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Full text of "Dictionnaire des locutions populaires du bon pays de Rennes-en-Bretagne"

^ I 



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^(> ù n~^ 



DICTIONNAIRE 

DES LOCUTIONS POPULAIRES 

DU BOX PAYS DE 

RENNES-EN-BRETAGNE 



pi^ii§ii&^l 



H. COULABIX 



Dictionnaire 



DES LOCUTIONS POPULAIRES 



DU BOX PAYS DK 



RENNES-EN-BRETAGNE 







Rf:\\\'i:s 

HYACIN'THH CAILLIHRH, LIBRAIRIZ-liDITEUR 

2, l'LACl- DU PALAIS, 2 



?c 



, 



•a \fon aimable et excellent ami 
Monsieur C 



Je vais me parjurer, mon excellent ami, 
et vous en êtes la cause ! 

J'avais juré que le TDir ne verrait jamais 
le jour, et depuis vingt ans vous insistez 
pour qu'il soit public. — Avez-vous songé 
à la lourde part de responsabilité qui vous 
incombe dans le gros péché que vous me 
faites commettre ? 

tJîlea jacta est ! Je me rends à vos désirs, 
cher complice. Advienne que pourra ! 

Votre antique ami, 
H. C. 



'li^ennes, Mars iS()i. 



« // V i; une lougiie liste de 

tenues populniies qui n'est pns à dédai- 
gner, comme elle pourrait le paraiire 
d'al'ord. Combien de personnes distinguées, 
qui ne sont jamais sorties de la Cour ou du 
grand monde, et qui, se trouvant quelque- 
fois obligées de descendre dans de certains 
détails avec des gens du peuple, ne compren- 
nent rien éi ce qu'ils disent ! » 

(Zacharii; Chasthi.ain, i7)0.) 



^t^ 



L VOUS iinpoilc peu, ii\'sl-cc pas, cher 
lecteur, de savoir qui je suis, il'oi'i je 
viens, et pourquoi j'ai fait iiiipriiiier 
ce petit livre ? 



Il est cependant d'usai^e de s'expliquer 
sur ces différents points, cl il v a plusieurs 
manières de le faire. La plus « di^liit^^^uée » 



— VIII — 



est, à coup sur, de se faire présenter par 
un préfacier connu, dont la compétence et 
la notoriété servent de passe-port, de sauf- 
conduit, d'introduction, de reconimandalion. 
J'aurais pu demander ce service à un ami 
« lùen posé » qui, par politesse, n'aurait 
pas osé me refuser ; nmis, au fond, il 
m'aurait envoyé à tous les diables, jugeant 
que mon modeste travail ne valait pas la 

corvée que je lui imp>osais Et il eût 

eu raison. J'ai donc pris le parti que je 
crois le plus sage : celui de me présenter 
tout seul. De cette façon je n'aurai pas de 
reproches à me faire, puisque je naurai 
compromis que nioi-niéme. 



Oui je suis ? D'où je viens ? Je vais 
vous le dire, cher lecteur. 

Je suis un vieux rennais Vers la 

fin de i8)o (j'avais alors vingt ans), je 



fus admis à l'emploi de sccréiairc dans les 
bureaux de VElat-major de la zj'"' Divi- 
sion militaire^ à Rennes. 

Le ,chef d'Etat -major de la Division, le 
colonel Carvalho, portugais d'origine, — 
inais qui s'était donné corps et âme à Li 
France, — me témoigna beaucoup de bien- 
veillance ; et, sur sa proposition, le géné- 
ral baron de 'Bigarré me nomnui aux 
fonctions de greffier prés le i" conseil de 
guerre de la 'Division, fonctions que j'ai 
occupées pendant trente-cinq années consécu- 
tives. 

Au colonel Carvalho succéda bientôt le 
colonel Lechartier de la Varignière qui, 
plus tard, commanda le département de la 
Manche. 

Enfin, e)i 1S42, le colonel de Tessîères 
vint à son tour occuper les fonctions de 
chei d' Etat-major. 

Comme ses prédécesseurs, cet ojjicier supérieur 
m'accorda toute sa confiance, m'accueillit avec 
la même bouté, et je comptai au nombre de mes 



meilleurs jours ceux que j'ai passés dans Vinti- 
iiiilé lie la famille si bonne cl si patriarcale de 
cet excellent homme, (i) 

J'ai tenu à rappeler ici les noms de mes 
(généreux bienfaiteurs aujourd'hui disparus. 
Ma reconnaissance pour eux ne s'éteindra 
(ju'avec le dernier battement de mon caur. 



Et maintenant que nous avo)is fait connais- 
sance, cher lecteur, je vous dirai comment 
et par qui me fut suggérée l'idée de former 
ce petit recueil. 

Madame de Tessières était fille de M. Noël, 
l'auteur des classiques qu'ont tant feuilletés les 
étudiants de mon temps. C'était non seulement 
une personne des plus distinguées par son érudi- 



(i) M. de Tessières est mort à Paris le 14 novcmhre iSj6. Son 
fils, jeune clbriUant officier d'cirtilleric, a été lue dans la guerre 
fratricide de la Commune. Madame de Tessières elle-même 
n'échappa que par miracle aux halles des comr,iunards. Elle est 
morte à Paris le iç novembre iSjS. 



iion, mais, à ioutcs ses chaiiiiaiilcs qualités elle 
en joignait une qui, nialhcurcnsement, devient 
plus rare de jour en jour : elle était excellente 
ménagère et savait, au besoin, mettre (comme on 
dit) la main à la pâte. 

Elle se trouva donc obligée, à cause nénie de 
ce précieux don, et pour les besoins de sa maison, 
de (( descendre dans de certains détails avec des 
f( gens du. peuple. » Elle jut frappée d'entendre 
une foule de mots quelle ne comprenait point, 
ou dont le sens était complètement détourné. 

A l'automne qui suivit son arrivée à %ennes, 
Madame de Tessières voulut faire des confitures 
de groseilles. Le jardinier auquel elle s'adressa 
lui apporta une énorme pannerée de groseilles à 
maquereau . — « Que m' apportez-vous là, mon 
« brave homme? » //// dit madame de Tessières. 
<( fe vous ai demandé des groseilles à grappes 
<( pour faire des confitures, et vous m'apporte~ 
(( des groseilles à maquereau...^) Eh! nuidame, 
répliqua le jardinier, « que ne dema)hiie~-vous 
« des castillcs ? » 

Madame de Tessières, comme toutes les Tari- 



— XII — 



siennes sans doute, ignorait ce que c'était que 
(les castilles. 

Le soir, elle me raconta sa petite mésaventure. 
Je lui citai, à cette occasion, plusieurs locutions 
rennaises quelle entendait povr la première fois. 
Elle en inscrivit sur un petit cahier une cin- 
quantaine environ. 

En iSjo le colonel fut admis à la retraite et 
nous quitta avec sa famille, au grand déplaisir 
de la société rennaise qui ne l'a pas encore 
oublié. 

En partant, madame de Tessiéres me laissa 
son petit recueil que je me promis d'augmenter. 

Après un long sommeil je me suis remis à 
l'œuvre, petit à petit, par boutades, occupant 
ainsi une partie des loisirs de ma retraite, et 
sans avoir jamais eu la pensée, (on me croira 
sans peine), que mon travail me vaudrait un 
fauteuil, ou viéme un simple tabouret, dans une 
Académie quelconque. 



— XIII 






// me reste à m'expliqucr sur un point. — 
^Pourquoi me suis-je décidé « sur le tard » à 
faire imprimer le Dictionnaire des locutions 
populaires du bon pays de Rennes-en-Breta- 
gne, alors que j'avais bien juré que mon manus- 
crit resterait éternellement enfoui au fond de 
mon tiroir ? 

Il y a vingt-cinq ans environ, j'eus le bonheur 
de lier connaissance avec un homme aimable et 

charmant, M. C , qui fut amené, par les 

hasards de la vie de fonctionnaire, à fixer sa 
résidence à 'î^ennes. Nous ne tardâmes pas à 
devenir bons amis, — très bons amis même, — 
et nous allions souvent, avec nos familles, faire 
de longues pronwnades dans la campagne des 
environs de Raines. 

Comme l'avait fait jadis Madame de Tessiè- 

res, M. C prit un vif intérêt à entendre 

parler nos paysans, et, >uiturellenu'nt, je lui 
communiquai mon recueil qui grossissait de jour 



en jour. C'est alors que M. C m'engagea 

vivement à le publier. Je lui déclarai fonnelle- 
ineut que jamais, au grand jamais^ le 'DIC ne 
ferait « gémir les presses ». (C est sous ce nom 
cfe Die, abréviation de Dictionnaire, que, dans 
nos causeries familières, nous désignions mon 
recueil manuscrit). 

Mon ami insistait Je tenais bon. — // 

insista pendant plus de vingt ans et pendant 

plus de vingt ans je tins bon 



Enfin fai cédé ! 

Cher lecteur, que votre critique soit légère à 
un débutant de quatre-vingts ans ! 

H. COULABIN, 

Officier d'adminiitialion 
de la Justice mililaire en retraite. 



ABRÉVIATIONS 



Abr. 


Abréviation. 


Ac.\D. 


Dictionnaire de l'Acidémie 


Adj. 


Adjectif. 


Adv. 


Adverbe. 


Adv. pron. 


Adverbe pronominal. 


B. Lu. 

Bas. Lu. 


j Basse latinité. 


Besch. 


Dictionnaire de Bescherelle 


Bkant. 


Brantôme. 


C-à-d. 


C'est-à-dire. 


Cf. 


Conférez. 


Ch. 
Chap. 


1 Chapitre. 


Cliron. des D. 
de Norm. 


Chronique des Ducs de No 


D. 


Demande. 


Des 2 g. 


Des deux genres. 


Dict. pop. 


Dicton populaire. 


Duc. 


Ducange. 


Ex. 


Exemple. 


Etym. 


Etymologic. 


Excl. 


Exclamation. 


Fam . 


Familier. 


Eig. 


Au figuré. 


Garg. 


Gargantua. 


Interj. 


Interjection. 


La Font. 


La Fontaine. 


Liv. 


Livre. 


Loc. 


Locution. 


Loc. adv. 


Locution adverbiale. 


Loc. pop. 


Locution populaire. 


Mém. 


Mémoires. 



Mont. Montaigne. 

yi S". Même signification. 

NoRM. Normandie. 

Pamt. Pantagruel. 

Part. Participe. 

PI. ou plur. Pluriel. 

Pop. Populaire. 

Pr. Pronom. 

Piép. Préposition. 

Pron. Prononcez. 

Pr. pers. Pronom personnel. 

Pr. poss. Pronom possessif. 

Qqf. duelquefois. 

Clqn ou qn. Q.uelqu'un. 

dqs. duelques. 

R. Réponse. 

Rab. Rabelais.* 

Rom. Roman. 

S. Substantit. 

S. et adj. Substantif et adjectif. 

S. f. Substantif féminin. 

S. f. pi. Substantif féminin pluriel. 

S. m. Substantif masculin. 

S. m. pi. Substantif masculin pluriel 

Syn. Synonyme. 

Trév. Dictionnaire de Trévoux. 

V. Verbe. 

V. a. Verbe actif. 

V. n. Verbe neutre. 

V. pr. Verbe pronominal. 

Vieux fr. Vieux français. 

Voy. ou V. Voyez. 



DICTIONNAIRE 

DES 
LOCXJTIOISrS l'OPXJL .AUTRES 

DU BOX PAYS DE 

RENNES-EN-BRETAGNE 



J^ 



Abècher, v. a. dont les auteurs et les grammai- 
riens ont fait ahccqmr, donner la becquée. Nous avons 
conservé, nous, le mot primitif, et nous disons : 
l'oiseau ahcche ses petits, leur porte la hcchcc. 

SARTHE : ahcchcr, m. sg. — trév. : cilhéchcr. m. sg. — 
BESCH. : abecquer se dit aujourd'hui plus communé- 
ment que abècher et abéchir. 

Abégauder, v. a. vient de bégaiid. — Ex. : Il la 
trompait en Yahègaudaiit, en lui contant des sornettes. 
Voy. hcgaiid. 

Abîmer, v. a., gâter, salir, détériorer. — Ex. : Un 
meuble a été ahiuié dans un déménagement. On alniiie 
bien ses effets en voyage. Prenez garde, Adolphe, 
vous allez ahivicr ma robe. On dit aussi : je me suis 
àbimé, (sali). 



SARTHE : ahimer, m. sg. — nokm. : abiiner, m. sg. ; 
S'ahimer, se blesser. — acad. : abimer. Fig. et par 
exag., gâter, endommager beaucoup. 

Abominer, v. a., tenir à une personne ou sur 
une personne des propos abominables. — Ex. : Il lui 
faisait bon accueil et V abominait par derrière (vieux). 

NORM. : abominer, détester, diffamer. — besch. : abo- 
miner, avoir en horreur (Vieilli). 

Abriver, (s'), v. pr., se lancer, se jeter sur quel- 
qu'un. Ex. : Son chien s'est abrivé sur moi. — Voy. 
ebriver. 

Ce mot se retrouve dans le vieux français : abriver, 
abriever, ameuter, exciter, courir sur. — B. lat : 
abreviare. — Ex. duc. Adonc s'abrivérent contre lui. 
— On trouve avec un sens différent : trév. : abriver, 
arriver ; (n'est plus en usage). — besch. abriver, abor- 
der (vieux mot). 

Aburoter, v. a., élever un enfant au biberon. 
Ex. : Nourrissez-vous votre enfant ? — Non, j'ai été 
obligée de Vabnroier. 

Acaniller, (s'), v. pr. se dorloter, se rendre fri- 
leux, aimer le coin du feu. Ex. : Il s'acanille ; aussi 
s'enrhume-t-il au moindre troid. 

Ce mot a quelque rapport avec le français s'acagnarder, 
mener une vie de fainéant, norm. : s'acagnarder, deve- 
nir paresseux. — centre : s'acagnardir, rester au coin 
de son feu. 

Accourser, v. a., achalander. Ex. : Cette mai- 
son de commerce, cette boutique est bien accoursêe, 



~ 3 ~ 

cl une bonne clientèle. Probablement du latin accur- 
siis, concours, affluence. 

TRHV. : nccoiirs, vieux mot^ affluence d'advenants ; 
accnrsus. — n'ORM. accourser, achalander. accouvsè, en 
cours de bonne vente. — Vieux Fr. acoursé, achalandé, 
accrédité, chez qui il y a accours ou affluence de clients. — 
DUC. ; accoursier, acconrsin, chalan. 

Achaîson, s., dégoût. Avoir achaison, avoir dégoût 
d'un mets ou d'une chose. Syn. de danger. (Voy. ce 
mot). 

Achaisonnoux, se, adj., dégoûté. 

TRÉv. : achaisonner, vexer. — nap. landais : ochai- 
sonner, vexer, inquiéter ; n'est plus français. 

Achetoires, s. f. pi., pièces d'argent : £.v. .■ 
Sans achetoires on ne va pas au marché. 

Achocre, adj., grosse injure qui se traduit par 
entêté, bouché, stupide. Ex. : Le maître d'école de 
Chateaubriand l'appelait tête d'achocre. (Mém. d'Ou- 
tre-Tombe). On dit aussi : tête de mât. — Ce mot 
ne viendrait-il pas de achores, teigne ? 

NORM. achocre, s. m., homme brutal, violent, grossier, 
difficile à vivre, hargneux, obstiné. Dans la Manche, 

maladroit. 

Aciboter, v. n., se dit du blé qui ne débourse 
pas, dont l'épi ne sort pas de son étui, de son enve- 
loppe. 

Acoquiner, (s'), v. pr., contracter une habitude, 
se dit surtout d'une mauvaise habitude. Ex. : Depuis 



— 4 — 

quelque temps cet ouvrier, autrefois si rangé, s'lico- 
qtiine au cabaret. (Ce mot est français). 

ACAD. : S'acoqtiiner, va. sg., fam. 

Acouer, v. a., attacher par la queue. Acouer les 
chevaux pour les conduire à la foire. Vient de coue, 
queue. 

BESCH. : acouer, m. sg., fort usité à Paris et dans la 
plupart des provinces. Fig. dans Mont., lier, attacher. 
Voy. Coue. 

Acquît, s. m. Faire de Tacquil, locution très em- 
ployée, surtout chez nos ménagères. Telle étoffe n'a 
pas fait d'acquit, elle était de mauvaise qualité. 
Ex. : Prenez ceci, dira une marchande, cela vous 
fera de Tacquit. (Voy. Avange). 

A c't'lieure, pour à cette heure. Se prononce 
astejir ou astoiire. Cette locution, emplo);ée fréquem- 
ment dans la conversation, est l'équivalent de : 
à présent, maintenant, après cela. On dit aussi à 
c'i'hour' ci. Ex. : Telle besogne est finie, eh ben, 
à c't'hour' ci j'allons commencer telle autre... Si 
j'étais asture forcé de choisir, (Mont., liv. 3, chap. 19). 
Voy. Asttire. 

SARTHE : à c't'heure, m. sg. — centre. : a c't' heure, 
m. sg. — NORM. : aclitcur, achteu, asteur, asteu, m. 
sg. — Vieux Fr. : asleure, asture. 

Adelaizi, e, adj., touche -à- tout, désœuvré. 
Ex. : Voyez comme il est adelaizi, il a gâté toute ma 
besogne. 



— s — 

NORM. : adelaisi, inoccupé, oisif, qui a dé leisis. — 
Vieux Fr. : Le^, loisir, duc. : Voy. Lonlé\i. 

Adens, adv., se mettre adeiis, se mettre sur le 
ventre, la face contre terre. Nos paysans ont la mau- 
vaise habitude de se coucher et de dormir adens après 
le repas. Mettre un vase adens, le renverser le pied 
en haut. C'est un mot excellent, dit Littré, et qu'il 
est dommage de voir perdre. 

Adeuter, (s'), v. pr., se pencher, se courber. 

SARTHE : adenter, adcnlé, m. sg. — norm. : adens, 
adv., sur les dents. Ex. : Tomber adens, mettre un pot 
adens ; adenter, renverser un vase en mettant son em- 
bouchure en bas. — Vieux Fr. : adans, aden^, prosterné, 
le visage contre terre. Adenter. \° Appuyer son visage 
contre quelque chose, renverser quelqu'un le visage 
contre terre. 2° Mettre l'embouchure d'un vase en bas et 
le fond en haut. (duc). 

Adfors, adj,, étonné, surpris désagréablement. 
Ex. : J'ai été témoin de ce triste événement et j'en 
suis encore tout adfors. 

Adioter, v. n., devenir fou, idiot. Ex. : Que 
dis-tu ? que fais-tu ? vas-tu adioter ? (Quand on 
reproche à quelqu'un de dire ou de faire une chose 
déraisonnable.) 

Admesé, Admeshui, adv., désormais, mainte- 
nant, à présent. Ex. : Puisque tel ouvrage est ter- 
miné, adiiiesé j'allons en commencer un autre. Voy. 
Déniaisé, TDemaishui, McsJiui. 

Adouzainer, v. a., mettre par douzaine le linge 



— 6 — 

revenu du blanchissage. Ex. : Une bonne ménagère 
adoii:(aiiie ses nappes, ses serviettes, ses bas, pour les 
faire servir au tour et rang (chacun à son tour). 

Adsa, adv., à ce soir, dans la soirée. Ex. : Je ne 
le verrai pas c'matin, mais adsa. Le beau parleur dit 
adsoir. « J'arrivay arsoir de Marans. » (Henri IV à 
Mme Je la Roche-Guyon). 

Adsi !, va-t-en, hors d'ici ; ne s'emploie guère 
qu'envers le chien ou le chat dont la présence im- 
portune. Ce mot est habituellement accompagné d'un 
coup de pied donné à la pauvre bête. — Ex. : Adsi, 
Picard, s'écriait un mendiant ; tourne ton dos vers le 
mien, tes jambes me blessent. (Voy. le mot Ticard). 

Affalasé, e, adj., essouflé. Ex. : Je suis venu en 
courant, j'en suis encore tout affalasé. Cet adjectif, 
plus employé au masculin qu'au féminin, semble 
avoir pour étymologie le mot Fale, jabot des oiseaux. 

Afifété, e, adj., Goule affétée., palais usé, difficile, 
qui ne trouve aucun mets de son goût. Vient de 

afféterie. 

C'est un sens un peu différent de celui du français 
affèté, qui signifie trop recherché. Ex. : Je laisse aux 
doucereux ce langage ajfété. (Boileau). — norm.: ajffé- 
ter, 1° assaisonner, 2° disposer avec soin, embellir. 

Affiler, V. a., lancer, jeter. Ex. : Il a affilé son 
chien sur le mien. Voy. Enfiler. 

Afifourée, s. f., mesure agricole ou un repus. 



- 7 - 

Un tiers de jour de terre, ou 25 ares, i afources 
valent un hectare. 

Affourrer, v. a., àim'muùf d'Affouirager, donner 
le fourrage aux bestiaux. 

TRÉv. : affourrer et affourrager, m. sg. — norm. : affoiir- 
rée, ration de fourrage donnée aux bestiaux, affourrer, 
raffoiirrer, donner Yaffourrée. — Vieux Fr. : affourrer, 
affourrer, m. sg. — bas. lat. fora gare, (duc.) 

AflFronter, v. a., tromper, voler, manquer à ses 
promesses. Ex. : J'ai cru acheter une bonne étoffe, 
et j'ai été affrontée. 

Affronteur, affrontoux, s. m., homtne de 
mauvaise foi. 

SARTHE. : affronter, m. sg. — acad. : affronter, trom- 
per. Ce sens vieillit. — norm. : affronter, deshonorer, 
séduire (une fille), affronteux, séducteur. 

Afifûtiaux, s. m. pi., ustensiles, outils. Ex. : Il 
est arrivé avec tous ses aff'ùtiaux. Vient du verbe 
affûter. 

SARTHE. : affûtianx, m. sg. — acad. : affûtiau, baga- 
telle, brimborion. Pop. — norm. : affution, ornement, 
bagatelle. 

Afilée, s. f., laps de temps non interrompu, tout 
d'une traite. Ex. : Je les ai vu causer ensemble une 
heure d'afilee pour le moins. Quinze jours d'afilée. A 
Saint-Malo, on dit d'afile. — On voit que les mots afiJée, 
et affiler ci-dessus ont des significations différentes. 

SARTHE. : Tout d'une afilce, m. sg. — norm. : D'affilée, 
en file, à la suite les uns des autres. 



Agis, s. m. pi. C'est le treizième de la douzaine, 
le 5 pour cent ou le 10 pour cent que le vendeur de 
certaines marchandises donne à l'acheteur. Ainsi pour 
les noix et les autres fruits. Ex. : Combien le cent ? 
Combien la douzaine ? — C'est tant. — Vous me 
donnerez don' rs'agis ? (Ce mot ne viendrait-il pas 
du latin aiigcrc ?) A Saint-Malo on dit les agais. 

Agliacer, v. a., rendie paresseux. Peu usité. 

Agonir, v. a., injurier, agoni}- de sottises, d'in- 
jures. 

Agoniser, v. a., injurier. — Ex. : Au sortir de 
l'église, elle m'a agoiiiié de sottises. Agonir, par abré- 
viation. 

XORM. : agoniser, agonir de sottises, injurier. — sar- 
THH : agoniser, m. sg. — besch. : agonir qqn. d'injures. 
Pop. — Employé par Ricard, Rétif (77' Contempo- 
raine, i785\ 

Aguigner, v. a., agacer, provoquer. Ex. ; C'est 
une fille qui agnigne les garçons fConies d'Eutrapel). 
Montaigne a dit : « Ils se guignaient Vun ei l'autre. » 

BESCH. : aguigner, avertir en faisant signe des yeux. 
(Contes d'Eutrapcl). 

Ahan, s. m., douleur de côté avec respiration in- 
complète qui se produit lorsqu'on travaille ou qu'on 
court aussitôt après le repas. Ex. : Il faut que je 
m'arrête, j'ai le ahaii. On voit que ce mot a une si- 
gnification autre que celle qu'on trouve dans nos dic- 
tionnaires. — Voy. Lahan. 



- 9 - 

TRÉv. ahan, peine qui fatigue le corps et fait quelque- 
fois perdre l'haleine. — norm. : uhan, effort qui essouffle 
— chNTRi; : ahaniicr, être essoufflé, gémir. 

Ahoper, v. a., appeler quelqu'un de loin. — Je 
t'ai ahppé, et tu ne m'as pas oii'i. — C'est l'exclania- 
tion J^op', dont nous avons fait un verbe. 

Alangouré, ée, adj.; du vieux verbe ahvigoiuir ou 
alanç^ourer ; languissant, chétif, qui ne profite point. 
— Ex. : Cet enfant a souffert, il est alangouré. — 
Vient d'alauguir. — Dans Rabelais, alaugonri. 

TRÉV. : cdangoiiri, affaibli par une grande maladie ou 
affliction, langiiidus. — busch. : almigoiirir, vieux mot, 
rendre languissant. S'alniigoiirir, nhingcMiri, languissant, 
(vieilli). On dit aussi éhingoiiré, cnlangourc, et alangouré. 

Alatri, e, adj., se dit d'un 50/ fraichenient labouré, 
battu par une grande pluie. — Ex. : Ce carré, cette 
plate-bande ont été alatris par la pluie d'orage. 

Alfessier, s. m., un mauvais ouvrier, un pas 
grand'chose dont aucun patron ne se soucie. — Voy. 
H al fessier. 

NORM. : Halefessier, gredln, liomme de la pire espèce, 
mauvais sujet, de mauvaise mine. 

Ali, s. m., pain ou gâteau non levé, ou pain 
azyme. 

Vieux Fr. : alii, compacte, serré, d'où pâle alixc, qui 
n'est point levée, ce qui la ren 1 compacte, (duc.) 

Alobé, e, adj., hébété (Fougères). 

Alouette-bandée, s. f., Nous donnons ce nom 



au jeu de Colin-Maillard. Quand la personne bandée 
va se heurter à un obstacle, on l'en avertit en criant : 
a Casse-pot ! ». Ce jeu est fort goûté des garçons, 
qui, pour désigner la jeune fille « attrapée », sont 
obligés de recourir à de petites privautés qui n'ont 
rien de déplaisant, et que le jeu autorise. — Ex. : A 
quoi jouons-nous, mesdemoiselles ? A l'alouette ban- 
dée. — Voy. L'alouette. 

Aloyée, s. f., vache stérile ou vache bréhaigne.— 
De a privatif et Loye, taureau. — Voy. loye. 

Amain, d'amain, adj., commode à la iTiain, 
sous la main. — Montaigne a dit : o Ce me serait 
honte de servir ayant la liberté si à main » ; et 
ailleurs : « J'avais ce langage si prêt et si aviain. » 

NORM. : à main, loc. adj. commode (Awyot). à main, 

adv., commodément. 

Ame en peine. — Dicton populaire. Q.uand on 
heurte en marchant une' pierre qui vous fait trébu- 
cher, c'est qu'une âme en peine vous demande des 
prières. Un pater ou un ave peut la délivrer des 
flammes du purgatoire. 

Ameiller, v. n., se dit lorsque certains symptô- 
mes se manifestent chez les vaches sur le point de 
faire leur veau. Ex.: Je crais, ma, que « Belle Etaile » 
va b'entôt vêler, car elle ameille. 

Amenusir, v, a., pron. ain'nusir, amincir, dimi- 



nuer de grosseur une cheville, un manche d'outil. 
C'est une corruption de verbe amenuiser. 

TRÉv. ; awcH((/'5cr, rendre plus menu, miiiuere. — acad. : 
amenuiser, rendre plus menu. — xorm. ; amenussier, 
amincir, amoindrir. — Vieux Fr. : amenuisir, (Roman 
de la. Rose). 

Amesser, v. a., C'est, pour la femme qui vient 
d'avoir un enfant, assister à la" messe de relevailles. 

— Ex. : Ce ne fut que six semaines après ses cou- 
ches que Mnie X... put être amcssèe. — J'ai entendu ce 
verbe de la bouche d'une gentille Rennaise qui nous 
l'a apporté de Josselin (Morbihan). 

Vieux Fr. : amessement , messe de relevailles, fête de 
relevailles. lias lai. : Admissatio, cœremonia admissio- 
nis mulierum post nuptias vel partum. (duc.) 

Amiauler, v. a., faire sa cour à quelqu'un, cher- 
cher à séduire ou à tromper par de belles paroles. — 
Ex. : Tiens-toi sur tes gardes, i! cherche à t'amiaider. 

— Ce verbe, qui semble une corruption d'emmieller, 
tire peut-être son origine des miaulements intéressés 
des chattes. 

NORM. : amiaider, amadouer, circonvenir. — Vieux Fr. : 
amiaiûement, ameiaidement, amiablement, avec douceur, 
amicaliter. (duc.) — (Ceci donne une autre étymolo- 
gie de amiauler). 

Amoi, d'amoi, locution qui s'emploie avec la 
négative : Il n'a pas d'amoi, c.-à-d. il n'a pas cou- 
tume de faire cela. — Comme d'amoi, comme d'ha- 
bitude. (Vient sans doute de mos, coutume). Voy. 
Mos (d'à). 



— Il — 

Amoulageur, s. m., piqueur de meules. 

Amouracher (s') v. pr., s'éprendre d'amour. 

— Ne s'emploie qu'en mauvaise part. — Ex. : Cette 
fille s'est amourachée d'un ivrogne. — C'est le vieux 
mot s'énaiiioiirer, mais il est moins poétique, on doit 
en convenir. 

ACAD. : amouracher, engager dans de folles amours. 
S'amouracher. Tous deux fam. 

Amulonner ou Emmulonner, v. a., mettre 
en iitulon. 

KOKM. ainuloniu'r, emmulonner , disposer le foin en petites 
meules. — Vieux Fr. : amulonner, mettre en meules, 
annilgare (duc). 

Amuse-bègaud, s. m., spectacle ou objet qui 
n'a d'autre mérite que celui d'appeler l'attention des 
simples. Le mot, d'ailleurs, l'indique suffisamment. 

— Voy. Bègaiid. 

Ancien, ne, adj., âgé, ée, vieux mot toujours 
très usité, surtout chez nos pa3'sans. 

Femme je suis pauvrette et ancienne. 
(Villon. 15« siècle). 

SARTHE. : ancien, m. sg. — centre : Hancicn (h aspiré), 
personne âgée. 

Anet ou Anuit, adv., aujourd'hui, ce soir. — 
£.Y.: Puisqu'il est venu anet, il ne reviendra pas 
demain. — Vous n'en finissez : ce sera-t-)' pour anet 
ou pour demain ? 



- 13 — 

SARTHE : anmiit, m. sg. — norm. : anmii, enhui, 
aujourd'hui. — trév. : anniiit, aujourd'hui. Vieux mot 
venant de l'ancien usage des allemands et des gaulois 
qui comptaient par nuits et non par jours. Les paysans 
disent encore aiinit pour aujourd'hui. — besch. : anuit 
pour à la nuit. Est dit aussi pour aujourd'hui dans qqs. 
parties de la France. — Vieux Fr. : anuit, ennuit, cette 
nuit, aujourd'hui, (duc.) 

Anicas, s. m., — Vov. Haiiicas. 

Anille, s. f., Déquille, — Vieux mot frcinçais très 
usité à Rennes. — Ex. : Depuis son accident, il ne 
marche plus qu'avec des anilles. 

TRÉV. : anille, annille. On appelait ainsi autrefois une 
potence d'estropiés des jambes ou de vieilles. — besch.: 
anille, béquille, potence. — xorm. : anille, béquille. 
— Vieux Fr. : aniçote, béquille (duc). 

Anoche, Voy. Hanoche. 

Anoulière, s. f., vache qui n"a point produit de 
l'année. 

NORM. : anoulière, vache qu'on n'a pas fait saillir, ou 
qui n'a pas conçu, et qui continue à donner du lait. 

Anouyère, adj. f. — Galette anouycrc, lourde, 
épaisse. 

Antanne, adj. f. — C'est le vieux mot aniaii fé- 
minisé. — Se rapporte à l'année précédant celle qui 
court ; du latin aiite aiiiiinii. — Nos paysans font de 
l'avoine dans le champ où on avait fait de la pau- 
melle aiilainie (l'année précédente). — « Sais-tu, 
Mathurin, que tu me dois deux termes? » — » Oui, 



— 14 — 

nout' maître, répond le meunier, mais est-ce ma 
faute ? L'étang tarit oiianne, l'étang tarit antanne. » 
(Jeu de mots. Voy. Otianne). 

ACAD. : anian, s. m. l'année qui précède celle qui court. 
Vieux mot qui ne s'emploie plus guère que dans l'expres- 
sion : neiges d'antan. — Vieux Fr. : antan anten, ci-de- 
vant, autrefois. — norm. : antenais, poulain d'au moins 
un an. — anléiwis, antanois, agneau d'un an. 

Anuit, Voy. Amt . 

NORM. : anhui, ani, anieiit, enhiii. — centre : En 
hui, annidt. 

Ao, interject. ; s'emploie dans le sens interrogatif 
de hein. — Ex. : Jeanne ! — Ao ? ■ — ■ V'n'oiis quante 
ma ? — 7(7». — Ce colloque se traduit ainsi : Jeanne ! 
— Hein ? — Venez-vous avec moi ? — Oui. 

Apetissée, s. f., du v. a. apctisser, terme de tri- 
coteuse. — Ex. ; J'ai commencé les apctissèes, — les 
mailles qui diminuent le tricot, par opposition à celles 
qui l'augmentent. 

SARTHE : apetissée, m. sg. 

Apotichonner, v. a., élever au biberon un en- 
fant que la mère ne peut allaiter. — Ex. : « Nour- 
rissez-vous votre garçaille ? » — « Non, je l'apoti- 
chounc. » — Vient de potiche, petit pot. 

Apparaissance, s. f. — C'est le subst. apparence 
allongé. 

NORM. : apparaissance, m. sg. — centre : apparaissance, 
m. sg., — Vieux Fr. : apparaissance. 



— iS — 

Après, prép. — Etre aùrès qqn., le taquiner, le 
poursuivre : — Ex. : « Faites donc finir votre gars, 
mère Legras, il est toujours après moi. » 

ACAD. ; après qn. m. sg. 

Arâsj adj., des 2 g., plat, sans aspérité. — Dési- 
gne une femme de haute taille, sans grâce et sans 
tournure. On dit d'une femme aux hanches peu sail- 
lantes et dépourvue de poitrine : « Elle est toute 
d'un ards, toute d'une venue ; quelle perche ! quelle 
gaule 1 » — Dans nos casernes, l'homme flî'(/5 s'appelle 
planche à pain. 

Arbelaise, s. f., côte de porc. — Sans doute 
une corruption de Lard de laie ; aussi devrait-on dire 
arddaise. 

Arée, ou Harée. s. f. averse, grain de pluie. — 
Voilà encore une arée qui chauffe (un nuage qui va 
crever). — Les arées se succèdent dans les chaleurs 
d'orage. 

NORM. : Harée, averse, pluie d'orage. 

Argenté, ée, adj., qui a de l'argent. — « Il n'a 
pas de biens au solda (soleil) ; mais c'est un gars 
bien argenté. » 

TRÉv. : argenicu.x, se dit des gens qui ont de l'argent 
mignon, pecuniosus. Peu en usage, si ce n'est parmi le 
petit peuple. — besch. : argenteux, pop. et inusité. — 
NORM. : argenté, aigentii, ergentc, ergentu, riche, qui 
possède beaucoup d'argent comptant. 

Armelle, s. f., lame de couteau, petit couteau. 



- i6 — 

— C'est avec une mauvaise anndh qu'il s'est coupé 
le doigt. — Dérive à\inne. — C'est aussi le petit 
couteau cuslache que Rabel'.is nomme un gouet. 

XORM. : aniiL'!h\ altitnclli\ lame de couteau. — besch.: 
aluinellc , vieux mot, partie trancliante des couteaux, 
rasoirs, etc. Du latin hiiiella. — Vieux Fr. : alanelle . 
aletneille. tout instrument en fer qui est tranchant, ale- 
inella, alimella, aliimella. (duc). 

Armena, s. m., almanach. 

NORM. : annéna, aniiana, crinéna, ermana, alména. 
SARTHE : aniicna. — CENTRE : armena. 

Arocher, v. a., lancer des pierres, des roches, 
comme on dit dans nos villages. — Ex. : « Je te 
défends d'arochL'r mon chien ». ^ S' arocher, se lapider. 

NOR.M. : arracher, rucher, lancer (des pierres.) — Vieux 
Fr. : ruer, lancer, précipiter. 

Aroler, v. a., lancer méchamment un objet à 
qqn, se précipiter brusquement sur qqn. — Ex.: lisse 
sont aroh's l'un sur l'autre (se sont pris corps à corps). 

— Vient peut être de ruer (se), ou de rouler (?) 

Arolée, s. f. , vient d'aroler, mais avec une signi- 
fication différente. — Ex. : Il a fait ses dix lieues 
d'arolèe, c. à d, tout d'une traite, sans se reposer. 

Arrivoir, s. m., petite anse pratiquée au bord 
d'une rivière ou d'une pièce d'eau, et que partout 
ailleurs on nomme abreuvoir ou lavoir. — Nos bes- 
tiaux sont menés à l'arrivoir, et c'est aussi à Varri- 
voir que nos ménagères lavent le linge de la ferme. 



— 17 — • 

Arsouille, s. m. Ce mot s'applique au fainéant, 
au pochard, au propre-à-rien, au voyou ; le mot 
arsouille résume toutes ces épithètes. — On ne dit 
guère d'une femme qu'elle est arsouille. — S'arsouiller 
V. pr., se vautrer, se pocnarder. 

NORM. : Arsouille, débauché, vaurien, prob. pour gar- 
souille. Arsouille signifie aussi femme très-malpropre. — 
SARTHE : Arsouille. — centre : Arsouille, terme de mé- 
pris, argot des villes, aussi parisien que rennais. — Ex.: 
« C'étaient des arsouilles qui tiraient la savate. » (th. 
Gautier). 

Assemblée, s. f. , réunion populaire annuelle 
dans un lieu déterminé, fête de village qu'on appelle 
pardon en Basse-Bretagne et ailleurs. Nous avons à 
Rennes huit assemblées : (i) 

La première et la plus importante est celle de 
Veiin ; elle a eu lieu le lundi de Pâques. C'est le 
Longchantps rennais ; mais comme le Longchamps pa- 
risien, il tend à perdre sa vogue. Nos belles dames 
ne dédaignaient pas, il y a peu d'années, de s'y ren- 
dre en équipage, d'y étaler leurs toilettes printaniè- 
res, et de se mêler à la foule. Aujourd'hui elles 
s'abstiennent. 

La seconde assemWe se tient à Saint-Hèlier, le 
dimanche de la Qiiasimodo. 



(i). Le Maire de Rennes, par un arrêté du mois de 
juin 1878, a institué une seconde assemblée à Saint-Hélier ; 
elle a lieu le jour de la fête de ce saint (16 juillet), ou le 
dimanche qui suit cette fête. 



La troisième, au village de Chanlepie, le 7 juillet. 
On l'appelle Vassembîêe de drigue-drogue. J'ignore 
pourquoi. 

La quatrième, au village de Saint-Laurent, le 10 
août. On y boit les premiers cidres de la récolte, fa- 
briqués avec des pommes primes dites de Saint-Lau- 
rent. 

La cinquième, au village de Saint-Grégoire, à la 
fête de ce saint, le 3 septembre. 

La sixième à Chdtilhn pendant les trois dimanches 
qui suivent Vassenihlée de Saint-Grégoire. On pourrait 
l'appeler la Fête des Noix, à cause de la grande consom- 
mation qui s'en fait. Le troisième dimanche on y 
mange les premières châtaignes grillées. 

La septième se tient à la Babelouse, sur le terri- 
toire de Saint-] acqttes-de-la-Lande, à la Saint-Luc, le 
18 octobre, (i) 

La huitième est celle de Cesson, qui a lieu aux 
buttes de Pince-Poche, non loin du bourg, à la Saint- 
Martin, le 11 novembre. C'est en même temps la 
foire aux poulains et pouliches et aux porcs. 

Hélas ! on ne danse plus aujourd'hui dans ces 
réunions populaires, mais le diable n'y perd rien. On 
y boit à ventre déboutonné^ en mangeant, sur l'herbe 



(i) Au moment où j'écris cette page (Mai 1877), le 
Conseil municipal de Rennes autorise une nouvelle assem- 
blée annuelle, dite de Saint-Cyr qui se tiendra dans le quar- 
tier de ce nom^ à la fête du saint qui a lieu le 16 juin. 



— 19 - 

ou sous h tente, du lard et de la saucisse, et on s'en 
revient, . comme on dit, vent dessus, vent dedans, 
c. à. d. rond comme une balle — « Allez-vous à Vezin? 
J'espère que vous m'apporterez une part d'assem- 
blée. » v- La part d'assemblée, c'est un mirliton, une 
bague, une croix, enfin un souvenir. 

KORM. : assemhlèe, fête de village. — sarthe : m. sg. 

Asseyas, s. m., chaises, sièges : — « Assiétous 
don', v'ià d's'asseyas. » (Chàteauneuf). 

Assiettée, s. f. ; c'est le contenu de l'assiette. — 
Une assiettée de soupe, de fruits. 

BESCH. : assiettée, m. sg, 

Assotîr, V. a., assommer. — Des brigands l'ont 
assoii sur la grand'route. — N'approche pas, ou 
j'fassotis ! — Vrayement cest homme m'assotist. 
(Me Pathelin). 

XORM. : assouir, assommer, étourdir. 

Assoulaîger : i° C'est la réunion des trois mots : 
à se soulager. — 2° En un seul mot assoulaiger (s'), v. 
pr., signifie se mettre au soleil : « Il est à s'assou- 
laiger au soleil. » 

Asticoter, v. a., agacer, provoquer, vieux mot 
que j'ai cru devoir conserver ici comme étant toujours 
très employé, surtout par nos écoliers. — « Pourquoi 
le frappes-tu ?» — « Parce qu'il est toujours à ni'asti- 
coter, » 



ACAD. : asticoter, m. sg./im. — sarthe, centre : asti- 
coter, m. sg. — NORM. : asticoter, asticher, astiquer, 
m. sg. 

iV.sture, adv. — C'est la réunion des trois mots : 
à cette heure. — maintenant, à présent. — « Vous 
v'ià r'venu d'ia messe, eh ! ben, asinre, v's allez 
manger o nous » — Dans le discours il est sou- 
vent accompagné de l'adverbe ci : — Asture-ci, il 
faut aller ici, faire cela. — « Cette interjection qui 
sert asture aux Italiens. » (Montaigne). — Voir 
A c't'hcurc. 

A-ta-tan, exclamation fort employée par les 
femmes du peuple lorsqu'elles veulent empêcher leurs 
enfants de faire une sottise ou une chose défendue. 
C'est la menace d'une correction : — « A-ta-tan ! 
j'te vois ben ! » — C'est l'exclamation Attends ! répé- 
tée. 

Attaquer, v. n., employé par les écoliers dans 
ce sens : lutter de mérite, de savoir, d'application 
dans une composition. — J'ai attaqué avec mes 
camarades Victor et Lucien ; j'ai été le premier. 

Attelle, s. f. , pron. dlêh'. — Morceau de gros 
bois fendu. — « Mettre une attelle dans le feu. — 
« Av'ous vu la femme de Jacques ? Elle est sèche 
comme une attelle ». — Vient de haita, morceau de 
bois servant à emmancher une lance. — Vov. Ha- 
telle. 



— 21 — 

NORM. : atelle, i° éclat de bois, de astula ; 2° bâton ; 
3° bûche. Hâtelle, bûche, arbre coupé et fendu, bâton. 
— Vieux fr. : hastellc, bûche, pieu, morceau de bois 
long, astellc, bâton de pique, astella. 

Attraper, v. n., être battu, être frappe. — « Gare 
à toi, tu vas allrapcr, si je me fâche. » 

Attrapoux, s. m., attrapeur, trompeur, enjô- 
leur. — Défiez-vous de ce gars-là, c'est un atlrapoiix 
de monde. 

Aubiche, s. f., adresse. — Ce garçon n'a point 
d'aiihiche. (Saint-Malo). 

NORM. ; ahicbe, habileté, intelligence. 

Aujoler, v. a., opération de labourage qui consiste 
à regarnir la racine du blé. 

Auue, s. f. , mesure de longueur avant le système 
métrique. Employé dans ce sens : — Vous payez ces 
ruits bon marché ; mais vous ne les choisirez pas, 
vous les prendrez à Vanne (comme ils viendront à la 
main). 

Aurive ou Orive, adj. f. — On désigne par ce 
mot tout ce qui est prime ou primeur : pommes, 
poires aiirives. — Semence aurive. — Le sol même 
est aurive ou aurif. 

Avange, s. m. — On prononce souvent avanche. 
— D'un usage de longue durée, d'un bon usage. — 
J'ai été contente de cette robe ; l'étoffe en était 



excellente, elle m'a fait de Tavange ; elle est d'un bon 
avaiigc. 

On trouve dans Rabelais le verbe avauger, pour 
avancer, suffire : — « Avec ycelles nous n'avangerons 
que trop à manger nos munitions. » (Garg. Ch. 22). 
— « Il fouettait les paiges pour les avanger d'aller. » 
(Pant., chap. 16). 

NORM. : Avanger, v. n., procurer avantage, donner pro- 
fit, fournir avantageusement : les légumes avangeront. 
— Vieux fr. : avanger, avangicr, avancer, arriver. 

Avas OU Avais, s. m. pi., gros bétail, bêtes à 
cornes. — « Us\ivas étaient chers à la faire de 
Rennes. » — Ce mot ne se dit que des bœufs et des 

vaches, et pourtant semble venir d'oves, brebis. 

Aveillon, s. m., plante parasite qui croît dans 
les blés. Nos paysans lui ont donné le nom d' aveillon, 
à cause de sa ressemblance avec Vaveine (l'avoine). 

Avènement, s. m., vision, apparition, événe- 
ment surnaturel ou prophétique qui annonce la fin 
prochaine d'un membre delà famille. — « Nous étions 
rassemblés au chevet du malade, lorsqu'un grand 
chien noir, posant ses pattes sur le clanche, ouvrit la 
porte, allongea son museau sanglant et disparut... 
C'était V avènement de notre père.... Il mourait à 
minuit. » — Le chant d'une fresaie perchée sur une 
maison est quelquefois un avènement et l'annonce 
d'un grand malheur dans cette maison. 

Avenir, v. n., remplace le verbe seoir dans ce 



— 23 — 

sens : — Cet habit vous avicnl bien. — Ce ruban 
avient à 'votre teint, — Cela n'avient qu'à vous, 
c. à. d., vous seul pouvez dire ou faire cela. — Il 
vous avient bien de me faire des reproches. 

NORM. : avenir, réussir, convenir. — centre : avenir, 
convenir à, revenir à. — Vieux fr. : avenir, convenir, 
être avenant. (Duc.) 

Avieuter, v. a., injurier, syn. d'agonir, agoni- 
ser. (Voy. ces mots, usités dans les cantons de Saint- 
Méen, Plélan et environs). 

Avu, prép., au lieu de, comparé à. — Cette bonne 
est bien intelligente avu cette madame X... — Quelle 
femme vaillante avu s'n'homme, qui est un feignant, 
un ivrogne ! 



Baba (aller à), — locution enfantine qui signifie 
aller à la promenade. Une mère dira à son bébé : 
« Si tu n'es pas sage, tu n'iras pas à baba, tu resteras 
à la maison. » Ce mot vient-il du gâteau baba, ou de 
bébé, ou encore d'un petit théâtre, ou du lieu où se 
rassemblaient les enfants et leurs bonnes ? Je l'ignore, 
mais je me souviens qu'on l'employait dès ma plus 
tendre enfance. 



— 24 — 

Babine, s. f., lèvre. Bien que ce mot soit fran- 
çais, je lui ai donné place ici, parce qu'il est très- 
populaire, et qu'on dit souvent : « Nous y avons 
mangé du fameux fricot, on s'en lèche encore les 
babines. » — « Tu as mangé du lohon (cerise) ; on le 
voit à tes hahines. » — « Il joue des babines comme 
un lapin. » 

Babine cochée, lèvre tendue. On dit aussi babin 
coché. 

NORM. SARTH. : babille, m. sg. 

Bacouanne, s. f., commère, qui jase à tort et à 
travers, et, par cela même, redoutée de ses voisins. — 
Fuyez-la, c'est une bacoiianne. 

Badier, s. m., cerisier sauvage non greffé, ou 
merisier. 

Badie, s. f., fruit du badier. Il y a des badies 
ronges et des badies naires. Celles-ci sont plus esti- 
mées, plus douces. — « C't'année j'aurons des badies 
au Sacre (à la Fête-Dieu). » 

Badiolet, s. m., espèce de confiture faite avec des 
badies, et que nos paysans mangent pendant l'hiver 
et le carême. Cette confiture remplace chez nous le 
raisiné des contrées vinicoles. Ce sont, tout simple- 
ment, des merises cuites dans une pesle d'arain, après 
avoir été débarrassées préalablement de leurs noyaux. 
Il n'y entre ni sucre, ni aucun autre ingrédient. Le 



— 25 — 

badiolet est plus connu sous le nom de Johon (V. ce 
mot). — -Badioti à S'-Malo. 

Bagout, s. m., grossier mensonge, bavardage. — 
Pour m'inspirer de l'intérêt, de la pitié, il me contait 
un tas de bagouts, croyant que j'y ajoutais foi. 

Bagoule ou Bat-goule, s., a deux significa- 
tions différentes : — 1° C'est le flâneur, qui, bouche 
béante, s'amuse à regarder les mouches voler. Le 
hagoule est ordinairement paresseux. — 2° C'est aussi 
le bavard, le bat-dc-îa-goide qui cause de tout et sur 
tout à tort et à travers : « As-tu b'entot fini ? mon 
Dieu, quel bcigoide ! ». Cf. débagmder, injurier. 

BESCH. : bagout, bavardage. On disait anciennement 
liagoulcr pour bavarder. — sarth. : liagoul, m. sg. — 
NORM. : hagotil (l muette), intempérance de langue. 
Bagoider, bavarder. Ba goutter, bavard. — Vieux Fr. : 
bagouler, parler beaucoup, babiller, dire des sottises. — 
CENTRE : bagou, bagout, bavardage, Bagouler, bavarder. 
Bagoulant , bavard. 

Baguette, s. f., Châtaignes cuites à l'eau avec 
leur pelure. Cuites ainsi, elles ont peut-être plus de 
saveur, parce qu'elles ne sont pas saturées d'eau. Il 
en est de ce fruit comme des pommes de terre à 
l'étuvée. 

Bâiller, v. a., donner. Vieux français. Toujours 
très usité chez nous. 

ACAD. : hàiltcr, terme de pratique, donner, livrer. Il 
vieillit. — NORM. : baillir, donner. 



26 



Bairies, s. f. pi., libations. Du verbe hairc (boire). 
C'est l'acte de l'intrépide buveur qui absorbe, sans 
compter et sans se soucier du mélange, toutes sortes 
de boissons. — L'ivrogne n'en finissait point avec ses 

bairies. 

Baiser ou Bézer, v. a., causer préjudice à 
autrui, soit dans ses intérêts, soit dans sa personne ; 
battre, tromper. — Le gars Pierre se croyait le plus 
fort ; mais il a été b'en baisé : Jean lui a donné une 
fameuse raclée. — « J'ai été baisè, >■> dira Paul, « j'ai 
cru ajeter un bon jeval,et l'on m'a vendu une rosse.» 
— « Laisse-moi tranquille, ou je vas te baiser », 
dit aussi le gamin de Rennes. On le voit, le vrai 
sens du mot baiser est ici complètement détourné. 

Baissière, s. f., ce qui reste de boisson au fond 
du tonneau. — Vient de baisser. — Ce qui reste de 
baissière ne sera pas perdu ; les domestiques le boi- 
ront. 

NORM. : bassière, résidu d'une futaille de cidre, conte- 
nant la lie. — Vieux Fr. : Imssière, lie du vin. (duc.) 

Bajeul, s. m.; — pi. bajeiix. — Espèce de gâteau 
en forme d'é;uelle, fait de farine de froment sans 
levure, que des marchands spéciaux nous apportent 
le samedi, jour de marché. — V. navette. 

Balai, s. m., petit toit ou abri, espèce d'auvent 
qu'on voyait jadis au-dessus des portes d'entrée des 
habitations ou des magasins. Dans les villes, la cor- 



— 27 — 

niche a remplacé le balai. — Ici le mot Imlai est 
souvent synonyme de toit : — Les couvreurs sont 
sur le balai ou bala' (en supprimant l'i.) 

CENTRE. : balai, halel, petit hangar rustique. — Vieux 
Fr. ; balef,i° espèce de portique, 2° galerie, boutique de 
marchand ou d'artisan. — Batctuui : « /;; halcto sito anlc 
quamdam cameram. » (uuc.) 

Baliures, s. f. pi., pour balayures, ordures ramas- 
sées avec le balai. Il est à remarquer que dans le 
Berry on dit, comme ici, baliures. 

TRÉv. : halayeures. — NORM., sarthe : baliures. 

Ballîère, s. f., petite couette ou paillasse sur 
laquelle les femmes du peuple couchent leurs enlants ; 
dans cette literie, la balle ou cosson d'avoine rem- 
place avantageusement la plume ou la paille, parce 
que, étant souvent mouillée, elle peut être renou- 
velée à peu de frais. On voit fréquemment les ballières 
mises à sécher à la porte des habitations des petits 
ménages. — On nomme ballier le lieu de la ferme 
où on loge les pailles provenant du battage. 

SARTHE : ballière, m. sg. 

Ballotte, s. f., pelote faite d'une fleur jaune 
printanière vulgairement appelée cocu (coucou). Les 
branches fourchues de cette fleur, mises à cheval sur 
un fil noué par les deu.K bouts, font la ballotte ou 
pelote, qui tient lieu de ce jouet des enfants appelé 
tecque (voy. ce mot.) — Nous irons dimanche aux 



— 28 — 

buttes de Couasmcs cueillir des cocus pour faire des 
ballottes. — Etym. : ballotte, petite balle. 

Baunard, s. m., enfant pleureur, pleurnicheur. 

Banuer, v. n., pleurer sans cause, pleurnicher. 

— V'ià une garçaillc b'en ennuyeuse, toujours ça 
banne. » 

Bannoux, ouse, adj., enfant maussade qui 

banne. 

NORM. : haiiùii, enfant pleureur, haiionner, pleurer. 

Bannies, s. f. pi., publications de mariage qui 
ont lieu pendant trois dimanches consécutifs dans les 
paroisses auxquelles appartiennent les futurs conjoints. 
Moyennant finance, on s'affranchit de deux publica- 
tions. 

Bannir, v. a., publier les promesses de mariage 
à l'église. L'autorité ecclésiastique, nonobstant le 
Concordat, a cru devoir conserver ce droit de publi- 
cation. — Elle bannit aussi les tonsurés avant leur 

admission dans les ordres sacrés. 

Bannie signifiait autrefois ban, publication en général. — 
TRÉv. : bannir, en qqs. coutumes signifie publier. On 
dit en plusieurs lieux qu'une personne a été Imnnie, 
qu.md on a fait, à l'église, la publication de son mariage. 
— XORM. : bannir qn, faire publier son mariage religieux 
au piônc. 

Barassîaux, s. m. pi., vieux meubles, vieux 
objets mobiliers, désignés sous le nom de barassiatix, 



- 29 - 

sans doute parce qu'ils encombrent et embarrassent 
la maison.. — Son propriétaire, dur et avare, fit 
saisir et vendre tous ses harasslaux. — A Fougères 
on dit niarabls ; à S'-Malo, bn'iigds. (Voy. Anicas.) 

Baron,'s. m., titre donné par ironie à l'homme 
qui est marié, sans enfants». — « Je suis baron ! » 
(Hédé et autres lieux.) 

Vieux Fr. : Iku-oii, i° m.iri ; 2" sot, hébété, m.iri dont la 
femme est infidèle. 

Bas (à). Tomber à bas, c'est tomber à terre. — Il 
est à bas, va le relever. — Get entant est toujours 
à bas. 

ACAD. : à bas, par terre, jeter à bas. 

Bas (Vent du). C'est le vent d'ouest. — Il va 
pleuvoir, le vent vient du bas. 

Bas-cul, s. m. et f., homme ou femme de petite 
taille, qui a le derrière sur les talons. — Dans Rab. 
bacul, croupière. 

NORM. : bas-cul (Saint-Lô), m. sg. 

Basse-houre, s. f., heure basse, heure avancée. 
— C'était un gars sans conduite, qui se ramassait 
(rentrait) souvent de basse-houre. — « D'où viens-tu, 
Jean-Marie, tu es b'en basse-houre (tu rentres bien 
tard) ?» — V. haute-heure. 

Vieux Fr. : heure basse, le soir. Hora bassa : « circa horam 
noiiain bassain. » (uuc.) 



— 30 — 

Bassinet (Cracher au), s. m., donner à regret 
son argent. On dit ailleurs cracher au bassin. — Le 
bassinet est la pièce creuse de l'ancien fusil à pierre. 

ACAD., BESCH. : Craclicf au bassin, m. sg. (Rab.) 

Bassouillard, de, s., a deux significations : la 
première s'applique à la personne qui n'a pas la pro- 
nonciation nette, qui bégaie, qui a la langue épaisse ; 
— la seconde à la personne qui parle à tort et à 
travers, qui fait des contes à dormir debout. — Tu 
n'es qu'un bassouillard. 

Bassouiller, v. n., syn. de bredouiller. 

Batterie, s. f., pour battage. — La batterie des 
blés. — La semaine prochaine, mes gars, nous com- 
mencerons la batterie. 

SARTH. : hattcrie, m. sg. — nor.m. : hatterie, aire de 
grange, surface où on bat les céréales. — centre : liatte- 
riC; lieu où l'on bat : temps où l'on bat. 

Baudir, v. a., éclabousser qqn. en marchant dans 
le ruisseau, dans une flaque d'eau. — « Oh ! le mala- 
droit, il m'a envoyé une jilée. (y . ce mot), il m'a 
tout baiidi. » 

Bêchée, s. f., pour becquée. — A Genève on dit 
encore comme nous : l'oiseau porte la bêchée. — V. 
Abécher. 

BESCH. : becquée. On disait autrefois bêchée. — trév. : 
bêchée ou becquée ; on dit becquée à Paris. — Vieux fr. : bé- 
chier, becqueter, dans le roman de Renart. (duc.) 



— 31 — 

Bêcherons, s. m. pi., gros clous qu'on voit au 
bout des souliers des paysans. Vient sans doute de 
bêche, parce que ces gros clous ménagent la chaussure 
dans le travail du bêchage. — a Faites-ma de bons 
solers, et,- surtout, mettez-y des bêcherons. » — On 
appelle aussi ces clous des dents de vache. (V. ce 
mot). 

Béda, s. m. et f., personne qui commet une 
bévue, une méprise, une légère erreur. C'est sans 
doute le mot bêle adouci. — Pauvre bêda, pauvre 
niais. 

Bédaille, s. f., erreur, faute légère. — « Ah ! 
mon ami, en agissant ainsi, tu as fait une bêdaiUe. » 
BêdaiUe vient sans doute de Bêda. 

Bedelle, s. f. C'est la femme du bedeau, qui 
partage, avec son mari, le service de l'église. C'est 
elle qui orne de fleurs les autels, blanchit le linge des 
Messieurs prêtres., serre les chaises et au besoin 
sonne les baptêmes. Dans les villages, la bedelle est 
une personne de haute importance, et même aussi 
dans les villes. — Les linges avant servi au saint sa- 
crifice de la messe sont blanchis par une veuve, ou 
mieux par une fille vierge, s'il est possible. 

BESCH. : bédel, vieux mot pour hèdcau. — B. hif : hcdel- 
lus, bedeau (duc.) 

Bedouau, s. m. C'est le nom que nos paysans 
donnent au blaireau, (et aussi en Anjou). C'est aussi 



— 32 — 

un gros ventre; k Le père Legras portait encore assez 
bien son bedouau . » 

Bedouffle, s. f., cloche, ampoule. Les piqûres 
d'orties produisent des heâoitjfles. 

Bedoufâer, v. n., subir les effets d'une hedoujfle. 
— Il a le visage, le corps bedotifflé. 

Bedouiner, v. n., cheminer doucement, à pas 
lents et pesants, sans se presser. — N'est guère em- 
ployé qu'au participe présent: nj'allions doucettement 

(doucement) tout en bcdoitinant. » 

Bégaud, s. m.etf., simple, crédule, flâneur, niais, 
gobe-mouches ; bêgaiid résume toute ces épithètes. — 
« Tu crois ça, toi, mon pauv' bégatid ?» — « Depuis 
le temps que je t'attends, pardi ! tu es un fameux 
bcgaïul ! ». — Se trouve dans Rabelais. — Aimise- 
hégaiid, s. m., objet qui ne vaut pas la peine qu'on 
s'y arrête. 

BESCH. : béoaiid, (pop.) nia.is. Bégandcr, uiaiser, s'amuser. 
SAKTHE, bégaud, m. sg. — norm. : bégaud, nigaud, 
lambin, sot. Bégaiider, lambiner, niaiser, balbutier. 

Bégauder, v. n., flâner. — « Va vite, et reviens 
vite, et ne t'amuse pas à bègaudcr comme à ton 
ordinaire.» 

Bégot, s. m., morceau de bois dans lequel est 
fixé le giioict (chandelier), quand il n'est pas lui- 
piême fiché dans Iç mur de la cheminée. Souverit 



— 35 — 

gtienet et bégot sont synonymes. (V. Gnciiet). 

N'ORM. : hêgaut, chandelier de bois avec bobèche de fer 
blanc à ressort. 

Beille^ s. f., ventre. Se dit surtout d'une per- 
sonne ventrue. — « Mais voyez donc X...., quelle 
beille il a. n 

Beilloux, adj. m., ventru. Ne s'emploie guère 
qu'au masculin. 

XORM. : beille, m. sg. — sarthe : bcille. 

Bel-©t-b'en (bel-et-bien), loc. adv. employée 
dans le sens de en quantité, beaucoup. — «I aura-t-il 
des badies cette année ?» — « Pas bel-et-b'eii, (c. à. 
d. peu). » — « En revange (revanche), j'aurons des 
paires (poires) ; il y en a bel-et-Fen (beaucoup). » 

Beluette, s. f., pour binette, étincelle. — Quand 
le bois est gélif, il lance des beJuettes. — Une beluette 
suffit pour causer un incendie. 

NOR.M. : beluette. — sarthe : beluette. 

Beluetter, v. n., éblouir. — Une personne qu 
a un éblouissement, ou dont la vue se trouble tout 
à coup, ne manque jamais de dire : « les yeux me 
beliietteiit. » 

Ber, s. m., abrégé de berceau. — Le ber du p'tit 
gars. — C'est, en terme de marine, la charpente sur 
laquelle repose un navire pour sa mise à l'eau. — Se 
trouve dans Rabelais ber s. 



— 34 — 

« Car, sous l'enfant gisant au bers 
Fourre-^ à l'endroit et envers 
Dormir jours ouvriers et dimanches, n 
Guillaume Crétin. C1517). 

BESCH. : hers, berceau ; vieux mot très usité encore dans 
les campagnes. — sarth., norm. : hers, m. sg. 

Bérauder, v. n., délirer, divaguer. — Le malade, 
enfiévré, a béraiidê toute la nuit. — V. Dêhèraiider. 

Berdasse, Berdassier, s. — La femme peut 
être berdasse et le mari berdassier, s'ils se querellent 
entre eux pour des riens, des vétilles. 

Berdasser, v. n., radoter, revenir sur des riens, 
sur des propos ou des actes insignifiants. — « Vas- 
tu cor berdasser ? ça en vaut-v la peine ? » 

Berdasseries, s. f. pi., radotage. — N'a pas 
de singulier. 

Berdiner, v. n., dire ou faire des riens ; est à 
peu près s\n. de berdasser. — « Tu berdines, mon 
pauvre homme. » 

Berdinier, s. m., l'homme qui berdine. Peu 
employé au féminin ; pour la femme, c'est une ber- 
dasse. — Ailleurs berdin. 

CENTRE : berdin, niais. Berdinerie, niaiserie. Berdiner, 
hredi, berdi, étourdi, pétulant. Berdin, touche-à-tout. 

Bergintins, s. m. pi., seins, que Ricard et Ga- 
varni ont appelé gentiment nenets. 



— 35 — 

NORM. : berge, estomac des oiseaux. — centre : bergin- 
geons, seins. 

Berjon, s. m., sol irrégulier dans sa surface. 
Champ hcrjon, sillon herjoii, qui est de longueur va- 
riable. 

Berlauderies, s. f. pi., propos insignifiants, 
conversation puérile. — « Il nous disait un tas de ber- 
hmderies.i-) — C'est à peu près syn. de herdasseries. — 
Ce mot ne viendrait-il pas de pellaiiderie, employé par 
Rabelais, et qui signifie rognure de peaux, c.-à-d. 
chose sans valeur ? 

CENTRE. : berlaud, niais, musard. Berlauder. 

Berlette ou Brelette, s. f. , petite cloche, 
sonnette. — « Le curiau (choriste), répondant la 
messe, agitait à tour de bras sa herlelte.yy — « Ma 
pauvre église », me disait un recteur, « n'a, pour 
appeler mes paroissiens à l'office, qu'une pauvre her- 
lette fêlée », et il quêtait pour avoir une cloche 
comme celle du curé voisin, dont il enviait le bon- 
heur. 

NORM. : berliuguette, petite sonnette. 

Berling'Otj s. m., petit colimaçon de mer, dont 
le vrai nom est bigorneau. — • Brigot à Saint-Malo. 

Berlinguin, s. m. C'est le nom donné par le 
peuple au cimetière de Rennes. J'aimerais connaître 
l'origine de ce mot. Nous appelons aussi notre cime- 
tière Gros-MaJon,àu nom d'une ferme près de laquelle 



— 36 - 

il est situé, au nord de la ville. — « Le pauvre diable 
ne tardera pas à aller au Berlinguin, ou à Gros- 

Malon . » 

Depuis quelques années il a été ouvert à l'Est de 
Rennes, sur le territoire de la paroisse de Saint- 
Hélier, un nouveau cimetière que, dans le langage 
populaire, on appelle Roc-Mignon, du nom d'un 
cabaret voisin. 

Berluscot, s. m. Biens propres d'une personne. 
■ — Elle a mangé tout son berluscot. 

Bernasses ou Bernaches, s. f. pi., mamelles 
pendantes. — Ce mot viendrait-il de bernache, oiseau 
aquatique à ventre noir ? — « Elle avait : 

« de grand' bcniass' tout' iiair' du bout ; 
jamais d'ma femm' ne s'rai jaloux. » 

(Refrain d'une chanson populaire) 

Berouée, s. f., bourrasque, coup de vent, et, 
par extension, action violente. — Une berouée a ren- 
versé les meules de paille, versé les blés. — «Jeanne 
a reçu une fière berouée de la bourgeoise (une forte 
réprimande). » — On dit d'une personne qui rejette 
par la bouche le liquide qui n'a pu passer : elle a fait 
la berouée. 

Dans un sens un peu différent. : besch. : brouée, pluie 
subite et de courte durée. — Prendre une hrouée de feu : 
se réchauffer pendant un instant devant un bon feu. — 
NORM. : berouée, hérouasse, brouée, bruhie, brouillard plu- 
vieux. 



— 37 — 

Berouet, s. m., pour hroiiet, bouillon. — « Dans 
la soupe de not' ménagère, le pain nage dans le 
berouei. » 

Berouette, s. t., pour brouette. 

Berouetter, v, a., traîner qqn. dans une brouette. 

N'ORM. : berouette, hérouetlcr. — sarthe : hérouette. — 
DUC. : lirocia, herocaia, lierotata. 

Bersiller ou Bésiller, v. n., cligner de l'œil, 
loucher. — Syn. de biucler. — Semble dériver de 
besicles (?) 

Béruchot ou Béruchet, s. m. C'est le nom 

que nos paysans donnent au roitelet, le plus petit de 
nos oiseaux. 

Bestial, s. m. — Comme dans le Berry, nous 
disons bestial pour bétail, bêtes à cornes. — Se dit 
aussi de l'homme grossier, brutal : — « C'est un 
bestial. » 

NORM. : bestial, s. m. — centre : beslhni , s. m. 

Bételer, v. n., tourner, en parlant du lait ou de 
la crème. — C'est l'orage qui fait bételer le lait et 
tourner la crème. — La fleur d'aubépine a la pro- 
priété de faire bételer le lait ; gardez-vous d'en intro- 
duire dans la cuisine. 

SARTHE : bételer, m. sg. Lait béteté. 

Bêtifier, v. a., rendre bète, idiot. — « Cet en- 
tant n'est pas intelligent ; cela n'a rien d'étonnant, 



- 38- 

son père l'a bêtifié par sa sévérité et ses mauvais trai- 
tements. » 

Bette, s. f., abrégé de betterave. Bette, d'après 
l'Académie, est syn. de poirée, que nous appelons 

porêe. 

SARTHE : hette, m. sg. 

Bette, ad), m. et f. , en ribote, légèrement pris de 
boisson. — « On ne peut pas dire qu'il fût soûl, il 
n'était que hette. » — « Il sent la hette, » il sent le 
vin. — « Par ma fy, commère, je ne peux entrer en 
hette. (Rab.) », — P. Lacroix, (bibliophile Jacob) 
traduit hette par buvette. Ce mot ne viendrait-il pas 
de boisson, ou buvette ne viendrait-il pas plutôt de 
bette ? mais je m'aperçois que je veux faire de l'éru- 
dition, je m'arrête — Voy. Boitte. 

BESCH. : bette, contraction du mot buvette (?) Entrer en 
bette (Rab.), se mettre en train de boire. V. Boitte. 

Bétun, s. m., pour Petun, tabac. En Basse-Bre- 
tagne on emploie encore le mot vrai petun ; nous 
avons à tort changé It p en h. — La culture du bé- 
tun, très prospère, il y a quelques années dans l'arron- 
dissement de Saint-Malo l'est moins aujourd'hui. 

Bétuuée, s. f. , prise de bétun. 

Bétuner, v. a., action de priser. 

Bétunoux, — ouse. adj., priseur. Aujourd'hui 
on voit moins de bétunoux, mais plus de fumeux 
(fumeurs). 



— 39 - 

Beurrage, s. m. — Mettre des vaches laitières à 
heurrage ou au premier lassé. Le propriétaire fournit la 
hête à un petit fermier moyennant une rétribution 
mensuelle en argent. C'est un contrat impropre- 
ment app£lé cheptel, passé entre deux individus. Il y 
a cinquante ans, les domestiques des villes achetaient 
des vaches sur leurs économies et les mettaient à 
beurrage. Je crois que cela ne se fait plus guère au- 
jourd'hui. Les cuisinières et les femmes de chambre 
préfèrent à ce mode de placement les dépôts aux 
Caisses d'épargne et les rentes sur l'Etat. . 

Beurrouse, adj. f., vache beurrouse, dont le lait, 
par sa quahté, donne beaucoup de crème, et partant 
beaucoup de beurre. — « Votre vache, mère Fan- 
chon, semble vous donner b'en du lait » — « Oui, 
mais elle n'est pas beurrouse. » — La bonne nourri- 
ture rendra souvent une vache beurrouse. 

Beuyer. V. Buyer. 

Bibitte, s. f., petite bête. — Nom sous lequel on 
désigne, en parlant aux enfants, les insectes et géné- 
ralement toutes les bètes de très petite taille. « Prends 
garde, la bibitie va te mordre ou te piquer. » Les 
sangsues sont aussi des bibittes, dont j'avais grande 
frayeur dans mon enfance. 

Big'ne, s. m., pâtre, gardeur de vaches. — « C'est 
le bigne qui .m'a trahie (dénoncée à la justice !) » 
s'écriait une malheureuse fille de Châteaugiron con- 



— 40 — 

vaincue d'infanticide. — Je dois ce mot, que je ne 
connaissais pas, à mon ami le D"" Delacour, présent à 
l'enquête judiciaire. 

