populaires la tradition d'anthropophagie 
qui était sans doute habituelle à ces barbares, et dont les annales 
contemporaines ne parlent qu'avec horreur. 

Suivant nos crédules aïeux, l'ogre est une espèce de géant, sau- 
vage et cruels très avide, de chair humaine, et particulièrement de 
la chair des enfants. 

Oie, latin auca, anciennement oue, qui s'est transformé par le 
changement de ou en oi, qui se retrouve dans une foule de mots. 
Exemple : noue, noix. 

Cette forme oue est restée dans ouailles. (Non : les ouailles ne 
sont pas les oies, mais les brebis du Seigneur.) 



(IIS 103 

— Le nom l'i';in(;;iis l^rdaïK/in' (l;i ri'iiio) est l;i triuliictioii dos 
mots \)YO\(^\\i:[\\\\ pc d'aura (pieds doie). 

— Le mâle s'appelle y«r.ç (qui a les jambes arquées), parce queii 
mar('liaiil. il porte les pieds en dedans. 

L'oie sauvage se nomme yanx, qui a donné peut-être : marclicr 
de guingois? 

— Les oies étaient consacrées à Priape, et entretenues dans son 
temi)le. Elles ont la vue l)oniH>, l'ouïe très fine et une vigilance 
ivmar(pialile. Tout hî nu^nde connaît l'histoire des oies du (^apitoie, 
(jui san\èrent HonuNiu tenifis de Manlius. (Voy. Plutarque, Q/iesdons 
ronuiinos, cii. 27.) 

— Sainte-Beuve, étant sénateur, écrivit, dans un article adressé 
au Temps, au sujet des cours créés par Duruy à la Sorbonne i)Our 
les jeunes lilles, et vivement critiqués par l'épiscopat : « ...Les 
évèqiies ont poussé des cris comme s'il s'agissait de sauver le 
Ca pi tôle. » 

— Bétc comme une oie. C'est sans doute à sa démarche gauche 
et disgracieuse que cet animal doit sa réputation iunnéritée de 
stupidité. 

Si vous aviez vécu du temps des Romains, vous auriez sauvé le 
Capitole... 

X..., le plus fécond des romanciers, gagne heaucoup d'argent, 
cpioi(iu'il écrive comme une oie. Gela se comprend, il vit de sa 
plume. 

...Pauvre oiseau auquel vous avez iniligé à la fois une injure et 
un supplice, en méconnaissant ses instincts, jusqu'à en faire le type 
de la stupidité, et en le torturant, jusqu'à ce que, malade et près de 
mourii-, il livre à la sensualité de nos gourmets ses organes endo- 
loris et tuméllés ! Art cruel, déjà pratiqué dans l'antiquité. Il est 
d'invention romaine, car Pline raconte qu'Apicius avait trouvé le 
moyen de faire grossir le foie des oies, en nourrissant ces oiseaux 
de ligues et d'eau miellée. Est-ce le prix que les Homains devaient 
aux libérateurs du Capilole ? (G. Saint-Hilairc.) 

— L'oie fournit encore à l'industrie des plumes, un duvet, dont 
la valeur est très grande, mais (ju'il faut arracher périodiquement 
à l'animal vivant. 

Oiseau, du latin aucelliun, diminutif de avis. 

— Être comme l'oiseau sur la In-anche, c'est-à-dire dans une 
grande incertitude. 

Manger comme un oiseau : très peu. 



m ou 

Oisiveté, lirr df o/sif. liii-iiiriiic ncihi de oiseux, ollo^iia. 

— Luisivcté est l;i iiirrc do loiis les \ic('S : o/iosi riliosi. 
Vax ne Inisiml l'ioii, on ;i|i|ir('ii(l ;i in;il l'.ni'c. (diiloii rAiicicii.) 
Oysiveté osl inèrc de Inxiiro, ...et qui oiisicroyt oysivelé du 

monde, liientost périroyent les arts de Cupido. (Kidjelîus, III. '.\\.) 

Oiin si loUdn, pcrierr C.iipidinis nrte.i. 

^Ovl^] , ItoTiu'-ilvx d amour.) 

Amour est la passion des esperilz otieux. (Rabelais.) 
Il vaut mieux travailler sans but que de ne l'icn faire. (Socrate.) 
La paresse n'est pas un vice: c'est une rouille qui détruit toutes 
les autres vertus. (Dupont de Nemours.) 

— Lorsque la mère du Régent mourut, la nudiuuilé a\ait lancé 
un trait sanglant, en proposant d'écrire sur le toml)eau de cette 
princesse: « Ci-git l'oisiveté», c'est-à-dire la mère de tous les vices. 

— Un oisif est un animal qui broute le temps. 

Oison, diminutif de oie, s reproduit le c de auca. 

— Oison bridé (auquel on a passé une plume par les narines 
pour l'erapêclier de francliir les baies) : qui a rintelligence courte. 

— Rabelais appelle Bridoye un juge de son temps ; de même 
qu'il appelle Dindeuault un imbécile. 

Le nom de Bridoison, que Beaumarcbais a illustré dans le jy^/vV/*;^ 
de Fif/aro. a été emprunté par lui à Rabelais (liv. III, cb. 4). 

Olibrius, nom propre. 

Olilu'ius, gouverneur des Gaules, qui, selon la légende, fit mourir 
sainte Reine, vers 450 (?). Il figurait dans les Mystères, pour y 
personnifier le fanfaron. 

— Faire l'olibrius : faire le mécliant. 

Faisons rolil)rias, rocciscuv d'ianocenls. 

(MoLii'iiiE, Élôitrdi,U\, 5.) 

Oligarchie, du grec oUgoi, en petit nombre, arlxhé, commande- 
ment. 

Forme de gouvernement où le pouvoir est dévolu à un petit nombre 
de personnes ; c'est une aristocratie limitée à quelques privilégiés. 

Tels furent à Atbènes les Trente Tyrans ; à Rome, lesDécemvirs : 
les Deux Triumvirats : à Venise, le Conseil des Dix, 

Olifant, pour éléphant, ivoire, cor d'ivoire. (Ancien.) 

Olivier, dérivé de olive, latin olira : d'où Ollioules, village où 
croît l'olivier (0 kil. N. de Toulon). 



OLY I6o 

— l/(,»li\i(M' (If la paix: Olira ///ihel/is. (Val. Klacciis.) 
Siii\aiit la .Mylliolotiic. Noptmio ot Minerve (en .urec At/u'na), se 

(lis|)iitaiit l(> droit de donner nn nom à la ville de Cccrops, Neplnne 
fi-appa la leiTcdo son liidciit. el lit naître le cheval, emblème de la 
uticri'o, 

.Minerve, à son loin-. II! naiiro l'olixier, dont les fruits, oiijt'l (rnn 
connncrco considi'ralilo cnlrc 1rs nations, en font nn sinne de paix. 

Le don de .Miner\e fui prcMV'ré par les aïeux de Périclés, et Minerve 
enl la i^joire de donnei' son nom à Athènes. 

— Sophocle dit : .. L'oli\ier [irodiiit ici (dans l'Attiqne) des llenrs 
o[ des fruits en ahondance. (l'est nn arhre planté par la main des 
Innnortels : janiais. en aucun temps, nnemain étran.^èrc ne pourra 
rexlii'|ier du S(»l. car Jupiter et Minerve veillent sur lui d'un (eil 
attentif. » 

— L'olivier a été connu des peuples les plus anciens. Il est oii.ui- 
naire de la Syrie et de la Perse. 

CuUi\é en Grèce, il fut apporté à Marseille par les Phocéens ; 
mais il était cultivé en Grèce au moins 2.000 ans avant l'ère chré- 
tienne, car, vers l(SGo, on a trouvé dans l'Ile de Santorin des cons- 
tructions de l'âge de pierre, ensevelies comme Pompéi, sous des 
cendres volcaniques, datant au moins de cette époque reculée, et 
dont les toitnres étaient de l)ois d'olivier. 

— Tonrnefort dit que le mont Ararat, qu'il visita, et où s'arrêta 
rai'clit> de Noé, ne poile pas d'oliviers, et qu'il ne sait où la colomhe 
a pu en aller chercher une hranche. 

— L'oli\ier vit plus de trois cents ans, et la vallée de Gethsé- 
mani (.lai'din des Olives), où fut arrêté Jésus-Christ, est remplie 
d'oli\iers si vieux (pie l'on est tenté de les croire conlenq^orains du 
Sauveur. 

— La fête des Rameaux, ou Pâques fleuries, a été instituée en 
mémoire des rameaux d'olivier qui furent jetés sur le passage de 
Notre-Seignenr, le Dieu de paix, à son entrée à Jérusalem. 

— L'olivier a été tué. en grande partie, par le froid, en Provence 
pendant les hivers de 1709 et de 1820. ■ 

OBympe, du grec Ofijiiipos. 

Chaîne de montagnes de la Grèce, d'une hauteur d'environ un 
mille et demi. Les anciens croyaient qu'elles touchaient le ciel, et 
imaginèrent que les dieux y faisaient leur résidence et que Jupiter 
y tenait sa cour. Aussi ce mot, chez les poètes, désigne-t-il le ciel 
lui-même. 



166 ON 

Olympiade, du l;ilin oli/injiias, lr;i(liiil du ,LTcr. 
I^lspnrodt; (iii;itr<' lins (jiii sr|);ir';iit I;icél(''l)r;iti(jn dos Jeux oImii- 
piqiios, clioz los (irors. ;'i Olyiiipio. d;ms rKlidc. 

Ombre, du l;iliii tmihrd. 

— Oiiiiiid le soleil <'sl coiicIh'', toiito? hostcs soiit ;'t roinlii'c. (Kabc- 
hus.) 

On dit de inénio : \a\ niiil. Ions los cliiils sont uris. 

— Sniv.iiit la M>tliologic, lo corps do llioninio après sa niorl 
était j'ôdnit en rondi'os ; son oinbro, sunulfurinn, umhi-d, dosceii- 
daildans les Enfers, soit au Tai'tar(;, soit aux (Champs-Elysées. 

Oméga, dornière lettre de Talplialiet grec (o lono-. par opposition 
à omicron, o bref). 

— L'alpha et l'oméga : le conimoncemont et la lin. 

\j alpha est la premiore lettre de ce monie alphabet, on \'o/nrf/a 
occupe lo dernier rang. 

Omelette, étymologle fort incertaine, peut-être œufii tnr/c's. 
On lit a-umeletle dans une pièce du théâtre italien, de 1692. 

— « On ne peut faire une omelette sans casser des œufs », disait 
Bonaparte à un religieux du Mont-Saint-Bernard, qui se plaignait 
des dégâts que faisait son armée en traversant les Alpes. 

Le frère cuisinier, qui se trouvait là, reprit : « C'est vrai, général, 
mais à quoi bon tant d'omelettes ? » 

Omnibus, mol latin, qui signifie pour tous. 

— Ce mot a été créé pour désigner de grandes voitures publiques 
de transport pour les voyageurs. Il en a circulé à Paris, pour la 
première fois, en 1828. La première idée en est due â Pascal, et l'on 
en avait fait essai en 1G72. (Voy. Revue des Deux-Mondes, 1809, 
art. de M. du Camp.) 

— Le véritable omnibus est le corbillard. 

On, l'on, du latin /lonio, dont l'accusatif a donné /io>nnie. 

Vaugelas remarque que ces mots sont les abré\iationsde/a:)A';//«p, 
V homme. Dans les anciens actes, il est écrit : hom ou l'hom fait 
savoir, pour o)i ou Von. 

Les Italiens disent de même huom, et les Allemands man, homme. 

— Se moquer du (ju'en dira-t-on, veut dire qu'on ne se préoccupe 
pas de l'opinion des hommes, du public. 

— L'on est un chroniqueur anonyme, le rédacteur anonyme, 
le rédacteur en chef du Scandale, journal raconté à vingt-quatre 
éditions par jour. 



ONG 107 

— On dit... Cette formule liaïKile est I;i ressource des sots qui 
inv()(|iieiit l'opinion |)iilili(]ue à l'iippni de lenrs niédis;inces. Mais, si 
on (lit est nn sot. on ponrrait ajouter oui dire est un idiot. On 
accepte li'op \{)l()nliers de la foule, et sans examen, tons les hrnits 
qui courent les rues, surtout lorsqu'ils louchent au scandale et 
satisfont notre maliunilé natuivlle. (]iter on dit, c'est se faire le 
com[)lice d'une médisance ou d'une calomnie. 

On, onne, suffixe parfois diminutif,- qui sert à dériver un grand 
nondir*; de suljslantifs. 11 vient peut-être du grec dion (!) qui a un 
emploi analogue dans des mots comme oikidion, petite maison, 
pijrnniidion, petite pyramide; ou encore de son (?) qui, dans les 
langues du Nord, signilie (ils. petit. 

Ainsi, nous disons : chaton, petit chat; ânon, aiglon, raton; 
coi'don. petite corde : cahanon : Saxon, enfant de la Saxe; Louison, 
petite Louise; nourrisson, le petit nourri par sa mère; polisson, 
enfant des rues; patron-minet, petit chat; poltron oupoultron, le 
petit de la poultre. ou jument. 

Quelquefois cette désinence est augmentative, comme dans: hihe- 
ron, grand hu\eur: ballon, grosse halle. 

Once, du latin unria. 

— Ça ne pèse pas une once : c'est une afïaire peu importante, 
facile. 

— L'once était la douzième partie de l'as, ou livre romaine. C'était 
aussi la douzième partie du pied ; d'où l'on appelait les grandes 
lettres dans les inscriptions, qui avaient un pouce de haut, « lettres 
onciales ». 

Ongle, du latin ungnla : autrefois féminin. 

— Unis comme la chair et l'ongle. 

Tôt temps .-serai nb liens cum cura et un^/ln. 

(A. Damei..) 

(Je serai toujours avec elle comme la chair et l'ongle.) 

Onguent, du latin loujucnliini (de ungcrè, oindre). 
Nom générique de toutes les ponnnades à hase de graisse, de cire 
ou d'huile, qui sont employées en médecine. 

— Les Latins a[)pelaieut unguenta, les préparations lialsamiqiies 
en usage dans la toilette. Nous avons remplacé ce mot [)ar pommade 
qui ne le vaut pas. 

-Dans les petites hoites, les bons onguents. Onguent ç:%{^vh ici 



1G8 OIM: 

dans \o, sons de parfum, essence. Les essenres. en ftlcl. peuvent se 
condenser sous un tirs petit volume. 

On fait usage do ce provcrhc, comme d'une espace de comiiliiiicnl 
de condoléance, pour les personnes qui paraissent s'afllÎLicr de 
rexi.uiiité de leur taille. 

Onomatopée, du .arec onomn, nom. poit'ô. je fais. 

Tei-me de grauimaire. Mot dont le son imite l'action on l'ohjet 
représentés. 

Ce mot, qni fait les antres, ne s'est certainement pas fait lui- 
même. 

« L'onomatopée, dit Dumarsais, est une ligure par laquelle un 
mot imite le son naturel de~ ce qu'il signifie. » 

Elle a contrihué pour beaucoup à la formation des mots. Presque 
tous les noms qui désignent les cris des animaux, et les animaux 
eux-mêmes, sont des onomatopées. Ainsi : cri-cri, coucou, ara, et<-. 

— Onomatopées tirées d'un mijsirre de la Nativité : 

Un coq (d'une voix claire et l)rèYe) : C/irislus natua csf. 

Un bœuf, mugissant : IJbi. 

Un agneau, bêlant: Beth-léem. 

Un âne, bravant: la-tmis. 

— Barbotter, bombe, boum, cabot, caquet, cbucbofer, claque, 
clinquant, cliquetis, crac, crécelle, croassement, drelin-drelin, fan- 
fare, frelon, frire, froufrou, gargariser, gazouiller, glouglou, banne- 
ton, liennir, boquet. miauler, pet, rfde, rataplan. rincer, roucoulei-, 
siffler, tam-tam, tic-tac, tinter, trictrac, turlututu. 

Al laba lerribili sonilu tnrinUarn rii.rit. 

(EN>-irs.) 

Opéra, do l'itaben opéra : proprement œurre. 

— Inventé par les Italiens, l'opéra fut introduit en France, en 
'164o, par Mazarin. Le premier opéra français fut fait par labbé 
Perrin, et la musique par l'organiste Lamliert. Ces deux auteurs 
ol)tinrent, en 1669, un privilège qu'ils cédèrent, en 1672, à LuUy. 

Le premier ballet introduit dans l'opéra fut le Triomphe de 
r Amour, donné à Saint-Germain (21 janvier 1681). 

Opérette. L'opéra-boulTe d'Olîenbacb et C''= est une triste créa- 
tion du second Empire, qui tire son entbousiasme de l'absialbe, sa 
poétique du carrefour, et ses effets de la ^profanation systématique 
de toutes les admirations lionnétes de Ibumanité. Otlenbacb a 
inventé une cbose introuvable jusqu'alors pour le tbéâtre, une cbose 



OI»T 160 

répupiianlc cl Irivialo. qui esl do l'éunir dans iiiio (l'ini-c le niainais 
Ion au uiauvnis uoùl. 

Opiner, du latin opinari, donner son opinion, iionsor. 
D'où inopiné, ce à quoi on no s'attendait pas. 

— Opiner du i»onnet. Dans les assenihlées, on ôtait son honnct 
v\\ silène (rassonliinciit : c'est-à-diro acquioscei" sans mot dire. 

Opinion, du l;iliii ojiiiuo. iimnioro do i)enser. 

— L'opinion est un suIVra.ae donné dans \\\\ coniMours do voix. 
L'a\is est nn téinoicnapo on faveur d'un parli. Le sentiment soiis- 
entend la sincérilé. 

On peut être obligé de donner son avis contre son sentiment, et 
de se conformer aux opinions du grand nombre. 

— On appelle opiniàlrp, celui qui tient trop ;'i son opinidii. 

« C'est votre opinion '. — Quand je dis (piobjuo chose, c'est toujours 
mon opinion. » 

— 11 on est des o[)inions comme de nos montres: pas une ne va 
comme les autres, et tout le monde se rapporte à la sienne. (Pope.) 

— Les opinions sont libres. On no doit coml)attre l'opinion que 
l)ar le raisonnement ; on ne tire })as d(». coups de fusil aux idées. 
(Rivarol.) 

Ou dit aussi : « Toute opinion consciencieuse est respectable. » 
Cotte maxime est absurde, parce qu'elle conduirait à absoudre le 
voleur qui prend tout on conscience, et l'assassin qui tue d'après 
des principes dont il est bien convaincu (?). Faudra-t-il aussi respecter 
les stupidités de la bêtise humaine et les préjugés do la routine, qui 
sont l'évangile des sots et des fanatiques? Abattons bien vite ce 
paravent trop complaisant de la conscience, et no respectons que ce 
qui est lionnête et juste. 

— Changer d'opinion. Synonymes: changer de gamme, de note; 
déchanter, chanter la palinodie; tourner casaque. 

Optimisme, du latin op/inms, le mieux, le meilleur; et non de 
opter. 

Doctrine opposée im pessimisme. 

Ce système ne voit, dans le monde moral et dans le monde [ihy- 
si(pie, qu'un élément de l'ordre universel, et afllrme, avec Leibnitz 
et Malebrancbe, que tout est bien par rapport à tout. II s'appuie 
sur ridée de la sagesse et de la bonté de Dieu. 

— Le docteur Pangloss (Voltaire, Candide) est une belle cari- 
cature de l'optimisme. 



170 OR 

Or, du latin nurum, ;'i rnpproclicr d'ain-a, éclat, et (Yaurora. 

Corps simple, jnélulliqiie, d'une couleur jaune et brillante. 

11 a été appelé le « Roi des métaux « par les alchimistes, qui, par 
suite, avaient appelé «eau régale» un mélange liquide dacide 
nitrique et d'acide muriatique, qui est le dissohant de l'or. 

t)n l'appelle aussi le « vil métal », parce qu'il corromi^t. 

— On demandait à un roi de Sparte pourquoi les Lacédémoniens 
n'avaient pas de trésor : « C'est, dit-il. aliu de ne pas corrompre 
ceux qui en auraient la clef. » 

— L'or et la vcitu semblent placés dans les deux côtés d'une 
balance, et l'on ne peut ajouter au poids du premier, sans que l'autre 
devienne aussiliH plus léger. (Platon.) 

L'or, semblable au soleil, qui fond la cire et durcit la boue, déve- 
loppe les grandes âmes, et durcit les mauvais cœurs. (Rivarol.) 

— En argot, on appelle l'or orient, jeu de mots pour or riant, 
qui plait à tous. 

Placer, lieu où l'on trouve l'or en Californie, signifie aussi plai- 
sant. 

— On trouve dans les terrains aurifères des morceaux d'or pur, 
qu'on appelle pépites en Californie, et niif/r/ets en Australie. 

En 1842, on a extrait des monts Ourals une pépite pesant 35 kilog. 
Elle est conservée au Musée de Saint-Pétersbourg. 

En 1838, on a trouvé à Ballarat (Australie), à o4 mètres de pro- 
fondeur, un nugget de 70 kilog. d'or très pur. Il fut Ijaptisé du nom 
de Welcome, le bien venu, et vendu 202.000 francs. 

— Or de Toulouse. Avoir de l'or de Toulouse était une locution 
proverbiale chez les Gaulois et chez les Romains, pour signifier une 
destinée funeste. On suppose que le général Cépion, qui avait pillé 
les temples de Toulouse, et en avait tiré une grande quantité d'or, 
fut battu par les Cimbres, et perdit son armée et ses trésors. 

Or de Tholose — duquel parlent Cicero, de Natura décru m, 
liv. 111: Aulu-GeUius. liv. 111: Justin, liv. XXIl : Strabo, liv. IV — 
pourta mallieur à ceulx qui l'empourtèrent : sçavoir Cépio, consul 
romain et toute son armée, qui tous, comme sacrilèges, périrent 
malheureusement. (Rabelais.) 

— On disait aussi dans l'antiquité, duu homme voué à la mau- 
vaise chance: « Il a le cheval de Séjan » ; parce que le cheval de 
Séjan fut funeste à son maître et à ceux qui le possédèrent après 
lui: Dolabella, Cassius. Marc-Antoine. (Aulu-Gelle, III, 9.) 



OR 171 

— Adorer le veau d'or. 

...11 vil 111(11111110 liyporoiidri' 
Adoror li^ nii'l;il iinc liii-iuèiiio il fit fondre. 

(UdiLiAi:, Satire VIII.) 

— Les AnuM'icains \o\an( l'avidilô des ]"]tiro|i('('ns pour l'or, 
crovaieiil (juc ("(''lail le dieu qu'ils adoraioiiK cl lui adressaient des 
prières [tour (|u'il lit cesser les perséculioiis doiil ils rlaicul rdhjcl. 

— Dans rOiu'st de la France, [lar une nirlapliore hardie, on 
ap|)('lle '< reliiiion sonnante » le culte que tant de ,uens p.rolessenl 
jiour l'or. 

— La clef d'or ouvre toutes les portes ; aussi tons les elïorls des 
hommes tendent à se procurer ce talisman, (jui conduit à tout, 
excepté peut-être au honheur. 

Le rameau d'or que la Sihylle de Cumes lit [trendre à Enée, pour 
lui ouvrir la route des Enfei's, fut aussi le talisman qui ouvrait les 
lieux les plus inaccessihles, les portes les mieux closes. Arrivé au 
palais de Pluton, Éuée attacha le rameau à la porte, et elle s'ouvrit. 

— La soif de l'or. 

Aari sacra famcs. 

(Viiiiri.K. Eiu'hJr, III. ."i".) 

La soif de l'or a toujours éleint dans les hommes tout sentiment 
d'humanité. (Rollin ) 

L'avidité de Crassus lui lit jtorter la guerre chez les Parthes. 
Vaincu, sa tète fut portée au roi Orodès, qui lui fit couler de l'or 
fondu dans la hoiu-he, en disant : « Rassasie-toi de ce métal, dont 
ton cceur a été insatiahle. » 

Cette passion violente a été combattue de tout temps par les 
moralistes, qui ont hlàmé l'amour des richesses, mais n'out pu 
convertir personne. 

L'occasion aidant, ils ont prouvé que tous leurs i-aisonuemenls 
ne les avaient pas convaincus eux-mêmes. 

— On demandait à Simonide ce qui était le iilus à souhaiter, 
des richesses ou de lu sagesse : « Je ne sais, dit-il, mais je vois 
beaucoup de sages venir faire la cour aux riches. » 

— Tout ce qui reluit n'est pas or. 

Tout iiVst pas or ci' i|iii rcitiil. 
Ni iariiir ce (|ui Idaiieliil. 

— La boue devient brillante quand le soleil luit. (Gcelhe,) 

— Valoir son pesant d'or. Se dit d'une chose de prix. 
Michelet atti'ibiie comme origine à cette expression, l'usage 



172 on A 

iincion de donnor ;iii\ p;iroii(s (l'iiii lioiiiiiio liir le imids do son 
(Mirps en or on on ;ir,u(Mit |ioiii' los dôdoniinn^or. Un lioiinno do conl 
kilogrannncs v;ni(li;iil ;'i ce loniiilo 1500.000 francs. 

— L'or os( une cliiinoro... [lour roux qni n'en ont |)as. 
L'or, c'est le nerf do l'inlriixno. (lioanniardiais, Ikirhier.) 

Oracle, du lalin ovtiriihnn (doo/r/jv. [»;ii-lor). 

— l*arloi- coninio nw oi'aclo : c'osl nn oracle. C'est-à-dire : il est 
infailliltlo. 

(\v\ oracle est i)lus sia' (|ii(' celui de Cali'lias. 

(Ii\<;i.\f, liiliif/rnir, \\\. 2.) 

— Pliilanine dit qn'un pâtre noniinc Goritas déconvril l'oracle 
do Delphes, en voyant ses chèvres agitées pousser des cris extraor- 
dinaires, quand elles approchaient d'une cavité d'où sortaient des 
vapeurs. Cet oracle fut longtemps le plus renommé. Apollon y lit 
ses réponses en vers pendant plusieiys siècles ; mais, comme les 
mauvais plaisants riaient des vers du dieu do la poésie, il répondit 
en prose. 

— L'oracle de Dodone. au dire de Suidas et d'Aristoto. n'était 
qu'une suite de hassins de cuivre suspendus en cercle. Leur choc, 
provoqué par le vent, ou par l'artilice des prêtres, produisait 
un retentissement cpouvantahle. (Voy. Fontenelle, Histoire des 
oimdes.) 

— Rahclais (III, 2'.}), après avoir énuniéré los oracles les plus 
célèhres de l'antiquité, ajoute : « Mais vous sçavez que tous sont 
devenuz plus mulz que poissons, depuys la venue de celluy roy 
servateur, ouquel ont prins fin tous oracles et toutes prophéties, 
comme advenant la lumière du cler soleil, disparent tous luttins, 
lamies, lémures, garoux, farfadets et ténéhrious. » 

— La marguerite est l'oracle dos amants. « La jeune lille Tintor- 
roge sur les secrets de l'avenir : sa hlanche main elTeuille \n\ à un 
les pétales de cette frêle et tondre (leur, et selon que le charmant 
oracle a répondu, un Ijaisor ou une larme toml)e sur ses dél)ris. >» 
(M"*-' Marie-Rose Patout, Fiantes médicinales des environs de 
Toulon.) 

Orange, du latin aiiriun. poininn aurnntii (?). 
Somlili' plut(')t tiré de l'aralie narandj, devenu orange, puis 
orange, sous rinlUieiu'O do or. 

— L'oranger, dont la llour est d'argent, et dont le fruit est d'or. 
Les pommes d'or des Hospérides. 



Typo do la taiiiillt' des aiirciiliacrcs, (jni coinin'ciid h' cili'oiiiiicr, 
le cédralicr. le liiiidiiicr. le hcriiamoUier, oie 

L"oran,L^<'i' cl It^ (•ilroiink'r, oriiiinaires d'Afriqiio. oui rlr trans- 
plantés on Provonro par los colonios urocqucs. 

Hor('nl<\ siii\anl la Fable, les avait apportés en Gi'ôco du jai-din 
dos Hospéridos. (pic los Géortiuiucs placent en Afrique. 

— An xvii'- siècle, les oranges étaient encore rares on France, 
puisque M"*^ de Montpensier dit dans ses Mémoires : « Monsieur 
vint me voir et me donna dos oranges de Portugal. » 

.M""" do Sévigné écrit, à l'occasion du mariage de M"*' de t.ouvois, 
(pii eut lieu le ^'î novembre 1079 : « On a fait venir le printemps : 
tout était plein d'oi'angors lleuris. » 

— Fan de Heur d'orange. Flein\ dans cotte expression, vient de 
fleurer, qui signiOc répandre une biuine odeur. On dit : cela Meure 
bon : on ne dirait pas : cela Heure mauvais. 

Fleur d'orange peut s'expliquer aussi par : Heur qui i»roduit 
l'orange: la tleur d'où résulte le fruit. (Voy. fleur.) 

En réalité, orange s'est dit autrefois pour oranger, et l'expres- 
sion équivaut à eau de fleur d'oranger. 

— Un bouquet de flours d'oranger est un brevet d'innocence 

s. G. D. G. 

La couronne de soucis que portent los jeunes lilles bulgares, le 
jour du mariage, est un symijole plus signilicatif et moins trompeur 
que le bouquet de fleurs d'oranger. 

— Les orangers de Versailles, taillés en boule sur des caisses 
carrées, datent du temps où les ifs prenaient la forme de cigognes, 
oii les buis devenaient des vases, où il semblait qu'à l'exemple du 
roi, des courtisans et des dames, tout, jusqu'aux arbres, devait 
porter perruque et panier. 

Orateur, du latin orator {orare, parler). 

— Lorateur doit instruire, plaire, toucber. 

— Cicéron ! Déraostliène l'enlève la gloire d'être le premier 
orateur, et tu lui êtes celle d'être l'unique. 

— Cicéron compare le nond)re des orateurs qui sortirent de 
l'école du célèbre Isocrate, à celui des guerriers (pii sortirent des 
flancs du cboval de Troie. 

— On plaça sur le tombeau d'Isocrate une Sirène. 

Oratoiref de omtorlus. 

— L'ordre de l'Oratoire était une congrégation d'ecclésiastiques 



174 OUE 

qui ne f;iis;iio,iit iKiiiil do v(r'ii\. Fonde'' ;"i Homo jcir IMiilippo de Néri, 
mort eu iriDrj. 
Le cardimil do hônillo IrUihlil on Fi-anco en 1G12. 

Ordinaire, qui <'st (l;ins l'ordre, liiiliilncl. 

— Dinor .ivoc la soupe et le bœuf. Dans les ^argotles de Paris, 
les plats pris en sus do l'ordinaire sont ai)[)elés c.x7/y/. (Voy.) 

Ordonner, ordlnarc, mettre en ordre. 

Donner un ordre, couimander. 

Dans le langapc familier, on dit : Madame J'ordonne, mot très 
bien fait, et (pii exprime bien la nuance du romuiandement exercé 
avec sottise et vanité, à tout propos et bors de propos. 

Ordre, du latin ordlnem (de ordo). 

— TranquilHté. Do 18G0 à 1861), M. Haussmann, préfet de la 
Seine, a dépensé deux milliards pour les embellissements de Paris. 
Les crédits de la Ville avaient été dépassés de oOO millions, en 
février 1809, lorsque M. Rouber dit à la Cbaml)ro qu' « on avait pu 
ainsi donner du travail aux ouvriers, et traverser une lonpiie 
période sans émeutes ». 

Semblable à Caussidière, M. Haussmann avait fait ainsi de l'ordre 
avec du désordre : ordre dans la rue, désordre dans les finances. 

Le préfet de police Caussidière a eu aussi pour imitateur, en 1871, 
Cluseret, généralissime de la Commune, qu'on a appelé c< l'organi- 
sateur de la désorganisation ». 

— Distinction, décoration militaire. 

^ Le sacrement qui donne un caractère sacré aux ecclésiastiques. 

La collation de la prêtrise s'appelle ordination. 

On distingue quatre ordres mineurs et trois majeurs. Les mineurs 
sont ceux de portier, d'exorciste, de lecteur et d'acolyte. Les 
majeurs sont : le diaconat, le sous-diaconat et la prêtrise. 

Ordure, dérivé de. l'ancien adjectif ovd (/torridns, et non de 
so)'didi/s). 

La langue a conservé ordure, et abandonné ord, que remplace 
mal le mot sale. 

— Mots orduriers. (Voy. obscène.) 

Oreille, anciennement aureille, du latin auricula, diminutif 
de aiiris. On a employé aussi ouyes, ouïes. 

Confesser vous faut des ouyes. 
Des yeux, du nez et de la bouclie. 

{Te:<tanient de Patelin.) 



X;itiiro nie si'inlilc non sans cause nous avoir fornié aurcillcs 
ouvertes, nv opposant porte ni clousture aulcune, coinnio ha faict 
aux yeulx, lanjzue et aiiltres issues du eorps. La cause je cuyile 
estre aflin que tous jours, toul(S nuictz, continuellement puissions 
ouyr, et pai- ouye perpétiiellfincnt ap[)rendre. (Rabelais, III, 10.) 

L'honune devant ouïr pour lui-même, Toreille a été placée sur 
les côtés de la tète, presque cacliée et sans ornement. (G. Sand.) 

— Oreilles chastes.... comme celles dont parle Rabelais (IV, 43) : 
'< ...Les sanctimoniales (saintes recluses) qui appellent un pet virginal 
un sonnet », c'est-à-dire un petit son. 

(i'est peut-être de ces décentes nonnains qu'on a[)pelle « pet de 
nonne » un petit beignet de la grosseur d'une noix. 

— Autant \ous en pend à l'oreille, ...ou à I'omI. 

Cette locution fait allusion au dénomncnt d'une farce intitulée : 
Sœiu' f'essue. qui est le sujet du Psaufier, de La Fontaine. 

— Avoir l'oreille basse : être confus, humilié. 

C'est l'idée inverse qu'exprime le proverbe : Sac plein dresse 
l'oreille. 

Dcmitlo anricitldt, ni iniijiur mentis asellus. 

(Uorac:k.) 

Serrant la queue et portant bas l'oreille. 

(La Fontaixe.) 

Au contraire, on dresse l'oreille quand on est (ier du succès. 

— Faire les enfants par l'oreille. 

Votre simplicité, ([lii semble sans pareille, 
Demande si l'on fait les enfants par l'oreille. 

(.Moi.iKRE, Erole rfp.s- Femmes. V, 4.) 

On chantait autrefois, dans une prose de la Vierge : 

Gaude, virgo mater C/iristi, 
Quce per aurem concepisti. 

(Mînialnre de V Annonciation.) 

Sitôt qu'eut i)arlé (labriel, 
La Vierge conçut l'Kternel 
Par une divine mer\eille. 
L'Archange ainsi l'avait prédit. 
Et de là peut-être a-t-on dit : 
Faire les enfants par l'oreille. 

Rabelais raconte ainsi connncnt Gargamelle lit Gargantua par 
l'oreille : « ...Par cest inconvénient furent au-dessus relaschés les 
cotylédons de la matrice, par lesquels sursaulta l'enfant, et entra 
en la veine creuse, et gravant par le diaphragme jusqu'au dessus 



17G ORF 

(les cspanlt'S, oi'i l.i didc veine S(; piirl en deux, priiit le clieniiii à 
^iiiiclie, el sortit par l'aureille seiiestre... « 

VA [lins lias : « (]ar je, vous dis que si Dieu voulait, les feiiiines 
auraient doi'eseua\aul leurs enfants par l'aureille. Bacchus ne fut-il 
pas eii^cudiV' [)ar la eiiysse de Jupiter ^ Ro(pielailIad<^ nasqiiit-il pas 
du talon do sa mère '. Crocpieiiiouclie, de la pantoultle de sa nour- 
rice? Minerve nasquit-elle pas du cerveau par Taureille de Jupiter? 
Adonis, par rescorce d'un arbre de niirrc? Castor et Pollux. de la 
coque d'un (cuf jioudu par Jxda '. » 

— Je vous couperai les oreilles, ...si... 

La loi salique punissait de l'aniiMitalion des oreilles tout vilain 
qui aurait osé approcher d'une l'einiue uoltle pour la caresser. 

— L'oreille est le clieuiin du cœur. (Voltaire.) (Voy. flcurelles.) 

— luCS I^atins appelaient auvicu/arius un conseiller intime. 
Nous disons, dans un sens approcliant : avoir l'oreille de quel- 
qu'un. 

C'est à cause de ces rapports intimes avec l'oreille, que le petit 
doigt a été appelé auriculaire. 

— L'oreiller, sur lequel repose l'oreille, s'appelait autrefois 
cnnaeiller, uiot qui est devenu coussin (?). 

On dit encore : consulter l'oreiller ; la uuit porte conseil. 

— Il vaut mieux en croire ses yeux que ses oreilles. 

Pluris est oculatu-s lesiis unus, (jauni aiirili dcccm. 

(Plal-ik.) 

C'est-à-dire : mieux vaut un témoin oculaire que dix témoins 
auriculaires. 

Ne vous en rapportez qu'à vos yeux, et ne vous liez jamais à ce 
qu'on vous dira. (M""" Campan.) 

— Se faire tirer l'oreille : se faire beaucoup prier. 

Chez les Romains, lorsqu'un homme était assigné devant le 
préteur, et qu'il ne comparaissait pas, l'oiïensé avait le droit de l'y 
mener en le saisissant par l'oreille. 

— Avoir la puce à l'oreille. (Voy. puce.) 

Les oreilles ont dû vous tinter. (Voy. tinter.) 
Dormir sur les deux oreilles. (Voy. dormir.) 
Les murs ont des oreilles. (Voy. 7nur.) 

Orfèvre, du latin auri faber, ouvrier qui façonne l'or. 

— L'orfèvre fabrique de la vaisselle, des vases, des flambeaux, 
des couverts d'or ou d'argent ; l'orfèvre-liijoutier fabrique et vend 



OKG 177 

des bijoux : rorfêvre-joaillior voiul des di;im;inls. des perles, des 
pierres précieuses. 

Vous êtes orfèvre, Moiisifui' Josse... 

(Mi)i.iKici:, Amour médecin, I, 1.) 

C'est-à-dire : vos conseils sont intéressés. 

— Le contrôle de i^arnntie pour l'orfèvrerie d'argent coûte 
11 francs le kilogramme ; pour celle d'or, 200 à 205 francs. 

— Largenterie se revend au poids 200 francs le kilogramme. 
L'or des bijoux se revend 2 francs à 2 fi'. 25 le gramme. 

Orgies, du latin orgia. tiré du grec ta orgia. 

Les l'êtes de Bacclms, appelées aussi Dionysiaques. Elles corres- 
pondaient aux Bacchanales des Romains, et avaient été instituées 
en souvenir des conquêtes de Bacclius dans l'Inde. 

On y faisait des processions où l'on portait le phallus, et dans 
lesquelles se commettaient toutes sortes de débauches. 

Il y avait aussi à Rome les orgies de Cybéle, de Cérès; mais à 
cause des excès qui s'y commettaient, le Sénat les prohiba en 
l'an 528. 

Orgue, du latin or/janiun, tiré du grec organon, instrument. 

— Saint Augustin se sert du mot organa pour désigner l'en- 
semble des instruments de musique, bien que l'instrument appelé 
orgue existât déjà à cette époque. 

— Orgue est masculin au singulier, et féminin au pluriel : un l)el 
orgue, de belles orgues. L'usage le veut ainsi, et l'Académie 
elle-même s'incline sans protester contre cette irrégularité ; de 
sorte qu'il faut dire : « C'est un des plus belles orgues que j'ai 
jamais vu » (sic). 

— En 757, Pépin, père de Charlemagne, reçut en présent le 
premier orgue qui ait paru en France. Il fallait que ce fût un orgue 
de Barbarie, mu par une manivelle, car il n'y avait alors personne 
en France qui fût capable de toucher un clavier. 

A cette époque, on prononçait ogre; ce n'est que longtemps 
après qu'on dit orgue et organon. 

— Orgue de Barbarie. Les premiers instruments de ce genre 
furent fabriqués par un luthier de Modène, nommé Barberi. On les 
appelait orgues de Barberi, comme on dit : un piano d'Érard ou de 
Pleyel. C'est par corruption que le peuple a adopté l'expression 
actuelle. 

— Jouer de l'orgue de Barbarie : moudre des airs. 

i2 



178 OHM 

Orgueil, du lii'cc onjaù. (Mrc gondé, parce (}iir l'oririicil est 
rcnllurG du C(Ciir : oti de ralleiiiand iiryoli, qui est supérieur. 

C'est peut-être yiissi la niènie nri.Lnne que jiour o/Y/?/r'r?). inhc 
souore et plein de vent. 

— L'oruueil déjeune avec rabondance, dîne avec la paii\relé, et 
soupe avec la honte. (Franklin.") 

Les orgueilleux ont cela de lion ipTils se cliargenl Nolnnlaii-enieiit 
de presque toutes les corvées sociales et se contentent d'une 
récompense platoni(iue : des croix et l'approbation du public. 

L'orgueil est la maladie du génie et le tic de la médiocrité. 

L'orgueil ainbilionne la gloire ; la vanité se contente de la gloriole. 

L'orgueil ])erd beaucoup d'bonimes : la vanité beaucoup de 
femmes. (M. G.) 

La femme se sauve quelquefois par l'orgueil, elle se perd toujours 
par la vanité. (M. G.) 

L'orgueil de l'or est aussi ridicule que l'orgueil des haillons. 

— On dit d'un orgueilleux : c'est une statue qui cherche son 
piédestal. 

— Synonymes : avoir de l'orgueil: faire jabot ; se pousser du col. 

Orient, du latin orlens, orientem, qui se lève. 
Celui des quatre points cardinaux où le soleil se lève. 

Oriflamme, latin auri flamma. 

— C'était l'enseigne militaire de saint Denis, patron de la France 
et premier évêqne de Paris. Le roi de France était l'avoué de 
l'abliayc, et son .sigjiifer. 

L'orillamme était en soie rouge, terminée par trois pointes, et 
attachée à une lance dorée ; d'où son nom. 

Oripeau, de aiwi pe//is. 

Lame de cuivre très mince, polie et brillante, qui a l'apparence 
et l'éclat de l'or. (La Crusca.) 

Orme, du latin ulmus, devenu d'abord olme. 

Attendez-moi sous l'orrae, 
Vous m'attendrez longtemps, 

dit la chanson. En d'autres termes : je ne reviendrai pas. 

Autrefois, il y avait ordinairement sur les places, devant les 
éghses, un orme sous lequel se tenaient les assemblées, où se 
passaient certains actes publics. « Attendez-moi sous l'orme », 
disait-on à un ennemi qu'on menaçait de le citer devant le bailli, 



OUT 179 

qui rendait l;i justico sous I'oimuo planté devant lo umnoir sei- 
gneurial. 

Attendre quelqu'un sous l'oriue si.uniliait ne pas craindre d'être 
attaque par lui en justice. 

— ...Le cardinal Patriicci les attend sous l'orme (les juges de 
l'Inquisition), et ils n'oseront l'attaquer. (Sévigné.) 

Cette locution a passé depuis au sens ironique de ne pas vouloir 
faire ce que quelqu'un demande, ou de ne pas croire à une affir- 
mation. 

C'est la comédie de Regnard (1GÎ)4) : Altcndez-inoi sous l'orme, 
qui a popularisé cette locution. La scène se passe sous l'orme d'un 
village, où Lisette donne à Dorante un rendez-vous auquel elle ne 
se rend pas, et où le clueur cliante à plusieurs reprises : 

AUc'iulez-nioi sous l'orme. 
Vous m'aUciuirc'Z longtemps. 

— Le Dictionnaire de Trévoux à ce mot dit : « Au village, on 
place un ormeau devant l'église ; d'où sont venues ces paroles : 
danser sous l'orme..., juges de dessous l'orme, qu'on appelait aussi 
juges pédanés, c'est-à-dire sans siège, qui rendaient leurs sentences 
debout fstantes in pedlbus), sous un orme ; de là le proverbe : 
Attendez-moi sous l'orme. » 

...Chascun vous appelle 
Partout rad\ocat dessous l'orme. 

(Patelin.) 

Et, du reste, bonsoir, attendez-moi sous l'orme. 

(Hai itnocHE.) 

Il y a aussi une pièce du tliéâtre italien : Attendez-moi sous 
l'orme. 

— L'ambassadeur turc est parti pour Gonstantinople, où il doit 
attendre l'impératrice. Sur les rives du Bospbore, y a-t-il des 
ormes?... (18GU). 

Ornière, de orne: anciennement ourne ; latin ordinem. 
L'ornière : le cbemin de la routine. 

Orphée, nom mytiiologique. 

— En 1848, Lamartine, pendant une grande commotion politique, 
renouvelait le prodige attribué à Orphée, charmant par sa parole 
harmonieuse les tigres et les lions rassemblés sous le balcon de 
l'Hôtel de Ville. 

Orteil, du latin articulum. doublet de article. 



180 OSA 

Le gros doigl du pied s'appelle orteil, le gros orteil ; autrefois 
orteil se disait de tous les doigts du pied. En provenral, arleoiis, 
au pluriel, signillc les cinq doigts du |»i<Ml. Arfcou rapix'lle mieux 
qu'orteil Trlvuiologie laliue. 

Orthographe, du gi-ec oriJiÔK, droit, r/rdiiho. j'écris. 

— Ortliograplic phonograpliiqiie ou plioiiétiquo, c'cst-à-dirc 
d'après la prononciation. 

Marie voulait qu'on écrivît : érita<je. boneur. 

f^'idée de rapprocher l'écriture de la prononciation est ration- 
nelle; mais l'exécution est diflicile, quand on pense que Voltaire 
arriva difficilement à faire substituer Français à Fraiirois. 

Malgré les nombreuses réformes faites depuis Voltaire, les 
étrangers reprochent, non sans raison, à la langue française les 
difficultés qu'elle leur présente pour l'orthographe, la prononciation 
et les homonymes nomljreux : 

Nous portions nos portions. 

Les poules du couvent couvent. 

Mes fils ont cassé mes fils. 

Il est de l'Est. 

Peut-on se fier à cet homme si fier ? 

Nous relations ces relations intéressantes. 

Nous acceptions les diverses acceptions de ce mot. 

Il convient qu'ils convient leurs amis. 

Il convient qu'ils obvient à cet inconvénient, etc. 

Orviétan, italien orr«W«no, originaire d'Orviéto. 

L'orviétan, remède empirique, fut apporté à Paris, en 1647, par 
Ilieronymo Ferrante, d'Orviéto, qui le vendait place Dauphine, 
appelée alors cour du Palais, La thériaque était la base de cette 
drogue, qu'il appelait orviétan, du nom de son pays. 

Le mot est resté dans la langue pour désigner un remède sans 
valeur, une drogue de charlatan. 

Os, du latin os, ossis, même sens. 

— Les os des animaux forment un cinquième du poids total du 
corps. 

— Deux chiens pour un os : avoir maille à partir. 

Sophie Arnould parodia ce proverbe, en l'appliquant à deux 
amants de M"e Guimard, actrice célèbre par sa maigreur. 

O Salutaris, nom de prière. 

— L'usage de chanter cette hymne à l'élévation, ne date que du 



OUA 181 

rnmmoncomont du xvi« si(^rle, et fut ordonné par Louis XII après la 
bataille de Uavenne. Voici le verset : 

Sdlntm-is hosha, 
Qud' cwli panilis ostium, 
Jh'lld prémuni hotitilin, 
]l(i rohitr, fer nud-ilinni. 

Los chantres de la chapelle royale reniplaçaieiit les mots fc?' 
auxilium, par scri-a liliinn (garde les lis). 

Osanores ulciits sans or). 

Mot lor.ué par le dentiste William Roger pour désigner les fausses 
dents qui se moulent sur la gencive, et tiennent par l'ellct de la 
simple succion, sans crochets ni ligatures. 

Osmazôme, du grec osmc, odeur, soinos, liouillon. 
Madère azotée qui se trouve dans la viande et parfume le bouillon, 
dont il est le pnnci[te nutritif. 

Ostracisme, du grec ostrakismos (de ostrakon, coquille). 

Sorlo de jugement en usage chez les Athéniens, ainsi nomme 
parce que les citoyens donnaient leur sullVage eu écrivant le nom 
de l'accusé sur une coquille. Le jugement condamnait à un exil de 
dix ans, qui n'avait rien d'infanuint, et ne s'appliquait qu'aux 
citoyens dont la popularité portait ombrage à la démocratie. Aristide, 
Thémistocle, Alcibiadc, Cimon, Timothée, Iphicrate, Chabrias, 
furent bannis par ostracisme. (Voy. lémoins.) 

Otage, anciennenieut ostagc : do hôle et agere (?). 
L'otage est l'hôte considéré comme ennemi. 
Personne remise à l'ennemi comme garantie d'un traité. 
(Semble venir, bien plutôt, de obsidaticum, dérivé de obscs, 
obsidis, qui eu avait le sens en latin.) 

Ou, conjonction et adverbe. 

Conjonction : du latin aut, marque ralternative, la disjonction. 

Adverl)e de lieu : du latin ubi, prend alors l'accent grave. 

Ouaiile, [n)\\v ouei/lr : du latin ovlruhi, petite brebis; roman 
ovellia. 

Ne s'emploie plus qu'au (iguré, et au pluriel, en langage d'église, 
pour désigner les fidèles, par opposition au pasteur. 

A Ids suas orelhas m'« donat per pastor. (Guillaume de Tudéla.) 
A ses ouailles il m'a donné pour pasteur. 



182 OUB 

Ouaille se prononçait oucille. 

Il in'ii liion (lict : jo coj^iiois mes ouailles. 
Kl l'ili'S m'oyent cii oii\r;ml les oreilles. 

(C. Marot. 

Ouais, onomatopée. 

Inferjerlion do surprise, (rélonnement. 

Ouais! voici (pii est plaisant. (Molii-re, Malade imaginaire.) 

Ouate, du \ieu\ mot oue, qui s'est dit pour oie (?), à cause du 
lin duvet, semblable au coton en rame, qui recouvre les oisons. 

— On dit la ouate, quoiqu'il n'y ait aucune h aspirée ; de même 
on dit le onzième. L'Académie autorise à dire /'ouate; mais l'usage 
le plus répandu est de ne pas l'aire l'élision. 

Araiio écrit dans l'éloge de Bailly : « M'"« Bailly avait substitué à 
la ouate d'un de ses vêtements, le produit en assignats de la vente 
de leur maison de Gliaillot. » 

Si Boileau a dit : 

Où sur l'ouato molle éclate le tabis, 
c'est que la poésie interdit l'biatus, et que l'élision le lui évitait. 

Oublie, du latin oheliœ. 

Petits pains coniques, consacrés à Baccluis, dont les Égyptiens 
avaient fait obélisques par antipbrase (?). 

La forme ancienne oublée, suppose plutôt oblata, otïerte. 

Gaufre très mince en forme de cornet. 

Oublie est dit pour hostie, à cause de la ressemblance avec le 
pain des bosties. (Furetière.) 

Cette pâtisserie était connue dès le xiii^ siècle, et Ion criait déjà 
dans les rues, le soir après souper : « Voilà le plaisir, Mesdames, 
voilà le plaisir ! » 

Oublier, du latin oblilare (de oblilus, participe de oblivisci). 
Provençal oblidar, de ob et d'un radical liv, qui se rattacbe à 
livor, lividus, pâle : 

Licidas obliviones. 

(Horace.) 

— Synonyme : boire l'eau du Létbé. 

— Gomme ma grand'mère, qui tant plus disait sa patenostre, et 
moins la savait; si enfin qu'elle la dit tant et tant qu'elle l'oublia. 
{Moyen de pa?' venir.) 

— Ne m'oubliez pas. Myosotis, la Heur du souvenez-vous. 
On l'appelle aussi : plus je vous vois, plus je vous aime. 



OUI 183 

En alloinancl : Vergiss mein nlcht. 

— L"oul)li n'est qu'un palimpseste; qu'un accident survienne, 
tous les elïacenients reviennent dans les interlignes de la mémoire 

('■Ioiuk'mv ( V. lliiuo.) 

Oubliettes, dérivé du précédent. 

(^acliols soiilerrains où l'on enfermait des prisonniers condamnés 
à une réclusion p('i'i)étuelle, et sur lesquels s'appesantissait un 
éternel oiilili. 

Dans les coum'iiIs. ou les a[)peiail /// jxtcc. (Voy.) 

Oui, ancieiiueiuent oi'7; du latin hoc illad, c'est cela. Adveritc 
alTiniialif. 

— Au Moyen-Age, la Franco étail partagée en langue d'o/7 et en 
langue d'oc. 

La langue d'oc comprenait toute la France méridionale, au-delà 
de la Loire, et non, comme on l'a cru la seule province de Lan- 
guedoc. On lit, en (llet, dans Froissard (ch. Iy7): « LeducdeBerry 
eut le gouvernement de la langue d'oc, et le duc de Bourgogne celui 
de la langue d'oïl. » 

— Le signe de consentement, au xir- et au xui'^ siècle, était uïl 
dans la langue du nord de la France. « Oïl, sire. » (Chanson de 
lloldnd, stance oO.) 

Dans le Midi, ou disait oc, et c'est à ce mot que la langue des 
Troubadours devait son nom de langue d'oc. 
On disait aussi ho et o pour o'il et oc. 

Qw il lie .sel iic lio ne non. 

(RuTEnElF.) 

Ta: coiz se Uni, ne diil, ne ho ne non. 

(C'/ianson de Ronecvaux.) 

Oïl devint ensuite onil et oui. 

Volz-lu [aire iiioii conseil ? — Certes, dame, ouïl. 

{Iloinan des Sept Saffcs.) 

— Prononcer le graïul oui : se marier. 

— Les deux mots les plus courts à prononcer, oui et non, sont 
ceux qui demandent le jdus d'examen. 

— La femme vertueuse dit non ; la passionnée, oui ; la capricieuse, 
oui et non ; la coquette, ni oui ni non. 

— Réponse de Normand : ni oui ni non. (Yoy. Normand.) 

— Oui-et-Non. Bertrand de Born donna ce sobriquet à Henri II, 



184 OUR 

roi d'Angleterre, pour cnrnrtérisf'r In |iolili([iie versatile de ce 
monarque. 

En oc et no conais (/ii'iin ilnz iiii iilitiiilm. 

(Je rccoiinnis ([ue le seigneur Oui-cl-.Nou nie ploiulK' un dé.) 

A'on es 1)0, lie ço que rey.s ftutreijfi. 
Quant (t di(j d'or, que pucis diijn de no. 

(li. I)K IJOIIX.) 

(Il n'est pas l)on, de ce qu'un roi Oftroio, quand il a dit oui qu'il 
dise non ensuite.) 

On remarquera aussi dans cette phrase dcB. deBorn rexplication 
de la locution provençale : Fat) pas dire <lc oui. 
Ilippocratc dit oui, t't Galion dit non. 

(Yoy. Ilippocratc.) 

Ourdir, du latin ordiri, commencer, faire une trame. 

l^]st peut-être pour Iiorder. faire une clôture : hordel, hardies 
signiliaient claies ou clôture. 

Au propre : disposer les fds qui doivent former la chaîne d'un 
tissu. 

Au figuré : ourdir, tramer un complot. 

Ours, du latin ursus. 

— Un ours mal léché : un brutal, un homme peu sociable. 

— Isidore dérive ours du latin orsus, commencé, ébauché, parce 
qu'il est dill'orme en naissant, et que sa mère semble l'achever en 
le léchant, comme le sculpteur achève sa statue par de légers coups 
d'ébauchoir, ce qui s'appelle, en style d'atelier, lécher son ouvrage. 

Aristote et Pline disent aussi que les oursons sont très mal faits 
et que leur mère corrige ce défaut de forme en les léchant. 

— Comme ung ours naissant, n'ha pieds, ne mains, peau, poil, 
ne teste ; ce n'est qu'une pièce de cliair rude et informe. L'ourse, à 
force de leischer, le met en perfection de membres. (Rabelais, III, 42.) 

Toute sa personne velue 
Représentait un ours, mais un ours mal léché. 

{Li\ Fontaine, Paysan.) 

— L'ourse léchait chaque instant son ourson. (Mercure, juin 1734.) 

— Le pavé de l'ours. (La Fontaine, rOuj^s et V Amateur des 
jardins.) 

11 faut se défier, dans le monde, de ces lourdauds qui ne sauraient 
vous obliger sans vous marcher sur les pieds. 

— 11 ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. 
(Yoy. vendre.) 



OrV 183 

— Vivre roninic un ours: comme un ermite, un misanthrope. 

— Prenez mon oiii's. Dans l'Ours ot Jo Pacha, de Scribe (1820, 
se. Yl), Marescot dit : « 1! me faiidrail qnchiiie poisson extraordi- 
naire, ...vous devez avoir cela. » Lagin,ueole : «Parbleu! j'ai votre 
atl'aire... Prenez mon ours. C'est sou état; ...c'est un ours marin. » 

— Ours, pièce de lliéûtre (pii a vieilli dans les cartons. Ces pièces 
ne se jouent qu'en été quand les tliéàtres sont déserts. 

Allusion à l'ours, qui dort eu hiver, et ne se montre qu'en été. 
(L. Larchey.) 

Outrage, de iiltva, outre, avec suffixe arje. 

Outre, préposition : du laliu nJlra. 

— Ou lit dans les lois de (iiiillaiiiue : « Nulz ne reçoit liom ultre 
III nuitz. ') 

De là viennent: outrer, outrance, outrage, outrecuidance {outre 
et cutdei', anciennement croire : s'en croire trop). 

Jeune l)eaulé, nuiis \ro\) ontrccnidOi' 

Des présents de Vénus, 
Quand tu ^ erras ta peau toute ridée. 

(Hkine 0!-; Xavaiuif..) 

Outrer, dérivé du précédent. 

— Etre outré des mauvais procédés de quelqu'un. 

— Outré de colère : prêt à éclater comme une outre (!) trop 
gonflée. 

C'est une expression tirée de l'ancienne escrime, oi'i, dans les 
joutes sérieuses^ c'était à qui outrerait son adversaire, le i)ercerait 
d'outre en outre. 

Les coml)ats à outrance étaient opposés, dans les tournois, aux 
luttes courtoises, où l'on joutait avec des lances émoiissées, ou gra- 
cieuses. Les joutes représentaient les combats seul à seul. Dans les 
tournois, le combat avait lieu par groupe de deux ou plusieurs 
chevaliers, en nombre égal dans les deux camps, qui figuraient les 
escarmouches. Les combats à la foule, ou mêlées, étaient comme les 
essais, les représentations des batailles générales. 

Ouvrage, dérivé de œurrc : latin opéra. Provençal o/tra/f/c. 
Terme honnête pour désigner le travail des vidangeurs et la 
matière extraite. 

— Ouvrage mal fait : bousillage. 

Au propre, c'est une maçonnerie de bouse, ou paille hachée, et de 
terre détrempée qu'on appelle 7>/.ye. 



180 OVO 

Ovale, (le ore, Inliii ovum. 

Figure ('iirvili;jiio l'cprcsoiitrc pur l;i section pljnf (riiii n'iif selon 
son grand axe, et qui prend le nom {Y ellipse, lorsque les extrémités 
sont égales et régulières. 

Ovo (ab), expression latine: depuis Tœnf, depuis le commen- 
cement. 

AVf ijoiiiiin hrlhun Irojiituiin ordilnr ab ovo. 

(IloltACK.) 

(Pour i-aconter la guerre de Troie, il ne remonte p.is à l'œuf 
double de Léda.) 

Horace veut dire qu'Homère a tiré l'Iliade de la colère d'Achille, 
sans remonter jusqu'à la naissance d'Hélène, cause de la guerre, et 
qui, suivant la Fable, était née de l'œuf de Léda. 

— Les anciens considéraient l'œuf comme le principe de toutes 
choses; ils commençaient leur repas par des œufs et le finissaient 
par des fruits, d'oii l'expression d'Horace : 

Ab ovo iisquc nd maUi. 

— Inlegrani famem ad ovum a/J'ero. (Cicéron.) 
J'apporte au premier service un vigoureux appétit. 

— Omne vivum ex ovo (Hervey). Tout être vivant vient d'un 
œuf, c'est-à-dire d'un germe existant avant lui. 

D'autres ont modillé l'aphorisme, et dit : Omne vivum ex vico; 
tout être vivant vient d'un être vivant. 

D'autres entîn ont admis la génération spontanée de quelques 
êtres animés. 

— La fécondité de certains animaux est prodigieuse. 

La femelle de l'esturgeon contient jusqu'à huit millions d'œufs : 
celle du muge, treize millions. 

La carpe est appelée en latin cijprinus, de C y pris (Vénus), à 
cause de sa fécondité. 

Ces animaux pullulent véritablement. 



PAC 187 



P. L";iIiIm'' rcll('i;riii. (iiii diiiiiil df r.'iiilcl cl S()ii[>;iil du lli('';'ilro. 
Piiiivre ahhé: pauvre aiileur ! On lit sur l'une de ses pièces, 
Pc/opée, tra.uédio, une épigraniine dont chaque mot commençait 
par un P. 

Pélopc'e, pièce pitOYal)le, par Pell(\iiriu, iio.Me. pauvre prêtre 
provençal. 

Pace (in), expression latine : en paix. 

Prison pour les moines : cachot où l'on enfermait pour la vie, 
les relii^ieux coupahles. 

Pacha, de l'arabe P« schach. vice-roi ; ou du turc hac/ut, de 
basch, tête, chef. 
Gouverneur, grand dignitaire. (Voy. queue.) 

Pactole, nom géographique. 
Petite rivière de Lydie, qui charriait de l'or. 
S'appelait aussi C/irysorr/ious, mot fait comme Ariège (aur/f/fra), 
ou comme Uio de la Plata, rivière de l'Argent. 
Aujourd'hui Bagoulet. 

— Silius Italiens (IV. 2oi) compare le Tage au Pactole, parce 
qu'il roulait de l'or : 

Hic cerlnnl. Pactole, tihi Duriiisrjuc Tdijnsqnc. 

— Sorti du mont ïmolus, le Pactole passait à Sardes et tomliait 
dans l'Hémus. Son nom ancien était dû à un sable chargé de 
paillettes d'or qu'il charriait, et qui avait si prodigieusement 
enrichi Grésus! D'après la Fable, il était aurifère depuis que Midas 
s'y était baigné. 

— Posséder le Pactole : être très riche. 

On emploie aujourd'hui avec la même valeur les mots : Californie, 
Eldorado, Pérou, Opliir, etc. 

— L'Eldorado est un pays imaginaire que rEsi)agnol Martinez 
prétend avoir découvert dans l'Amérique Méridionale, et qu'il avait 
nommé ainsi à cause de l'immense quantité d'or et de pierres 
précieuses qu'il disait avoir vue dans Manoa, capitale de la contrée. 

— L'Écriture fait mention d'un pays d'Ophii-, où les flottes 
d'Hiram, roi de Tvr, et celles do Salomon, allaient tous les trois 



188 PAI 

ans, ot d'où elles rnpporliiieiit qnrmlitû d'or. Les iiiterpn''les de 
l'Iicriture, ne sachant où placer ce pays d'Opliir, l'ont vainement 
cherciié tour à tour en Asie, en Afrirpie, en Amérique. Jospplie dit 
qu'il s'appelait « la Terre d'Or ». On croit que c'est la Californie. 

Paganisme, du latin paganus, habitant des campagnes, parce 
que ce fut dans les campagnes que cette religion se réfugia après 
rétablissement officiel du clirislianismo. 

Aujourd'hui même, certaines traditions et superstitions du paga- 
nisme subsistent dans les campagnes. (Yoy. paijsan.) 

On l'appelle aussi panthéisme {'i), polythéisme, idolâtrie. 

Page, de l'italien paggio. du grec paldion. enfant. 
D'où le latin p(edagogium : lieu où sont élevés les enfants. 
Quelques-uns le tirent de pagani (?), jeunes paysans que les 
seigneurs prenaient à leur service. 

— Être hors de page, c'est-à-dire n'être plus sous la dépendance 
d'autrui, sous la surveillance d'un gouverneur, comme l'étaient les 
pages. Être d'âge à se diriger soi-même. 

Au temps de la chevalerie, les fds des gentilshommes étaient 
placés, dès l'âge de sept ans, auprès d'un haut baron, comme pages, 
damoiseaux, varlets. A quatorze ans, ils étaient hors de page et 
devenaient écuyers. 

— Napoléon avait des pages, choisis parmi les enfants de grande 
famille. Il leur avait donné pour gouverneur le général Gardanne. 

— Hardi comme un page. (Beaumarchais, Figaro, Y, 6.) 

Page d'écriture ; du latin pagina. 

Quod in illis rei'sus panguntur (Festus), parce que les lignes 
d'écriture s'y étalent, y sont écrites. 

Pagne, de l'espagnol 7>«/jo, latin pannus, pièce d'étolïe. 
Morceau d'étolïe dont les sauvages de l'Afrique se couvrent le 
milieu du corps, de la ceinture aux genoux. 

— Quelques-uns citent le vieux français crépagne, Christi 
pannus. On couvrait d'un lambeau d'étolïe la nudité des suppliciés. 
Haillon hideusement pudique, sorte de feuille de vigne des supplices 
antiques. Jésus-Christ sur la croix n'avait que ce lambeau. 

Paillard, latin palea. 
Au propre : qui couche sur la paille. 

\)\X(iM\^Q Aè^iïiii palliardus : Homo nihili et in/lmœ conditionis, 
homme de rien, de la plus basse condition. 



PAI 189 

Au liiiuré : débaiirhé, luxurieux, adounc aux fcuiiuos. 

Cela vieut sans doute de l'ancien usage de donner un anneau de 
paille aux personnes qui avaient compromis l'iionuenr de leur 
famille, et que Ton forçait à se marier. 

Peut-être aussi faut-il le rapporter à pa// lasse. 

Rabelais (I. 21) emploie pa/Nfu'der pour se rouler, fainéanter au 
lit. Ailleurs il dit que < paillardise est Toccupation des gens non 
aultrement occupés ». 

Ce petit paillard toujours lastouuait ses gouvernantes. (Rabelais, 
livre I.) 

Paillasse, niais, bouribn de salliudianque. qui amuse le public; 
par ses naïvetés. Il doit son nom à son costume, qui est taillé dans 
une bousse de paillasse. 

On l'appelle aussi p//re, du vieux mot pistre, boulanger, parce 
que les anciens boutions s'enlarinaient le visage, comme fait encore 
Piei'rot. 

Paille, du latin pa/ea : \)ro\ençà\ pa/ ha. 

— Avoir la paille et le Idé; comme la toison et la peau^ c'est-à- 
dire garder tout pour soi. 

— Dans l'Évangile, la paille désigne les réprouvés. Le Seigneur 
a dit qu'il séparerait la paille du froment, et qu'il la brûlerait. 

— l'être sur la paille, c'est-à-dire être misera l)le. 

— De grand train, sur l'estrain. {Estrain signifiait autrefois 
paille ; latin stramen.) 

— On voit un:; paille dans l'œil de son voisin ; on ne voit pas une 
poutre dans le sien (Matliieu, Yll, 23 ; Luc, YI, 41.) 

Ut ociilus, sic anunus se non videns, alla cernil. (Gicéron, I, 
Tusculnnes.) 

L'cimI, qui voit tout, ne se voit pas lui-même. 

Si nous n'avions pas tant de défauts, nous ne prendrions pas tant 
de plaisir à remarquer ceux des autres. 

In alio pedlculum vides, in te ricinum non vides. (Pétrone, 
Satiricon.) Tii\o\?,\u\ pou sur ton voisin, et tu ne vois pas un 
ricin sur toi. (Le ricin est un insecte qui s'attaclie aux oreilles des 
bœufs et des chiens.) 

-- Rompre la paille : conclure un marché, stipuler quelque chose. 

Cette locution vient d'un usage ancien. C'était une véritable 
quittance, à l'époque où l'écriture était peu en usage, que de 
présenter un des brins d'un fétu brisé. Seul il pouvait bien s'adapter 
à l'autre. 



190 PAI 

C'est encore le |ii-iii{i|i(' iidoph'- pour les registres à souclie, dont 
on détache les qiiitttinces en les coupant suivant nne ligne sinueuse. 

— C'est ainsi que, par l'étude de la linguistique, on peut dégager 
des ombres des temps obscurs le sens de certains mots et de 
certains usiiges juridiques. 

Dans le D('])ll (imourcux (IV, 4), Gros-Uéné dit à Marinette : 

l'niii' (•(iii|icr loiit fliemiii à nous rapatrier, 
Il faut rcjiiiprc la paille : une i)ailli' rompue 
Rend entre gens d'honneur une affaire conclue. 

IMiis bas, il ajoute : 

Romps, voilà le moyen de ne s'en ]iliis dédire. 

Eu latin sllpuln, paille, et .s/ipii/are, dont on a fait stipule?', 
signifiaient aussi : l'aire une convention. 

Pecunia slipulata (Cicéron): prix convenu. 

Le mot stipulation est ainsi expliqué dans la loi romaine : 
« Arracher une paille, puis la jeter sur le sol, en prononçant ces 
paroles : Par celte paille, j'abandonne tout droit. L'acquéreur 
prendra la paille et la conservera, et si quelqu'un conteste son 
droit, la uième paille sera présentée en justice devant témoins. » 

— En 922, les seigneurs du royaume, pour déclarer à Charles le 
Simple sa déchéance, à cause des concessions qu'il avait faites à 
Raoul, chef des Normands, brisèrent au pied du trône des pailles 
qu'ils tenaient à la main. 

— Sully rapporte dans ses Mémoires, que le comte de Soissons 
lui ayant demandé une grâce, le menaça, s'il ne l'obtenait, de 
rompre la paille avec lui. 

— Tirer à la courte paille, consiste à décider un litige en s'en 
remettant au sort, qui fait échoir de deux pailles la plus courte à 
l'un des contestants. 

— Pour indiquer qu'un animal est à vendre, on lui attache 
encore à la queue un bouchon de paille. 

— Homme de paille : préte-nom, homme complètement étranger 
aux choses dont il assume la responsabilité. 

Viendrait de pallot, paysan, qui couche sur la paille (?). 

Pain, du latin panis, remonlaut à pasco ; provençal y^an. 
De là : panade, panier, panetière, apanage, compagnon. 
En argot, larton : pour les amateurs de calemhours, le « mot de 
la faim », ou la « pierre à aiguiser les couteaux ». 

— Pain trompé dans du vin : soupe de perroquet. 



PA( 191 

— l*aiii 1(111.'-; : pain jorko. Ce mol dati' de IS^i. année où le sin.uc 
Jocko enl tant de succès à Paris. 

— An pain el à l'ean. Sixie-Qninl. an coniinenccMncnl de sa car- 
rière, disait a\('c iiiic hninililé sinndèf : Pa/iis et (k/iki, vlfn hoaln . 
Devenn pape, il imidilia ainsi la [ilirase: Af/ur/ cl jxm/'s, ri//t rmiis. 
Kan et pain. \ie de chien. 

— A\oir (In pain ([nand un n'a jdns de dénis : devenii' l'iche 
dans sa vieillesse. 

— La société se compose de ceux qui ont pins de pain que 
d'appétit, et de cenx qui ont plus d'appétit que de pain. (Cliamfort.) 

— ^"avoir pas de pain. Malherbe écrivait à Racan : « J'ai le 
courage du philosophe pour les choses superllues ; pour les néces- 
saires, je n'ai autre sentiment que d'un crocheleur. On peut se 
passer de conlitnres ; mais du pain, il faut en avoir ou mourir. » 

— Manger son pain hlanc le premier : commencer par le 
hoidieur ; avoir été plus heureux qu'on n'est. 

— J)n pain et des spectacles. (Yoy. .^ipcctacles.) 

— Pain bénit. La distribution du pain hénit dans les églises est 
un souvenir de la communion, à laquelle tous les lidèlcs prenaient 
part dans la primitive Kglise : d(>pnis. IT-^glise ne donne la commu- 
nion qu'à cenx qui s'y sont préparés. 

— C'est pain ])énit [)0ur lui : c'est bien l'ait. 

Pair, du latin />ar. égal, semblal)le. 
D'où : parage, pareil. 

— Les pairs étaient autrefois les grands vassaux. 

— Depuis J81o, ce nom était appliqué aux membres de la 
Chambre haute, dite des Pairs, qui avait mission de veiller à la 
conservation des lois fondamentales. 

— Aller de pair : être l'égal. 

— Être au pair, dans une maison de commerce, c'est-à-dire sans 
rien gagner, mais aussi sans payer de prime pour son appren- 
tissage. 

Paître, du Vàtïn pascere, nourrir. Provençal pa^lré. 
D'où : pâtre, pasteur. 

— Allez vous faire paître!... vous faire lanlaire (voy.). se dit à 
un importun dont on veut se débarrasser. 

Allez, l)ix'liis, vous faire pailre. 
Je ne suis plus votre berger. 

Paix, du latin pax, de pango, ficher, arrêter. 



102 P.U. 

Silii.'ilion (^xciiipUî do Iroiililc cl d'ii^itation. 
On a la paix avec les aiilrcs, la tcaïKinillitc avec soi-inènie, le 
calme après l'agilation. 

— Qui vit en paix, dort en repos. (Voy.) 

Si vis pacem, para belliDn. (Gicéron.) Celle maxime paradoxale 
est moins juslc que : aS'^' vis pacem, para pacem. 

On dit aussi : se garder à carreau ; pour se tenir prêt à tout 
événement {carreau désif;iiait aiili'olois un trait, un gros [)rojectile 
de guerre) . 

— Les hommes (pii ont rêvé la paix universelle, et se sont 
elîoi'cés de la faii'e ivgner en luirope, sont Henri IV, Saint-Simon, 
l'abbé de Saint-Pierre, Gobden. 

— Le 25 décembre 1873, à un banquet offert à Paris, à M. II. 
Richard, par les amis de la paix, M. Richard prononça un discours 
où il dit qu'aucune idée ne réussit sans le patronage de la France, 
dont l'inlluence est sans égale, et dont la langue, la littérature et 
les lois sont universelles. Il ajoute que sa proi»osition n'est pas plus 
une utopie que ne l'était la proposition de l'abolition de l'esclavage 
et celle du libre-échange, qui se sont réalisées. Il termine en disant 
que ses idées rencontrent partout un accueil sympathique. 

Paladin, forme adoucie de palatin : latin palalimis. 
Homme do palais, homme de cour. 

Ce nom fut donné d'abord aux officiers les plus notables du palais 
de Charlemagne : Roland, Ogier, Olivier, etc. 
Chevalier-errant des romans. 

Palais, du latin palatium, maison des Césars sur le Palatin, 
la plus célèl)ro des sept collines et la plus fameuse par ses sou- 
venirs. 

Le Palatin était le véritable berceau de Rome : Romulus l'entoura 
du premier fossé. Il devait sou nom à une colonie de Grecs venus 
de Pallantium, ville d'Arcadie, sous la conduite d'Évandre, et qui 
s'établirent sur cette coHine, soixante ans environ avant la guerre 
de Troie. 

Auguste s'y était fait construire une maison, palatium, dont le 
nom est devenu depuis lors une appellation générique. 

— En 18G0, Napoléon III a acheté les Jardins Farnèse, situés sur 
l'emplacement du palais impérial, et y a fait pratiquer des fouilles 
sous la direction de l'antiquaire itahen Pietro Rosa, qui est parvenu 
à mettre au jour les fondations de l'antique habitation des Césars. 



V\L 193 

Palais, partie siipérioiu'O do la lioiiclie, vient, comme pain, 
jxiiU'i', du lirec paô. 

Non, mais lùeii i>liit(U de /xilafinn. comparé à une ,urande salle 
voûtée. 

Palais de Justice. A été ainsi nommé parce que les édilices 
où se rendait la justice étaient les palais des rois ou des maisons 
leur appai'tenaut : ils y tenaient eux-mêmes leurs plaids. Depuis, 
ils abandonnèrent ces maisons aux magistrats, et elles conservèrent 
leur ancien nom de palais. 

(In l'appelait aussi hasi/ica, d'où est venu le nom de basoche. 

— Le caltinel du ministère public s'appelle parquet, mot fait 
comme celui de rouv île l'Échiquier, en Anuleterre, à cause du 
pavage en écbiquier de cette salle. 

De même, à Rome, la cour de Rote, dont le parquet, fait sous le 
pape Jean XXII, était en forme de roue ou de dessin circulaire. 

Palatine. Sorte de fourrure adoptée par les femmes, à la lin du 
wii'- siècle. 

Cette mode fut introduite par Madame, duchesse d'Orléans, tille 
de l'électeur palatin, et seconde femme de Monsieur, frère de 
Louis XI Y. 

Ce vêtemeut, encore en usage, sert à couvrir les épaules et la 
poitrine. 

Pâle, du latin ])allidus. 

Oui a l'air d'avoir oui»lié de se faire enterrer (?). 

Palefroi, anciennement yjfl/tyV'o/r/; bas-latin parafredus. 

D'où : palefrenier, anciennement palefredier. 

Cheval de parade sur lequel seigneurs et châtelaines faisaient 
leurs entrées solennelles. 

Ce mot est vieux, et ne sert plus depuis les romans de Chevalerie. 

Nicod le dérive de /ja?' le frein, parce que, dans les cérémonies, 
les notables s'honoraient de conduire ces chevaux par la bride. 

— Le palefrenier : valet qui panse les chevaux. 

Ce titre était autrefois honorable, et a été remplacé par celui de 
grand-écuyer. 

Le connétable était aussi, à l'origine, l'officier gardien des écuries. 

Palindrome, se dit d'un vers ou d'une ligne de prose qui se 
peut lire indistinctement, de gauche à droite ou de droite à gauche, 
sans que la forme des mots soit changée. 

13 



i94 PAL 

Palinodie, du niv'c jkiIIu, de iioiivcîiii, oih-, cli.'iiit. 

Clmiit (l.'iiis l('(iiicl lin [lorlc )-('li';icl(' ce fjii'il ;i rli;iii(('' préccdem- 
meiil. 

Horace ayant oll't'iisr la iiirre de la iciiiic Tviidaris, composa en 
son lioiiiiciir une cliaiiiiante palinodie : 

iiiiilrr piilrlira fiUa pitic/irior. 

Anjourd'lnii, le mot a perdu cette acception littéraire. 

Il se dit de tout clianpement brusque dans les paroles et dans la 
conduite. Gliantcr la palinodie, c'est se rétracter, louer sans pudeur 
ce qu'on avait déni.uré, etc. (Voy. gamme.) 

Palladium, mot latin. 

Statue de l*aihis, ou Minerve, que Ton conservait dans Troie, et à 
laquelle les destinées de la ville étaient attachées. Elle était tombée 
du ciel dans le temps où Ilus fondait Troie. Ulysse et Diom(''de 
parvinrent à l'enlever. 

Pallier, du latin paUiare. couvrir d'un manteau, cacber. 
C'est le contraire de révéler, revelare, démasquer, enlever le 
voile. 

— Le pallium, manteau grec, était un vêtement plus étroit que 
la toge romaine. C'était le costume des anciens pbilosopbos, 
qu'avaient adopté les prêtres cbrétiens^ et dont la soutane rappelle 
probaltlement la forme. 

— Du mot pallium vient le provençal pâli, dais en soie sous 
lequel ou abrite le Saint-Sacrement. 

CnacHS (ic ho minitel de pâli bcn ohral. 

[Fierahras, v. 1270.) 

(Cbacun eut un beau manteau de soie bien travaillé.) 
Le poêle, drap mortuaire, qui se porte devant le cercueil, s'appe- 
lait autrefois paile. , 

l'iiis l'a lait d'un paile couvrir. 

(Roman de la Ilose.) 

— Le mot prcle.rte, excuse pour dissimuler une faute, a été fait 
comme pallier, du latin prœtexta, la robe prétexte que portaient à 
Rome les enfants de qualité, et dont les grands personnages étaient 
vêtus pendant les jeux publics. 

Ad prœtextum mutatœ uolantatis. (Suétone.) Pour justifier son 
infidélité. 

Palme, du latin palma. doublet paume,, main, à cause de la 



PAN 193 

forme de la fouille du pnlniier, dont le fruit est niipelé (hifte, autre- 
fois (laclc, du lirec dactylos, doigt, parce que les dattes ressemhlent 
aux doigts. 
Ancienne mesure romaine : étendue de la main ouverte. 

— Les pahues du mart\re. ...de la victoire. (Voy. laurier.) 

Les Romains appelaient pahnariuni, le prix de la victoire, et 
palinariiis, celui (pii Tohlenait. 

I/omo inHltaruin pahitanu/i. (Cicéron.) Un homme couvert de 
gloire, de lauriers. 

Paltoquet, radical paletot, que Ménage dérive de palliolum (?). 
On ai^ieile ainsi un homme grossier, sans importance. 

— Au Moyen-Age, le paletot était une casaque à coqueluchons, 
comme le manteau de certains religieux. Le paletot servait aux gens 
de guerre qui furent appelés « paltoquets », à cause de leur costume. 

Les soldats romains se servaient aussi d'un vêtement que Slrabon 
désigne sous le nom de paltos. 
Notre paletot moderne est ce que les Romains appelaient ey^Z/o^e. 

Pan, du grec Pan, dieu champêtre ; et aussi de Pas, tout, la 
nature personniUée. 

— Le grand Pan est mort ! Cette mort du grand Pan arrivée 
sous Tibère, à laquelle on trouve une allusion dans Pantagruel, 
quelques-uns l'ont interprétée de la mort de Jésus-Christ. 

Pandémonium, du grec pas, tout, dai/non, démon. 
Milton, dans le Paradis perdu, appelle ainsi la salle du Conseil 
des démons. 
Lieu de désordre et de bruit. 

Pandore, nom mythologique; dnf^rec pan, tout, doron, présent. 

— La boite de Pandore : présent fatal. 

Selon Hésiode, Pandore est la première femme, créée par Vulcain 
et Jupiter. Yulcain la conduisit à l'assemblée des dieux, qui tous lui 
tirent un présent. Pallas lui donna la sagesse; Vénus, la beauté; 
Apollon, la science et l'art: Mercure, l'éloquence. Jupiter, pour se 
venger de Prométhée, qui lui avait ravi le feu du Ciel pour animer 
l'homme, donna à Pandore une boite fermée et l'envoya chez Épi- 
méthée. Celui-ci, malgré l'avis de Prométhée, ouvrit la boite, et il 
en sortit tous les maux qui affligent le genre humain. Pandore se 
hâta de la refermer, mais elle ne put y retenir que l'Espérance, 
prête à s'envoler. 



m PAN 

— Los voleurs iippcUciil « boilc ;'i l'andurc ». l:i nvc iikiIIc (loiir 
mouler rcmprcinlc dos dofs. 

Panier, du hiliii iiinniriinii. corhcillr à |i;iiii. 

— Ou iippellc « |»;iiii('i' jicrcc» un dissii»;iloMr', |i;ir foiui)nr;iison 
à un jjauior s;ius fond, cpii no peut ricu gjii'dor. 

« Panier percé » se dit dans le uièuie sons que « sot coiiiuic nu 
panier », c'est-à-dire incapable de rien retenir de ce qiiou lui 
apprend. 

— Faire danser l'anse du panier : faire son beurre: gratter. 

Le petit pain d'un sou [lour le déjeuner de Monsieur, ci : deux 
sous. 

— Au jour de l'an, l'intendant du cardinal Dubois venait rendre 
ses devoirs à son maître, qui lui disait : « Monsieur, je vous donne 
ce que vous m'avez volé. » 

— Le dessus du panier : c'est-à-dire le premier cboix. 

M"°£' de Sévi.iiué disait des fables de La Fontaine, qu'elle compa- 
rait à un panier de cerises : « On veut cboisir les plus l)ellos, et on 
finit par vider le panier. » 

On dit dans le Berry d'une personne de mauvaise bumour : 
« Quelqu'un lui a manaé le dessus de sa soupe. » C'est là un pro- 
verbe de gourmand bien réllécbi, car la partie la meilleure d'une 
soupe grasse surnage et se trouve toujours au-dessus. Le premier 
bouillon de la marmite est comme le dessus du panier, où l'on 
place les plus beaux fruits. 

— La crinoline, qui a commencé, en I800, à transformer la 
femme en nne tour pyramidale, a déjà existé au temps de François I^r 
sous le nom de vertugadin, et à la cour de Louis XIY, sous celui 
de panier. (Yoy. tournure.) 

Panique. Terreur panique, c'est-à-dire sans motif. 

C'est le nom que les Grecs donnaient à l'espèce de crainte qui 
n'est produite par aucun danger véritable. 

Cette locution vient de ce que Pan, dieu des bergers, venu au 
secours de Jupiter contre les Titans, les épouvanta d'une frayeur si 
subite, qu'ils prirent la fuite. 

Polyenus raconte aussi que Pan, l'un des capitaines de Bacchus, 
mit en fuite ses ennemis par un grand l)ruit de cris et de trompettes, 
qu'il fit faire à ses soldats, dans une vallée où il avait observé plu- 
sieurs écbos. Cela fit croire aux ennemis que les troupes de Pan 
étaient très nombreuses et les mit en fuite. 



PAX 107 

De l;'i vient l;i fiihlo qiio lu nyiii|)lie Kclio a été ainiéo pai- le dieu 
Tan. 

I'aiisaiiia< iiai'lc aussi de lori'eiirs imniqiics, ce qui itrouvc l'anli- 
qiiité de celle lociilion. 

Panneau, tliininiitil' de ixin : latin pannus. 

— Ddiiiier dans le iianiitMii. Panneau est un tenue de cliasso et 
dr'siaiio une (^spéco de lilet [tour |»i'endre le ciiùer, et surtout les 
lajiins. 

— Ttunl);'!- dans le panneau. Ici, panneau, est pris dans le sens 
de écoutille ouverte sur le pont du navire, pour descendre dans 
l'intérieur (0- H se dit dans le sens de attraper, prendre dans une 
trappe ; comme tréhuclier, tomber dans un trou. 

Il est liomme à tomber dans tous les panneaux qu'on lui présen- 
tera. (Molière. Pourccaugnar, I, \.) 

Panorannaj, du lirec pan, et orania, vue. 

Grand taltleau circulaire et continu, qui est vu du centre de la 
rotonde où il est i)lacé. et qui produit l'illusion de la nature elle- 
même. 

Le pantu'ania a été in\enlé [lar Breyzi.i!', de Dantzig, en 1793. Il l'ut 
importé en AuLilelerre par le peintre écossais Burker. En 1800, 
Fulton l'inti'oduisit en Fran.ce. 

— Le i)remier panorama l'ut établi à Paris près le passage qu'on 
appelle depuis « des Panoramas «. d'où il a été transporté, vers 18i0, 
dans la rotonde des Ciiamps-Élysées. 

— Le pauoi'ama a donné lieu à diverses inventions analogues: 
cosmorama, diorama, etc. 

Panse, du latin panier, /nnidre/n, ventre. 

Autrefois on disait: panser, nourrir, donner largement à manger. 

Il prit dedans Paris cent beaux jeunes et gualants compaignons 
bien délibérez, et cent belles garces Picardes, et les feit bien traicter 
et bien panser pour huict jours. (Rabelais.) 

Panser, soignei' nue [daie, est le même mot que penser, du 
latin pensare, s'occuper de. 

,Te le pansai, Dieu le guérit. (A. Paré.) 

Pantalon, vêtement ainsi nommé parce qu'il était en usage cliez 
les Vénitiens, nommés eux-mêmes « pantalons », à cause de saint 
Panlaleoue, très honoré cliez eux. 

— Synonyme : Inexpressible (pour les prudes Anglaises). 



198 PAN 

— Jiidis chausse. La i»arlie supérieure du vèleinenl don bas 
était le liaut-dc-cliausses : l'autre, le has-de-cliausscs, et, par abré- 
viation, bas, quand on porta des culottes. 

— Le saint Panlaléon, ancien patron des Vénitiens, avant saint 
Marc, avait un nom grec signifiant tout miséricordieux. 

Il a donné son nom à un personnage grotesque de la comédie 
italienne, qui représentait les vieillards, portait nn masque à barbe, 
une espèce de robe déjuge et une culotte longue, dite d'après lui 
pantalon. 

Panl;don est vénitien, comme Arlequin est bergamesque, et le 
Docteur, vénitien. 

On appelle pantalonnades, des farces dans lesquelles parait cet 
acteur. C'est ordinairement un marcliand ou un bourgeois de Venise, 
bonbomme ridicule, amoureux et dupe: type des Gérontesde notre 
comédie, et qui avait lieaucoup de rapports avec les vieillards de 
Térence et de Plante. 

Pantalon était né sous une étoile fâcbeuse : s'il y avait un soufllet 
dans l'air, c'était pour lui : sa fille était séduite parle premier venu ; 
son tUs était empaumé par une égrillarde debasard. 

— On lit dans le Macjasin Pittoresque (1837, p. 294) : « Les 
prolétaires de la Répul)lique de Venise, à la fin du xvi^ siècle, por- 
taient des culottes à longues jambes, réputées par les étrangers 
comme une des plus bizarres cboses qu'il y eût au monde. Comme les 
Vénitiens étaient désignés en Italie par le sobriquet de Pantaloni, 
à cause, dit-on, de saint Pantaloni, leur patron, ce nom passa à leurs 
culottes. » 

Pantin, de l'italien fantoccio, fantocbe, poupée. 

Ce sont de petites figures articulées, en carton, représentant des 
personnages burlesques, dont on fait mouvoir les membres avec un 
fil. Ils furent introduits en France vers 1747, et firent un instant 
fureur. Bouclier en peignit lui-même qui se vendaient très cber. La 
ducbesse de Cbartres en paya un l.oOO Uvres. On ne pouvait aller 
dans une maison sans en trouver de pendus à toutes les cbeminées: 
on fit même une cbanson sur les pantins : 

Que Paulin serait content, 
S'il avait lart de vous plaire ! 
Que Paulin serait coulent, 
S'il vous jilaisait eu dansant ! 

— D'autres tirent ce nom des habitants de Pantin, près Paris, 



PAP 100 

réputé? lioiir Iciii- lialiilctt'' ;"i la diiiiso. rninnio l'indique une vieille 

cliaiisoii : 

(".'■ii\ ilf l';iiitiii. (If Saiiit-OiiL'ii. (le Siiint-CloïKi 
Dausnil bini iiiinix (|iie tous ceux de ciiez iiuiis. 

— D'autres enrore \ voient un rapport avec le vieux verbe fran- 
çais / (inicr, étendre : ou avec le latin penditure, être suspendu. 

Pantomime, du ,urec panta, tout, mimeomai, j'imite. 
Art de rendi-e les sentiments et les idées d'une scène dramatique 
par des gestes, sans recourii' à la parole. 

— Nom des comédiens (pii l'eiu'ésenlaient, à Home, des pièces de 
théâtre sans pai'ler. 

Sous Auguste, Batliylle et Pylade établii'eiit une école de panto- 
mimes. 

Pantoufle, origine très incertaine. 

Rabelais dit (liv. I, ch. 21) : « Car il disoyt que les mêles et 
bornes de boyre estoyenl quand, la personne beuvant, le liège de 
ses pantopides eniloyt en haut d'ungdemy pied. » C'est-à-dire qu'il 
fallait que le vin qui sortait des pores du buveur lit gonller le liège 
qui formait les semelles de ses pantoufles. 

D'où il parait que Rabelais faisait venir ce mot du grec pan, 
p/iel/os, tout liège ; et que de son temps, les semelles des pantoufles 
étaient de liège. 

— Pantoiilles de. verre. (Voy. verre.) 

Paon, du \\\\\\\ pava, paroneni (onomatopée). 
D'où: se pavaner, faire la roue, comme le })aon, qui étale sa 
queue, pour eu faire ressortir les belles couleurs. 
Oiseau galliuacé, apporté d'Asie. (Voy. Argus.) 

— On dit : fier, orgueilleux comme un paon. Le i)aon est le sym- 
bole de la vanité. Sa queue, dont il est si lier, tombe à la chute des 
feuilles, et ne repousse qu'au priiiteini)s. Pendant sa mue, il se 
cache de honte. 

Papa, terme enfantin, tiré du grec (onomatopée) ; comme mnman, 
en provençal marna. 

Lorsque les enfants commencent à parler, ils ne prononcent que 
quelques syllabes des mots qu'on leur suggère, et les répètent sou- 
vent deux fois. 

Le mot papa est fait comme maman, bébé, caca, fanfan, dodo, etc. 

Pape, du grec 2)appas, père. 



200 PAP 

On le dérive aussi de la première syllabe des mois y^ft/rv y>(///'/7y/<, 
ou de la première lettre des quatre mots latins Peints aposlolus 
jjoleatalcm arcipiena... C'est aller cherclier bien loin. 

— Autrefois ce nom était appliqué aux évè(iues. En 1U7;3, (jré- 
goire Yll l'aHecta au seul évêque de Rome. 

— On donne au |)ape les lili-es de : Sa Sainleté. le Sainl-Père, le 
Souverain-Pontife, lEvèque de Home. le Successeur de Saint Pierre. 

On l'a appelé aussi le Grand Vicaire du Ciel. (Voltaire.) 

Palcv f/o/o)'nsi(s (Veuillot) ; le Prisonnier du Vatican (187IÎ). 

« Sa Sainteté » est une expression oflicielle d'une llatlerie exces- 
sive, qui donnerait à penser que le pape est déjà dans le ciel. 

On a appelé, en 18G9, le pape le Grand Mendiant, à cause du 
denier de saint Pierre. 

T)rl papa, xdi ([ue (hini liinpimon 

Pro (Ici piirdon cl jiattr ilr son nrfjrn. 

(li. Ii'.VlTAMAVON.) 

(Touchant le pape, je sais qu'il donnera pardon largement, mais 
peu de son a ruent.) 
Âccipe, sume, cape, sunt verba placenlin popœ. (Rabelais.) 

— La couronne du pape s'appelle tiare en français, et en italien 
triregno. Elle est à triple étage. synil)orisant les trois pouvoirs du 
pape : 1'^ chef de l'Église ; 2'' évêque de Rome ; 3" souverain tem- 
porel des États de l'Église. 

La couronne, simple d'abord, fut doublée par Roniface VIII, et 
triplée par Urbain V, en 1352. 

— Le terme moyen du règne des papes est de 8 ans ; Saint Pierre 
a régné 2o ans ; Pie VII, 24 ans : Pie IX a dépassé aujourd'hui (1870) 
sa 24'' année depuis son exaltation. Ce sont les règnes les plus 
longs. 