Bigue, s. f. — Faire la bigite se dit du bonnet ou 
chapeau déformé, qui fait la pointe par-devant, au 
lieu de conserver sa forme arrondie. Terme de cha- 
pellerie. 

Bincler, v. n., loucher ou être atteint de myopie. 
Bider dans Montaigne. — V. BersUler. 

ACAD. : higle, louche. Bigler, loucher. — besch. : licier 
s'est dit pour bigler. — xokm. : hicle, hiclesse, bigle, 
biglesse, louche. Bider, regarder du coin de l'œil. 

Bique, s. f. , chèvre. — Biquette, s. f., petite chè- 
vre. — Peau de hiqite, vêtement fait de peau de chè- 
vre, fort en usage dans nos campagnes et surtout 
dans les arrondissements de Fougères et de Vitré. 
Nos chasseurs sont aussi pourvus de peaux de bique 
pour leurs excursions. — « Le temps est mauvais ; il 
neige, prends ta peau de bique ». 

TRÈv. : bique, chèvre, dans qqs. parties de la France ; 
inconnu à Paris. — acad. : bique, chèvre. Fam. — 
XORM. : biquette. — sarthe : bique, biquette. 

Biri, s. m., pour biquet, petit d'une chèvre. — 
(c Notre chèvre a mis bas deux biris. » 

Bisquer, v, n. Faire bisquer, '.aquiner, agacer. 
— Saint-Simon a dit : « Le Roi nous réserve cette 
bisque pour nous faire sentir qu'il est le maître. » — 



— 41 — 

Bisquer est toujours très usité chez nous, et on en- 
tend souvent les enfants se taquiner en se disant les 
uns aux autres : 

« Tu bisques, tu rages, 
Tu manges du fromage. » 

ACAD. : hisijiier, avoir du dépit, de l'humeur. Pop. — 
s.\RTHK, NOR.M. CE.N'TRE : hisqucv, m. sg. 

Bissachée, s. f., vient de bissac (sac à deux 
bouts), comme pochée vient de poche, ventrée, de 
ventre ; contenu du bissac. 

Bitter, v. a, toucher, se permettre des attouche- 
ments. — « Vous m'bilti':^, car je l'sens b'en. » — 
« Ne m'bittei pas, ou je l'dis à la bourgeoise. » 

NORM. : Hier, abiter, toucher. 

Bitton, s. m., petit d'une chèvre. — Syn. de 
biquet. — « La chèvre a lait deux bitloiis. » 

Bittonner, v. a., se dit de la chèvre qui met bas 
ses bit tons. 

Blanc, s. m., abr. de bianchissage. Nos ménagères 
et même les maîtresses de logis disent : « le linge est 
au liane, n'est pas revenu du blanc ; une nappe a été 
perdue au blanc. » 

Blancs, s. m. pi. Les blancs, c'est ainsi qu'on 
appelait, sous le gouvernement de la Restauration, 
les personnes appartenant au parti royaliste, c'est-à- 
dire les partisans du drapeau blanc. — Les blancs ou 



— 42 — 

les chouans, c'étaient les mêmes hommes, ennemis 
jurés des bleus. 

Blaterie, s. f., blé, orge, seigle sont en général 
appelés blaterie (terme générique). — « L'année sera 
bonne, j'aurons delà blaterie. » — Puisque blatier est 
français, le mot blaterie pourrait l'être également. — 
« As-tu qualité, villotin, » disait un paj-san à un 
chasseur qui foulait ses semailles, « as-tu qualité pour 
venir pigaler ma blaterie et hacher mon blé na ? Mon- 
ter-là ma ta procule (Montre-la moi ta procuration). » 
V. Pigaler, villotin, blé na. 

Blêche, adj. m. et f., traître, méchant, qui pince 
en dessous. — Blèche désignait autrefois un homme 
sans fermeté. Il a chez nous une signification plus 
accentuée. « Tu es un blèche, tu m'as fait mal. » 

Blêcher, v. a., blesser, (dont il semble dériver) ; 
porter un mauvais coup. — Se dit aussi pour trom- 
per : — « Il a cru qu'il réussirait dans son entreprise, 
mais il a été blêché. 

BESCH. : Mèche, adj, et s , mou, timide, sur lequel on ne 
peut compter. Fam. : hléchir, devenir blèche. 

Blé na, s. m., blé noir, sarrasin. — Perrine de 
Blé na, surnom donné parfois aux femmes qui font 
la galette de blé noir. 

Bleus, s. m. pi. — Troupes républicaines qui, 
après la Révolution de 1792, firent la guerre aux 
chouans (les blancs). Suivant Littré, les biens étaient 



— 43 — 

« des gens de guerre sans commission et sans aveu, 
une troupe de pillards. » Le savant académicien 
aurait pu ajouter que les blancs pillaient tout autant, 
sinon plus. 

Blossè, s. f., prunelle ou petite prune sauvage, 
fruit de l'épine noire. Quand les gelées ont achevé 
sa maturité, quelques personnes en font un kirsch qui 
rivalise avec le kirsch de la Forêt Noire. — ■ Blosse se 
dit des prunelles des yeux noirs. « La fillette avait 
deux hlosses dont elle jouait à merveille ». 

NORM. : blosse, heloche, prunelle, prune sauvage. 

Blotter, v. a., garnir les couvertures d'un lit. 
Border un enfant dans son dodo. 

Blutiau, iaux, s. m., petit tas de blé noir 
dans les champs. Le blé noir coupé, on le met en 
hhiliaux, et quand la paille est javelée, on peut le 
battre. — Dans les communes à l'ouest de Rennes, 
le mot hltiliau semble devoir être remplacé par le 
mot picot ; des picots de blé noir. 

Bobanne, s. f., fille ou femme simple et naïve. 
On dit aussi cohanne. — « Pauvre hohmne, vous 
cro}-ez cela ? » 

BEscH. : boban, vieux mot qui signifie orgueil, vanité, 
luxe, d'où bobaucier, adj., et bobnudef, v. — sarthe : 
bobaii, bobanne, simple et naïf. 

Bobau, aux, s. m., jouet d'enfant. — « Voyez 



— 44 — 

cet enfant, comme il est sage, il s'amuse tout seul 
avec ses hohaux. » 

Bober, v. n., dormir, s'assoupir. — o J'ai beau 
faire, je hobe malgré moi. » — « Le bonhomme 
n'était pas endormi, mais il hobaiï », (il était som- 
nolent, dans un demi sommeil). 

Bobillou, s. des 2 g., tatillon, vétillard. Syn. de 
herdinier. 

Bobillonner, v. n., se dit des paroles et actions 
du bobiUoii. — « Bobillonne\ donc tout à votre aise, 
vous m'ennuyez. » 

SARTHE : Bobillon, bobilloime, m. sg. — korm. : Bobillon 
minutieux, méticuleux. — centre : bobluche, têtu. 

Bœufs, s. m. p!., fruit rouge de l'églantier. Quand 
il a atteint sa maturité, il contient une poussière, 
qui, appliquée sur la peau, cause une assez forte 
démangeaison. Ce fruit doit peut-être son nom à sa 
couleur sang de bœut. — N'a pas de singulier. — II 
doit à la propriété de sa poussière un nom moins 
propre, quoique plus populaire encore, celui de 
gratte-cul. Les savants donnent à l'églantier et à son 
fruit le nom de cynorhodon (rose de chien) ; mais le 
peuple sait mieux dire... où cela le démange. — 
« Que devient la rose églantine quand elle a perdu 
ses ieuilles ?» — « Elle devient graite-ciil. » 

Boguille, s. f., chassie des 3-eux. — Il y avait 
dans un village une pauvre fille qu'on appelait /<?««?/£- 



— 45 — 

Bogiiille, parce qu'elle avait toujours les yeux chas- 
sieux et bordés de rouge. Les mauvais garçons pré- 
tendaient qu'elle se les faisait lécher par un coq. 

Boguiiloux, — ouse, adj., qui a de la boguille. 

NORM. : bogues, les p;;upières, les yeux ; boguexe, chassie, 
bogiieyeux, — eiise. 

Boidro, s. m., point de côté, douleur causée par 
une course ou un travail de corps aussitôt après le 
repas. — « Je suis forcé de m'arrêter, j'ai le hoidro. » 

Boîuer, v. n., bouder, faire la moue. — « Quel 
mauvais caractère a cet enfant ! Il reste des heures 
entières à boîner dans un coin. » On dit aussi hoîiioiix, 
enfant boudeur. 

Boisson (Pris de), locution appliquée à une 
personne en état d'ivresse. — « Tous les lundis il est 
régulièrement pris de boisson. » — Perdu de boisson, 
c'est l'ivresse complète. 

Boissonner, v. n., boire outre mesure. — « C'est 
un mauvais ouvrier qui aime à boissonner, ou à se 
boissonner >y . 

NORM. : se boissonner, s'enivrer, boissonnier . — besch. : 
Etre pris de boisson, fam. 

Boisu, — ue, adj., pour boiseiix. — Les carottes, les 
navets deviennent boisiis à l'arrière-saison, c.-à-d. 
qu'ils ont perdu leur jus, leur qualité, qu'ils sont 
devenus filandreux. 



- 46 - 

TRÉv. : boiseux, terme de jardinier, s'applique aux 
plantes. — bescii. : hoiseux, presque inusité. 

Boitte (Papier), s. m., papier grossier, sans 
colle, à l'usage des écoliers, pour étancher l'encre 
fraîche de leurs cahiers. On dit ailleurs : papier-hoit. 
Le papier-hoit à l'usagé des écoliers au commence- 
ment de ce siècle, était fabriqué de pâte grossière. 
Le papier de soie l'a remplacé sous le nom de papier 
buvard. 

Boitte, adj., ivre. (v. bette). — Vient de /'owo«. — 
On pourrait dire que ce mot peut venir de boiter 
parce que l'homme boitte, ou ivre, ne marche qu'en 
trébuchant. 

NORM. : boite, ivre. — Vieux Fr. : Estre en boite, être 
ivre. 'Bcvriotus. estre emboictè (duc). 

Bolée, s. f., contenance du bol. — L'étudiant, 
entrant dans un café, dira : « Garçon, une chope. » 
Le paysan, l'ouvrier dira à la bourgeoise : « Une 
bolée » (L'ô est long). 

SARTH. : bolée, m. sg. 

Bon-Dieu (Poires du), petit fruit rouge de 
l'aubépine ou épine blanche. Les enfants aiment beau- 
coup les poires du bo>i-Dieu ; ils en mangent même 
beaucoup, quoique ce fruit soit fade et sans saveur. 

Bon-Dieu (Porter le), porter le viatique à un 
moribond : « Le pauvre diable est bien malade, on 
lui a porté le bon-Dieu. » — C'est aussi le Saint- 



— 47 - 

Sacrement porté dans les solennités religieuses : 
« C'est Monseigneur l'Evêque qui a porté lui-même 
le bon-Dieu à la procession du Sacre. » (V. Sacre). 

— On dit aussi : exposer le hoii-dicii. 

Bontif, adj., bon, mais simple, crédule. — « Il 
était si bontif ! » 

Bontivement, adv., pour bonnement. — Il a 
fait cela sans mauvaiseté, bo}itivei}ie)it. 

NORM. : boiiiif, bonasse, débonnaire. Bontivement. 

Bosser (se), v. pr., se courber, se voûter. — 
« On remarque que le père X... se bosse, depuis 
quelque temps ; dam, y s'veillassit. Il cherche sa 
tombe, le pauvre vieux.» 

NORM. : bosser, paraître volumineux, faire saillie comme 
une bosse. Bochcr. 

Botter (se), v. pr. Lorsque la neige ou une boue 
épaisse s'est attachée à votre chaussure de façon à 
gêner votre marche, vous pouvez dire : Je suis botté, 
ou je me suis botté. — Une des rues de Rennes, voi- 
sine de la rivière la Vilaine, porte le nom de Pré-Botté, 
probablement parce que les terrains qui bordaient 
autrefois ce quartier étaient très boueux. 

SARTHE. : se botter, m. sg. — .\cad. : se botter, m. sg. 
Fig. et Fam. — norm. : botter, v. n., m. sg. 

Boucan, s. m., verte semonce, vifs reproches. — 
« Je suis rentrée tard, madame m"a donné un boucan. n 

— Recevoir un boucan. 



- 48 - 

Boucanner, v. n., gronder. — « Vous êtes in- 
supportahle, toujours vous houcamn\. » 

BESCH. : boucan, bruit, vacarme. Pop. boucaner, faire du 
vacarme. Pop. — norm. : boucan, tapage; Boucaner, être 
de mauvaise humeur, gronder sans m^esure ni raison. — 
CENTRE. : boucan, bruit, noise, querelle, désordre. 

Boucard, s. m., instrument aratoire à deux 
dents, dont se servent les laboureurs et les jardiniers 
pour préparer la terre à recevoir les semailles. On 
l'emploie lorsque la terre, durcie par le temps, rend 
difficile l'usage de la bêche. C'est avec lui aussi 
qu'on fait les guérets. 

Boucarder, v. n., faire usage du boucard. 

Bouchon (En), frippé. — « Sa robe, ses vête- 
ments sont toujours en bouchon ; c'est une personne 
sans soin. » 

Bouchonner, v. a., fripper, froisser. — «Pre- 
nez garde, Monsieur, vous allez bouchonner mon 
fichu. » 

ACAD. : bouchonner le linge, le mettre en bouchon, le 
chiffonner. — sarthe. : m. sg., mettre une robe en 
bouchon. — Vieux Fr. : bouchon, bouchot, botte ou fagot 
de chanvre (duc.) 

Boudet, — ette, s., gentil, mignon. Expression 
affectueuse employée à Saint-Malo et sur presque 
tout le littoral d'Ille-et-Vilaine, en parlant à de tout 
petits enfants. — « Viens, mon boudet, que jeot'em- 
brasse. » — « Viens te promener, ma boudette. » 



- 49 — 

Bouener, v. n. — Perdre son temps à des occu- 
pations insignifiantes. 

Boueneries, s. f. pi., travaux insignifiants, 
sans importance. — a A défaut de travaux sérieux, 
dont le pauvre garçon était d'ailleurs incapable, on 
l'occupait à un tas de boueneries. » 

Bouëdre, v. n. C'est l'infinitif du verbe bouillir. 
— Mettre de l'eau à bouëdre. — Elle boitct. — Je 
boue (je transpire, j'étouffe de chaleur). 

NORM. : boudre. — Vieux Fr.: houdre (duc.) 

BoufiPaîUe, s. f., se dit de tout ce qui se mange. 
« Il y avait force boiiffaille au repas de noce de notre 
fermier. » 

Bouffer, v. n., manger, manger goulûment. — 
« Voyez donc comme il bouffe, d 

BESCH. : bouffer, manger avec avidité. Pop. — norm. : 
bouffer, manger vite et avec appétit, se hâter. Boujjard, 
gourmand. — centre : bouffer, bouffigner. 

Bouffe, adj., bouffi. — « Avez-vous remarqué 
« M. F..., comme il est changé. A le voir, on le 
croirait engraissé, lîiais il n'est que bouffe. » 

BESCH, : Bouffe, s. f., s'est dit autrefois pour enflure, 
bouffissure ; gonflement des joues ; orgueil. 

Bouffre, petit juron fort à la mode, accepté 
même au presbytère. — On devine son origine ; c'est 
un juron adouci au moyen d'une substitution de 
lettres. 



— )0 — 

NORM. : hoiifre, ni. sg. 

Bougon, S. m., grondeur. — a Monsieur et 
Madame sont deux bougons. » — Donner ou rece- 
voir un bougon, une semonce. — 'Bougon est aussi un 
ternie de tricoteuse ; maille échappée d'un tricot. — 
« J'ai fait un bougon. » 

Bougonner, v. n., gronder à tout propos, pour 
des riens. — a Je quitterai cette. maison où on ne fait 
que bougonner ». 

a Dansez, les petites folles, 

Tout en rond ; 
Les bouquins dans les écoles 

Bougonneront. » 

SARTHE : bougon, bougonner, m. sg. — besch. : bougon- 
ner, gronder entre ses dents ; réprimander. Fam. Bou- 
gon, qui bougonne. Pop. 

Bouillon (Boire un), c'est perdre tout ou 
partie de sa fortune dans une entreprise malheureuse. 
Cet argot de la bourse ou du tripot doit être d'im- 
portation parisienne. Il est aujourd'hui très usité chez 
nos industriels et nos entrepreneurs. 

ACAD. : Boire un bouillon, faire une fausse spéculation, 
une perte considérable. 

Bouillon, S. m., boue, crotte. — S'embouillonner 
se crotter, et par extension, mouiller le bas de ses 
vêtements dans la rosée. Pour ne pas confondre ce 
bouillon-là avec le pot-au-feu, nos paysannes vous 
inviteront à prendre un bouillon de soupe. — On 



— SI — 

trouve bouillon pour pluie dans Désaugiers et dans 
d'Hantel. — Nous disons : a Les pies ont mangé le 
bouillon », quand le sol est gelé et qu'on ne se crotte 
plus. 

NORM. f bouillon, boue liquide. 'Boiiillonnière, ornière, 
passage rempli de boue liquide. 

Bouillounîers, s. m. pi, répurgateurs, paysans 
qui ont passé des marchés avec la ville pour balayer 
les rues et enlever le bouillon. — Défense est faite 
aux habitants de déposer des ordures sur la voie 
publique après le passage des houillonniers. — A 
Paris, boueurs. 

Bouillonnoux, — ouse, adj., crotté, couvert 
de boue. « Il est bouillonnoux jusqu'à l'échiné ». 

Bouler, v. a., chasser, rouler avec le pied, 
comme une boule. — Est français, mais dans un 
autre sens. 

NORM. : bouler ; i° v. n., rouler comme une boule au 
moment d'une chute ; 2o v. a., jeter bas, rouler par 
terre. — Vieux Fr. : bouler, rouler comme une boule 
en tombant. 

Boulevari et Hourvari, s. m., bruit, tapage. 
Mots français pop., et très usités. 

NORM. : boulevari et houlevari, tumulte, désordre. — 
CENTRE. : boulevari, m. sg. 

BouligOt, s. m., gros et court, en forme de 
boule. S'applique également aux personnes et aux 
choses. — a Connaissez -vous M"ie X..., ce petit 



— 52 — 

« bouUgot, ce petit potiron prétentieux, qui roule 
a plutôt qu'elle ne marche ? ». — Les ménagères 
recommandent à leur casseur de bois de leur prépa- 
rer des hûidigots pour mettre dans le foyer. 

NORM. : houlicol, morceau de bois gros et court. 

Boulotter, v. a., pelotonner, faire sa boule, 
amasser. — Dans un autre sens, marcher lente- 
ment, d'une jambe sur l'autre, en parlant des per- 
sonnes obèses. — De boulot, gros. 

Bourdaine, s. f., arbrisseau qu'on voit dans 
toutes nos haies. Je lui ai donné place à cause de ce 
dicton populaire : « Il a trouvé un cchdier de bour- 
daine », ce qui veut dire : Il a mis dans sa course, 
dans sa mission, plus de temps qu'il n'en fallait rai- 
sonnablement. Il s'est amusé, il a bégmidé, bref il a 
bourde en route. 

ACAD. : bourdaine et hourgrne. 

Bourder, v. n., être arrêté dans son chemin 
par un obstacle. Le charretier embourbé, l'avocat qui 
perd le fil de son discours, bourdent en chemin. — 
Les chevaux bourdent. 

BESCH. : bourder. sign. autrefois rester court en chaire. 
NORM. : bourder, border, être arrêté par un obstacle. — 
CENTRE : bourdache, broussailles. 

Bourdin, s. m., reste de pain ou de viande 
laissé sur son assiette par une personne rassasiée. Si 
la personne s'est servie elle-même, on dit qu'elle a eu 



— 53 — 

les yeux plus grands que le ventre. C'est une bien 
mauvaise habitude que celle de laisser des bourdins ; 
on me disait : enfant, c'est perdre le bien du Bon 
Dieu. — Encore un mot dérivé de bounier, s'ar- 
rêter. 

Bourgeois, oise, s. Nos paysans qualifient ainsi 
le métayer et sa femme. Les ouvriers, les domesti- 
ques diront : « Le bourgeois n'est pas le maître, 
« c'est la bourgeoise qui commande. » — Le proprié- 
taire de la ferme a seul le titre de maître. 

NORM. : horgeois, maître, patron, propriétaire. 

Bourre-gueux, s. m. pi. — L'ouvrier, le peuple 
des faubourgs donnent ce nom aux haricots, sans 
doute parce qu'ils peuvent, à peu de frais, se nourrir, 
de ce légume. — On les appelle aussi des prélimi- 
naires... (sous-entendu de paix), jeux de mots dont 
le sens est facile à comprendre. — Enfin on dit aussi 
gonjle-gueux. — « Je n'aime pas les haricots », disait 
un jour l'acteur Brunet, a je n'en m.T'-crais qu'un, 
j'ai un poids (pois) sur l'estomac. » 

CENTRE : bourre-coquin, barre-gueule. 

Bourrier, s. m., vieux mot français, toujours 
neuf chez nous. A tout moment on peut entendre 
dire : j'ai un beurrier dans l'œil, balayer les beurriers, 
les jeter dans la rue, chercher dans les bourricrs un 
objet égaré ou perdu, etc. — Il a des beurriers dans 
ses flûtes (sa réputation n'est pas sans tache). — Le 



— 54 — 

quart aux bourricis, seau dans lequel les bonnes 
mettent les balayures en attendant le passage des 
répurgateurs ou bouiUonniers. — En parlant d'une 
personne avec laquelle on est brouillé, nous disons : 
a Je n'irai pas fouler ses bourriers (elle ne me verra 
pas chez elle). » 

Et le vanneur my-nud — Le bled deçà delà — 
Le tourne et le revire et d'une plume épaisse 
Sépare les bourriers du sein de la déesse. 

Cl. Marot. 

Et cependant tu vas dardant 
Dessus moi ton courroux ardent. 
Qui ne suis qu'un beurrier qui vole. 

Mat. Régnier. 

TRÉv. : bourriers, pailles et ordures mêlées avec le blé. 

— BESCH. : beurrier, mélange de paille et de blé battu. 

— NORM. : bourriers, débris de paille, balayures, sarclu- 
res. — sar~;he : m. sg. qu'à Rennes. — centre : m. 

Boursoule, s. 1'., brouette. On dit quelquefois 
bouttcsoule. « Il traîne la boursoule aux ateliers de cha- 



Boursouler, v. a., traîner ou pousser la bour- 
soule, la brouette. 

Bousée, s. f., fiente de bœuf ou de vache, (du 
verbe bouser.) — Se dit, par extension, d'une selle 
abondante : — « Quelle bousée ! » 

Bouser, v. n. Le substantif bouse est français ; 



— 55 — 

pourquoi le verbe bouser et l'adjectif bousoux ne le 
sont-ils pas ? C'est assurément une lacune regretta- 
ble dans notre langue... Voyez avec quelle poésie, 
avec quelle élégance ces mots sont employés par nos 
paysans. — « Ah ! Bertranne ; lui disait un jour son 
amoureux, ne sachant comment exprimer la vivacité 
de ses sentiments, « si j'v's' embrassas aussi dus que 
a j'v's' aimas, j'v' feras bouser comme une vaciie. » 
— Les filles de basse-cour sont appelées des tourne- 
bouses, des talons-bousoHx, des culs-bousoux. — a La 
damnée vache naire me bonsit dans le pâ (poil). » 
Chans. pop. 

— « Car sa barbe est presque toute einboitsce. » (Rab.) 
NORM. : boiiscc, fiente du gros bétail. Bouser, ficnter. 

Bousin, s. m., bousine ou vessie emmanchée au 
bout d'un long bâton, et dans laquelle les paysans 
mettent une lumière, lorsqu'ils reviennent la nuit 
d'une fête ou d'une noce. Ainsi, chez nous, les ves- 
sies sont souvent des lanternes. — « Le petit Pierre 
était tout fier et tout heureux de porter le bousin en 
revenant de la noce de not' cousine Fanchette. » 

Bousine, s. f., vessie. Avec des bousines on fait 
des lanternes (des bonsins), des blagues à tabac et des 
vèzes. (V. Vèie). 

« Et d'un bon coup d'épée, il lui a crevé la bousine ». 

— « Si v'cyez ses deux paitrines (seins), c'est comme 
de vra's bousines. » 

— « Se rigoulant ensemble au son de la belle bousine. » 
(Rab.) 



- S6 - 

— « As-tu ouï le rossignolet 

Tant joliet, qui gringottait 

Là-haut sur une épine ? 

Oui, dit-il, j'ai bien ouï 

J'en ai pris ma boiisine 

Et m'en suis réjoui. « (Vieux Noël) 

Bouteillée, s. f., Nos paysans donnent ce nom 
à toutes les potions, loochs, remèdes de toutes sortes 
contenus dans des fioles délivrées par les pharma- 
ciens. — « Le médecin m'a déjà fait baire je n'sais 
a comb'en de boiiteiîlées ; ça ne m'a r'en fait. » — 
Bouteillée, le contenu d'une bouteille. 

Bouter, v. a., mettre, ficher. Vieux mot toujours 
neuf dans nos villages. — Les enfants disent : « bou- 
tons-ci, houtons-là, boutte ton nez là. » — Ou en- 
core : 

Mettez, boutei, fichez 
Dans mon tonton ton nez. 

— a Boute ton dat par la fente de mon cotillon, 
j'ai le ventre dus comme une roche. » — « Boute 
« la nape... » (Rab. Pant. ch. 3). — Se bouter, v. 
pr., se mettre, s'installer. — « Qiiand il va-t-à la 
« messe, il se boute au lutrin, d 

BESCH. : bouter, mettre, vieux mot conservé dans le 
midi. — TRÉv. : verbe très vieux et très mauvais, mais 
qui se dit encore par les paysans et par le peuple. — 
NORM. : bouter, pousser, heurter. Boutre, placer, poser. 
— CENTRK : bouter, mettre, jeter. — Vieux Fr. : bouter, 
pousser, heurter, botarc, boutare. duc. 

Brache, s. 1., pour drèche, marc de l'orge mou- 



— 57 — 

lue qui a servi à la fabrication de la bière, et dont les 
jardiniers des environs de Rennes nourrissent les deux 
ou trois vaches qu'ils possèdent. 

Braguigner, quelquefois Barguigner, v. n., 
marchander, liarder sur un marché. ■ — « C'est bon 
marché ; n'allez pas braguigner. » — Hé ! hé ! dit le 
patron de la nauf au marchand, c'est trop icy bargui- 
gne' ». (Rab. Moutons de Panurge). — Braguignoux, 
celui qui braguigne. 

ACAD. : harguigner, hésiter dans un marché. — Vieux 
Fr. : hergiiigner, marchander, disputer sur le prix. Bar- 
caniare, barganniare, harguinare. duc. 

Braies. V. Brayes. 

Brayandière, s. f., femme occupée à teillcr le 
lin ou le chanvre avec une braie ou maque. 

Brancheter, V. Ebrosser. 

Brandouille, s. f., balançoire, escarpolette. 
Brandilloirc est le mot propre. 

Brandouiller, v. pr., se balancer, pour se bran- 
iUller. 

BESCH. : brandilloire, cordes ou branches où on s'assied 
pour se hraiidiller, Fam. — centre : hrandilloire et hran- 
cilloire, balançoire. Se hrandillcr, se branciJlcr, se hran- 
doiiiicr. 

Brangé, adj. m. mouillé, trempé. Se dit surtout 
dos enfants au maillot mouillés dans leurs langes. — 
« Il faut changer l'enfant, il est brangé. » — N'a pas 
de féminin. 



- 58 - 

Brannée, s. f., de bra7i, son ou partie grossière 
du blé moulu. La brannée est le repas des chevaux, 
des vaches ou des bœufs, dans lequel il entre du son. 
— « Allons, Jeanne, préparez la Zrrt^Hf't' des vaches. » 

Brannoux. — Cul-brannoux, épithète dont -on 
gratifie les tisserands et les femmes malpropres. — 
Dans Rabelais, on trouve souvent l'exclamation brmi 
pour 

ACAD. : bran de son. — norm. : hranéc, bran délayé 
dans le lait caillé, ou l'eau pour la nourriture des veaux 
et porcs. 

Brassière, s. f. — Nos paysannes appellent ainsi 
les fausses-manches dont elles se servent pour pré- 
server les manches de leurs robes lorsqu'elles se 
livrent aux gros ouvrages de la ferme. — « Tais-ta, 
Jeanne, ou tu vas gober sur ta brassière (tu vas être 
battue).» 

ACAD. : brassière, sorte de camisole. — sarthe : bras- 
sière, petite camisole d'enfant. 

Brau, s. m., piquant de l'épine ou de tout 
arbre ou arbuste épineux. — «Je me suis piqué avec 
un bran. — Un bran m'est entré dans le pied. ». — 
Plur. : bran.x ou brots ? 

Brayes, s. f. pi., pron. brécs, culottes courtes en 
usage avant que la mode introduisit le pantalon 
moderne, ou la hanne. Ce mot est encore en usage 
dans nos campagnes ; mais, comme les brayes, il 
disparaît ou plutôt il est devenu hors d'usage. Cepen- 



— 59 — 

dant on dit toujours : « il n'en sortira pas les brayes 
nettes », pour dire qu'une personne ne se tirera pas 
sans dommage d'un mauvais pas ou d'une mauvaise 
affaire. 

ACAD. : braies se dit pour culotte, caleçon, mais il a 
vieilli. — BESCH. : hraies, ancienne culotte, caleçon. 
Expression prov. : sortir les braies nettes. — trév. : 
braies, caleçon, haut de chausses. — Vieux Fr. : braie, 
brais, haut de chausses : braia, bracœ, bragœ (duc.) 

Brécot, s. m. Par-dessus le hrccot, locution qui 
veut dire par-dessus le marché, en plus de la chose 
vendue. — « Je paierai tant..., mais vous ajouterez 
ceci ou cela par-dessus le brécot. » 

Brégitiné, adj. — Qui a les indulgences de 
Sainte Brigitte. — « Je tiens beaucoup à mon cha- 
pelet », disait ma mère « car il est bn'gitUié. » 

Bréhaigne, adj. f. Vache bréhaigue ou stérile. — 
V. aloycc. 

ACAD. : brébaigiie, se dit des femelles d'animaux qui 
sont stériles. — Vieux Fr. : braljnigne et brehaigve, 
braiia, se dit principalement d'une jument ou d'un autre 
animal femelle qui est stérile, brchaine, impuissant, 
incapable des actes du mariage (duc.) 

Bréjons ou courts-sillons, s. m. pi., terme 
d'agricuhure. On appelle bréjons les sillons situés à 
l'angle ou à la pointe du champ, et qui ne per- 
mettent que difficilement au conducteur de l'attelage 
de tourner la charrue. Il y a quelquefois obligation 
de labourer les brcions à la pelle ou au boucard. 



— 6o — 

Brelette. — Voy, berlette. 

Breslé, adj. — Dans le canton de Bain, on dit 
que le sol est brcslé, pour mouille. 

Briançon ou Beriançon, s. m., petite fortune 
propre de chaque héritier. 

Briançonner, v. a, vendre de première main 
des marchandises que le rc^raltier vend ensuite de 
seconde main. Nos jardiniers viennent de grand 
matin hriançonncr sur la place des Lices. 

Briauçonnoux, s. m., marchand qui vend de 
première main ses denrées, fruits, légumes, etc., aux 
regrattières qui les revendent en détail. Le briançon, 
c'est la marchandise elle-même. On dit aussi : — 

beriançon,< bcriançonner , heriançonnoiix . 

Brimbaler, v. a., dissiper follement sa fortune. 
— C'est un mauvais sujet qui a brimbale tout son 
patrimoine. — Le briinbaleur est le noceur, le 
mange-tout. 

Dans le sens propre briinlmler signifie agiter secouer. 
Brimbaler ^qa., se jouer de lui en le faisant courir de 
côté et d'autre s.ins nécessité. — trév. : brimbaler, 
branler en deçà et en delà. — norm.: bri^nlaler, traîner 
çà et là (trimballer). — centre : brimbaler, chan- 
celer. 

Brin, s. m., exprime une petite quantité : — 
a Donnez m'en encore un bri)i, un [)'tit brin. » — 
« Vous n'en aurez brin en tout (c.-à-d. rien). » 



— 6i — 

ACAD. : m. sg., fam. — « Ne t'attends pas que je t'aide 
un seul hiitt. (La Font.) — sarthe : un brin, m. sg.— 
NORM. : brin, adv., pas, point du tout. 

Brîndzîngue, s. — « Jacques est bon travailleur ; 
malheurçusement il est soiffhir, et souvent dans les 
brhidiingties (dans les vignes du seigneur). » 

SARTHE, NORM. : brindiiiigiie, m. sg. 

Brîngâs, s. m. pi., syn. malouin de anicas, 
barassiaux. 

Broc, s. m., fourche à deux dents et à long 
manche dont se servent nos paysans pour arracher 
des meules le foin ou la paille destinés au repas des 
bestiaux. 

Brocher, v. a. et n., tricoter. On appelle brochons 
les aiguilles à tricoter, brocheuses les tricoteuses. Vitré 
est le pays par excellence des brocheuses. Le tricot au 
métier fera disparaître la brocheuse, comme la 
filature mécanique a tué la fileuse à la main. 

NORM. : broche, aiguille à tricoter. — centre. : broche, 
aiguille à tricoter. 'Brocher, tricoter. 

Brodelu, adj., animal qui a les os saillants. 
Se dit surtout des bêtes à cornes. — « Votre vache 
est b'en brodeluc, mon brave homme, b 

Brondir, v. n., pour bruire. Bruit que certains 
métiers, certains objets font dans leurs mouvements 
de rotation ; ainsi, la toupie d'Allemagne, le jeu du 
diable. 



— 62 — 

NORM. : hronhron, rouet, hiondir, faire bruire une pierre 
qu'on lance avec la fronde. 

Bronner, v. n., se dit d'un enfant qui tette sa 
langue ou son pouce. — « Quelle mauvaise habitude 
il a vot' petit, toujours il broiine. » — Vient de 
biberon ? 

Broquette, s. f., petit clou à tête. Souvent 
employé dans ce dicton local appliqué à un homme 
qui a dissipé son bien : Il a mangé tout, la hroquette 
et les p'tits clous. 

ACAD. : hroquettf, clou de tapissier. — C'est dans ce 
sens que le mot paraît être employé dans le dicton 
ci-dessus. 

Brosilles, s. f., petits morceaux de bois de 
chauffage. — Le fendeur de bois emporte souvent 
les brosilles ; les bonnes ménagères les conservent 
pour allumer leur feu, faire la galette, à défaut de 
fagot ou de menu bois. Les ouvriers en bois ne se 
chauffent guère qu'avec des brosilles. (Voy. gro- 
billes). 

NORM. : brotiUon, broutille. — centre. : hresilles, brc- 
tilles et brondilles, menus morceaux de bois. 

Brou, s. m., herre. 

NORM. : brou, brout, gui ; jeune pousse. 

Brousse, s. t., diminutif de broussailles. — Cou- 
per les brousses (les haies). — M. X..., retiré dans 
ses terres, était devenu un loup de brousse, c.-à-d.; 



- 63 - 

sauvage et fuyant le bruit de la ville. — a Le lièvre 
gîtait dans la brousse.» 

NORM. : bronches, brousses, broussailles, ronces. — Vieux 
Fr. : broisse, brosse, brousse, brossa, brossia (duc.) 

Bruman, s. m., gendre, mari de la fille, par 
rapport au père et à la mère de cette fille. — Etym.: 
du français bru et de l'anglais manu ; homme de la 
bru. 

Le hanneton s'appelle aussi bruiuan dans l'arron- 
dissement de Saint-Malo, tenant sans doute son nom 
populaire du verbe bruire et du bruit qu'il fait dans 
son vol. 

NORM. : bruman, nouveau marié. — Vieux Fr.: bruman, 
gendre (duc.) 

Bubu, S. m., expression enfantine, petit mal, 
petite douleur. — Bébé s'est blessé le doigt ; Petite 
maman souffle sur le buhu, et l'enfant fait la risette. 

— On dit aussi bobo, qu'on trouve dans nos diction- 
naires ; mais buhu est plus usité chez nous. 

Bûcher (Se), se battre, s'entailler la peau. 

— Jacques et Vincent se sont bûches et se sont 
émorchés (V. ce mot). 

BESCH. : Se bûcher, pop., se battre. — centre : bûcher, 
fig., rouer de coups. 

Bue, S. f., pour huirc. 

BESCH. : baye se disait autrefois pour buire. — NORM. : 
buie, bie, cruche. — Vieux Fr. : buhe, buire, cruche, 
d'où buheticr, buhelcrius (duc). 



-64 - 

Buée, s. f., s'emploie aussi pour buire ; mais la 
buée est surtout le contenu de la bue. A Rennes, les 
porteurs d'eau ont des bties ou vases en métal (fer 
battu) d'une contenance d'environ 15 litres. La buée 
se vend aujourd'hui 10 centimes, portée chez l'habi- 
tant. On peut s'abonner pour une buée par jour, à 
raison de 2 fr. 50 par mois. 

Nos municipaux renouvellent en ce moment les 
efforts tentés, il y a près d'un siècle, par leurs devan- 
ciers, pour doter la ville d'une distribution d'eau 
potable. Puissent leurs efforts ne pas être infruc- 
tueux ! (t) 

On dit encore mener la buée, sécher la btcée laver 
la buée, pour faire la lessive. — Le linge est à la 
buée. — Vieux, mais très-usité. 

ACAD. : buée, lessive, vieux. — trév. : buée, vieux mot 
qui signifiait autrefois lessive et dont on se sert encore 
dans les provinces. — sarthe : Faire la buée, la lessive. 
— NORM, : buée, lessive. 

Buffer, V. a., souffler, éteindre. — Bu-ffer la 
chandelle (Bruc, Redon). 

TRÉV. : bnffe, s. f., vieux mot qui signifie soufflet. Se 



(i). Ils y sont enfin parvenus; Rennes reçoit les eaux de 
deux rivières : la Minette et la Loisance, situées non loin de 
Fougères. Leur arrivée fut inaugurée le 14 Juillet 1882. Les 
réservoirs sont au Galet à 2 kilomètres sur la route de Fou- 
gères. Rennes est, depuis cette époque, abondamment pour- 
vue d'eau très pure, sortant de rochers granitiques, et n'a 
rien à envier aux villes les mieux dotées. 



-65 - 

trouve dans les psaumes de Marot. — Vieux Fr.: biiffcr, 
enfler les joues (duc.) 

Buhans, s, m., brouillards. « Nous voici dans 
les hiibans de Noël. » On assure qu'ils nourissent le 
bouton du "pommier. (N'a pas de singulier.) 

Buse ou Busse, s. f., tonneau de la contenance 
d'une barrique et demie, un peu plus, un peu moins. 
— J'n'ai p'us de barrique, j'n'ai p'us qu'une buse 
d'une barrique et demie, si vous n'ia trouvez pas 
trop grande ?» — « Pourquoi donc ne me marierais- 
je pas », répondait une jeune paysanne à qui l'on fai- 
sait des observations sur sa petite taille, « est-ce qu'une 
barrique n'a pas la bonde aussi grande qu'une 
buse ? » Elle voulait dire que la femme aussi ne se 
mesure pas à la taille, qu'une petite en vaut bien 
une grande. 

BECH. : busse, autrefois espèce de futaille. Busse ou 
hussard, ancienne mesure de capacité. — trév.: hussard, 
vieux mot français, vaisseau à mettre du vin. — 
SARTHE. : husse, tonneau. — norm. : busse, petit ton- 
neau. — (duc.) bas. ht. bu^a, dolium,en vieux français 
bous. 

Buyer ou Beuyer, v. n., pour bruire, et aussi 
pour braire. — La toupie biiyc en tournant. L'enfant 
buye en pleurant. Le hanneton buye en volant. — A 
Saint-Malo on dit que la toupie vionne. — « Jeanne 
se tournait, se virait et mettait tant d'ardeur à la 
danse, que son cotillon en buyait. » 



66 - 



Cabosse, s. f., caboche, coup, chute qui produit 
une bosse, une enflure. Se dit aussi en parlant des 
choses. — « Par votre maladresse, toute mon argen- 
terie est cabossée. » — « Un bon saut vaut mieux 
qu'une mauvaise cabosse. » (Proverbe rennais). 

Cabosser, v. a., pour bosstier. On le trouve dans 
Rabelais (Prologue du Liv. III). 

BKScu. : cabosse, fam., meurtrissure, bosse. Cabosser, 
faire une contusion, surtout à la tête. Familier et tout- 
à-fait pop., surtout dans l'Ouest. — norm. : cabochcr, 
ècabochcr, bosseler. — cf.xtrf. : cabosse, tête, et par 
extention, grosseur, protubérance. Cabosser, bossuer. 

Cache-cutté. (Jouer à), jouer à cache-cache. 
Nos enfants disent, en réunissant les verbes syno- 
nymes cacher et cutter : Jouons à cachc-cutlé. — 
Rabelais dit : à la cutte-cache. (Voy. ciiller, culte'). 

Vieux Fr.: cucbc, cache, lieu secret, enta. Cutcr, cacher. 
(duc.) 

Cachemuter, v. n., chuchoter. — Je vous ai 
bien vus cacbeiuuter ensemble. 



-67- 

Cachemuterie, s. f., pour cachotcnc, propos 
mystcrieux, tonus à voix basse. — « Entre ces deux 
péronnelles, ce sont des cacheiiiutcries à n'en plus 
finir. » — Plus usité au pluriel. 

Cachemutier, ière, adj., qui cachomuto, qui 
fait des cachemuteries, pour caclmicr, cachot ibe. 

Cachignard, arde, s., querelleur, taquin, 
mauvais coucheur. « C'était un cachignarJ insup- 
portable. » 

Cachigner, v. a., agacer, quereller. — o D'ail- 
leurs, tu aimes à cachigiwr. » — Rabelais a employé 
le mot cachiiiucr, qu'on traduit par rire avec excès. 

Cafoin, s. m., café mal tenu, mal fréquenté. — 
« C'est surtout dans les cafoins qu'on rencontrait 
l'avocat X...., d — Se dit aussi du café mal préparé: 
a Ce n'est pas du café, c'est du cafoin. » 

NORM. : ciifouht, m. sg. 

Cageot ou Cajot, s. m., petit calebasson d'osier 
ou de bourdaine dans lequel nos jardiniers mettent 
leur fruits, leurs fraises et autres marchandises d'un 
petit volume. — Une cageotéc est le contenu du 
cageot. — L'homme qui s'occupe des afl;iires du 
ménage est un cageot, pris, dans cette acception, 
pour coUn-taiiipoit . 

BE<;rH. : cageot, petite cage. 

Cagibiti,' s. m. — Nous appelons de co nom 



— 68 — 

italianisé un réduit, un petit grenier, un poulailler. — 
Ces pauvres gens sont relégués dans une espèce de 
cagibili exposé à tous les vents. — C'est le mot cage 
allongé. 

Cailles ou Caillibottes, s. f. pi., espèce de 
fromage au lait cuit, puis divisé par carrés dans la 
forme d'un damier. 

Dans les ménages riches, le clair de cailles est rem- 
placé par de la crème sucrée. Les cailles sont, avec 
les tiiaingaiix. (Voy. ce mot), un dessert très recher- 
ché par les Rennais, surtout en été. 

Dans mon enfance (1815), les ouvriers, les enfants 
du peuple et les écoliers en faisaient un copieux 
déjeuner pour deux liards ou un sol. Aujourd'hui 
(1877), c'est un plat de luxe, une friandise. Les 
marchandes en donnent encore pour cinq ou dix 
centimes, mais en si petite quantité qu'elle ne suffi- 
rait pas à rassasier un enfant. 

Le clair de cailles est une boisson rafraîchissante, 
et tient lieu parfois d'un léger purgatif. 

Le peuple donne aussi le nom de caillibottes à la 
boule de neige, fleur de l'obier (Vihurnum opiûus) 
à cause de la blancheur et de la forme arrondie de 
cette fleur. 

ACAD. : caillehotle, masse de lait caillé. — NORM. : 
cailles, cailleboltcs, grumeaux de lait caillù. 

Caire, v, a., prononcez qtiaire, pour cuire, — 



-69- 

« Quand on crait caire, le four chcei », c.-à-d., on 
croit le succès d'une affaire assuré, et tout est perdu. 

Calard, s. m., (du verbe caler), qni refuse d'ac- 
cepter un défi, qui met les pouces. — Voir caler. 

Calebasse (Vendre la), révéler un secret. — 
« Il avait promis le secret, et il a vendu la calebasse. » 
Locution très-usitée. 

CENTRE : Faire la calebasse, révéler un secret. 

Calebasson, s. m., grand panier fait d'osier et 
surtout de bois de bourdaine, dans lequel nos 
paysans et nos jardiniers apportent au marché leurs 
légumes et leurs denrées. — Dérivé de calebasse. 

Calebassonnée, s. f., contenu du calebasson. — 
Càlebassoiiuèe de chou.\, de pois, de pommes de 
terre, etc. 

Caler, v. n., mettre les pouces, refuser le combat. 
Ce mot est surtout très usité chez les écoliers : « Tu 
cales, tu es un calard. r> — Vient peut-être du terme 
de marine : caler un mât, une voile. — Se trouve 
dans Montaigne : « Cette superbe vertu eust-elle calé 
au plus fort de sa montre. » (Liv. 3, ch. 12. 

On trouve dans quelques auteurs caner, faire la cane, 
manquer de courage : o Rien qu'à me voir il canera. 
(E. Zola).» 

Nous disons aussi : bien calé, bien nippé, bien vêtu. 
— On trouve dans Rabelais calaer, qu'on traduit par 
bel air, bon air. 



— 70 — 

BESCH. : caler, céder, mettre les pouces. Pop. et presque 
trivial. Caleur, euse, poltron, qui met les pouces. Canev, 
faire la cane, m, sg. — acad. : caler, pop. m. sg. — 
NORM. : caler, refuser un défi. Calard, poltron. 
BESCH. : Homme cale, qui a de l'aisance. — Objet calé, 
agréable à la vue. 

Calistrade, s. f., (chercher la) se dit du pique- 
assiette qui se présente dans les maisons à l'heure des 
repas : « Il va chercher la calistrade. » 

Campagnole, s. f., espèce de souris des champs, 
moins grosse que le rat, mais plus grosse que le mu- 
lot. Nous l'appelons aussi lirûii. La caiiipagnole ou le 
//;■();; sont très friands des fruits en espalier de nos 
jardins. Son museau et sa queue sont plus allongés 
que ceux du mulot. 

ACAD. : campagnol, s. m. 

Campane, s. f., espèce de cloche en fer blanc 
qu'on met au col des chevaux et des mulets pacageant 
dans les bois, afin de les rallier plus facilement. 
« L'ennemi meit toutes les cauipanes des mulets dans 
« les coffres ». 

Vieux Fr. : campane, cloche, campana hannalis. Campa- 
nier, clocher, duc. — centre : campaine, clochette au 
cou des moutons. 

Canapé, s. m. Vers 1N30, les ouvriers donnaient 
le sobriquet de canapés aux étudiants et aux jeunes 
gens de la ville (Rennes), qui, alors portaient tous 
des cannes à êpée. De là vient, je crois, l'épithète de 
canapé, ou peut-être aussi du meuble qu'on ne trouve 



— 71 — 

que dans les salons riches. On ne s'en sert plus au- 
jourd'hui, et je ne lui donne place ici que pour mé- 
moire. 

Canette, s. f., petite bille de marbre ou de pierre, 
jeu d'entants, qui se joue à di^-dog, au petit pot ou 
pionard. — Dig-do^, lancer adroitement sa canette 
avec le pouce, de façon à atteindre celle de son ad- 
versaire. 

Ce n'est que depuis peu d'années que le mot 
canette comme mesure de la capacité, a été introduit 
chez nous. 

ACAD. : canette, jeu de billes. — sarthe, n'orm., cen- 
tre, m. sg. 

Capot, s. m., espèce de cape ou capuchon dont 
les femmes du peuple se couvrent la tête et les épau- 
les pour garantir leurs coifïes dans le temps de neige 
ou de pluie. On l'appelle aussi therésienne. Ce vête- 
ment, fait d'étoffe d'indienne ou de camelot tend à 
disparaître. Nos paysannes lui préfèrent aujourd'hui 
le parapluie, quoiqu'il soit à mon avis, moins 
commode. — La ihèrcsienne donne aux Lorientaises 
un petit air mystique qui leur sied à ravir. 

Caquoux s. m., terme de mépris dont les paysans 
et surtout leurs femmes gratifient les cordiers. Est-ce 
parce que leur profession a quelque cliose de fémi- 
nin ? Est-ce parce qu'ils étaient appelés à filer jadis 
la corde des pendus ? choisis ô lecteur. 



- 72 — 
Carabin, s. m., blé noir ou sarrasin. 

Carapouce, s. m., espèce de casquette en cuir, 
que portaient dans mon enfance les enfants du peu- 
ple (1815). Aujourd'hui (1877), l'ouvrier, devenu 
muscadin, fait porter à ses enfants des chapeaux gar- 
nis de plumes... et pourquoi pas ? Notre pauvre 
petit carapouce, qui empruntait son nom et sa forme 
à une carapace, n'est plus connu depuis longtemps. 

XORM. : carapon, sorte de coifl'ure d'homme en peau de 
loutre, de chat, etc., dont on peut rabattre les bords. 
GuERNESEY : carapousse. Bas bret. carapousscn. 

Carquois, s. m., petit grenier ou réduit, ménagé 
dans un coin de l'habitation, une soupente sous les 
toits, dans un angle du palier, partout enfin où l'ar- 
chitecte a pu utiliser une place vide. — Le carquois 
tient lieu de fruitier, ou renferme ordinairement, 
comme le cagihiti, tous les barassiaux du ménage. 

Carreau, s. m., blé noir. 

Carrelis, s. m., clôture en planches clouées sur 
poteaux, qui sépare les propriétés, comme les murs 
ou les haies. Des règlements et les usages locaux ont 
fixé le mode de construction de cette clôture et les 
signes de non mitoyenneté. — Le mot carrelis n'est 
pas encore admis par l'Académie ; espérons que cela 
ne tardera pas. 

Carroué, s. m., morceau ou pièce de forme 
carrée. — Dans nos campagnes, lorsqu'on tue un 



— 75 - 

porc, le paysan envoie par sa ménagère à ses parents, 
et amis, des saucisses et du boudin ; mais aux gros 
bonnets de l'endroit, aux personnages conséquents, 
le curé, le maire, cela ne suffit pas ; on les gratifie 
en outre d'un carrouè de lard. 

Cartelle, s. f., un quartier, une parcelle, un 
morceau, une tranche. Une cartdle de pomme, de 
poire, de melon. 

On donne aussi cette qualification aux enfants 
consanguins et utérins, frères et sœurs demis, comme 
nous disons, et aussi aux jumeaux. 

CENTRE : carqiiille, cartille, parcelle. 

Oarvanne, s. f., charogne, corps d'un animal en 
en pu tré l'action. Les règlements de police défendent 
de noyer les animaux dans les rivières et d'y jeter 
leurs corps. Malgré ces sages prescriptions, quand 
vous vous promènerez sur les bords fleuris de notre 
Vilaine, il vous arrivera souvent de voir flotter des 
canaiities sur ses eaux argentées. Alors, prenez votre 
mouchoir.... et pressez le pas. 

KORM. : carne, m. sg. 

Casse, s. f., mets composé de lard, de fromage 
de cochon, de fraises et de pieds de veau, le tout 
cuit au four dans une grande bassine en cuivre 
étamé. Le contenant et le contenu portent le même 
nom. La casse est un plat très recherché des Rennais. 
C'est surtout le déjeuner du dimanche. Il a le mérite 



— 74 — 

d'être tout préparé, et il arrive que, pour en obtenir 
des lardiers, il faut souvent faire queue à leur porte. 
— « Que mangerons-nous demain ? — De la 
casse. » — Poichcl à Dol et à Pontorson et dans 
presque toutes les communes du littoral d'Ille-et- 
Vilaine" — Lichecassc, l'écheur de plats. (Rah.) 

\ORM. et CENTRE : ciisse, lèche-frite. 

Casser, v. a., employé dans ces divers sens : — 
Casser du bois, fendre du bois. — Casser une pièce 
de monnaie, l'entamer, en faire de la monnaie. — 
Casser sa pipe, mourir. — Casser sa robe, son habit, — 
pour : déchirer sa robe, son habit. 

Casseur, s. m. — On dit chez nous : Casseur de 
bois, l'homme qui le fend. Chaque ménage a son 
casseur, qui souvent aussi met le vin en bouteilles, et 
le boit quand il le peut. — « C'est un casseur », un 
tapageur. 

Castille, s. f., groseille à grappes, ainsi nommée 
sans doute parce qu'elle est d'origine castillane. Il y 
a des caslilles blanches et des castiUes rouges. Si vous 
voulez faire de la gelée ou du sirop, n'oubliez pas de 
demander des caslilles à nos jardiniers ; si vous leur 
demandez des groseilles, il vous apporteront des 
groseilles à maquereau. 

C'est au mot castille qu'on doit ce recueil, comme 
on l'a raconté dans notre « Introduction ». 

On trouve ce mot dans les œuvres poissardes de 



— /) — 

Vadé et l'Ecluse : — «J'avons des raisins de corian- 
dre, des mâches-pains, des caslilles en magnicre de 
conserve. » — (Le déjeuner de La Râpée). 

En Normandie, on l'appelle quelquefois gadelk et 
l'arbrisseau gadeUier. 

Castillier, s. m., arbrisseau qui produit hcasiiUe, 
ou groseille à grappes. 

s.^RTHE : castille. — norm. : castiUc, gade, grade, 
gadelle, gradelle. 

Cati, adv. de lieu employé par nos iilles de 
basse-cour pour appeler les porcs. Ces intelligents 
animaux répondent à cati-cati, comme les poules à 
petit-petit. 

CatioUe, s. f., coiffure des paysannes des envi- 
rons de Rennes.. L'usage de la catiolk s'étend assez 
loin à l'ouest et au nord de la ville. A Châteaugiron 
on trouve la poiipette, dont la forme est, selon moi, 
plus élégante. Ces deux coiflures tendent à disparaître 
pour faire place à un petit bonnet qu'on a baptisé, je 
ne sais poutquoi, du nom de polka. Ce changement 
a eu lieu vers 18G5, et bientôt la coiffure nationale 
aura tout-à-fait disparu. 

Les enfants donnent le nom de catioUe à la fleur 
de la digitale, qui, par sa forme, se rapproche un 
peu de la coiffure des femmes. Cette fleur est appelée 
11UUU dans quelques communes. 

Caunet, ette, adj., friand, friande. — c La jeune 



- 76 - 

malade aime-t-elle le laitage, les bouillies ? — Ah, 
comme ça, répond la mère, elle n'en est pas bien 
caimette, » 

Causer, v. n. Causer de, faire causer de, employés 
pour parler en mauvaise part de quelqu'un : — « Je 
Sais que vous avez causé de moi (jasé sur mon 
compte). » — « On dit que cette jeune fille /at7 tazii^r 
d'elle. » — Autre acception : Pierre et Marie causent 
ensemble (se font la cour). 

BnscH. : causer de, parler avec malignité de qqn. 

Cème, s. f., mousse du lait au sortir du pis de la 
vache. Nos paysannes ont grand soin de couronner 
de chue leurs pots de lait pour faire mousser leur mar- 
chandise. Ne vous y laissez pas prendre, la chue n'est 
pas de la crème. 

>JORM. : cerne, saiine, première crème qui se forme sur le 
lait. Bas lat. Sagimen, graisse ? 

Cenâs, s. m. grenier. — V. Senàs. 

Censément, adv., vieux, mais très usité, signifie : 
par supposition. — « Il est censément le maître du 
logis. » Il correspond à soi-disant, presque. 

NORM. : censément, adv., quasi, presque, à peu près, 
pour ainsi dire. « 11 y a censément une douzaine d'œufs.» 
— CENTRE : censément, en apparence, etc. 

Cerise, s. m., confitures de cerises. Le villotin, 
le beau parleur préfère l'emploi de ce mot à ceux de 
badioki et de hhon, seuls usités dans nos fermes. 



— 11 — 

ChafFourée, s. f., grande quantité. Rabelais 
aurait pu dire que Gargamelle mangeait une (haffoii- 
rée de tripes, et le capitaine Tripet une cbaffourée de 
soupe. — Employé dans un autre sens par Montai- 
gne ; « -L'idée de leur amendement chaffoiirce (conlu- 
se. » (Liv. 3, chap. 2). 

Chaffourer, v. a., chasser, pourchasser. Se dit 
surtout des chats qu'on chajjoitrc de dessous les lits. 

— De chat-founé on a Lût chaffourer. 

On trouve dans Rabelais, mais avec signification 
difTérentc le verbe chauffburer : « Gargantua ratissait 
le papier et chauffourait le parchemin. » 

BESCii. : chafourer, anc, défigurer, barbouiller, gritlou- 
ncr. 

Chagourin, s. m. C'est le nom donné aux bû- 
cherons dans le canton de Janzé. 

Chambarder, v. a., terme de bas étage, syno- 
nyme de casser, briser, renverser, mettre au pillage. 

— a Ces mauvais garnements, avant de se retirer, 
chambardèrent tout dans la maison. » 

Chamberlâs ou Chamberlîns (prononciation 
douteuse), s. dos t genres. C'est ainsi qu'on appelle 
les époux mariés civilement, avant le mariage reli- 
gieux. Au sortir de la mairie, le gars et la fille sont 
chamberhi's. 

Chamillard, s. m., cidre chaud mêlé d'eau-de- 
vie. Ce mélange et le mot qui l'exprime sont dus à 



-78 - 

quelque buveur raffiné. Ce n'est que vers 180 i qu'ils 
ont été introduits chez nous. 

Champagne, s. m. On appelle ainsi, dans le 
canton de Châteauneuf, un champ de grande étendue, 
en plaine, sans clôture et sans plantations. 

NORM. : campagne, pays découvert. — centre : Cham- 
pagne, contrées plates. — Vieux Fr. : champaigne, cham- 
paine, plaine, campania, campestris locus planus, (duc). 

Champ-noble, s. m. On désignait et on désigne 
encore par cette appellation aristocratique, une pièce 
de terre entourée des haies qui en dépendent. On la 
trouve dans de vieux titres, mais on ne l'emploie 
pas officiellement. 

Chapelle (Faire) — se dit en parlant des femmes, 
qui, pour se chauflfer, relèvent leurs jupons par-de- 
vant. — « Madame B... prenait plaisir à faire cha- 
pelle. » C'est peut être un marin qui a appliqué à 
l'acte en question un terme de son métier. — On 
dit ixussx faire courtine. 

SARTHE : Faire courtine, m. sg. 

Charpelouse, s. f., chenille, et surtout la che- 
nille velue. — Une charpelouse qui tombe sur votre 
col laisse sur la peau un venin qui cause une cuisson 
de quelques heures de durée. 

NOKM. : carpeleuse, chapeleuse, chenille. Clialle-pelciise 
(chatte poilue ?). — anglais : Caterpillar. — etym. : 
raro pilosa '! 



— 79 — 

Charruer, v. a., prononcez chenucr, labourer 
avec la charrue. 

BESCH. : charmer, s'est dit pour mener la charrue. — 
CENTRB : charruer, m. sg. 

Charte, s. f., charrette. 

Chârtier, s. m., conducteur de la charte. — Dans 
le Berry, on dit aussi chdrle et chdrtier. Je fais ici 
cette remarque, qu'un grand nombre de mots sont 
communs à nous et aux Berrichons ; je laisse aux 
savants le soin d'en expliquer la cause. 

s.\RTHE : ch.irte, m. sg. 

Châsse, s. f., employé pour bière, cercueil. — 
La cJmse en bois de chêne était intérieurement 
garnie de plomb. » 

CENTRE : châsse, m sg. 

Chatonner, v. n., se dit des enfants qui grimpent 
aux arbres en s'aidant des mains et des genoux, à 
l'imitation des chats. — Il est aussi employé par les 
chasseurs pour indiquer l'action d'un chien qui flai- 
rant le gibier, modifie son allure pour mieux l'appro- 
cher. 

BESCH. : chatonner s'est dit autrefois pour aller à quatre 
pattes. 

Chaud, et Chaud-de-boire (pron. hairc), loc. 
adj. malheureusemeni trop usitée, et qui exprime un 
commencement d'ivresse. — « J'ai rencontré Vincent 



- 8o — 

ce matin, il était déjà bien chaud. » D. Le Président : 
« Le témoin était-il ivre ?» — R. « Il n'était pas 
ce qu'on appelle saoul, mais il était chaud-de-baire . » 

— Un archevêque de Rennes s'est servi lui-même 
de cette locution dans un de ses mandements sur 
l'ivrognerie. 

Chauffé, s. m., lait cuit que nos fermières mettent 
dans le lait riboltc (baratté), pour le rendre plus épais. 
« Apportez-moi une meyenne de lait ribotté, et n'épar- 
gnez pas le chauffé. » (Voy. Meyenne). 

Chaumine, s. f., petite chaumière (diminutif). 

ACAD. : chaumine, m. sg. — Ce mot se trouve dans La 
Fontaine. 

Chausse, s. f. , bas. Une paire de chausses, pour 
une paire de bas. 

SARTHE : chausses, m. sg.: « Pouille tes chausses. » — 
CKXTRE : chausses, m. sg. — norm. : cauche, m. sg. 

Chausse-noire (pron. nairé), s. des 2 genres, 
homme ou femme chargé d'une demande en mariage. 

— « Le père Louazel était de la noce ; ce n'est pas 
étonnant, puisqu'il avait été chausse-naire ! » 

Chauvir, v. n., sourire. — « Il n'a pas répondu, 
mais il a chauvi. » — S'emploie quelquefois en mau- 
vaise part. Sourire narquois : — « Il ne dit rien, il 
chauvit. » 

SARTiiE : chauvir, m. sg. 



Chemin-messier, s. m., sentier à travers 
champs, qui mène du village à l'église par le plus 
court chemin. — (V. wessier). 

Cheminiau, Cheminou, s. m. — Les habitants 
de nos faubourgs, les paysans de la banlieue de 
Rennes désignent sous les noms de cheuiiidaux ou 
chcminaux les hommes employés aux chemins de fer. 
On les voit d'un assez mauvais œil, parce que, à tort 
sans doute, ils passent pour maraudeurs et pillards : 
— Si des pommes de terre, des artichauts ont été 
volés dans un champ, ce ne peut être que par des 
chcuiiuiaux. 

NORM. : cheminot, terrassier travaillant à l'établissement 
des rout'.-s. Le mot indique souvent un ouvrier nomade. 
Pris généralement en mauvaise part. — sarthe : Les 
chcminaux du chemin de fer. 

Chêne-four ché (ou fourchu). — Faire le 
chàu'-fomrhi' et un amusement auquel se livrent les 
enfants de nos campagnes. Il consiste à se tenir la 
tète en bas et les pieds en l'air, et à conserver cette 
position le plus longtemps possible. — « Jouons au 
(héue-fourchc . >•> — Rab. : chène-foiirchii . 

Chenu, ue, adj. — Ne s'emploie guère qu'avec la 
négative : « Votre cidre n'est pas cbetw, mon brave 
homme », c.-à-d., il ne vaut rien. 

Cherchoux, adj. m., pour chercheur. S'emploie 
surtout comme synonyme de mendiant. — <( C'était 
un chcrchoitx de pain, » un vagabond. 





— 82 — 

Chérel (Faire). — Locution toute Rennaise, qui 

doit son origine à un agent de police du nom de 
Chérel. Cet agent, la terreur des gamins et des enfants 
sous la Restauration, tombait comme une bombe sur 
les joueurs, et confisquait les enjeux, à son profit, 
bien entendu. Nous appelions ces exécutions : Faire 
Chérel. Les vieux Rennais seuls s'en souviennent. 
Chi'rcl, cela se comprend, était fort impopulaire, 
comme ses supérieurs, les commissaires de police de 
cette époque. Ils avaient eu l'honneur d'une chanson, 
dont le refrain était : 

A bas Chérel, 
Et Levilain, Thomas, Courteil. 
Je rappelle cette locution faire Chérel, parce qu'elle 
est restée populaire longtemps après la chute du Gou- 
vernement de la Restauration. 

Cherîn, s. m., pommier sauvage, ou non greffé. 
« Pommes de cher in. » 

Cherine, adj. Personne cherine, d'une constitu- 
tion maladive. — Cette locution a été recueillie par 
le docteur Del... dans une visite faite par lui à la 
Chapelle-des-Fougeretz. 

Chevir (se ou s'en) — v. pron., vieux mot très- 
usité. Venir à bout, mener à bonne fin, se débarras- 
ser des iinportunités d'une personne. — « Voilà une 
rude besogne, je m'en chcvirai b'en tout d'mérae. » 
— « Rappelez donc vot' gars, mère Jeanne, je ne 
peux m'en chevi. » 



NORM. : cbevir, v. n., m. sg. Se chérir, s'aider, jouir de. 
— CENTRE : chevir, être maître de. On écrivait autrefois 
chefvir. V. Mont., etc. — Vieux Fr. : chevir, cheviare, 
I- traiter, composer, transiger ; 2- se tirer d'embarras : 
a ne say comment m'en cheviray ». Rom. de Renart ; 
3' se défaire de qq. chose ; 4- se rendre maître de qn. 

Chiatique, adj. m. et f., syn de cacochyme, ché- 
tif, malingre, s'applique surtout aux enfants alangou- 
rés. — « Quel pauvre petit chiatique !» — Ce mot 
viendrait-il de sciatique ? 

CENTRE : chaitis, chcti, clictif. 

Chidoler, v. a., dorloter, gâter. — « Plus encore 
que sa mère, sa grand'mère l'a toujours cbidolée.v 

Chiée, s. f., mot grossier souvent employé par 
nos paysans et même par leurs femmes et leurs filles. 
— Un fâcheux événement, une simple contrariété 
leur donne la chiée, c'est-à-dire, la foire, la venette. 
(Voy. ce mot). 

Chie-la-pa, (la poix), s. m., ctf., avare, pingre. 
On se demande lequel est le plus chic-la-pd, du mari 
ou de la femme. — « Ne demandez rien à cet har- 
pagon. C'est un chie-h-pa, s'il en fut. » 

Chie-en-hannes, s. m. ; on appelle ainsi les 
garçons malpropres, et, pris au figuré, les hommes 
ineptes, les mauvais ouvriers ; enfin, c'est un terme 
de mépris employé à l'égard d'une personne pour 
laquelle on n'a point d'estime. Il ne s'applique point 
aux femmes, parce qu'elles ne portent point de 



- 84 - 

bannes. — A St-Malo on dit chie-en-brayes ; c'est la 
même chose, hayes et hannes étant synonymes. 

CENTRE : chie-en-irayes, homme aux allures lentes et 
endormies. 

Chiffer, v. a, abrégé de chiffonner, ■ — « Ah ! 
monsieur, voyez dans quel état est ma toilette, vous 
l'avez toute chiffée » . — On dit aussi se chiffer. — 
« C'est dans la foule que je me suis chiffée ». 

Chinchée, s. f., prise de tabac en poudre : — 
a Allons, compère, une petite chinchée ». 

Chincher, v. a., priser du tabac en poudre. 

Chinchoire, s. f., tabatière en forme de poire 
qui ne laisse échapper le tabac que par un étroit gou- 
lot. La chinchoire est en buis et le plus souvent en 
terre cuite. Elle est en usage chez les gens du peuple, 
qui, en raison de leur profession, ne sauraient plon- 
ger leurs doigts dans une tabatière à charnières. Ils 
versent le tabac sur leur main gauche dans un creux 
adroitement pratiqué entre le pouce et le poignet, et 
aspirent, sans l'avoir altéré, le savoureux bclitn. 
(Voy. hetiui). 

CENTRE : Un chiiichin, une petite quantité. 

Chinchon, s. m., petit nom que les petites ma- 
mans donnent à leurs bébés chéris : — « Viens, mon 
petit chinchon, que je te bise. » — « Le petit Paul 
était le chinchon, (le bénoni) de sa mère. » 



— ô) — 

Chiute, s. f., bande de terrain entre la haie et la 
terre labourée : syn. de Forricre, (V. ce mot) qui est 
plus usité chez nous. 

besch! : chaintre, dans qqs cantons, portion de terrain 
qu'on laisse aux extrémités des champs pour servir 
d'égoût aux eaux pluviales, et dont on reporte de temps 
en temps la terre sur le champ d'où elle a été entraînée. 
— Vieux Fr. : chaintre, chainglc, cinetada, terre entou- 
rée d'une haie (duc). — korm. : chiinlrc, s. m., sentier. 

Ghiottes, s. f. pi., petit réduit en forme de gué- 
rite, édifié le plus souvent derrière la maison, ou en 
bas du jardin de la ferme. Son nom indique suffi- 
samment sa destination. Les Anglais, plus réservés 
que nous dans leur langage, les nomment %vate>-" 
doset. 

Chique, s. f., morceau de pain, par extension de 
la chique de tabac (?). — « Quelle chique ! en vien- 
drez-vous à bout ! » 

Chiquer, v. a. et n., manger. — Il est à remarquer 
que chique et chiquer sont picards dans la même accep- 
tion. 

BESCH. : chiquer, manger, boire, pop. : chiqitet s., petite 
portion : Un chiquet de vin. fam. : chiquet à chiqiiet, 
peu à peu. — acad. : chiquet, petit morceau. — 
BERRY : Une chique de pain. — nou.m. : chique, morceau. 
Chiquer, manger avec appétit. 

Chiqueter, v. a., terme de maçon et de terras- 
sier. Enduire ou crépir les murs d'une maison. 

ChloflF. Voy. Schloff. 



Chommer, (se) v. pron., se mettre, se tenir 
debout. L'o est bref, et souvent se prononce ou. — 
« Le pauvre homme est si malade, qu'il ne peut 
même plus se choumer. » — « V'ià une garçaille qui 
se choiuiic déjà. » — « Cbomous-va ci faites vot'e beso- 
gne. » — Il est employé aussi comme verbe actif : 
« Chonnncr une poutre contre un mur. » — On voit 
que chez nous ce verbe exprime le mouvement, 
tandis qu'ailleurs le verbe chômer (d long) a une 
signification contraire (cesser, s'arrêter). 

Chommette, s. f. . du verbe se chonnner (se tenir 
debout), petite machine dans laquelle les mères 
mettent leurs enfants pendant qu'elles vaquent aux 
affaires de leur ménage. 

La forme des chommettes est très variée. Les unes 
sont en osier, semblables à un entonnoir renversé ; 
ce sont les plus communes. On y introduit l'enfant 
par le goulot ; il pousse la machine en essayant ses 
premiers pas. D'autres affectent la forme d'un petit 
manège ; une perche allant du plancher au plafond 
tourne dans ses pivots, et permet au mioche placé dans 
la choinuictte de tourner lui-même soit à droite, soit à 
gauche. — La première est locomobile, la seconde 
est fixe et semble offrir à la mère plus de sécurité. — 
« Le gars crie dans son bers, mets-le dans la chom- 
metk. » 

Chopeau, adj. des 2 g., ébaubi, étourdi par un 
accident, une mauvaise nouvelle. — «La nouvelle de 



-87- 
cet événement l'a rendu tou^ chapeau. •» (Montfort). 

Choper, v. n., sommeiller. — « Après le repas, le 
bonhomme chopaît dans son fauteuil, et s'en trouvait 
bien ». • 

Chopiner, v, n., boire des chopines. Chopiner 
est français, mais surtout breton ; car c'est surtout 
chez nous qu'on sait le mettre en pratique. 

BESCH. : chopiner, boire fréquemment. Vieux et Pop. — 
V. La Font. 

Choques, s. î. pi., socques, grosse chaussure dont 
l'empeigne est de cuir et les semelles de bois. — Si 
le temps est mauvais, on prend ses choques. — On 
appelle noix de choques, à cause de leur forme, une 
grosse espèce de ce fruit, qui, en botanique, doit por- 
ter un autre nom. 

Chouâmé, ée, adj. Pomme ou poire chouâmèe, 
dont le cœur est gâté, ou blette, ou seulement 
flétrie. 

Chouan, s. m., pour chat-huant, hibou. — 
« C'était un pauvre pâtiras ; on était après lui comme 
la pie après le chouan. » Cela veut dire qu'on le 
taquinait sans cesse. 

ACAD. : chouan, p. cli;it-liuant. — Vieux fr. : chouen, 
cahuan. Bas lat. : cauana, canunniis (duc). 

Chouan, s. m., vase en terre, en forme de casse- 
role, usité surtout à St-Malo. 



Choirer, v. n. (voyez Primer'). 

Chuchu, s. m., relief, reste de mets, — « Cet 
enfant a la fâcheuse habitude de laisser des chuchus 
sur son assiette. » — « Au dîner nous mangerons 
les chuchus du déjeuner ». 

Chupé, ée, adj. se dit d'une denrée ou de toute 
chose solide qui dépasse le vase qui la contient. Quand 
la mesure est plus que comble, elle est chiipêe. — « Il 
mangeait des écuellées de soupe toutes haut c/;/(p(?V5. » 
(A St-Malo huuiées). 

Chupé, ée, se dit aussi pour huppé, èe. Une poule 
chuppèc (qui porte aigrette). — Se dit aussi des per- 
sonnes fîères, portant plume et dont la toilette est 
luxueuse : « Voyez donc M"''« *** comme elle est 
chupée ! » 

Chupeau (a), exclamation, cri poussé par les 
paysans à la vue des loups. Il y a cinquante ans à. 
peine, ces carnassiers voyageaient encore en troupe 
dans nos campagnes, et enlevaient les chiens et le 
menu bétail, même à la porte des fermes. Le cri « à 
chupeau ! » ne manquait pas de les mettre en fuite. 

Chupiron, s. m., équivalent de cône, sommet, 
objet terminé en pointe ; ainsi les barges de paille ou 
de foin, les moches de beurre. 

Clair de cailles s. m. (Voy : pelit lait, cailles). 

Cliques-Claques, locution populaire : — a Je 



-89 - 

lui ai dit son fait ; il a pris ses cliques et ses claques (il 
est parti), et n'a pas demandé son reste. » — On por- 
tait vers 1830, une double chaussure appelée claques. 

Clochette, s. f. Les enfants nomment clochettes 
les fleurs des campanules, de la digitale, sans doute à 
cause de leur forme, qui, en effet, est celle d'une 
petite cloche ou sonnette. Ils appellent aussi clochettes 
pour la même raison, les jacinthes bleues dont quel- 
ques prairies sont émaillées. — « Allons aux buttes de 
Coësmes, cueillir des clochettes. » 

ACAD. : clochette, nom vulgaire de plusieurs plantes dont 
la corolle a la forme d'une cloche. 

Clochi-Clochette, serment solennel, engage- 
ment moral que les enfants du peuple contractent 
entre eux dans leurs marchés, dans leurs échanges. 
— « Tu me le promets, eh bien, faisons clochi-clo- 
chette. » Les contractants entrelaçant leurs petits 
doigts d'une main, l'un des deux prononce avec le 
plus grand sérieux ces mots sacramenrels : « Clochi- 
clochette, si tu te dédis, tu iras dans Tenfer et moi 
dans le paradis. » Ce serment, je l'ai prêté bien des 
fois dans mon enfance, et je me serais cru perdu si 
je l'avais violé. 

Que d'hommes mûrs font aujourd'hui clochi-clo- 
chette sans y attacher d'importance ! 

Clopin, s. m., gros crachat. (Voy. copias). — 
Les écoliers rirai élevés se lançaient des chpins. 



- 90 — 

Clôt-cul, s. m,, le dernier oiseau d'une nichée. 
(V. Echsc). 

NORM. : Clot-ciil, m. sg. 

Coapiau, s. m., corruption de copeau. — Les 
ouvriers en bois, charpentiers, fendeurs de bois, bû- 
clrerons, s'approprient les coapiaux, et c'est avec ces 
coapiaiix que leurs femmes cuisent la galette. 

NORM. : coipcau, coipel, coipet. — duc : coipdlus, coipel. 

Cobanue, s. f., nom donné à la femme simple, 
naïve et d'une intelligence bornée : — ■ « Tu crois ça, 
ta, pauvre cohanne ? » (Voy. bohaiitie). 

Cocard, ou, si l'on veut Coquard, s, m., œuf. 

— La femme : « Je ne trouve pas mon compte : 
j'avions sept coquards, j'en ai mangé deux, ta deux, 
et l'enfant un ; que sont devenus les deux autres ? » 

— R. u Tu te trompes, femme, compte su' tes dats 
(doigts). J'en ai mangé deux, ta deux, l'enfant un et 
ma deux, v'ià-t'y pas les sept ? » Et la ménagère fut 
convaincue. 

Les enfants appellent aussi cocards la renoncule 
des prés, sans doute à cause de la couleur de sa fleur, 
qui est jaune d'œuf. 

On désigne aussi sous le nom de coquard un vieux 
coq. 

BESCH. : coquard, terme dont on se sert avec les enfants 
pour désigner un œuf à la coque. — Cocard, vieux 
coq. 



— 91 — 

Cocaux, s. m. pi. On appelle ainsi les souliers 
des petits enfants. C'est surtout à Pâques qu'on leur 
achète des cocaux neufs. — Malheur à qui n'a pas un 
vêtement neuf, le jour de Pâques, ne fût-ce qu'une 
paire de cocaux ; les pies lui font caca sur la tête. 

Coché, ée, adj., entaille, fendu. Babinc (lèvre) 
cochée, bec de lièvre. 

BEScn. : cocher, faire une entaille, une coche. 

Coconnier, s, m., marchand d'œufs, se dit sur- 
tout des marchands qui parcourent les campagnes 
pourvus d'une hotte clissée, destinée à recevoir les 
œufs qu'ils achètent dans les fermes. La profession 
de coconnier tend à disparaître par suite de l'aisance 
dont jouissent aujourd'hui nos paysans, et de la facilité 
qui leur est donnée de venir eux-mêmes vendre à la 
ville leurs produits de toute nature. 

On appelle pipe de coconnier les petites pipes en terre 
en usage chez les hommes de cette profession. 

Plaisante aventure d'un coconnier. — Les hommes 
de mon temps (et mieux encordes dames) ne voyaient 
point, sans lui porter envie, le noble marquis L des 
N***. Quoique m.irié à la plus jolie personne de 
Rennes, qu'il avait enlevée, ce gentleman n'en était 
pas moins resté le plus aimable des vauriens. Beau 
joueur, fr.mc buveur, généreux et d'humeur joviale, 
il était d'une grande popularité dans le canton de H... 
qu'il habitait une partie de l'année. 

Dans un de ses fréquents voyages à Rennes, il 



— 92 — 

rencontra un jour un vieux coco)inier chargé de sa 
hotte bien garnie. — « Ah ! te voilà, père Durand ; 
« tu parais bien fatigué, mon vieux, et pourtant tu 
« as encore un bon bout de chemin à faire... Il me 
« vient une idée... monte en croupe derrière moi, et 
« tu arriveras plus dispos chez ta femme. » — « Oh ! 
« Monsieur le marquis, y pensez-vous, je n'oserais 
« jamais... et puis mes œufs ? — « J'en réponds, 
« vieux cocon ; ma jument est douce, nous chemine- 
« rons tout tranquillement et nous arriverons sans 
o accident, je te le promets. Ton refus me désoblige- 
« rait, enteuds-tu ? Monte, te dis-je, sans plus de 
« façons. » Il fallut se rendre, ef voilà le père Durand 
et le marquis s'acheminant vers la ville. 

Tout alla bien jusqu'à l'entrée de la rue St-Malo ; 
mais ici le marquis pique sa bête 'et lui fait prendre 
le trot. Ce fut alors, pour les habitants de ce faubourg 
un spectacle des plus réjouissants. Les œufs cassés 
tombaient en cascade dans le ruisseau, inondant le 
dos du bonhomme et la croupe de la jument. On 
n'oublia de longtemps cette plaisante aventure. 

Il va sans dire que le marquis paya généreusement 
le plaisir qu'il s'était donné. 

Il mourut hydropique, ce qu'il ne pouvait com- 
prendre, disait-il plaisan:ment, n'ayant de sa vie bu 
une goutte d'eau. 

NOR.M. : coconnier, va. sg. 

Cocus, S. m. pi. Fleur de cocus, nom donné par 



- 93 - 

le peuple à la fleur jaune, à grappes, qui fleurit au 
printemps (Primiila elaticn- des botanistes). C'est avec 
cette fleur, qui doit peut-être son nom à sa couleur, 
que les enfants font des ballottes (Voy. Ballotte). — 
Mon p'tk papa, allons cueillir des cocus dans les 
champs pour faire des ballottes ». 

Cœur. Tenir en cœur y être rancunier. — o Jeanne 
était une brave femme ; elle avait la tète près du 
bonnet ; mais elle ne tenait pas en cœur. » 

Cœuru, ue, adj., exprime une bonne ou une 
mauvaise santé. Plus usité avec la négative. — 
a Comment ça va-t-i, papa Durand ? o — « Pas 
trop b'en ; depis quéque temps, je n'sais pas cœuru. » 
— Pour le paysan, le cœur est le siège de toutes les 
maladies. — Il dira en savourant un bon piot : a V'ià 
du cidre cœuru (qui donne au cœur) ». 

NORM. : cœuru, qui a du cœur. — Cidre cœuru. 

Cofir, V. a., occire, tuer, écraser, éreinter. — « Une 
voiture lui a passé sur le corps ; le pauvre homme 
est coji. n — S'emploie aussi en parlant des choses, 
mais comme adjectif : — « Son chapeau était coJi ». 

SARTHE : cofir, écraser. — NOR>r. : co/ir, déformer, écr.i- 
ser, bossuer. 

CogeT, V. a., forcer, contraindre. — «La serrure a 
été cogée ». — « On ne me cogéra pas à faire cela, si je 
ne le veux ». — C'est le mot latin cogère. 

KORM, : coger, entraîner, pousser, inciter. 



— 94 — 

Cogne, adj,, se dit d'une personne qui a le cou 
de travers, penché sur une épaule : — « Vous le 
reconnaîtrez facilement dans la foule : il est cô^ne. » 

Cohue, s. f. On désigne sous ce nom le lieu 
affecté à l'enfouissement des animaux morts. On 
appelait encore ainsi, dans mon enfance, le petit che- 
min situé derrière le Thabor, faisant suite à la ruelle 
de la Palestine. On y encavait les chevaux, les chiens, 

et les comédiens. On disait qu'une comédienne y 

avait été inhumée avant la Révolution !!... 

ACAD. : cûbiie, anciennement assemblée, halle, marché. 

Cohué, s. m. Le cohiié est le paysan fin, madré, 
rusé, et un p'til brin mauvais sujet : « Oh ! le mau- 
vais sujet ! Oh ! le mauvais cohué qu'tu fais ! » 

Cohuel ou Cohué, s. m., garçon mauvais sujet, 
bavard, habitué de la cohue. 

Cohuéler, v. n., cancanner, calomnier, ou tout 
au moins médire de son prochain. — Le verbe 
cohuch'r, s'applique aux deux sexes. — « Sa femme 
passait une partie de son temps à cohucler avec ses 
voisins ». 

Coincer, v. a., syn. de battre, meurtrir, acculer 
son adversaire dans un com. — ■ « Prends garde, j'te 
vas coincer. » — « Il m'a provoqué ; mais je l'ai 
coincé d'importance. » 

Colînette, s. f. , grande collerette ou fraise qui 



— 95 — 

était fort à la mode aux XV>; et XYI^^ siècks. — 
a Ma fraise empesée me pique les oreilles », dit 
Girot dans le Pré-aux-Clercs. — Les massiers ou 
bedeaux de notre métropole portent encore, dans les 
grandes cérémonies, ces immenses fraises que nous 
appelons colinettes. 

BESCH. : coliiietle, bonnet que mettaient autrefois les 
femmes en déshabillé. 

Commandous, s. m. pi., pour maîtres ; du ver- 
be commander. — Un domestique, qui aura reçu des 
ordres coutradictoires dira : — « Il }• a b'en trop de 
commandons par ié (ici), n 

Comme tout, loc. adv., souvent employée à la 
ville comme à la campagne, et qui répond à beaucoup, 
grandement, qui, en un mot, est un superlatif. Ex. : 
a J'ai bien dîné, j'avais faim comme tout. » — « J'ai 
mal à la tête comme tout ». — « Ce que vous dites est 
bête comme tout. » 

Commercer (Se), v. pron. — « Dans cette mai- 
son, on se commerce de tout, on y trouve de tout, il 
n'v a point de non ». 

Commérer, v. n., flâner, passer son temps avec 
les commères. — « Je le plains, le pauvre homme ; 
sa femme commère à longues journées et néglige son 
ménage et ses enfants. » 

BESCH. : commérer, fréquenter des commères ; agir ou 
parler en commère. 



-96- 

Commode, adj. m. et f. Employé avec la néga- 
tive, il signifie que la personne dont on parle n'est 
pas d'humeur facile : — « Vous êtes un brave 
homme, père Gaudiche, et votre femme aussi ; mais 
v'n'êtes pas commodes l'un et l'autre. » 

ACAD. : coiiunodc, d'un bon commerce. Pas coiniiiode, 
sévère, exigeant, hautain. 

Conduite, s. f. On dit à Rennes en parlant d'une 
personne décédée : « on lui a fait, ou elle a eu une 
ccnduite », lorsqu'elle a été accompagnée au cimetière 
par tous les prêtres de la paroisse, avec chantres, 
porte-croix, etc. C'est un honneur qui se paye et 
peut d'ailleurs se payer très cher, car il n'est réservé 
qu'au.x riches. Les pauvres diables ne sauraient y 
prétendre. — - Un seul prêtre accompagnait le bon- 
homme C..., à sa dernière demeure, « il n'avait pas 
de conduite. » Aujourd'hui, comme jadis, car rien 
n'est changé, 

« Il en coûte à qui vous réclame, 
« Médecins du corps et de l'âme ». 

Cônette, s. f., temme flâneuse, qu'un rien dé- 
tourne de sa besogne. « Julie est une bonne fille ; 
mais quelle côiictte » ! 

Cônetter, v. n., flâner, s'arrêter en chemin. — 
Ce verbe est moins usité que le substantif cônette. 

CÔnille, s. f., pour corneille. — « Accourez, pies 
et cou nies, venez tous chanter pour li. » (Vieille 
chanson). 



— 97 — 

Consortaige, s. m. On désigne par ce nom, 
dans le canton de Maure, un domaine partagé entre 
plusieurs. (Vient de consorts). 

Copail, s. m., ventre ou estomac. — «Cette fa- 
mille aimait la mangeaille et ne songeait qu'à se 
fourrer dans le copail. » — Ailleurs copct. 

Copias, s. m. gros crachat. Une plus longue dé- 
finition me semble superflue. 

Copier ou Copir, v. n., cracher, expectorer. — 
« Noutr' homme a un gros rhume, mais il com- 
mence à copier, et ça va mieux. » — Nos ouvriers, 
pour mieux teni' leux outils, copient dans leux mains. 

Copie, s. f. Les paysans (et même le peuple de 
nos villes,) appellent copies les exploits ou sommations 
par huissier, o On dit qu'il n'a pas payé son terme, et 
que son propriétaire lui a envoyé une copie. » — La 
copie est une contrainte. 

Coq-borgne, s. m., brutal qui frappe à tort et à 
travers, comme un cog borgne. (Prononcez Co borgne). 

Coq-su-d's œufs, locution populaire, équiva- 
lant au proverbe : « Ça n'y fera non plus qu'un cau- 
tère sur une jambe de bois. » — Exprime le doute 
ou l'incrédulité sur l'efficacité d'un retnède, d'un trai- 
tement. 

Coques-de-saint-Laurent, s. f., petites clo- 
ches ou h,\Lviûh-s produites sur la peau par la piqûre 



d'un insecte invisible à l'œil nu, et dont j'ignore le 
nom scientifique. C'est surtout à l'époque des mois- 
sons que les paysans sont affligés de ces piqûres, qui 
rappellent, mais de loin, le supplice du saint dont 
elles portent ce nom. 

Coquiner, Syn. de dcdiner (Voy. ce mot). 

Corbelet, s. m., pièce de bois ou de pierre qui 
soutient le manteau des cheminées dans les habitations 
des campagnes. — (Terme de métier chez le char- 
pentier ou le tailleur de pierres). 

CENTRE. : corbelet, tablette de cheminée. 

Core, adv., abrégé de encore par la suppression 
de la première syllabe eti. — « Vas-tu core m'en- 
nuyer ?» — « Te sens-tu coi-e malade ? — En Lor- 
raine, cet adverbe est core plus abrégé ; la première 
et la troisième syllabe sont supprimées : il ne reste 
plus que CD. — « Vit-i ce ? — Fit co — Donne-le 
mé (ou baille-le mé), si vit co. », jeu d'enfants qui 
consiste à se passer vivement de main en main un 
papier allumé. Celui dans la main duquel il s'éteint 
donne un gage, et subit une pénitence. 

XORM. : core. 

Cornet, s. m,, partie supérieure de l'écritoire en 
cuir, dans laquelle les écoliers de mon temps mettaient 
leurs plumes. — Rabelais l'appelait galiniard, du 
latin caJaiiius. — La partie inférieure contenait l'en- 



- 99 - 

cre. Il y a vingt ans pour le moins que cette espèce 
d'écritoii'e a disparu. C'est donc pour mémoire seule- 
ment que je Ta" '"appelée ici. Un cornet coûtait alors 
six sous. 

Cornière^ s. f., coin. — « Vous le trouverez 
dans la corniîre du champ. » — Un mouchoir à qua- 
tre coniiîirs. — Le mot est français avec une signifi- 
cation différente. 

CUN'TRE ; coniicrc, corne, coin. — Vieux Fr. : Coruii'ic, 
coin et extrémité de quelque chose. Coincria, Conietiim. 
La conticre de la maison. Corncria prati. (duc). 

Corporaille, s. f., tripe, tripaille. — Les maî- 
tres mangent les membres, les domestiques la corpo- 
raille. 

Cessons, s. m. pi., enveloppe du grain d'avoine, 
de froment, ou de seigle. — Vient de cosse. — Les 
cassons, mêlés au fumier, sont étendus comme engrais 
dans les prairies. — Les cassons d'avoine servent à 
faire des halVùres pour les petits enfants. (Voy. Bal- 
lière). — A St-Malo, les cossoits sont des gapas : La 
marée des gapas, à l'équinoxe d'automne. — Dans 
quelques cantons, on les appelle gralnuix. 

Cotine, s, f., nom donné à la noix dans le canton 
de Maure. 

Cotiuier, s. m., noyer, arbre qui produit la 
cotine. 

Cotir. v. a., briser, fêler. — « Le verre est brisé. 



— 100 — 

je l'ai entendu coiir.v — a Ce vase n'est peut-être pas 
tout-à-fait brisé, mais il est coti. » — « CoUr une 
noix. » — On dira par extension « Cet homme est 
coti, B c.-à-d., qu'il est bien malade, qu'il n'a pas 
longtemps à vivre. — Se dit aussi pour claquer : Un 
charretier fait coiir son fouet. 

ACAD., BESCH. : cotir, 1- V. a., meurtrir, aplatir, écraser. 
Il est pop. et ne se dit qu'en parlant d^ fruits. Coti, 
poire cofie. 2- v. n. Il se dit en Bretagne dans le sens 
d'éclater psr l'effet de la chaleur. — cextre : cotir, 
froisser, meurtrir, affaiblir. — norm. : Se cotir, se 
pourrir (le bois). — Vieux Fr. : cclir, cogner, battre. 
« coti ta teste au mur. » (Dt;c). 

Cotissoire, s. f., nom donné par les enfants à 
la fleur de la digitale qu'ils font cotir par la compres- 
sion de l'air, en pressant avec l'index et le pouce de 
chaque main les deux extrémités de celte fleur. 

Cotry, s. m., nom donné par l'ouvrier maçon au 
compagnon qui travaille vis-à-\às de lui à la construc- 
tion d'un mur ou de tout autre ouvrage. — « J'avais 
pour cotry le père Cachet. » 

Couanne, s. f., crottin, fiente de cheval. — ail 
allait sur les routes ramassant les conannes. » — C'est 
avec la couanne qu'on nettoie les carafes et tous les 

vases en verre ou en cristal. 

Vieux Fr. : ccnav.e, fiente, escrémert. (dcc). 

Coucher en retour, locution très-usitée dans 
les pauvres ménages et les ménages pauvres. C'est 



— lOI — 

coucher dans un lit qui n'a pas été refait. — Les 
femmes paresseuses font coucher leurs maris en retour 
souvent pendant des semaines entières. 

s.\RTHE : coucher en retour, m. sg. 

Coudre, e, adj., se dit du linge, qui, sans être 
encore sec n'est plus dégouttant. Le mot cru est plus 
usité. (Voy. Cru). 

Coue, s. f., pour queue. — Les chats auxquels on 
ne coupe pas le bout de la couc ne vivent pas (préjugé 
populaire). — Pour exprimer la certitude que la per- 
sonne attendue viendra : « La coue de not' chat est 
b'en venue. » — Coue se rapproche plus du Luin 
cauda que le français queue. 

NORM., SARTHE, CENTRE : COUC, m. Sg. — BESCH. : COUC 

OU quoue, vieux mot venu de cauda, d'où quenc. Couette, 
petite queue. 

Couée, s. f. Les femmes du peuple, et particuliè- 
rement les paysannes, apportent souvent des denrées 
dans leurs tabliers relevés par les coins ; elles appellent 
cela une couée. — Une mère à sa fille : « Va cher- 
cher une couèe de choux, de navets, pour la chèvre. » 
— Le tablier, dans ce cas, tient lieu de panier, et sa 
contenance est assez bornée. — S'emploie aussi pour 
exprimer une certaine quantité. — « Nous avons 
cette année une bonne couèe de perdrix. » 

Couette, s. f., lit de plumes. Vieux mot d'après 
nos grammairiens. Pourquoi a-t-il vieilli, tandis que 



le mot paillasse (lit de pétille) est resté neuf ? Conser- 
vons donc la couette chez nous. — Montaigne l'a em- 

ploj'é pour couverture : « et n'ont guère d'autre 

couverte que d'une coile, et e' . bien sale. » 

SARTiin : couette, m. ^g. — acad. : concile, m. sg, vieux. 
BESCH. : couette, m. sg. Ce mot vieillit. — centre : 
coiu'te, coille, lit de plumes. — Vieux Fr. : couette, coite, 
conte, conste, conyte, bas lat. Cotlum, couette de paille, de 
plume, etc (duc). 

Couettes, s. f. pi., cordons ou lacets avec les- 
quels nos paysans attachent leurs souliers sur le cou- 
de-pied. Le nom de couettes s'applique surtout aux 
lacets en filet de laine des souliers des femmes. Les 
couettes en cuir des souliers d'hommes sont générale- 
ment appelés ligneux ou coulisses. — On dit quelque- 
fois couelter pour attacher ses couettes. 

Couillé-de-Saint-Pierre, s. m. C'est l'outil 
dont se servent les paysans pour aiguiser leurs faux 
et leurs faucilles. 

Couiner ou Couigner, v. n., imitatif du bruit 
agaçant produit par les ferrures rouillées des portes 
ou des fenêtres, ou encore par les chaussures neuves 
dans un temps sec. — On met de l'huile aux gonds 
des portes pour les empêcher de couigner. — « Il n'a 
pas payé ses souliers : ils couigiieiit. » (Dicton popu- 
laire). 

NOK.vr. : coniucr, pleurer en criant. — centre : couiner, 
grogner. 



— 103 - 

Coulvasser, v. n., plaisanter ironiquement, 
cherclier à en faire accroire à quelqu'un. — « Il aimait 
à coulvasser ». 

Çoulvassier, s. m., farceur, mauvais plaisant. 
Le substantif est plus usité que le verbe. — « Tu crais 
que j'te crais, ta ? mauvais coiilvassicr ! ». — On 
trouve dans Rabelais le mot talvassicr, que P. Lacroix 
traduit par fanfaron. 

Coup. — Faire les cent coups, locution très usitée. 
Il en est de même de l'action. — « Ivrogne, querel- 
leur, il bat sa femme et fait les cent coups dans la 
maison ». — Et pour donner plus de force au récit, on 
dit superlativement : a l\ ah\t les cent-clix-)icuf coups. » 
— Etre aux cent coups, se dit à la ville et à la cam- 
pagne d'une personne perplexe ou engagée dans une 
mauvaise affaire. — Ex. : a On assure que la situa- 
tion financière de X.., est compromise. Ses créan- 
ciers sont aux cent coups. » 

A-tout-coup., autre locution adverbiale qui revient 
sans cesse dans la conversation chez nos paysans : — 
« A tout coup, nout' mét'e, vous me crairez s'ous 
v'icz (vous me croirez si vous voulez). » — « A tout 
coup, c'est de d'mème (c'est ainsi). » — u A tout coup, 
je ne peux pas vous le vendre à ce prix. » 

Coupelle, s. f., sommet ou cime d'un arbre. 
C'est le substantif coupean (cime d'une montagne), 
féminisé par nos paysans et appliqué aux arbres. Le 
mot cruche, qui a le même sens, est beaucoup plus 



— 104 — 

usité. Coupelle est français, avec une signification toute 
différente. 

XORM. : coiipeau, copeau, coiipet, cime, sommet. — 
Vieux Fr. : coupcl, copa, sommet d'un arbre : « remonta 
oudit arbre jusques au coupel d'icellui. » — Copa, coupct , 
sommet d'une montagne. 

Couplée, s. f., réunion de langes ou de vieux 
linges envoyés au blanchissage. Les mémoires tenus 
en partie double par nos bonnes ménagères se termi- 
nent invariablement ainsi : « Une couplée de guenilles » ; 
les guenilles servant au gros nettoyage des effets mo- 
biliers ou des parquets. 

"SARTHH. : coupla', m. sg. Encouplerle linge. — norm. : 
coiiplcc, linges attachés par couple ou en plus grand 
nombre. 

Courée, s. f., poumon des animaux de bouche- 
rie. Avec la coiircc an veau, on fitit un bouillon préfé- 
rable à tout autre, pour la guérison des rhumes, des 
catarrhes, bronchites et affections de poitrine. — Oh ! 
le bouillon de courée ! 

s.\RTHi: : coiin'c, m. sg. — korm. : courèc, ensemble des 
gros viscères. — \'ieux Fr. : corèe ou courée, intestins, 
entrailles, boyaux, corala, Å“, (duc). 

Couroux-de-pochée, s. m., garçon meunier 
qui a pour mission d'aller prendre dans les fermes les 
sacs de blé qu'il apporte au moulin. — Jean-Farine 
était un couroux-de-pochée actif et inteUigent, Les 
chiens ennemis des couroux-de-pochée, annoncent leur 



— 10) — 

arrivée par leurs aboiements et rentrent dans leurs 
niches. 

Cours (Rivière au). La rivière est au cours lors- 
qu'on la met à sec dans un bief ou bie^, c'est-à-dire, 
entre deux écluses, pour certaines réparations recon- 
nues nécessaires. — La Vilaine est tous les ans au 
cours dans le bief de Saint-Hélier au moulin du Comte, 
et cela dans la saison des chaleurs, au grand préju- 
dice de la santé publique. 

Cousin du Sacre. Voy. Sacre. 

Cousser, v. a., courir, poursuivre. — « Coussc- 
le, mon chien », terme de chasseur. 

Coûtaige, s. m., du verbe coûter, coût, dépense, 
entretien onéreux. — « Vous parlez d'augmenter 
votre personnel, de faire tels changements, de pren- 
dre telles dispositions ; y pensez-vous ? Ce ne sera 
pas un petit coûtaige ! -n — Les gens de la ville disent 
coùtage. — On dit aussi coûtageux ; mais ce mot est 
moins usité. 

NORM. : cot'ifage, dépense, frais, coi'itageiix. — centre : 
coiitange, coùtuncc, prix. — Vieux fr. : couslage, constance, 
coslage, de costcngia, constatigium, costangium. (duc). 

Coutisse, S. f., mèche de fouet ; cordons ou 
lanières de cuir, avec lesquels nos paj'sans attachent 
leurs souliers, et qu'on appelle aussi ligneux (V. ce 
mot). — « Son coutiau, percé au bout du manche, 



— io6 — 

était attaché par une coulisse ». — Au paj'S de Dol, 
courgée. 

Coutume, s. f. C'est le bureau de l'octroi. Ce 
mot a vieilli. 

Coutumier, s. m., employé de la couliintc. C'est 
aujourd'hui le receveur du bureau de l'octroi. 

NORM. : coiilcumc, taxe municipale. Coutcumier . 

Couturier, s. m., tailleur de campagne. — « Les 
cotdiirurs nous viennent lundi : tenez vos hannes 
prêtes, les gars. » — Les couluricrs travaillent à la 
journée, et, comme les couturières, vont de ferme 
en ferme, et souvent fort loin de leur demeure. 

BESCH. : couturier, qui fait métier de coudre, acad. : 
m. sg. vieux. — Jusqu'au 16* siècle, les tailleurs s'appe- 
laient couluricrs. 

Couvent, s, m. Les femmes du peuple donnent 
ce nom à leurs chaufferettes. Ces chaufferettes sont 
des vases en terre, qui, la nuit, servent à un autre 
usage. — Elles grillent leur pain ou cuisent leur 
poisson au feu de leur couvent, alimenté de la braise 
du foyer. — « Prenez donc garde, mère Saumonnet, 
votre hareng brûle. « — « Y a pas d'dangcr, j'ai 

l'œil dessus » — A Paris, les couvents se nornment 

des gueux. 

Couyaux, s. m. pi., S3'n. de chevrons, pièces de 
bois qui supportent la toiture d'un bâtiment, et dont 
les bouts se dirigent à l'extérieur. 



— 107 — 

BESCH. : coyau, pièce de charpente de la toiture. — 
— CEKTRi£ : cosaii, m. sç;- 

Couyé, Coyé, s. m., terme de mépris sous 
lequel les mauvais gàs des villes désignent nos cam- 
pagnard». — a Coyé de r'but, qui fait la galette avec 
le c... » — Dans quelques localités, le mot coyc n'est 
pas pris en mauvaise part : il est employé par le 
paysan lui-même pour désigner l'homme de peine 
employé aux travaux grossiers de la ferme ou des 
champs. 

NORM. : collier, villageois grossier. 

Grand ou Ercrand, adj., las, fatigué. 

Ce mot viendrait-il de l'allemand knvik, malade, souf- 
frant ? Erkranteii, tomber malade. 

Crâne, adj., m. et f., employé dans le sens de 
bien ou mal portant. — « Je ne suis pas crdne au- 
jourd'hui ; j'étais plus crdnc hier, n — N'est employé 
que par des malades ou des convalescents. Se dit 
aussi dans le sens de brave, fier, o Tu n'étais pas 
crduc au feu. » 

A CAD. : Faire le crâne. 

Crasse, s. f., figure, visage. Ne s'emploie guère 
que dans cette expression ; sauter à la crosse. — « Les 
deux commères se prirent de bec et bientôt se saiilù- 
reut à la crasse. », expression énergique et vraie, nos 
faubouriennes prenant, en général, peu de souci de 
la propreté de leur visage. 



— io8 — 

Faire une crasse a qn., user envers lui d'un mauvais 
procédé ; lui foire une impolitesse, une vilenie. — « En 
ne m'invitant pas à sa noce, mon cousin m'a fait une 
crasse, que je n'oublierai point. » 

Crémé, adj., pour crémeux. — Dans les temps 
chauds, le lait est moins créiiie. — Nous disons aussi : 
Le lait ne crème pas. 

EEscii. : Lnil cn'iitc ou cvcmcux. 

Créon, s. m., pour crayon. Nos écoliers disent 
encore crcoji, comme au temps de Montaigne. 

DKSCii. : cri'on, orthogr.nplie vicieuse pour crayon. — 
NOR.M. : cri'on, crioii, mais n'en déplaise à Besch, elle 
n'est pas si vicieuse qu'il le prétend, les premiers crayons 
devaient être faits de craie d'où créons. 

Crevaison, pron. qnervason. « Faire sa crevaison »■ 
— vilaine locution qui veut dire passer de vie à trépas, 
mais qui n'est employée que par les gens les plus 
grossiers de la ville ou des champs. 

XORM., cr.NTRE : crevaison, m. sg. 

Crin-Crin, s., m., c'est le nom populaire du 
violon. « Pour un beau bal c'était un beau bal. Auguste 
qui est musicien, avait apporté son crin-crin et Adol- 
phe son galoiihet, (flageolet). » 

Croc, s, m., trognon de poire ou de pomme. Ne 
se dit qu'en parlant de ces deux fruits. Ainsi, on ne 
dit pas un croc de chou, comme on dit un trognon 
de chou ; mais nos gamins disent : « Donne-moi le 



— 109 — 

croc à moi qui t'ai prêté mon couteau. » (Sous-en- 
tendu : pour peler la pomme ou la poire). — Devrait 
peut-être s'écrire comme il se prononce croque. 

Croc. — De croc cl de hanche, adv., expression 
très usitée, pour exprimer la mauvaise tournure que 
prend une affaire, les obstacles que rencontrent une 
entreprise. — « Cela ne va pas tout seul, ça ne va que 
de croc et de hanche », d'une façon boiteuse. 

Crochetée, s. f., branclic de l'arbre ou rameau 
garni de ses fruits et détaché du tronc. « Une crochetée 
de cerises, de pommes ou"de poires ». — « Cueillez 
quelques crochetées ; le fruit conservera plus longtemps 
sa fraîcheur que s'il était tout-à-fait détaché de sa 
branche n. — Dans le nord du département en dit 
trochée. 

Croissant, s. m., petite excroissance de peau, 
ou filet de l'épiderme, qui se produit à la partie supé- 
rieure des ongles, et plus particulièrement au pouce 
et à l'index. — Coupez avec précaution les croissants 
et gardez-vous de les déchirer : un panaris pourrait 
être la conséquence de votre imprudence, — La 
science l'appelle lunule ; l'Académie, envie. 

Croix-de-Dieu, s. f., petit alphabet. — Dans 
mon enfance, (je suis né en 1810), nous apprenions 
à lire dans un petit alphabet qu'on appelait croix-de- 
Dieu. Il devait son titre ^ une croix grecque qui pré- 
cédait la lettre A, devenue ainsi la seconde lettre de 



l'alphabet, car nous disions : Croix-de-Dicu, A, B, 
C... — Je me souviens d'avoir été sévèrement puni, 
pour avoir, par négligence, perdu ma Croix-dc- 
'Dien . 

Cet alphabet semble, comme son nom l'indique, 
avoir été mis en usage dans toutes les écoles du 
Royaume, et cela à une époque assez reculée, par 
l'autorité ecclésiastique. Molière et La Fontaine l'ont 
employé. — Voyez la comédie « Monsieur de Pour- 
ceaugnac », acte 1, scène VII : « C'est un homme 
qui sait sa médecine à fond, comme je sais ma croix 
de par Dieu... » (Molière). — a Je n'ai jamais 
appris que mu croix de par Dieu. » (Les Devineresses. 
La Font.) 

Cropet, s. m., petite crotte. On s'abstiendra, par 
politesse, de prononcer ce n:ot dans la conversa- 
tion. 

NORM. : crcpii, excrément d'enfant. 

Grouille, s. f., (masculin à Rennes) verrou d'une 
porte. Ce mot semble emprunté au bas-breton kou- 
roiil ou l'rotil. 

Grouiller, v. a., fermer une porte au verrou. — 
a Avant de vous mettre au lit, ayez soin de crouiller 
les portes ». (V. dècroviUer, encroniïïer). 

NORM. : cronilh'l, verrou. Crouiller. — Sarthh: crouiller. 
— CENTRE : cronillel, cmuillou.x, verrou. — Vieux Fr. : 
croil, verrou, corale. (uuc.) 



Croulevé, adj., se dit du pain saisi au four, dont 
la croûte est détachée de la mie. De croûte-lcvce on a 
fait croulevé. — Le mot français est gtbichè. — Crou- 
levé se dit aussi des enduits mal foits, qui, au dégel, 
se détachent des murs. 

Rab. : — Car il y ha plus de fruict que par aduen- 
ture ne pensent ung taz de gros taluassiers tout crous- 
teleue^. ». (Prologue du livre II). Rabelais l'emploie 
ici pour galeux, couverts de pustules dont la peau se 
soulève par écailles. 

Croustin, s. m., vieux chapeau démodé ou qui 
a perdu sa fraîcheur. — « Comment ! Madame ose- 
rait porter ce croustin .' » — « La pauvre dame, jadis 
si coquette dans l'opulence, est coiffée d'un croustin 
qu'on ne ramasserait pas dans la rue. » — On pend 
un vieux croustin dans les pois et dans les arbres frui- 
tiers, pour en éloigner les oiseaux. — Ce mot sem- 
ble venir de croustille, sorte d'agrément qu'on mettait 
anciennement aux coiffures des femmes. 

CrozîUe, s. f., coquille de poisson de mer que 
nous appelons ricardeau. Nous donnons le même nom 
à la petite coquille de mollusque ou coque, qu'on pêche 
en abondance dans la baie du Mont-Saint-Michel. Jadis 
les pèlerins ornaient leurs caperons ou pèlerines 
de croiilles, comme en témoignent les vieilles gravures. 
— On l'appelle aussi coquille de Saint-Jacques. On 
sait que ce pèlerin fut péché vivant au fond de la 
mer, les habits couverts de coquillages. — Rennes 



possède, rue de Nantes, :22, une auberge ou petit 
hôtel qui porte encore son vieux nom « la Croiille ». 
— Au numéro 5 de la rue de Fougères existait une 
antique maison ayant une croi^ille sculptée sur sa 
façade ; elle a été abattue pour cause d'alignemem. 
Le propriétaire actuel, M. Jobbé-Duval, en a cons- 
truit une autre dans le style moyen âge et fort 
coquette, où il a voulu perpétuer le nom primitif, en 
fiiisant graver au-dessus de la porte d'entrée cette 
inscription en langue bretonne ; « TY NEVEZ 
CROGUEN ». (la nouvelle croiiUe). 

Cru, ue,adj., humide. — « Cet appartement esicru 
et rnalsain ». — Le linge que rapporte la blanchisseuse 
es,x.crii, lorsqu'il n'est pas parfaitement sec. — Le mot 
cru. n'est pas seulement de notre crû : il est employé," 
avec la même signification, dans d'autres provinces 
et même en Lorraine. 

Cruche, s. f., cime ou tète des arbres. V. Ecni- 
chcter. 

CENTRE : encnicber, placer dans un endroit élevé. 

Crue, S. f., terme de tricoteuse ; maille du tricot 
lorsque l'ouvrière l'augmente, soit en longueur, soit 
en largeur. — La crue (on dit aussi recrue) se dit par 
opposition aux apelisse'es qui tendent à diminuer le 
tricot. 

SAirniE : crue. m. sg. 



Gruyère, s. f., terrain bas et humide. — « Cette 
cniycre serait propre à la culture de l'osier, mais 
pourrait être améliorée par un drainage ». 

O'ti-ci, C'ti-là, pron. dcm., pour celui-ci, cdiii- 
là. — « C'ti-ci est bon ; mais c'ti-là est mauvais ». 

CENTRE, NORM. : c'ti-ci, c'Ii-Ià, m. sg. 

Gul"branoux, s. m., épithète qu'on donnait 
autrefois en signe de mépris aux tisserands de Rennes ; 
cette profession, comme celle des tailleurs étant peu 
prisée des autres ouvriers, et surtout des labou- 
reurs. 

Cul-terroux, s. des 2 genres. On désigne par ce 
joli petit nom une personne qui a de la terre et des 
propriétés au soleil. — «Jeanne serait à coup sûr une 
bonne ménagère ; mais on lui préférera Marie-Anne, 
parce que celle-ci est un cul-terroiix ». 

NORM. : cti-tcrycHX, cii-tcnviix, m. sg. — Fille riche. 

Curaude, s. f. On appelle de ce nom le dernier 
tour de charrue pour Hùre le sillon. Le premier se 
nomme h parraie. (V. ce mot.) 

Curîau, s. m., choriste ou enfant de chœur, 
qui répond les messes de nos prêtres, et qui reliche 
à l'occasion le vin blanc contenu dans les burettes et 
destiné au sacrifice. Au pluriel curiaux. — Ce mot 
vient-il du latin curio, prêtre de la curie romaine ? ou 
de curia, lieu où les Romains traitaient les affaires de 



— 114 — 

religion ? je penche à croire qu'il vient tout simple- 
ment de curieux ou de ciirinl. Je demanderai à mon 
curé ce qu'il en pense. 

Dans les Côtes-du-Nord, on l'appelle vioignot, petit 
moine. (V. ce mot). 

NORM. : ctireau, enfant de chœur ; (petit curé). — duc : 
Le mot bas lat. choralis signifie : i* chantre, clerc, prêtre 
chantant au chœur ; 2' lin vieux franc. : corial, curinl, 
ciireaii, plur. cuvcaux, enfants Je chœur : « les petits 
enfants, c.-à-d. les petits curcaulx. » — C'est peut être 
dans ces mots du vieux français qu'il faut chercher la 
véritable étymologie du mot rennais curiuii. 

Cutol, S. m., pour couteau. C'est le mot cullel, 
employé au IX"^ siècle, légèrement modifié. 

Cutter (Se), v. pron., se cacher. — «Je m'étais 
si bien cutté, qu'on n'a pu me trouver ». Voy. Cache- 
cnttè. 

Cutte, exclani., du verbe cutter. Au jeu de cachc- 
cuttè, quand les joueurs sont cachés, l'un d'eux crie 
à celui qui doit les aller chercher (et qui s'appelle 
le chat) : cutte ! — La jeune mère jouant avec son 
enfant, et lui cachant le visage sur son sein, lui dit 
aussi : « Cutte ! cutte I » 

NORM. : cul, giit, m. sg. — sarthe : Fiiire cutte au jeu 
de cache-cache. 

Cyndard, s, m., cygne sauvage, qui, dans les 
hivers rigoureux, s'abat quelquefois sur nos étangs. 



115 



Dabon, s. m., piccc grossièrement placée sur un 
vêtement usé ou troué. — « Son paletot, comme son 
pantalon, n'était que pièces et dahons. » 

Dabonner, v. a., mettre pièce sur pièce pour 
raccommoder un vêtement usé. Il est synonyme de 
rapetasser. — Une femme avare ou sans amour-pro- 
pre daboniic ses bardes d'une façon ridicule. Voy. 
HaldaboH. 

Dagre, adj., hargneux, d'un caractère aigre, 
difficile. — a Comme vous êtes dagre ! » (\'itré, 
Fougères). 

Daguer, v, a., dénicher, trouver un objet caché. 
— « Au lieu d'aller à l'école, il aimait mieux faire 
l'école buissonnière, et Ji/^wr les nids des oiseaux. » — 
« J'ai cru cet objet perdu, il n'était qu'égaré, j'ai fini 
par le dagticr. » — Usité surtout à St-Malo. 

Dalle, s. f., pierre creusée, placée à l'intérieur de 
la cuisine, et dans laquelle on jette les eaux ménagè- 
res. C'est l'évier, — « De mon lit je voyais le jour 



— ii6 — 

par lepertu's de la dalle, per pertustim daldalihus, » 
comme disait la servante de mon curé, qui lui avait 
donné dos leçons de latin. 

NORM. : dalle, évier, canal pour l'écoulement des eaux 
ménagères. 

D'amain, adv. Voy. Amain. Nos paysans disent 
plus volontiers « cet outil est d'amain (il est à ma 
main). » — On ne dit pas : « C'est mon d'amain », 
mais : a c'est mon amain n, c.-à-d. je suis commo- 
dément placé pour faire tel travail. 

D'anet, adv. de temps. C'est le mot anct ; mais 
d'anet ne s'emploie qu'avec la négation. Ainsi on dit : 
« Il viendra ou ne viendra pas anet. » ; mais on ne 
dira pas : « Il viendra d'anet. » — « Il ne viendra 
pas d'anet », nous ne le verrons pas de la journée. 

Danger. — Avoir danger, avoir dégoût, répu- 
gnance d'une chose sale ou quelquefois d'un mets. 
— « La vue d'une plaie me fait danger. » — Il y a 
des personnes qui ne peuvent manger ni oignons, ni 
poireaux, cela leur fait danger. ■ — Ce mot n'est em- 
ployé, dit Littré, que dans quelques provinces, et il 
cite la Bretagne. 

D'annuit. Voir d'anet. On dit l'un et l'autre. 

Darée, s. f., corruption de mare, flaque d'eau, 
pissée d'un enfant, o Voyez quelle darée le petit a 
fait sur le tablier de sa nourrice ! » — On dit aussi 
mdrrée. (V. ce mot). 



- 117 — 

SARTHE : datée, m. 3g. 

Dat, s. m., doigt. — o J'ai grand mal à un 
dat ». 

La première fai qu'o le j'coiicliis 

Ové ses cinq dats su' la goule al' ni'bailliî 

(Vieille chanson rennaise). 
NORM. : di-it, doigt. 

Dat, s. m., urine. (Mot employé en Normandie, 
où on dit aussi daler pour uriner. — Vieux norm. : 
estaty urine d'un malade). — Je dois la connaissance 
de mot à mon ami le docteur D...., qui l'entend 
souvent prononcer par les paysannes des environs de 
Rennes auxquelles il est appelé à donner des soins. 
— On juge de l'état sanitaire d'une personne à la 
seule inspection de son dat. — Dat, datée doivent 
avoir la même origine. 

Vieux Fr. : duti', pissat, uriue. 

Dayée (pron. dcyée), s. f., quantité de bouillie qui 
peut tenir sur le doigt. Chez nous, les femmes du 
peuple donnent la bouillie à leurs enfants sur l'index, 
d'où est venu dayci\ (Voir Rayc^), 

Dayot (pron. deillot), s. m., linge ou doigt de 
gant qui enveloppe un doigt blessé. — Si vous vous 
coupez le doigt, mettez un dayot pour préserver la 
blessure du contact de l'air. 

SARTHE : deyol, m. sg. — nor.m. : duilot, daillot 
(Il mouillées), doigtier, enveloppe d'un doigt m.ilade. 
Diillol. 



Débérauder (Se), v. pron., se distraire. — 
« Noutr' homme est allé au bourg pour se débérau- 
der un p'tit. » — Ailleurs déheller. — On dit aussi d'un 
malade qui a le délire : Il débéraude, mais mieux : il 
héraude. 

Débit, s. m., bruit, tapage. — « D'où vient ce 
débit ?» — « Taisez-vous, enflmts, pas tant de 
débit ». — u Mon Dieu ! quel débit pour un rien ! » 

— On dit aussi mener du débit. — Personne d'un 
grand débit, qui a le verbe haut, et la gaîté bruyante : 

— (( Il la mettait en débit », en train, en gaîté. 

Debord, s. m., diarrhée. — « Comment ça va, 
père Fourel ?» — « Ça va trop bien, j'ai l'debord. » 

— Debord, qui passe au-delà du bord. — On le 
trouve dans les auteurs avec un sens dififérent : 

Ni l'ébranler des vents impétueux. 
Ni h débord de ce dieu tortueux 
Q.ui tant de fois t'a couvert de son onde 

(Du Bellay). 

ACAD. : déhord, débordement. Il est vieux et ne se disait 
qu'en parlant des humeurs : déhord de bile, débord 
d'humeurs. 

Débotter (Se), v. pron., c'est enlever la grosse 
boue ou la neige qui s'attache à la chaussure. Voy. 
se botter. 

Débouliner, v. n., corruption du verbe ébouler. 

Déboulinade, s. f., éboulement, écroulement. 



— 119 — 

— a Cette maison est tombée comme un château de 
cartes : quelle dèbouliiiadc ! » 

NORM. : débouler, partir, décamper. — centre : débou- 
ler, détaler, quitter la place. 

Débrider, v. n., manger avec avidité. — « Mais 
voyez donc ce garçon, comme il débride ! » — C'est 
presque le mot bribcr de Rabelais : « Si me voulez 
mettre en œuvre, dit Panurge, ce sera basme de 
me veoir briber. » (Pantagruel, chap. IX). 

ACAD. : débrider, se dit fig. et fam. de certaines choses 
qu'on fait avec précipitation. — besch. : débrider, man- 
ger précipitamment et abondamment. 

Décamper, v. n., lever le camp, déguerpir, se 
sauver. — « L'a3-ant prise sur le fait, je lui ordonnai 
de dccatnper au plus vite. » 

ACAD. : décamper, se retirer précipitamment, s'enfuir à 
la hâte. — Voir La Font. 

Décarêmer (Se), v. pron. C'est le premier repas 
gras après le carême. On se décarème le dimanche de 
Pâques au matin. 

SARTHE : m. sg. — BESCH. : se décarcmer, se dédomma- 
ger de l'abstinence prescrite par le carême en mangeant 
de la viande. — nor.vi. : se dèquèrêmcr . 

Déclancher, v. a., révéler, dénoncer. — « Je 
vais tout dcclaiicber à Madame ». — Un accusé, un 
témoin, pressés de faire des aveux, finissent par tout 
décJaticJier, en disant toute la vérité. 



— liO — 

D'écrasé, s. f., très usité dans le sens de en 
grande quantité, à tout casser, V. Ecrase. 

Décrouiller, v. a., ôter la crouille (ou verrou) 
d'une porte. 

Déculer, v, a., expulser, faire sortir violemment 
une personne. Syn. àt faire décamper. — Par oppo- 
sition à acculer. 

NORM. : décider, v. n. lever le siège, s'en aller. 

Dedans. Etre dedans, c'est un commencement 
d'ivresse. — a II n'était pas ce qu'on peut dire saoïd, 
mais il était dedans. » — Etre chaud de baire, être 
dedans sont synonymes. — a Le père Denis, devenu 
vieux, n'avait plus la tête solide : dès qu'il avait bu 
cinq à six pots, il était dedans. » Son compagnon de 
bouteille, moins solide, disait qu'il ne pouvait sucer 
une pomme sans être dedans. 

Mettre dedans s'emploie dans le sens de tromper : 
« J'ai cru acheter un bon cheval, j'ai été mis dedans 
par mon vendeur. » 

BESCH. : Etre dedans, pop., être pris de vin. 
BESCH. : Mettre qn dedans, l'abuser, le tromper. 

Défalner ou Défêner, v. a., rendre à quelqu'un 
la chance qui l'a fui. — « Je n'ai encore rien vendu 
aujourd'hui », dira un marchand à un acheteur, 
« je vous vends à bon marché, vous allez peut-être 
me dèfaîner. » — Un joueur a une longue déveine, 
la chance lui revient, il est dé/aîné. — Voir Faîner. 



— 121 — 

Dèfouir, v, a., antonyme de enfouir. — « Il 
faudra cette semaine dèfouir nos pataches (patates, 
pommes de terre) ». — S. Briac, Plerguer et envi- 
rons. 

SARTHE, NORM. : défoiiif, m. sg. — BESCH. : dèfouir, m. 
sg. vieux et inusité. — Vieux Fr. : — Deffoitiv (Roman 
de Renan), (duc). 

Défoutrailler, v. a., presque grossier, mais si 
usité, si populaire, que j'ai dû lui donner l'hospita- 
lité. Il signifie brouiller, détruire une besogne mal 
faite, et, par extension, remettre à sa place par de 
vertes paroles, une personne qui vous a offensé. — 
Je l'ai joliment défoiiiraiJU ». 

Défunter, v. n,, mourir, trépasser. Du substantif 
défunt, nous avons fait défunter. — « Comment va 
le malade ? — Il est, ou il a défunte cette nait. d 

Dégêner (Se), v. pron., se débarrasser de tout 
ce qui gêne ; aller au cabinet. — « Où est-il, votre 
homme, mère Fanchon ? — Il est au bout du 
jardin à s'dcgéner, j'crais b'en. » — Un autre dira : 
« à servir son maître ». 

BESCH. : Se dêgéner, être dégéné, ne pas se gêner. 

Dégobillure, s. f., évacuation provenant de 
vomissements. Vient du verbe di'gobilltr. Se dit sur- 
tout des déjections du chien et du chat. — Le mot 
n'est guère plus propre que la chose. — Nos ivro- 



gnes (car-nous en avons, Dieu merci! ) appellent cela 
« un renard ». Piquer un renard (vomir). 

Dègoter, v. a., pour débouter. — « l'crayait 
m'teni, mais il a été b'en dcç^oté ». 

BESCH. : Dcgûter, chasser d'un poste, l'emporter. Fam. 
et badin., dégotcr, l'emporter sur. (Voltaire) — norm. : 
dègolter, supplanter ; désappointer. 

Dégraiser, v. a., blesser, offenser involontaire- 
ment une personne. — « Peste, comme vous êtes 
susceptible et facile à dégraiser .' » — « En vous disant 
cela, je ne croyais pas vous dégraiser ». — Semble 
venir de disgracier. 

Dàgramatiser, v. a. C'est le verbe dégrader 
considérablement allongé. — Les terrasses de nos 
escaliers sont toutes dégramatisées par les branches des 
fagots logés dans les mansardes. Pour obvier à cet 
inconvénient, les propriétaires exigent que les fagots 
soient sciés par le milieu ; mais on peut voir que les 
locataires, en général, tiennent peu de compte de ces 
prescriptions. 

Déhanner (Se), v. pron., ôter ses culottes, ou 
plutôt ses hanncs, son pantalon. — Employé comme 
verbe actif, au figuré, dans le sens de mettre à nu, 
dire publiquement à quelqu'un ce qu'on pense de sa 
personne, de sa conduite, lui infliger une correction 
morale. — « Ah 1 je vous réponds qu'il a été bien 
dêhaiiné. » — Ah ! comme le procureur général les 
a bien déhannés devant la cour. Quelle fessée ! » 



- 123 — 

Déheuder, v. a., action d'enlever les heuâes ou 
entraves mises aux pieds des animaux. Voy. heiides. 

Déjouer (Se), v. pron., se hâter, se dépêcher 
pour achever un ouvrage pressé. — a Déjouez-vous, 
ou mieux : Defous les gars, ilest basse houre (tard), et 
la plée (pluie) va chéer (choir, tomber). » 

Déjun, s. m., abrégé de déjeuner. — Léger repas 
de nos paysans avant de commencer leur journée. — 
Il est souvent accompagné de l'adjectif petit. — Petit 
déjun, en attendant le déjun, qui est le repas solide du 
matin. 

Déléché, ée, adj., pimpant, propret dans sa mise, 
— K Comme te voilà déléchée aujourd'hui !» — Le 
chat se lèche pour faire sa toilette ; de là, sans doute, 
délécher. Les peintres disent qu'un tableau fait avec 
soin est léché. 

NORM. : se délécher, se lécher les lèvres avec plaisir. 

Demaisé ou Demaishui, adv., désormais, à 
présent. Voy. adiiiesé, adnteshui. 

Démarcher, v. n., se dit des enfonts qui com- 
mencent à marcher, ou plutôt qui essaient leurs pre- 
miers pas. — • a Votre petit commence à démarcher ; 
dans un mois, il marchera. » 

Se démarcher, v. pron., exprime une démarche, 
une allure prétentieuse, affectée. — « Voyez donc cet 
important personnage, comme Use démarche. » — On 
le trouve dans Rabelais. 



— 124 — 

BESCH. : démarcher, commencer à marcher, inusité. — 
CENTRE : démarcher, commencer à marcher. — norm. : 
Se démarcher, marcher d'une façon prétentieuse. 

Dématiner (Se), v. pron., se lever de grand 
matin. Il est quelquefois verbe actif : « J'ai été déma- 
liiié par le chant du coq, par le bruit des voitures ou 
des tambours. » 

Démêler, v. a., battre la pâte, pétrir. — Dc'iiic- 
1er la galette, c'est battre la pâte, la préparer pour la 
cuisson. 

NORM. : démêler, mélanger en détrempant, en délayant. 

Demeurance, s. f., pour demeure. Vieux mot 
français encore en usage chez nous, comme dans le 
Berry. — Partie de la ferme servant à l'habitation. 
Au sud se trouve la demeurance, au nord les autres 
bâtiments ou communs. 

Vieux Fr. : Demourance. (duc). 

Demion, s. m., nom donné par les femmes du 
peuple à une mesure, d'une contenance non détermi- 
née d'eau-de-vie ou de café. — « Elle aimait b'en à 
boire son deuiion, la pauv' défunte. » — « On voit 
que la femme Pichet a bu son demion, qu'elle est 
grise. » 

BEScn. : mion, nom qu'on donnait dans qqs pays à uns 
petite mesure de vin . — norm. : demion, moitié d'une 
chopine. — duc : demionus viiti (12 pintes). Demion 
(15° siècle), demi-setier. 



— 125 — 

Dempée, Dempez, adv. de lieu, de mesure ; 
depuis, à partir de: « Dc'/H/v't' le bourgdiqucàla ville 
(jusqu'à la ville) i' y a cinq bons quarts de lieue. » — 
« On ne l'a pas revu dempée son départ pour l'armée. » 
— Je les ai laissés dempée là, et m'en revins. » 

On dir également dempée ou depe'e. 

Dénâcher, v. a., détacher, délier de leurs ndches 
les bœufs et vaches attachés dans les écuries ou les 
étables. V. ndche. » — Une vache s'est dèiidchée, et en 
a blessé plusieurs autres. « 

Dents de vache, s. f. pi., gros clous qui garnis- 
sent l'extrémité delà semelle des souliers de nos pay- 
sans. Ils sont, en effet, assez semblables aux dents des 
vaches. Dans quelques communes on les appelle bécbe- 
rons. (Voy. ce mot). 

Denuit, s. m. On appelle deiniit tout ce qui cons- 
titue la toilette des dames pendant la nuit, manteau, 
camisole, bonnet, etc. — « Je suis allée passer deux 
jours chez Madame X... ; je n'avais emporté que mon 
denuit ». 

SARTHE : De nuit, m. sg. 

Dépassé, ée, adj. Se dit d'une personne qui 
dépasse la mesure ordinaire, soit dans la joie, soit 
dans la tristesse : — a Ml'*^ G. ne peut contenu- sa 
joie de son prochain mariage : elle en est dépassée. » 

Depée. V. Dempée. » 



— 126 — 

Dépioter ou Dépiauter, (de pian, peau), v. a., 
écorcher, enlever la peau. La cuisinière dépiote le liè- 
vre. Le chasseur déploie le renard. 

NORM. : dépiaiitrer , dèpiaucer. — centre : dépiauter. 

Dépletter, v. n., débiter de mauvais propos, 
médire de qqn, parler longuement. — « Si vous 

aviez entendu B..., parler de son voisin comme 

il déplettail sur son compte I » 

Dépocher (Se), v. pron.. C'est tomber à 
l'improviste dans une maison où l'on vient demander 
l'hospitalité. — « Comment trouvez-vous cette famille, 
qui vient se dépocher chez nous, sans s'inquiéter si on 
peut la recevoir ! » — Dèpochcr est français pour 
tirer d'une poche ; mais il est très énergique dans le 
sens que nous lui donnons à la ville et à la campa- 
gne. On trouve dans Rabelais déposcher, ôter de sa 
poche. 

Dépoisonner, v. a., employé au propre et au 
figuré. — « Le pays a été dèpoisonné de ce mauvais 
sujet.» — Mon jardin a été dêpoisoimé des mauvaises 
herbes dont il était rempli. » 

Déquesser, v. a., déchirer, mettre en pièces. — 
« Dans la gabarre, tous ses effets ont été déqticssés. » 
— « Q.uoique riche, Lucas ne portait que des vête- 
ments déquessês. » — Voy. Equesser. 

Dèrâcler, v. a., dénicher, farfouiller, trouver des 
vieilleries depuis longtemps mises au rebut. — « Où 



— 127 — 

diable avez-vous clèrddd cela ? qu'en voulez-vous 
faire ?» — Syn : dèratuchonner. 

Dérader, v. n., dégringoler, partir. Emprunté au 
terme de marine dérader, sortir de la rade. Plus usité 
à St-Malo qu'à Rennes. 

Déranger (Se), v. pron. Ce n'est pas précisé- 
ment s'enivrer, mais c'est boire un peu plus que de 
raison. — « Vincent est un bon ouvrier ; mais il se 
dérange quelquefois. » 

ACAD. : Se déranger, mener une conduite déréglée. 

Dèratuchonner, v. a., syn. de dérader. 

Déris, s. ni., crue extraordinaire des eaux, débor- 
dement des rivières. — Vous souvenez-vous du 
déiis de la Vilaine en 1877 ? Le chemin de halage 
fut inondé depuis Cesson jusqu'au moulin du Comte, 
et les prairies de la Prévalage et de Sainte-Foix furent 
complètement submergées. Le faubourg de Brest en 
souffrit particulièrement. 

NORM. : dcri, en dérive, de n'viis. Déris, ce que laissent 
les eaux débordées. — centre : déribc, drihe, dérive, 
débordement, inondation ; l'eau sort des rives. 

Derouine, s. f., boutique de remouleur ambu- 
lant. « Un chien traînait sa derouine. » 

Derre, s. m., et prép., abrégé de derrière. Se dit 
en parlant des personnes et des choses. — Une mère 
à son enfant : « Si tu ne finis pas, je vas te lever le 



(krre (te donner le fouet sur le denùère). » — « Il est 
(/d'77<; la maison. » — « Je cheminions derre lu. n 

Le peuple dit, en parlant d'un industriel qui s'est 
ruiné dans une entreprise hasardeuse ou d'un simple 
particulier qui a mal géré sa fortune : « c'est sa faute, 
il a voulu péter plus haut que le derre. » 

Dérubler, v. n., dégringoler. (St-Malo et le 
littoral de la Rance). 

Descors (pron. Vs), excl. Dans les jeux de 
course des enfants, à cache-cache, aux barres, à gros- 
jean, à la tape-coupée, le joueur qui se sent fatigué 
s'écrie descors ! c'est-à-dire, réclame un répit qui lui 
permet de prendre haleine et de se reposer. 

Desenherqueler, v. a., mot barbare recueilli à 
Vern, près de Rennes ; et qui signifie briser, démon- 
ter. — Ex. : « Ma charte est désenherqueUe, réenher- 
quelei-la ma don. » (Ma charrette est démontée ; 
remontez-la moi donc). 

NORM. : dcherneiguer, déhaniacher. Henieis, harnais. 

Détouiller, v. a., débrouiller. Detouilîer un échc- 
veau, sa chevelure. (Dinan) — Dètoiiillouère, s. f., 
peigne à démêler. (Dinan) 

Détourber, V. a., \touv détourner. — «Lesouvriers, 
sont très pressés, il ne faut pas les détourber, » les 
déranger de leur ouvrage. — « Comment voulez- 
vous qu'il finisse ? Vous le dètourhei sans cesse. » — 



— 129 — 

Montaigne a dit : « La licence des jugements est un 
grand détoiirbier . (Liv. 2, cli. 26). « L'avare n'a pas 
de plus grand détourhicr que lui-même. » — D.'.ns 
une lettre à Catherine de Médicis, Ramus se plaint 
que les auditeurs qui assistent à ses cours sont inces- 
samment « troublés et dêtourbls par les cris des cro- 
cheteurs et des lavandières ». 

Paix est trésor qu'on ne doit trop louer : 
Je hé guerre ; point ne la doy priser ; 
Destourhé m'a longtemp soit tort ou droit. 
De veoir France que mon cueur amer doit. 
(Charles d'Orléans.) 

NORM. : détotirher, déranger, troubler, gétier. Détonrbier, 
dètourhement, dérangement. — Vieux Fr. : deslonrber, 
détourner, empêcher, troubler. Distubare, detiirharc. 
detourher chez les Picards, (duc). 

Deuil, pron. dciil, s. m., employé chez nos 
paysans pour peine, chagrin. — « Son homme, ses 
entants lui font b'en du deid ; La pauv'e femme a 
eu b'en du deul dans sa vie. » 

BRACHET : deuil, anc. deul. — norm. : denl, deu, cha- 
grin. 

Devallée, s. f., chemin très-accidenté, ravin, 
revers d'une montagne. — « Je l'ai vu se sauver, il 
allait comme le diable dans une devalUe ( il courait à 
toutes jambes, à perdre haleine). » 

Devaller, v. a., descendre ou simplement suivre 

9 



— I30 — 

son chemin. — On l'a vu devaUer la grand'route il 
n'y a qu'un moment. » (Est français). 

ACAD. ET BESCH. : dévaler, dévalUr, vieux et pop. — 
BESCH. : dèvallèe, descente, vieux et inus. — norm. : 
dévalée {Tpron. d'valée), dévaler. — centre : dévaler, déva- 
ler. — Vieux Fr. : dévaler, descendre (Chron. des D. de 

Norm.) 

Devantière, s. f., tablier, vêtement des femmes 
du peuple. Quelques-unes sont avec piécette, ou 
pièce de même étoffe que la devantière qui garnit la 
poitrine depuis la gorge jusqu'à la ceinture, ou seu- 
lement jusqu'aux seins. Nos femmes de chambre et 
les bonnes d'enfants portent une devantière en calicot 
blanc, sans piécette, lorsqu'elles servent à table. 

Le devantier, d'où vient devantière, était une tuni- 
que d'amazone. — Dans Rabelais, devauteau. 

Montaigne l'a aussi féminisé dans cette phrase : 
ceux qui parmi les jeux refusent les opinions sérieu- 
ses font comme celui qui craint d'adorer la statue 
d'un saint, si elle est sans devantière. » (Liv. 3, ch. 5.) 

On trouve dans un manuscrit normand du 16« 
siècle : devantel, devanteatdx. 

ACAD. ET BESCH. : devaittier : tablier de femme du peu- 
ple. Devantière, sorte de jupe. — norm. : devanteaii, 
devantiau, devantel. — centre : devantier ou devantière, 
tablier. — Vieux Fr. : devantail, devantel, devantier, 
tablier. 

Dévarinade, s. f., partie de plaisir, partie fine. 
— « Nous finies dimanche une dévarinade com- 
plète ». 



Dans quelques localités à St-Malo par exemple, ce 
mot a une autre signification, il exprime une débâcle 
une déconfiture. — « La maison X,.. est en pleine 
dévarînade. » 

Dévelimer, v. a., assainir, éclaircir. Se dit sur- 
tout en* parlant d'un temps humide ou pluvieux. — 
a II gèle ; tant mieux, cela va dcveJhiicr le temps. » 

Dévélir, v. n., dépérir, fondre, maigrir. — 
« Cette personne dcvélit sans cause connue ; c'est 
mauvais signe, » 

Devinaille, s. f., énigme, jeu de mots. De devi- 
ner. — Vieux français, mais toujours très usité. — 
Les enfants disent : « Devine, devinaille, qui pond 
sur la paille ? ». ■ — Les mêm.es propos suivants, pro- 
noncés rapidement, sont autant de devinailles : Beurre 
a-t-il os ? Rat a-t-il aile ? — • T). Habit s'cotid-t-i', grain 
s'moiid-t-i' ? R. Habit s'coiid ; grain s'moiid. — Latte 
olée fait trou. — Porc tua, sel n'y mit, ver s'y mit, son 
lard gâta. 

NORM. : dcvinade, énigme, devinaille. — centre : devi- 
nouer, énigme. Devinouère, devinette. 

Devinée, s. f., pensée bizarre, saugrenue, action 
contre le bon sens. — « Comment ! vous croyez 
cela, vous avez fait ceci ; quelle devinée, oh ! la belle 
devinée ! » 

Dévirer, v. a., dévider, dévisser, détourner dans 



un temps opposé à celui dans lequel l'objet avait été 
tourné. 

Dévotion, s. f., fantaisie, volonté, caprice. — 
« Je ferai cela, c'est ma dévotion, c'est mon idée. ». 
— a A votre dévotion, vous direz votre chapelet », 
c.-à-d. faites ce qui vous plaira, agissez à votre 
guise. 

Diable. « Lr diable hat sa fcnnnc et marie sa fille. » 
disent nos paysans quand il fait en même temps de la 
pluie et du soleil. 

Dig-dog (ou digue-dogue). Jouer à dig-dog, jeu 
des petits garçons de Rennes. Il consiste à pousser 
adroitement, avec le ponce, dans un petit trou prati- 
qué en terre et qu'on nomme le pot, soit des billes 
ou canettes, soit des boutons ou encore des noyaux 
de pêche ou d'abricot qui forment l'enjeu. Le joueur 
doit, pour gagner, lancer en deux coups l'objet dans 
le pot. Le premier coup se nomme dig ; le second 
dog. 

Digoiser (Se), v. pron. ; il ne faut pas le con- 
fondre avec le verbe dègoiser ou se dègoiser. — Se 
digoiser veut dire : prendre son temps, ses aises, pour 
faire une besogne ou une course. — « Voyez comme 
cette fille se digoise, on voit qu'elle n'est pas pressée. » 

Dimaine, s. m. Nos paysans disent toujours 
diiiiaiiie pour dimanche. — « Tu voudrais ça tout de 



suite, eh b'en, tu repasseras diniaiiie. » — Nos an- 
cêtres disaient didcmane. 

Vieux Fr. : dhnainc, dimoingc, duc. 

Dimanche-crêpier, s. m. C'est le premier 
dimanche de carême, que l'Eglise appelle Quadragé- 
sime. Il est ainsi nommé, parce que les bons bour- 
geois de Rennes font des crêpes ce jour-là. C'est la 
queue des fêtes du carnaval. Le dimanche gras est le 
dimanche qui précède le carême. 

SARTHE : âhnnnche-crèpier, m. sg. 

Dinaille, s. f., pom- dinette, petit repas des enfants 
entre eux. — a Nous ferons la dinaille dans les 
champs. » 

Dîot) s. et ad]"., abrégé de idiot, dont il est un 
diminutif. Le diot n'est pas précisément un idiot, 
mais une personne simple, crédule, facile à tromper. 
— « On t'a dit cela, et tu le crois ? es-tu diote, ma 
pauvre enfant ! » 

Dioter, v. a., ahurir, étourdir, hébêter. Le verbe 
est moins usité que le substantif diot. 

NORM. : diot, diotise, bêtise, simplicité. 

Dîque, prép., pour jusque. — « Cette année, il a 
gelé diqu'à Pâques. » — « Cela ne viendra pas diqti'à 
nous. » — « J'irai le conduire dique là. » — « Le 
voyez-vous dique là-lin ? (Le voyez- vous jusque là- 
bas, bien loin ?) 



— 134 — 

Dodiner, v. a., pour dodeliner ; balancement, 
mouvement nerveux de la tête. 

Et le troupeau sacré des errantes Tyades 
Alloycnt criant, hurlant, dodinant et crollant 
Remy Belleau. (16^ S.) 

BESCH. : dodiner. !• bercer ; 2- fam. caresser, réchauffer. 
Se d-, se dorloter, norm. : dodiner de la tête ; qqf. dor- 
loter. — CENTRE : dodiner, remuer doucement, bercer. 

Dolet, ette, adj., triste, souffreteux. — « Qu'a 
donc votre entant, bonne femme, il est xout failli ? ». 
— J'n'en sais r'en ; depés queuques jours il est tout 
dolet ; je le conduirai demain au médecin. » — Ce 
mot semble avoir une origine latine, dolor. 

Vieux Fr. : dolerous, souffrant, infirme. : (duc.) 

Dommage. Beau douunage ! exclamation ; affir- 
mation d'un ùit, équivalant à certainement, pourquoi 
pas, en doutez-vous ? — « Irez-vous à la fête ? — 
Beau dommage ! » 

Donaison, s. f., donation. Le mari et la femme 
se sont fait donaisoii. 

Donnée, s. f., extrême bon marché d'une chose. 
Se dit surtout en parlant des denrées alimentaires. — 
« Le beurre, les légumes étaient aujourd'hui à la don- 
née. » — « Prenez ceci, ma p'tite bonne, c'est une 
donnée, c'est pour rien. » 

Douanne, s. f, surnom donné à une femme 
simple, crédule. A peu près syn. de hohanne. 



- 135 — 

Douannîot, s. m., homme simple, peu intelli- 
gent, colin-tampon. La femme accepte volontiers l'épi- 
thète de douanne ; mais l'homme se regimbe au sur- 
nom de douanniot. 