— Deux cent cinquante-trois papes ont occupé la chaire de 
Saint Pierre dans l'espace de 1.800 ans: c'est la succession de 
souverains la plus longue qui ait jamais été. 

— En avril 130G, Rertrand de Got (de Razas), archevêque de 
Rordeaux, nommé pape par l'influence de Phihppe le Rel, établit le 
Saint-Siège à Avignon. 

Ses successeurs y demeurèrent 72 ans, et conservèrent la souve- 
raineté du pays jusqu'en 1768. (Voy. Avignon.) 

— Les papes sont sortis trente-neuf fois de Rome, et ils y sont 
toujours rentrés. 

— Grégoire I'^'' est en quelque sorte le premier pape qui ait réuni 



PAP 201 

le pouvoir temporel au spirituel, et crée cette tliéocralie qui fut si 
puissante jusqu'à luuorenl III, et qui perdit peu à peu son prestige. 

— Dans les Ktals de ri;dise, le pape règne en maitre absolu, 
ayant à la fois le ciel et la terre, les clefs de Taulre monde et de 
ceUii-ci, pouvant vous damner et vous faire pendre, tuer voire âme 
et votre corps : pouvoir énorme, le plus grand ipii lui jamais... 
(Tli. Gautier.) 

— (Jui enlre pape au conclave, en sort cardinal : le sort d'une 
élection est douteux. (Voy. conclave.) 

— Les partisans exallés du pajjo s'appell Mil ulli-amontains, ou 
papistes, possédés du iia[)e. 

Papegault, nom ancien du perroquet, parce qu'il pape, c'est-à- 
dire mâche les branches des arbres, du gault. 

Ce mot est fait commc^. pape/art/, qui mange le lard, et j)ape- 
figue, nom ancien du bec-tigue. 

On a dit plus tard papetjal. 

Papelard, A^ paper. manger avec sensualité; W\\\ pdp pitre. 
(Cf. croiiuelanlon, dans Rabelais.) 

— Pappare tninutiim (Perse) : paper menu. 

— Un papelard feint ralisliiience et fait gras en secret. 

Tel l'ait devant le papelart, 
(Jul derrière pape le lart. 

{Mirœlc de la Vierr/c.) 

Papier, du latin papyrins, adjectif dérivé de papyrus. 

Le papyrus, écorce d'un roseau du Ml, servait à écrire, comme 
le liber, ou écorce, qui a donné livre. 

Le mot volume vient de volvei^e, rouler, comme rouleau, do 
rotulus, parce que les anciens roulaient ces diverses écorces, une 
fois écrites. 

Les Grecs et les Romains se servirent longtemps du papyrus, et 
aussi du parchemin. (Voy.) 

— Le papier de cliilTon fut inventé au xiF siècle, à Râle. 
Les premières papeteries s'établirent en France vers 1312. 
L'invention du papier à la mécanique est due à Robert, (uivrier 

d'Essonne, en 1798 ; elle ne fut exploitée en grand qu'en JSirj. 
Les papiers peints ont été importés de Chine vers 1750. 

— Papier ministre, ou tellière. Papier de forme et de qualité 
spéciales, qui sert à adresser des rapports aux ministres, et qui fut 
fabriqué par ordre du ministre Letellier. 



202 PAF' 

— Papier (\(\ soio, nii paiiicr Josopli : du nom de l'invcntoiir 
Joseph Monl.uollicr. 

— Papi(>r Jésus. (Vov.) 

— Los Précieuses nul appelé le papier <' riiilerpi'rle iNiiel du 

cœur ». 

A la laiidi'iir (iiii brille en moi 
Sr joint lo |)iiis noir (•araclérc ; 
Il n'est rien (iiir je ne tolère : 
.Mais je suis inéelianl (juand je bois. 

(lùiigrric.) 

— Le MX'' siècle est le siècle du papier. LXudier.) 

— l'apiei's. l/adiuiuislratioii de la [lolice n'accorde que diflicile- 
meul des uiédailles autorisant l'exercice de certaines professions 
intei'lopes de la rue, telles que musiciens et chanteurs ambulants, 
grimaciers, chilTonniers, etc. Elle exi^f' du requérant plus de 
garanties ipie pour un inspecteur généi'al. Il faut des certilicats de 
toutes soi'les : de bonnes vie et mœurs, de bonne conduite : des 
quittances de loyer, et enfin des papiers. 

Ce mot Aq papiers semble bien innocent d'abord : mais il cache 
son jeu; il est terrible, gros de menaces et de diflicultés; il est 
inexplicable, multiforme ; il ne veut rien dire, il signifie tout. Dans 
notre civilisation, un homme qui n'a pas de papiers est un homme 
perdu. 

Qu'est-ce que des papiers? Personne ne l'a jamais su. C'est un des 
termes de cette terrible langue administrative que personne ne 
parle et ne comprend, et qui s'écrit sur de si vilaines petites feuilles 
de papier entachées du timbre qui coûte si cher. (Pr. d'Anglemont, 
les Chiffonniers.) 

— Être bien, ou inal, dans les papiers de quelqu'un ; c'est-à-dire 
dans son esprit. 

— Rayez cela de vos papiers : n'en croyez rien. 

Moi, voire ami ! Rayez cela do vos papiers. 

(MoLitiiE, Misanthrope.) 

— Paperasses, papier à ratures, servant pour les brouillons. 

Papillon, du \dX\n papilio. Autrefois aussi parpaillon, qui est 
resté en provençal. 

Gargantua couroyt voulentiers après les parpaillons. (Rabelais, 
cil. XI.) 

— L'inconstance du papillon est une erreur des poètes, que les 
naturalistes ont rejetée depuis longtemps. Le papillon prend le suc 
des Heurs, sans eu être le moins du monde épris. Il s'en nourrit, mais 



PAR 203 

ne les courtise pas ; en volant do runo à raiilro. il xaiic ses mets. 
non SOS honiniajics. C'est un coiivivo délicat, mais (''esl un é[H)ii\ 
constant et lidèle : il vole toujoui's à cùlé de s;i compagne, et ils 
meurent ensemble le jour de leur union. 

— Chez les Japonais, le pai)iIlon est renililrmc du maria.uc. 

— Fonrier a fait de Tinconstance une \ertii. (pTil ap[)ellc 
« i),i|)ill()niie ». 

— l'n [)elit bas-relief en bronze (Empire), représente une vestale 
brûlant un papillon sur l'autel de bi déesse. Ingénieuse allégorie, 
où la jeune prétresse, immolant ce symbole de l'inconstance, 
témoigne de sa fidélité à Yesla. 

— La tourterelle, dont les poètes ont fait un modèle de constance, 
de fidélité et de tendresse, a justement tous les défauts op[)osés à 
ces qualités. (Voy. tourterelle.) 

Béranger. (pii connaissait sans doute la réliabilitalion du [)ai)illon, 
fait (lire à une tourterelle : 

Quoi! les paitilloiis sont constants! 
Et c'est nous qu'on prend |ionr modèles ! 
Même il se peut qu'ils soient lidèles : 
Le papillon vil peu d'instants. 

Pâque, de l'bébreu, \)\\v le latin, jia.sc/ia. passage. 

Temps où les Juifs célébraient le passage de l'ange exterminateur, 
qui avait é[)argné leurs premiers-nés, en Egypte: ou en mémoire 
du passage de la mer Rouge. 

— Cbez les cbi'étiens, Pàqiie.s vient du latin pascol^i), nourrir, 
à cause de l'agneau pascal, qui s'immole pour nourrir les bommes. 
(Yoy. cierge pascal, œufs de Pâques.) 

— Pâques est lixé par le concile de Nicée (32o), au dimancbe qui 
suit la pleine lune de mars. Cette fête mobile se trouve toujours 
comprise entre le 22 mars et le 25 avril. Elle inaugure le printemps, 
et concorde avec la fête de la nature. Toutes les fêtes mobiles de 
l'Église se règlent sur Pâques. 

— On appelle Pâques jleuries le dinuinclie des Rameaux. 

Alressi clianl quan l'irrr es rengutz, 
Cum faz l'estalz ni la Pasca (loria. 

(l\ Xw.u..) 

(Pareillement je cliante (piand l'biver est venu, comme je faisais 
l'été et â Pâques lleuries.) 

Par, parmi, du hlin per, per medluni: préposition. 



204 TAU 

Por/ni &i'cr\\;\\\ en dciiv mois cl <i,uMili;iil |i;ir le milieu, comme 
emnil iiii milieu. 

y]// se retrouve dans : jui-iioi'il, mi-carèiiie, milieu, midi. 

En i)roven(;al, on dit nii/f/n, milieu, qui corresiiond an mol 
français miloiji'ii. 

— De par le i"oi <'sl dit iioni- de pai'l le l'iti. (|ni s'esl employé 
anlrel'ois. 

Un brief d(^ pari le roi-, et qui a son séel. (Livide drs liois.) 

— On connail l'inscription plaisante mise sur la [)orte du cime- 
tière de Sainl-Alédard (rue MoulTetard, à Paris), fermée à cause des 
convulsionnaires du diacre Paris : 

Do par le roi, dOIonsc à Dieu 
De faire miracle en ce lieu. 

Parabole, (\\x iivw, para hoir, conqiaraisoii. 
Dans le style de l'Écriture, narration dnn fait qui renferme, 
sous forme allégorique, une vérité morale. ' 

Parade, de l'italien parafas, montre, étalage. 

11 signilie, en espagnol, le lieu de balte d'un cbeval de manège. 

Ce mot s'introduisit en France, dans les carrousels, sous Fran- 
çois l''. 

Une ordonnance de Louis XIV (t2o juillet IGGo), porte que les 
gardes françaises feront parade. (Colonel Ambert.) 

Paradis, du clialdéen pardrs. verger: en ixrec paraf/cisos, lieu 
de délices. Éden signilie volupté. 

— On dit : les joies du paradis ; être au paradis. 

— Dans les représentations de mystères religieux, au Moyen-Age, 
la scène se trouvait coupée en trois étages, ou plans superposés : 
l'enfer, au niveau du sol: la terre, au milieu ; le paradis, au-dessus, 
formant la partie la plus élevée de la décoration, où trônait Dieu le 
Père, entouré d'anges et de saints. 

C'est de là, sans doute, que vient le nom donné aux galeries, 
médiocrement édenesques. qui se trouvent au plus baut des salles 
de spectacles. En i-éalité, ces galeries sont un véritable €nfei\ par 
suite de la cbaleur sulïocante et des exbalaisous puantes qui y 
montent du parterre et des galeries inférieures. 

Ale.\andre Dumas lils dit un jour qu'on employait ce terme de 
paradis à cause des nomlireuses pommes qu'on y mange. C'est 
peut-être aussi par antitbèse, parce qu'on y fait le diable... 

— Le paradis des mabométaus se compose de sept ciels, qui sont 



PAR 20o 

autant de paradis oradués : le premier, d'argent : le deuxième, d'or: 
le troisième, de pierres précieuses; le quatrième, d'émeraude; le 
einquième, de cristal: le sixième, de couleur de feu; le septième est 
un jardin délicieux, tu'i cnulent des rivières de vin. de lait, d'huile 
et de miel, et où les ci-ovaiils. entourés do liouris, doivent jouir de 
la félicité éternelle. (Voy. ciel.) 

Paradoxe, du gvcc para, contre, doxa, opinion. 

Ce qui est contraire à l'opinion commune. 

Ciccron, dans ses Paradoxes, a développé certaines théories 
célèlii-es, fondées sur des paradoxes. 

Le paradoxe de la veille devient la vérité du londeniain. Ainsi, 
dans les sciences, certains paradoxes sont devenus des vérités 
incontestables : la sphéricité et la rotai ion de la teiTe, les anti- 
podes, etc. 

Parage, (lu lias-lalin paragiiun {([q, par), noblesse d'extraction. 
Gentilhomme de haut parago signifie qui descend d'un père ou 
d'aïeux illustres. 

Parangon, anciennement pora(/on : peut-être de l'italien 
paragone. 

Sans parangon : sans pareil. 

Paraphe, contraction de paragraphe : du grec para, grapJiein. 

Marque ajoutée à la signature, pour qu'il soit plus difficile de la 
contrefaire. 

D'où l'expression : signer avec paraphe, ne varielar. 

Vous dictes paraphe, corrompans la diction, laquelle signifie ung 
signe ou note poussée près l'escripture. (Rabelais, liv. II, ch. 13.) 

Parapet, de l'italien para petto, préserver la poitrine. 
Partie supérieure du rempart, destinée à couvrir les assiégés. 
Rabelais (prologue du liv. III) écrit parapecles. 
C'est aussi un garde-fou. 

Parapluie, mot formé commo, 2yarasol, paratonnerre, où l'élé- 
menl jiara provient de l'italien, à l'imitation de iiarapet. 

Ami cominode, ami nouveau, 
Oui, contre fordinairo usai^e. 
Reste à l'écart quand il lait l)eau 
Et se montre les jours (roraj':e. 

(Sr.iiiiti:.) 

— Synonymes : pépin, riffiard, robinson. 



206 PAR 

//////^//v/ \i<'ii(li-;iil i\v /a Pr///r T/V/r, de Pic'ird, joiiéo ;'i Paris 
en 1801, où riificiir (jni joii.'iil le r<")le de Kifll;ir(l |i;ii'iil en scène 
avec un énoniKî i);ii-;i[)luie. 

Robinaon est iuissi un soiiNciiir de, r.iciciif (|iii jouait lioljinson 
dans la pircc de Pixérécourt ninsi inlitnléc. 

— Le parapluie fei-jué, emblènic du hourpeois : instrument paci- 
fique, s'il en fut, rappelle trop la malheureuse mère qui, ne pouvant 
défendre, avec son parapluie, ses enfants contre l'assassin Papavoine, 
s'écrie dans la complainte : 

Il cul étr plus ni'i^cnt 

Oui' riiislriimciit fût Irniiclwint. 

Parapluie qui fait la tulipe (K. Sue) : parapluie retourné par le vent. 

Parasite, du .urec y>ft/Y/.v//o.v; proprement celui qui niancre à 
côté d'un autre. 

— Synonymes : croquelardon (provençal crocalard)^ écornilleur, 
coureur de franches lippées, fripe-sauce, happe-lopin, lèche-plat, 
pique-assiette. 

— Apaticher se disait autrefois d'un parasite, qui nian.«e tou- 
jours chez les autres. 

Li trovèiTS do maintenant 
Deliors apaticlicnt ti>iit l'an. 

— On désignait sous ce nom, à Athènes, ceux qui étaient nourris 
au Prytanée, ou qui prenaient part au repas du sacrilice. 

Par la suite, le nom de parasite fut donné ironiquement à ceux 
qui sollicitaient une place à la table des grands. Sous Auguste, ils 
étaient très nombreux à Rome ; on les divisait en trois classes : 

Les derisores, qui faisaient rire les convives par leurs facéties et, 
pendant le repas, débitaient les nouvelles du jour. 

Les adulatores, qui avaient recours à la Uatterie pour se faire 
inviter. 

Les plagipatida', ou souffre-douleurs, dont on se faisait un jouet 
pendant le festin : on leur jetait à la tète les pots ou des noyaux 
d'olives ; ils se soumettaient volontairement à toutes les avanies et 
faisaient gloire de leur insensibilité. 

— Les Grecs disaient : « Le parasite vend sa liberté pour un 
morceau de pain. » 

Diogène, voyant des souris qui venaient manger les miettes de 
son pain, dit en riant : « Qui l'eût cru? Diogène a aussi des para- 
sites ! » 



PAR 207 

— Pierre de Muiiliiiiiiir. doiil .Méiingc a érrit la vie, et qui était 
professeur de grec au CoUè.iie de Frauce (lo7()-l()'i-8), fut un (•(Mèhre 
parasite. On lit de suu nom les aiiaurauunes : Né pour nijimiiler, 
mine pour rauier. 

Très spiriluel. il savait payer son écot en hons mots, cl disait à 
ses amphitryons : « rouruissez les viandes et le vin, je fouriiir;ii 
le sel. » 

Le cliaucelier Séuiiier lit uii jour répandre sur lui un plat de 
ra.u'oùt. .Moutuiaiir. reuardaut le cliancelier d'un aii' de reproche, 
cita le mot de fjcérou : Sit/ii//in//i Jus. summa injuria, qui faisait 
une (loiihlc allusion au\ f(ni(ii(Uis judiciaii'es du chancelier, et au 
mol Jus. qui siuuilie à la lois sauce et justice. 

.Miinliuaiir rlaiit a tai)lo avec cfrUiiiis péilaiils, 
Qui criait'iit el prèchaii'iil trop haut sur la vciulaiijfo, 
Lui, (pii Ml' siiiijj:(> alors (pià ee que font ses (lcnt.s : 
l'aiv là: l*ai\ la I ilil-il, (iii ne sait ce (luoiimange. 

Paratonnerre. Ce uu)t exprime assez hien rohjet désigné ; mais 
il parait siuiiulier qu'il ail été fait sur le modèle dç, parapluie. (Voy.) 

— Inventé par Franklin, en 1757. 

Le double i'()le de Franklin, à la fois politique et scientili(pH% a 
été justement caractérisé dans ce vers : 

Eripuit cœlo fiilmeu, sceptrumque tyrnnnis. 

Ravit la foudre au ciel et leur sceptre aux tyrans. (Voy. foudre.) 

— Le paratonnerre protèjze autour de lui un espace d'environ le 
double de sa liauleur: ainsi un l)àtiment de vingt mètres de diamètre 
n'aurait besoin que d'une tige de cinq mètres de haut. 

Paravent, formé de />«/•« et de vent. 

Ce meuble, composé de châssis mobiles recouverts d'élolïe ou de 
papier, nous est venu de la Chine, s'il en faut croire les vers de 
Lemierre : 

Lo niuhile rL'Uiparl iiii'hivcnta le Chinois, 
Près de nous, pour abri déployé sous nos toits, 
Interdisant au froid raccès de nos asiles, 
1^1 écarte des venls les alteiuti's sulitiles. 

Parchemin, vieux français 7>t'/'tY/ ////«: du latin percjaincnum, 
churla per(ja)nena, de Perganu'. 

Peau de béte préparée pour écrire. Inventé sous Eumène, roi de 
Pergame, quand Ptolémée, roi d'Egypte, avait interdit l'exportation 
du papyrus. 

Pardonner, du Itas-latin perdonare, remettre complètement. 



208 PAR 

— 11 sci'ii l)<';iiic()ii|i |i;ii(l(iiiii('' ;'i qui ;iiii-;i lif';iiiroii|) iiiiiu''. (Kvan- 
uUo.) 

L;i vertu ii.iidoiinc an iiK-cliaiit, coimne l'aritre do santal |iai-fnnio 
la liaclio iiiènic i\\\\ la iVappé. (Maxime indionno.) 

Le pardon est lin placcnioiit ascnluré. mais (|ni peut plus tai'd 
rapporter de f;i'os intér»'ts. 

Le lâche se complaît dans la haine, comme le liravcdans le pardon. 

On pardonne tant que l'on aime. (La Hoclieloucauld.) 

Pareil, du latin ixiriculion, diminulif de /;«?', é<ial : provençal 
jxirlr. 

Qui est de même qualité. 

— Rendre la paix'ille. 

Pav pari rcferto. 

(TtRENCK, Eunuque.) 

A ])on chat hon rat. (Yoy. lali<ni.) 

Parent, du latin parens, parent em, de pnrlo, enfanter. 

Dans le latin littéraire, parentes désionait senlement les ascen- 
dants, le père et la mère. Dans le latin rustique, il désignait, comme 
chez nous, non seulement les ascendants, mais encore les collatéraux 
et les aUiés. 

— Les parents sont de trois classes ou degrés : 

Ligne directe: 1° le père, la mère, les aïeuls; 2° les enfants et 
petits-enfants. Ligne collatérale : 3'^ les frères, sœurs, oncles, cousins. 

— Un lion ami vaut mieux que cent parents. 

Le sort fait les parents, le choix fait les amis. 

(Dti.ir.i.E.) 

— Montaigne dit que « la communauté des hiens, les partages, 
la jalousie des intérêts, détrempent et relâchent la soudure fra- 
ternelle » . 

(Voy. Ou n'est jamais trahi que par les siens.) 

Parer, du latin jjarare : provençal ;ji«;Y/r. 

(Voy. cossu, liabit, s'attifer.) 

Synonyme: être huppé, pimpant, se pomponner. 

Paresse, du grec parésis, relâchement, alïaissement. 
Malgré la similitude de forme, cette étymologie est fausse. La 
vraie est le latin piijritia. 

— Déesse allégorique des anciens, elle était tille du Sommeil et 
de la Nuit. Le limaçon et la tortue lui étaient consacrés. 



PAR 209 

— On (lit sainto paresse, pour désigner un repos nécessaire et 
qui ninduit pas au mal. 

Les Latins disaient: Ollum cum dignitate. 
Boileau a dit des chanoines qu'ils 

S"ongraisscnt d'une longue et sainte oisiveté. 

Après une existence laborieuse, l'homme a le droit de se recueillir 
dans la dignité du repos. 

— La paresse chemine si lentement que la pauvreté ne tarde pas 
à l'atteindre. 

— Paresse, de pigritia, a l'ait Vdrgoi pègre, \o\e\ir,et pégrène, 
faim. Tout commentaire est inutile, n'est-ce pas ? De même que 
l'oisiveté est mère de tous les vices, ce terme d'argot signilie que la 
misère est tille de la paresse et sœur du vol. 

— La paresse ouvre la porte à l'ennui, à la misère et à tous les 
vices. 

Celui qui ne veut pas travailler, ne mangera pas. (Saint Paul.) 

paresseux, la pauvreté fondra sur toi comme un homme qui 
marche à grands pas, et l'indigence comme un homme armé. 
(Salomon.) 

Le paresseux pour ne point faire un pas en fait deux. 

La paresse, compagne inséparable de l'ennui, est un fardeau bien 
plus lourd à supporter que le travail. 

Plus est negotii in otio quam in negotio. (Sénèque.) 

Les paresseux ont plus de peine que ceux qui travaillent. 

Ne rien faire produit beaucoup d'alîaires. 

...Ils s'encouragent à ne rien faire, et bercent mutuellement le 
hamac de leur paresse. (Miirger.) 

Paresseux. Les synonymes sont innombrables : Clampin, côtes 
en long, fainéant, lazzarone, musard, las-d'aller (Rabelais), mar- 
motte. 

On est paresseux par défaut d'énergie, fainéant par défaut d'action, 
indolent par défaut de sensibihté, nonchalant par défaut d'ardeur, 
négligent par défaut de soin. 

Le paresseux dit : On n'est bien qu'assis, et très bien que couché. 

Parfait, du latin perfectus, achevé. 

Le jeune homme est riche, instruit, charmant... et s'appelle 
Bernard : on n'est pas parfait. 

Parfois, adverbe, comme toutefois, quelquefois. 

14 



2i0 PAU 

Lo sul)stnnlif fois ;i\;iil, j;idis l;i forme veio, f'i'iv, foie. 
On dit encore en provençal fés ; du latin vicetn. 
Dans le Liv?'e des Rois, l'ablatif vice est rendu jmr fric : A 
ceste fciz. 

Paria, du taiiioiii jx/fci/crs, lioniiiic hors classe. 

Homme de la dernière caste des Indoiis qui suivent la loi de 
Bralima. Les Parias vivent méprisés et subissent une foule d'inter- 
dictions. Considérés comme impurs, ils sont évités par les autres 
castes, qui craindraient de se souiller. 

— Je suis Indien, c'est-à-dire un -ver de terre qui se tapit dans 
l'herbe ; toute main l'évite et tout pied le meurtrit. (Galvan, poète 
mexicain.) 

— Dans l'antiquité, il y avait lo maître et l'esclave ; aux colonies 
d'Amérique, les noirs étaient naguère hors de l'humanité : au 
Moyen-Age, il y avait entre le juif et le chrétien d'elfroyables 
barrières, des abîmes de mépris et des montagnes d'orgueil infran- 
chissables. 

Paris, du bas-latin Parisius, ville des Parisii. 
Synonymes : la Grande Ville, la Capitale du Monde civihsé, la 
Nouvelle Athènes, la Moderne Babylone, la Capitale des Péchés 

capitaux. 

Paris, divine capitale, 
Où Ion peut à toute lieure, à tout prix, en tout lieu. 
Trouver l'occasion de chiffonner un peu 

La lunit}ue de la morale. 

— Paris doit son nom aux Parisii, peuple celtique ; mais son nom 
primitif était Lutelia, Lutèce, que Mercier dérive ironiquement de 
/utum, boue ; ville de boue. 

— César dit qu'il transféra dans la ville de J.utetin Parisiorum 
l'assemblée générale des Gaules. 

Ptolémée l'appelle Lucotetia, que Noël explique par la blancheur 
de ses murs ; comme il dérive Paris d&Parrhesia, liberté de parler 
(de ses habitants). 

Sont dicts Parrliisiens, en Grécisme, c'est-à-dire francs à parler. 
(Rabelais.) 

— La ville de Paris a un vaisseau dans ses armes, avec ces mots : 
Fluctuât, nec mergitur. Le vaisseau rappelle la forme de son 
berceau, l'île étroite de la Cité, où fut Lutèce, et que la Seine 
entoure de ses bras. 



PAR 2H 

Mnloré son vaisseau et sa devise, Paris n"est pas port de mer, et, 
inallieiireiisement. ses armes ne sont pas parlantes. 

— Pai'is est le paradis des femmes, le purgatoire des hommes, 
l'enfer des clievaux. 

— Le Parisien est llioninie qui sait tout, particulièrement ce 
qu'il n'a point appris. « Ils savent tout par le perpétuel ouï-dire de 
la vie d'ex[)ansion et de contact. « (G. Sand.) 

Pour le Parisien, la province n'existe pas : tout ce qui n'est pas 
Paris, c'est la campagne. Le Parisien en province se croit exilé cliez 
les Scythes. 

C'est un Parisien qui, se trouvant sur les hords de la Loire, en 
admirait la largeur, puis ajoutait : « Voilà une helle rivière, pour 
une rivière de province ! » 

Les Parisiens ressemblent à des singes dans une maison de fous. 
(Warburn, ambassadeur américain, 1871.) 

Le vrai Parisien ne pleure pas, il pleurniche; il ne rit pas, il 
ricane; il ne plaisante pas, il blague ; il ne danse pas, il cancane; 
il n'est pas amoureux, il est lil»ertin. 

La Parisienne ne mange pas, elle grignotte ; elle ne parle pas, 
elle jahote ; elle ne marche pas, elle trotte. 

— Paris ne s'est pas fait en un jour. 

Tanlw mijli'i crut romanam condere rjentem. 

(Virgile.) 

La grandeur de Paris l'a fait surnommer la Grand'Ville, le Grand 
Village, et François T'' disait : Luleiia non urbs, sed oi^bis. 

— De Lutèce devenir Paris, quelle plus étonnante transforma- 
tion ? Avoir été fange et devenir esprit ! (V. Hugo.) 

Supprimez de ce monde l'humanité tout entière, et ne laissez 
subsister que Paris, comme une autre arche de Noé ; vous n'auriez 
à regretter l'absence d'aucun des échantillons qui composent les 
variétés naturelles du monde. 

Paris est pour le riche un pays de cocagne. 

(BoiLEAL.) 

Il n'y a qu'un Paris en ce monde et le Paradis dans l'autre. 

M™° de Staël, à Coppet, regrettait le ruisseau de la rue du Bac. 

Paris commence à la Ghaussée-d'Antin, et finit au Tliéàtre des 
Variétés : le reste n'est que du rempUssage. (Méry.) 

Une femme disait qu'elle aimerait mieux être enterrée à Saint- 
Sulpice, que de vivre en province. (Mercier, Tableau de Paris.) 



2lâ PAR 

Parler, îinrioiincinoiil jinrolcr. du l.iliii jxirtiholfirc. cl non 
comme rexpliquaienl quclquos-iins, ûc, per linymna (K/crc. 
Pallas se lail, Vénus (inroli-. 

(Cilé par IloiiiiKr..) 

(',cllc .IfClll (Idlll je \()IIS |)ar(>li'. 

(Roman de lu Rose.) 

— Anciennement voisier. 

Famé voisie la note et li jor. (Femme parle nuit et jour.) 

— Synonymes: canser, c'est s'entretenir familièrement de choses 
graves ou frivoles, d'aiïaires ou de plaisirs : jaboter, jaser, jacasser, 
caqueter, s'appliquent toujours à des conversations futiles et insi- 
gnifiantes. 

— Parler gi-as. (Voy.) 

Parler ab /loc cl ab hac. fVoy. hoc.) 

Parler d'or, ...comme saint Jean Bouche d'Or, ...comme un livre 
(voy.), ...comme un perroquet, ...comme une pie (voy.), ...comme 
un oracle (voy.). 

— Parler pour ne rien dire. Dans la conversation, il vaut mieux 
ne rien dire que de dire des riens. 

Les Persans ont le proverl)e : J"entends le bruit de la meule, 
mais ne vois pas la farine. 

— Elle fait parler d'elle. Se dit d'une femme dont la conduite 
équivoque donne prise à la médisance. 

Je veux croire (ju'au fond il ne se passe rien. 
Mais enfin on en parle, et cela n"cst pas bien. 

(Moi.iKnE.) 

In fabulis esse (Suétone) : être la fable du quartier. 
La femme la plus veitueuse est celle dont on parle le moins. 
(Thucydide.) 

— Il y a de la gloire pour un homme à faire parler de lui ; et de 
la honte pour une femme à faire parler d'elle. 

— Trop gratter cuit, trop parler nuit, ...et trop manger fait mal 
au ventre. 

Pour arriver au comble de la sagesse, il ne faut ni trop dormir, 
ni trop manger, ni trop parler. (Maxime arabe.) 

Quand on n'a pas assez d'esprit pour parler, il faut avoir assez 
de jugement pour se taire. 

— On lit sur un vitrail de l'hôtel de Jacques-Cœur, à Bourges, 

celte devise mystérieuse : 

En close bouclie. 
N'entre mouche. 



PAR 213 

— Vous parle/, (rop. vous n'aurez pas ma toile. Flciiry de 

BelliiiLaMi l'acoiite (pi"iiii paysan niais, (-iiarjié par sa mrrc (Vallcr 

vendre une pi(''('e de toile, ri pi't''\enu d'éviter de faire marché avec 

des femmes liaNardcs. renvoya tontes celles qui se présentèrent, en 

leur disant : « Vous pai'le/, trop, vous n'aurez pas ma toile « ; et 

Huit par la laisser à une statue de la Vierae, placée sur la roule, et 

ipii lie parlait pas. 

Oui licaucoin) iKirIc cl piMi l'iilciiil (l'Cduli'i, 
l^onr iuic à la foiro se vcinl. 

— Un homme fait, en moyenne, trois heures de conversation 
par jour. .\u taux de cent mots à la minute, cela fait environ cent 
I)a,iies par semaine. 

— Parle peu. et écoule hoaucoup. (I)émonax.) 

Tout oiiyr, tout voir ot rien dire, 
.Mt-rito en tout temi).s qu'on fariniiro. 

(PvAliliLAlS.) 

Les personnes qui savent le plus sont celles qui parlent le moins. 
Les ruisseaux hahilleul Iteaucoiip, parce qu'ils ont peu de profon- 
deui-: les grands lleuves sont silencieux. 

— Descartes gardait ordinairement le silence dans les réunions 
nombreuses. Thomas dit de lui qu' « il possédait des richesses en 
lingots, mais non en monnaie courante ». 

La Fontaine avait dans le inonde un air timide et niais. 

Le grand Corneille était ennuyeux dans la conversation, et ne 
parlait pas même correctement la langue qu'il savait si bien écrire. 

Rousseau était d'une timidité qui l'empêchait d'ouvrir la bouche 
dans un salon. (Confessions, liv. 1(1.) 

Montesquieu. Fénelon, Foutenelle, Voltaire, xM'"^ de Staël possé- 
daient, au contraire, le talent de la conversation au suprême degré. 

— Celui (pii parle peu se fait respecter comme un homme mysté- 
rieux, aimer comme un homme discret, consulter comme un honnne 
prudent. 

La nature nous a donné deux oreilles, et une seule Ijouche, pour 
nous appi'endre que nous devons plus écouter que parler. (Zenon.) 

Os' umun, natiira dans formavit et aures, 
il plus audircl quant loijuerelur homo. 

(Catox le Censeur.) 

En parlant peu, on entend davantage. (Proverbe russe.) 

Que ta bouche soit la prison de ta langue. (Le brahme voyageur.] 

Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. 



214 ' PAR 

Oui no s.'iit pns se laire, no s;iit pns parler. (PiUaciis.) 

l'Iiis a appris (|iij se lail 
Mlle (pii parli' et haut lirait. 

Oy, voy ot te tay, si tu veux vivre on paix. (xiii« siôde.) 

Ouïr, \()ir, si- taire de tout, 
Fait l'IiDiiiuic l)i('n venir partdul. 

Oui parle sèmo, qui érotitc récolte. (Pytha.^ore.) 
La parole est d'argent, et le silence est d'or. 

11 est 1)011 (le |)arler, et meilleur de se taire. 

(La Fo.ntaixk.) 

Le fou même passe pour sage quand il se tait. Stultus qurxjue, 

si tacucril, sapiens repiUalur. (Salomon.) 

Un sot (lui lie dit mot, ne se distinj.;uf pas 
D"un sa^ant qui se tait. 

(Moi.iKiiK, Déj/it.) 

Aussi dit-on que le silence est l'esprit des sots. 

La bouche parle de l'abondance du cœur. (Mathieu, XIL 14.) 

Parole ouïe est perdue, 

Si elle n'est de cœur entendue. 

On parle volontiers de ce qu'on aime, et la passion rend éloquent. 

La langue ne doit pas parler 
Sans congé au cœur ilemander. 

Parodie, du grec pai'a, contre, ôdé. chant. 

Ouvrage dans lequel on traduit en comique une œuvre sérieuse. 

Tel est le Chapelain décoiffé, où Boileau et Racine ont parodié 
quelques scènes du Cid. On connaît \ Enéide travestie, de Scarron, 
YOvide en belle liumeur. 

Les pièces de théâtre ont été souvent parodiées. Ainsi Inès de 
Castro est devenue Agnès de Chaillot. 

Parole, anciennement 7K/;"««/e, du X^ûw j^araàola. 
La parole est le vêtement de la pensée. Selon Talleyrand, elle 
n'en serait que le déguisement. 
La parole est l'interprète de l'âme. 
Parole d'honneur ! — Cet homme n'a qu'une parole. 
Le bœuf s'attache par les cornes, et l'homme par la parole. 
Parole lancée ne peut être rappelée. 

Nescit vox missa recerti. 

(HuRACE, Pisons. 318.) 

El semel emifsum volât irrevocabilc verbum. 

(HouACK, Ejiitrc I, 18.) 



l'Ail 213 

— Surveille (a parole : un jour elle se retournera contre toi. 
(Proverbe italien.) 

Le mot qui t'échappe es! Ion maître ; celui que tu reliens est ton 
esclave. L'auteur <X Adolphe parle de mots irrévocables, qui, une 
fois prononcés, ne s'etlaceut plus du souvenir, et détruisent les 
liaisons les plus fortes. 

Verba volant, srrlpta marient. (Voy. écrits.) 

— Il ne lui manque que la parole. Se dit d'un portrait ressem- 
blant. 

-Miciiel-Ange disait en présence d'une statue de saint Marc par 
Donatello : Marco, perche non mi parla ? 

M*-'"" de Beaumanoir de Lavardin, évèque du Mans, était sujet à 
rester court en chaire. M'"" de SaT)lé, voyant son portrait, dit : 
« Mon Dieu ! qu'il est ressemblant ; on dirait qu'il prêche. » 

Spirantia signa (Virgile) : des statues animées. 

— Les paroles n'ont pas d'odeur. — Un mot obscène fait sur 
l'esprit la même impression qu'une odeur fétide sur l'odorat. 
(Lamartine.) 

Les paroles sont l'ombre des actions. (Démocritc.) 

A [)eu parler, l)ieu iteso.uricr. 

Bien dire fait rire, bien faire fait taire. 

Dict sans faict à Dieu déplaist. 
Dict faisant, à Dieu plaisant. 

(BocvEi.LE, xvic siècle.) 

La meilleure leçon est celle do l'exemple. (La Harpe.) 

— On a comparé la parole à une arme, et la discussion à un 
combat. De là sont venues les locutions : lutte parlementaire ; 
s'escrimer; entrer en lice; descendre dans l'arène; baisser pavil- 
lon ; rendre les armes ; mettre les pouces {manns dare). On dit 
aussi : je ne vous suivrai pas sur ce terrain. 

Spadassins de la plume (Saint-Amant) ; les gladiateurs du beau 
dire, — de la république des lettres, 

Qui sur un pré de papier lilanc 
Versent de l'encre au lieu de sang. 

— Dispute de mots : logomachie, du grec lorjos, et machâ, 
combat. 

Flux de paroles. (Voy. flux.) 

Paroi i, étymologie incertaine. 

Ternie de jeu : le double de la mise précédente. Diffère de la 
martingale en ce que celle-ci double la mise jusqu'à ce que le joueur 



216 PAR 

ait regagne ce qu'il innil [)erdii : tandis qne dans le paroli, on peut 
ne la doubler qu'uni; l'ois. 

Paronomase, du gvac jxira, à coté de, onoma, nom. 

Figure (jui consiste à suiistilucr à un mot un autre mol qui a à 
peu prcs le même son. 

Ualtelais a usé et abusé de cette ligure. « Appelez-vous cccy 
liansailles? Je les appelle (iantailles de m. ..de. » 

(Voy. équivoque, conlrepetlerie.) 

Paronyme, des mêmes éléments que le précédent. 
Mot qui a des rapports avec un antre par son étymologie, ou 
seulement par sa forme, comme imjms.^ih/e et impossible. 

Parpaillot, origine historique ou anecdolique. 

Le surnom de « parpaillots » fut donné aux protestants, de 
Jean-Pierre de Parpaille, d'Orange, l'un des chefs calvinistes déca- 
pités à Avignon en lo62. 

Parques, du latin jxircere, épargner (par antiphrase), ou de 
parcus, économe (de la vie humaine). 

— Fatales deœ : les déesses fatales, les divinités infernales. 
Elles étaient au nombre de trois : Clotho, Lachésis et Atropos. 

Clotho, la plus jeune, présidait au moment de la naissance de 

l'homme, et tenait la quenouille; Lachésis filait les jours et les 

événements de la vie ; Atropos, l'aînée des sœurs, coupait de ses 

ciseaux le fil des destinées Immaines. 

C'est là, cher Lamoignon, que mon esprit tranquille 
Met à prolit les jours que la Parque me file. 

(BoiLEAu. Epitrc VI.) 

Les Parques filent pour les gens heureux, des jours de soie et d'or. 

Part, du latin partem ; d'où parti, partie, partir. 

— A part soi. On devrait dire : à par soi, per se, et non ad 
partem. (Aussi ne vient-il pas de ad partcfu, mais de a parte, qui 
est aussi français.) 

— Prendre cpielqu'un à part. On disait autrefois à quartier. 

J'ai quelque chose à vous dire, ajouta-t-elle, en la tirant un 
moment à quartier. (Marivaux, Vie de Marianne.) 
Encore une locution dont l'usage s'est perdu. 

Ita verborum velus interil a-tas. 

(UORACE.) 

(Ainsi tombent de vétusté les mots autrefois florissants.) 



AR 



217 



— La pari du dialil(\ du feu. du lion: c'ost-à-dirc du plus lorl. 
Allusion à une fable de Phèdre, iuiilée par La Fontaine. 

— On écrit souvent : « Je prends une [);ui l>ien vive au uMllicur 
qui vient de vous frapper... '< Une part peut èlre .-i-aude ou pelile; 
elle in^ saui'ait èlre \ive. 

Partageux, néoloL^isuie. 

Utopistes, couinuinisles, qui croioiU à la possihililé du partage 
égal de tous les i)ieus entre tous. 

Parti, du veriie jinrlli': anciennonTent ^^■'«r/r/^e/': latin juir/iri. 

— Changer de parti : tourner casaque. (Yoy. opinion.) 



PARTIS c-i:lki3Ui:s 



Anciens, Modernes. 

Blancs, Bleus. 

Bien, Mal. 

Capnlets, Montaigus. 

Christianisme. Paganisme. 

Classiques, Uomanliques. 

Conservateurs, Radicaux. 

Droite, Gauche. 

Foi, Scepticisme. 

Frondeurs, Mazarins. 

Gallicans, Ultramontains. 



Gluckistes, 

Guelfes, 

Idéalistes, 

Jansénistes, 

Montagnards, 

Luthériens, 

Républicains, 

Rouges, 

Verts, 

Wigh, 



Piccinistes. 

Gibelins. 

Réalistes. 

Molinistes. 

Girondins. 

Papistes. 

Monarchistes. 

Blancs. 

Bleus (au cirque). 

Torv. 



Yorck (rose Manche), Lancastro (rose nm) 



Partibus (in). (Yoy. évêque.) 

Participe, du latin particeps (parlem caperel. 

Mot (jui tient du verbe et de l'adjectif. C'est une forme [larlicu- 
lière, un mode du verbe, qui joue dans la phrase le rc'ile d'un 
adjectif. 

On distingue le participe présent et le participe passé : aimant, 
aimé. 

Particule, du latin diminutif pnrtîcu/a. 

Petit mot, ou portion de mot, qui ne s'emploie pas seul, et 
destiné à moditier le sens d'un autre mot. 

Telles sont les syllabes dis, me, dé, dans disjoindre, nu'priser, 
déplaire (préhxes) ; aille, cule ou icule, dans rocaille, monticule 
(suffixes). 

-— Particule nobiliaire, préposition ou article contracté qui 
précède un nom propre : de, du, des, de la. 



218 PAR 

Particulier, du l.'iiiii jxirliculdvls. 

1" Adj('rli\('iii('iil : s'(i|(|i()S(' ;'i piihlic, ;'i onliiuiirc ou ii coiiiiniin, 
dans le sens dcoxlr.'iordiii.iiir, lii/urrc 
2" Siil)Sl!iiilivoiiienl : un individu, un (luidiim. 

Partie, dérivé du porticiitc ûa parli7% im féminin. 

— P;ii(ic carrée : partie de plaisir où se trouvent ivunis deux 
jioninics et deux femmes. 

Nous l'erons quelquel'ois de petites parties carrées. (Le Sage, 
Turca7'et.) 

Partir, du latin partiri, partager. 
Partii' d'un lieu, c'est s'en séparer. 

Le mot est resté avec son premier sens dans la loculion : avoir 
maille à partir. (Voy. maille.) 

— Synonymes : s'en aller. Et, avec idée de l'uite : liclier son 
camp, décamper, prendre la poudre d'escampette, décarrer (Grand- 
val), enliler la venelle, montrer les talons. 

Partir sans tambour ni trompette. 

Parure, dérivé de parer, latin parare. 

El toujours la parure t'iiiliollit la beauté. 

{Marie, oijéiii-romirjiie.) 

Iiulullur, formosa est : exuitur f(>r)na ipsa est. (Aristénète.) 
Vêtue, elle est belle ; nue, c'est la beauté même. 

Pulchra inniier nvjhi rril fjurnii iinrpnrala pulclirior. 

(Plalik.) 

Parvenu, participe de parrenir, hûn perrentre. 

Synonymes : vulgo concepti; un aigle né dans un poulailler. 

Rabelais (livre I, cli. 1) dit : « Plusieurs sont aujourd'buy empe- 
reurs, roys, ducs, princes et papes, en la terre, lesquelz sont 
descendus de quelques porteurs de rogatons et de coustrez ; comme 
au rebours plusieurs sont gueux de l'bostière (h()pital), soulTreteux 
et misérables, lesquelz sont descendus de sang et ligne de grands 
roys et empereurs. » 

— Il n'est orgueil que de pauvre enrichi. 

Vous lie savez donc pas jusrprdû \a rarrogance 
D'un bourgeois cnnoî)li, fier de son opulence "? 

(Destolxhf.s.) 

Vilain enriclii 
Ne connaît parent ni ami. 

Quand vient la gloire 
S'en va la mémoire. 



PAS 219 

Parvis, doublet ûq pnraf/is : ori.uinc IiélinViquo cl liiltliiiiic. 

(Jiiclques-uiis prétendent le tirer a parcls educandis, parce (jne 
les écoles étaient étaldies auprès des églises. 

Place devant la urande porte d'nne église, et in-inciiialcnicnt 
d'une cathédrale. 

Désigne aussi, dans la Bible, l'espace cpii entoui-ait le labcrnacle, 
dans le temple de .lérusalem. 

Pas, du latin /lassus, mouvement des jambes. 
S'emploie très fré(iuemiuent, comme poinl, (jouUc, mie, pour 
renforcer la négation. 

— Pas de clerc : démarche maladroite. 

— Faux pas : un faux pas est souvent plus dangereux qu'une 
chute. 

— Être dans un mauvais pas : sortir d'un mauvais pas. Expres- 
sions empruntées à l'ancienne chevalerie. 

Pas est pour passage, passade, et le pas d'armes consistait à 
forcer un passage fortilié ou gardé par l'ennemi : à attaquer un 
pont, un défilé ; à franchir une rivière ou tout autre passage étroit 
ou diflicile, qu'il était important d'occuper. 

— Il n'y a que le premier pas qui coule : le plus diflicile est de 
commencer. 

Dans le crimo il suffit (ju'iuie fois (ni drlmto ; 
L'iie chute toujours attire une autre rlmic. 

— S'il n'est pas exact de dire qu'il n'y a que le i)remier pas qui 
coûte, il faut convenir que c'est celui qui coûte le plus. 

Le cardinal de Polignac racontait à M™^ du DelTand la légende de 
saint Denis, qui, après avoir été décapité à Montmartre releva sa 
tète, la porta dans ses mains en la baisant, jusqu'au lieu où l'on a 
bâti la catbédrale de Saint-Denis. Comme l'Éminence disait que la 
route parcourue par le saint était bien longue, la dame répondit : 
« Monseigneur, il n'y a que le premier pas qui coûte. « 

Pasquinade, de Pasquin, nom d'homme. 

Pasquin était le nom d'un savetier de Rome, connu par ses 
brocards. On donna ce nom, par extension, à une statue mutilée, 
en marbre, qui est au coin du palais des Ursins, et à laquelle on 
attacbe des satires et des plaisanteries. Marforio, autre statue 
antique, placée en face de Pasquin, fait les questions auxquelles 
Pasquin répond. Pasquin et Marforio sont, en quelque sorte, les 
historiens satiriques de la papauté; le dialogue dure depuis cinq 



220 PAS 

cents ans. PcikIiiiiI la miil. iiiic main fiiflivo rollo sur li' piôdcstal 
répi.uramnio vcii<ioresso (iiii liiciiliil circiih; do boiiclie en hoiiclio. 

Les papos, (lit .Mercier, ont laissé Pasquin et Marforio jiarlcr et 
se répondre. Des railleries, des lardons amusent le peiijile et 
l'assoupissent. Ne >aMl-il i)as mieux encore que la satire soit dans 
la bouche de la statue, ipic de rester dans le cœur, où elle fermente 
et s'aigrit? La mauvaise humeur du peuple s'évapore ainsi, et 
jamais les hi-is ne se lèvent, quand la langue a pu se soulager 
pleinement. 

Le nom donné à la statue Nient peut-être de Pasquin, acteur 
de la comédie italienne, bel esprit, beau parleur et menteur on 
diable. 

Passer, verbe tiré de jxis. 

— Passer un mauvais moment, ...un mauvais quart-d'heurc. 

— Génin (Varialions), explique les locutions diverses où se 
rencontre le verljo passer : passer le temps ; passer la rivière ; 
passer pour un honnête liomme : les pièces de Lucques et de 
Monaco ne passent pas en France. Toutes ces locutions ont pour 
origine le mot pas : pa'iser y est synonyme de cheminer. 

Mais dans les locutions suivantes, /ja^.^^?' vient du VàWw pal ior : 
Je passe condamnation ; c'est-à-dire je soulTre qu'on me condamne. 
Je vous passe le mot ; c'est-à-dire je vous le pardonne. Il passe à 
son enfant tous ses caprices : il souffre tout de son enfant. Passer 
un mauvais moment signifierait donc aussi endurer un mauvais 
moment. 

Il suffit de constater que passer, d'abord neutre, devient actif 
dans le sens de traverser, faire traverser, puis de inscrire, de 
laisser aller, d'accepter, etc. 

Tout passe, tout casse, tout lasse. 
Tout Dorante devient Géronte. 

J'en passe et des meilleurs. 

(V. Ui GO. ffernani, UI. 4.) 

Passe-passe (faire des tours de). Se dit des tours que fout les 
joueurs de gobelets, les prestidigitateurs. 
Raltelais dit (liv. 1, chap. 2i) : trajectaires. 

Passion, du latin passio, du participe passas, de paf/or, 
soutïrir, qui a donné aussi : patir, patient, patience. 
Ce mot, qui désigne une vive atïection de l'âme, a conservé sa 



PAT 221 

si,!ini(icMlioii latine de soiitlVance physique, dans la lociilioii : souf- 
frir mort et passion : la Passion de .lésns-Clirist. 

Venc, pcr noslre salvnmcn, 
liccrbre mort e passio. 

(P. D'AlIVKnCNE.) 

(Il vint pour notre saint, recevoir niort et passion.) 

— Une passion est un caiJrico rpii a rencontré des obstacles. 
La passion passe quand rolijct est (létri. 

— Le pire de tons les vices est de n'avoir aucune passion. 
Tonte passion est éloqiu^ite : tout homme persuadé persuade ; 

pour arracher des pleurs, il faut pleurer; l'enthousiasme est 
conta.uieux. (V. Iliiuo.) 

Pastiche, de l'italien /)nsfirrio, mélange, pot-pourri. 
OLinre d'art ou de littérature, dont la manière est imitée d'un 
autre auteur. 

Patafiole, terme d'araot populaire. 
Oue le liou Dieu ...le dialtle te pataliole ! 
De l'italien pata/lo. abréviation de opilafio, épitaplie. 
Cela revient à dire : (pie Dieu fasse ton épitaphe, que le diable 
t'emporte ! 

Pataquès (voy. cuir). Terme po[)ulaire. 

Faute de langage qui consiste à faire entendre un / llnal quand 
il y a un s, et réciproquement. 

Domergue dit qu'un homme se trouvant avec deux dames peu 
lettrées, aperçut à terre un éventail : 

« Cet éventail est-il à vous ? dit-il à l'une d'elles. — Il n'est point 
z'à moi. — Il est donc à vous l dit-il eu s'adressaut à l'autre. — Il 
n'est pas t'a moi. — Alors, s'il n'est point z'à vous, s'il n'est pas 
t'a vous, je ne sais pas t'a qu'est-ce. » 

Le mot est resté, après avoir fait beaucoup rire. Mais l'étymologie 
est-elle bien sûre ? 

Patapd, nom d'une petite monnaie sous Louis XII. Elle valait 
trois deniers, et a subsisté longtemps dans les Flandres. 

Patati-patata, onomatopée qui imite le bruit fait par plusieurs 
forgerons qui frappent ensemble sur l'enclurae. 

...Palatk patdtncqnc sonnnles 
Enclumas... 

(BF.i.LEAf, Diclamen mctrificum.) 

Patatras, onomatopée. 



222 PAT 

h>xcl;iiii;i(ioii iroiminc (^ii voyaiil t()iiil)t'r qii('lqii"iiii, ou on pnrlant 
do (|ii('l(iii(' clioso (|iii loiiihc. 

— François de (loii/.a.Liiic, duc do Nevcrs, étant tombé de dicval 
on liaNorsanl ]*ouilly, nno vioillo l'oinme lui cria: « Patatras! 
Monsieur de Nevers. » lien lui si l'ori ii-rilé. qu'il (it saccager la 
vill(! par ses soldats. 

Pataud, dérivé do j)ct((e. 

Jeiino chien à grosses pattes, et, par suite, désigne un gros 
lioinmo mal l'ait, un lourdaud. 

Pâte, du latin /xis/a, isrec pnslt^, bouillie. 

— Bonne, [làto d'homme : qin manque de levain, (^eliii qu'on 
pourrait ([ualilioi- d'hoiiimo apathique avec calembour. 

Ouiuaidt, le [)0(''te du xvii'^ siècb', était fils d'un boulanger, et 
doué d'un caractère doux et conq)laisant. Furetière y fait allusion, 
quand il dit : « Quinault est la meilleure pâte d'homme que je 
connaisse ; il ne lui reste aucun venin des injures qu'il reçoit. Il 
connaît cinq ou six cents mots de la langue, qu'il blute, sasse et 
ressasse, et qu'il pétrit du mieux qu'il peut. » 

Patelin, mot d'origine littéraire. 

Homme faux et mielleux, comme le personnage de la farce qui 
porte ce nom (xv^ siècle), attribuée à Pierre Blancbet. 

— Patelin, comme le \wo\enç?i\ jjaiefile, patte de chat, patte de 
velours, signilie patte douce (loils). 

La première édition de la Farce de Patelin est datée de Paris, 
Germain Benant, in-4°, 20 décembre 1490, 

Pierre Blancbet a eu la même gloire que Molière. Si Tartulîe est 
devenu un nom appellatif, et signiOe hypocrite, PateUn signifie un 
homme qui en llatte un autre pour le duper, et patelinage est 
devenu synonyme de jargon doucereux. « Parlez-vous Christian, 
mon amy, ou langage patheUnoys? » (Rabelais, II, 9.) 

Il en est de même de Renard, nom donné par Pierre de Saint- 
Cloud au goupil, dans le Roman de lîenart, et qui est devenu en 
quelque sorte, synonyme de finesse et de ruse. 

— On trouve dans patelin une formation analogue à celle de 
papelu, patepelue, nom satirique donné, à l'époque de la Réforme, 
aux papistes hypocrites, qui ne pratiquaient pas fÉvangile pur 
comme les luthériens. 

Patenôtre. Emprunté du début de l'oraison dominicale, Pater 

7X0 s ter. 



l'AT 223 

— Diiv la (laleiKUro à l'cMuers (Rabelais) : dire des injures, 
prononcer des nialédietions. 

Patente, du lalin ixticnicm. 

AbréNialion de lettres palentcs, c'csl-à-dire ouverlcs. 

Patience, dn latin pat lent ia. de pat i, endurer. 

— La [)atienee est Tart despércr. (Vauvenargues.) 

La patience est le remède à tous les maux. Cairii^ dolori 
remedium est patientia. 
La patience est la vertu des mallieui-eux. 
La patience est la force des faibles. (J. Delacroix.) 

— On me parle de la patience, qui est, dit-on, le remède à tous 
les maux ; je la prends comme une médecine qui ne coûte guère, 
mais qui ne guérit de rien. (Poussin, Lettre à M. de Chanteloup.) 

— Avec du temps et de la patience, on vient à bout de tout. 
(Voy. temps.) 

— Patience passe science. 

BulVon a dit : « Le génie est une longue patience. » La patience 
est, en elVet, ce qui cbez Tliomme ressemble le plus au procédé que 
la nature emploie dans la création. C'est une manière d'être de 
l'infini. 

Patiens quia a'tei'nus, a dit saint Augustin : Dieu est patient 
parce qu'il est éternel. 

— La patience ne donne pas le génie ; mais il n'y a pas de génie 
sans patience. 

Patine, mot d'origine incertaine. 

Carbonate vert de bronze, qui se forme sur les statues et les 
médailles de bronze antiques ; sorte de rouille verdâtre du cuivre 
et du bronze : vert de gris. 

Peut-être du hlin patina, plat, parce que les plats antiques ou 
patines, quand on les trouve, sont revêtus de ce sel. 

Tempus pictor, dit l'arcbéologie. 

Patiner, dérivé de- patte. 

Manier sans ménagement, manier d'une façon désbonnête. 

Ah ! doucement, je n'aime pas les patineurs. (Molière, Georges 

Dandin.) 

Los palineurs soiil ficiis insufjportables 
.Même aux boaiilés (|ui sont 1res patinablos. 

(ScAIlI'.OX.) 

Pâtir, emprunté du lalin pâli, soullVir. 



224 PAT 

l']ii(liii'('i' un iii:il cause par aiili'iii. iJ'oii jxtliras (argot), soull'rc 
douleur. 

On \(iil (|||(' (le lulll tf'nips 
Les [iclils (iiit |);ili des sollises (los gi'ands. 

(La Fontaine.) 
<Jitiil(jiiiil ilcliraitl rerjes plecluntnr Ackici. 

(HotlACE.) 

Patois, de palrius (sermo), langage du pays. 

Ce mot s'écrivait patrois, et dans les adjectifs en oi.^, tels que 
François, Anglois, Chinois, le suffixe est analogue aux terminaisons 
latines en us, tus, osus, u'/t.sis... 

Peut-être aussi de /V;/rt/v/.s-, iialùtant de Padoue : parler patois 
serait pai-ler conimc à Padoue. (Voy. vache espagnole.) 

— Le mot jxilois, dit Granier de Cassagnac {Histoire des Ori- 
gines de la langue française), signifie « langue locale ». Les patois 
des diverses contrées d'un pays sont les dialectes, et la langue 
nationale des grands États n'est qu'un patois privilégié, qui a été 
adopté par l'État, est imposé par la loi et enseigné dans les écoles 
comme langue nationale, pour qu'elle serve de lien entre toutes les 
parties d'une grande nation. C'est ce qui est arrivé, en Italie, au 
dialecte de Florence ; en Allemagne, au dialecte de la Souabe ; en 
Espagne, à celui de la vieille Castille ; en Angleterre, à celui des 
comtés de Kent et de Midlcsex ; en France, au dialecte de l'Ile de 
France et de Paris. 

Ces patois d'élection, perfectionnés par les savants et les poètes, 
sont devenus des langues littéraires, servant d'interprètes entre la 
population, dans les relations officielles: mais ce n'en sont pas moins 
d'anciens patois parvenus aux honneurs ; tout le monde les parle, 
ou du moins les comprend, et les habitants des campagnes eux- 
mêmes ont deux langues : l'une est la langue naturelle, apprise au 
berceau ; l'autre, la langue artificielle, apprise à l'école. (Chap. YII.) 

— Alexandre Dumas, au sujet de l'idiome d'une bourgade des 
Alpes, dit : « L'abominable patois de ce pays pourrait passer pour 
de l'auvergnat corrompu. » 

Les patois, si méprisés dans les villes, sont regardés comme du 
français qui s'est altéré dans la bouche du peuple des provinces. 
C'est tout le contraire, et les patois sont les héritiers des dialectes 
qui se parlaient avant le xiv^ siècle, dont la langue française s'est 
éloignée de plus en plus, car l'idiome du peuple change moins que 
celui des classes lettrées, et une preuve évidente en est dans la 
manière dont parlent les paysans dans les comédies, et notamment 



PAT 22o 

(lins riilliaiK-e d'un verbe pluriel avec la première personne du 
sin,uiilier : je soninies. j'allons. je disons..., de iiicnie (pn; la siilisli- 
liition de Va à \'c\ de la diplitlionguc ou à l'o, lorsipiils disent 
Piarre, nuir/c, pour Plcrro. merle, et chouse pour chose. 

C'est pourtant ainsi qu'on parlait à la cour de Fi'aneois l''% le 
Père des Lettres, et voici nu fragment de la correspondance de ce 
roi à M. de Montmorency : « Le cerf nous a menés jusqu'au tartre 
de Dumigny... J' avons espérance qu'il fera beau temps, veu ce que 
disent les estoiles (\\\(i façons eu le loysir de voir... Perot s'en est 
fouy, qui ne s'est ousé trouver devant moy. » 

— Tout en nous moquant de ces formes surannées du langage 
chez les paysans, nous commettons tous les jours la même faute 
sans nous en douter (?), avec cette dllférence toutefois que nous 
mettons le verbe au singulier (?) avec le pronom pluriel, en nous 
servant, comme les rois et les évèques, de nous au lieu de je : 
« Dans cet ouvrage que nous offrons au public... » Ce nous préten- 
tieux est plus solennel, mais moins modeste et moins grammatical 
que je. 

Patres (ad), locution latine. 

— Aller ad patres : aller retrouver ses pères ; mourir. (Yoy.) 

— On lit dans la Genèse (X\, 15) : Tu auteni ibis ad paires : 
quant à toi, tu iras vers tes pères. 

Et (Juf/es, II, 10) : Congrerjari ad patres suos. 

Nous aussitôt, faisant partout florès. 

Sûrs de trou\er déjà le boiihoiniiic ad palre^i. 

(Recnaiio.) 

Mais j'ai grand'peur, francliement, que cela ne l'envoie ad patres. 
(Molière, Médecin mabjré lui.) 

Patriarche, du latin ecclésiastique 7:>«^/'mrcArt. 
Un donne ce nom, dans la Biljle, aux principaux cliefs de famille 
avant Moïse. Les plus connus sont : Adam, Abraham, Isaac, Jacob... 

Autant (lu'uu patriarche il vous faudrait vieillir. 

(La Fo.mai.ne.) 

Patricien, dérive du latin patricius, patrice. 
Celui qui connaît ses pères. Le patriciat était une noblesse 
instituée par Romulus. 
S'opposait à plébéien. 
Les Espagnols appellent liidahjo un noble, un gentilhomme 

15 



ii2G PAU 

C'est la contrnrlion do Jtijo (l'ahjo, fils do quoiqu'un. rV?t-;'i-dir6 
légitime, par npposjlion à hûlard. 

C'est aussi roriiiiiM^ do fjerniain, celui dont le pornio, ou l'oi'igine 
est connue. 

Noble, Jiobifi.s, qui môrile d'«''tre connu, est d'origine analogue. 

Patrie, du latin palrin, sous-cnlcndu Ini^ra : la terre paternelle. 
Los anciens poètes latins l'ont souvont appoléo afma parens, 
mère bienfaisante. 

A tous les cœurs ])ien nrs ([iic la pytric est chère ! 

(Voi.TAiiiK, Tancrède.) 

Nescio qua natale solum dulcedine ciinclos 
Ducit, et itnmemores non sinit esse sui. 

(OVII.K.) 

(Je ne sais par quel cliarme le sol natal nous attire tous, et nous 
empêcbe de l'oublier.) 

Plus je vis d'étrangers, plus j'aimai ma patrie. 

(Du Bellay, Siège de Calais.) 

Mourir pour la patrie 
C'est le sort le plus beaU;, le plus digne d'envie. 

Bulce et décorum est pro patria inori. 

(Horace.) 

Pro patria et in patria mori prœclarum. (Gicéron, Ad Atti- 
eu m. YIII.) 

Patrouille, de patrouiller, nnciemiement patouiller, dérivé de 
patte, agiter les pattes. 

Dans mon église l'on patrouille 
Si l'on ne prend bien garde à soi ; 
Et le crapaud et la grenouille 
Coassent l'office avec moi. 

(L'abbé Saxlecq-e au Père-Lacbaise.) 

Patte, mot d'origine incertaine. 

— Faire patte de velours. (Yoy.) 
Graisser la patte. (Voy.) 

— Pigeon pattu, en \^ro\ençs^^ pe'pel ut (pied pelu). 
La Fontaine a employé patte-pelu : doucereux. 

Paume, du \?A\\\ palma, même sens. 

Jeu qui consiste à cbasser une balle avec la paume de la main. 

— Du jeu de paume viennent un grand nombre de locutions : 
Argent sous corde : au jeu de paume, le prix des enjeux se met 



PAÛ 22r 

sous une corde tendue :ni milieu du jeu. et ûiii-nie de filets qui 
toucliont le sol. 

li;ill()ler quelqu'un : se jouer de lui. le herner. 

liricoler : siiisir la halle qui retoui-ne après avoir louché le mur. 

Einpauuier : recevoir une halle eu plein dans la paume de la 
main. (Voy.) 

Fiiire fau\-houd : au liuuré. manquer de [)arole. 

Friser la corde : lorsque la halle touche légèrement la corde, en 
passant par dessus. 

Peloter en attendant partie : au propre, jouer à la paume, pour 
s'exercer, avant que la partie soit engagée. 

Prendre la halle au hond, ou à la volée : saisir le moment favo- 
rahle. 

Renvoyer la halle, ou l'éteuf : au ligui'é, répliquer vivement. 
L'éleuf est la halle du jeu de longue-paume. 

A hou joueur la halle vient : les habiles réussissent. 

Pauvre, du latin imuper, pauperem: d'où aussi paupérisme. 
Le diminutif pauvret s'exprime en provençal par pecca'iré 
(pécheur), digne de compassion. 

— Synonymes : has-percé. Lorsqu'on portait les culottes courtes, 
il fallait être bien pauvre pour ne pouvoir pas faire raccommoder 
ses has à la ravaudeuse. 

Panne (trivial) vient de pannus, comme pannosus, déguenillé, 
mendiant. 

— Le pauvre est celui qui n'a que strictement le nécessaire pour 
vivre : l'indigent, celui qui, n'ayant rien, ni aucune industrie 
productive, est forcé de recourir à l'assistance publique. 

— Qui donne aux pauvres, prête à Dieu. Qui donne pour Dieu, 
donue pour deux. C'est pour cela qu'il ne faut pas confondre 
« donner aux pauvres » avec « donner pour les pauvres ». 

— Le droit des pauvres est une taxe prélevée, en France, au 
bénéfice des h()pitaux. sur la recette des spectacles, bals, concerts, 
etc., etc. 

Louis XIY, en 1G!)9, rendit ce droit obligatoire. Le o décembre 
1809, il fut fixé à un décime par franc, eu sus du prix de chaque 
billet d'entrée. 

La taxe des pauvres est un impôt établi en Angleterre dès 1602, 
sous le règne d'Elisabeth. Cette taxe a augmenté considérablement 
le nombre des pauvres dans ce pays. 

— bcpjuuper, les Anglais ont fait paupérisme, qui est la pau- 



228 PAV 

vreté en ^réiiér;il. Paiijjcrisnic c&l iiii \il;iin mot, qui désifiiie la 
cinsse tout (Mitirrc dos pariîis do la sociôt»'', dos dôsliôritôs du 
hoiiliour, ol (jiii sert do lili'o. au cliapitrc; do la nouvello science 
ôconniiiistc ot socialislo où Irs (juoslions de la misère publique sont 
traitées par des philanthropes qui pourraient s'appeler paupé- 
7'is/es... 

Pauvreté, du latin pnnpertas, par métathèsc. 
DÎNinité all(''!i:()ri(pio, Mlle du Lnxe ot de la Paresse, et sœur de 
la Faim. 

— Pauvreté n'est pas vice : c'est bien pis. (Voltaire.) 

Ce proverbe est ce qui reste d'un ancien axiome de droit cité 
dans les InstUules de Loisel : « Pauvreté n'est pas vice, et ne 
désanoblit point. » 

Il y avait aussi une autre maxime de droit sur le même sujet : 
« Pauvreté n'est pas vice, mais en grand'pauvreté il n'y a pas 
grand'loyauté. » (Loisel.) 

— La pauvreté est mauvaise conseillère, comme la faim. 

Malesuada famés. 

(VmGii.K.) 

Qui n'a rien, en ce maudit âge. 
Est tenu pour fol, fût-il sage. 

Pauvreté empcscbe les bons espritz de parvenir. (B. Palissy.) 

Pavaner (se), dérivé de patanc. troriginc inconnue. 
Étaler son orgueil connue le paon étale sa queue (?). 

— Rabelais dit penadcr (I, 12) d'un clieval qui marche fièrement 
comnie un paon. Et La Fontaine emploie se panada. 

— La pavane, danse équestre des Espagnols, était exécutée 
dans les carrousels pour la clôture des jeux, et au moment de la 
parade. (Colonel Ambcrt.) 

La pavane est une danse de caractère, grave et noble, dont les 
mouvements imitent ceux du paon. 

Pavillon, du latin papUionem. 

S'est dit d'abord d'une toute, des tentures servant d'abri. 

— Drapeau, dans la marine. 

— Pavillon blanc (parlementaire), pavillon de signal, pour avertir 
qu'on demande à parlementer. 

Le 18 décembre 1784, le ballon de M. do Montgolfier devait 



I>AY 220 

s'ôlovor ;'i I.von. I/nsconsinn no put avoir lien, parco qu'il tomba do 
la iKMuf loiilc l;i joiiriirr. M. S... adressa ces vers aux aéronautes : 

V'ivvs assir^ronnts du séjour du lonncriv, 

CaluU'Z votre colère : 

i:ii I ne \ oyez-vous pas (jue .luiiiler tremlilant 

Vous demande la paix par son pavillon liJane 1 

— Baisseï" pa\illoii : s'a\onor vaincu ; roudi'c I(>s armes. 

LKÙM'nl sans cdulredil lueltre bas pavillon. 

(.M;ii,n' iii;, Etourdi.) 

Vc.villiiin sulDitiUnr. 

(Stack.) 

Fasccs submiUcrc, ...Jfanus (/arc. mettre les pouces. 
Tous les poètes Itaissent pavillon devant Homère et Virgile. 

— Eu terme d'architecture, hàliineiit isolé, ayant une toiture à 
quatre faces ou en d()ine. 

Pavois, du latin /x/r/'/n-i. 

Arme (lèt'(Misiv(> sous latpielle ou s'ahrite, bouclier. 

— Vient [)eul-ètre plnt()t de Titalien paresc. de Pavie, où se 
fabriquaient ces bouciiei's. 

Payer, (\\\ latin pùnivr. apaiser (ses créancici's). 

Eu acquittant une dette, on fait laire b^s réclamations, on se 
soustrait aux poni'siiilcs. on est tranquille iquielus). Ou se délie 
d'une ser\ilii(lo par la solvabilité Iso/t-fre). de même (pi'on rachète 
son indépendance par une rançon (redcinpllo). 

Au contraire, on reste l'esclave du créancier, tant qu'on est 
obéré (oha-rafiis. d(> (rs). 

— Synonymes : jouer de la poche, jouer du pouce, c'est faire le 
geste si bien compris de tout le monde, qui consiste à glisser 
vivement le pouce sur le i)ont de l'index. 

— Payer eu chansons (voy.), ...en monnaie de singe (voy.) 
Payer de toupet, c'est-à-dire d'elïronterie. 

Payer les violons. (Voy.) 

Payer ric-à-ric, ou rubis sur l'ongle : très exactement. 

— Il me la paiera plus cher qu'au marché : je me vengerai. 
Expression synonyme de : il ne renq3ortera pas en Paradis. 

— Ou dit : la paye d'nn soldat, le salaire d'un ouvrier, les gages 
d'un domestique, les appointements d'un commis, les lionoraires 
d'un avocat. 

— Payer de sa personne : s'exposer hardiment. 

Solrere in œre nul, in cute. Payer de sa bourse ou de sa peau. 



230 PAY 

La loi des Dnii/o, (aides, à Uonie. livrait le (It'hilciir insolvable à 
la merci de ses créanciers et leur donnait le droit de le mettre aux 
fers, de le rrdnire en serviliidi^. de [iréicver sur son corps un 
morcean de cliaii'. 

I.a loi .Inlia alléMiia cette lauuenr, en libérant le débiteur qui 
faisait à ses créanciers l'abandon complet de ses biens. 

— Le moment de payer : le quart-d'iienre de Rabelais. (Voy.) 

— Partir î^ans payer : emporter le cliat: faire nn pouf: faire un 
trou dans la Inné. 

Au xvi" siècle, on disait, pour s'en aller: faire un perluis dans 
l'air, faire un trou dans la nuit. 

Pays, anciennement païeïs, païs : du latin parjensem, sous- 
entendii agrum, territoire du canton. 

— L'Académie confond dans la même acception les mots pG\jii et 
pairie : en réalité, le mot patrie s'entend du lieu de naissance, 
considéré au point de vue politique et moral, tandis que 7>fl'y5 a 
rapport au côté matériel et plus restreint de la même idée. 

Ma patrie est la France, mon pays est la Provence. 

— Le mot pairie est employé dans un sens politique ; pour 
les intérêts matériels, on se sert du moi pai/s. 

Le pays est sillonné de chemins de fer et de canaux, qui ont donné 
l'essor au commerce, en contribuant à rendre la patrie florissante. 

Guillaume Tell a délivré sa patrie du joug de la tyrannie. 

Un provincial quittant Paris pour son département retourne dans 
son pays sans quitter sa patrie. 

— Il est bien de son pays : il est bien naïf. C'est comme si l'on 
disait : il n'a jamais perdu de vue son clocher. 

— Nul n'est prophète en son pays. (Voy. prophêle.) 

— Pays imaginaires : les Champs-Elysées, Cocagne, Éden, Eldo- 
rado, le pays de Tendre. 

— Pays, féminin paijse, se dit aussi dans le sens de compagnon, 
originaire du même pays. En allemand laïuhmann. 

Paysage, de pays et sagire, savoir, voir iX). 
(En réalité, dérivé àe pays avec le suffixe âge.) 
Tableau d'un site pittoresque. 
Synonyme : plat d'épinards (mauvais paysage). 

— Il y a trois époques du paysage, en France : l'' le paysage 
épique, de Poussin et de Claude Lorrain ; 2° le paysage fantaisiste, 



Pi: A 2;ji 

do Watloaii et do son école ; '^'^ lo paysage réaliste, créé par 
J. Veniet. (II. Uela houle.) 

L'école classique du paysage était représentée, en i830, par 
Bidault, Hertin et Bourgeois, qu'on appelait les trois B, par opposi- 
tion au\ (piatre G : Gros, Girodct, Guérin et Gérard. 

Il y avait aussi Jolivard, dit Jolivert, à cause de la couleur de ses 
paysages, et Watelet, avec son éternel moulin, battant de sa roue 
une eau savonneuse, au milieu d'un maigre bouquet d'arbres. 

Ils s\mi vont dans les forêts 
Fair" du rliic d'après nature; 
Voyez (jnelle l)ai'l)(' ils ont, 
I^es peintres de liarhizon ! 

Barliizon est un hameau de la foret de Fontainebleau, où s'est 
formée, vers 1840, une colonie de paysagistes, parmi lesquels Diaz, 
A. Milet, Dauhigny, etc. 

A la vente Patureau (avril 18rj7), un paysage d'IIobhema, Le 
Moulin, s'est vendu 100.000 francs. On aurait eu pour cette somme 
tout le terrain qu'il représente. 

— Quelle vanité, que la peinture attire l'admiration par la 
ressemblance des choses dont on n'admire pas les originaux ! 
(Pascal, Pensées.) 

— Préault disait des paysagistes grands fumeurs, qui produisent 
peu : « Ils fument trop de pipes d'après nature. » 

Paysan, dérivé de pays. 
Habitant de la campagne. 

— l'agns a donné aussi, par jxiganns, le mot païen. 
Constantin le Jeune, réformant les soldats qui n'embrassaient pas 

le christianisme, les réduisit à la condition de villageois. De là la 
dénomination de païens appliquée à ceux qui professaient le culte 
des idoles. 

Peau, du latin pellls, d'où aussi : peler, pelage. 
S'emploie quelquefois pour la personne elle-même. 
On dit : avoir peur pour sa peau, défendre sa peau. 
Curare cuteni, cuticuUun. (Horace; Perse.) Avoir soin de sa 
petite personne. 

— Les Romains appelaient une femme débaucliée pellls ou 
scortum, peau, cuir. 

— Dans sa peau mourra le renard : on ne peut changer do 
naturel. 



232 PEC 

A iiioiiis qu'oïl no récnrclie vif, il moiirr;i d.'ins la peau d'un lier 
insolent. (Beaumarchais, Figaro, I, 4.) 
Avoir la peau dure : un lonipéramenl de fer. 

— Changer de peau : cjian.uer de conduite. Celle locution est 
empruntée des reptiles, qui changent de peau cl sont devenus l'em- 
blème de la fraude. (Voy. stelUonnl.) 

Les anciens appelaient le loup-garou versipe/l/s, qui change de 
peau. 

Pêche, du htm per s ica ou persicu m Onalum). 
Fruit du pêcher, venu de Perse. 
En provençal pességue. 

Péché, du latin peccalum, provençal ^yeccft^. 
Transgression de la loi religieuse. 

Delictum est declinarc a bono ; peccalum est ciun malum {il. 
(Saint Augustin.) 

— Péché mignon : celui que l'on commet volontiers. 

— Péché mortel. « C'est un péché mortel que de faire l'amour, 
disait-on à une lorette. — Si cela était, répondit-elle, il y a longtemps 
que je serais morte ! » 

— A tout péché miséricorde : il faut être toujours indulgent. 
On l'a parodié ainsi : A tout péché misère et corde. 

— Péché caché est à demi pardonné. Rien n'est plus funeste que 
cette maxime d'une casuistique étroite. C'est exactement le contraire 
qu'il faudrait dire et Grégoire le Grand, l'un des hommes les plus 
illustres du catholicisme, a dit : « Mieux vaut le scandale que le 
mensonge. » 

Le pùcliù que l'on caclio est demi pardonné. 

(Rko.mer, Satire XUI.) 

Le scandale dn monde est ce (lui f;iit Toffense, 
Et ce n"est pas pécher (pie i)éclier en silence. 

(MoLiKrsF, Tartuffe, IV, 5.) 

— La décence ne consiste pas à pratiquer le bien, mais à cacher 
le mal. 

— Le Juste pèche sept fois par jour. Cette locution vient d'un 
passage de l'Écriture uial interprété : Septies cadlt Justiis. — 
Seplles est pour sœpe, souvent. (Trévoux.) 

— Le Juste pèche sept fois par jour, mais ce sont des péchés de 
juste: il y en a qu'il ne commet jamais, et qu'il ne soupçonne même 
pas. (^G. Sand.) 



PEl) 2:33 

Pêcher, du latin ])i>irnri, \)Yù\Q\\n\\ pcsca. 
Prcndi'c (lu itoissoii. 

— Pèciief (Ml caii Iroiililc. (Voy. froi/h/t\) 

Itnniillai'd &M>. la vallùc, 
l'iH'litMir. fais la jniirnéc; 
Uroiiillaril siu- lo mont, 
Pèclieiir, reste à la maison. 

— Poclio iniraciiloiise. (Saint Jean. Érarif/i/c, XXI.) 

Pécore, du latin y>«'o/Y/, pluriel neutre pris pour un sinpiilicr 
l'éiuinin. 

...La ciiétivo pécore 
S"en(la si jjien qu'elle crc\a. 

(L.\ FOMMNK.) 

Pécule, du latin porulium. dérivé de pecu.s, comme pcnniia, 
pai-cc (pie les premières monnaies des Romains portaient la li.uiire 
d'iii! Ixeuf. d'un mouton. (Piutartpie, Me de J'ahlicola.) 

Sous Servius Tullius, si.\iéme roi de Rome, on fraiipa des monnaies 
appelées « moutons » ou « Ixeufs », qui portaient Timaue de ces 
animaux. Y\\ bœuf valait 15 moutons. (Yertot.) 

D'où le proverbe Bos in Ilnçiua. pour dire que quelqu'un était 
payé pour se taire. 

— Rabelais dit (liv. IV, cli. otî) que Démosthènes vendit clière- 
ment son silence aux Araicns, en ne plaidant pas contre eux, 
moyennant finances, sous prétexte qu'une angine ou esquinancie 
venait de le prendre à la gorge. Un malin prétendit qu'il avait non 
pas une angine, mais une argentanglnc, argurankè . 

— Pécule désignait l'argent gagné et économisé par un esclave; 
il pouvait l'employer pour son utilité personnelle et parfois pour 
son rachat. 

— ])q pécule, nous avons fait péculaf, vol des deniers publics 
commis par celui qui en a le maniement, l'administration. (Voy. 
co/icu.ssion.) 

Pédant, de l'italien pédante, d'origine incertaine. 
Celui qui fait parade de savoir. (Voy. savant.) 

....Mji'z, iM'Iilrc (le pi'dant. 

(.MoMtRli.) 

Pédauque (la Reine), pedeni aucw, pied d'oie. 

La reine Pédauque est la statue d'une reine de France, Berllie 
de Bourgogne, cousine au 4« degré de Robert, roi de France, qui 
ré[)ousa en 99o, malgré la défense du pape. Il la répudia depuis, et 



234 im:i 

la léjïondo dit que, pciKhiiit riiilci'dil. licrtlic ;iccoiirli;i (]"iiii lils aux 
pieds d'oie. 

11 est souvent (jiieslioii d<' celle reine Péd;iii(|ii(' d;ins les dictons 
et dans les iiioniinients du Moyen-Age, on sa slaliic liL-iire avec un 
pied d'oie, nolaimncnt à Sainl-Bénif^nc-de-Dijon, oi'i h' roi Robert, 
fondateur de i'é.ulise, se trouve placé en face de sa fi'uiuic 

Peigne, du latin pecline/n. 

Dédale, dans le Dictionnaire des Précieuses. 

— Le peigne des Allemands : la main. 

Se pygnant du pygne des Allemains : c'estoyt des quatre doigts et 
du poulce. (Rabelais, I, 21.) 

Rabelais peut avoir eu en vue de railler les Allemands sur leur 
malpropreté, ou fait un jeu de mots sur la main qu'on se passe dans 
les cheveux, et l'ancienne forme Allemains pour Allemands. C'est ce 
qu'on appelle aussi « le peigne du père Adam », 

Peigner, du latin ])ecfina)'e, anciennement ^^/y/î^r. 

— Il y a des endroits de ï Enéide auxquels l'auteur eust donné 
encore quelque tour de pigne, s'il en eust eu le loisir. (Montaigne, 
Essais, II, 10.) 

Ane rascas non omet psndienar. 

(P. Cardinal.) 

(Jamais teigneux n'aima le peigne.) 

— Se peigner : se battre. 

Se donner une peignée : se prendre aux cheveux. 

Or viens cza, que je te donne ung tour de pigne. (Rabelais.) 

Quand il s'agit de combattantes : se crêper le chignon. 

— En 1786, deux fils de fermiers généraux, C... et R..., se trou- 
vant au parterre de l'Opéra, au milieu de la foule, l'un d'eux, R..., 
se mit à crier: « Qui donc pousse comme cela? C'est sans doute un 
garçon perruquier? — C'est moi qui pousse, répondit C..., donne- 
moi ton adresse, et demain j'irai te donner un coup de peigne. » 
Le lendemain, un duel eut lieu aux Champs-Elysées, où C... fut tué. 

Peindre, du latin pingere. 

Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. 

(La Fontaine.) 

Peine, du latin pœna : d'où peiner, pénible. 

— Homme de peine. Expression douloureuse d'une vie de misères. 

— La peine du vilain ne compte pour rien. 

A chaque jour suffit sa peine. Proverbe favori de Napoléon. 



Sitf/tcif (fie/ nia/ida sua. (Saint-Mathieu. YI, 24.) 
Les ix'inos (h> la \ie sont coninie les onihres an tablean, elles 
servent à en niienv faire apprécier les i)laisirs. (De Clincluinip.) 

Peintre, dn latin populaire pinclor, déformation de ]>/r(or. 
Italien pill<»\ qui a donné pittoresque. 

— Synonymes : poète muet {Dictionnaire des rrécieuses) : 
l'oiisin de l'arc-en-ciel (M. Régnier): rapin, élève peintre. 

— Croûton : mauvais peintre. On emploie aussi dans ce dernier 
sens : Raphaël à la toise. 

— Les peintres se divisent aujourd'hui en : coloristes, harmo- 
nistes, impressionnistes, idéalistes, réalistes. 11 y a même depuis 
peu la coterie des intransigeants (I80O). 

La peinture réaliste a la prétention de faire admirer la ressem- 
hlance des choses, dont on n'admire pas la réalité : quelle vanité ! 

— Gueux comme un peintre. Les pauvres artistes font les artistes 
pauvres ; les grands artistes sont des alchimistes qui font de l'or 
avec de la toile ou du papier. 

Un paysage d'Hobhema s'est vendu 100.000 francs (avril 1857). 
La lille d'Hérode, du Titien, 226.000 francs rl82G). 
Les grandes Bacchanales de Poussin, 375.000 francs (1805). 
La vache de Potter a été cédée à l'empereur Nicolas, en 1805, par 
Joséphine, au prix de 800.000 francs. 

Peinture, du latin j)ictura, modifié comme le précédent. 
La peinture est une imitation faite, avec hgnes et couleui's, sur 
une surface, de tout ce (jui se voit sous le soleil. (H. Poussin.) 

— Synonymes de mauvaise peinture : croule, épigramme contre 
la nature, enseigne de cabaret, peinturlurage. Habileté de main : 
patte. Beaucoup de patte et de chic, mais peu de dessin !... 

— Gros disait: « La peinture était une langue; ce n'est plus 
qu'un patois. » S'il vivait aujourd'hui, il trouverait que ce n'est plus 
que de l'argot. 

Les poètes peignent avec la parole ; les peintres parlent avec le 
pinceau. (Carrache.) 

La peinture est une poésie muette ; la poésie est une peinture 
parlante. (Sisraondi.) 

La peinture a sur la poésie cet avantage, qu'on la lit d'un coup 
d'oeil ; elle parle comme une langue muette, intelligible à tous ; elle 
n'a pas besoin de traducteur. (T. Gautier.) 

La première condition pour obtenir un résultat avantageux, est 



236 PEK 

de, hicn espérer jtonr le sujet... i";ii toujours en une idét; iissez ;iv;in- 
lapcusc non de ce ([iic je fuis, mais de ce que je ferai. (F^éop. Hobcrl, 
Lettre à Madame Marcolle.) 

— Les niélaphores empruntées à la peinture sont d autant plus 
nombreuses, que rohjet de ce tropc est de peindre les choses avccla 
pensée; mais on se trompe souvent en faisant des comparaisons que 
l'art ne saurait admettre. Ainsi, on dit « un crayon » pour un croquis, 
une esquisse. 

— Peindre sous des couleurs fausses, sous des couleurs hrillanles 
est un non sens, comme si Ton disait : dessiner .sous un crayon. (Jn 
peint avec des couleurs, et non sous des couleurs. On doit dire : voir, 
ou peindre sous un jour favorable ou sous un faux joui". 

Casimir Delavigne dit, dans une couu''die : « l'n tablciiu lidélcdoit 
tout peindre, le bon et le mauvais côté.» D'alinni un lalilcau ne 
peint pas ; ensuite, il ne peut pas représenter à la fois le bon et le 
mauvais côté des clioses, car la perspective des objets s'y oppose, 
etc. La piirasc toute simple: «Un tableau doit être lidèle», dirait 
mieux et plus juste. 

— Peinture à Tbuile. « Le peintre Van Eyck, dit Jean de Bruges, 
inventa les procédés de la peinture à l'huile (1370-I4y). Il confia 
son secret à Antoine de Messine, qui le tint lonulemps caché : mais 
Jean Belin se désuisa en grand seigneur, et étant allé chez le peintre 
sans exciter sa méliance, par\inl à le lui (iéroI>er et le rendit [tiiblic » 

Péjoratif, du latin pcjovarc, rendre pire, néologisme et terme 
de grammaire. 

Se dit de certains mots dérivés qui se prennent en mauvaise part : 
criailler est le péjoratif de rrier. 

Les suffixes ard et aille sont péjoratifs. 

Pékin, terme d'argot militaire. 

Adopté, mais non inventé, par les chauvins de l'Empire, pour 
désigner un « bourgeois». 

— J.-J. Ampère suppose que ce vocable vient de ;jr/.yrt/t/i5, païen, 
dans le même sens que les étudiants allemands appellent un bour- 
geois pli i lis/ in. 

F. Génin le dérive àe j)er qaem (sous-entendu omnia farianf), 
d'après une ancienne expression employée par Henri Estienne : faire 
le per quem, c'est-à-dire l'homme d'importance, le fat, l'imper- 
tinent. 

Si cette origine du mot pékin est vraie, il n'aurait pas le sens 



PKf. 237 

que nous y atfMclions : il aiirait l'Iô appliqué à Unis, aux hoiir.ijoois 
par les militaires, à une é|)0(pie où le Ituuriicois n'était rien. 

On écrivait alors le mot ix'hin, comme le nom de la ville chinoise, 
et, par suite, on substituait V(il(iiiti(M'S r(''|)ithète de c/ii/inis à celle 
de pi'kin. 

— Pour d'autres, ce serait une modilicniion de phiue-chicn ou 
pisse-chien, injure usitée an xiv-' siècle. 

De vieux dialogues des règnes de Heui'i III et de Henri IV, 
employaient souvent prqitin wx péhiii, pour désigner les adversaires 
de la religion. (Ambert.) 

« Nous appelons pékin, dit le général D... à M. de Talleyrand, 
tout ce qui n'est pas militaire. — Ah ! fort bien ; comme nous appe- 
lons m il il a ire tout ce qui n'est pas civil. » 

Peler, dérivé ih^ peau, anciennement y^tV, du latin pellis. 

Oter la peau. 

Il n'y avait que quatre pelés et un tondu. (Voy. tondu.) 

Pèlerin, du latin peregrinus, voyageur. En roman pélcgrin. 
De là aussi péréiji'ination. 

Am que pnssaca l'aida Jet V(tr ni prUcrjrin^. 

( Vie de saint Honorât.) 

(Avec quoi il faisait passer l'eau du Yar aux pèlerins.) 

— Synonymes : coquillard, faux pèlerin de la Gourdes Miracles : 
qui porte des coquilles sur le collet de sa robe et à son chapeau. 
Ces coquilles, en forme de bénitier, sont appelées pèlerines, et leur 
nom s'est associé à celui des pèlerins. 

Romieu : Son plus paubres que romieu. (Raymond deCastelnau.) 
Ils sont plus pauvres que le pèlerin. 

Ce mot, désignant les pèlerins qui allaient à Rome, a été modifié 
par Rabelais (liv. IV, nouv. prologue), en romipète : « Petits romi- 
pétes vendans le leur, empruntant l'aultruy. » 

On créa même le verbe romipéter : « Maudissant l'heure d'avoir 
fait un pet à Rome, c'est-à-dire d'être romipété et estre venu de si 
loing. » (Contes d'Eutrapel.) 

— C'est un fin pèlerin : un rusé compère. 

Pélican, du latin pelicanus (du grec pélékus, son bec ressem- 
blant à une liacl:e?). 

— Le pélican se perce les flancs pour nourrir ses enfants. 

On représente cet oiseau se déchirant les flancs avec son bec, 



238 PKL 

|)()iii' l'.iifc l»()in', son s;in^- ;'i sn couvée. C'est sons celle forme (jnil 
li,uiii'(5 (liiiis les Itlnsons, oii on r;ii)[)elle ï'ilic. 

W est (levenn reinlilrine de r.'inioiir palernel, el iiiAine de la Pro- 
vidence divine. 

Dans l'oratoire du cliàleau de La Barre, on lil ce quatrain, au has 
de la représentation du pélican : 

Je suis (ruiic (livc iialurr-, 
Car (juand je vois mourir los miens. 
Vie leur rends par ma morsure : 
Ainsi fil Jésus-Clirist aux siens. 

— La tradition de ce dévouement du pélican ne se trouve ni 
dans Aristote, ni dans Pline ; mais elle apparaît dans le monde 
romain dès les premiers siècles de notre ère. Elle est présentée par 
les Pères de l'Église comme l'emMême de la Charité. Saint Jérôme 
et saint Augustin assimilent le sacrifice volontaire du pélican à celui 
du Fils de Dieu. Par suite il devient l'emblème de la Rédemption, 
comme le phénix celui de la résurrection de la chair et de l'immor- 
talité. 

Cette légende est assurément d'un assez beau caractère pour être 
conservée; toutefois il faut convenir qu'il s'agit, comme dans celle 
du phénix, non d'un animal véritable, mais d'un être purement 
imaginaire. 

En elîet, cet oiseau de convention est peint en vert et en jaune, 
tandis que le pélican véritable est blanc. On le représente avec un 
bec court et aigu, tandis que celui du pélican est large et aplati. 
Il en est de même de toutes les autres formes du corps, qui 
ditïèrent entièrement dans l'oiseau naturel et dans l'oiseau de la 
légende. 

Péiion. Entasser Pélion sur Ossa. 

Les poètes ont imaginé que le Pélion, montagne de Thessalie, 
fut mis par les Géants sur le mont Ossa, lorsqu'ils voulurent 
escalader le ciel. 

Ter siuil conati imponere PcJio Ossam, 

Sciiicet Clique Ossœ frondosum involvere Olt/mpum. 

(Virgile, Géorgiques, 1,281.) 

(Trois fois ils tentèrent d'entasser Ossa sur PéUon, de rouler sur 
Ossa le verdoyant Olympe.) 

Pelle, autrefois jjalle, qui se dit encore en provençal. Du latin 
jjala. Le redoublement de / est arbitraire. 

— La pelle se moque du fourgon. 



L'iing nppolloyt iino aiiltre sa i»alle, elle lo nppelloyt son fourgon. 
(Raliolais, ranldunicl.) 

Penaillon, ilrriNr de pouiillc. du laliii jfciuia (i) Da \i\ dépe- 
iiailli'. vêtu de liaillons. 
Ce ])enaill(Mi de nioyne. (Rabelais, IV, 24.) 

Pénates, du laliu pénales, déi'ivé ^l(d pênes, penilus. 

Divinités domestiques des Romains. 

Les dieux Pénates étaient les dieux de la famille que Ton adorait 
dans l'intérieur de l'iiahitation, dans le lieu le plus retiré. Cicéron 
(De natura deonuit) dit que ce mot vient fjnod pênes nos nali 
sinf. On n'est jamais bien tombé d'accord sur leur origine. C'étaient 
les dieux tutélaires de Troie, qu'Énée emporta après la prise de 
cette ville, et (jue les Romains adoptèrent. 

C'est à tort (pi'ou les a confondus avec les lares et les génies. 
Les Pénates n'étaient pas des dieux d'une classe particulière : ils 
étaient, au contraire, choisis indilTéremment parmi les dieux du 
ciel et de la terre, des eaux et des enfers. C'étaient, en quelque 
sorte, les dieux protecteurs des familles, comme sont dans le 
christianisme, les saints patrons. Leur nom leur venait de ce qu'ils 
étaient placés dans le lieu le plus retiré de la maison, in penifis- 
sinia œdiiun parle, dans ce qu'on appelait penelralla. 

Les dieux Mânes (de manere, demeurer) étaient, chez les Romains, 
les âmes des morts considérées comme divinités infernales. On 
distinguait les bons et les mauvais. Les bons étaient les Pénates et 
les Lares ; les méchants, les Larves et les Lémures. 