Douget, ette, adj., douillet, sensible au moindre 
mal. — x( Voyez comme il est 



Dougettement, adv., doucement. — o Allez -y, 
mais dougettement. » 

CENTRE : dogue, dognot, dengiiet, dougnet, donillet, déli- 
cat. — NORM. : douitlard, douloureux, sensible à la 
douleur. 

Draillée, s. f,, fouaillée, fessée. — Semble venir 
de draille, cordage à l'usage des marins. On sait qu'il 
y a peu de temps encore, on infligeait aux gens de 
mer coupables d'une faute grave, la peine du fouet, 
instrument de supplice fait de corde et appelé garcette. 
De draille à draillce il n'y a que l'épaisseur d'une 
corde. — « Cette marâtre est, pour ses enfants, moins 
chiche de drailléeslque de pain. » — « Pour une draillée 
le cul n'en chet point. » (Prov.). 

Drapeau, pron. drapiau, s. m., se dit de tous les 
langes à l'usage des petits enfants. — « La pauvre 
femme n'avait pas même un drapiau pour son 
enfant. » 

BESCH. : drapeaux, langes. — norm. : drapet, drapel, 
drapeau, drapiau, linge. — centre : drapeau, drapiau, 
lange. — duc. : drapcllus, drapel, drappel, drappaille, 
drapeau, chiffon, morceau de linge ou de drap, 



- 136- 

Drenne, s. f., redite, radotage. — Ne vous 
arrive-t-il pas quelque fois de fredonner un air qui 
vous poursuit sans cesse ? vous chantez alors toujours 
la même drciine. 

Drenner, v. a., c'est revenir sans cesse sur le 
même sujtt. — « Vous nous l'avez dit cent fois, 
vous dreiiin^ toujours le même air, vous radotez, » 

SARTHE : draine, s. m., m. sg. drainer. — norm. : 
drainer, parler lentement (de traîner). Draisner, parler 
beaucoup et inconsidérément. 

Dresser, v. a., repasser le linge. 

Dresseuse, s. f., repasseuse, femme qui repasse 
le linge. 

ACAD. : dresser du linge, le repasser. 

Dressoir, s. m., étagère sur laquelle les pa3-sans 
mettent la vaisselle, les plats, assiettes et autres or- 
ceux. (V. Orccul). 

ACAD. : dressoir, m. sg. — centre : dressoir, m. sg. — 
NORM. : dressaix, drécheux, dressoiter, étagère. — duc. : 
dressorinui, drcssaderiuni, drcssatoriinn. 

Dret, adj., droit. — « V'ià de bon cidre, c'est 
drel au goût. » 

Drettement, adv., justement. — « Allons est- 
ce ainsi que la chose s'est passée ?» — « Drette- 
ment ». 

BESCH. : droiteinent, équitablement. — norm. : dreit, 
adv., droit. Dreitemeiif, directement. — centre : drète- 
meiit, drcttiinciit, précisément. 



- 137 - 

Drue, s. f., Jouer A la drue, c'est le jeu du bou- 
chon. La drue, comme le bouchon, est en liège ou 
en bois. Dans quelques localités on l'appelle dnigouère 
dans d'autres pitan ou galoche. 

Les joueurs disent bitle en drue lorsque le palet du 
joueur ou l'une des pièces de monnaie touche au 
bouchon renversé ; — tout à la drue, lorsque l'enjeu 
est plus rapproché du bouchon que du palet du 
joueur ; — tout à la galoche, lorsque l'enjeu touche 
le bouchon renversé ; dans ce cas, le coup est nul, 
et la galoche relevée est surchargée d'un enjeu par 
chaque joueur. 

Drue vient de druger. 

Druger, v. n., jouer, s'amuser (normand). — 
« Assez drugè, je suis lassé. » — « Je ne drugerai 
pluso ta. » — « Quand le chat n'est pas là, la souris 
druge. » 

NORM. : druger, agiter, remuer, troubler ; s'amuser bru- 
yamment. 

Dur, adv., fort. Se brûler dur, frapper dur. Le 
paysan prononce duss. 

NORM. ET CENTRE : dur, m. sg. 



£3 



Ebarziller, v. a., briser en éclats. — « Un coup 
donné dans cette glace Ta toute c'bariiUée. » 

£baubé, ée, adj. Nous disons élmuhé \->our ébaiibi. 
« Cette nouvelle l'a tellement surpris qu'il en est resté 
tout cbaiihê. » 

Ebezillé, ée, adj. A peu près syn. de ébaubê.- 
Si vos 3'eux expriment l'égarement, la surprise que 
vous cause un événement inattendu, on dira que 
vous êtes ébe^iUê. — Ce mot s'emploie aussi dans le 
sens de blessé, écorché, écrasé : « Je m'sais êbe:^iUé un 
dat ». (Je me suis blessé, écorché un doigt). 

Eblusser (S'), v. pron., se développer, grandir, 
prospérer. — « Eh bien, père Simon, comment va 
la p'tite fitmille ! — Mais ça s'ébhisse tout douce- 
ment. » 

Eboguer, v. a., ôter de la bogue. — On êbogue 
les châtaignes, comme on ccliaUe des noix, comme 



— 139 — 

on ecosse des pois. Les deux premiers mots devraient 
être français...., puisqu'ils sont rennais. 

Eboudiner, v. a., éventrer, faire sortir les 
boyaux. (Norm). 

Ebrai, s. m., cri. — « Il a jeté son éhrai. » (Saint- 
Malo). ' 

NORM. : chrai, cri aigu et fort. S'cbraire, s'éhrayer, pousser 
des cris aigus et forts. 

Ebriver (S'), v. pron., se précipiter, s'élancer. 
— « Son chien s'est chrîvé sur moi. » Voy. Ahriver. 

Ebrosser, v. a., ou hrancheter, affranchir une 
branche d'arbre de ses feuilles. 

BESCH. : ébroHsser, effeuiller un arbre. — norm. : 
ébrousser, m. sg. 

Ecabouir, v. a., écraser, aplatir. — Un couvreur 
est tombé du toit ; on l'a relevé tout ècahoui. — Ra- 
belais a dit escarhouilh'r, (bouleverser). On trouve 
aussi dans Pantagruel, cette phrase : « De mode 
elle lui cobbit toute la tête (c.-à-d. lui écrasa). 
Le bibliophile Lacroix traduit ce verbe cobbir par 
briser, nos verbes ecabouir, égacher, sont plus expres- 
sifs, plus énergiques, et rendent mieux l'idée d'une 
tête aplatie, en marmelade. 

NORM, : ccacher, écraser. 

Ecale, adj. m. et f. Se dit d'une personne chê- 



— 140 — 

tive, maladive, impropre au travail. — « On ne peut 
rien tirer de cet écale. » 

Echalle, s. f., brou des noix, pour écaîe. 

Echaller, v. a., pour écakr, ôter le brou des 
noix. Dans Rab. chalhr : « qui là auprès challoyent 
des noix ». (Garg. chap. 25). 

ACAD. : écale, ècalcr. — sarthe : echalle, echaller. — 
CENTRE : échale, écaler, échaler. 

Echassé, ée, adj., terme de couturière. — Une 
boutonnière est échassée quand elle est déchirée ; un 
vêtement déchiré près de la couture est èchassé. 

Echaubouiller (S'), v. pron., se mettre en nage, 
en sueur par une course ou un ouvrage pénible. — 
a Tu vas courir en plein soleil, mon enfant, comme 
te voilà èchaiihouiUè. » — Ce mot semble avoir la 
même origine que e'chaubouhire, petite rougeur de la 
peau pendant les chaleurs. — On trouve dans Rab. 
eschaiibouillure (ampoule) ; couillon eschaubouilU (Pant. 
ch. 28). 

NORM. : S' echaubouiller, s'exténuer de chaleur et de fati- 
gue. Etym. bouillir de chaleur. 

Echauderie, s. f., ce mot a pris naissance dans 
une cuisine. — « Fanchon vous allez faire telle 
chose. — Oui, madame, quand j'aurai fini mon 
echauderie. » Elle veut dire : de laver ma vaisselle. 

ACAD. ; échauder, laver à l'eau très chaude. 



— 141 — 

Echiver, v. a., kSiner sur l'ctofte dans la confec- 
tion d'un habit, d'une robe, d'un vêtement quelcon- 
que. — Echivé est sj'nonyme de étriqué. 

Eclosé, s. m. C'est le dernier éclos d'une couvée. 
Il suit péniblement ses aînés dans les pàtis ou 
dans les mares. Dans le Maine on l'appelle êlocu. 
dans la Mayenne, le hoisé ou le hoiseau. — Par exten- 
sion, on appelle aussi èdosé le dernier né des enfants. 
— Vo}'. Chs-cid. 

NORM. : cclocu, culot, dernier oiseau d'une couvée. 

Ecoquailler (S'), v. pron., chanter à tue-tête, 
à gorge déployée comme fait le coq. — « Jeanne était 
gaie comme pinson ; à peine avait-elle les yeux ou- 
verts qu'on l'entendait s' ecoquailler en se mettant à la 
besogne. » 

Ecoquer, v. a., pour écosser, extraire de leur 
cosse les fèves ou les pois. — Ecoquer, c'est aussi 
fêler ou briser les bords d'un verre, d'une tasse, 
enlever une esquille d'un meuble plaqué. — « Cette 
bonne est si peu soigneuse, que nous n'aurons plus 
bientôt que des assiettes écoquées. » 

Ecot. Paille d'e'cot, grosse paille qui reste sur le 
sol après l'épi coupé et qui sert de litière. En Norm. 
Eteau . 

Ecrase, s. f. , grande quantité, abondance. — 
« Avez-vous des pommes cette année ? — Il y 



— 142 — 

en a une écrase, ou : « Nous en avons, mais moins 
que l'année dernière, ce n'est pas une écrase. » — 
Ce mot équivaut à celte locution populaire, emplo- 
yée aujourd'hui, à tout casser, à bois rompre » ; cela 
veut dire que les arbres ploient sous le poids de leurs 
fruits. 

NORM. : écrase, abondance excessive. A crase, à tout 
rompre. 

Ecrucheter, v. a., écrêter, couper la tête des 
arbres, et particulièrement des chênes, des ormeaux, 
pour les empêcher de s'étendre en hauteur, et en 
faire ainsi des arbres d'émonde, ou, comme le disait 
un mien ami, des pères à fngots. On dit de ces arbres 
qu'ils sont déshonorés. — Le mot français est ététer. 

— « I a d's'épéceillards dans la hâe, faut-y l's'écrti- 
cheter ou b'en les dérincer ? (Traduction : « Il y a des 
épicéas dans la haie, faut-il leur couper la tête, ou 
les déraciner ?» — Voy. Cruche. 

Ecumette, s. f., pour écumoire, instrument de 
cuisine. 

Efifalasé, ée, adj., essoufflé. — « J'ai couru de 
toutes mes forces, et vous me voyez tout effalasé. » 

— Voy. AffaJasê. 

EfiPeuiller les choux, dicton populaire. On 
dit d'un garçon qui a épousé une fille cadette alors 
qu'il aurait pu épouser l'aînée, qu'il a effeuillé les 
choux. D'où vient ce dicton ? Il est vrai que l'espèce 



— 145 - 

de choux destinée à hi nourriture des bestiaux s'effeuille 
en commençant par le bas de la plante ; mais d'un 
autre côté, ces feuilles sont les premières venues, par- 
tant les aînées. Les savants, sur cette grave question, 
peurent se donner carrière. 

Egaçe, s. f., laps de temps de courte durée. — 
« Je l'ai attendu une ègace. » — « Après avoir 
attendu une ègace, j'ai dû décamper ». 

Egâcher, v. a., écraser, réduire en marmelade, 
« Le fruit pressé dans les corbeilles est arrivé tout 
ègâchè à sa destination. » 

Eg'ailler, v. a., étendre, disperser, diviser, répar- 
tir. — Egailler du linge dans le séchoir ; des fruits 
dans le fruitier ou sur le plancher ; des sommes 
d'argent entre des co-partageants. etc. — « Egaillons, 
les gars, voici les bleus », disaient les chouans (1794). 
— Racine : egail, expression du droit féodal, pour 
désigner l'opération par laquelle les vassaux répartis- 
saient entre eux le paiement de la rente qui était 
toujours due solidairement par eux au seigneur. Delà 
égailler, évailhr pour étendre. 

Egailleur, s. m. ; c'est la personne qui a pour 
mission d'égailler. — Nos paysans appellent égailloux 
les répartiteurs, les citoyens désignés par l'autorité pour 
coopérer à la fixation et à la répartition des impôts 
dans la commune. 



— 144 — 

N'ORM. : égailler, éparpiller, développer. — sarthe : 
égailler. 

Egaloches, s. f. pL, échasses composées de deux 
bâtons, au bas desquels sont fixés, à 30 ou 40 centi- 
mètres du bout, des espèces d'étriers en cuir ou en 
bois. Les enfants du peuple s'amusent ainsi à imiter, 
mais de très loin, les habitants des Landes. 

Egosiller, v. a., égorger, couper le col. — A la 
campagne on n'est jamais embarrassé pour recevoir 
un ami : on égosille un poulet ou un canard, s'il le 
faut. — « A force de crier, il s'est égosillé, » c'est- 
à-dire : il s'est fatigué, irrité, déchiré le gosier. — 
« L'évêque de Beauvais à la bataille de Bouvines, 
amena de sa main plusieurs des ennemis à raison et 
les donnait au premier gentilhomme qu'il trouvait à 
égosiller ou prendre prisonnier. » (Mont.) 

BEscH. : égosiller, égorger, tuer. Peu usité dans ce seus. 
— .A.CAD. et BESCH. : s'égosiller en criant. 

Egoussant, ante, adj. — Pas cgoiissant, iï un cii- 
ractère difficile, point commode. — « La bourgeoise 
est b'en avenante, mais l'bourgeois n'^st^^s égoiissant. » 
• — Ne s'emploie qu'avec la négative. — Rab. esgous- 
st'r (tirer de la gousse). 

Egrainiaux, s. m. pi., fruits qui tombent d'eux- 
mêmes et naturellement de l'arbre après maturité. Se 
dit surtout des châtaignes, des noix, mais particuliè- 
rement des châtaignes, qui, comme égraitiiaux, sont 



- 145 — 

d'autant plus recherchées qu'elles son. mûres les pre- 
mières. 

Egrémiller, v. a., réduire en miettes, égrener. 
— Voy. GréwiUes. 

CENTRE : egrémiller, m. sg. — norm. : grciiiir, écraser. 

Egrugeoir, s. m., confesseur, débrouilleur des 
cas de conscience ; instrument à dent de fer pour 
extraire la graine du lin avant le rouissage, d'où 
vient la signification sus énoncée. 

Elige, s. f., produit delà vente du petit marchand 
au détail. Sa recette est son e'iige ou ses éliges. Le plu- 
riel est plus usité que le singulier. — Nos paysans 
emploient aussi le mot éliges dans le sens d'écono- 
mies : « L'année a été b'en dure ; j'n'avons pas pu 
faire d'éliges. » 

Eliger, v. a., amasser, récolter. Le petit mar- 
chand, le regrattier élige peu ou point selon que la 
vente est bonne ou mauvaise. — « Je n'ai encore 
rien éligé aujourd'hui. » — Eliger de la besogne, tailler 
de la besogne. — Eliger, faire des économies. 

Elocher, v. a., purger la terre des loches, limas 
ou limaces. C'est de grand matin ou le soir à la 
tombée de la nuit, qu'il faut éîochcr son jardin. 

s.\RTHE : élocher, m. sg. 

Elosser ou Elocer, v. a., détacher, en l'arra- 
chant, une branche d'un arbre ou d'une plante. — 

10 



— 146 — 

oCe chêne a été classé par la foudre.» — Pour boutu- 
rer avec succès certaines plantes, il faut les élosser et 
non les couper. — Semble venir de èlocher, ébranler, 
vieux mot. 

BESCH. : clocher, secouer un arbre, une plante, comme 
si on voulait l'arracher. — norm. : élosser, ébranler, 
secouer, clocher. — Lâcher, secouer un arbre pour faire 
tomber les fruits. 

Emballes (Faire ses), c'est faire des embarras, 
des fanfaronnades. — « Mais voyez donc ce person- 
nage, comme il fait des emballes ! » — On dit d'un 
hâbleur que c'est un faiseur d'emballés. 

Embarrassée, adj. f., se dit, sur les confins 
nord-ouest du départeinent d'Ille-et- Vilaine, en par- 
lant d'une femme enceinte. Il va sans dire que cet 
adjectif pris dans ce sens n'est pas des deux genres. 

Embas, s. m., rez-de-chaussée. — « Sa chaumière 
se composait d'un eiiibas et d'un grenier, » — « J'ha- 
bitais l'eiiibas, et mon oncle le premier étage. » — 
Embas se dit surtout des habitations des faubourgs ou 
des maisons de village. 

BESCH. : emhciSj mot inus. que plusieurs auteurs du 17° 
siècle employaient pour en bas. Perrault : descendre en 
emhiis. 

Embesogner, v. a., occuper, donner de la beso- 
gne, du travail. — a II trouvait le moyen à' enibesogner 
les ouvriers pendant la mauvaise saison. » — Montai- 
gne a dit : « Les choses présentes m' emhesogneut assez. » 



— 147 — 

— Dans Rabelais : eynhesoigncr . — Toujours très usité 
chez nous. 

BESCH. : emhcsogiier, ni. sg. — acad. : embesogiic, occupé. 
Fam. ; le verbe inusité. — Vieux Fr. : emhesoingney, 
mettre en besogne, faire travailler, (duc). 

Embonnir (S'), v. pron., s'amender, se boni- 
fier, devenir meilleur. — Le cidre en vidange aigrit, 
loin de s'emhonnir. 

Embouillonner (S'), v. pron., se crotter, se 
mettre dans la boue. — « Je me suis eiiiboidUoiiné 
dans la rote (dans le sentier). » — Emboiiillarder, 
enduire, barbouiller de boue, (peu usité). 

Embouson, s. m., faiseur d'embarras. — « Quel 
enihûusoii vous faites ! » 

Emeiller, v. a., et s'émeiller, v. pron., 
étonner ; s'étonner. — « Un rien l'émeillc », l'embar- 
rasse. — « J'en suis tout éineillc, » émerveillé. — 
Anciennement s'csmaycr. 

Mais, je vous prie, mon sauf-conduict ayons 
Et de cela plus ne nous csmayons. 

Cl. Marot. 
Ne sait que faire moult s'esmaie 



A donc Issengrins (le loup) fort s'esmaie. 
Le Roman de Renart. 

NORM. : émeillé, adj., (orne), qui est en émoi, inquiet. 
CENTRE : s'émeier, s'éméjer être en peine, avoir de l'in- 
quiétude. 



— 148 — 

Emrcessé, ée, adj., qui a entendu la messe. Se 
dit surtout d'une femme qui a fait ses relevailles ; 
« elle revient cimnessée. » 

BESCH. : eiiimessc, qui a entendu la messe. 

Emmi, prcp., parmi, mêlé à... — « Il y a cette 
année beaucoup d'ivraie et de mauvaises plantes 
eiiimi le froment. » — (Vieux). — o Jeter ses richesses 
emmy la rivière. » (Mont. liv. i, ch. 38). 

BESCH. : cmmi, et en mi, dans les anciens auteurs [in 
medio). S'est dit pour au milieu. N'est plus usité que 
parmi le peuple dans cette locution emmi la place. — 
NORM. : emmi, m. sg. — Vieux Fr. : .i moitié, à demi, 
parmi, entre, (duc). — centre : emmi, pron. an-mi, 
m. sg. 

Emmulonner, v. a., mettre en mulon la paille, 
le foin, etc. — Voy. Miilon, amulonner. 

Emorcher, v. a., battre, hacher, couper malpro- 
prement. — « Son gars, en revenant delà foire, a été 
attaqué par des bandits qui l'ont émorché. » — « Ceci 
n'est pas coupé net, c'est èmorchè. » — Semble 
venir de amorce. 

NORM. : cmochcr, broyer, écraser. 

Emouvillant, ante, adj., remuant, vif, pétulant. 
— « V'ki une garçaille ben portante, car elle est b'en 
éniouviUaute ». 

Empaffer (S') v. pron., s'endormir. — o En 
vous attendant, je me suis empaffé. » — « Il est 



— 149 — 

empafé, ne le réveillons pas. » — « Après son repas, 
il s'cmpaffc. » 

Empan, s. m , espace compris entre l'extrémité du 
pouce et celle du médium dans leur plus graiid écart. 
Cete ancienne mesure française encore en usage dans 
le peuple, était de 9 pouces 2 lignes ; elle est au- 
jourd'hui de 6 pouces (ou de 16 h. 20 centimètres 
approximativement.) 

TRÉv. : empan, distance ou mesure de longueur, qui se 
fait par l'extension de la main, depuis le pouce étendu 
d'un côté jusqu'à l'extrémité du petit doigt opposé. Un 
empan fait trois quarts de pied. Deux empans font un 
pied et demi. — besch. : empan, l'espace compris entre 
l'extrémité du pouce et celle du petit doigt dans leur 
plus grand écart. — acad. : empan., m. sg. — centre : 
empane, s. f. , m. sg. 

Empas, s. m., pour empois, colle d'amidon. Nos 
paysans disent d'une étoffe qui n'a pas encore été 
portée, qui est dans son neuf et n'a pas perdu son 
lustre, qu'elle est dans Veiupas du marchand. 

Empietter, v. a., c'est embrasser la personne à 
qui on vient d'offrir une fleur ou un bouquet. — 
« Permettez-moi, mademoiselle, de l'eiiipiettcr. » — 
S'emploie à la ville et aux champs. 

Empommer (S'), v. pron. — Se dit des vaches 
qui s'étouffent en avalant une pomme entière qui 
leur reste dans le gosier. 

NORM. : S'emponnner, m. sg. 



— 150 — 

Encaler, v. a., enjamber, passer la jambe par- 
dessus un obstacle. — On encale une barrière, un 
échalier. 

Encôner, v. a., donner des coups de corne, — 
« Nout' vache, en coquinant d'ia tête, a encôné nout' 
berbis (brebis). » 

Enconteur, adv., auprès, à la rencontre. Semble 
venir de l'expression anglaise encoitnter telle qu'elle 
se prononce en anglais où la terminaison er se pro- 
nonce eiir. On trouvera à la suite du mot ergancer 
un exemple d'application de l'adv. encontreur. 

ACAD. : A rencontre, contre. — centre : A l'encontre, 
à la rencontre. 

Encrouiller, v. a., enfermer, percher, accro- 
cher, suspendre volontairement ou accidentellement, 
mais le plus souvent dans ce dernier cas. — « Mon 
volant est encrouilîê dans le lilas. » — a J'ai encrouilU 
l'enfant dans la maison pour l'empêcher de sortir. » 
— Vient de crouiUe, verrou. 

Enfertassé, ée, adj., affairé, embarrassé, qui va, 
vient et se donne beaucoup de mouvement, souvent 
pour peu de besogne. — a Voyez cette pauvre fille, 
comme elle est enfertassée ! » On trouve dans Mon- 
taigne infrasquer, de l'italien infrascare. (Liv. 2. 
chap. 12). 

Enfilée, s. f., longue distance. — a Dites-moi, 
brave homme, suis-je encore loin du village de... ? 



- 151 — 

— Dam ! vous avez encore une bonne enfilée, 
comme qui dirait une bonne lieue (pron. Uyeue) ». 
Voy. afilce. 

Enfiler, v. a., employé pour jeter, lancer. — 
« Un méchant enfant m'a cnfiU une pierre à la tête. » 

— « Enple, enfile » (jette jette). — Employé auss^ 
comme verbe pron. S'enfiler, se jeter sur. « Comme 
il passait, le chien de la ferme s'est enfiU sur lui ». 
V. Affiler. 

Enfroiduré, ée, pron. enferduré), adj., qui 
éprouve le frisson, qui grelotte, qui est tout transi. 
Il est aussi synonyme d'enfiévré. — « Je ne me sens 
pas b'en, je sais tout enferduré. » 

NORM. : enfroiduré, refroidi, frileux, qui grelotte. 

Engueuser, v. a., tromper. — Engueusoux, 

adj. m., trompeur. — « Ne v's y fiez pas, c'est un 
engueusoux de monde (qui trompe les gens). » 

BHSCH. : engueuser, tromper, séduire. — noRiM. ; engi- 
gnier, tromper. Engueuser, duper. 

Enheuder, v. a., mettre des entraves aux pieds 
des animaux, pour gêner leur marche et les empêcher 
de passer sur la propriété du voisin. Voy. heudes. 

BESCH. : enheuder, entraver les animaux. — norm. : 
enheudé, fixé par des heudes, liens pour empêtrer (Valo- 
gnes.J S'enheuder, s'embarrasser, s'empêtrer. 

Entendre haut, locution très-populaire qui est 
synonyme de être sourd. On dit poliment, en parlant 



— 152 — 

d'une personne affligée de cette infirmité, qu'elle 
entend haut. 

NORM, : entendre haut, m. sg. — besch. : entendre dur, 
clair. 

Enton, s. m., (de cute), jeune pommier greffé. — 
.« Son champ était planté de jeunes entons de la plus 
belle venue » . 

Entreprendre, v. a., est souvent employé dans 
le sens de : poursuivre ou être poursuivi en justice. 
— « Il a été pris chassant sans permis, on dit qu'il va 
être entrepris ». 

Envasir, v. n., engraisser, prendre du corps. 
Peu usité. 

Epais, adj. ou adv. exprime une très grande 
quantité, ou, avec la négative, une très-petite. — 
« On n'a jamais vu aussi épais de fruits que cette 
année. » — « Les bons maris ne sont pas épais. » — 
Epais, adj., signifie lourd, pesant, au physique ou 
au moral. « Epais de corps, léger d'esprit. » 

Epancer, v. n., choisir le bon sentier, le bon 
chemin pour éviter la boue : — « Ah ! mon enfant, 
comme te voilà fait ! tu n'as donc pas épancè ! » 

Epaule rennaise. Voici une locution bien 
locale, que nous devons sans doute à une spirituelle 
étrangère. Elle exprime le dédain, le mépris. La 
femme, qui dans le monde, vous fait Vépaule rennaise, 



— 153 — 

ne vous tourne pas précisément le dos, mais autant 
vaut. C'est à peine si vous la voyez de profil, elle se 
tient de façon à ne pas vous voir et à ne pas être vue 
en face. — « Madame X... avait pour voisine Ma- 
dame Z... au bal du préfet, on a remarqué qu'elles 
se sont fait tout le temps l'épaule rennaise. » 

Epénîller, v. a., faire de la. pénilk. (V. ce mot), 
faire de la peluche, carder de la laine. 

Epénillé, ée, part, passé de épéniUer, mais plus 
usité que le verbe. Une robe, un vêtement sont épé- 
nillés, quand ils sont en loques, frangés. — S'ap- 
plique à la personne elle-même : « La pauvre fille 
est tout èpcnilUc, » c'est-à-dire, en guenilles. 

Epiauter, v. a., terme dont se servent égale- 
ment les bouchers et les cuisinières ; dépouiller un 
animal de sa peau, écorcher. V. Dépioter, dépiauter. 

NORM. : epiauter, cpiaiitrer, m. sg. 

Epigocher, v. a., arracher, gratter avec les 
ongles les petites croûtes d'un bouton, au fur et à 
mesure qu'elles reviennent. — S'èpigoclier. — a Com- 
ment voulez-vous que ce bobo guérisse ? l'enfant 
s'épigochexovi']0\.\xs ». 

Epille, s. f., épingle. — a Ces nous, le maître 
se banne par dessus la tête et se boutonne o d^s'èpiîîes, » 
c.-à-d., la femme est maîtresse au logis. 

Epléter, v. a., (Jpièter dans quelques localités), 



— 1)4 — 

c'est aller vite en besogne. — « Jeanne est une 
fameuse travaillante ; et comme elle épUte... comme 
elle en abat ! (de l'ouvrage). » 

NORM. : épléter, v. n., expédier vite un travail. — cen- 
tre : épléter, abonder, avancer, être avantageux. C'est 
éplétant, se dit d'un ouvrage que l'on fait vite ou d'une 
chose qui foisonne. — Vieux Fr. : esphiter, marcher, se 
hâter, travailler, réussir. Explettum, corvée (duc). 

Epocanté, ée, adj., infirme, impotent. — « Com- 
ment employer ce pauvre diable ? Il est tout épocanté. » 
— C'est une variante d'hypothéqué : « il est mal hy- 
pothéqué. » 

Epuceter, v. a., pour èpucer ; chercher, tuer ses 
puces ou celles des autres. — « La bonne femme èpii- 
cetait à longues journées son chat et son chien. » 

\ORM. : cpucher, m. sg. — centre : Epuceter, m. sg. 

Equerbiton, s. des 2 genres, enfant chétif, ma- 
lingre. — Il y a des femmes qui, pour apitoyer les 
passants, se tiennent aux portes des églises avec leurs 
équerhitons. 

Equesser, v. a., déchirer, écorcher, mettre en 
lambeaux. — « Le petit vaurien rentrait toujours avec 
une veste équessée. » — « Equesser la grenouille », jeu 
populaire. Deux jouteurs se faisant face tiennent par 
le milieu un solide bâton. Les autres jouteurs, divisés 
en deux bandes, tirent chacun de son côté celui qui 
tient le bâton. Le parti qui cède du terrain est le 
parti vaincu. — Dans la nomenclature des jeux aux- 



— 155 — 

quels se livrait Gargantua enfant, on trouve : « escor- 
cher le regnard », ce qui doit êire le même jeu que 
celui que je viens d'expliquer. — Voy. Déqiiesser. 

Ercrand, adj., fatigué. — Voy. Grand . 

Ergancer, v. n., se livrer à un travail forcé. — 
Viendrait-il du latin ergastiihiiii, prison ou maison de 
travail forcé où les esclaves étaient renfermés pour y 
subir une peine, ou encore du grec ergon, ouvrage ? 

— Un ouvrier des environs de Dol avait reçu l'ordre 
de rejoindre ses camarades pour leur donner un coup 
de main dans un travail auquel ils étaient employés 
auprès d'un certain hangar. Contrarié de se voir 
ainsi forcé de faire une besogne qui n'était pas de son 
goût, il disait : « Faut aller falloir que j'augions 
ergancer o l'sautres à l'enconteur du hangar. » 
(Voy, Eiiconteur). 

Erhumer (S'), v. pron. ; ce n'est pas tousser, 
mais (comment dirai-je ?) toussoter pour se débarras- 
ser des mucosités qui tapissent les parois de la gorge. 

— On s'erhume quelquefois pour avertir de sa pré- 
sence une personne qu'on ne veut pas surprendre, ou 
pour l'engager à se tenir sur ses gardes en mettant 
fin à des propos compromettants. — « Je m'crhtmai; 
il me comprit et se tut. » 

Erocher, v. a., c'est extraire du blé, de l'avoine, 
etc., le gravier ou le sable. Cette opération se fait 
avec la main ou avec le van. — Si vous voulez man- 



- 156- 

ger de bonne galette, faites en sorte que le blé noir 
soit bien frotté et surtout bien éroché. (Voy. Frotter). 

Erusser, v. a., arracher les feuilles d'une branche 
en faisant glisser la main le long de cette branche. 
Semble venir du vieux mot erracher, arracher. — 
Erusser signifie aussi gratter. « Ces draps ne vous érus- 
seront pas la peau, la toile en est fine ; » ou glisser : 
« Cette anguille vous crusse de la main. » — Il est 
employé aussi comme verbe neutre : erusser ou glisser 
sur la terre grasse, faire une glissade involontaire. 

SARTHE, CENTRE, êrusscr, m. sg. — NORM. : erusser 
effeuiller une branche à pleine main. 

Espérer, v. a. et n., souvent employé pour 
attendre. — Vous demandez à une femme de cham- 
bre si Madame est visible, elle vous répondra : « Je 
vais m'en assurer : Si Monsieur veut bien espérer ». 

NORM. : espérer, m. sg. — besch. : espérer, empIo3'é 
quelquefois dans le sens d'attendre (M°" de Sévigné). — 
CENTRE : espérer, attendre. 

Esquintant, ante, adj., du verbe esquinter. 

Esquinter, v. a., écliiner, fatiguer, briser. — « Il 
s'esquinte tous les jours à la chasse, et il esquinte aussi 
ses chiens et ses chevaux.» — Se dit aussi par exten- 
sion d'un objet quelconque : « Mon chapeau, ma voi- 
ture sont esquintés » (râpés, fatigués, usés). 

NORM. : esquaiiiter, tuer, mettre en pièces. S'csijuahilcr, 
se fatiguer, s'exténuer. — centre : esqtiinler, battre à 
outrance, assommer, éreinter. 



— IS7 — 

Essarder, v.' a., terme de blanchisseuse. Il est 
français dans le sens de nettoyer un lieu humide. 
Nous lui donnons plus d'extension. Chez nous il 
signifie éponger, tordre le linge, de façon à en 
extraire la première eau. La repasseuse essarde le 
linge, de façon à ne lui laisser qu'un peu d'humidité 
avant de Is passer au fer chaud. — « Février remplit 
les fossés, Mars les essarde (Proverbe). 

SARTHE : essarder le linge. — besch. : essarder, éponger 
le pont d'un navire. 

Esséver, v. a., dessécher, éponger, épuiser. — 
« Cette prairie basse est un ancien étang essévé. » — 
« L'eau du puits est mauvaise ; il a sans doute besoin 
d'être essévé et nettoyé. » — Vient du vieux mot éve 
eau. 

Estance, s. f., point de tricot, ou le tricot lui- 
même. 

Estouma, s. m. Estomac, mais nos paysans 
appellent aussi estmmia, par pudeur sans doute, les 
seins, la gorge des femmes. — « Il chercha à me 
mettre la main dans Vesloiima, mais j'ie r'poussis. » 
— « V'ià une fille qu'a un bel a/OHWrt. » 

Esvertein, s. m., épileptique atteint du mal de 
St-Avcrtin ; de là èvertUier. (Voy. ce mot). 

Vieux Fr. : esvertin, vertige, épilepsie. Adversatiis 
(duc). 



- 158 - 

Etanchet, s. m., pièce d'eau de peu d'étendue, 
qui est plus qu'un vivier, mais qui n'est pas un étang. 
— « Les femmes allaient laver à l'ètanchet du Bois- 
Hamon » (Dol). 

CENTRE : étanchat, petit étang. — Vieux Fr. : estanche, 
vivier, réservoir à poisson : « estanches ou carpières à 
garder et nourrir poissons. » Estanchia (duc). 

Etaupîner, v. n. et a., faire la chasse aux taupes, 
étendre la taupinière sur le sol. Ce verbe est surtout 
employé dans les baux ruraux : o Le preneur aura 
soin d'écheniller, d'élaiipiner. etc. » — « Etaupiner 
une prairie. » 

BESCH. : élaupiner, étendre la terre soulevée par les tau- 
pes. Etaiipinier, taupinier. Etaupinage. — norm. : etau- 
piner, détruire les taupinières. 

Etoupas, s. m., brèche ou passage pratiqué dans 
un talus, dans une haie : — a V'ià un étoupas ; 
passons-y. d 

Etréper, v. a., pour écobuer, couper les bruyè- 
res, tondre la lande. 

BESCH. : étreper, extirper, arracher (les mauvaises her- 
bes)'. Elrépage. — Vieux Fr. : estréper, déraciner, dé- 
truire, ravager, stirparc. Estrepamentum, estrépement, 
dégât, ravage, (duc). — trév. : estréper, ce mot, qui est 
hors d'usage, s'est dit autrefois pour extirper. 

Etulé, ée, adj., c'est évidemment l'adjectif f7/o/t;, 
chétif, mince, qui pousse en hauteur sans prendre du 
corps. — « Voyez cette grande personne dépourvue 



— 159 — 

de hanches, cette perche, comme elle est étuUe. » — 
S'applique aussi aux arbres, aux plantes : s'ils sont 
étiilcs, il faut les rabattre, c'est-à-dire, couper la 
tige. 

Eustache, s. m., petit couteau. — « Prète-moi 
ton eustache. d 

ACAD., BESCH. : eustiuhe, sorte de couteau grossier. — 
NORM. : ustache. 

Evailler, v. a., étendre. Evailler le linge, c'est le 
mettre à sécher : Evailler le blé sur l'aire, le fumier 
sur les terres. V. égailler. 

SARTHE : égailler le linge. 

Eve, s. f., vieux mot français, si usité dans nos 
campagnes que j'ai dû lui donner place dans ce 
recueil. — « Jeanne, allez chercher une rangeottée 
d'à'e (un seau d'eau). » — « Jeanne, mettez de Vive 
à chauffer. » — « Il chet de V'eve (Il pleut). » — Eve 
se trouve dans le dictionnaire de l'Académie et dans 
celui de Larousse ; mais Littré l'a oublié. On le 
rencontre dans un poème du XII*^ siècle. (Le cou- 
ronnement de Looys) : « Passer par force les èves de 
Gironde ». 

DUC. : ève, cuve, eive, eiua. — trèv. : he ou aive, aqita, 
d'où évier, aivier. 

Evertein, eine, adj., vif, vive, {cvertoui). 

Evertiner (S'), v. pron., se donner de l'air, se 
refroidir par des allées et venues dans l'appartement, 



— i6o — 

ou en se découvrant dans le lit. — « N'allez pas vous 
èveiiiner, surtout lorsque vous êtes enrhumé. » 

Eveux, éveuse, adj. (de ève). Eveiix, sans fé- 
minin, se trouve, comme îve, dans les dictionnaires 
de l'Académie et de Larousse, avec cette définition : 
marécageux, humide. — Chez nous, il est synonyme 
de aqiimx. — « Cette pomme, cette poire, ces fruits 
sont éveux, » sans saveur. 

BESCH. : éveux. Terrain évciix, rempli de terre marneuse, 
qui devient boueux quand il est mouillé. 



Faguine, s. f., bourrée, fascine ou petit fagot de 
genêt ou d'ajonc, dont les paysans se servent pour 
chauffer le four (St-Briac). 

BESCH. : faguette, petit fagot, dans quelques provinces. 

Failli, ie, adj., amaigri, chétif. — « Avez-vous 
remarqué M..., comme il est failli. » — « Qu'avez- 
vous donc comme çà ? » demandait un jour mon 
jardinier à mon ami C..., « v'êtes b'en failli », et 
sur sa réponse qu'il souffrait d'une gastralgie, c'est-à- 
dire d'une maladie de l'estomac, « Ah ! je sais ce 



— i6i — 

que c'est, » répliqua le brave homme, « mon biau- 
père en est mort l'année dernière. » Voyant qu'il 
avait été un peu naïf, il se hâta d'ajouter : « mais 
il avait langui b'en longtemps, par exemple ! » — 
Cet adjectif se trouve dans Rabelais. On le rencontre 
aussi dans ces vers de Villon (XV^ siècle) : 



Pauvre de sens et de savoir, 
Triste, failly, plus noir que meure. 

DUC. : failli, homme s.ius cœur ni honneur : « Jehan 
de Bourgeauville dist au suppliant qu'il batroit bien un 
si _/h;7// et si foireux chevalier comme il estoit, et ledit 
exposant respondi qu'il n'estoit ne failli ne foireux. » — 
Faillitns, falsiis, faillitiis, infidelis, prodilus, etc. 

Faimvalle, s. f., faim excessive, appétit qu'on 
ne peut satisfaire, en terme de médecine boiiliiiiie. — 
« Quel mangeur ! il a la faimvalle. » — Ce mot, 
très usité dans le peuple, est emprunté à la maladie 
des chevaux qui sont aussi atteints de la faÃŽDivalle . 

Faiuatiou, s. f., guignon, malchance. — « A 
tout coup, r'en n'me réussit ; la grêle a perdu mes 
récoltes, j'ai ma femme au let (lit), deux autres bêtes 
malades ; c'est une faiiiation. » 

Fainé, ée (ou mieux Fêné, ce), adj., c'est une per- 
sonne qui n'a pas de chance, à qui rien ne réussit. — 
Se dit aussi des choses : « Cette maison est fainée, 
tous les marchands s'y ruinent. » 

Fainer ou Fêner, v. a., porter malchance à 

11 



— l62 — 

quelqu'un, lui jeter un mauvais sort, l'empêcher par 
des vœux, ou même par sa présence ou son inter- 
vention, de réussir dans ses entreprises. Un joueur 
superstitieux vous dira ; « Je gagnais avant que vous 
lussiez près de moi ; maintenant je perds, vous avez 
le mauvais œil, vous me faine:(. » 

DUC. : fesne, lat. Fasciniim, charme, ensorcellement. — 
Enfaxcigner, lat. fasciuare, ensorceler. 

Faiséance, s. f. La faiscance des blés et autres 
céréales comprend le labourage, le transport des 
engrais, la main d'œuvre ; en un mot, tout ce qui 
constitue l'ensemencement d'une quantité de terre 
déterminée. Les notaires emploient ce mot dans leurs 
inventaires. Ainsi on dit : « semence tt faiséance. » 

Faiserie, s. f., syn. de Jaiséaiice. Se dit surtout 
dans rarrondissemcnt de Rennes. — « Voilà un biau 
temps pour la faiserie des blés ! » 

BESCH. : /aisance, corvées et redevance d'un fermier en 
sus du prix du bail. — Vieux Fr. : faisance, fesance, 
l'action et le moment de faire qq. chose, (duc). 

Fait, s. m., bien, avoir. — « C'est une fille qui 
avait du fait, mais son homme le lui a mangé. » — 
« Il y a du fait dans cette maison. » — Se dit 
surtout de la fortune mobilière, linge, meubles, 
etc. 

CENTRE : fait, m. sg. — norm. : fait, avoir, affaires, 
effets. — iJESCiï. '■fait, bien, fortune, capital. Fam. — 
Se trouve dans Brantôme et dans Molière. 



- i65 - 

Faix-mort (A-), locution populaire appliquée à 
une personne qui fait une chute grave. « Il est tombé, 
ou elle est tombée à faix-mort, » comme une masse. 

Fale ou Falle, s. f., poitrine de la femme. V. 
affalasè, ejjahtsé. 

BESCH.*: fait', jabot des oiseaux. Fam. « La /ï/c pleine 
d'un wourmand. » Pop. — trèv. : ftile, mot normand 
pour dire jabot. — norm. : fale, jabot des oiseaux, appli- 
qué à l'homme par plaisanterie. 

Fameux, euse, adj., fort, vigoureux. — « Y'ià un 
faineiix gars, » — Se dit aussi d'une personne bien 
ou mal portante : « Je ne suis pas funiciix aujour- 
d'hui » ; dans ce sens il s'emploie surtout avec la 
négative. 

BESCH. : Fameux, excellent, admirable. Fam. — nor.v. : 
fameux, grand et fort. 

Fanerie, s. f., pour fenaison, époque Je la coupe 
des foins. Alors les œufs sont chers au marché des 
Lices ; les paysans les gardent pour les faucheurs et 
les fiineurs, tel est l'usage. 

Faraud, aude, adj., freluquet, cossu, pimpant, 
habillé de neuf. — « Fichtre, Thomas, comme te 
v'\^ faraud contre ton habitude ! vas-tu fiancer ? n 

CENTRE -.faraud, m. sg. — UESCii. -.faraud, m. sg. Fam. 
— ACAD, ; faraud, homme du commun qui porte de 
beaux habits et qui est fier. Fam. 

Fauter, v. n., commettre une faute. — « Tu 



— 164 — 

as faute mon lionime, ça n'sc passera pas comme 
ça. » 

NOKM., CEN'TKU -.faiiler, m. sg. 

Favas, s. m. pi., pampres desséchés des fèves ou 
des pois à rames. On les utilise pour litière dans 
les étables. 

NORM. : favat, tige sèche des fèves. — centke : favnsse, 
favèe, tubercule de la gesse tubéreuse. 

Femellier, s. m., paysan de mauvaises mœurs, 
débauché, coureur de femmes. — « Le fils du maire 
était un femellier très mal famé dans la commune ». 

xouM., CENTRE : fiuiieUicr, coureur de femmes. 

Fêner. Voir Faiiier. 

Ferluches, s. f. , terme de menuisier, ruban de 
bois varlope. — « Sa famille ne se chauffait que de 
fevluclh's ; c'était feu de paille ». 

BEScn. : fiiificluches, origin.iiremcnt flammèches d'un 
feu de feuilles, de l'italien yiï;;yîi/«^rt. — norm. : ferlu- 
ches, rubans de bois raboté ; objet de peu de valeur, d'où 
le mol janferluches. — Vieux Fr. : faiifeUiche, fanfelue, 
objet de peu de valeur, bagatelle. Famfahica, famjoluca, 
(duc). 

Fesiller, v. n. Ce verbe manque à notre langue. 
Il exprime d'une façon imitative le bruit du beurre 
ou de la graisse dans la poêle, du •"er rouge plongé 
dans l'eau ou appliqué sur la peau. 

Fétice, adj. Pain fêtice, pain compact. — Ce 



- i65 - 

terme n'est usité, je crois, que dans la fabrication du 
pain. Cependant je l'ai entendu appliquer à la toile. 
— « Cette toile est serrée, bien travaillée, elle est 
fctice. » — a Je l'ai fait faire tout faiclis » (le drap) 
M« Pathelin). 

DUC. : Pain/i'/;;;, pain bis. Paiiis Icnmliis. 

Fieu, s. m., fils. — « Aimes-tu la galette o 
l's œufs, mon Jîi'u Francin ?» — On trouve ce mot 
dans P. L. Courier. 

Filandière, s. f., femme dont la profession est 
de filer à la main soit du lin, soit du chanvre ou en- 
core de la penille. La filandière est en même temps 
préposée à la garde du troupeau au pâturage. 

Filoi, pron. filouâ, lieu où nos paysans passent 
leurs veillées à la lueur d'une chandelle de résine. 
C'est le plus souvent dans l'établc. Les filles y filent 
leurs quenouilles, (d'où filoini), les garçons tressent 
leurs chapeaux de paille, ou font d'autres petits tra- 
vaux. — Il arrive parfois qu'un coup de vent éteint 
la faible lumière, et alors... C'est pourquoi le curé 
prêche contre ces réunions. 

Filoiser, v. n., aller passer sa veillée au Jihi. — 
« J'avons une fille qui aime b'en àfiloiser. » 

Fini, part, passé du verbe finir, est souvent em- 
ployé pour signifier parfiiit, délicieux : « C'est Jiiii 
bon. » — On dit aussi : o c'est un fripon /«/. » 



— i66 — 

BESCii. : fini, m. sg. 

FlambrOD, s. m., syn. de Jiinwras. (Voy. ce 
mot). 

CENTRE : fainhcron, morceau de charbon mal cuit, qui 
donne encore de la flamme. — Parcelle de substance 
enflammée : un flamheron de paille. 

Flan d'œufs, s. m. Nos cuisinières appellent 
flati cVœitfs ce qu'ailleurs on appelle des œufs au lait. 
Dans les dîners intimes on vous sert encore un flan 
d'œiifs dans un plat ; dans les galas, on le sert dans 
les petits pots à crème. 

Flancher, v. n., faiblir, reculer, mettre les pou- 
ces devant son adversaire. Je crois que ce mot est 
nouvellement importé chez nous. Je ne l'ai entendu 

qu'à la ville. Nos gamins disent caler. (Voy. ce mot). 

Flanquette. A la botine flanquette (pour fran- 
quette), sans façon, sans cérémonie. — « Venez donc 
dîner avec nous, à la honne flanquette, à la fortune 
du pot ; pas de fiiçons, pas de cérémonie, disait le 
bonhomme J..., les cérémonies sont pour les mes- 
sieurs prêtres, et les fitçons pour les tailleurs », 

Flatter sur, v. n., dénoncer qqn, rapporter 
sur qqn. — Ce verbe est à l'usage des domestiques 
et des écoliers. La femme de chambre flatte sur la 
cuisinière, la cuisinière sur le cocher, l'écolier sur ses 
petits camarades, etc. 

Flatterie, s. f., rapport vrai ou faux, fait contre 



— 167 — 

un subordonné à son supcrieur, dans le but de le 
faire chasser, punir ou réprimander. — « Vous avez 
été dire à Madame que j'étais sortie hier soir, vous 
aimez les flatteries, n 

Flatteur, euse, adj., du vevhc Jlat ter. C'est celui 
ou celle qui dénonce les fautes ou les peccadilles de 
ses camarltdes. Dans mon enfance, au sortir de l'école, 
nous poursuivions le flatteur en lui criant aux oreilles : 
a Flatte-cul, flatte-cul, quai' pochons pendus an cul. » 
— Lii flatteur croit par ses flatteries, flatter celui qui 
les reçoit. Tel est le sens de ces mots populaires. 

Flauper, v. a., battre, donner des coups. — 
« Simon flaupait sa femme de temps en temps pour 
s'entretenir la main. » — Vient de fléau, instrument 
à battre le blé. 

Flaupée, s. f., du verbe flauper, syn. de raclée, 
volée, danse, etc. — Le gars à la Simonne a reçu 
une fameuse flaupée ». 

Flemme, s. f. Ai'oir la flemme, être abattu, non- 
chalant, mou, disposé à la paresse. — « Je ne me 
sens pas disposé au travail aujourd'hui, j'ai la fletn- 
)ne. n Semble venir defleg)ne. 

CENTRE : flâne, tiniiditc, m.inque d'énergie, de coumge. 
Flémc, adj., abattu, sans énergie. 

Flimpée, s. f., se dit d'une toilette fripée et de 
mauvais goût. C'est sans doute par corruption de 
fripée, dont ce mot est l'équivalent. 



— i68 — 

Foireyoux (pron. faircyou.x), s. des "2 genres. Ce 
sont les gens qui vont à la foire ou qui en reviennent. 

— « A la fiiire de Cesson il y a souvent plus de fai- 
rcyou.x que de bêtes (plus de marchands, ou plus de 
flâneurs, que de bétail). » 

Forrière ou Follière, s. f., bande de terre in- 
culte autour d'un champ. Aujourd'hui la forricre est 
à peu près supprimée ; nos paysans labourent jusqu'à 
la haie. 

BESCH. : forirrc, terre qui forme la ceinture des champs 
dans quelques parties de la Bretagne ; ailleurs cheintre. 
— NORM. : forièrc, m. sg. — Vieux Fr. : foricrc, p.îture; 
forcria, foraria (duc). 

Fouaillée, s. f., fessée, correction sur les fesses. 

— a Bast ! pour nnc fouaillée, le cul n'en chet pas », 
(proverbe), c.-à-d., on se relève d'une chute, d'une 
mauvaise affaire. 

Fouailleur, s. m. Le fouailleur est un homme 
de mauvaises mœurs, coureur d'aventures galantes ; 
c'est l'homme qui suit les femmes, — a Le bon- 
homme K..., était un vieux fana iUeîir. » 

nr.scii. : joiiaillcr un cheval. Fam. l'ouaiUer des enfants 
indociles. Pop. et Fam. — A signifié fréquenter des 
femmes de mauvaise vie. — norm., sartiil : fouaillée, 
correction donnée avec le fouet. — centre : jouailleur, 
coureur d'aventures galantes. 

Fouée, s. f., feu flambant fait d'une bourrée ou 
de quelques copeaux, et qui ne doit durer qu'un ins- 
tant. — « Femme, fais-nous une fouée pour nous 



— 169 — 

réchalcr (réchauffer). » — Ce mot est français, mais 
dans une acception différente dont il semble tirer 
son origine : « sorte de chasse qui se fait la nuit à la 
clarté du feu. » — Il exprime encore chez nous une 
grande quantité. — « Q.uclle foiu'e m'apportez-vous 
là ? » 

BEScil. : yiiHfV, s'est dit pour feu, foyer. Se dit du feu 
qu'on allume dans un four pour le chaufi'er. — norm. : 
fonce, feu clair alimenté par des fouaillcs, menues bran- 
ches. — (duc) /o«t-«, fagot, ho\irr^iC, foaginm. 

Fouillard, s. m., branche, rameau détaché de 
l'arbre. Se dit surtout d'une branche garnie de ses 
Iruits. — « Je vous apporte des /oîn7/a7(fi- de cerises. » 
— Le pàtoux (pâtre) émouche ses vaches o dos 
fouiUards. — Il y a sur la route de Fougères, à l'en- 
trée de la forêt de Rennes, le village de Fouillard ; 
c'est le rendez-vous des chasseurs. 

Fouine, s. f., nom donné à la belette dans nos 
campagnes, et aussi au fruit du hêtre. 

CENTRE : foiiiiH', S. f . , fruit du liêtrc. Fouincau, foui- 
m'(ïM, hêtre. — Vieux fr. : Fayitc, f fouine, animal, 
faiiia ; 2' faine, fruit du hctte, fagiiui, (duc). 

Foultitude, s. f., multitude. — Très usité. 

Founigoter, v. n., farfouiller, mettre son nez 
où l'on n'a que faire. — « Sentez vos dats (doigts) à 
cVheure, ça v's'apprendra ;\ foiiu{i;oU'r dans mes 
affaires ». 

NORM. : fouiner, Jouinetev, fureter. 



— 170 — 

Founiller, v. a. et n., est à peu près synonyme 
àc fûiinigoter. Vient sans doute de fouillis, désordre. 
Dans une autre acception : remuer les cendres du 
foyer, pour cuire dans la braise soit des châtaignes, 
soit des pommes, qui, étant foitnilUes, ont une saveur 
toute particulière. 

Founilloux, ouse, adj., qui lounille. 

Fouteau, pron. foiitiau, nom donné au hêtre. 

BESCH., ACAD. : fûiitcciu, uii des iioms vulgaires du hêtre. 
— NORM. •.fouteau, foutiau ; hêtre \ fouiehiic, lieu pLinté 
de hêtres ; f outille, fruit du hêtre. — centre -.fouteau, 
foutiau, hêtre. 

Foutimasser, v. n., c'est ne faire rien qui vaille 
c'est gâcher son ouvrage. — « Vous feriez mieux de 
laisser cela, plutôt que de foulhuasser comme vous le 
faites. » 

Foutimassier, ière, s., mauvais ouvrier. 

NORM. : foutimasser, foutiner, perdre son temps à des 
riens. — centre : foutimasser, tourmenter qqn au 
moral. Foulimasserie, tracasserie, taquinerie. 

Foutreau, s. m., jeu de cartes très-aimé des 
enfants il y a un demi-siècle. Le perdant recevait dans 
la main, avec un mouchoir tordu, autant de coups 
qu'il lui restait de cartes non placées, et plus encore 
s'il ne répondait pas à cette question : Coinbien de 
cartes ? 

hç. foutreau, comme la drogue, semble abandonné 



— lyi — 

déjà depuis longtemps. C'est assurément un jeu fort 
ancien ; il doit sans doute son nom à un verbe encore 
plus ancien et toujours par trop populaire. 

Fraîche, s. f., breuvage composé de réglisse 
noire dissoute dans l'eau ; boisson que se font les 
enfants en allant à la promenade. Avec un liard ou 
deux de réglisse, nous nous faisions un demi-litre de 
fraîche. Dieu que c'était bon !... c'était rafraîchissant, 
et cela ne nous portait pas ^ la tète. 

Framba, s. m., fumier. — Nos paysans achètent 
\q franiba provenant des écuries de l'artillerie. L'adju- 
dicataire le leur vend vingt francs le tombereau. 
C'est, on le voit, une marchandise assez chère. 
« Je happis mes chausses et m'couchis dans l'ta 

(étable) 
« Les pieds à la porte, la tète nu framba. » 

(Vieille chanson). 

Frambayer, v. n., de /ra/w/w /c'est étendre avec 
la fourche le fumier sur les terres. — On dit o fram- 
Vayer o les deux civières, » pour exprimer la prodi- 
galité d'une personne qui brûle sa chandelle par les 
deux bouts, ou qui beurre sa galette sur les deux 
côtés. 

NOR.M. : framheyer, nettoyer les étables, les débarrasser 
de fumier, du framba. 

Frasil, s. m., braise de four, poussier de charbon. 



— IJZ — 

C'est avec du frasil que les femmes du peuple chauffent 
leurs couvents ou chaufferettes. 

CENTRE : frasil, fraisil. — acad. : fmisil, cendre de 
charbon de terre dans une forge. 

Frégon, S. m,, plante épineuse dont on fait les 
bagnins. (Voy. ce mot.) — C'est le ruscus aculeatns des 
botanistes. 

BESCH. : fragcn, petit houx. — duc. : Fn'gon, petit 
hoax, fraijon chez les normands. 

Frigousse, s. f., syn. de fricassée. — « Si vous 
voulez manger de la bonne frigousse, il faut aller 
dîner à l'auberge du Pont de Pacé. » — C'est aussi 
un terme de troupier, dans la même acception. 

NORM. : frigousse, viande en ragoût. 

Frime, s. f., syn. de brume ; petite pluie fine qui 
n'est pas encore le brouillard de M. Vendôme. — Vient 
évidemment de frimas. — ■ « La frii)ie nourrit l'orage, 
ou bien elle la mange », proverbe qui signifie que, 
lorsque par un temps sec on voit la frime s'élever, 
c'est généralement signe de pluie, tandis que, si elle se 
lève par un temps humide, c'est signe que le temps 
va se mettre au beau. — Pour exprimer qu'une pro- 
position n'est pas sérieuse nous disons : « c'est de la 
frime ». 

BESCH. : frime, semblant que l'on fait de quelque chose. 
S'est dit pour neige, frimas. — norm. : Bon pour la 
frime, pour l'apparence, Freime. 



Frimousse, s, f., figure, visage. — « Voyez c'te 
frimousse ; quand on porte une frimousse comme ça, 
on ne la montre pas en public. » 

BESCH. •.frimousse, figure, face. Se prend en mauvaise 
part. — NORM. : frimousse, grosse figure. — centre : 
frimousse, figure, face. En mauvaise part. 

Fristic, s. m., repas, collation, petit souper. 
Nous nous réunissions tous les dimanches, et faisions 
ensemble de petits /m//c5 dont j'ai gardé le souve- 
nir. — Ce mot, qui n'est autre que le fri'ihstïick des 
allemands, est encore un triste souvenir du séjour des 
Prussiens chez nous en 1814-15. 

Fromage de cochon, s. m. Nous appelons 
ainsi une sorte de pâté fait de lard et du sang de 
l'animal. Nous sommes très friands de ce mets, qui 
est réellement très bon quand il est bien fait. (Voy. 
Casse). Dans mon enfance, pour di.\ centimes, deux 
sous, un ouvrier faisait un repas copieux d'une forte 
tranche àt fromage de cochon. Ce mets de luxe lui est 
presque interdit aujourd'hui, du moins pour le même 
prix. 

Frotter, v. a. Nos paysans emploient ce verbe 
dans le sens de nettoj'er, lorsqu'il s'agit du blé noir 
qu'on //'o/Zt; avec les pieds dans un boisseau, pour en 
détacher le poussier. Dans quelques cantons on le 
frotte en l'agitant dans une poche ou bissac. 

Frusques, s. f. pi., nippes^ guenilles, vieux 



— 174 — 

effets. — « Il a quitte ma maison en emportant tou- 
tes ses frusques. » — Frusque a sans doute précédé 
frusquin, qui est resté dans la langue. 

BESCH. : friisquin, ce qu'un homme a d'argent et de 
nippes. — ACAD. : fnisijuiii, m. sg. Pop. 

Fuie, s. f,, colombier, bâtiment de forme ronde 
que l'on voit encore près des châteaux et des gentil- 
hommières, et dans lequel les maîtres élevaient de 
nombreux pigeons, qui pouvaient impunément rava- 
ger le champ du paysan. En tuer un, c'était s'exposer 
à aller ramer sur les galères du Roy. 

ACAD. : fuie, espèce de petit colombier. — centre -.fuie, 
grand colombier. Vieux Fr. : fuie, colombier, fuga. 
(duc.) 

Fumeras, s. m., charbon ou tison fumant. Un 
fumeras, laissé par négligence de la cuisinière sous 
une grillade, lui donnera goût de fumée. 

ACAD. : fumeron, m. sg. 

Fune, s. f. , (du latin /;/h/5), corde, nâche pour 
attacher les bestiaux dans l'étable. — De fune, on a 
fait le verbe funer. — Funer les vaches ou les nâcher. 
(V. ce mot). — Le mot fune, cordage, est aussi em- 
ployé dans la marine. 

Futé, ée, adj. Cet adjectif a deux significations 
bien différentes, et même tout-à-fait opposées : \° futé 
se dit d'un individu fin, madré, rusé : « C'est un 
gars h'tw juté sans en avoir l'air », — 2° Dans l'au- 



- 175 — 

tre acception, plus usitée, il exprime une chose, un 
ouvrage manqué, gâché, perdu par son auteur. Dans 
ce cas, il est participe passé du verbe ci-après ////tv. — 
Une personne à qui rien ne réussit, dira aussi : « Je 
suis futée ». 

Futer, V. a., gâcher, manquer, perdre un ouvrage 
par maladresse ou ignorance du métier. — « Ce compa- 
gnon est un mauvais ouvrier ; on ne peut rien lui 
confier qu'il ne le fn!e. » — Il se dit aussi de l'ouvrier 
lui-même, découragé par son impuissance à bien 
faire : « Que voulez-vous, patron, je suis fti lé. n 



a- 



Gabelle, s. f. Dans nos campagnes, on appelle 
gabelles les girouettes placées sur les toits pour indi- 
quer la direction des vents. — Je crois avoir lu quel- 
que part qu'aux seigneurs seuls ou aux percepteurs 
de l'impôt appartenait le droit d'avoir au sommet de 
leurs demeures ce signe de leur puissance ou de leurs 
fonctions. Aujourd'hui, il n'est si petit vilain qui 
n'ait sa gabelle sous forme de pie, de chasseur tirant 
la bête, ou encore, l'image de la profession qu'exerce 
le propriétaire de l'immeuble, 



— 176 — 

Gabelou, ou Gablou, s. m., surnom donné 
aux douaniers par les habitants du littoral de la Man- 
che. Il est pris en mauvaise part. — C'est un dérivé 
de gabelle. 

ACAD. : gnheh-tir, employé de la gabelle. On disait autre- 
fois gahclcn. Pop. Ce mot se dit encore vulgairement, et 
par dénigrement, des employés des contributions indi- 
rectes. — BESCH. : gnh'loii, commis de la gabelle ; se 
prend en mauvaise part. Employé surtout dans le midi 
pour les douaniers, les employés de l'octroi, et ceux des 
contributions indirectes. — centre : gabelou, i- em- 
ployé des contributions indirectes ; 2* terme d'injure. 

Gâche, s. f., galette de blé noir ; pain mal cuit, 
dont la pâte a été mal travaillée. — Ce mot s'applique 
aussi à une personne malade et hors d'état de tra- 
vailler. — « Le pauvre homme est à la gâche. » 

Gâchouet, s. m., petit rouable en bois avec 
lequel on étend la pâte sur la tuile à galettes. Vient 
de gâche. 

NORM. : gâche, x* pain grossier, gâché ; 2- sorte de 
galette. — Gàchard, sale, malpropre. 

Gaderobe, s. m. D'après Littré, c'est un tablier, 
mais chez nous, c'est un jupon en toile, ou cotillon. 
Nos femmes de la campagne teignent ce vêtement en 
le laissant séjourner dans une mare où l'on jette de la 
sciure de bois de chêne ou de châtaignier. C'est une 
teinture assez solide ; mais, depuis que le luxe s'est 
introduit chez nos paysans, leurs femmes et leurs 
filles ne connaissent plus le gaderobe. Elles portent 



— 177 — 

des robes en drap ; la toile n'est plus employée que 
pour le premier vêtement. — A deux kilomètres de 
Rennes, sur la route de Lorient, existe un cabaret 
qui porte encore le nom de Gaderobe-brùlc. 

Nos paysans ont aussi leur argot. Ainsi, ils appel- 
lent ioiit-à-Ventonr le gaderohe ou cotillon ; tape-devant, 
le tablier ' parsiiict, le fichu ; foinre-dcboiit, les bas ; 
rigohts, les sabots. 

BESCH. : gardt'iohc, tablier qu'on met sur la robe pour 
la garantir. 

Graffée, s. f., syn. de lippée, bouchée, morceau 
de pain. — a II est réduit à mendier h\ gaffée. » 

Gaffer, v. n., manger gloutonnement ; mendier 
h gaffe'e. — Semble venir de gaffe pris dans l'acception 
de fourchette. 

NORM. : gcijféf, morsure de chien. Gajfer, eu parl.uit d'un 
chien, saisir brutalement et mordre ; manger avide- 
ment. 

Galaffe, adj. des "1 genres ; gourmand, glouton. 

CENTRE : galaffre, gourmand. 

Galène, s. m. Nous disons galène pour galerne, 
vent du N.-O. ; terre ou maison exposée au nord- 
ouest. — On trouve dans de vieux contrats : tel 
champ borné à l'orient par..., au midi par..., à. galène 
par..., etc. — a Le vent de galène est bonhomme ; il 
n'a jamais fait perdre la journée d'un homme. » 
(Proverbe populaire). 

12 



- 178 - 

Galicelie, s. f., veste en toile que portaient nos 
paysans il y a peu d'années encore, car la galicelle a 
fait place à la veste de drap. — « J'ava's un' bell' gali- 
celle cousue de fil bianc. » (Vieille chanson). 

Galichon, s. m., petite galette. C'est, le plus 
souvent, la dernière de la cuisson, réservée pour la 
pâtée de Minette ou pour les poules, parce qu'elle 
contient les graviers restés au fond du cuveau qui 
contenait la pcâte. 

NORM. : galichon, m. sg. 

Galoche, s. f., bouchon en liège ou en bois, 
avec lequel on joue au bouchon. Nos paysans donnent 
aussi à ce jeu le nom de drue ou pitau. Le diman- 
che, avant et après vêpres, ils jouent aux quilles, au 
palet, à la galoche. — On dit : « tout à la galo- 
che » quand, lorsqu'elle est tombée, toutes les pièces 
de monnaie qui étaient dessus sont plus près du 
bouchon que de la pièce du joueur qui l'a renversé. 

N'ORM. ; galoche ou galiiie, m. sg. 

Galoches, s. f. pi., gros sabots de paysan. — 
M Voyez cette vieille édentée avec son menton de 
galoche, » (en parlant d'une bonne femme édentée dont 
le menton est relevé comrne le bout d'une galoche). 

ACAD. ; galoche, sorte de chaussure. — besch. : galoche, 
chaussure en cuir dont le dessous est en bois. 

Galon, s. m., croûte qui survient à la suite d'une 



- 179 — 

plaie cicatrisée. — Il est prudent de laisser tomber 
d'eux-même les galons. 

Galonné, ée, adj., de galon. — « Il avait le visage 
tout galonné. » — a La tète de cet entant est toute 
galonnée » (toute radieuse). 

CENTRE : galon, s. m., escarre, croûte qui se forme sur 
les plaies eu voie de cicatrisation. — norm. : gale ou 
galon, m. sg. 

Galop, S. m., réprimande. — « Le patron va me 
donner un galop. » — Synonymes : Poil, savon, 
suif, perruque. (V. ces mots). 

AC.\D. : galop, m. sg. Fig. et pop. — norm., centre : 
galop, m. sg. 

Gamaches, s. f. pi., guêtres en cuir ou en toile. 
Depuis que le pantalon a supplanté la culotte, les 
gamaches ne se voient plus guère qu'aux jambes des 
chasseurs. 

NORM. : gamaches, ni. sg. — besch. : gainache, sorte de 
bottine ou bas de laine ou de toile cirée qu'on mettait 
par dessus les autres pour les garantir de l'eau. — Vieux 
Fr. : gamache, sorte de chaussure, gamacha (duc.) 

Gandilleux, euse, (pron. oux, ouse), adj., 
délicat, épineux ; question qui demande de la ré- 
flexion. — « Que pensez-vous de cette affaire ? » 
— « Eh ! je la trouve gandillousc. » — « C'est un 
sujet gandilloiix. » 

Gapas, s. m. pi., enveloppes du grain de froment, 
d'avoine ou d'orge. Ce mot est malouin ; à Rennes, 



- l8o — 

nous les appelons cossons. (Voy. ce mot). En Nor- 
mandie pesas. 

NORM. : gtipas, balle d'avoine. — centre. : gi)pier, tas 
de balle d'avoine. 

Gapi, adj. Bois gnpi, vermoulu, qui tombe en 
poussière. « Ce meuble est gapi. » — On dira d'un 
homme encore vert : « Il n'est pas encore gapi, mal- 
gré son âge. » 

Garatas, s. m., grenier ou plutôt greniers, car 
garatas ne se dit guère qu'au pluriel. — Les chats se 
plaisent surtout dans les charbonniers et les garatas. 
— C'est une corruption de galetas. 

Garçaille, s. m. et f. , petit enfant, petit mar- 
mot. — Les pauvres sont riches en garçailles. 

NORM. : garsaillc, bande d'enfants. — sarthe: garçailtc, 
petit enfant. 

Garce, s. f., jeune fîlle, jeune personne. Ce mot, 
qui n'est plus employé qu'en mauvaise part et en 
mauvais lieux, n'est, chez nos voisins de Fougères et 
de Vitré, que le féminin de gan, garçon. C'est ce 
motif qui lui a fait donner place ici. Espérons qu'il 
sera bientôt hors d'usage, mais on dit encore aujour- 
d'hui : a Je viens de voir la garce une telle sortir 
de la messe ou descendre la rue. » — Rabelais : 

« ou bien allaient voir les garces d'entour. » 

(Garg. I, 3). 

Garcette, s. f., diminutif de garce, petite fille : 



— i8i — 

— « Oh ! la jolie petite garcctte que vous avez 
là ! » 

BESCH. : garce, fille, dans plusieurs provinces. Garcctte, 
id. — NOBM, : garce, garsc, fille. Garcctte, petite fille. 
— SARTHE : garcctte. petite fille. Garce est pris en mau- 
vaise part. — CENTRE : garce, garse, jeune fille. Souvent 
injuri^eux. 

Garçonnière, adj. f., fille qui recherche les gar- 
çons. 

ACAD. : garçonnière, m. sg. Très fam. — norm., cen- 
tre : garçonnière, m. sg. 

Gare, adj. m. et f., se dit des animaux, et sur- 
tout des vaches, dont la robe est de couleur rouge et 
blanche. — « La blanche, la naire, la châtaigne et la 
gare. » — Gdre, bigarré. — Du temps de Rabelais, 
on appelait garrot le taureau pie. — « J'ai à grandes 
fatigues et difficultés chassé un tas de vilaines, 
immundes et pesti lentes bestes noires, guarres, fau- 
ves... » (Rab. Pant. ch. 2). 

NORM. : gare, adj. Se dit des couleurs qui tranchent 
l'une sur l'autre. Gareau, qui a le pehge gare, centre : 
gare, gareau, gariau, gariclie, gariolé, de couleur bario- 
lée, bigarrée. 

Gars, s. m., garçon. « C'est un bon gars. » — 
« Allons, les gars, à la besogne. » — Avec l'élision 
de ;• et l'accent circonflexe sur a, ga's devient une 
injure : « C'est un mauvais o"(fi- dont il faut se défier. » 

Gâter, v. n. et a., employé pour répandre. — 



— l82 — 

« Le pot gdte.f> — « Prenez donc garde, vous gâlci sur 
la nappe. » — Gâlcr de l'eau, uriner. 

SARTiin et NORM. ; gûliT, ni. sg. Gùlcr de l'eau. 

Gaudes, s. f. pi., gaudrioles, propos joyeu.x. — 
« Je t'en prie, père Jean, dis-nous donc encore des 
gaudes ; ça nous amuse. » — Du verbe se gaiidir, 
g a II d ère. 

NOR.M. : gauâences, récits divertissants. 

Gauler, v. a., abattre avec une ^««/c, une perche, 
certains fruits : les noix, les châtaignes, les pommes. 
— « Je paierai vos pommes tant, mais à condition 
qu'elles seront cueillies et non gaulées. » — « Je 
vas te gauler, si tu ne fais pas ce que je te dis. » — 
Employé avec cette dernière acception dans une 
épitaphe satirique du cardinal Mazarin. (Mars 1601) : 

« Ci gît que la goutte foula, 
Depuis les pieds jusqu'aux épaules. 
Non Jules qui conquit les Gaules, 
Mais le Jules qui les gaula. » 

ACAu., SARTHE : gauler, abattre avec la gaule. 

Gaurer, v. a., affranchir, castrer. — « Son ma- 
tou avait été gaurè. » 

Gaureur, s. m., (prononcez g aur ou x)\\omvnt qui 
fait profession de gaurer les chevaux, les porcs, les 
taureaux et les chats s'il le faut. 



- i83 - 
N'OUM. : giuirer, se pavaner. 

Gausser (Se), v. pron., se moquer. — « Tu te 
gausses de ma, je le vais b'en. » 

ACAD. : Se gausser, m. sg. Pop. — besch. : gausser, v. 
a.., et se gausser, m. sg. cf. Regnard et Voltaire. — 
CENTRE : gausse, mensonge innocent, conte, raillerie. Se 
prononce quelquefois gosse. 

Geignard, arde, adj., qui se plaint sans cesse. 
— Du verbe geindre. 

BESCH. : geigncux, m. sg. Fam. — xorm. : gcigncux, 
geniard, m. sg. 

Genotte, s. f., racine bulbeuse qu'on nomme 
aussi raiponce et qu'on mange en salade. 

Géraud, syn. de tiretaine, étoffe de laine (Côtes- 
du-Nord). 

Gerbière, s. f. Suivant quelques auteurs, c'est 
une charrette destinée à transporter les gerbes au 
grenier (nous l'appelons fourragère) ; selon d'autres, 
c'est le grenier lui-même. Chez nous, la gerbière est 
la fenêtre par laquelle on loge les fourrages et les 
céréales, et aussi les fagots. 

Ghuérienne, s. f., résidu qui reste ou qui 
s'amasse au fond du van. 

Giffle, s. f., soufHet. Terme d'écolier. — « Il 
m'ennuyait, je lui ai donné une giffle. » 

Giffler, v. a., souffleter. — « Finissez, Mon- 
sieur, ou je vous giffle. » 



— 184 — 

ACAD. : gijli', pop. gijler. — bescii. : gijlc et giJJcr, pop. 
— NORM. : giffe, g'ffle,giffer, g'ffler, giffclcr. — ckntrf. : 
gigliT, giffe, g'ffle. 

Gillée, s. f., jet d'eau. (Voir au J.) 

NOUM. : giiihr, gilcr, chiler ; guilée, giléc,chiUe. — fUi-r, 
filoirc, petite seringue de sureau. — centre : Jih-r, 
V. II., jaillir. 

Giries, s. f. pi., du vieux mot giîeries, simagrées, 
mensonges, pratiques ridicules des faux dévots. « Cou- 
dre dans ses vêtements des médailles bénites pour 
éloigner l'esprit malin, pratiquer avec ostentation, ce 
autant de i;^iriL's. » — X. Aubryet a écrit : « Ce mot est 
le dernier terme de mépris de l'honmie grossier qui 
veut flétrir une chose délicate, » et il ajoute : « Une 
jeune fdle pleure sur la toinbe de sa mère ; est-ce 
que ces gin'es-\a font revenir les morts ? » Non assu- 
rément, mais il ne faut pas confondre le vrai et le 
faux, et le mot t^^irics trouve souvent sa juste appli- 
cation. 

BESCII. : girie, plainte hypocrite, jérémiade ridicule. — 
SARTiiE : giries, grimaces, simagrées. — norm. : girie, 
farce, fausseté, supercherie ; grimaces, doléances ridi- 
cules. 

Glandra, pron. Vunidra, s. m., gland de chêne. 
Nos paysans se rapprochent, sans s'en douter, de 
l'italien ghiaiida. — « L'abondance àcs gin tnJras nous 
promet une bonne récolte cette année. » Nos paysans 
croient qu'une « bonne année de glands » est une 
année d'abondance pour toutes les céréales. 



- i85 - 

CENTRE : glnnd, f;liuidir, prononcez liand, hiiukr. 

Glène, s. f., fagot de chcne qu'on brûle dans 
nos mcn.iges pour faire un feu flambant, à défaut de 
pommes de pin. Les boulangers chauffent leurs fours 
avec des fflàies. — Le cent de (^lêncs à 2 harts vaut 
aujourd'hui 45 à 50 francs, (l!^"") ; les petites ('/iw^ 
2i à 25 fr. — On dit fondre ses glèiics pour manger 
son bien ; il serait plus juste de dire brûler ses 
glèiies. 

Glènet, s. m,, petit morceau de bois taillé d'une 
certaine façon et fendu, avec lequel les blanchisseu- 
ses fixent le linge mouillé mis à sécher sur des cor- 
des. Ce mot semble venir de glène ; car c'est dans 
les glènes qu'on trouve le bois dont les glénels sont 
fabriqués. — A Paris, pince-linge. Le glc'nel se vend 
i fr. 10 le cent. (1877). 

Gnîaf, s. m., savetier ou cordonnier en vieux, 
comme on dit aujourd'hui. Gniaf ne se dit qu'en 
mauvaise part et d'un mauvais cordonnier. On pro- 
nonce souvent jiiaj. 

Bi:scH. : giiitif, savetier, m.iuv.nis cordonnier. Fio;. et 
pop. : gâcheur, ninl.iJroit. — centre : giuif, s.ivcticr, 
mauv.-iis cordonnier. 

Gnian-guian, s. et adj., locution employée à 
l'égard d'une personne lente ou nonchalante dans ses 
actions, et aussi d.ms son p.-.rler. — a Que vous êtes 
guiim-gn'uin , ma pauvre fille, vous n'en Hnircz point 
aujourd'hui. » 



— i86 - 

NORM.j SARTHE, CENTRF. : giliail-glliilll, m. Sg. — 

BESCii. : gnian-gnian, qui bredouille. 

Gobé, ée, part passe du v. gohcr ; attrapé, puni 
d'une erreur, d'une iaute légère. — « Ah ! tu 
cro3'ais cela ? te voilà b'en gobé. « 

Gober, v. a., gagner, attraper, battre. — « Ma- 
dame est allée au bal ; elle y a o'o/v'un gros rhume. » 
— Une mère à son enfant : « finis, ou tu vas gohcr 
(être battuj. » 

Goberin, nom propre. Ce fut un homme à qui 
son désintéressement et sa pauvreté valurent, comme 
à Saint-Ladre, la canonisation. Il est en grande véné- 
ration dans ce pays-ci. Lorsque, dans un partage, le 
plus malin veut s'attribuer la part du lion : « Et 
moi, » dira le pauvre dépouillé, « que me restera-t- 
il ? Je serai donc saint-gohcrin ? » (Abrégé de 
gobe-rien.') 

ACAU. : golk'r, prendre qqn lorsqu'il s'y attend le moins. 

Gobîllon, s. m., petite quantité, petite portion. — 
« Donnez-m'en fort peu, un gobilloii. » 

Gobin, s. m. syn. de gobillon, petite quantité, le 
contraire de lopin. — En français le gobin est un 
bossu. 

Gogue, interjection ; réponse négative à une 
proposition déplaisante. — « Voulez-vous me prêter 
ceci, me faire cela ? » — « Gagne ». — Ce mot a 



— 187 — 

le mérite d'être plus énergique et plus bref que ceux- 
ci : « J't'en casse, j't'en fricasse, tu r'passeras de- 
main. » Gogtie dit tout cela, et plus encore : c'est le 
mot de Canibronne, c'est le bran de Rabelais. 

DESCii. : gogtu's, se disait pour plaisanteries, joyeusetés. 

Gon, *s. m. Nos paysans nomment ainsi le cha- 
rançon, l'insecte qui mange les blés. 

BESCii. : gon, nom vulgaire du cli.irançon. 

Gorgeyer, v. n. Ce mot à l'usage des nourrices, 
exprime le bruit de gorge que fait l'enfant en tétant. 
Ce bruit indique que l'enfant boit, partant que la 
nourrice est bonne. — « L'entendez-vous ^^oro-wr ? » 

Gorin, s. m., pour goret, petit cochon, 

NORM. : gorin, goret. Gcve, truie. — centre : gorin, 
ni. sg. — Vieux Fr. : gorin, gorron, gorreau, porcinns, 
petit cochon de lait (duc). 

Gosiller, v. n., chanter du gosier. — «Jaiouïle 
rossignol gosiller dans les bois. » C'est le bégaiement 
des petits oiseau.x. 

Gosse, s. f.. mensonge. — « Quelle gosse nous 
contez-vous là ? » 

Gosser, v. n., mentir. — « On sait que vous 
aimez \ gosser. n — Semble une corruption de ^^/cutr. 
— On trouve dans Montaigne, liv. 2, cliap. 10, le 
mot gosseur ; mais il a une autre signification : « Il 



était bon citoyen, d'une nature débonnaire, comme 
sont volontiers les hommes gras et gosseiirs. 

CENTRE : gosse, m. sg. gausse. — norm. : gosser, s'amu- 
ser, jouer, plaisanter. — besch. : gosse, bas et pop., 
raillerie, mensonge fait pour plaisanter. Gosser, railler, 
mentir. Gausse, gausser. 

Gouamelle, s. f., est un mot tout féminin, par 
lequel on désigne une femme fainéante et bavarde, 
une commère de la pire espèce. 

Goulayant, adj., qui plaît au goût. (Prononcez 
goiih'yant). — « C'est parfait, c'est d'ia lèche, c'est 
goulayant. » — Un paysan, dégustant du cidre et 
le trouvant excellent, exprimait ainsi sa satisfac- 
tion : « C'est goulayant, c'est justificatif et territorial.» 
— Il n'avait rien trouvé de mieux ; c'était pour lui 
le nec plus ultra de l'éloge, 

NORM. : gouleyant, appétissant. 

Goule-chaude, c'est l'homme ou la femme qui 
a un commencement d'ivresse. — « Il n'était pas ce 
qu'on appelle saoul, mais on veyait b'cn qu'il avait 
la goulc-chdudc ». 

Goulichonner, v. n., s'embrasser. — « De 
temps en temps ygonlichoinnîs. » (Vieux refrain). 

NORM. : goulichonner, baiser sur la bouche. 

Goulipias, s. m., syn. de gouliafre, goulu, gour- 
mand. — « Saint Goulipias qui mangeait la bouillie 
à Not'e Seigneur. » 



— i89 — 

CENTRE : gonlipaii, m. sg. 

Gourd, adj.; engourdi par le froid. — « Je 
sais gourd, j'ai les duts goiinls, je n' me les sens pas. » 

— « Celui qui a des crevasses aux doigts, ou qui les 
agonrcls. » (Mont. liv. 2 chap. 12). C'est l'opposé 
de dcgoitrd (dégourdi). 

ACAD. : gourd, m sg. — sarthe, centre : gourd, m. 
sg. — NORM. : gourd, lent, apathique, endormi. — V. 
Lafontainc. 

GourÎD, s. m., poche^ gousset. — « Je l'avais 
mise dans mon goiirin ». 

Gouriner, v. a., voler, détrousser. — Degourin. 

— « On m'a gourinê ma montre, ma toupie, etc. » 

Gouspin, s. m., petit gamin, petit mauvais 
sujet. 

Gousson, s. m., petite pièce de toile placée à la 
partie supérieure de la manche des chemises, et qui 
la rattache au corps. En ville, cela s'appelle un 
gousset. Du temps de Rabelais, c'était un cousson : 
« La chemise de Gargantua était faite de NOO aunes 
de toile, et en outre 100 aunes pour les coussons en 
sorte de carreaux, lesquels sont mis sous les aisselles.» 

— Emprunté sans doute au mot gousset, partie de 
l'armure sous les aisselles. 

Goussonner, v. n., se donner le bras. Ce mot 
trouvé par nos paysans, vient de gousson, qui, comme 
on vient de le dire, est une petite pièce de toile pla- 



— 190 — 

ccc sous les aisselles, — Il n'est guère d'usage, 
dans nos campagnes, de donner le bras aux femmes ; 
cependant on y i^oiissomic quelquefois. 

Goûté, ée, adj., exprimant qu'un mets, un fruit, 
est savoureux et agréable au goût, — « Comment 
trouvez-vous cette pêche, cette poire? — Je la trouve 
très-goiUi'e. » 

Grain. Pierre de o^rain, nom donné communé- 
ment à la pierre de granit qui est en eflbt, compo- 
sée de grains. 

Graissage, s. m. Ce mot a dans nos campagnes, 
une autre signification que l'action de graisser, 
comme en français ; il se dit de tout ce qui se man- 
ge avec le pain, comme beurre, lard, lohon, etc.. — 
« Pierre, maçon, et Jean, couvreur, chargés de tra- 
vaux loin du village, conviennent de porter, celui-là 
le pain, celui-ci le graissage. » 

cuN'TUE : grciisstigc, beurre, graisse, huile, employés 
pour la préparation des mets. 

Grandet, ette, adj., qui est déjà grand, qui sort 
de l'enfance, 

CENTRE : graiulcl, un peu grand, grandelet. 

Grêle, s. f. corbeille ou panier clisse, de forme 
oblongue, dont se servent particulièrement les blan- 
chisseuses pour reporter leur linge à leurs pratiques. 
On dit une grclêe de linge pour exprimer le contenu 



— 191 — 

de la giélc. Los vanniers fabriquent des gicles de tou- 
tes dimensions pour les envois de beurre, de i^ibier, 
etc. — Il est une autre sorte de grêle : c'est un grand 
tamis fait d'une peau percée de petits trous et entou- 
rée d'un cercle de bois. Il sert aux agriculteurs, aux 
marchandes de galettes, pour le nettoyage des blés : 
d'autres encore sont en fil de fer et à l'usage des jar- 
diniers pour tamiser les terreaux. — Le mot grêle 
semble venir de l'écossais creel. Pourquoi n'est-il pas 
français ? 

Grêlée, s. f., c'est le contenu de la grêle. 

CENTRC : gicle, graile, crible. 

Grêlé, ée, adj., marqué de la petite vérole. . 

ACAi). : griU, m. sg. — busch. : grclc, m. sg. Fig. et 
F.im. — SARTiiE : grclc, m. sg. 

Grenailles, s. f. pi., miettes de pain restées sur 
la table après le repas. Une ménagère économe les 
recueille avec soin pour la nourriture des poules. — 
Exprime aussi une très petite quantité. Semble venir 
Aq grumeau ou du latin^rrt?/Hw »/;7//, grain de mil. 

KORM. : gicmir, écmser. — centre : greiiiilics, miettes, 
grumeaux. Grcmillcr, cmictter, réduire en miettes. 

Grettes, s. f. pi., poussier provenant de l'écorcc 
du chanvre ou du lin, lorsqu'il subit les opérations du 
broyage et du scrançage. 

NORM. : gretle, chènevotte. 



- 192 - 

Grichu, ue, adj., grinclicux, revùche. — « Avcz- 
YOLis connu la nicre Lépinc ? c'était une bonne femme 
b'cn _i,'r/f/;H(,' et b'en difficile à vivre. En a-t-elle fait 
roucher à s'n'homme ! lui a-t-elle rendu la vie dure ! » 
— Corruption de griècbe. 

NOKM. : griche, grimace de mécontentement. Gricher, 
grichet, grincement de dents pour exprimer la moque- 
rie. Grichcii.x, grondeur. Grichir, pleurer. Grichu, de 
mauvaise humeur. — centre : gricer, se dit d'un enfant 
maussade, qui crie légèrement. Griçoux, griçouse. — 
BEScn. : grinche, pop. 

Grigne. Chercher gi'ii^nc, quereller, chercher 
querelle. — « Allez-vous encore me chercher i;i'igiie ? » 
Semble venir de gricche, comme le mot grichu ; — 
ou peut-être du terme de chapellerie grigne, défaut 
dans le feutre employé. 

NORiM. : griguci-, grincer. Grignr, mâchoire ; moue, gri- 
mace témoignant la mauvaise humeur : Faire la grigne. 
Gri^iicr, faire la moue, pleurnicher. Grignard, enfant 
grignon. — centre : grigncr, avoir la mine maussade. 
Grigner des dents, les montrer par humeur ou par me- 
nace. Grignon, grignoux, maussade, rechigné. 

Grimacher, v. n., bougonner, gronder. Plus 
usité à St-Malo qu'à Rennes. 

ANGLAIS : grini, rcfrogné, chagrin. — alle.mand : grim, 
colère, grimmig, courroucé. 

Grippe (Etre de la), aimer à gripper, à ma- 
rauder chez le voisin : — « Les fru'ts, les légumes, 
tout lui est bon ; il est de la grippe. » 

Il existe encore à Rennes quelques maisons d'une rue 



- 195 - 

qui portait ce nom ; située en dehors de la Porte 
Blanche, à l'entrée du faubourg de La Guerche, elle 
aboutissait au Champ de Mars ; elle a dû liiire place 
à l'avenue de la Gare. Peut-être suis-je aujourd'hui 
le seul Rennais en position de faire connaître l'ori- 
gine de son vilain nom. La voici, telle que me l'ont 
racontée des vieillards dont les souvenirs étaient et 
devaient être très vivaces à l'époque de ma naissance 
(1810). 

Lors de l'incendie de notre ville en 1720, les mal- 
heureuses victimes du désastre transportèrent dans 
un terrain désigné, au-deli des fossés, vis-à-vis Ker- 
gus, les épaves qu'elles purent soustraire aux flammes. 
Bien que ces épaves eussent été placées sous la garde 
de la milice, lorsque plus tard chacun voulut repren- 
dre son bien, il s'en suivit un tel désordre et de 
telles voleries, que le peuple donna le nom de Rue de 
la Grippe à la voie qui s'éleva sur ce peint. — Je me 
souviens d'y avoir vu une échoppe entièrement 
tapissée d'assignats. 

BESCH. : grip, terme de f.iuconnerie. Oise.iiix qui vivent 
degrip.de vol et de rapine. Giippir. — nohm. : grippe, 
extorsion, voleric, r.ipinc. — Vieux Fr. : gilp^s, ra- 
pines, injustices. 

Grippi, S. m. Les mamans, les bonnes d'enlant 
désignent sous ce nom Satan le diable, pour efl"ra- 
yer leurs marmots. — « Si tu es méchant, Grippi 
t'emportera. » — Si vous avez une image de Saint- 
Michel, il doit avoir sous ses pieds un portrait fort 

13 



— 194 — 

ressemblant de Grippi, dont l'archange eût pu, s'il 
eût voulu, débarrasser le genre humain. Savez- vous 
pourquoi il ne l'a point f.iit ? Je l'ignore, pour ma 
part. 

Grobilles, s. f. pi., menus morceaux de bois. 
Syn. de brosillcs. 

CENTRE : grobille, menue tranche de bois, bûchette. 

Groë s. f., glace, glaçons. — « Il a glacé, j'ai vu 

de la groë ce matin. » — V. gucrouer. 

NORM. : groc, grog, aspérités que présente la boue dur- 
cie parla gelée. — Groiie, gelée, glace. L,mg& groué. 

Groï, e, adj., terme culinaire ; croquant, rissolé. 
— « La couenne de lard bien groïi est une friandise ; 
mais il faut avoir de bonnes dents pour la croquer. » 

Grolet, s. m., râle des mourants. — « Le pau- 
vre homme est à l'agonie ; il a le grolet. » 

CENTRE : Groiler, grailer, râler. Grais, râle. — Ces mots 
paraissent avoir quelque rapport avec les suivants. — 
NORM. : groUe, corneille, corbeau. Groiler, tousser, 
expectorer, remuer. — centre : ^ro/Ze, corbeau commun. 
— Vieux Fr. : grailc, la corneille noire. — Groillcr, le 
cri de la corneille. 

Gros (Le). Nous autres Rennais, nous appelons 
ainsi notre horloge publique. — « Midi va sonner au 
gros. » — Nous disons : o Le gros est décoché », 
1° lorsque le gros marteau signale un grand incen- 
die ; 2° lorsque l'administration municipale sort en 
corps pour assistera une cérémonie officielle ; 3° enfin, 



— 195 — 

lorsque nonobstant les lettres de convocation, il 
rappelle à nos édiles la séance du soir. Dans ce der- 
nier cas, le peuple dit : « Le gros est décoché, le 
Maire va changer de chemise. » — Horloge était 
encore masculin au XYI^ siècle ; accompagné de 
l'adjectif fTOi", il est toujours masculin chez nous. 

Gros-Malon, s. m., nom donné par le peuple 
au cimetière de notre ville de Rennes, parce qu'il est 
situé sur les anciennes dépendances d'une ferme qui 
porte ce nom. Voy. Bcrliugidii. 

Grossier, ière, adj. ; pour le paysan, cet adjec- 
tif est synonyme de gras, gros, replet. — « M'est 
avis, nout' maîtresse, » disait une fermière à sa pro- 
priétaire, » (ou encore : savez-vous b'en, la bour- 
geoise), que v's'ètes cor plus grùiissicre c't'année que 
l'année dernière (que vous avez pris de l'embon- 
point) ?» Puis, voyant le mauvais efîet produit par son 
observation, elle s'empressa d'ajouter : « Oui dame ! 
mais si v's'ètes gronssicrc de corps, v's'ètes b'en lé- 
gère d'esprit. » Elle croyait faire un compliment, la 
brave femme. 

S.\RTHE, NOR.M., CENTRE : grOSS'lCr, m. Sg. 

Grout. Droit de grout, conféré à certains seigneurs 
du moyen âge. Il consistait dans l'obligation, pour 
les vassaux, de battre les mares et les étangs pour 
empêcher que le repos de la châtelaine ne fût trou- 



— 196 — 

blc par les coassements des grenouilles. Le mol et 
la chose remontent sans doute fort loin. 

Groux, s. m. pi., bouillie de farine de blé noir, 
à l'eau, que nos paysans mangent dans le lait riboté 
ou au beurre. Dans l'arrondissement de Saint-Malo 
on les appelle des peux. — « J'allons donc cor man- 
ger des peux anet, » disait un fils à sa mère, « des 
peux le lundi, des peux le mardi, des peux tout' la 
semaine, j'en sais saoul à la fin. » — « Eh b'en, » 
répliqua la bonne femme impatientée, « mange de 
la m...; ton père en mange b'en. » (Historique). 

Gruau-bouilli, (pron. gucriau). Etre à son 
gruau-houilli, c'est être à son ménage, à ses coches, 
comme on dit encore. — Une mère réprimandant sa 
fille sur son défaut d'ordre lui dira : « Tu verras ; tu 
changeras quand tu seras à ton gueriau-houilli. » — 
Nos cuisinières ne sont point économes du bien de 
leurs maîtres ; mais quand elles sont à leur gueriau- 
houilli, elles y regardent de plus près. 

Guèche, s. f., morceau de pain, — «Donnez-moi 
une guèche, » c'est-à-dire, un morceau de votre pain. 
— Ce mot était très usité dans mon enfance, mais il 
a vieilli. 

Guenée, s. f. ; on désigne par ce mot des mar- 
chandises gâtées ou de mauvaise qualité. — « Que 
me proposez-vous ? que me donnez-vous là ? Je n'en 
veux point ; c'est de la guenée. » 



— 197 — 

NORM. : giieiietk, femme de mauvaise vie. Giicnippe, 
femme déguenillée. Ces mots, ainsi que gKcttille, parais- 
sent avoir quelques rapports d'origine avec guciicc. 

Guèner (Se), v. prou., se mouiller, se ciotter, 
dans la rosée, dans la boue. — « Il pleuvait, je me 
sviis guéiià jusqu'aux genoux. » — «Comme te voilà 
guèiièc ! » 

SARTHE : guèiit-, èc, mouillé, crotté. — norm. : scgiicder, 
se gticiicr, m. sg. Gucnc. 

Guenet, s. m., chandelier ou porte-résine sous 
forme de pincette, que nos paysans fixent au mur 
intérieur de la cheminée. — En Normandie, on 
nomme pétoche la chandelle de résine, et on peut 
entendre la femme dire à son mari : « Mets la péto- 
che dans \t giu'ih't. » Voy. Bégot. 

Guerdindelle. (Porter à la), jeu des enfants. 
II consiste à faire asseoir sur un bâton ou sur les 
mains entrelacées l'enfant qu'on veut porter, et l'on 
chante : 

A la gucnUiuieUe, 
Portons la chandelle ; 
La chandelle est morte. 
Faut la rallumer. 
A Saint-Malo, ce jeu s'appelle gaine-et-gaine. 

Guerdi, adv. ou adj. de quantité ; en abondance, 
à foison, chargé. — « Avez-vous des pommes cette 
année? — Oui, nos pommiers en ont guerdi. » Ou 
bien : « Nos pommiers en sont gncnlis.n --«Je suis 



— 198 — 

allé faire visite à Madame X..., et j'en suis sortie 
gucrdie de puces. » 

Guérissous, ouse, adj. et subst., empirique, 
charlatan, qui tait profession de guérir. Chaque 
paroisse dans les campagnes, chaque quartier dans 
nos villes possède son giicrissoiix en dépit des lois. 

EHSCH. : giiérissenr, empirique, charlatan. — sarthe : 
guérisseur, m. sg. — norm. : gucrisscux, médecin de 
village sans diplôme. 

Guernazelle, s. f., nous appelons ainsi les té- 
tards avant leur transformation en grenouilles, et 
aussi les grenouilles elles-mêmes. — J'aime à enten- 
dre le soir les premiers coassements des giiernaiellcs ; 
c'est la venue des beaux jours. 

SARTIIE : gucnmicllc, m. sg. 

Guerouas, s. m , gravier, cailloutage. 

Guerouaselle, s. f., groseille à maquereau. — 
Etrangers ! gardez-vous de confondre les castilles 
avec les groseilles que nos jardiniers nomment giie- 
rouaselles, et quelquefois guerna:[elks. — Voy. Cas- 
tille. 

Guerouer, V. n., glacer. — a II ^ gueroiié cqxxq 
nuit, les arbres fruitiers vont en souffrir. » — Voy. 
Groë. 

Guerzillon, s, m., pour grillon, insecte. — 
Gardez-vous de chasser ou de détruire le gvcr:^iïïon 



— 199 — 

qui, par son cri-cri, égaie votre foyer dans les lon- 
gues soirées d'hiver. Il vous importunera peut-être 
parfois ; mais c'est un ami dont la présence porte 
bonheur, dit-on. Le chant du ffuev^Ulon dans la prée 
est aussi, pour moi, plein de charmes. — Les puristes 
prononcent gi-i'iiUoii. 

Gueuser, v. n., se complaire dans la misère. 
(Voy. Misêrer). Il aime mieux gticuser que tra- 
vailler. 

ACAD. : gueiiscr, mendier. — besch. : giicuscr, v. n. et 
V. a., mendier. — Se trouve dans Voltaire et dans 
Molière. 

Gueuziue, s. f,, blague à tabac faite d'une vessie 
de porc ou de tout autre animal. — Mon ami J..., 
est un intrépide fumeur ; sa pipe et sa ^ncniiiic sont 
ses meilleurs compagnes. 

Guibettes, s. f. pL, petites mouches, qui dans la 
belle saison, tournent sur place à quelque distance 
du sol. Les paysans les appellent vicrieinies. Leur 
apparition promet de beaux jours. Les moustiques 
sont aussi des guibettes. — « J'ai été piqué par une 
guihctte. ■>•> 

NORM. : guibct, moucheron. En roman vibe^. — Bibet 
moucheron. 

Guibolles, s. f. pi. Ce sont les jambes. — Jouer 
des guibolles, remuer ses guilvVes, marcher vite. 



NORM. : Guibolles, quihoUcs, jambes longues, mal con- 
formées. 

Guilledou ou Guilledrou (Courir le), c'est 
courir ou lumter les mauvais lieux. Ce mot est, croit- 
on chez nous, une corruption de guiîledo ou giitldo, 
château que possédait Gilles de Bretagne, et dont 
on voit encore les ruines sur la rive droite de l'Ar- 
guenon, commune de Créhen (Côtes du Nord). La 
jeunesse débauchée de la noblesse s'y donnait rendez- 
vous. Malheur à la femme qui en franchissait le seuil ; 
elle était à tout jamais déshonorée. — Cette expres- 
sion, courir le guilledou, admise dans notre langue, 
est toujours très usitée. 

ACAD. : Courir le guilledou, m. sg., pop. — sarthe. m. 
sg. — NORM. : Courir le guidrou, le guilledou. 

Guillet, s. m., jeu des petits garçons. Le guillet 
est un petit morceau de bois rond, amenuisé des 
deux bouts, de la grosseur du pouce et long de 12 à 
15 centimètres, placé en travers sur un petit trou 
pratiqué en terre. Un joueur le lance aussi loin que 
possible, avec un bâton de 50 à 60 centimètres. 
L'autre joueur cherche à l'attraper ; s'il n'y parvient 
pas, il le jette vers le bâton que le premier joueur a 
mis sur le trou ; s'il manque encore le but, le pre- 
mier place le guillel dans le trou, une pointe en l'air, 
frappe cette pointe de son bâton, et, s'il est adroit, 
le reçoit une, deux ou trois fois sur ce même bâton, 
ceci s'ap-pdlc pirlipipel. — Puis, de l'endroit du sol 



— 201 — 

OÙ tombe le guiUct il compte le nombre de longueurs 
de son bâton au trou ou pot pratiqué en terre. S'il a 
été assez adroit pour foire pirlipipet, c'est avec le 
gtiiUet qu'il compte les longueurs. — • La partie se 
joue d'ordinaire en cent points. Le bâton sus-décrit 
se nomme raclette,. — « Co (coup) de la raclette, co du 
bout, co de tout ! » Par ces mots, le joueur qui tient la 
raclette se réserve d'en user comme il l'entendra pour 
empêcher son adversaire de faire arriver le guillct sur 
le pot. 



HC 



Hague, s. f., averse, giboulée ; syn. de arec ou 
barée. 

Haguin, s. m., petit balai ou bouchon dont se 
servent les cuisinières et les femmes de chambre, 
pour laver la vaisselle et les pots. Cet outil de ménage 
est fait d'une plante que les botanistes nomment 
fragon (iitscus aculeatus), connu aussi sous les noms 
de houx frelon, brusque, bui:, piquant, myrte épineux. 
— Les fabricants de baguiiis les apportent à la ville le 
samedi, et les vendent aujourd'hui 25 à 30 centimes. 
Dans mon enfance on les vendait un sou ou six 



— 202 — 

liards. — J'entends encore ce cri du marchand : 
o Archands de haguins /» — Ou dit en parlant d'un 
homme vicieux, coureur : « Il est du haguin. » 

NORM. : Hagiietics, petites branches coupées. 

Haîche, s. f., barrière à claire-voie pour fermer 
rentrée des avenues, des champs et des prés. — « Le 
pâtou a négligé de fermer la hakhe, et les vaches ont 
passé dans le champ de blé. » — On trouve /;fljw dans 

un manuscrit normand de 1553. 

Vieux Fr. : haise, haseaii, hasel, hc:ie, porte faite de 
branches entrelacées, pour la clôture des cours et vergers. 

Haiter, v. n., plaire, convenir. — « Cette fille me 
haîk, elle est à mon gré. Ce vêtement me haite, il est 
de mon goût. » — C'est un vieux mot, mais toujours 
très usité dans nos campagnes. — J'ai trouvé dans 
un vieux noël le mot déhaitcr, déplaire. L'archange 
Gabriel annonçant à la Vierge sa grossesse, dit : 

La noble besogne Joseph pas n'entend, 
A peu qu'il n'en gronde pas n'est content, 
Mais l'ange céleste lui dit en dormant : 
Q.u'il ne s'en déhaite, car Dieu est l'enfant. 
(Imprimé à Angers en 1801.) 

NORM. : Haiter, plaire, réjouir. Dèhailcr, chagriner. 
Déhail, chagrin. — Vieux Fr. : Haiter, plaire, réjouir. 
(Chron des D. de Norm. Chanson de Roland. — (duc.) 

HaldabOD, s. m., mauvais ouvrier. Se dit sur- 
tout des mauvais tailleurs. Halkdahon. — Voy. Dahou. 



— 205 - 

Hâler, v. a., mettre le linge à sécher. — «Il est 
prutlent de ramasser le linge avant la pluie : il n'est 
pas sec, mais il est hdlé. » 

Halfessier, s. m., mauvais ouvrier. Terme de 
mcpris. — \'. alfessicr. 

Haligandier, syn. de Herqudier. — V. ce mot. 

Hampionner, v. n., a la même signification que 
haiichiicr, clocher, huiler. — Plus usité dans le canton 
de Hédé. 

Hanchéier, v. n., être déhanché, boiteux. — 
« Ils étaient trois frères, c'est-y celui qui hauchèiait ? » 

Hanicas, s. m. pi., se dit de tous les vieux objets 
mobiliers, vieilles guenilles, vieilles ferrailles, vieux 
meubles. — o Elle avait la manie de conserver un tas 
de hauicas. » — Ne s'emploie qu'au pluriel. — A 
Saint-Malo, briitgâs. — Vov. Barassiaux. 

Hannard, s. m., petit garçon qui porte ses pre- 
mières culottes. — Voy. haiincs. 

NORM. : baniwt, petit g.Trçon. 

Hannequiner, v. a., iiarcelcr. tourmenter. — 
« Ce n'est pas en banitcquiiicnt les ouvriers qu'on ob- 
tient de bonne besogne. » — « Le bonhomme haiiue- 
qiiinait de son mieux ; mais ses forces trahissaient son 
courage. » 

NORM. : haiineijiiiiKr, tr.iv.iillcr .ivcc peine, lentement. 



— 204 — 

sans entrain. Hanncqnin, s. m., petit enfant turbulent : 
petit enfant mal bâti. 

Hanuer (Se), v. pron., mettre ses culottes, son 
pantalon. — « Dans cette maison, le maître se 
hanne par dessus la tête, et s'boutonne o d's'épilles ; » 
cela veut dire que la femme porte les culottes. J'ai 
déjà eu l'occasion de citer cet exemple au mot 
Epille. 

Hannes, s. f. pi., culottes, pantalon. — « L'éclat 
(pron. l'écliat) de ses beaux yeux a mis ITcu dans 
mes bannes. » — Ce mot n'est employé qu'au plu- 
riel. — Un chie-cn-hannes est un honune dont on fait 
peu de cas. — (Voy. ce mot). 

KORM. : bannes, m. sg. 

Hanoche, s. f., bois, rondin de chêne, qu'on 
appelle aussi âme, bois pelard, que vendent les 
tanneurs après l'avoir dépouillé de son écorce. Les 
hanoches sont fort recherchées par nos ménagères ; 
elles remplacent avantageusement le fagot. — A 
Paris, on les appelle viennises. 

BESCH. : hanoche, fagot fait avec des branches de 3 .à 4 
centimètres de diamètre. — norm. : hanoche, bois ra- 
boteux. 

Hant, s. m., amoureux, qui recherche une fille 
en mariage. — « On dit, fermière, que vous mariez 
votre fille ? — La marier ! Elle n'a seulement pas 
de hant. » — De hunier, fréquenter. 



— 20) — 

NORM. : biinl, frcquentaiion. — duc. : hante, frcqucn- 
tation, commerce. 

Hante, s. f., terme de dusse ; fiente des ani- 
maux, du gibier poursuivi par les chasseurs.' — On 
voit par la haute que le chevreuil a passé par là, qu'il 
hMitc cette partie du bois. 

Happé, s. f., du verbe happer, ne se dit que dans 
ce sens : « Comment, il ne vous a donné que cela ? 
voilà une belle happe! », c'est-à-dire, une chose 
sans valeur, et qui n'est pas digne de la personne 
qui la reçoit, ou qui n'est pas en rapport avec le ser- 
vice rendu. 

NORM. : hapl>e, capture, prise. 

Happer, v. a., est employé dans le sens de 
donner un coup de collier, un coup de mnin pour un 
travail pénible, mais qui ne doit durer qu'un instant. 
— o Happc:^ ! encore un coup ! c'est fait, d — Pris 
aussi dans le sens de lutter : o s'eittre-happer corps à 
corps. » 

Haquenassier, s. m., homme qui ne sait rien 
faire en temps utile, opportun. 

NORM. : haqucnailler , marcher lentement. 

Haquetonner, v. n., corruption de a'iioniier, 
bégayer, n'avoir pas la prononciation nette. Dans la 
Sarthe, quêloimer. 

NOR.vf. : haquetonner, m. sg. 



— 206 — 

Harassoire, s. 1., poiilt; en tôle percée de trous, 
dans laquelle on cuit les châtaignes, comme on peut 
le voir encore dans nos carrefours. Quelques-unes 
sont en terre de poterie, mais aussi de peu de durée. 

— « Et semblo3-td'unepaelle à fricasscrchastaignes. » 

— (Pant. liv. i, ch. 52). 

Harasser, v. a., c'est griller les châtaignes dans 
une harassoire. — « Les voulez-vous harassées ou 
bouillies ? » 

Harassée, s. f., c'est le contenu de la harassoire 
après la cuisson. Manger une harassée de châtaignes 
en buvant du cidre doux est pour nos paysans le 
plus heureux passe-temps. 

NORM. : bavasse, grand panier à claire-voie. Harassoire, 
poL-le ponr griller les châtaignes. Harasser les châtaignes. 
Une harassée de châtaignes. — centre : harasse, sorte 
de grande caisse à claire-voie, de grand panier d'embal- 
lage. — BESCH. : harasse, sorte de cage à claire-voie 
pour emballer le verre. 

Harder, v. a., troquer, échanger, une chose 
pour une autre : Harder son cheval borgne contre un 
aveugle, perdre au change. — On trouve dans Mon- 
taigne harde, substantif, (liv. 3, chap. 5) ; le verbe est 
seul usité chez nous. 

NORM. : Ijarder, m. sg. 

Hardi, adv. de quantité, beaucoup. — « En 
avait-y bel et ben ? — Oui, il en avait hardi. » 



— 207 — 

Harée, s. {., averse, giboulée. — « Encore une 
barcc qui chauffe, » disent nos paysans, lorsqu'un 
nuage apparaît dans un chaud nivon de soleil. — 
Dans Rab., housce, ondée, averse. — Voy. Arée. 

xoKM. : J.hinv, averse, pluie d'omgc. 

Hari coter, v. n., travail auquel se livre le 
haricotier. 

Haricotier, s. m., voiturier ou propriétaire d'un 
petit charroi, travaillant à la tâche ou à la journée. 
Se dit aussi d'un petit fermier gagnant sa vie avec 
peine. — Est français, mais dans un autre sens. 

Hatelle, s. f., morceau de bois fendu, — Voy. 
Atldk. 

Hâte-ta, excl., se prononce hatla ; composé des 
deux mots hdtc-loi ; dépèche-toi, viens vite — « Hâte- 
ta par lé ! », accours vite par ici. 

Haut. Entendre haut, c'est être sourd, autrement 
dit oiic-diis, avoir l'oreille paresseuse. 

Haute-houre, s. f.,de grand matin, heure mati- 
nale, par opposition à basse-houre. — « Allons, les 
gars, faudra être de hautc-hoitre demain, j'aurons d'ia 
besogne. » 

Haut-le-mont, loc. a^v., monter le chemin, 
l'avenue, le champ. 

Haut-le-val, loc. adv., descendre, par opposi- 



— 208 — 

tioii à haiil-lc-iiiont. — Scarron a dit : « couranl à 

iJioiit ou bien à vul. » 

Haut-mal (Tomber du), cire atteint d'épi- 
lepsie. 

BECH.-NORM. : Haiit-iiial, m. sg. 

Hautouroux, se, adj., matinal (de haule-honrc). 
— « Dam ! les gars, foudra être hautouroux demain, 
j'aurons de l'ouvraige. » 

Vieux Fr. : Haiitc-cure, Haiitc-oiire, Haiitc-vcsprc. duc. 

Havet, s. m., petit broc, ou fourche en fer à deux 
dents avec laquelle on retire les viandes de la mar- 
mite. — « Ses diables étaient tous caparassonnez de 
peaulx de loups, de cornes de beufz et de grands 
hauvcl:^ de cuisine.» (Rab. Pantag., chap. 3.) 

BESCH. : Havct, m. sg. — norm. : Havcf, ustensile de 
cuisine en fer, ayant par un bout la forme d'un croc, et 
par l'autre celle d'une fourche. — Vieux Fr. : Havct, 
croc, crochet, Havetus. duc. 

Hébéterie, s. f. . syn. de ennui, désagrément. — 
« Je croyais avoir terminé cet ouvrage ; il va falloir 
recommencer ; quelle hcbâerie! » 

N'OR.M. : Héhélcr, importuner, ennuyer. 

Hec, S. m., ustensile de cuisine dans nos fermes. 
C'est une espèce de claie de 30 à 35 centimètres de 
côté, sur laquelle la cuisinière étend les galettes de 
blé noir après la cuisson. 



— 209 — 

Herbolées, s. f. pi. On désigne par ce terme 
générique toutes les plantes pharmaceutiques ou mé- 
dicinales simples. — « Q.ue v's'a-t-y dit le médecin ? 
— Ah ! y m'a dit d'baii"e sus d's'hcrbûUcs. » 

Vieux Fr. : Herbelir, potion médicinale, f.iite de jus 
d'herbes, duc. 

Hérie, s. f.. par abréviation d'héritage. On pro- 
nonce Ihiric. — i( Il a fait une bonne htirù', qui l'a 
remis dans ses affltires. » 

Herquelier, s, m., ouvrier sans profession dé- 
terminée, manœuvre. — Se dit souvent en mau- 
vaise part. — « C'était un pauvre bctqiielier. » — Ce 
mot ne viendrait-il pas de hère (pauvre hère ?) — 
« Douze chasseurs, douze pêcheurs et douze oiseliers 
font trente-six hcrqudieys. » (Dicton populaire). 

Hersée, s. f., bataille. 

Herser (Se), ou s'entre-herser, v. pron., 
se battre, se prendre au.\ cheveux. L'origme de ce 
mot n'est pas douteux. Il est emprunté à l'instru- 
ment aratoire, la herse, dont on connaît l'action sur 
les terres labourées. 

Heudes, s. f. pi., entraves de chaînes ou de cor- 
des, qu'on met aux jambes des animaux pour les 
empêcher de franchir les clôtures. Voy. etibciuicr, 
débciidcr. 

•NOR.vi. : //('(«/f, bricole pour retenir un animal, entraves. 



Hignette, s. f., serpe ou serpette de jardinier. 
On dit aussi hii^noclh'. 

Hinche, s. f., répugnc-ince, dégoût ; plus encore, 
la haine (Vern.) 

Hober, v. a., ébranler, secouer (un arbre). Vov. 
Obc'-. 

Hobée, s. f. Voy. Obèe. 

Hollander, v. a., déplacer, expatrier, transpor- 
ter au loin. — « On fera bien de hollander ce garçon- 
là qui ne fera rien de bon s'il reste au pays.» — « La 
mère Michel, pour se débarrasser de son chat, avait 
beau le hollander, il revenait toujours au logis. » — Il 
est évident que ce verbe a été créé pour exprimer le 
goût des voyages, qui est dominant chez le peuple 
hollandais. Il trouve souvent son application dans la 
conversation. 

Hoquelle, s. f., c'est le mets connu aujourd'hui 
sous le nom de financière, pâté chaud, vol-au-vent. 
Le vol-au-vent est la croûte en pâtisserie de la ho- 
quelle. 

Horloge (Le gros), s, m., ne se dit que de 
l'horloge de la ville. Les autres horloges reprennent, 
ou plutôt conservent le genre féminin. Voy. Gros. 

Hors-venu. De ces deu.\ mots on a fait un 
substantif. Le hors-venu est un étranger (venu du 
dehors), ou une personne qui vous arrive dans un 



moment inopportun. — Il est toujours pris en mau- 
vaise part. 

Houle, s. f., vase en terre, de la forme d'une 
citrouille, ou d'un potiron, dans lequel on /ait le 
pot-au-feu. — a Verser du pot dans la Ixtik, et de la 
Ijoule dans le pot, d proverbe populaire qui équivaut 
à ceux-ci : Faire un trou pour en boucher un auire ; 

— Découvrir Saint-Pierre pour couvrir Saint-Paul ; 

— Brûler la chandelle par les deux bouts. 

BESCH. : boule, espèce de ni.-irniiie ou de vaisse.iu destine 
à chauffer les liquides. Du latin clla. — trèv. : houle, 
t. de quincailler, marmite ou vaisseau à mettre sur le 
feu. 

Houlon, S. m., mesure à l'usage des buveurs, 
de la contenance d'un demi-litre. — « Je te paie un 
boulon, » sous-entendu de cidre ; en parlant de la 
bière, on dit chope ou bock. 

Housè, ée, adj., presque toujours acccompagné 
de l'adverbe mal. — Se dit des personnes mal vêtues 
ou négligées dans leur toilette. C'est un vieux mot 
mais nous avons altéré la signification que lui donnent 
les auteurs. — a Connue te voilà bouse ! que tu es 
mal bousè ! » — Villon a dit, dans une autre accep- 
tion : a Bottez, /;o//m". comme pescheurs d'oystres 
(huitres^. » 

AC.\D. : bo:isé, botte, et par extension, crotté. — nor.m. : 
Mal housé, mal habillé. 

Houstal. Vov. Oustal. 



Huchée, s. f., distance qui peut se mesurer par 
la portée de la voix, comme l'indique le verbe hiicher, 
d'où vient ce substantif. — Cependant on dit, par 
extension : Il y a une fameuse hiichée de tel village à 
tel autre, c.-à-d., une assez longue distance. 

Hucher, v. a., appeler à haute voix, à tue-tête, 
les personnes éloignées, les ouvriers dans les 
champs. 

« Et hiicbc du latin p'us haut que tous nos prêt'es. » 
(Vieille chanson). 

Hucher en paume, c'est mettre ses mains 
devant sa bouche, de façon à en faire un porte-voix, 
et non siffler avec les doigts, comme l'a dit le Bi- 
bliophile Jacob. (Je lui demande humblement pardon 
de cette rectification.) 

Le buchet, selon Nicot, est le cornet qui sert à 
appeler ou hucher les chiens. 

« Ils m'ont mis en faction 
D'vant la citadelle ; 
Ceux qui n'savaient pas mon nom 
M'app'laicnt sentinelle ; 
I n'passait ni chien ni chat, 
Qiie je n'hitchis : qui va là ? » 
(Aventures d'un conscrit. Vieille chanson). 

ACAD. et BESCH. : hi/chcr, appeler à haute voix ou en 
sifflant. Vieux mot, qui n'est plus guère usité qu'à la 
chasse. — trèv. : hucher, vieux mot qui signifiait autre- 
fois appeler. N'est plus en usage que dans les provinces 



— 213 — 

et un peu à la chasse. — norm. : bûcher, appeler à 
une grande distance. Hachée, huqncc, cri que l'on fait en 
bûchant. Huchce, huqncc, bupct, jupct, jupce, distance 
que peut franchir le cri d'une personne qui huche. — 
CENTRE : hucher, appeler, crier. — Se trouve dans 
Rab. — DUC. : hucher, hucciarc. Hucha, proclamatio. 

Hunes, s. f., pi., douleurs rhumatismales, ou 
rhumatismes aigus ; la goutte. Il y a peu d'années 
encore, on avait recours dans nos campagnes, pour 
la guérison de ces maux, à des empiriques ou gué- 
rissoux, qui pratiquaient des incisions aux articula- 
tions des membres malades, et souvent ils les estro- 
piaient. 

Huppe, s. f., A la ville, comme aux champs, on 
donne cette épitliète aux femmes malpropres ou 
négligées dans leurs personnes, parce qu'on prétend 
que l'oiseau de ce nom (que nous appelons pitpiit : 
« ou me munir de langues de puputs. » (Pantag. 
ch. 25), bâtit son nid avec sa propre fiente. — 
« Vous connaissez Madame X..., quelle huppe ! » 

Husset, s. m. C'est l'huis ou la partie inférieure 
de la porte d'entrée de la ferme. La partie supérieure 
reste habituellement fermée, surtout la nuit. Uhussct 
protège les habitants contre les visites importunes 
des animaux de basse-cour souvent assez audacieux 
pour franchir l'obstacle. 

A Saint-Malo, Vhitsset se nomme conini ; dans le 
Maine, haisiau. 



214 



lan, adv., pour oui. — Mada-ian, ma foi oui ; 
plus souvent Ma-ja-ian. 

lé, adv., de lieu, pour ici. — a Jean est-y venu 
par ic ? » — « I n'viendra pas iè anet. » 

Innocent, te, adj. idiot, privé de raison. Dans 
nos campagnes on a grand soin des innocents. C'est 
la chance de la maison, dit-on. 

NORM. : innocent, idiot, fou iiiofFensif. 

Itout, adv., aussi, de même, avec. Montaigne 
disait atout. 

BESCH. : itou, mot employé par les paysans ; de même, 
aussi. V. Molière. — norm. : itoiil, êtoiit, m. sg. — 
CENTRE : iloii, aussij pareillement. De item } On dit 
aussi élou, de etiam ? 



- 21 5 



Jacques-dale, s. m., surnom donné en mau- 
vaise part aux maris qui empiètent sur les droits de 
leurs femmes, qui s'occupent de l'intérieur du mé- 
nage. — « Voyez ce Jacques-dak qui mène les poules 
pisser ! » — Aux XlVe et XV^' siècles on les appelait 
Jacques-Bonhomme, par dérision et par allusion aux 
guerres de la Jacquerie. 

JallO) s. f., engelure. — « J'ai cet hiver, des jalles 
aux pieds et aux mains, » 

Jambette, s. f., petit couteau. — Enfant, je 
possédais une jamhetle dont le manche avait la forme 
d'une botte. 

ACAD. et BESCH. : jamhcitc, petit couteau dont la lame 
se replie dans le manche. 

Jan, S. in. ou Janique, s. t., ajonc épineux à 
fleurs jaunes qui fleurit en toute saison dans nos 
haies, ce qui fait dire aux paysans que « c't'i l'a qui 
serait fouetté pendant la floraison du jan, aurait les 
fesses lassées. » — Coupé tous les cinq ou six ans, 



— 2l6 — 

on en fait d'excellentes bourrées pour chauffer les 
fours. 

Jâoais ou Jânaye, s. t., terre laissée en jachère 
ou à repos, dans laquelle on a semé du jan. On pro- 
nonce jtiJids. — On met les vaches à pâturer dans 

les jiimis. 

Jânier, s. m. syn. de jatiaye, champ dans lequel 
on a semé de l'ajonc. 

N'ORNE. : jaii, ajonc ou genêt épineux. Janiiihe, champ 
planté de jan. 

Jarreteler (Se), v. pron., mettre ses jarretières. 
Nous disons jarteîer. — « Elle était toujours mal jarre- 
telée, et on lui disait : Tu perds tas bas. Bastienne ». 
(Allusion à la sainte qui n'avait pas besoin de jarre- 
tières, sainte dont les bas se tiennent). 

Jarretiaux, s. m. pi., pour jarretières. Ne se 
dit qu'au pluriel, mes jarretiaux. Par élision jar- 
tiaii.x. 

Javelé, ée, part, passé de j air 1er. Ce mot a chez 
nous deux significations différentes. Ce n'est pas seu- 
lement le blé mis en javelles, c'est le fait de le laisser 
séjourner sur le sol pendant cinq à six jours, dans le 
but de mûrir un peu la paille, de laisser sécher les 
parasites, de façon à faciliter l'opération du battage, 
ou de la batterie, comme nous disons. Ainsi, on ne 
battrait que très difficilement le blé noir, dont la 
paille est grasse ; il faut qu'elle soit javelèe. — Ce 



mot s'applique également aux fruits qu'il faut cueillir 
avant complète maturité. Certaines espèces de poires 
et de pommes ne sont bonnes que javelccs. Le cidre 
ne peut être fabrique que lorsque les pommes sont 
javelces. 

Javeron, s. m., jeune garçon domestique. 

Jean. Faire la Saint-Jean, c'est nettoyer à fond 
toute la maison. Après cette opéralion^ on se mire 
dans les meubles ; tout est « net comme torcliette ; » 
mais elle n'a lieu qu'une fois l'an, à la Saint-Jean, 
d'où lui vient son nom. Il faut observer que c'est 
l'époque où les cuisinières, les femmes de chambre 
changent de maîtres, et que ce jour-là ces demoi- 
selles cireraient volontiers les semelles de vos sou- 
liers. Gare le lendemain ! 

Jeun (A), locution qui revient souvent chez 
nous. — L'homme à jeun est celui qui n'est pas ivre. 
S'il est ivre, il a cessé d'être â jeun. — Le président : 
« Témoin, l'accusé était-il ivre ?» — Réponse : « Il 
n'était pas à jeun, » ce qui veut dire qu'il avait un 
commencement d'ivresse. 

Jeune-homme, s. m., quelquefois synonj'me 
de célibataire. — « Vous avez connu Le Gonec, s'était- 
il marié ? — Non, il est mort jeune-homme à 75 
ans. » 

Jilée, s. f., jet d'eau. — Marcher dans le ruisseau, 
dans une mare, éclabousser la personne qui marche 



— 2l8 — 

à vos côtés, c'est lui lancer une jilce. — « Ah ! le 
maladroit ! il m'a lancé une jilêe ! » — Est usité à 
la ville et à la campagne. — Jet est l'origine indiquée 
de ce mot. (V. Gillcr). 

Jiler, V. a. et n., action de lancer une jilce. — 
De jaillir. 

Jiloire, s. f. Les enfants appellent jiloire une 
petite seringue dont ils se servent comme de jouet 
pour jih'r de l'eau à leurs petits camarades. 

Jinjin, s. m. C'est Jean-Jean appliqué au civil ; 
c'est le niais, le foutriquet, le vétillard. — Gavarni a 
créé le verbe ginginer, faire une œillade ; c'est une 
autre signification. 

Jobelin, s. m., niais, crédule. Ce mot, employé 
par Rabelais, est très usité chez nos paysans. — 
« Voyez don' ce Johlin bridé, qui mène les poules 
pisser. » — Voy. Jacqiies-Dale. 

BESCH. : Johi'liii, Johelot, sot, nigaud, niais. Vieux et 
inus. Joherie, moquerie. Vieux. — trév. : Jobeliti, sot, 
manière de cocu. N'est usité que dans !e style burlesque 
et satirique. — norm. ; Johclct, sot, méprisable. 

Jober, v. n., attendre longtemps la personne qui 
vous a mis au piquet. C'est faire le pied de grue. — 
« Il V a une heure que vous me faites jober. » — Le 
substantif yoZ'rtn/ a peut-être ce verbe pour origine. 

CENTRE : Jober, jouer, s'amuser, plaisanter. Se dit sU'r- 
tout des jeux enfantins. 



— 219 — 

Joe, s. m., perchoir ou juchoir, d'où ce mot 
dérive ; réduit ou lieu réservé aux poules de la basse- 
cour. — S'applique, par extension à une personne 
obligée de monter pour gagner son lit. — « Allons, - 
enfants, à joc I » (allez vous coucher). — Aller à joc 
comme les poules, c'est se coucher de bonne heure. 
— Semble emprunté au terme de meunier à joc, qui 
veut dire arrêter le moulin. — On trouve jocqtieter 
dans Rabelais. (Pantag. ch. 22.) 

Joliment, adv., beaucoup, passablement. — « Y 
avait-il beaucoup de monde à cette cérémonie ? — 
Mais oui, joh'iiicut. » 

AC.\D. : Joliment, ni. sg. fam. 

Jonchée, s. f. Nous appelons de ce nom un fro- 
mage au lait, qui, après avoir été pris ou cailU par la 
caillette, est mis à égoutter sur une espèce de claie 
en paille serrée qui est la jonchée proprement dite. 
Les fermiers apportent d'ordinaire à leurs proprié- 
taires, à l'époque du Grand-Sacre (Fête-Dieu), une 
jonchée, soit comme cadeau, soit à titre de redevance. 
Le contenu et le contenant, ornés de fleurs, sont 
servis sur la table. C'est un dessert national chez les 
Rennais. 

Jopîtrer, v. a., jouer, folâtrer. — « Les gars et les 
filles s'en allaient jopîlrant par les chemins. » — Ce 
mot vient-il de ;V« ou de joue qu'on prononce /ot; .'* je 
pencherais pour cette dernière étymologie ; car, en 



— 220 — 

jopltrant, on s'embrasse assez souvent. — On dit 
aussi joupitrer. 

Jorée, adj. 1, se dit des eaux croupies, corrom- 
pues. — N'a pas de masculin. 

Joteriaux, s. m. pi., glandes ou tumeurs qui se 
produisent au cou ou à la gorge. (Oreillons). Se dit 
aussi des humeurs froides ou écrouelles. — « Il ou elle 
a. les joteriaiix. » — N'a pas de singulier. — DansRab. 
atiripeaiilx : « Nous n'estudions jamais de pour des 
auripcaidx. » (Garg. ch. 30). — Nos paysans gué- 
rissent leurs enfants des jotcriaux en les obligeant à 
se frotter les mâchoires à l'auge des cochons ; c'est 
un remède souverain !... 

Jotte (Soupe de), potage épais, soupe de limou- 
sin. — On appelle aussi de ce nom la soupe de poti- 
ron ou de citrouille. 

CENTRE : /()//(•, joue, grosse joue. 

Joue sous l'œil (Avoir la), locution qui 
s'applique aux visages piquants, agaçants, aux jeunes 

filles jolies : — « Vous connaissez M"^ ? — 

Oui, c'est un beau brin de fille ; elle a la jonc sous 
l'œil. » 

Jubler, V. n., jouer, s'amuser. — « Enfant, il ne 
pensait qu'à juhki- avec ses petits camarades. » (Amanlis 
et communes voisines). — Semble venir du latin ;»- 

hilare. 



Labri, s. m., espèce de chien à poil ras. C'est le 
chien du berger, du boucher, et aussi le chien de 
garde. On croit que cette espèce nous vient de la 
Brie, dont elle porte le nom. 

Lahan, s. m., mal des reins, lombago. — « On 

dit qu'à veilli' on moullit, » disait un vieillard atteint 
d'un labaii, a je dis ma qu'on raidit, je n'peu plus 
m'player. » Traduction : On dit qu'à vieillir on 
mollit ; je dis, moi, qu'on raidit ; je ne peux plus 
me ployer. Voy. AJian. 

Lait, Petit-lait ou Lait-mâri, s. m. Nous 
appelons pelil-lait, le lait dont on a extrait la partie 
solide ; ainsi le clair de caille. On l'emploie comme 
boisson rafraîchissante, ou encore pour hâter et faci- 
liter les vomissements — Oserai-je dire que Littré 
s'est trompé en appelant petit-lait le lait baratté ou 
lait de beurre ? 

Laiteron, onne, s., poulain non encore sevré. 
NOR.M. : Lailcroii, m. sg. 



Là-lain, adv., composé des deux adverbes là et 
loin. — « Il est là-Jain », à une certaine distance 
là-bas. 

SARTiiE : Là loin, ni. sg. — norm : Là-long, là-mont. 

Lalouette-bandée, s. f., jeu des enfants (colin- 
mailiard), auquel de grandes personnes aiment sou- 
vent à prendre part. Voy. Ahuette^bandèe. 

Lampée, s. f., grande gorgée. — Boire à grandes 

hiDipèes, à longs traits. 

ACAD. : Lampée, grand verre de vin. Pop. 

Languirie, s. f. Du verbe languir nos paysans 
ont fait langiiirie, souffrance prolongée, maladie de 
langueur. • — « Pauvre femme ! le bon Dieu ferait 
mieux de la prendre ; quelle languirie ! » 

CENTRE : Langiiition, langueur. 

Lanlairs, s. m. pi., balivernes, calembredaines, 
contes à dormir debout. — « Quels lanlairs nous 
racontez-vous là ? » 

NORM. ; Lanlaire n'est usité que dans la locution : Va 
/(â– faire' lanlaire. (Va te faire fiche). 

Lardier, ière, s., marchand, marchande de lard ; 
— de leur vrai nom charcutier, charcutière. 

Le, pr. pers. f., pour elle, mais seulement à la fin 
d'une phrase. On ne dit pas : le viendra, mais : vien- 



— 223 

dra-t-eUc le ? — Il en est de même du pronom mas- 
culin ///. 

Léchard, arde, adj., personne qui aime la 
lèche et les lècheries. — Rab. : gourmand ; chez 
nous, friand. 

Lèche, s. f., friandise. — « Goûtez ceci, c'est de 
la Kche. » — Au pluriel, UxJjen'cs. 

Lècherie, s. f., friandise ; plus usité au pluriel. 
— al! aime les Ikherics. » 

Lèchoux, ouse, s. et adj., personne qui aime à 
lécher. — « C'est un léchoiix, ou un lèche-plat. » — « Les 
avocats sont des lèche-plats, les procureurs sont des 
voleurs. » (Dicton populaire). — En ville on dit 
lécheiir, lecheuse. — « Chère Madame, si votre bonne 
n'a aucun vice rimant en eiise, croyez-moi, gardez- 
la. .) 

BESCH. : li'chc, tranche mince de qq. chose qui se ni.m- 
ge. Lècljcrie, vieux mot signifiant friandise et qqfois dé- 
bauche. Lécljeiir, avide, gourmand. Fam. — nor.m. : 
lècheries, liclieries, liqneries, friandises. Licl:eiir, Icchcur. 
— CENTRE : lèche, lècheur, Uchcux, lèchoiii, gourmand. 
Lècherie, lèchouinerie, gourmandise. On dit aussi Ucher, 
' licherie, lichens, lichcur, féni. lichoiise, lichourie. — 
Vieux Fr. : lècherie, gourmandise, débauche, libertinage, 
d'où lecheor, lecheonr, lecheiir et lecheresse, — Lccalor 
(duc). 

Lecturier, ière, adj., qui aime la lecture. 

Leute, s. f. , œuf du pou qui s'attache aux chc- 



— 224 — 

veux des entants. Ce mot est français, mais, héks ! 
il est surtout breton. — On dit du cidre qui perle 
dans les verres : « V'ià d'fameux piot, il a des lentes 
dans le yw (poil), » comparaison qui n'est ni vraie, 
ni propre. 

Lentoux, ouse, ad]., qui a des lentes dinslc pa 
dans le poil, c'est-à-dire dans les cheveux. 

ACAD. : lente, m. sg. — sarthe : lente, m. sg. — cen- 
tre : tende, m. sg. — Vieux Fr. : Uns, lentes, œufs de 
pou. V. Rom.iu de Reiiart (duc). 

Lenteux, euse, adj., douteux, louche, peu 
croyable. 

Lessis ou Lessix, s. m., eau de lessive, terme 
de blanchisseuse. C'est l'eau saturée de cendres qui a 
servi ou doit servir au blanchissage du linge. A 
Rennes, le lessis sert à la lessive ; la lessive comprend 
toute l'opération du blanchissage. 

sarthe : lessis, eau de lessive. — centre : lesse, lessif, 
lessis, m. sg. 

Lever, v. a., souvent employé dans nos campa- 
gnes pour attraper, tromper, voler, frapper. — « Jac- 
ques a été b'en la'é à la faire (foire) ; on lui a vendu un 
mauvais jeval (cheval), et on lui a volé sa montre par 
dessus Tmarché. » — Vous entendrez souvent une 
femme du peuple dire à sa fille : — « J'vas tlcver le 
c..., si tu ne fais pas ceci, ou si tu fais cela », c.-à-d., 
qu'elle va être battue. 



— 225 — 

Lézarder, v. n., se mettre, se chauffer au soleil, 
prendre un bain de soleil à la façon des lézards. — 
Qui n'éprouve un vrai plaisir à li'iardcr par un beau 
raj^on de soleil d'hiver ou de printemps ? 

Liandra ou Glandra, s. m., gland du chêne. 
Voy. glandra. — Les porcs nourris de liandra ont la 
chair plus ferme et plus délicate. 

Liberier, s. m., qui aime les livres, la lecture. — 
Ce dérivé du latin liber n'est pourtant usité que dans 
nos campagnes. 

Liberier, s. m., grand pressoir à vis. 

Liborionner, v. n., lire, aimer la lecture. — Le 
paysan aime mieux voir labourer que liborionner. — 
Ce verbe est pris en mauvaise part ; car celui qui 
liborîonne néglige parfois les travaux de la ferme. 

Ligneux, s. m. pi., cordons de cuir pour atta- 
cher les souliers : 

J'avas une paire de solers tout rigants neuts, 
Qiie j'attachâs sus le dessus o des ligneux. 
(Vieille chanson). 

ACAD. : Lignent, fil enduit de poix dont se servent les 
cordonniers. — norm. : Ligneii, ligneul, fil poissé à 
l'usage des cordonniers. — centre : Lignou, lignoul, 
ligneul des cordonniers. 

Limas, s. m., limaçon à coquille. Les enfants 
chantent : 

15 



— 226 — 

Limas, limas, montre-moi tes cônes, 
Tu verras ton grand'père et ta grand'mère sur la pierre cbaudc. 

D'autres disent : 

Limas, limas, montre-moi tes cônes, 
Ton père et ta mère sont morts sur la pierre jaune. 

SARTHE : Luinas, m. sg. — xorm. : Limache, limace. — 
CENTRE : Limas, limace. — acad. : Limas ou limace 
(sans coquille). — besch. : Limas ou limaçon. 

Limousine, s. f., manteau en grosse laine à 
l'usage des voituriers, des postillons et des charretiers. 
A-t-il été importé de l'ancienne province dont il con- 
serve le nom ? 

.\CAD. : Liincusiiic, manteau de poil de chèvre ou de 
grosse laine que portent les rouliers, et dont on se sert 
aussi dans les campagnes. — centre : Limousine, m. sg. 
— NORM. : Limonscine, m. sg. 

Linge, ad]., qui possède beaucoup de linge. — 

« Le ménage de M'"'^ B était bien linge. » — 

« Maison bien liiigée. » 

Lippauder, v. n., manger malproprement. De 

lippe, lèvre. 

Lippaud ou Lippaudier,adj., qui Uppaïuie, qui 
mange malproprement. 

Lirette, s. f., jeune fille coquette dont la mise 
et les allures appellent l'attentioia des galants. — «J'ai 
congédié ma femme de chambre, qui était une lirctle. » 
La lascive Galathée était une franche liretlc. 



__ 227 

Lirou, s. m., Urot, d'apros les naturalistes. Chez 
nous c'est le campagnol, rongeur un peu plus gros 
que le mulot, et moins gros que le rat. Très friand 
des fruits de nos jardins, il porte la dévastation dans 
les treilles et les espaliers. 

-•VCAD. : liron ou Icrot, espèce de loir gris. — besch. : 
liron, vieux nom du loir. — centre : lire, s. m. toute 
espèce de gros rat ; Icrot, loir ; Lit. glis, gliris. — Liron j 
lérot. 

Livard, arde, adj., gros, obèse. — « Je suis 
encore leste, quoique livard. » 

Locart, s., nom donné à une pomme qui, en 
qualité, le dispute à la reinette. Elle est surtout ex- 
cellente cuite au four. 

s.\RTHE : Pommes de locart. 

Lochu, ue, adj., enfant bien nourri, gras comme 
une loche. 

Logeable, adj., à l'usage des buveurs. Se dit, 
suiv^ant l'intonation qu'on y met, d'une boisson par- 
faite ou seulement médiocre. — « Comment trou- 
vez-vous ce cidre ? — Il est logeable, mais 

— Et celui-ci ? — Ah ! parfait ! plus logeable 
que l'autre. » — Un vieux curé de village dînait 
chez son évêque. — « Curé, que dites-vous de ce 
vin ? — Bonus z'iiiiis, Monseigneur. — Et cet 
autre ? — Ah ! bonum vinuiii ! — Pourquoi ce 
barbarisme dans le premier cas ? — A bon vin bon 



— 22« — 

latin, Monseigneur ; à mauvais vin mauvais latin. » 

Lohon, s. m., confiture faite de merises (cerises 
sauvages), qui tient lieu de beurre à nos paysans en 
hiver et en carême. Comme pour toutes choses, son 
prix est plus élevé qu'autrefois. 11 vaut aujourd'hui 
(!0 centimes le demi-kilogramme. — On l'appelle 
aussi badiokt, cerise (Voy. ces mots) ; mais son véri- 
table nom est Johon. 

Loir, s. m. Le taureau ou taurin est souvent 
appelé de ce nom. Voy. taurin. 

Londaîn, s. m., quantité de foin couchée sur le 
pré par un coup de faulx. 

ACAD. : andain, l'étendue de pré qu'un faucheur peut 
faucher à chaque pas qu'il avance. 

Lonlézi (A son), adv., à loisir, à son aise, à ses 
heures. — « Jacques n'est pas un paresseux, mais il 
travaille à son }onlc~i. » 

Vieux Fr. : ll'i, loisir. — Voy. addaiii. 

LiOpe, S. f. ; de lopin nous avons fait lope, mor- 
ceau. Se dit d'un morceau de pain. — « Le bonhomme 
allait de ferme en terme cherchant salopc.o — Happe- 
hpc, mendiant, parasite. — Dans Rab. lopincr. 

Losse, s. f., cuiller à potage, pour louche. 

Un bon coup d'iosse par la tête, Dam' oui, Dam' vcre, 
r me dit cor grand merci, Dam' vère, Dam* oui. 
(Vieille chanson). 



— 229 — 

Louchard, arde, adj., pour louche. — « Ces deux 
époux se regardent toujours de travers : le mari est 
Joiichard, et la femme hncharde. » 

Loulou, s. m., petit nom sous lequel les femnies 
du peuple désignent l'insecte ovipare qui habite la 
chevelure de leurs enfants. Nous voyons souvent 
les mamans assises au seuil de leurs portes, tenant 
sur leurs genoux la tète d'un petit garçon ou d'une 
petite fille déjà grandettc. Q.ue font-elles ainsi avec 
les ongles de leurs pouces ? Elles tuent des louloux. 
— Encore bien des mères ne se donnent pas cette 
peine ! 

SARTHE : loulou, m. Sg. — N'ORM. ; loii, loulou, pou 

Loup-de-brousse, s. des 2 g., homme ou femme 
misanthrope, peu sociable. — «Jadis homme du mon- 
de, il est devenu lotip-de-broiisse. » — Mot usité à la 
ville et à la campagne. 

Loye, s. m., nom donné au taureau dans quel- 
ques cantons, d'où aîoyc'e. (Voy. ce mot). 

Lu, pr. pers. m. pour lui. — « J'irai o le, mais 
y re\\enàra\ qualité lu. » (J'irai avec elle, mais je re- 
viendrai avec lui). Voy. le. 



1^ 



Ma, prou, personnel, pour moi. — « Viens-tu 
quanti' ma ? — Ncnni, j'n'irai pas o ta. » 

Ma-da, ou Ma-fa, (ma foi) exclamation tou- 
jours suivie de oui ou de non. On dit indifférem- 
ment : — « Voulez-vous ceci ? — Ma-fa, ou ma-da 
ian (oui) ; ma-fa, ou via-da noua (non). » — Tar 
ma-da, par ma-fa, reviennent souvent dans les con- 
versations entre paysans ; cela donne plus d'énergie 
au discours. — « Creyous qu'il l'épousera ? — 
Par ma-fa fii'en crais ren. » — Ironiquement, et 
avec accompagnement d'un léger haussement d'é- 
paule, Ma-da ian (ma foi oui) exprime aussi l'incré- 
dulité. — Dans le Qucxcy on à\i pci-mo-fè. 

Macagne, adj. m. et f., (terre ou sol) lourd, 

compacte, difficile à labourer. — Nos terres de 
Rennes, loin d'être légères, sont macagues. 

Vieux Fr.: macaignc : « sage est ceste genz c macaignc » 
Chronique des ducs de Norni.indie (duc). 

Mâcher, v. a., briser, couper, hacher, battre. 



Va est bref. — « Au lieu de couper proprement cet 
arbre, vous l'avez iiiachc.y> — «V..., qui s'est trouvé 
mêlé dans la rixe, a été iiiack' (couvert de blessures 
et de contusions). » — On trouve machcttre dans 
Montaigne. 

Vieux Fr. : mâcher, mater. Macheiive, meurtrissure, 
contusion. Bas lat. : macatiira (duc). 