Penaud, semble dérivé de yx^'/ne, et n'être qu'une autre forme 
de péneux, qui est en peine. 
Borel le dérive de pes nudus : pied nud ! 

— Les Provençaux appellent pénéquer la transition de la veille 
au sommeil, lorsque la tète alourdie s'incline sur la poitrine, comme 
les figues trop mûres qui pendent vers le sol, et qu'ils appellent 
l)énèques. 

Penchant, participe pris substantivement àa pencher : du latin 
pend Ira fc dérixé de pendere. 

— Chacun se laisse aller à son penchant. (Voy. plaisir.) 

Trahit sua ijitonque ci)luptas\ 

(Vinr.ii.K, Egloyue, III,) 

Animo obsequi (Térence) : suivre ses goûts. 



240 PEN 

— On loiiilx; loiijoiii'S du ('(Mo où l'on pciiclic (Giiizol); c'esl-à-dire 
qu'il faut so ni(''li(M' do, l'ciiU-aincmcrit des passions. 

Pendre, pendu, \:A\\\ i»'n(lcre. 

])(' là aussi pendai'd, honiino de sac et do oordo. 

— Synonymes : évoque dos champs, qui donne la liôiiédiction 
avec les pieds. (Rabelais.) 

Painii les autres synonymes de pendu, ou de être pendu : être 
branché ; épouser la potence, ou la veuve (la corde s'appelait 
mariage) ; faire le guet à Montfaucon ; jouer du liaull»ois ; monter 
par une échelle et descendre par une corde; iiioiirir on l'air: 
regarder par une fenêtre de chanvre. 

L'expression « évoque des champs, donnant la bénédiction avec 
les pieds », se trouve pour la première fois (?) dans la Satire 
Ménippée, et ne parait pas remonter au-delà du xvf siècle. 

Ci-git mon cousin d'Avenas 
Qui repose quand il ne vente pas. 

(Epitaphe d'un pendu.) 

— C'est François I*"" qui substitua le supplice de la corde et de 
l'estrapade à celui de la liart. Rabelais l'appelle pour cela Panta- 
gruel, qui prend à la gorge, mot tiré du grec pantayruellon. 

— Par saint Antoine ad auras, tu seras une foys pendu ; et toy, 
dit-il, tu seras une foys enterré ; lequel est plus honorable, ou l'air 
ou la terre? (Rabelais, II, 17.) 

Le nom de saint Antoine ad auras, forgé par Rabelais, est 
invoqué ici comme pour prédire à quelqu'un qu'il sera pendu, quia 
pendebit ad auras, il mourra en l'air. Quant à la comparaison 
avec la mort en terre, c'est un souvenir du supplice de l'estrapade 
(voy.) pratiqué alors contre les protestants. 

— Se pendre : 

Lilleram ex se lonfjam facere. 

(Pl.Al'TK.) 

Faire de son corps une lettre longue; faire 1"/. 

— Allez vous faire pendre ! 

Abi in malam crucem. 

(TtHEXCE.) 

...In malam pesten\. (Cicéron.) 

— Aussitôt pris, aussitôt pendu. Corripi ac suspendi. (Cicéron.) 
Dès le règne de Charles Y, la maréchaussée avait une justice 

ambulante, qui cbevauchait avec les gendarmes. Lorsqu'un coupable 



PKN 2V1 

était saisi siif les Liraiids cliéiiiins, les inaii'istrats se conslitiiaioiit 
aussitôt (Ml triliiiiial [loiir le juger, ...et le faire pendre. 

Sous l'AssiMiiiilée conslitiiautc tITDl), ou voulait reudre la justice 
(nnhnlatoire. M. Fruuuou dit, pour combattre ce projet : « Il est 
des décences publiques qu'il tant respecter... La justice est une 
seconde Providence... IVa[trt's le nouveau système, la vie des 
niaiiistrats ne serait qu'un pin-pélnel postillonnage. Les grandes 
router les retiendraient pbis longtemps que les grandes causes, et 
le livre des postes serait plus consullé (pu^, le livre des lois. » (Yoy. 
aiyuilh'tle.) 

— Le peuple semble se rappeler encore au xix^ siècle la loi 
salique, qui, au v\ défendait sous peine de pendaison de décrocher 
un pendu en l'absence des magistrats. 

Oui II' |)L'iulu clespcndra 
Dessus sou col le faix clierra. 

(Le Cha^tniement.) 

— La corde pour pendre s'appelait mariage, cravate de Normand, 
cravate de chanvre. 

Cette dernière expression était en usage chez les Romains, car 
on lit dans le Satiricon de Pétrone (cliap. I, YI), qu'au tirage d'une 
loterie comique, ce que nous appelons aujourd'hui tombola, le sort 
ayant amené une cravate (?), on appela une corde de potence : 
Cervical! of'fla collaris ahlata est{X). 

— Avoir de la corde de pendu : un bonheur constant. 

Pline (Histoire naturelle^ XXYIII) dit qu'» à Rome le peuple 
croyait que la corde qui avait servi à pendre quelqu'un, possédait 
des vertus merveilleuses ». 

Pêne, anciennement pesne et i)esle. du latin pessulas, verrou. 
Pièce de fer mobile de la serrure, que la clef fait entrer ou sortir, 
de manière à ouvrir ou à fermer la porte. 

Pénélope, origine poétique, homérique. 

— La toile de Pénélope. Penclojjes felam retexere (Cicéron) : 
refaire la toile de Pénélope. 

— Pénélope, fille d'Icare, pendant la longue absence de son 
mari Ulysse, pour se soustraire aux poursuites des prétendants à 
sa main, leur promit de se décider en faveur de l'un d'eux quand 
elle aurait achevé un voile auquel elle travaillait, et qui devait 
servir aux funérailles du vieux Laërte. Pour éluder sa promesse, 
elle défaisait la nuit ce qu'elle avait fait le jour. L'ouvrage dura 
ainsi trois ans. 

10 



242 ÏT.X 

Les iV'Voliilioiis ont drlniil les îihiis, il s<M';iit iihsiirdi; de IcS 
ivl.ililir : l'œuvre de l;i civilisjilioii n'est pjis la loile de Pénélope. 

— Le nom d(; Pénélope est devenu aussi proverbial pour dési^mcr 
la lidélité conjugale. Cependant sa vertu est loin d'être restée sans 
atteinte. On dit (pie tous les princes qui prétendaient à sa main 
eurent part à ses faveurs, et qu'ils la rendirent mère du dieu Pau, 
nommé ainsi du mot pan, panlos, qui, en grec, signifie tout. 

Pénis, mol latin. Aussi mcnlula: en sanscrit, le bâton qu'on 
taisait tournei- dans le creux d'un morceau de bois, pour obtenir 
du feu. Ce bâton est souvent comparé à nn pliallus. 

Pénitence, du latin iKcniicntia. 

Un des sept sacrements de l'Église catbolique; celui par lequel le 
prêtre remet les pécbés à ceux qui s'en repentent et les confessent 
au tribunal de la pénitence. 

Ce sacrement a été institué par Jésus-Clirist lorsque, après sa 
résurrection, il dit à ses apôtres : « Les pécbés seront remis à ceux 
à qui vous les aurez remis. » (Jean, XX.) 

Pénitent, du latin pœnilentem. 
Celui qui a regret d'avoir ofîensé Dieu. 

— On appelle « pénitents » les membres de certaines confréries, 
qui font vœu de pratiquer la pénitence publique, en allant dans les 
rues couverts d'un sac ou babit de pénitent. 

Ces confréries, déjà connues en 1200, en Provence, y prirent un 
grand développement, vers 1350, sous Charles d'Anjou. 

— Les Hébreux nommaient « cilices » les babits servant à faire 
pénitence ; mais les Septante appellent « sacs » ces mêmes babits, 
parce qu'ils en avaient la forme. 

Penser, du latin penmre : doublet de peser. 
Peser, apprécier la valeur ou le poids d'une idée avec la balance 
de l'esprit ; comme delUiérer, du latin llbra, balance. 

— Penser est une métapbore, comme les autres mots dont on se 
sert pour exprimer les opérations de l'esprit : réfléchir, méditer, 
agiter. 

Les Romains disaient ro,7//rtr(? (cum-o(/itareJ. agiter en soi-même. 
Les peuples de l'Océanie, dans leur langage primitif, disent : parler 
dans son ventre ; et les Italiens in petto, dans sa poitrine. 

— Penser et dépenser, se taire et parler. 

Le savant pense à ses théories ; le négociant songe à ses affaires; 
l'amant rêve à ses amours. 



— Ponsor, c'est vivre : rircre es/ co// il a i'e (Cicôvon, Tasculaiies.) 
Les tiraiides pensées vieiineiit du cœur. (Vauveuaruues.) 

Pépie, origine incertaine. 

Maladie, souvent mortelle, des oiseaux, et surtout des uallinacés. 
Elle consiste en une pellicule lilanclie qui entoure la langue, et 
empêche les animaux de boire. 

— Avoir la i)épie : avoir soif. 

— Quelques-uns veulent y voir le même radical que dans [& piot, 
auquel Ralielais lail niainte allusion. 

Pépite, de respagnoI;j(?/9//«, même mot que pépin. 
Petite masse d'or natif, sans gangue, qu'on trouve dans les 
terrains aurifères, particulièrement en Australie et en Californie. 

Pep, préfixe augmentatif, marquant souvent l'idée d'achèvement 
complet ou de superlalLf. 

Se traduit en français par les préfixes pe?' on par, qui servent à 
composer des mots tels que : perfection, perfide (qui sont tout 
latins) ; parfait, parcourir, parjure. 

Percer, du latin percœdo, couper au-delà ; ou, Itien plutôt, de 
perlusiare, qui donna ([\\\)or([ pc)'sie}\ 

— Être has percé : n'avoir pas d'argent. 

Le curé Huchou a employé cette locution l)ien maladroitement 
dans un sermon de charité prêché à Versailles, en présence de 
M'"« de Maintenon et des dames de la cour : « Je sais bien. 
Mesdames, combien vous êtes bas percées ; mais les besoins des 
pauvres sont si grands. » 

— On perce Ijas les tonneaux où il reste un peu de hquide. 

— On dit aussi panier percé, d'un dissipateur. 

Perdre, du latin perdere. Provençal T^erc^re. 

— Perdre la tête, l'esprit, la carte, la boussole, la tramontane : 
toutes expressions qui équivalent à perdre la raison. 

Perdre jusqu'à sa chemise. 

...Laissez faire, ils ne sont pas au Ijoiil : 
J'y vendrai ma clieniise, et je veux rien, ou tout. 

(Racixk, Plaideurs.) 

Perdre jusqu'à son dernier sou. 

Ad assetii otnnia perdere. 

(HoiîACE.) 

Il perd son alléluia, qui à cul de bœuf la chante. 

-- Être perdu : se trouver dans une situation très dangereuse. 



Synoiiyino: rlrt' ll;iiiil)(''. le conli-iiii-»' de |];iiiili;iiil cl de flambard. 
Allusion i'i la ( iviii.ilioii yW> iiiocls chez les anciens. 

Être fricassé, frit : « l-.a rijyne fténérallo dont le royaume est 
menacé si Paris est fi-icassé. » (Second courr'mr français, Paris, 
1G40.) 

Les gueux sont frits, je vous le dis. (La Vie de saint Clirislophe.) 

Etre fumé, cuit. 

Être perdu de réputation. « C'est une femme perdue », se dit de 
celle qui s'égare dans des chemins semés de pierres précieuses, se 
noie dans des Ilots de dentelles ou dans des rivières de diamants. 

Perdrix, du lalin jierdix; jierdicem. 

— Aile de perdrix, cuisse de bécasse : les meilleurs morceaux. 
Prenez l'aile de la perdrix, ou la cuisse d'une nonnain. (Rabelais, 

1, 29.) 

Père, du latin paler. 

De là aussi : compère, patron, parrain. 

— Il ressemble à son père comme deux gouttes d'eau. 

On dit aussi : C'est son père tout craché. (Voy. ressembler.) 

Grand' honte fait à sa mère 
Qui ne ressemble à son père. 

(xmrac Siècle.) 

Tel père, tel fils : bon sang ne peut mentir. 
Bon cbien chasse de race. 

Bien pert aun tes qites U pal furent. 

(On reconnaît aux tessons ce que furent les pots.) 
Colubra restem non parit. (Pétrone). La couleuvre n'engendre 
pas une corde. 
Les Provençaux disent : Le figuier ne fait pas de raisin. 

— Le père est celui qui est le mari. Pater est quem nuptiœ 
demonstrant. Le droit romain entendait par justœ nuptiœ le 
mariage légitime, conjugium, par opposition au concubinat, qui 
avait aussi titre légal depuis Auguste. (Voy. mariage.) 

Qui que saille notre jument, le poulain est nôtre. 

— Fère, mère, se disent, par une sorte de courtoise familiarité, 
dans la classe ouvrière, aux liommes et aux femmes d'un certain 
âge : père Vincent, mère Michel. 

— On donne le nom de « Pères » aux moines de divers ordres. 
Rabelais nomme un religieux « beau-père », peut-être à cause 

des moines caloyers, beaux religieux (0- 



PEU 24o 

, — Pères de l'Église. Le petit P. André, prédicateur des Petits- 
Aiiuiistins de Pnris, compara un jour les Pères de l'Eulise aux quatre 
rois du jeu de caries : salut Auûiistiu au roi de cœur, par sa grande 
charité: saint Anilu-oisc au l'oi de trèfle, par la (leur de son 
élo(pience : saint Jérôme au roi de pique, par son style mordant; 
saint Grégoii-e au roi de carreau, à cause du peu d'élévation de sa 
pensée. 

Période, du grec jx-riodos, par le latin pcriodus. 
l'ue période est la révolution complète d'un astre. 

— Période est toujours du féminin, excepté quand il est employé 
au figuré, pour signifier un haut degré de prospérité. 

Au temps d'Auguste, reuijtire était au plus haut période de sa 
grandeur. 

Péripétie, du grec péripéléia. 

Événement qui change inopinément la face des choses, et qui, 
dans un ouvrage dramatique, fait passer le liéros du malheur à la 
prospérité, de la prospérité au mallieur, et amène le dénouement. 

Périphrase, du grec pàrlplirasis, par Fintermédiaire du latin. 

Figure de mots, qui consiste à remplacer un mot par un tour de 
phrase. 

Elle contrihue, eu poésie, à l'ornement, à la variété; elle sert à 
remplacer les mots peu nohles ou trop techniques, par des expres- 
sions polies, ou des circonlocutions qui permettent de faire passer 
des choses déplaisantes sans hlesser l'amour-propre, comme la 
sauce fait passer le poisson. 

« Vous avez tort », est une expression blessante. « Vous n'avez 
pas raison » la remplace avantageusement. (C'est plutôt un euphé- 
misme.) 

Les Précieuses traduisaient « rire « par « perdre son sérieux ». 

« L'animal qui se nourrit de gland » est une périphrase transpa- 
rente. 

Perle, du latin pirula, petite poire. 

— Enliler des perles : faire des niaiseries. 

Trouver des perles dans un fumier. (Voy.) Virgile en avait trouvé 
dans le fumier d'Ennius. 

Jeter des perles aux pourceaux; donner à quelqu'un des choses 
qu'il n'est pas capable d'apprécier. Allusion au mot de l'Évangile. 
(Mathieu, VII, G.) 

NoUte mittere niargaritas ante porcos, ])Q\\T ù\YQ, qu'il ne faut 



246 PER 

pas pnrlfr devant les ipnoranls de choses qu'ils ne sauraient 
coniprendre. 

Permettre, du latin jx'riniUcrc. 

— On permet une chose, quand on l'autorise de son consente- 
ment; on la tolère, lorsque, pouvant l'empêcher, on la laisse faire; 
on la soulïre, quand on ne peut lenipêcher. 

Permutation, du latin pertiwilarc 

— La permutation, dans le calcul des combinaisons, est la 
manière dont plusieurs choses peuvent être disposées entre elles. 

Exemple : les trois lettres ABC sont susceptibles de six 
permu ta t i o ns d i fl ercn tes . 

— Les douze apôtres étant en discussion pour savoir qui serait 
le premier, Jésus leur dit que « celui qui voudrait être le premier 
serait le dernier ». Alors il s'éleva entre eux une telle émnlation 
d'iiumilité, qu'ils se mirent successivement à se céder la première 
place. Ils auraient pu ainsi permuter quatre cent soixante-dix-neuf 
millions six cents t'ois, avant de se retrouver dans une disposition 
absolument semblable à l'une des précédentes. (Voy. coinhinaison.) 

— Un carillon de trois cloches donne six changements ; quatre 
cloches en donnent vingt-quatre... Étant donné un carillon de 
vingt-quatre cloches, il faudrait seize mille cinq cent soixante-quinze 
ans pour exécuter toutes les combinaisons possibles, à raison de 
deux coups par seconde. 

Péronnelle, diminutif de Pcrronnc : autre forme de Pelroniile. 
Autrefois nom propre familier, comme Perrette, et devenu appel- 
latif comme Catin : désigne une jeune femme sotte et bavarde. 

Taisez-vous, pérun nette ! 

(.Moi.[f:iiF., Femmes savantes.) 

Pérorer, du latin perorare : discourir. 

Mais ta jeune Piitctiérie 
Pour Vert- Vert pérorera. 

Pérou, contrée de l'Amérique du Sud, très riche en or et en 
argent. 

La richesse de cette contrée, découverte en lo2o par don Pizarre, 
a donné naissance à une locution proverbiale très usitée, dans le 
sens de rabaisser une chose. Ce n'est pas le Pérou : c'est bien peu 
de chose. 

Perpendiculaire, du latin perpendicularia. 



PKR 247 

Une ligne porpomlinilairr l'.ut loiijoiii-s deux jindcs droits avec 
la lieno on le plan (|U('lie ivnconiro. 
rnt> liiine tv/V/m/t' est celle qui passe par le zénitli du lien où 

l'on est. 

La iicrpi'iKlifiilairi' se piquo 
P'c'lfi' plus coiirk' (iiU' lubliipio. 

(Kc-iilf l'olytfchniqiie.) 

Perpétrer, de fier et jxifrrn'c. faire, foninicllre. 
Ne s'emploie (jimmi lennc de jiii'is[)i'udence : perpétrer un crime, 
un foi'f.iit. 

Perron, dérivé de pierre, lalin petra : roman ])ciron. 

FélihiiMi le (ait vonir de jiar rond, parce que, dit-il, les perrons 

ont des marches arrondies. 

Petit escalier de [)ierre on do marhre placé à la [)orte d'une 

iialiilaliiui. 

rejrons ohntlz c hels liuilirrs. 

(Vie de S'tiiit /foiiorat.) 

(Perrons ouvres et lieanx tabliei's.) 

Au iH'i'nui de la sak' -la roïno (lescenl. 

(Bcrie aies r/rans piéx, 3278.) 

Perroquet, de perrof, pour Pierre. Ou de l'italien parrorhetlo, 
diniiuutil' de parrocco, curé. 

— Parler couiiut' un [)erroquet : répéter ce qu'on a entendu, ou 
parler sans réllexion. 

— Soupe de perro(piet : du pain trempé dans du vin. 

Dans le Médecin malgré lui, Sganarelle ordonne pour remède à 
Lucinde, qui passe pour muette, quantité de pain trempé dans du 
vin, « parce que, dit-il, il y a dans le pain et le vin mêlés ensemble 
une vertu sympathique qui fait parler. Ne voyez-vous pas bien 
qu'on ne donne autre chose aux perroquets, et qu'ils apprennent à 
parler en mangeant de cela ? » (Acte II, scène 6.) 

Perruque, origine inconnue. 

Synonymes : gazon (trivial) ; académicien, rococo. 

Injure prodiguée par les roniantiqiu^s éclievelés de 1830, qui 
avjiiciil [tour principaux adversaires les membres de l'Académie, 
restés lidéles à la littérature classique. 

Perruquier, dérivé du précédent. 
Synonymes : coiffeur, merlan, pommadin, tlgaro. 
Merlan se rapporte aux perruquiers d'autrefois, toujours enfa- 
rinés comme des merlans qu'on va frire. 



248 PKS 

— Sur l(is neuf liciircs, on voit coin'ir les |»(M'riiq(ii('r?, s;iiipoiidrés 
des pieds à la lèlo, ce qui les a f;iit apitclcr « merlans »-, tenant 
d'une main le fer à loiip(;t, et de l'auli-e la peii'iKpie. (Mercier, 
Tableau de Paris, cli. îiliO.) 

— En 180'), il n'y avait presque [iliis d'Iiomnies qui portassent 
encore de la [>oudre, les femmes y avaient renoncé depuis plus de 
dix ans. 

Pers, peut-être de per.su.s, pour iiersicus (?). 
Il eut un ceinture de pers et vert, parce qu'il avoyt esté pervers. 
(Rabelais.) 

Personne, du latin jjersona, masque scénique, puis rôle, 
acteur, personnage de comédie. 

De là est venu le sens d'être qui a conscience de son existence, 
qui doit répondre de ses actes, qui a une individualité propre. 

— Personne, qui chez les Latins était substantif, est devenu 
souvent chez nous pronom, et s'emploie parfois avec la valeur 
négative, dans les réponses. 

Eu provençal, gés (gens) s'emploie d'une manière analogue. 

Patz forsada nu me platz ijes. 

(Beruard de la Beuthe.) 

(Paix forcée ne me plaît point.) 

Peser, du latin pensare, jadis poiser. 

— On lit sur une grosse cloche de Rennes celte inscription du 

xv^ siècle : 

Je suis nommée dame Françoise, 
Qui cinquante mille livres poisc : 
Et si de tout ne me croyez, 
Descendez-moy et me poisez. 

— On connaît les vers que se composa Villon après la sentence 
du Châtelet, qui le condamnait à la pendaison : 

Je suis François, dont ce me poise. 
Né à Paris emprès Pontoise ; 
Or d'une corde d'une toise 
Saura mon col que mon cul poise. 

— A peser, moi de forme populaire, Yé[)o\\^ penser, mot savant 
qui a laissé le sens matériel pour prendre le sens moral : penser, 
c'est peser les idées. 

Pester, de peste, latin pestis. 

S'emporter en malédictions contre quelqu'un. 

Vient sans doute de linterjectiou : Peste ! la peste soit I... 



l'ET "^i^ 

Pet, (lu latin jK'ililitiii. 

Vent (lui sort par le lias. a\(M- bruit. 

Swu)U\uiL'S : vents intestinaux : vent de la clicniise (llahelais) ; 
tlaluosilés; pnennialose : lyniiiaiiile: ventr(tse (llahelais, IV, 4'5) ; 
inconuruit»!'. 

Tais iirilz i/uc ■■ioii de cor cos scmblaran. 

il'. DV. .Mo.MAN.) 

(Tels pets (pi'ils vous sembleront le son du cor.) 

— Recette : on combat les vents intestinaux en s'alislenant 
d'aliments vég(îtau\ et féculents; en prenant des infusions chaudes 
de m(!'lissc, de camomille ou d'anis. 

— Pet de nonne. « Les sanctimoniales (pii ap[)ellent un pet 
virginal un sonnet » (un petit son). (Hahelais, lY, 4)1) 

C'est peut-être de ces dt^'centes nonnains ({uest venue l'expres- 
sion : pet de nonne, pour d(!'signer un petit beignet de la grosseur 
d'une noix. 

On ne devait pas faire des pets de nonne chez les nobles nonnains 
de Pette-sec, que l'on suppose être l'abbaye royale de Poissy. 
(Voy. Hahelais, IV, 4o.) 

Pétaud (la cour du roi). 

('.Iiai-nii y contredit, ciiaciin y pai'li' liant. 
Et c'est tout justement la cour du roi Pétaud. 

(.MoLiKRE, Tartuffe, I, 1.) 

C'est la maison où tout le monde commande et où personne 
n'obéit : le contraire de la congrégation de l'Oratoire, dont Bossuet 
disait : « Cette congrégation où personne ne commande, et où tout 
le monde obéit. » 

— .Jadis le mot roi se prenait souvent pour le chef d'une réunion ; 
il n'implicjuait pas l'idée de puissance souveraine que nous lui 
attribuons aujourd'hui. On avait des rois d'armes, le roi des 
ribauds, le roi de la fève. 

On prétend que les mendiants, qui formaient une sorte de 
corporation et se réunissaient dans la Cour des Miracles, avaient 
un roi, qu'on nommait en latin peto, je demande. Comme il n'avait 
pas une autorité bien respectée, on appela « cour du roi Pétaud » 
un lieu où tout le monde commande. 

— Froissard appelle pétamls, du latin pes, pndls, comme on 
disait piétons, les anciens routiers et les grandes compagnies 
licenciées en temps de paix, et qui n'avaient d'autre ressource que 
le vol et le meurtre. 



2o0 PET 

Pétaudière, (Irrivr fin iinV-rdcnt. 
Assciiilth'c coiifiisi^ ; ét;il)lisseiin'iil iii;il dii'igé. 

Péter, (Ic'rivé de pet. 

Synonymes : fjiiro cliaiilcr la tourterelle. Aristote dit, on eiïet 
(Iliiilnlre nahirclh;, AninKni.r, IX\ que l;i tniii-lcrclleptHe souvent 
quand elle clianle. 

Prouter (?). 

— Péter plus liant que le ml : avoir des iirétentions au-dessus 

de sa condition. 

(Jloi'ii'iix conimo un pet. 
Oui ('liante des (ju'il iiail. 

Mintjcrc cum liomins 
Eut res mnismnu lumbis. 

(Krole de Salerne.) 

Bombns, dit le Ménagluna. signifie pet, dans la liasse latinité. 
Bèze Unit son Passavant par ces mots : Et ccce untim Ijombum 
pro ist's hœrellcts. 

— Rabelais (IV, 43) dit : « Ils ne pissent, ils ne crachent en 
ceste isle ; en récompense, ils vesnent, ils pèdent, ils rotent copieu- 
sement. » 

Et pins bas : « Ils meurent tous liydropicques tympanites ; et 
meurent les hommes en pédant, les femmes en vesnant. » 

— Suétone (Claude, 32) dit que « cet empereur voulait donner, 
par un édit, la liberté de péter en compagnie ». 

Combien de fois nostre ventre, par le refus d'un seul pet, nous 
mène jusqu'aux portes d'une mort très angoisseuse ! et pleust à 
Dieu que l'empereur Claude, qui nous donna la liberté de péter 
partout, nous en eust aussi donné le pouvoir. (Montaigne, I, 20.) 

...Celluy honteux, lequel, pour retenir son vent, et défaut de 
péter un méchant coup, subitement mourut, en la présence de 
Claudius, empereur romain. (Rabelais, IV, 17.) 

— Campden dit que « tout vassal du comte de SulTolk devait 
faire, le jour de Noël, devant le roi, un saut, un rot et un pet ». 

Péteux, dérivé du précédent, pour péteur. 
Confus, comme celui qui a fait une incongruité. 

— S'en aller comme un péteux. 

Et l'autre on fut cliassé comme un péteux d'église. 

(Rkgmeu, Satire XIV.) 

Petit, d'origine incertaine, peut-être celtique. 

— Petit à petit, l'oiseau fait son nid : pas à pas on va loin. 



PET 251 

Miiillc à iiKiillo se f;iit le liiiiiborueon. (Raltelais.) 

La goutte d"(Mii ci-ciiso la itieiTO. 

Les petits ruisseaux (ont les liraiules rivirres. 

Un peu, répété plusieurs fois, fait lieaiicoup. (Fi-aiiklin/) 

Ce sont les pains légers qui rendent la bourse pesante, car les 
petits gains reviennent souvent, au lieu que les grands arrivent 
rarement. (Bacon.) 

A petit saint, petite olVrande. 

A petit ménage, petit potage. 

Dans les petites boites, les bons onguents, ...et dans les grandes 
les excellents. 

Mdi/nus Alcj-ander corpore parvus eral. 

Plus une rbose est petite, plus elle doit être précieuse. Une 
cbaiiie de montagnes peut ne se composer que de couclies de sel, 
de houille ou de craie ; mais un anneau doit resserrer dans sa 
monture quelque chose de plus rare que l'argile. C'est ainsi qu'on 
attribue à un seul homme plus de vertu, de sagesse et de génie 
qu'à tout un peuple. (J.-P. liirhter.) 

Pt'lil homme abat un grand rliéue. 

D'un petit gland sourd un grand chêne. 

On ne se ligure pas la })uissance de la faiblesse, cette force du 
ver qui ronge un ormeau en faisant le tour de l'écorce. Les tarets 
ont mis la Hollande ta deux doigts de sa perte, en rongeant les 
digues. 

Le scorpion est tout petit, mais tout venin. (Shakspeare.) 

Se persuader qu'un petit ennemi ne peut nous nuire, c'est croire 
qu'une étincelle ne suffit pas pour allumer un incendie. 

On a souvent l)est)in d'un plus petit que soi. 

(La Fo.ntaink.) 

Ou tost ou lard, ou près ou loin, 
A ii fort (lu faillie Ijosoin. 

(xiiii: Siècle.) 

Les grands protègent ; les petits ohligent. 

Franklin, dans le Bonhomme lilrhard, dit : « Parfois petite 
négligence accouche d'un grand mal : faute d'un clou, le fer du 
cheval se perd ; faute de fer, on perd le cheval ; et faute du cheval, 
le cavalier lui-même est perdu, parce que l'ennemi l'atteint et le 
tue ; et tout cela pour avoir négligé de faire attention à un clou ! » 

— Petit entre encore dans les locutions : petit à petit, gagne- 
petit. 



252 PEU 

Petites-Maisons, liùpilal fondé à Piiris, oji IW?. 

Ainsi iioniNK' piii-cc (|iki les cours (''tîiicnl (Mitoiin'T's de |)etites 
maisons basses, qui scrN.iiciil de i()^:('nient à pins de (inatrc ccnls 
vieillards. 

Cet hôpital recevait anssi des fons, et lexpression « pi'tites- 
maisons » devint synonyme d'hôpital de fons. C'est jionr cela ipu^ 
Boilcau a dit. en parlant d'Alexandre (Satire VllI) : 

lli'iirciiv, si (le son temps, pour cent mille raisons, 
La Macédoine eût en des petites-maisons ! 

Pétrifier, dn latin pctra, pierre, et dn suflixe ficare. 
Changer en pierre; par suite, rendre iniiuolnle comme une 
statue. 

— La tète de Méduse pétriliait ceux cpù la re.uardaient. (Voy. 
égide,) 

Pétrifié sa \eine et glacé son esprit. 

(Boii.tAu, Satire IX.) 

— Niobé, fdle de Tantale, eut pour époux Amphion, roi de 
Thébes, et donna le jour à quatorze enfants, sept fils et sept filles. 
Fière de sa fécondité, elle méprisait Latone, qui n'avait que deux 
enfants, Apollon et Diane. Latone irritée, chargea ceux-ci de la 
venger; ils tuèrent toute la progéniture de Niobé, qui, accablée de 
douleur, resta pétrifiée auprès des cadavres. 

...Les poètes figurent cette misérable mère Niobé, ayant perdu 
premièrement sept fils, ensuite sept filles, surchargée de pertes, 
avoir été enfin transmuée en rocher. (Montaigne, Essais, I, 2.) 

Diriijuitquc inalis. 

(Ovide, Mé/am., VI.) 

Pétrir, du latin \}o\mh\re jiisturire. 

Pétrousquin, qui a signifié badaud, est une sorte de dérivé de 
pierrot (?). Il désigne un imbécile, ou un homme sans valeur. 

Peu, anciennement />o?<^ du latin paucum. 

— Parmi les comparaisons auxiliaires imaginées pour multiplier 
la forme négative, on s'est servi du mot poil : Cela ne vaut pas un 
poil. Ce mot s'écrivait autrefois pou, peou, peu, et c'est cette 
dernière forme qui est restée dans la langue pour exprimer une 
quantité très petite. Le Provençal dit encore péou, un poil, et 
pou, peu. 

Dans l'argot populaire, on emploie fi ferlin, fraction infinitésimale 
d'un poil. C'était autrefois une petite monnaie valant le quart du 
denier. 



pFXt m 

î);ins la laiiLîiic roniano. \o mot peu ii't'xistail pas (?), et avait 
pour équivalent jx'///. 

Salictz pclil. cai' jiaiu- avclz appris. 

^li^:lllltA^•n de Pahis.) 

El pour moi, j(^ comnionco à lo croire un petit. 

(Moi.iKiii:, AmpliitnjdH.) 

Oïl a quelqiiofoi;^ réuni les deux mots. (M fait la locution : un petit 
})eu, e'est-à-dire très peu. 

On dit encore : nn tant soit peu, un tantinet, qui répond au 
tant il lu in des Latins. 

— Les grammaii'iens interdisent à tort la locution un petit peu, 
parce que, disent-ils, il n'y a ni petit ni grand peu, et que un peu 
dit tout. (F. Génin.) 

On a tort également, dit-il, de tirer pieu de l'adverbe latin 
paucum; peu vient de poil. (Yoy. pauc, exemple ci-dessus.) 

— Les Latins employaient ce mot : Ex Cappadocia ne plluni 
quideni. dit Cicéron. Et Caton : Aliquid non faccre pili. N'en pas 
l'aire plus de cas que d'un poil. 

On dit, dans le langage populaire : 11 n'en fait pas lourd, pour il 
fait peu de besogne. 

— Peu de biens, peu de soucis. 

Il en est du bonheur comme des montres : les moins compliquées 
sont celles qui se dérangent le moins. (Chamfort.) 
Le sage se contente de peu. 

Qui vit (le peu, connaît l'indépendance. 

(Bëhms.) 

Les vrais besoins sont très bornés dans les enfants, comme dans 
les bommes. (J.-J. Rousseau.) 

Que faut-il pour Ijien vivre ? A peu près mille écus ; 
Qui sait borner ses goûts n'a pas besoin de plus. 

(l'oNSAïui, la Bnurxc, 1, o.) 

Qnnd salis est eut conlin<jil, ni/iil ainplius oplet. 

(Horace.) 



Celui qui sait jouir de peu est toujours assez riche. (Démocrite.) 

Faaper cnim non esl, rcrum eut siippelit usus. 

(HouACK, Ejjilre XU.) 

— On vit si peu de temps, et de si peu de chose. 



L:\ iiMiivrcIr i|iii n'.i hcsoiii de ricii csl plii^ i-icli(; (jiie l'opiilence 
(jiii ;i hcsoiii de loiil. 

Qiinnd lu iia(|iiis, lu n'avais rien, 
l'rciids (loiK- cil j,'iv Ion [ii-tit bien. 

Oui a (li's |i(iis cl (lu |iaiii d'orge. 
Kl du lard |)our oindre sa gorge. 
Avec ciii(| sous, cl ne doit rien. 
Il peut liicn dire qu'il est bien. 

Peuple, du kiliu ]>ojni/iis. 

Vox jiopiili, vox Dei : la \(ii\ du peuple est la voix de Dieu. 

C'est une pensée d'Hésiode, l'apportée par Aristote. 

— En masse, le peuple est roi : mais en détail, c'est un pauvre 
sire. 

Horace l'appelle belliia inulforian capitum. {Épitre I, 1.) 

Quod fcril atque furit, sœvis-Hma bellua vidijus. 

Nos gouvernements modernes ont traduit ces comparaisons gran- 
dioses par l'hydre des révolutions et le spectre rouge, qui a eu un 
si grand succès dans le style de M. Prudhomme. 

Multœ un matins, ilU una cervix. (Gicéron, Of/lc. II, 7.) 

La multitude a des millions de mains qui se dirigent contre une 
seule tête. 

Multorum odiis nullœ opes possunt resistere. (Gicéron^ Offic. 
II, 7.) 

Nul pouvoir ne peut résister à la liaine pul)lique. 

— Il faut faire tout pour le peuple, et rien par le peuple. (Mon- 
tesquieu.) 

En 1848, on disait : « Tout pour le peuple ; tout par le peuple. » 

Peup, autrefois 7;»flo?/r, du XwWn pavorem. 
Synonyuies : talïe, vieux mot. Les fesses lui fout /// taf. (Oudin, 
1640). Trac, maladie qui donne un frisson continu. Ganer. 

— Avoir peur de son ombre. 

La peur grossit les oltjets : on s'exagère ce que l'on craint. 

Sans peur et sans reproche. (Devise de Bayard.) 

Il n'y a que les fous qui ne connaissent pas la peur. Les anciens 
preux, qui faisaient si bon marché de leur vie, n'étaient pas sans 
peur, comme le dit le blason de Bayard ; mais ils avaient plus peur 
de la honte que de la mort. Leur grand courage était un calcul, qui 
leur faisait braver un mal pour en éviter un autre pire à leurs 
yeux, la perle de l'honneur. 



Heiivi'iHild Cclliiii disait : . J'iuiioiv de quelle couleur est la pour. » 

Jusliuii cl IniiifCiii iiroiiosili riruiii 
...Si fnielits illubalar orbis, 
Iiiipiiriihuii ferlenl ruime. 

(HonACE, Odes, III, .").) 

— Un Gascon disait : ^ J'ai l'air si martial que, quand je me vois 
dans la glace, je me fais peur à JUdi-inrine. » 

— Ga reins II, roi de Navarre, dit le Ti'einbleur, était pris d'un 
treinlilenient nerveux, lorsqu'il mettait son armure pour aller au 
comlial. Il disait à ce sujet : « Mon corps tremble des périls où mon 
courage va le porter. » 

Peureux, dérivé de peur. 

Syiion suies : capon, couard, polli'on. 

— Les heures du peureux s'écoulent comme une horloge (?), 
toujours en craiiile de se casser. (Gœthe, 2" Faust.) 

Phallus, du grec yjAa/Zo.s-, pieu. (Pénis llyneus, reclus.] 
Lilhyphalle était l'attribut de Priape;les anciens le représen- 
taient dans les jardins et le portaient dans les processions. 

De là vient falot, lanterne (?j, à cause de la chandelle qui y est 
renfermée, et qui est comme la parodie (?) de cette effigie païenne. 

Phare, du grec jiharos, nom d'une ile voisine d'Alexandrie, où 
Ptolémée Philadelphe lit élever une tour surmontée d'un fanal. 
C'était une des Sept Merveilles du Monde. 

— Étoile du marin : Maris Stella. 

Pharisien pour p/iarise'en, du latin éxsiBgéllqne pharisœus. 
Membre dune secte juive, qui, sous l'apparence d'une grande 
sévérité de mœurs, cachait des habitudes dissolues. 

Pharmacien. (Voy. apothicaire.) 

Phébus, du latin Pliœbus, grec Plioibos, brillant. 
Surnom du soleil cliez les poètes grecs. 

— Style trop figuré, mais moins obscur que le galimatias. (Yoy.) 
Le soleil l'éclairé parfois ; c'est ce qui lui a peut-être fait donner 

le nom de Phébus. (Le P. Bonheurs.) 

Peut-être l'origine de la locution est-elle dans le livre sur la 
chasse, de Gaston Phœbus, comte de Foix, intitulé Mémoires de 
Phœbus, livre ti'ès ennuyeux et très obscur. 

Phénix, du grec phoinix, rouge. 

Oiseau fabuleux, dont les Égyptiens a\aient fait une divinité. Ils 



le représ('iit;ii<'ii( himikI et lier coiiiiiic un iii^lc, une lioiiiipo de 
pourpre sur la lêl»!, (I(!S pliiiiies coiilciii- de poiiinfc. et d'or-, les 
yeux élincclanls comme des étoiles. 

Le phénix était remblème du Soleil : il est devenu, dans la 
symbolique clirétifMine, celui du Christ et de la Hésurreclion. 

— L'histoire du phénix n'est pas plus authentique que celle du 
pélican ; mais elle est plus ancienne, et a passé des Éfivptiens aux 
Grecs et aux Romains, pour ai'river jusqu'à nous. 

Les historiens et les naturalistes les plus graves aflii-ment son 
existence. Tacite (Annales, YIII, 18) dit qu'on vit un i)hénix sous 
le considat de Yilellius, l'an 34 de notre ère. On en vit un aussi 
sous Sésostris, et on le vit reparaître sous Amasis II, puis sous 
Ptolémée. 

— Suivant la tradition, le phénix est né en Arabie, où il est 
consacré au soleil. Il vit mille ans; il est unique au monde. D'après 
d'autres, il renaît tous les quatorze cent soixante ans. Au Moyen-Age, 
on le représente avec des ailes de saphirs, de perles et d'émeraudes. 

Quand sa vie est près de finir, il construit dans la terre natale 
un nid avec de l'écorce de cannelle et de l'encens : et, après l'avoir 
inondé d'un principe régénérateur et y avoir mis le feu, il meurt 
dessus. De ses cendres sort un ver, qui se change bientôt en un 
nouveau phénix qui, devenu grand, enlève ce qui reste de son 
prédécesseur, et le brûle sur lautel du soleil. 

Cette fable égyptienne fut accueillie par les Pères de l'Église, qui 
en tirèrent de belles leçons. Saint Jérôme en a fait la consolante 
image de l'immortalité, comme il a fait du pélican le symbole de la 
tendresse paternelle. Elle est très ingénieuse, mais entièrement 
imaginaire, et contraire à toutes les lois de la nature ; car aucune 
espèce du règne animal ne se reproduit par un seul individu : 
aucun animal ne se détruit lui-même ; tous, au contraire, obéissent 
à la loi générale de l'instinct de la conservation. La faculté de faire 
du feu n'existe également cbez aucun animal, c'est une propriété 
de l'homme, aussi bien que la parole. Enfui aucun oiseau ne vit 
raille ans ; aucun ne se reproduit sous la forme d'un ver. 

On ne croit donc plus à l'existence d'un oiseau si merveilleux ; 
mais le nom de phénix continue à être donné aux êtres extraordi- 
naires, uniques, en quelque sorte, dans leur genre. C'est ainsi que 
La Fontaine fait dire au corbeau : 

V^ous êtes le phénix des hôtes de ces bois. 

[Fal)/e.<, I, 2.) 



Pin 257 

Hoiloriii (lit d'un sonnet sans défont : 

Kt Cri liciiiciiv iilii'iiix csl encore ii trouver. 

{Art poétique.) 

.Iciii lliiss, sur le lificlicr. dit ([n'oii lu niait l'oie (A?/.v si.unifie o/e 
en allemand), mais qne. cent ans après sa mort, m\ eyunc naîtrait 
de ses cendres, qui ferait triom[)lier les vérités pour lesquelles il 
mourait. 11 |i,irl;;il de Liillicr. 

— On appelle le palmier dattier />Ar/';(Az; r/^/r//////(V'« .• c'est le 
phénix, du réune vé.uétal. 

Phénomène, du isvrc ji/i(/inof/t('iioii. qm apparaît clairement. 

Ce mot qui, dans le langage vulgaire, ne s'entend que de ce qui 
est très rare, extraordinaire, s'applique, dans la langue scientilicpie, 
à tous les faits extéi'ieurs qui apparaissent;') nos sens et qui peuvent 
se ranger sous une loi commune. Tels sont les i)liénomènes de 
l'électricité, de la chaleur, etc. 

Philanthropie, du grec philos, ami. anf/iro/tos, homme. 
Amour de llrnuanité. 

— Ce mot, créé au siècle dernier, a un sens plus pratique que 
charité et bienfaisance, et exprime l'idée de l'amélioration du 
sort des masses. On en trouve le germe dans ce vers de Térence, 
souvent cité : 

Homo ■sain : kumani a nie niliil alienuin pulo. 

— On doit aux philantliropes l'abolition de la traite des noirs, la 
propagation de l'instruction primaire, les salles d'asile, les four- 
neaux économiques, les sociétés de secours mutuels... 

Philémon et Baueis, tous deux très âgés, donnèrent l'hospi- 
talité à Mercure et à Jupiter, déguisés en simples mortels, et qui 
avaient été rebutés par les autres habitants du pays. 

Jupiter submergea tous les environs, et ne préserva que leur 
cabane, qui fut changée en un temple, dont ces époux pieux et 
Immains devinrent les prêtres. De longs jours après, ils furent 
métamorphosés, le même jour, Philémon en chêne, et Baiicis en 
tilleul. (^Ovidc, Métamorphoses.) 

Ils personnifient l'amour conjugal sans nuages. 

Phiiippique, dérivé du grec philippikos. 

Satire, discours violent contre quelqu'un. 

C'est le titre des discours de Démoslhène contre le roi de Macé- 

17 



iA^8 IMII 

doiiio, IMiiliiipo. Los Oriiisnns de Ciréron conlro Aiitoiiio, sont nii^si 
désignées sons ro nom. 

Philistin, iHun d'ww iicnplc \(iisin dos llôhriMix. 

So dit on Alloni;iL!iio pour /joitrf/cois. 

« — A |iro|)os, (|irosl-co qn'nii Philistin ? — Antrofois, on Gn'cc, 
il s";ippol;iil Uôolion : on 1(> noniino (]oknoy on Annleterre ; épicier 
et Joseph l^'iidhoninio ;'i Paris; et h'S ôtndiants d'AMonifi^no lui ont 
fonfôré h' nom de Philistin. » (Do Nouvillo, cité par L. Larchey.) 

Philologie, dn grec /t/ti/os, /of/os. 

Étude de la littératuro an point de vue technique et de la firam- 
niaire générale. Analyse du langage. 

— Un philologue est un littérateur qui n"ap])rofondit rien. 
Ératosthène, philologue grec sous Ptolémée Philadelpho, fut 

nommé Béta, de la deuxième lettre de l'alpha het grec, parce que, ne 
pouvant aspirer au premier rang dans aucun genre, il était arrivé 
au second dans plusieurs. 

— Zenon appelait pkilologiies ceux qui recherchaient les lois 
grammaticales, et logophlles ceux qui ne visaient qu'à l'élégance 
du langage. 

Philosophie, du grec phUosophia. étude de la sagesse. 

Ensemhle des connaissances relatives à Tàme, à l'intelligence. 

Un pliilosophe est un homme qui oppose la nature à la loi, la 
raison à l'usage, la conscience à l'opinion, et le jugement à l'erreur. 

Aristote et les anciens appelaient philosophie ce que nous 
appelons science, et surloiit la science appliquée à la physique du 
giohe. 

— Le cours de philosophie se divise en : lorju^ue, morale, phy- 
sique et métaphysique. 

En philosophie, le malérialisine est opposé à \ Idéalisme, le 
sensualisme au splrilualisfne, l'empirisme au ymtionallsme. 

Parmi les anciens, Platon représente l'idéalisme, et Aristote le 
matérialisme. 

Les chefs de la philosophie moderne sont : Descartes (France), 
Locke (Angleterre), Leihnitz, Kant (Allemagne), Spinoza (Hollande). 

— La philosophie apprend à faire volontairement ce que les 
autres font par contrainte. (Aristote.) 

La philosophie enseigne à se contenter de peu, à vivre lihre et 
heureux. (Gratès.) 
La j/hilosophie, pour être utile et pratique, doit être une action 



IMA 239 

et une riicrL;!!*. L;i sciciicr doil rire un cordi;!! et un rlivir préstMilr 
à la soil' lit' riiomnio : la sagesse doit ('li'C une romniiinioii sarrôe, 
t'i ("est le sens ([ii'il faut donner à ces paroles de Jésiis-Clirist : 

IMi'iiez, ceci est nia chair, ceci est mon sang. » Jonir est un hnt 
clirlil: la liiMile jonil. F'enser, voilà le triomphe vrai de Tàme. La 
pliil()S0(>iiie a |)oMr molcnrs deux: forces : croire et aimer. (V. Hupo, 
/(';< M/si'rnfj/cs.) 

Tonte pliilosopliie se résnnie dans l'art d'élargir le libre arbitre 
an\ dépens de la conscience. 

Phrase, du gi'ec /iJirasis. latinisé : p/nmo, [lai'ler. 

Assemblage de mots exprimant une idée, formant un sens complet. 
La jilirase la pins simple se compose dune proposition nniqne : 
sujet. veri)e et attribut. 

Dans la pbi-ase: « Dieu est bon », Dieu est le sujet: bon. l'attri- 
but : est. le verbe. 

Physique, dn grec 7^//'/.v//.r, de. j)/n/sis^ nature. 

— Physiquement parlant, c'est-à-dire [larlant d'une manière 
physique, est du galimatias bien réussi. 

Piano, mot italien, correspondant au français ^)/r/;K plain. 

— Piano, piano : tout doucement, pas à pas. 

Et s";ip|)roclia in;ircli;inl pian-pian. 

(ScARROx, Virr/ile travesti.) 

Chi ra /lia no. ra san(K (jui \a doucement, va sainement. 

— Piano-forté, ou forlc-piano, ou simplement piano, niani- 
cordion. Instrument de musique inventé par Bartolomo Cristofari, 
de Padoue, en 171 J. On l'aftpela de ce nom, qui signifie doucement 
et fort, parce qu'il doniie tous les tons et forme à lui seul un orchestre 
complet. 

Le piano est pour les insti'umenls à cordes ce que l'orgue est 
pour les instruments à vent. 

Les premiers pianos fabriqués en France sont dus aux frères 
Erard, vers 1780. En ISoo, il se vend annuellement, à Paris, plus 
de 2o.()()0 pianos. 

« Le piano, dit Ilalévy, sur lequel tous les tons de réchelle 
musicale, fi.xés d'avance, n'attendent que la pression d'une main 
habile pour vilu'er en gerbes d'accords harmonieux, ou pour éclater 
en gammes rapides, serait le premier des instruments si l'orgue 
n'existait pas. » 

Le piano. In'tte de la maison, se prête aux passe-temps les plus 



%0 PIE 

fi'ivoles aussi hicn qn'jiux éludes les plus sérieuses. Comme il recèle 
dans son sein Ions les trésors de riiarmonie, il est de tous les 
instruments celui qui a le plus contriliué ;i lépandtf^ le .uoût de la 
musique et à en faciliter l'élude. 

— On a appelé Pai-is Pianopnlis, parce (|ii"oii y f;iil hcaiicoup 
de musique, quoique ce soit la a ille où on aime le moins la musique. 

— Mauvais |)iauo : chaudi'on. Allusion aux cjiaudronsde Dodone. 

Picaillon, synonyme Ciaryenl. Oi'i.uine incertaine. 

Petite monnaie de enivre, piémontaise, valant deux deniers. 

Picard, vient, au dire de Bru/ou de la Mailiiiiére. du caractère 
des habitants de la Picardie, qui se piqncui, ou se fâchent 
volontiers. 

On a supposé aussi que les Picards auraient tii'é leur nom des 
piques dont ils se servaient pour combattre : mais alors on aurait 
dû les appeler 7j/^?«/^r5. Car le suffixe ard marque une habitude 
blâmable, comme dans les termes injurieux criard, bavard, paillard. 

Picard est plutôt un sobriquet injurieux, résultant du vice de 
caractère, et non de la manière de combattre avec des piques, 
quoique Lucain ait dit (P/tar.sa/e, I, 423) : 

...Lour/isque levés Suessones in armis, 

preuve unique et insuffisante, pour justifier cette origine. 

— Prière de Picard : imprécations, comme peuvent en formuler 
des gens vindicatifs. 

Picaresque, de l'espagnol picaro, vaurien, vagabond. Ce mot 
manque au Dictionnaire de l'Académie. 

Il se dit des romans, des pièces de théâtre où le principal person- 
nage est un picaro, un coquin. 

Picotin, dérivé de l'ancien français 7>/eo^ origine incertaine. 
Petite mesure dont on se sert pour l'avoine qu'on donne aux 
chevaux. 

Pie, du latin jjica, en provençal inga. 

Oiseau â plumage blanc et noir. 

De là : cheval pie, blanc avec des taclies noires. 

— Synonymes : la pie s'appelle aussi «^«cf; en itahen ^«rra ; 

margot. 

L'aigle, reine des airs, avec Margot la pie. 

(La Fontaine.) 

Perruche de savetier. 



PIE 2G1 

— Jn?or coninio uno pio. ...roninio une pic borgne. 
11 a trouvé la pic an nid : (piclqiic chose de rare. 

Voleur comme mie i)ie. IMiiie ap[)clle la pie moncdula (a surri- 
pic/u/is jnonctisj. 

Menteur comme une pie. 

Ain mentez coin -l'eralz ijnc/ta. 

[ r. m: ISi.iiTiiAND.) 

(Vous meule/, comme si vous étiez une [)ie.) 

— /*i('-;/ri('r/u\ [lie prise et commune. 

Cet oiseau a le couraue et les goûts des oiseaux de proie. Il 
coml)at avec intréiiidité des oiseaux beaucoup plus grands et plus 
forts. C'est par allusion à celte humeur belliqueuse, ([u"ou appelle 
« pie-griéche » une femme querelleuse, acariâtre. 

En provençal, cet oiseau s'appelle darnagas, nom qui se donne 
aussi aux personnes d'un caractère désagréable. 

Fontenellc a dit : « La plupart des femmes sont des faons dans 
le monde, des pies-griécbes dans l'intérieur, des colombes dans le 
tête-à-téte. » 

Ainsi, outre sa réputation bien étalilie de bavarde, de menteuse 
et de voleuse, la pie a encore celle de querelleuse. 

C'est à elle que remontent les mots agacer et grincheux. 

Pièce, italien j)e:ra. Origine incertaine. 

Nom pris dans une foule d'acceptions très diverses, particulière- 
ment comme mesure pour les vins : 

La pièce ])ordelaise vaut 201 litres ; la màconnaise, 213 ; celle du 
Languedoc, 274 ; celle d'Auvergne, 2'J4. 

Pied, du latin pes. pedis: en provençal ;^c. 
Au même radical remontent : pédale, pédestre, peton, piège, 
empêcher, piéton, piétiner, expédier, etc. 

— Synonymes d'aller à pied : marcher ; voyager sur la baquenée 
des cordeliers : monter ses chevaux à deux semelles ; prendre la 
voilure de saint Crépin : [)rendre la poste de MM. Talon frères. 

— Depuis les pieds jusqu'à la tète. 

— Partir du pied droit : bien commencer une chose. 

On trouve dans Apulée : Slnislro pede proficisci, partir du pied 
gauche. 

— Trouver chaussure à son pied, c'est-à-dire une bonne position. 
Cicéron dit d'une nuuiière analogue : Catceos )iiulare, changer 

d'état. 



262 IMK 

On d'il iiiissi d'iiiu' clioso qui \;\ de knit |»oiiil : ccl;! iiie cliîiiisse, 
iiio bnllc. me v;i coiniiic iiii uiiiit. 
Vin^t mille francs de renies, ça me hutle ! . 

— Pied plat : homme de basse naissance. (]liez les Romains, on 
appelait jxi/m/jx'ffes. pieds ])alm<''S. on ]»ieds plats, les bateleurs, 
mimes, etc. 

Cette dénominalion dédaigneuse a été donnée. Sdiis Louis \1V. 
aux ijens de peu, (]iii ne p(»rlai(Mil pas des talons hauts comme la 
noblesse. 

— Grand pied : piédestal, pied à dormir debout. 

Elle a de petits pieds, mais les Grands souliers lui vont bien. 

Grand pied se dit eu bonne part et marque la supérioi-ité. taudis rpie 
petit pied, comme pied plat, est dépréciatif : doi'i jiirirr, mesquin, 
autre forme Aç pcdeaire. 

— Être sur un bon pied, ou sur un arand pied dans le monde : 
être considéré, jouer un rôle important. 

On dit dans nu sens analogue, mais au propre : avoir bon pied. 
})on œil. 

— Il retomlje toujours sur ses pieds. 

— Marcher sur le pied à quelqu'un : lui faire une injure. 

— GeolTroi Planlagenet, comte d'Anjou, pour dissimuler une 
difformité au pied, imagina de porter des souliers dits à la poulaine, 
ou à la Polonaise. (Borel.) 

Les souliers d'un prince avaient deux pieds et demi de long : 
ceux d'un baron, deux pieds; ceux d'un simple chevalier, un pied 
et demi. 

Plus tard, sous Louis XIY, la noblesse porta des talons liauts, 
parce que le roi avait besoin de cet artifice pour hausser sa taille. 

— Mettre les pieds dans le plat : faire une inconvenance. 
Les Provençaux disent : marcher dans ce qui est semé. 
Régnier parle de gens qui 

Pissent au liéiiiticr afin iin'on piii'lc d'eux. 

Les anciens disaient : In Pythu tcmplo cncare : se soulager 
dans le temple d'Apollon. 

11 n'y a que les cochons à qui on permette de mettre les pieds 
dans le plat, ...pourvu qu'ils soient à la Sainte-Menehould. 

— Un pied chaussé et l'autre nu. 

Quand Molière lit la Princesse d'Élide, pour les fêtes de Ver- 
sailles, il la commença en vers et, faute de temps, l'acheva en 
prose. On dit alors que la Comédie n'avait eu le temps de prendre 



PIK 203 

qu'iiii do SOS Iti-odoqnins cl étnil voniic donner dos marques de son 
ohéiss.iiico un pied chaussé el Taiilro nu. 

— Va-nu-pieds: vagabond, mendiant. Un de ceux dont La Bruyrrc 
di( qu" <' ils n'ont pas môme do quoi aller à pied ». 

On dit do (pioiqu'nn. pour marquer son extrome misère, qu'il n'a 
pas de souliers. 

On appelle moines déchaussés (ou déchaux) certains religieux 
(jui \ont [lieds nus dans des sandales. 

Pour certaines gens, ceux (pii ne portent pas do gants sont des 
va-nu-pieds. 

— En 1(î;î9. les liahilanls do la Normandie se soulevèrent contre 
un édit qui déclarait les communes solidaires pour le paiement des 
taxes. Ils inscrivirent sur une bannière le nom de va-nu-pleds, qui 
leur était donné par mépris, et qu'ils adoptèrent comme un cri de 
déli et un signal de vengeance. 

— Puanteur des pieds : essence de chaussettes. 

— Mettre à pied : mettre en non activité temporaire, en dispo- 
nibilité, par mesure disciplinaire. 

Pierre, du latin peira. 

— Synonyme : miche de saint Etienne (Rabelais), parce que ce 
sailli lui lapidé. Le jour de Saint-Étienne, en Provence, les boulan- 
gers pétrissent des pains qui ont la forme d'une pierre. 

— Pierre philosophale. Rabelais (II, 34) dit que ce n'est que la 
manière d'user avec intelligence des joies et des plaisirs de la vie. 
(Voy. alchimie.) 

— La pierre tombe toujours au clapier. (Proverbe provençal.) 
L'argent cherche l'argent. 

— Pierre qui roule n'amasse pas de mousse. 

Qui est bien, ne se remue. Douze métiers, treize misères. 
De gerbe remuée, chiot le grain. 

Les Arabes nomades disent au contraire : « Chien qui coiii-t 
trouve sa vie. » 

— Faire d'une pierre deux coups : tirer d'une chose doulile prolil. 

Apros duos uno sallu capere. 

(Pt.AtJTE.) 

De i/na fidelia duos parieles deaWare. (Quinte-Curce.) 
Blanchir d'un seul pinceau les deux cotés delà muraille. (Proverbe 
obscène des latins.) 

— Un individu qui partageait sa vie entre l'amour et la bonne 



264 PIK 

chère, s'élMit lo.ué ii rciilrcsol, aii-dcssiis de l;i cuisiiK; d'un nîstau- 
raleur ol nii-dcssoiis de l;i cli;iml>ro de sa Itelle. Quand il voulait 
jouir du double nvanla.ae de sa position, il lançait au plafond une 
pierre qui relonihail sur le par([uet, avertissant ainsi à la fois la 
demoiselle de descendre et le cuisinier de monter. 

— Un certain Durand devint veuf. 11 éleva à sa femme un heau 
mausolée, avec cette inscri[)lion : « Monsieur Durand à Madame 
Durand. » Yeuf pour la seconde fois, il lit clianj^er Madame en 
Mesdames. C'était bien faire d'une pierre deux coups. 

— Jeter la pierre à quelqu'un ; jeter une pierre dans le jardin de 
quelqu'un : 1 atlaquer dans son intérêt, lui faire des reproches. 

Lapides loqiii (Plaute) : dire des duretés. 
On ne jette des pierres qu'à l'arbre chargé de fi-uits. En d'autres 
termes, le mérite seul excite l'envie. 

Pierrier, anciennement perrier ou perrlùre. 
Canon qui se chargeait avec un boulet de pierre. 

Et dressa sur une porrière 
Qui jeclal devant et derrière 
...lels cailloux... 

(Jean de .Mi;unc..1 

Pierrot, en italien Pedro/ino, fait, dès la lin du xvf siècle, 
partie des acteurs du théâtre italien. Son costume est entièrement 
blanc, son visage enfariné, son air niais et ingénu. 

A Florence, on l'applaudissait sous le nom de Gian-Farina, 
Jean-Farine. En France, on l'enfarinait aussi : 

Le front, la joue et la narine 
Toute couverte de farine. 

— Gros-Guillaume, dit le Barbouillé, introduisit le personnage de 
Pierrot sur la scène du théâtre de Bourgogne. Il avait exercé la 
profession de boulanger, avant de monter sur les tréteaux. 

Pierrot, le niais enfariné, le gobe-mouche de la comédie italienne, 
se faisait remarquer par sa stupidité et sa maladresse. Quoique très 
poltron, il conseillait toujours les entreprises les plus hardies, et 
entraînait dans des chutes déplorables son vieux maître, qu'il avait 
l'air de soutenir. 

Aux premiers temps de la comédie française, il portait le nom de 
Mugnier (meunier), qui, au Moyen-Age, était entaché d'une très 
mauvaise renommée, car on disait qu'on était toujours sûr de 
trouver un voleur dans la chemise d'un meunier. 

— L'uniforme blanc des gardes- françaises les lit appeler pierrots 



l'IG 2Go 

par le peuple de Paris : et les .uaiiiins. en les voyant passer, inii- 
taient le cri du moineau : plnu, piou. doii le sobriquet qui est 
resté au\ fantassins. 

— La vo.uiie de Pierrot lui eonsacréc par la fameuse cliiinson (pie 
tout le monde ronnait : Au clair do la lune. 

Molière a appelé Pierrot un paysan de son Don Juan. 
AVatteau et Lancret Tout illustré dans leurs peintures. 
Dt'liureau, né à Xeukolin. prés de Prague, a rendu rélébrc le 
rôle de Pierrot, de 18120 à ISriO. au Théâtre des Funambules. 

Piété, du latin pleins, qui a donné aussi pillé. 

De là encore les mots : piteux, pitoyable, s'apitoyer^ et aussi 
pitance, parce que la nourriture des moines provenait de la piété 
des lldéles. 

On a fait depuis peu (1871) le mot piétisle, pour désigner le 
parti ullraniontain. 

— La piété et la foi sont comme deux jalons plantés sur le chemin 
de l'éternité. (M. G.) 

Pieuvre, du latin pohjpus, d'abord pueuve, pleure. Poulpe, 
de la famille des mollusques invertébrés, comprenant les calmars, 
les sé[)iaires, les céplialopodes, que les Anglais appellent hlond- 
sucher. suceur de sang. (Yoy. Y. Hugo, Trarallleurs de la Mer.) 

Pigeon, du latin pljfio, piplonl.^. 

— Plfjeon n'a pas de féminin. M"'' de Scudéry, malgré tout son 
crédit à l'iu'jtel de Rambouillet, ne put faire adopter plijeunne, 
qu'elle proposait à la place de colombe. 

— Au ligure, dupe, qui se laisse dépouiller, plumer comme un 
pigeon. 

Les femmes de Paris se servent du fard et du maquillage pour 
attirer les pigeons dans le colombier de Cypris. 

Pignon, de plnnlone/n, dérivé de pinna, créneau de murailles. 

Le pignon est le faite d'une maison que termine l'inclinaison de 
deux toits formant triangle, comme un fronton. C'est le mur 
terminé en pointe qui soutenait le laitage des maisons : il était 
souvent orné de sculptures et d'enjolivements. 

Dans les anciennes maisons du xv siècle, qu'on voit encore en 
grand nombre dans le nord de l'Europe, les pignons font face à la 
rue. D'où la locution ancienne : avoir pignon sur rue, c'est-à-dire 
une maison à soi. (Yoy. pinacle.) 



266 PIN 

Pile, (lu l.iliii ])il«i. (■oloiiiic. 

Côte (rime iiioiiii;ii(' opposi'" ;'i l;i f.'irc. ( Voy. cvoix (Hi pile.) 

— Pila^ dOi'i est venu jixlolc, scimH iiii nIciiv iikiI fr;iiic;iis ;iy;iiil 
signiCié navire. 

Macrobe (Saturnales, I) dit que les Romains joiiMiciil à ce que 
nous appelons pile nu face, en disant : Caput aiU nacis, avec une 
monnaie faite en mémoire de Salnrne. oi'i l'on voyait d'un côté la 
lèle de .lanns, et de l'aiiln' le iia\if(' sur Icipicl il était arrisé en 
Italie. 

TittK liinid jKixtcrilris jiuppiiii lialnril in wre. 

(Ovil.E.) 

— Doiiiiei" une [)i!e ; expression tri\ial(': i)atti'e quelqu'un comuie 
un pilotis. 

Au vieux mot l'raneais j)i./e, siiiiiiliant pièce de Itois, et qui se 
trouve souvent dans .loinville, se rattachent : pilori, piler, pilotis. 

— En provençal, jii/e, picu're d"évier, percée d'un trou par où 
l'eau s'écoule. 

Piller, du latin populaire piliare, pour ptlare. 
Siirnilie au propre se prendre aux clieveux. 
Se dit des chiens qui se jettent sur le pi hier. 

— De là houspiUf'r{l). 

Pilule, du latin pllula, diminutif de j)il(i, halle. 

— Dorer la pilule, comme sucrer la uioutarde ; c'est adoucir un 
refus par des paroles lùenveillantes, ou faire passer sous des com- 
pliments quelque chose de désagréable. 

Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule. 

(MoLiÈREj Amphitryon.) 

Ce vers est devenu proverbe plutôt par sa tournure piquante que 
par l'idée qu'il renferme ; car Rotrou avait dit avant Molière : 

On appelle cela lui sucrer le breuvage. 

Pimbêche, nom donné par Racine à la comtesse des P/ff«V/ewns,- 
il est resté dans la langue pour désigner une femme au bec pincé (?), 
une vieille Précieuse acariâtre. 

C'est une pimbêche : une femme qui fait des embarras. 

Pimpant, de l'ancien verbe phnpcr, pour piper, bien plutôt 
que de pompe, ou même de bimbo, qui se retrouverait dans bim- 
belotier^ bibelot. 

Pinacle, du latin piiuiacuhnn. 



riP 267 

La pnrtio la plus élt?véo du Toniplo do Jériisalom. 

— l'Avr ;iii pinacle : au (■oiiiiilc ilii honliOMi". de la [irospérilé. 

Le Sénat r»iiii;iiii accordait (piehpu'fois aux particuliei'S la faveur 
de inellre un pinacle, ou comlilc terminé en poinle an liant de sa 
maison. 

Pince-maille, de pinrrr et i/iaU/c. (Voy.) 
Synonymes : i:rippe-son. avare, pingre. 

Lu [liiico-inaille avjiit laiit amasst-... 

;I,A l''i).NTM.Nt, L'Enfouixxeur.] 

Pincer, .louer à je te pince sans rii-e. on chacun pince le nez ou 
le menton de son voisin de droite; celui rpii rit donne un gage. Le 
piquant de ce jeu consiste en ce cpie deux personnes de la société 
se sont entendues pour se noircir les doigts. Ceux dont elles noir- 
cissent ainsi le visage prêtent à rire, d'autant plus que chacun croit 
qu'on rit de l'autre (?). 

Pingre, mot (rorigine inconnue ou incertaine. 

— Un appelait jtingrcs, au Moyen-Age, les arêtes de poisson et 
de longues é[»ingles. Le moi pinrjre désigne aujourd'hui nn avare, 
un usurier. L'origine de cette transformation de sens serait la 
croyance que les .Juifs crucifiaient des enfants dans la nuit du 
Vendredi-Saint, et les toiluraient en leur enfonçant des épingles 
dans la chair. 

Le l*arlement condamna à mort plusieurs Juifs pour le crime de 
piuf/res ou des épingles. Le nom de pingres resta aux .Juifs, (pii 
avaient dès lors le monopole de la hanque et de l'usure. 

— En argot, ce mot désigne un misera hle, et prend l'acception 
de sale, déguenillé, ce qui tiendrait encore à la sordide avarice des 
Juifs qui, malgré leurs richesses, et peut-être pour les dissimuler, 
poi'taient des vêtements sales et misérables. 

Piot, semble dérivé du grec pie in, boire. 
Humer le piot. (Rabelais.) 

Lui voyant de fiiul la coi'\('ll(' écliaiiffée. 

(Rélnirr.) 

Pipe, (lu has-lalin pipa, pipeau, chalumeau. 

A ce dernier mot correspond le caliiniel des Indiens. 

La pipe de l'Arabe s'appelle chiboiuiuc : celle du Turc nnrçjliilé. 

Piper, du latin pipiare, pip-irc, glousser, tromper. 
Dés pipés : faussés. 



268 PIS 

— Tt'i'Dif (r;i\ico[t(olo;^i(' : on pi'ciKl les oisL';iii\ ;'i la pipée en 
iiiiilaiil Iccliaiit des petits oiseaux, ;>/, />/. 

Pique-assiette, parasite. 

Celui (pii apporte cliez les autres un ap[uMit loujoui's roni[ilaisaiit. 

Pique-nique, origine inconnue. 

liepas où cliacun i)aye son écot, apporte son plat. 

Dîner à pique-nique, c'est faire un repas dans lequel aucun des 
convives n'est redevaJjle à son voisin, attendu que chacun paie le 
même écot. 

— F. Gcnin propose l'étymologie suivante : « On sait ce que c'est 
qu'une pique entre deux personnes. Le Français dit faire la nUjxie 
dans le sens de se moquer. En supposant que le verbe niquer 
existe en français, on aurait pu faire la phrase suivante : Tu me 
piques, je te nique, partant quittes. Eh bien ! c'est justement le 
sens du mot pique-nique, fait comme la locution : A bon chat, bon 
rat; bien attaqué, bien défondu. » 

M. Génin fait ensuite remarquer que TAcadémie, en 1835, exige 
qu'on dise au pluriel des pique-niques, comme des cbasse-mouches. 
A-t-elle cru qu'il s'agissait de piquer des niques ? Elle ne se serait 
pas rendu compte des éléments de ce mot. 

Piquer, peut-être d'origine celtique y>/r/,-, pointe. 

— Se piquer : se fàclier, prendre la mouche. (Voy.) 

— Qui s'y frotte s'y pique. La paraphrase de ce proverbe est 
dans YEcclésiaste : « Celui qui creuse un fossé y tombera, et celui 
qui traverse une clôture sera mordu par un serpent. » 

(Voy. picard, pique-nique, pique-assiette.) 

Pirate, du latin pirata. 

Voleur, écumeur de mer, corsaire qui n'a aucune lettre de 
marque, qui court les mers en pleine paix, pour voler et piller les 
navires. 

— La Méditerranée, infestée par la piraterie depuis Tantiquité, 
en a été délivrée, en 1830, par les Français, qui se sont emparés 
d'Alger. 

Au xvii« siècle, les flibustiers américains épouvantèrent de leurs 
ravages la mer des Antilles et les colonies espagnoles. (Voy. corsaire.) 

Pis, du latin pccfus, poitrine. 

Pris autrefois dans le sens du latin, ne désigne plus que les 
mamelles de la vache, de la chèvre, etc. 



PIT 269 

Pisé, (le r;iiicion vorlte piser, battre. 

IVilr luiini'c (le tciTo ulaiso qu'on détrompe et qu'on moule en 
carreaux, en y nidanl de la paille hachée. Ou la laisse sécher pour 
en faire des consli-iKiious iMistiques. 

Pistole, semble déri\é. ('(imme p/sfo/cf, de Pistoic, ville d'Italie. 

— (In nomma ju'sf o/cs-, les écus d'Kspagne et d'Italie, qui étaient 
plus [x'tits que ceux de France. 

La pistole d'Espaune vaut environ 20 francs. On emploie quel- 
quefois ce tenue, comme monnaie de compte, valant tO fi-ancs. 

— La pistole dans les prisons pour dettes, est le logement que 
les détenus obtiennent en payant. 

Pistolet. 

Synonymes: pied de cochon (allusion de forme). 
Crucifix à ressort : comme le crucifix, il se montre à l'heure 
suprême. 

— fleuri Estienne dit qu'à Pisloie, petite ville à une journée de 
Florence, se faisaient de petits poignards qui furent appelés en 
France pisloycrs, pistoliers, et pislolets. Quelque temps après 
étant venue l'invention des petites arquebuses, on leur transporta 
le nom de ces petits poignards, et ce pauvre mot, ayant été ainsi 
promené longtemps, à la fin a signifié les petits écus « et croy 
qu'encore quelque matin les petits hommes s'appelleront pistolets 
et les petites femmes pistolettes ». 

La plaisanterie de la fin pourrait passer pour une prophétie ; on 
connaît la locution populaire : Quel singulier pistolet ! 

On rit avec vous et tu te fâches ! En voilà un drôle de pistolet! 
(Gavarni.) 

Pitance, du latin barbare pilnncla, parce que la subsistance 
des moines provenait de la pitié publique. 

— Désigne les aliments autres que le pain et le vin. 

Pitié, du latin piela^, pietafem. (Yoy. piété.) 

— La pitié que nous inspirent les maux d'autrui est due en 
grande partie à la crainte que nous avons de les éprouver 
nous-mêmes. 

La pitié est sœur du dédain ; c'est l'aumône qu'on fait aux 
coupables et aux faibles. (G. Sand.) 
Mon Dieu ! ayez pitié de moi, ...et jetez des pierres aux autres. 

— Il vaut mieux faire envie que pitié, parce que les hommes ne 



270 PI.A 

foiil .uiirrc (le. Iiicii (jn';'! ceux (jiii pciivoiil le Inir rciulro ; fomnie 
(lil le provoi'hc : « On ne prrir (iir;iii\ lidic!^. » (l'est surtout ;'i ses 
ninis (jn'il faut cacher sa uiisère; s'ils ont du co'ur, ils soulVicut de 
nos clia.ui'ins : s'ils n'eti ont pas, nous soulîi'ons de leur égoisnic. 

i.c soutinicut (pie lliomnic supporte le plus difficilement, c'est la 
pitié, surtout (juaud il la mérite. La pitié es! un mépris dans la 
tendresse, ou une tendresse qui offense et qui Mlïaildil eucoi'e notre 
faiblesse. 

■ — De la pitié au nu''pris, il n'y a pas plus de distance qu'entre 
uuc poire molle et une poire pourrie. (X. de Maistre.) 

Il vaut mieux être envié qu'apitoyé. 

Il n'y a que les mendiants qui vivent de ItMirs plaies: les honnêtes 
gens les cachent. 

Il faut cacher ses misères devant les forts. (Sévigné.) 

Qui chante ses misères épouvante. 

L'homme qui soutïre est un Iléau ! c'est un sujet de tristesse*et 
de dégoût pour les autres ! c'est un cadavre qui encombre la voie 
publique, et dont les passants se détournent avec etlroi. (G. Sand, 
A/ do.) 

Pitre, origine incertaine. 

Sorte de Paillasse faisant la parade sur les tréteaux, et engageant 
par ses lazzi la foule à entrer dans la baraque du saltimbanque. 
(Voy. Paillasse.) 

Au ligure : bouffon grossier. 

Pittoresque, de ritalion p/tforesco, relatif à la peinture. 
S'entend de ce qui est agréable à la vue et peut servir de sujet à 
un tableau. 

— Par extension, on a appelé pittoresques des publications 
dont les pages sont ornées de gravures présentant à l'œil l'image 
des faits racontés. 

Le Magasin pitloresquc, recueil le plus ancien de ce genre, date 
de 1832. 

— Au mot pittoresque a succédé le mot illustré. 

Place, de l'italien pia::a, du latin platea. 

Le jour de la Saint-Lamliort, 
Oui quitte sa place la perd. 

Remettre quelqu'un à sa place. 
Assieds-toi à ta place, et Ton l'y laissera. 



l'LA 271 

Plafond, iiKil roniposr, jadis iilal-fond. 

— Dieu (irs [iLifoiids. inspii'c-moi ! seiiil)lcdirc un iioèlcélégiaquc, 
qui parait clit'nlit'r en l'aif riuspiratioii. 

Plagiaire, du latin iihKjiariiis (qui est roupablo de drlournc- 
uu:>nt d'csi-lavcsi. 

Les Uouiaius .-ippclaicut /i/ai//t/i /i, cr\\\ (pii l'jiisaicut de la fraudo 
sur le cûiiiiut'ire des esclaves. Ils étaient condauinés au fouet, 
ad /)laf/as. 

Aujourd'hui, ou ;ipp('llt' /)la;/iaire celui (jui conqùlo les ouvrages 
des autres, qui \(mu1 à son prolit la pensée d'aulrui. 

On (lit que l'ai)!)!' Roiiudtc 
Prêche le.s sermons (iaiilrui ; 
Moi. (|iu sais qu'il les achète. 
Je soutiens quils sont à lui. 

Synonyme : déiuarciueur de linge. 

Plaider, de j)f{/i/f, déi'ivé de placiliu/i, volonté. 

— Plaise à la cour... Un plaidoyer est une requête à la cour pour 
qu'il lui plaise de..., développée par l'avocat. 

Plaie, du latin jildgn. 

— Il est comme le chirurgien, il ne demande que plaie et bosse : 
il recherche son prolit dans le mal d'autrui. 

Je ne demandai plus que plaie et bosse. (Le Sage.) 

— Dans la langue romane, pica plag était un terme de mépris 
pour désigner les chercheurs de procès. 

Pieu phifj per a roc ni. 

{Lei/t r/'amors, S» 147.) 

Piain-chant, mot com[)Osé do plain, latin planus, et de chant, 
cafifas. 

Chant uni, égal, simple, pratiqué dans les églises catholiques, et 
dans lequel toutes les voix chantent à l'unisson. 

Plain est ici le même que dans l'expression fie plain-pied, qu'il 
ne faut pas confondre avec plein de terre-plein. 

Plaindre, du latin plangere. 

— Se plaindi'c : geindre, marronner. avoir la douleur geignarde. 

— Se plaindre que la mariée est ti'op belle: d'être trop heureux. 
Chacun se [ilaint que son grenier n'est pas plein. 

La |)tainte est {lour le fat, le bruit est pour le sot : 
L'honnête houinie trompé s'éloigne et ne dit mot. 

(La Noi.e.) 



272 PLA 

Plaire, du l.iliii jilacaro. 

M;ircli;iiiilisi' ijui jil.iil l'st à iiioilir vciwliK'. 

(I.M.iiwh, /(/ /'aiiiil/r n.ilrftvrif/anle, se. XIV.) 

r)ii îipprécic ce qui est utile et l)on, on ;i(lniire re qui est beau, 
mais 011 n'aime que ce qui plaît. 

Soyez 1)1111, \()iis |il;iircz. 

(OllK'iSKT.) 

On ne saurait plaire à tout le monde, ...à moins d'être tarte ou 
gâteau, disait Bion. Nous disons aujourd'liui : à moins d'être louis 
d'or. C'est encore plus vrai, car il y a des gens qui n'aiment pas la 
pâtisserie, il y en a peu pour lesquels l'or n'ait des charmes 
irrésistibles. 

— Eu argot, on appelle l'or orient, c'est-à-dire or riant. 

Cette petite en'rontée m'avait juré qu'elle était [)liis nette qu'une 
perle d'or riant. (Histoire rotnique de Franc ion.) 

— Celui à (jui personne ne plait est bien plus malheureux que 
celui qui ne plaît à personne. 

— Plait-il 1 se dit à ceux à qui on doit le respect ; aux autres, 
on dit : hein ? pour faire répéter ce qu'on n'a i)as entendu. 

Plaisance, dérivé de p/aisant, lieu plaisant. 
Nom d'une locahté do la banlieue de Paris. 

Plaisant, qui divertit en faisant rire. 

Par la saml)leu ! messieurs, je ne croyais pas être 
Si plaisant que je suis... 

(Moi.iftiiF., Misanthrnjie.) 

Plaisanterie gauloise : c'est l'atticisme moderne, l'esprit piquant 
de la vieille société française. 

— Plaisanterie de famille : grossière, de mauvais goût. 

— Plaisanterie à part. Rivarol disait de l'acteur Dugazon, qui 
chargeait trop ses rôles : « C'est un bon acteur, plaisanterie à 
part. » 

— Porter trop loin la plaisanterie. Le président : « Pourquoi 
avez-vous pris cette pioche? — C'était par pure plaisanterie. — Mais 
on l'a retrouvée chez vous, à cinq kilomètres de distance : c'est 
porter la plaisanterie trop loin. » 

Plaisir, du hiln placere, ancienne forme de plaire; en roman 
placer : en italien piacere. 

— Le plaisir n'est que l'éclair de la sensation, il expire avec 
elle ; le bonheur est une suite de plaisirs ; le contentement est un 



l'LV TiW 

liieii-iM rc iiit(''ii«Mir : la joie est iiiit' (Iriiioiislralioii cxliTiciiri^ : la 
salislai'l'nm se raii|i(>rl(' aii\ passidiis : la \olii|)t('' ativ sens. 

— Les [)laisii"s sont la coiisdlalioii de cciik (|iii ne ronnaissoni pas 
le hoiiheiir. (De Laiiusdoi'f.) 

(ycsl tic nos plaisirs ipic lums \ieiiiitMil nos peines. 

l'util" un plaisir iiiIIIl' doiilctirs. 
Soit cil tH- moiitli', soll ailleurs. 

(xvic Siècle.) 

La soltriék' tlans les plaisirs est la fontaine de Jouvence. 
11 est plus dilTicile de supporter les chagrins que de s'abstenir 
des plaisirs. (Aristote, El h unie. 111, li2.) 
Les ])laisirs courent aprt'^s ceux qui les fuient. (Franklin.) 

— Benlliain dt'crit la série des plaisirs et des peines : « Plaisirs 
des sens, peines de la maladie. Plaisirs de la nouveauté, peines de 
l'ennui. Plaisirs de laniitié et de l'amour, de la renommée, du 
pouvoir, de la piété, de la sympathie, de la mémoire, de l'imagi- 
nation, etc. )) 

— Chacun prend son plaisir où il le trouve : Alios alùi dclccUiiit. 
(Cicéron.) 

...Trnhil sun qncmque rolupltts. 

(VH,,;n.K.) 

Le plaisir se double en se partageant. 

Le vice empoisonne les plaisirs, la modération les aiguise, l'amitié 
les multiplie. 

Plat, du latin populaire philluin. 
Dont la surface est unie. 

— C'est plat : c'est héte, sans esprit. 

Style plat : qui n'a rien de saillant, de relevé. 

— Un homme très gros se trouvait un jour à l'Opéra, où il gênait 
ses voisins. L'un d'eux dit tout haut : « Quand on est fait comme 
cela, on ne devrait pas venir ici. » Le gros homme répondit : 
« Monsieui-, il n'est pas permis à tout le monde d'être plat. » 

— Sei'vir un plat de sa fa(;on. 

Oui, ji' \ais lui s{'i'\ir iiu plat tle ma façon. 

(.Moi.iKni;, Etourdi.) 

Platonique, du latin jtldlonicu^. 

— Amour platonique : amour idéal, séraphique, chevaleresque, 
auquel les sens sont étrangers. C'est celui auquel fait allusion le 
proverbe: Vivre d'amour et d'eau fraîche. 

Il est assez rare aiii()iirtriiiii,et ne se manifeste que chez certains 

18 



274 PLK 

adolcscciils iiail's ; il ;i |)ris [loiii- devise;: rue rliaiiiiiii'i'c (,'t son 
C(ri)i'. 

— La ])liilos()|)liio de IMidon. siirnoiiiiiié le Divin, (''tait laspinilion 
vers l'idéal el l'ainoiii- d'un dieu créaleiir: c'étail l'opiiosé de la 
pliUosophie d'Epiciire, (jiii no. i-econnaissail que la naliire el rainoiir 
des choses créées. 

Néanmoins Platon, dans le Jianqucl, expose une lliéoi-ie de 
l'amour si étrange, au point de vue des mœurs, que l'esprit est 
épouvanté de voir ériger en principe une corruption, un cynisme 
si elïronté. Si l'on faisait aujourd'hui un procès à Platon pour son 
Dialo(jiie, il faudrait le juger à huis clos. 

L'amour s'accroît par les ohstacles, et s'éteint dans les voluptés. 
(Virey.) 

— Ninon de Lenclos disait que l'amour ne mourait jamais de 
besoin, mais d'indigestion. 

L'amour commence au premier regard, et finit avec le premier 
baiser. (Lola Montés.) 

L'amour ne peut se passer ni d'idéal, ni de possession ; le premier 
le pousse invinciblement à la seconde ; mais celle-ci obtenue, l'idéal 
est souillé et l'amour expire. 

L"amoiir est toujours à la recherche de l'inconnu. 

Le grand art c'est d'être impénétrable : quand le masque est 
tombé, le carnaval cesse. (A. Houssaye.) 

Il y a le monde antiplatonique des lorettes et des cocotes. 

— Année platonique, ou périodique. La grande année des 
Platoniciens est une révolution de trente-six mille ans, après 
laquelle ils prétendent que les planètes et les étoiles se retrouvent 
dans le même ordre et la même position. 

Plâtre, du grec p/assô, façonner. 
Battre (pielqu'uu comme plâtre. 

Pléiade, du grec Plélas. Groupe de dix étoiles qui se trouve dans 
la constellation du Taureau. 

— Les Grecs donnèrent le nom de « Pléiade » à une réunion de 
poètes qui vivaient au temps de Ptolémée Philadelphe. 

Au xvie siècle, à limitation des Grecs, Ronsard forme une 
Pléiade française. 

Plein, du latin plenu.^. S'oppose à cide. 
Plein comme un boudin, ...comme un œuf. 

Plénière, dérivé de plein. 



(loiir |i!riiit'M'(' : iii(liil,L!(Mic(> |il(Mii(''i'(\ rt'mission iilciiic o( oiitirre 
(le toiilc^ les [iciiit'S d\\v<~ an immIk''. 

Pléonasme, du Lircc /i/conas/nos, alKiiKlance. 

Le pléoiiasiiic csl le ('(iiilraii'c de rdliiiso. 

Vu plt'onasiiic en a.uiiciillmr. (•"est d'ai-i'oser pendant la pluie. 

.!('\ais l'allt'i- cliciclicr : an jdiir daiiidiircriiui ; descendre en bas; 
s'entr'aidtM' niiiliicilcnuMil : cire forcé nialgi'é sui : prc\oir d'avance... 
Tout aillant ih' pléonasmes 1res vicieux. 

Pleurer, du lalin jilordre. 

Synonymes : Ncrser (\<,'^ larmes, des loi'rents de larmes: éplucher 
des oi.unons. 

« .l'ai épluché tous mes oii^nons »>, dit M"« Uacliel au moment de 
mourir. 

— Pleurer comme nne naïade. ...comme une fontaine. ...comme 
une vigne, ...comme uiu' vache, ...comme un veau. 

— Jean ipii [ileni-e et .leaii qui rit : Heraclite et Démocrite. 

Car ([u'iuie fcrnau' plciirc, iiiic autro pleurera. 
Et toutes iileureruiil laiil ijifil en snrviciuira. 

(DKSTO-.rcUKS.) 

— Il ne lui reste plus que les yeux pour pleurer. 

— Dans une maison destinée à une famille de onze enfants, 
tout en bas, rarcliitecte a désigné sui' le i)lan, une chambre sous 
le nom siunilicatif àc plouroir. 

Pleutre, origine inconnue. 
Homme méprisable. 

— Le pleutre diiïère du bélifre en ce qu'il ne mendie pas: mais 
il a les sentiments bas du uu'udiant. mémo dans une haute fortune. 

Pleuvoir, du latin populaire pforerc, pour plucre. 
Synonymes: Il tombe des hallebardes: il pleut à ne pas mettre un 
chien à la [lorte. 

Unaiid il |ilcnl a la Saiiil-dervais, 
Il pleut ipiai'anlo jonrs après : 
S'il pleut le j(»nr de Saint-.Médard, 
Il plriil ipiaranlc jdurs pins lard. 

La légende de saint Médard nous apprend qu'il gardait un jour 
les chevaux de sou père, riche seigneur de Normandie, et qu'ayant 
aperçu un cavalier désarçonné, il lui donna un des chevaux qu'il 
avait à garder. Sa bonne action fut récompensée aussitôt, car il 
éclata un orage effroyable, (jui trem[ia jusqu'aux os tous ceux qui 



2% VU) 

se trouvaient aux cliaiiips. Médard fut seul préservé par un aigle, 
qui l'abrita de ses ailes immenses. (Voy. rosièj^e.) 

Saint Gcrvais (<'t saint Protais), dont la fête arrive onze jours 
après ('(ille de saint Médard. partagent avec lui la direction des 
calaracles célestes. L'Iiiiiiiidih'' de saini Ah'-dai'd csl la |iliis célélin; : 
])ourtanl il serait plus l()gi(pie d'accoi'der la pi'ééniinence à saint 
Gervais, car sa fête est plus voisine de l'équinoxe, et l'on sait 
que la cause de ces pluies est due aux vents qui commencent à cette 
époque et soufflent d'ordinaire une quarantaine de jours. 

Saint Médard, dans les suiierstilions clirélicnnes, a remplacé les 
Hyades du paganisme. 

— Année pluvieuse, année frumenteusc. 

Quand il pleut on août, 
II |ilcnt miel et lion moût. 

Pli, sul)stantif verbal dç plier, anciennement />/o/, qui se retrouve 
dans emploi. 

— 11 est comme le camelot, qui a pris son pli : il a pris une 
mauvaise babitude. 

Plier, du latin plicare, provençal ^^/f^a/', doublet de ployer. 

— On plie un vêtement, on ploie une barre de fer. 
Il vaut mieux plier que rompre. 

Je plie, et ne romps pas. 

(La Fontaine.) 

Plomb, du latin plumhus. 

— A cause de sa grande pesanteur spécifique, le plomb exprime 
l'idée de lourdeur dans les expressions suivantes : sommeil de 
plomb ; nager comme un cbien de plomb ; plonger, proprement 
s'enfoncer comme le plomb. 

— Fil à ploml) : fil muni d'une masse de plomb à son extrémité, 
pour obtenir une direction verticale. 

— \)ç plomb viennent: aplomb, surplomber. 

Avoir de l'aplomb : rester debout sur le terrain de la discussion. 
Surplomber: être bors de la perpendiculaire tracée par le fil à 
plomb. 

Plongeon, dérivé de plonger, latin plumhicare. 
Au figuré, faire le plongeon : reculer devant le danger. 
Dans le langago trivial, caner: plonger comme un canard. 
Qtù fera la cane de vous aultres? (Rabelais I, 42.) 

Ploutocratie, néologisme ; du grec ploutos, ricbesse. 



PLU 277 

Gonvcrnemont oi'i le pouvoir appiirlient ;iux riches. 
Arislorratio d';ir,i:i.Mit. 

Pluie, du I.iliii p/iiria. 

— La pluie est l'elTet île la i)récipi(ation des vapeurs contenues 
dans ratniosphr'rc. Il y a /i/i/ir ipiaud elles se précipilent à l'état 
li(pii(le: si Teau est à ['(''iat NrsiciilciiX: il y a broiii/lard. La pluie 
qui loiiilic sans que lalinosplirrc soit nuageuse, s'appelle serein 
le soir, ro.sr'c le matin. Les (jiboitlées sont les pluies de printemps, 
souda.ines et fréipientes, souvent mêlées de yrèle et de neige. Enlin, 
on appelle orage, ondée, averse, une grosse pluie de peu de durée. 
(Voy. (jirre, grésil.) 

— Synonymes : liouillon de chien ; ralalia de grenouille ; déluge. 

— Les hirondelles rasent la terre et les grenouilles coassent 
plus haut, (piand la phiic menace. 

On dit aussi : » Sauto, ci'apaud, nous aurons de l'eau. » 

— Petite pluie ahat grand vent. 

A [JKii (II' pluie cliiet grans vous. 

[Romiin dp Rcnart.) 

— L'été, la pluie ne mouille pas. Cela signifie que l'eau qui 
tombe dans cette saison s'évapore rapidement. En été, la force 
évaporatrice de la température est cinq à six fois plus grande qu'en 
hiver : de là vient le rapide dessèclienient qui succède alors aux 
plus fortes averses. 

Plume, du latin pluma. 

— Les anciens, pour écrire, se servaient de roseaux taillés, ou 
de cannes : d'où canif (?). 

Au xo siècle, le roseau fit place à la plume d'oie. 

Mauvaise plume, qui ne fait honneur ni à l'oie qui l'a fournie ni 
à celui qui Fa taillée. 

Vei's IToO, le mécanicien Arnoux proposa l'emploi de plumes 
métalliques, dont l'usage ne se propagea qu'au commencement du 
xix« siècle. 

— Chargé d'argent comme un crapaud de plumes. 

Plumer, dérivé da plu/ne. 

— Plumer la poule sans la faire crier. (Voy. éeorcher.) 

Faire pondre la poule aux œufs d'or sans l'éventrer. (Mirabeau.) 
Les lorettes sont des anges dont les ailes sont faites de plumes 
de pigeons. 



278 POC 

Aiijoiiririiiii, ce soni (!(■> |)i.<jï'Oiis. iioii jiliis des coloiiilics. qui 
Iniiiiciil le cluir de Vénus. 
Pliiiiiei- lin iiiLiOon. (Voy.) 

Kolle osl (|Lii son ;im;iiil ru- ithimt- 
JiisijiK'S ji s;i (lcri)i('ro [iIiiiik' : 
Car ijiii mieux iilimicr le saura. 
C'est collo (]ui meilleur aura. 

Plumet, \\Gi\l de plume. 

— Mé/X'i"iy se trompe, qunnd il dit que les pliiinels et [t.iiKiclics 
ne sont en usage que depuis les Croisades. Virgile re[)résente le 
chef des Liguriens, Cupavo, avec des plumes de cygne à son casque, 
quand il vient au secours d'Enée contre ïurnus. 

...Piiucis cnmitrilc Cupavo, 
Ciijits olnriniv suryunt de icriicc pennœ. 

{Enéide, X. ISfi.) 

Plupart (la), de pJxs et jiarl. 

Terme coUeiiil. pour la [iliis grande part : il s'éeri\ait autrefois 
la plus par/. 