Macre, s. f., châtaigne d'eau qu'on trouve en 
grande quantité dans nos étangs. Les habitants de 
Vitré font une grande consommation de ce farineux 
sans saveur ; j'ai remarqué que les rues de cette ville 
étaient quelquefois jonchées de la bogue anguleuse et 
piquante de la iiiacir. A l'époque de la cueillette, il 
serait désagréable d'y marcher pieds-nuds. 

ACAD. : macre ou maclc, m. sg. 

Mâgars ou Moigars, s. m., garçon vigoureux, 
bien bâti, qui se signale dans les exercices du corps. — 
a A la lutte, comme au travail, c'est un mdgars. » — 
Ce mot paraît avoir eu primitivement la signification 
de mauvais gars ; on voit qu'il est employé dans un 
sens tout-à-fait différent. Voir Moné-gars. 

Mai ou Main (Faire), embrasser, donner un 
baiser. — Mot employé par les mamans et les petits 
enfants. — « Faites uiaiii à petite maman, vous serez 
bien gentille. ». 

Maillard, s. m., canard ou mâle delà cane. . 



— 252 — 

Maillettes, s. i. pi., clous qui garnissent les 
semelles des souliers des paysans. Celles qui se trou- 
vent au bout du soulier, et qui sont d'une forme 
toute particulière, se nomment bêcherons ou denls-de- 
vachc. Voy. ces mots. 

Il a dans ses poucheitcs des pièces de tras sous, 
Sous ses solers des clious et de grousses maillettes. 
(Vieille chanson). 

Maingaux, s. f. pi., crème fouettée avec un 
mélange de blancs d'oeufs et de gomme adragante. 
C'est un entremets tout Rennais. Les riches comme 
les pauvres en sont très friands ; seulement les riches 
les mangent purs et sucrés, et comme friandise. La 
petite ouvrière les mangera mélangés de lait, comme 
principal et comme dessert. — Le dessous des main- 
gaiix se nomme lait pesé. 

Maisonnée, s. f., maison, tout le personnel de 
la maison. — a Comment ça va-t-il ? Et toute 
la iiiaisonnèc ? » — « Ben me le guarde, si cume tel 
félon de ma inaisnêe ad faite traïsun. » (Chanson de 
Rolandj. — Gustave Merlet a traduit maisnée par 
ligmge. — « Levez estait et sa maismée. » (Roman 
de Renart. 

ACAD. : iiiaisoiiiiée, m. sg. — Pop. 

Maîsonnier, s. m., ouvrier, journalier, habi- 
tant une subite ou petite maison isolée. — o II possé- 
dait deux ou trois bicoques occupées par des tnaisoii- 



— 233 — 

niers et leurs pauvres familles. » — N'a pas de fémi- 
nin. — Dans Rab., viansioiinier. 

Maître, esse, s. On qualifie encore ainsi dans 
notre province le propriétaire du sol, de la ferme. 
Le paysan dira notit' maître, noiil' ntailresse. Le fer- 
mier, le métayer est qualifié de bourgeois par ses do- 
mestiques et ses ouvriers. — « Le bourgeois a ordonné 
ceci ; la bourgeoise veut qu'on fasse cela. » — «Je vas 
servir mon maître, » disait un jour devant moi un 

paysan farceur, il allait au cabinet (ou mieux 

aux chiottes, pour nous servir de son langage.) 

Dans nos villes, le maître et le bourgeois c'est tout 
un. 

Malement, adv., assez mal, pauvrement, médio- 
crement. — « On dit qu'il réussit maJeuieut dans son 
entreprise ». 

BESCH. : malement s'est dit pour malheureusement 
(Scarron). — norm. : maternent, méchamment. — 
CENTRE : malement, mal, malicieusement, méchamment, 
k tort, etc. — Vieux Fr. : maternent, malicieusement, à 
mauvais dessein (duc). 

Mangeaille, s. f., tout ce qui se mange. Syn. 
de bouffaille. — Voy. ce mot. 

ACAD. : mangeante, ce qu'on donne à manger aux ani- 
maux domestiques, aux oiseaux. Fam., ce que mangent 
les hommes. — besch. : mangeailte se disait autrefois 
de la nourriture des hommes (Brantôme). 

Mangeoux, ouse, adj., se dit de la personne 



— 234 — 

qui a de In prcférence pour tel ou tel mets. — « Jacques 
est un >natigeoux de lard, sa femme mangeousc de 
bouillie. » — Vous entendez nos poissonnières crier 
dans les rues : — « Maiigeonx de maqueriau.K (ma- 
quercau.x) !» — Ce cri n'a rien d'harmonieux. — 
On dit aussi d'un homme doué d'un grand appétit : 
a C'est un grand »iaugeoux ». 

Maqueriau, s. m., maquereau, poisson. — 
Comme on désigne par ce mot des hommes 
exerçant un commerce honteux, nos pudiques 
poissonnières ont préféré en altérer la pronon- 
ciation : « Maugeoiix de niaqiieriaux ! », tel est le 
cri adopté par elles pour la vente de ce poisson. — 
On appelle aussi maqueriaiix les taches que produit 
aux cuisses des bonnes femmes l'abus des chauffe- 
rettes. Je suppose que ces taches ont quelque ressem- 
blance avec la couleur marbrée du poisson ; mais la 
vérité est que je n'en ai jamais vu. 

XORM. : maqucriati, macriau, m. sg. 

Marabis, s. m. pi., S3'n. de harassiaux, vieux 
meubles. (Fougères). Voy. har.issianx. 

Marchander (Se), v. pron. souvent employé 
dans le sens de commercer. — « Il allait de foire en 
foire, et se marchandait de toutes sortes de denrées. » 

Vieux Fr. : viarchaiider, commercer, conclure un mar- 
ché. Marchandari (duc). 

Marcou, s. m., matou, chat. Nous avons con- 



— 23) — 

serve le mot primitif, car »iaioii n'est qu'une corrup- 
tion de marcou. — « Est-il coupé (châtré) vot' viar- 
coii, la mère Michelle ? » 

XORM. : mavcou, marcaiit, m, sg. ' 

Marée, s. f., c'est une flaque d'eau, moins qu'une 
mare. — « Ah ! mon Dieu ! le p'tit a fait une mârcL' 
sur ma robe. — Le chat a fait une vntrèe sous le 
lit. — La pluie venue du dehors a foit une wa/rV dans 
ma chambre. — On vo\ ait la luârcc courir. » — L'« 
est long. 

XORM. : Miiire, m. sg. Faire une iiiârét', pour uriner. 

Marg'anne, s. f., poudrette ou engrais lait de 
matières fécales et de tan mélangés. Cet engrais est 
très puissant. 

Margannier, ière, s., homme ou femme em- 
ployés dans la fabrication de la luargaimc. — Un 
warganniev contemplant sa besogne et la trouvant 
bien faite, à point, disait : « Ce sera fameux ! j'aurai 
bien sûr un morceau de pain à manger là-dedans. » Il 
voulait dire qu'il trouverait bon prix de sa marchan- 
dise. — Cette industrie a disparu depuis l'introduc- 
tion du guano et la ùbrication en grand du noir 
animal. 

Margoulette, s. f., mot familier, syn. de figure, 
bouche. — « Finis, tais-toi, ou je te donne sur la wor- 
<'oiûcttc. » 



-256 - 

xoRM. : Margouleltc, petite bouche, bouche de femme 
ou d'enfant. — centre : Margoidelte, mâchoire ; dér. 
de goule. 

Maringotte, s. f., voiture à un cheval, couverte 
d'une toile, avec laquelle les marchands forains par- 
courent les foires et les marchés. — a M. G..., aujour- 
d'hui millionnaire, a commencé les affaires dans une 
maringotte. » 

NORM. : Maringotte, espèce de carriole couverte. 

Marir, (se), v. pron., se fâcher, se mettre en co- 
lère. — « Je vas me niâri et tu vas gober » (!'?' ne se 
prononce pas.) — Employé par Montaigne. — 
Marrir dans Rabelais. — On appelle lait-mdri le lait 
tourné ; le clair de ce lait, ou petit-lait, est une bois- 
son rafraîchissante. 

ACAD. : Marri, fâché (vieux). — Vieux Fr. : a rr»»:, faire 
de la peine, maltraiter, se chagriner, s'affliger, se marrir. 
Marrire, (duc). 

La dame de ces biens, quittant d'un œil marri 
Sa fortune ainsi répandue... 

La Fokt.ain'e. 

Marjolaine, s. 1., épithète injurieuse donnée par 
nos paysans aux femmes dont on a à se plaindre sans 
cause déterminée. On traitera également de wary'o/fln/^ 
la personne qui aura commis une faute grave, ou 
celle qui ne sera coupable que d'une simple peccadille. 

Marnis, s. m., pron. mdnis, fumier, engrais ; 
vient de marne. Sorte de terre grasse qu'on trouve 



— 237 — 

sur quelques points de nos grèves. — « La pluie 
d'avril vaut du iiiarnis. » (Proverbe). 

Maronner, v. n., murmurer, syn. de rogiioniwr 
(V. ce mot). — « Depuis deux jours Gugusse fait la 
noce ; c'est le patron qui Diaronitf. « 

ACAD. : Maronner, murmurer sourdement. — besch. : 
Maronner, murmurer^ se plaindre. Pop. 

Marotte, s. f. C'était jadis le sceptre de Momus ; 
c'est, pour nos paysans, un court bâton dont l'extré- 
mité inférieure est terminée par un nœud ou renfle- 
ment ; c'est une arme dangereuse, sorte de casse- 
tête que les Bas-Bretons nomment pcn-has (tète de 
bâton). 

Marotter, v. n., terme de jardinier. Les choux 
sont marottes quand leurs racines sont entourées de 
loupes ou bourrelets qui les arrêtent dans leur déve- 
loppement. — « Voilà un carré de choux perdu ; il est 
marotte. » 

Maroute, s. f., camomille sauvage. 

BESCH. : Maroute, nom vulgaire de la camomille puante. 
— CENTRE : Maroute, waioute, camomille fétide des 
champs. 

Marteaux, s. m. pi., prononcez martiaux ; grê- 
lons, ainsi nommés, parce que, en tombant, ils 
frappent et brisent, dans les villes les vitres, dans les 
campagnes les arbres fruitiers. — Vers 1810, il tomba 



- 238 - 

à Rennes une pluie de Diarteaux, si abondante, que 
le sol en fut couvert de 30 à 40 centimètres. 

Massacrement, adv. d'une grande énergie, appli- 
qué à des faits qui dépassent la mesure. — « La fille est 
argentée, (est riche), mais elle est »/«55rtcr^wej/Maide. n 

Mastoc, adj , se dit en parlant des personnes et 
des choses lourdes, grossières, mal bâties, inachevées. 

— a Je voudrais un ouvrage plus fini, moins mastoc». 

— « Cet homme est sans intelligence, quel inasioc ! » 

— A Loudéac (Côtes-du-Xord) on dit stoc. 

M'attends b'en, locution adverbiale qui se tra- 
duit par : Je in'alltiids bien, j'espère. — « M'attends 
Feu que vous ferez ou ne ferez pas ceci ou cela, b 

— a M'attends h' en que oui, m'attends l'en que non. » 

— Cette locution revient souvent dans la conversa- 
tion des paysans. — Un petit garçon de la paroisse 
dej... fit un jour de ce mot une plaisante applica- 
tion. Le vicaire interrogeait l'enfant sur le mystère 
de la Trinité. Demande : « Le père est-il Dieu ? — 
Rép. : Oui. — Le fils est-il Dieu ? — M'attends Fen 
qu'i n'sera Dieu que quand son père s'ra défunt. » — 
Le pauvre enfant ne fut pas jugé digne de taire cette 
année-là sa première communion ; son ignorance 
était trop grande. 

Mauvaiseté, s. h, méchanceté. L'abbé Régnier 

dans sa '2-^ élégie a employé le mot manvaitié : 



— 239 — 

Tu prétends finement par cette niaiivaitic 
Lui donner plus d'amour, à moi plus d'amitié, 

Une autre édition des œuvres de ce poète porte 
maiivaistiè (161 1). 

BESCH. : Mauvaisetié, mauvaistic, méchanceté. Vieux mot 
qui n'est plus usité. — norm. : Maiivaisdè, m. sg. — 
cEN'TRii : Mitiivaiseté, maui'aistic, m. sg. 

Mé ou Mée, s. f., grand bahut ou coffre qui a 
une double destination ; c'est le pétrin où on bou- 
lange la pâte, et dans lequel les fermières serrent leurs 
pots de lait, en attendant qu'ils puissent être barattés. 

xoR.M. : Met, pétrin, huche. — s.\rthe : Mée, coffre où 
on met le p.iin. — Vieux Fr. : Mais, espèce de coffre où 
tombe la farine, à mesure que le blé est broyé. Fariiw- 
siidii. (duc). 

Mèche, (il y a), ou (il n'y apas), locution très 
usitée, qui indique qu'on peut taire, ou qu'on ne 
peut pas faire telle ou telle chose souhaitée. — Em- 
ployée le plus souvent avec la négative. — Une cui- 
sinière écrivait à son bon ami : « Je voudrais bien 
aller te voir, mon chéri, mais il n'y a pas mèche (j'en 
suis empêchée). » 

ACAD. : Il n'y a pas inkhc, fig. et pop. — besch. : Il n'y 
a pas vièche, locution triviale. — centre : Il n'y a pas 
mèche, va. sg. — norm. : Mèebe, point, aucun. 

Mêle, (En) adv. et prép., ensemble, parmi. — 
Locution très-usitée. — « Le bon et le mauvais grain 
se trouvent en iiiéle. » — « Il s'est perdu en mêle la 
foule. » 



— 240 — 

Mêle ou Mesle, s. m., \° fruit du meslier ou 
néllier. Su trouve dans Rab. — 2° merle, noerméle> 
novDieJe, onitele. 

Mêlier ou Meslier, s. m., néflier, arbre qui 
produit la nèfle ou iiiesJi'. 

NOKM. : Mêle, 1° ncflc ; 2" merle ; mêlier, néflier. — 
SARTHE : Mesle, ncflc. — centre : Mêle, anc. mesle, 
nèfle. — Vieux Fr. : Mêle, mesle, nèfle, tiielata, mella : 
« les neffles appellées ou pais laonnois mesles. (duc). » 

Mêleïard, s. m., du verbe méhur ou mêler ; terme 
d'agriculteur ; mélange de foin, de paille, ou d'autres 
plantes fourragères pour la nourriture des bestiaux. — 
Les vaches, les chevaux sont friands de mck'iard. — 
Semer dans le même champ deux espèces de céréales, 
c'est aussi faire du mêleïard. 

Mêleïer, v. a., mélanger ; corruption du verbe 
mêler. 

Mêli-mêla, ou mêli-mêlo, embrouillement, 
confusion, désordre dans l'exécution de certains tra- 
vaux. — « Quel mêli-mêla avez-vous fait là ! » 

ACAD. : Mêli-mêlo, s. m., fani., mélange confus et désor- 
donné. 

Même, s. f., petit nom que les enfants donnent à 
leurs grand 'mères. — Mente, comme si l'on disait 
mère-mère, deux fois mère, est un mot charmant, 
et, selon moi, plein de poésie, comme celui de pépè 



— 241 — 

donné au grand'père. On ne les entend plus guère 
prononcer que dans la chaumière du paysan. 

Mensougier, ère, adj., menteur, menteuse. 

ACAD. : Mensonger, faux, trompeur. — norm. : Menson- 
ger, menteur, menleux. 

Meuterie, s. f., petit mensonge. — C'est une 
menterie ou mentrie. — Au XYI^^ siècle, on disait la 
mensonge. 

ACAD. : Menterie, discours par lequel on donne pour 
vrai ce qu'on sait être faux. Plus fam. que mensonge, et 
s'applique à des choses moins graves. 

Mentoux, ouse, s. et ad., pour menteur, men- 
teuse. 

NORM. : Menfetix, m. sg. 

Menu, ue, adj., fin, en poudre. — Nous disons 
du sel victw, pour sel blanc ou sel de table. 

Mercredis, (Rabattre ses quatre), froncer le 
sourcil, prendre un air fâché, boudeur. — « Le 
voyez-vous, sur une simple observation, rabattre ses 
quatre mercredis .' » (Voy. Rabattre). 

Mérienne, s. f. Faire viêrienne, c'est faire la 
sieste. Nos paysans, dans la saison des chaleurs, font 
mérienne au milieu du jour. C'est un abrégé de méri- 
dienne. — Nous appelons aussi mcrieniies ces essaims 
de petits moucherons qui voltigent en rond à quel- 
que distance du sol, le matin ou le soir d'un beau 

10 



— 242 — 

jour. Leur apparition est une promesse de beau temps 
pour le lendemain. (Vov. Guihctics.) 

Mériennée, s. f. C'est le moment où les tra- 
vailleurs font méricniic, 

NORM. : méricnnc, mcriane, méridienne. Faire tiicrieniie, 
faire la sieste. — centre : mayicniie, marieniice, s. f. , le 
sommeil d'après la soupe, d'après la dinée, le sommeil 
du milieu du jour, contraction de mcyidienne. — Vieux 
Fr. : meriene, méridienne, le sommeil d'après dîner. 
ineridiana. (duc). 

Méselin, ine, adj., mince, fluet. Se dit surtout 
des enfants. — «Voici un poupon inèseUn ; mais il est 
mouvillant, » et dans de meilleures conditions de vita- 
lité qu'un gros poupard. 

Dans le vieux français méseU méxel, signifiait lépreux. 
Mc-ellits (Ducj. 

Meshui, adv., aujourd'hui, désormais, mainte- 
tenant. Il est plus usité précédé de la syllabe ad, 
adineshid. On dit aussi adniesè. CVoy. ces mots). — 
Montaigne a dit : a Je ne suis incshuy que trop rassis... 
Ce livre en a assez, il n'y a iiicshiiy plus que dire. » 
— Rabelais : «... marie-toy... des btiy au soir. 
(Pant. ch. 26). » — On trouve aussi ce mot dans 
François de Sales, La Boétie, etc., et dans la farce de 
Me Pathelin : « Ne me babilles meshiiy de ton bec et 
me paye. » — « Mcsiniy despêche ly braillart ». (P. 
Gringoire). 

NORM. : nicshni, m. sg. 



— 243 — 

Messîal, Messier, adj., chemin, sentier à tra- 
vers champs qui conduit à l'église. Le second est 
plus usité que le premier. Voy. cheniin vicssier. 

Métive, s. f". On dit faire la iiictivc, c'est-à-dirè, 
faire les vendanges, la récolte des céréales. — On 
ne dit pas tnétiver comme on dit \cndanger. 

Métivier, s. m., ouvrier journalier loué ou gagé 
seulement pour le temps de la mélive ou les vendan- 
ges. Il est ordinairement payé en nature. — Se 
trouve dans Rabelais. 

CENTRE : métive (dans l'ouest), moisson. — Vieux Fr. : 
mestive, le temps de la moisson, mativa. Mcstiver, 
moissonner. Mestivicr, moissonneur (duc). 

Mettre à bas, locution très usitée pour expri- 
mer une interruption dans un travail. — « Mes en- 
fants, nous allons iiicltre à bas ; nous recommencerons 
demain. » 

Meyenne, ou Mayenne, s. f., vase en terre, 
de forme oblongue, dans lequel les fermiers mettent 
le lait, la crème ou le beurre. Ce vase est d'une con- 
tenance indéterminée. On dit quelquefois une wcyeii- 
iiéc de lait, pour le contenu de la incycitiic. 

Mezelle, adj., pron, m\elU. Dans le canton de 
Hédé on donne ce qualificatif injurieux au jeune 
garçon que son air efféminé et chétif fait soupçonner 
d'impuissance. — « Je ne lui donnerais pas ma fille. 



— 244 — 

je Ferais m\clk » — M\elle se dit aussi des juments, 
des vaches stériles. 

Miaux, s. m. pi., restes de pain, de galette, laissés 
par une personne qui n'a pas mesuré son appé- 
tit, et qui a eu, comme on dit, les yeux plus grands 
que le ventre. Ce mot, très populaire, semble venir 
de motiêe, pâtée des chiens, les niianx étant destinés 
aux poules et autres animaux de basse-cour. 

Mîcamo, s. m., café mélangé de lait et d'eau- 
de-vie. Ce mot fut prononcé vers 1820, dans un 
prône, par l'abbé Percevaux, curé de Saint-Etienne 
de Rennes, et fit fortune, car il est toujours populaire. 
L'abbé Percevaux infligeait un blâme énergique à ces 
femmes du peuple qui passent de longues heures 
dans les cafés à boire leur micamo ; (il est vrai qu'elles 
en sont très friandes). Ce jour-là le mot fut admis 
dans le vocabulaire rennais, et on dit toujours dans 
les cafoins de la ville : le micamo de M. Percamcx. 
Cet excellent curé me devra peut-être d'avoir trans- 
mis son nom à la postérité... la plus reculée ("!!...) 

Miche de Poligné, s. f., petit pain de seigle 
qui est fabriqué dans la commune de Poligné, d'où 
lui vient son nom. Il est apporté à Rennes le sa- 
medi. 

Mier, v. a., abrégé de e/H/t'/to, réduire en miettes. 
— Mier son pain ou sa galette dans son lait, c'est le 
couper ou le briser par petits morceaux. — Esmier, 



— 245 — 

dans Montaigne : « Comme la terre se rend fertile, 
plus elle est csmiée, profondément remuée. » (L. 3, 
ch. 13). 

Miette, s. f. Le peuple dit une jiiiette, et même 
une petite miette pour exprimer une petite ou une 
très-petite quantité. 

ACAD. : Une miette, m. sg. — norm. : miet, iniot, peu, 
petite quantité. Miette, point du tout, aucunement. — 
Vieux Fr. : mie, point (duc). 

Milaine, s. f., tissu de fil et de laine. — « Elle 
portait un cotillon de milaine. » (Mi-laine). 

Millaud, aude, s., mendiant, mendiante ; va- 
gabond. — « Ces gens, autrefois dans l'aisance, sont 
devenus, par leur inconduite, de véritables miUauds.y> 
— Ce mot, comme tant d'autres, se rencontre dans 
Rabelais. En relisant, pour la vingtième fois son 
Pantagruel, je trouve au chap. 5i : « Epistemon, 
frère Jan et Panurge voyans cette fascheuse catastro- 
phe, commencèrent au couvert de leurs serviettes 
crier : myault, myaiilt, myault, faignans... » 

Minette, s. f. Les écoliers de mon temps appelaient 
minette le martinet à lanières de cuir avec lequel les 
maîtres les corrigeaient en appliquant ses coups dans 
la main ouverte et tendue du patient. C'est avec cet 
instrument qu'on fessait et refessait les petits garçons. 
Les frères de la doctrine chrétienne, que nous appe- 
lions les frères casse-bras, par allusion aux manches 



— 246 — 

pendantes de leur robe, firent, dit-on, un luxueux 
emploi de la miucllc, jusqu'au jour où elle leur fut 
interdite. Aujourd'hui le mot et h chose sont incon- 
nus : ce n'est donc que pour mémoire que j'ai con- 
servé le premier sans avoir oublié l'autre. 

Miochée, s. f., pâtée du chat, du chien, et, par 
extension ragoût mal préparé. — « Quelle miochée, 
Jeanne, nous donnez-vous là ? » 

Mîon, s. m., abrégé et synonyme de mioche, 
moutard, petit garçon. — Se dit surtout en mau- 
vaise part : méchant viion. — On peut dire aussi qu'il 
est un abrégé de mignon, mais il est peu usité dans 
ce sens. 

BESCii. : mion, petit garçon. Contr. de mignon. 

Mirette, s. {., petit miroir. « La fillette n'avait, 
pour réfléchir sa charmante image, et ajuster sa mo- 
deste parure, qu'un fragment de miroir, une mirette. -a 
— « Qiie souhaites-tu, mon enfant pour tes étren- 
ncs ? — Une mirette me ferait grand plaisir. » 

Mirodures, s. f. pi., enjolivements, festons, or- 
nements d'un ouvrage. Le verbe miroder est français, 
pourquoi le substantif mirodures ne l'est-il pas ? Il 
est tout aussi usité ici que dans le Maine. — On 
m'assure qu'il est français, mais vieux. 

xoRM. : Se iniivier, s'ajuster avec .soin, se mirer souvent 
avec complaisance. — besch. : miiaiider s'est dit pour 
regarder avec attention, admirer. Miraudc, mircdc. 



— 247 — 

Misérer, v. n. du subst. iiiiscrc. — « Il pouvait 
vivre honorablement en travaillant ; il préfère niisc- 
rer et foire niiscrcr avec lui sa famille. » 

Mitan, s. m., milieu. — « C'est un adroit tireur, 
il est arrivé dret (droit) dans le mitan. » 

SARTHE, NORM. : iiiilau, m. sg. — CENTRE : mitan, 
moitié, milieu. — besch. : initan, se disait pour milieu 
et se dit encore dans certaines provinces. — Vieux Fr. : 
mitan, moitié (duc). 

Mité, ée, adj., partie, du verbe uiiter. 

Miter, v. a., vient de mite, insecte. — Pour dire : 
cette fourrure, ce vêtement sont mangés des mites, 
nous disons : ils sont mites. — Encore un mot qui 
devrait être francisé. 

BESCH. : mite, adj. comm., rongé des mites. 

Miton, s. m., pain bouilli à l'eau ou panade. 
Vient de mitoniter. — a J'adore le miton, lorsqu'il est 
bien beurré. » 

NORM. : miton, morceau de mie. Mitonnce, panade. — 
centre : milonnadc, soupe mitonnée, panade. 

Moche, s. f. On désigne sous ce nom : lo les 
pains de beurre de forme arrondie, quel que soit 
leur poids ; 2° l'ognon disposé en forme de grappes 
longues de 40 à 50 centimètres. La tnoche d'ognon 
est aussi désignée sous le nom de liassc'e, parce qu'ils 
sont liés les uns à la suite des autres. 

Mocher, v. a., action de préparer les moches. 



— 248 — 

Mochè, ée, adj., grasset, grassette, grassouillet, 
grassouillette. — Ne se dit que des enfants au maillot. 
— «Cet enHint est iiiéselin ; mais voyez comme il est 
moche. 1) 

Mochon, s, m., amas, monceau d'une chose 
susceptible d'être mise en tas, ainsi : un mochon de 
blé, de paille, et, par extension, un groupe de per- 
sonnes. — a Dispersez-vous, ou j'tape dans Vmo- 
cJjoii. » 

Mochonner, v. a., mettre les choses en mochon. 

Moeller, v. n., terme d'horticulteur. On dit 
d'une plante dont l'humidité a fait mollir la racine 
ou l'ognon, qu'elle a vioelle. 

Moignot, s, m., enfant de choeur. — Petit 
moine. — Moignot est plus usité sur la lisière ouest 
du département d'Ille-et- Vilaine ; à Rennes et aux 
environs, nous disons ciiriau. (V. ce mot). 

Moine, s. m., petit fer placé à la partie supé- 
rieure de la toupie (jeu d'enfant). L'autre fer placé à 
la partie inférieure s'appelle Nonne. (Voy. ce mot). 
Enfants nous prisions beaucoup les toupies dont les 
moines et les nonnes étaient à vis, dès lors plus soli- 
dement fixés. On se demande si l'inventeur de ces 
deux mots n'aurait pas eu une pensée quelque peu 
rabelaisienne, le moine étant dessus et la nonne....? 

Moque, s. m., visage laid d'une personne qui 



— 249 — 

fait la moue. « Voyez donc ce moque ! — Quel 
moque ! » — Bouche grosse, lèvres épaisses : « vilain 
vwqtie ! » 

Moque, s. f., bol contenant un demi-litre, ou 
chopine. L'importation de ce mot est assez récente ; 
je ne l'entendais point prononcer dans mon enfance. 
Un ouvrier, un postillon, entrant dans un cabaret, 
s'écriait : « La bourgeoise, une cbopiiic ! » On dit 
aujourd'hui : « Une vioqiie ! » ou encore : « Une 
bolée ! » je crois que moque est normand. 

BESCH. : moque, gobelet de fer blanc. — xorm. : moque, 
tasse sans anse servant à boire. 

Morelle, s. f., nom donné à la corueiUe que nous 
appelons aussi coiiille par corruption. 

Nous disons aussi morelle pour marelle, jeu des 
enfants. L'enfant étant à cloche-pied, pousse du pied 



O 

A 




le petit palet a dans le compartiment i , puis successi- 
vement dans les autres; s'il arrive au 6^ et fait sortir 
son palet sans qu'il se soit arrêté sur une raie, il 
gagne la partie. Je suis pour le proverbe : « Toupie 
vaut marelle. » 



Mort (à), locution populaire qui exprime la 
satiété, le iiec plus ultra d'une chose. — « Je m'en 
suis donné à viort à la noce de ma cousine. » 

NORM. : A mort, en gr.iiide abondance. — centre : 
A mort, beaucoup, considérablement. 

Morver, v. n. se moucher. — morve et morveux 
(nous disons morvoux) sont français ; mais morver a 
cessé de l'être. — Gargantua enfant « se mourvail 
dedans sa soupe.» 

BESCH. : morver, avoir de la morve. — centre : mor- 
voux, oiise. 

Mos (D'à), adv., de coutume. — « D'à mos, il 
allait tous les jeudis à la ville. » Voy. Aiiioi (d'). 

Motte, s. f. , tan foulé auquel on donne la forme 
de briques rondes ou carrées. Ces mottes, qui brûlent 
avec une grande facilité et sans odeur, sont très pré- 
cieuses dans nos ménages rennais pour allumer le 
feu et alimenter les chaufferettes des dames. Les 
tanneurs les vendent aujourd'hui i fr. 20 le cent 
(1878). — a Madame, nous n'avons plus de mottes. 
— Eh bien, Justine, il faut en acheter. » 

ACAD. : motte à brûler. 

Moucet, s. m., corruption de morceau. — C'est 
un diminutif : « Un p'tit moucet de pain, s'il vous 
plaît. » — Le gros morceau est une lope. (Voy. Lope.) 

NORM. : monceau, mouciaii, mouchiaii, moucet, mouchet. 
— CENTRE : monceau, mouciau, monceau, tas. 



— 251 — 

Moucher, v. n., se dit des vaches qui fuient 
affolées pour se soustraire aux piqûres des taons et 
des mouches dans la saison des chaleurs ; aussi ne les 
conduit-on aux pâturages qu'au grand matin ou au 
coucher du soleil. — Nos paysans s'appliquent sou- 
vent à e.ux-mêmes le verbe moucher, synonyme de 
déguerpir, regagner au plus vite sa demeure : « Allons, 
les gars, il se fait tard, monchoiis ! » 

CENTRE : tnouchcr m. sg. 

Moué-gars, s. m. Cette expression a deux signi- 
fications tout-à-fait opposées. Dans quelques cantons, 
le nioiiê-gars est un mauvais garçon. Dans d'autres, 
c'est un gars vigoureux et un solide travailleur ; on 
dit aussi : c'est un vmgars. (V. ce mot). 

Mouroir (Etre au), c'est être à l'article de la 
mort. Vieux mot que Boiste trouve très énergique. Il 
est très usité dans le peuple. — « Vous connaissez 
Madame X.... ? Eh bien, elle est ai< mouvoir. Il est 
vrai qu'elle est ancienne (âgée).» 

BESCH. : mouroir, s'est dit pour lit de mort. Arriver au 
moitroir. 

Moustachu, ue, adj., homme ou femme qui porte 
d'épaisses moustaches. — « Ma tante Madelon était 
moustachue comme un sapeur. Nous l'appelions tan- 
tinc barbue. » 

Mouton, s. m., petit ver qui naît et vit dans les 
fruits, et notamment dans les cerises. Quant à moi, 



— 252 — 

je cesse d'en manger quand les luontcnis y ont fait 
leur apparition. 

CENTRE : mouton, m. sg. 

Mouvette (Avoir la), se dit d'une personne 
qui ne tient pas en place, ou qui a la bosse des 
voyages : « elle a la inouvclte. » 

NORM. : inoHvctie, petite fille remuante. 

Mouvillant, ante, adj., sémillant, frétillant. — 
« Voyez cette petite lille, comme elle est moiivillantc. » 
(Voy. EwouviUaut). — On dit aussi : iiioiiviîlon, nioti- 

villonne. 

Mucre, adj. m. et f., humide, moite, — Le 
linge rapporté du blanchissage est souvent miicre; il 
doit être miicrc avant le repassage. — Les murs 
salpêtres et les pièces basses sont imicres. Ce mot est 
aussi normand. 

NORM. : iilucrc, remucre, m. sg. Mucreur, humidité. 
Mucrir, devenir humide. — besch. : inucre ou iiiuche 
se disait pour moisi. — trév. : mucre, vieux terme. 

Mulette, s. f., sang cuit des animaux de bou- 
cherie. Dans mon enfance, les bouchères vendaient 
la mulette le dimanche inatin à la porte de la halle. 
Pour un liard ou deux, l'enfant ou le pauvre s'en 
régalait d'un énorme lopin. On ne connaît plus 
aujourd'hui la iinilettc, sans doute parce que les bou- 
chers tirent meilleur profit du sang des animaux, par 
suite du renchérissement de toutes choses. 



— 253 — 

BESCH. : mnletle, gésier des animaux de proie ; estomac 
du veau. 

Mulon, s. m., petite meule de foin ou de paille. 
— La meule est formée de plusieurs muions, comme 
le mtilon est lui-même formé de plusieurs vciUoches 
(V. ce mot). 

norm". : mulon, m. sg. — besch. : inulcii, grand tas de 
foin. 

Murette, s. f., petit mur, ou mur de peu d'élé- 
vation ; (i métré à i"''5o) ; comme par exemple, les 
parapets des ponts, les talus en pierres sèches. — 
« L'auvergnat V...., devenu fort riche, avait débuté 
en étalant sa marchandise sur les miircttes des ponts.» 

Musoir, s. m., (de muser), terrasse, balcon, ou 
toute autre partie de l'habitation d'où on peut voir 
les passants ou les fêtes publiques. — « QjLiel beau 
musoir, vous avez madame ! » disait-on à une dame 
dont les fenêtres donnaient sur la place de la Mairie. 

Musser (Se), v. pron., se cacher, se blottir dans 
un coin ; comme le rat dans son trou. Vieux mot, 
mais toujours jeune chez nous. Employé comme 
verbe actif par Montaigne : « Il iaut musser ma 
faiblesse », par F. de Sales, etc. — Rabelais : « mais 
ils se mnssarcnt contre terre comme taulpes (Pant. 

chap. 5). » — « et soy mticer en quelque petit 

trou de taulpe. (Pant., chap. 12).» — C'est le verbe 
mucher, souvent employé au XV^ siècle : « Lors s'est 
muchei en une haie.» (Le Roman de Renart). 



— 254 — 

ACAD. : Se inusicr, m. sg. Vieux. — centre : miisser, 
V. n. passer à travers, par un trou, comme un rat, se 
glisser {mus). Se viusser, se cacher, se fourrer dans un 
trou. — NORM. : musse, loge ou lieu couvert dans la 
basse-cour, où se réfugient les lapins, les oies, les ca- 
nards, etc. ; chenil ; — Vieux Fr. : muce, miiche, 
musse, cache, inussia : « Plurima hoiia vwhilia in qiiâ- 
dam inussia, musse gallice, existentia. » Musser, cacher. 
(duc). 

Mussot, s. m., trou. — La taupe reste dans son 
viiissot au milieu du jour, et n'en sort que le soir et 
le matin. 

Mus-en-pot., adv., en fraude, en cachette. 
Nous disons mns-t-en-pot. — Tenir un débit clandes- 
tin, vendre à la ntus-t-en-pot. — Mus, musser, mussot, 
ont pour racine le mot latin mus, rat, qui vit caché 
dans ses garennes. Mus-l-m-pot, cacher, soustraire les 
pots à la vigilance des employés de la régie (que le 
peuple a baptisés du nom de rats-de-cave), a la 
mêiTie origine. 



3sr 



Nâchard, adj., goguenard, mauvais plaisant, 
sournois, — « Défiez-vous du nâchard, c'est un hlèdK. » 
(Vo)'. ce mot). 



— 255 — 

Nâcharder, v. a., taquiner, goguenarder. — 
« Je n'aime pas qu'on me nâchardc. » 

Nâche, s. t., corde ou licou, avec lequel on 
attache les bêtes à cornes dans les étables. — La 
ndcbe est abandonnée à l'acheteur de la bête. — « A 
la ndcbe, » c'est-à-dire, à ta place, est une injonction 
que les vaches comprennent fort bien. 

Nâcher, v. a., action d'attacher la bête à la place 
qu'elle occupe dans l'étable. — On dit d'une femme 
mal mariée, qu'elle est )nal ndchêc. 

Nan-ni. C'est la particule négative non. Cette 
expression est très usitée encore dans nos campagnes. 

Est-ce .issez, dites-moi, n'y suis-je point encore ? 
Nenni (La Fontaine), 

Retenez bien surtout cet heureux mot, 
Ce doux nenni qui plait tant à Marot. 

(G. Bernard). 

Un doux nanny, avec un doux sourire. 

(Marot). 

« Et quoy^ seigneur colonel, pensez-vous que je sois 
ce Montluc qui va tous les jours mourant par les rues ? 
Nany, nany. (Biaise de Montluc). 

ACAD. : nenni, fam. — norm. : neiiiiin. — centre : 
nanni. 

Napiau, s. m., lange sale qui a servi aux petits 
enfants. — » La pauvre femme est assez occupée à 
laver les napiaux de ses garçailles. » — Les napiaux 
se nomment aussi des drapiaux. — Des vieilles nappes 
on fitit des napianx. 



— 256 — 

Narrées, s. 1". pi., propos absurdes, contes à 
dormir debout, récits mensongers. — « Quelles 
iiarnh's nous débitez-vous là ? » — De narrer, raconter, 
mais pris en mauvaise part. 

Nâs, s. f., chiffon de toile mouillé mis au bout 
d'une perche, avec lequel les boulangers balaient les 
cendres et la braise du four avant d'enfourner le 
pain. — Par extension, l'épithète de nâs s'applique 
aux femmes sales dans leur ménage ou dans leur 
tenue. — « Cette fille est une nâs. » 

Navette, ou Semelle, s. f., espèce de gâteau 
ou craquelin fabriqué par certains boulangers des 
environs de Rennes, qui le vendent le vendredi et 
le samedi. On les appelle semelles, parce qu'ils en ont 
la forme. Leur prix est de 10 centimes. (Voy. Ba- 
jciil). 

Nénet ou Nénai, s. m., sein. Se trouve dans 
plusieurs auteurs, A. Ricard, Gavarni, etc. : « Petite 
maman s'est fait des nénais avec du coton. » (Enfants 
terribles). 

SARTHE, NORM. : iicncf, m. sg. 

Net, s. f.. pour nuit. — « Quelle heure était-il? 
— Je ne sais pas au juste, mais il faisait net. » 

Net comme torchette. (pron. nette), locution 
populaire, pour exprimer un nettoyage complet, une 



— 2)7 — 

exquise propreté ; « Ce ménage, cette batterie de 
cuisine, tout cela est uct coiiniiL' torchcllc. » 

Niaf, s. m., qualification injurieuse donnée aux 
savetiers et aux mauvais cordonniers. — Les Pari- 
siens disent «•///(// ; ils se rapprochent plus que nous 
de l'étymologie, si, comme le prétend P. Borel, elle 
vient du grec gnafô (cnapljto), racler ou ratisser du 
vieux cuir. (Voy. gniaf), 

Nicher (Se), v. pron., se marier, faire son nid. 
— « Le jeune K..., qui était sans fortune, s'est bien 
niché en épousant la fille du banquier L...; mais 
Mlle M... s'est bien mal nichée en épousant son 
cousin. » 

Nijon, adj., se dit d'un ouvrage d'une exécution 
délicate et difficile. — « Vous faites-là. Mademoi- 
selle, un ouvrage de patience ; c'est bien )iijO}t. » — 
Se dit aussi pour mignon : « Q.ue cet enfant est 
nijon ! » 

SARTHE : nijon, ni. sg. 

Wijot, s. m., fruitier où l'on met les pommes, les 
poires, en attendant leur parfaite maturité. — Mettre 
les fruits à nijot. — Vient évidemment de nid, parce 
que le nijot est, autant que possible, caché pour être 
soustrait au pillage des enfants. — Gare le nijot et la 
nijotlèe si les garçailles peuvent le découvrir ! — On 
appelle aussi nijot l'endroit où la poule a l'habitude 
de pondre son œuf. 

17 



— 258 — 

Nijottée, s. f., tous les fruits déposes dans le 
iiijot. 

Nijotter, v. a., mettre des fruits à nijol. On ne 
met à nijotter que les fruits susceptibles d'être conser- 
vés jusqu'à l'arrière-saison. 

Nilloux, ouse, adj., frileux. — « C'est un 
Jiilloiix. « 

Noble (Champ-). Voy. champ. 

Noc, s. m., tronc d'arbre creusé pour faciliter 

récoulement des eaux. 

BESCH. : noc, gouttière ; tuyau en bois pour l'écoule- 
ment des eaux. — xorm. : noc, no, canal en bois pour 
l'écoulement des eaux. — Vieux Fr. : no, auge de 
moulin. Noc, gouttière, nocciis. Nocq, baquet, cuvier. 

Noces, s. f. pi., bouillie de farine d'avoine cuite 
à l'eau. Le gruau, sur lequel on verse de l'eau tiède, 
est pressé dans un sas ou tamis, et la farine liquide 
reçue dans un bassin. C'est cette farine cuite qui fait 
les noces, bouillie très délicate, recommandée aux 
convalescents et aux personnes malades de la poi- 
trine. Les marchandes de noces sont en même temps 
marchandes de galettes de blé noir, de cailles et 
quelques-unes de maingaux. (Voy. ces mots). 

Dans mon enfance, les marchandes envoyaient un 
petit garçon parcourir les rues de leur quartier, en 
criant : « Aux noces ! chez la mère X... ; allons vite 
aux noces, toutes chaudes et vite ! » Il était payé de sa 



- 259 - 

peine d'une ccuellce de itoccs, et avait en outre la 
cuillère à lécher. — Dans la rue d'Antrain, un petit 
drôle, auquel peut-être on avait lait la leçon, modi- 
fiait ainsi son cri : u Aux noces ! dans le derrière à 
Mani'selle J...., etc. » ; la marchande demeurait au 
fond d'une cour (souvenir de mon enfance). — Au- 
jourd'hui et depuis longtemps déjà, les acheteurs se 
rendent chez la faiseuse. — A Saint-Malo, les noces 
s'appellent gigoiidaines. 

Noces (Retour de), fête, repas donné aux jeunes 
époux par les personnes qui ont été invitées à leur 
noce. Dans la classe riche, le retour de noces est 
donné individuellement ; dans la classe ouvrière, on 
se cotise pour faire les frais de la fête. 

Noçoux, s. m. ; fém. tioçousc, gens de la noce. 

Nœud d'échiné, s. m., vertèbre de l'épine 
dorsale. 

Noms. — On pourrait faire, sur les noms patro- 
nymiques de notre pays et sur leur origine, une 
étude qui ne manquerait pas d'intérêt ; mais je ne 
m'en sens pas la force. Ceux de nos plus anciennes 
familles nobles étaient des plus comiïiuns ; je crois 
inutile d'en donner ici des exemples. 

En Basse-Bretagne, le k barré qui se prononce ker 
et qui signifie ville, lieu, forme la première syllabe de 
certains noms, (Kermarec, Kerjégu, Kerisouet), tandis 



— 26o — 

qu'en Normandie la syllabe correspondante, ville, se 
trouve placée à la fin du nom. 

Nona, adv., non, par opposition à sia, oui. — 
V'iez-vous veni' quante ma ? — Noua ou nauni. » 
(On emploie l'un ou l'autre). 

Vieux Fr. : nouai, nanal, iieiml, non, non pas. 

Nonne, s. f., petit fer placé au bas de la toupie 
(jeu d'enlant) et sur lequel elle tournoie. (Voy. 
moine). 

Nonnerie, s. f. Le peuple rennais donne encore 
ce nom au marché au blé, parce que la halle où il se 
tient est construite non loin d'un couvent de nanties 
(ursulines), et sur l'emplacement d'une église (Eglise 
de Toussaints), qui, à l'époque de la Révolution, fut 
détruite par un incendie. Le couvent fut supprimé à 
cette époque, et ses derniers vestiges viennent de 
tomber sous la pioche des démolisseurs pour faire 
place à des constructions neuves (1877). — a Le 
blé vaut tant à la nonnerie. » 

Marteville, dans son Histoire de Rennes (2^ vol. p. 
203), prétend que c'est par corruption que le peuple 
appelle ce marché a la nonerie » ; son vrai nom 
serait « Vannonerie, (annonariœ,) » nom que les Ro- 
mains donnaient aux provinces qui leur fournissaient 
du blé. 

Nosille ou Nousille, s. f., noisette Cnous 
disons nosetle). — « Jeunes filles et garçons allaient 



— 26l — 

cueillir la iwsilh' dans les bois b . — Noisille dans Rab. 
Pant. ch. 61. 

SARTHE, NORM. : IWlIsilk. — CENTRE : HOUSillc, iwi- 

siïle. 

Nosoux, ouse, adj., timide, qui n'ose pas. — 
« Vot'e petit gas est nosoux, sa petite sœur n'est pas 
si nosouse ». 

Nouassu, ue, adj., noueux. — Le bois de 
chauflfage nouassu est préférable au bois franc. — 
Une planche nouassue est défectueuse. 

CENTRE : nouasseiix, 7iouassoux, adj. se dit du bois qui 
offre des protubérances, des loups, des nœuds extérieurs, 
des nouasses. 

Nouées (Sources). Voy. Sources. 

Nourri, s. m., abrégé de nourriture, appliqué 
aux racines, aux plantes fourragères et à toute den- 
rée servant à l'alimentation des animaux et particu- 
lièrement des bestiaux. — « Si la sécheresse se pro- 
longe, le beurre sera cher ; car nos vaches manquent 
de nourri. » 

CENTRE : nourri, herbage ou fourrage, m. sg. 

Nunu, ue, adj., appliqué aux personnes minu- 
tieuses, pointilleuses, vétilleuses, qui veulent la per- 
fection en toutes choses. — « Ah ! rna chère, si tu 
savais comme madame est nunue et dithcile à servir ! » 
— Nunu se dit aussi d'une personne peu intelligente 



— 202 — 

et lente dans les choses du ménage. — Dans quelques 
communes on appelle aussi ininu la fleur de la 
digitale. (Voy. catiolle). 

NOR.M. : niiniis, bagatelles, frivolités, niaiseries. 



O, prép., avec ; fréquemment employée par les 
écrivains des XV^ et XVI^ siècles, et toujours usitée 
chez nos paysans : — « O l'advis et oppinion des 
cy-devant nommez que on mectrait de par M^s de la 
ville un troncq iermant à ciel et claveure... (Rennes, 
21 oct. 1523). — Oies avis et opinions des d. présents 
ont été choisiz pour assister aux estaz... ("18 sept. 
1524). » (Extrait des Procès-verbaux de la munici- 
palité de Rennes). 

Aujourd'hui, nos paysans disent : a II a o qua 
(avec quoi). — Je suis revenu o lu (avec lui). — Il 
s'en fut tout (il emporta tout avec lui) ». 

O, prononcé an ou aou, répond à oui. — Voici un 
exemple de l'emploi de ce mot dans ses deux signifi- 
cations : « Perrine ! — (oui). — V'n'ous quante 
ma ? (\\niez-vous avec moi ?) — Nanni (non), 
j'n'irai point o vous (avec vous). » 



— 263 — 

NORM. : 0, avec. — Vieux Fr. : 0, avec. — O, oui : 
« ne disent ne non » (duc). 

Ober ou Hober, v. a., remuer, ébranler ; se- 
couer un arbre pour en faire tomber les fruits. — 
« Ces pommes n'ont point été ohées, mais seines, 
cueillies à la main. » — On ne ohe, on ne gaule que 
les fruits, qui ne sont pas destinés à être mis au frui- 
tier. — « Toutes ses dents obent, comme les touches 
d'une épinette. » — Ce mot semble venir du latin 
oiire. — « Ma commère du haut bout, je ohe du 
c... pour vous (je me lève pour trinquer à votre 
santé), » (Les poissardes de Rennes). 

Obée, s. f., (ou hobée), résultat produit ou à pro- 
duire par l'action de ohcr. — Aller à la ohêe. — Les 
poires, les pommes, meurtries dans leur chute, pro- 
viennent d'une obêe. 

Offignoux, ouse, adj., personne à qui tout ré- 
pugne, qui a danger de tout. (Voy. danger). — 
Offignoux est surtout usité à Saint-Malo et aux envi- 
rons. — « Les plus offignoux sont les plus crasseux. » 
(Dicton pop.). — Ailleurs orfignoiix. — Voy. Ren- 
fignonx. 

Ogu, ue, adj., aisé, riche ; avec la négative, pau- 
vre, misérable. — « J'ai connu X.., dans l'aisance ; 
mais aujourd'hui il n'est pas ogu ; tant s'en faut. » 
— Plus usité dans le second cas. 

Oïe ou Oye, s. f., infirmités, misères. — «Olle 



— 264 — 

(elle) a mille oïcs, la pauvre femme.» Cette expression 
est surtout employée dans le canton de Pleine-Fou- 
gères (Arr. de St-Malo). 

Oquelle ou Hoquelle, s. t. ; les cuisinières 
appelaient autrefois de ce nom ce que les modernes 
appellent financière ou pâté chaud. Oquelle, fort usité 
il y a 50 ans, a vieilli. — Il existait à Rennes, au 
commencement du siècle, un pâtissier-traiteur nommé 

G , qui avait la spécialité des meilleures hoqiielles. 

Il s'était fait une véritable réputation avec ces excel- 
lents petits pâtés, et il y avait toujours foule chez lui 
à l'heure où les hoqitelles sortaient du four. 

Orage. Goût d'orage, goût particulier que prend 
le beurre par un temps orageux. — a Votre beurre 
ne vaut rien, ma brave femme, il a goût d'orage. » 
— « C'est la faute du temps, répond la pa3'sanne. » 

Orbe, adj., privé de soleil. — Se dit principale- 
ment d'une pièce de terre, d'un verger, d'un jardin 
aspectés au nord, ou trop couverts de grands arbres, 
et dans lesquels ne pénètrent que rarement les rayons 

du soleil. 

Orbière, s. f. , ombre. — a Cette plante de- 
mande du soleil et vous l'avez mise à Vorhihe. » 

TRÈv. : orbe s'est dit autrefois pour obscur, caché. — 
DUC. : orbns, obsciirus, ieiiebrosus. Orha iabenia, cabaret 
borgne. — Orbus liens, cul-de-sac. Vieux Fr. : orbe : 
(( orbe et oscure est la meslée. » — Orbemeut, obscuré- 
ment. 



— 265 — 

Orceul, au pluriel Orceux, s. m., nom générique 
donné à tous les vases, à tous les récipients employés 
dans le ménage, pots, plats, assiettes, etc. — « Si cette 
servante continue, il ne restera bientôt plus un orceul 
dans la maison. » — Semble venir du latin urceus, 
vase, marmite. 

Vielix Fr. : orccl, orceaii, vase, pot. Orcellns, orceohis, 
urceus, urceolus. 

Orde, adj., sale, en désordre. — a Qiielle maison 
orde, mal tenue ! » — C'est un diminutif d'ordure, 
mais il est peu usité. 

CENTRE : orde, m. sg. S'est écrit horde. — acad. : ord, 
orde, vilain, sale. Il est vieux. — besch. : ord, orde, 
vilain, sale. Vieux et inus. Se trouve dans Ronsard. — 
TRÈv. -.ord, sale, puaut. Il est vieux. — norm. : orde- 
ment, salement. — duc. : ordtis, deforiiiis, sordidus. — 
Ordura, ordure. — Ord, sale, vilain, puant. 

Orée, s. f., coin, cornière. Ce vieux mot, qu'on 
trouve dans les œuvres de Bernardin de Saint-Pierre 
et de Chateaubriand, est toujours très usité dans ce 
pays-ci : L'orée du champ, du bois. — Par extension, 
il est synonyme de morceau : Une orée de veau, de 
lard, etc. 

ACAD. : orée,\e bord, la lisière d'un bois. Il est vieux. 
— NORM. : orée, orière, entrée, bord, lisière. — Vieux 
Fr. : orée, oreille, orière, ouraiUe,hoTd, lisière (à'unhois). 
Oreria, aureria. Lat. or a. 

Orgeul, s. m., pour orgelet, petite tumeur qui 
survient au bord de l'œil. — J'avais souvent des 
orgeiih étant jeune. 



— 266 — 

Orine, s. f., abrégé de origine. S'emploie surtout 
en parlant des animaux de race. — « Ce veau, ce poulet 
sont de bonne orine. d — S'appliquant à l'homme, il 
se prend en mauvaise part : « Il n'est pas étonnant 
que son gars lui ressemble ; il est de son 07ine. » 

TRÙv. : orim, vieux mot, pour origine. (Chron. de 
Bertrand Duguesclin). — norm. : orine, origne, sorte, 
espèce, origine. — centre : Mettre en orine, — origne, 
fournir les éléments d'une chose, — Vieux Fr. : oriiic, 
ourinc. (duc). 

Orive, adj. m. et f., plante, fruit précoce. Voy. 
Anrive. 

Oua, particule négative, équivalant à un non éner- 
gique. — « Croyez-vous que C... épouse sa cou- 
« sine ? — Otia ! personne n'y croit. » — C'est le 
ouais de Molière, mais avec une autre signification, 
ouais exprimant seulement l'étonnement : « ouais f 
« voyez-vous cela ? » 

Ouanne. On désigne par ce mot l'année courante ; 
antannc désigne l'année précédente. (Voy. antanue.) 

Oudaner, v. n., perdre son temps. 

Oué-dus, adj. m. et f., sourd. — «Il ou elle est 
oué-dus.i^ — Composé des deux mots ouir, entendre, 
et dus, dur, qui entend dur, qui a l'ouie dure. — 
« Huchez plus haut, il est oué-dus. » — On dit aussi 

ouc-gouttc. 

Ouère, s. m., peigne à démêler (Bécherel). 



— 267 — 

Oustal, ou Houstal, s. m., maison, demeu- 
rance. — « Quand j'arrivis à Voiistal, je le vis ense- 
veli. » (Vieille chanson). — Ce mot a vieilli, et 
bientôt on ne l'entendra plus chez nous. — Ottstal 
semble une corruption du vieux mot oust (camp). — 
Dans quelques localités on disait oiisteau, dans d'autres 
oiistel. ^— a Que boyrons-nous par ces déserts ? Car 
Julian Auguste et tout son otist y moururent de soif.» 
(Rab.) — Dans le Roman de la Rose on trouve 
le verbe hostchr pour loger. — De ce mot houstal, 
hostekr, sont venus ceux-ci : hôtelier, hôtellerie, qui 
déjà ont vieilli ; puis hôte, hôtel. 

Sire Cueno, j'ai vielle 
Devant vous en votre osté. 

Traduction : 

Sire comte, j'ai joué de la vielle 
Devant vous, en votre hôtel, 

(Colin Muset, XIII" S.). 
Quand je vieng à mon hosié. 

(Le même). 

J'ai trouvé dans un Noél ancien le mot hosteati, qui 
n'est autre que houstal : 

Je trouvai Marie alors, nau^ nau, 

A genoux devant la crèche, 

Et l'asnon et le bœuf que l'enfant bêche, 

Joseph avec un peu de mèche 

Eclairait parmi Vhosicaii, nau, nau. 

On voit que le poète a dit hosteau pour les besoins 



— 268 — 

• de la rime terminant en eau ; dans les autres couplets 
du Noël : mortel, mortcau ; — messie, nwssian ; — 
paternel, paterneau. 

Dans le récit d'une fête populaire à Lodève, en 
1885, j'ai trouvé cette phrase : « Je participais 
« au bonheur de ceux qui m'entouraient ; j'avais 
« oublié où j'étais pour me croire près de moiin ous- 
« /(//. » — Ce mot, devenu ici hors d'usage, est 
donc encore conservé dans le midi. 

Ovale, s. f., auge servant aux chevaux. 



Pachu, ue, s., paysan grossier, lourdaud, ou 
inintelligent. Se dit en mauvaise part. — « C'est 
\\npac]}u.r> — Rarement employé au féminin. 

Paiche ou Pêche, s. m., moineau, — Ailleurs 
pierrot. — Du latin passer, nous avons fait paiche ; 
nous disons paiche de balai, « sicut passer solitarius in 
teclo » (Ps. loi), et nous appelons paiche de haie le 
friquet ou moineau des champs. — Ainsi en pro- 
nonçant paisse, on a le mot latin a peine altéré. 

BESCH. : paisse, ancien nom du moineau coiiimun. — 



— 269 — 

TRÈv. : paisse ou passe, vieux mot, passereau, moineau, 
passer. — sarthe : paisse, m. sg. — duc, : passa. — 
Paisse, passe (an'jou). 

Pail S. m., poil, cheveu. C'est seulement la 
voyelle changée en a. — Se prendre au pail. — 
Pail de pourcel, soie de porc. — Pail rouge. — Le 
plus souvent, on ne prononce pas /; « La damnée 
vache iiaire me hoiisit dans le pa » (vieille chanson). 
— Du cidre qui perle dans les verres on dit « qu'il 
a des lentes dans le pa. » — Se sacquer au pa, ou (/;( 
pail se tirer aux cheveux. — (On prononce indis- 
tinctement pa, pail ou pck). 

Pain à chant, s. m., pain à cacheter des lettres. 
L'hostie est faite de pain à chaut, ou pain azyme. 

BESCH. : Pain à chauler. 

Palis, s. m., sorte de pelle à l'usage des carriers, 
sablonniers, etc. — Ne pas confondre le palis avec la 
pelle des jardiniers. — (On prononce paJi). 

Panne, s. f., grande cuve en terre ou en bois, 
qui sert aux blanchisseuses pour foire la lessive. — 
Mettre le linge en pauiie. 

BESCH. : Panne, cuvier de bois pour lessiver les toiles 
neuves (Anjou). — (duc). Panna, grand chaudron. 

Papier-boit, s. m., papier brouillard ou papier 
gris ; ainsi appelé, parce qu'il hoit l'encre. 11 y a 
trente ans, ce papier était fabriqué avec les plus 
grossiers chifïons, et de la même pâte que le carton 



brut. Rennes en possédait une fabrique sur la rivière 
de rille, rive droite, à 60 mètres environ de l'abreu- 
voir situé à l'entrée du canal. — Aujourd'hui, le 
papier-hoit n'existe plus. Il a été remplacé par le 
papier de soie, et un autre papier sans colle dont 
sont faits les buvards. (Voy. Boitte). 

Parachier, s. m., bourrelier. — Usité dans les 
Côtes-du-Nord. 

Parafe, s. f., premier tour de la charrue pour 
faire le sillon. Le dernier tour se nomme curaude. 
(V. ce mot). 

Parbatte, s. f., le dernier jour de la vendange, 
la fin de travaux qui exigent plusieurs jours ou plu- 
sieurs semaines. — « C'est demain que nous ferons 
\a parhattc.i) — A Saint-Malo on dit nicolaiîles. — A 
Hédé, barhatte . 

Parche, s. f. Parcheux, adj. — La parche est 
l'enveloppe ou la cosse des pois, des fèves, ou encore 
le fil par lequel sont retenues les deux parties de l'en- 
veloppe. — Les pois sont parcheux lorsque la cosse 
dure et sèche rend la mastication difficile ou pénible. 
— Les paysans mangent en même temps le grain et 
la cosse des pois ronds et des pois de rame. — Parche 
doit être une abréviation de parchemin. 

Parer, v. a., nettoyer, ratisser, enlever les mau- 
vaises herbes des allées des jardins, opération qui se 



— 271 — 

fait avec la paroire, ou petite pelle en fer. — « Voilà 
des allées bien parées. » 

Paré, part, passé du verbe parer, est souveut em- 
ployé avec l'auxiliaire être dans ce sens ; Je suis 
paré, c'est-à-dire je suis hors de danger; — il esl paré, 
il est sorti d'un mauvais pas. 

NORM. : Etre paré, être à l'abri d'un danger redouté. 

Par exemple, excl. qui exprime l'étonnement, 
l'incrédulité, le refus d'obtempérer à une demande. 
Ainsi : — « On vient de m'apprendre le mariage de 
M. J... avec M"e K.... Par exemple ! cela n'est pas 
croyable. » — « Vous voulez faire cela ? Par exemple ! 
vous n'en ferez rien. » 

Parfinir, v. a. parfaire, parachever un ouvrage, y 
mettre la dernière main. 

NORM. : Parfinir, m. sg. — besch. : A la paifiii, s'est 
dit pour enfin. 

Parpied, s. m., empreinte du pied de la bête sur 
le sol. — « Voilà le parpied du cerf. » — Ternie de 
chasse. 

Parrainage, s. m. De parrain nous avons fait 
parrainage, comme de commère commérage , de com- 
père, compérage. — «Je suis déjà le parrain de dix 
enfants, j'en ai assez du parrainage. » 

BESCH. : Parrainage, qualité, rapports de parrain, de 
marraine. 



— 272 — 

Passée, s. f., veine, bonne ou mauvaisse pusse. 

Passer en dommage, se dit des bestiaux qui 
passent dans la propriété du voisin et v causent du 
dommage. — « Ses vaches sont passées en dommage 
dans mon champ ; ça va lui coûter chaud. » 

SARTHE : Etre en lioiinnage, m. sg. 

Pataud, aude, nom donné par les Chouans aux 
Républicains à l'époque de la Révolution (la grande). 
L'épithètc de chouan s'applique encore aux partisans 
de la royauté ; mais aujourd'hui les patauds sont 
appelés radicaux. RadicaiUe exprime d'une façon plus 
énergique encore le mépris des Royalistes pour les 
Républicains (1878). 

Bien que le nom de pataud soit rayé depuis plus 
de cinquante ans du vocabulaire politique, j'ai cru 
devoir lui donner place dans ce recueil, en souvenir 
des refrains ci-après que j'ai entendus dans mon 
enfance : 

Tandis que la gucrr' durera, 
L'chahut d'pataud d'bonhomme, 
Taudis que la guerr' durera, 
L'chahut d'pataud d'bonhomme 
Nous nourrira. 



Autre 



Le général Bobril, il crie à haute voix 
A haut, à haut, à haut ! 
Vous crèverez dans vos villes, 
Mauvais patauds, 



— 273 — 

Tout comme des chenilles, 
Les pattes en haut. 

Les femmes des républicains étaient des patauJes, 
non moins méprisables que leurs maris aux yeux de 
leurs ennemis. 

Pâtou, s. m., pâtre, au féminin pdtoure, enfant 
qui garde les troupeaux dans les pâturages. — M. 
J,..., avocat, employa dans une plaidoirie le mot 
pdtoiiresse, ce qui provoqua l'hilarité de l'auditoire. 
« Eh pourquoi, s'écria-t--il, ne dirait-on pas 
pdtotircsse, l'on dit bien pdtoii. » — Si encore il 
avait employé le mot pdtoiireUe, qu'on dit quelque- 
fois ! 

TRÉv. : Piistour, pastoure, (vieux moi), berger, bergère, 
pasteur, pastor. — sarthe : pnlour. — norm. : Pastoii, 
pàtoiir, berger. — centre : Pàtour, petit pâtre, ancien- 
nement pastouy. 

Paud, Paut ou Pault, s. m., court bâton, 
dont la partie inférieure porte un gros nœud ou ma- 
rotte. (V. ce mot). Espèce de casse-tête, arme terri- 
ble que le paysan bas-breton nomme peu-bas, bâton 
à tête. — Paud rend assez bien le bruit sourd que 
produit le coup de ce bâton ; c'est de l'harmonie 
imitative !... 

CENTRE : Pau, pieu, pour pal. — trév. : En plusieurs 
endroits les campagnards disent pau pour pal et pieu : 
palus, paxillns. 

Paumée, s. f., ce que peuvent contenir les deux 

18 



— 274 — 

mains rapprochées. Certains fruits, les châtaignes, les 
pois, etc., se mesurent à h paîiince quand il s'agit de 
faire des parts égales entre co-partageants. — A 
défaut de balances, le partage se fait à la paumée. 

Pauniche ou Poniche, s. f., taloche, mau- 
vais coup. — « N'allez point vous mêler de leur 
querelle, vous pourriez bien gober (attraper) pauni- 
che. » 

Pavée, s. f., espèce de glaïeul plat et coupant 
qui croît sur les bords de nos fossés et de nos étangs. 

BESCH. : Pavée, nom vulgaire de la digitale pourprée. 

Pêcher, v. n., marcher dans l'eau, dans la boue. 
— « Le chemin est mauvais ; passez par le champ, 
si vous ne voulez pas pêcher. » — Pécher dans le 
bouillon (dans la boue), se crotter. 

Pêches-mares, s. m. pi., gros souliers, gros 
sabots, avec lesquels on peut quasiment braver les 
bas chemins. — « Faites-ma de bons pèches-mares o 
des dents de vache et de grousses maillettes. » 

Pecque, s. f., bec des petits oiseaux. — A peine 
sortis de la coquille, que déjcà ils ouvrent la pecque. 

Pècre, adj., acide, aigre, sûr. — « Ce fruit est 

pècre. Les groseilles à grappes sont pècres. — Une 

personne qui a la voix criarde, perçante, a la voix 
pècre. 



— 275 — 

Peignée, s. f. Se donner une peignée, se prendre 
aux cheveux. 

BESCH. : Peignée, m. sg. Peigner, se peigner. — centre : 
Peignée, pignée, volée de coups. 

Peillot, s. m., guenille, vieux chiffon. — On le 
dit, par extension, de la crème ou peau qui se forme 
sur le lait bouilli. — « Surtout, la petite mère, mettez- 
y du peillot (sous-entendu : dans mon calé.) » — Nos 
couturières ont très peu d'estime pour les repasseu- 
ses ; elles les appellent hrûk-pc'dJot . 

Peillotoux, ouse, s. Les pciUotoux sont des 
gens déguenilléb et mal vêtus : « Aux noces de notre 
fermier, nous dansâmes comme des pciUotoux. » — 
Les marchands de chiffons, de vieux habits, les 
marchandes d'os, de peaux de lièvre ou de lapin ^ 
sont aussi des peillotoux. 

Allons, jeunes filles. 
Vendez vos guenilles, 
Et vous, beaux garçons. 
Vos vieux pantalons 
A la mèr' Goujon. 

(Anciens cris de Rennes). 

Le peillotoux se livrait autrefois dans les campagnes 
à un commerce plus lucratif. Moyennant un fichu faux 
teint, ou un bijou sans valeur, la jeune fille lui 
abandonnait sa plus belle parure, sa chevelure. De- 
puis longtemps nos paysannes se sont affinées, et ne 



— 276 — 

livrent leurs chignons qu'à beaux deniers comptants. 
(1889). 

Vieux Fr. : Pcilk, morceau, chiffon de papier (duc). 

Peineler, v. n., avoir de la peine à faire ses 
affaires, tirer le diable par la queue. 

Peinelier, s. m., de peineler. Le peinelier n'est 
pas seulement l'homme de peine, mais un homme 
qui vit misérablement, et dont le salaire suffit à peine 
pour nourrir sa famille. — « C'est un pauvre peine- 
lier. » 

Pêlette, s. f., petit poêlon en terre ou en métal. 
C'est dans une pêlette qu'on fait la bouillie des enfants. 
— Nos paysans donnent le nom de pêlette, ou queue 
de pêlette au têtard de grenouille, dont la forme est, 
en effet, assez semblable à celle d'un petit poêlon. 

BESCH. : poHette, petite poêle. 

Pelisse, s. f., partie mince du morceau de veau 
appelé le bout gras ou le gîte à la noix. — Pelisse 
vient sans doute de peau, parce que cette partie du 
morceau est très peu charnue et tant soit peu filan- 
dreuse. 

Pelisse, s. f., bande de gazon prise dans les 
forrières des champs ou sur les revers des fossés, pour 
talusser, consolider un ouvrage en terre. La pelisse, 
qui vient sans doute de peler (le gazon), convient 
mieux que le mortier pour ces sortes de travaux. 



— 277 — 

Pelotin, s. m., pluie fine. Plus usité à Fougères 
qu'à Rennes. 

Penacher, v. n., manger malproprement. 

Penacheux, ou mieux Penachoux, ouse, 

adj., qui mange malproprement. — « Le vilain ! 
voyez sa. goùle, voyez ses mains, comme elles sont 
penachoiises, (c.-à-d., gluantes, poisseuses) ! » 

Pendrillée, s. f., de peiuiilli'r, choses qui retom- 
bent en grappes, en chapelets. Des pcudriUc'cs de {ruits, 
de saucisses, etc. 

On voyait aux côtés de cette demoiselle 

Pendiller une large et profonde escarcelle. 

(Ronsard.) 

Penette, femme bigote, très utile à l'église à la- 
quelle elle consacre tout son temps, souvent au détri- 
ment de son ménage. Le plus souvent c'est une reli- 
gieuse du tiers-ordre, ou bonne sœur en plein vent. 
Comme son nom semble l'indiquer, personne ne se 
donne plus de peine que la penette pour son propre 
salut et pour celui de son prochain ; elle en remon- 
tre à son curé. Elle a le don d'ubiquité ; on la ren- 
contre partout ; elle sait tout, et son pieux zèle en 
fait le meilleur reporter du presbytère. 

Le mot penette n'a point de masculin, quoique bon 
nombre d'hommes soient dignes de le porter, Mo- 
lière les a baptisés d'un autre nom. 

Je connais des prêtres qui n'aiment pas les penettes. 



— 278 — 

— Dans la Sarthe on les appelle biquettes. — Dans 
l'an-ondissement de Fougères, penette est synonyme 
de plaisanterie. 

Pénille, s. f., laine effilochée et cardée provenant 
de vieux habits — Cette laine, filée et tissée à 
nouveau, est employée dans la confection de vête- 
ments grossiers. Nos paysannes portent encore des 
tabliers, des cotillons de pcnilh. Cependant le bon 
marché des étoffes, joint au prix élevé de la main 
d'œuvre, a rendu moins fréquents l'usage et l'emploi 
de la pèiiUlc. 

CENTRE : pêiiillcs, mauv.iises bardes, guenilles. 

Pentecôte, s. f., petite fleur de couleurs variées, 
de forme pyramidale, qui croît en abondance dans 
nos prairies. Elle fait son apparition dès le mois de 
mai. Son nom botanique est orchis. 

SARTHE : peutccôtc, m. sg. — centre : pcnlecoute, sorte 
d'orchis. 

Pépé, s. m. ; c'est ce petit nom que les en- 
fants de mon temps donnaient à leurs grands-pères, 
comme nous appelions mêiiics nos grand'mamans. 
Aujourd'hui ils disent petit pcre (pour le père) ; 
grand' père (pour l'aïeul). 

Péroine, s. f., femme bavarde, commère. 

Perreyoux, s. m., nom donné aux ouvriers 



- 279 — . 

employés dans les perrières ou carrières, à l'extrac- 
tion de la pierre, du sable, etc. 

Perrière, s. f., carrière de pierres, de sable ou 
d'ardoises. D'après le savant Littré, en Anjou on 
nomme perrières les carrières d'ardoises ; chez nous 
ce nom -s'applique à toutes les carrières sans distinc- 
tion. 

Nous avons ici plusieurs perrières : 1° Le peuple 
nomme encore perrière le Bourg-l'Evêque ou Fau- 
bourg de Brest, qui a dû être une ancienne carrière, 
comme semble l'indiquer la déclivité du sol. — 
2° Les perrières de Coësmes, carrière de pavé, sur le 
territoire de Cesson. — 3° La perrière de Pince-Poche 
au sud de ce même village. — Nous avions encore 
les perrières de Beaumont, carrières de sable, sur l'em- 
placement desquelles on vient de construire une 

splendide forteresse, destinée à renfermer des 

femmes pécheresses. (1878). 

BESCH, : perrière, (vieux mot), carrière. — sarthe : per- 
rière, m. sg. — CENTRE : perrière, carrière de pjerres. — 
Vieux Fr. : perrière, carrière, petraria (duc). 

Perrot, s. m., diminutif de perroquet. — M™'- 
R avait un perrot fort ennuyeux pour son voisi- 
nage, bien qu'il sût son credo sur le bout du doigt. 
— Nous appelons aussi perrot, sans doute à cause de 
sa belle couleur verte, une petite cigale qu'on trouve 
dans nos blés. — Ne^ de perrot, nez incliné vers la 
bouche : « Il a un nez de perrot. » 



BEScn. : pevrot se dit pour perroquet. 

Perruque, s. f., employé au figuré pour répri- 
mande, semonce. — « Il a reçu de son patron une 
perruque bien méritée. — Perruque, dans ce sens, est 
syn. de poil, savon, galop, suif. 

BESCH. : perruque, m. sg. 

Pertroubler, v. a., troubler. — Dans son Panta- 
gruel, ch. X. Liv. VIII, Rabelais a dit : o car 

homme vertueux au monde n'est qui naturellement 
et par raison plus ne soit en son sens perturbé. » 

BESCH. : pcrtrouhler , Se pertroubler , inusités. — Vieux 
Fr. : pertroubler, troubler (duc). 

Pesche, s. m., passereau. (V. Paîche). 

Pesé (Lait), lait baratté, ou lait de beurre, passé 
ou égûutté dans un tamis ; ce qui reste de la partie 
solide, mélangé avec du lait doux ou des viaiiigaux 
(Voy. ce mot) est nommé lait pesé par nos cuisi- 
nières. 

Pessard, s. m., nom donné à une plante verte, 
grimpante, qui croît abondamment dans nos haies. Les 
enfants s'amusent à en jeter malicieusement sur les 
habits des passants, auxquels elle s'attache fortement, 
d'où lui vient son nom de pessard, de poisser, qui 
poisse. — Grattcrou ou Glateron dans Rab. (Pantag. 
ch. XVI.) 

Pesser, v. m. Ce verbe a deux significations 



— 28l — 

bien différentes. Dans l'une, il est dit pour poisser, 
coller: — « La glu pesse aux dais (doigts). » — « Ces 
deux objets sont pessés l'un contre l'autre ». — Se dit 
aussi pour geler, glacer. » Le froid est vif, il va pcsscr 
cette nuit, W pesse déjà. » — Dans sa seconde acception, 
il signifie tirer ou pousser fortement, employer la 
force pour faire un ouvrage, en un mot, donner un 
coup de collier, un bon coup d'épaule. « Haie a ta, 
tire à ta, pesse. . . et à haut ! » 

NORM. : peisscr, poisser. 

Pétasse, s. f., Petassier, ière, homme ou 
femme qui s'attache à des riens ; minutieux. — 
Est à peu près synonyme de herdassc, herdassicr. 

Petasser, v. n., s'attacher à des minuties, à des 
choses insignifiantes. — a Ah ! ma pauvre femme, te 
voilà encore qui pétasses. » 

SARTHE. : pelasse, pctasson. — centre : petasser, petassier. 

Petit-fait, locution très usitée, qui s'applique 
surtout à la femme peu capable de tenir sa maison, 
son ménage. — « M™^ L.... est une bonne personne ; 
elle aime son mari, ses enfants ; mais c'est un petit- 
fait. » 

Petit-Jean, s. m. Nos paysans donnent ce nom 
aux fiirfadets, aux gnomes, aux esprits malins qui ont 
des accointances avec le diable. Il est imprudent de 
se brouiller avec Petit-Jean, ou de douter de sa puis- 
sance. Une femme, (et cela s'est vu !...) barattera des 



— 282 — 

heures entières sans pouvoir obtenir de beurre. Un 
charretier trouvera, en se levant, les crins de ses 
chevaux tellement brouillés qu'il lui sera impossible 

de les démêler C'est Petit- Jean qui sera rendu 

responsable de ces méfaits. — Petit-Jean prendra, 
au contraire, sous sa protection les faibles qui l'au- 
ront imploré. 

Petit-peta, jeu d'enfants. Dans quelques petits 
jeux, le joueur pris en défout donne un gage. Lors- 
qu'il s'agit de le retirer, il subit une pénitence parfois 
assez douce. La tête appuyée sur les genoux d'une 
dame, une main ouverte derrière le dos, il reçoit de 
petits coups accompagnés de cette question : « Petit- 
peta, qui embrassera là ? » Quand il a répondu 
« moi », il va embrasser la personne ou l'objet dési- 
gnés, et rentre en possession de son gage et de sa 
liberté. 

Pétoire, s. f., petit tube en bois de su (sureau), 
que fabriquent les petits garçons. Ce tube, long de 
20 à 25 centimètres, est bouché à l'une de ses extré- 
mités par un petit tampon de filasse ; chassé par 
l'autre bout avec une baguette en bois, ce tampon, 
par suite de la compression de l'air à l'intérieur du 
tube, est lancé comme une balle à une assez grande 
hauteur. L'explosion que produit ce petit canon a 
valu à l'instrument le nom de pétoire. C'était, dans 
mon enfance, un jeu fort à la mode. 



— 283 — 

Petonton, s. m., et f., homme ou femme qui 
ne s'occupe que de vétilles, qui tracasse pour des 
riens. — Est à peu près synonyme de petassier. 

Petron-minette et Petron-Jacquet. — On 

emploie l'une ou l'autre de ces expressions pour 
désigner une personne matinale : pdron-ininette comme 
les chats*, petron- Jacquet comme les jardiniers. — 
a Fanchon est une vaillante ménagère ; elle se lève 
dès le petron-minette. « 

Je crois connaître l'étymologie de cette locution, 
petron-J acquêt. De tous les travailleurs, le jardinier est 
sans contredit le plus matineux. Dès 3 heures du matin 
en été, 5 heures en hiver, il apporte ses légumes au mar- 
ché. Ce marché se tenait, avant la construction des 
halles des Lices, sur la place du Champ-Jacquet et dans 
les rues adjacentes ; de là petron-Jacquet, goule de Champ- 
Jacquet, dictons encore en usage dans le monde des 
regrattières et des petits marchands. On se lève dans 
ce monde-là dès le petron-Jacquet . — Les uns disent 
pétro ; d'autres pêtron. 

II se pourrait aussi que cette locution nous vînt de 
Normandie, où l'écureuil est appelé Jacquet ; car je 
trouve dans Littré qu'on l'emploie également chez 
nos voisins ; seulement ils disent patron-Jacquet, et 
non petron. 

SARTHE : Patron minette. — norm. : Pairon-Jacqiiet. — 
CENTRE : Se lever à patron- Jacquet. 

Peuton, s. m., gros ver blanc qui se transforme 



— 284 — 

en hanneton. (La Guerche). — A Rennes, c'est le 
turc. (V. ce mot). 

Peux, s. m. pi. Les Malouins nomment peux la 
bouillie de gruau que nous appelons groux. (V. ce 
mot). — Le mot peux trouve son étymologie dans le 
petit bruit que produit la bouillie lorsqu'elle est en 
ébullition. C'est un mot imitatif, une onomatopée 
(comme disent les savants). 

Phalle, Voy. Faïe. 

Phips, s. m., mélange de liqueurs. Ce mot, d'ori- 
gine récente, a dû être importé chez nous par un 
étranger. 

Piacher, v. a., mâcher, manger du bout des 
dents. — « Privé d'appétit, le pauvre malade piachait 
les aliments sans pouvoir avaler. » (Voy. Piacher). 

Piafferie, s. f., denrée, étoffe, marchandise de 
mauvaise qualité ou d'un mauvais usage. — o Cela 
semblait bon, mais ce n'était que du clinquant, de la 
piafferie. » — « Madame n'aime que le beau, et n'a- 
chète point de piafferie. » 

Picard, s. m. Les gueux donnent ce nom aux 
poux qui les piquent. — « Adsi, picard, » disait un 
vieux mendiant en faisant le tour de gueux, « tourne 
ton dos vers le mien, tes jambes me blessent. » — 
Le « tour de gueux » est un certain mouvement du 
corps qui a pour effet de déplacer l'insecte importun. 



— 28s — 

Pichet, s. m,, cruche à bec, en terre commune, 
dans laquelle les gens du peuple mettent leur piot. 
(Voy. ce mot.) — « Dites, vaisin, si j' vidions cor 
un aut'c pichet ?» — a Allons, beuvons, et pée (et 
puis) nous z'n'allons. » 

BESCH. : Pichet, sorte de broc. — trév. : Pichet, picher, 
piché. — SARTHE : Pichet. — norm. -.pichet, servant de 
bouteiOe à cidre. — centre : Pichet, petit broc de terre, 
pot à eau. — (duc). Picarium, picherius, picher, pichier, 
vase à mettre les liqueurs ; mesure. 

Picot, s. m., plantoir des jardiniers. — Avec le 
plantoir, on plante des choux, des betteraves, le colza, 
le tabac, etc.; mais avec le picot, on pique les pois, 
les salades. 

Piécette, s. f., pièce d'étoffe qui se trouve à la 
partie supérieure du tablier des femmes, et qui 
garnit la poitrine. 

Pie-courte (Danser la), c'est sauter à pieds- 
joints, accroupi sur ses jarrets. Ce mouvement rap- 
pelle celui que font les pies qui sautillent. — 
M. Duhamel, de l'Institut, quoique très âgé, aimait 
encore cet exercice qui entretient la souplesse des 
membres. Dans ses voyages à Rennes, j'ai quelque- 
fois dansé la pie-courte avec lui. 

Pied-de-banc, s. m., grand pied plat. — Le 
docteur R.., quoique de petite taille, a des pieds-de- 
banc longs d'une coudée. — Les troupiers donnent 



le nom de pied de banc au chevron qui orne la man- 
che d'un soldat rengagé. 

Pigaler, v. a., piétiner, fouler avec les pieds. — 
« Cet animal a pigalè les plates-bandes de mon 
jardin. » (Voy. un exemple cité au mot Blaterie), 

Piger, V. a., pincer, attraper. Ce mot, assez 
moderne, n'est guère employé qu'à la ville, dans les 
cafés et autres lieux fréquentés par les étudiants. 
Etre pigé au jeu, c'est perdre. — Un écolier dira : 
« Je vas IQ piger (te corriger, te battre). » — Ce mot 
est français dans un autre sens, qui, du reste, se 
rapproche un peu de celui qu'on lui donne ici (terme 
du jeu de bouchon : piger, mesurer quel est le palet 
le plus près du bouchon). — On sait que le mot 
pigeon s'emploie pour désigner la dupe d'un fripon. 

CENTRE : piger, m. sg. — xorm. : piger, battre, rosser. 

Piglé, ée, adj., ayant un visage taché de rous- 
seurs. — « Elle serait jolie, si elle n'était piglèe. » 
(Voy. Piverté.) 

Pignard, adj., au iém.,pignette, au p\ur. pignoux ; 
enfants pleureurs, pleurnicheurs. On dit aussi 
pignoche. 

Pigner, v. n., pleurer, pleurnicher. — «Quelen- 
fLtnt désagréable pour pigner toujours !» — Se dit 
aussi d'une personne maladive, d'une santé délicate, 
qui se plaint : « Elle n'est pas précisément malade, 



— 287 — 

mais elle pignc toujours. » — « Q.ui pignc vit ». 
(Proverbe). 

KORM. : pigiicr, crier eu pleurant, se lamenter bruyam- 
ment. 

Pile, S. f., synonyme de volée, brûlée, raclée, 
flaupée, tripotée, etc.... — « Il a reçu une pile soi- 
gnée. »* 

CENTRE : pile, m. sg. 

Piler, v. n., marcher sur, piétiner. — « Prenez 
donc garde. Monsieur, vous pih'i sur ma robe. » 
— Madame T.... fut reconnue comme Rennaise, 
pour s'être servie de cette locution dans un salon 
de Paris, (i) — Nos petits enfants, dansant en rond 
sur la pelouse, chantent : 

Passe par ici et moi par là, 
L'herbe piléc reviendra. 
Pilons, pilons, pilons l'herbe, 
L'herbe pilée reviendra. 

BESCH. : SARTHE : pil*r, m. sg. — n'orm. : piler, mar- 
cher, mettre le pied sur... — centre : piler, tasser, 
fouler, presser. 

Pile-miche, s. m., grand mangeur. 

Piler du poivre, locution pop., être gêné dans sa 
marche, par sa chaussure, à la suite d'une longue 

(i) On reconnaît encore une Rennaise par ces locutions 
toutes locales : — « Une pierre de sucre. » — « Quelle heure 
est-il ? — «Le quart moins de midi. » 



î88 



course, ou pour toute autre cause. — « Il est temps 
d'arriver, mon ami, vous pilc^ du poivre. » 

Pincé, ée, adj., fat; serré dans ses habits, dans 
son corset ; prétentieux dans sa mise, dans sa 
démarche. — « Il se donne un air pincé qui ne lui va 
guère. » — Voy. sucrée. 

ACAD. : pincé, qui a un .air d'iifféterie. 

Pinçon, s. m. On appelle ainsi à Vitré l'onglée 
ou l'engourdissement des doigts par le froid. — Vient 
de pincer ; le froid piquant vous pince. — A Rennes 
on appelle aussi pinçon le fait de se pincer un doigt, ce 
qui laisse un bleu sans entamer la chair ; mais dans 
ce sens il est français. 

SARTHE : Plnçonnce, m. sg. 

Pineau, s. m., pièce de monnaie de la plus mi- 
nime valeur, le denier, le liard, aujourd'hui le cen- 
time. — « Il était sage, pourvu qu'il n'eût pas un 
pineau dans sa poche. » 

Rabelais donnait ce nom au bon vin blanc de Chi- 



BEScn. : pineau, misin petit et noir dont on fait le 
meilleur vin de Bourgogne. 

Pinter, v. n. Du substantif /)/«/<' nos buveurs ont 
fait le verbe pinter. — « Le bonhomme aimait 'a pinter 
avec ses amis, » c. à. d. à vider les pintes. 

ACAD. : Pinter, faire débauche de vin. Pop. — centre : 
Pintcnr, buveur. 



— 289 — 

Pionne, s. f. corvée, prestation en nature. — 
C'est en rechignant que le paysan s'en va à la 
pionne. 

Piot, s. m. C'était du temps de Rabelais « la 
« purée septembrale. » C'est encore chez nous le 
cidre. -^ « Ah ! mon ami, quel bon piol ! » — Ce 

mot restera éternellement jeune c'est-à-dire tant 

que les Rennais boiront du cidre. 

ACAD. : Piot, vin. Pop. <i C'est un homme qui aime le 
piot. » — BESCH. : Piot, vin. Aimer lepiot. Vieux et pop. 
Se trouve dans Regnard. — trév. : Piot, terme bur- 
lesque qui signifie le vin. — norm. : Piot, cidre. Pioter, 
boire à l'excès. 

Pipée, s. f. C'est le contenu d'une pipe. Nos 
paysans disent : fumer une p'pcc, deux pipccs. Je 
trouve qu'ils ont eu raison de créer ce mot, et qu'ils 
sont plus rationnels que l'habitant des villes qui dit : 
fumer une pipe, puisque ce n'est pas le contenant, 
mais bien le contenu qui est fumé. — « Camarade, 
donne-moi une pipée de tabac. » — « Avez-vous 
connu le père Jean, qui était toujours en quête d'une 
pipée ? » 

Piper, V. n., quelquefois employé ^owr fumer. 

Pipoux, s. m., fumeur. Se dit en mauvaise part 
d'un homme qui a toujours la pipe à la bouche. 

Piqueron, s. m., dard, aiguillon, épine. — « J'ai 
un piqueron dans le doigt. » — Les abeilles, les 

19 



— 290 — 

guêpes, quand elles vous piquent, laissent leur 
piqucnvi dans la plaie. 

Pirlipipet, s. m., expression usitée dans le jeu du 
giiillct. (Voy. ce mot). Faire/i/V/^^/^Jt'/, c'est faire sauter 
en Tair le giiilkt et le recevoir plusieurs fois sur la 
raclette ou baguette avant qu'il ne retombe à terre. 
(Nous disons raclette pour raquette.) — On donne 
aussi quelquefois au giiilkt lui-même le nom de pirli- 
pipet ou de pirli. 

N'ORM. : pii'U, jeu des enfants. 

Piroton, s. m., petite oie. Une couvée de 
piratons. — En Saintonge on dit piron. — Par exten- 
sion, nous appelons piratons une bande de petits 
enfants. — Il e.xiste une espèce d'oiseau du nom de 
pirot. 

BESCH. : piron, jeune oie^ oison. — sarthe : pirottc, 
petite oie. — norm. : pirot, petit de l'oie, oison. Pirolle, 
oie femelle. — centre : piron, oison, quelquefois l'oie. 

Pirvire. Cuire un morceau de viande à la 
pirvire, c'est le faire cuire suspendu devant le feu par 
une ficelle, qui, en tournant, fait office de tourne- 
broche. — On appelle aussi pirvire un toton, sorte 
de bouton plat, en bois, traversé par une cheville ser- 
vant de pivot sur lequel on le fait tourner avec une 
grande rapidité. 

Pirvire, ée, adj., vif, colère, écervelé, qui tourne, 



— 291 — 

va et vient, s'évertuant pour ne rien faire de bien. 
C'est le supcrblalif de l'irc. (Voy. ce mot). 

Pisse-pourceau, s. m., lambin, lent à la 
besogne. (Liquide qui ne tombe que goutte à goutte). 
— Ce mot est très-imitatif. 

Pitau, s. m. C'est le jeu du bouchon, que nous 
appelons aussi la drue, la galoche. (V. ces mots). 

Piverté, ée, adj., visagepmT/t', tachéde rousseurs. 
Est syn.depiglc. (V. ce mot). Piverté vient évidemment 
de pivert ; le plumage de cet oiseau est en effet mou- 
cheté comme la peau du visage chez quelques indi- 
vidus. 

Placard, s. m. Nous appelons ainsi les billets ou 
invitations à un enterrement. — « La mortalité a été 
grande cet hiver ; en rentrant chez soi, on était à 
peu près sûr d'y trouver un placard. » 

Place, s. f., plancher, sol de l'appartement. — 
xVu saut du lit on met le pied dans la place. — On 
balaie la place. 

CEXTRE : XORM. : place, m. sg. 

Placher, Piacher, v. a., mâcher avec peine, 
tourner avec la langue les morceaux sans pouvoir les 
avaler. C'est le verbe français pignocher. — Placher 
châtaigne, c'est dire à une personne ce qu'on a sur le 
cœur, lui adresser de vifs reproches. «Je vais lui 
placher châtaigne. » (Dicton pop.) 



— 292 — 

Placis, s. m., petite place. — Devant une église 
c'est le parvis. Nous avons à Rennes le placis Saint- 
Germain, h placis Saint-Sauveur, de Toussaints, de 
TronjoUy, etc. 

Placré, ée, adj., ressemblant; d'une ressemblance 
parfaite. — « Cet enfant, c'est son père tout placrè.t) 
— « Vra3'ment, c'estes vous tout poché. » (Maître 
Patlielin). 

Plaisant, adj., employé à l'égard d'une per- 
sonne avenante, aimable. — « Voilà une jeune fille 
bien plaisante. » — « Cette habitation est plaisante. » 

NORM. : plaisant, agréable, qui plaît, avenant. — centre : 
plaisant, m. sg. (Voir Rabelais). 

Plante (Avoir), avoir pied dans l'eau. — «Ne 
vous baignez pas au Cabinet-Vert (l'une des baignades 
de Rennes) ; car vous n'y ave\ pas plante, ou : // n'y 

a pas plante. » 

Plée, s. f., pluie. — ti La plée va cor cher anet ». 
(il va encore pleuvoir aujourd'hui). 

CENTRE : plciie, pluie. 

Plein (tout), beaucoup, grande quantité. Cette 
locution est employée à la ville comme à la cam- 
pagne. — « Il y avait tout plein de monde hier à la 
procession du Sacre. » On trouve cette expression 
dans Montaigne. 

ACAD. : Tout plein, beaucoup. Très fam. 



— 293 — 

Pluche, s. f., laine cardée et filée, provenant de 
vieux habits. — Syn. dt penille. (Voy. ce mot). 

Plumas, s. m., ailes coupées des oies, avec les- 
quelles les ménagères balaient les cendres du foyer. 
Cet ustensile remplace, dans les petits ménages, le 
balai ou le plumeau. 11 est souvent emporté sous les 
meubles par le chat ou par le chien, qui y trouvent 

encore quelque chose à roucher : — « Et fuyaient 

à la roupte reguardans derrière soy, comme ung 
chien qui emporte un plumail. » — (Rab. Gargan- 
tua, ch. 35^. — C'est surtout avec les ailes droites 
des oies qu'on fait les plumas, parce qu'elles sont plus 
cfamain. (V. ce mot.) — o Où va-t-elle ainsi trahier 
SQS plumas ? » terme de mépris à l'égard d'une femme 
affichant un luxe de toilette qui n'est pas en rapport 
avec sa position sociale, ou qui, par exemple, portera 
des plumes à son chapeau. 

SARTHE : plumas, m. sg. — xorm. : pleiunas, plumas, 
petit balai de plumes. — centre : plcumas, pleumat, 
pleitmasseau, plumeau consistant en une aile d'oie ou 
autre volaille. 

Pocard, s. m. C'est le nom que les écoliers 
donnent au pâté ou tache d'encre, qui s'appelle aussi 
pochoii. — On reconnaît les mauvais écoliers aux 
nombreux pocards dont leurs cahiers sont couverts. 

XORM. : pochard, pochet, pâté, goutte d'encre sur un 
papier. 

Poche, s. f., petit cidre fait avec la lie restée au 



— 294 — 

fond des tonneaux. — Dans mon enfance, les pauvres 
gens payaient cette boisson deux liards le litre ou un 
sou le pot. On pouvait alors se griser à bon marché 
(heureux temps !), cav h\ poche ne laissait pas que 
d'être très capiteuse. — Aux environs de Saint-Malo 
on dit poiiclic. 

Poche, s. f., faux pli des habits. — Se dit par 
extension des rides de la peau du visage et des mains. 

— « Bonhomme, bonhomme, à qui la face po- 
chonne ! » (Cri des enfants). 

Pochon, s. m., petit sac en papier ou en toile, 

— « Il serrait son argent dans un pochon. n 

Pochonnée, s. f., contenu du pochon. — Une 
pochoiim'e de bonbons, de raisins, de farine, de mon- 
naie, etc. 

Pochonner, v. a., garder quelque chose dans 
ses poches. — Il est des fruits qui gagnent à être 
pochonnès ; tels sont les cormes, les olives, qui attei- 
gnent plus vite leur maturité. — Le verbe pochonner 
es* aussi emploj-é dans un autre sens, avoir des plis, 
des rides ; il dérive alors dt poche. (Voy. poche). 

Pocre, s. f., grosse main. S'emploie surtout au 
pluriel. « Quelles pocres il a ! » — Dans le monde 
élégant (!) on dit d'une personne pourvue àt pocres, 
qu'elle a des ahalis canailles, 

Poganne, adj. m. et f. C'est une personne peu 



— 295 - 

propre ou peu soigneuse, espèce de colin-tampon, 
dans tout ce qui tient aux choses' de la cuisine. 

Vers 1814, Rennes possédait un faisoux (fabricant) 
de galettes du nom deNelleau, et surnommé Poganne, 
qui est resté légendaire. Ce surnom lui avait été 
donné sans doute parce que sa profession est tou- 
jours exercée par des femmes. Il ne s'en fâchait pas 
d'ailleurs, et répondait volontiers au nom de Poganiie. 
Son échoppe, située sur l'emplacement d'une maison 
qu'il fit bâtir plus tard rue Beaurepaire ou Motte- 
Fablet, et qui porte le n° 6, était, à l'heure de midi, 
le rendez-vous des étudiants et des ouvriers des deux 
sexes, qui s'y régalaient à peu de frais. Un petit 
journal ayant pour titre Le Foyer, (i) qui parut à 
Rennes en 1837 et qui s'éteignit en 1842, consacra à 
Poganneun article fort élogieux. « Pogaime, y est-il dit, 
à ses autres qualités ajoutait celle d'un bon patriote. 
Lorsque les Prussiens occupèrent Rennes en 18 14 et 
181 5, il leur refusa toujours sa porte et sa marchan- 
dise. » Cet article avait pour épigraphe les deux vers 
suivants, parodie de deux vers de la Satire III de 
Boilcau : 

(i) Le Foyer, journal-programme du théâtre, était rédigé 
par un groupe de jeunes étudiants des Facuhés de Rennes. 
C'est dans ce petit journal, qui eut souvent maille à partir 
tant avec la municipalité qu'avec les directeurs et artistes des 
troupes dramatiques et lyriques, qu'un poète ùe vingt ans, 
devenu célèbre, publia ses premiers vers, qui n'ont, — je 
me hâte de le dire, — aucun rapport avec ceux qui lui ont 
valu plus tard un des quarante fauteuils de l'Académie fran- 
çaise. — J'ai nommé I.econte de Lisle. 



— 296 — 

« Pogaune c'est tout dire, et dans le monde entier 
a Jamais oncques ne fut un meilleur galetier. » 

Poganner, v. a., syn. de tamponner, travailler 

malproprement tout ce qui se manipule avec les 

mains. — « C'est mal fait, c'est poganne. » — « Ne 
poganiie^ pas ma marchandise. » 

Pogannier, ière, adj., qm poganne. 

Pogassier, ière, adj. Ces trois mots poganne, 
pogannicr, pogassier, sont à peu près synonymes ; 
cependant le dernier n'a pas tout-à-tait la même 
signification : il s'applique à la personne qui farfouille 
et prend à pleines mains et brutalement les choses 
ou les objets fragiles et délicats : « Vas-tu b'entôt 

fini', vilain pogassier, j'vas l'dire à la bourgeoise 

sens tes dats à c't'houre-ci (à présent). » 

Poignart, s. m., jeune plant d'arbre fruitier, 
dont le pied, vers son milieu, a la grosseur du poi- 
gnet, peut être saisi avec la main fermée. Se dit par- 
ticulièrement du jeune pommier propre à recevoir la 
greffe. — Les baux ruraux contiennent presque tou- 
jours cette clause : « Les pommiers morts seront 
remplacés par des entons /wo-Hrt;/5, que le preneur 
greffera et garantira pris. » 

Poigne, s. f., abréviation de poignet. Ce mot est 
toujours accompagné des adjectifs bon, solide. — 
« C'est un gars qui nous donnera un fameux coup 



— 297 - 

de main, car il a une bonne poigne. » — Prononcez 
pogue, comme dans poignet. 

ACAD. : poigiic, mot pop., la force du poignet. — norm. : 
pogiie, main, étreinte de la main, la force du poignet. 
poignie, poignée. 

Poil, S. m., réprimande. — Voy. ses synonymes : 
galop, perruque, savon, suif. 

Poires du Bon-Dieu, s. f. pi., nom donné 
par le peuple au fruit rouge de l'aubépine ou épine 
blanche. 

Pois de raies, s. m. pi. On appelle ainsi les 
haricots verts, pour les distinguer des haricots rames, 
et parce qu'ils sont piqués en raies. 

Polka, s. f, — Les femmes des environs de Rennes 
ont donné ce nom au bonnet qui, depuis quelques 
années, a remplacé la catioUe qu'elles portaient de 
temps immémorial. — Pourquoi ont-elles emprunté 
ce nom à l'espèce de danse introduite dans nos salons 
il y a une trentaine d'années ?Je l'ignore absolument. 
Toute recherche pour le savoir serait, je crois, infruc- 
tueuse. (Voy. CatioJk.) 

Ponace, s. f., derrière de la poule, par où elle 
pond son œuf. — Nos gamins disent, par extension : 
« Je vas te soulever la ponace. » (Je vas te donner 
du pied au derrière). 

Ponée, s. f., couvée, et, par extension, grand 



— 298 — 

nombre d'enfants. — a Plus les pauvres gens tirent 
dur (plus ils sont misérables), plus ils ont de ponée. » 
— On comprend que ce mot vient de pondre. 

CENTRE : poncr, ponncr, pounev, pondre. 

Poniche, s. f. , taloche, horion, mauvais coup- 
(V. Pauniche). 

Poquette s. f. , étui de forme ronde, dans lequel 
les femmes renferment leurs aiguilles et leurs épin- 
gles. Il nous vient sans doute de l'anglais pocket, 
poche. Dans quelques communes de l'arrondissement 
de Saint-Malo, la poqiuite est une èpilloiière, (de épilles 
épingles). — Au siècle dernier, on donnait encore ce 
nom à une petite viole à l'usage des maîtres à danser. 
(C'est la pochette.) 

Portail, s. m., grande porte extérieure s'ouvrant 
à deux battants ; ainsi : la porte cochcre. Au plur. 
les portails. 

SARTHE : portail, m. sg. — norm. : portai, portail, 
grande porte, porte charretière, porte cochère. — 
CENTRE : portai, portau, m. sg. 

Possaud, aude, s., personne qui mange iTialpro- 
prement, qui répand sur ses habits, qui prend avec ses 
doigts dans son assiette. — « Voyez ce petit possaud 

mal élevé qui mourvc dans son écuelle. » 

Possauder, v. n., faire des saletés en mangeant. 
Possauderies, s. f. pi., saletés, incongruités 



— 299 — 

filites par les possaiids à table ou ailleurs. — Ne s'em- 
ploie guère qu'au pluriel. 

Pot"eau, s. m. ; des trois mois pot-à-Veau, nous 
avons fait pot-eau ; les gens du peuple prononcent 
pot-iau. — Le pot-eau est une cruche en terre de forme 
allongée. — « Encore un pot-eau de cassé ! » 

Pouceyer, v. a., presser avec le pouce. Se dit 
surtout de la pression exercée sur certains fruits, 
pêches, pommes, poires, pour s'assurer de leur 
maturité. — Les marchandes défendent aux acheteurs 
de poueeyer leurs marchandises, elles ont raison ; car, 
outre la trace que laisse le pouce de sa pression, le 
fruit est bientôt gâté à l'endroit de cette meurtrissure. 

Poue, s. f. , peur. — « Ah ! que vous m'avez 
fait poue ! » — « Je ne suis pas mort de ma der- 
nière poue. » 

N'ayes point paour, mon varlet, 
Moi qui suis ton père Raulet. 

(Farce de maistre Mimin, 16" s.) 
II sue de paour qu'il a. 

(Le même). 

NORM. : Poiw, poc, peux, peur. Forme ancienne, pour, 
paour (pavor). 

Poué, S. m., pou. — Rabelais nomme les poux 
éparviers de Montagu ; nous les appelons aussi picards. 
(Voy. ce mot). — « Va, fainéant, vaurien^ si tu 
continues, les pouès te mangeront. » 



— 300 — 

Pouerre ou Pouherre, s. m., petit cochon. — 
Dans quelques localités on nomme aussi poiicrre la 
herse à dents de bois dont se servent les agriculteurs. 
Pouerre est aussi du genre masculin dans cette der- 
nière signification. 

Pouherser, v. a., qu'il ne faut pas confondre 
avec J.k'rscr. (V. ce mot). Après un labeur profond 
avec la charrue, on emploie la herse pour prendre 
en travers les sillons et rejeter les terres dans les 
raies ; cela s'appelle /'o«^«-5^r. Après cette opération, 
on passe le rouleau, et le sol est dès lors en état de 
recevoir la semence. 

Pouillard, s. m., jeune perdreau qui n'a pas 
encore toutes ses plumes. Terme de chasseur. 

NORM. : pouillard, m. sg. 

Pouillement, s. m., vêtement. C'est particuliè- 
ment la veste du paysan, la brassière de sa femme, ou 
vêtement à manches, 

Pouiller, v. a. — Se pouiller, se vêtir, endosser 
le vêtement à manches. — Pouiller sa veste, son 
corsage. 

SARTHE, NORM. : poiiilkr, m. sg. 

Pouillerie, s. f., chose ou objet de mauvaise 
qualité ou de qualité inférieure. Se dit surtout des 
denrées, des étoffes de rebut. — « C'est de la pouille- 
rie, » 



— 301 - 

BF.SCH. : pcuillcrie, grande malpropreté, extrême pau- 
vreté. — NORM. : poiiilleiic, action de vaurien. — cen- 
tre : poiiillcrie, misère profonde, Foiiilloii, s. m. 
taudis. 

Poulette, s. f. ampoule, cloche (cloque) qui sur- 
vient aux pieds ou aux mains à la suite d'une longue 
marche^ ou d'un travail forcé. 

SARTHE, NORM., CENTRE : pOllIfttc, m. Sg. 

Poupette, s. f., coiffure des paysannes dans le 
canton de Chàteaugiron (lUe-et- Vilaine). Les pou- 
pettcs, comme les catiolles, tendent à faire place à la 
polka, (V. ce tnot). Cela est regrettable ; car cette 
coiffure est assez gracieuse, étant généralement bien 
portée par les femmes de ce pays. 

Pouponner, v. n., prendre soin dus poupons. — 
Telles bonnes n'aiment pas servir dans les ménages 
où il ftut poKponiier ; telles autres, au contraire, 
aiment à pouponner, et s'attachent avec une ten- 
dresse toute maternelle aux petits enfants dont elles 
ont pris soin. 

Pourcel, s. m., (plur. :/w/;7rw/(.v,) porc, cochon. 
— Au I2« siècle, on écrivait /Jora-/, porciaux. 

NORM. : pourchiau, m. sg. 

Pourcousser, v. a., pourchasser. — alWtpour- 
coussait à travers champs sans pouvoir l'atteindre. » 

NORM, : pourcacher, m. sg. 



— 302 — 

Pourfiche, s. f., instrument de fer en forme de 
spatule, pour enlever l'écorce du chanvre ou du lin, 
avant de lui faire subir l'opération du slan. (V. ce 
mot). 

Pourfire, v. a., terme de maçon, de terrassier ; 

enduire les murs de terre ou de plâtre. (Norm.) 

Pourginée, s. f. , poussinée, grand nombre 
d'enfants. — « On rencontre souvent mon ami B... 
au Thabor, suivi de toute sa pourginc'e. » — On dit 
aussi quelquefois, mais plus rarement hourginêe. 

Vieux Fr. : ponrgine, race, progéniture. Progeiiics 
(duc). 

Pouroux, ouse, adj., peureux, euse. — (Voy. 

ponc.) 

NOR.M. : pourciix. m. sg. 

Pourpris, s. m., terrain ou verger attenant à la 
ferme ou à la maison de campagne. 

BESCH. : pourpris, enceinte, enclos, demeure. (V. La 
Font). Vieux mot. — trév. : pourpris, vieux mot qui 
signifi.iit enclos, enceinte, clôture de quelque lieu sei- 
gneurial, château, maison noble, église. Conscptum. 
Dans le pays de Caux on appelle encore manoir et 
pourpris l'enceinte des maisons à la campagne qui appar- 
tient à l'ainé par préciput. Le pourpris d'un camp, etc. 
— Vieux Fr. : pourprinse, pourpris, pourprissure, enclos, 
enceinte, lieu fermé de murs ou de haies, porprisum. — 
l'orprcheudcre, pourprendre, environner, entourer, — 
(duc). 



— 303 — 

Pourrir, v. n., pour aboutir. Se dit d'un mal 
blanc arrivant à maturité. 

Pousser, v. a., donner à ses enfants une éduca- 
tion tendant à les élever à une position supérieure à 
celle des parents. — «Notre jardinier s'est imposé des 
privations pour pousser ses garçons ; il en a fait des 
prêtres*. » — On dit ironiquement d'un jeune homme 
qui a renoncé à poursuivre au séminaire ses études 
ecclésiastiques : « Il a poussé contre l'Eglise. » 

Poussiéreux, euse, — Poussiéroux, ouse, 

couvert de poussière. 

CENTRE, NORM. : poussiéreiix, m. sg. — BESCH. : poussié- 
reux, m. sg. — Poudreux est préférable. 

Pouteriaux, s. m. pi., soliveaux d'une maison. 
Poutrelles, petites poutres. 

Prangère ou Prangière, s. f. On donne ce 
nom à la sieste ou repos des laboureurs après le 
pranditiiii. 

Vieux Fr. : Prangière, l'heure du dîner. 

Prêcher, v. n., souvent employé dans nos cam- 
pagnes, pour parler, causer agréablement. — a C'est 
un homme qui a d'I'esprit et o^xA prêche b'en. » 

NORM. : Pn'chicr, prcchi, parler sentencieusement, ou 
simp. parler. 

Préchouaire, s. m., chaire à prêcher. 

Prée, s. f., féminin Aq pré. Nos tabellions l'em- 



— 304 — 

ploient encore quelquefois dans leurs actes : o Le 

champ de devant borné au nord par la prèc de la Pie, 
à l'est..,. » 

« Je vous rens grâce, ô déitez sacrées 
« Des monts, des eau.x, des forests et àts prccs. » 
(Philippe Desportes. 1546). 

« Il dort au bruit de l'eau qui court parmi les prèes. » 

(Ronsard.) 

« Mais errant par les bois, par les monts, par les pvccs. » 

(Ronsard.) 

Prévalaye (La). — Ce petit castel, célèbre par ses 
pâturages (i), et illustré par le séjour qu'y fit 
Henry IV au mois de mai 1598, doit sans doute son 
nom à la réunion des deux mots Prée, Vallée. Il est 
en effet situé dans la vallée de la Vilaine, à 3 kilom. 
à l'ouest de Rennes. Déjà, en cet endroit, la Vilaine 
n'est plus « vilaine ». C'est un charmant petit fleuve 
encadré de délicieuses prairies dans une grande partie 
de son cours. 

Dans une promenade que je fis un jour sur ses 
bords avec mon vieil ami E...., celui-ci s'indignait 
contre les géographes qui avaient baptisé d'un aussi 
vilain nom notre belle Vilaine, et il improvisa le 
quatrain suivant que j'ai retenu et que je suis heu- 

(i) Notre beurre de La Prévalaye jouit d'une réputation 
égale, sinon supérieure, au beurre d'Isigny. 



— 305 — 

reux de reproduire ici, bien que la prosodie ait un 
peu à souffrir : 

Vilaine, dites-vous ? cpithète menteuse. 
Tes eaux sont argentées, tes rives sont ombreuses, 
Ton nom est trop modeste, et je tiens pour certain 
Q.ue s'il y a vilain, ce n'est que ton parrain. 

SARTHE : CENTRE : Prée, m. sg. — norm. : Piei, s. m. 
pré. 

Prénoms, Il en est des prénoms comme 
des chiffons des dames : c'est aff'aire de mode. Jadis 
on ne trouvait dans les maisons aristocratiques que 
des Raoul, des Raymond, des Godefroy, etc. Plus tard 
le bas peuple s'appropria ces prénoms, dès lors ils 
furent abandonnés par la noblesse et la haute bour- 
geoisie, qui sont revenues aux noms les plus simples 
du calendrier. C'est aujourd'hui dans « la haute classe » 
qu'on rencontre les Jean, les Jacques et les Pierre ; 
c'est dans la chaumière ou dans l'atelier qu'on trouve 
les autres. 

Deux prénoms sont souvent réunis de façon à 
n'en former qu'un seul : Jean-Marie, Marie-Jeanne, 
Marie-Anne (Marianne), Jean-Louis, etc. 

Nous donnons ci-après quelques noms de baptême 
des plus populaires, à la suite du nom du saint 
auquel ils sont empruntés. La différence entre eux 
est telle parfois que les étrangers ne pourraient s'y 
reconnaître. 

20 



— 3o6 — 

Anne, Nanon, Ninette, Ninon, Nancy ou Nannecy. 

Antoine, Tony. 

Berthe, Bétrannc ou Bcriranne. 

Etiennette, Tiennette, Toinon. 

François, Francin, Francis, Francisque, Chinaud, 

pron. Chinao (environs de St-Malo). 
Françoise, Fanchette, Fanchon, Fancbonne, Francine, 
Franchonne, Cbonne, Chonnette (environs 
de St-Malo). 
Gilles, Gillette, Gilonne. 
Guillaume, Yaume, Yanmé, Yaumi. — Mêtau. — 

au féminin : Métine, Guillemette. 

Hélène, Léno. 

Jacques, Jacqiiot, au féminin : Jacqueline, Jacquetle. 
Jean, Jeannot. 
Jeanne, Jeannette, Jeanneton. 
JoACHiM, Hoche. 
Joseph, Joson. 
Julie, Juliotte, Jiilion. 
Julien, Jnliot. 
Louis, Louisic. 
Louise, Louison. 

Marguerite, Marguîle, Margot, Gothon. 
Marie, Manette, Manon, Marion. 
Marie-Louise, Marlise, 
Mathurin, Mathau, Matlin, Thurin. 
Mathurine, Thurine, Thiiriche. 
Michel, Michet, Michaud, Michon. 
Perrine, Peluche, Perrette, Perrolte, Pépce, (Tler- 
guerj, (environs de St-Malo). 



— ,0/ — 

Pierre, Pelot, Pipi, Pierrot. 

Reine, Reinette. 

Renée, Noton, Renoite. 

Sébastien, Sébastienne, Bastien, Basticnnc. 

Suzanne, SuÂ^ette, Stt~oii. 

Yves, Yvon, Yvonic. — Yvonne, Yvonnette. 

Bon nombre de ces prénoms populaires, encore 
très communs dans mon enfonce, tendent à dispa- 
raître. 

Presse, s. f., battant d'une porte. — Une paire 
de presses, les deux battants d'une armoire. — En 
anglais : press, armoire. 

NORM. : presse, sorte d'armoire basse. 

Présumablement, adv. — Ce mot nous vient 
de nos voisins de Normandie ; il pourrait être adopté 
par l'Académie, et personne ne s'en plaindrait. 

BESCH. : présumablement, m. sg. — Peu usité. 

Prime, adj., m. et f., se dit des fruits, légumes, 
produits de la terre qui végètent et mûrissent au 
commencement de la saison : — Pommes de terre 
primes. — Se dit aussi du sol. — Ce jardin est prime, 
parce qu'il produit des primeurs. 

ACAD. : prime, vieux mot qui signifiait premier. — 
BESCH, : prime, syn. de précoce. 

Procule, s. f., procuration. — « Je li ai envayé 



— 3o8 — 

ma prociûc pour toucher m'n hcrie (mon hcri- 
tage). 

NORM. : proculteux, procureur, proloculor. Procure, pro- 
curation. Vieux Fr. : procuUerres, procureur. Procurator. 
(duc). 

Pruneau, s. m., nom que les marins bretons 
donnent à leur chique de tabac, à cause de sa forme 
et de sa couleur. — « A mon tour, camarade, passe- 
moi le pruneau. » 

Pruner, v. n., se dit d'une femme qui commence 
une grossesse. — « A la nature de ses indispositions, 
on devine que la petite voisine /)r»;;t' ». — Dans quel- 
ques localités on dit cboircr. 

Prussien, s. m., synonyme de derrière. Ce 
mot s'emploie surtout depuis 1814, alors que les Prus- 
siens occupaient notre ville de Rennes. On dit encore 
aujourd'hui tomber sur son prussien. — La triste 
guerre de 1870 a encore ajouté à notre antipathie 
pour la race allemande, qui d'ailleurs nous le rend 
bien. (i). 

Puissant, ante, adj., bon, gros, gras, doué d'une 

(i). O Déranger ! poète de génie et de bon sens, quand 
donc les nations qui se disent chrétiennes pourront elles répé- 
ter de concert ton sublime refrain : 

Peuples, formez une sainte alliance, 
Et donnez-vous la main. 



— 309 — 

forte corpulence. — La Fontaine l'a employé avec 
cette acception dans la fable Le loup et le chien. 

ACAD. : puissant, qui a beaucoup d'embonpoint. Fam. 
— TRÉv. : puissant, m. sg. 

Pungeau, s. m., vase en fer blanc servant à pui- 
ser de-l'eau, comme son nom l'indique ; puii^er, pui- 
ser. Le pungeau semble aujourd'hui remplacé par les 
petits seaux ronds en zinc, dont se servent les Ré- 
beccas de nos jours. Peut-être ont-elles tort, car le 
pungeau, de forme aplatie comme les arrosoirs des 
jardiniers, me semble plus commode à porter. — On 
appelle pungeottèe le contenu du pungeau. 

Punger, v, a., plonger, puiser. — « Allez pun- 
ger de l'eau à la fontaine. » 

Puron, s. m., bouton sur la peau et au visage. 
— « Les filles n'aimaient point à l'embrassser, par- 
ce qu'il avait la face couverte de puions. » 

CENTRE : puron, petit bouton purulent. 



Q 



Qua, pron. conj., quoi. Prononcez ca, — « O 
qua, » avec quoi. — « Un p:tit qua, » un peu. — 



— 3IO — 

a II a de qiia, » il possède quelque chose, une cer- 
taine aisance. — a II a de qua faire, » il peut se 
sulfirc. 

NORM. : quai, m. sg. 

Quant, prép., avec. Prononcez qiiante. — « Elle 
a décampé quant lu » (Elle est partie avec lui). — 
(Norm.) — « Ils font dîner les valets à la table des 
maîtres, quant et quant eus. » (Mont.). 

Et les forets .1 vu plantes menues 
Q.ui quanl cl lui sont vieilles devenues. 
(Mellin de Saiut-Gel.iis). 

liESCH. : Quant et nous, avec nous. — trév. : quant 
s'est dit autrefois et se dit encore en Normandie pour 
avec : quant et moi. — norm. : quand et, avec. — CEX- 
TRF. : quand et, avec. 

Quart moins. — Nous disons à tort : « Il est 
le quart moins de midi, » pour : a. il est midi moins 
un quart. » 

Quem, s. m. Les écoliers de mon teinps disaient 
d'un camarade fier ou faisant l'important. « Il fait son 
queni. » 

Quémander, v. a., mendier, solliciter. — Un 
homme dans l'aisance, riche quelquefois, ne dédai- 
gnera point de quémander places et faveurs, soit pour 
les siens, soit pour lui-même. Le substantif quéman- 
deur est peu usité, bien qu'il puisse s'appliquer à bon 
nombre de gens. 



— 311 - 

ACAD., CENTRE : quémander, m. sg. — BESCH. : quéman- 
der, quémandeur . Ont vieilli. — trév. : quémcnder . — 
— N'ORM. : quémander, commander. Qucmand, quéman- 
deur, mendiant. 

Quenaille, pron. qu'nailk, s. f., petit enfant. — 
« Où allous promener vot' qu'iiaille ? « 

SARTHE : quenaille, m. sg. — norm. : quenaille, canaille. 
Quenaillon, bambin, petit enfant. 

Quéner, v. n., prê'cher, parler. (Vern.) 

Queniot, s. m., petit enfant, s'emploie surtout 
au pluriel. — « Ne dirait-on pas maman Gigogne 
avec tous ses queniots ? » — On appelle quenotles les 
dents des enfants. Queniot vient-il de quenottes, ou 
quenotte de queniot ? 

BESH. : quenotte, dent de petit enfant. Très fam. 

Quenot, s. m., mesure de grain ou d'avoine. 

Quérée, s. f., viande gâtée ou de mauvaise qua- 
lité. — « Ma cuisinière sait choisir les morceaux et 
n'achète point de quérée. » — On appelle aussi de ce 
vilain nom une femme de mauvaise vie. 

Quéri (En-), terme de couvreur. Couverture 
d'ardoise en plan vertical. 

Quet, ette, adj., chiche, avare. — Ouquet, ette, 
est le superlatif de quet. — Cette expression très usi- 
tée vient-elle de quêter, quémander, ou du bas-bre- 
ton quet, pas, point ? je laisse aux érudits le soin 
d'en décider. 



— 3^2 — 

Quet-quet (Etre en) ; cette expression très 
usitée, surtout dans nos villages, s'applique aux per- 
sonnes qui manifestent une joie bruyante, expansive, 
que rien n'explique. — On dit d'une fille qui agui- 
gne les garçons : « Te voilà bien en qitet-quet, 
Jeanne, aujourd'hui ! ». — On dit, avec la même 
signification : être en débit. (V. ce mot). 

Quette, s. f., cuisse. Les chiens lèvent la qtiette 
près des bornes. 

Quetterons ou Quétrons, s. m. pi., cerises 
ou merises tant soit peu desséchées au four, ou tom- 
bées de l'arbre. Dans mon enfance, nous achetions 
pour un ou deux liards de quetterons, que nous appe- 
lions aussi quéquettes. La cerise ainsi desséchée a un 
goût très fin. On en servait quelquefois sur la table 
des riches. Hélas ! depuis longtemps déjà les quette- 
rons ont disparu. Je le regrette pour les enfants. 

Queue-de-pêlette, s. f. C'est le nom que, dans 
nos campagnes, on donne au têtard avant sa trans- 
formation en grenouille. Il est à remarquer qu'il a 
en effet la forme d'un petit poêlon. — Rabelais la 
nomme gyrine. — J'aime à voir, par un beau temps, 
la queue-de-pi'lette frétiller dans nos ruisseaux. 

Quinqueuaise, s. f., petite faucille à scier le 

blé. 

Quo ! exclamation. Le gamin de Rennes l'emploie 

dans quelques jeux, par exemple au jeu du guilkt. 



— 315 — 

— Il dit : « Qiio de la raclette ! » — Oiio du bout ! 

— Oito de tout ! » C'est une faculté, un droit, que 
le joueur se réserve, ' de lancer ou de recevoir le 
guiïïet comme il l'entend. — (Voyez le mot Guillct ; 
j'y ai écrit : « co de la raclette, co du bout, co de 
tout », supposant que co était employé pour coup : 
mon lecteur choisira entre les deux orthographes co 
ou qiio.) 



K, 



Rabattre ses quatre mercredis, loc. popul., 
froncer les sourcils, exprimer par cette contraction 
du visage sa colère ou sa mauvaise humeur. — 
a Quand mon grand père rabattait ses quatre mercre- 
dis, il fallait s'observer et se taire. » — Mais pour- 
quoi quatre mercredis, puisque nous n'avons que deux 
sourcils ? — C'est sans doute qu'on rabat en même 
temps les cils de la paupière supérieure. (Voy. mer- 
credis). 

Rabine, s. f., avenue. — « Il aimait à se prome- 
ner dans sa raline. » 

BEScii. : iiihine, nom donné dans le Morbihan aux ave- 



— 314 — 

nues en arbres de futaie. — Vieux Fr. : rahiue, espèce 
de bois qu'on n'a pas coutume d'émonder. (duc). 

Râcau (En), se dit des chattes en chaleur. — 

« Elle est en nicau, vot'e chatte, mère Michelle. » — 

Ce mot semble emprunté au latin racha, iou, ou 
racarrc, crier comme les tigres. 

Raccorder (Se), v. pron., se réconcilier. — 
« Brouillés depuis longtemps, les deux frères se sont 
raccordés. » 

Râche, s. f., gourme, éruption qui survient à la 
tête et au visage des petits enfants. — « Tous les 

enfants de M'"^ ont eu la rdche. o — D'après un 

préjugé populaire, il faut se garder de provoquer 
la guérison de la rdchc ; elle doit disparaître natu- 
rellement. 

Râchoux, ouse, adj., qui a la rdche. « Enfant 
rdchoiix. » — Se dit encore d'un objet rugueux au tou- 
cher, et encore d'une personne hargneuse et d'un 
abord désagréable. 

BESCH. : râche, maladie cruptive de la tête. Inus. — 
CEXTRE : niche, gale, teigne. — Vieux Fr. : rachc, gale, 
teigne, (duc). 

Raclée, s. 1., grêle de coups. Syn. de brûlée, 
tlaupée, volée. 

.\c.\D. : raclée, m. sg. Pop. — centre : raclée, m. sg. 

Raclette, s. f., petit bâton aplati à l'un des bouts 



— Jl) — 

et dont se servent les eniants dans les jeux du giiillct 
ou de la tixqiie au bois (la balle) ; c'est aussi la ra- 
quette du volant. 

Rafale, adj., qui a essuyé les rafales de l'adver- 
sité. On reconnaît le rafale à sa tenue de Robert- 
Macayre, chapeau effondré, habit graisseux, pantalon 
multicolore ; ses bottes éculées reniflent l'eau du 
ruisseau. — Lynol et Ricard ont francisé ce mot de- 
venu populaire. 

NORM. : rafale m. sg. — besch. : rafale, m. sg. Ex- 
pression vulgaire, mais .assez usitée. 

Rafouin, s. m., odeur qui s'échappe des langes 
des enfants au maillot. — « Ne me parlez pas des 
mères dont les enfants sentent le rafouin. » — Ce 
mot s'applique aussi à l'odeur nauséabonde et carac- 
téristique que portent avec elles les personnes mal- 
propres. On dit aussi d'une habitation tenue malpro- 
prement et peu aérée, qu'elle sent le rcnjernié, qu'elle 
sent le rafouin. 

Ragaler, v. n., farfouiller, mettre du désordre 
dans ses recherches. — « ^'ous ragah'i sans jamais 
rien trouver. » — « Les rats et les souris ragalent 
dans ma chambre. » 

Ragosse, s. f., arbre rabougri. — Souche ou 
racine d'un arbre. — Par extension, une personne 
grosse, courte et mal faite. — C'est le mot ragot 
féminisé. 



- 3i6- 

Raitiée, s. f., (Prononcez rèciéé). C'est l'après- 
midi dans les longs jours de l'année. C'est aussi la 
collation ou léger repas que prennent nos laboureurs 
sur le lieu de leurs travaux. — Vers deux heures, on 
leur porte la raitiêe. — « Que ferons-nous cette 
raitièc ? » — — Nous devrions peut-être dire reciée 
ou rcssiiT, mais Rabelais lui-même l'orthographie 
différemment. 

Raitionner, v. n., prendre la raitiêe, la colla- 
tion. Rabelais a dit : « puis entrarent en propos 

de rcciiicr en propre lieu (Gargantua, liv. 1, ch. 5) ». 
— « Vous dictes qu'il n'est desieusner que d'escho- 
liers, disner que d'advocatz, rcssiner que de vigne- 
rons. » (Pant. liv. i, ch. iG). 

Ramasser (Se), v. pron., rentrer chez soi. — 
« Sa femme lui faisait des scènes, parce qu'il se ramassait 
basse-houre (tard). » — S'emploie aussi comme ver- 
be actif. Ramasser son linge, sa récolte, pour serrer, 
rentrer, etc. 

Ramberge ou Lamberge, s. f., herbe verte 
qui croît abondamment dans nos champs après la 
récolte du blé noir. Elle est nuisible aux vaches ; 
aussi ne les fiùt-on guère pâturer dans les champs où 
elle se trouve. 



BESCH. : ramhcrge, nom vulgaire de la mercuriale an- 
nuelle. 



— 317 — 

Ramener, v. n., cracher. — « Il niDiàie facile- 
ment ; son rhume pourrit. » 

Randonnée, s. f., flux de paroles inutiles, gros- 
sières ou grondeuses. — « En avez-vous assez dit ! 
quelle randonnée ! » — C'est le mot français signi- 
fiant marche de longue haleine, appliqué à la lan- 
aue — « Vous me chantez toujours la même ran- 
donnée. » 

NORM. : randon, randoiinagc, discours sans fin, rab.îchage 
fastidieux. Randomcr, rabâcher. — Vieux Fr. : randn- 
uèe, discours, harangue. Randonnée, impétuosité. — 
(duc). 

Rang (En), se dit des vaches devenues laitières 
après avoir vêlé. 

Rangeau, s. m., seau en bois de châtaignier 
fort en usage chez nous. Je l'écris rangcau parce qu'il 
sert à puiser de l'eau, et pour rester fidèle à son éty- 
mologie. Le marchand écrirait certainement ranjot. 
Le rangeai! et la seille, c'est tout un. 

Rangeautée, s. f. C'est le contenu du ran^eau. 
— « Va, Jeanne, quérir une rangeautée d'ève, (un 
seau d'eau. » 

Rangeautier, s. m., fabricant et marchand de 
rangeaiix. 

Rapiboter (Se), v. pron., à l'usage des écoliers, 
regagner en tout ou en partie ce qu'on a perdu au 



- 3i8 - 

jeu. — (( J'avais perdu mes canettes, mais je me 

suis ropibolé. » 

Rapide, adj. Nos paysans ont pour cet adjectif 
une prédilection toute particulière ; aussi l'emploient- 
ils fréquemment. Ils diront d'un ouvrier laborieux, 
qu'il est rapide à la besogne. — Un bon cheval est ra- 
pide. Cela ne veut pas dire que le cheval marche 
rapidement, mais bien qu'il est vigoureux, solide, 
dur à la fatigue, et susceptible de donner au besoin 
un bon coup de coUier. — Rapide aussi le cidre fort 
et capiteux. 

Raquette, s. i., jeu d'enfants, formé de deux 
morceaux d'ardoise taillés en ovale. L'un de ces 
morceaux est placé entre le médius et l'index, l'autre 
entre l'index -et le pouce. En les faisant frapper l'un 
contre l'autre par un mouvement du poignet, le 
joueur de cet instrument primitif, mais peu harmo- 
nieux, cherche à imiter les castagnettes espagnoles. 
— Ce jouet devient rare. 

Ratine, s. f., petite dent d'enfant ; mot enfantin, 
mais aussi très usité chez les petites mamans : « Que 
n'avé donc à pleurer comme ça, mon mignon ? 
N'avé-t-i mal à ses ratines ? » 

Ravouillade, s. f., soupe, ragoût ou mets quel- 
conque mal préparés, sans saveur, et dans lesquels on 
a allongé le bouillon ou la sauce au moyen d'une 
addition d'eau trop considérable. 



— 319 — 

Ravouiller, v. a., allonger la sauce ou le bouillon 
en y ajoutant de l'eau. Nos cuisinières connaissent 
tous les temps de ce verbe, que trop souvent elles 
mettent en pratique. 

Rayée, s. f. ; c'est le subst. rayon devenu fémi- 
nin chez nous. — C'est une embellie, de courte du- 
rée. — r a Une rayée de soula, (un rayon de soleil). » 
— Littré a cité dans son dictionnaire cette phrase 
empruntée à Emile Souvestre : o Elle avait aperçu 
une rayée de poussière oubliée par le plumeau sur un 
de mes cartons. » (Souvenirs). J'en demande pardon 
à ces illustres auteurs : on ne dit point chez nous 
une rayée de poussière, mais une dayée de poussière. 
La tenue d'une maison laisse à désirer si vous pou- 
vez écrire avec le doigt sur la poussière des meubles, 
si, avec les doigts, vous constatez qu'ils n'ont pas été 
époussetés. De là le mot dayée employée par nos mé- 
nagères. Peut-être l'erreur que je signale est-elle le 
tait d'un premier compositeur, qui aura changé le (/ 
en r ? 

CENTRE : rayée, érayée de soulè. — norm. : rayée, rièe, 
rayon de soleil qui se fait jour entre les nuages, en 
temps couvert. 

Rebourser, v. a., corruption de rebrousser, pren- 
dre à rebours, revenir sur ses pas. — Montaigne disait 
reboucher. (Liv. 2, ch. 12). — Se dit aussi d'une per- 
sonne de mauvaise humeur, inabordable: — « du'a-t- 
i' donc, le bourgeois ? Il est bien reboursé, ce matin. 



— 320 — 

C'est une bourrée d'épines. I' s'est levé le derre le 
premier, on le vait b'en. » — Au contraire : « En v'ià 
un brave homme qui ne rebrousse jamais le monde ! » 

Rebouter, v. a., pour renouer, action de re- 
mettre une fracture, un membre démis. 

Reboutoux, s. m., celui qui fait profession de 
redouter, profession que ces empiriques exerçaient 

adis ouvertement dans les villes et dans les campa- 
aines ; mais aujourd'hui ils opèrent clandestinement, 

iravant les poursuites dont ils sont quelquefois l'ob- 

et pour exercice illégal de la chirurgie. 

CENTRE, NORM. : reboiileur, m. sg. — besch. : reboitieur, 

rcnoucur. 

Recette, s. f., nom donné par nos cuisinières à 
la soupe laite avec la graisse et les jus provenant des 
viandes servies dans le courant de la semaine. Dans 
les ménages économes, si le bouillon vient à man- 
quer, on lait une soupe de recette, qui est bien préfé- 
rable à la ravouillade. 

Réchaler (Se), v. pron., se réchauffer. — A sa 
rentrée, le travailleur aime à se réchaler à une bonne 
louée bien flambante. 

xoRM. : rccaiiffei-, rcchaiilVer. 

Récopir ou Récaupir (Se), v. pron., revenir 
à la santé après une longue maladie. — « Voyez 
le père Cachet, on le croyait perdu, eh bien ! il se 
rccopit. » — « Me voilà recopi. » 



— 521 — 

Recru, ue, adj., rassasié, repu ; mot picard, 
plus usité sur la frontière nord du département que 
dans l'arrondissement de Rennes. 

ACAD. : recru, harassé, las. 

Recteur, s. m., qualification que prennent à tort 
nos desservants et nos curés de campagne. 

Redarer (Se), v. pron., se pavaner, faire le 
beau, l'important. — « Voyez ce personnage, comme 
sa démarche est fiére, comme il se redare ! » 

Réenherqueler, v. a., remonter, réparer, re- 
mettre en état. Se dit surtout d'une voiture brisée. 
(Voy. Dcsevhcrquclcr .) 

Regardant, aute, adj. Du part, présent du 
verbe regarder nous avons fait un adjectif. L'homme 
regardant est un intéressé, souvent avare. — « En 
voilà un propriétaire regardant, qui ne jette point ses 
crozilles, et qui n'attache pas ses chiens avec des sau- 
cisses ! » 

ACAD. : regardant, m. sg. — Fam. 

Regible, adj., se dit d'une perche de bois faisant 
ressort. 

Regord, s. m., douve, ruisseau où se déversent 
les eaux d'une rivière ou d'un étang. — C'est sur- 
tout dans les regards qu'on pêche l'anguille. — Vient 
de regorger, déborder. 

« Qu'il se vont en plain ^ort lavant. » 

21 



G. Murlct, le savant traducteur du Roman de la 
Rose, a ainsi interprété ce vers : « qu'ils s'en vont 
en plein gouffre. » De gort n'aurions-nous pas fait 
regoitl ? 

Vieux Fr. : regort, lieu entouré d'eau, petit détroit, 
golfe. — RIgojii, rigiiliis, rivits, regiis, rigus, riguoks, 
ni. sg., d'où rigole, (duc). 

Regoustin, ine, adj., guilleret, réjoui, de bonne 

luinicur. — « Comme te voilà legoustine aujour- 
d'hui ! » 

Regrettant, part. prés, du verbe regretter, dont 
nous taisons fréquement un adjectif. — « Je suis 
bien regrettant d'avoir fait ceci. » — « Madame est 
regrettante d'avoir acheté cela, n — Regardant est fran- 
çiis : pourquoi regrettant ne le serait-il pas ? 

Regrommer (Se), v. pron., se pavaner, se ren- 
gorger. — <.< Voyez donc cette parvenue, cette femme 
de rien, comme elle se regronnne avec ses plumas, ses 

falbalas. » 

Reintier, s. m. En parlant d'un homme qui a 
les reins forts et souples, on dit : il a un bon rein- 
tier. 

Rejeter, v. n., se dit d'une ruche qui essaime 
une seconde fois dans l'année (Dinan). 

Rejiet, s. m., deuxième essaim de la même 
ruche. 



— 323 — 

Réjouie, s. f. , feu llambant de bois sec, de ru- 
bans, de copeaux; feu de paille qui ne dure qu'un ins- 
tant, mais qui suffit à vous réchauffer. — Mot abrégé 
de réjouissance, car la réjouie vous est souvent très 
agréable. — Ce feu clair et pétillant s'appelle aussi 
réjouie de mariée. 

Relent, te, adj., humide. Syn. de cru. (V. cru). 
Linge relent. 

ACAD. : retint, mauvais goût que contracte une viande 
renfermée dans un lieu humide. — trév. : rctent, 
mauvaise odeur provenant d'un air ou de quelques 
corps humides corrompus pour avoir été renferniés 
longtemps. — Vieux Fr. : relent, humide, mou. (duc). 

Relicher, v. a.. C'est un peu plus que licher 
(nous disons licher pour lécher) ; c'est licher deux fois, 
tant le licheur y trouve de plaisir. — « Que que tu 
rcliches donc là, mon petit frère ? — C'est ma 
mo've. (ma morve). — - Ah le vilain ! » 

CENTRE : relicljer, lécher. — norm. : retictjer, rellijiii'r, 
chercher l'occasion de faire bombance. Relictjciir, gour- 
mand, parasite. 

Remener, (prononcez r' mener), v. a., remettre à 
sa place, riposter, rembarrer. — « Et Monsieur qui a 
voulu aussi me gronder ! je l'ai joliment r'menê. » — 
Il signifie aussi reconduire, accompagner quelqu'un à 
son logis : « Permettez, mademoiselle, que je vous 
r'mène. » 

Remet, s. m., saindoux ou graisse de porc. — 



— 324 — 

Une bonne ménagère peut faire d'excellente soupe de 
remet. 

Vieux Fr. : renies, rémai:;^, saindoux, graisse de porc. 
« Causa vetidendi cepum, onctum, renias et alias pingue- 
dines, sur la saisine de vendre sief, oint, rimes, et autres 
presses. » (duc). 

Remoidre, v. pron., se rétracter, revenir sur un 
marché, une convention verbale ; demander un prix 
plus élevé que celui auquel on avait d'abord consenti. 
Mot usité surtout dans les environs de Dol. 

Remuceler, v. a., pelotonner du fil, de la laine. 
(Dinan). 

Remué-de-germain, s. m. C'est le cousin 
issu de germain. — Mot toujours très usité dans 
rille-ct-Vilaine. 

Renard (Faire le), faire l'école buisonnière. 

— c< Mauvais écolier qui fait le renard. » Emprunté 
au verbe reiiarder, que nous employons dans le sens 
de reculer, se soustraire à un engagement, à un de- 
voir. — « Ah ! tu renardes ! ». 

R'en-en-tout, loc. adverbiale, rien en tout, moins 
que rien. — S'applique aux personnes et aux choses. 

— « Cela ne vaut r'en en tout, » c'est détestable. 

— Dans l'ouest du département, on dit berme-en- 
tout. 

Rendre, v. n.. suppurer. — « La plaie a beau- 



— 325 — 

coup rendu. » — « Ce furoncle est en voie de guéri- 
son : il rend. 

ACAD. : rendre, m. sg. 

Renfignoux, ouse, adj., difficile sur le manger. 
V. ojjigiioiix. 

Rehfle, s. m., courbature avec fièvre résultant 
d'un refroidissement. — Mot très usité à la ville et à la 
campagne. 

Renoncis, s. m., abrégé de renonciation . Mettre 
son renoncis à une chose, à une entreprise, c'est y re- 
noncer, comme le mot l'indique. — « Depuis long- 
temps il recherchait la fille en mariage, mais il a dû 
mettre son renoncis. » — Je proposerais volontiers à 
l'Acadénne de le substituer à ses synonymes, comme 
étant plus bref et plus doux à l'oreille. 

Repue, s. f. Ce mot a deux significations : i'' 
c'est la mesure du travail que peut faire un homme 
entre deux repas ; 2° comme mesure agraire, c'est un 
tiers de jour de terre. Il est masculin dans ce dernier 
cas, et devrait peut-être s'écrire repus. 

Respir, s. m. abrégé de respiration, syn. de 
souffle, haleine. — « Pas un mot, et retiens ton res- 
pir ! » 

Retenue, s. f. maison de maître ou maison de 
campagne. Qu'elle soit, 01: non, attenante à la ferme, 



— 3-6 — 

c'est loujours la relciiue. Ce mot est si usité, qu'on 
l'emploie dans les actes notariés. 

Retirer à, v. n., pour ressembler à. Ainsi, nous 
disons : « La fille à Dangeau retire à son père comme 
deux gouttes d'eau. » — « Notre vie, disait Pitago- 
ras, relire à la grande et populeuse assemblée des 
jeux olympiques. » (Montaigne). 

BESCH. : retirer i) , s'est dit .autrefois pour ressembler à. 
CENTRE : retirer à, m. sg. — Voir aussi Rab. 

Retissure, s. f., raccomodage d'un tissu troué. 

Retouiller, v. a. ; c'est l'obligation, où se trou- 
vent quelquefois les marchands de denrées, de rem- 
porter chez eux les marchandises non vendues. Quel- 
ques-uns louent des caves, des celliers où'ûs retoirillent 
leurs légumes, leurs fruits, qu'ils remettent le lende- 
main sur le marché. 

Retour (Coucher en), c'est coucher dans un 
lit qui n'a pas été fait. — « Cette femme paresseuse 
faisait coiiciier son mari en retour quelquefois deux ou 
trois jours. » (Voy. coucher.) 

Réveillonner, v. n., faire réveillon (repas de 
nuit). Ce verbe est aussi usité à Rennes que le sub- 
stantif réveillon, et devrait être français cominc lui. 
— « Nous réveillonnerous après la messe de mi- 
nuit. » 

CENTRE, NOR.M. : réveillon lier , m. sg. 



— 327 — 

Rhabiller, v. a., raccomoder, rapiécer ses nippes. 
— « Le vieux notaire T..., rhahilliut lui-même ses 
culottes et ses chausses, et se moquait du qu'en dira- 
t-on. » — Rhabiller la cotte à Jeanne, c'est réparer tant 
bien que mal une bévue, un propos maladroitement 
échappé. 

sa'rthe : rhabiller, m. sg. — eescii. : rhabiller une 
affaire. Fam. 

RiauX) s. m. pi., résidus de la friture de la graisse 
de porc. 

(Devrai: peut-être 3'écrirc rilhiiix, comme rillettes.) 

Ribot, S. m., bâton terminé par une rondelle, 
avec lequel on bat le lait dans la baratte. 

Ribottée, s. t., tout le lait contenu dans la ba- 
ratte. 

Ribotter, v. a., action de battre le lait dans la 
baratte, pour obtenir le beurre. Nous appelons lait 
rihotté le lait qui a été baiatté et que partout ailleurs 
on nomme lait de beurre. 

Ric-et-rac, loc. adv. Nous avons changé ric-à- 
rac en ric-et-rac. — « Nos conditions ne seront point 
modifiées, et notre marché sera exécuté ric-et-rac. » 

Richonner, v. n., se dit d'un sourire narquois, 
qui exprime le dédain, l'incrédulité. — Il est bles- 
sant, presque injurieux de richonner au nez de la per- 



— 32» — 

îionnc qui vous pcule. — « Je lui donnais les 
plus snges conseils ; baissant la tête, il richonnait. » 

Rigant, adj., reluisant ; objet de toilette qui est 
encore dans l'empas du marchand, c'est-à-dire, dans 
tout son lustre. — N'a pas de féminin. — « Des 
solers (souliers) tout rigant neufs. » — Au mot 
ligneux, j'ai cité deux vers d'une vieille chanson où 
se retrouve cette expression qui équivaut à celle dont 
s'est servi David Copperfield : « Il portait un habit 
tout battant neuf. » 

Rigolo, adj., joyeux, plaisant. Ce mot, qui est 
un dérivé de rigoler semble nous être venu de Paris ; 
mais depuis quelques années il a pris racine chez 
nous, et j'ai cru devoir lui donner place dans ce 
recueil. — Rigoler remonte évidemment à rigouller,, 
employé par Rabelais : « et frère Jean de rigoul- 
ler. » (Liv. I, ch. 39). 

BESCH. : rigolage, rigoler, rigolenr, se disait pour raille- 
rie, etc. — TRÈv. : rigoler, pop. — norm. : rigolage, ri- 
goler, rigoleur. — Vieux Fr. : rigoler, plaisanter, railler. 
Rigolage, rigolement (duc.) 

Riole (En), Cela veut dire pris de vin, pop. 
« en ribotte », en joie, en gaîté. — « Quoique père 
de famille, il se mettait en riolh au moins trois jours 
par semaine. » — Ce mot ne viendrait-il pas de ri- 
goler ? 

BESCii. ; riole, s'est dit d'une partie de plaisir, d'une 



— 329 — 

petite débauche. Etre eu riole, avoir un peu trop bu. 
Pop. 

Riries, s. f. pi., plaisanteries, propos joyeux. «Je 
n'vous crais point, mon bon Monsieur ; tout c'que 
vous m'dites là, c'est des riries. » — « Ce que 
j'avance est vrai ; ce ne sont pas des riries. » — 
Etym. : ris, rire. 

KORM. : ririe, éclats de rire successifs de plusieurs per- 
sonnes. 