— Pour la plupart est un adverbe, dont on ne i)eut retrancher 
pour. 

On ne doit jias dire : Ces hommes sont instruits la plupart, mais 
pour la plu|iart. 

Plus, adverbe latin, passé en h'ançais et en provençal. 

Ce dernier se sert aussi de mais, usité antrelois en français. 

Plus i'csgurd, inuis la vnj abclhir. 

(Plus je la regarde, plus je la vois Inillcr.) 

Ils chastient leur corps qui n'en peut mais. (Amyot. ) 

— Plus est peut-être (?) l'abréviation de amplus. 

— Devant un adjectif, ^j/^^s- marque le comparatif : < Plus fraîche, 
plus brillante que la rose. » 

Précédé de Tarticle ou de Tadjectif possessif, il marque le super- 
latif. 

— Autrefois on ne prononçait pas / de plus, aujourd'hui on la 
prononce. (Yaugelas, licmarques.) 

C'est par un reste de cet usage qu'on dit dans le peuple : « Pus 
souvent ! » dans le sens de : va-t'en voir s'ils viennent. 

Poche, origine incertaine. 

F. Génin le fait venir du grec du Bas-Empire pougéion. 

— La forme d'une poche gonllée, a donné naissance au nom de 



POE 270 

porlio nppliqiit'o à la ciiilloi" à pot. On dit aussi œufs pocliés ou à la 
ciiilkM'. pai'co (pi'oii les apprête avec la cuiller à pot. Et par suite 
d'une comparaison : (eil poclié. 

Il l'esla tout estourdy cl nieiirli'v. iinu' œil poclié, au I)euiTe noir. 
(Halieiais.) 

— Synonvines: ((enrde liuancier; profonde (Vidocq); fouillouse 
(Uahelais) : dé[iartein('iil île la Creuse. 

V\ vous aurez, sravoz-voiis (iiioy '? 
Force il'auljerl en la fouillouse. 

[Vie de saint Christophe ; (irennlilc I.TJO) 

— Jouer de la poche : payer. Allusion au petit violon des maîtres 
de danse, [\\)[hAc jioc/wfft'. 

Pochon, [làté d'encre. Terme technique à l'usage des maîtres 
d'écriture. (^Dictionnaire de Trévoux.) 

Poêle, nom masculin : du latin palluim. 

Voile (pi'ou tient sur la tête des mariés pendant la bénédiction 
nuptiale. 

L'usaue d'élendi'e ce \oilesur les nouveaux mariés vient [)roha- 
blement de la cérémonie qui consistait, dans le mariage romain, 
à faire passer les nouveaux époux sous le joug : d'où le mot 
conjnfjuiin, joug commun. 

— Drap mortuaire. (Sos. pctUier.) 

Poêle, nom féminin ; du latin patella, plat. 
Ustensile de fer pour faire frire les aliments. 

— Qui tient la queue de la poêle, il la tourne comme il veut. 

Poésie, du grec poirsis, par le latin poésie-. 
Synonymes : la gaie science, la langue des dieux. 

— Les poètes se logent sous les toits: étant en communication 
journalière avec les dieux, il leur convient de faire la moitié du 
chemin. 

L'héroïsme d'un peuple crée la [loésie, la poésie engendre la 
civilisation : c'est du poème d'Homère C[u'est sortie la Grèce 
civilisée: c'est un livre qui a converti le genre humain au chris- 
tianisme. (J.-J. Ampère.) 

Aujom-d'hui, tous les chai-mants esprits, nés au commencement 
du siècle, iinissenl ou ont disparu. La génération nouvelle est tout 
à fait ignorante de cette aimable tradition, cjui menace de se perdre. 
Faisons du moins revivre par le souvenir ces personna.lités, alin 
qu'elles n'emportent pas avec elles les restes d'une poésie qui tend 



280 POI 

à (lis|)nr;iîlro tous les jours, et. si on vont l;i l);imiir roiiiiiii' iiiiililc 
évorliioiis-iioiis (lu moins ;'i i-ciidi'c riiliic un pcn |)0(''tiqiH'. 

I);ins l;i \\r |)i';ili([ii(', l;i poi'^sic do ri(l('';il ne vient (|n ;ipi'(''S la 
poésie (le la réalilé. 

Poète, du t>rcc, jtoii'lrs, p;ii' le lalin jiorl(/, celni (jui fail, le 
créateur, le trouveur. 

— Synonymes: favori d'Apollon, nourrisson des Muses, rimailleur, 
poète crotté. 

— En argot : j)oi(/rt% al)ré\ialion pour : a\aliMii' de [lois uris. 

— L'esprit court les rues : c'est i)our cela (pi'il y a des poètes 

crottés. 

Tandis (|ne Cullclct, croltr- jiisi|ir;i Ircliino, 
S'en va clieirlifr son pain ilc cnisinc en cuisine. 

(lion.K.v, Satire I.) 

— Un bon poète n'est pas plus utile à l'Klat ([u'nn lion joueur de 
quilles. (Malherbe.) 

Il n'y a pas au monde d'être plus inutile qu'un mauvais poète. 
(Blot.)" 

...Dans lart dangereux de rimer el d'écrire. 
Il n'est pas de degré du médiocre au pire. 

'Boii.KAL-, .1/7 pocH'/ue.) 

Un mauvais poète ne mérite aucune indulgence. Apollon n'a-l-il 
pas écorché Marsyas ? 

— Parmi les grands poètes du xix<^ siècle, V. Hugo représente 
l'iiomme; Lamartine, la femme ; A. de Musset, le jouvenceau. 

— On naît poète, on devient orateur. A^ascunlur poc/œ, flunt 
oratores. 

— L'esprit du savant est éclairé, celui du poète est lumineux. 

Poids, du latin pensum, chose pesée ; provençal pés. 
Le d provient de la méprise de certains grannnairiens. 

— Les poids et mesures, au dire de Josè[)lie. ont été inventés 
par Gain. 

— Faire une chose avec poids et mesure : Omnia in mensura, 
et numéro et pondère. {La Sarjesse, XI. 21.) 

Poignard, dérivé de poing, lalin puynus. 

Au dire deGénin, il viendrait de pénard, qui désignait une épée 
courte servant aussi à couper le pain, et qui, à cause de ce double 
usage, devenait une arme peu dangereuse. 

Rabelais (prologue du livre 111) dit : « Ghascun exerçoyt son 



POl 281 

pcnarcl. » Pdnard s'ost dil pour imc vioille épôo. et ;iussi pùiir un 
vieilhii'd usé ; dans ce sens, un vieux galant, niu' vieille l;iiiie. 

Le [leuple a altéré la l'ornic et le sens de ce mot : iin \ieii\ pa/ia 
signilie une vieillerie démodée et usée, comme on en trouve dans 
les greniers et dans les boutiques des brocanteurs. 

Poil, du laliii /)ihis. 

— Brave à trois poils. Sous (Charles iX. on désignait ainsi les 
spadassins, cpii portaient une longue inoustaclic terminée de chaque 
coté par quehpu^s poils très cITdés, et un bouquet de barbe de la 
même forme, au menton. La mode venait d'Espagne. 

Ou la retrouve dans quelques portraits du temps de Louis XIIL 

Poing, du latin pinjnus, qui a donné aussi pugna et pugilat, 
répugner, répugnance ; poignée, ce qu'on peut tenir dans la main 
fermée. 

— Montrer le poing à quelqu'un : le menacer. 
Je vais faire débarquer mon poing sur tes côtes. 

Point, du latin puncluin: proprement, trace d'une piqûre. 

— Dans les anciennes mesures, le point valait le 12e (\q \^ ligne. 

— On emploie aussi point pour moment : Il fut sur le point de,.. 
Le point du jour, c'est-à-dire quand le jour perce. 

— La ponctualité est la qualité de celui qui agit à point. 

— Point a fourni aussi : pointer, appointements, désappointé. 

— Point, état de santé, a donné embonpoint. 

— Bon point. Les Bomains donnaient leur suffrage à quelqu'un 
en marquant son nom d'un point. 

(hnnc Inlil punclain. 

(HOKACE.) 

(Il a obtenu tous les sulfrages.) 

— On prétend que c'est Aristoi)liane qui a inventé les points 
qui indiquent certains repos. 

Les Latins en mettaient entre chaque mot, comme on le voit 
dans certaines inscriptions; cela revenait à n'en pas mettre du 
tout. Les livres hébreux originaux sont écrits sans points ni virgu- 
les. Saint Jérôme y introduisit la division en versets. 

La ponctuation actuelle est d'origine moderne , et date du 
vue siècle. Elle a été perfectionnée peu à peu, surtout après la 
découverte de l'imprimerie, pour donner plus de clarté au discours. 

— Faute d'un point, Martin perdit son âne. 



282 POI 

M;ii'tiii. pi'itMii- (le r.ililinyo dWsclIo, ;iv;ii( f;iil <ii-|i\(,'i" siii' la 
})()rle (lu coitvciil celle iiiscriiiiioii : 

l'iirhi, iKtlens cslo iinlli, cliiuil'tris honrslo. 

(Porte, ne sois ouvert*' ;'i personiie, n'Sle fennec ;i riioiiiiéle 

IlOlIlllM?.) 

Poiic celte l'.'iiilc. il lui dcsIiMu''. et son successeur' n'eul (|u';'i 
clKiil'iel" (le place un sitiiie de ponctuation poui' rectilier riusciiplioii : 

Porln, païens nsto, nidli clauihiris fionr-slu. 

(Porte, sois ouverte à tous, ne sois fermée pour aucun lionni'te 
homme.) 
Il ajouta : 

l'no jii'O puncln candi Marlinus Ascllo. 

(^Pour un seul point, Martin perdit Asello, — son âne.) 

— Un hoinnie qui avait des ennemis consulta l'oracle pour savoir 
s'il devait ai)andouner son pays. 11 lut : Domine, s/cs securns. Mais 
apirès avoir couru un craïul danuer. il s'aperçut, eu relisant la 
réponse de l'oracle, qu'il aurait dû lire : Doini ne ste.s securits. 

— Un poète latin composa ce vers en l'honneur d'un conspi- 
rateur : 

In mcmoria .seinpcr cril. 

(Il vivra toujours dans la mémoire des hommes.) 
Poursuivi en justice, il expliqua ainsi son inscription : 

In me maria acmper cril. 

(Il y aura toujours en moi de la folie.) 

— Une viraule transposée enfanta la secte des Manichéens. 

— Le général Fairfax écrivit après sa signature, sous la sentence 
de mort de Charles P"", sans aucune ponctuation : SI omnes consen- 
tiunt ego non dissenlio. 

Il se réservait, si les événements le demandaient, de l'expliquer : 
Si omnes conscntiunt, ego non : dissentio. (Si tous approuvent, 
moi non : je suis d'avis contraire.) 

— Un négociant de Londres ayant engagé un célèhre médecin 
d'Édimhourg à venir opérer l'accouchement de sa femme, le docteur 
re('ut ce télégramme : « Ne venez pas trop tard. » II se pressa de 
partir, et trouva la femme délivrée. On avait écrit : « Xe venez pas. 
Trop tard. » 

Pointe, du latin piincta, participe de yy/z/^yr^rc, poindre. 
Au figuré, des pointes d'aiguille : des suhlilités. 



l'OI 283 

— Fairo dos poiiitos : dos traits d'esprit piquants. 

— Esprit poiutillouK : (pii er.ûotc sur les moindres choses. l*eut 
s'opposer à es[n'it oldiis ou épais. 

Poire, du ialin populaire itira. |iour jurum. 

— Kutro la poiivol le Ironiaue : inli'v pornUi . pendant le dessert, 
quand laijpôtit est satisi'ail, que le viu a délié les langues et rend 
l;i l'ouversaliou uéuéraie. 

.( Colle ioculion. dit Diiplossis. indi(pie l'ospèee d'inliuiilé qui 
s'étaitlil naluroilouiont outre les convives, à la suite d"un hou dinor, 
au dessert, au moment où Ton apporlo le fromaiic et les fiaiits. 
C'est le moment dos oonlidences et des ronversations tout ami- 
cales. » 

— Après la poire, rhoinmo veut hoire. 

— Garder une poire pour sa soif : éparpner quelque chose pour 
l'aNonir, pour jouir plus tard du « l'iaiit » de ses économies. 

— Après le hoau temps vionl lo mauvais, et pondant l'été il faut 
se hàtir une maison })Our être à Tahri dos rigueurs de l'hiver. 
(P. Pérngin, Vie de Vasori.) 

— Se contenter de peu est i)ien : retrancher par prévoyance 
quelque chose de ce peu, est mieux. Celui qui prali(pH' ce proverhe 
est sur de conserver son indépendance. 

M;il siiiipo (jui huit (lisiic 

Qui au soir ne laisse levain, 
Ja ne fera au matin lever pasle. 

(K.VBFr.AlS.l 

— Poires de hon-cli rétien. (Voy. bon.) 

Cette expression est sans doute la corru}itiou de * i»onuos poyros 
crusteménies », dont parle Uahelais (lil, 13) ; elle? étaient originaires 
de Crustumenum, ville de Toscane. 

C'est à propos de ces poires que Virgile a dit : 

('.ricilniniis -sj/i-i-svc piri-i. 

\r,,-r,riji,]lir.<, 11, SS.I 

Poireau, de porre//i/>n, diminutif (W porniin. 

— Il est coinmo les poiroaiix, la P'Ii' hlanrlio el la (pu'iio verte. Se 
dit d'un \ioillard \igouroux. 

Tu me l'eproches mon poil gi-isonuant et ne consydèros jioint 
comment il est de la nature des i)oiirreaulx, esquels nous voyons 
la teste blaïu'he et la ([uoue verte, droicte et vigoureuse. (Uahelais, 
III, 28.) 



284 POI 

Pois, (lu l;iliii pisiint. du nciMic /)inso, lifoycr, prircc qu'on 
manpc.'iil les pois en piii'iM'. 

— Les |M)is cliiclies, ou pois [loiiilus, (''Uiicut (•ons;in'(''S ;"i Vénus. 
En vorlu d'iino croyjinco rolitiicuse, on les ni;ing(3ait cuils dans l'oau 
salée. (Pline, XYIII^ 12.) 

Cet usage s'est pcrpélué en l'rovence ; on les mantre aussi cuits 
dans l'eau salée, spécialement le dimanche des Hameaux, alin de 
se préserver des... clous ou furoncles. 

— Avaleur de pois gris. On appelait ainsi jadis un homme très 
vorace ; sans doute à cause des pois et muscades (pi'avalaient les 
charlatans? 

Les uvalk'z luiil ainsi qiio des pois j,'i-is. 

(.MoLii:iiE, Etourdi, IV.) 

(Voy. donner des pois pour des fèves.) 

Poison, du latin potio, rpii a donné aussi potion. 

En 'roman, poijson signifie potion, hreuvage. 

Les anciens auteurs l'ont employé dans le même sens de potion 
médicale, enchantée, philtre... Aujourd'hui, il est toujours pris dans 
le sens de substance cpii donne la mort. 

On trouve polionatus avec le sens d'empoisonné? (Suétone, 
Caliguhi.) 

— Synonymes : bouillon d'onze heures : poudre de succession ; 
toxique. 

— Les Grecs croyaient que les barbares empoisonnaient leurs 
flèches, comme font certaines peuplades sauvages : d'où toxique. 

— Poison a été longtemps féminin : il l'est encore dans le langage 
populaire, dans les patois. 

Ils veulent, malgré la raison. 
Qu'on dise aujourd'hui la poison. 

(.Ménage, Requête des Dictionnaires.) 

Poissarde, de poix, qui a de la poix, de la glu aux doigts. 
Martial donne le mot analogue : 

Non fuit AnloUjci tam piccata manu-s. 

(Epigrananes, VUI, o9.) 

Le nom de poissard est donc venu de poix, poisser : c'est sous 
Louis XIY que, par l'analogie des mots poisson et poissard, ce 
dernier nom fut décerné aux marchands de marée. Mais les haren- 
gères n'acceptèrent pas ce baptême sans protester énergiquement ; 
elles prirent le nom comme une injure sanglante, la première 
image présentée par le mot n'étant pas encore assez fruste. 



roi 28o 

Lis mctiois qui font usn.ao do la poix étaient aussi on butto à dos 
plaisauloi-ios dôdaiunousos. Toi ost lo nom do jx'fjol donnô ou 
ProYcncr aux cordonniers. Telle aussi la loculiini : (^ost un pégou- 
lier (un call'a! )... sauf r(^sj)ect ! 

Poisson, du latin populaire y^/.vr/o. /u'sc/o/t/'t/i. pour y^/.sT /.>.•. 

— L'intelliueuce des poissons est à peu |U'ôs nulle : leur vue est 
très l)onne, mais leur voi'acilé et leur fécondité sont prodigieuses. 

— Poinaon (l'/n-riL Doihkm" un poisson d'avril à quel(pi"un : lui 
donner des couimissious ridicules, le pousser à des courses, à des 
démarches inutiles, le l'^'' avril, pour se moquer de lui. 

Cet usage l'omonte au temps où Tannée civile commençait au 
mois d'aNcil. (ui pliil('(t au 2o mars. 

C'est Charles JX qui a lixé le commencement de l'année au 
l"^'" janvier, par un édit publié en ITitilî. Les étrennes ayant été 
renvoyées alors au 1^'' janvier, on ne lit plus au l^"" avril que des 
félicitations plaisantes et éqm'voques; et, comme en avril le soleil 
vient de quitter le signe des Poissons, on donna à ces plaisanteries 
le nom de « poissons d'avril » . 

Fleury de Bellingen fait venir « poisson d'avril » de « passion 
d'avril », parce que la Passion a eu lieu au commencement d'avril, 
et que les courses inutiles que l'on fait faire ce jour-là aux gens 
crédules, sont comparaldes à celles qu'on fit faire à Jésus-Christ, 
d'Anne à Caïphe, à Pilate, etc. 

D'autres ont vu l'explication de ces courses dans lo sens du mot 
cici'il, en provençal ahriou, qui a fait ahricar, s'élancer étourdi- 
ment sur une chose comme le poisson sur l'appât. 

Au xv!*^ siècle, on entendait par « poisson d'avril » un maquereau, 
parce que ce poisson est excellent à manger en avril. (Rabelais. 
V, 30.) 

Le maquereau, ainsi nommé, de macula, tache, parce qu'il a la 
peau tachetée, sert à désigner un entremetteur de mauvais com- 
merce, à cause de la ressemblance qui existe entre la bigarrure de 
sa peau et lo vêtement de l'acteur qui jouait le rôle de proxénète 
dans la comédie antique ; peut-être aussi à cause de la ressemblance 
de iiuKiuereau avec mcrcureau, petit Mercure. On sait quel était 
le rôle de ce dieu. 

— L'électeur de Cologne, étant à Valenciennes, annonça qu'il 
prêcherait le 1"' avril. La foule était grande. L'électeur monta en 
chaire, lit le signe de la croix, et cria d'une voix de tonnerre : 
« Poisson d'avril ! » Et il descendit. 



28G POI 

— Un Mdrliiinii, \()iil;iiil doiiiici' un poisson (r;i\i-il ;'i ses conipn- 
lriot(is, leur ;uinoiir;i (|n nue énoniic li.-ilciiic Ncn.iil de s"(''clioMor ;'i 
rentrée du poil, l'diir jiiLKjr de rellel lio sa plaisanl(;rie, il se 
cacha ; niais, \o\aiil loiit h; monde y courir, il \ coiinil Ini-inéine, 
pensant que ce pouvait être ari'ivé. 

— I.a mec de (lénes csl sans [loissons. dit lo |iro\<'i-|i('. (In en 
[(oiiccait dire aiilaiil de toiilc la Méditerranéf!, en ajoiitaiil ipie le 
peu de poisson qu'elle contient est dt; (pialilé médiocre. Kn ,i!énéi"a], 
les espèces de poissons cor'res[)ondant à celles de l'Océan, y sont 
moins délicates. Le muge, on imilet, ne vaut rien : le maquereau et 
la raie sont médiocres : cependant, les sardines y sont exquises: le 
rouget est peut-être le meilleur de tous les poissons ; le loup et le 
sarran sont excellents. Le poisson de la Méditerranée ne s'occupe 
que d'être bien habillé : le rouget y est d'un rouge charmant. Il y a 
des poissons verts comme des grenouilles, d'autres bleus, jaunes 
comme de l'or, etc. 

— Mauvais poisson : étrangle-chat, éti'angle-helle-mère. 

— Jeune chair et vieux poisson. La chair des vieux poissons est 
la meilleure. 

En vérité, mon compère, vous faites bien mentir le proverbe, 
car, n'étant qu'un jeune brocliet, vous avez la fermeté du vieux 
esturgeon. (Voiture.) 

— Le poisson naît dans l'eau, et meurt dans l'huile. 



Si les mois, ne sont erres, 
Li- poisson ne mangez. 



(xvi'' siècle.) 



C'est-à-dire qu'il ne faut pas manger de poisson dans les mois 
dont le nom ne contient pas la lettre r ; c'est l'époque du frai. 
— Muet comme un poisson. 

midis quoque pisdhus. 
Donaturii ciicni, si liheat, sonuin. 

(UuiiAci:, Of/f*-, IV, 3.) 

(0 Muse, qui donnerais, si tu voulais, même aux poissons muets 
le chant du cygne.) 

Tout pai'le eu mon ouvrage, et même les poissons. 

(La FONTAINK.) 

La Fontaine, en etïet, a donné trois fois la parole aux poissons 
dans ses fables. 

M. Coste, dans la séance de l'Académie des sciences du lo février 
1838, a lu un rapport sur les recherches du docteur Dufossé, de 



V()\. 287 

.M;ii'scill(\ (roi'i il ivsiillo qirim ui'.'iiitl noiiilii'O de poissons infilos 
Ijossrdciit la \(iix. Ils sont pourvus d'un appareil vocal, inius non 
tiultuial. à raid(> du(piel ils pcuM'uI se manifeslor leurs désirs à 
dislance. Oininl aux l'euielles, au rebours de ce qui se passe dans 
notre espèce, elles restent coinplrtenient muettes. 

Puis(pie raiicicu proverbe se ti'ouve ainsi démenti par décision 
de rAcadiMiiic des sciences. l'Académie française de\rail douiici' 
un léniinin à [loissoii. pdur [lerineltre de dire : muet comme une 
jjoissoiuic. 

Rabelais (111. '-2\] dit. eu parlant des oracles des païens : « Vous 
sçavc/, (pie tous sont devenuz plus mutz que poissons, depuys la 
venue de celluy Roy servateiir auquel ont pris lin tous oracles et 
tontes prophéties: comme advenanle la lumière du clair soleil, 
disparaissent tons lutins... » 

— On ne sait s'il est chair ou poisson : on ne peut le définir. 

Il est possible que ce proverbe ait été écrit d'abord en latin, et 
ait signifié : s'il man.ue chair ou poisson ? 

— Les gros poissons mangent les petits : le fort opprime le faible. 
Les anciens disaient: vivre en poisson, pour: exercer le droit du 

plus fort. 
(Yoy. la sauce fait manger le poisson ; vaut mieux que le poisson.) 

Poivre, anciennement jjeivre, du latin piper. 

— De toutes les épices, le poivre a de tout temps été la plus 
répandue, la plus employée dans les cuisines. Il y a eu même une 
époque où toutes les épices furent désignées sous le nom de poivre, 
et les épiciers sous le nom de poivriers. Le prix du poivre était 
très élevé, cl il en était résulté l'ancien proverhe « cher comme 
poivre », qui se dit encore. On donnait du poivre en présent, et 
c'était un moyen employé pour se rendre ses juges favorables. 

PoiX;, du latin pix, grec pissa, provençal pèrjue. 
Rabelais se sert (^comme le provençal) de parasine, pour poix- 
résine. 

(Voy. poissarde.) 

— Lg j)ico/i/K petite mesure pour l'avoine, était un panier d'osier 
enduit de poix à l'intérieur, pour empêcher l'avoine de se perdre. 

— De y^o/x vient aussi y^o//îco;î, tonneau de vin, et, dans l'origine, 
outre, ÛG piceu/n, à cause de la poix dont l'outre est enduite. On a 
intercalé un n, comme dans lanterne, de laterna. 

Poli, du verbe polir, latin polire. 



288 l'dL 

On ne s;iiir;iil h' rallMclicr ;iii <i\vr /lo/is, cilr. iifiii plii;; (iiT;! 
jio/iis, iioiiiliroiix. 

— Soyez poli : Uhuidus cs/o. ((/itoii.) 

C(; n'est |);is toni d'cliT [loli. il laiil riicdi'c (•In' Iioiiim'Ic. 
11 faut plus (Vcîspril poui- cti'e poli (pic pour cli'e honnête. 

Police, (lu prec po/ifcia, p;ii' le laliu po/ifia, ,uou\-erneinent. 

— Synonyuuî : la rousse (aiyol). 

— La police se subdivise en : 1'^ police politique, qui écarte les 
divisions et les complots; 2'^ police de sûreté, qui prévient et 
découvre les attentats: 3" police administrative, qui pourvoit au 
bien-être des citoyens. 

— Le service de la police parisienne contre les voleurs (l8Co) 
coûte 16 millions aux contribuables : à ce prix, il y aurait bénéfice 
à se laisser voler. 

— Un piège tendu par la police s'appelle une souricière. 

— Police d'assurances vient du bas-latin j)oleticum, registre. 

Polichinetle, de l'italien PulriaelUi : de pu/linaceus, jeune 
poulet, à cause de la ressemblance de son nez avec le bec d'un 
poulet. 

Dans l'antiquité, il s'appelait Maccus, et a pris naissance, quelque 
deux mille ans avant Jésus-Christ, dans la cité osque d'Atella, entre 
Gapoue et la mer. On prétend même qu'il est contemporain des 
Pharaons, et ChampoUion a reconnu sa grotesque figure dans les 
peintures égyptiennes. 

— Polichinelle est égoïste, méchant et galant : il ne distingue pas 
très nettement le bien d'autrui du sien. 

— Le secret de Polichinelle : ce que tout le monde sait. 

Polisson, ûe polifi, son, enfant des villes. 

(Cette étymologie hétérogène est invraisemblable. Le mot parait 
venir de l'argot ; à moins qu'on ne veuille voir un rapport entre 
polisson ; qui est à polir, et nourrisson, qui est à nourrir.) 

On donne ce nom à un petit garçon qui joue dans les rues ; à celui 
qui dit ou fait des choses grivoises. 

Polisson était un membre de la grande famille des gueux. 

— Le Dictionnaire du Jargon traduit polisson par : ceux qui 
vont presque tout nus. Serait synonyme de va-nu-pieds. Vers 1071, 
le mot commence à signifier dél)auché. 

Si ses manières te paraissent polissonnes, c'est que tu ne fré- 
quentes pas le grand monde. (TliMirc de Ghérardi. t. L p. 351.) 



por. 2fi9 

Tono/. iii;i(l,iin(\ je suis nolissoii ;iii sii[ir("'iiie dci^ré. (Tliéfilrt^ 
ilalion.) 

Politesse, du .uroc />o//.s-, ville; comme nrhanifc', de ;//-^,s'. 
Bonté artiliciclle. 

— La politesse est une envie de plaire : la natui-e la donne, mais 
l'éducation l'auuinente. (M™« de Lambert.) 

La politesse n'est (jifune forme de la bonté, de la ciiarité et de 
la bienveillance, et une imitation de l'amitié. (A. Karr.) 

La politesse ne coûte rien, et achète tout. 

La politesse est une monnaie qui ue coûte rien, et rapporte 
beaucoup. 

La politesse est une courtisane, qui caresse également tous ceux 
qui vont chez elle. 

La politesse méprisante et dédaigneuse des grands est une vertu 
artiiicieuse qui écarte la t'amiUarité. 

La politesse exquise vient du cœur et d'un grand sentiment de 
dignité personnelle. 

Poltron, du latin poUcx h'uncus. pouce coupé, parce que les 
lâches parmi les soldats romains étaient ainsi désignés, quand ils 
s'étaient mutilé le pouce, afin de se rendre impropres à lancer le 
javelot. 

A notre époque, les jeunes conscrits usent quelquefois d'un 
moyen analogue, en se mutilant l'index de la main droite, ce qui 
les rend impropres à presser la détente du fusil. Mais la jurispru- 
dence des tribunaux militaires les condamne ordinairement à un 
an de prison, qui ne se confond pas avec le temps du service 
militaire, qu'ils accomplissent dans les infirmiers, les pontonniers, 
etc., etc. 

— Valentinien avait fait une loi qui juinissait de la peine du feu 
ceux qui s'étaient uiiitilé le pouce. 

— Ce mot vient plus probablement de ïhiûlcn jto/frone, qui se 
rapproche du vieux mai poulire, poulain. 

Les jeunes poulains sont faciles à elïrayer. 

— Synonymes : foireux, autrefois conchière. 

Vous n'aurez en vostre armée que des foireux. (Parabole de 
Cicquot, lo93.) 

— Poltron conime un lièvre, ...comme la lune. 

Le lâche recule, le poltron n'avance pas. Le premier ne se défend 

i9 



2(90 POM 

pas, le sororid n'oso attaquer. Il iio faut jtas foiniiloi- sur la résîs- 
taïu'o d'un làclio. ni sur le scroiirs (riiii jiollroii. 

Polytechnique (l^colc). du .iircc y^o/i-zx, icrlim". 

— L'école Polyl('(liiii(|iio est destinée à former des élèves irifré- 
nicurs civils et iiiililaires, et des ofdcicrs de qiicifjiics services 
spéciaux. Elle lut créée parla Convention, le 28 s(,'|il(;iid)re 17i)4, 
sur la proposition de Mon^e et de Fonrcroy. 

Elle ne recevait d'al)ord que des externes ; c'est à partir de 1804 
qu'elle a été internée. 

Les élèves de l'école se signalèrent, en 1814, à la défense de 
Paris, et à la Révolution de 1830. 

Licenciée par Louis XVIII, elle fut rétablie peu de temps après. 

Polythéisme, du tirec jxjIus, t/iéos. 
Religion qui admet la pluralité des dieux. 

— On peut distinguer plusieurs espèces de polythéisme : 
L'idolâtrie, ou adoration des idoles, qu'on appelle antliropomoi'- 

•phisme, régna en Grèce et à Rome avant l'établissement du 
christianisme. 

Le sabéisme est le culte des astres et du feu; il était répandu 
surtout en Arabie et en Clialdée. 

Le fétichisme est Tadoration de tout ce qui frappe les sens, de 
tout ce à quoi on attribue quelque puissance. C'est la forme de 
religion la plus grossière, celle des sauvages. 

— S'oppose à monothéisme. 

Pommade, de l'itaUen pomnla. 

Onguent fait jadis de pulpe de pomme et de graisse. 

Pomme, du latin po/na, pris i)Our po/num. Provençal poume. 

— Le moi pommn, dont le sens s"est restreint en français, était 
chez les Romains le nom générique de tous les fruits, à pépins 
ou à noyaux, comestibles. 

Pomone était la déesse des vergers. 

— Pomme pourrie gâte la compagnie. (Voy. fréquenter.') 

11 y en a plus que de pommes en Normandie : c'est chose com- 
mune. 

— Pomme de discorde. (Voy. brandon.) 

Aux noces de Tliétis, la Discorde, pour se venger de n'avoir pas 
été conviée, appai'ut au milieu d'un nuage, et jeta dans l'assemblée 
des dieux une pomme d'or, avec ces mots : « A la plus belle. » 



VOM 291 

Toutes les déesses avaient la prétention de l'obtenir; mais Vénns. 
Minerve et JuiKtn concoururent seules, et Jupiter les envoya sur le 
mont Ida pour y être jugées par le berger Paris. Gliacune d'elles 
lui m une promesse pour obtenir son suffrage. Junon Itii promit le 
pouvoir et la ricliesse : Minerve, le savoir et la vertu: Vénus, la 
possession de la plus belle femme. Séduit par la beauté de Vénus, 
et plus peut-être encore par sa promesse, Paris lui donna la pomme. 

D'osprit co(|nct los déesses étaient, 
D"allcr ainsi, sans eunnailre un jeune homme. 
Lui (lécoiurir tout ce qu'elles portaient, 
Kl lui montrer le c... pour une pomme. 

(SArillAZlN.) 

— Donner la pomme : accorder le i)rix. 

— Il faut que la pomme soit un fruit maudit, puisqu'elle a perdu 
nos premiers parents, et qu'elle porte le nom de « fruit défendu ». 
Elle a allumé la guerre de Troie, et son nom latin vialum, signifie 
en même temps malbeur et cbâtiment. 

« ...Moi, amoureuse de ce jeune blondiu ! S'il n'y avait eu que 
lui et moi dans le Paradis terrestre, la pomme restait sur le 
l)ommier. » 

— Pomme d'Adam. Cartilage en saillie du larynx, dans la partie 
antérieure du cou. Une tradition niaise croit que c'est un morceau 
du fruit défendu qui s'arrêta en cliemin. 

— Pomme de terre : goujon pêcbé à coups de piocbe ; orange à 
codions (Balzac). 

Ce tubercule fut importé d'Amérique en Eurojjf^. vers looO, par 
les Espagnols. En 1580, sous le règne d'Elisabetb, Walter Raleigb 
l'introduisit en Angleterre, où elle ne fut employée comme aliment 
qu'à la fin du xvii« siècle. 

En France, son usage ne se propagea que cent ans plus tai-d, 
à la lin du xviir siècle, par les soins de Turgot, ministre de 
Louis XVI, et do Parmentier. C'est par la persévérance de ce 
dernier, qu'elle fut adoptée comme aliment. Louis XVI orna sa 
boutonnière des premières fleurs de solanum tuberosum. A la 
suite de la première récolte, Parmentier donna un grand repas 
dont la pomme de .terre fit tous les frais. 

Pomper, boire; expression triviale, argot. 
Lupold, avec son nez à pompette, conclud tous ses contes par vin. 
(Contes d'Eutrapel, cité par L. Larcbey.) 

Pompon, de 7)om/>e (?), ornement fastueux (?). 



29â PON 

Avoir In pompon : In snporioritr. Lonition om](nnit(V' nii Inripotrc^. 
mililiiiro. 

Poncif, autrefois poncif;, dérivé de poncer, \){)\\y i\ \\\ pierre 
ponce. 
Peut-être de jjun;jcrc, piquer (?). 
Dessin piqué et décalqué, imitation banale et sans originalité. 

— Le poncif, en littérature, est un vieil attirail de phrases toutes 
faites, et en quelque sorte stéréotypées, à l'usage de certains 
journaux. Telles sont: le char de l'Etat; l'horizon politique; 
l'hydre de l'anarchie. (Yoy. s(y/c.) 

— Faire poncif, en peinture, c'est produire une œuvre en 
décalquant l'œuvre d'un autre. 

Pondre, du lalin ponere, sous-entendu ova : mettre bas ses 
œufs. 

— Pondre sur ses œufs : accumuler ses revenus. 

Pont, du latin pojis, pontem. 

(Yoy. le pont aux ânes : la foire n'est pas sur le pont.) 

Pontoise doit son nom à un pont sur la rivière d'Oise. Elle 
s'appelait Brivisara, selon ï Itinéraire d'Antonin ; de iïr/ra, pont, 
en celtique, et de Sara, Oise. 

Brive-la-Gaillarde, Bruges, Cambridge, désignent aussi des lieux 
situés au bord de rivières sur lesquelles on a construit un pont. 

— Il a l'air de revenir de Pontoise : il semble tout ahuri. 

La légende suivante, tirée d'un manuscrit du xiv« siècle, a donné 
cours à cette locution. 

Une princesse Marguerite avait près de Pontoise un château, où 
elle recevait beaucoup de seigneurs de la cour. Elle lit construire 
une de ces trappes mystérieuses appelées oubliettes. L'ouvrier qui 
la construisait, ayant entendu la princesse dire qu' « elle l'y jette- 
rait le premier, pour les essayer », émoussa le tranchant des 
rasoirs et des pointes d'acier qui tapissaient les murs, et plaça au 
fond des matelas. Grâce à ces précautions, il ne se fit aucun mal 
en tombant. Peu après, il fut suivi de plusieurs seigneurs que la 
princesse voulait faire disparaître, pour s'emparer de leurs biens; 
mais ils s'échappèrent tous par des souterrains connus de l'ouvrier, 
et ils allèrent se plaindre au roi. La princesse Marguerite, qui se 
trouvait alors auprès de son père, leur ayant demandé d'où ils 
venaient : « Madame, répondirent-ils tout effarés, nous revenons 
de Pontoise ! » (Yoy. étonner.) 



POR 293 

Population, du l)ns-latin pninilallo, (ia populus. 

— J.Kiossiiis Maltliiis jiublia, on 1798, un Essai sur les popula- 
fions. dnns lequel il conseille de prévenir l'excès de l'accroissenient 
du Liciire liiiinaiu. 

— La pojudalion tend à augmenter en proportion géométrique, 
tandis que les produits du sol ne suivent dans leur accroissement 
(jiic la progression ariliimélique. (Mayer.) 

La population du globe est d'environ un milliard d'individus. Il 
en meurt un à chaque seconde. (Gliazallon.) 

Port, du latin portas. 

Au ligure, arriver au port : réussir, atteindre le but. 

Avec un pou d'effort. 
On arrive toujours au port, 
(Juaiul on sait conduire sa itarquo. 

Ne saurai-je trouver \\n favoralite port 

l'our me uiellrc à fajjri des leuipèles du sort? 

(Racan, Bergeries, V, 1.) 

PortC; du latin porta. 

— 11 faut qu'une porte soit ouverte ou fermée : il faut prendre 
un parti. 

...A mat jaimn liinen. 

(UuHACK.) 

(Une porte aiuie à être close.) 

— Les portes de l'enfer. Dans l'Évangile de saint Mathieu 
(XYI, 18), Jésus dit à Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je 
bâtirai mon église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas 
contre elle. » 

Dans cette phrase, porte est pris pour tribunal, pouvoir. 

C'est une métonymie, la porte se disant pour le palais. 

Porte est même employé pour ville, dans la Bible : Possidebit 
semen tuum portas inimiroruin tuoruni. Ta postérité possédera 
les villes de tes ennemis. 

— La Sublime-Porte, ou Porte-Ottomane. Le khalife Mostadhem 
avait fait enchâsser sur le seuil de la porte du palais de Bagdad un 
morceau de la fameuse pierre noire de la Kaabali, envoyée par 
Abraham. 

— Thèbes à cent portos. Thèbes, ville de la Haute Egypte, à la 
droite du Ml, célèbre dans l'antiquité par ses cent portes qu'a 
chantées Homère (Iliade, I, 381). D'où le nom de Hécatompolis, 
c'est-à-dire à cent pylônes, car la ville n'était pas fermée. Ce sont 
des monuments élevés par plusieurs Louis XIY égyptiens, anté- 



294 l'on 

rieurs do i)liis do inillo ;ins ;"i Jésiis-Clirisf, qui ont roiiverl la |)laino 
de Tlirhes do porlos Saiiit-Doiiis, [tour Iraiisiiietlro à la postérilc 
le soiivoiiir do leurs Irioiiipliatiles dynasties. 

Popte-voix, mol eoni|)Osé du vcrho porlo^ci de voix. 

Iiislrunu3nl d'acousli(iuc destiné à faire entendre la voix au loin. 
Un porte-voix d'un mètre de longueur porte le son à environ 
oOO pas. 

I.e porte-voix do marine, qui sort aux manœuvres dos bàliments, 
se nomme le hmillnrd. Celui qui sert à transmettre la parole d'un 
navire à l'autre, et qui s'allonge à volonté, comme une lunette, 
porte le nom de gueulard. 

On fait aujourd'hui, en caoutchouc, des tuyaux porto-voix, qui 
transmettent la parole d'un étage à l'autre. 

Porter, du latin portarc, provençal porlar. 

— De là : portée, déporter, déportement, exporter, importer, 
rapporter, etc. 

— Se bien porter, se porter comme un charme : très bien. 

On s'aborde avec réternelle interrogation : « Gomment vous 
portez-vous? » et l'adieu est toujours: « Portez- vous bien!» le 
souhait le plus vif de l'amitié, car la santé est le premier des biens, 
et l'assaisonnement sans lequel la vie est insipide. 

~ Se mal porter : être malade. 

— Porter de l'eau à la rivière ; comme porter du i)ois à la forêt. 
Les Anglais disent : porter du charbon à Newcastle. 

— Porter quelqu'un à la cabre jnorte (Rabelais) ; c'est-à-dire sur 
le dos comme une chèvre morte. 

En Provence, les enfants aiment à être portés ainsi, à cabri/ne. 

Portier, dérivé de porfe. 

Synonymes : Cerbère, homme hargneux comme le chien des 
enfers ; M. de la Loge ; M. du Cordon : Pipelet, nom emprunté aux 
Ml/stères de Paris, d'Eugène Sue ; concierge ; suisse. 

Portion, du latin porlio. 
Partie d'un tout. 

— Portion congrue : pension que faisait au desservant d'une 
cure celui qui en était titulaire et qui en touchait le revenu. La 
portion congrue n'était due qu'aux curés dont les revenus étaient 
inférieurs à 300 livres. 

Portrait, dérivé de l'ancien \erhQ portraire. 



POT 293 

Imatre iriiiie pcrsoniio. f.iite nii moyen do l'un dos arts du dessin. 
Reprodiiiro tr;iil pour trail. 

Poser, du l.iliu /if/KsfU'c. 

Prondi'O ({{'<■ altitudes. 

Il soiuhlo inu'DuiN soi-vii' d'ohjoclil' ;'i uu [)liotograplic. 

Possible, du latin possibUem, qui peut se faire. 

— Au [lossihle : beaucoup. Il est gentil au possible: très gentil. 
SaiTa/.iu a dit. eu parlaul de Yalstein : artitîcieux au possiI)le. 

L'KIrriicl est grand au possible. 

(DKsroKTES, l'.saiime XIV.) 

Poste, du latin posltn, placée. 

— i.e service dos postes se faisait au moyen de courriers postés 
de distance en dislanco. 

— Employé dos postes : Iionime de lettres (ou aux lettres?). 

— La poste restante est un lieu où aboutissent péle-niole l'amour, 
la Iiotiso ol la fri[)onnerie. 

Pot, origine incortaine, peut-être l'idée de boisson, palus s'y 
retrou vo-t-olle l 

— Pot-au-feu, pot-liouille : bœuf bouilli. 

On appelait ;iutrefois « pot-pourri » un pot-au-feu composé de 
bœuf, de mouton, de veau, de lard et de plusieurs sortes d'berbes 
et de légumes. 

« Pot-pourri » désigne un ouvrage composé d'éléments disparates. 

— Pot de chambre, vase destiné aux plus vils usages. 

— Synonymes : Bourdalou. 

Carlos, par altération de « gare l'eau ! » cpii rappelle le passarès 
des Provençaux. 

Goguenot. baipiot-tinette, lati-ino portative dans l(>s campements. 

Hippocrato. dont ranagramme est « pot à ch... ». 

Porcelaine d'appai'lomont. 

Thomas. On prétend que ce surnom donné au vase nocturne est 
une allusion au Vide, T/io/nn, de l'hymne de Pâques. 11 semble 
venir plut("»t de esfnmnr, dont il est l'exutoire ? 

Mangera-t-il de riiorlje aux chiens, pour décharger son thomas ? 
(Rabelais. V, 40.) 

Les Anglais disent : aller voir la more Thomas. 

— Pot-de-vin (rappelle pourboire). 

On appelait ainsi une so'rte de droit payé par les fermiers aux 
propriétaires des lei'rains. 



296 POT 

Aiijniii'd'liiii. c'est lin |)i-('S('iit doiim'' cii dcliors (riiii iii;ir(li(''. iiiic 
gratilinilioii, (liiiis iiik^ liMiisMctioii. ;'i celui (]iii l';i fuil coiicliin^ : 
sorte (le |»i'i\ du coiirUi^c, ([ni. ;i l'oi-iiiiiie, ;i |»ii elic une inesiire 
do vin. 

Los pots-de-vin sont |)iinis piir l;i loi. lorsqu'ils ont poiif Imt de 
corrompre les n.aenis ou l'onclionn;iires piihlics. 

Rabelais appelle un pot-de-viu or potable {{) : " Jay encorcs 
quoique escu, nous le boyrons ; car c'est aumm jtoiabile. » 

— Le pot de terre contre le pot de fer : la lutte du faillie contre 
le fort. 

Ce proverbe se trouve dans une fable d'Ésope et dans X Ecclésias- 
tique (Xlil, 2) : Quid communicdbit carabus ad olkun^^ quando 
enim se colliserint, confringelur. Quelle union peut-il y avoir 
entre un pot de terre et un pot de fer ? S'ils viennent à se heurter, 
le pot de terre sera brisé. 

— Découvrir le pot aux roses ; ou plutôt le pot au rose, parce 
que les femmes qui se fardent, cachent avec soin le pot qui contient 
ce à quoi elles empruntent leur fausse lieauté. 

Découvrir le pot au rose, c'est découvrir un secret, malgré les 
précautions prises pour le tenir caché. 

Il se prend toujours en mauvaise part, comme « éventer la 
mèche ». 

— 11 n'est si vilain pot qui ne trouve son couvercle. 
En provençal : Chaque toupin trouve sa cabucèle. 

Ce proverbe, un peu trivial, signifie qu'il n'est pas de tille, tant 
laide soit-elle, qui ne trouve, comme la plus jolie, à se marier. 

— La fortune du pot, ou du pauvre (Inirlesqiie). 

M. Decbambre écrivit au marquis de Y... : « Je vous prie de 
vouloir bien venir partager mon petit diuer. et d'accepter sans 
façon la fortune du pot... Dochamiire. » 

— La poule au pot. Quelque temps avant sa mort, Henri IV disait 
à Sully : « Si Dieu me fait la grâce de vivre encore deux ans, je 
veux qu'il n'y ait pas un paysan dans mon royaume qui ne mette, 
le dimanche, une poule dans son pot. » 

A l'avènement de Louis XYI, un marchand de Paris prit pour 
enseigne : La Poule au pot, et ces vers : 

Eafia la poule au pot sera donc bientôt mise ! 

On doit du moins le présumer, 
Car, depuis deux cents ans qu'on vous l'avait promise. 

On n'a cessé de la plumer. 



POT 297 

Nép. Lcniorcior, dans le poème des Ar/cf; fraiirnis. se sert dune 
périphrase singulière pour exprimer Pidée de poule au [)0[ : 

....le veux... 
Non les payer on mois frixolcs. 
Mais leur dDiincr à prix (lobules. 
L'épouse (lu eliaiilre du jour. 

La îiK'illi'iirc (inliiiipif rsl (■clic iW la [xtiilc au pol : c'esl rahondauce 
et le lias prix des p(jmmes de terre; cest la vie facile et heureuse, 
sans excès de travail, sans misère, excepté pour les paresseux. 

— Sourd comme un pot. Un pot n'a pas d'oreilles et c'est en cela 
qu'il dilVère d'unc^ écuelle. 

— Tourner autour du pot : hésiter. 

Eli ! faiil-il laiil tourner autour du pol ? 

^l^^cl^^;, Plaideurs.) 

Potée, dérivé de //o/. 

Le contenu d'un pot ; une potée d'eau. 

Au figuré, une grande quantité : une potée d'enfants. 

— Éveillé comme une potée de souris. M""^ de Sévigné écrit : 
« une i)ortée de souris ». 

Potence, du latin potenlia. puissance, autorité : puis appui, par 
comparaison avec une béquille. 

— Au Moyen-Age, le droit de dresser potence était une marque 
de souveraineté. La potence était réservée aux manants et aux 
bourgeois. C'est pourquoi Rabelais distingue plaisamment « gil)ets » 
et « potences », et destine celles-ci aux grands larrons, jioientes. 

— La pendaison fut abolie eu France, le 21 janvier 17i)0. 

— Il y a\ait des potences en permanence, à Paris, à la Grève, 
aux Halles, à la Croix du Traboir, rue de l'Arbre-Scc, qui doit son 
nom à cet usage sinistre. 

Le gibet, ou fourches patibulaires, ne servait qu'à accrocher le 
corps des suppliciés, qui y restaient exposés. Celui de Paris était à 
Montfaucon. 

On pendait aussi aux arbres des grands chemins et des forêts. 

Rabelais ((II, 51) y fait allusion dans ce passage : « Fenabrègue... 
le dernier eut nom Ulmeau, et feut grand chirurgien en son 
temps. » Fenabrègue, en Languedoc, est le nom de l'alisier, où l'on 
pendait ordinairement les Vaiidois, sous Fran(;ois T''". Ce nom veut 
dire « abrège- tin » . 

— Gibier de potence. 

Furcifer, pabnlnm Acherontis. 

(l'i.ALTE.) 



298 POT 

!>(> mot « s;icri|i;iiil » sciiihlr cii ('Iri' une Iriidiiilioii. 

— l'^vilcr l;i |)(»l('iic(': fnirc loi'l ;iii\ corhcMiix. 

SynoiiNiiK'S : l)(''(iiiill(' ( Vitl(»i(|) ; ;illiisioii ;"i lit for'ine de la potcnco, 
qui rcssciiihlc ;'i iiih' l)é(|iiillc jji^^aiitcsquo. Un l'appelle aussi, pour 
la jnéine cause, la « jamix' eu Tair ». 

Potin, néologisme, s'emploie familièreuieut. Oriuiue incertaine. 

— Faire des potins: des commérages. 

Lq, potin est la matière employée pour l'aire la vaisselle, dans les 
pays où l'argile manque. C'est un alliage de cuivre et d'étain, et 
quelquefois de plomb. 

Faire des potins, dans le sens de bavarder, ce serait iinilcr les 
commères, qui, lorsqu'elles se réunissent à la fontaine pour nettoyer 
leur vaisselle, font aller leur langue plus vite que le frottoir. 

Potiron, du grec polerio/i. vase à boire (?). 

Sorte de gros cbampignon, d'où l'expression : avancer comme 
potiron (Brantôme), avancer rapidement. 

Sorte de grosse citrouille, qui a servi souvent de terme de 
comparaison à une obésité excessive. 

Potron-Jaqiiet ou Potron-niinet, origine incertaine. 

— Se lever dès Potron-minet... : au petit jour, de grand matin; 
c'est-à-dire comme le petit chat, qui dislingue très bien les objets 
dans l'obscurité et se lève avant le jour pour prendre les souris. 
Potron serait le diminutif de 7Jo/?r, ou. poutre, petit des animaux. 

Il avançait pays, monté sur un cricjuct, 

Se levait tous les jours dès \o polron-jaqiiet. 

[l'orme de Caftoiic/ir, VU. riT.t 

En Normandie, on dit : se lever dès le paître au jacquet (écureuil) ; 
c'est-à-dire au moment où l'écureuil va chercher sa nourriture. 

On dit aussi : se lever dès les chats, parce que le chat est réputé 
le plus matineux des quadrupèdes, ou : dès que les chats sont 
chaussés. (Dictionnaire de Trévoux.) 

— Il y a aussi la variante patron : parce que l'o'il du patron doit 
toujours être ouvert. 

— On dit à l'inverse : se coucher avec les poules ; se lever au 
desjucher. (Rabelais III, il.) 

— Rabelais (lY, 9) se sert de l'expression : à l'aube des mouches, 
que plusieurs commentateurs ont traduite par: le soir, sur le soir, 
sans donner d'explication. Mais, sans le secours des savants, il est 



ror 299 

f;iciIo de reconiKiitro qiio l'aulio des moiirlie?, <ilha dei tofrnii Aos, 
Italiens, est midi, lliem-e où le soleil est dans toute sa force, où les 
mouches sont le plus importunes, ...demandez plut(U aux ânes. 
Huant au soir, l'heure du crépuscule, il est dcsi.uné pai' la loiiition : 
entre chien et loup, i Jolianneau.) 

Pou, anciennement /jo////, et plus ancifMiueiiienl /H-oni/ ; û'oii 
les dérivés ponillcr, pouilleux Du latin jH-dirulus. d'oii />c(li- 
ciilairc. 

Un autre déri\é de y>o?/ est fripouille nIcux mot qui siiiniliait 
misérahle. qui iiobe les poux. 

Chercher pouille, chanter pouille : chercher querelle, dire des 
injures. 

— Insecte parasite qui s'attache au coi-[»s et aux cheveux de 
l'homme, et au.x poils des animaux. 

— Synonymes: garde du corps. 
Grenadier, gros pou : l'élite de la garnison. 
xMousquetaire gris. 

Puce de meunier, puce meunière (Rabelais). Le même auteur les 
appelle aussi éperviers de Monlaigud, 37), par allusion au collège 
de pouillerie de Montaigu qui planait sur une hauteur, comme les 
éperviers. Erasme devint malade à ce collège, par suite du mauvais 
régime qu'on y suivait. 

— Pou atl'amé : gueux, avide de gain. 

Il écorcherait un pou pour en avoir la peau : il est très avare. 

Pouce, anciennement ;>o/(:-<', qui est provençal: du latin pollex, 
j)ollicem. 

— Mettre les quatre doigts et le pouce : la main entière. 

— Mettre les pouces : céder, s'avouer vaincu. Les anciens 
disaient : l)i<jHum lollcrc, manns dare. Le gladiateur vaincu 
avouait sa défaite par ce signe. Un geste fait avec le pouce indiquait 
l'approbation. 

Pollice utroquc laudare. 

(IIonAr.E.) 

Louer sans restriction, comme nous disons applaudir des deux 
mains. 

— Jouer du pouce : compter de l'argent. 

— Malade du pouce: avare. Allusion au geste qui consiste à 
frotter le pouce sur l'index. 

— Manger sur le pouce: sans se mettre à table, à la hâte, en 



300 POU 

tciiiint ;'i l.'i iiKiiii le p.iiii sur l('(|iicl repose un morceau de \iaii(le... 
Sur le poiire esl |ioiir sous le ponce. 

— S'en mordri; les pouces : s'en ropenlir. 
L'nfjuem denlibits connimjnl . (Pélrouc.) 

QiijiikI un f;iit mal ro qiiOn rloil fairo, 
On s'en mord les ponces, dil-oii ; 
C'est du péclié du prr'mier iière 
Que dérive ce vieux dicliMi ; 
Car le gourmand avec sa iiommo 
Se mordit les pouces aussi, 
El, de père en fils, voilà comme 
Nous a\ons ce ddigt raccourci. 

— Pouce d'eau. C'est la ciiianlité deau qui s'écoule par un cylin- 
dre de deux centimètres de dianu''tre et de dix-sept cenliinètres de 
longueur, le niveau de l'eau du réservoir étant maintenu à trois 
centimètres au-dessus de rorilîce. Cette quantité est de vingt mètres 
cultes en vingt-quatre heures. 

Poudre, du latin pi/fri.^. pu/rerein. 

Particules très ténues de matière, que le vent soulève. 

— Poudre de succession : poison. 

L'infâme science de la Voisin et de la marquise de Brinvilliers, 
avait fait de nombreux élèves, et les poisons se vendaient elïronté- 
ment dans toute la France, sons le nom de « poudre de succession ». 
La violence de ces poisons et l'ignorance des médecins du temps 
en toxicologie, assuraient aux coupables la réussite et l'impunité. 
La Revoie, nommé lieutenant de police, fit condamner la Voisin et 
ses complices à être brûlés eu place de Grève, et Tédit que rendit 
le roi, la même année, contre les empoisonueurs, fit cesser le mal 
qui avait répandu la terreur dans le pays. 

...Vous prenez une prise de tabac, ...et puis. Dieu vous bénisse ! 
l'atïaire est faite... Il y eu a qui vous empoisonnent dans un 
bouillon : cela s'appelle donner un coup de pistolet dans un bouillon. 
{La Marquise de Brinvilliers, drame.) 

La poudre de succession était le sublimé corrosif : ou deuto- 
clilorure de mercure, sel blanc, solublc dans l'eau, extrêmement 
vénéneux. Quelques centigrammes introduits dans l'estomac suffi- 
sent pour donner la mort. Le blanc dceuf est l'antidote le plus 
efficace pour le combattre. 

— L'absorption cutanée ne se produit qu'à la paume des mains 
et à la plante des pieds. C'est pour cela que Catherine de Médicis, 



POU 301 

aulôo du Florentin Roui, avnit clioisi les ponts et les lins pour 
se déliai'rnsserde ses ennemis. 

Vers 1870, plusieurs empoisonnements furent causés par des bas 
de coton teints en ronce avec des sels de mercure. 

— Le poison est l'arme de l'assassin en chambre et qui n'a pas 
riiabitude des grandes routes. La balle et le couteau sont de 
détestables complices : la victime crie, les blessures sont apparentes. 
.Mais le poison, quelle ai'iiie discrète! Une pincée de poudre entre 
deux sourires et (Hi n'a [)iiis ([\i'i\ prévenir le notaire. On risque 
bien de renconti'er l'autopsie et les cbiuiistes, plus habiles que les 
anciens augures à cousidter les entrailles des victimes : mais on 
a tant de chances d'impunité! 

La pubUcité donnée aux débats des crimes d'empoisonnement est 
malsaine, et laisse trop d'héritiers rêveurs. 

— Il n'a pas inventé la poudre : il est un peu niais. 

On dit de même : Ou a tiré un beau feu d'artifice le jour de sa 
naissance. 

Ce proverbe prouve quelle importance on a attachée à l'invention 
de la poudre à canon, atlrihuée longtemps à Roger Racou, moine 
anglais mort en 1290. Avant lui, dès le viii^ siècle, Marcus Grœcus 
avait parlé de la poudre composée de soufre, de charbon et de 
salpêtre. 

— Jeter de la poudre aux yeux : Pu/rerem ocit/is e/J'andcre. 

— Vif comme la poudre : c'est un salpêtre : il s'enllamme 
aisément. 

Pouffer, onomatopée: comme bouffer... 
PoutTer de rire. On dit aussi : s'esclafïer de rire. 

Poule, anciennement polc, du latin puUa, féminin de pu//us, 
petit d'un animal. A remplacé géline. 

— C'est le fils de la poule hlanchc : un homme heureux. 
Suétone raconte, au commencement de la Vie de Galba, qu'une 

poule blanclie tomba des serres d'un aigle aux pieds de Livie, 
femme d'Auguste. Ce présage fut considéré comme heui'eux, et les 
poussins qu'elle donna furent révérés comme les poulets sacrés et 
élevés avec soin dans une ferme qu'on nomma villa ad fjaUlnas. 

Juvénal dit : « Penses-tu, homme simple, qu'on doive t'excepler 
de la loi commune, parce que tu es le (ils de la poule blanche, et 
nous autres de vils poussins?... » 

(Yoy. poule au pot ; pliuner la poule.) 



302 POU 

— Poiilf iii()iiill('(' : pci'soiinc i)iisill;iiiiMiG. 

— Tuer l:i poule ;iii\ œufs d'or. 

Ksnpc nicoiiU; que le Imp ;ivi(lo possesseur de cette poule, non 
fontoul do \'(p\\\ dor qu'elle pondait tous les jours, la tua, pour 
recueillir le lr(''S()r (pi'il croyait reul'ei'iué dans ses entrailles. Il se 
l)i'i\a ainsi d(! son l'evenu. 

L'avarice \k'V{\ loiil on MHilanl luiil {^ajinor. 

(La Fontaink.) 

— Les Latins disaient : « Il faut tondre la brebis et non 
l'écorcber. » C'est un conseil dbuinanité, en même temps qu'un 
bon principe d'économie domestique. 

— En 1814, l'école Polytechnique demanda à combattre. Napoléon 
refusa, en disant qu'« il n'en était pas encore réduit à tuer sa poide 
aux œufs d'or ». 

Poulet, diminutif du précédent. 
Petit de la poule et du coq. 

— Lettre amoureuse, billet doux. Ainsi nommé parce que, d'après 
Furetière, il imite par ses plis, les ailes d'un poulet. 

Peut-être parce que le papier du format sur lequel s'écrivent ces 
billets est appelé />o^//e/ •'' 

Cette expi'ession était déjà en usage au temps de Henri IV. 
Lavarenne. qui avait été cuisinier de Catberine. sœur de Henri IV, 
étant passé au service du roi, se rendit nécessaire en lui ménageant 
des plaisirs amoureux. Henri le combla de biens. Son ancienne 
maîtresse l'ayant trouvé dans celte nouvelle situation, lui dit : 
« Lavarenne, tu as bien plus gagné à porter les poulets de mon 
frère, qu'à piquer les miens. » 

— Mercier (Tableau de Pains, cb. 296) dit : « C'était autrefois, 
en Italie, les vendeurs de poulets qui portaient les billets doux aux 
femmes ; ils glissaient le billet sous l'aile du plus gros, et la dame 
avertie ne manquait pas de le prendre. Ce manège ayant été 
découvert, le premier messager d'amour qui fut pris fut puni de 
l'estrapade, avec des poulets vivants attachés aux pieds. Depuis ce 
temps, poulet est synonyme de billet doux. Les commis ambulants 
de la petite poste en portent et reportent sans cesse : mais une 
cire fragile et respectée tient sous le voile ces secrets amoureux : le 
mari prudent n'ouvre jamais les billets adressés à sa femme. » 

Pouls, du latin pulsus : d'où aussi : pulsation, pousser. 
Mouvement imprimé à tout le système artériel, par l'ondée de 



POU 3or^ 

san.u' que rli.iqiK» coiitrnclioii du cœur f;iil priirti-cr dans les 
artiM'és. 

— Le pouls bal ordiiiairciiiciit (U) ;i 70 fois par luiiiiiU'. 

— Se tàtei' If pouls : ('(insiiKcr son courage. 

Je smiilc ma iini-lcc cl me tâte lo pouls. 

(Hkc.mjcii, Satire F.) 

Autrefois, certains médecins jugeaient des maladies par Tinspec- 
tion des urines, et Ton Iroiive dans Uabelais (liv. III, cli. 33) : 
« .le vouldroye liicMi (pie les chevaliers de Malle me résistassent, 
piMii' voir leur urine. " On dii'ail aujourd'hui : « Je voudrais bien 
leui- làter le pouls, pour inelti'e leur courage à l'épreuve, voir ce 
ipiils ont dans le venti'e. » 

Poupée, du lalin piijxi. [lelile lille. 

Petite ligure en matière plastique, imitant la forme humaine. 

Kn latin, le petit de l'homuic s'appelle ym/^^6% onpupus. 

Martial appelle j)iij)n une petite tille. On appelait jadis une jeune 
fdlc pufa, pule ou <j(irce. Ce sont les féminins de pi/tus et de f/ars. 
Nous disons encore poupon, pour un petit enfant, et pupille, 
l'enfant mineur. 

Peut-être vient-il de Poppce, femme de Néron, qui prenait un 
soin excessif de ses charmes et de sa parure. Elle avait dans ses 
écuries des mules ferrées d'or, et cinq cents ânesses, qui fournis- 
saient du lait pour la baignoire où elle allait chercher la fraîcheur 
du teint. (Voy. jnnr tonnelle.') 

Poupon, pouioi, noms d'amitié donnés aux petits enfants. 
Suétone (Vie de Califjula, 13) dit : Sidus et pulluin et puj/titn 
et alumnum nppellantium. 
(Voy. Horace, Salires I, III, 4o.) 

Pour, du latin jiro ; anciennement yjor, pur. 
Se retrouve avec sa forme latine dans les SermenH de Siraa- 
bourf). 
Préposition qui marque le motif, la destination, l'échange. 

— Pour ou contre. On fait un grand éloge du mot de César, au 
début de la guerre civile : « Qui n'est pas contre moi est pour moi. » 
On a blfimé le mot tout contraire de Pompée : « Qui n'est pas pour 
moi est contre moi. » 

Pourceau, anciennement porcel, du latin porcellus, diminutif 
de porcu.s. 



a04 Vi)V 

Synonymes : porc, coclioii, roiii|i;i.uiion de sainl Aiiloinc. 

— Jeter (les perles devant les pourceaux. (Voy. perle.) 

■ — PoiiiToaii (ri''-|iiriir('. (Voy.) 

Pourfendeur, de pourfciulrc^ fendre roinplrlenient. 
IroniqiKMiicnl : laiiiaron. 

— Godefroy de liniiilloM. clicl' de la preuiirre crriisade, était, dit 
Gnillaiinie de Tours, d'une force telle, qu'au siège d'Antioche, il 
poiirfendil un cavalier turc depuis la tète jusqu'à la selle, et blessa 
même le dos du clunal. 

Pourpoint (^à hn'de) : de très près, à bout portant. 

Et la tire à brùle-pourpuint 

D'un petit arc qu'on no voit point. 

(Si-.ARRON, Virgile travesti.) 

Pourrières. Ce sont les armes de Fourrières, où trois hommes 
portent une tuile. 

L'an 107 avant Jésus-Christ, Marins remporta la célèbre victoire 
près d'Aix-en-Provence, sur les Cimbro-Teutons. 11 y eut, dit Tite- 
Live, deux cent mille morts, qui furent abandonnés sans sépulture 
et pourrirent sur ces champs, appelés dès lors campi pnlruli, 
champs de la pourriture, d'où l'on a fait Poia^riêres. 

L'armée romaine avait élevé sur le champ de bataille, à Marius, 
un monument qui le représentait debout sur un bouclier porté par 
ses soldats. Le bourg de Pourrières avait mis ce sujet dans ses 
armoiries. 

Plus tard, la statue de Marius ayant été détruite, le peuple, en 
faisant allusion à la forme en tuile du bouclier romain, mit en 
circulation le proverbe, pour désigner les gens qui font de grands 
elTorts poiir une petite cause. 



»ir, du bas-latin polere, pour posse. 

— Vouloir, c'est pouvoir. (Saint Paul.) (Voy. vouloir.) 

— ,\o)i possmnus : Cela m'est impossible. Parole de saint Pierre 
au prince des prêtres. Exprime un refus péremptoire, sur lequel 
on ne saurait revenir. 

— Il y a dans l'ordre physique des impossibilités exprimées par 
de nombreux proverbes : 

On ne peut courir deux lièvres à la fois. 

Sonner et aller à la procession. 

Faire d'une buse un épervier. 

On ne peut pendre plus haut que la potence. ] 



CHK 305 

(Jiii ut' peut c'OiiiiiR' il M'iit, \ciiiUe l'Oiiiiue il peut. 
Qui ne peut lialopci-, qu'il trotte. 

— On accom|i;igne parfois pouroir de peitf-rh-c : « Cette entre- 
prise pourra pout-tHre réussir... » 

Ces façons de parler sont des pléonasmes à éviter, car il est 
certain que ce qui peut être, se pourra. 

— Kii politique, le pouvoir, ou la puissance publique, est l'auto- 
rité chargée de gouverner la société. On distingue :' le pouvoir 
législatif, chargé de faire les lois: le pouvoir exécutif, ciiargé de 
les faire exécuter : le pouvoir judiciaire, chargé de poursuivre et 
de punir les infractions à la loi. 

— Le pouvoir discrétionnaire est la faculté laissée au juge, et 
spécialement à un président de cour d'assises, d'agir, dans certains 
cas, selon sa volonté particulière. 

C'est aussi le j)ouvoir attribué, en temps de révolution, à un 
homme investi de l'autorité dictatoriale. 

— Pouvoir tenq)orel : le bon pasteur aimant ses hrcbis... comme 
côtelettes. 

Pratique, du ^^vox praldikr. S'oppose à la théorie. 
M. liaussmann est un homme pratique, très pratique, un homme 
nfiniment pratique, tro[) [)ratique même (1869). 

Pré, du latin prtitum, provençal prat : d'où Pradet (petit pré), 
nom d'un village très fertile des environs de Toulon. 

— Aller sur le pré : se battre en duel. 

Dés IIGO, les écoliers, appelés aussi clercs au Moyen-Age, allaient 
se récréer dans un pré voisin de l'abbaye Sain!-Germain-des-Prés, 
qui prit de là le nom de Pré-aux-Glercs. Ce lieu lut souvent témoin 
de rixes et de comljats entre les écoliers et les gens de l'abbaye. 
Il devint ensuite le rendez-vous pour les duels, et la locution : aller 
sur le pré, prit naissance. 

Le Pré-aux-Clercs a donné son nom à l'église Saint-Germain-des- 
Prés, et, par suite, l'église a transmis le sien au quartier Saint- 
Germain, qui, autrefois, n'était qu'un faubourg. 

— A la Sainl-Barnabé (Il juin), la faux au pré. 

Préalable, de prœ, et du verbe aller. 

Ce qui doit être fait, examiné, avant de passer outre. 

— La question préalable. Demander la question préalable, c'est 
vouloir qu'on supprime tout débat sur une proposition. 

20 



30G PRK 

Précaire, du laliii /trt'roi'ii/s, roiiiino jtrière. 

Soumis au bon plaisir d'un aulj'o. 

Se dit de l'usage de cerlaiiis droits, de la possession de certaines 
choses, qui ne reposent que sur une concession révocable par celui 
qui la faite. 

Précaution, dulalin ])ra\ cauium. 

Précaution vaut mieux (pie repentir. (Proverbe hollandais.) 

Prêcher, du lalin ]>rœdicare : d'où aussi prédicatenr. 

— Prêcher dans le désert : perdre son temps, ses efforts. 
Allusion à saint Jean-Baptiste qui prêciiait dans le désert : Vox 

clainaîilis in deser/o. 
La voix de la sagesse n'est pas écoutée. 
Il perd son alléluia, qui à cul-de-bœuf le chante. 

— Prêcher un converti. 

Précieux, Précieuses, du latin preliosi/s. àa prelium, prix. 

Nom inventé par les assidus de l'hôtel de Uaml)ouillet. (}ui signi- 
tiait que toute personne admise dans la chambre dite « du Génie », 
où se faisaient les lectures, devenait précieuse au monde. 

L'hôtel de Rambouillet, où se réunissaient les Précieuses, était 
situé dans la rue Saint-Thomas-du-Louvre, qui a été démolie vers 
1850, pour l'aclièveraent du Louvre. 

Obligeante, civile et surtout Précieuse, 
Quel serait le mortel tiui ne l'aimerait pas ? 

(Sec;rais.) 

— Le nom de Précieuses s'appliquait, au wii*^ siècle, à des 
femmes d'un mérite réel, qui entreprirent la réforme des mœurs et 
du langage, et qui, en voulant éviter la grossièreté, tombèrent 
dans la recherche et l'affectation du liel esprit. 

La première époque des Précieuses a été très favorable au lan- 
gage. C'est l'époque de la marquise de Rambouillet et de sa tille 
Julie d'Augenues. 

Catherine de Yivonne, née en J588, fut mariée, à l'âge de 
12 ans, à Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet. A 20 ans, 
ennuyée des fadeurs de la cour, elle abandonna le Louvre, et 
commença à réunir chez elle une société élégante, qui donna plus 
lard le ton à la cour et à la ville. Les réunions avaient lieu sous 
la présidence de la marquise, qui avait pris le nom à'Arthénice, 
anagramme de Catherine. 

Parmi les hôtes assidus des réunions figuraient : la princesse de 



v\\\: no7 

Coiulé et le ,m';iii(l Coiidi'. son lils : l;i diicliessc de Longiieville : lo 
duc de L;i Uocliefoiiciiiild. rniileiir des Maximes : M""-' de Lafayelte : 
M"'^' de Srudéry : une lioiiriienisc fort recherchée par son esjjrit, 
M""' (lormiel : hi marquise de Sahlé ; M"« Angélique Paulet ; M"'^ de 
Sé\igué. 

Kntre autres écrivains, il faut citer : Balzac, Malherhe, Racan, 
Voiture et Vauuelas. Seiii-ais. Hois-lloiiert, Chapelain, Sarrazin, 
(I. Patru. Kléchier. Hoirou. Scarron. Ménage, Desniarets : le grand 
(lorueille y \iiil (juehpiel'ois faire lecture de ses tragédies. 

(]es l'éuuious (le gens (res|>ril et de personnes distinguées eurent 
une i.'cande inlliuMice sur les uiieui'S, et contribuèrent beaucoup à 
polir la languiî et à fornu'r le goùl. 

Ce fut là ([ue Bossuet. à Tàge de Ki ans, prononça un discours 
après iiiiuuil : aussi Voiture disait-il qu' « il n'avait jamais entendu 
prêcher ni si tôt ni si tard >. 

Ce sont les Précieuses qui ont l'éhahilité dans leur langage et 
dans leur style la pureté et l'élégance, et qui ont enrichi la langue 
d'une foule de locutions aussi expressives que pittores(pu'S. Cette 
recherche ayant dégénéré i)lus tard en affectation ridicule, le litre 
de Pfc'r/cNsc fut pris en iiiau\aise part, et devint une épithète 
satirique. 

Les réunions de l'hôtel de Uambouillet cessèrent à l'époque de 
la Fronde, en IGoO. Alors commença la seconde époque de la 
IM'éciosilé, sous le patronage de M"'' de Scudéry. Elle recevait le 
samedi. Déjà célèbre par ses romans, et désignée sous le nom 
de Saplio, ses hôtes assidus étaient Pélisson, Guénégaud, Godeau. 
Cette société exagéra jusqu'au ridicule le style affecté et précieux, 
dont Molièi'e lit justice dans les l^récicuses ridicules flGGl). 

C'est par cette société que fut imaginée la carte du Tendre. 

i^Voy. (jiiirlande de Julie, bas-bleu.) 

— Molière a immortalisé les Précieuses par le ridicule. Somme 
tonte, nous leur devons plus de délicatesse dans les sentinuMits et 
plus d'atticismc dans le langage. 

Ce sont les Précieuses qui ont dit pour la première fois : un lin 
sourire, une belle llamme, etc. 

Somaize a publié, en IGGO, le Grand Diclionnaire des Pré- 
cieuses, en deux volumes. 

Voici un extrait du (îrand Diclionnaire des Précieuses, ou le 
Langage des ruelles (Paris, Jean Ribou, IGGS ; bibliothèque Sainte- 
Geneviève) : 



308 i>RË 

Aiinor : nvoir iiii Iciulre. 

Alin;macli : le inéinoiro de l'avfïiiir. 

Amour : l'amour a lerriblcmenl défri(li('' Jiioii cuMir. 

Amour facile ou rigoureux : vertu coiiimode, vertu sévère. 

Asseyez-vous : contentez, s'il nous |)l;iil, rciiNic qu"a ce siè.tre de 
vous embrasser. 

Balai : rinstniiiiciil de la [tropreté. 

Bien (avoir peu de) : être de la petite portion. 

Cerveau : le sublime. 

Cbaise-percée : la soucoui)e inférieure. 

Chandelle : ardent ; supplément de soleil. 

Chapelet : chaiue spirituelle. 

Cheminée : l'empire de Vulcain. 

Chemise : la compagne perpétuelle des morts et des vivants. 

Chenets : les bras de Vulcain. 

Cheveux : la petite oie de la tète. 

Colère (être en) : avoir du fier contre quelqu'un. 

Comète : l'interprète du couri'oux des dieux. 

Commun : du dernier I)ourgeois. 

Concevoir mal les choses : avoir l'intelligence épaisse. 

Dents : rameul)lemeut de la bouche. 

Eau : l'élément liquide. Un verre d'eau : un bain intérieur. 

Écran : la contenance utile des dames quand elles sont devant 
l'élément combustible. 

Ennuyer (s') : être dans le jeûne du divertissement. 

Estimé (être) : faire ligure dans le monde. 

Éventail : zéphir. 

Femmes : l'agrément des sociétés, la politesse du langage, et les 
divinités visibles. 

Fenêtre : la porte du jour. 

Feu : l'élément combustible. 

Galante (être) : être de la petite vertu. 

Habillée (bien) : sous les armes. 

Joues : les trônes de la pudeur. 

Jupes de dessus : !•' la modeste, 2" la friponne. 

Jupe de dessous : la secrète. 

Laide : belle à faire peur. 

Langue : l'interprète de l'àme. 

Laquais : nécessaire, fidèle. 

Larmes : les filles de la douleur et de la joie. 



!»U1-: :500 

F.nlrinos : l;i liirnrno dos antipodes. 

La\(Miii'iil : lioiiilloii des (](Mi\ SdMirs. 

J^rvrcs (l)ollos) : lovi-cs liicn ourlées. 

Lit : l('mi)iro de Moi'pliée. 

Livivs : les iiiaiires iniiets. 

Ijiiie : le llaiiilicaii du silence et de la iiiiil. 

.Main (^helkô : belle nioiivantc. 

.Maria.iic : l'amour peignis. 

Marier (se) : donner dans l'amonr |)ei'i)iis. 

Mii'oir : conseiller des Grâces. 

.Miisi(iiie : le paradis des oreilles. 

Xtv. : les écluses dn cerveau. 

Nuit : la déesse des ombres ; la mère du silence. 

O.anons : les dieux des Egyptiens. 

Oreilles : les portes de l'entendement. 

Peigne : dédale. 

Peintre : poète muet. 

Poète : nourrisson des Muses. 

Porteurs de cbaises : mulets baptisés. 

Promenade publique : l'empire des œillades. 

Rire : perdre son sérieux. 

Seins : les coussinets d'amour. 

Sentir : attacher la réilexiou de son odorat. 

Soufflet : la petite maison d'Eole. 

Soupirs : les enfants de l'air. 

Yeux : les mii'oirs de l'âme. 

Zépbir : l'amant des fleurs. 

Précipice, du latin pr<i'cijniiiiin . de pra-, capuf, tète en 
avant. 

— On tombe dans un précipice, on est englouti dans un goulfre^ 
on se ])erd dans l'abîme. 

Préconiser, du \)',\?,-\-à\\\\ prœconisai'e, de prœco, béraut. 
Proclamer les mérites, les louanges ; louer beaucoup. 

— Préconiser un évèque : déclarer en consistoire qu'il a les 
qualités i-eqiiises. 

Préface, du lalin /u-d'/ufin. 

11 est remplacé quebinefois par : prologue, discours préliminaire, 
prolégomènes. 

— Point de préface ! c'est-â-dire venons au fait ! 



Préjugé, pm-liciiM' du mm'Iic /)i-<'Jiif/t'r : Inlin prn'Ji((lii:nre, 
juger d'il v;i liée. 

— Lo pi'éjiigé est l'crronr du \iMg;iim. (VoKiiir'c.) 

Prélasser (sc), diM'né ii'i-é.uulicr du pm-la/iis, pivint. 
Au li,nui-é : Icnioigncr par se? nmnirrcs qu'on se cruit furt 
au-dessus des autres ; se donner des aii-s de prrlal. 

Premier, du latin pri marias : comme prlinab'c. 
A la niéuie famille appartiennent : prime (de primo ahord), 
primeur, primauté, prinu'.r, prince, prémices. 

— Les premiers seront les derniers, et les derniers s»;ront les 
premiers. (Saint Mathieu, XIX, 30.) 

Qui premier engrène, premier doit moudre. 
Les premiers vont devant. 

Prendre, du latin prenderr. [)ù\\v prohcmlere. 

Le participe est pris, cjui a donné y>/7".st'. A ces mots se rattachent : 
apprendre, appréhender, appréhension, apprenti ; comprendre, se 
méprendre, surprendre, etc. 

— Le mot prendre est employé dans des acceptions très diverses : 
Je viens de prendre l'avenue des Champs-Elysées, et j'ai pris 

grand plaisir à cette promenade ; mais je vais rentrer pour prendre 
un air de feu de peur de prendre un rhume. Et vous ! quel parti 
prenez-vous? — Mais, vous lo voyez, en vous écoutant je prends 
patience... 

— Prendre la mouche, la chèvre, sont des latinismes : ont le 
sens de induere, revêtir le caractère de... 

— Prendre son hien où on le trouve. Molière avait coutume de 
répéter cette locution, et la mettait en pratique. 

Un jour, Rossini écoutait un mauvais opéra. Il saisit au passage 
une idée charmaute ; il prend son crayon, et la note en gromme- 
lant : l'J troppo bono per queste coglione! C'est trop bon pour... 
cet imbécile. 

— Ce qui est hou à prendre est bon à garder. 

Or, ce qui est bon à prendre, n'est pas bon à rendre. 'Moyen de 
parvenir, XXYI.) 

Il faut prendre le temps comme il vient, les gens pour ce qu'ils 
sont, et l'argent pour ce qu'il vaut. 

Les grands prennent, les petits sont pris. 

Quand on prend du galon (voy.\ on n'en saurait trop prendre. 

Trop prendre fait pendre. 



PRE 311 

Prépositicn, du Intin pm\ pn^iliix (placé devant). 

.M(i| iii\;iri;ilil(' ([iii. plncr dtMMiit im nom, un [(roiioiii, uno propo- 
sition inlinilivr. les lie ;'i nii tci'nic précédent, en marquant un 
rapport déterminé : 

.1, du latin «il. 

Aiiprcs. (Voy. jirh.) 

Aranf. de ah nn(e. Ânte avait donné alns ; d'où oins né, aîné, 
opposé à jniiné i'pni.<<-né;. Aranf a donné anpararanf, devant. 

Arer, de (f/j>/f/ 'et /lor) .- ;i été aussi arcrques. 

Chez, de ca>fa : comme /rc de Icttiis. 

Contre, de contra. 

Dans, de f/e infi/s. (pii a donné ins dans la lan.uue d'oc. De là 
de(/ans. 

De, du latin de. 

Depuis, de de et post. (Voy. puis.) 

Dès, peut-être de de ex ^^ 

Désormais, de dès, ores, mais : de ex Jiora magis. 

Durant, pendant, nonobstant , ne sont que des participes 
présents pris absolument. Pendant le jour, durant la nuit, équi- 
valent à : le jour pendant, la nuit durant. 

En, du latin in: se pi'ononce an, en français, tandis qu'en 
provençal il se pi^ononcc in. 

Entre, dn latin intra. 

Hors, hormis, du latin /'o/'/.s', anciennement /■orA\ Tout est perdu, 
fors l'honneur. En provençal, fouare signilie dehors. 

Jusque, dii latin usque, ou plus probablement de usque. 

Le:, du latin latus (côté). Plessis-lez-Tours : I^lessis près Tours. 

Malgré, de nialum gralum. en provençal grat. On a dit niau- 
gré, pro^ (Miçal maugra : qui a donné maugréer. Malgré Dieu est 
devenu Maugreljleu. 

Outre, du latin ultra. Oii lit dans les lois de Guillaume: « }suls 
ne reçoit liom iiltre III nuicts. » 

Par, parmi, du latin per, el per mcdiujn. Parmi s'est écrit en 
deux mots, coDime <^/i /??^ ; in medio, devenu aussi emmi. Mi se 
retrouve dans midi, milieu, et dans mi-caréme, mi-août. Le pro- 
vençal dit mitan, qui a fait (0 mitogen. 

Pour, du latin pro. On trouve cette forme latine dans les Ser- 
ments de Strasbourg, 842. Plus tard, por, qui devint pur et pour. 

Près, à^iX^ûn pressas, [i^oii après, auprès. 

fie::, du latin rasus, de radere, raser. 



312 PHK 

Sans, do ,sine avec s advcrhiiil ; aiiricii lïiiiir;ii> sens. 

iSar, do super. 

Sus, do susuni, pour sursum (?), s'est ronservù dans la lonilion 
en sus; dans courir sus à quoiqu'un. En le joignanl à de, on a eu 
dessus. 

Sous, do suhlus, on provençal .sr>,s7 .- d'où dessous. 

Vers, du latin rersus (tourné du c<Mé de). 

Vis-à-vîs de: face à face... 

Voir/', voilà, sont pour î^ois ici, vois là, {\\\\ jadis s'écrivaient 
en deux mots. En provençal vaqui, velaqui. Yoy-me là prest à 
boire, (Rabelais, Gargantua, 41.) Gare ! voy-le-cy. {Pantagruel, 
IV, ?>\.) Au xvii« siècle, on donnait encore à voici et voilà un 
inlinilif pour complément. Corneille dit : « Voici venir ma sœur », 
qui équivaut à « Vois venir ici ma sœur ». Béranger a dit aussi : 
Voici venir l'iiuissicr du roi. 

Présage, du latin prcesagium (prœ, sagire). 
Signe par lequel on prévoit l'avenir. 

Là, je vois une cvoi.v de sinistré [irésago. 

(BoiLtAu, Satires.) 

Présent, du latin prœsens, prœsenlem. 
Oui est dans un lieu déterminé. 

— Dans le sens de don, c'est le substantif verbal de présenter, 
mettre devant, présenter ses liommages, une Heur. 

— Autrefois on disait de présent, pour à présent. 

De présent, je ne fais que rêver : et ne faut plus doresnavant que 
bon vin, bon lict, le dos au feu, le ventre à table et escuelles bien 
profondes... (Rabelais, Gargantua, I, 19.) 

Un bon l)OiU'geoiSj dans sa maison. 
Le dos au feu, le ventre à table... 

C'est la mise en pratique de l'insouciance épicurienne ! 
Carpe dieni, dit Horace. 

Au Moyen-Age, on disait : don présenté à quelqu'un. 
Faire un présent ne signilie rien sans ce mot sous-entendu. 

— Les petits présents entretiennent l'amitié. 

Les présents, pour entretenir l'amitié, doivent être petits, ils 
peuvent alors être réciproques ; mais, lorsqu'ils sont trop considé- 
rables pour être rendus, ils blessent plus la vanité qu'ils n'excitent 
la reconnaissance. 



L'amitié n'est pas inh-rossée do sa nature, et les mains vides 
sont celles qui se serrent le mieux. 

Une feuille de rose donnée par un ami est préférable ;iii\ [irésonls 
les plus riches, pourvu qu'elle ne soit pas fanée. (Proverl»e persan.) 

A petit présent, petit merci: on mesure la reconnaissance au 
bienfait. 

Les présents peu\eiit aii.uineuler. mais ils ne doivent pas 
diminuer. 

.S7"/v nul crcsccre dcbeni mnnrra. 

(Maiitim..) 

— Accepter un présent, c'est consentir à fermer l'oreille à la 
vérité. 

Acceptât io muneruin pru'varkallo est verUalis. [Ecciéslasle, 
XX, 31.) 
(Yoy. })ot-de-vin.) 

Presque, composé de prù.-< et de que. 

— Il y a des gens qui ont presque de l'amour, presque du talent 
et presque du bon sens. (M'"'^ de Ki-iidner.) 

— Presque pas : très peu, un soupçon. 

Misé Pcsqui-pas (en provençal) : Madame Presque-pas, une façon- 
niére, une mijaurée. 

Presser, du latin pressare, fréq. de prctncre. 

— Pressé comme un lavement. C'est plutôt ^^/y'.ssy//;/ qui! faudrait 
dire. 

Pressés comme harengs en caque. 

On "est si pressé dans ces voitures, que chacun redemande sa 
jambe ou son bras à son voisin, lorsqu'il s'agit de descendre. 
(Mercier, Tableau de Paris. Les Tur<jotines.) 

Prétentaine (courir la), on jjre/an/aine. Origine inconnue. 
Ménage y voit une onomatopée du bruit que font les chevaux en 
galopant. 

Prêter, du latin prœslare, se iQw'w decant. 

— Prêter son ajq)ui à (jnelqu'un : lui venir eu aide. 

Prœslare damnuni e)nj>l<>ri (Cicéron) : garantir la marchandise 
à l'acheteur. 

Prêter, c'est perdre son argent ou son ami. 

Qui prête, ne recouvre; s'il recouvre, non tout ; si tout, non tel 
si tel, ennemi mortel. 

Au prêter Dieu, au rendre Diable. (G. Meurier.) 



314 PHE 

On no pr<'((^ qir.nix riches, [imito qiio ro sont l('s soûls qui 
piiisscnl rondro. 

— Prêter ;i In polilo sonininc. Avis aux bourfroois de Jérusalem. 
Six francs, prèles à condilion qu'on on rendra sept au l)Out d'une 

soniaino, si on les laisse au mumuo taux pendant rinquaiito-deux 
soinaiuos. en ajoutant les intérêts au capital, donneront quinze 
mille neuf cent vin,L!t-cinq francs trois centimes. Voilà une somme 
placée assez avanta.oeusement. (Yoy. interéfs composés.) 

Prétérition, du Jalin prd'icrirc. laisser dr C(')té. 
Fi,tiure par laquelh; on attire l'attention sur un point, en disant 
qu'on ne s'y arrête pas. 
Je me garderai hien de i)làmer la conduite... 

Préteur, du lalin prœtor, jiour pr(r iior, (pii va devant. 
Magisli'at romain chargé de rendre la justice, de diriger une 
armée, d'administrer une province. 

— On appelait /jreVo/r*? la tente du général, et. plus lard préto- 
riens les gardes de l'empereur. 

Prétexte. (Yoy. pallier.) 

Prêtre, du lalin preshyler, transcription du grec presbijleros, 
plus âgé. 

— Le cas régime, presbylerinn, avait donné pro/ivaire, et la 
rue des Prouvaires, à Paris, signille rue des prêtres. 

~ Presque tous les mots qui désignent les ministres du culte, 
dans les diverses religions, signifient vieillard ou père. 

— Synonymes : bonzes, caloyers, derviches, druides, fakirs, 
mages, marabouts, ministres, popes, rabbins, santons. 

En provençal, capelnn, chapelain. 
Gœthe appelle les prêtres « les démons du retard ». 
Calotins. Cette expression satirique se trouve dès îToO, dans le 
Déjeuner de la Râpée par TEcluse. 
La vermine noire. (Garibaldi.) 

— On dit d'un mauvais prêti'e : sa soutane ne tient qu'à uu 
bouton. 

— Il ne faut pas être prêtre plus qu'il ne convient, daus l'intérêt 
même de la cause de Dieu: et, pourvu que l'on conserve la soutane, 
on n'est pas tenu d'être toujours en surplis. (E. About.) 

— Le prêtre baptise son enfant le premier. (Yoy- célibat, 
charité.) 

— Jusqu'au milieu du x^' siècle, les prêtres pouvaient se marier. 



IM\1 31o 

Lf^ papo Nicolas VII coiiimonça à troubler leur repos domestique, et 
Grétioire VII, iiiettaut eu pr;!li(pie les ordonnances antérieures, 
leur interdit foruielleuient le niariatie, afin d'empèclier la dispersion 
des biens de rivalise p;ir la transmission des liéritafics des desser- 
vants à leurs enfants. 

« Dùt-on n'invoquer en f;iV(Mirdu célihat du ciei'.iié (pie les motifs 
les [dus avoualjles. la pui'eté et la chasteté..., c'est offenser Dieu 
(pie de refaire les liommes sur des patrons de convention. Pour 
vouloir fahi-i(pier des an.u'cs, on risque fort d'estropier les gens, et 
de ne créer fpic des fous ou des malheureux. » (Gustav(; Droz.) 

Prévariquer, du latin /^/v/'r/'//7'f(7r/, marcher de travers. 

Au ligiiié: sécai-ter du droit chemin. C'est trahir la cause, 
l'intérêt dont on est chargé : manquer aux devoirs essentiels de 
son état : juge prévaricateur. 

Prévoir, du latin pra-rulcre. voir dans l'avenir. 

— Prévoir, c'est avoir. 

Ne niiiips pas l'd'iif iudIIi'I 
Avant (jiiL' ton [lain suit prêt. 

(Proverbe esp.-iijnol.) 

La prévoyance est une providence terrestre, que chacun peut 
prendre à son service. Aide-toi, le ciel l'aidera. 
Prévoyance vaut mieux que repentir. (Proverbe hollandais.) 

Priape, nom mythologique. 

Fils de Vénus et de Bacchus, gordien des jardins. Le figuier lui 
était consacré, à cause de la prodigieuse fécondité de cet nrlii'c. On 
lui immolait un âne. 

.Fiinon, jalouse de Vénus, le fit naitre avec une difïoruiité extra- 
ordinaire. Vénus, honteuse d'avoir donné le jour à un pareil 
monstre, le lit exposer sur une montagne. Des bergers le trouvèrent 
et relevèrent à Lampsaque. Phis tard, il fut chassé de cette ville, 
parce qu'il était devenu la terreur des maris ; mais les habitants le 
rappelèrent et en tirent l'objet do leur vénération. 

— Lampsaque. ville de Mysie, dans l'Asie-Mineure, était célèbre 
par le culte solennel que l'on rendait à ce dieu. Ce culte était la 
débauche la plus scandaleuse: aussi le mot Lampmcius était-il, à 
Rome et en Grèce, synonyme de débauché, libertin. 

— On a trouvé à Aix un autel antique consacré à Pria[)e. où 
l'immodeste dieu des jardins est représenté avec cette inscription : 
i. H. C. Jucnndo Hortomm Custodi. 



Prier, (lu h[\\] prcrari. provfnc'il prpf/ar : (Yo\\ ;iiissi : |ir(''c;iir('. 
impréfiilioii. 
Synonyme: l)if>otl6r. (Vidocq.) 

— Si tii veux apprendro ;'i prier, va sur la nier. (Von. //irr.) 

— Se faire prier : faire des manières, des farons, des simagrées. 

— Faire sa poire, sa Sophie. 

Monsieur vent se faire prier : il na pas besoin de cela [)Our 
donner du prix à sa complaisance. (Pi.nault-Lebrun.) 

Primat, du latin ecclésiastique /ir/z/ian, jirundion. 
Dijiuilé ecclésiastique au-dessus d(; celle d"arclievéque. 

— Primat des Gaules : l'arclievéque de Lyon. C'est en 1U71J, que 
Grégoire VII institua cette primatie. 

— Primat est synonyme de pfflrlarrhe. 

Prime, du lalin prima, sous-entendu Jiora. première heure. 

C'est la première des quatre parties du jour, qui suit immédiate- 
ment le lever du soleil. Les trois autres sont: tierce, sexte, noue. 

Prime, dans l'Oflice, se chantait immédialemeut après l'oftlce de 
nuit ou Laudes. 

— Prime d'assurance. Somme payée pour assurer une entreprise 
contre les mauvaises chances. Vient alors de prœminm , par 
l'anglais. 

Prime-sautier, dérivé de l'ancien prime saut, considéré 
comme nom composé. 
Oui se décide du premier saut. 

Primeur, dérivé déprime. 

— Il faut manger les petits pois avec les riches, et les fraises 
avec les pauvres. Ce proverbe gastronomique nous apprend que les 
petits pois ne sont bons que dans leur primeur, lorsqu'ils ne sont, 
par conséquent, accessibles qu'aux riches, tandis que les fraises ne 
sont bonnes que dans leur pleine maturité, époque où elles sont 
abondantes et à bon marché. 

Printemps, du \n\\n pr/mam te/npus. 

La première des quatre saisons de l'année, celle où la nature, 
parée de Heurs, semble se réveiller et renaître à une nouvelle 
jeunesse. Chez les anciens, il était consacré aux Muses et aux Grâces. 