Ris, s. m., racines des arbres. — Les ris des chê- 
nes, des ormeaux, s'étendent à de longues distances 
autour du tronc. — Les bons jardiniers se gardent 
bien de couper les m en labourant au pied des arbres 
fruitiers. — C'est presque le vieux mot rai:^. — 
Pour abattre un arbre on commence par couper les 
ris. 

Robin, s. m., abrégé de robinet. Se trouve dans 
la chanson du comte de Bonneval : 

Si je meurs, que l'on m'enterre 
Dans la cave où est le vin, 
Les pieds contre la muraille 
Et la tête sous le rohin. 

Roche, s. f., pierre, caillou. — « Ils m'ont 
assailli à coups de roches (lapidé). ^) — « L'enfant a 
été blessé par une roc])e. » — Une paysanne de la ban- 
lieue de Rennes disait à un médecin qui avait été 
appelé près d'elle : « Bittez vot' dat par la tente de 



— 330 — 

mon cotillon ; j'ai l'vont'e dus comme une roche. » 
(Touchez avec votre doigt, par la fente de mon 
cotillon ; j'ai le ventre dur comme une pierre). 
— Voy. A rocher, rocher. 

Roc-Mignon. (\'oyez Rocque-Mignoiim). 

Rocquet, s. m., chemin escarpé, montueux. — 
« Le \o}ez-vous, montant le rocquet ? » 

Rocquer, v. a., i", monter, gravir un chemin 
escarpé : — 2° couvrir, saillir. 

Rocque-Mignonne. — Je dis à l'article Ber- 

liiigiiiii (\'ov. ce mot) qu'il existe à l'Est de Rennes, 
sur le territoire de la paroisse St-Hélier, un cimetière 
de création récente qui, dans le langage populaire, 
porte la dénomination #e Roc-Miguoii, du nom d'un 
cabaret voisin. N'ayant jamais pu découvrir pourquoi 
l'ancien cimetière de Rennes s'appelle BerVniguin, j'ai 
voulu savoir pourquoi le nouveau porte le nom de 
Roc-Mignon, et, cette fois, j'ai été plus heureux dans 
mon enquête. 

D'abord j'ai reconnu qu'il ne faut point écrire 
Roc-Mignon, mais bien Rocquc-Mignonte, du verbe 
rocquer, pris dans sa seconde acception (^'oy. ce mot). 
Ensuite j'ai appris qu'à une époque qui n'est pas 
encore bien éloignée certain cabaretier de l'endroit 
s'était acquis une réputation de a vert galant » que 
l'on disait très méritée, et qui justifiait bien le 
surnom de Rocque-Mignonne que les paysans du voi- 



— 351 — 

sinage lui avaient donne. On disait alors : a Allons 
boire une bolée r/jt'^ Roû]iif-Migiioiiiie. » Quand le 
bonhomme disparut, c'est le cabaret qui hérita dé la 
sigiiorisc, et l'on prit l'habitude de dire : « Arrêtons- 
nous à Rocque-Mignonnc . » 

En 1884 et années suivantes, lorsque la munici- 
palité de. Rennes eût décidé la création du cimetière 
de l'Est, les travaux de terrassement, de construction 
des murs d'enceinte et d'appropriation des terrains, 
amenèrent sur ce point un grand nombre d'ouvriers 
terrassiers, maçons, tailleurs de pierres, etc., qui, cà 
cause de leur éloignement de leur domicile et de la 
proximité du cabaret, prirent leur repas à Rocqite- 
Migiioiiiic. Pendant plus de deux ans que durèrent 
les travaux, le chantier et l'auberge ne furent plus 
désignés que par le même nom, et quand le cime- 
tière fut enfin achevé (septembre 1887), il se trouva 
définitivement baptisé de ce sobriquet aussi ridicule 
qu'inconvenant. 

Rognonner, v. n., murmurer entre ses dents, 
gronder, bougonner. — « Vous rognoiiiiei, je crois ? » 
— Au XVI'-' siècle, on disait roiignoimcr , mais dans 
le sens de critiquer, blâmer. 

Peut-être aJviendra-t-il qu'un babouin d'envieux 
Roiiguoniiera nos vers. Tais-toi, sot, ou fais mieux. 
(Etienne Pasquier). 

ACAD. : rogiioiiner, m. sg. Pop. — trév. : rognonner, 
bas et pop. 



— 332 — 

Rollet, s. m., barreau d'échelle de forme ronde. 
— On dit aussi roUon. 

Rollet, s. m., rouleau. Se dit surtout des rou- 
leaux de pièces de monnaie de billon. — Un ou 
plusieurs roUcts de vingt sous. — On dit aussi 

rollon. 

« Pour vous mieulx asseurer du faict, 
« Il vous convient faire un roullet. » 

(Farce du Cuvier). 

Roquille, s. f., ancienne mesure de vin. Nous 
appliquons ce mot en général à toute boisson, et nous 
disons d'une personne qui, sans être ivrogne, aime 
à boire sec et souvent, qu'elle « aime sa petite 
i-oqtiiîle. » 

Roquiller, v. n., aimer la roquiUe, aimer à si- 
roter. 

ACAD. : roquille, petite mesure de vin. A vieilli. 

Rote, s. f., cheinin étroit et sinueux, sentier. — 
« Quittez le bas chemin, entrez dans le champ, et 
prenez la rote, si vous ne voulez pas vous embouillon- 
ner. » — Ce serait le mot latin rota, roue, chemin 
tournant, ornière, dont le sens a été détourné, puis- 
que la rote est ici le sentier où l'on peut marcher plus 
commodément sans se crotter. — « Bala}-er la rote 
au chat, » c'est faire le ménage à la h.îte.' 

NORM. : rote, m. sg. — sarthe : roie, m. sg. Balayer 
la rote au chat. — trèv. : rote, vieux mot, route. — 



— 333 — 

BRACHET : route vient de r;(^/ii. — duc. -.iota, vin, iter 
publiciim. Riipta, via in silvis. 

Rôt-tout-chaud. Ces trois mots réunis forment 
un substantif masculin. Le rât-tout-chaïul, alors même 
qu'il est froid, est toujours du rôt-tùut-chaud. Ce sont 
des poires ou des pommes cuites au four. C'est un 
dessert pour les gens riches, et un mets principal 
pour la classe pauvre et les ouvriers. — Dès les pre- 
miers jours de l'automne, on entendait autrefois ce 
cri tout Rennais chanté par les marchandes : « Qui 
veut du rot-tout -clmud ? poires cuites sans sucre. » 
On ne l'entend presque plus aujourd'hui. 

Rouâche, adj, m. et f., revêche. « Ah ! Dieu, 
que vous êtes rouâche anet (aujourd'hui) ! » 

Roualle, s. f. , rouelle, tranches coupées en rond. 
— « Une roualle de veau. » 

Roucher, v. a., ronger. « Il aimait à roucher les 
petits os. » 

SAKTHE : roucher, m. sg. 

Roucheries, s. f. pi., légères douleurs d'en- 
trailles, petites coliques préliminaires 

Rouchets, s. f. pi., petits os tendres. — Les 
rouchets sont la part du chien. (Voy. roucher). 

Rouelle, s. f., petite roue d'une voiture. 
CENTRE : rouelle, m. sg. — besch. : rouelle s'est dit 



- 334 - 

pour petite roue. — norm. : rouelle, roue de charrue, 
de brouette, rolella. 

Rousiner, v. n. Ce n'est pas tout-à-fait pleuvoir ; 
mais c'est le brouillard de Monsieur de Vendôme, 
trois quarts de pluie. Si vous avez vu brûler de la 
chandelle de résine (que le peuple prononce roiisine), 
vous avez pu remarquer qu'elle projette autour de la 
flamme une poussière qui ressemble singulièrement à 
une pluie fine. Je ne vois pas d'autre origine à notre 
mot rousiner. — En Normandie, phuviner. 

NOR.M. : Rousiiic, résine. — centre : Roiisée, rosée. 
Ronsineux, abondant en rosée, pluvieux. Roiisine, chan- 
delle de résine. 

Rousté, ée, adj., taché de rousseurs. Syn. de 
/'/V/(', pivcrlc. (\'oy. ces mots). — « Jeanne est une 
jolie fille ; c'est dommage qu'elle soit roiistèe. » 

Roustée, s. f., rossée, volée, dégelée, grêle de 
coups, et tous leurs synonymes. 

Routoutou, s. m. Les enfants du peuple appellent 
de ce nom le mirliton. Les petits garçons, les étu- 
diants eux-mêmes, jouent du roiitoiitofl en revenant 
des assemblées. 

Royaumer, v. n., faire la noce, faire bombance, 
en un mot, s'amuser comme un roi. Ce mot n'est 
guère usité que dans les casernes et les faubourgs. 

Rué, s. m., ruisseau ; d'autres disent nisset. 



— 335 — 

BiiscH. : Rii, ruisseau. — norm. : Riisset, nissiaii, ru, 
lieu, ruisseau. — Vieux Fr. : Ru, riu, ruau (duc). 

Runge, s. f., gorge. 

NOKM. : Ruugc-r, ruminer. Rnugc, action de ruminer. 

Russe, s. f., plante parasite à fleurs jaunes, assez 
semblables à celles du colza ou du navet. Nom bota- 
nique : Biassica vigra. 



Sa, s. m., soir. — « Je reviendrai ad sa, ce soir, 
vers le soir. 

« J'étais plein hier au sa ; 
J'I'serai ventiers bougre cor. 
J'étais plein hier au sa, 
J'I'serai ventiers cor ad sa. » 

(Chanson populaire). 

Sabot-Cassé, s. m., nom donné par le peuple 
Rennais à la communauté de St-Cyr, située sur la 
rive drcite de l'Ille. Celte communauté reçoit les 
jeunes filles que les parents y mettent en punition de 
leurs péchés, et pour les soustraire à de nouveaux 
dangers. Le nom vulgaire du Cypripède, ou sabot de 



- 336 - 

Vénus, a été donné sans doute, sauf une légère va- 
riante, au salutaire refuge. — Dans mon enfance, on 
appelait encore Sabot-Cassé le couvent du Bon-Pas- 
teur, transformé depuis en caserne, et qui avait été 
fondé au commencement du XVII1>; siècle pour ser- 
vir d'asile aux filles repenties. 

Sac. — > Donner son sac à un domestique, à un 
employé, c'est le congédier ou le mettre à la porte. 
— Sac est aussi un terme d'agriculture. Ce sont les 
couches de paille entre lesquelles on étend les 
pommes pilées pour les soumettre à l'action du pres- 
soir. Le jus étant extrait, on coupe le sac (ou marc) 
par tranches pour le donner aux bestiaux. 

AC.\D. : Donner à quelqu'un son sac et ses quilles, le 
congédier. — besch. : Donner à quelqu'un son saf, le 
congédier brusquement. 

Sacquer, v. a., arracher, tirer vivement à soi. — 
« Il lui a sacqué son bâton avant qu'il pût en faire 
usage. » — a Sacque mon pied », juron normand. — 
Etym. : Saccader ? — « Il sacquoit de l'épée à deux 
mains. » (Garg. ch. 23). — « Les vieux, de leurs 
fourreaux voulaient sacquer les lames. » (P. Harel. 
1881). 

BESCH. : Sacquer, mettre un corps en mouvement par 
secousses. — trév. : Sacher, vieux verbe, tirer : Sacher 
son épée. — norm. : Sacquer, saquer, tirer, amener vers 
soi. De saquée, de saquet, brusquement. Saqucsonner, 
tirer pas saccades. — Vieux Fr. : Sacquer (chronique de 
Flandre) ; sachier son épée (Rom. de Rou). Sacher, 
sachir, tirer, mettre dehors. Saccare (duc). 



- 337 — 

Sacre, s. m., procession qui se fait à la Fête- 
Dieu. Nous avons à Rennes le Grand-Sacre et le 
Petit-Sacre. Cette deuxième procession a lieu le 
dimanche de l'Octave. A part l'absence des autorités 
constituées et des troupes de la garnison, elle l'em- 
portait quelquefois sur la première par le luxe des 
reposoirs. Sous la Restauration, chaque paroisse, 
chaque église avait en outre son sacre particulier. Le 
clergé y renonça après 1830, et le sacre de chaque 
paroisse ne se célèbre plus qu'à l'intérieur des églises. 
Le Grand-Sacre appelle à Rennes un grand nombre 
de parents et d'étrangers, que nous nommons cou- 
sins, cousines du sacre. — Rabelais a employé le mot 
scure (Pantag. ch. 22). 

SARTHE : Sacre, m. sg. — besch. : trév. : Sacre, s'est 
dit en plusieurs endroits de la procession qui se faisait le 
jour du Saint-Sacrement : Le sacre d'Angers. — duc. : 
Sacre, sacrum, la Fête du Saint-Sacrement. 

Safre, adj., sec, desséchant. Se dit surtout d'un 
vent piquant et froid qui hâle la terre. — Safre en 
français signifie glouton. Le vent safre est glouton 
aussi, puisqu'il prive le sol de sa fécondante humi- 
dité. — On emploie aussi ce mot pour indiquer que 
le pain est sec et sans saveur. — « Quel pain safre ! » 
— Safre, revêche, en parlant des personnes. 

BESCH. : Safre, 1° goulu, glouton ; 2° dans les vieux 
auteurs vif, folâtre, enjoué. — trév. : Safre, 1° gour- 
mand ; 20 (Vieux mot) mignon, agréable; 3» rusé. 

Saint-Frusquin, s. m., avoir, patrimoine, for- 

22 



- 35S - 

tune. — Ne se dit que dans cette acception : « Il a 
mangé ou dissipé son Sa'mt-Fnisquin. » (Voy. Frus- 
ques). 

Saint-Jean (Faire la). La Saint-Jean est chez 
nous Tcpoque des déménagements. Pour les per- 
sonnes qui changent de demeure, il y a obligation de 
nettoyer les meubles pour les placer dans l'apparte- 
ment dont on prend possession. Il en est qui ne 
procèdent à cette opération qu'au prochain déména- 
gement ; mais il en est d'autres qui, dans le courant 
de l'année, font un nettoyage complet de leur mobi- 
lier. Cela s'appelle fahr la Saint-Jean. On fait la 
Saint-Jean surtout au retour de la campagne, aux 
grandes lêtes et lorsqu'on attend des étrangers. — La 
Saint-Jean est de tous les jours dans les maisons bien 
tenues. (Voir Jean). 

Salopette, s. f., pantalon de toile ou de coton 

dont se vêtent les ouvriers économes, pour protéger, 
pendant la durée de leur travail, le pantalon avec 
lequel ils viennent à l'atelier. 

Sans (De), sans lui, sans elle, sans cela. Les 
paysans s'expriment souvent ainsi : « J'ai été le cher- 
cher ; mais je m'en suis revenu de sans. » 

NOKM. : Etre de sans, m. sg. 

Sapé, ée, adj., sec, revêche. — « Vous prenez, 
ma chère, un ton sapé qui ne me convient pas. n 



- 539 — 

— « Madame n'est pas moins sapêv avec ses domes- 
tiques. » 

Saperlotte, intcrj., petit juron. — a Scipcrlotle, je 
vous défends de faire cela ! » — Equivaut à sapristi. 

Sarde, s. f., abrégé de sardine. — « La sardine 
fraîche, *Ia saide ! », cri des poissonnières de Rennes, 
lorsqu'elles promènent leur marchandise par les rues 
et les faubourgs. 

Sartiaux, s. m., ou Sartières, s. f.. terres 
incultes. 

Saugnard ou Saugnoux, s., homme ou femme 
qui manque de franchise, d'un caractère dissimulé, 
qui ne vous regarde point en face. — « Défiez-vous, 
c'est un (ou une) saugnard. » — Le féminin saiigiiardc 
ou saiigiioiise est peu usité. 

Saut-de-vesne (Faire la), jeu des enfants. 
Ils se mettent la tête en bas, les jambes en l'air, et 
retombent sur le dos. On dit faire la, et non faire /(' 
saiit-de-vesne (faire le saut de li vesiie). 

Schloff (Aller à), aller dormir. Mot introduit 
chez nous par les Prussiens en 1815, et qui vient de 
l'allemand schlajen. — « Allons à schloff, allons 
dormir. » 

Sea, s. f., soif. Prononcez sa. — « A boire, j'ai 
sea. » C'est le mot espagnol. 

Sec, s. m. Les blanchisseuses appellent le sec tout 



— 340 — 

le terrain où elles étendent le linge à sécher. Abré- 
viation de séchoir. 

Seille, s. f., seau en bois. Du latin situla. Quoi- 
que vieux français, ce mot est si usité chez nous que 
j'ai cru devoir le conserver ici. On le trouve dans le 
couplet suivant d'une chanson qui a pour titre : « Le 
malheureux lycccn y>, et pour père M. H...., élève du 
Lycée de Rennes sous le premier Empire : 

Le déjeuner arrive enfin ; 

Mais ce n'est qu'un morceau de pain. 

Si, pendant ce repas splendide, 

La soif homicide 

Kend la gorge aride, 
La sàllc b. l'eau n'est pas loin ; 
V'ià c'que c'est qu'd'ct' lycéen. 

On trouve ce mot dans Toppfer :... « A droite, 
c'est la fontaine On s'y dit douceurs au mur- 
mure de la seille qui s'emplit. » 

Seillée, s. f., le contenu de la seille, — Une 
seillèe d'eau. 

SARTHE : CENTRE : NORM. : Sàlk, m. Sg. — BESCH. : 

Seille, anciennement vase, seau de bois, — Vieux Fr. : 
Seille, seau, baquet, selha (duc). 

Semoux, s. m., celui qui sème le grain. — Le 
vent est un grand semoux, car il emporte les graines 
au loin. 

Senâs, Cenâs, s. m., grenier au foin. — «A 



— 541 — 

défaut de lit, nous couchâmes dans le sends, et nous 
nous y trouvâmes bien. » — Prononcez s' uns. 

N'ORM. : Cenas, chettas, grenier, chambre placée à l'étage 
supérieur. 5/Hn/, grenier. 

Sente, s. f., odeur, parfum. — Agrégé de 5<';;/«/r. 
— « V'ià une fleur qu'a bonne sente. » — Un jardi- 
nier à la maîtresse du logis : « V'n'êtes pas comme 
nout'e femme, vous la bourgeoise, v'avez toujou's 
bonne sente. » 

Sépiller, v. a., piller, houspiller. On se'piJle une 
personne en la maltraitant, en lui déchirant ses ha- 
bits. On sépille un jardin en pillant les fruits ou les 
récoltes ; on sépille un arbre en brisant les ra- 
meaux. 

Sercillonner, v. a., couper en sciant, hacher. 
Un couteau, une serpe mal aiguisés ne coupent point 
net, ils serciUounent . 

Serpidâs, s. m. et f., terme de mépris employé 
à l'égard d'une personne de grande taille, sans tour- 
nure et mal tenue. — « Qlù voudrait épouser cette 
serpidâs ? » 

Serrer, v. a., souvent employé pour cueillir. 
Serrer des fruits. « Les pommes ne sont pas encore 
serrées. » 

SARTHE, XORM., CENTRE : scrrcr, cueillir, amasser, ré- 
colter. 

Serreuse de chaise?, s. f., femme préposée à 



— 342 — . 

la perception des droits de chaises dans nos églises. 
A Rennes cet emploi n'est dévolu qu'aux femmes. 

Serroux d'impôts, s. m. Nos paysans 
nomment ainsi le percepteur des contributions. — 
Serveuse, serroux viennent de serrer^ cueillir. 

Seule, s. f. Nous disons la seule pour le seuil de 
la porte. 

Sauner, v. a., ramasser, serrer, s'emparer vive- 
ment et adroitement d'une chose. — « A la foire de... 
un voleur lui a seuuè sa bourse.» — Au jeu de la tou- 
pie, le gamin de Rennes dit : « Seune ton vis » (vis, 
abrégé de vispin, petite toupie). 

Si, s. m., défaut, vice, tare. S'applique également à 
riiomme, au cheval ou au chien. — o On les prend 
à la mine, mais ils ont des si. » — Le mari est 
jaloux, son cheval bronche, son chien n'a pas de 
ne;^ : autant de si. 

Sia, adv., oui. — En bas breton, ia. — On dit 
aussi sia en Bourgogne. — « Jeanne, vous ne m'ai- 
mez point ? — Sia. — Eh ben, marions-nous. — 
Ah dame ! noua. » 

Sieudre, v. a., suivre. On dit aussi sieuter. — 
M C'est une fille qu'il faut toujours sieudre. » — a Je 
conduis l'ung, l'autre je sicux. » (Jean Molinet, lô'^ s.) 

NOR.M. : siciivir, m. sg. 

Signorise, s. f., sobriquet, épithète injurieuse 



— 343 — 

ou blessante. Ce mot est surtout à l'usage des enfants 
du peuple. — « Monsieur ! faites donc finir Zidor 
qui me dit des signoriscs. » 

Les paroisses ou communes ont aussi leurs signori- 
scs, dont l'échange entre elles donne lieu à des rixes 
sanglantes. Voici quelques exemples de celles qu'elles 
échangeaient au commencement de ce siècle et qu'elles 
se donnent encore quelquefois aujourd'hui : 

Les poulains d'Argentré, 

Les viaux de Bais, 

Les oies de Bécherel, 

Les pelots de Betton, 

Les viaux ou poulains de Domalain, 

Les huguenots d'Ercé, 

Les caquaires de Feins, 

Les sorciers de Fougères, 

Les luhauts de Gahard, 

Les glorieux (vaniteux) de Gévezé, 

Les grignotoux de Janzé, 

Les pobiers de Lassy, 

Les loups de Mézières, 

Les chouans, les bossus, les coqs blancs, de Vitré. 

Ces surnoms qu'échangeaient les gars, surtout à 
l'époque du tirage au sort, donnaient lieu à des rixes, 
et parfois à de véritables combats de commune à 
commune. La gendarmerie, et surtout la création des 
tribunaux correctionnels, en réprimant ces rixes, les 
a rendues plus rares. 



— 344 — 

D'autres signorises s'appliquent aux filles de diver- 
ses localités. Ainsi, vous ne serez point dans leurs 
bonnes grâces, si vous rappelez aux filles de Vezin, 
qu'elles sont lassées dès le matin. Il y a encore cer- 
taines plaisanteries traditionnelles qu'il n'est pas tou- 
jours bon de rappeler aux filles de Melesse ou à 
celles de Betton 

Slan, Senan ou Sran, s. m., seran, instrument 
à pointes d'acier très serrées servant à peigner le 
chanvre et le lin. On dit que les vieilles filles et les 
vieux gars vont au paradis charrayés sur un slau. 

Slancer ou Senancer, v. a., action de se servir 
du shiii. — On dit aussi seranccr. 

Soler, s. m., soulier. — « J'ava's une paire de 
solcrs tout rigants neufs. » (Vieille chanson). 

Vieux Fr. : Soler, solier, solasius, sola (duc). 

Sonnoux, s. m., sonneur. Le sonuoux de cloches, 
le joueur de vèze (haut-bois). Se dit aussi du joueur 
de violon. — « Il y avait quatre sonnoux à la noce 
de la fille de Monsieur le Maire. » 

NORM. : Sûiiiieux, m. sg. 

Sorine, s. t., petit cidre ou piquette que fabrique 
le paysan pour sa consommation particulière. Elle 
est tirée du marc de pommes dont on a extrait le 
meilleur jus. 

Souater, v. n., c'est le fait, pour deux agricul- 



— 345 — 

teurs ou métayers, de se prêter réciproquement leurs 
attelages pour le labourage de leurs terres. — On 
dit, par extension, que deux voisins ne soiiateiit pas 
ensemble lorsqu'ils sont en mauvaise intelligence. — 
«Je ne souakrai jamais avec Matlin » (il ne sera 
jamais mon ami). 

NORM. : Soitiitcr, m. sg. — Vieux Fr. : Souage, aide, 
secours, soulagement, solatium. Souaiiimc, siiatumc, 
agrément, soulagement (duc). 

Souba, s. m., blé ou seigle qu'on bat à la main 
pour conserver la paille intacte. 

Souille, s. f., taie d'oreiller. 

CENTRE : Soiiillt', m. sg. 

Soulever, V. a., soustraire adroitement, voler. — 
« On lui a soiilar son argent. » 

CENTRE : NORM. : Soiilever, m. sg. 

Soupe de recette. Voy. Recelte. 

Sourceiller, v. a., terme d'agriculture. C'est 
couper l'orge en herbe avant l'épiage. Nous disons 
ceiller le blé, pour scier. 

Sources. On dit ici, et peut-être ailleurs que les 
sources sont nouées, lorsque, taries par une séche- 
resse prolongée, elles recommencent à sourdre. — Ce 
sont les pluies de la Toussaint qui nouent les sources. 

Sourcier, s. m., homme qui fait profession de 
chercher, de découvrir des sources. — Il y a encore 



— 346 — 

aujourd'hui en Ille-et-Vilaine plusieurs sourciers qui 
opèrent avec le secours de la baguette de coudrier, 
laquelle, paraît-il, s'incline vers la terre à l'endroit 
précis où se trouve une source cachée. 

Soutées, s. f. pi., quantité de sous amassés petit 
à petit. — Un mendiant, un petit marchand par- 
viennent à grand'peine à récolter quelques soutées. — 
Les soutées qu'on dépense dans un ménage finissent 
par faire des francs. 

Su ou Sulz, s. m., abrégé de sureau. — La fleur 
de su a des propriétés pharmaceutiques : elle provoque 
la transpiration. — C'est avec le bois de su que les 
petits garçons font des pétoires (Voy. ce mot). 

NORM. : Seu, sue, chue. — centre : Su, sué, suis, suyau. 
Vieux Fr. : Seu, seur (duc). 

Subite, s. ., petite chaumière, habitation pau- 
vre. — « Jacques habitait, avec sa femme et ses gar- 
çailles, une subite au milieu de la forêt. » 

Subler, v. n., siffler, soit avec la bouche, soit 
avec un sifflet. — « Vas-tu te taire, suble-en-c. ? tu 
nous casses la tête à la fin. » 

Sublet, s. m., sifflet. Le sifflet à l'usage des 

chasseurs est un suhJet. 

« Q.ui doukement fait chanter son sulld.-a 
(Marot). 

SARTRE : Suhler, m. sg. — centre : SuhJer, suhlel. — 
NORM. : Sùhler, suffler, sùbkf, sùfflef, — Vieux Fr. : 



— 347 - 

Siller, sithlcr, {sihnlair]. Sihlct, (sihiilm) : Latin, sihilare 
(duc). 

SU"bout, adv., debout, sur ses jambes. — « Le 
bonhomme a été b'en malade, mais le v'ià recopi, il 
est sn-hoiit à c't'heure. » 

XORM. : Suhout, sus-bout, debout. — Vieux Fr.: sur-bout, 
debout, sur les pieds (duc). 

Sucrée, s. f., sj-n. de viijaurcc. — « Mais voyez 
donc comme elle fait sa sucrée, sa pincée, depuis 
qu'elle a épousé un homme de plume. » 

ACAD. : Faire la sucrée. Un air sucré. — besch. : sucré, ée, 
m. sg. Fig. et Fam. 

Suif, S. m., syn. de galop, réprimande, etc. — 
Donner ou recevoir un suif (expression très usitée, 
surtout dans la bureaucratie). 

Surets, s. m. pi, se dit du plant de pommiers non 
greffés. — Vient de sur (aigre, acide), parce que le 
fruit de ces sauvageons est aigrelet. 

Suretière, s. f., pépinière de surets. 

ACAD. : suret, aJj., un peu acide. — xorm. : suret, 
jeune poir.mier. 

Surette, s. t., oseille. 

NOR.vf. : surelle, m. se:. 



3^8 - 



Ta, pron. pcrs., toi. — « D'où vicns-tu, ta ? 

— Ma, je viens du bourg, et ta ? — Ma, j'y 
vas. » — Le Bailli : « T'a-t-i tapée, t'a-t-i battue ? » 

— La fille : a Nenny, Monsieur, je ne m'en plains pas. 
Si j' m'en plaignais, j'aurais grand tort. » — Le 
gars : « Si j'ai j'té du bois dans ta cour, c'était pour 
me marier o ta ; si tu no vieux pas, rends-ma mes 
fagots. » — Dans leurs facéties, nos paysans racon- 
tent ainsi ce que disent les grenouilles dans leur 
chant du soir, La première demande : o Qui est-ce 
qui a cassé le pot ?» — Et toutes répondent en 
chœur : « Ce n'est ni ta ni ma, ni ta ni ma, ni ta ni 
ma, etc. » 

Tabut, s. m., tintouin, tracas. — «Son gars lui 
donne b'en du tabut. » 

BESCH. : tabust et tabut s'est dit pour querelle, contesta- 
tion. Tabuler et iabuster, i- inquiéter, quereller, 2" faire 
du tapage. » (Mont.) tabut. — nor.m. : tabut, bruit, 
vacarme, tapage. — Vieux Fr. : tabut, querelle, débat, 
contestation : « Je vous prie qu'il n'y ait point de 
noise ne de tabust. » — Tabut, toute espèce de bruit un 
Deu fort, — Tabusler, {tabussare),ia.nt beaucoup de bruit 



— 349 - 

en frappant à coups redoublés sur quelque chose. Tahii- 
ter, crier fort haut en se querellant, disputer avec cha- 
leur. — Tabuslellus, tintement, (duc). 

Tafifée, s. f,, bouquet de bois formant îlot au mi- 
lieu d'une prairie, d'une lande, d'un marais ou d'un 

étang. 

Tagiienau, s. m., frelon ou taon. — Ne bra- 
vez pas la piqûre du tagueiicau ; on dit aux enfants 
qu'il n'en faut que sept pour tuer un cheval. 

Tailler, s. m., métier servant à la fabrication 
de la toile. Souvenez-vous qu'on prononce taiJe pour 
toile, d'où tailier. 

Talusser, v, a., terme d'agronomie pour taluler, 
faire ou relever les talus. C'est une besogne qui se 
fait pendant l'hiver. Le mot talusser que nous em- 
ployons semble plus rationnel que taliiter, adopté par 
l'Académie, puisque le subsantif talus, dont il dérive, 
est terminé par s et non par t. — Rabelais a dit : 
« tàluyoieut parapects. » (Prologue du liv. 3). 

ACAD. : tahiti-r. — besch. : taluler, taliidcr ne se dij 
plus. — Vient du latin tnlm: ; pied. 

Talvassier, s. m., mauvais plaisant. Voy. 
Coulvassicr. 

Vieux Fr. : talvassier, soldat armé du bouclier appelé 
Talvas, ialvacins. De là iaillcvacicr, fourrageur, soldat 
pillard. 

Tamponner, v. a., travailler, cuisiner malpro- 



- 350 — 

premcnt avec ses mains, salir. — « Voyez ma mar- 
chandise, mais ne la tamponne^ pas. » 

Tantine, s. f., tante ; qqfois, la femme du ton- 
Ion (de l'oncle). 

Bonjour, taiitin' Perrine, 
Comment vous portez-vous ? 
Vous me faites la mine, 
Dites-moi, qu'avez-vous ? 



Dans mon beau château. 
Ma taittiuc, ma tantine. 
Dans mon beau château. 
Ma tantine, tirez l'eau. 

(Rondes populaires et enfantines). 

s.\RTHE, CENTRE : tantine, m. sg. 

Tantinet (Un), adv., tant soit peu, un rien. — 
a J'en veux bien encore, mais un tantinet. » 

-VCAD. : tantinet, m. sg. 

Tantouiller, v. a., agiter un objet dans l'eau, 
soit pour laver cet objet, soit seulement pour le 
mouiller. — On iantonillc le linge dans la rivière ; on 
se tan touille soi-même dans le bain. 

SARTHE : tantouiller, m. sg. — besch. : touiller, mêler, 
agiter une liqueur. Pop. — xorm. : tantouiller, tatouiller, 
éclabousser, salir, barbouiller. 

Tapante (Faire son), faire son bon apôtre. 



— 5)1 — 

Tape-coupée, s. f., jeu des enfants. Un joueur 
en poursuit un autre ; si un troisième parvient à 
passer entre les deux, c'est après celui-ci que doit 
courir le poursuivant, et ainsi de suite, jusqu'à ce 
qu'il puisse atteindre le dernier qui a coupé. 

Tapée, s. f., grande quantité. — «Nous aurons 
cette année une tapée de pommes à bois rompre. » — 
Ne s'emploie guère qu'en parlant des choses. 

CENTRE : tapce, m. sg. — acad. : tapée, m. sg. Pop. 

Taper, v. a., souvent employé pour frapper, 
battre. — « Tais-toi, Jeanne, ou je tape. » — « On 
tape à la porte. » 

ACAD. : laper, frapper. Fam. 

Tapette, s. f., c'est la raquette avec laquelle on 
lance le volant ou la balle dans le jeu de la tecqite au 
bois. (Voy. Tecqite). — « Veux-tu, Toto, me prê- 
ter ta tapette ? » 

Tapisser, v. a., employé par extension pour 
médire de quelqu'un. — « L'autre jour, dans le 
salon de M™«^ X..., Mm^^ Y... a joliment tapissé son 
amie, M™s Z... » 

Tât, s. m., étable. — « Les vaches sont rentrées 
dans Vtdt. » — On prétend que les personnes mena- 
cées de phtisie se trouveraient bien de coucher dans 
Vtat. 

Taumer, s. m., nom donné au crapaud dans le 



— 552 — 

canton de Dinan et dans quelques communes de 
rille-ct-Vilaine, limitrophes des Côtes-du-Nord. 

Taupin vaut Morette, proverbe rennais ; l'un 
vaut l'autre. — Se dit de deux vauriens, de deux 
choses également mauvaises. — Je crois que c'est le 
proverbe suivant travesti : Toupie vaut mareUe. (Voir 
Morcïïe). 

Taurin, s. m., taureau. — Chez nous, ce sont 
les filles de basse -cour qui conduisent le plus sou- 
vent la vache au taurin. — Neptune était surnom- 
mé Taurkn, parce qu'on lui sacrifiait un taureau. 

Tecque, s. f., balle ; jeu des enfants. — La tec- 
que au bois ou à la raquette. — La tecque au pot. — 
Pour ce jeu qui, de mon temps, était fort à la mode, 
on fait en terre autant de petits trous qu'il y a de 
joueurs. L'un d'eux, éloigné de cinq à six pas, roule 
la tecque vers les trous ou pots. Si elle entre dans 
celui de Jacques, par exemple, il se hâte de la serrer, 
et la jette aux petits camarades qui se sont éloignés à 
toutes jambes. Celui qui est atteint est pilorié (nous 
disions pilorise). Le dos tourné, les bras en croix, on 
lui lance la balle. Il a la faculté d'exclure une ou 
deux parties de sa personne, et si le pihrisaut touche 
la partie réservée, il est pilorise à son tour. 

NORM. : tcqiie, balle. Jouer à la tàjue. — Vieux Fr. : 
ti'ccii, le jeu de mail, la boule qu'on frappe avec le mail. 

Tégot, s. m., vase en terre ou en faïence ; par 



— ))) — 

exemple : une écuelle, une cruche. — « Donne 
ton tcgot que je le remplisse. » 

Latin : testa ou tcsliun, vase de terre cuite ; d'où tel. 

Téguer, v. n., soupirer, respirer bruyamment. 
« Tu tîgiies, Jeanne, as-tu du deu'l (chagrin) ? » 

Tenant, adv., toujours. Usité surtout dans le 
canton de Maure. — « Cela va-t-il mieux ? — 
Mon Dieu non, je souffre tenant. » 

Tendre, adj. Pas tendre, dur, sévère. — « Ma 
mère était une brave femme, mais pas tendre. » 

Tenviolle, s. f., galette ou petit pain cuit à la 
bouche du four, 

Terchausser, v. a., mettre à gauche la chaus- 
sure du pied droit, et réciproquement. Cette erreur 
est, pour les esprits faibles, d'une haute gravité : 
c'est l'annonce d'un malheur dans la journée. — On 
dit aussi trkhausser. 

CENTRE : trèchausscr et terchausser, m. sg. 

Termée, s. f., espèce de cage de bourdaine ou 
d'osier servant de piège pour prendre les oiseaux. La 
termée est posée sur le sol, levée d'un côté comme 
un trébuchet. L'oiseau s'y introduit pour manger le 
grain qu'on y a jeté ; s'il vient à se percher sur de 
petites gaules habilement disposées, la termée re- 
tombe, et l'oiseau est prisonnier. — On dit aussi 
tremée. 



— 354 — 

Terroux, ouse, adj., pour terrien, terrienne; qui 
possède de la terre. On appelle ciil-teiroux une fille 
qui apporte en dot une ou plusieurs propriétés terri- 
toriales. (Vov. Cul-terroux .) — Terroux se dit aussi 
pour crotté. — « Je suis tout terroux. » 

Tertous, pr., tous ensemble, tous tant que vous 
êtes. On dit aussi tretoiis. — Cette locution n'est pas 
employée seulement dans nos campagnes ; elle est 
aussi en usage dans d'autres provinces. On la trouve 
dans Montaigne sous la forme très-tout. 

« ...Et des crottes au derre, mangez-les tertous, 
« Jamais de ma femme ne serai jaloux. 

(Vieille chanson) 

Dans la farce scolaire Maistre Mimin (17^ siècle) : 

(c Hé ! mon Dieu que vous êtes fine ! 
« Vous passez ireslous vos voysins. « 

SARTHE : tertous. — centre : tretous, tertous. — nor.m. : 
tertous, tretous, tertouts, trctoutes. 

Tessier. Voy. Texier. 

Tet, s. m., étable. Vieux mot toujours très usité. 
— « Je happis mes chausses, et m'sauvis dansl^t*/. » 
fVieille chanson^. — « Allez au tect ; assez avez 
brouté. » (Cl. Marot). 

BESCH. : tect, vieux mot qui signifiait toit. Se dit en- 
core pour étable dans quelques départements. — trèv. : 
tect (prononcez té), toict ; nom donné aux étables dans 
quelques provinces, comme en Berry. — sarthe : Toit 



— 35 5 — 

i porc. — NORM. : teit. — centre : lêt, (prononcez le 
t final). 

Teutée, s. f., galette de blé noir ou pain grillé 
dans du cidre chaud. Nos paysans sont très friands 
des tentées, qui sont d'autant meilleures que le cidre 
est plus doux. Quel régal pour les commères ! A 
Paimpont et environs, la tentée s'appelle bidouillée. 

Texier ou Tessier, s. m., tisserand qui a la 
spécialité de tisser et de carder de la pénille prove- 
nant des vieux habits. (Voy. Pénille). Texier est devenu 
un nom patronymique très commun dans ce pays-ci. 

BESCH. : tistre, v. a, tisser, usité seulement au part, 
passé tissu. On disait d'abord fixtrc (iexere.) — trèv. : 
tixier s'est dit autrefois pour tisserand. — centre : 
tessier, texier, tisserand. — Vieux Fr. : tixier Qixator), 
tisson (tisserins). — Tixerand pour tisserand, tisserandus. 
Tixtre ou tistre. (duc"). 

Teux, teute, adj., boiteux, boiteuse, tort, torte. 

Thérésienne, s. f., espèce de capuchon ou ca- 
pot dont les femmes du peuple et les paysannes se 
couvrent la tète et les épaules pour se préserver de la 
pluie. Depuis quelques années, l'usage du parapluie 
est devenu si fréquent, même dans les campagnes, 
que la thérésienne est presque abandonnée aujourd'hui. 
Cependant elle est toujours fort en usage chez les 
femmes des environs de Lorient. 

NORM. : tlicrèse, espèce de bonnet en crêpe de soie 
noire, coiffure de deuif. 



- 356 - 

Tient-main. s. m,, garde-fou. — Le lient-main 
est, chez nos paysans, la barre d'appui placée sur les 
côtes, ou même d'un seul côté d'un pont, lequel est 
généralement formé d'une planche, d'une poutre, ou 
simplement d'un tronc d'arbre quelquefois à peine 
dégrossi, et dont les extrémités reposent sur les deux 
rives opposées d'un ruisseau. — Quand le bon- 
liomme et la bonne femme ***, de Chantepie, reve- 
naient du marché de Rennes après de copieuses 
libations, le tient-main leur était d'un grand secours 
pour éviter un bain dans le ruisseau de Blosne qu'ils 
étaient obhgés de franchir sur une planche pour 
regagner leur village. 

Tillon, onne, adj., dur, sévère, difficile. Ne 
s'emploie qu'avec la négative. « Si le patron n'est 
pas tiUon, sa femme n'est pas liUonne non plus. » 

Tirant, ante, adj., se dit en parlant d'un che- 
min ou d'une route escarpée, difficile. — o Les pluies 
du mois dernier ont rendu les chemins tirants, » 
c'est-à-dire que les chevaux sont obligés de tirer plus 
iort pour en sortir. 

Tire-jus, s. m. Nos petits faubouriens désignent 

par ce mot imagé leur mouchoir de poche quand 

ils en usent ; car, le plus souvent, ils se « mouchent 
du pied, » comme les poules, c'est-à-dire jamais. 

Tirer, v. a., traire. On tire les vaches deux fois 
par jour. 



— 357 — 

Dans le vieux français le mot traire signifiait tirer, 
traîner. 

Tirer dur, locution très employée. — Un pau- 
vre diable aux prises avec une maladie grave tire dur, 
s'il n'en meurt. — « X..., négociant n'est pas très 
bien dans ses affaires ; on assure qu'il tire dur. » Cela 
équivaut à dire qu'il tire le diable par la queue. — 
(Voyez le mot Ponée. J'ai cité à cet article un exem- 
ple de la locution tirer dur.) 

Tirette, s. f., petit tiroir pratiqué dans les tables 
longues sur lesquelles nos paysans prennent leurs 
repas. Ce tiroir est fermé par une petite porte à cou- 
lisse. C'est dans la tirette qu'on serre le beurre, le 
lohon, et aussi les peignes, les brosses à souliers, 
etc. — Nos dames appellent tirettes les cordons avec 
lesquels elles relèvent leurs robes à queue (1864). 

CENTRE : tirette, tiroir. 

Tocson, s. m., enfant ou garçon à grosse tête, 
têtu et d'une faible intelligence. — « C'est un tocson 
qui ne comprend rien.)) 

Toc-toc, s. m., sobriquet que le peuple, et sur- 
tout les débitants de boissons donnaient et donnent 
encore parfois aux employés de la régie (Contribu- 
tions indirectes), parce que, dans leurs visites, ceux-ci 
frappaient de leur bâton ou du doigt les futailles, 
pour s'assurer si elles étaient pleines ou vides. 

Tollir, v. a., enlever, arracher. — « Mon voisin 



-3)8- 

voulait toUir mon droit de passage, mais je l'en ai 
empêché. » — C'est le verbe latin toUere, à peine 
altéré. 

CENTRE : toile, s. {., ce qu'on enlève avec une fourche 
d'un monceau de foin bien tassé : une toile de foin. — 
NORM. : tollir, enlever. — duc. : tôlier, (vieux fr.) de 
lollire pour loltere. 

Tonton, s. m., oncle. — « Il a perdu son père, 
il a hérité de son tonton Jacques ; en v'ià un qu'est 
h'ureux !» — « J'entends le pas d'un jeval (che- 
val); c'est tonton ». — Nous disons aussi tonton pour 
tolon, jeu d'enfants : « Il va, vient et tourne comme 
un tonton. » — « Vous êtes chien (vous êtes ma- 
lin), mon tonton le prêtre, » disait un gars à son 
oncle le curé. — Tonton se dit aussi pour derrière. 
Enlants, nous chantions : 

Bisez tonton, vous aurez d'ia galette, 
Bisez tonton, vous aurez du bonbon. 

s.\RTHE : CENTRE : ctc, tonton, oncle. 

Torchonnée, s. f. Voilà un mot bien rennais. 
On devine que c'est un dérivé de torchon. Dans mon 
enfance, l'ouvrier emportait à la campagne le dîner 
de la famille enveloppé dans un torchon ; c'était la 
torchonnée. Assis sous les ormeaux, à l'orée de la prée 
ou sous la tonnelle du cabaret, on dévorait à belles 
dents le veau froid et la salade, puis on rentrait au 
logis à la clarté des étoiles. Aujourd'hui, on se sert 



— 359 — 

du panier, et bientôt le mot torchoniie'e aura disparu 
de notre langage populaire. 

Tortir, v. a., abrégé de tortiller, tordre. « Cet 
instrument est torti. » 

CENTRE : Torire, m. sg. — Vieux Fr. : Tortir, tordre, 
recourber. 

Tosser (Se), v. pr., se frapper la tête contre un 
corps dur. Se cogner, se donner une cabosse (bosse) à 
la tête. — « Je me suis tossé contre la porte. » — Par 
extension, se griser, peut-être parce que l'homme 
gris se tosse souvent dans ses chûtes. On dit dans ce 
cas : « il est tossé, » (il est gris, il est pris de vin). 

Touaille, s. f., nappe. — « Chez l'oncle Fran- 
cin on aimait la bonne chère, et la touaille était mise 
à toute heure. » — Ce mot viendrait-il de l'anglais 
toivel, serviette, essuie-mains ? 

ACAD. : BESCH. : Touaille, linge pendu sur un rouleau 
auprès du lieu où on se lave les mains, et qui sert à les 
essuyer. — besch. : Touailloii, s'est dit pour serviette. 
— NORM. : Touaille, serviette, linge de table. Touaillon, 
essuie-mains, torchon. — Vieux Fr. : Touaille, touaillon, 
nappe, serviette, essuie-mains; foacula. Toaillia, étoffe 
de soie, parement d'autel (duc). 

Touaneau, (pron. toiianiau),. s. m., (féminin : 
touanelle). Terme injurieux qui s'applique au colin- 
tampon, à la mauvaise ménagère, aux flâneurs et 
aux paresseux. 

Touine, s. f. Ce mot a deux significations bien 



— 3^0 — 

distinctes : i" un gros morceau de pain : a Jacques, 
tout en cheminant, dévorait une ioiiine qui pesait 
bien une livre. » — 2° une chiuchoire (V. ce mot), 
ou tabatière de grès, en forme de poire, à l'usage 
des gens du peuple. 

Toupie vaut morelle, prov., signifiant que le 
jeu de la toupie vaut celui de la morelle (ou marelle). 
\'oy. Taiipin vmit niorelte. 

Tourne-bouse, s. f., signorise donnée par les 
gars aux filles de basse-cour. Voy. Bouse. 

Tournette, s, f., petite pelle en fer, avec la- 
quelle on retourne la galette de blé noir sur la tuile. 

N'ORM. : Tournette, désigne le même ustensile. 

Toussaint (Faire la), c'est préparer les terres 
et faire les semailles, travaux qui s'exécutent dans les 
environs de la fête de la Toussaint. — « Nos voisins 
sont en retard ; nous sommes à la mi-novembre, et 
ils n'ont pas encore /in7 la Toussaint ». 

Tout-aller (A), locution adverbiale exprimant 
qu'une chose, un objet est d'un usage particulier, se 
met « tous les jours. » — « Jeanne n'avait que 
deux cotillons, l'un à tout-aller, l'autre pour le di- 
manche, quand elle s'habillait. » — Chez nous, s'ha- 
biller, c'est se parer, se faire beau, se mettre en 
grande toilette. 

Tout-au-long, adv. de temps, toujours, sans 



- 36i - 

cesse. — a Tout-au-loiig, Jacques battait sa femme » 
(à longues journées). 

Tout-au-tout (Pain), pain de qualité infé- 
rieure, partaiit moins cher que le pain blanc. — Nos 
ouvriers se nourrissent de pain tout-au-tout . 

Tout comme, Tout de même, locutions po- 
pulaires qui reviennent souvent dans la conversation. 
— « Vous aurez beau dire, la mère Concaré est 
tout comme une brave femme, » — « Il avait refusé, 
mais il est venu tout de iiu'mc. » — « \"là tout de même 
un b'en fameux temps ! » 

N'ORM. : CENTRE : Toiit dc même. — centre : Tout 

comme. 

Toute, V. n., abrégé de tousser. — « Le cher 
homme ne faisait que toute. » — Ne se dit qu'à l'in- 
finitit. 

NORM. : loutre, m. sg. 

ToutOD, S. m., pas d'un cheval. 

Tout-plein, locution adverbiale, beaucoup, en 
grande quantité, en abondance. — « J'aime tout-plein 
Mathurine. » — « Nous aurons tout-plein de pommes 
cette année. » (Vo\\ plein.) 

Touzer, v. a., tondre, couper les cheveux. — 
« Les femmes de ce pays se faisaient autrefois toif^er 
pour vendre leurs cheveux. » — « Voilà un garçon 
mal tou::^é, « mal peigné, qui a les cheveux en désor- 



— 362 — 

drc. — Le jour de la Saint-Sylvestre on touie les 
vaches entre les cônes pour les empêcher de moucher 
dans l'année. (Voy. moucher). 

NORM. : Tousser, — Vieux Fr. : Toiiser, ioiiier (duc). 

Tracer, v. a. et n., traverser, passer à travers. 

— « Avez-vous vu un tel ? — Oui, je l'ai vu 
Iracer la grand 'route et prendre le chemin vicinal. » 

— a Tracei par le champ, vous abrégerez votre che- 
min. » — « courant et trassaut nuict et jour. » 

(Jean Moiinct, 16^ s.). 

XOKM. : Tracer, m. sg. 

Trait, s. m. On nommait trait, avant la Révolu- 
tion, une portion de territoire sur laquelle le 
clergé et la noblesse avaient droit de dîme. La pa- 
roisse était divisée en traits. — a On a dimé hier sur 
le trait de Place, demain on dîmera sans doute sur le 
trait de la Rossignolicre. » Ce mot semble avoir dis- 
paru, et la génération actuelle ne le connaît pas. 

Traître, v. a. — (On dit aussi teiirtre). Action 
de tisser la toile ou la pénille ; est souvent employé 
pour tordre, carder : on teut les harts pour lier les 
fagots. 

Transport, s. m., vestibule, couloir, corridor. 
Passage allant d'une pièce de l'appartement à une 
autre, ou conduisant à l'escalier. Le dessous de l'es- 
calier fait suite au transport. — « Mes enfants, 



— 363 — 

allez jouer dans le transport. » — « Où avez-vous 
mis tel objet ? — Il est dans le transport. » 

Travoué, s. m., dévidoir. — Le fil passe du 
fuseau sur le travoué. 

BESCH. : Travouil ou iravoiiî, dévidoir. Travouiller. — 
NORM. : Travouil, dévidoir. — centre : Travoir, tra- 
VQiicr, travoué (dans l'Est), travouil (dans l'Ouest), ins- 
trument qui sert à mettre Je fil enéchcvcau. Travouiller. 

Trée, s. f., truie, femelle du porc. — « Notre 
trée a fait six petits cochons. » — Nos paysannes, 
dans leurs colères, se lancent souvent l'épithète de 
trée. — On dit d'une personne maladroite, incapa- 
ble : « Elle s'y entend comme une trce à ramer des 
choux. » 

Treizain, s. m., nombre de treize, treizième. — 
On dit grammaticalement, le treizième ; nous disons : 
« vous me donnerez le trciiain par-dessus le marché. » 

— Voy. ^gis. 

Trémar, s. m., blé semé en mars et récolté en 
juillet. 

Trémée ou Tremenne, s. t., piège à oiseaux, 

— V. Icnucc. 

Trempage, s. m., soupe, bouillon ; l'un ou 
l'autre, ou l'un et l'autre. Le trempage, c'est la soupe 
maigre ou grasse, de pain ou de galette; c'est aussi le 
bouillon seulement, alors que le pensionnaire fournit 
son pain. — Dix, vingt ouvriers sont employés dans 



— 564 — 

une construction ; ils se nourrissent à leurs frais, 
mais on leur donne le trempage. 

Trente-et-un (Se mettre sur son), c'est 
mettre ses plus beaux habits. — « On voit, Francine, 
que tu es de la noce ; te v'ià sur ton trcnie-et-iin. n 

Tressaut, s. m., soubressaut, saut subit causé 
par une surprise, un choc, un bruit inattendu. — 
« Sous l'impression de ce mauvais rêve, je me suis 
réveillé en tressaut. » — A été employé par Toppfer. 
Sainte-Beuve, son biographe, dit à propos de cette 
expression : « Mot excellent, de vieille souche, et 
que lrcssaiUe))ieiit ne supplée pas. » 

Tressauter, v. n., sauter, tressaillir. — Est 
moins employé que le substantif tressaut. » 

BESCH. : tressauter s'est dit pour tressaillir. — s.\rthe : 
tressauter, tersanter, tressaut, tcrsaiit. — centre : tres- 
sauter, ter sauter. 

Treuler, v. a., traîner après soi ou avec soi, et 
surtout malgré soi. C'est le verbe irôler modifié. — 
« Je l'ai treulé toute la journée par la ville. » — 
<f Elle treule o le (avec elle) une pourginée de gar- 
çailles. » (Voy. Pourginée.) 

Triau, s. m., (prononcez tériau), pis de la va- 
che ou de la chèvre. — En français trayon. 

Vieux Fr : Triant, mamelle ou mamelon. 

Trifouiller, v. a., farfouiller, mettre en désor- 
dre, déranger. 



- 36)- - 

NOKM. : Irifouiller, m. sg. 

Triquemarder, v. a., troquer, cchanger. — Se 
dit surtout en parlant dos personnes qui ont la ma- 
nie d'échanger leurs effets ou les objets sur la posses- 
sion desquels elles sont b.'asées. — Les enfants aiment 
à IriqûeinarJcr. 

Trompe, s. t. Nous donnons ce nom au sabot, 
espè'ce de toupie sans moine et sans nonne. (Voy. ces 
mots). Jouet d'enfant qu'on fait pirouetter en le 
fouettant avec une peau d'anguille. Dans mon 
enfance, nous aimions beaucoup ce jeu, qui semble 
abandonné aujourd'hui. 

Troncer, v. a., couper, étêter, faire un tronçon. 
— c( Dans une rixe, son lâche adversaire lui tronça 
le nez avec les dents. » — « Un fermier a eu le poi- 
gnet Ironcé par une machine à battre. » 

Vieux Fr. : troncer, tronçonner, (Jroncire.) 

Troufignon, s. m., anus, rectum. — « Il a mal 
au troufignon. » 

NOR.M. : troii-fignon. — centre : troii-fignon {Etym., 
trou-finion (final). 

Tructier, v. a. et n., mendier. Vieux mot tou- 
jours très usité dans nos villages. 

Truchoux, ouse, adj., trucheur, trucheuse, 
qui truchc, qui mendie. 



— 366 — 

ACAD. : tnichcr, mendier par fainéantise. Tnicher, pop. 
et vieux. — norm. : tnicher, v. a., écornifler, se faire 
donner de l'argent, un diner, etc., en usant de trucs. 
Tnicheiix. 

Tuace, s. f., peau desséchée d'un insecte ; trace 
de poux, de puces. 

Tuer (Se), v. pron., locution très usitée dans 
nos campagnes, s'appliquant au cidre qui, au lieu de 
conserver sa limpidité et sa couleur primitives, prend 
une teinte noirâtre au sortir du tonneau. C'est une 
cause de dépréciation de cette boisson. 

NORM. : 5c tuer, en parlant du cidre, m. sg. 

TufFeau, s. m., croûte qui survient à la tète des 
petits enfants. Les femmes du peuple se gardent bien 
de chercher à faire tomber cette croûte. Elles pré- 
tendent que c'est une éruption d'où dépend la santé 
du marmot. Les médecins luttent en vain contre ce 
préjugé. 

Tuile, s. f., plaque en fer ou en fonte, de forme 
ronde, sur laquelle on fait cuire la galette de blé 
noir. — Anciennement cet ustensile de ménage était 
en terre cuite, de là le nom de tuile qu'il porte 
encore aujourd'hui. 

NORM. : tuile, tieulle, poêle très-plate, dans laquelle on 
fait cuire les crêpes appelées galettes. 

Turne, s. f., taudis, masure, habitation en ruine 
ou malsaine ; — ou encore une maison mal famée. 



- 367 - 

— « Je quitte Madame à la Saint-Jean, » disait une 
bonne ; « qui voudrait rester dans cette tiirnc-hï ? » 

CENTRE : turuc, m. sg. — norm. : turne, tune, tenue, 
cabane, petite et chétive maison. 



XJ 



Urcer, v. n., brûler. Ne se dit guère que du 
lait qui est resté trop longtemps sur le feu, et qui a 
pris goût de pot. Le participe passé tircê est plus usité 
que l'infinitif. — « Perrottte, voilà encore du lait 
une ! y> — Ce mot vient-il de iirere, brûler, ou, 
comme orceiil, de urceus, vase ? — Il est très usité. 



V 



Vache de chêne, s. 1. Nous appelons ainsi le 
hanneton, dont le mâle a la tête ornée de petites cor- 
nes. — La grande quantité de vaches de chêne au mois 
de mai promet une année abondante. 



- 368 — 

Vagabond, s. m. (pron. vacabomî) ; cette ex- 
pression n'a pas chez nos paysans un sens injurieux 
ou délictueux. Le vacahond est l'ouvrier, le journa- 
lier qui n'a pas de profession déterminée. — « Que 
fait votre fiancé ? demandait-on à une fille qui ve- 
nait annoncer son mariage. — Il fait un petit peu 
de tout, répondit-elle ; il habille de la filasse, il 
fait des fligots, . . . , il est vacahond. » — Il est vrai que 
le plus souvent, le vacahond mène la vie du vagabond 
proprement dit. 

CENTRE : NORM. : vacaboiici, forme ancienne du mot 
vagabond. 

Valiseau, s. m., coupelle servant à mettre les 
marchandises dans les balances. 

Vanné, ée, part, passé du verbe vanner; essoufflé, 
fatigué, harassé. — «Arrêtons-nous, je n'en puis 
plus, je suis vanne. » — « Ses chevaux sont vannes. » 

Vanner, v. a. — «Tu m'as vanne en me faisant 
faire cette course insensée. » — S'emploie le plus 
souvent sous la forme pronominale : Se vanner^ se 

fatiguer. 

Vas ou Vaie, s. f., voie, chemin. Ne s'emploie 
guère que dans les expressions analogues aux sui- 
vantes : — « Rangeons (rangez-vous) de ma vas, 
que je passe. » — « Il est toujours dans ma vas.i> — 
Dans quelques localités on dit vaic, Vo de voie étant 
seulement chaneré en a. 



— 369 — 

NORM. : voie, veie, voie. Vieux Fr. : vce, voie, chemin 
(duc). 

Vau-l'eau, loc adv., cri ou chant de nos pâtres 
conduisant leurs troupeaux à l'abreuvoir: « Vau-l'eau, 
vaii-Vcau, vau-l'eau. » 

ACAD. : A van l'eau, suivant le courant de l'eau. 

Veilloche. s. f., petit tas de foin. — C'est avec 
plusieurs vcillocbes qu'on forme les muions (V. 
muloii). 

SARTHH : vcillûchc, m. sg. — • korm. : vieillotte, vieiiil- 
lolte, vciiillotte, vcilhite, villotte. 

Venelle, s. f., ruelle du lit. — «J'aime à dormir 
tourné vers la venelle. » — Le mari occupe le devant 
du lit, la femme la venelle. 

ACAD. : venelle, petite ruç. Vieux. N'est plus guère usité 
que dans la phrase popul., enfiler la venelle, prendre la 
fuite (La Font) — norm. : venelle (pron. v'netle), ruelle 
du lit, passage entre deux maisons. — Vieux Fr. : 
venelle, ruelle, passage étroit, ruelle du lit, venella (duc). 

Venette, s. f., peur, émotion. — « Ah ! j'ai eu 
une fameuse venelle ! » — On trouve ce mot dans 
de Leuven et Dhautel. Il est très usité chez nous. 

ACAD. : venette n'est usité que dans les phrases popu- 
laires : avoir la venette, donner la venette. — norm. : 
venette, diarrhée. 

Vent du bas, vent d'ouest. Vent du haut, 

vent d'est. 

Ventiers, adv., peut-être. Il est presque toujours 

24 



— 370 — 

suivi Je /'/('». — a Quand viendr'ous nous va ? — 
Dimanche prochain, vent'urs b'eii. » — « J'irons 
venliers l'en aux noces de Jeannette. » — Il a quel- 
quefois la signification de l'adverbe volontiers, dont 
il semble l'abrégé. 

SARTiiE : venliers ou venqiiiers, m. sg. 

Verdée, s. f., encore un synomTne de raclée, 
volée, roustée, pile, flaupée, etc. 

NORM. : vcrdèc, fessée. Vcrdcr, fustiger, battre, frapper. 

Verder, v. n., aller et venir, se donner beau- 
coup de mouvement pour peu de besogne. — 
« Voyez cette fille qui depuis le matin vcnle dans la 
maison. Qu'a-t-elle fait ?» — Ce verbe est très 
usité. 

ctNTKi: : vcrdcr, vagabonder, courir. 

Vère, àdv. Employé pour oui dans un grand 
nombre de localités et presque aux portes de la ville. 
C'est le vcrc des Latins. 

Q.uand je vas chez mes commères, 

Dam'oui, dam'î't'«, 
Je le fais veui' m'y queri, (chercher) 

Dam'îv/T, dam'oui. 

(Vieille chanson populaire). 

NOR.M. : vcire, assurément, oui, vraiment. 

"Vérette, s. m., svn. de variole. — Nous disons: 



- 371 - 

a Le pauvre garçon a la petite vcrclte, » ou la petite 
vi'roh', ou même simplement : la verctte. 

Véretté, ée, adj., personne dont le visage porte 
les traces de la vêretle. — « Cette jeune fille était jolie 
avant d'être vérettée comme vous la voyez. » 

BESCH. : vèreite, syn. de vérolette. — korm. : vairetle, 
verctte, ni. sg. 

Verge, s. f. Ce mot a deux significations diffé- 
rentes : 1° Dé à coudre des tailleurs et des tailleuses 
de la campagne. Il diffère de celui dont se servent 
nos dames et nos couturières de la ville, en ce qu'il 
n'est point fermé à son extrémité. — 2° Bâton 
flexible ou partie du fléau qui frappe le grain sur 
l'aire. Le fléau a son manche et sa verge; celle-ci est 
en bois de houx. 

KORM. : verge, dé k coudre s.ins fond, employé par les 
tailleurs. 

Vergée, s. f. Nos paysans appellent ainsi le par- 
cours des batteurs sur l'aire lorsqu'ils battent le blé. 
La première vergée, la plus rude pour les travailleurs, 
est suivie de deux autres. — On comprend que vergée 
vient de verge. On dit rompre une vergée. Mais 
bientôt, grâce aux batteuses à vapeur, les mots 
fléau, verge, vergée seront rayés de notre langue, et 
déjà on n'entend plus que dans quelques petites 
fermes le bruit cadencé des fléaux, qui jadis charmait 
nos oreilles. Il est remplacé par l'affreux ronflement 
des machines, qui n'a rien de poétique. 



— 372 — 

Vergeter, v. n., se dit d'un objet quelconque 
qui plie, qui fouette, qui, par sa flexibilité, se détend 
comme un ressort. — Une baguette, une gaule 
vcr^etteitt. 

Vergner, v. n., tourner. 

Verrée, s. f. (pron. varrêc), le contenu du 
verre : « Allons bonhomme, encore une vanéc. » 

CENTRE : verrée, m. sg. — acad. : verrcc, peu usité. — 
BESCii. : verrée, presque inus. 

Vert, s. m., nom donné à la boursette. à cause 
de sa couleur verte. — « Aimez-vous la salade de 
vert ? » Son seul mérite est de venir dans une saison 
où il n'y en a pas d'autre. — Mcuhe est son vrai 
nom . 

Vesprée ou Vêprée, s. f., l'après-midi, le soir, 
temps compris entre le diner des paysans et le cou- 
cher du soleil. — « Que ferons-nous cette vesprèe ? d 
— Trop souvent nos paysans passent au cabaret leur 
vesprée du dimanche. — On trouve dans nos dic- 
tionnaires le mot vèpre masculin : le vcpre, le soir, 
vespera . 

Un chapelet Vy donnay 

Fait à la lesprce ; 
Il le prit ; bon gré l'en say, 

Puis m'a appelée. 

(J. Froissard). 



— 373 - 

Mignonne, allons voir si la rose, 
dui ce matin avait desclose 
Sa robe de pourpre au soleil, 
A point perdu, cette vesprce, 
Les plis de sa robe pourprée, 
Et son teint au vôtre pareil. 

(Ronsard). 

BESCH.: vepre, vespre, la fin du jour, le soir (Montaigne), 
vcspréc s'est dit pour soirée, la fin du jour. — norm. : 
véprèe, veillée, réunion du soir. — centre : véprée, 
vesprée, veillée, soirée. — Vieux Fr. : vespre, soir. 
Vesprèe, veillée, assemblée du soir (duc). 

Vesne, s. f., vesse. — Un des personnages de 
Rabelais, un des plaideurs devant Pantagruel, se 
nomme Hiimcvesne. — 

Vesner, v. n., vesser. — Entendu entre deux 
écoliers : « Ah ! mâtin, tu as vesné. — Non, je n'ai 
pas vesné. — Tu vesnes donc ? — Non, je ne vesne 
pas. — Pourquoi mentir ? nous sommes seuls, et je 
suis sûr de moi, — Je ne mens pas, et je le prouve. 
Quand tu m'as dit : tu as vesné, je vesnais encore, et 
quand tu as ajouté : tu vesnes donc, j'avais fini. » — 
« La faulse vieille vesnoyt et vessoyt puant comme 
cent diables. » (Pantagruel, ch. 1 5). 

KORM. : vèiic, véner, vêneitx. 

Vettes, s, f. pi., propos légers, récits grivois, 
anecdotes gauloises. — Le vieux notaire T.., chez 
lequel j'allais passer mes vacances, aimait à nous 



- 374 - 

dire des vclles et nous prenions plaisir à les enten- 
dre. — Vient sans doute de vêtilk. 

Veuvier, s. m., veuf. — a La veuve B. se 
remarie ; elle épouse un veuvier. » — On dit rare- 
ment vcuvicre. 

NORM. : veuvcr, devenir veuf. 

Vèze, s. f. On nomme ainsi le biniou des Bas- 
Bretons. Ce nom vient sans doute de ce que l'instru- 
ment est pourvu d'une vessie gonflée par le joueur. 
— J'ai eu la bonne fortune d'entendre en 1858, au 
pardon de Bannalec, l'aveugle Mathurin, le premier 
joueur de véie du pays. 

BEScii. : vè:^e, s'est dit d'une sorte de cornemuse. 
Veneur. — CENTRE : vt\e, cornemuse. 

Viage, s. m., douaire, rente viagère, voyagère, 
comme disent nos bonnes gens. — « Son avoir con- 
sistait en un viage que lui avaient constitué ses anciens 
maîtres. » 

HESCH. : linge, usufruit d.ms les anciennes coutumes. 
— Vieux Fr. : l'inge, rente ou pension viagère, viagium. 

Vice (Il n'y a pas), loc. adv. très usitée et qui 

équivaut à : c'est tout un, l'un vaut l'autre, il n'y a 
pas de choix. — « Voulez-vous ceci, voulez-vous 
cela ? — Comme vous voudrez, il n'y a pas vice. » 

Videlle, s. f., pour vivelle, reprise, terme de 
couturière ou de ravaudeuse. Le second :• de vivelk 
se trouve remplacé par un d. 



— 375 — 

Videller, v. a., faire des reprises à des bas, à 
tics tricots, etc. Nous avons créé ce verbe qui devrait 
être français (du moins viveller) au mcnie titre que 
repriser, tricoter. 

BEScn. : vidcllc, reprise. 

Viette, s. f., cliemin étroit, petit sentier. — De 
via. -=- Usité surtout dans le canton de Pleine- 
Fougères. 

N'ORM. : vielle, m. sg. 

Vieuzir, v. n., pour vieillir. — « Hélas ! mes 
enfants je suis bien vieux ! — Ne vous plaignez 
pas, papa ; ne vicii:{it pas qui veut. » 

NORM. : vieiiillir, m. sg. 

Villotin, s. m, — Fém. : Villotine. — Épi- 
thète injurieuse, terme de mépris employé par nos 
paysans à l'égard des habitants des villes. Si un 
villotin égaré se trouve dans l'obligation de deman- 
der son chemin, qu'il y prenne garde, il risque fort 
d'être trompé. Il faut dire que le villotin n'a pas tou- 
jours pour le paysan les égards qui lui sont dus. 
(Voy. Couye). 

Dans Cl. Marot on trouve le mot Vilotière : 

Quand les petites vUoticrcs 
Trouvent quelque hardy amant 

Vinette, s. f., oseille. — Qu'elle soit sauvage ou 
cultivée, pour nous l'oseille est toujours de la vinette. 



- 376 - 

lîF.scii. : vinette, nom vulgaire de l'oseille. — norm. : 
vinetlc, oseille. 

Vioche ou Vioge, adj. m. et f., bien ou mal 
portant, suivant qu'il est employé avec ou sans la 
négative. — a Je n'étais pas vioche la semaine der- 
nière ; me v'ià recopi et tout vioche à c't'heure-ci. » 
— Ce mot semble dérivé de vie, vila. 

NORM. : vioge, adj., vif, pétulant, irritable. 

Viré, ée, adj., très souvent employé à la ville et 
aux champs pour vit", emporté, colère. — « Le 
patron est un brave homme, mais il est bien viré 
par la tête. » (II a la tête près du bonnet). — Se dit 
aussi pour fou, toqué. — Vire a un superlatif pirvirc 
(V. ce mot) ; mais il est peu usité. 

Vispin, s. m., toupie de petite dimension. — 
« Mes petits amis ont de grosses toupies, et je n'ai, 
moi, qu'un vispin. « — « Seune ton vispin. » (V. 
Scnnci). 

Vivrement, adv., synonyme énergique de par- 
faitement, excessivement, — « Que dites-vous de ce 
cid'e (cidre), de ce jeval ? — Sans mentir, c'est 
vivrement bon. vivrement beau. » 

Voir, V. n. Les écoliers de mon temps employaient 
souvent ce verbe pour provoquer un camarade à un 
pugilat. « Veux-tu voir ? », c'est-à-dire : « veux-tu 
accepter le combat ?» — Nous avions un autre 
genre de provocation presque toujours suivi d'effet. 



— 377 — 

Le provocateur se mettait une paille sur l'épaule, et 
défiait son adversaire de l'abattre. Refuser eût été 
une lâcheté. La paille tombait et le combat s'enga- 
geait. 

Vouiller, v. a., lancer sur. — « Il a vouiUc son 
chien sur moi. » — Ce verbe est aussi à l'usage des 
blanchisseuses : Vouiller la lessive, jeter le lessis sur 
le linge empilé dans une cuve ou panne pendant un 
certain laps de temps déterminé. (Voy. Lessis). 

Voyette, s. t., sentier, chemin. Diminutif de 
voie. (,Voy. Victte). 

Vieux Fr. : voyetif, petite voie, sentier (duc). 



Zaguer, v. n., employé par les écoliers dans le 
jeu de billes ou canettes. Il équivaut au verbe queuter 
dont se servent les joueurs de billard. Le joueur doit 
lancer la canette avec le pouce, la main restant immo- 
bile. S'il allonge le poignet pour atteindre plus 
sûrement la bille visée, il lague, et le coup est dé- 
claré nul. 



- 37« - 

Zog, s. m., épithète injurieuse donnée par les 
écoliers à ceux de leurs camarades qui paraissent sim- 
ples ou peu intelligents. — Nous appelions :^og le 
petit D..., qui devint capitaine. De moins :^(^5 que 
lui ne surent pas se créer une situation aussi hono- 
rable. 

Zuner, v. n., loucher. — Nous appelions luiiet 
le louche ou louchard. — Zuner se dit aussi de l'ac- 
tion de tirer, viser le but, parce que le tireur cligne 
de Tœil. 



Achève d'inipriincr 

le quinze Juillet mil huit cent quatre-vingt-onze 

par 

Lemercier & Alliot 
â NIORT 

pour 

Hyacinthe Cailliére, Editeur 
d RENNES 



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*jfcr-. 







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PC Coulabin, H. 

2957 Dictionnaire des 

B7C6 locutions populaires 



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