Son nom latin est rer, grec /ler, d'où hirondelle (?)• 

On l'a appelé aussi renoureau, nom l)ien fait pour désigner cette 
saison dans laquelle la nature semble commencer la période annuelle 



PlU 317 

do production, où l.i terre s'ouvre pour donner ses ricliesses, comme 
riiidiipic le uiiil (irrll. (Voy.) 

Celte iinuée (IHGO), le printemps n"est qu'un terme durnlendrier, 
une niMuvaise plaisanterie dalmanacli. 

Priori ià\ locution adverbiale, mots latins. 

Avaul Imil i'miuicu. 

Se dii (l'iiu raisonnement qui repose sur un pi'incipe admis. 

Prison, du \d[\\\{)0]^\\\'A\vc prehen.sioncm. 
Synonymes : mettre en cage, tenir en cliartre [uivée. 
— Triste cnuimc une porte de prison. 

On (lit: triste comme la porte 

D'une prison ; 
Et je crois, le diable m'emporte ! 

(jn'un a raison. 

(A. DE Musset.) 

Privatif, du h\\\\\ pr ira tiens. 

Se dit, en grammaire, dos lettres ou particules qui, jointes à 
certains mots, marquent un sens négatif. 

Telles sont : en grec, les pailicules a et r/y.s- ; en latin, in ; en 
français, in, nié, ou ?n('s, dé. Kakia, méchanceté : nkakia, bonho- 
mie : utHift, utile; inutilis, inutile; agréal)le; désagréable. 

Privilège, du latin j)j'iri/c(/iiini ; loi faite eu faveur d'un parti- 
culier, [iririis, pricalas, et lex. 
Avantage exclusif accordé à une classe de la société. 
Pricilegium est lex privala, contra Jus commune. 
Le privilège est le contraire du principe républicain. 

— En France, avant 17cS!), la noblesse et le clergé étaient 
dispensés des iuqiôts, et jouissaient d'un grand nombre d'autres 
avantages contraii'es au droit commun. Tous ces privilèges furent 
abolis dans la nuit du 4 août 1789. 

— Les privilèges accordés au souverain par la Constitution, 
prennent le nom de prérogatives, du nom de prœrotjatica, que 
portait à Home une centurie qui avait le droit de voter la première 
dans les élections. 

— En matière de commerce, le privilège prend le nom de 
monopole. (Voy.) 

Prix, du latin pretiuni. 

La mouclie et la Inurmi contestaient leur priv. 

(La 1-'omai>f..) 

— Remporter le prix, le grand prix de Rome. 



:m8 pho 

Probable, du laliii jtr<)h(ihH\y, (qui pciil se |H'()ii\er. mais n'est 
pas «'XfMiipl de doute). 
On a dit autrefois pronrahlc, pouf reconnu cci-lain : 

Kl si ce le si'liihic dolilil.'iblc, 

C/csl liii'ii [wir ;iit,Miiiii'iil prouvalile. 

[Koman do la /{ose. ver;. ."iOSH ?) 

Probité, du lalin iirohilas. 

Probus avait tait le mot roman pro:, ])reiix, vaillant : d'oi'i 
jyroucsse. 

Oui iniiU erc saf/ o pvo:. (ViJleliai'douin.) 

Ayez de la [irohité lont juste autant ([u'il on faut pour ne pas être 
pendu. (Beaumarchais, Barbier, I, 4.) 

D'après cette maxime, il sei'ait pei'inis de voler, mais défendu de 
se laisser prendre. 

Salis bone riri/ar, si sine r;'///?//;^. (Saint Auuiistin, 6'//e ^/e 
Dieu.) 

On est sufOsamment honnête si l'on est sans reproche. 

Procédé, pai'ticipc passé ûe procéder : lalin procedere. 
Synonymes : ficelle, truc. (Voy.) 

Procès, dn latin processus, marche en avant. 

— Le [»lus mauvais accommodement vaut mieux que le meilleur 
procès. 

Inter duos litigantes terlius gaudet. 

Les tribunaux ressemblent aux buissons épineux où la brebis 
cherche un refuge contre les loups, et où elle laisse une partie de sa 
laine. 

— Au même radical se rattache le mot procession. 

Procureur, dérivé ^o, procurer ; du \dXm. procura re. prendre 
soin. 

— En 1795. les procureurs ont été remplacés par les avoués, qui 
sont chargés de représenter les parties dans les instances civiles. 

Les fonctions do procureur étaient considérées comme déro- 
geantes, l'opinion publique accusait les procureurs d'avidité. 

Les poètes comiques font souvent allusion à leur rapacité. Dans 
une scène du Mercure galan(, un procureur du Chfdelet disait à 
un procureur du Parlement : 

On ojrappillo cliez nous, mais on pille clicz vous. 

Procuste. Mettre sur le lit de Procusle : ramener tout au 
même niveau, à la nuMue mesure. 



PRO 319 

l'rocuste élail iiii Iiim,u;iiu1 dv l'Alti(|iie, qui fuisuil étendre ses 
Ilotes sur lin lit de fer. liMir coiiiciit les extrémités des j;imbes 
quand elles dépassaient le lit, on les faisait lii-ailler avec des cordes 
jusqu'à ce qu'elles en atteignissent la longiuîur. Thésée le tua et en 
délivra le pays. 

Prodige, du lalin ])rocligium, de, pro, a(iere{X). 

Les prodiges, regardés parles anciens comme le signe d'un grand 
événement, hors de l'ordi'e naturel, étaient souvent des prédictions 
funestes, et. par suite de celle croyance, le mot proditor était 
synonyme de Iraitre. (^Ces deux mots n'ont rien de commun.) 

Prodigue, du \[\{n\ pi'odlgus, <X^i\ prodigalité. 
Synonymes : mangeur, panier percé, tonneau des Danaïdes. 

— Prodiguer son bien : jeter sa maison par les fenêtres. (Rabe- 
lais.) 

Prndif/cns, sa es doganldire de In sorts causas. 

Le prodigue, c'est le dissipateur de son bien. (Code de .Juslinicn.) 

— En roman, bobancicr, de boi/iba, pour pompa, ostentation (?). 

De pronicsses son Ijobaciers. 

(MAtir.Al;KCS.) 

(Us sont prodigues de promesses.) 

— C'est un enfant prodigue. (Yoy. Éoangile de saint Luc, XV.) 

Hoiiz qui dépend plus qu'il ne doit, 
En povi'elé croler se voit ; 
Et cil (jui (k-pend par raison 
Kn bien nuillii)licr voil-on. 

(xint Siècle.) 

— L'été recueille, l'hiver mange. (Proverl)e russe.) 

Requiem gagne l'argent, 
Et Gaudeamiis le dépend. 

— On dit d'un prodigue, qu'il bn'de la chandelle par les deux 
bouts. Ce proverbe est stupide, et suppose une chose imi)raticable. 
Il est plus simple de dire : il dépense trop. 

— On se sert encore des expressions : semer l'argent (voy.) : 
manger son blé en herbe. 

— L'économe se contente de peu ; c'est à peine si le prodigue se 
contente de trop. 

Profil, de l'italien pvoffilo. 

Contour linéaire d'un objet ou d'un visage vu de côté. 

— Profd de camée : beau, très pur. (Voy. sllliouelte.) 



320 vwn 

Profit, profiter, du Liliii jifo/ir/o. pro/ffliu/i. 
On (lis;iil ;iiil refois /^>r// [iDiir [irolil. hénélice. 

Ferez doii prei! (Iiiiilriii (l;iiii;i!,'e. 

[Fa/j/iati (le la Mort.) 

— Le pi-olil (If liiii l';iil le dommage de liiiitre. (Montaigne, 
Essais, tilro du cli. XXI du l^'- livre.) 

Ce qui duit aux uns nuit aux autres. 

On ne peut dessécher les marais sans faire du tort aiiv ure- 
nouilles. (M'"« de Girardin.) 

Progrès, du latin prof/ressus, marche, mouvement en avant. 
Il faut expliquer ainsi le sens moral de ce mot, car les écrevisses 
marchent aussi, mais en arrière (à la nage?). 

— Ce mot est fait comme produire. 

— Le progrès, en civilisation, doit s'entendre de ce qui est utile 
à tous. (M. G.) 

— Les Américains, pendant la guerre de l'Indépendance, ont fait 
progresser et progressif, qui ont été adoptés, mais qu'on ne doit 
employer qu'avec prudence. Ainsi, la \\vàvc\\Q progressive des idées, 
expression souvent employée, équivaut à la marche raarcliante 
des idées. 

— Le mot progressif, appliqué à des personnes, ne pourrait 
guère désigner que d'excellents marcheurs (?). 

— Les ennemis du progrès s'appellent : tardigrades, qui préfèrent 
l'ornière au rail ; bonnets de coton ; éteignoirs ; rétrogrades. 

Prolétariat, àv\\^\^\\\ proletarias, de proies, lignée, portée. 

État d'une société oïi il y a des prolétaires, c'est-à-dire des 
individus qui ne possèdent rien, et ne vivent que de leur travail 
quotidien. 

Promener^ du bas-latiu prom innre, nndQnwQmeut jtourmener. 
Des étymologistes ont proposé pro manu agere ! 

— Synonymes: Allez vous promener!... Vade foras ! Foras ! 
(Plante.) 

En provençal : fouare! (dehors). 

Allez au diable ! ...à tous les diables ! 

Allez vous faire lanlaire, ...vous faire paître, ...vous faire fiche... 
Ce dernier, pour gazer une expression plus grossière. 

Envoyer à l'ours ; envoyer voir Martin au Jardin des plantes. 

Va piss... ; manière très grossière de congédier quelqu'un. 
L'injure est ancienne., car Ducange, au mai pissare, cite un texte 



PUO :52I 

de 140*), où ciilro .iiilros < .ijr.incles paroUes reprochées ;i un 
accusé, on rappoilc (jnil ciiNONa pisser son adversaire ». 

Promesse, <lii lalin promissa. 

— l'i'oniesso de corljeaii : sponsio rorvina. Locution latine, dont 
saint Augustin s'est souvent sei'vi. C'est une allusion au cri du 
corlieau : cras, cra.s, demain, demain. 

C'est le : Demain, on rasera gratis. 

Prométhée, du gi-ec Promt'f/iens. 

Un des Titans, puni par .lupiler pour a\oir dérobé le feu du ciel 
et l'avoir comuiiiniqué aux liommes dans un roseau creux. 

— Le hàlon uéuérateur du feu, (|ui enllammait par un frottement 
rotatoire nu (lis(pie de liois creusé, s'appelait Trupnnon en grec, 
et Protndthd eu sanscrit. Dans cette langue Proinàtlins est celui 
qui creuse en frottant, et (pii développe le feu caché dans le bois. 
De là le Proméliiée grec. 

Promettre, du latin promilforc, envoyer au loin... 

— Promettre monts et merveilles. 

Aureo/t montes polliccri. 

(Tkrk.nck, Phorminn.) 

Mtnjiios jiroiniltcre inonles. 

(Perse.) 

Maria monlesque poUicevi. (Salluste.) 

On dit aussi : promettre plus de beurre que de pain. 

— Promettre des côtelettes de Sphinx à la purée de Cliimère. 

— Grand prometteur, petit donneur. 

Se ruiner à [iromettre, et s'enrichir à ne pas tenir. 

Oi'iilioiic benejkus. 

(Plautk.) 

(Généreux en parole.) 

— Il est toujours imprudent de faire une promesse, car un événe- 
ment imprévu peut vous empêcher de la tenir. (M, G.) 

— Chose promise, chose due : on doit, une fois qu'on a promis. 
Proverbe analogue à cet autre : Un honnête homme n'a qu'une 

parole. On doit, en conséquence, avant de promettre, être sûr de 
pouvoir tenir ses engagements, si l'on ne veut être obligé de se 
retrancher derrière le proverbe : Promettre et tenir sont deux. 
Promcltre c'est (ioniier ; espérer, c'est jouir. 

(Dti.ir.i.i.) 

Pour son bonheur entretenir 
Promettre ne faut sans tenir. 

21 



PpÔne, f;iil lii'ill-i'Irc |t;il' ((illliiiclidll de jinrconiiini. |)r(Hl;iiii;i- 
lioii. ;iiiiu>iirc(0- 

(l'csl i.'iiiiioncc ihiIiIkiiic (juc f;iil If ciiir, ('li;i(|iir (liiii.-iiiclic, ;i l.'i 
messe p.'iroissi.ile, {U'> frics, heures (lOflices. Ii;ms. iii;iii(leiiieiils 
épisrop;uix, etc. : |miir i;i|iprlcr ;iii\ ;issisliiiils les devoirs reli).Meii\ 
qu'ils onl ;'i ;iceoiii|>lir. 

— Uecoimii.'inder (piehpi'iiii .iii pn'me : fnii'c un i';ipp(»i'l (pii lui 
;dlirei;i (piehpie i'épriiii;iiide. 

('elle iDCUlion \ieiil de liisnue féod.il de recoiiimiinder an pn'me 
les seiLïiieurs ;iii\ pi'ières des lidrles. leurs \ass;ni\; do inëiiie 
qu'aujourd'liiii on leniiinc rnHice par le Ihuniiic, sa/ra/ti... 

Pronom, du laliu /iroiioinni. de /i/-n. /Ki/iu'nc: «pii esl mis à la 
place du neui. 

l\irlie du discoiii'S (pi'ou uiel au lieu du n(uu ou suhsianlif. poui- 
en é\ilei' la ié|u''li!i(iu. ainsi (pu' |t(Uir désiijner la personne. 

Prononcer, prononciation, du lalin /iroiui/ifidrc. 

Manièi-e darlicnler les mois : sujelle à plusieurs >ieo<ï', connus 
sons le nom de halliulieiucul, liéiiaienuuil. hredonillemeiit, gras- 
se\emenl : ipii. le plus S(U!\enl, lienneul à de niau\aises hal»ilndes 
d'iMifance. bien i)lus (pi'à un \ice d'oriianisnnv 

Pi'ononcialion alsacienne : Mai-cliaud de liedis pal;iis (luaicliaud 
de i)elils lialais). 

Prophète, du Li'ec pr<i/i/ir/(\<. par le lalin prophcln. 
(a^lni (pii prédit l'avenir, landis (pie le dcrin décoiiM'e ce ipii est 
caclié. 

— l)n appelail /iro/i/ir/cs. clie/. les Hébreux, les lunnines inspii'és 
de Dieu, (pii annonçaient l'aM'uir. 

Les (pialre efands prophètes sont : Isaïe, .lérémie. Kzéchiel et 
Daniel. 

Tarmi les douze pelils. on c(tuipte Hariiih. ohjtM de radmii'atiiui 
de La Foulaituv 

— l*rophèle de malheur : oiseau de mamais aueiire. 
(V(>sl la Loi et les l'rophèles : il fait autorité. 

Nul n'est prophète dans S(»n pays (ÉcnnijHc de saint >Lilhieu. 
rh. XXIH, IVi : Marc. M. 4 : Luc, iv". iL\ : Jean, IV, iV.) 

Tn savant dans son pays est comme l'or dans une mine. (^Pro- 
verhe turc.) 



iM{() 



ogn 



Propos, (lu laliii /tropnsifin/i. 

— A j'/opos. iD'iitioii ;i(l\t'ilii.ili' : convenaldomonl au lieu elaux 
cirtonslaiices. 

A |irn|iu> de lintt('<. {V<)\ . hofles ) 

A |)it)|Mjs. Tiiiclli'. jiourquoy c>t-ro quo les niis?e? dune jeune 
deniniselie sont toujours fraîches ? (Rabelais, I. :2'.> i 
Cela vient ;i propos, couinie lard eu pois. (Id. III. '*!.) 

Proposer, de ))rn et pfiu.son\ 

-- L liniiiMie propose, et Dieu dispose. (G. Meurier, xv« siècle.) 
Les projets des lioniuies dépendent de la volonté de Dieu. 
Nous trouvons un certain charme à disposer à l'avance de 
lavenir, sans songer à l'inconstance des choses humaines. 
Comme le ciel sô rit îles vains projets des tiommes ! 

(Rp.r.>ABD.) 

L'homme sagite, Dieu le mène, 
t^ontr»' DifMi. nul ne peut. 

Propre, du latin jD-opriux. 

Ca'. qui appartient exclusivement à une personne. 

A passé de ce sens : 1° à celui de convenable, 2'' à celui de net. 

Propre coniiiie un calire. ...comme une écuelle à chats. Celle-ci 
n est que dune prû[»reté équivoque : nette peut-être, mais pas 
ju'opre. 

Mmtfius e.ifo. (Caton.; 

On dit d'une personne très propre : On croirait qu elle sort d'une 
boite. 

Propreté, dérivé de propre, dans le sens de net. 

— La piupreté est une demi vertu. (Saint Augustin.) 

La propreté a quelque chose d'honnête : c'est le respect de soi- 
même. 

La propreté est pour le corps ce que la décence est pour les 
mœurs. (Bacon.) 

Propriétaire, 'li'lui qui possède en propre, en son nom. un 
objet ipieliunque. 

Il peut jouir, user, disposer des choses de la manière la plus 
absolue. La loi d'e.vpropriation pour cause dutihté publique prévoit 
le seul cas où le propriétaire puisse être dépossédé. 

Prorata (au), abréviation de la locution latine : pro rn(a parte, 
pour kl partie convenue ; à proportion de... 



Se (lil de la réparlilioii (l'iiiic soiiiiiie on diiii noiiihrc qiielcoiiqin' 
de choses entre un certain nonilire d'individus, proporlionnelloinciit 
aux droits do rliaciiii d'eux. 

Dans une liquidation, chaque créancier reçoit au proiata de sa 
créance. 

Proroger, du lalin proroijai^c, prolonger. 
Prolon^ier le truq»s prévu ou donné pour une chose. 
A un sens opposé à abroger. 

Suspendre les séances d'une asseuibiée délibérante, par un acte 
de l'autorité souveraine. 

Prose, du latin prosa, [^our prorsa (oralio), discours direct. 

— Prorsa facundla. (Apulée.) 

La prose est le pain de la pensée, dont lapoésie est le gâteau. 

— On dit : vile prose, prosaïque, d'un discours commun et sans 
élévation, par opposition aux vers, qu'on appelle « le langage des 
dieux ». 

— Horace appelle mm^d pedestris, nmse pédestre, qui ne monte 
pas Pégase, une poésie dont les vers ressemblent presque à de la 
prose, sevmo pedestris. 

Prosopopée, du grec 7J/'o.9(î/)on, personnage, poiéô, faire. 
Figure oratoire, par laquelle on donne la parole et la vie aux 
morts ou aux êtres inanimés. 

Prote, du ixrcc prôlos, le premier. 

Le maître imprimeur. 

Restif de la Bretonne en a dérivé proferie. 

Protection, du latin prolcclio, de ptrotegere, couvrir. 

— Le grand protecteur, le seul protecteur de l'homme, c'est le 
travail. 

Protée, du grec Proleus, de prôtos. 
Le plus ancien des dieux. 

— Protée, dieu marin, tlls de Neptune, était chargé de garder le 
troupeau des moutons marins. Il prédisait l'avenir ; mais on ne 
pouvait le lui arracher qu'en l'enchaînant, et, pour échapper à 
ceux qui le consultaient, il se métamorphosait de cent manières, se 
changeait en bête, en feu, en eau, etc. 

— On appelle y^ro^e(?, un homme qui change sans cesse d'opinion, 
de langage, comme les courtisans, qui savent cacher leurs senti- 
ments sous un masque trompeur. (Voy. caméléon.) 



PRO 323 

Protestant. 

Syiiuiiyiiii's : ralvinlste. Imiiucnot, luthérien, parpaillot, réformé. 

— Les sectateurs de Lutlioi' furent nommés protestants parce 
qu'en l')29. ils protestéi-ent ronli'e un décret de l'empereur et de 
la diélt' de Spire, qui défendait toute innovation en matière de reli- 
f:ion. et déclarèrent qu'ils en appelleraient au Concile général. 

— Parpni/tot vient de Jean-Pierre de Parpaille. l'un des chefs 
calvinistes. déca[»ité à Avignon en loGïi. 

Protocole. 

A Byzance. on nommait protocollum, ou premier registre, le 
\olume destiné à contenir les actes publics, et qui était fait de 
papier dans la fabrication duquel entrait de la colle. 

— En diplomatie, les protocoles sont les procès-verbanx des 
conférences tenues par les ministres plénipotentiaires. 

Ce mot fut adopté, en 181 i et I8I0, au Congrès de Vienne, ainsi 
qu'à ceux d'Aix-la-Chapelle et de Vérone. 

Prou, adverbe : provençal p?'o un, du lalin probe : IAqu pluti'it 
que de prou fit. 

Assez, beaucoup. 

On disait autrefois après les grâces : « Prou fasse ! » Que ce repos 
vous prolite :... 

.Madame, grand prou vous face : (Ifeptaméron, nouv. 20.) 

Prouver, du latin proixire. 

Ce mot a fait autrefois preuve, comme trouver treuce, à certaines 
formes de sa conjugaison. La trare en est restée dans le substantif. 

Provençal, dérivé de Provcme, latin Prorincia. 

— L'idiome provençal est né de bi corruption du latin, pourri- 
ture féconde, d'où sont nées des langues parfaites. 

— Le provençal est une la noue, tandis que le français n'est 
qu'un patois. (Castil-Blaze.) 

— Varron appelait .Marseille Trilinr/ui.s, parce qu'on y parlait le 
grec, le latin et le gaulois, et l'on peut juger par le Dictionnaire 
qui suit, que de ces trois langues les deux premières ont cou- 
couru presque exclusivement à former le provençal, qui est resté 
ce qu'il était au .Moyen-Age, avant la formation de la laniiue fran- 
çaise. 

-— La laiiLiue française ne se parle en Provence que depuis la 
Révolution française. Avant cette époque, elle n'était étudiée que 



326 IMID 

par los pcrsonnos ol)li;i('OS do la savoir. n(, dans los meilleures 
sociétés, on ne parlait que la lan<:ue du pays. 

Lorsque Louis XVIII, encore comte de Provence, vint \isiler relie 
province, on eut de la peine, dans plusieurs villes, à trouver des 
personnes capables de le haranguer en français; et nn-mc à Mar- 
seille, il y avait alors peu de négociants à qui celte langue lût 
familière. On l'enseignait, mais le provençal était resté dans l'usage 
général. Il ne lallul rien moins que la Révolution pour changer ces 
anciennes habitudes, et répandre rapidciueul l'usage du français. 
Cependant, aujourd'hui encore, la population des campagnes et de 
certains quai'tiers des grandes villes reste fidèle à son ancienne 
langue. 

— La: langue provençale était à son apogée de perfection de iOoO 
à 1250. 

(Nota. — Ici devait prendre place un Dictionnaire des mots 
provençaux tir'es du grec, du latin, de l'arabe, etc., dont nous ne 
trouvons aucune trace.) 

Provence, du latin Provincla, la province par excellence. 
Rac. procul, ctncere, vaincre au loin. 

— Synonyme : la Gueuse parfumée. (Sévigné, marquis de Galiffet.) 

T.e Parlement, le Gouverneur, la Durance, 
Ces trois ont gâté la Provence. 

Gâter est employé ici dans son acception étymologique de dévaster. 

On a dit aussi : 

Trois choses gâtent la Provence : 
Le vent, la comtesse, la Durance. 

De ces trois fléaux, le Parlement n'existe plus; la Durance, 
dérivée en canaux, désaltère Marseille, arrose ses jardins, et fertilise 
la Grau et une grande partie des plaines du Vaucluse. Reste le 
mistral, que l'on continue à maudire. 

Lèvent du nord-ouest, appelé mistral (maître vent, magistral), 
est un vent violent et froid, qui règne en Provence et en Languedoc. 
Les aûciens l'appelaient céphire, joli nom pour un bien vilain vent ! 

Auguste, qui visita la Provence (7 ans avant Jésus-Christ), lit élever 
à Marseille, un temple à ce vent, que les Latins appelaient Cœcias 
ou Clrcus, du mot celtique cyrch, violence. 

Strabon, dans sa Géographie, l'appelle Melamboréas. vent noir. 
C'est un vent local ; Pline en parle en naturaliste, et dit qu'il ne 
faut pas planter d'arbres dans la Gaule Narbonnaise, contre la 



diroction do ro voiil. miiis ;i r;il)i-i. p;irro qu'il onlêvc même le toit 
des MKiisoiis. S;i violence es! exliviiie: il renverse les obstacles 
(|n'il rencontre, el soulève les cailloux. ;in point (ju'on a renoncé 
de(iuis lou.Lîtenips ,'i Liarnir de vili'cs la façade nord dn chrdeau de 
Griuiian. ancienne ivsidence de la tille de M""^ de Sévigné, situé 
près de .Montéliinai' : elles étaient brisées parles cailloux, que le 
Nent lançait comme avec une fronde. 

|]n l7()U-7(). ce \eiil l'éuna pondant quatre moisjlo suite. 

On l'appelle i le balai do la Provence «. 

Plusieurs contrées de la Provence sont abritées du mistral par 
des montaLiues : Cannes, le Golfe Juan, Yallauris, placés derrière 
le l'enipai't do rEstérel. (Voy. Hyères.) 

— La vicomtesse de ïurenno, Cécile de Comminge, maîtresse 
de Clément VI, mort à Avignon, le (î décend)re 1352, exerça sur ce 
pape un ascendant funeste, et fut cause do beaucoup do malheurs 
pour la Pi'ovonco. 

— La Durance [Dnicnlid) a un cours très rapide, et ses débor- 
dements sont torrentiels. 

Tite-Livc (XXI, 'Xi) la dt'crivait déjà, quand il disait, au sujet du 
passage d'Annibal : Non nariiim pniivns esl ; elle n'est pas 
navigable. 

Silius Italiens dit qu'elle roule à grand bi'uit dos arbres déracinés 
et dos morceaux do montagne. Cependant son nom de Druenlla 
seuddorait indi(pier ((ue plus tard les Romains la rendirent navi- 
gable, ou du moins tlottablo pour les chouos que produisait la 
Provence. 

— Godeaù, évèque do Yence, poète, académicien, et familier de 
l'hôtel de Rambouillet, dans des représentations au roi, au sujet 
d'un nouvel impôt, appelle la Basse-Provence « une gueuse parfu- 
mée », parce qu'elle ne produit pas assez de grain pour nourrir les 
habitants. Depuis ce temps, la gueuse s'est enrichie à vendre ses 
paj'fums. et Grasse, où se font la plupart des essences que la 
Provence fournit, a été appelée la « Cassolette » de la France. 

'— La Provence est une serre chaude pour les santés délicates. 
(M-^e de Sévigné.) 

— Il y a en Provence, un grand noml)re de localités encore plus 
favorisées que les autres, qui se recommandent par leurs qualités, 
et auxquelles leur nom sert, en quelque sorte, d'enseigne : 

Auribeau (Basses-Alpes), de Aura, hella, bon air. 
Flassans (Var), de Flatus sanus. 



:î28 I'uo 

lîonuvo/.or (B;issos-Alpos), si^nilio l)cllc vue. 

Y;illt('ll(', V;il bonne, Val lis, hclla, bona. 

Les Âni(';nicrs pr^s Tonlon, de Amirnus, ;igréable. 

Snllicrs (Var), de Solnrla.'. ensoleille'*. 

Vallensolle (Basses- Alpes), de Vallis Solis (?). 

Vallauris (Alpes-Marilimes), de Vall/'s ainva. 

Yaumeil (Vaiicliise), de Vallis mellis. 

Digne, Eyguier, Marligues, la Palud, le Pradet, Vancluse, rappel- 
lent l'abondance des eaux de la Provence, et il semble que, dans ce 
beau pays, la nature s'est plu à réunir les trois éléments nécessaires 
à sa fécondité : le soleil, l'eau et l'air. 

— Le tambourin et le galoubet de Provence, sont une tradition 
de la musique arabe On sait que la Provence a été assez longtemps 
occupée par les Maures. 

Le galoubet tire son nom de gai, joyeux, et de oubet, pour 
aubeta, petite aube ; c'est l'instrument pour jouer des aubades. 

Le tambourinaire provençal est joueur de galoubet et de tambou- 
rin tout à la fois. Flûtiste d'une main, grosse-caisse de l'autre, il 
ressemble par le baut à un enfant suçant un sucre d'orge, et par le 
bas à un marcband de plaisir. 

Proverbe, du latin prorerbium. 

— Suidas, Zénobius, Diogénianus, Apostolius, sont des auteurs 
grecs qui ont fait des recueils de proverltes. 

— Le proverbe est une maxime populaire, ou façon de parler 
sentencieuse, qui est dans la boucbe de toute sorte de personnes. 

— On a prodigué aux proverbes les noms les plus élogieux : 
petits évangiles, sagesse monnayée, algèbre des idées pratiques, 
écho de l'expérience, sagesse des uations. Ils ont eu aussi leurs 
détracteurs, et Molière (Femmes saranfes, acte IL scène 7) parle 
avec mépris 

De proverbes traînés dans les ruisseaux des Halles. 

— Les proverbes sexpriment généralement en langage figuré, 
et se rattachent aux tropes. Il est curieux de retrouver dans ces 
locutions, d'origine essentiellement populaire, des rapports si 
fréquents avec les figures de rhétorique. M. Jourdain faisait, sans le 
savoir, seulement de la prose : le peuple fait presque de la poésie. 

— Le proverbe affecte les formes variées de : 
L'allégorie : Qui craint les feuilles n'aille pas au bois. 



PlU' 321) 

L'allitération : Son-et do deux, secret de Dieu. Mnl ;i qui a. pis 
a qui n"a. Palieiicc passe science. 

I>anlitlit''se : (Iraïul i)roinetteiir. [lelil donneur. 

Le calembour: Qui bâtit, nient. 

La concision : Tout ou rien : pou et bon. 

La contradiction: Los proverbes ont toujours raisoii, pai'ce qu'ils 
ont tous leur contraire, et répondent ainsi à toutes les denuindes. 
Ainsi : Chose promise, chose due. Promettre et tenir sont deux. — 
II ne faut pas chasser deux liè\res à la fois. Il faut avoir deux cordes 
ii son arc. — Il ne faut pas remettre au lendeniain les atîaires 
sérieuses. La nuit porte conseil. 

Le jeu do mots : 11 y a plus de trompés que de trompettes. 

L'hyperbole : Il se noierait dans un crachat. 

La métaphore: Graisser la patte; faire le plongeon. 

Le paradoxe: Qui paie ses dettes s'enrichit. L'appétit vient on 
mangeant. 

Providence, du latin providentiel, procidere, pourvoir. 
C'est la sagesse divine douée de prescience et conduisant toutes 
choses. 
De la même origine viennent : pourvoir, provision, prudence, etc. 

Proxénète, du grec proxénètes, courtier. 
Désignait à Athènes les magistrats chargés de loger les étrangers 
venus dans la ville pour affaires politiques. 

Prude, de rancien français ;);'or/e: féminin de preux: il s'est 
pris anciennement dans un sens avantageux. 
Femme très réservée, qui manque d'imprudence. Misé Pesqui-pas. 

— Synonymes : sucrée. Faire la prude : faire la bégueule : faire 
sa Sophie : alïocter des airs de sagesse. 

— La pruderie est en raison directe de la corruption. 

La pruderie est la grimace et l'hypocrisie de la pudeur. (Massias.) 

Prudence, ûo, prudent lu, contraction de prooldenlla. 
Vertu qui fait éviter les dangers, dans les cas difficiles. 

— On dit de 1" homme prudent qu'il est « garé des voitures », par 
allusion aux dangers de la circulation à Paris. 

— La prudence est la portière du cœur : elle n'ouvre pas à la 
folie. 

— La prudence est une des quatre vertus cardinales. 

Chez les anciens, elle se confondait avec la science, comme on 
le voit dans le mot Jurisprudence, qui signifie science du droit, et 



330 IMll 

dans /??v<r/7/r);/?m^, lioniiiio insl mit. fhnisi pour jii^f-.'ii-hilrc dans 
les ('onlosl;itions onlre incmlircs d'un corps de inùtier. 

— On dit : la priidcncf du serpent. 

Prud'homme est formé comme sagr-fcnunn. 

— Monsieur .losopli Pj-ndhomme, ci'éé i»arll. .Monnier. vers 1830. 
est le ty|)e de la lièlise honrueoise an xi.x*" siècle. C'est l'iiomnie ijiii 
cache sous une apparence prave et sérieuse la nullité de son esprit, 
et répèle avec emphase les banalités qu'il a lues dans son journal. 

H. Monnier a pris pour modèle de son portrait un peu chargé, 
le bourgeois de Paris, raisonneur et sentencieux. 

Prune, du latin prinium. 

— Ce nest pas pour des prunes : ce n'est pas pour rien. 
Prune est ici le fruit de l'épine noire, ou prunelle, fruit âpre, 

sans utilité, si commun qu'on ne recueille pas. 

Si je suis aHligc, ce n'est pus pour des prunes. 

(Moi.ifciiE, Cocu iniof/iiiaire, 16.) 

— Mangez des prunes, nos pourceaux n'en veulent plus. {Moyen 
de parvenir, ch. 73.) Vieux dicton peu poli, pour oITrir une chose 
qu'on a en surabondance. 

— Les prunes de Reine-Claude doivent leur nom à la reine 
Claudine, première femme de François I'''. 

On raconte aussi que la reine Claude, à la suite de la première 
croisade, donna son nom à des prunes délicieuses rapportées de 
Palestine. Les arbres, plantés dans le jardin du palais des Tour- 
nelles, donnèrent des fruits exquis, souvent volés la nuit par les 
écoliers. Ces amateurs de reines-claude étaient condamnés par le 
Châtelet à être pendus. 

A quelque temps de là. un truand vola les diamants de la 
couronne. Il fut aussi condamné à la potence : mais arrivé au pied 
du gibet, il dit avec une certaine fatuité: « Au moins ce n'est pas 
pour des prunes ! » 

— Les prunes de Monsieur reçurent ce nom, parce que Monsieur, 
frère de Louis XIY, les aimait beaucoup. 

Prusse. 

Travailler pour le roi de Prusse: sans salaire, pour l'amour de 
Dieu. 

Le roi de Prusse dont il est ici question, c'est Guillaume I'"', qui 
pressura le peuple, très malheureux sous son règne. 



PUG 331 

— Le soldat pnission, avec son pai-aloniierre sur la tiHc, c'est 
Mars coillV' en cliicard. (Cli. IIii.oo. !23 jnilk'l 1870.) 

Pseudo, (in Lit-cc pscados, niensoMLic. 

Ce |ir(''li\(' hiMiriiihlc s'ajonlc à crrlains mois, [loiir niar(iin'i' (jno 
la ([nalilé ({n'ils cviiriMicnt es! fausse. 
Ps(Mul()-|)ro|iln'tt'. |)S(Mi(l()-aMii. 

Pseudonyme, lonm'' du |in''i'rdrii( et de onomn. nom. 

(Voy. noms pseudonymes.) 

M"« Nathalie (des Français) s'appelle Zaïre Ma\el; M"« Agar, 
reçue en ISlîî). sappelle Chauvin ; M" " Belval et SilLy, deux sœurs, 
se nomment Goret : M""' Cora PearK est Crurh : Théi'ésa s'appelle 
Emma A'aladon. 

Puant, parti(i|)t' présent ({a puer ■. \'A{'m putere. 
On ne saurait y \oir une syncope d'impudent. 
Au ligure: important, lier, orgueilleux. 

Public, du latin pub/icus. par popalicits. qui appartient au 
peuple. 
Sa Majesté Tout le monde. 

— Combien faut-il de sots pour faire un public ? (Goethe.) 

— Le public, cet être aux cent têtes, qui est. toujours le même et 
toujours changeant, ce tout le monde, enfin, qu'on dit a\oir plus 
d'esprit que Voltaire, plus d'argent que Crésus... 

— En puldic : rorani populo. 

Publicain, du latin puhliranus. 

Dans la Bible, les pulilicains sont les percepteurs de rinqtùl. 

Fermiers des deniers publics chez les anciens Romains. Comme 
ils couraient de grands risques dans le recouvrement des impôts, ils 
se montraient fort durs à l'égard des débiteurs de l'État. Ils 
abusaient même quelquefois de leur pouvoir au point de se rendre 
odieux aux populations. 

Chez les Juifs, les publicains étaient en exécration, et l'un des 
reproches faits au Cbi-ist par ses compatriotes, était de fréquenter 
les publicains et les femmes de mauvaise vie. (Voy. saint Mathieu.) 

Puce, du latin jiule.r, pullretn. 

— M. de Metteruich a la Prusse à l'oreille, disait-on en 186G, à 
propos des préparatifs de guerre de Bismarck. 

— Avoir. la puce à l'oreille : avoir des inquiétudes sur le résultat 
d'une affaire. 



332 PII 

Pure ;i l'oreille, l'homme réveille. 

La Didun, que laraour réveille 
Et lui met la puce à loreille. 

(ScARRiis, Virgile trace.tti.^ 

Pucelle, du diuiinutif puUitoUn . de pulla : provençal piucella ; 
de pullus, tout petit animal. 
Le latin avait aussi pndlcella, diminutif de pudica. 

Pudeur, du latin pudor, de piidere, avoir honte. 

Pudeur se disait aussi en latin lerecundia, qui a donné vergo- 
gne: d'où femme déver.irondée. 

C'est Desportes qui a créé ce mot aussi cher à la poésie qu'à la 
prose. 

— La pudeur est la couscience du corps. 

La pudeur lut toujours la première des gi'àces. 

(La Chal-ssée, Ecole des M'tri-t. II, 9.* 

La beauté sans pudeur est une fleur tombée dans la boue. 
La pudeur ! belle \ertu, qu'on attache sur soi avec des épingles. 
La pudeui-, sorte de modestie de la matière, n'est souvent qu'une 
feuille de vigne à jour... 

— Proh pudor '.... ô honte! Interjection latine, qui exprime le 
dégoût inspiré par un acte inconvenant, incongru. Il répond à : 
Fi donc ! et aussi assez bien au schoking des pudiques ladies. 

Puer, du latin putere. 

— Puer comme un bouc. Les Latins disaient hircosus dans le 
sens de impudique. 

— De puer vient putois, mammifère digitigrade, voisin des 
martres, et exbalant une odeur fétide. 

De là aussi : punais, punaise. 

— Tuer les moucbes au vol : avoir l'haleine puante. 
Puff, mot anglais, qui signifie bouffée. 

Désigne tout genre de publicité mensongère qui a pour but 
d'attirer l'argent du public. C'est le dernier mot du charlatanisme. 
Barnum est le Napoléon du pulï. (Voy. canard.) 

Puis, du latin po-ft, provençal pueis. 
De là vient depuis. 

Puissance, vieux iràMçViii poissant . du latin hàrlrATe passent em. 

La puissance qui demande, ordonne : les prières des rois sont 
armées. — Sntis imperat qui rogat potentia ; armatœ sunt 
preces regum. i^Charron, Sagesse III, 2.) 



l'I'T 33îi 

Punch, mot andnis. 

Hoissoii spiritiioiise faite avec du llic, du rilruii, du sucre et du 
rliuui : euipruntée aux Anglais, et introduite en France après la 
paix dt' 1703. 

Punir, du latin 7^?/n//r. On récrivait autrefois pugnir, comme 
s'il fut \cuu de /ji/f/ims, poing. 

— l^e droit de punir doit être elïacé du code, d'après certains 
philosophes qui n'admettent pas la responsahilité humaine. 

Fouricr veut qu'on ne réprime pas les passions, mais qu'on les 
dirige. Le moyen de suppi'inier la pénalitèest l'instruction répandue 
dans toute la société : l'ouverture des écoles fera fermer les prisons. 

— In procureur est un magistrat qui prouve son horreur du 
sang, en faisant verser le plus de sang qu'il peut. 

Pur, (lu h\\\n j>urus, du grec j)ii/\ le feu, qui est l'emhlème de 
toute purilication. 
Qui est sans mélange. 

— Dérivés: pureté, aiiurer, purifier, déi»uratif. purger, purga- 
toire, impur. 

— Aux purs, tout est pur. 

Purée, du latin piirare, nettoyer, passer à l'étamine ; ou plutôt 
de porrum, poireau, comme l'indique le vieux mot porréo. ou 
poireo. 

— Purée septemhrale : le vin. (Haijelais.) 

Purgatif, purger, du VaWw puvfinro. 

.Médi(;;tiou propre à déterminer des évacuations alvines. 

Synonyme : récurer le chaudron (trivial). 

Purisme, défaut ipii consiste à alïecter une trop grande pureté 
de langage. 
Le puriste, dit La Bruyère, parle proprement et ennuyeusement. 
Le puriste est le puritain du langage. 

Puritains, secte qui était attachée plus pureincnl (pic les autres 
presf)yléri(^us à la lettre de l'Ecriture. 

— On appelle 7>;o*//rt//« un personnage de mceurs rigides. 

Put, radical de putorc, puer : de pulare, penser ; et du mot 
piilus, petit. 

Pute, proven(;al 7>^//''/, petite lille ; féminin de petit garçon: 
comme fjarse. 



:m pvi; 

Il ;i donné nii d(''i'ivé injnrionx et ni;illionnf'to. nynnt flinnL'-L' son 
;ic(0[ili()n prcniirrc en celle de juif if/a, iin;inte. 

— PriniilixeNienl. <e nicil ét.iit lionnëte. Goldoni m coinposé une 
roniédi(! inlilnlée /a Vula lioiiorditi, l;i lille honnête. 

— Les trouliadoiirs l'ont loujoni-s employé dans le sens péjoratif 
i\i' j)i//..., conrtisnne, vilaine, proslitnée. 

— il échappait souvent à la reine, de dire (en i)ailant de M""^ de 
iMontespan) : « Cette pute me fera mourir. » (Saint-Simon.) 

JdHon ne pulanos lio'l salclh ex leintz. 

(P. CAUblNAr..) 

(Couchant avec prostituées jusqii au soleil levé.) 

Le très clier frère, indocile cl mtifin. 
Vous la l'ima très riclienient en lain. 

(liriEssET. ]'ert-\'ert.) 

Putiphar. (Yoy. Genhe XXXYil, et chaste.) 

Pygmalion, nom jnytholoiiique. 

Sculpteur de l'ile de Chypre, dégoûté du niai'ia.se par l'horrilile 
dépravation des femmes d'Amathonte, résolut de vivre dans le 
céUhat. Vénus, irritée, le rendit follement amoureux d'une helle 
statue d'ivoire, œuvre de son ciseau ; puis, à sa prière, anima cette 
statue, que Pygmalion épousa et dont il eut un lils. Paplius, qui 
fonda la ville de Paphos. 

Pygmées, du grec puanu', coudée. 

Race d" hommes que la Fable place eu Liljye. 

Ils n'avaient qu'une coudée de hauteur. Leurs femmes devenaient 
mères à trois ans, et étaient vieilles à huit. Une armée de Pygmées 
ayant assailli Hercule endormi, ce héros les enveloppa dans sa peau 
de lion, et les porta à Eurysthée. 

Les modernes ont vu revivre cette fable dans le Voyage de 
Gullirer. (Voy. mynnidons.) 

Pyrame et Thisbé. 

Pyrame, jeune Assyrien, aimait Thisbé. Ils projetèrent un rendez- 
vous hors de la ville sous un mûrier blanc. Thisbé, arrivée la 
première, fut attaquée par une lionne, qui avait la gueule ensan- 
glantée. En s'enfuyant, la jeune lille laissa tomber son voile, que la 
bète souilla de sang en le déchirant. Pyrame survint, aperçut les 
lambeaux, et, croyant Thisbé dévorée, se perça de son poignard. 
Cependant Thisbé revint du lieu où elle s'était réfugiée, et. trouvant 
le cadavre de son ami, se perça du même poignard. 



PYT 333 

Le inùiiiT fui teint du sang des deux amants, cl les mûres qu'il 
|)ni-lait (l('\iiirt'iit l'onp-fs. de Manches (|ii"elk'S i-laient auparavant. 

Pyramidal, pyramide, du iiwc pin-fu/iis. 
Synonyme de ctilossal, très grand. 

— La grande jiNramide de Clié()|is. construite sons la iv" dynastie. 
4000 avant .lésus-Chrisl, a 233 mètres de côté à la base ; sa hauteur 
primitive était de 143 mètres. Elle a une masse de 7o millions de 
[lieds cubes, et fournirait l»'s matériaux d'un miii' liant de six pieds, 
long de mille lieues, qui ferait le tour de la Fraïu'e. Supposez la 
Grande Pyr;iiiiid(' en fer blanc creux : elle pouri'ait se placer sur 
Saint-Pierre de Uome, qui disparaîtrait comme une muscade sous 
le gobelet. (J.-J. Ampère.) 

Leur masso indcslrucliljle a fatigué le temps. 

(Delii.le.) 

Audacia saxd (Stace) : audacieux rocbers. 
Portentosœ moles (Pline) : masses monstrueuses. 
Du haut de ces monuments, quarante siècles vous contemplent. 
(Bonaparte.) 

Pyrénées, l'yrenœi (montes). 

— Il n'y a plus de Pyrénées! Lorsque le duc d'Anjou p;rrtit pour 
régner en Espagne, Louis XIY, pour marquer l'union future des 
deux nations, dit : « Il n'y a plus de Pyrénées ! » 

Pyrrhonisme, doctrine professée par Pyrrlion, (pii avait pour 
principe de douter des choses que tout le monde regarde comme 
certaines. 

Haliitude de douter de tout; scepticisme. 

Pythonisse, ou l'ylhie. 

Devineresse, femme qui exerce la divination par le moyen d'un 
esprit malin qui est en elle. (Actes des Apôlres, ch. XVL) 

Cet esprit s'appelait Pytbon, surnom d'Apollon, qui rendait ses" 
oracles à Delphes sous le nom de Pythien, parce qu'il avait tué le 
serpent Python. 



:m OUA 



Q et K se prononcent souvent comme c dur. Le «y ne faisait point 
partie, primitivoinont, de l'alplKibet des Latin?. Ils le remplaçaient 
par r et (Mi-ivait'nl ohlicnni, lociinlnr. On rinlr(jdi]isit plus tard 
pour r('iii[tlarcr la syllabe eu, et on ne le (il pas suivre d'abord 
de 1';/. 

Au xvie siècle, il s'éleva une dispute, entre la Faculté des lettres 
et celle de théologie, sur la manière de prononcer le q. La Sorbonne 
soutenait que, dans les mots latins rjuisquia, quanquam, on devait 
prononcer /dsLis, kankan : et le grammairien Ramus, dont l'opi- 
nion prévalut, voulait, qu'ils se prononçassent comme ils s'écrivent. 
(Voy. cancan.) 

— Les mots français coq et cinq sont les seuls, avec \'0>/)rq, qui 
terminent par un q. 

Autrefois, ou y pouvait joindre desjucq, matin. 
Chantons Noël du soir jiisquan dcsjnc(i. 

{('.. Maiiot.) 

Quadragésime. (Voy. canhne.) 
' Ne s'emploie que dans la locution ecclésiastique : dimanche de la 
Quadragésime. 

Quadrature du cercle. 

Problème insoluble, puisque le rapport de la circonférence au 
diamètre est incommensural)le. (Voy. cercle.) 

Quand, du latin quando, provençal quan. 

Quand les canes vont aux champs, 
La première va devant... 

Se dit à ceux qui demandent trop souvent : Quand sera-ce ? 

— En Normandie, ou dit : « Tu partiras quand nous. » 
Cette locution était autrefois quand et nous. 

Quant, de quantutn, se joint à à. 
Quant à moi : pour ce qui est de moi. 

A été aussi adjectif, Aenant de quantus, comme on le voit dans 
l'expression : toutes et quantes fois. 



OUA ?,'M 

Quarantaine, di'ri\é di' t/i/arait/c, i/iiadi-af/i/i/a. 
Noiiiltre de quarante ou environ. 

— Temps qu'un navire reste isolé des lialiitants d'un pays, 
Ioi-s(pril vient d'un lieu oi'i rè.iiue une maladie contagieuse. 

1/épreuve devait, autrefois, durer quarante jours, d'où lui était 
\enu son nom, qui est demeuré, quel que soit le noini)re de jours 
ipie dure la séquestration. 

Quart, du latin (judiius, quatrième. 

— (juart d'heure. On dit inipi'oprement : six heures, huit heures 
moins le quart : parce que le quart est relatif à.la quantité d'heures 
énoncée: tandis que un quart est a hsolu, et représente le quart 
d'une unité. Ainsi huit heures moins le (juart, [)ourrait, à la rigueur, 
sitiuiller six heui-es. en retranchant le quart de 8, qui est 2. Mais 
S heures uuiins nu quart ne peut exprimer que 7 heures 3/4... Tout 
au plus peut-on dire : une iieure moins le quart. 

— Le quart d'Iieure de Ualielais. (Voy.) 

C'est le moment de payer ce que l'on doit ; moment toujours 
désauréahle et souvent emharrassaut. 

— Passer un mauvais quart d'Iieure. Les anciens attrihuaient 
une mauvaise influence à certaines heures ; d'où viennent l,es mots 
malheur et bonheur (?). 

Quartier, dérivé de quart. 

Ce mot. qui siuniliait le quart d'un tout, a pris le sens de partie 
d'un tout divisé en un nomhre quelconque de parts. 

— En terme de blason, le quart ou l'écart de l'écusson écartelé. 
Un écusson est contre-écartelé, quand un de ses quartiers est 

lui-même écartelé. 

/ escut en JllI earliers, et en cascun ea?'fier a I leo. (Tarif des 
monnaies de Provence.) Un écu en quatre quartiers, et en chaque 
quartier un lion. 

Dans les généalogies, on appelle « quartiers de noblesse » chaque 
degré de descendance, soit en ligne patei'uelle, soit en ligne mater- 
nelle. On ne pouvait être reçu dans certains ordres, sans avoir 
justifié d'un certain nomhre de quartiers. Il en fallait huit pour 
entrer dans l'ordre de Malte. 

. Cette acception du mot quartier vient de ce que les parties d'un 
grand écusson contiennent les armoiries ditïéreutes désignant les 
divers chefs dont on descend. 

A l'origine, on mettait sur les quatre coins d'un tombeau, les 



'X\S Ql'A 

écus du p(''rc, de la iikto el des deux ;jï»'u1s du défunt. (Ju \uil, en 
Allemagne, des toui beaux où il y a 8, 10 et 32 quartiers. 

— Quartier de ville. Avant Pliilippe-Au.uuste, Paris était divisé 
en quatre parties qui étaient nommées quartiers, à cause de leur 
noml)rc : la Cité, Sainl-Jacques-la-Bouclieric, la Grève et la Yerrei-ie. 

Depuis 1800, il est divisé en 20 arrondissements et 80 quartiers. 

— Pas de quartier, sans quartier. Autrefois il était d"usagc, dans 
les camps, de racheter un prisonnier de guerre en payant pour sa 
rançon un quartier de la paie;'i l.-ujncllt^ il avait droit par son grade. 

Quasi, advei'he latin : presque, en quelque sorte. 
On dit aussi qudximent. 

C'est une ville, en vérité. 
Aussi grande (juasi (](ie Tlicbos. 

( Mor.itni:, .1 inp h itrijon .) 

Quasimodo, le premier dimanche après Pâques. 
Ce nom est emprunté aux premiei's mots de \ introït de la messe 
de ce jour ; Quasi modo geniti infantes. 

Quatre, du latin quatuor. 

De là : quart et quartier, cadran, écarleler, etc., équerre (en 
provençal escairc) et équarrir, mettre d'équerre ; quadragésime, 
carême, carré, quadrature. 

— Se mettre en quatre : déployer beaucoup d'activité, se multi- 
plier. 

Dans le Berry on dit : se mettre en deux, se dédoubler, d'une 
femme qui accouche. 

— Avoir de l'esprit comme quatre : faire le diable à quatre ; tiré 
à quatre épingles. oy- ^'c^ mots.) 

— On remarque que le nombre quatre a été appliqué à des 
usages très nombreux. Il y a : * 

Les quatre âges du monde ; les quatre points cardinaux ; les 
quatre saisons ; les quatre temps ; les quatre règles de l'arithmé- 
tique ; les quatre éléments ; les quatre quartiers de la lune : les 
quatre conjugaisons ; les quatre évangiles ; les quatre épices 
(girofle, muscade, poivre, cannelle) ; les quatre fleurs (coquelicot, 
violette, mauve, camomille) ; les quatre fruits (datte, figue, jujulie 
et sebeste). 

— Les Quatre-Temps sont des jours d'abstinence et de jeûne 
ordonnés par l'Église, au commencement de chacune des quatre 
saisons de l'année. 



()VK 339 

Quelqu'un, di' (/nchjue et tic un. 

Parriit ili' /x'/sonuc, (/itc/tj>/'i/n ost r;iiiloiir de tout mrfnit 
aiionyiiio. 

Quclqu'im ;i l;iit cela. Cliaciin a eiileiRlii din; cela à (iiiel(|iriiii... 

Il n'y a pas une làclieté, un mensonue, une boui'de, une calomnie 
qu'on ne mette sni- son coni|ite. Si quelqu'un existait, il réclame^ 
rait certainement en justice contre l'alius ([u'on fait de son nom, en 
le rendant responsalile de toutes les turpitudes de riiunianilé. 
(Voy. on.) 

Quenotte, ancien Irancais t/uf/uie. 

Terme lamiliei' : petite dent, comme celle des enfants. 

Petites ([ucnottes jolies. (Molière, Princesse d' Klide.) 

Querelle, du latin (jnerehi, plainte, lamentation. 

(Voy. querelle d'A/fe/nand, (ihjurade, Cas/il/e. noise.) 
. — Synonymes: prise de bec; le torchon Ijrùle, se dit d'une 
querelle de ménage : chercher ([uerelle ; chercher garouille ; avoir 
des mots ; échanger des gros mots ; avoir des raisons. 

— Querelles de gueux, durent peu. 

Querelles de gueux qui se raccommodent à la gamelle. 

A la suite de bien des duels, il n'y a de tués que des poulets. 

Un diner a un coté excellent : on se rencontre, on se voit, on se 
parle, on fraternise, et tels qui arrivent brouillés à mort, finissent 
par choquer leurs verres et par se donner la main. 

(Yoy. ami de table.) 

— Les querelles ne dureraient pas tant, si tous les torts étaient 
d'un seul côté. 

Quérir, du latin (juœrere, provençal querre. 

Ce terme n'est guère resté que dans ses conqjosés et dérivés^ ; 
quête, question : acquérir, conquérir, s'enquérir : exquis, requête, 
perquisition, etc. 

Questeur, du latin quo'sior. 

C'était, à Home, le magistral chai'gé de l'administration des 
revenus publics. 

Dans les assemblées parlementaires, ce sont les membres chargés 
de diriger renqtloi des fonds alloués à ces assemblées. 

Quêter, dérivé de quête, quœsita. 
Aller à la chasse avec un fusil de toile. 
Quêtes de charité : bienfaisance à la lire. 



340 QUE 

Queue, du Ifiliii raiuld. de c<i'tl<i, piirrc ([n'oii coiipo sans daiifror 
la (iiK'iio à (('l'iaiiis ;iiiiiiiaii\. 

Quia sine damno ohsi-rfdin', ui canihits vidiimix. (Vossius.) 

— Dérive : roiiai'd. coiiai'disc. 

— CliifMi d(ï voleur ! si lu recommences, je te couperai la queue 
au milieu du dos. 

— J)i cauda vencnum : le poison est dans la queue : c'est-à-dire 
le piquant, le trait d'une anecdote, d'une épiuramme, se trouve 
dans le mot de la lin. Tout l'intérêt d'une lettre est souvent dans 
le pnst-scrij)lum. 

— Queue rouge. On désigne par là les bouffons de théâtre, les 
successeurs de Jocrisse et de Cadet-Roussel, qui llorissaient au 
temps du premier Empire, et qui portaient sur la scène une 
perruque dont la queue était tortillée d'un ruban rouge, pour 
amuser le public. (Voy. 7mban.) 

— Il n'est pas cause que les grenouilles n'ont pas de rpieue. C'est 
comme : il n'a pas inventé la poudre ; il man(iue d'esprit. 

Ce proverbe vient de l'observation du pbénomène de la méta- 
morphose du têtard en grenouille. Le têtard destiné à se trans- 
former en batracien est un poisson manquant de nageoires latérales 
et de vessie aérienne, mais pourvu, comme organe de locomotion, 
d'une queue plus large et plus longue que le corps, et qui lui 
permet de se mouvoir comme avec la rame d'un godilleur. Cette 
queue formidable a, pour la soutenir, un prolongement de la 
colonne vertébrale : pour la mouvoir, des muscles puissants; pour 
la nourrir, des vaisseaux considérables ; pour l'animer, de nom- 
breux nerfs. Pendant la métamorphose, la queue, qui va devenir 
inutile, décroît et se résorbe, pour servir au développement des 
membres de la grenouille. 

— Pacha à trois queues. Des queues de cheval, au bout d'une 
hampe, servent d'étendard aux Turcs. C'est aussi un signe de 
dignité dans la hiérarchie militaire. Ainsi, le grand seigneur a sept 
queues : le grand vizir, trois, etc. 

— Ruban de queue. Route longue et ennuyeuse. 

Au commencement du xix*^ siècle, après la grande perruque de 
Louis XIV, vint la mode de la queue, ou sa/si fis, qui était une 
longue mèche de clieveux, réservée derrière la tête, et qui pendait, 
roulée jusque dans le dos. On se servait pour cela d'un long bout 
de l'uban noir, que l'on tournait autour de la queue de cheveux, 
pour imiter le légume dont la mode avait fait une sorte d'ornement. 



OUI 3il 

Queux, (lu lutin rnqiiux. ciiisiiiier : cot/iio. cuire; italien cuoco. 
On dit aussi ro//. iii;ii(i-i' (■()([. 

Qui, (lu latin t/i/i. Pronom conjonctif et inlerrouatif : é([uivaut à 
U'ijucl et à ItKiui'llc. 

I.r lli;il (r,-llllnll|- csl llllc I'IkIi' IM'illC : 

i.nrsi|irii nous tient, il nous faut (ni mourir ; 
l/lii'il)(' (les prés, (|iicl!(' est si souveraiao, 
)/lifi|ii' (ji's près ne saurait en gut-rir. 

(Oli.iiil [)0[)ulairp. \'oy. Mouilouv, i7 inni IS53.) 

— Qui est-(M^ ({iii la fait >. (|ui est-ce qui l'a pondu? qui est-ce qui 
l'a couvé l H(''i)onses à des questions trop multipliées, ou trop 
pressées. 

— L'ahhé de Marsy, commentateur de Rabelais, au passage du 
livre Y, cli. 18 : « jusqu'au cul », dit qu'un jour le Dante reveuiint 
de la foire, trois ucntilsliomines le rencontrèrent, et lui dirent, 
en parlant tous à la fois : 

« — Bonjour. seiLineur Dante. — D'où venez-vous, seigneur 
Dante l — Le gué est-il profond l » 
A quoi le poète répondit : 
« — Bonjoui'. — De la foire. — Jus(prau cul. » 

Quia, mot latin : parce que. 

— Ktre réduit à quia : ne savoir que dire, que répondre. 

— Dans les disputes de l'École, où l'on discourait en latin, celui 
qui ne savait donner le pourquoi d'une chose, disait : quia. quia. 
et en restait là. (\o)'. mettre à cul.) 

Régnier (Satire X) dit : 

l'ar liasard disputant, si rjnelipriin lui rt^'pliipie 
Et (}u"it soit à quia : Vous cMes liérétiiiue ! 

Quibus, mot latin. Sous-entendu oninia flniunt. 
L'argent. (Voy. /i/iauce.) 

ïu sais fart deinploycr m^ljlement ton (luitms. 

(DKSHOLI.ItKKi.) 

Quiconque, latin quicauique, tout homme qui. 
(Voy. (Ji//nc(n/i/)oix.) 

Quidam, mot latin : un cerliiin. 

Terme de palais : personne dont on ignore le nom. 

Quiétisme, du latin quic/us, tranquille. 

Erreur de certains mystiques qui font consister la perfection 



n42 QUI 

clirélionne dans l;i seiilf roiilcinjil.'ilioii. on nruliuïMiil (■iirK'rciiif'nl 
U'S a'iivros exlrriciircs. 

Quille, pour rsfinilh' ('.), (''ciiillo de bois. 
Ail \\\i\\vv et l'.iiiiilicr : j;iiiibo. 

— Doimcr ;'i (iiiolqii'iin sou sac cl ses quilles : le ronvoycr. 

Quincampoix, du latin (j u i ru m (ju (;('.). 

Une de l'aris, niodilicalion de qui (pien jKnst . fjiii (jni sen l'àclie. 
De môme Quiquengrogne élail une maîtresse tour, conslrnile en 
dépit do (^o\\\ qu'exile menarait. « Je la brilirai, qui qu'en .uro.une. » 

(J:o(jncr est remplacé par r/i'oi/sscr. dans les vers suivants : 

.le l'oluurnrniN . qui i\\['r\\ .unuissc, 
Devers cet a(i\t)eat (rcain' douce. 

iP'll'-lhi.i 

— La rne (>^// qu'en tonne, est devenue Tiquetonne. 

— Il y a aussi un Ouincampoix sur la route de Rouen à Lille. 

— M. Paulin Paris, dai)s un discours d'ouverture du cours 
d'bistoire de la langue française, au Collège de France, où il rem- 
place M. Julgard Quinet, s'excuse modestement de son insiiflisance : 
mais le ministre l'a nommé, et « bon gré, m;\\ gré, il faut passer 
outre, comme on disait autrefois, qui qu'en ait, qui qu'en grogne ». 

M. F. Génin dit que « qui qu'eu ait » est un idiotisme, et n'appar- 
tient pas au vieux langage français. 

Quine, du latin quini, cinq à la fois. 

Cinq numéros pris à la loterie et sortis ensemble de la roue. 

— Le quaterne, quatre numéros sortant ensemble, se payait 
To.OOO fois la mise. Le quine ne se jouait pas à la loterie de France. 

Quinquina, du péruvien klnakina, écorce des écorces. 

Le quimiiiiua a été appelé « poudre de la comtesse ». C'était la 
comtesse Cbiuchon, femme du vice-roi de Lima, en 1G38, qui fut 
guérie par la vertu du quinquina. 

D'où le nom scientifique de cinchona, donné à la plante. 

— Le sulfate de quinine a été trouvé, en 1820, par Pelletier et 
Caventon. 

— On appelle « quinquina indigène » la racine de gentiane. (Voy.) 

Quintessence, de qubita essen/ia. cinquième essence. 
Cliez les anciens, c'était la substance éthérée ; les quatre pre- 
mières étant les quatre éléments : la terre, l'eau, l'air, le feu. 

— Les essences sont plus ou moins cbargées d'Iiuiles odorantes, 



QUO 343 

pnr dos (lislill.itioiis iriu-lccs, et on appelle eau de lleiir d'orange 
ddultle. iri|ilf. etc.. Teaii plus ou moins chargée de parfum; de 
soric (pic celle cpii aurait clé distillée cinq fois serait véritablement 
de la (piiutessence de lleur d'orange. 

— On i-emplace coui'ammeut f/itin/essrnrr par c/ixir, de l'arabe 
c// a/,s/r. esseii'-e i)ai" t>\relleuc('. 

Quinteux, de mauvaise iiunicur. (Voy. grincheux.) 
(juinteux comme la mule du |)a[)c. 

Quinze-Vingts, ib'tiiital des aveugles, à Paris, fondé par saint 
Louis, pour trois cents de ses cbevaliers. qui avaient perdu la vue 
en Palestine. 

Quiproquo, du latin (pii pro ([uo. Prendre un (lui pour un <iU() ; 
ou (/>//// jiro >/>/(). 

— (jui[)roquo (l'aiJOtliicairc : méprise grossière. 

— Au XIV et au xv"^ siècle, les médecins écrivaient ces trois mots 
dans leurs ordonnances, en tète d'une colonne particulière, où ils 
indiquaient plusieurs drogues susceptibles d'être substituées à 
d'autres, dans le cas où celles-ci manqueraient. 

— Quiproquo est invariable. 

Quoi, du latin quid. Pronom relatif et inlerrogatif. 

Ouoi ? de quoi ? Qu'est-ce ? qu'y a-t-il l 

De quoi ! est pour : de quoi s'agit-il ? 

Quoi ! Eh quoi ! sont des exclamations d'étonnement. 

— De quoi, s'emploie substantivement, dans le sens de bien. 
Cette femme est un bon parti : elle a de quoi. 

Ils trouvaient aux champs trop do (pioi. 

(I.A FoNrAIMC.) 

— De quoi ! exclamation populaire, pour exprimer l'indignation 
qu'excite une prétention exagérée. 

Quoique, conjonction adversative, de quoi et (pie. 

C'est un solécisme de création moderne, composé de quid et de 
quod . 11 ne se rencontre dans aucun auteur français ancien. Il est 
dit dans le sens du latin quanioi.s. 

On doit le remplacer par encore que. 

— Quoi que, écrit à distance, est seul français. 

(Juui (luon dise Ai'istole et sa docte cabale... 

— Le général Cialdini est appelé à remplacer à Paris l'ambassa- 
deur Mgra. Les journaux religieux reprochent au général italien 



344 ]\\\i 

(l'nvoir coiilrihiK'' ;'i d(''[>oss(''(lf'r If iiiipo do son ])Oiivoir toinporel ; 
l'opiiiidii |»iil)li(|ii(; riicccpU'. non |);is (jnoiqnc, ni;iis piircc (jne. 

Quolibet, du l;ilin (/i/od lihrl, ce ({ni ()i;nL 
Phiisanlcrio trivi.ilc 

Quote-part, du l.ilin (piola pars, fiiiollo |);ii-|. 

(Juolc csl do jnônie origine qiio (jiKtlicnl, di; (jnotu's, conihion do 
fois le diviseur est contenu dans le dividende. 

— La qiiolo-|)artest la part qui ro\iontà chacun des ayants-droit, 
dans une répartition ; ou ce que chacun doit payer. 



R 



R. Mensibiif; errntis, purissi7na vlna bibatis. Dans les mois 
qui contiennent un 7% il faut boire son vin sans eau. 

Si les mois ne sont erres, 
Le poisson no nian.ii'i'z. 

(Xllime SlKCl.E.) 

Rabâcher, do re et do bâche (?). 

La bâche est une sorte do cuvette, où se rend l'eau puisée par 
une pompe aspirante, et où elle est reprise par d'autres pompes 
pour être élevée do nouveau. Ainsi ral)àcher, c'est répéter toujours 
la même chose. 

Eu provençal, rabàcbeur se dit rababeon, ropépiairo. 

— Rabâcher, selon F. Génin, ne vient pas de bâche, qui n'existe 
pas dans la langue avec le sens de cuvette : ce serait un composé 
dont le simple manquerait. 

D'après lui, rabâcher est pour rêvasser, fréquentatif péjoratif 
do rêver, qui se rencontre souvent dans les vieux autours, pour 
exprimer l'idée attachée à rabâcher. Quant à la permutation de v 
en 6, elle est aussi fréquente que colle de c eu ch. D'où la formule 
V=:B, C=^Gh. 

blem dictum est crniies. 

(Ti:m;><:i;, Hvautoniimoi-oumvnos, V, 1.) 

Incudem eamdem t a nd ère {Ckér on) : rebattre la même enclume. 
Rem iota die concoquere : cuire toujours la même chose. 

— Fonlenello dit à un rabâcheur qui lui racontait dos faits très 
connus : « Monsieur, il faut que ce que vous me dites soit bien vrai, 



RAB 3'io 

car vous iiio l'iivo/. ceiil l'ois riiconlé. t'I je lai CL'iit fois ciiteiidii 

raconter aux autres. » 

rJiiIaiiKinl raconte à morvoille, 
Mais il je faut \oir ran'iiiciil : 
Le prcinicr jour, il est cliarmanl, 
l'jisiiilc il est moins anuisanl, 
i^uis il (k'vi(Mil lin peu iH'danl : 
Bref, il se ivpMe, et sotiM'ut 
Vous savez par coMir (l("'s la x^illu 
Ce qu'il dira le jour sui\anl. 

Rabat-joie. Personne triste, sévère, et qu'ennuie le plaisir des 
antres. 

Rabbin, de raùoin, diable O'idocq), qui vient de l'espagnol 
i^afjo, queue. 

— Ce nom a été donné aux docteurs juifs, parce que le mépris 
pour leur race, au Moyen-Age, les avait fait com[)arer au dial)le. 

— Plus probablement de l'iiébreu rahbl, titre d'bonneiir qu'on 
trouve dans l'Evangile. 

Rabelais. 

Hoileiiu appelle Uabelais « la raison liabillée en masque ». 
On Ta aussi appelé l'Homère boulîon. 

— Les deux mots arabes r«6, le:, signilient maître moqueur. 

— Rabelais signait ses ouvrages Alcofriôas Na:ier , qui est 
l'anagramme de François Rabelais. Mais il ne signa ainsi que les 
deux premiers livres ; son nom parut en tète des suivants. 

Il représente, dans son livre, Louis XII sous le nom de Grand- 
gouzier ; Gargantua est François !«'• ; Pantagruel, Henri IL 

— La robe de Rabelais. Rabelais, cbargé, par la Faculté de 
Montpellier, d'une mission auprès du chancelier Duprat, premier 
ministre de François !«■", obtint de lui le maintien des privilèges de 
cette Faizulté. C'est en mémoire de ce service, et à cause de sa 
grande célébrité, qu'on a conservé jusqu'à ce jour, à l'école de 
médecine de Montpellier, la robe qu'il revêtait pour professer ses 
leçons, et qui était de drap rouge à larges mancbes, avec un collet 
de velours noir, sur lequel étaient brodées en or les initiales de 
son nom : Franchcus lîahedvsiis Chinonen.sis. 

Les bacheliers revêtaient cette robe pour être reçus docteurs, et 
ne la quittaient pas sans en emporter un morceau, comme relique 
et souvenir du grand docteur. Elle devint si courte, vers 1600, qu'il 
fallut la remplacer, en 1610, par une robe neuve, et François 
Raucbin, chancelier de la Faculté, la remplaça encore en 1700. 



346 \\m: 

— Le qiiiirl (l'In'iirc de l{;il)('l;iis : le iiioiiiciit de p.'iycr. 
l{;il»t»I;iis (''Uinl ;i Home, en l'i^i, (huis l;i suite de l'évoque, de 

Paris, Je;in du Hellay, ainbassadeiir de Fi-aru-ois I" aiiprrs du pape 
Clément VII, fut rappelé en France. (•////•// /)/-//ici/)is /i(iiri<i'(iiir 
rare, dit-il. Peut-éti'e allail-il portci' an l'di (picl(|ii(' nicssage inipoi'- 
tant de son ambassadeur. 

On raconte qu'arrivé à Lyon, ayant é|)iiisé sa iioiirsc. il imagina, 
pour ne pas trahir le secret de sa mission, un stratatiéme (pii est 
passé en proverbe sous le nom de « quart d'heure de Rabelais ». 
Après avoir l'éuni tous les principaux médecins de la ville, il ferma 
toutes les portes, et leur montra avec le plus urand mystère, des 
poisons qu'il disait être allé rhei-cher en Italie, pour tuer le roi et 
ses enfants. 

A cette révélation, on s'eini)are de lui, on l'enferme dans une 
litière, et on l'emmène à Paris sous bonne escorte, avec tous les 
égards que méritait un personnage de cette importance. C'est ainsi 
qu'il arriva à Paris sans bourse délier. Le roi lui fit le meilleur 
accueil. 

— L'idée de la mort nous annonce un quart d'heure qui est pour 
tout le monde le quart d'heure de Rabelais. (Le petit père André 
de retour de l'autre monde.) 

Rabobiner, abréviation de rabobcluier (argot). 

Raci'ommoder ; de bobel/ns, vieux souliers. 

Dans la corporation des cordonniers, l'ouvrier, pour passer 
maître, devait, comme épreuve, raccommoder trois paires de vieux 
souliers pris au hasard dans un sac. 

Raboni (Saint). 

Dans l'hagiographie fantaisiste du peuple, saint Raboni est réputé 
pour rendre meilleurs les caractères difficiles. La maligne légende 
de saint Raboni rapporte qu'une chapelle de l'église Saint-Pierre, 
à Montmartre, était dédiée à saint Chrysogon, que le peuple avait 
nommé saint Raboni, et à qui il attribuait le pouvoir de ramener 
les maris égarés, à de meilleurs sentiments à l'égard de leurs épouses. 
Un jour, une femme, au l'etour de ce pieux pèlerinage, apprit que 
son mari venait de mourir subitement. Elle s'écria : « Que ta bonté 
est grande, saint Raboni ! tu accordes plus qu'on ne te demande. » 

Raca, mot syriaque signiliant imbécile, tète faible. 
Ce mot.se trouve dans saint Mathieu (V, 22;, avec le sens de 
homme de peu d'intelligen<?e, tète vide. 



IIAC 347 

En provon(;;il. iino rosse. 

(JiKii} iiir aourcn de la racn. 

(Rmmbali) uk Vaqieras.) 

(Quand il me souvient de I;i rosse.) 

Racaille, de l';iiii:l;iis /v/r/,-. chien. 

A le même sens, avec une niKince de mépris pins forte encore, 
qne canaille. 

Qiielqnes-nns le l'appi'oclicnt de race: mauvaise race, lie du 
peuple. 

Race, du vieil allemand rclca, ligne ; plul(Jt que du latin vadix. 

— Au Pérou, le mélange des générations qui se sont succédé 
dans le pays, a donné des i)i'oduits variés, désignés sous le nom de: 
mcfis, né du blanc et de lindien ; mulâtre, du blanc et du noir; 
créole, du blanc et du métis; :ainbo noir, du nègre et du mulâtre. 

— Chaque race a sa larasque. (Voy.) Il y a dans chaque famille 
une plaie, comme un ver dans une pomme. 

Presque toute faniillt' un jieu nombreuse est aflligéed'un membre 
qui tourne à mal. et se met à déshonorer un nom bonorable. On a 
vu les plus grandes maisons attristées et compromises par ces 
parasites de famille, altiuu's de vices, de paresse et d'inconduite. 
(J. Janin). 

— Il vaut mieux être le premier de sa race que le dernier. 
Iphicrate. capitaine athénien, était fils d'un cordonnier. Un noble 

lui reprochant la bassesse de sa naissance, et faisant valoir l'éclat 
de la sienne : « Je serai le premier de ma race, dit Iphicrate ; et 
toi. tu seras le dernier de la tienne. » 

— Un Grec obscur ayant reprocbé au Scytbe Anacharsis la 
barbarie de son pays: « J'avoue, dit le Scythe, que ma patrie me 
fait honte: mais toi. tu fais honte à la tienne. » 

— U petite noblesse du sang ! tu es bien un manteau qui raccour- 
cit vite, car. si on n'y ajoute un morceau de jour en jour, le temps 
tourne à l'entour avec des ciseaux. (Dante, Paradis, XVI, 6.) 

Racine, du latin î'adicina, dérivé de rodix. 

— Vivre de racines : se nourrir très sobrement. 

Les peuples qui se nourrissent de végétaux sont les plus beaux 
et ceux qui vivent le plus longtemps. 

On peut citer en exemple les Suisses et les Russes, pour l'Europe. 
Les nègres, qui supportent tant de fatigues dans les colonies, ne 
vivent que de manioc, de patates et de maïs. Les Brahmes de l'Inde, 
qui atteignent souvent la centaine, ne vivent que de végétaux. 



348 H Ai 

Pytliafïoro prosci'i\;iil de r.iIiiiK'iil.'itioii l;i r\\;\'w de tons les 
;iniii);tiix. et iiiôiiic (incliiiics \(''.u(''t;iii\. (Voy. j'i-rc) 

Les cliiirli-fiix et cciliiiiis ordi'(3S religieux d'une di<(ij)line sévère, 
ne se noun-issenl que de végétaux. 

— Après la mort de Corneille, un ('omédien jlil : 

Piiisi|iii> ('(iriK'ilIc est iiKirl. i|iii ikuis <l(iiiii;iil ilii paiiu 
F;iiil \ivi'(' (le li;iciiii', on liii'ii imnirir île fjiiiii. 

Radical, partie (ixe des mots variables, par op|)Osition à la 
partie qui change, suivant le cas, le genre, le nombre, etc., et qli'on 
appelle désinence. 

Radoter, vieux français reduler : de l'anglais dote. 

— Étyniologie burlesque : avoir des rats. 

— Le Yayer fait venir ce mot A' Ilérodoïc, dont les Histolrea 
contiennent des faits basardés et trop extraordinaires pour être 
vrais ; mais c'est plut«')t nue allusion maligne (ju'une étymologie. 

— F. Génin remarque que nous nous servons du mot recul qui a 
remplacé redos. On disait : être, aller à redos, c'est-à-dire à recu- 
lons ; redoler, c'est-à-dire tourner le dos au but, et. par métaphore, 
déraisonner de vieillesse. 

■ Cctrirs li )n(i(jnes vielz est cl redotr. 

(Koi.AM), 1. 240. \ 

— Avant d'arriver à radoter, on a dit se radoter, de même 
qu'on dit se reculer : mais la forme réfléchie a disparu, et radoter 
ne laisse plus deviner la racine dos qu'il renferme. 

Raffiné, de re, ad et fin. (Yoy. petil-)naître.) 

Les raffinés étaient des jeunes gens élégants, duellistes et débau- 
chés. Ils portaient un ricbe costume tailladé, et un court manteau 
brodé d'or. 

Les mignons de Henri III étaient le type des raffinés. 

Sous Henri lY, la plupart des raffinés étaient de jeunes Gascons, 
qui se querellaient pour des riens, prétendant ainsi raffiner sur le 
point d'honneur. 

Raie, du verbe rayer, latin radiare, de radius, rayon, plutôt 
que du grec rhagos, fente, crevasse (?), d'où les Provençaux ont 
fait ra^ffs, source sortant d'une fente de rocher; raiar, couler: 
ragassa, fille; raissa, ondée. 

Railler, de ridiculare{l), ou plutôt d'un diminutif de radere, 
raser. 



— Ne raille personne : Xemincin irriscrh. (Caton.) 

La raillerie est de toutes les injures celle qui se pardonne le 
moins. (Platon.) 

Raisin, du latin /•arc/m/s, proveiieal /'aci/ii. 

Synonyme : vin en pilules. 

Cure pour les l'aisins : cure uvale. 

Raison, du laliu /•///in (douidel de ratio/i], mesure... 
L'idt'c priniilivc. (pii Nient de Dieu, est toujours l)onne. 

— Quand l'idée est dominée par la raison, elle produit le bien : 
quand l'idée domine la l'aisou. elle produit le mal. 

L'arsenie est un médicament, ce n'est pas un poison : c'est une 
question de quantité. 

La ciauë, qui tue l'homme, donne d'excellent lait : c'est une 
question de tr;insformatiou. 

LIniitre devient perle; c'est une question de temps. 

— Cela n'a ni rime ni raison. 

uiicliliie sujet (|iroii ti-aili", ou plaisant ou subliiiii', 
oiM' idu jdiu's le hiin .sens s'accoi'de avec la rime. 

fBoii.KAU, Art pij('lii/iie, I.) 

— Ouaud Jupiter veut perdre un homme, il lui ôte la raison. 

Qho-s cuit perde re Jupiter, dementat. 

Ce vers d'Horace a été traduit éloquemment dans cette impré- 
cation de Joad, au l'^'' acte d'Alhalie : 

Daijjro, daigne, mon Dieu, sur Matlian et sur elle 
Répandre cet esprit dimprudeace et d'erreur. 
De la chute des rois funi'ste avant-courear. 

— Un être de raison est un être purement imaginaire, comme 
un palais de diamant, une montapne d'or. 

Raisonner, dérivé du précédent. 

La ressemblance de son avec réfio/iner a amené de nombreux 
jeux de mots par comparaison : raisonner comme un taïubour, 
...comme une cruche, ...comme une pantoufle. 

Il parle comme un livre, et raisonne comme la couverture. 

Râle, onomatopée; ou verbal du verbe i-dler, d'un mot bas-latin 
rasculai'e, râler. 

— Au propre, l'oiseau dont le cri est devenu appellatif. 

Au figuré, lu'uit ([ue produit le passage de l'air à travers les 



350 RAN 

iimcosUés acciiiniilécs daiis-lc larynx ou dans les liroinlies, qui, en 
rétrécissant ces condnits aériens, modifient la nature du son. 

Râler, \ieii\ mol : marchander. 

/{a/ri/sc, |)(Hir t'ar()/eus(>. Femme du Temple, qui arrête le pas- 
sant pour lui vendre sa marchandise, ap{)elée elle-même « râleuse ». 
On donne aussi ce nom à la cliente qui marchande sans acheter. 

Ramage, du mol lalin /■a/na/inn/i. 

(]e mot était d"al)0i'd adjectif, et si^niliait :.qui touche aux 
rameaux. Le chant ramage était celui que les oiseaux laisaient 
entendre dans les i-ames ou hranches des arhres. 

liamagc s'emploie aujourd'iiui seul, et comme substantif. 

Ramasser, de re et amasser, du lalin massa, \\\\\[CA que de 
ramus. 

C'est, au propre, relever de terre des rameaux et des hranches (?). 

D'où le jeu de la ramasse, dont parle Ral)elais (1, 22), qui consis- 
tait à se traîner les uns les autres sur une espèce de civière faite 
de ramée. 

L'idée de ce jeu vient des Alpes, où, en temps de neige, on 
nomme ramasse un traîneau improvisé avec des hran(;hes d'arltres, 
sur lequel les voyageurs se font ramasser, c'est-à-dire descendre. 

— Se faire ramasser, se dit aussi au jeu des montagnes russes. 

— De ramasser est venu ramassis, tas d'objets sans valeur. 

Rameau, du latin ramus, a donné ramier, pigeon qui perche 
sur les rameaux des arhres. (Voy. ramage.) 

Ramoner, du vieux français ramon (balai fait de rameaux de 
1)0uleau), de ramus, branche. 

— Charles de Bovelles décrit en quatorze vers l'utilité du ramoJi 
qui se compose de trois choses : i° le menu, qui sert à fouetter les 
enfants ; 2" le manche, à battre les valets : 3° la hart (corde), à 
pendre les larrons. Après quoi il ajoute : 

Ainsi avons en la maison 
Trois jusliciers sur ce ranion : 
Par (luoi ramon est ciioso digne 
De mieux servir qu'en la cuisine... 

Ramoneur. 

Synonymes : Savoyard, hirondelle d'hiver, Jean de la suie. 

Rang, de l'allemand ring, ordre, arrangement. 

— Il faut serrer les rangs. Se dit quand la mort fait des vides 
parmi les soldats pendant la bataille. 



RAS 331 

Oiiniid on nvanco dans la vie, on voi; tomber pou à pou auloiir 
(k' soi les amis do sa jouiicssc. C'ost aiui-s qu'on doil rodoiiiilcr 
d'alïectidn [khii- mw (pii rcslcnt. et (pic ce mot [)eut avoir une 
anicre ;ipplic;ilion. 

Raphaélesque. Pcintur-e dans le style de Raphaël, 1(^ peintre 
le plus (('Ifliic (les temps moder-nes. et dont le nom, aussi populaii'e 
(piilliislre. coiiiiiie celui d'Apelle dans l'antirpiité, est dans toutes 
les bouches, ipiaud on veut personnilier en quelque sorte la peinture 
dans ses qualités les plus élevées. 

Rapport (sous le\ est une locution qui n"a pas de sens. 

/{'//>/)()/'/ estuiu^ absti'action ; comment peut-on être placé dessus 
ou dessous^ On ne peut donc pas dire (pi'un homme est très distin- 
tiué sous le rapiiort de la science, sous tous les rapports. Un homme 
est dislinuué [)ar rappoi't à la science, ou distinoué à tous é.uards, 
sous tous les aspects où l'on peut l'envisager ; mais l'Académie, 
sauf respect, ne iiarle pas l'rançais, en disant « distingué sous tous 
les rapports ». 

Rare, du latin l'arus. 

— Rai'e comme les beaux jours. 

Les anciens disaient : rcnvi aci.<;, un merle blanc. 

— Faites-vous rare, on vous aimera. (Proverbe turc.) 

-— Il ne faut pas se voir souvent, quand on veut se voir longtemps. 

Ras, du latin rasns; doublet de 7'ec, roman. 

— Au ras de i'eau : au ni\eau. 

— Faire table rase. 

— Rez-de-chaussée, rez-terre. 

Rasette, en provençal, signilie un petit verre de liqueur plein 
jus(pi'au bord. 
C'est une sorte de diminutif de rasade. 

Rasibus, origine commune avec le précédent. 
Mot macaronique et populaire. 

— Cela lui passa rasibus du gousier. (Mot/en de parreni?', 
ch. 82.) 

Car la porte le prit rasihiis à l'oreille. 

(Poisson, Baron i/r la Craxxf.) 

Rassasié, suppose assasier, du latin ad satiare. 
Synonymes: saturer, sofder, du latin salnllarc: provençal 
sadoular. 



352 HAT 

(lonf. le roiiiiin rissafs, nsscz, hcimcoiip. 

Noiinain, iiiuiiic, pi'csin' cl poult.'ls 
No sont jamais iikiiis ni saoulés. 

(XVimc iioclf ) 

Rat, cl(i ?-as, ;i poil r;is, rMpc (0- 
Se (lit pour jivarc, rapial. 

— Avoir dos rats dans la tète : dos soucis ou des caprires. 
L'ahhé Desfontaiiies pense (pie rat est ici an vieux mot fait du 

laliii ralum, pensée, et que « avoir des rats dans la It'te *) signifie 
avoir des id(!'es folles. 

— Rat-de-cave. Petite hoiiuie [lour descendre à la cave. 
S'applique comme sobriquet aux employés des Contributions 

indirectes, qui exercent dans les caves des marchands de vins. 

Ratafia, de rack (ou rhum) et tafia, spiritueux avec lesquels 
on fait le rata lia aux colonies. 
' D'autres l'on tiré de {rai) rata fiât, comme ratifier. 

— L'usage de ratifier, dans les foires, le verre à la main, et l'an- 
cienne fornuile qui précédait la signature dans les actes en latin : 
Rea rata fiat (que la chose soit arrêtée ainsi), aurait fait donner à 
la liqueur que l'on boit dans ces occasions, le nom de ratafia. 

Rate, en provençal râtela, d'où rateleux ; QY\gmQ, néerlandaise, 
plut()t que de radius, rayon de miel. 

— Dans l'ancienne physiologie, on croyait que la rate était le 
siège de la bile noire, et la cause de l'hypocondrie. 

D'où la locution « désopiler la rate » : faire rire, rendre la gaieté 
aux esprits atrabilaires. 
Désopiler la râtelle soulaige les roignons. (Rabelais, 111, 4.) 

Râtelier, dérivé de râteau, latin rastellum. 
Espèce d'échelle placée horizontalement, pour recevoir le foin, 
dans les écuries. 

— Manger à plusieurs râteliers : tirer profit de plusieurs emplois. 

— Mettre le râtelier bien haut à quelqu'un : lui rendre une chose 
difficile. 

— Quand il n'y a pas de foin au râtelier, les ânes se battent. 

Ratifier, du latin ratum et ficare : approuver. 
(Voy. prorata, rata /la.) 

— Le conte l'un del autre segon sa rata. {Traite de l'arpentage.) 
Le compte l'un de l'autre selon sa valeur. 



Ratisser, scmlilc \(Miir de nih'dii. 

— L'on M)iis fil r.ilissc. (W[W Inciilioii iro:;i(iii(\ ;icroiii|i;it:n(''e 

d'un geslc imil.ilil. c^l duc ;'i rns;i<io niicicii de. f.'ilisscr une (•nrollo 

do tniKic sur iiir' [.clilc r.î])(' de poche, poiii' olIVii' iiiie [d'ise à 

(|iicl(|ii"iin. Elle sitiiiilic (|iron n'est pas disjiosé à nccorder l;i chose 

deinimdée. C'est h' l'ctV.iin (riiiic \icillc ch;inson, ([iii r.ippcllc 

cet nul ce : 

,l';ii (lu hnii (;il»ac dans ma lahalicro. 

Ravageur, industriel interlope, qui cherclio des ferrailles et 
antres uhjels dans les ruisseaux. Après la pluie, il ramasse les 
vieux clous qiu» l'eau y a entraînés. 

Re, particule itérative, du latin re. 

Elle entre dans un urand nondire de uiots : redire, refaire. 

Elle marque aussi le mouvement en arriére : relliier. 

Réalisme, du lalin rodlis. 

Culte, poussé au l'analisme, du réel dans l'art et la littérature. 
C'est, dans les arts, une reproduction exacte, absolue, de la réalité. 

S'oppose à Yidéalismc, qui comporte l'expression, dans les arts, 
des choses qui sont du domaine de l'imajiination et n'ont pas une 
existence réelle. 

— Le rêve du génie est de surpasser la nature en l'imitant. 

Rébarbatif, send)le venir de barbe. 

Se dit d'un homme qui résiste en face, an nez, à la harbe do 
quelqu'un. 

— On lit dans Froissard : « Voyez-les, ilz sont plus reharbatifz 
que singes qui mangent poires et enfans leur veulent toUir. » 

Rebattre les oreilles : répéter souvent la même chose. 
Ohlnndcre a lires. (Cicéron.) 

Per^ioiKua aurct. 

(UoKAu:.) 

(Voy. rabâcher.) 

Rebours, du bas-latin rebi/i\sa.'<, hérissé (?). ou de re et de 
l'allemaïul bor.sfe (poil, soie). 

— Cela va à l'ebours, comme la queue d'un veau. 
Relrorsiiiii crei^rU .taiiquani rauda, ritull. {Vi'XvowQ.Salirlcon.) 
La qneue du veau ne ci'oissant pas à proi)ortion du corps, semble 

rapetisser à nn'sure que le corps grossit. 

— A chevaucbon de rebours (Hahelais) : à cheval, le visage 
tourné vers la queue de l'animal. 

23 



354 REC 

Rébus, mol lutin. 

liii réhiis est iiiic li.mirc rcpréseiiUiiil riiii;i,u<' (!•■ l;i chose même. 

Rebuter, pour rohoulcr : howWv en .'irrirre, i-cponsscr. 

Recette, provençal el latin reccpta, parliri[)(' du vcrlic reccroir. 

Recevoir, de recipere (rc, va père). 

Synonyme : conjiiuner à la seconde personne le verhe donner. 

— Recevoir quelqu'un comme un chien dans un jeu de quilles. 

— Nous avons été mal reçus, et je n'éprouve pas le besoin 
d'exprimer ici le témoignage de ma gratitude. (A. Dumas.) 

Rêche, origine germanique reache (rude, cassant), vieux fran- 
çais reschin, d'où rechigné. 
Au propre : âpre au goût, rude au toucher. 
Au llguré : homme difficile à vivre. 

Récif, rescif ou ressif. 

Rocher à fleur d'eau, où se brisent les navires. 

— L'Académie, qui donne cette triple orthographe, n'accorde à 
ce mot qu'une seule signification. 11 n'est pas indifTérent, cepen- 
dant, de se servir de l'une ou de l'autre orthographe. 

— Récif \\(mU de recido, couper avec art et dans un but utile; 
recidere iingnes, couper les ongles ; tandis que roscif vient de 
rescinda, je brise, je détruis. 

Rescif, qui est la forme ancienne, est la meilleure. 
Quant à ressif, c'est un barbarisme qui n'a pas de sens. 
Mais l'étymologie latine n'explique guère le f final. 

Réclame, substantif verbal de réclamer, du latin re ciclaniare. 

Cri répété. 

C'est un néologisme l)ien fait. Il est né de la concurrence qu'a 
fait naître la hberlé du travail et la suppression des maîtrises par 
Turgot. 

— Le puff diffère de la réclame, en ce qu'il sous-entend le 
mensonge. 

La réclame crie la vérité', en l'exagérant quelquefois ; le pufT 
annonce très haut et effrontément le mensonge. 

— Autrefois, à la Ou des pages d'un livre, se trouvait écrit le mot 
qui commençait la page suivante, ce mot s'appelait « la réclame ». 

Aujourd'hui, les journaux annoncent dans les faits divers un avis 
(appelé réclame), pour renvoyer le lecteur à l'annonce proprement 
dite, qui a tout son développement à la quatrième page du journal. 



— Vers 18i0. tons les joiirnniix aniinncrroiil In vente d'une 
p:raine d'un clion colossal de la XouNellc-Zélande, servant à la 
noiiiiilui-e des hommes et des liestiaux, et donnant un ombrage 
a.uri'aliic pendant rété. De tons les coins de la France, on demanda 
de cette .ui'aine. Kn fait, la mystilication seule était colossale. 

Recommander, re et co/iu/iciidf/r/'. 

— Se recommander à tous les saints du Paradis. (Yoy. sainl.) 

— Un lirociiet fait ])lus (jifune lettre de recommandation. 

Reconnaissance, dérivé du participe présent de reconnaflre. 

— La reconnaissance est la mémoire du cœur. 

...Après la bienfaisance, 
Le plus ^raiiil des iilaisirs, c'est la recomiaissance. 

(De Bi:i.i.o\. Pierre le Cruel.) 

La reconnaissance est ce qui s'oublie le plus vite. (Aristote.) 

La reconnaissance est l'intérêt d'un service : s'en alfrancliir, c'est 

faillite ; l'exiger, c'est usure. 
La reconnaissance de la plupart des liommes n'est qu'une secrète 

envie de recevoir de plus grands bienfaits. (La Rochefoucauld.) 

Recors, substantif verbal de recorder, latin recordarc, se 
souvenir, se remettre en mémoire, proprement au cœur. 

Bas officier de justice, qu'un liuissier ou un garde de commerce 
mène avec lui pour servir de témoin dans ses exploits d'exécution, 
et pour lui prêter main-forte, au besoin. 

Recrudescence, de re et crudus, recrudescere. 
Recrudescence d'une maladie. 

On confond souvent ce terme avec <7/7^^/e;?ee : quand on parle, 
par exemple, de la recrudescence du public à la porte d'un théâtre. 

Recrutement, de recrue, recruter, dérivés eux-mêmes de 
recroître: du latin recrescere. 

■Nouvelle levée de soldats ; ce qui a crû depuis la levée précé- 
dente, et que l'on récolte pour en former une nouvelle légion. 

Reculer, de re et culer, dérivé du latin culus. 
Synonyme : fouiner (vieux mol). 

S'ii est pressé, (pii qui l'empêche de fouiner ? 

• (VADli.) 

— Reculer pour mieux sauter : prendre un délai nécessaire pour 
mener une ciiose à bien. Se dit d'un homme qui, sous l'apparence 



do rirrésoliilion, sonjic iiiii(jii('iii('iil ;'i |ii(''[i;iror ses nioyons d'iiclion 
et à s'assiiroi' le succès. C'est niic .illusion à ce que font les sau- 
teurs, qui- font (luchiuos p;is en ;ii-i-i<'re avant de prendre leur élan. 
Il recule poui' mieux approcher. (Proverhe espagnol.; 

Lo (Iroc, opiniâtre- fil iniilr, 
Afin (le miciix saiitiT recule. 

(ScAiiKON, Virijile Iravesli.) 

— Gagner sa vie à reculons. (Rabelais, III, 48.) Se dit des cor- 
diers, qni Iravaillont en niarcliant à i-eculons. 

Référé, pai-ticipe passé du verbe l'c'/crer, latin vefcvre. 

l*rocédure sommaire. Recours devant le pi'ésident du tribunal de 
première instance, pour obtenir le jugement provisoire et rapide 
d'une alTaire dont la décision est urgente. 

— Les ordonnances sur référé ne font aucun préjudice au prin- 
cipal. 

Réflexion, du latin rc et flcctere. 

— Les longues réflexions sont les cautions des bons succès. 
(Charles Quint.) 

Il y a des surprises de l'âme, comme des sens : attendez le len- 
demain, la réflexion est une douche morale. (V. Cousin.) 

La réflexion est comme l'expérience : elle arrive toujours trop 
tard. (De Clincbamp.) 

— Réflexion tardive: l'esprit de l'escalier: le gendarme qui 
arrive toujours en retard. (Voy. présence d'esprit.) 

Réformateur, latin re et for mare. 

— Il y a des réformateurs qui se plaisent à mettre le cap sur le 
pays d'Utopie, et qui trouvent toujours quelque féodalité à détruire, 
dussent-ils, comme Don Quichotte, ferrailler contre des moulins 
à vent. 

Refrain, substantif verbal du vieux verbe refraindre, du latin 
refrangere. 
Répétition d'un vers à la fin des couplets d'une poésie lyrique. 
Les Italiens disent rllornella. 

C'est toujours le refrain qu'ils font à leur ballade. 

(Voy. chanson.) 

— Espèce de pause. 

Il se refraint à son chant. (Perceforest.) 



RKG 357 

Refuser, provoiirnl rofiidar, l;i(in rcfuldrc. 

— Die/, lire refuser (rmic fusion on coiifiisioii dos deux mots 
récuser et réfuter. Cotte ((iiiiiioii csl plus inLUMiiciiso que certaine. 

— Qui refuse, nuise. 

— Synonymes : refnseï- nii candidai : ltlaikl);»iilei' ; adoncir nn 
refns : sucrer la moutarde. 

— V\\ prompt refus trompe moins qu'une espéi'auce vaine. 
Minus fleripitur, eut deiiet/ntur celeriter. 

Val mais paraula (/rosmmens dicha. 
Que mçssonjn poiidamens escricha. 

(11. (Ji.iviKR, d'Arles.) 

(Vaut mieux parole grossièrement dite, que mensonge poliment 
écrit. "1 

Régaler, d('i'i\é de régal, latin rcgulis, antre forme de royal, 
ou i)ent-éîre dn \ieux mot galer (d'où gala, galant), s'amuser, 
étaler de la magnidcence dans les réjouissances. 

— Chez les anciens, il y avait un roi du festin, i^ex vini; il 
présidait la table, et réglait le temps et la manière de boire. Cet 
usage existait surtout pendant les Saturnales. 

Regarder, de l'ancien verlie esgarder : allemand irarteii. ITfid 
le suljslaiilif égard (voy.), mégarde. 

— Un chien regarde bien un évoque. — Oui vous a dit que je 
fusse un évéque ? 

— Re.uarder en chiens de faïence (se) : avoir une pose immobile 
et un regard lixe, comme les chiens de faïence dont on oniait 
autrefois les portes. 

Régicide, du latin rcx, régis, et ea'do, tuer. 
Ce crime est puni de la peine des parricides. 

— Parmi les plus fameux régicides, on cite Jacques Clément, 
meurtrier de Henri III: Ravaillac,de Henri lY: Damiens.qui attenta 
anx jonrs de Louis XV; Lonvel, meurtrier du duc de Berry ; 
Fieschi, auteur de la machine infernale, sons Louis-Philippe. 

— En 1813, on appela régicides les députés qui avaient voté la 
mort de Louis XVI. Ils furent bannis de France. 

Régir, du latin regere, gouverner, diriger. 

Règle, du lalin régula, dérivé ùo. regere. 

— Il n'y a [las de règle sans exception. Ce proverbe est d'une 
morale douteuse, car, en principe, il ne doit pas y a\ oir d'exception 



à la n\uio : la irulc csl la \('Til(''. <'l i<'\(('|ili()ii. It'iTciir. Ce (|iii ost 
contro la n^'glc csl un dcn'^'lcrneiit. iiii (Irsordic. un acte coiiti-e les 
lois nalnrcllos, civiles on inorales. 

Exrcjilio fiDiHil ro<iul(im (Cieéron) : L'exception conliniie la 
règle. 

L'exception à la ivgie est la consé(pience de l'imperfection 
Imniaine. Tonte exception tend même à devenir une règle ; quel- 
quefois elle y réussit, et dès lors elle devient respectable. 

— Admettre une exception à une règle, c'est ouvrir une brèche 
où viendront passer tous ceux qui n'auront pas été exceptés. 
(H. Miirger.) 

— 11 est réglé comme un i)apier à musique, mais son esprit n'a 
pas de portée. (Calen)I)onr.) 

Régner, du latin re(j)inrc. 

— Diviser pour régner : divûle ni Inipoes. Maxime machia- 
vélique, mise en pratique par Louis XI et Catherine de Médicis. 
(Yoy. (Usximulpr.) 

Regretter^ du latin r^/yrcs'.s-?/.?, retour (?); ou peut-être ;w/^/<!'- 
intari. 
* — En genevois, regretter une chose à quelqu'un : la lui envier. 

— Le regret est un déplaisir d'avoir perdu une chose ou une 
espérance, de re et gratua (?). 

— On dit souvent, dans les discours sur la tombe dun auii : 
« Il emporte nos regrets ». On pourrait répondre que: s'il les 
emporte, il ne nous en reste plus'. 

Reguigneou, en provençal, signilie un salut comique, une 
gaminerie, qui consiste dans un mouvement vif et successif des 
fesses, de droite à gauche et de gauche à droite. Ce salut se faisait 
dans le Jeu (Je la belle Estello, des cérémonies de la Fête-Dieu, 
à Aix; les pages saluaient ainsi les trois rois Mages, et celui qui y 
réussissait le mieux, recevait plus d'argent que les autres. Il est 
juste d'encourager... les talents. 

Réhabilitation, du latin re, de nouveau, habil/s. propre à. 
Rétahlissement d'une personne dans son premier état. 

— L'opinion, plus sévère que la loi, a un préjugé cruel, qui 
déclare la tache indélébile, la chute irrémédiable, la faute irrémis- 
sible, et fait de tout malade un incurable. 



Hr:L 359 

.lîi)ileaii. iivL'c son iiii;i,ue tic l'Iionnoiir. dont il a fait 
Luc ilo c^carpL-e v[ s;iiis ImuiI^, 

a ("oiisaci't'" lin nicnsoniîc harliarc. et dccoiiraiir la vei'lii. en feniiaiit 
la poric à r('S|i('raiic('. 

11 faut piTclicr. au coulraii'c, la docliMiic de la miséricorde, qui a 
élô le plus puissaiit li'\ioi' du cliristiauisuic. 11 faut « tuer le veau 
gras » au héuélice de tout i> enfant [U'odifiiie » : il faut, suivant le 
pi"éce|)le divin de lllvanuile, se réjouir plus pour un pécheur qui 
fait pénitence, (pie pour (piali-e-vin,ut-dix-neuf justes qui persé- 
vèrent. 

Reine blanche (latin rtv/ina). 

Toutes les \eu\(»s des l'ois de France, jusqu'à Gatlierine de 
Médicis, ont été appelées « reines ])lanclies », parce qu'elles por- 
taient le d(niil en blanc. 

Reître, de ralleinand rcilcr, cavalier. 
Vieux reitre : qui a vu beaucoup de pays. 

Rejointoyer, \ieux mot. 

Rejoindi'e les pierres détruites par le temps (?). 

— Sire li rois ot grant cure de rejointoyei' li nuiriaux. (lOGO). 

Réjouissance. Os que les boucliers ajoutent à la viande vendue 
au poids. 

Ces os sont appelés ironiquement « réjouissance ». (Mercier, 
Tableau de Paris. 1787.) 

Relaps, terme religieux: du latin l'elapsus, retombé. 
L'Écrilui"e appelle relapsn' les filles tombées. 

Relatif, du latin relaiiim : qui marque un rapport. 

— Tout est relatif: à côté de Plialaris, Guillotiii est un philan- 
thrope. 

Religion, du latin religio. 

Cicérou {^De Nalura tleoruin, 11, 28) dérive ce mot de relerjere^ 
relire, étudier avec attention les livres sacrés. 

Saint Augustin [De vera relUjione, ch. Tio) et Lactance {Divines 
instiiutiona, 4) le tirent de religare, rattacher, parce que la 
religion est un lien ipii nous unit à Dieu. 

— On a de la religion, quand on ci'oit à Dieu; ou a de la piété, 
quand on suit les pratiques du culte ; de la dévotion, quand on 
ajoute à ces pratiques un air centriste et composé. 



3G0 REM 

— L;i rcli.uioii csl rrclicllc |i;ir l;i<|iii'll(' li's lioiimics iiioiilciil :iii 
ciel. (Mavimcï iiKliciiiic) 

— Les noms donnés ;in\ iniiiisU'es des (lilTrrcnlsciillc^ cxiuimcMl 
prcsqnc tous l'idée de vieillesse. (Voy. pn-irc) 

— L'édit de N;in(es, qui ;idn)('ll;iil i;i liberté des culU'S en 
Ffiincc, fnt rendn |i;ir Henri IV, en iriî)S: Lonis XIV le révoqua, 
en octobre Kîsrj. 

— La reliuion rallioli((iie est nécessairement iniiiioliilc. cl opposée 
à tout ciian.uenient dans les idées : le do.unie lui défend de rien 
modifiera ses croyances, el lui impose l'oliliLialion d'une l'ésistance 
absolue et avenule aux prourés de la science, doiil le rôle (.'t le 
devoir est, an contraire, un pro.urés indéfini. 

— La reli.uion est comme un cor.set : elle ,uène. mais soutient. 

Reliques, du latin rcliquice. 

Je -ni' \ is onnjucs prcslrc (|iii blasiiiast ses n'li(|iR'S. 

— Vers la fin du x<= siècle, les Catalans voulaient tuer saint 
Romuald, pour avoir ses reliques, parce qu'ils craignaient qu'il ne 
quittât le pays. 

— Enay : C'est pourquoy entre les reliques de sainct Front, on 
trouva dans une petite pbiole, un éternuenient de Sai net-Esprit. 
— Fœncsle : Ce sont des inbentions de bous autres, qui abez faict 
imprimer un imbentaire de reliques où sainct Paul a dix liuit 
testes; sainct Pierre seize corps; et sainct Antoine quarante vras. 
(D'Aubiuné, Arenlures du Baron de Fœncsle.) 

— Reliques des grands boni mes : 

La lampe dEpictète fut vendue 3.000 dracbmes (2.700 francs). 
Le livre d"bcures où Cbarles F'" lisait en allant au supplice, fut 
vendu, en 182o, 100 guinées (^2.500 francs). 
Une dent de Newton, en 1816, Kî.riOo francs. 
Une perruque de Sterne, en 1822, o.OOO francs. 
Le cba[)eau de Napoléon à Eylau (décenilu'e 1830). 1.920 francs. 

Remède, pro\ençal remedi. du latin nnncdiuin. 

— Remède, dans le sens de lavement, est un eupbéniisme qui 
date du temps de Louis XIV. 

— Le remède est pire que le mal. Il faut de la prudence dans les 
réformes ; on doit craindre de cbanger une situation mauvaise en 
une autre qui pourrait être pire. 

Un proverbe dit qu'il vaut mieux laisser son enfant morveux, que 
de lui arracber le nez. 



REX 3G1 

— Dnn? iino niicionno conicHlic il;ilionno, un lioiiiiiio très ,uros se 
pl.'iiiit (les iiK-oinriiiciits de son olirsilt''. Arli'qiiiii lui propose de le 
inetli'c sons imc lorlc presse, el lui .a;ir;mtil ipi'il U\v<\ disparailre 
cet enilionpoiiit si ,m'ii;ii)t. i> — S;iiis doute, dit iMiilre : iiinis j'en 
iiiourrai. — Gela se lient : mais ce que je puis vous assurer, c'est 
que vous deviendrez aussi mince qu'une feuille de papier. » 

— Il y a remède à tout? excepté à la mort. C'est-à-dire il ne faut 
se déconra.uer devant aucune diflicnlté, [larce qu'on peut trioniplier 
de tout avec de réiieruie el de la \olonté, excepté toutefois de la 
inoi-|. 

Réméré, d'un mol has-latin rccmere, racheter. 

Faculté de pouvoii- racheter, dans un délai déterminé, un objet 
vendu. 

Acte par lequel le vendeur d'un imnjcuhle interdit à l'acipiéi-eur 
de le revendre, et se réserve la l'acuité de le racheter, dans un délai 
qui ne peut excéder cinq ans. 

Remettre, du latin roniltere. 

— l'iemettre quehiu'un, dans le sens de le reconnaitre, est une 
locution vicieuse. 11 lanl dire : se remettre en mémoire. 

Remords, du lalin /\"//i(tfsNs. de remordere, remordre. Ancien 
français rc/itors ; le d a été ajouté au xvi" siècle. 

Uepi'oclie vif et perpétuel que fait au coupable sa conscience. 

C'est un pliénoraème psycholo.uique complexe, qui se compose 
du jugement par lequel le coupable condamne son acte; et du 
sentiment de douleur ne de cette condamnation. Le remords est la 
pbis puissante sanction de la loi morale. 

— Remords et complices: uiemento vivant. 

Remouleur: gagne-petit. 

Habelais donne à un procureur le nom de Gaigne-Beancoup. 

Remplir, de re et e>/i/)///\ lalin i>n])lore, roman omplir. 

Oiniiliilii ilr .saiicliis rrliiiiuts. 

(Pfiii.omkna.) 

(Remiili de saintes i'eli(pies.) 

Renaissance, dérivé de renaissant . du latin rcnasrcnlon. 

l'^ioque qui. pour la France, répond aux règnes de François I'"'' 
et de Henri II (loIo-15o9). Le goût des arts et de la littérature de 
l'antiquité se ranima alors et modilia les anciennes traditions. 

— Genre d'architecture qui a succédé au gothique vers le xvi« 



302 RE\ 

siècle : (>l {|iii coiisislc (l;ins l;i siiltslitiitioii du [ilciii riniro ;i l'opivc, 
avec iiiio <ir;iii(l(' ;iIh)ii(I;iiic(' (roriiciiiriils lins et gracifiiix. 

Les cliâlcaiix de (lliaiiilxti'd, de Koiilainolilfaii, d'Krouen, d'Anct, 
lllH^ parlic du l.oiivi-c, dalciil de celte (''pfxine. 

— La Ueiiaissaiice. (|iii cliaiiuca la face de l'IjuTipp, est le retour 
aux éléiiieiils coiisliliilifs de l'art aiitiiiiie. par l'adoption des formes 
particulières (pii lui sont propres et qui en déi-ivent. 

Renard, du \ieil alleuiaiid rcinlidrl . lin, rusé. 

— Le l'enai'd s'appelait auti"efois,vo?/yyi/, vo}'/fi/. du laliu rn//)es: 
lorscpi'au xiir' siècle parut un poèuu' satirique et hurlesfpie de Pierre 
de Sainl-CIoud. sous le litre de Rot/ian dr /ienarf. Le héros de ce 
poème est un rusé fiouiiil. ([ui joue une foule de mauvais tours au 
loup (Ysenprin), son oncle. L'auteur donne au gonpij jc nom de 
renard, (pii vient du tudesque, et alVulile les autres acteurs de noms 
d'hommes, comme a fait depuis La Fontaine (?). 

Ce roman devint très populaire, si bien que le nom de renard 
remplaça celui de (joupiL qui linit par dispai'aitre de la langue, où 
il n'a laissé que goiipillon, aspersoir pour jeter l'eau bénite. 

— De renard vient peut-être traquenard , contraction pour 
traque-renard ; piège en forme de trél)uchet pour })rendre renards 
et autres animaux. De goupil, dégohiUer, pour dégoupiller, qui 
répond au dicton « écorclier le renard », et à l'argot renarder. 

— Fin ren;ird : rusé coquin. Vulpinu>i animas. (Plante.) 

Une jeune tille à qui on montrait un renard, mit la main sur le 
collier qu'elle portait. « C'est, dit-elle, de peur qu'il ne me le vole : 
les renai'ds sont si lins dans les fables de La Fontaine! » 

— Se confesser au renard: conlier ses alïaires à son ennemi. 

— Il faut coudre la peau du l'cnard à celle du lion. 

Où la peau du lion ne peut suflire, il faut coudre un lopin de celle 
du renard. (^Montaigne, Essais, 1, V.) 

— On disait de Léon X, qu'après s'être glissé comme un renard 
sur le trône pontifical, il avait régné comme un lion, et était mort 
comme un chien. 

Rendre, du latin reddere, rc et dure. 

— Rendez à César ce qui est à César. (Voy. César.) 

Sauni cuifjue fri/jui/o. est une célèbre maxime du droit romain. 

— Chacun son droit, chacun son dû. 

— Ce qui est l)on à prendre, n'est pas bon à rendre. 



iii:\ 36:} 

Rengaine, du im^l fj'tinc, l.iliii ra;/ina. 

Allusion ;'i tiiK' viiMlli' cliiiiisoii. qui ;iv;iit ;iu n'Iriiiu le luol rcn- 
fffn'ne répété à snliélé : Tiirlnliiiii n'iK/ciinc 

— C'est loujours la inéiiic rengaine. 

Renommée, de re et nonuner, latin nominare. 
Va\ latin et en roman, se dit fuma, qui est dans: laineux, infâme, 
dilVamer. 
Ancien français : 

(jn'i'llc ;ici|iii'r;iil \\w tionleuse lame. 
De mal \i\anti' cl inipiidiiiiic femme. 

(//f.\7 (l'Anne de /lolein.) 

— I.es poètes i-eprésenlent la Renommée avec cent yeux, autant 
d'oreille? et autant de lioiiclies, et tenant deux trompettes, parce 
qu'elle [lulilie la véiaté connue le menson,ue : et des ailes, pour 
marquer sa rapidité. {Enéidp, liv. IV; Ovide, Melaviorjihoscx. XII.) 

Ce monsirc cnniiMisi' de IriiicIios et d'oreilles... 

(BoiLEA'J, Lutrin, cli.int U.) 

La dresse aii\ ccnl \oi\ nu l'arle d'autre cliose. 

(La Foxtai.ne, Œuvres post/i urnes.) 

— La Renommée, avec ses deux trompettes, rappelle un vers de 
Uante, où il dit de Barhariccia, chef des démons : 

E(I cjH (iri'ra dcl cul fatlu Iroinpetfa. 

{/iiferno, Oinlo :2'2.) 

— Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée. 

Les c-eintures doréeset autres vêtements de luxe étaient exclusi- 
vement réservés aux femmes honnêtes, et un arrêt du 28 juin 1420 
lit défense aux filles de joie d'en porter. (Voy. ceint are.) 

Ce proverbe, dit Pasquier (Recherches de In Frtntn'}. indique 
que la renommée est hien [)lus lionorahle pour les fe;nmes, ({ue 
ne le serait la ceintui-e dorée sans une lionne réputation. 

Renoncer, du laliu renioitidre, déclarer qu'on ahaiulonue. 
Renonremetit est du langage de la piété. 
J{e/ionc/(/fi()/i est du langage des alïaires. 

Rente, du latin reddiln, partici[)e passé de rcddo. rendre. 

— Affligé de dix niiiU' li\res de rentes ; se dit par antiphrase, 
mais exprime cependant une idée vraie. 

— L'état de rentier est le moins sot des métiers, et le métier des 
sots. (Voy. vlagrre.) 

■ C'est la position sociale la plus einiée. et peut-être aussi la plus 
enviable. 



364 i\\:v 

Renvoyer, de >r et cncoijcr, roinctlre en V(jie (ria). 
Synonyme do renvoyer qiielqn'un : lui donner son sac et ses 

quilles. 

Mire renvoyé : i-ecevoif l;i pelle un cnl. (^Villon.) 

Repaître, l;itin rc el priscerc. 

— L'aninKil se repaît, l'Iioninie nianue. riioiiiine d'es|)riî senl sait 
mander. (Brillât-Savarin.) 

— Lorsqn'on dit de (piehpi'iiii (jii'il se re[(ail (rilhisions, on 
semble indi(pier qne les illnsions, qui nous viennent de l'esprit et 
de l'imagination, nous assimilent aux hètcs. C'est ravaler l'àme au 
niveau des animaux. L'expression « se nonri'ir d'illusions » est 
intiniment préférable à celle d'une âme qu'on envoie paitre. 

Repas, latin re et jiantum, même orieinc que le précédent. 

— Synonymes : Balthazar, festin, gueuleton (repas plantureux). 
Crevaille, ripaille. 

Pique-nique : repas à frais communs. 
Repas de brebis : repas sans boire. 

— Depuis ne feismes qu'ung repas, lequel dura tout le jour, et 
ne sçavions si c'esloyt disnor ou soupper, goustcr ou regoubillonner. 
(Rabelais, V, 7.) 

Rcfjoubillonncr se dit du réveillon, de la collation faite après le 
souper. Ce mot doit venir de gober, fjoblllor, qui a pu se dire dans 
le sens opposé à dégobUlcv (?). 

Repentir, de rc et du vieux français pentir : du latin pœnilerc. 

— Synonyme : s'en mordre les pouces. 

— Le repentir est la vertu du coupable. Qui se rcpent est presque 
innocent. 

Le repentir est une douleur volontaire et salutaire; le remords 
est une douleur vengeresse et forcée. 

Répéier, du latin repelcre. 

Tlœc placiiil seinel, lurc (hrie< rrpclild pliicc'oil. 
(Yoy. rabfic/wr, rengaine, rltoarnetle.) 

Répondre, du latin respondere : provençal respondre. 

— Répondre de : se porter caution, garantir ; d'où les mots : 
responsable, responsabilité. 

— Le latin sponsus, engagé, a donné époux. 

Vous lie ivpoïKiez point, et ce iiKinn' silence 
ReJouble encor ma peine et innn impatience. 

(Molière.) 



REP 365 

Réponse, du hiliii 7'es/)()nsa : môme ori.uino qiio \o procèdent. 

— Hrpoiisc ilo .WiniKiiid : ni oui, ni non. 

Et tàclirz (Hicliiiiffois (II' n'iMiiiilrc imi Xiiriii.iiid. 

(I.A Kuntaim;, VII. H.) 

Repos, siibslnntif vctIkiI de vcpuscr: do re et ponere, par 
pau^avc. 

Quelques-uns le tirent de repolnre ! Repotio ou potatio ilcrala 
était le repas que donnait le mari le lendemain des noces. (Horace, 
Sat. II, 50; Ausone, Épisl. XIII, 37.) 

— Les Romains donnaient toujours un lendemain aux fêtes, et 
continuaient ce jour-là le festin de la veille. De là l'usaoe de fêter 
le lundi, et le dicton populaire : Il n'y a pas de bonne fête sans 
lendemain. 

— Le bonheur est dans le repos. (Ilitopadésa.) Ici repos veut 
dire calme, sérénité de l'àme, et c'est dans ce sens que Jésus-Christ 
a loué Marie, qui reste à ses pieds, plus que Marthe, qui s'occupe 
des soins du ménage. 

— Le bonheur est une illusion de jeunesse; le repos est la seule 
félicité qu'on puisse obtenir ici-l)as. 

Le repos est une chimère aussi insaisissable que le bonheur. 

Tout le malheur des hommes est de ne pas savoir se tenir en 
repos dans une chambre. (Pascal.) 

Similis quitta les emplois et les honneurs et passa dans la 
retraite les sept dernières années de sa vie. Il fit mettre sur son 
tombeau : « Ci-git Similis, ([ui a existé un grand nombre d'années, 
mais n'en a vécu que sept. » 

Littus amn, altitiit nlii Icncanl. 

(HOUACE.) 

(Aime le rivage, laisse aux autres la pleine mer.) 

Le repos, trésor si précieux 
Qu'on l'ii faisnit jadis le partage des dieux ! 

(La Koxtai.xe, vu, 1:2.) 

Le mouvement du corps est le repos de l'Ame. 
Quand le corps se repose, l'âme s'agite. (E. Arago.) 

— Repos était dit pour mariage dans l'antiquité. 
(Jiia'ram tihi requiem. (Ruth, III, 1.) 

— Il vaut mieux marcher que courir, être debout que marcher, 
être assis que debout, être couché qu'assis, dormir que veiller, être 
mort que tout cela. (Maxime indienne.) 



3GG : RKS 

Réprimander, de n'itriniatulc, l;iliii rojii'iinoinlua. 

— F.'iirc, iiiic M'i'lc n'|»iiiii;iii(l('. c'est (loiiiicr une Nolée de liois 
vert. (Voy. rolro.) 

Si i;iiii;iis \()l(''e de liois verl ;i|ipli(iii('e sur une ('•diine... (Beaii- 
ni;i reliais, Muruuji' de Fujaro.) 

— Synonymes : chapitrer, guiirinaiider ; donner nnt; chasse, nn 
galop, un poil, un savon ; laver la télé, moucher, vitupérer ; faire 
une mercuriah\ 

République, républicain, latin res ixiblira, la chose piihhqne. 
(loiiveriiei)ieiil de Ions par tons et }»onr tous : Omnla omnibus. 

— Les poètes et les joueurs de (Inte étaient hannis de la Répu- 
blique de Platon. Terpandrc fut exilé de Sparte ponr avoir ajonté 
une corde à la lyre. 

— La Répnhliqne est une enchmie (jui usera bien des marteaux. 
(Th. de Bèze.) 

La Répuhhque française est comme le soleil : aveuoie (jui ne la 
voit p;is. (Napoléon.) 

— République démocratique et sociale : craque publi(pie. démolira 
société. (Anagramme 1849.) 

— Synonymes de républicain outré : démagogue, démocrate, 
socialiste, communiste, jacobin, terroriste. 

Réputation, du latin reputalio. 

' — La réputation est une enseigne qui fait connaître on la vertu 
loge. (Saint François de Sales.) 

— Réputation surfaite: Courbet est un excellent déboulonneur : 
mais comme peintre, c'est une comète chauve. (L Venillot.) 

Requinquer (se), du latin re et quinquare, nettoyer. 

— Se parer, s'ajuster. 

I^a voilà toute requiiKiiiéc 
Qui ne songe plus à Sicliéo. 

(ScARRON, \"irgile trare.'ti.) 

Résignation, du latin ?'e et signare. 

Soumission à une volonté étrangère ou à la destinée. 

Résipiscence, du latin resiplscere, redevenir sage. 
Reconnaissance de sa faute, avec renoncement. 

Respect, du latin respectus, regard en arrière ; d'où aussi répit. 

Substantif uiasculin, qui répond à récérence. Il serait bon d'em- 
prunter aux Anglais respectabllUé qui. mieux que honorabilité^ 
répond à l'idée de respect dû à une personne irréprochable. 



RES 3G7 

— Le ro?pcct est presque toujours reflet de la erainte. 

La distante aiiirineiite le respect : Majfstd/is major e lonyinqno 
l'crercnfia. (Tacite, Annales I, 37.) 

— Sauf votre respect; sauf le respect rpie je vous dois ; parlant 
par respect. Ces formules de politesse s'emploient, dans les campa- 
gnes, quand, en parlant à des supérieurs, on nomme des animaux : 
« Sauf votre respect, deux cochons à vendre, i 

Molière, dans le Médecin inahjré lui, se sert d'une e.xcuse équi- 
valente, en parlant d'un apothicaire: « J'avons dans notre village 
un apothicaire, révérence parler, qui lui a donné je ne sais comhien 
d'histoii'es. » 

Rahelais, dans PantacjrueL a sans doute eu l'intention de ridicu- 
liser ces précautions oratoires, quand il dit : « Je les ameine d'ung 
pais auquel les pourceaulx (Dieu soit avec vous !) ne mangent que 
des myroholans ; les Iruyes en leur gésiiie (saulve l'honneur de 
toute la compaignie) ne sont nourries que de lleurs d'orangiers. » 

— Sauf votre respect, c'est un calfat. (Locution toulonnaise.) 
Ilonos sit aiin'fjus hahilus [(}. Curce") : sauf votre respect. 

Ressembler, intens. de sembler, du latin similare. 

— Qui se ressemble, s'assemble. Ce proverbe très ancien se trouve 
dans XOdyssée d'Homère (XVII, 218) et dans beaucoup d'écrivains 
de l'antiquité. 

Par cum parc facillinv. conijreganiur. (Cicéron, Calo major.) 

Xecesne est connlin sequi cons'nnilia. 

(Tf,iiKM;K, HfiaiitonlimiiroiuiK'nox. I. H.) 

Odcninl hilarciii triples, trisIciiKjue jocosi. 

(HollACE.) 

La nature vit. au contraire, de contrastes, et le proverbe « Qui 
se ressemhie, s'assemijle » est une des nombreuses sottises qui 
tendent à discréditer la Sagesse des nations. On ne cherche chez les 
autres que ce qu'on ne trouve pas chez soi, de même que par le 
commerce on échange des produits de nature diverse. 

— Cangrande, le plus illustre des Scaliger, tyrans de Vérone, 
donna Iho-spitalité à Dante, et l'illustre exilé eut souvent à soutïrir 
auprès de cet hôte redoutable. Un jour, Cangrande lui demanda 
insolemment « comment il se faisait que lui, personnage si docte et 
si inspiré, plût moins qu'un boulïon dont les facéties divertissaient 
toute sa cour ». Dante répondit: « Ceux-là se ressemblent, qui se 
rassemblent. » 



:ui8 Ri:v 

Restaurrtnt, du hiliii rrsldiirtii-c r('i;ililir. 

— Le iMciiiicr i-csl;iiir;inl s'éUihlit, cii Fratifc. on ITOo, rue des 
Ponciez ; on y vend.'iit des consommés cl des ceiifs fr;jis, et on Ijsjiit 
sur la porte : VenUe, omnos qui stomacho lahoralis, et ego 
rofldiiraho ros. 

Le deuxième s'ouvi'il, nie de la Harpe, en 1708, non loin de la 
rue de la Huclielle, (pii était célèbre dès le Moyen-Age, par ses 
r(')lisseries. 

11 n'y avait à Paris, avant cette é[)0(iiio, que des li()tellerics, des 
auberges et des cabarets. Le plus ancien cabaret de Paris est l'bôtel 
de Venise, dans la rue de ce nom. Il s'appelait, à la fin du xvi« siècle, 
« le Cabaret de l'Epée de i)ois ». 

Dans les premiers restaurants on ne vendait (pu; du bouillon, 
que l'on appelait cordial, ou restaurant; ce n'est que plus lard 
qu'on y fit une cuisine complète. 

...Demeura cinq ou six jours enfermé dans une garde-robbe, 
sans saillir deliors ; et là ne vivoyt quedercstaurans. {Ilpptaméron, 
NouY. 49.) 

— Restaurant en plein vent : restaurant des pieds buraides. 

Retenir, de retbiere {re et tenere). 

— Je ne vous retiens pas : allez-vous-en. 

Nthil vos moror (Cicéron) : Je ne vous retiens plus. 

Formule que prononçait le Consul, lorsqu'il congédiait le Sénat. 

Réticence, du latin reliceo , comp. de tareo (passer sous 
silence). 

Figure par laquelle l'orateur interrompt subitement une pbrase 
commencée, mais de manière à faire deviner ce que son silence 
laisse sous-entendre. 

Réussir, vieux français réissir, de re et exire. 
Le vieux français avait aussi issir, d'où issue. 

— Synonymes de réussi : tapé, enlevé ; article enlevé ; scène 
enlevée. 

Ne pas réussir: faire cbou-blanc {chou est pour coup): faire 
fiasco ; faire four (^voy.) : jouer devant une salle vide, dont les loges 
sans public ressemblent à des boucbes de four. 

Rêver, jadis resver, doit venir de r«, pour re, et de via, voie. 
Revenir sur la voie, sur les anciennes pensées ; parce qu'il est 
fait comme desver {dis viare), qui est resté dans endêver. 
Peut-être de revoir (?) ou du provençal rêvés, envers (?). 



Révérend, du I.ilin ;Y'rc;Y'/?^/</.ç, l'cspectablc, qu'on doit rôviM'or. 
Titre (judii dimnc ;iii\ pivliits, aux diunitaires de rKglise. 

Revoir, /•" et coir, du latin videre. 

— (»n dit : au revoir. 

« A revoir > est nn solécisme que Casimir Delavigne a commis en 
faisant dire à Marine i'alieio : 

A roviiir dans le cii'l, mon \ifii\ cumpagnon d'armes. 

Révolution, du latin iccolutHin, de l'evolco, retourner. 

SiLiiiilie aussi (/ero'i/e/it/'nf, et implique une idée d'ordre et de 
succession. 

Hume a intitulé son livre : Histoire des révolutions dWnrjleterre, 
c'est-à-dire des événements successifs qui se sont produits dans ce 
royaume. 

C'est à tort qu'il signifie aujourd'hui une secousse violente dans 
l'état politique d'un pays. 

Voltaire est nn des premiers qui ait dit: «La ré\olulion d'An- 
gleterre », en parlant de la chute de Charles I''. 

Depuis lors, on a usé et abusé de ce mot ; on a créé le substantif 
révolutionnaire, et le verbe révolutionner, qui n'est pas français. 
La uu)indre émeute est traitée de révolution , dont toutes les 
commèi'es du quartier sont révolutionnées. 

— M. de Barante a pris pour épigraphe de son Histoire de la 
Convention, cet liémistiche de Lucain : 

JasijHe diitnm scctcri. 

— Les vices de la cour ont commencé la révolution de 1789: les 
vices du peuple l'achevèrent. (Rivarol.) 

Quand les idées sont mfires, les pavés se soulèvent deux-mômes. 
1791, la Constituante, Mirabeau; 1792, la Législative, Danton; 
1793, la Convention, Robespierre. 

— En 1790, on demandait: «Que deviendra la Révolution 
française?» Une anagramme répondit: «Otez Veto: un Corse la 
Unira. » 

Revolver, du latin revolvere, par l'anglais. 
Mot ancien, qui signifiait se rappeler une chose. 

Rez, même origine que ras, de radere, raser. , 
D'où rez-de-chaussée. 

Rhétorique, du grec rhèlorikè (teclmè), l'art de parler. 
Racine rhéo, couler (?j. 



'MO ftlU 

L'éloquoncc, en flïol, ;i (''té sonv(!nt (•(imp.'iiv'e ;iii cniirs d'iiii llciivo. 
Snint .Irrônio,, (l;iiis son épîtrc îiiix Galiitos, conipîii'e l'éloquence de 
saint Ililnire au lUiône: Lallnœ éloquent iœ Ji/iodanus. 

De même, Fortunat, an livre I de la Vie de saint Martin, dit : 

lUioiliinti torrcntiiir (tuijilo. 

Rhinocéros, du grec rhis, nez, kéras, corne. 
Corne en forme de nez ; ou plutôt corne sur le nez. 
Nez de rhinocéros : long et pointu. 

Rhume, du grec rheiona, de rhéo, couler; d'où aussi rhumatisme. 

Ribambelle, mol burlesque, d'origine inconnue; peut-être de 
riban, pour ruban (?). 

— Longue série, se dit en mauvaise part : une ribambelle 
d'enfants. (Voy. kyrielle.) 

Ribaud, vieux français ribald, bas latin ribaldus, du germa- 
nique hriba, prostituée. 

D'auti'cnt le tirent, avec peu de vraisemblance, de robiistus, ou 
de l'italien ribaldo, qui saule de joie; d'où viennent aussi baudet 
et s'ébaudir. 

— Ce mol n'était pas odieux, au temps de Philippe-Auguste, et 
servait à désigner les soldats d'élite qui formaient la garde du roi. 
Le Roman de la Rose parle de ribauds 

Poiians sacs et cliarbons en grève. 

C'était donc ce qu'on nomme aujourd'hui les débardeurs, les 
forts, travaillant à charger et à décharger les bateaux. 
Dans ce cas, il viendrait du provençal riba, rive, berge. 

I^e rcis de Fransa... era sobre la riba d'un flum... 

(Bkrtb\nd de BonN.) 

Les portefaix de Marseille emploient encore aujourd'hui, pour 
faire les travaux les plus pénibles des quais, des domestiques qu'ils 
appellent roubeiroùs, qui vient évidemment (?) de ribaud. 

— Plus lard, ce mot servit à désigner des débauchés, larrons. 

. . .Son filli de Irotiors, 

De ribautz o d'autres pontoniers. 

(Cabanei., de Marseille.) 

• 

(Sont fds de coureurs, ribauds ou autres gueux.) 

— Sous Charles YI , on supprima la charge de « Roi des 
Ribauds », dont l'office était, à la suite de la cour, de connaître de 



lUC 371 

tous les jeux de tirs, de brelan el autres. Il levait, à sou proni, deux 
sous par semaine sur les lo.uis de prosliluées. 

— Il y a près d'Hyôr^îs l'île de Rihaiid. l'île du Pelit-Ribaud et l'île 
Ribaudou. 

Ricaner, vieux français rccaner. recalgner: ]\VQ\(i\\ç.?\regnnn. 
Rire lualignenient : se uioijuer. 

Vitilii-l-il pas Moiisiriir (lui ricane déjà? 

(TartufTe, I, 1.) 

Riche, origine geriuauicpu', allemand reich. 

— Rie, dans les langues du Nord, signifiait puissant, fort. 

La terminaison rix, dans les noms gaulois (Ambiorix, Yercingé- 
torix), et dans les noms francs (Gliilpcric), ou gotlis (Alaric), n'était 
que l'indice de la puissance, de la force. 

— Le poète Fortunat explique le nom de Cbilpéric : Chilpe, 
adjutor, rie, fortis. 

— La langue des troubadours emploie le mot rie, riche, dans le 
sens de fort, puissant. 

Serai plus rlcx (pTil scnhor de Marroc. 

(Ai;gier.) 

Les rieos ombres, en Espagne, étaient les plus puissants. « Les 
ricbes hommes étaient ainsi nommés, non pour être riches et 
posséder des domaines , uuiis pour être puissants et d'illustre 
lignage. » (Rosche.) 

Monstrelet a employé rielie dans le sens de fort : « Il y eut maint 
riche coup féru entre icelles parties. » 

— C'est dans le sens de puissant qu'il faut expliquer la locution 
proverbiale rie-n-rie. 

— Aujourd'hui encore, dans la langue populaire, l'adjectif riche, 
précédant le substantif qu'il qiudific, lui donne plus d'énergie. On 
dit : un riche temps, un riche vin ; pour un bon temps, un vin 
généreux. 

— Le changement de sens du mot riehe vint plus tard du chan- 
gement dans les mœurs. Quand la puissance ue résida plus unique- 
ment dans la force matérielle, et que le pouvoir de l'or et de la 
propriété balança la puissance féodale et militaire, les riches, les 
forts, les puissants, furent ceux qui possédaient les terres, les 
troupeaux, l'or et l'argent. 

Rielie devint alors l'équivalent du latin locuples, abondant en 
possession [locus). 



%n uic 

— Synonymes : calé, ('ossu, Crésus. 

Riche comme le marquis de Carabas, .. comme Crésus, -...comme 
un colïre, ...comme un niarcliand de cochons, ...comme hi mer. 
(Yoy. Pactole, Pérou, Turan;cl.) 

— Rotschild, mort à Paris, en novembre 1808, a laissé deux 
milliards de foi'liinc. Le marquis de Bule. 20 :;ns, anglais, prend 
possession (décembre 18G8J d'un patrimoine de cent cinquante 
millions. 

— Riclie et pauvre : c'est l'éternelle rivalité du aras et du mai^rre. 
R y a deux grandes iniquités dans le monde, re\tréme opulence 

et l'extrême misère. (Chateaubriand, 1832.) 

Il faut être puissant pour devenir riche, ou riclie pour devenir 
puissant. 

Un homme riche a de quoi entretenir tous ses vices, et acheter 
toutes les vertus. 

C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches. 
(V. Hugo.) 

— Après toutes ces réprobations, tous ces anathèmes contre la 
richesse, tranchons le mot, et faisons-en le huitième péché capital. 

— S'enrichir : mettre du foin dans ses bottes : faire sa pelotte. 

— Le riche ne dine qu'une fois. La grande misère de l'homme 
est l'incapacité absolue de jouir de sa fortune, faute de moyens 
passionnels. 

— « Si j'étais riche ! dit-on, je ferais... » Mensonge; on tient plus 
au dernier écu qu'on amasse qu'au premier qu'on a gagné ; car 
l'avarice est le châtiment du riche. 

— Henri II de Montmorency ayant entendu un paysan dire qu'il 
ne manquerait rien à son bonheur, s'il pouvait racheter une terre 
qui avait appartenu à sa famille : « Combien vaut-elle, lui demanda- 
t-il? — Deux mille écus. — Qu'on les lui donne, et qu'il soit dit que 
j'ai fait un heureux. » 

— On ne prête qu'aux riches : L'argent cherche l'argent. Si les 
riches n'ont point d'esprit, on leur en prête, parce qu'ils sont les 
seuls qui puissent rendre. 

Danlàr opes nulli nisi dicilibus. 

(.Martial.) 

Richesse, dérivé du précédent. 

— Le dieu des richesses, chez les Egyptiens, était Mammon; chez 
les Grecs, Plutus; chez les Romains, Dis ou Pluton, dieu des enfers, 
et par conséquent des trésors que la terre renferme dans son sein. 



HIC 373 

Dis, le pôro ;hi\ rciis (Riilichiis. III. 3.) 

— La l'ichosse est pci-soimiliôe dans Citsiis. Midas, et aussi dans 
Tiircai't't. 

— La |>i'()dii(iion des rirliossesest diieà (iiiatro sources principales 
qui soûl : le travail, le capital, le coniiuerce et la spéculation. 

La pro.>;péril('' sociale ivsiille de la iirodiiction et de la répartition, 
d'où s'ensuivent la puissance pnhiifpieet le boniieui" individuel. 

L'Aniileterre crée de urandes richesses, et les répartit mal. Il en 
résulte: ()[)nlciicr monstrueuse, misère luonstrueusc. Situation 
faiissi' et dangereuse, qui asseoit la puissance pul)li(pie sur la misère 
puliliqne. 

— Contentement [)asse richesse. 

Lœtnis sorte tua, vives supicntcr. 

^IIoiiAcF. Epist. I. X, 44.) 

— Le malheur des pauvi-es, c'est de voir le Iiouheur dans les 
richesses ; le nialiieui' des riches, c'est de ne pas l'y tj'ouver. 
(Chamfoi-t.) 

L'aruent est la fausse monnaie du bonheur. 

Le houlieur est indépeinhiul ihi luxe, et ou en achète davantage 
avec un denier de cuivre qu'avec une bourse d'or, quand on sait où 
Dieu l'a caché. (Lamartine, (ircniclla.) 

— Il n'est richesse que de science et de santé. 

La santé et la gailé valent mieux que tout l'or du monde. 
(Salomon ) 

— L'end)arras des richesses, se dit pour exprimer les soins et les 
soucis qu'exige la direction d'une grande fortune. 

Ceux qui envient la richesse ignorent ce qu'il en coûte de travail 
pour l'acquérir, et de tourments pour la conserver. 

— Grande fortune, grande servitude. On n'amasse les richesses 
qu'avec peine, on ne les possède qu'avec inquiétude, on ne les quitte 
qu'avec regret. (Ausone.) 

nui n'a Knè'"''- n'^t guerre. 

— Les personnes comblées des dons de la fortune, sont comme 
des vaisseaux trop chargés, qui risquent plus que d'autres de couler 
bas. (Saint Chrysostome.) 

— Philoxène de Cythère. s'apercevant que les richesses le ren- 
daient voluptueux : « Par tous les dieux ! dit-il , perdons nos 
richesses, plutôt que d'être perdu par elles. » 



,374 \\\V 

Ricochet, ('tymologio hironnno. 

— C'est la chanson du ricochet. (Voy. kyrielle.) 

Cette locution vient du jeu du ricochet, qui consiste ;'i jeter sur 
l'eau une pierre plate, en sorte qu'elle revienne plusieurs fois 
au-dessus, par petits bonds, avant de s'enfoncer. L'eau est ainsi 
taillée, cochée et rccochée. 

Dans la Chanson du Ricochet les mêmes mots reparaissent 
souvent. 

Johanncau cite comme exemple le rondeau de Kominagrobis 

(Rabelais, 111, 21) : 

Pronez-la, ne la pronoz pas : 

Si vous la prenez pas, c'est bien laict ; 

Si ne la prenez en effect 

Ce sera ouvré par compas 

Gallopez, mais allez au pas. 

Recuk'Z, entrez-y de faict. . . 

Ridicule, du latin ridiculus, de rideo, rire. 

Le ridicule est une difformité sans douleur. (Aristote.) 

Le ridicule est plus redoutable qu'un vice. (Voltaire.) 

Rien, du lalin rem, chose; provençal re. 

Anciennement, si,unit]ait une chose. On dit encore : Ne voulez- 
vous rien envoyer? Voulez-vous envoyer quelque chose? 

Un rien, se dit pour un peu. Faire un rien, dire des riens. 

Aujourd'hui, rien est négatif et exprime l'idée de néant, et par 
suite l'idée de bagatelle, comme son équivalent latin nihil, nihiliun. 
On vit pour rien ici. 

— Bernicle, que l'on prononce bernique, anagramme de niberrje 
qui signifie rien en argot, a servi de terme de comi)araison négatif ; 
on disait : Gela ne vaut pas une bernicle. 

Ce mot sert maintenant à exprimer un refus gouailleur: «Vous 
voudriez bien l'avoir? Bernicle! )> 

— Socrate disait qu'il ne savait qu'une chose, c'est qu'il ne savait 
rien . 

— Il existe une brochure anonyme: Histoire des riens, dédiée 
à Personne. (Paris, in-12 de 3o pages, Ant. Henqueville, 1730.) 

— Qui ne risque rien n'a rien ; car où il n'y a rien à perdre, 
il ne peut y avoir grand'choss à gagner. 

Riflard, gros rabot qui rille. ou ràlle, les aspérités' ou parties 
raboteuses du bois. 

— Désigne un grand parapluie, depuis que, dans une pièce de 
Picard, la Petite Ville, jouée à l'Odéon, l'acteur qui remplissait le 



nMo do François Rillai-d |>;iriit v\\ scène avec nn énorme parapluie, 
pour cliarLicr son r('>l('. 

Rigaudon, et aussi rif/odon, de Hlyand. 

J.-J. Housseau (Diclionnairc de inusiquej dit : « J'ai oui dire à 
nn niaitre à danser que le nom de cette danse venait de celui de 
linventenr. lequel s'appelait Rieand. » 

Rigoler (se), ancien allemand riya. danser. D'où aussi riole. 
S'amuseï", folàti'er. 

— /{if/o/cr ('?■[ trcs \itMi.\ dans la langue H se trouve dans le 
JUnnnit do la lioso, dans la Furrr de Patelin, dans Rabelais. 

Cestoyt passe-tem[)S céleste, les voyr ainsi soy rifiouller (Gar- 
gantua. 1, 4.) 

Se rigolant, incnanl ji'yt'iix liiVluict. 

(G. Marot.) 

Hélas ! ce n'est pas maintenant, 
Feriez-voiis, (lu'ii fault rigoller. 

[Palrlin.] 

J'étais à Blois, à ri.uoler comme nn père. (Moyen de parvenir.) 

Rillette, résidus du lard que Ton a fait fondre pour en tirer le 
sain douv. Ce qui reste au fond dn vase, et se trouve rissolé; par 
corruption, rillé, comme (/résilié a donné grillé. 

Ralielais dit rilles pour reliefs, restes, dessertes. 

Rimer, du ,urec rltyihnios, cadence ; ou de l'allemand rini, 

nombre. 

Rimer malgré Minerve. 

(BolLEAU.) 

Invita Minerva. (Cicéron.) 

Tu niliil invita dices faciesre Minerva. 

(Horace. Poél. 313.) 

— Le cliarrae des arts suscite plus d'appelés que d'élus. Tel 
pauvre diable prend pour une vocation ce qui n'est que de l'entê- 
tement, et s'épuise à un travail acharné et inutile. 

Ce n'est pas le bœuf de la peinture, comme le Dominiquin, c'en 
est l'âne, et du mai.iire sillon ([u'il trace, il ne sortira jamais que 
des chardons. Ses stériles elïorts ne peuvent empêcher que la 
pesanteur de sa médiocrité, comme le rocher de Sisyphe, ne 
retombe sans cesse sur lui. 

— Ça rime comme ballebarde avec miséricorde. — Autrefois, 
deux consonnes suivies d'un e miiet, étaient suffisantes pour cons- 
tituer une rime féminine. Plus tard, on exigea que cette rime fût 



:^7(; H 11' 

douille, cl ivsiillfil (In suii (|ni se lie iiiiiiir(li;il('iii('iit ;'i l;i sylhilie 
muellc. 

On racdulc (iii'iiii lioiiliqiiici- do l';iris, iioiiiiué .leaii I5oiiiIh'|. lil 

celle épiliiplie [tour sou ;iiiii, suisse de Sainl-Euslaclie : 

Ci-^il iiHiii iiini Mardiiclio : 
Il ;i \oiilu Pire ciiU'i'ré à Siiiiit-Kiist;iclii\ 
Il \ p<ifl;i Irciih' iiMs In linllclmnlc; 

Uif'ii lui f;issc iiiis(''i'ic(ir(l(' ! 

— I^;i rimé (ou pluhU l'assounucc) est iustiuctive clic/, le [»eu[)le : 
les pro\erl)CS et dirtous populaires sont presque tous rimes. Le jeu 
du « corhillon qu'y met-on 'l » et les comhats de jiiieulc des halles 
de Paris, cliaulés par Yadé, rappellent les assauts d'improvisations 
rimées familières aux liergers de Virgile : 

Kl cnntiirc para cl irpoixlcrc parali. 

[E'jloyiics.) 

Rincer (pour )'/nsei% du lias-latiu reslncerarc. faire redevenir 
net. Ou du germanique hrelnsa, nettoyer. 

— Rincer, donner une rincée, vient de ruhicel, baguette; d'où, 
en architecture rinceau, ornement composé de liranches garnies 
de leur feuillage. 

...Liquelz Loeys fu ainsi comme li rains qui est novellemcnt 
tranché d'un très bon arbre. (Guil. deNangis, Annales de Sainl- 
Louls.) 

RipailBe, origine historique : de Ripacula, château sur les 
bo^'ds du lac de Genève, où Amédée YIIl de Savoie, qui fut depuis 
anti-pape, sous le nom de Félix Y, se relira (1430) et fut accusé de 
se livrer à des excès de bonne chère. 

Débauche de table. 

Johanneau tire ripaille de repalssaille, ou de repuaille, dérivé 
de repu, rassasié. 

Si l'expression ne date pas d'Amédée, et qu'on veuille n'y voir 
qu'une injustice pour le duc et nue calomnie pour le pape, il faut 
l'attribuer à un autre duc de Savoie qui, vers la fin du règne de 
Louis XIY, lit de ce même château de Ripaille, le séjour de sa 
favor'ite, la comtesse deYerrue, ou dame de Yolupté, dont on a dit : 

Cette (lame do Voluplé 
Vivant dans une paix profonde. 
Qui, pour plus grande sûreté, 
Fit son paradis dans ce monde. 



m\ 377 

Ripopée, niiiiciiiuMiicnl r//if////H'. do ro ot pojniuilinn, do 
jioiiiiui . cali.iiTl . 

Ain iVclati'' |);ir les ciihMi'clicrs : iiiaii\;iis \iii. 

Rire, du latin ridcre. 

Synonymes : riiiolei', pordi'O son sérieux, i iJiciionnairc des 
Précieuses.) 

— Sourire : it'-Ljcr rii'e. 

— Hire de vaciièro : joie déniesui'ée. 

— [.e rire est une luanifeslaliou de l'inlelliLieiice liuniaine, car 
les aiiiuiaiix ne laenl pas. Aristole le premier a i'einar(pi(' (|ue. \{> 
rire ajjparlient en [iropre à respéco humaine. Les animaux, en 
elVet, ne concevant pas l'idéal, ne peuvent éprouver ni dédain, ni 
orgueil, ni le sentiment comique (pii fait naitre le rire. Les animaux 
pleurent quelquefois : riiomnie seul a le don de l'ire. 

Ce qu'il faut sui'tout admirer dans cette faculté, c'est la |)uis- 
sance de volonté (pii lui pei'met de recouvrir l'agonie de son cieur 
du masque de la joie : de soulTrir, le sourire sur les lèvres. 

Le beau (vi-ai. bien) donne naissance aux sentimenls sérieux, au 
sublime; le laid (faux, erreur) produit le ridicule, la mo(]uerie, 
excite le rire. 

L'elTet comique, ipii [)i'odui{ le rire, naît de la vue des vices et 
des défauts des autres, {)arce que l'amour-propre nous persuade 
que nous n'avons aucune des imperfections qu'il nous monli*e. La 
mission du comique est de nous faire éviter les écai"ts, par la 
crainte du ridicule. 

— Rire, c'est ce qui contente le plus, el c'est ce qui coûte le 
moins. (Moyen de parvenir.) 

— Lycurgue institua à Lacédémone la divinité du rire, si néces- 
saire, disait-il. à adoucir le travail et les peines de la vie. 

— Un dit : rire; comme un bossu, ...comme un coffre, ...comme 
un fou. 

Rire aux anges : rire seul, d'un souvenir. 

Qui rit seul, de folie se remembre. 

Rire à ventre débouloinn'', ...aux éclats: s'esclalVer. 

Rire dans sa barbe : in .^IoukkIki. ((]icéron.) 

Rire sous cape. 

Rire du bout des dents, des lèvres. 

— On distingue ainsi : le rire jaune, forcé, ou sardonique : le rire 
dédaigneux; le rire gracieux; le rire inextinguible, ou convulsif. 



378 RIR 

dont parle. Iloiiirrc;, el (jiii soulève en nous une convulsion (jiic nous 
ne pouvons n^prinier. 

— Le rire vient du cœur, le sourire de l'esprit. 

Le rire cp;inoui, lar^e, profond, de Molière, fait souL^'or au rire 
d'airain de la comédie antique. (0. Feuillet.) 

— L'ahhé Dauiasrèno, astrologue italien, publia, en 1002, un 
livre où il e\pli(juait les tempéraments et les caractères des indi- 
vidus pai' leurs diverses manières de rire. 11 disait qu'il y avait 
autant de rires que de voyelles. 

A. Les personnes qui rient en ha ! hn ! lui ! sont flegmatiques, 
franches, inconstantes, amies du bruit et du mouvement. 

E. Le rire en fié ! hé! hé! appartient aux bilieux. 

/. ///.' hi! hi ! est le rire des enfants, des gens naïfs et mélan- 
coliques. Il dénote une nature timide et irrésolue. Les blondes 
rient en / : ce qui ne veut pas dire que toutes les blondes soient 
timides. 

0. Le rire en o/< .' apparlient aux sanguins. Il indique la géné- 
rosité dans les sentiments. 

U. Évitez ceux qui rient en u. Ce sont les avares, les hypocrites 
et les ennemis du plaisir. 

— Rire aux larmes. Marot dit, dans l'épitaphe de Jean de Serre, 
excellent comique dans les farces d'alors : 

Oito (lis-je '.' on ne le iilciiri' point ' 
Si faict-on ; et voicy le poincl : 
On en ril si fort en maints lieux. 
Que les larmes viennent aux yeux. 

— Mourir de rire : visu, solti (Horace), crever de rire. 

Le peintre Zeuxis mourut de rire en voyant le portrait qu'il 
avait fait dune vieille femme. « Zeuxis le peinctre, lequel mourut 
subitement à force de rire, considérant le minoys et pourtraict 
d'une vieille femme représentée eu peincture. » (^Rabelais, IV, 17.) 

Léon X, dit Montaigne (I, 2), ayant appris la prise de Milan, 
entra dans un tel accès de joie, que la lièvre l'en prit, et il eu 
mourut. 

— Je ne vous inviterai pas à mon enterrement, vous me feriez 

trop «rire. 

....l'ai ri, me voilà (tésarmé. 

(PiRo.N, Métromanie. UI, 7.) 

Courage, rira bien (jui rira le dernier. 

(■Jh. Coii.NRii.Lh;.) 



ROH 379 

Ritournelle, it;ilion n'fornc/ia. lalin ?r et lovnnro. 

Ce mut est fait coinino ceUii de La Toiinielle. trihiuial de Paris, 
qui se partaiieait avec celui du Cliàtelet les alVaires jiidici.-iires. 
La Toiirnelle était ainsi iioiiiiiiée [)arce (jue les conseillers du 
Parlement y faisaient le service à tour do rôle. 

River, (ii'iuine ucrnianiiiiie. 

— Hiver le clou à quehiii'tin. C'est le mettre à la raison une 
donne fois ; allusion au clou rivé qui ferme la chaîne des galériens 
pour les ompèclier de nuire de nouveau. 

Rivière, du luis-latin rivaria, dérivé de rirus. 

— Pascal a dit : « Les rivières sont des chemins qui marchent. )- 
On dit : «Où va celte rivière? », et par extension : « Où va ce 

chemin ? » 

...On dit, messieurs, que la Manche nous sépare: mais ce sont 
les montagnes qui séparent les hommes, les rivières et les nappes 
d'eau servent, au roniraire. à réiinii- les peuples civilisés. {Von- 
tanié, 1849.) 

— Si lu veux aller à la mer. prends une rivière pour guide. 

— Les rivières de Provence ont très peu d'eau en éXé; à peine 
navigables pour les canards, les oies y ont pied presque partout. 

— Avant de quitter Madrid, écrit un touriste pendant les inon- 
dations de 187(), i"ai voulu voir le Mançanarès. On ne saurait dire 
de lui quil était sorti... Il était absent. 

Méry appelait le Mançanarès : une rivière liydropliobe. 

— Sophie Arnould disait des petites rivières aililiciellcs : « Cela 
ressemble à une rivière... comme deux gouttes d'eau. » 

— Les grandes rivières...' de diamants, viennent des petits ruis- 
seaux. 

Robe, provençal vanité, ancien français roher. de l'allemand 
rauhon. 

Même origine que dérober, dépouiller. 

Saint Paul... que fou raubitr: cniro al Icrs ccl de la diri- 
nilad. (Vices et vertus.) Saint Paul qui lut i"a\i jusf{u"aa troisième 
ciel de la divinité. 

Robert (sauce). 

Cestuy feust inventeur de la saulce Robert, tant salubre aux 
connils rostis, canai'z, etc. (Rabelais, IV. 'i-O.) 

Robert-Macaire (C est un). 

C'est un fripon audacieux et effronté, (pi i emploie toutes les ruses 



380 ROC 

(lu ('linrl;il;iiiisiii(' pour f.iii-c des diipos; un fniiibc foiirhissiino. un 
blngueur rlcnicl, no croyiinl ;'i rien, so in(»(iii;iii( de hml. frcond en 
ressources; iiiissi prompt, ;'i donner iin coup de conlenn ;'i un p-n- 
dai'nie, qu'à jeter sn lahnlière ;iux yeux d'un roniuiiss;iire ; à f;iiro 
sauter une caile, (ju';'! hincer l;i ré{)lique ;i un ;irliuuii;dre récal- 
citrant. 

— Ce (liclon prit n;iissaiice vers 1830, ai)rès la représentation de 
\Aiiber(j(' des Adrcis, où le héros, Robcrl-Macaire, joue le r61e 
d'un assassin. L'acleur Frédéric Lemaitre sut, donner à cet odieux 
personnap;e un caractère houtïon, qui obtint un ,urand succès. Ce 
héros ti-iom[)liant du vice a un acolyte du nom de Bertrand, sorte 
de niais perverti, qui est à la fois l'objet des sarcasmes de Robert 
et le complice servile de tous ses crimes. 

La représentation de cette pièce, interdite avant 18'i8, reprise 
sous la République, fut supprimée de nouveau en 1852. 

Robinson, origine littéraire. 

— Selkick, matelot écossais, a joué l'original du rôle de Robinson 
Crusoé, dans l'ile de Juan Fernandez,* où les hasards de la vie 
maritime l'avaient laissé seul et sans secours. La famille de Selkick 
habite encore Horgolîfe où il est né. 

Daniel de Foë, Français d'origine (de Foix), écrivit son livre 
sous l'inspiration de Selkick. Ce n'est donc pas une pure fiction 
amusante. C'est un exemple à suivre dans les circonstances diffi- 
ciles de la vie, où l'on puisera le courage dans l'abandon, de 
l'énergie et de l'esprit d'invention dans la solitude. 

Rocaille. Ornement composé de roches artiticielles et de 
coquilles, en usage sous Louis XV ; d'où rococo. 

Rocher, origine incertaine. 

— Les paysans appellent les rochers les os de la terre (?), comme 
s'ils connaissaient la fable de Deucalion et de Pyrrlia. 

La terre de Fontainebleau est si maigre, que les os (ce sont 
rocs) lui percent la peau. (Rabelais, Y, 10.) 

Rococo, suranné, démodé, genre rocaille outré. C'est rocaille 
avec une désinence ridicule. 

— En 1830, les romantiques ont créé ce mot pour désigner tout 
ce qui poi'tait l'empreinte des temps passés. Les Grecs, les Romains, 
Racine, l'école de David : rococo ! 

L'on arrivait par la lilière des épithètes qui suivent : ganache, 



ÙOG 381 

lossile, perruque..., ;i l'épilliète la plus iiifaiiunite : nradéniicien, 
iiienil)r(> de riiistitiil. (Tli. (îaiilier, iS.'jr).) 

Rôder, de rotai-f, pai" iiilluence méridionale: [iruNtMical rodar. 
Au propre, courir rà et là. 

Rodomont, oriizine littéraire : l'aiifai'oii. 

l*ei-somiaiiO créé par Boïardo, (pii en fait un l'oi d'Alt^er, descen- 
dant des constructeurs de la tour de Babel. 

L'Arioste, dans le Roland furieux, en fait un personnatie arro- 
gant et lui attribue des prouesses extraordinaires. 

Roger-Bontemps, origine littéraire ; bon vivant, sans souci. 

Ce nom a été fait de l'altération de réjoui bon icnipa, : ou de la 
famille des Bontemps, illustre dans le Vivarais, dont le cbef, qui 
s'appelait Roger, était d'buuuHir joyeuse. Le nom de Hoger fut 
porté depuis par tous les aines de la famille pendant plusieurs 
générations, et ils se tirent gloire d'imiter leur aïeul, en se trans- 
mettant la gaîté comme un héritage. 

— C'est le nom d'un personnage de Roger de CoUerye, poète du 
commencement du xvr' siècle. 

Rognolet, dérivé de royner. 

Se dit d'une personne (jui n'a pas su tirer parti d'une belle 
position. 

Il est comme Pierre Rognolet, qui d"uu manteau n"a su faire un 
bonnet. 

Ou encore : tailler de la besogne sur le patron de l'abbé Rognolet. 

— Rabelais (IV, o2) dit que « à Paris, Groignet, cousturier, avayt 
employé unes vieilles clémentines (décrétales) en patrons et 
mesures. cas estrange ! tous babillemens taillez suz telz patrons 
feurent gastez et perdus, etc. » 

Rogue, celtique rog, lier, arrogant. 

Quelques-uns y ont vu une trans[)osition (?) des lettres du mot 
rouijo : en bas-latin rocua, désignant un manteau écarlale. 

Exuens se vesliniento ([uod lin<jua ruslica dicilur rocus. (Ilel- 
gandus.) 

Eron passât per la niar rog a pé se. Ils étaient passés par la 
mer Rouge à pied sec. 

— L'usage de l'écarlale alTectée anciennement aux vêtements des 
hauts dignitaires, aux chevaliers, aux docteurs, introduisit jadis 
l'expression j^ouge pour hautain, arrogant. 

Brantôme s'est servi du mot rouge dans ce sens, en parlant des 



382 IU)f 

Siiiss(^s, :i|(rt''S r;ilT;iiro de X;i\;irro, coiiliX' L;i Trémoiiillc, nlTairc 
doiil ils (1('\ lurent si rouges cl si arrognnts... 

Roi, (lu l.'ttiii rcf/em, provençal rey. 

— l.e litre de roi est plus ancien et plus honorable que celui 
d'empereur. Il vient de reyeï^e, celui qui régit, qui gouverne. Il 
éveille l'iniage du chef dune grande famille, et, de tonte antiquité, 
a été donné aux princes des nations. 

— Empereur veut dire qui commande. C'est un titre militaire, 
qui devint celui des Césars, lorsqu'ils eurent dominé par leur 
despotisme l'anarchie de la République. 

Le pape Léon III consacra l'autorité de Charlemagne en Italie, 
en le proclamant empereur, successeur des anciens Césars. 

En Russie, Ivan lY, qui descendait, par sa mère, du dernier 
empereur de Constantinople, prit le litre de César (czar) qui se 
traduit par empereur. 

Bonaparte, en succédant à la lignée de saint Louis, prit aussi le 
titre d'empereur, que justifiait sa gloire militaire. 

— On dit « roi de France », et non « roi.de la France », parce 
qu'à l'origine notre langue, comme la langue anglaise, n'employait 
pas l'article devant les noms de pays. 

Rabelais dit : « Voilà Asie: ici sont Tigris et Euphrates; de ça 
est Europe. » 

Ce n'est que vers la fin du xvi^ siècle que l'article prit place: 
mais l'expression « roi de France » survécut à celle petite révolu- 
tion grammaticale, parce que le respect que nos pères avaient pour 
la royauté (et pour les formules consacrées) leur fit conserver 
intacte l'expression. 

Louis-Philippe, qui succéda, en 1830, au roi de France Charles X, 
rompant avec la tradition, se fil appeler roi des Français. 

Ménage parle d'une monnaie d'or appelée salut, frappée sous 
Henri A'I, roi d'Angleterre, couronné roi de France à Paris, en 
1422, qui portait d'un côté la Vierge Marie recevant la salutation 
de l'ange, par le mot ai-e. De l'autre étaient deux écus, l'un de 
France, l'autre de France et d'Angleterre, avec ces mots à l'entour : 
Henricus Dei gratla, Francorum et Angliœ rex. 

Henri VI y prend le titre de roi des Français, tandis qu'il se 
donne celui de roi d'Angleterre comme d'un domaine héréditaire. 
On ne frappe les rois quà la tète. 

(V. Ulgo, Cromwel, IV, 8.) 

Le seul roi dont le pauvre ait garde la mémoire (Henri IV). 



UO.M 383 

Ce vers, ([ii'oii altfilnie ;i Voltiiit-e, est, en clianpennt pauvre en 
pi'upfe. diiiie odi' de riiuliii de la Hriinellerie, écrile cinq ans après 
la mort de Voltaii'c 

— Si j'étais roi ! si j'étais lioiivernement !... 

IIoii ! que je ne suis roy de France pour quatre-vingts ou cent 
ans! (Rabelais, 1, 39.) 

Ail 1 iiuc ni' siiis-jc roi |)uiir ci'iil ou six vingts ans. 

(l\kc;.MEn, Satire VI.). 

Sémiraniis, ayant obtenu du l'oi d'Assyrie le droit de régner 
absolument pendant cinq jours, usa du pouvoir pour faire mourir 
le roi lui-même, et s'empara de son trône. 

...Comme le berger de Génitois, qui. se dépitant en temps de 
pluie, disait : « Si je suis jamais roi, alors je gai'derai mes moutons 
à cheval. » (Moyen de parvenir, cli. 33.) 

...Beges prœcurrere vita. 

(Horace.) 

(Plus heureux qu'un roi.) 

Le roi n'est pas son cousin : il s'estime plus heureux qu'un roi. 

Rôle, du latin rotuJus (roideau de papyrus). 
Rôle est fait comme volume : cliez les Romains, les livres étaient 
des rouleaux et non des cahiers, roulés et non plies. 

Romain, du latin roniunus. 

Un travail de Romain. Exprime la grandeur d'un ti'avail. 

— L'art rom:iin participe de l'art étrusque et de l'art grec ; 
mais son génie personnel s'est assimilé les éléments qui convien- 
nent à ses besoins. Tout a été refondu dans le moule puissant d'où 
est sortie la grandeur romaine : l'art, les institutions et les usages 
empruntés aux civilisations voisines. 

L'art romain, qui subordonna l'idéal à l'utile, le beau au grand, 
est un type original, qui a pu s'imposer plus tard en souverain, et 
couvrir de ses œuvres la surface du monde. 

— Les Romains modernes sont des morts qui u'onl jamais vécu. 
(Dante.) 

Roman, même origine que le précédent, dont il est une forme 
dialectale. 

Les langues romanes ou novo-latines, sont au nombre de quatre : 
l'itaben, l'espagnol, le provençal, le français. 

L'espagnol comprend le portugais et le catalan. Quant au pro- 



vcnçal, c'est un idiome localisé, qui ne se pnrle plus que dans le 
midi de la France, apn"'s avoir'ieté un faraud éclat au Moyen-A^^e. 
Spt''cial(MU(Mil la laiiuiu; des ti'ouIiadour'S : 

Trtinift lo vers en rhanlun 
En pliinii letu/ua romana. 

(<;. H'i.!:i. ) 

(Je transniels Ui vers en cliaiilani eu pure lauiinc roinaue.) 

— Les lanfiues romanes ne drriMMil pas les wm'^ di^s autres : elles 
sont toutes contemporaines (>l, en (pu'lipu; sorte. S(eui's jumencs, 
issues du latin, qui a remplacé à la même époque les langues 
indigènes. 

Ces langues ont toutes le caractère latin, mais les divers peuples 
le parlèrent avec un accent qui leur était pro[)re : de là la diversité 
des langues italienne, espagnole, provençale et française. 

Après la conquête des Gaules, il se forma un langage composé de 
gaulois et de latin, appelé roman, et qui fut l'origine de la langue 
française. 

Les poètes du x"^ siècle, qui composèrent des fabliaux et autres 
fictions, et inventèrent la (jale science, furent appelés romanciers. 

Villon sut le promicr, dans ces siècles grossiers, 
Débroniller l'art confus de nos vieux romanciers. 

(Bi'ii.i.Ai:.) 

— Le mot 7'oman qui, à l'origine, signidait ouvrage lilléi'aire en 
langue vulgaire, est devenu synonyme de fiction. 

Daubenton lisait des romans pour se reposer: il appelait cela 
mettre son esprit à la diète. 

Le paradis consiste dans un bon fauteuil et un roman^jiendant 
l'éternité. (Grey.) 

— Le Roman de la Rose, commencé par Guillaume de Lorris, . 
dit Glopinel, au début du xiiF siècle, fut aclievé par Jean de Meung. 
Ce roman, ou plutôt ce poème allégorique et métapbysique, était 
regardé au Moyen-Age comme le code de l'amour. 

UAslrée, d'Honoré d'Urfé, est une longue et fade bucolique, parue 
en IGIO, où sont peintes les délices imaginaires de la vie pastorale 
sur les bords du Lignon. 

Le Grand Cyrus, de M"« de Scudéry, son principal ouvrage, est 
un roman faisant allusion au Grand Gondé. 

— Dans l'ordre cbronologique, il y eut d'abord : 
Les romans de cbevalerie. 

Les romans d'amour, tels que Aucassln el Nicoletle. 



U(l.\f ."^.So 

Los roiiuins saliriquos,: Roman de la /{ose, Rotitan do licnai'i . 
II. (Vl'rfé : rAsIréc, au (•onimcncomciil du xvir siéclo. 
Camus, t'vrfiue do Belley : iiii«' cnuiuantainc de romans, dont 
Paloinhc, rt'rditi'p on ISliO. 

Sorcl : llisloirc atinUjui- di' Francion (licouciouv). 

M"" do St'udôi'v : le (ivand (liivux, la (Uidic. 

Scarrou : le Roman coniu/ae. 

Cyraiu) do Horuorac : llisloirc des E)n))ires da Soleil, etc. 

Furetiore : le Roman bouiujeois. 

M"" do Lafayotto : la Princesse de Clères, Zaï/de. 

Fôiiolou : Télémaqae. 

Le Sa.ue : Gil Blas, le Diable hoiteu.r. 

Ilaniiltou : Mémoires du Cher aller de (Iramnionf . 

Montosquiou : les Lettres persanes. 

Prévost (l'ahliô) : Manon Leseaal. 

M'""- de Graîlicny : Lettres d'une Pérurienne. 

M™« do Toiu'iii : le Sièfje de Calais. 

Voltaire : Candide, Zadi(j. 

Diderot : la ReVujieuse, Jacques le Fataliste. 

J.-J. Rousseau : la Nouvelle Hélo'ise: 

Hostif de la Bretonne : 200 volumes de romans. 

Laclos : les Liaisons dangereuses. 

Bi^rnardin de Saint-Pierre : Paul et ]'irf/inie. 

M"-« de Staël : Delphine, Corinne. 

Chateaubriand : Atala, René. 

— Aujourd'liui, ou entend par roman une liistoire l'ointe, oi'i 
l'auteur cherche à intéresser par la i)ointure des mœurs. 

— Les romans peuvent être : 

Archéologiques, comme Notre-Dame de Paris, de Victor Hu.uo. 
D'aventures : Gil Blas, de Le Sage; les Trois Mousquetaire^i. 
d'Alexandre Dumas. 
Épistolaires, comme la Xourelle Hélo'ise, de J.-J. Rousseau. 
Erotiques, libertins: ceux de Voisonon, deCrébillon fils, de Sade. 
Chevaleresques et aristocratiques : ceux de M"'' de Scudéry. 
Historiques : ceux de Walter Scott. 
Maritimes : ceux d'Eugôno Sue. 

De mœurs : ceux de Le Sage, de Marivaux, de Ricbardson. 
Pastoraux : Daphnis et Chloé, VAstrée. 
Philosophiques : ceux de Voltaire, de George Sand. 
Sentimentaux: Werther, ùq Gw[\\(i\ René, de Chateaubriand. 



386 no.\r 

Sociaux : de Gcorpo SmikI, do Victor Iliian (Mv Misi rnhhs). 
Il y a encore les i'oiikiiis liioLjra|)liifiiies, de ca|ii' i-i (l'(''|t('i'. 
Inminristiquos. oie. 

Romance, ancien adjcclif, connue i-otiinn. 

— La romance, petite poésie légère, aussi .uicit nue (|u(' la lant-iie 
française, est une espèce de chanson oi"i s'cxiirinic l;i scnsiltililé. la 
grâce, la galanterie. 

Nos premières rouiances étaient des clianls |)opnlaires et patrio- 
tirpies, imités des rouxuicoroa espagnols. Depuis, le nom de 
romance a été a|)[)li(pié à toute chanson tendre ou plaintive, divisée 
en couplets avec refrain. 

— La romance se montre à la fin du x^ siècle, éporpie où la langue 
française commence à se former des déljris de la langue romane, 
et succède aux chants des trouvères et des troubadours. 

— Albanèse, chanteur sopraniste de la chapelle du roi, a puldié, 
vers le milieu du xviii<" siècle, plusieurs recueils de mélodies faciles 
et charmantes : mais la plus grande vogue de la romance a com- 
mencé avec le xix" siècle. 

— Sous le Consulat, il faut citer Garât, Boïeldieu, Pradher et 
Ch. Plantade, dont la romance Langueur (Vnmour est une mélodie 
pleine de sentiment. 

Carbonel : Brigitte et Paurre Lise, qui ont eu beaucoup de 
vogue. 

Lambert: De ma Céline ainant modeste (inspiration gracieuse), 
1806. 

Dahvimare : Prêt à partir pour la rive africaine, 1809. 

Alex. Choron : la Sentinelle eut un succès européen. 

La Reine Hortense : Partant pour la Sgrie : Reposes-rous, bon 
clievalier, etc. C'est à elle qu'on doit le premier album qui ait été 
pubhé en France, et l'idée de mettre un dessin en tète de chaque 
romance. 

— Les quinze années de la Restauration furent une époque 
])rillante pour la romance. 

Romagnési : Faut l'oublier, disait Colette; Depuis longtemps 
j'aimais Adèle: la Petite Mendiante. 

Amédée de Beauplan : Mon petit François: Bonheur de se 
revoir; Dormez, chères amours. 

Edouard Brugnière : Mon petit bateau. 

Panseron : Appelez-moi, je reviendrai: Vogue, ma nacelle. 

Pollet : Fleuve du Tage. 



Piililiiio J)iich;iililiLi(' : ht llrindurnu' : lu Séparai ion . 

— Api't'S l;i H('>\(iliiti(iii (If IS;»(). 1,1 l'oiii.iiict' p;ii'li(i|it' an iiiniivo- 
incnt l'oinanliqiit'. 

Hippolyte Moiipoii : // élail Irais /-/lassta/rs : rAiirlalaasr : h's 
Deux Arc/iers : la Chanson de .U/f/non. 

Loïsa Piiaot : fo Grâce de Dieu ; Ave Maria. 

Lahari'c : Jcunr fille aux yeux noirs ; le Kleplile. 

(îi'isar : la Folle : les Laveuses du Coucent. 

lît'ral : Ma .Xorrnandie : Mon petit cochon de llarbarie. 

NiodenneviM', (|ii(' le l.ar porlei'a à la postérité. 

Romantiques, de rancieii français romani , (Icaciiii ronuin. 

Partisans d'une écolo littéraire et ai'listi(pie(pii avait poni' système 
l'aiTrancliisseiiient des réules imposées par les traditions anciennes, 
dites classirjues. En oiitiv, ils se rattachaient passionnément à la 
littérature, aux monuments et aux traditions du Moyen-Ape. époque 
dite romane: doi'i élait venu leur nom de romantiques. Cette 
elîervescence a ou lieu pendant la lin d(? la Restauration et les 
premières années du régne de Louis-Pliilippe. Née vers 1820, 
l'école romantique était à son apogée vers 1833. 

Les romantiques avaient pour adversaires les classiques, ou 
partisans des anciennes régies. 

Ces querelles n'avaient que l'apparence de la nouveauté : elles 
rappelaient le dill'érend des anciens et des modernes, au xvir' et au 
commencement du xviii'^' siècle. 

Rome : la Ville, la Ville Éternelle : la Ville des Césars : la Ville 
aux sept (Collines. Urhs a'terna. (Symmaque.) 

On attribue son nom à son fondateur Romulus, qui l'établit sur le 
Palatin. Agrandie par ses successeurs, elle couvrit bientôt sept 
collines, d'où le surnom de Seplicollis. 

Saint Pierre, dans sa Première Épiire. et saint .lean, dans 
X Apocalypse, la désignent sous le nom figuré de Bai)ylone. Les 
rabbins la nomment Edom, comme devant subir le soi't dont les 
prophètes menacent la ville de ce nom. 

Plutarque dit (pie son nom vient de rama, vieux mot signifiant 
mamelle: d'où y^///<e/m, déesse qui présidait à l'alimentaliou des 
enfants. 

Noël fait venir liotue du grec rhoui<\ force. 

... La Rome des rois, sur l'Aventin ; la Rome répubhcaiue, sur le 



388 IKi.N 

Capilolc; l;i Uoinc iiii|)i''ri;il('. sur le l';il;iliii : l;i lloiiic (■|ir(''liL'iiiio, 
assise sur le Vatican (•(uiiinr sur iiii Iri'tiic. ((î. Saiid.) 

La Hôiiu; des ])a|)('S a succédé à cciin des cnipiTeurs : les uiissions 
ont rciuplacé les légious, cl In doiuinatiou de l'espril t;sl encore 
idus iiuiverselle que celle de la force. 

— liildeliorl, évé(jue de Tours, \isila Rome au coniineuceinent du 
xw siècle. Il dit de cette ville: « il en l'este ti'op, et trop en est 
tombé |)()ur (pi'ou puisse détruire ce qui est debout ou relever ce 
qui est gisant. » 

— En demandant, on va à Home. 

Tout cliemiu mène à Rome; c'est la devise de rKulise c;itli(ili(iiie. 
Il était plus diflicile d'aller à Corinthe, 

Avec le latin et le roussin, on peut voyager par tout le monde. 

Si l'on en peut \o\v un i)lus fou, je Tirai dii'e à Rome. (.Molière, 
Bovrfjeolii fjen1illi(»iun<\ V, 7.) 

Romérage, de l'espagnol nnnerîa. 

Nom donné, en Provence, aux fêtes patronales des villages. 

On les appelle aussi votes, roman vot. C'est ce que Rabelais 
(I, 45) désigne sons le nom de romicaigcs (?). 

Au Moyen-Age, on appelait romieriX^?, pèlerins qui faisaient le 
voyage de Rome pour obtenir la bénédiction du pape. 

— Les pèlerinages les plus célèbres ont été : celui de Terre- 
Sainte ; celui des Saints Apôtres, à Rome ; et ceux de Notre-Dame 
de Lorette et de Saint Jacques de Gompostelle. 

Rompre, du latin rumpere. 

Au ligure: se brouiller. 

Cbez les Romains, on donnait un brin de paille, en prenant pos- 
session d'une propriété ; au contraire, on rompait le brin de paille 
en s'en dessaisissant; d'où la locution alirégée « rompre la paille » 
avec quelqu'un. 

Confrimjcrc tesscram . 

(Pl.AlTE.) 

(Briser le contrat.) 

Rompre en visière avec le genre lui main. 

(.MoMKUK, Misanthrope.) 

Rond, du latin rotundus, provençal redon. 

Rond comme l'o de Giotto. On raconte que le pape Boniface YIII 
fit demander à Giotto des dessins, pour juger de son talent. Le 
peintre lui envoya un cercle tracé à main levée, et qui était d'une 
rondeur parfaite. 



HnS 380 

Vasari (T/V de Ciotio) raconte ainsi cetto- anordolo : 

BtMioil IX. voulant oi'nor do peintnros Saint-PioiTo do llonio, 
o\[)(''(lia on Toscano un ^W <^^'•> licnlilsliinninos. [)onr jnoor si le 
mérite de Giollo éualait sa rôpulalion. Lenvoyé du pape, après 
avoir recueilli à Sioiino des dessins de plusieurs peintres et 
mosaïstes, arri\;! ;'i I-'Ioiumicc. di'i il ('\|)osa sa mission à (îiolto, en 
lui demandanl un dessin (pi'il pùl montrer à Sa Sainlolé. (liotto 
prit ;iiissil('it une IVuillo do \{'!in. a[)puya son coude sur sa hanche, 
pour former une espèce do compas, et peignit d'un seul jet, avec 
nue délicatesse toujorirs égale, wn cei-cle d'une perfection merveil- 
leuse, qu'il remit en souriant entre les mains du gentilhomme. 
(leliii-ci se croyani joué, s'écria: « \\\\ quoi! n'aurai-je d'autre 
dessin (pie ce rond l — Il est plus que suflisant », répondit Giolto. 

L'envoyé du [)ape. malgré ses instances, ne put ohtenir que 
ce trait, et se relii'a foi't mécontent. Néanmoins, il présenta à 
Benoit IX le cercle de notre artiste, en lui indiquant la manière 
dont il l'aNail li'acé. Le pape et ses courtisans reconnurent conihien 
(îiolto l'emportait sur ses concurrents. 

De là le proverhe : 

Tu -y."/' iiin ronili) dm l'o di Giollo. 

(Vasaiu, traduction de Lkcla.nciik.) 

Ronfler. Diez en fait une onomalo[)ée. 
Synonyme : jouer de l'orgue. 

Il ronlle comme s'il voulait l'aire concurrence an tonnerre. 
(George Sand.) 

Ronsard (Pierre de Ronsard). Anagramme : Rose de Pindare. 

— Donner nu soufllet à Ronsard : parler mal le français, comme 
on dit : être l'ennemi de Lhomond. 

Rose, du latin rosa. 

— On appelle à tort, en France, le mois de mai « le mois des 
roses ». C'est une erreur due à ce que nos poètes, qui liahitent des 
galetas, au lieu de poindre d'après nature, ont lu des descriptions 
classiques, où il est dit que les roses lleurisseut en mai. Cela est 
vrai pour ritalit;, et même pour la Provence; mais, dans le nord 
de la Frani-e. la nature relarde d'un hon mois, et la rose ne lleurit 
en réalité qu'en juin. 

— Il n'y a pas de roses sans épim^s : pas de plaisir sans peine. 

Rose ne luiil sans piiiiiiToiis. 



:]90 nos 

(]('liii ([iii iiiai-clic sur los roses, priil ;i\()ir les pieds percés 
d'épines. 

Le rayon de miel est donx. niiiis rahcille piipic 

— Il n'y il si Itelle l'ose (pii ne deAienne uriillf-nil : l;i iMsiiilé 
p;isse. 

— La rose, (Miililriiic (le la hcaiité. ne \it, sclun .Mallit'i-lir. (pu.' 

Lrs|t;icr (11111 iii;iliii. 

Kn lool), François Despériers perdil, à Ai\. sa lillf unitpie : 
Malherbe, son ami, lit à celle occasion les admiraMes stances qne 
l'on sait. 

Malherbe avait d'abord écrit ce vers : 

El lloscllo a vrcii ce (|iii' vixciil les roses. 

Par une heureuse erreur. rim[)rimenr y sulistilua celui-ci : 
El rose, elle a vécu ce ({ue vivent les roses. 

— Les roses de Pœstum. Pœstum, l'antique Posidonia, en 
Calabre, était antrel'ois environnée de champs de roses, qui, deux 
fois l'an, donnaient leur moisson de Heurs. 

Bifcri ni-sarid Pa-sli. 

(\'lltl,lLK.) 

Odnrali vomriu Pwsli. 

jl'liOPEUCE.) 

— L'île de Rhodes était aussi très fertile en roses, et doit son 
nom à celui de cette fleur, rhodon en prec. 

D'où le nom de Rhodanus, de la ville de Rhodè, que les Bho- 
diens avaient fondée à l'embouchure du Rhône, 
Rosas, ville de Catalogne, fut aussi fondée par les Rhodiens. 

Rosée, du latin i^os. d'où arroser. Provençal air/ungna. c'est-à- 
dire eau de nuit. 

La rosée est la vapeur d'eau contenue dans l'air, qui se condense 
au contact de quelque substance froide. Elle se forme plus abon- 
damment après un jour chaud d'été ou d'automne, surtout si le 
vent souffle de l'ouest ; parce que les vents d'ouest passent sur 
l'océan Atlantique, d'où ils arrivent humides et chargés de vapeurs. 
Ils augmentent la saturation de l'air, qui en dépose une partie au 
contact du froid de la terre. 

Rosière, dérivé de rose. 

— Rosière de Salency (près Noyon). 

Saint Médard institua, en 333, à Salency, le prix le plus touchant 



ROU 391 

que la piôté ait jamais olTei-l à la vertu : une couronne de roses 
pour la liUe la plus sage et la plus modeste. La première rosière fut 
la sœur du saint évèqiir. 

Le couronnement a lieu le dimanche qui suit la fête de saint 
Médard (18 juin), joui' d'inquiétude et d'attente, où, si la pluie 
IoiiiIh'. elle doit tomber six semaines durant. 

La lèie de Salency a donné naissance à beaucoup d'auti'es, dont 
la [tins célèbre est celle de Xanlerre. 

.Mais aujourd'hui, le |»ri\ de sagesse, qui consiste en une cou- 
ronne de roses, est accompagné d'une somme d'argent, comme 
appoint de la vertu. 

— l'ii prix qui ne coiiiporle pas iWfrressit. 

Rosse, du lu(l('S(pie ross. cheval de prix. 

(l'est [lar dérision ({u'on a donné ce nom aux che\aux sans force 
et sans vigueur. 

De là vient rosser, fi'apper comme on frappe une rosse pour la 
faire marcher. 

Rossinante, oi-iginc littéraire. 
.Mauvais che\al très maigre : rosse. 
C'est le nom du cheval de Don Quichotte. 

Tel fut Cl' l'oi dos lions chevnuv. 
Rossinante, la l'Iriir des cuursiers d'Iliérie, 
Oui, trottant tons les jours el par monts et par vaux. 
Galopa, (lit fliistoire, une fois en sa vie. 

(BoiMCAi-, Epvjrammc 3").) 

Rot, du latin )'uc/us. vuctare, roter. 

Synonyme : soupir de Danemark — ou d'ivrogne. 

Rôtjp, ancien français roslir, du germanique rosljan, provençal 

rousth'. 

L'un aynie te rousty, l'autre aynie la salade. 

(RoNSAiti) à L. Desiiiazures.) 

Ainsy comme ils me roustissoyent, je me recommandays à la 
grâce divine, ayant en mémoire le bon sainct Laurent. (Rabelais, 
Pantagruel.) 

— Il a r(')ti le Ijalai, se dit de quelqu'un qui a beaucoup usé de la 
vie. el qui s'est épuisé i)ar l'excès des plaisirs. 

Quand tu auras autant rousty comme j'ay et esté rousty..., dit 
Panurge. 

Roué, dérivé de roxc, du latin 7'ota. 

— Le supplice de la roue fut en usage jusqu'au xviii« siècle. Après 



392 HOU 

;i\oir Ml(iic|i('' 1(! |);ilif'iil siii' iiiic croix en loriiii' de X. un lui l'om- 
piiil les os (les qiialfc iiieinhres. puis on e\|i()s;iil le coriis siii- une 
roue que Ton f.iisnil tourner. 

— Ce iMol, (|ui, (l;ins son iicceplion lill(''i-;ile. e\|ii-inii' une chose 
lioi-ril»le, devint, sous l;i Uégence, un terme élogieuv et ll;ilteur 
chez les jeunes gens ;i la iiiodc. 

Les petits maiires du temps, ccrliiins novateurs, 

(irjiiids iii;irii'iirs do iimls l'un dr Ijinlrc cldimi-s, 

y ajoiitèrenl même des épilliéles comme cliaruiant, délicieux. 

Mercier {Tableau do J'arls, cli. 47:2) dit que ce mot fut créé par 
« rextrèmement honne compagnie », ainsi qu'elle s'intitule elle- 
même. Mais commeul a-t-elle pu adopter une expression qui éveille 
une idée de crime et de supplice, et l'appliquer si légèrement l 

On va jusqu'à dire : un aimahle roué, pour désigner un homme 
du meilleur monde, qui n'a ni vertus ni principes, mais qui donne 
h ses vices des dehors séduisants, qui les ennohlit à force de grâce 
et d'esprit. 

Les mots ira f ire, perfide, méchanl. ont pâli: on n'ose plus 
dire : c'est un scélérat, le mot ne passerait pas ; on dit : c'est un 
roué. C'est un signe d'immoralité et de décadence des sociétés, que 
ces expressions outrées, où limpudence ose donner au vice les 
apparences d'une qualité. Telle est l'expression de roué, empruntée 
à la jurisprudence criminelle, et qui signilie en même temps un 
roué en place de Grève, et un roué de cour. 

— Le cardinal Dubois, dit Saint-Simon, était un petit homme 
maigre, eflîlé, à mine de fouine, et bon à rouer. C'est à lui que le 
nom de roué fut appliqué pour la première fois par le Régent. 

Avant la Régence, on avait le nom de rompu pour désigner un 
bon vivant ; cette expression s'est conservée en provençal avec la 
même acception. 

...Ce bon rompu de Louis XI aima toutes les femmes. (Brantôme.) 
Les grands seigneurs se sont approprié le nom de roués, pour se 
distinguer de leurs laquais, qui ne sont que des pendards. 

— Les courtisans du régent disaient plaisamment qu'on les 
a[ipelait roués, parce qu'ils étaient prêts à se faire rouer pour lui. 

— Un voleur enrichi, après avoir été laquais, roulait carrosse. 
C'est un homme bien adroit, dit-on, il a sauté du derrière d'un 
carrosse en dedans, en évitant la roue. 



Rouge, ilii laliii rubeiis, provenral vog. \ 

D'di'i : rou.ueiir. roiiuoole. rubis, riihicoiul, i-iiltri(iiit\ 

— Hoii,u-o coniiiio un clu'rubin. ...coiiiiiic iiu c(»(j. ...rouinic une 
('■ri-rvisso. ...un homard. 

— Hou.uir : en ar^-ot, c'est |ii(int'r nu liii'd. 

Dans le Herry on dit s'écrevisser. pour rougir de colère. 

— Mécliant comme nn âne rouge ; se fâcher tout rouge. 

Rouge est pris ici piuir roux. C'est un préjugé très ancien (pu: 
les cheveux roux sont le signe caractéristique d'un mauvais naturel. 

Les Romains avaient déjà contre les pei'sounes rousses de 

fâcheuses préventions: et, chez les nalious modernes, les cheveux 

roux inspirent de 1 aversion et une sorte de répugnance. C'est un 

vieux préjugé qu'il faut au moins constater, ne fût-ce que pour le 

comlialtre. 

lluugi' au soir, likiin- ;iii malin. 
C'est la jourin'i' du pi-lcriii. 

On croit généralement que le ciel rouge au coucher du soleil, et 
pâle â son lever, présage un beau temps. Ce dicton se retrouve 
chez tous les peuples de l'Europe. 

— En itolitique : Tous les rouges ne sont pas des forçats; mais 
tous les forçats sont rouges. (Proudhon.) 

Rougeur, dérivé du précédent. 

— La rougeur est la couleur de la vertu. (Socrate.) 

— Tous les sentiments humains sont contenus dans un pot de 
rouge. 

Le rouge signifie la pudeur, quand il est sous les yeux ; la colère, 
quand il est sur le front: la gaité, quand il est aux joues: l'ivro- 
gnerie, quand il est au nez ; la honte, quand il est aux oreilles. 

— La rougeur qui apparaît naturellement sur le visage, est un 
signe de pudeur, de décence et de modestie, causé par une 
impression vive et subite. 

Viryincus ruhitr. 

(ViRciii.i:.) 

— La pudeur, est une vertu, qui, chez les peuples civilisés, ne 
vient qu'avec la puberté : les enfants n'ont point de pudeur, et 
chez les nations primitives, la pudeur n'existe pas. La Genèse en 
témoigne, quand elle dit qu'Adam et Eve non erubescebant, ne 
rougissaient pas. 

Celui ((iii sait rouj^ir aiiin' cncoi- la vertu. 

(< JiKMEit, yatlian.) 



394 RUB 

— Faire monter le rouge ;iii visage. 

Ituhorc iliijna vcrha. 



lOviKI.) 



— On roiigil (le lioiilc : on p.'ilil do col(''re. 

Alius est ira', allnsDerocundia' rubor. I.ii cdIi'm'c roii'jif d'iuie 
façon, la modestie d'une autre. 

— Le sentiment qui fait rougir nail de la iiiidcur dune honte 
modeste ; celui qui fait pfdir tômoigiie que tout le sang rcllue au 
cœur pour en soutenir la faiblesse. (Scudéry.) 

Tout le rouKO aclioté, (|iii ilessus vuliv join' 
Fait rol'l'icc (II' la luidciir... 

(iJKNSKIlADK.) 

— On se mettait beaucoup de fard sur les joues, au siècle der- 
nier, pour simuler la pudeur; maintenant, on met du blanc, pour 
alîecter la candeur et l'innocence. 

Route, du iias-latiu f/vV/J vupla, voie l'onipue, faite en rouipant 
la foret ou le terrain. 

De là routine, petite route, qu'on suit sans s'en écarter, par 
habitude. 

Roux, féminin rousse, du latin russus, rouge foncé. 

— Pendant le Moyen-Age, la barbe et les cheveux roux étaient 
considérés comme un mauvais signe, et l'épithéte de roux était 
un terme injurieux, équivalent de traitre, parce que la tradition 
donnait à Judas des cheveux roux. Cette croyance explique le sens 
qu'il faut donner à lune rousse. 

Le nom de rousse, donné par les argotiers aux gens de la police, 
a aussi la même origine, et s'explique par l'antipathie des malfai- 
teurs pour les défenseurs de l'ordre. 

Royaliste, dérivé de roijal, latin regalls. 
Synonymes : blanc, partisan du drapeau blanc, [lar opposition à 
bleu, dans les guerres de la Vendée. 
Plus royaliste que le roi : plus catholique que le pape. 

Roxelane (nez à la). 

Uoxelane, sultane favorite de Soliman II, avait un nez retroussé, 

devenu célèbre, qui a donné son nom à tous les nez du même genre. 

Ruban, de rubeus, rouge (?). En provençal et en vieux français 

riban. 

Je voudrais être le rilian 
Oui serre ta belle i)uitriiie. 

iRoNSAlU).) 



Rubicon, rtvinolouio liistoriciuc. 

— l'.isscr le liiihicoii : s'riigiigcr (ruiic iiiiiiiirre ii'ivNocMlilc, [);ir 
une déiiKii'clii' hasardée. 

Allusion à la révolto do .lidos César contre le Sénat, (inaiid \\ 
l'rancliit, avec ses lé.uions. le Uidiicon. rivière qui servait de liinitc, 
à IKlat romain, et ne pouvait être franchie, même avec une seule 
cohorte, sans (lu'on t'ùt déclai-é rebelle et parricide. (Voy. le 6"or^ 
en est jeté.") 

César, à son retour des Gaules, après s'être vu refuser la proro- 
gation de son i>ouvernenient, se décida à franchir le Uuhicon, ce 
qui donna lieu à la guerre civile. 

Ce triste cours d"eau, qui reste noté d'infamie dans l'histoire, 
pour n'avoir pas arrêté la marche criminelle de César, est actuel- 
lement le Pisatello, ou Fiumerino, entre Ravenne et Rimini. 

Après avoii- fi-anchi le Ruhicon, César envoya des sommes énor- 
mes pour acheter le Sénat et les magistrats : ce qui lit dire qu'il 
avait conquis la Gaule avec le fer des Romains, et Rome avec l'or 
des Gaulois. 

— Tout homme, un jour ou l'autre, arrive au bord de sa petite 
rivière, et se voit dans la nécessité de passer ce qu'il peut appeler 
son Ruhicon, de prendre une décision irrévocable. 

— On dit d'une tille qui a mal tourné, qu'« elle a passé le 
Rubicon ». 

Rubrique, du latin ruber, rouge. 

— Savoir toutes les rubriques. — La rubrique était une sorte de 
sanguine, ou craie rouge, dont les Romains se servaient pour écrire 
le titre des lois. 

Par une tradition de cet usage, rimprimerie, à ses débuts, adopta 
l'encre rouge pour les titres, pour les lettres initiales, et pour 
certains passages importants, dans les livres de droit et de religion. 

« Savoir toutes les rubriques » fut donc un mérite chez le légiste 
et chez le théologien. 

L'expression s'applique aujourd'hui à un homme rusé, ({ui n'est 
jamais à court d'expédients. 

— On inq)i'imait surtout autrefois en rouge les titres des 
ouvrages, et le nom du lieu on le livre était publié. On disait que 
tel livre portait la ruitrique de Genève ou d'Amsterdam. 

— Par extension, rubrique s'est dit, en style de journaux, du 
lieu d'où une nouvelle est annoncée: Ce fait est sous la rubrique 
de Londres, de Berlin. 



'M)Q HUE 

Ruche, (lu lirt'loii rus/,-, (''corce. 

— C'était lin iisa.uc fort ancien de faiiT Ifs niclios en écorce 
(i'arlti'o. Il (''lail |»rati(iii('' fiiez les Uoiiiaiiis. roiiiine nous l'apprond 
Virgile : 

/yyAVf ititleni, srn corliciltus sibl siilit racalis... 

lOforf/if/uex, IV, XK) 

— radier une niche: s'allirei' une foule de pelils enneniis. 
L'abeille n'attaque jamais: mais, si on la Iroiihle dans son travail, 

elle se défend avec une hravoiire incroyaMe. Platon disait qu'elle 
avait une étincelle de la fureur céleste qui anime les anciens 
po(Mes. et il conseillait, si on voulait le repos, de n'irriter ni les 
abeilles ni les poètes: 

Gcniti irfildhilc vu I nui. 

(HoMAri:.) 

Arclliloque, poète satirique, fut assassiné par ceux qu'il avait 
de'ichirés dans ses vers. On lit cette inscription sur sa tombe: 

« Passant, n'a.uite pas les cendres d'Arcliilrxpie : un essaim 
d'abeilles eu sortirait. » (Voy. satire.) 

Rue, du bas-latin ruga, ride, sillon. 

D'autres ont proposé le latin ruere, parce que les rues servent 
d'écoulement aux: eaux, ainsi qu'à la foule [lurùa riiif). 

Le mouvement de la foule, comparé à un torrent, est souvent 
une réalité dans les grandes villes, et donne lieu à l»ien des acci- 
dents. La rue de Montmartre, à la traversée du lioulevard, porte 
le surnom de k carrefour des écrasés ». 

— Rue foraine. On a donné ce nom à des rues qui étaient affectées 
anciennement à la fabrication et à la vente des marchandises de 
certains corps, ou à certains usages. 

— Les rues étaient nommées des professions qui s'y exerçaient 
et qui groupaient les artisans d'une même corporation. Les tradi- 
tions locales, les événements qui s'étaient passés dans un quartier, 
la classe des gens qui l'iialtitaient, les monuments qui s'y trou- 
vaient, telles étaient les causes qui déterminaient les dénominations 
des rues, et qui aidaient même les habitants à se guider dans ce 
dédale. 

Il y avait ainsi à Paris les rues de la Ferronnerie, de la Coutel- 
lerie, des Décbargeurs, du Fouarre, etc. A Baveux, la rue du 
Massacre, occupée jadis par les bouchers ; comme à Paris la Vallée 
de misère, parce qu'on y égorgeait jour et nuit les volailles, 



nunoniix ot miiIi'Cs ;miiii;iii\ de |it'tiit' lniiiclici-ic. (jni se consoniiiinit'iil 
•1 Paris. 

Les nies (|iii (■Inii'iil le lh('';'ilfe (l'exi'ciitioiis ci-iiiiiiielles avaient 
(les iiitiiis i|iii i-,i|)|irl;iiciil ccl ciiiploi. Ainsi, la rue de i'KclH'lle, à 
Paris, \il soiiMMil se dresser la pulence des pendus. Le nom de rue» 
de rArltre-Seï- a la même origine. Le supplice de re.ç^;'rt/)a^/<? donna 
son nom à la laie et à la place on on le subissait. Wno de riv'handé. 
ou les faux monnayenrs itoiiillaient dans une marmite. La Croix 
du Ti'alioir liraii son nom (\\\ supplice intligé à certains condamnés, 
qu'on faisait lirer à quatre clieNaux. 

Rue des Hillettcs, d'un ordre religieux appelé ainsi par esprit 
d'Iiumilité (comme les Minimes), de hil/f', ol)jet de peu de valeur. 

Les Carrières d'Amérique sont d'immenses plAlriri-es. dont les 
produits sont exportés jusqu'en Amérique. 

La rue Chantereine. (Voy. gi'enouUle.) 

Rue du Cherche-Midi. Au xiir' siècle, il y avait dans ces parages 
un cabaret en vogue; kMjuel avait pour enseigne nu gros lézard 
sculpté dans la pierre, comme le dragon de la rue du Dragon, située 
non loin de là ; au-dessous du lézard, on lisait: « Au Cherche-Midi », 
par allusion à l'amour que cet animal ami de l'homme professe pour 
le soleil. 

Rue du Clos-Briineau. (Voy. brcn.) 

Rue Cossonnerie, où se tenaient les marchands de volailles. 

Le carrefour de la Croix-Rouge, où il y avait, sous Charles IX, 
une croix l'ouge plantée dans les champs, à la rencontre de plusieurs 
chemins. 

Rue du Foiiarre ou fciirn'. du latin foderuin, à cause de la 
paille qu'on y vendait pour jonclier le sol des écoles de littérature 
et de médecine, et servir de siège aux écoliers. 

La place de Grève, située en face de l'Hôtel de Ville, donnant sur 
le bord de la Seine (grève). On voyait encore, en 1840, des rassem- 
blements considérables d'ouvriers en l)àliment, se réunir sur cette 
place pour y chercher de l'ouvrage. C'est dans cette espèce de 
bureau de placement en plein vent que les bourgeois et les entre- 
preneurs venaient les chercher et les embaucher. Ceux qui ne 
trouvaient pas d'emploi restaient en grève. De là l'expression : se 
mettre, rester en grève. 

Les exécutions capitales avaient lieu, autrefois, sur la place de 
Grève; c'est pour cela qu'on a appelé « saints de grève » les Saint- 



IMi.'ir, S;iinl-Aiii;ir;iiil('. clc, noms (iiic |ir('ii;ii('iit NdIoiilit'i'S los 
chevaliers (rindiistrio. 

lîiic S.'iiiil-Hoiiorr fpali'oii des lioiilaiiL'efS). ainsi que les nies du 
Foiii' Saiiil-lloiioré et Saiiit-Ciennaiii, sont les \estijies des rèj^le- 
Dients onéreux, (pii ont |)rélevé lonuleiiips sur la moulure et la 
cuisson du |)aiii des îmiikUs si ciMiels. 

Place Mauiiei'l est une contraction pour Ma.i^ni All)erti(^), du 
Grand Albert, qui, en 1225, faisait des cours d'alchimie sur cette 
place, la foule étant trop à l'éti'oit dans les écoles. 

Hue Maubuée, d"unc fontaine donnant de Teau séléniteuse , 
impropre à dissoudre le savon, et par suite mauvaise pour les 
lessives ou huées. 

Rue de la Morlellerie, habitée par ceux qui se servaient du 
mortier. 

Hue des Porcherons, lieu où se réunissaient sans doute autrefois 
les marchands de porcs. Le quartier des Porcherons était situé au 
carrefour du faubourg Montmartre, formé par la rencontre des rues 
Saint-Lazare, des Martyrs et Lamartine. Ce lieu, jadis Jjors des 
barrières, était rempli de cabarets en renom. 

Rue des Poulies-du-Louvre, démolie pour les agrandissements ; 
il y avait des étables pour les chevaux, comme dans la rue des 
Écuries -d'Artois, et celle des Vieilles -Écuries, jadis des Yiez- 
Poulies. 

Rue des Prouvaires, c'est-à-dire rue des prêtres. ^^y) 

Rue du Puits-qui-Parle. (Voy. Chanlepleni'e.) 

Rue Quincampoix. (Voy.) 

Hue Tirechape, ainsi nommée parce que les fripiers qui Thabi- 
taient, tiraient la cape ou manteau des passants, afin de les 
engager à entrer dans leur l)outique. 

« Sortant des piliers des Halles, dit Mercier (Tableau de Parisj, 
entrez dans la rue Tirechape, lieu cher aux comédiens, parce qu'ils 
y composent un habit, à peu près comme maint tragique moderne 
compose une tragédie française, de pièces et de morceaux... 11 faut 
une chandelle pour voir en plein midi dans les boutiques; et, 
quand on veut vérifier la couleur d'un chiffon, on le porte à la 
croisée, dont les carreaux sont enduits d'une crasse séculaire. » 

Hues de la Grande et de la Petite-Truanderie : habitées au 
Moyen-Age par les truands. (Voy.) 

De même, à Toulon, le vieux quartier, dit de Bésagne, est habité 
par les ouvriers pauvres, besogneux. 



— IMiisit'iirs nios dos vieux qiiiii'liers do Miirsoillc lirciil ;iiissi 
Iciii- iKHii (les ét.'its qui s'y exorcMieiil. Telles sont: 

J.;i nie des Aiiffiers. niarcli.Miids de sii;ii'lorie, de auff'e. alfa. 

Rue Houleiie. où élaienl les lioutirrs ou lonneliers. 

Uiu' (iaisseric, ou des layetici's. 

Canehiére (du proveneal cnnahc), où l'on vendait le chanvre. 

Rue des Fahi'es. r'est-à-dire des forgerons et autres artisans 
travaillant les métaux. 

Rue Gi[»eiMe. au plâtre, provençal gi. 

Rue Lancerie, des fabricants d'armes blanches. 

Rue Pavé-d'Amour, s'appelait, au xv^ siècle, rue de la Triperie. 
Le nom actuel provient de la présence de certaines femmes qui y 
exerçaient leur industrie sous la surveillance de la police. 

Toulon possède aussi une rue de ce nom. \ 

Rue Tulianeau. d'une maison où se réunissaient les fumeurs : du 
provençal liihdr. fumer. 

Place du (^ul-de-liœuf. C'est la corruiition du cri jirovençal : 
Oou ruach (lebuou! Au bœuf cuit! que faisaient entendre les four- 
nisseurs de vivres des galères, olïraut en vente les abattis des 
buMifs tués pour le service de l'arsenal. 

— Beaucoup de rues ont pris leur nom des enseignes qu'on y 
voyait. Telles sont : 

La rue de la Harpe, d'une enseigne où était représenté David 
jouant de la harpe: la rue de la Truie-qui-File, etc. 

C'était, encore à la lin du xviir- siècle, un moyen pour désigner 
les rues qui. alors, n'étaient nommées ni numérotées par l'édilité. 

— Les rues de Paris ont commencé vers 1728 à être désignées 
par des noms inscrits sur des plaques. On adopta aussi pour les 
maisons le système du numérotage, au lieu de les désigner par 
leui'S enseignes ou par d'autres signes extérieurs. 

Ruelle, diminutif de rue, petite rue; comme venelle, petite 
veine, pour veinelle: senlier. du vieux mot seule. Ruelle désigne 
aussi l'espace qui, dans une ;ilc(')ve, se trouve entre le lit et le mur. 

Au xvir- siècle, on appelait ruelles les alcôves mêmes, qui 
servaient de lieu de réunion aux Précieuses, et où la maîtresse du 
logis recevait les visites. 

ni'iiscvadc en tous lieux amuse les ruelles. 

fBoiLEAU, Art poétique, IV. 200.) 

— On appelait « langage des ruelles » la langue adoptée par les 
Précieuses. 



400 TU'S 

Rufien, Miiciciiiiomoiil VK/'/icn, tlii vieux lr;iiic;iis nnilin {'.). 
Déhiiiiclié, entreinettciir, souIciumii-. 

Ruine, du l;iliii niiiui, de rncri'. toiiilicr, sT-croiikîr. 

— Tyr, (];u'lli;i,u<', l;iiil (r;iiilr(S \ilh'S crlèhrcs do ranli(|iiit('', 
n'existent plus que diins le souvenir. Du temj»s de Luc.-iin, il ne 
restait même plus trace de ruines de Troie : 

...Elifim iicnfi-r ruina;. 

— Synonymes de ruiné : tombé de Crésus en Jol>: battre la dèclie 
(argot), (fêc/ie semble venir d(; <hh-Iioiv. 

Ruisseau, pour nilsse/, du diminutif rlriccltus, de ricus. 
Autrefois on employait ru dans le même sens, et encore pour 
désigner le bruit, le murmure d'un ruisseau: 

Au ru d'une clerc fontaine 
Dont li ave étoit clère et sène. 

{Roman de Hou.) 

— Le ruisseau de la rue du Bac. — M™» de Staël, exilée à 
Coppet, en Suisse, regrettait le ruisseau de la rue du Bac, comme 
Andromaque avait autrefois regretté le Simoïs. 

On emploie cette expression pour dire que rien ne remplace, 
pour l'exilé, le sol natal, et que la patrie absente laisse dans îe 
cœur un regret ineffaçable. 

Ruse, de ruser, du latin recusare, ancien français reuser: 
seiir (devenu sûr) otVre une transformation analogue. 

— Ruse de guerre : stratagème. 

Ilolus (t)i virlus qnis in hnslc rapdral 9 

(VlilCII.E.) 

...Qu'importe si l'on use 
Contre ses ennemis, lie vaillance ou de ruse? 

(Rfrtait.) 

Rusé, même origine. 

Synonymes : futé, terme de vénerie ; madré, de manclre, nom 
du renard en Languedoc ; tine-moucbe ; narquois ; renard : retors. 
— Homme rusé, tard abusé. 

Toulo ruse est iiermisc, en amour comme en guerre. 

(Coi.i.ix D'HAni.F.vii.i.K, C/iàteaiij- en Espagne.) 



SAB 401 



S. Kritl't' sil'llilllc. 

— AlloiiLitM- k's .s-, (iio/, H;il»cl;iis, sionific l'aire une tromperie 
iljiiis III) compte: .urossir un mémoire. Du signe a hréviatif .s-, pour 
son. i[iii. iiiloiiué, ilevenait /', ipii éqiiivalail ;'i franc (^). 

Sabbat, de lliéhreu schabal, repos, par le latin snbbalum. 
.loiir de re|)os chez les Juifs, en souvenir du repos de Dieu, après 
la créalion. 

— Faire du saMial : beaucoup de liruil, de tapa.ue. 

Vii>i'Z 11' hi',-111 salilml qu'ils fdiil ;'i notro porlc ! 

(H.ac.im:. P/aif/dirs.) 

Les Juifs, le jour du S.'ihlial, qui est le samedi, ciianteut des 
lisaiimes dans leurs syuaiio.uiies, cliaciiu dans un Ion dilTérent: ce 
qui produit un son désagréal)le. 

— On appelle aussi sabbat rassemblée nocturne que Ion suppo- 
sait tenue le samedi par les sorcières, et où le diable pai'aissait 
sous la forme d'un bouc. Il s'y faisait des danses et des cérémonies 
magiques décrites dans les livres de démonomanie. 

Sabir. Lanuue qui se parle en Algérie, dans les relations entre 
Européens et Arabes. C'est un mélange confus d'ai'abe, de français, 
d'espagnol et d'italien. 

Sable, du l.itiii sab///ui/i, roman arciui. qui est aussi latin. 

El es plus fols, mon cscien, 
Que tel que snnena en nrrun. 

(liicnNAiin DE ViùXTAnouri.) 

(Il est plus fou. à mon avis, que celui qui sème sur le sable.) 

Sablier, dérivé du précédent. 

— Le sable de ma vie est presque écoulé: mais ne secouez pas 
le sablier pour le faire tomber plus vite. (W. Scott.) 

Sabot, du bas-latin sabbafam, savate. Un a proposé aussi sapi- 
ni/s, fait de bois de sapin. Un encore Sabaudia, Savoie (chaussure 
usitée en Savoie). 

— Synonymes : escarpins de Limoges : esclots (mot commun à 
l'argot et au provençal). 

2G 



402 SAC 

— Dormir foniiiic un s;il)Ot. Coiiipiii-iisoii <Mii|)riiiit('M' ;'i une sorte 
do toupie np|)(îlôo ;iiissi srihol , qui, [ij)r('S avoir' ronllc'. a un moment 
de rotation à peine sensii)ie à l'ieil et (ju'on ai»pelle dormir. 

Sac, du latin soccu.s: proveiu;al sa. 

Ce mot est de toutes les langues : hébreu sa/c ; grec mkhos. 

De là sont venus: havresac (sac à avoine), besace ou bissac 
(double sac), saccager, détruire et emporter. 

Le provençal dit ensaquar dans le sens du latin saccare, mettre 
dans un sac. 

— Sac à vin : ivrogne. Au propre, c'est une outre, une peau de 
•bouc où l'on met le vin, en Orient. 

— Sac de soldat : as de carreau, azor. 

— Gens de sac et de corde (voy. cordé) : qui méritent d'être 
pendus ou noyés. 

Sous Louis XI, les criminels étaient enfermés dans un sac, sur 
lequel était écrit : « Laissez passer la justice du Roi. » 

Lq Dictionnaire de Trévoux dit que, dans cette locution, me 
vient du vieux français sak, forfait. 

— Juger sur l'étiquette du sac : sans voir les pièces du procès. 

— Voir le fond du sac : se rendre bien compte d'une atVaire. 

Sans voir le fond du sac, ils prononcent l'arrêt. 

(Régnier.) 

— Tirer d'un sac double mouture. Cette locution se prend en 
mauvaise part. Elle s'applique aux gens assez peu délicats dans les 
atïaires, et assez babiles, pour tirer un double profit, là où un 
honnête homme n'en aurait aucun. 

— Il ne sort d'un sac que ce quon y met. C'est pour cela qu'on 
ne peut attendre de la modestie d'un orgueilleux, de la ])onté d'un 
méchant, de l'équité d'un homme de parti. 

Il n'y a de sentiments justes que dans les cœurs vertueux et 
humains. 

— Mettre à sac, ou saccager : piller. 

— De sac, on a aussi dérivé saccade. 

Sacre, sacré, du latin sacer, sacrum. 

Le mot latin avait la double signification de saint, sacré, divin ; 
et de impie, infernal, voué aux dieux infernaux. 
Sacer (Virgile) : voué aux enfers. 
Auri sacra famés (Virgile) : la soif exécrable de l'or. 

— Vouer aux dieux infernaux, c'était l'équivalent de notre : 



SAG 40:^ 

onvoyor à Ions los difiMcs. ;iii(|iiol on snltslituo l"oii liion : Ono Difii 
vons liénisso ! 

— SariH', sni\i (riinc ('pillirlc spécifiqne, devient un siirci-oil 
d"injnre : sacré volcnr, [lonr volcnr liotlV'. 

— Le sacre des senverains est une tradition iU' l'aiiti(iuité 
(du moins de ranli(initt'' hrhraïque : les rois liébreux recevaient 
ronrtioii). 

— De AY/r/v dérivent : sacrer, sacrement, consécration, sacrifier, 
sacrilège, exécrer. 

— Le nom d'Anunsle, qne prenaient les empcrenrs romains, vient 
de angurio consccralus, sacré par les augures, c'est-à-dire saint, 
vénérable. 

Sacrement, du latin sarrf/hwnfi/m, qui a donné aussi la forme 
[lopuiaire seniienf. 

— Les Sacrements de l'Eglise sont des vœux (pie l'on jure 
(sacrare) d'accomplir. 

— Une foule de lettres de décès constatent que le défunt est 
« muni de tous les sacrements ». C'est absurde, car il y en a deux : 
l'ordre et le mariage, qui ne peuvent être conférés à la même 
personne. (On a vu plus d'une fois des gens mariés ou veufs entrer 
dans les ordres.) 

Sacripant, étymologie littéraire. 

Nom dnn roi deCircassie, dans le Roland Furieux, deTArioste. 

PersonnaQe querelleur, tapageur, sorte de rier-;'i-l)ras. 

Sage, du latin sagire, avoir dn discernement: ou bien plutôt 
de sapius, qui vient de sapere, goûter, apprécier. 

On ne trouve pas sapins dans les auteurs ; mais Pétrone (Sufi- 
ricon, oO) se sert de iiesapius. (Voy, Littré.) 

— Les Sept Sages de la Grèce: Thaïes, Solon, Bias, Cliilon, 
Pittacus, Périandre, Cléobule. '^ 

— On entend par sagesse la pratique de la morale, la bonne 
conduite dans le cours de la vie. 

Pour les anciens, la sagesse (sophia) comprenait à la fois la 
science et la sagesse, qui doit en être la conséquence. 

Les Grecs appelaient sop/ioi, sages, ceux qui se livraient à l'étude 
de la physique et de la morale, seules sciences alors cultivées. 
Pythagore, prenant le mot dans un sens plus large, lui substitua le 
titre plus modeste de phiiosophos. ami de la sagesse. 

Minerve, déesse dej la sagesse, avait pour attributs un rameau 



404 SAI 

d'olivitïr, (3ml)l<''iii(' de l;i pjiix ;iii dcdiiiis cl ;iii dolioi's : cl une 
chouette, oiseau qui voit dniis les ténèbres, pour sijxnilicr (|iic |;i 
vraie sagesse veille, (!t découvre tout. 

— La sagesse est une folie qin ne dérange personne. 

Sage-femme: accoucheuse, dasuf/e pour habile. 

— • Il n'est pas nécessaire de faire remarquer la dilïérencc (piil 
y a eniro, sa f/c-p'/iuiic o\ fonnno nage. Il ne faut pas plus confondre 
ces deux termes que : grosse femme et femme grosse, galant homme 
et hoinnu; galant. 

11 n'est pas rare cependant d'entendre à ce sujet de mauvaises 
équivoques. 

La mère de Louis XIV s'adressant à un seigneur fort gros, lui 
demanda quand il accoucherait: « Quand j'aurai trouvé une sage- 
femme », répondit-il. 

Ménage, avant de mourir, disait au P. Airaut, qui l'assistait : 
« Je vois qu'on a besoin d'une sage-femme pour entrer dans le 
monde, et d'un homme sage pour en sortir. » 

Saigner, du bas-latin sanguutare. 

— Se faire saigner sans ordonnance de médecin : être blessé en 
duel. 

...Surtout ne dégainez pas au premier mot : vous vous feriez 
saigner sans ordonnance du médecin. (W. Scott.) 

Les Américains disent : « Je vais faire un trou dans votre 
personne. » 

C'est une expression qui rappelle homicide (hominem cœrJere]. 

— Saigner du nez : manquer de courage. 

— On ne doit pas dire : saigner au nez ; c'est au V)ras que se fait 
la saignée. 

Saindoux^ de sahi, latin sagùia et de doux, c'est-à-dire non 
salé, parce que c'est de la graisse de porc fondue et non salée. 

Quelques-uns ont voulu voir dans doux une modification de 
doue, pour d'oie {1). 

Saint, du latin satictus, provençal sa)}ct, de sandre, sanction- 
ner, consacrer. 

— Les boUandistes sont des jésuites d'Anvers qui recueillent et 
publient la Vie des Sainfs. Bollandus commença, en iG30, le 
grand recueil projeté par Roswied, et publia les deux premiers 
volumes en 1641. Cette œuvre s'est toujours continuée depuis, et 



SAI iOo 

les hoIUindisles oui iMiMir iicliicllciiioiit l;i \ie de plus do quarante 
mille saints. 

— Svnonvinc : iKMilioiniiio (Vidocq). Allusion au>: figurines de 
sainis, appelées bonslioniines. 

Il y a\ ail autrefois à Pai'is nue maison de refuge pour les vieillards, 
sous riuvocatiou des saints, et appelée « Hospice des bonshommes ». 

— Le uKtl sailli, précédant un nom propre de saint, demande 
devant lui i'arlicle fi-miniii (quand il désigne un jour), parce que 
le mol p'h' ("Si sous cnlendii : la Saiul-.Iean, la Saint-Michel. 

— A ilia(pie saiul. sa chandelle. 
A petit saint, petit encens. 

— Saints gelés, ou de glace: froid des quatre caNaliers. (Voy. à 
la Chandeleur les grandes douleurs.) 

— Se recoinmaudei' à tous les saints : ne savoir plus à quel saint 
se voiuM". Se dit de ipichp^iiu à ([iii rien ne réussit, et qui se trouve 
à bout de ressources. 

Inverlus (jucni (liviim vocet. 

{lkn:.\CK.) 

.Ne sacliaiil plus tuiilùl à nucl saint se \ûaer. 

(Boii.F.AU, Salirex.) 

Le vaisseau de l'amiral Forhin ayant une voie d'eau, l'équipage 
se lamentait et adressait des vœux à tous les saints. « Courage, 
mes amis, dil-il aux: uip.telols. tous les vœux sont bons; mais 
Saiule Pompe ! c'est à elle (pi'il faut s'adresser. » 

(Hi ! cuinhiou le pùi'il onricliirall les dieux, 

Si nous luiiis suiiveiiiiMis des \œ\\x qu'il «uns fait faire ! 

(La Fontaine.) 

Mais, comme disent les Italiens : Passalu el perlcolo, gabato el 
san/o. 

Ce proverbe, cité par llabelais (l\, 24) siguitîe : Passé le danger, 
le saint est moqué. 

— L'invocation des saiuls, dans la communion romaine, prenait 
sa soui'ce, au Moyen-Age, dans la croyance que certains d'entre 
eux. (piand on les fâchait, envoyaient des maladies ou des calamités, 
dont ils préservaient, au contraire, ceux qui les apaisaient par 
des vœux et par des prières. 

C'était aussi l'usage des Romains, qui, du mot juvare avaient 
fait Joins, Jupiter aidant, et son contraire Vejovls , Jupiter 
tonnant, le dieu malfaisant. 

Les innombrables légendes du Moyen-Age, nées dans les monas- 
tères, olïrent parfois un singulier mélange de mvsticisme chrétien 



406 SAI 

et (lo réininisccnccs pinoniics, oi'i l'on iciicoiilrc. plus diiii saint 
d'origine siispootc. 

Nos hons nioux, plus rrédiilos (priiisU-iiils, riNaicnt placé presque 
toutes les maladies sous la prolerlion de quelque saint, qu'il fallait 
invoquer pour s'en délivrer. Cette croyance venait de i'iinbécihî 
crédulité dos uons, qui, à cause du son équivoque des noms, ou de 
leur similitude avec celui des maladies, ou pai' un autre motif 
aussi ridicule, atli'ibuaient aux saints une iiilliieuce sur cei-laiiis 
izenres de maladies. Ou dési.unait crrlains maux par le noiu des 
saints auxquels ou attribuait la puissance de les guérir. 

Encore aujourd'liui, dans les campagnes, il n'est pas de maladie 
qui n'ait dans quelque paroisse voisine son saint guérisseur. C'est 
saint Marcou qui partage avec les anciens rois de France le 
privilège de guérir des écrouelles ; sainte Anne rend des points au 
sulfate de quinine, s'il s'agit de guérir une fièvre rebelle ; saint 
Maur guérit les douleurs rbumatismales ; sainte Apolline, les maux 
de dents ; saint Cloud guérit des furoncles (alïaire d'assonance 
évidemment) ; de même saint Ouen, à qui on attribue le pouvoir de 
faire oiur, et sainte Claire, qui y fait voir. 

L'épilepsie s'appelait la danse de saint Gny ; l'érésypèle, le 
mal saint Antoine ; la folie, le mal saint Matburin. 

De même, les corps de métiers ont clioisi pour patrons des saints 
qui ont exercé leur industrie, ou dont les noms ont une analogie 
pbonique avec ceux de leurs professions. 

Certes, il n'est rien de plus toucbant, de plus respectable, qu'une 
famille agenouillée, demandant à Dieu, avec les larmes de l'amour, 
la conservation d'un être bien-aimé ; mais les pratiques supersti- 
tieuses dont il s'agit, affectent un matérialisme si grossier, qu'elles 
sont odieuses et répugnantes. On ne saurait trop désirer le jour 
où nos populations, renonçant aux pèlerinages et à ces absurdes 
fétichismes, se borneront à rester à la maison pour soigner leurs 
malades par les moyens que recommande la saine raison. 

Le culte des saints était ainsi descendu, dans la forme, à des jeux 
de mots, à de burlesques équivoques, sans que le clergé, dont le 
préjugé populaire augmente le crédit, ait jamais réagi contre ces 
tendances bétérodoxes. 

SAINTS DIVERS : PARTICULAmTÉS SUR LES SAINTS : 

Saint ad auras. (Voy. pendu.) 

Saint Alipantin. Rabelais (Uv. II, cb. G) linvoque pour cbasser 
des odeurs puantes. Ce serait le patron des parfumeurs. « Saint 



SAI 407 

Alipantin, quelle civollc ! Au (lyal)le soit le maschérable, tant il 
put ! » 
Saint iiariialié ét;iil patron dt-.s moissonneurs, des faucheurs. 

Bitriifihds .sunclus fulccm jubet ire pcr licrbam. 

La lioltc s;iiiit Henoil. (Voy. honlfille.) 

Saint Cloud est le patron des cloutiers. 

Saint (li'iine, patron des médecins, appelés jadis, pour celte 
raison. sui)p()ls de saint (^uno. 

Saint Crapasi. Le mal saint Crapasi. Crapaslus, dont les méri- 
dionaux ont fait Crapasi. 

Les Lorrains disent : les trois évéchés S. Cravaz, pour désigner 
les trois jours gras, parce qu'on y mange et boit à crever. {Aven- 
tui'es (lu baron de Fœnestc, IV, ch. 2.) 

Saint Crépin, patron des cordonniers. Ce mot, dans la langue 
populaire, désigne tout ce qu'on possède, la bourse appelée autrefois 
crépine, contenant les outils du cordonnier. 

Saint Elme {\e feu). Cette expression est la corruption de « feu 
sainte Hélène»; on appelait «Hélène» le feu qui, sur mer, 
présageait la tempête. Hélène, dont on a fait une sainte, par 
ignorance, est la belle Hélène, sœur de Castor et Pollux. La llamme 
de Castor était un signe favorable pour les navigateurs. Horace en 
parle : 

Frulres Hclenw lucida sidcra, 

Rabelais (IV, 22) les nonmie Mixarchagevas selon les Argives. 
Les Argiens, en elTet, dit Plutarque, donnaient à Castor le surnom 
de Mixarchagevas, qui signilie bâtard (ou plut()t demi-dieu fonda- 
teur). D'autres voient dans saint Elme une modification de Elmo, 
pour Erasme, saint que les Italiens invoquent dans la tempête. 

Saint Ferréol, d'Abbeville, prenait soin d'engraisser les oies. 

Saint Frusquin, comme saint Crépin, signifie tout l'avoir d'une 
personne, tout ce qu'on a gagné, les habits, les hardes, ce qui 
touche de plus près. 

Saints gelés. Rabelais (liv. III, 33) dit : « Jupiter voyant les 
bourgeons de la vigne perduz par les gelées, bruines, frimatz, 
verglatz, froidures, gresles et calamitez advenant par les festes de 
sainctz Georges, Marc, Vital, Eutrope, Phibppe, etc., qui sont ou 
temps que le soleil passe soubz le signe de Taurus, entra en ceste 
opinion que les sainctz subdictz estoient sainctz gresleurs, geleurs, 
et gasteurs du bourgeon. Pourtant voulovt-il leurs festes translater 



408 SAI 

en liyver, les licenciant <'n lonl lioniii'iir et révérence de gresler 
lors et geler tant que ils vonldroyeiil. 

Saint Gris. C'est saint François d'Assise, chef des uris-vèliis, ou 
moines gris (les cordeliers), car ils étaient ceints d'une corde et 
vêtus de gris On les appelait aussi diables gris, 

Ileni-i IV. qui était toujours un peu huguenot, jurait parle ventre 
(de) saint (iris, comme d'autres par celui de saint (juenet. (Voy.) 
Rabelais, qui avait été cordelier, dit (IV, 9) : Sang saint Gris. Ce 
juron était donc antérieur à Ileni'i lY. 

Saint Jean-Baptiste (24 juin), ainsi nommé parce qu'il baptisa 
Jésus-Clirist dans les eaux du Jourdain. C'est sans doute en souve- 
nir de ce fait que, dans les villes du Midi, on jette ce jour-là de 
l'eau sur les passants. 

Saint Jean-le-Uond. Autrefois le peuple de Paris désignait par 
celte expression le derrière, du nom d'une église ainsi appelée: 

El fait à leiinemi l'affroiil 

De lui montrer Sainl-Jeaii-le-Rund. 

/(/ est son gros \ilain derrière. 

(La llciviade travestie.) 

Saint Julien l'Hospitalier, ou patron des voyageurs, faisait trouver 
bon gîte au voyageur, s'il avait dit le matin l'oraison qui porte sou 
nom. 

Saint Lazare, ou saint Ladre, était le patron des lépreux. (Voy. 

Saint Lundi, qui suit sainte Touche. Le plus fêté, le plus chômé 
de tous les saints. Allusion à l'usage où sont les ouvriers de Paris, 
de ne pas travailler le lundi, mais de le passer à s'amuser, et à 
boire le salaire touché le samedi précédent. 

Sainte Marie-Madeleine, Gahléenne de grande naissance, mais 
de mœurs dissolues, se convertit à la vue des miracles de Jésus- 
Christ, assista à sa passion, et, après la résurrection, alla terminer 
ses jours dans une austère pénitence, à la grotte de la Sainte- 
Baume, près Marseille. (Voy. madelonnettes.) 

Saint Main. Le mal saint Main était la gale, la rogne. 

Saint Marcou guérit les écrouelles (mal du cou). Allusion à la 
coutume des rois de France, d'aller, après leur sacre, à l'église 
Saint-Marcou, à Corbigny, pour toucher les malades atteints des 
écrouelles, en disant : « Le roi te touche, que Dieu te guérisse ! » 
Louis XIV et Charles X s'y rendirent à l'époque de leur sacre. 

Saint Marcou guérit les écrouelles 
Ainsi qu'ung maeon sans truelle. 



SAI 'jOO 

Sainl Martin guérissail de rivrognerio. 

A la Saint-Mai-tiii. on lasle le \m. 

Rabelais (IV, 33) appelle le diable « l'estaflier de s.iiiicl Martin ». 
La légende rapporte, en elTet, que le diable \inl un jour tenter 
saint M.irtin, sous la ligure d'un pauvre transi de froid. Mais bi 
sainl lui donna sans bésiterla moitié de son manteau : ce qui ne 
lit pas le compte du tentateur. 

Saint Matliieu était puiiiicain avant sa conversion. I)"oi'i l'on a 
appelé un usurier >< fesse-malbieu », qui est peut-être la coi'ruption 
de « fète-Matbieu «. 

Saint Miciiel. D'ai)rés la légende normande, le mont Saint-Michel 
est le lieu où l'archange Michel, ajuvs avoir terrassé Helzéhuth, l'a 
enterré sous une montagne, qui a pris le nom de Tombelaine, 
tombe de Bélénus on Héel/.ébuth. (Victor Hugo. Quatre-tHntjt-trehe, 
livre H.) Saint Michel terrassant l'hydre des révolutions est un 
emprunt de M. Prudliomme à cette légende. 

Saint Nicolas, patron des enfants. On a abuse de ce nom de saint, 
à cause de sa ressemblance i)honique avec le mot nujaud, pour 
faire de son abrégé Colas le synonyme de niais. 

Saint Nicolas, évéque de Myre, aperçut, dans un \illage de 
Bohème, un charcutier fort occupé à saler de la chair, qu'il vendait 
ensuite comme chair de porc. Il entra dans une grande colère, car 
il avait d'abord reconnu les corps de trois petits enfants qui, depuis 
quelques jours, avaient disparu de la demeure du sabotier Otto. 
S'approchant du baquet où les trois petits innocents étaient coupés 
en morceaux, saint Nicolas, en présence de la foule accourue à sa 
voix, leva les bras au ciel, et soudain ou entendit des voix mélo- 
dieuses chanter un cantique d'actions de grâces: puis les trois 
petits enfants se levèrent, et, après avoir remercié le grand saint, 
re[U'ii'ent le chemin de la maison paternelle. Le peuple cria Noël ! 
et saint Nicolas devint le patron des enfants. Faut-il conclure de là 
que saint Nicolas doit être en froid avec saint Antoine, patron des 
charcutiers ? 

Sainte Nitouche : hypocrite. 

Saint Pierre est le saint que les peuples ont le plus poursuivi de 
leurs lazzi. Sa calvitie, ses défaillances, tout, jusqu'à ce rcMe de 
portier, que la tradition lui attribue, aide à faire de lui un person- 
nage comique, et presque Ijurlesque. 

Saint Quenet. Ventre sainct Quenet ! Par la dive oye Quenet. 
(Uabelais, 111, 8.) Ce saint, invoqué en Bretagne, et surtout dans 



410 SAl 

rôv(Vli(' (lo, Y;innos, ost lo niriiic qiio rfliii des Vonetœ, peuples de 
G;iiile cl dll.ilic, îippch's priiiiilivciiiciit flcnchi', du l.iljii A/iates, 
les canards, et liciil ;'i l;i posilioii de l;i (•.■ipiliilc, ;iii inilit'ii des 
lapiiiies. Il y a de iiiémiî, aux environs d(! VaiiiK^s, deiiv iles. Iloiiat 
et lloiiédic, c'est-à-dii'e Tile des ranards et l'ile des pelils ranards. 

Saint Hocli ^uri'it de la pesle. La iéucnde iiien connue d(î saint 
Horli, rapi»oi'le qu'il fut i^uéi'i de la peste |iar son chien, fjni léchait 
ses i)laies. Mlle est d'accord avec la thérapeuti(pie ; on sait que la 
salive a la vertu de nuérir certaines maladies d(i la peau. 

On dit, pour exprimer l'amitié insépai'alde de deux pei'sonnes : 
« C'est saint Koch et son chien. » Ce provei'be rappelle le fidus 
Achates d'Énée. dans Virgile. 

Saint Sébastien, ou Séhaste, était le patron des compagnies 
d'archers et d'arbalétriers, parce qu'on le représentait tout percé 
de (lèches; il eût été plus naturel que le patron des archers 
transperçât ses ennemis. 

Sébaste signifie vénérable, et c'est par ce nom que les Grecs 
traduisaient Auguste. 

Sainte Véronique, patronne des lingères (13 janvier). Lorsque 
Jésus, portant sa croix, était conduit au Calvaire, une femme de 
Jérusalem lui essuya le visage de son voile, sur lequel l'image du 
Seigneur resta imprimée. Cette image fut apportée à Rome, au 
temps de Vespasien, et l'on dit qu'elle guérit Titus de la lèpre. 
Les peintres font tenir cette image par une femme, et la légende 
donne à cette femme le nom de sainte Véronique, tandis que c'est 
le linge même qui est la sainte véronique, vet^a iconia {là \rsie 
image), le portrait de Jésus imprimé sur le voile de Bérénice, dont 
il se servit pour essuyer sa face couverte de sueur et de sang. Vei^a 
iconia, un mot latin et un mot grec, symbolisait l'union de l'Église 
latine et de l'Église grecque. (Voy. Maxime du Camp.) 

Saint Yves, patron des avocats et des procureurs. Parmi les 
nombreux petits saints qui ne sont vénérés qu'en Bretagne, il n'en 
est point dont le culte soit plus répandu dans ce pays que celui de 
saint Yves, natif de Tréguier, dans la Basse-Bretagne. Avocat et 
curé, au xiiF siècle, il fut le défenseur d'oftice des pauvres. 

Il y avait à Paris une église sous son vocable, construite aux frais 
des écoliers, au coin des rues Saint-Jacques et des Noyers. On y 
lisait cette inscription élogieuse : 

Advocatas et non latro, 
Res miranda populo, 



SAI 411 

La légende rapporte que saint Yves s'étant présenté à la porte 
du Paradis, fut repoussé par saint Pierre, qui le confondit avec les 
hoiuuu'S de sa pi-ofcssion. Mais le saint , s'étant filissé dans la 
foule, pai\int ;'i cntivr. Saint Pierre voulait l'expulser : il résista, 
protestant (juil ne sortirait que lorsqu'on le lui aurait fait signilier 
par huissier. Ou en clierclia un partout ; mais, comme il n'en est 
jamais entré dans le Paradis, il lut iuipossiltlc deu trouver un, et 
saint Yves eut gain de cause, (Voy. arocaf.) 

— Va\ somme, les archers ont pour patron saint Séi)astien : les 
aruniriers. saint Georges: les artilleurs, sainte Barlie ; les avocats, 
saint Y\es; les hanquiers, saint Mathieu ; les blanchisseuses, saint 
Hiaiic: les bouchers et les vieilles tilles, sainte Catherine: les 
boulangers, saint Honoré; les chapeliers, saint Jacques: les 
charcutiers , saint Antoine ; les chasseurs , saint Hubert ; les 
chirurgiens, saint Côme et saint Damien ; les cloutiers, saint 
Gloud ; les comédiens, saint Genest : les cordonniers, saint Grépin 
et saint Grépinien ; les couteliers fêtent la Décollation de saint 
Jean-Baptiste: les crieurs de nuit, saint Bonaventure; les danseurs, 
saint Julien des Ménétriers; les écoliers, saint Gharlemagne et 
saint Nicolas ; les enfants, les saints Innocents; les fondeurs et les 
forgerons, saint Éloi; les gantiers et les tanneurs, saint Barthélémy; 
les hôtes, les cabaretiers et les pâtissiers, sainte Marthe; les 
huissiers, saint Protais ; les jardiniers, saint Fiacre ; les lanterniers 
et les verriers, saint Glair ou sainte Claire ; les lingères, sainte 
Yéronique ; les marins , sainte Marie ; les canonniers , sainte 
Épissoire, canonisée par l'amiral Tréhouart ; les menuisiers et 
les charpentiers , saint Joseph ; les musiciens et les luthiers , 
sainte Cécile ; les ouvriers, sainte Touche ; les parcbeminiers, 
saint Jean l'Évangéliste ; les paveurs, saint Roch ; les pécheurs, 
saint Pierre ; les peintres et les sculpteurs, saint Luc; les portefaix, 
saintChristophe; les soldats, saint Maurice; les tisserands, sainte 
Anne ; les vignerons, saint Vincent ; les voyageurs, saint Julien. 

— Saint-Simonisme,du nom du fondateur. Système philosophique 
et social du comte de Saint-Simon, mort en 1825, mis en pratique 
par une réunion de ses adeptes (1831-1832). 

Saison, du latin satio, sationcm, l'action de semer. 

Temps propre aux semailles. 

Ménage dérivait ce mot de statlo : Le Duchat, de seclio. 

— Au figuré : Gela est hors de saison, c'est-à-dire déplacé. 

— Morte-saison : le temps de l'année où une industrie chôme. 



412 SAL 

Salade, (k'i'i\é iiu'i-idioii.'il de sal, sel. 
lIorl)es s;ilées, ussiiisoniic'cs. 

Qui \ in iH' Imil Mpi'i'S saLuir, 
l-;st en risiiiic (l'ctrr' iiiaindc. 

Salaire, du liiliii salariuni, solde militaires ddiinée aux troupes 
pour acheter du sel. Provençal snlari. 

— Roquefort explique que les preuiiers Rouiains se servaient de 
sel coinute appoint des échanges, avant la falii'icalion des monnaies. 

Salamalec, expression comique, de l'arabe sdluia alellc, paix 
sur toi. 
Salut à l'orientale^ à la turque, avec de grandes révérences. 

— Faire un grand salamalec. Cette locution nous vient des 
Sarrazins, qui ont occupé longtemps une grande partie du midi de 
la France. Un troubadour provençal dit que, de son temps, lors- 
qu'on saluait un Sarrazin par celle formule, il répondait : lYaipca 
s (fia m I Dieu le confonde ! 

Les Sarrazins ftireut chassés du Fraxinet, en Provence, l'an 908, 
par Guillaume, comte d'Arles et de Provence, qui fut secondé dans 
cette expédition par Gibelin de Grimaldi, à qui il donna le golfe 
de Sambracie, appelé depuis golfe Grimaldi. et par corruption, 
Grimaud. Après celte expulsion, Iteaucoup do familles de Sarrazins 
restèrent en Provence, et s'y perpétuèrent. 

Avec grande crainte et respect. 
Dit par trois fois salamalec. 

(ScARP.ox, Virgile travesti.) 

Salamandre, du grec salamandra. 

— C'est un préjugé que la salamandre vit dans le feu ; le fait est 
qu'elle meurt quand on l'y met. Ce qui a pu accréditer cette erreur, 
c'est qu'elle suinte, au contact du feu. un liquide abondant, qui 
peut éteindre un feu médiocre. 

Rabelais (liv. Y, cb. oâ) dit : « Je confesse bien que petit feu de 
paille la végète et resjouit, mais je vous asseure que, en grande 
fournaise, elle est, comme tout aultre animal, sulToquée et 
consumée. » 

— François I^'' avait pris pour devise une salamandre au milieu 
des llammes, avec ces mots : « J'y vis et je l'éleins. » 

— • La devise d'une femme insensible à l'amour serait une sala- 
mandre au milieu des flammes, avec les mots : « Froide, même au 
niilieu des llammes. » 



Sale, (''tymolopie germanique (0- 

SyiKtiiymes : Iciron de l;i Grasse, cochon, marsouin, salaud, 
saliiraud, souillon. 
Sale comme un peiune. 

— On dit d'une personne qui a du linge sale, qu'elle porte le 
deuil de sa lilanchissoiise. et a divorcé depuis longtemps avec le 
savon. 

Baclie aciielail deux cravates (pii devaient ser\ii' toute l'année : 
une blanche et une noire, l'endant les six derniers nmis c'était la 
noire (pii devenait Itlanche, et la blanche qui devenait noire. 

— Mains sales : gantées de crasse. 

Ongles sales : ongles en deuil, comme un billet d'enterrement. 
(L. Larcbey.) 
Femme sale : Marie-Graillon. 

— L'horrible malpropreté des habitants de ce pays, est un des 
maux auxquels je me résigne le plus difficilement ; j'espère bien 
ne jamais m'y habituer. t»y- stercoraire.) 

— ...Ghodruc Duclos, ...cet homme endimanché de misère, 
couvert de vêtements sordides, se traînait, suait, pendillait, puait à 
faire reculer les tonneaux de Domange... C'était un incroyalde 
fouiUis de loques, de guenilles, de haillons, où tout ce qui n'est pas 
trou est tache. Tout cela pendille llasquement, sinistrement, 
grouille, remué vaguement par la vermine. 

— 11 faut laver son linge sale en famille. (Napoléon.) G'est-à-dire 
qu'il ne faut pas raconter les turpitudes des siens. 

G'est nu vilain oiseau ([ue celui qui salit son propre nid. 

Salé, participe du verbe saler, du latin sal, sel. 
Salé comme la mer. 

Temps salé (burlesque) : temps chaud, qui altère. 
G'est salé, se dit d'une chose trop chère. 

Saluer, du lalin saluUire. 

G'est donnei' à quelqu'un, en l'abordant, une marque extérieure 
de civilité ou de l'espect. 

— Les Ronmins saluaient en baisant l'index, et ce doigt était 
appelé .?«/^//«;v'.s. Ils disaient : Num quid vis ? Désirez-vous quelque 
chose? A quoi on répondait : Ut valeas. Que vous vous portiez 
bien. (Plante, Auip/iit7'i/on.) 

Quomndn raies ? (Plante.) Comment vous portez-vous ? 
Sa/re, salrum te rolo (Térence) : bonne santé. 



414 SAN 

— Jùi l'iiii'ope, 011 s;ilm\ eu (Uîiiil suii cluipciiii. 

Les Orientaux placent la main sur la poitrine, en sinclinani. 

Au Tliilict, lorsqu'on veut saluer, on allono-e la lanuue, on fait la 
révérence et l'on se <i:ratte la tête. Ces trois opérations doivent 
être simultanées. (Hue, Voyage au Thibet. I8G0.) 

— Les militaires saluent de l'épée. 

Les vaisseaux saluent par une décharge de canons (salve) : les 
coups sont impairs : le vaisseau dans le vent salue le premier. 

On a calculé qu'en salv(^s , politesses royales et militaires, 
formalités de rades et de citadelles, levers et couchers de soleil, 
salués tous les jours par les forteresses, navires de guerre, etc., le 
monde civilisé tirait à poudre, par toute la terre, toutes les vingt- 
quatre heures , cent cinquante mille coups de canon inutiles. 
A six francs le coup de canon, cela fait neuf cent mille francs par 
jour, trois cents millions par an qui s'envolent en fumée. Ceci n'est 
qu'un détail. Pendant ce temps-là, le pauvre meurt de faim ! (Victor 
Hugo, les Misérables.) 

— Saluer du chapeau : jouer du l)ilhoquet. 
Saluer vivement : plonger. 

...Philippe s'était découvert en faisant un grand salut, qui 
consiste à lever le chapeau très haut et à le tenir au-dessus de la 
tête, comme quand on acclame un souverain ou un personnage 
populaire. (G. Sand, iMarianne.) 

«J'ai l'honneur...», dit-il, en saluant avec la véhémence de 
quelqu'un qui éternue. 

Sang, du latin sangnis. De là aussi : saigner, sanglant, sangui- 
naire, consanguin, sangsue, sanguine et sandragon (couleurs 
rouge de sang). 

— Chez l'homme et chez les mammifères, le sang artériel est 
rouge, et le sang veineux est noir. L'oxygène absorbé par la respi- 
ration change le sang de rouge foncé en rouge vermeil. La couleur 
rouge du sang est due à des corpuscules appelés globules, qui 
nagent dans un '.liquide incolore appelé sérum. Le sérum se com- 
pose d'alhumine, et de fibrine qui sert à constituer les fibres 
musculaires. 

Le sang, abandonné à l'air, se décompose en liquide (sérum) et 
en une masse solide et rouge (caillot). 

La circulation du sang a été découverte par Hervey, en 1628. 

— Avoir le sang chaud : le caractère vif et emporté : par oppo- 
sition à sang-froid, qui indique un esprit calme. 



SAN 415 

— Bon s.'iiiu- 110 ptMit niontir. Les bons exemples que l'on reçoit, 
chez ses parents, rendent soii\ent les vertus liéréditaires. Le, 
principe n'est pas aussi absuln clic/ llioniine que chez les animaux, 
où les races se perpéluenl avec une ré.uiilarité constante, iiotain- 
nient chez les chevaux et les chiens. 

— Se faire du hou sang : prendre du [)laisir, éprouver des 
impressions a,urî'al)les. d'où résulte un hien-étre favorable à la 
santé : princijje de physiologie à la portée de tout le monde. 

C'est l'opposé de la locution : se faire de la bile. 

— N'avoir pas une poiitte de sang dans les veines : être saisi 
d'etVroi. 

linlhnn li'tiiil liohcs san(/uinis. 

(Pi,ai;tk, Moslellarin.) 

Ail 1 vt)us iiu' fjiitis iicur. cl Icuil mou sang se fige. 

(Mor.iKRE, Ecole des femmes.) 

— Sany se dit [)our parenté. 

Saiifjuini-s ntirlor. 

(VlIlCII.F..) 

(Le premier de la race.) 

Les liens du sang: être du même sang, ou consanguins. 

Le sanc ne remonte jamais : l'amour paternel est plus fort que 
l'amour lilial. Le père aime dans son enfant son ouvrage et l'au- 
torité qu'il a sur lui. L'orgueil, qui fait aimer au père sa supériorité, 
fait haïr à l'enfant sa dépendance. En outre, le père se voit survivre 
dans son enfant : le (ils se voit mourir dans la personne de son 
père. C'est de l'i qu'est venu le proverbe: le sang ne remonte pas. 

— Comme la mort est naturelle, et qu'il est naturel que les pères 
meurent plus t()t que les enfants, aussi la douleur que l'on a de leur 
mort se dissipe peu à peu. C'est tout autre chose de l'amour; car, 
au lieu de nous apporter la mort, il nous apporte la vie, en nous 
donnant des enfants qui nous rendent immortels, par manière de 
dire. {Heptnméi^on, Nouv. 4'i.) 

— Quand le père donne au fils, le père et le fils rient: mais 
quand le fils donne au père, le père et le fils pleurent. 

Sangsue, du latin sanf/Nisuga, de saiif/uis et de siiyo, sucer. 

— C'est une sangsue : au figuré, se dit d'un homme d'une extrê- 
me avidité. 

— Une sangsue avec les mots : Et dum satiatur aà/Keret, est 
l'emblème de l'avidité et de la fausse amitié. 

Avec les mots : J/ordendo sanat, elle symbolise la critique. 



416 SAN 

Sans-culottes. Xoiii des républicains de ITUli. 
Le nom vient de ce qu'ils nvaicnl proscrit la culotte de l'ancien 
réaiiiie. pour ad()|)ler le [tanlalou. 

Santé, du latin smiifas, sanilafom. 

Etat de celui qui est sain, qui se porte bien. 

— Santé est l'opposé de maladie, et exprime l'idée dun état 
normal des fonctions vitales. 

— Santé QSl un terme absolu qui ne soullVe aucune épitliète. 
Ainsi, lorsqu'on dit: jouir d'une bonne santé, on fait une sorte de 

pléonasme: mais lorsqu'on dit: avoir une mauvaise santé, on dit 
une absurdité. C'est aussi absurde que de dire : une bonne maladie. 
Il s'ensuit qu'on doit dire contracter et non gagner une maladie : 
gagner ne pouvant se dire que des clioses avantageuses et profita- 
bles. Ce serait jouer à qui perd gagne. 

Il en est de même des locutions: mauvaise qualité, mauvaise 
valeur, en parlant de valeurs dépréciées, comme celles de la rue 
Quincampoix. L'idée de valeur et de qualité ne saurait s'appliquer 
à une chose mauvaise. (Etymologiquement, ////«///e signifie non pas 
qu'une chose est bonne, mais qu'elle est de telle ou telle nature, 
bonne ou mauvaise.) 

— Santé de fer: excellente. 

— A votre santé! Souhait que l'on échange en buvant. (Voy. 

toast.) 

Le vin ne tourne à ma santr 
Qu'autant que je le bois moi-même. 

(Pauny.) 

En provençal, ou dit : A la santé ! C'est une tradition païenne, 
comme si l'on faisait une invocation, une lil)ation à la déesse de la 
Santé. 

Les Romains portaient la santé d'une personne en buvant autant 
de coupes de vin qu'il y avait de lettres dans son nom. Ainsi, l'on 
vidait cinq coupes en l'honneur de César, et dix en l'honneur de 
Germanicus. D'où l'expression : BiJjere nomen. (Martial.) 

...Beuvons une, trois, neuf fois, jusqu'à quinze fois en évitant le 
nombre pair, suivant le conseil de Démocrite. (Rabelais, V. 7.) 

Ores, amis, qu'on n'oul)lie 

De l'amie 
Le nom qui vos cœurs lia : 
Qu'on vuide autant cette coupe, 

Chère trouppe. 
Que de lettres il v a. 



SAn \ 1 7 

XiMif fuis au luiiu (le ('.assandro. 

Je vay iirciidrc 
Neuf fois (lu vin du fiai'oii. 
Afin de neuf (ois le lioirc 

Vm iiK'Uioiiv 
jii's iinif li'lln.'s de son nom. 

(Ro>-:,\RD, Le Voyarjc r/'/fi'i'riifil.) 

\<i'cia sr.r cnldUd'i, xeiitcm .litsiiiia bilxilnr, 
Qnintjur Lijcds, Ljjdr iinnllnur, hla tribus. 

(FIoRAcK, Odex. III, 19.) 

l'ii in'ovtM'lM' l;itiii disait: Aiil 1er hibendinn. aiU fiocies. 
Ce (iirAusoiie ;i tradiiil iiinsi : 

Ter bibc, tel loties ternum, xic mi/slica lex est, 
Yel tria potanli, tel ter tria muUiplicanti. 

— Il n'est l'irliossc que de scieiue et de santé. 

Xon est cicere, sed valere cita. 

(Martiai. VII, G.) 

Orandiim est ni sil mens sana in corpore sano. 

(.Ii;vK>-Ai., Satire X, UoG.) 

On attribué ce mot à Thaïes de Milet. 

— Louis XI voulait que, dans les prières qu'on adressait à Dieu 
pour lui, on ne demandât que la santé du corps, atin de ne pas 
demander trop à la fois. 

Sarabande, de la comédienne espagnole Zarabanda, qui, la 
première, exécuta en France cette danse d'un caractère grave, 
accompagnée de castagnettes, et qui avait une grande analogie 
avec le menuet. 

Sarcophage, du grec xarx, chair, pharjô, manger. 

Nom donné dans l'antiquité à des tombes faites d'une pierre 
douée de la propriété de cousiimer les cadavres en très peu de 
temps. 

— Autrefois sarcou et surqiieii, devenu cercueil. 

Kn un riclio sarquou font mise, 
Par dessus une i)ierre bise, 
Et sor lui des (loretes niistrenl 
Et ces dois vers sor lui escriprent : 
Ici Florence est enfoïo. 
Qui au chevalier fut amie. 

(l-'able de Florence et Blanrhefleiir.) 

Sardanapafe. Origine bistorique. 

Nom du dernier roi de Ninive, qui vécut dans la mollesse et la 



4l8 SAÎ 

voliipU'. Il iviiiiji viiitil ;iiis. Il passait son Uîiiips avec ses eiiiiiiqnes 
et ses concuhiiios, vétii lui-même en Icmmc. 

lîcliis et Arsace conspirèrcnl contre lui et assiéfièrent Ninive. 
Sardaiiapale, désespérant de son salut, mit le feu à son palais, et 
s'y brfda avec ses feinnies et ses trésors (vers 820 ;ivant Jésus- 
Christ). 

Strabon rapporte rpio son épitaplie était : « Passant, bois, mange, 
divertis-toi : tout le reste ne vaut pas une chiquenaude. « 

— C'est un Sardanapale : un homme adonné à la débauche. 

Voulez-vous bien passer vos jours 
A faire le Sardanapale? 

(ScAnitoN, Vlrijile travesti.) 

Sardonique (rire). 

— Une terrible piaule, originaire de Sardaigne, la Sai'donie, 
lUmuncuIus sce/era/us, dont les feuilles ressemblent à celles du 
persil sauvage, et contiennent un poison dont l'absorption provoque 
de violents éclats d'un rire convulsif, au milieu desquels on meurt, 
a donné son nom à une sorte de rire amer et méchant. 

Sarment, du latin sarmenfum, pour sarpmentiun, desaî^pere, 
tailler la vigne. (PlutiH que du verl)e sera, .satum, semer, qui n'ex- 
plique pas l'r.) 

Le bois que donne un cep de vigne. 

On en fait en Provence de petits fagots qu'on appelle gavcou. 

— On a équivoque sur sarment f^i serment, et Ral)elais fait dire 
à Panurge (Y, 28): « Par le serment de Itois qu'avez faict. » 

Sarrasin, nom qu'on donnait autrefois aux musulmans: de 
l'arabe scharhiin, peuple de l'Orient. 

— C'est aussi le nom du blé noir. 

Sasser, du vieux français séas, devenu .sr/,ç, dérivé du bas-latin 
sitaciuni pour sœtnceum, de soie. 
Passer au sas, au crible, au tamis. 
De là le verbe ressasser : répéter souvent. 

Satire, du latin sa tira. 

Dans l'origine, à Rome, sorte de pièce dramatique où il y avait 
un mélange de uiusique, de paroles et de danse. D'où satira, pour 
satura, farcissure, mélange. Le nom est resté au genre qui a pour 
but la censure, la critique des vices et de la sottise humaine. Telles 
sont les satires de Juvénal, d'Horace, de Boileau. 

La satire, vieille comme le monde, durera autant que lui. 



î^AU 419 

Klle est l'aiilillh'st' cl le coiTci-til' nécessaire de roiiliiiiisme 
aveugle et crédule. 

— Le hàloii est la palme de la satire. (Céruti.) 

Un écrit satirique est une letti'e de change de coups de liàton 
payable à vue. (lîodin.) 

Le poète Koy é[trouva souvent la vérité de cette maxime. Tu de 
ses amis ne voidiit pas sortir a\ec lui à minuit, parce cjue, disait-il, 
« c'était l'heure des coups de hàton ». 

Roy dit un jour à (pieUpfun qu'il travaillait à nn ballet. « Un 
balai ! .Monsieur, prenez i^arde au manche! » (Voy. vo's iambique.) 

Saturnales, du latin Sa/urnalia, l'êtes de Saturne; dérivé de 
Satiu^ne, du latin saturarit. Il se rassasia en dévorant ses enfants. 
Il donna là un lùen mauvais exemple à Ugolin ! 

Sa femme lui donna à dévorer une pierre emmaillotée, pour 
soustraire à sa voracité son tils Jupiter. 

— Les Saturnales se céléljraient, chez les Romains, les IG, 17 et 
18 décembre. Pendant ces l'êtes, en souvenir de l'Age d'or, où 
l'égalité régnait sur la terre, les rangs étaient confondus et les 
esclaves étaient servis par leurs maîtres. 

— Ce sont des Saturnales : des fêtes bruyantes et licencieuses. 
JVon semper erunf Salurnalia (Sénèque) : Ce n'est pas tous les 

jours fête. 

Satyre, du latin Satijnts ; origine mythologique. 

— L'homme des bois, appelé satyre, par sa conformation semble 
moins dilïérer de l'homme que du singe. (Buffon.) 

— Les Satyres, demi-dieux, selon la Fable, habitaient les bois et 
avaient des pieds de bouc. 

Saint Jérôme dit que saint Antoine vit un Satyre, et Plutarque 
conte qu'on en présenta un à Sylla, et qu'on ne put rien compren- 
dre à son langage. Il est probable que ces prétendus Satyres étaient 
des singes de grande taille. 

— Les Satyres, comme les singes, étaient très lascifs, et ce nom 
désigne un homme luxurieux. 

— Le Salyriasls est l'hystérie des hommes. 

Sauce, du latin saha, salée, assaisonnée. 

— Gàte-sauce : apprenti cuisinier. 

Après la signature de la paix (mars 18o6), M. Thiers dit de 
Napoléon III et de ses actes politiques : « J'aime mieux la cuisine 



420 SAV 

(|ii(' le ciiisiiiit'i'. » N;i|i(il(''(>ii iiiirail réi)()ndii : " Si iii;i ciiisiiie est 
lion ne. (•■('Si ([[{(' je ir;ii pas pris ce gûte-saiice. » 

— La sauce vaiil mieux (pic le poisson : l'accessoire vaut inieiix 
que le principal. 

Ce proverbe gaslrononiique est très vrai, car un liaiiile cuisinier 
ajoute beaucoup de valeur aux mets qu'il apprête. 

Au figuré, il signifie que, par certaines formules adroites de 
flatterie, on peut dire aux liommes des clioscs qui, sous une autre 
forme, leur sembleraient très désagréables. 

— On dit aussi : On ne sait à quelle sauce le manger, de quelque 
chose qui n'est l)on à rien. 

C'est une allusion à nue anecdote de la vie de Domitien, qui, 
un jour, convoqua le Sénat pour le consulter sur la sauce à laquelle 
il fallait accommoder un turbot d'une grosseur prodigieuse, dont 
on lui avait fait présent. 

Sauge, du latin sahna, de sairns, sain, à cause des vertus 
attribuées à cette plante. 

Saugrenu, do sel et grenu : sel en grains. 
S'est dit familièrement pour salé, piquant ; et plus tard a signifié 
le contraire, alisurde (comme gros sel). 

Saule pleureur. 

Mes cliers amis, quand je mourrai, 

I^iantez un saule au cimetière : 

J'aime son feuillage (^'ploré, 

La pâleur m'en est douce et chère. 

Et son ombre sera légère 

A la terre où je dormirai. 

(A. DK AfussET, Lucie, Élégie, i83.ï.) 

Saut-de-loup. Fossé qu'on pratique au bout d'une allée, à 
l'extrémité d'un parc, pour en défendre l'entrée sans masquer la 
vue. 

Sauter, du latin saltare ; fréq. de salive, saillir. 

Allons, saule, Manjuis. 

{Reg.n\i!D, Joueur. IV, 10.) 

Saute, crapaud, nous aurons de l'eau. 

Savant, du verbe saroi)\ latin sapere. 
Synonymes: dictionnaire vivant; puits de science. 



SAV 421 

— S;i\;iiit en ns. ?;iv;iiiI jnsqu'iiiiN. dciils. s;iv;in(;isse : pédant. 

Grands savaiilas, iiatidii iiicivik', 
Dont cali'iiiii est k- seul iisleiisik\ 

(.M'i'c Dtsiioui.iiaiKS.) 

De linis ees sa\;int;is i|ni ne sont bons àvkni. 

(Mui.ih.ui:, Fâcheux.) 

Savoie (lîisciiit de). 

(If L;;ile;iii. [)liis csliiné des uoiiniK^ls que des architerles, a été 
iii\(Mit('' |t;ir Jean de Uellr\il!e, euisinier d'Aniédée VI, comte de 
Savoie en VX'A). 

Savoir, du latin .sajicre, avoir dn uont. 

— l'ouf passer de la sensation piiysi(iue au sens moral qu(^ nous 
donnons au mot .^v/rry//'. nous n'avons qu'à prendre; l'elTet pour la 
eause. 

(tn trouve déjà dans IMante : 

lU'clc t'iji) rem inaon ■■<apio. 

[Pr.cudolus, I, ,'j ) 

— Le mot saculr a cela de particulier qu'il renferme en lui tout 
ce qui peut tenter riiomnie le plus ambitieux. En en retranchant 
successivement une lettre, on obtient: savoir, aiwir, voir. 

— Je ne sais pas, présente la variante je ne sache pas. 

On l'a souvent employée au siècle dernier, sans avoir essayé de 
la justilier, que je sache. 

— Ne savoir ni a ni ù. Les Latins disaient : Ne savoir ni lire ni 
nager, indiquant pai' là que l'homme doit exercer à la fois les 
qualités de son corps et celles de son esprit. 

D'un i.unorant on dit : « On ferait un beau livre de ce qu'il ne 
sait pas. » 

Lisfranc disait : « Je chan.uerais bien tout ce que je sais pour ce 
que je ne sais pas. » 

— Savoir par cœur (voy.), ...sur le bout du doigt (voy.). 
Savoir une chose comme son paler : la savoir très bien. 

Laissez dire les sots, le savoir a son priv. 

(La Fu.m-ai.m:, FaO/es VUI, 19.) 

Je ne sais bien (pi'une chose, c'est que je ne sais rien. 

IJoc utiuni sclo, qnod nil scia. (Pline, Histoire naturelle, II, J7.) 

Savon, du latin saponcin, d'où saponaire. 
Ce mot est d'origine gauloise, et Pline attribue l'invention du 
savon aux Gaulois, 



422 SCI-: 

— S.ivonnctlo ;"i vihiin : chnrtrc fiuDii nclictiiit pour s'iiiioblir. 
Mfiri.'iuc (l'im roturier nvoc iino lille nolile. 

A\;iiil J7S0, los rliaracs do sccrékiiro du roi, et .'iiilrcs, s"aclie- 
liiicnt cl coiiféi'iiiiMil l;i noltlcssc 

Savoyard, de Savoie. 

Nom pou li.ii'iiionieux, qui est presque devenu ?;itiri(|ue. rouinie 
un grand noinl)ro de mots terminés en ard. On l'a remplacé par 
Savoisien. M. de Saint-Genis, dans son Histoire de la Saroie 
(18G0), a propose Savoyen, plus conforme à l'étymologie, mais 
moins eupl ionique que Savoisien. 

— Synonymes : ramoneur, Jean de la Suie. 

— C'est un Savoyard, cpitliétc ironique donnée à celui qui 
manque trop de distinction dans les manières. 

Les Romains disaient : C'est un Allobroge ; on sait que les 
Allohroges étaient les habitants de la Savoie et du Dauphiné. 

Rufus, qui loties Ciceroncm Allobroga dixit. 

(Ji;vi:n.u,. Satire VU, 214.) 

Scandale, du grec skandalon, par le latin seandaltnn, piège, 
pierre d'acboppement. 
Forme populaire : esclandre. 

— C'est la pierre de scandale, c'est-à-dire la cause du scandale, 
la pierre oîi l'on se heurte, où l'on se choque. C'est donc ce qui 
heurte, choque, otïense la morale. 

Lorsque Jules César al)rogea la loi des Douze tal)les, qui permet- 
tait au créancier de couper un morceau du débiteur insolvable, 
il y suhstitua une autre loi, en vertu de laquelle le déhiteur faisait 
cession de tous ses biens en frappant trois fois à cul sur une pierre 
placée devant le Capitole, et en prononçant les mots : Cedo bonis. 
Cette pierre était appelée « la pierre du scandale ». (Voy. cul et 
2)ayer.) 

— L'enlèvement est le plus poétique des scandales. 

Scaramouche, origine httéraire. 

Personnage boulfon de l'ancienne comédie itahenne. Il est habillé 
de noir des pieds à la tète. Son rôle est celui d'un poUron fanfaron. 

Sceau, anciennement séel, du latin sigiUuni, diminutif de 
signa m. 

Grand cachet, où sont gravées en creux les armoiries d'un État, 
d'un prince, d'une communauté. 



SCI 423 

Le ^. (jui II';) ricii (l'rlynmlopitiiic. srrl ;'i disliiiuiier saV/c?" do 
son lioilioplioiic seller. 

Schail, mol |)ei's;iii. 

— Les ambassadeurs dr Ti|i|)o-S;rili ;i|i[i(ir!riTiii en France les 
premiers sctialls de Cachemire, qui furent accueillis comme la 
partie la pltis |irt'cieuse des présents de ce prince. 

Scie, Ncrlial de scier, latin soraro, couper. 

Le pi'oNciical scrirr sJLiiiilic à la t'ois scier cl enunyï^'. 

— (Ml ap[)elle scie une chose ennuyeuse répelée à satiété, une 
mystification (pii recommence avec une [)ériodicitc agaçanle. D'où : 
scici" le dos. 

On dit dans le même sens hiiincr. pour ennuyer, du bourdonne- 
ineiil insu[)[)orlal)le du laou. 

Scie, dans le langage familier, est donc synonyme de rabâchage, 
ritournelle, l'eugaine. (Voy.) 

Science, du latin scieniia. de scire, savoir. 

— La science enorgneiUit : Scientia inflat. (Saint Paul, I''' aux 
Corinihiens, 8.) 

— Avec les lettres et les arts, les sciences composent tout le 
domaine de l'esprit hnmain. 

Dans l'antiquité, la science, scientia, sophia, se confondait avec 
la sagesse, sapienfia, parce qne la seconde vient de la première. 

Il n'y a dans l'arbre de la science que deux branclies-mères, 
correspondant aux deux modes fondamentaux de l'esprit liumain. 
Il n'y a que la physique, qui constate les faits, et la métaphysique, 
qui les analyse et en recherche les rapports : c'est là toute la 
philosophie. 

— La science, c'est le pouvoir. (Bacon.) 

La science est une souveraineté dont l'empire n'a pas de bornes. 

Ut rosa dut flores, flos fructus, frnctns adores; 
Sic schola dut mores, mos ccn.ius, census honores. 

(E|iigrnniiiie du Livre des l'roverhex de A. Wai.trr. Ifil.iO.) 

Un fait nouveau acquis à la science, une découverte utile à 
riiumanité. donne à l'auteur, dans le sénat universel des intelli- 
gences, un rang méiité, dont ni l'intluence d'un ministre, ni le 
caprice populaire ne i)euveul le faire descendre, comme ils ne 
pourraient l'y élever. (Gui/.ot.) 

Les racines de la science sont amères.'mais les fruits en sont 
doux. (Aristote.) 



424 si;(: 

— H (l'oil avoir la science iiiliise : loiil savoir. 

(In (lil qu'Adam et Salonioii avaient toutes les sciences infuses, 
par un privilège sp«''cial de Dieu. 

— La science s'acquiert par la patience. 

La science est une serrure dont l'étude est la ciel. 

La science et le talent sont la noblesse des [)anvres. (L. l'ibacii. j 

Scot (Jean), cordelier écossais. 

— Ualielais (11, 7) dit : JUirhouUlaiiit'uiti Scoli, titre inia.L^naire 
d'un ouvrage de cet auteur, surnommé le Docteur subtil, à cause 
de robsciirité de ses ouvrages, qui foi'mentdix-se[tt volumes in-folio, 
et semltleul n'être qu'un barbouillage de papier. 

Scrupule, du latin scrupulus, petite pierre. 
Doute, délicatesse de conscience. 

— Les scrupules sont les gants de la conscience. 

— On appelait anciennement scrupule un poids valant vingt- 
quatre grains. 

Se, particule marquant séparation : séduire, sevrer. 

Seau, ancien séel, du latin sitellus, urne (de scrutin). 
11 a donné aussi la forme scilfe (baquet), dans Rabelais. 

Sec, du latin siccus. 

— Être à sec : être sans argent. 

Un dit dans le même sens : être bas percé, être à la côte. 
On dit, dans l'acception contraire : être à flot. 

Secret, du latin secretum, de secevno, mettre à l'écart. De là 
aussi sécrétion. 
Le contraire de arjréfjor. 

— La loi punit la révélation du secret professionnel, d'un empri- 
sonnement de un à six mois. {Code pénal, art. 378.) 

Cette loi impose le secret aux médecins, pliarmaciens et à toute 
autre personne dépositaire, par état ou profession, des secrets 
qu'on lui confie. La jurisprudence a étendu l'obligation de la discré- 
tion au confesseur, à l'avocat, à l'avoué, au notaire. 

— Notre secret est un esclave, qui devient notre maître en nous 
écbappant. (Louis XL) 

— Secret de deux, secret de Dieu; secret de trois, secret de 
tous. 

Ce que trois savent, tous le savent. 



SEL l2o 

C'est le secrcl il(' l;i comédie, ...le secret de Policliincllf : cesl 
chose connue df lonl le inonde. 

...ni in coniiriliis, 
(hiiniit Dinnrs ithi rciriscunt. 

^T^;ltK^CK, Hi'fjrf. V, 2.) 

Coninie dans les comédies, où lonl le monde est dans le secret. 

Uieii m- |)(''si' t;ml (nriin scci'cl. 
Le iKirtiT liiiii es! diflicilc aux daint's, 

l-;i ji' sais iiKMiU' sur ce lail 
liuii iioiultri,' (l'IiuiniiiL'S qui suiU [rniun'S. 

(La Fo^iTAiME, Fablcx.) 

— Xole secrcle. Socrclhsimo, (ibi sali. 

Seigneur, du latin seniorem: le nominatif senior a donné .s7/'e. 
De là : sienr, monsieur, messire. 

Ce mot rappelle riiomma.ue que, dans les temps anciens, on 
rendait à la vieillesse, et témoigne de la moralité de nos ancêtres. 

— A lont seigneur, tout honneur : il faut rendre à chacun les 
honneurs qui lui sont dus. 

— Droit du seigneur. Coutume bizai're et honteuse, qui accordait 
au seigneur d'un pays la première nuit des nouvelles mariées. 
Prif'lifjfido. Dejlorntio rirgini/alis. 

On prétend que ce droit fut établi par Éven. roi d'Ecosse; aholi 
par Malcom III et converti en une taxe, que les seigneurs préle- 
vaient sur leurs vassaux, à l'occasion du mariage. On l'appelait 
« droit de marquette ». C'était un demi-marc d'argent que les 
femmes payaient pour se racheter. (Voy. la Mésangcre, p. 228.) 

Il n'existe, en réalité, aucune preuve certaine que le droit du 
seigneur ait eu le caractère de brutalité sensuelle qu'on lui a 
attribué. Si, à l'époque féodale, où régnait la force, il y a eu des 
exemples d'aijus odieux, ils ne constituèrent jamais un droit. 

Sein, du latin sinus. 

L'entre-deux des mamelles; le pli du giron, où l'enfant se repose; 
et, par extension, mamelle. 

— Synonymes : les coussinets d'amour (Dictionnaire des /Pré- 
cieuses); appas; avant-scènes (allusion à la saillie des loges d'avant- 
scène) ; l)ossoirs d'avant (terme de marine) ; nénais : « Petite 
maman s'est fait faire des nénais avec du coton. » (Gavarni, les 
Enfants terribles.) 

Sel, du latin sal, salis. En provençal saù (féminin). 

— L'a du latin, devenu e en français, reparaît dans un grand 



426 SEL 

noiiibro de dérivés : sîilé. siiliidc, salière, saline, saiirp, saumure, 
saunier, sanpondi-er. 

— Le sel marin a été connu de toul trm[is. Les Grecs ima,Ln- 
nérent les pr(^miers de saler les viandes et le poisson, pour hîs 
empêcher de se corroniprc 

— Le sel n'est pas un .iliiiicnl. m;iis il relève le ,uoiit des subs- 
tances alimenlaires. Il pi-éserve les corps de la fermentalion, et 
communique une éternelle jeunesse aux eaux de la mer et de 
certains lacs, qui, sans lui, seraient des foyers de corruption. 

— Jésus-Christ dit à si^s apôtres qu' « ils étaient le sel de la 
terre», voulant dire qu'ils devaient préserver les hommes de la 
corruption. 

— Le sel, que l'on appelle le sucre des pauvres, a reçu d'Homère 
l'épithéte de divin, et a été pris pour symbole de la sagesse. 

— Sel attique (voy.) : raillerie tine des Athéniens, atlicisme. 
D'où : Il n'y a aucun sel dans ce qu'il dit ; c'est fade, insipide. 
Salem habere (Térence) : avoir de l'esprit. 

ScdsHs homo (Gicérou) : homme spirituel. 

Il est de sel allùiue assaisonné partout, 

Et vous le trouverez, je crois, d'assez Lon goût. 

(Molière.) 

— Le sel de .luvénal est très piquant : celui de Plante, grossier ; 
celui de Térence, très lin. 

— Il faut du gros sel pour saler les grosses bétes : de l'esprit 
grossier pour amuser la populace. 

— Le mot sai/fjrenu, signifie aujourd'hui absurde. (Voy.) 

— Cl. de Pixérécourt, auteur de plusieurs mélodrames joués au 
l)Oulevard du Temple, disait : « J'écris pour des gens qui ne savent 
pas lire. » 

— Pour se dire l'ami de quelqu'un, il faut avoir mangé un minot 
de sel avec lui. (^Gicéron, De r Amitié.) 

— Amicitia, pactum salis. L'Écriture emploie cette expression 
pour signiller une alliance inaltérable. 

— Les Francs admettaient le sel dans leurs pactes, et l'on croit 
que le nom de loi salique provient de cet usage. 

— Renverser une salière. 

...Si je renverse une sahère. dit un rédacteur de \ Illustration, 
je prends sur la lame de mon couteau quelques grains du sel 
répandu, et je les lance par-dessus l'épaule gauche, en prononçant 
la formule romaine sinistinun. — Pourquoi ? Je n'eu sais trop rien. 



si:r. 427 

(Jiioi (in'il fil ?()il (le ci'lto siiporstitioii. It* sel ;i IiMijoiirs (-Ir consi- 
dère coiiimo une ?ii])St.;inre sacrée et a toujours joué un liraud rôle 
dans les relations humaines depuis l'origine du monde. 

— On voit dans la Bihle que le pain et le sel sont les symboles de 
riiospilalilé. (juaud on rasait une maison, on y st;iuait du sel. La 
l'cmme de I.olli fut changée en statue de sel. Les prêtres païens 
uu'Itaient du sel dans l'eau lustrale. Dans le liapiciiie chrétien, ou 
met une pincée de sel sur la langue de l'enfant. Eulin les gardes- 
champétres en mettent dans leur fusil pour remplacer les chevro- 
tines (?). 

Selle, du lalJM sella, siège, qui est aussi provençal. 

Ce mot, qui sa[iplique spécialement à une pièce du harnais du 
cheval, a eu la signification générale de siège. 

Il se dit aussi d'un siège de tout autre genre que la selle du 
cavalier. Par extension, il s'emploie, en médecine, pour les déjec- 
tions alvines : du latin celare, cacher (?). Quod e.a celantur quœ 
rc'l/fiius esse occulta... 

Ce mot devrait, par conséquent, s'écrire par un c au lieu d'un .v, 
qui a prévalu; il se trouve, en quelque sorte, placé ainsi entre deux 
selles (?). 

— Synonymes de « aller à la selle » : faire ses besoins; faire 
ses nécessités; faire, absolument, parce qu'il se dit de la fonction 
la plus iuqiortante du corps humain ; faire le gros : faire caca, du 
latin cdcnre, provençal cacar : avoir la courante, la va-vite. 

Touser (en argot). Au commandement des argousins, pendant 
le voyage de la chaîne, tous les forçats descendaient pour lonser, 
ou faire de la corde. 

Aller où le roi va à pied. « C'est, à mots couverts, le lieu on l'on 
va se décharger du tro[) plein de la mangeaille. » (Scarron.) 

— Raltelais appelait selle percée, ce que nous a[)pelons chaise 
percée : « Le fond de voz chausses feroit office de bassin fécal et de 
selle percée. » 

— Etre entre deux selles le cul par terre. (Rabelais, liv. I, 2.) 
Avoir deux projets et n'en réussir aucun. Se dit des personnes 

qui, voulant occuper plusieurs positions à la fois, finissent par n'en 

pouvoir conserver aucune. 
Entre deux selles chet dos à terre. (Proverbe ancien.) 
...La Bourse a baissé aujourd'hui : on redoute l'irritation de 

la Chambre et l'inditierence du Sénat. Le maréchal est entre deux 

selles. (Débats.) 



428 si«:m 

— Le liilioiirot, sirnc sans l)ras ni dossier, «''tait accordé, au 
Louvre, aux pi-incesses et aux duchesses seulement, et leur donnait 
le droit de s'asseoir au cercle de la reine. 

Scarroii dit à ce sujet : 

Votre ciil, (|iii (Idil cliv lin (les l)i';iii\ ciils (If Kraiii-r, 

lloiiiiiic un ciil (l'iiiipiii'hinci', 
A reçu, cIil'Z la n'ino, enfin le lahunrrl. 

...La pauvre comtesse du Plessis est fort lâchée que son mari ne 
lait pas laissée duchesse. II est bien dur pour elle de voir sa belle- 
m(''r(^ et sa lielle-lille avoir un tabouret, et demeurer ainsi ce (ju'on 
appelle entre deux selles le cul à terre. (Hussy, Leflres.) 

Selon, sorte de fusion du latin seci/ii(/unt et de loïKjiun. 

— Évangile selon saint .lean. Agir selon son inspiration, c'est-à- 
dire en suivant son inspiration : scfundiim vient de sequi. 

Semaine, du latin sepfi/nana, provençal setmana. 

Espace de sept jours. Les quatre quartiers de la lune, qui sont 
d'environ sept jours chacun, ont sans doute donné lieu à ce mode 
de partage du temps. 

— Les Assyriens, les Egyptiens et presque tous les peuples de 
l'Orient, ont connu la semaine. Dieu avait lui-même, en souvenir 
de la création, ordonné aux Juifs de travailler six jours, et de se 
reposer le septième. 

Les Romains ni les Grecs ne connaissaient la semaine. 

Semer, du latin sefuinarc, provençal scinenar : d'où aussi 
séminaire. 

— Semer la zizanie : la discorde. 

Semez de la graine de niais, il poussera des actionnaires. {Les 
1 01 Robert-Maca ire.) 
Semez des Gascons, ça pousse partout. (Henri lY.) 

— Il ne faut pas laisser de semer par crainte des pigeons : dans 
les affaires, il ne faut pas se laisser rebuter par les difiicultés. 

— Quand vous n'avez rien à faire, plantez un arbre; il poussera 
pendant que vous dormirez. 

Qui sème bon grain, recueille bon pain. 

Qui sème la vertu, récoltera l'honneur. 

Qui sème le vent, récolte la tempête. 

Qui sème l'injustice, récoltera la haine et la vengeance. (Franklin.) 

Qui sème des chardons, recueille des épines, 



Sempiternel, mol |ioii iisitr : du l;itin semjiilornua. 

— Vicillt' S(Mii|)iît'nit'll('. l'A|ii-('ssioii contciKiiit iiiio idée comi(iiie. 
Il est siipcrllii (le (lire (juc ce (jiii csl ('icrnc! dure toujours. Mais 
lilio vieille n'esl jias pour cel;! iiiiMiie (''lenielle. 

Sens, du Inliu se>isi/s. l'acuité de recevoir l'iiiipi-ession des 
olijets. D'où : sensé, insensé, forcené, etc. 

— Les cinq sens. 

— Le bon sens : raison. Prendre dans le bon sens : du bon côté. 

— Il ne faut rien accoider aux sens, quand on veut leur refuser 
quelque chose. 

— De tous les sens donnés à riioniine, le plus rare est le sens 
commun. (Calembour.) 

— Sens dessus dessous : sens devant derrière. Ces expressions 
sont pour : ce dessus dessous, ce devant derrière, qui se disaient 
autrefois. On a dit ensuite : c'en dessus dessous. 

Si fut l;i chose liislournée 
Et all;i Cl' (Icvaiil dorrière. 

Sensible, dérivé du précédent. 

— Sensible comme une tourierelle, ...comme un caillou. 

Il y a des gens si sensibles qu'ils vous aflligent de vos douleurs. 
(Voy. fcnune sensible.) 

Sensitive. 

La sensitive est douée d'une grande irritabilité, qui lui a fait 
donner par les botanistes le seul nom gracieux qu'ils aient 
inventé : nii/nosa pudica. Cette propriété, qui augmente sous 
l'action de la chaleur et de la lumière, a beaucoup d'analogie avec 
la sensibilité physique des animaux. Un dernier trait de ressem- 
blance, c'est qu'elle est paralysée par l'étber. (.I.-.I. Ampère.) 

Sensualisme, doctrine qui prétend que toutes nos idées vien- 
nent des sens, et ([ui se résume dans la maxime : Niliil est in 
intellectu, quod non prius fiierit in sensu. 11 n'y a rien dans 
l'esprit (pii n'ait été d'abord dans les sens. 

Sentiment, dérivé de sentir, latin sent ire. 

— Il est plus diflicile de dissimuler les sentiments que l'on a, que 
de feindre ceux que l'on n'a pas. 

Si l'on peut se tromper dans le domaine des sensations, que 
sera-ce donc dans le domaine des sentiments? 



430 SKQ 

Sépia, nom il.'ilicii (t'I hiliii) de l;i selrhc. 

On ;i|)|)('llt! .'iiissi I;i sciclic unevicr, on calciniir: on Jippohiit 
iinlicJ'ois lin encrier (j(iliinar( on calaindr. d(; (([((nnarins. tii'é 
(In liilin ra/a//ins, roseau à écrire. 

— Ce poisson a reçu le nom de calernar, parce qu'il épanche à 
volonté une liqncnr noinltrc, avec laquelle il Iroiihle Tean. ]ionr 
éclia[)per' aux i)oiirsni(cs de ses ennemis. 

Les Italiens l'ont sécher celte liqueur hourheuse, qu'ils vendent 
pour la peinture à l'aquarelle, sous le nom de sépia dl Jtoma. 

— La seiche, qui semhle nager dans l'encre, est excellente 
accommodée à la sauce hlanche. 

Sept, dn latin sepfe/u, en grec hepta. 

Ce nombre, comme le nombre trois, a toujours été vénéré. 

Les anciens comptaient sept ciels, correspondant aux sept planètes. 

Le nombre sept était consacré chez les Juifs, et un grand nombre 
de choses étaient chez eux ordonnées par sept : le chandeher à 
sept branches ; les sept lampes ; le sabbat était tîxé au septième jour. 

Dans la religion clirétienne, on a, comme chez les Juifs, la 
semaine, avec le repos le septième jour. 

Jésus-Christ a dit à saint Pierre : « Tu pardonneras jusqu'à 
septante fois sept fois. » 

Le juste pèche sept fois par jour. 

Il y a les sept vertus, trois théologales et quatre cardinales. 

On compte sept heures canoniales. 

On fête les sept douleui's de Notre-Dame. 

Citons en outre les sept sacrements, les sept péchés capitaux, 
les sept psaumes de la pénitence, les sept œuvres de la miséricorde. 

L'antiquité avait les sept sages de la Grèce, les sept merveilles 
du monde, et Rome était la ville aux sept colhnes. 

Dans la nature, on trouve les sept couleurs primitives, les sept 
tons de la musique, les sept planètes, et, d'après Aristote, les sept 
métaux ; les sept étoiles des Pléiades. (Voy. ce mot.) 

Enfin le nombre sept se trouve trois cent cpiarante-sept fois dans 
la Bible. 

Sépulture, du latin sepullura, desepe/ii'e, ensevehr. 
Le verbe provençal espeli>\ naître, éclore, est l'opposé de ense- 
velir {^). 

Séquelle, du latin seqiiela, suite. 
Se prend en mauvaise part. 



SEU 431 

Sérail, du persan sera)', palais, par l'italien. 
(l'est If palais du sultan l'i (lonslantinoiiic. 

— On confond ce mol avec luirciii. lieu où sont cnfcrniécs les 
IVnunes, et dont rai)[iroclie est interdite à tous les hommes. 

Kn aral)e, liaron siiinilie défendu, sacré. C'est le (jijnécée des 
Grecs. 

Serf, du latin servus, esclave. 

Celui ipii a été sauvé, conservé à la .uuerre, au lieu d'être tué (?). 

De là : servile, servage, sergent, servialde. 

Sergent, tin Liliii serricns, serrientem, servant. 

Je vous (lomando ca (Icmandant, 
Coiniiie le roy à son sergent. 

(HAnKi.Ais, IV, 27.) 

— Philippe-Auguste chassa de France tous les Juifs, parce (pi'ils 
avaient des sergents et des chanihrières. 

On appelle encore sercanfes, les domestiques femmes. 

— Le sergent militaii'o es! le cc/tfuriœ ins/rucior des, Latins; 
le sergent de ville ou de police. \'aj)pari/or; le sergent de menui- 
serie, Iku'jxkjo rirlorttts. ipii serre, (pii lie. 

Sérieux, du latin scriosus, dérivé de sérias. 

— Le sérieux est un mystère du corps et de la parole, inventé 
par les sots, pour cacher leur nullité d'esprit. 

Vn homme sérieux ne saurait plaire aux femmes, parce qu'il n'a 
à perdre aucune des trois choses que les femmes dissipent d'ordi- 
naire : l'argent, la parole et le temps. 

Seringue, du latin sijrinf/n. dérivé de si/rinx, roseau. 
Synonyme : escopette d'Ilip[)Ocrate. (Rahelais.) 

— Chanter comme une seringue ; parce qu'en grec syrlnx 
signifie flûte. 

Serment, d'abord sat/rcu/ie/it. puis sobrement : du latin snrra- 
mentutn, qui a tait aussi sacremcnf. 

Sa prononciation s'est confondue [)arfois avec celle de sarment, 
ce qui a donné lieu à des jeux d(; mots. 

— Puisqu'ils gaignent tant aux grappes, le serment leur peut 
beaucoup valoir. (Uahelais, V, IG.) 

— L'année du mariage de Charles YIII, avec Anne de Bretagne, 
les vins furent verts, à cause des grandes pluies. On servit de ces 
vins à la table de Marguerite d'Autriche, que ce prince avait 



432 SKÏI 

|-('ii\()u';e, iiniljiré son scriiiriil de r(''|ioii?f'i'. I']lle dil aloi'S que 
« la verdeur de ces vins inovciiail de ce que celle année les 
serments n'avaient rien \alii ». 

Depuis lors, heaucoup de gens se sont fait aussi un jeu des 
serments. 

Serpent, du latin sei-pcns, de serpere, ramper. 

— C'est un sei'pent que j'ai récliaulTé dans mon sein : un ingrat. 
L'ingratitude n'est pas le seul atlrihut du serpent : il est l'em- 

hlème du démon, de la santé, de la longévité, de la prudence, 
comme de l'ingratitude. 

— En 1870, la Répul)lique proclamée le 4 septembre, eut à lutter 
contre les ennemis du deliors et ceux du dedans : les démagogues 
et les Prussiens. C'était trop de serpents dans le berceau d'Hercule. 

Serrer, du has-latin serra, verrou, d'où serare, fermer. 
De là aussi : serrure, serre, enserrer. 

— Serrer quelqu'un de près : le poursuivre vivement. 

S'il vous serrait le bras, il vous ferait sortir du sang dos ongles. 
(W. Scott.) 

— Serrés comme harengs en caque. 

Il y a de la place pour deux, en se serrant... beaucoup. 

Servilité, disposition à la servitude. 

— La servitude abaisse les hommes jusqu'à s'en faire aimer. 
(Vauvenargues.) 

Servir, du latin servlre, être esclave. 

— Nul ne peut servir deux maîtres. (Saint Mathieu, YI, 24.) 

— Ne servir de rien : n'être utile, l)on à rien. 

Ilien ne sert de courir, il l'aul partit' à point. 

(La Fontaine.) 

Ne servir à rien, se dit quand un objet n'est pas employé à un 
moment et peut servir dans un autre : « Ce livre ne vous sert à 
rien, prètez-le moi. » 

Seul, du latin solus : provençal sol. 

— Seul sous sa tente, dans le grand désert... de la vie. 

Seul comme Robinson... Robinson, dans son ile, par les ressources 
de son génie inventif, exécute un grand solo au milieu de l'har- 
monie universelle. 

Vœ snli! fGenèse, II, 8; Ecclésiaste, IV, 10.) Il n'est pas bon 
que riiomme soit seul, donnons-lui une compagne à son image. 



Sm 433 

— La solitiido donne lonjoni's de pcrnirieux conseils. 
SoliiH(h) otiudd innld jicrsiiailct . (Sénèqiie.. Lettre 25.) 
L'Iiouiine solit;iire est un dieu on une hête. (Aristote, PolUiqno, L) 
Il est [lins siipitorliililt' d'rire toujours seul, qne de n'tMre jamais 

seul. i^.MontaiLiiie.') 

Sevrer, du latin xopavnro. d'où aussi xôparer. 
U est restreint aujonrdlMii à l'action de séparer l'enfant du sein, 
de cesser rallaiteincMl. 

Si, conjonction et adverbe : du latin si et sic. 

— La vie liuuiaine est une phrase remplie de si et de mais. 
Si le ciel lonihail, il v aurait bien des alouettes prises. 

Si ii'iHaii'ut les si ot los mais. 
Serions tous ricties à jamais. 

Les deux conjonctions si et mais, si fréquentes dans la conver- 
sation, sont comme la formule générale qui contient un vœu de 
l'homme et le refirs de la nature. 

— Qui m'ayme, sy me suyve. (Rabelais, I, 33.) 

Si, dans cette phrase, ne signifie pas il ou qiiil: mais ainsi, 
et vient du latin sic. C'est le sens qu'il a dans l'ancien axiome du 
pouvoir absolu, qu'un ministre a osé invoquer à la tribune, sous la 
Restauration : « Si veut le Roi, si veut la Loi » ; tandis que la 
Charte avait consacré le principe : « Si veut la Loi, si veut le Roi. » 

Sibylle, du grec par le latin Sibylla. 

Ce nom s'appliquait à des femmes auxquelles les anciens attri- 
buaient le don de prévoir l'avenir. 

Les principales sibylles étaient celle de Delphes, fille de Tirésias, 
et celle de Cumes, qui présenta à Tarquin les livres sibyllins. On 
les représente sous les traits de vieilles femmes. 

Dés les premiers temps du christianisme, et jusqu'au wi" siècle, 
on admettait l'opinion que l'antiquité païenne avait pressenti et 
prédit le Rédempteur du monde. De là, les siitylles citées à côté des 
prophètes, par les écrivains ecclésiastiques. 

C'est pour cela que Michel-Ange a peint alternativement un 
prophète et une sibylle au plafond de la chapelle Sixtine. 

— La îjro.^c qui se chante aux messes des morts, commence 
ainsi : 

Dies irœ, (lies illa 
Solcet scf'clum in favilln. 
Teste David cum Sibi/lla. 



434 SIË 

— J.cs livres sibyllins contenaient les prédictions des sibylles, 
et les Romains n'enln^prcMiaient rien sans les consnlter. On prétend 
que les prédictions des sibylles concernant la venue du Messie 
étaient plus claires (jue celles des propliètes. 

Sic, mot latin sinnidant ainsi. 

On s'en sert en tVancais, entre parenthèses, pour indiquer qu'on 
cile textuell(;meut, sans suppression, ou sans correction. 

— Sic vos non cohis. (Voy. htinéfice.) 

Les Chinois dressent pour la pêche des cormorans à qui ils 
apprennent le sic cos non robis, en leur passant au cou un anneau 
qui arrête le poisson, et permet au pécheur de s'en emparer. 

— Avec les ciels d'un palais, l'architecte en remet au riche tous 
les agréments et toutes les jouissances, sans y prendre aucune 
part. (Gœthe.) 

Siècle, du latin secuhtni. 
Espace de cent années. 

— Le siècle actuel a commencé le h'' janvier 1801 et finira le 
31 décembre 1900. 

— Les quatre grauds siècles (ou époques), sont ceux de Périclès, 
d'Auguste, de Léon X et de Louis XIV. 

Siège, substantif verbal de siéger, qui suppose sediare, dérivé 

de sedere. 

l'rends ua siège, Ciniia... 

(ConNEii.LE, Cinna. V, 1.) 

• — Sièges durs : rembourrés de noyaux de pêches. 
...Le directeur du théâtre de la Gaîté a vendu les vieilles ban- 
quettes du parterre à un distillateur, pour faire de l'eau de noyaux. 

— Mon siège est fait. Cette locution vient de la réponse de l'abbé 
Yertot, qui venait d'écrire l'histoire du siège de Malte, sans se 
préoccuper des détails historiques qu"il avait fait demander au 
Grand-Maître de l'Ordre. Les tardifs renseignements arrivèrent 
enfin: mais il ne changea rien à son récit, et dit : « J'en suis fâché, 
mon siège est fait. » 

Sieste, du latin sexta (la sixième heure du jour, midi) ; plutôt 
que du latin sisfere. 

Les Arabes expriment la même chose par h-cf, dont sieste n'est 

qu'un faible équi\ aient. 

C'est là que le prélat, muni d'iiii déjeuner, 
Diirnianl d'un léger somme, attendait le dîner. 

(BoiLEALT, Lutrin.) 



SIG 4âS 

Siffler, provençal siblar, du latin sihilare. 

Dans le patois liorrichon, on dit suhiar, (jui est l'ancienne forme 
française (^) et se trouve dans Hahelais. 

Ce l)iaii marie (pii siihlail si tiiiciiiciil liant. (Cyrano de Bergerac, 
h' Pédant Joué.) 

— Siffler comnu' un merle. 

— Se faire siffler : se faire moquer de soi. Le public siffle un 
mauvais acteur, pour lui témoigner son mécontentement. 

CCst un droit quà fa porto on acliète en entrant. 

(Boir.KAij.) 

Ptijuilus me silnhit. 

(HoriACK.) 

(Le peuple me siffle.) 

Sibilis e scemt explodl ((^.icéron) : être chassé de la scène par 
les sifflets. 

— Dans la tragédie de CléoixUre, de Maruiontel, l'aspic dont se 
sert Cléopàtre pour se donner la mort, était un automate de 
Vaucanson, qui faisait entendre un sifflement. La pièce n'eut pas 
de succès, et un critique, à qui l'on demandait ce qu'il en pensait, 
répondit : « Je suis de l'avis de l'aspic. » 

Sifflet, dérivé du précédent. 

— Couper le sifflet à quelqu'un : lui couper la parole. 

Si vous voulez que je dise des merveilles, que Monsieur ne vienne 
pas me couper le sifflet. (Don (Juichottc.J 

Sigle, du latin sùjil/uin, dérivé de sujnuni. 
Lettre initiale, exprimant à elle seule un mot très usité dans les 
inscriptions anciennes. 

Telles sont les lettres S.P.Q.R : Senatns populus(iue romanus. 

Signe, du latin s/f/niun, d'où aussi seing. 
D'oi'[ : tocsin, signer, désigner... 

Signer, du latin sùjnare, marquer. 

— Cicéron appelle auruni sUjnatinn la monnaie d'or. 

— Aux époques d'ignorance, ceux qui ne savaient pas signer 
faisaient une croix, ou signe de la croix, au bas des actes, comme 
s'ils avaient juré sur la croix d'en observer le contenu. 

Soliman signa d'une croiv la capitulation de l'île de Rhodes. 

— Signe de la croix se dit depuis que Constantin, ayant vu dans 
le ciel une croix lumineuse avec la légende : In hoc sif/no vinces, 
fit placer une croix sur les étendards des légions. 



43G S(f. 

Sailli l'4)i[)liano dit qiio lo sif-nc de la croix rendait les cliarmes 
impuissants, et chassait les démons. 

Si!ence, du hilin sili-nliinn : provençal silcnri. 

— Ilar[)ocrate, dieu du silence, est représenté sans bouche, on 
avec un doi.gt sur les lèvres. 

Je mis un doigt sur les lèvres, pour lui dire, sans parler, de se 
taire. (Lamartine, Fior d'Alisa.) 

— Silence ! interjection, pour : faites silence, eu latin fii/efe, que 
Térence exprime par si. 

— Synonymes : chut! uiotus ! paix ! 

— Taisez-vous, ou dites quelque chose qui vaille mieux que le 
silence. (Pythagore.) 

— Il a la passion du silence. 
La conspiration du silence. 

La parole est d'argent, et le silence est d'or. 

Oy, voy et te tay. 

Si tu veux A ivre en paix. 

(xmmc SlfXLE.) 

Le silence est l'esprit des sots. 

Un sot qui ne dit rien ne se distingue pas 
D'un savant (jui se tait... 

(MouÈRE, Dépit, ik 7.) 

— Un Grec a ajouté une dixième muse aux neuf autres ; il l'a 
appelée la Muse muette. « J'aime cette muse muette, disait Balzac, 
je la trouve plus sage que les autres. » 

— La règle de certains ordres religieux, Chartreux, Trappistes, 
prescrit le silence. 

Les disciples de Pythagore observaient aussi le silence pendant 
cinq ans. 

— D'un endroit silencieux, on dit qu'on y entendrait voler une 
mouche. Gham dit: marcher un fromage. 

Silhouette, étymologie historique. 

Dessin représentant le profd d'un visage ou d'un objet. 

C'est la reproduction de rom])re projetée, sur une surface verti- 
cale; le dessin a été connu de tout temps, mais le nom est moderne. 
11 vient d'Etienne Silhouette, contrôleur des finances, sous Louis XV, 
qui contribua à mettre ce genre à la mode. Les réformes financières 
de ce ministre ayant paru mesquines et insignifiantes, la caricature 
s'en empara, et l'on donna le nom de silhouettes à ces dessins 
imparfaits qui se bornent à un simple trait. 



SIX 437 

Voici (0 ({n'en dit Mercier {Tableau de Paris] : 

« La l'élébrilé d'un conlrùleiir général des linances, iiionlé à 
cette place avec la plus liaiile réputation, tomba précipitamment. 
Il lit plusieurs écoles, quoi(pie doué d'esprit et de connaissances. 
Dès lors tout parut à la silhouette, et son nom ne tarda pas à 
devenir ridicule. Les modes prirent à dessein une empreinte de 
sécheresse et de mesquinerie ; les surtouts n"avai(;nt point de plis, 
les culottes point de poches; les tabatières étaient de bois brut; 
les portraits lurent des visages tirés de prolll sur du papier noir, 
d'après l'ombre de la chandelle sur une feuille de papier blanc. 
Ainsi se vengea la nation. » 

— L'histoire des règnes de Louis XIY et de Louis XY serait tout 
entière dans l'histoire des contrôleurs généraux. Fouquet, Colbert, 
Desmaretz, Law, Orry, Silhouette, Berlin, Lavardi, l'abbé Terray, 
sans parler des autres, fourniraient des observations curieuses. 

Simagrée, étymologie très controversée. Les uns donnent 
similis, singe : d'autres le font venir de si m" agrée ou s il m'agrée, 

— Manières alVectées et prétentieuses. 

Se faire prier et n'acquiescer que difticilemcnt à un désir. 
Faire des singeries : prendre des airs atïectés. 

Simonie, origine historique. 

— La simonie est le trafic des choses saintes. 

Ce mot vient de Simon le Magicien qui, ayant reçu le baptême, 
à Samarie, et voyant que le Saint-Esprit était donné par l'imposition 
des mains, otïrit de l'argent aux apôtres, en disant : « Donnez-moi 
aussi ce pouvoir, que ceux à qui j'aurai imposé les mains reçoivent 
le Saint-Esprit. « Saint Pierre lui répondit : « Que ton argent 
périsse avec toi, puisque tu crois que le don de Dieu se peut acqué- 
rir pour de l'argent. » [Actes des Apôtres, YIII, 18.) 

Simoniaix, encanlors, luxurios et renoviera. 

(Mahcaukus.) 

(Simoniaques, enchanteurs, débauchés et usuriers.) 

Simple, du latin simplex, sans pli, ouvert. 
Xom donné à toutes les plantes dont la médecine fait usage. Est 
pour médicament simple. {\o\. végétaux.) 

Sincère, du latin sincerus (sine cera ?J. 

— Aujourd'hui la falsilicalion ne se borne pas à aUérer le miel; 
et la cire elle-même, par une singuUèrc antiphrase, devrait s'appe- 



438 su; 

1er .s7'//r/'/r, c;ir elle ne coiiliciU plus de cire, depuis l'inveiilioii de 
la stéarine. 

Singe, dti l.iliii shniits, [trovençal simi. 

— On dit: adroit, malin, laid comme un singe. 

— Les grands singes sont appelés par la science (/)if/iroj)o- 
morplies. 

— Payer en monnaie de singe : en grimaces, en gambades. 

On lit dans Sainte-Foix, que le joculateur qui se présentait au 
pont du Cliàtelet avec un singe, et le faisait jouer et danser, était 
quitte du péage, tant du dit singe que de ce qui était à son usage. 
[Meraire, février 173G.) 

L'Opéra donne tous les ans quelques représentations extraordi- 
naires pour la capitation des acteurs. Ainsi, ils paient en monnaie 
de singe, en sauts et gambades; le surplus leur tient lieu de 
gratification. (Mercier, Tableau de Paris.) 

Sire, que quelques-uns ont voulu tirer de kijrios, en grec 
seigneur, vient du latin senior, dont l'accusatif seniorem a donné 
seigneur. 

Titre d'bonneur donné aux souverains. N"a pas de féminin. 

Il a été synonyme de seigneur : les sires de Joinville, de Couci. 

En Angleterre, sir a la même signification que sieur et monsieur 
en français. 

Sirène, provençal serenu, latin sirena: dupbénicien sir, chant. 

Nymphes célèbres par la douceur magique de leur voix. Gérés 
les changea en monstres moitié femmes, moitié oiseaux. C'est ainsi 
qu'on les trouve représentées dans les anciens monuments. 

A une époque plus rapprochée, quelques auteurs ont prétendu 
que les sirènes avaient la forme de poissons, de la ceinture à l'extré- 
mité inférieure, et que c'était d'une sirène qu'Horace entendait 
parler, quand il suppose une belle femme dont le corps se termine 
en poisson (Début de l'Art poétique) : 

Desinil in pisccm iniilicr formosa .siqjerne. 

Mais il n'y a aucun auteur de l'antiquité qui nous les ait présentées 
comme des femmes-poissons. 

On a supposé que les anciens avaient découvert, dans les parages 
de la Sicile, des filles bizarres et contre nature, sortes de monstres 
marins. Elles étaient au nombre de trois : Leucosie, Sigée et Par- 
thénope. On les disait lilles du fleuve Achéloiis : elles se nourris- 



SIS i30 

sniont do clinir lininaiiio, ol abusaient du pouvoir lascinalonr de la 
luusiqiie pour ap[irûvisioniier leur tiarde-nianiier. 

Ou croit qu'elles étaieut un symbole de la triple volupté des 
sens: le vin. la niusi(|ue et l'amour, qui sont si puissants pour 
séduire les hommes. De là les exhortations à éviter le eliant des 
sirènes. 

Il y a ipiclqiie chose de répuiiiiant dans ce mythe anti(jue. Des 
femmes-poissons, vilaines bêtes ! ne pouvaient plaire qu'à moitié, 
et leur Lialbe monslrueiix réveiller les appétits les plus disparates : 
ceux de l'amour (-t de la bouillabaisse. 

— S/rè/w s'est écrit aiil relois sera /ne et sereine. 

il y avait à Bourges une rue Seraine. ainsi nommée d'une 

auberge de la Si/nrine. Le Conseil municipal, dans sa délibération 

du 23 décembre 1846, a jugé à propos défaire disparaître ce vestige 

du vieux langage, en lui substituant la forme plus moderne de 

sijx'ne. 

La royne blanclic comme un lys. 
Qui chanto\t à voix de soroino. 

(VlM.ON.) 

Sa voix |iassail le ciianl de la sereine. 

(Marot. Ualtadcx.) 

...Sevenas... ha cors de femna, et cna de pef/sso, et ongfas 
d'airjla. (Vices et Vertus, f" 23.) La sirène a corps de femme, 
queue de poisson et serres d'aigle. 

Sisara (^le clou de). 

Sisara, lieutenant de l'armée de Jabès, roi de Chanaan, voyant 
ses troupes vaincues par Déborah et Barach, se réfugia dans la 
lente de Jahel, femme d'Héber le Cinéen. Elle parut le recevoir 
volontiers, mais elle lui enfonça un clou dans la tète, pendant qu'il 
dormait. {Juges, ch. 4 et 5.) 

Cette histoire de .label perçant le crâne à Sisara, doit être 

apocryplie. 

Ce elou pointu, funeste a Sisara. 

(VoMMIiK. P,l,-olln. II.) 

Sisyphe, personnage mythologique. 

Bâtit Corintlie, dont il fut le premier roi. Ses brigandages et ses 
cruautés le tirent condamner, dans les enfers, à rouler perpétuelle- 
ment une grosse roche ausommet d'une montagne, d'où elle retom- 
bait aussitôt par son propre poids : et â la remonter de nouveau, 
par un travail sans relâche. 

D'où la locution : le rocher de Sisyphe. 



440 SOI 

— {> rocliei-, pour les sociétés asservies, c'est l;i liborlé. (Glais- 
Hi/.oin, 18(58.) 

Sobriquet, ('lymologie fort inccrtaiiit'. On \':\ l;iil venir de 
res|i;iKnol .so/»Y/, sur, c'est-;i-dire .v/^r/îo/// ; on du lutin si/hridicu- 
luni (sous-entendn nomen), nom ridiculisé. 

Kpitlièto satirique ou ])urlesque, ajontée an nom. ra[)pelant 
(pu'iqne défant |)liysiqnc ou moral dcTindividn, tels (pu; LillrclolTres. 
nom (pic UalK'lais donne aux Allemands, [)arce qu'ils smiblenl, 
quand ils parlent, ne dire autre chose. 

De Tiberlufi Nero, on avait fait Biberius mero, ivrogne. 

— On trouve dans la liste des rois des premières races, de 
nombreux sobricfuets : Pépin le Bref, Charles le Chauve, le Gros, 
le Simple, etc. 

Soi, du latin .se. 

— Etre soi : être original dans ses créations. 

Mon verre est petit, mais je jjuis dans mon verre. 

(A. DR .MUSS.ET.) 

— Raphaël Sadeler, graveur en 1612, avait pour marque une 
tortue, avec cette devise: Sub parro, sed nieo. Mon toit est petit, 
mais il est mien. 

Un poète du xiii'' siècle avait écrit sur la porte de sa maison : 
Parvuius, sed avilus. Le domaine est petit, mais il vient de mes 
pères. 

Devise que le comte de Grammont avait traduite: « Si je suis 
gueux, c'est de ma race. )> 

— Pour soi. pourceau. (Yoy. égoïsme.) 

— Chacun pour soi, chacun chez soi. On attribue cette phrase à 
Dupin aîné. Il a dit en réahté : « Chacun chez soi, chacun son 
droit » ; maxime éminemment protectrice du faible contre le fort. 
{Moîiifeur, 7 décembre 1830.) 

— Le dicton populaire : « Chacun pour soi, et Dieu pour tous », 
qui est la devise favorite des égoïstes, peut être aussi envisagé à 
un point de vue honorable, comme signitiant que tout homme a 
des devoirs à remplir dans l'intérêt de sa conservation personnelle, 
et que Dieu, à son tour, veille également sur tous les hommes. 

— La maxime que les Américains ne perdent jamais de vue dans 
la pratique de la vie, est : Go a liead. Dieu pour tous, et que le 
diable emporte le dernier. 



SOI Vil 

Soie, du latiii scia, provençal aede. 

— La soie s'appelait aussi sericiun, de Scres, nom des Chinois, 
du pays desquels on riuii)ortait à Rome, où elle se vendait au poids 
de l'or. 

— Hélioualinlc lui Ir pivniier ciiipcrenr (pii iioiia des lial)ils de 
soie. 

— Au vi« siècle, sous Jusliiiien, deux moines rapporlrrenl de 
Chine à Conslantinople, des ulïuI's de vers à soie renfermés entre 
les nœuds d'un roseau, et les firent éclore. 

Pendant lon,uten)i)s la soie resta une rareté luxueuse, et Yopiscus 
rapporte qu'Aurélien avait refusé à l'impératrice une rohe de soie, 
à cause de sa cherté. 

— En 1145. Hoper, roi de Sicile, ravagea la Grèce, et amena en 
Sicile des ouvriers en soie, qui propagèrent leur industrie jusqu'en 
Provence, à l'époque où la maison d'Anjou reçut l'investiture de 
Naples et de Sicile. 

— La ville de Lyon consomme annuellement un million de 
kilogrammes de soie. La longueur du fil d'un cocon est en moyenne 
de oOO mètres. Lyon met en œuvre, par an, une quantité de soie 
produite par quatre milliards deux cents miUions de cocons, donnant 
une longueur de 111 de deux milliards cent raillions de kilomètres, 
soit quatorze fois la distance de la terre au soleil. 

— La sériciculture est la culture de la soie. 

— Jours filés de soie et d'or : vie heureuse. 

Soif, du latin sitis, provençal set. 

Tailla fan, tunla sel cl tan .soin. 

(Bhrini.VM) m: Buu.n.) 

(Sigrand'faim, si grand'soif et si grand sommeil.) 

— Synonymes: avoir soif; avoir la pépie; cracher blanc. 

— Beali qui esiununt et sitiunt justltiam ! {Ecnnglle.) Heu- 
reux ceux qui ont faim et soif de !a justice ! 

— C'est la soif qui épouse la faim : union de pauvres diables. 

— La soif de l'or, du pouvoir, de la vengeance. 

— La soif est un besoin très impérieux, et qui fait endurer plus 
de soulTrances que la faim; comme aussi il n'y a pas de jouissance 
plus grande que de satisfaire une soif ardente. 

On meurt plus vite de soif que de faim. Cela s'explique par la 
chaleur de 30° que possède le corps humain, chaleur qui tend sans 
cesse à vaporiser les divers fluides dont la circulation entretient la 



442 S( IL 

vie. cl liiiil |);ii' dôvclopiiri' une lir \ rc qui lin'ilc. si on ni^ renom elle 
pas CCS liquides ;i niesui-i' qnils se l;ii'issent. 

— AKérei', (-"est rendre ;nili'e, changer en mal, délniire : la soif 
délrnii'ail la \ie. 

Soirée, dérivé de soir, lalin scrutn. 

— Dans une soirée chez M"'" Lncifer, on oITril aux in\ilés(ies 
lilaces au ploiiil» fondu, des limonades au vilriol, des gâteaux à 
l'arsenic, de Tcau de feu, le Vésuve en houleilles, et l'enfer distillé ; 
les divans étaient rembourrés en baïonnettes et en lames de 
rasoirs; un potage de vers solitaires fut servi... 

Un démon d'une prodigieuse laideur, armé d'une fourche de fer, 
conduisait les invités à une table couverte de draperies noires. 
Sur les plats de ce banquet infernal élaient entassés des serpents, 
des couleuvres, des tarentules, des lézards, des crapauds, des 
chauves-souris, et d'autres semblables animaux, accommodés par 
les cuisiniers de Pluton. 

Ces mets étaient placés sur la table, à l'aide d'une pelle, par les 
démons, tandis que d'autres suppôts d'enfer versaient à boire dans 
des creusets, qui tenaient lieu de verres. 

Au dessert, furent jetés sur la table, en guise de sucreries, des 
ossements de morts. (Vasari, Vie de Ruslicia.) 

(Yoy. burlesque.) 

Sol, du latin solum: vient de solus, seul, comme soleil {^.). 
On a dit sole., de solea. plante des pieds. 

— Tota bestia cornuda ha las solas del pes fendudas. Toute 
bète cornue a la sole des pieds fourchue. 

Soldat. On a dit soudard, soldier. 

— Synonymes (dans le langage familier) : ratapoil (mauvaise 
part); culotte de peau; grognard, vieux soldat de l'Empire, ils 
grognaient et murmuraient souvent, tout en se battant bien ; Jean- 
Jean, jeune conscrit naïf; lignard, soldat d'infanterie de bgne; 
officier de guérite ; tourlourou oy-) 

— Soldat du pape : mauvais soldat. En 1788, Le Duchat disait : 
« Soldats du pape, méchantes troupes. » 

Les compagnies de l'Flglise sont le déshonneur de la gendarmerie. 
(Machiavel.) 

Le promior nui fut roi fut un soldat lioureuv. 

(Voltaire, Mérope.' 



SOF. 443 

— On (lit. on Franco, d'im i<Mino soldai, qu'il a lo liàton do, inai'ô- 
rlinl dans sa gibenio. Los Laliiis disaiont : Cdlh/a ad ronsi/ladun 
proihiriKs (Séoèque, parlant do Marins). La rali,i:a rtait la cliaus- 
snro dn soldat. 

— Soldats do (ortuno : 

Aujrereau, duc do Gastigiiono. riail lils d'un liiiiioristo dol*aris. 
Rt'i-nadotto. roi do Sncdo. lils d'un avocat do Pau. 
liortliior, prince do Xoulchàlol, lils d'un portier. 
Bcssière, duc d'Istrie, tîls d'un porrucpiior. 
Bonaparte, empereur, tlls d'un liroflier. 
.MuiMt, roi do Na^ilos. lils d'un auliortiisle. 

— Ce qui toml'O dans le fossé est pour le soldai : llioinnie 
soipnoux prolito do la né.uliaonco dos antres. 

Ce provcrlie remonte à l'époque où les troupes n'avaient pas de 
paie régulière, et où la maraude était autorisée. 

Solécisme, oriiilno historique. 

— On parlait fort incorrectement à Soles, ville de Cilicie. 
Solécisme dési,i>na une faute de grammaire, de syntaxe, comme 

celles dont étaient coutuniiers les habitants de Soles. 

Soleil, du latin sa/ /eu fus, diminutif de sol. 

— Synonymes : la cheminée du roi René ; cagnard, Ueu exposé 
au soleil. 

— Où le soleil n'entre pas, le médecin entre. 

— Le soleil était remldome de Louis XIY, avec la devise : Tec 
2}luribus im}iar. 

Les Hollandais, qui étaient en guerre avec lui, avaient pris 
reml)léme do Josué arrêtant le soleil, avec le mol : SUi. 

— Adorer le soleil levanl. On est porté à se prosterner devant 
les pouvoirs nouveaux, par un mélange de crainte et d'espérance. 

— Coup de soleil, insolation. — Hans l'Inde, chaque rayon de 
soleil frappe et tue. comme un boulot rouge. On dirait que l'antique 
Apollon fait campagne dans le Nouveau-Monde, et qu'il épuise sur 
les populations son carquois de Hoches d'or, i L(? Times.) 

— Soleil de l'Itaho. — .l'aime à voir le soleil se coucher à Venise, 
sûr qu'il se lèvera demain, non pas débile et clignotant dans le 
brouillard, comme l'œil morne d'un ivrogne qui geint, mais avec 
tout le ciel pour lui seul, sans que le jour soit forcé d'emprunter sa 
lumière à ces lampions d"un sou, qui se mettent à trembloter 



444 S( )\I 

quand Londres ronfiiniL'O fait lioiiillii' son cliaudron troiililc (Lord 
H y l'on, lit'ppa.) 

Solitude, du latin soUliido. 

La solitude était prolondo, 
Sï'loiidant pailout à la rondo. 

(La KoMAlNE.) 

Sologne, en latin segnlonla, d(i scfjdlu, seigle, céréale, dont le 
[lays iii'odiiil grande abondance. 

— Niais de Sologne : faux bonhomme. (Voy. nuiis.) 

Les Solognois, sols à demi, 
Qui se trompent à leur profit. 

Dorvigny a fait pour le théâtre de la Monlausier, une pièce 
intitulée : le Niais de Sologne. 

Solstice, du latin sohtiliuin, do sol et stare. 

Temps de l'année où les jours sont le plus longs ou le plus 
courts. C'est l'époque à laquelle, deux fois par an, le soleil, arrivé 
à son plus grand éloignement de l'équateur, semble pendant 
quelques jours y être stationnaire, puis revenir sur ses pas. C'est 
à partir du solstice d'hiver (23 décembre) que les jours croissent, 
et à partir de celui d'été (21 juin) qu'ils diminuent, pour notre 
hémisphère. 

Sommation respectueuse. 

Accouplement de mots inconciliables : rien n'est plus opposé au 
respect qu'une sommation, l'action la plus rigoureuse, la plus irré- 
vérencieuse. Ces requêtes des enfants majeurs, qui veulent se 
marier malgré leurs auteurs, ont reçu le nom d' « actes respec- 
tueux ». On notifie ces actes, on ne les signifie pas. 

Somme (bête de), du grec sagma, devenu sauma. 
En provençal, une ànesse s'appelle sauma. 

— Assommer : frapper comme sur une bête de somme. 

Somme, du latin summa, le point le plus élevé. 

Sommeil, aussi sonune, de somniculus. 

Divinité allégorique, fds de l'Érèbe et de la Nuit, et père des 
Songes. Il est représenté endormi dans un antre profond, dont 
l'entrée est obstruée de touffes de pavots et autres plantes somni- 
fères. Les Songes voltigent autour de lui, et Morpliée, son principal 
ministre, entrelient un éternel silence dans cette obscure demeure. 



SON 44o 

Sommelier, de sagma. puis aauma. provision, rlinraes. 
Ollicirr clwiiui'' de la cave, et d'aliord de tous les approvisionne- 
ments de la maison. 

— Sommelier, iiarde-nons dn sommeil. 

Arûus avoyt cent yenlx pour voir, cent mains tant an sommelier, 
comme a\ait Hi'iai-rt'. poiii- inlali'jalilcinenl verser, (lial)eiais, I, 'J.) 

Somptueux, du latin aumplus, dé[)ense. 
Appartement somptnenx. repas somptueux. 
D'où aussi somptuah^e : lois sompluaires. 

Son, dans les langues germaniques, signifie (ils, et a servi à 
composer nu grand nombre de mots, tels que : Hohertson, Nelson, 
Hohinson : nourrisson, enfant nourri par sa mère (ou par une 
noiiri'ict' :, : clianson, le produit du chant (ou plut(U celui de 
raniioiicm) : polisson, renfant des villes, des rues, plus vicieux 
que ceux de la campagne (à moins que ce ne soit celui de la 
police ?). 

— En provençal, on ai)pclle les jumeaux bcssons, c'est-à-dire 
deux fils, deux enfants. 

Sonate, de Titalieu sonala, du latin sonave. 

Composition instrumentale formée de trois ou quatre morceaux 
de caractère dilïérent : allegro, adagio, rondo... 

Ce genre de composition, qui a eu jadis une grande vogue, est 
aujourdliui abandonné. 

— « Sonate, que me veux-tu ? » s'écria un jour Fonlenelle, dans 
un transport d'impatience et d'ennui, causé par les éternelles 
symphonies des concerts. 

Foutenelle n'aimait pas la musique, à ce qu'il parait. Trop amou- 
reux de lui-même pour partager ses affections, c'est avec soin qu'il 
évitait toutes les émotions de nature à troubler l'équilibre de ses 
heureuses facultés. « Je n'ai jamais fait ah ! ah ! » avouait-il: ses 
yeux ne furent jamais mouillés de larmes, et son égoïsme conser- 
vateur le mettait à l'abri de toutes les langueurs de l'âme et des 
énervements de l'amour. 

Dans quelle occasion lit-il entendre cette phrase devenue célèbre ? 
C'est proI)al)lement dans un salon où l'on se préparait à entendre 
quelque virtuose, que, forcé de changer son rôle de causeur 
brillant et écoulé, contre celui d'auditeur muet et attentif, il aura 
laissé échapper: «Sonate, que me veux-tu?» (Voy. Kastner, 
Parémiologie musicale.) 



446 son 

Songes, (lii hitiii .so/miiiu/i. Ku [)ro\(Mi(;;il, sonya^a dit ixuiUiUh. 
du jii'cc pliiinlasmn (?). 

— Knfants du Souiuieil, les Soujios étaient aussi nombi'oux que 
les sahles de la nier. Il y en avait trois principaux : Morpliée, 
Pliohétor et Pliantase. 

— Macrohe (Songe de Scipion, liv. I) dit que les son.ues faux et 
confus viennent par la porte d'ivoire, et que les soupes vrais et 
clairs viennent par la porte de corne, qui est transparente. (Voyez 
Virgile, Enéide, VI.) 

— Songes, mensonges. Beaucoup de personnes ne le croient pas, 
et pensent trouver la vérité dans l'interprétation des songes. Ce 
préjugé des esprits faibles est même exploité etlVontément par des 
charlatans qui abusent de cette ridicule crédulité. 

Sonneur, dérivé de sonner, latin sonare. 

— Boire comme un sonneur. (Voy. tire-Iarir/ot.) 

Il semble qu'on devrait dire plutôt : boire comme un saunier, 
parce que le sel altère. 

...Ponocrates remonstrant que c'estoyt mauvaise diète, ainsy 
hovre après dormir, c'est, dit Gargantua, de ma nature, je dors 
salé. (Rabelais.) 

Sopha, de l'arabe ro(]'ah. 

Sorte de lit de repos à dossier, dont l'usage a été introduit en 
France au wiii^ siècle. Il a la même patrie que les mots divan et 
ottomane, qui sont aussi des sièges orientaux. 

Sophisme, du grec sophisina. 

Raisonnement captieux, ayant l'apparence de la vérité. 

D'où aussi : sopliiste, sophistiquer. 

Soprano, mot italien, de sopim, au-dessus. 
La voix (pi'on appelait autrefois dessus ; c'est la plus élevée de 
toutes. 
Un castrat, par euphémisme, s'est appelé sopu^ano. 
Les soprani sont des femmes, des enfants ou des castrats. 

Sorcier, du l)as-latiu sortiarius. qui jette des sorts, ou qui 
prévoit l'avenir. 

— Le sorcier dil'fère du magicien, en ce qu'il est de plus bas 
étage, et ne fait que du mal. On supposait que les sorciers avaient 
fait un pacte avec le diable, pour opérer, par son secours, des 
prodiges et des maléfices. 



S( )K 447 

Ail Moyen-Auo ot loiiLitcmiis .'iprt'S, ils (''titioiit hrùlés \il's. P.iniii 
les \i(liinos les plus déplui'iililes do celle superslitioii, on peut citer 
Jeanne d'Arc, U. Grandier, et la maréchale d'Ancre. 

Les accusations de sorceller'ie cessèrent d'èlre admises par les 
tribunaux, en France, en iG7^ ; mais la croyance aux sorciers et 
aux sortilèges existe encore dans quelques campagnes. 

— Les sorcières, vieilles femmes hideuses, représentaient les 
Krinnyes do l'ancienne Grèce (?). 

Sornette, du vieux verho sonwr. Quelques-uns le font venir de 
serolina [fabula), conte du soir, conte de la veillée. 
De là : conte à dormir debout. 

Dites, je vous pi'y, sans sorner. 

(Patelin.) 

Sort, du latin sor>i. sortem. 

— Le sort en est jeté : Aléa jarta est, c'est-à-diro le dé. Mot que 
prononça César quand il eut pris le parti de franchir le Rubicon 
(voy.), pour marcher sur Rome. 

De là est venu aléatoire. 

— Synonyme : risquer le paquet i^trivial). 

— Faire un sort à quelqu'un : le mettre dans une situation aisée, 
fortunée. 

Sor.<i avait la même origine que fortuna. 
...Delille fait un sort à chacun de ses vers, et néglige la fortune 
du poème. (Rivarol.) 

De sorte mine renio in dahinm. 

(TKliRNCE.) 

(.le commence à craindre pour mon argent.) 

Periil sors cl usuni. 

{Pi.M-n:.) 

(J'ai perdu capital et intérêts.) 

Le sort, l'usure et les intérêts, je pardonne ; je me contente des 
dépens. (Rabelais, IH, lo.) 

Ne réduysant rien du sort princi[)al. (A/, lll, Ti.) 

L'abbé de Marsy, commentateur do Rabelais, n'a pas vu la signi- 
llcation de sort, et l'a traduit par fond, disant que sort n'avait 
aucun sens. Johanneaii dit, au contraire, que sort est le mot 
propre pour les bénéfices du clergé, puisque les mots tierr, clergé, 
viennent du grec kléros, sort, héritage. 



448 SOT 

Sortir, du l;iliii sorliri, loiiilicr en piirtii^io. 

(In (lisiiil .iiitrclois /.s-.s7/% doiil il n'est resté que insu, haur. 

— Sortons ! S(3 dit on |)l;iis;int;inl. ponr simuler nno provocation. 
Le comte de Cliarolais ayant snrpris M. de IJrissac chez sa 

inaiiresse, Ini dit: « Sortez, monsieur! — Monseigneur, répondit 
le (Inc. vos ancêtres anraient dit : Sortons ! « 

Sot, transposition des prcMnières lettres do slolidiis: ou bien 
pliil(")l du has-lalin sollus. du syriaque achoteh. Anciennement 
solicH. a désigné certaines pièces houllonnes. 

— Synonymes : sot en trois lettres, sot cramoisi, sot comme un 
panier. 

Molière, dans les Fanmes savantes, a créé le mot Trissolin, 
qui signitie triple sot. Rabelais (I, 15) avait fait le mot Itassoli, 
douI)le sot. 

— Sot-l'y-laisse ; morceau très délicat que le fin gourmet ne 
dédaigne pas, le croupion d'une volaille. 

— A sot auteur, sot admirateur. 

...Ainsi qu'en sots auteurs. 
Notre siècle est fécond en sots admirateurs. 

(Boii.EAi;.) 

Un sot trtjuve toujours un plus sot qui l'admire. 

(Boii.HAu, Art poi'-tique, I.j 

Niillus est tam Imperitus scriptor, qui lectorem non inventât 
similem siii. (Saint Jénune.) 

— C'est un sot on trois lettres : un sot fielïé. Plante se servant 

du même jeu de mots, dit d'un voleur (fur) : Homo triiun litte- 

j'oruin. 

...Vous êtes un sot en trois lettres, mon fils ; 

C'est moi qui vous le dis, (jui suis votre grand'mere. 

(Molière, TaAuffv. I, 1.) 

— Tbéodulfe, évêque d'Orléans, au ix-^ siècle, disait de Jean 
Scot que, dans son nom, la lettre c était une faute d'ortbograpbe, 
qu'il fallait la retrancher. 

Un sot savant est sot plus (pi'un sot ignorant. 

(MouÈiiE, Femmex snvantes.) 

La nature fait les bêtes, la société fait les sots. 

— On n'est pas nécessairement un sot pour avoir dit ou fait une 
sottise ; mais on l'est deux fois quand on cherche à la justifier. 

La Rochefoucauld a dit qu'on était quelquefois sot avec de 
l'esprit, mais jamais avec du jugement. 



sou 419 

II n'y ;i point dt» sols si iiicomiiiodos qiio conx (|iii oui de ros|irif. 
{\.n Hociu'i'oiirjiiild.) 

— Le prince des sots était le cliof de la compagnie des Sois qui 
jouaient des pièces appelées soties. 

Il est possible que sof ait élé dit par coi'i'uption pour s/m/, parce 
((ue les danses et les sauts ('■laicul Icui's principaux exercices (0- 

Sou, anciennement soi, qui se dit en provençal; dulatin .vo/<^/w.s-, 
qui si»niliait, à Rome, toute monnaie considérée comme matière, 
et non divisée en fraction. Le solidus était l'unité monétaire, et la 
vingtième partie de la livre de conqite. 

De là aussi : solder, soldat, soulte, soudoyer, et le rouiau souda- 
(h'iru, prostituée. 

— L'usage du mot sou. comme monnaie de compte, s'est main- 
tenu dans les petits nombres. On dit même encore : cent sous, 
pour cinq francs. 

— N'avoir ni sou ni uuiille. (Voy.) 

— Perdre jusqu'à son dernier sou. 

.1(/ asscin oiiDiia perderc. 

(UoilAC.K.) 

Soubrette, origine inconnue, tradiu^tion de l'italien ruffJanella. 
(Odin , Dict ion n a ire.) 

En espagnol, sobretarde, sur le tard, à la brune. 

C'était autrefois la servante entremetteuse qui, vers le soir, allait 
porter les billets doux. 

Souci : l^^ de solser/uiufn, vieux français soulcie. On l'appelle 
aussi cafendu/a et inétéorine, jtarce que ses fleurs s'épanouissent 
aux rayons du soleil, et se ferment quand l'astre disparaît. 

Souci est formé comme tournesol (en roman giraflor) et 
héliotrope. 

— Cette plante est remblème des chagrins, par suite de la 
ressemblance de son nom avec 

Souci : 2^ verbal de soucier, latin soUiriiare, causer de l'inquié- 
tude. 

— Avoir du souci : avoir martel en tète. 
Sans-souci : bon vi\ant, Hoger-Bontenips. 
Soucieux, mélancolique, encolillucbeté (Rabelais). 

— On dit d'une petite contrariété : C'est le cadet de mes soucis. 
Il serait burlesque de retourner l'expression, et de dire : ...l'aîné 
de mes soucis, pour un grand chagrin. 

29 



450 SOU 

Il y a une foule de petits Soucis volli-iCMiits. (jui \it'iiiH'iit cliMfjue 
iiKilin ;'i M)lre iVncil, et qui ne vous qiiillciit plus ([iic le soir. 
(Féiieloii.) 

Souffler, (In l;iliii su/'/hu'e, de suit et [hire. 

— Soufder le diaiid et le fi'oid : dire du bien et du in;il d'une 
même chose. 

Avrirro coiix dont la Imhu-Iic 
Souffle le cliaiid cl le froid. 

(I.A l'oNTAlNK.) 

C'est V/tonio bUuujuis de l'Écriture. 

Je suis oiseau, voyez mes ailes. 
Je suis souris, vivent les rats ! 

(La Fontaine.) 

Soufflet. Coup applique sur la joue avec la main. 
Synonymes : giflle, .airoflée à cinq feuilles, mornifle, revers de 
main. 

— Si quelqu'un vous donne un soufflet, présentez l'autre joue. 
(Mathieu, V, 39 : Luc, YI, 29.) 

— Un démenti vaut un soufflet : un soufflet vaut un coup d'épée. 
Le soufflet est regardé chez nous comme une injure grave, 

sanglante, parce qu'il n'y avait autrefois que les vilains qui 
combattissent la face découverte et pussent être frappés au visage. 
Souffleter un gentilhomme, c'était donc le traiter en vilain. 

— Dans l'antiquité, quand on achetait un esclave, on en prenait 
possession en lui donnant un soufflet. 

Ce n'est que dans le sang qu'on lave un tel outrage. 

(CdliNEII.I.E ) 

— Donner un soufllet à Ronsard, c'est parler mal le français, 
parce que Ronsard a été une autorité. 

— Aulu-Gelle parle d'un certain Lucius Yéranius, Romain très 
riche, qui se faisait suivre d'un esclave porteur d'une bourse pleine 
d'argent. Lorsqu'il rencontrait quelqu'un qui lui déplaisait, il lui 
donnait un soufllet, puis lui remettait vingt-cinq sous, prix fixé par 
la loi des Douze tahles pour la réparation de cet atïront. 

— Soufflet à feu : la petite maison d'Éole. (Dictionnaire des 
Pî'édeuses.J 

Souffre-plaisir devrait s'employer, aussi bien que souffre- 
douleur, pour désigner certains états, qui obligent ceux qui les 
exercent à se rompre le cou ou à se briser le cœur. 



sou 451 

Tels sont racrolialo, qui risque tous les jours sa vie pour amuser 
la foule ; et l'écrivain, qui torture son esprit pour la faire rire. 

Le plailiateur conilialtait aussi pour le plaisir du peuple ; il 
s'etïorçait de louilior aNcc uràrr. et, après sa mort, tout était dit. 
Aujourd'hui, ou uc meurt [ilus sur la scène : le supplice dure toute 
la vie. 

Souffrir, du latin mifferre, supporter. 

Syuonwnes : aller au [)aradis par la voie étroite ; souffrir comme 
un martyr, le martyre. 

Quod est fcrcndum, feras. 

(Tkuk.nck, Phormion, II, o.) 

(Souffre ce que tu ne peux éviter.) 

Feras, non culpes, quod vitarc non potes. 

(P. SVRUS.) 

Le mieux est de soulfrir ce qu"on ne peut empêcher : Optimum 
pâli quod emcndare non possi.s. (Sénèque, Epdre 107.) 

— Veux-tu des œufs ? Soufire le caquetage des poules. (Proverbe 
allemand.) 

D'une lionne vache à lait on peut bien soulfrir quelques coups de 
pied. (Proverbe indien."^ 

Souhait, de soua et du verbe français haitier. 

— A vos souhaits ! (Voy. hénUae.) En latin ave. 
Oncques souhait n'emplit le sac. 

Les souhaits ne sont que des placets que la folie de l'homme 
présente au Destin, et auxquels il fait si peu d'attention, qu'il ne se 
donne pas la peine de les lire. (Fénelon.) 

Jksine falu deinn flecli sperare precando. 

(ViiiciLK, Enéide )V, 37G.) 

(N'essaie plus de tléchir par tes prières les divines destinées.) 

Si tous nos souhaits étaient exaucés, il n'y aurait plus d'espérance. 
(M. de la Palisse.) 

Si les chats avaient des ailes, il ny aurait plus d'oiseaux dans les 
airs; si chacun avait ce qu'il souhaite, qui aurait encore quelque 
chose ? (Herder.) 

Si j'avais un souhait à faire, ce serait de n'avoir rien à souhaiter. 

Souhaiter, dérivé du précédent : rendre joyeux. 
Dans riUe-et-Vilaine, on dit encore liaifer, pour plaire. 
Je bois à votre hait : à votre santé. 

— Je ne le souhaiterais pas à mon plus mortel ennemi ! 



452 SOU 

Lii'c limviiio, (Milciidrc iiiiê Irajïédie, iii.il dînci'. \()il;'i co (|iie je 
iKî S(jiiliailo pas à mes omioinis. (Rivnrol.) 

— Je vous eu soiiliaile! iMirase ironique, adressée à ceux (|ui 
cherchent l'impossihle. 

Vous voudriez bien un logement de 500 francs sur les boulevards? 
Je vous eu souhaite ! 

Souillard, vieux mol, terme de mépris, dérive de mouiller, 
peut-être de soiti//e, sucala, dérivé de sus. 
13our])ier où se vautre le porc: siiile, étahle à porcs. 
De là est venu souillon, servante malpropre. 
Gens dignes d'être soiiillards de cuisine. (Saint François de Sales.) 

Soûl, anciennement saoul, du \alin satiillus, diminutif de salu}\ 
rassasié ; provençal sadol ; de là : se soûler (s'enivrer). 

Des laros paternels un jour se trouva soûl. 

(La FoNTArNE.) 

Soulier, du latin solarlns, dérivé de solea. 

— Au classique cothurne des Grecs, succédèrent chez les Romains, 
le calceus, qui ressemblait beaucoup à notre soulier: et la sandale, 
solea, qui garnissait seulement la plante des pieds, où elle était 
fixée par des courroies ou lanières de cuir. La chaussure militaire 
était la caliga, botte ou guêtre, garnie de clous. 

Au Moyen-Age, les souhers dits à la 7>o?</f/m^, terminés en pointe, 
furent en grande faveur. Sous Philippe-Auguste, une ordonnance de 
1367 interdit en France cette chaussure. 

En Russie, le peuple se sert de chaussures d'écorce. 

— Il sait où le soulier le blesse. 

Paul-Émile, patricien romain, avait pour femme Papiria, belle, 
jeune, riche et honnête. Il la répudia cependant. Comme ses amis 
s'en étonnaient, il leur répondit en avançant le pied : « Regardez 
mon soulier ; il est bien fait et très élégant, mais il n'y a que moi qui 
sache où il me blesse. » (Plutarque, Vie de Paul-Émile, ch. Ylll.) 

— On dit aussi : trouver chaussure à son pied, et : être dans ses 
petits souliers. 

Cicéron dit: calceos niutare, pour: changer d'état. 

— Synonymes de souliers larges : bateaux, boites à violon. 
Souliers trop étroits : souliers seize (13 et 3). 

Vieux souliers : gâteaux feuilletés, pompe aspirante, reniflants. 
On les appelle aussi, en argot, philosophes. « Serait-ce, dit 
Francisque Micheb parce qu'au métier de philosophe il n'y a que 



sou 453 

do l'eiiii ;'i hoii'o? Jo cnMs (jiio c'est pliit(U à cause do l'analogie 
plioniqiiode sfinifc ot do sarfiiif, qui, ciioz le peuple, est synonyme 
de pliilostqjlio. I 

On appollo oucoi'o souliers di\-liuit. des souliers racommodés. Ils 
sont deu\ l'ois luuifs. 

Le fahi'icaut de di\-liuil s'appelle rihoni. 

— C'est un faiseur de vieux: souliers : un faiiiéaut. 

— Raltelais (I, IG) joue sui* le mot soulier. 

il no f;nit |):is roiniilci- sur les souliers d'un mort. (Voy. mort.) 

Soulte, du l;iliu suf/iis, pour solutun, payé, 
l'aieiuout que l;iil une personne pour compléter la valeur d'un 
objet échantié contre une autre \aleur supéiicurc. 

Soupçon, du latin sicspicio, siispicionem. 

oiik'uiniuc C3t soupçonneux, invite à le trahir. 

(VoLTAiiit:, Zàire.) 

Soupe, du .aerina nique i^nup, allemand suppe. 

— L'Académie confond à tort dans une même acception soupe 
et potage ; potage (ÛQ pol(irc?) est un terme générique, de tout 
aliment liquide, spécialement confectionné avec des légumes ; tandis 
que soupe ne se dit que d'un potage au pain. 

Sojta, en espagnol, est une mince tranche de pain. 
Au xv« siècle, soupe n'avait pas chez nous un autre sens. 
Le ti'ouvère Cuvelier dit (pie Duguesclin ne prenait liabituelleuuMit 
dans ses repas qu'une tranche de jtain (soupe) trempée dans du vin. 

Ne a lalili- sisl por son rcpastement, 
t'oi-s une SDiiiii' en \in pivadre liastenient. 

— L'étiquette voulait autrefois qu'on présentât au nouveau roi 
d'Espagne trois soupes dans un gobelet. 

Tallemant des Réaux (tome Y des Historiettes) parle d'un potage 
où il n'y a\;iit ([iie deux pauvres soupes qui couraient l'une après 
l'auti'o. 

...Tripet... lumbanl rendit plus de quatre potées de souppes, et 
l'anme meslée parmy ces souppes. (Rabelais, I, 35.) 

— Plus ivre ([u'iine soupe ou une éponge. (Proverbe espagnol, 
wi*" siècle.) 

— L'Académie cite les locutions : ivre, mouillé, trempé comme 
nue soupe, qui peuvent bien s'apiiliqiier à du pain trempé dans un 
liquide : mais comment oxplitpier : iM-e comme un potage ? 

Les expressions: tailler, tremper une soupe, sont aussi des 



454 SOU 

preuves que le mot soujio ne s'applique qii;'i un mélange de pain 
avec un liquide ; que, par (-onséquent, il n'est pas logique de dire: 
soupe de légumes, de vermicelle. 

— Soupes de prime (Rabelais, V, 7): soupes mangées à l'heure 
de prime, qui est la plus matinale. Rabelais les vante et les appelle 
« grasses », parce qu'elles sont trempées avec le premier bouillon. 
Les autres, qu'il appelle « soupes de lévrier », sont ainsi comparées 
à la pâtée des chiens, à cause do l'eau qu'on a dû ajouter au pot-au- 
l'eu. 

Souper, dérivé du précédent, l)ien plutôt que de sopire. endor- 
mir. 

Repas du soir, qui doit être très léger, surtout pour les vieillards. 

Comme l'indique son nom, il ne devrait consister qu'en une 
soupe. 

— Qui veut vivre sain, dine peu et soupe moins. Ce proverbe 
liygiénique est un de ceux que, dans la pratique, il ne faut jamais 
oublier. 

Un célèbre médecin disait : « Un n'est jamais venu m'appeler la 
nuit pour un homme qui n'avait pas soupe. » 

Les Espagnols disent que celui qui vole le souper d'un vieillard, 
lui rend un véritable service. 

Ex magna cerna slotnacho pi nui. rima jnrna : 
Ul .ns nocte lei'is, sit tibi aena brecis. 

(École (le Salerne.) 

Uinons peu et ne soupons guères. 
Et nous vivrons plus que nos pères. 

— Le souper était autrefois le principal repas: l'heure a varié 
de heures à minuit. 

Au xviiie siècle, les soupers eurent beaucoup de vogue ; ils 
avaient lieu de nuit, et s'appelaient « petits soupers ». 

Soupir, du latin suspirium. 

Les enfants de l'air. {Dictionnaire des Précieuses.) 

— Pousser un soupir à renverser les meubles. (Comte de Forbin.) 
Soupirer comme un soufflet de forge. 

Cette grosse femme poussa un soupir à fendre du bois. 
Cette aimable dame poussa un long soupir, comme si elle venait 
de s'éveiller. (Boccace, Décoméron.) 

— Cœur content, soupire souvent. Cœur qui soupire, n'a pas ce 
qu'il désire. Proverbes contradictoires. 



sou 4oo 

Souple, (lu l;i(iii si//)ji/<'.i': ;iiici('ii fr;inr;iis siijifu/cr, être souple. 
Soiiplo comme un L:;ml. ...coinine l'osier, ...coiiim»^ une couleuvre. 
Cohihrino inijenio (IMaute) : d'esprit souple. 
AuricK/a /ii/iina Nio//ior (Ckèvon): plus souple que le lias de 
l'oreille. 

Souquet, du latiu super tjita {>.). 

La lumuc uu'surc : la l'éjouissauce que le liouclier ajoute pour 
l'aire Iréituclier la halance. 

Source, de raucieii participe de sourdre (sursiun), doublet de 
sur;/ h-, laliu surycrc. provençal sorger. 

Sourd, du latiu sunlus, de sordes, ordure: comme si l'on avait 
les oreilles bouchées par des ordures. 

— Les sourds de naissance sont en même temps muets, non par 
suite de l'imperfection de l'organe de la parole, mais parce qu'ils 
n'ont jamais entendu parler. 

— Sourd comme le destin. ...comme un pot. 

— On appelle, par extension, bruit sourd, un bruit voilé : Cœcum 
murmnr. (Virgile.) 

— Jouer en sourdine : avoir un caractère sournois. 
Ou (lit aussi : une douleur sourde. 

Souricière, de souris, latin sorex, soricem. 

Au llguré. piège tendu parla police; lieu surveillé par des agents; 
tapis franc, fréquenté par les voleurs et les repris de justice. 

On appelle aussi souricière le dép(")t des prévenus, à la préfecture 
de police. 

Souris. (Voy. le précédent.) 

— Souris qui n'a qu'un trou est ltient()t prise. 

Moult a souris povre recours 

Et on içraïuj péril la drugo (fuite). 

Oui M'a (ju lui perlais à refuge. 

[Roman de la Rose.) 

Qudsi fiorc.t: Itodie pcrii ! 

(TtRE.NCE, Eunuque, V, 7.) 

(Je suis pris comme une souris.) 

La montague eu travail eafanle une souris. 

(La Fontaine. ) 
Parlarienl inonles, nuscctur ridiculus mus. 

(HOPACE.) 



456 SPH 

Souvenir, du lilin suboenire. 

— Il m'en soii\iciil aussi pou fjiic de ma première (■iiemisc. 

Ma foi, s'il inCii soiiNitiil, il ne iii"en soiivioiil }<iièrc. 

(Tll. CoiIXEll.l.K.) 

Souvent, du lalin si/h/nde, successivement: provençal, soren. 

Spadassin, de l'italien spadaccino, brcUeur ; de s/iadn, épéc. 

Synonyjues : hi-elleni', duelliste, gàte-cliair. 

Spadassin à gages : assassin, bravo, chevalier du poignard. 

Spécifique, du latin species. 

Se dit des médicaments qni ont une action spéciale sur un organe, 
qui guérissent une maladie particulière, comme le quinquina qui 
est nn spécifique contre les lièvres intermittentes. 

Spectacle, du latin spec/aculum, de spec/are, regarder. 
Au même radical se rapportent : spectre, spéculation, suspect, 
sceptique. 
A Rome, on appelait les gradins du théâtre spectaculu. 

— Du pain et des spectacles! Panem et circenses. 

Cette maxime politique était souvent citée par Aurélien, qui 
croyait les deux choses nécessaires pour maintenir le peuple dans 
la soumission. Il disait aussi qu' « il n'y avait rien de plus aimable 
que le peuple romain quand il était bien nourri ». 

Spectateur solitaire. Amateur de spectacles, qui, pour payer 
moins cher sa place, entre au théâtre dans les rangs de la claque, 
sans être obligé de claquer. (L. Larchey.) 

Spectres, figures fantastiques, fantômes qui, dit-on, rappellent 
les morts tels qu'on les a connus pendant la vie. 
Cette croyance superstitieuse remonte au paganisme. 

Sphinx, du grec sphiggo, serrer, étrangler. 

Animal fabuleux que Junon créa pour se venger des Thébains. 
Il proposait aux passants des énigmes, et les dévorait aussitôt, s'ils 
n'en donnaient pas l'expUcation. 

11 proposa l'énigme suivante à OEdipe, qui la devina : « Quel est 
l'animal qui, le matin, a quatre pieds, deux à midi et trois le soir? — 
C'est l'iiomme. » 

— Le sphinx d'Egypte, au buste de vierge perdu dans les reins 
puissants du lion, était le symbole de la religion, à cause de l'obs- 
curité de ses mystères. Par l'asssniblage de la tète humaine avec le 



STA 457 

corps du lion, il siLiiiilhiit l;i force inoralc iinio ;'i la (orce physique, 
et e\|iriiiiait ainsi l'idre (b» iiiaitrc et seigneur. 

Spiritisme, du latin spiritus, esprit. 

Croyance à l'intervention surnaturelle des esprits, qui pourraient 
être évoqués par certains individus appelés médiums, et répondre 
à toutes les (piestions qu'on leur adresse. 

Spleen, mot aiiulais venu du ,urec splen, rate. 

Sorte d'hypocondrie profonde, qui consiste en un état de consomp- 
lion engendré par la mélancolie, et caractérisé par la tristesse, le 
dégoût de la vie et de toute ciiose. 

Son uoni vient de ce qu'on a placé longtemps daus la rate, la liile 
noire, qui, disait-on. en réagissant sur le cerveau, déterminait les 
accidents de tristesse. 

Cette théorie, que Cl. Bernard a expliquée, sinon rélialiilitée, était 
vraie en principe, dans ce sens que le plaisir causé par des émo- 
tions douces et agréables, est le remède souverain du S[)leen, et 
s'exprime encore par l'expression familière : se faire du bon sang. 

Passant, ci-git Rosbif, ûcuyer, 
Le(iiii;'l mtiiu'iil pDiir se drscnnuycr. 

(Kj)itai)he d'un Anglais.) 

Stabat, mot latin. 

Pi'ose célèbre qui commence par ces mois : Stabat mater dolo- 
rosa. Elle séchante le dimanche delà Passion, au salut, et rappelle, 
dans un style plein de mélancolie, les souffrances de la Sainte-Vierge 
pendant le crucifiement de son tils. 

Le Slabat est attribué au pape Innocent 111, et. avec plus de pro- 
babilité, au frère Jacopone Todi, moine franciscain, au xiv' siècle. 

Le Slabat a été mis en musique par les plus grands maîtres, tels 
que Pergolése, Hœndel, Bossini. 

Statistique, du grec staticein, constater ; plut()t que du latin 
status. 

Moreau la définit : « La science des faits sociaux exprimés par des 
chifires ; science dans laquelle on étudie un pays sous le rapport de 
l'étendue, de la population, de l'industrie, etc. » 

Ce mot est récent, et date de 17(58, quoique la chose fût pratiquée 
déjà avant cette époque. 

— Un décret du l''' janvier 1852 a créé dans cliaque chef-lieu de 
canton, une statistique, dont les travaux sont centralisés au Minis- 
tère de l'Intérieur. 



4o8 STi: 

Statue, (lu l-iliii slalua. de slahio, ('•lo\or. 

— C'csl iiiic licllc st;itii(' : iiiic licllc personne. s;ins esprit. 

JiL'lk' lèk', ...iii.'iis (le cervelle iKiint. 

|f. \ l'o.NrAINK.) 

Immobile coinnic une statue, ...conmie ini terme. 

Liijiis (jiiiil sliis y 

(■I'kiikmje). 

Muet cninuie nue statue. (Voy. ro/ossc] 

— La calliédrale de Milan contient 0.700 statues en juarjjre. 
(Th. Gautier.) 

Statu quo, mots latins, employés pour signifier qu'une chose 
reste dans le même état qu'auparavant : in eodem slatn, (juo nnte. 

Steeple-chase,mot anglais, àQ.sieeplc, clocher, et fA«it', chasse. 

Course à cheval, qui se fait en aUant à travers champs, vers le but 
indiqué, en franchissant toute espèce d'obstacles : haies, buissons, 
fossés, cours d'eau. 

Stellionat, du latin sit'lliondius,' fourbe ; de slellio, lézard 
tacheté, qui se dissimule ou change aisément de peau... 

Fraude qui consiste à veudre la même chose à deux personnes: à 
faire un paiement avec des deniers qui ne vous appartiennent pas ; 
à substituer une marchandise à une autre; à vendre ou à hypothé- 
quer une chose dont on n'est pas propriétaire. 

Stentor, origine httéraire. 

Un des guerriers qui allèrent au siège de Troie. Sa voix, plus écla- 
tante que l'airain, faisait plus de bruit, à elle seule, que cinquante 
hommes criant ensemble. Elle servait de trompette à l'armée des 
Grecs. (Iliade, V, 785.) 

Stoitorc daiiiosior. 

(JuvÉ.NAi., Salire, XUI.) 

Stentor n'eust oncque telle voix à la bataille de Troye. (Rabe- 
lais, 1, 23.) 

Stercoraire, du latin slercus, stercoris, excrément. 

...Les populations stercoraires de toutes les grandes villes d'Italie 
et du Levant... Certaines villes du Midi de la France sont aussi 
peuplées de stercoraires humains. 

L'homme, animal stercoraire, qui dépose ses ordures dans tous 
les coins des rues et des maisons. 

Stérile, du latin slerilis. 



stipuler, du latin s//j)n///. paille, de sf/po, foider, oiiilialler ; 
nialière d'emNallaLio. dOi'i sfi/jia, é[ou\)G, s fip/ùjue, qui constipe. 

— Sn'pi(/i'>\ (■"était spécialement lier deux personnes dans les 
conclusions d'un niarclié, en brisant une paille dont cliaque inté- 
ressé gardait un morceau. 

Pecunia siîpulnfa (Gicéron) : somme convenue. 

Font meirat al nosfre senJior, et feront la pahnada po' 
fevnm stipulât lo de rot. {Vices et Vertus.) Font marché avec 
notre sei.uneur, et frappent la paumée pour ferme stipulation de 
promesse. 

Stock, mot aniilais, to stoclc, emmagasiner. 
Huantité de marchandises qui reste en entrepôt, dans un dock ou 
dans des magasins générau.x. 

Stoîque, étymologie historique, du grec stoa, portique, galerie 
cou\erle, parce que Zenon, chef de cette secte, enseignait sous un 
portique. 

Stoi'cien, celui (pii professe le stoïcisme, doctrine dont la hase 
est une morale très sévère. 

— Courage stoîque. La devise des stoïques ou stoïciens était : 
Sustine et abstine : soulîrir et s'abstenir. 

Zenon se coupa la langue avec ses dents, et la cracha au visage 
du tyran Xéarque, contre lequel il avait conspiré, et qui voulait le 
forcer, par la torture, à dénoncer ses complices. 

— Plutarque compare les stoïciens, à cause de leurs vertus 
outrées, à des enfants qui tâchent de sauter au-delà de leur ombre. 

Les stoïciens sont des fanfarons de morale. 

Stratégie, du grec stratèges, général d'armée. 

L'art de diriger les armées. 

De là viennent aussi : route stratégique, stratagème. 

Stupeur, de stupor, de stupeo, être engourdi. 

Stupide a la même origine : interdit, immobile de frayeur. 
Je (icmcuro slupidc... 

(Cori.NKlLLE.) 

A pris le sens de sot. 

Style, du grec stulos, par le latin slijlus, poinçon aplati à une 
extrémité. La pointe servait à tracer les caractères sur des tablettes 



460 STY 

de cire; l'extrémité aplatie, à les efTacer. De l;i l'expression atyliim 
verlere, retourner le slvle, elïacer. 



Sii'jte slijlnm vcrUis .. 



(H()Ii\i;k, Salirex I, X. 72.) 



— Le style est le vèteineiil de l'idée. 
Le style, c'est l'honiine même. (Bull'on.) 

— 1" Synonymes. 

Style alTecté, emphatique, l)Oiir.-^on(1é, ampoulé : Pliœbus. 

Grands mois: [jliraséoldiiie i)()iiip(;iise. 

Un air de lla.ueohît joué siii- Topliicléide. 

Exemples. — Il existe un [)oéme intitnlé : la Mafidclcinc an désert 
de la Sainte-Baume, en Provence, poème spirituel en don/.e cliants 
(Lyon, 1694, in-12), par Barthélémy, canne, sous le pseudonyme 
de Pierre de Saint-Louis. L'auteur y appelle les rossi.-inols, des luths 
animés, des orgues vivantes, des sirènes volantes. Il apostrophe les 
dames sur leur tenue à l'église : 

Vous faites à l'église avecf|ue voire teste 
Ce que sur le cloclier faisait la girouette. 

Puis, après leur avoir reproché leur amour des cartes, il dit que 
la Magdeleine 

Pour le grand roi des cœurs couchait sur le carreau. 
Ses yeux sont 

...les bénitiers (J"où coule l'eau liénite 
Qui chasse le démon jusqu'au fond di' son gite. 

Voici comment Magdeleine parle de son sein : 

Sein, dont mon cjeil enflé fit un \allon de larmes. 
Quand ses monts désenfles perdirent tous leurs charmes. 

— Les chevaliers combattaient pour l'amour de l'honneur, et en 
l'honneur de l'amour. (Féhcien Salva.) 

La marquise de Boufllers était la reine de la main gauche de ce 
roi sans royaume, Stanislas, qui avait donné sa tille à un royaume 
sans roi. (A. Houssaye, le Roi Voltaire.) 

I^e voilà, ce poignard (jui du sang de son maître 
S'est souillé làcliement ! Il en rougit, le traître ! 

( l'iiéophile DE ViAu, l'ijnimc et T/iisbc.) 

L'Arétin écrit à sa maitresse. la Franceschina, que sa beauté est 
la dorure qui enveloppe un excellent gâteau de frangipane ; mais la 
beauté trompeuse des autres femmes u'est que la feuille d'argent 
qui recouvre des pilules empoisonnées. 



STY 461 

Je me déliais dans le dt'-lroit de la dilliculté, et je \uis sans cesse 
le niiaoe de 1 aliaiuloii jeter sur mon étoile son ombre sinistre. 
(.1. .la ni II. 1 

Voiture éci'ivait à M l'aidrl (|iril s'était eiiiliai-(|ii('' sur nn 

vaisseau char.ué de sucre, li sera coulit à siui arri\(''e, et s'il fait 
nanfra.ue, il aura du moins la consolation de mourir en eau douce. 

La lime de la conversation aiguist^ la linesse de l'esprit. (L'Arétin.) 

L'aime, indite et célèbre université que l'on vocite Lntèce. 
(Rabelais, 11, G.) 

2° Style brillant. 

Cérntti fait des pbrases luisantes. C'est le limaçon de la littéra- 
ture : il laisse nne trace arpentée; mais ce n'est que de l'écume. 
(H i va roi.) 

'i" Style burlesque. (Voy.) 

4° Style de cbarlatan. 

Avec trois gouttes de mou élixir, j'ai eu l'honneur de guérir 
Sa Hautesse le dey d'Alger d'une indigestion de blé de Turquie. 

5" Style ennuyeu.x. 

Rivarol a dit : « Condorcet écrit avec de ro})ium sur des feuilles 
de plomb. » 

Tous les genres .sont jiuiis, liors le geiu'e einuiyeuv. 

G" Style épistolaire. 

Si j'en crois l'almanacb, il n'y a que deux jours que je suis 
séparé de ^ous : si j'en crois mon canir, il y a deux siècles. 

7" Style fleuiM. 

L'abbé Bernis, à cause de son style I1eui-i, avait été surnommé 
« Babct la Bouquetière » . 

8° Style à la Janot. 

Un a beaucoup parlé du singe de l'impératrice : c'est une 
guenon. {Gazette, 3 mars 1870.) 

9° Style de journaux (style créé par Josepb Prudhomme). 

Par suite de la tàcbe que j'assume, je ne me dissimule pas la 
responsabibté qui m'incombe. 

Cet accident a produit une douloureuse sensation. 

Un dél)utant all'rontant pour la première fois le feu de la rampe. 

La justice poursuit le cours de ses investigations. 

Les voyageurs sont tenus d'obtempérer aux injonctions de l'au- 
torité. 

L'hydre de la révolution ; la soldatesque elfrénée ; le verdict de 
la postérité ; le vaisseau de l'État. 



462 STY 

10" Slylc l;ic()iii(|ii('. (Voy.) 

11» Slylt' inaciiroiiKiiie. (Voy.) 

12' Slylc iiiyllioloiiiqiK;. 

L;i lyre d'AinpIiion : la laiilcnic do Diouviie : lo caducée de 
Mcrciii-c ; la troiiipcllc de la Reiioiniiiée ; les ciseaux des Parques; 
le lil de Procusle. 

13" Style obcur. (Voy. (j/ilinuiiias.) 

l'i." Style ordiirier (dit des natiiralisles). 

Style où le mot propi'e est toujours inalproi)re. (Voy. Cam- 
bronne.) 

loo Style à la La Palisse. 

Avant que la foule fût arrivée, on circulait lii^rement dans les 
salons des Tuileries. {Gazette de France, février 1870.) 

10° Style en proverbes. 

Je voudrais une femme qui eût le cœur sur la main : qui sût 
quelquefois mettre sa langue dans sa poche ; qui eût le bras long, 
un peu de plomb dans la tète, et celle-ci pas trop près du bonnet. 
Je crois qu'alors notre ménage serait sur un bon pied. 

17'' Style réaliste. 

Le Petit Marseillais du 19 avril 1877 raconte que M. Tbiers, 
qui vient d'entrer dans sa SI™*' année, se rase lui-même, qu'il passe 
avec dextérité le rasoir sur le cuir, et qu'il le promène sans bésita- 
tion sur toute sa ligure, car on sait qu'il ne porte ni favoris ni 
moustaches ; et cela, sans se faire la plus légère entaille. Il lui 
arrive même, pendant l'opération, de continuer une conversation 
avec un visiteur; cela ne le dérange ni ne le distrait. Il parle, il 
sourit, il s'anime, et on le voit quelquefois quitter la croisée et la 
glace devant laquelle il se rase, pour s'avancer, le rasoir à la main, 
et la figure barbouillée de savon, vers son interlocuteur, pour 
discuter de plus près et triompher de ses objections. 

18" Style sentimental. (Voy. pathos.) 

19° Style sul)lime. 

Le sublime touche au ridicule ; le pathos est la parodie du 
pathétique, et, même après les larmes d'attendrissement, on finit 
toujours par... se moucher. 

Styx, du grec stux, horreur. 

Fleus^e d'Arcadie, regardé comme fleuve des enfers. 

— Jurer par le Styx. Ce fleuve, qui faisait neuf fois le tour des 
enfers, était redouté des dieux eux-mêmes ; ils ne violaient jamais 
le serment qu'ils avaient fait par le Styx. 



Firn 463 

Suaire, du kilin sun, cuiulrr : un l)ieii [)liit(U de siidaritini. 

Moiiclioir pour s'essuyer le visage, et qui plus lard servit à 
euvoloppor i;i tète du mort, avaut de l'ensevelir. Dans la suite, le 
suaire s'élargit pour envelopper tout le coi'ps. 

Sub, préposition latine qui niaicpie l'infériorité. 
A formé un préfixe, qui modifie sa consonne finale, par assimi- 
lation, dans des mots romme : succomber, suagércr, supporter. 
Devenu sous en français : sous-entendu, soutenir, soutVrir. 

Subreptice, du latin suh et ropere, prendre en dessous. 
Terme de jurisprudence. 
Se dit des faveurs ol»tenues sur un faux exposé. 
Subrepticement : furtivement, illicitement. 

Substantif, si/hs/fnifiruin {nomon). 

Mot variable (pii sert à désigner l'être, par opposition au nomcii 
adjerf/rin/i. f[ui désigne la manière d'être. 

Subtil, du latin subiilh. qui passe dessous, se dérobe. 
Synonymes : délié, lin, rusé. 

Sucre, de l'arabe sokkar, qui a donné le latin saccliarum. 

— La canne à sucre est originaire de l'Inde. Le mot grec 
sakkaron et le latin saccharum dérivent peut-être du sanscrit 
sarkaria, gravier, débris, c'est-à-dire sucre solide, de même que 
le sanscrit kandali signifiait sirop sécbé, ou candi. 

— Arrien nomme le sucre, miel de roseau. Dioscorides l'appelle 
le miel solide. Tzelzis, au xii'' siècle, nomme la canne à sucre 
ylijcijcalamos. équivalent de nieUlna canna ou canna mellis, 
noms donnés à la canne dans la basse latinité. 

— Tliéoiiliraste parle de roseaux qui font du miel sans abeilles. 

Qnique hibnnt tencra... nrundinc -succos. 

(LucAiN, P/iar.<a/e.) 

(Ceux qui boivent la douce liqueur des tendres roseaux.) 

— Pline {Illsloire naturelle) parle le premier du sucre comme 
médicament : « L'Arabie produit le saccliarum ; mais il est meilleur 
dans l'Inde : on ne l'emploie qu'en médecine. » 

— La cristallisation du sucre paraît due aux Arabes, qui, vers 
lloO, transportèrent en Sicile la culture de la canne et les procédés 
de la fabrication du sucre. 

— En France, les premières raffineries furent établies à Nantes, 
en 1770, et plus tard à Orléans et à Paris. 



464 SUF 

l'iii 177S, les fi't'TOS Hoiiclirric. de |{oi'(l(';iii\. iicrl'cctioiiiH'-n'nl le 
ral'liiin.uo et ohtinroiit 00 0/0 du siicn' luiil. dont on nohtcn.iit 
jiiS(iirnloi-s que ()7. 

Vers J(S10, le Hlociis coiilinciilMl doiiii;i iiaissaiire nu snrre indi- 
ut'iic de- Ijelterave, dont la production était devenue si considérahle, 
en JS'il{, f|iie lo aoiivcrnomcnt en proposa la suppression par voie 
dindeninité. 

— Le sucre ne fait de mal qu'à la bourse. Ce proverbe, très 
accrédité dans le peuple, est démenti par la science, qui affirme et 
démontre que le sucre est écliaulfant. 

— C'est un apothicaire sans sucre : il manque des choses les 
plus indispensables à sa profession. 

— Le sucre a été employé dans les pharmacies bien avant d'être 
d'un usage aussi universel qu'aujourd'hui. 

Ce n'est pas une substance uutrili\e, mais respiratoire. Il fournit 
dans l'acte de la digestion, les éléments combustibles qui entre- 
tiennent la source de la chaleur et la production de l'acide carbo- 
nique. 

— Le mot sucre, dans la langue populaire, remplace quelquefois 

un mot ordurier. 

Et l'on vous renverra 
Faire du sucre et eœtera. 

(Coi.i.i-:, C/iansons.) 

Au temps du Blocus continental, une caricature représenta le 
roi d'Angleterre jetant de l'autre côté du détroit une betterave, et 
s'écriant : « Va te faire... sucre ! » 

— Morceau de sucre trempé dans l'eau-de-vie : canard. 

— Pain de sucre : enfant de chœur (Vidocq). Allusion à sa petite 
taille et à sa robe blanche. 

Sucrée. Faire la sucrée : la prude, la bégueule. 

Ne fais point tant la sucrée. (Molière, Georye Dandin.) 

Suer, du latin sudai'e, provençal sudar. 
Synonymes : suer sang et eau ; suer d'ahan ; être tout en nage. 
(Voy. eau.) 

Suffisance. (Voy. outrecuidance.) 

La suffisance est Tamour-propre des autres (?). 

Les gens suffisants sont toujours insuffisants. 

Suffixe, du latin sub et fixas, ajouté à la suite. 

Syllabe ou lettres qu'on ajoute à la suite d'un radical, pour en 



sur 465 

niodilier l;i siuiiiliciition. S'oppose h pi-r/irc. (f/iiii et r.iiilro sont 
des ff/'/îj'c's.) 

Suicide, foniié des éléiuenls latins .sui, de soi, el rœ//erc, idée 
de iiietti'e en pièces, tuer, qnl se retronve dans homicide. 

— C'est l'alihé Desfonlaiiies qui créa ce mot, en 1738, à l'iinila- 
lion de homicide. Les anciens employaient des périphrases pour 
exprimer l'idée de suicide : se faire mourir, se tuer, se donner la 
mort. Suicide, mot très inlelliuihie. est plus rapide dans le lan- 
«iage, et exprime parl'aitemenl la pensée. .Mais le verlie se suicide}' 
constitue un pléonasme : je me suiciderai (ji; me tuerai soi-même), 
est absurde. 

— L'iionune est le seul auiuial (pii se douue la mort. 

— Platon (/V/t'V/o/<) c(Hi(la ni iu> le suicide, commo l'acte d'un lâche 
qui déserte son poste. 

Sénèque et les stoïciens l'exalleut comme un acte héroïque. 

La religion catholique le condamne, comme un acte de rébellion 
contre la volonté divine, et refuse au suicidé la sépulture en terre 
sainte. 

— H faut être brave pour commettre la lâcheté du suicide. 

— Le suicide peut être attribué à des causes très diverses et 
apprécié difïéreminent selon ses causes. 

Il peut être, chez Judas, la peine que le criminel s'inflige à lui- 
même. Chez Caton et Brutus, c'est l'eflet du désespoir d'une grande 
âme ; chez les veuves du Malabar, un acte de dévoùment, ou le 
résidtat d'un préjugé barbare : ou enfin chez un Chatterton ou un 
Werther, le fruit du dérèglement de l'imagination. Le plus souvent 
il faut l'attribuer à la foUe. 

Suisse, colonie grecque de Marseille, s'appelait Helvelia au 
temps des Romains, et a pris le nom de Suisse de celui du canton 
de Scliwitz, où se donna le premier comljat qui assura la liberté 
du pays. 

— Nom donné aux portiers. 

Depuis Louis XI les Suisses ont servi la France, et, sous 
Louis XIV, on a appelé suisses les portiers des grandes maisons^ 
parce qu'ils étaient très recherchés pour ces fonctions. Une dépêche 
du 18 juin 17^2 prescrit aux intendants des arsenaux de remplacer 
les gardiens des portes par des Suisses de nation. 

Ce larj^e Suisse à cheveux blancs 
Qui ment sans cesse à votre porte. 

(VoLIAlliK.) 



4()(i SUf 

— Mercier {Tuhloau de Parla, rli. 370) dit : « Portier et Suisse 
sont (Icvemis synonymes en France... Ces Suisses conservent leiii-s 
mœurs étrangères an milieu de Paris. Leurs manières sont loii- 
jours un peu brutales; mais le Suisse le plus urossier devient poli 
vers le temps des éti-ennes. 

« Aux portes des jardins royaux, les Suisses ne laissent passer 
ni domestique, ni servante, ni soldat, ni ouvrier, et les livrées de 
l'indigence sont repoussées avec dédain. Les filles de joie, qui, à 
l'entrée de la nuit, se glissent dans les jardins, sont renvoyées par 
les Suisses ou même arrêtées, quand il y a scandale; mais plusieurs 
obtiennent grâce et vaguent librement, quand elles ont su partager 
avec le portier leur bénéfice nocturne. » 

Point (rargcnl, jtoini de Suisse. 

(Kacinh, Plaideurs.) 

(On n'a rien pour rien.) 

Les Suisses qui servaient autrefois en France, tenaient beaucoup 
à être exactement payés, et leurs réclamations, en cas de retard, 
étaient exprimées par ces mots : « Argent ou congé. » 

Grillon, dont Henri IV faisait grand cas, mais qu'il ne pouvait 
payer, lui dit un jour : « Sire, trois mots : argent ou congé. » Le 
roi lui répondit : « Grillon, quatre mots : ni l'un ni l'autre. » 

— Sous la Restauration (1815), un officier françafs dit à un 
officier suisse : « Je ne voudrais pas servir, comme vous, pour de 
l'argent ; nous autres, Français, nous servons pour l'iionneur. » 
Le Suisse lui répondit : « Nous servons tous deux pour ce qui nous 
manque. » 

— La devise des cantons suisses est : « Un pour tous, tons 
pour un. » 

Suivre, vieux français seure, du latin barbare sequere. 
Au même radical se rattachent : obséquieux et séquelle, qui se 
prennent en mauvaise part; conséquence, persécuter, obsèques, etc. 

— Il y a deux cboses qui nous suivent malgré nous : notre ombre 
et nos chagrins. 

— Qui m'aime me suive I c'est-à-dire imite mes actions, me 
seconde. 

Sequi amicum ''Gicéron) : rester fidèle à son ami. 

PhiUppe VI, de Valois, décida du sort d'une bataille contre les 
Flamands, malgré l'avis du Gonseil, en criant: « Qui m'aime me 
suive ! » 



SUP 467 

FraïK-ois h'\ en IDIo, ;'i ITiuc de slwA nn?, iiiiilM rot exemple ;"i 
I;i iKitnillo do M;n'i,uii;m. 

Lo diif do lirissiir. |)n"'t ;'i clwirLîor ;ivoc sa rav;dorio un corps 
onnenii considrialilc se retourna vers sa troupe ot rria : « Kn 
avant ! et Jean 1... (pii ne me suit pas ! » 

Henri de la Rocliejaqueloin harangua ainsi ses soldats au moment 
de la bataille : « Si j'avance, suivez-moi : si je recule, tuez-nu)i : si 
je meurs, vengez-moi ! » 

— Synonymes : filer, espionner, surveiller quelcpiiiu on lo suivant 
pailoiil. 

Sujet, du latin siibjectum, placé sous, inférieur. 

— Mauvais sujet. Cette locution semble en contradiction avec le 
sens du mot sujel, qui exprime l'idée de soumission et d'obéissance. 
.Mais, ici, il est pris pour liommo en général. L'homme est. en elTet, 
soumis, assujetti pendant toute sa vie aux inlluoncos extérieures ; 
il est l'esclave de ce qui l'environne, et, par conséquent, un sujet, 
dans la force du mot. 

Dans lo langage familier, l'expression injurieuse « mauvais sujet»» 
se prend souvent en bonne part, et quelquefois c'est plus qu'une 
louange, c'est une caresse. 

— Dans une discussion que le Dauphin, fils de Louis XV, eut 
avec M. de Choiseul, premier ministre, le prince se mit à dire que, 
s'il régnait un jour, il saurait bien réprimer l'orgueil de ce sujet. 
« 11 est vrai, Monseigneur, dit le ministre, que je pourrai devenir 
votre sujet : mais je ne serai jamais votre serviteur. » 

— Après la mort do Louis XYlll, lo docteur Breschot dit à ses 
aides, au momonl do faire lautopsio : « A[)[»rochez le sujet. » C'est 
lo uoui ([u'on donne aux cadavres dans les amphithéâtres. — M. de 
Duras en fut lilossé et dit : «Je vous ferai remarquer. Monsieur, 
qu'il n'y a de sujets ici que ces Messieurs, vous et moi : ces dépouil- 
les sont celles du feu roi. » 

Superflu, du latin super et fluere, déborder. 

Le sii|U'rflM, chose si inrossairo. 

(Voi.TAlIlK.) 

Supérieur, du latin sujtcrior, qui est au-dessus. 

— C'est supérieur à tout : il faut tirer l'échelle. 

Superstition, du latin sapei^slltio, super et slnre: ce qui 
dépasse les limites de la croyance (?). 



468 SUR 

SonlinUMit do vénérntion religieuse, fondé sur l;i civiinte on 
ri,mi()r;iii(('. 

— f.;i siipcrsliliim. on croyance ;'i une puissjince iinfiginaire, a 
exei'cé (le loiil I<'iii|is iiiic urando inllneiice sur les coiitiimes des 
nations. 

Telles sont les croyances aux fées ; aux korriganes, en Hretagne ; 
au drac, en Languedoc. Tels sont le follet, le gobelin, de Normandie; 
les sorciers ; le loup-garou; le meneur de loups, du Berry. 

Ajontons-y les sortilèges, la magie, la divination, les i)ropliéties 
de Martin et de Noslradamus : la terreur causée par les comètes : 
la cartomancie, l'envoûtement, etc. (Voy. treize, vendredi.) 

— Poni' régir les l'onles, il n'y a rien de plus efficace que la 
superstition. 

Nu lia res mnllilnd iiicni officariiis rcyil (pi a m si/jierslido. 
(Quinte-Curce, liv. IV, cli. 10.) 

Supplice, du latin siip})Urhiin, sup])li('alion. 

Prière (pii précédait l'exécution d"iin condamné, à Rome. 

— V\\ dictionnaire des dilïérents supi)lices pratiqués chez tous 
les peuples, ferait frémir la nature, et montrerait l'étendue de la 
barbarie et de la cruauté du cœur humain. (Voy. knout .) 

Sur, sus, préposition et adverlie, de suj)er et snrsum. 
Sus s'est conservé dans la locution en :<us, et dans rinterjcclion 
or sus ! synonyme de debout! alerte ! 
On dit encore : courir sus à quelqu'un. 
Sus. joint à (le, a donné dessus. 

— Sur, adjectif (certain), ancien sciir. du latin securum. 
Pour sûr, il arrivera demain. 

— Sur, adjectif (acide), de l'allemand .s-r/^/^r: d'où suret. (Il serait 
risqué de le faire venir de Suresnes.) 

L'apprendre est sour; 
.Mais le fruit est douceiir. 

Suresnes (vin de) : mauvais vin (vin sur, aigre). 

— Pour boire un verre de vin de Suresnes, il faut être trois : 
celui qui le boit, et deux acolytes pour le soutenir^ si le cœur lui 
manque. 

— 11 y a aux environs de Vendôme, dans l'ancien patrimoine de 
Henri IV, une sorte de raisin qu'on appelle su7'en. Il produit un 
vin blanc très agréable, qui se bonitie en vieillissant. Henri IV 
l'aimait beaucoup, et il y a encore dans ce pays un champ de 



SYB 469 

viiînos qui s'appollo le dos (VIItMiri ÏV. Plus tard, on a cru quft 
c'rlait le villauc do Surosuos. pivs Paris, qui avait |)i-o(luit le vin 
fa\()ri (lu Ht'aruais : c'est la réssoniltlauco dos iioiiis qui a causé 
cette eiTi'Ui-. 

— PieiTO d'Andeiss, daus S(»u [loèuu' de la lUildilIc dex r/'iis, 
nomme Deuil. Monliuorency, iMarly, Arpenteuil, mais ne dit rien 
de Siiresues. qui est aussi dans le voisina.ae de Paris : ce (pii i)rouvo 
qu'au xiir' siècle, ce vin n'avait pas [)lus de mérite qu'à présent. 

Surfaire, de sur el foire. 

— L(> P. Bourdaloue surfait dans la chaire: mais, daus le confes- 
siiiiiiial. il donne à hon mai'clié. 

Surnom \iendrait. selon Ducanae, de ce qu'autr(M'ois. dans les 
actes, (in l'écrivait au-dessus du nom. 

Suzanne (la cliasle), oriuine hildique. 

Suzanne, femme de Joacliim, très belle et très vertueuse, fut 
surprise par deux vieillards pendant qu'elle était au bain. Ils la 
menacèrent de la faire condamner pour adultère, si elle refusait 
de les écoulei'. Su/aune jeta un ci'i : les deux suborneurs l'imi- 
tèrent et aflirmèreul ([u'ils \enaienl de la voir avec un jeune 
homme, qui s'était enfui aussitôt. On la jugea et on allait la 
condamm'r à mort : mais les deux accusateurs furent confondus 
par Daniel, et ils subirent le supplice qu'ils avaient injustement 
réclamé contre Suzanne. 

Sybarite, oi'i.uine péopraitliifpu' : de .S'y 6r//v',s-, ville de l'Italie 
méridionale, dont les babitants étaient si voluptueux que leur 
mollesse était passée en proverbe. Cette ville tirait son nom de la 
rivière de Svbaris, à remboucbure de laquelle elle était bâtie; ou 
du grec sijharis, luxe(0- 

Svbaris fut détruite, TilS avant .lésus-tJbrist, parles Grotoniates. 

Les médailles de Svbaris prouvent que les arts y étaient portés 
au plus haut degré de pei-feclion. 

— Les Sybarites n'étaient occupés que de festins, de jeux, de 
spectacles. Ils récompensaient magnifiquement les cuisiniers qui 
réussissaient le mieux à faire des découvertes dans l'art de flatter 
leur palais et de satisfaire leur gourmandise. Ils bannii-ent de leur 
ville les coqs, pour ne pas être réveillés par leur chant matinal, et 
les artisans qui faisaient du bruit en travaillant. Un Sybarite se 
plaignit d'avoir passé une mauvaise nuit, parce que, parmi les 



470 SVN 

feuilles de roses dont ét;»it seim'' <ihi lit, il \ m .u.iit inif i|iii s'était 
pliée en deux. 

— On appelle aujounriuii sijhnriit' uu lioiiiuie qui luéne une vie 
e\trènieuieut molle et \oluptueuse. 

— Il y avait chez les anciens les proverbes : Sybaritirn mensti, 
tal»le de Sybaris: Si/hariticus sus, pourceau de Sybaris. 

Sycophante, du urec sijinpluintf's. de sukf', ligue, et phfiinù, 
uionlror. 

— Les Athéniens avant défendu par une loi, d'exporter les ligues 
de l'Attique. et une forte récompense étant accordée à ceux qui 
révéleraient la fraude, des hommes pervers abusèrent souvent 
de ce prétexte pour accuser des innocents : de sorte que le mot 
si/cophnntf devint synonyme de délateur et de calomniateur. 

Syl, sym, syn, préfixe grec, correspondant à runi du latin: 
Il du grec sassimile parfois, on s^> supprime : <\métrie\ syUepse, 
symbole, synthèse. 

Syllogisme, du grec sun, avec et /o;/isoitini. je raisonne. 

— Les stoïciens avaient imaginé ce syllogisme captieux : Une 
mère supplie un crocodile de lui rendre son enfant, qu'il est prêt à 
dévorer. « — Je te le rendrai, dit le crocodile, si tu réponds juste 
à cette question : Ai-je envie île te le rendre '. — Non. — Tu as 
deviné, dit le monstre: mais, si je te le rendais, tu n'aurais pas 
deviné. > 

— Épiménide a dit que tous les Cretois sont menteurs. O